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Point de presse de Mme Manon Massé, cheffe du troisième groupe d’opposition, et Mme Émilise Lessard-Therrien, porte-parole du troisième groupe d’opposition en matière d’agriculture, de pêcheries et d’alimentation

Version finale

Le mardi 5 février 2019, 11 h

Hall principal de l'hôtel du Parlement, hôtel du Parlement

(Onze heures dix minutes)

Mme Massé : Alors, bien, bonjour, tout le monde. On est contentes d'être maintenant de retour pour cette session parlementaire. En fait, ce matin, j'ai envie de vous parler de l'affaire Louis Robert. Pourquoi? Bien, parce que, pour nous, c'est le premier grand test du gouvernement de M. Legault. Après des jours de cafouillage, je pense qu'on peut se le dire, M. Lamontagne, le ministre, a tout simplement, je dirais, glissé, pour ne pas dire qu'il l'a échappé complètement, puis peut-être que la température ne l'a pas aidé avec les plaques au sol.

Je sais, on a entendu plusieurs versions du ministre, mais pour nous, aujourd'hui, ce qui nous intéresse, c'est quelle version M. Legault, lui, retient. Est-ce que M. Legault va tout faire pour assurer au peuple québécois, aux lanceurs d'alerte, une protection digne de ce nom? C'est un dossier sur lequel, vous le savez, on travaille à Québec solidaire depuis plusieurs années. J'ai moi-même déposé un projet de loi en 2015 dont l'objectif était de protéger les lanceurs d'alerte et non pas les ministères et les organismes publics. Comme de raison, mon projet de loi est mort au feuilleton, parce que le gouvernement libéral avait cru bon, à l'époque, de plutôt nous présenter la loi, qui est maintenant la loi qui, selon les libéraux, protège les lanceurs d'alerte, et malheureusement on a là un exemple précis de ce que je disais il y a deux ans de cela, c'est-à-dire que cette loi-là n'assure pas aux lanceurs d'alerte une réelle protection.

Alors, ce qui me fait peur actuellement, c'est que, dans le cas de M. Robert, ce qui lui est arrivé va décourager les autres lanceurs d'alerte. Et lorsque M. Beaudry, à l'époque, qui était lui-même un lanceur d'alerte, lui-même congédié du ministère des Transports... en fait, pas congédié, non, je suis désolée, je vais plus loin, mais lui-même ayant eu des représailles au niveau du ministère du Transport... Ce qu'on disait et répétait, c'est qu'il faut qu'une loi qui se veut de protéger les lanceurs d'alerte le fasse réellement. Sinon, ça va décourager les autres, et c'est ce devant quoi on se retrouve présentement.

Alors, c'est pourquoi aujourd'hui, en motion, nous demandons que M. Robert puisse retrouver son poste d'ici la fin de l'enquête. Parce que, dans les faits, si le ministre a reconnu qu'il n'était plus trop sûr de la version que lui-même avait faite et qu'il demande une enquête, bien, ça veut dire que ça se pourrait que la décision change. Et donc, pour nous, ça n'a pas de bon sens que cet employé-là se retrouve donc sans salaire, sans rien avant la fin de cette enquête-là.

Et je vous dirais que, si M. Legault souhaite vraiment envoyer un message à la population québécoise, envoyer un message à la fonction publique, envoyer un message, je dirais, où l'intérêt public est plus grand que tout, bien, je vous dirais qu'il doit, bien sûr, permettre... bien, en fait, il doit appuyer notre motion, hein, donc permettre que M. Robert ne soit pas... qu'il soit, pardon, réintégré d'ici la fin de cette enquête-là. Et, entre vous et moi, s'il ne le faisait pas, quelle sorte de message ça enverrait à la population québécoise et, je dirais, à d'éventuels lanceurs d'alerte qui, peut-être, étaient en train de se dire : Bien, moi aussi, j'ai besoin de dire ce que je sais?

