Assemblée nationale du Québec - Retour à l'accueil

Assemblée nationale du Québec - Retour à l'accueil

L'utilisation du calendrier requiert que Javascript soit activé dans votre navigateur.
Pour plus de renseignements

Accueil > Actualités et salle de presse > Conférences et points de presse > Conférence de presse de M. François Legault, premier ministre et Mme Danielle McCann, ministre de la Santé et des Services sociaux

Recherche avancée dans la section Actualités et salle de presse

La date de début doit précéder la date de fin.

Conférence de presse de M. François Legault, premier ministre et Mme Danielle McCann, ministre de la Santé et des Services sociaux

Situation au Québec quant à la COVID-19

Version finale

Le mardi 21 avril 2020, 13 h

Salle Evelyn-Dumas (1.30), édifice Pamphile-Le May

(Treize heures quatre minutes)

Le Modérateur : Alors, bonjour à tous. Bienvenue à cette conférence de presse pour faire le point sur la situation au Québec quant à la COVID-19. Le premier ministre du Québec, M. François Legault, est accompagné, comme toujours, de la ministre de la Santé et des Services sociaux, Mme Danielle McCann, et du directeur national de santé publique, Dr Horacio Arruda. Alors, M. le premier ministre, à vous la parole.

M. Legault : Bonjour, tout le monde. Je commence avec le bilan de la journée. Malheureusement, on a 102 nouveaux décès, donc un total de 1 041. Je veux offrir, bien sûr, mes condoléances à toutes les familles, les proches de ces victimes. On a maintenant 20 126 cas confirmés, une augmentation de 807. On a 1 224 personnes hospitalisées, c'est une augmentation de 55, et on a 201 personnes aux soins intensifs, c'est une augmentation de trois.

Évidemment, le grand défi, ça reste dans nos résidences pour aînés. C'est important de le mentionner, là, sur les 1 041 décès qu'on a jusqu'à présent, il y en a 850, c'était des personnes qui étaient dans les résidences pour aînés. Bon, il y en a qui beaucoup qui sont décédées après leur transfert à l'hôpital, mais leur provenance, là : 850 sur 1 041 qui venaient des résidences. Donc, c'est vraiment là qui est le défi, les 2 600 résidences.

C'est important, par contre, d'expliquer la répartition puis la situation dans les 2 600 résidences. D'abord, sur les 2 600 résidences, là-dedans, il y a des CHSLD, publics, privés, des RPA, des ressources intermédiaires, il y en a 2 300 sur les 2 600 où il n'y a aucun cas de COVID-19. Donc, ça veut dire, quand même, 2 300 sur 2 600, il n'y a aucun cas. Dans les 300 où il y a un cas ou plus de COVID, c'est important de le dire, il y en a 220 résidences, sur les 300 qui restent, là, où la situation, on calcule qu'elle est sous contrôle. Donc, ça veut dire qu'il y a 80 résidences sur 2 600, au total, où la situation est plus difficile, où on a une surveillance, là, plus attentive qu'on doit faire.

Bonne nouvelle. Sur les 2 000 employés qu'on manquait, je disais hier puis depuis quelques jours qu'il manquait 2 000 employés, hier, on a eu des médecins spécialistes et généralistes, des infirmières, des préposés, des étudiants qui ont confirmé leur travail, en grande partie à temps plein. On a réussi, juste hier, à combler 1 000 des 2 000 postes. Puis on a confiance que, d'ici demain, avec tous ceux qui nous ont fait signe, on devrait être capables de combler les 1 000 postes qui restent à combler dans les 2 600 résidences. Ça veut dire que la situation, si tout va bien, d'ici demain soir, là, devrait être sous contrôle pour ce qui est du personnel.

Évidemment, je veux dire un énorme merci à tous les médecins, à toutes les infirmières, les préposés, les étudiants en santé qui ont accepté de venir travailler à temps plein. C'est un effort collectif, là, qui est courageux. Ce n'est pas toujours facile, comme je le disais tantôt, surtout dans les 80 résidences où c'est plus difficile. Mais les gens, donc, acceptent de venir travailler. Moi, je peux juste être admiratif devant cette situation-là.

Un point que je veux toucher, j'ai lu puis entendu beaucoup de commentaires sur le fait qu'on transfère du personnel, que ça soit des médecins ou des infirmières, des hôpitaux vers les résidences pour aînés. Bon, d'abord, ce qui est important de se dire, c'est que l'urgence est vraiment dans les résidences. Quand je vous dis que, sur 1 041 décès, il y en a 850 que c'est des gens qui viennent des résidences, ça veut dire qu'il y a beaucoup de travail qui doit être fait là. Mais ce qui est important de préciser, c'est qu'on n'a pas retardé d'activités urgentes dans les hôpitaux.

Donc, depuis un mois, la décision qu'on a prise pour se préparer à la COVID-19, c'est de libérer à peu près 6 000 lits sur les 18 000. Ça veut dire qu'il y en a encore 12 000, lits où il y a des activités dans nos hôpitaux. Puis toutes les activités qui sont urgentes vont être faites. Puis, graduellement, au fur et à mesure qu'on va avoir du personnel qui va s'ajouter, des étudiants et autres, on va pouvoir libérer des médecins spécialistes qui vont pouvoir, graduellement, dans les prochaines semaines, recommencer, là, à avoir une pleine charge puis à réutiliser une partie des 6 000 lits qui sont libres dans les hôpitaux.

Bon, par contre, il y a un problème qui est spécial actuellement, c'est la pénurie mondiale de sédatifs. Propofol?

Une voix : ...

M. Legault : Propofol. Il y a des médicaments ou des techniques alternatives, mais c'est beaucoup moins efficace. Donc, le nombre d'opérations, de chirurgies qui peuvent être faites, c'est plus compliqué. Donc, on cherche des solutions, on travaille sur des solutions, mais juste dire, là, on n'est pas différents de partout dans le monde. Il y a une pénurie de médicaments comme le propofol, là, donc de sédatifs pour engourdir, endormir, appelez ça comme vous voudrez, là, les gens qui doivent se faire opérer.

Je reviens sur la situation, là. Donc, sur 2 600 résidences, on en a 80 où c'est un peu plus... pas un peu plus, là, où c'est difficile. Mais ce qu'il est important de dire, c'est que, dans le reste du Québec, là, à Montréal et dans les régions, la situation est pas mal stable depuis un certain nombre de jours.       Donc, on est en train de regarder, là, on a encore une rencontre ce soir, comment on va réouvrir graduellement l'économie, les écoles, les services de garde. Mais le mot important, là, c'est le mot «graduel». Donc, on veut être bien sûrs de continuer à avoir une stabilité pendant un certain nombre de jours, même de semaines, puis on veut y aller graduellement.

