Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens
Version préliminaire
43e législature, 1re session
(29 novembre 2022 au 10 septembre 2025)
Cette version du Journal des débats est une version préliminaire : elle peut donc contenir des erreurs. La version définitive du Journal, en texte continu avec table des matières, est publiée dans un délai moyen de 2 ans suivant la date de la séance.
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Le
jeudi 21 novembre 2024
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Vol. 47 N° 57
Étude détaillée du projet de loi n° 74, Loi visant principalement à améliorer l’encadrement relatif aux étudiants étrangers
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Intervenants par tranches d'heure
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Poulet, Isabelle
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Setlakwe, Michelle
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Setlakwe, Michelle
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Poulet, Isabelle
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Roberge, Jean-François
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Cliche-Rivard, Guillaume
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Lecours, Isabelle
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Schmaltz, Valérie
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Boivin Roy, Karine
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Picard, Marilyne
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Morin, André Albert
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Morin, André Albert
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Poulet, Isabelle
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Setlakwe, Michelle
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Setlakwe, Michelle
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Poulet, Isabelle
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Cliche-Rivard, Guillaume
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Roberge, Jean-François
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Poulet, Isabelle
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Roberge, Jean-François
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Poulet, Isabelle
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Morin, André Albert
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Setlakwe, Michelle
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Roberge, Jean-François
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Schmaltz, Valérie
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Boivin Roy, Karine
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Tardif, Marie-Louise
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Picard, Marilyne
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Cliche-Rivard, Guillaume
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Morin, André Albert
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Poulet, Isabelle
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Cliche-Rivard, Guillaume
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Setlakwe, Michelle
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Setlakwe, Michelle
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Poulet, Isabelle
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Roberge, Jean-François
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Morin, André Albert
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Lecours, Isabelle
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Schmaltz, Valérie
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Boivin Roy, Karine
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Tardif, Marie-Louise
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Picard, Marilyne
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Cliche-Rivard, Guillaume
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Morin, André Albert
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Poulet, Isabelle
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Setlakwe, Michelle
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Roberge, Jean-François
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Lecours, Isabelle
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Schmaltz, Valérie
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Boivin Roy, Karine
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Tardif, Marie-Louise
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Picard, Marilyne
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Cliche-Rivard, Guillaume
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Morin, André Albert
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Poulet, Isabelle
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Setlakwe, Michelle
11 h (version révisée)
(Onze heures vingt-deux minutes)
La Présidente (Mme Poulet) : À
l'ordre, s'il vous plaît! Alors, ayant constaté le quorum, je déclare la séance
de la Commission des relations avec les citoyens ouverte.
La commission est réunie afin de
poursuivre l'étude détaillée du projet de loi n° 74, Loi visant
principalement à améliorer l'encadrement relatif aux étudiants étrangers.
Mme la secrétaire, est-ce qu'il y a des
remplacements?
La Secrétaire : Oui, Mme la
Présidente. Mme Blais (Abitibi-Ouest) est remplacée par Mme Boivin
Roy (Anjou—Louis-Riel); Mme Gendron (Châteauguay), par Mme Picard
(Soulanges); Mme Lecours (Les Plaines), par Mme Poulet (Laporte);
Mme McGraw (Notre-Dame-de-Grâce), par M. Morin (Acadie); Mme Prass
(D'Arcy-McGee), par Mme Setlakwe (Mont-Royal—Outremont); et M. Bérubé
(Matane-Matapédia), par M. Paradis (Jean-Talon).
Reprise du débat sur la motion proposant de demander au
ministre de l'Immigration, de la Francisation et de l'Intégration de
transmettre certains documents à la commission
La Présidente (Mme Poulet) : Merci.
Alors, lors de notre ajournement des travaux, hier, nous en étions à l'étude d'une
motion préliminaire présentée par le député de Saint-Henri—Sainte-Anne. Je
pense que la députée de Royal—Outremontdésire
intervenir.
Mme Setlakwe : Oui. Merci, Mme
la Présidente. Donc, j'aimerais intervenir aujourd'hui en soutien à la motion
de mon collègue de Saint-Henri—Sainte-Anne et je vais prendre la parole au nom
du chef de l'opposition officielle. Donc, je pense que je dispose d'une période
maximale de 30 minutes?
La Présidente (Mme Poulet) : 30
minutes, oui. Allez-y, on vous écoute.
Mme Michelle
Setlakwe
Mme Setlakwe : Merci, Mme la
Présidente. Premièrement, bonjour. Heureuse de vous retrouver ce matin. Donc,
nous étions à discuter de la motion préliminaire déposée par le député de Saint-Henri—Sainte-Anne,
qui demande... qui est affichée, d'ailleurs, à l'écran, qui demandait, donc,
que des informations soient fournies afin qu'on puisse tous travailler avec les
données, des bonnes... les bonnes données et qu'on puisse avoir un portrait de
la situation qui soit adéquat et complet avant d'entreprendre notre mandat, là,
donc, de procéder à l'étude détaillée de cet important projet de loi.
Il y a quatre... Les informations
demandées, dans le fond, se déclinent sous quatre chapitres, si on veut. Je
dirais que... mais il y a les lettres d'admission, pour lesquelles on n'a
pas... toujours pas d'information. Je vais y revenir. Pour ce qui est du nombre
de certificats d'acceptation du Québec, là, les CAQ études, donc les points 2
et 3, les CAQ études qui sont en vigueur au niveau... par établissement, par
niveau d'enseignement, par programme, bon, ce n'est pas tout à fait complet, là.
On a reçu... Puis d'ailleurs le ministre le mentionnait hier, avant qu'on
termine, qu'il avait entre ses mains des données, qui ont été rendues, je
pense, publiques. En tout cas, nous, on les a. Elles ont été déposées pour le
bénéfice de la commission.
Une voix : ...
Mme Setlakwe : Ah! c'est pour
le bénéfice des parlementaires. Très bien. On a donc certaines données sous les
mains, mais il faudrait qu'on ait des données plus complètes pour pouvoir,
donc, tous partir du même point, de la même prémisse de base.
Comment peut-on légiférer adéquatement
puis s'assurer qu'on dote le gouvernement ou... et les ministres concernés des
bons pouvoirs, des bons outils, de façon juste, et mesurée, et bien ciblée,
afin qu'ils puissent intervenir de façon chirurgicale là où il y a besoin d'intervenir,
pour, justement, encore une fois, corriger des situations problématiques où il
y a du recrutement excessif qui se fait? Et c'est rapporté dans les médias,
mais il y aurait eu, dans le passé, des cas de recrutement excessif auprès de
certains établissements, pour certains programmes, et tout ça. Donc, c'est pour
protéger autant... tous les étudiants, les étudiants internationaux. Il faut s'assurer
que ce soient... que ce soient de véritables programmes qui soient offerts. Il
faut donc avoir une bonne maîtrise de la situation, une bonne maîtrise du portrait
global. Donc, la motion de mon collègue de Saint-Henri—Sainte-Anne est encore
tout à fait pertinente, et nous, on va l'appuyer.
Donc, les lettres d'admission, on ne les a
pas. Évidemment, on comprend que, dans le processus qui mène à l'accueil d'un
étudiant international, ça débute par des échanges avec les établissements d'enseignement,
et ce sont les établissements d'enseignement qui étudient les dossiers de
chaque candidat, et puis il y a un certain nombre de lettres d'admission qui
sont émises. C'est d'ailleurs... Ça devient une <condition...
Mme Setlakwe :
...nombre
de lettres d'admission qui sont émises. C'est d'ailleurs... Ça devient une >condition,
par la suite, pour l'octroi d'un CAQ études. On n'a toujours pas, donc... On
n'a aucune idée de combien de lettres d'admission sont émises annuellement pour
les étudiants internationaux, et ce, par établissement d'enseignement, par
niveau d'enseignement, par programme et par année. C'est tout à fait pertinent
de le demander, là, pour les six dernières années, pour qu'on puisse voir
l'évolution. C'est le point de départ, donc, du processus, l'émission de ces
lettres d'admission.
Il serait extrêmement pertinent de savoir,
pour pouvoir dresser, donc, brosser un portrait de la situation et tirer des
constats au niveau de l'évolution, ces lettres émanent d'où, principalement, et
pour quels programmes. On comprend qu'évidemment toutes ces lettres ne donnent
pas lieu, finalement, à une inscription, mais c'est le point de départ, et ça
demeure pertinent, et nous n'avons toujours pas ces informations. Donc, nous,
on pense que c'est une bonne... une bonne idée de les obtenir.
Et on pense aussi, pour ce qui est des
points 2 et 3, le nombre de certificats d'acceptation du Québec émis pour chaque
établissement, par niveau, par programme, pour les six dernières années, ça
demeure extrêmement pertinent de les obtenir. Et ce qu'on a sous les mains pour
des fins de travail, ça ne... c'est utile, mais ce n'est pas suffisamment
précis pour qu'on puisse tirer des constats. Et, encore une fois, le nombre de
CAQ émis, certificats d'acceptation du Québec, ça ne veut pas dire que toutes
ces personnes-là sont assises dans des classes au Québec. Donc, on maintient
que c'est toujours pertinent.
Et le dernier point, et c'est sur celui-là
que je vais insister, c'est le nombre d'inscriptions pour les étudiants
internationaux par établissement d'enseignement, par niveau, par programme. Et
ça, ici, on n'a toujours pas des informations officielles de la part du gouvernement,
et ce serait extrêmement pertinent qu'on les ait.
Et d'ailleurs, là, je me réfère ici,
encore une fois, à la lettre qui a été soumise par le BCI, le Bureau de
coopération interuniversitaire, elle est datée du 12 novembre dernier, 2024,
une lettre adressée à la ministre de l'Enseignement supérieur ainsi que le
ministre de l'Immigration, d'autres ministres du gouvernement sont en copie. Et
c'est une lettre, on le rappelle, qui vient s'ajouter aux différents mémoires
qui ont été soumis par les universités. Donc, toutes les universités parlent
d'une seule voix, et, dans cette lettre, le BCI parle des chiffres et de
l'importance de travailler avec les bons chiffres. Ils disent qu'«il est
important de souligner que la population étudiante universitaire provenant de
l'international n'a pas fait l'objet d'une augmentation extraordinaire de
l'ordre de celle qui a été évoquée lors de l'annonce du projet de loi». Ils
parlent, donc, des données officielles du fédéral, du nombre de personnes
titulaires d'un permis d'études. D'ailleurs, ces informations-là nous ont été
partagées.
• (11 h 30) •
Et donc c'est extrêmement important qu'on puisse
travailler avec les bons chiffres. Ce n'est pas juste nous, là, les
oppositions, qui le disons, ce sont aussi les universités. Et ce sur quoi il
faut vraiment insister, c'est l'importance d'obtenir le portrait du nombre de
personnes inscrites. Et je cite encore le BCI : «Il nous importe de
rappeler qu'il est hasardeux de soutenir que le nombre de permis d'études
valide correspond à un nombre de personnes présentes sur le territoire
québécois. Chaque année, au 24 septembre, le BCI procède, auprès des
registraires des universités québécoises, à une collecte de données qui permet
d'obtenir le portrait du nombre de personnes inscrites aux différents cycles
d'études.»
Ces données sur les inscriptions, elles
sont partagées avec le ministère de l'Enseignement supérieur, indiquent que
c'est plutôt entre 58 049, ça, c'est à l'automne 2023, et 57 440, à
l'automne 2024. C'est plutôt ce chiffre-là, là, d'étudiants internationaux
universitaires que l'on peut compter sur le territoire actuellement. Et le BCI
insiste, je les cite toujours, sur «l'importance de prendre en compte les
données officielles sur les inscriptions dans le débat actuel, dans un contexte
où on justifie la volonté de limiter la présence des étudiants internationaux
au Québec en soutenant que le nombre actuel exerce une pression sur les
services sociaux et de santé, de même que sur le logement».
Ces informations-là, elles ne nous ont pas
été officiellement partagées encore par le gouvernement, d'où la pertinence de
la motion de mon collègue. Et elles sont pertinentes, donc, pas juste au niveau
universitaire, mais évidemment au niveau collégial aussi. Moi, j'essaie
toujours, là... je suis organisée avec un cartable, j'ai un onglet Chiffres,
puis j'essaie de réconcilier les chiffres depuis le début de l'exercice, puis
je n'y arrive pas. J'ai un chiffre pour les universités, en termes d'inscriptions,
mais ça nous <prend les autres données pour qu'on en arrive à un total...
>
11 h 30 (version révisée)
<19285
Mme
Setlakwe :
...en termes d'inscription, mais ça nous >prend
les autres données pour qu'on en arrive à un total et pour qu'on puisse, donc,
s'assurer qu'on cible les bonnes... qu'on a des actions ciblées et que... et, encore
une fois, qu'on puisse mettre de l'avant la problématique réelle, s'il y en a
une.
Je continue, donc, avec l'énoncé de... sur
les chiffres, là, du BCI, parce que je viens de mentionner qu'une des
justifications pour le projet de loi, c'est de venir dire que cette clientèle
internationale ajoute une pression sur les services publics au Québec. Oui, ce
sont des personnes additionnelles qui s'ajoutent à la population québécoise, et
ce qu'on a entendu, moi, je vais le dire dans mes mots puis, après ça, je vais me
fier à la lettre officielle du BCI. Moi, j'ai entendu à maintes reprises, dans
mes rencontres avec les recteurs puis les directeurs d'institutions... Bien,
évidemment, je ne veux pas être redondante puis répéter tout ce que j'ai dit,
mais qu'avant tout ces personnes-là apportent énormément au Québec. Oui, ce
sont des personnes qui s'ajoutent sur le territoire, c'est sûr, mais ce qu'on a
entendu, c'est que les... c'est que ce sont des jeunes personnes, souvent,
elles habitent en cohabitation avec d'autres, ils partagent des logements, c'est
des colocataires. Ce sont de jeunes personnes qui n'exercent pas une pression
ni sur les services de garde... la plupart du temps, ils n'ont pas d'enfant,
ils ne sont... ils sont jeunes, ils sont en bonne santé, ils ne mettent pas une
pression forcément sur nos hôpitaux, nos cliniques. Et d'ailleurs ce qu'on
entend aussi, c'est que les institutions fournissent eux-mêmes, prennent en
charge, donc, les services, certains des services qui sont offerts à ces
étudiants internationaux par le biais de cliniques, etc. Ces étudiants,
souvent, ont des assurances privées. Donc, il faut aussi qu'on soit clairs sur
la charge. Et donc le fardeau... je fais attention à mes mots, je les pèse,
parce qu'encore une fois c'est beaucoup plus une richesse pour le Québec qu'un
fardeau, mais, si fardeau il y a, il faut qu'on soit clairs puis qu'on
travaille tous avec les mêmes données.
Donc, je poursuis. Le BCI nous dit :
«Les mémoires déposés et les échanges en commission parlementaire ont permis de
rappeler que cette pression est peu ou pas présente dans le milieu
universitaire car les moyens ont été pris par les établissements pour répondre
à la demande. D'autre part, la moyenne d'âge des étudiants fait en sorte que
ces derniers n'imposent pas vraiment une pression sur les services : 74 %
des étudiants internationaux inscrits à l'automne 2023 avaient 25 ans
et moins, 88 % avaient 30 ans et moins.» Donc, ce sont des jeunes
personnes. Je continue de les citer : «Comme c'est le cas pour la
population locale du même âge, les étudiants internationaux ne constituent pas
un fardeau pour le système de santé ni pour les services sociaux. À ce sujet,
nos établissements disposent, pour plusieurs d'entre eux, de cliniques et de
services sur leurs campus.» Donc, je me permets de questionner cette
affirmation à l'effet qu'ils imposent un fardeau indu sur les services au
Québec. Mais il semblerait, moi, à la lumière de ce que j'entends, ce qu'on a
entendu, ce que je lis, qu'il n'y a pas d'impact négatif sur la capacité d'accueil
et donc sur la population québécoise.
Je poursuis sur le chapitre des chiffres,
parce que c'est de ça dont on parle. «En ce qui concerne la croissance de
140 % qui serait survenue dans le nombre total de permis d'études valides
entre 2014 et 2024, le nombre d'étudiants internationaux inscrits dans les
universités québécoises est, pour sa part, passé d'autour de 37 000, à l'automne 2014,
à, encore une fois, 57 440 à l'automne 2024. La croissance effective
des inscriptions, le seul vecteur à retenir en ce qui concerne le BCI dans cet
exercice d'analyse, a donc été de 55,71 % en 10 ans. La part relative
du réseau universitaire dans la croissance de 140 % du nombre de permis d'études
octroyés est donc assez limitée. Par ailleurs, il est à noter que, pour cette
période de 10 ans, une baisse démographique — ça aussi, c'est
une donnée extrêmement importante — une baisse démographique des
étudiants québécois a été constatée. Par conséquent, la croissance du nombre
total des inscriptions a été de 3,3 % dans nos établissements, les
effectifs étudiants totaux, donc locaux et internationaux, étant passés de 308 000
à 319 000, approximativement.» Donc, autrement dit, Mme la Présidente,
encore d'autres éléments qui viennent justifier le fait qu'on doit absolument
travailler avec les bonnes données, les bons chiffres.
Et ce que je retiens de cet extrait de la
lettre du BCI, c'est que les étudiants internationaux compensent pour la baisse
<démographique...
Mme Setlakwe :
...de
la lettre du BCI, c'est que les étudiants internationaux compensent pour la
baisse >démographique, pour le fait qu'il y a moins d'étudiants
québécois. Et je pense que, pour le BCI, honnêtement, on a été assez... Je ne
veux pas être redondante, mais on l'a dit et on le redit, c'est important de se
fier à eux. Et moi, leur lettre, là, je la prends comme un état de situation,
comme un cri du cœur, là, du milieu universitaire. Ils ont senti le besoin...
en plus de tous les mémoires et toutes les présentations, ils ont senti le
besoin de signer une lettre et même d'ajouter des éléments additionnels qui n'avaient
pas été mis de l'avant en commission.
Je vais me permettre quand même de citer
un dernier extrait, là, quand... «pour ce qui est de la question des demandes
de permis d'études qui seraient prétexte à des demandes d'asile ou formulées
par des personnes n'ayant pas la capacité financière requise, selon le BCI — donc,
je les cite — il nous apparaît utile de rappeler que les systèmes
actuels des gouvernements du Québec et du Canada permettent de faire les
vérifications administratives nécessaires avant d'accepter de délivrer un CAQ
pour études ou un permis d'études. Par ailleurs, grâce aux données du système
de données sur l'effectif universitaire, le GDEU, le gouvernement du Québec
détient l'information sur le nombre d'étudiants universitaires inscrits dans
les établissements universitaires québécois qui ont un statut de réfugié. Nous
nous permettons aussi de rappeler que, dans le processus qui mène à la demande
d'admission à l'inscription d'un étudiant international, les universités ont
une responsabilité d'évaluer une demande d'admission sur la base de données de
nature académique.»
Moi, ce que je... ce que je comprends de
tout ça... Et, encore une fois, je demande au gouvernement de nous démontrer
qu'ils n'ont pas en ce moment les pouvoirs et les outils, mais, si je me fie à
ce que le BCI nous dit, il y a des données qui existent. On nous mentionne même
le système de données, et il semble... ils disent, ils avancent que le
gouvernement détient l'information. Donc, je pense que la motion est tout à fait
pertinente. Si le gouvernement... en tout cas, je mets ces informations-là
ensemble, mais je me dis : Oui, ça nous les prend absolument pour pouvoir
être pertinents dans notre travail.
Et donc permettez-moi de revenir sur les
données qui ont été fournies, sur les tableaux qui ont été fournis par les
universités. La source, encore une fois, c'est le BCI. Quand on regarde, puis
c'est important de le faire, quand on regarde le total d'étudiants
universitaires inscrits, des étudiants internationaux inscrits dans nos
universités, il y a des constats importants, là, qu'il faut... dont il faut
prendre en compte... qu'il faut prendre en compte. L'augmentation, elle est
surtout dans le réseau de l'Université du Québec. Le gouvernement nous a dit,
en déposant le projet de loi, qu'un des critères, c'était... que c'était la
protection du français, mais quand on parle d'une augmentation... Mais il faut
regarder par établissements puis il va falloir aussi regarder par programmes.
Je vais y revenir. Mais, quand on regarde par établissements, on l'a ici, on
remarque une baisse au niveau de Bishop's et Concordia, très légère à McGill,
mais des hausses, surtout à Sherbrooke et à l'Université du Québec. Après ça,
on décline, là, l'Université du Québec à Rimouski, Abitibi-Témiscamingue,
Outaouais, Trois-Rivières, etc. Donc, encore une fois, il faut comprendre la
problématique pour pouvoir être certains d'apporter les bonnes mesures.
• (11 h 40) •
Il faut absolument que le gouvernement et
les universités, là, aient les mêmes chiffres. Donc, on s'attend toujours,
donc, à avoir l'ensemble des chiffres nécessaires pour qu'on puisse s'assurer
qu'on mette... qu'on donne les bons pouvoirs au gouvernement. La baisse, elle
est assez... elle est assez remarquable, là, à Bishop's et Concordia. C'est
malheureux parce que ce sont des universités qui sont aux prises aujourd'hui
avec des difficultés financières. Moi, je... Ils m'en ont parlé quand je suis
allée les rencontrer. Ils sont venus en parler aussi en commission. Ce n'est
pas à banaliser. Donc, la hausse des droits de scolarité a entraîné une baisse
des inscriptions. Et, quand on parle de baisse d'inscriptions, bien, on parle
de moins de revenus et on parle ultimement de moins de revenus à distribuer
dans l'ensemble du réseau, parce que la politique de financement dépend de ces
fonds qui proviennent des étudiants internationaux.
Également, il y a des documents qui...
Dans nos documents de travail, un des tableaux qu'on a sous la <main...
Mme Setlakwe :
Dans
nos documents de travail, un des tableaux qu'on a sous la >main, c'est
le nombre de... et on remercie, là, le ministre de nous fournir ces documents
de travail, on a le nombre de titulaires de permis d'études. Donc, ça, c'est...
l'étape ultime, c'est les permis d'études qui sont délivrés par le fédéral, selon
la connaissance du français ou de l'anglais et selon les 15 principaux
pays de naissance. Il est très pertinent de constater que la population, donc,
internationale qui parle le français comme... dont la première langue est le
français ou les étudiants internationaux qui sont bilingues, donc qui
connaissent le français, représentent une part significative, là, de nos
étudiants internationaux. Encore une fois, ce sont principalement les étudiants
qui proviennent des pays francophones qui comptent pour la part majeure de
l'augmentation de notre population internationale. Et je vois ici des chiffres
intéressants, là. Ce serait, en 2023, 72 % qui connaissent le français,
alors, d'où l'importance, encore une fois, étant donné que c'est un critère qui
va être utilisé par le gouvernement pour venir imposer des plafonds dans le
réseau... Il faut qu'on travaille avec les bonnes données, mais moi, à la
lumière de ce que je vois, je constate que c'est surtout une clientèle internationale
qui connaît le français qui est sur notre territoire.
Donc là, si le français est... si la
connaissance du français est à la hausse, s'il ne semble pas y avoir de
pression sur les logements et les services sociaux, si les universités nous
donnent des chiffres précis, ils nous disent que ça répond et que ces
étudiants-là sont tout à fait souhaités, surtout... pas surtout, mais sont
souhaités dans les salles de classe, mais qu'ils sont absolument essentiels au
niveau des deuxième et troisième cycles, bien, encore une fois, je demeure dans
le flou quant à la problématique qu'on tente de résoudre.
Donc, encore une fois, moi, je tente de
remplir mon tableau des chiffres, et il nous manque... il nous manque des
informations, Mme la Présidente. 57 000 dans les universités, moi, j'avais
noté autour de 9 000 dans les cégeps. On se rappelle, là, que la
Fédération des cégeps a déposé un mémoire, ils sont venus en commission, ils
ont dit qu'ils font un recrutement raisonnable, chirurgical, que la présence
des étudiants internationaux est essentielle pour offrir une vaste gamme de
programmes partout dans le réseau et que les chiffres ne sont pas si élevés que
ça. Ils sont tout à fait sous contrôle. Alors, il va falloir qu'on nous donne
les chiffres clairs, qu'on ait des chiffres clairs au niveau des établissements
qui posent problème, il y en a combien dans les privés subventionnés, il y en a
combien dans les privés. Et, au niveau des programmes, on n'a vraiment pas des
chiffres... on n'a pas pu du tout nous décortiquer les chiffres quant aux
différents programmes. Et ça, c'est extrêmement important, parce que la notion
de programme, elle est incluse dans la demande, dans la motion préliminaire fort
pertinente de mon collègue de Saint-Henri—Sainte-Anne, et c'est un critère qui
est explicite dans le projet de loi n° 74 dont on va débuter l'étude
détaillée.
À l'article 3, les besoins de
main-d'oeuvre seront un critère que le ministre va considérer. C'est un critère
qui sera mis dans la balance dans l'exercice des pouvoirs. Donc, comment
pourrons-nous... C'est ce qu'il souhaite, le ministre. Son objectif ultime, sa
piste d'atterrissage, il nous l'a dit, il aimerait qu'on soit tous unanimement
en faveur de son projet de loi. Donc, il faut qu'on... il faut, encore une
fois, qu'on comprenne la problématique, s'il y a effectivement lieu de bonifier
les pouvoirs, les outils dont le gouvernement a à sa disposition aujourd'hui.
On a commencé à avoir des discussions avec le ministre, il va falloir qu'il y
en ait d'autres pour qu'on puisse être satisfaits, là, qu'il y a lieu de
modifier l'état du droit actuel.
Mais surtout il faut s'assurer de
travailler avec les bonnes données. On ne peut pas donner... signer un chèque
en blanc, là, si on veut, et adhérer à un libellé qui utilise des critères tels
les programmes sans savoir, bien, où est... quelles sont les données au niveau
des <programmes...
Mme Setlakwe :
...tels
les programmes sans savoir, bien, où est... quelles sont les données au niveau
des >programmes. Si on veut prioriser la présence d'étudiants
internationaux dans des domaines où il y a une pénurie de main-d'œuvre, bien,
il faut travailler avec les bons chiffres. Alors, les chiffres sont élevés dans
quels programmes et dans quelles régions du Québec, dans quelles institutions?
Parce qu'après ça, une fois que le projet de loi est adopté, il y a des
pouvoirs extraordinaires qui sont donnés au gouvernement de venir réduire ces
chiffres-là. On se rappelle l'importance, donc, de pouvoir offrir des
programmes complets, pas aux étudiants internationaux, notre préoccupation,
elle est avant tout aux étudiants québécois, mais il n'y aura pas de
programmes... une vaste gamme de programmes offerts aux étudiants québécois, à
la grandeur de notre territoire, si on ne peut pas former des cohortes
complètes.
Donc, on attend toujours ces informations quant
aux programmes. Il va falloir qu'on puisse nous dire, au gouvernement, quels
sont les chiffres, quelles sont les données par programme. Sinon, comment
peut-on savoir si les étudiants internationaux sont dans des programmes où il y
a une pénurie de main-d'oeuvre? Est-ce qu'ils se retrouvent inscrits dans des
disciplines en pénurie de main-d'œuvre à la hauteur de 90 %, par exemple?
Il faut qu'on nous donne ces chiffres-là. Parce que, si c'est le cas, il
faut... il va falloir qu'on ait des discussions sérieuses, là. On ne pourra pas
venir couper dans des programmes. Ultimement, c'est la population québécoise qui
va être... qui va être perdante, avec le vieillissement de la population, avec
l'exode des jeunes, avec nos services publics, avec la pénurie de main-d'oeuvre
dans nos services publics, pour ne mentionner que ces domaines-là, au niveau
des soins de santé, par exemple, partout en région, si on se met à couper dans
des programmes où il y a une présence majoritaire d'étudiants internationaux. On
va avoir un sérieux problème entre les mains.
Les programmes sont importants également
pour avoir... Tu sais, je le mentionnais hier, les universités nous disent
qu'il faut même faire attention à n'utiliser que le critère des besoins de
main-d'oeuvre, parce que, si on ne s'en tient qu'à ça, on va faire abstraction
des programmes qui sont mis de l'avant aujourd'hui dans des domaines émergents,
donc, d'où l'importance, encore une fois, d'avoir... de pouvoir brosser un
portrait adéquat, là, de la situation.
• (11 h 50) •
Mme la Présidente, je pense que j'arrive à
la fin de mon intervention. Et, encore une fois, mon collègue de l'Acadie et
moi, nous sommes... nous soutenons tout à fait la démarche de notre collègue.
