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Point de presse de M. Jean-François Lisée, chef de l’opposition officielle, Mme Carole Poirier, porte-parole de l’opposition officielle en matière d’immigration et de communautés culturelles, Mme Agnès Maltais, porte-parole de l’opposition officielle en matière de laïcité, et M. Maka Kotto, président du caucus de l’opposition officielle

Version finale

Le jeudi 6 avril 2017, 9 h 30

Hall principal de l'hôtel du Parlement, hôtel du Parlement

(Neuf heures trente-trois minutes)

Le Modérateur : Bonjour! Bonjour, mesdames et messieurs. Alors, merci, s'il vous plaît, de garder le silence un peu derrière. Ça serait apprécié.

Donc, M. Jean-François Lisée est accompagné par Mme Poirier, qui est porte-parole en matière d'immigration et de communautés culturelles, par Mme Maltais, qui est porte-parole en matière de laïcité, par M. Kotto, qui est président du caucus des députés. Les députés sont accompagnés de M. Ferid Chikhi, qui est consultant en insertion socioprofessionnelle, M. Gabriel Bazin, qui est juriste et vice-président de La Ligue des Noirs du Québec, et de Mme Alexandra Regalado, une femme d'affaires et vice-présidente de l'Association latino-américaine du Québec. M. Lisée.

M. Lisée : Bonjour! On est ici avec des représentants de la diversité québécoise pour lancer un message urgent au gouvernement Couillard. D'abord, après 15 ans de gouvernement libéral, c'est vrai que les choses ont empiré pour la diversité québécoise. C'est vrai qu'après 15 ans de gouvernement libéral il y a plus de chômage pour les Québécois d'adoption et encore plus pour les Québécois d'Afrique du Nord. C'est vrai qu'après 15 ans d'inaction libérale, si on a un C.V. où notre nom n'est pas Laforest ou Lisée, c'est plus difficile d'avoir un emploi. C'est vrai qu'après 15 ans de libéraux c'est plus difficile d'avoir un logement si on n'a pas la bonne couleur de peau.

Alors, ce n'est pas du négationnisme, au contraire, nous reconnaissons ces difficultés. Et c'est vrai qu'après 15 ans de gouvernement libéral aucun progrès n'a été fait sur les accommodements et les signes religieux, qui font pourtant consensus. Et donc le temps est à l'action. Et de plus en plus de Québécois de la société d'accueil et de Québécois d'adoption disent : Le temps est à l'action. Mais ce que le gouvernement libéral propose, c'est continuer l'inaction et faire une commission qui sera vue comme un procès des Québécois en racisme et en discrimination, donc une commission qui va aviver les tensions.

Alors, nous sommes un certain nombre aujourd'hui à dire : Non, il ne faut pas aviver les tensions, il ne faut pas mettre de l'huile sur le feu, du sel sur la plaie, il faut agir. Et nous avons les moyens. Nous savons comment. Les mesures existent, les consensus existent. Nous-mêmes, en février, nous avons déposé 20 mesures dont l'application immédiate ferait beaucoup pour l'intégration en emploi et pour lutter contre le racisme et la discrimination. Et tout le monde sait qu'à portée de doigt du premier ministre, il y a un consensus sur les accommodements et les signes religieux qui ferait l'unanimité à l'Assemblée.

Alors, il n'en tient qu'à lui d'agir. Et nous demandons, d'ici juin, de faire les deux : un bill omnibus sur l'intégration et contre la discrimination et un projet de loi sur les accommodements, qui intègre Bouchard-Taylor et l'ensemble des éléments qui font consensus. C'est comme ça qu'on apaiserait la situation au Québec. C'est comme ça qu'on unirait les Québécois.

