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Conférence de presse de M. Jean-Martin Aussant, député de Nicolet-Yamaska

Le point sur son avenir politique

Version finale

Le mardi 7 juin 2011, 10 h

Salle Evelyn-Dumas (1.30), édifice Pamphile-Le May

(Dix heures)

M. Aussant: Bonjour, tout le monde. Je vais y aller tout de suite avec un petit texte de six, sept minutes et ensuite je pourrai prendre les questions.
J'avais deux motivations principales quand je suis entré en politique active en 2008. Ma première motivation était de convaincre mes concitoyens que le Québec a tout à gagner à devenir un pays souverain, comme environ 200 pays dans le monde l'ont fait sans jamais le regretter. La souveraineté, c'est simple, c'est gérer nous-mêmes tous nos impôts, voter nous-mêmes toutes nos lois et signer nous-mêmes nos accords internationaux, comme tous les peuples devraient le faire. Nul besoin d'un gouvernement fédéral hors Québec et dont les intérêts divergent des nôtres pour voir à notre destinée.
Ma deuxième motivation était de faire au plus vite de la politique différemment de ce triste gouvernement libéral. Faire de la politique autrement, ça veut dire toujours parler vrai et ne jamais faire passer l'intérêt personnel ou partisan avant l'intérêt national. Après bientôt trois ans d'efforts en ce sens, je dois malheureusement me rendre à l'évidence qu'il est difficile d'y arriver quand les personnes qui sont aux commandes, tous partis confondus, ne partagent pas cette vision des choses. Rien de surprenant de la part du gouvernement libéral et de ses députés qui semblent tristement dénués de sens critique et de capacité à se révolter contre l'inacceptable; ce qui me déçoit par contre, c'est que la direction du parti qui est le mien semble avoir fait le choix d'offrir le même genre de politique que celle du gouvernement, comme si ça nous permettait de jouer à armes égales: c'est là que je ne m'y reconnais plus.
Je siégerai donc à partir d'aujourd'hui comme député indépendant de Nicolet-Yamaska. C'est toujours un privilège pour moi d'être l'un des 125 représentants de la population à l'Assemblée nationale, et je veux à nouveau remercier les gens de Nicolet-Yamaska, que je continuerai à représenter. Je les remercie pour leur confiance ainsi que les militants qui m'ont appuyé, mon exécutif de comté et tout le personnel politique avec qui j'ai le plaisir de travailler.
Je tiens à préciser que, dans tout ce que le Parti québécois entreprendra comme démarche souverainiste, je serai son allié, tout comme je le serai de chaque organisation qui aura comme objectif de faire du Québec le pays qu'il doit devenir. À ceux qui diront que je ne suis pas à ma place en politique si je n'adhère pas à une certaine joute imposée, je réponds que c'est moi qui suis à ma place et pas eux. C'est cette joute pouvoiriste que je qualifie d'irrespectueuse envers l'électorat, qui est la pire ennemie de notre démocratie. La population en est blasée, comme en témoigne le taux de participation anémique au scrutin de 2008. À ceux qui diront que mon geste nuit à la souveraineté, je répondrai que ce que j'ai sacrifié pour venir en politique ainsi que le nombre d'heures par semaine que j'y consacre démontrent clairement mon engagement sincère pour faire avancer la cause. Et pour que cette immense cause avance véritablement, elle doit être portée par des gens qui inspirent et qui incarnent ce renouveau que la population réclame.
Je tiens à vous dire que j'ai du respect pour Pauline Marois. C'est une grande dame de l'histoire politique québécoise, c'est elle qui a occupé le plus de fonctions ministérielles au Québec, hommes et femmes confondus. Elle est donc clairement une personne exceptionnelle, mais la liste des libérateurs de peuple est malheureusement beaucoup plus courte que la liste des personnes exceptionnelles.
J'ai eu plusieurs discussions ouvertes avec Mme Marois au cours des derniers mois, toujours avec le même message qu'il faudrait changer la dynamique politique. Mais peut-être est-il difficile de demander à ceux qui ont survécu pendant plusieurs années dans un système donné d'être la bougie d'allumage du changement de ce système. Je ne crois pas, avec la direction actuelle et son entourage, qu'un véritable changement de méthode et de tactique soit possible. Le changement, pour être solide, doit venir des chefs et non pas être accepté ponctuellement pour se sortir d'une quelconque crise.
Pour ceux qui se demanderaient si je pourrais joindre le mouvement de François Legault, c'est la dernière des choses que je ferais. Ce mouvement représente pour moi le plus pur opportunisme politique. Si ces gens pensent qu'il vaut mieux régler certains problèmes avant de parler de souveraineté, la dure réalité se dresse en obstacle. Quel que soit le problème évoqué, un Québec souverain sera mieux équipé pour y faire face en contrôlant tous ses outils. N'oublions jamais que tout ce que le Québec peut faire comme simple province du Canada, un Québec souverain le pourrait aussi. L'inverse n'est pas vrai, et la conclusion s'impose.
Quant à la façon de faire de la politique, il faut simplement arrêter de jouer comme nos adversaires. Même si jouer proprement demande beaucoup plus d'efforts devant leur tactique basse, j'ai pleine confiance que la population du Québec saurait faire preuve de jugement et ne se laisserait pas endormir par ces manoeuvres dont Jean Charest semble avoir la recette. Il fallait le voir hier déclarer sans rire que les gens en avaient assez de la vieille politique partisane. Lui, Monsieur Nomination Post-it lui-même. Quelle non-surprise de le voir utiliser les événements actuels de façon opportuniste. C'était écrit dans le ciel, mais ce n'est pas une raison pour ne pas dire ce qui doit être dit.
Soyons clairs, le principal responsable du marasme politique actuel au Québec, c'est définitivement lui, Jean Charest. Au lieu de baser son agenda politique partisan sur ce qui se passe au Parti québécois, un vrai chef d'État déclencherait la commission d'enquête que la population réclame, il n'afficherait pas une si grande proximité avec les compagnies gazières et pétrolières et il reverrait ce régime minier qui date d'une autre époque et qui empêche les Québécois de s'enrichir avec ce qui leur appartient. Cet homme parle d'un référendum comme d'un épouvantail, alors que c'est un exercice noble que de consulter la population sur son avenir.
Et je ne vous parlerai pas des déficits records, des attentes dans les urgences pires qu'à son élection en 2003, du taux de décrochage scolaire épouvantable chez nos jeunes et d'un système de justice qui ne fournit plus et qui doit relâcher des criminels. J'en appelle à mes collègues libéraux: Levez-vous et décriez aussi ce qui ne fonctionne plus chez vous. C'est le système au complet qui doit être revu, et votre parti est le plus encrassé de tous. Ôtez vos bâillons et sortez du rang.
Bien sûr, pour les souverainistes, il faut d'abord arriver au pouvoir pour faire la souveraineté, et j'en suis parfaitement conscient, mais il faut aussi, avant tout, vouloir faire la souveraineté avec ce pouvoir. En toute légitimité, il faut le dire à la population avant, pendant et après les élections. Je suis donc contre cette mentalité qu'il peut parfois être stratégique de ne pas parler de souveraineté pour rejoindre un électorat plus large. Les Québécois sont intelligents et ils comprendront les explications claires. À mon sens, il n'y a pas de mauvais timing pour parler de souveraineté, il n'y a que de mauvais messagers.
Mes collègues amis du Parti québécois me manqueront beaucoup. À ceux qui sont tristes ou en colère, j'espère que le temps fera bien son travail... Pardon. À ceux qui sont tristes ou en colère, j'espère que le temps fera bien son travail et que ma décision s'avérera utile pour la suite des choses, comme je le souhaite. C'est du moins en toute bonne foi que je l'ai prise. Merci.

