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Point de presse de M. Amir Khadir, député de Mercier

Version finale

Le mercredi 8 février 2017, 9 h 24

Salle Bernard-Lalonde (1.131), hôtel du Parlement

(Neuf heures vingt-quatre minutes)

       M. Khadir : Bonjour. Je suis devant vous pour exprimer encore une fois notre déception du comportement de l'entreprise québécoise Bombardier. Si, après tout, le gouvernement fédéral n'est pas à la hauteur des attentes du Québec, si, pour M. Trudeau, le Québec n'a pas assez d'importance pour considérer que la protection des emplois au Québec relève aussi de la responsabilité du gouvernement fédéral, on se serait au moins attendus que Bombardier, pour qui le Québec a rendu tant de services, et le dernier de ces services, on s'en rappelle, c'est le 1,4 milliard de dollars, aurait insisté pour que l'aide que lui accorde le gouvernement fédéral serve d'abord à protéger des emplois au Québec.

    Mme Anglade nous dit : Ah oui! C'est bon. C'est bon. C'est un pas dans la bonne direction, mais dans quelle direction, le pas qui vient d'être fait par le gouvernement fédéral? C'est dans la direction des emplois en Ontario. Ce n'est pas dans la direction qu'on avait souhaitée, qu'il aurait été possible d'espérer.

    Ce que je remarque aussi, c'est que, malheureusement, ça prouve à quel point des grandes corporations comme Bombardier peuvent finalement s'en tirer avec les meilleurs comptes et peuvent faire à peu près à leur guise. Et le gouvernement québécois, évidemment, là-dessus, ne donne pas vraiment le bon exemple. Je rappelle à ceux qui nous entendent que l'aide que nous leur avons accordée, soi-disant, nous accorde un contrôle de 49 % qui aurait été bien plus... on se rappelle tous les experts indépendants qui ont dit qu'avec cette aide-là le gouvernement québécois aurait été en droit d'avoir un contrôle effectif sur l'entreprise, ce qui n'est pas le cas. Mais en plus, si Bombardier fait des affaires d'or avec votre argent, avec mon argent et l'argent des contribuables, puis que ça va très bien, il n'y a aucun besoin de faire participer le trésor public québécois. Il peut transformer l'aide qu'on lui a donnée en prêt à très bon taux. Je pense, c'est, quoi, 3 % ou 4 %, là, à peu près, 4 %, ce qui est, à mon avis, scandaleux dans le rapport de soumission de nos politiciens à ces grandes compagnies.

    Donc, c'est encore une fois une occasion ratée, c'est encore une fois un comportement irresponsable et, je dirais, assez méprisant de Bombardier pour le Québec, pour les contribuables du Québec, pour les travailleurs et travailleuses du Québec parce qu'en quelque sorte Bombardier accepte et encense une décision hostile au Québec, du gouvernement fédéral, qui accorde une aide qui va essentiellement aller à renflouer les emplois en Ontario.

M. Laforest (Alain) : Qu'est-ce que ça veut dire pour l'entente qu'a signée le gouvernement du Québec, qui a été dénoncée pendant de nombreux mois ici, à l'Assemblée nationale? Vous y voyez quoi? Parce que le gouvernement semble dire : On a sauvé Bombardier, on a sauvé la CSeries. Vous en pensez quoi, de ça, là, de l'entente?

M. Khadir : Moi, je pense que les gouvernements du Québec et du Canada ont un rôle à jouer dans la sauvegarde de nos emplois, dans la protection d'une entreprise qui a un rôle important dans notre économie et dans la prospérité du Québec. Ça, je n'ai aucun doute là-dessus. Par contre, quand on le fait, on le fait dignement. Si on a autant d'argent, compte tenu de tout le reste, tout le reste des avantages sur 50 ans que les gouvernements fédéral et du Québec ont accordé à Bombardier, il y aurait eu un minimum de contrôle, un minimum de... je dirais de prise de participation effective, pas juste à 49 %, qui aurait été souhaitée. Ensuite, Bombardier aussi a des responsabilités.

