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Point de presse de M. Gabriel Nadeau-Dubois, député de Gouin

Version finale

Le jeudi 12 avril 2018, 9 h

Hall principal de l'hôtel du Parlement, hôtel du Parlement

(Neuf heures neuf minutes)

Le Modérateur : Bonjour, tout le monde. Bienvenue à ce point de presse. Alors, vont s'exprimer, dans l'ordre, Gabriel Nadeau-Dubois, député de Gouin; Bérangère Paradis-Deschênes, Chloé Nadeau-Perrier, Françoise Hasty, de l'Association étudiante sages-femmes du Québec; ainsi que Christiane Nault, de la Coalition pour la pratique sage-femme. Merci.

M. Nadeau-Dubois : Bonjour, tout le monde. Ce matin, je suis entouré d'étudiantes sages-femmes pour vous mettre au courant d'une situation qui est particulièrement inquiétante. Chaque année, au Québec, il y a des dizaines de jeunes femmes qui s'engagent dans une formation pour devenir sage-femme, un métier qui est important, un métier dont les bienfaits sur la santé et la sécurité des femmes sont reconnus. Ça fait 20 ans maintenant que c'est une pratique qui est légalisée, ça fait 10 ans que c'est inclus dans la politique québécoise de périnatalité, et pourtant, encore aujourd'hui, passer au travers de cette formation-là, c'est un défi. Pourquoi? Parce que c'est une formation qui nécessite plusieurs centaines d'heures de stage, et pourtant ces stages-là ne sont pas rémunérés.

Concrètement, on parle de plus de 2 300 heures de stage que font les étudiantes en pratique sage-femme, et ces 2 300 heures là ne sont pas rémunérées. C'est des conditions inacceptables, surtout pour une pratique qu'on prétend vouloir valoriser. Ça envoie un très mauvais message que de ne pas compenser d'aucune manière les 2 300 heures de stage qui sont effectuées par les futures sages-femmes au Québec.

Vous savez qu'à Québec solidaire on a annoncé notre intention d'encadrer légalement et de rémunérer l'ensemble des stages au Québec. Il y a beaucoup trop de jeunes Québécois, de jeunes Québécoises qui travaillent sans être payés. C'est une forme de cheap labor moderne qui, pour nous, est inacceptable.

Alors, ça nous fait plaisir d'accueillir aujourd'hui les étudiantes en pratique sage-femme et de leur passer la parole pour qu'elles puissent défendre leur métier, défendre leurs conditions d'exercice parce que, si le gouvernement a des centaines de millions de dollars pour les médecins spécialistes, la moindre des choses, ce serait de trouver le 1,6 million de dollars que les futures sages-femmes viennent réclamer aujourd'hui au gouvernement pour rémunérer leurs stages.

Mme Paradis-Deschênes (Bérangère) : Merci, M. Nadeau-Dubois. Chères Québécoises, chers Québécois, aujourd'hui, nous sommes plusieurs étudiantes sages-femmes, membres de l'AESFQ, l'Association des étudiantes sages-femmes du Québec, à s'être déplacées à l'Assemblée nationale pour dénoncer l'alarmante précarité financière chez les étudiantes sages-femmes, qui retarde et entrave la diplomation de plusieurs de nos consoeurs du Québec et donc diminue l'accès aux soins de santé offerts par les sages-femmes. Nous prenons la parole pour démontrer que les 2 352 heures de stage et d'internat du baccalauréat en pratique sage-femme doivent être rémunérées.

L'AESFQ tient à faire comprendre au ministère de la Santé et des Services sociaux que le taux de diplomation des étudiantes sages-femmes a un impact réel sur l'accès aux services sages-femmes au sein de son système de santé et que l'endettement préoccupant des étudiantes sages-femmes entrave directement la diplomation des sages-femmes du Québec. Pour remédier à cette situation alarmante, l'AESFQ demande au ministère de la Santé et des Services sociaux de négocier une entente de service avec ses membres afin que celles-ci obtiennent un statut de salarié et reçoivent les compensations financières pour les frais encourus par leurs stages.

