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Point de presse de M. Amir Khadir, député de Mercier

Version finale

Le mardi 7 mai 2013, 15 h 43

Salle Bernard-Lalonde (1.131), hôtel du Parlement

(Quinze heures quarante-trois minutes)

M. Khadir: Alors, comme je l'ai mentionné en Chambre, au cours des derniers mois on a assisté à une répétition toujours du même scénario, de promesses en promesses. Le gouvernement péquiste, en fait, brise toutes ses promesses. Le PQ avait doublé, rappelons-nous bien, avait promis de doubler les revenus qu'on tire de l'exploitation des mines en changeant, bien sûr, le régime des redevances, mais en changeant une série d'autres choses, dont la Loi des mines qui attend toujours d'être changée. Et ça fait des années qu'on se prépare à ça. Pendant les trois dernières années, avec le PQ en opposition, on avait travaillé même sur ce sujet-là. Donc, ce gouvernement devait, en effet, être tout à fait prêt à adopter des mesures énergiques rapidement, libres de toute influence du secteur minier puisque c'est le secteur minier qui est en cause. On est en conflit d'intérêts si on s'assoie avec le lobby minier pour décider de l'avenir de nos ressources naturelles.
Il me semble que le PQ avait dit, lors de la campagne: À nous de choisir. Or, on réalise que ce n'est pas vraiment à nous de choisir quand le PQ est au pouvoir. C'est au lobby minier de choisir, et le lobby minier a choisi son régime grâce à un lobby excessivement puissant qui dispose de plus de 1 million de dollars de mandats octroyés à des firmes de relations publiques. Ça, ça ne compte même pas ce que l'industrie, à l'interne, dégage, des ressources pour faire des représentations, d'accord? Ça, c'est juste le mandat donné à des firmes de relations publiques, 1 million de dollars.
Juste pour vous donner une idée, à titre de comparaison, l'ensemble de la société civile: les syndicats, les groupes environnementaux et tout ça n'ont que 60 000 $ de lobbys inscrits par deux syndicats, je crois, et une... l'Initiative boréale, un groupe de citoyens. 1 million de dollars, au moment où on se parle. Ça, ce n'est pas dans le temps, parce que, si vous ajoutez sur les années ce qu'ils ont dépensé pour acheter les décisions des gouvernements libéraux et péquistes, ça ne finit plus. Et ça ne tient même pas compte quand ils plantent leur lobbyiste principal effectif, comme je l'ai vu faire comme député à l'Assemblée nationale, et je l'ai dénoncé quand il était là, M. Daniel Bernard, qui sillonnait les couloirs de l'Assemblée nationale en compagnie du chef d'Osisko, du président... enfin, du vice-président aux relations publiques d'Osisko, M. Coates, ou en compagnie du président d'Osisko, M. Roosen.
En fait, on apprend en plus que, parmi ces lobbyistes, il y a l'ancienne présidente, hein - c'est très commode, les portes tournantes entre le pouvoir... l'élite au pouvoir et l'élite de l'industrie - l'ancienne présidente de la commission des jeunes du Parti québécois, Mme Isabelle... j'ai un blanc de mémoire, je l'ai dans mes papiers... Mme Fontaine a des mandats actuellement pour des géants du minier. Ça, ce n'est pas des entreprises québécoises, là. Osisko, c'est un junior avec beaucoup de Québécois, soi-disant, à sa direction, mais Osisko est détenue à 92 % de ses parts d'actions par des intérêts étrangers. Je n'appelle pas ça une entreprise québécoise... et pour Tata Steel, un géant du fer à l'échelle internationale, une compagnie indienne.
Donc, des géants miniers peuvent considérer, toujours considérer le Québec comme une république de bananes, puisqu'avec le nouveau régime de redevances et l'absence de refonte importante de la loi des mines, à cause de ce lobby-là, bien, le sous-sol du Québec appartient aux intérêts privés - souvent, très souvent, en grande majorité, en termes d'actions puis d'investissements - étrangers plutôt qu'aux Québécois, alors que les Québécois ne veulent pas se contenter des redevances... d'une augmentation des redevances. Les Québécois n'attendent pas du gouvernement qu'il fasse juste ça ou qu'il fasse juste une refonte, de s'assurer qu'il y a des jobs, aussi bien payées soient-elles. Les Québécois, ce qu'ils s'attendent d'un gouvernement indépendantiste, c'est la pleine maîtrise de nos ressources. Où est passée la promesse du PQ qu'il faut enfin être maîtres chez nous? Je rappelle à mon ami Daniel, je rappelle à la ministre des Ressources naturelles, que je crois sincère dans sa volonté, il y a quelques temps, de voir quelque chose de changé par rapport au régime libéral, que vous avez fait des promesses au peuple québécois, et, comme indépendantistes, vous n'avez pas le droit de laisser le sous-sol du Québec entre les mains des géants de l'industrie minière.