Et ce qu'on a entre les mains jusqu'à maintenant n'est pas adéquat, ne nous
permet pas, là, d'être bien outillés pour débuter l'étude détaillée de ce projet
de loi extrêmement important. S'il y a des établissements, des ordres
d'enseignement où il y a une tendance à la hausse... ça semble être le cas,
puis on ne niera pas les... on ne niera pas les faits, là, on a des... certains
documents de travail qui nous ont été... qui nous ont été donnés, il y a des
tendances qui se dessinent, on le voit, il y a des trajectoires. On voit tout
de même que, dans certains collèges où il y avait une hausse très importante,
les chiffres étaient plutôt à la baisse après l'arrêté ministériel du
gouvernement qui a été mis de l'avant à la fin de l'année 2020.
Alors, encore une fois, il va falloir que
le gouvernement nous démontre que l'état du droit actuel... et, à la lumière de
chiffres et de données précises, complètes, il y a une problématique et que les
outils actuels ne permettent pas au gouvernement de répondre à la
problématique. Je vous remercie, Mme la Présidente. C'est complet pour moi.
La Présidente (Mme Poulet) : Parfait.
Merci beaucoup, Mme la députée. Est-ce qu'il y a d'autres interventions? M. le
ministre, il semblerait que vous avez déjà écoulé votre temps de parole, désolée.
Désolée.
M. Roberge : Ah oui? OK.
Des voix : ...
La Présidente (Mme Poulet) : Est-ce
qu'il y a un consentement pour que M. le ministre prenne la parole? Consentement.
M. le ministre.
M. Jean-François
Roberge
M. Roberge : Je remercie les
collègues. Donc, je remercie la collègue pour sa présentation puis ses
références aux données du BCI. On a le plus grand respect pour les partenaires
du réseau. On a d'ailleurs plusieurs chiffres aussi qui nous viennent du <réseau...
M. Roberge :
...les
partenaires du réseau. On a d'ailleurs plusieurs chiffres aussi qui nous
viennent du >réseau. On les a partagés hier pour les gens qui nous
écoutent, puis c'est public, différentes données qui aident, je pense, à faire
la part des choses entre les CAQ, certificats d'acceptation délivrés par le
gouvernement, par année ou en stock, donc le total... Même chose, on a ventilé
plusieurs informations en fonction des pays de provenance des gens, en fonction
de la langue, la langue parlée. On l'a fait aussi en fonction des permis
d'études délivrés par le gouvernement fédéral. Donc, je pense que ça éclaire le
débat.
Il y a des informations demandées par le
collègue dans sa motion qu'on ne peut pas fournir en ce moment. Et justement,
il y a des articles de loi que nous devrions adopter pour obtenir ces
informations. Donc, côté partage d'informations, je suis d'accord avec les
collègues. Nous avons, je pense, fait un exercice de transparence. Maintenant,
je ne peux pas voter en faveur de la motion parce qu'il faut adopter la loi
pour avoir les informations. Merci.
La Présidente (Mme Poulet) :
Parfait. Est-ce qu'il y a d'autres interventions concernant la motion du
député de Saint-Henri—Sainte-Anne? Je pense que vous aviez également écoulé
votre temps de parole.
M. Cliche-Rivard : ...le
consentement, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme Poulet) :
Pardon?
M. Cliche-Rivard : Je
vais solliciter le consentement, là, pour juste commenter sur ce que le
ministre vient de dire.
La Présidente (Mme Poulet) :
Ça prend un consentement. Est-ce qu'il y a un consentement?Consentement.
M. le député.
M. Guillaume
Cliche-Rivard
M. Cliche-Rivard : Merci,
Mme la Présidente. Je veux quand même... justement, là, on le disait hier qu'on
entamait ça en collaboration, donc je remercie le ministre et leurs équipes
pour le partage des chiffres. Et je maintiens ma motion, parce que je pense
qu'on a besoin d'avoir ces données-là. Mais quand même, je voulais vous
remercier de la main tendue, de l'offre de documents puis d'informations qui
vont nous permettre quand même d'avancer dans nos travaux de manière
intéressante.
Puis la collègue de Mont-Royal—Outremont
vient quand même ajouter une partie de la réponse de la quatrième... du
quatrième point, là, avec le nombre d'inscriptions, du moins par le BCI pour
les universités, ce qui nous permet quand même de relativiser aussi certains
chiffres entre le nombre de permis d'études émis, par exemple, à l'université,
de 68 000, puis le nombre d'inscriptions à 57 000. Donc, il y a quand
même des éléments qu'on pourrait étudier là-dessus, à savoir quels sont les...
puis je sens qu'on va y venir. Donc, pour moi, on a une partie, il n'y a pas
tout, mais quand même je voulais remercier l'équipe ministérielle pour leur
partage d'informations importantes qui vont permettre d'éclairer nos débats, du
moins... pas à 100 %, mais à un bon pourcentage. Merci.
Mise aux voix
La Présidente (Mme Poulet) :
Merci beaucoup. Est-ce qu'il y a d'autres interventions? Non. Alors, on va
procéder à la mise aux voix. Est-ce que...
M. Cliche-Rivard : Un
vote par appel nominal, s'il vous plaît.
La Présidente (Mme Poulet) :
Mme la secrétaire.
La Secrétaire : Pour, contre,
abstention. M. Cliche-Rivard (Saint-Henri—Sainte-Anne)?
M. Cliche-Rivard : Pour.
La Secrétaire : M. Roberge
(Chambly)?
M. Roberge : Contre.
La Secrétaire : Mme Lecours
(Lotbinière-Frontenac)?
Mme Lecours
(Lotbinière-Frontenac) : Contre.
La Secrétaire
: Mme Schmaltz
(Vimont)?
Mme Schmaltz : Contre.
La Secrétaire : Mme Boivin
Roy (Anjou—Louis-Riel)?
Mme Boivin Roy : Contre.
La Secrétaire : Mme Picard
(Soulanges)?
Mme Picard : Contre.
La Secrétaire : M. Morin
(Acadie)?
M. Morin : Pour.
La Secrétaire : Mme Setlakwe
(Mont-Royal—Outremont)?
Mme Setlakwe : Pour.
La Secrétaire : Mme Poulet
(Laporte)?
La Présidente (Mme Poulet) :
Abstention. Alors, la motion est rejetée. Je voudrais savoir s'il y a
d'autres interventions avant qu'on procède à l'étude détaillée. Oui, M. le
député de l'Acadie.
M. Morin : Oui. Alors,
bonjour, Mme la Présidente. Oui, il y a une autre motion préliminaire que
j'aimerais présenter.
La Présidente (Mme Poulet) :
Allez-y, on vous écoute.
M. Morin : Alors, je...
La Présidente (Mme Poulet) :
Juste un petit moment, je vous prie.
M. Morin : Oui.
La Présidente (Mme Poulet) :
Suspension, s'il vous plaît.
(Suspension de la séance à 11 h 55)
(Reprise à 11 h 59)
La Présidente (Mme Poulet) : Alors,
on reprend nos travaux. M. le député de l'Acadie, vous avez une motion à déposer.
Motion proposant de demander au ministère de
l'Immigration, de la Francisation et de l'Intégration de transmettre certains
documents à la commission
M. Morin : C'est exact.
Merci, Mme la Présidente. Alors, il s'agit d'une motion préliminaire, et je
peux en faire la lecture. Elle est affichée au tableau. Merci. Donc : Conformément
à l'article 244 du Règlement de l'Assemblée nationale, je fais motion afin :
«Que [...] la Commission des relations
avec les citoyens, dans le cadre de l'étude détaillée du projet de loi n° 74,
Loi visant principalement à améliorer l'encadrement relatif aux étudiants
étrangers, demande au ministère de l'Immigration, de la Francisation et de
l'Intégration de transmettre, avant la prochaine séance, des documents permettant
d'apporter un éclairage supplémentaire à la commission dans l'exécution de son
mandat;
«Qu'à cette fin, le ministère de
l'Immigration, de la Francisation et de l'Intégration dépose toutes les
analyses, notes ministérielles ou documents explicatifs portant sur les impacts
financiers du projet de loi envers les établissements d'enseignement supérieur,
notamment en ce qui a trait à la recherche et l'innovation, ainsi que toutes
les données disponibles relativement aux étudiants internationaux.»
Et je présente... Oui, merci.
• (12 heures) •
La Présidente (Mme Poulet) : ...
M. André Albert Morin
M. Morin : Oui, c'est ça, et
je présente cette motion-là à titre, bon, de parlementaire porte-parole de
l'opposition officielle, mais non pas en vertu de la possibilité de parler au
nom du chef de l'opposition officielle. Je le mentionne, parce que ma collègue
voudra probablement intervenir, et hier nous avons eu un débat sur le sujet.
Alors, je veux simplement renverser la présomption et indiquer clairement en
vertu de quoi je fais mon intervention présentement. Alors, je vous remercie.
Donc, pourquoi je présente cette motion,
qui est complémentaire à celle qu'a déposée le collègue député de Saint-Henri—Sainte-Anne?
C'est parce qu'au fil du temps et au fil des consultations particulières, les
objectifs poursuivis et les motivations qui sous-tendent le dépôt du projet de
loi, à mon avis, ont changé en cours de route et méritent d'être clarifiés.
Puis je vous dis... je <vous dis pourquoi...
>
12 h (version révisée)
<19253
M.
Morin :
...et méritent d'être clarifiés, puis je vous dis... je
>vous dis pourquoi.
Premièrement, quand on est... quand on a
entendu les groupes, et puis on en a fait... on en a fait état, ma collègue et
moi, la députée de Mont-Royal—Outremont, dans une motion
qui a été présentée hier, la très grande majorité des groupes, qui étaient
composés, notamment, des chefs principaux, des recteurs des universités, nous
ont tous dit : S'il vous plaît, M. le ministre, n'allez pas là. Ce n'est
pas une bonne idée et ça va avoir un impact sur le Québec. Il y a eu plein...
il y a eu plein d'articles dans les journaux à cet effet-là.
Et là, à un moment donné, pendant les
discussions, je crois que M. le ministre, à un moment donné, a fait allusion au
fait que c'était, entre autres, pour régler un problème d'ordre juridique. Et
puis, hier, on a eu un briefing technique, et là... et d'ailleurs, je remercie
les gens du cabinet et du ministère qui ont participé, mais là, hier, on a
appris que, bien, en fait, c'était à cause d'une action qui avait été intentée
en justice. Et là, évidemment, vous comprendrez, Mme la Présidente, que moi,
quand on me parle de débats ou d'actions judiciaires... on est allés chercher à
gauche puis à droite pour le trouver, c'était difficile. Alors, hier, pendant
la journée, le cabinet de M. le ministre nous l'a partagé, ou son ministère, et
j'apprécie grandement, mais là ce qu'on a appris, c'est qu'au fond, c'était
pour répondre à un problème juridique, une action qui était intentée.
Alors, rapidement, je suis allé voir. Puis
c'est pour ça que moi, je voudrais véritablement comprendre qu'est-ce qu'on
essaie de corriger. En tout cas, pour moi, comme membre de l'Assemblée
nationale, comme législateur, pour moi, c'est important, c'est fondamental. Si
je fais quelque chose, je veux savoir qu'est-ce que je fais. Je pourrais être d'accord
ou pas d'accord avec le gouvernement. Habituellement, je ne suis pas d'accord,
mais ça, c'est dans mon rôle de porte-parole de l'opposition officielle, et je
m'assume pleinement, Mme la Présidente. Mais ceci étant, je voudrais au moins
savoir qu'est-ce qu'on essaie de corriger, parce que je suis pris dans un
dilemme. Les groupes, qui sont des experts, qui viennent nous voir, nous disent :
N'allez pas là. Alors, on les entend, mais, par ailleurs, M. le ministre nous
dit : Écoutez, c'est essentiel, il me faut ces pouvoirs-là. Alors, on
essaie de comprendre qu'est-ce qui ne fonctionne pas.
Et là on nous faisait référence à un débat
judiciaire, sauf que quand on va voir les documents, bien, on a une demande
introductive d'instance... d'abord, une injonction provisoire. Et ce que je
comprends, c'est qu'une des parties demanderesses était Collège Canada inc.,
personne morale, contre le Procureur général du Québec et le ministère de l'Immigration.
Et là ce que je comprends également, c'est que le ministère avait pris un
arrêté ministériel pour contrôler certaines catégories, et cet arrêté-là a été
contesté immédiatement. Si j'ai le bon, il s'agirait de l'arrêté n° 2021-001,
en date du 15 janvier 2021.
Et là, avec cet arrêté pris en vertu de la
loi, ce que le ministère voulait faire, c'était prendre une décision pour que
soient suspendus la réception et le traitement des demandes de sélection à titre
temporaire présentées dans le cadre du Programme des étudiants étrangers par
des ressortissants étrangers admis dans un établissement d'enseignement qui
figure dans la liste suivante... Et là il y en avait une, liste, une liste de
collèges. Mais ce qu'on ne sait pas... Est-ce que cet arrêté-là était valable
ou pas? On ne le sait pas parce que ce qu'on comprend après... Bon, évidemment,
la demanderesse est d'avis que ce n'était pas bon, ça, c'est sûr, là, puis elle
le conteste, mais il n'y a jamais eu... en tout cas, moi, je n'ai pas été
capable de trouver de débat sur le fond. Et les jugements qui sont intervenus,
qui ont été prononcés, entre autres, par la Cour supérieure, étaient à l'effet,
entre autres... et là je fais référence à un jugement du 12 janvier 2021
qui, évidemment, vise Collège Canada, la demanderesse et le Procureur général
du Québec. Et là ce qu'on dit : «...le tribunal prend acte de l'engagement
de la ministre et ordonne à celle-ci de s'y conformer et prend acte du fait que
l'entente <intervenue...
M. Morin :
...le tribunal prend acte de l'engagement de la ministre et
ordonne à celle-ci de s'y conformer et prend acte du fait que l'entente >intervenue
entre les parties ayant menée à ce jugement est conclue sous réserve des allégations
et autres demandes formulées par Collège Canada dans sa demande introductive
d'instance en injonction provisoire, ordonnance de sauvegarde, injonction
interlocutoire et pouvoirs en contrôle judiciaire, y compris aux conclusions e
et g.»
Quand on va voir dans la demande, on voit,
là, qu'il y a effectivement certains éléments qui étaient demandés. Donc,
ordonner la suspension des effets de l'arrêté et ordonner à la ministre
d'annoncer publiquement, dans les 24 heures suivant le jugement par voie
de communiqué officiel publié sur son site, dont copie sera transmise au
collège, la reprise de la réception du traitement des demandes... mais on ne
sait pas pourquoi, d'où ma demande. Parce qu'évidemment, si... je ne sais pas,
s'il y a eu des analyses qui ont été faites, s'il y a des notes ministérielles
qui ont été envoyées à M. le ministre en disant : Bien, écoutez, avec
l'arrêté, il y avait tel ou tel problème... ou est-ce que c'est parce que
l'arrêté avait été mal rédigé? On ne le sait pas, puis il n'y a pas de jugement
au fond. Si on avait une décision, au fond, d'un tribunal qui dit : Bien
oui, écoutez, ça ne fonctionne pas pour a, b, c, bien, ça pourrait nous
éclairer, parce qu'évidemment, c'est bien connu, le Parlement bénéficie d'une
souveraineté et les tribunaux judiciaires bénéficient d'une indépendance. C'est
fondamental dans notre société. Donc, si un tribunal rend une décision, bien,
évidemment, tout dépendant des conclusions, le Parlement peut venir modifier,
que ce soit par une loi ou autrement, une telle décision. Mais, encore là,
faut-il avoir tous les motifs pour bien comprendre ce qui se passe.
Or, on a appris ça hier, et je remercie le
personnel qui travaille au ministère et au bureau du ministre, ils nous l'ont
partagé, sauf que moi, comme député de l'opposition officielle qui cherche à
comprendre, bien, ça ne m'aide pas beaucoup. Ce que je sais, c'est qu'ils ont
décidé de ne pas aller de l'avant. Et il y a aussi d'autres demandes... une
autre demande qui a été déposée en pourvoi en contrôle judiciaire et en demande
d'ordonnance de sauvegarde. Cette fois-ci, c'était le Cégep de la Gaspésie et
des Îles contre le Procureur général, et je n'ai pas été en mesure non plus de
retrouver une décision au fond. Donc, on n'est pas plus avancés. Mais ce qui
est particulier, c'est que l'arrêté ministériel a été rendu en 2021. La
décision du tribunal, dans le dossier de Collège Canada inc., a été rendue le
12 janvier 2021, et, dans celle du Cégep de la Gaspésie et des Îles contre
le Procureur général du Québec, le 11 janvier 2021. Et là on a 2022, 2023,
2024, et on arrive vers la fin de l'année 2024, et c'est maintenant que le
ministre dépose son projet de loi.
• (12 h 10) •
Alors, qu'est-ce qui était arrivé entre-temps?
Est-ce que le gouvernement pouvait s'accommoder de cette décision-là? Est-ce
que le gouvernement pouvait agir? Si c'était si urgent, je m'interroge, mais
c'est surprenant de voir, par exemple, que le gouvernement n'ait pas déposé son
projet de loi à la fin de 2022, début 2023. On est à la fin de 2024.
Alors, bien, moi, comme parlementaire, j'ai besoin d'être éclairé et puis je
voudrais voir... je voudrais comprendre, sincèrement, véritablement, au fond,
qu'est-ce qu'on cherche à corriger.
L'autre élément, parce qu'évidemment on
nous parle du nombre, on nous parle du nombre qui ne cesse d'augmenter, bien...
et là on nous fournit des statistiques sur les étudiants étrangers au Québec.
C'est en lien à une réponse de la motion qui était présentée par le collègue de
Saint-Henri—Sainte-Anne. Puis, encore là, je remercie le ministre, parce
qu'avec son cabinet, ils nous ont transmis les documents rapidement, hier. On a
pu les regarder. Maintenant, bon, il y a... il manque des éléments. Je <comprends...
M. Morin :
Je >comprends,
pour les gens qui nous écoutent, que même si c'est... même si, dans les
documents, c'est écrit : Ne pas diffuser le document de travail, je peux
quand même les utiliser. N'est-ce pas, M. le ministre? Il n'y a pas... il n'y a
pas de souci? Je comprends que vous allez nous envoyer une autre... Il n'y a
pas d'enjeu, là? D'accord. Parce qu'évidemment je ne voudrais pas commettre
d'impair, mais on a reçu ces documents-là et il manque encore de l'information.
Bon, M. le ministre nous dit que ça s'en vient, et je le remercie.
Mais, encore là, quand on regarde les
chiffres, c'est loin d'être évident, parce que, quand on regarde un tableau du
nombre de certificats d'acceptation du Québec qui sont délivrés par niveau
d'études, on se rend compte qu'on arrive à un total de 132 441, sauf que ça, ça
inclut le primaire et le secondaire, le collégial et, évidemment, les
universités. Mais ces chiffres-là ne sont pas astronomiques. Puis quand on
regarde les universités, par exemple, pour le programme de formation... Parce
que c'est beaucoup les recteurs des universités qui nous ont dit : S'il
vous plaît, n'allez pas là avec votre projet de loi. Et là je comprends qu'on
parle des universités dans leur ensemble, donc pas une en particulier. Pour le
premier cycle, en 2024, on parle de 29 269; au deuxième cycle, 19 287; et
au troisième cycle, donc au doctorat, 4 208 dans l'ensemble des
universités québécoises.
Le ministre nous dit : J'ai
absolument besoin de ce projet de loi pour être capable d'exercer un certain
contrôle, réduire le nombre. Mais le projet de loi, il va beaucoup plus loin
que ça, Mme la Présidente. Entre autres, quand on regarde les articles 3
et 4, on nous dit qu'une décision d'avoir un impact sur l'admissibilité
d'étudiants étrangers pourrait être «prise en tenant compte, notamment, des
orientations et des objectifs fixés au plan annuel d'immigration, mais des
besoins économiques, de main-d'œuvre, favoriser une diversité de provenance de
demandes de sélection, de considérations humanitaires, de toute situation
susceptible de compromettre la santé, la sécurité ou le bien-être des personnes
immigrantes, la capacité d'accueil et d'intégration du Québec ou même de
l'intérêt public.»
Et évidemment, à 4 et à 5, on vise aussi
l'ensemble des universités. À 5, hein : «Une décision du gouvernement
concernant les demandes présentées à titre d'étudiant étranger est prise sur
recommandation du ministre, après consultation du ministre de l'Éducation, du
Loisir et du Sport et du ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche,
de la Science et de la Technologie, selon leur compétence respective.»
Mais malgré le premier alinéa, une telle
décision doit être prise sur la recommandation conjointe du ministre et, selon
leur compétence respective... Elle peut porter sur la suspension de la
réception ou du traitement des demandes, elle porte sur le nombre maximal de
demandes que recevra le ministre, si ce maximal, ce nombre-là, est fixé en
fonction d'une distinction, notamment d'une région du Québec, d'un ordre
d'enseignement, d'un cycle d'études, de services éducatifs, d'une catégorie
d'établissement d'enseignement, d'un centre de services scolaire.
Et donc, moi, ce que je comprends, c'est
que le ministre, avec la loi, pourrait se donner le pouvoir de dire :
Bien, écoutez, dans... ce sera tel programme, ce sera telle région, ce sera
telle université. Et on a les critères, comme je vous l'ai mentionné, à
l'article 3, sauf que, si on regarde les étudiants de troisième cycle, là,
pour l'ensemble des universités, puis il y en a plusieurs, au Québec, on est
chanceux, c'est 4 208 personnes. On ne parle pas de 200 000, là.
C'est étonnant. Deuxième cycle, c'est 19 287. Bon, évidemment, au premier
cycle, il y en a plus, mais quand même...
Il me semble que ce qu'on essaie de
corriger... en tout cas, quand moi, je regarde les études de deuxième cycle et
de troisième cycle, je vois mal comment on puisse parler d'un abus, là. 4 208,
et ça, on nous parle du nombre de certificats d'acceptation qui sont délivrés,
et, à ce que je comprends, c'est que quand un étudiant étranger fait une
demande, il... bon, il va remplir des critères. Il peut faire des <demandes...
M. Morin :
Il peut
faire des >demandes dans plusieurs universités puis évidemment, à un
moment donné, il y a un certificat qui va lui être envoyé. Est-ce qu'en bout de
piste, il va venir dans l'établissement faire son cours? S'il a fait des
demandes dans plusieurs établissements, évidemment, il va aller juste dans une.
Donc, il est possible que même les chiffres que je vous cite, ce soit même
moins que ça, finalement, les gens qui arrivent sur le territoire.
Alors, ça m'apparaît être énorme comme
pouvoir pour, finalement, régler une situation... quand je regarde des études
de troisième cycle ou de deuxième cycle, avec un nombre qui est probablement
même en deçà de ce que je viens de vous dire. Et là, après, on regarde... parce
que, dans le tableau qui nous a été donné, on regarde à la page 4 puis là on
parle des permis d'étude qui ont été délivrés. Alors, ça, ma compréhension,
c'est que ça provient de données fédérales, parce qu'une fois que la personne,
l'étudiant étranger a fait une demande, qu'il a obtenu un certificat, en bout
de piste, il correspond à certains critères, le fédéral va lui donner un
permis, puis là, après, il va arriver. Et quand on regarde à la page 4 du
tableau qui nous a été fourni hier, oui, il y a des chiffres... il y a des
chiffres, effectivement, il y a des gens, mais encore là, dans certains cas, il
peut y avoir une augmentation, mais dans bien d'autres cas, c'est souvent une
diminution. Alors, ça aussi, c'est un peu particulier. Alors, des fois, ça
diminue, des fois, ça augmente.
Donc, qu'est-ce qu'on essaie de... en fait,
où est véritablement le problème? C'est complexe, ce n'est pas du tout évident,
mais encore, ce n'est pas tout. Dans le projet de loi, il y a l'article 8 qui
traite de la Loi sur l'enseignement privé, et on a reçu, en commission
parlementaire, des représentants qui représentent, en fait, une fédération, un
ensemble de collèges d'enseignement privés, subventionnés, qui nous disent :
Écoutez, nous, là, les demandes, on les contrôle, on a les moyens, on respecte
la loi.
Et, dans le projet de loi tel qu'il est
écrit, on dit, entre autres : «Par la suppression de "et sans aller en
deçà de la capacité d'accueil des installations mises à la disposition de
l'établissement" et par l'insertion, à la fin de "en considérant
notamment la capacité d'accueil des installations mises à la disposition de
l'établissement ainsi que les besoins relatifs aux services éducatifs ou aux
catégories de services éducatifs"».
Et, à 2° : «Le ministre peut
déterminer un seuil minimal d'élèves résidents du Québec, au sens des
règlements du gouvernement, qui doivent être admis aux services éducatifs ou
aux catégories de services...»
Un seuil minimal d'élèves résidents du
Québec. Donc, est-ce que ça veut dire que, dans le cas des collèges
d'enseignement privé, le ministre pourrait venir réduire le nombre d'étudiants
qu'ils peuvent admettre? Peut-être, ça semble être le cas. Mais, alors là, je
me dis : Écoutez, si c'est le cas... Et ça, on l'a vu, Mme la Présidente,
parce qu'il y a eu plusieurs articles qui ont été publiés dans les journaux,
déjà, les universités, au Québec, voient une diminution de leur nombre
d'étudiants étrangers. Ça a déjà un impact financier. Est-ce que la même chose
pourrait être vécue par les collèges d'enseignement privés? Possible.
• (12 h 20) •
Alors, moi, comme parlementaire, bien
évidemment, je cherche, je cherche l'étude d'impact. Est-ce que le gouvernement
en a fait une? Et quand on étudie des projets de loi, le gouvernement nous
fournit, habituellement, ou enfin, du moins, on le demande, la partie du
mémoire qui a été déposée au Conseil des ministres, mais la partie qui est
accessible au public. Et moi, là-dedans, je cherchais où est l'analyse
d'impact. Est-ce que ça va avoir un impact sur ces établissements? Et quel
sera-t-il? Est-ce que ça va faire en sorte que, par exemple, certaines
universités vont devoir fermer les programmes? Parce qu'on l'a... Les recteurs
d'université nous l'ont dit, dans plusieurs centres de recherche, au niveau des
études supérieures, ils obtiennent des subventions, souvent des <subventions...
M. Morin :
...subventions,
souvent des >subventions des gouvernements, qu'ils soient du Québec ou
du fédéral. Évidemment, ça sert à faire de la recherche, donc ça leur permet
d'attirer des chercheurs, mais s'ils n'ont plus de chercheurs ou s'ils ne sont
pas capables d'avoir les chercheurs dont ils souhaitent pour être capables de
réaliser des recherches et, donc, être capables d'utiliser les subventions,
bien, ils vont finir par les perdre. Donc, l'impact, il est réel, il est
notable. Ce n'est pas hypothétique.
Et à moins que j'aie très mal lu le
document, moi, je n'ai pas vu là-dedans... je n'ai pas vu, là-dedans, une
évaluation des impacts possibles. Ce qu'on dit, au niveau de l'évaluation
intégrée des incidences, dans le document qui s'intitule Mémoire au Conseil
des ministres : partie accessible au public, on dit : «Le projet
de loi vise à octroyer certains pouvoirs au gouvernement du Québec et non à les
déployer de façon immédiate.» Donc, est-ce qu'il y en a un, problème, ou pas?
«Leur éventuelle mise en œuvre pourrait avoir une incidence positive sur
plusieurs aspects de la société québécoise, notamment réduire la pression sur
le logement et les services publics.»
Moi, je regarde ça, là... puis je ne vous
dis pas, Mme la Présidente, qu'il n'y a pas de pression sur les services
publics puis sur les logements. Ce n'est pas ça que je dis, là. Ce n'est pas ça
que je dis, mais là c'est parce qu'on parle, dans le projet de loi, d'étudiants
étrangers. Puis quand, après ça, on regarde les chiffres, et les chiffres,
entre autres, qui nous ont été fournis par les universités, on parle d'un
nombre de 57 400 quelques étudiants. Puis quand les recteurs sont venus nous
parler... notamment, je me souviens très bien du recteur de l'Université du
Québec à Rimouski qui nous disait : Oui, écoutez, je ne vous dis pas que
c'est facile, là, mais on gère. On a géré. Alors, c'est quoi, l'évaluation?
