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La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : ...du portefeuille Conseil exécutif pour l'exercice
financier 2024-2025. Une enveloppe de 45 minutes a été allouée pour l'étude
de ces crédits.
Mme la secrétaire, y a-t-il des
remplacements?
La Secrétaire : Oui, Mme la
Présidente. Mme Picard (Soulanges) est remplacée par Mme Boivin Roy
(Anjou—Louis-Riel); Mme Prass (D'Arcy-McGee); par Mme Maccarone
(Westmount—Saint-Louis); M. Cliche-Rivard (Saint-Henri—Sainte-Anne); par M. Fontecilla
(Laurier-Dorion); et M. Bérubé (Matane-Matapédia); par M. Paradis
(Jean-Talon).
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Alors, Mmes et MM. les députés, bienvenue.
Nous allons donc procéder à une discussion d'ordre général par blocs, incluant
les questions et les réponses. Alors, je suis maintenant prête à reconnaître
une première intervention de l'opposition officielle pour un premier bloc d'échange.
Mme la députée de Westmount—Saint-Louis, la parole est à vous pour une période
de... de 21 min 30 s. Allez-y.
Mme Maccarone : Merci, Mme la
Présidente. Bonjour, M. le ministre. Bonjour à toute votre équipe. Contente d'échanger
avec vous aujourd'hui sur un sujet que je tiens... je sais, nous tient tous à
cœur, un sujet d'une grande importance, qu'on n'en parle pas assez, dans le
fond. Alors, je suis très contente d'être parmi vous ce jeudi après-midi. M. le
ministre, mes premiers questions vont avoir lieu en ce qui concerne le Groupe d'action
contre le racisme. Combien de rencontres avez-vous eues dans la dernière année?
M. Skeete : On a eu... Bien,
juste pour préciser la question, collègue, est-ce que vous me parlez des
rencontres internes ou vous parlez avec des personnes issues de la communauté
québécoise?
Mme Maccarone : Je parle de
le groupe, le groupe d'action, dans le fond, le groupe ministériel qui a été
mis en place.
17873 M. Skeete : OK.
Vous savez que le Groupe d'action contre le racisme, c'était un groupe ponctuel
qui a été créé en 2020, qui a été coprésidé par ma collègue Nadine Girault, feue,
et M. Lionel Carmant, l'actuel député de Taillon, le ministre des Services
sociaux. Depuis le dépôt du rapport, trois mois après la création, le groupe s'est
dissous avec la nomination du ministre responsable de la Lutte au racisme.
Donc, à partir de ce moment-là, les recommandations du Groupe d'action contre
le racisme sont la responsabilité du ministre responsable de la Lutte au
racisme.
Mme Maccarone : ...comité
interministériel, j'ai quand même lu les documents qui nous ont été envoyés
dans les renseignements généraux... ou renseignements particuliers, je devrais
dire, quand on regarde le ministère du Conseil exécutif, je voulais savoir
combien de rencontres vous avez assistées dans les comités ministériels.
17873 M. Skeete : Les
comités ministériels, en fait, je vous dirais que les discussions que nous
avons pour arriver à les échéanciers... puis vous allez remarquer qu'on est en
cours d'arriver à notre objectif de remplir les recommandations du groupe d'action,
c'est surtout des rencontres qui se font au niveau du cabinet. Donc, ma
collègue ici présente, Julie Seide, participe avec ses collègues, dans les
différents cabinets, pour essayer d'attacher certaines choses. Donc, les
initiatives qu'on a vues, notamment, mettons, avec les interpellations
policières, les interceptions policières, le fait que mon collègue le ministre
de la Sécurité publique a déposé un projet de loi 14, pour justement venir
encadrer ça, ce n'est pas le fruit de discussions concrètes avec mon collègue,
c'est le fruit d'un travail qui s'est fait entre cabinet, et donc on a fait...
on a réussi à faire atterrir ces discussions-là de cette manière-là.
Ce n'est pas des rencontres
interministérielles, c'est des rencontres ad hoc, au besoin, qui nous
permettent de cocher les cases très importantes du Groupe d'action contre le
racisme.
17911 Mme Maccarone : Sauf
que le bureau de lutte, à moins que je ne comprends pas la façon que ça
fonctionne dans l'organigramme, vous êtes sous le Conseil exécutif et, quand on
regarde le Conseil exécutif, on voit le comité ministériel, les services aux
citoyens, comité ministériel de l'économie et de l'Environnement, comité de
législation. Et, dans le fond, le bureau de lutte n'apparaît nulle part... ou
votre ministère, votre... Vous êtes le ministre, mais, comme ministre, puis le
bureau n'apparaît nulle part. Ça fait que je vois les membres, comme le
ministre de la Justice, la présidente Conseil Trésor, etc., puis je vois autres
ministres ou ministères qui... qu'on se retrouve à l'intérieur d'un mandat puis
des membres, mais le bureau n'est nulle part.
La raison de ma question, si vous pouvez
préciser, c'est parce qu'étant donné... c'est un mandat qui peut être très
large, puis on souhaite qu'on en discute de la discrimination partout, dans
tout ce qu'on fait ici. Alors, ça m'étonnait que je n'aie pas retrouvé votre
nom ou le bureau de lutte nulle part à l'intérieur de ces comités.
M. Skeete : Je suis embêté,
collègue, parce que je veux être délicat dans mon explication. Ces comités
ministériels là, c'est surtout des... des comités qui suivent les rapports qui
vont se trouver dans le fameux Dossdec. Je siège sur le comité économie et je
suis présent à ce comité-là, puis je participe, dans cette commission-là, à ce
titre-là. Ce n'est pas un comité interministériel qui sert à avoir ce genre de
discussion là. Ça n'empêche pas que, quand il y a un dossier qui touche la
lutte au racisme, que je ne vais pas intervenir <pour faire valoir...
M. Skeete :
...ce
n'est pas un comité interministériel qui sert à avoir ce genre de discussion
là. Ça n'empêche pas que, quand il y a un dossier qui touche la lutte au
racisme, que je ne vais pas intervenir >pour faire valoir un point
important.
