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Point de presse de M. Sylvain Roy, député de Bonaventure

Version finale

Le mardi 15 mars 2022, 12 h 30

Hall principal de l'hôtel du Parlement, hôtel du Parlement

(Douze heures trente minutes)

Le Modérateur : Bonjour et bienvenue à notre point de presse. Aujourd'hui, le député de Bonaventure, Sylvain Roy, accompagné de Paul Lupien et d'Olivier Collomb d'Eyrames, président et représentant de la Confédération des organismes des personnes handicapées du Québec, de Ghislain Gagnon, directeur général du Regroupement des associations des personnes handicapées de la Gaspésie et des Îles, et de Serge Lebreux, porte-parole de l'Association des taxis des régions du Québec. Le point de presse débutera par une déclaration du député de Bonaventure, suivra les autres intervenants. Nous prendrons par la suite vos questions. Donc, M. le député, la parole est à vous.

M. Roy : Merci, Carl. Merci aux personnes ici présentes de venir défendre les intérêts de gens qui sont souvent oubliés par les décideurs. Quand j'ai été élu, un de mes amis m'avait dit de saluer tout le monde en montant, parce qu'en descendant c'est le même monde que j'aurais salués. Ce que ça voulait dire, c'est qu'il fallait se soucier des conditions de vie de tous les individus et pas juste de certaines catégories plus aptes à aller chercher des privilèges auprès des élus.

Nous sommes ici pour demander au gouvernement d'être à l'écoute des milliers de Québécoises et Québécois qui revendiquent l'accès à la mobilité via un moyen de transport qui réponde à leurs besoins. L'enjeu, c'est qu'en 2019 70 % des déplacements des personnes admises au transport adapté se réalisaient par taxi, et qu'aujourd'hui, trois ans plus tard cette flotte a été rétrécie de 40 %, ce qui signifie une atrophie importante de l'accès à du transport pour des personnes qui désirent récupérer la dignité qu'offre une vie active.

L'accès au transport est, selon l'OMS, un puissant déterminant de la santé, et le contexte d'immobilisme dans lequel sont confinés de plus en plus de citoyens est le signe d'une déconnexion des décideurs face à leur réalité. Voilà pourquoi les gens sont mobilisés ici aujourd'hui. Ils revendiquent de la cohérence, qui donne accès à la cohésion. On ne peut se vanter de promouvoir la mobilité avec le troisième lien ou le REM si on ne porte pas une attention à ceux et celles qui veulent quelque chose de plus modeste, accessible et adapté, bref, d'avoir tout simplement accès à un premier lien.

Je donnerais maintenant la parole à M. Ghislain Gagnon, représentant des associations de personnes handicapées de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine.

Mme Gagnon (Ghislain) : Merci, M. le député, merci de l'invitation et à vous d'être là à l'antenne. Je représente les personnes handicapées de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine, et ce qui se passe en Gaspésie, comme dans beaucoup d'autres endroits au Québec, c'est que les personnes handicapées sont isolées, confinées. Il y a un gros manque de transport adapté, et ça se déploie sur différents niveaux, que ce soit de l'emploi... On a des personnes en Gaspésie qui sont instruites, ils ont un diplôme, ils ont même un travail, mais malheureusement, des fois, ils doivent le refuser parce qu'ils n'ont pas de transport adapté récurrent. C'est des gens qui vont se retrouver, à la limite, sur la solidarité sociale, au lieu d'avoir un travail dans lequel ils ont étudié. Ça amène aussi des situations où est-ce que la personne a seulement un trajet d'autobus, donc malheureusement, ne peut pas faire d'overtime à la job, ne peut pas remplacer son collègue. Donc, c'est très difficile pour l'inclusion des personnes handicapées sur le marché du travail.

Ce que ça amène aussi, c'est... dans les soins de santé, ça va amener que les personnes vont devoir rester plus longtemps à l'hôpital pour attendre le transport adapté. Des fois, c'est trois, quatre heures de plus qu'on laisse les gens dans les couloirs d'hôpitaux à errer, comme ça, en attendant le transport adapté. Ça va aussi avoir des influences, le manque de transport adapté, sur les loisirs, le répit loisir, qu'on appelle, pour nos membres. Donc, évidemment, on va prioriser les soins de santé, le travail, tout ça, mais des fois, on va devoir délaisser les activités de répit loisir, qui sont annulées le jour même, et ça, pour les personnes handicapées qui y participent, c'est énorme.

