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Conférence de presse de Mme Marguerite Blais, ministre responsable des Aînés

Dépôt du rapport de la consultation publique sur les conditions de vie des aînés

Version finale

Le mercredi 5 mars 2008, 9 h 05

Salle Evelyn-Dumas (1.30), édifice Pamphile-Le May

(Neuf heures cinq minutes)

 

Mme Blais: Alors, bonjour. Je suis très contente de pouvoir m'adresser aux journalistes de la Tribune de la presse, et je parle également au nom du Dr Hébert et de Mme Goldbloom parce que c'est la première fois, je crois, qu'on a la chance de le faire. Et, durant toute la consultation, on s'est adressés à beaucoup de journalistes de façon locale dans les 25 villes que nous avons visitées. Et, quand la consultation s'est terminée, à Dorval, le 16 novembre dernier, on n'a pas vraiment fait un point de presse parce que le Dr Hébert était à l'extérieur. Alors, ça nous permet aujourd'hui de revisiter avec vous cette belle consultation et de vous faire part des moments privilégiés qu'on a vécus.
Tout d'abord, je veux vous raconter une anecdote. Quand je suis arrivée au Conseil de la famille et de l'enfance, en 2003, un 15 décembre, il y avait tempête de neige à Québec, 15 cm. Quand je me suis présentée en politique, un 14 février 2007, il y avait tempête de neige. Et, aujourd'hui, on dépose le rapport sur les aînés et il y a tempête de neige. Alors, je crois que c'est un porte-bonheur aujourd'hui.
Cela étant, aujourd'hui, c'est une façon de remercier les 4 000 personnes et les proches qui se sont présentés durant la consultation publique. Et ces personnes... ça fait écho évidemment à leur témoignage, des parcelles de vie que ces gens sont venus nous raconter. Nous avons fait les 17 régions du Québec et le Nunavik. Il y a également des experts et des personnes qui travaillent dans des organismes communautaires qui ont pris le temps de rédiger des mémoires et de venir nous dire ce qu'ils souhaitent pour les aînés, pour leurs proches.
Alors, ce rapport, on veut que les aînés puissent se l'approprier. C'est pour ça que la facture est facile d'accès, que ça coule, et on espère que les aînés vont se retrouver. Et, si vous le parcourez, vous allez retrouver aussi beaucoup d'extraits de mémoires et de citations, c'est vraiment les gens qui se sont exprimés durant cette consultation. Alors, aujourd'hui, c'est avec beaucoup, beaucoup de plaisir qu'on vous dépose ce rapport, un rapport qui se veut direct, concis, le plus fidèle possible à la parole de ces femmes et de ces hommes.
Et je vous dis que, les recommandations, bien, je vais laisser aux deux coprésidents, le Dr Hébert et Mme Goldbloom, le soin de les présenter. Si je remercie les aînés, j'aimerais aussi remercier Mme Goldbloom, Sheila Goldbloom, qui est un professeur retraité de l'Université McGill, en travail social, une femme tout à fait épatante, qui nous a donné des leçons de vie tout au long de cette consultation. Je peux vous dire que c'est elle qui était la première debout, que c'est elle souvent qui était la dernière couchée. C'est une femme qui représente vraiment les aînés actifs d'aujourd'hui, des aînés engagés dans leur collectivité, dans leur société et qui essaient de faire avancer les discours sociaux et politiques. Mme Goldbloom, je pense qu'elle a pris conscience pour la première fois de sa vie qu'elle avait 82 ans pendant la consultation parce qu'on ne cessait de lui dire... presque à tous les jours on lui rappelait son âge, alors Mme Goldbloom a pris conscience de ça. Et je veux la remercier, je veux remercier ce capital de sagesse qu'elle représente.
Quant au Dr Réjean Hébert, Dr Hébert, c'est le doyen de la Faculté de médecine et des sciences de la santé de l'Université de Sherbrooke. Il est gérontologue-gériatre, mais il est également philosophe. Et qui dit philosophe veut dire: On ne bâtit pas Rome en une journée. Le Dr Hébert, ça fait 25 ans qu'il plaide pour des conditions de vie pour les aînés. Ce que j'aime, moi, du Dr Hébert, c'est son amour. Souvent, on entend des personnes parler des manières dont on doit s'occuper des aînés de façon très technocratique, mais le Dr Hébert le fait avec une passion qui transcende évidemment les chiffres. Et je le sais qu'avec ces deux coprésidents nous sommes en train de mettre la table... non pas un départ pour des conditions de vie des aînés, parce que des actions ont déjà été entreprises par le passé, mais pour continuer de mettre la table pour favoriser des conditions de vie des aînés.
J'aimerais peut-être vous dire que certains grands thèmes ont été retenus durant cette consultation par les aînés qui ont pris la parole, les aînés qui se sont déplacés bien généreusement. Et, entre autres, ils nous ont parlé de soutien à domicile, de l'importance des services pour assurer un meilleur soutien à domicile, du répit pour les proches aidants. Ils nous ont parlé de retraite progressive. Ça adonne bien, aujourd'hui, dans Le Soleil, dans Le Devoir, dans les journaux, on parle énormément de l'idée d'un travailleur sur deux qui a plus de 40 ans, et plus d'un Canadien actif sur six a dépassé désormais l'âge de 55 ans. Et on nous dit que, dans la région de Québec, la proportion de travailleurs âgés de plus de 55 ans aurait atteint 14,1 % en 2006, contre 9,9 % en 2001. Les aînés nous ont dit: On veut rester actifs, si on est capables, sur le marché du travail. Et, le Dr Hébert va vous le dire, il faut peut-être réinventer la retraite, il faut peut-être regarder ça de façon différente. Les aînés nous ont également dit: Il faut lever le voile concernant les abus de toutes sortes envers les aînés, les tabous concernant le suicide. Il faut s'occuper davantage d'aînés qui sont dans les résidences, qu'elles soient publiques ou privées, et combattre les stéréotypes de toutes sortes. J'en ai fait en quelque sorte mon cheval de bataille, parce qu'à Val-d'Or, et je le répète comme un mantra, ça m'a tellement marquée, cette dame qui m'a dit, qui nous a dit: Quand je parle, personne ne m'écoute, quand je passe, personne ne me regarde, je suis invisible. On ne peut pas accepter, dans notre société moderne, que nos aînés, qui constituent 1,1 % des personnes âgées de 65 ans et plus et dans 20 ans ce sera le quart de la population, que nos aînés soient invisibles. Il faut leur faire une place, pas toute la place, mais la place qui leur revient. Il faut les considérer.
Et, si j'ai, aujourd'hui, un message à passer, le message serait, entre autres, de mettre en haut de la liste de nos valeurs fondamentales les valeurs de respect et de dignité envers nos aînés, ces aînés qui ont bâti le Québec, qui l'ont façonné et qui continuent, pour la plupart, parce qu'ils sont actifs, en santé, à payer des taxes, des impôts, à consommer des biens de culture, de loisirs, à participer à cette conciliation famille-travail soit en s'occupant des petits-enfants ou soit en s'occupant parfois d'une personne malade. Et, oui, ce sont nos aînés qui sont souvent des proches aidants. Et les proches aidants, là, ont besoin d'être accompagnés et soutenus d'un point de vue psychologique, de plusieurs points de vue. Ça a été le message qui a été adressé un peu partout.
Et, en terminant avant de céder la parole aux coprésidents pour qu'ils nous parlent de leurs recommandations, peut-être vous dire que j'ai beaucoup apprécié visiter toutes ces régions du Québec. Et je crois que c'est fondamental de respecter les identités régionales, les parfums aussi des différentes régions, hein, les paysages qui sont différents. Et, même s'il y avait des besoins qui revenaient un peu partout, les gens avaient leur couleur locale, et ça, c'est important de le faire.
Je vais très prochainement déposer une réponse gouvernementale. Cette réponse sera articulée d'actions extrêmement concrètes, d'actions terrain, le reflet de ce que plusieurs personnes nous ont demandé durant cette consultation.
Je vous remercie. Je passe maintenant la parole à Mme Sheila Goldbloom.