Mme Lessard-Therrien : Ce que Louis Robert a révélé au grand jour, on s'en doutait déjà. Le lobby des pesticides exerce une trop grande influence sur les organismes publics qui sont censés le surveiller. C'est une très mauvaise nouvelle pour le peuple québécois qui dépend du ministère de l'Agriculture pour faire respecter et faire avancer les normes en matière de santé publique et de protection de l'environnement. En d'autres mots, quand on va à l'épicerie ou au marché et qu'on achète du fait au Québec, on veut acheter des bons produits, sains et respectueux de l'environnement. Cette confiance-là, elle se cultive, elle se mérite. Malheureusement, la confiance du public sort ébranlée de cette affaire.

C'est aussi une très mauvaise nouvelle pour le monde agricole qui compte sur le MAPAQ pour l'épauler dans la transition vers un modèle écologique et durable. C'est plutôt le contraire qui est train de se produire. Entre 2010 et 2016, le nombre d'agronomes embauchés par le ministère a chuté. Alors que les pays d'Europe interdisent les néonicotinoïdes un après l'autre, ici, au Québec, les subventions accordées à la recherche sur les pesticides étaient 10 fois moins élevées en 2015 qu'elles étaient en 2013.

Ce matin, j'ai eu un appel d'un producteur de Saint-Hyacinthe, et il m'a partagé ses inquiétudes. Est-ce que des études ont été délibérément mises au rancart? Le monde agricole a besoin de ces données-là et s'attend à ce qu'elles soient rendues publiques. On pose ces questions-là, parce que, dans le fond, le ministre Lamontagne a admis que c'est Louis Robert qui avait raison. Suite aux révélations des médias l'année dernière, le ministère a formulé des demandes au CEROM pour corriger la situation. Ça rend son congédiement encore plus difficile à avaler et sa réintégration encore plus importante. Mais, si Louis Robert a raison, on ne peut pas s'arrêter là. C'est pour ça qu'on demande à la Protectrice du citoyen d'élargir son mandat pour enquêter sur l'indépendance du ministère par rapport au lobby des pesticides. Il faut faire toute la lumière sur le fond de l'affaire.

La Modératrice : Merci. Pour la période des questions, je vous invite à vous en tenir à une question et une sous-question, puisque vous êtes nombreux, nombreuses. Mme Richer, LaPresse canadienne.

Mme Richer (Jocelyne) : Bonjour, Mme Massé.

Mme Massé : Bonjour.

Mme Richer (Jocelyne) : Quand l'ex-ministre Mme MarieChantal Chassé a eu des problèmes dans ses relations avec les médias, le premier ministre Legault a été très rapide sur la gâchette pour l'exclure du Conseil des ministres. Est-ce que, dans ce cas-ci, avec les problèmes de M. Lamontagne, doit-il lui réserver le même sort à M. Lamontagne?

Mme Massé : Bien, écoutez, sincèrement, c'est la question qui doit être posée à M. Legault. Moi, je ne sais même pas ce que M. Legault retient actuellement comme une des multiples hypothèses que M. Lamontagne a faites.

Mme Richer (Jocelyne) : ...de ce cafouillage-là et quelles conclusions le premier ministre doit tenir?

Mme Massé : Écoutez, je réitère, moi, je ne suis pas en train de demander la démission de M. Lamontagne. Ce que je dis, c'est qu'il y a une loi sur les lanceurs d'alerte qui est supposée protéger les gens qui mettent au jour des informations d'intérêt public et que cette loi-là semble actuellement ne pas avoir protégé ce lanceur d'alerte là.

Ceci étant dit, M. Legault doit lui-même, dans les quelques versions qui ont été amenées par son porte-parole, son ministre, doit, lui, nous dire laquelle il retient et est-ce qu'il est prêt, avec nous, à renforcer la loi sur la protection des lanceurs d'alerte, parce qu'il semble qu'ici il y a potentiellement eu une faille.

Mme Richer (Jocelyne) : Donc, vous jugez qu'il a la compétence pour être ministre quand même.