Le Modérateur (M. Rhéal Séguin): ...M. Aussant. Des questions? Vas-y, Pierre.

M. Pierre Duchesne: M. Aussant, est-ce que vous réalisez que, si vous étiez des indépendantistes convaincus, vous affaiblissez cette aile-là au sein du Parti québécois?

M. Aussant: Je demeure aussi souverainiste que je l'étais au sein du Parti québécois ou à l'extérieur. Je pense que la souveraineté va se faire dans un contexte beaucoup plus large que celui d'un simple parti politique, bien que le véhicule pour y arriver, à mon sens, demeure encore le Parti québécois. Et, comme je l'ai dit, je demeurerai un allié de tout temps dans tout ce qu'ils vont entreprendre de souverainiste; il n'y a aucun doute là-dessus.

M. Pierre Duchesne: Qu'est-ce qu'il y a de difficile, dans votre décision aujourd'hui, parce que ça semble difficile pour vous?

M. Aussant: C'est très difficile. On est plus d'une cinquantaine au caucus et ce sont tous des gens que je considère des amis et des collègues très appréciés, et je sais que des décisions comme celles-là vont causer évidemment des réactions émotives de part et d'autre, et c'est le côté émotif de la chose qui est très difficile. J'ai peut-être une apparence très rationnelle, mais on est tous des émotifs.

Le Modérateur (M. Rhéal Séguin): Michel Pépin.

M. Pépin (Michel): Vous dites que c'est Jean Charest qui est responsable de tout ça, M. Aussant, mais ce sont des députés péquistes qui démissionnent. Où est la logique dans tout ça?

M. Aussant: La logique, elle est que, au Parti québécois, il y a des gens qui ont encore leur liberté de parole, il y a des gens qui disent ce que tout le monde devrait dire. Et, le Parti libéral, c'est déplorable de les voir tous en ligne derrière les décisions incompréhensibles, derrière un chef qui est au fond du baril dans la population. Il n'y a pas un chat qui se lève pour dire quoi que ce soit. Et j'espère que ce que les gens du PQ font va inspirer les gens du Parti libéral à faire la même chose parce que le problème actuel, en politique au Québec, n'est pas dû à Pauline Marois, il est dû aux chefs de partis qui ne veulent pas reconnaître qu'il y a une autre façon de faire de la politique, une façon de toujours dire ce qu'on pense et une façon de ne pas y aller de façon partisane, et le Parti libéral est responsable au premier chef de ça. Et donc ça s'adresse à tous les chefs, ce message-là, et j'espère qu'il y a des libéraux qui, contre leurs traditions, vont avoir le courage de se lever puis de dire ça à leurs chefs et aussi à leurs collègues.

M. Pépin (Michel): Quelle est vraiment la raison de votre démission: la gouvernance souverainiste, le discours politique qui ne vous convient pas? Est-ce que ce n'est pas beaucoup demander à Mme Marois de ce côté-là d'être cet acteur de changement important dans la politique? Mais est-ce qu'on ne revient pas finalement à la gouvernance souverainiste, qui a été adoptée au dernier congrès, qui ne fait pas votre affaire?

M. Aussant: Je vous dirais que la raison de mon départ, c'est un ensemble de facteurs, et je voudrais souligner que ce n'est pas relié à l'amphithéâtre de Québec. Évidemment, dans ce dossier-là, il y a des tactiques de la part de tous les partis qui ont été de la vieille politique, et je le déplore, mais ce n'est pas l'amphithéâtre, ce n'est pas le retour des Nordiques qui fait que je prends cette décision-là. J'espère que les Nordiques vont revenir et je pense que Québec mérite des installations culturelles et sportives dignes d'une capitale.
Ce qui me fait quitter, c'est que je pense qu'avec la direction actuelle du Parti québécois et son entourage élargi, il n'y en aura pas, de changement de façon de faire, et comme je suis... j'étais au sein du Parti québécois, c'est à eux que je m'adresse. Je voudrais bien m'adresser à Jean Charest, mais je n'ai aucun accès à son caucus ni à son entourage, mais, comme je le disais, lui, d'abord est responsable de ce qui se passe et, franchement, s'il y a un grand ménage à faire, il devrait être le premier à partir, au Québec, ça, c'est certain.

Le Modérateur (M. Rhéal Séguin): Antoine Robillard.

M. Robitaille (Antoine): Robitaille.

Le Modérateur (M. Rhéal Séguin): Robitaille, excuse.

M. Robitaille (Antoine): Vos collègues Alexandre Cloutier et Véronique Hivon sont venus vous voir tout à l'heure? Qu'est-ce qu'ils vous ont dit?

M. Aussant: On a eu beaucoup de discussions avec tout le monde. Je n'ai pas pu les voir tout à l'heure, mais on a eu beaucoup de discussions la semaine dernière et ces derniers jours. Ça a été des journées très difficiles d'ailleurs. Je pense que tout le monde est fatigué chez nous. Quand je dis «chez nous», c'est encore le Parti québécois, mais tout le monde est fatigué au Parti québécois, moi aussi. Ça a été des journées difficiles, mais je ne les ai pas vus aujourd'hui. On s'est vu dernièrement.

