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Point de presse de Mme Louise Beaudoin, députée de Rosemont, M. Pierre Curzi, député de Borduas, Mme Lisette Lapointe, députée de Crémazie, M. Amir Khadir, député de Mercier, et de M. Jean-Martin Aussant, député de Nicolet-Yamaska

Version finale

Wednesday, February 15, 2012, 12 h 08

Salle Bernard-Lalonde (1.131), hôtel du Parlement

(Douze heures neuf minutes)

Mme Beaudoin (Rosemont): Bonjour. Alors, le collectif est présent pour la première fois depuis le début de la session, donc ensemble comme on le faisait à la dernière session.
Je veux tout simplement me réjouir de l'adoption à l'unanimité d'une motion sur Kyoto, déplorant le retrait du Canada de Kyoto. Donc, officiellement, l'Assemblée nationale déplore le retrait du Canada de Kyoto et demande à ce que le gouvernement du Québec informe les 192 pays qui sont membres de Kyoto, qui ont signé Kyoto ainsi que l'Union européenne, qui est elle-même signataire, de cette décision de l'Assemblée nationale.
En d'autres termes, que notre dissidence soit connue par un acte formel, parce que le ministre nous dit que M. Charest a rencontré à Davos, par exemple, Mme Figueres qui est la responsable aux Nations unies des changements climatiques. Il lui a dit que le Québec n'était pas nécessairement d'accord avec le Canada. Mais là on officialise et on formalise cette décision, donc, de l'Assemblée nationale, et je vais rencontrer le président de l'Assemblée nationale pour savoir comment on va procéder, comment on va informer - j'imagine que par une lettre, là, c'est ça qui serait préférable - et l'Union européenne, et les Nations unies, et les 192, donc, pays signataires.
Alors, pour moi, c'est un moment important d'unanimité à l'Assemblée nationale concernant donc ce retrait du Canada du Protocole de Kyoto. Et je laisse rapidement la parole à Jean-Martin.

M. Aussant: Oui. En fait, quand on parle d'environnement, on a souvent l'aspect moral qui est là, l'aspect de santé aussi des populations. Mais il y a un aspect qu'on oublie souvent, c'est l'aspect économique. Un Québec souverain ferait des centaines de millions, voire des milliards avec les bourses du carbone qui vont bientôt être la norme dans le monde partout, alors qu'en ce moment, comme simple province du Canada qui est un État voyou sur le plan environnemental, on va payer notre quote-part de la pollution canadienne.
Donc, la différence économique d'un Québec souverain à un Québec province partie du Canada est immense, et il ne faut pas oublier cet aspect-là non plus.

Mme Beaudoin (Rosemont): Amir.

M. Khadir: Pour renchérir à ce que dit Jean-Martin, un Québec souverain aussi serait plus cohérent parce que c'est bien beau d'avoir des engagements, et les engagements du Québec sont réels et sincères, mais il faut aller plus loin. Actuellement, la Caisse de dépôt a investi 4 milliards de dollars dans des compagnies comme Enbridge, Suncor, des compagnies qui sont actives dans les sables bitumineux, depuis 2009, décision de M. Sabia.
Alors, j'ai invité le ministre en Chambre tout à l'heure à, disons, presser son collègue M. Bachand de voir à ce que la Caisse de dépôt agisse avec plus de cohérence avec les objectifs du Québec.

M. Curzi: Finalement, moi, je veux intervenir pour dire que, dans le cas de Kyoto, Mme Lapointe et moi, nous sommes très heureux de jouer les plantes vertes.

Des voix: Ha, ha, ha!

Mme Beaudoin (Rosemont): Enfin, de la cohérence. Alors, voilà, c'était... Est-ce qu'il y a des questions?

M. Dutrisac (Robert): Bien, simplement sur la question de la lettre par l'Assemblée nationale. Bon, vous pensez que ça va être envoyé quand, ça, en fait?

Mme Beaudoin (Rosemont): Bien, comptez sur moi que je vais... Tantôt, c'était le vice-président donc qui siégeait, François Ouimet, et je me suis levée pour dire: Bien, il faut en aviser rapidement donc de cette décision de se dissocier du Canada, qui est quand même extrêmement importante, formellement, l'Union européenne, j'ai nommé la convention... le Secrétariat des Nations unies, là, aux changements climatiques et puis la Chambre des communes. Parce qu'il faudrait que le Canada aussi soit au courant que nous nous dissocions à l'unanimité, nous, de l'Assemblée nationale.
Pour les 192 pays, ce qui est inclus dans la motion, je vais rencontrer le président pour lui demander comment et quand on va procéder. Mais, enfin, pour les entités que je vous ai nommées, là, ça va se faire automatiquement.

M. Séguin (Rhéal): À la lumière de ce qu'on sait maintenant avec l'implication de la Caisse de dépôt dans les sables bitumineux, est-ce que, selon vous, ça explique en partie le silence du gouvernement Charest par rapport à toutes ces questions-là sur le retrait du Canada de l'entente de Kyoto?