M. Journet (Paul): M. Khadir, est-ce que vous croyez que le gouvernement aurait dû rencontrer moins souvent, n'aurait pas dû rencontrer les lobbyistes? Parce que je comprends votre critique, mais je comprends que votre critique n'est pas fondée sur des bases légales, là. Vous comprenez que c'est légal mais que ça n'en demeure pas moins inacceptable selon vous. Mais qu'est-ce que le gouvernement aurait dû faire? Je veux dire...

M. Khadir: Bien, je crois qu'il est temps qu'on réfléchisse à l'influence du lobby. Je crois qu'il est temps qu'on réfléchisse sur le maillage serré entre l'élite d'affaires du Québec, qui n'a jamais critiqué la corruption qu'on vit actuellement dans l'industrie de la construction, hein? J'entends encore les interventions énergiques de la chambre de commerce, la Fédération des chambres de commerce et des différents secteurs de l'industrie pour dire: Il y a un examen de conscience à faire. C'est cette industrie-là qui finance le lobby, et actuellement, clé en main, on leur offre le sous-sol québécois.
Pourquoi je dis clé en main? Les maigres redevances supplémentaires que M. Marceau va aller chercher, là, on va en dépenser quasiment plus à aller atténuer les effets négatifs sur le problème de pénurie de logement. Mme Marois vient d'annoncer, hein, 65 millions. Autrement dit, les contribuables du Québec paient pour la clé qui sert aux multinationales minières, c'est-à-dire les routes, les infrastructures, les logements.
Au moins, dans le temps des mines, là, dans le temps de Germinal, où Victor Hugo a écrit Germinal, les compagnies minières offraient le logement à leurs travailleurs...

M. Gagné (Louis): C'est Émile Zola.

M. Khadir: Je m'excuse. J'ai dit Victor Hugo. Émile Zola. Vous voyez mon inculture? Je suis tellement la tête dans les mines que je n'ai plus le temps de me rappeler de quoi que ce soit.
Donc, c'est ça, le problème. Il y a trop de lobbys au Québec. Il me semble qu'on attend de Mme Marois, qui est une indépendantiste, qu'au moins en matière de ressources naturelles elle ne demande pas la permission au secteur minier avant de décider quelque chose, qu'elle refuse les rencontres avec les présidents des grandes compagnies comme ArcelorMittal au lieu de se dépêcher d'aller les rencontrer comme elle l'a fait, je pense, c'était en janvier ou en février, à Davos.

M. Corbeil (Michel): On devrait s'abstenir de rencontrer le lobby de même que les présidents?

M. Khadir: Oui. Que les lobbys viennent dans les forums faire leurs représentations. Ils se sont fait entendre comme les citoyens. Les citoyens, eux, ils n'ont pas la possibilité de payer des millions de dollars pour se faire entendre derrière les portes closes. Ils viennent aux forums, aux débats publics ou dans des lettres aux journaux. On a eu une journée entière où l'industrie minière avait amplement l'occasion de faire ses représentations.
Là, là, on voit à quel point l'industrie du lobbyisme, toutes ces firmes de relation qui empochent des millions de dollars pour acheter des décisions du gouvernement, empêchent le peuple québécois d'être maître de ses décisions. C'est là, le problème. Ce n'est peut-être pas illégal, mais c'est parfaitement immoral. Parfaitement immoral.