Mme Massé : Moi, je ne me prononce pas sur la compétence. Je vous dis personnellement qu'il y a une loi qui vise la protection de l'intérêt public, et cette loi-là, bien, il faut lui donner tous les moyens pour que les fonctionnaires, que ce soit M. Robert ou d'autres, se sentent protégés lorsqu'ils lèvent le drapeau à leur ministère pour dire : Il y a quelque chose qui ne marche pas là. C'est ce que je suis en train de vous dire. Puis M. Lamontagne semble avoir eu plusieurs versions, et là moi, je demande à M. Legault, bien, laquelle, lui, il croit.

M. Bélair-Cirino (Marco) : Bien, justement, pour bien comprendre, les faits que vous reprochez à M. Lamontagne ne sont pas suffisamment graves pour exiger au premier ministre son congédiement.

Mme Massé : Nous, ce qu'on demande, c'est que M. Robert ne soit pas la victime d'une loi qui est supposée le protéger et ne le protège pas. C'est ça, pour nous, la grande priorité. Et pour ça, bien, ce qu'on pense, c'est que le ministère doit prendre acte qu'il y a une enquête de demandée par son ministre.

M. Bélair-Cirino (Marco) : Pourquoi ne pas attendre la conclusion de l'enquête de la Protectrice du citoyen pour exiger sa réintégration au ministère?

Mme Massé : Bien, parce que le passé récent nous a révélé que le MAPAQ avait lui-même envoyé des signaux importants au CEROM de dire : Attention, vous devez modifier des choses à l'intérieur de votre fonctionnement.

Alors, s'il y a erreur, pourquoi c'est l'employé qui, lui, doit être retiré? Gardons cet employé-là, parce qu'il a quand même une bonne reconnaissance dans son milieu, c'est une sommité dans son milieu, et donc permettons-lui de pouvoir être encore utile pour la société québécoise jusqu'à tant que la lumière soit faite de façon complète.

M. Bélair-Cirino (Marco) : Question rapide. Qu'est-ce que le ministère de l'Agriculture doit faire pour établir la confiance avec la population, notamment les producteurs agricoles? Le ministre s'est déjà engagé à ce que toute la recherche qui est effectuée et qui est financée par le ministère soit faite de façon indépendante. Qu'est-ce que vous demandez de plus?

Mme Lessard-Therrien : Bien, clairement, on demande davantage de transparence, que les recherches qui sont effectuées puissent être rendues publiques. Ce matin, j'ai un producteur de Saint-Hyacinthe qui m'a téléphoné, qui était très préoccupé par la situation et sur le fond des choses aussi, parce que, oui, on parle, bon, du cafouillage du ministre, mais en dehors de ça, il reste qu'on ne l'a pas entendu se prononcer sur le fond des choses et qu'est-ce qu'on va faire avec les recherches, avec les données qui n'ont peut-être pas été rendues publiques ou qui n'ont pas été mises à l'effet des producteurs agricoles qui veulent entendre ce que ces recherches-là ont à dire pour améliorer leurs pratiques culturales.

La Modératrice : Martin Croteau, LaPresse.

M. Croteau (Martin) : Bonjour. Est-ce que vous pensez que M. Lamontagne a menti, à un moment donné, dans les derniers jours?

Mme Massé : Ce n'est pas à moi de juger de ça. Il semble y avoir des versions différentes, qui disent des choses différentes. Alors, dans ce sens-là, je pense que M. Legault, quand je dis... Est-ce que M. Legault peut nous dire, lui, laquelle des versions il croit de son ministre? Je pense que M. Lamontagne nous a servi plusieurs versions au fil des questions posées, au fil de... Mais, pour moi, la grande, grande, grande question, au-delà bien sûr du fond dont Émilise vient de vous parler, c'est-à-dire qu'est-ce qui tombe dans nos assiettes, là, est-ce qu'on a toutes les données... parce que cet exemple-là nous laisse croire qu'on n'a peut-être pas toutes les données. Alors donc, ce que M. Lamontagne a dit, est-ce qu'il a menti? Moi, aucune espèce d'idée, mais ce que je veux, c'est qu'on utilise cet exemple-là pour que les lanceurs d'alerte soient protégés. C'était prévisible.

