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(Deux heures et demie de l'après-midi)
M. LECHASSEUR (Président): Qu'on ouvre les portes.
Affaires courantes Présentation de pétitions Lecture et
réception de pétitions Présentation de rapports de
comités élus.
M. DIONNE: M. le Président, j'ai l'honneur de déposer le
3e rapport du comité des règlements.
M. LE PRESIDENT: Présentation de motion non annoncées.
Présentation de bills privés.
M. COITEUX (Duplessis): M. le Président, pour M. O'Farrell, qu'il
me soit permis de présenter un bill intitulé Loi concernant le
contrat de mariage entre Aldéa Roy et son époux Joseph Allyre
Barnwell.
M. LE PRESIDENT: Cette motion sera-t-elle adoptée?
Adoptée.
M. LE GREFFIER ADJOINT: Première lecture de ce bill. First
reading of this bill.
M. BLANK: M. le Président, qu'il me soit permis de
présenter un bill intitulé Loi concernant la Congregation Shaar
Hashomayim.
M. LE PRESIDENT: Cette motion sera-t-elle adoptée?
Adoptée.
M. LE GREFFIER ADJOINT: Première lecture de ce bill. First
reading of this bill.
M. LE PRESIDENT: Deuxième lecture, prochaine séance.
M. BROWN: Mr. P resident, let me be granted to introduce the bill
entitled an Act to amend the charter of King's Hall, bill No. 108.
M. LE PRESIDENT: Cette motion sera-t-elle adoptée?
Adoptée.
M. LE GREFFIER ADJOINT: Première lecture de ce bill. First
reading of this bill.
M. LE PRESIDENT: Deuxième lecture, prochaine séance.
Présentation de bills publics Affaires du jour.
M. GABIAS: Au ministre de la Famille: Est-ce qu'il y a de nouveaux
développements au sujet du centre d'acceuil de
Trois-Rivières?
M. RENE LEVESQUE: Non, on se reportera à la réponse que
j'ai faite au député de Trois-Rivières, l'autre jour. On
attend encore le rapport final d'évaluation, et cela m'a l'air
d'être assez complexe pour la raison que j'ai donnée aussi, c'est
qu'il s'agit de la restauration d'un vieil édifice. C'est toujours plus
compliqué d'être à peu près sûr de
l'évaluation des travaux.
M. GABIAS: A l'honorable premier ministre. Au sujet de l'écart
qu'il y a entre les salaires payés dans l'industrie
manufacturière au Québec et en Ontario, écart qui
s'accentue d'année en année, puiqu'il est passé de 12.3%,
qu'il était en 1963, à 13.6% en octobre 1965. Est-ce que le
gouvernement a l'intention de présenter à cette Chambre des
mesures pour corriger cette injustice dont nos ouvriers sont les victimes?
M. LAPORTE: Au feuiUeton!
M. LE PRESIDENT: Autres questions?
M. GABIAS: Toujours au premier ministre. Est-ce que le gouvernement a
avancé dans ses négociations avec le gouvernement de Terre-Neuve
ou avec la Brinco, au sujet de l'exploitation ou de la mise en valeur des
chutes Hamilton?
M. LAPORTE: Au feuilleton, M. le Président.
M. LE PRESIDENT: Autres questions?
M. GABIAS: Toujours au premier ministre. Où en sont rendues les
négociations avec le gouvernement de Terre-Neuve au sujet de la
frontière québécoise au Labrador?
M. LAPORTE: Au feuilleton.
M. le Président, juste un mot à l'occasion de ces
questions. J'ai eu l'occasion hier d'être à Ottawa et j'ai
assisté à toute la période des questions. Je voulais
d'abord voir quelles questions seraient posées et, deuxièmement,
quelle était la procédure. Or, j'ai constaté que ce que
nous demandons ou réclamons ici, de façon presque continuelle,
que la plupart des questions soient inscrites au feuilleton.
C'est ce qui se produit là-bas. Et, M. le Président, c'est
l'Orateur de la Chambre qui intervient lui-même en disant: A mon avis, le
député devrait inscrire sa question au feuilleton de la Chambre.
Et ça ne soulève aucune discussion. Je me souviens même
qu'hier un député s'est levé pour dire: « M. le
Président, cette question-là me paraît urgente et je
pourrais la poser. » Le Président a simplement répondu:
« Sir, je diffère d'opinion avec vous. » Alors cela a
été terminé et je crois que nous devrions, étant
donné que le gouvernement a pris l'habitude de répondre avec
célérité aux questions qui sont inscrites au feuilleton
auxquelles nous répondons généralement le mercredi, il ne
faudrait pas s'étonner pour la bonne conduite des affaires de la
Chambre, que nous insistions dans un certain nombre de cas pour que les
questions soient inscrites au feuilleton, ce qui a deux avantages. Cela
respecte la procédure générale et deuxièmement,
cela évite de donner des réponses improvisées à une
question qui, elle, est bien préparée alors qu'on ne la
connaît pas à l'avance.
M. JOHNSON: M. le Président, je ne voudrais pas que vous soyez
trop impressionné par les propos du leader de la Chambre, ni
évidemment par les précédents qu'il vous cite. Mais je
voudrais vous rappeler que vous êtes au Parlement de Québec et que
les coutumes parlementaires de cette Assemblée ont priorité sur
les coutumes parlementaires qui peuvent être établies à
Ottawa, à Toronto ou en Angleterre.
M. LAPORTE: Oui, mais ce sont des coutumes bien récentes à
Québec!
M. JOHNSON: M. le Président, il y a cinq ans,...
DES VOIX: Oui, oui!
M. JOHNSON: ... il y a six ans que selon notre conception du devoir de
l'Opposition, nous posons des questions. Si dans le passé, l'Opposition
n'était pas assez alerte pour poser des questions, ce n'est pas à
moi d'en supporter le poids, M. le Président. Mais je voulais vous dire
que vous ne devez pas, bien que ces propos viennent du leader de la Chambre,
bien qu'on vous cite de la jurisprudence outaouaise...
M. LAPORTE: Etrangère!
M. JOHNSON: ... être impressionné, M. le Président.
Cette Chambre est autonome, cette Chambre n'est en aucune façon «
subsurvient » comme diraient les gens d'Ottawa...
M. LESAGE: Oui, mais alors, suivezdoncle règlement. Le
règlement ne prévoit pas...
M. JOHNSON: ... et vous ne devez pas vous laisser impressionner par
l'argumentation du leader de la Chambre. M. le Président, vous avez
été bien libéral jusqu'à aujourd'hui...
M. LESAGE: Par la vôtre non plus, d'ailleurs!
M. JOHNSON: M. le Président, vous avez été bien
libéral jusqu'à maintenant. Continuez donc de l'être dans
le bon sens du mot en nous permettant des questions, d'autant plus
qu'aujourd'hui, c'est mercredi, la journée des
députés.
M. LESAGE: Non!
M. LAPORTE: Ah, il ne faudrait que ça... ce n'est pas ça
que ça veut dire.
M. LESAGE: Ah là, là...
M. LAPORTE: Le mercredi, ça veut dire que les
députés ont le droit de dire: Article numéro 2 et on va
dire: M. Russell...
M. LESAGE: Non, pas aujourd'hui, nous sommes encore sur le débat
qui vient de...
M. LAPORTE: Ah bon, après le débat, on peut appeler et le
gouvernement n'a qu'à dire comme...
M. LESAGE: Ce sont les règlements!
M. LAPORTE: ... à Ottawa... mais ici on peut simplement dire:
« Remettre à la semaine prochaine », « stand
»!
M. LESAGE: Oui: « Stand ».
M. LAPORTE: C'est ça qu'on dit: «Stand ». Alors les
députés ont le droit de voir leurs motions ou leurs questions
appelées et le règlement dit que le gouvernement répond
s'il le veut. Si l'on veut s'en tenir strictement aux règlements, cela
va peut-être être difficile...
M. LESAGE: ... jamais répondre! M. LAPORTE: ... plus
difficile.
M. JOHNSON: M. le Président, le règlement prévoit
qu'un ministre à qui une question est posée peut répondre
qu'il est...
M. LESAGE: Et peut ne pas répondre!
M. JOHNSON: ... dans l'intérêt public qu'il s'abstienne de
répondre.
M. LESAGE: Non, non, non! Il n'a pas un mot à dire.
M. JOHNSON: Deuxièmement, le ministre peut dire: Je choisis de ne
pas répondre.
M. LESAGE: Il peut rester assis à son siège. C'est
ça, il n'a rien à dire.
M. JOHNSON: L'attitude du premier ministre vis-à-vis certains
députés de cette Chambre est une attitude qui n'est pas du tout
conforme à aucune tradition parlementaire dans aucun pays
britannique.
M. LESAGE: C'est mon affaire si je ne veux pas répondre.
M. JOHNSON: M. le Président, Valentin se grandira ou s'abaissera.
C'est son affaire, mais je pense que c'est un très mauvais
exemple...
M. LESAGE: Je suis Valentin une journée par année, mais il
y en a qui « valentinent » à l'année, comme le chef
de l'Opposition.
M. JOHNSON: Est-ce que c'était unanime, la décision?
M. LESAGE: Non, non, non, ce n'était pas unanime.
M. JOHNSON: Est-ce...
M. LESAGE: Il paraît que le chef de l'Opposition a eu un vote ou
deux malgré la moustache qu'il soigne avec tant d'amour.
M. LAPORTE: On avait recommandé le prix de consolation pour le
chef de l'Opposition.
M. JOHNSON: M. le Président...
M. LAPORTE: J'étais un des candidats pour le prix de
consolation.
M. JOHNSON: Bien, j'aimerais mieux être dans le genre de concours
que souhaite le ministre de la Famille. A tout événement...
