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Conférence de presse de M. François Legault, premier ministre, et Mme Danielle McCann, ministre de la Santé et des Services sociaux

Situation au Québec quant à la COVID-19

Version finale

Le lundi 6 avril 2020, 13 h

Salle Evelyn-Dumas (1.30), édifice Pamphile-Le May

(Treize heures deux minutes)

M. Legault : Merci beaucoup. Bonjour, tout le monde. D'abord, le bilan de la journée. On a malheureusement 27 nouveaux décès pour un total de 121. Je veux évidemment offrir mes condoléances à la famille, aux proches de ces 27 victimes, là. C'est dur, on ne s'habitue pas à ces chiffres, puis, derrière les chiffres, il y a évidemment des personnes puis des familles.

On a aujourd'hui 8 580 cas confirmés, c'est une augmentation de 636. On a 533 personnes hospitalisées, c'est une augmentation de seulement huit. Quand on regarde les soins intensifs, on est à 164 personnes, ça veut dire une augmentation de 10. Ça veut dire que, dans les lits réguliers des hôpitaux, il y a deux personnes de moins. Donc, quand même, toute une bonne nouvelle quand on regarde les hospitalisations. C'est encourageant.

Bon, évidemment, c'est une journée, mais ce que ça veut dire, c'est, si on avait quelques journées comme ça, on pourrait se dire qu'on approche du sommet, donc qu'on approche de la vie normale. Mais, étant donné qu'on n'est pas certains, il faut vraiment ne pas prendre de chance, ne pas relâcher les mesures, continuer de bien faire ce qu'on a à faire. Ça veut dire, en gros, rester à la maison le plus possible.

Les équipements. On a actuellement 14 jours de gants, 13 jours de masques N95, 10 jours de masques chirurgicaux et six jours seulement de blouses. Donc, comme vous le voyez, nos efforts, évidemment, sont beaucoup sur les blouses. On est en train de regarder la possibilité d'utiliser davantage des blouses lavables. Ça existe déjà dans les hôpitaux, puis évidemment ça nous permet de réutiliser les blouses. Puis on travaille très fort encore, là, puis je fais le point chaque matin, avec des compagnies québécoises qui essaient de nous sortir du matériel, là, mais ça va prendre encore quelques semaines avant d'y arriver.

Un mot sur les femmes enceintes. Bon, on sait qu'actuellement il y a un seul hôpital qui ne permet pas d'avoir un accompagnateur pour les femmes qui viennent accoucher, c'est l'Hôpital général juif. On est en train de regarder, pour les femmes qui veulent changer d'hôpital, de pouvoir changer d'hôpital. Mais, à l'Hôpital général juif, il y a beaucoup de cas de COVID-19, donc il y a des bonnes raisons pour mettre cette règle, mais je veux être très clair, là, il n'y a aucune intention du gouvernement d'étendre ces interdictions dans les autres hôpitaux. Donc, je veux rassurer toutes les femmes qui sont enceintes, là, à part l'Hôpital général juif, vous allez pouvoir amener votre conjoint avec vous, là, lors de l'accouchement.

Hier, je vous ai parlé des entreprises québécoises. Cet après-midi, le ministre de l'Emploi, Jean Boulet, va faire une annonce d'un programme de 100 millions pour aider les entreprises qui peuvent profiter de la situation actuelle pour faire de la formation à leurs employés. Je pense, c'est comme le moment idéal, là, étant donné que le travail, dans beaucoup d'entreprises, est arrêté, de faire de la formation. Je pense, entre autres, à toute la formation sur le numérique, sur le télétravail. Évidemment, les choses vont beaucoup changer dans les prochains mois. Donc, on va, le gouvernement, avec le programme, payer jusqu'à 100 % des dépenses des salaires. Donc, ça va permettre, un, de se préparer à la réorganisation du travail puis, deux, bien, de garder plus d'employés qui vont continuer d'être payés avec leurs salaires. Donc, je pense, c'est un beau programme, puis évidemment la formation, dans une économie du savoir, c'est très important puis ça va l'être encore plus.

Mes remerciements du jour vont être pour les Québécois, hein? On l'a vu hier, les Québécois sont ceux qui ont le plus répondu aux consignes en Amérique du Nord. Moi, je trouve ça beau de voir, bon, d'un côté, les personnes qui ne sont pas dans les services essentiels rester à la maison. Puis, de l'autre côté aussi, c'est beau de voir... puis je reçois toutes sortes de témoignages, dans nos hôpitaux, dans nos épiceries, les policiers, même dans les banques, les caissiers, là, tout le monde fait son travail et passe à travers cette crise. Et puis moi, je veux vous dire, là, comment je suis fier du peuple québécois.

Je termine en répétant nos trois priorités puis en spécifiant, là, si on respecte ces trois consignes, on va sauver des vies. Donc, ce n'est pas banal, là, comme quelqu'un a déjà dit, mais il y aura des vies de sauvées, si on ne sort pas de chez soi, si on reste toujours, quand on sort, à deux mètres, donc six pieds des autres personnes, puis, quand on revient à la maison, très important, se laver les mains avec du savon.

Donc, je compte sur vous puis j'ai envie de vous dire : En avril, on ne lâche pas d'un fil. Donc, gardons ça, là. On espère que ça va être le dernier mois qui sera difficile mais le mois d'avril va être critique, là. Les prochains jours, les prochaines semaines vont être critiques. Donc, on va s'en souvenir longtemps de ce mois d'avril, mais il ne faut pas relâcher pendant le mois d'avril.

A few words in English. Good afternoon. We may see the light at the end of the tunnel but we must continue to do everything we can to win the battle against the virus. We must also prepare the restart of our economy. Our Minister of Labor, Jean Boulet, later this afternoon, will announce a new program that will help companies train their employees to new technologies, to new organization. And I repeat my three priorities to protect ourselves : Don't go out unless it's necessary; if you do go out, keep your distances; and, when you come back home, wash your hands. That's how we'll save lives. Thank you.

Le Modérateur : Merci, M. le premier ministre. Alors, nous allons débuter, pour la période de questions des journalistes, avec Louis Lacroix, Cogeco Nouvelles.

M. Lacroix (Louis) : M. le premier ministre, Mme McCann, M. Arruda. Ma première question est pour vous, M. Arruda.

Vous avez sans doute vu qu'il y a quelques minutes, la Dre Tam, le médecin en chef pour le Canada, pour Santé Canada, recommande maintenant le port du masque non médical dans la population, non pas pour se protéger soi-même, mais pour faire en sorte que les personnes qui puissent être asymptomatiques ou encore présymptomatiques puissent, en fait, limiter la propagation du virus.

Est-ce que vous restez sur votre position de dire que ce n'est pas une si bonne idée que ça?

M. Arruda (Horacio) :. C'est la même position que j'ai. Puis, si vous me permettez, je suis directeur national de santé publique et je participe aux travaux des CCMOH, mes homologues avec le fédéral, par rapport aux différentes positions.