Alors, nous ne sommes pas les seuls à le dire, de plus en plus de Québécois le disent. Et je suis très heureux d'avoir autour de moi des gens qui représentent la communauté noire, la communauté latino, la communauté maghrébine, qui s'unissent. Et je pense que c'est très rare, dans l'histoire du Québec, qu'on a eu, autour du Parti québécois, des représentants de trois grandes communautés de Québécois d'adoption qui viennent dire la même chose que nous et dire avec nous : Ça suffit, les procès. On veut de l'action.

Et je vais demander à M. Ferid Chikhi, qui est consultant en insertion socioprofessionnelle, un sujet intéressant, mais qui est aussi le coauteur de cette lettre récente à la ministre Weil, qui s'appelle Faire partie d'un «nous» rassembleur, qui reprend sa position de nous dire pourquoi il pense qu'il faut de l'action, et non une commission. M. Chikhi.

M. Chikhi (Ferid) : Merci. Bonjour à tout le monde. Effectivement, je suis signataire de la lettre qui a été adressée à Mme la ministre Kathleen Weil, ministre de l'Immigration, et de la Diversité, et de l'Inclusion. Dans cette lettre, nous sommes des dizaines, et des dizaines, et des dizaines de personnes à demander qu'on parle beaucoup plus d'un rassemblement de tous les Québécois, quelles que soient leurs origines, plutôt que de diviser, plutôt que de séparer, plutôt que d'être dans une situation binaire : eux, nous, les autres et nous, et ainsi de suite.

Il y a une grosse problématique, par exemple, en matière d'employabilité. Tout le monde en parle, mais personne ne trouve les solutions appropriées. Pourtant, au niveau des institutions de l'État, que ce soient les ministères, que ce soient les entreprises publiques, et je prends cet exemple seulement, eh bien, il n'y a pas de discrimination systémique ou de racisme systémique. Il y a des dysfonctionnements dans les procédures de recrutement. Les procédures de recrutement ont été faites à une époque… Elles évoluent, peut-être, mais elles ne tiennent pas compte des qualifications des personnes immigrantes, elles ne tiennent pas compte des expériences des personnes immigrantes. Et, quand on le fait, c'est sur du papier. Si vous trouvez une centaine de personnes qui auraient été recrutées depuis une année, depuis deux ans, depuis trois ans au sein des institutions publiques, eh bien, le gouvernement libéral aurait relevé un défi, mais ce n'est pas le cas. Vous n'en trouverez pas, et ça se passe jusqu'à présent.

Alors, au niveau de ce rassemblement, de cette idée de rassembler tous les Québécois. Il y a effectivement la question de la laïcité qui ressort tout le temps. Les accommodements raisonnables, on n'est pas contre cela, mais il faut que ce soit effectivement justifié, il faut que ce soit bien documenté. Et je prends un exemple en matière d'accommodement. Pourquoi faut-il que les entreprises décident quand est-ce qu'il faut donner un congé pour une fête religieuse, alors que les normes du travail, qui ont déjà listé les fêtes religieuses pour tous les chrétiens, tous les catholiques, qu'on le veuille ou non... pourquoi ne le feraient-ils pas pour les musulmans, pourquoi ne le feraient-ils pas pour les bouddhistes et demander à ces personnes-là de ne pas profiter des autres périodes de vacances religieuses? Un exemple parfait, un exemple concret.

Alors, il y a beaucoup de choses que nous voulons. C'est que, un, le gouvernement libéral agisse rapidement et puis éteigne le feu qui existe. Au lieu de chercher les causes et l'incendiaire, il faut s'occuper d'éteindre le feu avant que ça n'empire.

Deuxième chose que nous souhaitons, c'est que, rapidement, non pas dans un an, non pas dans des commissions, mais que des comités techniques soient réunis pour qu'on puisse travailler sur les réglementations, sur la législation qui permettrait une meilleure intégration, une meilleure insertion socioprofessionnelle et une meilleure, effectivement, mobilisation de toutes les énergies. Il faut créer des synergies en créant cette action de mobilisation. Merci.