Mme Goldbloom (Sheila): Bonjour. Merci, Mme Blais. C'était une expérience exceptionnelle pour moi. J'étais privilégiée d'être un coach de cette consultation, parce que c'est une consultation de tous les niveaux, c'est avec les aînés et les proches, avec les groupes et avec les experts. Nous avons écouté et nous avons appris beaucoup. C'était une expérience exceptionnelle pour moi, vraiment formidable. C'était intéressant pour beaucoup de mes moyens. C'était, pour moi, intéressant que, dans toutes les régions du Québec, il y a presque le même sujet que l'on discute. On a un point de vue différent dans chaque région, tout le monde qui parlait, mais on a parlé ensemble au niveau du même sujet, c'était rural ou urbain. Et ça m'intéresse beaucoup. Nous avons discuté des problèmes de transport en commun, aide à domicile. Tout le monde veut rester dans le domicile, mais on va penser: Qu'est-ce que ça arrive que je ne peux pas rester à domicile? Ça a été tout le monde qui a dit presque la même chose. Mais c'est le problème qui existe aujourd'hui. Mais la chose la plus positive : il y a là, dans presque toutes les consultations, un esprit positif, un esprit positif pour le changement, un esprit qu'on peut changer les choses, que ce n'est pas si difficile de faire le style de vie mieux pour les aînés, et les proches, et pour tous les citoyens du Québec. Parce que ce n'est pas seulement les aînés, c'est pour tous si les aînés reçoivent le service et les choses qu'on a besoin.
Mes recommandations sont vraiment de ce sujet. J'ai trouvé que les individus, les familles et les communautés doivent être amenés à accepter les responsabilités des aînés, ce qui exige, dans bien des cas et dans bien des systèmes... et des changements d'attitude. A changing of attitude in all the levels is perhaps one of the most important things. This doesn't cost money, this costs talking about it. It's a process we must all engage in. It's not just «les proches of des aînés», but c'est des «city counsellors», c'est the «Members of the National Assembly». On doit parler dans un moyen différent.
Planification de soins continus et coordonnés est essentiel. It's important that the care for the aînés be given totally, not just separately. The systems have to work together. It has to be a continuum of care. Otherwise, some people will wish to enter «hébergement» of a long-term care when they don't need it. But they want to be sure that it's there for them when they do need it. We've had families that way, I've had a mother-in-law that way who, when we tried to suggest to her that we would look into this, she just was wanting to do it immediately because she wanted to be sure there'd be a place for her, cause her friends told her how difficult it was to go into an «hébergement».
The priorities, particularly for me, have to be in long-term care, and the resources have to be given when they are really necessary there, and we have to think about that. All the persons who receive the «formation appropriée, le travail doit être effectué... une équipe dont tous les fournisseurs de soins doivent faire partie.» We have to form teams of people from different professionals - the caretaker, les proches», the social worker, the physicians - they have to work as a team and not have gaps in between. The people need the notion of the continue of care.
Le système d'agrément doit inclure des visites non annoncées dans les CHSLD et des résidences. We have to have, certainly, at this point in time, unplanned visits for the residences, so that we're sure that the service is good and fair, that there is not abuse, that there is not violence, that suicide is recognized early, that these things are there in case... and the people, the formation is very important. Et, je pense, on doit donner les ressources pour une bonne formation pour les gens qui travaillent avec les aînés. Sans ça, on ne peut pas avoir un changement.
Et finalement les différences... Il y a une différence de culture. On doit penser : des modes de vie, des religions doivent être respectés et faire l'objet d'accommodation dans toutes les mesures raisonnables. Ça, c'est vraiment important. Nous avons les couples qui ne peuvent rester ensemble parce que l'hébergement dit que les couples doivent se séparer. Nous avons les membres de la communauté gaie qui veulent rester ensemble. Nous avons les Juifs, et les catholiques et les «Muslims». On doit penser à ça, de donner une occasion où, dans l'hébergement, ils sont à l'aise. Et c'est tout. Et j'espère qu'on peut trouver la force de faire quelque chose tout de suite. On ne peut pas faire toutes les choses, mais on doit commencer. Et, vous, et moi, et tout le monde, on doit changer notre attitude envers les aînés. Merci.

M. Hébert (Réjean): Bonjour, mesdames, messieurs. Je trouve que la température, ce matin, nous donne une belle image. On a un blizzard blanc qui nous arrive. Et puis attachez bien vos tuques avec de la broche parce que ça va souffler. Et il faut canaliser cette énergie, cette énergie d'une population qui vieillit et d'un capital de sagesse qui s'amène dans notre société.
J'ai eu le privilège d'entendre, sur le terrain, les personnes âgées confirmer ce que les études scientifiques nous disent au niveau des conditions de vie et de ce qu'il faut faire pour qu'une société puisse s'adapter à une population plus vieille. Ce que j'ai réalisé, c'est que les aînés sont l'infrastructure de notre société, hein, c'est comme nos viaducs et nos routes. Et ce que j'ai réalisé au cours des trois mois, c'est que les infrastructures sont en bien mauvais état. On les a négligées, il y a du rattrapage à faire, on est mûrs pour un chantier, un grand chantier social pour qu'on puisse avoir une société qui soit plus sage, une société qui soit plus solidaire. Il y a un aîné qui nous a dit à un moment donné: Les aînés, c'est une ressource naturelle pour le pays, et il faut en assurer un développement durable. Il faut assurer que cette sagesse, cette expertise-là que nous avons et que nous avons la chance d'avoir puisse être mise à la contribution de l'évolution de la société.
On mentionnait tout à l'heure la retraite. Écoutez, c'est Bismarck qui a inventé la retraite à la fin du XIXe siècle, et il a mis ça à 65 ans parce que l'espérance de vie était à 55 et que c'était en fait une prime de survie qu'était la retraite. On a gardé la même conception de la retraite actuellement, et, quand on arrive à 65 ans, on a encore 20 ans d'espérance de vie en moyenne. C'est le quart de notre vie, ça, après 65 ans. Donc, il faut complètement repenser la retraite, la repenser en termes d'une période de transition, d'une période où on peut modifier la façon dont on aborde le travail, l'organisation du travail. Alors, il faut repenser ça, parce qu'en plus on a des pénuries de main-d'oeuvre. Ça adonne bien, il y a des gens qui ont l'expertise, qui ont l'expérience, qui sont disponibles et qui pourraient apporter une contribution si nos conditions de travail pouvaient être modulées pour leur permettre de le faire, compte tenu des énergies qu'ils veulent consacrer à ça.
Ce que j'ai réalisé aussi, c'est la pauvreté importante, surtout des femmes âgées. Et, vous savez, le revenu, ça conditionne la santé - le premier poste budgétaire qu'on coupe, c'est l'alimentation - ça conditionne le logement, ça conditionne la participation sociale, le revenu, et c'est la base. Alors, plutôt que de rapiécer avec toutes sortes de programmes, il est peut-être temps qu'on se penche sur l'assurance d'un revenu adéquat pour les personnes âgées, qu'on s'assure que tout le monde qui y a droit a accès au supplément de revenu garanti fédéral et qu'on fasse comme dans plusieurs autres provinces, qu'on ajoute un supplément de revenu garanti provincial pour permettre de sortir de ce cercle vicieux de la pauvreté.