Et je veux vous dire un mot sur les écoles et les garderies puis je vous parle seulement du côté santé. Donc, je ne parle pas du côté économie, juste du côté santé. Ça ne serait pas une bonne idée d'attendre le 1er septembre pour retourner 1 million d'enfants dans les écoles en même temps, avec les risques qu'il y ait une contagion chez les parents puis que, là, il y ait beaucoup de gens en même temps qui créent une deuxième vague de COVID-19.

Donc, juste vous dire, ce qu'on regarde actuellement, c'est une réouverture graduelle. Donc, les prochaines semaines, les prochains mois, de réouvrir graduellement l'économie, les garderies, les écoles, mais de le faire graduellement. Je suis en train de consulter mon caucus de députés, donc nos 76 députés, puis j'ai parlé hier aux trois chefs de l'opposition, ils vont, eux et elles aussi, consulter leurs députés au cours des prochains jours.

Donc, l'idée, là, ce n'est pas de rien précipiter, c'est d'y aller graduellement, puis le critère qui est utilisé, c'est la santé. Moi, là, je veux qu'on protège nos enfants, je veux qu'on protège nos éducatrices, nos enseignants. Je veux que tout le monde soit en sécurité. Puis ce n'est pas une bonne idée, je le répète, de tout retourner ce monde-là en même temps sur le terrain dans les garderies, dans les écoles. Il faut y aller graduellement.

Parlant de réouvertures, autre bonne nouvelle, l'UPA, donc l'Union des producteurs agricoles, nous dit qu'ils sont débordés d'appels de jeunes et de moins jeunes qui veulent aller travailler sur les fermes cet été. Donc, très, très content d'entendre ça. Je le sais, que ce n'est pas facile. J'ai fait ça, quand j'étais jeune, au collège Macdonald, à Sainte-Anne-de-Bellevue. Aller ramasser des fraises, là, les premiers jours, c'est dur pour le dos. Très, très dur pour le dos d'être penché toute la journée, mais c'est une belle expérience en plein air. Je vois qu'il y a des journalistes qui sont intéressés, là. C'est ouvert pour vous aussi, là. Donc, je pense, c'est important. On l'a dit depuis quelques semaines, on veut un Québec qui est plus autonome pour sa nourriture. Ça veut dire qu'il faut avoir plus de monde dans nos fermes, dans nos champs.

Puis, d'ailleurs, je veux en profiter pour remercier nos producteurs agricoles. C'est un travail qui est dur. Eux autres sont là à l'année. Mais c'est grâce à nos producteurs agricoles qu'on a des produits frais, des produits locaux dans nos épiceries. Donc, c'est mon remerciement du jour.

Donc, je conclus en disant : Il ne faut pas lâcher, on va s'en sortir ensemble. Merci.

Le Modérateur : Maintenant, en anglais.

M. Legault : Good afternoon. We continue the deployment of health workers in senior residences. We have physicians, nurses, health students that are coming, adding to the people working in our senior residences, and the situation is getting more and more under control. It's important to say that outside the residences, the situation is stable in Québec. Of course, we still need some time to be sure that the pandemic is under control before reopening the economy and the schools. We have to do that gradually with the OK of Dr. Arruda. And, as soon as we'll get the OK of Dr. Arruda, we'll table a plan to tell you exactly how it will be done in the next weeks and months. So, we must not give up. We will get through this together. Thank you all.

Le Modérateur : Merci, M. le premier ministre. Alors, pour la période de questions des journalistes, nous allons débuter aujourd'hui avec Geneviève Lajoie du Journal de Québec, Journal de Montréal.

Mme Lajoie (Geneviève) : Bonjour à vous trois. Plusieurs régions sont donc, vous l'avez dit, très peu touchées par le coronavirus. Est-ce que le déconfinement et la réouverture des entreprises pourraient se faire rapidement dans ces régions-là pour ne pas qu'elles soient pénalisées par l'ampleur de la crise qui touche principalement Montréal et surtout les résidences pour aînés? Donc, et quelles régions pourraient ouvrir en premier?

M. Legault : Bon, ça fait partie des scénarios qui sont examinés actuellement, de commencer en réouvrant certaines régions, les entreprises, les garderies, les écoles, mais il n'y a rien de décidé encore. On veut s'assurer, pendant encore un certain nombre de jours, que la situation reste stable. Donc, pour être clair, là, je n'ai pas encore tout à fait le O.K. du Dr Arruda. Donc, on continue dans les prochains jours à regarder différents scénarios, mais, oui, parmi ces scénarios-là, il y a une possibilité que les entreprises, les garderies puis les écoles de certaines régions soient ouvertes avant les autres.

Mme Lajoie (Geneviève) : Vous avez justement, hier, repoussé la réouverture des écoles. Si les écoles ne réouvre que plus tard en mai, est-ce qu'il y a un scénario de prolonger l'année scolaire au-delà de la fête de la Saint-Jean-Baptiste ou d'une rentrée plus précoce à l'automne?

M. Legault : Il y a beaucoup de scénarios, mais il n'y a rien de décidé de ce côté-là, du côté, donc, de l'année scolaire et puis du travail qui sera fait à la rentrée en septembre. Donc, il y a beaucoup de scénarios. Ça dépend, évidemment, quand on réouvre les écoles.

Le Modérateur : Merci. On poursuit avec Tommy Chouinard, LaPresse.

M. Chouinard (Tommy) : Oui. Bonjour, M. le premier ministre. D'abord, est-il exact que vous avez l'intention de reprendre les chirurgies, là, que les salles d'opération fonctionnent à 50 % dans les prochains jours?

M. Legault : Bon, c'est quelque chose qu'on regarde effectivement. Là, pour l'instant, on a besoin des médecins spécialistes dans les CHSLD. On leur a demandé de venir travailler pour deux semaines. Après ces deux semaines-là, puis même pour un certain nombre d'entre eux ou d'entre elles, on pense que ça va être possible dans les prochains jours, les prochaines semaines, d'augmenter graduellement les chirurgies, donc d'avoir un rythme qui est plus soutenu que les quatre dernières semaines.

