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Point de presse de Mme Manon Massé, députée de Sainte-Marie–Saint-Jacques, et M. Amir Khadir, député de Mercier

Version finale

Monday, February 6, 2017, 14 h 30

Hall principal de l'hôtel du Parlement, hôtel du Parlement

(Quinze heures trente-deux minutes)

Mme Massé : Alors, bonjour, tout le monde, merci d'être là. Alors, vous noterez un certain changement dans la composition de notre caucus. Effectivement, c'est ma première rentrée parlementaire en l'absence de Françoise David. C'est sûr que c'est une absence qui nous marque, qui marque une certaine tristesse, mais sachez que nous saurons être à la hauteur de la situation. Nous allons redoubler d'ardeur, si cela est possible, pour nous assurer de prendre les bouchées doubles et d'atteindre nos objectifs, dont on va vous parler plus tard, et tout ça, bien sûr, en attendant la nouvelle personne qui agira à titre de député solidaire, on l'espère, dans Gouin.

Il me fait donc plaisir aujourd'hui, en tant que porte-parole par intérim parlementaire, de partager avec vous la vision de Québec solidaire concernant la nouvelle saison politique qui débutera demain. Comme toujours, notre leitmotiv cette session-ci sera l'amélioration de la qualité et des conditions de vie de l'ensemble des Québécois et Québécoises et de s'assurer que ce soit une amélioration pour les individus, les gens qui travaillent fort, les gens qui souhaitent que leur qualité de vie soit améliorée, mais aussi notre amélioration de qualité de vie collective. Et vous comprendrez qu'avec les événements que nous avons vécus dans les derniers jours, dans la dernière semaine, quand on parle d'améliorer la qualité de vie collective, on pense à l'ensemble des Québécois et Québécoises et aussi des Québécois et Québécoises de confession musulmane.

C'est d'une évidence pour Québec solidaire qu'il y a une urgence d'agir, que, sur le front de l'exclusion, des intolérances, des inégalités, il y a des réponses à offrir comme société, mais aussi et surtout des réponses à offrir comme parlementaires. Il y a une urgence d'agir pour que la haine qui habite une infime partie de la population québécoise soit contenue. C'est ça qu'il faut faire, c'est ça qu'il faut travailler ensemble parce que — et nous l'avons vu dernièrement — nous savons qu'une grande majorité des Québécois et Québécoises, tout comme nous, à Québec solidaire, souhaitons que ce vivre-ensemble-là se fasse dans une plus grande harmonie et se fasse pour que l'ensemble y trouve sa place et se sente reconnu comme citoyens et citoyennes à part entière. Pour cela, il faut passer des bons sentiments que nous avons eus, vus, entendus durant les derniers jours, la dernière semaine, et il faut que nous, la classe politique, posions des gestes concrets, réalistes, rapides pour que cette haine, cette peur régressent dans les prochaines semaines, les prochains mois, les prochaines années pour qu'on puisse vivre ensemble sans se méfier les uns des autres, pour qu'on puisse construire un Québec plus fort grâce à la contribution de tout le monde. Chacun, chacune peut contribuer au Québec auquel nous aspirons pour qu'on comprenne que la différence, et j'en sais quelque chose, n'est pas une menace pour le peuple québécois. Au contraire, c'est ce qui nous enrichit, c'est une force.

M. Fontecilla (Andrés) : Merci, Manon. Très fier également d'être à côté de toi pour ta première conférence de presse en tant que porte-parole. Pour faire suite à ce que Manon disait, là, il faut qu'on apprenne mutuellement à mieux se connaître. Il faut qu'au-delà des différences on trouve, on reconnaisse ce qui nous rassemble, ce qui fait de nous des Québécois, des Québécoises fiers et fières de partager ce territoire. En ce sens-là, nous sommes très, très encouragés, nous sommes fiers même de la réponse partout au Québec, dans plusieurs villes de taille moyenne, plus petites, même, des Québécois et des Québécoises à ce qui s'est passé la semaine dernière. Ça nous donne l'espoir que, oui, on peut vivre ensemble et qu'on peut surtout faire reculer la haine.