M. Lisée : Merci beaucoup. Et maintenant je vais demander à Alexandra Regalado, femme d'affaires, vice-présidente de l'Association latino-américaine du Québec de nous donner son témoignage. Alexandra.

Mme Regalado (Alexandra) : Bonjour. En tant que femme racisée de la communauté latino-américaine, je suis ici, mais je représente toutes ces femmes ethnoculturelles, haïtiennes, africaines, latinas, musulmanes. Je suis ici aujourd'hui pour dire non aux comités. Je suis ici pour dire qu'on veut des actions concrètes. Les actions sont là. On est en faveur de l'intégration et de la laïcité. On veut l'action, oui, un procès, non. On demande tout de suite de signer la pétition. Je demande aux Québécoises et Québécois d'aller signer la pétition pour agir le plus tôt possible. On veut juste des actions. Merci.

M. Lisée : Et il me fait grand plaisir de vous présenter un des grands doyens de la diversité québécoise, M. Bazin, qui est juriste et vice-président de La Ligue des Noirs du Québec. M. Gabriel Bazin.

M. Bazin (Gabriel) : Merci. La Commission des droits de la personne a, depuis plus d'un quart de siècle, fait des recherches sur la discrimination systémique et le racisme. Nous croyons qu'il faut agir et maintenant. Il y a bien sûr la non-accessibilité à l'emploi, et ce qui est plus tragique, c'est la discrimination en cours d'emploi.

Je connais des institutions de haut savoir et des institutions vouées à la santé qui pratiquent de l'exclusion, de la discrimination contre des employés après 10 années de travail. Nous avons des cas patents à la Ligue des Noirs, des gens qui viennent nous trouver. Et alors nous croyons que ces propositions soumises par le Parti québécois vont régler tous ces problèmes. C'est Jean-Paul Sartre qui disait : Cette générosité que nous éprouvons par une belle journée de soleil et qui nous invite à dire bonjour à M. Tout-le-monde fond comme de la glace au soleil quand elle est mise en situation.

Alors, le gouvernement libéral est mis en situation. Il ne faut pas que sa générosité, ses bonnes dispositions à l'endroit des immigrants fondent comme de la glace au soleil devant les propositions qui lui sont faites par le Parti québécois pour résoudre ce problème de discrimination.

Le Modérateur : Merci, M. Bazin.

M. Lisée : Alors, comme on vous l'a indiqué, il y a une pétition, sur pq.org, qu'on invite chacun à aller signer pour démontrer, que l'on soit de la société d'accueil, qu'on soit des Québécois d'adoption, que de l'action est nécessaire maintenant et non une commission. Carole Poirier.

Mme Poirier : Le 6 février dernier, nous avons déposé 20 propositions au gouvernement, 20 propositions pour passer à l'action, 20 propositions pour l'intégration réelle des Québécois d'origines diverses, 20 propositions pour justement faire changer les règles à l'intérieur du gouvernement pour l'embauche de la diversité.

Le 3 avril dernier, la ministre de la Diversité m'écrivait : «Vous comprendrez que l'ensemble des propositions que vous avez formulées ne peuvent être intégrées dans le cadre de l'étude du projet de loi n° 98 à l'Assemblée nationale.» Et on se rappellera que ça avait été la réponse au chef de l'opposition par le premier ministre, de dire : Nous allons aller vers le projet de loi n° 98 pour répondre à vos propositions.

Alors, on voit bien qu'il n'y a aucune volonté de la part du gouvernement de passer à l'action. La seule volonté du gouvernement, c'est de faire des commissions, étirer le temps, mais pas de trouver des solutions.

M. Lisée : Merci. Agnès Maltais.

Mme Maltais : J'ai assisté à plusieurs commissions ici, dont la consultation générale sur le document intitulé Vers une politique gouvernementale de lutte contre le racisme et la discrimination, qui date de 2006. Et j'en ai vu bien d'autres : commission Bouchard-Taylor, la charte, ensuite le projet de loi n° 59, le n° 62; 2014, commission parlementaire sur l'immigration. Que de bonnes intentions, aucune mesure véritablement appliquée.

