Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens
Version préliminaire
43e législature, 1re session
(29 novembre 2022 au 10 septembre 2025)
Cette version du Journal des débats est une version préliminaire : elle peut donc contenir des erreurs. La version définitive du Journal, en texte continu avec table des matières, est publiée dans un délai moyen de 2 ans suivant la date de la séance.
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Le
jeudi 21 novembre 2024
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Vol. 47 N° 57
Étude détaillée du projet de loi n° 74, Loi visant principalement à améliorer l’encadrement relatif aux étudiants étrangers
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Intervenants par tranches d'heure
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Poulet, Isabelle
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Setlakwe, Michelle
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Setlakwe, Michelle
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Poulet, Isabelle
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Roberge, Jean-François
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Cliche-Rivard, Guillaume
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Lecours, Isabelle
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Schmaltz, Valérie
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Boivin Roy, Karine
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Picard, Marilyne
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Morin, André Albert
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Morin, André Albert
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Poulet, Isabelle
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Setlakwe, Michelle
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Setlakwe, Michelle
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Poulet, Isabelle
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Cliche-Rivard, Guillaume
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Roberge, Jean-François
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Poulet, Isabelle
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Roberge, Jean-François
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Roberge, Jean-François
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Poulet, Isabelle
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Morin, André Albert
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Setlakwe, Michelle
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Schmaltz, Valérie
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Boivin Roy, Karine
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Tardif, Marie-Louise
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Picard, Marilyne
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Cliche-Rivard, Guillaume
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Morin, André Albert
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Poulet, Isabelle
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Cliche-Rivard, Guillaume
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Setlakwe, Michelle
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Setlakwe, Michelle
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Poulet, Isabelle
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Roberge, Jean-François
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Morin, André Albert
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Lecours, Isabelle
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Schmaltz, Valérie
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Boivin Roy, Karine
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Tardif, Marie-Louise
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Picard, Marilyne
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Cliche-Rivard, Guillaume
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Morin, André Albert
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Poulet, Isabelle
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Setlakwe, Michelle
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Roberge, Jean-François
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Lecours, Isabelle
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Schmaltz, Valérie
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Boivin Roy, Karine
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Tardif, Marie-Louise
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Picard, Marilyne
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Cliche-Rivard, Guillaume
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Morin, André Albert
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Poulet, Isabelle
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Setlakwe, Michelle
11 h (version révisée)
(Onze heures vingt-deux minutes)
La Présidente (Mme Poulet) : À
l'ordre, s'il vous plaît! Alors, ayant constaté le quorum, je déclare la séance
de la Commission des relations avec les citoyens ouverte.
La commission est réunie afin de
poursuivre l'étude détaillée du projet de loi n° 74, Loi visant
principalement à améliorer l'encadrement relatif aux étudiants étrangers.
Mme la secrétaire, est-ce qu'il y a des
remplacements?
La Secrétaire : Oui, Mme la
Présidente. Mme Blais (Abitibi-Ouest) est remplacée par Mme Boivin
Roy (Anjou—Louis-Riel); Mme Gendron (Châteauguay), par Mme Picard
(Soulanges); Mme Lecours (Les Plaines), par Mme Poulet (Laporte);
Mme McGraw (Notre-Dame-de-Grâce), par M. Morin (Acadie); Mme Prass
(D'Arcy-McGee), par Mme Setlakwe (Mont-Royal—Outremont); et M. Bérubé
(Matane-Matapédia), par M. Paradis (Jean-Talon).
La Présidente (Mme Poulet) : Merci.
Alors, lors de notre ajournement des travaux hier, nous en étions à l'étude d'une
motion préliminaire présentée par le député de Saint-Henri—Sainte-Anne. Je
pense que la députée de Royal—Outremontdésire
intervenir.
Mme Setlakwe : Oui. Merci, Mme
la Présidente. Donc, j'aimerais intervenir aujourd'hui en soutien à la motion
de mon collègue de Saint-Henri—Sainte-Anne et je vais prendre la parole au nom
du chef de l'opposition officielle. Donc, je pense que je dispose d'un... d'une
période maximale de 30 minutes?
La Présidente (Mme Poulet) : 30
minutes, oui. Allez-y, on vous écoute.
Mme Setlakwe : Merci, Mme la
Présidente. Premièrement, bonjour. Heureuse de vous retrouver ce matin. Donc,
nous étions à discuter de la motion préliminaire déposée par le député de Saint-Henri—Sainte-Anne,
qui demande... qui est affichée, d'ailleurs, à l'écran, qui demandait, donc,
que des informations soient... soient fournies afin qu'on puisse tous
travailler avec les données, des bonnes... les bonnes données et qu'on puisse
avoir un portrait de la situation qui soit adéquat et complet avant d'entreprendre
notre mandat, là, donc de procéder à l'étude détaillée de cet important projet
de loi.
Il y a quatre... Les informations
demandées, dans le fond, se déclinent sous quatre... quatre chapitres, si on
veut. Je dirais que... Mais il y a les lettres d'admission, pour lesquelles on
n'a pas... toujours pas d'information. Je vais y revenir. Pour ce qui est de...
du nombre de certificats d'acceptation du Québec, là, les CAQ études, donc les
points 2 et 3, les CAQ études qui sont en vigueur au niveau... par
établissement, par niveau d'enseignement, par programme, bon, ce n'est pas tout
à fait complet, là, on a... on a reçu... Puis d'ailleurs le ministre le
mentionnait hier, avant qu'on termine, qu'il avait entre ses mains des données,
qui ont été rendues, je pense, publiques. En tout cas, nous, on les a. Elles
ont été déposées pour le bénéfice de la commission.
Une voix : ...
Mme Setlakwe : Ah! c'est pour
le bénéfice des parlementaires, très bien. On a donc certaines données sous...
sous les mains, mais il faudrait qu'on... qu'on ait des données plus complètes
pour pouvoir, donc, tous partir du même point, de la même prémisse de base.
Comment peut-on légiférer adéquatement
puis s'assurer qu'on dote le gouvernement ou... et les ministres concernés des
bons pouvoirs, des bons outils, de façon juste, et mesurée, et bien ciblée,
afin qu'ils puissent intervenir de façon chirurgicale là où il y a besoin d'intervenir,
pour, justement, encore une fois, corriger des situations problématiques où il
y a du recrutement excessif qui se fait? Et c'est rapporté dans les médias, mais
il y aurait eu, dans le passé, des cas de recrutement excessif auprès de
certains établissements, pour certains programmes, et tout ça. Donc, c'est pour
protéger autant... tous les étudiants, les étudiants internationaux. Il faut s'assurer
que ce soient... que ce soient de véritables programmes qui soient offerts. Il
faut... Il faut donc avoir une bonne maîtrise de la... de la situation, une
bonne maîtrise du portrait global. Donc, la motion de mon collègue de Saint-Henri—Sainte-Anne
est encore tout à fait pertinente, et nous, on va l'appuyer.
Donc, les lettres d'admission, on ne les a
pas. Évidemment, on comprend que, dans le processus qui mène à l'accueil d'un
étudiant international, ça débute par des échanges avec les établissements d'enseignement,
et ce sont les établissements d'enseignement qui étudient les dossiers de
chaque candidat, et puis il y a un certain nombre de lettres d'admission qui
sont émises. C'est d'ailleurs... Ça devient une <condition...
Mme Setlakwe :
...nombre
de lettres d'admission qui sont émises. C'est d'ailleurs... Ça devient une >condition,
par la suite, pour l'octroi d'un... d'un CAQ études. On n'a toujours pas,
donc... On n'a aucune idée de combien de lettres d'admission sont émises
annuellement pour les étudiants internationaux, et ce, par établissement
d'enseignement, par niveau d'enseignement, par programme et par année. C'est
tout à fait pertinent de le demander, là, pour les six dernières années, pour
qu'on puisse voir l'évolution. C'est le... C'est le point de départ, donc, du
processus, l'émission de ces lettres d'admission. Il serait extrêmement
pertinent de savoir, pour pouvoir dresser, donc, brosser un portrait de la
situation et tirer des constats au niveau de l'évolution, ces lettres émanent
d'où, principalement, et pour quels programmes. On comprend qu'évidemment
toutes ces lettres ne donnent pas lieu, finalement, à une inscription, mais
c'est le point de départ, et ça demeure pertinent, et nous n'avons toujours pas
ces informations. Donc, nous, on pense que c'est une bonne... une bonne idée de
les... de les obtenir.
Et on pense aussi, pour ce qui est des
points 2 et 3, le nombre de certificats d'acceptation du Québec émis pour
chaque établissement, par niveau, par programme, pour les six dernières années,
ça demeure extrêmement pertinent de les obtenir. Et ce qu'on a sous les mains
pour... pour des fins de travail, ça ne... c'est utile, mais ce n'est pas... ce
n'est pas suffisamment précis pour qu'on puisse tirer des constats. Et, encore
une fois, le nombre de CAQ émis, certificats d'acceptation du Québec, ça ne
veut pas dire que toutes ces personnes-là sont assises dans des classes au
Québec. Donc, on maintient que c'est toujours pertinent.
Et le dernier point, et c'est... c'est sur
celui-là que je vais... je vais insister, c'est le nombre d'inscriptions pour
les étudiants internationaux par établissement d'enseignement, par niveau, par
programme. Et ça, ici, on n'a toujours pas des informations officielles de la
part du gouvernement, et ce serait extrêmement pertinent qu'on les ait.
Et d'ailleurs, là, je me réfère ici,
encore une fois, à la lettre qui a été soumise par le BCI, le Bureau de
coopération interuniversitaire, elle est datée du 12 novembre dernier, 2024,
une lettre adressée à la ministre de l'Enseignement supérieur ainsi que le
ministre de l'Immigration, d'autres ministres du gouvernement sont... sont en
copie. Et c'est une lettre, on le rappelle, qui vient s'ajouter aux différents
mémoires qui ont été soumis par les universités. Donc, toutes les universités
parlent d'une seule voix. Et, dans cette lettre, le BCI parle des chiffres et
de l'importance de travailler avec les bons chiffres. Ils disent qu'«il est
important de souligner que la population étudiante universitaire provenant de
l'international n'a pas fait l'objet d'une augmentation extraordinaire de
l'ordre de celle qui a été évoquée lors de l'annonce du projet de loi». Ils
parlent, donc, des données... des données officielles de... du fédéral, du
nombre de personnes titulaires d'un permis d'études. D'ailleurs, ces
informations-là nous ont été partagées.
• (11 h 30) •
Et donc c'est extrêmement important qu'on...
qu'on puisse travailler avec les bons chiffres. Ce n'est pas juste nous, là,
les oppositions, qui le disons, ce sont aussi les universités. Et ce sur quoi
il faut vraiment insister, c'est l'importance d'obtenir le portrait du nombre
de personnes inscrites. Et je cite encore le BCI : «Il nous importe de
rappeler qu'il est hasardeux de soutenir que le nombre de permis d'études
valide correspond à un nombre de personnes présentes sur le territoire
québécois. Chaque année, au 24 septembre, le BCI procède auprès des
registraires des universités québécoises à une collecte de données qui permet
d'obtenir le portrait du nombre de personnes inscrites aux différents cycles
d'études.» Ces données sur les inscriptions, elles sont partagées avec le
ministère de l'Enseignement supérieur, indiquent que c'est plutôt entre 58 049,
ça, c'est à l'automne 2023, et 57 440, à l'automne 2024. C'est plutôt ce
chiffre-là, là, d'étudiants internationaux universitaires que l'on peut compter
sur le territoire actuellement. Et le BCI insiste, je les cite toujours, sur «l'importance
de prendre en compte les données officielles sur les inscriptions dans le débat
actuel, dans un contexte où on justifie la volonté de limiter la présence des
étudiants internationaux au Québec en soutenant que le nombre actuel exerce une
pression sur les services sociaux et de santé, de même que sur le logement».
Ces informations-là, elles ne nous ont pas
été officiellement partagées encore par le gouvernement, d'où la pertinence de
la motion de mon collègue. Et elles sont pertinentes, donc, pas juste au niveau
universitaire, mais évidemment au niveau collégial aussi. Moi, j'essaie
toujours, là... j'ai... je suis organisée avec un cartable, j'ai un onglet Chiffres,
puis j'essaie de réconcilier les chiffres depuis le début de l'exercice, puis
je n'y arrive pas. J'ai un chiffre pour les universités, en termes
d'inscriptions, mais ça nous prend les autres... les autres données pour qu'on
en arrive à un total...
11 h 30 (version révisée)
Mme Setlakwe : ...en termes d'inscription,
mais ça nous prend les autres... les autres données pour qu'on en arrive à un
total et pour qu'on puisse, donc, s'assurer qu'on cible les bonnes... qu'on a
des actions ciblées et que... et, encore une fois, qu'on puisse mettre de l'avant
une... la problématique réelle, s'il y en a une.
Je continue, donc, avec l'énoncé de... sur
les chiffres, là, du BCI, parce que je viens de mentionner qu'une des
justifications pour le projet de loi, c'est... c'est de venir dire que cette
clientèle internationale ajoute une pression sur les services publics au
Québec. Oui, ce sont des personnes additionnelles qui s'ajoutent à la
population québécoise. Et ce qu'on a entendu, moi, je vais le dire dans mes
mots puis, après ça, je vais me fier à la lettre officielle du BCI. Moi, j'ai
entendu à maintes reprises, dans mes rencontres avec les recteurs puis les
directeurs d'institutions... Bien, évidemment, je ne veux pas être redondante
puis répéter tout ce que j'ai dit, mais qu'avant tout ces personnes-là
apportent énormément au Québec. Oui, ce sont des personnes qui s'ajoutent sur
le territoire, c'est sûr, mais ce qu'on a entendu, c'est que les... c'est que
ce sont des jeunes personnes, souvent elles habitent en cohabitation avec d'autres,
ils partagent des logements, c'est des colocataires. Ce sont de jeunes
personnes qui n'exercent pas une pression ni sur les services de garde... la
plupart du temps, ils n'ont pas d'enfant, ils ne sont... ils sont jeunes, ils
sont en bonne santé, ils ne mettent pas une pression forcément sur nos
hôpitaux, nos cliniques. Et d'ailleurs ce qu'on entend aussi, c'est que les
institutions fournissent eux-mêmes, prennent... prennent en charge, donc, les
services, certains des services qui sont offerts à ces étudiants internationaux
par le biais de cliniques, etc. Ces étudiants, souvent, ont des assurances
privées. Donc, il faut aussi qu'on soit clairs sur la charge. Et donc le
fardeau... je fais attention à mes mots, je les pèse, parce qu'encore une fois
c'est beaucoup plus une richesse pour le Québec qu'un fardeau, mais, si fardeau
il y a, il faut qu'on soit... qu'on soit clairs puis qu'on travaille tous avec...
avec les mêmes données.
Donc, je poursuis, le BCI nous dit :
«Les mémoires déposés et les échanges en commission parlementaire ont permis de
rappeler que cette pression est peu ou pas présente dans le milieu
universitaire, car les moyens ont été pris par les établissements pour répondre
à la demande. D'autre part, la moyenne d'âge des étudiants fait en sorte que
ces derniers n'imposent pas vraiment une pression sur les services :
64 %... 74 % des étudiants internationaux inscrits à l'automne 2023
avaient 25 ans et moins, 88 % avaient 30 ans et moins.» Donc, ce
sont des jeunes personnes. Je continue de les citer : «Comme c'est le cas
pour la population locale du même âge, les étudiants internationaux ne
constituent pas un fardeau pour le système de santé ni pour les services
sociaux. À ce sujet, nos établissements disposent, pour plusieurs d'entre eux,
de cliniques et de services sur leurs campus.» Donc, je me permets de
questionner cette affirmation à l'effet qu'ils imposent un fardeau indu sur les
services au Québec. Mais il semblerait, moi, à la lumière de ce que j'entends,
ce qu'on a entendu, ce que je lis, qu'il n'y a pas d'impact négatif sur la
capacité d'accueil, et donc sur la population québécoise.
Je poursuis sur ce... sur le chapitre des
chiffres, parce que c'est de ça dont on parle : «En ce qui concerne la
croissance de 140 % qui serait survenue dans le nombre total de permis d'études
valides entre 2014 et 2024, le nombre d'étudiants internationaux inscrits dans
les universités québécoises est, pour sa part, passé d'autour de 37 000, à
l'automne 2014, à, encore une fois, 57 440 à l'automne 2024. La
croissance effective des inscriptions, le seul vecteur à retenir, en ce qui
concerne le BCI dans cet exercice d'analyse, a donc été de 55,71 % en 10 ans.
La part relative du réseau universitaire dans la croissance de 140 % du
nombre de permis d'études octroyés est donc assez limitée. Par ailleurs, il est
à noter que, pour cette période de 10 ans, une baisse démographique — ça
aussi, c'est une donnée extrêmement importante — une baisse
démographique des étudiants québécois a été constatée. Par conséquent, la
croissance du nombre total des inscriptions a été de 3,3 % dans nos
établissements, les effectifs étudiants totaux, donc locaux et internationaux,
étant passés de 308 000 à 319 000, approximativement.» Les... Donc,
autrement dit, Mme la Présidente, encore d'autres éléments qui viennent
justifier le fait qu'on doit absolument travailler avec les bonnes données, les
bons chiffres.
Et ce que je retiens de cet extrait de la
lettre du BCI, c'est que les étudiants internationaux compensent pour la baisse
<démographique...
Mme Setlakwe :
...de
la lettre du BCI, c'est que les étudiants internationaux compensent pour la
baisse >démographique, pour le fait qu'il y a moins d'étudiants
québécois. Et je pense que, pour le BCI, honnêtement, on a été... on a été
assez... Je ne veux pas être redondante, mais on l'a dit et on le redit, c'est
important de se... de se fier à eux. Et moi, je... leur lettre, là, je la
prends comme... comme un état de situation, comme un cri du cœur, là, du milieu
universitaire. Ils ont senti le besoin... en plus de tous les mémoires et
toutes les présentations, ils ont senti le besoin de signer une lettre et même
d'ajouter des éléments additionnels qui n'avaient pas été mis de l'avant en
commission.
Je vais me permettre quand même de citer
un dernier extrait, là, quand... «pour ce qui est de la question des demandes
de permis d'études qui seraient prétexte à des demandes d'asile ou formulées
par des personnes n'ayant pas la capacité financière requise, selon le BCI,
donc je les cite, il nous apparaît utile de rappeler que les systèmes actuels
des gouvernements du Québec et du Canada permettent de faire les vérifications
administratives nécessaires avant d'accepter de délivrer un CAQ pour études ou
un permis d'études. Par ailleurs, grâce aux données du système de données sur
l'effectif universitaire, le GDEU, le gouvernement du Québec détient
l'information sur le nombre d'étudiants universitaires inscrits dans les
établissements universitaires québécois qui ont un statut de réfugié. Nous nous
permettons aussi de rappeler que, dans le processus qui mène à la demande
d'admission à l'inscription d'un étudiant international, les universités ont
une responsabilité d'évaluer une demande d'admission sur la base de données de
nature académique».
Moi, ce que je... ce que je comprends de
tout ça... Et, encore une fois, je demande au gouvernement de nous démontrer
qu'ils n'ont pas en ce moment les pouvoirs et les outils, mais, si je me fie à
ce que le BCI nous dit, il y a des données qui existent. On nous mentionne même
le système de données, et il semble... ils disent, ils avancent que le
gouvernement détient l'information. Donc, je pense que la motion est tout à
fait pertinente. Si le gouvernement... en tout cas, je mets ces informations-là
ensemble, mais je me dis : Oui, ça nous les prend absolument pour pouvoir
être pertinents dans notre... dans notre travail.
Et donc permettez-moi de revenir sur les
données qui ont été fournies, sur les tableaux qui ont été fournis par les
universités. La source, encore une fois, c'est le... c'est le BCI. Quand on
regarde, puis c'est important de le faire, quand on regarde le total
d'étudiants universitaires inscrits, des étudiants internationaux inscrits dans
nos universités, il y a des constats importants, là, qu'il faut... dont il faut
prendre en compte, qu'il faut prendre en compte. L'augmentation, elle est
surtout dans le réseau de l'Université du Québec. Le gouvernement nous a dit,
en déposant le projet de loi, qu'un des critères, c'était... que c'était la...
c'était la protection du français, mais quand on parle d'une augmentation... Mais
il faut regarder par établissements puis il va falloir aussi regarder par
programmes. Je vais y revenir. Mais, quand on regarde par établissements, on
l'a ici, on remarque une baisse au niveau de Bishop's et Concordia, très légère
à McGill, mais des hausses, surtout à Sherbrooke et à l'Université du Québec.
Après ça, on décline, là, l'Université du Québec à Rimouski,
Abitibi-Témiscamingue, Outaouais, Trois-Rivières, etc. Donc, encore une fois,
il faut comprendre la problématique pour pouvoir être certains d'apporter
les... d'apporter les bonnes mesures.
• (11 h 40) •
Il faut absolument que le gouvernement et
les universités, là, aient les mêmes chiffres. Donc, on s'attend toujours,
donc, à avoir l'ensemble des chiffres nécessaires pour qu'on puisse s'assurer
qu'on mette... qu'on donne les bons pouvoirs au gouvernement. La baisse, elle
est... elle est assez... elle est assez remarquable, là, à Bishop's et
Concordia. C'est malheureux parce que ce sont des universités qui sont... qui
sont aux prises aujourd'hui avec des difficultés financières. Moi, je... Ils
m'en ont parlé quand je suis allée les rencontrer. Ils sont venus en parler
aussi en commission. Ce n'est pas... ce n'est pas à banaliser. Donc, la hausse
des droits de scolarité a entraîné une baisse des inscriptions. Et, quand on
parle de baisse d'inscriptions, bien, on parle de moins de revenus et on parle
ultimement de moins de revenus à distribuer dans l'ensemble du réseau. Parce
que la politique de financement dépend de ces fonds qui proviennent des
étudiants internationaux.
Également, il y a des documents qui...
Dans nos documents de travail, un des tableaux qu'on a sous la <main...
Mme Setlakwe :
...également,
il y a des documents qui... Dans nos documents de travail, un des tableaux
qu'on a sous la >main, c'est le nombre de... et on remercie, là, le
ministre de nous... de nous fournir ces documents de travail, on a le nombre de
titulaires de permis d'études. Donc, ça, c'est... l'étape ultime, c'est les
permis d'études qui sont délivrés par le fédéral, selon la connaissance du
français ou de l'anglais et selon les 15 principaux pays de naissance. Il
est très... très pertinent de constater que la population, donc, internationale
qui parle le français comme... dont la première langue est le français ou les
étudiants internationaux qui sont bilingues, donc qui connaissent le français,
représentent une part significative, là, de nos étudiants internationaux.
Encore une fois, ce sont principalement les étudiants qui proviennent des pays
francophones qui... qui comptent pour la part majeure de l'augmentation de
notre population internationale. Et je vois ici des chiffres intéressants, là.
Ce serait, en 2023, 72 % qui connaissent le français, alors, d'où
l'importance encore une fois étant donné que c'est un critère qui va être
utilisé par le gouvernement pour venir imposer des plafonds dans le réseau. Il
faut qu'on travaille avec les bonnes données, mais moi, à la lumière de ce que
je vois, je constate que c'est surtout une clientèle internationale qui connaît
le français qui est sur notre territoire.
Donc là, si le français est... si la
connaissance du français est à la hausse, s'il ne semble pas y avoir de
pression sur les logements et les services sociaux, si les universités nous
donnent des chiffres précis, ils nous disent que ça répond et que ces
étudiants-là sont tout à fait souhaités, surtout... pas «surtout», mais sont
souhaités dans les... dans les salles de classe, mais qu'ils sont absolument
essentiels au niveau des deuxième et troisième cycles, bien, encore une fois,
je demeure... je demeure dans le flou quant à... quant à la problématique qu'on
tente... qu'on tente de résoudre.
Donc, encore une fois, moi, je tente de
remplir... de remplir mon tableau des chiffres, et il nous manque... il nous
manque des informations, Mme la Présidente. 57 000 dans les universités, moi,
j'avais noté autour de 9 000 dans les cégeps. Le... on se rappelle, là,
que la Fédération des cégeps a déposé un mémoire, ils sont venus en commission,
ils ont dit qu'ils font un recrutement raisonnable, chirurgical, que la
présence des étudiants internationaux est essentielle pour offrir une vaste
gamme de programmes partout dans le réseau et que les chiffres ne sont pas si
élevés que ça. Ils sont tout à fait sous contrôle. Alors, il va falloir qu'on
nous donne les chiffres clairs, qu'on ait des chiffres clairs au niveau des
établissements qui posent... qui posent problème, il y en a combien dans les
privés subventionnés, il y en a combien dans les... dans les privés. Et, au
niveau des programmes, on n'a vraiment pas des chiffres... on n'a pas pu du
tout nous décortiquer les chiffres quant aux différents programmes. Et ça,
c'est extrêmement important, parce que la notion de programme, elle est incluse
dans la... dans la demande, dans la motion préliminaire fort pertinente de mon
collègue de Saint-Henri—Sainte-Anne, et c'est un critère qui est explicite dans
le projet de loi n° 74 dont on va débuter l'étude détaillée.
À l'article 3, les besoins de
main-d'oeuvre seront un critère que le ministre va considérer, c'est un critère
qui sera mis dans la balance dans l'exercice des pouvoirs. Donc, comment
pourrons-nous... C'est ce qu'il souhaite, le ministre. Son objectif ultime, sa
piste d'atterrissage, il nous l'a dit, il aimerait qu'on soit tous unanimement
en faveur de son projet de loi. Donc, il faut qu'on... il faut, encore une
fois, qu'on comprenne la problématique, s'il y a effectivement lieu de bonifier
les pouvoirs, les outils dont le gouvernement a à sa disposition aujourd'hui.
On a commencé à avoir des discussions avec le ministre, il va falloir qu'il y
en ait d'autres pour qu'on puisse... qu'on puisse être satisfaits, là, qu'il y
a lieu de modifier l'état du droit actuel. Mais surtout il faut s'assurer de
travailler avec les bonnes données, on ne peut pas donner... signer un chèque
en blanc, là, si on veut, et adhérer à un libellé qui utilise des critères tels
les programmes sans savoir, bien, où est... quelles sont les données au niveau
des <programmes...
Mme Setlakwe :
...tels
les programmes sans savoir, bien, où est... quelles sont les données au niveau
des >programmes. Si on veut prioriser la présence d'étudiants
internationaux dans des domaines où il y a une pénurie de main-d'œuvre, bien,
il faut travailler avec les bons chiffres, alors. Alors, les chiffres sont
élevés dans quels programmes et dans quelles régions du Québec, dans quelles
institutions? Parce qu'après ça, une fois que le projet de loi est adopté, il y
a des pouvoirs extraordinaires qui sont donnés au gouvernement de venir réduire
ces chiffres-là. On se rappelle l'importance, donc, de pouvoir offrir des
programmes complets, pas aux étudiants internationaux, notre préoccupation,
elle est avant tout aux étudiants québécois, mais il n'y aura pas de
programmes... une vaste gamme de programmes offerts aux étudiants québécois, à
la grandeur de notre territoire, si on ne peut pas former des cohortes
complètes.
Donc, on attend toujours ces informations
quant aux... quant aux programmes. Il va falloir qu'on puisse nous dire, au
gouvernement, quels sont les chiffres, quelles sont les données par programme.
Sinon, comment peut-on savoir si les étudiants internationaux sont dans des
programmes où il y a une pénurie de main-d'oeuvre? Est-ce qu'ils se retrouvent
inscrits dans des disciplines en pénurie de main-d'œuvre à la hauteur de
90 %, par exemple? Il faut qu'on nous donne ces chiffres-là. Parce que, si
c'est le cas, il faut... il va falloir qu'on ait des discussions sérieuses, là.
On ne pourra pas venir couper dans des... dans des programmes. Ultimement,
c'est la population québécoise qui va être... qui va être perdante, avec le
vieillissement de la population, avec l'exode des jeunes, avec nos services
publics, avec la pénurie de main-d'oeuvre dans nos services publics, pour ne
mentionner que ces domaines-là, au niveau des soins de santé, par exemple,
partout en région, si on se met à couper dans des programmes où il y a une
présence majoritaire d'étudiants internationaux, on va avoir un sérieux
problème entre les mains.
Les programmes sont importants également
pour avoir... Tu sais, je le mentionnais hier, les universités nous disent
qu'il faut même faire attention à n'utiliser que le critère des besoins de
main-d'oeuvre, parce que, si on ne s'en tient qu'à ça, on va faire abstraction
des programmes qui sont... qui sont mis de l'avant aujourd'hui dans des
domaines émergents, donc, d'où l'importance, encore une fois, d'avoir... de
pouvoir brosser un portrait adéquat, là, de la situation.