M. Chouinard (Tommy) : Maintenant, sur la situation en général, parce que, dans les dernières semaines, vous avez beaucoup fait de comparaisons avec ailleurs puis tout ça, puis on parle quand même, là, de déconfinement si la situation se stabilise, on est toujours à des cas confirmés de COVID, alors que le dépistage est limité aux personnes malades ou à peu près, là, puis le personnel de la santé, 800, 900 cas qui rentrent par jour, alors qu'on est confinés, comme vous le savez. On arrive avec des décès, là, c'est 100 par jour, qui augmentent pendant... et ça ne cesse d'augmenter. On est en train de s'éloigner, là, du scénario optimiste. Est-ce que c'est inquiétant, cette situation-là?

M. Legault : Je ne pense pas, là. Quand on regarde les deux scénarios qu'on avait donnés, optimiste et pessimiste, on est toujours plus proche de l'optimiste que du pessimiste. Maintenant, il y a plusieurs choses, là. Je suis certain que le Dr Arruda pourrait en ajouter beaucoup.

D'abord, donc, sur les 1 041 décès, il y en a 850 que ce sont des personnes qui viennent des résidences où il y a un problème particulier. Évidemment, les décès, c'est une chose, mais, avant ça, il y a le nombre de cas. Il y a le fameux R0, là, que le Dr Arruda pourrait vous parler, c'est-à-dire combien de personnes sont infectées par une personne infectée. Il y a la situation dans les hôpitaux. Ça, de ce côté-là, on avait prédit ou prévu utiliser jusqu'à 8 000 lits. On en utilise à peu près 1 200 actuellement.

Donc ça, ça reste très stable, puis c'est une condition importante pour réouvrir graduellement l'économie puis les écoles, parce qu'on ne veut pas non plus qu'une vague vienne nous faire déborder puis d'avoir une situation où on perdrait le contrôle dans les hôpitaux. C'était ça, l'objectif premier, là, du confinement, de retarder l'arriver d'une grosse vague dans les hôpitaux. Il ne semble pas y avoir la grosse vague qu'on attendait. Il y a la situation spéciale des CHSLD puis des résidences. Mais c'est tous ces chiffres-là qui sont examinés par les scientifiques, par les gens de la santé publique.

Le Modérateur : Prochaine question...

M. Arruda (Horacio) : Oui, peut-être... Bon, écoutez, le premier ministre a dit l'essentiel de l'information. Mais il faut voir qu'on fait face, en somme, à trois épidémies, si je pourrais dire, ici, là, la grande épidémie de la région métropolitaine, qui est à la fois communautaire, mais aussi beaucoup «drivée» par les CHSLD. Et, si on enlève les CHSLD des courbes, ça change aussi l'allure. Puis il y a la transmission dans ce qu'on appelle une zone 2, là, qui comprend une certaine région autour de Montréal puis le Centre-du-Québec. Puis il y a le Grand Nord, etc.

Ça fait que, devant cette épidémiologie-là qui est différente quand on exclut le phénomène des CHSLD, ce qu'on ne voudrait pas, c'est importer le même phénomène ailleurs, hein, dans d'autres régions, ça, c'est ce qu'on va travailler de façon très forte, mais on est en mesure d'obtenir... Et on suit, là, malgré le fait que c'est stabilisé, en termes de décès, mais surtout associé aux CHSLD, pas nécessairement dans la communauté, pas nécessairement dans... Il y en a, mais ce n'est pas associé seulement à ça parce qu'il y a des personnes aussi qui meurent à la maison, dans les personnes âgées, comme tel. On observe déjà quelques autres cas chez les 50-59 ans, là, qui ne sont pas toujours hospitalisés, mais qui... Donc, c'est une possibilité.

Donc, avec ces portraits-là, bien, on va voir... en fonction des épidémiologies, ce qui veut dire la diminution des cas, surtout la diminution des hospitalisations puis des besoins de soins en soins intensifs, on pourrait, à ce moment-là, ouvrir ce que j'appellerais «les robinets» à différentes périodes en fonction de l'épidémiologie locale, tout en maintenant des mesures importantes de distanciation dans la société, là, pour ne pas amplifier le phénomène. Ça fait que c'est ça qu'on fait comme analyse actuellement.

Le Modérateur : Au tour d'Hugo Lavallée, Radio-Canada.

M. Lavallée (Hugo) : Oui. Bonjour, M. le premier ministre. Je voudrais être certain de bien comprendre la situation dans les hôpitaux, parce que, la semaine dernière, vous nous aviez dit : On poursuit le délestage, là, pour à peu près deux semaines. On veut que les médecins aillent dans les CHSLD. Or, il y a quelques secondes, là, vous sembliez ouvrir la porte à une réouverture peut-être plus rapide des activités chirurgicales. Il y a beaucoup de gens dans le milieu de la santé qui trouvent que c'est peut-être un peu confus, là, le message, en ce moment, que vous annoncez une directive, on a à peine le temps de la mettre en place que, déjà, on en change.

Est-ce qu'effectivement la direction est claire en ce qui concerne, là, le délestage des activités? Est-ce qu'on revient en arrière? Puis qu'est-ce qui arrive des médecins qui sont déjà, là, dans les CHSLD? Ils retournent dans les hôpitaux maintenant?

M. Legault : O.K. Bon, je vais laisser Danielle compléter, là, mais, juste vous dire, grosso modo, là, on a, pour faire face à l'arrivée de potentiels patients COVID-19, délesté une partie des activités depuis quatre semaines puis on va continuer de le faire pour deux semaines, ce qui a fait qu'il y a beaucoup de personnes, incluant les médecins spécialistes, qui étaient disponibles dans les hôpitaux. On prend une partie de ces médecins spécialistes, les infirmières qui sont habituellement avec ces médecins spécialistes, on les envoie dans les CHSLD. Il y en reste une partie, là. Puis là il faudrait le regarder spécialité par spécialité. Les cas de cancers, les cas de cardiologie, ça, les gens restent dans les hôpitaux, la plupart.

Donc, il faut le prendre spécialité par spécialité. Donc, on dit : On continue de délester une partie des activités pour deux semaines, mais, malgré ça, il y a possibilité, même avec le... quand on tient compte du transfert dans les CHSLD, de quand même avoir un certain nombre de médecins spécialistes qui pourraient graduellement... et réaugmenter les activités.

Mme McCann : Effectivement, les médecins spécialistes qui viennent dans des CHSLD, ce sont les médecins spécialistes qui sont inactifs, hein, parce qu'on a délesté, bien, de gros morceaux. D'ailleurs, ce sont des chirurgies électives, alors, qui n'ont pas repris et qui ne reprendront pas à ce moment-ci. Quand on dit qu'on va augmenter graduellement les chirurgies, on parle de chirurgies semi-urgentes aussi, là, des chirurgies qui sont prioritaires.

