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Conférence de presse de M. Mario Dumont, chef de l'opposition officielle , M. Sébastien Proulx, leader parlementaire de l'opposition officielle , et de Mme Catherine Morissette, porte-parole de l'opposition officielle en matière d'immigration et de communautés culturelles

Dépôt du rapport de la Commission de consultation sur les pratiques d'accommodement reliées aux différences culturelles

Version finale

Thursday, May 22, 2008, 16 h 37

Salle Evelyn-Dumas (1.30), édifice Pamphile-Le May

(Seize heures trente-sept minutes)

M. Dumont: Alors, bonjour à vous tous. Journée fort attendue après des mois de discussions qui ont animé la société québécoise, une commission qui a fait beaucoup parler. Alors, je suis accompagné pour l'occasion du leader parlementaire de notre formation, M. Sébastien Proulx, et de Mme Catherine Morissette, qui est porte-parole en matière de communautés culturelles et d'immigration.
Quelques commentaires d'abord sur le rapport. C'est un rapport qui est volumineux, qui touche beaucoup de points, qui amène plusieurs réflexions, des éléments pédagogiques, certainement des éléments qui sont valables. J'ai dit cependant, à la période de questions, je l'ai dit dans mes commentaires, dans mes remarques, à la suite de la déclaration du premier ministre, je le répète, qu'il y a à mon avis un volet, une faiblesse inhérente à ce rapport. Malgré tout ce qui a été dit, tout ce qui a été exprimé par beaucoup de gens qui sont passés devant la commission, c'est un rapport qui est assez mince, pour ne pas dire quasiment muet sur la question de l'identité québécoise elle-même et sur l'importance qu'elle ait des mécanismes d'affirmation. Pourtant, cette politique d'interculturalisme sur laquelle on s'appuie, ceux qui connaissent bien, ceux qui s'intéressent à l'interculturalisme, ce qui fait sa différence... une des choses qui fait sa différence, par exemple, avec le multiculturalisme, évidemment c'est l'idée d'échange entre les cultures, mais c'est aussi l'idée qu'il y a, au milieu de ça, une... ce qu'on appelle la culture normative, dans le vocabulaire de la théorie politique, mais c'est la culture de la majorité, c'est celle qui intègre, c'est celle autour de laquelle les autres doivent se rassembler et qui fait que l'intégration... le terme «intégration» prend son plein sens à partir du moment où il y a une culture de la société d'accueil qui est la culture normative. Et à mon avis on a fait dans ce rapport bien peu de place, bien peu de place à cette notion de société d'accueil, de culture normative, de... en d'autres termes, dans le vocabulaire des Québécois qui l'ont exprimé devant la commission, d'affirmation claire, forte, solide de l'identité du Québec, des valeurs communes du Québec.
Ce qui a fait rapidement suite au rapport, évidemment c'est la motion qui a été présentée, je devrais dire, la déclaration qui a été présentée par le premier ministre à l'ouverture des travaux, tout à l'heure. Je l'ai qualifiée d'une déclaration très, très, très minimaliste d'abord parce qu'il y a bien peu de choses. Je veux dire, ce qui est là aurait pu être dit à n'importe quel moment. Il n'aurait pas valu la peine de faire un tel dérangement, de créer une commission d'une telle ampleur pour si peu. Deuxièmement, il y a des volets où franchement ça ne fait pas tellement sérieux, là, pour essayer de donner un petit peu de volume à son minimum, pour mettre du contenu dans la page, quand le premier ministre demande aux parlementaires, là, on a l'impression qu'il supplie les parlementaires de collaborer à l'adoption du projet de loi n° 63. Tu sais, on est rendu à l'adoption finale, la commission est faite, tout le monde a collaboré. D'ailleurs, le leader pourrait nous le confirmer, il est 16 h 35, on pourrait l'avoir adopté à 18 heures, on est rendu à l'adoption finale. Qu'il l'appelle au salon bleu puis, dans une demi-heure, ça va être fait. Donc, ce n'est pas, ce n'est pas très sérieux de la part du premier ministre de dire: Bien, une des grandes actions, là, un des grands moments solennels qui doit arriver en conclusion de cette commission, c'est quelque chose qui est essentiellement fini puis qui pourrait être fini en quelques minutes puis avec l'unanimité. Alors, ce n'est pas tellement, tellement convaincant.
Nous, on a présenté des actions qui nous apparaissent plus ambitieuses, plus proportionnées avec l'ampleur du débat, la place qu'il a pris dans notre société, l'ampleur des travaux de la commission. D'abord, vous connaissez notre opinion sur une constitution québécoise, je pense que le moment est propice pour y arriver. J'ai tendu la main au premier ministre, je l'ai refait aujourd'hui. Cette main demeure tendue pour que nous nous mettions au travail, tous les partis ensemble, à l'élaboration d'une constitution québécoise, et je trouve malheureux à cette étape-ci que le premier ministre semble vouloir parler d'un référendum, de complications qui me paraissent excessives, là, c'est-à-dire que ceux qui veulent... quand tu veux noyer ton chien, tu l'accuses d'avoir la rage, j'ai l'impression qu'on a un petit peu, là, une tendance à vouloir amplifier. Et loin de moi l'idée de dire que ce n'est pas une démarche qui est majeure. Et à mon avis c'est une démarche qui, à ce point-ci dans notre histoire, serait proportionnée au débat qu'on a eu dans la dernière année et demie.
Il y a une autre dimension qui était dans... c'est la reconnaissance du Québec au niveau du gouvernement fédéral, et cette dimension-là est absente de la déclaration du premier ministre, absente du rapport. Il n'en demeure pas moins que la Constitution de 1982, qui a été imposée au Québec, avec ses volets sur le multiculturalisme... les objectifs qui sont sous-jacents à l'article 27 de la Charte canadienne des droits et libertés ne correspondent pas à cette réalité du Québec. Et, à partir du moment où on reconnaît que le Québec est une nation, que cette nation est en elle-même, lorsqu'on parle d'immigration, une société d'accueil, que ces éléments-là devraient être reconnus, et je pense que c'est une conclusion, comme Québécois, commune à laquelle on devrait venir au sortir de la commission Bouchard-Taylor.