La différence, aujourd'hui, c'est qu'on a dit que ça peut être un moyen. Puis je vais vous... J'ai le libellé, là, qui est encore un «draft», par rapport à l'adoption interprovinciale. Ce qui est dit, là, dans le document, puis je trouve ça bien important, ce qui est prouvé, c'est de rester à la maison autant que possible, d'avoir de la distance physique, comme le rappelle, à chaque fois, notre premier ministre, de se laver les mains, de protéger les plus vulnérables de l'infection en n'allant pas les visiter, puis, etc., puis de couvrir sa bouche avec un tissu ou sa manche.

Dans les faits, ce qui est très clair, c'est que les masques de procédure doivent rester pour les travailleurs de la santé, les masques chirurgicaux puis, etc., aux travailleurs de la santé. Ce qui est indiqué là-dedans, c'est qu'en rien le port du masque fait maison ne doit être là pour remplacer les autres mesures. Si les gens font ça, ils ne vont pas se protéger. Le masque qu'on peut porter et qu'on fait, qui doit être bien ajusté, lavé régulièrement, pour lequel on doit diminuer le contact avec les yeux ou la bouche, ça peut être utilisé, mais seulement pour protéger les autres, si on est malade. C'est ce que j'ai dit, c'est exactement comme si vous toussiez dans un kleenex... mais vous devez vous laver les mains puis etc.

Donc, ce qui est dit aujourd'hui, c'est que, dans certaines situations où la distanciation sociale n'est pas possible, à l'épicerie, dans le transport en commun, bien, si vous êtes malade, au lieu de porter... de tousser comme ça, vous pouvez porter le masque comme tel, mais en sachant que vous ne vous protégez pas si vous faites ça. Et c'est bien indiqué dans l'avis qu'il faut faire très attention quand on va le porter. Vous devez vraiment sentir que ça vous empêche de mettre votre main aux yeux et à la bouche, ce qui habituellement n'est pas le cas. Vous essaierez de le voir puis... comment les gens vont le porter comme ça puis le remettre. On ne doit pas partager ce masque-là quand il est souillé. Il faut le jeter, et on peut se contaminer en l'enlevant. Donc, c'est exactement la même position.

La seule chose qu'on dit ici, c'est que ça peut devenir un instrument, là, pour ceux qui sont malades puis qu'au lieu de tousser dans leur kleenex puis etc., vont le faire. J'ai exactement le libellé qui est ici et j'ai approuvé, ce matin, ce libellé-là qui n'est pas à l'encontre de ce qu'on disait mais qui vient tout simplement préciser des choses.

Le danger, c'est qu'on abandonne les autres éléments et qu'on pense qu'avec un masque de tissu qu'on a fait à la maison on est bien protégé. Il doit être ajusté au visage, bien tenu, porté à la bonne place. Et puis surtout, surtout, s'il devient une façon d'augmenter les contacts entre les mains et le visage, bien, l'effet que vous avez peut être anéanti. Par contre, si vous toussez puis que vous portez ce masque-là, vous envoyez moins d'éléments.

Ça fait que, dans le fond, c'est la même position qu'on avait. C'est juste qu'on a dit maintenant que ça peut être fait pour répondre au questionnement. Mais ne pensez pas qu'en portant ça vous êtes protégés. Pensez qu'en le portant vous le faites... Puis il faudrait le porter pour des courtes périodes, parce que, si vous avez ça toute la journée dans le visage, je vous défie de ne pas toucher à votre visage, puis on va vous filmer. Vous allez voir que... comment est-ce qu'on le fait, c'est très inconfortable. On le porte pour des courtes périodes. On est malade, on prend le métro, on ne veut pas contaminer personne, on le met.

M. Lacroix (Louis) : Ma deuxième question... On a fait grand état du nombre de tests qu'on effectue au Québec auprès des personnes qui présentent des symptômes de la COVID-19. Mais il y a un village en Italie, qui s'appelle le village de Vo, où le premier décès de la pandémie italienne est survenu à l'époque. Vous avez sans doute déjà entendu parler de ce qu'on a fait là-bas. On a décidé de tester l'ensemble des 3 300 résidents du village, peu importe qu'ils aient ou non des symptômes. Le résultat, c'est qu'après la première ronde de tests on avait un peu plus d'une centaine de personnes qui ont testé positif, et, sur ce nombre-là, il y avait 75 % des gens qui étaient totalement asymptomatiques.

Est-ce que le fait de ne tester que les gens qui ont des symptômes ne limite pas, comment dire, les données qu'on puisse recueillir des tests? Et est-ce qu'on ne devrait pas faire des tests aléatoires obligatoires dans certaines régions où il y a davantage de cas qui sont notés?

M. Arruda (Horacio) : Votre question est très pertinente. Votre question, on se la pose, et on est en train de le planifier, ça, mais il faut regarder, là, un élément : aujourd'hui, où on est rendus, où on était hier puis où on s'en va. Actuellement, là, il fallait absolument, au tout début, avec la quantité de tests qu'on avait, qui était limite, utiliser le test là où il était le plus important. On savait que les gens qui avaient attrapé la maladie au tout début étaient des gens qui revenaient de voyage. Donc, on a concentré nos éléments là-dessus.

Maintenant, on a élargi. On a six priorités. On a élargi, même, à des travailleurs de la santé, qui pourraient même être asymptomatiques, avant de retourner. Et puis on va faire deux choses, probablement des études sérologiques qui vont être capables d'identifier quelle est la proportion de gens, au Québec, qui est atteinte, puis on va probablement aussi utiliser des tests aléatoires dans certains territoires quand on sera rendus là en termes de priorités.  Ça fait partie des stratégies qui sont faites.

Ils l'ont fait dans ce petit village-là parce qu'ils voulaient documenter cette histoire. Et on va le faire probablement au Québec, mais aussi accompagné d'études sérologiques pour savoir, à la fin de la première vague, est-ce que 30 % de la population, 40 %, 50 %, 60 % ont été atteints et asymptomatiques, pour nous aider à mieux prévoir qu'est-ce qui va se passer à l'automne, dans une deuxième courbe, une deuxième vague, une première vague. Ça va dépendre. Plus on étale, moins il y a de gens malades, plus il y a de gens qui sont vierges, plus on peut avoir des pics. Il y a un équilibre à obtenir à l'intérieur de ça. N'oubliez pas que le premier objectif, c'est de ne pas se retrouver, comme l'Italie, submergés de patients aux soins intensifs. Les stratégies de test vont évoluer en fonction de l'épidémiologie locale et de notre capacité.

Le Modérateur : Maintenant, au tour de Tommy Chouinard, LaPresse.

