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Point de presse de M. Amir Khadir, député de Mercier

Version finale

Thursday April 21, 2011, 11 h 17

Salle Bernard-Lalonde (1.131), Hôtel du Parlement

(Onze heures dix-huit minutes)

M. Khadir: Alors, merci d'être là. J'ai posé une question en Chambre à la ministre des Ressources naturelles, qui n'ignore pas que, demain, sur les ondes de Radio-Canada, à 6 h 30, en soirée, il y aura la diffusion d'un documentaire percutant, un coup de poing vraiment, par un groupe de citoyens qui ont descendu la rivière Romaine, une des dernières grandes rivières patrimoniales du Québec, plusieurs centaines de kilomètres d'un.. beauté, de paysages magnifiques, d'un écosystème parmi les plus riches de notre territoire, notamment pour les poissons. Mais,dans les quatre barrages que veut construire le gouvernement libéral, ces quatre barrages, de plusieurs milliards de dollars, vont assécher l'essentiel du trajet... du tracé... en fait, du lit de la rivière, et le reste va être inondé.
Encore, s'il fallait que ça soit dans l'intérêt du Québec, que ça soit pour produire une énergie qui soit à faible coût, on pourrait peut-être accepter les coûts environnementaux, enfin certains l'accepteraient sans doute, mais le documentaire nous apprend, par un examen rigoureux de la documentation disponible et des comparatifs, qu'Hydro-Québec cache des coûts; ce n'est pas à 0,06 $ le kilowattheure, comme a prétendu Thierry Vandal, d'Hydro-Québec, ou alentour de 0,06 $, il y a quelques semaines, en réponse au documentaire, mais plutôt de 0,09 $ le kilowattheure.

Mais, au-delà de ça, la question que nous nous posons vient en fait du gouvernement lui-même. Le gouvernement du Québec avait fait un exercice il y a 15 ans. M. Parizeau, lorsqu'il est rentré au pouvoir, a réuni les meilleurs... disons, les meilleurs experts et les meilleurs leaders socioéconomiques du Québec pour une étude - c'était un débat public sur l'énergie au Québec - une étude qui, de l'avis de tout le monde, des écologistes aussi bien que des acteurs socioéconomiques, était d'une rigueur inattaquable. Ils traçaient l'avenir énergétique du Québec en ces termes: La première chose à faire pour le Québec, c'est d'économiser de l'énergie, et la meilleure forme pour le faire, c'est un chantier d'efficacité énergétique. Le document s'appelle Pour un Québec efficace. Un chantier d'efficacité énergétique qui ferait la prospérité de milliers d'entrepreneurs à travers le Québec pour isoler nos bâtiments, pour isoler nos maisons, donc garantir des milliers d'emplois, dans toutes les régions du Québec, sur deux décennies au moins, pour l'efficacité énergétique du Québec. Autant d'investissements qui vont nous rapporter, parce que tout ce qui sera... tout ce qui sera épargné comme kilowattheure dans nos capacités de production, bien c'est autant de kilowatts qu'on pourra vendre et qui feront la richesse du Québec plutôt que de le consommer à des prix patrimoniaux.
Donc, on se demande... la question à se demander, quand on sait que c'est ça, l'avenir énergétique du Québec, c'est ça, la... ce qui ferait... ce qui serait dans l'intérêt du Québec et ce qui ferait la prospérité des régions du Québec, pourquoi le gouvernement libéral oriente les décisions du gouvernement et d'Hydro-Québec en faveur des mégabarrages? C'est un choix qui peut être très discutable. C'est sûr que la première chose qu'on fait, maintenant qu'on connaît les pratiques douteuses de l'octroi des contrats gouvernementaux, bien on regarde qui obtient ces contrats. Sur les 10 contrats de construction annoncés... Sur les 10 contrats de construction pour les infrastructures - il y a de multiples contrats, des petits contrats, là, des miettes, qui sont évidemment distribués dans la région - mais, sur les 10 contrats, six des contrats ont été octroyés à Neilson, à Simard-Beaudry et à Louisbourg. Ces trois compagnies appartiennent soit à Franco Fava, soit à Tony Accurso.
Ensuite, quand on regarde les quatre compagnies, les administrateurs de trois de ces quatre compagnies sont des contributeurs au Parti libéral. Mais supposons... je suis prêt à accepter que, comme l'a dit la ministre en Chambre à plusieurs reprises, aujourd'hui même, que l'octroi des contrats gouvernementaux se fait dans les règles de l'art, avec un processus rigoureux, à l'abri de tout favoritisme ou influence ou corruption, je suis prêt à accepter ça. Il n'en demeure pas moins que, quand le gouvernement décide, en dépit du consensus de tous les acteurs économiques, énergétiques du Québec, plutôt que de faire de l'efficacité énergétique, investir dans des mégabarrages à coups de milliards de dollars, c'est la pire forme, à mon avis, de favoritisme destructeur, de favoritisme ruineux pour le Québec. Non seulement on ruine des deniers publics, mais on dévaste nos rivières patrimoniales.
C'est pour ça que j'ai posé cette question. J'espère que la ministre aura des réponses plus intelligentes la prochaine fois que d'invoquer des articles de presse dans lesquels elle me fait dire en réponse que les journalistes prétendent que nous... que nous comptons faire... parce que le journaliste dit: Le document précise que le parti réfléchit à la décroissance économique du Québec. Bien sûr, comme la plupart des spécialistes et même des politiciens en Europe, par exemple, il faut qu'on cesse la croissance sans fin et sans limite, c'est juste pas possible sur le plan biophysique. Ce qu'on dit, c'est qu'il faut redéfinir la prospérité, redéfinir la qualité de vie. La qualité de vie, ce n'est pas la quantité de croissance. Donc, c'est en ces termes que j'ai parlé aux journalistes.
Et ici on dit: «Donc, il en déduit que c'est une baisse du niveau de vie.» Pas du tout. C'est une baisse de niveau de vie, oui, de certaines activités, de certaines entreprises dans le domaine du pétrole, des banques, de la surconsommation qui vont voir baisser le niveau des revenus de leurs dirigeants, mais la qualité de vie des citoyens va être améliorée. Merci de votre attention.

