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Point de presse de Mme Manon Massé, députée de Sainte-Marie–Saint-Jacques, M. Amir Khadir, député de Mercier, et M. Gabriel Nadeau-Dubois, député de Gouin

Version finale

Le mardi 6 juin 2017, 11 h

Hall principal de l'hôtel du Parlement, hôtel du Parlement

(Onze heures trois minutes)

Mme Massé : Oui, alors, bonjour, tout le monde. Je suis très heureuse d'être à nouveau devant vous avec l'aile complète de Québec solidaire à l'Assemblée nationale. Ça fait du bien d'avoir du renfort. Ça ne paraît pas, mais le tiers de notre aile parlementaire qui se rajoute, ça va faire, donc, poursuivre le travail de façon aussi intense qu'on peut nous connaître. Et c'est avec grand plaisir, grand honneur que je laisserai la parole au nouveau député de Gouin, M. Gabriel Nadeau-Dubois.

M. Nadeau-Dubois (Gabriel) : Merci beaucoup, Manon. Bien, bonjour, bonjour, tout le monde. Écoutez, je veux tout d'abord exprimer ma reconnaissance, ma gratitude envers les électeurs, les électrices de Gouin, qui m'ont accordé, la semaine dernière, leur confiance. Ils m'ont donné un mandat, un mandat clair, un mandat fort, et je suis tout à fait conscient de la responsabilité qui découle de la force du mandat que j'ai retenu. Et la première chose que je veux leur dire, c'est que je vais travailler très fort avec mes collègues Amir et Manon pour être à la hauteur de cette responsabilité-là qu'ils m'ont accordée.

Ce mandat-là, ce mandat fort, ils me l'ont donné en me connaissant. Ils me l'ont donné parce qu'on a fait campagne sur le terrain et que je les ai rencontrés pendant plus d'un mois de campagne. Ils m'ont donc donné ce mandat en connaissant la manière dont je veux faire de la politique, c'est-à-dire pas pour faire plaisir, pas pour faire l'unanimité, mais pour faire avancer des idées, pour susciter des débats, pour faire avancer un projet de société, et c'est ce que je compte faire dès cet après-midi en tant que député de Gouin à l'Assemblée nationale.

La Modératrice : Pour la période des questions, s'il vous plaît, en cette période extrêmement serrée d'assermentation, on va se limiter, s'il vous plaît, à une question, une sous-question. Alain Laforest, TVA.

M. Laforest (Alain) : Bonjour, bonjour à vous tous. Vous parlez de mandat fort. Taux de participation : moins de 33 %. Vous trouvez que c'est un mandat fort avec un taux de participation à 32 %?

M. Nadeau-Dubois (Gabriel) : Moi, le seul taux de participation qui m'aurait satisfait, c'est 100 %. Alors, bien sûr, on souhaite toujours qu'il y ait plus de participation citoyenne dans nos élections générales et partielles. Ceci étant dit, le 33 %, il est néanmoins dans la moyenne pour ce genre d'élection là. Et puis en termes... Moi, je regarde aussi le nombre de voix absolues que j'ai reçues puis je suis assez fier d'avoir convaincu plusieurs milliers de personnes d'appuyer ma candidature et surtout le projet de société de Québec solidaire. Et puis il y aura une autre élection générale très bientôt, alors les citoyens et citoyennes de Gouin auront l'occasion, à ce moment-là, de juger le travail que j'aurai fait ici.

M. Laforest (Alain) : Maintenant que vous avez retrouvé votre parole personnelle, est-ce que vous êtes prêt à condamner toute violence politique?

M. Nadeau-Dubois (Gabriel) : Moi, je crois que, dans une société démocratique, la violence n'est pas une manière de faire avancer ses idées. Et là-dessus Québec solidaire a toujours été impeccable. On est un parti qui sommes près des mouvements citoyens, près des mouvements sociaux, et on a toujours été capables par le passé de tracer la ligne, d'appuyer ce qu'on voulait appuyer et de ne pas appuyer ce qu'on ne voulait pas appuyer, et moi, je vais continuer dans cette lignée-là avec Amir et Manon.

La Modératrice : Mathieu Boivin, Cogeco Nouvelles.

M. Boivin (Mathieu) : La poussière étant maintenant retombée un peu sur les événements des dernières semaines, voyez-vous comme un échec à réparer au plus pressé que la convergence avec le Parti québécois?