La classe politique, dans ce sens, aura un rôle central à jouer pour régler les tensions — en tout cas, les diminuer grandement — que l'on vit en ce moment et qui sont à la source, je pense, de ce qui s'est passé. On ne peut plus utiliser les différences pour monter un groupe contre un autre sur la base d'une croyance ou d'une origine différente. Bien sûr qu'on peut discuter de toutes les croyances, de toutes les questions politiques, y compris l'immigration, les fameux seuils d'immigration, y compris la place de la religion dans la société, y compris de la laïcité de l'État. On doit discuter et aborder ces sujets-là, mais on doit le faire de façon responsable et en refusant la démagogie. Concrètement, on doit cesser d'instrumentaliser ces questions-là pour recueillir des votes. C'est donc une très mauvaise idée de penser à faire des gains partisans ou électoraux sur ces dossiers sensibles.

Bien sûr, on peut toujours nous accuser à notre tour de vouloir instrumentaliser ce débat. Je vous dirais deux choses. Québec solidaire, depuis ses débuts, a toujours été cohérent sur ces questions, sur les questions de l'immigration, du vivre-ensemble et de l'apport positif de l'immigration à notre vie collective. Si l'on défend l'inclusion, c'est d'abord et avant tout une question de principe pour Québec solidaire. Ça ne nous rend pas nécessairement plus populaires, ça n'a pas fait monter les sondages en notre faveur. S'il y avait des gains électoraux, nous les aurions déjà faits. Dès l'automne dernier, de plus, bien avant l'attentat, nous avions décidé de faire de la question de l'inclusion l'une de nos trois priorités avec les questions des conditions de travail, les 15 $ comme salaire minimum et la transition écologique. Mais malheureusement nous avons eu très souvent l'impression de prêcher dans le désert lorsque nous parlions d'inclusion.

Pour ne donner qu'un exemple, lorsqu'Amir a fait une conférence de presse avec les représentants de Québec inclusif, avec Émilie Nicolas, Will Prosper, pour demander la mise sur pied d'une commission parlementaire sur le racisme systémique, peu de médias ont couvert cette conférence de presse. Et les parlementaires des autres partis n'ont pas été plus prompts à appuyer cette revendication légitime et à se joindre concrètement à la lutte contre le racisme et l'islamophobie.

Nous espérons que, maintenant, ce sera différent et que la classe politique va finalement entendre la nécessité de mettre sur pied une commission parlementaire sur le racisme systémique. Ce sera un premier pas important pour dresser un portrait de la situation, comme on dit au Québec, pour mettre le doigt sur le bobo. Nous revenons donc à la charge avec cette invitation, cette main tendue des communautés racisées et nous nous adressons tout particulièrement au premier ministre du Québec, qui veut faire des gestes dit-il. En voilà un, geste très concret pour entamer ce dialogue.

Pour régler un problème, il faut d'abord et avant tout, reconnaître son existence. Il faut savoir nommer un chat, un chat. En fait, c'est la seule façon d'instrumentaliser de façon positive ces événements dramatiques. Cela doit nous convaincre qu'il est nécessaire de faire le débat à partir de maintenant sur l'islamophobie et le racisme. On peut collectivement s'appuyer sur cet attentat terroriste pour construire un Québec meilleur, un Québec plus ouvert, plus uni, un Québec moins divisé, moins polarisé afin de diminuer la possibilité des attentats terroristes. Ces événements et la prise de conscience qui en a suivi chez une partie de la population et, je dirais, une grande partie de la population doivent nous donner l'envie de vivre ensemble, de nous connaître, d'apprendre à travailler ensemble pour construire l'avenir qui nous appartient à toutes et à tous. Merci.

M. Khadir : C'est une intervention solennelle que vous avez entendue de la part de mon collègue Andrés et ma collègue Manon, mais il faut quand même qu'on aborde d'autres sujets parce que nous avons d'autres priorités à nous occuper qui concernent la vie des Québécois et des Québécoises. Il y a des dossiers importants, de nombreux, j'en nomme seulement quelques-uns. L'économie et les conditions de vie et de travail, comme Manon l'a mentionné, sont au coeur de nos priorités, nous en avons parlé, le 15 $ de l'heure; bonification du régime des retraites aussi, il y a un débat qui s'en vient là-dessus.