Évidemment, ce qui m'intéressait au plus haut point, c'était la santé. Je pense qu'il faut, pour faire face à une population vieillissante, qu'on puisse renforcer notre système public, parce que c'est notre meilleur outil pour assurer un accès des personnes âgées à des soins de qualité. Pour lutter contre les pénuries de personnel, c'est le système de santé public que nous avons qui est notre meilleure arme, qui est notre meilleur levier. Il faut par contre investir dans ce système de santé qui est actuellement sous-financé et il faut surtout recentrer le système de santé vers le lieu où habitent les gens, c'est-à-dire le domicile. Il faut donc donner une priorité aux soins à domicile. Les gens nous disent: On veut que les services viennent à nous plutôt que, nous, nous allions aux services. Il faut être capable de donner aux personnes âgées... Et ça, c'est un message constant que tout le monde nous a dit: Nous voulons rester à domicile. Et, par «domicile», j'entends le sens large, c'est-à-dire, ça peut être une résidence privée d'hébergement, ça peut être un HLM, ça peut être une maison individuelle, mais rester à domicile... et adapter les services plutôt que la personne doive déménager vers les services. Évidemment, il faut intégrer ces services-là, les coordonner pour qu'ils soient plus continus, parce que les soins à long terme exigent une présence constante, continue, et il faut absolument coordonner les services qui viennent de plusieurs organisations.
Je propose qu'on remplace différents programmes de soutien à domicile par une prestation de soutien à l'autonomie, prestation qui pourrait être donnée en nature lorsque les services sont donnés en CHSLD ou encore par les soins à domicile du CLSC, mais qui pourrait être aussi donnée en espèce où on donne la responsabilité à la personne âgée d'engager une entreprise d'économie sociale, un organisme communautaire ou même un proche aidant pour l'aider. Et cette prestation de soutien à l'autonomie serait basée sur les incapacités de la personne et pourrait ainsi permettre aux gens de rester à domicile et d'avoir les services dont ils ont besoin.
Finalement, je suis de plus en plus convaincu, et je l'étais déjà et cette consultation a renforcé davantage cette conviction, qu'on est mûrs au Québec pour une politique des aînés, une politique qui fixerait les paramètres, fixerait les orientations stratégiques de l'ensemble de la société. Et ça, c'est l'ensemble des ministères, ça touche le logement, le transport, les revenus, ça touche aussi le municipal, l'ensemble des acteurs de la société, où on pourrait avoir une politique globale avec une orientation claire pour définir la société québécoise de demain, définir comment la société peut faire une place aux aînés.

Ça permettrait au Québec, tout en relevant les défis de la modernité, de préserver deux valeurs fondamentales auxquelles on tient et que nous ont léguées les aînés, c'est-à-dire l'humanisme et la solidarité. Ça permettrait, une politique sagesse ou une politique des aînés, d'avoir un Québec ouvert sur le monde, d'avoir un Québec fait pour le monde, d'avoir un Québec pour tout le monde. Merci beaucoup, Mme Blais, de m'avoir permis de vivre cette expérience.

Le Modérateur (M. Antoine Robitaille): Sébastien Perron.

M. Perron (Sébastien): Vous demandez notamment à ce que les services de santé publics soient améliorés pour être en mesure de mieux répondre à la demande actuellement, prestations de soutien à l'autonomie. Est-ce que vous avez chiffré en quelque sorte vos demandes? Et est-ce qu'il y a un besoin de réinvestir rapidement dans le prochain budget?

M. Hébert (Réjean): Écoutez, on a fait une étude en Montérégie sur toute la population qui reçoit du soutien à domicile et qui montre, cette étude, que, sur les besoins des gens qui reçoivent du soutien à domicile, l'État fournit 10 % des besoins. Alors, c'est peu. Je ne dis pas que l'État doit fournir 100 % des besoins, mais, pour vous donner un ordre de grandeur, si l'État fournissait 40 % des besoins, ce qui est à mon avis un seuil minimal, il faudrait un investissement de 500 millions dans les soins à domicile. Donc, c'est un investissement majeur que ça nécessite, et c'est un investissement parce qu'il y a des bénéfices à ça. Il y a des bénéfices en termes de diminution de la pression sur l'hôpital, diminution de la pression sur les urgences, diminution de la pression sur l'hébergement. Donc, c'est un investissement qui permettrait d'avoir des bénéfices importants et même de rentabiliser l'opération.

M. Perron (Sébastien): Mme Blais, justement, est-ce que vous avez l'intention de donner suite? Si on parle de 500 millions environ, quelle est la... Madame... Votre ministre des Finances a déjà dit qu'elle a une marge de manoeuvre très mince pour le prochain budget.

Mme Blais: Écoutez, aujourd'hui j'accueille les recommandations des coprésidents. C'est la raison pour laquelle je leur ai laissé aussi toute la liberté de pouvoir faire leurs recommandations, et je vais déposer ces recommandations-là à la ministre des Finances.
D'autre part, je n'ai pas attendu le dépôt de ce rapport pour commencer à travailler sur une réponse gouvernementale. Depuis la fin de la consultation, soit le 16 novembre dernier, j'ai commencé à coordonner avec des collègues du Conseil des ministres des façons de faire pour répondre à certaines questions que les gens nous avaient posées durant cette commission. Mais évidemment, quand on parle de 500 millions, il faut que j'aille voir Mme Jérôme-Forget et que je lui dépose cette recommandation.