M. LESAGE: Ah! bien là, vous arriveriez un des bons derniers sans
difficulté.
M. JOHNSON: M. le Président, au moins il n'y aura pas de
déshonneur.
M. LESAGE: Non, mais arriver dernier dans un concours d'intelligence,
cela vous conviendrait, oui.
M. JOHNSON: M. le Président, cela dépend quels sont les
concurrents.
M. LAPORTE: Inscrivez tout cela au feuilleton.
M» JOHNSON: Je voudrais demander au premier ministre s'il
connaît...
M. LESAGE: Vous avez l'I.Q. pas mal bas ce matin.
M. JOHNSON: ... s'il connaît la formation du jury, la composition
du jury?
M. LESAGE: Mais je connais la formation de votre esprit, par
exemple.
M. JOHNSON: Ah! le premier ministre est un très grand
psychologue.
M. LAPORTE: M. le Président, est-ce qu'on pourrait revenir aux
questions?
M. LE PRESIDENT: Affaires du jour.
M. JOHNSON: Le ministre de la Chasse et de la Pêche a-t-il eu un
rapport relativement à ce loup qui a été tué par la
police de Montréal?
M. COUTURIER: M. le Président, la police de Montréal a
saisi, a pris possession d'un animal qui a été tué dans la
ville de Montréal, du côté est. Après l'avoir
tué, la police l'a transporté à l'Institut de
microbiologie et l'Institut de microbiologie a fait des expériences sur
cet animal et il n'a pas été en mesure de prouver si
c'était un loup. En somme, il n'y a pas eu de demande de la part des
biologistes qui sont arrivés à temps. Ils ont fait brûler
l'animal. Les biologistes du ministère du Tourisme, de la Chasse et de
la Pêche, n'ont pas été en mesure de prouver si
c'était un loup ou un chien, mais c'était un animal blanc.
M. LAPORTE: Ils ont essayé de le faire japper, mais il ne jappait
plus.
M. JOHNSON: M. le Président, puis-je suggérer au ministre
qu'il est temps qu'il engage
des hommes de science compétents, qui savent distinguer un chien
d'un loup?
M. COUTURIER: Je demande pardon, M. le Président, ce ne sont pas
les biologistes qui n'ont pas été dans la possibilité de
faire la différence, c'est l'Institut de microbiologie. Or, à
l'Institut de microbiologie, les gens qui sont là ne sont pas des
employés du ministère du Tourisme, de la Chasse et de la
Pêche. Les biologistes n'ont pas vu l'animal parce que, quand les
expériences eurent été terminées à
l'Institut de microbiologie, ils ont brûlé l'animal.
M. JOHNSON: M. le Président,... est-ce que...
UNE VOIX: C'est un mythe à l'heure actuelle.
M. JOHNSON: ... Ah! c'est entre chien et loup probablement.
M. COUTURIER: Non, parce que entre chien et loup c'est ni blanc, ni
noir, tandis que l'animal était blanc.
M. JOHNSON: Non, mais le ministre de la Chasse et de la Pêche doit
savoir ce que tous les chasseurs savent. Un loup ne s'aventurerait pas dans un
endroit habité comme la ville de Montréal, à moins
d'être porteur, probablement, des maladies...
UNE VOIX: Lui, il connaît ça! M. LEVESQUE: Contez-nous
ça!
M. JOHNSON: M. le Président, les chasseurs qui s'y connaissent
vous diront qu'un loup ne s'aventurera pas, à moins d'être malade,
et probablement pris de la rage. Alors, les gens sont inquiets.
M. LESAGE: Tout le monde était inquiet dans la province.
M. RENE LEVESQUE: D'après mon manuel, ordinairement, c'est parce
qu'il est affamé.
M. JOHNSON: Est-ce que cet animal que tout le monde appelle un loup sauf
le ministre, était porteur, de maladies, entre autres la rage?
M. COUTURIER: Nous n'avons pas eu de rapport de l'institut de
Microbiologie. Et ce qui est vrai pour l'orignal qui laisse le bois et devient
un animal mentalement atteint lorsqu'il est atteint d'une maladie qui est
propre au chevreuil n'est pas vrai pour le loup.
M. RENE LEVESQUE: Hein! Cela vous en bouche un coin!
M. BELLEMARE: J'avais toujours pensé que c'était un
docteur, mais je ne savais pas que c'était un
vétérinaire.
M. LE PRESIDENT: M. Hanley. Débat sur l'adresse
M. HANLEY: A l'ordre s'il vous plaît. Mr. Speaker, I have about 15
or 20 minutes of notes that I would like to bring to the attention of this
Assembly and I was hoping that the honourable Minister of Bien-être
social would be in the House, the honourable Minister of Health, the honourable
Minister of Justice and other members who are interested in the progress and
prosperity of our province.
Mr. Speaker, I wonder why we, Canadians, should follow the dictates and
the policies of the United States Government. Cannot we take the lead if our
own Canadian Government is a puppet of the United States Government? Then I
think the power house of the nation the Government and the people of the
Province of Quebec should take the lead. Mr. Speaker, during my good will
towards United States I had an opportunity of discussing many issues concerning
the people of United States and the people of the Province of Quebec. I have
discussed our archaic divorce laws, very ticklish subject. I have discussed
provincial sweepstakes. I have discussed housing and the setting up of a
housing court for the people of the Province of Quebec. I have discussed in
justices and last but not least I have discussed american investment within our
province.
Mr. Speaker, if the Province of Quebec wants to take a short cut and
lead, may I suggest that we get down to earth getting to action and have a
provincial sweepstake before the State of New York and our great fair in 1967?
I think that it is my duty after listening to the disgusting methods of
securing divorces within the Province of Quebec and Canada that we should do
something about the divorce law, disgusting. I knew very little of how a person
qualified himself or herself for the divorce until I heard our various radio
programs in Montreal, both French and English. I have listened to people asked
for a single elected member of the provincial or Canadian Parliament to raise
the question.
And I do not think that I offered the question raise within this
Parliament during my time and I believe it is my duty. It is thicklish, I want
the relatives groups, regardless of the nomination, to investigate the hundred
thousand families living in the twilight of sin, the hundred thousand families
who are living as Common Law illegally and who want to live legally. I think it
is unchristian like to put a tag of illegitimacy on three hundred thousand
innocent children brought into this world. I think it is time that the
Government of Quebec, the Government of Canada and the religious authorities
study the feasibility of amending, as I repeated, all our archaic Divorce
Laws.
I was rather disappointed in the apology coming from the Honourable
Minister of Health concerning his letter to Washington, very disappointed. I
believe that is a mistake. Mr. Speaker, when you want results you go where the
action is, and the action is in Washington and your sights try to superior
Government until the time that they are courageous enough to lead.
Mr. Speaker, I think at this time I will ask the Prime Minister to
fasten his seat belt, and I hope he does not blow his top, because I have a
document here and it is always my privilege to go where the action is. I have a
document here dated December the 31st, 1965. I think it is interesting enough
that I should bring it to the attention of the Assembly. Document to send at
the Robert Kennedy, Legislative Building, Washington, D.C., right to where the
action is. « Dear Mr. Senator, the content of this letter will be of more
than passing interest to you and Senator Mackell Senator Mackell is
Senator Kennedy's right baron in the New York State Senate Briefly, the
Quebec Government is very concerned over President Johnson's tight money policy
and is discussing the possibility of applying measures against american
subsidiaries located in the Province, particularly firms with interests in our
natural resources including pulp and paper. In my position as a sole
independant member of the Quebec Legislature now, here is where the
romance comes in . I have, on several occasions, spoken in favour of
american investments in Quebec still romancing I also have
pointed out that it where not for the billion dollars United States interest
adds speculated in discovering and processing our natural resources, Quebec
would, and in all probability remain in a factual agriculture province instead
of the nation powerhouse as it is often described. My own word, not speaking
for the Government or the Assembly of Quebec, it is quite possible due to the
President's decision, the Quebec Government may national- ize mining, resources
and the development of our forests. »
When you want to get action, Mr. Speaker, you'll give them a shot and
you start them dancing. This is my strategy, this is the strategy I learned
forty years ago in political life, this is the shot I gave. We may think about
nationalizing resources and the forests unless you consider the tight money
policy.
And I go on to say I feel it is my duty to make you aware of this
possibility because of my warm feeling for the United States and because as a
member of Legislature, I am firstly concerned about the economy of our province
due to United States imposed restrictions. I suggest therefore that you discuss
with Senator Mackel the possibility and advisedness of entering into this
delicate and potentially explosive situation. Anything that is going to hold
down the people and the Province of Quebec today Is explosive.
And to study measures that may convince the President to reconsider his
stand on the tight money policy as it is applied to Canada in general and
Quebec Province in particular, december 21st 1965, seven days before the famous
letter from the acting Minister of Revenue there must be a leak
somewhere in the Province, but I was very happy to take advantage of this and
go right to where the action was Washington did not ignore the member of
Ste-Anne's. The member of Ste-Anne's did not apoligize to Ottawa; the member of
Ste-Anne's has an answer and I will just « résumer »:
« Yes, Frank » not Honourable Frank Hanley «
Yes Frank, we are going to discuss this explosive situation and I am quite sure
that Senator Kennedy shall do something about it. » Thomas Mackel,
speaking for Kennedy, because, as you know within the last month or two.
Senator Kennedy has been skiing in Idaho, speaking in Los Angeles, flying up
State of New York, etc., etc., that when I hit the source I made sure that the
right power had a copy, for action.