En environnement, nous allons nous occuper du projet de loi n° 102, la loi qui vise à réformer le processus d'autorisation environnementale. On a besoin de parler de transition énergétique. L'exploitation et le transport des hydrocarbures occupent, comme vous le savez, beaucoup, beaucoup de Québécois, les préoccupent.

Et nous allons aussi être présents dans le dossier du REM pour lequel — le réseau électrique métropolitain — nous demandons une commission parlementaire pour réexaminer le projet de fond en comble, un projet que le BAPE, je vous le rappelle, a rejeté.

En santé, vous savez que ça brasse beaucoup dans le réseau, il y a une désorganisation en raison, je dirais, des réformes matamores de M. Barrette. Cette désorganisation du réseau sert bien les intérêts de ceux qui veulent le privatiser, nous allons le démontrer, nous allons le dénoncer, parce que l'accès gratuit aux soins de santé, le développement d'un réseau public de qualité, accessible en temps utile, 24 heures sur 24, est au coeur des revendications de Québec solidaire depuis au moins deux élections. En plus, nous avons à revoir la rémunération des médecins. Je pense qu'il y a plusieurs indicateurs. D'abord, l'insatisfaction de la population vis-à-vis des augmentations qui n'ont pas de bon sens, les excès qui ont eu cours, toute la question de leur incorporation, qui permet d'autres types d'échappatoires fiscaux font en sorte qu'il faut revoir tout le dossier de la rémunération des médecins. Pourquoi? Bien, parce qu'on a besoin de mieux gérer les fonds publics, parce qu'on a besoin d'un réinvestissement massif dans le secteur de l'éducation. Donc, au prochain budget, nous allons beaucoup insister sur cette dimension-là.

Alors, nous aurons l'occasion de revenir sur ces dossiers. Il nous apparaissait nécessaire de lancer la session en invitant les parlementaires et la population en général à saisir l'opportunité qui se présente à nous pour tisser les meilleurs liens, oui, entre les Québécois et les Québécoises, mais aussi à saisir que ces orientations, les grandes orientations économiques et sociales qui déterminent les conditions qui soit favorisent ce genre de problèmes aigus, ce genre de dérapage... Et, dans le dérapage, il n'y a pas juste le drame, le meurtre de six de nos concitoyens, mais également le dérapage qui consiste dans le fait que des formations politiques, des courants politiques utilisent le ressentiment et la haine comme véhicules de leurs agendas politiques et économiques. Merci de votre attention.

Le Modérateur : Nous allons donc passer à la période des questions. Veuillez utiliser le microphone, s'il vous plaît, et, pour les fins de la télédiffusion, vous présenter en posant votre question. On peut d'abord commencer avec une question et une sous-question par journaliste. On a jusqu'à 15 heures. Au besoin, vous pourrez revenir au micro.

M. Gagnon (Marc-André) : Bonjour. Marc-André Gagnon, du Journal de Québec. Sur Martine Ouellet, donc, si j'ai bien compris, vous n'avez aucun problème avec le fait que Mme Ouellet siège à l'Assemblée nationale et fasse la course à la chefferie du Bloc québécois. Mais, à partir du moment où, advenant qu'elle gagne, là, donc, cette course, là, elle ne pourrait pas... elle devrait choisir, au fond.

Mme Massé : Oui. Bien, effectivement, pour nous, cette double fonction à deux paliers de gouvernement différents est problématique. Je sais qu'il y a des juridictions, par exemple en France, où le double emploi fait partie des moeurs. Mais ici, au Québec, avec le travail que ça veut dire d'être un député indépendant, je peux vous garantir que ça demande un temps plein.

M. Gagnon (Marc-André) : Oui. M. Lisée, en point de presse tout à l'heure, vous a ciblé, M. Khadir, lorsqu'il a été questionné sur l'éventuelle double rémunération. Donc, il a souligné le fait que vous recevez un salaire en tant que docteur, donc, du ministère de la Santé en même temps que vous recevez un salaire de l'Assemblée nationale. Vous pensez quoi de cette observation-là de M. Lisée?

M. Khadir : Non, non, ce n'est pas un salaire. Vous savez, c'est la rémunération à l'acte qui a cours, donc, pour le service que je rends. Mettons, si, une fin de semaine, je vois des patients, je suis rémunéré. Je rappelle à M. Lisée que je ne travaille qu'une demi-journée aux deux semaines, donc ça fait une journée par mois. Sur une année, ça fait 10, 12 jours, plus trois semaines de garde, à peu près, par année durant mes vacances d'été. Donc, ce n'est pas exactement le même emploi du temps que d'assumer une double fonction de chef d'un parti et de député à l'Assemblée nationale.