M. Robitaille (Antoine): Mais là votre geste affaibli le Parti québécois considérablement, puis la cible de vos attaques, c'est Jean Charest qui, lui, se retrouve, d'une certaine façon, raffermi dans sa position.

M. Aussant: Moi, je ne pense pas que mon geste va affaiblir vraiment le Parti québécois. Ce n'est quand même pas la Troisième Guerre mondiale qui se déclenche, c'est le député de Nicolet-Yamaska qui se retire du caucus. Donc, on va quand même relativiser les choses. Le Parti québécois est un parti solide et, même avec la décision que je prends aujourd'hui, je n'ai aucune retenue à dire que Pauline Marois serait bien meilleure que Jean Charest pour gérer le Québec. Ça, il n'y a aucun doute là-dessus.
Seulement, moi, je suis venu en politique pas pour gérer une province, je suis venu en politique pour faire la souveraineté, et c'est dans ce contexte-là qu'il faut se demander si les gens veulent suivre le chef actuel. Et, aussi cruel que ça puisse sembler, je ne pense pas que Mme Marois soit la chef que les gens veulent suivre pour faire un pays. Ça ferait peut-être une très bonne première ministre, et, les collègues qui veulent la suivre là-dedans, je les respecte, je comprends leurs décisions aussi et je veux aussi souligner le fait que je ne suis pas, moi, un courageux qui sort du caucus et tous ceux qui restent sont des lâches qui n'osent pas parler, ce n'est absolument pas ça. Si vous connaissiez la dynamique du caucus au Parti québécois, vous verriez que les gens disent ce qu'ils ont à dire, et c'est un parti d'échanges. Mais...

M. Robitaille (Antoine): Alors, qui? Qui pourrait faire le pays?

M. Aussant: Je n'ai pas de réponse à ça, mais ce que je conçois, moi... ce que je perçois par contre, pardon, c'est que Mme Marois, actuellement, dans la population au sens large, n'a pas assez de tirant auprès de la population pour qu'on puisse faire un référendum gagnant avec elle, je le pense. Je sais que c'est très difficile à entendre peut-être, et c'est difficile pour moi de le dire aussi parce que, comme je vous ai dit, je la respecte beaucoup et j'ai de l'affection pour elle. Mais, de façon réaliste, moi, je suis venu en politique pour faire la souveraineté et je ne pense pas que la chefferie actuelle au Parti québécois nous y mène, même si je pense qu'elle ferait, à cent miles à l'heure, un meilleur premier ministre que M. Charest, il n'y a aucun doute là-dessus. Moi, je ne suis pas venu pour gérer une province. Si le résultat des prochaines élections, c'est qu'elle devient premier ministre, ce sera une bonne nouvelle pour le Québec, mais, moi, mon engagement, il est uniquement sur le plan de la souveraineté, il n'est pas pour devenir ministre d'une province.

Le Modérateur (M. Rhéal Séguin): Robert Plouffe.

M. Plouffe (Robert): Oui. Mais là, vous allez m'expliquer, M. Aussant, parce qu'il y a quand même ce qu'on pourrait appeler un timing, là. Pourquoi décidez-vous aujourd'hui de le faire justement au moment où trois autres ont donné leur démission en contestant ouvertement le leadership de Pauline Marois, et c'était quand même relié au projet de loi n° 204?

M. Aussant: On aurait pu le faire à quatre hier, mais je voulais que mes propos soient les miens uniquement et que les leurs ne me soient pas attribués. C'est tout simplement ça. Donc, j'avais des raisons de faire ce que je fais là; ils avaient leurs raisons aussi, vous les avez entendus hier. Et je pense que, dans certains... Les raisons sont peut-être similaires, et vous parlez d'un problème de chefferie ou de tactique politique, mais j'avais mes propres raisons et je ne voulais pas les imputer à qui que ce soit, donc j'ai décidé de le faire moi-même.

M. Plouffe (Robert): Mais le projet de loi n° 204, vous étiez pour? Vous étiez contre? Cette façon de faire de Mme Marois, est-ce que c'est ça qui vous amène, vous aussi, à cette espèce de goutte d'eau qui fait déborder le vase? Est-ce que c'est comme ça qu'il faut le comprendre? Et, à votre connaissance, puisque vous avez eu des discussions, y a-t-il d'autres membres au sein du Parti québécois qui pourraient vous imiter?

M. Aussant: Je n'ajouterai pas de métaphore à la goutte qui fait déborder le vase, je pense qu'il y en a eu plein, des images dans les dernières heures, mais je n'ai pas aimé du tout la façon dont mon parti a fait ça et je l'ai dit. Puis je pense que la motivation derrière la décision du parti était d'abord clientéliste et électoraliste, ça, tout le monde l'a vu, tout comme les libéraux et tout comme tout le monde a agi dans ce dossier-là. Je pense qu'il n'y en a pas un qui a mieux fait que les autres, et je me serais attendu à ce que mon parti fasse mieux que les autres. Mais, ceci dit, ce n'est pas la raison qui me pousse à me retirer du caucus, je vous l'ai dit et je le répète, c'est la souveraineté que je veux faire, moi, et je pense qu'actuellement les choses sont mal alignées pour qu'on la fasse avec la direction actuelle au Parti québécois.

Le Modérateur (M. Rhéal Séguin): Martine Biron.

Mme Biron (Martine): J'aimerais ça revenir sur ce que Robert dit, c'est-à-dire que vous partez à un moment où le parti est en crise. Est-ce que ce n'est pas un manque de loyauté que de quitter le bateau à ce moment-ci? Est-ce que ce n'est pas important, la loyauté en politique?

M. Aussant: Bien, je pense que de remettre en question le chef ou la chef, oui, c'est une crise - vous avez le bon mot - et je suis loyal à la cause souverainiste et non pas à une personne qui voudrait la porter. Donc, Mme Marois, je vous l'ai dit, elle a toute mon estime pour ce qu'elle a fait pour le Québec, elle ferait une excellente première ministre, mais je ne suis pas sûr qu'elle pourrait amener le Québec vers un oui gagnant et, moi, je suis en politique pour ça. Donc, je vais m'investir de mon côté plutôt que de m'investir dans le caucus qui est dirigé par elle. Et la question de la loyauté, dans mon cas, elle demeure envers la souveraineté avant tout. Donc, ce n'est absolument pas contradictoire: je suis loyal envers la cause pour laquelle je suis venu en politique et je vais continuer.

