Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens
Version préliminaire
43e législature, 1re session
(29 novembre 2022 au 10 septembre 2025)
Cette version du Journal des débats est une version préliminaire : elle peut donc contenir des erreurs. La version définitive du Journal, en texte continu avec table des matières, est publiée dans un délai moyen de 2 ans suivant la date de la séance.
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Le
mercredi 6 novembre 2024
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Vol. 47 N° 55
Consultations particulières et auditions publiques sur le projet de loi n° 74, Loi visant principalement à améliorer l’encadrement relatif aux étudiants étrangers
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Intervenants par tranches d'heure
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Lecours, Lucie
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Roberge, Jean-François
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Setlakwe, Michelle
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Cliche-Rivard, Guillaume
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Paradis, Pascal
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Paradis, Pascal
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Lecours, Lucie
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Roberge, Jean-François
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Bogemans, Audrey
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Schmaltz, Valérie
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Lecours, Lucie
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Setlakwe, Michelle
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Cliche-Rivard, Guillaume
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Paradis, Pascal
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Lecours, Lucie
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Roberge, Jean-François
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Schmaltz, Valérie
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Morin, André Albert
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Lecours, Lucie
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Morin, André Albert
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Setlakwe, Michelle
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Lecours, Lucie
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Roberge, Jean-François
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Bogemans, Audrey
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Morin, André Albert
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Setlakwe, Michelle
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Paradis, Pascal
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Paradis, Pascal
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Lecours, Lucie
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Roberge, Jean-François
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Schmaltz, Valérie
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Schmaltz, Valérie
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Lecours, Lucie
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Morin, André Albert
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Setlakwe, Michelle
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Paradis, Pascal
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Lecours, Lucie
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Roberge, Jean-François
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Bogemans, Audrey
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Gendron, Marie-Belle
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Schmaltz, Valérie
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Morin, André Albert
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Morin, André Albert
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Lecours, Lucie
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Setlakwe, Michelle
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Paradis, Pascal
11 h (version révisée)
(Onze heures vingt et une minutes)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : À l'ordre, s'il vous plaît! La Commission des relations
avec les citoyens... Ah non! En fait... Je m'excuse. J'étais... j'étais déjà
dans la deuxième séance.
Alors, ayant constaté le quorum, je
déclare la séance de la Commission des relations avec les... avec les citoyens
ouverte.
Alors, je vous rappelle que la commission
est réunie afin de poursuivre les consultations particulières et les auditions
publiques sur le projet de loi n° 74, Loi visant principalement à
améliorer l'encadrement relatif aux étudiants étrangers.
Mme la secrétaire, est-ce qu'il y a des
remplacements?
La Secrétaire : Oui, Mme la
Présidente. Alors, Mme McGraw (Notre-Dame-de-Grâce) est remplacée par Mme Setlakwe
(Mont-Royal—Outremont); et Mme Prass (D'Arcy-McGee) est remplacée par M. Morin
(Acadie); et M. Bérubé (Matane-Matapédia) <est...
La Secrétaire :
...et
Mme Prass (D'Arcy-McGee) est remplacée par
M. Morin
(Acadie); et
M. Bérubé (Matane-Matapédia) >est remplacé par
M. Paradis (Jean-Lesage).
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Bienvenue à... mesdames et messieurs...
Des voix : ...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Jean-Talon, oui. Alors, bienvenue, mesdames et messieurs
les élus. Ce matin, nous allons entendre les groupes suivants : la Fédération
étudiante collégiale du Québec, qui est ici présente, et, un petit peu plus
tard, l'École de technologie supérieure.
Alors, messieurs, je vais vous demander de
vous présenter, et vous allez bénéficier, en tout et pour tout, d'une période
de 10 minutes pour votre exposé. Et, par la suite, on va échanger avec les
parlementaires. Le temps est à vous.
M. Dervieux (Antoine) : Merci,
Mme la Présidente. Merci à toutes les personnes présentes de nous accueillir ce
matin. Je me nomme, Antoine Dervieux, je suis le président de la Fédération
étudiante collégiale du Québec. La FECQ représente 28 associations
étudiantes membres à travers 13 régions administratives, soit près de 70 000 personnes
étudiantes à travers le réseau collégial.
Avant de plonger dans le vif du sujet, je
tiens à souligner que les récentes annonces concernant le Programme de
l'expérience québécoise ont pris de nombreux acteurs de l'enseignement
supérieur par surprise. On tenait à notifier que l'avis qu'on vous a présenté
aujourd'hui ne prenait pas en compte cette annonce.
Lorsque le projet de loi a été dévoilé, on
a pris le temps d'analyser les implications, puis particulièrement en ce qui
concerne la problématique qu'il cherche à résoudre. On observe un contexte
global où le nombre de personnes étudiantes internationales atteint des niveaux
sans précédent. Cependant, il est essentiel de garder à l'esprit qu'avoir...
qu'après avoir culminé à 28 000, en 2020-2021, le nombre de personnes
étudiantes internationales a connu une baisse continue, atteignant 15 000
en 2023-2024. Cette diminution ne fait qu'illustrer à quel point la spécificité
des réalités collégiales semble avoir été oubliée dans le présent projet de
loi. Il est impératif de mettre en lumière les enjeux auxquels sont confrontés
la population étudiante dans nos cégeps.
La FECQ tient aussi à rappeler l'impact de
la population étudiante internationale sur son milieu. Si on examine la
question de l'accessibilité aux études et de l'offre de programmes, en 2021, la
fédération des cégeps a confié à Aviseo Conseil le mandat de quantifier
l'apport économique au sein de la société des 5000 étudiants
internationaux dans le... dans le réseau des cégeps. On parlait d'une valeur — déjà
à l'époque — ajoutée de 62,8 millions de dollars, et c'est
177 emplois soutenus, dont 63 % des bénéfices se faisaient
majoritairement ressentir en région. La vitalité de cette population étudiante
internationale est indéniable, non seulement pour le réseau collégial, mais
également pour l'ensemble de la société québécoise qui bénéficie de sa
présence. La FECQ tient donc à souligner la vitalité de la population étudiante
internationale au sein du réseau collégial.
Lorsqu'il est question du projet de loi,
en analysant le parcours des étudiants internationaux, on constate une tendance
marquée vers les formations techniques, souvent plus accessibles pour obtenir
un permis d'études. Ces programmes permettent une... une entrée plus rapide sur
le marché du travail, mais ils vont également... moins en demande que les prêts
universitaires, d'où l'importance de la présence de la PEI pour le maintien de
l'offre de programmes.
Dans le rapport précédemment mentionné,
Aviseo Conseil a estimé à 145 le nombre de programmes qui pourraient fermer
leurs portes du jour au lendemain sans la présence de la population étudiante
internationale. Face à une population étudiante internationale représentant
environ 4,5 % des cégeps aujourd'hui, les enjeux sont d'autant plus
préoccupants, sans parler du réseau des collèges privés. La FECQ insiste donc
sur l'importance de préserver l'offre de formation, sans que celle-ci soit
affectée par la situation géographique. Nous recommandons donc que des mesures
soient mises en place pour protéger l'offre de formation dans les
établissements collégiaux, en particulier hors des régions métropolitaines.
Le projet de loi 74 prévoit aussi une
décision conjointe entre le MIFI et le MES concernant les demandes d'étudiants
internationaux. La FECQ tient à souligner que ce pouvoir ne devrait en aucun
cas servir à l'atteinte des objectifs du MIFI aux dépens du réseau collégial.
La FECQ souhaite aussi souligner la situation actuelle du réseau. Réduire la
PEI aura comme effet direct la réduction de l'offre de programmes due à la
dépendance des établissements collégiaux à la PEI. La FECQ recommande donc que
le MES n'utilise pas son pouvoir décisionnel pour ses propres objectifs
d'occupation des territoires.
En examinant le rôle fondamental de la
population étudiante internationale au sein de notre système collégial, il est
tout aussi important de reconnaître qu'au-delà de la simple diversification de
l'offre de formation il est essentiel au financement de nos établissements. Ce
financement se décline à travers trois composantes majeures : le maintien
de l'offre de formation, les besoins spécifiques des étudiants internationaux
et les droits de scolarité. Une réduction de l'effectif international aurait
des répercussions profondes sur le budget alloué aux cégeps, menaçant leur
viabilité financière. Ce constat est d'autant plus préoccupant pour les
établissements privés non subventionnés, qui, contrairement au réseau public,
ne bénéficient pas d'un financement gouvernemental.
Cette situation pourrait exacerber les
défis déjà présents et compromettre l'accès à une éducation de qualité pour
l'entièreté de la population étudiante. La FECQ recommande donc la création
d'une allocation spécialisée dans le régime budgétaire des cégeps pour
compenser les impacts du projet de loi 74. Cette allocation permettra aux
établissements qui devraient se priver du financement dû à la révision de leur
devis ou à la réduction de leur population étudiante internationale de
contribuer à offrir une qualité d'enseignement et de services au moins
équivalente à la situation initiale.
Alors que nos cégeps font déjà face à des
limitations budgétaires pour leurs activités courantes ou encore l'entretien de
leurs infrastructures, il est impératif de veiller à ce que la réduction de
l'offre de programmes ne se traduise pas par un abaissement drastique des devis
et, par conséquent, du financement nécessaire à leur fonctionnement. Grosso
modo, on veut éviter que les seuils d'immigration aient un impact négatif sur
l'offre de programmes puis sur le financement des cégeps.
À l'article 8 du projet de loi, la FECQ
souhaite émettre ses réserves <quant...
M. Dervieux (Antoine) :
...À
l'article 8 du projet de loi, la FECQ souhaite émettre ses réserves >quant
au principe de seuil minimal d'élèves résidents du Québec pour les collèges
privés. Pour qu'un établissement puisse offrir un programme menant à une
sanction d'études, il doit soumettre un dossier au ministère de l'Enseignement
supérieur, qui lui accorde un permis sous certaines conditions, notamment la
nécessité d'un nombre minimal d'inscriptions. Cela pose des défis majeurs pour
les établissements privés qui sont situés en dehors des grands centres urbains,
souvent déjà en proie à des difficultés d'inscriptions. Il est intéressant de
constater qu'alors que la majorité de la PEI se dirige vers le réseau public,
cette dynamique change radicalement lorsque l'on prend en compte le ratio
d'étudiants internationaux dans les établissements collégiaux. On parle de
4,5 % pour les établissements... pour les cégeps, en fait, et 36 %
dans les collèges privés non subventionnés.
Le projet de loi 74 propose des
modifications qui pourraient permettre au ministère de geler les activités des
collèges ou de restreindre leur autonomie en imposant des seuils pour les
étudiants résidents du Québec. La FECQ craint que cela porte atteinte à l'offre
de programmes et à l'autonomie des établissements pour gérer leurs admissions.
Nous recommandons donc qu'il soit ajouté à l'article 8 du projet de loi
que le ministère de l'Immigration, de la Francisation et de l'Intégration n'ait
pas la possibilité de déterminer un seuil minimal d'élèves résidents du Québec
qui pourrait empêcher l'ouverture dudit programme de manière directe ou
indirecte.
Je vais maintenant laisser la parole à mon
collègue.
M. Parisée (Jacob) : Oui,
bonjour. Donc, je m'appelle Jacob Parisée, je suis vice-président à la FECQ.
Aujourd'hui, je vais apporter les commentaires de notre fédération sur deux
aspects du projet de loi 74, d'abord l'administration du titre
d'établissement d'enseignement désigné, donc les EED, notamment la manière dont
le titre est attribué et par qui il l'est, ainsi que les changements
d'établissement qui pourraient être occasionnés par ce projet de loi dans sa
forme actuelle.
Donc, pour qu'un établissement puisse
accueillir des étudiants internationaux, il doit présentement obtenir le titre
d'EED. Actuellement, c'est l'article 1 du règlement sur l'immigration au
Québec qui définit ce que c'est, un EED, et, en ce moment, ça représente pas
mal tous les cégeps et tous les collèges privés qui ont un permis, conformément
à l'article 10 de la Loi sur l'enseignement privé. Cependant,
l'article 14 du projet de loi 74 vient supprimer cette définition et
la remplacer, via l'article 1 du projet de loi, par une disposition
permettant au gouvernement de donner ou de retirer le titre d'EED sur
recommandation du MES ou du MEQ et du MIFI.
À la FECQ, on est d'avis qu'un
établissement ne devrait pas obtenir automatiquement le statut d'EED simplement
parce qu'il est reconnu par un ministère. Toutefois, on croit que le projet de
loi actuel, en centralisant ce pouvoir au niveau gouvernemental, ne clarifie
pas la manière dont ce titre devait être... devrait être administré et laisse
place à des décisions potentiellement arbitraires et à un processus non
transparent. Selon nous, ce qui devrait être priorisé, c'est un processus
structuré et administré par le ministère de l'Enseignement supérieur. Confier
cette responsabilité-là au MES, ça permettrait de garantir que les décisions
soient fondées sur des critères éducatifs qui sont alignés avec les besoins du
réseau collégial et ceux des étudiants.
En Ontario, par exemple, c'est justement
le ministère des collèges et universités qui gère un processus détaillé de 23 pages
pour la désignation des établissements d'enseignement postsecondaire. Le
processus exige des engagements des établissements en matière de soutien aux
étudiants, de pratiques de recrutement éthiques et de respect de critères
spécifiques. Les établissements doivent également renouveler, là, leur
désignation périodiquement et ils ont le droit de faire appel en cas de refus.
Ensuite, là, du côté de l'Alberta, c'est
le ministère de l'éducation avancée, encore une fois, qui suit un processus en
cinq étapes. Ça permet d'assurer notamment, là, que les établissements offrent
ou dirigent la PEI vers des services de soutien comme des conseillers
académiques, des services de santé mentale, des services médicaux ou du logement.
Donc, concrètement, là, un processus
structuré puis administré par le MES, ça nous permettrait d'assurer que les
établissements d'enseignement sont prêts à accueillir des étudiants
internationaux, que les étudiants internationaux bénéficieraient d'un encadrement
approprié et que les décisions quant à l'administration du titre d'EED seraient
à la fois transparentes et exemptes d'arbitraire. C'est pour cette raison que
nous vous recommandons de mettre en place des critères et exigences clairs
quant à l'attribution et au retrait du titre d'EED, tout en confiant la
responsabilité au MES.
• (11 h 30) •
On veut maintenant aborder ce qui concerne
les changements d'établissement. Le point qu'on veut soulever aujourd'hui,
c'est qu'avec le PL 74 actuel les étudiants internationaux qui sont
inscrits dans des établissements d'enseignement pourraient plus facilement être
contraints de devoir changer d'établissement pour finir leurs études. Donc,
l'exemple qu'on peut donner, là, c'est que, dans le fond, pour renouveler un
permis d'études, les étudiants internationaux doivent être inscrits dans un
EED. En cas de retrait de désignation, ce qui serait désormais possible
grâce... bien, dans le fond, via l'article 1, ils seraient forcés de
trouver un autre établissement lorsque ce... dans le fond, lorsque ce serait
potentiellement venu le temps de renouveler leur permis d'études, alors que,
des fois, ça pourrait être des périodes de seulement trois mois avant
l'obtention du diplôme.
À la FECQ, on croit que le gouvernement
devrait garantir que les étudiants internationaux puissent terminer leur
programme dans l'établissement où ils ont été admis, même en cas de perte de
statut d'EED. En assurant cette continuité, on éviterait que... des
interruptions de parcours et on offrirait une sécurité essentielle pour les
étudiants internationaux.
Enfin, là, pour conclure, on tient à
rappeler que, derrière toutes les... dans le fond, derrière tous les chiffres
puis les procédures dont on discute ici, en commission, il se trouve des
personnes avec des parcours de vie puis des projets académiques qui leur
tiennent à cœur. C'est des étudiants qui viennent au Québec avec des rêves, des
ambitions puis qui contribuent de façon significative à notre société, tant sur
le plan économique, éducatif que culturel. Puis c'est en gardant cette réalité
humaine à l'esprit que nous devons évaluer et améliorer ce projet de loi. Donc,
on croit qu'en adoptant les recommandations que nous venons de vous proposer...
11 h 30 (version révisée)
M. Parisée (Jacob) : ...et
améliorer ce projet de loi. Donc, on croit qu'en adoptant les recommandations
que nous venons de vous proposer on peut continuer à faire du Québec une
destination accueillante et stable pour les étudiants internationaux. Et ça
conclurait donc ce que... dans le fond, les commentaires de la FECQ.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup, MM. Dervieux et Parisée, pour cette
présentation. On va donc commencer la période de questions des parlementaires.
Et je vais commencer avec M. le ministre, et vous avez 16 min 30 s
avec la banquette.
M. Roberge : Merci, Mme la
Présidente. Merci pour votre présentation très fouillée, très studieuse. On
voit que vous êtes passés à travers le projet de loi. Vous avez des éléments
que vous nous proposez. Puis je peux vous dire qu'on a pris en note vos
commentaires pour creuser chacune de vos propositions, de vos recommandations.
Reste qu'en ce moment on a beaucoup, beaucoup plus d'étudiants étrangers ou d'étudiants
internationaux qu'on n'en a jamais eu, beaucoup plus qu'on n'en a jamais eu. Je
précise que, de manière générale et globale, pour le gouvernement, c'est une
richesse, c'est une richesse d'un point de vue de la diversité, c'est une
richesse d'un point de vue économique. C'est une richesse qui nous permet de
faire de la recherche de pointe, de faire des relations internationales par la
suite, parce que, oui, il y a des gens qui restent ici, deviennent des nouveaux
Québécois, mais il y a aussi des gens qui repartent, mais qui sont souvent des
amis du Québec, hein? Ayant fait leurs études ici, leur alma mater est ici, et
puis ils ont des contacts, puis ça peut... ça peut être payant à moyen et long
terme. Cependant, on considère qu'en étant passé de 50 000 à plus
de 122 000 en 10 ans, c'est une croissance qui est très, très grande.
Je ne parle pas... ce n'est pas pour les cégeps, on parle pour tous les
étudiants internationaux. On pense que c'est un moment où on doit se poser des
questions. Le gouvernement fédéral, lui, ne se pose pas de questions, il a
tranché. C'est une approche qui est très, très différente, hein, on vit... on
voit une problématique, on dit : Manifestement, il devrait y avoir
réduction. On dépose un projet de loi, on consulte les gens, on écoute tout le
monde. Après ça, on se revire, on parle avec Éducation, on parle avec
Enseignement supérieur. On fait une consultation pluriannuelle et on détermine
des seuils d'immigration, notamment pour les temporaires. Ça, c'est la démarche
qu'on vous propose comme gouvernement.
Le gouvernement fédéral, lui, ne vous a
pas consultés, n'a pas fait la commission parlementaire, a décidé, l'an passé, de
réduire de 35 % d'un coup les étudiants étrangers dans le reste du Canada.
Ça ne s'appliquait pas au Québec l'an passé, mais, attention, ils s'en
viennent. Cette année, ils disent 10 %. Ils ciblent des secteurs. Et rien
ne dit pas que, l'an prochain, parce qu'ils ont fait moins 35, moins 10, donc,
moins 45 en deux ans, rien ne dit pas qu'ils ne descendront pas encore
davantage et que ça ne touchera pas le Québec. Dans ce contexte-là, voyant qu'Ottawa
s'en vient avec des réductions massives, sans consultation, et en imposant des
secteurs, est-ce que vous ne pensez pas que la démarche du Québec, en étant à l'écoute
des gens, en faisant une consultation ici puis une autre pour l'immigration
ensuite temporaire, c'est une démarche qui est beaucoup plus proche de vos
membres et qui est une démarche qui est supérieure, et qu'on devrait donc aller
de l'avant avec le projet de loi pour éviter qu'Ottawa ne nous impose quelque
chose qui ne nous ressemble pas?
M. Dervieux (Antoine) : J'entends
ce que vous dites par rapport à la population étudiante internationale qui n'a
cessé d'augmenter. Au risque de me répéter, là, en 2020-2021, on parlait de 28 000 personnes
dans le réseau collégial; 2023-2024, 15 000, c'est une réduction
drastique. La question de la proximité de la consultation, ce n'est pas tant le
sujet du projet de loi. Nous, aujourd'hui, on est là pour dire que le nombre de
personnes étudiantes internationales, en ce moment, dans le réseau collégial,
est nécessaire pour garder une offre de programmes, pour garder une
accessibilité aux études régionales. On ne peut pas se permettre de couper
cette population-là. C'est le point qu'on apporte aujourd'hui.
M. Roberge : ...je comprends
très, très bien, vous l'avez bien exprimé. C'est juste que le contexte étant ce
qu'il est, on a eu des coupures précédentes du gouvernement fédéral qui n'ont
pas touché le Québec dans les premières... dans les premières cibles, mais la
seconde devrait nous toucher. Puis la troisième vague qui s'en vient devrait
nous toucher assez solidement, dans la mesure où il y a une baisse du nombre d'étudiants
étrangers qui serait imposée par le gouvernement fédéral. Est-ce qu'on ne
devrait pas avoir nos lois québécoises qui connaissent et qui reconnaissent l'importance
des cégeps et des programmes en région, justement, parce qu'on en fait des
critères, justement, d'y aller en tenant compte des particularités régionales
plutôt que de baisser tout le monde d'un coup? Est-ce que vous ne pensez pas
que cette approche-là est supérieure à l'autre, et que tant qu'à avoir une
baisse, on voudrait la contrôler nous-mêmes? Il pourrait y avoir une baisse qui
préserverait plusieurs programmes en région, même certains... dans certains
cas, il pourrait y avoir des hausses, versus une autre démarche qui arriverait <unilatérale
d'en haut...
M. Roberge :
...plusieurs
programmes en région, même certains... dans certains cas, il pourrait y avoir
des hausses, versus une autre démarche qui arriverait >unilatérale d'en
haut, sans même que vous soyez appelés à témoigner comme vous le faites
aujourd'hui.
M. Dervieux (Antoine) : Je
pense que la première chose à mettre en perspective, c'est que les programmes
qui, du jour au lendemain, ne pourraient ne plus remplir les critères
nécessaires pour le maintien de ce programme-là, on parle de
145 programmes, à l'époque, de 2019-2020, où il y avait
5 000 personnes étudiantes, puis ça représentait 2 % du réseau
collégial. En ce moment, on est à 4,5 %, c'est environ
8 000 personnes dans les cégeps publics, puis là on ne parle même pas
des collèges privés non subventionnés qui totalisent 36 %. Au moment de la
présentation du projet de loi, on nous parlait de leviers juridiques dont
Québec voulait se doter pour travailler contre des abus. Là, le message change.
Nous, ce qu'on vous dit, notre message, il ne change pas, cette population-là,
on en a besoin, on doit la garder, on ne peut pas s'en départir.
M. Parisée (Jacob) : Puis,
bien, peut-être, si je peux justement aussi ajouter, là, si on parle au niveau
fédéral, il n'y a rien, moi, dans le projet de loi que j'ai vu qui venait
toucher au niveau des permis d'études. Donc, même si, justement, le
gouvernement viendrait se doter de leviers en termes des seuils, et donc parler
justement des CAQ, ça reste que le gouvernement fédéral pourrait quand même
continuer à venir refuser des permis d'études. Et donc, après ça, on pourrait
seulement avoir des personnes étudiantes qui resteraient pendant moins de six
mois sur le territoire québécois. Donc, ça reste que les leviers fédéraux
seraient quand même encore présents même après l'adoption du projet de loi,
sous sa forme actuelle, selon nous.
M. Roberge : Merci. Bon, je
comprends que, sur cette démarche-là, votre réflexion, en tout cas, est faite
ou, enfin, vous n'étiez pas préparés à ces questions-là lorsque vous vous en
veniez. Cependant, je vous amène à une autre question. Quand on a... Si on a
des programmes qui ont un nombre très, très, très élevé d'étudiants
internationaux, 60 %, 70 %, 80 %, 90 %, ça pose une
question, selon le Commissaire à la langue française, c'est le premier à être
venu témoigner hier matin. Il nous dit que ça pose une question pour la langue
française, mais aussi une question pour l'intégration à la nation, pour la
mixité. Est-ce que vous n'êtes pas d'accord pour qu'il y ait, dans certains
cas, une préoccupation du gouvernement, des indications du gouvernement à
l'effet qu'il doit y avoir un certain nombre, un certain pourcentage de
Québécois dans des programmes? On sait que plusieurs étudiants internationaux
gardent des programmes québécois en vie et permettent à des Québécois d'accéder
à ces programmes-là. Ce n'est pas remis en question, on ne veut pas faire
fermer des programmes, ça, c'est certain. Mais s'il n'y avait des programmes
qui n'étaient en vie que pour les étudiants internationaux, est-ce que vous ne
pensez pas que le Québec devrait se pencher sur cette situation-là?
M. Dervieux (Antoine) : Ces
programmes-là qui cumulent des hauts taux de population étudiante
internationale comptent quand même un certain taux de population étudiante
résidente au Québec. Puis, au nom de l'accessibilité aux études, qu'elle soit
régionale, on a besoin de garder ces programmes-là pour être capable d'offrir
ce programme-là encore aux 10 %, 20 %, 30 % de personnes qui
fréquentent ce réseau-là.
L'enjeu, en fait, qu'on a, c'est que,
justement, avec ce projet de loi là, on vient donner davantage de pouvoirs au
MIFI au sein des démarches en enseignement supérieur. L'enjeu, c'est que,
depuis le début, on nous parle de langue française, on nous parle de seuils
d'immigration. L'enjeu, c'est qu'on a une question d'accessibilité aux études, on
a une question d'offre de programmes. On a besoin de garder cette offre de
programmes là. Pour toutes ces raisons-là, nous, on considère que ces
questions-là devraient rester à la discrétion du ministère de l'Enseignement
supérieur, parce qu'on a besoin que les intérêts qui soient défendus dans la
question de l'offre de programmes, ce soit l'offre de programmes et non pas les
seuils d'immigration.
• (11 h 40) •
M. Roberge : Je veux vous
rassurer à cet égard-là, je pense que c'est l'article 3, c'est assez clair
que ça doit faire l'objet d'une recommandation conjointe, hein, quand on arrivera
à terme de cette réflexion-là. Donc, ce n'est pas le ou la ministre de
l'Immigration qui prendrait la décision. Cependant, on peut considérer que,
dans certains endroits, on ne parle pas de remettre, d'aucune manière, en
question la vitalité des programmes. Puis on sait qu'il y a certains programmes
qui restent en vie grâce à la présence d'étudiants internationaux. Mais il
pourrait y avoir des programmes où il y a six classes, le programme n'est pas
menacé, mais si on réduisait de moitié les étudiants internationaux, on
pourrait fonctionner avec quatre classes, admettons.
Mais, avec quatre classes, il y aurait
quand même le programme ouvert pour tous les Québécois. Il y aurait quand même des
étudiants internationaux, mais on aurait peut-être moins d'enjeux de locaux ou
de pénurie d'enseignants ou de pénurie de loyers et... ou alors de problèmes
d'abordabilité de loyer. Parce que j'imagine que vos membres ont des enjeux,
ils vous en parlent de la question de la pénurie de logements. <On le
voit...
M. Roberge :
...ou
alors de problèmes d'abordabilité de loyer. Parce que j'imagine que vos membres
ont des enjeux, ils vous en parlent de la question de la pénurie de logements. >On
le voit dans les journaux, il y a des étudiants qui passent leur session à
l'hôtel. Est-ce que c'est quelque chose dont vos membres vous parlent, la
question de l'accessibilité à un logement puis de l'accessibilité à un logement
qui soit abordable?
M. Dervieux (Antoine) : Ma
réponse va se faire, là, sur deux pans. Premier pan, par rapport à l'idée de
réduire un programme qui aurait six classes à quatre classes, l'enjeu, c'est
que ça, ça a un impact direct sur les devis, sur le financement des cégeps. Avec
le réseau du système collégial, en ce moment, on parle d'infrastructures, on
parle de services en général. On ne peut pas se permettre de réduire ce
financement-là. On doit garder les devis intacts. On ne peut pas se permettre
de les réduire. Donc, le financement des cégeps passe, là, directement, en
quelque sorte, justement, par la présence et la vitalité de cette
population-là.
Par rapport à la question du logement, je
tiens à souligner que les bourses Parcours aussi rajoutent du poids sur le parc
locatif, disons, des régions, mais on ne se pose pas de questions sur ce
programme-là parce que c'est un programme qui met de l'avant la
régionalisation. Donc, oui, la population étudiante internationale apporte un
poids sur le marché locatif, comme les bourses Parcours en apportent un, mais
on garde en tête aussi que la population étudiante internationale participe à
la société, travaille, apporte une valeur marchande. C'est les chiffres
d'Aviseo Conseil, qui dataient de 2019-2020, quand il y en avait 5 000. On
en a 16 000 en ce moment.
M. Roberge : OK, mais je
comprends votre préoccupation. Je dois vous dire qu'il y a une... il y a une
inquiétude de mon côté, comme ministre d'un gouvernement qui est nationaliste,
de voir le fédéral s'ingérer. Et il y a comme une, je pense, une responsabilité
qu'on a, comme gouvernement national du Québec, de se doter d'une loi qui nous
donne des leviers pour prendre des décisions, que ce soit face à une montée
vraiment grande du nombre d'étudiants ou tout simplement pour être certains que
les décisions qui sont prises par rapport à notre réseau, ces décisions, qui soient
prises par et pour les Québécois, en considérant les réflexions de nos
partenaires que vous êtes d'ailleurs. Si le fédéral arrivait tout à coup et décrétait
une réduction à 100 000 étudiants, 100 000 permis d'études sur
le territoire québécois, qu'est-ce qui arriverait si on n'avait pas la loi
actuelle? C'est le libre marché, entre des universités et des collèges privés,
les cégeps, qui déciderait où vont ces 100 000 permis d'études qui
seraient délivrés par Ottawa, et on ne pourrait pas faire les choix nécessaires
de prendre soin de nos régions ou de s'assurer que les programmes soient
maintenus.
Un peu de la même manière, le Parti
québécois qui, sans cette loi-là, a décidé : Bien, nous, on passerait de
122 000 à 50 000, on aurait 70 000 étudiants de moins sur
le territoire québécois. On ne sait pas s'il est d'accord avec le projet de loi
ou pas, mais, en tout cas, il ne l'a pas mis comme une condition, il a dit :
Mais, nous autres, on couperait 70 000 étudiants. Il nous ferait un
peu la passe-passe que fait le fédéral, c'est un paradoxe d'ailleurs, et ça
aurait un impact très grand.
Comment vous voyez la perspective d'une
baisse drastique comme ça, qu'elle vienne soit du gouvernement canadien, soit
de ce que le Parti québécois met de l'avant, d'une baisse drastique sans
protéger les institutions et les programmes?
M. Dervieux (Antoine) : Je
vais... Je vais m'exprimer puis, après ça, je laisserai mon collègue aussi. Ce
qu'il faut garder en tête, c'est qu'on n'a pas envie que la population
étudiante internationale se retrouve au milieu d'un bras de fer puis soit
instrumentalisée entre le gouvernement provincial et le gouvernement fédéral.
En ce moment, on s'entretient ensemble au niveau provincial. On a la
possibilité de mettre de l'avant des mesures qui seraient capables de
revitaliser nos régions, qui seraient capables de garder une offre de programmes
pour nos régions, mais aussi pour nos régions métropolitaines. Donc, je vous
dirais qu'en ce moment, là, on est un peu sur un faux débat, là.
M. Parisée (Jacob) : Puis, tu
sais, je pense que justement, encore une fois, là, pour revenir sur le bras de
fer, donc, entre le fédéral puis le provincial, ce qu'il faut encore mettre de
l'avant, c'est le processus pour justement venir étudier au Québec, en tant
qu'étudiant international. La première étape est justement de faire sa
demande... sa demande d'admission dans un établissement d'enseignement désigné,
ensuite, une fois qu'on a cette réponse-là, on fait notre demande de CAQ et
ensuite on fait notre demande de permis d'études.
Le projet de loi 74, qu'est-ce qu'il
vient faire, c'est qu'il vient ajouter des pouvoirs au MIFI, donc, pour
justement l'étape du CAQ, donc, pour pouvoir mettre des seuils, justement, mais
ne vient, en aucun cas, faire qu'il pourrait gagner un peu justement ce bras de
fer là et donc passer par-dessus des décisions que le fédéral prendrait. Donc,
tu sais, on pense encore une fois, là, que tout ce qui est amené au niveau
fédéral versus provincial, il n'y a pas vraiment grand-chose qui vient être
modifié là-dedans de notre point de vue. Et, encore une fois, ça a de l'importance
est surtout de s'assurer qu'on est capables de maintenir une population
étudiante internationale et de ne pas participer dans des guerres de chiffres,
là, qui sont...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci...
M. Parisée (Jacob) : Parfait.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : ...merci beaucoup. Merci. Alors, on a réajusté le temps
pour regagner un petit peu <le retard...
M. Parisée (Jacob) :
...participer
dans des guerres de chiffres, là, qui sont...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) :
Merci...
M. Parisée (Jacob) :
Parfait.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) :
...merci beaucoup. Merci. Alors, on a réajusté le
temps pour regagner un petit peu >le retard. Alors, je me tourne du côté
de l'opposition. Mme la députée de Montréal... Mont-Royal—Outremont,
vous avez une période de 9 min 18 s.
Mme Setlakwe : Merci. Merci à
vous deux pour la qualité du mémoire qui a été soumis à la commission et,
surtout, pour la qualité de votre... votre présentation ce matin, et l'échange
de qualité, vos réponses sont... sont impressionnantes... Et loin de moi l'intention
de venir réduire l'importance d'avoir un débat sur ces questions fondamentales.
C'est important, puis aucun reproche n'est... n'est fait ici, de ma part, là,
au ministre, qui veut mettre de l'avant toutes ces questions, tous ces enjeux
et l'opportunité d'avoir un débat. Mais je dois revenir sur certains mots qu'il
a utilisés, peut-être qu'il n'a pas aimé la réponse que vous avez donnée. Il a
dit que vous n'étiez peut-être pas préparés à... à certaines questions qui vous
ont été posées. Bien, de mon côté... de notre côté, j'ai trouvé que vous étiez
extrêmement préparés, très bien préparés pour venir présenter vos arguments, et
je pense que vous avez, en tête, l'ensemble du dossier, autant le volet qui
relève du fédéral, que le volet qui relève du provincial. Donc, bravo pour ça,
vos réponses sont solides.
D'emblée, là, puis je ne veux pas avoir l'air
simpliste, parce que votre... votre mémoire, il n'est pas simple du tout, il
est très détaillé, vous allez... vous apportez énormément de... de matière à
notre réflexion, mais je dois vous demander, là : Est-ce que vous, vous
êtes de l'avis qui a été... qui a été émis, hier, par la Fédération des cégeps,
et aussi d'autres... d'autres acteurs du milieu de l'enseignement supérieur, à
l'effet que vous souhaiteriez que les cégeps soient exclus du projet de loi?
M. Dervieux (Antoine) : Ce n'est
pas une recommandation qui est dans notre avis. Par contre, on comprend le
bien-fondé de cette recommandation-là. Il y a, en effet, des risques pour les
cégeps publics avec les mesures qui seraient mises de l'avant. Encore une fois,
ce n'est pas une recommandation qui est dans notre avis, mais on comprend le
bien-fondé de cette recommandation-là.
M. Parisée (Jacob) : Puis si
je peux, peut-être, juste, par exemple, là, ajouter un peu. Quand, justement,
par exemple, on vient parler de... bien, dans le fond, de tout ce qui est au
niveau de l'exemption, nous, par exemple, qu'est-ce qu'on vient mentionner en
termes, justement, de comment gérer, justement, là, ces nouveaux seuils là que
le MIFI, dans le fond, pourrait mettre de l'avant, bon, sur recommandation du
MESS, c'est qu'on ne veut, justement, vraiment pas que ça ait a un impact sur l'offre
de programmes et le financement des cégeps. Donc, même si, dans l'avis, on n'est
pas nécessairement... on ne parle pas nécessairement d'exemption, on parle
quand même de s'assurer qu'il y a vraiment des... des bons critères qui sont
gardés en tête, puis qu'on ne met pas de décisions qui sont purement politiques
ou qui peuvent vraiment être variables, là, d'une année à l'autre, là.
Mme Setlakwe : Je comprends
très bien. Il faut, donc, qu'on revienne sur... mais, de un, sur... avant d'arriver
aux programmes puis de l'offre de formation. On a compris, et puis c'est mentionné
dans votre présentation, dans votre mémoire, qu'au niveau des... des cégeps
publics la proportion d'étudiants étrangers est, somme toute, assez limitée,
et... Vous êtes d'accord avec ça? Diriez-vous que... Puis j'emprunte une
expression que... que le ministre emploie dans ses divers propos au sujet du
projet de loi, il dit qu'il va... il va y aller de façon chirurgicale. Mais
est-ce que vous êtes... vous êtes d'avis que, du côté des… des établissements
eux-mêmes, parce qu'il faut reconnaître leur autonomie, qu'eux-mêmes opèrent de
façon chirurgicale dans leur démarchage pour pouvoir aller chercher les
étudiants dont on a besoin, pour aller cibler les... les programmes qui sont
essentiels, les programmes qui sont critiques, les programmes qui sont
essentiels à la population?