M. Nadeau-Dubois (Gabriel) : Écoutez, la stratégie de pactes électoraux, c'est une stratégie que le Parti québécois avait mise sur pied. Ils nous l'ont proposé. On en a discuté. On en a discuté en profondeur. On en a parlé beaucoup à Québec solidaire. On a fait le débat démocratiquement, et il y a une décision qui a été prise, celle de présenter 125 candidatures en 2018. Cette décision-là, elle est prise. Il faut maintenant tourner la page. Et, moi, à partir de cet après-midi, j'ai envie de me concentrer sur le parti au pouvoir. C'est le Parti libéral du Québec qui est au pouvoir depuis 15 ans et c'est le Parti libéral du Québec qui a affaibli notre système d'éducation, qui a affaibli notre démocratie avec de multiples scandales de corruption. Moi, c'est de ça dont j'ai envie de parler, pas coller des étiquettes ou lancer de la boue au Parti québécois.

M. Boivin (Mathieu) : En présentant 125 candidats, forcément, vous estimez que vous pouvez former un gouvernement majoritaire aux prochaines élections?

M. Nadeau-Dubois (Gabriel) : On ne fonde pas un parti politique pour faire des épluchettes de blé d'Inde, on fonde un parti politique parce qu'on veut transformer la société, et le moyen par excellence de faire ça, c'est de former le gouvernement. Alors, bien sûr qu'à Québec solidaire c'est notre objectif ultime. Ceci étant dit, on est bien conscients que la route est longue, qu'il y a beaucoup de chemin à parcourir, qu'on a encore beaucoup de gens à convaincre. Et j'arrive avec toute mon énergie, celle de Manon et celle d'Amir pour continuer à faire ce travail-là, convaincre le plus de Québécois, Québécoises possible que notre projet de société, là, il est différent des autres et c'est le bon pour l'avenir du Québec.

La Modératrice : Patrick Bellerose, Journal de Québec.

M. Bellerose (Patrick) : Bonjour. Votre premier geste aujourd'hui sera de déposer une motion qui appuie le salaire minimum à 15 $ en Ontario et qui invite le gouvernement à faire de même. Pourquoi ce premier geste?

M. Nadeau-Dubois (Gabriel) : Il y a définitivement un mouvement qui est en marche en Amérique du Nord derrière l'augmentation du salaire minimum. Aux États-Unis, il y a plusieurs législations municipales et étatiques qui sont allées dans ce sens-là. Nos voisins ontariens viennent de le faire aussi. Il y a un momentum autour de cette question-là. À Québec solidaire, c'est une revendication qu'on a depuis notre fondation, une augmentation significative du salaire minimum. Cette motion-là, pour moi, c'est une manière de démontrer qu'on est du côté, résolument, des travailleurs, travailleuses, mais aussi du côté de l'économie locale et régionale. Parce que ce qu'on ne mentionne pas assez souvent, c'est que l'augmentation du salaire minimum, bien sûr, ça permet de lutter contre la pauvreté, mais c'est aussi une bonne mesure économique parce que notre économie, là, elle fonctionne parce que la classe moyenne est capable de dépenser, de consommer, d'acheter dans des commerces locaux dans toutes les régions du Québec. Et, si on veut contribuer à redémarrer l'économie des régions, il faut redonner du pouvoir d'achat à la classe moyenne. Et une augmentation du salaire minimum, c'est un bon moyen de faire ça, pas seulement... Donc, ce n'est pas juste une mesure de justice sociale, c'est aussi une mesure de prospérité. Et ça, en Amérique du Nord, de plus en plus de gens s'en rendent compte, et pas nécessairement des gens très à gauche, y compris des gouvernements de centre, comme le gouvernement libéral en Ontario.

M. Bellerose (Patrick) : Êtes-vous déçu de voir que les trois chefs de parti ne seront pas là pour vous accueillir aujourd'hui?

M. Nadeau-Dubois (Gabriel) : Je comprends tout à fait. Il y a un événement quand même pas banal qui se passe à Montréal. La venue d'Obama, c'est un événement important. Alors, moi, je comprends tout à fait leur absence, et, non, ça me semble tout à fait normal, même.

La Modératrice : Marco Bélair-Cirino, Le Devoir.