M. Chouinard (Tommy) : Bonjour. D'abord, une question pour la ministre Danielle McCann. Il y a quelques jours, vous nous disiez que vous alliez nous présenter un état de situation concernant les stocks de médicaments, donc les médicaments qui sont en risque de pénurie et à quel niveau on est en ce moment. Êtes-vous en mesure de dresser cette liste et donner un état de situation?

Mme McCann : Bien, on est en train de le faire. Alors, on est en train de dresser la liste, et je vous avais dit la dernière fois qu'on changeait la façon de commander, hein, les médicaments, parce qu'avant c'étaient les établissements qui commandaient directement aux fournisseurs.

Là, on a tout centralisé au ministère. On est en train de faire le relevé de ce qu'il y a dans les différents établissements. On est en train de dresser la liste des médicaments prioritaires, notamment ceux qu'on donne pour les infections respiratoires, ceux qu'on donne aussi pour la sédation. Alors, on est en train de faire ce travail et, effectivement, on va vous présenter, dans les meilleurs délais, l'état de situation. On veut faire une commande pour le Québec, une commande importante, là, au niveau de ces médicaments-là. On est en train de la préparer. On est en lien aussi avec les différentes associations des fournisseurs de médicaments. On est en lien avec l'association pancanadienne des médicaments, et c'est pour ça que, pour le moment, je ne peux pas vous présenter ça aujourd'hui, mais je pourrai le faire à court terme certainement. J'ai bien noté votre demande, et on va y répondre, mais il faut faire une ou deux étapes de plus pour pouvoir vous présenter quelque chose, là, qui vraiment traduit la réalité.

Le Modérateur : En sous-question?

M. Chouinard (Tommy) : Oui. M. le premier ministre, hier, vous nous disiez que vous comptiez sur le jugement des policiers pour remettre les constats d'infraction. On a vu qu'hier une dame, dont c'était l'anniversaire, se faisait saluer par des gens qui étaient à bord de leur automobile et passaient devant chez elle, là, pour souligner son anniversaire. Est-ce que vous considérez qu'il y a là abus et craignez-vous qu'il y ait un abus dans l'application des règles?

M. Legault : Non. Moi, j'ai confiance au jugement des policiers, et puis on a demandé aux policiers d'être plus sévères. Donc, ce n'est pas le temps d'organiser des fêtes, ni à l'extérieur ni à l'intérieur. Donc, je pense que les policiers font un excellent travail puis j'ai confiance en eux.

Le Modérateur : Prochaine question, Geneviève Lajoie, Journal de Québec, Journal de Montréal.

Mme Lajoie (Geneviève) : Bonjour à vous trois. Ça s'adresse plutôt à Mme McCann. Je voulais savoir s'il va y avoir une recommandation, une directive claire, pour permettre aux gens de la famille proche d'accompagner une personne qui est en fin de vie, parce qu'il y a plusieurs témoignages poignants, dernièrement, des personnes qui vivent ça très difficilement.

Alors, est-ce qu'il va avoir une directive claire, là, à ce sujet-là?

Mme McCann : Il y a déjà des directives qui ont été données. Au niveau des soins palliatifs, hein, c'est... Évidemment, c'est très important, cette situation, surtout en fin de vie, mais même tout au long des soins palliatifs, et j'ai eu vent aussi de certaines situations qui ont été particulièrement difficiles, là, pour les familles. Moi, je dois vous dire que, dans les directives qu'on a données, on laisse quand même la place au jugement dans les différentes maisons, là, de soins palliatifs ou les centres hospitaliers. Mais je vais probablement vouloir regarder la situation à nouveau, parce qu'effectivement c'est venu à mes oreilles qu'il y avait des situations particulièrement difficiles pour certaines familles.

J'ai quand même confiance au jugement, hein, des différentes personnes, là, qui oeuvrent en soins palliatifs. Je sais que ce qu'on a fait beaucoup, c'est qu'évidemment, là, on ne permet pas qu'il y ait plusieurs personnes qui viennent visiter la personne aux soins palliatifs. On permet, par exemple, une personne à la fois. Alors, je pense que ça, ça va demeurer comme orientation, mais on va vraiment faire un tour de roue pour voir si c'est appliqué partout, avec un bon jugement, évidemment, dépendant de la situation. Mais ce qu'on dit en général, là, dans ces situations-là, il faut ouvrir la porte à au moins un membre de la famille ou de l'entourage et particulièrement en fin de vie.

Mme Lajoie (Geneviève) : Je voudrais vous parler maintenant de la Suède. On cite souvent la Suède dans plusieurs domaines, c'est un exemple dans plusieurs domaines. On s'en inspire, on les cite. En ce moment, c'est un des seuls pays qui a décidé de ne pas fermer les écoles, par exemple. Ils ont certaines mesurées pour la distanciation sociale, mais ils n'ont pas fermé d'école. Pour le moment, ça va quand même relativement bien. C'est une sorte d'immunité progressive de la population.

Est-ce que nous, on a déjà réfléchi à ça? Et pourquoi est-ce qu'on n'a pas pris cette décision-là et qu'on a opté pour autre chose?

M. Arruda (Horacio) : Vous devez l'adresser à moi la question, j'imagine?

Mme Lajoie (Geneviève) : Bien, notamment.

M. Arruda (Horacio) : Écoutez, cette notion... Parce que là... Je vais vous expliquer pourquoi. La première des choses, c'est que c'est une possibilité, hein, on le sait, mais on fait face à un nouveau virus qui n'a pas touché beaucoup de personnes, hein? On est une population vierge par rapport à ce virus-là. On a quand même des indices que ce virus-là peut entraîner des conséquences importantes et stresser le système de soins à un tel point qu'on doit choisir entre tel patient puis tel patient. Et puis on sait que nos personnes les plus âgées, ce sont les plus vulnérables, et ce serait probablement eux, si jamais on aurait laissé ce qu'on appelle obtenir une immunité de masse, qui aurait vacciné, en fin de compte, normalement, toutes les personnes qui en auraient survécu... mais qu'on allait avoir des morts importantes chez nos personnes âgées.

Dans nos valeurs québécoises, nos aînés, qui ont bâti notre pays, ont autant d'importance que les plus jeunes. Moi, je tiens à le mentionner. Donc, cette stratégie-là, sans que je porte de jugement sur ce que la Suède a fait, parce que je ne suis pas en Suède, je ne connais pas leur distribution de groupe d'âge... Mais, au Québec, la valeur de la santé, la santé même d'une personne qui est en phase terminale ou qui va vivre seulement encore deux ans, est aussi importante que celle des autres. Et donc on a décidé de le faire comme ça.

Est-ce qu'on va pouvoir éviter toutes les mortalités chez les personnes âgées? La réponse est non. La preuve, on en a actuellement. Mais on en aurait eu beaucoup plus si on n'aurait pas pris les mesures. C'est pour ça qu'on met de la coercition à l'entrée dans les maisons pour personnes âgées et dans les CHSLD, parce qu'on ne veut pas que ces gens-là décèdent.