In 1964, Mr. Speaker, we wanted action in the Province of Quebec, we
wanted tourists from the West Coast of the United States and the member of
Ste-Anne's went right to Washington, where the action is. And it was to the
Civil Aeronautic Sport of Washington, D.C., May 12th, 1964. This, Mr. Speaker,
is a suggestion to Washington on that they speed up negociations with our
Canadian Government, so that, we, from the Province of Quebec, and our
investors from the West Coast of the United States, may have a direct airline
service, recommending Air Canada, a Government Crown corporation.
The member of Ste-Anne's, Mr. President, received an answer from
Washington. Not
through Ottawa, direct to where the action is, in the Province of
Quebec, stating that we are going to take more than a passing interest in an
agreement between Canada and the United States concerning a direct air service,
concerning tourism, and I am very happy to report to this Government that the
agreement has been signed the month of January, 1966. Therefore, Mr. president,
I bring this to the attention of the Assembly that when you want action, you go
direct to the source and we should have no apologies to make to any superior
Government.
If they are, and I repeat, going to continue to be a puppet and follow
the dictates and the policies of the United States people. And that is a
message to the government of the Province of Quebec.
Let me tell you very briefly. I should be polite, take your protocole.
Don't go direct to the source to Washington, go to the Superior Government of
Canada. I was delegated to attend the late President Kennedy's funeral. Yes,
I'll go through protocole through Ottawa. I'll see what the action is in
Ottawa. Very briefly, I called the Canadian Embassy in Washington: « I am
delegated by the United Irish Societies of Canada to funeral, I should like to
have my place in the church and my place in line of march from the White House
to the chruch. » The answer from the Canadian Embassy in Washington:
« Sorry, Mr. Hanley, there is no place in the church for you but we shall
make arrangements for you to participate in the funeral march from the White
House. » I arrived at the White House. The security officers have a list
of invited delegates. Mind you, I am the only Canadian outside of Heads of
State. Why should not I be? I am from the Province of Quebec and I think the
Province of Quebec is more than a power house to Nation, it is the greatest
Province, I am going to be the biggest state and the most important state
within the British North American Constitution or combine. That is what I
called it, a combine. A combine of ennemies.
To make a long story short, I am the gate of the White House, no action
from the Canadian Embassy. Yes, these are the words I used. Call up until hope,
try the other gate, Mr. Delegate, try the second gate. No action from the
Canadian Embassy. So I just used very plain, frank words that my people of the
third solitude would used. « You monkeys in the Canadian Embassy are
giving me a runner out, so they, my Government, my Province, may have an
embassy in Washington. But now, I bring you to the attention of the Assembly
when you are polite and you use Ottawa to go through protocole. I said: «
I am going to where the action is. I am going to the source. I could have gone
to the source in the first place. I want to try out this runabout lame. I hit
the source. I had my place in the church and my car was parked behing the
Honourable Mike Pearson's car in front of the church in Washington. And you,
Gentlemen, you, Members of the Government, are asking one of your ministers to
apologize to Ottawa because he went to where the action was? Now, I want
leadership and I want to lead the United States of America for a change and not
follow. And I have brought to your attention measures that we could lead if we
take action between now and 1967 because if you don't, I am going to critic the
New York State Legislature shall amend their ikey divorce laws and Senator
Kennedy is leaving the movement and, supported by the most influential
organisation of Catholic within New York State.
New York State will have a Lottery by 1967. New York State will have a
Housing Court, we are going to have a Bureau of Housing, a Housing Code within
the province of Quebec but you want more than a Housing Office, you want more
than a Housing Code, you want a Housing Court to institute the laws that we
shall set up concerning the Housing Office. Our Municipal Courts are not
equipped with the machinery to enforce the proposed laws against slum lords. I
have been through the mills, I have seen the people of the third solitude live
in slums whilst the lawyers representing the slum lords had cases postponed
from two to three years in our Municipal Court though we want a Housing Court
so we will go toward the action in our own Housing Court and our people of the
third solitude will be relieved of the miserable slum lords to our exploiting
the underprivileged within our Province.
Mr. Speaker, I am very much interested in the continuing of foreign
investors and I was here, I was here and I am not ashamed to say and I am very
happy and proud to say. In my opinion and I could be challenged but I say this
without fear of contradiction, the late Maurice Duplessis opened up the gates
of the province of Quebec to all financial institutions within C anada and
United States concerning the development of our national ressources. It was a
gamble, Mr. Speaker, it was not an investment and what happened, what happened
to the invitation to our Canadian financial institutions? They were in Quebec
but they had their hands in their pockets and their money in the bank. So if
you have one billion dollars or more, that was gambled by United States
investors, within the province, then it was due to the lack of not initiative,
not confidence, but the lack of education.
The English Canadian or the French Canadian on that time did not
realized the potential within their own province and now many people are
screaming because we are the power house of the nation and foreign investors
gambled over billion dollars. I invited foreign investors to gamble it
is not a gamble anymore, it is not a gamble anymore another billion
dollars within the power house of the nation. Mr. Speaker, I touched on that
point, because I am looking for a leadership within my province, within my
government. I want to lead, I never followed, and I want the United States to
follow. The minister, Mr. Speaker, the minister of Justice I want the United
States to follow, I hope a proposed law for national sweepstakes, I hope some
minutes to this Assembly are to be enforced by 1967. There are many ways
concerning the success. It is one hundred million dollar venture for our
government, for our people and it is not a gamble.
It is not a gamble and there are many ways, very effective ways that you
could eliminate salesmen. You could have your lotteries, Mr. Speaker, purchased
on the payroll deduction plan of all of our industries within the province. And
let me tell you something, don't be surprised in 1967 if the New York State
lottery is operated on deductions coming from the employers. Do you want a
lead? I am giving yourselves hot news right from the horse's mouth.
Mr. Speaker, I am sorry if I don't follow a text. I would like to make
it easy for the representatives of mass media. However, I will try to give them
a word or two from the text. But I'm speaking from my heart, in speaking from
my heart I could eliminate a lot of this garbage here at the beginning, you
know. You are a great Speaker... great appointment... congratulate the proposer
and the seconder of the Throne... I think we have been romancing this type of
approach to a beginning of a Throne Speech for too many years. I like to go
where the action is. But I can tell you something without fear of
contradiction, Mr. Speaker. I was a very happy member of this Assembly when I
read about your appointment and you know that I wish you good health and
continued success.
So, we just... Pardon, avez-vous une question?
M. GABIAS: Oh no!
M. HANLEY: Quelqu'un a prononcé le mot « indépendant
»!
M. GABIAS: J'ai dit, c'est...
M. HANLEY: C'est ça, à Trois-Rivières là,
à la prochaine élection, faites votre élection comme
« indépendant », comme le député de Ste-Anne,
là. Essayez ça pour une fois. Vous allez voir le mot «
indépendant » .that's where the action is! And I just want, Mr.
Speaker, the Honourable Minister of Justice to know that I am not climbing upon
anybody's band-waggon. My maiden speech within this Assembly was for
aprovincial sweepstake and at that time to even think about legalized
sweepstakes you had to be strong enough and face the objections. And let me
tell you something, I had objections from all corners of this province and from
all classes of society and from all religious groups but I kept on digging year
after year. And now, the people who objected in the late forties are beginning
to realize we need revenue without taxation.
Now, I would like to get down to the punch line of this Bill... speech
of line, Mr. Speaker, I shall ...pardon? I hear so much about the
Fulton-Favreau amendments to our Constitution that I thought it would be very
timely for the honourable Member of Ste-Anne's to submit his formula as to how
we should progress within this province. It is a very very strong one and I am
not going through the gates of Ottawa in order to achieve success for my
formula. I am going to the people of the province of Quebec, that is the
English speaking population of our province and this is my formula.
Must join... I am telling my English-speaking colleagues, residents of
this Province, must join the French-speaking population in fighting injustices
within our boundaries. Mr. Speaker, there must be an end to families subsisting
on a father's $32 per week take home pay. There must be an end to the children
of the third solitude considering a mustard sandwich or bread and molasses a
delicacy. Or, in the words of the very young, a treat.
There must be an end to this trend of society using the masses as a tool
to promote the welfare of the intellectual. I am not going to allow the masses
regardless of whether French or English when I say English, I am
refering to all ethnic groups I am not going to stand idly by and allow
molasses to be used, I repeat, as a tool to promote the welfare of the
intellectual.
By this I mean, there must be an end to the « pie-in-the-sky
» dreams of the intellectuals. If we are to have an influent society it
will be created by the doer and not the dreamer.
There must be a return to those who think of economy on a bread and
butter level. The needs of the lower and middle class must have first priority
in our thinking and in our planning.
The minimum law of this province must be, Mr. Speaker it's a
« must » adjusted upwards in all its aspects. And private
enterprise, in all its forms, must be ready to prove that it is living up to
this law both in theory and in practice.
If we are engaged in a war on poverty, let us first find out who the
enemy is? This is the important beginning of our struggle. Who the enemy
is?
Let private enterprise make available and I put, Mr. Speaker,
this question as a suggestion to the Honourable Minister of Labour let
private enterprise make available the names of all its employees earning less
than $60 for a 40 hour week, and having armed ourselves with this information
we will have a better idea whom we are fighting. This I intend to do with the
« slum lords ». I want every resident in this Province, I want
every newspaper in this Province to read the names of the « slum lords
», I want every residents of this Province to know the names of the
companies, the employers, who allow an employee to take home less than $60 for
a 40 hour week and I speak now of an uskilled labourer.
At this point of our struggle against poverty, private enterprise should
ally itself with us. They could do this while asking: Here is the switch, here
is the change? I don't think that Government should always bring down laws,
sanctions, directives.