Mme Beaudoin (Rosemont): Bon. Écoutez, ce qui est intéressant, c'est que j'avais trouvé, et c'est pour ça, l'idée de la motion m'est venue du fait que j'avais entendu un vague murmure de la part du ministre du Développement durable, donc de Pierre Arcand, concernant ce retrait du Canada de Kyoto au mois de décembre, hein, ça s'est produit au mois de décembre. Daniel Turp et moi, on a réagi au quart de tour puis on a dit: Non, il faut dénoncer ça immédiatement. Bon. J'avais demandé à l'époque même que l'Assemblée nationale se réunisse d'urgence sur la question tellement ça nous semblait important. Et, à ce moment-là, le ministre a fait une très courte déclaration que j'ai retrouvée, là, en quelque part dans nos archives, où il disait: Oui, c'est vrai, ce n'est pas bien, etc. mais dans un... quelque chose qui a été inaudible complètement. Alors, c'est pour ça qu'aujourd'hui, moi, j'étais particulièrement heureuse. Il a pris la parole et puis il a quand même adopté cette motion-là avec nous, oui.

M. Dutrisac (Robert): Maintenant, il n'en demeure pas moins que la Caisse de dépôt a des intérêts très importants dans les sables bitumineux, et ça, ça ne risque pas de changer là. Il n'y a pas eu d'engagement...

M. Khadir: C'est ça qui est un peu malheureux. Je ne sais pas comment interpréter, on ne sait pas comment interpréter, je dirais, la véritable intention du gouvernement du Québec. Moi, je table sur la bonne foi du ministre Arcand qui se dit très engagé, très soucieux de respecter le Protocole de Kyoto. Là, ce qu'on s'attend, c'est qu'on joigne l'action à la parole. Et l'action, dans ce cas-ci, c'est qu'on ne peut pas, d'un côté, dire qu'on est en faveur du respect du Protocole de Kyoto sachant très bien que, si le Canada s'est retiré, c'est... tout le monde comprend, c'est à cause des sables bitumineux, c'est à cause des intérêts immenses des Albertains et de M. Harper, qui est attaché à l'Alberta, dans les sables bitumineux. On le voit sur tous les plans.
Donc, si le Québec veut être cohérent, il faut qu'il mène une bataille contre les sables bitumineux, il faut qu'il se joigne au Parlement européen qui veut émettre des directives pour que les sables bitumineux soient considérés parmi les sables qui génèrent le plus de gaz à effet de serre. C'est une directive sur laquelle les Européens tablent depuis des mois et des mois, et le Canada mène une bataille.
Donc, une manière de les épauler, c'est la Caisse de dépôt de se retirer. 4 milliards de dollars, c'est la plus grosse portion de l'investissement de la Caisse de dépôt en actions, hein, c'est la plus grosse part, là. Il y a, je ne sais pas, pour 10 milliards ou 40 milliards d'actions, mais c'est la plus grosse... Non. 40 milliards, c'est ça, 10 %, 10 % du portefeuille en actions de la Caisse de dépôt. Il y a comme une incohérence là. Peut-être que ça a échappé au ministre des Finances, peut-être que ça a échappé au gouvernement du Québec. Là, on lui rappelle...

M. Plouffe (Robert): ...vos principes ont un prix, c'est ce que je comprends, là, retirer 4 milliards pour le replacer. Il faut... Tu sais, on fait un trou dans le bas de laine ou on...

Mme Beaudoin (Rosemont): Bien, non, bien...

M. Khadir: Il y a plein d'autres choses.

Mme Beaudoin (Rosemont): Oui. Il n'y a pas besoin de...

M. Curzi: Ça pose la question du fonds éthique. Est-ce que la Caisse de dépôt et placement devrait respecter l'éthique dans les investissements? C'est une question, moi, que je trouve lourde. Je...

Mme Beaudoin (Rosemont): Mais extrêmement importante. En effet, qu'il faut se poser, et je me souviens très bien qu'il y a eu un mouvement, à un moment donné, là, où... qui demandait effectivement à ce que la Caisse de dépôt adhère à un certain nombre de principes éthiques et de responsabilités donc environnementales et sociales dans ses investissements. La Caisse de dépôt n'a pas adhéré à ça. Personne demanderait, M. Plouffe, à ce que demain matin, à perte ou je ne sais comment, mais il y a une façon de se désengager, puis il y a une façon de se réengager sur, disons, le moyen terme, sinon sur le court terme. Mais je pense que c'est un principe. En effet, il faut au moins que le gouvernement du Québec reconnaisse aujourd'hui que la main gauche souvent ignore ce que fait la main droite.

M. Plouffe (Robert): Est-ce que je pourrais aborder un autre sujet, si vous me permettez?

Mme Beaudoin (Rosemont): Oui.

M. Plouffe (Robert): Même pour les plantes bitumineuses derrière, j'aimerais ça savoir...

Des voix: Ha, ha, ha!

M. Plouffe (Robert): ...j'aimerais savoir, Mme Marois a utilisé les mots «honteux», «dégoûtant», bon, concernant cette fête organisée à Ottawa sur le registre des armes à feu.