• (11 h 50) •
Mme la Présidente, je pense que j'arrive à
la fin de mon intervention. Et, encore une fois, mon collègue de l'Acadie et
moi, nous sommes... nous soutenons tout à fait la démarche de notre collègue.
Et ce qu'on a entre les mains jusqu'à maintenant n'est pas adéquat, ne nous
permet pas, là, d'être bien outillés pour débuter l'étude détaillée de ce
projet de loi extrêmement important. S'il y a des... s'il y a des
établissements, des ordres d'enseignement où il y a une tendance à la hausse...
ça semble être le cas, puis on ne niera pas les... on ne niera pas les faits,
là, on a des... certains documents de travail qui nous ont été... qui nous ont
été donnés, il y a des tendances qui se... qui se dessinent, on le voit, il y a
des trajectoires. On voit tout de même que, dans certains collèges où il y
avait une hausse très importante, les chiffres étaient plutôt à la baisse après
l'arrêté ministériel du gouvernement qui a été mis de l'avant en... à la fin de
l'année 2020.
Alors, encore une fois, il va falloir que
le gouvernement nous démontre que, l'état du droit actuel, et à la lumière de
chiffres et de données précises, complètes, il y a une problématique et que les
outils actuels ne permettent pas au gouvernement de répondre à la
problématique. Je vous remercie, Mme la Présidente, c'est complet pour moi.
La Présidente (Mme Poulet) : Parfait.
Merci beaucoup, Mme la députée. Est-ce qu'il y a d'autres interventions? M. le
ministre, il semblerait que vous avez déjà écoulé votre temps de parole, désolée,
désolée.
M. Roberge : Ah oui? OK.
Des voix : ...
La Présidente (Mme Poulet) : Est-ce
qu'il y a un consentement pour que M. le ministre prenne la parole? Consentement.
M. le ministre.
M. Roberge : Je remercie les
collègues. Donc, je remercie la collègue pour sa présentation puis ses
références aux données du BCI. On a le plus grand respect pour les partenaires
du réseau. On a d'ailleurs plusieurs chiffres aussi qui nous viennent du <réseau...
M. Roberge :
...les
partenaires du réseau. On a d'ailleurs plusieurs chiffres aussi qui nous
viennent du >réseau, on les a partagés hier pour les gens qui nous
écoutent, puis c'est public, différentes données qui aident, je pense, à faire
la part des choses entre les CAQ, certificats d'acceptation délivrés par le
gouvernement, par année ou en stock, donc le total... Même chose, on a ventilé
plusieurs informations en fonction des pays de provenance des gens, en fonction
de la langue, la langue parlée. On l'a fait aussi en fonction des permis d'études
délivrés par le gouvernement fédéral. Donc, je pense que ça éclaire le débat.
Il y a des informations demandées par le
collègue dans sa motion qu'on ne peut pas fournir en ce moment. Et justement il
y a des articles de loi que nous devrions adopter pour obtenir ces
informations. Donc, côté partage d'informations, je suis d'accord avec les
collègues. Nous avons, je pense, fait un exercice de transparence. Maintenant,
je ne peux pas voter en faveur de la motion, parce qu'il faut adopter la loi
pour avoir les informations. Merci.
La Présidente (Mme Poulet) :
Parfait. Est-ce qu'il y a d'autres interventions concernant la motion du
député de Saint-Henri—Sainte-Anne? Je pense que vous aviez également écoulé
votre temps de parole.
M. Cliche-Rivard : ...le
consentement, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme Poulet) :
Pardon?
M. Cliche-Rivard : Je
vais solliciter le consentement, là, pour juste commenter sur ce que le
ministre vient de dire.
La Présidente (Mme Poulet) :
Ça prend... ça prend un consentement. Est-ce qu'il y a un consentement?Consentement.
M. le député.
M. Cliche-Rivard : Merci,
Mme la Présidente. Je veux quand même... justement, là, on le disait hier,
qu'on entamait ça en collaboration, donc je remercie le ministre et leurs
équipes pour le partage des chiffres. Et je maintiens ma motion, parce que je
pense qu'on a besoin d'avoir ces données-là. Mais quand même, je voulais vous
remercier de la main tendue, de l'offre de documents puis d'informations qui
vont nous permettre quand même d'avancer dans nos travaux de manière
intéressante.
Puis la collègue de Mont-Royal—Outremont
vient quand même ajouter une partie de la réponse de la quatrième... du
quatrième point, là, avec le nombre d'inscriptions, du moins par le BCI pour
les universités, ce qui nous permet quand même de relativiser aussi certains
chiffres entre le nombre de permis d'études émis, par exemple, à l'université,
de 68 000, puis le nombre d'inscriptions à 57 000. Donc, il y a quand
même des éléments qu'on pourrait étudier là-dessus, à savoir quels sont les...
puis je sens qu'on va y venir. Donc, pour moi, on a... on a une partie, il n'y
a pas tout, mais quand même je voulais remercier l'équipe ministérielle pour
leur partage d'informations importantes qui vont permettre d'éclairer nos
débats, du moins pas à 100 %, mais à un bon pourcentage. Merci.
La Présidente (Mme Poulet) :
Merci beaucoup. Est-ce qu'il y a d'autres interventions? Non. Alors, on va
procéder à la mise aux voix. Est-ce que...
M. Cliche-Rivard : Un
vote par appel nominal, s'il vous plaît.
La Présidente (Mme Poulet) :
Mme la secrétaire.
La Secrétaire : Pour, contre,
abstention. M. Cliche Rivard (Saint-Henri—Sainte-Anne)?
M. Cliche-Rivard : Pour.
La Secrétaire : M. Roberge
(Chambly)?
M. Roberge : Contre.
La Secrétaire : Mme Lecours
(Lotbinière-Frontenac)?
Mme Lecours
(Lotbinière-Frontenac) : Contre.
La Secrétaire
: Mme Schmaltz
(Vimont)?
Mme Schmaltz : Contre.
La Secrétaire : Mme Boivin
Roy (Anjou—Louis-Riel)?
Mme Boivin Roy : Contre.
La Secrétaire : Mme Picard
(Soulanges)?
Mme Picard : Contre.
La Secrétaire : M. Morin
(Acadie)?
M. Morin : Pour.
La Secrétaire : Mme Setlakwe
(Mont-Royal—Outremont)?
Mme Setlakwe : Pour.
La Secrétaire : Mme Poulet
(Laporte)?
La Présidente (Mme Poulet) :
Abstention. Alors, la motion est rejetée. Je voudrais savoir s'il y a
d'autres interventions avant qu'on procède à l'étude détaillée. Oui, M. le
député de l'Acadie.
M. Morin : Oui. Alors,
bonjour, Mme la Présidente. Oui, il y a une autre motion préliminaire que
j'aimerais présenter.
La Présidente (Mme Poulet) :
Allez-y, on vous écoute.
M. Morin : Alors, je...
La Présidente (Mme Poulet) :
Juste un petit moment, je vous prie.
M. Morin : Oui.
La Présidente (Mme Poulet) :
Suspension, s'il vous plaît.
(Suspension de la séance à 11 h 55)
(Reprise à 11 h 59)
La Présidente (Mme Poulet) : Alors,
on reprend nos travaux. M. le député de l'Acadie, vous avez une motion à
déposer.
M. Morin : C'est exact.
Merci, Mme la Présidente. Alors, il s'agit d'une motion préliminaire, et je
peux en faire la lecture, elle est affichée au tableau. Merci. Donc :
«Conformément à l'article 244 du règlement de l'Assemblée nationale, je
fais motion afin :
«Que la Commission des relations avec les
citoyens, dans le cadre de l'étude détaillée du projet de loi n° 74, Loi
visant principalement à améliorer l'encadrement relatif aux étudiants étrangers,
demande au ministère de l'Immigration, de la Francisation et de l'Intégration
de transmettre avant la prochaine séance des documents se permettant... et
permettant d'apporter un éclairage supplémentaire à la commission dans
l'exécution de son mandat;
«Qu'à cette fin, le ministère de
l'Immigration, de la Francisation et de l'Intégration dépose toutes les
analyses, notes ministérielles ou documents explicatifs portant sur les impacts
financiers du projet de loi envers les établissements d'enseignement supérieur,
notamment en ce qui a trait à la recherche et l'innovation, ainsi que toutes
les données disponibles relativement aux étudiants internationaux.»
Et je présente... Oui, merci.
La Présidente (Mme Poulet) : ...
• (12 heures) •
M. Morin : Oui, c'est ça, et
je... et je présente cette motion-là à titre, bon, de parlementaire
porte-parole de l'opposition officielle, mais non pas en vertu de la
possibilité de parler au nom du chef de l'opposition officielle. Je le mentionne,
parce que ma collègue voudra probablement intervenir, et hier nous avons eu un
débat sur le sujet. Alors, je veux simplement renverser la présomption et
indiquer clairement en vertu de quoi je fais mon intervention présentement.
Alors, je vous remercie.
Donc, pourquoi... pourquoi je présente
cette motion, qui est complémentaire à celle qu'a déposée le collègue député de
Saint-Henri—Sainte-Anne? C'est parce qu'au fil du temps et au fil des
consultations particulières, les objectifs poursuivis et les motivations qui
sous-tendent le dépôt du projet de loi, à mon avis, ont changé en cours de
route et méritent d'être clarifiés. Puis je vous dis... je vous dis pourquoi...
12 h (version révisée)
M. Morin : ...et méritent d'être
clarifiés, puis je vous dis... je vous dis pourquoi.
Premièrement, quand on est... quand on a
entendu les groupes, et puis on en a fait... on en a fait état, ma collègue et
moi, la députée de Mont-Royal—Outremont, dans une motion
qui a été présentée hier, la très grande majorité des groupes, qui étaient
composés, notamment, des chefs principaux, des recteurs des universités, nous
ont tous dit : S'il vous plaît, M. le ministre, n'allez pas là, ce n'est
pas une bonne idée et ça va avoir un impact sur le Québec. Il y a eu plein...
il y a eu plein d'articles dans les journaux à cet effet-là.
Et là, à un moment donné, pendant les
discussions, je crois... je crois que M. le ministre, à un moment donné, a fait
allusion au fait que c'était, entre autres, pour régler un problème d'ordre
juridique. Et puis, hier, on a eu un briefing technique, et là... et d'ailleurs,
je remercie, je remercie les gens du cabinet et du ministère qui ont participé,
mais là, hier, on a appris que, bien, en fait, c'était à cause d'une action qui
avait été intentée en justice. Et là, évidemment, vous comprendrez, Mme la
Présidente, que moi, quand on me parle de débats ou d'actions judiciaires... on
est allé chercher à gauche puis à droite pour le trouver, c'était difficile.
Alors, hier, pendant la journée, le cabinet de M. le ministre nous l'a partagé,
ou son ministère, et j'apprécie grandement, mais là, ce qu'on a appris, c'est
qu'au fond, c'était pour répondre à un problème juridique, une action qui était
intentée.
Alors, rapidement, je suis allé voir. Puis
c'est pour ça que moi, je voudrais véritablement comprendre qu'est-ce qu'on
essaie de corriger. En tout cas, pour moi, comme membre de l'Assemblée
nationale, comme législateur, pour moi, c'est important, c'est fondamental. Si
je fais quelque chose, je veux savoir qu'est-ce que je fais. Je pourrais être d'accord
ou pas d'accord avec le gouvernement. Habituellement, je ne suis pas d'accord,
mais ça, c'est dans mon rôle de porte-parole de l'opposition officielle, et je
m'assume pleinement, Mme la Présidente, mais ceci étant, je voudrais au moins
savoir qu'est-ce qu'on essaie de corriger, parce que je suis pris dans un
dilemme. Les groupes, qui sont des experts, qui viennent nous voir, nous disent :
N'allez pas là. Alors, on les entend, mais par ailleurs, M. le ministre nous
dit : Écoutez, c'est essentiel, il me faut ces pouvoirs-là. Alors, on
essaie de comprendre qu'est-ce qui ne fonctionne pas.
Et là, on nous faisait référence à un
débat judiciaire, sauf que quand on va voir les documents, bien, on a une
demande introductive d'instance... d'abord, une injonction provisoire. Et ce
que je comprends, c'est qu'une des parties demanderesses était Collège Canada inc.,
personne morale, contre le Procureur général du Québec et le ministère de l'Immigration.
Et là, ce que je comprends, également, c'est que le ministère avait pris un
arrêté ministériel pour contrôler certaines catégories, et cet arrêté-là a été
contesté immédiatement. Si j'ai le bon, il s'agirait de l'arrêté n° 2021-001,
en date du 15 janvier 2021.
Et là, avec cet arrêté pris en vertu de la
loi, ce que le ministère voulait faire, c'était prendre une décision pour que
soient suspendus la réception et le traitement des demandes de sélection à
titre temporaire présentées dans le cadre du Programme des étudiants étrangers
par des ressortissants étrangers admis dans un établissement d'enseignement qui
figure dans la liste suivante... Et là, il y en avait une, liste, une liste de
collèges. Mais ce qu'on ne sait pas... Est-ce que cet arrêté-là était valable
ou pas? On ne le sait pas parce que ce qu'on comprend après... Bon, évidemment,
la demanderesse est d'avis que ce n'était pas bon, ça, c'est sûr, là, puis elle
le conteste, mais il n'y a jamais eu... en tout cas, moi, je n'ai pas été
capable de trouver de débat sur le fond. Et les jugements qui sont intervenus,
qui ont été prononcés, entre autres, par la Cour supérieure, étaient à l'effet,
entre autres... et là, je fais référence à un jugement du 12 janvier 2021,
qui, évidemment, vise Collège Canada, la demanderesse et le Procureur général
du Québec. Et là, ce qu'on dit : «...prend acte... le tribunal prend acte
de l'engagement de la ministre et ordonne à celle-ci de s'y conformer et prend
acte du fait que l'entente <intervenue...
M. Morin :
...prend
acte... le tribunal prend acte de l'engagement de la
ministre et ordonne à celle-ci de s'y conformer et prend acte du fait que
l'entente >intervenue entre les parties ayant menée à ce jugement
est conclue sous réserve des allégations et autres demandes formulées par
Collège Canada dans sa demande introductive d'instance en injonction provisoire,
ordonnance de sauvegarde, injonction interlocutoire et pouvoirs en contrôle
judiciaire, y compris aux conclusions e et g.»
Quand on va voir dans la demande, on voit,
là, qu'il y a effectivement certains éléments qui étaient demandés. Donc,
ordonner la suspension des effets de l'arrêté et ordonner à la ministre
d'annoncer publiquement, dans les 24 heures suivant le jugement par voie
de communiqué officiel publié sur son site, dont copie sera transmise au
collège, la reprise de la réception du traitement des demandes. Mais on ne sait
pas pourquoi, d'où ma demande. Parce qu'évidemment, si... je ne sais pas, s'il
y a eu des analyses qui ont été faites, s'il y a des notes ministérielles qui
ont été envoyées à M. le ministre en disant : Bien, écoutez, avec
l'arrêté, il y avait tel ou tel problème, ou est-ce que c'est parce que
l'arrêté avait été mal rédigé? On ne le sait pas, puis il n'y a pas de jugement
au fond. Si on avait une décision au fond d'un tribunal qui dit : Bien
oui, écoutez, ça ne fonctionne pas pour A, B, C, bien, ça pourrait nous
éclairer, parce qu'évidemment, c'est bien connu, le Parlement bénéficie d'une
souveraineté et les tribunaux judiciaires bénéficient d'une indépendance, c'est
fondamental dans notre société. Donc, si un tribunal rend une décision, bien,
évidemment, tout dépendant des conclusions, le Parlement peut venir modifier,
que ce soit par une loi ou autrement, une telle décision. Mais encore là,
faut-il avoir tous les motifs pour bien comprendre ce qui se passe.
Or, on a appris ça hier, et je remercie le
personnel qui travaille au ministère et au bureau du ministre, ils nous l'ont
partagé. Sauf que moi, comme député de l'opposition officielle qui cherche à
comprendre, bien, ça ne m'aide pas beaucoup. Ce que je sais, c'est qu'ils ont
décidé de ne pas aller de l'avant. Et il y a aussi d'autres demandes, une autre
demande qui a été déposée en pourvoi en contrôle judiciaire et en demande
d'ordonnance de sauvegarde. Cette fois-ci, c'était le Cégep de la Gaspésie et
des Îles contre le Procureur général. Et je n'ai pas été en mesure non plus de
retrouver une décision au fond. Donc, on n'est pas plus avancés. Mais ce qui
est particulier, c'est que l'arrêté ministériel a été rendu en 2021. La
décision du tribunal, dans le dossier de Collège Canada inc., a été rendue le
12 janvier 2021, et dans celle du Cégep de la Gaspésie et des Îles contre
le Procureur général du Québec, le 11 janvier 2021. Et là, on a 2022,
2023, 2024 et on arrive vers la fin de l'année 2024, et c'est maintenant
que le ministre dépose son projet de loi.
• (12 h 10) •
Alors, qu'est-ce qui était arrivé
entretemps? Est-ce que le gouvernement pouvait s'accommoder de cette
décision-là? Est-ce que le gouvernement pouvait agir? Si c'était si urgent, je
m'interroge, mais c'est surprenant de voir, par exemple, que le gouvernement
n'ait pas déposé son projet de loi à la fin de 2022, début 2023. On est à
la fin de 2024. Alors, bien moi, comme parlementaire, j'ai besoin d'être
éclairé, et puis je voudrais voir... je voudrais comprendre, sincèrement,
véritablement, au fond, qu'est ce qu'on cherche à corriger?
L'autre élément, parce qu'évidemment, on
nous parle du nombre, on nous parle du nombre qui ne cesse d'augmenter. Bien.
Et là, on nous fournit des statistiques sur les étudiants étrangers au Québec.
C'est en lien à une réponse de la motion qui était présentée par le collègue de
Saint-Henri—Sainte-Anne. Puis, encore là, je remercie le ministre, parce
qu'avec son cabinet, ils nous ont transmis les documents rapidement, hier, on a
pu les regarder. Maintenant, bon, il y a... il manque... il manque des
éléments. Je <comprends...
M. Morin :
...documents
rapidement, hier, on a pu les regarder. Maintenant, bon, il y a... il manque...
il manque des éléments. Je >comprends, pour les gens qui nous écoutent,
que même si c'est... même si, dans les documents, c'est écrit : Ne pas
diffuser le document de travail, je peux quand même les utiliser. N'est-ce pas,
M. le ministre? Il n'y a pas... il n'y a pas de souci? Je comprends que vous
allez nous envoyer une autre... Il n'y a pas... il n'y a pas d'enjeu, là?
D'accord. Parce qu'évidemment, je ne voudrais pas commettre d'impair, mais... mais
on a reçu ces documents-là et il manque encore de l'information. Bon, M. le
ministre nous dit que ça s'en vient, et je le remercie.
Mais, encore là, quand on regarde les
chiffres, c'est... c'est loin d'être évident. Parce que quand on regarde un
tableau du nombre de certificats d'acceptation du Québec qui sont délivrés par
niveau d'études, on se rend compte qu'on arrive à un total de 132 441, sauf que
ça, ça inclut le primaire et le secondaire, le collégial et, évidemment, les
universités. Mais ces chiffres-là ne sont pas astronomiques. Puis quand on
regarde les universités, par exemple, pour le programme de formation... Parce
que c'est beaucoup les recteurs des universités qui nous ont dit : S'il
vous plaît, n'allez pas là avec votre projet de loi. Et là, je comprends qu'on
parle des universités dans leur ensemble, donc pas une en particulier. Pour le
premier cycle, en 2024, on parle de 29 269, au deuxième cycle, 19 287, et
au troisième cycle, donc au doctorat, 4 208 dans l'ensemble des
universités québécoises.
Le ministre nous dit : J'ai
absolument besoin de ce projet de loi pour être capable d'exercer un certain
contrôle, réduire le nombre. Mais le projet de loi, il va beaucoup plus loin
que ça, Mme la Présidente. Entre autres, quand on regarde les articles 3
et 4, on nous dit qu'une décision d'avoir un impact sur l'admissibilité
d'étudiants étrangers pourrait être «prise en tenant compte, notamment, des
orientations et des objectifs fixés au plan annuel d'immigration, mais des
besoins économiques, de main-d'œuvre, favoriser une diversité de provenance de
demandes de sélection, de considérations humanitaires, de toute situation
susceptible de compromettre la santé, la sécurité ou le bien-être des personnes
immigrantes, la capacité d'accueil et d'intégration du Québec ou même de l'intérêt
public.» Et, évidemment, à 4 et à 5, on vise aussi l'ensemble des universités.
À 5, hein : «Une décision du gouvernement concernant les demandes
présentées à titre d'étudiant étranger est prise sur recommandation du
ministre, après consultation du ministre de l'Éducation, du Loisir et du Sport
et du ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche, de la Science et
de la Technologie, selon leur compétence respective. Mais malgré le premier
alinéa, une telle décision doit être prise sur la recommandation conjointe du
ministre et, selon leur compétence respective... elle peut porter sur la
suspension de la réception ou du traitement des demandes, elle porte sur le
nombre maximal de demandes que recevra le ministre, si ce maximal, ce nombre-là,
est fixé en fonction d'une distinction, notamment d'une région du Québec, d'un
ordre d'enseignement, d'un cycle d'études, de services éducatifs, d'une
catégorie d'établissement d'enseignement, d'un centre de services scolaire...».
Et donc, moi, ce que je comprends, c'est
que le ministre, avec la loi, pourrait se donner le pouvoir de dire :
Bien, écoutez, dans... ce sera tel programme, ce sera telle région, ce sera
telle université. Et on a... on a les critères, comme je vous l'ai mentionné, à
l'article 3. Sauf que si on regarde les étudiants de troisième cycle, là,
pour l'ensemble des universités, puis il y en a plusieurs, au Québec, on est
chanceux, c'est 4 208 personnes. On ne parle pas de 200 000, là.
C'est étonnant. Deuxième cycle, c'est 19 287. Bon, évidemment, au premier
cycle, il y en a plus, mais quand même. Il me semble que ce qu'on essaie de
corriger... en tout cas, quand moi, je regarde les études de deuxième cycle et
de troisième cycle, je vois mal comment on puisse parler d'un abus, là. 4 208.
Et ça, on nous parle du nombre de certificats d'acceptation qui sont délivrés,
et, à ce que je comprends, c'est que quand un étudiant étranger fait une
demande, il... bon, il va remplir des critères. Il peut faire des <demandes...
M. Morin :
...et, à
ce que je comprends, c'est que quand un étudiant étranger fait une demande,
il... bon, il va remplir des critères. Il peut faire des >demandes dans
plusieurs universités. Puis évidemment, à un moment donné, il y a un certificat
qui va lui être envoyé. Est-ce qu'en bout de piste, il va venir dans
l'établissement faire son cours? S'il a fait des demandes dans plusieurs
établissements, évidemment, il va aller juste dans une. Donc, il est possible
que même les chiffres que je vous cite, ce soit même moins que ça, finalement,
les gens qui arrivent sur le territoire.
Alors, ça m'apparaît être énorme, comme
pouvoir, pour finalement régler une situation, quand je regarde des études de
troisième cycle ou de deuxième cycle, avec un nombre qui est probablement même
en deçà de ce que je viens de vous dire. Et là, après, on regarde... parce que,
dans le tableau qui nous a été donné, on regarde à la page quatre, puis là on
parle des permis d'étude qui ont été délivrés. Alors, ça, ma compréhension,
c'est que ça provient de données fédérales, parce qu'une fois que la personne,
l'étudiant étranger a fait une demande, qu'il a obtenu un certificat, en bout
de piste, il correspond à certains critères, le fédéral va lui donner un
permis, puis là, après, il va arriver. Et quand on regarde à la page quatre du
tableau qui nous a été fourni hier, oui, il y a... il y a des chiffres, il y a
des chiffres, effectivement, il y a des... il y a des gens, mais encore là,
dans certains cas, il peut y avoir une augmentation, mais dans bien d'autres
cas, c'est souvent une diminution. Alors, ça aussi, c'est un peu... un peu
particulier. Alors, des fois, ça diminue, des fois, ça augmente.
Donc, qu'est-ce qu'on essaie de... en
fait, où est véritablement le problème? C'est complexe, ce n'est pas du tout
évident, mais encore, ce n'est pas tout. Dans le projet de loi, il y a
l'article huit, qui traite de la Loi sur l'enseignement privé, et on a reçu, en
commission parlementaire, des représentants qui représentent, en fait, une
fédération, un ensemble de collèges d'enseignement privés, subventionnés, qui
nous disent : Écoutez, nous, là, les demandes, on les contrôle, on a les
moyens, on respecte la loi.
Et, dans le projet de loi tel qu'il est
écrit, on dit, entre autres : «Par la suppression de "et sans aller en
deçà de la capacité d'accueil des installations mises à la disposition de
l'établissement" et par l'insertion, à la fin de "en considérant
notamment la capacité d'accueil des installations mises à la disposition de l'établissement
ainsi que les besoins relatifs aux services éducatifs ou aux catégories de
services éducatifs..."».
Et, à 2° : «Le ministre peut
déterminer un seuil minimal d'élèves résidents du Québec, au sens des
règlements du gouvernement, qui doivent être admis aux services éducatifs ou
aux catégories de services...».
Un seuil minimal d'élèves résidents du
Québec. Donc, est-ce que... est-ce que ça veut dire que, dans le cas des
collèges d'enseignement privé, le ministre pourrait venir réduire le nombre
d'étudiants qu'ils peuvent admettre? Peut-être, ça semble être le cas. Mais,
alors là, je me dis : Écoutez, si c'est le cas... Et ça, on l'a vu, Mme la
Présidente, parce qu'il y a eu plusieurs articles qui ont été publiés dans les
journaux, déjà, déjà, les universités, au Québec, voient une diminution de leur
nombre d'étudiants étrangers. Ça a déjà un impact financier. Est-ce que la même
chose pourrait être vécue par les collèges d'enseignement privés? Possible.
• (12 h 20) •
Alors, moi, comme parlementaire, bien
évidemment, je cherche, je cherche l'étude d'impact. Est-ce que le gouvernement
en a fait une? Et quand on... quand on étudie des projets de loi, le
gouvernement nous fournit, habituellement, ou enfin, du moins, on le demande,
la partie du mémoire qui a été déposée au Conseil des ministres, mais la partie
qui est accessible au public. Et moi, là-dedans, je cherchais où est l'analyse
d'impact. Est-ce que ça va avoir un impact sur ces établissements? Et quel
sera-t-il? Est-ce que... est-ce que ça va faire en sorte que, par exemple,
certaines universités vont devoir fermer les programmes? Parce qu'on l'a... Les
recteurs d'université nous l'ont dit. Dans plusieurs centres de recherche, au
niveau de... des études supérieures, ils obtiennent des subventions, souvent
des <subventions...
M. Morin :
...Dans
plusieurs centres de recherche, au niveau de... des études supérieures, ils
obtiennent des subventions, souvent des >subventions des gouvernements,
qu'ils soient du Québec ou du fédéral. Évidemment, ça sert à faire de la
recherche, donc ça leur permet d'attirer des chercheurs, mais s'ils n'ont plus
de chercheurs ou s'ils ne sont pas capables d'avoir les chercheurs dont ils
souhaitent pour être capables de réaliser des recherches et, donc, être
capables d'utiliser les subventions, bien, ils vont finir par les perdre. Donc,
l'impact, il est réel, il est notable, ce n'est pas hypothétique.
Et à moins que j'aie très mal lu le
document, moi, je n'ai pas vu, là-dedans... je n'ai pas vu, là-dedans, une
évaluation des impacts possibles. Ce qu'on dit, au niveau de l'évaluation
intégrée des incidences, dans le document qui s'intitule Mémoire au Conseil
des ministres : partie accessible au public, on dit : «Le projet
de loi vise à octroyer certains pouvoirs au gouvernement du Québec et non à les
déployer de façon immédiate.» Donc, est-ce qu'il y en a un, problème, ou pas?
«Leur éventuelle mise en œuvre pourrait avoir une incidence positive sur
plusieurs aspects de la société québécoise, notamment réduire la pression sur
le logement et les services publics.»
Moi, je regarde ça, là... puis je ne vous
dis pas, Mme la Présidente, qu'il n'y a pas de pression sur les services
publics puis sur les logements, ce n'est pas ça que je dis, là, ce n'est pas ça
que je dis, mais là, c'est parce qu'on parle, dans le projet de loi,
d'étudiants étrangers. Puis quand, après ça, on regarde les chiffres, et les
chiffres, entre autres, qui nous ont été fournis par les universités, on parle
d'un nombre de 57 400 quelques étudiants. Puis, quand les recteurs sont
venus nous parler... notamment je me souviens très bien du recteur de l'Université
du Québec à Rimouski, qui nous disait : Oui, écoutez, je ne vous dis pas
que c'est facile, là, mais on gère, on a géré. Alors, c'est quoi, l'évaluation?