Alors, les spécialistes qui viennent en CHSLD, il n'y a pas d'impact sur les activités des hôpitaux. Il n'y en a pas. Alors donc, comme le dit le premier ministre, on garde le même niveau d'activité en milieu hospitalier. Mais, même dans le contexte où il y a des médecins spécialistes qui viennent en CHSLD, il y en a d'autres, là, qui sont disponibles et qui peuvent commencer à augmenter le nombre de chirurgies. Certainement, il faut regarder beaucoup les semi-urgentes, il faut aller de l'avant.

Alors, on a une situation, au niveau des médicaments, qui est difficile, des sédatifs, mais on le gère bien, je pense, et on est toujours en lien avec nos fournisseurs. Et tout ce juste équilibre fait en sorte qu'on est capables de rouvrir un petit peu les chirurgies semi-urgentes, qui deviennent plus urgentes parce que justement, là, ça fait un mois, un peu plus qu'un mois, puis il y a des chirurgies qui ne peuvent pas attendre au bout d'un mois. Alors, on va être capables de faire ça.

Puis moi, je veux redire le message que j'ai donné hier, dire à la population que, oui, on est beaucoup à traiter, c'est très important, les gens qui ont la COVID-19, mais on n'oublie pas les autres. On s'occupe des autres personnes qui ont des problèmes de santé. La preuve, on a 11 000 personnes dans nos hôpitaux actuellement qui sont traitées pour d'autres choses que la COVID-19. Et les médecins sont là pour eux, ils sont là. Et il faut les appeler, il faut se rendre à l'urgence, si on a des symptômes qui pourraient être très problématiques, un AVC, un infarctus. Il ne faut pas attendre. Alors, je redis le même message qu'hier : les médecins, des équipes sont là pour vous.

Ces activités-là continuent dans le milieu hospitalier, et on veut vraiment répondre à tous les besoins. On répond à la COVID-19, c'est bien évident, dans les CHSLD, à l'hôpital, mais on est en mesure de répondre aux autres besoins urgents et semi-urgents aussi, notamment en cancérologie, en cardiologie et dans d'autres sphères d'activité, là, très importantes.

M. Legault : Juste peut-être pour donner quelques chiffres. On avait 18 000 lits qui étaient utilisés dans les hôpitaux. On en a libéré 7 000. O.K.? Ça nous a amenés à 11 000. Là, il y en a à peu près 1 200 qui sont utilisés pour la COVID-19. Donc, il en reste à peu près 6 000, O.K., un peu moins que 6 000. Si, demain matin, on décide de remonter à 13 000, ou 14 000, ou 15 000 lits, on va être avec moins d'activité qu'habituellement, où on utilise 18 000 lits, mais ça pourrait être un peu plus que le 18 000 parce que l'espace qu'on s'était donné pour la COVID, il semble qu'on n'aura pas besoin de 6 000 lits pour la COVID-19 dans les hôpitaux.

M. Lavallée (Hugo) : Vous avez donc mentionné en introduction qu'il n'y avait pas d'activités urgentes qui avaient été reportées, là, dans les hôpitaux. Or, on apprend aujourd'hui, puis c'est l'Association des cardiologues, là, qui a fait une compilation, qu'il y a des gens qui seraient, donc, décédés parce que des soins ne leur auraient pas été apportés. On donne l'exemple, par exemple, d'une dame dans la soixantaine décédée d'insuffisance cardiaque après un report d'opération. Il y a des sources en gynécologie, oncologie aussi, qui disent qu'il y a des chirurgies pour certains types de cancers qui sont effectivement reportées, qu'il y a des patientes à qui on donne des traitements de chimiothérapie plus longs, le temps de pouvoir leur donner une chirurgie plus tard que prévu.

Donc, est-ce qu'on est bien certains qu'il n'y a vraiment pas d'impact sur aucun des soins urgents? Est-ce que vous êtes certains que cette directive-là est concrètement appliquée dans tous les hôpitaux?

Mme McCann : Oui. Écoutez, vous savez, on n'est pas à l'abri, hein, de situations qu'on aurait voulu éviter, là, parce que je pense qu'on est tous humains.

En même temps, moi, je dois vous dire que toutes les précautions sont prises. On a mis en place des comités cliniques de suivi. Moi, je parle à la sous-ministre adjointe des affaires hospitalières tous les jours et j'ai parlé au directeur national de la cancérologie hier. C'est des comités cliniques qui se réunissent tous les jours, font le suivi des dossiers. Alors, il y a une partie de ça où, comme je le disais tout à l'heure, il faut que les gens fassent signe à leur médecin, là, s'il y a quoi que ce soit qui se développe. Mais la chimio, la radiothérapie, ça a été continué. On continue de donner ces traitements-là.

C'est vrai qu'on a donné certains traitements alternatifs à la chirurgie. Oui, on a fait ça, et il y a des évaluations de toutes les situations semi-urgentes. Alors, évidemment, on veut vraiment que toute la population qui a des besoins en termes, là, de toutes ces sphères d'activité qui sont la cardiologie, la cancérologie, même la neurologie, mais toutes les sphères d'activité dont ils ont besoin, qu'ils fassent appel à leur médecin, qu'ils aillent à l'urgence s'il y a des symptômes plus urgents, alors... Puis on fait ces suivis cliniques à tous les jours avec nos équipes, avec le DSP, le ministère. Tout le monde est en contact, et on a des protocoles aussi, très, très clairs là-dessus, dans telle situation, dans différentes situations, qui sont suivis à la lettre. Alors, on espère vraiment ne rien échapper.

M. Legault : Moi, j'aimerais avoir les cas spécifiques qui sont mentionnés, parce que la directive est claire depuis le début : pas question de reporter une activité qui est urgente puis qui pourrait mettre en danger la vie d'un patient. Il n'a jamais été question de ça. Donc, est-ce qu'il y a eu une erreur d'évaluation ou... J'aimerais avoir le détail, là, parce qu'il n'a jamais été question de reporter des activités qui mettraient en danger la vie d'un patient.

Le Modérateur : Prochaine question, Louis Lacroix, Cogeco Nouvelles.

M. Lacroix (Louis) : Bien, sur le même thème, moi, on me dit qu'il y a une directive qui a été donnée ce matin par — je pourrais vous donner le nom du comité, là, peut-être — le comité directeur COVID-19 de la région de Montréal, comme quoi on devait rouvrir les blocs opératoires à 50 %.