Éventuellement, pourrait avoir une incidence positive. Alors, il n'y a rien de
mesuré, il n'y a rien de concret.
Alors, si, évidemment, on nous avait dit :
Écoutez, oui, on a fait une évaluation puis, écoutez, c'est ça que ça fait,
c'est ça que ça donne, bien, je dirais : Oui, d'accord, écoutez, il faut
faire quelque chose. Mais ce n'est pas ça qu'on a du tout, du tout, du tout.
Mais ce qui est intéressant dans l'évaluation intégrée des incidences, et je
suis à la page 12, c'est qu'on nous dit : «L'annonce publique de la présente
proposition législative pourrait être comprise, à l'étranger, comme une volonté
de fermeture du Québec à l'égard des étudiants internationaux ou être présentée
comme telle par les concurrents internationaux du Québec sur les marchés des
services éducatifs. Le réseau international du gouvernement du Québec compte
34 représentations dans 19 pays qui pourraient être mobilisées.»
Bien, écoutez, là-dessus, là, je suis
vraiment d'accord avec le gouvernement, parce que non seulement l'impact
pourrait être comprise à l'étranger... ce n'est pas «elle pourrait être».
Aujourd'hui, là, au moment où je vous parle, c'est «elle est comprise», c'est
exactement ça qui arrive. Et d'ailleurs, il y a eu des articles dans les
journaux et des reportages à la télévision qui sont exactement cet effet-là.
C'est déjà fait. Alors, écoutez, j'espère que la ministre des Relations
internationales a un bon plan avec ses 34 représentations, parce qu'il va
falloir... ils vont être obligés de ramer un peu pour changer cette perception-là.
Le seul élément que j'ai trouvé dans le
document au niveau des implications financières, et qui s'intitule, d'ailleurs,
Implications financières : «Des implications financières relatives
aux changements législatifs proposés pourraient varier en fonction des
modalités d'application qui seront décidées ultérieurement par le MIFI, le MESS
et le MEQ. Selon les modalités d'application qui seront décidées, la mise en
œuvre du projet de loi pourrait nécessiter des sommes additionnelles qui ne
sont pas actuellement prévues au cadre financier du gouvernement.» On a une
mise à jour économique, aujourd'hui, puis on sait que le gouvernement du
Québec, présentement — je suis très sarcastique — nage dans
les surplus, hein? On a des déficits de milliards et de milliards de dollars.
Alors, si ça peut nécessiter des sommes
additionnelles, je ne sais pas où le gouvernement va les prendre. «Une analyse
détaillée des implications financières et des ressources [...] et des sources
de financement se fera donc au préalable de toute décision relative à
l'application des nouveaux pouvoirs qui seraient introduits.»
Vous savez, un des éléments qui a été <exprimé...
M. Morin :
...à
l'application des nouveaux pouvoirs qui seraient introduits.»
Vous savez, un des éléments qui a été >exprimé
à de multiples reprises, c'est que ce projet de loi là soulève plus
d'incertitudes que n'importe quoi d'autre. Bien, je vous dirai, Mme la
Présidente, avec respect, que quand moi, je lis le paragraphe neuf, Implications
financières, à la page 13, ça soulève beaucoup plus de questions et
beaucoup plus d'incertitudes que n'importe quoi d'autre. Écoutez, les
changements pourraient varier... «les implications financières pourraient
varier en fonction des modalités d'application qui seront décidées
ultérieurement». Ce n'est pas très, très clair puis ce n'est pas très
rassurant. Moi, si j'étais un étudiant étranger, à moins que je comprenne très
mal le paragraphe neuf, mais moi, si j'étais un étudiant étranger, je veux
dire, écoutez, c'est... qu'est-ce qu'ils sont en train de faire, là?
Puis, vous savez, les étudiants étrangers,
quand ils viennent ici, souvent, ils ont des bourses. C'est des gens
performants. Ils ont aussi, souvent, de l'argent qu'ils vont venir dépenser,
évidemment, sur le territoire du Québec, mais ils ont de l'argent pour venir, sauf
que, s'ils ont de l'argent pour venir ici, habituellement, c'est parce qu'ils
ont de l'argent pour aller ailleurs aussi. Et ça, c'est un impact réel du
projet de loi. Or, il n'y a absolument rien dans ce document-là, qui, par
ailleurs, est accessible au public, qui est là pour me rassurer, moi, comme
législateur, comme député.
Donc, c'est la raison pour laquelle, moi,
j'aimerais avoir, de la part du gouvernement... parce que, tu sais, M. le
ministre, vous invitez à la collaboration. J'en suis, mais, encore là, je
voudrais savoir c'est quoi, les véritables impacts financiers du projet de loi.
Parce que quand je lis ça, là, ça me dit : Ça pourrait varier en fonction
des modalités d'application décidées ultérieurement. Ce n'est pas très, très
rassurant, et puis ça a un impact direct sur les établissements d'enseignement
au Québec. Ça peut avoir un impact direct sur les établissements privés
subventionnés.
Alors, vous comprendrez, Mme la
Présidente, que c'est la raison pour laquelle j'ai présenté cette motion. Et je
pense que, pour être en mesure, évidemment, de bien collaborer avec le
ministre, il faudrait avoir ces documents-là. Quels sont les véritables...
Pourquoi, après des recours en contrôle judiciaire, pourquoi le gouvernement
n'a rien fait pendant des années? Puis pourquoi, soudainement, on nous arrive
avec ça, il y a quelques semaines? Première question. Alors, s'il y a des documents
là-dedans, s'il y a eu des analyses, est-ce qu'on peut les avoir, nous, de
l'opposition officielle? Parce que ça va nous permettre de comprendre.
Par la suite, est-ce qu'il y a des études
qui ont été faites? C'est quoi, l'impact? Est-ce qu'on en a parlé? Parce qu'à
lire ce qu'il y a dans le document, c'est loin d'être évident. Et là, au fond,
je reviens à ma question, à mon interrogation du départ, au fond :
Qu'est-ce qu'on essaie de corriger? Parce que je vais vous dire, honnêtement,
j'ai écouté attentivement, je ne suis pas convaincu. Puis je ne suis surtout
pas convaincu que les moyens qui sont mis de l'avant dans le projet de loi vont
répondre à mes questionnements.
Donc, pour toutes ces raisons, Mme la
Présidente, j'ai présenté cette motion. J'espère que le gouvernement va
l'accepter pour qu'on soit capables, par la suite, de travailler. Souvent, le
premier ministre nous dit : Donnez-nous des solutions, des options. Bien,
moi, je veux bien, mais pour faire ça, il faut avoir la documentation, d'où ma
proposition de motion. Merci beaucoup, Mme la Présidente.
• (12 h 30) •
La Présidente (Mme Poulet) : Merci,
M. le député d'Acadie. Est-ce qu'il y a d'autres interventions sur la motion
déposée? Oui, Mme la députée de Mont-Royal—Outremont.
Mme Michelle Setlakwe
Mme Setlakwe : Oui. Merci,
Mme la Présidente. Donc, à mon tour d'intervenir, là, en soutien à cette motion
déposée par mon collègue député de l'Acadie, et je prends la parole au nom du
chef de l'opposition officielle, Mme la Présidente. Donc, cette motion est
importante, encore une fois, pour qu'on puisse, comme parlementaires, avoir à
notre disposition toute documentation qui, selon moi, est essentielle pour
qu'on puisse compléter notre mandat avec pertinence, pour qu'on puisse
s'assurer d'agir avec prudence dans ce dossier-là.
Et je rappelle que c'est un dossier qui
est extrêmement important, là, pour tellement... sur tellement de volets, mais
c'est un dossier qui a un volet économique important. On en a parlé amplement et
on a entendu, surtout, les recteurs d'université venir nous dire à quel point
les étudiants internationaux jouent un rôle crucial dans la capacité du Québec
en matière de recherche et d'innovation. Mais afin qu'on puisse s'assurer de
prendre les bonnes mesures, que le projet de loi soit... n'ait pas un effet <potentiellement
négatif sur, donc, ce potentiel au niveau de la recherche...
>
12 h 30 (version révisée)
<19285
Mme
Setlakwe :
...les bonnes mesures, que le projet de loi soit...
n'ait pas un effet >potentiellement négatif sur, donc, ce potentiel au
niveau de la recherche et de l'innovation. Il va falloir qu'on parte avec les
bonnes données.
Et ici permettez-moi de me référer à une
lettre, une lettre ouverte extrêmement importante qui a été signée par notre Scientifique
en chef, Rémi Quirion. C'est une lettre qui a paru, je crois, la semaine
dernière, en tout cas tout récemment, dans Le Devoir, et M. Quirion,
donc, le Scientifique en chef réitère le rôle crucial que jouent les étudiants
internationaux.
(Interruption)
Mme Setlakwe : À vos
souhaits, M. le ministre. Et il nous parle aussi de ce contexte compétitif, là,
du contexte global dans lequel s'inscrit la présence des étudiants
internationaux. Et donc il est extrêmement important de se rappeler cet
élément-là aujourd'hui. Quand on parle d'étudiants internationaux, on ne parle
pas d'un problème, on parle d'une richesse. Et un des volets, c'est le volet de
la recherche. Quand on parle de recherche et d'innovation, on parle de
positionnement du Québec, donc, pour affronter les défis de société d'aujourd'hui
et de demain, et on ne peut pas y arriver simplement avec les étudiants
québécois.
On sait, les étudiants québécois, ils
évoluent dans un contexte différent qui fait en sorte qu'ils se retrouvent plus
rapidement sur le marché de l'emploi, contrairement à d'autres juridictions, d'autres
pays où les jeunes n'ont pas... n'évoluent pas dans les mêmes conditions, avec
une possibilité d'aller sur le marché du travail aussi aisément, aussi
rapidement, ce qui fait que nous, au Québec, on a moins d'étudiants qui
poursuivent... je ne dis pas qu'il n'y en a pas, mais il y a une proportion
moins importante d'étudiants qui poursuivent leurs études au second et au
troisième cycles, ce sont surtout les... Donc, on dépend beaucoup d'étudiants
internationaux pour venir compléter nos laboratoires de recherche. Et, quand on
parle de recherche et d'innovation, bien, il va falloir qu'on nous donne des
chiffres, il va falloir qu'on nous donne des données, parce qu'ici il y a un
potentiel de nuire à l'avenir du Québec et à la capacité du Québec d'innover.
Donc, je me rapporte à la lettre qui a été
signée par M. Quirion. Il dit, et je le cite : «La compétition pour
attirer les meilleurs étudiants étrangers est féroce et planétaire — ce n'est
pas moi qui le dis, là, c'est lui. Plusieurs collèges et universités en Europe
et aux États-Unis et leurs gouvernements offrent des conditions et des bourses
très alléchantes pour recruter les meilleurs talents. Le Québec et ses
institutions doivent donc se démarquer pour les attirer.»
Je suis certaine que le gouvernement
caquiste comprend cette dynamique, comprend cette dynamique mondiale et
comprend le contexte dans lequel nos institutions universitaires s'inscrivent,
là, dans cette course mondiale aux talents. D'ailleurs, c'est écrit noir sur
blanc dans les différentes stratégies qui sont mises de l'avant par les ministères
concernés.
Je poursuis. Donc, M. Quirion nous dit :
«Ce constat faisait partie des recommandations du rapport du groupe de travail
que j'ai présidé en 2021 sur l'université québécoise du futur, à la demande des
ministres Roberge et McCann.» J'ai prononcé leurs prénoms parce que je cite une
lettre, j'espère que je ne commets pas d'impair, Mme la Présidente, mais le
ministre de l'Immigration et la ministre de l'Enseignement supérieur qui
étaient là sous la... en 2021. Donc, une analyse plus récente du ministère de l'Enseignement
supérieur arrivait à la même conclusion.
Il serait intéressant, pour le bénéfice
des parlementaires, qu'on puisse avoir accès à ces informations-là, ces
recommandations, ce que le groupe de travail a émis comme rapport. Ce serait
bénéfique pour les parlementaires assis autour de la table de pouvoir bien
comprendre quelles sont ces recommandations-là, qu'est-ce... quels genres de
bourses et autres incitatifs sont mis de l'avant pour attirer des étudiants
universitaires. Et moi, je vais plus loin, là. Je pense qu'on a besoin vraiment
de comprendre plus largement quelles sont les chaires de recherche, quels sont
les sujets sur lesquels travaillent les étudiants internationaux dans nos
différentes universités, quels sont... puis je parle à la grandeur du Québec,
là, quels sont ces domaines de pointe pour lesquels il y a des... il y a des
avancées extrêmement importantes qui sont faites. Donc, on a besoin, encore une
fois, puis je... ça rejoint une motion préliminaire précédente, au <niveau
des...
Mme Setlakwe :
...ça
rejoint une motion préliminaire précédente, au >niveau des programmes.
Bien, quand on parle de programmes, on
parle aussi de recherche, de chaires de recherche, de projets qui sont souvent
faits, d'ailleurs, en collaboration avec le milieu des entreprises. On
travaille sur quoi au Québec? La recherche dont on parle et qu'on valorise, je
sais et je suis juste certaine que le gouvernement valorise cette recherche-là
également. Elle porte sur quoi? Les étudiants internationaux, il y en a combien
dans nos laboratoires de recherche? Ils travaillent sur quoi? Ils oeuvrent sur
quels programmes? Et qu'est-ce que... quels sont ces objectifs du gouvernement?
Et donc ce serait extrêmement pertinent, pour être certains qu'on ne vienne pas
nuire d'aucune façon à ce potentiel énorme que représentent les étudiants
internationaux.
Je poursuis, là. Sa lettre mentionne aussi
que «d'ailleurs, les programmes de bourses à la maîtrise, au doctorat et au
postdoctorat du Fonds de recherche du Québec sont tous ouverts aux étudiants
étrangers depuis quelques années. Les étudiants internationaux recevant des
bourses d'excellence du Fonds de recherche du Québec représentent environ
30 % des cohortes financées par nos programmes. En 2024‑2025, il y en aurait
1 191 sur un total de 3 676 boursiers, une proportion assez
stable depuis 2020‑2021.»
Tout ça pour dire qu'on a ici un potentiel
énorme, et ce sont les étudiants internationaux qui contribuent à cette
recherche fondamentale. On a besoin de comprendre, nous, les parlementaires,
l'ensemble de ces démarches, comprendre les... par université, ce sur quoi ces
étudiants internationaux viennent plancher. Et donc, tout ce à quoi j'ai fait
référence et ce à quoi le Scientifique en chef fait référence, c'est
extrêmement précieux. Alors, comment pouvons-nous débuter l'étude de ce projet
de loi là, si on n'a pas en main toutes ces informations au niveau de la
recherche?
Je reviens, donc, sur un autre élément de
ce dossier que j'ai qualifié d'emblée, là, de dossier économique. Il ne faut
pas sous-estimer l'impact financier que peut avoir ce projet de loi sur nos
universités. Et, à cet égard-là, je pense qu'il est important de faire un lien,
encore une fois, je suis désolée d'être redondante, mais c'est important de le
faire... de faire un lien avec la politique de financement, la nouvelle
politique de financement du gouvernement, une initiative qui a été menée par la
ministre de l'Enseignement supérieur. Cette nouvelle mouture a été déposée en
juin 2024 et fait un rebrassage des fonds. Il n'y a aucun nouvel argent. La
politique de financement... Cette nouvelle politique de financement compte sur
les droits de scolarité qui proviennent des étudiants internationaux pour venir
faire un rééquilibrage dans l'ensemble du réseau.
La raison pour laquelle je fais ce lien,
Mme la Présidente... Il y en a plusieurs, raisons. Premièrement, je me rappelle
que, lorsque cette décision a été prise, il y a un an déjà, en octobre 2023,
d'augmenter les droits de scolarité, une des raisons qui avaient été évoquées,
bien, c'était pour, justement, corriger des iniquités. Mais jamais, à ce
moment-là, est-ce qu'il y avait eu dépôt d'une analyse d'impact. Et ça, c'est
le milieu qui l'a dit. Le milieu universitaire est venu dire que, si ça avait
été justifiable, bien, le gouvernement aurait pu produire des chiffres globaux
qui démontraient, donc, qu'il y avait une iniquité à corriger sur l'ensemble
des revenus des universités et l'impact de ces mesures sur les universités.
• (12 h 40) •
Tu sais, ça démontre que, quand un
gouvernement pose des gestes, adopte des mesures, il faut que ce soit basé sur
des études, il faut que ce soit bien réfléchi, il faut qu'il y ait des analyses
d'impact. Il n'y en avait pas, à l'époque, et pourtant cet élément-là de hausse
des droits de scolarité est intrinsèque dans la nouvelle politique de
financement. Alors, on compte sur les étudiants internationaux, on dit que
c'est important que ces revenus-là continuent puis qu'ils soient redistribués
dans l'ensemble du réseau, mais, avec le projet de loi n° 74, on donne le
pouvoir au gouvernement de venir réduire le nombre d'étudiants internationaux.
Donc, il faut vraiment agir avec prudence dans ce dossier-là.
Dans le... Sur le volet de la hausse des
droits de scolarité, le gouvernement n'a jamais produit d'analyse d'impact, n'a
pas été capable d'émettre des chiffres globaux. C'était plutôt parlant. Et
d'ailleurs le gouvernement, quand il avait adopté ces mesures, ces mesures
visaient trois universités : Bishop's, Concordia et <McGill. Et là
il y a eu...
Mme Setlakwe :
...mesures,
ces mesures visaient trois universités : Bishop's, Concordia et >McGill.
Et là il y a eu tout un tollé. Bishop's est venue dire : Mais, écoutez,
vous ne pouvez pas faire ça, on va... vous allez mettre notre survie en péril.
Et, quelques semaines plus tard, le gouvernement a reculé, réalisant
qu'effectivement l'Université Bishop's, donc, qui a fêté ses 180 ans et plus,
une institution dont on est extrêmement fiers, dont... qui fait la fierté de la
région de l'Estrie, que cette institution-là allait fermer.
Donc, clairement, il n'y avait pas eu une
analyse d'impact. Si l'analyse d'impact aurait dit noir sur blanc qu'il allait
y avoir un effet extrêmement négatif sur Bishop's... C'est uniquement après
avoir adopté ces mesures, en réaction au tollé, en réaction aux vives
préoccupations, aux vives inquiétudes de la part de Bishop's et, en fait, de la
part de tout le réseau, que le gouvernement a reculé. Alors, c'est ça qui
arrive quand on va trop vite, qu'on ne prend pas le temps de faire les
analyses, les analyses d'impact, les évaluations, qu'on peut commettre des
erreurs.
Donc, ici, je pense que notre demande est
tout à fait légitime. Nous, on ne veut pas participer, on ne veut pas adhérer à
un projet de loi qui pourrait potentiellement nuire encore davantage, là, à nos
institutions qui se sentent fragilisées. Ça, ils sont venus nous le dire. Pour
ce qui est de Bishop's, c'est important de le mentionner parce que ça démontre
toute l'importance de comprendre l'impact financier potentiel qu'on est en
train de... qu'on pourrait potentiellement imposer à nos institutions.
Je vous rappelle, Mme la Présidente, que,
malgré le revirement de l'an dernier, malgré le changement de cap, là, après
l'annonce de la hausse des droits de scolarité, le mal est fait. C'est ce que
le recteur de Bishop's est venu dire. Il me l'a dit à moi puis il l'a dit en
commission. Les inscriptions sont à la baisse, et l'institution est prise avec
un premier déficit en huit ans. Imaginez-vous, là, un premier déficit en huit
ans, alors qu'ils se demandent comment diminuer leurs dépenses de
2 millions. C'est environ 3 % de leur budget. Le recteur mentionne
que les coupures vont affecter leur capacité d'offrir le même niveau
d'excellence dans la qualité de l'expérience étudiante. C'est le genre de cri
du cœur qu'on a dans les médias. On parle de recteurs d'institutions
québécoises qui émettent ce cri du cœur.
Alors, quand on parle de plafonner les
étudiants internationaux, il faut agir, Mme la Présidente, avec la plus grande
prudence, parce que déjà, avec les mesures qui ont été annoncées et pour
lesquelles le gouvernement a dû reculer, il y a un impact extrêmement négatif
sur nos institutions comme Bishop's, comme je viens de le mentionner.
On se rappelle, là, les mesures ne
s'appliquent pas à Bishop's et pourtant les inscriptions sont à la baisse. Ils
sont en train de couper, ils sont en train de diminuer leurs dépenses. Ils ont
accepté... Ça, c'est des données de novembre 2024, là, de ce mois-ci.
Bishop's a dû accepter... a accepté 10 % moins d'étudiants canadiens hors
Québec et 43 % moins d'étudiants internationaux, et tout ça occasionne des
coupes budgétaires significatives dues à la perte de revenus de ces droits de
scolarité et des changements au niveau de l'immigration. Donc, on a besoin de
comprendre... de ne pas faire... pas commettre les erreurs du passé et de
comprendre l'impact, l'impact potentiel du projet de loi n° 74 sur nos
universités, impact financier.
Pour ce qui est de Concordia... Je vous parle
de Concordia parce que Concordia s'estime être la grande perdante, c'est les
mots qu'ils ont utilisés, à la suite du dépôt de la nouvelle mouture de la
politique de financement, pour laquelle il n'y a aucun nouvel argent. McGill a
été capable de tirer son épingle du jeu, ils ont été capables, ils ont des
ressources financières qui leur ont permis de compenser en émettant des
bourses, des bourses Canada, mais ce n'est pas une mesure qui est pérenne.
Éventuellement, eux aussi vont souffrir financièrement. Concordia, eux, je vous
rappelle des informations pertinentes, là, les chiffres de novembre 2024 :
moins 27 % de nouveaux étudiants du reste du Canada; moins 14 % qui
viennent de l'international. C'est énorme, comme baisse, alors que le
gouvernement se fie ou compte sur cet argent pour venir redistribuer dans
l'ensemble du réseau. C'est une incohérence, Mme la Présidente.
Concordia est une excellente université
très réputée dans des domaines nichés. Ils sont venus nous dire à quel point
ils sont inquiets, <qu'ils vivent des...
Mme Setlakwe :
...
des domaines nichés. Ils sont venus nous dire à quel point ils sont inquiets, >qu'ils
vivent des... Ils sont en situation de difficulté financière. Ils ont 9 200 étudiants
internationaux, mais les chiffres sont à la baisse. Ils connaissent une baisse
du nombre d'étudiants étrangers, je l'ai mentionné, moins 14 % en 2024. En
plus des droits... de perdre des droits de scolarité, qui sont redistribués
dans le réseau, et de voir les inscriptions des étudiants étrangers à la
baisse, Concordia rapporte une baisse de 4 % du financement opérationnel. Donc,
c'est un dossier économique, c'est un dossier pour lequel il faut prendre ces
impacts financiers en considération.
Une baisse d'effectifs va toucher tout le
réseau. Tout le monde se partagera une plus petite tarte. C'est comme ça que
fonctionne la politique de financement. Puis on se rappelle que les universités
à charte comme Concordia sont exclues de certaines enveloppes de financement
pour le recrutement. Donc, toutes ces mesures, les droits de scolarité, la
nouvelle politique de financement et maintenant la coupure des étudiants
internationaux arrivent au pire moment, en période d'inflation, alors que les
dépenses des institutions augmentent. Alors, nous, comme parlementaires, je
pense que c'est tout à fait pertinent qu'on prenne ces données-là en
considération, l'impact financier potentiel du projet de loi n° 74 sur nos
institutions.
Pour ce qui est de McGill, parce qu'encore
une fois la raison pour laquelle je parle des universités anglophones... Mais
je peux... Il y a un impact sur le reste du réseau, là, tout ça. Tout ça est un
écosystème, mais il est important de le faire pour que le gouvernement
comprenne à quel point ces institutions-là se sentent brimées, sentent qu'on
est en train de les affaiblir, qu'il devrait... Ça ne devrait pas du tout être
l'intention d'un gouvernement de venir affaiblir ces institutions. L'objectif
de redistribuer, l'objectif d'assurer que tout le réseau soit suffisamment
financé, on n'a absolument rien contre ça, évidemment. Il faut s'assurer que
tout le réseau ait les moyens financiers d'offrir une expérience académique de
grande qualité à l'ensemble des étudiants québécois, bien entendu. Mais, quand
on met de l'avant des politiques, puis qu'on adopte des projets de loi, puis
qu'on constate une incohérence, puis qu'il n'y a pas de nouvel argent, il est
normal pour nous de se demander si le gouvernement a pris en compte tous ces
éléments-là.
Rappelons-nous que McGill, pendant
19 ans d'affilée, est classée numéro un au Canada, toujours dans le
top 30 au monde. La qualité de ses diplômes est reconnue et valorisée mondialement.
Ils ont plus de 10 000 étudiants internationaux. Et la signature de
McGill, c'est ce qu'on m'a dit, ils se distinguent autant en recherche qu'en
éducation. C'est difficile d'exceller dans les deux, Mme la Présidente.
187 pays sont représentés. C'est un libre-échange de cerveaux. Moi, je
pense que le Québec veut continuer à participer à ce libre-échange de cerveaux.
Comment est-ce qu'on va rassurer McGill qui est vraiment... puis je me permets
de le dire, là, qui fait la fierté du Québec, qui fait la fierté du Canada, qui
fait la fierté de Montréal? Montréal brille, comme ville universitaire,
beaucoup en raison de cette réputation mondiale de McGill, et, quand Montréal
brille, alors, c'est tout le Québec qui brille.
• (12 h 50) •
Puis, quand on parle de recherche, il y a
de la recherche extrêmement importante qui se fait à McGill. Et ce que j'ai
compris, c'est qu'il y a certains projets de recherche pour lesquels McGill
applique, qu'il y a des chaires de recherche qui sont financées, à McGill, mais
qui bénéficient à d'autres universités. Il y a des liens, des collaborations
entre nos universités, Sherbrooke, entre autres. Donc, quand il y a un bon coup
à McGill, c'est tout le réseau qui ressent les effets positifs. Il faut
absolument prendre en compte ces impacts potentiels sur notre écosystème, sur
cet îlot d'excellence qu'on a le privilège d'avoir chez nous, au Québec.
Donc, encore une fois, et je reviens à la
motion, je me rattache à la motion, on demande au gouvernement de nous fournir
tous les documents, toutes les analyses, toutes les notes ministérielles qui
portent sur les impacts financiers du projet de loi envers les établissements
d'enseignement supérieur. C'est exactement ce dont je vous parle depuis tout à
l'heure, Mme la Présidente.
Je continue. Donc, on peut aussi voir un
volet économique... un autre volet économique, c'est l'impact, j'en ai parlé,
là, à... puis ça, je prends juste... je prends juste Montréal, après ça, je
vais parler des régions. À Montréal, on a, en consultation, Michel Leblanc, de
la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, qui est venu faire un
excellent plaidoyer pour la ville de Montréal et il est venu dire de ne pas
négliger les retombées économiques qu'apportent ces étudiants internationaux.
Non <seulement...
Mme Setlakwe :
...
négliger les retombées économiques qu'apportent ces étudiants internationaux.
Non >seulement ils comblent des besoins de pénurie de main-d'œuvre parce
qu'ils travaillent durant leurs études, ils contribuent à l'économie, ils
contribuent, donc, encore une fois, à la recherche et à l'innovation. C'est un
élément économique. Les retombées économiques sont chiffrées. Est-ce qu'on peut
avoir ces documents, ces études, ces analyses? Est-ce qu'on peut savoir
qu'est-ce que ça représente, en termes de retombées économiques, non seulement
à Montréal, mais à la grandeur du Québec, ces étudiants internationaux?
Quand on parle des régions, on a entendu
des directeurs de cégeps et des recteurs d'universités venir dire que leurs
institutions sont des moteurs de développement économique régional. Non
seulement les étudiants internationaux permettent de compléter ou même de
démarrer des cohortes, mais ils constituent des personnes qui viennent
contribuer à l'économie. Quel est l'impact économique dans nos régions? On
assure une vitalité des régions. Ça nous prend ces éléments-là, parce qu'on
sait, si on veut pouvoir adhérer à l'intention du gouvernement, adhérer aux
pouvoirs accrus qu'ils nous disent qu'ils ont de besoin pour pouvoir cibler les
établissements où il y a des situations problématiques abusives, bien, il faut
être conscients de... il faut avoir un portrait complet de la part de ces
étudiants internationaux dans toutes les régions du Québec.