M. Croteau (Martin) : Vous dites... Quand il y a eu plusieurs versions, vous dites que quelque part, dans les derniers jours, le ministre a dit quelque chose qui était faux, non?

Mme Massé : Écoutez, je le sais-tu, moi?

M. Croteau (Martin) : Vous n'avez aucun soupçon là-dessus?

Mme Massé : Écoutez, moi, je vous ai dit : Pour moi, ce qui est important, là, c'est qu'à cette étape-ci, c'est que le lanceur d'alerte Robert soit réintégré par le ministère, parce que le ministre lui-même dit que la lumière doit être faite, donc il a un doute, et ce n'est pas à l'employé de payer ça. C'est ce que dit notre motion.

M. Croteau (Martin) : Comment qualifiez-vous la conduite de M. Lamontagne dans les derniers jours?

Mme Massé : Je pense que M. Lamontagne apprend son métier. Je pense que M. Legault doit le soutenir dans le sens de l'aider à assumer ses responsabilités. Mais M. Legault doit nous dire, lui, est-ce qu'il considère que M. Louis Robert, comme lanceur d'alerte, était bien protégé par la loi actuellement. J'aimerais ça qu'il nous le dise.

Mme Lévesque (Catherine) : Bonjour. Bon retour.

Mme Massé : Merci.

Mme Lévesque (Catherine) : Y a-t-il un double standard entre les cas de Mme Chassé et de M. Lamontagne aujourd'hui?

Mme Massé : Double standard, je ne le sais pas. Je n'ai pas entendu le premier ministre encore. Je réitère, je veux savoir qu'est-ce que lui en pense, mais vous savez comme moi que parfois les standards sont différents pour les hommes et pour les femmes, alors la question se pose. Vous posez une bonne question.

Mme Lévesque (Catherine) : Il y aurait donc un enjeu féministe, là, possiblement, selon Québec solidaire, vous pensez?

Mme Massé : Bien, dans le sens où je dis que, globalement, le traitement réservé aux femmes et le traitement réservé aux hommes n'est pas le même. Est-ce que c'est le cas actuellement? Je ne suis pas en train de vous dire ça.

Mme Lévesque (Catherine) : Puis juste pour savoir, la motion que vous allez présenter tout à l'heure, en avez-vous parlé aux autres partis d'opposition puis au gouvernement? Est-ce que vous avez leur soutien?

Mme Massé : Ça a été envoyé hier... ce matin très tôt, et je pense qu'on ne sera pas seuls à être convaincus que ce n'est pas à un employé de se voir pénalisé dans le cas d'un cafouillage comme celui-là. Alors donc... Mais on verra où M. Legault va... Oups! le mot m'échappe. Où est-ce qu'il va se situer. Oui, là j'ai... C'était le mot que je cherchais. Merci.

La Modératrice : Geneviève Lajoie.

Mme Lajoie (Geneviève) : Bonjour.

Mme Massé : Bonjour.

Mme Lajoie (Geneviève) : Il y a le conjoint d'une vice-présidente de la Caisse de dépôt qui a déjà fait affaire avec des mafieux. Je voulais savoir ce que vous en pensez et ce qu'il faut faire maintenant avec ça, qu'est-ce que la caisse doit faire, qu'est-ce que le gouvernement doit faire.

Mme Massé : Bien, je pense que la lumière doit être faite, là. Ça fait combien de fois, au Québec, qu'on rejoue dans le film de la corruption, de la collusion, etc.? Alors, la lumière doit être faite de façon importante. On est tannés, comme concitoyens, de devoir subir des situations comme celle-là. En fait, que la lumière soit faite et d'autant plus important de protéger nos lanceurs d'alerte, parce que c'est souvent les lanceurs d'alerte qui permettent à la population de pouvoir connaître les dessous de la corruption et de la collusion. Alors, on souhaite qu'à la Caisse de dépôt cette lumière-là soit faite clairement.

