Journal des débats de la Commission des transports et de l'environnement
Version préliminaire
43e législature, 1re session
(29 novembre 2022 au 10 septembre 2025)
Cette version du Journal des débats est une version préliminaire : elle peut donc contenir des erreurs. La version définitive du Journal, en texte continu avec table des matières, est publiée dans un délai moyen de 2 ans suivant la date de la séance.
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Le
jeudi 1 février 2024
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Vol. 47 N° 32
Consultations particulières et auditions publiques sur le projet de loi n° 41, Loi édictant la Loi sur la performance environnementale des bâtiments et modifiant diverses dispositions en matière de transition énergétique
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Intervenants par tranches d'heure
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Jacques, François
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Charette, Benoit
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Charette, Benoit
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Jacques, François
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Montigny, Yves
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Kelley, Gregory
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Charette, Benoit
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Jacques, François
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Lemay, Mathieu
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Dufour, Virginie
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Zaga Mendez, Alejandra
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Jacques, François
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Charette, Benoit
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Montigny, Yves
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Dufour, Virginie
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Dufour, Virginie
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Jacques, François
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Kelley, Gregory
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Zaga Mendez, Alejandra
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Charette, Benoit
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Charette, Benoit
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Jacques, François
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Bogemans, Audrey
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Dufour, Virginie
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Zaga Mendez, Alejandra
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Zaga Mendez, Alejandra
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Jacques, François
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Charette, Benoit
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Grondin, Agnès
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Grondin, Agnès
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Jacques, François
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Lemay, Mathieu
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Dufour, Virginie
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Zaga Mendez, Alejandra
11 h 30 (version révisée)
(Onze heures quarante-deux minutes)
Le Président (M. Jacques) : Bonjour
à tous. Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission des
transports et de l'environnement ouverte.
La commission est réunie afin de
poursuivre les consultations particulières et les auditions publiques sur le projet
de loi n° 41, Loi édictant la Loi sur la performance environnementale des
bâtiments et modifiant diverses dispositions en matière de transition
énergétique.
Mme la secrétaire, y a-t-il des
remplacements?
La Secrétaire : Oui, M. le
Président. M. Derraji (Nelligan) est remplacé par M. Kelley
(Jacques-Cartier) et M. Grandmont (Taschereau) par Mme Zaga Mendez
(Verdun).
Le Président (M. Jacques) : Merci,
Mme la secrétaire. Nous entendrons ce matin les organismes suivants : la Fédération
canadienne de l'entreprise indépendante et ainsi que le Centre d'études et de
recherches intersectorielles en économie circulaire, conjointement avec l'institut
AdapT.
Donc, je souhaite la bienvenue aux
représentants de la fédération de l'entreprise indépendante et je vous demande
de vous présenter et de commencer votre exposé.
(Visioconférence)
M. Vincent (François) : Merci
beaucoup. M. le Président, M. le ministre, chers membres de la commission, je
vous remercie de nous recevoir pour entendre nos commentaires dans le cadre du projet
de loi 41. Je me nomme François Vincent, je suis vice-président de la Fédération
canadienne de l'entreprise indépendante. La FCEI, c'est 97 000 dirigeants
de petites et moyennes entreprises membres du pays, dont 21 000 au Québec.
Je suis accompagné aujourd'hui d'un invité
de marque, M. Karl Blackburn, président et chef de la direction du Conseil
du patronat du Québec.
Nous présentons aujourd'hui les résultats
d'une collaboration entre nos deux organisations sur un projet de loi important
pour l'avenir du Québec. Je tiens d'ailleurs à remercier Benjamin Rousse et
Arnaud Champalbert pour leur travail.
D'emblée, permettez-moi de souligner les
objectifs louables que vise le projet de loi dont nous commentons aujourd'hui.
La transition énergétique vers un avenir plus durable pour notre société est
une nécessité. Les entrepreneurs du Québec sont prêts à jouer un rôle actif
dans cette évolution. Toutefois, en dépit de notre salutation de ces objectifs,
plusieurs préoccupations ont émané de notre lecture du projet de loi, notamment
les méthodes envisagées pour les atteindre, qui peuvent apporter une
augmentation du fardeau administratif et réglementaire.
D'abord, je tiens à aborder la question
cruciale de l'énergie, un sujet intrinsèquement lié à la performance
énergétique des bâtiments au Québec. Les tarifs d'électricité jouent un rôle
central dans l'adoption de mesures de transition énergétique. Il est essentiel
de reconnaître qu'en raison de l'interfinancement ce sont les PME qui
supportent le poids le plus lourd en matière de coûts énergétiques dans la
province. Ce déséquilibre crée un environnement peu propice pour les PME,
entravant ainsi leur capacité à investir dans des alternatives énergétiques
plus durables.
De même, le faible coût assumé par le
secteur résidentiel représente un... un obstacle à l'amélioration de la <performance...
M. Vincent (François) :
...le
secteur résidentiel représente un... un obstacle à l'amélioration de la >performance
énergétique des habitations, comme c'est souligné d'ailleurs dans l'analyse...
d'impact réglementaire du projet de loi à l'étude.
Ainsi, les actions pour accélérer la
transition énergétique et l'amélioration de l'efficacité énergétique des
bâtiments résident également dans d'autres actions gouvernementales, comme par
exemple de régler la question de l'interfinancement qui nuit à la transition
énergétique des PME et de celle des citoyens.
Ensuite, un des enjeux les plus importants
pour les entrepreneurs est le fardeau administratif et réglementaire. Une étude
de la FCEI révèle que le coût total de conformité réglementaire de tous ordres
de gouvernement confondus est de 8,2 milliards de dollars au Québec.
Les propriétaires de PME ont estimé qu'il serait possible de réduire de l'ordre
de 28 % les formalités administratives sans nuire à l'intérêt public.
C'est donc un coût de 2,3 milliards pour les entreprises québécoises.
Puis je précise que le coût de la
paperasserie est inversement proportionnel à la grandeur de l'entreprise.
Il est donc stratégique pour le
gouvernement du Québec de réduire ce fardeau. Et je tiens ici à souligner le
travail du gouvernement du Québec en la matière et du ministre Skeete qui est
responsable du dossier.
Maintenant, pour réellement assurer une
réduction totale, il faut que tous les ministères soient interpelés et que l'on
ne rajoute pas d'un côté ce que l'on tente de réduire de l'autre. Selon notre
analyse, puis M. Blackburn va aller plus en détail, on voit que ça
apporterait une lourdeur administrative et certaines confusions par... au
niveau du secteur de la construction.
Il est essentiel aussi de reconnaître les
défis considérables auxquels sont confrontées les PME du Québec. Les années
récentes ont été particulièrement difficiles et cela se perçoit dans le niveau
de confiance des PME qui, en 2023, à l'exception de 2020 où on a fermé
l'économie pour une bonne partie de l'année... C'est le niveau de confiance le
plus bas qu'on a depuis 15 ans de notre indicateur économique.
Donc, toute nouvelle réglementation
imposant des coûts supplémentaires risque d'aggraver encore davantage la
situation économique déjà précaire. C'est pourquoi il est essentiel que le
gouvernement prenne en compte cette réalité et assure que les objectifs du
projet de loi soient atteints sans compromettre la santé financière des PME.
D'ailleurs, je porte à votre attention la
recommandation 5 de notre mémoire, qui propose un renforcement des
programmes d'efficacité énergétique.
Il était également primordial — je
pourrais plus aller dans les détails lors de la période des questions — de
veiller à ce que ces programmes puissent vraiment bien atterrir auprès des
entrepreneurs avant de garantir leur succès. Je cède maintenant la parole à M. Blackburn.
M. Blackburn (Karl) : Alors,
merci, François. Bonjour! Je suis Karl Blackburn, président et chef de la
direction du Conseil du patronat du Québec. D'une part, permettez-moi de
remercier François et la FCEI pour l'invitation de participer en duo aux
travaux de la commission.
D'emblée, je réitère que nous partageons
l'objectif du projet de loi 41 qui vise à réduire la consommation
énergétique des bâtiments, mais je rappelle au passage que cet objectif ne sera
atteignable qu'en prenant en compte la réalité et les enjeux de nos
entreprises, tels qu'abordés avant moi par François.
Si je résume notre vision, avant d'aller
dans les détails, le projet de loi devra trouver un équilibre entre la lourdeur
réglementaire et l'atteinte des objectifs de performance environnementale.
Vous le savez, le contexte énergétique
québécois est caractérisé par une demande plus élevée qu'anticipée et
nécessitera de nouveaux approvisionnements en énergie dès 2027. L'objectif du
projet de loi 41 s'inscrit parfaitement dans ce contexte, amenant... en
mettant en place un cadre propice à une consommation plus sobre et plus
efficace de l'énergie.
Dans le cadre de notre analyse, nous
remarquons par contre que le PL 41 introduit plusieurs modalités et
obligations qui seront déterminées par règlement, de nombreux éléments
demeurent donc inconnus dans sa forme actuelle. Ceci rend relativement
difficile l'évaluation de l'impact économique de ce projet de loi. L'analyse
d'impact réglementaire du PL 41 note cet état de fait à plusieurs
endroits, et je cite :
«Les mesures exactes qui seront incluses
dans une future réglementation peuvent ne pas être définies au moment de
l'élaboration d'un projet de loi. Ainsi, les impacts présentés dans cette
analyse sont mesurés sur la base d'un scénario réglementaire hypothétique et
fictif qui pourrait découler des pouvoirs conférés par le projet de loi.»
Elle ajoute : «Et c'est plutôt
révélateur que les économies et les coûts présentés dans cette analyse sont
donnés à titre d'exemple indicatif seulement. En effet, ceux-ci sont largement
tributaires des orientations gouvernementales qui seront prises lors de
l'adoption des éventuels règlements. Malheureusement, plusieurs exemples de
l'utilisation des règlements par le gouvernement nous amènent à être plus critiques
dans le recours à cet outil qui a pourtant toute sa pertinence, lorsque bien
encadré.» Je me permets un exemple, mais il y en a d'autres, le PL 29
sur la réparabilité. L'étude d'impact ne permettait pas d'évaluer ses effets
sur l'économie, puisque la grande majorité des éléments seront déterminés par <règlement...
M. Blackburn (Karl) :
...l'économie,
puisque la grande majorité des éléments seront déterminés par >règlement.
Quelques semaines après l'adoption, l'office
de protection des consommateurs<i> a lancé sa consultation en vue de
l'élaboration desdits règlements en pleine période des fêtes, n'offrant que
22 jours ouvrables pour participer, alors que c'est le moment de l'année
le plus important en termes d'affaires pour la majorité des détaillants et
manufacturiers, qui sont les premiers visés par la loi.
• (11 h 50) •
Il est clair que l'utilisation actuelle
des règlements ne permet pas d'atteindre la prévisibilité nécessaire aux
entreprises pour commenter et se conformer, c'est pourquoi nous formulons les
deux recommandations suivantes : Déposer les intentions réglementaires
pour permettre une meilleure analyse des impacts du PL 41; améliorer la
démarche du gouvernement dans l'élaboration de la réglementation en assurant
une meilleure prévisibilité sur les règlements à venir, en déterminant des
périodes de consultation propices à la participation et en assurant que le
délai prévu assure la participation optimale des parties prenantes.
Pour finir, je veux aborder l'importance
d'alléger et d'harmoniser la réglementation. On le sait, le secteur de la
construction au Québec est moins productif qu'en Ontario entre autres. La
lourdeur et la complexité des règles sont les principaux aspects qui limitent
la productivité du secteur au Québec.
Dans ce contexte, il est surprenant de
voir que le PL 41 propose d'enlever des pouvoirs de la Régie du bâtiment
du Québec sur la réglementation entourant l'efficacité énergétique en créant
une nouvelle structure.
Je rappelle que le besoin d'harmonisation
des codes au niveau canadien fait consensus. D'ailleurs, le gouvernement du
Québec s'est engagé dans la démarche.
Je termine en ajoutant que cette
disposition va à l'encontre de l'objectif d'allègement réglementaire de la
construction adoptée dans le projet de loi 17 l'automne dernier. À cet
effet, nous formulons deux recommandations : Conservons... conserver la
notion d'efficacité énergétique dans le cadre... dans le code de construction<i>,
sous la responsabilité de la Régie du bâtiment du Québec, avec l'appui du
ministère, pour lui apporter l'expertise technique en environnement et en
énergie; arrimer les exigences québécoises avec les initiatives de nos
partenaires commerciaux, autres provinces canadiennes, les États-Unis, l'Europe
et utiliser des indicateurs communs ou comparables.
En vous remerciant pour votre attention.
Nous sommes à votre disposition, Mmes et MM. les députés, pour échanger avec la
commission. Merci.
Le Président (M. Jacques) : Merci,
messieurs, pour votre exposé. Nous allons maintenant débuter la période
d'échange avec M. le ministre, pour une période de 12 min 30 s.
M. Charette : C'est bien
gentil. Temps que je vais partager avec mes collègues. Messieurs, à vous deux,
merci d'être avec nous ce matin. Toujours un plaisir de vous entendre et de
vous entendre nous partager votre expertise.
Dans les faits, moi, ce sera quelques
commentaires par rapport à ce que vous avez mentionné. Les questions viendront
de mon collègue, mais si vous voulez réagir à mes commentaires, vous êtes
naturellement les bienvenus.
Très, très content et rassuré que vous
puissiez reconnaître les défis énergétiques, là, que nous avons au Québec. Ce
sont des défis qui sont réels, qui sont fondamentaux.
Et on recevait avant-hier, si je me
souviens bien, Hydro-Québec, qui nous parlait un petit peu de sa planification
d'ici 2035, donc au cours de la prochaine décennie et un peu plus. Et c'est
quand même remarquable de voir que, dans les nouveaux approvisionnements, il y
a 75 % de ces approvisionnements-là qui seront dédiés aux efforts de
décarbonation. Donc, c'est majeur. Et on a un 25 % qui est tout aussi
important, qui, lui, sera dédié au développement économique. Je sais que
certains groupes qui préféraient que ce 25 % là n'existe pas et que
100 % soient la décarbonation, mais nous croyons, au niveau du
gouvernement du Québec, que le développement économique est aussi important.
Mais dans les deux cas, ça va nécessiter des efforts colossaux, des efforts
fondamentaux et l'économie la plus... c'est-à-dire l'énergie la plus
économique, c'est un vieux slogan, est celle que l'on n'utilise pas. Et
actuellement, dans le secteur du bâtiment, il y a beaucoup, beaucoup de
potentiel d'économie d'énergie, parce qu'on a des bâtiments qui n'ont pas la résilience
ou l'efficacité énergétique nécessaire.
Donc, ça fait en sorte que le projet de
loi n° 41 est une nécessité, et même une obligation,
et qu'on aurait aimé le présenter possiblement plus tôt, tant il est important.
Donc, ça explique le contexte.
Maintenant, vous parlez du fardeau des
entreprises et d'une AIR, d'une analyse d'impact réglementaire, qui ne peut pas
être détaillée, compte tenu que beaucoup de réglementation est à développer.
Mais même avec l'analyse d'impact réglementaire actuelle, on dénote que, pour
les entreprises, l'impact du projet de loi est positif plus que négatif.
Donc, oui, il y aura forcément des frais <d'engagés...
M. Charette :
...du
projet de loi est positif, plus que négatif.
Donc, oui, il y aura forcément des
frais >d'engagés, ultimement, mais les effets de ces investissements-là
seront plus importants que les... que les... les coûts engendrés.
Et ce que j'aime rappeler, et c'est la
démarche que le gouvernement actuel a retenue, là, dans la foulée du plan pour
une économie verte<i>, on ajoute, c'est vrai, on en est conscients, des
contraintes parce qu'on a des cibles ambitieuses à respecter, mais l'essentiel
de ces contraintes-là sont accompagnées d'aide financière. Donc, non seulement
il y a... il y a un accompagnement technique qui est fait, mais il y a aussi un
accompagnement financier.
Donc, les entreprises qui auraient des
obligations à rencontrer ultimement pourraient vraisemblablement bénéficier
d'une expertise technique et bénéficier d'un appui financier. Et même si cet
appui financier là n'existait pas, l'AIR actuelle démontre que l'avantage sera
plus grand que l'inconvénient. Donc, ce n'est pas... ce n'est pas négligeable.
Et vous parlez d'une réglementation à
venir. Il faut savoir que c'est un projet de loi qui est d'abord et avant tout
habilitant. Il y a des éléments bien précis dans le projet de loi, mais on se
donne les pouvoirs d'agir.
Moi, c'est difficile d'établir une
réglementation précise tant que je n'ai pas le pouvoir des actions que je
souhaiterais, comme ministre de l'Environnement, conduire. Mais, comme à
chacune des fois, c'est aussi la tradition qu'on a développée, là, ces cinq
dernières années, à chaque fois qu'il y a une réglementation qui est conséquente,
on travaille beaucoup en co-création avec les parties prenantes, c'est-à-dire
avant même de déposer un projet de règlement, on regarde avec les partenaires
comment faire atterrir un règlement pour s'assurer du respect de l'objectif.
Et, par la suite, en plus de ce travail de
co-création là, il y a une période de consultation en bonne et due forme pour
permettre les ajustements qui sont nécessaires par la suite.
Donc, je dis ça uniquement pour vous
rassurer en vous disant que la réglementation ne sera pas élaborée derrière des
portes closes et ne sera pas imposée, là, sans que les parties prenantes ne
soient impliquées.
Et je vous entends bien concernant le code
du bâtiment durable que l'on veut mettre de l'avant, mais là aussi c'est une
obligation de résultat. Mais je vous rassure également, ça se fera en
collaboration avec la régie du bâtiment<i>.
La régie du bâtiment<i> n'a pas les
compétences et n'a pas les outils législatifs pour faire ce que l'on souhaite
et que l'on doit faire, ce n'est pas dans ses mandats et elle n'a pas la
possibilité de réglementer sur les questions environnementales autres que
spécifiquement énergétiques.
Donc, on rapatrie le tout au ministère de
l'Environnement, comme la division des pouvoirs émanant, là, de 2022 nous le
commande, mais naturellement ça va se faire avec la régie du bâtiment<i>
et l'application de ces deux volets là, d'un... En fait, on peut parler de deux
codes. Moi, je parle d'une vision avec... En fait, deux codes avec une seule
vision, mais l'application se fera vraisemblablement, là, par la régie du
bâtiment<i>.
Donc, c'est des petits éléments, là, pour
vous rassurer sur la suite des choses.
Comme je vous le mentionnais, j'ai des
collègues qui souhaiteraient intervenir, mais n'hésitez pas à réagir à mon
propos, si vous le souhaitez, sinon, je vais passer la parole à mon collègue.
Et déjà, étant donné que vous êtes en
virtuel, je n'aurai pas la possibilité d'aller vous serrer la pince après, donc
déjà je vous remercie pour votre présence avec nous ce matin.
Le Président (M. Jacques) : Merci,
M. le ministre.
M. Blackburn (Karl) : Si je
peux me permettre, M. le ministre, si je peux me permettre, je vais répondre
positivement ou... à tout le moins, à l'offre que nous fait le ministre pour
réagir rapidement.
J'oserais dire, M. le ministre, que cette
loi peut être une réussite totale ou un échec majeur car, pour faire cette
révolution, ça prend de l'argent. Et malheureusement il y a beaucoup
d'incertitudes dans les éléments qui sont amenés dans le projet de loi, il y a
beaucoup d'hypothèses également qui sont mises en place par rapport à certaines
économies énergétiques.
Et, comme François l'a mentionné, la
majeure partie de la hausse tarifaire, qui va malheureusement affecter des consommateurs
électriques, va être entre les mains des entreprises. Et les citoyens, d'une
certaine façon, sont protégés par la décision du gouvernement de plafonner à un
certain niveau l'augmentation annuelle.
Alors, vous le voyez, là, qu'il y a là des
lumières jaunes, j'oserais dire, qui nous incitent à la prudence.
Le principe de l'allègement réglementaire d'un
pour un est saluable. Malheureusement, ce qu'on constate dans les faits,
également, c'est que lorsqu'on retire un règlement qui est en place pour justement
rencontrer l'objectif que l'allègement réglementaire poursuit, les nouveaux
règlements sont souvent beaucoup plus exigeants et beaucoup plus lourds en
termes d'administration, et ça, c'est encore une fois sur la responsabilité des
entreprises.
• (12 heures) •
Alors, je veux être vraiment certain que
le gouvernement a cette sensibilité-là toujours en tête parce qu'il en va de la
productivité, de la rentabilité de nos entreprises...
12 h (version révisée)
M. Blackburn (Karl) : ...parce
qu'il en va de la productivité et de la rentabilité de nos entreprises. Et des
fois les mesures estimées, en termes d'impact économique, sont souvent beaucoup
moindres que la réalité en termes de conséquences. Et dans ce contexte-là
votre... votre grande ouverture, elle est essentielle pour arriver à bien
amener cet ambitieux projet.
M. Vincent (François) : Puis
je vais faire du pouce sur ce que M. Blackburn vient de dire, le un pour
un. Moi, ça fait cinq ans que je suis vice-président de la Fédération
canadienne de l'entreprise indépendante, je copréside le comité de l'allègement
réglementaire avec le ministre Skeete, puis je n'ai jamais vu de suivi quant au
un pour un. Il y a eu des modifications quant à la politique pour que ce soit
fait en amont, mais encore faut-il que l'analyse d'impact réglementaire soit
capable de bien calculer ces coûts.
Vous avez raison, l'analyse d'impact réglementaire
arrive avec le fait que ça va faire des économies. Mais si ça évalue 20 %
parce que 80 % vont être définis par la réglementation, comment on peut
vraiment bien s'assurer qu'il va y avoir un allègement réglementaire? Si on
donne un nouveau pouvoir habilitant d'une déclaration, d'une cote de
performance, de normes, de normes particulières, d'obligations pour obtenir un
rapport, de registres, bien, ça, c'est tous des éléments qui peuvent ajouter au
poids, au temps et aux coûts pour les entrepreneurs.
Vous avez parlé d'une loi habilitante, et
je... on comprend, mais j'ai de la misère à comprendre que le ministère ne s'est
pas déjà défini sur le plan d'action par rapport à ces règlements. Ils doivent
l'être. Ça s'est fait dans le passé qu'il y ait des intentions réglementaires
qui soient dépassées, puis le CPQ et la FCEI croient que dans ce cadre-là, puis
pour les parlementaires, ça aiderait aux... aux travaux.
Juste finir sur une note positive, la
cocréation, je suis vraiment content d'entendre ça. J'ai été, avant d'être à la
FCEI, à un moment, au niveau de l'industrie de la construction puis j'ai
participé à la cocréation quand il y eut la grande réforme de la Loi sur la
qualité de l'environnement. Donc, si c'est une volonté du ministère de
travailler en cocréation sur les règlements, ça, c'est une bonne nouvelle, je
pense, qui est envoyée au milieu économique.
M. Charette : Et très
rapidement, pour vous rassurer, chaque règlement sera une occasion de
concertation et de consultation. Et vous dites : Les charges que peuvent
représenter les modalités du projet de loi. Moi, je vous dirais, chacun de ces
éléments-là est une raison de plus pour rendre le bâtiment plus résilient,
parce que ce sera une occasion de réaliser des économies. Et si vous êtes
convaincus, et je suis certain que vous l'êtes, des défis énergétiques, si vous
êtes convaincus, et je suis convaincu que vous l'êtes, de l'importance de
lutter contre les changements climatiques, il faut s'attaquer au domaine du
bâtiment qui est un de nos principaux... un de nos... en fait, c'est un de
nos... un de nos... nos éléments d'émissions parmi les plus importants au
Québec. Donc, c'est incontournable de s'y attaquer.
Là, j'ai déjà pris trop de temps pour mon
collègue. Je lui laisse la parole. Et encore une fois je vous remercie pour
votre présence aujourd'hui.
Le Président (M. Jacques) : Merci,
M. le ministre. Et je cède maintenant la parole à M. le député de René-Lévesque
pour deux minutes.
M. Montigny : Alors,
bonjour, messieurs. C'est dommage que vous êtes en visio, j'aurais aimé ça
prendre un café avec vous, mais on va le faire à distance.
Ceci dit, j'aimerais revenir sur des
éléments que mon collègue... que mon collègue ministre a pris le temps d'amener,
entre autres, puis vous avez ramené vous aussi ces éléments-là, entre autres,
sur la consultation pour la réglementation, la cocréation. Vous avez mis dans
votre compte... dans votre conclusion aussi de votre mémoire un élément
important sur nos deux organisations qui sont disposées à poursuivre le
dialogue pour pouvoir... pour promouvoir une transition énergétique qui soit
sensible au contexte et aux capacités des entrepreneurs québécois.
Alors, je vous laisse continuer là-dessus
parce qu'on vous tend la main, il y a beaucoup d'ouverture pour travailler
ensemble, pour consulter pour la réglementation, cocréer. Puis je vois ça dans
votre conclusion. Ça fait que j'ai envie de vous entendre davantage là-dessus,
parce que c'est un peu ce qu'on dit, là, on fait une loi, mais on veut
travailler en... en cocréation puis en consultation pour... pour les
règlements.
M. Vincent (François) : Bien,
vous pouvez adopter les cinq recommandations qu'on a dans notre mémoire, ça
fait que ça, ça commencerait vraiment du bon côté, puis vraiment vous assurer...
pas de rajouter des éléments sur le code de la construction. Puis je pense qu'il
y a d'autres groupes qui sont venus avant nous ici, il y a l'APCHQ qui a parlé
que le code de la construction, c'était une bible. Puis dans... Puis même dans
le plan d'action d'allègement réglementaire, il y avait une orientation 24
qui voulait aller vers un allègement réglementaire en harmonisant les codes
pour... au niveau canadien. Puis on le sait que les codes, dans le reste du
Canada, sont déjà plus restrictifs au niveau de l'efficacité énergétique. Faque
voilà, donc, une bonne... un bon... deux bons <premiers pas à franchir...
M. Vincent (François) :
...
l'efficacité énergétique. Faque voilà, donc, une bonne... un bon... deux bons
>premiers pas à franchir. Je peux laisser Karl rajouter.
M. Blackburn (Karl) : Si
je peux me permettre d'ajouter un complément à François. Merci. D'abord, le
café semble très populaire ce matin, à l'Assemblée nationale, alors ça nous
fera plaisir d'y aller, M. le député, mais...
Le Président (M. Jacques) :
...M. Blackburn, ça met fin à l'échange avec la partie gouvernementale. Je
comprends que c'est court un peu. Mais je cède maintenant la parole à
l'opposition officielle et au député de Jacques-Cartier.
M. Kelley : Merci, M. le
Président. Bonjour, M. Vincent, et bonjour, M. Blackburn. On vient
juste de parler de vous, M. Blackburn, pendant la période des questions,
le premier ministre du Québec a suggéré que notre chef prenne un café avec
vous. Bien, je ne suis pas le chef de notre formation, mais j'ai quand même un
café avec moi, puis c'est toujours un plaisir de discuter avec vous autour d'un
café.
Mais je veux commencer avec une question
concernant les tarifs, parce que c'est écrit dans votre mémoire, le
déséquilibre qui existe présentement, M. Vincent, c'est aussi un débat
qu'on a eu pendant les dernières couples de journées ici, les impacts des
tarifs d'Hydro-Québec sur les PME. Et je sais que vous avez eu la chance de
discuter avec le ministre des Finances, de mémoire, la semaine dernière, dans
les consultations prébudgétaires, puis vous avez souligné que les tarifs
d'électricité présentement sont un enjeu pour nos PME.
Alors, je ne sais pas si vous voulez juste
expliquer pourquoi vous avez pensé que c'était important de souligner ça dans
votre mémoire et si vous avez des autres choses à ajouter à cette discussion
et, quand même, pour vous aussi, M. Blackburn, pour votre organisation, pourquoi
les tarifs... pourquoi il faut discuter des tarifs dans ce projet de loi.
M. Vincent (François) : Bien,
sur les tarifs d'électricité, on a déposé un mémoire, la FCEI, dans le cadre
des consultations sur l'énergie, puis un de nos postulats, c'était que, parce
qu'il y a l'interfinancement, c'est-à-dire que les PME paient 18 % à
28 % plus cher leur électricité, bien, c'est un désincitatif à investir
dans la transition énergétique.
Puis quelque chose qui m'a marqué en
lisant l'analyse d'impacts réglementaires, c'est qu'un des éléments majeurs qui
fait en sorte que nos bâtiments puis les bâtiments résidentiels sont moins
efficaces énergétiquement, bien, c'est parce que le tarif est trop bas. Mais le
tarif est trop bas parce que le tarif de la PME est trop élevé. Ça fait qu'il
faut avoir une action concertée, gouvernementale. Puis, si on ne s'attaque pas
à l'interfinancement, bien, on va faire par la porte d'en arrière ce qu'on fait
par la porte d'en avant, c'est-à-dire qu'on va obliger, par règlement, le fait
que les gens adaptent leurs bâtiments pour améliorer l'efficacité énergétique,
au lieu de s'attaquer aux sources du problème quant à la tarification de
l'électricité puis au fait que les PME paient trop actuellement.
M. Blackburn (Karl) : Si
je peux me permettre d'ajouter. M. le député, d'abord, merci beaucoup pour
l'invitation pour le café, ça me fera plaisir également. Mais je suis content
de constater qu'entre autres les recommandations et les propos du Conseil du
patronat du Québec peuvent influencer d'une certaine façon le gouvernement du
Québec dans ses prises de décisions, toujours dans le but de s'assurer d'avoir
les meilleures conditions possibles pour que le Québec, les entreprises du
Québec, les employeurs du Québec puissent faire ce qu'ils savent faire de
mieux, c'est-à-dire créer de la richesse, créer de la croissance, créer de la
prospérité économique.
