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Conférence de presse de M. François Legault, premier ministre et Mme Danielle McCann, ministre de la Santé et des Services sociaux

Situation au Québec quant à la COVID-19

Version finale

Le jeudi 23 avril 2020, 13 h

Salle Evelyn-Dumas (1.30), édifice Pamphile-Le May

(Treize heures cinq minutes)

Le Modérateur : Alors, bonjour à tous. Chers collègues, bienvenue à cette conférence de presse pour faire le point sur la situation au Québec quant à la COVID-19. Le premier ministre du Québec, M. François Legault, est accompagné de la ministre de la Santé et des Services sociaux, Mme Danielle McCann, et du directeur national de santé publique, Dr Horacio Arruda.

M. le premier ministre, à vous la parole.

M. Legault : Merci. Bonjour, tout le monde. Je commence avec le bilan de la dernière journée. On a 109 nouveaux décès, pour un total de 1 243. Donc, mes pensées sont avec toutes les familles, les proches des personnes qui sont décédées. On a maintenant 21 838 cas qui sont confirmés, c'est une augmentation de 873. On a 1 411 personnes hospitalisées, c'est une augmentation de 133. On a 207 personnes aux soins intensifs, c'est une augmentation de huit.

Notre priorité, ça demeure de trouver du personnel dans les CHSLD, mais, je dirais, dans l'ensemble du réseau de la santé. On a actuellement 9 500 personnes qui sont absentes dans l'ensemble du réseau. Et, juste au cours de la journée d'hier, là, c'est 800 de plus qui se sont ajoutées. Donc, 8 500, on sait qu'il y en a à peu près 4 000 qui sont infectées, ça veut dire qu'il y en a quand même 5 500 qui sont absents pour d'autres raisons. Entre autres, on le sait, certaines personnes craignent d'attraper le virus, puis je pense qu'il ne faut pas porter de jugement, il faut les comprendre.

Par contre, vous allez comprendre qu'un réseau où on a une situation qui est quand même plus difficile qu'à l'habitude, avec 9 500 personnes absentes, c'est énorme. Donc, je veux aujourd'hui lancer un appel à ces personnes, là, qui sont à la maison, dans certains cas, qui complètent une période de 14 jours après avoir été infectées : on a besoin de vous. On a besoin de vous.

D'abord, je le répète, on a tous l'équipement de protection individuelle, puis il y a des directives claires qui sont envoyées partout, là, pour ne prendre aucune chance, aucun risque pour votre sécurité. Donc, je vous le demande, là, on a besoin de vous. Le réseau ne peut pas fonctionner avec 9 500 personnes absentes.

J'en profite aussi pour dire que la prime ou les primes de 4 % et 8 % qui devaient se terminer le 30 avril vont se prolonger jusqu'au 31 mai. Donc, je comprends que ce n'est pas nécessairement une question d'argent, mais, quand même, cette situation-là... Puis c'est comme une reconnaissance qu'on vous donne.

Je veux vous dire aussi que, pour les préposés aux bénéficiaires, les négociations, on me dit qu'elles avancent très bien avec les syndicats, là, pour qu'on puisse bonifier le salaire des préposés aux bénéficiaires de façon permanente.

Donc, mon message est clair, là. Les 9 500, mais je pense, entre autres, aux 5 500 qui ne sont pas infectés, là, on a besoin de vous autres dans le réseau de la santé.

Je reviens sur le bilan. On a 109 décès de plus au cours des dernières 24 heures. 93 viennent des résidences pour aînés, donc CHSLD, RPA, RI. Ce n'est pas moins grave parce qu'ils viennent de ces résidences, mais c'est juste pour vous dire… puis reprendre un peu ce que j'expliquais hier. On a vraiment, au Québec, deux mondes, là. On a le monde des CHSLD puis on a le reste de la société où la situation est pas mal sous contrôle.

Puis je veux revenir sur les inquiétudes de certaines personnes, entre autres certains parents, sur la réouverture qu'on annoncera la semaine prochaine. D'abord, je veux préciser une chose. Quand on dit qu'on va annoncer un plan la semaine prochaine, il n'y a rien qui va réouvrir la semaine prochaine, là. Ça va juste être un calendrier pour les semaines suivantes.

Bon, d'abord vous dire, quand on regarde les décès jusqu'à présent, 97 % des décès sont des personnes de 60 ans et plus. Donc, les personnes plus jeunes sont vraiment très peu à risque. Ce qu'on sait aussi, c'est que, probablement, il n'y aura pas de vaccin contre la COVID-19 avant plusieurs mois, peut-être un an, peut-être deux ans. Donc, il y a une situation où je veux essayer d'expliquer le concept d'immunité naturelle. Je sais que ce n'est pas simple. Je vais essayer quand même de le faire.

On a actuellement un virus qui est très puissant, et le facteur de multiplication, là, est entre deux et quatre. Supposons qu'il soit de deux, là, c'est déjà beaucoup. Je suis certain que, pour toutes sortes de raison, vous avez déjà fait ce calcul-là dans votre tête. Si une personne infecte deux personnes, les deux personnes en infectent quatre, huit, 16, 32, 64. C'est ce qu'on appelle une croissance exponentielle. Ça va très vite. Si, par contre, puis ça, c'est important de le dire, là, selon les spécialistes, une personne qui a eu le virus est immunisée au moins pour un certain temps, supposons que la moitié de la population est immunisée, O.K., on n'est pas là du tout, là, on est en bas de 10 %, mais supposons qu'on en vient éventuellement à ce que 50 % de la population soit immunisée, ça veut dire — je reprends mon exemple d'une personne — au lieu d'en infecter deux, elle va en infecter une. Donc, au lieu d'avoir un, deux, quatre, huit, 16, on va avoir un, un, un, un, un.

Donc, vous voyez, la situation est beaucoup plus sous contrôle si on arrive à avoir une partie de la population qui est immunisée. C'est ce que les spécialistes appellent l'immunité naturelle. Donc, ce qu'on a fait au cours du dernier mois, c'est de ralentir la propagation, donc ralentir le un, deux, quatre, huit, 16 en demandant aux gens de rester à la maison. Par contre, si tout le monde reste à la maison, bien, la situation reste la même, et on se retrouve dans une situation où on doit attendre le vaccin, qui va arriver peut-être dans un an, peut-être deux ans. On ne peut pas demander aux gens de rester chez eux pendant deux ans.

Donc, l'idée, c'est d'y aller très graduellement pour que les personnes qui sont moins à risque, bien, puissent développer des anticorps, là, être capables de devenir immunisées. Mais il faut y aller très graduellement, hein? Je vous le répète, le mot, là, graduellement. Donc, il faut comprendre, là, si tout le monde reste immunisé... si tout le monde, pardon, reste à la maison, il n'y a personne qui s'ajoute dans les personnes immunisées.