M. Perron (Sébastien): Dr Hébert, juste une... Dr Hébert, vous dites dans vos recommandations que des gens se sont plaints que... encore une consultation publique. Vous dites: «Quant à moi, j'espère que ce ne sera pas la dernière. Les besoins sont trop nombreux et trop complexes.» Donc, en quelque sorte, est-ce que vous ne diminuez pas vous-même les attentes par rapport à vos demandes?

M. Hébert (Réjean): Moi, je pense que c'est un débat de société, le vieillissement de la population, et ça ne se règle pas en une seule consultation. Je disais toujours: Ça nous a pris 10 ans à déterminer la couleur de la margarine, on peut toujours bien prendre quelques années pour regarder les conditions de vie des personnes âgées. Il y a des débats de société qui sont importants, qu'on doit faire, qu'on doit ajuster. Et, moi, ce que je trouvais fascinant dans ces consultations, c'est qu'il y avait souvent un dialogue qui s'établissait entre les aînés et des représentants des municipalités, des agences de santé, des centres de santé et des services sociaux et des conférences régionales des élus. Il y avait déjà ce dialogue-là, et ce que plusieurs nous ont dit, c'est qu'il faudrait que cet exercice-là soit fait régulièrement dans chacune des régions du Québec pour qu'on puisse ajuster continuellement nos perceptions et ajuster les services. Alors, moi, je pense qu'il y a un débat qui doit s'amorcer et qui, à mon avis, sera d'autant plus riche qu'on prendra le temps de le faire. Mais il faut dès maintenant enclencher un processus vers une politique des aînés pour qu'on puisse vraiment enclencher ce débat-là.

Le Modérateur (M. Antoine Robitaille): Jocelyne Richer, La Presse canadienne.

Mme Richer (Jocelyne): Oui. Mme Blais, j'aimerais qu'on parle un peu des centres d'hébergement pour personnes âgées. J'aimerais savoir à combien vous évaluez le nombre de places manquantes présentement et quelles sont vos priorités d'action pour améliorer la qualité des soins offerts dans ces centres.

Mme Blais: Écoutez, on n'est pas à l'étape des recommandations, aujourd'hui on dépose le rapport. Ce que je peux dire, c'est que, durant la consultation, les gens nous ont dit qu'ils veulent vivre à domicile le plus longtemps possible. L'idée de vivre dans un centre d'hébergement et de soins de longue durée, on le sait, c'est comme la dernière demeure, hein, et les gens préfèrent vraiment vivre, comme le mentionnait le Dr Hébert, dans leurs domiciles, que ce soit dans un HLM, que ce soit dans une résidence, que ce soit dans un logement, avec des services adéquats. Alors, on ne peut pas à la fois investir massivement dans des lits de soins de longue durée à 65 000 $ par lit et faire en sorte d'offrir du soutien à domicile pour nos aînés. Il y a de plus en plus de projets novateurs, de ressources intermédiaires. Il y a 10 millions de dollars actuellement pour cette année dans des ressources intermédiaires qui ont été annoncés. Et, d'autre part, concernant les visites-surprises, on n'a pas attendu la fin du rapport non plus pour commencer à faire des visites-surprises dans les centres d'hébergement et de soins de longue durée.

Mme Richer (Jocelyne): Vous ne répondez pas à la question, c'est: Combien vous évaluez le nombre de places manquantes dans les centres d'hébergement présentement? Vous avez étudié le dossier depuis des mois?

M. Hébert (Réjean): Madame, je vais vous dire qu'il y en a trop, de places d'hébergement. Et, s'il y avait des services à domicile convenables, on n'aurait pas besoin d'autant de places d'hébergement. Ce pour quoi il y a de la pression sur les places d'hébergement, c'est que c'est le seul recours. Il n'y a pas d'autre choix pour les gens qui sont en perte d'autonomie importante que d'aller en centre d'hébergement. Si les gens pouvaient recevoir les services dont ils ont besoin à domicile, ils ne voudraient pas y aller, en centre d'hébergement, ils voudraient rester dans leurs résidences privées ou dans leurs maisons avec les services dont ils ont besoin. Et c'est ça, l'objectif qu'on doit se fixer. En ne donnant pas de services à domicile, on crée une pression sur les centres d'hébergement et c'est ça qui va coûter cher. Le Québec n'a pas les moyens de construire autant de places d'hébergement parce qu'il y a une insuffisance de services à domicile, et ça, toutes les études le démontrent. Et les personnes âgées le veulent. Alors, pourquoi on ne le fait pas?

Mme Goldbloom (Sheila): Ça, c'est la chose que j'ai dite, on doit changer l'idée de famille, ce n'est pas seulement les aînés, mais c'est l'idée des proches : que l'hébergement, ce n'est pas la meilleure réponse, on doit trouver une autre. Mais maintenant, au Québec, j'ai pensé que la famille n'est pas vraiment sensible qu'il y a des autres moyens. Et l'aîné ne veut pas entrer l'hébergement parce que c'est isolé, c'est solitude, c'est toutes les choses comme ça. Pas abus. Mais c'est là et les familles ne visitent pas, elles ne téléphonent pas. Il y a beaucoup de choses comme ça. On a écouté beaucoup d'aînés qui ont dit que c'est la solitude, ils sont isolés, et ça, c'est vraiment difficile, on est déprimés. On doit changer l'attitude, un système ouvert et encourager les bénévoles d'aider et entrer dans l'hébergement, mais aussi au domicile et avec une coordination pour les aînés et on doit faire une plainte pour chaque conseil différent. Mais on doit arrêter de penser que le seul moyen, c'est un hébergement. Et, pour moi, ça, j'ai appris dans toutes les visites, dans toute la province, ensemble. On pense que ça, on doit accepter hébergement, mais on dit : On doit changer notre attitude.

Mme Richer (Jocelyne): Madame, là-dessus, juste une précision. Est-ce que vous partagez ce constat-là qu'il faut privilégier les soins à domicile plutôt que d'augmenter le nombre de places en centres d'hébergement?

Mme Blais: Tout à fait. Et, aujourd'hui, le but de la conférence de presse, c'est de rendre publics les constats de ce que les 4 000 personnes sont venues nous dire durant la consultation. Et majoritairement les gens nous ont dit: Nous désirons rester à domicile, et ce, le plus longtemps possible. C'est ce que les gens nous ont dit et c'est le reflet.

Mme Richer (Jocelyne): Là, ce qu'on veut savoir, c'est ce que, vous, vous souhaitez.

M. Robitaille (Antoine): Souhaitez-vous réduire le nombre de places? Comme monsieur dit: Il y a trop de places, considérez-vous qu'il y a trop de places?

Mme Blais: Moi, ce que je souhaite, c'est que les aînés soient heureux. Et, si on a fait une consultation publique pour aller entendre les gens, c'est pour essayer évidemment de fonctionner avec leur désir. Les aînés nous ont dit qu'ils souhaitaient rester à la maison le plus longtemps possible. Alors, le gouvernement devra faire en sorte que les aînés puissent vivre à domicile le plus longtemps possible, et ce, dans le respect de la personne en toute dignité.