Évidemment, troisième élément fondamental, c'est un leadership gouvernemental pour ce qui est de donner, de tracer une ligne, de donner des lignes directrices bien claires en matière d'accommodements raisonnables, et là-dessus la déclaration ministérielle du premier ministre nous parle d'un mécanisme. Par contre, si vous avez écouté les questions des deux collègues qui sont à ma gauche et à ma droite, il semble qu'on n'est même pas rendu au début du commencement d'un balbutiement de ce que pourrait être un mécanisme. On ne sait pas exactement ce que ça pourrait signifier pour des enseignants voilés, parce que le rapport là-dessus amène quand même sur des pistes qui pour nous sont assez inquiétantes.
Alors, je conclus en vous disant qu'on avait aujourd'hui, à l'Assemblée nationale, un moment clé, un moment clé pour le Québec, un moment clé dans un grand débat sur l'identité, une grande période de réflexion collective sur notre identité et qu'à ce moment précis je considère que Jean Charest n'a pas été à la hauteur de ce que les gens attendaient de lui. On a bien senti une tentative de faire vite, de faire à la sauvette, là, d'avoir l'air de faire quelque chose rapidement pour mettre ça à l'écart, alors que ce n'est pas ce que les Québec attendaient. Je pense que les Québécois attendaient que, cet enjeu, que les élus de l'Assemblée nationale soient capables de ne pas s'en sauver, de l'embrasser pleinement, de le recevoir pleinement, de recevoir le rapport et de se mettre au travail pour lui donner un suivi qui soit approprié.
Alors, là-dessus je vais répondre à vos questions.

Le Modérateur (M. Antoine Robitaille): Oui. Mathieu Boivin, s'il vous plaît.

M. Boivin (Mathieu): M. Dumont, vous dites qu'il y a une faiblesse dans le rapport, que ça ne définit pas la culture normative dominante dans un contexte d'interculturalité. Vous auriez voulu quoi, exactement? Un code de vie dans le genre de ce que les gens de Hérouxville ont fait? Vous vous attendiez à quoi, au juste?

