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Point de presse de M. Pierre Paradis, ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation

Version finale

Thursday, February 11, 2016, 12 h 30

Salle Bernard-Lalonde (1.131), hôtel du Parlement

(Douze heures trente-deux minutes)

M. Paradis (Brome-Missisquoi) : Représentants, représentantes des médias, je tiens d'abord à vous remercier pour votre présence. Je vous ai conviés aujourd'hui pour rendre public un document qui servira à renforcer la compétitivité d'une industrie-phare du secteur bioalimentaire québécois, l'industrie acéricole, le sirop d'érable.

J'ai commandé ce rapport après avoir été informé que notre position de chef de file mondial de la filière acéricole était en déclin. En une dizaine d'années, nous avons perdu 10 % de nos parts de marché à l'échelle mondiale, et, si rien ne change, c'est un autre 10 % qui sera perdu d'ici 2025. Le repositionnement de cette industrie est devenu incontournable. En me projetant en 2025, je ne voulais pas laisser le souvenir d'un ministre qui n'a pas posé les gestes nécessaires pour enrayer ce déclin.

Ce constat m'a motivé à avoir recours aux services d'une personne crédible et compétente afin de réaliser une étude qui allait donner les moyens à l'industrie acéricole non seulement de renverser cet état de fait, mais également de trouver un nouveau souffle et de poursuivre ainsi son évolution à un rythme à la hauteur de nos aspirations.

C'est ainsi qu'au mois de mai dernier j'ai confié à M. Gagné, un homme reconnu pour ses services exemplaires à l'État québécois, la tâche de mener une étude exhaustive sur le secteur acéricole et de me faire des recommandations. Pendant près de huit mois, il a consulté tous les organismes et associations représentatives de l'industrie, ainsi que les ministères et institutions gouvernementales qui la régissent. Il a rencontré près de 80 personnes, qui ont exprimé des critiques et qui ont été des observateurs privilégiés des événements ayant marqué l'évolution récente de cette industrie au Québec.

Aujourd'hui, je dévoile le rapport de M. Gagné. Ce document complet est assorti de 21 recommandations sérieuses qui visent à renverser la tendance actuelle. Vous le savez, le temps des sucres est à nos portes, et je rends donc le rapport Gagné public aujourd'hui afin qu'il puisse susciter la réflexion chez les acteurs de cette filière et les membres de cette industrie.

À propos du parcours de Florent Gagné, il convient de rappeler qu'il a entrepris sa carrière de gestionnaire en 1973. Il a occupé divers postes de sous-ministre au sein de plusieurs ministères de l'appareil gouvernemental québécois. Il a aussi été directeur général de la Sûreté du Québec pendant près de cinq ans. Depuis sa retraite de la fonction publique en 2006, il a agi comme conseiller en politiques publiques auprès de différents ministères ou organismes. Il a notamment présidé le groupe de travail qui a produit le rapport Éthique et démocratie municipale. Il assume toujours la présidence du conseil d'administration de l'Agence du revenu du Québec. Il est aussi membre des conseils d'administration de l'Ordre des urbanistes du Québec et d'Investissement Québec, en plus d'avoir rempli la fonction de tuteur de la ville de Laval.

Je laisse maintenant à M. Gagné, le soin de vous présenter son rapport Pour la croissance, pour l'harmonie et pour le progrès.

M. Gagné (Florent) : Alors, merci, M. le ministre. Mesdames et messieurs, ça me fait vraiment plaisir d'être avec vous aujourd'hui. Je voudrais dire d'emblée que le rapport que le ministre vient de vous présenter est le fruit d'une consultation, comme vous l'avez mentionné, M. Paradis. Je voudrais donner crédit à tous les gens que j'ai rencontrés, à commencer par la Fédération des producteurs acéricoles du Québec, qui joue un rôle, évidemment, important, de même que le Conseil de l'industrie de l'érable et d'autres associations. J'ai eu une collaboration vraiment exemplaire et empreinte de beaucoup de courtoisie de tout ce monde-là. Et ce qu'on trouve dans le rapport aujourd'hui n'est pas nécessairement les idées qu'ils m'ont mises en tête, mais un compendium ou une fusion de toutes ces idées-là, qui, je pense, sont de nature à améliorer l'industrie acéricole au Québec.

Quand j'ai abordé ce dossier-là, évidemment j'ai lu tout ce qui s'était écrit à peu près dans les 10 ou 15, 20 dernières années là-dessus, les lois, les règlements, etc., et ce qui m'a frappé, je vais vous dire, d'abord, c'est quand j'ai pris note des statistiques que le ministre a évoquées tout à l'heure, la perte des parts de marché du Québec.