Est-ce que ça veut dire qu'on va avoir une autre vague un peu plus tard? C'est possible. Ça veut-u dire que, plus tard, on va avoir des agrégats puis il va y avoir encore des mortalités? La réponse est oui, mais on aura traversé cette période intense où on aurait mis en péril nos soins intensifs, les gens qui auraient besoin d'une opération pour le coeur. Et donc c'est un choix de population, et je pense que certains pays qui ont commencé comme ça, notamment l'Angleterre, ils viennent de changer de cap parce que là ils se rendent compte des impacts que ça va présenter. C'est toujours possible, mais ce n'est pas le choix, et ça ne correspond pas aux valeurs des Québécois.

M. Legault : Je pense qu'il y a une situation aussi... Moi aussi, j'étais curieux de voir ce qui se passait en Suède. Je pense aussi qu'il y a une différence entre le Québec puis la Suède à cause de Montréal, hein? En Suède, il n'y a pas de ville de 2 millions de population comme Montréal. La plus grande ville, c'est Stockholm. Pour être allé à Stockholm, il n'y a pas de rassemblement où les gens sont collés, là. C'est un peu plus espacé.

Donc, il y a une situation aussi qui est difficile. On est en train, justement, de regarder des scénarios pour demain, puis je pense qu'il... si on veut se comparer, là, il faut se comparer à des pays qui ont des grandes villes comme Montréal, comme Toronto.

Le Modérateur : Prochaine question, Alain Laforest, TVA Nouvelles.

M. Laforest (Alain) : Bonjour, M. le premier ministre. Bonjour à vous. Mme McCann, vous nous avez dit, la semaine passée, qu'au niveau des interventions de courtes durées, il y avait de la possibilité que vous alliez ouvrir. Ce qu'on entend, c'est que, dans certaines directions de centre hospitalier, il y a des complications puis qu'on n'ouvre pas. Est-ce que vous avez vent de ça ou est-ce que le message a été passé à tous les administrateurs?

Mme McCann : Ah! vous me parlez des chirurgies, par exemple, semi-urgentes, là. Oui, on commence d'ailleurs aujourd'hui à faire des interventions semi urgentes, des chirurgies semi urgentes dans l'ensemble des centres hospitaliers, des suivis par des comités cliniques. Il y a des personnes qui vont être opérées, là, dans ces situations-là et beaucoup, hein, comme vous pouvez l'imaginer, dans le secteur de l'oncologie, hein, des gens qui souffrent du cancer.

Bon, c'est sûr qu'il y a une démarche qui est très, très rigoureuse, parce que d'abord il faut évaluer l'état de santé de la personne, évaluer le risque dans le contexte actuel. Il faut également tenir compte, là, de l'équipement de protection, les médicaments, si la personne a besoin de soins intensifs ou pas. Évidemment, les chirurgies qui n'ont pas besoin de soins intensifs, on va les privilégier.

Mais je veux vous donner un exemple, parce que je sais, et c'est venu à mes oreilles, là, que, par exemple, on ne fera pas d'opération qui dure sept ou huit heures. Effectivement, on ne veut pas occuper une salle d'opération pour tant de temps. Mais je vais vous donner un bon exemple... à moins que ça soit urgent. Évidemment, toutes les opérations, et ça, je le réitère, les opérations qu'on doit faire en urgence, on les fait. Les opérations très prioritaires, on les fait. Ça n'a jamais cessé.

Mais je vais vous donner un exemple au niveau du semi urgent. Par exemple, une femme qui a un cancer du sein, qui... évidemment, on va faire la lumpectomie, mais on ne fera pas nécessairement la reconstruction. La lumpectomie, c'est à peu près un deux heures d'opération, tandis qu'une reconstruction, ça peut prendre six à sept heures.

Alors, c'est ce genre de choix. La reconstruction peut se faire plus tard, parce qu'il n'y a pas d'impact sur la santé de la femme, mais effectivement on va faire la lumpectomie, parce que ça, c'est très important de le faire, là, pour ce type de situation.

Alors, je pense que c'est fait avec le plus grand soin, et il va y avoir un certain volume, là, qui va être fait cette semaine.

M. Laforest (Alain) : Au niveau des masques de procédure... N95, vous nous avez dit, la semaine passée, Dr Arruda, qu'il y avait de la transmission communautaire, là, entre autres, particulièrement à Montréal, où on le voit, là, avec les chiffres.

Est-ce que la directive a été bien passée dans tous les centres hospitaliers? Parce que c'est ce que vous avez dit, que tout le personnel devait porter des masques.

M. Arruda (Horacio) : Bien, la directive est effectivement passée dans le réseau, là, a été écrite, rappelée, etc. Là, je ne peux pas vous garantir... Vous comprendrez, là, que moi, je suis ici, là, puis malheureusement isolé. Je ne vois même plus ma famille ni rien, là. Je ne peux pas vous garantir que tout le monde l'a reçue et l'a comprise immédiatement, mais je pense que les centres, en tout cas, qui vont faire les dépistages, les endroits où c'est chaud en COVID-19, je pense qu'ils sont au fait. Mais on va, bien entendu, répéter, répéter, répéter et, si on a des signalements comme quoi que ce n'est pas compris, de sources et autres, on va s'assurer de faire le suivi. Vous savez, je reçois des courriels de toutes sortes, mon adresse e-mail est très connue, et, dès qu'on a ces informations-là, on les transfère puis on s'assure que les gestionnaires soient au fait de ça.

Mme McCann : Bien, moi, je vais vous dire aussi qu'on fait vraiment une communication systématique, là, avec les établissements. Le sous-ministre en titre parle aux P.D.G., aux présidents-directeurs généraux, tous les jours. Ces directives-là sont transmises à tout le monde, et les établissements s'assurent, dans leurs établissements, que tout le monde a eu cette directive et l'applique. Alors, l'ensemble des gestionnaires, on privilégie, par exemple, le gestionnaire, à tous les jours, voit son équipe et revoit ces directives avec eux.

Le Modérateur : Prochaine question, Mylène Crête, Le Devoir.

Mme Crête (Mylène) : Bonjour. J'aimerais savoir... Vous allez nous présenter des scénarios demain. Au départ, M. Legault, vous étiez un peu récalcitrant à nous présenter des scénarios; ensuite, vous nous avez dit que vous alliez nous présenter le scénario le plus probable; et, plus récemment, vous avez dit que vous alliez nous présenter plusieurs scénarios.

Donc, pourquoi est-ce que c'est préférable pour vous de nous présenter plusieurs scénarios?