Il y a un haut potentiel ici, Mme la
Présidente, moi, je l'ai dit puis je vais le redire, d'autosabotage. On peut
sérieusement nuire à l'avenir du Québec avec ce projet de loi. Il faut vraiment
faire attention au message qu'on envoie. Si le message, c'est de corriger
simplement certaines situations, bien, qu'on le dise puis qu'on le redise. Mais
je pense que c'est extrêmement important que l'ensemble des parlementaires
protègent nos institutions et protègent aussi cet accueil qu'offre le Québec, parce
que je suis convaincue qu'on partage tous ce sentiment de fierté, là, qu'on est
un peuple accueillant, une nation accueillante, que nos institutions sont
ouvertes sur le monde. Et ça, ça doit être dit et redit.
Le principe... puis moi, je me permets, à
chaque fois que j'en ai l'occasion, de le dire, nos étudiants internationaux,
on les convoite, on les recrute avec expertise, avec doigté. Ce sont nos
institutions qui le font, et ça, ça doit être le principe général qui soit
toujours mis de l'avant. Et là-dessus c'est là qu'il y a un potentiel de haut
sabotage, puis déjà on a commencé à glisser, on a commencé à avoir des chiffres
à la baisse. On a commencé à voir que potentiellement, des gens, des étudiants,
des jeunes talents à l'international... face à une panoplie de choix. Puis je
reviens à ce que M. Quirion disait, avec les bourses qui leur sont
offertes, tout le monde leur déroule le tapis rouge. On ne peut pas se
permettre de se priver de ces talents-là.
Et puis je me permets aussi de conclure,
je pense qu'il me reste seulement quelques minutes.
La Présidente (Mme Poulet) :
5 min 45 s.
Mme Setlakwe : Je porte
encore une fois la voix du recteur de l'Université du Québec à Trois-Rivières,
qui porte... qui, je vous le rappelle, est le président du BCI, le Bureau de
coopération interuniversitaire, et lui a dit que couper dans les étudiants
internationaux, ça va avoir un impact financier important. Là, il a mis de
l'avant un pourcentage. Si c'était 30 %... Je ne connais pas la cible du
gouvernement, je ne la connais pas, mais si c'était 30 %, on parle, selon
lui, d'un chiffre qui peut aller jusqu'à 150 millions de pertes dans le
réseau, et ça, ce sont des pertes que vont subir les étudiants. On va
malheureusement devoir, je le cite, là, «fermer des programmes, offrir moins de
choix de cours aux étudiants, offrir moins de services aux étudiants. En
région, il va y avoir moins de programmes qui relèvent des disciplines en
sciences, technologie, ingénierie et mathématiques», l'acronyme STIM que tout
le monde connaît, des programmes qui sont essentiels dans les régions.
Donc, encore une fois, Mme la Présidente,
l'importance d'avoir le portrait complet des programmes, de la recherche, de
toutes les données disponibles relatives aux étudiants internationaux, à la
grandeur du Québec, afin qu'on puisse tous apprécier de façon adéquate leur
apport, leur contribution... Et j'ai l'impression que, si on avait toutes ces
informations-là sous les yeux, il deviendrait très clair pour tout le <monde...
Mme Setlakwe :
...toutes
ces informations-là sous les yeux, il deviendrait très clair pour tout le >monde
qu'il y a très peu de matière à couper, et on serait... Dans le fond, c'est ce
qu'on cherche à savoir, nous, à l'opposition. Où est, encore une fois, pour
simplifier l'énoncé, le ramener à sa plus simple expression... où est le
problème? Quel est le problème? Qu'est-ce qu'on est en train de vouloir
résoudre? Et c'est seulement avec des données qu'on peut répondre à cette
question-là. Merci, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme Poulet) :
Merci beaucoup, Mme la députée. Est-ce qu'il y a une autre intervention?
Oui, M. le député de Saint-Henri—Sainte-Anne.
M. Guillaume Cliche-Rivard
M. Cliche-Rivard : Merci,
Mme la Présidente. Plusieurs éléments, là, je vais rester bref dans mon
intervention. Quand même, effectivement, il y a des questions importantes qui
se posent sur les impacts financiers pour les universités, notamment pour les
chaires de recherche, pour les projets, pour les programmes. Quand même, j'aimerais
ça, effectivement, s'il existe de tels documents, qu'ils soient partagés. Le
ministre en a parlé à quelques reprises, là, il y a des informations qui
viendront s'ajouter, probablement, suivant l'adoption, là, dépendamment de la
version... de l'adoption du projet de loi, avec des pouvoirs d'aller colliger,
d'aller amasser davantage d'information, qui va probablement permettre de mieux
définir, de mieux circonscrire, là, les impacts financiers.
Mais je pense qu'il doit certainement y
avoir une préanalyse ou il doit certainement y avoir quelque chose qui a été
fait au niveau soit d'un mémoire, ici, au Conseil des ministres, ou d'autres
types d'informations qui permettent d'éclairer les collègues, notamment parce
qu'on est dans un trio ministériel, là, Éducation, Enseignement supérieur, et Immigration,
puis je devrais dire aussi, probablement, Finances, là. Je pense qu'on... il y
a des liens directs. La collègue de Mont-Royal—Outremont
en parlait, il y a du potentiel pour... de réduction de budget de manière
importante pour les universités et pour des centres de recherche. Ce serait
important qu'on les connaisse puis qu'on puisse évaluer l'impact, là, pour nos
institutions.
Ils sont venus nous parler. Ils sont venus
nous parler de fermeture de programmes, les cégeps aussi en région, les
établissements en région, fermetures de services, fermetures de programmes.
Bon, on le verra, on l'établira, ce n'est pas ici que la planification va se
faire. Ceci dit, ce sont des éléments importants. Donc, j'appuierai, là,
l'essence ou le fond, en général, de ladite motion de mes collègues. Merci, Mme
la Présidente.
La Présidente (Mme Poulet) :
Merci beaucoup. Est-ce qu'il y a d'autres interventions?
M. Roberge : Est-ce
qu'il nous reste le temps? Ou je pourrais intervenir en début... cet
après-midi, plutôt que de faire 12 secondes et d'être coupé.
La Présidente (Mme Poulet) :
Est-ce qu'il y a consentement pour suspendre jusqu'à 14 heures?
Des voix : Consentement.
M. Roberge : Merci.
La Présidente (Mme Poulet) :
Parfait. Alors, compte tenu de l'heure, je suspends les travaux jusqu'à
14 heures.
(Suspension de la séance à 12 h 59)
13 h 30 (version révisée)
(Reprise à 14 h 01)
La Présidente (Mme Poulet) : Alors,
bonjour à tous. On reprend nos travaux.
Alors, avant de suspendre, ce matin, nous
en étions à la motion préliminaire déposée par le député de l'Acadie. M. le
ministre, je crois que vous souhaitiez intervenir.
M. Jean-François Roberge
M. Roberge : S'il vous plaît,
oui. Merci, Mme la Présidente. Donc, sur cette motion, les collègues de l'opposition
officielle ont demandé des informations, ont demandé des chiffres, ont demandé
des explications. Les gens qui nous <écoutent pourraient croire...
>
14 h (version révisée)
<15361
M.
Roberge :
...des chiffres, ont demandé des explications. Les
gens qui nous >écoutent pourraient croire qu'on n'a pas déjà donné tout
ça. Je rappelle que le gouvernement a offert hier un breffage technique qui est
revenu sur les sujets mentionnés par mon collègue, sur les tentatives
précédentes du gouvernement du Québec de bloquer les abus, les enjeux
juridiques, les recours qui ont eu lieu. Tout ça a été donné, expliqué, les
documents ont été transmis. Pour ce qui est de données, ça a été mentionné ce
matin, on a transmis plusieurs données hier, avec des informations, des
chiffres des permis d'études, des émissions de CAQ.
Mon collègue tout à l'heure disait :
Bien, j'aimerais ça comprendre pourquoi ce projet de loi là... comment ça se fait,
donc, ce n'est pas clair, l'intention gouvernementale. Je lui signale que le
mémoire au Conseil des ministres est public, disponible en ligne, Google. Vous
pouvez tous aller le chercher. On précise le contexte actuel, la question des
étudiants étrangers, où est-ce qu'on est, le cadre juridique et les pouvoirs du
Québec... je suis en train de le regarder ici, là, le cadre juridique et les
pouvoirs du Québec actuels, donc l'état du droit actuel, qui montre très bien
qu'on ne peut pas agir, en ce moment, comme on le voudrait puis qu'on est un
peu inféodés au gouvernement fédéral, lequel peut plus agir sur les étudiants
étrangers au Québec que le gouvernement québécois, qui est un non-sens. Donc,
l'analyse est là, disponible. Mes collègues peuvent la lire. Ensuite, un peu
plus loin, les actions récentes du gouvernement fédéral, donc, comme quoi, ce
n'est pas juste théorique, là, ça arrive en ce moment, on a une page là-dessus.
Après ça, mon collègue dit : Mais
pourquoi, donc? On essaie de comprendre les intentions du gouvernement. Il y a
une section qui s'appelle Raison d'être de l'intervention. Alors, voici la
raison d'être de... pourquoi on agit, qu'est-ce qu'on fait là. On parle de la
venue des étudiants, le contexte avec les autres résidents non permanents. On
donne les chiffres, les statistiques. On explique tout ça sur plusieurs pages.
On parle de ce qui se passe dans les cégeps, dans les universités, mais aussi
en formation professionnelle. On fait les nuances entre ce qui se passe au
privé, au public. Toutes les informations sont disponibles. Après ça, les
objectifs poursuivis... Donc, plus ça va, plus on va vers le précis. Tout est
là. C'est le document du gouvernement, le document, carrément, du Conseil des
ministres d'aide à la décision qui a amené à la rédaction du projet de loi.
Ensuite, il y a la proposition clairement définie.
Et plus loin... plus loin, on a Autres
options, je vais vous lire l'extrait, Autres options, c'est-à-dire si on
n'allait pas faire ça : «Le Québec aurait pu décider de s'en tenir au
plafond imposé par le gouvernement fédéral concernant le nombre de demandes de
permis d'études que ce dernier accepte de recevoir annuellement. Cependant, le
gouvernement du Québec souhaite être en mesure d'utiliser tous les pouvoirs, ceux
dont il dispose comme ceux dont il compte se doter, afin que les décisions en
matière de gestion de demandes reflètent adéquatement ses particularités et ses
besoins spécifiques.» Donc, effectivement, il y avait une autre option qui
était de ne rien faire, mais on voit bien que ce n'était pas avantage.
Une section Évaluation intégrée des
incidences, disponible encore sur le Web; après ça, Analyse comparative, et là on
précise, ailleurs au Canada, ce qui se... qu'est-ce qui se passe. Je vous lis
un autre extrait : «Les autres provinces et territoires du Canada
établissent leurs listes d'établissements désignés selon certains critères
spécifiques qui sont balisés dans un protocole d'entente avec le gouvernement
fédéral. Contrairement au Québec, ce ne sont donc pas tous les établissements
d'enseignement en exercice qui sont autorisés à accueillir des étudiants
étrangers.»
Donc, on voit que le Québec, société
distincte, Québec qui a une entente Québec-Canada depuis 1991 pour mieux gérer
son immigration puis avoir plus de pouvoirs que les autres provinces, en ce
domaine, est en retard. Nous avons un projet de loi qui nous propose... qui
nous permet de rattraper ce retard. C'est en ligne, c'est là.
Donc, juste dire qu'on va voter en
défaveur de la motion préliminaire. Je comprends les préoccupations des
collègues. Ma prétention, c'est qu'on lui a déjà répondu de plusieurs façons et
avec beaucoup de transparence. Merci.
La Présidente (Mme Poulet) : Merci.
Est-ce qu'il y a d'autres interventions?
M. Morin : ...de réplique?
La Présidente (Mme Poulet) : Non.
M. Morin : Non?
La Présidente (Mme Poulet) :
Vous avez épuisé votre temps de parole.
M. Morin : ...si j'ai
l'opportunité de faire une autre intervention sur un autre sujet, je pourrais
prendre mon temps de parole sur l'autre sujet pour répondre à M. le ministre?
La Présidente (Mme Poulet) : Bien,
il faudrait rester sur le sujet en particulier.
M. Morin : D'accord. Il n'y a
pas de souci.
La Présidente (Mme Poulet) :
Parfait?
M. Morin : C'est bon.
Excellent.
Mise aux voix
La Présidente (Mme Poulet) : Est-ce
qu'il y a d'autres interventions? Alors, on va procéder à la mise aux voix.
M. Morin : ...par appel
nominal, s'il vous plaît.
La Présidente (Mme Poulet) : Oui.
Alors, Mme la secrétaire.
La Secrétaire : Oui. Pour,
contre, abstention. M. Morin (Acadie)?
M. Morin : Pour.
La Secrétaire : Mme Setlakwe
(Mont-Royal—Outremont)?
Mme Setlakwe : Pour.
La Secrétaire : M. Roberge
(Chambly)?
M. Roberge : Contre.
La Secrétaire : Mme Schmaltz
(Vimont)?
Mme Schmaltz : Contre.
La Secrétaire : Mme Boivin
Roy (Anjou—Louis-Riel)?
Mme Boivin Roy : Contre.
La Secrétaire : Mme Tardif
(Laviolette—Saint-Maurice)?
Mme Tardif : Contre.
La Secrétaire : Mme Picard
<(Soulanges)...
La
Secrétaire :
Mme Picard >(Soulanges)?
Mme Picard : Contre.
La Secrétaire : M. Cliche-Rivard
(Saint-Henri—Sainte-Anne)?
M. Cliche-Rivard : Pour.
La Secrétaire
: Mme Poulet
(Laporte)?
La Présidente (Mme Poulet) : Abstention.
Alors, la motion est rejetée. Est-ce qu'il y a d'autres motions préliminaires à
déposer? Est-ce qu'il y a d'autre chose? Oui, M. le député de l'Acadie.
M. Morin : Oui. Mme la
Présidente, j'aimerais déposer une motion préliminaire. Elle a été partagée, je
crois, et, quand elle sera affichée à l'écran, je vais la lire. Donc, voilà.
La Présidente (Mme Poulet) : Parfait.
La voilà. Alors, allez-y.
Motion proposant d'entendre la Commission des
droits de la personne et des droits de la jeunesse
M. Morin : Merci. Excellent.
Donc, je fais motion, conformément à l'article 244 du Règlement de
l'Assemblée nationale, afin :
«Que la Commission des relations avec les
citoyens, dans le cadre de l'étude détaillée du projet de loi n° 74,
Loi visant principalement à améliorer l'encadrement relatif aux étudiants
étrangers, [qu'elle] tienne des consultations particulières et qu'à cette fin,
elle entende la Commission des droits de la personne et des droits de la
jeunesse. Voilà.
La Présidente (Mme Poulet) : Parfait.
Alors, vous pouvez exposer votre... la motion pour une période de
30 minutes.
M. André Albert Morin
M. Morin : Parfait. Je vous
remercie. Et donc, je dépose cette motion en tant que député de l'Acadie,
porte-parole de l'opposition officielle, pour, bien sûr, renverser la
présomption que c'est dans les règlements. Voilà.
Alors, je dépose cette motion. Pourquoi je
dépose cette motion? Bien, c'est parce que, dans un premier temps, le président
de la commission des droits de la personne nous a fait parvenir une lettre...
en fait, à M. le ministre, où il demandait plus de temps pour répondre. Puis je
vais vous expliquer pourquoi c'est important de les entendre, mais avant, je
vais prendre quelques minutes de mon temps pour répondre à M. le ministre.
C'est toujours en lien, bien sûr, avec le projet de loi.
Donc, bien sûr, Mme la Présidente, que j'ai
lu le mémoire au Conseil des ministres, la partie qui est publique. C'est
certain, on a fait... on a fait notre travail, on a tous lu ça. J'ai cité des
passages de ce document. Mais il n'en demeure pas moins que, quand on essaie de
voir ou... de voir l'étude d'impact... puis ça, c'est seulement la partie accessible
au public, donc il y a une partie qui n'est pas accessible au public. Ça ne
nous aide pas. Quant aux... Ça aide en partie. Donc, quant aux procédures
judiciaires, je l'ai dit, je me répète rapidement, il n'y a pas eu de jugement,
au fond, on ne sait pas pourquoi le gouvernement a retiré et a acquiescé à la
demande des demandeurs. Donc, moi, j'aurais aimé le savoir. Voilà.
• (14 h 10) •
Alors, on revient à ma motion pour faire
entendre la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse.
Alors, je vous disais qu'en date du 15 novembre 2024 le président de la
commission, Me Philippe-André Tessier, et la vice-présidente responsable
du mandat charte, Mme Myrlande Pierre, écrivaient à M. Roberge... au
ministre, dis-je, et indiquaient que c'est un projet de loi qui «laisse planer
beaucoup d'incertitudes sur sa mise en œuvre» et qu'évidemment ils auraient
aimé avoir plus de temps pour intervenir davantage. Alors, c'est important,
donc, de les entendre et de leur donner ce temps. Pourquoi? Bien, parce que la commission
des droits de la personne et de la jeunesse joue, au Québec, un rôle essentiel,
hyperimportant dans la protection des droits et libertés.
J'aimerais, dans un premier temps, dans
mon intervention, décrire ce qu'ils font, leur rôle. Et j'aimerais rappeler
qu'au Québec nous sommes très privilégiés. Nous avons une charte des droits et
libertés de la personne, qui a été adoptée en 1975. C'est une réalisation
libérale sous le gouvernement de M. Robert Bourassa. Elle est entrée en
vigueur plus tard, en 1976, mais elle a été adoptée en 1975. Donc, réalisation
importante qui accorde des droits fondamentaux, dans plusieurs sphères, aux
Québécois et aux Québécoises.
À la suite de l'adoption de la charte, il
était important de créer une commission pour s'assurer que, si les droits qui sont énoncés dans la charte ne sont pas respectés...
bien, que les citoyens et les <citoyennes...
M. Morin :
...qui
sont énoncés dans la charte ne sont pas respectés... bien, que les citoyens et
les >citoyennes qui se sentent lésés puissent avoir des recours. Donc,
ils peuvent s'adresser à la commission, la commission peut faire enquête. Et
nous avons également, au Québec, un tribunal des droits de la personne,
tribunal judiciaire qui permet d'entendre des recours ou des litiges quand les
droits énoncés à la charte ne sont pas respectés. Donc, c'est fondamental.
Alors, voyez-vous... puis je vais prendre
du temps pour expliquer l'origine et la mission de la commission, parce qu'après
ça les gens qui nous écoutent vont être à même de comprendre pourquoi c'est
important de les entendre. Et on trouve, bien, différents documents qui
expliquent l'origine et la mission de la commission.
Alors, elle a été constituée en 1976 par
la Charte des droits et libertés de la personne, et, en 1995, le gouvernement
l'a fusionnée avec la commission de la protection des droits de la jeunesse.
C'est pour ça que dorénavant on l'appelle Commission des droits de la personne
et des droits de la jeunesse. C'est un organisme indépendant du gouvernement...
et remplit sa mission au seul bénéfice de la population et dans l'intérêt
public.
Je me permets de le souligner, Mme la
Présidente, parce que, quand le président et la vice-présidente de la
commission prennent la peine d'écrire et de dire... écoutez, là : Un
projet de loi «laisse planer beaucoup d'incertitudes sur sa mise en œuvre»,
bien, moi, comme parlementaire, ça m'interpelle. Je pense qu'ils ont quelque
chose à dire, quelque chose d'important, de significatif pour les droits des
Québécois puis des Québécoises.
Et leur mission est importante, mais leur
travail est aussi important ainsi que leur conseil, parce que, dans leur
origine, on sait que la commission est un organisme indépendant du gouvernement,
donc un organisme qui est impartial et qui est là pour interpréter, pour aider
le gouvernement dans sa mission, évidemment, du respect des droits fondamentaux
de la personne, mais elles sont là aussi pour aider les parlementaires. Ce
n'est pas tous les parlementaires qui sont membres du gouvernement. Bien, dans
l'opposition officielle, ça devient excessivement important, évidemment, de se
fier et d'écouter un tel organisme pour être capable, par la suite, de faire
des interventions pertinentes pour le bénéfice de la population. C'est le même
mandat que celui de la commission, et, quand la commission remplit son mandat,
elle le fait dans l'intérêt du public. Donc, est-ce qu'il y a quelque chose de
plus important? Intérêt du public, bénéfice de la population.
Mais ce n'est pas tout, et, dans la
mission de la commission, on le dit : «Forte de son indépendance et de son
expertise, la mission de la commission est d'assurer la promotion et le respect
des principes énoncés dans la Charte des droits et libertés de la personne»,
qui est un document qui est une supraloi québécoise et, évidemment, pour lequel
on est très fiers. Bon, elle assure également la protection de l'intérêt de
l'enfant et elle veille à l'application de la Loi sur l'accès à l'égalité en
emploi dans les organismes publics. Et elle a, donc, des responsabilités, entre
autres informer le public des droits reconnus par la charte, la charte
québécoise, je le mentionnais un peu plus tôt, faire enquête sur des situations
de discrimination et d'exploitation en vertu de la charte sur les atteintes aux
droits des enfants, faire des recommandations au gouvernement du Québec sur la
conformité des lois à la charte et sur toute matière relative aux droits et
libertés de la personne et à la protection de la jeunesse. Et cet élément-là
est particulièrement important, parce que c'est justement ce que la Commission
des droits de la personne et des droits de la jeunesse essaie de faire dans le
cadre de l'étude du projet de loi n° 74. Ils essaient de faire des
recommandations.
Et là, dans la lettre succincte qui est
adressée, ce qu'on nous dit, écoutez : Un projet de loi qui laisse planer
de l'incertitude... déjà, les conséquences d'un moratoire, puis les personnes
immigrantes, une richesse qui participe au développement social et économique
du Québec. Donc, il me semble... et c'est la raison pour laquelle je présente
cette motion. Il est plus qu'important, d'abord pour le
gouvernement mais aussi pour les oppositions, d'être capables de dialoguer et <d'entendre...
M. Morin :
...d'abord
pour le gouvernement mais aussi pour les oppositions, d'être capables de
dialoguer et >d'entendre la commission des droits pour qu'on soit
capables d'avoir, évidemment, des recommandations qui, éventuellement, pourront
nous permettre de bonifier ce projet de loi déposé par M. le ministre.
Bon, bien sûr, ils favorisent la
recherche. Ils vont même offrir un service-conseil en matière d'accommodements
raisonnables. Ils veillent aux programmes d'accès à l'égalité et ils coopèrent
avec toutes les organisations vouées à la promotion des droits et libertés de
la personne au Québec ou même à l'extérieur du Québec.
Donc, quand on parle d'un organisme qui a
une expertise, qui a une compétence particulière pour traiter de toute la
question des droits et libertés... Et, je me dis, si j'étais au gouvernement...
ce n'est pas mon cas, mais, si j'étais au gouvernement, je me dirais... il me
semble que, tu sais, j'aurais comme un respect inné pour la charte québécoise
des droits et libertés puis les droits qui y sont énoncés. Puis il me semble
que, quand la commission, qui a pour mandat de conseiller, parce que c'est de
ça dont on parle, ou de faire des recommandations sur la conformité des lois à
la charte et sur toute matière relative aux droits et libertés de la personne
et à la protection de la jeunesse... il me semble que c'est un organisme que je
voudrais absolument écouter, si j'étais le gouvernement. C'est une invitation
que je fais à M. le ministre.
La commission, évidemment, bien sûr, a des
valeurs : respect des personnes — c'est assez logique — transparence
et intégrité, parce que c'est une commission, justement, qui est indépendante,
et donc qui est capable de faire une analyse. D'ailleurs, je serais assez
curieux de savoir si le gouvernement a fait une analyse de l'impact de son
projet de loi sur les droits de la personne. On n'en a pas parlé jusqu'à
maintenant, mais il y a peut-être, là, des pistes de réflexion pour le
gouvernement qui pourraient, effectivement, nous aider dans le travail qu'on a
à faire dans le cadre de ce projet de loi.
Vous savez, la commission des droits et
libertés de la personne, c'est un organisme indépendant mais qui sont
excessivement actifs au Québec. Puis je vais prendre quelques minutes pour en
faire état pour les gens... pour les gens qui nous écoutent, parce que je... sincèrement,
je tiens... bien, comme pour toutes les autres motions, mais je tiens
particulièrement à ce qu'ils puissent venir nous conseiller, à ce qu'on puisse
venir dialoguer avec eux dans le cadre du travail de la commission pour le
projet de loi n° 74.
• (14 h 20) •
Puis pourquoi j'insiste? Et je vais... Et
je vais véritablement insister, Mme la Présidente. Pourquoi? Parce qu'à la
page 3 du document il est écrit : «La commission des droits se désole
de ne pouvoir faire, dans les circonstances, une analyse complète du projet de
loi et des conséquences concrètes qu'il pourrait avoir sur les droits et
libertés protégés par la charte, compte tenu des délais impartis.»
Alors là, le projet de loi, il n'est pas
adopté. On n'a pas commencé l'analyse et l'étude article par article. On est en
commission. Entendre un organisme comme la commission, on ne parle pas ici, Mme
la Présidente, d'une journée de travail, on ne parle pas d'une demi-journée de
travail. Vous le savez, avec votre expérience, quand on entend des groupes,
quand on suggère des groupes, bon, ils viennent, ils ont un temps imparti, on
suit la procédure. Donc, on parle de, quoi, au maximum,
1 h 30 min, gros maximum. Est-ce que la commission, est-ce que
le gouvernement peut se priver d'une telle expertise, reconnue nationalement au
Québec et même à l'international?
Quand un organisme comme la commission
nous dit... Écoutez, ils se désolent de ne pouvoir le faire, mais il y a une
incertitude qui plane sur les conséquences concrètes qu'il pourrait avoir sur
les droits et libertés protégés par la charte. Donc, c'est assez fondamental.
Puis pourquoi c'est important puis
pourquoi ils ont une expertise? Bien, c'est parce que, d'abord, ils existent
depuis des années. Mais, si vous regardez... si vous regardez leur rapport
d'activité... moi, le plus récent que j'ai trouvé, c'est 2023‑2024, puis ça
permet de <comprendre...
M. Morin :
...si
vous regardez leur rapport d'activité... moi, le plus récent que j'ai trouvé,
c'est
2023‑2024, puis ça permet de >comprendre l'expertise énorme
qu'ils ont et qu'on leur reconnaît dans le domaine des droits de la personne. En
2023‑2024, 2 342 plaintes et dénonciations ont été déposées, c'est quand
même un chiffre important, 1 115 dossiers ouverts. Ça ne veut pas dire nécessairement
que la commission va conclure qu'il y a un non-respect des droits, mais ils ont
quand même trouvé que, dans 1 115 situations, c'était assez important pour
ouvrir un dossier. Et ils ont traité 80 %... 82 % des plaintes en
moins de 15 mois. Donc, c'est vous dire... c'est vous dire toute
l'expertise qu'ils ont et dont la commission pourrait bénéficier. Vous avez eu aussi
des dossiers d'ouverts en matière d'exploitation d'une personne âgée ou
handicapée, des dossiers d'ouverts en droit de la jeunesse puis des dossiers
d'ouverts dans le programme d'accès à l'égalité d'emploi.
Quand je vous parlais de leur expertise,
hein... recherches, 59 projets de loi ont été analysés, plus de
100 recommandations émises dans différentes instances. C'est vous dire, au
fond, le sérieux, l'importance que la commission accorde, quand ils ont le
temps de le faire, d'analyser des projets de loi puis de faire des
recommandations. Et ça, je peux vous en parler, parce que, dans différentes
commissions, ils sont... ils ont témoigné, ils ont soumis... ils ont soumis des
rapports, ils ont analysé des projets de loi. Bien, ça ne veut pas dire que le
législateur est lié par ce qu'ils font, mais ce serait tellement dommage de
s'en priver, alors qu'ils ont... alors qu'ils ont l'expertise. Et ce n'est pas
parce qu'ils n'ont pas d'intérêt, Mme la Présidente. Ils ont pris la peine
d'écrire au ministre, ils ont pris la peine de souligner qu'il y avait une
grande incertitude puis ils prennent la peine de nous dire qu'ils se désolent de
ne pas être en mesure de faire une analyse complète, alors que, dans d'autres
cas... dans d'autres cas, quand ils ont plus de temps, bien, ils sont capables
de le faire, et ils le font.
Je vous parlais de l'importance de
l'expertise et de leur notoriété. Plus de 7 000 mentions de la commission
dans les médias écrits numériques et électroniques. C'est énorme et c'est une
institution québécoise dont on est très fiers.