M. Corbeil (Michel): ...et le registre, ce n'est pas une question...

M. Khadir: Bien, on a toujours dit...

M. Corbeil (Michel): En réalité, ce n'est pas suffisant.

M. Khadir: ...nous, on a un problème majeur avec ça. La loi pour instituer le commissariat au lobbyisme s'est faite dans les circonstances qu'on sait, alors que le gouvernement péquiste était attaqué de toutes parts, à la fin des années 90, pour les liens de proximité avec différents groupes, avec différents milieux d'affaires. Mais ça, ça ne consiste que juste à montrer les ficelles. Mais ce que ça veut dire, c'est qu'il y a encore des ficelles. Nous, on préfère qu'on coupe les ficelles qui font en sorte que les mains de nos gouvernements sont liées par le milieu des affaires à cause de cet argent, cette disproportion énorme entre les millions de dollars qu'eux peuvent investir et les faibles moyens à la disposition de la société civile, des groupes de citoyens, des groupes environnementaux.
Les gens d'Osisko, là, qui sont touchés par les excès d'Osisko... les gens, je veux dire, de Malartic, ceux qui vivent à côté du gros trou, la fosse qui a été creusée par Malartic, n'ont pas d'argent pour envoyer des lobbyistes ici, alors qu'Osisko possède des dizaines de milliers de dollars - je ne sais quelle est la valeur de son mandat - pour payer une ancienne présidente de la commission nationale des jeunes du PQ, qu'on devine avoir les bons liens qu'il faut, pour venir ici faire des représentations puis acheter la paix pour Osisko. Là, Osisko a obtenu de pouvoir faire des sautages plus longs, ne rend pas compte, hein... On a fait tout un plat à propos du nickel à Québec, dans Limoilou. Bien, les résidents de Malartic, là, sont aux prises avec de la poussière jaune, de la poussière toxique depuis des mois et des mois. Il n'y a rien qui est fait pour eux. Ils ne se font pas entendre. Ils n'ont pas de lobby.

M. Journet (Paul): Sur un autre sujet, vite, vite. Les groupes de...

M. Khadir: Est-ce qu'il y a d'autres questions sur d'autres sujets? Sur ce sujet.

M. Corbeil (Michel): M. Khadir, c'est juste pour tirer au clair. Dans le fond, ce que vous demandez, c'est que le gouvernement ne rencontre pas les minières. Pas plus...

M. Khadir: Bien, rencontrer les minières, on s'entend... mais quand c'est les minières encerclent les pouvoirs publics, quand les gouvernements se laissent encercler par le lobby du milieu des affaires, surtout des lobbys aussi puissants que les minières, on a un problème. Est-ce que c'est le peuple qui décide? Est-ce que les gens, quand ils vont voter un 4 septembre, est-ce qu'ils savent que ce n'est pas les gouvernements, ce n'est pas la première ministre qu'ils mettent au pouvoir qui décide, mais c'est les lobbys miniers qui viennent encercler le gouvernement?
Moi, j'attends, Mme Marois, une explication. Qu'est-ce qu'elle entend faire avec cette situation-là? On l'a vu, là, à chaque fois, c'est l'angoisse fiscale. À chaque fois, elle consulte. Elle veut déroger aux principes du déficit zéro, elle se sent obligée de rencontrer le président de Couche-Tard, le président de la Banque Nationale. Dans quelle république de bananes est-ce qu'on vit quand un gouvernement, une première ministre a le besoin de demander la permission du milieu des affaires, alors que tous les démocrates, dans la seconde moitié du XXe siècle, à commencer par les présidents des États-Unis, ont mentionné l'importance de prendre ses distances avec le milieu des affaires, qu'une trop grande proximité c'est un accroc à la démocratie? C'est un déficit démocratique grave, c'est l'argent qui achète le pouvoir. C'est l'argent qui achète les décisions. Il faut arrêter de permettre que l'argent puisse acheter les décisions comme les minières viennent de le faire pour les redevances minières.