Mme Lajoie (Geneviève) : Sur un tout autre sujet, les données des Québécois seront dorénavant stockées sur un «cloud». Qu'est-ce que ça vous inspire? Est-ce que ça vous inquiète? Il y a des experts qui s'inquiètent de ça.

Mme Massé : Bien, oui, nous, ça nous inquiète, définitivement, d'autant plus que ce monde... je veux dire, le gouvernement caquiste, lorsqu'il était à l'opposition, était intervenu plusieurs fois pour dire l'importance de prendre soin de ces données-là, de nos données, etc. C'est très inquiétant. C'est quand même beaucoup d'argent, hein, les chiffres qu'on a vus dans les médias ce matin.

Alors, je pense qu'un des éléments... Pourquoi ne pas donner à notre fonction publique, à nos organismes publics, au contraire, la possibilité de pouvoir bien gérer les données de notre État, au lieu de le mettre entre les mains de ces grandes entreprises qui parfois ont fait défaut ou qui parfois, eux aussi, se font hacker? Ce n'est pas un gage de sécurité.

Mme Lajoie (Geneviève) : Peut-être juste une précision. Vous avez parlé de double standard entre Mme Chassé tout à l'heure et M. Lamontagne. Est-ce que, donc, vous vous attendez à ce que M. Legault soit aussi sévère avec M. Lamontagne?

Mme Massé : Je n'ai pas parlé de double standard entre Mme Chassé et...

Mme Lajoie (Geneviève) : Entre les hommes et les femmes.

Mme Massé : Oui, mais je réinsiste, là, O.K., ce n'est pas ça que j'ai dit. Ce que je dis, c'est que dans la vie politique, et ce n'est pas juste moi qui le dis, on est une grande gang, les standards, les attentes envers les femmes sont différentes envers les hommes. Je répondais à la question d'une de vos collègues.

Ce que je vous dis, c'est : dans cette situation-ci, je ne veux pas qualifier les deux, mais un est un homme et une est une femme. Alors, j'ai confiance qu'on va garder en tête, tout le monde, qu'on ne peut pas... On est en 2019, et le double standard, il faut que ça arrête, là.

Mme Lajoie (Geneviève) : Donc, on sera aussi sévère avec M. Lamontagne qu'avec Mme Chassé.

Mme Massé : Je veux que les doubles standards arrêtent. Si ici, il y a un double standard, que M. Legault en prenne acte et agisse. S'il n'y a pas de double standard, je ne peux pas vous le dire. Allez le demander à lui, là, est-ce qu'il va agir différemment. Allez le voir. S'il n'y a pas de double standard, je ne veux pas demander qu'il arrête. Je vous dis que, de façon globale, c'est présent ici, dans l'enceinte de l'Assemblée nationale, le double standard.

La Modératrice : Merci. Louis Lacroix.

M. Lacroix (Louis) : Bonjour, mesdames. Bonne rentrée.     

Je veux juste... Je ne veux pas faire de sémantique, mais on va en faire pareil. Vous avez tout à l'heure dit à M. Croteau que selon... en fait, vous ne pensiez pas que M. Lamontagne avait menti, mais, en même temps, vous invitez M. Legault à choisir laquelle des versions que M. Lamontagne lui a données est la bonne.

Alors, s'il a fourni plusieurs versions qui ne disent pas la même chose, ça implique qu'en quelque part il a menti.

Mme Massé : En fait, ce que principalement je voulais dire, et moi, je n'en arrive pas à cette conclusion-là, c'est-à-dire...

M. Lacroix (Louis) : ...il est capable de dire plusieurs vérités différentes.

Mme Massé : Bien, c'est-à-dire que, vous le savez comme moi, que la vérité a rarement juste un angle, là, hein? C'est une des fenêtres.