• (11 h 50) •
M. Dervieux (Antoine) : Dans
le même rapport dont je parle depuis tantôt, là, le rapport d'Aviseo Conseil,
il y avait mention du fait que, pour les chiffres de 2019-2020, Emploi-Québec avait
fait paraître la liste des métiers qui étaient... qui avaient le plus de
pression, en fait, où il y avait le plus gros manque de main-d'œuvre. Puis, sur
les 10 plus gros manques de main-d'œuvre, disons, les 10 plus gros domaines en
manque de main-d'œuvre, il y avait 24 % des 5 000 étudiants
internationaux qui étudiaient dans ces programmes-là. Donc, la population
étudiante internationale participe activement à l'effort au manque de main-d'œuvre,
justement, puis est un peu utilisée, justement.
Puis ce n'est pas nécessairement la
position de la FECQ, là, on est en défaveur de la marchandisation du savoir, de
l'utilisation du savoir, mais la population étudiante internationale participe
activement, justement, à combler certains domaines comme ça. Donc, est-ce que
les établissements opèrent de manière chirurgicale ou pas? Ce ne serait pas
forcément à moi d'en parler, là, nécessairement.
Mme Setlakwe : OK, mais c'est
ce qu'on a compris de la présentation hier. Mais revenons tout de même à... à l'importance
de la présence des étudiants étrangers, parce que c'est vraiment de ça dont on
parle, pour assurer que certaines formations soient données. Puis là vous avez
même mentionné qu'il y a <145 programmes...
Mme Setlakwe :
...de
la présence des étudiants étrangers, parce que c'est vraiment de ça dont on
parle, pour assurer que certaines formations soient données. Puis là vous avez
même mentionné qu'il y a >145 programmes. Est-ce qu'on parle ici de
former des étudiants... ou former exclusivement des étudiants étrangers? Mais ce
n'est pas ça que je comprends de votre propos, c'est que les étudiants
étrangers participent, puis là vous avez parlé d'à hauteur d'autour de
24 %, mais, si on ne les avait pas, on ne serait pas capables d'offrir des
programmes.
M. Dervieux (Antoine) : En
fait, pour l'établissement d'un programme, il y a deux critères à respecter. Il
y a 50 personnes, au total, dans le programme, puis il y a entre sept et
10 personnes dans la première année du programme, dépendamment de la
région où il se situe. Le rapport d'Aviseo Conseil, justement, chiffrait le
nombre de programmes qui ne respecteraient pas l'un ou l'autre des critères,
puis ça tombait à 145 programmes. Puis on aurait tendance à penser que
c'était juste des cégeps de région, qu'il n'y avait rien à Montréal ou à
Québec, bien, il faut se détromper, parce que c'est... si je ne me trompe pas,
là, c'est 17 programmes dans la région de Montréal, puis, à Québec, c'est
aux alentours de 10, 13, quelque chose comme ça, donc... c'est 14.
Donc, il y a quand même un impact de la
population étudiante internationale dans les régions métropolitaines. Ce n'est
pas seulement les régions éloignées qui... ou le reste du Québec, là, qui
bénéficient de cette population-là, c'est tout le Québec qui en bénéficie.
Mme Setlakwe : Oui, c'est ce
qu'on a compris, effectivement... que ces programmes qui répondent à des
besoins critiques, c'est autant en région, que dans les grands centres. Et je
pense que, pour le bénéfice de la commission, ce serait utile que vous mettiez
de l'avant... il y en a probablement dans votre mémoire, là, mais, tu sais, de
l'avant des exemples concrets, là, pour que les gens saisissent que les
étudiants étrangers assurent qu'on puisse offrir des formations qui sont
nécessaires pour la population. Ça répond à des besoins. La population
vieillit. Les services publics sont mis à mal. On a donc besoin d'offrir, de
former la relève pour pouvoir offrir des services à la population. Donc, si
vous avez des exemples à soumettre, là, ce serait opportun de le faire.
M. Dervieux (Antoine) : Bien,
je pense que c'est intéressant, justement, de... Bien, je reviens un peu avec
les mêmes chiffres qu'on sortait, le 145 programmes qui pourraient fermer
du jour au lendemain. Ça, c'est un problème parce qu'on est dans un... Le
Québec, depuis longtemps, met l'emphase sur les études supérieures, encourage
la population à poursuivre ses études après le secondaire, à aller au cégep, à
l'université, mais, après ça, on se rend compte que c'est 145 programmes
qui pourraient fermer du jour au lendemain, puis là on a un débat sur :
Ah! mais est-ce que... c'est quoi, les plus gros intérêts entre l'offre de
programmes ou les seuils d'immigration?
Nous, ce qu'on vous dit, c'est que, si on
veut continuer à mettre de l'avant l'enseignement supérieur, si on veut
continuer à avoir une offre de programmes qui se vaut, qui donne accès à
l'enseignement supérieur à toutes les personnes étudiantes, pas seulement au
Québec. Le rayonnement à l'international du Québec est important, si on veut
continuer à mettre ça de l'avant, il faut qu'on garde cette population-là,
parce que, sans elle, c'est au moins 145 programmes. Ça, c'est les
chiffres de 2019-2020, là, je le... je le rappelle, probablement qu'en ce
moment ce serait encore plus grand. On a besoin de garder cette population-là
pour garder une offre de programmes régionale, mais aussi dans les régions
métropolitaines.
Mme Setlakwe : Merci. C'est
très clair. Et donc, si on tente d'identifier une problématique... Parce qu'ici
vous n'êtes pas en train de mettre de l'avant des problématiques, des enjeux,
vous êtes plutôt en train de mettre de l'avant l'importance d'assurer qu'on
puisse continuer d'attirer des étudiants étrangers. Mais je dois vous demander :
Est-ce que... Est-ce qu'il y a une problématique... Puis on sait que certains
collèges ont peut-être usé de pratiques abusives qui ont fait en sorte que le
nombre d'étudiants était peut-être, de façon démesurée, très, très fort dans
certains collèges privés. Est-ce que vous diriez que cette problématique-là,
elle est sous contrôle?
M. Dervieux (Antoine) : En
fait, ce que je vous dirais, c'est qu'il y a déjà eu, comme la ministre
Fréchette l'a mentionné au moment de l'annonce du projet de loi, des abus, la
situation, c'est que, lorsqu'il y en a eu, il y a eu des... il y a eu, pardon,
des procédures qui ont été mises de l'avant pour essayer de répondre à ces
enjeux-là puis essayer d'y contrevenir. On est dans une situation où, en ce
moment, 16 000 personnes étudiantes dans le réseau de l'enseignement
supérieur, 16 000 PEI dans le réseau d'enseignement supérieur ou, en tout
cas, réseau collégial, ce n'est pas un abus. On n'a pas besoin de se doter de
leviers juridiques ou de leviers légaux pour être capable de contrôler cette
population-là, parce qu'on ne considère pas que c'est un abus, on considère que
c'est nécessaire pour la vitalité de notre offre de programmes.
Donc, je vous dirais qu'on tombe un peu en
ce moment dans une situation où on nous propose un projet de loi pour répondre
à un problème, mais, en ce moment, la situation se passe, somme toute, bien de
ce côté-là.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Je dois vous arrêter. Cette partie des questions étant
terminée, on se dirige du côté du deuxième groupe d'opposition pour une période
de 3 min 06 s.
M. Cliche-Rivard : Merci, Mme
la Présidente. Merci, d'abord, pour votre excellente présentation puis vos
réponses très préparées, très étayées, très fouillées. Merci. Je note quand
même un changement de narratif que je trouve... important et intéressant, là,
derrière la... après la levée de boucliers d'hier, on voit un changement
majeur, là. Le ministre soulève tout à fait le spectre <des coupes
fédérales...
M. Cliche-Rivard :
...important
et intéressant, là, derrière la... après la levée de boucliers d'hier, on voit
un changement majeur, là. Le ministre soulève tout à fait le spectre >des
coupes fédérales, ce qui est assez ironique, d'ailleurs, venant de ce
gouvernement-là, en disant essentiellement : C'est moi qui vais décider où
je vais couper, alors que vous, ce que vous nous dites, c'est que, dans les
cégeps, on ne peut pas couper. Donc, ça ne répond pas vraiment à votre
inquiétude ou à vos revendications. Vous l'avez dit, puis vous le savez, la
gestion puis le partage des pouvoirs sur les étudiants internationaux, ça
ressort de l'Accord Canada-Québec, pas du projet de loi 74. Mais ce
gouvernement-là, il refuse de renégocier l'Accord Canada-Québec, donc, ça
répond à notre question.
Vous, ce que vous nous expliquez, c'est
plutôt qu'il y a 145 programmes qui pourraient fermer. Vous nous parlez de
réductions directes de programmes. Vous parlez de menace à la viabilité
financière. Je vous ai noté, là, «compromettre l'éducation de qualité», puis
que c'est nécessaire pour la vitalité de notre offre de programmes. Alors, vous
n'êtes pas du tout en phase avec les objectifs du projet de loi, si je
comprends bien.
M. Dervieux (Antoine) : Non,
absolument pas.
M. Cliche-Rivard : Et, selon
vous, vous ne comprenez pas ou vous ne voyez pas la nécessité de légiférer avec
le projet de loi 74?
M. Dervieux (Antoine) : Bien,
en fait, ce que je vous dirais, c'est qu'en ce moment, selon nous, là, le
réseau n'a pas forcément besoin de ça. Puis, oui, il y a une portion de ça qui
est fédérale, mais, en ce moment, on s'entretient dans une... dans une enceinte
provinciale, où on a la possibilité de légiférer au niveau provincial. Donc,
nous, on préférerait vraiment s'attarder aux possibilités provinciales.
M. Cliche-Rivard : Et vous
l'avez quand même bien noté, puis c'est intéressant, là, le départ de la
définition qui ne causait pas problématique, finalement, dans le règlement, sur
qu'est-ce qui est un établissement d'enseignement. Puis le fait que, tout d'un
coup, il n'y a plus aucune balise. Tout d'un coup, on n'a plus de procédure ou
on n'a pas de procédure de suspension ou de révocation. On n'a pas les critères
qui vont permettre de qualifier. On n'a pas les critères peut-être de droits
acquis pour des étudiants, étudiantes qui se retrouveraient, là, en plein
milieu de leur parcours étudiant à perdre leurs... leurs qualifications. Donc,
vous, vous l'avez qualifié dans votre présentation, tout ça, c'est pas mal
arbitraire, si je comprends bien, là?
M. Parisée (Jacob) : Bien, définitivement,
là, puis on trouve ça, justement, un peu ironique qu'on se compare au fédéral,
mais que, par exemple, quand nos autres provinces ont des pratiques, justement,
de processus qui sont très détaillés, qui ont plusieurs pages, puis qui, en
plus, sont administrées par, en tout cas, l'équivalent du ministre de
l'Enseignement supérieur, là, par exemple, on n'a pas envie vraiment de se fier
à eux, puis qu'on vient vraiment juste donner le pouvoir directement au MIFI,
en disant, par exemple, que c'est sur recommandation du ministère de
l'Enseignement supérieur ou du ministère de l'Éducation du Québec.
Donc, nous, c'est certain, là, qu'on
encourage fortement le gouvernement vraiment à se doter d'un processus clair
qui vient vraiment, là, sous toute transparence, dire c'est quoi, les critères,
puis les exigences pour les établissements d'enseignement, pour être considéré
comme... bien, dans le fond, pour pouvoir accueillir des étudiants
internationaux. En tout cas, si c'est justement ce que veut faire le
gouvernement, en venant enlever, justement, là, l'article 14... bien, dans
le fond, en mettant l'article 14 dans le projet de loi 74, qui vient
enlever, là, la définition dont on vient de parler. Donc, on pense que c'est
important qu'il y ait eu un processus clair, parce qu'en ce moment ça pourrait
vraiment mener à des décisions qui sont politiques et arbitraires, là.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Je vous remercie. Le temps imparti au deuxième groupe
d'opposition est terminé. On termine le tout avec le député de Jean-Talon,
3 min 6 s.
M. Paradis : Moi aussi, je
veux vous féliciter pour la qualité de votre mémoire et de vos interventions
aujourd'hui. Et on va continuer sur le même sujet, comme ça on va pouvoir
compléter. En fait, si je vous suis bien, vous dites que non seulement il n'y a
pas de clarté, dans le projet de loi 74, mais, en plus, il pourrait
empirer les choses avec les modifications. Vous écrivez que le nouvel article
sur la désignation des établissements désignés ne vient, en aucun cas, donner
un cadre à ladite désignation, mais, en plus, il attribue officiellement le
pouvoir au gouvernement pour que ce dernier s'en serve comme bon lui semble.
Donc là, on n'avance pas, on reculerait. Je vous suis bien?
M. Parisée (Jacob) : Bien,
définitivement, là, puis, concrètement, nous, on est quand même en faveur que,
justement, on vienne dire aux établissements : Voici les bonnes
pratiques. Venez justement donner du soutien, accompagner vos étudiants
internationaux, parce qu'on l'a mentionné justement tantôt, ce n'est pas
nécessairement tout le temps facile de se trouver du logement, si on
encourageait encore plus les établissements à aider, justement, la population
étudiante internationale dans cette recherche-là, on pense que ce serait
bénéfique. Donc, nous, on est vraiment en faveur de venir dire aux
établissements comment ça pourrait être amélioré.
• (12 heures) •
Maintenant, par exemple, comme on vient de
le dire, en ce moment, il n'y aurait juste pas de processus. Puis concrètement
qu'est-ce qu'on viendrait faire, c'est passer de tout établissement qui est
reconnu, en plus, tu sais, je tiens à le dire, par le ministère de
l'Enseignement supérieur ou par le ministère de l'Éducation, ne serait plus
nécessairement une... Puis, en plus, à la place de donner... à la place de
laisser le pouvoir, même si c'était indirectement, en ce moment, là, au
ministère de l'Enseignement supérieur, on le donnerait au MIFI. Donc, même si,
en tant que tel, il n'y avait pas de réel processus, puis que c'était le MESS,
ça reste qu'on pense que changer ce pouvoir-là à un autre ministère, c'est...
ce n'est pas très raisonnable.
M. Paradis : Vous avez eu un
échange avec le ministre, tout à l'heure, dans lequel il dit : Mais vous
ne croyez pas que notre approche est la meilleure? Puis vous, vous avez dit :
On veut éviter les débats de juridiction, mais il vous disait : Est-ce que
notre approche n'est pas meilleure? Nous, on reconnaît l'importance des
étudiants étrangers en région, etc. Voulez-vous me dire...
12 h (version révisée)
M. Paradis : ...les débats de
juridiction, mais il vous disait : Est-ce que notre approche n'est pas
meilleure? Nous, on reconnaît l'importance des étudiants étrangers en région,
etc. Voulez-vous me dire où est-ce que vous voyez ça dans le projet de loi n° 74?
Est-ce que vous la voyez, la planification? Parce que vous, vous nous avez
rappelé... La situation dans les cégeps puis la situation dans les universités,
c'est deux choses, puis il faut le reconnaître, puis qu'il y a un apport
essentiel des étudiants étrangers, notamment dans les cégeps en région.
Voyez-vous ça quelque part? Ce que le ministre vous a dit, le voyez-vous
quelque part dans le projet de loi n° 74 ou avez-vous quelque part cette
planification-là, ailleurs, du gouvernement?
M. Dervieux (Antoine) : Moi,
je vous dirais, là, ce qu'on a vu, c'est qu'il y a eu l'apparition du projet
loi n° 74. Après, il y a eu l'annonce par
rapport au Programme de l'expérience québécoise. En fait, la question qu'on se
pose, c'est : C'est quoi, la prochaine étape pour la population étudiante
internationale? Est-ce que ce ne serait pas une sorte de chasse aux sorcières,
en ce moment, qui est faite? Notre population étudiante internationale a peur,
est effrayée, est angoissée, là. Donc, en ce moment, les mesures qui s'enchaînent
ne fonctionnent pas, puis on a peur de ce qui s'en vient.
M. Paradis : ...le plan du
gouvernement?
M. Dervieux (Antoine) : On se
pose des questions.
M. Parisée (Jacob) : Puis,
justement, en plus, là, ça arrive souvent que, justement, quand on parle d'enseignement
supérieur, on va plus mettre de l'avant les universitaires que, justement, les
collégiens, puis on pense que c'est important de prendre justement cette
réalité-là, qui n'est pas la même. Juste quand on parle du nombre d'établissements,
ce n'est pas du tout la même chose. La taille des établissements, ce n'est pas
du tout la même chose. La régionalisation des établissements, ce n'est pas du
tout pareil non plus. On pense que...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Alors, c'est ce qui met fin à cette
première partie des audiences de ce matin. Je vous remercie pour l'apport à nos
travaux.
Je vais suspendre la commission quelques
instants, le temps de recevoir notre prochain... nos prochains intervenants.
(Suspension de la séance à 12 h 03)
(Reprise à 12 h 05)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : À l'ordre, s'il vous plaît! La Commission des relations
avec les citoyens reprend ses travaux.
Alors, nous recevons en visioconférence l'École
de technologie supérieure, qui est représentée par Mme Kathy Baig,
directrice générale et chef de la direction, Mme Annie Bouthillette, vice-présidente
des relations institutionnelles, ainsi que M. Mathieu Lefort, directeur du
service des relations internationales. Alors, mesdames, monsieur, bonjour. Bienvenue
à la commission. Alors, comme je vous le disais il y a quelques secondes, vous
allez avoir 10 minutes de présentation pour votre mémoire, et, par la
suite, nous allons procéder à la discussion avec les parlementaires. La parole
est à vous.
Mme Baig (Kathy) : Excellent.
Donc, bonjour, Mme la Présidente. Merci à tous les membres de la commission de
nous recevoir aujourd'hui. Tel que mentionné, je m'appelle Kathy Baig, et je
suis directrice de l'École de technologie supérieure, et je suis accompagnée
par deux de mes collègues, qui viennent juste de vous être présentés.Nous
sommes très heureux et heureuses de nous joindre à vous en direct de la France
aujourd'hui. Nous aurions aimé être avec vous sur place, mais ce n'était pas
possible.
Donc, je ne vous apprendrai rien lorsque
je vous dis que la communauté internationale au sein des universités est
impliquée autant dans la formation que dans la recherche. Cela permet, entre
autres, de dynamiser et d'enrichir l'enseignement supérieur ainsi que l'économie
et le développement du Québec. Le financement public étant insuffisant, cette clientèle
nous permet aussi de maintenir un équilibre financier et à assurer la
croissance de nos institutions. Les étudiants, étudiantes internationaux
contribuent à un équilibre qui est déjà fragile, un équilibre que le projet de
loi n° 74 <pourrait faire basculer...
Mme Baig (Kathy) :
...qui
est déjà fragile, un équilibre que le projet de loi
n° 74
>pourrait faire basculer.
D'entrée de jeu, je pense qu'il est
important de savoir qu'à l'ÉTS les étudiants et étudiantes internationaux
forment une composante importante, avec 36 % de la communauté. De plus, il
est intéressant de savoir que 38 % de notre corps professoral provient de
l'international. Créée le 6 mars 1974, l'ÉTS avait comme mandat de former une
nouvelle génération d'ingénieurs avec une approche pratique de la profession,
et le projet pilote a fait place à un projet plus ambitieux, celui de mieux
répondre à la mission de développement technologique et économique du Québec.
La croissance de notre institution est
l'histoire d'un succès dont on peut être fier. L'ÉTS s'est taillé une place de
choix dans l'écosystème universitaire au Québec, au Canada et, de plus en plus,
à l'international. Lorsqu'on parle d'international à l'ÉTS, une des composantes
importantes est la France. Nous comptons également des collaborations
internationales avec plus de 70 pays. Cela s'inscrit bien évidemment dans
le cadre de notre stratégie globale d'internationalisation et de nos ambitions
pour l'ÉTS ainsi que le Québec.
Aujourd'hui, l'ÉTS, c'est le premier et unique
campus carboneutre, bien établi en plein cœur du centre-ville de Montréal, c'est
14 pavillons d'enseignement, et de recherche, et de services, c'est plus
de 30 000 diplômés, c'est plus de 11 000 étudiants et
étudiantes annuellement, c'est plus de 300 professeures et professeurs
enseignants.
Les étudiants et étudiantes choisissent l'ÉTS
pour plusieurs raisons, entre autres pour notre formation pratique, en raison
des 3 500 stages rémunérés, réalisés annuellement dans
1 200 entreprises, pour des laboratoires qui répondent aux standards
de l'industrie, des programmes qui s'adaptent aux besoins de l'industrie, pour
notre recherche appliquée avec 5 000 entreprises d'ici et de
l'international, et aussi pour nos 70 clubs étudiants, scientifiques et
technologiques, qui nous représentent fièrement aux quatre coins du globe. L'ÉTS
forme 25 % de tous les ingénieurs, dont le Québec a bien besoin.
Voilà qui nous sommes et d'où l'on vient.
À ce jour, malgré la fluctuation et l'incertitude des inscriptions locales, la
clientèle internationale nous assure de maintenir une trajectoire ascendante.
Je le répète, les étudiants internationaux représentent 36 % de notre
effectif total, et 70 % de nos étudiants aux cycles supérieurs sont des
étudiants internationaux. La contribution découlant de la croissance du nombre
d'étudiantes et d'étudiants internationaux permet à notre établissement de
poursuivre son développement. Quand on parle de développement, c'est nouveaux
programmes, accueil, francisation, logements et plusieurs autres projets.
Par exemple, on a fait des calculs, et un
contingentement au niveau de décembre 2023, donc le même niveau d'étudiants
internationals que 2023, comme on a entendu proposé par le gouvernement,
engendrerait une perte estimée de 290 millions sur 10 ans pour l'ÉTS,
un déficit dont l'ÉTS ne pourrait se relever. Dans le contexte de financement
actuel, priver les universités de tels revenus mettrait en péril le
développement et l'avenir du réseau de l'enseignement supérieur, mais notre
vision va au-delà des ratios et des pourcentages.
Les étudiants et étudiantes internationaux
représentent de véritables forces vives pour notre milieu. Ils s'impliquent
dans la recherche. Ils sont très engagés auprès de l'industrie. Ils contribuent
au développement des technologies et de l'innovation des entreprises du Québec.
L'apport des étudiants et étudiantes internationaux est considérable. Ils
apportent une diversité de talents, favorisent la circulation des idées et des
expertises qui enrichissent notre potentiel d'innovation.
• (12 h 10) •
70 % de nos activités de recherche
sont menées en collaboration avec des entreprises au Québec, au Canada et à
l'international. Je le répète, on compte plus de 5 000 entreprises
partenaires qui collaborent avec nos professeurs et offrent des stages à nos étudiants
et étudiantes. C'est 52 % de nos copublications annuelles qui sont
réalisées à l'international, et ce, en collaboration avec 110 pays. La
vitalité de notre recherche repose en grande partie sur nos relations et
échanges d'étudiants avec les partenaires académiques et de recherche étrangers.
La dynamique du plein emploi au Québec
provoque une pénurie d'étudiants et d'étudiantes locaux pour les cycles
supérieurs, qu'il nous faut absolument combler pour maintenir la densité et
l'intensité de recherche. Au cours des cinq dernières années, seulement
8 % des étudiants locaux sont passés du premier cycle au deuxième cycle à
l'ÉTS. C'est donc 72 % de notre communauté étudiante des cycles supérieurs
qui viennent, donc, de l'international. Limiter ou réduire le nombre
d'étudiants et étudiantes internationaux affecterait <directement la
performance de la recherche...
Mme Baig (Kathy) :
...le
nombre d'étudiants et étudiantes internationaux affecterait >directement
la performance de la recherche et la capacité à innover de nos partenaires
industriels.
Vous l'aurez compris, notre proposition
est d'exclure les cycles supérieurs des scénarios de contingentement pour
répondre efficacement aux besoins des secteurs clés de l'économie. Quand je lis
le projet de loi, je me questionne : Quels sont les risques et les
impacts? Je me demande, en fait, si les dispositions proposées pourraient
freiner notre développement, freiner l'innovation, freiner l'avenir économique
du Québec. La réponse, pour nous, est sans aucun doute oui.
Quand je visite nos centres de recherche,
nos chercheurs et chercheuses me disent travailler sur des projets qui
pourraient changer des vies, assurer le mieux-être des Québécois et des
Québécoises. Ces recherches ont le potentiel de répondre aux enjeux de société
actuels et à venir, que ce soit sur le plan de l'action climatique, de la
sécurité et de l'accessibilité, par exemple, mais un commentaire revient
souvent de nos chercheurs et professeurs. Les étudiantes et étudiants sont en
nombre insuffisant pour soutenir cette recherche. Une mauvaise utilisation des
pouvoirs conférés par le projet de loi pourrait freiner encore plus le
recrutement à l'étranger, et pas seulement des étudiants et étudiantes, mais
aussi des chercheurs et chercheuses. Cela priverait le Québec des expertises de
pointe essentielles pour développer les secteurs technologiques clés.
Le Québec fait face à une pénurie de
main-d'œuvre dans plusieurs secteurs clés, en particulier en ingénierie. Les
universités du Québec attirent, font rêver et accueillent des talents des
quatre coins du monde. Réduire le nombre d'étudiants et d'étudiantes
internationaux créerait un manque de talent très difficile, voire même
impossible à combler par les seuls diplômés locaux. Un contingentement et une
réduction du nombre des permis d'études accordés entraînerait des conséquences
négatives majeures pour l'Opération main-d'oeuvre.
Chez nous, c'est une moyenne de 67 %
de nos étudiants et étudiantes internationaux diplômés qui vont rester au
Québec après leur cycle d'études de premier cycle, un taux de rétention élevé
qui souligne l'attractivité du marché québécois pour ses talents et
l'efficacité du modèle de l'ÉTS. Nos stages obligatoires offrent une première
expérience professionnelle concrète en entreprise et permettent une expérience
tôt dans le parcours étudiant. Grâce à leur formation spécialisée et à leur
familiarité avec les besoins de l'industrie, ces diplômés sont particulièrement
bien placés pour soutenir la compétitivité des entreprises québécoises.
Malheureusement, le nouveau plan
d'immigration mettra fin, du moins jusqu'en 2025, à cette contribution directe
à l'Opération main-d'oeuvre. Le gouvernement pourrait, avec le projet de loi n° 74, changer les règles du jeu, voire limiter l'autonomie
des universités en matière de recrutement et de gestion, de nouvelles règles qui
pourraient placer les universités dans une situation précaire, d'autant plus
que la nouvelle formule de financement pour les universités a été revue tout
récemment.
Or, nous avons besoin de prévisibilité
pour maintenir l'équilibre, ce qui sera difficile, voire même impossible à
maintenir dans les paramètres proposés. Notre mémoire propose donc des avenues
à explorer en vue de maintenir l'équilibre de notre financement et nous
permettre de continuer notre développement. Nous souhaitons pouvoir analyser
avec le gouvernement toutes les pistes de solution et nous sommes maintenant
disponibles pour répondre à vos questions. Merci.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup pour cette présentation. Alors, la période
d'échange avec les élus va débuter maintenant. Je vais me tourner du côté du
ministre, et, ayant repris tout notre retard, vous avez effectivement, cette
fois-ci, 16 min 30 s.
M. Roberge : Merci
beaucoup, Mme la Présidente. Merci pour votre présentation. Merci d'avoir pris
le temps. Peu importe où vous êtes en ce moment, en France, pour cette
audition, on apprécie vos commentaires puis on espère avoir un échange qui sera
constructif.
La situation actuelle est très
particulière. Les choses, les propositions, les solutions qu'on appliquait en
2005, même en 2015, ne sont pas nécessairement les solutions de l'an prochain,
en 2025, parce que le contexte a beaucoup changé. On est dans une situation où
le gouvernement fédéral applique le frein, mais de manière très, très solide et
unilatérale, sur des permis d'études depuis deux ans, et on pense que ça va
continuer. On a, en ce moment, une des formations politiques représentées à
l'Assemblée nationale qui menace de faire passer de 122 000 à 50 000
le nombre d'étudiants étrangers, une baisse de 70 000. On n'a aucune idée
sur quels critères et en combien de temps.
Dans une situation comme ça, est-ce que
c'est souhaitable, selon vous, que la personne qui décide du nombre d'étudiants
étrangers sur le territoire québécois ce soit seulement le ministre de
l'Immigration? Est-ce que c'est ce qui est souhaitable, là, que ce soit le
ministre de l'Immigration tout seul qui puisse décider du nombre d'étudiants?
Mme Baig (Kathy) : Bien,
en fait, on comprend qu'il y a une volonté de peut-être réduire le nombre
d'immigrants temporaires. On comprend qu'on veut avoir une certaine qualité de
l'immigration. Je ne pense pas que c'est à nous de déterminer quel ministère
devrait être impliqué dans cette sélection-là. Nous, notre message qu'on veut
porter ici, c'est qu'au niveau de notre institution les étudiants
internationaux <qui viennent sont...
Mme Baig (Kathy) :
...c'est
qu'au niveau de notre institution les étudiants internationaux >qui
viennent sont une main-d'œuvre qualifiée, qui ont une expertise et qui sont
essentiels à la survie de nos institutions. Donc, on comprend totalement la
dynamique. On comprend qu'il y a des enjeux, qu'il y a de la pression sur
certains services, qu'il y a peut-être eu des abus, dans certains cas, sur les
admissions.
Maintenant, quel ministère devrait décider
de l'immigration, à qui devrait relever... Personnellement, je peux demander à
mes collègues ici s'ils ont une opinion, mais j'aimerais mieux laisser ça aux
instances pour décider quel est le bon ministère, quel est le bon véhicule, mais
de prendre en considération... de mettre des limitations sur le milieu
universitaire aurait des conséquences graves pour le milieu universitaire,
surtout, dans notre cas, pour le cycle supérieur.
M. Roberge : Merci. Bien,
personnellement, je ne pense pas que ça devrait être le ministre de
l'Immigration du Québec qui, tout seul, puisse décider du nombre de CAQ émis à
chaque année et fixe le plafond comme ça, fasse monter, ou descendre, ou
descendre drastiquement, si j'écoute mes collègues de la troisième opposition,
le nombre d'étudiants sans être capables de protéger des institutions comme la
vôtre, parce que, si d'aventure un ministre... la loi n'était pas changée, une
autre personne que moi arrivait aux commandes, décidait de réduire
drastiquement le nombre d'étudiants étrangers internationaux sur le territoire
du Québec, bien, ce serait la loi du marché. Vous n'auriez absolument aucune
garantie. Vous ne pourriez même pas plaider votre cause auprès de votre
ministre, le ministre de l'Enseignement supérieur, pour qu'il plaide sa cause
auprès du ministre de l'Immigration parce le ministre de l'Immigration aurait
le pouvoir absolu. C'est la situation actuelle, la situation actuelle où c'est
une situation où le ministre de l'Immigration fixe le seuil. Il peut le réduire
drastiquement tout seul, sans aucune obligation de consulter qui que ce soit,
même pas ses collègues.
Ça, tu sais, quand on défend le statu quo,
c'est ça qu'on défend. On défend un gouvernement qui n'a pas d'agilité parce
que la loi, en ce moment, est inhabile puis on défend aussi la capacité pour
Ottawa de dicter quels sont les secteurs, parce qu'Ottawa peut baisser, lui, le
nombre d'étudiants, mais, en plus, il peut venir dire les secteurs, alors que
le projet de loi va venir nous permettre de s'attaquer à des abus, d'éviter des
dérapages, mais va aussi forcer la consultation obligatoire entre le ministre
de l'Immigration et le ministre de l'Éducation, le ministre de l'Immigration et
le ministre de l'Enseignement supérieur, jusqu'à même avoir une obligation de
recommandation conjointe. Avec le projet de loi qui est sur la table, on est
obligés d'avoir des recommandations conjointes. Quand ça touche l'enseignement
supérieur, bien, ce n'est pas juste une consultation qu'on devrait avoir, c'est
une décision commune d'aller de l'avant.
Il me semble que, de votre point de vue,
c'est quelque chose qu'il est rassurant de voir, que vous auriez, advenant
l'adoption de la loi actuelle avec les articles qui sont là, bien davantage
voix au chapitre que la situation actuelle.
Mme Baig (Kathy) : Rassurant?
Tout dépend comment ça va être appliqué dans le cadre du projet de loi. Je
pense que le projet de loi donne des pouvoirs sans dire exactement comment ça
va être appliqué, et, c'est ça, tout dépend comment ça va l'être. Maintenant,
notre point de vue, c'est qu'on serait plus rassurés, je vous dirais, si les
universités étaient exclues du projet de loi n° 74, entre autres, pour le cycle
supérieur, parce qu'encore une fois, je le répète, on comprend qu'il y a des
enjeux d'immigration. On se questionne à savoir : Est-ce que c'est
vraiment dans les universités comme la nôtre où le réel problème est en ce
moment? Donc, une des façons qu'on serait vraiment rassurés, ce serait
d'exclure les universités du projet de loi n° 74.
• (12 h 20) •
Donc, je vous entends. Je comprends ce que
vous nous dites. Si c'est appliqué d'une façon où est-ce que ça répond aux
besoins de la recherche, aux besoins du marché et que les critères qui sont mis...
peut-être que ça peut être rassurant pour nous, mais, à ce stade-ci, on ne le
sait pas. Quand on lit le projet de loi, on voit qu'il y a des pouvoirs qui
sont octroyés, mais ensuite quelles vont être les limites, dans quelles
régions, comment ça va être fait, c'est beaucoup d'interrogations pour nous en
ce moment. Donc, c'est sûr qu'on se questionne et on n'est pas totalement
rassurés, si je peux me permettre ainsi.
M. Roberge : Je comprends
puisqu'après le projet de loi il y aura d'autres consultations, puis à la fois
avec les autres ministres et, après ça, avec vous, mais je dois quand même
préciser que, si... Honnêtement, on peut s'attendre à des baisses. Le nombre,
en ce moment, il est très élevé. On peut s'attendre à des baisses du nombre
d'étudiants. S'il n'y avait pas de projet de loi, on ne pourrait pas donner
suite à votre recommandation de protéger certains secteurs ou de protéger les <cycles
supérieurs. Ce serait une baisse...
M. Roberge :
...certains
secteurs ou de protéger les >cycles supérieurs. Ce serait une baisse mur
à mur ou avec des balises qui sont... qui sont non écrites nulle part. Donc, si
vous souhaitez qu'il y ait des secteurs protégés, si vous souhaitez qu'on
protège les cycles supérieurs, bien, on ne peut pas conserver le statu quo, ça,
c'est certain.
Et, pour la suite des discussions, je
prendrais une demi-heure avec vous, mais je vais quand même laisser mes
collègues qui ont des questions intéressantes et très pertinentes à vous poser.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Alors, la députée d'Iberville? Parfait. Par
la suite, il reste... il reste quand même...
Des voix : ...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Vimont ou Iberville? Bon, Iberville. Il reste quand même 9
min 12 s. La parole est à vous.
Mme Bogemans : Parfait. Moi,
je voulais voir quels genres de mesures vous avez mises en place pour
accueillir, accompagner les étudiants étrangers en ce moment sur votre campus.
Mme Baig (Kathy) : Donc, on a
quand même beaucoup de mesures en place pour tous les étudiants internationaux.
Je vous dirais même que nos étudiants locaux, parfois, se sentent moins bien
encadrés, parce que, justement, on les soutient au niveau de l'orientation, des
services, l'aide à trouver des résidences. Donc, on a beaucoup de mesures pour
les soutenir. On a un département au niveau du... le service de vie étudiante,
qui est là pour les accompagner dans les différentes étapes lorsque...
lorsqu'ils arrivent, être capables de trouver leurs repères, les outils. Donc,
on a des services en place pour les accompagner lorsqu'ils arrivent.
Mme Bogemans : Est-ce qu'il y
a des partenaires... des partenariats, par exemple, avec le milieu
communautaire ou les instances gouvernementales pour vous aider à supporter
tout ça ou c'est entièrement votre institution qui supporte les services?
Mme Baig (Kathy) : C'est une
très bonne question. Je vais regarder mes collègues s'ils le savent, si on a
des partenariats. Je ne pourrais pas vous répondre spécifiquement. Je sais
qu'on a tout un programme pour bien les accueillir parce que, comme je vous
disais, c'est 36 % de notre clientèle, 72 % à l'international.
Probablement qu'il y a des partenariats, mais, malheureusement, moi,
aujourd'hui, je ne pourrai pas vous les détailler. On a fait des demandes aussi
de budgets supplémentaires pour de la francisation, donc pour pouvoir les
accompagner en termes de francisation, donc, puis, au niveau des partenaires
externes, je regarde mes collègues, on est... je ne suis pas certaine, mais il
y a beaucoup de choses qui sont en place pour les accompagner.
Mme Bogemans : ...
Une voix : ...
Mme Bogemans : Oui, le micro
vient d'arriver. Est-ce que ça fonctionne?