M. Robitaille (Antoine): Vous croyez qu'il y a du favoritisme, donc, à la Romaine?

M. Khadir: Oui. Le fait de choisir d'orienter l'avenir du Québec vers des mégabarrages, qui est un vieux modèle de développement d'il y a 50 ans, c'est favoriser qui? Les entreprises qui sont dans ce secteur. Au lieu de favoriser des milliers de petits contracteurs qui pourraient construire, qui pourraient isoler nos maisons, nos bâtiments, le Québec choisit des projets qui favorisent les amis du parti. Même si ce n'est pas dans l'octroi des contrats, le fait d'orienter l'économie du Québec dans un domaine qui favorise les grandes firmes d'ingénieurs qui sont proches du Parti libéral, ce n'est plus à démontrer. Les grands contracteurs, comme Neilson, l'entreprise de M. Fava, qui est un collecteur de fonds du Parti libéral qui a favorisé les entreprises de Tony Accurso, qui, au-delà d'être impliqué dans la fraude, est un organisateur de levées de fonds, qui a agi à plusieurs titres à plusieurs reprises - ça a été démontré - pour tous les partis, ça, c'est du favoritisme en faveur de secteurs d'activité qui ne rapportent pas pour le Québec, qui rapportent pour leurs administrateurs et pour leurs propriétaires.

Mme Thibeault (Josée): Dans l'état d'avancement du projet de la Romaine, M. Khadir, qu'est-ce que vous espériez de la ministre dans les circonstances?