Je pense, notamment, quand on va faire ces
rencontres-là puis on parle de nominations ou on parle d'ajouter des ressources,
je m'enquiers toujours auprès de la présidente du Conseil du trésor si on pense
à la représentativité. Quand elle fait état de son bilan à toutes les années,
je m'interroge sur... pour être certain que les cibles qu'on s'est données en
groupe d'action sont en ligne avec les stratégies de recrutement qu'elle met en
place. À ce moment-là, c'est... je pose les questions qui sont opportunes au
fur et à mesure qu'on voit les dossiers arriver. Quand on voit les nominations
au Conseil des ministres, je regarde toujours la fiche qui nous permet de
savoir c'est quoi, la déclinaison de ces gens-là, mais ce n'est pas un forum de
discussion ad hoc où est-ce qu'on propose des minutes, c'est surtout un forum
où est-ce qu'on propose les actions gouvernementales sur tous les projets de
loi qui sont en suivi.
Mme Maccarone : Je vous
entends. C'est juste parce que, comme j'ai dit, ça m'a quand même étonnée de ne
pas voir votre nom ou le bureau nulle part à l'intérieur de ces comités. Je
comprends comment ça fonctionne, mais étant donné que c'est une discussion qui
peut être très large, qui peut être aussi très pointue, moi, j'aurais
souhaité... Puis je ne sais pas si c'est un changement ou un engagement qu'on
peut avoir en termes de regarder votre rôle puis comment vous seriez impliqué à
l'intérieur de toutes les discussions où un membre de votre équipe qui pourrait
siéger. Parce que chaque fois qu'on parle de discussions, on sait que, quand on
parle de la lutte contre le racisme, c'est quelque chose, il me semble... Quand
je parle d'une façon d'améliorer ou de parler des meilleures pratiques, ce
serait une recommandation que je ferais dans le même lieu que, exemple, si je
fais une recherche puis je souhaite voir c'est quoi, la mission du bureau de
lutte. Il n'y a pas de mission retrouvable, il n'y a pas un site dédié pour le
bureau de lutte. Pourquoi? Pourquoi qu'on ne trouve ça nulle part? Même un
mandat, on ne trouve ça nulle part.
M. Skeete : Bien, pour
répondre à la... Puis, encore une fois, collègue, je ne comprends pas le sens
de votre question par rapport au comité. Peut-être, une fois qu'on termine les
crédits, on pourrait avoir une rencontre, ou vous pouvez m'écrire, m'expliquer
davantage ce que vous voulez dire. Je ne comprends pas ce que vous voulez dire.
Pour ce qui est de la mission, le premier
ministre a été très clair. N'oubliez pas, en l'espace de trois mois, en 2020,
les recommandations du groupe d'action, qui a été présidé par mes collègues, a
abouti à 25 recommandations. 13 recommandations touchaient les
personnes issues de la diversité. Une de ces recommandations-là, c'était la
création du ministre responsable de la Lutte au racisme. Et les 12 autres
recommandations deviennent la responsabilité de ce ministre-là. Donc, le mandat
a toujours été clair, c'est le rapport du Groupe d'action contre le racisme,
chose qu'on travaille à tous les jours à s'assurer qu'on bouge l'aiguille,
comme on s'était dit, dans ces enjeux-là.
Donc, notre engagement, notre plan, notre
mandat, c'est le groupe... c'est les recommandations du groupe d'action du
racisme... contre le racisme.
Mme Maccarone : M. le
ministre, quand on parle de l'éclatement du conflit entre Israël et Palestine à
Gaza, comme ministre responsable de la Lutte contre le racisme, quelle action
proposez-vous d'étendre, ce qu'on voit ici, sur... dans notre travail?
Évidemment, on est en train de vivre une expérience très particulière ici. Je
sais que vous savez, sans doute, un incendie d'un drapeau juif devant une école
primaire, des graffitis qui apparaissent dans l'espace public. On a des échauffourées
à l'Université Concordia ainsi qu'à McGill. On a des manifestations. On a des
coups de feu contre une école juive. On a le centre communautaire juif visé par
un engin incendiaire, une synagogue visée par un engin incendiaire, une
synagogue vandalisée, l'utilisation du slogan From the river to the sea.
Quelles mesures proposez-vous, comme
ministre responsable de la Lutte contre le racisme, pour combattre la haine
qu'on voit présentement, malheureusement, ici?
• (15 h 40) •
M. Skeete : Bien, la
collègue, elle a raison, Mme la Présidente, il y a une montée de haine qu'on
témoigne récemment, puis ce n'est pas des actions qui étaient dans le Groupe
d'action contre le racisme. C'est la preuve qu'on ne se limite pas à ce qu'on a
vu dans le rapport du Groupe d'action contre le racisme. Je vais me permettre
d'être plus que clair. Ce qui se passe actuellement avec cette montée de la
haine est décevante, dégueulasse et n'a pas sa place au Québec. Et ça me heurte
au plus haut niveau de voir ce que les communautés établies au Québec, depuis
des décennies... des centaines d'années, en fait, de la communauté juive, de
subir ça, ça me heurte. Je vois aussi une montée de haine généralisée. Je
pense, c'est les médias sociaux, je pense que c'est le climat politique, je
pense que c'est le climat aussi de nos temps. Les gens <ne sont pas
satisfaits...
M. Skeete :
...une
montée de haine généralisée. Je pense, c'est les médias sociaux, je pense que
c'est le climat politique, je pense que c'est le climat aussi de nos temps. Les
gens >ne sont pas satisfaits. Il y a comme une montée de la haine
généralisée et, ça aussi, ça m'inquiète profondément.
J'ai eu des rencontres pour les cas que
vous avez énoncés. Je suis allé visiter les écoles qui ont été victimes de
tirs. J'ai parlé avec la direction. J'ai jasé avec le ministre de l'Éducation
pour voir qu'est-ce qu'on pourrait faire dans mon rôle de coordination, pour
voir qu'est-ce qu'on pourrait faire pour accroître la sécurité des écoles,
accroître la présence de gardes de sécurité à ces écoles. J'ai participé avec
des rencontres... à des rencontres avec la vice-présidente de CIJA. J'ai eu des
rencontres avec ma collègue, la ministre de l'Enseignement supérieur, pour voir
qu'est-ce qu'on pourrait faire pour réduire la haine sur nos campus. J'ai eu
des discussions importantes avec le cabinet du premier ministre pour voir
qu'est-ce qu'on pourrait faire en tant que... en tant que gouvernement pour
appuyer davantage.
Donc, encore une fois, le bureau de lutte
contre le racisme a un rôle de coordination. C'est de faire le lien entre les
différents ministères concernés, que ce soit l'Éducation, la Sécurité publique,
le premier ministre, l'Enseignement supérieur, pour être sûr que les bonnes actions
se prennent de la bonne manière.
Mme Maccarone : Toutes ces
rencontres puis ce que vous avez entamé, est-ce que ça aboutit à des gestes
concrets?