Éventuellement, «pourrait avoir, pourrait avoir une incidence positive». Alors,
il n'y a rien de mesuré, il n'y a rien de concret.
Alors, si, évidemment, on nous avait dit :
Écoutez, oui, oui, on a fait une évaluation puis, écoutez, c'est ça que ça
fait, c'est ça que ça donne, bien, je dirais : Oui, d'accord, écoutez, il
faut faire quelque chose, mais ce n'est pas ça qu'on a du tout, du tout, du
tout. Mais ce qui est intéressant dans l'évaluation intégrée des incidences, et
je suis à la page 12, c'est qu'on nous dit : «L'annonce publique de
la présente proposition législative pourrait être comprise, à l'étranger, comme
une volonté de fermeture du Québec à l'égard des étudiants internationaux ou
être présentée comme telle par les concurrents internationaux du Québec sur les
marchés des services éducatifs. Le réseau international du gouvernement du
Québec compte 34 représentations dans 19 pays qui pourraient être
mobilisées.»
Bien, écoutez, là-dessus, là, là, je suis
vraiment d'accord avec le gouvernement, parce que non seulement l'impact
pourrait être comprise à l'étranger, ce n'est pas «elle pourrait être».
Aujourd'hui, là, au moment où je vous parle, c'est «elle est comprise», c'est
exactement ça qui arrive. Et d'ailleurs, et d'ailleurs, il y a eu des articles
dans les journaux et des reportages à la télévision qui sont exactement cet
effet-là. C'est déjà fait. Alors, écoutez, j'espère que la ministre des
Relations internationales a un bon plan avec ses 34 représentations, parce
qu'il va falloir... ils vont être obligés de ramer, de ramer un peu pour
changer cette perception-là.
Le seul élément que j'ai trouvé dans le
document au niveau des implications financières et qui s'intitule, d'ailleurs, Implications
financières : «Des implications financières relatives aux changements
législatifs proposés pourraient varier en fonction des modalités d'application
qui seront décidées ultérieurement par le MIFI, le MESS et le MEQ. Selon les
modalités d'application qui seront décidées, la mise en œuvre du projet de loi
pourrait nécessiter des sommes additionnelles qui ne sont pas actuellement
prévues au cadre financier du gouvernement.» On a une mise à jour économique,
aujourd'hui, puis on sait que le gouvernement du Québec, présentement — je
suis très sarcastique — nage dans les surplus, hein? On a des
déficits de milliards et de milliards de dollars.
Alors, si ça peut nécessiter des sommes
additionnelles, je ne sais pas où le gouvernement va les prendre. «Une analyse
détaillée des implications financières et des ressources... et des sources de
financement se fera donc au préalable de toute décision relative à
l'application des nouveaux pouvoirs qui seraient introduits.» Vous savez, un
des éléments qui a été exprimé
M. Morin : ...à l'application
des nouveaux pouvoirs qui seraient introduits.» Vous savez, un des éléments qui
a été exprimé à de multiples reprises, c'est que ce projet de loi là soulève
plus d'incertitudes que n'importe quoi d'autre. Bien, je vous dirai, Mme la
Présidente, avec respect, que quand moi, je lis le paragraphe neuf, Implications
financières, à la page 13, ça soulève beaucoup plus de questions et
beaucoup plus d'incertitudes que n'importe quoi d'autre. Écoutez, les... les
changements pourraient varier... «les implications financières pourraient
varier en fonction des modalités d'application qui seront décidées
ultérieurement». Ce n'est pas très, très clair, puis ce n'est pas très
rassurant. Moi, si j'étais un étudiant étranger, à moins que je comprenne très
mal le paragraphe neuf, mais moi, si j'étais un étudiant étranger, je veux
dire, écoutez, c'est... qu'est-ce qu'ils sont en train de faire là?
Puis, vous savez, les étudiants étrangers,
quand ils viennent ici, souvent, ils ont des bourses. C'est des gens
performants. Ils ont aussi, souvent, de l'argent qu'ils vont venir dépenser,
évidemment, sur le territoire du Québec, mais ils ont de l'argent pour venir.
Sauf que s'ils ont de l'argent pour venir ici, habituellement, c'est parce
qu'ils ont de l'argent pour aller ailleurs aussi. Et ça, c'est un impact réel
du projet de loi. Or, il n'y a absolument rien, dans ce document-là, qui, par
ailleurs, est accessible au public, qui est là pour me rassurer, moi, comme
législateur, comme député.
Donc, c'est la raison pour laquelle, moi,
j'aimerais avoir, de la part du gouvernement... Parce que, tu sais, M. le
ministre, vous invitez à la collaboration. J'en suis, mais encore là, je
voudrais savoir c'est quoi, les véritables impacts financiers du projet de loi.
Parce que quand je lis ça, là, ça me dit : Ça pourrait varier en fonction
des modalités d'application décidées ultérieurement. Ce n'est pas très, très
rassurant. Et puis, ça a un impact direct sur les établissements d'enseignement
au Québec. Ça peut avoir un impact direct sur les établissements privés
subventionnés.
Alors, vous comprendrez, Mme la
Présidente, que c'est la raison pour laquelle j'ai présenté cette motion. Et je
pense que, pour être en mesure, évidemment, de bien collaborer avec le
ministre, il faudrait avoir ces documents-là. Quels sont les véritables...
Pourquoi, après des recours en contrôle judiciaire, pourquoi le gouvernement
n'a rien fait pendant des années? Puis pourquoi, soudainement, on nous arrive
avec ça, il y a quelques semaines? Première question. Alors, s'il y a des
documents là-dedans... S'il y a eu des analyses, est-ce qu'on peut les avoir,
nous, de l'opposition officielle? Parce que ça va nous permettre de comprendre.
Par la suite, par la suite, est-ce qu'il y
a des études qui ont été faites? C'est quoi, l'impact? Est-ce qu'on en a parlé?
Parce qu'à lire ce qu'il y a dans le document, c'est loin d'être évident. Et
là, au fond, je reviens à ma question, à mon interrogation du départ, au fond :
Qu'est-ce qu'on essaie de corriger? Parce que je vais vous dire, honnêtement,
j'ai écouté attentivement, je ne suis pas convaincu. Puis je ne suis surtout
pas convaincu que les moyens qui sont mis de l'avant dans le projet de loi vont
répondre à mes questionnements. Donc, pour toutes ces raisons, Mme la
Présidente, j'ai présenté cette motion. J'espère que le gouvernement va
l'accepter pour qu'on soit capables, par la suite, de travailler. Souvent, le
premier ministre nous dit : Donnez-nous des solutions, des options. Bien,
moi, je veux bien, mais pour faire ça, il faut avoir la documentation, d'où ma
proposition de motion. Merci beaucoup, Mme la Présidente.
• (12 h 30) •
La Présidente (Mme Poulet) : Merci,
M. le député d'Acadie. Est-ce qu'il y a d'autres interventions sur la motion
déposée? Oui, Mme la députée de Mont-Royal—Outremont.
Mme Setlakwe : Oui. Merci,
Mme la Présidente. Donc, à mon tour d'intervenir, là, en soutien à cette motion
déposée par mon collègue député de l'Acadie. Et je prends la parole au nom du
chef de l'opposition officielle, Mme la Présidente. Donc, cette motion est
importante, encore une fois, pour qu'on puisse, comme parlementaires, avoir à
notre disposition toute documentation qui, selon moi, est essentielle pour
qu'on puisse compléter notre mandat avec pertinence, pour qu'on puisse
s'assurer d'agir avec prudence dans ce dossier-là.
Et je rappelle que c'est un dossier qui
est extrêmement important, là, pour tellement... sur tellement de volets, mais
c'est un dossier qui a un volet économique important. On en a parlé amplement et
on a entendu, surtout, les recteurs d'université venir nous dire à quel point
les étudiants internationaux jouent un rôle crucial dans la capacité du Québec
en matière de recherche et d'innovation. Mais afin qu'on puisse s'assurer de
prendre les bonnes mesures, que le projet de loi soit... n'ait pas un effet...
un effet potentiellement négatif sur, donc, ce potentiel au niveau de la
recherche...
12 h 30 (version révisée)
Mme Setlakwe : ...les bonnes
mesures, que le projet de loi soit... n'ait pas un effet... un effet
potentiellement négatif sur, donc, ce potentiel au niveau de la recherche et de
l'innovation. Il va falloir qu'on parte avec les bonnes données.
Et ici permettez-moi de me référer à une
lettre, une lettre ouverte extrêmement importante qui a été signée par notre Scientifique
en chef, Rémi Quirion. C'est une lettre qui a paru, je crois, la semaine
dernière, en tout cas tout récemment, dans Le Devoir. Et M. Quirion,
donc, le Scientifique en chef réitère le rôle crucial que jouent les étudiants
internationaux.
(Interruption)
Mme Setlakwe : À vos
souhaits, M. le ministre. Et il nous parle aussi de ce contexte compétitif, là,
du contexte global dans lequel s'inscrit la présence des étudiants
internationaux. Et donc il est extrêmement important de se rappeler cet
élément-là aujourd'hui. Quand on parle d'étudiants internationaux, on ne parle
pas d'un problème, on parle d'une richesse. Et un des volets, c'est le volet de
la recherche. Quand on parle de recherche et d'innovation, on parle de
positionnement du Québec, donc, pour affronter les défis de société d'aujourd'hui
et de demain. Et on ne peut pas y arriver simplement avec les étudiants
québécois.
On sait, les étudiants québécois, ils
évoluent dans un contexte différent qui fait en sorte qu'ils se retrouvent plus
rapidement sur le marché de l'emploi, contrairement à d'autres juridictions, d'autres
pays où les jeunes n'ont pas... n'évoluent pas dans les mêmes conditions, avec
une possibilité d'aller sur le marché du travail aussi aisément, aussi
rapidement. Ce qui fait que nous, au Québec, on a moins d'étudiants qui
poursuivent... je ne dis pas qu'il n'y en a pas, mais il y a une proportion
moins importante d'étudiants qui poursuivent leurs études au second et au
troisième cycles, ce sont surtout les... Donc, on dépend beaucoup d'étudiants
internationaux pour venir compléter nos laboratoires de recherche. Et, quand on
parle de recherche et d'innovation, bien, il va falloir qu'on nous donne des
chiffres, il va falloir qu'on nous donne des données, parce qu'ici il y a un
potentiel de nuire à l'avenir du Québec et à la capacité du Québec d'innover.
Donc, je me rapporte à la lettre qui a été
signée par M. Quirion. Il dit, et je le cite : «La compétition pour
attirer les meilleurs étudiants étrangers est féroce et planétaire — ce n'est
pas moi qui le dis, là, c'est lui. Plusieurs collèges et universités en Europe
et aux États-Unis et leurs gouvernements offrent des conditions et des bourses
très alléchantes pour recruter les meilleurs talents. Le Québec et ses
institutions doivent donc se démarquer pour les attirer.»
Je suis certaine que le gouvernement
caquiste comprend cette dynamique, comprend cette dynamique mondiale et
comprend le contexte dans lequel nos institutions universitaires s'inscrivent,
là, dans cette course mondiale aux talents. D'ailleurs, c'est écrit noir sur
blanc dans les différentes stratégies qui sont mises de l'avant par les ministères
concernés.
Je poursuis. Donc, M. Quirion nous dit :
«Ce constat faisait partie des recommandations du rapport du groupe de travail
que j'ai présidé en 2021 sur l'université québécoise du futur, à la demande des
ministres Roberge et McCann.» J'ai prononcé leurs prénoms parce que je cite une
lettre, j'espère que je ne commets pas d'impair, Mme la Présidente, mais le
ministre de l'Immigration et la ministre de l'Enseignement supérieur qui
étaient là sous la... en 2021. Donc, une analyse plus récente du ministère de l'Enseignement
supérieur arrivait à la même conclusion.
Il serait intéressant, pour le bénéfice
des parlementaires, qu'on puisse avoir accès à ces informations-là, ces
recommandations, ce que le groupe de travail a émis comme rapport. Ce serait...
Ce serait bénéfique pour les parlementaires assis autour de la table de pouvoir
bien comprendre quelles sont ces recommandations-là, qu'est-ce... quels genres
de bourses et autres incitatifs sont mis de l'avant pour attirer des étudiants
universitaires. Et moi, je vais plus loin, là, je pense qu'on a besoin vraiment
de comprendre plus largement quelles sont les chaires de recherche, quels sont
les sujets sur lesquels travaillent les étudiants internationaux dans nos
différentes universités, quels sont... puis je parle à la grandeur du Québec,
là, quels sont ces domaines de pointe pour lesquels il y a des... il y a des
avancées extrêmement importantes qui sont faites. Donc, on a besoin encore une
fois... puis je... ça rejoint une motion préliminaire précédente, au <niveau
des...
Mme Setlakwe :
...
encore une fois... puis je... ça rejoint une motion préliminaire précédente, au
>niveau des programmes.
Bien, quand on parle de programmes, on
parle aussi de recherche, de chaires de recherche, de projets qui sont souvent
faits, d'ailleurs, en collaboration avec le milieu des entreprises. On
travaille sur quoi au Québec? La recherche dont on parle et qu'on valorise, je
sais et je suis juste certaine que le gouvernement valorise cette recherche-là
également, elle porte sur quoi? Les étudiants internationaux, il y en a combien
dans nos laboratoires de recherche? Ils travaillent sur quoi? Ils oeuvrent sur
quels programmes? Et qu'est-ce que... quels sont ces objectifs du gouvernement?
Et donc ce serait extrêmement pertinent, pour être certains qu'on ne vienne pas
nuire d'aucune façon à cet... à ce potentiel énorme que représentent les
étudiants internationaux.
Je poursuis, là, sa lettre mentionne aussi
que «d'ailleurs, les programmes de bourses à la maîtrise, au doctorat et au
postdoctorat du Fonds de recherche du Québec sont tous ouverts aux étudiants
étrangers depuis quelques années. Les étudiants internationaux recevant des
bourses d'excellence du Fonds de recherche du Québec représentent environ
30 % des cohortes financées par nos programmes. En 2024-2025, il y en aurait
1 191 sur un total de 3 676 boursiers, une proportion assez
stable depuis 2020-2021.»
Tout ça pour dire qu'on a ici un potentiel
énorme, et ce sont les étudiants internationaux qui contribuent à cette
recherche fondamentale. On a besoin de comprendre, nous les parlementaires,
l'ensemble de ces démarches, comprendre les... par université, ce sur quoi ces
étudiants internationaux viennent plancher. Et donc tout ce à quoi j'ai fait
référence et ce à quoi le Scientifique en chef fait référence, c'est
extrêmement précieux. Alors, comment pouvons-nous débuter l'étude de ce projet
de loi là si on n'a pas en main toutes ces informations au niveau de la
recherche?
Je reviens, donc, sur un autre élément de
ce dossier que j'ai qualifié d'emblée, là, de dossier économique. Il ne faut
pas sous-estimer l'impact financier que peut avoir ce projet de loi sur nos
universités. Et à cet égard-là je pense qu'il est important de faire un lien, encore
une fois, je suis désolée d'être redondante, mais c'est important de le faire...
de faire un lien avec la politique de financement, la nouvelle politique de
financement du gouvernement, une initiative qui a été menée par la ministre de
l'Enseignement supérieur. Cette nouvelle mouture a été déposée en juin 2024 et
fait un rebrassage des fonds. Il n'y a aucun nouvel argent. La politique de
financement... cette nouvelle politique de financement compte sur les droits de
scolarité qui proviennent des étudiants internationaux pour venir faire un
rééquilibrage dans l'ensemble du réseau.
La raison pour laquelle je fais ce lien,
Mme la Présidente... Il y en a plusieurs, raisons. Premièrement, je me rappelle
que, lorsque cette décision a été prise, il y a un an déjà, en octobre 2023,
d'augmenter les droits de scolarité, une des raisons qui avaient été évoquées,
bien, c'était pour, justement, corriger des iniquités. Mais jamais, à ce
moment-là, est-ce qu'il y avait eu dépôt d'une analyse d'impact. Et ça, c'est le
milieu qui l'a dit. Le milieu universitaire est venu dire que, si ça avait été
justifiable, bien, le gouvernement aurait pu produire des chiffres globaux qui
démontraient, donc, qu'il y avait une iniquité à corriger sur l'ensemble des
revenus des universités et l'impact de ces mesures sur les universités.
• (12 h 40) •
Tu sais, ça démontre que, quand un
gouvernement pose des gestes, adopte des mesures, il faut que ce soit basé sur
des études, il faut que ce soit bien réfléchi, il faut qu'il y ait des analyses
d'impact. Il n'y en avait pas, à l'époque, et pourtant cet... cet élément-là de
hausse des droits de scolarité est intrinsèque dans la nouvelle politique de
financement. Alors, on compte sur les étudiants internationaux, on dit que
c'est important que ces revenus-là continuent puis qu'ils soient redistribués
dans l'ensemble du réseau, mais avec le projet de loi n° 74 on donne le pouvoir
au gouvernement de venir réduire le nombre d'étudiants internationaux. Donc, il
faut vraiment agir avec prudence dans ce dossier-là.
Dans le... Sur le volet de la hausse des
droits de scolarité, le gouvernement n'a jamais produit d'analyse d'impact, n'a
pas été capable d'émettre des chiffres globaux. C'était plutôt parlant. Et
d'ailleurs le gouvernement, quand il avait adopté ces mesures, ces mesures
visaient trois universités : Bishop's, Concordia et <McGill. Et là
il y a eu...
Mme Setlakwe :
...
mesures, ces mesures visaient trois universités :
iBishop's,
Concordia et >McGill. Et là il y a eu tout un tollé. Bishop's s'est venu
dire : Mais, écoutez, vous ne pouvez pas faire ça, on va... vous allez
mettre notre survie en péril. Et, quelques semaines plus tard, le gouvernement
a reculé, réalisant qu'effectivement l'Université Bishop's, donc, qui a fêté
ses 180 ans et plus, une institution dont... dont on est extrêmement fiers,
dont... qui fait la fierté de la région de l'Estrie... que cette institution-là
allait fermer. Donc... Donc, clairement, il n'y avait pas eu une analyse
d'impact. Si l'analyse... l'analyse d'impact aurait dit noir sur blanc que...
qu'il allait y avoir un effet extrêmement négatif sur Bishop's. C'est
uniquement après avoir adopté ces mesures, en réaction au tollé, en réaction
aux vives préoccupations, aux vives inquiétudes de la part de Bishop's et, en
fait, en fait, de la part de tout le réseau, que le gouvernement a reculé.
Alors, c'est ça qui arrive quand on... on va trop vite, qu'on ne prend pas le
temps de faire les analyses, les analyses d'impact, les évaluations, qu'on peut
commettre des erreurs.
Donc, ici, je pense que notre demande est
tout à fait légitime. Nous, on ne veut pas participer, on ne veut pas adhérer à
un projet de loi qui pourrait potentiellement nuire encore davantage, là, à nos
institutions qui se sentent fragilisées. Ça, ils sont venus nous le dire. Pour
ce qui est de Bishop's, c'est important de le mentionner parce que ça démontre
toute l'importance de comprendre l'impact financier potentiel qu'on est en
train de... qu'on pourrait potentiellement imposer à nos institutions.
Je vous rappelle, Mme la Présidente, que,
malgré le revirement de l'an dernier, malgré le changement de cap, là, après
l'annonce de la hausse des droits de scolarité, le mal... le mal est fait.
C'est ce que le recteur de Bishop's est venu dire. Il me l'a dit à moi puis il
l'a dit en commission. Les inscriptions sont à la baisse, et l'institution est
prise avec un premier déficit en huit ans. Imaginez-vous, là, un premier
déficit en huit ans, alors qu'ils se demandent comment diminuer leurs dépenses de
2 millions. C'est environ 3 % de leur budget. Le recteur mentionne
que les coupures vont affecter leur capacité d'offrir le même niveau
d'excellence dans la qualité de l'expérience étudiante. C'est le genre de cri
du cœur qu'on a dans les médias. On parle de recteurs d'institutions
québécoises qui émettent ce cri du cœur.
Alors, quand on parle de plafonner les
étudiants internationaux, il faut agir, Mme la Présidente, avec la plus grande
prudence, parce que déjà, avec les mesures qui ont été annoncées et pour
lesquelles le gouvernement a dû reculer, il y a un impact extrêmement négatif
sur nos institutions comme Bishop's, comme je viens de le mentionner.
On se rappelle, là, les mesures ne
s'appliquent pas à Bishop's et pourtant les inscriptions sont à la baisse. It
ils sont en train de couper, ils sont en train de diminuer leurs dépenses. Ils
ont accepté... Ça, c'est des données de novembre 2024, là, de ce mois-ci.
Bishop's a dû accepter... a accepté 10 % moins d'étudiants canadiens hors
Québec et 43 % moins d'étudiants internationaux. Et tout ça occasionne des
coupes budgétaires significatives dues à la perte de revenus de ces droits de
scolarité et des changements au niveau de l'immigration. Donc, on a besoin de
comprendre... de ne pas faire... pas commettre les erreurs du passé et de
comprendre l'impact, l'impact potentiel du projet de loi n° 74 sur nos
universités, impact financier.
Pour ce qui est de Concordia... Je vous
parle de Concordia parce que Concordia s'estime être la grande perdante, c'est les
mots qu'ils ont utilisés, à la suite du dépôt de... de la nouvelle mouture de
la politique de financement, pour laquelle il n'y a aucun nouvel argent. McGill
a été capable de tirer son épingle du jeu, ils ont été capables, ils ont... ils
ont des ressources financières qui leur ont permis de compenser en émettant des
bourses, des bourses Canada, mais ce... ce n'est pas une mesure qui est
pérenne. Éventuellement, eux aussi vont... vont souffrir financièrement.
Concordia, eux, je vous rappelle des informations pertinentes, là, les chiffres
de novembre 2024 : moins 27 % de nouveaux étudiants du reste du
Canada; moins 14 % qui viennent de l'international. C'est énorme, comme...
comme baisse, alors que le gouvernement se fie ou compte sur cet argent pour
venir redistribuer dans l'ensemble du réseau. C'est une incohérence, Mme la
Présidente.
Concordia est une excellente université
très réputée dans des domaines nichés. Ils sont venus nous dire à quel point
ils sont inquiets, <qu'ils vivent des...
Mme Setlakwe :
...
des domaines nichés. Ils sont venus nous dire à quel point ils sont inquiets, >qu'ils
vivent des... Ils sont en situation de difficulté financière. Ils ont 9 200 étudiants
internationaux, mais les chiffres sont à la baisse. Ils connaissent une baisse
du nombre d'étudiants étrangers, je l'ai mentionné, moins 14 % en 2024. En
plus des droits... de perdre des droits de scolarité, qui sont redistribués
dans le réseau, et de voir les inscriptions des étudiants étrangers à la
baisse, Concordia rapporte une baisse de 4 % du financement opérationnel. Donc,
c'est un dossier économique, c'est un dossier pour lequel il faut prendre ces
impacts financiers en considération.
Une baisse d'effectifs va toucher tout le
réseau. Tout le monde se partagera une plus petite tarte. C'est comme ça que
fonctionne la politique de financement. Puis on se rappelle que les universités
à charte comme Concordia sont exclues de certaines enveloppes de financement
pour le recrutement. Donc, toutes ces mesures, les droits de scolarité, la
nouvelle politique de financement et maintenant la coupure des étudiants
internationaux arrivent au pire moment, en période d'inflation, alors que les
dépenses des institutions augmentent. Alors, nous, comme parlementaires, je
pense que c'est tout à fait pertinent qu'on prenne ces données-là en
considération, l'impact financier potentiel du projet de loi n° 74 sur nos
institutions.
Pour ce qui est de McGill, parce qu'encore
une fois la raison pour laquelle je parle des universités anglophones... Mais
je peux... Il y a un impact sur le reste du réseau, là, tout ça, tout ça est un
écosystème. Mais il est important de le faire pour que le gouvernement
comprenne à quel point ces institutions-là se sentent brimées, sentent qu'on
est en train de les affaiblir, qu'il devrait... Ça ne devrait pas du tout être
l'intention d'un gouvernement de venir affaiblir ces institutions. L'objectif
de redistribuer, l'objectif d'assurer que tout le réseau soit suffisamment
financé, on n'a absolument rien contre ça, évidemment. Il faut s'assurer que
tout le réseau ait les moyens financiers d'offrir une expérience académique de
grande qualité à l'ensemble des étudiants québécois, bien entendu. Mais, quand
on met de l'avant des politiques, puis qu'on adopte des projets de loi, puis
qu'on constate une incohérence, puis qu'il n'y a pas de nouvel argent, il est
normal pour nous de se demander si le gouvernement a pris en compte tous ces
éléments-là.
Rappelons-nous que McGill, pendant
19 ans d'affilée, est classée numéro un au Canada, toujours dans le
top 30 au monde. La qualité de ses diplômes est reconnue et valorisée
mondialement. Ils ont plus de 10 000 étudiants internationaux. Et la
signature de McGill, c'est ce qu'on m'a dit, ils se distinguent autant en
recherche qu'en éducation. C'est difficile d'exceller dans les deux, Mme la
Présidente. 187 pays sont représentés. C'est un libre-échange de cerveaux.
Moi, je pense que le Québec veut continuer à participer à ce libre-échange de
cerveaux. Comment est-ce qu'on va rassurer McGill qui est vraiment... puis je
me permets de le dire, là, qui fait la fierté du Québec, qui fait la fierté du
Canada, qui fait la fierté de Montréal? Montréal brille, comme ville
universitaire, beaucoup en raison de cette réputation mondiale de McGill. Et,
quand Montréal brille, alors c'est tout le Québec qui brille.
• (12 h 50) •
Puis, quand on parle de recherche, il y a
de la recherche extrêmement importante qui se fait à McGill. Et ce que j'ai
compris, c'est qu'il y a certains projets de recherche pour lesquels McGill
applique, qu'il y a des chaires de recherche qui sont financées, à McGill, mais
qui bénéficient à d'autres universités. Il y a des liens, des collaborations
entre nos universités, Sherbrooke, entre autres. Donc, quand il y a un bon coup
à McGill, c'est tout le réseau qui ressent les effets positifs. Il faut
absolument prendre en compte ces impacts potentiels sur notre... sur notre
écosystème, sur cet îlot d'excellence qu'on a le privilège d'avoir chez nous au
Québec.
Donc, encore une fois, et je reviens à la
motion, je me rattache à la motion, on demande au gouvernement de nous fournir
tous les documents, toutes les analyses, toutes les notes ministérielles qui
portent sur les impacts financiers du projet de loi envers les établissements
d'enseignement supérieur. C'est exactement ce dont je vous parle depuis tout à
l'heure, Mme la Présidente.
Je continue. Donc, on peut aussi voir un
volet économique, un autre volet économique, c'est l'impact, j'en ai parlé, là,
à... Puis, ça, je prends juste... je prends juste Montréal, après ça je vais
parler des régions. À Montréal, on a en consultation Michel Leblanc, de la Chambre
de commerce du Montréal métropolitain, qui est venu faire un excellent
plaidoyer pour la ville de Montréal et il est venu dire de ne pas négliger les
retombées économiques qu'apportent ces étudiants internationaux. Non <seulement...
Mme Setlakwe :
...
négliger les retombées économiques qu'apportent ces étudiants internationaux.
Non >seulement ils comblent des besoins de pénurie de main-d'œuvre parce
qu'ils travaillent durant leurs études, ils contribuent à l'économie, ils
contribuent, donc, encore une fois, à la recherche et à l'innovation. C'est un
élément économique. Les retombées économiques sont chiffrées. Est-ce qu'on peut
avoir ces documents, ces études, ces analyses? Est-ce qu'on peut savoir
qu'est-ce que ça représente en termes de retombées économiques, non seulement à
Montréal, mais à la grandeur du Québec, ces étudiants internationaux?
Quand on parle des régions, on a entendu
des directeurs de cégeps et des recteurs d'universités venir dire que leurs
institutions sont des moteurs de développement économique régional. Non
seulement les étudiants internationaux permettent de compléter ou même de
démarrer des cohortes, mais ils constituent des personnes qui viennent
contribuer à l'économie. Quel est l'impact économique dans nos régions? On
assure une vitalité des régions, ça nous prend ces éléments-là. Parce qu'on
sait, si on veut pouvoir adhérer à l'intention du gouvernement, adhérer aux
pouvoirs accrus qu'ils nous disent qu'ils ont de besoin pour pouvoir cibler les
établissements où il y a des situations problématiques abusives, bien, il faut
être conscients de... il faut avoir un portrait complet de la part de ces
étudiants internationaux dans toutes les régions du Québec.