Ce que ça veut dire, c'est que cette entreprise-là ne nous respecte pas, considère les contribuables québécois comme une vache à lait à siphonner quand ça lui plaît sans aucune responsabilité morale. La preuve, c'est que Bombardier n'a pas mis le Québec au centre de ses préoccupations et n'a pas demandé au gouvernement fédéral... C'est des emplois au Québec. Il n'a pas attaché ce prêt-là à des investissements pour des emplois en Ontario.

Donc, ça veut dire que nos politiciens, au fédéral comme ici, à Québec, Mme Anglade et M. Couillard, méprisent les travailleurs et les travailleuses et ne sont qu'au service, malheureusement, des intérêts d'une entreprise comme Bombardier.

M. Vigneault (Nicolas) : Est-ce que le Parti québécois est déconnecté, comme le laisse entendre le rapport de PSP?

M. Khadir : On a terminé avec...

M. Vigneault (Nicolas) : Bien, M. Legault dans...

M. Khadir : C'est un diagnostic qui est très lourd. M. St-Pierre Plamondon, moi, je n'ai pas lu tout le protocole de son enquête, la rigueur de l'enquête qui a été menée. Parfois, on jette des anathèmes comme ça un peu trop facilement. La politique en général, et ce n'est pas juste la situation du Parti québécois... Dans tout le monde occidental, les partis traditionnels sont déconsidérés. Alors, je ne pense pas que le Parti québécois soit plus déconnecté que le Parti libéral. La différence, c'est que le Parti libéral n'a pas besoin d'être connecté à la population. C'est un parti qui représente les affairistes et les grandes fortunes du Québec qui ont le contrôle sur ce parti-là.

M. Vigneault (Nicolas) : Sur le PQ?

M. Khadir : Alors, qu'il soit déconnecté de la réalité, ça importe peu. C'est l'ensemble de la classe politique traditionnelle occidentale qui est déconnectée. On peut dire la même chose du Parti socialiste français. On peut dire la même chose du Parti démocrate. On l'a vu avec le désamour des Américains, même des démocrates pour leur propre candidate à la présidentielle.

Vous me demandez sur le PQ. Ce que je veux dire par là, c'est que mettre l'emphase sur le PQ, il y a peut-être quelque chose qui relève d'un examen de conscience qui est, comment je pourrais dire, souhaitable pour tout le monde, puis c'est à l'honneur du Parti québécois et de St-Pierre Plamondon, mais le diagnostic n'entache pas que le PQ, il entache toute la classe politique traditionnelle, qui, trop longtemps, a joué dans la main des élites et s'est déconnectée de la population, des intérêts des classes moyenne et défavorisée.

M. Laforest (Alain) : Je veux m'adresser au médecin. C'est un électrochoc? C'est un électrochoc, Dr Khadir, qu'on vient de donner? Je m'adresse au médecin, là. On vient de donner un électrochoc aux patients?

M. Khadir : Électrochoc de... Ah! au Parti québécois, vous voulez dire? Là, vous parlez de qui? Je m'excuse.

M. Laforest (Alain) : Je parle du...

M. Khadir : Du PQ. C'est sûr que c'est peut-être l'intention. Donc, comme je dis, c'est à l'honneur du Parti québécois de, sur la place publique, faire cet exercice de remise en question. L'électrochoc est une analogie qui me plaît parce que le plus souvent, quand un médecin administre un électrochoc, c'est dans le but de sauver le patient. C'est sincère et ça ne néglige rien, hein? C'est violent. On ne néglige rien. Donc, dans ce sens-là, oui.

M. Gagnon (Marc-André) : Juste revenir rapidement...

Une voix : Quel... Vas-y.

M. Gagnon (Marc-André) : Oui, sur la carte...Bien, c'était sur la...

Une voix : Oui. Bien, j'étais sur la carte, justement.