On se rend compte, au fond, quand on regarde tout ça, que le Québec a encore une position très bien assurée dans le marché de l'érable au Québec, mais il y a quelques nuages à l'horizon qui ne sont pas nécessairement des nuages de beau temps. C'est surtout la production américaine qui est le danger qui nous guette. Si on regarde au cours des dernières années, la production américaine a augmenté de 45 % entre 2005 et 2012, donc c'est une période relativement courte de sept ans, et de sorte que les Américains produisent maintenant 47 millions — c'est plus que ça, ça, c'est le chiffre de 2012 — de livres. Les experts parlent d'une augmentation de 10 % par année, minimum, alors ça ne sera pas long que les Américains vont produire 60, 70 millions de livres. Ils consomment eux-mêmes à peu près 70 millions de livres par année, de sorte qu'ils s'en vont vers l'autosuffisance. Puis c'est notre principal marché d'exploitation, alors c'est un nuage qui est gris et qu'il faut regarder avec la plus grande attention. Ça, c'est au niveau de la production.

Maintenant, ce qui est encore plus inquiétant, ce qui m'a frappé personnellement, c'est l'immense potentiel de développement de l'industrie américaine. On parle qu'il y aurait 2 milliards d'érables aux États-Unis dans les quelque 15 États, là, au sud du Québec aller jusqu'au sud des Grands Lacs. Bon, évidemment, 2 milliards d'érables, ils ne sont pas nécessairement tous exploitables, mais les experts prévoient... identifient qu'il y en aurait 200 millions qui seraient rapidement accessibles. Alors, c'est évident... puis il y en a seulement 6 % de développés au moment où on se parle. Alors, ce formidable potentiel des Américains doit aussi nous inquiéter.

Et troisièmement, au niveau de la consommation, ce sont aussi les plus grands consommateurs de produits de l'érable, les Américains. Et, s'ils se mettent à consommer... On sait qu'ils sont assez patriotes en matière d'achats chez eux, alors, s'ils se mettent à consommer leur sirop plutôt que le nôtre, bien, ça va être une difficulté.

Alors, le portrait américain en soi est inquiétant, même si notre position sur la base purement statistique est encore solide. Mais il faut y voir.

La deuxième chose qui m'a frappé, personnellement, c'est de voir à quel point le régime québécois est différent des autres régimes qui ont lieu... qui ont cours ailleurs dans le monde, commençons par nos voisins, le Nouveau-Brunswick et l'Ontario, mais surtout aux États-Unis. Au fond, les producteurs de ces juridictions-là sont libres de produire comment ils veulent, la quantité qu'ils veulent, le vendre à qui ils veulent au prix qu'ils veulent. C'est le marché ouvert et libre complètement, alors que, nous, vous le savez — puis c'est un peu comme ça que ça fonctionne dans le monde agricole — il y a un système qui est beaucoup plus contraignant qui est basé sur les dispositions de la Loi sur la mise en marché des produits agricoles et qui a amené notre fédération et le monde agricole québécois à se donner des structures très établies — un plan de contingentement, bon, une agence de vente unique, une mise en marché unifiée, bon, etc. — qui a produit des résultats très positifs, mais aussi des résultats plus difficiles, notamment toutes les relations avec les producteurs, où on a vu, ces dernières années, malheureusement, des situations se judiciariser très rapidement, des agences de garde dans les érablières. Il y a eu des articles de journaux là-dessus qui n'ont pas nécessairement servi le Québec.

Alors, il y a des dysfonctions qui se sont... qui ont réapparu en raison d'un modèle qui est devenu trop lourd, trop contraignant. Et c'est un petit peu l'approche du tout ou rien, et on a préféré le tout que le rien. Alors, les règlements de la fédération sont quand même assez encadrants. Ils prévoient à peu près tout, et évidemment ça amène des frustrations, ça amène des difficultés.

Alors, je pense qu'il faut, sans changer le système, sans le démolir... Parce que, dans ma consultation, j'ai entendu de tout : il y en a qui voudraient vraiment abolir complètement tout ça, avec une philosophie qui se défend, d'ailleurs, sur le plan des principes; il y en a d'autres qui sont plus conservateurs, disent : Non, faisons attention. Je pense que ce rapport-ci se situe un petit peu entre les deux, dire : Sans démolir le système, est-ce qu'on peut l'alléger, l'oxygéner, ouvrir les fenêtres un peu, mettre un peu de flexibilité, mettre de l'huile dans les rouages pour qu'on ait un système qui soit vraiment plus adapté au contexte mondial dans lequel on évolue? Le sirop d'érable, ce n'est plus l'affaire du Québec seulement maintenant, c'est l'affaire... c'est un produit, une commodité, comme on dit en anglais, internationale. Notre marché est international, et il faut sortir, je pense, de règles qui ont été conçues à un moment donné pour des raisons particulières puis qui ont amené certains résultats positifs, comme je l'ai mentionné, mais qui ont amené également des dysfonctions.