Mme Biron (Martine): Est-ce que vous pensez que, seul de votre côté, vous allez pouvoir mener le Québec à la souveraineté?

M. Aussant: Évidemment pas, mais je vais faire ma partie, je vais faire ma petite partie dans tout ça et, si je peux être utile, je le serai là où je pourrai l'être. Mais je n'ai jamais... je n'ai jamais conçu tout faire ça tout seul. Il n'y a personne qui peut faire ça tout seul.

Mme Biron (Martine): Ce n'est pas un coup de cochon à faire, finalement, à Mme Marois, à ce moment-ci, qui est dans la crise de l'amphithéâtre, de partir sur une tout autre question?

M. Aussant: Bien, je vous dirais... Vous avez parlé vous-même de la crise au Parti québécois. Je pense que c'est aussi bien que ça arrive tout d'un coup que de faire ça de façon émiettée pendant tout un été ou pendant toute une session parlementaire. Je pense que tous ceux qui ont à partir ou avait à partir doivent le faire en même temps. Comme ça, c'est nettoyé, puis ensuite on passe à autre chose, et les arguments sont entendus. Donc, je pense que, s'il y a à y avoir une crise au Parti québécois, elle est aussi bien d'être majeure et qu'on la règle une fois pour toute que d'avoir des petites crisettes à chaque deux semaines. Donc, moi, je ne vois pas en quoi c'est pire que les gens se signalent tous en même temps ou à peu près dans la même période de temps que de le faire sur une période étalée. Je pense que c'est mieux.

Le Modérateur (M. Rhéal Séguin): Taïeb Moalla.

M. Moalla (Taïeb): Vous étiez perçu comme proche de Mme Marois. Il y a deux mois, au congrès du PQ, avez-vous voté la confiance en Mme Marois?

M. Aussant: Oui. Et je suis un optimiste et je donne plusieurs chances et j'avais tout à fait, en bonne foi, donné mon appui à Mme Marois et, je pense, tout mon exécutif aussi. Donc, ce n'était pas une question d'essayer de la renverser à la veille du congrès ou après le congrès. Je lui ai donné mon appui, même si j'avais les mêmes réticences que j'ai aujourd'hui. Je voulais être constructif. Mais plus le temps avance et plus les événements se produisent, ma conclusion est que la souveraineté va se faire avec quelqu'un d'autre que Mme Marois, même si, je le répète, elle ferait une bien meilleure première ministre que Jean Charest.

M. Moalla (Taïeb): N'y a-t-il pas une contradiction fondamentale entre dire qu'il y a moins de deux mois vous avez accordé votre confiance à Mme Marois et dire en même temps que ce n'est pas la personne qui ferait la souveraineté du Québec?

M. Aussant: C'est-à-dire que, comme je vous ai dit, je suis un optimiste, et je veux bien donner des chances, et je veux bien voir si les choses vont évoluer, mais ce n'est pas ce que j'ai vu. Et je vous dirais que la décision de l'amphithéâtre ne m'a pas du tout encouragé dans cette direction-là. Je vous l'ai dit, ce n'est pas ça qui fait que je prends la décision que je prends aujourd'hui, et qui est longuement mûrie, je le signale, mais disons que ça m'a ramené assez rapidement à ce que je n'aimais pas de la direction actuelle.

M. Moalla (Taïeb): Vous êtes le fameux A dans le ABCD de la souveraineté. Là, c'est le A qui part, là, c'est... le projet... Est-ce que le projet est plus proche de la mort que de la résurrection?

M. Aussant: Ce sera au Parti québécois de gérer ça, mais le A... S'il y en a qui veulent m'entendre parler de souveraineté, ils savent où me joindre, et je vais parler de souveraineté. Donc le A est encore là, puis je suis ouvert à tout ce qui est ouvrable en termes de tribune pour parler de souveraineté. Mais le parti aura à gérer la suite des choses. Ça, ce n'est pas mon ressort.

Le Modérateur (M. Rhéal Séguin): Mathieu Boivin.

M. Boivin (Mathieu): Mme Marois ne comprend pas, à votre point de vue, ce qui ferait d'elle une personne qui ne pourra pas faire un pays. Qu'est-ce qu'elle ne comprend pas? Qu'est-ce que vous essayez de lui faire comprendre qui ne lui rentre pas dans la tête, si je peux m'exprimer ainsi?

M. Aussant: Je n'ai jamais prétendu qu'elle devait comprendre ce que je dis. Je ne prétends pas non plus avoir la vérité et j'ai peut-être tort sur toute la ligne, sauf que c'est la décision que je croyais bonne de prendre, dans mon cas, aujourd'hui. Mais, je l'ai dit dans mon court texte, là, je pense que les gens qui sont là depuis 10, 20, 30 ans pensent peut-être différemment des nouveaux qui viennent d'arriver. Et le Québec est rendu là, j'en suis convaincu. Les gens qui ont survécu et qui ont bien fait dans un moule donné pendant 30 ans, comme Jean Charest aussi, ne peuvent pas être ceux qui vont changer ce moule-là, puis ils ont les réflexes de revenir à ce qu'ils faisaient... qui les a fait survivre dans ce moule-là. Donc, je n'essaie pas de convaincre Mme Marois de renier son expérience et sa façon de faire les choses. Je ne suis simplement pas d'accord avec ça et je pense que la décision responsable à prendre, c'est de me retirer du caucus plutôt que de rester dans le caucus puis d'être toujours un élément perturbateur; ça, ce n'est absolument pas constructif.

M. Boivin (Mathieu): Je comprends, mais j'essaie de comprendre bien concrètement. Des exemples. Je ne sais pas si vous pouvez nous fournir des exemples de choses qu'elle a faites où elle a erré, vraiment, de façon fondamentale par rapport à ce que vous pensez être la bonne chose...

M. Aussant: Bien, vous comprendrez que ce qui se passe dans un caucus doit rester dans le caucus. Mais, de façon globale...