Mme Bouthillette (Annie) : Je
me permettrais d'ajouter... En fait, il ne faut pas sous-estimer la communauté
dont on vous a parlé, hein? C'est un tiers de nos étudiants. Donc, ils se
soutiennent aussi entre eux, et je pense que ça, c'est un soutien qu'il est
important de mentionner. C'est des gens qui sont soudés, mais, au niveau local
aussi, ils sont très, très bien intégrés. Chez nous, il y a effectivement un
apport au départ, quand ils arrivent, mais ensuite la communauté est tissée
serré. On a mis en place des clubs étudiants, on en a parlé, mais aussi
d'autres activités qui font en sorte que, que tu viennes de l'international ou
du local, c'est... et c'est ça, la richesse de notre communauté, et c'est ça
qu'on a peur de perdre aussi si on diminue les internationaux. Et moi-même
étant au centre de l'internationalisation dont parlait Kathy, c'est important,
cette vitalité-là et cet échange-là parce qu'aujourd'hui les entreprises, elles
veulent que nos étudiants aient une expérience internationale, qu'ils partent
ou qu'ils restent. Donc, d'avoir un campus qui est internationalisé, c'est
aussi les rendre plus redoutables sur le marché du travail. Donc, il ne
faudrait pas minimiser cet apport-là aussi pour nos locaux.
Mme Bogemans : Parfait.
Est-ce que vous êtes témoins de certains cas d'abus de la part de certains
étudiants étrangers dans votre institution puis est-ce que les mesures
d'accompagnement que vous avez en place permettent justement de les signaler
puis de pouvoir mieux les cibler?
Mme Baig (Kathy) : Je n'ai
pas d'écho que les abus sont plus grands du côté des étudiants internationaux
que des étudiants locaux. On a des cas x, y, z qui se passent à travers... Un
milieu universitaire, c'est comme une ville, je pense que vous le savez, mais
on n'a pas de statistiques qui nous démontrent qu'il y a plus d'abus du côté
des étudiants internationaux. En fait, c'est vraiment... Je n'ai pas de
données, mais j'aurais même l'impression de penser, peut-être, c'est le
contraire, parce que c'est des gros sacrifices pour eux de venir ici,
d'immigrer, de s'installer, souvent la famille compte sur eux. Donc, j'aurais
tendance à penser peut-être même que c'est le contraire, mais je n'ai pas de
données à cet effet-là, pour démontrer qu'il y a plus d'abus du côté des
étudiants internationaux dans des cas particuliers.
Mme Bogemans : ...
Mme Baig (Kathy) : Je ne vous
entends plus.
Mme Bogemans : Les gens qui
sont sélectionnés dans les programmes se présentent et font leur parcours scolaire
au complet, là, avec vous, là. Parfait.
Mme Baig (Kathy) : Oui. On a
70 % à 80 % de taux de diplomation, 67 %, taux de rétention moyen de
ceux qui ont fini d'étudier et qui obtiennent leur diplôme, qui restent. Donc,
nous, c'est vraiment une clientèle assez sérieuse qui vient, qui s'investit
dans ses études et qui, pour plusieurs, vont rester quelques <années par
la suite, donc, oui...
Mme Baig (Kathy) :
...
qui s'investit dans ses études et qui, pour plusieurs, vont rester quelques
>années par la suite, donc, oui.
Mme Bogemans : Parfait. Donc,
vous n'avez vraiment pas d'exemple, là, de gens qui ne se présentent pas. Votre
processus, les balises que vous avez mis en place dans la sélection, là, ça
fonctionne bien?
Mme Baig (Kathy) : On en a qui
ne vont pas se présenter, là, c'est sûr, là, sur... J'ai des données ici... j'ai
des données. On en a, ils vont faire une demande d'admission, on va les
admettre. Ce n'est pas tous qui vont se convertir en nouvelles inscriptions.
Certains vont commencer leur parcours. Comme des locaux, certains vont cesser
leurs études pour quelque raison que ce soit, mais les statistiques que j'ai, à
mon... à ma connaissance... n'a pas un écart significatif entre les locaux puis
les internationaux.
Mme Bogemans : Parfait.
Merci. Je voulais...
Mme Baig (Kathy) : Attends.
Je vais fermer mon micro. Oui.
Mme Bouthillette (Annie) : Je
veux peut-être juste préciser parce que je comprends votre question. En fait,
il faut savoir qu'on a des dizaines de milliers de demandes d'admission qui
proviennent de l'international et qu'on a un processus rigoureux de sélection.
Tous les professeurs vont passer à travers l'ensemble des dossiers, et on a
aussi notre registraire qui fait un premier tri. Donc, on n'a pas d'exemple
d'étudiants qui viendraient, par exemple, dans des systèmes, là, comme on peut
connaître avec certains pays. Donc, on n'a pas ça chez nous parce qu'on a un
processus strict de sélection des étudiants, et, comme le disait Kathy, la
plupart vont... En fait, la majorité va continuer ses études et va réussir.
Mme Bogemans : Super. Bien...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Je vais reconnaître maintenant la députée de Vimont. Il
reste 3 min 30 s.
Mme Schmaltz : 3 min 30 s?
Parfait. Merci. Bonjour. Bonjour à vous trois. Je vais renchérir un peu sur la
question de ma collègue concernant les services que vous offrez justement aux
étudiants étrangers. Vous en avez parlé, mais c'est quoi exactement?
Pourriez-vous peut-être élaborer un peu plus?
Mme Baig (Kathy) : Bien, il y
a un guide, il y a des rencontres d'accueil au début, lorsqu'ils arrivent. On a
aussi un intervenant de terrain, Kevin, si je me souviens bien de son nom, qui
est disponible rapidement. S'ils ont des besoins, ils peuvent l'appeler. C'est
quelqu'un qui est sur le terrain. S'il y a un problème dans une résidence, il
va y aller. S'il y a un étudiant qui a des problèmes dans la cafétéria parce
qu'il y a eu un examen ou... donc, il y a ça. On a tout aussi un département de
soutien à l'immigration. Donc, on a des employés qui sont là pour... justement,
s'ils ont des problèmes avec leurs papiers. Donc, on a vraiment différents
services. On a un psychologue sur place dans nos bureaux. On a des... on a
vraiment différents services. Et je sais que, pour les étudiants internationaux,
l'accompagnement est encore plus soutenu que pour les locaux, comme je disais,
en raison du fait qu'ils sont déracinés. Ils arrivent dans un nouvel
environnement, ils ne connaissent pas nécessairement la culture, les processus,
les mécanismes. Donc, on a quand même beaucoup d'éléments pour les soutenir.
Je ne sais pas si, Mathieu, tu voulais
ajouter quelque chose.
M. Lefort (Mathieu) : Non, je
pense que, pour résumer, là, autant au niveau appui financier, académique,
appui psychologique, l'aide au logement, comment s'habituer... s'intégrer au
niveau académique, comment ça fonctionne concrètement dans les cours, donc, on
a le service à la vie étudiante, le service aux relations internationales pour
l'appui au niveau immigration, en amont, pendant, après les études. Donc, ça
résume pas mal les services, donc, différents départements, services qui
s'occupent de cet accompagnement.
Mme Schmaltz : ...de chaque
étudiant. Il n'y a pas tous les étudiants qui ont besoin de tous les services,
j'imagine, c'est juste selon...
Mme Baig (Kathy) : Non, parce
que, là, c'est au besoin puis...
Mme Schmaltz : Bien oui,
c'est ça.
Mme Baig (Kathy) : Ça coûte
très cher. On n'a pas... mais, non, effectivement, ce n'est pas tous les
étudiants, mais les services sont là pour ceux dont... ils en ont besoin.
Mme Schmaltz : Vous dites :
Ça coûte très cher. C'est-à-dire, qu'est-ce qui coûte très cher,
l'accompagnement?
Mme Baig (Kathy) : Bien, si
tous les étudiants en avaient besoin, bien oui, tu sais, il faudrait avoir plus
de psychologues, plus d'intervenants sur le terrain. Là, on a... Nos ressources
qui sont là sont sollicitées, et ça répond aux besoins de la clientèle, mais ce
ne sont pas nos 11 000 étudiants ou nos 4 000 étudiants étrangers qui ont
besoin de tous ces services-là particuliers.
Mme Schmaltz : OK. Est-ce
qu'il reste encore du temps?
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : 1 min 9 s.
Mme Schmaltz : OK. En termes
de planification à long terme... bien, planification, oui, c'est à long terme, mais
concernant les étudiants étrangers, c'est quoi, les objectifs que vous avez...
que vous vous êtes fixés, disons, dans les... pour les prochaines années?
Mme Baig (Kathy) : Annie,
est-ce que tu la prends, cette question-là?
• (12 h 30) •
Mme Bouthillette (Annie) : En
fait, on connaît une hausse, là, de 10 % à 11 % par année, si je ne
m'abuse. Donc, c'est sûr que c'est important. On l'a dit tout à l'heure, on a
de plus en plus de professeurs, on offre des nouveaux programmes. Donc, c'est
sûr que ça amène des besoins en termes d'étudiants et d'étudiantes, et, comme
on l'a dit précédemment, au niveau local, il n'y en a pas suffisamment. Les
courbes nous démontrent qu'il va y avoir une légère remontée l'année prochaine,
mais jamais au niveau qu'on a déjà vécu.
Donc, c'est certain qu'on a besoin de
cette masse critique là à la fois pour nos entreprises, mais pour nos profs
chercheurs et dans nos classes, pour les nouveaux programmes, donc, créer cette
main-d'oeuvre-là qui est importante pour le Québec. Donc, on a prévu une
augmentation qui est relativement la même que celle qu'on avait actuellement
dans l'ensemble des cycles. Ceci dit, on l'a démontré aussi, c'est ce qu'on a
dit dans notre... d'entrée de jeu, c'est un enjeu financier si on ne pouvait
pas continuer à croître parce que l'apport financier de ces étudiants-là, ce
n'est pas seulement la recherche, c'est les outils dans nos coffres, continuer
d'investir.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Alors, on vient de compléter un premier...
une première partie d'échange. Je vais me tourner du côté de l'opposition
officielle avec la députée de Mont-Royal—Outremont...
12 h 30 (version révisée)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : ...Alors, on vient de compléter un premier... une première
partie d'échange. Je vais me tourner du côté de l'opposition officielle, avec
la députée de Mont-Royal—Outremont, elle a 9 min 54 s.
Vous avez récupéré votre temps. Allez.
Mme Setlakwe : Merci, Mme la
Présidente. Merci à vous trois. Mais je permettrais peut-être à Mme
Bouthillette de compléter sa réponse, parce qu'on est... on est dans... c'est
vous qui êtes responsable, là, de l'internationalisation, puis je comprends,
dans le fond, que vous répondez à l'appel du gouvernement, là, puis c'est prévu
dans le plan stratégique du ministère de l'Enseignement supérieur, là, qu'il y
a... qu'il y a cet objectif d'être bien présent dans cette course mondiale aux
talents. Est-ce que... Complétez votre réflexion, là, ou votre réponse au sujet
de vos...
Mme Bouthillette (Annie) : Ce
n'est pas un objectif du gouvernement, soyons bien clairs, c'est pour répondre
aux besoins de main-d'oeuvre. 30 % ou 33 % des postes vacants, en ce
moment, au Québec, sont en ingénierie et en informatique, donc c'est un emploi
sur trois, en ce moment, au Québec, qui a besoin d'ingénieurs. Donc, c'est un
objectif que l'on s'est donné parce que, je vous le rappelle, notre mission est
de contribuer au développement économique et technologique du Québec, donc on
trouve que c'est notre devoir de faire ça et de... ce pour quoi on veut
augmenter justement la main-d'oeuvre que l'on qualifie pour ces postes-là.
Mme Setlakwe : Et pour ça...
Mme Baig (Kathy) : Si je peux
me permettre de compléter...
Mme Setlakwe : Oui. Bien sûr.
Mme Baig (Kathy) : Oui. Donc,
peut-être vous dire que, oui, notre qualification est pour les besoins de
main-d'oeuvre, puis on prévoit qu'il va manquer 50 000 ingénieurs d'ici,
je pense, les cinq, 10 prochaines années, mais aussi nos besoins en
recherche. On l'a dit dans l'allocution, nos chercheurs, nos professeurs ont de
la difficulté à recruter localement des gens qui passent du premier cycle au
deuxième cycle pour aller faire des maîtrises recherche ou des doctorats. C'est
seulement 8,6 % de notre clientèle au premier cycle qui va aller faire une
maîtrise.
Donc, il y a un besoin criant d'étudiants
aux cycles supérieurs, et c'est pour ça qu'on a besoin de cette clientèle-là à
l'international, pour venir soutenir ces projets de recherche là. Et
actuellement, il n'y a pas de plafond, il n'y a pas de limitation, et ça reste
quand même un défi de nos professeurs et de nos chercheurs de recruter ces
étudiants-là pour soutenir tous ces projets-là, qui vont avoir un impact pour
le Québec dans les cinq, 10, 15 prochaines années.
Mme Setlakwe : Merci. Bien,
justement, on ne peut pas en parler trop, là, de la recherche de pointe, et je
présume que vous avez dû suivre les intervenants, les acteurs qui sont venus
hier en commission parlementaire, les différentes... les... toutes les... en
fait, toutes les universités sont passées une après l'autre.
Mais j'aimerais que vous reveniez donc sur
ces enjeux de société pour lesquels la contribution de la... des étudiants
internationaux est essentielle. On peut penser... Moi, j'ai fait le tour d'une...
d'un collège de ma... d'une université de ma circonscription récemment, puis on
parlait évidemment de l'électrification des transports. Mais si vous pouviez
mettre de l'avant, pour les bénéfices de la commission, ces enjeux de société
pour lesquels, donc... donc, leur contribution est essentielle.
Mme Baig (Kathy) : Bien, je
peux vous donner... des exemples... Bien, je peux vous donner des exemples
concrets. Je suis allée visiter notre Centre de recherche du CHUM, et donc j'ai
croisé au moins une quarantaine d'étudiants qui font des recherches concrètes
en santé via la technologie. Par exemple, il y en a qui faisaient des... la
simulation 3D pour les genoux pour être capables de, juste via une machine
et un capteur, le mouvement quand on marche sur un tapis, détecter le mouvement
et être capables de dire c'est quel type de traitement qu'on doit faire pour
ça. J'ai croisé une autre étudiante qui faisait toutes des simulations pour l'épaule,
une maladie que je ne répéterai pas, mais sur lequel ils veulent faire des
simulations pour voir comment trouver une façon de le guérir. J'ai trouvé
aussi... J'ai croisé d'autres étudiants qui travaillent sur un médicament,
mais, lorsqu'on l'injecte dans le corps de l'humain, il va enlever le cancer,
mais il rend le corps tout toxique, si je peux dire. Donc, ils sont en train...
les ingénieurs, en train de développer un mécanisme pour être capables de l'injecter
localement pour que ce ne soit vraiment que la tumeur qui soit...
Ça fait que je peux vous donner plein d'exemples.
Si vous... vous intéresse, on vous fera visiter le Centre de recherche du CHUM.
Et ça, c'était plein d'étudiants qui travaillent avec des chercheurs justement
pour des applications très concrètes pour la santé. Puis on pourrait faire le
même exercice en intelligence artificielle, en adaptation aux changements
climatiques, résilience. On a plein de projets de recherche avec des étudiants,
justement, qui travaillent avec nos chercheurs pour faire en sorte que notre
société aille mieux dans un futur. Donc, est-ce que ça répond à votre question?
Mme Setlakwe : Ça répond tout
à fait à ma question. Moi, j'y crois énormément, là, à la recherche puis à l'innovation,
puis je pense qu'on ne peut pas s'en passer, c'est pour... c'est au bénéfice de
notre société.
Puis ce qu'on comprend, c'est qu'étant
donné le plein emploi ici, il y a seulement 8 % de vos étudiants du
premier cycle qui passent au deuxième cycle. Donc, on a absolument besoin des
étudiants internationaux, qui viennent surtout aux deuxième et troisième
cycles. C'est là où se fait cette recherche de pointe. Alors, on ne peut pas
s'en passer.
Mme Baig (Kathy) : Tout à
fait. On ne peut vraiment pas s'en passer. Puis, s'il reste du temps, j'aimerais
compléter. Il faut savoir que nous, l'ÉTS, on est quand même dans un modèle
particulier où on recrute des gens qui ont fait des techniques au cégep. Donc,
souvent, c'est des gens qui ont déjà été sur le marché de l'emploi, qui ont
déjà eu des <emplois...
Mme Baig (Kathy) :
...qui
ont déjà eu des >emplois, donc souvent, quand ils vont décider de faire
un baccalauréat en génie, ils ont peut-être encore moins d'ouverture d'aller
faire une maîtrise ou un doctorat parce qu'ils ont déjà travaillé, ils ont déjà
des familles, donc ils viennent chercher le diplôme et ils ont hâte de
retourner sur le marché de l'emploi. Donc, c'est une difficulté supplémentaire,
pour nous, de convertir des étudiants de premier cycle au deuxième cycle. Ça
fait que ça, c'est une réalité aussi qu'il faut qu'on prenne en considération,
ce qui augmente le niveau de difficulté d'avoir des étudiants locaux au cycle
supérieur pour les projets de recherche.
Mme Setlakwe : Merci. Je vais
me permettre un petit aparté parce que je me rappelle des... certains propos
que le ministre a prononcés hier : Cette clientèle étrangère, dans la...
dans plusieurs cas, où là, on peut comprendre qu'ils viennent ici pour
améliorer leur sort. Je ne dis pas le contraire, le Québec est attractif pour
toutes sortes de raisons, mais moi, j'ai l'impression qu'ils viennent ici pour
améliorer notre sort, surtout que je pense que c'est là-dessus qu'il faut... qu'il
faut absolument miser et ne pas... ne pas du tout venir fragiliser nos
institutions parce qu'en faisant ça on va... on va fragiliser la recherche,
l'innovation, le développement économique et donc le positionnement du Québec. Est-ce
que... est-ce que...
Mme Baig (Kathy) : Tout à
fait.
Mme Setlakwe : Oui. Est-ce
que vous vous arrimez, donc, à... ou vous joignez votre voix aux universités
qui sont venues hier, qui souhaitent être exclues? On... en tout cas, je pense
que c'est ce que j'ai compris d'entretiens précédents, vous souhaitez
absolument être exclus de l'application du projet de loi n° 74.
Mme Baig (Kathy) : Tout à
fait. Nous, notre souhait, ce serait vraiment d'être... que le milieu
universitaire soit totalement exclu du projet de loi n° 74, mais, si vous
lisez notre mémoire... et on dit : Bien, si jamais, pour des raisons x,
on y restait, là on fait une recommandation d'exclure, au minimum, tout ce qui
est les cycles supérieurs, pour la recherche. Mais, ultimement, ce serait que
les milieux universitaires soient exclus.
Mme Setlakwe : Est-ce que...
Merci. Est-ce que vous avez reçu des témoignages, là? Parce qu'il faut penser
que les annonces du gouvernement se... il y a une accumulation, donc : le
dépôt du projet de loi n° 74, avec que le message que ça envoie, l'annonce
toute récente, là, d'un moratoire au niveau du PEQ... Est-ce que vous avez eu
des témoignages de détresse de certains étudiants internationaux qui, j'imagine,
dans la plupart des cas, ont été convoités, puis là ils se trouvent ici avec
leurs projets de vie, avec espoir d'y rester, et puis qui se tournent
maintenant vers... en toute panique, vers la direction?
Mme Baig (Kathy) : Oui, oui.
C'est sûr que ça génère des questionnements, des préoccupations, des
inquiétudes de ceux qui sont ici, mais aussi de ceux qui sont à l'étranger et
qui réfléchissent à dire : Est-ce que je vais venir au Québec ou non? On
est actuellement en France puis on en entend parler. Donc, avant même que le
projet de loi soit mis en application, juste le contexte politique, en ce
moment, vient un peu refroidir certaines ambitions de certains étrangers de
venir. Nous, dans nos prévisions d'inscriptions annuelles, cette année, juste pour
la première session, on a vu un ralentissement déjà et on a déjà un impact
budgétaire qui commence à apparaître.
Donc, oui, il y a des gens qui sont
préoccupés qui sont ici, mais on a aussi... on entend aussi de l'extérieur des
gens qui disent : OK, est-ce que le Québec reste quand même une place où
j'ai envie d'aller étudier?, à cause du contexte politique qui est changeant en
ce moment. Donc, oui, ça génère du stress et des préoccupations. Je vois
Mathieu qui voulait peut-être compléter la réponse.
M. Lefort (Mathieu) : Oui.
Peut-être pour compléter, également, on développe des partenariats avec
différentes universités à l'étranger, notamment en France, puis nos étudiants,
donc, viennent de ces partenariats avec des universités. Donc, nos partenaires
à l'étranger, donc les universités en France, dans d'autres pays, commencent à
nous poser des questions, justement. Donc, cette inquiétude chez nos
partenaires universitaires, qui sont nos partenaires stratégiques pour
développer de la recherche, faire venir des étudiants, commence à se faire
sentir.
Et, cette semaine, on est en France et on
a des questions de partenaires déjà sur le sujet. Donc, c'est vrai du côté des
étudiants, mais également des partenaires universitaires à l'étranger.
• (12 h 40) •
Mme Setlakwe : Merci. Puis je
pense qu'il me reste peu de temps, mais je... Vous parliez de financement puis
vous avez fait allusion à la politique de financement, la nouvelle mouture qui
a été déposée en juin et qui dépend, donc, de cet... Bien, il n'y a pas de
nouvel argent qui est investi par le gouvernement. On dépend beaucoup de la
hausse des droits de scolarité qui provient de la présence d'étudiants
internationaux pour venir redistribuer des fonds dans l'ensemble du réseau. Et
est-ce que vous voyez une certaine incohérence, donc, avec la politique de
financement, l'objectif? En tout cas, moi, je vous le dis, là, la... vous,
vous, c'est votre objectif à vous puis du milieu, mais le plan stratégique du
gouvernement met de l'avant l'importance de l'internationalisation des
étudiants, de nos institutions d'enseignement supérieur. Est-ce que vous voyez
une certaine incohérence?
Mme Baig (Kathy) : Bien,
nous, on voit surtout une difficulté où est-ce qu'on a fait un plan
stratégique, une vision de croissance basée sur des données, des informations,
un contexte politique qu'on avait en ce moment, et là ce qu'on voit, c'est que,
si jamais des mesures étaient mises en place pour les milieux universitaires,
tout ce plan de développement là, cette croissance-là qu'on a prévue, qui
passe, on s'entend, beaucoup, beaucoup par des étudiants internationaux... va
venir mettre un frein à ce plan de développement là. Donc, nous, c'est... c'est
même à l'externe, c'est une cohérence par rapport à notre propre vision, le
plan qu'on a fait. On est dans une <mise...
Mme Baig (Kathy) :
...par
rapport à notre propre vision, le plan qu'on a fait. On est dans une >mise
à jour, en ce moment, et on se questionne sur cette nouvelle vision là. Parce
que le plan ne sera pas la même chose si jamais il y a des politiques qui sont
mises en place à cet effet-là.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Alors, c'est ce qui conclut le premier
groupe d'opposition. Je suis avec le deuxième groupe d'opposition pour une
période de 3 min 18 s. Le temps est à vous.
M. Cliche-Rivard : Merci
beaucoup, Mme la Présidente. Très, très heureux de vous recevoir en commission.
D'abord, félicitations, Mme Baig, pour votre récente nomination.
Mme Baig (Kathy) : Merci.
M. Cliche-Rivard : Vous êtes
dans la fantastique et magnifique circonscription de Saint-Henri—Sainte-Anne,
alors j'ai le privilège de vous représenter. Bienvenue en poste.
Écoutez, je vous entendais tantôt sur les
admissions que vous faites puis qu'est-ce qui finalement se concrétise en
nouvelles inscriptions puis finalement en gens qui... en personnes qui rejoignent
vos bancs de classe. Il y a plusieurs étapes là-dedans. Puis finalement, ce
qu'on vient contrôler avec le projet de loi n° 74, ce sont les admissions,
en fait, ou le nombre d'acceptations de CAQ. Mais c'est un peu plus compliqué
que ça entre le CAQ puis finalement l'émission du permis d'études puis
finalement ce qui va refléter sur le terrain et le nombre d'étudiants dans vos
classes.
Mme Baig (Kathy) : Tout à
fait.
M. Cliche-Rivard : Et moi,
c'est là où j'ai une inquiétude. C'est que vous allez émettre un nombre x
de lettres d'admission, les gens vont faire une demande de CAQ, disons, chiffre y,
d'autres vont décider finalement de ne pas déposer un CAQ, ils vont ensuite
déposer une demande de permis d'étude, pour certains — on sait malheureusement
qu'il y a des chiffres, par pays, des fois, astronomiques sur le taux de refus — et
finalement, il va peut-être se passer des circonstances particulières à
l'individu qui font en sorte qu'ils ne viendront peut-être pas étudier, et
peut-être qu'ils ne viendront pas étudier à l'ÉTS, au fin fond. Donc,
finalement, entre ce que vous allez admettre ou les lettres d'admission que
vous allez émettre puis le nombre d'étudiants dans votre classe, si on
maintient la politique actuelle, vous n'allez avoir aucune idée de ce qui va se
passer.
Mme Baig (Kathy) : Bien, on
n'est pas entrés dans ce niveau-là parce que c'est très technique, mais c'est
un questionnement qu'on a eu également, comment on va gérer le nombre
d'admissions, ceux-là qu'on admet, ceux-là qui sont inscrits et ceux-là qui
vont finir. Parce que là, on le sait, on reçoit beaucoup plus d'admissions que
ce qu'on accepte, les demandes, ensuite de ça, les admissions, on en prend un
certain nombre, et ceux qui s'inscrivent vraiment, c'est un autre nombre. Et
là, comment on va gérer tout ça pour être capables de prévoir notre croissance,
les classes, cours, les projets de recherche? Ça va être une mécanique qui
pourrait être assez difficile et ardue et avoir des impacts significatifs
encore sur notre capacité à nos projets de recherche à cet effet-là.
Donc, vous avez très bien compris qu'il y
a une dynamique qui n'est pas évidente ici, tout à fait. Je peux vous donner
des chiffres rapidement, là : le nombre de demandes d'admission qu'on a
reçues, c'était 28 000, et au final, on en a seulement 7 000 qui se
sont inscrits... qu'on a acceptés dans nos inscriptions. Donc, on voit qu'il y
a un écart important ici. Et là, si on se met à jouer puis à mettre des
plafonds, toute cette balise-là peut devenir un peu plus difficile.
M. Cliche-Rivard : Particulièrement.
Donc, vous pourriez avoir un faux plafond de CAQ émis à 28 000, alors que,
par exemple, vous avez seulement 7 000 personnes inscrites dans vos
classes, parce que les gens ont pris d'autres choix, puis là vous seriez
faussement plafonnés.
Mme Baig (Kathy) : Ça
pourrait être le cas, dépendamment de la mécanique, comment ça va être articulé
concrètement, mais c'est une... c'est une probabilité.
M. Cliche-Rivard : ...préoccupant.
Merci beaucoup.
Des voix : Merci.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci. C'est ce qui met fin au deuxième groupe
d'opposition. Je me tourne maintenant du côté du député de Jean-Talon pour une
période de 3 min 18 s.
M. Paradis : C'est
intéressant, le début de vos échanges avec le ministre, tout à l'heure, hein?
Il a commencé par dire que c'était la faute du fédéral, alors que le Québec est
le seul à contrôler l'émission des permis d'entrer au Québec pour les étudiants
étrangers. Puis ensuite, il s'est mis à parler longuement du plan du Parti
québécois, de la planification du Parti québécois. Je le comprends parce que
lui, il n'en a pas, de planification, il n'a pas de plan, alors il parle de
notre plan. Eh oui, c'est vrai, nous, on a chiffré nos objectifs. Et on dit
notamment, dans notre plan, que nous, on va prioriser les chaires de recherche,
qu'on va avoir une approche ciblée qui identifie les programmes d'études dans
des secteurs économiques en tension, notamment avec la... où il y a des
pénuries de main-d'oeuvre, qu'on va prioriser les régions et qu'on va protéger
les étudiants qui sont arrivés dans le système actuel.
J'ai bien noté que, comme toutes les
personnes qui sont venues ici, vous nous avez dit un peu la même chose. Vous
vous questionnez sur les impacts du projet de loi n° 74. Vous vous
demandez quels seront les impacts. Vous avez dit : «On ne le sait pas». Le
ministre, tout à l'heure, vous a dit, je le cite : «On peut s'attendre à
des baisses.» Alors, voulez-vous me dire où est-ce que vous voyez, dans le
projet de loi n° 74... ou ce que vous comprenez de la planification pour
les étudiants étrangers dans le projet de loi qui vous est <présenté...
M. Paradis :
...pour
les étudiants étrangers dans le projet de loi qui vous est >présenté par
le ministre?
Mme Baig (Kathy) : Bien, nous,
ce qu'on dit, c'est : au niveau de la planification des besoins pour les
étudiants internationaux, il faudrait l'arrimer, justement, avec nos besoins de
recherche, avec nos besoins de main-d'oeuvre, si vraiment on veut faire une
planification, parce que nous, on en fait une, on regarde c'est quoi nos
besoins. Après ça, dans le projet de loi, je pense, vous l'avez lu comme moi,
le projet de loi, là, il reste des éléments à combler dans le... par les
différents ministères, les... comment les cibles vont être mises, dans quelles
régions, et tout ça. Donc, moi, je ne peux pas répondre à la question. Je pense,
le mieux, ce serait de poser la question au ministre concerné pour voir comment
il va l'articuler par la suite.
M. Paradis : Mais est-ce que
vous êtes rassuré par vos échanges? Parce que là, vous avez eu une conversation
avec lui, là, puis il nous avait posé toutes sortes de questions, notamment sur
notre plan, je le redis, mais lui, il dit : Ah! on peut s'attendre à des
baisses. Êtes-vous... Êtes-vous rassurés? Est-ce que vous avez de l'information
sur ce qui s'en vient?
Mme Baig (Kathy) : Je pense
que ça va venir dans les prochaines étapes. Comme on a dit, nous, la meilleure
façon d'être rassurés, ce serait d'exclure le milieu universitaire du projet de
loi n° 74. J'ai entendu le ministre, comme vous, qui dit : Bien, si
on veut protéger, par exemple, les cycles supérieurs, il faut être capable de
mettre des plafonds. Mais tout va être dans comment le projet de loi va être
appliqué par la suite. Mais je le répète, je pense que tout le milieu
universitaire est sur la même page, ce qu'on pense, et ce qu'on souhaite, puis
ce qui devrait être fait, c'est que le milieu universitaire soit exclu du
projet de loi n° 74, autant pour l'importance de l'innovation au Québec,
pour la recherche, pour la main-d'oeuvre, pour le soutien financier de nos
institutions, qui sont déjà financièrement très fragiles. Donc, pour plusieurs
raisons, on pense que le milieu universitaire devrait être exclu du PL 74,
et, je pense, ça serait la façon qu'on serait le plus rassuré à cet égard.
M. Paradis : Vous nous avez
parlé aussi des règles de financement. Est-ce que vous pensez qu'on peut parler
des questions dont on parle dans le projet de loi n° 74 sans évoquer la
question des règles de financement?
Mme Baig (Kathy) : Bien, c'est
une très bonne question. C'est pour ça qu'on l'a mise dans notre allocution. Si
on plafonne, par exemple, avec les étudiants internationaux qu'on avait en 2023,
sur 10 ans, nous, ça va nous créer un trou de 290 millions. Donc,
dépendamment des orientations que le gouvernement prendra, si jamais il y a des
impacts au niveau des étudiants internationaux, il y a un questionnement qui va
venir sur le financement des universités, comment on va venir combler ce manque
à gagner là.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci. Merci beaucoup. C'est ce qui termine cette audition.
Alors, je vous souhaite une bonne soirée à Paris. Merci pour votre contribution
à nos travaux.
Et je suspends les travaux de la
commission jusqu'à 15 heures. Merci.
(Suspension de la séance à 12 h 49)
15 h (version révisée)
(Reprise à 15 h 03)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : À l'ordre, s'il vous plaît! La Commission des relations
avec les citoyens reprend ses travaux.
Nous poursuivons donc les consultations
particulières et les auditions publiques sur le projet de loi n° 74,
Loi visant principalement à améliorer l'encadrement relatif aux étudiants
étrangers.
Pour cet après-midi, nous allons recevoir
la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, qui est ici présente, mais
également l'Association des collèges privés du Québec, la Fédération des
chambres de commerce du Québec et la Fédération nationale des enseignantes et
des enseignants du Québec, conjointement avec la Confédération des syndicats
nationaux.
M. Leblanc, bienvenue à la
commission. Donc, vous représentez donc la Chambre de commerce du Montréal
métropolitain. Vous savez que vous disposez d'une période de 10 minutes
pour présenter votre argumentaire, et par la suite nous allons procéder à une
période de questions. Alors, vous avez le micro.
M. Leblanc (Michel) :Alors, merci beaucoup. Merci d'avoir accepté de nous
recevoir. Je vais être très bref sur la chambre. Ça fait 202 ans qu'on
existe.
Une voix : ...
M. Leblanc (Michel) :Voilà. Je parais... Je suis bien... bien conservé pour mon
âge. Et, à travers tout ce temps, on s'est toujours préoccupés de ce qui
pourrait permettre de renforcer l'économie, renforcer la base d'affaires de
Montréal et nos institutions phares.
Au cours des derniers 20 ans, on s'est
attelés, notamment sur le dossier de l'immigration, à essayer au mieux possible
d'intégrer les immigrants en emploi dans des emplois correspondant à leurs
forces. Et, à travers ça, on s'est aussi beaucoup préoccupés des étudiants, que
nous appelons les étudiants internationaux. Je vous inviterais à utiliser ce
terme plutôt que les «étudiants étrangers», ne serait-ce qu'à cause des
connotations des mots.
Les étudiants internationaux pour les
institutions de Montréal sont très importants, mais, je dirais, pour le milieu
des <affaires...
M. Leblanc (Michel) :
...les institutions de Montréal sont très
importants, mais, je dirais, pour le milieu des >affaires, depuis le
début, voici comment on voyait la chose. Plus on allait avoir d'étudiants
internationaux dans nos institutions, plus on allait pouvoir recruter parmi les
meilleurs talents de la planète. Plus on allait pouvoir les former ici et les
retenir par la suite, plus on allait aider nos entreprises et, entre autres,
nos PME à détecter des talents internationaux avec une formation qui pouvait
bien évaluer.
Quand on est une PME, qu'on a peu de
personnel en ressources humaines puis qu'on accueille des gens qui arrivent
avec des diplômes de l'étranger, parfois on a de la difficulté à établir les
correspondances. La chose la plus simple, c'est d'avoir quelqu'un qui veut
travailler ici, qui a été formé ici, dont on connaît la valeur de la formation.
C'est plus facile. Et, à travers tout ça, on se préoccupait non seulement,
donc, de les accueillir, de les retenir, mais éventuellement de bien les
intégrer.
À travers le temps, on a travaillé... et,
moi, j'ai personnellement été à une époque impliqué dans les discussions :
Comment on augmente nos taux de rétention? On regardait ce qui se passe dans
d'autres villes à travers le monde qui avaient la chance d'accueillir des
étudiants internationaux, et une des choses qu'on s'est dites à l'époque, c'est :
Plus on va leur permettre de s'intégrer dans le milieu des affaires, plus on va
augmenter nos chances. Donc, moi, j'ai milité pour qu'on puisse leur permettre
de travailler hors campus. Il fut une époque où on pouvait travailler à la coop
de l'université, mais pas à l'extérieur du campus, quand on était un étudiant
international. Et on leur a donc permis de travailler hors campus durant leurs
études.
Ça a eu comme effet, entre autres, de
créer cette situation où on a sur la rue Sainte-Catherine des gens qui sont
venus dans nos universités qui ne possèdent pas le français puis qui
travaillent dans le service à la clientèle comme vendeurs. Et ça a créé parfois
des tensions. Et on s'est dit collectivement : Il faut qu'on corrige ça,
notamment en s'assurant qu'ils apprennent bien le français, en faisant en sorte
qu'ils comprennent que ça se passe en français. Et là où je veux en venir,
c'est que, chaque fois qu'on a un enjeu, je pense qu'on doit regarder le
problème. On doit regarder la solution et aller avec des solutions proches de
l'enjeu qu'on veut régler.
Pour Montréal, les étudiants
internationaux, globalement, c'est très important. C'est à peu près un
demi-milliard d'impacts économiques par année sur Montréal. C'est très
important. Au-delà de la dépense de ces étudiants-là, ce sont des étudiants,
souvent, qui, dans les institutions, vont contribuer soit à la qualité de
l'enseignement, des chargés de cours, soit à la qualité de la recherche du
point de vue universitaire, surtout au niveau post-gradué. Et éventuellement,
dans la mesure où ils vont rester au Québec, dans la mesure où ils vont bien
s'intégrer, ils vont contribuer au marché du travail à travers toute leur
carrière.
Là où je veux en venir, c'est qu'on touche
à une recette qui est délicate. Les universités, ce ne sont pas des moulins à
résidence permanente. Ce n'est pas là qu'est l'enjeu. Nos universités sont des
lieux de formation de premier niveau. On accueille des étudiants étrangers,
oui, en grand nombre. On se situe proportionnellement au Québec à peu près
entre la France puis le Royaume-Uni sur la proportion des étudiants
internationaux dans nos institutions. Donc, on n'est pas hors catégorie, on est
à peu près dans la moyenne. Et notre défi, c'est plutôt de savoir comment on
les amène à bien s'intégrer, s'ils veulent rester, et comment on peut en
bénéficier le plus... le plus rapidement possible, dans toutes nos entreprises,
dans toute notre économie.