Il y a un haut potentiel ici, Mme la
Présidente, moi, je l'ai dit puis je vais le redire, d'autosabotage. On peut
sérieusement nuire à l'avenir du Québec avec ce projet de loi. Il faut vraiment
faire attention au message qu'on envoie. Si le message, c'est de corriger
simplement certaines situations, bien, qu'on le dise puis qu'on le redise. Mais
je pense que c'est extrêmement important que l'ensemble des parlementaires
protègent nos institutions et protègent aussi cet accueil qu'offre le Québec.
Parce que je suis convaincue qu'on partage tous ce sentiment de fierté, là,
qu'on est un peuple accueillant, une nation accueillante, que nos institutions
sont ouvertes sur le monde. Et ça, ça doit être dit et redit.
Le principe, puis moi, je me permets, à
chaque fois que j'en ai l'occasion, de le dire : nos étudiants
internationaux, on les convoite, on les recrute avec expertise, avec doigté, ce
sont nos institutions qui le font. Et ça, ça doit être le principe général qui
soit toujours mis de l'avant. Et là-dessus c'est là qu'il y a un potentiel de
haut sabotage. Puis déjà on a commencé à glisser, on a commencé à avoir des
chiffres à la baisse. On a commencé à voir que, potentiellement, des gens, des
étudiants, des jeunes talents à l'international... face à une panoplie de
choix. Puis je reviens à ce que M. Quirion disait, avec les bourses qui
leur sont offertes, tout le monde leur déroule le tapis rouge. On ne peut pas
se permettre de se priver de ces talents-là.
Et puis je me permets aussi de conclure,
je pense qu'il me reste seulement quelques minutes.
La Présidente (Mme Poulet) :
5 min 45 s.
Mme Setlakwe : Je porte
encore une fois la voix du recteur de l'Université du Québec à Trois-Rivières,
qui porte... qui, je vous le rappelle, est le président du BCI, le Bureau de
coopération interuniversitaire. Et lui a dit que couper dans les étudiants
internationaux, ça va avoir un impact financier important. Là, il a mis de
l'avant un pourcentage. Si c'était 30 %... Je ne connais pas la cible du
gouvernement, je ne la connais pas, mais si c'était 30 %, on parle, selon
lui, d'un chiffre qui peut aller jusqu'à 150 millions de pertes dans le
réseau. Et ça, ce sont des pertes que vont subir les étudiants. On va
malheureusement devoir, je le cite, là, «fermer des programmes, offrir moins de
choix de cours aux étudiants, offrir moins de services aux étudiants. En
région, il va y avoir moins de programmes qui relèvent des disciplines en
sciences, technologie, ingénierie et mathématiques», l'acronyme STIM que tout
le monde connaît, des programmes qui sont essentiels dans les régions.
Donc, encore une fois, Mme la Présidente, l'importance
d'avoir le portrait complet des programmes, de la recherche, de toutes les
données disponibles relatives aux étudiants internationaux, à la grandeur du
Québec, afin qu'on puisse tous apprécier de façon adéquate leur apport, leur
contribution. Et j'ai l'impression que, si on avait toutes ces informations-là
sous les yeux, il deviendrait très clair pour tout le <monde...
Mme Setlakwe :
...
toutes ces informations-là sous les yeux, il deviendrait très clair pour tout
le >monde qu'il y a très peu de matière à couper, et on serait... Dans
le fond, c'est ce qu'on cherche à savoir, nous, à l'opposition. Où est, encore
une fois, pour simplifier l'énoncé, le ramener à sa plus simple expression...
où est le problème? Quel est le problème? Qu'est-ce qu'on est en train de
vouloir résoudre? Et c'est seulement avec des données qu'on peut... qu'on peut
répondre à cette question-là. Merci, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme Poulet) :
Merci beaucoup, Mme la députée. Est-ce qu'il y a une autre intervention?
Oui, M. le député de Saint-Henri—Sainte-Anne.
M. Cliche-Rivard : Merci,
Mme la Présidente. Plusieurs, éléments... là, je vais rester bref dans mon
intervention. Quand même, effectivement, il y a des questions importantes qui
se posent sur les impacts financiers pour les universités, notamment pour les
chaires de recherche, pour les projets, pour les programmes. Quand même,
j'aimerais... j'aimerais ça effectivement, s'il existe de tels documents,
qu'ils soient partagés. Le ministre en a parlé à quelques reprises, là, il y a
des informations qui viendront s'ajouter, probablement, suivant l'adoption, là,
dépendamment de la version... de l'adoption du projet de loi, avec des pouvoirs
d'aller colliger, d'aller amasser davantage d'information, qui va probablement
permettre de mieux définir, de mieux circonscrire, là, les impacts financiers.
Mais je pense qu'il doit certainement y
avoir une préanalyse ou il doit certainement y avoir quelque chose qui a été
fait au niveau soit d'un mémoire ici, au Conseil des ministres, ou d'autres
types d'informations qui permettent d'éclairer les collègues, notamment parce
qu'on est dans un trio ministériel, là, Éducation, Enseignement supérieur, et Immigration,
puis je devrais dire aussi, probablement, Finances, là. Je pense qu'on... il y
a des liens directs. La collègue de Mont-Royal—Outremont
en parlait, il y a du potentiel pour... de réduction de budget de manière
importante pour les universités et pour des centres de recherche. Ce serait
important qu'on les... qu'on les connaisse puis qu'on puisse évaluer l'impact,
là, pour nos institutions.
Ils sont venus nous parler, ils sont venus
nous parler de fermeture de programmes, les cégeps, aussi, en région, les
établissements en région, fermetures de services, fermetures de programmes.
Bon, on le verra, on l'établira, ce n'est pas ici que la planification va se
faire. Ceci dit, ce sont des éléments importants. Donc, j'appuierai, là,
l'essence ou le fond, en général, de ladite motion de mes collègues. Merci, Mme
la Présidente.
La Présidente (Mme Poulet) :
Merci beaucoup. Est-ce qu'il y a d'autres interventions?
M. Roberge : Est-ce
qu'il nous reste le temps? Ou je pourrais intervenir en début, cet après-midi,
plutôt que de faire 12 secondes et d'être coupé.
La Présidente (Mme Poulet) :
Est-ce qu'il y a consentement pour suspendre jusqu'à 14 heures?
Des voix : Consentement.
M. Roberge : Merci.
La Présidente (Mme Poulet) :
Parfait. Alors, compte tenu de l'heure, je suspends les travaux jusqu'à
14 heures.
(Suspension de la séance à 12 h 59)
13 h 30 (version révisée)
(Reprise à 14 h 01)
La Présidente (Mme Poulet) : Alors,
bonjour à tous. On reprend nos travaux. Alors, avant de suspendre ce matin,
nous en étions à la motion préliminaire déposée par le député de l'Acadie. M.
le ministre, je crois que vous souhaitiez intervenir.
M. Roberge : S'il vous plaît,
oui. Merci, Mme la Présidente. Donc, sur cette motion, les collègues de l'opposition
officielle ont demandé des informations, ont demandé des chiffres, ont demandé
des explications. Les gens qui nous écoutent pourraient croire...
14 h (version révisée)
M. Roberge : ...des chiffres,
ont demandé des explications. Les gens qui nous écoutent pourraient croire
qu'on n'a pas déjà donné tout ça. Je rappelle que le gouvernement a offert hier
un breffage technique qui est revenu sur les sujets mentionnés par mon
collègue, sur les tentatives précédentes du gouvernement du Québec de bloquer
les abus, les enjeux juridiques, les recours qui ont eu lieu. Tout ça a été
donné, expliqué, les documents ont été transmis. Pour ce qui est de données, ça
a été mentionné ce matin, on a transmis plusieurs données hier, avec des
informations, des chiffres des permis d'études, des émissions de CAQ.
Mon collègue tout à l'heure disait :
Bien, j'aimerais ça comprendre pourquoi ce projet de loi là, comment ça se fait,
donc, ce n'est pas clair, l'intention gouvernementale. Je lui signale que le
mémoire au Conseil des ministres est public, disponible en ligne, Google. Vous
pouvez tous le... aller le chercher. On précise le contexte actuel, la question
des étudiants étrangers, où est-ce qu'on est, le cadre juridique et les
pouvoirs du Québec... je suis en train de le regarder ici, là, le cadre
juridique et les pouvoirs du Québec actuels, donc l'état du droit actuel, qui
montre très bien qu'on ne peut pas agir en ce moment comme on le voudrait puis
qu'on est un peu inféodés au gouvernement fédéral, lequel peut plus agir sur
les étudiants étrangers au Québec que le gouvernement québécois, qui est un
non-sens. Donc, l'analyse est là, disponible. Mes collègues peuvent le...
peuvent la lire. Ensuite, un peu plus loin, les actions récentes du
gouvernement fédéral, donc, comme quoi, ce n'est pas juste théorique, là, ça
arrive en ce moment, on a une page là-dessus.
Après ça, mon collègue dit : Mais
pourquoi, donc? On essaie de comprendre les intentions du gouvernement. Il y a
une section qui s'appelle Raison d'être de l'intervention. Alors, voici la
raison d'être de... pourquoi on agit, qu'est-ce qu'on fait là. On parle de la
venue des étudiants, le contexte avec les autres résidents non permanents. On
donne les chiffres, les statistiques. On explique tout ça sur plusieurs pages.
On parle de ce qui se passe dans les cégeps, dans les universités, mais aussi
en formation professionnelle. On fait les nuances entre ce qui se passe au
privé, au public. Toutes les informations sont disponibles. Après ça, les
objectifs poursuivis. Donc, plus ça va, plus on va vers le précis. Tout est là.
C'est le document du gouvernement, le document, carrément, du Conseil des
ministres d'aide à la décision qui a amené à la rédaction du projet de loi.
Ensuite, il y a la proposition clairement définie.
Et, plus loin, plus loin, on a Autres
options, je vais vous lire l'extrait, Autres options, c'est-à-dire si on
n'allait pas faire ça : «Le Québec aurait pu décider de s'en tenir au
plafond imposé par le gouvernement fédéral concernant le nombre de demandes de
permis d'études que ce dernier accepte de recevoir annuellement. Cependant, le
gouvernement du Québec souhaite être en mesure d'utiliser tous les pouvoirs, ceux
dont il dispose comme ceux dont il compte se doter, afin que les décisions en
matière de gestion de demandes reflètent adéquatement ses particularités et ses
besoins spécifiques.» Donc, effectivement, il y avait une autre option qui
était de ne rien faire, mais on voit bien que ce n'était pas avantage.
Une section Évaluation intégrée des
incidences, disponible encore sur le Web. Après ça, Analyse comparative, et là,
on précise, ailleurs au Canada, ce qui se... qu'est-ce qui se passe. Je vous
lis un autre extrait : «Les autres provinces et territoires du Canada
établissent leurs listes d'établissements désignés selon certains critères
spécifiques qui sont balisés dans un protocole d'entente avec le gouvernement
fédéral. Contrairement au Québec, ce ne sont donc pas tous les établissements
d'enseignement en exercice qui sont autorisés à accueillir des étudiants
étrangers.»
Donc, on voit que le Québec, société
distincte, Québec qui a une entente Québec-Canada depuis 1991 pour mieux gérer
son immigration puis avoir plus de pouvoirs que les autres provinces, en ce
domaine, est en retard. Nous avons un projet de loi qui nous propose... qui
nous permet de rattraper ce retard. C'est en ligne, c'est là.
Donc, juste dire qu'on va voter en
défaveur de la motion préliminaire. Je comprends les préoccupations des
collègues. Ma prétention, c'est qu'on lui a déjà répondu de plusieurs façons et
avec beaucoup de transparence. Merci.
La Présidente (Mme Poulet) : Merci.
Est-ce qu'il y a d'autres interventions?
M. Morin : ...de réplique?
La Présidente (Mme Poulet) : Non.
M. Morin : Non?
La Présidente (Mme Poulet) :
Vous avez épuisé votre temps de parole.
M. Morin : ...si j'ai
l'opportunité de faire une autre intervention sur un autre sujet, je pourrais
prendre mon temps de parole sur l'autre sujet pour répondre à M. le ministre?
La Présidente (Mme Poulet) : Bien,
il faudrait rester sur le sujet en particulier.
M. Morin : D'accord. Il n'y a
pas de souci.
La Présidente (Mme Poulet) :
Parfait?
M. Morin : C'est bon.
Excellent.
La Présidente (Mme Poulet) : Est-ce
qu'il y a d'autres interventions? Alors, on va procéder à la mise aux voix.
M. Morin : ...par appel
nominal, s'il vous plaît.
La Présidente (Mme Poulet) : Oui.
Alors, Mme la secrétaire.
La Secrétaire : Oui. Pour,
contre, abstention. M. Morin (Acadie)?
M. Morin : Pour.
La Secrétaire : Mme Setlakwe
(Mont-Royal—Outremont)?
Mme Setlakwe : Pour.
La Secrétaire : M. Roberge
(Chambly)?
M. Roberge : Contre.
La Secrétaire : Mme Schmaltz
(Vimont)?
Mme Schmaltz : Contre.
La Secrétaire : Mme Boivin
Roy (Anjou—Louis-Riel)?
Mme Boivin Roy : Contre.
La Secrétaire : Mme Tardif
(Laviolette—Saint-Maurice)?
Mme Tardif : Contre.
La Secrétaire : Mme Picard
<(Soulanges)...
La
Secrétaire :
...
Mme Boivin Roy
(Anjou—Louis-Riel)?
Mme Boivin Roy :
Contre.
La Secrétaire :
Mme Tardif
(Laviolette—Saint-Maurice)?
Mme Tardif :
Contre.
La Secrétaire :
Mme Picard
>(Soulanges)?
Mme Picard : Contre.
La Secrétaire : M. Cliche-Rivard
(Saint-Henri—Sainte-Anne)?
M. Cliche-Rivard : Pour.
La Secrétaire
: Mme Poulet
(Laporte)?
La Présidente (Mme Poulet) : Abstention.
Alors, la motion est rejetée. Est-ce qu'il y a d'autres motions préliminaires à
déposer? Est-ce qu'il y a d'autre chose? Oui, M. le député de l'Acadie.
M. Morin : Oui. Mme la
Présidente, j'aimerais déposer une motion préliminaire. Elle a été partagée, je
crois, et, quand elle sera affichée à l'écran, je vais la lire. Donc, voilà.
La Présidente (Mme Poulet) : Parfait.
La voilà. Alors, allez-y.
M. Morin : Merci. Excellent.
Donc, je fais motion, conformément à l'article 244 du Règlement de
l'Assemblée nationale, afin que la Commission des relations avec les citoyens,
dans le cadre de l'étude détaillée du projet de loi n° 74,
Loi visant principalement à améliorer l'encadrement relatif aux étudiants
étrangers... qu'elle tienne des consultations particulières et qu'à cette fin,
elle entende la Commission des droits de la personne et des droits de la
jeunesse. Voilà.
La Présidente (Mme Poulet) : Parfait.
Alors, vous pouvez exposer votre... la motion pour une période de
30 minutes.
M. Morin : Parfait. Je vous
remercie. Et donc je dépose cette motion en tant que député de l'Acadie,
porte-parole de l'opposition officielle, pour, bien sûr, renverser la
présomption que c'est dans les règlements. Voilà.
Alors, je dépose cette motion. Pourquoi je
dépose cette motion? Bien, c'est parce que, dans un premier temps, le président
de la commission des droits de la personne nous a fait parvenir une lettre, en
fait à M. le ministre, où il demandait plus de temps pour répondre. Puis je
vais vous expliquer pourquoi c'est important de les entendre. Mais avant,
avant, je vais prendre quelques minutes de mon temps pour répondre à M. le
ministre. C'est toujours en lien, bien sûr, avec le projet de loi.
Donc, bien sûr, Mme la Présidente, que j'ai
lu le mémoire au Conseil des ministres, la partie qui est publique. C'est
certain, on a fait... on a fait notre travail, on a tous lu ça. J'ai cité des
passages de ce document. Mais il n'en demeure pas moins que, quand on essaie de
voir ou de voir l'étude d'impact... puis ça, c'est seulement la partie
accessible au public, donc il y a une partie qui n'est pas accessible au
public, ça ne nous aide pas. Quant aux... Ça aide en partie. Donc, quant aux
procédures judiciaires, je l'ai dit, je me répète rapidement, il n'y a pas eu
de jugement au fond, on ne sait pas pourquoi le gouvernement a retiré et a
acquiescé à la demande des demandeurs. Donc, moi, j'aurais aimé le savoir.
Voilà.
• (14 h 10) •
Alors, on revient à ma motion pour faire
entendre la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse.
Alors, je vous disais qu'en date du 15 novembre 2024 le président de la
commission, Me Philippe-André Tessier, et la vice-présidente responsable
du mandat charte, Mme Myrlande Pierre, écrivaient à M. Roberge... au
ministre, dis-je, et indiquaient que c'est un projet de loi qui «laisse planer
beaucoup d'incertitudes sur sa mise en œuvre» et qu'évidemment ils auraient
aimé avoir plus de temps pour intervenir davantage. Alors, c'est important,
donc, de les entendre et de leur donner ce temps. Pourquoi? Bien, parce que la commission
des droits de la personne et de la jeunesse joue, au Québec, un rôle essentiel,
hyperimportant dans la protection des droits et libertés.
J'aimerais, dans un premier temps, dans
mon intervention, décrire ce qu'ils font, leur rôle. Et j'aimerais rappeler
qu'au Québec nous sommes très privilégiés, nous avons une charte des droits et
libertés de la personne, qui a été adoptée en 1975. C'est une réalisation
libérale sous le gouvernement de M. Robert Bourassa. Elle est entrée en
vigueur plus tard, en 1976, mais elle a été adoptée en 1975. Donc, réalisation
importante qui accorde des droits fondamentaux, dans plusieurs sphères, aux
Québécois et aux Québécoises.
À la suite de l'adoption de la charte, il
était important de créer une commission pour s'assurer que, si les droits qui sont énoncés dans la charte ne sont pas respectés...
bien, que les citoyens et les <citoyennes...
M. Morin :
...qui
sont énoncés dans la charte ne sont pas respectés... bien, que les citoyens et
les >citoyennes qui se sentent lésés puissent avoir des recours. Donc,
ils peuvent s'adresser à la commission, la commission peut faire enquête. Et
nous avons également, au Québec, un tribunal des droits de la personne,
tribunal judiciaire qui permet d'entendre des recours ou des litiges quand les
droits énoncés à la charte ne sont pas respectés. Donc, c'est fondamental.
Alors, voyez-vous... puis... puis je vais...
je vais prendre du temps pour expliquer l'origine et la mission de la
commission, parce qu'après ça les gens qui nous écoutent vont être à même de
comprendre pourquoi c'est important de les entendre. Et on trouve, bien,
différents documents qui expliquent l'origine et la mission de la commission.
Alors, elle a été constituée en 1976 par
la Charte des droits et libertés de la personne, et, en 1995, le gouvernement
l'a fusionnée avec la commission de la protection des droits de la jeunesse.
C'est pour ça que dorénavant on l'appelle Commission des droits de la personne
et des droits de la jeunesse. C'est un organisme indépendant du gouvernement...
et remplit sa mission au seul bénéfice de la population et dans l'intérêt
public.
Je me permets de le souligner, Mme la
Présidente, parce que, quand le président et la vice-présidente de la
commission prennent la peine d'écrire et de dire, écoutez, là : Un projet
de loi «laisse planer beaucoup d'incertitudes sur sa mise en œuvre», bien, moi,
comme parlementaire, ça m'interpelle. Je pense qu'ils ont quelque chose à dire,
quelque chose d'important, de significatif pour les droits des Québécois puis
des Québécoises.
Et leur mission est importante, mais leur
travail est aussi important, ainsi que leur conseil, parce que, dans leur
origine, on sait que la commission est un organisme indépendant du
gouvernement, donc un organisme qui est impartial et qui est là pour
interpréter, pour aider le gouvernement dans sa mission, évidemment, du respect
des droits fondamentaux de la personne, mais elles sont là aussi pour aider les
parlementaires. Ce n'est pas tous les parlementaires qui sont membres du
gouvernement. Bien, dans l'opposition officielle, ça devient excessivement
important, évidemment, de se fier et d'écouter un tel organisme pour être
capable, par la suite, de faire des interventions pertinentes pour le bénéfice
de la population. C'est le même mandat que celui de la commission. Et, quand la
commission remplit son mandat, elle le fait dans l'intérêt du public. Donc,
est-ce qu'il y a quelque chose de plus important? Intérêt du public, bénéfice
de la population.
Mais ce n'est pas tout, et, dans la
mission de la commission, on le dit : «Forte de son indépendance et de son
expertise, la mission de la commission est d'assurer la promotion et le respect
des principes énoncés dans la Charte des droits et libertés de la personne»,
qui est un document qui est une supraloi québécoise et, évidemment, pour lequel
on est très fiers. Bon, elle assure également la protection de l'intérêt de
l'enfant et elle veille à l'application de la loi sur l'accès à l'égalité en
emploi dans les organismes publics. Et elle a, donc, des responsabilités, entre
autres informer le public des droits reconnus par la charte, la charte
québécoise, je le mentionnais un peu plus tôt, faire enquête sur des situations
de discrimination et d'exploitation en vertu de la charte sur les atteintes aux
droits des enfants, faire des recommandations au gouvernement du Québec sur la
conformité des lois à la charte et sur toute matière relative aux droits et
libertés de la personne et à la protection de la jeunesse. Et cet élément-là
est particulièrement important, parce que c'est justement ce que la Commission
des droits de la personne et des droits de la jeunesse essaie de faire dans le
cadre de l'étude du projet de loi n° 74, ils essaient de faire des
recommandations.
Et là, dans la lettre succincte qui est
adressée, ce qu'on nous dit, écoutez : Un projet de loi qui laisse planer
de l'incertitude, déjà les conséquences d'un moratoire, puis les personnes
immigrantes : une richesse qui participe au développement social et
économique du Québec. Donc, il me semble... et c'est la raison pour laquelle je
présente cette motion, il est plus qu'important, d'abord
pour le gouvernement mais aussi pour les oppositions, d'être capables de
dialoguer et <d'entendre...
M. Morin :
...d'abord
pour le gouvernement mais aussi pour les oppositions, d'être capables de
dialoguer et >d'entendre la commission des droits pour qu'on soit
capables d'avoir, évidemment, des recommandations qui, éventuellement, pourront
nous permettre de bonifier ce projet de loi déposé par M. le ministre.
Bon, bien sûr, ils favorisent la
recherche. Ils vont même offrir un service-conseil en matière d'accommodements
raisonnables. Ils veillent aux programmes d'accès à l'égalité et ils coopèrent
avec toutes les organisations vouées à la promotion des droits et libertés de
la personne au Québec, ou même à l'extérieur du Québec.
Donc, quand on parle d'un organisme qui a
une expertise, qui a une compétence particulière pour traiter de toute la
question des droits et libertés... Et, je me dis, si j'étais au gouvernement...
ce n'est pas mon cas, mais, si j'étais au gouvernement, je me dirais... il me semble
que, tu sais, j'aurais comme un respect inné pour la charte québécoise des
droits et libertés puis les droits qui y sont énoncés. Puis il me semble que,
quand la commission qui a pour mandat de conseiller, parce que c'est de ça dont
on parle, ou de faire des recommandations sur la conformité des lois à la
charte et sur toute matière relative aux droits et libertés de la personne et à
la protection de la jeunesse... il me semble que c'est un organisme que je
voudrais absolument écouter, si j'étais le gouvernement. C'est une invitation
que je fais à M. le ministre.
La commission, évidemment, bien sûr, a des
valeurs : respect des personnes — c'est assez logique — transparence
et intégrité, parce que... parce que c'est une commission, justement, qui est
indépendante, et donc... et donc qui est capable de faire une analyse.
D'ailleurs... D'ailleurs, je serais assez curieux de savoir si le gouvernement
a fait une analyse de l'impact de son projet de loi sur les droits de la
personne. On n'en a pas parlé jusqu'à maintenant, mais il y a peut-être là des
pistes de réflexion pour le gouvernement qui pourraient, effectivement, nous
aider dans le travail qu'on a à faire dans le cadre de ce projet de loi.
Vous savez, la commission des droits et
libertés de la personne, c'est un organisme indépendant mais qui sont
excessivement actifs au Québec. Puis je vais prendre quelques minutes pour...
pour en faire état pour les gens... pour les gens qui nous écoutent, parce que
je... sincèrement, je tiens... bien, comme pour toutes les autres motions, mais
je tiens particulièrement à ce qu'ils puissent venir nous conseiller, à ce
qu'on puisse venir dialoguer avec eux dans le cadre de... du travail de la
commission pour le projet de loi n° 74.
• (14 h 20) •
Puis pourquoi j'insiste? Et je vais... Et
je vais véritablement insister, Mme la Présidente. Pourquoi? Parce qu'à la
page 3 du document il est écrit : «La commission des droits se désole
de ne pouvoir faire, dans les circonstances, une analyse complète du projet de
loi et des conséquences concrètes qu'il pourrait avoir sur les droits et
libertés protégés par la charte, compte tenu des délais impartis.»
Alors là, le projet de loi, il n'est pas
adopté. On n'a pas commencé l'analyse et l'étude article par article. On est en
commission. Entendre un organisme comme la commission, on ne parle pas ici, Mme
la Présidente, d'un... d'une journée de travail, on ne parle pas d'une
demi-journée de travail. Vous le savez, avec votre expérience, quand on entend
des groupes, quand on suggère des groupes, bon, ils viennent, ils ont un temps
imparti, on suit la procédure. Donc, on parle de, quoi, au maximum,
1 h 30 min, gros maximum. Est-ce que la commission, est-ce que
le gouvernement peut se priver d'une telle expertise, reconnue nationalement au
Québec et même à l'international?
Quand un organisme comme la commission
nous dit... Écoutez, ils se désolent de ne pouvoir le faire, mais il y a une
incertitude qui plane sur les conséquences concrètes qu'il pourrait avoir sur
les droits et libertés protégés par la charte. Donc, c'est assez fondamental.
Puis pourquoi c'est important puis
pourquoi ils ont une expertise? Bien, c'est parce que, d'abord, ils existent
depuis des années. Mais, si vous regardez... si vous regardez leur rapport
d'activité... moi, le plus récent que j'ai trouvé, c'est 2023‑2024, puis ça
permet de <comprendre...
M. Morin :
...si
vous regardez leur rapport d'activité... moi, le plus récent que j'ai trouvé,
c'est
2023‑2024, puis ça permet de >comprendre l'expertise énorme
qu'ils ont et qu'on leur reconnaît dans le domaine des droits de la personne. En
2023‑2024, 2 342 plaintes et dénonciations ont été déposées, c'est quand
même un chiffre important, 1 115 dossiers ouverts. Ça ne veut pas dire
nécessairement que la commission va conclure qu'il y a un non-respect des
droits, mais ils ont quand même trouvé que, dans 1 115 situations, c'était
assez important pour ouvrir un dossier. Et ils ont traité 80 %...
82 % des plaintes en moins de 15 mois. Donc, c'est vous dire... c'est
vous dire toute l'expertise qu'ils ont et dont la commission pourrait
bénéficier. Vous avez eu aussi des dossiers d'ouverts en matière d'exploitation
d'une personne âgée ou handicapée, des dossiers d'ouverts en droit de la
jeunesse puis des dossiers d'ouverts dans le programme d'accès à l'égalité
d'emploi.
Quand je vous parlais de leur expertise,
hein... Recherches : 59 projets de loi ont été analysés; plus de
100 recommandations émises dans différentes instances. C'est... C'est vous
dire, au fond, le sérieux, l'importance que la commission accorde, quand ils
ont le temps de le faire, d'analyser des projets de loi puis de faire des
recommandations. Et ça, je peux vous en parler, parce que, dans différentes
commissions, ils sont... ils ont... ils ont témoigné, ils ont soumis... ils ont
soumis des rapports, ils ont analysé des projets de loi. Bien, ça ne veut pas
dire que le législateur est lié par ce qu'ils font, mais ce serait... ce serait
tellement dommage de s'en priver, alors qu'ils ont... alors qu'ils ont
l'expertise. Et ce n'est pas parce qu'ils n'ont pas d'intérêt, Mme la
Présidente. Ils ont pris la peine d'écrire au ministre, ils ont pris la peine
de souligner qu'il y avait une grande incertitude, puis ils prennent la peine
de nous dire qu'ils se désolent de ne pas être en mesure de faire une analyse
complète, alors que, dans d'autres cas, dans d'autres cas, quand ils ont plus
de temps, bien, ils sont capables de le faire, et ils le font.
Je vous parlais de l'importance de
l'expertise et de leur notoriété. Plus de 7 000 mentions de la commission
dans les médias écrits numériques et électroniques. C'est énorme. Et c'est une
institution québécoise dont on est très fiers.
