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Point de presse de M. Amir Khadir, député de Mercier

Version finale

Le mercredi 17 novembre 2010, 15 h

Salle Bernard-Lalonde (1.131), hôtel du Parlement

(Quatorze heures cinquante-huit minutes)

M. Khadir: Bonjour, tout le monde. Merci d'être là. Je suis particulièrement fier du Québec dans lequel je vis aujourd'hui. Enfin, d'une seule voix ou presque unanimement, le peuple québécois demande au gouvernement Charest de se rendre à la raison et d'enclencher une commission d'enquête publique. Cette fois-ci, c'est les travailleurs du Québec, les travailleurs de la construction, qui ont trouvé les arguments, des mots justes pour convaincre tous leurs collègues et leur appareil de faire la demande qui, en fait, était attendue depuis longtemps. Et je suis certain que cette volonté est partagée chez FTQ-Construction depuis de nombreux mois. La crainte des syndiqués était quoi? Que l'enquête publique se fasse sur le dos des travailleurs. Or, on n'en est plus là aujourd'hui.
L'enquête qu'on nous... on demande, ce n'est pas pour que l'industrie de la construction, les travailleurs ou les syndicats qui oeuvrent dans ce domaine soient les dindons de la farce. La réalité, c'est que, s'il y a corruption aujourd'hui, au Québec, si on sent que des contrats sont donnés de manière... avec favoritisme, c'est lié au financement des partis libéraux. En fait, la question est simple: Que doit être l'objectif de l'enquête publique que demande tout le monde? C'est le lien entre l'octroi de privilèges, de contrats, de permis par différentes instances gouvernementales et le financement des partis politiques.
Donc, dans ça, on parle, bien sûr, du secteur de la construction et de quelques entrepreneurs plutôt malhonnêtes, mais on parle également de l'industrie du génie-conseil, dont une des principales composantes au Québec a admis avoir financé illégalement le Parti libéral. On parle également de l'octroi de permis de garderies, qui est sous enquête actuellement. Donc, il y a une série d'allégations qui touchent aussi le monde municipal. Alors, merci aux travailleurs de la construction. J'ai entendu aussi, il y a quelques instants à peine, le président du Conseil du patronat dire également qu'il pensait qu'on était rendus là, que ce que... Il considérait comme étant peut-être quelque chose qui serait nécessaire mais pas nécessairement aujourd'hui. Ils sont d'avis qu'on en est là. Donc, M. Charest doit acquiescer à la demande. Maintenant, tout le monde au Québec demande une enquête publique, sauf M. Vaillancourt, le maire de Laval.

M. Ouellet (Martin): M. Khadir, à moins d'un revirement de situation inattendu, il semblerait que le gouvernement va maintenir le cap, là, c'est-à-dire va refuser une nouvelle fois, il va faire confiance aux enquêtes policières en cours. Quelle conclusion pourront-ils... pourrons-nous tirer à ce moment-là?

M. Khadir: M. Ouellet, il n'y a rien de plus imprévisible que la politique; c'est ce que j'ai appris depuis que je suis ici. J'ose espérer que M. Charest saura trouver parmi ses conseillers des gens plus intelligents que ceux qui l'ont conseillé à date, parce que ce qu'il a fait, ça... son inaction a aggravé la situation du Parti libéral du Québec. Alors, à lui de choisir. Je pense qu'il est temps. Maintenant, il a un choix, il n'a pas besoin de déclencher une enquête où on cherche à salir des réputations, à les rendre criminelles, à les mettre sous les verrous. Ce n'est pas ça que les gens demandent. Les gens veulent que le système de corruption cesse. Maintenant, le reste, qui va être sous les verrous?, qui va être en prison?, c'est mineur. L'important, c'est qu'on cesse de dilapider les fonds publics.