Et, quand vous regardez l'ensemble de leur
mandat et les dossiers qui sont ouverts, ça touche évidemment différents
scénarios où des... on allègue que des droits n'ont pas été... n'ont pas été
respectés. Mais ils ont quand même reçu, comme je le soulignais, du 1er avril
2023 au 31 mars 2024, 8 552 demandes, alors... toujours dans le
domaine de la discrimination, du harcèlement ou de l'exploitation. Et donc ça
leur permet, évidemment, de développer une expertise qui est unique au Québec.
Puis, vu que c'est un organisme de l'État québécois, bien, il me semble qu'on
devrait utiliser leurs ressources et leur expertise au maximum... parce
qu'évidemment toute personne peut porter plainte ou même tout groupe de
personnes peut porter plainte à la commission, et ça leur permet, par la suite,
de faire leur travail. Et c'est dans des domaines qui sont excessivement
vastes, mais vous comprendrez que, bien souvent, c'est dans des cas où, bien
sûr, il y a une discrimination qui est alléguée, et c'est souvent dans le cas
de personnes vulnérables.
C'est la raison pour laquelle... C'est la
raison pour laquelle, dans certains cas, la commission peut agir en faveur
d'une victime, ou pas, mais qu'ils essaient, évidemment, de régler le plus
rapidement possible leurs dossiers. D'ailleurs, à ce niveau-là, ils ont comme
objectif de faire connaître aux parties leurs décisions dans une période
maximale de 15 mois suivant le dépôt d'une plainte, ce qui est quand même
excessivement... hein, c'est quand même rapide. Beaucoup de dossiers de
discrimination, de harcèlement, d'exploitation. Plaintes reçues en 2022‑2023 : 1 641; puis en 2021‑2022 : 1 533;
mais en 2023‑2024 : <1 907...
M. Morin :
...
2022‑2023 :
1 641; puis en
2021‑2022 : 1 533; mais en
2023‑2024 :
>1 907.
Alors, je ne peux pas vous dire... je ne
peux pas vous dire si les dispositions du projet de loi portent atteinte à la
charte ou pas, mais ce que je peux vous dire, cependant, c'est que, compte tenu
de leur expertise, ils seraient en mesure de nous conseiller très adéquatement
et de nous aider, ce qui m'apparaît tout à fait essentiel.
Énormément d'expertise, et donc ils sont
là pour conseiller le Parlement, entre autres. Et évidemment, dans leur
bilan 2023, la commission nous rappelle, dans son rapport d'activité, tous
les efforts que la commission a déployés pour rendre service, et ce, dans
plusieurs régions du Québec.
Et le volet régional, ici, est important,
et je vais vous expliquer pourquoi. C'est qu'en fait ils ont été à même de
développer cette expertise d'aller rejoindre les régions. Et vous savez comment
les régions, c'est important pour nous, à l'opposition officielle, parce que,
dans plusieurs régions, il y a véritablement des poumons économiques pour le
Québec. Je vous dis ça parce que, quand on a entendu les différents recteurs
des universités, plusieurs venaient de région, plusieurs nous ont parlé de
l'importance de l'économie dans leur région et de l'apport économique qu'ils
avaient pour la région où ils étaient. Je pense à des universités...
Évidemment, le réseau de l'Université du Québec, c'est une excellente chose, est
très présent en région, permet de faire vivre une vitalité économique dans
plusieurs régions. On n'a qu'à penser à Trois-Rivières, à Rimouski, en
Abitibi-Témiscamingue... fondamentalement important. Donc, la commission
travaille, justement, à rendre ces services accessibles, et ils ont donc des
bureaux dans différentes régions, de Rimouski à Gatineau, et ils ont augmenté
la taille de leur équipe, ce qui est tout à fait à leur honneur.
Puis c'est important aussi de rappeler
leurs quatre grands mandats. Protéger les personnes contre la discrimination et
le harcèlement dans le cadre de la charte des droits et libertés, alors, ça,
là, c'est le premier mandat de la commission. Ils sont là pour ça. Alors, vous
comprenez... Bon, moi, j'ai en tête les dispositions de la charte, les droits
qui sont accordés aux gens. J'ai en tête, et je viens de vous le souligner, le
premier mandat de la commission. Puis là, dans le document, dans la lettre que
la commission envoie à M. le ministre, on dit, au départ : «Un projet de
loi qui laisse planer beaucoup d'incertitudes sur sa mise en œuvre». Donc, vous
comprendrez que ce n'est pas rassurant pour un député de l'opposition
officielle. Puis là-dedans on nous dit, bien, justement, un des enjeux, c'est
que la commission des droits note que «l'admission des étudiantes et étudiants
étrangers sera désormais conditionnelle à l'admission dans un établissement
d'enseignement désigné par le gouvernement, dans une liste qui sera
éventuellement rendue publique par décret». Donc, les critères d'élaboration de
cette liste sont inconnus à ce jour.
Donc, vous avez un organisme, indépendant
du gouvernement, qui a un rôle clé, avec une expertise clé, pour protéger les
droits puis les personnes au Québec... on nous dit... ça, c'est leur premier
mandat, puis tout ce qu'ils écrivent en premier, c'est : Oh! écoutez, ça
ne regarde pas bien, beaucoup, beaucoup d'incertitudes, beaucoup
d'incertitudes.
• (14 h 30) •
D'ailleurs, justement, quand on regarde la
partie accessible au public du mémoire du Conseil des ministres, bien, c'est ça,
il y a une chose où ils ont vraiment raison, hein, puis je vous le disais un
peu plus tôt : «L'annonce publique de la présente proposition législative
pourrait être comprise à l'étranger comme une volonté de fermeture du Québec.»
Ça, là-dessus, je suis d'accord avec le gouvernement. Donc, il y a un enjeu de
taille.
Deuxièmement, hein, la commission, là,
dans son mandat de protection des droits de la jeunesse, intervient pour
protéger, évidemment, les jeunes. Et, comme je vous le soulignais, ils <agissent
également dans des situations...
>
14 h 30 (version révisée)
<19253
M.
Morin :
...protéger, évidemment, les jeunes. Et, comme je vous
le soulignais, ils >agissent également dans des situations d'exploitation
de personnes âgées ou handicapées puis ils veillent à l'accès à l'égalité en
emploi dans les organismes publics. Et la commission, elle est prête à
collaborer, la commission, elle est prête à... D'ailleurs, dans leur document,
ils disent : Écoutez, on s'est associé au ministère de la Sécurité
publique, à l'École nationale de police, au Commissaire à la déontologie
policière, pour offrir notamment une formation sur le profilage racial et
social aux policiers du Québec.
Quand je vous parlais de la notoriété de
la commission, je vous en parlais, au Québec... et je vous en parlais aussi que
leur notoriété dépasse les frontières du Québec, et c'est tout à leur honneur. On
souligne ici, à Genève : «Le comité des Nations unies pour l'élimination
de la discrimination raciale a reconnu l'expertise de la commission.» Donc, ils
ont une expertise, ils ont une réputation qui dépasse les frontières du Québec,
et c'est reconnu, entre autres, par un comité des Nations unies. Et ils sont
prêts, évidemment, bien sûr, à venir travailler avec le gouvernement. Alors,
pourquoi... dites-moi pourquoi le gouvernement se priverait d'une telle
expertise.
Permettez-moi, en terminant, Mme la
Présidente, de reprendre quelques éléments de la lettre qui a été envoyée à M.
le ministre. On nous dit : «Le projet de loi prévoit de plus que toutes
les décisions relatives à la gestion des demandes d'immigration, tous
programmes confondus, seront prises en vertu de différents critères dont la
liste n'est pas limitative.» On cite, par exemple, le besoin de favoriser une
diversité de provenances. Bon, ça avait déjà fait l'objet de réserves de la part
de la commission des droits. Celle-ci soulignait que «ce critère de sélection,
basé sur un bassin géographique, comme un pays, une région, un continent,
pourrait avoir un effet discriminatoire à l'égard des ressortissants étrangers
sur la base du motif d'origine ethnique ou nationale». Donc, on dit bien que ça
pourrait avoir un impact.
On parle aussi du nouvel élément
décisionnel qui apparaîtrait désormais à l'article 52 de la Loi sur l'immigration
au Québec, prévoyant que les décisions en question pourraient varier en
fonction de toute distinction jugée utile. Et évidemment, c'est un critère qui
est très large, et ça, bien, d'ailleurs, on le dit, je le dis depuis le début,
ça va conférer une discrétion considérable au ministre de l'Immigration et au gouvernement.
Et on se rappelle qu'en vertu de l'article 53 de la loi, les décisions ne
seront pas soumises aux exigences de la Loi sur les règlements, donc, à une
prépublication.
Alors, autant d'éléments qui créent une
incertitude, et puis c'est ce que la... c'est ce que le président de la
commission rappelle à la page 3 de son document : «Une grande
incertitude plane donc sur la manière dont le projet de loi sera mis en œuvre.»
On dit qu'en plus du projet de loi, parce que c'est un tout en immigration, le
gouvernement a récemment annoncé un moratoire sur deux des principales voies d'accès
à la résidence permanente relevant du gouvernement québécois. Et puis ça, on
sait, Mme la Présidente, parce qu'on a entendu... on a entendu des reportages,
on a entendu des témoignages, le gouvernement vient changer les règles dans le
milieu d'un exercice, ce qui fait qu'on a plein de gens au Québec qui sont en
train d'étudier, puis qui, oui, espéraient travailler, puis éventuellement
devenir résidents permanents, puis là ils n'ont aucune idée de ce qui va
arriver. Puis ce projet de loi, le projet de loi 74, ne va pas venir
diminuer leurs inquiétudes, et on rappelle que ces incertitudes, ces annonces
ne sont pas sans conséquence sur la vie et les droits des personnes touchées.
Puis ça, je veux prendre quelques instants
pour le souligner, parce que vous savez, ce matin, Mme la Présidente, on
parlait... on parlait de chiffres, on parlait de statistiques, puis je remercie
M. le ministre avec son équipe, parce qu'on nous a divulgué plusieurs chiffres.
Mais c'est parce que, derrière les chiffres, il y a des humains, il y a des
vraies personnes. Et le dossier de l'immigration, c'est un dossier où on parle
véritablement, là, de situations avec du vrai monde qui sont affectés. Bien,
c'en est un, et ça, je pense que c'est... c'est important. Et la commission des
droits <se désole...
M. Morin :
...commission
des droits >se désole qu'encore une fois cette catégorie de personnes
soit placée devant une telle incertitude qui met à mal des projets de vie. La
commission nous rappelle aussi que les personnes immigrantes, c'est une
richesse, et ça, je tiens à le souligner puis je vais le répéter, une richesse
qui participe au développement social, culturel, économique et identitaire du
Québec, et ça, la commission l'a toujours rappelé. Évidemment, c'est un élément
important. Donc, la commission nous dit qu'elle demeurera vigilante sur la mise
en œuvre du projet de loi, mais évidemment, quand on parle de mise en œuvre,
c'est parce que le projet de loi aura été adopté.
Moi, ce que j'invite M. le ministre à
faire, c'est qu'avant que ce soit adopté, tout à coup... tout à coup que son
projet de loi serait discriminatoire, ne serait pas conforme à la charte, bien,
qu'est-ce qui va arriver? Il va arriver des plaintes, il va arriver des
litiges. Moi, je voudrais éviter ça, autant que possible, à l'État, aux
Québécois puis aux Québécoises, d'autant plus que ce serait important de les
entendre. Je vous remercie, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme Poulet) : Merci.
C'est tout le temps qu'on a, M. le député de l'Acadie. Alors, est-ce qu'il y a
d'autres interventions sur cette motion? Oui. Alors, le député de Saint-Henri—Sainte-Anne.
M. Guillaume Cliche-Rivard
M. Cliche-Rivard : Merci, Mme
la Présidente. J'appuie, là, la motion du collègue de l'Acadie sur la présence
de la CDPDJ. C'est quand même important et intéressant. En fait, quand la
Commission des droits de la personne et de la jeunesse nous dit quelque chose,
je suis effectivement d'accord qu'on devrait avoir un a priori toujours positif
puis l'étudier le plus sérieusement possible. Je suis assez convaincu que le
gouvernement pense la même chose de la CDPDJ. On les entend, là, à plusieurs
occasions, sur plusieurs... différents projets de loi, dans plusieurs matières,
notamment, là, ces temps-ci, en matière de droits de la jeunesse, fort
heureusement.
Donc, j'entends ce que le collègue a
réitéré, puis effectivement, la communication de la CDPDJ est assez limpide,
là, à l'effet qu'ils auraient voulu pouvoir procéder à une analyse plus
détaillée, mais, faute de temps, c'est ce qu'ils sont capables de nous fournir.
Quand même, des éléments importants, puis j'aurais voulu les entendre
là-dessus, puis on aura la chance d'y revenir, M. le ministre, mais sur les
critères d'élaboration de ladite liste, là, sur les établissements désignés,
qui sont actuellement inconnus, eux soumettent, là, un potentiel risque à ce
qu'on ne connaisse pas initialement les facteurs de qualification, puis le
processus, la procédure, puis notamment tous les éléments liés à l'équité
procédurale. Mais j'aurais voulu les entendre là-dessus, sur qu'est-ce qui...
qu'est-ce qu'ils ont comme vision, qu'est-ce qu'ils envisagent, de manière à
ajouter dans nos débats, dans nos discussions, puis dans les idées qu'on pourra
formuler là, ici, notamment de par leur expertise juridique fort pertinente. Ça
fait un des éléments qui me semble être très important, qui a été soulevé.
Un autre volet, c'est effectivement le
contrôle ou, du moins, la recommandation sur le volet discriminatoire ou non,
là, au sens de la charte... des chartes, sur la base de l'origine nationale ou
ethnique. Ça, ça me semble être un élément important, puis on y reviendra, dans
l'étude détaillée, sur cette question-là d'établir des... la possibilité ou la
non-possibilité d'établir des quotas par... ou des plafonds par pays d'origine
national, eu égard à la charte puis eu égard à ce qui est protégé là-dedans. Le
fait que la commission, là, lève un drapeau rouge me semble un indicateur, et
j'aurais voulu les entendre davantage sur leur analyse juridique, là, de
comment ça pourrait être interprété problématiquement. Parce que, le collègue
en parlait, si on adopte une loi qui, de surcroît, est invalidée, alors que,
bon, semble-t-il que l'objectif de cette loi-là, partiellement, était de
répondre à un recours qui avait invalidé une loi ou, en tout cas, un décret, il
me semble qu'on tourne un petit peu en rond, là. Donc, ce sera un élément
important à discuter.
• (14 h 40) •
Puis j'aurais voulu pouvoir bénéficier de
l'analyse approfondie et détaillée desdits membres de la commission, donc, je
pense que ça pourrait être très utile qu'on les entende. Le collègue en
parlait, on parle d'une heure, là, on parle de leur présentation de 10 minutes,
plus la période de questions, je ne pense pas qu'on... versus l'économie du
temps, et d'énergie, et d'argent que... qui pourrait être sauvée, là, s'il
devait y avoir une contestation constitutionnelle ou une contestation, sur la
base de la charte, d'une dite disposition, donc, quand même... Il y a aussi un
volet qui est soulevé puis qui m'a particulièrement fait réfléchir, c'est sur
l'ajout, là, de toute distinction jugée utile, là, dans le vocable du projet de
loi. Ça me semble particulièrement large.
Et la commission fait bien de le relever,
on est davantage éclairés, puis les justiciables <le sont d'autant plus...
M. Cliche-Rivard :
Et
la commission fait bien de le relever, on est davantage éclairés, puis les
justiciables >le sont d'autant plus, les citoyens et les citoyennes,
quand les critères sont parfaitement définis et quand on comprend exactement où
est-ce qu'on veut aller, et non pas quand on fournit un potentiel de soulever
toute autre distinction jugée utile, là. Donc, j'aurais voulu aussi entendre la
commission sur son analyse juridique d'un tel critère, pour nous permettre,
peut-être, de circonscrire ou, en tout cas, du moins, d'étudier les
possibilités qui nous permettraient de circonscrire le terme.
Donc, voilà, pour moi, il y a des éléments
très importants. Et je note quand même qu'il ne s'agit pas là d'une demande
d'entendre, pendant trois jours de plus, 18 intervenants, là. Il s'agirait
là d'une demande spécifique d'entendre un organisme spécialisé en matière de
respect de la charte puis en matière de conseils juridiques, d'intervention
juridique, qui me semble très précis puis très utile pour l'élaboration de nos
travaux. Là, on a pu bénéficier de quelques lignes, quelques analyses
préliminaires, mais il est évident que, si ladite commission ici devait donner
un mandat à la CDPDJ, je suis assez convaincu, puis c'est ce qu'ils nous...
c'est ce qu'ils nous disent en fin de texte, qu'ils seraient assez disponibles,
et ouverts, et capables de venir s'exprimer. Et moi, j'aimerais pouvoir
bénéficier, là, du temps d'échange, avec les avocats, les avocates de la
commission, pour éclairer les pistes, qui ferait en sorte que ledit projet de
loi, s'il devait être adopté tel quel, survive à une contestation
constitutionnelle approfondie.
Donc, voilà, Mme la Présidente. Je vais
remettre tout ça entre les mains, évidemment, du... gouvernemental, qui
décidera s'il appuie ou non la motion, mais je pense qu'on pourrait, mardi
matin ou mardi en début de journée, rapidement, entendre la commission,
rapidement, là. Puis on serait prêts... moi, je serais prêt à adapter ma
disponibilité, là, sur les heures de travaux, évidemment, pour ne pas retarder
l'étude détaillée, pour entendre la commission. Merci.
La Présidente (Mme Poulet) : Merci
beaucoup. Est-ce qu'il y a d'autres interventions? Oui, Mme la députée de Mont-Royal—Outremont.
Mme Michelle Setlakwe
Mme Setlakwe : Merci, Mme la
Présidente. Donc, à mon tour, donc, de joindre ma voix à celle de mes collègues,
avant tout, mon collègue de l'Acadie, qui a eu... qui, avec raison, a déposé
cette motion préliminaire demandant, donc, d'élargir les consultations et
d'entendre la Commission des droits de la personne et des droits de la
jeunesse, ce qu'on appelle communément la CDPDJ.
Permettez-moi, Mme la Présidente, de m'en
remettre à leur lettre. C'est une lettre extrêmement importante qui a été
communiquée au ministre, ministre de l'Immigration, de la Francisation et de
l'Intégration, le 15 novembre 2024. Donc, suite aux consultations, aux
deux journées de consultations qu'on a tenues en lien avec le projet de loi 74,
les 5 et 6 novembre dernier, le 15 novembre, le ministre reçoit,
donc, cette lettre de la CDPDJ où... Je vais le dire dans mes mots puis ensuite
je vais... je pense que ça vaut la peine de lire le détail, de lire le libellé
de leur lettre. Mais, dans mes mots, pour reprendre ce que mes collègues ont
dit, quand la CDPDJ émet des réserves, émet des inquiétudes, il est de notre
devoir, comme parlementaires, d'écouter, de lire, d'entendre, de prendre en
considération, et ça doit être fait, à mon sens, avant qu'on débute l'étude
détaillée du projet de loi.
Il y a des articles spécifiques du projet
de loi 74 qui sont mentionnés, qui sont désignés spécifiquement dans la
lettre et pour lesquels la commission a des inquiétudes. Elle considère que le
libellé est trop large, considère que ça peut mener à des... à brimer des
droits et libertés prévus dans nos chartes. Et donc, comme parlementaires, il
est extrêmement important de prendre le temps de les entendre et ne pas
simplement lire leurs propos. Je pense que ce ne serait pas du tout une perte
de temps, au contraire. Et moi aussi, je me rends disponible pour les entendre
avant le début de nos travaux d'étude détaillée.
Également, je mets mon chapeau d'avocate.
D'ailleurs, nous sommes trois avocats, ce côté-ci de la table, puis je sais
qu'il y a d'autres avocats autour de la table. Il est de notre... Il est
d'autant plus important de prendre le temps de prendre en considération les
inquiétudes qui sont mises de l'avant. Comme parlementaires, on ne veut pas
voter sur un projet de loi qui pourrait éventuellement être jugé
discriminatoire et être <jugé non conforme...
Mme Setlakwe :
...éventuellement
être jugé discriminatoire et être >jugé non conforme aux principes et
aux droits et libertés enchâssés dans nos chartes.
Donc, voilà, Mme la Présidente, je vais me
permettre d'en lire des passages et puis voilà. Puis ensuite, je vais avoir
l'occasion de vous faire part d'un témoignage écrit qui m'a été... qui m'a été
remis par une étudiante tunisienne actuellement dans le parcours... de son
parcours de maîtrise en génie industriel à Polytechnique Montréal. Donc, le 15 novembre
dernier, dans cette lettre de la CDPDJ, on nous mentionne que le projet de loi
laisse planer beaucoup d'incertitudes sur sa mise en œuvre. C'est ainsi que
débute cette lettre importante de la présidence. Parmi les mesures proposées,
et je les cite, la commission des droits note que l'admission des étudiantes et
étudiants étrangers sera désormais conditionnelle à l'admission dans un
établissement d'enseignement désigné par le gouvernement dans une liste qui
sera éventuellement rendue publique par décret. Les critères d'élaboration de
cette liste sont également inconnus à ce jour. Le projet de loi prévoit de plus
que toutes les décisions relatives à la gestion des demandes d'immigration,
tous programmes confondus, seront prises en vertu de différents critères dont
la liste n'est pas limitative.
Mon collègue de service interne en a fait
mention, on n'a pas, donc, ici affaire à une liste de critères connus,
exhaustifs. Elle n'est pas limitative, et le projet de loi, en ce sens, laisse
planer beaucoup d'incertitudes. Je reprends le texte de la lettre : Parmi
ceux-ci, notons-le, et j'ouvre la citation, «le besoin de favoriser une
diversité de provenances des demandes de sélection» qui avaient déjà fait
l'objet de réserves de la part de la commission des droits. Celle-ci soulignait
que ce critère de sélection, basé sur un bassin géographique comme un pays, une
région ou un continent, pourrait avoir un effet discriminatoire à l'égard des
ressortissants étrangers sur la base du motif origine ethnique ou nationale, en
compromettant leur droit à la liberté de leur personne sans discrimination et
leur droit à l'égalité dans la conclusion d'un acte juridique, ayant pour objet
des biens ou des services ordinairement offerts au public, en vertu des
articles 1, 10 et 12 de la charte.
Une voix : ...
Mme Setlakwe : Oui. Et
permettez-moi, Mme la Présidente, de mentionner, j'aurais dû le faire au début,
c'est mon erreur, que je prends la parole au nom du chef de l'opposition
officielle, là, dans le cadre du débat sur cette motion préliminaire. Je
remercie mon collègue, à ma droite, de me le rappeler. Mon collègue, merci, donc...
La Présidente (Mme Poulet) :
C'est noté. Merci.
• (14 h 50) •
Mme Setlakwe : Oui,
merci. Je reprends donc les propos de la CDPDJ, les inquiétudes qui ont été
mises de l'avant, qui ont été signalées au ministre de l'Immigration. Il nous
mentionne qu'un nouvel élément décisionnel apparaîtrait désormais à
l'article 52 de la Loi sur l'immigration au Québec, prévoyant que les
décisions en question pourraient varier «en fonction de toute distinction jugée
utile».
Ce critère très large conférerait ici une
discrétion considérable au ministre de l'Immigration et au gouvernement. La
commission nous rappelle qu'en vertu de l'article 53 de la loi, ces
décisions ne sont pas des règlements et ne sont donc... ne sont donc pas
soumises aux exigences de la Loi sur les règlements, dont des exigences de
prépublication à la Gazette officielle du Québec, permettant aux
personnes et organismes concernés de les commenter avant leur entrée en
vigueur. Au surplus, notons que le projet de loi réitérerait... retirerait, je
m'excuse, l'obligation de prépublication pour les règlements adoptés en vertu
des articles 9 et 10 de la loi. Comme l'a souligné la commission des
droits à de multiples reprises, la prépublication est une exigence qui est
étroitement liée au droit à l'information consacré à l'article 44 de la
charte.
Et là on arrive à un passage très
important de leur lettre, et je les cite toujours : «Une grande
incertitude plane donc sur la manière dont le projet de loi sera mis en œuvre.
La Commission des droits se désole de ne pouvoir faire, dans les circonstances,
une analyse complète du projet de loi et des conséquences concrètes qu'il
pourrait y avoir sur les droits et libertés protégés par la charte, compte tenu
des délais impartis.» Donc, ici, permettez-moi d'insister, là, sur la
pertinence de notre motion qui... Nous, on porte leur voix et on demande qu'il
y ait du temps qui soit... qui leur soit octroyé, du temps... et je pense que
nous avons le luxe du temps. Nous devons... Il est de notre devoir de <prendre
le temps...
Mme Setlakwe :
Nous
devons... Il est de notre devoir de >prendre le temps de leur permettre
de faire une analyse complète et de venir devant nous, les parlementaires, pour
nous faire part de leurs conclusions, de leur analyse plus complète du projet
de loi.
Ensuite, l'autre rubrique de leur lettre
porte sur les conséquences d'un moratoire imprévu sur l'admission à
l'immigration permanente des étudiantes et étudiants diplômés au Québec. Je l'ai
déjà mentionné, Mme la Présidente, que le projet de loi 74 s'ajoute à
d'autres mesures qui ont été annoncées précédemment et qui viennent créer un
état d'incertitude dans le monde de l'enseignement supérieur et auprès des
étudiants internationaux.
Je me rapporte encore une fois à la lettre.
«Le projet de loi s'est accompagné de l'annonce d'un moratoire sur deux des
principales voies d'accès à la résidence permanente relevant du gouvernement
québécois. En lien direct avec le projet de loi est ainsi suspendue la
réception des demandes de sélection à titre permanent dans le cadre du volet Diplômés
du Québec du PEQ du 31 octobre 2024 au 30 juin 2025.» La CDPDJ nous
dit : «Cette décision est, pour le moins, surprenante dans la mesure où la
planification de l'immigration 2024-2025 annonce vouloir admettre en
continu les personnes qui déposent une demande de résidence permanente dans le
cadre du volet Diplômés du Québec.»
Le plan stratégique 2023-2027 du
ministère de l'Éducation supérieure est au même effet et affirme... et là on
cite le plan stratégique qui a été maintes fois cité, là, dans le cadre de
l'étude du projet de loi. Ce projet... ce plan stratégique mentionne
«qu'attirer davantage d'étudiants internationaux dans les collèges et
universités francophones du Québec est une priorité gouvernementale». Et c'est
là où on arrive à l'impact sur les droits de la personne. La commission nous
dit : «Les incertitudes découlant de cette annonce inattendue ne sont pas
sans conséquence sur la vie et les droits des personnes touchées. En février
2020, au moment de la réforme du PEQ, la Commission des droits soulevait ainsi
que les changements inattendus au programme avaient suscité une grande
inquiétude parmi les étudiantes et étudiants étrangers qui avaient, jusqu'à cette
annonce, des attentes légitimes à l'effet qu'ils pourraient bénéficier d'une
voie d'accès à la résidence permanente qui corresponde à leur situation.» Elle
ajoutait que «l'incertitude ainsi créée risquait d'affecter l'exercice de
plusieurs de leurs droits garantis par la charte, et notamment leur capacité à
faire des choix relevant de leur sphère d'autonomie personnelle, telle que
protégée par leur droit à la liberté et à la vie privée consacré aux articles 1
et 5 de la charte.
«Les personnes concernées, ayant quitté
famille et amis et souvent investi des sommes considérables sous la promesse
d'un accès à la résidence permanente, la Commission des droits estimait que
cela risquait aussi de porter atteinte à leur droit à la sûreté, protégé par
l'article 1 de la charte, lequel comprend un aspect protégeant contre
toute atteinte à l'équilibre psychologique de la personne.» Je poursuis :
«La Commission des droits se désole qu'encore une fois cette catégorie de
personnes soit placée devant une telle incertitude, mettant à mal des projets
de vie au détriment de leurs droits.»
Et je m'arrête ici. Je pense que c'est le
moment opportun pour vous faire part d'une lettre qui m'a été remise par une
jeune étudiante tunisienne qui est actuellement à la Polytechnique, une école
qu'on connaît tous, qui est située dans ma circonscription, que j'ai eu le
privilège de visiter à nouveau il y a quelques... dans les dernières semaines.