Et, quand vous regardez l'ensemble de leur
mandat et les dossiers qui sont ouverts, ça touche évidemment différents
scénarios où des... on allègue que des droits n'ont pas été... n'ont pas été
respectés. Mais ils ont quand même reçu, comme je le soulignais, du 1er avril
2023 au 31 mars 2024, 8 552 demandes, alors... toujours dans le
domaine de la discrimination, du harcèlement ou de l'exploitation. Et donc ça
leur permet, évidemment, de développer une expertise qui est unique au Québec.
Puis, vu que c'est un organisme de l'État québécois, bien, il me semble qu'on
devrait utiliser leurs ressources et leur expertise au maximum. Parce
qu'évidemment toute personne peut porter plainte ou même tout groupe de
personnes peut porter plainte à la commission, et ça leur permet, par la suite,
de faire leur travail. Et c'est dans des domaines qui sont excessivement... excessivement
vastes, mais vous comprendrez que, bien souvent, c'est dans des cas où, bien
sûr, il y a une discrimination qui est alléguée, et c'est souvent dans le cas
de personnes vulnérables. C'est la raison pour laquelle... C'est la raison pour
laquelle, dans certains cas, la commission peut agir en faveur d'une victime,
ou pas, mais qu'ils essaient, évidemment, de régler le plus rapidement possible
leurs dossiers. D'ailleurs, à ce niveau-là, ils ont comme objectif de faire
connaître aux parties leurs décisions dans une période maximale de 15 mois
suivant le dépôt d'une plainte, ce qui est quand même excessivement... hein,
c'est quand même rapide. Beaucoup de dossiers de discrimination, de
harcèlement, d'exploitation. Plaintes reçues en 2022‑2023 :
1 641; puis en 2021‑2022 : 1 533; mais en 2023‑2024 : <1 907...
M. Morin :
...
2022‑2023 :
1 641; puis en
2021‑2022 : 1 533; mais en
2023‑2024 :
>1 907.
Alors, je ne peux pas vous dire... je ne
peux pas vous dire si les dispositions du projet de loi portent atteinte à la
charte ou pas, mais ce que je peux vous dire, cependant, c'est que, compte tenu
de leur expertise, ils seraient en mesure de nous conseiller très adéquatement
et de nous aider, ce qui m'apparaît tout à fait essentiel.
Énormément d'expertise. Et donc ils sont
là pour conseiller le Parlement, entre autres. Et évidemment, dans leur
bilan 2023, la commission nous rappelle, dans son rapport d'activité, tous
les efforts que la commission a déployés pour rendre service, et ce, dans
plusieurs régions du Québec.
Et le volet régional, ici, est important,
et je vais vous expliquer pourquoi. C'est qu'en fait ils ont été à même de
développer cette expertise d'aller rejoindre les régions. Et vous savez... vous
savez comment les régions, c'est important pour nous, à l'opposition
officielle, parce que, dans plusieurs régions, il y a véritablement des poumons
économiques pour le Québec. Je vous dis ça parce que, quand on a entendu les
différents recteurs des universités, plusieurs venaient de région, plusieurs
nous ont parlé de l'importance de l'économie dans leur région et de l'apport
économique qu'ils avaient pour la région où ils étaient. Je pense à des
universités... Évidemment, le réseau de l'Université du Québec, c'est une
excellente chose, est très présent en région, permet de faire vivre une
vitalité économique dans plusieurs régions. On n'a qu'à penser à
Trois-Rivières, à Rimouski, en Abitibi-Témiscamingue. Fondamentalement
important. Donc, la commission travaille, justement, à rendre ses services
accessibles, et ils ont donc des bureaux dans différentes régions, de Rimouski
à Gatineau, et ils ont augmenté la taille de leur équipe, ce qui est tout à
fait à leur honneur.
Puis c'est important aussi de rappeler
leurs quatre grands mandats. Protéger les personnes contre la discrimination et
le harcèlement dans le cadre de la charte des droits et libertés, alors ça, là,
c'est... c'est le premier mandat de la commission, ils sont là pour ça. Alors,
vous comprenez... Bon, moi, j'ai en tête les dispositions de la charte, les
droits qui sont accordés aux gens. J'ai en tête, et je viens de vous le
souligner, le premier mandat de la commission. Puis là, dans le document, dans
la lettre que la commission envoie à M. le ministre, on dit, au départ :
«Un projet de loi qui laisse planer beaucoup d'incertitudes sur sa mise en œuvre».
Donc, vous comprendrez que ce n'est pas rassurant pour un député de
l'opposition officielle. Puis, là-dedans, on nous dit, bien, justement, un des
enjeux, c'est que la commission des droits note que «l'admission des étudiantes
et étudiants étrangers sera désormais conditionnelle à l'admission dans un
établissement d'enseignement désigné par le gouvernement, dans une liste qui
sera éventuellement rendue publique par décret». Donc, les critères
d'élaboration de cette liste sont inconnus à ce jour.
Donc, vous avez un organisme, indépendant
du gouvernement, qui a un rôle clé, avec une expertise clé, pour protéger les
droits puis les personnes au Québec... on nous dit... ça, c'est leur premier
mandat, puis tout ce qu'ils... ce qu'ils écrivent en premier, c'est : Oh! écoutez,
ça ne regarde pas bien, beaucoup, beaucoup d'incertitudes, beaucoup
d'incertitudes.
• (14 h 30) •
D'ailleurs, justement, quand on regarde la
partie accessible au public du mémoire du Conseil des ministres, bien, c'est ça,
il y a une chose où ils ont vraiment raison, hein, puis je vous le disais un
peu plus tôt : «L'annonce publique de la présente proposition législative
pourrait être comprise à l'étranger comme une volonté de fermeture du Québec.»
Ça, là-dessus, je suis d'accord avec le gouvernement. Donc, il y a un enjeu de
taille.
Deuxièmement, hein, la commission, là,
dans son mandat de protection des droits de la jeunesse, intervient pour
protéger, évidemment, les jeunes. Et, comme je vous le soulignais, ils agissent
également dans des situations...
14 h 30 (version révisée)
M. Morin : ...protéger,
évidemment, les jeunes. Et, comme je vous le soulignais, ils agissent également
dans des situations d'exploitation de personnes âgées ou handicapées puis ils
veillent à l'accès à l'égalité en emploi dans les organismes publics. Et la
commission, la commission, elle est prête à collaborer, la commission, elle,
est prête à... D'ailleurs, d'ailleurs, dans leur document, ils disent :
Écoutez, on s'est associé au ministère de la Sécurité publique, à l'École
nationale de police, au Commissaire à la déontologie policière, pour offrir
notamment une formation sur le profilage racial et social aux policiers du
Québec.
Quand je vous parlais de la notoriété de
la commission, je vous en parlais, au Québec, et je vous en parlais aussi que
leur notoriété dépasse les frontières du Québec, et c'est tout à leur honneur,
on souligne ici, à Genève : «Le comité des Nations unies pour l'élimination
de la discrimination raciale a reconnu l'expertise de la commission.» Donc, ils
ont une expertise, ils ont une réputation qui dépasse les frontières du Québec
et c'est reconnu, entre autres, par un comité des Nations unies. Et ils sont
prêts, évidemment, bien sûr, à venir travailler avec le gouvernement. Alors,
pourquoi, dites-moi pourquoi le gouvernement se priverait d'une telle
expertise?
Permettez-moi, permettez-moi, en
terminant, Mme la Présidente, de reprendre quelques éléments de la lettre qui a
été envoyée à M. le ministre. On nous dit : «Le projet de loi prévoit de
plus que toutes les décisions relatives à la gestion des demandes d'immigration,
tous programmes confondus, seront prises en vertu de différents critères dont
la liste n'est pas limitative.» On cite, par exemple, le besoin de favoriser
une diversité de provenances, bon, ça avait déjà fait l'objet de réserves de la
part de la commission des droits. Celle-ci soulignait que «ce critère de
sélection, basé sur un bassin géographique, comme un pays, une région, un
continent, pourrait avoir un effet discriminatoire à l'égard des ressortissants
étrangers sur la base du motif d'origine ethnique ou nationale». Donc, on dit
bien que ça pourrait avoir un impact.
On parle aussi du nouvel élément
décisionnel qui apparaîtrait désormais à l'article 52 de la Loi sur l'immigration
au Québec, prévoyant que les décisions, en question, pourraient varier en
fonction de toute distinction jugée utile. Et évidemment c'est un critère qui
est très large, et ça, bien, d'ailleurs, on le dit, je le dis depuis le début,
ça va conférer une discrétion considérable au ministre de l'Immigration et au
gouvernement. Et on se rappelle qu'en vertu de l'article 53 de la loi, les
décisions ne seront pas soumises aux exigences de la Loi sur les règlements,
donc, à une prépublication.
Alors, autant, autant d'éléments qui
créent une incertitude, et puis c'est ce que la... c'est ce que le président de
la commission rappelle à la page 3 de son document : «Une grande
incertitude plane donc sur la manière dont le projet de loi sera mis en œuvre.»
On dit qu'en plus, en plus du projet de loi, parce que c'est un tout en
immigration, le gouvernement a récemment annoncé un moratoire sur deux des
principales voies d'accès à la résidence permanente relevant du gouvernement
québécois. Et puis ça, on sait, Mme la Présidente, parce qu'on a entendu... on
a entendu des reportages, on a entendu des témoignages, le gouvernement vient
changer les règles dans le milieu d'un exercice, ce qui fait qu'on a plein de
gens au Québec qui sont en train d'étudier, puis qui, oui, espéraient
travailler, puis éventuellement devenir résidents permanents, puis là ils n'ont
aucune idée de ce qui va arriver. Puis ce projet de loi, le projet de loi 74,
ne va pas venir diminuer leurs inquiétudes. Et on rappelle que ces
incertitudes, ces annonces ne sont pas sans conséquence sur la vie et les
droits des personnes touchées.
Puis ça, je veux prendre quelques instants
pour le souligner, parce que vous savez, ce matin, Mme la Présidente, on
parlait, on parlait de chiffres, on parlait de statistiques, puis je remercie M.
le ministre avec son équipe, parce qu'on nous a divulgué plusieurs chiffres.
Mais c'est parce que, derrière les chiffres, il y a des humains, il y a des
vraies personnes. Et le dossier de l'immigration, c'est un dossier où on parle
véritablement, là, de situations avec du vrai monde qui sont affectés, bien,
c'en est un, et ça, je pense que c'est... c'est important. Et la commission des
droits <se désole...
M. Morin :
...dossier
où on parle véritablement, là, de situations avec du vrai monde qui sont
affectés, bien, c'en est un, et ça, je pense que c'est... c'est important. Et
la commission des droits >se désole qu'encore une fois cette catégorie
de personnes soit placée devant une telle incertitude qui met à mal des projets
de vie. La commission nous rappelle aussi que les personnes immigrantes, c'est
une richesse, et ça, je tiens à le souligner puis je vais le répéter, une
richesse qui participe au développement social, culturel, économique et
identitaire du Québec, et ça, la commission l'a toujours rappelé. Évidemment,
c'est un élément important. Donc, la commission nous dit qu'elle demeurera
vigilante sur la mise en œuvre du projet de loi, mais, évidemment, quand on
parle de mise en œuvre, c'est parce que le projet de loi aura été adopté.
Moi, ce que j'invite M. le ministre à
faire, c'est qu'avant que ce soit adopté, tout à coup, tout à coup que son
projet de loi serait discriminatoire, ne serait pas conforme à la charte, bien,
qu'est-ce qui va arriver? Il va arriver des plaintes, il va arriver des
litiges. Moi, je voudrais éviter ça, autant que possible, à l'État, aux
Québécois puis aux Québécoises, d'autant plus que ce serait important de les
entendre. Je vous remercie, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme Poulet) : Merci,
c'est tout le temps qu'on a, M. le député de l'Acadie. Alors, est-ce qu'il y a
d'autres interventions sur cette motion? Oui. Alors, le député de Saint-Henri—Sainte-Anne.
M. Cliche-Rivard : Merci, Mme
la Présidente. J'appuie, là, la motion du collègue de l'Acadie sur la présence
de la CDPDJ. C'est quand même important et intéressant. En fait, quand la
Commission des droits de la personne et de la jeunesse nous dit quelque chose,
je suis, effectivement, d'accord qu'on devrait avoir un a priori toujours
positif, puis l'étudier le plus sérieusement possible. Je suis assez convaincu
que le gouvernement pense la même chose de la CDPDJ. On les entend, là, à
plusieurs occasions, sur plusieurs différents projets de loi, dans plusieurs
matières, notamment, là, ces temps-ci, en matière de droits de la jeunesse,
fort heureusement.
Donc, j'entends ce que le collègue a
réitéré, puis, effectivement, la communication de la CDPDJ est assez limpide,
là, à l'effet qu'ils auraient voulu pouvoir procéder à une analyse plus... plus
détaillée, mais, faute de temps, c'est ce qu'ils sont capables de nous fournir.
Quand même, des éléments importants, puis j'aurais voulu les entendre
là-dessus, puis on aura la chance d'y revenir, M. le ministre, mais sur les
critères d'élaboration de ladite liste, là, sur les établissements désignés qui
sont, actuellement, inconnus, eux soumettent, là, un potentiel risque à ce
qu'on ne connaisse pas initialement les facteurs de qualification, puis le
processus, la procédure, puis, notamment, tous les éléments liés à l'équité
procédurale. Mais j'aurais voulu les entendre là-dessus, sur qu'est-ce qui...
qu'est-ce qu'ils ont comme vision, qu'est-ce qu'ils envisagent de manière à
ajouter dans nos débats, dans nos discussions, puis dans les idées qu'on pourra
formuler là, ici, notamment de par leur expertise juridique fort pertinente. Ça
fait un des éléments qui me semble être très important, qui a été soulevé.
Un autre volet, c'est, effectivement, le
contrôle ou, du moins, la recommandation sur le volet discriminatoire ou non,
là, au sens de la charte... des chartes, sur la base de l'origine nationale ou
ethnique. Ça, ça me semble être un élément important, puis on y reviendra, dans
l'étude détaillée, sur cette... cette question-là, d'établir des... la
possibilité ou la non-possibilité d'établir des quotas par... ou des plafonds
par pays d'origine national, eu égard à la charte, puis eu égard à ce qui est
protégé là-dedans. Le fait que la commission, là, lève un drapeau rouge me
semble un... un indicateur, et j'aurais voulu les entendre davantage sur leur
analyse juridique, là, de comment ça pourrait être interprété
problématiquement. Parce que, le collègue en parlait, si on adopte une loi qui,
de surcroît, est invalidée, alors que, bon, semble-t-il que l'objectif de cette
loi-là, partiellement, était de répondre à un recours qui avait invalidé une
loi ou, en tout cas, un décret, il me semble qu'on tourne un petit peu en rond,
là. Donc, ce sera un élément important à discuter.
• (14 h 40) •
Puis j'aurais voulu pouvoir bénéficier de
l'analyse approfondie et détaillée desdits membres de la commission, donc, je
pense que ça pourrait être très utile qu'on les entende. Le collègue en
parlait, on parle d'une heure, là, on parle de leur présentation de 10 minutes,
plus la période de questions, je ne pense pas qu'on... versus l'économie du
temps, et d'énergie, et d'argent, que... qui pourrait être sauvée, là, s'il
devait avoir une contestation constitutionnelle ou une contestation sur la base
de la charte d'une dite disposition, donc, quand même. Il y a aussi un volet
qui est soulevé puis qui m'a particulièrement fait réfléchir, c'est sur
l'ajout, là, de toute distinction jugée utile, là, dans le vocable du projet de
loi, ça me semble particulièrement large.
Et la commission fait bien de le relever,
on est davantage éclairé, puis les justiciables <le sont d'autant plus...
M. Cliche-Rivard :
...distinction
jugée utile, là, dans le vocable du projet de loi, ça me semble
particulièrement large.
Et la commission fait bien de le
relever, on est davantage éclairé, puis les justiciables >le sont
d'autant plus, les citoyens et les citoyennes, quand les critères sont
parfaitement définis et quand on comprend exactement où est-ce qu'on veut
aller, et non pas quand on fournit un potentiel de soulever toute autre
distinction jugée utile, là. Donc, j'aurais voulu aussi entendre la commission
sur son analyse juridique d'un tel critère, pour nous permettre, peut-être, de
circonscrire, ou, en tout cas, du moins, d'étudier les possibilités qui nous
permettraient de circonscrire le terme.
Donc, voilà, pour moi, il y a des éléments
très importants. Et je note quand même qu'il ne s'agit pas là d'une demande d'entendre,
pendant trois jours de plus, 18 intervenants, là, il s'agirait là d'une
demande spécifique d'entendre un organisme spécialisé, en matière de respect de
la charte puis en matière de conseils juridiques, d'intervention juridique, qui
me semble très précis puis très utile pour l'élaboration de nos travaux. Là, on
a pu bénéficier de quelques lignes, quelques analyses préliminaires, mais il
est évident que, si ladite commission ici devait donner un mandat à la CDPDJ,
je suis assez convaincu, puis c'est ce qu'ils nous... c'est ce qu'ils nous
disent en fin de texte, qu'ils seraient assez disponibles, et ouverts, et
capables de venir s'exprimer. Et moi, j'aimerais pouvoir bénéficier, là, du
temps d'échange, avec les avocats, les avocates de la commission, pour éclairer
les pistes, qui ferait en sorte que ledit projet de loi, s'il devait être
adopté tel quel, survive à une contestation constitutionnelle approfondie.
Donc, voilà, Mme la Présidente. Je vais
remettre tout ça entre les mains, évidemment, du... gouvernemental, qui
décidera s'il appuie ou non la motion, mais je pense qu'on pourrait, mardi
matin ou mardi en début de journée, rapidement, entendre la commission,
rapidement, là. Puis on serait prêts... moi, je serais prêt à adapter ma
disponibilité, là, sur les heures de travaux, évidemment, pour ne pas retarder
l'étude détaillée, pour entendre la commission. Merci.
La Présidente (Mme Poulet) : Merci
beaucoup. Est-ce qu'il y a d'autres interventions? Oui, Mme la députée de Mont-Royal—Outremont.
Mme Setlakwe : Merci, Mme la
Présidente. Donc, à mon tour, donc, de joindre ma voix à celle de mes
collègues. Avant tout, mon collègue de l'Acadie, qui a eu... qui, avec raison,
a déposé cette motion préliminaire demandant, donc, d'élargir les consultations
et d'entendre la Commission des droits de la personne et des droits de la
jeunesse, ce qu'on appelle communément la CDPDJ.
Permettez-moi, Mme la Présidente, de m'en
remettre à leur lettre. C'est une lettre extrêmement importante qui a été
communiquée au ministre, ministre de l'Immigration, de la Francisation et de
l'Intégration, le 15 novembre 2024. Donc, suite aux consultations, aux
deux journées de consultations qu'on a tenues en lien avec le projet de loi 74,
les 5 et 6 novembre derniers, le 15 novembre, le ministre reçoit,
donc, cette lettre de la CDPDJ où... Je vais le dire dans mes mots, puis
ensuite je vais... je pense que ça vaut la peine de lire le détail, de lire le
libellé de leur lettre. Mais, dans mes mots, pour reprendre ce que mes
collègues ont dit : Quand la CDPDJ émet des réserves, émet des inquiétudes,
il est de notre devoir, comme parlementaires, d'écouter, de lire, d'entendre,
de prendre en considération. Et ça doit être fait, à mon sens, avant qu'on
débute l'étude détaillée du projet de loi. Il y a des articles spécifiques du
projet de loi 74 qui sont mentionnés, qui sont désignés spécifiquement
dans la lettre et pour lesquels la commission a des inquiétudes. Elle considère
que le libellé est trop large, considère que ça peut mener à des... à une... à
brimer des droits et libertés prévus dans nos chartes. Et donc, comme
parlementaires, il est extrêmement important de prendre le temps de les
entendre et pas simplement lire leurs propos. Je pense que ce ne serait pas du
tout une perte de temps, au contraire. Et moi aussi, je me rends disponible
pour les entendre avant le début de nos travaux d'étude détaillée.
Également, je mets mon chapeau d'avocate.
D'ailleurs, nous sommes trois avocats, ce côté-ci de la table, puis je sais
qu'il y a d'autres avocats autour de la table. Il est de notre... Il est
d'autant plus important de prendre le temps de prendre en considération les
inquiétudes qui sont mises de l'avant. Comme parlementaires, on ne veut pas
voter sur un projet de loi qui pourrait éventuellement être jugé
discriminatoire et être <jugé non conforme...
Mme Setlakwe :
...qui
sont mises de l'avant. Comme parlementaires, on ne veut pas voter sur un projet
de loi qui pourrait éventuellement être jugé discriminatoire et être >jugé
non conforme aux principes et aux droits et libertés enchâssés dans nos
chartes.
Donc, voilà, Mme la Présidente, je vais me
permettre d'en lire des passages, et puis voilà. Puis ensuite je vais avoir
l'occasion de vous faire part d'un témoignage écrit qui m'a été... qui m'a été
remis par une étudiante tunisienne actuellement dans le parcours... de son
parcours de maîtrise en génie industriel à Polytechnique Montréal. Donc, le 15 novembre
dernier, dans cette lettre de la CDPDJ, on nous... on nous mentionne que le
projet de loi laisse planer beaucoup d'incertitudes sur sa mise en œuvre. C'est
ainsi que débute... débute cette lettre importante de la présidence. Parmi les
mesures proposées, et je les cite, la commission des droits note que
l'admission des étudiantes et étudiants étrangers sera désormais conditionnelle
à l'admission dans un établissement d'enseignement désigné par le gouvernement
dans une liste qui sera éventuellement rendue publique par décret. Les critères
d'élaboration de cette liste sont également inconnus à ce jour. Le projet de
loi prévoit de plus que toutes les décisions relatives à la gestion des
demandes d'immigration, tous programmes confondus, seront prises en vertu de
différents critères dont la liste n'est pas limitative.
Mon collègue de service interne en a
fait... en a fait mention, on n'a pas, donc, ici, affaire à une liste de
critères connus, exhaustifs. Elle est... elle n'est pas limitative et... et le
projet de loi, en ce sens, laisse planer beaucoup d'incertitudes. Je reprends
le texte de la lettre : Parmi ceux-ci, notons-le, et j'ouvre la citation, «le
besoin de favoriser une diversité de provenances des demandes de sélection» qui
avaient déjà fait l'objet de réserves de la part de la commission des droits.
Celle-ci soulignait que ce critère de sélection basé sur un bassin géographique
comme un pays, une région ou un continent, pourrait avoir un effet
discriminatoire à l'égard des ressortissants étrangers sur la base du motif
origine ethnique ou nationale, en compromettant leur droit à la liberté de leur
personne sans discrimination et leur droit à l'égalité dans la conclusion d'un
acte juridique, ayant pour objet des biens ou des services ordinairement
offerts au public, en vertu des articles 1, 10 et 12 de la charte.
Une voix : ...
Mme Setlakwe : Oui. Et
permettez-moi, Mme la Présidente, de mentionner, j'aurais dû le faire au début,
c'est mon erreur, que je prends la parole au nom du chef de l'opposition
officielle, là, dans le cadre du débat sur cette motion préliminaire. Je
remercie mon collègue, à ma droite, de me le rappeler. Mon collègue, merci.
Donc...
La Présidente (Mme Poulet) :
C'est noté. Merci.
• (14 h 50) •
Mme Setlakwe : Oui,
merci. Je reprends donc les propos de la CDPDJ, les inquiétudes qui ont été
mises de l'avant, qui ont été signalées au ministre de l'Immigration. Il nous
mentionne qu'un nouvel élément décisionnel apparaîtrait désormais à
l'article 52 de la Loi sur l'immigration au Québec, prévoyant que les
décisions en question pourraient varier «en fonction de toute distinction jugée
utile». Ce critère très large conférerait ici une discrétion considérable au
ministre de l'Immigration et au gouvernement. La commission nous rappelle qu'en
vertu de l'article 53 de la loi, ces décisions ne sont pas des règlements
et ne sont donc... ne sont donc pas soumises aux exigences de la Loi sur les
règlements, dont des exigences de prépublication à la Gazette officielle du
Québec, permettant aux personnes et organismes concernés de les commenter
avant leur entrée en vigueur. Au surplus, notons que le projet de loi
réitérerait... retirerait, je m'excuse, l'obligation de prépublication pour les
règlements adoptés en vertu des articles 9 et 10 de la loi. Comme l'a
souligné la commission des droits à de multiples reprises, la prépublication
est une exigence qui est étroitement liée au droit à l'information consacré à
l'article 44 de la charte.
Et là on arrive à un passage très
important de leur lettre, et je les cite toujours : «Une grande incertitude...
incertitude plane donc sur la manière dont le projet de loi sera mis en œuvre.
La Commission des droits se désole de ne pouvoir faire, dans les circonstances,
une analyse complète du projet de loi et des conséquences concrètes qu'il
pourrait avoir sur les droits et libertés protégés par la... la charte, compte
tenu des délais impartis.» Donc, ici, permettez-moi d'insister, là, sur la
pertinence de notre motion qui... Nous, on porte leur voix et on demande qu'il
y ait du temps qui soit... qui leur soit octroyé, du temps, et je pense que
nous avons le luxe du temps. Nous devons, il est de notre devoir de <prendre
le temps...
Mme Setlakwe :
...et
on demande qu'il y ait du temps qui soit... qui leur soit octroyé, du temps, et
je pense que nous avons le luxe du temps. Nous devons, il est de notre devoir
de >prendre le temps de leur permettre de faire une analyse complète et
de venir devant nous, les parlementaires, pour nous faire part de leur... de
leur conclusion, de leur... de leur analyse plus complète du projet de loi.
Ensuite, l'autre... l'autre rubrique de
leur lettre porte sur les conséquences d'un moratoire imprévu sur l'admission à
l'immigration permanente des étudiantes et étudiants diplômés au Québec. Je
l'ai déjà mentionné, Mme la Présidente, que le projet de loi 74 s'ajoute à
d'autres mesures qui ont été annoncées précédemment et qui viennent créer un
état d'incertitude dans le... dans le monde de l'enseignement supérieur et auprès
des étudiants internationaux. Je me... je me rapporte encore une fois à la
lettre : «Le projet de loi s'est accompagné de l'annonce d'un moratoire
sur deux des principales voies d'accès à la résidence permanente relevant du
gouvernement québécois. En lien direct avec le projet de loi est ainsi
suspendue la réception des demandes de sélection à titre permanent dans le
cadre du volet Diplômés du Québec du PEQ du 31 octobre 2024 au
30 juin 2025.» La CDPDJ nous dit : Cette décision est, pour le moins,
surprenante dans la mesure où la planification de l'immigration 2024-2025
annonce vouloir «admettre en continu les personnes qui déposent une demande de
résidence permanente dans le cadre du volet Diplômés du Québec».
Le plan stratégique 2023-2027 du ministère
de l'Éducation supérieure est au même effet et affirme... et là on cite le plan
stratégique qui a été maintes fois cité, là, dans le cadre de l'étude du projet
de loi. Ce projet... ce plan stratégique mentionne «qu'attirer davantage
d'étudiants internationaux dans les collèges et universités francophones du
Québec est une priorité gouvernementale». Et c'est là où on arrive à l'impact
sur les droits de la personne. La commission nous dit : «Les incertitudes
découlant de cette annonce inattendue ne sont pas sans conséquence sur la vie
et les droits des personnes touchées. En février 2020, au moment de la réforme
du PEQ, la Commission des droits soulevait ainsi que les changements inattendus
au programme avaient suscité une grande inquiétude parmi les étudiantes et
étudiants étrangers qui avaient, jusqu'à cette annonce, des attentes légitimes
à l'effet qu'ils pourraient bénéficier d'une voie d'accès à la résidence
permanente qui corresponde à leur situation.» Elle ajoutait que «l'incertitude
ainsi créée risquait d'affecter l'exercice de plusieurs de leurs droits
garantis par la charte, et notamment leur capacité à faire des choix relevant
de leur sphère d'autonomie personnelle, telle que protégée par leur droit à la
liberté et à la vie privée consacré aux articles 1 et 5 de la charte.
«Les personnes concernées, ayant quitté
famille et amis et souvent investi des sommes considérables sous la promesse
d'un accès à la résidence permanente, la Commission des droits estimait que
cela risquait aussi de porter atteinte à leur droit à la sûreté, protégé par
l'article 1 de la charte, lequel comprend un aspect protégeant contre
toute atteinte à l'équilibre psychologique de la personne.» Je poursuis :
«La Commission des droits se désole qu'encore une fois cette catégorie de
personnes soit placée devant une telle incertitude, mettant à mal des projets
de vie au détriment de leurs droits.»