M. Gagnon (Marc-André) : Oui, sur la carte électorale, donc, on voit que tant les libéraux que les péquistes semblent, eux aussi, là, être déçus de cette nouvelle proposition de la commission de la réforme. Donc, comment vous réagissez ce matin, après analyse?

M. Khadir : Au cours de la journée, nous allons rencontrer différents responsables, d'abord le Directeur général des élections, M. Reid, mais également les chefs d'opposition. Nous voulons savoir exactement où le PQ et la CAQ logent.

C'est sûr que, dans toute réforme de carte électorale quand on enlève une circonscription et si on en ajoute ailleurs, il y a des gagnants et des perdants. Mais là il y a ici quelque chose qui relève de l'inattendu et un peu de l'absurde parce que ça fait deux ans, depuis mars 2015, qu'il y a une hypothèse de travail, qui est Outremont. Pourquoi? Parce que c'est le comté qui est le plus loin de la moyenne. Et c'était normal. Et, en plus, toutes les propositions qui avaient été faites par la suite tournaient alentour de cette hypothèse. Jamais, sauf dans une courte phrase à la fin des consultations, en septembre, l'hypothèse que ça puisse être un autre comté, ça n'avait été évoqué, jamais. Et là, tout d'un coup, donc, entre septembre et ici, alors qu'aucune consultation n'a été possible et personne n'a été mis au courant, on nous sort Sainte-Marie—Saint-Jacques.

Et, en plus, c'est qu'il y a une dimension très politique qui explique aussi pourquoi, quand on choisit des commissaires, on a choisi des historiens, des démographes, des experts de la carte électorale, donc on prend des gens qui prennent en considération d'autres dimensions, des dimensions socioéconomiques qui relèvent du territoire, d'à quoi ressemble le comté mais aussi c'est quoi, l'équilibre démocratique dans notre société. Et là, d'un coup de trait, on vient d'effacer la moitié des circonscriptions d'un parti qui est le plus désavantagé par tout le système. Et c'est absolument inadmissible.

M. Croteau (Martin) : Quelle... bien, je prends le pas à mon collègue, là. Hier, vous aviez évoqué une mobilisation. Là, vous parlez d'une rencontre avec les autres partis. Concrètement, quelle suite donnez-vous à cette proposition?

M. Khadir : Oui. On est en réunion ce matin même, les responsables de Québec solidaire. On va consulter des partenaires sociaux. Mais je peux vous dire déjà que toutes les personnes à qui nous avons parlé trouvent absolument inacceptable ce qui vient d'être annoncé et je suis persuadé qu'en dehors des alignements partisans, même des groupes, des individus qui ne sont pas proches de Québec solidaire, à sa face même... trouvent que cette manière de procéder et le fait que ce soit un comté de Québec solidaire qui est, disons, promis à la disparition, qui est voué à la disparition aux prochaines élections, paraît grossièrement inadmissible.

M. Croteau (Martin) : Êtes-vous allé trop loin en évoquant la possibilité qu'il y ait eu du «gerrymandering» ou que, tu sais, des gens influents tiraient des ficelles dans ce projet-là? Est-ce que vous craignez d'être allé trop loin avec votre commentaire?

M. Khadir : Je n'ai pas affirmé que c'est ça qui s'est passé, mais tout porte à croire qu'il y a eu d'énormes pressions. Expliquez-moi pourquoi, autrement, alors qu'il y a une hypothèse sur la table depuis deux ans, sur laquelle on a échafaudé tant de choses puis qu'on a consulté la population... tout d'un coup, disparaît, puis ceux qui en bénéficient, c'est ceux qui sont au pouvoir. Ceux qui bénéficient de ce changement sont… Alors, moi, je n'attends que des explications. Je comprends que... Moi, j'entends de très bonnes choses sur M. Reid et je n'ai aucune hésitation là-dedans. Ensuite, on n'a pas besoin de s'attendre à ce qu'il y ait des tirages de ficelles dans le sens qu'on entend, mais les nominations, les jeux de nomination, c'est ça que ça recèle, malheureusement. C'est que, tant qu'il n'y aura pas un processus rigoureux, qui rende tout à fait indépendants ces jeux de nomination, bien, les biais qui sont propres à chaque personne peuvent jouer.