M. Bélair-Cirino (Marco) : Oui, bonjour. Alors, certains ont été surpris de vous voir aujourd'hui avec une cravate. Vous allez prêter allégeance à la reine un peu plus tard aujourd'hui pour être consacré député de Gouin. C'est essentiel, c'est la constitution qui le prévoit. Est-ce qu'il y a déjà des couleuvres que vous avez dû avaler pour assumer ce rôle de député?

M. Nadeau-Dubois (Gabriel) : Premièrement, sur la cravate... commençons par le plus important. Non, mais, sans blague, sur la cravate, moi, je veux dire, c'est dans le code vestimentaire, ça fait partie du décorum. Et c'est normal pour une institution politique d'avoir un décorum et de demander un certain décorum. Moi, ça ne me dérange pas. L'important, ce n'est pas ce que j'ai autour du cou. L'important, c'est ce que je dis, c'est les idées que je défends, le projet de société que je mets de l'avant. Et ça, ça ne changera pas parce que je suis député.

Sur la question du serment à la reine, je vais me plier, comme l'on fait mes collègues auparavant...

M. Khadir : Avec toutes les réserves.

M. Nadeau-Dubois (Gabriel) : ...avec toutes les... à ce serment-là. Mais les gens connaissent où je loge sur les enjeux constitutionnels, sur les enjeux d'autodétermination des peuples, et je vais m'assurer que ce soit mentionné durant la cérémonie.

M. Bélair-Cirino (Marco) : Comment peut-on mesurer, dans un an et quelques mois, lors de la dissolution de l'Assemblée nationale, si votre présence a été utile? Est-ce qu'il y a des objectifs, là, qui sont quantifiables? Vous souhaitez peut-être déposer un projet de loi, le voir adopter ou, au contraire, freiner et empêcher l'adoption d'un projet de loi présentement inscrit au feuilleton?

M. Nadeau-Dubois (Gabriel) : Bien, je vais laisser les analystes faire les analyses, les commentateurs faire les commentaires. Moi, je vais y aller tranquillement, étape par étape. C'est une nouvelle vie qui commence pour moi, j'ai énormément de choses à apprendre. Je sais que je vais pouvoir compter sur Amir et Manon pour m'accompagner là-dedans. Alors, on va attendre pour fixer des objectifs d'ici 2018.

Ce que je sais, c'est qu'il y a certains dossiers que je veux porter, certains enjeux que je veux mettre de l'avant, celui de l'éducation, bien sûr, mais aussi celui de la culture, celui des enjeux constitutionnels. Ça fait partie des nombreux dossiers dont j'ai hérité comme député, et je vais vouloir parler de ces idées-là puis amener ce nouveau discours là à l'Assemblée nationale.

La Modératrice : Simon Boivin, Le Soleil.

M. Boivin (Simon) : Bonjour, M. Nadeau-Dubois. Pour faire un peu de pouce sur la question de mon collègue Laforest, vous dites que, donc, la violence n'est pas une façon de parvenir à ses fins, de faire avancer ses causes. Qu'en est-il de la désobéissance civile? Est-ce que c'est quelque chose qui est acceptable, selon vous?

M. Nadeau-Dubois (Gabriel) : Dans l'histoire des démocraties, il y a eu de nombreux moments où la désobéissance civile pacifique a été utilisée pour contrer des décisions qui étaient illégitimes, qui étaient injustes, et, pour moi, c'est le genre de situation qui s'évalue au cas par cas. Il faut regarder dans chaque situation, et Québec solidaire, on a toujours été capables de le faire. Moi, je crois bien sûr en la primauté du droit, en l'État de droit, c'est fondamental pour protéger les individus, protéger la société contre les dérives autoritaires, et Québec solidaire, on a toujours été capables de séparer le grain de l'ivraie, on a toujours été capables de prendre des positions claires sur ces enjeux-là.

M. Boivin (Simon) : D'autre part, peut-être sur un élément plus d'actualité, la semaine dernière il y a eu toute la question de la lettre du Parti québécois au comité de coordination, on allait se pencher sur la question. Je me demandais si le comité avait pris une position quant aux demandes d'excuses ou de distance à prendre, là, des propos qui ont été tenus lors du congrès concernant le Parti québécois.