Mais je crois Mme Ouellet, ma collègue Martine, tout à fait transparente et capable de reconnaître les exigences des responsabilités qu'elle aura devant elle. Attendons de voir ce qui va arriver le 22 avril, et je crois qu'en toute transparence elle va faire le choix approprié qui ne mettra pas du tout en question le fait qu'elle doit consacrer tout son temps, ses meilleures énergies au rôle de députée qu'elle doit jouer à l'Assemblée nationale. Et, en pratique, moi, je l'ai dit hier aussi dans une entrevue que j'ai donnée, ça m'apparaît vraiment irréconciliable, puisque ce que je connais, comme indépendantiste, des nécessités qui sont devant le Bloc québécois, c'est toute une tâche. C'est une tâche titanesque de relancer le Bloc québécois tel que tous les gens au Bloc québécois espèrent.

M. Gagnon (Marc-André) : Mais de la part de M. Lisée, là, lui, qui veut assurer la convergence des forces souverainistes, vous ne trouvez pas que c'est un coup bas de vous cibler comme ça sur le fait que vous avez une rémunération comme docteur?

M. Khadir : Non, non, non. Bien, moi, je ne veux pas aller là, je ne veux pas prêter des intentions. Je pense que, là, il y a une réflexion, il y a une question qui lui est demandée. C'est sûr qu'il peut s'interroger sur la nature de mes occupations très, très partielles, mais je crois qu'une fois ces explications reçues, il est clair pour tout le monde que ce n'est pas du tout la même chose. Il y a vraiment, dans le fait d'assumer les fonctions d'un député indépendant et de chef d'un parti à l'échelle de l'ensemble du Québec, le Bloc québécois, une réelle difficulté de réconciliation de ces deux, qui sont deux tâches à temps plein et deux tâches titanesques. En fait, la tâche de relancer le Bloc québécois me paraît, en soi, un énorme défi.

M. Gagnon (Marc-André) : Je reviendrai sur d'autres sujets. Merci.

M. Dion (Mathieu) : Mathieu Dion, Radio-Canada. Ce matin, vous avez discuté entre collègues. C'est sûr que vous ne voulez toujours revenir sur ce qu'il se dit dans un caucus, mais est-ce qu'il a été question de la notion de convergence avec le Parti québécois et est-ce qu'il y a des développements à cet égard?

M. Fontecilla (Andrés) : Pas particulièrement. Nous en discutons, oui, évidemment, mais pas aujourd'hui. Aujourd'hui, on est dans le cadre des travaux parlementaires. Demain, la session commence, donc nous avons surtout abordé les thèmes que nous allons mettre de l'avant, les stratégies qui nous permettront de mieux passer notre message, etc., donc pas particulièrement sur la convergence en tant que telle.

M. Dion (Mathieu) : Alors, quand on voit des propos comme M. Lisée a tenu aujourd'hui, est-ce que vous dites : Ça ne fonctionnera jamais ou...

M. Fontecilla (Andrés) : Quels propos...

M. Dion (Mathieu) : Est-ce que c'est de bonne guerre, par exemple, ce qu'il a dit sur M. Khadir?

M. Khadir : Non, non, mais vraiment, là, je pense qu'on a déjà assez de raisons pour distinguer ce qui différencie le Bloc... je veux dire, le Parti québécois et Québec solidaire sur le fond des choses. Par exemple, notre orientation écologique, le fait qu'on met en question toutes les politiques néolibérales d'austérité que le Parti québécois a pratiquées. Malheureusement, certaines utilisations et instrumentalisations des questions identitaires en cours de... Il y a suffisamment de débats entre nous sur le fond pour ne pas en rajouter une autre couche, et je pense vraiment que le but de M. Lisée n'était pas celui-là. Je pense que M. Lisée, et c'est très légitime de sa part et très humain, tente d'offrir une opportunité de réflexion pour que Mme Martine Ouellet puisse, le plus, je dirais, librement possible, faire des choix conséquents.