Ceci étant dit, je veux vous rappeler, je m'excuse de ne pas avoir le nom, mais la première fois que nous avons protesté, en 2009, sur ce genre de chose là, c'était justement une personne — je vous trouverai le nom si vous le voulez, mais c'est dans les médias, et je m'étais offusqué à l'époque — qui voulait me consulter sur la carte électorale, qui était ici même, dans les couloirs, entre ici et le salon bleu, qui n'avait aucun poste d'attaché politique, aucune fonction officielle au Parti libéral, aucune fonction officielle au Parlement, qui était ici dans les couloirs du parlement, et qui disait représenter les intérêts du Parti libéral, et qui s'intéressait au découpage de la carte électorale. Il voulait me rencontrer là-dessus. Ces gens-là travaillent dans l'ombre. Et c'était un associé d'une firme d'avocats très connue de Montréal, très proche du Parti libéral.

M. Hicks (Ryan) : Just on Bombardier, are you disappointed in the announcement? What else do you think the federal government could have done?

M. Khadir : It's very disappointing. We would have expected more and better to protect jobs in Québec. Now, the Liberal minister of Québec Mrs. Anglade says : It's a step in the right direction. What is that direction? That direction is a direction of jobs in Ontario. This is an enterprise which has been supported by tax payers' money for 50 years in Québec. This enterprise owes a lot to Québec and they have no regard… they act in total disregard because, after all, if the Liberal Government of Mr. Trudeau has no regards for Québec and Québec is not interesting enough for them to give a part of the support that they give elsewhere… Remember, it's one fortieth, OK, it's 2,5% of the support they give to car industry in Ontario, OK? At least, we would have expected that Bombardier says no to that type of conditions that renders that aid conditional that most of the jobs would be created in Ontario. That's totally unacceptable.

M. Hicks (Ryan) : And, on the electoral map, in the first report, it was Mont-Royal and Outremont that were at play, and now it's a completely different riding that could disappear…

M. Khadir : For two years.

M. Hicks (Ryan) : So, what do you think about how this process has played out and is playing out before us?

M. Khadir : It is at a level of injustice that I would never expect from our institutions. I cannot believe that a process that should take into account several evidences, sociodemographic evidences and also democratic evidences… that people reasonably in charge of these matters have decided to wipe out from the map half of the ridings of the smallest of the parties which has been the most disadvantage by all the system, by the electoral mode, by all the aspects of our democracy which put a lot of obstacles in front of immerging parties. And now, half of our ridings are promoted to disappear into two years from now.

This, in the face of the fact that this riding of Québec solidaire was not the most distant from the average, you know? The natural selection was Outremont, the sociodemographic aspect of «fusionning» Outremont and Mont-Royal was much more evident to everybody. These two, you know, sectors of Montréal are much more similar in terms of sociodemographic. And, imagine, you're… fusionné…

Une voix : Merging.

M. Khadir : …merging Centre-Sud of Montréal, one of the most, you know, one of the most...

Une voix : Poor?

M. Khadir : …difficult, poor sectors of Montreal with part of the city which is, you know, the Golden Mile, the Golden...

Une voix : ...

M. Khadir : …Golden Square Mile of Montreal. Imagine that, that you're merging the HLM of Jeanne-Mance, Jeanne-Mance HLM, one of the poorest sectors of downtown Montreal, with high-level luxury condos on Drummond Street. That's what they've done.

Une voix : Merci.

M. Khadir : Thank you very much.

(Fin à 09 h 40)

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