Je veux vous dire que ce que je retiens, entre autres, des auditions du projet de loi n° 62, la loi proposée sur la neutralité religieuse, c'est que tous les groupes issus de l'immigration qui sont venus sont venus nous dire : Assez de paroles. Assez de débats. Arrêtez de stigmatiser en continuant à ouvrir le débat. Passez à l'action. Il est temps que ça bouge. J'ai de nombreuses citations. Des leaders des communautés sont venus nous dire : S'il vous plaît, arrêtez de parler, arrêtez de palabrer. Bougez. Agissez.

En leur nom, ces gens que j'ai entendus quotidiennement, je vous dis qu'il est temps qu'on passe à l'action aussi en matière de laïcité. Il faut qu'on cesse de diviser les Québécois et les Québécoises. Il y a des consensus, comme celui qui se dégage autour de Bouchard-Taylor, qui doivent être appliqués maintenant pour le bien de tout le monde. Merci.

Le Modérateur : Merci. Conclusion, M. Kotto. Ensuite, on va aux questions.

M. Kotto : En conclusion, je voudrais nous ramener à l'exercice entourant la commission Bouchard-Taylor. Au départ, c'était une relative bonne idée de tenir cette commission, mais peu de monde avait anticipé la tournure des événements par la suite. C'est un débat qui a dérapé, et ce souvenir reste très vif dans mon esprit.

Et récemment encore, le 29 janvier, à Québec, on disait ci et là et on le répétait ad nauseam : Il y avait ou il y aura eu un avant 29 janvier et il y aura un après 29 janvier. On était passés en mode action, en mode solution, ce qui a amené le Parti québécois, de façon tangible, à mettre sur la table des propositions constructives. Et quelle fut ma surprise de savoir qu'il y avait un projet de commission, que j'assimile à un procès, à un projet de procès. Si, d'aventure, ce projet-procès allait de l'avant, il ne faudra pas se surprendre qu'il inspire d'autres procès. On assistera probablement à une situation de crispation de toutes parts. On assistera probablement à un autre débat qui va échapper à la raison.

Donc, la proposition que nous faisons, ici ce matin, à l'effet de signer cette pétition est une forme d'invitation à éteindre un feu que le gouvernement de M. Philippe Couillard tente d'allumer. À quel dessein? Je vous laisse la réponse.

Le Modérateur : Merci. Donc, micro de droite, M. Laforest.

M. Laforest (Alain) : Monsieur... c'est qui? M. Bazin, s'il vous plaît. Si vous voulez vous approcher du micro? C'est ça, en restant, là. Restez entre les deux. Tous les deux, juste un à côté de l'autre. Je vais vous demander une réponse à tous les deux.

Le gouvernement Couillard ne cesse de nous dire qu'il a l'appui des communautés culturelles, des communautés ethniques pour aller dans le sens où il va. Est-ce que vous trouvez que le gouvernement Couillard répond plus à vos aspirations ou c'est le Parti québécois, actuellement, qui répond plus à vos aspirations?

M. Bazin (Gabriel) : Le Parti québécois, je l'estime, répond à nos aspirations, et, de plus, vous avez eu à écouter comme moi le message rassembleur du nouveau chef de l'opposition. Et j'ai dit de lui que ce message-là était le message... pour ne pas dire d'un grand homme d'État, je lui ai dit que c'était le message d'un homme d'État. Il m'a surpris. Je croyais que c'était un théoricien, mais non, ce n'est pas ce... de cela qu'il sache. C'est ça.