M. Dumont: Non. Bien, en fait, il y a deux choses : il y a la définition en termes de contenu, d'affirmation, mais il y a aussi des moyens d'affirmation. C'est de bien dire de quelle façon. Nous, quand on préconise une constitution québécoise, là, c'est, d'abord et avant tout, un moyen d'affirmation très clair, de définition aussi de valeurs communes, de les mettre... de les regrouper, de les mettre ensemble mais aussi de les affirmer haut et fort. Il y a un geste d'affirmation à l'intérieur de ça. Quand on lit le rapport, on en parle peu. En fait, on parle d'interculturalisme, on ne parle pas de la culture normative, on ne parle pas de ce que la société d'accueil... ou très, très peu, c'est très minimal, et on va... dans les recommandations, on est plus que timide sur les moyens d'une affirmation plus forte de cette identité québécoise.
Alors, pourtant, moi, pour avoir suivi ce que la population a dit, ce que les gens qui sont allés s'exprimer ont dit, il me semble que ça a été au coeur des débats. Comme je l'ai dit à la période des questions, peut-être qu'au fond ce n'était pas dans son mandat, de la commission, de le faire. Peut-être que ça nous revient, à nous, les élus, de prendre ça dans nos mains et de porter cette volonté d'affirmation de l'identité québécoise. Mais ce n'était pas non plus dans la déclaration du premier ministre dont on sent bien qu'il est beaucoup plus en mode se faufiler, se sortir à la sauvette de cette situation qu'en mode de travail sérieux pour y donner une suite proportionnelle.

M. Boivin (Mathieu): En début de semaine, vous allez laisser entendre que vous dénonceriez un rapport qui fait preuve d'aplaventrisme. Est-ce qu'effectivement vous dénoncez un rapport qui fait preuve d'aplaventrisme?

M. Dumont: Bien, j'ai dit que je dénoncerais un rapport dont je craignais naturellement l'aplaventrisme, que je dénoncerais un rapport qui ferait la morale aux Québécois.
Je pense que les éléments de coulage qui avaient laissé pointer dans cette direction-là... je pense que ce serait injuste pour les auteurs de rapport de dire que l'équilibre global du rapport fait ça. Je ne pense pas qu'ils le font, bien honnêtement. J'ai dit qu'il y avait à mon avis des chapitres, qui sont fort intéressants, sur l'intégration des immigrants, sur les inégalités, la discrimination, sur l'interculturalisme. Le grand volet... d'autres petits commentaires que je pourrais avoir plus pointus, mais le grand volet qui à mon avis est plus faible, c'est celui de l'affirmation plus claire d'une identité commune, de valeurs communes. Et il y a des conséquences à ça. Par exemple, sur toute la question des accommodements, si vous lisez le chapitre sur les accommodements, quand tu pousses une culture commune forte, une culture normative forte, la tentative ou l'effort global visent à restreindre le nombre de demandes d'accommodement, c'est-à-dire de dire, on pousse pour que la grande majorité des gens, des nouveaux arrivants, ils s'intègrent et puis qu'ils essaient... qu'ils ne fassent pas trop de demandes d'accommodement, qu'ils essaient de vivre à l'intérieur des règles que la société a fournies, en sachant qu'il y en aura toujours quelques-unes. Quand on lit ce chapitre-là, on a l'impression que chaque école, chaque établissement de santé va avoir son comité où il va falloir développer un savoir. Ça présuppose une multiplication des demandes d'accommodement, hein? Donc, il y a une faiblesse globale au niveau de l'affirmation de l'identité ou de la culture communes, et des conséquences... il y a des conséquences à cette faiblesse-là à mon avis qui sont d'autres faiblesses du rapport mais qui viennent avec.

Le Modérateur (M. Antoine Robitaille): Pierre Duchesne.

M. Duchesne (Pierre): «Les commissaires parlent de braquage identitaire, une crispation - je cite bien sûr - qui a pris pour cible l'immigrant.» Et ils disent qu'il y a «des leaders politiques qui auraient pu en faire davantage pour ramener les choses à leur véritable dimension». Je ferme les guillemets. Vous sentez-vous visés par ces accusations-là?