Alors, je fais une série de recommandations qui touchent la qualité du produit. On a mis beaucoup l'accent sur le volume au cours des 10 dernières années, mais la qualité, on s'en est moins occupé. Il faut s'en occuper. Puis je le dis, puis je n'innove pas en disant ça parce que la fédération elle-même puis les gens qui sont dans l'industrie en sont conscients, mais il faut aller plus loin de ce côté-là, également du côté d'alléger le fardeau administratif des producteurs. J'ai été frappé de voir à quel point le fardeau est lourd. Il faut faire... poser un certain nombre de gestes et il y a des recommandations dans le rapport qui vont dans ce sens-là. Il faut également que le plan conjoint, qui mérite probablement d'être maintenu — en tout cas c'est la recommandation que je fais — soit axé vraiment sur là où il y a un besoin de plan conjoint, c'est-à-dire pour le vrac seulement et non pas pour les petites quantités que le producteur peut vendre à l'épicerie du coin ou je ne sais pas. Là, l'encadrement de ça, on cherche un peu quelle est la justification de cet encadrement-là. Ça va trop loin. Maintenons le système pour le vrac.

Les quotas, maintenant, les contingentements de la production, c'est peut-être la recommandation la plus conséquente du rapport. Nous sommes dans un système de contingentement de la production. Les producteurs doivent obtenir des contingentements de la fédération. La notion de contingentement se conçoit dans une production où on dit : Bien, je veux produire la partie que je consomme, simplement ce que je consomme. Or, dans cette industrie-là, ceci ne s'applique aucunement. Ce principe qui est à la base du contingentement ne peut pas s'appliquer parce qu'on produit beaucoup plus que ce qu'on consomme. On est exportateur à 70 % de notre capacité de produire, alors pourquoi se réduire ou se retenir dans une course internationale où les autres acteurs sont en accélération et puis ils veulent occuper le marché? Alors, je pense qu'il faut — ça fait partie de l'oxygénation du système — aérer le système, enlever les contingents, permettre à nos producteurs de se mesurer — et ils en ont la capacité — aux autres producteurs, y compris les producteurs américains.

Il y a plusieurs recommandations aussi — vous allez le voir dans le rapport — qui touchent du mieux-faire, comment... Sans changer dramatiquement les choses, est-ce qu'on ne peut pas faire... avoir un certain nombre de pratiques qui sont changées? Il y en a qui touchent la fédération, il y en a qui touchent également la Régie des marchés agricoles du Québec. J'ai entendu des choses qui ne sont pas nécessairement toujours fondées, je pense qu'il y a eu des exagérations dans ce que j'ai entendu, mais il y a certainement des choses, des correctifs qui méritent d'être apportés qui vont faire en sorte que la Régie des marchés agricoles, qui dispose, comme vous le savez, de pouvoirs considérables, va pouvoir fonctionner de façon plus fluide dans ce monde-là et peut-être se départir de certaines perceptions qui sont véhiculées dans le milieu.

Même chose pour la Fédération des producteurs acéricoles, qui a pris une approche, vous le savez, assez rigide avec les producteurs, une approche de contrôle, une approche d'inspectorat, une approche, vraiment, où on privilégie souvent la judiciarisation d'un dossier plutôt que le règlement. Moi, j'aimerais mieux — un petit peu dans l'optique que le gouvernement vient de prendre pour le nouveau Code civil québécois — qu'on privilégie des approches qui mettent l'accent sur l'entente, sur la conciliation plutôt que se battre devant les tribunaux. C'est important, c'est du sirop d'érable, mais est-ce que les méthodes qui ont été privilégiées par la fédération jusqu'à maintenant doivent être maintenues telles quelles? Je pense qu'il y a du travail à faire aussi de ce côté-là.

De sorte que les 21 recommandations… On dit dans la couverture : Pour la croissance, pour l'harmonie, pour le progrès. Moi, je veux que ce soit un rapport qui soit vu comme un rapport optimiste. Ce n'est pas un rapport pessimiste. Ça ne va pas mal dans l'industrie; ça peut aller mal si on ne fait rien. C'est ça, au fond, le message profond de ça.

Et vous verrez à la page… Je peux résumer peut-être la philosophie du rapport, à la page 64, puis vous irez voir, peut-être. On pourrait résumer très simplement la philosophie de ce rapport-là. On dit, là : «Le modèle québécois doit évoluer s'il veut survivre.» C'est vraiment une condition, là. S'il n'évolue pas, il risque de ne pas survivre. C'est un modèle qui a déjà eu du succès, mais qui s'est avéré technocratique, centralisé, rigide, contrôlant. Alors, il faut l'assouplir, le simplifier, alléger, affranchir d'une multitude de contraintes. C'est ça, la philosophie, vraiment.

Puis on dit un petit peu plus loin, dernier paragraphe, à la page 64 : «Le modèle québécois doit aussi être remodelé pour se recentrer davantage sur les règles du marché dont on ne peut impunément s'éloigner...» Plutôt qu'un simple rapport de force entre la fédération puis les acheteurs, il faut se coller plus sur les règles du marché. Ça ne veut pas dire nécessairement prendre la dictée à la lettre près, mais il faut avoir… être stratégiques. Quand on établit le prix du sirop d'érable, par exemple, bien, me dire : Je me bats contre les Américains, il faut que mon prix, au lieu de nourrir la bête qui va nous manger tantôt… il faut que ça soit un prix qui est compétitif, qui nous permet de rentrer sur le marché américain. Notre dollar nous favorise la vie, actuellement, alors je pense qu'on a une belle fenêtre d'opportunité, là, pour...