M. Laforest (Alain) : Qu'en est-il de M. Couillard?

M. Bazin (Gabriel) : Qu'arrive-t-il de M. Couillard?

M. Laforest (Alain) : Qu'en est-il de M. Couillard?

M. Bazin (Gabriel) : Bon, mon impression, c'est mon impression, je dis mon impression, c'est que...

M. Laforest (Alain) : Vous représentez la Ligue des Noirs, là.

M. Bazin (Gabriel) : Oui, oui, oui.

M. Laforest (Alain) : Quelle est votre impression en tant que président de la Ligue des Noirs?

M. Bazin (Gabriel) : C'est qu'il est dans une tour d'ivoire. Nous ne le sentons pas suffisamment à l'écoute, suffisamment proche de la population.

Le Modérateur : Merci. On va avec...

M. Laforest (Alain) : Vous n'avez pas l'impression de jeter encore une fois des braises sur le feu en relançant ce débat, en lançant cette pétition-là, là? Ça vous est souvent reproché de ramener ce dossier-là.

M. Lisée : Je suis très préoccupé par le dommage qui peut être causé à notre tissu social par une commission libérale qui culpabiliserait les Québécois et qui aviverait le sentiment d'abandon des Québécois d'adoption. Je suis très préoccupé par ça.

Pourquoi est-ce que M. Couillard veut organiser ce procès avant l'élection de 2018? Je ne sais pas. Je pense que c'est le contraire d'une bonne politique publique en matière de vivre-ensemble. Le vivre-ensemble appelle des gestes positifs, concrets, dans le réel, et c'est ce que nous appelons. Nous essayons de dire au pyromane Philippe Couillard : Ce n'est pas le temps de mettre le feu, c'est le temps d'apaiser les gens. Et nous savons comment le faire. Les gens de la diversité savent comment le faire. Le Parti québécois propose des façons de le faire. Alors, on lui demande de revenir à la raison et de ne pas attiser les tensions.

Le Modérateur : Merci. Mme Richer, micro de gauche.

Mme Richer (Jocelyne) : Bonjour, M. Lisée. Quel serait l'intérêt du premier ministre Couillard d'attiser le sentiment de culpabilité des Québécois en ce domaine? Est-ce que, selon vous, ça pourrait être de miner le nationalisme québécois?

M. Lisée : Je ne veux pas même spéculer là-dessus. Je vois une situation qui est préoccupante, qui est inquiétante pour le Québec. Et, s'il pensait que c'était juste le Parti québécois qui le disait, on s'est dit : Bien, on va réunir des gens de la communauté hispanophone, maghrébine, noire. Est-ce que, là, il va voir que nous ne sommes pas seuls à dire ça, que nous sommes très nombreux et qu'à alimenter la frustration des uns et des autres il n'y a rien de positif qui peut en sortir? Alors, à lui de prendre ses responsabilités, nous prenons les nôtres.

Mme Richer (Jocelyne) : Oui, mais un premier ministre ne peut pas se lever un matin en disant : Tiens, aujourd'hui, je vais attiser le sentiment de culpabilité des Québécois. C'est que, selon vous, il y trouve son intérêt. Quel est cet intérêt?

M. Lisée : Moi, je pensais, au contraire, que, dans sa position après l'attentat de la mosquée, il avait une opportunité remarquable, dans une carrière d'un chef de gouvernement, de faire un consensus unanime sur les accommodements et signes religieux et d'accepter notre proposition d'avoir aussi un bill omnibus sur l'intégration et contre le racisme. Et, politiquement parlant, là, ça aurait été très, très bon pour lui, ça aurait été très, très bon pour son bilan. Mais nous, c'est-à-dire moi, Québec solidaire, la CAQ, on était prêts à lui permettre d'avoir ce grand moment politique parce qu'il y a des moments où le bien commun est la chose la plus importante.

Il a choisi de dire non au consensus sur les accommodements et les signes, de dire non à une action rapide sur l'intégration et plutôt d'étirer le débat, créant une commission qui va se dérouler pendant des mois et des mois. Politiquement, même politiquement, je pense que c'est une mauvaise décision de sa part, c'est une mauvaise décision pour le bien commun. Pourquoi? Je ne sais pas.