Donc, le risque qu'on a, si on gardait tout le monde confiné pendant des mois, c'est qu'on pourrait... La pire chose à faire, ça serait de dire aux gens : Vous sortez tous en même temps, en septembre ou à l'automne. Ça, ça serait la pire chose. Là, on pourrait imaginer, à ce moment-là, une vague qui serait plus grande que la vague qu'on a connue depuis un mois. Donc, il faut profiter des prochains mois, là, d'ici l'automne, pour graduellement commencer à déconfiner, parce qu'en plus, à l'automne, il y a le virus de la grippe, là, qui s'ajoute. Donc, ça pourrait être très grave, là, de dire : On retarde la sortie de tout le monde à l'automne. Il faut y aller graduellement.

Puis je le répète, là, on va déposer un calendrier la semaine prochaine pour les écoles, pour les entreprises. C'est un calendrier, il n'y a pas rien qui ouvre la semaine prochaine, puis c'est un calendrier qui va être réajusté au fur et à mesure par l'équipe du Dr Arruda, c'est-à-dire qu'en regardant l'évolution des hospitalisations, toutes les données, les fameux R0, là, pour revoir le nombre de personnes qui sont infectées dans chacune des régions du Québec. Nous, là, on n'ouvrira rien avant d'avoir le O.K. du Dr Arruda et de son équipe. Donc, je veux juste qu'on soit très clairs, là. Puis, en plus, bon, je le disais, pour les parents qui malgré tout continuent d'avoir des inquiétudes, ça ne sera pas obligatoire d'ici le mois de septembre, là, donc, pour le printemps, d'envoyer vos enfants à l'école.

Mais, je vous le répète, le concept d'immunité naturelle, ce n'est pas une question de prendre les enfants comme des cobayes, c'est de dire : Les personnes qui sont moins à risque, donc les personnes de moins de 60 ans, bien, il peut y avoir une immunité naturelle qui va empêcher une vague. Puis, la raison, encore une fois, pourquoi on veut éviter la vague, c'est pour éviter de perdre le contrôle dans le réseau de la santé. Là, on l'a perdu un peu dans les CHSLD, mais on l'a bien gardé solide dans nos hôpitaux. Donc, il ne faudrait pas que les hôpitaux deviennent débordés parce qu'on sort trop vite, qu'on sort toutes les personnes en même temps. Donc, c'est un peu ce que je voulais vous dire.

Un mot sur les équipements de protection. Bon, d'abord vous dire, là, des masques, que ça soit des masques de procédures ou des masques N95 et des gants, là, il y en a amplement pour les prochaines semaines, donc il n'y a aucune inquiétude à y avoir. Là où c'est plus serré, où on en a à peu près pour une semaine seulement, ce sont les blouses, bon. Mais là, heureusement, on a travaillé très fort au cours des dernières semaines à convaincre des entreprises ici, au Québec d'en fabriquer, il y a des entreprises qui commencent actuellement à nous livrer des blouses, puis on pense qu'avec ces volumes-là qu'on commence à recevoir, ça va nous permettre d'en avoir assez pour passer au travers.

Donc, mes remerciements du jour — vous allez me voir venir — c'est pour remercier les dirigeants de ces entreprises-là puis les employés. Je sais que dans certaines entreprises, pas toutes, là, mais dans dans certaines entreprises, on travaille jour et nuit à fabriquer des blouses pour notre personnel médical. Donc, je veux les nommer les entreprises. Donc, je veux remercier les employés de Delfab, Georges Courey, MIP, Le Château, Logistik Unicorp, Samuelsohn, Second clothing, Shan, Tricots Liesse et Vêtements SP, merci. Merci beaucoup aux dirigeants puis aux employés, c'est grâce à vous autres qu'on va régler notre problème de blouse pour tout le personnel médical.

Donc, je termine en vous disant : On vit une période qui n'est pas facile, pas facile pour l'équipe, pas facile, bien sûr, pour tout le personnel qui est sur le front avec les patients, en particulier dans les résidences pour aînés. Mais on ne doit pas se laisser abattre, au contraire, il faut se dire, là : On se relève les manches et on va s'occuper de nos personnes les plus vulnérables, on leur doit ça. Et, je veux être bien claire, là, ce n'est pas le temps de chercher des coupables, on aura du temps après pour chercher des coupables. C'est le temps d'être tous unis, de tous se serrer les coudes. Et, si on est ensemble, bien, on va s'en sortir ensemble. Merci, tout le monde.

Le Modérateur : Merci. Maintenant, en anglais.

M. Legault : Yes, a few words in English. Good afternoon. We're going through tough times, but it's no time to be discouraged. It's time to help each other out and to stay united. Our priority remains to increase the staff in senior residences. I want to thank everybody who is coming as reinforcements to help our ederly. And I have a message for health workers who have finished their quarantine : Please, come back to help us, we need you. So we must continue all of our efforts. We must stay united. That's how we'll get through this together. Thank you all.

Le Modérateur : Merci, M. le premier ministre. Alors, pour la période des questions en français, nous allons débuter aujourd'hui avec Mathieu Dion, Radio-Canada.

M. Dion (Mathieu) : Bonjour. Pour que ce soit clair, là, avec la recherche d'une immunité collective de 60 %, 80 %, dites-vous aux Québécois, là : La majorité d'entre vous allez attraper la COVID, c'est plate, ça fait peur, mais on n'a pas le choix?

M. Legault : Bien, ce qu'on dit, là, c'est qu'il faut qu'il y ait une immunité qui se développe dans les prochains mois. Je ne pense pas, là, que, si on faisait un grand sondage puis un référendum, les Québécois ont le goût de rester deux ans… Puis ça pourrait être ça, là, avant qu'on ait un vaccin. Donc, il faut qu'il y ait, oui, une immunité, mais très graduelle. Puis évidemment, à travers tout ça, il faut protéger des gens qui sont plus vulnérables. Ça veut dire les gens qui ont 60 ans et plus, donc, qui représentent actuellement 97 % des décès. Mais quel pourcentage selon les régions? Bien là, évidemment, plus il y a de gens immunisés, moins il y a de risque d'avoir une augmentation exponentielle.

M. Dion (Mathieu) : Sur votre demande de militaires, Justin Trudeau semblait accepter un peu à contrecoeur tantôt, soulevant des doutes sur la gestion en CHSLD. Je vais le citer : «En ce moment, on voit des tragédies épouvantables dans les CHSLD à travers le pays. C'est inacceptable. Au Canada, nos militaires ne devraient pas prendre soin de nos aînés. Au cours des prochaines semaines et des prochains mois, on va devoir examiner comment on en est arrivés là.» Que lui répondez-vous?