Mais, si vous demandez maintenant notre opinion sur ce choix, ça nous paraît irréconciliable, être chef du Bloc québécois et député à temps plein à l'Assemblée nationale.

M. Bergeron (Patrice) : Bonjour. Patrice Bergeron, La Presse canadienne. M. Khadir, vous avez dit, donc, qu'il y a des formations politiques qui utilisent le ressentiment et la haine pour faire avancer leur cause. Lesquelles ici?

M. Khadir : Excusez-moi?

M. Bergeron (Patrice) : Vous avez dit qu'il y a des formations politiques qui utilisent le ressentiment et la haine pour faire avancer leur cause. Lesquelles ici, au Québec?

M. Khadir : Bien, vous savez, le Québec n'est pas exempt des problèmes que vivent les autres sociétés. Il y a des cas très extrêmes comme les États-Unis, où certains médias, certains secteurs des classes dominantes, et un dénommé Donald Trump, et tout un appareil alentour de lui, s'alimentent carrément de ça, ce qui fait de ces sociétés, qui sont traversées par vraiment d'énormes défis actuellement du vivre-ensemble...

Mais, au Québec, on a eu ces pratiques-là, puis je pense que, là, il faut reconnaître les responsabilités, c'est plus utile que d'essayer d'identifier uniquement des responsables, et — tout le monde l'a nommée — utiliser la peur qu'on peut avoir et qui peut être légitime de ce qui nous arrive à l'échelle planétaire, hein? Il y a des courants extrémistes islamistes, il y a aussi maintenant, et de plus en plus de Québécois l'apprennent à la dure, des courants extrémistes et terroristes de droite xénophobes et racistes. Ces choses-là, en société, les attentats auxquels on fait face, les guerres qu'on fait au nom de l'Occident, de la chrétienté, que sais-je, de l'OTAN ou des intérêts de la démocratie, tout ça, ça interpelle les gens, ça les plonge dans des questionnements, et c'est normal qu'il y ait des peurs. Et il y a des gens qui, au lieu d'offrir une vision qui soit complète, essaient de casser du sucre sur le dos de la dame avec le tchador qui peut se promener dans la rue ou la jeune Québécoise qui porte un foulard et qui travaille dans un CPE, ou on essaie d'amalgamer des choses, ou même faire introduire dans le débat public des choses qui n'existent pas au Québec. Par exemple, un kalachnikov en dessous d'une burqa, bien, au Québec, il ne s'en trouve pas. S'il y a quelque chose, malheureusement, les armes d'assaut, on les a trouvées entre les mains de quelqu'un d'autre.

Et donc ce que nous disons, c'est que ne nous laissons plus jamais tenter. Et je suis sûr que ceux qui se sont laissé tenter, la plupart reconnaissent qu'il y a eu une grave erreur de jugement et sont... Donc, reconnaissons simplement les responsabilités. Puis nous, on n'a pas besoin de pointer personne pour les blâmer individuellement. Si, collectivement, ces partis-là, si ces personnes-là, ces courants politiques cessent dorénavant, comme l'a suggéré Andrés, de faire des questions identitaires des instruments pour gagner démagogiquement des votes, déjà on sera beaucoup avancés.

M. Bergeron (Patrice) : Mais c'est très chargé de sous-entendus, ce que vous dites. Alors, c'est pour ça qu'on vous demande : Bien, nommez-les, ces partis-là au Québec, d'abord, là. Vous parlez, en plus, de la burqa sous la kalachnikov.