M. Arruda (Horacio) : Bien, écoutez, premièrement, je tiens à vous dire que, quand on parle à nos experts, hein, personne n'a le goût de présenter des scénarios. Je vais vous le dire bien honnêtement, parce que les projections au-delà du 30 avril, là, il n'y a personne qui veut jouer à JoJo Savard, excusez-moi pour la dame, là, mais à l'astrologie, là, je veux dire, parce que ça devient dans cet ordre-là. Mais d'autres personnes ont amené des scénarios, notamment l'Ontario qui a amené un grand spectre de données de gens qui vont mourir, très élevé, très bas.

Bon, là, on essaie de vous communiquer, pour répondre à votre appétit, la meilleure des choses comme telles. Puis il y a différentes méthodologies, il y a des projections qui sont faites pour... administratives pour voir combien de lits on va avoir besoin à telle date. Il y a des analystes qui font des projections sur la base de l'épidémio telle qu'on connaît, avec des hypothèses qui varient beaucoup, puis ces gens-là ne veulent pas s'avancer, même pas dire quand est-ce que le «peak» va arriver, O.K., parce que le «peak» va arriver à Montréal probablement bien avant que le «peak» à Québec. C'est assez clair, là, à ce qu'on voit. Ça fait qu'on est en train de démêler tout ça. Je ne sais pas si vous comprenez qu'est-ce que je veux dire.

Puis, quand on parle de scénarios, certains, pour eux autres, c'est le nombre de morts maximal, le nombre de morts minimal, le nombre de personnes aux soins intensifs maximal, le nombre de personnes aux soins intensifs minimal. Il y en a que c'est ça, les scénarios. Pour d'autres, c'est des courbes avec des projections dans l'avenir. Ça fait qu'on est en train de démêler tout ça pour vous offrir le package le plus intéressant, communicationnel, à ce stade-ci.

Puis probablement qu'en avançant aussi, avec cinq jours de plus, le confort de mes épidémiologistes puis des modalisateurs, qui s'obstinent entre eux autres sur la bonne affaire, va être plus grand pour qu'on puisse faire un point... Je ne suis pas en train d'annoncer, là, il faut qu'on discute avec le PM, c'est lui qui va décider, mais va être encore plus grand pour que je puisse l'annoncer. Parce les gens me disent même : N'annonce rien Horacio, ils vont te couper là tête si jamais tu n'as pas le bon chiffre. Mais, voyez-vous, là, c'est un peu le genre de dynamique, puis les experts, je les comprends, c'est des scientifiques.

Quand je vous ai dit, là, le port du masque, c'est comme tousser dans le coude, je ne pouvais pas dire : Aïe! le port du masque, là, fait maison, c'est bon, vous êtes en affaire avec ça, parce qu'on se fie sur la science. La science aide aux décideurs à prendre des décisions éclairées. Ça fait que je vais vous le dire très honnêtement, encore en date d'aujourd'hui, j'ai une petite idée de ce qui va être présenté demain, là, mais ça va dépendre, parce qu'encore il y a des données qui sont rentrées en fin de semaine qui n'étaient pas les mêmes que l'autre fois. Puis je vais vous dire, le mieux, si je pouvais faire plaisir à mes experts, c'est de vous dire : On ne vous dira rien avant une semaine. Mais là, si on vous dit ça, vous allez nous tuer, ça fait qu'on va vous donner des éléments importants puis ça va se suivre. Puis ce que je vous passe comme message, c'est véritablement ce que mes experts me disent, il n'y a personne qui veut s'avancer au-delà du 30 avril, personne. Si on leur pose la question, je vais être obligé de dessiner la courbe moi-même, parce qu'ils ne veulent pas le faire, et je les comprends.

Mme Crête (Mylène) : Mais ma question...

M. Arruda (Horacio) : Je ne sais pas si j'ai répondu à votre question.

Mme Crête (Mylène) : Bien, plus ou moins.

M. Arruda (Horacio) : O.K. Excusez-moi, madame, j'ai passé mon pitch.

Mme Crête (Mylène) : C'était : Pourquoi vous pensez que c'est préférable de nous présenter plusieurs scénarios plutôt que le scénario le plus probable?

M. Arruda (Horacio) : Bien, écoutez, c'est parce qu'on vous présente plusieurs scénarios pour que vous compreniez, si on se comportait comme l'Italie puis l'Espagne, on aurait l'air de ça. Si on se comportait... parce qu'on peut bien dire : O.K., là, le pire scénario, c'est la pandémie espagnole. Là, on va vous sortir des chiffres, les cheveux vont vous dresser sur la tête. Ça, ça voudrait dire que là, là, nous autres, là, on serait déjà complètement dépassés à ce stade-ci. On peut vous sortir des scénarios en expliquant : Si le Québec était comme l'Italie et l'Espagne, voici ce que ça serait. Si on serait comme les meilleurs, en Allemagne, ou d'autres pays, ou la Suède, on serait comme ça. Puis nous, on pense qu'on va être à peu près dans le milieu, en étant pessimistes. Puis dans les faits, dans la réalité, en date d'aujourd'hui, on est en dessous. C'est ça qu'on pourrait vous exprimer, là, comme tel.

Mais, si vous nous demandez : Le pic va être à quelle date puis etc., là, les experts, ils ont peur. Ils ont peur, je vais vous le dire, là, puis je les comprends, parce qu'eux autres il faut que ça soit le plus solide scientifiquement. Puis des scénarios qui ont été faits dans la littérature, là, avec des hypothèses x, en comparant... Même quand on prend les chiffres de l'Italie puis les chiffres de un, il y a des limites. Ces chiffres-là, c'est ce qui est dans le Web, ce n'est pas ce qui se passe nécessairement dans la réalité. Ça fait que le plusieurs scénarios, c'est peut-être pour vous dire : On verra, là, ce que le PM pourra décider. Puis ce qu'on va lui suggérer aussi, c'est de dire : Si on était l'Italie, là, puis l'Espagne, on serait rendus là, en date d'aujourd'hui. Si on était aussi bons que d'autres pays... Tu sais, la Corée du Sud, c'est un pays où on a soudé des portes, hein? On n'a pas fait ça, ici. Les Québécois ont accepté la distanciation sociale dans une démocratie. C'est extraordinaire.

Puis je peux vous dire, là, que... Je veux juste passer un message : C'est en train de marcher, mais il ne faut pas lâcher. Il ne faut pas lâcher, puis, plus on va se tenir la route serrée, plus on va se rendre au mois de mai puis plus on va pouvoir retrouver une vie normale. avec encore du coronavirus, mais pas avec les mêmes impacts. J'espère que ça répond à votre question mieux maintenant.

Mme Crête (Mylène) : Ça a répondu à ma question.

M. Arruda (Horacio) : C'est compliqué, les scénarios. Je peux vous dire, ça rime avec Horacio, mais, si je pouvais m'en passer, je m'en passerais.

Le Modérateur : Merci. Oui, M. Legault.