M. Dumont: D'abord, non. Et, si c'était des adéquistes que ça visait, ce serait franchement injuste parce qu'à tout moment dans ce débat on a été prudents dans le langage, pluralistes dans notre approche politique, respectueux des différences de chacun mais néanmoins soucieux de ne pas confondre ouverture et aplaventrisme. Et là-dessus il y a d'autres sociétés, d'autres gouvernements fort pluralistes dans leur approche politique ailleurs dans le monde qui ont été capables de concilier ces éléments-là, d'affirmer une identité, d'affirmer des valeurs communes, de mettre des limites à ce que sont... à ce qui doit être possible en termes de d'accommodements. Et je pense que, dans le contexte du Québec, ce débat a pris naissance avec un certain nombre de cas qui sont apparus. Je persiste à dire que ce n'est pas tant la multiplicité des cas, parce qu'il y en a pas eu 10 000, là, que la faiblesse de la réponse politique qui a inquiété les Québécois, et franchement, aujourd'hui, la réponse politique du premier ministre, elle n'est guère plus convaincante.

M. Duchesne (Pierre): Sur la Charte des droits, canadienne, là, l'article 27 où on parle clairement de patrimoine multiculturel des Canadiens, c'est ça que vous voulez...

M. Dumont: Exactement, ce qu'on vise.

M. Duchesne (Pierre): ...changer, pouvez-vous demander ou accepter un changement de la Charte canadienne tout en n'acceptant pas la Loi constitutionnelle de 1982, parce que c'est lié, ça?

M. Boivin (Mathieu): ...

M. Duchesne (Pierre): Peut-être que c'est une reconnaissance implicite de la loi de 82...

M. Dumont: Non.

M. Duchesne (Pierre): ...si on accepte la modification de la charte.

M. Dumont: Non. O.K. Il y a deux... il y a deux éléments. On a déjà eu un changement, comme le souligne Mme Morissette, sur les commissions scolaires, mais je ne pense pas que le Québec s'est privé ou a pris une position où il se privait de toute amélioration en attendant la signature globale. Mais, dans ce cas-ci, on sort d'une commission qui a regardé, de fond en comble, ces enjeux. Il nous apparaît qu'il y a là un enjeu qui mérite d'être nommé. Alors, on n'est pas à l'étape de préparer une position de négociation à la veille d'une ronde, là, mais on est à l'étape de regarder, en matière d'intégration des immigrants, quelles sont les conclusions collectives qu'on devrait tirer des travaux et de ce qui s'est exprimé par la population. Et, nous, il nous apparaît y avoir une distorsion, là, une quasi-impossibilité entre l'interculturalisme tel quel préconisé au Québec, tel que la commission recommande de le renforcer et le multiculturalisme tel que Trudeau l'a vu pour le Canada et qui à notre avis n'ouvre pas cet espace d'un Québec reconnu comme nation, nation qui est une société d'accueil en elle-même avec des obligations d'une société d'accueil, les devoirs d'une société d'accueil et les outils nécessaires pour faire cet accueil, incluant une intégration linguistique qui est propre au Québec.

Le Modérateur (M. Antoine Robitaille): Yves Chartrand.

M. Chartrand (Yves): On sent bien, M. Dumont, que le rapport vous donne un nouveau dynamisme. Est-ce que vous pouvez me dire quel va être maintenant votre plan d'action à vous? Parce que, là, devant vous le gouvernement ne semble pas ouvert à votre suggestion d'une constitution québécoise. Par contre, à votre gauche, vous avez un parti qui, lui, l'a déjà suggérée. Est-ce qu'on pourrait voir une nouvelle alliance, comme a semblé le soupçonner le premier ministre, une nouvelle alliance avec le Parti québécois pour obliger ce gouvernement à adopter une constitution québécoise par la porte d'en arrière, si on ne peut pas entrer par la porte d'en avant?