Malheureusement, dans certains cas, on ne
voit pas cette croissance et cette prospérité économique parce que, dans une
certaine mesure, il y a vraiment une lourdeur réglementaire, une incapacité
pour les entreprises, dans certains cas, d'être compétitives vis-à-vis leurs
marchés voisins. On pense beaucoup à l'Ontario ou aux autres provinces
canadiennes, mais également à l'ensemble de l'Amérique, et éventuellement à
l'Europe, et même à tout ce que peut représenter la francophonie économique.
Les tarifs électriques, mon collègue
François vient de vous le démontrer très rapidement et surtout très facilement,
malheureusement, la facture électrique qui est assumée par les entreprises ne
reflète pas la réalité, en termes du coût de production ainsi que du coût de
transport de cette énergie, de par la décision du gouvernement de geler les
tarifs électriques pour les citoyens du Québec. Alors, tant qu'il y a cet
élément qui vient en quelque sorte fragiliser ou diminuer la compétitivité des
entreprises québécoises, bien, on va demeurer toujours fragiles par rapport à
cette compétition qui est de plus en plus internationale et de plus en plus
féroce, surtout dans un contexte de ralentissement économique et d'incertitude
économique devant nous.
M. Kelley : Merci beaucoup
pour votre réponse. On a aussi discuté plusieurs fois avec des différents
groupes l'idée que ça va prendre des programmes structurants qui existent pour
aider, si c'est des municipalités ou quand même des entreprises, de faire la
transition énergétique. Je sais que j'ai rencontré PME... puis on a discuté de
la transition énergétique, puis tout le monde a dit : Bien, qu'est-ce qui
existe présentement, des fois, encore, c'est peut-être trop de paperasse ou,
quand même, ça prend trop de temps d'avoir une réponse. Alors, ils mettent ça à
côté puis ils juste continuent avec la structure qui <existe. Alors...
M. Kelley :
...
Alors, ils mettent ça à côté puis ils juste continuent avec la structure qui
>existe. Alors, la suggestion, c'est comme, ça va vraiment prendre un
programme qui est très simple et efficace.
Mais, quand même, le fardeau ne peut pas
toujours être sur le dos des entreprises et des entrepreneurs de faire les
efforts. Ça prend l'assistance du gouvernement et des investissements massifs.
Alors, je sais... je ne sais pas si vous avez réfléchi un petit peu sur c'est
quoi, la meilleure façon, si c'est, quand même, d'avoir plus de... changer des
fenêtres comme dans une entreprise. Il y a plein des choses, comment on doit
mieux aider nos entrepreneurs à être plus efficaces. Mais je ne sais pas si
vous avez des suggestions pour le gouvernement sur comment il peut faire ça
mieux.
• (12 h 10) •
M. Vincent (François) : Bien,
moi, je dirais : simple, efficace, avec aussi un engagement des différents
ministères et organismes pour pousser l'information. On a dévoilé, la FCEI, en
début d'année, un rapport de recherche qui démontre que les crédits d'impôt
sont peu connus par les dirigeants d'entreprise. C'est 30 % des PME, OK,
c'est... ce n'est pas les grandes entreprises, 30 %, puis plus
l'entreprise est... qui sont... qui connaissent les programmes et aides
financières. Plus tu es petit, moins tu es au courant. Puis c'est 50 % des
dirigeants de PME qui vont faire la recherche, le travail puis le dépôt desdits
crédits d'impôt. Puis là on se retrouve dans une situation de pénurie de
main-d'oeuvre qui frappe particulièrement le Québec, puis la conséquence numéro
un, c'est que le dirigeant d'entreprise va faire plus d'heures, donc il éteint
des planchers... il éteint des feux sur le plancher. Donc, la situation
actuelle fait en sorte que c'est plus difficile pour les dirigeants
d'entreprise d'avoir accès à ces crédits d'impôt là. Donc, simplifier, moins de
paperasse puis avoir une bonne façon de rentrer en contact avec les entreprises
qui pourraient bénéficier de certains programmes.
M. Blackburn (Karl) : Si
je peux me permettre d'ajouter un élément. Nous avons effectivement, nous
également, au Conseil du patronat du Québec, sondé la réalité par rapport aux
entreprises québécoises, et en 2022, lorsque nous avons dévoilé notre livre
vert concernant l'environnement et les changements climatiques... D'une part,
les entreprises sont très largement en faveur et conscientes de ces changements
de société dans lesquels on s'inscrit, elles veulent le faire, et elles ont
commencé à le faire, et elles assurent, je dirais même, un leadership
international à cet égard-là. Malheureusement, la méconnaissance des mesures,
la méconnaissance des programmes existants pouvant les... leur permettre,
justement, de faire cette transition est vraiment un frein majeur à cette
espèce de transition possible pour nous.
Et si je peux me permettre un commentaire,
il serait intéressant d'avoir autour de la table des gens qui ne cherchent pas
simplement le fait de dire que non, ce n'est pas possible de le faire de telle
ou telle façon, mais ce serait davantage avantageux d'avoir des gens autour de
la table qui diraient : Vous avez un problème, on va tenter de vous
accompagner pour le régler, parce qu'il en va, je dirais, de la survie de vos
organisations, de la... de la crédibilité de notre politique ou de nos
politiques, mais surtout de réels effets concernant la lutte aux changements
climatiques. Alors, dans ce contexte-là, je pense qu'on aurait tous intérêt à
travailler dans le même sens et dans le même objectif.
M. Kelley : Merci
beaucoup. Une question sur un différent sujet, c'est concernant
l'autoproduction. Puis je parle vraiment comme... on parle de mettre les
panneaux solaires sur le toit d'une entreprise ou, quand même, dans un parc
industriel. On a entendu encore hier les municipalités, qui ont parlé des
projets existant avec Hydro-Québec, qui sont très intéressants pour eux autres.
Mais est-ce que, dans ce projet de loi, on doit regarder cet aspect qu'il y a
des règles qui sont différentes d'une municipalité à l'autre? Est-ce qu'il
faut, dans un sens, permettre certaines entreprises de produire leur propre
électricité ou est-ce que c'est mieux de garder ça pour un autre projet de loi?
Je ne sais pas si vous avez réfléchi un petit peu cet enjeu de
l'autoproduction, mais pas juste ça, l'idée des microréseaux, qui peut être une
solution à notre «crunch» énergétique.
M. Vincent (François) : Bien,
tu sais, je laisserais le CPQ parler pour le CPQ. Moi, c'est peut-être une
réflexion qui pourrait bien venir dans le cadre de toute la réflexion sur
l'énergie puis le projet de loi qui va être... qui va être déposé que dans un
projet de loi sur les modifications de normes des bâtiments.
M. Blackburn (Karl) : Pour
ma part, bien évidemment, la réponse est oui. L'autoproduction, la capacité de
produire de l'énergie sur un mode particulier, sur des projets spécifiques,
peut être une clé pour nous aider à passer à travers la situation de la crise
énergétique dans laquelle on semble se diriger, malheureusement, avec les
besoins qui sont grandissants au Québec, mais, malheureusement, la capacité de
rencontrer ces besoins. Alors, d'une part, pour nous, il est clair
qu'Hydro-Québec est notre vaisseau amiral, Hydro-Québec doit continuer de jouer
un rôle de leadership au Québec, en Amérique et dans le monde. Mais que les
entreprises puissent avoir accès à des sources d'énergie qui <proviennent...
M. Blackburn (Karl) :
...
Mais que les entreprises puissent avoir accès à des sources d'énergie qui >proviennent
d'autres producteurs, pour des besoins spécifiques, est certainement une avenue
intéressante à envisager. On aime souvent répéter : D'être capable
d'utiliser la bonne énergie au bon endroit fait partie également de ces
éléments de collaboration ou de permettre, justement, d'atteindre ces
objectifs.
On a plusieurs, aussi, municipalités ou
même organisations régionales qui ont eu la capacité de créer des... des
minicentrales, entre autres, puis des productions d'énergie avec des éoliennes,
ou autres, qui permettent d'avoir des retombées directes dans les communautés,
mais également qui permettent, justement, de faire en sorte que ces retombées
puissent servir la création, le développement de ces communautés. Donc, il y a
là vraiment une utilisation gagnant-gagnant entre le grand producteur
énergétique au Québec, qui est Hydro-Québec, mais également la capacité d'avoir
accès à d'autres sources, d'autres producteurs, pour maximiser l'objectif
commun d'avoir l'énergie nécessaire pour développer l'ensemble des entreprises
au Québec et leur permettre de décarboner également leur production.
Parce que ce qu'on rencontre,
actuellement, c'est que des grandes entreprises au Québec, qui ont les
capacités financières, qui ont les projets réels entre les mains pour
décarboner leur production, se heurtent malheureusement à une réponse de non-disponibilité
de l'énergie, ce qui nuit, d'une certaine façon, à l'atteinte de l'objectif du
gouvernement du Québec de décarboner notre production d'ici 2050 et même avant,
d'ici 2030, mais en même temps qui risque de mettre... de fragiliser nos entreprises
qui, elles, font face à une compétition internationale. Et les producteurs
internationaux sont de plus en plus agressifs dans leur offre pour attirer des
entreprises sur leur territoire.
M. Kelley : Merci
beaucoup. Et pour vous autres, pour vos membres, est-ce que les discussions
autour de l'énergie, c'est une préoccupation à ce qu'il y a certaines
entreprises présentement qui regardent la situation... ou a quand même
peut-être reçu un message ou une réponse d'Hydro-Québec qu'il va y avoir un délai
pour leur projet? Est-ce que ça, c'est quelque chose qui arrive, présentement,
sur le terrain, qui arrive présentement à vos membres?
M. Blackburn (Karl) : Oui,
la réponse est oui. Malheureusement, il y a des projets actuellement qui sont
mis sur pause, des projets de décarbonation, parce que, malheureusement,
l'énergie n'est pas disponible pour les aider ou, à tout le moins, le
gouvernement ne choisit pas de rendre cette énergie disponible pour les aider à
faire cette décarbonation. Et, bien évidemment, nous aurons l'occasion, lorsque
le projet de loi du gouvernement sur l'avenir énergétique du Québec sera
déposé... nous aurons l'occasion d'aller faire également des présentations ou
des propositions qui correspondront, d'une part, à la réalité économique du
Québec, deuxièmement, aux besoins des entreprises du Québec, mais,
troisièmement, à la capacité de leader qu'a le Québec de maintenir cette avance
sur les marchés internationaux et les marchés nord-américains en termes de
producteur d'énergie verte et renouvelable.
Le Président (M. Jacques) :
Merci, M. Blackburn et M. Vincent, pour votre contribution à nos
travaux.
Nous allons suspendre quelques instants
afin d'accueillir le prochain groupe.
(Suspension de la séance à 12 h 18)
(Reprise à 12 h 19)
Le Président (M. Jacques) :
Nous reprenons nos travaux. Je souhaite maintenant la bienvenue aux
représentantes du Centre d'études et de recherches intersectorielles en
économie circulaire, conjointement avec l'institut <i>AdapT. Je vous
rappelle que vous disposez de 10 minutes pour votre exposé, après quoi
nous procéderons à la période d'échange avec les membres de la commission. Je
vous invite donc à vous présenter et à débuter votre exposé.
Mme Duval (Karla) : M.
le Président, M. le ministre, Mmes et MM. les députés, membres de la <commission...
Mme Duval (Karla) :
...
M. le Président, M. le ministre, Mmes et MM. les députés, membres de la >commission,
je me présente, Karla Duval. Je suis la directrice exécutive de l'institut
AdapT et je suis accompagnée aujourd'hui de ma collègue Hortense Montoux,
chargée de projet au CERIEC et coresponsable du laboratoire d'accélération en
économie circulaire, secteur de la construction. Nous vous remercions pour
cette invitation à participer aux consultations sur le projet de loi n° 41.
• (12 h 20) •
Avant de plonger dans le vif du sujet et
de vous partager nos observations et recommandations sur le projet de loi,
permettez-moi de vous faire un bref survol du CERIEC et de l'Institut AdapT.
Le CERIEC, le Centre d'études et de
recherches intersectorielles en économie circulaire, a été mis sur pied en
septembre 2020. Le CERIEC a pour mission de contribuer au déploiement de
l'économie circulaire et à en maximiser les retombées pour les acteurs
économiques, les gouvernements et la société civile. Parmi ses activités, le
CERIEC anime depuis 2021 le laboratoire d'accélération en économie circulaire
pour le secteur de la construction, un dispositif rassemblant plus de
300 acteurs du milieu et des chercheurs.
L'institut AdapT a, quant à lui, vu le
jour en 2022. Il a pour mission de développer des solutions et pratiques
innovantes pour la conception et la construction d'infrastructures circulaires
et résilientes aux changements climatiques. Il s'est donné le mandat d'agir
comme un guichet unique et de regrouper les forces vives académiques,
scientifiques et industrielles afin d'accélérer l'adaptation de notre
environnement bâti. Les deux organisations font partie de l'École de
technologie supérieure.
D'emblée, nous souhaitons saluer
l'initiative du gouvernement avec le projet de loi n° 41. La
reconnaissance de l'importance cruciale de mesurer et publiciter certaines
données environnementales des bâtiments est une avancée importante. À travers
notre analyse, nous avons identifié certaines opportunités qui pourraient
renforcer la portée du projet de loi, notamment en incluant les notions
d'économie circulaire et d'adaptation aux changements climatiques. Ces éléments
sont essentiels dans la conception de bâtiments résilients et durables pour les
générations futures.
Grand consommateur de ressources, le
secteur de la construction au sens large est parmi ceux qui émettent le plus de
gaz à effet de serre et génèrent le plus de matières résiduelles. L'économie
circulaire, en réduisant la consommation de ressources, en prolongeant la durée
de vie des produits et en favorisant la réutilisation des matériaux, offre une
réponse concrète aux enjeux actuels. Elle représente à la fois une opportunité
économique et une façon de minimiser la pression sur nos écosystèmes naturels.
Nos efforts doivent se déployer sur
plusieurs fronts. Il ne suffit pas de réduire nos émissions et limiter le
réchauffement, il faut en parallèle se préparer aux événements climatiques extrêmes
de plus en plus fréquents, en d'autres mots, adapter nos façons de faire à la
réalité des changements climatiques. Nos universités regorgent d'experts qui
travaillent au quotidien pour développer des technologies et des pratiques
novatrices et des matériaux résilients et circulaires. Une collaboration accrue
entre les gouvernements, les entreprises et le monde de la recherche est
incontournable.
Je vais maintenant céder la parole à ma
collègue qui pourra vous détailler davantage nos recommandations afin de
bonifier le projet de loi. Merci.
Mme Montoux (Hortense) : Comme
l'a indiqué ma collègue Karla, nous saluons l'existence de ce projet de loi et
avons proposé trois recommandations dans notre mémoire pour lui donner une
portée plus ambitieuse et plus cohérente avec les objectifs climatiques. Avant
de vous exposer ces recommandations, nous aimerions souligner qu'il nous semble
qu'une grande partie de l'impact réel du projet de loi n° 41 dépendra de
la rédaction des règlements d'application qui suivront son adoption. En effet,
selon les seuils proposés pour la cote de performance et les méthodes de calcul
applicables, le gouvernement enverra un message plus ou moins clair aux
propriétaires de bâtiment envers ces attentes. Nous vous encourageons donc à
avoir une approche ambitieuse lors de l'établissement de ces seuils.
Ceci dit et pour revenir plus directement
au projet de loi dans sa forme actuelle, il nous semble essentiel d'avoir une
vision plus complète de la notion de performance environnementale. En effet,
jusqu'à présent, on a considéré le plus souvent le carbone opérationnel, et
c'est ce qu'on croit lire aussi dans ce projet de loi, c'est-à-dire la quantité
d'émissions de gaz à effet de serre libérée pendant la phase opérationnelle ou
d'utilisation d'un bâtiment, généralement le chauffage, l'éclairage, la
climatisation. C'est la partie la plus visible et la plus facile à calculer.
Mais nous avons, au Québec, la chance d'avoir une électricité fortement
décarbonée, et des efforts sont déployés en ce moment autour de l'efficacité
énergétique des bâtiments, ce qu'on salue. On peut donc prévoir que la part des
gaz à effet de serre liée à ce carbone opérationnel va être amenée à diminuer.
Mais ces efforts-là ne sont pas
suffisants. Pour continuer à avancer vers une véritable réduction significative
des émissions, il faut plutôt s'intéresser à la notion de carbone dit intrinsèque.
Le carbone intrinsèque fait référence aux émissions associées à la fabrication,
à la mise en place et à l'utilisation des matériaux de construction sur
l'ensemble du cycle de vie, depuis l'extraction des matières premières jusqu'à
leur fin de vie qui est le plus souvent l'enfouissement. Une fois le bâtiment
construit ou rénové, autrement dit une fois les choix faits en ce qui concerne
les matériaux, leur provenance, le mode de transport pour les acheminer, les
approches de conception et le mode de construction, on ne peut plus revenir en
arrière, ce carbone-là est <émis une fois pour toutes...
Mme Montoux (Hortense) :
...
mode de construction, on ne peut plus revenir en arrière, ce carbone-là est
>émis une fois pour toutes. Et quand on sait que les bâtiments qu'on
construit aujourd'hui seront, pour la grande majorité, encore debout en 2050 et
que nous devons avoir atteint la carboneutralité d'ici là, on comprend alors
l'importance de travailler explicitement et dès maintenant sur le carbone
intrinsèque.
Cette approche plus complète permet un
calcul, donc, de performance environnementale plus exhaustif des bâtiments, et
c'est essentiel. Mais cette approche permet aussi de développer de nouveaux
réflexes, une vision et un mode de pensée systémique dont nous avons vraiment
besoin pour résoudre nos défis actuels qui sont eux aussi complexes. C'est ce
que nous essayons de développer, par exemple, au sein du laboratoire
d'accélération en économie circulaire pour le secteur construction, qui
encourage vraiment les acteurs à prendre conscience qu'un choix fait au moment
de la commande ou la conception d'un bâtiment a des impacts plus loin dans la
chaîne de valeur ou dans l'opération du bâtiment, de sa déconstruction ou de la
gestion des résidus, par exemple.
Le lab a ainsi mené 19 projets
d'expérimentation pour tester des solutions de circularité. Ainsi, l'un des
projets de ce lab a pu explorer les stratégies de conception qui permettent de
rendre un bâtiment adaptable et démontable par rapport au mode de conception
actuel. Un autre a démontré comment déconstruire des bâtiments en vue du
réemploi à un coût équivalent à celui de la démolition. Un autre s'est penché
sur la manière d'intégrer les éléments issus du réemploi dans un projet de
rénovation typique résidentiel. Encore un autre projet a regardé comment la
construction modulaire, qui va être amenée à se développer beaucoup dans les
prochaines années, pourrait être compatible avec la déconstruction. Et chacun
de ces exemples démontre que c'est bien cette articulation entre les maillons
de la chaîne qui détermine si un bâtiment est durable, circulaire ou résilient
ou, au contraire, jetable, intensif en consommation de matières vierges et non
adapté aux réalités climatiques actuelles et futures. C'est vraiment en
adoptant cette logique-là, qui est véritablement basée sur le cycle de vie du
bâtiment, que les choix les plus intelligents deviennent alors une évidence.
Si on est contraint de réduire l'impact
global du bâtiment, on doit se tourner vers des matériaux locaux biosourcés à
fort contenu recyclé ou réemployé. On va être amené à travailler avec des
fournisseurs industriels qui sont eux-mêmes engagés dans des réductions
d'impact, etc. Donc, on voit vraiment l'effet d'entraînement sur l'ensemble du
secteur que cette approche systémique peut avoir. Et c'est de cette manière
qu'on peut faire une réelle différence quant à l'impact carbone du bâtiment.
Nous avons mentionné dans notre mémoire
l'exemple de la France, qu'il serait intéressant de suivre de près, car le
déploiement de sa réglementation environnementale, la RE2020, est en cours, et
on y trouve un lien clair et très explicite entre les objectifs de réduction
des gaz à effet de serre du secteur et des plafonds d'équivalents CO2
par mètre carré construit. Pour chaque mètre carré construit, on doit donc
avoir cette logique d'optimisation de la ressource et de réduction de l'impact
environnemental. Nous vous invitons donc à suivre le développement en cours de
cette loi et les leçons qu'il faudra en tirer pour pouvoir en adapter certains
éléments à notre contexte québécois.
Notre deuxième recommandation va dans le
même sens. Le carbone intrinsèque, dont on vient de parler, c'est un indicateur
essentiel aussi lorsqu'on se place dans une logique de circularité et
d'adaptation aux changements climatiques. Requestionner le besoin d'un bâtiment
neuf, réduire la quantité de ressources utilisées, envisager des usages
multiples ou alternatifs pour retarder la fin de vie, favoriser le réemploi,
concevoir un bâtiment avec des mesures de résistance des matériaux ou de
confort d'été, d'hiver, intégrées dès la conception, tous ces exemples sont des
stratégies pour réduire les émissions sur l'ensemble de la vie d'un bâtiment et
peuvent bien sûr se cumuler. Notre mémoire propose une liste non exhaustive de
stratégies de circularité et d'adaptation aux changements climatiques, ce qui
démontre qu'il y a vraiment des cadres existants, des stratégies concrètes, des
projets pilotes qui existent et qui peuvent vraiment soutenir les acteurs dans
leurs choix.
Par ailleurs, l'intégration systémique de
ces objectifs de circularité et d'adaptation dans la loi n° 41
et aussi, graduellement, dans tout le corpus législatif permettrait de
renforcer la cohérence des politiques environnementales et d'envoyer des
messages clairs aux acteurs dans les milieux économiques. Il nous semble
important désormais de souligner que toute action, toute politique
environnementale devrait clairement viser plus de circularité et plus de
résilience face aux changements climatiques pour le Québec. Comme indiqué dans
notre mémoire, ce modèle semble le seul qui permettra de résoudre les enjeux et
l'urgence à laquelle nous sommes confrontés.
Enfin, notre dernière recommandation vise
à reconnaître que pour se donner les moyens d'une approche systémique,
ambitieuse qui tient compte du carbone intrinsèque dans une logique de
circularité et de résilience, il reste du travail à faire. On le sait, il reste
de la donnée à générer et à structurer, des méthodes et des outils à développer
autour de l'analyse du cycle de vie, par exemple, il reste des acteurs à
mobiliser dans cette transition. On peut citer, comme exemples d'outils concrets,
les lignes directrices très parlantes de la ville de Vancouver pour la prise en
compte du carbone intrinsèque, par exemple. La recherche, la cocréation de
solutions innovantes avec les acteurs du secteur de la construction, la
préparation de la mise en œuvre avec un agenda progressif et annoncé sont
autant de leviers qu'il faudrait activer pour poursuivre le travail entamé par
le CERIEQ, par l'institut AdapT, mais aussi par d'autres acteurs majeurs sur
l'ensemble de ces stratégies.
Nous vous remercions pour votre attention
et sommes disponibles pour répondre à vos questions.
Le Président (M. Jacques) : Merci
beaucoup. Je cède maintenant la parole à M. le ministre pour une période
d'échange de 12 min 30 s.
• (12 h 30) •
M. Charette : Merci, M.
le Président. Temps que je vais partager avec un de mes collègues. Mesdames,
merci d'être avec nous...
12 h 30 (version révisée)
M. Charette : ...partager avec
un de mes collègues. Mesdames, merci d'être avec nous ce matin. Très
intéressant. Je vais y aller, comme je le fais pour plusieurs groupes, certains
commentaires pour peut-être donner suite à votre propos. N'hésitez pas à réagir
à ces commentaires, si vous le souhaitez. Et c'est mon collègue qui va prendre
la relève pour davantage les questions, là, qui vous seraient adressées.
Sinon, vous avez parlé du carbone
intrinsèque. C'est un concept qui a été évoqué, là, par quelques-uns des
groupes que nous avons entendus depuis le début de la consultation. Et, je peux
vous rassurer, lorsqu'il est question, dans le projet de loi, des travaux de
construction, c'est réellement l'ensemble du cycle qui est visé, donc la... la
construction, l'entretien et ultimement la démolition.
Je vais déjà aborder un élément, là, qui
est en dehors du cadre du projet de loi, mais sur lequel on travaille. Une fois
arrivés à la fin du cycle de vie, les fameux CRD, les... la matière résiduelle,
là, qui relèvent de la construction, de la rénovation et de la démolition, se
retrouvent à l'heure actuelle essentiellement à l'enfouissement. On a fait des
grosses avancées, au cours des dernières années, sur plusieurs aspects de la
gestion de notre matière résiduelle, qu'elle soit organique, que ce soit à
travers la consigne, que ce soit à travers la collecte sélective, mais, au
niveau des CRD, on a encore beaucoup, beaucoup de travail à faire. Et c'est la
raison avec... pour laquelle, avec le CETEQ, avec RECYC-QUÉBEC, on travaille à
implanter de la réglementation à ce niveau-là et des obligations. Donc, au
cours des prochains mois, on va souhaiter faire des avancées à ce niveau-là, au
même titre qu'on en a fait, là, dans les autres aspects de la gestion de la
matière résiduelle. Mais sinon, vous rassurer, lorsqu'il est question de
travaux de construction dans le projet de loi, c'est réellement l'ensemble du
cycle qui est... qui est pris en compte.
Sinon, au niveau... Vous avez évoqué l'importance
de la... de l'ambition de la réglementation à venir. Je ne peux pas être plus d'accord
avec vous, c'est une réglementation qui va toucher différents aspects, différents
fronts, oserais-je dire. Mais ce que je répète à peu près à chacun des groupes,
c'est que cette réglementation-là sera établie et travaillée avec les
partenaires. C'est un projet de loi qui est d'abord et avant tout habilitant,
donc qui nous donne la possibilité, qui nous donne les pouvoirs pour mettre en
place cette réglementation-là, mais, sans ces pouvoirs-là, c'est difficile de
développer la réglementation. Donc, on a une bonne idée où on souhaite aller.
Et vous serez interpelés aux prochaines étapes, là, pour justement y ajouter
votre point de vue et votre expertise au moment, là, des démarches qui vont
suivre l'adoption du projet de loi, s'il devait être adopté.
Donc, c'est les deux éléments sur lesquels
je voulais... je voulais revenir. N'hésitez pas à les commenter. Sinon, je vais
céder la parole à mon collègue, avant de vous... Avant, je veux vous remercier
encore une fois d'être avec nous ce matin, là. C'est très apprécié.
Mme Montoux (Hortense) : Merci.
En réaction, j'ajouterais juste, bien, que je suis heureuse d'entendre le...
notamment le... l'approche collaborative que vous mettez de l'avant, puis qu'on
sera bien évidemment disponibles pour collaborer sur... sur l'ensemble des
prochaines étapes, et notamment avec les chercheurs aussi, de nos deux
instituts, qui ont évidemment une expertise très poussée sur ces sujets-là.
Le Président (M. Jacques) : Merci.
M. le député de Masson.
M. Lemay : Merci, M. le
Président.
Le Président (M. Jacques) : Pour
neuf minutes.
M. Lemay : Aucun souci.
Merci, M. le Président. Donc, Mme Montoux et Mme Duval, très heureux de vous
voir aujourd'hui. Félicitations pour vos travaux que vous effectuez pour vos
collaborations respectives. Et aussi, en même temps, l'ETS, là, c'est quand
même leur 50e anniversaire cette année, donc, si possible, on se croisera
lors de cet événement festif en mars prochain.
Alors, dites-moi, bien, vous l'avez
mentionné dans votre mémoire à la page cinq, là, justement, là, chaque dollar
investi, là, en adaptation aux changements climatiques nous rapportera
15 $ d'économie dans le futur. Donc, c'est quand même important d'y penser
aujourd'hui, si on veut avoir ces économies futures. Et si... je prendrais les
propos du ministre et de revenir un peu sur ce qu'il venait de mentionner. Vous
le mentionnez aussi à la page six de votre mémoire, là, vous avez justement le
Lab construction du CERIEC, là, où... dans lequel que vous... vous faites, si
on veut, certaines expérimentations justement pour réduire les GES sur le cycle
de vie. Est-ce que vous voulez nous parler un petit peu plus du Lab
construction du CERIEC?
Mme Montoux (Hortense) : Oui,
avec plaisir. C'est un dispositif qui a été mis en place début 2021, puis
c'est le premier lab d'accélération. Puis on est en train d'en déployer
plusieurs sur le même dispositif. C'est vraiment basé sur deux piliers qui sont
la cocréation et l'expérimentation. On est persuadés que travailler avec
plusieurs acteurs, c'est <vraiment...
Mme Montoux (Hortense) :
...l'expérimentation.
On est persuadés que, travailler avec plusieurs acteurs, c'est >vraiment
cette intelligence collective là qui va concrètement faire avancer les choses.
On le voit bien, on l'a... on a fait tout un travail sur une vision d'un
secteur de la construction plus circulaire. Puis des freins... puis on voit
dans les freins qu'il y a beaucoup de freins qui sont évidemment de toutes
natures, on a identifié des freins économiques, réglementaires, mais il y a
aussi beaucoup de freins qui sont liés aux pratiques, aux cultures, aux
manières de faire, qui se travaillent sur le temps plus long, mais qui
nécessitent vraiment une collaboration de l'ensemble des acteurs pour pouvoir
faire bouger un petit peu les curseurs.