D'abord, est-ce qu'il y a effectivement une directive comme celle-là qui a bel et bien été donnée ce matin pour ça? Et il y a des médecins qui communiquent avec moi et qui me disent que ce n'est pas clair, quand même, ce qui doit être urgent ou semi-urgent. Pour eux, là, des médecins, des chirurgiens qui font des opérations en oncologie, qui me disent : Ce n'est pas clair, dans notre tête, ce qui est considéré comme étant urgent ou semi-urgent.

Alors, est-ce qu'on peut avoir des précisions là-dessus? Parce que vous semblez dire que tout est clair, mais les médecins qui nous parlent, ils nous disent, pour eux autres, il y a de la confusion.

Mme McCann : Bien, écoutez, c'est une situation inédite, hein, et c'est du clinique. Alors, moi, je me suis entretenue longuement avec le directeur en cancérologie qui m'a expliqué vraiment les protocoles, comment c'est appliqué dans le milieu. Mais je ne vous cache pas qu'effectivement il y a des inquiétudes de la part des médecins, parce que c'est vraiment une situation inédite.

Mais ce que je peux vous dire aujourd'hui, c'est que les suivis cliniques sont faits de façon très systématique. Les protocoles, moi, je les vois passer. Les protocoles en cancérologie, autant que c'est possible, les protocoles cliniques sont donnés aux médecins. Alors, il faut suivre ces protocoles avec ces départements, dans chaque établissement, et c'est à peu près ce qu'on peut faire, là, de plus clair, parce qu'on a dû revoir des choses. On a dû revoir, dans le contexte actuel...

Puis vous avez raison de dire que le semi-urgent, là, ça, il faut le faire pratiquement à tous les jours, parce que la situation des personnes peut évoluer. On peut être semi-urgent il y a une semaine et devenir urgent dans deux semaines. Alors, ça, c'est un défi, mais je pense que les équipes cliniques essaient de faire le mieux possible, et effectivement, c'est un travail quotidien qu'il faut faire avec les experts cliniques. Mais les protocoles sont transmis et les protocoles sont noir sur blanc. Mais c'est dans la réalité qu'il faut rejoindre les patients, puis il faut que les patients nous rejoignent également, si la situation change.

M. Lacroix (Louis) : Mais est-ce que vous êtes en train de me dire qu'il y a des cas qui étaient considérés comme étant semi-urgents, donc qu'il fallait opérer, qu'on a laissés de côté, puis qui sont devenus urgents, et que là on les a opérés, qu'on a donc laissé la situation de certains patients devenir plus grave pour ensuite les opérer? Parce que moi les médecins me disent ça, que c'est arrivé.

Mme McCann : Bien, on aimerait le savoir, d'ailleurs, comme dit le premier ministre. Moi, j'aimerais avoir cette information-là, de qui on parle, de quoi on parle, parce que, quand je vous dis semi-urgent, je vous parle de situations... Par exemple, il a pu y avoir des traitements alternatifs qui ont été donnés versus une chirurgie. Ça, ça peut arriver. Mais on n'a pas laissé une situation urgente, là, ne pas être opérée, par exemple.

Alors, si vous avez des situations dont vous avez connaissance, on aimerait le savoir. Moi, j'ai fait, d'ailleurs, dans un établissement de Montréal, une vérification où j'entendais justement des préoccupations comme celles que vous dites. On est allés aux sources et ce n'était pas le cas. Alors, on aime avoir l'information, on veut avoir l'information là-dessus, absolument.

Le Modérateur : Merci. Prochaine question, Patrice Bergeron, LaPresse canadienne.

M. Bergeron (Patrice) : Bonjour à vous. M. le premier ministre, donc, on donne une période d'à peu près deux semaines pour régler l'urgence nationale pour les gens qui vont aller donner un coup de main dans les CHSLD. Mais qu'est-ce qui va arriver après ce délai-là? Est-ce que le problème de pénurie de personnel va être réglé, selon vous? Qu'est-ce qui vous permet de croire que cette crise-là ou cette pénurie-là va être réglée? Ou est-ce que le délai pourrait être prolongé?

M. Legault : Bon, bien, regardez, actuellement, il y a 2 000 personnes qui sont absentes. Il y en a qui sont infectées, donc on espère qu'elles vont être guéries puis qu'elles vont revenir. Il y en a d'ailleurs, on me dit, plusieurs qui n'ont plus de symptômes, mais là on respecte la période de 14 jours avant que ces personnes-là reviennent. Il y a de la formation qui est donnée à des étudiants en santé qui entrent graduellement dans les CHSLD.

Donc, on pense que graduellement aussi, la situation devrait s'améliorer dans les CHSLD. Donc, il devrait y avoir éventuellement, d'ici deux semaines, moins de cas de COVID-19 dans les CHSLD. Donc, ça veut dire moins d'exigences, moins de pression sur le personnel. Donc, on pense que, sur une période de deux semaines, la partie des médecins qui ont accepté de venir en CHSLD pourrait retourner dans les hôpitaux.

M. Bergeron (Patrice) : Et en complémentaire, si vous permettez, on va parler encore de la question des préposés aux bénéficiaires, mais ceux-là qui travaillent dans les résidences privées pour personnes âgées, donc les RPA. Vous le savez, ceux-là sont encore moins payés que dans le régime public. Vous leur offrez actuellement une prime temporaire, mais qui ne dure que le temps que ça va durer. Eux demandent la mise en place d'un décret pour fixer des conditions minimums dans le secteur. Est-ce que vous êtes ouverts à ça?

M. Legault : Bien, Jean Boulet est en train de regarder ça, mais c'est certain qu'en augmentant le salaire des préposés aux bénéficiaires dans le secteur public, dans les CHSLD publics, par exemple, ça va mettre une pression sur les salaires dans le secteur privé. On comprend très bien ça. Il y a des places que c'est le gouvernement qui achète, donc il va falloir donner plus d'argent pour acheter ces places-là, là. Donc, ça, on voit très bien l'effet domino. Mais la première étape, c'est de régler les préposés qui sont dans le secteur public, mais je parlais encore, hier soir, avec le président du Conseil du trésor, on est en train, quand même, de faire une évaluation du coût que ça va entraîner dans le secteur privé.

Maintenant, est-ce qu'il faut fixer les conditions dans chaque établissement privé? Peut-être. Mais la situation peut être différente entre, par exemple, une ressource intermédiaire privée, une RPA privée ou un CHSLD privé, là, donc il ne faut pas non plus tomber dans l'hyperbureaucratisation des salaires du privé dans ces résidences-là.