I think that private enterprise, while asking the governement to
increase the minimum wages throughout the Province of Quebec regardless of
econimic level of various regions, by doing this, they will have stamped out
the regions which are consistently poor. Why should one region of Quebec work
for less than $60 a week for forty hour week, and another region gets $60 and
up. Let us have a united province, a united people regardless of what region
within our province, let them all take home a decent wage and, Mr. Speaker,
having done this, private enterprise must be callend upon to explain its
reluctance to enter whole-heartedly into Government plans for low-cost and
limited dividend housing, for improve living conditions for those in the lowest
income brackets. Because, Mr. Speaker, it should, by now be apparent to all of
us that we are slowly, but ever so surely, drifting into the Welfare State.
There can be no holding back of this tide. There are no Canutes among us
today, although I at times suspect there are some here, in the Province of
Quebec, who are dedicated to the futile purpose of trying to stay the wave of
change. There is no single individual, there is no intellectual, there is no
billionnaire, there is no « xillionnaire », there is no director,
there is no power strong enough to hold back the wave of change that the people
of the Province of Quebec are going to demand. And, at this time, I would like
to comment the honourable Minister of Education for what he has done to
enlighten the people of the Province of Quebec since 1960. I would like to
comment and I say this and I repeat without fear of contradiction, this
Government for their actions concerning social welfare, concerning the
expansion and the prosperity and the progress of this Province, I am happy to
sit within this Legislation with Members, with a Government and with Members
who are classified throughout the world as Members of a Parliament, classified
as the power house of the nation.
Mr. Speaker, to sum it up, these are my two basic points of this
address. In these days of tension between our two founding races, although I
suspect the work « founding » when I think of Quebec Indians and
Eskimos, in these days of tension, we must join together, and I speak of the
English to join the French, not the French to join the English, the English to
join the French, and together, we must fight the injustices within the province
we share.
Mr. Speaker, there must be an end to this bitterness between us, and it
will be, I am confident, it will be. Who cares, in this year of 1966, whose
ancestors were better of luckier soldiers two centuries ago? Who cares? We are
looking to the forth, to the future, not to 1466, or 1666, or 1766.
Although, Mr. Speaker, there are many outside this Province who are
probably happy because of this dissension. Mr. Speaker, « divide and
conquer » is a theory as old as mankind. We are not going to be divided
and we are not going to be conquerred. Mr. Speaker, in closing, let us not have
this happen here.
And, before closing, a word of how the English speaking minorities are
treated within this Province. The facts presented Monday night by the
Honourable Prime Minister of this Province to a minority group... there is a
place for that group within the Province of Quebec, but they must get on the
band-wagon and they must join the French Canadians to fight injustice. There
was a little concern within a scholastic area of the Province because they
thought that the Prime Minister was rather generous to the minorities or too
generous.
In conclusion, I repeat, as a Member of the minority group, that we
appreciate the treatment we are now receiving within the Province of Quebec and
I would ask the Governments of all the other Provinces of Canada to give to
the
French Canadian minorities in other Provinces what the English
minorities get in Quebec and then we will have a Constitution based on common
sense, sincerity, goodwill and justice.
M. LESAGE: M. le Président, pourrais-je demander le consentement
unanime de la Chambre pour revenir à l'article des ordres du jour et
proposer que les bills suivants soient référés au
comité des bills privés: le bill 151, c'est l'article 25 du
feuilleton, le bill 162, c'est l'article 27, et les bills 101, 105, 116, 119,
160 et 181, qui sont inscrits aux articles 32 à 37 inclusivement du
feuilleton d'aujourd'hui.
M. le Président, c'est mon intention que le comité des
bills privés siège pour étudier ces projets de loi jeudi
prochain à dix heures et trente de l'avant-midi. Jeudi prochain, c'est
le...
M. BELLEMARE: Vingt-quatre.
M. LESAGE: ... 24, 16 et 7, 23, 24 oui. Le 24. Et je demanderais au
greffier associé de bien vouloir voir à ce que l'avis soit
donné au feuilleton de demain et à ce que les avis habituels
soient affichés pour jeudi prochain. J'ai voulu donner huit jours pour
permettre à l'Opposition d'étudier ces projets de loi qui sont
tous imprimés, qui sont tous marqués FA. Je m'excuse et je
remercie la Chambre de son consentement.
M. BELLEMARE: Deux remarques, si le premier ministre me le permet.
Est-ce que le bill 121 concernant la Corporation des techniciens est compris
dans les bills privés?
M. LESAGE: Non, je ne suis pas prêt.
M. BELLEMARE: Deuxième chose...
M. LESAGE: J'ai commencé par le bill 151.
M. BELLEMARE: Très bien, je l'ai noté. Est-ce que, si le
comité n'a pas fini de délibérer à une heure jeudi
prochain...
M. LESAGE: Il aura fini.
M. BELLEMARE: ... est-ce qu'il doit continuer?
M. LESAGE: Je suis convaincu qu'il aura fini.
M. BELLEMARE: Supposons qu'il n'aurait pas fini, est-ce qu'il pourra
continuer à trois heures?
M. LESAGE: Eh bien! ce serait difficile, parce que j'avais l'intention
de commencer l'étude des crédits immédiatement
après l'adoption de la motion pour la création du comité
conjoint sur le système de l'assurance-santé. J'avais
l'intention, peut-être, de passer le bill du temps réglementaire,
ce qui sera très bref, et ensuite de commencer tout de suite
l'étude des crédits du conseil exécutif.
M. BELLEMARE: Rendu à jeudi, là, ça va être
bien avancé.
M. LESAGE: Bien, je remercie le député de Champlain pour
ces paroles encourageantes. Quant à moi, ils savent que je suis leur
victime expiatoire. Mais si le député de Champlain craint que
nous ne puissions disposer, entre dix heures et demie et une heure, de ces huit
projets de loi, ce que je crois, moi, nous pouvons fort bien, au lieu de donner
l'avis pour le 24, le donner pour le mercredi 23 et, s'il en reste, nous
continuerons le 24.
M. DOZOIS: Ce serait mieux.
M. BELLEMARE: Oui, ce serait mieux.
M. LESAGE: Ce serait mieux le 23. Alors le mercredi 23. Mais gardons le
jeudi 24 libre au cas où nous ne pourrions pas terminer l'étude
des bills.
M. BELLEMARE: D'accord.
M. DOZOIS: Le bill des évaluateurs peut susciter...
M. LESAGE: Evidemment, c'est le seul dans ce groupe, je crois. Il y en a
deux là-dessus qui peuvent susciter des discussions, mais celui qui peut
en susciter le plus est celui des évaluateurs qu'on nomme des
estimateurs.
M. DOZOIS: Oui.
M. LESAGE: Il est clair, nous comprenons pourquoi j'en suis
sûr, le député de St-Jacques et moi il va se
créer des difficultés au sujet de ce bill. Alors, disons que
l'avis...
M. DOZOIS: ... commencé mercredi.
M. LESAGE: ... je suis sûr que le greffier adjoint prend note que
l'avis sera donné pour le mercredi 23, à dix heures et demie, au
cas où nous ne pourrions pas terminer dans l'avant-midi et que nous
soyons pris en Chambre ici avec
l'étude de mes propres crédits, auquel cas nous
continuerons le 24.
M. LE PRESIDENT: Cette motion sera-t-elle adoptée?
Adoptée.
Les bills sont référés au comité
concerné, le comité des bills privés.
M. Fernand Lizotte
M. LIZOTTE: M. le Président, je ne voudrais pas mettre de nouveau
votre modestie à l'épreuve en ajoutant quelques volutes de plus
à la fumée de l'encens que l'on vous a prodigué en ces
derniers jours. Qu'il me suffise de vous assurer de mon respect le plus entier
et de croire que vous ferez tout en votre pouvoir pour pratiquer dans cette
Chambre, comme vous l'avez fait depuis le début, une complète
impartialité. Le premier ministre, au début de son discours, a eu
l'air de s'inquiéter de mes allégeances politiques, au point de
vue fédéral. Je vais le rassurer en lui disant qu'en 1945 il y
avait un candidat libéral qui s'appelait Jean Lesage, dans le
comté de Montmagny-l'Islet et je lui ai donné mon vote. En 1962,
il y avait un candidat créditiste qui s'appelait Jean-Paul Cook dans le
comté de Montmagny-l'Islet et je lui ai donné mon vote. En 1963,
par la force des choses évidemment, j'ai couché avec le candidat
du parti conservateur qui était mon épouse et
nécessairement je lui ai donné mon vote aussi. Et en 1965...
M. BELLEMARE: C'était bien normal.
M. LIZOTTE: ... j'avais à choisir entre un candidat
libéral et un candidat conservateur. J'ai porté le même
jugement avec la même confiance que je l'ai fait en 1945 et, à ce
moment-là, j'ai pensé que M. Lafrenière était
l'homme qui était de par ses qualités et de par son
expérience, tout choisi pour bien représenter de façon
adéquate, au fédéral, le comité de
Montmagny-l'Islet. J'ai donné non seulement mon vote mais mon appui le
plus entier à M. Lafrenière qui, malheureusement, a
été battu, mais qui, lui, contrairement à son adversaire,
n'avait pas la voirie pour l'aider à faire son élection.
M. BELLEMARE: Ah! du patronage.
M. LIZOTTE: Si je prends la parole aujourd'hui, M. le Président,
c'est que je ne devais pas approuver par un silence coupable le discours du
Trône et contribuer ainsi à créer l'impression qu'il
correspond aux voeux de lapopula-tion du Québec et apporte quelque
espoir également aux citoyens de mon comté.
Le très long catalogue dont le représentant de la Reine a
dû, avec essoufflement, énumérer tous les articles est bien
dans le style du gouvernement libéral actuel et de celui que dirige
vaille que vaille à travers les contradictions de ses ministres, des
siennes propres et des scandales qui d'Ottawa ou de Québec
éclaboussent son parti.