M. Journet (Paul): Est-ce que le mandat qui a été défini par la FTQ aujourd'hui est trop large, à votre avis?

M. Khadir: Non, pas vraiment. La FTQ demande qu'on fasse enquête sur le système qui est à l'intérieur de différents niveaux, paliers de l'administration publique, qui permet à des gens malhonnêtes d'obtenir des faveurs. Et ça se fait, je vous dis, le synapse, là, le lien, c'est le financement des partis, c'est le financement des campagnes électorales. Rappelez-vous, M. Labonté, à Montréal, ce qu'il a dit. Regardons ce qui se passe. Ce qui se passe maintenant pour M. Vaillancourt, c'est quoi, le noeud de la guerre? Il offre de l'argent pour aider les campagnes électorales de deux candidats. Donc, c'est là, le nerf de la guerre, une enquête sur le financement des campagnes électorales et des partis politiques.

M. Journet (Paul): Donc, la construction, ce serait trop étroit comme mandat.

M. Khadir: Oui, parce qu'il y a aussi les firmes d'ingénieurs. Il y a l'octroi de permis. On pense même à la nomination des juges. Charles Rondeau et M. Fava, ils faisaient quoi dans le bureau de madame... madame...

Journaliste: Landry.

M. Khadir: Landry. D'accord, ce n'est pas des... pour des contrats de la construction. Voilà.

M. Plouffe (Robert): Bien justement, en ce sens-là, considérez-vous... Là, je suis peut-être... Je ne sais pas si vous allez participer aux débats, là, à l'intérieur. Pensez-vous que c'est encore nécessaire de faire ce genre de motion là? Est-ce que la sortie de la FTQ est l'ultime argument à présenter à Jean Charest?

M. Khadir: Le débat a ça d'intéressant qu'il reprend justement une ligne... La motion demande une enquête publique justement sur le financement des partis politiques et l'octroi de différents contrats ou de permis. C'est exactement la demande que Françoise David et moi, au nom de Québec solidaire, on faisait en mai 2009 devant l'hôtel de ville de Montréal, autrement dit, élargir le débat, pas essayer de faire le procès de la FTQ ou juste quelques entrepreneurs de la construction comme Catania, comme Accurso. Mais ce n'est pas eux les fautifs, les fautifs, c'est ceux qui acceptent cet argent-là, c'est les appareils politiques, les... ceux qui font des levées de fonds.
Je vous rappelle, il y en a un dont on ne parle pas, et je me demande si ce n'est pas le responsable qui empêche M. Charest de prendre cette décision. Il est très proche de M. Charest. Il est suffisamment proche de M. Charest pour assister à la réception qui est donnée dans la maison paternelle de M. Charest le soir des élections. Il a été responsable de son financement dans la campagne de 2003. Il l'a accompagné dans la réception qu'ont donné les dignitaires du Canada pour M. Bush, puis il était encore là tout dernièrement, à Vancouver, à l'ouverture des Jeux, accompagnant M. Charest: c'est Marc Bibeau à la tête de Schokbeton, principal financier du Parti libéral du Québec. Devant lui, les Marc Rondeau puis les... les Charles Rondeau puis les Marc Fava sont des joueurs mineurs.

M. Plouffe (Robert): Franco Fava.

M. Khadir: J'ai dit qui?

M. Plouffe (Robert): Charles Rondeau et Franco Fava.

M. Khadir: Franco Fava, voilà. Alors, moi, je me...

M. Ouellet (Martin): Mais vous dites que Bibeau, ça serait celui... Je veux juste...

M. Khadir: Je ne sais pas, je pose la question.

M. Ouellet (Martin): Vous dites que Bibeau, ça serait le... celui qui dit à Charest... qui le garde sur les freins, là. C'est ça.

M. Khadir: Bien, j'imagine, parce que c'est les financiers qui ont le plus gros à perdre. C'est les collecteurs de fonds, hein? Si on fait une enquête sur la corruption liée à la collecte de fonds pour les campagnes de financement, qui est en jeu ici? C'est les collecteurs de fonds. Et qui est le principal collecteur de fonds du Parti libéral du Québec? C'est Marc Bibeau.

M. Journet (Paul): Donc, est-ce que vous avez des preuves ou...

M. Khadir: Les libéraux le reconnaissent eux-mêmes. C'était le responsable du financement de la campagne de M. Charest en 2003. Les libéraux le reconnaissent. M. Charest reconnaît que Marc Bibeau était une personne beaucoup plus proche de lui, c'était un ami, alors qu'il a dit que Marc... Charles Rondeau puis M. Franco Fava...