Maintenant, laissez-moi vous illustrer pourquoi il est dans l'intérêt de toutes et tous que le travail des étudiantes sages-femmes québécoises soit reconnu à sa juste valeur. Premièrement, un statut de salarié permettrait aux femmes et aux personnes qui veulent obtenir le titre de sage-femme de voir leur intégrité protégée en stage, notamment à travers les différents programmes de la CNESST.

Deuxièmement, mettre un terme à l'endettement disproportionné imposé aux étudiantes sages-femmes permettrait de briser la barrière financière qui empêche plusieurs personnes de réaliser leur vocation de sage-femme et donc de diversifier la communauté des sages-femmes du Québec.

Troisièmement, éradiquer l'endettement des étudiantes sages-femmes augmenterait notre taux de diplomation et soutiendrait les équipes de sages-femmes qui se trouvent actuellement en manque d'effectifs criant partout à travers la province.

Finalement, toutes ces mesures augmenteraient l'accessibilité soins offerts aux femmes et aux familles du Québec.

Mme Naud (Chrystiane) : Alors, bonjour. Moi, je suis membre du conseil d'administration du Regroupement Naissance-Renaissance, qui est un regroupement politique qui milite entre autres pour le respect des femmes en période périnatale. Je suis ici pour remplacer Lorraine Fontaine, qui est coordonnatrice de la Coalition de la pratique sage-femme et qui, la coalition, représente plusieurs membres, dont la CSN, la FFQ, le Regroupement Naissance-Renaissance, entre autres.

Donc, voici les propos que Lorraine Fontaine aurait voulu vous dire. Donc, alors, la Coalition pour la pratique sage-femme, qui représente pas moins de 800 000 personnes, appuie résolument les étudiantes sages-femmes dans leurs démarches de reconnaissance financière. Nous considérons que des conditions décentes mèneraient à un taux de diplomation plus élevé et donc à un plus grand accès aux services sage-femme. Cela est nécessaire pour le déploiement des services et l'accès à travers le Québec pour toutes, parce que de nombreuses femmes se voient refuser un suivi sage-femme durant leur grossesse faute de suffisamment de sages-femmes et de maisons de naissance. Le déploiement des services promis dans la Politique de périnatalité 2008‑2018 du gouvernement libéral est loin d'être atteint, nous n'en sommes qu'à 3,9 % des 10 % visés. Nous croyons fermement qu'en soutenant les étudiantes sages-femmes cela aura pour effet d'améliorer les services de première ligne en périnatalité au Québec.

Mme Nadeau-Perrier (Chloé) : Je vais maintenant vous partager un extrait de mon parcours personnel comme étudiante sage-femme et des éléments qui ont contribué à mon endettement grandissant.

Donc, je suis étudiante interne sage-femme, c'est-à-dire en dernière année de ma formation. Et, tout comme les résidents en médecine de famille, qui font des suivis de grossesse, j'ai la responsabilité clinique entière des couples que je suis.

À travers ma formation, à travers les quatre ans et demi de pratique, j'ai dû déménager ma famille et mes enfants à plusieurs reprises pour suivre les exigences de la formation. Je suis partie de Montréal pour aller à Trois-Rivières, le seul endroit où la formation se donne. Je suis retournée à Montréal pour être en stage. Ma famille et moi, on s'est établis à Sherbrooke, pour être en stage aussi. Puis j'ai dû retourner à Montréal et, comme je ne voulais pas bouleverser l'entièreté de ma famille, j'ai payé un deuxième loyer entièrement à mes frais. Il n'y a pas de compensation financière offerte par le baccalauréat ni par le programme d'aide financière aux études. Ensuite, je suis retournée à Trois-Rivières, là aussi en payant un deuxième loyer et là aussi sans aucune compensation.