Donc, la première chose qu'on dirait,
c'est... nous : Pourquoi tenter de réduire le nombre d'étudiants
internationaux dans nos universités? On ne pense pas qu'il y a un problème.
D'ailleurs, si on regarde en arrière, nos universités auraient vu une
population étudiante décliner, n'eût été de la croissance du nombre d'étudiants
étrangers. Donc, dans les faits, on n'est pas dans une situation du point de
vue universitaire où il y a un problème, au contraire, c'est une source de
talent, c'est une source d'étudiants, ça permet de maintenir en place des
programmes.
D'un point de vue de... du secteur privé,
à travers le temps, les étudiants sont une solution. Nous, on le voit, la
pénurie de main-d'œuvre, elle est dans tous les secteurs à Montréal. Un
étudiant international qui finit par graduer et qui décide de rester ici, c'est
une solution, ce n'est pas un problème. Quand on regarde éventuellement les
besoins des universités, les besoins de ces étudiants-là, comme le secteur
privé, ils ont besoin de prévisibilité. L'objectif qu'on devrait poursuivre
ensemble, c'est comment on rend l'ouverture aux étudiants internationaux, dans
nos établissements d'enseignement, le plus prévisible possible, avec des
conditions facilitantes.
• (15 h 10) •
À travers ça, Montréal a une réputation. À
travers ça, nous avons collectivement une réputation. La réputation de Montréal
comme ville universitaire de premier plan, elle est enviable. En Amérique du
Nord, Montréal figure, selon les palmarès, selon les critères, dans les trois
premières villes, souvent au premier rang ou au deuxième rang comme ville universitaire.
C'est très puissant. Quand moi, je rencontre des homologues, dans les chambres
de commerce américaines, ils nous envient cette réputation. Ils nous envient
des secteurs d'activités économiques qui reposent sur la présence de jeunes
talents et ils cherchent à promouvoir leur ville comme étant des villes
universitaires de premier plan. À chaque fois, je dis : Nous, on a déjà
réussi, on a d'autres enjeux.
Dans cette contribution à nos entreprises,
il faut se rappeler ce que j'évoquais tout à l'heure : nos <étudiants...
M. Leblanc
(Michel) :
...Dans cette
contribution à nos entreprises, il faut se rappeler ce que j'évoquais tout à
l'heure : nos >étudiants gradués contribuent à la recherche.
Montréal est une ville où il se fait de la recherche de très grande qualité. Je
parle de Montréal. Je pourrais parler de l'Université de Sherbrooke, je
pourrais parler de l'Université Laval, je pourrais parler de l'université de
Rimouski... du Québec à Rimouski. Dans nos universités, il se fait de
l'excellente recherche. Si vous regardez les équipes, je vous invite à aller
voir, vous allez voir la proportion d'étudiants internationaux qui sont liés à
cette recherche-là.
Évidemment, donc, si on n'a pas de
problème au niveau de ces étudiants internationaux, au niveau des équipes de
recherche, on devrait assurément exclure les niveaux postdoctorats... post-gradués
de toute contrainte sur le nombre d'étudiants étrangers. Ce sont des talents de
premier ordre qu'on cherche à attirer, qui renforcent nos équipes ici. Les
universités elles-mêmes devraient-elles être exclues? Nous, on pense que oui.
Nous, on ne pense pas qu'on devrait chercher à contraindre le nombre d'étudiants
internationaux dans les universités du Québec. On devrait s'atteler, avec des
mesures, à les encourager à se franciser. On pourrait envisager de dire :
Vous voulez travailler hors campus? Apprenez le français, il y aura un test. On
pourrait s'attaquer au problème qu'on vise, qui est de s'assurer que les
étudiants internationaux qui désirent rester ici sortent de l'université les
mieux équipés possible pour s'intégrer parfaitement et rapidement à l'économie
du Québec. D'en réduire le nombre, c'est se priver des talents. De mettre une
contrainte, c'est de faire en sorte que les meilleurs ne seront peut-être pas
ceux qui vont venir ici, parce qu'ils ne vont pas percevoir qu'on est une
société d'accueil très ouverte.
J'ai réfléchi en m'en venant, en vous...
en me disant : OK, est-ce que le Québec s'enrichit d'avoir Boucar Diouf au
Québec? C'est une évidence. Venant du Sénégal, il a étudié en océanographie. Il
fait partie de ce qu'on est maintenant. Est-ce que c'est une force pour le
Québec d'avoir Yoshua Bengio? C'est probablement un des rares candidats à un
prix Nobel qu'on a sur notre territoire. Il a étudié à l'Université McGill,
parents marocains, venant de France, né en France. C'est clair qu'on ne peut
pas espérer réussir si on n'a pas ici les meilleurs Québécois, les meilleurs
talents pour travailler avec eux. C'est bon pour le milieu des affaires, c'est
bon pour Montréal, mais c'est bon pour toute la société québécoise.
Donc, le plaidoyer que je venais faire
s'appuie sur une étude qu'on a faite, qui a été amplement citée, sur les
retombées économiques des universités pour l'économie de Montréal. Là-dedans,
il y a des pages qui portent sur les étudiants internationaux. J'espère que
tout le monde les a bien lues. On joue dans une recette qui fonctionne, avec
des défis particuliers. Trouvons les bonnes solutions aux défis particuliers
sans y aller d'une solution fausse, à notre avis, qui mettrait en péril la
réputation de Montréal, la réputation de nos universités et éventuellement la
force de nos équipes de recherche. Je vous remercie.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup pour cette présentation.
Alors, on va commencer les discussions
avec les parlementaires. Évidemment, on commence avec le gouvernement. M. le ministre,
vous avez une période de... de 16 min 30 s. Le micro est à vous.
M. Roberge : Merci
beaucoup. Merci pour votre présentation. D'abord, la question qu'on pose avec
la présentation de ce projet de loi là sur les étudiants internationaux, ce
n'est pas de savoir si on veut des étudiants internationaux au Québec ou à
Montréal ou si on n'en veut pas. La réponse est claire : on en veut. C'est
clair, on en veut. Ils sont... ils sont présents dans toutes les régions du
Québec, dans tous nos cégeps, dans toutes nos universités, mais pas seulement.
Ils sont aussi présents dans certains collèges privés, puis aussi en formation
professionnelle, puis on ne le dit pas, mais il y en a même dans les écoles
primaires et secondaires, des élèves internationaux, souvent des enfants de...
dans certains cas. Donc, la question n'est pas ça.
La question, c'est d'avoir un meilleur
contrôle, une meilleure finesse sur la sélection des personnes qui peuvent
venir ici, considérant que, lorsqu'on parle d'étudiants internationaux, on
parle, oui, bien sûr, de recherche, d'enseignement supérieur, mais on parle
aussi de politique d'immigration, d'intégration à la société québécoise,
d'occupation du territoire. Donc, on parle de régionalisation, on parle de
francisation, on parle d'intégration culturelle. C'est toutes ces questions-là
qu'on... qu'on pose, pas quand on se demande si on veut des... des étudiants
internationaux, c'est quand on se demande combien on en veut exactement, dans
quels secteurs, comment on fait pour qu'ils s'intègrent. Donc, je veux juste
remettre les choses en place.
Ensuite, vous avez beaucoup parlé de la
réputation du <Québec...
M. Roberge :
...en
place.
Ensuite, vous avez beaucoup parlé de la
réputation du >Québec, la réputation de Montréal. Or, il y a quand même
des cas d'établissements privés. Puis là je fais attention, parce que je ne
parle pas... il ne faut pas mettre tout le monde dans le même sac, mais il y a
quand même des cas d'établissements privés, surtout en formation professionnelle,
où leur mission semble davantage de vendre la citoyenneté québécoise et
canadienne que d'attirer des talents qui vont venir contribuer à la société,
etc. Est-ce que vous ne voyez pas une espèce de risque réputationnel pour le
Québec puis pour Montréal, quand on sait qu'au moment où on se parle il y a des
collèges, là, qui sont en augmentation de 100 %, puis 200 %, puis
300 % par année avec... je vais utiliser le mot, avec ce stratagème?
M. Leblanc (Michel) :Bien, trois choses par rapport à ce que vous avez dit. La
première, c'est... vous avez dit : Évidemment, l'objectif de
régionalisation, là, il faut qu'on arrête de jouer avec le concept, si on en
veut plus en région, ça ne veut surtout pas dire qu'il en faut moins à
Montréal. Puis... Donc, cet... cet argument-là de dire qu'on veut soutenir la
présence en région de talents universitaires, on en est complètement,
complètement favorables. Mais la seconde où c'est comme si c'étaient des vases
communicants, puis ça veut dire qu'on en enlève sur Montréal alors qu'il y a
une pénurie de main-d'œuvre, alors qu'il y a des universités de calibre mondiaux
et des équipes de recherche, donc c'est un argument, à mon avis, complètement
fallacieux, qui est de dire que, parce qu'on veut régionaliser, ça justifie
qu'il y en ait moins à Montréal. Ça, c'est la première chose.
La deuxième, c'est que vous avez évoqué de
pouvoir les sélectionner. Alors, moi, je dis : Le privé se méfie tout le
temps du gouvernement ou des fonctionnaires qui disent : On le sait plus
que vous, ce qui est bon pour vous. Moi, je dis : Nos universités à
travers le monde, elles voient comment évoluent les défis de formation, comment
évolue la science, comment évoluent les besoins puis elles le voient dans la
société ici. Et moi, je pense que les universités ne font pas un mauvais choix
sur les ressources qu'elles tentent d'attirer, de la même façon que les cégeps
non plus. Donc, moi, je remettrais encore à la question de dire : Laissons
à César ce qui appartient à César, les universités devraient faire les choix.
Troisième, qui est celui où vous arrivez,
je n'ai jamais dit dans ma présentation que je défendais les moulins à
résidence permanente. Et que ce soient des entreprises privées ou pas, quand il
y a détournement d'un objectif, moi, je ne le supporte pas. Donc, je pense que
vous avez raison de vouloir encadrer, du point de vue de ces écoles de
formation technique, les choix qui sont faits. Je pense que ça ne s'applique
pas aux universités, à moins que vous me disiez, là, tout de suite, que vous
considérez que les universités ont des comportements de moulin à résidence
permanente. Mais je ne le vois pas que les universités font ça et je ne le vois
pas que les cégeps font ça non plus.
Donc, j'ai l'impression qu'on a un
problème, encore une fois, qu'on a une solution, et je pense qu'il y a des
éléments de solution qui sont justifiés, mais on l'applique à l'ensemble, et je
pense que c'est une erreur.
M. Roberge : Oui. Je me
suis mal exprimé quand j'ai utilisé «sélectionner». Le projet de loi ne vise
pas à ce que le gouvernement, ou encore moins le ministre de l'Immigration,
sélectionne les étudiants. C'était une mauvaise façon de dire les choses. Mais,
dans un contexte où le nombre de CAQ... étudiants est passé de 50 000 à 122 000,
il faut quand même se poser des questions. C'est une augmentation qui est
considérable. Est-ce à dire que ce n'est pas assez puis il faut monter encore?
Est-ce qu'il faut se poser une question une fois de temps en temps, quand on
marche sur le chemin de la vie, en disant : Bon, j'ai fait pas mal de
chemin, je m'en vais dans une direction, est-ce que je suis allé trop loin dans
cette direction-là ou, dans le fond, c'est parfait, il faudrait que j'aie
encore plus loin?
Et... et Ottawa, lui, s'est posé cette
question-là puis, quand le gouvernement canadien a dit : Bon, bien, nous,
on va réduire, puis il a imposé une réduction mur à mur qui a touché tout le
Canada jusqu'à atteindre un seuil de 35 % dans une année sans aucun
critère... Là, 10 %, là, il a imposé des critères, ça s'en vient faire toucher...
La première coupure ne nous a pas touchés, parce qu'il n'y avait pas mal moins
de ce que vous avez appelé le terme «usine à diplômes» au Québec. Quand je
parlais aux ministres fédéraux, ils disaient qu'on était exemplaires, oui, à
certains égards, mais il reste quand même certains éléments à corriger.
• (15 h 20) •
La deuxième coupure nous touche, là. Si on
ne fait rien, en réalité, c'est Ottawa qui va décider ce qui va se passer. Et
souvent, après deux vagues, qu'est-ce qu'il y a? Une troisième vague. Et là, si
on ne fait rien, c'est Ottawa qui va décider quelles sont les priorités pour le
Québec. Il me semble que le statu quo est dangereux, parce que la loi actuelle
permet au gouvernement une seule chose : c'est le ministre de
l'Immigration et aucun autre qui doit décider du nombre maximal, lourde tâche,
et aucune obligation de consulter aucun collègue de l'Enseignement supérieur, <aucune...
M. Roberge :
...lourde
tâche, et aucune obligation de consulter aucun collègue de l'Enseignement
supérieur, >aucune possibilité de prioriser Montréal ou pas Montréal ou
les cycles supérieurs ou pas.
Il me semble que, dans le contexte, avec
les nombres qui ont augmenté, avec les coupures paramétriques qui s'en viennent
du fédéral, il faudrait être capables d'avoir... de se gouverner avec une loi
qui oblige le ministre de l'Immigration, moi, mais, un jour, ce sera quelqu'un
d'autre, de se concerter avec l'Enseignement supérieur et l'Éducation et même
de faire une recommandation conjointe. Le contexte, il me semble, nous appelle
à moderniser nos lois. Parce que, la loi actuelle, il me semble que c'est un
statu quo très inconfortable. Votre opinion à ce sujet-là?
M. Leblanc (Michel) :Bien, d'abord, moi, je pense qu'il faut actualiser les
lois. Puis je partage totalement votre avis que, de temps à autre, il faut la
regarder, la loi, puis il faut l'annoncer, qu'on va l'actualiser. Je pense que,
quand le fédéral fait une erreur, il n'y a aucune raison qu'on accepte cette
erreur-là puis qu'on dise qu'il va falloir réagir en se tortillant parce que le
fédéral a fait une erreur. Moi, je pense qu'on est ici et on devrait tous être
très fiers de ce que... Notre réputation à l'international, c'est d'être un
lieu où l'enseignement supérieur, où l'éducation, où la formation est de
qualité. Ce qu'on devrait se préoccuper, c'est de savoir comment est-ce qu'on
attire les gens, comment est-ce qu'on les retient puis comment est-ce qu'on les
intègre, et de dire au milieu universitaire... encore une fois, je... milieux universitaires,
les cégeps, de leur dire : Faites les bons choix, intégrez-les bien.
Nous, on va mettre un encadrement pour
s'assurer qu'on est capables. Quand ils veulent avoir une passerelle pour
devenir résidents permanents, qu'ils ont fait les efforts, ils ont fait les
efforts d'intégration linguistique, ils ont fait ces efforts-là, on va
accélérer à ce moment-là, parce qu'on va en tenir compte. Et, je vous dis, du
point de vue du milieu des affaires, c'est que la contrainte... la pénurie de
main-d'œuvre, elle est tellement forte que le danger, c'est qu'on se trompe sur
qui on veut embaucher. Mais on a besoin d'embaucher. Les étudiants
internationaux qui sont ici reçoivent des diplômes d'ici avec le sceau de
qualité qu'on peut leur offrir. C'est la solution.
On voudrait refaire l'histoire, on ferait
plus de bébés. On voudrait refaire l'histoire, on aurait plus de main-d'oeuvre
qui serait née ici. L'enjeu, c'est qu'on n'en a pas fait autant et que, dans
nos universités, dans nos cégeps, il manquerait d'élèves si on n'avait pas ces
étudiants étrangers, surtout au niveau universitaire. J'utilise encore
«étrangers», je m'excuse, c'est «internationaux».
M. Roberge : Donc, je
comprends qu'il faut s'affirmer face au gouvernement fédéral, je fais ça tous
les jours puis même la nuit parfois, mais...
Une voix : ...
M. Roberge : Bien, hier
soir, 10 heures, vous voyez, mon téléphone, il était encore là-dessus. Mais,
quand on regarde ce qui se passe en ce moment, reste qu'il y a des choses qui
nous sont imposées à ce moment-ci. Si on veut... On est dans la fédération, il
faut jouer en ce moment avec les règles. On a quand même une certaine
influence. On a fait bouger les choses pas mal à Ottawa dernièrement, mais il
reste qu'il y a des choses qu'on ne contrôle pas.
Je vous retourne ma question : Est-ce
que c'est une bonne idée de garder le statu quo législatif actuel, c'est-à-dire
qu'Ottawa peut imposer des critères sur des secteurs qu'il juge porteurs et
Québec ne peut que, par la voix de son ministre de l'Immigration, imposer un
plafond, ou bien on adopte une loi qui force le ministre ou la ministre de
l'Immigration à se concerter puis à faire une recommandation conjointe au Conseil
des ministres quand vient le temps de fixer des balises pour que ce soit
Immigration et Enseignement supérieur?
M. Leblanc (Michel) :Je pense que la nervosité...
M. Roberge : ...
M. Leblanc (Michel) :La nervosité vient de ce qu'on évoque dans le mot «concerter».
La nervosité vient de ce qu'éventuellement les universités seraient plus à même
de profiter de toutes les occasions qu'elles ont d'attirer les meilleurs
élèves, les meilleurs étudiants.
Moi, j'ai... Nous organisons à la chambre
de commerce des missions à l'étranger avec des entreprises qui exportent. Il y
a des années, j'ai découvert que, dans nos missions, les entreprises qui
exportent, il y avait des gens des universités qui allaient à l'étranger, qui
disaient : Moi, je veux faire des ententes avec des universités pour
essayer d'attirer des cohortes d'étudiants ici. Puis, d'un point de vue
économique, c'était : Je vais attirer des gens qui vont venir investir
chez nous, qui vont venir dépenser chez nous et qui vont se former chez nous.
Et ce n'était absolument pas de vendre la citoyenneté canadienne, c'était de
vendre la qualité de nos universités, de vendre la qualité de nos institutions
de recherche et de renforcer notre réputation. Alors, moi, je leur donnais
beaucoup de visibilité.
Et donc, je le dis encore une fois, les
universités, à mon avis, font des très bons choix. Moi, je pense qu'on devrait
être admiratifs sur l'évolution de nos universités dans un contexte de pression
démographique. Elles ont fait avec <les...
M. Leblanc
(Michel) :
...de nos universités
dans un contexte de pression démographique. Elles ont fait avec >les
moyens du bord pour garder l'excellence, avec des revenus parfois qu'on jugeait
insuffisants. Elles ont été recruter des professeurs, des étudiants, des
étudiants gradués. Et là, c'est comme si, soudainement, le message qu'on leur
lance depuis plusieurs mois, c'est : On doute de vous, on doute que vous
preniez les décisions pour les bonnes raisons. Moi, je pense qu'il faut
travailler avec elles. Alors, concerter, oui, mais ça veut dire les écouter
puis ça veut dire reconnaître, reconnaître leur expertise et la qualité de ce
qu'elles font dans notre société.
M. Roberge : Merci
beaucoup.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci. Je...
M. Roberge : Je pense
que ma collègue de Vimont...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Oui, je pense que la collègue de Vimont... Le micro est à
vous. Il reste quatre minutes.
Mme Schmaltz : Quatre
minutes. Parfait. Bonjour, M. Leblanc. Vous parliez tantôt de pénurie de
main-d'oeuvre à Montréal. Quels sont les secteurs principalement touchés à
Montréal en termes de pénurie de main-d'oeuvre?
M. Leblanc (Michel) :Alors, cette question m'est posée presque à chaque semaine
par les journalistes, par les médias, puis je vous dirais : tous les
secteurs. Si vous prenez, dans tous les secteurs à Montréal, des gens
d'affaires, puis que vous leur dites : Est-ce que vous trouvez les
ressources dont vous avez besoin? La réponse est non. Le défi, dans bien des
cas, c'est un défi d'automatisation. On veut les inciter à investir, mais ça
n'a pas un impact immédiat sur leurs besoins de main-d'œuvre. Alors, on est
dans des formations techniques, oui. On est dans des formations de gestion, on
est dans des formations de cadres, on est dans des formations beaucoup plus, je
dirais, professionnelles dans tous ces domaines-là. Et ce que ça provoque,
c'est de l'inflation salariale. Ça rend nos entreprises encore plus vulnérables
quand il y a de l'inflation, quand il y a des taux d'intérêt élevés, quand
elles ne trouvent pas leur main-d'œuvre. Donc, c'est pour ça que les
universités et les cégeps qui fournissent à chaque année des cohortes
professionnelles, des cohortes de gens bien formés, sont essentiels dans le
dispositif.
Mme Schmaltz : ...étrangers
sont intéressés par ce genre de... de formation liée à la pénurie de
main-d'œuvre qu'on rencontre à Montréal? Est-ce qu'ils viennent, je ne veux pas
dire pour ça principalement, mais est-ce que l'intérêt est là?
M. Leblanc (Michel) :Bien, nos universités recrutent dans tous les domaines. Et
moi, je vous dirais, là, M. Jarislowsky, un de nos plus grands
investisseurs du Québec, quelqu'un qui avait vécu en Europe des années très
difficiles, disait toujours au milieu des affaires : Cessons de laisser
entendre que le milieu des affaires n'est pas intéressé par des sociologues. Ce
dont on a besoin, c'est des bonnes têtes. Et cessons de penser qu'une bonne
tête, ça veut juste dire quelqu'un qui étudie en génie ou en mathématiques.
C'est quelqu'un qui a étudié dans les sciences sociales également. Et je trouve
que, sur le débat des étudiants internationaux, on pose toujours un jugement
comme s'ils n'étudiaient pas dans les bons domaines. On a besoin de gens
compétents, on a besoin de bonnes têtes dans des secteurs où des formations
spécifiques sont très importantes, mais dans tous les secteurs.
Mme Schmaltz : En fait,
ma question, elle était plutôt reliée avec votre exposé. Vous avez appuyé à
plusieurs reprises sur le fait de... que les étudiants internationaux, bon,
faisaient un lien avec la pénurie de main-d'oeuvre. Donc, je me disais, est-ce
que, selon vous, c'est ça qu'on va... C'est ce qui va sauver la... la...
M. Leblanc (Michel) :Non, non.
Mme Schmaltz : ...Montréal?
Bien, pas sauver, mais...
M. Leblanc (Michel) :Non, pas sauver. Non, non, pas sauver. Le dispositif de solution
doit être complet. On a besoin que les étudiants du Québec de souche, nés ici,
aillent chercher des formations complètes. On a besoin que les garçons aillent
chercher ces formations-là. On a besoin d'avoir des gens de l'étranger qui
viennent ici pour étudier, puis on a besoin d'en retenir le plus possible,
étant donné qu'on a cette pénurie de main-d'oeuvre. Mais c'est sûr que c'est...
c'est un des éléments de la solution. Puis chaque fois qu'on nous fait dire :
Pensez-vous que l'immigration va résoudre nos problèmes? La réponse, c'est non.
L'immigration ne les résoudra pas, mais elle va faire partie du cocktail de
solutions.
Et pour nos entreprises qui visent à
exporter, les talents qui viennent de l'international sont souvent très
stratégiques. Ils connaissent des langues qui nous sont utiles, ils connaissent
des environnements qui nous sont utiles. Ils sont capables de faire des liens
avec des anciens collègues avec qui ils ont étudié. C'est une richesse que
d'avoir des gens branchés à l'international, et ça passe par l'immigration,
mais ça passe beaucoup par les étudiants internationaux qu'on accueille ici.
Mme Schmaltz : Moi, je
n'ai pas d'autre question. Est-ce que tu avais une question...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : 38 secondes.
M. Roberge : Bien, je
vais y aller rapidement. Vous dites qu'on a besoin de beaucoup, beaucoup,
beaucoup de talents, je n'en doute pas, mais, quand même, le taux de chômage à
Montréal est comme... je pense qu'il a passé le 6 %. Est-ce que ça ne
change pas la donne quand même quand le taux de chômage monte à ce point, sur
la nécessité d'attirer des travailleurs?
• (15 h 30) •
M. Leblanc (Michel) :C'est très conjoncturel, fondamentalement et
structurellement. On a tous connu l'époque où on avait des taux de chômage
supérieurs à ceux de Toronto puis à ceux de l'Ontario. On est en dessous.
Alors, la conjoncture va faire qu'à court terme il y a ces fluctuations. Notre
problème structurel de fond, c'est un problème de pénurie de main-d'oeuvre. Sur
10 ans, on est en gros «crunch» de ressources et on a des besoins...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci...
M. Leblanc
(Michel) :Les départs à la retraite s'en
viennent.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Le temps du gouvernement est terminé.
Je me tourne du côté de l'opposition
officielle, pour une période de 16 min 30 s, si ma mémoire... ma
mémoire est bonne, on va corriger le temps ici. La parole est à vous.
M.
Morin :
Merci, Mme la Présidente. Alors, merci...
15 h 30 (version révisée)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : ...bonne, on va corriger le temps ici. La parole est à
vous.
M. Morin : Merci, Mme la
Présidente. Alors, merci beaucoup, M. Leblanc, d'être avec nous.
Justement, on en parle souvent, on entend
qu'on est en pénurie de main-d'œuvre puis qu'en même temps il y a un taux de
chômage qui n'est pas de zéro, on a besoin de talents dans nos universités,
mais comment on réconcilie tout ça? Parce que...
Est-ce que c'est parce qu'on a des
travailleurs ici qui ne travaillent pas? Est-ce qu'ils ne sont pas assez formés
pour les différents postes? Est-ce que c'est parce que c'est des emplois plus
spécialisés? J'aimerais vous entendre là-dessus.
Puis ça va avoir une suite, il va y avoir
une suite à mes questions, parce que M. le ministre nous disait hier que si son
projet de loi était important, c'est parce qu'il fallait contrôler, entre
autres, l'immigration, le nombre. Il y a une explosion, là.
Alors, j'essaie juste de comprendre puis d'y
voir plus clair, puis, compte tenu de votre expertise, je suis convaincu que
vous allez m'aider.
M. Leblanc (Michel) :Mais moi, je veux rendre hommage à l'ancien ministre de l'Éducation,
qui a dit pendant très longtemps : Notre premier défi, c'est notre taux de
diplomation, c'est notre taux de formation chez les Québécois. C'est le premier
défi qu'on doit relever.
Alors, quand on parle de pénurie de main-d'oeuvre,
de l'état du marché de... même de la richesse, puis qu'on se compare à l'Ontario
puis à d'autres villes, du point de vue de Montréal, le premier constat qu'on
fait, c'est il faut qu'on aille chercher une formation additionnelle à tous les
niveaux chez nos jeunes. C'est notre premier défi.
Alors, on n'est même pas dans les
immigrants, on n'est même pas dans les étudiants internationaux, on est dans ça,
c'est notre premier défi.
Mais, à partir du moment où on a un
resserrement démographique, on a fait moins d'enfants, on a encore des défis de
persévérance scolaire, on a des garçons qui quittent beaucoup, bien là, on
regarde dans le portefeuille des solutions puis, dans le portefeuille des
solutions, l'immigration en fait partie.
Puis, dans l'immigration, le défi, je l'évoquais
tout à l'heure, c'est comment est-ce qu'on s'assure qu'il y a la meilleure
adéquation entre les immigrants qu'on accueille puis les besoins de la société.
Puis, du point de vue des PME, comment je
m'assure que je suis capable de bien lire la compétence et la formation qu'ont
les gens. Puis une bonne façon de faire ça, c'est d'avoir des gens qui ont
gradué dans nos institutions, ici.
Puis, du point de vue des universités, j'essaie
d'avoir des grandes cohortes, j'essaie d'avoir les meilleurs talents, je me
compare avec d'autres universités à travers le monde pour obtenir des fonds de
recherche dans des concours pancanadiens, dans des concours internationaux.
Donc, plus mes équipes de recherche sont fortes, plus mon université va être
forte. Ça fait que c'est tout un dispositif.
Et, là-dedans, l'étudiant international,
là, il est vulnérable, il est jeune, il est incertain, et là on veut le
convaincre : Viens ici, viens ici plutôt qu'aller, peut-être, à San
Francisco ou d'aller à Paris, à l'INSEAD en Europe, viens ici. Et là on joue
dans la recette.
Alors, moi, je dis : Notre premier
défi, c'est un défi par rapport à nous-mêmes, nos enfants, nos jeunes, mais,
dans la solution aux problèmes auxquels on est confrontés, l'étudiant
international fait partie de la solution puis l'université est le lieu où ça se
passe.
M. Morin : Bien. Je vous
remercie. Puis je comprends, parce que c'est un élément que vous soulevez et
puis que vous indiquez dans votre mémoire, à la page 6.
Donc, non seulement on a un besoin de ces
étudiants internationaux là, mais, en plus, vous, vous suggérez d'ouvrir l'accès
à la résidence permanente pour qu'ils puissent éventuellement rester ici puis
travailler ici.
M. Leblanc (Michel) :Bien, c'est toute la logique du PEQ étudiant, qu'on
soutient depuis le début.
Encore une fois, on est dans des
stratégies d'accueil d'immigrants, parce qu'on en veut, parce que, dans une
société normale, on en accueille, mais ce qu'on veut rajouter, nous, c'est :
Si on est pour accueillir des immigrants et qu'on a la possibilité d'avoir des
étudiants qui viennent chez nous, qui sont formés chez nous, et pendant qu'ils
sont là, enseignons-leur le français, assurons-nous qu'ils comprennent bien la
société québécoise, bien, on va avoir des gains en termes, je dirais, d'intégration
plus facile si on passe par des étudiants internationaux.
Donc, s'il y a un endroit où on ne devrait
pas resserrer, c'est bien celui-là.
M. Morin : Et là on le voit
avec le gouvernement actuel : modification au PEQ, moratoire du PEQ, bon,
projet de loi avec des critères pour... bon, hier, c'était pour contrôler le
nombre d'étudiants.
Comment, sur la scène internationale, vous
pensez que ça va avoir comme effets pour, évidemment, le positionnement de
Montréal, ses universités puis sa compétitivité?
M. Leblanc (Michel) :Bon, le danger, c'est qu'éventuellement s'installe une
impression qu'on est réfractaires, que ça ne nous intéresse plus. Donc, il faut
éviter ça.
Le corollaire de ça, c'est qu'on cherche
les meilleurs étudiants, on cherche les meilleurs chercheurs, puis là on a des
universités qui sont en concurrence, qui elles ne se gêneront pas pour mettre à
la face de tous ces étudiants-là et de tous ces chercheurs-là : Regardez,
au Québec, ça n'a plus l'air d'être si prioritaire pour eux. Regardez les types
de changements qu'ils font, ça ne semble plus les intéresser tant que ça. Et
c'est comme ça que se détruit une <réputation...
M. Leblanc (Michel) :
...ça ne semble plus les intéresser tant que ça. Et
c'est comme ça que se détruit une >réputation. Ce n'est pas juste les
gestes qu'on pose, c'est l'interprétation que nos concurrents vont placer dans
les sociétés ailleurs, sur ce qu'on est nous-mêmes.
Alors, moi, je dis : Soyons très
attentifs. La réputation de Montréal, elle est enviable. À travers Montréal, c'est
tout le Québec. Allons chercher des étudiants de la francophonie, allons
chercher des étudiants de partout dans le monde, en insistant pour qu'ils
comprennent qu'un de nos désirs c'est qu'ils puissent rester après, que cette
voie rapide, elle va exiger une connaissance du français, elle va exiger un
désir d'intégration dans la société québécoise.
C'est ça, la solution, et non pas de dire
au début : On n'est pas sûrs qu'on veut que vous veniez chez nous, on
réduit le nombre puis on met beaucoup de conditions à l'accueil.
M. Morin : Vous, dans votre
expérience, vous avez parlé des missions que vous avez faites à l'étranger, où
il y avait des représentants des universités qui étaient là, entre autres, pour
signer des ententes.
Les universités, hier, nous ont dit qu'ils
étaient capables de gérer. Là, avec le projet de loi, j'ai l'impression que le
ministre veut gérer les universités. C'est quoi, votre... votre suggestion
là-dedans? Est-ce qu'on les laisse se gérer elles-mêmes? Ça a l'air à bien
aller jusqu'à maintenant en tout cas.
M. Leblanc (Michel) :Moi, je ne pense pas que les universités ont créé un
problème d'étudiants étrangers, d'étudiants internationaux au Québec, je pense
que les universités ont tenté d'aller chercher les meilleurs étudiants sur la
planète, de les convaincre de venir chez nous, je pense que les universités
tentent de les convaincre de faire des études supérieures chez nous parce que
ça renforce les équipes de recherche, et je pense que c'est à nous d'essayer de
convaincre le plus de ces étudiants internationaux de rester ici après en leur
mettant clairement les conditions dans lesquelles on accepte, mais en essayant
d'accélérer la prise de décision pour qu'ils restent ici.
M. Morin : Hier, on parlait
aussi d'abus, d'abus dans le système, mécanismes qui seraient mis en place
pour, finalement, permettre à des gens d'obtenir la citoyenneté ou la résidence
permanente. Pensez-vous que ce projet de loi là va aider à contrer ça ou si le
ministre a déjà des moyens à sa disposition qui lui permettent de freiner des
abus? Parce qu'évidemment on ne veut pas qu'il y ait des abus, on ne veut pas
que les gens contournent la loi.
M. Leblanc (Michel) :Ce que je pense, c'est que ce projet de loi là ratisse trop
large, impose trop, à trop d'institutions et va avoir des effets négatifs là où
il ne devrait pas y en avoir.
Qu'il y ait des écoles de formation
professionnelle, dont l'objectif, dans le modèle d'affaires, c'est juste le
nombre et la promesse d'un accès à un PEQ, ou à une transition vers la
résidence permanente accélérée, moi, je pense que le ministre a raison de
vouloir encadrer ça.
Est-ce que ça prend un projet de loi?
Est-ce qu'il y a d'autres mécanismes qu'il pourra utiliser? Je vous laisse... c'est
votre métier.
Moi, ce que je dis, c'est, à travers ce
projet de loi là, ne créons pas de problèmes, de problèmes autour de ce qu'on
veut régler comme défis. Et c'est là, l'enjeu, je pense.
M. Morin : En fait, on a...
et là c'est mon impression, on a l'impression que ce projet de loi là fait du
mur-à-mur plutôt que du sur mesure, puis c'est peut-être plutôt du sur mesure
dont on a besoin.
M. Leblanc (Michel) :C'est le génie des politiciens, ils ont des bonnes formules,
mais moi, ce que je dis, c'est : Assurons-nous qu'on ne crée pas un
problème là où ce n'est pas nécessaire.
Nos universités ne sont pas un problème au
Québec. Les étudiants internationaux, dans nos milieux universitaires et dans
nos cégeps, ne sont pas un problème au Québec.
M. Morin : Parfait. On nous a
parlé aussi des problèmes, et ça, vous y faites référence dans votre mémoire, à
la page 7, les étudiants traînent une crise du logement, des pressions.
Voyez-vous que c'est un véritable enjeu pour les étudiants internationaux, pour
Montréal? Comment vous vous positionnez là-dessus?
• (15 h 40) •
M. Leblanc (Michel) :J'ai essayé d'obtenir des chiffres sur la croissance du
nombre d'étudiants à Montréal. On est autour de, possiblement, 4 000 étudiants
de plus depuis cinq ans.
Si on pense que les étudiants habitent
rarement un dans un logement, là, mais ça... On a tous été étudiants, en fait,
je présume. Moi, j'habitais à trois. Je regardais le nombre de logements que ça
représente de plus, parce que les étudiants qui sont là depuis toujours, bien,
c'était un pool de logements pas loin des universités, là, que ce soient Université
de Montréal, ou autres.
Alors, l'enjeu, là, à Montréal, c'est qu'il
ne se construit pas assez de logements pour la population de chez nous. Est-ce
que le corollaire de ça, c'est de dire qu'on doit tasser des étudiants
internationaux parce que c'est eux autres qui créent le problème? C'est
complètement faux.
Et cet amalgame-là, il finit par être
dangereux. C'est la peur de l'étranger, qui est responsable de tous nos maux.
Le problème de crise de logement à
Montréal, il est réel. La solution, elle ne passe pas par les étudiants
internationaux, elle passe par la construction de logements à Montréal, puis c'est
un autre défi.
M. Morin : M. Leblanc,
merci beaucoup. Je vais céder la parole à ma collègue.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Alors, il vous reste
6 min 40 s, Mme la députée. Le temps est à vous.
Mme Setlakwe : Merci. Merci,
M. Leblanc. Mais parlons de Montréal. Moi, j'en suis très fière de
Montréal comme ville universitaire extraordinaire. Comme vous, là, je ne <voudrais...
Mme Setlakwe :
...de
Montréal comme ville universitaire extraordinaire. Comme vous, là, je ne >voudrais
pas du tout que ce statut enviable s'effrite.
Vous avez parlé, donc, d'impact économique,
donc vous ramener dans ce sujet-là. Vous avez parlé d'un demi-milliard par
année d'impact économique. S'il vous plaît, élaborez.