M. Legault : Juste peut-être, pour ajouter, parce que... C'est l'équipe du Dr Arruda qui va faire les scénarios. Moi, mon seul travail, c'est de les pousser pour que toute l'information soit là, même celle qui n'est pas facile à donner, parce qu'il y a beaucoup d'incertitude. Donc, moi, mon rôle, ce n'est pas d'écrire les chiffres, c'est de pousser pour que tout soit là.

Le Modérateur : Parfait. Maintenant, prochaine question, Patrice Bergeron, LaPresse canadienne.

M. Bergeron (Patrice) : Bonjour à vous tous. M. Legault, le président américain veut imposer le Defense Production Act pour empêcher l'exportation de masques vers le Canada, dont le Québec. Pourrait-il appliquer la même logique à l'exportation de produits alimentaires dont le Québec a besoin à court terme et perturber notre chaîne d'approvisionnement? Est-ce que vous craignez ce scénario?

M. Legault : Non, parce que... bon, il y a effectivement une pénurie de masques, il manque de masques partout dans le monde, mais je ne pense pas qu'il manque de fruits et de légumes, là. Donc, je ne pense pas, là, qu'il réglerait un problème puisqu'il n'existe pas, ce problème-là, aux États-Unis, là, de craindre de ne pas avoir assez de fruits et de légumes, de nourriture.

M. Bergeron (Patrice) : Très bien. Deuxième question, vous savez, les syndicats d'employés municipaux, à l'heure actuelle, ils craignent pour des mises à pied massives en raison de la loi qui empêche les municipalités de faire des déficits. Est-ce que vous envisageriez éventuellement d'assouplir cette loi-là pour éviter qu'il y ait des mises à pied dans les municipalités?

M. Legault : Écoutez, chaque municipalité est différente, hein? Elles ont des conventions collectives différentes, elles ont une partie des employés qui a une sécurité d'emploi, il y a une partie qui n'ont pas de sécurité d'emploi. Il y a des endroits où ils utilisent les employés de la municipalité pour aller aider les organismes communautaires. Il y a des taux de taxe qui sont différents, des emprunts... la hauteur est différente d'une municipalité à l'autre.

Nous, ce qu'on veut, c'est de laisser l'autonomie aux municipalités de faire les meilleurs choix avec ce qu'ils ont devant eux, tout en sachant que la majorité des employés ont une sécurité d'emploi.

Le Modérateur : Olivier Bossé, Le Soleil.

M. Bossé (Olivier) : Bonjour. M. Legault, vous nous avez semblé plus positif en début de rencontre, ce qui est quand même sûrement encourageant pour les Québécois.

À la lumière des chiffres, pouvez-vous nous dire qu'est-ce que vous... Ce que vous avez dit : On voit peut-être la lumière au bout du tunnel, qu'est-ce qui vous fait dire ça? Sans évidemment dévoiler les scénarios, là, mais...

M. Legault : Bien, c'est ça, vous allez voir les scénarios demain, mais quand je regarde... Moi, pour moi, ce qui est important, ce sont les hospitalisations, bon, et les décès. Bon, c'est certain qu'un arrive avant l'autre, les hospitalisations arrivent avant les décès. Donc, de voir qu'on a une augmentation de seulement huit dans les hospitalisations aujourd'hui, c'est extraordinaire.

Si on était capables d'avoir ça pendant quelques jours, ça voudrait dire qu'on s'approcherait du sommet. Mais je ne veux pas spéculer, là. C'est juste... Les chiffres sont encourageants aujourd'hui, tant mieux. On espère que ça va continuer.

M. Bossé (Olivier) : Mon autre question, c'est pour Mme McCann. Vous avez dit, la semaine passée, qu'on aurait assez de respirateurs. Est-ce qu'on pourrait, par contre, manquer d'inhalothérapeutes pour s'occuper de ces respirateurs-là?

Mme McCann : Alors, c'est une très bonne question, puis nos équipes... puis d'ailleurs je les salue, hein? Je salue toutes les équipes dans les établissements, puis notre sous-ministre adjointe aux affaires hospitalières, là, s'occupe d'avoir suffisamment de personnel pour voir, là, à l'utilisation des respirateurs.

Alors, on a différentes stratégies, mais je peux vous dire aujourd'hui qu'on a ce qu'il faut vraiment. On sait qu'on veut ajouter 800 lits de soins critiques, là, pour les personnes qui ont la COVID-19. Aujourd'hui, il y en a 164, là, qui sont occupés, et on en a qui sont en train d'être transformés. On va arriver à 800 et on a les respirateurs qu'il faut, comme vous le dites, mais, au niveau du personnel, on est en train de l'organiser et on va être capables d'avoir le personnel suffisant pour ce nombre de lits de soins critiques, là, si on avait à avoir 800 respirateurs, par exemple, là, qui devraient être opérés, oui.

Le Modérateur : Hugo Lavallée, Radio-Canada.

M. Lavallée (Hugo) : Oui, bonjour. J'aimerais avoir deux précisions concernant votre annonce d'hier concernant le prolongement des mesures de confinement. D'abord, est-ce que vous pourriez envisager d'étendre la liste des services essentiels d'ici le 4 mai, partant du principe qu'il y a peut-être des choses dont on peut se passer une semaine ou deux mais plus difficilement pendant un mois et demi, ou peut-être donner des dérogations à certaines régions où il y a moins de cas? Premier élément.

Et le deuxième : Est-ce que vous pourriez être plus précis quant à l'impact économique? Je sais que vous avez effleuré la question hier, mais, j'imagine, le ministère des Finances doit bien avoir des hypothèses sur l'impact que ça va avoir sur le produit intérieur brut, sur les rentrées fiscales. Est-ce que vous pourriez être plus précis à ce chapitre?

M. Legault : Bien, pour l'instant, on est vraiment, là... on parlait tantôt des scénarios sur les décès, les hospitalisations. On est aussi dans les scénarios concernant... Bon, on va avoir, probablement vendredi, là... c'est le premier vendredi, une semaine complète du mois. Donc, on va avoir des chiffres sur le chômage. Oui, le ministère des Finances fait des scénarios. Ce serait irresponsable de les faire, mais, quand je demande au ministre des Finances quand on est prêts à rendre ça public... Bon, j'ai une idée, j'ai un ordre de grandeur.

Mais c'est une situation qui est temporaire. Puis là ce qu'il faut surtout, c'est de voir à quelle vitesse on va pouvoir rouvrir les entreprises, les commerces. Je n'exclus pas, une fois qu'on va avoir passé le sommet, avec l'accord du Dr Arruda, bien sûr, de regarder pour ajouter des commerces dans les services essentiels.

Je sais, entre autres, qu'actuellement il y a des petits commerces, là, qui se sentent un peu lésés parce qu'il y a des grandes surfaces qui offrent les produits essentiels, mais aussi certains produits non essentiels : un grille-pain, un séchoir à cheveux, des choses comme ça. Là, on est dans la balance d'inconvénients. Je comprends que ce n'est pas juste ou ça ne paraît pas juste pour les petits commerçants, mais, en même temps, les Québécois, quand ils vont chercher de la nourriture dans une grande surface, bien, c'est utile pour eux autres d'être capables de prendre d'autres éléments qui sont utiles, qui ne sont peut-être pas absolument essentiels, mais utiles dans leur vie.