M. Chartrand (Yves): M. Khadir, vous dites que Marc Bibeau est la véritable éminence grise de ce gouvernement.

M. Khadir: Pas l'éminence grise, financier, collecteur de fonds.

M. Chartrand (Yves): Mais c'est l'influence...

M. Khadir: Il est au centre puis il est au centre de l'industrie de la construction en plus. Regardez quelle position stratégique. Ce n'est pas comme M. Charles Rondeau, là. Marc Bibeau, à la fois, est le principal financier du Parti libéral puis, en même temps, est le principal fournisseur du béton aux entreprises de construction sur les contrats desquels, en tout cas dans la région de Montréal, Mafia inc., le livre de vos collègues, révèle que la mafia prélève 5 % de commission. C'est là, le problème. On voudrait savoir pourquoi M. Charest refuse. On aimerait savoir pourquoi on ne parle pas de Marc Bibeau et de son rôle. Et, si Marc Bibeau est dans l'entreprise de la construction, dans le béton et dans le financement du Parti libéral, quel est son rôle par rapport à ce qu'on entend par ailleurs, que le GRC va témoigner à... dans un scandale de construction en Italie? Puis il dit: La mafia prélève 5 % sur les commissions, sur les contrats de construction au...

M. Ouellet (Martin): Mais vous êtes en train de tracer un lien un peu comme...

M. Khadir: Je ne le sais pas, j'essaie...

M. Ouellet (Martin): ...comme Deltell faisait mais avec beaucoup plus de subtilité. Mais vous dites que le...

M. Khadir: Trop de subtilité tue la politique, mon cher monsieur. Oui.

Mme Brassard (Marie-Andrée): Est-ce que vous n'êtes pas étonné d'entendre la GRC dire: L'industrie, il y a une ristourne de 5 %? La GRC le sait, mais personne ne fait rien, la police ne fait rien. Est-ce que, ça aussi, ce n'est pas étonnant?

M. Khadir: Bien, ça nous met en colère. On est tristes de savoir que des gens à la GRC savait puis n'ont rien fait. Il y a un rapport qui existait en 1995 sur M. Vaillancourt; ils n'ont rien fait. Le ministre de la Sécurité publique du gouvernement du Parti québécois savait, il était lui-même l'objet, en fait, la victime d'une tentative de corruption, il n'a rien fait.
Bien, c'est triste pour le Québec, mais je n'ai pas de réponse. Malheureusement, je considère... j'ai... Malheureusement, je suis obligé de croire qu'il y a des politiciens qui, depuis trop longtemps, ont une faible estime d'eux-mêmes, de leur rôle comme ministres, comme détenteurs de certaines responsabilités, dont celle de protéger l'intérêt public.

M. Chartrand (Yves): Vous ne croyez pas qu'on va avoir un peu de difficultés à définir ce mandat-là pour éradiquer la corruption générale qu'on voit partout, qui sort partout, là?

M. Khadir: Le ménage est trop grand. La pile de vaisselle à laver est énorme, la pile de lessive à laver est énorme, mais il faut commencer quelque part. Je ne sais pas. Moi, je ne suis pas un expert enquêteur, mais il faut commencer quelque part.

M. Chartrand (Yves): À qui on va confier ça, ce monstre-là?

M. Khadir: Est-ce qu'on est rendu là? Je doute que non.

M. Chartrand (Yves): Non, mais je vous le demande. J'essaie de voir, là, à qui on va confier ça.

M. Khadir: C'est sûr que ça ne pourra pas être un ancien juge qui est reconnu comme étant lié au Parti libéral, hein? On va...

Journaliste: ...Mme Landry.

M. Khadir: Hein? On va avoir de la misère, parce que, si c'est quelqu'un, une nomination dans le style Me Bastarache, ça va commencer très mal.

M. Boivin (Simon): Pensez-vous, M. Landry, que le coup de filet, là, dont parlait...

Des voix: Ha, ha, ha!

M. Boivin (Simon): ...le directeur, là, de...

M. Khadir: Pourquoi vous...

Journaliste: M. Landry.

M. Boivin (Simon): J'ai dit: M. Landry?

Des voix: Ha, ha, ha!