M. Legault : Bien, écoutez, on a 9 500 personnes qui sont absentes dans le réseau. Ce n'est pas unique au Québec, là. On a ça à peu près partout dans le monde. Soit ils sont infectés ou soit, dans certains cas, ils sont à risque. Je pense, entre autres, aux femmes enceintes. Donc, on peut bien essayer de se dire : Ce n'est pas normal, mais on ne vit pas une situation normale, on est en crise. On a besoin de bras. On a des étudiants qu'on est en train d'ajouter graduellement, mais il nous manque de bras. Puis, bon, il y a ces gens de l'armée qu'on demande. On en demande 1 000. Pour l'instant, on en a une centaine, des gens de l'armée, qui sont qualifiés. Bon, il y en a un autre 200 qui est dans le Nord, là, les Rangers, qui aident les régions au nord. Mais là, dans nos CHSLD, on a besoin des 1 000 soldats. J'espère qu'on va être capables de les envoyer au cours des prochains jours.

Le Modérateur : Très bien. Prochaine question, Mylène Crête, Le Devoir.

Mme Crête (Mylène) : Oui. Bonjour. J'aurais aimé savoir, vous parlez d'une réouverture graduelle, avez-vous pensé, par exemple, aux enfants qui sont en famille d'accueil, qui ne peuvent pas voir leurs parents biologiques depuis sept semaines? Est-ce que vous envisagez des mesures, là, pour permettre à ces parents-là et ces enfants-là de se voir comme ils pouvaient le faire avant?

M. Legault : Oui. Bien, écoutez, évidemment, on est dans une situation qui est exceptionnelle, mais je peux comprendre que ça crée des problèmes, entre autres pour les familles biologiques par rapport aux familles d'accueil. On va essayer de régler ça cas par cas.

Mais vous allez comprendre que, je l'expliquais tantôt, là, il faut que les gens, tranquillement, se déconfinent, mais tranquillement, graduellement. Donc, est-ce qu'on est capables d'inclure certaines personnes pour aller voir leurs familles biologiques? C'est du cas par cas. Je pense qu'il faut être ouverts, sensibles à ça, mais il faut comprendre aussi qu'on est dans une situation où on évite justement que trop de personnes se rencontrent.

Mme Crête (Mylène) : Vous parlez qu'il y a de nombreuses absences dans le réseau de la santé. Je me demandais : Est-ce que les sommes fédérales qui sont remises aux gens qui ne travaillent pas ont joué un rôle dans ces absences-là?

M. Legault : Bien, écoutez, on a mis en place un système de bonis, là. On a mis un système, d'abord, 4 %, 8 %, un système dans les résidences privées, 4 $ de l'heure. On a mis aussi un programme de 400 $ par mois pour ceux qui gagnent moins de 2 000 $ dans les épiceries puis en général. Bon, là, il y a un nouveau programme pour les étudiants. C'est sûr que ça peut avoir un certain impact.

Mme Crête (Mylène) : Des gens qui sont tentés de rester à la maison puis de récolter...

M. Legault : Peut avoir un impact.

Mme McCann : Bien, je pense qu'il faut quand même mentionner que les gens qui sont à la maison, comme M. le premier ministre disait, les femmes enceintes, des personnes immunosupprimées, des personnes qui sont infectées ou des personnes qui ont été en contact, hein, qui ont une période, là, de quarantaine, elles reçoivent leur salaire. Alors, il y en a peut-être, là, que ce qui est donné par le fédéral, là, a attiré, mais il y a quand même un bon groupe, là, qui sont déjà prévus, qu'on rémunère selon leur rémunération habituelle.

Le Modérateur : Merci. Toujours en se limitant à une question et une sous-question, Louis Lacroix, Cogeco Nouvelles.

M. Lacroix (Louis) : Bonjour, M. le premier ministre, Mme McCann, M. Arruda. D'abord, M. Arruda, quel est le taux d'immunisation, en fait, le taux de... je veux l'exprimer comme il faut, là. C'est quoi, le pourcentage que ça prend, dans une population, de gens qui ont été infectés pour avoir ce qu'on appelle l'immunité de groupe? Parce que je lisais, ce matin, l'Institut Pasteur parle de 70 %, je pense, autour... les chiffres ne sont pas... Il y en a qui disent c'est un peu en bas de ça.

À votre avis à vous, là, quel est le taux d'immunisation que ça prend, là, pour avoir cette espèce d'immunité de groupe dont on a besoin?

M. Arruda (Horacio) : Ça dépend de chacune des bactéries ou des virus, comme tels.

M. Lacroix (Louis) : Mais, dans ce cas-ci, vous devez avoir évalué, là.

M. Arruda (Horacio) : Dans ce cas-ci, on va vous le dire, tout dépendamment du R0, O.K.? Avec le R0 initial qui avait été calculé en Chine, entre 2 point quelque chose et 3 point quelques, on disait à peu près 60 % à 65 % de la population, on pouvait avoir une certaine immunité de masse.

Par contre, avec des R0 qui sont réestimés actuellement, dans certains endroits, jusqu'à des 5, puis à des 5,8, et même beaucoup plus dans certaines cohortes, à ce moment-là, on augmente le taux d'immunité de masse autour de 80 %, 85 %. Juste pour vous donner un exemple, un virus très contagieux comme la rougeole, ça prend 95% pour éviter les épidémies, comme telles, pour que le virus fasse quelques cas, mais pas créer des épidémies. Donc, ici, on n'est peut-être pas au même niveau que la rougeole, mais on est probablement autour de... en tout cas, entre 60 % et 80 %, on est dans une fourchette, je vous dirais, qui est acceptable, mais, encore là, tout dépendamment du R0.

M. Lacroix (Louis) : Ma prochaine question, ça fait référence à ce que vous avez dit il y a quelques minutes, M. Legault, en disant, tout à l'heure, que, bon, on a perdu le contrôle dans les CHSLD, mais on l'a gardé dans nos hôpitaux. Mais on a de plus en plus de témoignages de gens qui ont été infectés dans les hôpitaux. Je vous en cite quelques-uns.

Un homme de 90 ans qui, jeudi dernier, est entré à l'hôpital Sainte-Marie de Trois-Rivières pour une problématique qui n'avait rien à voir avec le COVID-19. Il a été testé négatif à son arrivée, il est ressorti quatre jours plus tard et il était positif à la COVID.

Ensuite, un autre cas, un homme de 70 ans qui est entré à l'Hôpital Charles-Le Moyne pour traiter une infection urinaire, qui a mal tourné finalement, parce qu'il est rentré négatif; à sa sortie, il était positif, puis, en plus, il a infecté sa femme avant que cette dame-là, qui a 73 ans, puisse savoir qu'il était positif.