Je ne nommerai pas la jeune étudiante, mais je peux vous dire que, pour l'avoir
rencontrée, son récit est extrêmement touchant et son inquiétude était
palpable. On sentait le stress dans sa voix. Et elle m'a donné cette lettre et
elle a dit : Si vous êtes... si vous pouvez prendre quelques instants pour
la lire et pour prendre en considération ce que je suis en train de vivre, je
vous en serais extrêmement reconnaissante. Alors, je prends mon temps de parole
aujourd'hui ou je profite de ce temps de parole que j'ai pour vous faire part
de ce qu'elle vit, cette jeune étudiante brillante.
Donc, elle parle de... en objet, de la
suspension du CSQ, le certificat de sélection du Québec, et les conséquences
pour les étudiants internationaux de cycles supérieurs. «Madame, monsieur, je
vous écris pour exprimer les préoccupations de nombreux étudiants internationaux
face aux récentes mesures adoptées par le gouvernement du Québec en matière
d'immigration, en particulier la suspension sans préavis, annoncée le
31 octobre, de la délivrance des certificats de sélection du Québec, CSQ,
pour les diplômes qualifiés jusqu'au <30 juin 2025...
Mme Setlakwe :
...pour
les diplômes qualifiés jusqu'au >30 juin 2025. Ces nouvelles
mesures s'ajoutent aux exigences supplémentaires prévues dès le
23 novembre pour l'accès au CSQ, créant un climat d'incertitude pour des
étudiants déjà bien intégrés au Québec.»
Et là elle se nomme, je vais passer outre
son nom. Elle est étudiante internationale, inscrite en maîtrise en génie
industriel à Polytechnique Montréal. «Mon parcours au Canada a débuté par une
sélection dans le cadre du programme Mitacs Globalink, une initiative
extrêmement compétitive qui m'a permis de venir à Montréal pour un stage de
recherche. Depuis, j'ai poursuivi mes études en maîtrise de recherche et ai été
reconnue pour l'excellence de mon dossier, me classant deuxième au Québec pour
l'obtention de la bourse de la Francophonie, du Fonds de recherche du Québec.»
C'est une vraie personne, là, qui est visée par cette bourse du Fonds de
recherche du Québec, dont on parlait ce matin, quand on citait notamment le Scientifique
en chef, M. Quirion.
Je poursuis. «J'ai également atteint un
niveau C1 en français, TCF Canada, correspondant au niveau 9 sur
l'échelle québécoise des compétences en français. Le Canada a investi en nous
et nous sommes prêts à rendre cet investissement en contribuant activement à
l'économie et au développement de la société canadienne. Mon projet de
recherche est aligné avec les priorités du Québec en matière de développement
durable, en se concentrant sur la stratégie d'électrification des transports.
Ce projet implique une collaboration étroite avec des PME québécoises, renforçant
notre intégration dans le tissu économique local. Je suis mariée et mon mari
détient la résidence permanente au Québec, ce qui témoigne de notre engagement
à bâtir notre avenir ici en respectant les lois et en contribuant à l'économie
locale.
«Les étudiants internationaux des cycles
supérieurs à Polytechnique Montréal, qui représentent environ 65 % des
effectifs à ce niveau, ont consacré de nombreux efforts pour s'intégrer au
Québec, souvent, en apprenant le français depuis le début. La plupart d'entre
nous se situent dans la tranche d'âge de 26 à 30 ans, avec des conjoints
et des responsabilités familiales croissantes. Nous avons fait le choix de nous
établir au Québec de manière durable, mais l'instabilité législative actuelle
compromet notre capacité à prendre des décisions pour l'avenir. Suite à ces
changements fréquents et soudains, notre santé mentale est affectée car nous
nous trouvons dans l'incapacité de nous projeter sereinement dans un futur
proche. Cette incertitude persistante pèse lourdement sur notre moral, nous
laissant dans un état de constante inquiétude quant à notre avenir ici.
«Nous ne sollicitons pas de traitement de
faveur, mais un cadre stable et cohérent qui nous permettrait de poursuivre
sereinement notre engagement envers le Québec, permettant aux étudiants
internationaux qualifiés d'envisager sereinement un avenir au Canada. Nous vous
remercions pour votre attention et restons disponibles pour toute information
complémentaire.»
Moi, j'ai été extrêmement touchée par le
récit de cette jeune étudiante puis je suis persuadée... d'ailleurs, il y en
avait deux autres qui étaient autour de la table avec nous, mais je suis
persuadée que c'est le récit de plusieurs étudiants internationaux qu'on a le
privilège d'avoir pu recruter, qu'on a le privilège d'avoir ici, sur notre
territoire. Dans son cas, elle va clairement apporter une contribution
significative à nos efforts en transition énergétique. Et puis elle m'a dit
qu'elle avait déjà un emploi assuré, elle se concentre en stratégie, c'est ça,
d'électrification des transports. Je pense que c'est extrêmement pertinent. On
se rappelle qu'à la Polytechnique, au deuxième cycle, c'est soit autour de
60 % d'étudiants internationaux, et, quand on est au doctorat, on parle de
70 % d'étudiants internationaux.
• (15 heures) •
Donc, l'ensemble de ces mesures, auquel
s'ajoute le projet de loi 74, créent des inquiétudes bien réelles. Quand
la CDPDJ nous parle de ces projets de vie — je reviens à leur lettre — qui
nous parle de ces personnes qui sont placées devant une incertitude mettant à
mal des projets de vie au détriment de leurs droits, bien, je pense qu'on a un
exemple... Je vous ai fait part, Mme la Présidente, d'un exemple bien vivant,
d'une personne qu'on a eu la... que j'ai eu la chance de rencontrer.
Soulignons que ces personnes résidentes au
Québec, intégrées dans nos institutions d'enseignement supérieur, qui occupent
aussi, souvent, un emploi sur le campus ou à temps partiel à l'extérieur, ont
très largement le français comme langue d'usage. C'est ce que je viens de
mentionner, là, quand je lisais la lettre de cette jeune femme. Comme le
soulevaient les électrices et recteurs des principales universités francophones
québécoises lors des consultations du <5 novembre dernier, les
étudiantes et étudiants internationaux que reçoivent les établissements
d'enseignement supérieur québécois sont triés sur le volet et soumis à des processus
d'évaluation et de sélection rigoureux...
>
15 h (version révisée)
<19285
Mme Setlakwe :
...québécoises lors des consultations du >5 novembre
dernier. Les étudiantes et étudiants internationaux qui reçoivent les
établissements d'enseignement supérieur québécois sont triés sur le volet et
soumis à des processus d'évaluation et de sélection rigoureux. Ils participent
à faire du Québec une société d'accueil capable de rivaliser avec tous les
autres pays en termes de recherche et de techniques de pointe. Ces étudiantes
et étudiants contribuent aussi, par leurs activités de recherche et d'enseignement,
à l'exercice de la liberté académique de leurs établissements, protégés
notamment par l'article 3 de la charte qui consacre la liberté d'expression.
Si les inquiétudes relatives à l'accueil permanent des personnes étrangères
découlent de l'admission... découlent de l'admission sans balise d'un grand
nombre d'étudiantes et d'étudiants étrangers non francophones dans des
établissements privés non subventionnés au cours des dernières années, la
commission des droits estime alors que le projet de loi devrait viser plus
spécifiquement la résolution de ce problème.»
Mme la Présidente, l'exercice qu'on fait
cet après-midi, en d'autres mots, c'est de venir porter la voix, mettre de l'avant,
encore une fois, ces préoccupations qu'on a entendues maintes et maintes fois
depuis le début des consultations sur ce projet de loi. On a pu l'entendre en
commission, on a pu le lire. J'ai ici avec moi, là, non seulement les mémoires
des groupes qui sont venus en consultations, mais également toute une pochette
remplie de mémoires additionnels qui ont été soumis à la commission. On a tous
suivi la revue de presse, on a tous entendu les préoccupations. Elles se
recoupent, elles se répètent par la voix de nombreux acteurs. Et là, ici, on a
la CDPDJ, et, comme parlementaire, je pense qu'il n'est pas du tout inutile, il
n'est pas du tout frivole, il n'est pas du tout... pas du tout superflu de
prendre le temps. Et on a mentionné qu'on parle... on parle de quoi? On parle d'une
heure de notre temps, de leur accorder un espace de parole afin qu'ils puissent
compléter leur analyse détaillée et nous en faire part en commission.
Donc, permettez-moi de compléter, donc, le
temps qu'il me reste en parlant du troisième volet, donc, oui, le troisième
volet de la lettre extrêmement pertinente de la CDPDJ et qui est intitulé :
Les personnes immigrantes, une richesse qui participe au développement social,
culturel, économique et identitaire du Québec. «La commission des droits a
toujours veillé, dans ses différents travaux, à souligner l'importance de
reconnaître la participation effective des Québécoises et Québécois issus de l'immigration
à leur société d'accueil. Or, elle constate que ces personnes ont été malmenées,
ces dernières années, par le discours public sur l'immigration décuplé par les
réseaux sociaux», etc.
Je pense que qu'est-ce qu'il faut... ce qu'il
faut retenir aussi, puis ça a été dit et redit, c'est qu'il faut faire
attention au message qu'on envoie. Il faut, oui, s'il y a une problématique
spécifique, qu'elle soit nommée, qu'on ait les chiffres à l'appui, qu'on sache
où se situe la problématique aussi, dans quelles régions, dans quels collèges,
dans quels programmes, dans quels établissements, dans quels ordres d'enseignement,
etc., et qu'on fasse attention au message général qu'on met de l'avant afin de
s'assurer de maintenir notre réputation à l'international, de maintenir
notre... bien, la qualité de notre accueil, parce que la nation québécoise,
elle est extrêmement accueillante.
Et moi, les personnes à qui je parle, c'est
des étudiants comme l'étudiante dont je vous ai fait mention précédemment. Bien,
ils veulent toujours venir. C'est ce qu'on entend, c'est ce qu'on entend quand
on voyage. On parle de nos universités, on parle du Québec, on parle de
Montréal, puis la beauté de la chose, c'est qu'on est connu et réputé à l'international
pour la qualité de nos institutions. Donc, encore une fois, il faut agir avec
la plus grande... la plus grande prudence ici et faire très, très attention au
message qu'on envoie. Parce que, même quand l'intention n'est pas, donc, de
venir nuire à l'ensemble du réseau, mais plutôt de venir répondre à une
situation problématique bien spécifique et identifiée, parfois, en voulant,
donc, régler un problème, on peut aussi en créer d'autres. Et ce n'est
certainement pas l'intention... notre intention comme législateurs ici.
Donc, je termine en disant que «la commission
des droits soulignait, en 2022, l'importance pour le gouvernement d'assumer
pleinement ses devoirs et responsabilités en matière d'accueil et d'intégration
afin de permettre la pleine participation et la contribution des personnes
immigrantes, non seulement au fait français, mais aussi au développement
social, économique, culturel et identitaire du Québec. D'ailleurs, [les
différents énoncés de politique et politiques en matière...] les énoncés de
politique et politiques en matière d'immigration, adoptés au fil des ans, font
de cette <participation...
Mme Setlakwe :
...les
énoncés de politique et politiques en matière d'immigration, adoptés au fil des
ans, font de cette >participation un des principes fondamentaux du cadre
normatif spécifique du Québec pour l'intégration des personnes immigrantes.
Seule la réaffirmation de la responsabilité partagée entre la société d'accueil
et les personnes immigrantes permettra la pleine participation de celle-ci à la
prospérité du Québec et au renforcement de sa cohésion sociale.»
Ils terminent en nous disant : «La commission
des droits demeurera donc vigilante sur la mise en œuvre du projet de loi 74 et
suivra avec intérêt les consultations sur la planification de l'immigration
prévue au printemps prochain.»
Je termine en vous disant... en réitérant,
Mme la Présidente, en appui à notre motion, ils disent qu'ils vont demeurer
vigilants, qu'ils vont suivre avec intérêt. Nous, on a lu avec intérêt, mais
pourquoi ne pas leur tendre la main et faire plus? Ils disent qu'ils vont...
qu'ils demeurent vigilants, qu'ils sont impliqués, qu'ils sont intéressés et
qu'ils ont des... qu'ils ont des choses à dire. Tout ce qu'on a à faire, c'est
leur offrir un espace pour le faire, Mme la Présidente, et, en ce sens-là, je
pense que notre motion est tout à fait pertinente et souhaitable. Merci.
La Présidente (Mme Poulet) :
Merci, Mme la députée. Est-ce qu'il y a d'autres interventions? Oui, M. le
ministre.
M. Jean-François
Roberge
M. Roberge : Merci, Mme
la Présidente. Brièvement, on a pris connaissance des commentaires, mais il
faut se souvenir que, lorsqu'on fait les consultations particulières, c'est par
entente avec les leaders. On n'a pas l'intention d'entendre de nouveaux
groupes. Les gens peuvent se faire entendre de plusieurs manières, peuvent
communiquer avec nous, peuvent nous envoyer des mémoires. Donc, juste au cas où
les collègues prévoient déposer d'autres motions préliminaires qui vont nous
demander de faire d'autres auditions particulières, juste pour sauver du temps,
on ne les acceptera pas, juste pour les aider.
La Présidente (Mme Poulet) :
Est-ce qu'il y a d'autres interventions? Non. Alors, on va procéder à la
mise aux voix. Est-ce que la motion du député de l'Acadie est...
M. Morin : ...Mme la
Présidente, un vote par appel nominal, s'il vous plaît.
La Présidente (Mme Poulet) :
Oui. Mme la secrétaire.
La Secrétaire : Pour, contre,
abstention. M. Morin (Acadie)?
M. Morin : Pour.
La Secrétaire : Mme Setlakwe
(Mont-Royal—Outremont)?
Mme Setlakwe : Pour.
La Secrétaire : M. Roberge
(Chambly)?
M. Roberge : Contre.
La Secrétaire : Mme Lecours
(Lotbinière-Frontenac)?
Mme Lecours
(Lotbinière-Frontenac) : Contre.
La Secrétaire : Mme Schmaltz
(Vimont)?
Mme Schmaltz : Contre.
La Secrétaire : Mme Boivin
Roy (Anjou—Louis-Riel)?
Mme Boivin Roy : Contre.
La Secrétaire : Mme Tardif
(Laviolette—Saint-Maurice)?
Mme Tardif : Contre.
La Secrétaire : Mme Picard
(Soulanges)?
Mme Picard : Contre.
Le Secrétaire : M. Cliche-Rivard
(Saint-Henri—Sainte-Anne)?
M. Cliche-Rivard : Pour.
La Secrétaire : Mme Poulet
(Laporte)?
La Présidente (Mme Poulet) :
Abstention. Alors, la motion est rejetée. Est-ce qu'il y a d'autres motions
préliminaires? M. le député de l'Acadie.
M. Morin : Merci, Mme la
Présidente. J'ai une autre motion préliminaire à présenter et elle a été
envoyée, déposée dans le Greffier, si je ne me trompe. Et, lorsqu'elle sera
affichée au tableau, je vais la lire.
Une voix : ...
M. Morin : Pardon?
Des voix : ...
M. Morin : Moi, ce que
j'avais à dire pour la commission, je l'ai dit. C'était très clair. Voilà. Bon,
on l'a. Merci.
• (15 h 10) •
La Présidente (Mme Poulet) :
...allez-y, on vous écoute.
Motion proposant
d'entendre l'Institut des sciences de la mer de l'Université du Québec à
Rimouski
M. Morin : Oui. Alors,
écoutez, vous avez raison, Mme la Présidente, je vais la lire d'abord. Alors,
député de l'Acadie, en tant que député et porte-parole de l'opposition
officielle en matière de francisation, intégration et immigration, je dépose la
motion préliminaire suivante :
Conformément à l'article 244 du Règlement
de l'Assemblée nationale, je fais motion afin que «la Commission des relations
avec les citoyens, dans le cadre de l'étude détaillée du projet de loi
n° 74, Loi visant principalement à améliorer l'encadrement relatif aux
étudiants étrangers, tienne des consultations particulières et qu'à cette fin,
elle entende l'Institut des sciences de la mer de l'Université du Québec à
Rimouski.»
Voilà.
La Présidente (Mme Poulet) :
On vous écoute.
M. André Albert
Morin
M. Morin : Merci, Mme la
Présidente. Alors, j'ai bien entendu M. le ministre, mais vous savez, moi, dans
mon travail de porte-parole de l'opposition officielle, je persévère. Alors, je
me dis, peut-être qu'à un moment donné la réponse de M. le ministre va changer.
On ne peut pas perdre à demander. Le pire qu'il puisse arriver, c'est que M. le
ministre dise non, mais, si on ne demande pas, on ne l'aura pas. Vous êtes
d'accord avec moi? Alors, voilà.
Donc, moi, je continue. Et pourquoi je
continue et pourquoi c'est important? Écoutez, depuis le début, depuis le début
du dépôt de ce projet de loi... et les groupes que nous avons entendus, on a
reçu d'autres mémoires,ça soulève un <intérêt...
M. Morin :
...soulève
un >intérêt grandissant. Et moi, mon rôle comme porte-parole de
l'opposition officielle, c'est d'exposer au gouvernement toutes les craintes,
incertitudes, impacts que pourrait avoir le projet de loi. Parce qu'on nous
demande, nous, parlementaires, de travailler à ce projet de loi là. Bien, moi,
je veux bien puis je vais le faire, c'est fascinant, avec mon cœur, mais je
voudrais, par exemple, avoir tous les outils pour le faire correctement. Et
quand on nous dit... quand on nous dit, quand les recteurs d'université nous
disent qu'il va y avoir un impact important, bien, moi, mon rôle, c'est de
démontrer au gouvernement que cet impact-là va se faire sentir dans différents
domaines de l'activité du savoir et de l'enseignement au Québec.
Pourquoi une demande en lien avec l'ISMER?
Bien, je vais vous expliquer pourquoi, Mme la Présidente. Il y a quelques
semaines, alors qu'on était, évidemment, au Parlement, j'ai eu le privilège de
rencontrer un groupe de hauts fonctionnaires, chercheurs, responsables
d'activités portuaires au Québec, dans le cadre de la semaine maritime. Et, au
Québec, on est particulièrement chanceux parce que nous avons ce grand fleuve
qu'est le Saint-Laurent, qui est d'une beauté incroyable. Et, à la fin de la
rencontre, il y a un chercheur qui vient me voir et il me dit : Écoutez,
je suis à l'ISMER et je suis particulièrement inquiet. Ah bon! j'ai dit :
D'accord. Alors, je l'écoute. Là, il me dit : Vous n'avez pas idée de
l'impact que ce projet de loi là va avoir sur notre institut de recherche.
J'avais déjà entendu parler de l'ISMER et
surtout de leur bateau, le Coriolis, mais quant à leur mission très
particulière, à l'impact, à ce qu'ils faisaient, là, je dois avouer que j'ai
fait quelques recherches et j'ai découvert, et c'est tout à l'honneur... tout à
l'honneur du Québec, ce qu'ils font. Mais là, après ça, la réflexion que je me
suis faite, c'était de dire... mais. par ailleurs, quelle tristesse, si ce
projet de loi a un impact négatif sur un tel lieu d'enseignement et de
recherche que nous avons au Québec.
Alors, dans les minutes qui vont suivre,
je vais prendre le temps d'expliquer au gouvernement l'importance de l'ISMER au
Québec. L'ISMER, en fait, c'est un acronyme, c'est l'Institut des sciences de
la mer de l'Université du Québec à Rimouski. Et écoutez ça, Mme la Présidente,
ce n'est pas banal, une institution francophone, M. le ministre est aussi le
ministre de la Francisation, une institution francophone en région, qu'est-ce
qu'on peut demander de mieux, vouée à l'avancement des connaissances
multidisciplinaires en océanographie. C'est unique, unique au Québec, unique.
Et je vais... Et je vais vous dire ce que je vous disais tout à l'heure, je ne
crois pas, sincèrement, je peux me tromper, mais je ne crois pas que le fait
d'entendre un organisme pendant une heure de temps, alors qu'on a un projet de
loi qui va avoir un impact dévastateur sur nos universités, va mettre en péril
le gouvernement. C'est mon appréciation bien personnelle, mais néanmoins, je
vous le soumets avec respect.
Et puis, s'il y en a qui nous écoutent qui
ne connaîtraient pas l'ISMER, bien, sachez que c'est le plus important centre
de recherche universitaire francophone en sciences de la mer au Canada. Donc,
on parle ici, pour le Québec, d'un institut de pointe en recherche dans le
domaine des sciences de la mer, et, en termes de centre de recherche
francophone, c'est le plus important au Canada. Je pense qu'on a toutes les
raisons, au Québec, d'en être fiers. L'Institut des sciences de la mer regroupe
une importante <masse...
M. Morin :
...Je
pense qu'on a toutes les raisons, au Québec, d'en être fiers. L'Institut des
sciences de la mer regroupe une importante >masse critique de
chercheuses et de chercheurs ainsi que d'étudiantes et d'étudiants d'horizons
disciplinaires variés. Donc, ça, c'est littéralement fondamental, et ces
spécialistes se consacrent à la découverte et à l'avancement des connaissances
sur les milieux marins et côtiers dans une perspective de développement
durable.
Présentement, Mme la Présidente... bien,
il n'y a pas si longtemps, la COP s'est terminée au Brésil. On parle
constamment de développement durable, on parle de l'impact des changements
climatiques, et, croyez-moi, je ne suis pas un expert en océanographie, mais
quand on a la chance d'aller dans le Bas-Saint-Laurent, en Gaspésie ou
ailleurs, on voit l'impact des changements climatiques sur les côtes des
villages côtiers. Donc, on a ici, chez nous, au Québec, le plus important
centre de recherche en océanographie.
Puis là je ne vous dis pas ça... Ce n'est
pas hypothétique, là, ce que je vous dis. Si je n'aurais pas rencontré le
chercheur en question, bien évidemment, peut-être que je n'en aurais pas parlé
ou je n'aurais pas été à même de prendre la mesure ou l'impact de la mesure sur
ce que le ministre veut faire avec son projet de loi. Mais on nous dit :
Écoutez, l'impact va être important. Donc, je ne peux pas faire autrement que
d'en parler. C'est un institut qui est rattaché à l'Université du Québec, alors,
ça fait partie de la grande famille, mais vous avez là, au sein de l'institut,
une communauté d'experts en biologie, en chimie, en physique et en géologie,
donc autant de disciplines scientifiques qui font en sorte qu'on peut attirer,
au Québec, en région, dans une institution francophone, des étudiants et des
chercheurs. Et croyez-moi, quand on parle de science, science appliquée, de la
biologie, de la chimie, de la physique et de la géologie, puis ça revient... ça
revient à ce que ma collègue députée de Mont-Royal—Outremont
disait un peu plus tôt aujourd'hui, et elle se basait sur les témoignages et
les écrits des recteurs d'université, dans ces domaines-là, on est en
compétition avec le monde, c'est clair. Biologie, là, la chimie, la physique,
que ce soit à Montréal, à Rimouski, à Toronto, New York, Philadelphie ou
Genève, ça se ressemble pas mal. Ça va être les mêmes principes, les mêmes
équations. Donc, on est en compétition avec le monde.
• (15 h 20) •
Alors, on a déjà... Parfois, c'est ardu,
puis des recteurs d'université nous l'ont dit, c'est difficile d'attirer des
chercheurs et des étudiants. Bien, écoutez, n'allons pas poser des gestes qui
vont faire en sorte qu'on va se nuire. Puis là, ici, on a un institut chez nous
qui est très pointu dans les recherches qu'ils font, mais qui attire évidemment
des chercheurs dans des secteurs de pointe qui sont hyperimportants pour la
planète. Notamment, on souligne ici que l'institut s'intéresse au
fonctionnement des écosystèmes marins en regard des changements climatiques à
la portée de l'activité humaine. Il y a-tu quelque chose de plus pertinent,
présentement, que toute la question des changements climatiques? On parle de ça
à longueur de semaine dans les médias, systématiquement.
L'institut veille également à la
valorisation des bioressources marines, à la géologie marine et aux risques
naturels. Les travaux de recherche, et les professeurs, pour vous donner une
idée de la réputation, ainsi que des étudiants et étudiantes de l'ISMER, sont
menés aux quatre coins du globe, de l'Arctique à l'Afrique, en passant par
l'Argentine. Et ça, c'est chez nous. Donc, l'institut a comme mission de
contribuer à la découverte et à l'avancement des connaissances fondamentales
appliquées à des milieux marins et côtiers. Et ça a un impact important dans le
monde, mais ça a un impact important aussi au Québec, tu sais, ce n'est pas...
ce n'est pas compliqué. Tout à l'heure, je vous parlais... je vous parlais du
Saint-Laurent avec toutes les <côtes...
M. Morin :
...je
vous parlais du Saint-Laurent avec toutes les >côtes, mais après ça,
bien, vous vous rendez dans l'Arctique. Le Québec, c'est... comme territoire,
c'est vaste, c'est immense. Donc, autant d'éléments positifs en regard de cet
institut de recherche qui est chez nous.
Donc, l'institut est né du département
d'océanographie de l'UQAR à l'époque et de l'INRS océanologie, et donc, ils ont
amorcé leurs activités en 1999. Au début, ils avaient 14 professeurs, ils
en ont maintenant 23 et ils ont des chercheurs et 45 professeurs associés.
Donc, un institut de recherche de pointe qui a une vocation très spécifique,
mais dans des secteurs qui sont hyper pertinents pour les défis que nous
rencontrons présentement. Je vous parlais des défis climatiques et de l'impact
sur les océans et notre fleuve.
Puis, quand on regarde la composition et
les étudiants qui y étudient, qui travaillent, qui font de la recherche, on
parle, entre autres, de 100 étudiants aux cycles supérieurs. Donc, quand
on vous dit que c'est difficile de recruter à l'international, quand on vous
dit aussi que les étudiants et étudiantes aux cycles supérieurs ont un apport
hyperimportant puis aussi un apport fondamental pour les universités d'ici, puis
pour la recherche, puis pour notre réputation dans le monde, bien, aux cycles
supérieurs, eux, c'est 100 étudiants. Ils ont 589 diplômés et, donc,
ils font la promotion d'une démarche multidisciplinaire au cœur même de leur
mission.
Donc, quand je vous disais tout à l'heure
que leur travail est fondamental, on parle ici, là, de l'utilisation et de
l'exploitation durable du milieu marin, contribuer à la résolution des
problèmes qui en émergent par la recherche fondamentale et appliquée et surtout
par la formation aux cycles supérieurs avec du personnel hautement qualifié.
Rappelez-vous le reportage et l'article auquel je faisais référence un peu plus
tôt et qui parlait, bien sûr, plus spécifiquement de l'Université du Québec à
Rimouski, mais qui disait qu'à cause de ce projet de loi là, les dommages
avaient déjà commencé à être faits. Alors, imaginez l'impact sur un tel
institut de recherche dans des secteurs excessivement nichés, importants et qui
contribuent à la réputation du Québec à travers le monde.
Et c'est aussi une des raisons pour
laquelle je veux prendre... je veux prendre du temps, quelques minutes,
aujourd'hui, pour vous parler de ça. Quand on parle... et puis, ça, les
recteurs sont venus nous le dire. Ils disaient : Écoutez, quand on a des
étudiants qui viennent ici puis qui repartent par la suite, bien, c'est des ambassadeurs,
des ambassadeurs pour le Québec. Alors là, vous avez ici des programmes
hyperspécifiques, hypernichés. C'est tout à notre honneur. Donc, ces gens-là
qui viennent ici, qui repartent, bien, évidemment, ils vont forcément être des
ambassadeurs pour le Québec. Non seulement ils vont être des ambassadeurs, mais
ils vont permettre au Québec, à l'institut, à ces secteurs de pointe, de
développer des réseaux à travers le monde. Puis après ça, bien, justement,
quand on va à des conférences internationales, que ce soit sur des changements
climatiques, sur l'impact, évidemment, du milieu marin et les changements
climatiques, bien, ça permet de réseauter puis ça permet de positionner le
Québec mieux que n'importe quelle autre nation, puis c'est ça qu'on veut au
Québec avec notre réseau universitaire. Bien évidemment, on veut exceller,
c'est hyperimportant.