Mme Beaudoin (Rosemont): J'ai appris ça en écoutant Mme Marois ce matin. C'est vrai ça?

M. Plouffe (Robert): Les conservateurs s'apprêtent à souligner donc fêter la mort du registre.

M. Curzi: Ils veulent fêter leur vote, leur victoire.

M. Plouffe (Robert): Leur victoire. Voilà.

M. Aussant: Ça a très peu de classe, en tout cas, si on peut dire.

M. Plouffe (Robert): Bien, peut-être vous entendre, je ne sais pas si....

Mme Beaudoin (Rosemont): Oui. Bien, en tout cas... Oui, spontanément, là, quand j'ai entendu Mme Marois dire ça, j'en croyais à peine mes oreilles. Ils pourraient faire ça discrètement, c'est la moindre des choses. Là, franchement, c'est gênant en effet, parce qu'ici, au Québec, il y a eu justement une unanimité par rapport à ce registre et à son abolition, et le ministre a répété, là, je pense qu'ils veulent prendre toutes sortes de mesures et puis, bon, faire en sorte que le registre qui a été créé ne disparaisse pas comme ça du jour au lendemain. Et, oui, moi, par conséquent, oui, je trouve ça scandaleux. Scandaleux.
Et quand on voit la semaine, la grosse semaine qu'ont eue les conservateurs la semaine dernière, parce que, là, ils ont cautionné la torture, ils sont revenus sur l'avortement, ils voulaient donner à un certain nombre de prisonniers des cordes pour se pendre, j'ai trouvé que c'était une grosse semaine, là, tu sais, grosse semaine, parce qu'en quelque part, là, notre cour est pleine, là. Voilà.

M. Dougherty (Kevin): Donc, vous êtes d'accord avec Justin Trudeau.

Le Modérateur: Est-ce qu'il y en a d'autres qui veulent s'exprimer sur... Lisette.

Mme Lapointe: Bien, tu sais, c'est quand même assez méprisant, je pense, pour les victimes, là. Il y a des victimes un peu partout, là, à travers le Québec, le Canada. Moi, je considère ça insultant, vraiment, vraiment choquant. Là, ils vont... ils dépassent les bornes, hein? Mme Beaudoin a parlé, là, de toutes ces décisions-là, et, effectivement, sur la question du registre des armes à feu, il faut avoir côtoyé les personnes qui ont été... le groupe, là, des survivants de Polytechnique et tous ces gens-là pour comprendre que ce n'est pas oublié, ça, au Québec, là. Dawson, Polytechnique, on n'a pas oublié ça.
On a réussi à obtenir du ministre, juste avant les fêtes, qu'il poursuive... qu'il poursuive, qu'il fasse... qu'il intente des poursuites pour s'assurer qu'on conserve les données. Puis ça, ça a été difficile à obtenir. On l'a fait, là... On a travaillé très fort avec des groupes. Et là, bien, on vient nous dire: Bien, regardez, bravo, nous autres, on a gagné et puis on va s'apprêter à détruire les données en plus. Non, là, je pense que ça dépasse les bornes. Puis si Justin Trudeau trouve que le gouvernement Harper dépasse les bornes, il doit y avoir bien des Québécois qui le pensent aussi.

M. Caron (Régys): Est-ce que ça ne contribue pas à la cause souverainiste?

M. Aussant: C'est une illustration de plus, à mon avis. Mais je voudrais aussi dire là-dessus, c'est vraiment... Ils vont célébrer la victoire de leur idéologie, encore, les conservateurs, une idéologie qui, encore une fois, n'est basée sur aucun fait, aucune science. Et, moi, j'ai la seule école nationale de police dans mon comté, je suis bien placé pour savoir ce que les policiers en pensent, en tout cas, ceux à qui j'en ai parlé. Ils veulent à tout prix garder ce registre-là parce qu'ils le consultent des milliers de fois par semaine, dans leurs interventions. Donc, c'est basé sur une idéologie qui renie toute pratique, en fait. Donc, c'est le conservatisme à son plus pur... à sa plus pure crasse, je dirais.

M. Khadir: Mais la cause souverainiste et l'indépendance du Québec n'ont pas besoin des conservateurs à Ottawa. Les raisons pour lesquelles des gens comme nous souhaitent l'indépendance du Québec, ce n'est pas par acrimonie contre personne. C'est sûr que ces éléments-là viennent faire en sorte que même Justin Trudeau ne s'y retrouve plus. Mais, pour nous, les raisons pour faire l'indépendance du Québec sont très positives, c'est pour la nation du Québec qu'on fait ça.

M. Curzi: Ça consacre la différence qu'il y a, je pense, entre les valeurs qui sont incarnées actuellement par le Parti conservateur et les valeurs assez fondamentales au Québec et, je dirais, hors toute partisanerie, des valeurs qui nous forment comme société. Et c'est ça, qui est attaqué. Et ça, c'est au-delà d'un choix constitutionnel. C'est majeur.

Des voix: Merci.

(Fin à 12 h 21)