Le Modérateur : Merci. On va y aller avec M. Salvet, micro de droite.

M. Salvet (Jean-Marc) : Mesdames messieurs, bonjour. Bonjour, M. Lisée. Alexandre Cloutier et Léo Bureau-Blouin ont signé une lettre demandant, il y a plusieurs mois de ça, la tenue d'une consultation sur le racisme et la discrimination. Est-ce que vous estimez qu'ils veulent faire le procès des Québécois?

M. Lisée : Le débat sur la commission a lieu depuis un an et demi, à peu près. Et je pense que vous vouliez dire Paul plutôt que Léo. Oui, je pense...

M. Salvet (Jean-Marc) : J'ai dit Léo Bureau-Blouin aussi, mais, oui, il y a Paul St-Pierre Plamondon, vous avez raison.

M. Lisée : Bon, très bien.

M. Salvet (Jean-Marc) : Donc, Alexandre Cloutier, Paul St-Pierre-Plamondon et Léo Bureau-Blouin.

M. Lisée : C'est ça, oui. Alors, dans la discussion, à partir du moment où on a déposé les 20 propositions et après l'attentat de Québec, quand on a développé cette position, qu'il fallait agir, ils se sont tous rangés à cette position. Si vous parlez à Alexandre, si vous parlez à Paul, je n'ai pas parlé à Léo, qui est à Oxford, en tout cas, Paul et Alexandre sont parfaitement d'accord avec ce que nous disons maintenant, alors qu'avant l'attentat quand on était dans un autre contexte ça pouvait sembler une bonne idée.

Et d'ailleurs nous ne mettons pas en cause la qualité de plusieurs des personnes qui sont sur le comité de Mme Weil, la bonne volonté de beaucoup de gens qui proposent cette commission. Nous disons qu'au-delà des bonnes intentions, il y a des mauvais effets et que le premier ministre, qui est responsable de prendre la décision, prend la mauvaise décision. C'est encore le temps de changer.

M. Salvet (Jean-Marc) : Le gouvernement avait ça en tête depuis quelques mois. Il a décidé, il y a deux, trois semaines, de confier ça — donc, vous y faites référence — à un comité d'experts pour déterminer la nature du mandat même, hein, ce dont on parlerait. Est-ce que c'est parce qu'il a estimé qu'il s'agissait d'une patate chaude, en quelque sorte, qu'il s'est un peu retiré pour confier ce mandat à ce comité d'experts?

M. Lisée : Rien de ce qui se fait maintenant de la part du gouvernement n'est étranger au calendrier préélectoral, et donc il reste 17 mois. Alors, il a le choix entre agir ou ne pas agir. Pour ne pas agir, on crée une commission. Pour ne pas agir tout de suite, on crée un comité consultatif sur la commission, et là on a l'assurance de ne pas agir avant l'élection.

Je veux dire, si on était en début de mandat, j'aurais la même inquiétude, mais il y aurait une séquence d'études et d'actions. Là, il n'y a pas de séquence d'actions, il y a une séquence d'inactions, alors que l'action est possible.

Le Modérateur : Désolé, il va falloir faire... il nous reste trois minutes. M. Bellerose.

M. Bellerose (Patrick) : M. Lisée, rapidement, donc, hier, vous avez dit que tout ce qui permet d'éviter d'aller forer sur Anticosti est une bonne nouvelle. Est-ce qu'à 200 millions ou même à 100 millions après les négociations, c'est toujours une bonne nouvelle? Est-ce que ça vaut la peine d'arrêter l'exploration avant même de savoir ce qu'il y a dans le sous-sol?