M. Khadir: C'est sûr que je la trouve bien mal prise. C'est M. Lucien Bouchard et André Caillé qui ont enterré l'avenir énergétique du Québec, qui ont enterré ce qui aurait pu faire qu'il y a 15 ans on fasse ce que les nations avancées font aujourd'hui, d'accord? On l'avait vu, nous, il y a 15 ans, au Québec. On était génial. On avait vu que c'était dans des nouvelles formes d'énergie qu'il fallait y aller 15 ans auparavant. Lucien Bouchard, le PQ et André Caillé l'ont enterré. Thierry Vandal, le dirigeant d'Hydro-Québec actuel, proche des milieux, hein - il vient d'où? il vient de Gaz Métropolitain - il l'a enterré, et le gouvernement libéral est pris avec ça. Mais il pourrait agir, quand même. N'importe quel moment, quand on évite des pertes... Parce que c'est des pertes, chaque dollar investi dans des projets ruineux comme ça ou comme les gaz de schiste, c'est 1 $ de moins dans le virage vert que notre pays, notre nation, a besoin. Donc, n'importe quel moment où on arrête de détruire, c'est un bénéfice. Maintenant, ça ne veut pas dire de laisser ça en plan, là, ça veut dire réfléchir, puis je suis sûr qu'on a tout le génie et... bien, disons le génie technique pour prévoir d'autre chose. L'important, c'est de réaliser que l'avenir du Québec, c'est ailleurs.

M. Robitaille (Antoine): Réfléchir à quoi? Vous dites...

M. Khadir: Bien, comment... comment... qu'est-ce qu'on fait avec ce qui a déjà été, parce qu'il y a des routes qui ont été construites, on a commencé à couler du béton, hein, on a commencé à détruire de la forêt alentour de ces sites de construction. Il faut réfléchir comment on réhabilite tout ça, à quelles fins.

Journaliste: M. Khadir, sur un autre dossier...

M. Khadir: Yes, let... let us finish this... this one.

M. Plouffe (Robert): Puis, Hydro n'a pas de l'air non plus... n'a pas confié à une autre société, là, tout son plan de développement sur l'efficacité énergétique récemment, là, il n'y a pas eu une nouvelle à cet effet-là? Donc, Hydro n'est même pas intéressée à pousser davantage l'efficacité énergétique comme telle?

M. Khadir: C'est une information que j'ignorais, mais, si...

M. Plouffe (Robert): ...efficacité énergétique...

M. Khadir: C'est une information que j'ignorais. Hydro-Québec prétend pourtant être intéressée, mais c'est sûr que le gros de nos investissements ne va pas là, et c'est ça qui est malheureusement. Alors qu'un plan d'efficacité énergétique, c'est des milliers d'emplois dans toutes les régions, c'est surtout la prospérité des petits entrepreneurs du Québec, au lieu que ce soient les grands constructeurs proches du Parti libéral.

M. Plouffe (Robert): Oui, et les compteurs intelligents, est-ce que, vous, vous pensez qu'Hydro aurait dû accorder le contrat?

M. Khadir: Québec solidaire est en faveur d'un nationaliste économique, on l'a répété à plusieurs reprises. On doit favoriser, même sur le plan écologique, quand vous favorisez des entreprises qui agissent localement, qui produisent localement, vous favorisez un circuit qui, sur le plan écologique, est favorable pour l'avenir du Québec et de la planète, tout en étant plus favorable pour notre économie. Donc, c'est pour ça que j'ai applaudi à une question posée par l'ADQ. C'est des emplois au Québec, des emplois de qualité, c'est ça qu'on doit se souvenir.
Mais, pour y échapper, pour échapper à cette logique qui a emprisonné Hydro-Québec et Nathalie Normandeau pour nous fournir la réponse qu'elle nous a donnée, bien il faut échapper aux règles du libre-marché imposées par des instances qui ne répondent pas au peuple, comme l'OMC. Or, elles, elles nous... Rappelez-vous, l'ALENA a été voté par un gouvernement conservateur. Les libéraux, les... les... le NPD, à l'époque, était contre l'ALENA, maintenant tout ce beau monde là ont reviré leur veston puis jurent par le libre marché. Et on sait que le libre marché, la manière dont ça a fonctionné, ça a délocalisé des emplois et ça fait qu'aujourd'hui, par exemple, on est pognés avec ça.

Mme Brassard (Marie-Andrée): M. Khadir, qu'est-ce qui vous choque le plus: les choix du gouvernement en matière de développement énergétique ou encore le fait que des amis du Parti libéral aient obtenu des contrats?