Donc, on a eu un dispositif vraiment de
cocréation sur ces trois grandes étapes : visions, freins, solutions. Et
puis ces solutions-là ont ensuite été rendues concrètes sous forme de
19 projets d'expérimentation qui sont... présentement en train de se
terminer. On entre progressivement, là, dans les prochains mois, dans la phase
de transfert des connaissances. On a vraiment à coeur de partager, avec un
cercle encore plus large que les 300 personnes qui ont contribué à ce
dispositif, l'ensemble de ces résultats. Il y a vraiment des choses très
diverses et très concrètes. On a vraiment des...
Par exemple, sur la question de l'analyse
de cycle de vie, on a un groupe qui a travaillé à réfléchir comment on peut
faire évoluer les méthodologies d'analyse de cycle de vie pour mieux,
justement, prendre en compte les stratégies d'économie circulaire. Tout ça est
d'intérêt pour les gens qui font de l'ACV. Puis on comprend aussi qu'il va y en
avoir de plus en plus et que ça va potentiellement devenir des choses
obligatoires avec ce qui s'en vient. Donc, il y a vraiment un enjeu à avoir une
vision la plus large possible grâce à l'ACV puis au... d'inclure vraiment les
stratégies d'économie circulaire.
Et ce qui est intéressant, c'est qu'on a
aussi des outils très clé en main pour les acteurs, on a des fichiers Excel de
calcul de flux de matière, de suivi de données autour du réemploi, etc., puis
des livrables aussi plus axés sur la recherche, mais il y a vraiment une grande
diversité de contenu qui a été générée. On compte bien poursuivre ce travail-là.
On se rend compte que, sur certains freins, on a seulement commencé à
l'éclairer, à le rendre visible et puis qu'il faut encore beaucoup de travail.
Puis c'est aussi le sens de ma dernière
recommandation, c'est qu'il y a encore beaucoup de choses à affiner dans tout
ça, il y a encore de la donnée à générer, des outils à créer pour soutenir
cette transition-là qui est essentielle et qui doit se faire avec l'ensemble
des acteurs. Donc, nous, on croit vraiment dans ce modèle de cocréation et de
recherche basée sur l'expérimentation, avec de vrais terrains, puis on constate
des freins vraiment très concrets. On a un projet de rénovation résidentielle
qui vise à utiliser des fenêtres issues du réemploi. Bien, jusqu'à ce que le
permis soit déposé puis obtenu on n'était pas certain que ça allait fonctionner.
Il y a encore des blocages de... très, très pragmatiques, très terrain, qu'il
faut aller regarder, qu'il faut... pour lesquels il faut pousser le test de la
vraie vie pour voir ce qui... ce qu'il en ressort et qu'est-ce qu'on peut
activer comme levier.
M. Lemay : Merci,
Mme Montoux, pour cette explication. J'aimerais vous emmener maintenant à
la page 7 de votre mémoire, là. Justement, le ministre en parlait aussi,
là, puis vous avez fait une présentation dans votre exposé initial, sur le
carbone intrinsèque versus le carbone opérationnel. Puis j'aimerais savoir, au
niveau des outils qui sont mis à la disposition pour justement estimer les GES,
là, en lien avec le carbone intrinsèque, là, il y a un outil qui a été financé
en partie par le gouvernement du Québec, là, Gestimat. Donc, j'imagine que vous...
c'est un outil que vous utilisez, peut-être nous en parler. Est-ce qu'il y a
d'autres outils d'estimation que vous faites dans votre... dans vos chaires de
recherche, ou c'est vraiment... l'outil dédié, c'est Gestimat?
Mme Montoux (Hortense) : Non,
il y a plusieurs outils qui existent, qui se côtoient puis qui sont aussi en
cours de développement. Justement, dans le projet dont je parlais à l'instant,
sur l'équipe qui a travaillé sur l'intégration des stratégies de circularité
dans l'analyse de cycle de vie, il y a aussi... ils ont fait justement une
analyse des outils existants sur le marché, donc il y a Gestimat puis il y en a
trois... trois autres, de mémoire : One Click LCA, Tally, puis le
troisième m'échappe, mais je pourrais vous le transmettre. Ce document est...
est déjà public, de toute façon, cette note sur l'ensemble des outils existants
dans le marché.
Donc, il y a des outils existants. On est
confrontés au fait qu'ils sont basés sur des bases de données qui ne sont pas
toujours paramétrables. Donc, quand on veut ajouter des stratégies de
circularité là-dedans, de prendre en compte un réemploi d'un matériau qui se
trouve dans un autre système, bien, ce n'est pas toujours évident, donc il y a
encore du travail, de l'ajustement à faire.
Gestimat a contribué aussi à... l'équipe,
en tout cas, derrière... derrière Gestimat, qui sont les gens de Cecobois, ils
ont contribué à nos discussions autour de cette réflexion-là. Puis ça soulève
aussi un enjeu qu'on retrouve dans pas mal de ces... de ces sujets-là autour de
la circularité, c'est qu'il n'y a pas encore de standardisation. Donc, il y a
plusieurs outils qui se côtoient, qui fonctionnent ensemble, il y aurait
sûrement de l'intérêt à aller vers plus de standardisation.
Puis c'est un peu le débat qu'ouvre ce
projet-là et ses livrables aussi, de dire : Il y a plusieurs manières de
faire des analyses de cycle de vie, il y a plusieurs manières de considérer des
bases de données, pourrait-on réfléchir à une manière intelligente de
travailler un petit peu tous ensemble de la même manière pour avoir des
résultats comparables entre deux ACV? Ce qui n'est pas toujours le cas,
malheureusement, en date d'aujourd'hui, mais ça reflète qu'il y a encore...
encore du travail à faire, c'est vraiment un domaine qui est en effervescence, puis
qu'il y a probablement des discussions à poursuivre au sein des acteurs pour...
pour avancer vers une relative standardisation des pratiques là-dedans.
• (12 h 40) •
M. Lemay : Donc, en résumé,
ce que je comprends, c'est qu'il pourrait y avoir de l'optimisation. Il
pourrait y avoir un <forum...
M. Lemay :
...en
résumé, ce que je comprends, c'est qu'il pourrait y avoir de l'optimisation. Il
pourrait y avoir un >forum ou un groupe de travail, là, pour justement standardiser
les mesures d'estimation. C'est ce que je comprends.
Mme Montoux (Hortense) : Oui,
tout à fait. Puis je pense que ce qui serait pertinent aussi, c'est un arrimage
avec les travaux qui se font au fédéral en ce moment là-dessus. Il y a un... une
plateforme sur la décarbonation des bâtiments qui a des réflexions aussi autour
de ces sujets-là. Je pense qu'il y avait l'idée de développer une base de
données nationale aussi. Je ne suis pas certaine si les travaux sont encore en
cours, parce que ça semble peut-être être mis sur la glace, mais, en tout cas,
il y a aussi des réflexions de ce côté-là. Puis, avec le <i>code national
de bâtiment qui s'en vient, en 2030, qui doit prendre en compte l'adaptation
aux changements climatiques, il faudrait que le Québec soit aussi dans ces...
dans ces conversations-là pour pouvoir avoir des arrimages intelligents autour
de tout ça.
M. Lemay : OK, donc je note,
là, que vous suggérez des amendements aux articles 1 et 6, là, pour qu'on
puisse mieux spécifier le carbone intrinsèque, là. Je ne suis pas juriste, là,
ça fait que je n'ai pas la vision de comment ça devrait être rédigé, mais
j'imagine que ce sera tenu en considération au besoin.
Vous faites aussi d'autres
recommandations, à la page 8 de votre mémoire, là, justement d'avoir des
modifications aux articles 4 et 14, au niveau de la notion d'économie
circulaire, pour vraiment que ce soit bien mentionné puis inclus au projet de
loi. À l'article 14, là, on parle, là, notamment, dans le projet de loi,
là, de... du programme correcteur, justement. Je regardais ça un petit peu,
tout à l'heure, tu sais, peut-être que vous n'avez pas le projet de loi devant
vous, mais est-ce que vous voulez nous parler un petit peu plus de votre
recommandation que vous faites à la page 8, là? Puis comment vous voyez
l'intégration qu'on pourrait faire? Ce que vous suggérez aux articles 4 et
14, là, de la loi édictée par le projet de loi.
Mme Montoux (Hortense) : Bien,
c'est qu'on... les notions de circularité, d'adaptation, on voudrait qu'elles
soient vraiment explicitées, puis c'est un peu la même idée avec le carbone
intrinsèque. Puis ce qui est intéressant, dans la circularité, dans les
stratégies d'adaptation, c'est que... puis c'est un peu ce que je disais, c'est
qu'on a des choses concrètes qui existent déjà. Donc, si on a... on est face à
un bâtiment qui n'a pas une bonne performance, d'avoir, notamment, dans les
programmes correcteurs, dans le... dans ce qui encadre le programme correcteur,
la liste des stratégies de circularité, des stratégies d'adaptation, ça vient
soutenir les acteurs à venir piocher dans cette liste-là de stratégies, de dire :
Pour améliorer la performance de votre bâtiment, voici l'ensemble des choses
que vous pourriez faire.
Puis, comme je le disais, nous, par
exemple, dans le cas du Lab construction, on est en train de développer une
plateforme de transfert de connaissances. Donc, il y a, pour certaines
stratégies de circularité, déjà des outils très, très concrets auxquels on
pourrait référer les acteurs pour pouvoir se lancer dans ces stratégies-là...
Le Président (M. Jacques) :
...
Mme Montoux (Hortense) : ...et
ainsi contribuer à venir améliorer leur performance, pardon.
Le Président (M. Jacques) : Merci
beaucoup pour ces échanges avec... avec la partie gouvernementale. Je
demanderais le consentement de la commission pour continuer nos travaux jusqu'à
12 h 53. Est-ce qu'il y a consentement? Consentement. Merci. Je cède maintenant
la parole à l'opposition officielle, à Mme la députée de Mille-Îles.
Mme Dufour : Oui, merci.
Merci, Mme... Mmes Duval et Montoux, pour la présentation. C'est un sujet qu'on
a peu abordé, l'économie circulaire, alors merci d'amener... amener ce sujet
sur la table.
Vous avez beaucoup parlé, là, des... de la
circularité des matériaux. Est-ce que... est-ce qu'il y a... est-ce qu'actuellement
on sait... des matériaux qui sont plus recyclables que l'autre... que d'autres?
Est-ce qu'il existe des guides, par exemple, qui peuvent accompagner les
développeurs pour ça, pour...
Une voix : ...
Mme Dufour : C'est ça, tu
sais, dans le fond, parce que l'objectif, c'est que les matériaux qui vont être
utilisés dans la construction vont pouvoir servir, un coup déconstruits, là.
Donc, je voudrais vous entendre là-dessus, s'il vous plaît.
Mme Montoux (Hortense) : Oui,
tout à fait. Bien, on identifie, déjà, deux types de stratégie, là, pour la fin
de vie. Ça peut être, en effet, le réemploi immédiat suite à la déconstruction.
Donc, on a certains des projets du Lab construction qui ont fait cette
démonstration-là. Évidemment, les matériaux qu'on retrouve le plus, là-dedans,
c'est le bois, le métal, qui sont relativement réutilisables, avec encore des
enjeux qu'on souhaiterait continuer à travailler, autour de l'assurance, par
exemple, comment on fait pour assurer un bâtiment qui contient des matériaux
issus du réemploi, mais, en tout cas, la faisabilité technique de ce
réemploi-là est relativement bien démontrée.
Et puis, sur les voies de recyclage,
l'enjeu qu'on... On a mené ... Il y a plusieurs projets du Lab construction qui
touchent à ça, puis il y a aussi l'APCHQ qui a mené un gros projet pilote de
tri sur chantier, notamment... ils ont peut-être mentionné l'existence. Et puis
là on se rend compte qu'évidemment, là, il y a des logiques territoriales qui
sont très différentes, on n'est pas... on n'a pas les capacités de recyclage
des mêmes matières selon les différents territoires, ce qui... ce qui est
normal, mais qui complexifie un petit peu, justement, la mise en place de
lignes directrices, puisqu'il faudrait les ajuster à chaque réalité
territoriale.
Mais, globalement, ce qu'on retrouve, en
tout cas, dans les données plus générales, c'est la même chose, c'est-à-dire
que le bois se recycle bien, les matériaux type métal, aluminium aussi. Et puis
on identifie aussi de manière très récurrente des matériaux qui sont encore
problématiques pour le recyclage, le gypse, par exemple. Il y a eu <quelques...
Mme Montoux (Hortense) :
...des
matériaux qui sont encore problématiques pour le recyclage, le gypse, par
exemple. Il y a eu >quelques expérimentations, quelques projets pilotes,
ce n'est pas évident avec la réglementation actuelle puis avec l'écosystème
d'acteurs qu'on a aujourd'hui. C'est encore un peu un maillon manquant de ce
point de vue là. Et puis les agrégats qui sont aussi... pourtant techniquement
relativement recyclables, mais qui sont dans des grandes quantités, donc pas
toujours absorbables non plus par... par les acteurs locaux.
Mais il y a vraiment cette spécificité
territoriale qui... puis c'est des réflexions qui ont lieu aussi dans d'autres
comités, de se dire : Bien, est-ce qu'on peut faire une sorte de portrait
territorial de ce qui est disponible? Pour pouvoir dire simplement aux acteurs :
Vous, dans le territoire dans lequel vous vous trouvez, le bois est recyclable
à telle place, le métal à tel autre, pour le gypse, il faudrait vous rendre
plus loin ou il n'y a pas de solution, mais d'essayer de donner un portrait
régionalisé, finalement, des possibilités.
Ce qui donnerait plus de transparence puis
plus de... permettrait aussi d'identifier justement sur... dans quelles zones
on a des manques. Il y a encore des zones au Québec qui n'ont aucun lieu de tri
pour les CRD, donc, évidemment, ces gens-là, il faut peut-être qu'ils aient des
pratiques plus développées en chantier et envoyer directement vers les
recycleurs, versus les zones où il y a des centres de tri efficaces,
transparents, qui fonctionnent bien sur le tri des CRD, plutôt rediriger vers
eux. Donc, il y a une sorte d'approche différenciée à avoir, qui est
nécessaire, qui est... qui n'est pas simple, mais on n'a pas le choix de passer
par ça si on veut une gestion efficace sur l'ensemble du territoire.
Mme Dufour : Oui, tout à fait.
Vous faites état, là, que... dans votre mémoire en page quatre, que... que
l'économie ne serait circulaire qu'à 3,5 %, alors que mondialement on est
plutôt dans l'ordre du 7,2 %. Donc, on... on n'a pas un bon bilan, là, je
comprends. Et, particulièrement pour les matériaux de construction, il y a un
potentiel économique, j'imagine, assez grand. Est-ce que vous l'avez estimé si...
si le taux, là, augmentait? Parce que c'est des intrants qui seraient peut-être
moins chers à ce moment-là pour... pour ceux qui les prendraient. Donc, je ne
sais pas si ça a été estimé.
Mme Montoux (Hortense) : À ma
connaissance, ça n'a pas été estimé sur le plan économique, en tout cas pas à
l'échelle du Québec. On voit évidemment le potentiel énorme que ça représente.
Le chiffre mondial, c'est 7,2 %, mais il y a des pays dans le monde... les
Pays-Bas, de mémoire, ils sont autour de 23 %, 24 %. Donc, on a une
marge de progression qui est vraiment majeure. Évidemment, notre chiffre bas,
il s'explique aussi par des réalités territoriales. On a plus d'espace et plus
de ressources que d'autres pays, notamment en Europe. Ça nous a moins poussés,
disons, à circulariser les matières, mais aujourd'hui c'est le temps de le
faire, évidemment, et il y a un potentiel économique et certain. Je pense que
la FTQ a... en tout cas, certains organismes de la construction ont estimé du
côté des emplois. Je pense que la Fondation Ellen MacArthur aussi a des travaux
là-dessus, du potentiel d'emplois que peut générer l'économie circulaire. Mais,
à ma connaissance, il n'y a pas de travail de potentiel économique pour
l'ensemble du secteur que représenterait une plus grande circularité. Ce serait
un travail passionnant à faire, puis je pense qu'il y a vraiment une expertise
aussi à développer de ce côté-là.
Au Québec, on a, nous, dans certains de
nos projets du Lab construction, ajouté un volet économique. On a quelques
chercheurs qui travaillent là-dessus, que ce soit sur le plan de la déconstruction...
En Gaspésie, le projet pilote a démontré que le coût était identique des
constructions versus démolition, ce qui est déjà un argument très fort sur des...
On a fait une analyse économique aussi de l'économie de fonctionnalité dans des...
des équipements énergétiques de... Bien, là aussi, les coûts sont
potentiellement plus avantageux sur le plan économique. On n'a pas encore cette
vision globale du potentiel économique de la circularité, mais... mais ce
serait vraiment à mettre dans les... dans les prochains... prochains travaux de
nos instituts, puis en collaboration avec d'autres acteurs, parce que c'est...
ce serait en effet un argument vraiment majeur qu'on pourrait développer pour
plus de circularité.
Mme Dufour : Tout... tout à
fait. Parce qu'actuellement une des contraintes du fait que le... c'est si
faible, là, le taux... En fait, une des contraintes à recycler les matériaux de
construction... Vous disiez : Il y a peu... il y a des endroits où il n'y
a pas de site. Pour avoir piloté le projet d'écocentre à la ville de Laval, je
peux vous dire que c'est coûteux pour ceux qui mettent ça en place, donc. Et...
et il y avait même... Des fois, il y a la philosophie de dire : Bien, si
c'est une entreprise, bien, ils vont payer pour venir à l'écocentre, et donc,
parfois, ça ne revient pas nécessairement plus avantageux, quand il y a des
coûts, là, surtout quand c'est à la tonne, là, pour les entrepreneurs. Et les
villes doivent mettre les sommes pour les opérer, parce que c'est... ça vient
avec des contrats. Ça fait que tout ça fait que ça coûte... que c'est coûteux.
• (12 h 50) •
Je voudrais peut-être vous amener sur le
carbone intrinsèque, que vous avez parlé d'ailleurs avec le collègue de Masson.
Je serais curieuse de savoir s'il existe une méthodologie, là, comme... convenu
dans la... Est-ce que... est-ce qu'il y a comme des groupes qui ont... qui ont
établi : Bien, voici comment calculer le carbone intrinsèque? Parce qu'il
y a quand même plusieurs groupes qui nous en ont parlé. Vous avez mis une
définition : «Les émissions associées à la <fabrication...
Mme Dufour :
...qui
nous en ont parlé. Vous avez mis une définition : «Les émissions associées
à la >fabrication et installation des composantes du bâtiment». Mais
d'autres groupes qui nous ont dit : Bien, il faudrait peut-être aussi
inclure les milieux humides qui sont retirés. Ça aussi, ça génère du carbone.
Alors, ça ne se limiterait pas, à ce moment-là, seulement aux composants du
bâtiment. Donc, je serais curieuse de savoir qu'est-ce... qu'est-ce qui existe,
là, et qui est reconnu dans la littérature ou dans le marché.
Mme Montoux (Hortense) : Oui.
Bien, je pense que c'est un peu comme avec l'analyse de cycle de vie,
c'est-à-dire qu'il n'y a pas un consensus absolu puis une méthode béton, si je
peux dire, pour... en tout cas qui fait l'unanimité pour... pour ces calculs-là.
Il y a beaucoup d'interprétations dans ce qui est fait. Ceci dit, on... il y a
quand même un vrai mouvement de fond sur la prise en compte du carbone
intrinsèque, et le plus normé qu'on... que je connais, en tout cas qui me vient
en tête à l'instant, c'est le... la norme bâtiment carbone zéro, qui, là, est
vraiment une norme. Et eux ont pris la peine, donc, d'identifier l'ensemble des
critères qui rentrent là-dedans. Évidemment, ce serait discutable, et je ne
peux pas vous dire si les milieux humides sont inclus là-dedans ou pas, je dirais,
probablement pas.
Mais voilà, il y a la ville de Vancouver
aussi qui a établi des lignes directrices assez concrètes sur tout ça. Il n'y a
pas de consensus, mais il y a des outils qui existent. Donc peut-être qu'à un
moment ça prend une coalition d'acteurs, un gouvernement qui disent :
Voici la méthode qu'on devrait tous utiliser, travaillons sur cette base pour
pouvoir comparer les choses entre elles. Mais, en tout cas, il y a des travaux,
il y a des outils qui existent, donc qui... Même si ça ne fait pas consensus,
il y a vraiment une base scientifique qui est assez forte et qui est en train
de se renforcer.
Je mentionnais aussi tantôt la plateforme
fédérale pour la décarbonation des bâtiments. Ma compréhension est qu'ils
veulent aussi entamer des travaux là-dessus. Donc, je pense qu'il y aurait
matière, qu'on est dans un timing propice à une forme d'harmonisation, de
standardisation de ces pratiques-là, pour pouvoir aussi faciliter la
mobilisation des acteurs en disant... en les allégeant du fardeau de devoir
choisir une méthode.
Mme Dufour : En terminant,
juste savoir si la circularité de l'énergie fait partie aussi de votre
réflexion.
Mme Montoux (Hortense) : Bien,
dans la construction, on n'a pas... On a un projet sur l'économie de
fonctionnalité en énergie, mais on n'a pas eu de travaux spécifiquement sur les
sources d'énergie dans les bâtiments, qui sont aussi... qui font aussi partie
de ce débat, mais on a des chercheurs à...
Le Président (M. Jacques) : Merci
beaucoup. Merci beaucoup. Ça termine l'intervention du... de l'opposition
officielle. Je cède maintenant la parole au deuxième groupe de l'opposition et
à Mme la députée de Verdun.
Mme Zaga Mendez : Merci, M.
le Président. Merci, Mme Montoux, pour la présentation puis pour la réponse aux
différentes questions. En fait, c'est... mes questions portaient un peu
justement sur le dernier thème, c'est-à-dire les types d'énergie qui sont
utilisés. Parce que vous parlez de stratégie de circularité et d'adaptation aux
changements climatiques et aussi du carbone intrinsèque. Donc, je voulais vous
entendre un peu, de votre côté, dans ce type de calcul du carbone intrinsèque,
comment vous voyez le rôle des énergies fossiles qui demeurent dans nos
bâtiments, comme le gaz naturel? Est-ce que... Dans les projets d'écoquartiers
ou dans des nouveaux développements qui se veulent verts, selon vous, quel
devrait être le rôle du gaz fossile?
Mme Montoux (Hortense) : Bien,
merci pour la question. Pour être totalement honnête, ce n'est pas des projets
sur lesquels nous, on a travaillé, donc je ne m'engagerai pas sur une réponse
qui ne serait pas basée sur une rigueur scientifique là-dessus. Mais, comme
dit, on a... bien, on voit l'émergence de boucles énergétiques, par exemple,
qui sont des projets intéressants dans les écoquartiers, qui mériteraient
d'être... d'être regardés. Et puis, comme dit, on a vraiment tout un ensemble
de chercheurs qui travaillent sur ces sujets-là, avec lesquels on pourrait
creuser cette question, si... si nécessaire.
Mme Zaga Mendez : Oui. Si
jamais vous voulez bonifier votre mémoire... ou je serais même curieuse, puis
je pense aussi les membres de la commission, pour avoir un peu plus sur votre
avis là-dessus comme scientifiques. Et il me reste peut-être une minute et
quelques, je vous cède la minute s'il y a des choses que vous... sur lesquelles
vous voulez ajouter ou que vous voulez nous... conclure ou rappeler à la
commission.
Mme Montoux (Hortense) : Bien
si ma collègue n'a pas d'ajout à faire, je prendrais ce temps-là pour revenir
sur la discussion qu'on a eue précédemment, sur l'idée que ça coûte cher de
mettre en place cette... ces infrastructures-là, par exemple, sur le tri. Oui,
bien sûr, évidemment, puis c'est aussi le sens de notre dernière recommandation,
qu'il faut soutenir les acteurs dans... dans la mise en œuvre de ces... de ces
pratiques.
On voit aussi qu'en économie circulaire,
il y a certaines des pratiques qui sont... ou en tout cas des résistances au
changement qui sont liées à une... à des pratiques qui ont toujours été faites
de même et qui sont plus des changements de pratiques qui, eux, ne nécessitent
pas forcément d'investissement important. Il y a des choix esthétiques dans nos
bâtiments à faire. Je pense au paradigme de la construction humide, on finit
tout en gypse, en uréthane, en colle, parce qu'on veut des finis lisses dans
nos maisons, peut être qu'il y a d'autres... et il y a d'autres techniques, en
fait, de construction sèche avec des joints en vis, en clous, sans liant
liquide, qui facilite grandement la déconstruction. C'est un <exemple...
Mme Montoux (Hortense) :
...en
vis, en clous, sans liant liquide, qui facilite grandement la déconstruction.
C'est un >exemple qui permet de dire qu'on a du changement de pratiques
à faire, qui ne nécessite pas forcément d'investissement massif. Il y a
beaucoup de réflexion autour de la manière dont on conçoit nos bâtiments, puis
on... je pense qu'on a un devoir, aujourd'hui, au vu des enjeux actuels, de
vraiment concevoir nos bâtiments différemment, en ayant ces préoccupations-là
de circularité et de résilience aux changements climatiques. Je pense qu'en
fait on n'a plus vraiment le choix.
Le Président (M. Jacques) : Bien,
merci, Mmes Duval et Montoux, pour votre contribution aux travaux de la
commission. Je suspends les travaux de la commission jusqu'à 14 heures.
(Suspension de la séance à 12 h 56)
14 h (version révisée)
(Reprise à 14 h 01)
Le Président (M. Jacques) : Bonjour
à tous. La Commission des transports et de l'environnement reprend ses travaux.
Nous poursuivons les consultations particulières et les auditions publiques sur
le projet de loi n° 41, <i>loi édictant la loi sur les performances
environnementales des bâtiments et modifiant diverses dispositions en matière
de transition énergétique.
Cet après-midi, nous entendons les
personnes et organismes suivants : M. Jean-Pierre Finet, analyste en régulation
économique de l'énergie, le Centre québécois du droit de l'environnement et l'organisme
Vivre en Ville.
Je vous souhaite la bienvenue, M. Finet,
et je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes pour votre exposé, par
la suite, les... il y aura des échanges avec les membres de la commission.
Merci de vous présenter et de commencer votre exposé.
M. Finet (Jean-Pierre) : Merci
beaucoup de m'accueillir. Bonjour, M. le ministre. Bonjour, les membres de
la commission. Écoutez, si vous pourriez, M. le Président, quand il va me
rester une minute à la fin, juste me faire signe, je vais couper court à mes
ajouts, s'il y a quelque chose. Mais ça va bien aller. Écoutez, j'ai déposé un
mémoire hier, je pense que... je prends pour acquis que vous en avez pris
connaissance ou en tout cas j'espère que vous en avez pris connaissance, que
vous avez eu le temps, parce que c'est... tout va très vite.
Écoutez, je suis Jean-Pierre Finet, je
suis analyste pour le ROEE depuis une dizaine d'années, je sais que ce n'est
pas le nom le plus facile à prononcer, le Regroupement des organismes
environnementaux en énergie. Il y a neuf membres, dont Nature Québec, Fondation
Rivières, l'Association québécoise des médecins pour l'environnement, bon, en
tout cas, donc ils sont tous là.
Et on intervient surtout devant la Régie
de l'énergie. Ça fait 25 ans que ça existe, là, le ROEE. Moi, ça fait 10 ans
que je les représente comme analyste et porte-parole. On intervient dans les
causes d'Hydro-Québec, ça fait... ça doit faire quatre plans en
approvisionnement que... d'Hydro que je fais moi-même, les causes tarifaires d'Énergir
aussi, plans d'appro, les dossiers conjoints comme la biénergie, tout ça. Et
donc, c'est ça, j'ai...
D'ailleurs, j'étais avec quelques-uns de
vos représentants, il y a... le 26 janvier, il n'y a pas longtemps, avec
un événement organisé par l'Institut de l'énergie Trottier sur la gestion de la
pointe électrique dans un contexte de décarbonation où il y avait une vingtaine
d'acteurs stratégiques qui étaient invités seulement à cet événement-là. Mais,
bon, encore ce matin, j'ai... aujourd'hui, on a une... un dossier à la Régie,
là, pour une ordonnance à sauvegarde dans le cadre d'un projet de GNR avec
Sainte-Sophie et <i>papier Rolland, dont je pourrai vous parler plus
tard, si vous voulez.
Donc, on va... on va y aller... bien, c'est
ça, on intervient aussi, là, devant les commissions parlementaires. J'étais ici
au PL 34, au PL 2 aussi, devant les BAPE, on a été au BAPE à
Sainte-Sophie il y a quelques semaines, en 2015 aussi, avec le redémarrage de
Bécancour en pointe.
Donc, et aussi, là, je suis assez au fait,
là, des problématiques de gestion de la pointe, donc, puis les quelque 10 000 mégawatts
que prendrait la conversion du gaz vers l'électricité. Donc...
On a un problème avec votre collègue. Non,
c'est parce que j'ai écouté les vidéos, puis j'ai vu que c'est arrivé l'autre
fois. C'était... Je trouvais ça cocasse.
Écoutez, j'ai analysé ça un peu comme un
dossier à la Régie de l'énergie, c'est-à-dire, j'ai commencé par l'analyse d'impact
réglementaire et, bon, je vais y aller point par point, puis il y a des choses
qui ont déjà été prononcées, là, j'ai essayé de regarder plusieurs
comparutions, j'ai lu quelques mémoires qui ont été déposés aussi.