M. Boivin (Mathieu): ...caucus...

M. Aussant: ...je vous dirais que la façon dont on mène les travaux parlementaires, les stratégies de communication, tout ça, vient de la chef ou de son entourage, et moi, je pense que les Québécois s'attendent et ont droit à quelque chose de différent. La période de questions... Encore une fois, je reviens à Jean Charest, c'est lui, l'ultime responsable - excusez-moi le terme - du bordel qui prévaut dans cette période de questions là. Mais l'opposition pourrait faire des efforts, même si ces efforts frappent un mur devant de basses tactiques. Je pense que la population, à terme, va comprendre qu'il y a une des parties qui fait un effort et que l'autre partie est simplement de mauvaise foi. Et, moi, je n'ai pas vu ça, pour l'instant, au Parti québécois et j'en suis déçu. Mais je pense que le Parti québécois pourrait être plus blanc que blanc dans sa façon d'agir en Chambre, même si le Parti libéral continue ses basses tactiques et que le Parti québécois, dans le court terme, perdrait à faire ça. Parce que vous savez tous que, quand quelqu'un triche et que les autres ne trichent pas, celui qui triche a souvent tendance à avoir le haut du pavé, mais c'est temporaire. Parce qu'à un moment donné les gens se réveillent puis ils voient bien qu'il y en a un dans la gang qui fait ça tout croche. Actuellement, c'est définitivement Charest, Jean Charest, le croche en chef.

Le Modérateur (M. Rhéal Séguin): Robert Dutrisac.

M. Dutrisac (Robert): J'essaie un peu de comprendre, M. Aussant. En 2008, Mme Marois était chef du Parti québécois. Vous vous êtes présenté sous sa gouverne, sous sa bannière. Qu'est-ce qui a tant changé en Mme Marois? Mme Marois, elle est connue depuis des années, c'est une politicienne aguerrie qui a son style, qui a sa manière de faire. Alors, en quoi est-elle différente aujourd'hui qu'elle l'était en 2008?

M. Aussant: Je ne sais pas si elle est différente, c'est peut-être moi qui la connaissais moins à l'époque. Mais je savais très bien avec qui je m'embarquais comme chef à l'époque et j'étais très fier de penser qu'elle serait la première première ministre du Québec, et ça va peut-être arriver aussi. Mais c'est peut-être moi qui ai découvert plus sur la façon dont les choses fonctionnent de l'interne. Je suis un nouveau député de 2008, ça va faire bientôt trois ans, et évidemment je ne connaissais pas les réalités, que je connais aujourd'hui, à l'époque. Est-ce que j'aurais fait le saut à l'époque sachant que j'en arriverais à ça aujourd'hui? Peut-être que j'aurais travaillé autrement à faire avancer la souveraineté en attendant qu'une personne que, je pense, les Québécois suivront arrive. Mais c'est la réponse que je peux vous donner. Je ne pense pas qu'elle ait changé beaucoup depuis 2008, c'est peut-être moi qui en ai appris plus.
Et, encore une fois, je veux répéter que j'ai un immense respect pour elle. Elle a sa façon de voir les choses, et ce n'est pas parce que je suis en désaccord avec ça que j'ai raison et qu'elle a tort. C'est juste une différence... une divergence d'opinions et, à ce moment-ci, je pensais beaucoup plus sage de me retirer du caucus que de rester à l'intérieur et d'être un élément perturbateur.

M. Dutrisac (Robert): Comment entendez-vous faire avancer, justement, la souveraineté? Quel type de stratégie vous envisagez? M. Curzi disait hier que le PQ n'avait pas le monopole de la souveraineté, de l'option. Alors, comment envisagez-vous la suite des choses?

M. Aussant: Bien, je pense que le PQ n'a jamais eu le monopole de la souveraineté, bien qu'il soit le vaisseau amiral, là, on va s'entendre là-dessus. S'il y a un parti qui peut, à court terme, prétendre à ça, c'est bien le Parti québécois. Il y a des moyens qui n'existaient pas il n'y a pas très longtemps, là. La technologie a beaucoup évolué; les moyens de communication ont beaucoup évolué. Je vais aussi, au cours des prochaines semaines et des prochains mois, apprendre tous les outils parlementaires qui sont à ma disposition et je suis convaincu qu'avec un mixte... un «mix», pardon, d'interventions au Parlement ou dans les institutions aussi et les réseaux sociaux et les conférences en personne, en chair et en os, je suis convaincu qu'il y a moyen de faire avancer la cause de la souveraineté, même si on n'est pas dans le caucus du Parti québécois. Il y a des gens qui le font déjà, qui sont des souverainistes reconnus et qui ne sont pas au sein du Parti québécois. Et l'avenir est ouvert, de toute façon, on verra bien comment tout se développe, mais c'est clair qu'on peut aller convaincre des fédéralistes ou des nationalistes sceptiques du bien-fondé de la souveraineté, même si on n'est pas un député du Parti québécois, ça, c'est... il n'y a aucun doute.

Le Modérateur (M. Rhéal Séguin): Geneviève Chacon.

Mme Chacon (Geneviève): En fait, j'ai deux questions. La première, vous disiez tout à l'heure à Taïeb que vous aviez appuyé Mme Marois. Qu'est-ce qui s'est passé depuis le vote de confiance où vous étiez, à ce moment-là, optimiste?

M. Aussant: Je serai toujours optimiste et le suis encore mais je pense que, je vous l'ai dit, c'est une accumulation d'événements ou de constatations qui fait que je prends la décision que je prends aujourd'hui. Mais la première grande décision qui a été prise après le congrès, et son 93 %, c'était celle-ci, celle dont on discute 24 heures sur 24 ces jours-ci et celle à laquelle on attribue le départ de quatre personnes.
Mais je suis convaincu, je ne parlerai pas pour mes collègues d'hier, mais ce n'est pas l'amphithéâtre qui les a fait prendre cette décision-là, c'était juste un élément dans la donne. Mais je pense que cette décision-là, moi, m'a illustré le fait qu'on était prêts, dans la direction actuelle du parti, à jouer le même genre de jeu que Jean Charest et sa clique, et, moi, je ne suis pas venu dans un parti pour jouer à ça, mais pas du tout.
Et je voudrais aussi signaler que, dans tous les partis, les chefs obtiennent des scores phénoménaux aux congrès, Jean Charest a eu encore plus que 93 %, il est dans le fond du baril auprès de la population. Donc, un score dans un congrès auprès de ses militants qui sont parfois choisis, c'est une chose, mais un score auprès de la population, c'est autre chose, et ça s'applique à tous les chefs de parti.

Mme Chacon (Geneviève): Donc, c'est comme si vous aviez eu la preuve noir sur blanc de ce que vous pressentiez. C'est un peu ça que vous dites?