M. Nadeau-Dubois (Gabriel) : Bien honnêtement, moi, je pense qu'il est temps de passer à autre chose. Se coller des étiquettes, se lancer des insultes, se réclamer des excuses parce que des militants et des militantes ont tenu certains propos, ça ne me semble pas très sérieux. Si moi, comme député de Gouin et porte-parole de Québec solidaire, je demandais des excuses à Jean-François Lisée, à Philippe Couillard ou à François Legault à chaque fois que des militants et des militantes de leurs partis m'envoyaient promener, j'enverrais 35 lettres d'excuses par jour. Alors là, je pense qu'il faut tourner la page, on est rendus ailleurs.

Moi, j'invite tout le monde qui sont... en fait, j'invite tous les progressistes, tous les indépendantistes à se concentrer sur le parti au pouvoir qui est celui, là, qui a affaibli le Québec dans les 15 dernières années.

M. Boivin (Simon) : Je comprends que la décision a été prise et que le comité ne présentera pas d'excuses?

M. Khadir : Ce n'est pas... Là, le comité de coordination national va, en temps et lieu, voir à ça.

Mme Massé : Répondre au PQ.

M. Khadir : Ça appartient à nous et à PQ.

M. Laforest (Alain) : Oui, mais c'est en fin de semaine, là?

M. Khadir : La décision va vous être connue très bientôt.

La Modératrice : Martin Croteau, LaPresse.

M. Croteau (Martin) : Bonjour à tous. Bonjour, M. Nadeau-Dubois. La plupart des gens vous connaissent comme le leader des carrés rouges. Votre entrée en politique a été marquée par une déclaration qui a froissé beaucoup de gens, à savoir que la classe politique avait trahi le Québec. Est-ce que vous sentez le besoin de montrer peut-être un autre visage de vous, peut-être un nouveau Gabriel Nadeau-Dubois que, maintenant, on va découvrir en tant que politicien?

M. Nadeau-Dubois : Encore une fois, je vais vous laisser les analyses, c'est votre travail. Sur la déclaration elle-même, je crois qu'il y a énormément de gens au Québec qui sont déçus par le système politique. Il y a énormément de gens qui se sont sentis trahis dans les dernières années par des partis politiques qui n'ont pas respecté leurs promesses. Le dernier exemple en lice, c'est la promesse brisée des libéraux fédéraux de réformer le mode de scrutin. Mais il y en a eu beaucoup, des promesses brisées, et il n'y a aucun parti qui a le monopole sur cette question-là. Ça a été plutôt également réparti de part et d'autre.

Alors, ce sentiment-là, il est partagé par de nombreux Québécois et Québécoises. Dire ça, bien sûr, ça ne veut pas dire que chaque député, chaque ministre a individuellement été un ou une traître, bien sûr que non, il ne faut pas caricaturer. Mais est-ce que c'est un sentiment partagé par beaucoup de gens au Québec? Je crois que oui, je crois que oui.

M. Croteau (Martin) : Mais ce n'est pas ça, ma question. Ma question, c'est : Est-ce que vous avez un changement de style à opérer pour peut-être plaire à davantage d'électeurs que seulement votre base?

M. Nadeau-Dubois : Comme je vous ai dit, je vais vous laisser commenter mon style. Moi, il y a quelque chose dont je suis très fier, c'est que, oui, depuis 2012, j'ai changé. J'ai appris certaines choses. J'ai appris à mieux connaître le Québec. J'ai beaucoup voyagé à travers le Québec. J'ai rencontré des milliers de personnes. Ça, forcément, ça m'a changé. Je vais vous laisser faire les commentaires. Mais, malgré ces changements-là, les idées, les valeurs, le projet de société que j'ai défendus en 2012, j'y crois toujours. Et moi, je fais confiance à l'intelligence des gens pour être capables de nous écouter, Manon, Amir et moi, dans ce qu'on propose pour le Québec. Et moi, je pense que les gens sont capables de nous écouter. Et, s'ils ne m'aiment pas la face, bien, ils peuvent fermer les yeux et écouter ce qu'on propose.

M. Croteau (Martin) : À quel point c'est important en politique de bâtir des consensus, d'être unificateur pour la société? Puis estimez-vous être ce genre de politicien là?