Alors, on dit, donc, qu'il faut favoriser le développement du marché acéricole québécois et que le repositionnement de notre modèle — qui n'est pas à jeter aux poubelles, mais qui est à améliorer — va nous aider à assurer l'avenir de l'industrie. Moi, je pense que les producteurs québécois, puis j'en ai rencontrés beaucoup cet été, sont très compétents, ils sont motivés. On a toutes les ressources qu'il faut, il suffit simplement de regarder notre système, faire les ajustements qu'il faut. La pire chose serait de se replier puis de dire : Bien non, tout est correct, tout est beau dans le meilleur des mondes, les Américains, énervons-nous pas avec ça. Si c'est ça, notre attitude, on s'en va nulle part. Mais moi, je pense que j'ai vu beaucoup de lucidité dans les gens que j'ai rencontrés, beaucoup de détermination à faire en sorte qu'on est capables de produire, on est capables de se battre sur le marché international avec les accords de libre-échange, un dollar qui nous favorise. Tous les feux sont au vert, au fond, pour un développement accéléré de la production acéricole québécoise. Vous en aurez beaucoup plus dans le rapport, évidemment, parce que tout ça est documenté et développé de façon plus élaborée que je viens de le faire.

Ceci étant, je suis prêt à répondre, et... si M. le ministre le permet.

M. Chouinard (Tommy) : Bien, d'abord, M. Paradis, vous engagez-vous à mettre en oeuvre les recommandations de ce rapport-là?

M. Paradis (Brome-Missisquoi) : J'ai reçu le rapport il y a quelques mois. J'en ai pris connaissance, et, quand on commande un rapport comme celui-là, c'est parce qu'il y a une problématique qui nous incite à le faire, on y commet des fonds publics, et je n'ai pas la réputation de tabletter des rapports.

M. Chouinard (Tommy) : Mais maintenant j'aimerais savoir : quand on dit qu'on mettrait fin aux quotas, est-ce qu'on doit comprendre que le producteur... Je ne suis pas nécessairement familier avec les technicalités, le fonctionnement de l'industrie, mais je crois comprendre qu'un producteur doit donc donner son sirop d'érable à la fédération, qui lui donne des paiements...

M. Paradis (Brome-Missisquoi) : Ça, c'est l'agence de vente. Le quota, il ne faut pas le confondre. Vous avez des systèmes de gestion de l'offre qui fonctionnent bien, pour lesquels on est allés se battre sur l'international, où on se bat au national. Les systèmes de contingentement, et M. Gagné y a fait allusion, qui te permet de contrôler ton marché au Canada, ton contrôle des frontières, découle d'un plan national et d'entente entre toutes les provinces. C'est ça dans le lait puis c'est ça dans ce que j'appelle communément les plumes, là, les oeufs, dindes, poulets, etc. Et ça, ça fonctionne, un système de contingentement.

Un système de contingentement sans contrôle des frontières, vous en avez dans deux productions au Québec. Il y en a une qu'on n'entend pas parler souvent, puis j'imagine que ce n'est pas facile à suivre parce que ça se multiplie vite, c'est les lapins; l'autre, c'est le sirop d'érable. Et, quand vous ne contrôlez pas vos frontières, ce que M. Gagné dit dans son rapport, bien, à ce moment-là, vous vous menottez, vous laissez vos concurrents profiter du prix que vous fixez à l'intérieur, vous nourrissez la bête, pour utiliser votre expression, et vous vous développez des concurrents. Et la position concurrentielle du Québec diminue sur le plan international, 10 %, suivant un rapport commandé par la fédération elle-même au cours des…

M. Chouinard (Tommy) : Mais donc un producteur pourrait produire la quantité de sirop qu'il souhaite.

M. Paradis (Brome-Missisquoi) : Oui, comme le producteur américain.

M. Chouinard (Tommy) : O.K. Là, je crois comprendre qu'on exclut du plan... du plan conjoint, là, la production pour les contenants de moins de 5 litres, je crois.

M. Paradis (Brome-Missisquoi) : Oui.

M. Chouinard (Tommy) : Donc, il va pouvoir vendre ses produits directement par l'intermédiaire des épiceries ou des choses comme ça, ce qui ne peut pas se faire à l'heure actuelle parce qu'il doit remettre sa production…

M. Paradis (Brome-Missisquoi) : Il peut vendre à la ferme, actuellement.

M. Chouinard (Tommy) : C'est ça, à la ferme, localement.

M. Gagné (Florent) : Actuellement, il y a trois catégories, là. Il y a ceux qui vendent en petits contenants directement aux consommateurs. Ils ne sont pas dans le plan conjoint, ceux-là. Par contre, il y a ceux qui vendent également en petits contenants mais via un intermédiaire, qui est une épicerie, un dépanneur, etc. Lui, il est dans le plan conjoint. Ce n'était pas le cas avant 2001. Alors, on recommande ici de revenir à la situation qui était celle d'avant 2001, de ne garder le plan conjoint que pour le vrac, que pour les barils, autrement dit. Puis les petites productions, c'est des emmerdes inutiles, quand on regarde…