Je vois que vous ciblez surtout les
bâtiments de 25 logements et plus, le commercial, institutionnel,
industriel. Je vois aussi dans l'analyse d'impact réglementaire que c'est un peu
les mêmes choses que Vancouver et New York ont faites. Je comprends, donc, de
commencer par ces plus gros là. Mais je vois que vous vous êtes gardé aussi le
pouvoir habilitant d'éventuellement couvrir l'ensemble des bâtiments. Et,
compte tenu des avantages que ça a pour les gros bâtiments et que ça pourrait
amener aussi des avantages pour les plus petits bâtiments, et compte tenu aussi
qu'il y a 15 000 mégawatts de puissance dans les petits bâtiments, et
qui... donc il y a beaucoup... un gros potentiel de réduction de la demande en
puissance juste là, je pense que ça pourrait être avantageux de le considérer
dans votre... la préparation de votre règlement.
En ce qui a trait à la réduction des... au
coût de la réduction des gaz à effet de serre, moi, je voulais simplement
souligner qu'il faut... ça serait... il y aurait peut-être lieu de prendre en
compte le coût que représente la compensation des pertes de revenus d'Énergir
qui... qu'on appelle une compensation pour les réductions de GES que, nous, on
a calculé à à peu près un coût de 178 $ équivalents... 178 $ <équivalent...
M. Finet (Jean-Pierre) :
...que,
nous, on a calculé à à peu près un coût de 178 $ équivalents...
178 $ >équivalent de la tonne de CO2.
En ce qui a trait à l'amélioration de l'efficacité
énergétique, bien, l'analyse d'impact réglementaire... bien, c'est-à-dire le
projet de loi vise deux choses, les économies d'énergie, mais surtout la
gestion de la demande en puissance. On voit que le projet de loi pourrait,
selon l'analyse d'impact, réduire de 0,6 térawattheure, à
l'horizon 2030, les GES, mais il n'y a rien en ce qui a trait à la
réduction des polluants atmosphériques, et qui sont associés à la combustion
d'énergies fossiles. Et, moi, je pense que dans... puisque différentes mesures
peuvent amener des réductions de GES, ça aurait été intéressant de voir, là,
quelle... quelle serait la proportion, là, de pollution atmosphérique réduite,
versus, par exemple, je pense, mettons, la biénergie au gaz naturel, même
renouvelable, versus une amélioration d'enveloppe de bâtiments.
Par rapport à ça, il y a... bien, j'ai
constaté qu'il y a 12 millions alloués à l'accumulation de chaleur, ce que
je trouve intéressant. Dans le PMO, d'ailleurs, pour la première fois, on parle
d'accumulation de chaleur, et, moi, je suis un fervent partisan de
l'accumulation de chaleur, mais je constate aussi qu'il y a 266 millions
pour la biénergie. Et, à cet effet, M. le ministre, je voulais vous vous
informer qu'on a des... on a fait faire une étude par Polytechnique sur...
parce qu'on en a fait faire une avec la... que vous... enfin, vous avez parlé
aux gens d'Écohabitation, on en a fait faire une sur la comparaison entre la
biénergie et l'accumulation de chaleur dans le résidentiel, puis ça démontre
une supériorité économique, la solution accumulation de chaleur. Mais, dans le
secteur commercial, institutionnel, c'est différent, parce que les structures
tarifaires sont différentes. La structure tarifaire d'énergie est dégressive,
celle d'Hydro-Québec pénalise l'appel en puissance, et donc... Mais on a fait
faire quand même une étude pour voir l'avantage de l'accumulation de chaleur
dans les petits et moyens bâtiments.
Je suis d'accord avec vous, là,
décarboner, premièrement, tout d'un coup, il n'y a pas personne qui demande ça,
mais les plus grands bâtiments... plus c'est gros, plus c'est difficile à
décarboner, mais il faut quand même avoir de l'ambition, puis une
planification, puis se dire : On va y arriver, là, et on va essayer
d'électrifier tout ce qu'on peut électrifier. Et c'est plutôt un enjeu d'ordre
tarifaire, qui est le problème, dans ce qui est l'accumulation de chaleur dans
les petits et moyens bâtiments, mais ça, on pourra en parler par après.
Point de vue de l'environnement, donc,
bien, c'est ça, on parle beaucoup de réduction de gaz à effet de serre, mais on
ne parle pas, c'est ça, de réduction d'émissions de... on ne quantifie pas les
émissions de polluants atmosphériques. Et donc, bien, vous n'êtes pas sans
savoir que les maires, c'est une de leurs préoccupations, la qualité de l'air,
et donc les polluants atmosphériques, et je pense donc que ça vaut la peine
d'être... Donc, c'est des lacunes que j'ai été... moi, selon moi, sont apparentes
dans l'analyse d'impact, mais ce n'est pas catastrophique, là, ça serait quand
même intéressant, dans la mesure où le projet de loi vise ça en particulier.
J'ai rajouté une section sur le GSR ou...
le GNR ou GSR, là, juste un peu pour démystifier quelques aspects, là. Ce n'est
pas... peut-être pas la panacée dont on pense. C'est certain que le GNR a un
rôle à jouer puis, nous, on n'est pas contre le GNR, on est en faveur du GNR,
mais, comme tout le monde vous dit, la bonne énergie à la bonne place, au bon
endroit, je pense que... Donc, c'est ça, il faut prendre ça en considération.
Donc je regarde ça, il me reste deux
minutes, j'imagine deux, trois minutes?
Le Président (M. Jacques) : Trois
minutes. Mais vous pouvez continuer.
M. Finet (Jean-Pierre) : C'est
beau. Bien, le gaz fossile, c'est 68 grammes de CO2 équivalent par... Tu
sais, le gaz naturel renouvelable, au niveau de la combustion, je suis
d'accord, c'est carboneutre, mais, au niveau de l'intensité carbone, de son...
l'analyse de son cycle de vie, ce n'est pas le cas. Je vous ai mis un tableau
qui démontre que les achats d'Énergir, c'est, en grosse quantité, du gaz qui
est de moins bonne qualité, c'est-à-dire avec une intensité carbone à peine
meilleure que celle du gaz fossile, parce qu'il est plus disponible, il est
moins cher que... puis ça coûte plus cher aussi, produire du gaz... du GNR à
partir de lisier de porc par exemple, mais il est beaucoup meilleur en termes
d'intensité carbone.
• (14 h 10) •
L'autre chose que j'ai voulu vous parler
aussi à propos de ça, c'est qu'à Énergir, ces temps-ci, pour diminuer... parce
que le surcoût du gaz naturel renouvelable, en ce moment, bon, on vous l'a dit,
c'est neuf fois le prix de la molécule parce qu'on donne pratiquement le gaz
fossile, ces temps-ci, à 0,09 $, là, et donc... Mais Énergir, pour
diminuer le prix du gaz de source renouvelable, de sorte qu'il y ait plus de
monde qui en achète, bien, voudrait retirer justement l'intensité carbone de ce
gaz-là et de la conformer en unités de conformité pour vendre ça aux
fournisseurs principaux, des genres de <i>Suncor de ce monde dans le
cadre du règlement sur les combustibles propres au fédéral. Donc, ça, oui, avec
les recettes de ça, ils pourraient diminuer le prix du GSR, sauf que
l'Association des consommateurs industriels de gaz et nous croyons qu'il
pourrait y avoir double comptage, dans la mesure où on enlève l'intensité
carbone, les attributs environnementaux d'un gaz de sources renouvelables,
bien, <quant...
M. Finet (Jean-Pierre) :
...
les attributs environnementaux d'un gaz de sources renouvelables, bien, >quant
à nous, il devient au même niveau que du gaz fossile. Et les industriels ne
sont pas intéressés à acheter du gaz naturel renouvelable qui a été dépourvu de
son intensité carbone.
Je vous ai mis aussi deux tableaux pour
vous démontrer que, malgré le beau discours d'Énergir par rapport à son
optimisme à atteindre la carboneutralité, si vous regardez les quatre dernières
années puis les quatre années qui s'en viennent, bien, c'est pas mal une ligne
plate en termes de GES, entre autres parce qu'Énergir continue d'ajouter du gaz
fossile dans son réseau, entre autres pour fabriquer des batteries qu'on dit
vertes et qui va ajouter 50 000 tonnes de CO2 juste à Bécancour.
Par rapport à la résilience énergétique,
je vous ai entendus aussi, là, on a en entendu parler, bien, c'est vrai que le
gaz, ça ne peut pas fonctionner sans les électricités. Je sais qu'Énergir
compte, à un moment donné, installer des batteries avec... favoriser
l'installation de batteries avec les systèmes, tant mieux, mais je voudrais
dire que c'est... il ne faut pas compenser non plus pour le manque d'entretien
du réseau d'Hydro-Québec. Le réseau d'Hydro-Québec a été fortement négligé ces
dernières années et il va falloir quand même améliorer cette gestion du
réseau-là.
En ce qui a trait à... les articles 29
et 30, bien, j'ai fait du chemin aussi, puis ce que je voulais vous dire...
Bien, en conclusion de tout ça, là, je me suis fait une tête puis je me dis,
c'est... la raison pour laquelle on est rendus là, dans cette situation-là,
aujourd'hui, où il y a Saint-Bruno, entre autres, aussi qui voudrait essayer de
décarboner, Prévost, etc., il nous manque, au Québec, un plan intégré des
ressources énergétiques, un peu comme en Colombie-Britannique, au Manitoba puis
en Nouvelle-Écosse. Il en a été question dans la consultation l'été passé avec
le ministre Fitzgibbon, que le Québec se donne un plan intégré des ressources
énergétiques, et c'est, quant à moi, primordial. Il faut savoir, d'ici les 20,
25 prochaines années, comment on va procéder à cette décarbonation-là. Et
je pense que l'arbitrage que vous essayez de faire s'inscrit dans ce mouvement-là,
qui est beaucoup plus gros, là, je pense qu'on a un besoin criant justement de
savoir où on s'en va.
J'ai d'autres affaires à vous racontez à
propos des tarifs, et tout ça, j'essaie de juste voir de ne pas... de ne pas en
passer, de ne pas en oublier. Puis je pense aussi que... Puis je suis content
de voir que vous avez maintenant une... je ne sais pas comment qu'on peut dire
ça, mais vous allez avoir une influence accrue auprès de la Régie du bâtiment<i>.
L'une des façons aussi, je pense que de réduire l'hémorragie, ce n'est
peut-être pas d'installer de la biénergie et des accumulateurs à tour de bras,
si on réduit le... si on améliore l'isolation et l'étanchéité des bâtiments en
partant, puis je pense qu'il y a... il y a un Novoclimat 2.0, entre autres,
qui, d'après moi, pourraient être mûr pour implanter, là, bientôt. Donc, il y a
plein... il y a... Tu sais, c'est, la solution... les solutions sont multiples.
Et je vous inviterais simplement... Puis
je pense que je vous comprends, là, avec votre perspective d'essayer de trouver
quelque chose qui est... un cadre d'intervention pour les municipalités qui
fait en sorte qu'on n'ait pas, là, une mosaïque un peu partout. Mais, plutôt
que d'imposer une solution, moi, je pense que je vous suggérerais d'encadrer ça
en disant : Bien voici, là, il y a différentes façons que vous pouvez — puis
là on parlerait de la nouvelle construction, là — différentes façons
dont vous pourriez intervenir, soit justement en favorisant l'accumulation de
chaleur... Puis je sais que vous avez parlé à un groupe, un groupe qui... par
rapport à le fait que les municipalités bannissaient le gaz, mais ne rendaient
pas obligatoire un tel ou un tel système. J'ai parlé avec des procureurs aussi
récemment, et... à savoir s'ils auraient le droit, puis je pense que peut-être
ils auraient le droit, mais de toute façon, si vous l'encadrez puis vous dites :
Bien, que ce soit parce que... Les maires pourraient privilégier une solution
qui n'a pas de polluants atmosphériques, mais il y en a d'autres qui pourraient
dire aussi : Bien, moi, la biénergie, ça fait mon affaire. Mais il
pourrait y avoir aussi des réseaux de chaleur, et tout ça. Il pourrait y avoir
même des microréseaux qui pourraient être permis, là, pour être certain de pas
affecter la pointe.
Une chose, par contre, majeure, que je
n'ai pas... que je ne vous ai pas parlé, mais qui risque de sortir dans les
journaux prochainement, mais qui a... qui est en train d'arriver en Ontario puis
en BC, entre autres. Mais, en Ontario, récemment, je ne sais pas si vous avez
été informés de ça, il y a quelques semaines, il y a la <i>régie de
l'Ontario qui a rendu une décision sur les extensions de réseau d'Enbridge...
Excusez. Et parce qu'il y a des craintes de coûts échoués, d'actifs échoués
dans le temps. La Régie de l'énergie du Canada a demandé aux pipeliniers de ne
plus amortir sur 40 ans leur extension de réseau, mais sur 32 ans.
L'Ontario ont pris une approche différente, OEB a dit : Bien, plutôt que
d'amortir ça sur 40 ans, nous, on vous demande de le charger «upfront» au
client, à peu près 4 500 $ la porte, et donc... pour éviter justement
cette problématique-là, à cause de la décarbonation à venir.
Et donc, là, le ministre Smith, je pense,
en Ontario, en a appelé de cette décision-là, et donc... mais il reste que
c'est quelque chose qui est partout, qui inquiète aussi les industriels, parce
que, si jamais, bien, ces tuyaux-là deviennent moins utilisés, bien, ça va
justement se transformer en actifs échoués qui vont avoir une <répercussion...
M. Finet (Jean-Pierre) :
...justement
se transformer en actifs échoués qui vont avoir une >répercussion sur
les tarifs des autres usagers. Donc, c'est pour ça que les industriels aussi
s'inquiètent de ça puis même veulent favoriser justement une gestion saine des
extensions de réseau. Puis...
Le Président (M. Jacques) : Merci,
M. Finet. Si on veut laisser un peu de temps à...
M. Finet (Jean-Pierre) : Oui.
Allez-y, allez-y.
Le Président (M. Jacques) : ...à
la partie gouvernementale à prendre...
M. Finet (Jean-Pierre) : Moi,
je pourrais vous en parler longtemps, mais je suis bien d'accord.
Le Président (M. Jacques) : ...à
vous poser quelques questions, mais merci beaucoup pour votre exposé. M. le
ministre, pour 12 min 30 s.
M. Charette : Merci, M. le
Président. On sent votre enthousiasme, qui est rafraîchissant. Merci d'être
avec nous cet après-midi. Vous avez suivi un petit peu le déroulement, là, ce
matin, entre autres. J'aime bien fonctionner... quelques commentaires sur les
propos que vous avez tenus. Je me suis laissé quelques notes. Vous avez
naturellement la possibilité d'y répondre, et je sais que j'ai des collègues
qui souhaiteront intervenir. Et je sais qu'on va manquer de temps, donc je vais
essayer d'être assez bref pour chacun des points.
Vous avez dit comprendre pourquoi on
commençait vers le 25 logements et plus et par les plus gros bâtiments.
C'est vrai, c'est l'intention, mais je vous rassure, à terme, on veut couvrir
l'ensemble du parc. Mais il faut commencer quelque part et on veut surtout
éviter... Et j'avais cet échange-là avec M. Pineau hier ou avant-hier — je
ne me souviens plus, on perd la notion du temps — en France, ils ont
vu très, très, très grand, mais ont vite réalisé qu'il y avait des problèmes
d'application. Ils ne pouvaient pas faire tout en même temps, et ça les amène
encore ces jours-ci à faire certains reculs. C'est ce qu'on veut éviter, mais à
terme, on veut tout couvrir. Mais oui, on commencerait par le plus gros... par
les plus gros bâtiments.
Vous parlez des contaminants
atmosphériques. C'est un élément important et c'est la raison pour laquelle...
vous avez vu et vous y avez fait référence en partie, la raison pour laquelle
on veut rapatrier, à travers le <i>code du bâtiment durable du Québec,
certains pouvoirs qui sont à la Régie du bâtiment<i> actuellement, mais
surtout, se donner d'autres pouvoirs, c'est que la régie n'a pas cette
capacité-là réglementaire de procéder. Nous l'avons, et on compte l'utiliser.
Je ne dis pas que ça va être le premier règlement déposé qui va tenir compte
des contaminants atmosphériques, mais en parlant de la construction de bâtiments
et autres, on se donne les pouvoirs de pouvoir... de réglementer ces
questions-là, et à terme, c'est dans nos intentions.
Vous dites le GNR, ce n'est pas une
panacée. Entièrement d'accord avec vous, mais en même temps, c'est une
ressource. Au ministère de l'Environnemen, on a quand même quelques défis, je
le dirai comme ça, mais autant c'est la lutte aux changements climatiques,
autant c'est la gestion, par exemple, de la matière résiduelle, et moi, je dois
trouver le moyen de valoriser chacun des aspects, par exemple, de la matière
résiduelle, notamment la matière organique. Donc, si je ne la valorise pas, il
y a des émissions de gaz à effet de serre importante qui se font. Alors que si
je la valorise, oui, au moment de la combustion, ce gaz naturel renouvelable là
va émettre, mais je suis gagnant au final sur la quantité totale des émissions.
Donc, ce n'est pas une panacée, mais oui, le gaz naturel renouvelable fait
partie d'un paquet de mesures qui au final vont venir nous aider, et, d'accord
avec vous, il faut l'utiliser au bon endroit.
Vous avez parlé... J'essaie d'aller vite,
rapidement, et je n'ai pas l'habitude de parler vite, on me le rappelle souvent.
Le réseau d'entretien d'Hydro-Québec, grand déficit d'entretien. La bonne
nouvelle, c'est qu'Hydro-Québec le reconnaît d'emblée. C'est dans son plan
d'action que d'investir de façon massive d'ici 2035. Mais c'est vrai... bien, je
ne peux pas parler de négligence, mais disons que ce n'était pas une
préoccupation, alors que ça devait en être une. C'en est une maintenant, parce
qu'on aura besoin d'Hydro-Québec plus que jamais au cours des prochaines années.
Donc, c'est important que son immobilisation, que l'entretien de ses
équipements se fasse de façon adéquate.
• (14 h 20) •
On a parlé un petit peu de Saint-Bruno à
travers la commission. Vous en avez parlé aussi. On en a parlé avec les
représentants des municipalités, mais on en a parlé avec Hydro-Québec aussi. Ce
qu'Hydro-Québec est venu nous dire, ils ont l'énergie nécessaire pour alimenter
Saint-Bruno, ce n'est pas un enjeu. L'enjeu, c'est de voir comment on peut
accompagner Saint-Bruno pour être sûr qu'ils retiennent les bons procédés et
les bonnes façons de faire pour être certain que c'est optimal comme système.
Et c'est un petit peu le type d'entente
qu'on a convenu avec l'UMQ et la FQM. On va préparer ensemble une
réglementation avec les fournisseurs d'énergie, notamment Hydro-Québec, pour
s'assurer que les municipalités soient encadrées, qu'elles ne puissent pas
aller dans toutes les directions sans tenir compte des impacts de leurs
décisions. Donc, le milieu municipal est avec nous à ce niveau-là et ce sera
une grande avancé parce qu'au final, ce que l'on <souhaite...
M. Charette :
...
avec nous à ce niveau-là et ce sera une grande avancé parce qu'au final, ce que
l'on >souhaite, c'est recourir de moins en moins au gaz naturel. Et, à
ce niveau-là, vous l'avez évoqué aussi, les municipalités, jusqu'à maintenant,
ont voulu agir, on salue cette ambition-là, mais elles n'ont pas pour autant,
dans la réglementation qu'elles planifiaient, imposé des mesures de mitigation.
Et c'est ça, dans les discussions... Bien sûr.
M. Finet (Jean-Pierre) : Si
je peux me permettre, M. le ministre, là-dessus, juste là-dessus, parce qu'on
ne pensait pas nécessairement pouvoir l'obliger, mais, à tout le moins, je vous
donne des exemples, comme Prévost subventionne la biénergie, l'accumulation de
chaleur et Hilo. Varennes subventionne Hilo, hein? Donc, les municipalités sont
très conscientes, et sont... et nous, on les accompagne. Moi, j'ai accompagné
Prévost, Candiac, etc., là, je m'implique beaucoup, puis donc on essaie.
Mais, écoutez, moi, j'accueille
favorablement votre cadre d'intervention, dans la mesure où ça donne de la
marge de manoeuvre à l'autonomie municipale aussi, puis que ça donne un paquet
d'outils, puis qu'ils ne sont pas pris avec juste le gaz naturel renouvelable
en pointe en biénergie, point, là.
M. Charette : Donc, cet appui
à des mesures de mitigation est à saluer, mais il faut voir dans quelle mesure
on peut l'obliger à ce recours aux mesures de mitigation. Et c'est pourquoi
Hydro-Québec veut faire partie des discussions lorsque vient le temps de
développer une nouvelle politique municipale ou, sinon, accompagner une
municipalité comme Saint-Bruno, qui aurait un projet, sur papier, qui est
emballant et qui va, vraisemblablement, et je le souhaite, se réaliser, mais
avec peut-être, justement, des propositions qui deviendraient des standards,
oui, à Hilo, et autres, pour s'assurer, là, qu'on maximise, justement,
l'énergie qui sera déployée sur ce territoire-là. Bien, je l'évoque, en même
temps, par rapport aux municipalités. Il faut le travailler avec elles, ce
défi-là, et s'assurer que la réglementation nous permet d'aller chercher les
gains les plus importants.
Juste un dernier petit élément, parce que
je veux vous permettre, un, de répondre et, deux, permettre à ma collègue de
prendre le relais, au niveau de la Régie du bâtiment<i>. Vous l'avez peut-être
entendu, c'est un des éléments qui est questionné, je ne dis pas qu'il est
complètement reçu négativement, mais, par les constructeurs notamment, il est
questionné, alors que c'est fondamental. Le ministère de l'Environnement doit
avoir la possibilité d'accompagner la Régie du bâtiment, parce qu'elle n'a pas
la compétence dans ce secteur-là. Et, en même temps, on sait que les bâtiments,
pour nous, sont... sans dire que c'est une passoire énergétique dans tous les
cas, mais c'est un potentiel de récupération d'énergie qui est fondamental si
on veut arriver à atteindre nos autres objectifs, autant au niveau de la
décarbonation de notre environnement qu'au niveau de la disponibilité
énergétique. Donc, ça inquiète certains acteurs. On veut faire les choses
intelligemment, mais le ministère de l'Environnement a clairement un rôle à
jouer à ce niveau-là et la Régie du bâtiment collaborera, là, après l'adoption
du projet de loi, s'il devait être adopté.
Donc, j'y suis allé en rafale, vous pouvez
commenter, mais, je vous le dis d'emblée, par la suite, c'est ma collègue qui
prend le relais pour ce qui est des questions.
M. Finet (Jean-Pierre) : Bien,
je vais y aller rapidement, parce que je vais laisser votre collègue, aussi,
parler. Mais je voulais juste, par rapport à la France, je n'ai pas... je n'ai
pas eu... je n'ai pas été capable, là... puis, ce matin aussi, c'est ça,
j'avais des audiences à la régie, mais j'ai ouï-dire que mon collègue
Pierre-Olivier Pineau avait parlé, justement, de l'expérience en France.
Moi, j'étais là, en France, j'ai habité
quelques années en France, dans les années 2008 à 2012 à peu près, et
j'étais là pendant qu'ils implantaient, justement, le système, puis il y a eu
des critiques, bien oui, puis il n'y avait pas d'uniformité, nécessairement,
dans les analyses énergétiques. Tant mieux, on va pouvoir apprendre de leurs
erreurs, et on ne pourra... Pas obligés de les répéter, mais ce n'est pas parce
que ce n'est pas parfait qu'il ne faut pas y aller, de l'avant, quant à moi,
puis... C'est ça, je suis d'accord avec vous, je pense qu'on s'entend bien
là-dessus, là.
Le Président (M. Jacques) : Merci,
M. le ministre. Je cède maintenant la parole à M. le député de René-Lévesque.
M. Montigny : Merci beaucoup.
Combien j'ai de temps, M. le Président?
Le Président (M. Jacques) : 3 min 58 s.
M. Montigny : Parfait. Je
vais y aller rapidement, je vais essayer d'avoir de vous des réponses courtes
aussi. D'abord, je veux vous entendre sur la biénergie. Moi, j'ai été maire
d'une municipalité pendant six ans à Baie-Comeau, sur la Côte-Nord, sans gaz
naturel parce que le réseau ne s'y rend pas, vous le savez probablement très
bien. Je veux vous entendre sur la capacité de stocker de l'énergie, dans ce
contexte-là, pour être capables d'éviter les pointes dans les grands bâtiments...
M. Finet (Jean-Pierre) : J'adore
votre question. Écoutez...
M. Montigny : OK, mais
rapidement, parce que j'ai une sous-question, elle est vraiment importante.
M. Finet (Jean-Pierre) : Oui,
oui, oui, je vais faire ça très vite. L'accumulation de chaleur, là... Bien,
vous avez vu les systèmes centraux, là, qu'Hydro-Québec subventionne ces
temps-ci à coups de 15 000 $. Finalement, c'est un gros grille-pain,
avec des briques dedans. Il en existe locaux aussi. Il y a des centaines
d'écoles qui sont équipées d'accumulateurs thermiques locaux.
M. Montigny : Je parle de
plus grands bâtiments. C'est une région industrielle, la Côte-Nord. Je veux
vous entendre dans des grands, grands bâtiments, notamment dans des gros
bâtiments industriels, etc. Parce qu'on veut éviter les pointes, parce que c'est
dans la puissance qu'on manque d'énergie actuellement au <Québec...
M. Montigny :
...parce
que c'est dans la puissance qu'on manque d'énergie actuellement au >Québec.
Ça fait que j'aimerais ça vous entendre, comment on fait pour stocker de
l'énergie... comment on fait pour stocker de l'énergie pour être capable de
faire face à la pointe dans des secteurs où il n'y a pas de gaz, puis dans des
secteurs à grande industrie?
M. Finet (Jean-Pierre) : Oui.
Bien, un peu comme vous a dit Énergir — et c'est drôle parce qu'il
disait que déplacer de l'électricité à la pointe dans le bâtiment, c'est plus
intéressant en termes de gestion de pointe que dans l'industriel — et
donc, c'est ça, dans l'industriel, souvent, c'est les procédés, il n'y a pas
vraiment d'utilisation de chaleur pour chauffer les bâtiments. Donc, c'est
moins, je pense, valable, là, de regarder l'accumulation de chaleur dans les
grosses, grosses, grosses industries.
Mais il reste que, bien, pour tous les
autres types de bâtiments, il y a de plus en plus d'options qui arrivent. Même
Hydro-Québec a un projet qui s'appelle Nova 35 où ils testent des genres
de convecteurs sur pieds pour mettre dans les logements. Et ça, on verra ça
très bien dans les logements, avec une thermopompe dehors, sur la galerie, sur
le balcon, mais il y a un paquet d'immeubles multirésidentiels qu'on pourrait
convertir de problèmes de pointe en gestion de pointe.
M. Montigny : Je veux rester
dans les plus grands bâtiments. Je suis désolé, mais je n'ai pas beaucoup de
temps.
M. Finet (Jean-Pierre) : Plus
c'est grand, plus c'est difficile.
M. Montigny : Puis tantôt,
vous avez parlé d'Hilo, vous avez parlé de stockage d'énergie, vous avez parlé
de batteries. Vous avez dit aussi que, pour une industrie qui produit des
batteries, il faut utiliser du gaz naturel, puis que ça, ça ne vous plaisait
pas. Mais vous ne pensez pas que c'est mieux d'avoir les outils pour stocker de
l'énergie, particulièrement en région, en milieu isolé, notamment au nord du
Québec, au nord du 50ᵉ parallèle, pour être capable de stocker de l'énergie?
Alors, j'aimerais vous entendre là-dessus parce que dans une région comme la
mienne, où il y a des gens en milieux isolés, bien, ils utilisent du pétrole.
M. Finet (Jean-Pierre) : Oui,
mais, bon, tu sais, il y a... bien, dépendamment de la grosseur du bâtiment...
Mais comme je vous dis, si c'est du stockage thermique ou électrochimique, si
c'est électrochimique, il y a EVLO qui a une filiale d'Hydro-Québec où ils ont
des énormes batteries, là, des containers, là, qui ont 1,2 mégawatt, tout
ça. Puis ça, ça peut aider aussi à gérer la pointe sur le réseau.
Donc, il y a du stockage de réseau, il y a
du stockage dans les bâtiments aussi. Il y a différentes formes de stockage, il
y en a avec des «flywheels», il y a un paquet de différentes formes, avec
différents avantages et inconvénients, puis ça, c'est... Oui, il y a différents...
M. Montigny : On met en place
un système de cotes. Ça fait que j'aimerais ça vous entendre là-dessus, parce
qu'on pense que c'est important d'amener un système de cotes pour permettre
d'amener des comparaisons. Tu sais, quand on se compare à soi-même, des fois,
on voit la cote. Ça fait que j'aimerais ça vous entendre là-dessus.
M. Finet (Jean-Pierre) : Ah!
bien, je suis parfaitement d'accord. J'ai participé d'ailleurs aux audiences de
la ville de Montréal, justement, sur l'implantation de leur système. Et si vous
regardez leur feuille de route aussi, il y a un paquet de choses là-dessus qui
touchent, entre autres, l'accumulation thermique. Donc, oui, je pense que c'est
primordial. D'ailleurs, moi, ça fait longtemps que je souhaite que ça arrive,
puis je suis très content, je l'accueille très favorablement. Je pense que,
premièrement, de savoir... d'avoir un mécanisme de divulgation, c'est
essentiel, d'affichage, et, ensuite, de rehausser progressivement les seuils,
c'est la façon de faire de façon respectueuse et progressive et ordonnée.
M. Montigny : Je reviens sur
la notion progressive, parce que...