M. Khadir: Bien, moi, ce qui me choque le plus, c'est les choix du gouvernement. Ça, c'est certain. On est déjà... on connaît déjà le pattern de l'organisation et de l'octroi des contrats publics avec le gouvernement libéral, ça ne se limite pas, bien sûr, aux constructeurs, quand on voit ce qui se passe un peu partout. Mais ce qui est encore plus dommageable, et vous allez le voir quand vous allez voir le documentaire Chercher le courant, ce qui fait le plus mal au coeur, c'est de voir qu'à cause de ces choix on détruit, on ruine des choses. L'argent, là, on pourra toujours en trouver ailleurs, hein? La corruption, on finira par y mettre fin, Mais, une fois qu'on aura détruit La Romaine, une fois qu'au aura asséché la rivière, une fois qu'on aura irrémédiablement endommagé la nature, on ne pourra plus rien.

Mme Brassard (Marie-Andrée): Mais on dirait que vous vous servez d'Accurso et de... de... pas Rondeau, mais c'est qui, l'autre?

Une voix: Fava.

Mme Brassard (Marie-Andrée): ...de Fava pour alimenter votre message. Vous vous servez d'eux...

M. Khadir: Bien, c'est... Bien, regardez...

Mme Brassard (Marie-Andrée): Il n'y a rien d'illégal dans ce qui a été fait...

M. Khadir: Bien sûr...

Mme Brassard (Marie-Andrée): ...l'attribution des contrats.

M. Khadir: On peut dire, je ne le sais pas. Ça, on ne le sait pas, on ne le saura pas tant qu'il n'y aura pas une investigation. D'accord? Tant qu'il n'y aura pas une enquête publique sur la corruption.
Mais je suppose, je prends la parole de la ministre, les contrats d'Hydro-Québec sont octroyés avec la plus grande rigueur et dans l'impartialité la plus grande; je suis prêt à l'accepter. Ça n'empêche que c'est le gouvernement qui dicte à Hydro-Québec la conduite des choses. Et, quand le gouvernement choisit d'investir dans des infrastructures de béton, choisit de produire une énergie suivant un modèle d'il y a 50 ans plutôt que, comme les autres nations, avancer vers les énergies vertes, ça, c'est des choix qui sont aussi une forme de favoritisme. Pas besoin de magouille pour ça, il faut juste, malheureusement, malheureusement, il faut juste le bon contrôle, les bonnes influences, les bons amis, les bons lobbys. Et malheureusement on sait à quel point le Parti libéral s'est fragilisé en permettant que son financement soit contrôlé par des Fava de ce monde, par des Tony Accurso de ce monde, par les firmes d'ingénieurs qui utilisent les... les... les prête-noms, par tout ce système qui fait en sorte qu'ils sont pris dans cette logique de favoriser ces secteurs-là au détriment de l'avenir énergétique et de l'avenir économique du Québec puis au détriment des régions, parce que ce sont des milliers d'emplois.
Si on avait fait ça, là, si on avait... plutôt que d'enterrer ça, on avait commencé il y a 15 ans, des milliers et des milliers d'emplois auraient assuré la prospérité de toutes les régions du Québec.

M. Dougherty (Kevin): Mais, la Romaine, si j'ai bien compris, c'est pour l'exportation, de tout façon, donc l'équation efficacité énergétique contre barrages ne marche pas tout à fait parce que...

M. Khadir: Non, mais c'est parce que c'est coûteux...

M. Dougherty (Kevin): C'est pour l'autre marché.

M. Khadir: Vous allez voir, dans le film Chercher le courant, c'est que c'est coûteux. On dépense... ça va nous coûter 0,09 $ le kilowattheure à produire. Par comparaison, chaque sou investi par Hydro-Québec dans les... la géothermie rapporte 0,04 $... kilowattheure... l'équivalent de quatre kilowattheures d'économie, hein? Alors, imaginez combien ça... 0,04 $ le kilowattheure d'économie. D'accord? L'économie que ça entraîne permet à Hydro-Québec de générer 0,04 $ supplémentaires. Donc, vous voyez que ça ne balance pas. Au lieu de... autrement dit, au lieu d'investir 0,09 $ pour produire chaque kilowattheure du barrage de la Romaine, si on l'avait investi dans la géothermie, ça serait 0,36 $ qu'on récupérerait.