Alors, il semble y avoir des cas de contaminations, en ce moment, dans les hôpitaux, là.

M. Legault : Bien, tout d'abord, je dirais, les cas que vous mentionnez, je pense que ce sont des exceptions. Je pense que les directives qui ont été mises en place pour le port, entre autres, du matériel de protection puis pour les délimitations de zones chaudes, je pense, la grande majorité des cas, les directives ont été suivies.

Quand je disais tantôt qu'on a réussi à garder le contrôle dans nos hôpitaux, bien, c'est qu'on avait prévu jusqu'à 7 000, 8 000 lits pour les COVID-19, les cas de COVID-19. En date d'aujourd'hui, on a 1 400 personnes atteintes de la COVID-19 qui sont hospitalisées. Donc, on a encore une marge. Moi, ma plus grande inquiétude, il y a un mois, c'était qu'on dépasse le 7 000 ou le 8 000 dans les hôpitaux et que là on perde le contrôle. Mais là on a très bien gardé le contrôle dans les hôpitaux.

M. Lacroix (Louis) : Les gens qui ont été infectés dans des endroits où ils traités pour la COVID, ils étaient traités pour autre chose. Ils ont été infectés probablement par du personnel ou...

M. Legault : Oui, bien, c'est arrivé dans les CHSLD, c'est arrivé dans certains hôpitaux. Il y a possiblement, effectivement, des directives qui n'ont pas été suivies parfaitement partout, mais, je pense, ça demeure des exceptions.

Mme McCann : Ça demeure des exceptions, puis les directives sont claires. Puis, je pense, dans les milieux hospitaliers, c'est bien suivi, d'avoir vraiment des zones chaudes, des zones froides, donc, qui ne communiquent pas, hein? On ne doit pas, là, pour quelqu'un qui n'a pas la COVID-19, aller dans une zone chaude, de toute évidence, et l'envers aussi.

Alors, c'est des cas d'exception, puis, évidemment, il faudrait retracer l'épidémiologie par rapport à ces situations-là. Je me tourne un peu vers Dr Arruda, qu'est-ce qui a pu se passer?

M. Arruda (Horacio) : C'est toujours possible qu'il y ait une transmission, une acquisition en milieu hospitalier, là. Je pense qu'il n'y a personne qui peut dire que c'est impossible. L'important, c'est qu'il n'y ait pas de transmission soutenue à l'intérieur de l'établissement puis qu'on traite ces éléments-là.

Et, dans ce cas-ci, si vous me permettez, le patient aurait pu attraper le COVID-19 à l'extérieur, rentrer à l'hôpital et être testé négatif au premier test parce qu'il est encore en période d'incubation — le test n'est pas assez sensible — et être testé par après, tout dépendamment de la durée de séjour, puis etc., et du moment où on fait le test par rapport, potentiellement, à une exposition. Je ne veux pas, comme... Là, c'est parce que vous m'avez dit qu'il est rentré, que c'était négatif, il est devenu positif. La durée de séjour semble avoir été quatre jours, si j'ai bien compris, donc, ça se pourrait qu'il l'ait attrapé dans la communauté, qu'il ait été testé, au début, à l'hôpital, négatif parce qu'il était négatif, pas encore assez de virus pour être détecté, et qu'il l'ait été par après.

Mais, ce qui est important, je pense, c'est que... Et on le sait, des infections nosocomiales, ça l'existe, dans les hôpitaux. C'est un endroit où il y a des bactéries, puis etc., et les gens sont plus fragiles aussi, quelque part. Mais l'important, c'est que, si jamais il y a des cas une unité, bien, qu'elle soit contrôlée très, très, très rapidement et qu'il n'y ait pas cette transmission-là soutenue comme on l'a vue notamment dans les CHSLD. Il y en a, c'est possible, mais les protocoles sont aussi peut-être plus faciles à respecter parce que ce n'est pas non plus un milieu de vie, c'est véritablement un milieu de soin. On isole les patients dans leurs chambres, c'est plus facile.

Le Modérateur : Merci. Toujours une question, une sous-question. Patrice Bergeron, LaPresse canadienne.

M. Bergeron (Patrice) : Bonjour à vous. M. le premier ministre, vous l'avez dit, c'est peut-être encore un peu tôt pour faire des bilans, mais la question se pose quand même. Au moment venu, allez-vous commander la tenue d'une enquête publique sur la gestion des CHSLD? Avant-hier encore, M. Arruda y a fait allusion. Est-ce que ça peut être dans l'arsenal des possibilités du gouvernement pour aller au fond de la question?

M. Legault : Moi, je n'exclus rien. Par la suite, il faudra effectivement faire un bilan puis voir ce qui est arrivé. Mais, en même temps, bon, il faut comprendre qu'avec 9 500 personnes absentes dans le réseau de la santé, là, c'est une situation qui est très tendue.

M. Bergeron (Patrice) : Et en sous-question, si vous permettez. Vous avez déjà un comité qui réfléchit à la relance économique. Vous avez déjà annoncé la tenue d'un plan de déconfinement. Il y a plusieurs voix qui s'élèvent pour qu'on élargisse la réflexion pour d'autres parties prenantes impliquées, parce qu'il s'agira probablement de dizaines de milliards qui vont être investis, peut-être le plus gros plan de relance depuis la Deuxième Guerre mondiale, et on pourra... On vous dit aussi : Vous n'avez pas le mandat, vous n'avez pas reçu ce mandat-là, en 2018, pour lancer un tel plan de relance. Allez-vous ouvrir les discussions pour que plus de gens soient impliqués dans ce plan de relance là, outre que vos ministres?

M. Legault : Bien, absolument. Absolument. Je pense qu'on va avoir toutes sortes d'opportunités, au cours des prochains mois puis des prochaines années, parce que ça va être une relance qui va se faire sur un certain nombre d'années.

Là, pour l'instant, c'est de sauver le maximum d'entreprises possible, donc c'est pour ça que le comité est restreint à quelques personnes. Mais ces personnes-là aussi contactent les gens qui sont dans les différentes industries, que ça soit dans le manufacturier, que ça soit les activités culturelles, les activités de tourisme. Donc, il y a beaucoup de consultation qui se fait à l'extérieur. Et, bien, il va falloir le faire aussi avec les partis d'opposition au cours des prochains mois, des prochaines années.

Parce qu'effectivement il va y avoir une nouvelle société qui va émerger de tout ça. Et puis, bon, déjà, j'ai parlé de l'importance d'une plus grande autonomie pour notre nourriture, pour tout notre matériel médical, donc il y a des ajustements importants qui vont être faits. On peut penser qu'il y aura moins d'importations de produits chinois ou de certains pays, donc, l'importance de développer chez nous plus de production de plus de sortes de produits.