Le discours du Trône ressemble un peu à la propagande d'un
concours de popularité et ceci me rappelle un article du journal La
Patrie de la semaine dernière où il est dit que l'on recherche
les dix plus beaux hommes de la province de Québec et le palmarès
qu'on publie porte en tête de liste le nom du premier ministre actuel. Il
partagera l'honneur de la beauté masculine avec entre autres le chanteur
de charme, Michel Louvain. J'aurais cru, pour diverses raisons, que le ministre
de l'Education avait des titres plus évidents à disputer à
Michel Louvain l'honneur de la beauté mâle dans la province. Mais
il semble qu'il a cédé sa place au premier ministre, qui,
à tous les records que détient la province de Québec,
record de vols, de crimes, record des assassinats, des scandales, du
chômage, des alcooliques, record des faillites, record des grèves,
record des dettes, record des emprunts et des taxes, ajoute celui d'avoir comme
chef, le plus bel homme de la province.
J'imagine que le séjour de l'honorable premier ministre à
Athènes n'est pas étranger à cette métamorphose qui
évoque celle du phénix. J'en conclus que la Grèce antique,
la vieille Grèce, va bien à notre empereur. Qu'il se rassure,
quand on reçoit un tel défi, mon physique et mon âge
m'interdisent de chercher quelque satisfaction dans cette bouffissure de la
gloire.
Tant mieux si cette vanité comble d'aise ceux qui poussent la
coquetterie jusqu'à farder la vérité. Mais quant au
discours du Trône, il est bien dans la veine du premier ministre. Ainsi
que le soulignait l'honorable chef de l'Opposition, c'est un plat
réchauffé qui ressemble fort à l'annonce d'une vente avant
l'inventaire. Embarrassé par les multiples promesses non remplies,
gêné également par les engagements solennels qu'il a pris
depuis 1960, pressé de déposer son bilan, le gouvernement
s'empresse de faire honorer par les contribuables les créances dont il
les a accablés afin de cacher la vérité qui ne demande
qu'à éclater. Celle-ci, que la province de Québec a
vécu au-dessus de ses moyens, qu'elle est incapable de payer ses dettes
et que les citoyens subiront à brève échéance les
conséquences désastreuses de l'administration
imprévoyante, dépensière, prétentieuse qui enrichit
les riches et ruine les pauvres.
Dans cette perspective, le discours du Trône
m'apparaît comme la confession du gouvernement. Une confession
sans contrition, il va sans dire, puisqu'avec l'aide du rapport Bélanger
dont la présentation a coïncidé avec celle du discours du
Trône, le gouvernement s'apprête à poursuivre sa politique
d'étranglement et de coupe-gorge. J'ai dit que le discours du
Trône est la confession du gouvernement. Il suffit d'y jeter un rapide
coup d'oeil pour constater qu'on l'a bourré de projets de loi qui
voudraient couvrir tous les domaines que le gouvenement a
négligés ou ignorés. On va faire vite cette fois. On va
s'attaquer à tous les problèmes. On va s'attaquer cette fois
à régler en une seule session agriculture, santé, travail,
éducation, commerce, industrie, fiscalité, relations
fédérales-provinciales, voirie, etc.
Depuis six ans, les planificateurs à gros salaires qui grugent le
budget de la province ont eu le temps d'étudier la situation. Cela a
été dur. Cela a demandé du temps. Cela a demandé
également de l'argent. Mais ils ont enfin trouvé la solution
miracle dans le plus grand secret, ils l'ont soufflée à l'oreille
du premier ministre et surtout de la Fédération libérale
afin de présenter un discours du Trône qui soit à la fois
plein et surtout aguichant.
Voyons cela. D'abord, au chapitre de la santé. Au chapitre de la
santé, il y a la création d'un régime d'assistance
médicale pour les personnes et les familles secourues par l'Etat. Ce qui
est en somme une extension des mesures d'assistance sociale de secours direct
et non un plan général profitable à tous les citoyens qui
ont à faire face aux dépenses accrues
d'assurance-hospitalisation. Cette annonce timide d'un plan d'assistance
médicale veut toucher des personnes les moins favorisées et j'en
suis tout à fait. Mais ça ne réglera jamais le cas des
autres contribuables dont les revenus modiques ne suffisent pas à
rencontrer les obligations qu' entraîne la maladie et tous les riques de
santé.
Telle quelle, la mesure annoncée et non réalisée
par le gouvernement est une mesure électorale destinée à
apaiser les inquiétudes et le mécontentement d'une partie de la
population qui crie famine. Elle ne règle pas les cas de tous ceux qui
ont à payer chaque jour davantage pour se faire soigner et pour
prévenir les risques de la maladie. D'autre part, le gouvernement se
garde bien de dire qu'il paiera le coût de cette assistance
médicale incomplète. Il est facile de conclure que de nouvelles
taxes seront ajoutées aux autres, qui permettront au ministre du Revenu
de rançonner encore davantage les salariés de toutes les classes
de la société.
Le gouvernement parle ensuite, au cours de son discours, d'amendements
à la Loi des mères nécessiteuses et à la Loi des
allocations scolaires. On voudra croire qu'un souci de justice et de
bien-être inspire ce projet mis de l'avant par le nouveau ministre de la
Famille. Toutefois des rumeurs et des faits commencent à confirmer nos
craintes et celles des mères intéressées. Des
enquêteurs du gouvernement seraient actuellement à l'oeuvre afin
de faire une sélection des cas par des pressions appropriées pour
obtenir des déclarations de diverses personnes qui établiraient
que, dans tel ou tel cas, le gouvernement n'a pas raison de verser des pensions
à des mères nécessiteuses. Je sais que le ministre et le
gouvernement nieront, mais je n'en mets pas moins en garde les citoyens contre
les agissements d'une police secrète qui s'est vu confier la mission de
réduire les montants versés jusqu'ici à des personnes dans
le besoin.
On sait, depuis l'histoire des Iles-de-la-Madeleine, que des personnes
dans le besoin doivent détenir une carte de compétence des
organisateurs politiques du parti libéral, et c'est pourquoi, M. le
Président, si j'approuve le principe d'une révision de la Loi
d'aide aux mères nécessiteuses, je n'en tiens pas moins pour
suspectes les intentions de ceux qui voudraient réduire les sommes
versées et classer les cas de misère selon des données
statistiques, techniques, hélas! trop souvent inhumaines.
Le tour de force du gouvernement, il l'a réussi dans le domaine
de l'agriculture. Conscient d'avoir oublié les cultivateurs, il veut
mettre les bouchées doubles, il annonce dans un programme vague de
promesses répétées depuis 1960 et complété
par des suggestions de l'Opposition et des organismes représentant la
classe agricole. Mais ce qui frappe surtout c'est que le gouvernement est
parvenu à parler de l'agriculture, sans parler des cultivateurs. Il ne
nous renseigne pas sur l'état des cultivateurs, il ne nous renseigne pas
sur leur situation précaire et souvent misérable. Il annonce par
la bouche de ses experts en pantoufles une série de mesures
miraculeuses: office de producteurs de lait, l'assurance récolte,
crédit agricole de consolidation, consolidation des fermes familiales.
On nous assure que le secret de tous ces mécanismes est
dévoilé dans le livre blanc publié par le ministère
de l'Agriculture. C'est le temps de dire que: « Qui trop embrasse, mal
étreint ».
Comment le gouvernement conciliera-t-il cette politique de consolidation
de l'agriculture avec les menaces qu'a proférées le ministre de
l'Agriculture qui a annoncé la disparition des fermes et
déclaré, à maintes reprises, que
les cultivateurs ne vivent pas du produit de leurs fermes, parce qu'ils
ne prennent pas les moyens de le faire. Je me réjouis de l'annonce des
projets du gouvernement. J'ai cependant des doutes sur leur prochaine
réalisation. Il faudra des années avant que les cultivateurs
rattrapent le temps que le gouvernement leur a fait perdre depuis 1960 et
trouvent également les profits qu'ils auraient pu réaliser, si on
avait mis sur pied une politique agricole, dynamique, progressive et
véritable. Les projets du gouvernement se présentent comme des
prix de consolation. Des pilules pour faire disparaître la douleur, ce
qu'il faudrait, c'est une bonne chirurgie, un coup de bistouri qui atteindrait
le ministre de l'Agriculture dont la compétence, en ce domaine, est
égale à celle des ex-ministres de la Famille, de la Santé,
de la Justice et bientôt de l'Education.
J'ai dit tantôt que le gouvernement parlait d'agriculture sans
parler des cultivateurs. La liste des projets énumérés
dans le discours du Trône le prouve. On veut légiférer en
matière d'agriculture, mais on n'a pas voulu auparavant écouter
les cultivateurs qui savent ce qu'il leur en coûte pour demeurer sur des
fermes dont la production pourrait être meilleure, si leurs
propriétaires avaient eu à temps l'aide que le gouvernement avait
promise en 1960.
Au lieu de cela, on leur ressert encore aujourd'hui des promesses
vagues, on songe à lancer des plans, des programmes à long terme,
germés dans l'esprit de planificateurs qui seraient bien en peine pour
évaluer le nombre d'heures que doit consacrer le cultivateur en chair et
en os pour gagner $1 net. Cette planification sur papier est appelée
à juste titre le livre blanc, mais les cultivateurs ont raison de se
demander comment se traduiront en coût et en revenu les rêveries du
ministre de l'Agriculture et de ses experts en culture de promesses
électorales. Vous savez, M. le Président, le grand mal du
gouvernement actuel, sa maladie, c'est la planification. C'est au nom de la
planification qu'il a mis ses promesses en veilleuse, et c'est au nom
également de la planification qu'il a forcé les citoyens à
attendre des faits et des actes positifs. C'est au nom de la planification
qu'il a multiplié les spécialistes. C'est au nom de la
planification également qu'il a alourdi l'administration, avec le
résultat que tous ces experts ont accouché d'une montagne de
rapports et de mémoires aussi indéchiffrables les uns que les
autres.