M. Robitaille (Antoine): Êtes-vous d'accord avec M. Hébert qui dit qu'il y a trop de places en CHSLD?

Mme Blais: On ne peut pas à la fois investir dans des places en CHSLD et faire en sorte qu'il y a du soutien à domicile quand on regarde les finances publiques du gouvernement du Québec. Il faut prioriser, il faut faire des choix, il faut surtout répondre à ce que les gens nous demandent, et les gens nous demandent de vivre à domicile le plus longtemps possible et de développer aussi des ressources alternatives. Les gens veulent vivre dans leur ville, dans leur village, dans leur environnement, dans leur région. Ils veulent vivre dans des maisons à une échelle beaucoup plus humaine. Il y a un projet, entre autres  - on en parle dans ce rapport - qui est carpe diem, à Trois-Rivières, pour les personnes atteintes de maladie d'Alzheimer. C'est un exemple qui pourrait se multiplier mais qui fonctionne très bien, et ça permet à des personnes de pouvoir avoir une meilleure qualité de vie dans une résidence où évidemment il y a une cour, où il y a un environnement plus adéquat. Et je crois qu'on doit viser vers des installations de cette nature-là.

M. Robitaille (Antoine): Mme Goldbloom, vous avez parlé d'accommodements raisonnables. Est-ce que vous souhaitez que MM. Bouchard et Taylor incluent la problématique des accommodements raisonnables en milieu donc de personnes âgées? Parce que le rapport s'en vient, là.

Mme Goldbloom (Sheila): Je ne pense pas qu'on a discuté ça beaucoup avec M. Bouchard et M. Taylor, mais je pense que les aînés ont discuté ça. Et nous avons écouté les aînés qui ont dit: Ça, ce n'est pas juste qu'après 60 ans de mariage comme moi on doit entrer en résidence et on ne peut pas rester ensemble. Et on a écouté ça plusieurs fois. Et il n'y a pas beaucoup de couples qui ont la bonne chance comme moi, qui ont 60 années de mariages. Mais il y a des gens qui veulent rester ensemble. Et peut-être l'un aide avec l'autre parce que la femme a le Parkinson, ou quelque chose comme ça, et il veut continuer de donner l'aide à son épouse. Et aussi c'est la même chose si vous parlez japonais et entrez en résidence. C'est bien s'il y a deux autres personnes qui parlent japonais, on peut rester ensemble et, quand les gens visitent, on peut discuter avec les autres. Mais, si vous parlez japonais et il n'y a pas un autre Japonais près de vous, vous, vous ne jamais parlez, vous ne parlez pas. Et ça, c'est les choses individuelles qu'on doit repenser, et tout le monde dans le système doit repenser à ça.

Mme Blais: Peut-être pour faire un peu millage là-dessus, et ça pourrait compléter la réponse de Mme Richer, parce que Mme Goldbloom a ouvert une porte, les ressources intermédiaires, les ressources alternatives différentes permettent justement à une personne en perte d'autonomie de pouvoir être, par exemple, dans une aile et l'autre personne qui est encore active de pouvoir aussi résister dans la même résidence sans qu'il y ait un bris, sans qu'il y ait évidemment une séparation dans le couple. Et ça, c'est important de pouvoir essayer de... non seulement essayer mais de faire en sorte que les personnes qui s'aiment et qui veulent vivre ensemble le plus longtemps possible et jusqu'à la fin de leurs jours puissent le faire. Et bien souvent, dans les centre d'hébergement et de soins de longue durée, c'est impossible.

Le Modérateur (M. Antoine Robitaille): Gérard Deltell de TQS.

M. Deltell (Gérard): Mme Goldbloom, d'abord félicitations pour vos 60 ans de mariage. Deuxièmement, vous avez parlé tout à l'heure de changement d'attitude en parlant précisément des familles. Mais est-ce que vous estimez que le gouvernement ou les institutions politiques ou administratives devraient également changer d'attitude et, si oui, comment?

Mme Goldbloom (Sheila): Je pense qu'il y a une politique qu'on peut commencer, quand on fait une équipe qui travaille avec les aînés au domicile, en hébergement ou dans les hôpitaux, et on doit penser ensemble, et ce n'est pas... On ne peut pas changer ça vitement. Une attitude de changement n'est pas vite, ça prend longtemps, et on accepte ça, mais on peut faire quelque chose pour aider ce changement. Pas dire «on doit», mais donner une attitude positive. Et j'ai pensé, pour l'hébergement, nous avons écouté deux femmes qui ont discuté le problème rural à Val-d'Or et Noranda, et j'ai oublié... Parce que la femme voyage une heure et demie, aller-retour, chaque journée pour visiter son mari, et ça, c'est trop pour une aînée, une femme. Et on doit penser dans les... nous sommes un grand territoire, beaucoup de Québec, et on doit penser, on ne peut pas avoir un hébergement dans chaque... c'est impossible, mais on doit penser qu'est-ce qu'on peut faire pour un médecin... de visiter cette région du médecin une fois par semaine. On doit penser dans un moyen ouvert, avec des idées différentes, on ne pense pas que parce qu'on a fait quelque chose, c'est le seul moyen de faire ça.

M. Deltell (Gérard): Dr Hébert, tout à l'heure, vous avez parlé d'une augmentation qui pourrait se chiffrer à 500 millions de dollars, pouvez-vous préciser un petit peu? C'est un gros montant, mais ça se concrétiserait comment, quels sont les services à bonifier, selon vous?

M. Hébert (Réjean): Tous les services de soutien à domicile et la façon de le faire, on pourrait le faire directement en investissant dans les soins à domicile ou encore en mettant en place une prestation de soutien à l'autonomie qui permettrait d'évaluer... À partir de l'évaluation des besoins des gens, il y a une prestation, et la personne est responsable de voir est-ce que ce sont les services fournis par le public qui vont donner la prestation en nature ou encore est-ce que des entreprises d'économie sociale, des organismes communautaires, ou un proche aidant qui est prêt à faire le service pourrait utiliser cette prestation de soutien à l'autonomie. On aurait là un mécanisme simple, beaucoup plus facile que les multiples crédits d'impôt qui sont disponibles et les programmes d'exonération financière qui sont disponibles et qui sont difficiles à comprendre par les personnes âgées. On aurait là un mécanisme simple de pouvoir dépenser et investir cette somme d'argent pour que les gens aient les services là où ils habitent.

M. Deltell (Gérard): Est-ce que ça pourrait s'inspirer de ce qui se passe ailleurs, d'autres partis politiques qui proposent 100 $ par semaine par enfant, est-ce que ça pourrait être un 100 $ par semaine par personne âgée, comment vous voyez ça?

M. Hébert (Réjean): Non, ce n'est pas du tout l'objectif. L'objectif, c'est d'évaluer les besoins de la personne et de lui fournir une prestation qui correspond à ces besoins-là. Ce n'est pas un chèque qu'on donne à toutes les personnes, là, c'est de fournir les services aux personnes qui en ont besoin. Plus les incapacités sont fortes, plus la prestation est importante, et elle pourrait servir, par exemple, à financer le CHSLD, si la personne reste en CHSLD. Alors, c'est ce type de financement associé aux besoins de la personne, que recommande d'ailleurs le rapport Castonguay, soit dit en passant, et qui pourrait être implanté pour améliorer la prestation des services.