Et je m'arrête ici. Je pense que c'est le
moment opportun pour vous faire part d'une lettre qui m'a été... qui m'a été
remise par une jeune étudiante tunisienne qui est actuellement à la
Polytechnique, une école qu'on connaît tous, qui est située dans ma
circonscription, que j'ai eu le privilège de visiter à nouveau il y a
quelques... dans les derniers... les dernières semaines. Je ne nommerai pas la
jeune étudiante, mais je peux vous dire que, pour l'avoir rencontrée, son récit
est extrêmement touchant et son inquiétude était palpable. On sentait le stress
dans sa voix. Et elle m'a... elle m'a donné cette lettre et elle a dit :
Si vous êtes... si vous pouvez prendre quelques instants pour la lire et pour
prendre en considération ce que je suis en train de vivre, je vous en serais
extrêmement reconnaissante. Alors, je prends mon temps de parole aujourd'hui ou
je profite de cet... de ce temps de parole que j'ai pour vous faire part de ce
qu'elle vit, cette jeune étudiante brillante.
Donc, elle parle de... en objet, de la
suspension du CSQ, le certificat de sélection du Québec, et les conséquences
pour les étudiants internationaux de cycles supérieurs : «Madame,
monsieur, je vous écris pour exprimer les préoccupations de nombreux étudiants
internationaux face aux récentes mesures adoptées par le gouvernement du Québec
en matière d'immigration, en particulier la suspension sans préavis, annoncée
le 31 octobre de la délivrance des certificats de sélection du Québec,
CSQ, pour les diplômes qualifiés jusqu'au <30 juin 2025...
Mme Setlakwe :
...en
particulier la suspension sans préavis, annoncée le 31 octobre de la
délivrance des certificats de sélection du Québec, CSQ, pour les diplômes
qualifiés jusqu'au >30 juin 2025. Ces nouvelles mesures s'ajoutent
aux exigences supplémentaires prévues dès le 23 novembre pour l'accès au
CSQ, créant un climat d'incertitude pour des étudiants déjà bien intégrés au
Québec.»
Et là elle se nomme, je vais passer outre
son nom. Elle est étudiante internationale, inscrite en maîtrise en génie
industriel à Polytechnique Montréal : «Mon parcours au Canada a débuté par
une sélection dans le cadre du programme Mitacs Globalink, une initiative
extrêmement compétitive qui m'a permis de venir à Montréal pour un stage de
recherche. Depuis, j'ai poursuivi mes études en maîtrise de recherche et ai été
reconnue pour l'excellence de mon dossier, me classant deuxième au Québec pour
l'obtention de la bourse de la Francophonie, du Fonds de recherche du Québec.»
C'est une vraie personne, là, qui est visée par cette bourse du Fonds de
recherche du Québec, dont on parlait ce matin, quand on citait notamment le Scientifique
en chef, M. Quirion.
Je poursuis. «J'ai également atteint un
niveau C1 en français, TCF Canada, correspondant au niveau 9 sur
l'échelle québécoise des compétences en français. Le Canada a investi en nous et
nous sommes prêts à rendre cet investissement en contribuant activement à
l'économie et au développement de la société canadienne. Mon projet de
recherche est aligné avec les priorités du Québec en matière de développement
durable, en se concentrant sur la stratégie d'électrification des transports.
Ce projet implique une collaboration étroite avec des PME québécoises,
renforçant notre intégration dans le tissu économique local. Je suis mariée et
mon mari détient la résidence permanente au Québec, ce qui témoigne de notre
engagement à bâtir notre avenir ici en respectant les lois et en contribuant à
l'économie locale.
«Les étudiants internationaux des cycles
supérieurs à Polytechnique Montréal, qui représentent environ 65 % des
effectifs à ce niveau, ont consacré de nombreux efforts pour s'intégrer au
Québec, souvent, en apprenant le français depuis le début. La plupart d'entre
nous se situent dans la tranche d'âge de 26 à 30 ans, avec des conjoints
et des responsabilités familiales croissantes. Nous avons fait le choix de nous
établir au Québec de manière durable, mais l'instabilité législative actuelle
compromet notre capacité à prendre des décisions pour l'avenir. Suite à ces
changements fréquents et soudains, notre santé mentale est affectée, car nous nous
trouvons dans l'incapacité de nous projeter sereinement dans un futur proche.
Cette incertitude persistante pèse lourdement sur notre moral, nous laissant
dans un état de constante inquiétude quant à notre avenir ici.
Nous ne sollicitons pas de traitement de
faveur, mais un cadre stable et cohérent qui nous permettrait de poursuivre
sereinement notre engagement envers le Québec, permettant aux étudiants
internationaux qualifiés d'envisager sereinement un avenir au Canada. Nous vous
remercions pour votre attention et restons disponibles pour toute information
complémentaire.»
Moi, j'ai été extrêmement touchée par le
récit de cette jeune étudiante puis je suis persuadée... d'ailleurs, il y en
avait deux autres qui étaient autour de la table avec nous, mais je suis
persuadée que c'est le récit de plusieurs étudiants internationaux qu'on a le
privilège d'avoir pu recruter, qu'on a le privilège d'avoir ici, sur notre
territoire. Dans son cas, elle va clairement apporter une contribution
significative à nos efforts en transition... en transition énergétique. Et puis
elle m'a dit qu'elle avait déjà un emploi assuré, elle se concentre en
stratégie, c'est ça, d'électrification des transports. Je pense que c'est
extrêmement pertinent. On se rappelle qu'à la Polytechnique, au deuxième cycle,
c'est soit autour de 60 % d'étudiants internationaux, et, quand on est au
doctorat, on parle de 70 % d'étudiants internationaux.
• (15 heures) •
Donc, l'ensemble de ces mesures, auquel
s'ajoute le projet de loi 74, créent des inquiétudes bien réelles. Quand
la CDPDJ nous parle de ces projets de vie — je reviens à leur lettre — qui
nous parle de ces personnes qui sont placées devant une incertitude mettant à
mal des projets de vie au détriment de leurs droits, bien, je pense qu'on a un
exemple... Je vous ai fait part, Mme la Présidente, d'un exemple bien vivant,
d'une personne qu'on a eu la... que j'ai eu la chance de rencontrer.
«Soulignons que ces personnes résidentes
au Québec, intégrées dans nos institutions d'enseignement supérieur, qui
occupent aussi, souvent, un emploi sur le campus ou à temps partiel à
l'extérieur, ont très largement le français comme langue d'usage — c'est
ce que je viens de mentionner, là, quand je lisais la lettre de cette jeune
femme. Comme le soulevaient les électrices et recteurs des principales
universités francophones québécoises lors des consultations du 5 novembre
dernier, les étudiantes et étudiants internationaux que reçoivent les établissements
d'enseignement supérieur québécois sont triés sur le volet et soumis à des processus
d'évaluation et de sélection rigoureux...
15 h (version révisée)
Mme Setlakwe : ...québécoises
lors des consultations du 5 novembre dernier. Les étudiantes et étudiants
internationaux qui reçoivent les établissements d'enseignement supérieur
québécois sont triés sur le volet et soumis à des processus d'évaluation et de
sélection rigoureux. Ils participent à faire du Québec une société d'accueil
capable de rivaliser avec tous les autres pays en termes de recherche et de
techniques de pointe. Ces étudiantes et étudiants contribuent aussi, par leurs
activités de recherche et d'enseignement, à l'exercice de la liberté académique
de leurs établissements, protégés notamment par l'article 3 de la charte
qui consacre la liberté d'expression. Si les inquiétudes relatives à l'accueil
permanent des personnes étrangères découlent de l'admission... découlent de
l'admission sans balise d'un grand nombre d'étudiantes et d'étudiants étrangers
non francophones dans des établissements privés non subventionnés au cours des
dernières années, la commission des droits estime alors que le projet de loi
devrait viser plus spécifiquement la résolution de ce problème.»
Mme la Présidente, l'exercice qu'on fait
cet après-midi, en d'autres mots, c'est de venir porter la voix, mettre de l'avant
encore une fois ces préoccupations qu'on a entendues maintes et maintes fois
depuis le début des consultations sur ce projet de loi. On a pu l'entendre en
commission, on a pu le lire. J'ai ici avec moi, là, non seulement les mémoires
des groupes qui sont venus en consultations, mais également toute une pochette
remplie de mémoires additionnels qui ont été soumis à la commission. On a tous
suivi la revue de presse, on a tous entendu les préoccupations. Elles se
recoupent, elles se répètent par la voix de nombreux acteurs. Et là, ici, on a
la CDPDJ, et comme parlementaires, je pense qu'il n'est pas du tout inutile, il
n'est pas du tout frivole, il n'est pas du tout... pas du tout superflu de
prendre le temps. Et on a mentionné qu'on parle... on parle de quoi? On parle d'une
heure de notre temps, de leur accorder un espace de parole afin qu'ils puissent
compléter leur analyse détaillée et nous en faire part en commission.
Donc, permettez-moi de compléter, donc, le
temps qu'il me reste en parlant du troisième volet. Donc, oui, le troisième
volet de la lettre extrêmement pertinente de la CDPDJ, et qui est intitulé :
Les personnes immigrantes, une richesse qui participe au développement social,
culturel, économique et identitaire du Québec. «La commission des droits a
toujours veillé, dans ses différents travaux, à souligner l'importance de
reconnaître la participation effective des Québécoises et Québécois issus de l'immigration
à leur société d'accueil. Or, elle constate que ces personnes ont été malmenées
ces dernières années par le discours public sur l'immigration décuplé par les
réseaux sociaux», etc.
Je pense que, qu'est-ce qu'il faut... ce
qu'il faut retenir aussi, puis ça a été dit et redit, c'est qu'il faut faire
attention au message qu'on envoie. Il faut, oui, s'il y a une problématique spécifique,
qu'elle soit nommée, qu'on ait les chiffres à l'appui, qu'on sache où se situe
la problématique aussi, dans quelles régions, dans quels collèges, dans quels
programmes, dans quels établissements, dans quels ordres d'enseignement, etc.,
et qu'on fasse attention au message général qu'on met de l'avant afin de s'assurer
de maintenir notre réputation à l'international, de maintenir notre... bien, la
qualité de notre accueil, parce que la nation québécoise, elle est extrêmement
accueillante. Et moi, les personnes à qui je parle, c'est des étudiants comme l'étudiante
dont je vous ai fait mention précédemment, bien, ils veulent toujours venir. C'est
ce qu'on entend, c'est ce qu'on entend quand on voyage. On parle de nos
universités, on parle du Québec, on parle de Montréal. Puis la beauté de la
chose, c'est qu'on est connu et réputé à l'international pour la qualité de nos
institutions. Donc, encore une fois, il faut agir avec la plus grande... la
plus grande prudence, ici, et faire très, très attention au message qu'on
envoie. Parce que, même quand l'intention n'est pas, donc, de venir nuire à l'ensemble
du réseau, mais plutôt de venir répondre à une... à une situation problématique
bien spécifique et identifiée, parfois, en voulant, donc, régler un problème,
on peut aussi en créer d'autres. Et ce n'est certainement pas l'intention,
notre intention comme législateurs ici.
Donc, je termine en disant que «la commission
des droits soulignait, en 2022, l'importance pour le gouvernement d'assumer
pleinement ses devoirs et responsabilités en matière d'accueil et d'intégration
afin de permettre la pleine participation et la contribution des personnes
immigrantes, non seulement au fait français, mais aussi au développement
social, économique, culturel et identitaire du Québec. D'ailleurs, les
différents énoncés de politique et politiques en matière... les énoncés de
politique et politiques en matière d'immigration, adoptés au fil des ans, font
de cette <participation...
Mme Setlakwe :
...les
énoncés de politique et politiques en matière d'immigration, adoptés au fil des
ans, font de cette >participation un des principes fondamentaux du cadre
normatif spécifique du Québec pour l'intégration des personnes immigrantes.
Seule la réaffirmation de la responsabilité partagée entre la société d'accueil
et les personnes immigrantes permettra la pleine participation de celle-ci à la
prospérité du Québec et au renforcement de sa cohésion sociale.»
Ils terminent en nous disant : «La commission
des droits demeurera donc vigilante sur la mise en œuvre du projet de loi 74 et
suivra avec intérêt les consultations sur la planification de l'immigration
prévue au printemps prochain.»
Je termine en vous disant... en réitérant,
Mme la Présidente, en appui à notre motion, ils disent qu'ils vont demeurer
vigilants, qu'ils vont suivre avec intérêt. Nous, on a lu avec intérêt, mais
pourquoi ne pas leur tendre la main et faire plus? Ils disent qu'ils vont...
qu'ils demeurent vigilants, qu'ils sont impliqués, qu'ils sont intéressés et
qu'ils ont des... qu'ils ont des choses à dire. Tout ce qu'on a à faire, c'est
leur offrir un espace... un espace pour le faire, Mme la Présidente. Et, en ce
sens-là, je pense que notre motion est tout à fait pertinente et souhaitable.
Merci.
La Présidente (Mme Poulet) :
Merci, Mme la députée. Est-ce qu'il y a d'autres interventions? Oui, M. le
ministre.
M. Roberge : Merci, Mme
la Présidente. Brièvement. On a pris connaissance des commentaires, mais il faut
se souvenir que, lorsqu'on fait les consultations particulières, c'est par
entente avec les leaders. On n'a pas l'intention d'entendre de nouveaux
groupes. Les gens peuvent se faire entendre de plusieurs manières, peuvent
communiquer avec nous, peuvent nous envoyer des mémoires. Donc, juste au cas où
les collègues prévoient déposer d'autres motions préliminaires qui vont nous
demander de faire d'autres auditions particulières, juste pour sauver du temps,
on ne les acceptera pas, juste pour les aider.
La Présidente (Mme Poulet) :
Est-ce qu'il y a d'autres interventions? Non. Alors, on va procéder à la
mise aux voix. Est-ce que la motion du député de l'Acadie est...
M. Morin : ...Mme la
Présidente, un vote par appel nominal, s'il vous plaît?
La Présidente (Mme Poulet) :
Oui. Mme la secrétaire.
La Secrétaire : Pour, contre,
abstention. M. Morin (Acadie)?
M. Morin : Pour.
La Secrétaire : Mme Setlakwe
(Mont-Royal—Outremont)?
Mme Setlakwe : Pour.
La Secrétaire : M. Roberge
(Chambly)?
M. Roberge : Contre.
La Secrétaire : Mme Lecours
(Lotbinière-Frontenac)?
Mme Lecours
(Lotbinière-Frontenac) : Contre.
La Secrétaire : Mme Schmaltz
(Vimont)?
Mme Schmaltz : Contre.
La Secrétaire : Mme Boivin
Roy (Anjou—Louis-Riel)?
Mme Boivin Roy : Contre.
La Secrétaire : Mme Tardif
(Laviolette—Saint-Maurice)?
Mme Tardif : Contre.
La Secrétaire : Mme Picard
(Soulanges)?
Mme Picard : Contre.
Le Secrétaire : M. Cliche-Rivard
(Saint-Henri—Sainte-Anne)?
M. Cliche-Rivard : Pour.
La Secrétaire : Mme Poulet
(Laporte)?
La Présidente (Mme Poulet) :
Abstention. Alors, la motion est rejetée. Est-ce qu'il y a d'autres motions
préliminaires? M. le député de l'Acadie.
M. Morin : Merci, Mme la
Présidente. J'ai une autre motion préliminaire à présenter et elle a été
envoyée, déposée dans le Greffier, si je ne me trompe. Et, lorsqu'elle sera
affichée au tableau, je vais la lire.
Une voix : ...
M. Morin : Pardon?
Des voix : ...
M. Morin : Moi, ce que
j'avais à dire pour la commission, je l'ai dit, c'était très clair. Voilà. Bon,
on l'a. Merci.
La Présidente (Mme Poulet) :
...allez-y, on vous écoute.
• (15 h 10) •
M. Morin : Oui. Alors,
écoutez, vous avez raison, Mme la Présidente, je vais la lire d'abord. Alors,
député de l'Acadie, en tant que député et porte-parole de l'opposition
officielle en matière de francisation, intégration et immigration, je dépose la
motion préliminaire suivante :
«Conformément à l'article 244 du
règlement de l'Assemblée nationale, je fais motion afin que la Commission des
relations avec les citoyens, dans le cadre de l'étude détaillée du projet de
loi n° 74, Loi visant principalement à améliorer l'encadrement relatif aux
étudiants étrangers, tienne des consultations particulières et qu'à cette fin,
elle entende l'Institut des sciences de la mer de l'Université du Québec à
Rimouski.»
Voilà.
La Présidente (Mme Poulet) :
On vous écoute.
M. Morin : Merci, Mme la
Présidente. Alors, j'ai bien entendu M. le ministre, mais vous savez, moi, dans
mon travail de porte-parole de l'opposition officielle, je persévère. Alors, je
me dis : Peut-être qu'à un moment donné la réponse de M. le ministre va
changer. On ne peut pas perdre à demander. Le pire qu'il puisse arriver, c'est
que M. le ministre dise non, mais, si on ne demande pas, on ne l'aura pas. Vous
êtes d'accord avec moi? Alors, voilà. Donc, moi, je continue. Et pourquoi...
pourquoi je continue et pourquoi c'est important? Écoutez, depuis le début,
depuis le début du dépôt de ce projet de loi et les groupes que nous avons
entendus, on a reçu d'autres mémoires. Ça soulève un <intérêt...
M. Morin :
...du
dépôt de ce projet de loi et les groupes que nous avons entendus, on a reçu
d'autres mémoires. Ça soulève un intérêt >grandissant. Et moi, mon rôle
comme porte-parole de l'opposition officielle, c'est d'exposer au gouvernement
toutes les craintes, incertitudes, impacts que pourrait avoir le projet de loi.
Parce qu'on nous demande, nous parlementaires, de travailler à ce projet de loi
là. Bien, moi, je veux bien. Puis je vais le faire, c'est fascinant, avec mon
cœur, mais je voudrais, par exemple, avoir tous les outils pour le faire
correctement. Et quand on nous dit, quand on nous dit, quand les recteurs
d'université nous disent qu'il va y avoir un impact important, bien, moi, mon
rôle, c'est de démontrer au gouvernement que cet impact-là va se faire sentir
dans différents domaines de l'activité... de l'activité du savoir et de
l'enseignement au Québec.
Pourquoi... Pourquoi une demande en lien
avec l'ISMER? Bien, je vais vous expliquer pourquoi, Mme la Présidente. Il y a
quelques semaines, alors qu'on était évidemment au parlement, j'ai eu le
privilège de rencontrer un groupe de hauts fonctionnaires, chercheurs,
responsables d'activités portuaires au Québec, dans le cadre de la semaine
maritime. Et au Québec, on est particulièrement chanceux parce que nous avons
ce grand fleuve qu'est le Saint-Laurent, qui est d'une beauté incroyable, et à
la fin de la rencontre, il y a un chercheur qui vient me voir, et il me dit :
Écoutez, je suis à l'ISMER et je suis particulièrement inquiet. Ah! Bon, j'ai
dit : D'accord. Alors je l'écoute. Là, il me dit : Vous n'avez pas
idée de l'impact que ce projet de loi là va avoir sur notre institut de
recherche.
J'avais déjà entendu parler de l'ISMER et
surtout de leur bateau, le Coriolis, mais quant à leur mission très
particulière, à l'impact, à ce qu'ils faisaient, là, je dois avouer que j'ai
fait quelques recherches et j'ai découvert, et c'est tout à l'honneur... tout à
l'honneur du Québec, ce qu'ils font. Mais là, après ça, la réflexion que je me
suis faite, c'était de dire, mais par ailleurs, quelle tristesse si ce projet
de loi a un impact négatif sur un tel lieu d'enseignement et de recherche que
nous avons au Québec.
Alors, dans les minutes qui vont suivre,
je vais prendre le temps d'expliquer au gouvernement l'importance de l'ISMER au
Québec. L'ISMER, en fait, c'est un acronyme, c'est l'Institut des sciences de
la mer de l'Université du Québec à Rimouski. Et écoutez ça, Mme la Présidente,
ce n'est pas banal, une institution francophone, M. le ministre est aussi la
ministre de la Francisation, une institution francophone en région, qu'est ce
qu'on peut demander de mieux, vouée à l'avancement des connaissances
multidisciplinaires en océanographie. C'est... C'est unique, unique au Québec,
unique. Et je vais... Et je vais vous dire ce que je vous disais tout à l'heure,
je ne crois pas, sincèrement, je peux me tromper, mais je ne crois pas que le
fait d'entendre un organisme pendant une heure de temps, alors qu'on a un
projet de loi qui va avoir un impact dévastateur sur nos universités, va mettre
en péril le gouvernement. C'est mon appréciation bien personnelle, mais
néanmoins je vous le soumets avec respect.
Et puis, s'il y en a qui nous écoutent qui
ne connaîtraient pas l'ISMER, bien, sachez que c'est le plus important centre
de recherche universitaire francophone en sciences de la mer au Canada. Donc,
on parle ici pour le Québec d'un institut de pointe en recherche dans le
domaine des sciences de la mer, et en termes de centre de recherche
francophone, c'est le plus important au Canada. Je pense qu'on a toutes les
raisons, au Québec, d'en être fiers. L'institut des sciences de la mer regroupe
une importante <masse...
M. Morin :
...Je
pense qu'on a toutes les raisons, au Québec, d'en être fiers. L'institut des
sciences de la mer regroupe une importante >masse critique de
chercheuses et de chercheurs, ainsi que d'étudiantes et d'étudiants d'horizons
disciplinaires variés. Donc, ça, c'est littéralement fondamental. Et ces
spécialistes se consacrent à la découverte et à l'avancement des connaissances
sur les milieux marins et côtiers dans une perspective de développement
durable.
Présentement, Mme la Présidente, bien, il
n'y a pas si longtemps, la COP s'est terminée au Brésil. On parle constamment
de développement durable, on parle de l'impact des changements climatiques et,
croyez-moi, je ne suis pas un expert en océanographie, mais quand on a la
chance d'aller dans le Bas-Saint-Laurent, en Gaspésie ou ailleurs, on voit
l'impact des changements climatiques sur les côtes des villages côtiers. Donc,
on a ici, chez nous, au Québec, le plus important centre de recherche en
océanographie.
Puis là je ne vous dis pas ça... Ce n'est
pas hypothétique, là, ce que je vous dis. Si je n'aurais pas rencontré le
chercheur en question, bien évidemment, peut-être que je n'en aurais pas parlé
ou je n'aurais pas été à même de prendre la mesure ou l'impact de la mesure sur
ce que le ministre veut faire avec son projet de loi. Mais on nous dit :
Écoutez, l'impact va être important. Donc, je ne peux pas faire autrement que
d'en parler. C'est un institut qui est rattaché à l'Université du Québec, alors,
ça fait partie de la grande famille, mais vous avez là, au sein de l'institut,
une communauté d'experts en biologie, en chimie, en physique et en géologie,
donc autant de disciplines scientifiques qui font en sorte qu'on peut attirer,
au Québec, en région, dans une institution francophone, des étudiants et des
chercheurs. Et, croyez-moi, quand on parle de science, science appliquée, de la
biologie, de la chimie, de la physique et de la géologie, puis ça revient... ça
revient à ce que ma collègue députée de Mont-Royal—Outremont
disait un peu plus tôt aujourd'hui, et elle se basait sur les témoignages et
les écrits des recteurs d'université, dans ces domaines-là, on est en
compétition avec le monde, c'est clair. Biologie, là, la chimie, la physique,
que ce soit à Montréal, à Rimouski, à Toronto, New York, Philadelphie ou
Genève, ça se ressemble pas mal. Ça va être les mêmes principes, les mêmes
équations. Donc, on est en compétition avec le monde.
• (15 h 20) •
Alors, on a déjà... Parfois, c'est ardu,
puis des recteurs d'université nous l'ont dit, c'est difficile d'attirer des
chercheurs et des étudiants, bien, écoutez, n'allons pas poser des gestes qui
vont faire en sorte qu'on va se nuire. Puis là, ici, on a un institut chez nous
qui est très pointu dans les recherches qu'ils font, mais qui attire évidemment
des chercheurs dans des secteurs de pointe qui sont hyperimportants pour la
planète. Notamment, on souligne ici que l'institut s'intéresse au
fonctionnement des écosystèmes marins en regard des changements climatiques à
la portée de l'activité humaine. Il y a-tu quelque chose de plus pertinent,
présentement, que toute la question des changements climatiques? On ne... on
parle de ça à longueur de semaine dans les médias, systématiquement.
L'institut veille également à la
valorisation des bioressources marines, à la géologie marine et aux risques
naturels. Les travaux de recherche, et les professeurs, pour vous donner une
idée de la réputation, ainsi que des étudiants et étudiantes de l'ISMER, sont
menés aux quatre coins du globe, de l'Arctique à l'Afrique, en passant par
l'Argentine. Et ça, c'est chez nous. Donc, l'institut a comme mission de
contribuer à la découverte et à l'avancement des connaissances fondamentales
appliquées à des milieux marins et côtiers. Et ça a un impact important dans le
monde, mais ça a un impact important aussi au Québec, tu sais, ce n'est pas...
ce n'est pas compliqué. Tout à l'heure, je vous parlais... je vous parlais du
Saint-Laurent avec toutes les <côtes...
M. Morin :
...impact
important aussi au Québec. Tu sais, ce n'est pas... ce n'est pas compliqué.
Tout à l'heure, je vous parlais... je vous parlais du Saint-Laurent avec toutes
les >côtes, mais après ça, bien, vous vous rendez dans l'Arctique. Le
Québec, c'est... comme territoire, c'est vaste, c'est immense. Donc, autant...
autant d'éléments positifs en regard de cet institut de recherche qui est chez
nous.
Donc, l'institut est né du département
d'océanographie de l'UQAR à l'époque et de l'INRS océanologie, et donc, ils ont
amorcé leur activité en 1999. Au début, ils avaient 14 professeurs, ils en
ont maintenant 23, et ils ont des chercheurs et 45 professeurs associés.
Donc, un institut de recherche de pointe qui a une vocation très spécifique,
mais dans des secteurs qui sont hyper pertinents pour les défis que nous
rencontrons présentement, je vous parlais des défis climatiques et de l'impact
sur les océans et notre fleuve.
Puis, quand on regarde la composition et
les étudiants qui y étudient, qui travaillent, qui font de la recherche, on
parle, entre autres, de 100 étudiants aux cycles supérieurs. Donc, quand
on vous dit que c'est difficile de recruter à l'international, quand on vous
dit aussi que les étudiants et étudiantes aux cycles supérieurs ont un apport
hyper important puis aussi un apport fondamental pour les universités d'ici puis
pour la recherche puis pour notre réputation dans le monde, bien, aux cycles
supérieurs, eux, c'est 100 étudiants. Ils ont 589 diplômés. Et donc,
ils font la promotion d'une démarche multidisciplinaire au cœur même de leur
mission.
Donc, quand je vous disais tout à l'heure
que leur travail est fondamental, on parle ici, là, de l'utilisation et de l'exploitation
durable du milieu marin, contribuer à la résolution des problèmes qui en
émergent par la recherche fondamentale et appliquée et surtout par la formation
aux cycles supérieurs avec du personnel hautement qualifié. Rappelez-vous le
reportage et l'article auquel je faisais référence un peu plus tôt et qui
parlait, bien sûr, plus spécifiquement de l'Université du Québec à Rimouski,
mais qui disait qu'à cause de ce projet de loi là, les dommages avaient déjà
commencé à être faits. Alors, imaginez l'impact sur un tel institut de
recherche dans des secteurs excessivement nichés, importants, et qui
contribuent à la réputation du Québec à travers le monde.
Et c'est aussi une des raisons pour
laquelle je veux prendre... je veux prendre du temps, quelques minutes,
aujourd'hui, pour vous parler de ça. Quand on parle... Et puis, ça, les
recteurs sont venus nous le dire, ils disaient : Écoutez, quand on a des
étudiants qui viennent ici puis qui repartent par la suite, bien, c'est des
ambassadeurs, des ambassadeurs pour le Québec. Alors là, vous avez ici des
programmes hyper spécifiques, hyper nichés, c'est tout à notre honneur. Donc,
ces gens-là qui viennent ici, qui repartent, bien, évidemment, ils vont
forcément être des ambassadeurs pour le Québec. Non seulement ils vont être des
ambassadeurs, mais ils vont permettre au Québec, à l'institut, à ces secteurs
de pointe, de développer des réseaux à travers le monde. Puis après ça, bien,
justement, quand on va à des conférences internationales, que ce soit sur des
changements climatiques, sur l'impact évidemment du milieu marin et les
changements climatiques, bien, ça permet de réseauter puis ça permet de
positionner le Québec mieux que n'importe quelle autre nation, puis c'est ça
qu'on veut au Québec avec notre réseau universitaire. Bien évidemment on veut
exceller, c'est hyper, hyper important.