Donc, ce sera des discussions qu'on aura avec les partis d'opposition, mais avec la population, avec aussi nos entrepreneurs. Parce qu'on a des entrepreneurs qui sont en train de changer leurs façons de faire. Il se fait beaucoup plus de télétravail puis il va s'en faire encore plus dans les prochains mois, les prochaines années. Donc, des nouvelles façons de fonctionner, des nouvelles façons aussi d'aller acheter. Déjà, ça existait beaucoup, là, les commandes en ligne; bien, ça va s'accélérer. Donc, il va falloir, du côté du transport de marchandises, des livraisons à la maison, développer notre expertise, nos réseaux, donc beaucoup, beaucoup de travail à faire. Puis effectivement il y aura un débat de société qui devra avoir lieu autour de ça.

M. Gagnon (Marc-André) : Merci. Donc, à mon tour, Marc-André Gagnon du Journal de Québec, Journal de Montréal. M. le premier ministre, la semaine dernière, vous avez offert un mea-culpa aux Québécois en disant : J'aurais dû augmenter le salaire des préposés aux bénéficiaires plus tôt.

Maintenant, là, aujourd'hui, est-ce que vous regrettez d'avoir surtout misé sur les médecins spécialistes pour combler les besoins urgents dans les CHSLD, alors qu'il y avait des milliers, là, de mains levées depuis plusieurs jours, plusieurs semaines, et qui ont été visiblement ignorées?

M. Legault : Bon, d'abord, il faut comprendre que la situation a beaucoup évolué depuis une semaine. Je vous disais, là, seulement hier, on a 800 personnes de plus d'absentes dans le personnel de la santé. Donc, juste en 24 heures, là, la situation est très différente. Il nous manque 800 personnes de plus. Donc, quand on disait, au début, parce qu'il nous en manquait beaucoup moins, on va se concentrer sur les personnes qualifiées, bon, que ce soit des préposés, des infirmières, des médecins spécialistes, des médecins omnis, c'était, je pense, la bonne réponse à cette époque-là.

Là, on est rendus à une autre étape. Il nous manque 9 500 personnes qualifiées, et on a demandé 1 000 soldats. On est en train de rééplucher Je contribue!. Au début, quand on regardait les gens qui voulaient être volontaires, on essayait de trouver des gens qui avaient des qualifications en santé. Là, je vous dis que ce qu'on cherche, là, c'est beaucoup des bras, mais des gens, quand même, qui sont prêts à venir à temps plein, parce qu'on ne veut pas qu'il y ait trop de personnel en contact... du personnel différent d'une journée à l'autre. Donc, on cherche du monde à temps plein, mais là, compte tenu des 9 500 personnes qui manquent dans le réseau de la santé, là, on commence à chercher surtout des bras.

Donc, au moins 1 000 militaires qu'on souhaite, mais là on est train d'appeler aussi beaucoup de gens qui se sont portés volontaires. Toutes les personnes qui veulent venir travailler à temps plein, même s'ils n'ont pas de qualifications en santé, on va en ajouter. On est en train d'ajouter des étudiants de façon importante. Donc, la situation a beaucoup évolué depuis une semaine, puis, bon, on va voir comment elle évolue aussi dans les prochains jours.

M. Gagnon (Marc-André) : Maintenant, Dr Arruda, je sais que vous avez une préparation, là, qui se prépare et... une présentation

plutôt, qui se prépare et qui s'en vient. Vous allez donc recommander aux Québécois de porter le masque, surtout lorsque la distanciation sociale n'est pas possible. Mais dites-nous, là, pour que les gens à la maison comprennent bien, est-ce que ça va être une recommandation? Puis qu'est-ce qui va arriver à ceux qui ne respecteraient pas cette demande-là de porter le masque?

M. Arruda (Horacio) : Ça va être une recommandation assez forte, je vous dirais, là, particulièrement quand les gens vont prendre les transports en commun puis qu'ils ne pourront pas respecter la distanciation de deux mètres. Par contre, la mesure, elle n'est pas... Comment je pourrais vous dire? On ne peut pas la rendre obligatoire compte tenu de son niveau d'efficacité. En termes juridiques, ça serait excessivement contestable. Donc, ça va être une forte recommandation. Et puis je pense que les gens... Ce qui est très important, c'est que les gens qui vont avoir des symptômes, qu'ils n'aillent pas sortir à l'extérieur comme tel. Je pense que ça va devenir un sens civique, là. Quelqu'un qui ne veut pas être perçu comme un contaminateur va vouloir le faire. Et puis les moyens qu'on va vous donner vont être assez simples pour que la majorité des personnes puissent se fabriquer ou avoir un masque, qu'on appelle un couvre-visage, on va l'appeler ainsi, qui va être adéquat et que les gens pourront utiliser quand ils iront sortir à l'extérieur.

Le Modérateur : Merci. Maintenant, prochaine question, Olivier Bossé, Le Soleil.

M. Bossé (Olivier) : Bonjour à vous trois. Une question pour Mme McCann. À la lumière de la réouverture progressive des blocs opératoires, où en est l'état des stocks de médicaments, de propofol, entre autres?

Mme McCann : Bien, il y a eu un peu d'amélioration. On a commandé quand même une bonne quantité. Et là je suis très prudente, là. On a quand même une forme de garantie qu'on va les recevoir. Mais, vous savez, dans le contexte actuel, on attend de les recevoir pour dire qu'on a la commande. Mais disons qu'avec l'exercice qu'on a fait dans tous les établissements, avec l'INESSS, hein, l'institut d'excellence, pour la bonne gestion des médicaments, les substituts aussi, ce qu'on a fait avec les fournisseurs, on est en meilleure posture. Mais ça ne nous permet pas d'ouvrir «at large» les chirurgies électives.

Alors, évidemment, on a toujours fait les urgentes et les semi-urgentes qui le nécessitaient. Mais là on va ouvrir davantage sur les semi-urgentes qui pouvaient attendre, mais que, là, après un mois ou sept semaines, six semaines, ne peuvent plus attendre. Bien sûr, elles deviennent urgentes. Et peut-être, dans certaines régions, on va pouvoir ouvrir un peu plus dans l'électif. Il faut être très, très prudent. Et c'est pour ça qu'il y a eu un travail très important qui a été fait dans les derniers jours avec le président de l'association des chirurgiens du Québec et toute une équipe au ministère pour prioriser les chirurgies, parce que ça, c'est important de le dire, il faut qu'on ait un exercice qui fasse le plus de sens clinique.