Ensuite, à travers toutes ces années-là, j'ai parcouru des milliers de kilomètres pour aller visiter les femmes dans des visites pré et postnatales. Ces milliers de kilomètres que j'ai parcourus ont été entièrement à mes frais. On doit se procurer nous-mêmes une automobile, payer le kilométrage, payer l'essence, alors que les sages-femmes et les professionnels de la santé sont rémunérés chaque fois qu'ils font des sorties dans le cadre de leur travail avec leur véhicule personnel.

Finalement, j'ai eu la chance d'accueillir dans ma famille une deuxième petite fille pendant ma formation. Malheureusement, comme je n'ai pas été rémunérée durant mes stages et que je n'ai pas pu travailler non plus durant mes stages, parce qu'on est de garde 24 heures sur 24 jusqu'à sept jours consécutifs, ce qui rend impossible le fait d'avoir un travail, je n'ai pas eu de revenu avant mon congé de maternité, donc je n'ai pas eu droit au RQAP, augmentant encore plus mon endettement.

Ce témoignage-là, je vous le transmets parce que c'est important, aujourd'hui, que ça change et que le gouvernement soit à l'écoute.

Mme Soulière (Mayou) : Depuis la création du seul programme de baccalauréat en pratique sage-femme du Québec à l'UQTR en 1999, les étudiantes sages-femmes du Québec sont à bout de souffle. Déjà, dans la première évaluation du baccalauréat en pratique sage-femme en 2006, les étudiantes, les sages-femmes et les enseignants consultés accusaient l'endettement causé par les particularités du programme comme un obstacle à la diplomation des sages-femmes. Cinq ans plus tard, en 2011, l'Association des étudiantes sages-femmes du Québec est née, et nous avons fait de l'amélioration de nos conditions financières un mandat prioritaire qui a d'abord mené à la production et au dépôt d'un premier mémoire sur l'état de nos conditions financières en 2013. Depuis, les étudiantes continuent à se mobiliser pour que ça change.

Entre-temps, les internes au doctorat en psychologie ont obtenu la rémunération de leur internat. Les étudiants et enseignants ont obtenu une compensation financière de leur stage final, et la Fédération des médecins résidents du Québec ont une nouvelle entente avec le ministère de la Santé et des Services sociaux. L'Association des étudiantes sages-femmes du Québec constate que seulement 1,6 million de dollars par année, soit 0,004 % du budget 2018‑2019 alloué en santé seulement, seraient nécessaires pour la rémunération et les compensations financières de l'ensemble des étudiantes sages-femmes. En octobre prochain, le Québec sera en élection, il est dans l'intérêt du gouvernement libéral de rapidement se mettre en action pour atteindre les cibles qu'il s'était fixées dans sa Politique de périnatalité 2008‑2018.

Et puis, en passant, je ne suis pas Françoise Hasty, je suis Mayou Soulière. Ma collègue est présentement à un accouchement. C'est réel, nous militons et faisons ce point de presse en étant en stage et de garde.

Mme Nadeau-Perrier (Chloé) : Pour terminer, depuis le 8 mars dernier, Journée internationale de la femme, chaque membre du gouvernement est au fait des demandes des étudiantes sages-femmes. Ils sont au courant de la précarité financière dans laquelle nous évoluons, car nous leur avons fait parvenir individuellement à chacun une copie du mémoire décrivant nos conditions d'études. Une pétition a été entamée le lundi 9 avril dernier à l'Assemblée nationale pour que les stages et l'internat en pratique sage-femme soient rémunérés, et la pétition totalise actuellement près de 600 signatures. Nous avons déjà l'appui formel de la Coalition pour la pratique sage-femme et du Regroupement Les sages-femmes du Québec. Une campagne de sensibilisation vidéo portant sur la précarité des étudiantes sages-femmes est en cours depuis mardi le 10 avril dernier.

Pour la santé des femmes et des familles du Québec, il est temps que le gouvernement fasse sa part et s'assoie avec nous. La précarité des étudiantes sages-femmes doit cesser. Merci.

Le Modérateur : Merci beaucoup. On va passer à la période de questions. Est-ce qu'il y a des questions sur le sujet? Pas de questions sur le sujet. Merci beaucoup. Bonne journée.

(Fin à 9 h 21)

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