M. Skeete : Oui. Je pense que
c'est important, dans le contexte actuel, de faire preuve de leadership. Le
gouvernement doit parler d'une voix. J'ai été présent sur de nombreuses
tribunes pour exprimer ma solidarité avec les groupes qui ont été visés. J'ai
eu aussi des rencontres, comme je vous ai dit, avec les écoles et j'ai, de
mon... de ma propre initiative, contribué des sous pour accroître la sécurité
aux écoles qui ont été visées. Ce n'est pas du tout à la hauteur de ce que
j'aurais souhaité, mais je vous rappelle que le bureau de lutte contre le
racisme est un bureau de coordination. On n'est pas un ministère, on n'est pas
un secrétariat, les... Notre force de frappe n'est pas aussi grande que je le
souhaiterais et que je pense qu'on va devenir un jour. Par contre, on en fait
énormément pour appuyer les communautés qui sont visées par la haine,
actuellement. Et je pense qu'effectivement le travail qui se fait est rassurant
pour certaines communautés aussi.
Mme Maccarone : Est-ce que le
gouvernement va produire un rapport annuel documentant le nombre de crimes
haineux qu'on... qu'on est en train de vivre actuellement? Parce que ce qu'on
entend de tous les groupes concernés, que ça soit en matière de la
discrimination religieuse ou du profilage racial, mais on a un grand manque de
données, de recensement du data. Alors, est-ce que vous vous engagez de mettre
en place une récolte de data en ce qui concerne les crimes puis les incidents
fondés sur la haine répertoriés ici, au Québec?
M. Skeete : Mais, vous
savez, les différents départements de police font ce travail-là. Les données
qu'on voit quotidiennement dans les nouvelles, entre autres, sont fournies par
les différents... différentes forces policières. Donc, ces données-là existent
déjà. Puis j'aimerais... puis ça ne m'est pas arrivé avant, puis je remercie ma
collègue de me le rappeler, j'aimerais parler aussi du 20 millions qu'on a
mis pour financer l'agrandissement du Musée de l'Holocauste à Montréal. C'est
une initiative qu'on a faite il y a à peu près un an et demi. Donc, c'est
quelque chose qu'on a fait justement en voyant la montée de la haine dans la
communauté juive.
Mme Maccarone : Bravo, c'est
un bel investissement, sauf qu'on sait qu'à l'intérieur de nos écoles, c'est
quand même difficile de faire la promotion... la promotion... l'enseignement de
l'Holocauste. Il y a eu quand même un recensement des étudiants, puis la
majorité, presque 35 % ont dit que, des Québécois, ils ne savaient pas
c'était quoi, l'Holocauste. Ça fait que je pense qu'on a... on a du chemin à
faire. Alors, j'espère qu'il y aura une autre conversation qui va avoir lieu
avec le ministre de l'Éducation, pour parler de l'enseignement de l'Holocauste,
dans nos écoles, pour nos jeunes, pour qu'ils comprennent ce qui est arrivé,
malheureusement, dans le passé, suite à l'investissement qui a été fait.
M. Skeete : Si vous
permettez, je pourrais rajouter, collègue.
Mme Maccarone : Oui. J'ai
plusieurs questions. Il me reste seulement...
M. Skeete : Bien, je vais
essayer... je vais essayer d'être proportionnel, faites-vous-en pas. Vous
savez, vous avez raison que cette connaissance-là se perd. Je sais que les gens
qui ont mon âge ont tous subi cette formation-là, et c'est quelque chose qui se
perd. Je veux vous rassurer que les conversations mènent à des résultats. Vous
savez, avec le projet de loi 23, qui a été proposé par mon collègue le
ministre de l'Éducation, on va avoir l'institut. L'institut va regarder la
question de l'enseignement de la haine à l'intérieur du prochain curriculum. Je
vous rappelle aussi que le programme d'éthique et culture religieuse parle
aussi de la lutte au racisme à l'intérieur de son curriculum. Et on est après
regarder qu'est-ce qu'on pourrait faire pour faire un inventaire des formations
qui existent à l'intérieur des universités. Donc, ces discussions-là portent
fruit, et c'est le genre de rôle qu'on a au bureau de coordination.
Mme Maccarone : ...l'année
prochaine, je vais poser la question encore une fois, parce que je souhaite
évidemment voir un changement dans le recensement des Québécois en ce qui
concerne leur compréhension puis leur information qu'ils connaissent <en
ce qui concerne...
Mme Maccarone :
...parce
que je souhaite évidemment voir un changement dans le recensement des Québécois
en ce qui concerne leur compréhension puis leur information qu'ils connaissent >en
ce qui concerne l'Holocauste.
M. le ministre, je reviens un peu, encore
une fois, formation, mais là formation... Je sais que vous avez rencontré
l'Association étudiante en sciences infirmières du Québec. Plusieurs élus ont
eu cette rencontre-ci, puis eux, ils ont quand même partagé des données, un
rapport, ils ont... ils ont quand même fait un sondage auprès de tous les
étudiants, étudiantes de... qui sont en train d'étudier en sciences infirmières.
Puis les données qu'ils ont partagées, c'est quand même très étonnant en ce qui
concerne le racisme dans les programmes de soins infirmiers. 53 % se
disent victimes de témoins du racisme, puis les personnes qui perpétuent le
racisme dans les programmes de soins infirmiers : 51,5 %, ressources
étudiantes; 43,4, d'autres étudiants; 39,3, des personnes... du personnel
infirmier.
Je n'aurai pas le temps de lire. J'ai
plusieurs témoignages. Je prends le temps de, peut-être, lire juste un. «Une
professeure m'a fait comprendre qu'elle n'aime pas les immigrants, s'est
acharnée sur moi en stage. Même mes collègues ont trouvé le stage lourd à cause
de son comportement envers moi. Deux de mes collègues québécois avec la peau
noire ont lâché le cours à cause des enseignants racistes avec des propos
dénigrants.» Ce n'est pas la seule place où on parle de les problèmes du
racisme qu'on voit à l'intérieur du réseau de santé. Ça ne fait pas si
longtemps depuis que, malheureusement, nous avons vécu le décès de Joyce
Echaquan. Et je sais qu'aussi Amnistie internationale vous ont envoyé une
lettre. Ils vous demandent d'adopter le Principe de Joyce. Quand on regarde le
premier rapport de suivi de la commission Viens, on parle du réseau de santé.
Il parle des réformes urgentes qui se font attendre. Il faut abolir et prévenir
toute forme de discrimination dans les services de santé et services sociaux.