Ceci étant dit, je ne veux pas être juge de ça, parce que, un, ce n'est pas... Je ne suis pas la première ministre de M. Lamontagne, mais ce qui frappe les Québécois et Québécoises actuellement, c'est de voir qu'un ministre, en l'espace de quelques heures, a parlé de différents angles et que, des fois, en est même arrivé à dire : Bien, je pense, ça va prendre une enquête indépendante pour faire la lumière.

Alors donc, je ne... C'est pour ça que moi, je n'arrive pas, même dans l'exercice sémantique, nécessairement à la même conclusion que vous. Mais ce que je veux, je veux entendre notre premier ministre là-dessus.

M. Lacroix (Louis) : Il a dit ce matin, en entrevue au 98,5, qu'il avait pris sa décision sur la base d'une intuition. Qu'est-ce que ça vous inspire?

Mme Massé : Un autre élément, disons, à apporter… Moi, l'intuition, je vais vous dire, en soi, je n'ai pas de problème avec ça, je pense que c'est aussi quelque chose d'important. Ceci étant dit, tu ne peux pas baser une décision sur seulement une intuition, hein? Puis je pense que, s'il demande une enquête, c'est qu'il reconnaît qu'il y a du cafouillage là-dedans et il demande à une autorité de faire la lumière.

Alors, moi, je souhaite que la lumière soit faite. Vous savez pourquoi? Parce que les lanceurs d'alerte jouent un rôle majeur dans la possibilité d'une population d'avoir de l'information qu'on n'aurait pas en dehors du courage de ces gens-là.

M. Lacroix (Louis) : Il a aussi dit qu'il n'avait pas été mis au courant de l'identité de la personne lorsqu'il a été briefé sur le dossier. Est-ce que vous croyez ça?

Mme Massé : Écoutez, allez lui poser la question. Moi, je…

M. Lacroix (Louis) : Je vous demande si, vous, vous croyez ça. Lui, on va lui poser la question, faites-vous-en pas, là. Mais vous, est-ce que vous y croyez à ça?

Mme Massé : Écoutez, je vais être honnête avec vous, je n'ai jamais été ministre, alors je n'ai aucune idée comment ça se passe, les séances de breffage. Je n'ai aucune idée, mais il y a une chose qui est sûr et certain pour moi, c'est que, si M. Lamontagne a demandé à ce que la Protectrice du citoyen fasse la lumière sur le processus, bien, c'est parce que lui-même a des doutes, là, hein? Et c'est pourquoi, et je reviens vers notre motion, on dit : Mais ça, ce n'est pas l'employé de l'État à payer le coût de ça.

La Modératrice : Isabelle Porter.

Mme Porter (Isabelle) : Oui, bonjour. Je voudrais vous entendre sur Internet haute vitesse en région. On a appris ce matin que ça allait finalement être plus long et plus coûteux que prévu pour déployer… en fait, d'offrir Internet haute vitesse à 100 % des Québécois. Qu'est-ce que vous… Comment est-ce que vous réagissez à cette nouvelle-là?

Mme Massé : Bien, je me souviens, quand je suis allée, justement, en Abitibi-Témiscamingue durant la campagne, le cri d'alarme que nous ont lancé les gens des régions qui sont moins bien desservies par l'Internet haute vitesse. Et je vous dirais que la réponse solidaire, elle est claire. Ça fait des décennies qu'on investit collectivement auprès des grandes compagnies, que ce soit Bell ou Vidéotron, pour rendre accessible l'Internet haute vitesse. Ces deux compagnies-là ne le font pas. Pourquoi? Bien, parce que ce n'est pas rentable.

Alors, nous, ce qu'on propose au peuple québécois et surtout aux gens qui, dans les régions, sont propriétaires d'entreprises, ont besoin eux aussi de vivre au XXIe siècle, bien, c'est qu'il existe actuellement un réseau, et c'est le réseau public. Alors, on pourrait, et c'est notre proposition, utiliser ce réseau public là et là prendre des ententes avec les municipalités pour rendre l'Internet haute vitesse disponible sur l'ensemble du territoire québécois.