Le Modérateur : Merci. Au tour d'Alain Laforest, TVA Nouvelles.

M. Laforest (Alain) : M. le premier ministre, Mme la ministre de la Santé, M. Arruda. Votre non verbal parle beaucoup, M. Legault, vous le savez, et lorsqu'on a parlé d'opérations, dans les hôpitaux, qui étaient reportées, qui avaient des cas... Est-ce qu'actuellement — et je reviens avec cette question — vous disposez de toute l'information pour prendre vos décisions à la plus haute hiérarchie ou la bureaucratie est beaucoup trop lourde et ne vous permet pas d'avoir toute l'information?

M. Legault : Bien, je pense que c'est plus une question d'évaluation, de jugement. Qu'est-ce qui est une activité urgente? Qu'est-ce qui est une activité semi-urgente? Nous, on a été clairs depuis le début, là, on a pensé qu'on était capables de libérer 6 000 lits pour accueillir des patients qui auraient la COVID-19 dans les hôpitaux tout en maintenant, avec à peu près 12 000 lits, les activités urgentes. Bon, ça ne se tranche pas au couteau, là, c'est du cas par cas. Qu'il y a certains médecins qui sont habitués de travailler avec 18 000 lits trouvent qu'on a trop étiré la sauce avec les 12 000 lits, c'est possible qu'il y en ait qui aient cette perception-là. C'est pour ça qu'on dit : Graduellement, entre 12 000 puis 18 000 lits, là, il y a peut-être moyen de rajouter un peu de lits pour commencer à refaire certaines activités, certaines chirurgies.

Mais le message a toujours été clair. On ne va pas prendre un médecin spécialiste dans un hôpital pour aller lui demander de venir régler ou aider à régler une situation urgente dans un CHSLD en créant un problème urgent dans les hôpitaux, là. Ce qu'on essaie de faire, c'est de dire : On prend les cas moins urgents des hôpitaux, on les reporte, puis on demande à ce personnel-là — infirmières, préposés et médecins — de venir donner un coup de main dans les CHSLD parce que c'est là qu'est l'urgence nationale, c'est là qu'on a eu 850 des 1 041 décès. On pensait que ça serait peut-être le contraire, que la majorité des décès auraient lieu par des personnes qui ne venaient pas nécessairement des résidences, mais ce n'est pas le cas, là. La majorité viennent des résidences.

M. Laforest (Alain) : Bon, vous parlez de réouverture. Vous dites que ça va se faire sur quelques semaines, quelques mois. Si on retourne à la dernière pandémie, de 1918, la deuxième vague a été beaucoup plus dure que la première.

M. Legault : Moi, j'étais jeune à cet âge-là, M. Laforest.

M. Laforest (Alain) : Oui, moi aussi j'étais très jeune, M. Legault, je vous rassure. Mais, quand même, la deuxième vague, et le Dr Arruda pourrait confirmer, a été beaucoup plus meurtrière que la première. Si on relâche, est-ce qu'il n'y a pas un risque? Et comment vous allez doser pour faire en sorte de ne pas vous retrouver avec un débordement dans les hôpitaux?

M. Legault : Bien, c'est ce que j'ai entendu plusieurs fois le Dr Arruda, ici et en privé, me dire, c'est qu'il faut y aller graduellement puis regarder, tester, voir l'évolution selon la réouverture. C'est pour ça aussi qu'on dit : Ce n'est pas une bonne idée de retourner 1 million d'enfants dans les écoles tout d'un coup. Il faut y aller graduellement, tester, évaluer, voir la situation, comment elle évolue, puis là réouvrir un petit peu plus, un petit peu plus. Donc, il faut y aller graduellement justement pour éviter la situation de 1918.

Le Modérateur : Au tour d'Isabelle Porter, Le Devoir.

Mme Porter (Isabelle) : Oui. Bonjour à tous les trois. Sur le même sujet, là, j'essaie de comprendre. Cet été, est-ce qu'il va y avoir des vacances, entre guillemets? Est-ce que les parents doivent prendre pour acquis que leurs enfants vont aller à l'école cet été?

M. Legault : Ah! je ne pense pas qu'il va y avoir d'école cet été. Est-ce qu'on est capables de réouvrir les écoles pour un certain nombre de semaines d'ici la fin de juin? Ça, c'est possible. Mais l'été, ce n'est pas quelque chose qui est envisagé, là, juillet puis jusqu'à la mi-août, ce n'est pas quelque chose qui est envisagé.

Mme Porter (Isabelle) : Sinon, sur un autre sujet, on a entendu qu'il y avait une directive, là, du ministre de l'Éducation pour permettre à des étudiants en soins infirmiers d'avoir directement leur diplôme s'ils allaient donner du temps dans des CHSLD. Ça a donné lieu à une certaine confusion, des inquiétudes de la part de l'ordre. Est-ce que c'est vrai? Puis, si c'est vrai, est-ce que c'est conciliable avec les exigences de l'Ordre des infirmières?

M. Legault : Oui, vas-y Danielle.

Mme McCann : Oui, parce qu'il y a eu des discussions pendant plusieurs jours, là, avec les ordres professionnels, dont l'Ordre des infirmières et infirmiers du Québec. Effectivement, c'est pour des finissants, là, où est-ce qu'il restait un stage. Alors, il y a eu des modalités prévues, et l'ordre était d'accord, là. Et on a eu un arrêté ministériel là-dessus. Les étudiants, à ce moment-là, peuvent terminer et être membres de l'ordre professionnel. Alors, tout ça a été discuté avec les ordres professionnels concernés.

Le Modérateur : Merci. Maintenant, Olivier Bossé, Le Soleil.

M. Bossé (Olivier) : Bonjour. Justin Trudeau, ce matin, a parlé de deux avions qui sont allés récupérer du matériel de protection en Chine et qui sont revenus vides. Il y en avait un qui allait au gouvernement fédéral et un autre à une province. Est-ce que c'était le Québec et, si c'est le cas, c'est quoi les conséquences de ça?

M. Legault : Non, ce n'était pas le Québec.

M. Bossé (Olivier) : Non? Mon autre question... Merci. Mon autre question, c'était... hier, vous avez parlé que les gens ont exprimé qu'ils étaient très tannés d'être à la maison. On voit, aux États-Unis, il y a même des manifestations anticonfinement. Évidemment, on ne s'attend pas à ça au Québec, mais est-ce que vous attendez à des réactions négatives dans les prochaines semaines, déjà?