M. Dumont: Je pense que vous venez de répondre à la question. C'est une constitution...

M. Chartrand (Yves): ...

M. Dumont: Oui, je comprends, mais une constitution pour un peuple ne peut pas arriver par la porte d'en arrière. C'est pour que... on pourrait faire un exercice politique à deux partis, là, puis avec ça, en bon français, picosser sur le gouvernement. Mais, si le but, c'est de faire vivre un succès à la population du Québec, au peuple du Québec en termes d'adoption d'une constitution, il me paraît que la participation, le concours, à la ligne de départ, des trois partis est une condition \sine qua non, quelque chose d'absolument essentiel, absolument fondamental, d'où les mains tendues que j'ai eues hier et aujourd'hui à l'endroit du premier ministre, donc. Par contre, si vous m'amenez sur ce terrain-là, on a bien senti que, du côté du premier ministre, il y a une certaine méfiance, bon, par rapport à des projets de loi ou des choses qui ont déjà été avancés par le Parti québécois. Sans doute que ce serait un geste de bonne foi, une démonstration de bonne foi qui accentuerait la pression sur le gouvernement si le député du Parti québécois qui a déposé un projet... même deux projets de loi sur une constitution les retirait non pas comme un geste de regret par rapport à la qualité de son travail, mais dans le sens d'une ouverture pour dire: Je retire du feuilleton cette proposition pour bien dire que je remets la table ouverte à tous les convives pour forcer le gouvernement, pour mettre une pression supplémentaire sur le gouvernement pour qu'il vienne participer à cet exercice.

M. Chartrand (Yves): Donc, ce que vous dites, c'est qu'en enlevant les projets de loi nos 195 et 196, si je ne me trompe pas... C'est ça?

M. Dumont: C'est ça. Là, les numéros...

Des voix: 196 et 191.

M. Chartrand (Yves): O.K. D'accord. Vous avez l'impression que ça forcerait... ça donnerait libre cours au gouvernement qui pourrait avoir une certaine marge de manœuvre, qu'il n'a pas présentement?

M. Dumont: Bien, ce que je dis, c'est que je pense que M. Charest fait de nombreux appels à des travaux non partisans, de la cohabitation au cours des 48 dernières heures. Je l'ai exprimé en mes mots, à la période de questions. Quand nous-mêmes on l'interpelle à ce plus haut niveau qu'il réclame, il découche, hein, en cohabitation. Et, à cette étape-ci, ce qui me paraît intéressant, c'est de placer des conditions qui rendent son refus de s'asseoir à la table le plus difficile possible.
Ce que j'ai entendu parmi ses quelques excuses, là, c'est qu'il annonce ou il parle d'une méfiance à l'endroit du Parti québécois. Je pense que la pression s'accentuerait si le Parti québécois faisait un geste de bonne foi en disant: Bien, nous, là, regardez, on a fait une proposition, on ne la regrette pas puis on n'a pas honte du travail qu'on a fait, là. On l'a fait de notre mieux. Mais on le retire pour bien montrer que, tu sais, on ne veut pas... on libère la table pour que tous les convives puissent s'asseoir.

M. Robitaille (Antoine): M. Charest prétend que saviez, vous connaissiez très bien la réponse qu'il allait vous donner lorsque vous alliez évoquer la question de la constitution. Il l'a dit tout à l'heure, au point de presse. Il a dit: «Et, même à propos de la constitution, il savait très bien ce que j'allais répondre.»

M. Dumont: Et j'aurais su ça comment? Non, mais j'entends...

M. Duchesne (Pierre): Par flair en politique.

M. Dumont: Ah! Oui. O.K. Non, je veux dire, on a eu, de la part du premier ministre, des appels nombreux à cette cohabitation, cette élévation du débat, et, nous, depuis d'ailleurs quelques semaines, on avait travaillé très sérieusement, préparé des hypothèses de travail à regarder comment l'atterrissage de ce rapport Bouchard-Taylor pouvait amener des solutions de long terme et, non, on n'avait pas d'indication. Une constitution québécoise, qu'il ait des réserves, on s'en doutait. Aujourd'hui, là, qu'il refuse que les trois chefs puissent s'asseoir pour donner des suites plus sérieuses au rapport, franchement j'ai même été plutôt surpris de sa réponse. Par contre, dans l'équilibre général de son action d'aujourd'hui, on comprend que son objectif à lui, ce de ne pas étirer ça, là. Il voudrait et il espérait avoir en main une déclaration ministérielle qui arrive dans les premières minutes, même si elle avait quelques mesures très minimales, dont certaines sont déjà en marche puis dont un projet de loi pourrait être adopté dans quelques minutes, si le gouvernement le souhaitait. Puis il va peut-être l'être mardi matin, à la rentrée du Parlement.
Donc, il me semble qu'il a l'air d'un homme qui n'a pas le goût d'embrasser, hein, pleinement le rapport, les obligations qui viennent aux élus en matière de défense de l'identité et qui a l'air de vouloir régler ça à la sauvette, le plus rapidement possible.