M. Aussant: Bien, preuve noir sur blanc, ça a été un élément de plus qui m'a déplu dans la façon de faire les choses. Et, encore une fois, je ne dis pas que j'ai raison et qu'ils ont tort, mais je suis en désaccord avec ça et je préfère me retirer que d'être un élément perturbateur.

Mme Chacon (Geneviève): Et maintenant ma deuxième question, c'est par rapport aux jeunes. Vous dites: Je ne veux pas leur jeter la pierre, je ne suis pas le courageux qui m'exprime aujourd'hui, alors que les autres sont peut-être des pleutres. Vous dites: Non, non, ce n'est pas ça qui se passe. Mais qu'est-ce qui se passe chez les jeunes? Hier, Mme Beaudoin a dit: C'est facile pour moi de parler, j'ai ma carrière derrière moi. Qu'est-ce qui se passe chez les jeunes au PQ en ce moment, ceux qui ne parlent pas?

M. Aussant: Quand je dis «jeune», ce n'est pas en âge, c'est en façon de penser. Vous savez qu'il y a des jeunes politiciens qui pensent vraiment comme de vieux politiciens et des nouveaux élus qui ont la soixantaine, qui veulent changer les choses. Donc, ça n'a pas rapport à l'âge, ce que je dis, ça a plus rapport à l'expérience politique ou au renouveau de cette expérience-là. Et le caucus du Parti québécois, j'en suis convaincu, est bourré de députés d'avenir qui vont devenir des géants.
Vous savez, dans l'équipe de 1976 de René Lévesque, les gens qui sont arrivés là au début, là, c'étaient tous des illustres inconnus avant de devenir des géants. Le temps a fait son oeuvre dans ce cas-là. Et, au Parti québécois actuellement, je suis convaincu qu'il y en a une bonne poignée de ces futurs géants là. Donc, moi, je... Je veux insister là-dessus. Je laisse tous mes collègues parler pour eux-mêmes, ceux d'hier, je veux dire. Moi, je ne considère pas du tout que je suis plus courageux que mes collègues parce que je fais ça aujourd'hui. C'est simplement que ma façon d'analyser ce qui se passe actuellement en politique au Québec, en particulier au Parti québécois, ne cadre plus avec la façon dont, moi, je veux faire les choses. Et j'ai décidé de me retirer plutôt que d'être la bibitte qui fatigue tout le temps, donc ça, je l'ai dit et je le répète.
Mais, si eux ont décidé de poursuivre à l'intérieur du caucus et de faire leur travail de l'intérieur du caucus, je respecte ça à 100 %, et ils ont peut-être raison, j'ai peut-être tort, le temps le dira, mais ce n'est pas du tout un désaveu de mes collègues. Je les respecte énormément puis j'espère qu'il y a des amitiés sincères qui vont se poursuivre.

Le Modérateur (M. Rhéal Séguin): Louis Lacroix.

M. Lacroix (Louis): Vous dites que vous êtes là pour faire... vous êtes en politique pour faire la souveraineté. Vous dites également que Pauline Marois n'est pas la personne, à votre avis, qui pourrait mener le Québec vers la souveraineté. Est-ce que vous croyez que Mme Marois devrait démissionner à titre de chef du PQ?

M. Aussant: Mon style n'est pas très «langue-de-boisien». Oui, je pense que Mme Marois devrait penser à la cause souverainiste d'abord. Je suis convaincu, comme je l'ai dit, qu'elle ferait une meilleure première ministre que Jean Charest, mais, au Parti québécois, quand on prend le pouvoir, c'est pour faire la souveraineté et, tout le monde, vous voyez la même... la même réalité, je ne pense pas que Mme Marois puisse convaincre les fédéralistes de joindre l'option du Oui dans un référendum. Sa popularité auprès des militants est peut-être très forte, mais, dans la population, elle n'est pas vraiment très forte. Et, même si je ne doute absolument pas de ses compétences de gestionnaire, je pense que, pour faire un pays, il faut plus qu'une bonne gestionnaire: il faut quelqu'un qui incite les citoyens à nous suivre et à être emballés par le projet, et je ne pense pas malheureusement que ce soit Mme Marois, aussi difficile que ce soit pour mes collègues de m'entendre dire ça et pour moi de le dire. C'est la réalité, c'est ma réponse, c'est ce que je pense et c'est ce que je vous dis.

M. Lacroix (Louis): Qui devrait la remplacer?

M. Aussant: Vous savez, je ne pense pas qu'il y ait de sauveur, mais, quand on est convaincus que la personne en place n'est peut-être pas la bonne, on est prêts à essayer autre chose. Je ne sais pas qui est la bonne personne, je ne sais pas s'il y a un sauveur, je ne sais pas si une telle chose existe, mais, moi, je me suis retiré du caucus parce que je ne pense pas que mon objectif premier, qui est de faire la souveraineté, sera réalisé avec Mme Marois. C'est la réponse que je peux vous donner.

M. Robitaille (Antoine): Seriez-vous intéressé, un jour, par la direction du parti?

M. Aussant: J'aime trop la vie.

Le Modérateur (M. Rhéal Séguin): On va passer aux questions en anglais. Tim Duboyce, CBC.

M. Duboyce (Tim): So, I guess my first question is, you know, what happened? For you, what happened?

M. Aussant: I would say it's a buildup, really. I want to make clear it's not because of Bill 204, it's an accumulation of circumstances and decisions that have been made by Mme Marois and her colleagues, her close colleagues, in the last few months and in the last few years, I would say, even. And I don't recognize myself in that way of doing politics. I joined the Parti québécois to help build the country we want to build as sovereignists, that's the main reason why I'm here in politics, and I also wanted to do things differently, not the old-fashioned Liberal type of politics, and sadly what I've realized is that the close collaborators of Mme Marois are quite at ease with that old way of doing politics. And I don't share that vision and I thought it was preferable to just withdraw from the caucus than stay in and be just an annoyance.

M. Duboyce (Tim): In terms of Pauline Marois' abilities and accomplishments, you talked about those things, but what for you is her main shortcomings in terms of achieving your primary goals in politics?

M. Aussant: Well, as you said, I admire her background, she has done many great things for Québec. She has had more positions than any other elected Members of Parliament in the history of Québec. So, that's a feat no one else has achieved. But, I think, to convince the population of Québec that they should vote yes and give themselves a country, you need more than good management skills, you need to inspire them, you need to make them want to run where you run, and I don't think it's the case right now unfortunately for Mme Marois, unfortunately for all of us.
So, I think, if you see politics in the context of grabbing power and managing the province, maybe she's the right person. If you see politics in terms of having a winning referendum as soon as possible, I personally don't see that coming with Mme Marois, so that's why I'm withdrawing.