M. Legault : Bien, écoutez, là, il faudrait être déconnecté pour ne pas voir qu'il y a des gens qui sont tannés d'être à la maison, là. Je pense que de nier ça, ça serait de nier la réalité. Maintenant, c'est comme le moindre mal. On ne veut pas non plus que ces gens-là sortent tout à coup, puis commencent à voir d'autres personnes, puis que la propagation, là, se multiplie dans les prochaines semaines.

C'est possible, puis je l'ai dit souvent, d'aller prendre une marche, de se tenir à deux mètres des autres personnes, de se laver les mains. Donc, il y a des façons de sortir de la maison tout en respectant certaines règles pour éviter la propagation.

Bon, est-ce qu'on en viendra, là... Dr Arruda l'a dit hier, qu'est-ce qu'on fait avec les masques artisanaux? Est-ce que ça pourrait aider à ce que, par exemple, un accompagnateur d'une personne qui n'est pas autonome, qui a besoin d'un accompagnement physique, là, que l'accompagnateur puisse porter un masque pour quand elle aide la personne à...

Bon, c'est des possibilités qu'on regarde, mais on est très prudents avant d'ouvrir trop rapidement. Mais je comprends très bien, là, que... Je ne veux pas qu'on se retrouve avec des énormes problèmes de santé mentale dans les prochains mois, là. Donc, il va falloir, à un moment donné, tranquillement, déconfiner.

Le Modérateur : Merci. Maintenant, une question d'un média qui n'a pas de bureau ici, à l'Assemblée nationale, qui provient de Martin Busuttil, RNC Média.

Si on exclut les cas particuliers des CHSLD et de la région de Montréal, la situation semble visiblement se stabiliser dans le reste du Québec. Actuellement, des millions de Québécois attendent d'en savoir plus sur la suite des choses tout en continuant de respecter les règles d'isolement. Vous faites souvent référence aux meilleurs jours qui viendront, mais, dans les faits, il n'a pas été beaucoup question des détails de la relance et du déconfinement graduel qui est envisagé. À quel moment comptez-vous étaler dans le détail votre stratégie de déconfinement? Et pourquoi la question n'a été, là, que très peu abordée jusqu'à maintenant?

M. Legault : Bien, c'est tout simplement une question de données. On veut être certain que ça soit stable pour un certain temps. Puis là il n'y a pas de règle parfaite, là. Est-ce que c'est... il faut que ça soit stable pour sept jours, pour 14 jours? Je regarde un peu ce qui se fait dans d'autres pays, puis ça fluctue d'un pays à l'autre, les règles qu'on se donne. Mais ce qu'on discute à tous les jours, c'est de voir quand est-ce qu'on va être prêts à avoir assez d'assurance sur la stabilité de la situation pour réouvrir graduellement l'économie, les écoles, les garderies. Ça fait partie des discussions qu'on a à tous les jours. Quand on va être prêts à annoncer un plan, on va l'annoncer, mais on n'est pas prêts aujourd'hui.

Le Modérateur : Merci. C'est ce qui complète pour les questions en français. On va maintenant passer aux questions en anglais. We'll start today with Cathy Senay, from CBC News.

Mme Senay (Cathy) : Good afternoon to all of you. I have a question from my team working for TheNational. When we compare the province of Québec with other Canadian provinces, West or East, it seems that Québec is having a harder time flattening the curve. So, basically, other provinces are succeeding a bit more, a bit better than Québec. Why do you think we are in front of this situation? I know that you talked a lot about the spring break being earlier, but I have the impression that your reflection is a bit deeper now.

M. Legault : First, we have to compare with large cities because the main problem is in Montréal. So it's true that it's worse in Montréal than in Toronto, but it's a lot worse in New York than in Montréal. It's worse in Paris, in London, in Madrid, it's worse than in Montréal. So, there are many reasons for that, but mainly it's because that... the people, at the beginning, who travelled or didn't travel and in which countries they travelled.

M. Arruda (Horacio) : That's the case. In fact, you must look at different factors, OK? First of all, there is the timing. As I was... expressed, in B.C., it was cases coming from China. The airplanes from China stopped, so the transmission... exposition was not as it was in Québec. That's the situation of big cities, which are different.

If you go to Alberta or small provinces, there is less people, less transmission, and everything, and probably less travelling or airports coming from the international. We, in Québec, go a lot to France, go a lot to Italy, where there was that timing... Probably more people came back with this. And we have the proximity with New York, which is very important. We know that the epidemic in New York came into Montréal and to Boisbriand communities... So, this is part of... kind of exposition that probably haven't been done in B.C., Alberta or elsewhere.

And we have the specific problem of our CHSLD. I think it would be interesting to compare which are the volumes of people in CHSLD in Ontario comparing to Québec. What are the ratios of personnel? Were they staffed better than we were? That's all kinds of situations that will tell us. And there is this, I would say, virus, a very bad one, that infects you, and you have no symptoms and you can transmit it.

So, this is the same for other provinces too, but that is part of the equation, why this is happening. But I think it would be... We are still having hypothesis. It would be interesting to, after, really look at the facts, because, in fact, what was applied in the field, even if there was a recommendation for the provincial, it's always something to look at. So I think those analysis are going to be, I'm sure, done and looked at.

M. Legault : And it's not clear, also, the number of people dying in long-term residences. Are they declared the same way everywhere in the world? It's not clear. And we know that, in Québec, we test them or by epidemiologist's references, we declare all of them. Is it the case everywhere else? It's not clear.

M. Arruda (Horacio) : No, no. Somewhere, it's only lab confirmed cases and sometimes they don't do lots of tests, so they could not confirm that case. And we have this specific situation of what is considered probable elsewhere, here, it's confirmed. It's like, if I'm the spouse of a person who died from COVID-19, I've got the same syndrome and I die, even if I'm not tested, they're going to be counted as a case. So that can influence at least one part of the difference between the province of Québec and others, here in Canada and in the world.

Mme Senay (Cathy) :OK. Thank you. Second question. Many people ask you, Mr. Legault, to postpone and basically have the schools closed and, like, get everything starting back over, like, have the schools to reopen only in September. Now you say : I don't think so, it's not a good idea.

I want to understand exactly what are the dangers of having all students going back to schools at the same time in September. And then, if you are creating clusters with schools, with regions, don't you have the impression that the danger of this is losing control, and you're at the most delicate stage of the whole operation of reopening the economy?