Donc, je suis très conscient de ça. C'est comme la balance des inconvénients, là. Il y a un inconvénient pour les petits commerçants que les grandes surfaces offrent d'autres produits, mais il y aurait un inconvénient pour les Québécois de fermer ces départements-là dans les grandes surfaces. Donc, moi, je penche du côté des Québécois, là, des consommateurs.

Est-ce qu'on pourrait ajouter des petits commerces où on garde la distance de deux mètres, dans les prochaines semaines? Je n'exclus pas ça, mais il va falloir avoir le O.K. du Dr Arruda et s'assurer qu'on a passé le sommet. Donc, l'importance d'essayer de l'estimer, le sommet, c'est ça aussi, là, pour être capables, à un moment donné, quand on tombe dans la partie descendante, d'ouvrir la porte à rouvrir certains commerces. Donc, oui, on le regarde.

M. Arruda (Horacio) : M. le premier ministre, si vous permettez... puis on pouvoir rouvrir, probablement, plusieurs choses, mais avec des conditions différentes. Il faut que la distanciation sociale soit là, qu'on protège encore nos caissières avec des plexiglas, ce genre d'éléments là qui vont nous permettre de continuer sans mettre en péril... et un rehaussement de la transmission de façon intensive.

Si on rouvre, il y aura une analyse et des recommandations de santé publique par secteur pour leur dire : Bien, voici, si vous voulez rouvrir, bien, vous devez respecter ça. Et, à ce moment-là, je pense qu'on pourrait peut-être, à ce moment-là, retourner à une certaine normalité, mais plus jamais une normalité comme avant. Et je suis convaincu que des pratiques qui ont été mises en place maintenant... qui vont se perpétuer dans les années à venir, particulièrement dans les saisons d'influenza ou de grippe. C'est étonnant, comment est-ce que ça l'a chuté au moment où on a mis de la distanciation sociale.

Inquiétez-vous pas, on ne mettra pas le Québec en pause toutes les années, mais on apprend des choses, que quand on est malade, on ne va pas voir nos grands-parents pour ne pas qu'ils attrapent la grippe, ça diminue les hospitalisations, On ne va pas consulter à l'urgence, si ce n'est pas nécessaire. Ce sont toutes des choses qu'on va avoir apprises collectivement.

M. Legault : Peut-être, j'aimerais aussi rajouter quelques mots sur les respirateurs. On a assez de respirateurs pour couvrir la période, là, qui serait avec le scénario le plus pessimiste, là. C'est vrai qu'il y a un défi d'opérer les respirateurs, d'avoir des inhalothérapeutes. Puis j'aime mieux vous le dire, bon, Danielle va rire, mais un vétérinaire, il ne peut pas soigner un patient, mais il peut faire fonctionner un respirateur. O.K.?

Donc, on est très créatifs actuellement pour être prêts au pire. Juste vous dire ça, là, mais on est très chanceux au Québec d'avoir autant de respirateurs. Je connais beaucoup de nos voisins qui n'ont pas assez de respirateurs pour couvrir la pointe. Nous, on en a assez. Bon. Est-ce qu'on a assez d'inhalothérapeutes pour les faire fonctionner? Là, on est en train de former... bon, si c'est nécessaire, d'amener quelques vétérinaires qui savent comment opérer la machine, pas opérer le patient, mais opérer la machine. On n'exclut pas ça.

Le Modérateur : Rapidement, en sous-question.

M. Lavallée (Hugo) : Parlant de nos voisins, justement, Doug Ford, ce matin, dans une entrevue à la télévision, a parlé de cargaisons de 3 millions de masques, destinées au Canada, qui avaient été bloquées durant la fin de semaine. M. Trudeau, lui, a été un peu plus diplomate en évoquant des délais de livraison. Je voulais savoir, à votre connaissance, est-ce qu'il y a des livraisons de masques ou d'autres équipements de protection destinés au Québec qui n'ont pas pu être acheminés, au cours des derniers jours, à la suite de l'annonce du président américain?

M. Legault : Bon, j'ai parlé ce matin, effectivement, à Doug Ford. Ils ont une situation, là, qui est plus serrée que la nôtre actuellement, là. Ils ont comme... En tout cas, je le laisserai dire exactement le nombre de jours. Mais nous, en fin de semaine, on a eu une cargaison du Mexique qui était très bienvenue pour nos besoins au Québec. Je sais qu'il y a des cargaisons, pour le gouvernement fédéral, donc, à répartir, qui ont été retardées. O.K.?

Puis par contre, je dois dire, là, que je suis content que le fédéral tient compte des besoins. Actuellement, il y a deux provinces, là, à cause des grandes villes, Toronto puis Montréal, qui ont plus de besoins, toutes proportions gardées, que leur population, puis le fédéral en tient compte maintenant dans la répartition. Mais, bon, c'est serré chez nous, c'est serré en Ontario puis, oui, c'est parfois difficile d'avoir toutes les livraisons.

Le Modérateur : Merci beaucoup. Donc, c'est ce qui complète pour nos questions en français. Nous allons passer en anglais. We'll switch in English with Cathy Senay from CBC News.

Mme Senay (Cathy) : Good afternoon. Mr. Arruda, I have the impression that, basically, what you think and what Premier Legault thinks about the projections tomorrow… have the impression that you don't like it at all. It's going to be a long night, and it's damned if you do, damned if don't. But for you, Premier, it's more a question of giving this information and you have the impression that Quebeckers will take these numbers and react well? I have the impression that there is, like, a clash between you two regarding the projections tomorrow.

M. Arruda (Horacio) : There is no clash at all, I can say. I know that he's asking for good questions, that I would like, as a scientific person, give him the right number. Even my staff or the people working with us are always afraid to send numbers because there is too much marge of minimum and maximum, and we are still in a place where projections could be projections, you know? And, as we are rigorous persons, telling that number that will be going to be print in that day... Dr. Arruda or this expert did that... will be challenged. But I think it's normal that people wants to have information. We will give the best we can with, I would say, the cautions that we want to say about it. So it's not because I want to...

First of all, my only thing, I think, is important is to really make what is good to do at the right time, at the right moment. We've made... We were very early in the epidemic to do those social distancing issues, closing... For me, that's the action, the treatment I'm giving. What is going to happen tomorrow is... I'm looking at it, but it's not my first focus actually, but we will do it.

The boss is asking you, he's the Prime Minister... We will give him the best information, but we don't want to give him something which is not enough scientific. OK? And I'm forcing my people to project, to accept it, OK? So we will do that. Is the big boss taking the good decisions? We just want to give him the right scenarios, and I'm working... I'm in between Premier Legault, our scientific people, the population, the media. And don't think I'm against scenarios. That's not the case. It's just because it's not an easy question. And I don't want, also, give numbers just for giving numbers. That's the case.