Le Modérateur (M. Antoine Robitaille): M. Alexis Deschênes de TVA.

M. Deschênes (Alexis): M. Hébert, deux petites précisions sur... Vous parlez aussi de créer un supplément de revenu garanti québécois pour les aînés, est-ce que vous pouvez chiffrer cette demande-là? Et, lorsque vous parlez de repenser la retraite, dites-moi concrètement ce à quoi vous pensez.

M. Hébert (Réjean): Bien, pour le supplément de revenu garanti, actuellement, le fédéral, ça donne aux gens 13 400 $ par année, hein, ce qui est considérable, hein, 13 400 $. Non, je suis ironique, là, mais 13 400 $ par année. Alors, le seuil de la pauvreté est autour de 16 000 $, alors le supplément de revenu garanti pourrait compenser cette différence, ce manque à gagner qui permettrait aux gens d'avoir un revenu adéquat, minimal.
Quant au programme de la retraite, écoutez, il y a toutes sortes d'accommodements dans certains pays scandinaves, par exemple, en Finlande où, après 60 ans, on commence à avoir une semaine de congé de plus, après 60, deux semaines de congé de plus, le quatre jours de travail. Il y a toutes sortes d'accommodements qui permettent à des gens âgés de pouvoir rester au travail, d'avoir une contribution significative et de ne pas être pénalisés. Parce qu'actuellement ce qu'on observe, c'est : quand les gens ralentissent en fin de parcours, ils sont pénalisés au niveau des prestations de retraite. Alors, il faut changer cette façon de concevoir la retraite et permettre aux gens de rester le plus longtemps possible au travail. Et actuellement, dans certains secteurs comme la santé, par exemple, où il y a des pénuries, ça nous permettrait de bénéficier d'une main-d'oeuvre qui a une expertise importante, surtout une expérience considérable, et qui pourrait donner un bon coup de main.

M. Robitaille (Antoine): Ça, c'est la retraite progressive.

M. Hébert (Réjean): C'est la retraite progressive.

M. Deschênes (Alexis): Et, pour clarifier, donc, si on calcule à peu près 3 000 $ de plus, là, qui viendrait de Québec pour les aînés pour leur permettre d'atteindre au moins le seuil de revenu minimal, est-ce que vous avez un cumulatif? Avez-vous une idée de...

M. Hébert (Réjean): Non, je n'ai pas fait le cumulatif. Il faudrait multiplier par le nombre de personnes qui reçoivent le supplément de revenu garanti maximal, puis je ne m'en souviens pas par coeur.

M. Deschênes (Alexis): Mme Blais, le budget, Mme Jérôme-Forget a déjà dit que les consultations étaient terminées et puis qu'il était pratiquement déjà rendu aux presses. Est-ce que ça veut dire que toutes ces demandes-là devront attendre à l'année prochaine?

Mme Blais: Je vais être très transparente avec vous comme je l'ai été durant la consultation. Partout où j'ai passé, j'ai dit que je n'avais pas de baguette magique et que, pour le gouvernement, les aînés étaient une priorité. C'est la première fois qu'il y a un ministre qui est entièrement dédié aux aînés. En plus, le premier ministre m'a mandatée pour faire une consultation publique sur les conditions de vie des aînés où nous avons entendu 4 000 aînés, et partout j'ai dit qu'il y aurait des actions à court, moyen et à long terme, et que nous étions pour nous donner une vision prospective, une vision d'avenir, et que les conditions de vie des aînés interpellaient tout le monde. Alors, aujourd'hui, c'est le dépôt du rapport, et mon mandat sera de proposer à Mme Jérôme-Forget ces demandes. Mais, comme je le mentionnais, je n'ai pas attendu le dépôt du rapport pour commencer à travailler sur la réponse gouvernementale que j'annoncerai d'ici quelques jours, quelques semaines.

Le Modérateur (M. Antoine Robitaille): Malorie Beauchemin.

M. Deschênes (Alexis): Avez-vous de l'argent cette année?

Mme Beauchemin (Malorie): Oui. Dr Hébert, vous parliez tout à l'heure du rapport Castonguay, mais le rapport Castonguay suggère, entre autres, que certains services d'assistance aux personnes âgées à domicile soient défrayés par les aînés ou leur famille. Êtes-vous d'accord avec ça? Vous parlez d'investissement public. Quel est le rôle...

M. Hébert (Réjean): Il y a des choses avec lesquelles je suis d'accord pour le rapport Castonguay, notamment l'analyse qu'on fait du vieillissement de la population et de ses impacts, qui est extrêmement lucide et qui n'a pas une approche catastrophique. Enfin on réalise que ce n'est pas le vieillissement de la population qui va menacer le système de santé, mais c'est bien d'autres choses, notamment le coût des médicaments et le coût des hautes technologies. Alors, il y a des choses avec lesquelles je suis d'accord avec M. Castonguay, il y a des choses avec lesquelles je ne suis pas d'accord.
Toute ouverture vers le privé, à mon avis, ne sert pas la cause des aînés, parce que les aînés ne sont pas intéressants pour un système privé, et un système privé parallèle dans un contexte de pénurie drainerait immanquablement les ressources, et donc il y aurait moins d'accès pour les aînés. Alors, tout cet aspect de l'ouverture vers le privé, je diverge d'opinion. Je pense, au niveau du soutien, que le soutien doit être financé par le public. En grande partie actuellement, comme je le disais, il y a 10 % de soutien à domicile qui est financé par le public. Je ne dis pas que ça doit être 100 %, mais est-ce qu'on peut avoir un mi-chemin entre 10 % et 100 %? Et un minimum de 40 % m'apparaît raisonnable. Il restera toujours un 60 % qui va être le déboursé des personnes, mais il est important qu'on puisse fournir, au niveau de l'État, un minimum pour soutenir les proches aidants, pour faire en sorte qu'ils ne se sentent pas dépourvus, pour faire en sorte qu'ils puissent avoir l'aide dont ils ont besoin et le répit dont ils ont besoin.
Alors, pour moi, c'est important d'augmenter le soutien public au soutien à domicile, mais la prestation peut être faite par des entreprises d'économie sociale, là, peut être faite par des résidences privées. Je n'en ai pas contre le prestataire, c'est le financeur qu'il m'importe de maintenir public.

Mme Beauchemin (Malorie): Mme la ministre, de passer de 10 % à 40 %, êtes-vous d'accord avec ça, financé par le public?

Mme Blais: Écoutez, aujourd'hui, là, je n'ai pas à commenter le rapport Castonguay. Moi c'est le rapport des aînés, aujourd'hui, qui m'intéresse.

Mme Beauchemin (Malorie): C'est ce que le Dr Hébert vient de dire.