M. Khadir : Non, non, mais tout le monde les connaît.

M. Bergeron (Patrice) : Tout le monde en a entendu parler, M. Khadir, là.

M. Khadir : Alors, je vais le dire plus franchement, d'accord? Mais, si je ne le dis pas plus franchement, c'est parce qu'on a besoin... Si on veut dépasser ça, si on veut laisser une chance à tous les acteurs de faire amende honorable... Ce qui est souhaitable, c'est de dépasser le «name»... Comment on appelle ça? Le «name»... Quoi? Le «naming» et le «blaming», comme disent les Anglais, hein, de blâmer et de nommer, ça peut être très utile électoralement, mais, pour l'exercice collectif, d'emmener nos adversaires... On a des adversaires politiques qui sont allés sur ces terrains-là. Mais de les emmener, compte tenu des circonstances exceptionnelles, à une prise de conscience puis un ressaisissement, moi, j'aborde ça. Mais on sait très bien que ça a commencé... rappelez-vous, 2003, 2004, l'ADQ, et là, je risque... là, je le nomme parce qu'il est en dehors de la sphère politique, pour dire qu'on n'a pas peur de les nommer, on le fera en temps utile. Mais maintenant on veut identifier la responsabilité et non pas les responsables pour qu'on puisse collectivement avancer et non pas tomber dans un jeu médiatiquement très intéressant, où moi, j'attaquerais Jean-François Lisée, qui attaquerait Bernard Drainville, qui lui attaquerait Mario Dumont, qui lui attaquerait François Legault, puis, ensemble, on attaquerait tous Philippe Couillard.

Mais, s'il y a une chose, c'est sûr que les politiques d'exclusion, les politiques d'austérité, les politiques d'invasion de territoires alimentées souvent par les élites économiques ici, hein, les guerres de conquête qu'il y a eu au cours des 15 dernières années, qui ont mis le Moyen-Orient à feu et à sang, c'est là l'origine des graves problèmes qui nous entraînent dans ces dérapages-là. Moi, j'aimerais mieux qu'on concentre nos efforts à parler de ça.

M. Bergeron (Patrice) : Mais, puisque vous parlez de racisme systémique, là, vous avez dit qu'il y a une minorité de Québécois qui, au fond, ont sombré dans le racisme et la xénophobie. Donc, la majorité des Québécois, dans le fond, n'est pas coupable de rien, là, de quoi que ce soit actuellement. Alors, pourquoi vous voulez les culpabiliser lors d'une commission parlementaire sur le racisme systémique?

Mme Massé : Oui, bien, je dirais, deux raisons en partant. Première raison, c'est que les gens qui vivent la situation, donc les gens qui sont racisés, les gens qui sont d'origines diverses, les gens qui sont peut-être depuis trois générations au Québec, mais qui ont la peau noire, les gens qui sont de confession musulmane ou un nom à consonance arabe, ces gens-là, quand on les questionne, qu'est-ce qu'ils nous disent? Ils nous disent : Regardez du côté de vos services de police, regardez du côté de votre système judiciaire, regardez du côté du chômage, nous sommes affectés de façon particulière. C'est ça, le racisme systémique. Ce n'est pas que les gens sont racistes systématiquement, hein? C'est que le système tel qu'il est organisé fait en sorte, par exemple, si on regarde... aussi simple que la question de... au niveau des cimetières pour les gens de confession musulmane, bien, on le sait que ça a été une lutte de plusieurs années et qu'on a dû, malheureusement, avoir les attentats de la semaine dernière pour qu'on dise : Oui, O.K., c'est correct, on va trouver un espace pour qu'ils puissent enterrer leurs morts.

Alors, moi, j'aimerais bien qu'on fasse bien cette nuance-là. Il n'est pas question ici que chaque Québécois et Québécoise ou une majorité de Québécois et Québécoises sont racistes. Ce qu'on vous dit, c'est : Quand, dans la fonction publique, par exemple, il n'y a pas plus de personnes, malgré les programmes d'accès à l'emploi pour les personnes racisées, qu'ils ne sont pas plus représentés dans l'appareil de la fonction publique, au niveau des corps policiers, au niveau du système judiciaire, au niveau de l'Assemblée nationale, il y a du racisme systémique.

Alors, nous, ce qu'on vous dit, c'est que ces gens-là nous ont interpellés — et, pour nous, ça tombe sous le sens — pour dire : Il faut qu'on comprenne réellement c'est quoi pour justement arrêter les amalgames entre «le racisme systémique» et «tout le monde est raciste». Il y a une grande différence entre les deux.