Le Président (M. Jacques) : ...M.
le député de René-Lévesque. Ceci met un terme à la période d'échange avec la
partie gouvernementale. Je cède maintenant la parole à l'opposition officielle
et à Mme la députée de Mille-Îles.
Mme Dufour : Merci, M. le
Président. Alors, d'abord, merci, M. Finet, pour votre exposé. C'est fort
intéressant, quand même assez technique, mais je voudrais vous amener tout de
suite sur le tableau de la page 11 que vous avez, qui est le résultat...
de votre mémoire, là, le résultat de l'appel d'offres lancé en novembre 2021.
Ça, c'est pour le GSR, là, c'est ce que je comprends bien, d'Énergir. Et là on
voit, là, dans ce tableau-là que, visiblement, c'est les sites d'enfouissement
qui en produisent le plus. L'agricole, c'est faible et le municipal vient
peut-être en deuxième. Donc là, on pourrait comprendre par le municipal, c'est...
Non, en fait, l'agricole vient en deuxième, puis, par la suite le municipal. On
comprendrait, j'imagine, que le municipal, ici, on fait référence à la
biométhanisation, là, que certains groupes municipaux ont parti?
M. Finet (Jean-Pierre) : C'est
peut-être plus les eaux usées, là, mais, en tout cas...
Mme Dufour : Oui, mais la
biométhanisation qui vient des eaux usées, j'imagine, parce que...
M. Finet (Jean-Pierre) : Oui,
c'est ça, oui. Différentes sources de matières premières, oui.
Mme Dufour : Oui, exactement.
Parce que je ne pense pas que ça ferait un bon mélange dans les tuyaux
d'Énergir. Et là, dans le fond, ce que je voudrais savoir, c'est que, là, c'est
en novembre 2021, c'est un appel d'offres, est-ce que le potentiel du Québec...
il serait quoi si on regardait un tableau similaire, mais en termes de
potentiel, considérant qu'en 2021, il y a quand même plusieurs usines de
biométhanisation qui n'étaient pas entamées, puis là il y a de l'agricole, il y
a des projets de biométhanisation agricole qui s'en viennent? Donc, je voudrais
juste vous entendre là-dessus.
• (14 h 30) •
M. Finet (Jean-Pierre) : Bien
là, on parle de première, deuxième et troisième génération. Première
génération, c'est ce qu'il y a en ce moment, là, avec le fumier, les
enfouissements techniques, et tout ça. Deuxième génération, c'est la biomasse.
Et, troisième génération, c'est un peu ce qui s'était produit à Shawinigan avec
<i>TES, si jamais ça fonctionnait puis c'était légal...
14 h 30 (version révisée)
M. Finet (Jean-Pierre) : ...produit
à Shawinigan avec... si jamais ça fonctionnait puis c'était légal, dans la
mesure où eux, ils vont prendre quatre atomes d'hydrogène puis le matcher avec
un atome de carbone pour en fabriquer du méthane artificiel, donc, mais ça, ça
va coûter excessivement cher. Mais, encore là, ça pourrait valoir aussi
excessivement cher, en termes de crédits, d'unités de conformité à vendre sur
le marché. Donc, deuxième génération, ça n'existe pas encore, à partir de
biomasse, c'est dommage, mais ça n'existe pas encore, donc ce n'est même pas
techniquement, commercialement, réalisable. Et l'autre, bien, c'est encore plus
loin puis ça va coûter encore plus cher.
Donc, c'est très restreint. Il y a un
déséquilibre offre, demande, entre l'offre et la demande de GNR, et c'est pour
ça que ça vient surtout des États-Unis, puis ce qu'on achète, c'est ce qui ne
trouve pas nécessairement preneur sur le marché américain parce que la qualité
n'est pas assez bonne pour rencontrer les normes du Low Carbon Fuel Standard,
je pense, en Californie.
Mme Dufour : Mais je vais
répéter ma question : Le potentiel, actuellement, au Québec, il serait
quoi, environ, par rapport à ce que... c'est ça, ce que le Québec peut faire...
M. Finet (Jean-Pierre) : Si
je me souviens bien, l'étude, il me semble que c'était WSP, à l'époque, parlait
de deux tiers, mais, encore là, c'était technicoéconomique, à, supposément, à
15$ du gigajoule, si je ne m'abuse, là, donc, mais on n'est plus là, cette
étude-là, il faudrait qu'elle soit reprise. Puis, en plus, comme je vous dis, c'est
comme les petits réacteurs modulaires, ça n'existe pas encore, tu sais, donc, c'est
sur papier.
Mme Dufour : OK, donc on ne
le connaît pas encore, le potentiel.
M. Finet (Jean-Pierre) : C'est
ça.
Mme Dufour : OK, parfait. Je
vais passer la parole au collègue député de Jacques-Cartier. Merci.
Le Président (M. Jacques) : M.
le député de Jacques-Cartier.
M. Kelley : Merci beaucoup.
Rebienvenue. Ce n'est pas la première fois qu'on s'est vus en commission, et
merci beaucoup pour votre présentation. Je sais que vous suivez nos échanges de
près, puis j'ai bien aimé quand, dans votre mémoire, vous avez parlé de... que
Québec doit avoir un plus grand intérêt dans l'autoproduction de l'énergie
solaire. Vous savez que je suis un gros fan des microréseaux, dans votre
présentation, vous avez mentionné les microréseaux.
Alors, peut-être, vous pouvez juste
expliquer un petit peu comment ça peut être utile pour le Québec d'aller plus
loin, de développer plus des microréseaux, laisser des citoyens et peut-être
quand même des bâtiments résidentiels d'avoir leur production. Hier, on a
entendu Bâtiment durable Québec, qui a dit que, présentement, l'autoproduction
d'énergie renouvelable, et particulièrement pour les résidents, est bloquée par
les règles existantes. Alors, comment on peut déréglementer ça ou, quand même,
présenter peut-être certains amendements pour s'assurer que les gens peuvent
produire leur propre électricité, mais quand même faciliter les microréseaux ou
encourager les microréseaux?
M. Finet (Jean-Pierre) : Il y
a différentes façons, mais une des choses primordiales, moi, je pense que, pour
avoir un réseau intelligent, un «smart grid», il faut être connecté. Et là, en
ce moment, le problème c'est que Hilo est une filiale dont le premier but est
de faire des profits. Et, pourtant, Hilo ne fonctionnerait pas s'il n'y avait
pas les compteurs communicants que l'ensemble de la clientèle a payés. Et, à
mon avis, l'ensemble des Québécois devraient être reliés à Hilo, et ça devrait
être une activité réglementée, et on devrait... Le défi de la décarbonation,
là, c'est qu'on ajoute de l'électricité variable sur des besoins souvent fixes
aussi et variables. Et donc il va falloir améliorer notre gestion du réseau, la
gestion de la demande. Et, quant à moi, que ça passe par un microréseau ou que
ça passe par, justement, par le contrôle des charges via Hilo, c'est quelque
chose qu'il va falloir améliorer, ça fait partie des outils, là.
M. Kelley : Excellent. Puis,
quand même, développer peut-être un secteur solaire ici, au Québec. On a des
entreprises comme Boralex, ils ont l'expertise. Alors, pourquoi pas, il y a un
potentiel pour le Québec?
M. Finet (Jean-Pierre) : Mais
Hydro-Québec, je pense, a des plans, là, d'installer 125 000 panneaux
solaires sur les toits. Mais, encore là, c'est des questions qui sont beaucoup
tarifaires. Le problème qu'Hydro-Québec... Puis la raison pour laquelle il n'y
en a pas plus, en ce moment, c'est qu'ils font... ils compensent du un pour un,
là, si tu rajoutes un kilowattheure sur le réseau, ils vont te le créditer,
mais ils disent : Moi, là, ce kilowattheure-là, je dois le transporter
puis le distribuer, donc je devrais te payer seulement la valeur de la
fourniture. Je pense qu'il ne faut pas regarder seulement ça sur une question
de fourniture d'électricité, mais plutôt il faut favoriser l'autoproduction,
mais avec du stockage chez les gens, pour en profiter pour améliorer la gestion
de la demande en puissance, mais aussi la résilience énergétique de la
clientèle.
M. Kelley : Parfait. Merci
beaucoup. Puis on peut trouver le temps pour discuter ça en plus de détails,
peut-être, dans un autre moment, prendre un café ensemble. Mais je veux vous
entendre, parce que j'ai trouvé la partie de votre mémoire qu'on parle... que
ça va prendre un plus grand rôle de l'État pour le financement des différentes
technologies. C'est sur la page n° 8, où vous
parlez de le budget pour la mise en place, le PEV. Puis ce n'est pas suffisant
nécessairement, les sommes qui sont allouées présentement <dans ce plan...
M. Kelley :
...de le
budget pour la mise en place le PEV. Puis ce n'est pas suffisant nécessairement,
les sommes qui sont allouées présentement >dans ce plan pour aider les
gens d'avoir des thermopompes ou quand même des autres types... des autres
types de... si c'est des panneaux solaires, ou on peut penser à des fenêtres.
Mais, bref, juste vous entendre, ça va prendre combien d'argent pour s'assurer
que ça marche bien, notre plan d'efficacité énergétique? Ce n'est pas juste par
règlement, ça va prendre des programmes, j'imagine, aussi ou...
M. Finet (Jean-Pierre) : Bien,
c'est déjà un bon début que le ministre ait inclus, dans le PMO, de l'argent,
les provisions pour l'accumulation de chaleur, puis ça peut grossir, quant à
moi, puis, en plus, on pourra partager avec vous, si vous voulez, là, les
résultats de cette étude-là, donc, qu'on a fait faire, là, pour les petits et
moyens bâtiments. Et donc, c'est ça, puis je pense que les budgets vont croître
au fur et à mesure qu'on va faire appel davantage au déplacement des charges
plutôt qu'à l'effacement des charges.
Par rapport à ça, justement, en biénergie,
le tarif d'été, tu sais, on dit souvent la Loi sur la Régie de l'énergie est
vieille, il faut la changer, elle a 25 ans, écoutez, le tarif d'été a
40 ans, c'est juste s'il ne fonctionne pas avec un boulier, il fonctionne
avec une sonde de température à l'extérieur, puis il efface 573 heures en
moyenne par année, notre pointe est de moins de 100 heures. Donc, on
efface même, par exemple, la nuit, quand il fait moins 20, un samedi, il a beau
faire moins 20, il n'y a pas de pointe pour autant, là, donc, puis on va
polluer inutilement. La solution serait de «tweaker», justement, et de
contrôler ces charges-là à distance et de minimiser, justement, l'utilisation,
le recours au gaz naturel en pointe sur ce qu'on a de besoin, et Hydro-Québec
est capable de le faire grâce aux compteurs communicants. Et donc on pourrait
garder encore la biénergie si vous voulez, puis ça, c'est une autre façon.
D'ailleurs, la ville de Montréal, dans les
recommandations, disait : Nous, 30 % de gaz en pointe, nous, on le
fait avec nos propres bâtiments avec 15 % de gaz en pointe, y a-tu tout
moyen de... et ça, je veux dire, je pense que vous allez être ouverts aussi à
cette solution-là. Tu sais, il y a beaucoup d'améliorations à faire avec les
outils existants même, puis, des fois, c'est des questions tarifaires, ce n'est
pas juste technologique.
M. Kelley : Merci beaucoup.
Puis je n'ai pas beaucoup de temps qui reste. Et si c'est possible, est-ce que
vous pouvez déposer l'étude au secrétariat, alors, on peut tout avoir accès, c'est
juste... si c'est possible.
Le Président (M. Jacques) : Vous
pouvez transmettre ces documents par courriel à la commission...
M. Finet (Jean-Pierre) : Je
pourrais déposer...
Le Président (M. Jacques) : ...au
secrétariat?
M. Finet (Jean-Pierre) : ...une
présentation qu'on a faite à Hydro-Québec là-dessus. On s'est rencontré
d'ailleurs Hydro-Québec pour essayer de trouver des solutions, de sorte à
favoriser l'accumulation de chaleur dans les petits et moyens bâtiments. Moi,
ça va me faire plaisir de vous partager cette... ces résultats-là.
M. Kelley : Parfait.
Le Président (M. Jacques) : Donc,
vous allez faire...
M. Kelley : Et juste
rapidement, sur la page n° 7, vous parlez des
pertes de revenus d'Énergir qui atteindra 2,4 milliards de dollars en
2050. C'est juste de bien comprendre. Pourquoi vous avez trouvé, c'était
important de noter que, pour la suite des choses, pour Énergir, ça va être difficile,
si je comprends bien, pour les prochaines...
M. Finet (Jean-Pierre) : Non,
non, c'est parce que c'est les clients d'Hydro qui compensent les pertes de
revenus d'Énergir pour ne pas que les tarifs augmentent trop, parce que, quand
Énergir vend moins de gaz, bien, ça met une pression à la hausse sur les tarifs.
Donc, si Énergir participe au deal de biénergie, bien, il va faire moins de
vente, donc ça met une pression à la hausse sur les tarifs. Nous, on faisait
juste dire qu'il faudrait prendre ça en compte dans les... le coût de
l'opération, parce que ça fait partie de la mesure, la biénergie. Un peu comme
le recours au gaz naturel renouvelable a un coût supérieur qui n'a pas été, quant
à moi, pris en compte dans l'analyse d'impact réglementaire, et ça devrait, quant
à moi, être pris en compte, parce que c'est un coût qui va être récurrent, que
les opérateurs de bâtiment, pour réduire leur gaz à effet de serre, vont devoir
assumer de façon récurrente.
M. Kelley : Parfait. Et
peut-être juste de complémenter la question de mon collègue de Côte-Nord sur le
stockage pour les grosses entreprises, peut-être, ou des usines qui sont
éloignées. Je pense que vous n'avez pas terminé votre pensée sur les options de
stockage et quand même... quand même, juste, en général, le stockage pour les
entreprises. J'imagine, la technologie va juste continuer d'être plus et plus
efficace sur les prochaines années.
M. Finet (Jean-Pierre) : Oui.
Écoutez... Bien, il y a une technologie qui a été développée par Hydro-Québec,
qui est un peu l'accumulateur de chaleur, dont on parle dans le résidentiel,
avec des briques puis à de l'air chaud, mais ça a été fait avec de l'hydronique.
Donc, c'est... c'est de l'eau chaude qui passe à travers les briques, ça
s'appelle ThermElect. C'est un brevet d'Hydro-Québec, et ça a été.... et ces
systèmes-là sont installés au Québec dans moult grands bâtiments, puis on peut
les aligner en fonction de la grosseur du bâtiment. Plus que ton bâtiment est
gros, plus tu installes de systèmes, ou on peut installer des atténuateurs
thermiques locaux pour chauffer certaines... certaines pièces en particulier,
certaines... C'est ça.
M. Kelley : Parfait. Combien
de temps?
Le Président (M. Jacques) : Une
minute.
M. Kelley : Une minute. Bien,
merci beaucoup encore pour votre présentation...
M. Finet (Jean-Pierre) : Merci.
M. Kelley : ...c'est toujours
très, très intéressant.
Le Président (M. Jacques) : Merci,
messieurs, pour vos échanges, et Mme la députée de Mille-Îles. Je reconnais
maintenant la députée de Verdun pour 4 min 8 s.
• (14 h 40) •
Mme Zaga Mendez : Merci, M.
le Président. Merci, M. Finet pour votre présentation. Tout à l'heure,
vous nous parliez des cas de Prévost, de Candiac, des villes que vous avez
accompagnées. J'ai une question par rapport à la réglementation <qui est
en place...
Mme Zaga Mendez :
...de
Candiac, des villes que vous avez accompagnées. J'ai une question par rapport à
la réglementation >qui est en place : Est-ce que, selon vous, cette
réglementation-là cause une certaine insécurité énergétique de la façon qu'elle
est écrite maintenant, que ce soit Prévost, mais on a aussi le cas de Montréal,
qu'on interdit de nouveaux branchements?
M. Finet (Jean-Pierre) : Non,
je ne pense pas, je ne pense pas, sinon, on n'aurait pas de Northvolt, et
autres. Je pense qu'en plus la volonté des villes, ce n'est justement pas de
contribuer au problème. Et ils sont très conscients justement de la problématique
énergétique de... du fait que le bilan offre... le bilan en puissance est
restreint. Et c'est pour ça qu'ils veulent participer aussi, contribuer à la
solution. Mais eux, ils ont des objectifs aussi de réduction des émissions de
gaz à effet de serre. Donc, je pense, non, les villes sont tout à fait
conscientes et sont tout à fait ouvertes à faire partie de la solution. Et puis
ce n'est pas un problème du tout.
Même, vous avez vu, Candiac a même des...
a même fait des normes pour améliorer l'isolation puis l'étanchéité du
bâtiment, de sorte à ce que, bien, ces bâtiments-là, lors des pannes,
justement, en termes de résilience énergétique, soient capables de durer
longtemps, plus longtemps sans que ça devienne un problème. Donc, les villes
ont un désir de contribuer. Puis je pense que le ministère de l'Environnement
doit les soutenir et promouvoir leur enthousiasme.
Mme Zaga Mendez : Dans ce
sens-là, vous avez parlé d'autres options qui sont disponibles, par exemple, si
on le fait par réglementation. Parce que l'impression que ça donne, c'est que,
si on fait un règlement sur le même objet, avec l'article 29, bien, on va
niveler vers le bas. Bien, vous êtes en train de nous suggérer d'autres choses,
vous parliez d'autres types de réglementation qu'on pourrait mettre en place
pour soutenir les villes.
M. Finet (Jean-Pierre) : Bien,
c'est-à-dire que, 29 et 30, ça dépend comment qu'on l'interprète. Le ministre
dit qu'il pourrait l'approuver quand même, là. Ce n'est pas dit qu'il va
scraper tous les règlements municipaux le lendemain de l'adoption du règlement.
Je pense qu'il y a peut-être des clauses grand-père ou autres, là, mais il
reste qu'il y a peut-être de l'inspiration là-dedans.
Mais l'affaire intéressante avec Prévost,
c'est que, pour les bâtiments existants, l'entente avec Énergir, puis ça, c'est
vraiment... puis je pense que le ministre devrait être content aussi de ça,
c'est que, c'est... puis ils sont avant-gardistes dans la mesure où les clients
existants vont être amenés à, justement, comme les nouveaux raccordements, à
adopter la biénergie ou le 100 % gaz naturel renouvelable ou avec la
biénergie au gaz... avec un appoint au gaz naturel renouvelable. Et ça, c'est
pour le marché existant, je pense qu'on devrait en prendre bonne note, parce
que c'est une façon aussi d'y aller progressivement dans le marché existant et
de décarboner le marché existant. Parce qu'on a beau arrêter l'hémorragie dans
la nouvelle construction, il reste qu'il faut quand même s'occuper du marché
existant.
Mme Zaga Mendez : Bien sûr.
Et sentez-vous, par exemple, si d'autres villes au Québec continuent cet
exemple-là, que ce soit Prévost, ou Montréal, ou Saint-Hilaire, on arriverait,
c'est-à-dire est-ce qu'on crée ou pas une insécurité énergétique, si les villes
continuent dans le sens, par exemple, d'interdire les nouveaux branchements?
M. Finet (Jean-Pierre) : Au
contraire, moi, je pense... Comme je vous disais tout à l'heure, là, si on
installait des accumulateurs de chaleur sur pieds, par exemple, là, les genres
de Convectair dans les appartements multirésidentiels de 25 et de
100 appartements, si vous voulez, de 100 étages, et tout, là, je
pense qu'on pourrait non seulement... pas ajouter au problème, mais on pourrait
même réduire les... Tu sais, on a, en ce moment, là, je disais, on a
15 000... le résidentiel représente à peu près 15 000 mégawatts
d'impact en puissance. Mais ça, on peut le réduire, là, on... ce n'est pas une
fatalité, là. Donc, c'est peut-être... les municipalités peuvent peut-être même
contribuer à renverser la vapeur.
Mme Zaga Mendez : Bien, je
vous remercie. Est-ce qu'il y a d'autres choses que vous aimeriez ajouter? Il
nous reste 20 secondes.
M. Finet (Jean-Pierre) : Bien,
je voudrais juste revenir sur la question des extensions de réseau...
Le Président (M. Jacques) : Rapidement,
10 secondes.
M. Finet (Jean-Pierre) : Oui,
en 10 secondes. Dans votre prise de décision, M. le ministre, il faut
vraiment tenir compte de ça, des coûts éventuellement échoués des actifs
d'Énergir dans le temps. Et c'est ça, il faudrait y aller peut-être plus
justement dans les gros bâtiments que dans les... qui sont plus difficilement
électrifiables.
Le Président (M. Jacques) : Merci
beaucoup, M. Finet. Ceci met un terme à nos échanges. Merci pour votre
participation à la commission.
Nous suspendons quelques instants pour se
préparer pour le prochain groupe.
(Suspension de la séance à 14 h 44)
(Reprise à 14 h 48)
Le Président (M. Jacques) : La
commission... Bien, nous reprenons nos travaux, en fait, avec le Centre
québécois du droit de l'environnement, et j'invite Me Cloutier à commencer son
exposé, pour une période de 10 minutes. Par la suite, des échanges avec
les membres des commissions se poursuivront. Merci.
Mme Cloutier (Camille) : Bonjour.
Merci. Donc, M. le ministre, la commission, d'abord, je vous remercie de nous
permettre de commenter le projet de loi 41 et de peut-être l'éclairer dans
votre analyse. Je m'appelle Camille Cloutier. Je suis avocate au Centre
québécois du droit de l'environnement, le CQDE. Le CQDE, créé en 1989, est le
seul organisme sans but lucratif à mettre au service de la population une
expertise juridique indépendante en droit de l'environnement. Pour accomplir
cette mission, entre autres, on intervient, à l'occasion, devant les tribunaux,
on fournit gratuitement de l'information juridique accessible à la population
et on participe à des consultations sur des réformes législatives ou
réglementaires comme celle-ci. Lorsqu'on intervient dans des consultations
parlementaires, notre objectif, c'est de fournir à l'Assemblée nationale un
éclairage sur des questions juridiques relatives à la protection de
l'environnement afin que nos lois et règlements soient ambitieux et cohérents.
• (14 h 50) •
Donc, on félicite d'abord le gouvernement
du Québec pour sa volonté, avec le projet de loi 41 d'accélérer la
transition, de mettre en place des mesures qui ont le potentiel de transformer
le parc de bâtiments et de réduire leurs émissions de GES. On salue aussi la
volonté du gouvernement d'établir des normes minimales. C'est le terme qui est
employé un peu partout dans l'analyse d'impact réglementaire. Pourtant, le
projet de loi, dans sa version actuelle, n'établit pas seulement des normes
minimales, en fait, n'établit pas des normes minimales, mais plutôt des normes
aussi maximales, donc pas <seulement un plancher...
Mme Cloutier (Camille) :
...seulement
des normes minimales, en fait, n'établit pas des normes minimales, mais plutôt
des normes aussi maximales, donc pas >seulement un plancher, mais
également un plafond. Puis on est d'avis, au CQDE, que la volonté de rendre le
système plus efficace ne doit pas signifier se priver d'alliés précieux dans la
transition, dont les gouvernements de proximité que sont les municipalités.
L'apport des municipalités, pour la protection de l'environnement et la
décarbonation, est essentiel. On a eu, dans les derniers jours, entre autres
hier, avec le témoignage de l'UMQ, plusieurs exemples concrets d'initiatives
réglementaires municipales qui contribuent définitivement à la transition
écologique et énergétique, pas seulement en matière de décarbonation, mais sur
plusieurs aspects des bâtiments et de la construction.
L'intervention du CQDE aujourd'hui
s'inscrit vraiment dans la même ligne que plusieurs intervenants qui m'ont
précédée. C'est ce qu'on a constaté dans les derniers jours. C'est ce qui
arrive quand on passe à la fin de la période de consultations. Donc, je vais en
quelque sorte récapituler puis ajouter la voix de notre organisme, qui est
davantage juridique, à la demande de modifier le projet de loi pour permettre
la contribution des municipalités. En fait, j'aimerais préciser qu'on a
beaucoup parlé, au cours des derniers jours, d'autonomie ou d'indépendance des
municipalités, mais j'aime beaucoup utiliser le terme «contribution», parce que
c'est ce qu'on souhaite promouvoir vraiment, c'est la participation des
municipalités à la transition écologique et énergétique.
Les recommandations du CQDE sont plutôt
simples, mais concernent des éléments importants du projet de loi, vous l'aurez
peut-être constaté à la lecture du mémoire. Donc, il s'agit de retirer les
articles 29 et 30 de la Loi sur la performance environnementale des
bâtiments, qui est introduite par l'article 1 du projet de loi, et de
s'attaquer, par la même occasion, à l'article 118.3.3 de la LQE de la même
façon. Vous le savez, le projet de loi 41 réutilise le même mécanisme que
cet article. Puis, dans les deux cas c'est vraiment dans le but de permettre
aux municipalités d'adopter des régimes qui sont plus ambitieux pour
complémenter le régime provincial. Dans les deux cas, les dispositions, tant de
la nouvelle loi que de la LQE, empêchent les municipalités d'adopter un
règlement sur le même objet que la loi ou un règlement de la province, et ce,
peu importe lequel est le plus sévère et peu importe lequel a été adopté en
premier, et ce n'est pas nouveau que plusieurs acteurs du milieu municipal,
entre autres la FQM et l'UMQ, critiquent cet article 118.3.3 de la LQE,
parce qu'il constitue un frein à l'action municipale.
Pour comprendre qu'est-ce que ça implique,
nos recommandations, c'est pertinent de comprendre le régime juridique qui
encadre les pouvoirs des municipalités qui prévaudraient en l'absence de
l'article 29, 30 de la loi... de la nouvelle loi et en l'absence de 118.3.3
de la LQE. Il s'agit principalement de l'article 193 de la Loi sur le
bâtiment — plusieurs en ont parlé aussi dans les derniers jours — et
de l'article3 de la Loi sur les compétences municipales. Donc, en ce
moment, avec le régime actuel avant le projet de loi, lorsqu'une municipalité
souhaite adopter un règlement de construction, elle peut réglementer sur les
mêmes matières que la Régie du bâtiment, à condition de le faire de manière
plus stricte que le contenu du code de construction établi par la régie. Donc,
ce code de construction, c'est vraiment une source de normes minimales.
Puis, ensuite, tant pour les règlements de
construction que les règlements d'urbanisme ou d'autres plus largement en lien
avec l'environnement des municipalités, la contrainte fondamentale, c'est celle
d'être conciliables avec les lois et règlements de la province. C'est un terme
qui est important. C'est quoi, être conciliable? Bien, les tribunaux ont
souvent eu à interpréter cet article de loi dans les 20 dernières années, puis
la réponse est assez simple, je vous dirais, pour que deux textes de loi soient
inconciliables, il doit être impossible de se conformer aux deux à la fois.
Puis les tribunaux ont aussi confirmé que pour être conciliable, un règlement
ne peut pas permettre quelque chose qui est... un règlement municipal ne peut
pas permettre quelque chose qui est prohibé par la province, sinon ça serait
aussi une source de caractère inconciliable.
Donc, je rappelle aussi que, quand
l'article 3 de la Loi sur les compétences municipales... pardon,
municipales — donc, cette règle de base a été adoptée en 2004 — l'intention,
c'était, et je cite quelques passages, là, de jugements et du projet de loi
initial, «d'accorder aux municipalités de la marge de manoeuvre, d'exercer
efficacement la plénitude de leurs compétences, et même de pouvoir répondre aux
besoins évolutifs de leur population sans devoir faire appel constamment à
l'intervention du gouvernement provincial».
Donc, en bref, si on retire 118.3.3 de la
LQE et si on retire 29 et 30 de la Loi sur la performance environnementale des
bâtiments, on revient au cadre initial où les municipalités peuvent
complémenter les mesures qui sont mises en place par la province. C'est, selon
nous, ce qui serait souhaitable pour permettre aux municipalités d'aller plus
loin que ce que peut ou veut faire <le gouvernement du Québec...
Mme Cloutier (Camille) :
...selon
nous, ce qui serait souhaitable pour permettre aux municipalités d'aller plus
loin que ce que peut ou veut faire >le gouvernement du Québec, en
considérant notamment qu'à l'échelle locale les municipalités peuvent bénéficier
d'un appui particulier de leur population locale. Au CQDE, d'ailleurs, on est
témoins, là, au quotidien, d'initiatives innovantes puis de mobilisation des
citoyens, mais aussi des élus municipaux pour s'attaquer à la crise climatique.
Bien sûr, la concertation entre tous les niveaux de gouvernement, c'est
essentiel. On en a parlé beaucoup dans les dernières heures et derniers jours.
Il faut tenir compte des réalités énergétiques, agir de manière cohérente, mais
la solution n'est pas d'empêcher l'innovation régionale, municipale, et de
freiner les municipalités dans l'ensemble de leurs initiatives.
Les articles 29 et 30 de la nouvelle
loi sont problématiques, parce qu'ils ne permettent pas cette complémentarité
et cette innovation, puis ils sont surtout problématiques parce que, non
seulement ils empêcheraient ou, du moins, freineraient l'adoption de nouveaux
règlements municipaux, mais ils risquent aussi de rendre inopérants ou, du
moins, de remettre en question des règlements qui existent déjà, qui
fonctionnent et qui sont respectés dans plusieurs municipalités du Québec. Je
souligne que, si une municipalité considère qu'elle doit aller plus loin qu'une
norme provinciale, c'est souvent parce que la norme provinciale est
insuffisante. Puis ce que je veux dire par là, c'est que, si les règlements qui
sont adoptés en vertu de la nouvelle loi dont on discute aujourd'hui sont
ambitieux, permettent de répondre à la crise climatique et atteindre les cibles
de réduction de GES, bien, les municipalités ne devraient pas avoir à se rendre
jusqu'à adopter des règlements différents et à porter le fardeau administratif
et même parfois judiciaire qui vient avec.