M. Nadeau-Dubois : En fait, je dirais, moi, j'admire beaucoup la manière dont Québec solidaire a travaillé au sein de l'Assemblée nationale depuis l'élection de son premier député. Québec solidaire est un parti qui est ferme sur les principes, qui est clair sur le projet de société, mais qui est flexible sur la manière de le faire avancer. C'est ce qui a fait en sorte qu'on a été capables, dans les dernières années, de travailler avec la CAQ sur l'enjeu des minicentrales, par exemple, qu'on a été capables hier de faire une sortie conjointe avec Carole Poirier, du Parti québécois, sur la question des CPE. C'est ce qui nous a permis de signer une entente avec tous les partis politiques québécois, sauf les libéraux, sur la question du mode de scrutin proportionnel. Donc, on en a fait déjà la démonstration, à Québec solidaire, que tout en restant fidèles à nos principes, on est capables de construire des ponts puis de travailler avec les autres partis qui sont représentés à l'Assemblée nationale. Et, personnellement, je m'inscris en parfaite continuité avec cette manière-là de faire de la politique : clairs sur les principes, flexibles sur les moyens.

La Modératrice : Gilbert Lavoie, Le Soleil.

M. Lavoie (Gilbert) : Bonjour. Je ne voudrais pas mal vous citer, mais vous avez dit, je pense, dans une entrevue récente, qu'il fallait changer un peu Québec solidaire, qui était peut-être un peu trop traditionnel dans ses façons de faire. De quelle manière est-ce que vous désirez voir Québec solidaire changer?

M. Nadeau-Dubois (Gabriel) : Premièrement, c'est une réflexion dont je n'ai pas le monopole. Il y a, au sein de Québec solidaire, une réelle volonté de transformer le parti pour le rapprocher de ce qu'on pourrait appeler un mouvement social. Il y a beaucoup de gens, à Québec solidaire, qui trouvent qu'un de nos principes fondateurs, qui est d'être un parti des urnes et un parti des mouvements, bien, ce principe-là, on n'est pas encore arrivés à l'incarner parfaitement. Et on se rend compte… et je fais partie de ces gens-là qui se rendent compte qu'il y a des nouvelles technologies qui, aujourd'hui, nous permettent de réaliser plus que jamais ce principe-là qui est dans l'ADN de Québec solidaire. Ça veut dire ouvrir les structures, décentraliser l'action militante, permettre à de plus en plus de gens de s'impliquer et le faire, disons, en se structurant de manière peut-être un peu moins hiérarchique que les partis politiques traditionnels. On a déjà fait des expériences lors de la partielle dans Gouin, en permettant, par exemple, aux militants et militantes partout au Québec de procéder à du pointage décentralisé dans la circonscription de Gouin. Ça, c'est quelque chose qui n'avait jamais été fait avant. Donc là, je vous donne un exemple concret de quoi ça peut avoir l'air.

Mais bien sûr on s'avance en terrain inconnu, donc ça va être une expérimentation dans la prochaine année pour qu'en 2018 on ait un mode d'organisation du XXIe siècle. Et c'est ce mode d'organisation là qui a permis à différents mouvements progressistes à travers le monde de faire des belles avancées récemment. Il y a des exemples en France, aux États-Unis et en Espagne. Il faut s'inspirer, je pense, de ces expériences-là pour vraiment mettre sur pied ce mouvement politique là.

M. Lavoie (Gilbert) : Sur un autre sujet, depuis son élection, Philippe Couillard a tenté de prendre ses distances et tente encore de prendre ses distances du gouvernement de Jean Charest. Est-ce que vous estimez que l'actuel Parti libéral, l'actuel gouvernement libéral est corrompu?

M. Nadeau-Dubois (Gabriel) : Je pense que le Parti libéral du Québec a des problèmes d'éthique et de corruption depuis longtemps.

M. Lavoie (Gilbert) : Mais maintenant, là. Je parle de celui-ci.

M. Nadeau-Dubois (Gabriel) : Je pense que ces problèmes-là ne sont pas encore tous réglés. Il y a encore des gros problèmes. Il y a encore eu des révélations journalistiques dans les derniers jours, dans les dernières semaines, même dans les dernières heures. Et nous, on a toujours été… notamment Amir a toujours été à l'avant-plan pour critiquer ces dérives-là. Et, à Québec solidaire… et moi, je vais continuer dans cette voie-là. Il y a actuellement un parti politique au pouvoir au Québec depuis très longtemps, et manifestement il y a une usure du pouvoir.

La Modératrice : Caroline Plante, LaPresse canadienne.