Et on sait seulement ce qu'ils coûtent par la lecture du rapport
des comptes publics. L'honorable chef de l'Opposition a fait ressortir que le
gouvernement enrichit les avocats de son parti. Un de ces avocats, à lui
seul, a réalisé un salaire d'un quart de million en moins de cinq
ans. Il n'y a donc pas à s'étonner qu'il ne reste plus rien pour
les travailleurs, rien pour les cultivateurs, rien pour les chômeurs et
les nécessiteux de toutes catégories.
Pris de court, à la veille des élections, le premier
ministre et son cabinet divisé, se confessent dans le discours du
Trône en accumulant les vieilles promesses de 1960. C'est la
répétition de la stratégie traditionnelle qui a toujours
valu aux libéraux leur réputation d'experts en fabrication de
fausses promesses électorales. Le refrain n'a pas changé, depuis
Taschereau et Godbout, c'est toujours le même: votez pour nous,
libéraux, et vous allez voir ce que vous allez voir. Eh bien! personne
n'a encore rien vu. Je l'affirme sans hésitation, en dépit de
tous les poètes payés pour chanter partout la gloire du parti
libéral, j'affirme sans hésitation, que le refrain n'a pas
changé et que nous n'avons encore rien vu.
Nous avons vu des projets, nous avons vu des plans à long terme,
nous avons vu des promesses, des essais coûteux ou désastreux,
bref des fausses-couches dont les dégommages successifs des ministres
donnent une idée du nombre et la portée des dégâts.
Car nous avons vu des ministres sur l'échiquier du Cabinet et, à
chaque nomination, M. le Président, depuis les jours tragiques de juin
1960, c'était un concert d'éloges et une orgie d'encens. Chaque
nouvelle figure était un génie, un maître et un expert et
pourtant, si l'on songe à la justice, trois ministres ont essayé
d'y mettre de l'ordre; le premier, député d'Outremont, ami intime
et bras droit du premier ministre, a abandonné ses postes de procureur
général et de responsable des Affaires culturelles en claquant
les portes. Il semble bouder, depuis ce temps, et les deux chefs d'Ottawa et de
Québec se demandent encore ce qu'il pourra bien faire pour le caser
honorablement.
M. l'Orateur, son successeur actuel, essayant de grandes
déclarations, nous promet mer et monde et nous menace chaque jour de
faire coffrer les requins de la finance et de la pègre. Il
répète qu'il va donner des noms et que des personnages importants
vont trembler dans la province, et le peuple attend. Comme il ne voit rien
venir, il est bien obligé de penser que le troisième ministre de
la Justice n'est pas meilleur que les deux autres, car la vague de crimes
s'enfle, les faillites frauduleuses pullulent, on vole et assasine en plein
jour, les rats de la pègre s'évadent en arrosant des patinoires
et des procès compromettants trainent en longueur.
Pour ma part, je tiens les propos fracassant
de l'honorable ministre de la Justice pour des rodomontades et des
déclarations pour la galerie; je maintiendrai cette opinion tant et
aussi longtemps que le ministre actuel de la Justice n'aura pas fait la
lumière sur l'affaire des commissions versées aux amis du parti
libéral, tant qu'il n'aura pas mis la main sur les auteurs du crime des
faux certificats, qui a permis aux libéraux d'extorquer les votes en
1962, et tant et aussi longtemps qu'il n'aura pas cessé de s'abriter,
lui et ses collègues, derrière le paravent des commissions
d'enquêtes.
Oui, M. le Président, j'insiste là-dessus: le gouvernement
s'abrite derrière les commissions d'enquêtes parce qu'il ne semble
pas intéressé à faire connaître au peuple tous les
faits de son administration. Le cas des spéculations sur les terrains
achetés par la Régie des alcools vient encore de le
démontrer. On a mis l'affaire sub judice. Le stratagème est
habile, et je doute fort de sa moralité.
Nous sommes ici pour scruter les actes de l'administration, nous sommes
ici pour savoir et surtout faire savoir comment un gouvernement dépense
notre argent. Ce devoir est plus impérieux, lorsqu'il existe des
soupçons graves concernant les transactions qui auraient profité
à des favoris du régime. Bâillonner avec le sub judice,
afin de nous empêcher de connaître des faits que nous avons le
droit et le devoir de connaître, c'est réduire le rôle des
députés à celui de simple machine à voter, c'est
fausser les rouages de la démocratie et, faute encore plus grave, c'est
détruire le prestige de la justice, en mêlant la magistrature
à des problè- mes politiques dont le règlement ne devrait
relever que des élus du peuple.
On assiste, depuis 1960, à un abus en ce domaine.
Toutes les fois qu'il est question d'une affaire qui risque de toucher
à la réputation d'un ami du gouvernement, on se hâte de
mettre l'affaire sub judice. On nous prive de notre droit de parole, et l'on
accorde aux enquêteurs les délais propres à retarder les
révélations qui doivent être faites. C'est une façon
de noyer le poisson. Je me pose souvent la question à savoir: la
magistrature peut-elle, sans risquer son prestige, se prêter longtemps
à ce rôle que le gouvernement lui fait jouer? On ne servira jamais
la cause de la justice en ravalant les juges au rang de paravent d'un
gouvernement, quel qu'il soit.
J'en avertis le ministre de la Justice. Son attitude de parade et ses
multiples déclarations ont peut-être donné, un temps, le
change; mais on s'interroge aujourd'hui sur ces hésitations, on
s'interroge sur sa lenteur à mettre la main sur des hommes dont on croit
qu'ils ont bien des fois donné la main au gouvernement.
J'en conclus, en tout cas, que le nouveau génie qui a
succédé à l'honorable député d'Outremont et
à M. René Hamel n'est guère plus pressé que ses
devanciers. Il est, croit-on, paralysé. Par qui? Par quoi? Nul ne le
sait. Tout ce qu'on peut voir, c'est qu'il piétine et marque le pas
d'une façon inquiétante.
J'ai dit que le premier ministre avait l'art de nanier les pièces
sur l'échiquier du Cabinet. On l'a vu, lorsqu'il a dégradé
le ministre de la Famille, qui se faisait et se fait encore la conscience
publique du gouvernement en combattant l'alcoolisme pendant que ses amis
alcoolisent la province par la multiplication des débits de boisson.
Quant il était encore un ministre valide du Cabinet, il avait tous les
moyens d'empêcher qu'on noie la province et la jeunesse dans l'alcool.
Son influence ne devait pas être trop grande puisqu'on n'en continuait
pas moins d'accorder à tous requérants les permis et les
largesses qu'on réclamait. On nous assure qu'il est maintenant
chargé spécialement de combattre l'alcoolisme. Drôle
d'histoire que celle-là. Un ministre se plaint de la plaie de
l'alcoolisme alors même que le gouvernement dont il fait partie l'aggrave
et, las de ses jérémiades, on le dégomme et on pousse
l'ironie jusqu'à annoncer qu'il sera demain chargé de faire la
lutte contre l'alcoolisme. Un autre à sa place eût mal pris la
chose et aurait tout simplement donné sa démission. L'ex-ministre
de la Famille n'a pas saisi le côté cocasse de cette situation. Il
s'incruste et reprend la croisade sous un nouveau thème, celui de la
laïcisation des écoles.
Il me revient à l'esprit que l'Union nationale avait, dès
1960, mis les citoyens en garde contre les dangers de l'école neutre et
contre l'assaut des forces laicisantes. Les encenseurs du gouvernement actuel
avaient crié à la chasse aux sorcières. Je leur demande de
prendre acte des récents propos de l'honorable député de
Richmond qui s'est élevé avec une rare violence contre les
ennemis de l'Eglise et de la religion, infiltrés, selon lui, dans le
ministère même de l'Education.
M. LAFRANCE: Pardon, M. le Président, je n'ai jamais dit qu'il y
avait de l'infiltration laïcisante au sein du ministère de
l'Education.
M. LIZOTTE: Si le ministre est sincère, il donnera des preuves,
il mentionnera des noms, il fera voir les aspects pratiques de cette
infiltration massive...
M. LAFRANCE: C'est une vraie romance, ce matin.
M. LIZOTTE: S'il s'en tient à des propos vagues, on aura raison
de le taxer de chasseur de sorcières, à moins qu'on
découvre là-dedans une autre ruse du gouvernement qui s'applique
à trouver dans le cabinet le porte-parole qui dit au bon moment les
bonne paroles que doivent entendre les groupes de citoyens inquiets au sujet de
telle ou telle attitude du gouvernement. Ce ne serait d'ailleurs pas la
première fois que le gouvernement userait de cette tactique pour apaiser
des craintes et donner des garanties aux citoyens.
Quoi qu'il en soit des déclarations du ministre concerné
et de son rôle dans le système de propagande, je crois qu'il
eût mieux fait de mettre l'accent sur la politique incohérente de
ce ministère. S'il ne m'appartient pas de traiter ce sujet que mes
collègues ont déjà abordé, je crois de mon devoir
d'endosser ce qu'a dit l'honorable chef de l'Opposition. Le problème de
l'éducation dans la province a atteint un degré de gravité
qui préoccupe tous les parents, les maîtres, les commissions
scolaires et les corps intermédiaires.