Donc... Donc une démarche
multidisciplinaire qui est au cœur de la mission de l'ISMER, et ça... et ça
c'est hyper important. Avec des étudiants, bien, évidemment, qui viennent de
l'étranger et qui viennent aussi, mais bien sûr du Québec, mais qui sont là
pour accroître évidemment la réputation de l'institut. Quand je vous disais que
ça regroupe plusieurs chercheurs dans le domaine de la biologie, de la chimie,
de la physique et de la géologie, c'est véritablement un institut unique. C'est
sûr qu'au Québec, ce n'est pas juste à l'ISMER qu'ils ont de la biologie, de la
chimie, ça, c'est clair, là. Ils en ont dans les grandes <universités...
M. Morin :
...ce
n'est pas juste à l'ISMER qu'ils ont de la biologie, de la chimie, ça, c'est
clair, là. Ils en ont dans les grandes >universités, ils en ont dans les
cégeps, là, ça, c'est évident. Sauf que ce n'est pas toutes les universités qui
ont le privilège d'être à côté d'une masse d'eau considérable. Rimouski est
directement sur le fleuve, l'ISMER également.
Donc, les chercheurs en biologie, ils
s'intéressent à quoi? Bien, évidemment, à tous les organismes qui vivent dans
les milieux marins, algues, crustacés, mollusques, poissons, mammifères, donc
fondamentalement importants. Et, en plus, ils sont là pour faire une
évaluation, une étude de l'interaction puis de l'évolution des espèces en
fonction de paramètres physiques, chimiques ou géologiques. Donc, ils étudient,
entre autres, l'influence des perturbations sur la biodiversité.
Et je ne suis pas un chercheur en
océanographie, mais, évidemment, ce qui se passe dans le Saint-Laurent, ça
m'intéresse. Et on le voit, il y a des impacts réels qu'on n'aurait pas
imaginés il y a 20, ou 30, ou 40 ans, mais qui... qui sont là, et
d'ailleurs on l'a vu, et ça a un impact direct sur notre économie. Tu sais,
tout à l'heure, ma collègue députée de Mont-Royal—Outremontparlait de l'économie, de l'importance de l'économie, bien,
évidemment, au Québec, de la pêche, c'est superimportant. S'il y a des espèces
de poissons qui disparaissent, qui sont menacées, qui se déplacent parce qu'il
y a du réchauffement des eaux dans le Saint-Laurent, bien, évidemment,
évidemment, ça a un impact sur l'économie. Ils ont aussi une spécialisation en
aquaculture, et c'est ce que je viens de souligner, sur les systèmes
d'exploitation halieutique. Donc, ça, c'est pour la biologie.
La chimie... On parle... on parle de
pollution, souvent. Alors, ils ont des processus et des programmes de recherche
sur les constituants chimiques des eaux océaniques, les effets des contaminants
et leur distribution. Autant de sujets de pointe dont on parle à toutes les
semaines au Québec, toutes les semaines.
En géologie, évidemment, formation des
bassins océaniques et la façon dont les sédiments sont transportés. Et ça
aussi, ça a un impact important au Québec, on le voit avec les berges. Vous
n'avez qu'à regarder ce qui se passe aux Îles-de-la-Madeleine et vous allez
voir qu'effectivement les courants, les marées, les grandes marées ont un
impact important sur la constitution des îles, tout à fait. Donc, un autre
élément important.
• (15 h 30) •
Puis évidemment, ils ont un secteur de
pointe en matière de recherche dans le domaine de la physique. Variations de
température, je vous en parlais un peu plus tôt, phénomène hyperimportant.
Évidemment, ça ne paraît pas beaucoup, un ou deux degrés, mais un ou deux
degrés de plus dans l'estuaire du Saint-Laurent, puis c'est terrible, c'est
terrible, formation des vagues, impacts directs sur les côtes, formation de
zones de turbulence, changements climatiques et mondiaux. On le voit, on le
voit, les ouragans, les typhons sont de plus en plus violents. Ça détruit
parfois quasiment des villages, des villes. Et donc, l'impact est majeur, donc
c'est superimportant.
Nous, on est chanceux, au Québec, on a un
institut avec des chercheurs qui ont et développent des expertises directement
dans ce domaine-là. Alors, ils ont un encadrement idéal pour les étudiants, ça
leur permet d'accroître leurs compétences en océanographie, et je le rappelle,
c'est une formation qui est unique au Québec.
Donc, vous voyez, c'est un peu ça,
l'impact du projet de loi. On le disait, la commission des droits de la
personne en parlait : incertitude. On ne sait pas ce qui va arriver, mais
ce qu'on sait, par exemple, c'est qu'on a des gens excessivement inquiets. Ma
collègue députée de Mont-Royal—Outremontsoulignait
tantôt et lisait une lettre d'une étudiante... Je vous disais, un peu plus tôt,
cet après-midi, qu'en arrière des chiffres...
15 h 30 (version révisée)
M. Morin : ...d'une étudiante.
Je vous disais, un peu plus tôt cet après-midi, qu'en arrière des chiffres il y
a du vrai monde. Dans le domaine de l'immigration, bien, on est à même de
comprendre l'impact. Et donc, évidemment, ça a un impact sur ces étudiants-là.
Vous êtes en train de faire votre doctorat, vous êtes en train de faire votre
maîtrise, puis là, dans le milieu du parcours, le gouvernement du Québec change
les programmes, puis là, arrive avec le projet de loi n° 74.
Ça fait quoi? On n'en a aucune idée. Aucune idée. Mais il y a une chose qui est
sûre, par exemple, ils ont un programme de maîtrise en océanographie et ils ont
même un doctorat en océanographie, ce qui est aussi un programme unique, unique
au Québec, et ils sont en compétition avec le monde. Donc, il faut être capables...
Nous, au Québec, il faut être assez stratégiques pour être capables évidemment
de concurrencer.
Quand je vous disais un peu plus tôt que
parmi les lettres qu'on a reçues, parmi la lettre qu'on a reçue de l'ensemble
des chefs et directions, recteurs des universités, et qu'on avait mis la
ministre des Relations internationales en CC, bien, il y a des raisons pour ça,
là. Si vous regardez l'ISMER, ils ont des ententes de coopération
internationale avec des pays à travers le monde, donc ça vous donne une idée du
rayonnement de ce centre puis ça vous donne une idée aussi de l'importance de
le soutenir puis surtout ne pas aller adopter une loi qui va leur nuire. Puis
quand je vous parlais d'ententes de collaboration à travers le monde, puis, tu
sais, quand on vous dit qu'on est en compétition avec le monde, bien là, on en
a des exemples concrets. Ce n'est pas juste hypothétique. L'ISMER, ils ont des
ententes avec l'Argentine, l'Algérie, la Belgique, le Bénin, le Brésil, le
Cameroun, la Chine, la Colombie, l'Égypte, l'Espagne, la France, la Guinée, l'Italie,
le Japon, le Liban, Madagascar, le Maroc, Monaco, Niger, Pérou, Philippines,
Roumanie, Sénégal et la Suisse, la Confédération helvétique. Donc, c'est sûr
que forcément, si vous signez une entente de coopération internationale, bien,
c'est parce qu'ils ont fait une analyse, évidemment, ils ne font pas ça juste
pour le plaisir, là, puis ils ont été en mesure de dire : Écoutez, si on a
des ententes comme ça, ça va permettre, bien, évidemment, aux chercheurs de l'ISMER
d'aller dans certains pays, mais aussi des étudiants ou des chercheurs de ces
pays-là de venir au Québec. Et quand on vous disait qu'on est en concurrence
avec le monde, bien, là, on en a un exemple très concret. Ça ne peut pas être
plus concret que ça.
Puis, si, au Québec, avec les annonces, les
décisions que le gouvernement a pris dans les derniers mois, bien, on met à mal
ces différentes ententes de coopération là, bien, on va se ramasser... on va se
ramasser éventuellement avec moins de monde. Puis qui dit moins de monde, bien,
dit moins de recherche, qui dit moins de recherche dit moins de subventions. Et
ça va faire en sorte que ça va appauvrir différentes institutions, dont une qui
est unique au Canada.
Et vous savez, Mme la Présidente, et je le
répète, ce n'est pas un cas hypothétique. Ça peut sembler étonnant qu'on parle
d'un institut de recherche qui est un institut de pointe au Québec, mais moi,
ce qu'on m'a dit, c'est que le projet de loi, là, puis les décisions du
gouvernement avaient un impact sur l'institut, que les gens étaient
excessivement inquiets. Et là ça permet, tu sais... ça permet de démontrer ce
que je disais tout à l'heure. Ça permet de mettre en perspective ce que nous
disait la commission des droits de la personne, «un projet de loi qui laisse
planer beaucoup d'incertitude sur sa mise en œuvre». Bien, on est exactement au
coeur de ça avec un tel projet de loi.
Et là je vous démontre... C'est un
exemple, mais il y en a d'autres instituts de recherche au Québec. Mais, celui-là,
je trouvais, c'est un bon exemple, parce que c'est francophone, c'est en région,
ça a un impact important pour l'économie de <Rimouski...
M. Morin :
...ça
a un impact important pour l'économie de >Rimouski puis du Bas-Saint-Laurent.
Qu'est-ce qu'on veut de plus? Bien, il me semble que la dernière affaire que je
voudrais faire si j'étais au gouvernement, c'est de semer de l'incertitude pour
que ces gens-là en souffrent, il me semble, il me semble. Alors, c'est pour
cette raison-là que je soulève... que je soulève toutes ces questions-là.
Et évidemment, un tel centre de recherche,
là, ça a besoin d'argent puis ça a besoin de subventions parce que ça veut se
positionner comme chef de file dans le vaste domaine des sciences de la mer. Puis
ce n'est pas juste au Québec qu'ils font de la recherche sur les sciences de la
mer. Quand je vous disais tout à l'heure, je faisais abstraction... pas
abstraction, mais je faisais référence, pardon, au navire, le Coriolis, c'est
un navire de recherche ultramoderne, ça coûte cher à faire fonctionner, ils ont
une station aquicole, un outil de recherche de première importance pour les
chercheurs, ça coûte aussi beaucoup d'argent, ça a besoin de subventions, laboratoires
et équipements hautement performants, donc, ça leur permet de se positionner
comme chef de file, accès aux données océanographiques, c'est... ils rendent
ces données-là accessibles, ce qui est fondamental, des stations de recherche
en acoustique marine évidemment de rang mondial avec des programmes de
recherche. Donc, est-ce qu'on veut porter atteinte à cet institut?
Qu'est-ce qui va arriver avec
l'article 5 du projet de loi? Bien, justement, c'est ça, le problème, on
ne le sait pas. Ce qu'on sait, ce qu'on sait, parce qu'évidemment le
gouvernement a 89 députés, on sait que ça va être adopté à un moment
donné. Ça, c'est clair. Mais il me semble que... Enfin, moi, j'ai l'impression
d'avoir fait la démonstration qu'on... c'est un... qu'on a un joyau au Québec,
on a un institut de recherche qui est exceptionnel, il me semble que ce serait
important de les entendre, à tout le moins pour qu'on soit capables d'évaluer
quel va être l'impact. Parce qu'il va y en avoir un, il va y en avoir un, ça,
c'est sûr. Mais je pense que ça éclairerait le gouvernement sur ce qu'il entend
faire avec son projet de loi, puis ça permettrait aussi de mieux délimiter des
paramètres pour faire en sorte que, comme législateurs, on puisse agir, mais
agir de la bonne façon. Ça m'apparaît essentiel.
Alors, je termine là-dessus. Il
m'apparaissait pertinent et important de référer à cet institut, ne serait-ce
que par respect pour les gens à qui j'ai parlé et qui m'ont fait part de leurs
inquiétudes, compte tenu du projet de loi. Et puis ça a été documenté dans les
journaux. Puis il y a eu des... il y a eu un excellent reportage à Radio-Canada,
qui traitait plus de l'Université du Québec à Rimouski, pas spécifiquement
l'ISMER. Mais ce n'est pas quelque chose qui est hypothétique. Alors, c'est la
raison, Mme la Présidente, pour laquelle j'ai présenté cette motion. Et
j'espère que le gouvernement va l'accepter. Je vous remercie.
La Présidente (Mme Poulet) :
Merci beaucoup, M. le député. Est-ce qu'il y a d'autres interventions? Oui...
Mme la députée de Mont-Royal—Outremont. Allez-y.
• (15 h 40) •
Mme Setlakwe : Oui, merci,
Mme la Présidente. Donc, je prends la parole encore une fois, je prends la
peine de le préciser, au nom du chef de l'opposition officielle pour appuyer
mon collègue dans... dans le cadre de cette motion préliminaire qui vise
l'Institut des sciences de la mer de l'Université du Québec à Rimouski.
Mon collègue a... député de l'Acadie a
fait... a porté la voix de cet institut avec brio. Il a fait un exposé très
détaillé des activités importantes qui s'y tiennent, de la recherche
fondamentale qui est... qui est menée à cet institut. Et ça démontre, Mme la
Présidente, à quel point il y a... il y a des programmes et de la recherche
essentielle qui se fait aux quatre coins du Québec. C'est un... C'est un
exemple qui est très pertinent. Et je pense qu'il serait important de les
entendre afin qu'on puisse, lors de l'étude détaillée, avoir justement à
l'esprit des cas, des cas spécifiques, des cas précis auxquels on n'aurait pas
forcément pensé si ces gens n'avaient pas contacté mon collègue. Si mon
collègue n'avait pas eu des discussions détaillées avec eux et n'avait pas
porté à l'attention de la commission, donc, l'étendue des activités qui se
tiennent à Rimouski, on aurait peut-être... on aurait peut-être échappé un
élément important, étant donné <qu'on...
Mme Setlakwe :
...échappé
un élément important, étant donné >qu'on n'a pas toujours... on n'a pas
entre les mains, donc, un portrait complet des programmes qui s'offrent partout
au Québec dans nos... dans nos différentes institutions. Mais une chose est
sûre, et l'exemple de l'Institut des sciences de la mer démontre à quel point
on ne peut pas se priver de ce type de recherche, tout ce qui concerne la mer,
concerne les changements climatiques, concerne l'érosion de nos... de nos
côtes, là, les... perturbations des différents écosystèmes, on a besoin
d'experts dans ces domaines. On a... On a besoin de ces experts-là à
l'international pour venir assurer, donc, une masse critique. C'était...
C'était quelque chose que je lisais dans la... dans la documentation, «assurer
une masse critique de chercheurs, de chercheuses ainsi que d'étudiants et
d'étudiantes aux cycles supérieurs, ça permet la construction et
l'agrandissement d'un laboratoire océanographique, construction d'une station
aquicole, acquisition d'un premier navire de recherche», etc.
Et donc, ces exemples précis, spécifiques,
viennent illustrer à quel point il faut agir avec la plus grande prudence et la
plus grande rigueur dans le cadre de l'étude de ce... projet de loi, qui donne,
encore une fois, des pouvoirs très larges au gouvernement. Et donc, en
coupant... en imposant des plafonds dans certains... dans certains programmes,
dans certains domaines de recherche, en faisant des choix, en donnant une large
discrétion de choisir, de déterminer et de fixer les programmes qui seront
priorisés versus d'autres qui ne le seront pas, bien, on va potentiellement
venir nuire à une activité somme toute essentielle qui se tient à Rimouski, une
région importante du Québec.
Je regarde le ministre qui, sûrement, se
dit : On a déjà... On a déjà l'information, l'Université du Québec à Rimouski
est déjà venue, on a le mémoire, etc. Mais, prendre le temps de saisir ce type
d'activité, qui se tient... Je ne vous dis pas qu'il faut entendre chaque
institut de façon spécifique, et unique, et particulière, mais d'en avoir
quelques-uns qui viennent nous faire part des activités qui se tiennent dans
leurs laboratoires de recherche me semble tout à fait pertinent pour les
travaux de la commission.
Quand on parle de régions, je suis
certaine que le ministre est aussi sensible que nous à l'importance de
maintenir la vitalité de chacune de nos régions. Alors, il est quand même
normal qu'on se pose la question qu'est-ce qui se fait en région en termes de
recherche, quelle... quelle est l'offre de programmation qui se fait dans
chacune des régions afin de s'assurer qu'on ne vienne pas créer un
déséquilibre, créer une dévitalisation. On le sait déjà, que nos régions vivent
des enjeux... vivent des enjeux, vivent des difficultés, et il faut s'assurer
de leur donner tous les outils ou de leur... de leur permettre de continuer sur
ce qui va bien pour assurer la vitalité de leur région.
Ce qui me... Ce qui m'amène à vous
rappeler brièvement, et mon collègue le faisait bien... faisait bien de le
mentionner, il y a eu des reportages qui ont été faits justement sur ce type de
programmes, sur ce... Les consultations sur le projet de loi n° 74, on ne
le dira jamais assez, a fait couler beaucoup d'encre et a mis en lumière
plusieurs, donc... plusieurs éléments extrêmement instructifs, là, sur la l'apport
des étudiants internationaux, non seulement dans nos... dans nos facultés dans
les grands centres, mais partout... partout en région.
Et puis un article de Radio-Canada, qui
parlait spécifiquement de l'Université du Québec à Rimouski, sous la plume...
ou sous le travail de Sébastien Desrosiers, faisait part, donc, d'instabilité
et de fluctuations importantes qui sont notées, donc, à Rimouski, qui
étaient... dont les chiffres étaient à la hausse. Et puis, là, soudainement, le
recteur s'inquiète qu'il y a... qu'il y a un ralentissement cet automne, que
les chiffres sont à la baisse. Et puis, ce qu'il dit, c'est que, donc, ça
rend...ça se rend partout dans le monde qu'à l'heure actuelle il va y avoir un
resserrement, qu'on va plafonner, donc ça crée de l'incertitude chez les
personnes qui souhaitent venir étudier. Pour ces personnes-là, ça peut
influencer la décision. Et donc, dans... dans ce sens-là, encore une fois,
agissons avec la plus grande prudence, Mme la Présidente, et <puis...
Mme Setlakwe :
...plus
grande prudence, Mme la Présidente, et >puis intéressons-nous de façon
bien particulière et bien spécifique à ce qui se fait dans nos régions. Ici, on
parle de Rimouski, ça pourrait être... ça pourrait être la Gaspésie, là.
Est-ce qu'on peut donc, et je vais... je
vais terminer là-dessus, Mme la Présidente... est-ce qu'on peut, en fait,
remettre entre les mains du gouvernement le... Puis je suis certaine que le
ministre va nous offrir une réponse. C'est au gouvernement de nous... de nous
rassurer qu'il a pris en compte tous ces éléments, qu'il est déjà bien au fait
de tous ces programmes et de... et de toutes ces activités, là, qui se tiennent
partout en région. Parce que nous, on attend toujours d'avoir... d'avoir le
détail de ces programmes, de ces... de ces laboratoires de recherche. Alors,
quand il nous dit, Mme la Présidente, que la réponse est non, elle a été non
pour nos motions préliminaires précédentes, qu'elle sera, j'imagine, non pour
celle-ci, et il l'a dit, donc, non pour toutes celles qui vont... qui vont
venir parce que les consultations particulières sont terminées, bien, en fait,
ce n'est pas... ce n'est pas à nous, à l'opposition, qu'il répond. En tout respect,
sa réponse, elle est... elle est formulée à l'endroit de ces personnes qui
souhaitent venir se faire entendre. Tout à l'heure, on parlait de la CDPDJ. Ils
ont mentionné, noir sur blanc, qu'ils souhaitent... qu'ils souhaitent venir en
commission et compléter leur analyse. Donc, le ministre répond, il nous répond à
nous, ses collègues à l'opposition : Je vous le dis tout de suite, la
réponse, c'est non.
Mais, la réponse, elle a donc été adressée
à la CDPDJ. Et ici, nous, on porte la voix d'une autre... d'une autre... d'une
institution, l'Institut des sciences de la mer, qui a formulé des inquiétudes
très importantes à mon collègue de l'Acadie. Alors, Mme la Présidente, je
demanderais au ministre de nous dire qu'est-ce qu'il entend... quelle est sa
réponse vis-à-vis la demande que nous portons pour eux. C'est bien... C'est
bien leur demande, c'est bien leur préoccupation, et puis nous, nous sommes...
nous portons leur voix, essentiellement. Donc, voilà, Mme la Présidente, ça
complète mon intervention. Merci.
La Présidente (Mme Poulet) : Parfait.
Merci beaucoup. Est-ce qu'il y a d'autres interventions? Non? Non. Alors, je
vais mettre aux voix la motion du député de l'Acadie.
M. Morin : ...un vote par
appel nominal, s'il vous plaît.
La Présidente (Mme Poulet) : Un
vote. Parfait. Mme la Présidente.
La Secrétaire
: ...
La Présidente (Mme Poulet) : Mme
la secrétaire. Pardon.
La Secrétaire : Pour, contre,
abstention. M. Morin (Acadie)?
M. Morin : Pour.
La Secrétaire
: Mme Setlakwe
(Mont-Royal—Outremont)?
Mme Setlakwe : Pour.
La Secrétaire
: M. Roberge
(Chambly)?
M. Roberge : Contre.
La Secrétaire
: Mme Lecours
(Lotbinière-Frontenac)?
Mme Lecours (Lotbinière-Frontenac) :
Contre.
La Secrétaire
: Mme Schmaltz
(Vimont)?
Mme Schmaltz : Contre.
La Secrétaire
: Mme Boivin
Roy (Anjou—Louis-Riel)?
Mme Boivin Roy : Contre.
La Secrétaire
: Mme Tardif
(Laviolette—Saint-Maurice)?
Mme Tardif : Contre.
La Secrétaire
: Mme Picard
(Soulanges)?
Mme Picard : Contre.
La Secrétaire
: M. Cliche-Rivard
(Saint-Henri—Sainte-Anne)?
M. Cliche-Rivard : Pour.
La Secrétaire
: Mme Poulet
(Laporte)?
La Présidente (Mme Poulet) : Abstention.
Alors, motion rejetée. Est-ce qu'il y a d'autres motions préliminaires à
déposer? Est-ce qu'il y en a d'autres? Oui.
M. Morin : ...Mme la
Présidente.
La Présidente (Mme Poulet) : Alors,
allez-y, vous pouvez la présenter. Est-ce qu'elle est sur Greffier?
M. Morin : Mme la secrétaire
va nous dire ça, là, dans quelques instants.
La Présidente (Mme Poulet) : Alors,
on va l'afficher dans quelques instants. Alors, la voilà, M. le député.
• (15 h 50) •
M. Morin : Parfait. Oui,
merci, Mme la Présidente. Alors, à titre de député de l'Acadie et porte-parole
de l'opposition officielle en matière d'immigration, francisation, intégration,
je présente la motion préliminaire suivante, ceci pour renverser la
présomption, n'est-ce pas :
«Conformément à l'article 244 du
Règlement de l'Assemblée nationale, je fais motion afin que la Commission des
relations avec les citoyens, dans le cadre de l'étude détaillée du projet de
loi n° 74, Loi visant principalement à améliorer l'encadrement relatif aux
étudiants étrangers, tienne des consultations particulières et qu'à cette fin,
elle entende l'Institut de tourisme et d'hôtellerie du Québec (ITHQ).»
Voilà. Alors, vous savez, Mme la
Présidente, tout à l'heure, M. le ministre nous disait : Ah! les
consultations particulières sont terminées. Bon, je respecte M. le ministre, c'est
sa position, mais moi, comme je vous dis, comme porte-parole de l'opposition
officielle, pour moi, tant qu'on est en commission, bien, il est important
d'entendre des groupes, compte tenu évidemment du projet de loi qui nous est
présenté. Ça dépend toujours des projets de loi. Bon. C'est plutôt rare que ça
arrive, mais il y a des projets de loi qui soulèvent moins <d'inquiétude...
M. Morin :
...il y a
des projets de loi qui soulèvent moins >d'inquiétude. Parfois, on a des
groupes qui vont venir nous soulever des points plus techniques, et on n'est
pas... on n'est pas sur, comment dirais-je, des motifs de fond, et donc c'est...
c'est souvent... ça soulève moins d'inquiétude de la plupart des groupes. La
majorité des groupes aussi vont envoyer un mémoire.
Il arrive qu'on en reçoive, après la liste
des consultations particulières, alors que les gens vont venir déposer en
commission parlementaire. Mais, dans ce cas-ci, dans le cas de ce projet de loi
là, moi, ce qui m'a étonné, c'est qu'on en a reçu beaucoup, beaucoup, dont...
dont plusieurs... plusieurs dans le domaine de l'hôtellerie, que ce soit
l'Association Hôtellerie du Québec, que ce soit l'Institut de tourisme et
d'hôtellerie du Québec, qui, soit dit en passant, est un institut du
gouvernement du Québec, Alliance de l'industrie touristique du Québec, ça,
c'était dans le même mémoire, l'association de restauration du Québec, Conseil
québécois des ressources humaines en tourisme et l'Association québécoise de la
formation en restauration, tourisme et hôtellerie. Alors, on a reçu par la
suite ce mémoire.
Et, quand on vous parlait de l'importance
ou de l'impact que ce projet de loi là peut avoir sur l'industrie, l'économie,
bien, là, je pense qu'ici on en a un bon exemple, non pas d'instituts de
recherche fondamentale ou de recherche scientifique, c'était l'objet de la
motion précédente, mais dans un secteur où il y a évidemment des cours, de la formation,
des étudiants étrangers, et qui, eux aussi, ont une inquiétude en lien avec le
projet de loi. Puis je trouvais ça particulièrement important de prendre
quelques instants aujourd'hui, quelques minutes pour être capable d'exprimer
publiquement, parce que les gens nous regardent, l'incertitude et la crainte de
plusieurs de ces organismes-là. Et ce n'est pas... ce n'est pas banal.
Donc, au fond, l'Institut de tourisme et
d'hôtellerie du Québec s'est associé à d'autres partenaires touristiques pour
présenter un mémoire pour faire en sorte qu'on prenne en considération leurs
représentations, leurs inquiétudes. Et, dans le cadre de ce mémoire-ci, on
parle entre autres de l'Alliance de l'industrie touristique du Québec,
l'Association québécoise de la formation en restauration, tourisme et
hôtellerie, l'Association Restauration Québec, le Conseil québécois des
ressources humaines en tourisme et l'Institut de tourisme et d'hôtellerie du
Québec, donc des secteurs qui sont excessivement importants pour le Québec.
Puis ces partenaires-là soulignaient dans leur document, et puis c'est... ça
donne, je pense... ça donne une idée qui est quand même hyperimportante, «le
tourisme est un secteur économique hyperimportant au Québec».
Vous savez, dans la motion précédente, je
vous parlais d'un institut de recherche, mais je vous parlais aussi de la
beauté du Saint-Laurent, combien on a de gens qui viennent au Québec pour
admirer le Saint-Laurent, naviguer sur le Saint-Laurent, combien on a d'hôtels
exceptionnels sur les bords du Saint-Laurent. Donc, c'est pour vous dire...
Puis ça, c'est un endroit, il y en a plein d'autres au Québec qui sont
magnifiques : les Cantons-de-l'Est, les Laurentides... la région de Québec,
notre capitale nationale, c'est magnifique. Donc, il faut évidemment former des
gens pour être capables d'accueillir tous ces touristes-là. Et c'est la raison
pour laquelle le tourisme, hein, c'est un secteur économique important.
Au fond, selon ces partenaires-là, ça
représente 5 % du PIB, c'est énorme, et ça se place en quatrième position
des secteurs d'exportation au Québec. En 2023, tourisme au Québec, des recettes
de 16,7 milliards, c'est énorme, dont 4,1 milliards provenaient de
touristes internationaux. <Donc...
M. Morin :
...4,1 milliards
provenaient de touristes internationaux. >Donc, c'est pour vous dire
comment, au niveau des touristes internationaux, il y a une injection d'argent
qui est importante dans l'économie québécoise. Puis ça contribue, évidemment,
au financement de projets importants, ça contribue à donner de l'argent au
gouvernement, par des taxes, à permettre au gouvernement de rendre des services
publics, construire des infrastructures. En fait, c'est tout ça que des gens qui
viennent ici... Puis on veut que des gens viennent ici évidemment, bien sûr,
pour contribuer à l'économie du Québec.
Mais, pour être capables de les recevoir
d'une façon adéquate pour qu'après ils veulent revenir, parce que c'est ça
qu'on souhaite, bien, évidemment, il faut être capables de former des gens qui
vont être des professionnels dans le domaine de l'hôtellerie, dans le domaine
de la restauration. Puis il faut être capables de continuer, il faut être
capables de continuer. Donc, il faut absolument une main-d'oeuvre suffisante,
qualifiée, avec évidemment des formations appropriées, mais ça, dans chaque
région du Québec. Parce qu'effectivement, et c'est bien qu'il en soit ainsi,
les touristes qui viennent ici ou les Québécois qui se promènent dans d'autres
régions du Québec, que ce soit avec leur famille ou autrement, bien, il faut
évidemment qu'on soit capables de les recevoir puis de le faire... de le faire
adéquatement.