M. Khadir : Et, pour illustrer la nuance, si Manon me le permet, un exemple qui va vous parler. M. Philippe Couillard, personne ne peut prétendre aujourd'hui que M. Philippe Couillard est raciste, d'accord, mais le bureau du premier ministre, depuis des années — puis ça, c'était comme ça aussi dans le temps de M. Charest, qui n'est pas plus raciste — le bureau des premiers ministres font de 400 à 500 nominations dans différentes sphères d'activité de l'État, organismes parapublics, ministères, 500 nominations par année. On a fait un décompte rapide, on peut se tromper sur 1 %, peut-être, ou 2 %, mais ce que nous avons pu identifier, il y a eu moins de 2 % de nominations de personnes qui sont issues des minorités. On ne parle pas d'immigrants, là, des minorités visibles, nommables, qu'on peut vérifier. Donc, même si le responsable ne fait pas de discrimination raciale, le résultat de l'administration, de la manière dont c'est conçu, où ça néglige, ça ignore les problèmes de discrimination, ça fait en sorte qu'il y a une exclusion systématique, ce qu'on appelle, donc, racisme systémique.

M. Croteau (Martin) : Bonjour à tous. Martin Croteau, de LaPresse. Mme Massé, vous avez dit la semaine passée que vous croyez Alice Paquet. La croyez-vous toujours?

Mme Massé : Bien sûr, bien sûr. D'ailleurs, c'est important de faire une grande différence entre croire les personnes, les femmes, essentiellement, vous le savez comme moi, qui sont victimes d'abus sexuel, de violence sexuelle ou d'agression sexuelle… On le sait, à travers les chiffres qu'on a devant les yeux depuis des années, que le système policier et judiciaire n'est pas facilitant pour la dénonciation. Et on le sait tellement que la ministre de la Condition féminine, l'automne dernier, a déposé une stratégie pour lutter et contrer les violences sexuelles, stratégie dans laquelle il y a un axe qui porte sur la question. Il faut revoir nos pratiques. Pourquoi? Parce que, prenons, par exemple, la question de consentement, hein? Je pense qu'il y a une évolution dans cette notion de consentement. On ne voit plus le consentement, présentement, de la même façon qu'on le voyait en 1980. Bien sûr qu'il y a une évolution, mais je ne suis pas certaine que le système a évolué de telle façon.

Là, il y a des gens qui ont essayé de me faire dire que je ne croyais donc pas le DPCP. Moi, je n'ai pas dit ça. Moi, ce que j'ai dit, c'est que je croyais Mme Paquet, ce n'est pas du tout la même chose, comme je crois, statistique 2014, les 633 000 personnes, femmes et hommes, qui ont dénoncé, qui ont dit qu'ils ont été victimes d'un abus. Et là-dessus il y a trois personnes sur 1 000 qui auront suivi le processus actuel et qui auront abouti à une condamnation. C'est ça, la réalité.

M. Croteau (Martin) : Mme Paquet dit avoir été violée par le député Gerry Sklavounos. Est-ce que vous pourriez accepter de siéger au côté d'un homme qui, selon Mme Paquet, que vous croyez, aurait violé Mme Paquet?

Mme Massé : M. Sklavounos, à plusieurs égards, je pense — on l'a entendu dans l'épisode avec Mme Paquet, mais plus largement ici aussi, à l'Assemblée nationale — a utilisé, je pense, des comportements qui, de par son privilège d'être un élu, d'être un homme blanc, etc... a voulu prendre le pouvoir sur des femmes, sur leur corp, les inviter. Vous vous souvenez la série d'allégations qui s'est passé l'an dernier. Moi, j'en suis rendue à un point où, pour moi, ce qui m'apparaît clair, quand on additionne l'ensemble des informations, c'est que M. Sklavounos... Vous savez, avec le métier qu'on fait, ce métier-là nous exige d'être au-dessus de la mêlée à plusieurs égards, surtout dans un Parlement qui, depuis maintenant plus 10 mois, répète régulièrement qu'il est d'accord pour mettre fin à la culture du viol, aux agressions sexuelles. On s'est même dotés d'une politique interne ici, dans le Parlement, pour lutter contre le harcèlement. Tout ça, il faut être au-dessus de ça, et je ne suis pas certaine que M. Sklavounos peut être au-dessus de ça, puisqu'il y a multitude d'exemples qui ont été ressortis.

M. Croteau (Martin) : Donc, selon vous, il ne peut pas redevenir député à l'Assemblée nationale?

Mme Massé : Je pense qu'il n'a plus la confiance des femmes. J'imagine que les femmes de sa circonscription et, plus largement, les femmes et les hommes — je ne dis pas que c'est le propre des femmes — sont légitimes de se poser bien des questions, lorsqu'on sait que... qu'on entend dans l'espace public les moeurs de M. Sklavounos.