Donc, c'est une contribution importante de
la clientèle internationale, des étudiants internationaux. Est-ce que vous avez
vu déjà, avec les annonces, un certain déclin, un impact négatif? Et qu'en
est-il du centre-ville qui a été mené à mal avec la pandémie? Est-ce qu'enfin
on voit... on voit que ça s'en va dans la bonne direction?
M. Leblanc (Michel) :Alors, tu sais, moi, j'aime toujours appeler un chat un
chat, là. Présentement, dans le fond, qu'est-ce qui se passe, c'est que ce
n'est pas clair que les cohortes d'étudiants internationaux s'effondrent.
Pourquoi? Parce qu'il y avait plus de demandes que de places.
Alors, ce qui se passe présentement, là,
c'est qu'il y a un remplacement à l'intérieur des cohortes par des étudiants
qui ont le choix d'aller n'importe où et qui choisissent d'aller un peu
ailleurs et des étudiants qui sont quand même très heureux de venir chez nous.
Donc, la dépense associée à ces étudiants
internationaux ne s'est pas effondrée pour l'instant. Quand on va réduire
concrètement le nombre d'étudiants internationaux, on va avoir un impact
négatif.
Maintenant, c'est intéressant, parce que
je l'ai évoqué tout à l'heure, le près d'un demi-milliard d'impact économique
est lié la dépense de ces étudiants-là.
Quand on regarde l'étude, là, puis ça fait
bien une centaine de pages, là, qu'on a faite en 2022 et que tout le monde
cite, c'était l'impact des universités sur l'économie. Et quand on regarde cet
impact-là, ce n'est pas juste la dépense des étudiants, évidemment, on le sait
tous. Au-delà de la dépense des étudiants, c'est la valeur de la formation qui
est donnée qui a un impact dans l'économie. C'est la valeur de la recherche qui
est générée qui a un impact à la fois sur le savoir qui est développé ici, mais
sur les organisations, les institutions de recherche.
Et c'est là où les étudiants
internationaux ont un impact beaucoup plus grand que leurs dépenses. C'est
beaucoup plus important que le 500 millions de dollars que ça
représente. C'est à travers nos équipes de recherche.
Et c'est ça qu'il faut qu'on comprenne aussi,
c'est regardez, encore une fois, les équipes top niveau dans les départements
de nos universités, vous allez voir la présence de ces étudiants
internationaux. Allez au-delà des noms, là, vous regarderez où... d'où ils
viennent. C'est majeur. Et ça, c'est signe d'une ville universitaire, mais
c'est le signe d'une société universitaire qui accepte la contribution des gens
qu'on va chercher.
C'est pour ça qu'à tout le moins, je
dirais, là, exclure les étudiants gradués de tout calcul de nombre de gens, là,
ça, c'est se tirer dans le pied d'aplomb, mais j'irais beaucoup plus loin parce
que les étudiants gradués, dans bien des cas, qui viennent de l'international
ont été des étudiants normaux, en fait non gradués au moment de leur arrivée, et
là on joue dans une recette qui définit la force de Montréal, à mon avis, la
force du Québec.
Puis, si on a un premier ministre qui veut
qu'on rattrape l'Ontario, là, bien, ça passe, entre autres, par la qualité de
ces équipes de recherche, la qualité de ce qui se passe dans nos universités et
par la présence de ces étudiants internationaux.
Mme Setlakwe : Merci.
J'aimerais qu'on revienne sur ces missions à l'étranger.
Moi, comme porte-parole en enseignement
supérieur, j'ai récemment fait le tour, là, des universités, j'étais...
incluant celles à Montréal, là, Concordia, McGill, et on m'a parlé de ces
missions-là puis des domaines très nichés dans lesquels nos institutions se
démarquent.
Êtes-vous capable de donner des exemples
pour qu'on comprenne bien l'impact positif sur l'écosystème, sachant que les
grandes entreprises qu'on attire ici, vous l'avez dit, là, elles cherchent des
compétences, elles sont attirées par le bassin de talents au Québec?
Donc, je pense, ce serait important que...
pour le bénéfice de la commission, qu'on puisse élaborer là-dessus.
M. Leblanc (Michel) :Alors, je vais nommer quelques cas de figure, par exemple,
un ancien directeur général de l'ÉTS qui va à l'étranger, qui cherche des
étudiants qui vont venir à l'ÉTS en génie, des étudiants universitaires. À
travers ça, l'ÉTS, très, très, très axée sur les collaborations avec les
entreprises, des systèmes coop, cherche des étudiants gradués, éventuellement,
qui vont accélérer la commercialisation de la recherche universitaire. Donc, ce
n'est pas juste qu'il veut aller chercher des étudiants internationaux, il
cherche des profils types d'étudiants gradués qui vont venir renforcer les
dispositifs de son université.
J'ai d'autres cas où on est allé à
l'étranger, et là l'objectif, c'était de renforcer des partenariats de
recherche en se disant : On va commencer par les étudiants. C'est des
universités qui ont des centres de recherche beaucoup plus réputés que les
nôtres, on a des grands centres de recherche, mais où on se dit : On va y
aller par stratégie, on va attirer des étudiants internationaux, on va essayer
de créer des mouvements dans les deux directions, et, à la fin, ce qu'on vise,
c'est que nos institutions de recherche collaborent encore plus. Donc, c'est
comme une diplomatie universitaire qui s'opère.
À travers tout ça, cette recherche-là, on
la veut la plus appliquée possible. Donc, on veut intégrer des grandes
entreprises, des petites entreprises. On est en technologie verte, on est en
transition écologique, on est dans nos grands défis de société à travers des
étudiants internationaux, à travers des collaborations de recherche.
C'est ça, le milieu universitaire. Et
c'est pour ça que ça ne se compte pas en termes d'individus qui rentrent, ça se
compte en termes de collaborations qui s'établissent et de la qualité des
talents qu'on <attire...
M. Leblanc (Michel) :
...collaborations qui s'établissent et de la qualité
des talents qu'on >attire ici.
Mme Setlakwe : Merci. Votre
message est très clair. Donc, encore une fois, comme porte-parole en
enseignement supérieur, j'entendais également «qui joue un rôle de vecteur
d'intégration», puis vous l'avez mentionné que c'est important d'avoir les
conditions facilitantes de travailler, non pas... On ne veut pas les couper, on
les veut, mais il faut travailler sur la suite, s'assurer qu'ils s'intègrent
bien dans la société, qu'ils soient francisés. Avez-vous des commentaires
additionnels à ajouter?
M. Leblanc (Michel) :Bien, je dirais, écoutez, on s'est cassé la tête, on
s'imaginait même qu'on allait faire des partys de rencontre pour s'assurer
qu'ils se font des blondes puis des chums chez nous. Quelque part, là, notre
objectif, c'était de dire : Un étudiant universitaire qui est chez nous,
c'est un talent qu'on voudrait garder. Par quel côté on le prend? Est-ce qu'on
l'incite à aller faire des emplois coopératifs en entreprise? Est-ce qu'on veut
qu'il découvre nos artistes? Est-ce qu'on veut qu'il se fasse... qu'il se fasse
un conjoint dans notre communauté? Mais, je vous le dis, notre stratégie,
c'était d'en retenir le plus possible.
Et quand je parlais, par exemple, à mon
homologue de Boston et je lui disais : À Boston, est-ce que vous essayez
de les garder? Mon homologue de Boston disait : Michel, ce serait mon
rêve, mais je dois t'avouer, quand ils viennent à Harvard ou MIT, ils ne se
disent pas : Je veux vivre ma vie à Boston. Il dit : Toi, tu as une
chance, quand ils vont à Montréal, ils peuvent se dire qu'ils vivraient leur
vie à Montréal.
Alors, on était dans ces discussions-là,
comment on les convainc de rester chez nous, de contribuer à la société.
Mme Setlakwe : ...je pense
qu'il me reste deux secondes. En tout cas, moi, je pense que quand Montréal brille,
c'est tout le Québec qui brille.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. C'est ce qui met fin à cette rencontre.
Merci beaucoup, M. Leblanc, d'avoir contribué à nos travaux.
Alors, je vais suspendre quelques
instants, le temps que le prochain groupe s'installe.
(Suspension de la séance à 15 h 47)
(Reprise à 15 h 50)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : À l'ordre, s'il vous plaît! La Commission des relations
avec les citoyens reprend ses travaux.
Nous en sommes donc à l'audition du groupe
suivant : l'Association des collèges privés du Québec, qui sont
représentés par M. Patrick Caron, président, bienvenue! ainsi que
M. Patrick Bérubé, directeur général et directeur général du collège
André-Grasset.
Alors, messieurs, bonjour! Vous allez
bénéficier d'une période de 10 minutes pour exposer vos commentaires,
l'essentiel de votre mémoire, et, par la suite, on va entamer une période de
discussion avec les parlementaires. Le temps est à vous.
M. Caron (Patrick) : Merci,
Mme la Présidente. Mais pour commencer, je vais me représenter, Patrick Caron,
je suis le président de l'Association des collèges privés et directeur général
au collège André-Grasset. Et mon collègue, M. Bérubé, est le directeur
général de l'association. Ça va?
Donc, Mme la Présidente, M. le ministre,
Mmes et MM. les députés, avant de commencer, permettez-moi de vous remercier
pour votre engagement envers l'enseignement supérieur au Québec.
Nous avons des défis importants à relever
et nous sommes ici pour partager nos préoccupations concernant le projet de loi
n° 74 et ses répercussions sur l'enseignement collégial privé
subventionné.
L'ACPQ représente 21 collèges privés
subventionnés, que je vais nommer CPS pendant ma présentation, qui sont
présents à travers plusieurs régions au Québec.
Notre histoire a débuté il y a très, très
longtemps puisque le Petit Séminaire de Québec est né en 1663 et comprend
aujourd'hui des institutions connues de tous, telles que le collège Laflèche,
Brébeuf, Mérici, LaSalle et l'École nationale de cirque, pour n'en nommer que
quelques-uns.
En tant que porte-parole de l'éducation
collégiale privée subventionnée, l'ACPQ s'engage à favoriser un environnement
qui est propice à l'avancement des missions de nos membres et à défendre les
intérêts des étudiants de notre réseau.
Les CPS, en tant qu'institutions sans but
lucratif, sont des moteurs d'innovation, de réussite et d'accessibilité
éducative au Québec. Ouverts à tous, ils offrent une éducation qui est
enrichissante et de haut niveau et ils jouent un rôle crucial dans le
développement économique.
Pour commencer, les changements que
propose le projet de loi n° 74, notamment à la Loi sur l'enseignement
privé, en supprimant la mention de la capacité d'accueil physique comme seuil
minimal d'admission, pourraient sans aucun doute avoir des conséquences
catastrophiques pour nos collèges.
Cette modification remet en question un
élément fondamental du consensus historique entre les collèges et le
gouvernement du Québec. En retirant la capacité d'accueil physique comme
critère, on met en péril la stabilité et la prévisibilité nécessaires pour
préparer l'offre des programmes d'études, embaucher des enseignants et
planifier les budgets.
En raison de la taille de nos
institutions, celles-ci sont vulnérables aux fluctuations des inscriptions.
Retirer la capacité physique comme seuil d'accueil ne devrait pas s'appliquer
aux collèges privés subventionnés, qui sont complémentaires au réseau des cégeps.
Ce pouvoir pourrait permettre une diminution qui est unilatérale du nombre
minimal d'étudiants admis, et ce, québécois ou internationaux, ce qui ne semble
pourtant pas être l'objectif du projet de loi.
Les 21 CPS au Québec accueillent
chacun de 80 étudiants à 4 000 étudiants pour un total de près
de 20 000 étudiants dans l'ensemble du réseau. Cette taille, qui est
maîtrisée, permet aux CPS d'être agiles et innovants, s'adaptant rapidement aux
besoins de changement des étudiants, des régions et du marché du travail, tout
en formant une communauté d'apprentissage à échelle humaine, à un point tel que
les étudiants réfèrent souvent nos établissements comme étant des cégeps
privés.
Les CPS permettent à l'État québécois
d'économiser jusqu'à 24 millions de dollars chaque année, tandis que
la performance des étudiants génère plus de 400 millions de dollars
au PIB du Québec, démontrant ainsi leur rôle crucial dans la formation d'une
main-d'œuvre qualifiée et de la croissance économique.
En 2023-2024, 5 548 étudiants
internationaux contribuaient à la vitalité des campus de notre réseau, même
s'ils ne représentent que 6 % des étudiants internationaux en enseignement
supérieur. L'ACPQ estime qu'en 2024, leur <contribution...
M. Caron (Patrick) :
...en
enseignement supérieur. L'ACPQ estime qu'en 2024, leur >contribution au
PIB du Québec pourrait atteindre 75 millions de dollars.
Leur intégration dans nos établissements
est bénéfique, tant sur le plan éducatif qu'économique.
En contribuant temporairement à la
population active et en représentant un potentiel de résidents permanents, les
étudiants internationaux renforcent le bassin de travailleurs qualifiés et
dynamisent une jeune population.
D'ailleurs, le gouvernement du Québec a
mis sur pied au cours des dernières années une stratégie concertée que nous
avons appuyée afin de soutenir le recrutement des étudiants internationaux en
enseignement supérieur.
Dans ce contexte, il serait contradictoire
pour le gouvernement de pénaliser les établissements pour avoir atteint les
objectifs qu'il a lui-même fixés.
Le projet de loi n° 74, dans sa forme
actuelle, impose des seuils minimaux d'étudiants québécois et des seuils
maximaux d'étudiants étrangers. Ces restrictions pourraient non seulement
limiter l'accessibilité de certains programmes, mais également compromettre la
viabilité de certains de nos établissements.
Nos collèges offrent des milieux de vie
inclusifs permettant à ces étudiants internationaux de s'intégrer à notre
société québécoise. Cette diversité culturelle permet d'enrichir certainement
nos milieux de vie et les régions où sont situés nos établissements.
En l'absence d'étudiants internationaux,
les risques de bris ou de réduction de l'offre de formation dans les CPS
deviennent tangibles. Cela priverait le Québec de programmes essentiels au
développement économique et amputerait grandement le bassin de main-d'œuvre
qualifiée dans certains domaines très nichés, allant de la mode aux arts du
cirque en passant par les hautes technologies.
D'ailleurs, le ministère possède déjà
plusieurs leviers qui lui permettent de limiter le volume des étudiants
internationaux dans les collèges, notamment par le biais de mesures
administratives.
La diminution du nombre d'étudiants
internationaux dans les collèges privés non subventionnés a été de 93 %
entre 2020 à 2023, ce qui démontre clairement la capacité actuelle du
gouvernement à agir sans toucher à la Loi sur l'enseignement privé.
Il est également important de noter qu'au
cours des derniers mois plusieurs autres changements législatifs importants
concernant les étudiants internationaux...
À ce titre, depuis le 1er novembre 2024,
seuls les étudiants étrangers ayant étudié dans des programmes jugés
prioritaires par le gouvernement fédéral pourront demander un permis de travail
postdiplôme.
De plus, le Québec vient d'annoncer un
moratoire sur le certificat de sélection, ce qu'on appelle le CSQ, gelant
l'accès au volet diplômé du Programme de l'expérience québécoise, le PEQ,
particulièrement apprécié des étudiants internationaux diplômés.
Combiné aux effets du projet de loi
n° 74, ces changements pourraient entraîner une baisse que nous estimons
jusqu'à 75 % des inscriptions d'étudiants internationaux dans les CPS,
menaçant la viabilité de certains de nos établissements et compromettant la
capacité du Québec à former une main-d'œuvre qualifiée.
Face à cette situation, l'ACPQ a formulé
des recommandations. En voici quatre.
Notre première recommandation,
naturellement, c'est le retrait des articles du projet de loi qui modifient la Loi
sur l'enseignement privé, en particulier l'élément qui supprime la référence à
la capacité d'accueil comme seuil minimal pour nos établissements.
Deuxième recommandation, que
l'année 2023-2024 soit utilisée comme année de référence afin d'établir,
si nécessaire, le plafonnement du nombre d'étudiants internationaux; que le
caractère distinct et l'apport historique des CPS soient reconnus avant de
procéder à toute diminution des effectifs afin de garantir l'accessibilité aux
études supérieures; et finalement la création d'un comité d'évaluation des
impacts des mesures récemment mises en œuvre, notamment celles relatives au PEQ
ainsi qu'aux permis de travail postdiplôme du fédéral avant d'implanter toute
nouvelle mesure découlant du projet de loi.
• (16 heures) •
Pour conclure, nous souhaitons rappeler
que nous sommes des partenaires de l'éducation au Québec. Les étudiants
étrangers ne représentent pas un enjeu dans nos institutions, mais plutôt une
richesse pour notre réseau.
L'intention du projet de loi de donner des
leviers au gouvernement afin de gérer des étudiants étrangers ne devrait pas se
faire au détriment de notre modèle éducatif et de notre capacité d'accueil.
Pour rappel, les étudiants étrangers de notre
réseau sont 5 000 sur 600 000 résidents non permanents, ce qui
représente 0,83 %.
Nous réitérons notre volonté de trouver
des solutions qui permettront au gouvernement d'atteindre ses objectifs sans
pour autant menacer l'existence à moyen ou long terme de nos établissements.
Merci.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup...
16 h (version révisée)
M. Caron (Patrick) : ...sans
pour autant menacer l'existence à moyen ou long terme de nos établissements.
Merci.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup pour cette présentation. Alors, comme
promis, on va commencer la période de discussion avec les élus. Je vais me
tourner du côté du ministre et de la banquette gouvernementale pour une période
de 16 min 30 s. Allez-y.
M. Roberge : Merci, Mme la
Présidente. Merci pour votre présentation qui met, je pense, bien les choses en
perspective. Peu de gens connaissent les différentes catégories d'établissements
en enseignement supérieur dans le réseau des universités, l'université à
charte, l'UQ, l'université de recherche. Dans le niveau collégial, les cégeps,
les privés subventionnés, les privés... etc. Donc, vous, vous êtes les privés
subventionnés, puis il y a une raison pourquoi vous êtes privés subventionnés
aussi. Je pense qu'il y a une espèce de relation de confiance normalement entre
le gouvernement et vos établissements.
On se penche sur un projet de loi. On est
ici, les collègues et moi, à titre de législateurs. On a un projet de loi
déposé tel qu'il est, sachant qu'il va être bonifié, hein? Vous savez, je pense
que c'est peut-être mon septième, quelque chose comme ça, depuis que j'ai l'occasion
de siéger ici, et je n'ai jamais vu un projet de loi adopté sans modifications.
Ça fait qu'on va essayer de voir à bien le comprendre puis à regarder dans le
contexte pourquoi il est là puis quels amendements on peut faire.
Puis l'état de droit actuel, au moment où
on se parle, c'est quelque chose qui me semble inadéquat, encore plus dans le
contexte actuel. En ce moment, on a une loi qui dit que seul le ou la ministre
de l'Immigration peut déterminer un plafond. En ce moment, on est autour de 122 000 CAQ,
certificats d'acceptation du Québec, pour des étudiants. C'est un nombre que
plusieurs trouvent beaucoup trop élevé, parce qu'on est passé de 50 000 à
120 000 quelques en 10 ans, c'est une augmentation qui est très, très
grande. Puis on voit aussi, je vous dirais, le nombre très, très grand de tous
les résidents non permanents du territoire québécois. Je ne vous fais pas
porter le poids des 600 000, d'accord, on comprend, là, chaque groupe arrive
avec ses particularités, mais on est dans un contexte, c'est ça, où, en ce
moment, il y a seulement le ministre de l'Immigration qui peut faire un seul
geste, c'est de monter ou de réduire. Puis on est dans une tendance où on veut
réduire le nombre d'étudiants étrangers total sur le territoire québécois.
En ce moment, la loi n'impose aucune
consultation avec les collègues, par exemple, de l'Enseignement supérieur. Et
non seulement ça, ce n'est même pas une consultation, le ministre de l'Immigration
pourrait prendre cette décision-là sans aucune recommandation. La loi actuelle
oblige le ministre de l'Immigration à consulter ses collègues pour fixer le
plafond, mais va plus loin que ça, dit que le ministre de l'Immigration, en
réalité, doit faire une recommandation conjointe pour ce qui est des critères.
Or, les critères, c'est ce qui peut vous sauver, vous et vos membres, dans la
mesure où il y a une baisse, d'autant plus si le gouvernement d'Ottawa veut
imposer de nouvelles baisses, bien, je pense qu'on est mieux de contrôler nos
affaires par nous-mêmes et d'avoir l'oreille de la ministre puis la parole de
la ministre de l'Enseignement supérieur, à laquelle vous parlez fréquemment, j'en
suis convaincue.
Donc, considérant l'état de droit actuel
où il n'y a qu'un ministre qui n'est pas obligé de parler au reste de l'Enseignement
supérieur avant de décider, puis une loi qui force la collaboration, la
concertation et même une recommandation conjointe. Est-ce que vous ne pensez
pas que la nouvelle loi est beaucoup mieux adaptée quand on considère que les
étudiants internationaux, ce n'est pas juste des étrangers sur le territoire
québécois, mais c'est d'abord et avant tout des étudiants, et donc qu'on doit
impliquer le ministère de l'Enseignement supérieur?
M. Bérubé (Patrick) : M. le
ministre, c'est une excellente question que vous posez par rapport au projet...
à cette loi-là éventuelle, à ce projet de loi là. D'ailleurs, le besoin
principal de nos collèges vis-à-vis les restrictions, les mesures imposées par
Ottawa à cet effet là, est un besoin d'un appui solide de notre gouvernement
pour faire pression sur IRCC. En fait, dans notre mémoire, vous avez vu qu'on
fait une recommandation à l'effet que Québec forme une coalition, incluant les
cégeps et nos collèges, afin de faire pression sur IRCC pour qu'ils travaillent
directement avec les établissements et le Québec à l'élaboration d'une
stratégie d'adéquation aux besoins du marché du travail spécifique au Québec
pour le permis de travail postdiplôme.
Et d'ici là, il faut faire pression afin
de suspendre les réformes. On se rappelle qu'il y a urgence <d'agir...
M. Bérubé (Patrick) :
...pression
afin de suspendre les réformes. On se rappelle qu'il y a urgence >d'agir,
car ces réformes-là sont en vigueur depuis la semaine dernière, le 1ᵉʳ novembre,
et que la pression politique dans ce dossier-là sera clé.
Déjà, nous, ce qu'on voit, c'est que nos
collèges sont les mieux placés pour évaluer les besoins des communautés et d'y
répondre. À ce moment-ci, pour la session de janvier, car, au collégial, il y a
bien deux sessions, il y a déjà des étudiants internationaux qui contactent nos
collèges et qui se demandent s'ils vont pouvoir vraiment venir étudier ici et
s'ils auront leur permis de travail postdiplôme par la suite. Donc, nous, ce
qu'on voit, c'est que ces mesures-là, déjà, d'Ottawa, ont déjà amorcé leurs
dommages, puisqu'on note dès maintenant une baisse de... pour cette année,
d'étudiants internationaux, qui est 10 % déjà plus basse que l'année dernière.
M. Caron (Patrick) : En
complémentarité à mon collègue, prenons juste l'exemple de l'École nationale de
cirque. C'est un joyau, selon nous. On est là pour former des étudiants de haut
niveau dans les arts du cirque. Et actuellement, avec la nouvelle législature
au fédéral, ça ne fait pas partie des priorités. Donc, actuellement, ce type
d'institution là est menacé, carrément, de sa survie, puisque les permis
associés à le fait de retourner... d'aller à l'école ne sera... Voyons, je
recommence, désolé. Donc, le fait que ça ne fait pas partie des priorités du
fédéral, ça va empêcher ces étudiants-là de l'international d'accéder à l'École
nationale du cirque. Donc, il y a un danger réel actuellement.
M. Roberge : Le danger réel
n'est pas posé par le projet de loi, là.
M. Caron (Patrick) : Non.
M. Roberge : OK non, c'est
parce que je voulais être sûr.
M. Caron (Patrick) : Donc...
mais c'était d'où... pardon, M. le ministre. D'où l'importance, dans nos
recommandations, de nous assurer d'évaluer les impacts des différentes mesures
qui sont déployées autant par votre gouvernement que le fédéral, actuellement,
qui peuvent être risque... qui peuvent être à risque pour certains de nos
collèges.
M. Roberge : Merci. Il y a
des groupes qui sont venus ici, qui ont dit : Bien, on... nous autres, on
voudrait être exclus du projet de loi, là, on voudrait qu'ils ne nous
concernent pas. Cependant, si on excluait des établissements de l'application
de la loi, bien ils ne seraient pas exclus du seuil. Donc, si le seuil baisse,
le nombre... le plafond baisse, plutôt, si le plafond du nombre d'étudiants
internationaux baisse, et qu'ils sont exclus du projet de loi, bien, ils
seraient visés par une baisse, mais ils ne pourraient pas être visés par des
critères qui privilégient leur secteur, leurs régions, leurs programmes. Donc,
je comprends que, dans ce contexte-là, vous ne souhaitez pas que vos... les
cégeps privés subventionnés soient exclus du projet de loi.
M. Bérubé (Patrick) : ...pour
être plus précis, en lien avec le projet de loi et notre demande à cet
effet-là, on demande clairement que l'article 15 et toute référence à la
Loi sur l'enseignement privé soient retirés. Et j'insiste ici sur la raison
pour laquelle on a cette demande-là, qui, à notre avis, est totalement
légitime, c'est qu'en fait cet article-là permettrait à un ministre actuel ou
futur de réduire, de manière unilatérale et sans consultation, sans recours à
un règlement ou à une nouvelle loi, le nombre d'étudiants dans nos collèges,
qu'ils soient québécois ou internationaux. Et, à notre avis, l'objet du projet
de loi n'est vraiment pas de commencer à venir travailler ou jouer sur la
capacité d'accueil de nos propres établissements.
Donc, on peut comprendre, M. le ministre,
que votre gouvernement souhaite avoir un certain contrôle, planification des
étudiants internationaux au Québec. C'est quelque chose de valable, mais nous
croyons que le gouvernement et les ministres en poste aussi ont déjà tous les
outils pour pouvoir effectuer ce genre de contrôle là, notamment de manière
administrative et réglementaire. À cet effet-là, je vous rappelle que, sous
peu, un nouveau projet... un nouveau règlement va être présenté au Conseil des
ministres, qui vise exactement ces mesures-là. Donc, c'est effectivement ce
qu'on demande clairement dans ce projet de loi.
• (16 h 10) •
M. Roberge : Quand vous me
parlez de ça, vous parlez des établissements désignés, là, ce dont vous avez
parlé dans votre présentation tout à l'heure.
M. Bérubé (Patrick) : En
fait, quand on parle de tout ça, on parle de l'article 15 du projet de
loi, c'est ce qu'on souhaite qui soit enlevé. On croit que la notion
d'établissement d'enseignement désigné, dans le projet de loi, donne
suffisamment de pouvoir pour pouvoir décider si un établissement est fautif de
lui retirer... par exemple, de le <retirer...
M. Bérubé (Patrick) :
...pour
pouvoir décider si un établissement est fautif de lui retirer... par exemple,
de le >retirer de cette liste-là. C'est un outil supplémentaire.
Mais nous, ce qu'on dit déjà, c'est qu'il
existe déjà une panoplie d'outils à la disponibilité des ministres, de
l'Enseignement supérieur en particulier, pour pouvoir contrôler ça. Et, à cet
effet-là, ce qui est intéressant, je vous amènerais à la page 13 dans
notre mémoire, je crois qu'une image vaut 1000 mots, on a vu au cours des dernières
années... Je vous invite à regarder les courbes des cégeps et la courbe des
collèges privés subventionnés, la courbe en orange pour les cégeps et la bleue
pour nos collèges. Ce qu'on peut voir, c'est qu'à la perfection ces deux
courbes se suivent à travers le temps. Ce qui s'est passé, à une certaine
époque, et on le sait, il y a eu des abus dans certains collèges non
subventionnés, ce qui a mené à un pic de 20 000 étudiants
internationaux.
Et pourtant, comment on est arrivés de
passer de 20 000 en 2020 à 1 300 par la suite, une baisse, je le dis
encore, de 93 %, et ce, sans avoir à adopter un nouveau projet de loi? Et
c'est bien simple. En fait, la ministre de l'Enseignement supérieur de
l'époque, Mme Danielle McCann, a mis en place un plan d'action complet
pour assurer la qualité des services éducatifs dans les collèges et encadrer le
recrutement d'étudiants étrangers pour venir contrer des lacunes, resserrer les
exigences, assurer une meilleure conformité, un plan complet qui comptait
14 mesures, et je vous dis les trois plus pertinents : d'amener des
correctifs en lien avec les vérifications; d'élaborer un projet de règlement,
dont j'ai mentionné, qui sera adopté sous peu; et de mettre en place une équipe
consacrée à la vérification, à améliorer les mesures visant à assurer la
conformité dans les collèges privés.
Donc, nous, ce qu'on voit, c'est que ces
mesures-là, qui existent déjà et combiner ce qu'on a constaté aussi — qu'il
y a eu un impact majeur, c'est ce plan d'action combiné à la concertation entre
le MIFI et l'IRCC pour bloquer l'accès au permis de travail postdiplôme aux
étudiants ayant obtenu une AEC dans un programme non subventionné — a
eu un impact majeur. Je vous le rappelle, ceci a amené une baisse de 93 %
des étudiants internationaux dans ces collèges.
M. Roberge : Merci. Je vais
laisser mes collègues poursuivre.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci, M. le ministre. Alors, la parole est à la députée d'Iberville.
Il vous reste 3 min 55 s.
Mme Bogemans : Merci.
Parfait. Merci, Mme la Présidente. Moi, je voulais savoir quels genres de
mesures... ou si elles sont similaires au travers tout votre réseau, là, pour
accueillir ou choisir les étudiants qui posent candidature pour venir étudier
dans vos établissements?
M. Caron (Patrick) : Oui.
Donc, sur le même principe que les cégeps, on part toujours de tout le volet
des admissions, donc, on s'assure que le critère académique corresponde aux
besoins et aux critères des différents programmes que les étudiants sont
intéressés.
Par la suite, un des éléments qui est
important, c'est qu'il y a toujours une conseillère ou un conseiller aux
admissions qui prend contact avec les étudiants internationaux. Ça, c'est très
important pour qu'on puisse être en mesure de valider le sérieux de la
démarche. Et comme ça, ça nous amène souvent à être en mesure d'identifier
quand c'est une démarche où on voit qu'il y a un soutien de la famille, parce
que souvent c'est une clientèle qui est assez jeune, dans la vingtaine, mais c'est
un projet de famille, et là on est en mesure de valider, naturellement, dans la
mesure du possible.
Un coup que les étudiants arrivent au
Québec, bien là, on est en mesure de faire un suivi par un conseiller, qui va
être souvent un conseiller à l'intégration, où qu'on va donner toutes les
mesures d'aide, que ce soit l'accueil, que ce soit justement trouver un
logement, qu'on a parlé, que ce soit à tous les niveaux. C'est des éléments qui
sont clés pour nous permettre justement d'accueillir, d'intégrer et de
maintenir ces étudiants-là dans les collèges pour faire en sorte qu'on puisse
les diplômés en bout de ligne, là.
Mme Bogemans : D'accord.
Est-ce que ces conseillers de recrutement là sont bien formés pour être
capables de repérer les dossiers sérieux de candidature ou... aussi, de
déclarer et déceler ceux qui existe, dans le fond, d'utiliser un programme, là,
tout simplement, pour transiter?
M. Caron (Patrick) : Oui, on
essaie dans la mesure du possible. Si je regarde du point de vue de l'Institut
Grasset, de mon côté, je pense que les résultats sont quand même assez bons,
mais ça l'arrive, que des fois on a des étudiants qu'on appelle les «no-show»,
qui ne se présentent tout simplement pas. On sait qu'ils sont arrivés au
Canada, mais ne viennent pas dans le collège.
Mme Bogemans : Puis quel genre
d'encadrement vous offrez ou quel genre de background ont ces <personnes-là...
Mme Bogemans :
...Puis
quel genre d'encadrement vous offrez ou quel genre de background ont ces >personnes-là
au recrutement chez vous?
M. Caron (Patrick) : Bien,
ça vient avec l'expérience, du développement avec les étudiants. Des fois, on
s'est trompé, des fois on a misé en plein dans le 1 000. Mais souvent,
c'est bâti avec le temps, avec l'expérience.
Mme Bogemans : Parfait.
Et puis, est-ce que vous avez des mesures particulières pour éviter un nombre
de «no-show» futur plus important, par exemple? Ou est-ce que vous voyez que
c'est une tendance qui augmente chez vous, les personnes qui viennent?
M. Caron (Patrick) : Non.
Présentement, on maintient le même niveau qu'on a... qu'on a eu, là. C'est sûr
que la clientèle progresse, mais on se maintient dans les mêmes eaux, là. Il y
a certains, peut-être, établissements, on l'a entendu dans les médias, de
certaines universités ou autres qui ont eu plus de problématiques en région. De
notre côté, je le pense, que de ce côté-là, ça va assez bien.
Mme Bogemans : D'accord.
Mon autre question. Tout à l'heure, on parlait, bon, des EDD, puis des
mécanismes pour réguler les établissements privés. J'aimerais bien ça vous
entendre davantage à ce sujet-là. Quelles seraient les bonnes mesures pour
mieux les réguler?
M. Bérubé (Patrick) : En
fait, comme je le mentionnais tout à l'heure, c'est qu'il y a déjà une foule de
mesures qui ont été mises en place. Je reprends le plan d'action qui a été
développé par Mme McCann suite à ce scandale-là des étudiants
internationaux dans les années 2020. Donc, ce qu'on a constaté, c'est que
le ministère de l'Enseignement supérieur a déjà mis des mécanismes et créé même
un bureau de la conformité. Et maintenant, depuis ce moment-là... et ce qui est
triste aussi, c'est que ça a été appliqué de manière large et sans distinction
entre les collèges privés non subventionnés et les subventionnés. On est
assujettis à la même loi, mais ça a été appliqué sans ce discernement-là. Et
tout ça a permis de mettre notamment un nombre maximal d'étudiants admissibles.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci. Je dois vous arrêter parce que le temps imparti au
gouvernement se termine. Par contre, on va continuer la discussion avec
l'opposition officielle pour une période de 12 min 22 s. M. le
député de l'Acadie, je présume?
M. Morin : Oui.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Alors, la parole est à vous.
M. Morin : Vous présumez
bien. Merci beaucoup, Mme la Présidente. M. Caron et M. Bérubé, merci
d'être là. J'aurais... Merci. Écoutez, c'est très éclairant, ce que vous nous
dites, mais je veux juste m'assurer que j'ai bien compris. Est-ce que vous avez
dit que les étudiants internationaux, chez vous, c'est 5 500? Est-ce que
j'ai bien compris?
M. Caron (Patrick) : C'est
exact.
M. Morin : Donc, dans
votre système collégial privé, 5 500.
M. Caron (Patrick) : Oui,
système collégial privé subventionné, oui.
M. Morin : Subventionné.
À Grasset, c'est combien?
M. Caron (Patrick) : Pour
le préu, on n'a pas d'étudiants internationaux. Pour l'Institut Grasset, on a
environ 200 étudiants qui représentent approximativement 70 % de la
clientèle.
M. Morin : Parfait. On
nous a dit un peu plus... un peu plus tôt puis hier que ce projet de loi
pouvait corriger des abus. Quelles sont les mesures que vous avez en place chez
vous, dans votre association du collégial privé subventionné, pour contrer,
éliminer, détecter des abus?
M. Bérubé (Patrick) : Bien,
en fait, la première chose, c'est que nos collèges respectent des standards
stricts de qualité et d'éthique dans le recrutement des étudiants
internationaux. Donc ça, c'est déjà dans les meilleures pratiques pour le
recrutement. On le mentionnait tout à l'heure, les gens aux admissions vont
s'assurer tout d'abord que les étudiants ont effectivement les connaissances et
les compétences pour pouvoir être admis, par exemple, à un programme de DEC.
• (16 h 20) •
Donc, ils vont aussi s'assurer que
l'étudiant a les connaissances suffisantes de la langue française pour réussir
dans un programme de DEC, parce que ça, c'est majeur. On ne souhaiterait pas
qu'un étudiant réussisse l'ensemble de ses cours et échoue à l'épreuve uniforme
de français. Suite à ça, bien, il y a toutes sortes de mesures qui existent
déjà, comme je le mentionnais tout à l'heure, dans les lois et règlements de notre
propre ministère. Et ces mesures-là, déjà, qui ont fonctionné, on vous le dit,
auprès des collèges privés non subventionnés, c'étaient des mesures qui n'ont
pas nécessité de projet de loi.
Donc, c'est là qu'on se questionne
vraiment : Où est le problème? Alors qu'on a entendu hier nos collègues
des universités dire : Le problème n'est pas dans notre réseau. Les
collègues des cégeps nous ont dit... ont dit : Le problème n'est pas dans
notre réseau. On vous dit cet après-midi : Le problème n'est définitivement
pas dans le réseau des collèges privés subventionnés. Et on vous démontre dans
notre mémoire, à la page 13, que le problème dans les collèges privés non subventionnés
a été réglé par des mesures administratives. Donc on se questionne : Où
est le problème?
M. Morin : Vous posez la
même question que moi, ça fait que je vous remercie, ça m'éclaire pas mal.