M. Journet (Paul): Oui, vite, vite. Les groupes de défense des assistés sociaux, si j'ai bien compris, ce matin, ils demandent carrément la démission de la ministre Agnès Maltais. Est-ce que vous partagez cette demande-là?

M. Khadir: Écoutez, je pense qu'on est rendus à un tel déni de toutes les promesses de la part du PQ que c'est sûr qu'après toutes ces demandes qui sont restées lettre morte, toutes les représentations, toutes les pétitions, toutes les questions posées par Mme David, ma collègue, tous les secteurs, y compris les journalistes, les éditorialistes qui ont imploré Mme Maltais de revenir à la raison, je pense que là, devant cette espèce d'aveuglement et de refus de Mme Maltais d'accepter la raison, bien, je crois qu'il y a quelque chose de sage, enfin, de raisonnable de demander sa démission, surtout qu'il y avait des attentes. C'est une dame progressiste, qui a toujours prétendu défendre les personnes exclues, les personnes les plus mal prises. Et actuellement, ce qu'on voit, c'est qu'elle s'attaque en premier lieu à ces personnes-là.

Mme Prince (Véronique): Vous avez entendu parler du CHSLD à Montréal qui va avoir une infirmière pour 190 patients la nuit?

M. Khadir: Oui.

Mme Prince (Véronique): Le ministre Hébert répond, comme solution, qu'il veut augmenter les visites d'appréciation dans les CHSLD avec des critères plus rigoureux, alors que, dans ce cas-ci, c'est des coupures qui ont mené à ça. Est-ce que vous trouvez que c'est raisonnable comme réponse?

M. Khadir: Quand M. Parizeau dit que le déficit zéro, là, l'obsession, la religion du déficit zéro empêche de réfléchir, c'est ça que ça fait. Ce que ça fait, c'est qu'un collègue estimé de moi-même, une personne pourtant qui devrait être la première personne à se soucier au Québec, comme il est ministre et surtout à cause de tout ce qu'il a fait pour défendre le réseau public et pour défendre l'importance de s'occuper de nos patients, surtout dans les personnes âgées, les personnes avec des maladies chroniques, cette personne-là devrait donner une réponse plus intelligente. Mais il est incapable de le faire.
J'ai vu le ministre Hébert. J'ai de la peine pour lui. Ça me fait de la peine, presque de la pitié de voir autant de ministres devoir se lever tous les jours en Chambre, répondre n'importe quoi, comme la réponse que vous avez obtenue de Bernard Drainville la semaine dernière à la question de Jacques Duchesneau. C'est en-dessous des attentes par rapport à ces personnes-là. C'est des personnes estimées, pour lesquelles le public avait une estime, que les gens ont voté le 4 septembre en pensant que quelque chose va changer à ce langage insensible.
Parce qu'il n'y a qu'une seule réponse à donner. Si c'est le cas, si c'est ça qui se passe, je vais tout de suite, dès l'heure qui suit, m'informer et m'assurer que ça ne se reproduira plus puis qu'on ne permet pas une telle chose. Au lieu de ça, c'est de se lever en une réponse qui évite de répondre. La réponse à donner, c'est que les coupures ont fait mal, j'en suis conscient comme ministre puis je vais me battre au Conseil des ministres pour qu'une telle chose ne se produise pas; je vais aller avec votre exemple, Mme la députée - parce que c'est la députée de Saint-Henri-Sainte-Anne, Mme Marguerite Blais, qui lui posait la question - Mme la députée, merci de m'avoir avisé, je vais aller voir le Conseil des ministres, dire: Là, ce qu'on a fait, là, ce n'est pas correct. Ça ne marche plus. Je ne peux pas continuer comme ça à faire des coupures. Si on a des millions pour donner aux minières, si on est assez riches pour s'accommoder du fait que notre sous-sol, on peut le donner pour deux fois rien à des multinationales minières, comment ça se fait qu'on n'en a pas pour s'occuper de nos patients? Merci.

(Fin à 15 h 57)

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