Et je veux rassurer, encore une fois, les gens qui attendent, là, qu'il y a tout un exercice très rigoureux pour bien évaluer, dans chaque établissement, les priorités au niveau des chirurgies. Ça, c'est impératif. C'est en train de se faire. Quand je vous dis «c'est en train de se faire», c'est fait aujourd'hui, et donc en tenant compte de l'urgence, de la gravité de la situation de la personne, et je vous parle de tous domaines, hein, cancer, en neurologie, en chirurgie cardiaque. Alors, quand on ouvre un peu plus, il faut qu'on ait des critères, là, très cliniques et tenant compte des médicaments, tenant compte de la disponibilité de la main-d'oeuvre également.

Alors, on a bien confiance qu'on va augmenter à 50 % pour plusieurs établissements le volume de chirurgie à travers le Québec. Il peut y avoir des variantes d'une région à l'autre ou d'un établissement à l'autre, mais disons qu'en général c'est vers ça qu'on se dirige.

M. Bossé (Olivier) : Excellent. Merci. Mon autre question est pour Dr Arruda. L'immunité collective, la stratégie qu'on s'apprête à adopter, pourquoi ne pas l'avoir faite il y a six semaines? Est-ce que le résultat aurait été le même? Est-ce que le six semaines qu'on vient de passer est, entre guillemets, perdu?

M. Arruda (Horacio) : Non. Bien, c'est qu'il faut comprendre que, je l'ai dit, le temps d'arrêt était absolument essentiel pour voir comment le virus allait se comporter puis pour maintenir une capacité de soins, là. Parce que, si on n'avait pas fait ce temps d'arrêt là, là... Il fallait faire un... Vous savez, faire un confinement, là, c'est plus facile de, je l'ai dit, de fermer l'interrupteur «on-off» que d'isoler par une façon progressive, là. L'acceptabilité sociale aussi n'aurait pas été là. On ne pouvait pas se permettre, à mon avis, de laisser le virus pénétrer la population québécoise et se multiplier, et là on aurait vraiment vu un pic important.

Maintenant, il faut aussi comprendre que, le confinement, là, il y a une question, si vous me permettez, d'immunité collective qu'on veut atteindre, mais il y a aussi un fonctionnement sociétal. Il y a des effets pervers à être confiné pendant longtemps. Il y a des enfants... On sent qu'actuellement, là, les déclarations à la DPJ sont à la chute. Il peut y avoir plus de violence. Les gens peuvent avoir des comportements agressifs. Il y a des questions de santé mentale qui peuvent s'installer.

Il va y avoir plein de médecins qui vont nous le dire, là. Ce n'est pas seulement rien qu'une question, je vous dirais, là, d'immunité, c'est aussi une question de fonctionner dans une société. Il y a des plus vulnérables, particulièrement, qui n'ont pas toujours les moyens, qui vont chercher des ressources ailleurs, autour d'eux, qui sont touchés actuellement par les mesures de confinement. Donc, il y a aussi ça qu'il faut prendre en considération parce qu'il ne faudrait pas nécessairement, là, que... Il n'y a pas que la maladie, je vous dirais, associée au coronavirus, mais il y a aussi toute la santé mentale, toute la vie des individus, les dépressions, les problématiques de toxicomanie qui peuvent augmenter, l'alcoolisme aussi pendant cette période-là. Donc, il faut être capable de balancer ça. C'est impossible de rester confiné complètement, d'où...

C'est pour ça, quelque part, il fallait le faire pour éviter que notre système de soins soit pris de court, qu'il fallait faire le délestage. On a vécu malheureusement la situation très malheureuse des CHSLD. Mais maintenant on ne pourra pas rester dans le même mode. Mais, attention, comme le dit le premier ministre, c'est graduel. Et ce n'est pas parce que certains groupes d'activité vont avoir lieu que nos personnes âgées, les plus vulnérables, que certaines personnes qui ont des maladies chroniques ou qui sont à risque vont pouvoir circuler librement comme si de rien n'était, parce qu'on veut justement encore les protéger.

Le Modérateur : Merci. Maintenant, au tour de Gabriel Béland, La Presse.

M. Béland (Gabriel) : Oui, bonjour. Concernant la stratégie d'immunité naturelle, j'imagine que connaître le taux d'immunité de la population va devenir une donnée très essentielle. Est-ce qu'on a une idée actuellement du pourcentage de Québécois qui auraient contracté le virus? Et aussi j'aimerais savoir est-ce qu'on va pouvoir adopter des méthodes, par exemple des tests aléatoires, pour essayer justement de savoir ce taux-là.

M. Arruda (Horacio) : Oui. Vos questions sont très pertinentes. Effectivement, si on le savait, ça nous aiderait à décider la vitesse de regradation, de réouverture. Écoutez, honnêtement, la proportion n'est probablement pas très élevée, là, maximum 10 %, peut-être entre 5 % et 10 %, probablement. C'est ce que nos experts nous disent, mais on va voir les surprises. Certes, elle est probablement plus élevée dans la région métropolitaine et à Laval qu'elle l'est au Bas-Saint-Laurent, par exemple, où le virus n'a pas circulé.

Donc, ce qui va se faire, c'est qu'on va avoir... Premièrement, on va réouvrir. On va voir comment le virus va apparaître dans la population. On va faire des tests, effectivement, aléatoires dans certains territoires pour essayer de documenter le taux de transmission comme tel, et particulièrement aussi ce qu'on appelle des études sérologiques. C'est-à-dire qu'on va faire des prélèvements auprès de certains groupes de la population pour être capables d'identifier, là, quelle est la proportion des individus… Parce que beaucoup de gens ont été infectés, probablement, mais, quand je dis beaucoup, c'est dans la limite de ce que je vous dirais. Écoutez, tant mieux si on a eu 50 % comme tel, mais ça m'étonnerait compte tenu, je vous dirais, de l'opération puis du non-impact, excluant les CHSLD, qu'on a eu dans notre système de soins, là, parce que, si ça avait circulé beaucoup, il y aurait eu plus de cas, ça, c'est sûr.

M. Béland (Gabriel) : En deuxième question. On voit certains États utiliser la technique du retraçage dans leur stratégie de déconfinement, comme l'État de New York hier qui a annoncé qu'il allait créer une armée, là, d'enquêteurs pour essayer de trouver, finalement... remonter le fil des infections pour trouver les gens, finalement, plus rapidement. Ici, ces enquêtes épidémiologiques là, est-ce qu'on sait à peu près combien de personnes travaillent là-dessus au Québec? Et est-ce que ces efforts-là vont être augmentés avec le déconfinement?