Donc, on a besoin de plus de services, et, pour certains, c'est difficile d'aller faire l'épicerie, imaginez-vous, donc on est pas mal dans les besoins de base. Ce que ça amène, l'isolement, ce que ça amène, le manque de mobilité, ça amène un déconditionnement, donc des personnes qui vont perdre des acquis, et ça, on ne veut pas ça, ce serait dramatique.

Un autre point, ce serait mon dernier point, on sait maintenant, depuis 2014, que la proportion de femmes avec incapacités qui vivent de la violence conjugale est plus du double qu'une femme qui n'a pas d'incapacités. Donc, c'est pour vous dire qu'une femme en Gaspésie, aux îles ou... pas partout, mais à beaucoup d'endroits au Québec, va devoir rester à la maison et continuer de subir ces violences-là parce qu'elle n'a pas de transport adapté pour s'enfuir.

Il est grand temps que le confinement des personnes handicapées cesse. Merci.

Le Modérateur : Donc, maintenant, M. Serge Lebreux, porte-parole de l'Association des taxis des régions du Québec.

M. Lebreux (Serge) :Bonjour, tout le monde. Merci, M. le député, pour l'occasion qu'il nous offre de pouvoir profiter de la tribune. La situation actuelle est telle... On est vraiment comme en état d'urgence par rapport aux taxis. On a perdu, depuis le début du COVID et puis depuis le début de la loi n° 17, 40 % de la flotte de taxis au Québec, ce qui implique aussi l'offre du transport adapté. On a à peu près perdu 40 % de notre flotte de transport adapté. Donc, on a perdu beaucoup d'élasticité pour répondre à l'offre de ces gens-là en dehors des heures ouvrables. Ça nous porte à couper dans nos heures d'ouverture.

Puis juste pour vous citer quelques villes, on a Trois-Pistoles, on a L'Islet, Cap-Saint-Ignace, on a Lac-Mégantic. On a aussi les villes de Chibougamau, les villes aussi de... pas Notre-Dame-du-Lac, les villes de... j'en passe, là, dans la couronne de Rivière-du-Loup. Bref, c'est toutes des villes qui n'ont plus de service de taxi depuis quelques mois. C'est comme ça depuis un an. Les villes tombent un après l'autre, puis il y en a d'autres qui s'en viennent aussi.

Donc, on est vraiment dans une situation où est-ce que... on est un service de premier lien, la population a besoin de l'industrie du taxi actuellement, et puis elle ne peut pas compter sur ces ressources-là pour... qui est causée par ce que je disais tantôt, le COVID ou encore la loi n° 17. L'ATRQ a soumis plusieurs propositions à la table du transport rémunéré par personne, et puis, pour l'instant, là, on n'a pas vraiment d'écoute de la part du ministre Bonnardel là-dessus. Donc, ce qu'on aimerait, c'est que le ministre écoute nos propositions et aille de l'avant dans le déploiement de ces solutions-là pour être capable de subvenir aux personnes en perte de mobilité dans les régions rurales, parce qu'actuellement là, ces gens-là sont confinés, puis il faut absolument déconfiner cette partie de la population là.

C'est tout ce que j'avais à dire. Merci.

Le Modérateur : Merci beaucoup. Donc, maintenant, M. Paul Lupien, président de la Confédération des organismes de personnes handicapées du Québec.

M. Lupien (Paul) : Merci, M. le député. Depuis les travaux pour l'avancement des droits des personnes handicapées, au milieu des années 70, le transport et les déplacements ont été au coeur de la mobilisation des personnes handicapées. Il y a plus de 40 ans, nous manifestions ici, devant l'Assemblée nationale, pour dire que la Charte des droits et libertés est aussi pour nous, personnes handicapées, par le transport adapté porte à porte, comme dans le réseau de transport, qui devait devenir accessible.

Aujourd'hui, malgré les contextes et investissements, nous sommes loin d'avoir la mobilité du reste de la population, toujours handicapés par les moyens de transport, inaccessibles. Sans transport adapté, pour beaucoup de personnes handicapées, pas de travail, pas de médecin, pas de sortie, pas de formation, pas de camp d'été. Des investissements publics, pour chacun des services, gaspillés, pour autant de bafoués.

Ce qui a changé beaucoup en 40 ans, c'est que, désormais, notre mobilité numérique, aussi, est adaptée sur le Web, comme nous l'avons vu avec Clic Santé. En 2019, la COPHAN appuyait la loi sur l'industrie du transport rémunéré, permettant de faire avancer les droits des personnes handicapées. La loi et les règlements adoptés visaient l'accès des personnes handicapées au transport par automobile, y compris avec une automobile adaptée. En cohérence avec la Politique de mobilité durable, la loi garantissait le suivi de la situation par la collecte de données, incluant les réponses aux besoins des personnes handicapées.