Mme Porter (Isabelle) : Est-ce qu'il serait possible de faire une telle chose en quatre ans, selon vous?

Mme Massé : Bien oui. Bien oui, absolument. Retournez voir nos propositions, vous allez voir. Je veux dire, le réseau existe déjà. Le réseau public, il n'est pas partout, partout, partout, mais entre ça et demander à deux entreprises privées de développer, à perte, des régions éloignées comme le Témiscamingue, que c'est très mal desservi en matière de haute vitesse, bien, je pense que vous avez la réponse déjà.

La Modératrice : On va prendre une dernière question en français. Alexandre Duval.

M. Duval (Alexandre) : Mme Massé, vous avez dit que M. Legault devra indiquer s'il est prêt à renforcer la loi sur les lanceurs d'alerte. Jusqu'à quel point, selon vous, cette loi-là doit être renforcée? Est-ce que chaque fois qu'un fonctionnaire dénonce une situation auprès d'un média plutôt qu'auprès de ses supérieurs ou auprès de la Protectrice du citoyen, est-ce que ça devrait être jugé comme une situation légitime?

Mme Massé : C'est-à-dire que ce qui a été dit et redit durant l'étude de ce projet de loi là, c'est : Lorsqu'un État fait réellement le choix de protéger l'intérêt public et donc ses lanceurs d'alerte, ce qu'il faut, c'est simplifier le plus possible la divulgation et protéger cette personne-là.

Dans la loi, faire une fausse divulgation, il y a des impacts. Il y a des impacts. Je ne dis pas qu'il ne faut pas se protéger contre les fausses divulgations, mais, entre autres, et c'est exactement le cas qui nous occupe actuellement, c'est que, lorsque tu as un fonctionnaire qui, en plus, a plusieurs années d'expérience, et qui a déjà envoyé des signaux à ses supérieurs, et qui, comme citoyen responsable, est très conscient que l'intérêt public est en jeu, et, dans ce cas-là, on parle même de santé publique, bien, cette personne-là ne devrait pas avoir de bâtons dans les roues, «anyway» parce qu'il y a une loi qui protège les sources chez les médias, «anyway» parce que la loi prévoit que la personne peut choisir aussi d'aller vers la Protectrice du citoyen.

Alors, il existe différents moyens, mais les États qui réussissent à réellement protéger leurs lanceurs d'alerte sont les États qui, au lieu de protéger la machine, protègent les personnes qui dénoncent.

M. Duval (Alexandre) : Sur un autre sujet rapidement, à Sherbrooke, il y a tout un débat à savoir si on accueillera les Jeux de la Francophonie en 2021 qui ont été abandonnés par le Nouveau-Brunswick. Jusqu'à quel point, selon vous, le gouvernement du Québec, si jamais l'aventure se concrétise, jusqu'à quel point le gouvernement doit offrir un soutien financier, de l'ordre de quel montant?

Mme Massé : Bien là, vous allez dans un détail que je ne sais pas de quel montant, etc. C'est sûr que je pense que cette question-là mérite d'être étudiée et, très sincèrement, ce n'est pas un dossier que j'ai étudié ce matin, alors donc... dans les derniers jours, je veux dire. Alors donc, on pourrait vous revenir là-dessus plus précisément.

La Modératrice : Cathy Senay.

Mme Senay (Cathy) : Good morning, Mrs. Massé.

Mme Massé : Good morning.

Mme Senay (Cathy) : Good morning. You are not asking André Lamontagne's resignation, but what do you expect from Premier Legault today?

Mme Massé : We expect that he will support our motion, and this motion ask to the MAPAQ, le ministère de l'Agriculture, to let Mr. Robert came back in the «ministère» before that the Protectrice du citoyen end her inquiry. So it's not to the employee to pay for that, and we'll see after the inquiry what will be…

Mme Senay (Cathy) : And what should Premier Legault say to André Lamontagne today with all the mistakes he has done on this file?