Dans les derniers jours, évidemment, on a
beaucoup parlé de décarbonation de gaz naturel, c'est un enjeu majeur, mais
comme l'ont souligné d'autres avant moi, la performance environnementale des
bâtiments, ça ne concerne pas uniquement le type d'énergie utilisée, mais aussi
toutes sortes d'autres caractéristiques. On peut penser à des normes de
construction écologique, que certaines municipalités, à travers le Québec, ont
adoptées, là, parfois il y a plus de 10 ans, qui pourraient être remises
en question.
Plus précisément, je termine là-dessus,
sur le mécanisme d'approbation par le ministre, qui est l'exception à
l'interdiction, bien, on considère que ce n'est pas une solution qui va
vraiment venir mitiger les effets négatifs de l'article 29, parce que,
d'abord, c'est un fardeau administratif pour tous les acteurs impliqués, qui va
s'appliquer aussi à des règlements déjà adoptés depuis longtemps, puis
l'information qu'on a jusqu'à maintenant, le retour... d'expérience sur
l'article analogue qui est à la LQE, c'est que, non seulement c'est lourd pour
les municipalités et le ministère, mais ça a également un faible taux de succès
et un effet dissuasif sur l'ambition municipale.
Donc, pour conclure, ce qu'on recommande,
c'est que le gouvernement établisse des normes minimales, et on vous invite
évidemment à être ambitieux sur ce point-là, sur le choix des normes minimales.
Merci pour votre écoute. Je vais être prête pour vos questions.
Le Président (M. Jacques) : Merci,
Me Cloutier, pour votre exposé. Nous allons commencer les échanges avec la
partie gouvernementale. M. le ministre, la parole est à vous.
M. Charette : Merci, M. le
Président. Merci d'être avec nous cet après-midi. C'est toujours un plaisir
d'entendre le point de vue du Centre québécois du droit en environnement.
Peut-être vous mentionner, j'ai plusieurs collègues déjà qui m'ont partagé leur
souhait d'échanger aussi avec vous, donc je vais y aller d'un commentaire, dans
un premier temps, vous aurez naturellement la possibilité d'y répondre par la
suite.
Concernant le plafonnement de l'ambition,
c'est l'expression que vous avez retenue en introduction, bien, peut-être vous
mentionner que ce n'est nullement notre intention de plafonner l'ambition. Je
ne sais pas si vous avez eu l'occasion de suivre l'échange avec l'UMQ et la FQM
sur cette question-là. Il y a une crainte légitime par rapport à la formulation
actuelle, dans le projet de loi, et on s'est déjà entendu, avec l'UMQ et la FQM,
qu'au moment de l'étude article par article on va vraisemblablement apporter
des modifications pour s'assurer qu'il n'y ait pas d'ambiguïté. On ne veut pas
plafonner l'ambition des municipalités, bien au contraire, encore moins comme
ministre de l'Environnement. L'élément que l'on veut baliser, et, encore là,
l'UMQ et la FQM est d'accord, c'est tout ce qui est en lien avec
l'approvisionnement énergétique et la sécurité énergétique. Donc, il y aura
vraisemblablement des amendements de proposés à ce moment-là.
• (15 heures) •
Donc, tous les autres champs pour lesquels
les municipalités souhaitent agir, on nous parlait, là, de d'autres exemples
qui n'étaient pas en lien du tout avec le bâtiment, le projet de loi actuel ne
freinera pas cet élan-là. Mais, pour le volet énergétique, c'est un réel, réel
enjeu, et les municipalités reconnaissaient elles-mêmes qu'elles n'avaient pas
l'expertise pour prendre la mesure de l'impact de ce qu'elles souhaiteraient
mettre en place dans certains cas. Hydro-Québec est venue nous dire, avant ou
après, je ne me souviens plus quelle était la séquence, mais que, dans le cas
qui a été médiatisé ces derniers jours, celui de Saint-Bruno, par exemple,
Hydro-Québec a la capacité de répondre à ce projet-là. Ils souhaitent même
collaborer avec la municipalité. Ce qu'Hydro-Québec dit, par contre...
15 h (version révisée)
M. Charette : ...Québec a la
capacité de répondre à ce projet-là. Ils souhaitent même collaborer avec la
municipalité. Ce qu'Hydro-Québec dit, par contre, il faudrait que la
municipalité, dans son projet d'écoquartier, inclue telle, telle, telle mesures
pour nous aider à maximiser le potentiel énergétique ou sinon réduire le
recours à l'énergie. Donc, c'est dans ce sens-là qu'il y aura dorénavant une
plus grande collaboration entre les villes, le gouvernement du Québec, Hydro-Québec
aussi, les fournisseurs d'énergie pour s'assurer qu'on opte pour le scénario...
bien, optimal, et certainement pas plafonner l'ambition.
Donc, c'est la petite mise au point que je
souhaitais réitérer auprès de vous. Vous avez la possibilité de commenter. Sinon,
j'ai effectivement plusieurs collègues qui souhaiteraient interagir avec vous.
Et, si on... on devait s'arrêter là, encore une fois, merci pour votre présence
cet après-midi.
Mme Cloutier (Camille) : ...
M. Charette : Votre micro.
Mme Cloutier (Camille) : Oui,
bien sûr. Merci, M. le ministre. Je voulais rajouter un petit quelque chose,
là, mais je prendrai les autres questions avec plaisir. D'abord, sur la
question de sécurité énergétique, bon, on n'est pas certain de la causalité,
nécessairement, entre chaque action municipale et cet enjeu-là, de précarité
énergétique. On a entendu tout plein d'experts dans les derniers jours. Entre
autres, M. Finet tout récemment a dit que ce n'était pas une fatalité, là,
cet enjeu de sécurité énergétique, et que les municipalités pouvaient faire, au
contraire, partie de la solution. Mais je suis tout à fait d'accord avec vous
que la concertation est essentielle puis que... on est contents d'entendre que
les municipalités et le gouvernement vont être en discussion pour des
amendements à adopter au projet de loi... aux articles 29 et 30. Donc, on
est contents de l'entendre. On souhaite s'assurer toutefois que ça va vraiment
laisser place à certaines innovations dans toutes les matières de performance
environnementale du bâtiment, y compris la décarbonation.
M. Charette : Juste une
petite minute avant de céder la parole. Vous dites : Vous n'êtes pas
certaine de la finalité, mais vous devez comprendre que, comme gouvernement,
nous, on doit être certains de la finalité avant... C'est la raison pour
laquelle cet espace de collaboration là devient nécessaire. Et, si vous avez
écouté l'échange avec M. Finet, et je pense que c'était Sortons le gaz!,
hier, ou un autre groupe, je ne me souviens plus, les villes, dans certains
cas, voulaient effectivement restreindre le recours au gaz. Et, a priori, on n'est
certainement pas contre, mais ce qu'Hydro-Québec souhaite, et c'est notamment
le cas avec l'exemple de Saint-Bruno, c'est qu'il y ait aussi des conditions de
mitigation qui soient... qui soient ajoutées, que ce soit à travers
accumulateur de chaleur, M. Finet parlait de système Hilo qui était
financé par Prévost ou autres. Donc, sortir le gaz, on y est, mais, si on est
100 % hydroélectrique ou énergie verte, ce qui est le souhait, ultimement,
on peut rendre la démarche encore plus optimale s'il y a des mesures de
mitigation pour la pointe, notamment, et qui aide à maximiser le potentiel
énergétique. C'est la position, là, qui est la nôtre et qui semble partagée,
là, avec les municipalités également.
Donc, pour ne pas me faire reprocher de
prendre trop de temps auprès de mes collègues, cette fois-ci, c'est vrai, je
leur laisse la parole. Et, encore une fois, merci pour votre présence.
Le Président (M. Jacques) : Merci,
M. le ministre. Et je cède maintenant la parole à Mme la députée d'Iberville.
Mme Bogemans : Merci beaucoup.
Bonjour, Mme Cloutier.
Mme Cloutier (Camille) :
Bonjour.
Mme Bogemans : Concernant le
rôle des municipalités, parce que j'ai lu dans votre mémoire que vous voyez
vraiment le rôle du ministère de l'Environnement et du ministre lui-même comme
chef d'orchestre de la lutte climatique. Comment vous arrimez ça avec la volonté
que chaque municipalité puisse réglementer de manière différente à ce sujet-là,
au niveau de la performance des bâtiments, plus particulièrement?
Mme Cloutier (Camille) : Oui.
Bien, c'est sûr qu'il y a toute une préoccupation pour une certaine simplicité
ou cohérence dans tout ça, mais on est d'avis qu'il faut favoriser l'émergence
de solutions un petit peu plus innovantes quand la population locale est prête
à ça.
On peut penser à l'exemple du chauffage au
bois. C'est normal qu'une ville comme Montréal soit prête à aller plus loin
plutôt qu'un village de région éloignée, par exemple. Donc, il faut permettre
cette modulation-là, de la mise en place de nouvelles mesures. Puis, le rôle du
gouvernement du Québec et du ministère de l'Environnement, bien, c'est d'aller
fixer des normes minimales. Puis, évidemment, le gouvernement du Québec a cette
vision d'ensemble, cette compréhension de la situation énergétique qui lui
permet d'aller fixer un plancher. C'est comme ça qu'on le voit.
Mme Bogemans : Super. Puis je
vous amène de l'autre côté du spectre. Pour les municipalités, justement, qui
ne voient pas la lutte au changement climatique comme étant quelque chose de
leur ressort ou qu'ils ne <le...
Mme Bogemans :
...voient
pas la lutte au changement climatique comme étant quelque chose de leur ressort
ou qu'ils ne >le considèrent pas comme une priorité, quel genre de
mesures vous pensez... qu'on devrait mettre de l'argent pour les emmener avec
nous dans cette marche-là?
Mme Cloutier (Camille) : Oui.
Bien, c'est sûr qu'au niveau du choix des mesures techniques, lesquelles mettre
en premier, combien ça va coûter, ce n'est vraiment pas notre expertise. Puis,
j'ai entendu tout plein d'intervenants, au cours des derniers jours, qui ont
amené des très bonnes idées, puis je suis sûre qu'il y en a aussi au sein du
ministère. Cela dit, l'établissement de normes minimales par la province va
nous assurer d'aussi tirer vers le haut ou tirer vers l'avant les municipalités
qui... qui considèrent moins que c'est leur priorité, là, d'agir dans la lutte
aux changements climatiques. Donc, c'est pour ça qu'on salue de base, là,
l'initiative d'avoir ce projet de loi là puis de venir réglementer sur le
sujet, tout à fait.
Mme Bogemans : Parfait.
Avez-vous des suggestions pour nous, par exemple, pour les entrepreneurs qui
ont affaire avec deux municipalités... parce que, parfois, ils sont voisins,
puis c'est littéralement d'un opposé à l'autre, là. Comment bien, dans le fond,
respecter leur droit de travailler puis les standards qu'ils doivent mettre de
l'avant?
Mme Cloutier (Camille) : Je
ne sais pas si la réponse va vous satisfaire en mesure de... en matière de
considération de la réalité concrète sur le terrain, mais, objectivement, avec
un pas de recul, tant mieux si on favorise des entrepreneurs, des entreprises,
des industries qui vont respecter les plus hauts standards, donc qui va
respecter les standards de la municipalité avec les standards les plus élevés.
C'est ce qui est souhaitable, d'après nous.
Mme Bogemans : Donc, dans le
fond, l'entrepreneur devrait toujours suivre les standards les plus élevés.
Comme ça, il n'y aurait pas de problème. C'est ça, la suggestion, finalement,
si je comprends bien?
Mme Cloutier (Camille) : C'est
ce qui serait... C'est ce qui aurait l'impact le plus positif pour tout le
monde, là, mais c'est sûr qu'il y a des nuances sur le terrain. Je comprends
bien.
Mme Bogemans : Puis, en
termes de technologie qu'on peut mettre de l'avant pour arriver à avoir une
empreinte la moins élevée possible, avez-vous certaines actions, certaines
technologies, justement, à mettre de l'avant en priorité?
Mme Cloutier (Camille) : On
n'a pas... On n'a pas ce rôle-là. On considère vraiment qu'il y a tout plein
d'autres organismes, d'autres experts qui vont venir vraiment proposer des
solutions plus concrètes en termes des énergies à prioriser. Reste que la
sortie du gaz naturel, l'élimination des combustibles fossiles, il n'y a pas...
il n'y a pas de débat là-dessus. Il faut s'en sortir, s'en sevrer à terme, là.
Après ça, le débat, c'est plus sur la vitesse, quelle étape prendre en premier,
mais on l'a bien vu dans l'analyse d'impact réglementaire, les cibles de
réduction de GES du Plan pour une économie verte ne sont pas en voie d'être
rencontrées, puis, même avec le projet de loi, c'est un scénario hypothétique
qui fait qu'on ne sait pas s'ils vont être rencontrés. Ça fait que c'est pour
ça qu'il faut vraiment favoriser, là, toutes ces idées-là, nouvelles. Nous,
notre rôle, c'est de suggérer le cadre, mais pas de suggérer les technologies
en particulier. Mais il y en a plusieurs, on en a entendu plusieurs dans les
derniers jours, ça fait que, ça, on n'en doute pas.
Mme Bogemans : Puis d'abord,
dans la démocratisation de ces technologies-là, avez-vous des idées ou des
suggestions à nous faire, pas nécessairement tant qu'à la technologie à
utiliser, mais pour que le plus de personnes possible y aient accès? Est-ce que
vous avez des idées?
Mme Cloutier (Camille) : C'est
une bonne question. C'est sûr qu'au CQDE, une de nos priorités, ça reste la
participation du public dans les décisions qui vont avoir un impact sur
l'avenir, là, sur, entre autres, la transition énergétique. Ça fait que dès que
les municipalités peuvent mettre en place des consultations publiques, on parle,
à l'échelle municipale, mais à toutes les échelles, de permettre vraiment à la
population de participer aux décisions, c'est vraiment un facteur important. On
peut même voir ça à beaucoup plus grande échelle, de réfléchir à l'avenir
énergétique du Québec en faisant participer la population, en permettant des
forums où tous pourront venir s'exprimer, là, parce qu'il y aura tout plein de
décisions à prendre dans les prochaines années, ça, c'est sûr.
Mme Bogemans : Parfait. Puis,
en même temps, au niveau de la population, vous avez bien répondu à la
question, mais, pour les faire participer puis pour mobiliser aussi les
propriétaires résidentiels, pour être capables de faire une masse critique,
avez-vous une idée de quelles seraient, justement, les plateformes où ils
pourraient s'exprimer puis auxquelles on pourrait les faire s'exprimer? Parce
qu'une commission parlementaire comme aujourd'hui, c'est un petit peu ça,
l'objectif.
• (15 h 10) •
Mme Cloutier (Camille) : Je
vous dirais qu'il y a tout plein de choses qui sont déjà en place, qu'on pourra
exploiter davantage, des coalitions citoyennes, des réseaux. Il y a vraiment...
Puis au CQDE, vous avez raison de me poser la question, dans le sens qu'on est
bien placés pour avoir un lien avec le milieu citoyen, avec les organismes
environnementaux, avec les municipalités. Puis on sait qu'il y a tout plein,
déjà, d'échanges entre eux. Ça fait qu'il y a vraiment moyen d'utiliser ces
canaux-là et de propager de l'information, de les encourager à participer.
On a vu, entre autres, l'été dernier, une
forte mobilisation citoyenne sur un sujet qui avait l'air <supertechnique...
Mme Cloutier (Camille) :
...entre
autres, l'été dernier, une forte mobilisation citoyenne sur un sujet qui avait
l'air >supertechnique, le projet de loi n° 22
sur l'expropriation, et pourtant il y a des citoyens, citoyennes qui se sont
sentis interpelés par la question, qui ont compris les enjeux environnementaux,
juridiques et qui se sont impliqués. Ça fait que c'est possible de le faire,
là, quand on laisse vraiment une porte ouverte pour la participation du public.
Mme Bogemans : Parfait. Puis
ensuite, dans le mémoire sur le projet de loi n° 44,
vous disiez que la CQDE a souligné l'importance de responsabiliser le
gouvernement dans les actions face à la crise climatique. Puis je voulais
savoir si la cote qu'on met de l'avant pour le bâtiment répond à vos attentes
concernant ce point-là.
Mme Cloutier (Camille) : L'idée
de mettre une cote nous paraît être une option intéressante. Après ça, pour
tous les aspects plus techniques, là, ce n'est vraiment pas... ce n'est
vraiment pas quelque chose sur lequel on va se prononcer. Je suis désolée de ne
pas pouvoir répondre à toutes vos questions, là. J'aimerais être aussi experte
en énergie, mais ce n'est pas le cas.
Mme Bogemans : Bien, il n'y a
pas de problème. Et, si on continu juste un peu sur la cote, parce qu'on parle
de domaines, dans le fond, qui doivent finalement être cotés, ultimement, là,
trouvez-vous que les domaines qu'on met de l'avant font du sens? Est-ce que vous
mettriez ça plus large, par exemple?
Mme Cloutier (Camille) : Peut-être
que ça me prendrait une deuxième analyse du projet de loi, mais ce que j'ai
particulièrement apprécié à ma lecture de la version actuelle, c'est que
l'article 1 qui définit la performance environnementale va vraiment
ratisser large. Je sais que l'OIQ, entre autres, dans son mémoire, parlait de
considérer le cycle de vie des matériaux. Il y a toutes sortes d'éléments qui
pourraient être intégrés dans la réflexion, mais la définition qui est à
l'article 1 est superlarge puis permet vraiment au gouvernement ou au
ministre, là, d'aller encadrer de nombreux aspects du bâtiment. Mais c'est pour
ça qu'on était justement inquiets. Vu que la définition est si large, bien, ça
risque beaucoup d'interagir avec les règlements des municipalités qui,
justement, couvrent un peu tous ces aspects-là. C'est pour ça que c'est... c'est
vraiment cet élément-là qui nous a appelés à intervenir, là, pour s'assurer
qu'on va de l'avant. Voilà. Ça serait ce que j'ai à dire pour l'instant.
Mme Bogemans : Bien,
pensez-vous, en termes de mobilisation citoyenne, puis d'échanges, finalement,
puis de participation, là, des gens par rapport à la responsabilisation aussi
citoyenne face à nos bâtiments, trouvez-vous que la cote est un moyen de
susciter de l'intérêt?
Mme Cloutier (Camille) : Je
l'ignore, mais je pense que, dès qu'on va toucher les propriétaires de
bâtiments, ça reste que ça va interpeler les gens, ils vont se sentir concernés
par le projet de loi. Ça fait que, oui, il y a moyen d'aller interpeler les
citoyens et citoyennes qui, peut-être, ne l'auraient pas été autrement.
Après ça, comment la cote va être mise en
œuvre, comment ça va être... À quel bâtiment ça va s'appliquer aussi, là? C'est
sûr que, si on vise les grands bâtiments en premier, ça risque peut-être moins
de toucher la population, en générale. Ça fait que est-ce qu'on en veut aller
réglementer la performance environnementale, la cote, mais aussi d'autres
façons... Là, on parle de normes de performance. Plus on va vite vers les
petits bâtiments, les bâtiments résidentiels, plus vite on va toucher à tous
les types de bâtiments, plus vite la population va se sentir interpelée, là, je
pense.
Mme Bogemans : Donc, ça fait...
ça fait bien du sens. Il me reste combien de temps, M. le Président?
Le Président (M. Jacques) : ...précisément.
Mme Bogemans : Une minute,
tout simplement. Donc, ce sera simple, mais je voulais savoir, au niveau du
plafond que vous disiez qu'on instaurait, est-ce qu'il y a une mesure
particulière où vous aimeriez nous voir agir pour être capables de le rehausser
ou répondre à vos attentes?
Mme Cloutier (Camille) : Oui.
Bien, en fait, j'ai eu quand même l'impression que le ministre réagissait, là,
sur ce point-là en termes de modification des articles 29 et 30 de la loi
qui est instaurée par l'article 1 du projet de loi. Ce qu'on propose,
c'est de ne pas fixer un plafond, finalement, c'est de fixer un plancher plutôt
qu'un plafond. Donc, en modifiant ou en retirant ces articles-là, on va
vraiment permettre aux municipalités de devoir se conformer aux normes, mais de
pouvoir proposer quelque chose de plus ambitieux.
Mme Bogemans : Merci beaucoup.
Le Président (M. Jacques) : Merci
beaucoup. Ceci termine les échanges avec la partie gouvernementale. Je cède
maintenant la parole à Mme la députée de Mille-Îles.
Mme Dufour : Merci, M. le
Président. Et merci, Me Cloutier, pour votre présentation et le mémoire.
C'était fort intéressant. J'aimerais d'abord peut-être continuer un peu sur la
conversation que vous aviez juste précédemment concernant la large définition
de performance environnementale, là. Vous en faites état, je crois que c'est à
la page 12 du mémoire, si je ne me trompe pas. Et là... Et vous avez dit,
dans le fond, que... Tout à l'heure, là, verbalement, vous avez dit que ça peut
laisser la place, donc, au gouvernement de légiférer sur bien des choses dans
le cadre du PL bâtiments, mais ça pourrait aussi laisser la place à légiférer
peu de choses parce que ce n'est pas <précisé...
Mme Dufour :
...bâtiments,
mais ça pourrait aussi laisser la place à légiférer peu de choses parce que ce
n'est pas >précisé, tout se ferait par règlement. Donc, je voulais le
souligner.
Mais j'aurais aimé vous entendre sur...
sur la définition que d'autres groupes nous ont parlé. Ils nous ont fait état
que performance environnementale, souvent, ça va beaucoup plus large que ce
qu'on semble vouloir... L'esprit de la loi, qu'ici on regarde, qui semble
plutôt parler de performance énergétique et... plutôt que la performance
environnementale, qui pourrait couvrir la gestion des eaux, par exemple, est
beaucoup plus large. Donc, j'aimerais vous entendre là-dessus.
Mme Cloutier (Camille) : Oui.
Bien, c'est un sujet superintéressant parce que tout ce qui va être adopté en
vertu de la loi découle un peu de cette définition-là.
D'abord, l'aspect positif de la
définition, comme je l'ai dit, c'est qu'elle ne restreint pas la performance
environnementale à l'efficacité énergétique, même si c'est ce qu'on en comprend
un petit peu. On dit vraiment, dans l'article, là, je l'ai devant les yeux :
«la performance environnementale s'entend de caractéristiques d'un bâtiment qui
ont un impact sur l'environnement, notamment son empreinte carbone, l'énergie
qui est utilisée», puis on va jusqu'à dire «les équipements favorisant la
mobilité durable.» Ça fait qu'on se permet vraiment d'aller loin, ce qui est
positif puis qui démontre une considération de la lutte au changement
climatique et de l'action environnementale plus large que seulement énergétique.
Par contre, c'est toujours souhaitable
d'avoir des articles de loi précis qui vont venir établir des obligations
claires ou un cadre clair pour la suite. Donc, s'il y a une définition qui
correspond plus clairement à ce que le ministre... pardon, l'Assemblée
nationale souhaite légiférer, c'est... ça pourrait être positif aussi. Par
contre, je trouve ça... on trouve ça positif, là, qu'il y ait une certaine
considération plus large de tous les impacts environnementaux que peut avoir un
bâtiment, dans la mesure où on laisse les municipalités aussi, là, continuer
d'innover là-dessus.
Mme Dufour : Effectivement.
Par contre, quand on regarde les articles du projet de loi par la suite, on a
peu de référence à autre chose que l'énergie, je le souligne, et peut-être les
GES. Mais le fait que ce soit justement par règlement plutôt que dans la loi,
pratiquement tout, là, passerait par règlement, est-ce que ça, c'est quelque
chose qui vous préoccupe ou vous êtes à l'aise avec cette façon de faire là?
Mme Cloutier (Camille) : Disons
que ce n'est pas la première fois qu'on voit des lois qui vont s'appuyer sur plusieurs
règlements. C'est sûr qu'il y a une certaine préoccupation par rapport à ça,
parce qu'on ne peut pas s'en tenir seulement à l'intention, actuellement.
Parfois, on va voir des très longs délais avant que le règlement soit adopté,
particulièrement quand la loi n'établit pas un échéancier clair. L'intention,
aussi louable soit-elle, qu'on va retrouver dans un projet de loi adopté par
l'Assemblée nationale n'a qu'une valeur de principe tant qu'on ne la met pas en
œuvre. Puis je me permets de faire un lien avec un autre dossier qui nous
préoccupe beaucoup au CQDE, celle du registre d'information environnementale.
Donc, ça avait été adopté dans le projet de loi il y a six ans et même plus
maintenant, puis pourtant il n'y a pas eu de mise en œuvre de règlement, de...
Donc, évidemment, là, ça serait souhaitable qu'on voie un échéancier plus
clair, des étapes plus définies pour vraiment assurer que ça... c'est mis en
œuvre rapidement.
Mme Dufour : Donc, vous avez
dit, le registre environnemental, vous avez dit, il a été... ça a été passé il
y a six ans? C'est ça que vous avez dit?
Mme Cloutier (Camille) : Oui,
en mars 2018, si je... si je ne me trompe pas.
Mme Dufour : Parfait. On va
faire des petites vérifications, parce que je suis nouvellement porte-parole
des dossiers en environnement, donc je prends connaissance. Et le fait qu'il
n'y ait pas de cible non plus dans le projet de loi, est-ce que c'est quelque
chose que... que vous auriez souhaité voir ou est-ce que c'est quelque chose
qui se fait ailleurs aussi?
Mme Cloutier (Camille) : Oui,
on aurait souhaité voir des cibles et on parle, entre autres, dans l'analyse
d'impact réglementaire, des cibles du Plan pour une économie verte. Donc, je
pense que c'est un peu ça qui est en trame de fond. Mais on serait très
favorables à l'idée que des cibles de réduction de GES ou des cibles de
performance environnementale des bâtiments soient fixées dès maintenant, pour
autant qu'elles soient ambitieuses, là.
• (15 h 20) •
Mme Dufour : Parfait. Merci.
Peut-être que j'aimerais vous entendre maintenant sur un élément que vous avez
effleuré, là, c'est la page 13 de votre mémoire, mais plusieurs autres
groupes nous en ont parlé plus en détail, c'est le fait qu'on retire, dans le
fond, l'efficacité énergétique de la Régie du bâtiment du Québec, en fait, qui...
du code de construction et que ce serait plutôt transféré vers un code du
bâtiment durable, qui, lui, serait sous la responsabilité <du...
Mme Dufour :
...construction
et que ce serait plutôt transféré vers un code du bâtiment durable, qui, lui,
serait sous la responsabilité >du ministère de l'Environnement.
Plusieurs groupes nous ont fait part du risque qu'ils entrevoient, là, qu'il y
ait certaines incohérences entre les deux, du fait qu'ils sont habitués de
travailler avec une bible, qu'ils ne veuillent pas avoir deux bibles, que si...
que... c'est ça. Le fait qu'il pourrait y avoir des incohérences, je pense que c'était
ce qui préoccupait le plus, là. Ce n'était pas juste de les mettre les deux
dans le même cartable, mais vraiment qu'il y ait comme... connexion.
Donc, je voudrais peut-être vous entendre,
vous l'avez effleuré, mais vous n'en avez pas parlé, mais comment vous le
voyez, vous, cet aspect-là? Est-ce que c'est quelque chose qui vous préoccupe
ou pas?
Mme Cloutier (Camille) : Bien,
je vous avouerais qu'au CQDE on est peu habitués de travailler avec la Loi sur
le bâtiment. Ce n'est pas une loi... Et la Régie du bâtiment<i>, ce n'est
pas une institution avec laquelle on est très familiers. Donc, c'est sûr que
tout ce que les autres groupes qui sont familiers avec cette institution-là
vous ont dit, on va les écouter avec attention. C'est certain que l'ajout d'une
autre bible, là, si on veut l'appeler comme ça, le fait d'avoir un dédoublement
d'un code de construction, règlement de construction municipal, code de
performance des bâtiments ou code du bâtiment durable, peu importe comment on
l'appelle, ça peut venir complexifier davantage.
Après, il y a peut-être des mesures à
prendre pour une certaine cohérence. Puis, je dirais, j'évoque juste un
doute, là, par rapport à la modification qui est proposée à l'article 173, on
propose de retirer le paragraphe 6, là, concernant l'efficacité énergétique.
Puis je sais que le ministre n'a pas la même interprétation que ça, mais je
soulève que ça pourrait être interprété comme un...
OK, je recommence, là. Il y a un groupe,
ce matin ou dans les derniers jours, qui a évoqué l'idée que la compétence de
la Régie du bâtiment<i> par rapport au contenu du code de construction
était très largement exprimée dans l'article 173. Donc, le retrait du
paragraphe 6 ne changeait pas le fait qu'elle pourrait peut-être réglementer
sur l'efficacité énergétique. Je comprends que c'est une interprétation qui
pourrait être discutée, là, mais ça... quand même, ça... ça peut être mis en
doute. Puis, même si le paragraphe 6 est retiré et qu'on ne parle plus
expressément d'efficacité énergétique, ça reste qu'il y a plusieurs normes de
construction partout, à travers le code de construction, qui peuvent
indirectement toucher à la transition énergétique, là.
Mme Dufour : Oui, bien, c'est
exactement ça que des groupes nous mentionnaient. Mais, comme avocat... comme
avocate, si vous aviez à regarder, puis à plaider, puis voir des normes dans
deux codes distincts qui viennent se... dans le fond, être un peu en
compétition, est-ce que ça ne vient pas, là, laisser un certain flou qui... qui
peut, disons, amener la jurisprudence un peu n'importe où?