Parce que c'est ce que je <cherche...
M. Morin :
...que
moi, ça fait que je vous remercie, ça m'éclaire pas mal. Parce que c'est ce que
je >cherche depuis une journée et demie, là, puis qu'est-ce que le
gouvernement veut régler avec son projet de loi.
Mais j'attire votre attention... Le
graphique à la page 13 est assez éloquent, je vous remercie. Donc, je
comprends que la ligne orange, ce sont les cégeps privés, la ligne bleue, les
privés subventionnés, donc vous, puis la grise, bien, c'est les privés non subventionnés.
Puis là on voit une pointe, à un moment donné, en 2020-2021, 20 000 d'un
coup, là. En tout cas, je ne sais pas ce qui s'est passé dans ces
établissements-là, mais il y a eu un engouement vraiment joyeux. On pourrait
peut-être présumer qu'il y a eu un problème, mais ce que je comprends, puis
vous me dites la même chose, c'est que le gouvernement a agi puis l'a réglé, le
problème. Puis ça, ce que je vois, c'est en 2023, c'était pas mal avant le PL 74,
là.
M. Bérubé (Patrick) : Effectivement,
donc, c'est les chiffres de l'année dernière, 2023-2024. Donc, on note
clairement que la situation dans les non subventionnés, la ligne grise... pour
corriger, la ligne orange, c'est celle des cégeps. Donc, nous, on suit les
cégeps avec la ligne bleue. La ligne grise, c'est clair, ça a été clairement
réglé. On a énoncé les mesures du plan d'action de la ministre McCann, à
l'époque, qui ont été mises en place, les garde-fous qui ont été placés, le
nombre maximum d'étudiants admis au permis qui est placé déjà. Donc, la
ministre, la ministre de l'Enseignement supérieur, présentement, peut fixer,
sur le permis d'un collège privé, subventionné ou pas, un nombre maximum
d'étudiants admis, donc, qui ne doit pas être dépassé. Donc, c'est déjà mis en
place. Donc, c'est à ce niveau-là qu'on a les mêmes questions que vous, M. le
député.
M. Morin : Merci. J'ai aussi
une question pour vous, pour bien comprendre, parce qu'à l'article 8 du
projet de loi, qui vient modifier l'article 15 de la Loi sur
l'enseignement privé, est-ce que je comprends que la modification ne vise pas
uniquement les étudiants internationaux, mais tous les étudiants? Est-ce que je
comprends bien?
M. Bérubé (Patrick) : Effectivement,
on comprend que le projet de loi 74 vise à encadrer les étudiants
internationaux, mais la modification à la Loi sur l'enseignement privé... cette
loi-là régit tant au collégial qu'au secondaire et au primaire. Et cette
modification-là à la loi fait en sorte que, de manière arbitraire, le nombre
d'étudiants fixé pourrait être en dessous du plancher, si on veut prendre cette
image-là, et ce, sans consultation.
Donc, ce qui veut dire, par exemple, que,
pour le collège Jean-de-Brébeuf, qui accueille présentement 1 600 étudiants
québécois, très peu d'internationaux, notre réseau est diversifié, un ministre
actuel ou futur pourrait faire en sorte que le nombre d'étudiants passe de 1 600
à 800, et ce, tout simplement par un processus administratif, sans aucune
consultation, sans aucun autre règlement.
M. Morin : Exact.
M. Bérubé (Patrick) : De là
notre inquiétude, évidemment, et notre demande très claire de faire en sorte
que tous ces articles-là, liés à la Loi sur l'enseignement privé, soient
retirés, parce que, dans ce cas-là, on ouvre un tout autre débat sur
l'enseignement privé et on est d'avis que le but du projet de loi 74 n'est
pas de rouvrir ce débat ou de refaire la Loi sur l'enseignement privé de
manière aussi fondamentale, qui pourrait, au final, affecter la survie, la
pérennité de l'ensemble des établissements privés.
M. Morin : Oui,
effectivement, parce que le titre du projet de loi, c'est «visant à améliorer
l'encadrement relatif aux étudiants étrangers». Bon, je comprends qu'il y a
«principalement», là, mais avec l'article 8, ça pourrait venir
principalement aussi limiter ce que vous pouvez faire, vous, avec vos cégeps
privés subventionnés.
M. Bérubé (Patrick) : Effectivement,
ça pourrait faire en sorte que toute la prévisibilité pour préparer, organiser
l'offre de programmes, engager les enseignants, préparer les budgets, assurer
la réussite soit compromise, tout simplement. Parce qu'à partir du moment qu'on
a un nombre d'étudiants moins que ce qu'on avait prévu, bien, tous les plans
tombent et cette prévisibilité-là disparaît. Et cette menace-là serait
effective dès l'adoption du projet de loi et resterait là pour aussi longtemps
que la modification serait laissée. Donc, c'est là qu'on voit le risque à moyen
et à long terme.
M. Morin : Et, évidemment, on
parle de prévisibilité, quand vous voulez mettre en place un programme, puis
vous avez parlé, tout à l'heure... vous avez fait référence à l'École nationale
du cirque, j'imagine que mettre en place un programme, ça prend des mois, des
années, ça se planifie.
M. Bérubé (Patrick) :
Effectivement.
M.
Morin :
Donc là, <théoriquement...
M. Morin :
...ça
prend des mois, des années, ça se planifie.
M. Bérubé (Patrick) :
Effectivement.
M. Morin :
Donc là,
>théoriquement, avec la modification au projet de loi, un ministre
pourrait dire : Bien, on met un plafond, un seuil, bonjour, puis les
efforts que vous avez mis pendant des années vont disparaître du jour au
lendemain.
M. Bérubé (Patrick) : C'est
exactement ce qui se passerait et puis, en plus, l'enjeu, c'est que développer
et faire approuver le programme par le ministère de l'Enseignement supérieur
prend un certain délai qui peut prendre entre 12 et 18 mois, à partir du
moment que le dossier est soumis, donc, et ça, c'est sans compter le temps de
développement du programme. Donc, c'est tout à fait juste de dire que, pendant
qu'un programme serait en développement, pendant que le collège établirait sa
stratégie pour recruter des étudiants, tant locaux qu'internationaux, le nombre
maximum d'étudiants admis pourrait être coupé, de sorte que le programme
développé ne serait jamais offert.
M. Morin : Merci.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci. Alors, Mme la députée, il vous reste 3 min 29 s.
Mme Setlakwe : Merci. Donc,
juste pour clarifier, on a bien entendu toutes vos réserves, vos inquiétudes,
vos craintes. On regarde le mémoire, dans le fond, vous êtes contre le projet
de loi. Est-ce que je...
M. Bérubé (Patrick) : Bien,
présentement, on est absolument contre le fait de garder cet article 15
là. Et on a des sérieuses réserves sur le projet de loi dans la mesure où, en
ce qui nous concerne, dans le réseau privé subventionné, il existe déjà une
série d'outils administratifs, réglementaires qui sont déjà en place pour
permettre ce genre de contrôle là. La preuve en est, comme on le disait tout à
l'heure, le problème des non subventionnés de 20 000 à 1 300 s'est
réglé via ces mesures.
Mme Setlakwe : Mais, merci.
On a compris, donc, que le problème est réglé, là, les chiffres sont à la
baisse par le biais de mesures administratives, donc, tout semble sous
contrôle. On a de la difficulté à identifier, donc, la raison d'être du projet
de loi. On a, par contre, identifié des potentiels énormes de dérapages. Le
ministre a même dit, je le cite, là : «Il y a une sensibilité régionale,
notamment, c'est important, parce que le pouvoir qu'on se donne, avec le projet
de loi, mal utilisé pourrait avoir des conséquences fâcheuses.»
Alors, moi, je suis très sensible à ce que
vous mettez de l'avant aujourd'hui, puis on va avoir des sérieuses discussions
avec le gouvernement, là, pour, justement, là, ne pas se tirer dans le pied,
comme on dit, et d'autant plus que vous mettez de l'avant des exemples concrets
d'institutions, établissements qui sont à risque.
Je voudrais vous amener sur, peut-être du
plus positif, là, puisque vos programmes répondent... bien, à des programmes
visés par l'Opération main-d'oeuvre. On se rappelle que c'est le gouvernement
lui-même, là, qui a stimulé la demande puis les institutions ont répondu à
l'appel. Pouvez-vous me donner des exemples de programmes qui répondent, là, à
la pénurie de main-d'oeuvre?
M. Bérubé (Patrick) : Effectivement,
notre réseau est un partenaire, tant du ministère de l'Enseignement supérieur,
mais des autres ministères visés par l'Opération main-d'oeuvre, notamment le
ministère de l'Emploi, du Travail. Donc, on a participé localement aux
programmes pratiques dans le domaine des TI, on en a formé des étudiants
québécois dans ce domaine-là. À l'international, suite à l'appel du ministre de
l'Immigration en 2022, nos collèges se sont mobilisés pour répondre à cet
appel-là et aller recruter des étudiants internationaux dans la francophonie,
dans des programmes en pénurie de main-d'oeuvre. On peut penser, par exemple,
pour notre réseau d'éducation à l'enfance, aux programmes de techniques
d'éducation à l'enfance. Donc, des collèges comme le collège Laflèche et
d'autres se sont... ont recruté à l'international pour pouvoir démarrer...
démarrer ces programmes-là, donc, qui ne pouvaient, des fois, pas démarrer
seulement avec la clientèle locale, et, pourtant, où il y a un grave problème
de pénurie de main-d'oeuvre dans les CPE et en région.
• (16 h 30) •
Donc, dans ces domaines-là, ça s'est
effectué, ça s'est effectué aussi par d'autres collèges, comme le collège Ellis
en inhalothérapie, donc, pour prêter main-forte au système de santé québécois
aussi. Donc, c'est des exemples que je peux vous donner à cet effet-là, qui
montrent très bien que nos collèges ont répondu à cet appel-là. Et c'est pour
ça qu'on se questionne sur pourquoi les établissements qui ont répondu si bien
à cet appel-là seraient, au final, pénalisés.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Alors, c'est ce qui met fin à cette
deuxième période d'échange. On va terminer avec le député de Jean-Talon pour
une période de 4 min 7 s.
M. Paradis : Merci. La
Fédération des cégeps, la Fédération de l'enseignement collégial, la CSQ, la
Fédération étudiante collégiale du Québec sont venus nous rappeler tour à tour...
16 h 30 (version révisée)
M. Paradis : ...étudiantes
collégiales du Québec sont venues nous rappeler, tour à tour, que le cas du
collégial et le cas des universités, c'est deux choses, et que la croissance du
nombre des étudiants internationaux a été bien distincte dans les deux
systèmes, et, notamment, qu'au collégial, ça demeure des chiffres qui sont...
la croissance, elle est... elle est... elle est très modérée au fil des ans. C'est
un peu ce que vous venez nous rappeler aussi, vous-même, aujourd'hui, du côté
des collèges privés. C'est dire : Attention, nous... vous venez de le dire
à ma collègue de Mont-Royal—Outremont, nous, ça a été...
on a fait des efforts, puis ça a été modéré. Donc, c'est... c'est la première
partie de votre message. C'est bien ça?
M. Bérubé (Patrick) : Exactement.
Donc, comme on le présente au graphique à la page 13, vous voyez très bien
que la courbe de nos collèges suit celle de celle des... celle des cégeps, tout
simplement. Donc, historiquement, notre réseau a toujours eu entre 40 % et
50 % des étudiants internationaux qu'on retrouve dans les cégeps.
Présentement, il y en a environ 10 000, dans les cégeps, il y en a 5 000
dans notre réseau. Et cette courbe-là, si vous descendez jusqu'à 2012, c'est la
même chose.
M. Paradis : C'est bien vrai,
puis il n'y a pas le pic qu'on a vu, là, dans les universités, notamment, à
partir de 2017... 2018, en fait, avec l'arrivée du gouvernement.
M. Bérubé (Patrick) : Absolument
pas. Puis la petite hausse est... est liée à l'Opération main-d'oeuvre, comme
je disais à votre collègue la députée d'Outremont.
M. Paradis : J'ai trouvé ça
intéressant, le début de votre dialogue avec le ministre, parce que le ministre
a commencé à expliquer, notamment, les raisons qui le poussent à présenter ce
projet-là, certaines des raisons, en tout cas.
Moi, j'ai beaucoup parlé, là, de l'absence
de planification. Il nous dit : Vraiment, je ne suis pas sûr que j'aie
tous les outils, parce que, notamment, il faut s'assurer que... puis c'est l'article 15.1,
là, qui est inséré par l'article 1, là, qui dit : Bien, il faut que
le ministre de l'Éducation, des Loisirs et du Sport, de l'Enseignement
supérieur, de la Recherche, tous... que les ministres se parlent, puis qu'on
soit ensemble pour prendre les décisions. Mais vous, vous nous dites :
Attention, il y avait des cas d'abus, dans les collèges privés ou, en tout cas,
le pic... on a vu un pic dans les collèges privés non subventionnés, puis on l'a
réglé sans le projet de loi en 2020. Puis, ça, c'est intéressant. Je suis allé
voir l'annonce qui a été faite par le gouvernement à l'époque, en... le 7 juin
2022. C'était intéressant, hein? Regardez qui était là, à cette annonce-là :
la ministre de l'Enseignement supérieur, le ministre de l'Éducation de l'époque,
qui était là avec le ministre du Travail, de l'Emploi et de la Solidarité
sociale et le ministre de l'Immigration, de la Francisation et de l'Intégration.
Ils étaient tous ensemble pour annoncer une décision pour juguler la hausse. Ça
fait que là, vous, c'est ce que vous nous rappelez. C'est qu'en fait, ce qu'on
cherche à faire ici, là, puis qu'il y a des articles explicites là-dessus, on l'a
déjà fait sans avoir besoin d'un projet de loi. C'est ça que vous nous dites?
Une voix : Exactement.
M. Paradis : Et donc, que si
on veut agir globalement sur les seuils... parce que ça, c'est un avis, c'est
une... c'est une certaine... une évaluation qu'on partage avec le ministre, là,
qu'il y a eu un pic, il y a une hausse quand même assez marquée dans les
dernières années, il dit : Si vous voulez agir là-dessus, vous avez déjà
les outils qu'il faut.
M. Bérubé (Patrick) : En
fait... en fait, vous avez déjà les outils, et je crois que les plans d'action
qui ont été développés dans le passé, et prenons le cas... S'il y a des abus
dans le cas d'écoles de formation professionnelle, qui sont du ressort du
ministère de l'Éducation, ce plan d'action et ces mesures pourraient, à notre
humble avis, servir d'inspiration pour venir juguler des problèmes qui
existeraient au ministère de l'Éducation.
M. Paradis : Puis dans la
mesure où on dit : Bien, on voit bien que le collégial, ce n'est pas là qu'il
y a eu le pic des dernières années, puis vous, vous avez eu une croissance
modérée, si on dit que globalement, on veut revenir à des seuils qui
ressemblent à ceux avant ce pic-là, là, de 2018, vous, en réalité, vous êtes
plus ou moins affectés par ça, parce que vous êtes déjà là où vous devriez être
en termes de croissance. C'est un peu ce que vous nous dites aussi?
M. Bérubé (Patrick) : Effectivement.
Il y a eu une légère hausse, on va être honnêtes avec vous, mais comme on le
mentionnait, cette hausse-là a été stimulée par les demandes de l'Opération
main-d'œuvre d'aller recruter des étudiants internationaux dans la
francophonie, comme les cégeps ont fait. C'est pour ça que vous voyez cette...
cette hausse modérée.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Merci. Je suis... Je suis le maître... la
maîtresse du temps, alors, tout le temps imparti aux différentes formations
est... est écoulé. Il ne me reste qu'à vous souhaiter bon retour et surtout à
vous remercier de l'apport à nos travaux.
Alors, je suspends la commission quelques
instants, le temps que le prochain groupe s'installe. Merci.
(Suspension de la séance à 16 h 35)
(Reprise à 16 h 39)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Alors, à l'ordre, s'il vous plaît! La Commission des
relations avec les citoyens reprend ses travaux. Nous recevons donc la Fédération
des chambres de commerce du Québec, qui est ici, aujourd'hui, représentée par
M. Alexandre Gagnon, vice-président, Travail et capital humain, ainsi que par
Mme Audrey Langlois, conseillère principale, Main-d'oeuvre et affaires
publiques. Alors, madame, monsieur, bienvenue à la commission. Alors, vous
allez disposer d'une période de 10 minutes pour votre argumentaire ainsi que
les grandes lignes de votre mémoire, et, par la suite, on va pouvoir en
discuter avec les parlementaires. Le temps débute maintenant.
M. Gagnon (Alexandre) :Parfait. Merci beaucoup, Mme la Présidente. M. le ministre,
mesdames et messieurs les députés, merci de nous accueillir aujourd'hui pour
discuter, débattre, alimenter vos réflexions en lien avec le projet de loi
n° 74. Vous nous connaissez, on est un petit peu des habitués des
commissions parlementaires, mais tout de même, on se permet de répéter un peu
la nature de <notre...
M. Gagnon (Alexandre)T :
...Vous nous connaissez, on est un petit peu des
habitués des commissions parlementaires, mais tout de même, on se permet de
répéter un peu la nature de >notre organisation. La Fédération des
chambres de commerce du Québec porte deux chapeaux, en tant que chambre de
commerce provinciale avec des membres corporatifs distincts d'un peu partout au
Québec, des 17 secteurs d'activité, également... des 17 régions et de
l'ensemble des secteurs d'activités économiques, on est également la fédération
des chambres, donc on regroupe plus de 120 chambres de commerce de
l'ensemble des régions du Québec un peu partout.
Aujourd'hui, nous allons vous parler d'une
opportunité. On pense que le projet de loi répond à une opportunité de revoir
notre approche sur la question des étudiants étrangers et des besoins de
main-d'oeuvre. Nous allons vous présenter sept recommandations afin d'assurer
que le projet de loi réponde... permette de répondre aux besoins économiques de
nos entreprises, de la vitalité de nos régions, mais également afin d'assurer
aux étudiants étrangers que leur expérience québécoise réponde à leurs attentes
et qu'on leur... on réponde à la promesse qui leur est faite lorsqu'ils
viennent s'inscrire dans les programmes l'éducation chez nous.
L'objectif évident du projet loi n° 74 est de venir s'assurer de protéger le système
d'immigration québécois en venant encadrer les pratiques quant au recrutement
des étudiants étrangers et ainsi s'assurer qu'ils viendront contribuer
significativement à l'économie québécoise. Nous convenons de cet objectif
louable, évidemment. Il faut éviter de laisser miroiter le rêve québécois à des
étudiants étrangers désirant faire leur vie parmi nous en les incitant à
s'inscrire dans des programmes d'enseignement qui ne mèneraient pas nécessairement
à des métiers prometteurs. Il faut mieux guider et conseiller ces étudiants en
fonction des besoins du Québec à moyen et à long terme.
Selon... Nous saluons d'ailleurs
l'intention du ministre de favoriser la collaboration entre les ministères de
l'Immigration, de la Francisation et de l'Intégration avec celui du ministère
de l'Éducation et celui de l'Enseignement supérieur. Cependant, nous croyons
important que cette concertation soit également faite avec le ministère de
l'Emploi, qui détient de précieuses informations quant aux besoins
socioéconomiques du Québec et de ses régions, tout en ralliant une vaste
concertation de différents acteurs du marché du travail par le truchement de la
Commission des partenaires du marché du travail.
Rappelons que la dernière tentative pas si
lointaine du ministère de l'Immigration afin de modifier les programmes
d'immigration en lien avec le Programme de l'expérience québécoise, sans
concerter au préalable les acteurs du marché du travail, n'avait pas connu un
grand succès. Il est important que l'analyse des programmes de formation qui
seront admissibles aux étudiants étrangers désirant éventuellement d'obtenir la
résidence permanente se base sur des données probantes et des analyses des
besoins de main-d'œuvre à moyen et à long terme pour le Québec.
Il y a une mission et une expertise
relevant du ministère de l'Emploi et de la Commission des partenaires du marché
du travail. Nous proposons, à cet effet, de bonifier l'article 5 du projet
de loi par l'ajout du ministre de l'Emploi et de la Commission des partenaires
du marché du travail à la consultation faite par le ministère de l'Immigration,
de la Francisation et de l'Intégration. Afin de réaliser une réelle
radiographie 360 degrés de l'inclusion des étudiants étrangers dans notre
écosystème, nous devons également prendre en considération les besoins de
main-d'œuvre des entreprises. Un exercice à cette fin est déjà réalisé
annuellement par le réseau du ministère de l'Emploi et de la commission,
notamment par l'intermédiaire d'un document phare intitulé État d'équilibre
du marché du travail à court et à moyen terme... fait annuellement le
diagnostic de 516 différentes professions en fonction de l'évolution et
des prévisions de notre économie et selon la réalité propre de chacune des
régions du Québec.
Il est également important de mettre de
l'avant que ce ne sont pas tous les étudiants étrangers qui visent
l'immigration permanente au Québec. Nos établissements d'enseignement offrent
une excellente éducation et peuvent intéresser des ressortissants étrangers
désirant bénéficier de l'expertise de notre corps professoral et de nos
institutions avant de retourner ensuite dans leur pays d'origine avec un bagage
de connaissances exceptionnel. Cette possibilité existe partout dans le monde.
Et je ne peux imaginer le gouvernement américain bloquer l'accès aux
ressortissants étrangers, les formations de pointe offertes par l'Université
Harvard, ou le gouvernement britannique limiter l'accès aux programmes de
pointe offerts par l'université d'Oxford, par exemple. Plusieurs parlementaires
pourraient certainement vous faire part des retombées économiques concrètes
pour le Québec suivant leur passage dans ces institutions. Nous ne pouvons
bloquer cette opportunité pour ceux qui rêvent d'une meilleure éducation et des
retombées concrètes pour leurs pays d'origine.
Il est donc important, pour nous, que le
projet de loi mette en place une deuxième voie permettant l'accueil de ces
étudiants étrangers tout en leur précisant clairement que cela ne leur ouvrira
pas les portes de la résidence permanente, puisque ces programmes ne leur assureraient
pas une place de choix dans notre marché du travail. Cela permettrait de faire
rayonner le Québec à travers le monde, de contribuer significativement au
financement de nos institutions d'enseignement tout en ne leur faisant pas
miroiter de fausses promesses.
Ensuite, la FCCQ réitère une revendication
historique du milieu des affaires à l'effet de faire preuve de plus de
transparence et de rigueur quant à la communication et à l'élaboration des
analyses d'impact réglementaire. À notre connaissance, aucune analyse d'impact
réglementaire n'a été rendue <publique...
M. Gagnon (Alexandre)T :
...rigueur quant à la communication et à
l'élaboration des analyses d'impact réglementaire. À notre connaissance, aucune
analyse d'impact réglementaire n'a été rendue >publique en même temps
que le dépôt du projet de loi, empêchant les divers intervenants, mais
également les divers parlementaires, de débattre en connaissance de cause quant
aux réelles répercussions financières du projet de loi. Il s'agit malheureusement
d'une situation récurrente dépassant la réalité unique du présent projet de loi
débattu aujourd'hui, mais il est de notre devoir de le rappeler lorsque cela
s'applique.
Nous ne pouvons pas ne pas profiter de
cette tribune, également, afin de souligner la difficulté vécue par les
employeurs, les immigrants, et, plus largement, l'ensemble des Québécois, à
suivre les directives et orientations gouvernementales en matière d'immigration,
actuellement. Ce sujet a des impacts importants sur la vie de nombreuses
personnes, mais également sur les plans d'affaires, le développement et,
parfois, la survie de nombreuses entreprises.
Au cours des derniers mois, différentes
annonces soudaines du gouvernement fédéral, également, et du gouvernement du
Québec ont créé un certain sentiment de panique, d'incompréhension. Nous avons
besoin de prévisibilité, d'une grande concertation quant à la vision partagée
quant aux politiques d'immigration. Arrêtons les décisions à la pièce et
agissons avec cohérence, réflexion et suite à l'analyse de données probantes.
Pour la FCCQ, il est essentiel d'offrir
plus de prévisibilité, c'est pour cette raison que nous demandons au
gouvernement de reporter l'entrée en vigueur du projet de loi n° 74
jusqu'à ce que les prochaines consultations et les décisions du gouvernement
concernant la planification pluriannuelle de l'immigration temporaire et
permanente soient finalisées, prévues au printemps et/ou à l'hiver prochain.
Finalement, afin de démocratiser
l'information quant au succès de nos politiques d'immigration, nous réitérons
l'importance d'élaborer et de publier un tableau de bord de l'immigration
venant alimenter les réflexions de tous et chacun quant à la définition, la
quantification et l'évolution de notre capacité d'intégration.
Merci de votre temps. Nous demeurons à
votre disposition pour vos questions.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Bien, merci beaucoup pour cette présentation. On va d'ores
et déjà commencer la période d'échange avec les parlementaires. M. le ministre,
et votre... la banquette du gouvernement, 16 min 30 s.
M. Roberge : Merci beaucoup.
Merci pour votre présentation. Beaucoup de choses à dire. Je vais me permettre
de faire une petite mise au point qui ne s'adresse pas à vous, mais quand on
parle ici, on ne s'adresse pas seulement à la personne qui est là. Plusieurs
personnes ont dit : Il faudrait avoir plus de prévisibilité. Il y a eu
beaucoup d'annonces en immigration, ces derniers temps. J'ai fait une recension,
à force d'entendre ça. J'en ai compté huit en plus de deux mois. C'est énorme.
Et les gens, lorsque j'ai fait l'annonce, vendredi dernier, ont dit :
Coudon, ça change beaucoup. Je me dis : Voyons, on a fait une annonce à la
fin du mois d'août, avec ma prédécesseure, qui parlait des travailleurs
étrangers temporaires sur Montréal, qui annonçait, d'ailleurs, en prévisibilité.
Dans les prochaines mois... dans les prochains mois, nous déposerons un projet
de loi sur les étudiants internationaux, ce que nous faisons. Puis une deuxième,
jeudi dernier. Je me dis, en fait : Deux annonces, en quoi, deux mois et
deux semaines. C'est qu'entre nos deux annonces, du gouvernement québécois, il
y a eu six annonces du gouvernement fédéral sur l'immigration, ça fait qu'on
était comme la huitième annonce, en quoi, six, sept semaines? Mais nous, on en
a fait deux. Et celle de la semaine passée était prévisible, parce que dans
l'intervalle, entre notre annonce du mois d'août, il y a eu le fédéral qui a
parlé de mesures sur le Programme de Mobilité internationale, où il n'allait
plus accepter des conjoints, conjointes dans certains cas. Il a fait une
annonce sur les travailleurs étrangers temporaires à l'extérieur de Montréal,
avec des ratios de 20 % ou 10 % de travailleurs étrangers temporaires
en fonction des secteurs.
Il a fait une deuxième annonce, exactement
dans le même domaine encore, mais pour dire qu'il changeait le salaire médian,
qui disait : En bas en bas de ce salaire médian là, ça compte comme bas salaire.
Après ça, il a fait une annonce pour les cibles permanentes, qui passaient de
500 000 jusqu'à 365 000. Après ça, il a annoncé qu'il se rendait à
nos arguments puis qu'il allait appliquer le critère linguistique au PMI. Bonne
nouvelle. Puis après ça, il y a une autre annonce, je pense, je suis rendu à
sept, d'une réduction des étudiants étrangers pour l'an prochain, au Canada. Et
là, j'arrive après tout ça, puis j'annonce quelque chose, puis ça dit : Heille!
ça suffit les annonces. Donc, juste pour dire : On ne change pas d'idée à
toutes les semaines, là, on a fait deux annonces, en quoi, huit, neuf semaines,
puis le fédéral, je pense, en a fait sept. Donc, je précise ceci.
• (16 h 50) •
Vous parlez d'opportunités, avec le projet
de loi. Je suis d'accord parce que, comme gouvernement qui s'occupe de
l'enseignement supérieur, on saisit l'opportunité, dans un contexte changeant,
de se donner de nouveaux leviers, parce qu'en ce moment, on ne peut pas faire
ce que vous souhaitez, je pense, puis je ne vous mettrai pas des mots dans la
bouche, vous allez pouvoir le dire, on ne peut pas faire, en ce moment...
c'est-à-dire tenir compte des besoins de main-d'œuvre. Lorsqu'on décide
d'accepter un nombre plus ou moins grand d'étudiants étrangers, on ne peut pas
tenir compte des besoins de main-d'œuvre. Soit qu'on accepte plein d'étudiants
étrangers, soit qu'on réduit le nombre. On ne peut d'aucune manière
sélectionner, non pas des étudiants, mais des <programmes...
M. Roberge :
...Soit
qu'on accepte plein d'étudiants étrangers, soit qu'on réduit le nombre. On ne
peut d'aucune manière sélectionner, non pas des étudiants, mais des >programmes
dans lesquels ils vont aller. Puis on ne peut pas non plus s'assurer de
répondre à des pénuries qui peuvent être très, très régionales, parce qu'il y a
des besoins de main-d'œuvre nationaux, les grands secteurs, mais il y a aussi,
régionalement, des fois, des besoins qui sont sectoriels. On ne peut pas le
faire. Donc, en ce sens là, oui, je pense qu'il y a une opportunité et je pense
qu'on se donne le moyen d'avoir une vision un peu plus économique lorsqu'on
décide d'avancer et de prendre des décisions en fonction des étudiants
étrangers, qui sont une richesse et qui viennent contribuer au Québec.
Puis, à cet égard là, j'aimerais savoir,
d'après vous, comment s'intégrerait le ministre de l'Emploi? Vous avez dit
qu'il faudrait modifier l'article 5, où il faudrait intégrer la ministre
de l'Emploi dans la sélection, quoi, des critères ou du nombre total?
Pouvez-vous me préciser un peu plus ce que vous souhaiteriez dans votre
amendement à l'article 5?
Mme Langlois (Audrey) :Ça serait plus, actuellement, au niveau des critères qu'on
pourrait intégrer le ministre de l'Emploi. Pour nous, il y a effectivement une
plus-value à rajouter le ministère de l'Emploi, considérant qu'ils ont une
expertise et, en plus, ils bénéficient de la Commission des partenaires du
marché du travail, qui ont, on va être honnête... c'est une belle
représentation de la communauté québécoise. Donc, on a, bien sûr, les
représentants employeurs, les syndicats, institutions d'enseignement, les
organismes d'employabilité, on a différents ministères qui siègent aussi, qui
prennent part et qui assistent à ces discussions-là, enrichissantes. Donc, vous
avez, à votre disposition, une commission qui se penche sur la question de
manière assez régulière. Ce sont des experts en la matière qui pourraient, sans
doute, vous aiguiller sur, justement, des critères qui pourraient être établis
pour les fameux visas étudiants étrangers. Donc, c'est effectivement une
recommandation un peu plus large, mais on garde en tête que oui, il y a des
besoins de main-d'œuvre à combler, il faut penser, également, à l'impact des
régions dans ce sens, également.
M. Gagnon (Alexandre) :
Si vous permettez, j'en ai fait un peu allusion dans mon allocution, mais la
dernière fois que le ministère de l'Immigration — et ce n'était pour
vous, je vous le remets — a tenté d'élaborer des listes de programmes
ou des listes de métiers afin de bloquer certains secteurs, ça a amené toute
une série de protestations, d'incompréhensions parce que ce n'était pas la
réalité qu'on vivait actuellement dans les milieux de travail. Donc, c'est un
petit peu ça qu'on veut essayer d'éviter, que vous sélectionniez certains
programmes, alors que les données économiques, si on veut comprendre, si on
veut avoir des débats raisonnés puis bien... et éviter qu'on tombe dans la
polarisation des débats en lien avec l'immigration, c'est important que les
gens comprennent sur quoi on se base pour prendre des décisions. La commission
a le grand privilège d'avoir des données économiques, des consultations
régionales, des consultations sectorielles pour identifier les bons endroits,
les bonnes perspectives de carrière pour nos étudiants. Et il faut bénéficier
puis privilégier ces instances déjà existantes, bien rodées.
M. Roberge : Merci. La bonne
nouvelle, avec le projet de loi, c'est qu'il s'intègre en cohérence avec ce
qu'on a annoncé la semaine dernière, c'est-à-dire qu'au prochain exercice de
planification pluriannuelle, nous aurons un exercice démocratique de
consultation sur divers scénarios, on aura une réflexion nationale qui inclut
les... ce qu'on appelle les immigrants temporaires, mais qui inclut, donc, les étudiants
étrangers. Et dans le cadre de cet exercice-là, je pense que ce sera nécessaire
de vous entendre à nouveau, vous et les autres personnes qui connaissent bien
les milieux économiques et les besoins de main-d'œuvre et les secteurs
porteurs, pour qu'on puisse bénéficier des nouveaux leviers qu'on va se donner
avec ce projet de loi là, qu'on puisse les utiliser de la meilleure manière,
c'est-à-dire non pas simplement le... le ministre et son cabinet qui prend une
décision, mais après consultation, pour planifier puis offrir, je pense, cette
prévisibilité tant attendue à la fois du réseau de l'éducation et de
l'enseignement supérieur et du marché du travail pour se projeter dans
l'avenir. Sur ce, je vous remercie, puis j'ai des collègues, là, qui aimeraient
bien avoir la chance d'échanger avec vous.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci, M. le ministre. Alors, je vais reconnaître la
députée de Vimont, il reste 8 min 48 s.
Mme Schmaltz : Parfait.
Merci, Mme la Présidente. Merci. Merci d'être là. Merci de votre présence
toujours appréciée. Votre approche est beaucoup plus réaliste, hein,
contrairement à ce qu'on a entendu. Vous êtes un peu pragmatiques, en fait, il
n'y a pas de fausse promesse, il n'y a pas d'embellissement, c'est... vous
présentez un peu l'état des choses comme c'est, c'est-à-dire qu'on ne fait pas <miroiter...
Mme Schmaltz :
...en
fait, il n'y a pas de fausse promesse, il n'y a pas d'embellissement, c'est...
vous présentez un peu l'état des choses comme c'est, c'est-à-dire qu'on ne fait
pas >miroiter non plus, auprès des étudiants internationaux, des
propositions alléchantes, des métiers ultrapayants. Donc, il y a quand même ce
côté, qui est assez terre à terre, qu'on entend chez vous.
En fait, selon vous... c'est peut-être une
question un peu pointue, là, mais quel serait le pourcentage acceptable de
réduction? Qu'est-ce qui serait acceptable? Et puis, de quelle façon on devrait
répartir cette... si réduction il y a, bon, etc., là, je...
M. Gagnon (Alexandre) :On n'a pas dit qu'on était pour des réductions, pour la
simple et bonne raison que les données, actuellement, ne démontrent pas qu'on
est en situation de surcapacité au niveau de notre régime d'éducation. Ce qu'on
a demandé, c'est de se baser sur des données probantes, puis les seules données
probantes qu'on a jusqu'à, maintenant... qu'on a sur la main, c'est le document
auquel on fait mention dans notre mémoire, c'est le document qui est l'État
d'équilibre du marché du travail à court et à moyen terme. Donc, ça vient
dire : Si on garde nos programmes d'éducation actuels, la capacité de nos
milieux d'éducation à accueillir et à diplômer et à intégrer de nouveaux
travailleurs dans les secteurs, voici les secteurs, dans un an et dans trois
ans, qui seront... qui auront besoin de plus de main-d'œuvre ou qui auront un
surplus de main-d'oeuvre ou qui auront un déficit de main-d'oeuvre ou qui sont
en équilibre.
Le dernier document, il a été publié en
février de cette année. Je vous fais, grosso modo, un résumé, là, assez simple,
là. Dans les 516 professions qui sont identifiées, 250, environ, sont en
déficit de main-d'oeuvre, donc d'ici 2027, et on en a cinq, au Québec, qui vont
être en léger surplus de main-d'oeuvre. Puis je vais vous donner les... ça va
être simple, il y en a cinq, secteurs spécifiques, qu'on a peut-être...
peut-être trop de diplômés ou trop de travailleurs, à évaluer éventuellement.
On a les pompiers, les journalistes, les photographes, les bijoutiers, les
vendeurs en immobilier. Il n'y a aucun autre programme de profession ou quoi
que ce soit qui est évalué, en accord avec les syndicats, les organismes
communautaires, les employeurs du Québec, les associations sectorielles... se
sont tous entendus, avec des données probantes, pour dire : Outre ces cinq
secteurs-là, qui ont des légers surplus, tous les autres seront en déficit de
main-d'oeuvre pour les... au minimum les trois prochaines années. Donc, c'est
là qu'il faut faire attention.
Puis nous... Est-ce que c'est pour le
marché du travail qu'il faut faire attention, qu'il faut éviter d'avoir trop
d'étudiants ou c'est pour d'autres enjeux qu'il faut regarder? On est d'accord
avec vous, les autres enjeux, également, il faut les quantifier, il faut
regarder notre capacité d'intégration. C'est pour ça qu'on parle de tableau de
bord en immigration, pour qu'on ait des données probantes, qu'on est capables,
tout le monde, de se partager cette vision-là, de... peut-être, surprésence.
Mais, pour le moment, notre gros enjeu, ce n'est pas nécessairement la quantité
d'étudiants étrangers, c'est les fausses promesses qu'on leur fait de
s'intégrer convenablement et à long terme au Québec, dans des programmes qui ne
sont peut-être pas les plus propices à leur développement professionnel et
social.