M. Croteau (Martin) : Quels outils sont à votre disposition pour faire valoir cette position, puisque le caucus libéra envisage maintenant de réintégrer M. Sklavounos? Là, vous, ce dont vous nous parlez, c'est carrément peut-être une expulsion de l'Assemblée nationale. Sur quelle base, de quelle manière et quelle suite comptez-vous donner à ce que vous dites?

Mme Massé : Bien, l'exemple que je vais vous donner, vous vous souvenez de M. Ghomeshi, il y a un an et demi maintenant, à peu près? M. Ghomeshi a été jugé, pas seulement par le DPCP, non coupable. Et pourtant CBC ne l'a pas réintégré. Pourquoi? Essentiellement parce que, malgré le fait qu'il a été reconnu non coupable, c'était de notoriété publique que ses comportements n'avaient pas de sens, et la maison Radio-Canada arrivait à la conclusion que ça allait à l'encontre de ses valeurs.

Moi, depuis que je suis élue au Parlement, il y a eu justement cette séquence avec M. Ghomeshi. Ensuite, il y a eu, ici même, la politique sur le harcèlement sexuel. Ensuite, agressions non dénoncées l'an dernier. J'entends fois après fois, et on a même... j'ai même fait adopter une motion à l'unanimité à l'effet de combattre la culture du viol. Pour moi, c'est un non-sens qu'un député ne serait pas en cohérence avec ça.

Le Modérateur : On va prendre la dernière question de M. Gagnon.

M. Gagnon (Marc-André) : Alors, j'ai été discipliné. Juste revenir sur un autre sujet. Qu'est-ce que vous pensez de la main tendue de Philippe Couillard envers les partis d'opposition pour ce qui est du projet de loi n° 62?

M. Khadir : Alors, il faut dire à M. Couillard : Il faut vraiment pratiquer la main tendue, et la main tendue, ce n'est pas : J'ai agi dans l'inaction la plus totale depuis quelques années, je vous présente un projet de loi qui est en deçà de toutes les attentes, de tout le travail qui a été fait depuis au moins 10 ans, depuis Bouchard-Taylor, qui est le plancher consensuel minimum au Québec, dont le travail a été salué au Québec par tous les commentateurs indépendants et aussi à l'international. C'est le plancher minimum, puis là il nous arrive : Je vous offre en bas de ça, inaction totale. C'est inacceptable.

Là, M. Couillard, là, je m'adresse à lui directement, je lui demande de se ressaisir. S'il faut qu'on travaille en conformité avec toutes les belles paroles que nous avons prononcées depuis une semaine, ce n'est pas le moyen. Nous avons des attentes supérieures de sa part. Tenter de forcer l'opposition à baisser les attentes au niveau de se son projet de loi n° 62 est tout à fait inacceptable. Et, je rappelle, collectivement, nos institutions ont failli à leur tâche depuis 10 ans parce qu'on n'a pas, justement, procédé avec Bouchard-Taylor, tout le monde le reconnaît.

Si on avait appliqué, mis en branle les recommandations de Bouchard-Taylor, on n'en serait peut-être pas là aujourd'hui. Ça n'aurait pas empêché à coup sûr tout dérapage, mais le climat dans lequel on baigne ne serait pas le climat actuel, ça, c'est certain.

Donc, M. Couillard, ressaisissez-vous. Bouchard-Taylor, ce n'est pas Québec solidaire qui le propose, c'est une commission qu'on a payée chèrement, un exercice démocratique lancé par un gouvernement libéral unanimement salué.

M. Gagnon (Marc-André) : Donc, d'amener ce projet de loi là sur une voie rapide, là, sur un «fast track», en anglais...

M. Khadir : Non, non, parce que ça serait renforcer l'inaction, renforcer l'absence, je dirai, d'action dans un domaine où il faut qu'on se penche sur la neutralité religieuse de l'État, les balises en questions d'accommodements raisonnables, la reconnaissance des droits des uns, mais aussi les limites des droits des autres. Ça, Bouchard-Taylor offre un cadre qui, aujourd'hui, est reconnu comme un cadre consensuel qui permettrait des apaisements, qui permettrait surtout un avancement.

Le Modérateur : Merci beaucoup. Bonne journée.

(Fin à 15 h 7)

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