M. Duboyce (Tim): ...do it?

M. Aussant: I don't know. I don't know and that's a very honest answer. I don't know, but, when you have a certain... a certainty that the person in place is not the right one, you're ready to see what's coming next. And, once again, I want to restate that I admire Mme Marois, I respect her highly, but I don't think she's the one who could have a winning referendum. So, I'm withdrawing from the caucus.

Le Modérateur (M. Rhéal Séguin): Kai Nagata.

M. Nagata (Kai): You could have been a minister in two years.

M. Aussant: Who knows? I didn't come to politics for a limousine. You know, if I really wanted a limousine, I would go back to private sector and buy one. So, I'm not here for that.

M. Nagata (Kai): You just became a father. Yesterday, we saw three people quit who were 65 or older. What does it say to have someone your age with your energy leaving now?

M. Aussant: I think politics is a question of mentality, it's all in the mind, it's not the age. As I said in French earlier, some young politicians think like old-timers and some old-timers think like new... new offsprings who want to change things. And I don't just believe it's a question of age. Of course, energy is a factor but it's all in what you want to do really.

M. Nagata (Kai): You're the A in the «ABCD de la souveraineté». Your colleague, Mr. B., stormed out of the caucus just now. Is he an ally of yours? Do you see eye to eye? Is he frustrated as well?

M. Aussant: I'll let him speak for himself for sure, but, all I can tell you, he's a good friend, I hope that remains, but what he wants to do with his political life belongs to him. We shared office, we have the same shared space, office space. We are indeed quite close, but he will speak... he knows how to speak for himself, believe me. So, if you have questions for him, he'll answer them.

M. Nagata (Kai): And your colleagues? Can you just describe the discussion that you had with Véronique Hivon and M. Cloutier?

M. Aussant: I don't think anyone in the caucus is extremely surprised that I'm withdrawing today. You know, we've been having a lot of discussions in the caucus on all aspects of political life and political choice, and I've often made my point quite clear that I wanted something different. So, I don't think anyone is coming out of the blue today saying: What's he done? I don't... Well, I like to think they're not happy with my decision but I don't think they're surprised and I want... I want to say again that they all have my outmost respect and they're a great bunch of politicians. And I really wish Quebeckers a government led by those people. But what I want to do in politics is sovereignty more than manage a province, so that's why I'm withdrawing at this point, but the potential of that caucus is phenomenal.

Le Modérateur (M. Rhéal Séguin): Angelica Montgomery.

Mme Montgomery (Angelica): So, if the Parti québécois got a new leader, would you go back?

M. Aussant: Everything is open. I would say it depends on the leader, of course. But, at this point, my decision is to act as an independent Member of Parliament. I don't know how long it will last but I can't answer right now that question. The future will tell.

Mme Montgomery (Angelica): What kind of impact do you think your leaving will have on the Parti québécois?

M. Aussant: I hope nothing more than just help them reflect on what they should do for the interest of Québec. And, as I said, it's not the beginning of the Third World War. It's just the deputy of Nicolet-Yamaska quitting the caucus. So, I think it's not that big a deal and, as I said, with all the potential that lies in that caucus, I'm sure they will find a way to mend and they'll go on.

Mme Montgomery (Angelica): Can I ask, just for the English, do you think Pauline Marois should resign?

M. Aussant: As I said in French, if she wants to be a Prime Minister, I'm quite sure she'd do a good job. If she wants sovereignty to come quick, I think someone else could do a better job. So, that's... It depends on what you want to do in politics. So, she would definitely be a better Prime Minister than Jean Charest. There's no doubt about that. But I'm here to work on sovereignty and I don't think she's the one Quebeckers will want to follow at a very high rate towards sovereignty. That's a very cruel statement, it's a hard one to say, it's probably a hard one to hear from them, but that's what I think.

Le Modérateur (M. Rhéal Séguin): Kevin Dougherty.

M. Dougherty (Kevin): Yes. Mr. Aussant, you have a... I understand that you say you want sovereignty, but, to have sovereignty, you have to gain power and, I mean, I'm just trying to understand what you're saying. You're saying that Pauline Marois... I mean, she talks about «un gouvernement souverainiste», you know she talks about... without setting a date for referendum. Do you think that she's kidding herself or kidding the public when she says that? Where do you think she stands?

M. Aussant: I have no doubt at all that Pauline Marois is a sovereignist. That would be a joke to state otherwise. Of course, she is a sovereignist . What I think is that she may not... Actually, I think she's probably not the right person to fulfil that destiny for Québec. So, I don't know what else to say. I just think she would be probably a good Prime Minister but I think Parti québécois, the Parti québécois needs more than a good Prime Minister at its helm, it needs someone who can inspire the population to follow him or her towards a winning referendum, and I think that, if Parti québécois got back to power for one or two mandates and did not have a winning referendum during that time frame, that would hurt the cause much more than waiting another term. I would... That's what I believe. I think if the main vehicle for sovereignty goes back to power and just manages a province, it will be the end of something big, and that's why, for me, even if I think Pauline Marois would be a much better Prime Minister than Jean Charest, I'm not here for that solely, I'm here for sovereignty and I don't see it coming with the actual... with the current direction.

M. Dougherty (Kevin): You talked about... You talked about... You have criticism of Mme Marois, you also criticize Mr. Charest, and, in a larger sense, you criticize the way politics is done, and just yesterday Mme Beaudoin made the same point. She said: The old politics people don't believe politicians anymore. So, how do you change that? You want a specific goal within a system. You know in our system now there is a party that says that it's in favor of that but you're saying that's not going to work. How do you get to where you want to go within our political system?

M. Aussant: I think all chiefs, all heads of parties should be changed. I'll be honest. I think we need a drastic change in Québec politics. You know, the two main parties, their heads have been there for decades. M. Charest knows nothing else in life than getting elected. That's what he's done his whole life. He doesn't know any other reality than that and he's not about to change the way he got the power. That's the only thing he knows in life. And I think that's the main cause for the very low participation rate of the last pole. To me, it's a catastrophe that 58 % of people would get out to vote, and only 58 % of people would get out to vote, and I think that would be resolved by a major change in the way in which we do politics and, I think, new and younger leaders in spirit will have to come up and take their own place, the right place.