Pensez-vous que nous devons mettre en
place un programme de formation pour nos étudiants à l'intérieur des soins
infirmiers, par exemple, parce que c'est eux qui l'évoquent, pour faire cet
accompagnement, pour faire la sensibilisation puis peut-être mettre en place de
la prévention pour éviter d'autres drames comme nous avons vus avec Joyce
Echaquan?
M. Skeete : Vous avez raison.
J'ai rencontré les étudiantes en techniques infirmières, puis c'était
surprenant, le rapport qu'ils ont proposé, surtout en 2024. C'est la raison
pour laquelle je leur ai offert 5 000 $ de plus pour pousser l'étude
puis aller plus loin, pour mieux comprendre la genèse et la source de ces
inquiétudes-là, de comprendre davantage comment ça se fait... c'est quoi, la
genèse ou d'où ça vient puis de mieux comprendre le phénomène.
Je vous rappellerais qu'après le décès de
Mme Echaquan mon collègue a rapidement déployé une formation qui a été suivie
par un grand nombre de personnes dans le secteur de la santé. Donc, on est au
courant du problème et on le travaille avec mon collègue responsable de les
Relations autochtones.
Puis, comme je vous dis, quand j'ai
rencontré les infirmières, ça m'a surpris. J'étais dévasté. Et, encore une
fois, je vais vous dire, ça n'a pas sa place au Québec. Puis, comprenez-moi
bien, là, collègue, puis Mme la Présidente, je n'ai pas la prétention que,
demain matin, parce que le Québec s'est doté d'un ministre responsable de la
Lutte au racisme ou qu'on a un bureau de lutte contre le racisme, qu'on va tout
à coup éradiquer le racisme au Québec. Alors, si on se donne ça comme cible, je
ne pense pas qu'on va réussir. Je pense, plutôt, ce qu'on doit faire, c'est de
montrer l'exemple et de devenir un peu les gens qui vont montrer comment on vit
au Québec. Et je pense que c'est important de dénoncer ces propos-là, de
dénoncer ces actions-là, d'appuyer les gens qui veulent y combattre. Alors,
effectivement, j'ai reçu les étudiantes avec grande ouverture, puis on les a
aidées à aller plus loin, parce que c'est un phénomène qui est important.
Et j'ajouterais, j'ajouterais... Je
pensais qu'on... C'est beau.
• (15 h 50) •
Mme Maccarone : Sauf qu'eux,
ils souhaitent avoir accès à une formation, ça fait partie de leurs
revendications. Puis j'espère qu'on va leur appuyer dans cette demande étant
donné que le gouvernement a quand même fait le choix de ne pas mettre en place
le Principe de Joyce, qui est une revendication de plusieurs organismes,
surtout, étant donné que nous savons tous que le gouvernement a quand même
tabletté un rapport... une formation qui était demandée d'être mise en place
par le CIUSSS Centre-Ouest et beaucoup de chercheurs. En 2022, le gouvernement
a décidé de le tabletter, parce que ça parlait de le racisme systémique et non
de la discrimination systémique. Alors, j'espère qu'on va aller plus loin puis
qu'on va parler sincèrement de la formation sur le terrain <avant que ces
gens...
Mme Maccarone :
...le
racisme systémique et non de la discrimination systémique. Alors, j'espère
qu'on va aller plus loin puis qu'on va parler sincèrement de la formation sur
le terrain >avant que ces gens vont avoir accès à des patients puis ils
vont œuvrer à l'intérieur du réseau.
Je reviens aussi, encore, M. le ministre,
au... le premier rapport de suivi de commission Viens, encore une fois, en lien
avec les Premières Nations, puis la notion de données. Je sais que le ministre
avait parlé de, oui, il y a des données qui sont recensées par les policiers,
mais pas toutes les données qui sont collectées, puis ça fait partie des enjeux
que nous avons en train d'être en mesure d'étudier puis de mettre en place des
vrais plans, des vrais programmes. C'est dans le rapport, page 20, pour
ceux qui nous suivent, ils parlent de la collecte de données ethnoculturelles
comme un outil essentiel à la lutte contre la discrimination et le racisme
systémique, puis ils disent que «le gouvernement de Québec ne fait pas montre
d'une intention réelle d'intégrer, de manière concertée, la collecte de données
ethnoculturelles au fonctionnement, à la reddition de comptes, à la prise de
décision, à des organisations du secteur public».
Pourquoi puis que pouvons-nous faire pour
changer ça? Parce qu'il me semble si on est en mesure de le mesurer, on pourra
aller vers l'avant avec un vrai plan pour continuer le travail qu'il a déjà été
mis en place.
M. Skeete : Bien, j'aimerais
juste rappeler, encore une fois, qu'il y a une formation qui existe dans le
réseau de la santé, qui a été suivie par la grande majorité...
Mme Maccarone : ...je parle
des étudiants.
M. Skeete : Ça fait que vous voulez
une formation et au niveau étudiant et, après ça, au travail. Je comprends.
Parfait. Je reçois votre feedback. Sur la question des données pour la
communauté autochtone, je vous invite à poser la question à mon collègue le
responsable des Affaires autochtones.
Mme Maccarone : Je comprends,
mais c'est parce que c'est quand même un enjeu de racisme, eux, ils l'ont
évoqué dans le rapport. Moi, j'aurais vu ça comme un partage que vous aurez
avec votre collègue, avec tous les collègues. Je comprends que, vous, votre
rôle est quand même sensible, vous n'avez pas de budget, vous n'avez pas
vraiment un groupe d'employés qui travaillent avec vous puis vous êtes en train
de parler avec tout le monde. C'est un rôle de coordination, mais, quand vous
êtes en train de coordonner, je pense que c'est important aussi de militer pour
des causes. Militer pour une cause du recensement du data, que ça se fasse pour
la communauté autochtone ou pour toutes les communautés qui sont racisées,
c'est quelque chose qui a été... qui est soulevé régulièrement par plusieurs
groupes. Je sais que vous êtes au courant de ça, mais je fais les
revendications pour ceci, parce qu'il me semble, si on a des données que nous
pourrons analyser, on peut juste s'améliorer, on peut établir des cibles,
c'est... Quand on parle, que ce soit pour les étudiants en matière d'infirmiers...
de...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci, Mme la députée. Alors, le bloc vient de se conclure.
Nous allons poursuivre la discussion avec le député de Laurier-Dorion pour une
période de 7 min 10 s.