M. Arruda (Horacio) : Oui, ils vont être augmentés. On demande à nos équipes, de la même façon qu'on demande aux entreprises, de se préparer à travailler différemment. Nous, on augmente la capacité. Les équipes de santé publique doivent augmenter les capacités. Il y a six critères de l'OMS, qu'ils disent qu'il faut être fait, dont un qui s'appelle d'être capable de rapidement… Prenons un exemple, je vous donne un exemple, un chantier de construction. Il y a un chantier, et puis on se retrouve puis on se rend compte qu'il y a quatre travailleurs qui sont malades. Bien, il va falloir faire les enquêtes excessivement rapides pour aller chercher, un, le cas source, si c'est possible, les familles, puis etc., pour éviter que cette éclosion-là soit reliée à d'autres éclosions. Donc, c'est, dès qu'il y a des cas, enquêter, circonscrire, puis empêcher que ça se transmette de façon importante, et identifier quel aura été le facteur, dans le milieu, qui aurait pu être la cause de l'introduction du virus.

Le Modérateur : Merci. Prochaine question, Alain Laforest, TVA Nouvelles.

M. Laforest (Alain) : Bonjour. M. le premier ministre, on comprend, là, que vous écrivez le livre puis qu'il n'en existe pas, de livre, là, vous l'écrivez à tous les jours. J'ai senti aujourd'hui, dans votre appel qui est multiplié depuis quelques jours, du désespoir. Je me trompe?

M. Legault : Non. Je pense que les dernières journées ont peut-être été difficiles, mais le message que j'essayais de passer aujourd'hui, c'est justement de ne pas se laisser abattre puis, au contraire, de se relever les manches puis travailler fort à rependre le contrôle de la situation dans les CHSLD, essayer de créer de l'espoir aussi avec les réouvertures. Puis le message que j'essayais de passer, justement, aujourd'hui, c'était de dire : Quand on comprend mieux le concept d'immunité naturelle, bien, ça devient moins épeurant de réouvrir graduellement. Ça devient même souhaitable pour la santé de notre société. Donc, c'est une bonne nouvelle, je pense.

Évidemment, on n'est pas épargnés. On pourra éventuellement faire toutes sortes de comparaisons. C'est sûr que la situation est difficile dans les CHSLD, pour toutes sortes de raisons, mais, si on regarde l'autre monde, c'est-à-dire tout ce qui est à part les CHSLD, bien, on a des raisons d'être optimistes.

M. Laforest (Alain) : Bon, on voit plein de nouvelles qui éclatent à gauche et à droite. Encore ce matin, il y a… Peut-être ma question à Mme McCann ou au Dr Arruda, là, est à deux volets. On voit encore des infirmières qui portent des sacs de poubelle en guise de protection, et il y a de l'éclosion, on me dit, dans les hôpitaux Maisonneuve-Rosemont, Pierre-Boucher, Charles-Le Moyne.

Mme McCann : Bon, au niveau des blouses, c'est vrai que la situation, elle a été un peu serrée. Mais, hier, on a reçu une bonne quantité de blouses. Alors, il faut que ça soit distribué le plus rapidement possible. Et je sais qu'entre autres il y avait un établissement à Montréal qui manquait de blouses ou en fait qui était sur le point de manquer de blouses. On en a distribué rapidement. Alors, on a bien noté les endroits que vous avez mentionnés parce qu'on a reçu les blouses. On va les distribuer, évidemment, le plus rapidement possible.

Et on va s'assurer, là… Je parlais d'ailleurs, hier, avec la nouvelle sous-ministre, Mme Savoie, qui va avoir en partie, hein, cette responsabilité avec l'équipe du ministère, là. M. Gendron a énormément fait de travail là-dessus, mais il y a énormément de travail à faire dans le cadre de la pandémie. Alors, elle va poursuivre…

Et on se disait, dans le fond, que c'est une question aussi de logistique. Il faut que l'équipement se rende rapidement, sans détour, vers les points de service, je vous dirais, parce qu'il y a beaucoup... Il y a 35 établissements au Québec, mais il y a beaucoup plus de points de service, que ce soit dans le privé, les CHSLD privés, les ressources intermédiaires. Alors, il faut vraiment que ça se rende beaucoup plus directement. Donc, on a bien noté, là, puis on va s'assurer que ces hôpitaux que vous avez mentionnés, ils ont ce qu'il faut.

M. Laforest (Alain) : ...de COVID dans les hôpitaux?

Mme McCann : Oui. Écoutez, là aussi, on note, là, ce que vous venez de dire. Je sais qu'il y en eu quelques-unes, à Montréal, dans quelques hôpitaux, et on les a jugulées. Alors, ce n'est pas exclu que, malheureusement, malgré toutes les précautions qu'on prend, il peut y avoir à des moments donnés une éclosion, spécialement à Montréal, mais on la jugule rapidement. On prend toutes les mesures, et c'est ce qu'il faut faire, et habituellement ça se calme au niveau de l'éclosion. On déplace les patients, là, dans des zones chaudes et on maintient la zone froide, excluant les patients avec la COVID-19. Évidemment, il y a, dans ces éclosions, des employés qui peuvent être infectés, et on les retire à ce moment-là pour une période de quarantaine. Alors, effectivement, ce n'est pas exclu qu'on ait des éclosions, mais on les maîtrise. Dans celles que je connais, là, on les maîtrise rapidement.

Le Modérateur : Merci. Le temps file. On doit donc passer aux questions en anglais. We'll start today with Samuel Pouliot, CTV News.

M. Pouliot (Samuel) : Hi. Mr. Legault, some people say that Québec delayed protecting seniors in CHSLDs. The Conseil pour la protection des malades has filed a complaint with the Québec Human Rights Commission, alleging discrimination. Should the Government have acted sooner to protect seniors' homes?

M. Legault : I think we did what we had to do as soon as we saw that there was a problem, but there was an evolution, an increase in the problem day after day. So, as soon as we saw that we didn't have enough people, we asked, for example, for the army. So I think that it's easy, after or during a crisis, to say : Oh! you must have been better prepared before the crisis. It's true, but, everywhere in the world, what I see is that people are under pressure, that the health care system everywhere in the world is under pressure. So we'll have the opportunity eventually to answer to those suits or whatever we'll have.

M. Pouliot (Samuel) : And about the back to school plan, teachers unions and parents committees say that they have not been consulted about that plan that will be released next week. They have many questions. Do you think they will be consulted before you release the plan?

M. Legault : I think that Jean-François Roberge, Minister of Education, he discussed with a few people, but I think the master of the plan is really the health care. I think... I'm not a specialist, the teachers are not specialists. What we're trying to do is to make sure that everybody is protected. But, at the same time, we have, like I've tried to explain before, to gradually open our society, open our schools, open our companies because it's the only way we'll get a certain percentage of the population with the immunity.