M. Paradis (Brome-Missisquoi) : Vous avez 85…

M. Gagné (Florent) : C'est 85 %.

M. Paradis (Brome-Missisquoi) : C'est 85 % du volume.

M. Chouinard (Tommy) : Juste pour que je comprenne, le plan conjoint implique un prélèvement pour chaque litre qui est fait par…

M. Gagné (Florent) : Absolument.

M. Chouinard (Tommy) : …de 0,12 $, là, je crois.

M. Gagné (Florent) : C'est autour de 0,12 $, actuellement, oui.

M. Chouinard (Tommy) : O.K. Parfait.

Mme Delainey (Marie-Laurence) : Puis juste pour mieux comprendre votre lien avec la fédération, quel pouvoir vous avez pour faire changer ce que la fédération décide?

M. Paradis (Brome-Missisquoi) : Les pouvoirs sont prévus par les lois qui sont adoptées par l'Assemblée nationale du Québec. Actuellement, il y a une loi sur la mise en marché des produits agricoles, qui est sous la gestion de la Régie des marchés agricoles, comme tel. Et là il y a un office de producteurs, qui est la Fédération des producteurs acéricoles du Québec, qui va chercher ses pouvoirs en fonction de cette loi-là. À partir du moment où on reçoit des recommandations... Il y a des recommandations qui s'adressent à la Régie des marchés agricoles, on l'a indiqué, il y a des recommandations qui s'adressent à à peu près tous les organismes, au ministère de l'Agriculture, au ministère des Terres et Forêts, à La Financière agricole du Québec, et le rapport est expédié aujourd'hui même à toutes ces instances.

M. Gagné (Florent) : Et, en voie de complément, peut-être, à ce que vous avez demandé, madame, la dernière recommandation, la recommandation n° 21, propose au ministre, au gouvernement un amendement à la Loi sur la mise en marché pour permettre au ministre d'énoncer des orientations qui seraient liantes pour les autres parties. On a des dispositions semblables dans d'autres lois, par exemple dans la Loi sur l'aménagement et l'urbanisme : le gouvernement peut donner des orientations que les municipalités sont tenues de respecter dans leurs plans. Alors, on pourrait avoir la même approche ici, qui permettrait au ministre, au fond, en plus des réponses qu'il a données, si cette recommandation-là était reçue, de pouvoir donner, si besoin est... Parce que, si les acteurs du système, sur une base de conciliation entre eux, décident de mettre en application ces recommandations-là, il n'y aura pas de problème, mais, si d'aventure, il devait y avoir des frictions qui amènent un immobilisme qui serait intolérable pour le gouvernement, bien, je pense que le ministre aurait toujours la possibilité de proposer au gouvernement cet amendement législatif qui lui permettrait, dès lors, d'agir.

M. Larivière (Thierry) : M. Gagné, lorsque vous avez rencontré les producteurs, vous avez rencontré les deux côtés, ceux qui voulaient plus de libéralisation de marché puis ceux qui en voulaient moins. Dans vos rencontres, la fédération, est-ce qu'elle est prête à un vent de changement? Est-ce qu'elle vous a laissé passer ce message-là?

M. Gagné (Florent) : Bien, en fait, le 6 octobre dernier, je crois, la fédération m'a envoyé un document... je ne sais pas si elle l'a rendu public d'ailleurs, mais m'a fourni un document dans lequel elle-même préconisait... Est-ce quelqu'un sait s'il a été rendu public?

Une voix : Oui, oui...

M. Gagné (Florent) : Oui? Bon. Vous allez lire, dans ce document-là, qu'il y a déjà un certain nombre de choses. On voit que la fédération est consciente du problème, notamment du problème américain, est disposée à faire un certain nombre de choses. Maintenant, ces choses-là, qui sont toutes bonnes, que j'appuie dans le rapport, ne vont pas assez loin, à mon humble avis. Puis on les comprend, et c'est leur système, ils défendent leur système.

Il faut aller beaucoup plus loin puis toucher également aux rouages du système, ce qu'ils n'ont pas fait dans leur brochure. Mais c'est déjà un pas, je pense, qui indique que la fédération ne veut pas se murer dans l'immobilisme.

Journaliste : M. Gagné, est-ce que... ou une de vos recommandations change quelque chose au système de contingentement demain... bien, si elle est appliquée, est-ce que ça changerait quelque chose pour quelqu'un qui veut se développer des entailles demain matin?

M. Gagné (Florent) : Ah! bien, ça changerait beaucoup de choses, effectivement, parce qu'actuellement quelqu'un qui veut développer des entailles doit obtenir un contingentement de la fédération. Et on sait qu'il y a des producteurs qui sont dans l'attente depuis trois, quatre, cinq ans pour avoir du contingentement de la fédération. Certains en ont, mais n'en ont pas suffisamment, voudraient développer. Alors, c'est un système de contraintes extrêmement sévère. Et l'abandon du contingentement permettrait à chaque producteur d'agir en homme d'affaires, de dire : Bien, il y a un prix x qui est développé, maintenant plus selon les conditions du marché, que je connais, est-ce que, moi, comme investisseur, je fais les investissements qu'il faut? Est-ce que ça vaut la peine de me lancer dans le sirop d'érable? Alors qu'actuellement, même s'il veut faire ça, il ne peut pas en raison du contingentement. S'il n'a pas le contingentement, il ne peut pas développer.