M. Fontecilla : Merci, Mme la
Présidente. Bonjour, M. le ministre, avec vos collègues, là, ça me fait plaisir
d'être ici avec vous. On n'a pas... on n'a pas beaucoup le temps, donc, on va y
aller au vif du sujet. Vous le savez, la crise du logement suscite énormément
de débats, y compris à l'Assemblée nationale. Et à chaque fois que le premier
ministre du Québec est questionné sur ce sujet-là, il ne manque pas une
occasion pour désigner l'immigration comme le grand coupable de la crise du
logement. Ne croyez-vous pas que cette insistance à désigner l'immigration
comme bouc émissaire pour la crise du logement n'est-elle pas de nature à
susciter un sentiment anti-immigrant dans notre société québécoise?
M. Skeete : Je pense que
dénoncer le fait époustouflant que l'augmentation de
260 000 immigrants temporaires, dans les deux dernières années, est
un fait. Je trouve plutôt particulier et bizarre qu'on ne voie pas que l'ajout
de personnes supplémentaires n'ajoute pas à la crise du logement. Alors, je ne
fais pas ce lien-là. Je pense que c'est une question de nombre, pas une
question de racisme. Et je ne fais pas cette adéquation-là.
M. Fontecilla : Donc, en
termes de nombre, vous, vous êtes d'accord que l'immigration est le coupable de
la crise du logement au Québec?
M. Skeete : Ce n'est pas ça
que je dis. Ce que je dis, c'est qu'avoir une augmentation du nombre de
personnes sur le territoire québécois va nécessairement engendrer plus de
personnes qui vont devoir se loger. Alors, à la fin de ça, j'en conclus que ça
contribue à la crise du logement. Alors, ce n'est pas une question de racisme,
ça aurait pu être n'importe qui, mais si on augmente... Si, tout à coup, les
Québécois étaient plus féconds, mais on aurait plus de personnes et, ça aussi,
ça contribuerait. Alors, je ne fais pas l'adéquation entre ce lien-là. Je
rejette la prémisse.
M. Fontecilla : Est-ce que
vous pensez que c'est une insistance à désigner l'immigration comme coupable de
la crise du logement et peut susciter des situations de discrimination dans la
recherche du logement de ces personnes-là?
M. Skeete : Je dirais
que la politique fédérale de l'immigration est la cause du problème, pas
l'immigration. Deuxièmement, c'est <une des raisons...
M. Fontecilla :
...crise
du logement et peut susciter des situations de discrimination dans la recherche
du logement de ces personnes-là?
M. Skeete :
Je
dirais que la politique fédérale de l'immigration est la cause du problème, pas
l'immigration. Deuxièmement, c'est >une des raisons que dans le
programme... dans le Groupe d'action contre le racisme, on a mis à disposition
de la Commission des droits de la personne et de la jeunesse un montant de
20 millions de dollars pour justement accompagner les personnes qui
se pensent victimes de la discrimination, aller chercher justice. Il n'y a rien
de mieux, pour une personne issue de la diversité, qui se sent exclue de la
société par une discrimination lors de la recherche d'un logement, de faire un
processus et d'arriver à la justice, de dire qu'il avait raison de porter
plainte. C'est la raison pour laquelle on accompagne les gens avec ces
montants-là.
Ça a permis à la CDPDJ d'ouvrir des
bureaux satellites. Ça a permis à la CDPDJ de faire un portail en ligne pour
accompagner les gens dans des plaintes, et ça nous a permis de réduire le temps
pour justement répondre à ces plaintes. Donc, moi, je pense qu'il faut agir sur
le bon bobo.
M. Fontecilla : Très
bien. Si on voit le rapport de la Commission des droits de la personne, malgré
des augmentations de budget, pour l'année 2022-2023, on voit seulement 17 cas
de dossiers de discrimination au logement qui ont été traités, en lien avec
l'origine ethnique, alors que c'était 144 dossiers en 2018, 38 dossiers
en 2019. Est-ce que vous croyez que cette diminution est due à moins de
dénonciations de situation de racisme dans la recherche du logement ou
peut-être parce que, tout simplement, c'est une situation qui a disparu et il
n'y a plus de racisme dans la recherche, en tout cas, ça diminue?
M. Skeete : J'aimerais
corriger le collègue. En 2021-2022, on a enregistré 149 plaintes, 10 %
des plaintes étaient reliées pour les motifs discriminatoires; 2022-2023,
131 plaintes, 8 % des plaintes étaient pour des raisons
discriminatoires; 2023-2024, 86 plaintes, 5 % étaient des plaintes
pour motif de racisme discriminatoire. Donc, je ne sais pas c'est quels
chiffres que vous avez, mais ce n'est pas ce que j'ai.
M. Fontecilla : ...pas
m'embarquer dans un débat de chiffres avec vous, M. le ministre, mais on aura
le temps, comme vous dites, après, peut-être, la commission, de confronter nos
chiffres, parce qu'on ne s'en sortira jamais, n'est-ce pas, avec un débat de
chiffres. Mais vous croyez que les mesures mises en place sont de nature à
diminuer la discrimination dans la recherche du logement, dans un contexte de
pénurie généralisée de logements.
M. Skeete : Je ne suis
pas sûr de comprendre la question. Est-ce que vous me demandez si les
20 millions qu'on a mis à disposition, pour accompagner les gens à aller
chercher justice, contribuent à réduire le racisme? C'est-tu ça, votre
question?
M. Fontecilla : Oui.
M. Skeete : Bien sûr.
Moi, si je suis un propriétaire qui agit en sans-dessein, j'ai certainement
plus peur aujourd'hui qu'hier avec ce montant-là. Alors, moi, je pense que
c'est une initiative, parmi tant d'autres, qui va nous aider à bouger
l'aiguille. Mais, encore une fois, je ne prétends pas que cette mesure-là,
comme toutes les mesures du Groupe d'action contre le racisme, vont éliminer le
racisme. Il va toujours avoir des personnes malveillantes dans la société. Ce
qu'on veut faire, c'est de montrer que ces personnes-là ne sont pas acceptables
et acceptées et de donner justice à ceux qui sont victimes.
M. Fontecilla : Très
bien. Et le rapport... le rapport du Groupe d'action sur le racisme et la
discrimination posait la question de la discrimination en emploi,
particulièrement dans le secteur de la construction. Quelles sont les mesures
que vous avez mises en place pour embaucher davantage de personnes issues des
minorités racisées?