Mme Plante (Caroline) : Bonjour. J'aurais une question pour M. Khadir. M. Khadir, est-ce que votre rôle aujourd'hui change? Et entendez-vous, à compter d'aujourd'hui, être... entendez-vous être beaucoup plus effacé pour laisser toute la place à M. Nadeau-Dubois?

M. Khadir : Bien, mon rôle a changé, si vous vous rappelez, en 2013 et ça fait longtemps que moi, j'aspire... et ça fait longtemps, en fait, que je rêve... Je l'ai dit lorsque les deux ont été applaudis lors de notre congrès, là, après leur discours d'ouverture, je me suis levé, puis je me suis aperçu, là, que ça fait longtemps qu'on rêvait de cette occasion, à Québec solidaire, de montrer qu'à Québec solidaire les dirigeants, les responsables ne s'accrochent pas au pouvoir. Moi, je me suis retiré, si vous vous rappelez, de mon propre chef, en 2013, de mon poste de porte-parole. Françoise l'a fait également lorsqu'elle a donné sa démission de son propre chef, s'est retirée parce qu'on veut faire la démonstration, en cohérence avec notre parti et son principe, qu'on ne veut pas faire de carrière de la politique, nous autres, puis on veut que les relèves viennent par vagues successives représenter le dynamisme de Québec solidaire. Alors, pour moi, c'est parfait, c'est une situation, je dirais, de bonheur et de sérénité et je suis surtout très content que ça soit... Oui, on est fiers de Gabriel, mais on est fiers de tout le reste du monde, toute l'équipe qui l'entoure. Donc, ça va bien au-delà de la venue et de l'élection de Gabriel en tant qu'individu que tout le monde apprécie pour ses forces.

Mme Plante (Caroline) : Allez-vous limiter vos interventions? Est-ce qu'on va entendre autant?

M. Khadir : Bien, malheureusement, je m'excuse, je ne pense pas que j'ai cette liberté. Il y a tellement de dossiers qui concernent notamment, justement, la corruption libérale encore présente, notamment le bras droit et le bras gauche de M. Couillard, qui, les deux, sont impliqués dans le rapport de la commission Charbonneau, qu'on ne peut pas me demander ça. Mais j'entends dans votre question un appel de votre part et je vais essayer de m'y soumettre.

Mme Plante (Caroline) : Pas du tout, pas du tout. Comptez-vous...

M. Nadeau-Dubois (Gabriel) : On a besoin d'encore toute la fougue et toute l'expérience d'Amir Khadir.

M. Khadir : J'ai mal compris, excusez-moi.

Mme Plante (Caroline) : Comptez-vous vous représenter en 2018?

M. Khadir : Sauf circonstances exceptionnelles, je serai encore là avec vous. Vous allez devoir encore me tolérer un bout de temps et y compris en 2018, je serai candidat pour Québec solidaire, sauf circonstances exceptionnelles.

La Modératrice : Marie-Michèle Sioui, Le Devoir.

    Mme Sioui (Marie-Michèle) : Bonjour à vous trois. M. Nadeau-Dubois, vous avez fréquenté des groupes, quand vous étiez porte-parole de la CLASSE, qui contiennent des gens qui ne votent pas, pas parce que ce sont des personnes apolitiques, mais qui ne votent pas, justement, par conviction politique. Vos déclarations aujourd'hui sur la violence doivent en faire sursauter quelques-uns. Est-ce que vous reniez ces personnes-là ou bien est-ce que vous voulez essayer d'aller chercher leur vote aussi?

M. Nadeau-Dubois (Gabriel) : Décidément... Moi, mes valeurs, mes principes, ils sont restés les mêmes au travers des années, même si peut-être, dans la manière, il y a eu, oui, une évolution. Puis, encore une fois, je vous laisserai juger de cette évolution-là. Moi, non, je ne renie aucune de mes valeurs profondes.