Journaliste : Ce que vous suggérez, c'est qu'il puisse agir librement et développer librement.

M. Gagné (Florent) : Absolument, selon son appréciation du marché, sa lecture du contexte économique dans lequel on est. Et puis on sait que c'est un marché qui est en développement. Au niveau international, les perspectives sont excellentes. Alors, il faut permettre à nos acériculteurs, qui sont des hommes d'affaires, pour cette fin-là, de dire : Bien, on va participer à ce développement-là, mais ne nous mettez pas — je vais reprendre votre exemple — des menottes aux mains alors que mes concurrents américains et du Nouveau-Brunswick n'en ont pas, de menottes aux mains.

Journaliste : Est-ce que, si on fait ça, on ne risque pas de recréer un surplus et une baisse de prix comme en l'an 2000, par exemple?

M. Gagné (Florent) : Bien, évidemment, selon la loi de l'offre et de la demande, il va y avoir un ajustement, c'est évident. Puis il y a d'autres façons de le faire, moins sévères. Par exemple, la fédération pourrait fixer, chaque année, le niveau... la quantité de sirop d'érable qu'elle veut acquérir des producteurs. Bon, on sait que c'est autour de 100 quelques millions de livres actuellement, un peu plus peut-être si on veut en mettre en réserve. Alors, elle pourrait dire : Bien, je fixe un prix x pour mes besoins et puis une fois que mon besoin est satisfait, moi, la fédération, la quantité qui te reste, bien, tu peux faire ce que tu veux avec, tu peux la vendre librement, tu peux l'entreposer pour la vendre l'an prochain. Il y a toutes sortes de possibilités. Alors, c'est d'introduire plus de flexibilité dans des mécanismes qui, autrefois ou jusqu'à maintenant, étaient trop rigides, étaient trop des mécanismes de contrôle, des mécanismes légaux qui amenaient, au fond, des inspecteurs sur le terrain puis des tensions.

M. Chouinard (Tommy) : ...donc, pour le consommateur à l'épicerie, il pourrait avoir une canne de conserve, du sirop qui vient de la réserve, donc dont le prix est fixé par la fédération et, à côté, une autre canne de conserve qui vient directement du producteur via un intermédiaire pour les marchands et qui serait au prix qui est voulu à l'origine, disons, vendu par le producteur lui-même, mais dont le prix est fixé par quelqu'un d'autre que la fédération? C'est bien ça?

M. Gagné (Florent) : Oui, oui, c'est bien ça. Oui, il y aurait, au fond, un marché, disons, plus, appelons ça, normal, que la règle, actuellement, qui fixe le prix, au fond, qui détermine un prix qui est plus un rapport de force entre deux entités qu'un reflet des conditions du marché, qu'un reflet de l'offre et de la demande. Et c'est vers ça qu'il faut évoluer. Comment le faire? On peut y arriver de façon progressive, mais je pense qu'il faut aller là parce que, sans ça, on maintient artificiellement un prix élevé, au Québec, qui nourrit la bête américaine, qui fait le développement aux États-Unis.

M. Chouinard (Tommy) : Donc, la réserve... qui a fait les manchettes, bien, à cause du vol, là, il y a quelque temps de ça, mais... Donc, la réserve, elle, demeure. Mais ce que je comprends, c'est que les conditions que vous amenez font en sorte que la gestion de cette réserve-là puis les prix qui pourraient être fixés par la fédération, ça va considérablement changer, puisque les producteurs eux-mêmes...

M. Gagné (Florent) : Bien, ça va évoluer. Je pense que la réserve doit demeurer. Moi, je trouve que, dans toute l'étude que j'ai faite, la plus belle réalisation de la fédération, c'est la réserve. C'est vraiment quelque chose d'intéressant qui a été fait. On sait que c'est un produit qui varie selon les caprices de la nature, et donc le fait d'avoir une réserve, je pense, est un geste très, très positif et à maintenir. Je recommande également qu'il y ait des mesures pour favoriser le financement de la réserve.

Bon, la réserve va demeurer, maintenant il faut en faire une gestion plus dynamique. Il y a quelqu'un qui me disait dans les consultations, dans le cours de commerce 101, quelqu'un qui vend un produit doit normalement vendre ce que le consommateur veut, ce que l'acheteur veut et non pas forcer la vente de ce que j'ai. Actuellement, on a plutôt dit : Bien, en réserve, j'ai tant de sirop, je vends ça aux producteurs avec des quantums déterminés dans chaque catégorie. Autrement dit, on force l'acheteur à acheter un lot de produits qu'il ne veut pas nécessairement. Ça va à l'encontre des règles habituelles. Alors, quand on dit une gestion plus dynamique de la réserve qu'il faut maintenir, c'est ça que ça veut dire aussi, pas juste le prix. Mais le produit que je veux vendre... Là, on a développé un produit standardisé en matière de sirop d'érable par des mélanges de toutes sortes, qui est quand même correct, je pense, pour le marché... pour les plus grands besoins du marché, mais le consommateur veut de plus en plus un produit qui est plus raffiné, plus sophistiqué, différencié selon les régions. Le consommateur est plus exigeant, alors il va falloir penser à tout ça aussi, évoluer, sortir de juste le volume pour évoluer vers un produit qui est plus «label» Québec, l'image de marque, l'authenticité. Et c'est tout ça quand on dit «gestion plus dynamique de la réserve», ce n'est pas juste d'ajuster le prix pour être plus compétitifs, mais également de travailler sur la qualité du produit.