M. Skeete : Grand
problème dans le secteur de la construction. Le nombre de personnes issues de
la diversité n'est pas représentatif de la population. C'est un enjeu qui est
encore actuel. Je travaille... avec la CCQ pour essayer de voir qu'est-ce qu'on
peut faire. La CCQ travaille, de son côté, à produire un plan à l'intérieur de
sa machine, avec les intervenants, les entrepreneurs, pour le faire. Je vous
rappellerais aussi que mon collègue, le ministre du Travail, a créé une
formation accélérée pour introduire plus de personnes dans le secteur de la
construction. Un des volets inclut de donner une plus grande place aux
personnes issues de la diversité, justement, pour accroître les nombres. Donc,
on essaie par tous les moyens, mais je vous concède le point que c'est un défi
important.
M. Fontecilla : Notre
collègue député de Saint-Henri—Sainte-Anne a proposé un programme de formation
des personnes issues, par exemple, des demandeurs d'asile, des formations.
Est-ce que vous croyez que ça pourrait aider à augmenter la proportion de
personnes racisées dans le secteur de la construction?
• (16 heures) •
M. Skeete : Mais, comme
je vous dis, dans le projet de loi 51, mon collègue a déjà étudié et
évalué cette avenue-là, et on regarde, justement, à accroître la présence des
personnes issues de la diversité dans ces formations-là. C'est définitivement
un chemin à favoriser pour augmenter le nombre de personnes qui sont
travailleurs issus de la diversité. Donc, très content que mon collègue a été
sensible à mes revendications à ce niveau-là. Et, dans le projet de
loi 51, il y a effectivement une place pour ça.
M. Fontecilla : M. le
ministre, il y a eu la présentation... le rapport du Groupe d'action contre le
racisme et la discrimination, il parlait beaucoup de sécurisation culturelle,
entre autres...
M. Skeete : ...à ce niveau-là,
et dans le projet loi n° 51, il y a effectivement une
place pour ça.
M. Fontecilla : M. le
ministre, il y a eu la présentation... Le rapport du groupe d'action contre le
racisme et la discrimination, il parlait beaucoup de sécurisation culturelle,
entre autres, il y a eu le projet 32. Quelle est votre implication dans
les mesures mises en place par les...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : M. le député, je dois vous annoncer que le bloc est
terminé.
M. Fontecilla : Merci.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Alors, je me tourne du côté du député de... de Jean-Talon,
pardon, pour une période de 7 min 10 s Le micro est à vous.
M. Paradis : Merci. Bonjour à
toutes et à tous. J'ai bien entendu le ministre et je pense qu'on traite d'un
sujet délicat, et, de fait, le ministre ne peut pas être tenu de dire :
«Bon, on va tout à coup éradiquer le racisme.» Je reprends ses paroles. Mais,
néanmoins, il y a un plan d'action qui contient des objectifs très clairs, et
je voudrais commencer par le premier, la première action : mettre fin aux
interpellations policières aléatoires. Dans le rapport Le racisme au Québec :
tolérance zéro, c'est la première action qui est mentionnée. Et là, ce qu'on
apprend, c'est que le gouvernement du Québec est en appel d'une décision du
tribunal qui dit : Il faut mettre fin aux interpellations policières. J'aimerais
quand même savoir du ministre quelle est la logique entre cette action et les
décisions du gouvernement.
M. Skeete : Il faut faire la
différence entre interception policière et interpellation aléatoire. Une
interpellation aléatoire, c'est quand on marche dans la rue et un policier nous
demande de nous identifier, nous demande qu'est-ce qu'on fait là, puis... etc.
Il y a interception policière, selon le code de l'article... le code de
sécurité routier, 636, qui est pour motif d'alcool au volant. Ce qui arrivait
trop souvent, c'était qu'on se servait de cet article-là, dans la loi, pour d'autres
raisons, à d'autres fins. Ce qu'on vient dire, c'est... dans la décision
Yergeau, la cour est venue dire que les interpellations pour 636 n'étaient plus
acceptables. Le gouvernement ne peut pas accepter ce jugement-là parce que ça
priverait nos policiers d'un outil important pour contrôler l'alcool au volant.
Par contre, ça ne veut pas dire qu'on peut faire indirectement ce qu'on ne peut
pas faire directement, c'est-à-dire de prendre l'article 636 pour aller à
la pêche et de discriminer contre les gens.
M. Paradis : Est-ce que le
ministre considère que cette décision d'aller en appel... — je
comprends, là, les distinctions qu'il fait sur le plan juridique — mais
est-ce qu'il considère que cette décision-là va contribuer à son plan, à la
réalisation de son plan de lutte au racisme?
M. Skeete : Je pense, en tant
qu'ancien agent de la paix et maintenant responsable de la Lutte contre le
racisme, que c'est une balance qui est délicate mais importante. Je crois que
les policiers doivent avoir les outils pour faire leur travail, j'y crois
foncièrement. De l'autre côté, en tant que personnes racisées, les personnes
ont le droit de vivre exemptes de racisme. Alors, on doit agir. C'est la raison
pour laquelle on a mis des dispositions pour des plaintes au commissaire de
déontologie. On a mis, aussi... Les citoyens ont le droit d'aller directement à
la commissaire pour demander à se faire entendre. On a aussi fait la
compilation de données.
M. Paradis : Très bien, mais
à ce moment-là, donc, on peut s'attendre à ce que le ministre insiste pour
continuer les activités de formation auprès des policiers, ou encore, là, on
pourrait se rabattre sur l'action 2, «ajouter des intervenants en services
sociaux aux corps policiers afin de créer des équipes de patrouilles mixtes».
Mais là, qu'a-t-on appris, aussi, récemment? La fin du financement de l'équipe
de concertation communautaire du Service de police de la ville de Montréal.
Encore là, quelle est la logique, et est-ce que le ministre considère que c'est
une mesure à même de favoriser l'atteinte des objectifs du plan de lutte au
racisme?
M. Skeete : Bien, la bonne
nouvelle, c'est que sur le plan de la formation, il n'y en a jamais eu autant
en matière de lutte contre le racisme. On a rajouté plus de 45 heures,
deux capsules, une troisième qui est en vigueur. On a fait aussi un partenariat
historique avec la CDPDJ, l'école de police, la déontologie. Donc, côté
formation, les choses vont très, très bien. Puis on a ajouté, aussi, la notion
de formation continue. Avant, ce qui arrivait, c'est que les policiers
sortaient de l'école, puis il n'y avait plus de notion de formation continue,
on a changé ça.
De l'autre côté, sur patrouilles mixtes,
je rappellerais aux collègues qu'on a donné plus de 220 millions de
dollars à la ville de Montréal pour accroître sa présence policière. C'était
leur choix d'abolir cette patrouille mixte là. Il n'y a rien qui les empêche de
prendre le montant qu'on a donné, qui était substantiel, pour remettre cela. Je
pense que le collègue, aujourd'hui, me dirait : On fait de l'ingérence
dans la police de Montréal, si on insistait pour qu'ils gardent quelque chose d'ouvert
quand c'est dans leur juridiction.