Le Modérateur (M. Antoine Robitaille): Kevin.

M. Dougherty (Kevin): Yes. Mr. Dumont, when you talk about «culture normative», I think, in English, something like core culture, would that be standard culture?

M. Dumont: Standard... I wouldn't use standard, that's for sure. Core...

M. Dougherty (Kevin): I just want to get an idea.

M. Dumont: I think, core...

M. Dougherty (Kevin): ...same thing, yes. I'm just... They talked about...

M. Dumont: Usually, it's you helping me with the words.

M. Dougherty (Kevin): Yes, yes. I just want to see if you're at ease with it. Anyway, they talked about interculture, which is a concept, we understand, which evolves. And I want to understand. When you talk about this «culture normative», core culture, is this something that all newcomers have to buy into? I mean, do they have to go the «cabane à sucre» and, you know, the whole bit, «oreilles-de-Christ», you know? I don't know. Is that what it means or does it mean something else, and to what point can it evolve? Is there room in that culture for other cultures?

M. Dumont: No. O.K. It definitely evolves. It definitely evolves, and that refers to that old notion of how people should... the denomination of people, and for me there's only one answer to that, I mean, people who are Québécois, it's everybody who lives in this territory, prepares the future of his or her children in this territory, Québécois, period. Now, it doesn't mean that for the people who will join tomorrow they are joining an ongoing train. I mean, there is an history, there are traditions, there are common values, there is a common language. Here, you are not starting with a white page, and it's up for you to define the new laws and impose the way things will be going around, and the schools will operate, and the hospitals. So, the core culture, it definitely evolves. It evolves, I think, positively, as new additions are made, but, I think, when we talk about something like a constitution, we are talking about putting together common values, putting together things that are not just the flavor of the day but that are the things that are at the very foundation of this society and things that the people who decide to join Québec have to adopt in their approach.

M. Dougherty (Kevin): Just going a little bit further, you joined... the Prime Minister proposed a motion to keep the crucifix over the Speaker's chair in the Assembly.

M. Dumont: Just... We proposed that this morning. Just to clarify, we proposed that this morning. There was a Government reply later in the day, and we didn't make a quarrel on that, but we had made the proposal first this morning.

M. Dougherty (Kevin): O.K. Now...

M. Robitaille (Antoine): Est-ce que c'était le même libellé?

M. Dumont: Non, notre libellé était... en fait, je pense que notre libellé était plus spécifique sur cette simple question.

M. Robitaille (Antoine): Plus spécifique?

M. Dumont: Oui, oui. Le gouvernement l'a enrichi d'autres éléments qui, entre vous et moi, étaient plus de l'enrobage parce qu'ils sont assez... il n'y a pas grand monde qui allait contester les autres éléments, là. Celui qui était central, c'était celui-là, mais on s'est rallié à ça sans problème.

M. Dougherty (Kevin): The authors several times make the point that... they say, you know: If we want this to be a secular society, we should take the crucifix down. Do we want this society... I mean, basically they draw a distinction, if I understand correctly, the sort of secular society... official secular society, but people are on their own, they can have their Easter bunny and their Hanukkah, whatever, you know, that's their business, but the State is secular. Do you agree with that?

M. Dumont: Yes. The State is secular in its actions, in its relationships with the citizens, but, you know, the buildings, that's all reflection of an history, it's all reflection of a patrimony that we have. If we want to remove the crucifix in the National Assembly, maybe we should question our flag, because at the very heart of our flag is a cross. You know the origin of it. So, I think there are elements that are deeply rooted in our history. They are reflected in buildings, in various elements of our patrimony, and that's part of what Québec is.

M. Robitaille (Antoine): Kristy Rich.

Mme Rich (Kristy): Mr. Dumont, forgive me if I leave in the middle of your answer, I have a live hit, but I will be listening to it. I'm just wondering, and Kevin maybe can ask a second question for me, do Quebeckers get their money's worth for 5 million dollars with this report?

M. Dumont: I think some serious work has been done, an important consultation has been done. Now, for get value for your money requires that there is a follow-up. If that goes on a shelf, like so many other reports, of course, and if the government does the very minimum... I mean, what Jean Charest proposed today, in his declaration, you don't need to spend 4 millions for that, obviously. Those are things that mostly are... would have been unanimously adopted in minutes, in the Assembly, so that certainly would not have required that much of a collective debate.