Mme Blais: Le Dr Hébert est l'un des coprésidents, il commente le rapport Castonguay et ce qu'il en pense. Moi, aujourd'hui, c'est le rapport sur les aînés qui m'intéresse. Et ce qui m'intéresse de vous dire aussi, c'est qu'il y aura une réponse gouvernementale. Alors, on a fait une consultation publique, il y aura effectivement une réponse gouvernementale. Vous le savez, il y a un budget qui s'en vient, il y aura une réponse. Et on n'a pas attendu non plus le budget puisqu'il y a 1,1 milliard de dollars pour les aînés dans le cadre de la stratégie d'action en faveur des aînés, incluant cette année.

Mme Beauchemin (Malorie): Quelle est l'urgence d'agir?

M. Robitaille (Antoine): La réponse avant le budget?

Mme Blais: Non, non, c'est une...

M. Robitaille (Antoine): Non, la réponse dont vous parlez à ce rapport, elle viendra avant le budget?

Mme Blais: Non. Ce que je vous ai dit, c'est que, dans quelques jours, dans quelques semaines, il y a un budget, les aînés sont une priorité pour notre gouvernement, il y a une ministre responsable des aînés, nous avons fait une consultation publique; nous allons avoir une réponse gouvernementale qui va répondre à plusieurs de ces questions formulées par les gens qui sont venus nous parler durant cette vaste consultation publique.

Mme Beauchemin (Malorie): Avez-vous eu l'assurance qu'il y aura, pour les aînés, certains investissements dans le budget de Jérôme-Forget de la semaine prochaine?

Mme Blais: Écoutez, on ne sait pas ce qu'il y a dans le budget de Mme Jérôme-Forget, mais Mme Jérôme-Forget aime beaucoup les aînés.

Le Modérateur (M. Antoine Robitaille): Et elle aime son budget aussi. Martine Biron.

Mme Biron (Martine): J'aimerais revenir. Vous avez dit: On ne peut pas investir dans les centres d'hébergement et dans les soins à domicile en même temps. Il y a des choix à faire, compte tenu de la marge de manoeuvre. Qu'est-ce que vous voulez dire? Est-ce que c'est un désengagement, est-ce qu'on s'attend à un certain désengagement de Québec dans les centres d'hébergement? Et à quel niveau? Et qu'est-ce que vous pensez?

Mme Blais: Bien, au contraire, il y a 725 millions de dollars pour rénover les centres d'hébergement et de soins de longue durée. Il y a 14 millions de dollars qui ont été annoncés pour faire de la formation à 35 000 bénéficiaires. Écoutez, le gouvernement n'attend pas ce rapport pour mettre en place des conditions favorables aux aînés. Ce que nous disons, c'est que les aînés, durant la consultation, ont manifesté le souhait de vivre chez eux le plus longtemps possible. Notre mandat maintenant, c'est d'examiner les façons dont on peut accompagner les aînés pour vivre dans leurs résidences le plus longtemps possible.

Mme Biron (Martine): Vous avez dit textuellement - puis je peux même vous dire à quelle heure -que ce n'était pas possible d'investir à la fois dans les centres d'hébergement et dans le soutien à domicile, compte tenu de la marge de manoeuvre financière qu'a le Québec actuellement et que, vous, vous estimiez, à la suite de votre consultation et de votre rapport, que ce que vous avez entendu, c'est que les gens souhaitaient rester à domicile. Alors, est-ce que vous privilégiez de vous désengager un peu des centres d'hébergement, ou beaucoup, pour mettre ces fonds-là ou plus de budgets dans le soutien à domicile?

Mme Blais: Absolument pas. Il faut qu'il y ait à la fois des centres d'hébergement et de soins de longue durée, il faut aussi offrir des services pour les personnes qui veulent demeurer à domicile, il faut aussi offrir des ressources alternatives, intermédiaires. Il faut favoriser une mixité de solutions pour permettre aux personnes de vivre dans le bonheur, dans la dignité, dans le respect, que les personnes aînées soient bien chez elles. C'est ça qu'il faut. Les personnes qui ont besoin d'aller en CHSLD, là, dans les centres d'hébergement et de soins de longue durée, c'est les personnes qui ont besoin d'être accompagnées sur plus de trois heures, entre trois et quatre heures de soins. Donc, il faut que ce soient les personnes qui ont besoin de ces soins-là. Les autres personnes doivent se retrouver dans d'autres milieux de vie.

Mme Biron (Martine): Votre agenda concernant votre...

Le Modérateur (M. Antoine Robitaille): Kevin Dougherty, The Gazette.

M. Dougherty (Kevin): Oui, in English, yes. Mrs Goldbloom, you talk about... you say it's about a change of attitude, which costs nothing, Dr Hébert talks about $500 million. There seems to be some problem there. Can you explain to me how... Maybe there isn't a contradiction. I'm just wondering also, and maybe just to carry it a bit further, you know, in the long-term, if you say there's too many places now in long-term care and if you did move the resources around, could you do it for about the same amount of money? Could you have a better system for about the same amount of money if you go ahead and change the attitude and change services available?

Mme Goldbloom (Sheila): I think we have to get over the idea that it's all or nothing. It's a multifaceted approach, is what Mme Blais was saying, and then it takes some kind of evaluation depending on the region. It's also not overall. It's different in Montréal, and it's different in Trois-Rivières, or Chicoutimi, or Matane. And so one must think of the region when one makes these decisions. And I think that's where we have to change attitude and where we also have to think about what the neighbors, and family, and friends can do to be helpful.
I, myself, have thought in terms of palliative care, but palliative care for a disease or a cancer is time limited. When you are aging, when you need long-term care, it's impossible to know for how long. And that is indeterminate, so you can't say, in some places there may be empty beds, in other places there may not be. But I think, before we invest in bricks, we think of doing what can help the person right now. Because bricks take three or four years to build, and they take a lot of energy, and I think that energy could go into forming teams, an «équipe», who works with individual. I don't think there's any contradiction, but it means that we have to think in terms of a multidisciplined approach, which is the world, it's globalization. You can't think in a small little system's way.

M. Hébert (Réjean): It's a matter of priority, and a matter of the way you do things, you know. The «centres d'hébergement» are the most expensive response to the needs of elderly people. Just to give you a figure, if you reduce by half a percent the rate of «hébergement» in Québec, it'd save $360 million a year recurrent, without considering bricks and buildings. So, if you invest into home care, you're going to save that kind of money. And you can put, in addition to that, people who are hospitalized and waiting for a long-term care facility at the moment, which costs a lot of money, also, and people who are obliged to go to the emergency room if they want to get services because it's the only place in the system open 24 hours a day and seven days a week. If you don't have enough home care, enough primary care, you're going to use costly resources instead of using the appropriate resources that will save money to the society.

M. Dougherty (Kevin): Just another question. You talked about an income supplement and you said the better income supplement comes to $13 400 and the poverty line is $16 000. Will the Québec supplement fill that gap?