M. Lisée : M. François Legault a dit récemment quelque chose qui m'a frappé, il a dit qu'il était pour un troisième lien coûte que coûte, et j'ai trouvé ça très imprudent. Alors, c'est la même chose qui peut... Ce n'est pas coûte que coûte pour Anticosti, et, de toute évidence, 200 millions, c'est exagéré de façon spectaculaire, d'autant qu'il n'y a aucun profit à faire, il n'y a aucun profit à faire, compte tenu des coûts d'extraction, des coûts d'infrastructures, du prix du baril de pétrole aujourd'hui et pour l'avenir prévisible. Alors donc, pour moi, c'est une position de négociation farfelue de la part de Pétrolia et de Corridor Resources et ça ne résistera pas à l'analyse. Moi, je pense qu'à partir du moment où les coûts investis l'ont été beaucoup par l'État les sommes de dédommagement devraient être dérisoires.

M. Bellerose (Patrick) : Bien, vous dites quand même que Québec doit se retirer de l'exploration coûte que coûte. Cet été, il ne doit pas y avoir d'exploration.

M. Lisée : Je dis justement... ce n'est pas coûte que coûte, hein? Ce que je dis, c'est que M. Legault a erré lorsqu'il a dit qu'il voulait quelque chose coûte que coûte. Jamais je ne dirai ça, mais je pense que, là...

M. Bellerose (Patrick) : ...mais il faut se retirer, peu importe. Il ne faut pas aller de l'avant avec l'exploration cet été.

M. Lisée : C'est une bonne idée de négocier. Pétrolia a fait une demande farfelue. Je pense que, si on règle à une somme très faible, ce serait... C'est probablement ce qui va arriver.

Le Modérateur : Merci. On va y aller en anglais, s'il vous plaît.

M. Bellerose (Patrick) : C'est une bonne idée si c'était...

M. Lisée : Oui.

Le Modérateur : On va y aller en anglais. Mme Fletcher, micro de droite.

Mme Fletcher (Raquel) : M. Bazin, Madame...

Mme Regalado (Alexandra) : Regalado.

Mme Fletcher (Raquel) : ...Regalado, est-ce que vous parlez anglais?

Mme Regalado (Alexandra) : Non, on parle français.

M. Lisée : You speak English?

Mme Fletcher (Raquel) : French… Do you speak English?

M. Bazin (Gabriel) : Yes, I…

Mme Fletcher (Raquel) : A little bit. O.K., can I ask you…

M. Bazin (Gabriel) : I will try.

Mme Fletcher (Raquel) : ...a question in English? Why are you opposed to the Liberal consultation?

M. Bazin (Gabriel) : I didn't hear.

Mme Fletcher (Raquel) : Why are you opposed to the Liberal consultation? Why are you opposed to what the Liberals are doing?

M. Bazin (Gabriel) : …consultation.

Mme Fletcher (Raquel) : Oui.

M. Bazin (Gabriel) : We are opposed to that because there are people who suffer from trauma, people who are victims, who have mental disorders because of their experience. Those people don't want to come before the commission. They don't want to come. This is the reason why we are opposed, but I can tell you, in my two last days in Québec, I asked questions to people I met. All of them told me: We don't want to feel guilty. That's what they told me.

Mme Fletcher (Raquel) : What is their experience?

M. Bazin (Gabriel) : Hein?

Mme Fletcher (Raquel) :You said that they had trauma from their experience. What is that experience?

M. Bazin (Gabriel) : People who suffer from discrimination at their job. And sometimes, as I told you, their employer find a doctor who gives an expertise in behalf of their employer against their employee. They say they suffer from paranoia. And after that a so-called medical independent doctor gives confirmation of the expertise from the doctor's employer. And those people have to leave the job. We are talking about people who function very well, and some of them become sick because of that. That's discrimination...

Le Modérateur : Dernière question, M. Authier.

M. Authier (Philip) : Just to follow up. So, you do not feel that the process, the committee that Mr. Couillard has put in place is going to be an effective weapon against discrimination, systemic discrimination?

M. Bazin (Gabriel) : We have all the solutions in the 20 proposals made by the Parti québécois.

Le Modérateur : Merci beaucoup, tout le monde.

(Fin à 10 h 1)