Donc, une démarche multidisciplinaire qui
est au cœur de la mission de l'ISMER, et ça, c'est hyperimportant, avec des
étudiants, bien, évidemment, qui viennent de l'étranger et qui viennent aussi,
mais bien sûr du Québec, mais qui sont là pour accroître évidemment la
réputation de l'institut. Quand je vous disais que ça regroupe plusieurs
chercheurs dans le domaine de la biologie, de la chimie, de la physique et de
la géologie, c'est véritablement un institut unique. C'est sûr qu'au Québec, ce
n'est pas juste à l'ISMER qu'ils ont de la biologie, de la chimie, ça, c'est
clair, là. Ils en ont dans les grandes <universités...
M. Morin :
...ce
n'est pas juste à l'ISMER qu'ils ont de la biologie, de la chimie, ça, c'est
clair, là. Ils en ont dans les grandes >universités, ils en ont dans les
cégeps, là, ça, c'est évident, sauf que ce n'est pas toutes les universités qui
ont le privilège d'être à côté d'une masse d'eau considérable. Rimouski est
directement sur le fleuve, l'ISMER également.
Donc, les chercheurs en biologie, ils
s'intéressent à quoi? Bien, évidemment, à tous les organismes qui vivent dans
les milieux marins, algues, crustacés, mollusques, poissons, mammifères, donc
fondamentalement importants. Et, en plus, ils sont là pour faire une
évaluation, une étude de l'interaction puis de l'évolution des espèces en
fonction de paramètres physiques, chimiques ou géologiques. Donc, ils étudient,
entre autres, l'influence des perturbations sur la biodiversité.
Et je ne suis pas un chercheur en
océanographie, mais évidemment, ce qui se passe dans le Saint-Laurent, ça
m'intéresse. Et on le voit, il y a des impacts réels qu'on n'aurait pas
imaginés il y a 20, ou 30, ou 40 ans, mais qui sont là, et d'ailleurs on
l'a vu, et ça a un impact direct sur notre économie. Tu sais, tout à l'heure,
ma collègue députée de Mont-Royal—Outremontparlait
de l'économie, de l'importance de l'économie, bien, évidemment, au Québec, de
la pêche. C'est superimportant. S'il y a des espèces de poissons qui
disparaissent, qui sont menacées, qui se déplacent parce qu'il y a du
réchauffement des eaux dans le Saint-Laurent, bien, évidemment, ça a un impact
sur l'économie. Ils ont aussi une spécialisation en aquaculture, et c'est ce
que je viens de souligner, sur les systèmes d'exploitation halieutique. Donc,
ça, c'est pour la biologie.
La chimie... On parle de pollution,
souvent. Alors, ils ont des processus et des programmes de recherche sur les
constituants chimiques des eaux océaniques, les effets des contaminants et leur
distribution. Autant de sujets de pointe dont on parle à toutes les semaines au
Québec, toutes les semaines.
En géologie, évidemment, formation des
bassins océaniques et la façon dont les sédiments sont transportés. Et ça
aussi, ça a un impact important au Québec. On le voit avec les berges. Vous
n'avez qu'à regarder ce qui se passe aux Îles-de-la-Madeleine et vous allez
voir qu'effectivement les courants, les marées, les grandes marées ont un
impact important sur la constitution des Îles, tout à fait. Donc, un autre
élément important.
• (15 h 30) •
Puis évidemment, ils ont un secteur de
pointe en matière de recherche dans le domaine de la physique. Variations de
température, je vous en parlais un peu plus tôt, phénomène hyperimportant.
Évidemment, ça ne paraît pas beaucoup, un ou deux degrés, mais un ou deux
degrés de plus dans l'estuaire du Saint-Laurent, puis c'est terrible... c'est
terrible, formation des vagues, impacts directs sur les côtes, formation de
zones de turbulence, changements climatiques et mondiaux. On le voit, les
ouragans, les typhons sont de plus en plus violents. Ça détruit parfois
quasiment des villages, des villes. Et donc, l'impact est majeur, donc, c'est
superimportant.
Nous, on est chanceux, au Québec, on a un
institut avec des chercheurs qui ont et développent des expertises directement
dans ce domaine-là. Alors, ils ont un encadrement idéal pour les étudiants. Ça
leur permet d'accroître leurs compétences en océanographie, et, je le rappelle,
c'est une formation qui est unique au Québec.
Donc, vous voyez, c'est un peu ça,
l'impact du projet de loi. On le disait, la commission des droits de la personne
en parlait, incertitude... On ne sait pas ce qui va arriver, mais ce qu'on
sait, par exemple, c'est qu'on a des gens excessivement inquiets. Ma collègue
députée de Mont-Royal—Outremontsoulignait
tantôt et lisait une lettre d'une étudiante... Je vous disais, un peu plus tôt
cet après-midi, qu'en <arrière des chiffres...
>
15 h 30 (version révisée)
<19253
M.
Morin :
...d'une étudiante. Je vous disais, un peu plus tôt cet
après-midi, qu'en >arrière des chiffres il y a du vrai monde. Dans le
domaine de l'immigration, bien, on est à même de comprendre l'impact. Et donc,
évidemment, ça a un impact sur ces étudiants-là. Vous êtes en train de faire
votre doctorat, vous êtes en train de faire votre maîtrise, puis là, dans le
milieu du parcours, le gouvernement du Québec change les programmes puis là
arrive avec le projet de loi n° 74. Ça fait quoi? On
n'en a aucune idée. Aucune idée, mais il y a une chose qui est sûre, par
exemple, ils ont un programme de maîtrise en océanographie et ils ont même un
doctorat en océanographie, ce qui est aussi un programme unique, unique au
Québec, et ils sont en compétition avec le monde. Donc, il faut être capables...
Nous, au Québec, il faut être assez stratégiques pour être capables, évidemment,
de concurrencer.
Quand je vous disais un peu plus tôt que
parmi les lettres qu'on a reçues... parmi la lettre qu'on a reçue de l'ensemble
des chefs et directions, recteurs des universités, et qu'on avait mis la
ministre des Relations internationales en CC, bien, il y a des raisons pour ça,
là. Si vous regardez l'ISMER, ils ont des ententes de coopération
internationale avec des pays à travers le monde. Donc, ça vous donne une idée
du rayonnement de ce centre puis ça vous donne une idée aussi de l'importance
de le soutenir puis surtout ne pas aller adopter une loi qui va leur nuire.
Puis quand je vous parlais d'ententes de collaboration à travers le monde...
puis, tu sais, quand on vous dit qu'on est en compétition avec le monde, bien
là, on en a des exemples concrets. Ce n'est pas juste hypothétique. L'ISMER,
ils ont des ententes avec l'Argentine, l'Algérie, la Belgique, le Bénin, le
Brésil, le Cameroun, la Chine, la Colombie, l'Égypte, l'Espagne, la France, la
Guinée, l'Italie, le Japon, le Liban, Madagascar, le Maroc, Monaco, Niger,
Pérou, Philippines, Roumanie, Sénégal et la Suisse, la Confédération
helvétique.
Donc, c'est sûr que forcément, si vous
signez une entente de coopération internationale, bien, c'est parce qu'ils ont
fait une analyse, évidemment. Ils ne font pas ça juste pour le plaisir, là, puis
ils ont été en mesure de dire : Écoutez, si on a des ententes comme ça, ça
va permettre, bien, évidemment, aux chercheurs de l'ISMER d'aller dans certains
pays, mais aussi des étudiants ou des chercheurs de ces pays-là de venir au
Québec. Et quand on vous disait qu'on est en concurrence avec le monde, bien là,
on en a un exemple très concret. Ça ne peut pas être plus concret que ça.
Puis, si, au Québec, avec les annonces, les
décisions que le gouvernement a pris dans les derniers mois, bien, on met à mal
ces différentes ententes de coopération là, bien, on va se ramasser... on va se
ramasser éventuellement avec moins de monde. Puis qui dit moins de monde, bien,
dit moins de recherche, qui dit moins de recherche dit moins de subventions. Et
ça va faire en sorte que ça va appauvrir différentes institutions, dont une qui
est unique au Canada.
Et vous savez, Mme la Présidente, et je le
répète, ce n'est pas un cas hypothétique. Ça peut sembler étonnant qu'on parle
d'un institut de recherche qui est un institut de pointe au Québec, mais moi, ce
qu'on m'a dit, c'est que le projet de loi, là, puis les décisions du
gouvernement avaient un impact sur l'institut, que les gens étaient
excessivement inquiets. Et là ça permet, tu sais... ça permet de démontrer ce
que je disais tout à l'heure. Ça permet de mettre en perspective ce que nous
disait la commission des droits de la personne, «un projet de loi qui laisse
planer beaucoup d'incertitude sur sa mise en œuvre». Bien, on est exactement au
coeur de ça avec un tel projet de loi.
Et là je vous démontre... C'est un
exemple, mais il y en a d'autres instituts de recherche au Québec. Mais celui-là,
je trouvais, c'est un bon exemple, parce que c'est francophone, c'est en région,
ça a un impact important pour l'économie de <Rimouski...
M. Morin :
...ça
a un impact important pour l'économie de >Rimouski puis du Bas-Saint-Laurent.
Qu'est-ce qu'on veut de plus? Bien, il me semble que la dernière affaire que je
voudrais faire, si j'étais au gouvernement, c'est de semer de l'incertitude
pour que ces gens-là en souffrent, il me semble. Il me semble. Alors, c'est
pour cette raison-là que je soulève... que je soulève toutes ces questions-là.
Et évidemment, un tel centre de recherche,
là, ça a besoin d'argent puis ça a besoin de subventions parce que ça veut se
positionner comme chef de file dans le vaste domaine des sciences de la mer. Puis
ce n'est pas juste au Québec qu'ils font de la recherche sur les sciences de la
mer. Quand je vous disais tout à l'heure, je faisais abstraction... pas abstraction,
mais je faisais référence, pardon, au navire, le Coriolis, c'est un navire de
recherche ultramoderne, ça coûte cher à faire fonctionner, ils ont une station
aquicole, un outil de recherche de première importance pour les chercheurs. Ça coûte
aussi beaucoup d'argent, ça a besoin de subventions, laboratoires et
équipements hautement performants. Donc, ça leur permet de se positionner comme
chef de file, accès aux données océanographiques, c'est... ils rendent ces
données-là accessibles, ce qui est fondamental, des stations de recherche en
acoustique marine, évidemment, de rang mondial avec des programmes de
recherche. Donc, est-ce qu'on veut porter atteinte à cet institut?
Qu'est-ce qui va arriver avec
l'article 5 du projet de loi? Bien, justement, c'est ça, le problème, on
ne le sait pas. Ce qu'on sait... Ce qu'on sait, parce qu'évidemment le
gouvernement a 89 députés, on sait que ça va être adopté à un moment
donné. Ça, c'est clair, mais il me semble que... Enfin, moi, j'ai l'impression
d'avoir fait la démonstration qu'on... c'est un... qu'on a un joyau au Québec,
on a un institut de recherche qui est exceptionnel. Il me semble que ce serait
important de les entendre, à tout le moins pour qu'on soit capables d'évaluer
quel va être l'impact, parce qu'il va y en avoir un. Il va y en avoir un, ça,
c'est sûr. Mais je pense que ça éclairerait le gouvernement sur ce qu'il entend
faire avec son projet de loi, puis ça permettrait aussi de mieux délimiter des
paramètres pour faire en sorte que, comme législateurs, on puisse agir, mais
agir de la bonne façon. Ça m'apparaît essentiel.
Alors, je termine là-dessus. Il
m'apparaissait pertinent et important de référer à cet institut, ne serait-ce
que par respect pour les gens à qui j'ai parlé et qui m'ont fait part de leurs
inquiétudes, compte tenu du projet de loi. Et puis ça a été documenté dans les
journaux, puis il y a eu des... il y a eu un excellent reportage à Radio-Canada,
qui traitait plus de l'Université du Québec à Rimouski, pas spécifiquement
l'ISMER, mais ce n'est pas quelque chose qui est hypothétique. Alors, c'est la
raison, Mme la Présidente, pour laquelle j'ai présenté cette motion, et
j'espère que le gouvernement va l'accepter. Je vous remercie.
• (15 h 40) •
La Présidente (Mme Poulet) :
Merci beaucoup, M. le député. Est-ce qu'il y a d'autres interventions? Oui,
Mme la députée de Mont-Royal—Outremont. Allez-y.
Mme Michelle Setlakwe
Mme Setlakwe : Oui, merci,
Mme la Présidente. Donc, je prends la parole encore une fois, je prends la
peine de le préciser, au nom du chef de l'opposition officielle pour appuyer
mon collègue dans le cadre de cette motion préliminaire qui vise l'Institut des
sciences de la mer de l'Université du Québec à Rimouski.
Mon collègue député de l'Acadie a fait...
a porté la voix de cet institut avec brio. Il a fait un exposé très détaillé
des activités importantes qui s'y tiennent, de la recherche fondamentale qui
est menée à cet institut. Et ça démontre, Mme la Présidente, à quel point il y
a des programmes et de la recherche essentielle qui se fait aux quatre coins du
Québec. C'est un exemple qui est très pertinent, et je pense qu'il serait
important de les entendre afin qu'on puisse, lors de l'étude détaillée, avoir
justement à l'esprit des cas, des cas spécifiques, des cas précis auxquels on
n'aurait pas forcément pensé, si ces gens n'avaient pas contacté mon collègue.
Si mon collègue n'avait pas eu des discussions détaillées avec eux et n'avait
pas porté à l'attention de la commission, donc, l'étendue des activités qui se
tiennent à Rimouski, on aurait peut-être... on aurait peut-être échappé un
élément important, étant donné <qu'on...
Mme Setlakwe :
...échappé
un élément important, étant donné >qu'on n'a pas toujours... on n'a pas
entre les mains, donc, un portrait complet des programmes qui s'offrent partout
au Québec, dans nos différentes institutions. Mais une chose est sûre, et
l'exemple de l'Institut des sciences de la mer démontre à quel point on ne peut
pas se priver de ce type de recherche, tout ce qui concerne la mer, concerne
les changements climatiques, concerne l'érosion de nos côtes, là, les perturbations
des différents écosystèmes. On a besoin d'experts dans ces domaines. On a
besoin de ces experts-là à l'international pour venir assurer, donc, une masse
critique. C'était quelque chose que je lisais dans la documentation, assurer
une masse critique de chercheurs, de chercheuses ainsi que d'étudiants et
d'étudiantes aux cycles supérieurs, ça permet la construction et
l'agrandissement d'un laboratoire océanographique, construction d'une station
aquicole, acquisition d'un premier navire de recherche, etc.
Et donc, ces exemples précis, spécifiques,
viennent illustrer à quel point il faut agir avec la plus grande prudence et la
plus grande rigueur dans le cadre de l'étude de ce projet de loi, qui donne,
encore une fois, des pouvoirs très larges au gouvernement. Et donc, en
coupant... en imposant des plafonds dans certains programmes, dans certains
domaines de recherche, en faisant des choix, en donnant une large discrétion de
choisir, de déterminer et de fixer les programmes qui seront priorisés versus
d'autres qui ne le seront pas, bien, on va potentiellement venir nuire à une
activité somme toute essentielle qui se tient à Rimouski, une région importante
du Québec.
Je regarde le ministre qui, sûrement, se
dit : On a déjà l'information, l'Université du Québec à Rimouski est déjà
venue, on a le mémoire, etc. Mais, prendre le temps de saisir ce type
d'activité, qui se tient... Je ne vous dis pas qu'il faut entendre chaque
institut de façon spécifique, et unique, et particulière, mais d'en avoir
quelques-uns qui viennent nous faire part des activités qui se tiennent dans
leurs laboratoires de recherche me semble tout à fait pertinent pour les
travaux de la commission.
Quand on parle de régions, je suis
certaine que le ministre est aussi sensible que nous à l'importance de
maintenir la vitalité de chacune de nos régions. Alors, il est quand même
normal qu'on se pose la question qu'est-ce qui se fait en région en termes de
recherche, quelle est l'offre de programmation qui se fait dans chacune des
régions afin de s'assurer qu'on ne vienne pas créer un déséquilibre, créer une
dévitalisation. On le sait déjà que nos régions vivent des enjeux... vivent des
enjeux, vivent des difficultés, et il faut s'assurer de leur donner tous les
outils ou de leur permettre de continuer sur ce qui va bien pour assurer la
vitalité de leur région.
Ce qui me... Ce qui m'amène à vous
rappeler brièvement, et mon collègue le faisait bien... faisait bien de le
mentionner, il y a eu des reportages qui ont été faits, justement, sur ce type
de programmes, sur ce... Les consultations sur le projet de loi n° 74, on
ne le dira jamais assez, a fait couler beaucoup d'encre et a mis en lumière
plusieurs... donc, plusieurs éléments extrêmement instructifs, là, sur l'apport
des étudiants internationaux, non seulement dans nos facultés dans les grands
centres, mais partout en région.
Et puis un article de Radio-Canada, qui
parlait spécifiquement de l'Université du Québec à Rimouski, sous la plume...
ou sous le travail de Sébastien Desrosiers, faisait part, donc, d'instabilité
et de fluctuations importantes qui sont notées, donc, à Rimouski, qui
étaient... dont les chiffres étaient à la hausse. Et puis là, soudainement, le
recteur s'inquiète qu'il y a un ralentissement cet automne, que les chiffres
sont à la baisse. Et puis ce qu'il dit, c'est que, donc, ça rend...ça se rend
partout dans le monde qu'à l'heure actuelle il va y avoir un resserrement,
qu'on va plafonner. Donc, ça crée de l'incertitude chez les personnes qui
souhaitent venir étudier. Pour ces personnes-là, ça peut influencer la
décision. Et donc, dans ce sens-là, encore une fois, agissons avec la plus
grande prudence, Mme la Présidente, et <puis...
Mme Setlakwe :
...plus
grande prudence, Mme la Présidente, et >puis intéressons-nous de façon
bien particulière et bien spécifique à ce qui se fait dans nos régions. Ici, on
parle de Rimouski, ça pourrait être... ça pourrait être la Gaspésie, là.
Est-ce qu'on peut, donc, et je vais
terminer là-dessus, Mme la Présidente, est-ce qu'on peut, en fait, remettre
entre les mains du gouvernement le... Puis je suis certaine que le ministre va
nous offrir une réponse. C'est au gouvernement de nous rassurer qu'il a pris en
compte tous ces éléments, qu'il est déjà bien au fait de tous ces programmes et
de toutes ces activités, là, qui se tiennent partout en région. Parce que nous,
on attend toujours d'avoir le détail de ces programmes, de ces laboratoires de
recherche.
Alors, quand il nous dit, Mme la
Présidente, que la réponse est non, elle a été non pour nos motions
préliminaires précédentes, qu'elle sera, j'imagine, non pour celle-ci, et il
l'a dit, donc, non pour toutes celles qui vont venir, parce que les
consultations particulières sont terminées, bien, en fait, ce n'est pas... ce
n'est pas à nous, à l'opposition, qu'il répond. En tout respect, sa réponse,
elle est formulée à l'endroit de ces personnes qui souhaitent venir se faire
entendre. Tout à l'heure, on parlait de la CDPDJ. Ils ont mentionné, noir sur
blanc, qu'ils souhaitent... qu'ils souhaitent venir en commission et compléter
leur analyse. Donc, le ministre répond, il nous répond à nous, ses collègues à
l'opposition : Je vous le dis tout de suite, la réponse, c'est non.
Mais la réponse, elle a donc été adressée
à la CDPDJ. Et ici, nous, on porte la voix d'une autre... d'une institution,
l'Institut des sciences de la mer, qui a formulé des inquiétudes très
importantes à mon collègue de l'Acadie. Alors, Mme la Présidente, je
demanderais au ministre de nous dire qu'est-ce qu'il entend... quelle est sa
réponse vis-à-vis la demande que nous portons pour eux. C'est bien leur
demande, c'est bien leur préoccupation, et puis nous, nous sommes... nous
portons leur voix, essentiellement. Donc, voilà, Mme la Présidente, ça complète
mon intervention. Merci.
Mise aux voix
La Présidente (Mme Poulet) : Parfait.
Merci beaucoup. Est-ce qu'il y a d'autres interventions? Non? Non. Alors, je
vais mettre aux voix la motion du député de l'Acadie.
M. Morin : ...un vote par
appel nominal, s'il vous plaît.
La Présidente (Mme Poulet) : Un
vote. Parfait. Mme la présidente...
La Secrétaire
: ...
La Présidente (Mme Poulet) : Mme
la secrétaire. Pardon.
La Secrétaire : Pour, contre,
abstention. M. Morin (Acadie)?
M. Morin : Pour.
La Secrétaire
: Mme Setlakwe
(Mont-Royal—Outremont)?
Mme Setlakwe : Pour.
La Secrétaire
: M. Roberge
(Chambly)?
M. Roberge : Contre.
La Secrétaire
: Mme Lecours
(Lotbinière-Frontenac)?
Mme Lecours (Lotbinière-Frontenac) :
Contre.
La Secrétaire
: Mme Schmaltz
(Vimont)?
Mme Schmaltz : Contre.
La Secrétaire
: Mme Boivin
Roy (Anjou—Louis-Riel)?
Mme Boivin Roy : Contre.
La Secrétaire
: Mme Tardif
(Laviolette—Saint-Maurice)?
Mme Tardif : Contre.
La Secrétaire
: Mme Picard
(Soulanges)?
Mme Picard : Contre.
La Secrétaire
: M. Cliche-Rivard
(Saint-Henri—Sainte-Anne)?
M. Cliche-Rivard : Pour.
La Secrétaire
: Mme Poulet
(Laporte)?
La Présidente (Mme Poulet) : Abstention.
Alors, motion rejetée. Est-ce qu'il y a d'autres motions préliminaires à
déposer? Est-ce qu'il y en a d'autres? Oui.
M. Morin : ...Mme la
Présidente.
La Présidente (Mme Poulet) : Alors,
allez-y, vous pouvez la présenter. Est-ce qu'elle est sur Greffier?
M. Morin : Mme la secrétaire
va nous dire ça, là, dans quelques instants.
• (15 h 50) •
La Présidente (Mme Poulet) : Alors,
on va l'afficher dans quelques instants. Alors, la voilà, M. le député.
Motion proposant d'entendre l'Institut de tourisme
et d'hôtellerie du Québec
M. Morin : Parfait. Oui,
merci, Mme la Présidente. Alors, à titre de député de l'Acadie et porte-parole
de l'opposition officielle en matière d'immigration, francisation, intégration,
je présente la motion préliminaire suivante, ceci pour renverser la
présomption, n'est-ce pas :
Conformément à l'article 244 du
Règlement de l'Assemblée nationale, je fais motion afin que la Commission des
relations avec les citoyens, dans le cadre de l'étude détaillée du projet de
loi n° 74, Loi visant principalement à améliorer l'encadrement relatif aux
étudiants étrangers, tienne des consultations particulières et qu'à cette fin,
elle entende l'Institut de tourisme et d'hôtellerie du Québec (ITHQ).
M. André Albert Morin
Voilà. Alors, vous savez, Mme la
Présidente, tout à l'heure, M. le ministre nous disait : Ah! les
consultations particulières sont terminées. Bon, je respecte M. le ministre, c'est
sa position, mais moi, comme je vous dis, comme porte-parole de l'opposition
officielle, pour moi, tant qu'on est en commission, bien, il est important
d'entendre des groupes, compte tenu, évidemment, du projet de loi qui nous est
présenté. Ça dépend toujours des projets de loi. Bon, c'est plutôt rare que ça
arrive, mais il y a des projets de loi qui soulèvent moins <d'inquiétude...
M. Morin :
...il y a
des projets de loi qui soulèvent moins >d'inquiétude. Parfois, on a des
groupes qui vont venir nous soulever des points plus techniques, et on n'est
pas... on n'est pas sur, comment dirais-je, des motifs de fond, et donc c'est
souvent... ça soulève moins d'inquiétude de la plupart des groupes. La majorité
des groupes aussi vont envoyer un mémoire.
Il arrive qu'on en reçoive, après la liste
des consultations particulières, alors que les gens vont venir déposer en
commission parlementaire. Mais, dans ce cas-ci, dans le cas de ce projet de loi
là, moi, ce qui m'a étonné, c'est qu'on en a reçu beaucoup, beaucoup, dont
plusieurs dans le domaine de l'hôtellerie, que ce soit l'Association Hôtellerie
du Québec, que ce soit l'Institut de tourisme et d'hôtellerie du Québec, qui,
soit dit en passant, est un institut du gouvernement du Québec, Alliance de
l'industrie touristique du Québec, ça, c'était dans le même mémoire, l'association
de restauration du Québec, Conseil québécois des ressources humaines en
tourisme et l'Association québécoise de la formation en restauration, tourisme
et hôtellerie. Alors, on a reçu, par la suite, ce mémoire.
Et, quand on vous parlait de l'importance
ou de l'impact que ce projet de loi là peut avoir sur l'industrie, l'économie,
bien là, je pense qu'ici on en a un bon exemple, non pas d'instituts de
recherche fondamentale ou de recherche scientifique, c'était l'objet de la
motion précédente, mais dans un secteur où il y a évidemment des cours, de la
formation, des étudiants étrangers, et qui, eux aussi, ont une inquiétude en
lien avec le projet de loi. Puis je trouvais ça particulièrement important de
prendre quelques instants aujourd'hui, quelques minutes pour être capable
d'exprimer publiquement, parce que les gens nous regardent, l'incertitude et la
crainte de plusieurs de ces organismes-là. Et ce n'est pas... ce n'est pas
banal.
Donc, au fond, l'Institut de tourisme et
d'hôtellerie du Québec s'est associé à d'autres partenaires touristiques pour
présenter un mémoire pour faire en sorte qu'on prenne en considération leurs
représentations, leurs inquiétudes. Et, dans le cadre de ce mémoire-ci, on
parle entre autres de l'Alliance de l'industrie touristique du Québec,
l'Association québécoise de la formation en restauration, tourisme et
hôtellerie, l'Association Restauration Québec, le Conseil québécois des
ressources humaines en tourisme et l'Institut de tourisme et d'hôtellerie du
Québec, donc des secteurs qui sont excessivement importants pour le Québec.
Puis ces partenaires-là soulignaient dans leur document, et puis c'est... ça
donne, je pense... ça donne une idée qui est quand même hyperimportante, le
tourisme est un secteur économique hyperimportant au Québec.
Vous savez, dans la motion précédente, je
vous parlais d'un institut de recherche, mais je vous parlais aussi de la
beauté du Saint-Laurent, combien on a de gens qui viennent au Québec pour
admirer le Saint-Laurent, naviguer sur le Saint-Laurent, combien on a d'hôtels
exceptionnels sur les bords du Saint-Laurent. Donc, c'est pour vous dire...
Puis ça, c'est un endroit, il y en a plein d'autres au Québec qui sont
magnifiques : les Cantons-de-l'Est, les Laurentides... la région de
Québec, notre capitale nationale, c'est magnifique. Donc, il faut évidemment
former des gens pour être capables d'accueillir tous ces touristes-là, et c'est
la raison pour laquelle le tourisme, hein, c'est un secteur économique important.
Au fond, selon ces partenaires-là, ça
représente 5 % du PIB. C'est énorme, et ça se place en quatrième position
des secteurs d'exportation au Québec. En 2023, tourisme au Québec, des recettes
de 16,7 milliards, c'est énorme, dont 4,1 milliards provenaient de
touristes internationaux. <Donc...
M. Morin :
...4,1 milliards
provenaient de touristes internationaux. >Donc, c'est pour vous dire
comment, au niveau des touristes internationaux, il y a une injection d'argent
qui est importante dans l'économie québécoise. Puis ça contribue, évidemment,
au financement de projets importants, ça contribue à donner de l'argent au
gouvernement, par des taxes, à permettre au gouvernement de rendre des services
publics, construire des infrastructures. En fait, c'est tout ça que des gens
qui viennent ici... Puis on veut que des gens viennent ici évidemment, bien
sûr, pour contribuer à l'économie du Québec.
Mais, pour être capables de les recevoir
d'une façon adéquate pour qu'après ils veulent revenir, parce que c'est ça
qu'on souhaite, bien, évidemment, il faut être capables de former des gens qui
vont être des professionnels dans le domaine de l'hôtellerie, dans le domaine
de la restauration, puis il faut être capables de continuer. Il faut être
capables de continuer. Donc, il faut absolument une main-d'oeuvre suffisante,
qualifiée, avec évidemment des formations appropriées, mais ça, dans chaque région
du Québec. Parce qu'effectivement, et c'est bien qu'il en soit ainsi, les
touristes qui viennent ici ou les Québécois qui se promènent dans d'autres
régions du Québec, que ce soit avec leur famille ou autrement, bien, il faut
évidemment qu'on soit capables de les recevoir puis de le faire adéquatement.