Ceci étant dit, il y a une chose que j'ai apprise très tôt dans ma vie, c'est que la politique, c'est un sport d'équipe, qu'on fait ça en gang, qu'on fait ça avec d'autres gens et que, quand on est dans une organisation, on ne peut pas dire n'importe quoi n'importe comment et qu'il y a des contraintes qui viennent avec les rôles qui sont les nôtres. À l'époque, j'avais des contraintes, vous les connaissez, qui étaient liées à mon rôle de porte-parole. Aujourd'hui, j'ai d'autres contraintes qui sont liées à mon rôle de député, à mon rôle de porte-parole de Québec solidaire, et je suis bien conscient de ces contraintes-là, et ça fait partie de ce que c'est, la vie politique. Je l'ai appris très, très tôt et je pense que ça m'a, d'un certain point de vue, préparé à ce que je vais vivre ici, à l'Assemblée nationale du Québec. Donc, non, il n'est pas question de renier rien ni personne, il est simplement question d'être fidèle à mes principes et de me conformer au nouveau rôle qui est le mien, qui est un rôle sérieux, important et dont je prends la mesure de l'importance.

    Mme Sioui (Marie-Michèle) : Québec solidaire évoque souvent son processus très démocratique pour faire les choses. C'est ce qui explique que votre programme ait pris autant de temps à être adopté. Votre attaché de presse, Ludvic Moquin-Beaudry, a annoncé publiquement sur son Facebook qu'il s'était désabonné du journal pour lequel je travaille, en toute transparence. Comment vous, vous voyez votre relation avec les médias?

M. Nadeau-Dubois (Gabriel) : Bien, premièrement, M. Beaudry est un membre de notre conseil de coordination national. Il n'y a pas de rôle d'attaché de presse au sein de Québec solidaire. Ceci étant dit, moi, je crois que la liberté de presse, c'est fondamental. C'est quelque chose qu'il faut protéger à tout prix par nos institutions et nos attitudes personnelles. Et il n'y a jamais eu, à Québec solidaire, d'appel à se désabonner ou à boycotter aucun média en particulier.

M. Khadir : Je suis encore abonné au Devoir et je vais le rester.

M. Nadeau-Dubois (Gabriel) : Je le suis, moi aussi. J'ai, par le passé, avant que mes fonctions m'en empêchent, participé à de nombreuses campagnes pour soutenir Le Devoir et d'autres médias parce que c'est la pluralité, la diversité de l'écosystème médiatique qui fait que le quatrième pouvoir peut jouer son rôle. Alors, non, non, il n'y a, à Québec solidaire, aucune volonté de boycotter ou de faire des réprimandes à quelconque média.

La Modératrice : On va passer en anglais avec Philip Authier, The Gazette.

M. Authier (Philip) : How do you do? I'm going to test your English a little bit. How are you feeling today on your first day?

M. Nadeau-Dubois : I'm very happy. I'm thankful to the citizens of Gouin for the very strong and clear mandate that they have given me last week, and I'm aware of the responsibility that comes with that mandate, and what I want to say to them is that I will work very hard to be faithful to that mandate and to accomplish that responsibility.

M. Authier (Philip) : There has been lots of talk about the dynamic of the House changing with your arrival. You realize, of course, that it's perhaps difficult to change the world with only a few questions a week, although your predecessors have done exemplary, as they will tell me, I'm sure. But does that sort of have… is this sort of bringing you back down to earth a little bit about what you can actually accomplish as a small caucus with a few questions?

M. Nadeau-Dubois (Gabriel) : You know, I'm used to be part of movements or organizations that are underestimated by everyone and I think there is clearly now a momentum behind Québec solidaire. Our membership is booming, our funding has never been better, so I think very soon we will be a bigger caucus here, at the National Assembly. Until then, I will continue to do what my predecessor did and what my two colleagues did, which is creating alliances when we need to create alliances, opposing policies when policies need to be opposed, and that's the Québec solidaire way of doing politics : being clear on our principles, being sincere on our project of society, but being flexible in the bridges that we build with other parties that are represented here.

M. Authier (Philip) : Will you be the voice… we saw at your «congrès» that there are many people upset with the charter of values and that kind of… Will you be their voice, even though some of those people are not necessarily for sovereignty? In your own party, there are some people that are not for sovereignty. Will you still be the voice of all your members?

M. Nadeau-Dubois (Gabriel) : Québec solidaire is a progressive party and, as a progressive party, we will always be on the side of people that are excluded, that are left behind by any kind of policies, economic policies or other kind of policies and that's part of our DNA. And we will continue those fights and it's not a matter of me being the voice of those people. As party, and as a caucus, we have always been the voice for all the communities in Québec and we have a very clear position on that issue. We are a democratic, progressive and inclusive party, and the Québec that we want to build, the independent Québec that we want to build is at that image.

La Modératrice : Merci, tout le monde.

(Fin à 11 h 29)