Grèves, inertie du ministre, attitude hautaine des
fonctionnaires, incompétence d'un bon nombre de responsables de
l'application des programmes et de l'organisation des structures, taxes, tout
concourt à attirer l'attention sur ce domaine vital. Je voudrais qu'on
comprenne qu'il y a, en cette matière, des objectifs à long
terme, mais cela n'empêche pas qu'on doive s'attaquer au règlement
immédiat, et jour après jour, des problèmes que posent
l'organisation des régionales, le transport des écoliers, la
promiscuité néfaste des autobus scolaires, la qualité de
l'alimentation, surtout. Et c'est là-dessus que je veux insister; la
qualité de l'alimentation des étudiants condamnés à
la « boite à lunch », parce qu'en fait, ceci relève
du ministère de la Santé. D'après le dernier rapport du
ministère de la Santé, 60% de nos élèves qui sont
obligés d'apporter des « boîtes à lunch, » ne
reçoivent pas la nourriture suffisante pour le bon développement
de leur organisme. Ce qui veut dire qu'il existe à l'heure actuelle un
danger pour la jeunesse étudiante qui se trouve dans ces conditions et
ce danger c'est qu'au moment de son plein développement, ce jeune homme,
ou cette jeune fille n'a pas la nourriture suffisante pour lui permettre
d'amasser toutes les réserves nécessaires pour combattre les
infections qui se présentent. Dans le moment, nous sommes en train de
préparer toute une génération de tuberculeux qui nous
forcera de rouvrir les sanatoriums que nous avons fermés à la
suite de la lutte intensive menée par l'Union nationale contre la
tuberculose dans la province.
Il est facile de louer le gouvernement, de le louer pour de ce qu'il a
entrepris et de demander aux citoyens de patienter, de leur dire que les
résultats de la politique finiront bien par se faire sentir. Il reste
qu'en attendant il y a des parents qui s'arrachent les cheveux parce qu'ils ne
peuvent payer les études de leurs enfants; parce qu'ils sont
obligés de les envoyer en autobus à des distances
considérables et parce qu'à cause de l'incompétence de
certains fonctionnaires les enfants ont raté leurs examens, parce qu'ils
ne savent pas en vertu de quels critères de sélection leurs
enfants ne seront pas admis dans telle ou telle école.
M. LAPORTE: M. le Président, j'invoque le règlement.
Evidemment, je ne suis pas intervenu dans le discours du député
qui, de lui-même, au début de cette partie de son intervention, a
déclaré que le chef de l'Opposition a déjà
parlé de cette question, il y a eu une motion de méfiance...
M. GABIAS: C'est fini.
M. LAPORTE: ... à l'Assemblée législative,
récemment. Il aurait pu tenir tous ces propos-là, M. le
Président, je demanderai que l'on ne parle pas d'éducation dans
le débat qui va se poursuivre.
M. GABIAS: Il effleure à peine le sujet.
M. LAPORTE: Oui, oui, il s'est assis sur l'effleurage quand même,
pendant un petit bout de temps.
M. DOZOIS: C'est une incidence.
M. LAPORTE: Une incidence de trois pages, ça change de nom,
ça devient un discours.
M. GABIAS: Est-ce parce que ça fait mal au gouvernement?
M. LAPORTE: Non, pas plus mal que la dernière fois, mais c'est
hors d'ordre cette fois-ci.
M. BELLEMARE: Non, mais il y a un paragraphe.
M. LAPORTE: Il reste encore un paragraphe, lisez votre paragraphe,
docteur, ça peut peut-être vous faire perdre le fil de votre
discours.
UNE VOIX: C'est bien.
M. BELLEMARE: Pourquoi le déranger dans son discours?
M. LIZOTTE: Je trouve, M. le Président, chez le leader de la
Chambre, la même générosité qu'il avait lorsqu'il
rapportait mes discours en tant que rédacteur au Devoir.
M. LAPORTE: Eh bien! si vous me prenez par le sentiment, recommencez
toute la page.
M. LIZOTTE: Il faudra en tout cas faire plus qu'assurer la survie des
institutions indépendantes, mais leur accorder un statut égal
à celui des institutions de l'Etat.
M. BELLEMARE: C'est ça.
M. LIZOTTE: La démocratie est le droit des citoyens de choisir
l'école qui convient à leur conception de l'éducation et
à leur religion. Et je n'ai pas d'objection à ce que le ministre
fasse à ses amis « neutres », le plaisir de leur donner des
écoles non confessionnelles. Cela ne doit pas lui faire oublier qu'il
est de son devoir de respecter les voeux d'une population à
majorité catholique et rattachée à diverses autres
confessions.
Je termine, en parlant de l'éducation. Je trouve le discours du
Trône assez chiche dans le domaine de l'éducation. Il comporte les
éternelles promesses de gratuité scolaire et reprend celle de la
propagande libérale sur la création d'une nouvelle
université et de centres universitaires. Il ne dit pas un mot de la
façon dont le gouvernement entend régler les problèmes
actuels des commissions scolaires, comment il réparera les
dégâts des expériences tentées depuis deux ans et
s'il est possible d'entrevoir un allégement du fardeau des taxes et des
impôts en matière scolaire. C'est une omission grave. Le
gouvernement a lancé autrefois le slogan « qui s'instruit
s'enrichit ». Il l'a certes changé, depuis ce temps, car il est
clair qu'aujourd'hui, qui veut s'instruire doit s'endetter. Il suffit de faire
le bilan de l'augmentation des taxes scolaires depuis 1960 pour comprendre que
le slogan libéral n'avait pas tenu compte du coût qu'exigeraient
les chambardements opérés à la hâte et sans plan
défini.
M. le Président, le discours du Trône est, je le
répète, une véritable confession. Dans ce long document,
le gouvernement avoue qu'il n'a pas réalisé son programme, qu'il
a fait à moitié ce qu'il a entrepris et qu'il lui reste sur les
bras un nombre considérable de promesses gênantes. Cela explique
l'accumulation de projets de lois qui demanderaient au moins deux ans avant
d'être examinés et pesés et qu'on veut nous faire voter
à la vapeur avant le prochain scrutin.
Nous n'avons pas l'intention de nous prêter à cette
manoeuvre électorale. Les projets mis de l'avant sont des choses
bâclées; ils exigeront des déboursés énormes,
et nous ne pourrions, en toute conscience, les accepter, les voter, sans savoir
ce que les citoyens devront payer pour ces jouets électoraux. On
connaît, par le discours du Trône, les intentions du gouvernement.
Il veut aller devant l'électorat avec une liasse de bills de toute
nature; il veut être en mesure de dire: nous avons pensé à
tout le monde. Ils ont déjà eu monsieur Tout-le-monde, et
là, ils vont penser à monsieur Tout-le-monde. Il y a en effet de
tout dans le ragoût du discours du Trône.
Je maintiens que c'est une confession, mais une confession sans
contrition. Le gouvernement a multiplié les erreurs; il a endetté
la province; il a pratiqué une politique d'aristocratie profitable aux
gros, au détriment des petits; il a taxé; il a surtaxé. Il
a fait mentir le premier ministre, qui, en 1960, nous assurait que son
programme serait réalisé sans aucune augmentation de taxes,
chanson qu'il a répétée à la grandeur de la
province. Les citoyens sont mécontents, à l'heure actuelle,
précisément parce qu'on les a trompés. Les citoyens sont
mécontents, et les contribuables également n'en peuvent plus. Il
faut les rassurer et surtout les amuser et les tromper avec de nouvelles
promesses. C'est le sens de ce discours de propagande qu'on a fait lire
à l'honorable représentant de la Reine.
Mais, au moment même où le gouvernement tente de
réussir un nouveau hold-up électoral, il nous
révèle qu'il n'a pas le ferme propos et qu'il s'apprête
à nous faire payer les miettes qu'il nous jette. Le rapport
Bélanger, en effet, en témoigne annonçant une effarante
série de taxes de tous genres. Cette fois, personne n'échappera
au râteau du percepteur, même si le percepteur a
été changé, il a dû laisser son râteau,
depuis le plus petit salarié jusqu'aux membres des ordres religieux et
du clergé. Je souligne simplement ceci, dans le rapport: « que le
gouvernement ne devra pas hésiter à recourir à
l'augmentation de l'impôt sur le revenu des particuliers ».
C'est ce que dit le rapport: « Le gouvernement ne devra pas
hésiter à recourir à l'augmentation de l'impôt sur
le revenu des particuliers. » Voilà qui promet. Je me demande ce
qu'on pourra nous demander de plus puisqu'il n'est à l'heure actuelle
personne qui puisse se vanter de jouir d'une marge de revenu quelcon-
que ou d'une sorte de réserve dans cette province. Si on ajoute
aux menaces du raport Bélanger les menaces du premier ministre
concernant la politique d'austérité et la nécessité
pour les salariés d'empêcher les hausses de salaires, on comprend
que les promesses du discours du Trône sont le déguisement des
taxes qui s'en viennent. Il faudra donc nous serrer la ceinture; le premier
ministre l'a dit sans le dire, mais il reste à savoir si
l'opération est possible sans danger d'étranglement.
M. le Président, le discours du Trône est un chef-d'oeuvre,
un chef-d'oeuvre dans le genre trompe-l'oeil. C'est un effort digne d'un
magicien. Il peut arriver que des citoyens se laissent prendre à cette
amorce. Je leur demande de penser aux taxes actuelles, à l'argent qu'ils
donnent aux ministres pour les aider à voyager, je leur demande de
considérer le luxe dans lequel vivent les engraissés du
régime libéral et de songer que ceux qui administrent nos biens
et notre argent ne font que survoler de très haut les problèmes
et les misères du peuple de la province. Je les invite à penser
aux scandales de l'administration libérale. C'est toujours la même
solidarité d'ailleurs: rouge à Québec et rouge à
Ottawa, scandales à Québec et scandales à Ottawa,
scandales que Lesage et de respectueuses commissions d'enquête doivent
lentement, minutueusement, scrupuleusement, doucereusement et
précautionneusement mettre à jour.