Mme Schmaltz : Si je résume,
si je comprends, rapidement, c'est que les programmes qui sont offerts ne
correspondent pas au... à la demande du marché?
M. Gagnon (Alexandre) :Pas nécessairement, effectivement. Puis c'est là qu'il faut
regarder, un regard beaucoup plus chirurgical, pour voir est-ce que ça
correspond à... aux prévisions économiques, les besoins de main-d'œuvre futurs,
puis l'apport de nos travailleurs actuels, où est-ce qu'on a des déficits. Tu
sais, il faut... il faut s'assurer que l'apport de nouveaux travailleurs
corresponde à ces missions économiques là.
Mme Schmaltz : C'est ce que vous
entendez de vos membres?
M. Gagnon (Alexandre) :Oui. Oui, effectivement. J'étais encore, hier, dans une
discussion, également, avec certaines universités où il y avait le même constat
que, parfois, il y avait... mais... puis, encore une fois, ne généralisons pas,
là, c'est plus des exceptions, là, mais on a, historiquement, dans quelques
occasions, été chercher des étudiants étrangers en leur faisant miroiter une
résidence permanente, alors que ce n'était pas... Ensuite, ils se retrouvaient
dans des situations de surqualification malgré... malheureusement, dans nos
milieux de travail.
• (17 heures) •
Mme Schmaltz : Et c'est ce
qui explique, peut-être, l'exode, aussi?
M.
Gagnon (Alexandre) :
Évidemment, mais
l'exode, toujours... D'avoir des étudiants étrangers qui paient leurs charges,
leurs inscriptions comme des étudiants étrangers et qui veulent quitter,
ensuite, pour ramener cette expertise-là dans d'autres pays, je pense qu'il
faut le permettre, il faut le valoriser, au contraire. Je pense que c'est une
plus-value culturelle, sociale, économique pour le Québec, et même qu'ils ont
contribué à la vitalité de nos régions, souvent, en étant hébergés dans
différents territoires où qu'il y a des institutions d'enseignement.
Mme Schmaltz : Il me reste-tu
encore un peu de temps?
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : 3 min 33 s.
Mme Schmaltz : Quand même, OK.
Mais grosso modo, le projet de loi est quelque chose qui, en soi, est
satisfaisant pour vous?
M. Gagnon
(Alexandre) : Bien, il y a une belle vision qu'on
partage...
17 h (version révisée)
Mme Schmaltz : ...quand même, OK,
mais, grosso modo, le projet de loi est quelque chose qui, en soi, est
satisfaisant pour vous?
M. Gagnon (Alexandre) :Bien, il y a une belle vision qu'on partage de mieux
diriger, mieux...
Mme Schmaltz : Encadrer.
M. Gagnon (Alexandre) :...encadrer, mieux... donner une meilleure prévoyance à ces
étudiants étrangers de ce qui leur arrivera à la fin de leur programme d'enseignement.
Mme Schmaltz : Et ça, ça
commence quand? Avant leur arrivée?
M. Gagnon (Alexandre) :Bien, il y a deux voies. Peut-être que tu veux y aller?
Mme Langlois (Audrey) :Oui. Bien, dans le fond, on propose deux voies pour l'immigration
temporaire avec les étudiants étrangers. La première voie, ce serait pour ceux qui
suivraient une formation dans un domaine qui est jugé, justement, en déficit
par l'état des lieux du marché de l'emploi et diagnostic des 516 professions
et d'autres analyses plus poussées qu'on a espoir qui vont peut-être arriver un
jour. Donc, eux, ils auraient un passage possible vers la résidence permanente,
tandis que les autres étudiants étrangers qui font des formations qui ne sont
pas vraiment en adéquation avec les besoins de main-d'œuvre, dans ce cas-ci, ce
serait vraiment un passage temporaire au Québec.
Mme Schmaltz : ...516 emplois,
c'est incroyable. Moi, je pense que j'aurais de la misère à énumérer 516 emplois,
là, c'est... J'imagine, bon, il y a toutes sortes de variétés ou des
sous-emplois dans l'emploi, j'imagine, toutes sortes de qualifications, mais
est-ce que ces qualifications-là nécessitent une diplomation universitaire ou
on est dans la formation professionnelle, on peut envisager d'autres façons?
Mme Langlois (Audrey) :Oui, on a plusieurs formations. Le grand absent, je dirais,
également, des consultations des dernières... d'hier et d'aujourd'hui, c'est la
formation professionnelle. On a quand même beaucoup de besoins. On peut penser,
notamment, en construction. Vous connaissez plus d'emplois que vous pensez, en
réalité, je vous rassure...
Mme Schmaltz : ...
Mme Langlois (Audrey) :...mais ce n'est pas nécessairement des diplomations, tout
le temps, universitaires. Il faut vraiment aller avec une grande variété, tant
et aussi longtemps que c'est en adéquation avec les besoins que nous avons sur
le marché de l'emploi.
Mme Schmaltz : Est-ce que le
programme de recrutement devrait être repensé, à ce moment-là?
M. Gagnon (Alexandre) :Effectivement, c'est sûr que, là, il faut aller recruter
avec la connaissance que les personnes qui sont recrutées savent où est-ce que
ça va les mener, vers une diplomation, vers un emploi recherché au Québec ou d'acquérir
des nouvelles compétences qui vont peut-être répondre aux besoins du marché du
travail dans leurs pays d'origine, lesquelles il faut valoriser également.
Mme Schmaltz : Mais vous êtes
d'accord que les compétences, c'est au Québec de les développer ou, du moins,
là, d'être à l'avant-plan, là, pour les présenter.
M. Gagnon (Alexandre) :Ah! bien oui, certainement, certainement.
Mme Schmaltz : Parce que le
fédéral ne peut pas non plus nous imposer un chemin ou une vision concernant
le... tout ce qui est le...
M. Gagnon (Alexandre) :Bien, il n'y a rien de mieux que les personnes sur le
terrain pour aller vendre c'est quoi, la réalité du Québec. Je vous encourage
même à envoyer les personnes des régions vendre le Québec auprès de ces
étudiants-là. On a besoin de ces étudiants pour nos régions, pour faire vivre
nos centres-villes dans les différents villages, un peu partout au Québec. C'est
les meilleurs vendeurs pour amener les personnes qui voudront faire du Québec,
là, leur destination finale, leur résidence, et notamment de leur parler des
opportunités économiques qui viennent avec ces formations-là éventuellement.
Mme Schmaltz : ...M. le
ministre...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Il n'y a plus de temps...
Mme Schmaltz : Ah bien, il n'y
a plus de temps. Bon, OK.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Alors, je me tourne du côté de l'opposition
officielle, avec une période de 12 min 22 s. M. le député de l'Acadie.
M. Morin : Merci, Mme la Présidente.
Alors, M. Gagnon, Mme Langlois, merci d'être là. Si j'ai bien compris
les informations que vous avez partagées avec nous, puis corrigez-moi si je
fais erreur, les données que vous avez en termes d'emploi ne démontrent pas qu'il
y a une surcapacité, c'est exact? On est en déficit de main-d'oeuvre dans 225 secteurs,
j'ai bien compris? Et il arrive que, dans certains secteurs, puis là j'ai
essayé de prendre ça en note, on fasse de fausses promesses aux gens qui
viennent ici pour étudier, donc ça leur crée des problèmes par la suite. Ça, c'est
dans le recrutement. Avec ces données-là ou l'état de la situation, en quoi le
projet de loi va venir vous aider?
M. Gagnon (Alexandre) :Est-ce qu'il va venir aider? Il va venir... C'est un chien
de garde, peut-être, à venir éviter certains dérapages qu'il y a peut-être eu
dans le passé. Je ne dis pas que c'est généralisé, je ne dis pas que c'est
quelque chose qui arrive souvent, mais il y en a eu, quelques histoires, là,
que parfois on va cibler un programme d'études, on va se dire : On a
besoin de 50, je vais dire en l'air comme ça, préposés aux bénéficiaires, puis,
finalement, il en arrive 100 parce que le milieu de l'éducation a ciblé qu'il y
a <une belle manne là à créer...
M. Gagnon (Alexandre) :
...parce que le milieu de l'éducation a ciblé qu'il
y a >une belle manne là à créer.
Ça fait qu'il y a peut-être des... certaines
balises qui pourraient aider à s'assurer qu'en quantité, en répartition
régionale, tout ça, qu'il pourrait y avoir une meilleure... une meilleure
vision partagée de l'ensemble des partenaires, sur ce qu'on fait vraiment en
éducation puis c'est quoi, la résultante finale. Actuellement, il peut y avoir
certaines lacunes à cet effet-là.
M. Morin : Mais je reprends
votre exemple des préposés aux bénéficiaires. Si on peut arriver avec un tel
décalage, est-ce que c'est parce qu'il n'y a pas de projet de loi ou c'est
parce qu'il y a une mauvaise planification? Parce que, si on parle aux régions,
avec les moyens que le ministère a à sa disposition présentement, en entrant en
dialogue avec les régions, ils nous disent, je ne sais pas, moi : À l'Hôpital
de Sept-Îles, on en a besoin de 15, à Baie-Comeau, c'est 12, puis qu'on fait un
compte puis qu'on dit, bien, finalement, ce qu'il faut aller chercher là, bien,
12, puis 12, puis 12, bien, ça va faire 36. Il me semble que ça pourrait
fonctionner, non?
M. Gagnon (Alexandre) :Bien, encore une fois, si 36, ce n'est pas le nombre d'étudiants
qui rentrent dans une classe puis qu'il en faut 20 par classe, le cap,
peut-être qu'on va vouloir aller le combler, mais ceux-là, peut-être qu'on va
leur dire : Malheureusement, ça ne correspond pas à... on outrepasse les
besoins, ça se peut que ça ne vous amènera pas à une résidence permanente. Ou,
des fois, pour faire vivre une région, faire vivre un milieu d'enseignement... On
sait que les milieux d'enseignement ont eu des enjeux financiers, ça a été une
des réponses qui leur a été donnée, d'aller recruter à l'étranger pour combler
ces besoins-là. Il faut le permettre, mais il faut l'encadrer pour s'assurer
que, de la façon que c'est fait, de la façon que c'est vendu auprès des
étudiants, ce soit fait convenablement, avec des bonnes... des bonnes prémisses
économiques, des bonnes prémisses sociales, en fonction de nos régions.
M. Morin : Oui, ça... ça,
là-dessus, évidemment, on est d'accord. Puis si on va recruter à l'étranger,
parce que le gouvernement du Québec l'a fait, puis qu'on indique... en fait, on
vend le Québec à des gens qui vont venir ici, il faut leur donner des
renseignements qui sont exacts. Évidemment, si on dit à quelqu'un : Vous
allez pouvoir obtenir votre résidence permanente, une fois rendu ici, on lui
dit : Ce n'est pas possible, bien, je peux comprendre la déception. Mais j'aimerais
que vous nous parliez... Dans votre mémoire, vous avez parlé de l'impact
économique de l'immigration dans les régions. Quelle est l'importance puis
comment on pourrait mieux le planifier davantage?
M. Gagnon (Alexandre) :Ça fait quelques années qu'on avait fait certains travaux
avec certaines institutions d'enseignement pour identifier quels seraient
les... l'impact des cégeps puis des universités pour les régions. Je pense
notamment à l'Université de Sherbrooke, hein? L'impact des étudiants, l'impact
de l'institution d'enseignement pour la ville, pour la région est immense. C'est
le plus grand employeur, je pense, à moins que je me trompe, là, de la région.
Ça fait vivre l'économie, ça fait vivre beaucoup d'entreprises, ça fait amener
une effervescence dans la région. On le vit dans d'autres endroits, au
Saguenay, avec les cégeps, on le vit en Abitibi. C'est des choses où... des
centres économiques importants qui pivotent autour des institutions d'enseignement.
C'est des modèles... des moteurs économiques importants pour nos régions. C'est
important que ces milieux-là soient suffisamment en sécurité, financièrement
être capables d'assurer leur pérennité puis leur développement pour continuer à
jouer leur rôle de moteur économique pour nos régions.
Mme Langlois (Audrey) :Si je peux...
M. Morin : Oui, oui, allez-y,
bien sûr.
Mme Langlois (Audrey) :Oui. Il y a également l'enjeu, souvent, des trop petites
cohortes en région. Donc, on peut penser à des travailleurs, qu'ils soient
Québécois ou étrangers, qui doivent suivre une formation pour justement
rehausser ses compétences, améliorer sa productivité sur le milieu du travail.
Si la cohorte est trop petite, il n'y en aura pas, de cours en région. Donc, ça
peut être reporté, annulé ou ça peut nécessiter un déplacement dans les grandes
villes. C'est ça qu'on veut éviter. On veut s'assurer que, justement, lorsqu'on
peut s'assurer qu'il y a une offre de formation qui nous permet d'acquérir de
nouvelles compétences, que nos travailleurs y aient accès. Donc, les étudiants
étrangers peuvent compléter ça par moments également. Il faut le prendre en
considération aussi.
• (17 h 10) •
M. Morin : Absolument. Donc,
n'y a-t-il pas un danger, avec le projet de loi, de réduire, justement, le
nombre, et donc d'avoir un impact encore plus négatif sur les régions? D'autant
plus que, dans le projet de loi, il y a une disposition qui dit qu'il n'y
aurait plus nécessairement de prépublication de certains règlements, donc
encore moins de périodes de consultation. Y voyez-vous <un danger pour
les régions?...
M. Morin :
...encore
moins de périodes de consultation. Y voyez-vous >un danger pour les
régions?
M. Gagnon
(Alexandre) :Bien, en fait, je pense que
ça a été mentionné à quelques occasions, ce n'est pas le projet de loi en
lui-même qui peut être dommageable, c'est ce qui va en être fait. Tu sais,
quand on donne un outil, des armes, jusqu'à un certain point, là, pour venir
attaquer des problèmes, mais on n'a pas dit exactement quels seront... comment
on va les utiliser, ces outils-là, et là, effectivement, il y a des craintes
que ça puisse être mal utilisé.
C'est pour ça qu'on s'assure qu'il y ait
une consultation importante puis que ça soit prévu dans le projet de loi, pas
juste en parler dans une planification à venir. Il faut vraiment que ça soit
prévu, que ça soit obligatoire, que ça soit mandataire, de consulter les
partenaires du marché du travail, que tout le monde soit d'accord de la façon
que ça va être utilisé, parce qu'on vient... on vient prioriser des secteurs
économiques aux dépens de d'autres probablement, et ça, ça doit être fait de
façon... en concertation avec l'ensemble des acteurs et des données au su de
tous et de... que tout le monde comprenne la vision puis les décisions qui sont
prises.
Une voix : Je vous remercie.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Alors, il vous reste, Mme la députée de Mont-Royal—Outremont, 4 min 33 s.
Mme Setlakwe : Merci.
Merci beaucoup pour votre mémoire puis pour votre présentation. Vous avez
sûrement suivi les travaux de la commission jusqu'à maintenant. Puis ce qu'on
comprend de vous, de votre position, c'est que vous souhaitez, vous prônez une
concertation en continu, qu'on soit toujours bien arrimés avec les besoins, que
tous les acteurs concernés soient... participent à la discussion. Ça, c'est
clair puis je ne me trompe pas. Est-ce que... Moi, je détecte dans ce que vous
dites que, comme les autres, à l'instar de ce que les autres ont dit, les
étudiants internationaux ne posent pas de problème, au contraire, ils sont
souhaités sur le territoire, partout dans nos régions et dans les grands
centres.
M. Gagnon
(Alexandre) :Effectivement, ils sont très
souhaités. Puis, pour revenir... Lorsqu'il y a eu des décisions du gouvernement
fédéral pour restreindre le nombre d'étudiants étrangers, la première fois
qu'ils l'ont fait, les messages qu'ils nous ont lancés, c'est que le Québec
n'était pas l'endroit où il y avait un enjeu. Ce n'était pas le Québec qui
était visé, c'étaient d'autres provinces canadiennes. Donc, eux-mêmes nous
disaient qu'à leur propre analyse il n'y avait pas d'enjeu au Québec
actuellement par rapport à ça.
Mme Setlakwe : Puis
évidemment qu'on va tenir compte de vos recommandations, mais il n'en demeure
pas moins qu'on a devant nous une pièce législative pour laquelle les
institutions, les cégeps et les universités, nous ont dit deux choses :
Bien, laissez-nous notre autonomie, nous sommes les mieux placés pour prendre
ces décisions-là. Et surtout, faites extrêmement... bien, en fait, ils nous ont
dit, ils ont dit : Excluez-nous, mais faites très attention d'utiliser ces
pouvoirs-là, ces pouvoirs larges pour lesquels il y a un flou, il y aura des
choses à préciser, de façon à ne pas nuire à l'économie, etc. Donc là... Et
vous, vous venez... On dirait que vous êtes comme... vous acceptez le fait
qu'il y ait un projet de loi, puis c'est une bonne chose, mais les objectifs dont
vous parlez, moi, je ne suis pas sûre que c'est dans le projet de loi que ça
doit se retrouver. En tout cas, on dirait qu'il y a comme un flou autour de
votre position.
M. Gagnon
(Alexandre) :Bien, il n'y a pas un flou
autour de nos positions. On vient... On est devant le constat qu'aujourd'hui,
là, on est martelés d'un peu tout le monde qu'il faut couper l'immigration. Un,
c'est une prémisse qu'on n'est pas tout à fait d'accord, là. Mais maintenant,
si on nous dit : On n'a pas le choix, on va y aller, bien, au moins
trouvons une manière convenable de le faire, puis donnons-nous un raisonnement,
donnons-nous des mécanismes pour le faire de façon à ce que ça ait le moins
d'impact sur nos entreprises, sur notre société québécoise. Et c'est là que,
pour nous, c'est un moindre mal de venir dire... de se donner un processus pour
s'assurer qu'on ne coupe pas à la mauvaise place.
Mme Setlakwe : C'est
très clair. Merci. Vous avez entendu les propos de M. Leblanc de la Chambre
de commerce du Montréal métropolitain?
M. Gagnon
(Alexandre) :Malheureusement, on était en
déplacement, on a... mais on ne pourra pas... on ne pourra pas vous dire ce
que...
Mme Setlakwe : Évidemment,
il a parlé beaucoup de l'impact économique majeur des étudiants internationaux.
Il a vanté, donc, la position enviable de Montréal sur la scène internationale.
Mais vous, vous êtes... Donc, vous représentez les chambres de commerce dans
l'ensemble du Québec puis vous êtes là pour appuyer le développement des
entreprises. Est-ce que, vous aussi, vous voyez une contribution économique
très importante de la part des étudiants internationaux dont on ne peut pas se
priver?
M. Gagnon
(Alexandre) :Ah! c'est que... Tu veux y
aller?
Mme Langlois
(Audrey) :Je peux y aller. Tu pourras
compléter par la suite, mais effectivement, il y a vraiment une contribution.
Plusieurs d'entre eux vont vouloir intégrer le marché de l'emploi après avoir
terminé leurs études. On en a, nous autres mêmes, justement à la FCCQ, qui sont
des étudiants récemment diplômés, mais il faut penser également que ces
étudiants étrangers là <peuvent travailler...
Mme Langlois (Audrey) :
...récemment diplômés, mais il faut penser également
que ces étudiants étrangers là >peuvent travailler jusqu'à 20 heures
semaine, même en ayant un permis d'études. Dépasser 20 heures, bon, ça,
c'est interdit, mais, quand même, la majorité d'entre eux vont entrer dans le
commerce de détail. Ils vont avoir une participation économique, ils vont
s'intégrer à la société, ils vont dans les restaurants, ils ont profité
justement des festivals et ils permettent également de faire rayonner le Québec.
Et quand ils sont en région, c'est encore plus le cas. Donc, ça, oui, il y a
une plus-value à aller chercher et ça se démontre du point de vue économique.
Mme Setlakwe : Merci.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : ...15 secondes.
M. Gagnon (Alexandre) :15 secondes. Clairement, il y a des impacts importants
majeurs. Il y a beaucoup de milieux d'enseignement qui dépendent des revenus
revenant des étudiants étrangers. Le cas où on coupe davantage dans ces
étudiants-là, il va falloir trouver d'autres manières de financer nos
institutions d'enseignement, et je comprends que le contexte budgétaire ne le
permettrait pas actuellement. Donc, il faut prendre l'ensemble des données en
compte.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup pour cette deuxième ronde de discussion. On
va terminer avec le député de Jean-Talon pour une période de 4 min 7 s.
M. Paradis : Merci. Dans vos
recommandations, si je comprends bien, vous appelez à une planification que
vous aimeriez voir, vous dites qu'il faut asseoir les décisions sur les
domaines de formation prioritaires pour les étudiants étrangers, sur des
analyses nationales et régionales du marché de l'emploi à court, moyen terme.
Recommandation 4, chaque décision, on doit vérifier son impact sur la
vitalité des régions. Là, même, vous nous dites : Bien là, reportez
l'entrée en vigueur tant qu'on n'aura pas fait ça ensemble. Donc, ça prend de
la planification, de la prévisibilité.
Est-ce qu'actuellement vous la voyez,
cette planification-là, cette prévisibilité-là en ce qui concerne les étudiants
étrangers puis d'autres questions?
M. Gagnon (Alexandre) :Oui. On ne voit certainement pas actuellement un regard
complet du portrait des décisions en immigration, puis ça ne touche pas
uniquement le gouvernement provincial, là, mais il y a une vision et une
concertation qui n'est pas présente. On voit beaucoup de petites mesures, mais
on n'explique pas la vision puis qu'est-ce qu'on vise exactement puis qu'est-ce
qu'on promet aux immigrants puis comment on peut assurer aux entreprises qu'ils
vont avoir accès à la main-d'oeuvre dont ils ont besoin. Ça, aujourd'hui, on
n'en a pas. Cette vision-là, on ne la voit pas.
Puis je comprends, là. Tu sais, on a
multitude de mesures, il y a... puis il y a certaines que vous contrôlez,
d'autres que vous ne contrôlez pas, d'autres que c'est le fédéral. Il y a une
petite guerre à savoir celui qui va implanter le plus de mesures, en tout
respect. Mais il faut qu'on s'assoie, il faut qu'on regarde les données, qu'on
regarde des analyses économiques, des analyses de prospection... de prévision
de notre marché du travail pour prendre des bonnes décisions puis de comprendre
tous ensemble pourquoi on prend une décision, pourquoi on n'en prend pas une.
Actuellement, on a parlé, pendant des années, de la boîte noire de
l'immigration, à l'effet que les gens ne comprenaient pas les décisions qui
étaient prises parce qu'ils n'ont pas accès à l'information.
M. Paradis : Et donc là, ce
que vous dites, puis c'est un peu le sens de votre recommandation 5, c'est
de dire : Ce n'est pas le projet de loi 74 que ça nous prend en
premier, c'est la planification du gouvernement en matière d'immigration.
M. Gagnon (Alexandre) :Clairement.
M. Paradis : Très bien. Vous
avez fait le commentaire tout à l'heure, donc, sur le fait que, selon vous, le
système d'éducation n'est pas en surcapacité. Mais est-ce que vous êtes
d'accord avec moi qu'il y a eu une croissance importante du nombre d'étudiants
étrangers et de l'immigration globalement, depuis 2017-2018 environ, et que,
bien, pour donner des cours, par exemple, aux étudiants internationaux, ça
prend des salles de classe, ça prend des infrastructures, ça prend des
professeurs, que chaque personne qui arrive est aussi un demandeur de services
publics, un... c'est un consommateur, qu'il faut loger cette personne-là, et
qu'actuellement toutes les données nous le disent, on est en manque de
logements, donc qu'il faut regarder cette question-là dans sa globalité et
qu'actuellement il y a un problème d'adéquation entre notre capacité de
répondre à cette demande-là et la demande qui croît?
• (17 h 20) •
M. Gagnon (Alexandre) :Bien, lorsqu'on entend dire qu'on a des enjeux au niveau de
nos services publics, comprenez-nous, lorsqu'on parle de services publics,
d'habitude, là, il y a deux périodes de la vie où qu'on a un impact majeur puis
on a des besoins majeurs au niveau des services publics, là, c'est la petite
enfance puis l'âge de la retraite, donc passé 65 ans. Ce n'est certainement
pas nos jeunes qui sont les plus... dans les milieux d'enseignement qui ont le
plus grand poids sur nos services publics. Ça, c'est peut-être un défaut à
regarder. D'ailleurs, lorsque le gouvernement... les différents gouvernements
avaient demandé davantage d'argent du fédéral pour la santé, la première raison
qui était donnée, ce n'était pas <l'augmentation de l'immigration...
M. Gagnon (Alexandre) :
...davantage d'argent du fédéral pour la santé, la
première raison qui était donnée, ce n'était pas >l'augmentation de
l'immigration, c'était le vieillissement de la population.
Mais ensuite, oui, il faut regarder, puis
c'est pour ça qu'on parle du tableau de bord en immigration, c'est... il faut
lui donner, mais arrêtons de dire : Il y a une surcapacité, on n'a pas les
logements, combien de logements qu'on a de besoin? Comment on va les
construire, ces logements-là? Comment on peut suivre ce besoin de logements là
dans le temps, et non pas de tout simplement dire : Il manque de logements?
Il faut être... des données, plus de prévisions, plus d'analyses économiques,
il faut plus de raisonnement derrière ces affirmations-là.
M. Paradis : Est-ce que j'ai
encore du temps, Mme la Présidente?
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Fini. Je vous écoutais, je vous écoutais, hein, j'étais
tout à fait ouïe.
M. Paradis : ...que je
n'avais plus de temps, mais un gars s'essaie.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Alors, voilà, vous avez compris que c'est ce qui met fin aux
échanges avec les élus. Je vous remercie beaucoup de vous être présentés à la
commission et vous remercie de l'apport à nos travaux. Je vais suspendre
quelques instants, le temps que le prochain groupe s'installe.
(Suspension de la séance à 17 h 21)
(Reprise à 17 h 26)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : À l'ordre, s'il vous plaît! La Commission des relations
avec les citoyens reprend ses travaux. Alors, nous recevons pour ce...
comme derniers intervenants la Fédération nationale des enseignantes et des
enseignants du Québec-CSN ainsi que la Confédération des syndicats nationaux.
Vous êtes ici, devant moi, mesdames et messieurs.
Je vais vous demander de vous présenter dans le 10 minutes que vous
bénéficiez pour présenter votre argumentaire, puis, par la suite, on va
discuter avec les élus. Alors, le temps commence maintenant.
Mme Lelièvre (Katia) : Alors,
bonjour, je m'appelle Katia Lelièvre. Je suis vice-présidente de la CSN. Je
suis responsable, entre autres, du dossier de l'éducation, de l'enseignement
supérieur et d'immigration. J'aimerais remercier la Commission des relations
avec les citoyens pour son invitation à nous entendre dans le cadre de la
consultation sur le projet de loi n° 74.
La CSN représente plus de
330 000 membres dans tous les secteurs d'activité et sur l'ensemble
du territoire québécois. Plus précisément, dans le dossier qui nous amène ici
aujourd'hui, on représente près de 44 000 travailleuses et travailleurs
en enseignement supérieur, incluant les étudiants salariés qui sont répartis en
trois fédérations, soit la Fédération des employés de services publics, la fédération
des professionnels et la Fédération nationale des enseignantes et des
enseignantes du Québec.
Je suis d'ailleurs accompagnée aujourd'hui
par le président de cette dernière, Benoît Lacoursière, aussi à la recherche,
bien, Alexandra Mathieu, qui est du service de recherche et de condition
féminine pour la CSN, et par Julien Laflamme, qui est conseiller politique à la
CSN.
Comme nous ignorons la façon dont le
ministre va utiliser les nouveaux pouvoirs qu'il s'octroie dans le projet de
loi, nos propositions aujourd'hui ont comme objectif de contrer les potentiels
effets négatifs et à introduire davantage de prévisibilité dans les
établissements et dans les communautés.
Si nous reconnaissons que l'augmentation
fulgurante du nombre d'étudiants internationaux peut engendrer des défis
importants, le Québec n'évolue pas en vase clos. L'UNESCO estime que la mobilité
internationale est en constante augmentation. D'ailleurs, dans à peine
10 ans, à l'échelle de la planète, leur nombre est passé de 3,3 millions
à 7 millions. Ce phénomène demande des ajustements aux États, mais c'est
aussi une source de richesse culturelle et d'opportunités de collaboration hors
frontières.
Comme vous pourrez le lire dans notre
mémoire, nous sommes préoccupés par l'incertitude que cette nouvelle loi
introduit dans le réseau de l'éducation et de l'enseignement supérieur, alors
que ceux-ci ont grand besoin de prévisibilité et de stabilité. Le fait que le
ministre s'octroie beaucoup de pouvoirs de gestion par décret minimise les
délais de décision, mais aussi d'anticipation et de planification pour les
établissements d'enseignement. Et ça aura un impact certain et... certain...
financier certain et peu prévisible pour les années qui s'en viennent.
Le projet de loi prévoit que le MIFI
prendra des décisions après consultation avec le ministre de l'Éducation et de
l'Enseignement supérieur. Il n'en demeure pas moins que ça amène une grande
centralisation des décisions à Québec sur des facteurs très micro, et ce, sans
la mise en place de mécanismes formels de consultation ou d'apport des acteurs
du réseau ou des organismes aviseurs du gouvernement.
La planification sur le moyen terme des
effectifs et des budgets sera plus complexe et hasardeuse, d'autant plus que le
projet de loi stipule, à l'article 4, que les décisions seront prises pour
une période maximale de 24 mois. Nous recommandons donc que le
gouvernement donne un délai raisonnable et une période de consultation aux
établissements d'enseignement avant la mise en vigueur des nouvelles normes
venant limiter le nombre d'étudiants et d'étudiantes internationaux ou leur
mise à jour subséquente.
Je vais céder la parole à Benoît pour
qu'il vous parle des impacts potentiels sur les offres de formation et de
financement.
• (17 h 30) •
M. Lacoursière (Benoît) :
Donc, bon après-midi. Donc, depuis des années, les gouvernements successifs ont
fait le choix de sous-financer ou de mal financer les réseaux d'éducation et
d'enseignement supérieur. Si nous reconnaissons que le présent gouvernement a
augmenté les enveloppes budgétaires, ces montants n'ont toutefois pas été
suffisants en regard des besoins. En parallèle...
17 h 30 (version révisée)
M. Lacoursière (Benoît) : ...été
suffisants en regard des besoins. En parallèle, les gouvernements... les
différents gouvernements québécois ont encouragé les établissements d'enseignement
à voir les étudiants internationaux comme des sources de revenus
supplémentaires, notamment depuis la Politique québécoise de financement des
universités de 2018, laquelle a déréglementé les frais de scolarité pour les
étudiants internationaux. Ces mesures sont venues consolider une vision
marchande de la gestion des universités québécoises et ont contribué au climat
de concurrence entre les établissements et à la course aux clientèles,
notamment internationales.
Avec ce projet de loi, le gouvernement
risque de pénaliser les réseaux pour leur dépendance aux étudiants
internationaux, dépendance qu'il a lui-même créée. C'est pourquoi nous
formulons plusieurs recommandations à ce sujet dans le cadre du mémoire. Nous
craignons d'ailleurs que ce... les conséquences mettent en péril la survie de
toute une série de programmes d'études, voire de certains établissements.
On parle beaucoup d'enseignement
supérieur, mais ça concerne aussi le réseau de l'éducation, notamment le réseau
de l'éducation privé subventionné. Je vais donner l'exemple du collège
Sainte-Anne-de-la-Pocatière, dont la survie de ce collège situé en milieu rural
dépend de l'accueil d'élèves internationaux, principalement de la Chine, qui y
sont francisés avant d'intégrer le parcours régulier. C'est une trentaine d'emplois
qui sont ainsi protégés par cet apport.
Dans les cégeps, si ces nombres sont
significativement réduits, ça revient à condamner des programmes à la
fermeture. À titre d'exemple, au cégep de Saint-Félicien, près du tiers des
effectifs étudiants sont constitués d'étudiants, étudiantes internationals. Des
programmes emblématiques de cette région pourraient être affectés :
Techniques de milieux naturels; Techniques de tourisme, où 98 des 106 étudiants,
étudiantes de la cohorte sont internationaux; Techniques d'éducation
spécialisée, 17 sur 24; même Transformation des produits forestiers, 100 %
des étudiants et des étudiantes sont internationaux. Rappelons que les cégeps
et les constituantes de l'Université du Québec en région sont des pôles de
développement éducatif, culturel, scientifique et sportif. La suspension ou la
fermeture de certains programmes aura comme conséquence d'obliger des
étudiantes et des étudiants de ces régions à se déplacer vers les grands
centres ou de réduire considérablement l'accessibilité à l'enseignement
supérieur.
Enfin, en ce qui concerne les programmes
de cycles supérieurs et la recherche, soulignons que l'apport des étudiantes et
des étudiants internationaux est vital et probablement aussi vieux que l'institution
elle-même. Il contribue à tisser des liens étroits entre les universitaires d'ici
et la communauté scientifique internationale. Cet apport favorise également le
rayonnement international de l'expertise québécoise dans une foule de domaines.
Mme Lelièvre (Katia) : En ce
qui a trait à l'immigration, nous ne pouvons ignorer que le projet de loi n° 74
s'inscrit dans un cadre plus large de resserrement généralisé des volumes d'immigration,
tant au fédéral qu'au provincial. En effet, ce projet de loi s'inscrit dans une
série d'annonces gouvernementales visant à réduire significativement le nombre
de résidents et de résidentes que nous accueillons au Québec, et plus
particulièrement ceux que nous accueillons temporairement. Si l'augmentation du
nombre d'immigrants temporaires est spectaculaire dans plusieurs programmes, la
quantité d'annonces de modifications législatives ou réglementaires l'est tout
autant. Il est devenu difficile de dénombrer avec assurance les modifications
apportées aux divers programmes d'immigration, tant les annonces se sont
multipliées.
Au lieu d'une énième modification à la
pièce, il nous semble qu'il aurait été plus sage de prendre un pas de recul, de
prendre en considération les effets cumulés des multiples annonces faites en ce
qui a trait aux étudiants et aux étudiants étrangers dans les dernières années.
Étant donné que les nombreux programmes constituent des vases communicants, il
nous apparaît que toute introduction de nouvelles mesures aurait dû se faire après
avoir évalué l'efficacité des modifications déjà apportées. Il nous semble qu'une
réévaluation des politiques gouvernementales en matière d'immigration dans son
entièreté et de manière cohérente devient urgente, d'autant plus que cette
complexification croissante porte à confusion et a des effets concrets sur le
parcours de vie de personnes bien concrètes et souvent déjà ici.
Enfin, précisons que, si les multiples
changements aux politiques migratoires visent à limiter les entrées des
nouveaux arrivants et immigrants sur notre territoire, ces derniers
entraîneront inévitablement des conséquences sur ceux et celles qui sont déjà
présents au Québec. Nous devons prendre en compte leur sort et éviter que des
changements ne créent des drames humains lorsque des parcours d'études, de
travail ou de vie sont interrompus subitement. Ce serait possible, par exemple,
si le ministre décidait de ne pas donner suite à une demande de permis d'études
d'un étudiant déjà inscrit dans un établissement d'enseignement au Québec et
qui désire poursuivre son parcours scolaire. Nous croyons aussi que toutes les
demandes de permis d'études des personnes déjà présentes sur le territoire
devraient être examinées en priorité, alors... lorsque des limites seront
imposées au nombre de permis octroyés.
Nous croyons aussi que l'accès à la
résidence permanente pour les étudiants étrangers diplômés au Québec par l'entremise
du PEQ doit être maintenu. L'intégration de ces personnes est souvent très bien
réussie. Ils représentent une source d'enrichissement pour le Québec et amènent
de la vigueur à la <province tout en...
Mme Lelièvre (Katia) :
...
une source d'enrichissement pour le Québec et amènent de la vigueur à la >province
tout en participant à la revitalisation des régions qui en ont bien besoin.
Notre mémoire contient une recommandation à l'effet que l'immigration
temporaire soit incluse dans la prochaine planification pluriannuelle de
l'immigration. On l'avait d'ailleurs déjà demandé lors de la dernière
consultation. On est satisfaits et on salue la décision du ministre d'inclure
cette forme d'immigration là dans les seuils et la réflexion qui se fera à la
commission.
Enfin, on voudrait souligner qu'au-delà
des chiffres l'accueil des étudiants et des étudiantes étrangers est une richesse
pour le Québec. Plus largement, la CSN appelle l'ensemble de la classe
politique à valoriser l'apport économique et social des personnes immigrantes
qui travaillent dans des situations... qui travaillent ici dans des situations
souvent très difficiles pour fournir les biens et services que le Québec a
besoin. Merci.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup pour cette présentation. Alors, on va d'ores
et déjà entamer la période de discussion avec les élus. M. le ministre, comme
d'habitude, 16 min 30 s pour vous et votre banquette.