L'industrie, je vous dirais, est
particulièrement inquiète du projet de loi, parce que, bien, ils ont souffert
pendant la pandémie. Bon, c'est vrai que la pandémie, ça remonte à quelques
années, mais... oui, ça remonte à quelques années, mais souvent, quand on pose
des questions au gouvernement en période de questions, les ministres nous
disent : Ah! mais il y avait la pandémie, donc, écoutez, c'est loin, mais
pas si loin, hein? Alors, ça vous donne une idée à l'effet que l'industrie
touristique, particulièrement, a souffert de la pandémie et puis de la pénurie
de main-d'oeuvre qui s'en est suivie. D'ailleurs, pénurie de main-d'oeuvre qui
risque de continuer, d'où l'importance évidemment d'entre autres l'immigration.
On nous souligne que le nombre de postes
vacants a diminué. Ça, c'est un phénomène, et c'est un secteur, puis c'est une
donnée qui est importante. Puis je tiens à le dire, c'est important. Mais ça
demeure quand même élevé. Et donc, ce qu'on nous dit, c'est que pour limiter
les effets de la pénurie de main-d'oeuvre, bien, il y a un grand nombre
d'entrepreneurs qui ont fait appel à des travailleurs issus des volets de
l'immigration ou encore qui sont allés chercher des gens à l'étranger pour les
former au Québec. Et donc, il faut être capables évidemment de continuer
d'avoir ces gens-là et de les former pour avoir une main-d'oeuvre qualifiée.
• (16 heures) •
Et, ce qui est particulier, ce n'est pas
la première fois qu'on le voit, Mme la Présidente... mais ce qui est
particulier dans ce mémoire-là, c'est que ce que l'Alliance de l'industrie
touristique du Québec, l'ITHQ, le Conseil québécois des ressources humaines en
tourisme, l'Association Restauration Québec demandent, c'est carrément d'être
exemptés des restrictions à l'égard des étudiants étrangers. Ce n'est pas
banal, là. Parce qu'on nous dit : «Il y a minimalement un léger déficit de
main-d'oeuvre, identifié même par le ministère de l'Emploi et de la Solidarité
sociale». Alors, les chiffres viennent du gouvernement, eux-mêmes. Donc, ce
qu'ils demandent, là, c'est qu'ils soient exemptés. Ce n'est pas rien, ce n'est
pas rien. Donc, ça... Je me dis : Si c'est leur demande et qu'ils ont...
et qu'ils ont mûri, qu'ils ont réfléchi, évidemment, en produisant ce
mémoire-là, bien, ils doivent avoir des foutues de bonnes raisons.
Et, notamment pour cette raison-là, bien, ce
serait hyperimportant de les entendre, de les écouter, voir, pour être capables
de cerner d'une façon plus spécifique, quels sont non seulement les enjeux,
mais quel est le véritable impact des mesures que le ministre veut adopter dans
le projet de loi n° 74 à l'égard de cette industrie-là, qui, en 2023, a
quand même généré des recettes de 16,7 milliards.
On demande également de «s'assurer que
l'application du projet de loi n'ait pas d'impact sur les programmes d'études
du secteur touristique offerts et que la formation demeure accessible et
disponible pour conserver l'attrait et la rétention éventuellement des talents...
des talents locaux». Alors, ça aussi, c'est une demande importante...
16 h (version révisée)
M. Morin : ...ça aussi, c'est
une demande importante, et, finalement, finalement, d'offrir un meilleur
arrimage des besoins de main-d'œuvre qualifiée en concentrant et en structurant
l'offre de formation sur l'ensemble du territoire pour permettre de combler des
écarts de compétences dans certains secteurs qui sont en demande.
Alors, vous voyez, on revient... on
revient toujours à la même chose, et, s'il y a un élément qui est malheureux
avec ce projet de loi, c'est l'incertitude que ça crée, incertitude qui a été
soulevée par la commission des droits de la personne, incertitude dont a parlé,
entre autres, la Chambre de commerce du Montréal métropolitain. On souhaite un
cadre réglementaire prévisible, ce que ne garantit en rien le projet de loi.
Donc, quand on regarde, par la suite, les
différents organismes qui signent ce mémoire, puis je pense que ça vaut la
peine de prendre quelques minutes pour en parler, l'Alliance de l'industrie
touristique du Québec, là, c'est 12 000 entreprises, probablement,
dont plusieurs PME : «C'est la volonté du secteur privé associatif de
valoriser — et je cite — la contribution significative du
secteur économique touristique à la vitalité des régions, et donc en se faisant
le porte-parole de ses membres.»
Alors, vous voyez, quand on vous parlait
de l'impact sur le Québec, ce n'est pas uniquement Montréal, ce n'est pas
uniquement la capitale nationale, c'est l'ensemble des régions du Québec. L'Association
québécoise de la formation en restauration, tourisme et hôtellerie, c'est des
établissements d'enseignement publics ou privés de niveau secondaire, collégial
ou universitaire qui offrent au moins un programme conduisant à un diplôme d'études,
sanctionné soit par le ministère de l'Éducation ou de l'Enseignement supérieur
du Québec, dans le domaine de l'alimentation, du tourisme, de la restauration
ou de l'hôtellerie.
C'est difficile de retrouver, dans les
chiffres, puis même dans les chiffres que M. le ministre nous a partagés, ça
correspond exactement à combien de personnes. Ça ne doit pas être des centaines
de mille, clairement, mais il y a une chose qui est sûre, par exemple, c'est
que tous ces établissements-là d'enseignement, public ou privé, qui décernent des
diplômes d'enseignement supérieur ou autres, nous soulignent qu'ils sont
inquiets et qu'ils demandent à être exemptés.
Donc là, ça commence à faire pas mal de
monde qui demande une exemption, parce que, rappelez-vous, quand on a débuté le
dépôt des motions préliminaires, j'ai fait référence à une lettre qui a été
signée par plusieurs chefs, recteurs d'université, puis ils demandaient
évidemment plus de précision, mais d'être exemptés. Pensez à l'enseignement
collégial, donc, ça commence à faire énormément de gens.
Il y a l'association, aussi, de
restauration au Québec, et, eux, ils ont pour mission de fournir à l'ensemble
des établissements de restauration membres à travers le Québec des services
complets de formation, d'information, d'assurance, de représentation
gouvernementale. Donc, eux, ils ont un rôle de sensibilisation auprès des
intervenants et eux aussi sont inquiets.
Vous avez aussi le Conseil québécois des
ressources humaines en tourisme, et puis ça, c'est important, parce que le conseil
québécois a quand même un mandat qui est particulier, c'est d'assurer une
surveillance vigilante de l'évolution de la main-d'œuvre en tourisme et
favoriser la concertation des associations de travailleurs et des entreprises,
donc un organisme qui est là, qui assure une vigie pour s'assurer que les gens
qui vont œuvrer dans ce domaine-là vont le faire d'une façon adéquate et
professionnelle, notamment.
Et, finalement, l'Institut de tourisme et
d'hôtellerie du Québec, et là ça, c'est un organisme du gouvernement du Québec,
et on nous dit que c'est la référence au Canada en matière de formation
spécialisée dans les domaines du tourisme, de <l'hôtellerie, de la
restauration...
M. Morin :
...que
c'est la référence au Canada en matière de formation spécialisée dans les
domaines du tourisme, de >l'hôtellerie, de la restauration et de la
sommellerie. Ça répond aux plus hauts standards de l'industrie et c'est la
seule école au pays à offrir des programmes dans les trois ordres... les trois
ordres d'enseignement, professionnel, technique et universitaire, donc, et
c'est la raison pour laquelle, quand j'ai lu les différents mémoires, s'il y a
une organisation que je trouvais importante à inviter en commission
parlementaire, c'était effectivement l'ITHQ, parce que l'ITHQ, c'est un
véritable ambassadeur du Québec, et, au sein de l'ITHQ, ils forment de
véritables professionnels non seulement de la restauration et de la
sommellerie, mais également de l'hôtellerie, et ils attirent parmi leurs
étudiants, bien sûr, des gens qui... qui sont Québécois et qui résident déjà au
Québec, mais il y a des gens de l'international, et leur rôle, pour former ces
gens-là qui, après ça, vont aller travailler dans les hôtels du Québec ou dans
les restaurants, bien, c'est unique, puis là, bien, ce n'est pas moi qui le
dis, là, c'est eux, dans leur mémoire, c'est la référence au Canada.
Donc, est-ce qu'on veut adopter un projet
de loi qui va créer de l'incertitude? Tantôt, là, je parlais de l'ISMER, là,
seul institut océanographique francophone au Canada. Là, je vous parle de
l'ITHQ, référence au Canada dans ce domaine-là. Bien, évidemment, si M. le
ministre, avec son projet de loi n° 74, avait dit :
Bon, ça s'applique à telle, ou telle, ou telle maison d'enseignement, mais on
exempte telle, telle, telle, bien là on aurait peut-être une idée, mais on n'en
a aucune idée. Donc, c'est le problème, mais l'ITHQ, et c'est ce qu'on nous
dit, hein, installation unique, hôtel-école, restaurant d'application
pédagogique, deux unités de recherche, GastronomiQc Lab, ExperiSens, puis un
centre d'expertise, et ils offrent des formations aux professionnels, des
services aux entreprises et aux institutions ainsi que des ateliers au grand
public.
Donc, ils offrent des ateliers de cuisine,
à l'ITHQ, puis on nous souligne également que c'est eux qui collaborent aux
ateliers de la SAQ, de la Société des alcools du Québec. Pour ça, évidemment,
ils ont des étudiants qui viennent de l'étranger, et, pour ça, évidemment, ils
ont besoin d'avoir, bien sûr, les coudées franches pour être capables de
fonctionner, puis de livrer, et de former des étudiants. Ça m'apparaît
important.
• (16 h 10) •
Comme je vous le soulignais, l'industrie
touristique, c'est 5 % du produit intérieur brut du Québec, et, selon les
données mêmes du ministère du Tourisme du Québec, donc, selon les données
gouvernementales, c'est plus de 62 millions de visiteurs qui ont voyagé au
Québec en 2023. Donc, c'est quand même hyperimportant, et ces visiteurs-là,
bien, quand on a des gens qui sont formés dans nos écoles, bien, ça permet à
ces gens-là de vivre des expériences puis des découvertes mémorables.
Le tourisme, là, c'est tellement important
en termes de revenus que c'est en quatrième position des secteurs d'exportation
au Québec, ce n'est pas banal, derrière l'aéronautique, l'aluminium puis le
minerai de fer. Donc, ça vous donne une idée, et on est maintenant capables, au
Québec, d'attirer des visiteurs internationaux grâce à la qualité de nos
établissements. Donc, on ne voudrait quand même pas que ça diminue, c'est clair,
et on nous dit évidemment que, pour ce faire, il faut absolument disposer d'une
main-d'œuvre suffisante et qualifiée. 69 institutions d'enseignement
public et privé dans 17 régions administratives, c'est loin d'être banal.
En 2017-2022, on nous souligne, puis je me
permets de citer ces chiffres, pour le niveau collégial seulement, 3 700
étudiants en tourisme qui ont obtenu leur diplôme, surtout des jeunes, mais de
provenance variée. Donc, ce qu'on nous demande, c'est, bien sûr... puis, comme...
comme député de l'opposition officielle, je ne peux pas faire autrement, je ne
peux pas être sourd à leur appel. On nous demande de maintenir des programmes
de formation en tourisme dans les régions et à travers le Québec afin de
soutenir ce secteur et ce développement sur l'ensemble du <territoire,
mais, pour ça, il faut une main-d'œuvre qualifiée...
M. Morin :
...le
Québec
afin de soutenir ce secteur et ce développement sur l'ensemble du >territoire,
mais, pour ça, il faut une main-d'œuvre qualifiée, et, quand je vous disais un
peu plus tôt, Mme la Présidente, qu'un des enjeux que cette industrie-là vit,
c'est la pénurie de main-d'œuvre, donc, il y a des postes vacants, et ils sont
dans une situation difficile, d'où l'importance de pouvoir éventuellement
accepter des étudiants de l'étranger. On prend la peine de souligner que c'est
très d'actualité parce que, présentement, le CQRHT évalue le nombre de postes
vacants dans ce secteur-là à 18 000, ce qui est quand même énorme, ce qui est
quand même énorme.
Et là j'en arrive, dans les quelques
minutes qu'il me reste, à rappeler les impacts appréhendés du projet de loi n°
74 par ces organismes-là dans le secteur de l'hôtellerie. Ce qu'on nous dit, mais
c'est eux qui l'écrivent, ce n'est pas moi, moi, je me fais leur voix :
«Le projet de loi n° 74 — et permettez-moi d'en citer des extraits — s'inscrit
dans le souhait exprimé du gouvernement de ralentir l'arrivée d'immigrants au
Québec. Les différents programmes d'immigration en place font tous l'objet de
discussions afin de revoir les taux annuels. L'alliance et tous ses
partenaires, dont l'ITHQ, peuvent comprendre que l'augmentation rapide de la
population issue de l'immigration peut causer une pression importante sur des
aspects de la société québécoise. Cependant — et c'est là que ça
devient hyperpertinent — cependant, le gouvernement doit prendre en
considération la réalité et les besoins du secteur touristique en pénurie de
main-d'oeuvre, et, pour limiter les effets de la pénurie de main-d'œuvre,
plusieurs entrepreneurs font appel à des travailleurs issus du volet de
l'immigration.»
Oui, bien sûr, il y a des immigrants
temporaires, c'est un fait, mais, évidemment, dans ces écoles-là, il y a aussi
des gens qui vont venir étudier de l'étranger. On nous rappelle que le projet
de loi propose de donner plus de pouvoirs au gouvernement pour limiter le
nombre d'étudiants étrangers. Évidemment, le gouvernement, dans son projet de
loi, ne mentionne pas de maximum, mais il se donne une marge de manœuvre et une
discrétion qui est énorme, et c'est la raison pour laquelle, et je les cite, «les
propositions inquiètent l'industrie touristique — donc ce n'est pas
moi qui l'invente — qui a des défis importants au niveau de la
formation en tourisme pour répondre et permettre d'avoir une main-d'oeuvre
qualifiée partout au Québec».
Et, quand... et quand ils écrivent qu'ils
ont des inquiétudes, bien, rappelez-vous qu'en termes d'économie, là, 5 %
du PIB du Québec... En tout, l'activité génère 16,7 milliards. C'est énorme
pour notre économie. Alors, ce qu'on nous dit, c'est que le projet de loi
causera... Là, on ne dit plus «pourrait causer» ou «pourra probablement
causer», on écrit : «Le projet de loi n° 74 causera une difficulté
supplémentaire pour avoir accès à une main-d'oeuvre qualifiée selon les normes
québécoises — les normes qu'on s'est nous-mêmes données — et
l'absence de balises dans les pouvoirs accordés au gouvernement pourra nuire à
la prévisibilité pour les employeurs touristiques.»
Et là permettez-moi de faire un lien avec
la Chambre de commerce du Montréal métropolitain et son président que nous
avons écouté. Un des éléments qu'il nous a soulevé, et dont l'industrie a
besoin, c'est un cadre réglementaire prévisible. Or, c'est exactement le
contraire de ce que va venir faire le projet de loi, et tous ces organismes
soulignent qu'il y aura un manque de prévisibilité pour les employeurs
touristiques et les maisons d'enseignement puisque le gouvernement pourra
modifier, évidemment, sans donner de préavis, des seuils d'étudiants
internationaux admissibles.
Donc, cette alliance considère que le
projet de loi peut avoir des impacts sur la formation en tourisme, ce dont je
viens de parler, puis les bassins de main-d'oeuvre. Donc, autant d'éléments,
autant d'associations, autant de groupes... puis l'ITHQ, parce que ça, l'ITHQ,
c'est clairement une maison d'enseignement, bien, ce qu'on <vient nous
dire...
M. Morin :
...puis
l'ITHQ, parce que ça, l'ITHQ, c'est clairement une maison d'enseignement, bien,
ce qu'on >vient nous dire, c'est qu'il n'y aura pas de prévisibilité.
Et là il y a un consensus qui se dégage,
Mme la Présidente. Commission des droits de la personne : «Beaucoup
d'incertitude sur sa mise en œuvre». Chambre de commerce du Montréal
métropolitain : «Un cadre réglementaire prévisible, c'est ce qu'il nous
faut, c'est ce qu'on risque de ne pas avoir.» La Fédération des chambres de
commerce du Québec qui nous écrit : «L'impact économique de l'immigration
dans les régions.» Et là on parle aussi du moratoire sur le PEQ. Donc, autant
d'éléments qui créent de l'incertitude, autant d'éléments qui font en sorte que
ce sera de plus en plus difficile pour ce secteur-là de l'économie, qui est un
secteur excessivement important au Québec.
Au fil des ans, l'Institut de tourisme et
d'hôtellerie du Québec, c'est un organisme d'enseignement, de formation qui,
comme ils le disent eux-mêmes, est assez unique au Canada et qui forme des gens
excessivement professionnels dans le domaine de l'hôtellerie. C'est ce qu'on
veut. Et à ça permettez-moi d'ajouter, parce qu'eux non plus, on ne les a pas
entendus, mais c'est dans le même secteur, l'association de l'hôtellerie du
Québec, qui nous disent, effectivement, qu'il faut absolument, absolument
aligner l'admission des étudiants étrangers aux besoins en main-d'œuvre des
secteurs stratégiques, et, s'il y a un secteur stratégique, notamment, Mme la
Présidente, à cause de son importance, c'est ce que je disais d'emblée, bien,
c'est évidemment le secteur du tourisme et de l'hôtellerie.
Donc, il faut être capables d'avoir une
prévisibilité. Donc, il faut être capables de faire en sorte que le
gouvernement lance un signal clair, prévisible, avec son projet de loi, mais
malheureusement ce n'est pas ce qui arrive au quotidien. Ce n'est pas ce qu'on
vit. Et je voulais prendre absolument du temps pour présenter cette motion pour
permettre au gouvernement de bien comprendre que, oui, il y a le secteur des
universités, bien sûr, il y a le secteur des centres de recherche spécialisés,
évidemment, mais ici on parle d'universités, on parle de collèges
d'enseignement supérieur, on parle de cégeps, on parle d'un institut qui... à
moins que je me trompe, l'ITHQ appartient au gouvernement du Québec. Donc,
c'est comme si le gouvernement tirait dans sa propre chaloupe. Ce n'est pas
bon, Mme la Présidente, et, pour cette raison, je présente la motion préliminaire
et je demande, bien sûr, au ministre de l'accepter et d'entendre l'institut. Je
vous remercie.
La Présidente (Mme Poulet) : Merci
beaucoup. Est-ce qu'il y a d'autres interventions? Oui, allez-y, on vous
écoute.
• (16 h 20) •
Mme Setlakwe : Oui, merci.
Donc, encore une fois, je mentionne que je prends la parole aujourd'hui pour
soutenir la motion de mon collègue au nom du chef de l'opposition officielle.
On se rappellera, Mme la Présidente, que nous avions proposé que l'ITHQ, donc
l'Institut de tourisme et d'hôtellerie du Québec, soit entendu durant les
consultations particulières. Évidemment, on comprend que... que ce ne sont pas
tous les groupes, là, qui peuvent être entendus, mais nous avions soumis leur
nom. Finalement, ils n'ont pas été retenus dans la liste définitive, mais il
est important, donc, pour nous, là, de prendre quelques instants cet après-midi
pour porter leur voix. J'ai l'impression que la motion sera rejetée. Et donc je
vais prendre les quelques minutes qui nous restent pour réitérer leurs
inquiétudes et leurs préoccupations, là, en lien avec... avec le dépôt du
projet de loi n° 74.
Ils nous disent, donc, que ces maisons
d'enseignement offrant des formations en tourisme, hôtellerie et restauration,
regroupées sous quatre entités, là, mon collègue de l'Acadie en a fait mention,
incluant l'ITHQ, sont, toutes les quatre, particulièrement inquiètes pour
plusieurs raisons. Je vais les mentionner en rafale et <ensuite je vais...
Mme Setlakwe :
...particulièrement
inquiètes pour plusieurs raisons. Je vais les mentionner en rafale et >ensuite
je vais... je vais citer certains extraits que je juge très pertinents de leur
mémoire.
Donc, premièrement : «Une pénurie de
main-d'œuvre dans le secteur touristique, constatée avant la pandémie, est
accentuée par la suite... accentuée par la suite puisque plusieurs ont dû se
relocaliser dans d'autres secteurs.» On le sait, on le vit tous, on est tous
des clients, là, de restaurants, d'hôtels, etc., et on a vu à quel point, après
la pandémie, il y a plusieurs établissements qui ont... qui ont peiné à remplir
toutes les heures d'affaires. Donc, c'est une réalité, là, la pénurie de... Il
y a une pénurie de main-d'œuvre qui s'est... qui a été accentuée avec la pandémie.
Deuxièmement : «L'industrie a dû
embaucher, après la pandémie, des travailleurs sans formation pour combler la
pénurie de main-d'œuvre, diminuant d'autant la productivité de ce secteur.»
Troisièmement : «La compétition
grandissante dans ce secteur, que ce soit des autres provinces canadiennes ou
d'autres pays investissant énormément d'argent pour garder les jeunes chez eux...»
Quatrièmement : «La formation des
étudiants étrangers est un gage d'intégration au Québec puisque ces derniers
peuvent également travailler un maximum de 20 heures pendant leurs études, leur
offrant une plus grande possibilité de demeurer dans la région d'apprentissage
et de travailler en tourisme.»
Cinquièmement : «Les institutions
touchées sont non seulement localisées en région, mais également à Montréal et
dans sa banlieue sud et nord.»
Sixième et dernier : «Un nombre
moindre d'étudiants met également en péril la permanence d'enseignants
spécialisés dans le domaine dans toutes les régions du Québec.»
Donc, ils avaient souhaité être entendus
en commission parlementaire et n'ont pas pu venir. Ils ont soumis un mémoire
qui... dont certains passages valent la peine, Mme la Présidente, d'être...
d'être réitérés, en soutien, donc, à notre motion préliminaire qui demande
qu'ils soient entendus en commission. Présumant de la façon dont va se solder
cette motion préliminaire, je vais... je vais, donc, encore une fois, en
profiter cet après-midi pour mettre de l'avant leurs préoccupations.
«Les propositions du projet de loi n° 74 inquiètent donc l'industrie touristique, qui y voit
des défis importants au niveau de la formation en tourisme et de l'accès à une
main-d'œuvre qualifiée. C'est pourquoi il est recommandé au gouvernement
d'exempter des restrictions à l'égard des étudiants étrangers les programmes de
formation pour lesquels il y a minimalement un léger déficit de main-d'oeuvre
identifié par le ministère de l'Emploi et de la Solidarité sociale, deuxièmement,
de s'assurer que l'application du projet de loi n'ait pas d'impact sur les
programmes d'études du secteur touristique offerts et que la formation demeure
disponible et accessible pour conserver l'attrait et la rétention des talents
locaux, troisièmement, d'offrir un meilleur arrimage des besoins de
main-d'œuvre qualifiée en concentrant et structurant l'offre de formation sur
l'ensemble du territoire pour permettre de combler les écarts de compétence
dans les secteurs en demande.»
Nul besoin de vous présenter les
signataires du mémoire ni le portrait de l'industrie touristique du Québec, que
nous... dont nous connaissons tous l'importance. Toutefois, je pense qu'il est
pertinent de rappeler, donc, l'importance de la formation en tourisme au Québec.
On aura ça, donc, frais à l'esprit quand on débutera l'étude détaillée du projet
de loi.
«Rappelons que le tourisme est avant tout
un secteur qui repose sur le contact humain, où chaque interaction et chaque
rencontre enrichit l'expérience des visiteurs curieux qui découvrent des
cultures, échangent avec les habitants et tissent des liens uniques.
L'industrie touristique est soutenue par un ensemble de travailleurs aux
compétences variées, répartis à travers la province, pour offrir des aventures
enrichissantes et de qualité. Et donc, afin de disposer d'une main-d'oeuvre
suffisante et qualifiée, 69 institutions d'enseignement public et privé
réparties dans les 17 régions administratives du Québec offrent des cours, des
formations et des spécialisations au niveau professionnel, collégial et
universitaire, répondant ainsi aux besoins diversifiés du secteur touristique.
Il est essentiel de maintenir des programmes de formation en tourisme dans les
régions et à travers le Québec afin de soutenir le développement de ce secteur
sur l'ensemble du territoire.»
Extrêmement important, madame... Mme la
Présidente, et on aura ça à l'esprit lorsqu'on étudiera le projet de loi, pour
lequel il y a des... il y a des impacts appréhendés qui ont été énoncés, donc,
par les signataires du mémoire. Je note en particulier que, selon eux, le
projet de loi n° 74... pas selon eux, le projet... Ils
mentionnent que le projet de loi n° 74 propose de
donner plus de pouvoirs au gouvernement pour limiter le nombre d'étudiants
étrangers et ils nous disent : «Même si le gouvernement ne mentionne pas
de maximum dans son projet de loi, ces propositions inquiètent l'industrie
touristique, qui y voit des défis importants au niveau de la formation en
tourisme non seulement de ces <derniers, mais également de celle...
Mme Setlakwe :
...au
niveau de la formation en tourisme, non seulement de ces >derniers, mais
également de celle de nos étudiants québécois et de la disponibilité d'une
main-d'œuvre compétente et qualifiée partout au Québec. Le projet de loi n° 74
causera une difficulté supplémentaire pour avoir accès à une main-d'œuvre
qualifiée selon les normes québécoises et nécessaire aux entreprises. L'absence
de balises dans les pouvoirs accordés au gouvernement pourra nuire à la
prévisibilité pour les employeurs touristiques et des maisons d'enseignement
puisque le gouvernement pourra modifier, sans nécessairement donner de préavis,
les seuils d'étudiants internationaux admissibles.»
On est là au cœur de l'enjeu, Mme la
Présidente. Donc, l'alliance et ses partenaires considèrent que le projet de
loi n° 74 peut avoir des impacts sur la formation en tourisme, le bassin
de main-d'œuvre, tout ça va de soi, et donc, à la fin de leur mémoire, ils
déclinent leurs recommandations comme suit, donc, assouplir des restrictions
selon les besoins sectoriels. Ils recommandent au gouvernement d'offrir de la
flexibilité aux secteurs en pénurie de main-d'œuvre en adaptant ses exigences
aux besoins du marché. Tout ça va devoir être prévu dans le libellé, Mme la
Présidente, sinon on va... on va tous... tous en subir les conséquences, là,
dans notre... et Québec au premier titre, et son industrie du tourisme.
Deuxième recommandation : «Soutenir
la viabilité des programmes. Il est recommandé au gouvernement de s'assurer que
l'application du projet de loi n'ait pas d'impact sur les programmes d'études
du secteur touristique offerts et que la formation demeure disponible et
accessible pour conserver l'attrait et la rétention des talents locaux. Cette
main-d'œuvre participe à la vitalité économique et touristique des grands
centres et des régions et ne doit pas être ciblée dans l'application future du
projet de loi.» Ça pose la question, Mme la Présidente : Où le
gouvernement coupera-t-il? La question demeure entière.
Troisième recommandation : «Offrir de
la formation pour répondre au marché... pour répondre aux besoins du marché.»
Et permettez-moi de terminer en citant
quelques... quelques commentaires qui nous proviennent d'institutions
d'enseignement. Moi, je trouve toujours pertinent, donc, d'entendre des bribes
d'information ou des citations de gens sur le terrain.
«Donc, pour les trois programmes,
techniques de gestion hôtelière, gestion d'un établissement de restauration et
techniques de tourisme, la baisse d'étudiants internationaux occasionnera une
baisse de clientèle globale qui pourrait mettre en péril la survie de certains
programmes. Nous pourrions, entre autres, envisager la fin du programme de
gestion d'un établissement de restauration. Nos groupes sont composés en
moyenne d'environ 30 % d'élèves internationaux. L'impact est majeur sur la
décision de démarrer un groupe ou non.» Ailleurs, on parle du fait qu'ils
représentent deux tiers des programmes.
Tout ça pour dire, Mme la Présidente,
qu'on demande... on demande... on porte leur voix et on demande à la commission
de les entendre, d'entendre l'Institut de tourisme et d'hôtellerie du Québec.
Merci, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme Poulet) : Merci
de cette intervention.
Alors, compte tenu de l'heure, la
commission ajourne ses travaux sine die.
(Fin de la séance à 16 h 30)