M. Chouinard (Tommy): ...vous dire: Je prends la parole de la ministre Normandeau, parole selon laquelle les contrats ont été accordés dans les règles et en même temps nous distribuer des documents qui laissent entendre que, là, ça a profité à la famille libérale...

M. Khadir: Bien non, bien c'est pour les fins de la démonstration, pour qu'on ne reste pas sur ce point-là. Pour nous, c'est discutable, c'est très discutable de savoir que Tony Acurso, qui est un fraudeur, qui a fraudé le gouvernement... le fisc fédéral et qui a sans doute fraudé le fisc québécois, qui est trempé dans des dizaines de scandales sulfureux au Québec, et Franco Fava, qui est le responsable... le principal responsable du financement du Parti libéral, que ces deux firmes-là, pour des dizaines sinon des centaines de millions de dollars, obtiennent six des 10 contrats les plus importants en construction du barrage, d'accord?

M. Chouinard (Tommy): Ils ont quand même eu les contrats avant qu'on sache au sujet de Revenu Canada, là...

M. Khadir: Bien... je veux dire, là, on le sait, mais on sait... on peut se questionner... que les gens qui sont très proches du Parti libéral... quand... Regardez, si c'était isolé dans le temps et dans l'espace, votre objection serait bienvenue. Mais aujourd'hui tout le monde reconnaît qu'il y a un problème déjà à ce niveau-là.
Mais je dis: À la limite, même si on fait abstraction de ce problème, qui en soi est très grave, il y a le choix, il y a les orientations, même en l'absence de toute influence indue, en l'absence de tout financement illégal, en l'absence de toute proximité douteuse entre ces secteurs et le Parti libéral, choisir un secteur qui favorise des entreprises amies, alors que le Québec, déjà il y a 15 ans, l'un de ses meilleurs experts avait identifié qu'il faut prioriser, il faut commencer par l'efficacité énergétique, puis ensuite des énergies vertes, puis ensuite, en troisième lieu, des barrages, bien c'est une forme de favoritisme qui n'est pas moins condamnable.

M. Robitaille (Antoine): Avant la question du mode de développement, là, la question de M. Accurso, maintenant qu'on sait, bon, qu'au fédéral il y a eu une fraude, est-ce qu'il devrait être... est-ce qu'on devrait annuler les contrats? C'est-u ça que vous dites? On devrait annuler les contrats qu'il y a à La Romaine ou...

M. Khadir: Là, moi, je veux qu'on dissocie ces deux affaires-là. Il y a d'abord les choix énergétiques qu'on fait pour le Québec. Les contrats qui ont été donnés là-dessus impliquent un certain travail qui a été fait. Moi, je ne vois aucun problème qu'un gouvernement assume ses responsabilités, assume ses erreurs, assume quelques pertes immédiates pour ne pas couler plus d'argent dans ce béton-là, hein, parce que c'est comme ça que ça va...

M. Robitaille (Antoine): En clair, ça veut dire qu'il faut annuler...

M. Khadir: En clair, ça veut dire qu'il faut arrêter puis il faut annuler, s'il le faut, les contrats, pour les raisons que j'ai dites, pour les raisons de développement, pour les raisons de rigueur, d'accord?
Maintenant, il y a aussi toute la question de tout ce qui entoure les allégations de corruption, de financement illégal du parti, et, ça, c'est une investigation publique, c'est une enquête publique sur tout le domaine qu'il faut faire.

M. Chouinard (Tommy): ...raison des affaires touchant les entreprises de M. Accurso, est-ce que vous dites que, dans le fond, il faudrait au plus vite lui retirer ses licences, de... Conséquence, il y aurait la perte de ces contrats-là?