M. Hébert (Réjean): Yes.

M. Dougherty (Kevin): And what kind of money would you talk about.

M. Hébert (Réjean): You can figure the calculation.

M. Dougherty (Kevin): O.K. Fine.

M. Hébert (Réjean): You can figure 3 000 times the number of people receiving the... or should receive the «supplément de revenu garanti féderal».

M. Dougherty (Kevin): So, it will close the gap.

M. Hébert (Réjean): Yes, exactly.

Mme Goldbloom (Sheila): But they would get less each year. Because it's mostly for women. And the women have not had extra pensions. And it's... And they were not in the work force, outside the home. They worked hard, very hard. But their «conjoint» dies, she loses the extra income that the two salaries got. But it won't be forever. It is a time limited need for this particular population. So, whatever we can do will make their lives more pleasant, give them more choices, give them more opportunities to do things, and be less isolated and depressed. So, it's not... making a social network that's going to work forever, because it's just not true for this population. It's not going to grow.

M. Grant (John): Number of years ago, the President of the Régie des rentes suggested that it might be a good idea to have some kind of «caisse d'autonomie», something in which you could contribute for the days when you were, you know, losing autonomy, when you were older. Is that something that you looked at? And do you think that's a possible idea?

M. Hébert (Réjean): I don't think it's a good idea because it's going to confuse the financing of the system. We want to have a system better integrated, better coordinated, and, if there are different sources of financing, it's going to confuse the system instead of improving the coordination. So, that idea of a separate «caisse d'autonomie» is not a good way to do it. We have to change a bit the way we finance the direct... the system to the population, but not the way in which we collect the money.

M. Grant (John): Ms. Goldbloom, you talked about the isolation of seniors. And Dr Hébert talked about how the age which you retire is too young. Does that isolation begin when people retire or does it begin much later?

Mme Goldbloom (Sheila): Absolutely begins. And it's of course harder for men. Because their sense of themselves today is very much through the work force. And how many hobbies can you build, you know, put together and do if you never had a hobby before? Do you begin to have it at age 60, 70?
And I think we have to be aware of that, and that isolation, even when you're not financially dependant, it's throughout the whole society. And I think we have to find ways. When we were in Brossard, for example, I keep remembering this, there were a group of gentlemen who came in and they talked about how hard it was to get ice time. They were all over 65, all in their seventies, and they wanted ice time to play hockey, pick up hockey. And they had a hard time getting this time from the City Aquatic Association. They never thought of the elderly wanting to skate. And there are things like that we heard from people who... You know, it's not just the ones who're loosing autonomy and all the rest of it, it's to open up the resources that we have to this population. No one would think of not having ice time for seven and eight years' old. I'm not comparing seven... I've got two sons who are certainly in the elder part of playing competitive hockey, but they're certainly planning to play competitive hockey for a long time to come. I don't mean competitive, but have the opportunity to play hockey. And I think we have to think about that.

Le Modérateur (M. Antoine Robitaille): Kristy Rich.

Mme Rich (Kristy): Mme Blais, can you explain a little bit how your responses are going to come out? Are we going to be seeing money in the upcoming budget to target some of the priorities that...

Mme Blais: I cannot tell you if there is some money in the budget, but I can tell you I will have an answer, a governmental answer. And I didn't wait today to start to work to be able to give answer to what people were asking. And there is also a fascinating proposition, proposal in this report, like les Villes-amies des aînés. Les Villes-amies des aînés de l'Organisation mondiale de la santé, it's fantastic. Because people in a city have to work to make sure that senior citizens have services like security, like... Sometime, when you cross a street, les «feux de circulation» are not synchronized. And, when they are walking, you know, through the street, the light is changing, they don't have time. There are not enough benches to be able to sit. Mme Goldbloom was saying, you know, that these old men just wanted to have some ice to play hockey and they cannot because it is reserved to young people. So, because these types of cities are concerned with senior people, I think this is a very new approach.
Another proposal in this report is «les travailleurs de rue», «des travailleurs de couloir», «des travailleurs de rang» to make sure that these people will come and visit senior people in les HLM, will knock at the door and just make sure if they have enough food in their refrigerator, if they are not sick. So, if something happens, they will make a bridge with the CLSC. I think it's a new idea, I think it's fun, it's bright.
And also you were asking me if I will have some money. The 16 of November, at the end of the consultation, we announced $500 000 for Baluchon Alzheimer, we didn't wait to the answer to announce that. And they came during the consultation and they were closing doors because they didn't have enough money. And we think it's a wonderful idea, because «les baluchonneurs» are going home and giving services to care givers, so care givers can have a break. So, I think we have, like Mme Goldbloom was saying, we have to try to find new strategies, new ways, you know, to change things around.

Mme Rich (Kristy): If you could just clarify your thoughts on investments in home care versus long-term care centers, because, on the one hand, you did say you can't invest in both places at once and yet...

Mme Blais: What I was saying is like you cannot invest, in one way, in bricks, it costs a lot of money, and these beds are costing $65 000 a year, and, also, investing... well, investing so people can stay in home. You have sometimes to make a choice. And also Dr Hébert, perhaps he knows that, in certain regions, they have downloaded their beds and they are giving more services at home, and it works, it works.

Mme Rich (Kristy): I'm not...

M. Robitaille (Antoine): Mme Blais, peut-être une dernière. Vous avez dit: «On n'a pas attendu avant ce rapport-là, on a déjà commencé à agir.» Est-ce qu'on avait vraiment besoin de cette consultation-là au fond, compte tenu... Et je me souviens du scepticisme de la FADOQ, par exemple, de certaines personnes à la FADOQ. Est-ce que vous ne leur démontrez pas, là, qu'ils avaient raison que vous n'aviez pas besoin de cette... pour prendre des décisions?

Mme Blais: Écoutez, je souhaite qu'il y ait plusieurs consultations de cette nature parce que les aînés nous ont aussi demandé qu'il y en ait d'autres. Les conditions de vie des aînés, là, ne s'arrêtent pas aujourd'hui, les conditions de vie des aînés. Nous sommes en train de préparer l'avenir avec nos aînés. Dans 20 ans, il y aura le quart de la population âgée de 65 ans et plus. Et la FADOQ est même venue déposer un mémoire durant la consultation, et la FADOQ, c'est un organisme important qui représente 280 000 membres, et c'est avec les aînés qu'on doit façonner le Québec de demain.
Et non... et j'espère que ces questions seront débattues encore, et encore, et encore, savez-vous pourquoi? Parce qu'on vit dans un monde de communication où on a beaucoup de difficultés à communiquer et à se dire les choses en face à face. On parle à des machines, on parle à travers Internet. Et là les aînés, durant la consultation, ont été capables de s'exprimer sur leurs propres besoins, et ça, c'est merveilleux, et on doit retrouver l'essence de cette communication-là. Et je vous remercie beaucoup pour votre présence aujourd'hui. Et je vous donne rendez-vous pour la réponse gouvernementale.

(Fin à 10 h 4)

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