M. Legault : OK. I had this situation before in my life. When I was president of Air Transat, preparing budget for the next year, I used to have this kind of answer, saying : Hey, how do you want me to have a forecast for the next 12 months about our revenues or about our expanses? But it's better for me to have a forecast that is not perfect than not to have any forecast. But I can understand that it's not easy for Dr. Arruda and his team to commit on different scenarios, not knowing perfectly what will happen in the next few weeks. So I can understand, but I think my job, as a Premier of Québec, if we want to be prepared for the worst scenario, we need to know where it can go in the next weeks and months.

Le Modérateur : Second question.

Mme Senay (Cathy) : Mr. Arruda or Mrs. McCann, when Dr. Tam said earlier today that she is giving this advice to people to wear a mask in public spaces where distancing may be difficult, public transit as an example, she is referring to presymptomatic or asymptomatic carriers, that they are many. We don't know exactly how many. So that may be a trick, but then she has the same type of... you know, she wants people to take precautions.

So are we going to see more masks in Québec, worn by different people?

M. Arruda (Horacio) : May I, Mme McCann?

Mme McCann : Yes.

M. Arruda (Horacio) : So, first of all, I'm part of the CCMOH of Canada, so we are working with Dr. Tam, which is at the agency of Canada. So we are working. I've got the draft here, OK?

Yes, being so, what I want to say is that it doesn't change my position at all and I didn't say that it's not good at all. I just want to make sure, it's very important to understand that the proven things are staying home as much as possible, physical distancing, washing your hands, washing your hands, washing your hands. Even if you get a mask, you wash your hands, protecting the most vulnerable from infections and exposure to others and covering your cough with tissue or your sleeves. When you are going to put the mask for... the chirurgical masks are for health care workers, not for everybody in the city.

If you have a mask, it's not for protecting yourself, it's for protecting others, like, if you use a tissue, sneeze it, put it... wash your hands, wash your hands and wash your hands. And then, what you do? Then, if you have a mask, you're going to not spill it to others, but, be careful, if you have a mask, you touch it, you take it away, put that down, contaminated... put in your eyes, you're not helping yourself. OK? If you're sick... all over these things. But, for the ones who think they are going to be protected by the mask, that's not the case.

So it's like you can do it, especially if social distancing is not possible, for a short period of time... It's almost... very difficult to have a mask all the day, I think. If you want to be a champion, do it, and you are going to be in records of... I don't know, the book of the records.

So what I want to tell you is that if you want to get... keep it and go, you're sick, it's another way to do it. But don't think that it's going to protect you from other's infection. It must be very tight, it must have a good tissue; if it's humid, it's not working anymore. So I won't say : Don't use it. Use it, but be careful on not thinking it's protecting you. It's good for protecting others. And be careful for not touching everything and... because of your mask. You're going be infected.

So it's what I'm saying. I'm not against, I'm signing and authorizing this proposition, but I want just people understand what does it mean.

Le Modérateur :Thank you. So we need to accelerate. Samuel Pouliot, CTV.

M. Pouliot (Samuel) : Hi. Mr. Legault, according to... the vast majority of Quebeckers are respecting physical distancing rules, but on Saturday, in Montréal, there was a lot of people who were close to each other, there was the police giving some fines to people.

What message do you have to Quebeckers, as the weather starts warming up?

M. Legault : The message I have for Quebeckers is : It's a question of respect. The vast majority of Quebeckers respect the directives that we've asked them to follow. So, please, the minority not respecting that may have a very bad impact on the number of deaths. So I think it's a question of respect, respecting your neighbors, respecting everybody. It's serious.

M. Pouliot (Samuel) : And le Regroupement des sages-femmes du Québec is asking you to take a clear position against the Jewish General Hospital, their decision to prevent partners of attending birth. There's a petition online calling for an end to the ban, and, last week, the Governor of New York overturned a similar decision of an hospital in their State. Will you do the same here and overturn the decision of the hospital?

M. Legault :OK. I think that, with the great number of cases at the Jewish Hospital, I think it's a good decision to have nobody with women that are coming to deliver. But we offer all those women to go to another hospital, and it's the only hospital in Québec where we have this directive. So I think it's fair and it's reasonable.

Le Modérateur :Thank you very much. So we'll switch to questions sent by email. The first one is from Raquel Fletcher, Global News. Some companies, likes gyms for instance, continue to take money from people even though they are closed. Can the Government force companies who are closed to stop taking monthly payments?

M. Legault : We will need to see that one by one, but, for me, it's not a priority right now to look at those situations.

Le Modérateur : OK. And will the National Assembly stay closed pass April 21st or are you looking at a type of virtual assembly like what Mr. Trudeau suggested for Ottawa?

M. Legault : It will be part of the discussions. I've got a phone conference call this afternoon with the three Chiefs of the Oppositions. It'll be part of the discussion.

Le Modérateur : All right. And now question from Phil Authier, Montreal Gazette. We are getting calls from families with parents in CHSLD who wants to move a parent or a grandparent out of the center. Under the rules, they will lose the room. Is there any flexibility to this policy?

Mme McCann : Well, it's a delicate operation to bring a parent out of a long-term facility and there are other conditions, like, the person is not in a long-term facility where there is an «éclosion», there are cases of COVID-19, and other conditions too. There is a very big demand of places in long-term facilities, and what we've mentioned also is that, if you take your parent or your family member to your home, it has to be for the time of the «pandémie», so it could be for a long time.

So I think we are choosing... The best option is to give the opportunity to somebody else who needs a room in a long-term facility in the meantime because the time of the «pandémie» might be long. So I know it's very... it's not easy to make that decision but, unfortunately, I think we have to go that way to give really the opportunity for other people who need it to have the room.

Le Modérateur : Thank you. And again I think you already answered but, concerning the Jewish General Hospital, just to make it clear, you're not planning to... Are you planning to review this policy or extend it to other hospitals to make the policy universal for all concerning women that are upset with the no-partner rule in the maternity?

Mme McCann : I think that we need, as the Prime minister said, we need to be very clear that this is only at the Jewish General Hospital. So, in all the rest of Québec, in all the other hospitals, people can be accompanied by the partner or somebody else, of course, under conditions that they're not symptomatic, they haven't been in contact with somebody who is symptomatic, take all the precautions because, of course, we have to be very protective of the rest of the people, especially in a hospital, and the staff.

So what we're saying today is : All across Québec, it's the same policy as before. The Jewish General has a special situation. That's where we have the most COVID-19 cases, for instance. So I think it's going to remain like this.

Le Modérateur : Well, thank you very much. Merci, tout le monde. Merci pour votre disponibilité et à demain.

(Fin à 13 h 58)

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