M. Khadir: Vous me mettez les mots à la bouche, M. Chouinard. Nous nous demandons pourquoi le gouvernement hésite tant, qu'est-ce qui empêche le gouvernement d'agir rapidement, de suspendre...
Mais votre question tend à répondre elle-même à notre interrogation. Pourquoi? je me le demande. Ce monsieur semble très lié et très ami avec toutes sortes de politiciens, avec la FTQ, avec Tony Accurso, avec BCIA. Ces gens-là financent à coups de centaines de milliers de dollars, depuis des années, le Parti libéral du Québec. Alors, quand on regarde ça, on se demande...
Puis c'est sûr que, tant et aussi longtemps qu'il n'y aura pas une enquête publique sur la corruption dans l'octroi des contrats publics, bien la réponse la plus logique qui va s'imposer à nous, c'est que Tony Accurso s'en tire à bon compte parce qu'il a des appuis politiques.

Mme Brassard (Marie-Andrée): Oui, mais vous savez que Revenu Québec actuellement...

Une voix: ...last one?

Mme Brassard (Marie-Andrée): Vous savez, M. Khadir, que Revenu Québec actuellement se débat devant les tribunaux et contre M. Accurso justement pour obtenir les documents qui pourront faire la preuve qu'il y a eu malversation...

M. Khadir: Je suis content de le savoir. J'espère... On attend juste les résultas. Ça fait trois ans que M. Accurso traîne ces allégations derrière lui. Ça fait trois ans de retard dans l'agissement. Comment ça se fait que Revenu Québec a attendu que Revenu Canada ait terminé pour se rendre compte qu'il ne peut même pas avoir accès au dossier? Il aurait dû dès le départ prendre toutes les précautions pour agir en même temps que Revenu Québec, avant que les dossiers soient perdus, bloqués, effacés en raison...
Moi, je pense qu'il y a des gens, qui sont très astucieux, qui savaient peut-être qu'une fois que c'est réglé et qu'Accurso accepte, hein... Moi, je ne suis pas avocat, mais il y a plein d'avocats dans le gouvernement du Parti libéral. Il me semble que ces gens-là auraient dû allumer, se dire que, s'il y a une enquête du fisc canadien, puis Accurso plaide coupable, bien là on n'a plus accès aux preuves. Moi, je peux toujours me cacher derrière mon ignorance. Est-ce qu'un gouvernement peut prétendre l'ignorance là-dessus, un gouvernement dont le leader est un avocat, dont je ne sais pas combien de députés sont des avocats?

Journaliste: M. Khadir...

Le Modérateur: Elle avait une question en anglais. Est-ce qu'il y a d'autres questions en français?

M. Moalla (Taïeb): C'est un autre sujet. Tout à l'heure, pour illustrer un présumé radicalisme du Parti québécois, il y a deux ministres du gouvernement qui ont parlé de la question de l'armée québécoise dans un éventuel Québec indépendant. Vous...

M. Khadir: Ce n'est pas sur le sujet, monsieur...

M. Moalla (Taïeb): Oui, c'est... J'ai dit que c'était sur un autre sujet.

M. Khadir: Non, non, non. Bien, alors on va prendre les questions sur le sujet, et on reviendra dans...

M. Moalla (Taïeb): Ah! anglais avant. D'accord, on reviendra. Excusez moi!

Journaliste: Mais est-ce que Québec solidaire s'est déjà penché là-dessus?

M. Khadir: Nous, nous sommes pacifistes.

Journaliste: The point...

M. Khadir: Oui. Yes.

Journaliste: The point...

M. Khadir: No, I think she was first.

Mme Montgomery (Angelica): I just wanted to know what is the problem that you see with these contracts, because you seem to admit that it could all be legal. So, what is the problem that you're trying to underline when you talk about these contracts?

M. Khadir: I say that we say... we see the same pattern here than we have seen in the day-care contracts, that we have seen in the construction contracts, in the... compteurs d'eau, the...

Mme Montgomery (Angelica): Water meter.