M. Larivière (Thierry) : M. Paradis, là, je sais que vous avez dit tout à l'heure que vous n'étiez pas du style à tabletter les rapports, même si les gouvernements, dans le passé, nous ont un peu habitués à ça — je pense qu'il y a un rapport Bolduc de 2004 qui traîne quelque part — mais est-ce que vous, vous vous engagez vraiment... parce qu'il y a des producteurs, nous, qui nous appellent. Vous savez, M. Gaudreault, M. Côté, il y a des gens qui sont rendus à des étapes assez loin dans leur processus, qui sont très inquiets de ce qui va leur arriver. Est-ce que toutes ces recommandations-là, elles vont voir le jour dans les prochains mois?

M. Paradis (Brome-Missisquoi) : L'application des délais peut varier d'un organisme à l'autre. Il y a des recommandations qui ont été faites au ministre, il y en a d'autres, à d'autres ministres, etc. — il faut que je consulte mes collègues, là, quand c'est d'autres ministres — à des organismes dont je dois répondre devant l'Assemblée nationale du Québec. On n'a pas l'intention, là, de laisser traîner les choses, le marché nous oblige. On a perdu 10 % au cours des 10 dernières années, puis le rapport commandé par la fédération nous dit qu'on va perdre un autre 10 % si on ne change rien. Ça fait qu'à chaque année qui va passer, si on ne bouge pas, on va continuer à décroître. C'est pour ça qu'on a commandé le rapport, c'est pour avoir des perspectives d'avenir. Et, comme l'a mentionné M. Gagné, on a des accords de principe, sur le plan international, qui sont alléchants pour les gens du sirop d'érable. L'entente avec l'Union européenne, lorsqu'elle va entrer en vigueur, va permettre un accès à un marché de 500 millions de consommateurs additionnels. L'entente avec l'Asie pacifique, lorsqu'elle entrera en vigueur, va permettre à 800 millions de consommateurs additionnels, et la Chine n'en fait même pas partie encore. Ça fait que les possibilités de croissance sont là, les Américains en sont conscients, il faut que les Québécois en deviennent conscients.

Journaliste : S'il y a plus d'entailles, M. le ministre, suite à ces recommandations-là, à l'application de ces recommandations-là, beaucoup plus d'entailles, éventuellement, est-ce qu'on ne risque pas de se retrouver avec un volume qui serait plus grand que la croissance de la demande? Parce qu'il y a quand même une croissance de la demande en ce moment. Est-ce que le fait de rajouter des entailles va nécessairement faire croître cette demande-là plus vite?

M. Paradis (Brome-Missisquoi) : C'est-à-dire que, si on ne saisit pas l'occasion, les Américains le font. On n'a aucun contrôle sur l'augmentation du marché américain. On a parlé du potentiel de croissance américain, là, bien, il n'y a que les... On n'est pas dans un marché québécois. Le prix, il n'est pas québécois, comme tel, là. Le prix, il est mondial.

Si les Américains décident de passer à l'attaque... puis actuellement vous pouvez parler à des fournisseurs d'équipement québécois, à quel endroit ils trouvent leur marché, ils le trouvent de l'autre côté de la frontière. Ça fait qu'il faudrait en trouver de ce côté-ci. Si on veut repositionner notre place concurrentielle sur la planète Terre, là... On était à 80 % du marché, on est tombés à 70 % puis on s'en va vers 60 %. Est-ce que c'est la direction qu'on veut prendre? Je ne pense pas.

Journaliste : Est-ce que ça risque quand même de faire baisser le prix?

M. Paradis (Brome-Missisquoi) : C'est-à-dire que, si vous n'augmentez pas votre consommation... C'est l'offre et la demande. Si vous n'augmentez pas votre consommation, si vous ne développez pas des produits de niche, comme qu'il a mentionné, si vous n'allez pas sur les marchés extérieurs puis vous produisez davantage, c'est certain que ça va affecter votre prix.

Si la demande mondiale augmente plus vite que vous le faites, votre prix, il va augmenter aussi. Et la réserve joue un rôle important là-dedans aussi parce que ça rend le produit disponible à l'année, ça fait en sorte que le produit n'arrive pas sur le marché tout en même temps. Donc, si les Américains sont capables de garder le prix en copiant celui du Québec, le Québec va être capable de garder son prix.