M. Paradis : Néanmoins, il y
avait un programme, appuyé par le gouvernement du Québec, et on y a mis fin. Et
là, je n'ai pas nécessairement eu de réponse sur : Est-ce qu'on pense que
ça contribue? C'est quand même... Il y a les actions 1 et 2, puis je
comprends que le ministre nous dit : Il ne peut pas être tenu à
l'éradication du racisme. Mais en réalité, là, c'est quoi, les mesures
d'atteinte de résultat du plan, si, à chaque fois, on <considère...
M. Paradis :
...à
l'éradication du racisme. Mais en réalité, là, c'est quoi, les mesures
d'atteinte de résultat du plan, si, à chaque fois, on >considère...
bien, mon collègue citait tout à l'heure les... le nombre de plaintes de la Commission
des droits de la personne et des droits de la jeunesse, on voit que les
plaintes qui sont sur la race, la couleur, l'origine ethnique ou nationale
comme motifs de discrimination, il n'y a pas vraiment de réduction dans les
dernières années? Et je comprends que vous allez... le ministre va dire :
Bien, ça ne peut pas être ça, mon résultat. Mais, quand même, c'est quoi,
les... Comment on fait pour voir si le ministre atteint des résultats tangibles,
avec ce plan-là?
M. Skeete : Je pense que le
collègue met le doigt sur quelque chose qui est très important. Comment qu'on
fait pour mesurer quelque chose qui est à la fois socialement inacceptable mais
présent? Puis je ne prétends pas... je ne prétends pas avoir les réponses à ces
questions-là. Ce qu'on fait, c'est qu'on s'est donné des objectifs mesurables
et vérifiables dans le cadre du Groupe d'action contre le racisme. Alors, en
étant précis dans les actions, qu'on a voulu éradiquer, je pense qu'on va être
en mesure de dire que... si oui ou non, on a réussi notre plan dans le cadre du
plan du Groupe d'action contre le racisme. Et peut-être, par la suite, il y
aura un autre plan. Mais comment on mange un éléphant, collègue? Une bouchée à
la fois.
M. Paradis : Bon, c'est... Alors,
allons dans un autre domaine. Je vous ramène moi aussi au sondage de
l'Association étudiante en sciences infirmières du Québec, qui démontre quand
même, là, des données inquiétantes. Tout à l'heure, on a parlé des gens qui se
disent victimes ou témoins d'incidents de racisme, c'est plus de la moitié des
répondants, mais aussi, de manière intéressante, 33,8 % des répondants ne
se sentent pas préparés à faire face au racisme. Et là, là aussi, pourtant,
quand on regarde le plan, l'action numéro 11, «inclure le thème du racisme
dans la formation obligatoire lors de formation initiale des enseignants — incluant
les enseignants dans ce programme de formation — mettre en place une
formation obligatoire et continue sur la question du racisme pour les employés
de l'État», encore une fois, est-ce qu'on pense qu'on atteint des résultats,
quand on voit des résultats de sondages comme ça, de gens qui sont sur le
terrain actuellement et qui disent que ça continue?
M. Skeete : Bien, si le
collègue pense qu'en mettant une formation à l'intérieur de l'appareil
gouvernemental, on va éradiquer le racisme, il se contredit, à comprendre
qu'effectivement, ce n'est pas une cible qu'il est possible de réduire...
d'éliminer le racisme. Ce qu'on doit faire, c'est de dire clairement, en tant
que leader et dans une position de leadership, que le racisme, au Québec, ce
n'est pas acceptable. C'est la raison pour laquelle on a mis des formations,
entre autres, avec le cours d'éthique et de culture, on met de la formation à
l'intérieur des universités, et les professeurs suivent des formations
optionnelles et obligatoires à l'intérieur de leur cursus. Puis, aussi, on est
en discussion avec le ministre de l'Éducation pour voir qu'est-ce qu'on peut
faire pour en rajouter davantage.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup, messieurs. Alors, on va terminer ces blocs
d'échange avec le gouvernement. Je reconnais la députée d'Anjou—Louis-Riel,
alors, pour une période de 7 min 7 s Allez-y.
Mme Boivin Roy : Merci
beaucoup, Mme la Présidente. Alors, salutations aux collègues des deux côtés
des banquettes, du gouvernement et de l'opposition. Salutations à M. le
ministre et à votre équipe.
Donc, nous parlons, depuis tout à l'heure,
là, de ce plan d'action 2021-2025, qui est un plan robuste pour lutter
contre le racisme et la discrimination. Le plan, comme vous nous l'avez bien
dit, M. le ministre, est le fruit des recommandations du Groupe d'action contre
le racisme. Il comprend une série d'actions prioritaires. Et l'objectif
principal de ce plan est de lutter contre le racisme et la discrimination dans
tous les domaines de la société québécoise.
Dans cette foulée, le gouvernement du
Québec a adopté une approche multidisciplinaire qui comprend plusieurs domaines
d'action. D'ailleurs, vous nous en avez parlé tout à l'heure. Quelques
exemples, M. le ministre.
Notre gouvernement a créé des prix pour
reconnaître et célébrer la contribution d'individus, d'organisations publiques,
d'entreprises et d'organismes à la lutte contre le racisme. Également, notre
gouvernement a mis en place des bourses en gouvernance de sociétés pour
consolider la contribution des membres de minorités visibles ou ethniques à la
gouvernance des sociétés d'État. Et un troisième exemple, le gouvernement a mis
en place une formation en gouvernance des sociétés d'État pour élargir le
bassin des candidatures de personnes membres issues des minorités visibles et
ethniques.
Bref, ce qu'on comprend, M. le ministre,
c'est que le plan d'action est un effort concerté qui reconnaît l'importance de
la diversité et de l'inclusion et qui vise à créer une société plus juste, plus
équitable et plus inclusive pour tous.
• (16 h 10) •
Alors, une première question pour vous. On
comprend que le plan se termine en 2025, que votre mandat est de donner suite
aux recommandations du rapport du Groupe d'action contre le racisme. Vous avez
expliqué que le groupe a été dissous suite à votre nomination. Alors, quelles
sont les suites du plan d'action? Quelles sont les suites à ces recommandations
aujourd'hui?
M. Skeete : Bien, la
collègue, elle pose une bonne <question...