M. Roberge : Merci beaucoup
pour votre présentation, pour votre mémoire. Je vais essayer d'être bref, pour
vous entendre. Effectivement, vous vous rappelez des propos que j'ai entendus
depuis un certain temps déjà, les gens veulent davantage de prévisibilité, de
stabilité. Je le comprends. On est dans un moment où beaucoup de choses bougent
en immigration. Et donc, pour les étudiants internationaux, on souhaite
vraiment aller dans cette direction-là. La planification pluriannuelle, qui
inclura les temporaires, donc les étudiants internationaux, va dans cette
direction.
J'ai pris bonne note de votre commentaire
par rapport à l'article 4, où on parle d'une planification sur
24 mois. En tout cas, c'est quelque chose qu'on va étudier, hein. Je ne
veux pas dire tout de suite qu'on va le changer, mais je vous dis tout de suite
que j'ai pris bonne note de vos commentaires. J'ai pris bonne note de tous vos
commentaires, mais disons qu'ici ça m'a mis la puce à l'oreille parce qu'on a
touché quelque chose de particulier.
Il y a... Il y a la question, je vous
dirais, qui peut-être vous touche, en tout cas, moi qui me prends au cœur, de
la capacité du Québec à gérer son destin et à travailler avec ses établissements
d'enseignement supérieur et tous ceux qui travaillent dedans, qui les font
vivre, sans se faire dicter par le gouvernement canadien, là, la marche à
suivre. Or, on a vu que, depuis deux ans, le gouvernement canadien a entrepris
de se mêler des étudiants internationaux ou étrangers en baissant les seuils.
La première fois, ça n'a pas touché le Québec. Là, ça commence à toucher le
Québec. Il a pris l'ambition de réduire le nombre, mais aussi, même, de cibler
des secteurs.
Nous avons, comme gouvernement, dit que
nous allions réduire le nombre. On n'a pas annoncé le chiffre tout de suite ou
le pourcentage, parce qu'on ne s'accroche pas à un chiffre ou à un pourcentage,
on veut faire une radiographie des réseaux. C'est ce que font en ce moment mes
collègues à l'Éducation et à l'Enseignement supérieur. Ce n'est pas... Ce n'est
pas d'atteindre un chiffre coûte que coûte, tant pis pour les programmes, tant
pis pour les régions, tant pis pour l'économie, non, c'est de se questionner.
Mais je reviens à ce que je disais il y a
peut-être une seconde, quelques secondes. Ottawa a entrepris de réduire les
chiffres et a entrepris de réduire le nombre d'étudiants sur le territoire
québécois. Quand on voit ça, est-ce que vous êtes d'accord avec nous qu'il est
préférable que ça se fasse avec une nouvelle habilitation législative, par le
gouvernement du Québec, dans le cadre d'une consultation pluriannuelle
d'immigration, plutôt que par décret venant d'Ottawa, sans qu'il y ait de
consultation avec les acteurs du Québec?
Mme Lelièvre (Katia) : Bien,
si la question que vous nous posez est à savoir est-ce que, collectivement, au
Québec, on devrait réfléchir, chez nous, à notre immigration, se consulter et
la prévoir sur du long terme, la réponse est oui. Je pense qu'on a une belle
opportunité, lors de ces consultations pluriannuelles là, d'avoir une vision,
si on demande l'opinion de plusieurs spécialistes dans différents domaines.
• (17 h 40) •
Ça fait plusieurs années qu'au Québec on
fait... on fait comme si ce n'était pas un enjeu, la démographie, mais on a des
enjeux démographiques importants puis on en a dans plusieurs régions du Québec.
On doit donc s'assurer que l'immigration va venir combler les trous, va venir
combler le déficit démographique, autant dans nos écoles que dans nos... dans
nos milieux de travail puis dans nos services publics.
Maintenant, il faut que l'ensemble de
l'immigration soit prise en compte et aussi l'ensemble des besoins et des
capacités. On a émis différentes solutions pour différents problèmes qui ont
été émis par les différents gouvernements successifs, tant pour le logement,
tant pour les <services publics...
Mme Lelièvre (Katia) :
...
les différents gouvernements successifs, tant pour le logement, tant pour les
>services publics, mais on pense que ça doit être réfléchi. Le Québec et
l'immigration doit être réfléchi dans son ensemble, pas à la pièce et pas plus
à la pièce au fédéral qu'au provincial.
M. Roberge : On est d'accord.
Pour être capable... Vous avez parlé d'enjeux régionaux, d'occupation du
territoire, de nos services publics. Pour être capable de s'assurer que ce ne
soient pas les lois du marché, là, qui dictent les étudiants vont dans quel
programme, ou dans quelle région, ou dans quelle institution, je pense qu'il
faut que le ministre de l'Immigration s'appuie sur l'expertise de la ministre
de l'Enseignement supérieur, laquelle est en contact avec son réseau, puis il
faut aussi qu'on ait des articles de loi qui nous donnent l'habileté d'aller
dans ça. Parce qu'en ce moment on peut juste fixer le nombre total au Québec,
on ne peut pas s'assurer de préserver des régions ou s'assurer de l'occupation
du territoire. Est-ce que vous êtes d'accord avec le principe que le
gouvernement du Québec devrait avoir davantage d'agilité, comme on a dans le
projet de loi, pour s'assurer de protéger des régions ou des services publics
avec des formations qui vont nous permettre d'avoir une main-d'oeuvre qualifiée
dans les domaines qui sont cruciaux pour le Québec?
M. Lacoursière (Benoît) : Peut-être,
bien, je dirais que la souplesse que le ministre réclame, que le gouvernement
réclame peut se faire, mais je pense que l'idée, c'est qu'il doit y avoir, nous,
ce qu'on estime puis... On souhaite qu'il y ait des outils de consultation qui
soient mis en place. Est-ce qu'il y a un pouvoir uniquement décisionnel du
ministre? Ça nous semble peut-être exagéré. Peut-être un pouvoir réglementaire.
On sait qu'il y a des périodes de consultations obligatoires, quand il y a des
règlements. Ça permet à tous les acteurs et les actrices des communautés de
l'éducation, de l'enseignement supérieur ou de d'autres milieux de faire leurs
commentaires, ça permet à des organismes aviseurs de faire des commentaires. On
a parlé du Commissaire à la langue française, dans le mémoire, on a parlé du Conseil
supérieur de l'éducation, là, qui va être renommé. Mais donc, essentiellement,
c'est aussi l'idée que le ministre et le gouvernement puissent être éclairés
par la société civile.
M. Roberge : OK. Donc, une
recommandation sur la prévisibilité et la durée, à l'article 4, une autre
sur les consultations. Je comprends bien.
Précédemment, le Commissaire à la langue
française est venu nous parler, il était d'accord avec les principes du projet
de loi, avec les critères qui y étaient. Il voulait rajouter nommément, là,
précisément, le critère de la langue, de la langue française, des programmes en
particulier, parce qu'il nous a sorti toutes sortes de chiffres qui montrent
qu'en réalité le dernier diplôme et la langue dans laquelle on a étudié pour
obtenir le dernier diplôme, c'est quand même un facteur déterminant de la
langue utilisée ensuite sur le marché du travail. Donc, lui propose qu'on
insère le critère de la langue dans un souci de protection de la vitalité de la
langue française. Est-ce que vous êtes en accord avec cette idée?
M. Lacoursière (Benoît) : Bien,
l'idée nous semble implicite, mais qu'elle soit explicitée n'est pas une
mauvaise idée. Donc, je mentionnerais au passage qu'on peut aussi traiter les
réseaux collégiaux et universitaires aussi, là, en conséquence. Ils ont des
réalités différentes. Même chose entre la région de Montréal ou le reste du
Québec. Il y a des éléments qui doivent être pris en compte à ce niveau-là,
assurément.
M. Roberge : Tenir compte de
la région, tenir compte de la langue. Je vous remercie. Si vous permettez, Mme
la Présidente, il y aurait des collègues qui voudraient continuer.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Bien entendu. Alors, la députée d'Iberville, 8 min 52 s.
Mme Bogemans : Parfait. Je
vais faire une partie de ces huit minutes-là, si vous me le permettez, Mme la
Présidente. En fait, durant... Je fais vraiment du pouce sur le point du
ministre. Puis préalablement, dans les auditions, on a des groupes qui sont
venus nous dire que plus la population des étudiants internationaux était
diversifiée, plus le Québec était riche, soit par leur provenance, par leur
intérêt dans leurs études, dans la langue d'usage, également. Je me demandais
si vous aviez des suggestions pour amener cette diversité-là davantage en
région puis si vous la voyiez aussi importante, cette diversité-là, en région?
Mme Lelièvre (Katia) : Bien,
en fait, on n'a pas... Ça ne me vient pas, là, une suggestion pour amener cette
diversité-là en région, mais il y en a déjà, de la diversité, en région, par
les étudiants internationaux qui viennent. L'Institut du Québec disait la
semaine dernière, je pense, que c'est à peu près la forme d'immigration qui
est... l'immigration permanente, qui... Quand on arrive à avoir des gens qui
ont étudié au Québec, qui obtiennent un diplôme au Québec, bien, ces gens-là
contribuent de façon importante à la richesse du Québec.
Et, bon, comment amener plus de gens en
région? Moi, je pense que c'est une bonne idée d'assurer la vigueur des régions
par l'immigration puis que c'est une <bonne idée...
Mme Lelièvre (Katia) :
...
idée d'assurer la vigueur des régions par l'immigration puis que c'est une >bonne
idée d'offrir des programmes qui sont intéressants en région. Benoît, tantôt, a
dit que ça permet de maintenir en région certains programmes qui seraient
délocalisés si ces étudiants-là n'étaient pas là. Bien, ne serait-ce que pour
nos gens du Québec qui ne veulent pas nécessairement... Parce que ça favorise,
hein, la dévitalisation des régions.
Quand quelqu'un doit sortir de chez eux,
mettons, du Saguenay—Lac-Saint-Jean pour aller étudier à Montréal, bien, il y a
bien des chances qu'il ne revienne pas au Saguenay—Lac-Saint-Jean, et là on
dévitalise. Donc, enlever certains étudiants internationaux des programmes...
de régions pourrait avoir un impact de faire sortir aussi des gens de la région
puis de les envoyer dans une autre région, et, ça aussi, on est inquiets à ce
niveau-là. Donc, comment amener plus d'étudiants internationaux en région? Je
ne me suis pas posé la question. Mais doit-on les enlever? On se l'est posée,
puis la réponse c'est : On ne pas que c'est une bonne idée. Oui, Julien.
M. Laflamme (Julien) : Bien,
sur un autre aspect de votre question, une chose qu'on vous amènerait à
regarder, c'est, parmi les étudiants qui sont déjà dans nos institutions,
compte tenu du resserrement qu'on peut anticiper avec l'application de ce
projet de loi là, quel serait potentiellement le nombre qui risqueraient de
faire des demandes de renouvellement de permis, soit parce qu'ils changent
d'ordre d'enseignement ou qu'ils changent de cycle... de cycle d'études. Et
puis là, évidemment, je pense que ce critère-là devrait être prioritaire par
rapport à des considérations qui viseraient à amener de nouveaux étudiants
internationaux de pays différents pour atteindre les limites fixées. Alors, à
très court terme puis dans les premiers temps de l'application de la loi, je
pense que la question de prioriser ceux qui sont déjà au Québec devrait être
prise en compte, même dans des cas où il y aurait des bassins très peu
diversifiés en termes de provenance, là, de pays.
Mme Bogemans : Parce que vous
dites que c'est pour la main-d'oeuvre qui veut demeurer en région. On sait
souvent que, dans les... en fait, premier cycle, collégial, même formation
professionnelle, souvent, les étudiants étrangers qui viennent au Québec ont
plus de chances de vouloir résider au Québec, alors que ceux qui sont de cycles
supérieurs sont souvent plus de passage. Est-ce que, sachant cette donnée-là,
mettre des cibles, mettre des barèmes pour inciter dans les domaines où on en a
le plus de besoin en région, ce ne serait pas nécessaire et optimum?
M. Lacoursière (Benoît) : Bien,
je vous dirais qu'il faut avoir une méfiance envers des barèmes qui seraient
trop stricts et qui seraient trop collés sur des réalités immédiates, hein,
on... Les enjeux de main-d'oeuvre immédiats, on a une certaine méfiance à être
trop collé sur la réalité actuelle. Il faut être capable d'envisager qu'il y a
des domaines qui vont être en demande plus tard, qu'on ne le sait pas
maintenant s'ils vont l'être. Donc, il faut... j'aurais une tendance à préférer
une certaine flexibilité à cet égard-là.
Mme Bogemans : Bien, dans ce
cas-là, avez-vous une suggestion pour nous pour inciter les étudiants
étrangers, après leurs études, à demeurer en région ou dans la région dans
laquelle ils ont effectué leurs études?
M. Lacoursière (Benoît) : Bien,
écoutez, je vais vous donner un exemple, le Collège Universel à Gatineau, qui
est un établissement d'enseignement privé subventionné qui avait été aussi dans
l'embarras, là, il y a quelques années, avec certaines décisions, là, qu'ils
avaient faites, là, avec les étudiants indiens, les règles à cette époque-là. Maintenant,
le collège, 95 % de son bassin d'étudiants internationaux est dans la
francophonie. Et, entre autres, une... un des aspects qu'il a faits, c'est
qu'il a misé sur un rapport avec le système de la santé et des services sociaux
de la région de l'Outaouais pour former les techniciens et techniciennes en
travail social. Donc, c'est des gens qui vont pouvoir faire leur stage dans le
réseau de la santé et qui vont probablement pouvoir avoir un emploi dans le
réseau de la santé, alors que c'est dans un domaine où on a assurément des
besoins au Québec.
Mme Bogemans : Parfait.
Veux-tu y aller? Merci.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : La députée de Châteauguay... Vimont? Châteauguay?
Mme Gendron : Je peux y
aller.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Châteauguay. 3 min 20 s.
Mme Gendron : Merci, Mme la
Présidente. Bonjour. Merci d'être avec nous cet après-midi. Vous avez mentionné
un peu plus tôt l'existence de programmes, justement, entièrement fréquentés
par des étudiants étrangers. Est-ce que vous pouvez m'informer, pourquoi...
pourquoi il n'y a pas plus de représentations d'étudiants québécois dans ces
programmes-là?
M. Lacoursière (Benoît) : Écoutez,
c'est extrêmement difficile de trouver des motivations de gens pour ne pas
aller dans un programme. Ce que je... Ce qu'on dit, cependant, c'est, quand on
regarde les programmes en question, j'ai donné l'exemple de la région du Saguenay—Lac-Saint-Jean
avec le cégep de Saint-Félicien, est-ce que ce serait envisageable que, dans la
région du Saguenay—Lac-Saint-Jean, on n'ait pas un programme de transformation
des produits forestiers au Québec. Je pense que poser la question, <c'est
y répondre...
M. Lacoursière (Benoît) :
...
transformation des produits forestiers au Québec. Je pense que poser la
question, >c'est y répondre, là, jusqu'à un certain point. Et comme
on... comme ça évolue constamment dans le temps, on ne le sait pas quand il va
y avoir des étudiants et des étudiantes des écoles secondaires québécoises qui
vont y accéder. C'est très variable dans le temps. Des fois, il y a des bonnes
années de recrutement, des moins bonnes années de recrutement. Donc, encore là,
il faut... il faut faire preuve de flexibilité. Il n'y a rien de coulé dans le
béton en matière de recrutement d'étudiants puis d'étudiantes, même si parfois
on observe certaines tendances. Mais ça peut... ça peut évoluer rapidement dans
certains programmes.
• (17 h 50) •
Mme Gendron : Puis est-ce que
vous pensez que l'offre des programmes correspond, justement, aux besoins,
peut-être, en région, comme vous le mentionnez, au niveau du bois, et tout ça?
Est-ce que vous pensez que les programmes, justement, correspondent aux besoins,
dans ces endroits-là, ou vous remarquez qu'il y a une divergence entre les
besoins puis ce qui est offert comme programmes?
M. Lacoursière (Benoît) : Bien,
je dirais que les... les programmes répondent aux besoins. Puis l'objectif
qu'on doit avoir, c'est aussi avoir une carte de programmes diversifiés partout
au Québec, justement, pour que l'éducation soit accessible partout au Québec en
fonction des intérêts des étudiantes et des étudiants, pas simplement en
fonction d'intérêts immédiats, que ce soit du marché du travail ou des services
publics.
Mme Gendron : Merci. Je pense
que ma collègue...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : OK. Il reste 1 min 20 s.
Mme Schmaltz : Bon,
rapidement, rapidement. Vous nous avez exprimé, bon, plusieurs inquiétudes,
vous avez fait des recommandations, vous avez des questionnements, ce qui est
entièrement normal, je pense que ça fait partie du processus où on est.
Justement, le fait de nous exposer comme ça vos recommandations et vos
inquiétudes, ce n'est pas, justement, l'objectif d'un projet de loi qui va
encadrer tout ce questionnement-là? Vous comprenez, le projet... notre projet
de loi veut cet encadrement des étudiants étrangers. Et puis c'est sûr que ce
que vous ramenez vient un petit peu, comment dirais-je, là... vient nous donner
le... une certaine... je cherche le mot, là... une certaine assurance à l'effet
que le projet de loi est là, justement, pour répondre à ce genre de... un peu,
d'inquiétudes ou de recommandations.
Mme Lelièvre (Katia) : Mais...
Oui, mais le projet de loi est quand même flou face, tu sais... en lien avec ce
que le ministre va pouvoir faire avec les pouvoirs qu'il s'octroie. Et il n'y a
pas d'autre consultation que les deux ministres de l'Éducation et de l'Éducation
supérieure. Donc, est-ce qu'on se dit... Bon, c'est une bonne chose qu'il y ait
un projet de loi pour encadrer tous nos questionnements, mais le projet de loi,
en tant que tel, soulève autant de questionnements que ce qu'on avait avant,
parce qu'on ne sait pas ce qui va arriver avec. Donc...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Je dois vous arrêter, le temps imparti au
gouvernement vient de s'écouler. Je me tourne du côté de l'opposition
officielle. 12 min 22 s. Le temps est à vous.
M. Morin : Merci, Mme la
Présidente. Alors, Mme Lelièvre, M. Lacoursière, M. Laflamme, Mme Mathieu,
merci d'être là. On va continuer notre... notre dialogue. Au gouvernement, on
nous a dit que ce projet de loi là était... était nécessaire parce qu'il y
avait des abus, des gens qui arrivent ici parce que bon, ils veulent marchander
une citoyenneté, ils ne viennent pas vraiment étudier. Est-ce que vous pensez,
dans les gens que vous représentez, des institutions que vous représentez...
est-ce que vous en voyez, de l'abus? Est-ce que vous pensez que le projet de
loi va régler ça?
Mme Lelièvre (Katia) : Bien,
en fait, le projet de loi, s'il va régler... Le ministre avait déjà, a déjà en
main certaines... certains outils pour s'assurer qu'il n'y ait pas d'abus. On
pourrait aussi utiliser les modifications réglementaires. Nous, on pense que,
puis on le dit dans notre mémoire, là... on pense que c'est une conséquence du
manque de financement ou du malfinancement, comme Benoît l'a dit, des
universités, entre autres, et du fait qu'ils tentent... ils dépendent des
étudiants étrangers. Donc, est-ce qu'il y a de l'abus de la part des étudiants
étrangers? Bien, c'est possible, mais nous, on n'a pas le... Quand les gens
rentrent ici, ils rentrent sous un motif, tu sais? Si ce n'est pas le bon motif
qui est... qu'ils disent à l'entrée, ce n'est pas les institutions
d'enseignement qui vont pouvoir le dire, c'est les gouvernements qui acceptent
de faire rentrer des gens avec des permis de travail, d'études de...
Donc, non, on ne pense pas que ça va
régler les cas d'abus. On pense que le problème, c'est un problème de
financement de nos institutions d'enseignement, et que ça, ça a été la porte de
sortie pour être capable de continuer à fonctionner correctement et à donner
des cours, à dispenser des cours aux gens qui sont résidents du Québec, dans
une panoplie d'universités et de cégeps qui donnent des cours différents. Et on
pense que, si les écoles sont financées correctement, bien, on va avoir besoin
de moins d'apport des étudiants étrangers, le problème va se régler un peu par
lui-même. Alors, voilà.
M. Morin : Je vous... Je vous
remercie. Oui, allez-y.
M. Lacoursière (Benoît) : Bien,
j'ajouterais aussi que, et on le mentionne aussi, il y a plusieurs couches
d'interventions gouvernementales, puis, on l'a dit aussi, tant fédérales que
provinciales, là, sur cet enjeu-là, et on manque de <perspective pour
voir les...
M. Lacoursière (Benoît) :
...
fédérales que provinciales, là, sur cet enjeu-là, et on manque de >perspective
pour voir les... l'impact réel de décisions précédentes. On peut penser, par
exemple, à la loi n° 14, là, l'ancien projet de
loi n° 96, sur la question de la langue. On a d'autres... d'autres types
d'interventions législatives ou réglementaires qui ont été posées, et ça
s'ajoute, on en a parlé, il y en a eu plusieurs dizaines, et on a du mal à voir
quel est l'impact réel de tous ces... toutes ces interventions-là quand on les
additionne.
M. Morin : Je vous remercie.
À l'article 3 du projet de loi, bon, le ministre va avoir des pouvoirs, on
identifie des objectifs, des orientations, certains domaines également. Les
recteurs et principaux d'universités nous ont dit qu'ils étaient inquiets pour
leur liberté d'autonomie, leur liberté académique. Est-ce que c'est quelque
chose que vous craignez également?
M. Lacoursière (Benoît) : Bien,
écoutez, je pense que c'est quelque chose qui peut à la rigueur être... C'est
toujours une préoccupation, la défense de la liberté académique, l'autonomie
des établissements. Cela dit, je pense que, dans le cadre où on le propose,
qu'il y ait, par exemple, un règlement, avec des périodes de consultation, je
pense qu'on est capables de... de discuter plus sereinement de ces enjeux-là. Mais
c'est légitime que la société québécoise se pose ces questions-là.
M. Morin : Dans... Toujours
dans le projet de loi, à l'article 7, le gouvernement veut se donner le
pouvoir d'éviter la prépublication de règlements. Comme vous le savez, quand
les règlements sont prépubliés, ça permet une période de consultation, d'un
échange. Est-ce que c'est quelque chose qui est inquiétant pour vous?
Mme Lelièvre (Katia) : Oui.
Bien, en fait, pour nous, ça ne doit pas être juste des consultations qui sont
réglementaires. Quand on demande l'opinion du réseau de l'éducation, on doit...
et de l'enseignement supérieur, on pense que ça doit être pris plus largement
que juste sur des règlements. On pense qu'on doit analyser les milieux de vie,
les milieux d'apprentissage. On doit s'assurer qu'on a une certaine mixité,
qu'on est capable de répondre aux besoins des étudiants. Donc, c'est beaucoup
plus large qu'un nombre ou qu'un règlement, à notre avis.
M. Morin : ...ce que vous souhaitez,
c'est qu'il y ait une consultation à peu près, bon... peut-être pas toujours en
continu, mais qui soit plus formelle, où il va y avoir un véritable dialogue
entre le gouvernement et vous pour être capable de répondre à des besoins ou à
des enjeux réels sur le terrain. Est-ce que je vous... je vous comprends bien?
Mme Lelièvre (Katia) : Oui.
M. Morin : Parfait. Je
vous... Je vous remercie. Parmi vos membres, vous représentez des gens qui sont
dans des collèges d'enseignement, mais... subventionnés, mais privés. On a
écouté un groupe, un peu plus tôt aujourd'hui, qui sont venus... qui sont venus
nous parler. En fait, c'est l'Association des collèges privés du Québec,
subventionnés. Ils nous ont dit que l'article 8 du projet de loi les inquiétait
particulièrement, parce qu'à l'article 8 le gouvernement se donnerait le
pouvoir de limiter le nombre d'étudiants, mais pas nécessairement en lien avec
des étudiants internationaux, mais limiter le nombre d'étudiants, incluant les
étudiants québécois qui veulent aller dans ces milieux d'enseignement là, et
donc ça pourrait avoir un impact important sur le fonctionnement de certains
collèges. Est-ce que c'est quelque chose que vous avez identifié comme étant
une problématique? Est-ce que c'est quelque chose qui vous inquiète?
M. Lacoursière (Benoît) : A
priori, on n'est pas... je dirais qu'on n'est pas nécessairement opposés qu'il
y ait un seuil minimal d'élèves résidents du Québec, là. Je pense, encore là,
c'est le niveau du seuil, toujours, qui est toujours la question... la question
clé. Comme je donnais l'exemple tantôt, hein, du Collège Universel à Gatineau,
le collège s'est donné... avait... avait beaucoup d'étudiants internationaux
dans ses effectifs. Il s'est donné l'objectif d'avoir 60 % d'étudiants et
d'étudiantes d'origine du Québec et il est actuellement à 40 % de sa cible,
il travaille pour atteindre sa cible. Donc, je pense qu'il y a des solutions.
Les établissements trouvent déjà des solutions aussi pour y arriver.
M. Morin : Abstraction faite
de ce projet de loi, de toute façon.
M. Lacoursière (Benoît) : Oui.
M. Morin : Je vous remercie.
On sait, le gouvernement a suspendu présentement le PEQ. D'ailleurs, il avait
été modifié avant. Parfois, on ne sait pas trop où on s'en va dans le domaine
de l'immigration. Est-ce que c'est quelque chose qui vous inquiète, quand on a
besoin, par exemple, de prévisibilité, quand on parle de la réputation du
Québec à l'international? C'est quoi, votre réaction face à ça?
• (18 heures) •
Mme Lelièvre (Katia) : Oui,
bien, d'ailleurs, on a une recommandation à l'effet de maintenir le PEQ pour
les étudiants diplômés au Québec. Oui, on est inquiets, on est inquiets autant
pour les étudiants que pour les travailleurs aussi. Nous, on pense que...
18 h (version révisée)
Mme Lelièvre (Katia) : ...autant
pour les étudiants que pour les travailleurs aussi. Nous, on pense que... Vous
savez, il y a déjà des gens qui sont ici, il y a déjà des étudiants qui sont
ici, il y a déjà des travailleurs qui sont ici et qui ont une vie ici. Hein,
ces gens-là, ils ne mettent pas leur vie sur pause parce qu'ils sont dans un
autre pays. Souvent, bien, ils vont avoir une vie sociale, peut-être amoureuse,
même.
Et là de mettre un arrêt sur la résidence
permanente, pour ces gens-là, c'est une forme... bon, j'allais dire de cruauté,
là, c'est peut-être un peu fort, mais c'est quand même... c'est quand même très
difficile. On a des cas... Moi, je parlais ce matin avec quelqu'un de Québec
avec qui l'employeur et le syndicat travaillent pour franciser, pour s'assurer
que ces gens-là sont intégrés au Québec, pour essayer de leur faire obtenir
leur résidence permanente, avec certaines assurances, et là tout ça vient d'être
mis sur pause. Donc, c'est des vies qu'on met sur pause quand on met un programme
comme ça sur pause, ce n'est pas juste des chiffres qu'on arrête d'entrer. Ces
gens-là sont déjà ici.
M. Morin : ...vous avez
raison, et je le dis souvent, dans le domaine de l'immigration, ce n'est pas
juste des chiffres, il y a des humains derrière ces chiffres-là, il ne faut
surtout pas les oublier et il faut les traiter... il faut... il faut être
capable, justement, comme un premier ministre disait, d'en prendre soin, n'est-ce
pas? Alors, je vous remercie. Merci beaucoup.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Alors, il reste à votre formation 3 min 39 s.
Mme Setlakwe : Merci. Merci
beaucoup pour votre présentation, pour vos commentaires constructifs. On a... on
a reçu beaucoup de témoignages, dont celui hier de... des représentants de la
Fédération des cégeps. Puis, vous, la plupart de vos membres sont des
enseignants au cégep, n'est-ce pas, ou dans le collégial?
Une voix : À la FNEEQ, oui.
Mme Setlakwe : Est-ce que...
Bien, on comprend, là, que vous avez mis de l'avant... je ne veux pas répéter,
là, vous avez mis de l'avant, évidemment, la richesse de tout ce que ça
apporte, là, les étudiants internationaux, la survie des programmes, tout ça,
on a compris. Je pense que vous ne souhaitez pas qu'il y ait des réductions,
vous voyez des effets délétères. Mais là, je dois vous demander, est-ce que
vous êtes alignés sur la demande des cégeps et des universités d'être exclus du
projet de loi, que les cégeps soient exclus, carrément? C'est ça, la demande qu'on
a reçue.
Mme Lelièvre (Katia) : Mais
nous, on n'a pas été consultés, là, par les cégeps et les universités. Ils ne
nous ont pas demandé quelle était notre position par rapport à la leur. Donc,
nous, on pense que ce projet de loi là, en fait, il s'adresse principalement
aux cégeps et aux universités. En tout cas, c'est notre compréhension.
Maintenant, nous, on représente des
travailleuses, des travailleurs dans ces cégeps, ces universités-là, mais on ne
représente pas ni la Fédération des cégeps ni des universités. Donc, j'imagine
que de demander au ministre d'enlever les cégeps et les universités du projet
de loi, bien, c'est en même temps un peu lui demander de retirer le projet de
loi.
Mme Setlakwe : Bien, c'est
allé jusque-là, donc. Parce que tout le monde met de l'avant les mêmes
craintes. Il y a des pouvoirs très larges qui sont octroyés au ministre par le
biais de cette pièce législative, qui est peu... qui est peu détaillée. On
pourra discuter, là, de... du bien-fondé de venir encadrer potentiellement
certaines... en tout cas, à certains endroits, mais, sur le fond, le message
est très clair, là, qu'on ne peut pas réduire, qu'on va mettre en péril la
survie des programmes, la vitalité des régions, qu'on pourra...
Des voix : ...
Mme Setlakwe : ...indirectement,
la vitalité des régions. Moi, je l'ai entendu. Est-ce que vous pensez que
certaines régions ont besoin absolument de la présence d'étudiants étrangers
pour pouvoir offrir des programmes, et donc maintenir les institutions en vie?
M. Lacoursière (Benoît) : Bien,
je pense l'avoir exposé tantôt avec l'exemple d'une région, mais il y a aussi
beaucoup d'autres régions au Québec qui pourraient être concernées par cette
question-là. Puis, on l'a vu, entre autres, particulièrement quand il y a des
interactions entre le système d'éducation, de l'enseignement supérieur, puis
celui de la santé et des services sociaux, il y a des... il y a des besoins,
que nous avons au Québec, de formation, et les étudiantes internationaux...
internationales, bien, ils viennent à... viennent nous... viennent contribuer à
assurer la survie de ces programmes-là, nous permettent d'occuper le territoire
et nous permettent d'avoir une vitalité économique et culturelle au Québec.
Mme Setlakwe : Mais merci.
Non, c'est parce que je pense que c'est important de dire... moi, je ne veux
pas faire... faire peur à qui que ce soit, mais c'est... je ne l'ai pas
inventé, je ne l'ai pas sorti d'un sac, ça a été mentionné comme étant un
enjeu, sachant que les cégeps, dans leurs communautés respectives... Moi, j'ai
grandi en région aussi, mais les cégeps sont... contribuent à la vitalité
économique, sociale, culturelle, sportive, même. Et donc on connaît très bien
le phénomène de l'exode des jeunes. La population est vieillissante, et donc il
faut trouver des moyens de garder ces institutions-là en vie. Alors, on entend
bien vos préoccupations. Je vous remercie beaucoup.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Alors, on va terminer nos échanges avec le
député de Jean-Talon, pour une période de 4 min 7 s.
M. Paradis :
<Merci...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) :
...Jean-Talon, pour une période de 4 min 7 s.
M. Paradis :
>Merci.
Vous avez commencé votre intervention, tout à l'heure, en parlant du besoin de
planification et de prévisibilité. Est-ce qu'avec le projet de loi no 74
qu'on a devant nous actuellement, vous voyez cette prévisibilité? Est-ce que
vous voyez quelle est la planification prévue par le gouvernement en matière
d'étudiants étrangers ou d'étudiants internationaux?
Mme Lelièvre (Katia) : Non.
Non, même qu'on en a fait une recommandation, en fait, on l'a souligné. Comme...
comme le ministre l'a dit, là, on planifie pour deux ans. Il y a peu de
formations qui ne prennent que deux ans. Il y en a, mais il y en a peu. Donc,
ce n'est pas une planification sur le long terme, ni de l'éducation, mais ni de
l'immigration au Québec.
M. Paradis : Très bien. Vous
avez ensuite parlé de la déréglementation des frais de scolarité. Donc, c'est
une décision prise dans la dernière année, je pense, du gouvernement libéral
qui n'a pas été changée dans le gouvernement actuel. Vous avez dit que ça a
créé une dépendance aux étudiants internationaux, une course à la clientèle
internationale. Vous avez suggéré, je pense, qu'il faut s'attarder à cette
question-là d'abord, parce qu'actuellement, si on veut réduire le nombre
d'étudiants internationaux et qu'on ne revoit pas ça, ça veut dire qu'on
définance, en quelque sorte. Est-ce qu'on peut vraiment parler de ce dont on
parle actuellement sans s'attarder à la question du financement et des règles
de financement?
Mme Lelièvre (Katia) : Non. À
notre avis, non.
M. Paradis : Donc, c'est une
clé du débat actuel, en réalité.
Mme Lelièvre (Katia) : Oui. À
notre avis, oui. On est... Il y a un problème de financement chronique dans le
système d'éducation, et ça a été une manière de palier pour les institutions
d'enseignement supérieur.
M. Paradis : Et, si on
revenait à une base qui est plus analogue à celle qu'on avait, sur les
étudiants internationaux, à celle avant la déréglementation de 2017-2018,
est-ce que vous pensez que c'est une avenue intéressante?
M. Lacoursière (Benoît) : Bien,
je pense que c'est une avenue qui peut être sans doute considérée et, on l'a
indiqué, c'est une avenue qui ne serait pas sans conséquence financière pour
certains établissements. Je pense que, là, à ce moment-là, il va falloir
envisager des mécanismes de transition, de compensation pour une entrée en
vigueur graduelle.
M. Paradis : Très bien. À la
page 3 de votre... de votre mémoire, vous dites que «le gouvernement a
tout intérêt à adopter un ton et une posture qui ne stigmatisent pas
systématiquement les étudiantes et étudiants internationaux parce que ça
pourrait nuire à leur intégration future». Je ne pense pas avoir entendu aucun
parti à l'Assemblée nationale stigmatiser les étudiants internationaux,
certainement pas notre cas, en tout cas. On parle de politiques publiques.
Est-ce qu'il est possible, selon vous, qu'on discute de politiques publiques, y
compris de seuils, sans stigmatiser?
Mme Lelièvre (Katia) : Mais
je dois vous dire qu'on... je ne pense pas que c'est dans notre mémoire
qu'on... Oui? Moi, je ne l'ai pas trouvé, mais... mais d'une manière ou d'une
autre, il ne faut pas non...il ne faut pas stigmatiser les étudiants étrangers.
D'ailleurs, ils participent aussi, pas juste... ils sont aussi des
travailleurs, hein, pour la majorité. Ces gens-là ont un permis de travail et,
bon, ils sont limités dans la capacité du nombre d'heures qu'ils peuvent
travailler, mais ces gens-là ont aussi un permis de travail. Donc, on devrait
plutôt valoriser le fait qu'ils viennent combler des postes qui ne seraient
peut-être pas comblés dans certaines régions du Québec, mais...
M. Paradis : ...laissez-moi
préciser ma question, parce que ce que vous dites là, pas mal tout le monde l'a
mentionné ici, là, la richesse que représentent les étudiants étrangers, les
étudiants internationaux, notamment en région, etc., mais il y a des gens ici
qui vont avoir des avis différents sur les seuils, le nombre. Il y en a qui
disent : Bien, ce qui s'est passé à partir de 2018-2019. C'est que, là, il
y a une hausse très importante et qu'on pourrait revenir à des seuils
différents. Est-ce que ça, c'est stigmatiser les étudiants?
Mme Lelièvre (Katia) : Écoutez,
nous...
M. Paradis : Est-ce qu'en
2017-2018, on stigmatisait avec les seuils qu'on avait à ce moment-là?
Mme Lelièvre (Katia) : Mais
la question sur les seuils, en fait, nous, ce qu'on pense, c'est que le seuil
doit être réfléchi, doit être planifié, doit...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Malheureusement, c'est tout le temps que nous avions. Je
suis la maîtresse du temps, je le dis souvent. Alors, c'est ce qui met fin aux
échanges. Et, en fait, c'est ce qui met fin aux consultations publiques et
particulières.
Mesdames et Messieurs les élus, merci
beaucoup, M. le ministre. Merci surtout à vous d'avoir apporté un éclairage à
nos discussions avec votre mémoire.
Alors, j'ajourne la commission sine die.
(Suspension de la séance à 18 h 10)
(Reprise à 18 h 10)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Alors, vous allez m'excuser. Alors, j'ai oublié une étape
qui est très importante puisqu'il y a beaucoup de mémoires qui ont été déposés.
Alors, je vous remercie donc pour votre contribution, mais, avant de conclure
les auditions, je procède au dépôt des mémoires des personnes et des organismes
qui ont été entendus lors des auditions publiques, fait très important.
Alors, maintenant, ayant accompli son
mandat, la commission ajourne ses travaux sine die.
(Fin de la séance à 18 h 11)