Le Modérateur (M. Rhéal Séguin): I'll take a final question from Mr. Antoine Robitaille.

M. Robitaille (Antoine): Oui. Changer la politique, est-ce que ce n'est pas une profonde utopie et une utopie donc... Est-ce que ce n'est pas illusoire? J'écoutais Mme Beaudoin dire ça hier. Est-ce que la politique n'est pas faite de rapports de pouvoir, de ralliements, de... ensuite de départs fracassants? Est-ce que ce n'est pas ça, la politique? Est-ce qu'on peut changer? Comment on peut changer ça? Pas en twittant toujours, là? Comment on peut faire ça?

M. Aussant: Bien sûr que la politique est faite de rapports de pouvoir et de négociations. Ça, c'est clair que, dans tout système, ça va être ça, mais il y a façon de le faire autrement que par des intérêts partisans. Il y a moyen de négocier dans une situation donnée pour l'intérêt national, tout comme il y a moyen de négocier pour l'intérêt d'une région. Mais, actuellement, ce qu'on voit en politique, c'est que les négociations se font trop souvent pour les intérêts partisans et particuliers d'une clique. Et, dans le cas du Parti libéral, là, je ne vous ramènerai pas toutes les allusions et les insinuations qu'il y a eu récemment et, à un moment donné, quand il y a des allusions une après l'autre, il doit y avoir quelque chose qui bouillonne sous la marmite. Et d'ailleurs, moi, ça me fait dire que c'est exactement la raison pour laquelle il n'y en a pas, de commission d'enquête: c'est parce qu'ils ne veulent pas savoir ce qui en sortirait.
Mais, bref, changer le projet de loi, ce n'est pas du tout illusoire. Et ceux qui appellent naïfs ceux qui veulent changer la politique, c'est justement ceux qui devraient partir. Je pense que ceux qui sont à leur place en politique, c'est ceux qui veulent changer les choses et qui ne veulent pas accepter le moule établi. Cette espèce d'ensemble de règles qu'il faut absolument accepter telle ou telle chose, faire des compromis au détriment de ses principes pour faire avancer les choses, moi, je n'y crois pas, à ça. Je pense que ces gens-là, ceux qui pensent comme ça sont ceux qui doivent partir. Et c'est ceux qui sont un peu plus idéalistes en étant réalistes qui doivent prendre leurs places parce que... Puis c'est ces gens-là qui ont changé le monde dans l'histoire, ce n'est pas ceux qui acceptaient le statu quo et qui s'assoyaient dessus en protégeant leurs acquis.

M. Robitaille (Antoine): On entend souvent... Récemment, on a entendu souvent que M. Khadir faisait la politique différemment, avait des profondes convictions, parlait vrai et tout le bataclan. Est-ce que vous êtes d'accord avec ça?

M. Aussant: Je voudrais bien voir M. Khadir dans un caucus. L'unanimité chez M. Khadir, c'est son opinion, il est tout seul. Donc, je voudrais bien le voir dans un contexte de caucus où il doit parfois négocier justement et parfois expliquer mieux sa décision au lieu de juste aller devant une caméra l'établir. Moi, je ne suis pas en train de dire qu'il n'est pas bon de a à z mais, tout ce que je vous dis, c'est que, dans le caucus du Parti québécois, des Amir Khadir, en termes de convictions et en termes de désir de changer les choses, il y en a un paquet, et évidemment tout parlementaire qui est tout seul et qui n'a jamais personne à consulter et qui n'a jamais de conséquences sur ses collègues à considérer dans ses décisions va avoir l'air de quelqu'un qui a beaucoup d'idées et qui est beaucoup plus dynamique, mais c'est juste le fait qu'il soit seul en Chambre parce que...

M. Robitaille (Antoine): Peut-être que vous voulez la situation d'Amir Khadir? Si c'est ça, vous allez...

M. Aussant: Non, ce n'est pas le but. En fait, techniquement, ceux qui siègent indépendants ont tous les mêmes outils que M. Khadir, qui est un indépendant, mais l'objectif n'était pas de suivre les traces d'Amir Khadir du tout. L'objectif, c'est que je suis dans un caucus où je ne me reconnais plus dans les décisions de la direction et de son entourage et donc je préfère m'en retirer que d'être un élément perturbateur tout le temps. Donc, c'est assez simple comme décision, ça me semble rationnel, et je sais que ça froisse des gens, j'en suis conscient et j'en suis touché parce que les gens que ça froisse, c'est des amis. Mais j'en suis rendu là, puis c'est la décision que j'ai prise, je suis très à l'aise. Ce n'est pas du tout un coup de tête, c'est très réfléchi, et j'assumerai en grande personne les conséquences de ce que j'ai fait ce matin.

Le Modérateur (M. Rhéal Séguin): Qu'est-ce que Mme Hivon et M. Cloutier vous ont dit, durant le caucus, la réunion de ce matin, pour vous convaincre de rester?

M. Aussant: Comme je vous l'ai dit, je vais laisser mes collègues répondre à vos questions, ils sont tous très articulés, ils sont tous très intelligents, puis vous gagneriez tous à les entendre beaucoup plus d'ailleurs, cette relève du Parti québécois. Allez les voir. Je sais qu'il y a des noms établis, il y a des gens qu'on est habitué de voir tout le temps. Allez voir les nouveaux qui ont quelque chose à dire et vous allez découvrir que même vos jobs à vous vont devenir moins plates, ils ont des bonnes choses à dire.

M. Moalla (Taïeb): Est-ce que ça peut être tentant, pour vous, de rallier un autre parti, comme Québec solidaire, ou vous excluez ça?

M. Aussant: Je ne joindrai pas Québec solidaire plus que je ne joindrai le mouvement de M. Legault, qui va sans doute évoluer dans les prochaines semaines. Québec solidaire est peut-être souverainiste en principe, mais c'est le point numéro quoi de leur parti, de leur programme? Je ne pense pas que ce soit l'option fondamentale de Québec solidaire. Et d'ailleurs, aux dernières élections fédérales, M. Khadir s'est réjoui de l'élection de 59 députés fédéralistes au Québec, ce n'est pas ce que j'appelle un souverainiste en bonne et due forme. Non, je pense que M. Khadir voterait oui à un référendum, mais il n'est pas en politique pour faire la souveraineté. Moi, j'y suis.

Le Modérateur (M. Rhéal Séguin): ...merci beaucoup.

(Fin à 10 h 44)

 

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