Le Modérateur : Cathy Senay, CBC News.

Mme Senay (Cathy) : Good afternoon. Following up on this question, Mr. Legault, you first said to parents to keep their children at home. Now, you're saying that herd immunity is crucial. This is logic, but what do you say to a parent in front of you that is so anxious about this idea?

M. Legault :OK. First, I'm telling the parents that nobody will be forced or obliged to send their children to school. So they have the choice.

Mme Senay (Cathy) : You need them, though, to go back to school.

M. Legault : What I'm trying to explain, that it's a lot better to reopen gradually than to send a million kids at the same time, in September, with the flu and all the possibility of having a greater wave in September. So I think, even for those families, it's better to go gradually and use the next weeks and the next months to go gradually instead of sending everybody back in September. Because, unfortunately, we don't expect to have a vaccine, a solution in September. It can take a year or two. So we'll have eventually to return kids to schools, and it's better to go gradually than to send them all at the same time.

Le Modérateur : Second question.

Mme Senay (Cathy) : Second question, it's a question from my colleagues. Everyday, we hear from nurses and orderlies that there isn't enough staff, there is not enough protective equipment, and they are overwhelmed and worried that they're spreading infections. And we hear from caregivers and families that seniors in residences are not being properly cared for, are not even getting food or water. Like, you saw those stories in the last few days, right?

So what do you say to Quebeckers that are worried that their loved ones are dying of neglect or are being exposed to life-threatening disease because of a lack of preparation in the long-term care network?

Mme McCann : Well, that's...

M. Legault : I will answer two things and I'll let Danielle complete after. But, first, regarding the equipment, we have enough equipment. We enough masks, enough gloves. We were tight with gowns, but it's in the process of being solved with Québec companies.

Regarding the shortage of employees, unfortunately, the situation is getting worse and worse, because today we have 800 people more missing. So that's why we've asked the army, but... I don't like to hear those stories more than you, but we're trying to do our best in order that it doesn't happen too many times.

Mme McCann : And the additional dimension is that we're going to send... we have already started to send teams in the different CHSLDs, the ones that are more in difficulty, teams to review with them how to do the prevention of infection, how to use the protective equipment.

It's a very important thing, because, in CHSLD, there is a specific environment. It's not the same as in a hospital, and that support of the team, when they've got it, it's very, very appreciated. We need more staff, undeniably, and that's why we're bringing in all those people, including the army, but we need also to support the people in the CHSLD in terms of what to do in terms of prevention of infection.

It's not easy to do exactly what needs to be done. You need to think about it, you need someone to remind you. And we have the protocol, the protocol are there, but we need to help them to implement it better. And it's just needed, you know, in this situation. Because they're working so hard, we want to give them all that support. So we're going to do that with teams that have already started, and I think that's going to be helpful to those teams.

Le Modérateur : Thank you. The next question is from Phil Authier, Montreal Gazette, for Minister McCann and Dr. Arruda. If you go in stores in Montréal, it can be very hard to find masks, gloves and sanitizers. Since you are recommending people to wear masks when they can't social distance, will you be making masks available for Quebeckers?

M. Arruda (Horacio) : In fact, as soon as we can gather high capacity, that could be something that will be done, and actually, what we are promoting is... We call it... It's not a procedural or a surgical mask, it's a kind of cover of the face that people can do by themselves with some tissues, and there's going to be a video, and I will say how to use the mask, and also there is going to be different tools to help people to do the masks.

Le Modérateur : Minister McCann, do you want to add something?

Mme McCann : It's exactly the same. I think that it's the best way to do it.

Le Modérateur : Thank you. And now for Mr. Arruda again. The World Health Organization says that it's not clear that people who have had COVID-19 have developed antibodies that will prevent them from getting the same disease again. What research are you using to say that exposing people to COVID-19 will immunize people against the disease?

M. Arruda (Horacio) : We are not doing experiences in people, we are observing what is going on naturally. In fact, in Québec, we have not having two or three phases of the disease, so it's not possible to do the disease, and nobody is going to expose a human to the virus to check that. So what is happening is, probably in some countries, like China, who are the first who were attacked, if there is another wave or there is another transmission, they can see that somebody who had already had the disease, can be... And it's also based on, I would say, the knowledge we have about the coronaviruses, because there is, like other viruses, like measles, if you do that one time, you will never do that again unless you get a cancer or you're very, very old, which is not the case, but with coronavirus, it's like the flu, I would say, the normal flu, not influenza, but the normal, I would say, cold, and then, you can have sometimes the same cold or a similar cold with a similar virus. So it's why we don't have enough time to know exactly what it's going to be, but it's a supposition.

Le Modérateur : Thank you. The next question is from Raquel Fletcher, Global News. This morning, essential workers received their 4% bonus. We heard from one worker who received $72, and she's very disappointed. What do you say to her?

Mme McCann : Well, I don't know who that person is and what she's doing, and the $72, on what basis. So, I would need more information about that. But, of course, the 4% is for everybody, to recognize the effort, and the 8% is for people who are facing the COVID-19 directly. But, I would need more information to comment on this. But again, it's gratitude that we want to give to people who are working in the network or coming in to help us. I would like to have more information, obviously, about the situation.

Le Modérateur : All right. And next and last question from Raquel Fletcher. We are earing that people are not being fed, not getting basic care. So, while we are waiting for the army to come in, what are you doing to ensure that people are looked after? Why are care givers still being refused access in many retirement homes?

Mme McCann : Well, I think we did announce a few days ago that the care givers were allowed to go in, but at certain conditions that they have to respect. And every organisation has a particular situation. For instance, in Montréal versus in Bas-Saint-Laurent, the situation is not the same. So, of course, there are individual cases, and it has to be examined. But the general principle is that it's possible now for care givers to go in, but as much as they don't put themselves in risk and that the situation is stable in the CHSLD.

Le Modérateur : And concerning people that are not being fed, not getting basic care?

Mme McCann : Well, that's why we are working so hard to get more and more people to come in. And this is something that is tragic for all of us to have this situation happening. And that's why we're working so hard to get more and more people in, the Je contribue!, the education, the doctors, the physicians and the army. And we hope that we're going to be able to stabilise very quickly the situation and really get the basics needs… to the basics needs of everybody.

Because this situation has changed everything in the «milieux de vie», especially in the areas like Montréal and the greater region of Montréal. I mean, the work has changed completely. You have to reorganise differently and you have less time for different people. So, we have 9,000 workers that are away, but, on top of that, the work is requiring more time. So that's why the key is to get more and more people involved.

Le Modérateur : Thank you very much. That's all the time we have.

Merci à tous. C'est ce qui complète pour cette conférence de presse et à demain.

(Fin à 14 h 3)

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