M. Khadir: ...water meter contracts. We seem to have the same pattern. But, even though this by itself is very questioning of the decision of the Government to construct huge dams in Quebec, although 15 years ago Quebec Government himself... an expert said: That's not the way to go for the future. New, green energy, and... and specifically on... «efficacité»... energetic efficiency must be the first big project. So, we ask ourselves and we ask the Government, «Why to chose to maintain Quebec in the past way of developing energies while everything points to the other direction?» Even if it's not direct peddling, direct favoritism, the fact that you choose a sector of activity which benefits to those sectors of economy and business that are close to your party is a form of favoritism. When you deny expert advice and you choose mega big dams that ruin our environment to profit to the sectors of economy that are close to your party, it's a very destructive form of favoritism, even worse than the... you know, the influence peddling, and so forth. Why? Because it's even less... - comment... puisque c'est légal - because it's legal, it is less easy to denounce it, less easy to question it. And it's a more insidious form of ruling our democracy. Instead of choosing projects for the future of Quebec, for the interest of Quebec itself and its population and its regions, you choose politics that favor people close to your party. That is antidemocratic.

M. Duboyce (Tim): ...question to the Minister. Her response sounded like an attack on your economic philosophy. I'm just wondering how you... how you interpret that response.

M. Khadir: Well, you know, they... They cannot answer appropriately based on data, for example, explaining how come we spend 0,09 $, in constructing dams, for each kilowatt, 0,09 $ to produce energy. So, since they are in trouble explaining that, you know, they resort to these tactics of trying to divert the question. The Minister pretended that I'm against the improvement of the level of...

Une voix: ...

M. Khadir: Yeah. Comment on dit «niveau de vie»?

Une voix: ...

M. Khadir: Standards of living. But that's not the case. What I said, and our congress adopted, is that, for us, standard of living does not mean overconsumption, overproduction, overpollution. Standard of living might mean limiting growth, improving quality of life. Trying to grasp what is really to the benefit of the society. The benefit of society is not to produce, produce, produce. It's to produce for it's needs. If we produce just for the needs of the businessmen, then our society is not in benefit. It's losing. So, for us, we have to redefine the quality of life. Quality of life, quality in our society must be the target, not just producing.

Journaliste: On the hydrometers, what's your position? The Government says there was an «appel d'offres», and that things where done above board, and that the best company would be chosen. So...

M. Khadir: Yes? Well, you know, we are stuck. These are the laws of the market. And a government that... that puts the responsibility of the society on the shoulders of market instead of controlling its economy, controlling its activity, trying to do what's best for it's population, that's what it gives. We... We loose... You know, it's done by contracts, I'm agreeing, these are the laws of free market, but we are against these laws. We think that we have to find a way to produce everything that we can the most near possible to where it is used. So, if we have Quebec companies with good jobs, you know, in high technical sectors that are close, that will produce and will not travel thousands of kilometers to end up here, that will produce jobs, that will reduce consumption of energy to transport them... So, for every consideration, it's better for Québec.

Journaliste: ...Bombardier contacts? Your argument was that... other companies would have been cheaper and we could have saved money, but now...

M. Khadir: I didn't say that it shouldn't have been given to Bombardier, but it would have been given with the proper controls over the price for the Québec population, you know. A big government should handle these things in the same time... should balance between these things in an appropriate manner. It should'nt let it just for the chaos of the market.

M. Séguin (Rhéal): ...une remontée importante du NPD. Quel signal est-ce que ça envoie à Québec solidaire, ce revirement vers une gauche plutôt que la droite?

M. Khadir: Moi, quand je vois qu'au Québec une majorité de citoyens votent soit pour le Bloc québécois, soit pour le NPD, je pense que c'est à la gloire du Québec. Ça prouve que, malgré 20 ans, 30 ans de politique dominée par la droite, de journaux qui font... de télévisions qui font de larges places à des économistes de droite qui viennent nous chanter les mérites du marché et des politiques de droite économiques, notre peuple ne se laisse pas embarquer, ne se laisse pas embobiner. Il y a une majorité de Québécois, qui sont prêts à choisir soit le Bloc québécois, où il y a beaucoup de progressistes, soit le NPD, qui fait vraiment, disons, des percées importantes à cause des ses politiques, justement, progressistes, de sa vision d'une autre économie, et ça, c'est bon pour le Québec.

M. Séguin (Rhéal): Est-ce que c'est un signe avant-coureur d'une percée possible pour le Québec solidaire, selon vous?

M. Khadir: J'aimerais que votre rêve, qui est le mien, soit plus largement partagé.

Des voix: ...