M. Legault : No. The key, of what I understand, and I'm not a specialist like Mr. Arruda, the key is really to open gradually. So, you don't want to have one million children going back to school all at the same time, because then, if they contaminate, infect their parents and that we have a big wave of people needing to be hospitalized, we'll be in trouble. So we have to do that gradually and, every week, we have to test the results of this gradual opening. It's true for companies, it's true also for schools. So you have to go gradually, not put all the children and all the workers at the same time on the street.

Le Modérateur :Thank you. Next question, Samuel Pouliot, CTV News.

M. Pouliot (Samuel) : Hi! We spoke with a woman whose father is at the Greystar facility in Montréal. Her father is healthy, and she wants to bring him home, but the facility is telling him that she cannot. Why can't families bring home seniors from CHSLDs centers, especially when some families can handle the home care and alleviate the stress on overworked staff?

M. Legault : I don't know this particular case, but what we know is that, when somebody is in a CHSLD, it's because he's needing some help from doctors, nurses. So I don't know if they have some at home, but I would have to look at the particular case.

Mme McCann : Yes, I think we would have to look into that situation because we have told the population that it's possible to have love ones come back to their home, but there are some conditions, and the care also that is required by that person. So we are going to look into that situation.

Le Modérateur : Next question.

M. Pouliot (Samuel) : And when things start to get back to normal and people will be using public transit again, do you have any directives for wearing masks?

M. Arruda (Horacio) : In fact, if we are going to open it actually, as I told you, we will probably recommend, if the distanciation of two meters is not possible, that people wear masks. It's going to be, I would say, cover face mask with some recipes. You can find in Health Canada the way to do it. There is the ones that are better than others, but we are going to prepare a video also to make sure that... because, you know, it is not in our culture to use masks here, like it is in Hong Kong or other countries, but we will recommend that... as I was telling you, if we will recommend it, but we... don't forget to wash your hands and to be careful.

Don't think that this protection is good for the others, because, if you spill, you won't spill on others, but it's not protecting you, and use it, but the right way. And we're going to make videos, it's going to be made this week. So people who, I think, that will be in transportation, will have to use masks, it will be better to make sure... especially if you cannot respect the two meters. But if you are waiting for going to grocery and you can have two meters in between people, keep it, your two meters, keep your masks, but don't try to... because you have your mask, you're going to be one feet, one beside the other. It's why it is important, and it's why it's going to be a measure, and we're going to try to make sure that people understand the way they use it, and I will repeat it again, don't forget to wash your hands.

Le Modérateur : Thank you. The next question is coming from Phil Authier, Montreal Gazette, for Mr. Legault. We are getting questions from teachers about opening schools. Will you impose the two meters in classrooms? How will that work at lunch hour in the cafeteria, when... where kids of all ages mingle? How will you protect teachers, especially older teachers, from the virus they can get from children?

M. Legault : I'm not ready to answer this question, but we're looking at different scenarios and we'll make sure to protect our teachers, for sure. So, when we'll be ready, we'll explain exactly what we propose.

Le Modérateur : Thank you. And now for Mr. Legault and Minister McCann. Yesterday, you said there are 6 000 people missing from the hospitals and CHSLD residences because they are either infected or fear being infected. Can you explain what «afraid of being infected» means? Can health care workers opt to not go to work?

Mme McCann : It's a difficult situation, and we... what we have to stress is that we are providing the protective equipment to everybody. We know that sometimes there have been situations where people were at the last of their protective equipment, and we had to provide very quickly. Because there is a planning to do in those «approvisionnements». But what we have to stress is that we are providing all the protective equipment. And we can understand that some people live some anxiety, the health workers, and that's why we salute them. We salute them because most of them are at work, and most of them are helping.

So, what we're saying is that you should talk with your «bureau de santé» in your organization, talk with you manager if there is something that is creating anxiety. And, if possible, come back to work with the protective equipment. So, most of the workers that are away for work are the workers that are, well, pregnant, or «immunosupprimés», or have to have a test, or have been infected. But there are some that might be afraid, and I invite them to discuss it with their «bureau de santé», and I tell them : We have all the protective equipment to protect you.

Le Modérateur : Thank you. Now, a question from Raquel Fletcher, Global News. One in five health care workers in Québec has been declared positive for COVID-19, and we've seen our first death of a health care worker in a long term care residence. You've said yourself, many people are afraid to go to work. What is your reflection, your feeling, as a leader, having to send people into those frightening conditions?

Mme McCann : I don't think it's one out of five workers who have been infected. It's much less than that in proportion. We have 4,000 workers and we have probably 250,000 workers in the health network. So the proportion is much less. Still, I think about it everyday and I want to support, we want to support very much the workers. I think they are the ones to be saluted that they go, they treat, they take care of people.

And I want to tell them also that we are sending more people to help them because, in CHSLDs and long term facilities, what's going to be helpful is to have more staff, and we see that, we've mentioned today, there are workers, there are students, even «les entreprises d'économie sociale», they're starting to come in. So there is an effort. So I think that's going to make a difference.

And we will also continue to organize teams of prevention of infection. That's very important. This is a new situation. You have to reorganize how you work, and it's more demanding. But, as time goes by, we are really supporting better those teams. We are sending people who are experts in prevention of infections. So we're doing everything we can to support them.

Le Modérateur : And one very last question for Global News. Prime Minister Justin Trudeau was also asked this morning about health workers being forced to reuse personal protective equipment. Is this happening in Québec? What else can we do to better protect our health care workers?

Mme McCann : No, I don't think that's happening. Reuse perhaps when... For the N95, we have now ways to disinfect them so they can reuse it when it's disinfected. But, otherwise, we have the equipment now to give them protection. So there's no question that you don't reuse a mask that is not disinfected, and the only ones that can be disinfected are the N95. And the «masques de procédures», you have to throw them out after you've used them. And we have also «les visières», you know, that you put in front of your face. The blouses, it's improving. We're going to make blouses in Québec. We're going to be much more autonomous. We're going to make masks in Québec.

So, what I'm saying, we've made great, great efforts, the Government and the Ministry, to really improve the situation on protective equipment. So there's no question, you're not reusing equipment that has not been disinfected, and disinfected is... The N95, it's possible. And the blouses, some of them will be washable, and we'll be able to disinfect them. But, otherwise, you don't reuse. And the «visières», obviously, the «visières», you can wash also. But you don't reuse «les masques chirurgicaux».

Le Modérateur : Thank you very much. C'est ce qui complète pour cette conférence de presse. À demain.

M. Legault : Merci, tout le monde. À demain.

(Fin à 14 h 1)

Participants


Document(s) associé(s)