Mme Cloutier (Camille) : C'est
certain qu'on est favorables à une plus grande cohérence, à regrouper le plus
possible les normes puis à éviter de se perdre dans différents textes de loi,
différents règlements. En étant avocate dans le domaine... bien, dans le droit
de l'environnement, je vous dirais que c'est un problème qu'on retrouve dans
tout plein de domaines, là, le fait que c'est très complexe, ça se retrouve un
peu partout. On a même déjà évoqué l'idée de créer un code du droit de
l'environnement pour éviter que, justement, ça se reproduise comme ça. Donc, si
on peut éviter d'augmenter la complexité, tant mieux. Oui, c'est sûr. Mais je
ne dirais pas... Bon, c'est pour ça qu'on n'a pas formulé de recommandations
vraiment définies, là, sur ce point-là parce qu'on était moins familiers avec
le fonctionnement de la régie et son expertise, mais elle a certainement une
expertise, là, dans le domaine de la construction qui devra être développée au
sein du ministère pour pouvoir réglementer sur le domaine... sur le sujet.
Mme Dufour : Merci. Je
voudrais peut-être, maintenant, vous amener... Pages 13, 14 de votre mémoire,
vous parlez, là, de... on en a parlé tout à l'heure, là, mais du pouvoir
municipal. Mais j'ai trouvé ça intéressant que vous parliez justement de
l'article 118.3.3 de la LQE, la Loi sur la qualité de l'environnement. Et là
vous disiez... bien, vous citez un analyse du ministère qui était chargé de
donner des approbations en vertu de cette disposition qui témoignait, et il le
dit, je le cite : «Ce n'est pas nécessairement facile pour une
municipalité d'utiliser ce mécanisme qui est très exigeant.»
Et donc je voudrais peut-être vous
entendre davantage là-dessus, parce que c'est vrai que... bien, en tout cas, il
y a eu une... Moi, dans le passé, j'étais au municipal, puis on avait voulu
interdire, là, par exemple, les plastiques à usage unique. Il a fallu avoir un
avis juridique. Bon, c'était... c'était correct parce que ce n'était pas quelque
chose qui était couvert à l'époque, là, dans une loi supérieure. Mais, à chaque
fois, les villes marchent sur des oeufs, puis les petites municipalités, bien,
on s'entendra, <ont...
Mme Dufour :
...à
chaque fois, les villes marchent sur des oeufs, puis les petites
municipalités,
bien, on s'entendra, >ont peut-être un peu moins de moyens, là, pour...
pour... pour faire ces démarches-là. Donc, qu'est-ce que vous voyez qui serait
comme potentiel qu'on pourrait avoir comme gain si on retirait cet article-là,
comme vous le proposez?
Mme Cloutier (Camille) : Je
dirais que la même réflexion que pour les articles 29, 30 de la <i>Loi
sur la performance environnementale des bâtiments, là, le même... le même
raisonnement s'applique à l'article 118.3.3. Est-ce qu'il y a d'autres
mesures qui seront nécessaires pour venir s'assurer de la cohérence, puis tout
ça? Peut-être, là, mais il faudrait vraiment permettre aux municipalités
d'aller plus loin, comme vous parlez des municipalités qui souhaitent
réglementer vraiment dans... en faveur de l'intérêt collectif de la protection
de l'environnement.
Le... J'en parle justement, puis j'en ai
parlé un peu tout à l'heure, le retrait de l'article 118.3.3 ne permet pas
à une municipalité d'adopter un règlement plus permissif que la province, ne
permet pas non plus à la municipalité d'adopter quelque chose de... un...
mettons, un deuxième régime d'autorisation qui viendrait vraiment rendre ça un
labyrinthe, là. Ça pourrait peut-être être considéré inconciliable. Bref, le
fait de devoir être conciliable avec la province permet quand même un certain...
un certain encadrement des pouvoirs municipaux.
Puis pour revenir sur les propos du
fonctionnaire, là, c'était dans le cadre de débats parlementaires, puis ce qu'on
en... ce qu'on en conclue, ce qui en ressort, c'est vraiment un effet dissuasif
pour les municipalités de se rendre jusqu'à demander l'approbation du ministère
de l'Environnement. Puis, même avant ça, vous l'avez nommé, là, le fait d'avoir
l'article 118.3.3, qui est toujours là, au-dessus de leur tête, ça... ça
peut être un effet dissuasif à la volonté de réglementer en environnement
point, là. Donc, pour nous, c'est vraiment un frein, puis les acteurs du milieu
municipal l'ont dit aussi.
Le Président (M. Jacques) : Merci.
Mme Dufour : Merci.
Le Président (M. Jacques) : Ceci
termine le bloc d'échanges avec l'opposition officielle. Je cède maintenant la
parole au deuxième groupe d'opposition, à Mme la députée de Verdun, pour 4 min
8 s.
Mme Zaga Mendez : Super.
Merci, M. le Président. Merci, Me Cloutier, pour votre exposé et mémoire, qui
sont très, très clairs. Je ne vais pas vous faire répéter votre positionnement
sur l'article 29,30. Tout à l'heure, on a eu aussi une explication sur 118.3.3.
J'aimerais avoir votre avis sur des effets puis tout le processus de
réglementation municipale. J'imagine, lorsqu'une municipalité s'épanche sur une
question, que ce soit l'efficacité énergétique ou que ce soit
l'approvisionnement en gaz, ils font tout un processus d'étude avant de passer
à un règlement. Pouvez-vous nous en dire plus?
Mme Cloutier (Camille) : Oui.
Bien, c'est sûr que ça va dépendre des municipalités, des moyens dont ils
disposent, de l'objet qu'ils veulent réglementer. Mais, si on prend un pas de
recul, peut-être, puis on s'intéresse à toutes les contraintes de... des
pouvoirs municipaux... il y en a plusieurs, là, mais, si on réfléchit à... au
domaine de l'environnement, il y a évidemment des contraintes
constitutionnelles, là, donc de ne pas réglementer un domaine qui va être
fédéral. Puis ça a l'air simple, là, mais, juste ça, on ne peut pas toucher à
la navigation. Donc, dès que ça touche au plan d'eau, ça devient complexe.
Ensuite, on va se demander si on est conciliables avec les lois, les règlements
de la province. Donc, tout ça, ça demande quand même un examen de ce qui existe
déjà au niveau provincial.
Puis ensuite, bien, dès que ça touche
l'environnement, il faut s'assurer qu'on ne touche pas le même objet qu'un
règlement ou une loi de... bien, un règlement ou la LQE, donc la LQE ou un de
ses règlements. Puis cet exercice-là n'est pas simple parce qu'il n'y a pas un
guide qui dit : Voici l'objet exact qui est visé par chaque règlement,
chaque... puis chaque article de la LQE. Donc, il y a toujours une certaine
notion d'interprétation. Il y a de la jurisprudence sur cet article-là, qui dit...
qui va venir examiner c'est quoi, l'objet de telle loi, de tel règlement. Donc,
les municipalités sont toujours dans l'incertitude de : Est-ce que j'ai
vraiment le droit de faire ça? Est-ce que je vais me faire poursuivre? Est-ce
que... Donc, c'est un... oui, tu sais, ce n'est pas souhaitable.
Mme Zaga Mendez : Donc,
j'imagine que le fait d'arriver après qu'une réglementation, qui a fait tout le
cheminement dont vous avez décrit, et après une autre réglementation qui
s'ajoute... quelles sont les conséquences? Bon, on le sait, là, légalement,
vous l'avez expliqué, là, ça rend le règlement inopérant. Mais est-ce que la
municipalité a des recours ou c'est juste... simplement, on vient de mettre à
la poubelle un travail énorme en termes de réglementation?
Mme Cloutier (Camille) : Je
veux juste être certaine de comprendre votre question.
Mme Zaga Mendez : Lorsqu'un...
Mme Cloutier (Camille) : Quand
vous dites : Il y a un autre règlement qui arrive, à quoi vous référez?
• (15 h 30) •
Mme Zaga Mendez : Qui
s'ajoute, par exemple, dans le cas qui nous concerne, là, qu'il va y avoir des
règlements, suivant l'article 29,30, qui viennent réglementer, que ce soit
l'efficacité énergétique ou l'approvisionnement d'une source énergétique, quelles
sont les conséquences pour cette municipalité autre que... que le fait que...
bon, le règlement est inopérant, mais, ce que j'imagine, c'est que ça vient mettre
de côté tout un travail réglementaire...
15 h 30 (version révisée)
Mme Zaga Mendez : ...mais
ce que j'imagine, c'est que ça vient mettre de côté tout un travail
réglementaire que vous venez de décrire.
Mme Cloutier (Camille) : Oui,
surtout si le règlement est déjà adopté, là. Par exemple, j'imagine, c'est un
peu la situation à laquelle vous faites référence, donc un règlement qui a
passé par tout ce processus-là, qui a été adopté, par exemple, l'année
dernière, et là qui va être remis en question, c'est certain qu'on vient mettre
de côté non seulement tout le travail qui a été accompli, mais aussi une... une
adaptation de la population locale, de l'industrie, des propriétaires, qui peut-être
déjà depuis deux ans se conforment, là, à cette réglementation-là.
Mme Zaga Mendez : Merci.
Je ne sais pas si vous avez quelque chose d'autre à ajouter avec les quelques
secondes, voire minutes qui me restent.
Mme Cloutier (Camille) : Ça
fait le tour pour moi. Mais merci beaucoup pour votre écoute.
Mme Zaga Mendez : Merci.
Le Président (M. Jacques) : Merci
beaucoup, et merci, Me Cloutier, pour votre contribution aux travaux de la
commission.
Nous allons suspendre quelques instants
pour faire place à la prochaine présentation.
(Suspension de la séance à 15 h 31)
(Reprise à 15 h 37)
Le Président (M. Jacques) : Nous
sommes de retour. Je souhaite la bienvenue aux représentants de Vivre en Ville.
Je sais que vous êtes des habitués. Je
vous rappelle que vous disposez de 10 minutes pour votre exposé, après
quoi nous procéderons à une période d'échange avec les membres de la commission.
Je vous invite à vous présenter et
commencer votre exposé.
M. Savard (Christian) : Merci.
Merci beaucoup. Merci à la commission de l'invitation. J'imagine que j'ai
atteint un objectif de carrière de me faire dire que je suis un habitué, ou pas.
Donc, je me présente, Christian Savard,
directeur général de Vivre en Ville. Je suis accompagné par Élise Ménard,
ingénieure et conseillère en bâtiment durable chez nous, et de Samuel
Pagé-Plouffe, directeur aux affaires publiques.
Donc, on vient vous présenter, de manière
générale, notre mémoire et l'esprit de notre mémoire, parce que, bon, on
réussit toujours à avoir beaucoup de choses à dire chez nous. Donc, c'est un
mémoire de 35 pages, on ne pourra pas passer au travers, mais on va dire
certaines lignes, certaines lignes de force.
D'abord, de manière générale, on accueille
favorablement le projet de loi. C'est très intéressant de voir le système de...
de cotation, et les objectifs aussi, et les moyens qu'on se donne pour
s'attaquer au secteur du bâtiment.
On dit toujours, en matière de lutte
contre les gaz à effet de serre, qu'il y a des choses plus difficiles puis
qu'il y a des choses plus faciles, les fameux fruits mûrs, «low hanging fruit».
Le bâtiment en est un. C'est un des secteurs qui bouscule le moins la
population et où le Québec est très... est vraiment très bien positionné pour
en faire plus et atteindre nos objectifs. Surtout que, bien, le cadre légal
actuel est à adapter justement pour pouvoir cueillir ce fruit-là, ce fruit mûr
là.
Le constat du ministère est
particulièrement clair, là, le cadre légal actuel ne permet tout simplement pas
d'atteindre les cibles pour le secteur du bâtiment.
On a fait certains efforts en matière de
programmes, il y a eu des programmes, je pense à ÉcoPerformance, mais là le
Québec est rendu plus loin que les incitatifs, est rendu plus loin que les
programmes, on doit passer à l'étape légale pour accélérer la transformation du
secteur parce que le secteur est prêt.
Et un élément qui est très, très important
pour nous, et, j'espère, qui transparaît dans le mémoire, et on a vu qu'il y a
aussi des intentions gouvernementales dans ce sens-là, c'est qu'il faut être
particulièrement... il faut être particulièrement, je dirais, exigeant et
mettre la barre au bon endroit pour le bâtiment neuf.
On comprend que réduire les gaz à effet de
serre dans les bâtiments existants, avec des... avec des systèmes qui sont déjà
en place, y arriver rapidement peut être plus difficile, mais dans le bâtiment
neuf, toutes les technologies, que ce soit en matière d'efficacité énergétique,
de systèmes mécaniques, sont présents pour pouvoir faire des bâtiments qui ne
nécessitent pas de gaz, qui ne nécessitent pas d'être raccordés au réseau
gazier. Et donc qui va nous permettre de dégager de la marge de manœuvre dans
d'autres secteurs.
• (15 h 40) •
Donc, un message qu'on voulait passer,
c'est attention aux verrouillages carbone, l'importance de l'exemplarité dans
le bâtiment neuf nous apparaît particulièrement importante. Il ne faut pas
rater notre coup pour ça. Et, pour les autres secteurs du bâtiment, bien, il
nous faudra une feuille de route. On en parlera un petit peu plus tard.
Merci. Je passe la parole maintenant à ma <collègue...
M. Savard (Christian) :
...Je
passe la parole maintenant à ma >collègue.
Mme Ménard (Élise) : Oui. Merci,
Christian. Je vais prendre le temps de vous présenter quelques recommandations
plus spécifiques de notre mémoire.
Donc, comme Christian l'a dit, on
accueille favorablement tant les volets, en fait, de divulgation, de cotation,
d'affichage et aussi d'établissement de normes de performance environnementale.
On a pris état du calendrier qui était
proposé dans l'analyse, l'analyse de risque présentée avec le projet de loi, risque
réglementaire, pardon. On accueille favorablement les dates qui sont présentées
puis l'ambition de ce calendrier-là, mais, d'entrée de jeu, on souhaite tout de
suite préciser qu'on aimerait qu'un... qu'il soit prévu un calendrier pour
élargir la cotation à l'ensemble des bâtiments et non seulement les grands
bâtiments.
Ensuite, une autre recommandation dont
j'aimerais vous parler, c'est la 14. On réfléchit à quand les... en fait,
lesdits règlements vont être...
En fait, bien, je reviens à... je reviens
sur mes pas, je suis désolée. On est conscients que c'est un projet de loi
habilitant. Donc, le ministre se donne de nouvelles responsabilités pour faire
des choses ensuite, mais avant... avant... avant tout de même, en fait, de
rentrer dans ces détails-là, non seulement le calendrier, c'est un enjeu, mais
aussi lesdites normes puis le dysfonctionnement du système de cotation, on
croit que c'est important que ce soit co-construit avec des acteurs du milieu
pour que ce soit à la fois cohérent et ambitieux. Puis on pense qu'au moment de
ces réflexions-là il faudrait que soient présentés une mise à jour puis un plan
détaillé des émissions de GES liées aux mesures qui vont être adoptées par la
réglementation à venir.
J'aimerais aussi... À la page 14, on
propose, c'est un peu pour englober tout ce qui vient dans la suite du mémoire,
mais une modification à l'article 1, en fait, l'article où la performance
environnementale est définie, elle est posée.
Je vais vous lire, en précisant les ajouts,
là, donc :
«Au sens de la présente loi, la
performance environnementale s'entend de caractéristiques d'un bâtiment qui a
un impact sur l'environnement, non seulement son empreinte carbone», on a
ajouté «sur l'ensemble de son cycle de vie», considérant que ce n'est pas que
les émissions durant l'opération du bâtiment qui sont à prendre en compte.
Ensuite, je continue : «L'énergie qui
est utilisée par ce bâtiment et le moment auquel elle est utilisée, l'énergie
produite par ce bâtiment ainsi que les équipements», et là on a ajouté «et le
choix d'un site favorisant la mobilité durable de ses occupants», référence à
l'aménagement du territoire qui est... ce n'est pas seulement les équipements
du bâtiment, mais c'est plus... Nous, on le voit de façon plus large.
Puis on a aussi, finalement, ajouté que la
performance environnementale inclut également la résilience aux aléas
climatiques.
Pour revenir sur le point des nouveaux
bâtiments, on pense qu'il est... c'est incongru aujourd'hui de construire des
bâtiments qui seraient, oui, performants énergétiquement, mais qui n'auraient
pas... qui ne seraient pas capables de résister à ce qu'on s'attend pour le
climat dans les prochaines années. Sur ce, Samuel.
M. Pagé-Plouffe (Samuel) : Merci.
Merci, Élise. Je commencerais par vous parler un peu des articles 29 et 30.
Vous en avez certainement entendu parler beaucoup lors des consultations
parlementaires.
On s'appelle Vivre en Ville, donc les
pouvoirs des municipalités, ça nous intéresse, évidemment. On comprend, d'une
part, la crainte du gouvernement que se... que se crée une genre de mosaïque,
là, réglementaire sur le territoire.
Et on pense aussi, bien qu'on a appuyé les
nombreuses municipalités qui ont réglementé, on pense aussi qu'il est
souhaitable que le gouvernement se... encadre, en fait, la sortie du gaz
naturel du bâtiment.
Cela dit, on partage aussi franchement les
inquiétudes, notamment de l'Union des municipalités du Québec et du milieu
municipal en général, quant à l'exercice des pouvoirs municipaux en matière
d'urbanisme, en matière d'environnement.
Donc, clairement, pour nous, il y a, dans
la formulation actuelle, des deux... des deux... des deux articles, quelque
chose à modifier, en tout cas, pour clarifier l'intention gouvernementale.
Et, bon, la proposition qui est faite, là,
de s'inspirer du récent mécanisme créé dans la Loi sur le bâtiment, là,
l'article 193, la proposition de l'UMQ, on la trouve... on la trouve bonne.
Cela dit, pour Vivre en Ville, on insiste
sur l'importance d'encourager même les initiatives, les initiatives locales, de
continuer à les encourager. Et, à cet égard-là, une idée, par exemple, on peut
regarder la ville de Candiac, qui a simultanément mis en place, avec sa
stratégie de décarbonation des bâtiments, des normes d'efficacité énergétique.
Donc, ce serait, par exemple, une
stratégie qui permettrait à des municipalités d'aller plus loin tout en... tout
en exerçant leur pouvoir, leur pouvoir réglementaire.
Merci, Christian, j'avais perdu mon
chronomètre, j'apprécie beaucoup.
Le second point que je voulais aborder, bon,
concernant tout l'enjeu de... disons, de l'habitation, du développement
immobilier, puis du fait d'ajouter des normes de transition <énergétique...
M. Pagé-Plouffe (Samuel) :
...immobilier,
puis du fait d'ajouter des normes de transition >énergétique, là, est-ce
que ça pourrait, par exemple, avoir comme conséquence de réduire les mises en
chantier? On comprend qu'il y a cette préoccupation-là.
Cela dit, nous, ce qu'on pense, c'est que la
transition énergétique, transition écologique, et la crise de l'habitation
doivent être pensées ensemble. Il y a des synergies à faire. Et même qu'assurer
une prévisibilité au marché immobilier, comme vous allez le faire avec le
projet de loi, c'est une manière, en fait, de contribuer à ce que les mises en
chantier se fassent... se fassent promptement. Et qu'il y a tout un bouquet de
mesures, là, puis là on ne peut pas vous entretenir de ça ici, dans le cadre du
projet de loi 41, qui doivent absolument être mises en place pour
accélérer les mises en chantier. Et, à cet égard-là, bien, on a plein de
propositions sur les questions d'aménagement, de zonage. Puis le gouvernement
pourrait aller beaucoup plus loin, mais ce n'est pas exactement l'objet du
projet de loi.
Pour terminer, effectivement, un petit
point sur la question de l'aménagement du territoire. Vous savez, nous, à Vivre
en Ville, on a beaucoup d'exemples de cas où l'efficacité énergétique d'un
bâtiment est utilisée pour faire un petit peu du... de l'écoblanchiment, hein,
on dit : Le bâtiment, il est génial, donc on oublie qu'il est peut-être
construit sur un milieu naturel, une terre agricole, un mauvais endroit. Donc,
il faut vraiment réfléchir à comment le bâtiment fait partie d'un environnement
puis comment l'aménagement du territoire participe aussi à l'efficacité
énergétique des bâtiments, des bâtiments qui sont mitoyens par exemple, qui ont
peu de parois, qui ont des contacts avec l'extérieur, sont beaucoup plus
efficaces énergétiquement.
Donc, pour réussir les objectifs du projet
de loi, il faut intégrer toutes les préoccupations d'aménagement du territoire.
Je vois qu'on est pas mal à 10 minutes,
ce serait tout pour notre présentation. On vous remercie de votre écoute.
Le Président (M. Jacques) : Merci
beaucoup pour votre présentation. Je cède donc la parole à la partie
gouvernementale et à M. le ministre.
M. Charette : Merci, M. le
Président. C'est vrai que vous êtes des habitués. C'est un plaisir à chacune
des fois. Donc, merci d'être avec nous cet après-midi.
Je ne sais pas si vous avez suivi un petit
peu le déroulement des travaux. J'aime bien y aller de commentaires et de
réponses à vos éléments, ce qui vous permet par la suite d'y répondre et
peut-être que ça me donne l'idée d'y aller d'une question ou deux
supplémentaires, mais le but, c'est de partager le temps, et on sait déjà qui
va en manquer, parce que je sais que mes collègues veulent intervenir, donc je
ne retarderai pas trop de mon côté.
Donc, vous avez commencé d'entrée de jeu
en parlant d'élargir la cotation à l'ensemble des bâtiments. C'est vrai, dans
un premier temps, on veut y aller avec le plus grand bâtiment, pour ce qui est
du résidentiel, 25 logements et plus, mais vous confirmer que c'est notre
intention, à terme, de couvrir l'ensemble du bâtiment, mais il faut commencer
quelque part.
Et on a eu plusieurs échanges intéressants
sur des expériences étrangères. On parle beaucoup, depuis quelques mois, de
l'expérience française. On a eu l'occasion avec autant monsieur... avec M. Pineau,
hier, et, tout à l'heure, M. Finet, d'échanger là-dessus. On ne veut pas
reculer, on veut faire des avancées, mais pour éviter de reculer, à terme, il
faut y aller de façon méthodique. Mais je vous confirme qu'on vise à terme les
différents types de bâtiments.
Au niveau des pouvoirs habilitants du
projet de loi, c'est vrai que ça peut être confondant. Et on se taquine, à
l'occasion, entre collègues, lorsqu'on est dans l'opposition on veut le détail
dans le projet de loi puis lorsqu'on est au gouvernement on veut le détail dans
la réglementation. J'ai fait la même chose quand j'étais dans l'opposition et
je comprends aujourd'hui que c'est nécessaire de d'abord se donner des pouvoirs
habilitants pour produire la réglementation par la suite. Et la réglementation
nous permet ensuite d'agir avec plus d'agilité qu'un projet de loi. Mais, je
vous rassure, les pouvoirs habilitants, ils sont nombreux.
Vous parliez de souhait qu'il y ait de la
co-construction pour préparer cette réglementation. Depuis cinq ans, c'est
l'approche que je retiens, comme titulaire du ministère. Donc, oui, il y aura
de la réglementation et, oui, il y aura de la co-construction avec les
organismes partenaires dont... vous en faites partie, naturellement, pour
s'assurer que la balle, lorsqu'elle sera mise au jeu, ait déjà une base
intéressante et, ensuite, ça devient une consultation publique en bonne et due
forme.
Et peut-être vous confirmer ce que vous
savez sans doute déjà, mais chaque projet de règlement aurait... aura aussi son
analyse d'impact réglementaire pour voir quelle est la portée qu'on souhaite
lui donner.
• (15 h 50) •
Vous parliez de l'importance d'évaluer la
performance énergétique d'un bâtiment sur l'ensemble de son cycle de vie. Il y
a des groupes avant vous qui parlaient nommément, là, de carbone intrinsèque, c'est
aussi l'objectif qui est le nôtre.
Vous allez avoir des références sur la
construction du <bâtiment...
M. Charette :
...aussi
l'objectif qui est le nôtre.
Vous allez avoir des références sur la
construction du >bâtiment, puis on aura l'occasion sans doute d'en
parler au moment de l'étude article par article, mais, pour nous, c'est sa
construction, c'est son entretien et ultimement c'est son cycle entier, là,
jusqu'à la fin de vie du bâtiment.
Hier, je pense que c'est le conseil en
environnement, le conseil patronal en environnement du Québec<i>, ou un
autre groupe, qui se questionnait : Pourquoi il y a même une question de
mobilité durable dans le... dans le projet de loi? C'est qu'on veut, à terme, à
travers notre réglementation même, prévoir, lorsqu'on parle de cycle de vie
entier... Un bâtiment avec tant de logements et plus, c'est un non-sens, en
2024, par exemple, qu'il n'y a pas d'obligation qu'il y ait de bornes de
recharge. Si on sait que le bâtiment est là pour minimalement 50 ans,
prévoir qu'un bâtiment puisse, à quelques années de la fin de la vente de
véhicules thermiques, ne pas avoir de bornes de recharge, c'est un non-sens. Et,
en milieu plus urbain, on peut se dire la même chose pour une infrastructure,
par exemple, de support de vélo, pour favoriser le transport actif. Donc, c'est
le type de pouvoir qu'on veut se donner à travers le projet de loi.
Sinon, vous avez évoqué la possibilité,
même en termes d'adaptation, des normes régionales en climat futur. On se donne
le pouvoir, à travers le projet de loi, d'aller dans cette... dans cette
direction-là.
Et non pas un débat, mais une question qui
est revenue de façon récurrente, la fameuse préséance de la réglementation.
Vous avez vu les témoignages, autant UMQ, FQM, on parle d'une même voix,
essentiellement.
Et oui, il y a eu des cas de poursuite
malheureux qui ont mis de la pression sur des municipalités qui ne souhaitaient
que bien faire, mais, en même temps, les municipalités réalisent que
l'expertise n'est pas chez elles pour déterminer l'impact de leurs propres
réglementations sur la disponibilité énergétique.
Donc, l'engagement qu'on a pris, autant
auprès d'Hydro-Québec qu'auprès des municipalités elles-mêmes, c'est qu'on va
la travailler ensemble, cette réglementation-là. Et ce n'est pas pour freiner
l'élan des municipalités parce qu'à travers ça on veut réduire le recours au
gaz. Et ce sera majeur et ce sera une suite logique aux engagements qu'on a
déjà pris, mais ça doit se faire de façon concertée pour être sûr qu'on arrive
à nos objectifs.
Et ce qu'on a réalisé auprès de... à
travers l'expérience des municipalités, les municipalités qui, par exemple,
voulaient réglementer l'interdiction, exemple, du... du recours au gaz,
souvent, dans leur interdiction, il n'y avait pas d'ajout d'obligation de
mesures de mitigation, par exemple, pour faire face à la pointe, que ce soit
des accumulateurs d'énergie et autres.
Donc, c'est le type d'élément, là, que
l'on pourra discuter avec les municipalités, avec Hydro-Québec également.
Donc, c'est les quelques commentaires que
je souhaitais apporter. Vous pouvez commenter à votre guise. Et, par la suite,
ce seront mes collègues qui vont prendre la relève.
M. Pagé-Plouffe (Samuel) : Vous
nous avez dit beaucoup de choses intéressantes, M. le ministre. Merci. J'en ai
noté quelques-unes puis mes collègues pourront... pourront compléter.
Bien, à différents égards, ma... notre
réaction, c'est «tant mieux», tant mieux que l'ensemble des bâtiments seront à
terme concernés par... par tout le système et les normes qui seront mises en
place.
À cet égard-là, on demande dans notre
mémoire un échéancier. On ne prétend pas avoir la réponse. Je ne crois pas que
vous nous ayez donné de réponse à cet égard-là précise sur à quel moment
l'ensemble des bâtiments serait... serait concerné. Peut-être que ce sera
plutôt dans un... dans une prochaine itération du plan pour une économie verte<i>,
mais, dans tous les cas, on pense que c'est absolument nécessaire que
l'ensemble des bâtiments soit... soit concerné. Et de spécifier quand même une
intention, là, ça nous semble nécessaire.
Vous avez mentionné aussi qu'il y aura une
consultation en amont pour la mise en place du... du système puis des normes.
Bon. On sait, là, que quand des règlements sont publiés à la Gazette
officielle, il y a une consultation obligatoire, là, de 45 jours. Ce
qu'on espère, c'est quand même une consultation un peu plus approfondie, là, avec
la société civile et les experts indépendants. J'entendais que ça allait dans...
dans cette perspective-là. Si vous pouvez préciser, ce serait apprécié.
Que chaque règlement soit soumis à une
analyse d'impact réglementaire, bien, ça va de soi. Ce que l'on souhaite, à ce
moment-là, nous, c'est comme vous l'avez... comme ça a été fait, puis c'est
très intéressant, dans l'analyse d'impact réglementaire, c'est qu'il y ait des
prévisions précises de réduction de gaz à effet de serre pour chacun des règlements
qui seront... qui sont déposés, parce que, quand même, là, pour l'instant, ce
qu'on a, c'est assez large et relativement peu précis.
Peut-être, dernier commentaire, là, sur
tout l'encadrement qui a été annoncé pour la question de... du gaz <naturel...
M. Pagé-Plouffe (Samuel) :
...tout
l'encadrement qui a été annoncé pour la question de... du gaz >naturel
puis en particulier pour le nouveau bâtiment.