Journaliste: Est-ce que vous ne risquez pas... est-ce que justement le NPD, le Bloc ne risquent pas de se diviser le vote et faire en sorte finalement que...

M. Khadir: Moi, je suis contre la division. En 2003, j'ai suggéré à M. Layton et à M. Duceppe, on était tous les trois aux journées d'études alternatives, dans un magnifique décor, c'était l'été 2003, je leur ai suggéré: Pourquoi, pour le bien eu Québec, vous ne vous entendez pas pour des alliances électorales, pour empêcher que des libéraux rentrent, pour empêcher que des conservateurs rentrent? Il me semble que le Québec, qui veut aspirer à son indépendance... en tout cas, moi, je pense qu'un Québec où Québec solidaire serait au pouvoir pourrait mieux négocier l'avenir du Québec, l'avenir... un avenir souverainement décidé par les Québécois, avec un gouvernement canadien dirigé par Jack Layton, plutôt qu'un Michael Ignatieff ou un Stephen Harper. Il me semble que ça devrait être évident pour la plupart des souverainistes.

M. Chouinard (Tommy): ...sondages, est-ce que vous avez perdu beaucoup de points en un mois?

M. Khadir: Beaucoup de points?

M. Chouinard (Tommy): Comment ça se fait que vous n'êtes pas tirés par le haut, vers le haut, c'est-à-dire?

M. Khadir: Quatre points, c'est beaucoup. Je suis prêt à accepter votre... On était à 14, 15, on est rendus à 11. C'est dans les limites de... comment dit-on? 

Journaliste: De la marge d'erreur.

M. Khadir: De la marge d'erreur. Moi, j'aime mieux, un jour, pouvoir vous dire, comme Lula, un président de gauche, après huit ans au pouvoir, que je suis capable de sortir tête haute avec 80 % d'appui. À l'heure actuelle, tout ça ne vaut pas grand-chose.

Journaliste: ...

M. Khadir: On a notre devoir à faire. On va montrer aux Québécois que Québec solidaire est la voie d'avenir pour le Québec.

M. Moalla (Taïeb): Oui. Au sujet de l'armée, M. Khadir, tout à l'heure, les deux ministres libéraux ont expliqué que c'était une preuve du radicalisme du Parti québécois. Vous, vous êtes... Parce qu'eux veulent une armée dans un Québec indépendant, vous, vous êtes en même temps indépendantiste et pacifiste, est-ce que vous voyez une armée du Québec dans une Québec indépendant?

M. Khadir: Moi, je vois un Québec qui, comme le Costa Rica, qui, comme la Suisse, n'ont pas besoin d'armée puis ont une stabilité incroyable sur le plan politique. Moi, je vois le monde entier, en fait, un monde libéré de la nécessité de se faire la guerre. C'est des milliards de dollars qu'on perd pour rien. Regardez, 30 milliards de dollars pour quelques joujoux pour les... pour la Défense nationale, là, je parle des avions que veut acheter M. Harper, 30 milliards de dollars! Le Québec a intérêt à réfléchir à d'autres choses. Je ne sais pas qu'est-ce qui a fait dire à Mme Marois qu'on a besoin de l'armée, au Québec. Je me rappelle pas de la dernière fois que le territoire québécois a été attaqué par des Mirage, je ne sais pas, soviétiques ou...

M. Moalla (Taïeb): Mais, pour le rôle international du Québec...

Des voix: ...

M. Robitaille (Antoine): ...s'il y a quand même une occupation de l'armée?

M. Khadir: Ah! là, vous me faites réfléchir, mais je vais prendre ça en considération.

M. Moalla (Taïeb): O.K. Mais, c'est ça. Mais, pour le rôle international du Québec, vous estimez que le Québec n'aurait pas besoin d'une armée?

M. Khadir: Oui. Mais, les forces d'intervention pacifistes, ça, ça peut s'organiser autrement. Les peace corps, les corps de paix, on peut réfléchir à ça, mais ce n'est pas la même chose que l'armée. Habituellement, ils n'ont pas besoin d'avions à quelque centaines de millions de dollars. Merci!

(Fin à 11 h 47)

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