M. Dougherty (Kevin): Kristy's second question. The authors say that there is no crisis, and it's up to Quebeckers to adapt. What do you say?

M. Dumont: In my mind, the... it's all about the word «crisis», I mean, the Government and the Prime Minister, Mr. Charest, made the evaluation that the thing was important enough within society to create the Commission. One of the ways to measure the importance is look... did that Commission operate with no interest, no people participating? And I don't think so. I think... So was it a crisis? Was it a strong desire of a population to talk about identity? Was it the reflection of people who worry about the future of their identity? A mix of all that? It definitely was a very important issue for the people of Québec. And definitely today is still important for the people to find out what the people who are elected in this Assembly will do with that. And that's why today we're asking for a much broader set of actions than the very minimum that Jean Charest proposed.

M. Boivin (Mathieu): M. Proulx, Mme Morissette, avez-vous vraiment peur que, tout d'un coup, les enseignants se mettent à arriver voilés ou avec des kirpans ou qu'un calendrier nous donne 100 congés par année? Est-ce que c'est des...

M. Dumont: 100 congés, on n'a pas peur de ça!

M. Proulx: Bien, sur les enseignants, la question se pose, de toute façon. Et, vous savez, M. Charest l'a dit à plusieurs reprises, hein, l'école, c'est la base de tout. Il a fait une analogie, dans sa réplique à la déclaration, disant que, les différences, les enfants ne les voient pas. Je pense que la question doit être posée. Si on veut faire cette séparation-là de l'État et de la religion, si on veut la compléter, si on veut que nos enfants partent de cette base-là, il faut se poser la question: Est-ce que dorénavant il sera permis à des enseignants de le faire voilés?

M. Boivin (Mathieu): Le craignez-vous?

M. Proulx: Bien, si vous le craignez? Il faut craindre que, si ce n'est pas dit par le gouvernement, que ce ne sera pas possible, que quelqu'un l'essaie et qu'une polémique se lève là-dessus. Il faut craindre que ce qui s'est passé avec le kirpan, qui s'est rendu jusqu'à la Cour suprême et qui a fait un débat se reproduise si les encadrements ne sont pas bien établis maintenant. C'est ça qu'il faut craindre. C'est le manque d'action gouvernementale qui ne vient pas.

M. Chartrand (Yves): ...c'était un peu démagogue de demander une réponse aujourd'hui...

M. Proulx: Pas du tout.

M. Chartrand (Yves): ...la journée même où le rapport sort.

M. Proulx: Pas du tout. Pas du tout. Alors que M. Charest a le rapport dans les mains depuis assez longtemps pour y avoir fait une déclaration ministérielle, assez longtemps pour avoir profité de la semaine pour demander aux commissaires de se taire et d'attendre son retour, je pense qu'il n'était pas prématuré de demander au gouvernement de savoir où il allait.

M. Chartrand (Yves): M. Charest a dit qu'il a pris connaissance du rapport hier.

M. Proulx: Alors, je...

M. Boivin (Mathieu): Mme Morissette, un calendrier multiculturel, c'est inquiétant?

Mme Morissette: Bien, en fait, je pense que c'est légitime de questionner le gouvernement sur c'est quoi, leurs intentions. Le rapport énonce certaines recommandations. On a un gouvernement qui nous dit deux journées de suite qu'ils sont prêts à passer à l'action et qu'ils veulent aller rapidement. Ils sont allés tellement rapidement que, pour le projet de loi n° 63, ils sont allés avant même que les auditions de la commission soient terminées. Donc, moi, je trouvais légitime de questionner, puisque c'est dans le rapport, c'est une recommandation écrite noir sur blanc. Donc, on questionne pour savoir est-ce que c'est vraiment dans les intentions du gouvernement, jusqu'où ils veulent aller. Nous, on va être appelés à commenter les actions du gouvernement; on veut savoir dans quelle mesure, à quoi s'attendre un peu.
Puis j'aurai l'occasion d'ailleurs de questionner la ministre en débat de fin de séance, dans quelques minutes, donc peut-être que je finirai par avoir une idée de l'intention du gouvernement.

Une voix: Merci.

M. Dumont: Merci. Bonne fin de journée.

(Fin à 17 h 5)