L'industrie, je vous dirais, est
particulièrement inquiète du projet de loi, parce que, bien, ils ont souffert
pendant la pandémie. Bon, c'est vrai que la pandémie, ça remonte à quelques
années, mais... oui, ça remonte à quelques années, mais souvent, quand on pose
des questions au gouvernement en période de questions, les ministres nous
disent : Ah! mais il y avait la pandémie. Donc, écoutez, c'est loin, mais
pas si loin, hein? Alors, ça vous donne une idée à l'effet que l'industrie
touristique, particulièrement, a souffert de la pandémie et puis de la pénurie
de main-d'oeuvre qui s'en est suivie, d'ailleurs, pénurie de main-d'oeuvre qui
risque de continuer, d'où l'importance, évidemment, d'entre autres
l'immigration.
On nous souligne que le nombre de postes
vacants a diminué. Ça, c'est un phénomène, et c'est un secteur... puis c'est
une donnée qui est importante. Puis je tiens à le dire, c'est important, mais
ça demeure quand même élevé. Et donc, ce qu'on nous dit, c'est que pour limiter
les effets de la pénurie de main-d'oeuvre, bien, il y a un grand nombre
d'entrepreneurs qui ont fait appel à des travailleurs issus des volets de
l'immigration ou encore qui sont allés chercher des gens à l'étranger pour les
former au Québec. Et donc, il faut être capables, évidemment, de continuer
d'avoir ces gens-là et de les former pour avoir une main-d'oeuvre qualifiée.
• (16 heures) •
Et ce qui est particulier, ce n'est pas la
première fois qu'on le voit, Mme la Présidente, mais ce qui est particulier
dans ce mémoire-là, c'est que ce que l'Alliance de l'industrie touristique du
Québec, l'ITHQ, le Conseil québécois des ressources humaines en tourisme,
l'Association Restauration Québec demandent, c'est carrément d'être exemptés
des restrictions à l'égard des étudiants étrangers. Ce n'est pas banal, là, parce
qu'on nous dit : «Il y a minimalement un léger déficit de main-d'oeuvre,
identifié même par le ministère de l'Emploi et de la Solidarité sociale».
Alors, les chiffres viennent du gouvernement, eux-mêmes. Donc, ce qu'ils
demandent, là, c'est qu'ils soient exemptés. Ce n'est pas rien. Ce n'est pas
rien. Donc, ça, je me dis, si c'est leur demande et qu'ils ont... et qu'ils ont
mûri, qu'ils ont réfléchi, évidemment, en produisant ce mémoire-là, bien, ils
doivent avoir des foutues de bonnes raisons.
Et, notamment pour cette raison-là, bien, ce
serait hyperimportant de les entendre, de les écouter, voir, pour être capables
de cerner, d'une façon plus spécifique, quels sont non seulement les enjeux,
mais quel est le véritable impact des mesures que le ministre veut adopter dans
le projet de loi n° 74 à l'égard de cette industrie-là, qui, en 2023, a
quand même généré des recettes de 16,7 milliards.
On demande également de «s'assurer que
l'application du projet de loi n'ait pas d'impact sur les programmes d'études
du secteur touristique offerts et que la formation demeure accessible et
disponible pour conserver l'attrait et la rétention éventuellement des talents
locaux». Alors, ça aussi, c'est une <demande importante...
16 h (version révisée)
<19253
M.
Morin :
...ça aussi, c'est une >demande importante, et
finalement, d'offrir un meilleur arrimage des besoins de main-d'œuvre qualifiée
en concentrant et en structurant l'offre de formation sur l'ensemble du
territoire pour permettre de combler des écarts de compétences dans certains
secteurs qui sont en demande.
Alors, vous voyez, on revient toujours à
la même chose, et, s'il y a un élément qui est malheureux avec ce projet de
loi, c'est l'incertitude que ça crée, incertitude qui a été soulevée par la commission
des droits de la personne, incertitude dont a parlé, entre autres, la Chambre
de commerce du Montréal métropolitain. On souhaite un cadre réglementaire
prévisible, ce que ne garantit en rien le projet de loi.
Donc, quand on regarde, par la suite, les
différents organismes qui signent ce mémoire, puis je pense que ça vaut la
peine de prendre quelques minutes pour en parler... l'Alliance de l'industrie
touristique du Québec, là, c'est 12 000 entreprises, probablement,
dont plusieurs PME : «C'est la volonté du secteur privé associatif de
valoriser — et je cite — la contribution significative du
secteur économique touristique à la vitalité des régions, et donc en se faisant
le porte-parole de ses membres.»
Alors, vous voyez, quand on vous parlait
de l'impact sur le Québec, ce n'est pas uniquement Montréal, ce n'est pas
uniquement la capitale nationale, c'est l'ensemble des régions du Québec. L'Association
québécoise de la formation en restauration, tourisme et hôtellerie, c'est des
établissements d'enseignement publics ou privés de niveau secondaire, collégial
ou universitaire qui offrent au moins un programme conduisant à un diplôme d'études,
sanctionné soit par le ministère de l'Éducation ou de l'Enseignement supérieur
du Québec, dans le domaine de l'alimentation, du tourisme, de la restauration
ou de l'hôtellerie.
C'est difficile de retrouver, dans les
chiffres, puis même dans les chiffres que M. le ministre nous a partagés, ça
correspond exactement à combien de personnes. Ça ne doit pas être des centaines
de mille, clairement, mais il y a une chose qui est sûre, par exemple, c'est
que tous ces établissements-là d'enseignement, publics ou privés, qui décernent
des diplômes d'enseignement supérieur ou autres, nous soulignent qu'ils sont
inquiets et qu'ils demandent à être exemptés.
Donc là, ça commence à faire pas mal de
monde qui demande une exemption, parce que, rappelez-vous, quand on a débuté le
dépôt des motions préliminaires, j'ai fait référence à une lettre qui a été
signée par plusieurs chefs, recteurs d'université, puis ils demandaient
évidemment plus de précision, mais d'être exemptés. Pensez à l'enseignement
collégial, donc, ça commence à faire énormément de gens.
Il y a l'association, aussi, de
restauration au Québec, et eux, ils ont pour mission de fournir à l'ensemble
des établissements de restauration membres à travers le Québec des services
complets de formation, d'information, d'assurance, de représentation
gouvernementale. Donc, eux, ils ont un rôle de sensibilisation auprès des
intervenants et eux aussi sont inquiets.
Vous avez aussi le Conseil québécois des
ressources humaines en tourisme, et puis ça, c'est important, parce que le conseil
québécois a quand même un mandat qui est particulier, c'est d'assurer une surveillance
vigilante de l'évolution de la main-d'œuvre en tourisme et favoriser la
concertation des associations de travailleurs et des entreprises. Donc, un
organisme qui est là, qui assure une vigie pour s'assurer que les gens qui vont
œuvrer dans ce domaine-là vont le faire d'une façon adéquate et professionnelle,
notamment.
Et finalement, l'Institut de tourisme et
d'hôtellerie du Québec, et là, ça, c'est un organisme du gouvernement du Québec,
et on nous dit que c'est la référence au Canada en matière de formation
spécialisée dans les domaines du tourisme, de <l'hôtellerie, de la
restauration...
M. Morin :
...que
c'est la référence au Canada en matière de formation spécialisée dans les
domaines du tourisme, de >l'hôtellerie, de la restauration et de la
sommellerie. Ça répond aux plus hauts standards de l'industrie et c'est la
seule école au pays à offrir des programmes dans les trois ordres... les trois
ordres d'enseignement, professionnel, technique et universitaire, donc. Et
c'est la raison pour laquelle, quand j'ai lu les différents mémoires, s'il y a
une organisation que je trouvais importante à inviter en commission
parlementaire, c'était effectivement l'ITHQ, parce que l'ITHQ, c'est un
véritable ambassadeur du Québec, et, au sein de l'ITHQ, ils forment de
véritables professionnels non seulement de la restauration et de la
sommellerie, mais également de l'hôtellerie, et ils attirent parmi leurs
étudiants, bien sûr, des gens qui sont Québécois et qui résident déjà au Québec,
mais il y a des gens de l'international, et leur rôle, pour former ces gens-là
qui, après ça, vont aller travailler dans les hôtels du Québec ou dans les
restaurants, bien, c'est unique, puis là, bien, ce n'est pas moi qui le dis,
là, c'est eux, dans leur mémoire. C'est la référence au Canada.
Donc, est-ce qu'on veut adopter un projet
de loi qui va créer de l'incertitude? Tantôt, là, je parlais de l'ISMER, là,
seul institut océanographique francophone au Canada. Là, je vous parle de
l'ITHQ, référence au Canada dans ce domaine-là. Bien, évidemment, si M. le
ministre, avec son projet de loi n° 74, avait dit :
Bon, ça s'applique à telle, ou telle, ou telle maison d'enseignement, mais on
exempte telle, telle, telle, bien là, on aurait peut-être une idée, mais on
n'en a aucune idée. Donc, c'est le problème, mais l'ITHQ... et c'est ce qu'on
nous dit, hein, installation unique, hôtel-école, restaurant d'application
pédagogique, deux unités de recherche, GastronomiQc Lab, ExperiSens, puis un
centre d'expertise, et ils offrent des formations aux professionnels, des
services aux entreprises et aux institutions ainsi que des ateliers au grand
public.
Donc, ils offrent des ateliers de cuisine,
à l'ITHQ, puis on nous souligne également que c'est eux qui collaborent aux
ateliers de la SAQ, de la Société des alcools du Québec. Pour ça, évidemment,
ils ont des étudiants qui viennent de l'étranger et, pour ça, évidemment, ils
ont besoin d'avoir, bien sûr, les coudées franches pour être capables de
fonctionner, puis de livrer, et de former des étudiants. Ça m'apparaît
important.
• (16 h 10) •
Comme je vous le soulignais, l'industrie
touristique, c'est 5 % du produit intérieur brut du Québec, et, selon les
données mêmes du ministère du Tourisme du Québec, donc, selon les données
gouvernementales, c'est plus de 62 millions de visiteurs qui ont voyagé au
Québec en 2023. Donc, c'est quand même hyperimportant, et ces visiteurs-là,
bien, quand on a des gens qui sont formés dans nos écoles, bien, ça permet à
ces gens-là de vivre des expériences puis des découvertes mémorables.
Le tourisme, là, c'est tellement important
en termes de revenus que c'est en quatrième position des secteurs d'exportation
au Québec, ce n'est pas banal, derrière l'aéronautique, l'aluminium puis le
minerai de fer. Donc, ça vous donne une idée, et on est maintenant capables, au
Québec, d'attirer des visiteurs internationaux grâce à la qualité de nos
établissements. Donc, on ne voudrait quand même pas que ça diminue, c'est clair,
et on nous dit évidemment que, pour ce faire, il faut absolument disposer d'une
main-d'œuvre suffisante et qualifiée. 69 institutions d'enseignement
public et privé dans 17 régions administratives, c'est loin d'être banal.
En 2017-2022, on nous souligne, puis je me
permets de citer ces chiffres, pour le niveau collégial seulement, 3 700
étudiants en tourisme qui ont obtenu leur diplôme, surtout des jeunes, mais de
provenances variées. Donc, ce qu'on nous demande, c'est, bien sûr... puis, comme
député de l'opposition officielle, je ne peux pas faire autrement, je ne peux
pas être sourd à leur appel. On nous demande de maintenir des programmes de
formation en tourisme dans les régions et à travers le Québec afin de soutenir ce
secteur et ce développement sur l'ensemble du <territoire, mais, pour ça,
il faut une main-d'œuvre qualifiée...
M. Morin :
...le
Québec
afin de soutenir ce secteur et ce développement sur l'ensemble du >territoire,
mais, pour ça, il faut une main-d'œuvre qualifiée. Et, quand je vous disais un
peu plus tôt, Mme la Présidente, qu'un des enjeux que cette industrie-là vit,
c'est la pénurie de main-d'œuvre, donc, il y a des postes vacants, et ils sont
dans une situation difficile, d'où l'importance de pouvoir éventuellement
accepter des étudiants de l'étranger. On prend la peine de souligner que c'est
très d'actualité, parce que, présentement, le CQRHT évalue le nombre de postes
vacants dans ce secteur-là à 18 000, ce qui est quand même énorme... ce qui est
quand même énorme.
Et là j'en arrive, dans les quelques
minutes qu'il me reste, à rappeler les impacts appréhendés du projet de loi n°
74 par ces organismes-là dans le secteur de l'hôtellerie. Ce qu'on nous dit, mais
c'est eux qui l'écrivent, ce n'est pas moi, moi, je me fais leur voix :
«Le projet de loi n° 74 — et permettez-moi d'en citer des extraits — s'inscrit
dans le souhait exprimé du gouvernement de ralentir l'arrivée d'immigrants au
Québec. Les différents programmes d'immigration en place font tous l'objet de
discussions afin de revoir les taux annuels. L'alliance et tous ses
partenaires, dont l'ITHQ, peuvent comprendre que l'augmentation rapide de la
population issue de l'immigration peut causer une pression importante sur des
aspects de la société québécoise. Cependant — et c'est là que ça
devient hyperpertinent — cependant, le gouvernement doit prendre en
considération la réalité et les besoins du secteur touristique en pénurie de
main-d'oeuvre, et, pour limiter les effets de la pénurie de main-d'œuvre,
plusieurs entrepreneurs font appel à des travailleurs issus du volet de
l'immigration.»
Oui, bien sûr, il y a des immigrants
temporaires, c'est un fait, mais, évidemment, dans ces écoles-là, il y a aussi
des gens qui vont venir étudier de l'étranger. On nous rappelle que le projet
de loi propose de donner plus de pouvoirs au gouvernement pour limiter le
nombre d'étudiants étrangers. Évidemment, le gouvernement, dans son projet de
loi, ne mentionne pas de maximum, mais il se donne une marge de manœuvre et une
discrétion qui est énorme, et c'est la raison pour laquelle, et je les cite, «les
propositions inquiètent l'industrie touristique — donc, ce n'est pas
moi qui l'invente — qui a des défis importants au niveau de la
formation en tourisme pour répondre et permettre d'avoir une main-d'oeuvre
qualifiée partout au Québec».
Et, quand ils écrivent qu'ils ont des
inquiétudes, bien, rappelez-vous qu'en termes d'économie, là, 5 % du PIB
du Québec... En tout, l'activité génère 16,7 milliards. C'est énorme pour notre
économie. Alors, ce qu'on nous dit, c'est que le projet de loi causera... Là,
on ne dit plus «pourrait causer» ou «pourra probablement causer», on écrit :
«Le projet de loi n° 74 causera une difficulté supplémentaire pour avoir accès
à une main-d'oeuvre qualifiée selon les normes québécoises — les
normes qu'on s'est nous-mêmes données — et l'absence de balises dans
les pouvoirs accordés au gouvernement pourra nuire à la prévisibilité pour les
employeurs touristiques.»
Et là permettez-moi de faire un lien avec
la Chambre de commerce du Montréal métropolitain et son président que nous
avons écouté. Un des éléments qu'il nous a soulevé, et dont l'industrie a
besoin, c'est un cadre réglementaire prévisible. Or, c'est exactement le
contraire de ce que va venir faire le projet de loi, et tous ces organismes
soulignent qu'il y aura un manque de prévisibilité pour les employeurs
touristiques et les maisons d'enseignement puisque le gouvernement pourra
modifier, évidemment, sans donner de préavis, des seuils d'étudiants
internationaux admissibles.
Donc, cette alliance considère que le
projet de loi peut avoir des impacts sur la formation en tourisme, ce dont je
viens de parler, puis les bassins de main-d'oeuvre. Donc, autant d'éléments,
autant d'associations, autant de groupes... puis l'ITHQ, parce que ça, l'ITHQ,
c'est clairement une maison d'enseignement, bien, ce qu'on <vient nous
dire...
M. Morin :
...puis
l'ITHQ, parce que ça, l'ITHQ, c'est clairement une maison d'enseignement, bien,
ce qu'on >vient nous dire, c'est qu'il n'y aura pas de prévisibilité.
Et là il y a un consensus qui se dégage,
Mme la Présidente. Commission des droits de la personne : «Beaucoup d'incertitude
sur sa mise en œuvre». Chambre de commerce du Montréal métropolitain : «Un
cadre réglementaire prévisible, c'est ce qu'il nous faut, c'est ce qu'on risque
de ne pas avoir.» La Fédération des chambres de commerce du Québec qui nous
écrit : «L'impact économique de l'immigration dans les régions...» Et là
on parle aussi du moratoire sur le PEQ. Donc, autant d'éléments qui créent de
l'incertitude, autant d'éléments qui font en sorte que ce sera de plus en plus
difficile pour ce secteur-là de l'économie, qui est un secteur excessivement
important au Québec.
Au fil des ans, l'Institut de tourisme et
d'hôtellerie du Québec, c'est un organisme d'enseignement, de formation qui,
comme ils le disent eux-mêmes, est assez unique au Canada et qui forme des gens
excessivement professionnels dans le domaine de l'hôtellerie. C'est ce qu'on
veut. Et à ça permettez-moi d'ajouter, parce qu'eux non plus, on ne les a pas
entendus, mais c'est dans le même secteur, l'association de l'hôtellerie du
Québec, qui nous disent, effectivement, qu'il faut absolument, absolument
aligner l'admission des étudiants étrangers aux besoins en main-d'œuvre des
secteurs stratégiques. Et, s'il y a un secteur stratégique, notamment, Mme la
Présidente, à cause de son importance, c'est ce que je disais d'emblée, bien,
c'est évidemment le secteur du tourisme et de l'hôtellerie.
Donc, il faut être capables d'avoir une
prévisibilité. Donc, il faut être capables de faire en sorte que le
gouvernement lance un signal clair, prévisible, avec son projet de loi, mais
malheureusement, ce n'est pas ce qui arrive au quotidien. Ce n'est pas ce qu'on
vit. Et je voulais prendre absolument du temps pour présenter cette motion pour
permettre au gouvernement de bien comprendre que, oui, il y a le secteur des
universités, bien sûr, il y a le secteur des centres de recherche spécialisés,
évidemment, mais ici on parle d'universités, on parle de collèges
d'enseignement supérieur, on parle de cégeps, on parle d'un institut qui... à
moins que je me trompe, l'ITHQ appartient au gouvernement du Québec. Donc,
c'est comme si le gouvernement tirait dans sa propre chaloupe. Ce n'est pas
bon, Mme la Présidente, et, pour cette raison, je présente la motion
préliminaire et je demande, bien sûr, au ministre de l'accepter et d'entendre
l'institut. Je vous remercie.
• (16 h 20) •
La Présidente (Mme Poulet) : Merci
beaucoup. Est-ce qu'il y a d'autres interventions? Oui, allez-y, on vous
écoute.
Mme Michelle Setlakwe
Mme Setlakwe : Oui, merci.
Donc, encore une fois, je mentionne que je prends la parole aujourd'hui pour
soutenir la motion de mon collègue au nom du chef de l'opposition officielle.
On se rappellera, Mme la Présidente, que nous avions proposé que l'ITHQ, donc
l'Institut de tourisme et d'hôtellerie du Québec, soit entendu durant les
consultations particulières. Évidemment, on comprend que ce ne sont pas tous
les groupes, là, qui peuvent être entendus, mais nous avions soumis leur nom.
Finalement, ils n'ont pas été retenus dans la liste définitive, mais il est
important, donc, pour nous, là, de prendre quelques instants cet après-midi
pour porter leur voix. J'ai l'impression que la motion sera rejetée. Et donc je
vais prendre les quelques minutes qui nous restent pour réitérer leurs
inquiétudes et leurs préoccupations, là, en lien avec le dépôt du projet de loi
n° 74.
Ils nous disent, donc, que ces maisons
d'enseignement offrant des formations en tourisme, hôtellerie et restauration,
regroupées sous quatre entités, là, mon collègue de l'Acadie en a fait mention,
incluant l'ITHQ, sont, toutes les quatre, particulièrement inquiètes pour
plusieurs raisons. Je vais les mentionner en rafale et <ensuite je vais...
Mme Setlakwe :
...particulièrement
inquiètes pour plusieurs raisons. Je vais les mentionner en rafale et >ensuite
je vais citer certains extraits que je juge très pertinents de leurs mémoires.
Donc, premièrement : «Une pénurie de
main-d'œuvre dans le secteur touristique, constatée avant la pandémie, est
accentuée par la suite puisque plusieurs ont dû se relocaliser dans d'autres
secteurs.» On le sait, on le vit tous, on est tous des clients, là, de
restaurants, d'hôtels, etc., et on a vu à quel point, après la pandémie, il y a
plusieurs établissements qui ont peiné à remplir toutes les heures d'affaires.
Donc, c'est une réalité, là, la pénurie de... Il y a une pénurie de
main-d'œuvre qui s'est... qui a été accentuée avec la pandémie.
Deuxièmement : «L'industrie a dû
embaucher, après la pandémie, des travailleurs sans formation pour combler la
pénurie de main-d'œuvre, diminuant d'autant la productivité de ce secteur.»
Troisièmement : «La compétition
grandissante dans ce secteur, que ce soit des autres provinces canadiennes ou
d'autres pays investissant énormément d'argent pour garder les jeunes chez eux...»
Quatrièmement : «La formation des
étudiants étrangers est un gage d'intégration au Québec puisque ces derniers
peuvent également travailler un maximum de 20 heures pendant leurs études, leur
offrant une plus grande possibilité de demeurer dans la région d'apprentissage
et de travailler en tourisme.»
Cinquièmement : «Les institutions
touchées sont non seulement localisées en région, mais également à Montréal et
dans sa banlieue sud et nord.»
Sixième et dernier : «Un nombre
moindre d'étudiants met également en péril la permanence d'enseignants
spécialisés dans le domaine dans toutes les régions du Québec.»
Donc, ils avaient souhaité être entendus
en commission parlementaire et n'ont pas pu venir. Ils ont soumis un mémoire
qui... dont certains passages valent la peine, Mme la Présidente, d'être
réitérés, en soutien, donc, à notre motion préliminaire qui demande qu'ils
soient entendus en commission. Présumant de la façon dont va se solder cette
motion préliminaire, je vais, donc, encore une fois, en profiter cet après-midi
pour mettre de l'avant leurs préoccupations.
Les propositions du projet de loi n° 74 inquiètent donc l'industrie touristique, qui y voit
des défis importants au niveau de la formation en tourisme et de l'accès à une
main-d'œuvre qualifiée. C'est pourquoi il est recommandé au gouvernement
d'exempter des restrictions à l'égard des étudiants étrangers les programmes de
formation pour lesquels il y a minimalement un léger déficit de main-d'oeuvre
identifié par le ministère de l'Emploi et de la Solidarité sociale; deuxièmement,
de s'assurer que l'application du projet de loi n'ait pas d'impact sur les
programmes d'études du secteur touristique offerts et que la formation demeure
disponible et accessible pour conserver l'attrait et la rétention des talents
locaux; troisièmement, d'offrir un meilleur arrimage des besoins de
main-d'œuvre qualifiée en concentrant et structurant l'offre de formation sur
l'ensemble du territoire pour permettre de combler les écarts de compétence
dans les secteurs en demande.
Nul besoin de vous présenter les
signataires du mémoire ni le portrait de l'industrie touristique du Québec, que
nous... dont nous connaissons tous l'importance. Toutefois, je pense qu'il est
pertinent de rappeler, donc, l'importance de la formation en tourisme au Québec.
On aura ça, donc, frais à l'esprit quand on débutera l'étude détaillée du
projet de loi.
Rappelons que le tourisme est avant tout
un secteur qui repose sur le contact humain, où chaque interaction et chaque
rencontre enrichit l'expérience des visiteurs curieux qui découvrent des
cultures, échangent avec les habitants et tissent des liens uniques.
L'industrie touristique est soutenue par un ensemble de travailleurs aux
compétences variées, répartis à travers la province, pour offrir des aventures
enrichissantes et de qualité. Et donc, afin de disposer d'une main-d'oeuvre
suffisante et qualifiée, 69 institutions d'enseignement public et privé, réparties
dans les 17 régions administratives du Québec, offrent des cours, des
formations et des spécialisations au niveau professionnel, collégial et
universitaire, répondant ainsi aux besoins diversifiés du secteur touristique.
Il est essentiel de maintenir des programmes de formation en tourisme dans les régions
et à travers le Québec afin de soutenir le développement de ce secteur sur
l'ensemble du territoire.
Extrêmement important, Mme la Présidente, et
on aura ça à l'esprit lorsqu'on étudiera le projet de loi, pour lequel il y a
des... il y a des impacts appréhendés qui ont été énoncés, donc, par les
signataires du mémoire. Je note en particulier que, selon eux, le projet de loi
n° 74... pas selon eux, le projet... Ils mentionnent
que le projet de loi n° 74 propose de donner plus de
pouvoirs au gouvernement pour limiter le nombre d'étudiants étrangers et ils
nous disent : «Même si le gouvernement ne mentionne pas de maximum dans
son projet de loi, ces propositions inquiètent l'industrie touristique, qui y
voit des défis importants au niveau de la formation en tourisme non seulement
de ces <derniers, mais également de celle...
Mme Setlakwe :
...au
niveau de la formation en tourisme, non seulement de ces >derniers, mais
également de celle de nos étudiants québécois et de la disponibilité d'une main-d'œuvre
compétente et qualifiée partout au Québec. Le projet de loi n° 74 causera une
difficulté supplémentaire pour avoir accès à une main-d'œuvre qualifiée selon
les normes québécoises et nécessaire aux entreprises. L'absence de balises dans
les pouvoirs accordés au gouvernement pourra nuire à la prévisibilité pour les
employeurs touristiques et des maisons d'enseignement puisque le gouvernement
pourra modifier, sans nécessairement donner de préavis, les seuils d'étudiants
internationaux admissibles.»
On est là au cœur de l'enjeu, Mme la
Présidente. Donc, l'alliance et ses partenaires considèrent que le projet de
loi n° 74 peut avoir des impacts sur la formation en tourisme, le bassin
de main-d'œuvre. Tout ça va de soi. Et donc, à la fin de leur mémoire, ils
déclinent leurs recommandations comme suit, donc, assouplir des restrictions
selon les besoins sectoriels. Ils recommandent au gouvernement d'offrir de la
flexibilité aux secteurs en pénurie de main-d'œuvre en adaptant ses exigences
aux besoins du marché. Tout ça va devoir être prévu dans le libellé, Mme la
Présidente, sinon on va tous en subir les conséquences, là, dans notre... et Québec
au premier titre, et son industrie du tourisme.
Deuxième recommandation : Soutenir la
viabilité des programmes. Il est recommandé au gouvernement de s'assurer que
l'application du projet de loi n'ait pas d'impact sur les programmes d'études
du secteur touristique offerts et que la formation demeure disponible et
accessible pour conserver l'attrait et la rétention des talents locaux. Cette
main-d'œuvre participe à la vitalité économique et touristique des grands
centres et des régions et ne doit pas être ciblée dans l'application future du
projet de loi. Ça pose la question, Mme la Présidente : Où le gouvernement
coupera-t-il? La question demeure entière.
Troisième recommandation : Offrir de
la formation pour répondre au marché... pour répondre aux besoins du marché.
Et permettez-moi de terminer en citant
quelques commentaires qui nous proviennent d'institutions d'enseignement. Moi,
je trouve toujours pertinent, donc, d'entendre des bribes d'information ou des
citations de gens sur le terrain.
«Donc, pour les trois programmes,
techniques de gestion hôtelière, gestion d'un établissement de restauration et
techniques de tourisme, la baisse d'étudiants internationaux occasionnera une
baisse de clientèle globale qui pourrait mettre en péril la survie de certains
programmes. Nous pourrions, entre autres, envisager la fin du programme de
gestion d'un établissement de restauration. Nos groupes sont composés en
moyenne d'environ 30 % d'élèves internationaux. L'impact est majeur sur la
décision de démarrer un groupe ou non.» Ailleurs, on parle du fait qu'ils
représentent deux tiers des programmes.
Tout ça pour dire, Mme la Présidente,
qu'on demande... on porte leur voix et on demande à la commission de les
entendre, d'entendre l'Institut de tourisme et d'hôtellerie du Québec. Merci,
Mme la Présidente.
La Présidente (Mme Poulet) : Merci
de cette intervention.
Alors, compte tenu de l'heure, la
commission ajourne ses travaux sine die.
(Fin de la séance à 16 h 30)