À cet égard-là, vous avez nommé que le
milieu municipal sera consulté et les distributeurs d'énergie. Nous, on verrait
d'un bon oeil qu'une expertise indépendante soit aussi... soit aussi impliquée.
On a bien vu, là, au départ de la... au départ des consultations sur le projet
de loi que ça a été annoncé par voie de communiqué. On aurait probablement des...
des idées à vous soumettre. On en a souvent.
Je crois que mes collègues auraient
probablement des éléments... Ça va? Voilà.
M. Charette : Bien, pour le
volet co-création, il y a la consultation d'office, mais c'est certain qu'avant
de déposer un projet de règlement on aura l'occasion, là, d'échanger là-dessus.
Mais je veux réellement protéger le temps
de parole de mes collègues. Donc, encore une fois, merci. Et je vais céder le
reste du temps de parole à mes... à mes collègues.
Le Président (M. Jacques) : Merci,
M. le ministre. Je cède maintenant la parole à Mme la députée d'Argenteuil.
Une voix : ...
Le Président (M. Jacques) : Il
reste 7 min 30 s.
Une voix : ...
Le Président (M. Jacques) : 7 min 30 s.
Mme Grondin : 7 min 30 s.
Bonjour, Mme Ménard, messieurs. Petite question, en fait, puis je vais
laisser aussi mon collègue qui a aussi des belles questions.
Ce qui me préoccupe... vous êtes des
habitués des... mais aussi en termes de... de thématiques qui sont couvertes en
termes de réflexion au niveau de l'environnement...
La grande question ici, là, après avoir
entendu plusieurs organisations, dont moi, je me pose, puis je suis intéressée
à connaître un peu votre réflexion sur ça, c'est : Comment réussir à
conjuguer, OK, une volonté, je pense qu'on l'entend tous ici, là, la volonté de
réaliser des objectifs ambitieux de performance environnementale...
Tu sais, on a entendu, à travers les
organisations, on pourrait y intégrer les... le carbone intrinsèque, on
pourrait parler de résilience aux aléas climatiques, il y en a qui ont rajouté
la pollution atmosphérique, il y en a d'autres qui se sont dit : Mais, en
termes d'aménagement du territoire, la localisation du bâtiment, que ce soit
sur une terre agricole, un milieu humide... Donc, vous, vous proposez peut-être
plus la mobilité durable. Donc, tu sais, ça s'arrête où? Dans le sens où tout
ça est super intéressant, je suis une des premières à porter ces genres de
messages là, mais on a des défis qui sont emballants.
On en a parlé, tu sais, on veut élargir à
des bâtiments existants, des bâtiments plus petits, on parle des défis qui sont
au niveau de la formation, l'expertise, l'accompagnement qui n'est pas encore
tout là, on a entendu des organisations qui nous ont dit : Il faut que la
cotation soit crédible, elle doit faire son... son travail d'être éprouvée, ce
n'est pas... Donc, il y a tout un arrimage aussi entre les différents codes. On
a des municipalités qui souhaitent... qui sont novatrices, mais il y a toute
une question de s'assurer que cette mosaïque-là se tient, est intégrée et
cohérente. Donc, je vous rajoute plein de défis comme ça.
Ma question... Puis là on n'a même pas
parlé, parce que là on parle de bâtiments existants, de bâtiments neufs, mais
on n'a pas du tout parlé de la question de la rénovation, ça fait que...
Puis on le sait que des changements de
comportement puis des changements de pratiques, un des nerfs de la guerre,
c'est d'être réaliste et simple. Puis on l'a entendu par diverses
organisations, l'importance de la simplicité.
Ça fait que comment on conjugue ça, nos
grandes ambitions versus il faut que les gens embarquent?
• (16 heures) •
M. Savard (Christian) : Si je
peux me permettre, sur la dernière intervention, malheureusement pour certains
intervenants, simplicité veut dire statu quo. C'est souvent ça qu'on entend :
Il ne faut pas que ce soit compliqué. La meilleure chose qu'on peut faire,
c'est fort probablement la prévisibilité, et une certaine co-construction, et
de préparer le milieu.
Je vous amènerais à l'expérience que Vivre
en Ville a menée, notamment en collaboration... dans la région de Montréal.
On est coordonnateur du groupe de travail
du Partenariat Climat Montréal, donc on a autour de la table des promoteurs
immobiliers, des ingénieurs, des universitaires. Puis on a travaillé, on a été...
on a été un peu le «focus group» de la ville de Montréal à travers son
règlement, qui a certains bouts, hein, je pense, qui... Montréal, le système de
cotation risque d'arriver un peu plus vite. Donc, il y a ça aussi, hein,
Montréal va un peu peut-être se casser les dents sur certains des écueils, et
on pourra après ça le généraliser à l'ensemble du Québec. Et ce qu'il est le
plus important à savoir de la prévisibilité sur les dates...
16 h (version révisée)
M. Savard (Christian) : ...l'ensemble
du Québec. Et ce qui est le plus important, c'est avoir de la prévisibilité sur
les dates. Et vous avez nommé de nombreux défis. Et la dernière recommandation
de ce groupe de travail là, là, on a émis un rapport, j'aurais peut-être dû l'amener,
là, et la principale recommandation, c'est avoir une feuille de route. Vous l'avez
nommé, plein d'éléments. Bien, ça, il faut faire ça en telle année, on va
prendre cette bouchée-là et, à la prochaine année, on prendra cette bouchée-là
dans une... dans... et de manière relativement prévisible. Vous le faites un
peu avec le calendrier, calendrier qu'on appuie et qu'on ne veut pas voir
retardé, notamment.
Donc, je pense qu'avoir de la
prévisibilité à travers une feuille de route sur le bâtiment ferait en sorte qu'on
pourrait prendre toutes ces bouchées... tout cet éléphant-là, là, on le
mangerait morceau par morceau, de manière séquencée. C'est vraiment... c'est
vraiment ce que... Et c'est un secteur qui est plus mûr qu'on le pense. Je vous
dirais, là, qu'au groupe de travail, au début, ça... ça brassait un peu, puis,
à la fin, là, c'est passé à relativement facilement, puis il y a eu peu d'opposition
au règlement de la ville de Montréal, là.
Donc, effectivement, ce qu'on vient vous
parler, c'est beaucoup dans le neuf. Et, moi, c'est un message que je passe,
parce que, si on veut faire la transition et qu'on n'est pas capables,
justement, de ne pas avoir besoin de gaz, même du GNR, dans le neuf, je ne sais
pas si on va y arriver. Donc, c'est pour ça qu'il faut oser mettre la barre
haute pour le neuf. Mais, vous avez raison, le défi reste... le défi demeure
très important, pas entier, on progresse dans la rénovation, mais c'est pour ça
qu'il faut avoir une approche probablement un peu plus progressive dans la
rénovation, parce que c'est un peu plus complexe.
Mme Grondin : ...je vais
laisser, M. le Président.
Le Président (M. Jacques) : ...M.
le député de Masson, pour 1 min 46 s.
M. Lemay : Merci, M. le
Président. Mme... M. Savard, Mme Ménard, M. Pagé-Plouffe, bienvenue à ces
travaux. Je vais vous emmener tout de suite sur votre recommandation 12,
que vous avez à la page 16 de votre mémoire, quand vous parlez, puis le
ministre en a... a abordé tout à l'heure, un peu, là, de «prévoir un calendrier
pour définir les normes minimales de performance environnementale de tous les
bâtiments». Donc, j'imagine que, si vous voulez avoir... Vous saluez que c'est
un calendrier ambitieux. J'imagine que vous voulez sûrement qu'on relève...
progressivement ces normes, minimalement, là, et donc qu'on ait mieux que les...
le minimum. Avez-vous des propositions aussi? Qu'est-ce qui serait un souhait
de... Après qu'on ait fixé un minimum, quel... quel serait votre souhait? Vers
où devrait... on devrait se diriger?
Des voix : ...
M. Savard (Christian) : Bien,
vous savez, nous, une chose qu'on sait un peu et que... qui coince, là, c'est
vraiment le fait d'utiliser le GNR au bon endroit le plus possible et ne pas...
que ça ne devienne pas le fameux verrouillage carbone, là, de faire en sorte
que, bien, on branche... on branche des bâtiments pour mettre du GNR, mais,
dans le fond, ça... ça ne tient peut-être pas la route puis c'est... dans le
fond, c'est... c'est une manière que, ah! on n'en aura pas assez, finalement, ou
ça va être trop compliqué, ça va être trop cher, puis on va mettre du gaz.
Donc, pour nous, dans... si je peux... je peux mettre une barre, là, qui est
très importante pour nous, c'est ne pas faire... et ça, c'est un bout qui nous
inquiète, c'est ne pas faire en sorte que le... que le branchement devienne de
facto, là, puis on sent qu'en ce moment ça... ça coince même dans le neuf. On
comprend la biénergie dans le... dans dans l'actuel, là, dans le bâtiment
existant...
Le Président (M. Jacques) : Merci,
M. Savard.
M. Savard (Christian) : Merci.
Le Président (M. Jacques) : C'est
ce qui termine les discussions avec la partie gouvernementale. Je cède
maintenant la parole à Mme la députée de Mille-Îles.
Mme Dufour : Merci, M. le
Président. Je... j'ai combien de temps?
Le Président (M. Jacques) : ...
Mme Dufour : 12 min 20 s.
C'est trop court. J'ai tellement de questions. Je ne sais pas trop par où
commencer tellement j'en ai, mais je vais peut-être vous amener... Bien, je
vais amener... vous amener sur votre deuxième recommandation. Dans le fond, je
vais y aller en ordre, là. Vous souhaitez, là, que... que «soit mis en place un
système de déclaration obligatoire et de cotation de la performance
environnementale». Moi, j'avais l'impression, en lisant le projet de loi, que c'était
un peu l'objectif. Ce n'est pas ce que... ce n'était pas votre perception, à ce
moment-là, pour que vous demandiez ça, vous fassiez ça comme recommandation?
Mme Ménard (Élise) : Oui, c'est
un des objectifs du projet de loi, mais, nous, c'était surtout sur... on veut
que ce soit élargi à plus de... à plus de types de bâtiment. On veut aussi...
Mais ça revient à ce qu'on a discuté plus tôt, là, mais c'est qu'on salue l'idée,
là, on salue l'intention, mais on demande... on demande, en fait, que ce soit
élargi à plus puis qu'on... que ce soit rapide. On voulait aussi le rappeler,
qu'on ne veut pas un système de divulgation et de cotation dans cinq ans, on le
veut très rapidement.
Mme Dufour : Très rapidement.
Mais... mais, quand on le lit, ça semble couvrir tous les bâtiments
éventuellement. En tout cas, le projet de loi ouvre la voie, il ne le limite
pas aux grands bâtiments. C'est ça.
Mme Ménard (Élise) : Oui,
mais l'analyse qui était mise avec, elle, spécifiait les grands bâtiments. On
suppose que c'est les intentions <gouvernementales...
Mme Ménard (Élise) :
...elle,
spécifiait les grands bâtiments. On suppose que c'est les intentions >gouvernementales
et on aimerait que ce soit plus ambitieux. Voilà.
Mme Dufour : Ça fait que
vous voudriez que ce soit plus précisé aussi.
Mme Ménard (Élise) : Plus
précisé, définitivement.
Mme Dufour : Parce
qu'actuellement, c'est par règlement que ça va se faire. Donc, OK.
Mme Ménard (Élise) : Exactement.
Puis a vu qu'il y a des différences, que le... Ça a... ça a évolué entre le plan
de mise en œuvre puis ce qui a été présenté ici. On voit des différences puis
on aimerait que ça, ce soit explicité et dit clairement que c'est l'intention
gouvernementale.
Mme Dufour : Parfait.
Bien, je vais aller sur le calendrier. Vous en avez parlé. Vous voulez... Là,
il y a deux... deux moments où vous parlez de calendrier, là, pour élargir la
cotation, donc, à tous les bâtiments, puis aussi pour les normes minimales
environnementales. Est-ce que vous avez une suggestion à nous faire sur l'échéancier
que vous aimeriez voir pour que ce... ce soient tous les bâtiments? Parce qu'un
calendrier peut... On peut faire un calendrier, mais il peut être très, très
vaste dans le temps, donc.
Mme Ménard (Élise) : Bien
là, je nous renvoie aussi à notre... notre demande de coconstruire puis de
spécifier. On comprend la logique de commencer par les grands bâtiments, là. On
veut le spécifier, c'est... c'est cohérent, puis aussi on salue que les
bâtiments publics sont une année en amont des bâtiments privés, là. C'est... c'est
très cohérent, mais il faudrait dès que... Tu sais, un système de divulgation
cotation... je ne veux pas simplifier la chose, mais c'est... Si on s'en tient
à des critères précis, ce n'est somme toute pas aussi compliqué, ce n'est pas...
On ne demande pas la lune non plus. Puis, une fois qu'on l'a fait pour les
grands bâtiments, on pense que c'est réplicable très... bien, beaucoup plus
facilement pour les... les plus petits, puis l'ensemble. Donc, ça devrait
suivre immédiatement à notre avis.
Mme Dufour : Il y a un
groupe qui est venu, BOMA...
Mme Ménard (Élise) : Oui.
Mme Dufour : ...qui
représente... et ils nous ont parlé qu'en Ontario ça avait pris cinq ans...
obtenir les données pour les bâtiments de 25 000 pieds carrés et plus.
Vous avez regardé d'autres juridictions, d'autres systèmes de cotation. C'est
quoi, le délai, disons, commun qu'on voit pour aller vraiment chercher
l'information pour l'ensemble des bâtiments, peut-être des plus grands
bâtiments, puis qu'après ça on puisse penser à aller dans les plus petits
bâtiments?
Mme Ménard (Élise) : Bien,
sans peut-être aller dans les autres juridictions, peut-être y aller
directement avec des solutions. En fait, nous, on croit... c'est une de nos
recommandations, mais que les données, en fait, existent. Elles sont... Il y en
a beaucoup qui existent déjà, elles sont là. C'est une question de les obtenir.
On a vu dans le projet de loi qu'en fait les distributeurs d'énergie ont l'obligation
de donner toutes les données aux propriétaires de bâtiments qui, eux, ensuite,
ont l'obligation de le déclarer au ministre. Et on pense qu'il y aurait
probablement un raccourci à faire, puisque les données existent déjà, elles ont...
les distributeurs d'énergie les possèdent. Puis, pour établir les balises du
système de cotation, on pourrait... Si on avait... On pourrait déjà utiliser
ces données-là, en fait, en théorie, dès demain pour commencer à poser les
balises de qu'est-ce qui serait le système de cotation. Donc, oui, c'est long,
mais on voit déjà des accélérations possibles.
M. Savard (Christian) : ...on
devrait pouvoir bénéficier des... de l'expérience pour aller plus vite ici un
peu.
M. Pagé-Plouffe (Samuel) : ...vous
l'avez certainement vu, un encadré spécifiquement là-dessus à la page 12,
là, d'expériences... d'expériences étrangères. Et on est bien disposés à
continuer à en discuter avec vous, là.
Mme Dufour : OK.
Excellent. Bien, je prends... je prends l'invitation avec plaisir. Je veux peut-être
vous entendre parler d'utiliser le critère de localisation dans la cotation. Je
sais, et j'ai... vous avez un outil, là, déployé par Vivre en Ville, mais c'est
quand même un défi de mettre ça dans un registre, là. Comment... comment vous
voyez ça?
M. Savard (Christian) : ...c'est
effectivement un défi, mais c'est un défi qu'à un moment donné, il va falloir
oser... oser aborder, parce que c'est aussi pour éviter de... éventuellement,
une espèce d'écoblanchiment. Il y a... Ce n'est pas tout... ce n'est pas toutes
les localisations qui vont... qui vont donner sur le cycle de vie les mêmes
résultats, que ce soit sur... où est-ce qu'on construit, sur les impacts sur la
nature ou, après ça, sur les distances à parcourir pour rejoindre... pour
rejoindre ce bâtiment-là. Donc, avoir ça... avoir ça... tu sais, le savoir,
qu'est-ce que ça veut dire et en faire un enjeu. Et je peux comprendre qu'à
court terme mettre où est-ce que ça passe ou ça ne passe pas... mais juste le
savoir, et c'est relativement facile, là, en tout cas, il existe des outils
pour faire ça. Ça, c'est une de nos spécialités, véritablement.
Mme Dufour : Oui,
effectivement.
M. Savard (Christian) : Donc...
donc, voilà.
M. Pagé-Plouffe (Samuel) : ...c'est
évoqué dans le projet de loi, la question de la localisation. Et, nous, ce
qu'on dit, ça devrait être en particulier une obsession, puis de le faire comme
il faut pour le bâtiment neuf. Parce que, quand on développe de nouveaux bâtiments,
bien, il y a une menace, par exemple, pour des milieux naturels.
Mme Dufour : Bien, parlons-en.
Vous en parlez à la recommandation 7. Vous parlez d'écoblanchiment. J'aime
beaucoup votre... votre exemple, un bâtiment performant énergétiquement
pourrait obtenir une bonne cote, et ce, même s'il est construit sur une terre
inondable, un milieu naturel ou encore un milieu agricole. Ça m'a fait penser à
Northvolt. Voilà, juste un petit commentaire éditorial.
• (16 h 10) •
M. Savard (Christian) : ...de
choses qui s'appellent des écoquartiers puis qui, dans le fond... c'est ça.
Mme Dufour : Oui, tout à
fait, tout à fait. Bien, on va parler de milieux humides, parlant... On va
faire... On va parler de Northvolt, on va venir aux milieux humides. Votre
recommandation 4, vous parlez de modifier, là, l'article 1, sur la <i>loi
de la performance <environnementale...
Mme Dufour :
...votre
recommandation 4, vous parlez de modifier, là, l'article 1, sur la
loi de la performance >environnementale des bâtiments. Vous suggérez une
modification de définition. Vous ne parlez pas de milieux humides, justement,
là-dedans, mais vous parlez, là... «le choix d'un site favorisant la mobilité
durable de ses occupants ou ses utilisateurs».
Il y a d'autres groupes qui sont venus
nous parler de juste le choix du site et de... tu sais, si ça a requis,
justement, de retirer des milieux humides, bien, ça crée des émissions de
carbone, parce que, les milieux humides, c'est des capteurs de GES. Donc,
est-ce que... est-ce que ça pourrait s'agrandir, cette définition-là, à ce que
vous avez suggéré?
M. Savard (Christian) : Je
dirais que oui. Puis, dans l'idée de cycle de vie, également, c'est ça qu'on a,
là, cycle de vie étant, justement, la... on peut considérer beaucoup de choses
lorsqu'on l'aborde, là. Donc, c'est le genre de choses qu'on aurait derrière la
tête, effectivement.
Mme Dufour : Oui, c'est ça.
Puis... puis j'ai posé la question à un autre groupe, s'il y avait une définition,
tu sais, par rapport... justement, cycle de vie, performance environnementale,
est-ce qu'il y a... Puis on ne semble pas avoir de consensus actuellement de
qu'est-ce que ça devrait inclure. Est-ce que vous, vous avez travaillé sur
quelque chose qui pourrait nous orienter?
M. Savard (Christian) : Il y
a beaucoup de... il y a beaucoup de choses sur ça, il y a beaucoup d'approches.
Effectivement, il n'y a pas, actuellement, de consensus. Ce serait bien de
construire un consensus québécois, je dirais, mais je pense que c'est... On est
à un moment où il faut arrêter de voir les choses en silo. Et c'est pour ça que
l'analyse par cycle de vie est intéressante, parce qu'elle nous empêche de
faire... de faire une chose très positive, de l'autre... mais très négative de
l'autre côté. Donc, ça... oui, c'est très... très important et c'est une des
obsessions de Vivre en ville, et c'est quelque chose qu'on aimerait travailler,
mais on... on a mis... on a fait au législateur des propositions en ce sens-là,
là.
Mme Dufour : Parfait. Merci.
Je vais peut-être aller sur le registre. Je pense qu'il y en a deux, que vous
recommandez. Je vais vous parler de celui qu'on n'a pas parlé dans l'autre
projet de loi, donc le registre en matière de performance environnementale des
bâtiments. Selon... selon vous, qui devrait maintenir ça? Qui devrait l'opérer?
Puis comment ça se passe ailleurs, dans les législations que vous avez
regardées?
M. Pagé-Plouffe (Samuel) : En
toute humilité, pour les autres juridictions, on n'a pas regardé ça. Je pense
que l'État devrait être en mesure d'opérer un tel registre. Cela dit, on note
avec intérêt, effectivement, qu'opérer un tel registre, ce sera quand même un
défi, là. Puis on a de l'expérience sur ces questions-là, vous avez raison, on...
on y a réfléchi par le passé, mais... mais ce que l'on pense, c'est que c'est
nécessaire de le faire. Et, pour ce qui est des autres juridictions, désolé, on
n'a pas de réponse.
Mme Dufour : C'est bon. Merci.
Je vais aller dans la recommandation 18. Là, vous parlez de permettre aux
municipalités... non, ce n'est pas celle-là, c'est plutôt la 19, vous parlez de
prévoir des... un soutien technique, financier aux municipalités. Ça... ça va
de soi, mais... mais nulle part je n'ai vu de mesure destinée à ceux qui auront
à modifier leurs bâtiments. Et j'aurais aimé vous entendre là-dessus. Les
privés, là, entreprises, mais aussi M., Mme Tout-le-monde qui pourrait être
touché un jour, là, par le projet de loi.
Mme Ménard (Élise) : Oui,
bien, c'est évident que c'est... que c'est à prévoir. C'est encore une fois
dans le sens d'une feuille de route, mais c'est qu'on considère aussi que ce
projet de loi là puis les nouveaux... nouvelles responsabilités accordées aux
ministres seraient aussi une chance de faire, entre guillemets, un ménage ou de
gérer la confusion dans l'ensemble des programmes qui existent, qui sont... qui
relèvent, des fois, des distributeurs d'énergie, des fois du ministère, puis de...
qu'avec... Si le ministère a les moyens de ses ambitions, il a aussi
l'opportunité de faire un grand ménage et d'aider à la fois les particuliers et
tout autre type de bâtiment.
M. Savard (Christian) : ...éventuellement,
ce qu'on proposait, c'est... notamment, dans la feuille de route de l'autre
rapport qu'on a fait pour le groupe de travail, c'est qu'il existe un guichet
unique. Parce que tu parles aux gens, puis qu'est-ce qui est disponible pour
eux, pour les appuyer ou pas, c'est... il y a une certaine confusion,
éventuellement. Donc, qu'il y ait quelque chose comme un guichet unique où
est-ce que les gens qui veulent rénover... particulièrement en rénovation, qui
est... qui est une couche de complexité additionnelle.
Mme Dufour : Parfait, mais est-ce
que vous pensez que des aides financières sont à envisager?
M. Savard (Christian) : Oui.
Mme Dufour : Parfait.
M. Pagé-Plouffe (Samuel) : Bien
sûr. Il reste que, quand même... et il y a déjà des programmes qui existent,
là, on... c'est nommé dans l'analyse d'impact réglementaire, là, il y a des
incitatifs financiers. Il reste que, quand même, on ne peut pas rendre la
transition énergétique absolument conditionnelle à l'existence systématiquement
de subventions. D'autant plus qu'on parle, dans le cas du bâtiment, souvent...
là, des réductions de gaz à <effet...
M. Pagé-Plouffe (Samuel) :
...de
subventions. D'autant plus qu'on parle, dans le cas du bâtiment, souvent... là,
des réductions de gaz à >effet de serre les moins chères, normalement.
Donc, c'est un peu le mécanisme aussi qu'on a, quand on a une tarification du
carbone, ça doit se passer par incitatif, pas uniquement par... le bâton, pas
uniquement par la carotte.
Mme Dufour : Bien, ce
commentaire-là que vous faites, je voudrais juste savoir si ça s'applique,
selon vous, à tous les bâtiments ou seulement quand on arrive avec des
bâtiments neufs. Parce qu'il y a toute une série de bâtiments qui ont été
construits dans le passé qui sont probablement ceux qui ont le plus de travaux
à faire. Est-ce que votre opinion est la même pour ceux-là?
M. Savard (Christian) : ...effectivement,
il faut concentrer les efforts là où le coût de la tonne est le moins élevé, là
où est-ce qu'il peut même y avoir un impact social le plus... le plus fort,
hein? On... les passoires, tu sais, la précarité énergétique existe, et de
prioriser ces endroits-là, le parc immobilier plus vieux, nous apparaît
prioritaire.
Mme Dufour : Je pense que mon
temps est écoulé. Alors, merci beaucoup pour votre... vos réponses.
Le Président (M. Jacques) : Merci
pour cet échange avec l'opposition officielle. Je cède maintenant la parole à
la deuxième opposition. Mme la députée de Verdun.
Mme Zaga Mendez : Merci. M.
le Président... Merci, M. Savard, M. Pagé-Plouffe et madame... Désolée, je n'ai
pas retenu...
Des voix : ...
Mme Zaga Mendez : Ménard.
Excusez-moi, je n'ai pas retenu le nom de famille. J'aimerais ça vous amener
sur votre recommandation 27. Je pense que vous n'avez pas eu la chance
d'en... d'en parler davantage, d'avoir bien sûr, la... améliorer la performance
environnementale des bâtiments, mais en ayant un regard en ce qui concerne la
justice sociale et climatique. J'aimerais ça vous entendre un peu plus
là-dessus.
M. Pagé-Plouffe (Samuel) : Merci
pour la question. Ça fait parfaitement le lien, en plus, avec ce sur quoi on
discutait à l'instant. Effectivement, la... on propose d'ajouter... puis on a
fait une proposition, là, encore une fois, bien humblement, de... de libeller
l'article, donc d'ajouter un article qui dirait que «le ministre doit évaluer
les conséquences socioéconomiques de la transition énergétique». Je dis
«conséquences», peut-être «impacts», là, serait plus... serait plus approprié,
et, bon, «de mettre en place des mesures pour... pour éviter que ça altère les
conditions d'accès au logement pour les populations les plus vulnérables».
En fait, les impacts socioéconomiques de
la transition, ils peuvent être parfois des périls, mais ils sont des
opportunités aussi. On sait que, par exemple, le gaz naturel pose des risques
importants sur la santé. Le fait de... le fait de le sortir du bâtiment, bien,
ça doit être considéré dans la... dans la prise de décision, c'est un des impacts
socioéconomiques qui doivent être considérés. Et c'est vrai aussi qu'en
situation de précarité... précarité énergétique, la transition en tant que
telle peut mener, par exemple, à ce que des ménages se voient expulsés de leur...
de leur logement. Donc, de demander au gouvernement d'évaluer les conséquences
socioéconomiques, ça nous semble être la moindre des choses.
Mme Zaga Mendez : Merci,
c'est très clair. J'aimerais ça revenir sur votre... un peu votre
recommandation 20, mais jumelée avec 24 et 25, c'est-à-dire sur se donner
un plan, un plafond de volume de gaz naturel. Tout à l'heure, vous parliez
justement de différencier entre les nouvelles constructions, les constructions
qui sont déjà en place, le résidentiel, l'industriel. Donc, j'aimerais ça un
peu plus vous entendre sur comment établir cette cible de réduction de la
demande énergétique, parce qu'en fin de compte c'est la priorisation qui rentre
en jeu.
M. Savard (Christian) : ...on
pense que... de manière plus globale, sur la demande énergétique, on voit
l'ensemble des sujets qui sont dans l'actualité, que ce soit la production
d'électricité de toutes sortes, on voit beaucoup de choses sur la place
publique, là, dans... qu'on parle de sobriété, là on est dans le bâtiment. On
pense que, pour toutes ces questions-là, on est dus pour un débat de société
qui va un peu plus en profondeur. Et, même si on apprécie énormément être en
commission aujourd'hui avec vous, on pense que ça ne peut pas se jouer à la
pièce. On pense que le Québec a besoin d'une grande... d'un grand débat,
quelque chose comme les états généraux de l'énergie.
On est en train de faire ça en
agriculture, une consultation sur un an, qu'on salue, d'ailleurs, on y
participe, c'est... on prend le temps de regarder les choses, de lever toutes
les pierres. Je pense qu'en matière d'énergie, pour éviter justement qu'on
fasse des petits bouts à gauche et à droite, puis ça concerne beaucoup de
ministères, on est dus pour... pour quelque chose comme des états généraux de
l'énergie, pour qu'on... qu'après ça... Le Québec est capable de ces grands
dialogues là, puis qu'après on parte tout le monde dans la même direction,
plutôt que... Il y a une certaine confusion actuellement. Puis les démarches d'aujourd'hui
s'inscriraient positivement là-dedans, là, mais pour nous, ce serait important
de faire ça pour justement avoir ce genre de débat là sur quel volume. C'est
des débats très larges qui ne peuvent pas juste se faire à travers le projet de
loi actuel, là.
• (16 h 20) •
Mme Zaga Mendez : Il reste
quelques secondes, est-ce que vous voulez ajouter quelque chose?
M. Savard (Christian) : Non,
ça... ça va. J'ai réussi à placer ma recommandation numéro un, je suis <content...
M. Savard (Christian) :
...non,
ça... ça va. J'ai réussi à placer ma recommandation numéro un, je suis >content.
Merci.
Mme Zaga Mendez : Merci.
Le Président (M. Jacques) : Merci
beaucoup pour votre contribution à nos travaux. Avant de terminer, je dépose
les mémoires des personnes et des organismes qui n'ont pas été entendus dans le
cadre des auditions publiques.
La commission, ayant accompli son mandat,
ajourne ses travaux au mardi, 6 février à 9 h 45, où elle entamera un nouveau
mandat.
(Fin de la séance à 16 h 21)