Selon nos besoins, nous avons besoin de véhicules adaptés, car, comme moi, vous êtes en fauteuil roulant, d'applications mobiles compatibles avec nos logiciels, si on est aveugle, et, de manière générale, de personnel formé. Or, depuis octobre 2019, la situation de l'industrie du taxi régulier comme adapté se dégrade, et celle des services publics de transport adapté, qui en dépendent aussi. De plus, à partir d'octobre 2020, le ministère du Transport a suspendu la subvention pour l'adaptation des taxis jusqu'en février 2022, au moins des dizaines de véhicules en moins pour des personnes en fauteuil roulant. La formation semble ne pas avoir suivi l'industrie, et cela n'améliore pas le recrutement et la rétention de personnel pour chauffer des véhicules. La gestion du COVID ayant diminué la demande de déplacements, les effets apparaissent limités, mais nous anticipons le manque de véhicules pour répondre aux besoins.

La solution que nous proposons vise à déconfiner le soutien de l'industrie du taxi car un taxi en santé, c'est le premier lien vers l'autre pour de nombreuses personnes handicapées. Le confinement doit cesser.

Le Modérateur : Merci, M. Lupien. Maintenant, Olivier Collomb d'Eyrames, représentant de la Confédération des organismes de personnes handicapées du Québec.

M. Collomb d'Eyrames (Olivier) : Bien, moi, pour ma partie, j'ai choisi de lire un communiqué qui a été envoyé à la clientèle par une société de transport, dans un souci de transparence, la Société de transport de Trois-Rivières, et qui illustre la situation qu'on entend, à d'autres endroits au Québec, liée aux difficultés de l'industrie du taxi et les effets sur le transport adapté.

Donc, communiqué du 15 décembre :

«Depuis l'assouplissement des mesures sanitaires, notre service de transport adapté est très sollicité, et nous constatons une augmentation importante de l'achalandage à bord de nos minibus. Comme c'était le cas avant la pandémie, nous comptons sur la collaboration de nos partenaires taxis pour soutenir nos opérations. Toutefois, l'industrie du taxi rencontre actuellement des difficultés et cela a pour conséquence de diminuer nos capacités de transport.»

Donc, pour mémoire, là, on est le 15 décembre. On n'est pas au stade de confinement où on est rendus aujourd'hui, et c'est déjà ça que vit la Société de transport de Trois-Rivières.

«Pour pallier à la situation, nous avons déployé plusieurs actions visant à optimiser les courses. Nous venons également de faire l'acquisition de minibus supplémentaires afin d'améliorer le service, certaines journées, et augmenter nos disponibilités, pour d'autres. Cependant, nos efforts, à eux seuls, ne peuvent combler les services délaissés par nos partenaires taxis, et nous nous voyons dans l'obligation de restreindre les demandes de déplacement. Ainsi, nous prioriserons dès maintenant les demandes de déplacement pour raisons médicales, de travail et d'études postsecondaires. Conséquemment, nous ne pouvons pas garantir la disponibilité des déplacements pour des raisons autres que celles priorisées, et ce, même si ces déplacements étaient demandés avec plus de 48 heures à l'avance ou s'ils ont été programmés comme étant récurrents.»

Les raisons autres, pour qu'on se comprenne, bien, une raison autre, c'est aller aux loisirs pendant que nos parents ont un répit. Les raisons autres, c'est aller souper chez des amis ou dans un restaurant. Les raisons autres, c'est quitter la maison où on vit de la violence conjugale pour rejoindre un lieu d'hébergement sécurisé, c'est aller faire des courses. En fait, les raisons autres, c'est tout simplement pouvoir vivre et arrêter de survivre. Le taxi, c'est le premier lien vers la proximité. Le gouvernement doit agir pour que le confinement cesse pour les personnes handicapées, et on espère que les solutions qu'on propose dans le communiqué, en partenariat avec l'industrie du taxi, on va pouvoir en discuter et prendre des décisions. Merci.

M. Roy : Écoutez, je crois que le message est clair, le gouvernement doit comprendre qu'on ne peut pas tolérer, je dirais, la progression d'une société duale, coupée en deux, où on a une partie de la population qu'on laisse sur le côté, puis qu'on en a d'autres qu'on s'occupe pour des raisons peut-être électoralistes. Donc, ces gens-là ont droit à de la mobilité, ont droit à avoir une vie digne, et j'ose espérer que le gouvernement va donner suite aux propositions et aux demandes des différents acteurs ici présents. Donc, merci beaucoup à tous.

Le Modérateur : Merci, tout le monde.

(Fin à 12 h 43)

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