Mme Massé : You know what, if Mr. Legault wants to help Quebeckers, it's to reinforce the whistleblowers law. This is what I expect to Mr. Legault, it's to give to Quebeckers the assurance that they will be protected if they say something about our, let's say, in that case, minister… not minister, yes, «au MAPAQ».

Mme Fletcher (Raquel) : When you say reinforce the whistleblowers law, what exactly do you mean? What do they have to do in order to reinforce it?

Mme Massé : Let's say that, for the moment, if a whistleblower said to his hierarchy, say something, let's say in that case : You are close to the lobby, so our researches are disqualified or some information seems not be on the Web site of the MAPAQ, it's important that the whistleblower can choose the way that he wants to inform the public about this problem. And let's say, in that case, it's very important because, «les pesticides», we eat every day something that could be not good for our health.

Mme Fletcher (Raquel) : So when you say he can choose the way that he or she wants to address the problem, that's including the media?

Mme Massé : The media has to be a way. I mean, let's say, in that case, remember last year, if Mr. Robert haven't went to the medias, we'll never know about this situation. So this is a way, as the Protectrice du citoyen, the boss and... you know.

Mme Fletcher (Raquel) : You said you're not calling for Mr. Lamontagne's resignation or for him to be fired, but what do you make of the contradictions that he's made in just the last few days?

Mme Massé : What we what?

Mme Fletcher (Raquel) : What do you think about the contradictions that he's made?

Mme Massé : I mean, I don't really know if it's a contradiction, I don't know the story. And it seems that he doesn't know the story either because he asked to the Protectrice du citoyen to make... «de faire la lumière» on that case. So I hope that we will know, at one point, what happened, but for us, you know, at the bottom of the story, it's important to reassure the whistleblower that we want them to protect us by giving this kind of information. But at the same time, as a government… I mean, as «a parlementaire», we have to protect them, and this is not the case now.

La Modératrice : Maya Johnson.

Mme Johnson (Maya) : Good morning.

Mme Massé : Good morning, Maya.

Mme Johnson (Maya) : So, just to be clear, although you're not saying that Mr. Lamontagne lied, you are suggesting that there are contradictions because you've said that you want to know which version of the story the Premier believes. So that suggests that there are contradictions, right?

Mme Massé : I mean, I don't know, because, you know, in life, one thing has different angles possible. And if Mr. Lamontagne asked to the Protectrice du citoyen to make... «de faire la lumière» on the case, it's because he thinks that it's not clear. So that's why I cannot say… Is he lying? I don't know, because I don't know the story and… but I recognize, if he asked to la Protectrice du citoyen «de faire la lumière», it's because it's not clear for him too. So…

Mme Johnson (Maya) : And so you're saying there's a lack of clarity.

Mme Massé : It seems that we don't know all the story.

Mme Johnson (Maya) : On another topic, religious symbols, we know that there will be a bill tabled on this soon. We also know, of course, that last week the Premier said : Islamophobia doesn't exist in Québec. Then, his office backtracked and said : It's not a trend.

Are you concerned that this session could be dominated by a big debate over religious symbols once again?

Mme Massé : Yes. Yes, of course. I mean, the CAQ told us, told to the Quebeckers that he will table a bill on that question. And, of course, we saw, in the population, some difference. I mean, people don't think the same way.

So, for Québec solidaire, it's important. As you know, for the moment, we support… I don't know if it's the good word, but… the Bouchard-Taylor proposal, and we also will have a debate in our party about these religious symbols. But, for us, it's clear that, in Québec, islamophobia exists, and we don't understand why the Prime Minister rejects this idea to have a day to take all together, Quebeckers, to make links between us, to begin to know each other. And we really don't understand why he refuses this proposal. That's it.

Mme Johnson (Maya) : OK. Thank you. Merci.

La Modératrice : Merci.

(Fin à 11 h 44)

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