M. Gagné (Florent) : Et, à votre question, moi, j'ajouterais, si vous permettez, M. le ministre...

M. Paradis (Brome-Missisquoi) : Oui, oui, allez-y.

M. Gagné (Florent) : ...que ce qui est suggéré dans le rapport, c'est que le plan de contingentement soit aboli pour le remplacer par un plan de développement. Parce que, moi, il y a beaucoup de gens qui mont dit : M. Gagné, on est en pénurie de sirop d'érable au Québec parce que le marché... on a juste ce qu'il faut pour fournir à la demande actuellement. Et puis les perspectives sur le marché international sont très bonnes, alors il y a quelqu'un qui va le prendre; soit qu'on laisse les copains américains le prendre, ou nous autres on roule nos manches jusque-là, on lâche le contingentement, on se fait un plan de développement puis on fonce.

Alors, il y en a beaucoup qui m'ont dit : On aimerait, M. Gagné, que votre rapport aille dans cette direction-là, la direction du développement de l'industrie acéricole, de l'opportunité vis-à-vis le marché international qui se développe.

Les questions que vous posez sont légitimes, par ailleurs : Est-ce que la demande va faire chuter le prix? Il pourrait y avoir, effectivement, une correction — appelons ça une correction plutôt qu'une chute — qui serait bénéfique pour nous, qui serait bénéfique pour l'industrie. Alors, il ne faut pas paniquer s'il y avait une baisse du prix. Je ne crois pas que ça arrive, mais ça pourrait arriver, théoriquement.

Mais beaucoup m'ont dit... Puis vous avez parlé des équipementiers qui sont très présents sur la scène américaine. Beaucoup d'équipementiers québécois m'ont dit : M. Gagné, il faut lâcher la pédale de frein à notre industrie acéricole, puis il faut le mettre le pied sur la petite pédale à côté. Parce que le marché international est là, puis, si on ne le prend pas, c'est d'autres qui vont le prendre. Alors, je pense que c'est comme ça qu'il faut le voir.

M. Chouinard (Tommy) : M. Paradis, si vous dites que vous n'avez pas pour habitude de tabletter... ce n'est pas dans votre genre de tabletter un rapport, donc je comprends que, si on regarde ça un peu, votre objectif, c'est de desserrer l'emprise un peu de la fédération sur l'industrie. C'est bien ça?

M. Paradis (Brome-Missisquoi) : C'est-à-dire d'avoir un système où le Québec cesse de perdre ses parts de marché à l'international. M. Gagné vient de le répéter, c'est un marché, à l'international, qui est en croissance. Les Américains s'en vont vers l'autosuffisance. C'est notre principal marché d'exportation. Présentement, là, on assiste avec une paire de menottes à un compétiteur qui prend des parts de marché international pendant que nous autres, on se refuse nous-mêmes de le faire. On ne peut pas faire ça éternellement. C'est quoi, le meilleur timing — si vous me passez l'expression — pour intervenir? Moi, je vous soumettrai qu'avec un dollar où il se trouve présentement, ce n'est pas un mauvais timing.

Mme Johnson (Maya) : Mr. Paradis, a couple of questions in English. First of all, can you just explain why such a report was necessary in the first place?

M. Paradis (Brome-Missisquoi) : The report was necessary basically because Québec is the world leader in the production of maple syrup, but its strategic position decreased by 10% during the last 10 years. And the experts of the market tell us that, if we don't do anything, we're going to lose another 10% in the next 10 years. So, I cannot look at that situation, be aware of that information and not do anything about it. So, I hired an expert, Mr. Gagné, to go around, consult with the industry, with the producers, with everybody involved, with the government agencies to make recommendations. He made 21 recommendations so Québec could remain the leader at the percentage it was before.

Mme Johnson (Maya) : But can American production of maple syrup, for example, compare to Québec production in regards to quality?

M. Paradis (Brome-Missisquoi) : I always believe Québec quality is better. Can we do better quality? The answer is yes. We have been producing quality volume during the past years. Now, we can increase in what we call «les produits de niche». We can make maple syrup — how would I put it? — a symbol of the quality of agri-food we can produce in Québec and export it in the world.

Mme Johnson (Maya) : So 21 recommendations — I'm not sure if you want to answer this of if, Mr. Gagné, you would like to — but, of those recommendations, is there one in particular that is an absolute priority?

M. Gagné (Florent) : I wouldn't be able to tell the priority in place of the Minister, but many of them…

Mme Johnson (Maya) : Can you just stand in front of the mike, please, so we can fully pick up the audio? Thank you.

M. Gagné (Florent) : Yes. I wouldn't be able to pick one recommendation in particular, but the basic idea of this report is to make the Québec producers in a position to be able to competition with their counterparts in the United States, and I think all the recommendations are towards this objective that we are pursuing all together. That's really the basis, the basic philosophy of this report. So let's open our arms, let's oxygenate, let's open the windows to let the oxygen come in the system in Québec. It's too tight at the present time, it's too… there are many constrains, and everything, you know. So, we've got to get rid of that in order to be able to competition on the international market. That's the basic idea of the report.

(Fin à 13 h 6)

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