M. Khadir: Lui, il est de la gauche efficace. Il ne représente pas l'échec de la gauche, il représente la gauche efficace.

Journaliste: ...

M. Boivin (Simon): La... Si l'opération Marteau, là, arrive, dans les prochains jours, prochaines semaines, avec un coup de filet, là, de six, 12 gros poissons, là, qui sont attrapés de l'industrie de la construction, pensez-vous que ce serait suffisant pour...

M. Khadir: Non, ça sera une partie de faite...

M. Boivin (Simon): ...mettre le couvercle sur les demandes?

M. Khadir: Peut-être que certains vont être tentés de le faire, mais je pense que les gens ne s'en satisferont pas, je ne pense pas. Regardez la colère qui existe actuellement dans la population, la pétition qui est signée par les gens, c'est juste une simple manifestation de ça. Je ne pense pas qu'ils vont se satisfaire de quelques, disons, joueurs, là, même d'importance. Vous pensez à qui, par exemple, dans les arrestations pour...

M. Boivin (Simon): Je ne sais pas.

Journaliste: ...

M. Khadir: Bien, c'est parce que vous posez la question, et, pour que je puisse répondre, il faut que je sache. Si vous pensez à Accurso, ou Marc Bibeau, ou M. Vaillancourt, oui. Si, par exemple, on arrête M. Vaillancourt, si on trouve des allégations, regardez, il y a des preuves, là, c'est sûr que le juge va devoir dire: Est-ce que les preuves sont recevables ou pas? Mais, quand monsieur... un ancien ministre du Québec dit: Le type m'a donné 10 000 $ pour essayer d'attirer des faveurs, c'est une preuve factuelle. Donc, si c'est recevable, puis on arrête le monsieur parce que, il me semble, c'est passible d'accusation criminelle, peut-être que là, oui. Mettons, Accurso, Vaillancourt, tu sais, les gens, là, qu'on sait qu'ils sont impliqués, mais, en deçà de ça, je ne vois pas vraiment comment...

M. Chartrand (Yves): Mais vous croyez vraiment que M. Charest va lâcher?

M. Khadir: Je ne sais pas, mais on fait tout pour. J'espère que M. Charest a des bons conseillers politiques, parce qu'actuellement il est très mal conseillé.

M. Moalla (Taïeb): Est-ce que vous demandez encore la démission s'il ne le fait pas, s'il ne déclenche pas cette commission-là?

M. Khadir: Non, parce que c'est lié... parce qu'il va retrouver une certaine légitimité. S'il répond à une demande qui vient si unanime de la population, il va retrouver une certaine légitimité.

M. Moalla (Taïeb): Mais, s'il ne le fait pas, vous demandez toujours à ce qu'il démissionne?

M. Khadir: S'il ne le fait pas, il manque d'autant plus de légitimité, M. Moalla, que je vous demande la question: Quelle est la valeur démocratique d'une élection gagnée avec de l'argent obtenu par des moyens illégaux?

M. Nagata (Kai): M. Khadir, if we could ask you, in English, your reaction to the FTQ's volte-face, their 180?

M. Khadir: I'm very proud of Québec today because more than 140 000 people have signed the petition asking for an enquiry, and workers, honest workers, have stood up and found arguments and ways to convince their apparatus, their union to come up with a very courageous decision because this decision will have impacts for the FTQ union. But, courageously, they have stood up and decided to play a positive role and ask the Government to inquire in matters and allegations of corruption in the financement of political parties and the construction.

M. Nagata (Kai): What position does this put the Charest Government in, now that the UMQ and the FTQ have dropped their support for the Government's position?

M. Khadir: I think Mr Charest does not have much... much maneuvering space now, and I hope he will find good advisors to convince him that it's not good for the liberals to persist refusing this commission of inquiry.

M. Séguin (Rhéal): What's worse, not holding an inquiry or...

M. Khadir: I think the... not getting into inquiry has a much cynical and sinister impact on the Liberal party of Québec because lots of people have already judged now and they judge every day in front of the public eye, in front of these allegations. So, this is much more detrimental to the Liberal party, in the long term, in my opinion, that an ordinate, well-circumcised commission of inquiry. Merci beaucoup de votre attention.

(Fin à 15 h 11)

 

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