Mme Boivin Roy :
...Quelles
sont les suites à ces recommandations aujourd'hui?
M. Skeete :
Bien,
la collègue, elle pose une bonne >question, Mme la Présidente, parce
que, vous savez, une fois qu'on a réalisé les actions, les 25 actions dans
le groupe de... les recommandations du groupe d'action, bien, la question se
pose : Qu'est-ce qu'on va faire après? Je vois dans ça une superbe
opportunité et un beau défi de définir à quoi va ressembler la lutte au racisme
dans les prochaines années. Je n'ai pas de secret à dévoiler aujourd'hui, mais
je peux vous dire qu'on est en réflexion. On est en réflexion à savoir quel
rôle on devrait avoir, à quoi ça devrait ressembler, comment ça devrait être
financé, c'est quoi, les efforts qu'on devrait mettre. Et je pense qu'on va
pouvoir livrer des belles choses, vraiment, là, puis je suis optimiste qu'on va
être en mesure de faire un legs qui va être important.
Parce que je pense que ça vaut la peine de
le dire : Dans les dernières années, il y a eu plein de rapports qui
parlaient du racisme au Québec, plein de rapports qui parlaient du racisme au
Québec. Puis il y avait plein de personnes qui disaient que c'était
épouvantable, puis qu'il fallait faire quelque chose, puis des rapports
tablettés, en voulez-vous, là? En v'là! Mais ce qui est arrivé, avec notre
gouvernement, c'est qu'on a finalement pris action. Puis ça, là, c'est une des
plus grandes fiertés que je peux avoir, parce que je pense au jeune garçon que
j'étais, victime de discrimination, et aujourd'hui, j'ai la chance de créer un
Québec de demain qui va être un peu mieux que pour ce jeune garçon là. Et quel
beau privilège, quelle grosse pression, mais quelle belle opportunité! Et c'est
ça que j'utilise pour me faire avancer dans ce dossier-là, d'être sûr que le
Québec que je construis pour mes enfants, en termes de lutte contre le racisme,
va être une place où est-ce que ça va être plus... il va être plus accepté,
plus le bienvenu et moins victime de discrimination que je l'étais. Et on
appelle ça du progrès. Et, pour moi, je pense, à force de faire du progrès, on
va arriver à quelque chose qui va être un Québec qui nous ressemble et qui nous
rassemble.
Mme Boivin Roy : Merci
beaucoup, M. le ministre. Alors, on entend de vous que vous êtes un homme de
tête et de cœur à la fois. Donc, c'est rassurant dans cette lutte qui,
effectivement, est une lutte de tout instant. Et ce qu'on note aussi, dans le
plan d'action, il y a une approche qui est globale, une approche d'un
engagement envers l'égalité. Donc, je pense que le plan se veut un modèle
inspirant pour d'autres juridictions qui cherchent à lutter contre le racisme
et la discrimination. Le gouvernement aussi doit montrer l'exemple, et en
matière d'intégration, entre autres — vous nous avez... vous en avez
parlé tout à l'heure — est-ce que vous pouvez nous donner des
exemples de mesures qui ont été mis en... mises en place dans cette
perspective-là? Et, également, quels en sont les résultats, si tant est que ça
a été mesuré, au moment où on se parle?
M. Skeete : Bien, comme je
l'ai dit tantôt, c'est... le rôle de coordonner à travers les différents
ministères, c'est... c'est très fluide. Un exemple, c'est le projet de loi n° 14, avec mon collègue François Bonnardel. On a discuté
ensemble, il m'a inclus dans son processus de réflexion. On était impliqués
dans la reddition de cette loi-là. Conclusion : on est venus dire, pour la
première fois de l'histoire, que tu ne peux pas te servir d'une disposition qui
est pour contrôler l'alcool pour faire autrement. Et si tu le fais, bien, c'est
une violation du code de déontologie. Alors, si quelqu'un fait ça pour des
motifs discriminatoires, c'est une... C'est une sanction déontologique qu'on
peut avoir, c'est... ça va de soi, mais ça n'existait pas avant. Pour la
première fois de l'histoire, on vient compiler les données. Si on fait une
interpellation, si on fait une interception, ça va être... ça va être
combiné... compilé. Pour la première fois, on va avoir l'information sur
l'ampleur du phénomène, au lieu des perceptions. On va pouvoir mesurer et
prendre des actions qui vont... qui vont s'imposer par la suite.
Je pense aussi aux enquêtes que la
commissaire, maintenant, peut déclencher elle-même. Avant, il fallait attendre
une plainte, ça fait que là, maintenant, si la commissaire détermine que ça
vaut la peine d'y aller, elle peut y aller. Puis, en même temps, un citoyen
peut déclencher une plainte en allant voir la commissaire à la déontologie.
C'est des petits changements qui ont un impact énorme sur le niveau de
confiance qu'un citoyen peut avoir à son service de police. Parce qu'il est là,
le plus gros défi. C'est ce bris de confiance qu'on a avec les communautés,
surtout afrodescendantes, et les policiers. Comment on fait pour leur donner justice?
On leur donne justice en leur donnant un recours et la validation, la
satisfaction de réussir à la fin. Si on fait ça, on bâtit les ponts, on règle
le problème, on sanctionne les mauvais, puis, en plus, on donne un sentiment
d'appartenance à ces Québécois-là. Et, pour moi, je pense que c'est comme ça,
un à la un, qu'on va réduire le problème.
Mme Boivin Roy : Merci
beaucoup. Il reste combien de temps, Mme la Présidente?
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : 18 secondes.
Mme Boivin Roy : Ah! Mon Dieu.
Très rapidement, M. le ministre.
M. Skeete : Ce fut très
agréable.
Mme Boivin Roy : Oui. Nous
sortons d'une session sur l'économie sociale. Est-ce que vous voyez un lien?
Les collègues ont fait des liens avec l'itinérance, avec le logement.
Faites-vous un lien entre la lutte au racisme et l'économie sociale?
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : C'est tout le temps que nous avions pour cette étude de <crédits...
Mme Boivin Roy :
...et
l'économie sociale?
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) :
...le temps que nous avions pour cette étude de >crédits
sur le portefeuille Comité exécutif de la Lutte contre le racisme.
Alors, en terminant, je dépose les
réponses aux demandes de renseignements de l'opposition.
Et, compte tenu de l'heure, la commission
ajourne ses travaux au mardi 23 avril à 9 h 30, où elle entendra
l'étude des crédits budgétaires du portefeuille Famille. Merci à tous et à
toutes.
(Fin de la séance à 16 h 15)