Je crois que les contribuables n'auront pas eu le temps, au moment des
élections, de se faire une idée du trafic d'influence, des
spéculations scandaleuses, des faillites frauduleuses et des autres
crimes du genre, l'affaire des faux certificats, par exemple. Je ne crois pas
me tromper en affirmant que les électeurs n'auront pas encore appris, au
jour du scrutin qui devra venir bientôt, le noms des personnages
importants que doit dénoncer le ministre de la Justice. Cela leur rendra
plus facile la découverte définitive de la supercherie dont ils
sont, depuis 1960, les victimes impuissantes. Ils sauront tout au moins qu'on a
assouvi certaines vengeances politiques mais qu'on leur a caché bien des
choses, qu'on leur en cache encore de très graves. Ils pourront mieux
comprendre pourquoi le gouvernement leur jette dans le discours du Trône
un paquet de vieilles promesses en attendant de les leur faire payer la peau et
les os.
Ils auront tout de même une consolation: celle d'avoir
été trompés par un homme qui est, au goût de ses
« fans », le plus bel homme de la province avec Michel Louvain.
C'est à cause de cette manoeuvre électorale, et en raison de
toutes les omissions graves du discours du Trône et surtout parce que je
ne veux pas être compli- ce des fautes et des scandales du gouvernement
qu'il est de mon devoir, M. le Président, d'appuyer l'honorable chef de
l'Opposition en souhaitant que notre province soit très vite
débarassée des incompétents qui méprisent les
non-instruits et qui s'enrichissent également à leurs
dépens.
M. Gérard Martin
M. MARTIN: M. le Président, c'est très brièvement
que je tiens à prendre la parole à cette occasion. Etant
donné que c'est l'unique moment où il nous est possible
d'insister sur des points particuliers, sur des besoins particuliers propres
à un comté, propres à une région, il est
évident qu'à travers une province aussi grande que la
nôtre, les besoins de la Gaspésie, les besoins de la région
de Montréal, les besoins de l'Abitibi ne sont pas les mêmes. Et
dans ma région, située à quelque 40 milles de
Montréal, eh bien, nous avons également nos propres besoins.
Notre comté, le comté de Montcalm est un comté que l'on
peut diviser en deux sections: la section touristique et la section
agricole.
Le discours du Trône parle abondamment de ces deux domaines et en
particulier du domaine agricole, ce qui m'intéresse et intéresse
également toute la classe agricole de la province de Québec. Mais
avant de pénétrer trop profondément sur ce
point-là, je tiens àfaire miennes les paroles de
félicitations qui ont été adressées à
l'Orateur et je veux revenir quelque peu sur certains points du discours
prononcé par le chef de l'Opposition.
Le chef de l'Opposition a insisté longuement sur la
présentation en 1960 des candidats de l'équipe du tonnerre. Je
dirai que cela a changé; ce n'est pas tellement l'équipe du
tonnerre mais ce sont des réalisations du tonnerre.
M. le Président, je comprends bien le point de vue du chef de
l'Opposition qui aime revenir en arrière, qui aime s'approcher d'une
époque qui était tellement agréable pour lui et les siens,
tellement favorable. Le premier ministre signalait hier la construction dans
mon comté d'un pont, à St-Esprit même, un endroit que je
connais très bien puisque j'y vis, la construction d'un pont qui avait
été accordée en 1960, avant le changement, pour quelque
$142,500 et qui en 1964-1965 a été construit, avec soumissions
publiques cette fois, pour $54,985.30.
La différence est assez marquée. Je sais bien d'où
venait l'argent qui a payé le premier pont aussi bien que le
deuxième, mais ce que je ne sais pas, c'est où est allée
la différence. Ni le chef de l'Opposition ni les autres, personne n'a pu
dire où elle était allée.
M. le Président, j'ai signalé que j'avais certains points
en particulier à mettre en évidence. Je veux attirer l'attention
du ministre de l'Agriculture sur les besoins de mon comté. Le
comté de Montcalm est un comté où longtemps la culture
principale a été la culture du tabac à cigare. Elle est
encore une culture importante. Cependant les cultivateurs ont dû
eux-mêmes contingenter, contrôler leur production, ce qui leur
permet évidemment de retirer plus de profit pour ce qu'ils produisent.
Mais la production, étant limitée, cette culture est devenue en
quelque sorte une production non pas secondaire, mais presque.
Le discours du Trône mentionne que nous procéderons
à l'étude d'une assurance-récolte. J'en suis très
heureux pour les cultivateurs. Mais, évidemment, cette
assurance-récolte ne vaudra pas pour cette année. Or, dans mon
comté, la production du tabac étant une production
vulnérable, la gelée a fait certains dommages, des dommages assez
considérables. Le ministère a été mis au courant du
pourcentage et je veux attirer l'attention du ministre pour qu'il se penche
sérieusement sur les cultivateurs de tabac de 1965 et qu'il puisse
étudier la possibilité d'une compensation pour ces dommages qui
ont été causés.
Je lui demanderais également d'étudier sérieusement
la possibilité d'accorder aux producteurs de betterave à sucre de
ma région... Cette production tend à remplacer non pas la
totalité de la production du tabac, mais tout au moins la partie
qu'aujourd'hui les cultivateurs, les producteurs, ne peuvent plus produire
à cause du contrôle de production. Eh bien! nous sommes
handicapés sur la rive nord par l'item « transport ». Je
demande au ministre de l'Agriculture d'étudier la possibilité
d'uniformiser en quelque sorte le transport des betteraves à sucre afin
que les producteurs de la rive nord puissent jouir des mêmes avantages
que les producteurs qui sont autour de la raffinerie.
En ce qui se rapporte au ministre du Tourisme, je lui signalerai ceci:
Dans une région comme la nôtre, à proximité d'un
grand centre comme la métropole du Canada, nous voyons des
localités comme St-Donat qui, avec une population de 3,500, atteint
à l'été 12,000, 13,000 et 14,000. C'est la même
chose pour Rawdon, St-Calixte, du comté de Montcalm, qui, avec une
population de 1,065 atteint, durant la saison estivale, 16,000. Et c'est la
même chose, proportionnellement, pour St-Emile, Notre-Dame-de-la-Merci,
St-Théodore de Chertsey. Or, il se produit qu'avec cette affluence,
durant la saison d'été, nos municipalités sont
surchargées à l'item « Entretien de voirie ». Evi-
demment, les normes du ministère de la Voirie ne permettent pas à
celui-ci de pouvoir pénétrer en profondeur dans la forêt,
sur les terres et de pouvoir assumer les frais de ces chemins-là. Toutes
ces dépenses reviennent aux municipalités et je demande au
ministère du Tourisme, au ministère de la Colonisation
également, puisque ça concerne la colonisation et
au ministère de la Voirie d'étudier ensemble la
possibilité de pouvoir aider nos municipalités dans ce
sens-là.
Je remercie le ministère de la Voirie d'avoir pensé et
d'avoir accepté en quelque sorte la route 18 comme un grand projet, mais
je lui demande d'accélérer davantage sur ce point-là et je
lui demande d'étudier l'opportunité de construire le plus
tôt possible la route 33 et de terminer la route 41.
Ce sont là les besoins principaux propres à mon
comté et il en est d'autres, j'espère, que j'aurai l'occasion de
les signaler de nouveau.
Cependant, j'ajouterai ceci que si je signale à cette Chambre ces
besoins, c'est pour souligner leur importance, et je répéterai
ces demandes aussi longtemps et aussi souvent qu'il sera nécessaire, au
bureau personnel des ministres concernés.
Inutile de vous dire que j'endosse totalement le discours du
Trône, ce qu'il propose, ce qu'il projette apportera certainement une
amélioration considérable aux besoins de la province de
Québec.
M. DOZOIS: M. le Président, sachant que le ministre des Affaires
municipales veut m'interrompre, j'aimerais autant qu'il le fasse tout de suite,
ça me dérangerait moins.
M. LAPORTE: Pas sur un point d'ordre, mais après avoir
causé avec le député de St-Jacques, j'ai des
épreuves du rapport annuel des Affaires municipales. Comme le rapport ne
sera prêt que dans quelques jours, j'ai proposé au
député de St-Jacques et je le propose au chef de l'Opposition, de
faire distribuer à quelques députés et du
côté du gouvernement et du côté de l'Opposition, qui
ont dans le passé manifesté un intérêt particulier
pour les affaires municipales, les épreuves, pour qu'ils puissent en
prendre connaissance tout de suite étant donné que le budget est
déjà déposé. Alors, si cette proposition
était acceptée, je le fais tout de suite, sans les déposer
officiellement.
M. JOHNSON: Le peuple est assez éprouvé qu'on puisse
éprouver une épreuve de plus.
M. LAPORTE: Vous voulez une épreuve de
plus? C'est bien. C'est le genre d'épreuves qu'on soumet au
peuple. Ce n'est pas très lourd comme épreuve.
M. JOHNSON: Cela fait moins mal que les taxes.
M. Paul Dozois
M. DOZOIS: M. le Président, au début de ces quelques
remarques, vous me permettrez de corriger une erreur que j'ai faite lorsque
j'ai pris la parole depuis le début de la session, erreur qui m'a fait
oublier de vous offrir mes félicitations pour votre nomination au poste
important que vous occupez.
Je ne sais pas si c'est parce que je parlais sur une motion de
non-confiance, je n'ai pas voulu à ce moment présenter mes voeux
mais croyant que vous auriez pu l'associer à cette motion de
non-confiance, il me fait plaisir, en ce moment, de vous offrir mes meilleurs
voeux de succès dans cette importante fonction.
Je vous préviens que je ferai tout mon possible pour
contrôler mes passions car dû au faible pourcentage de sang
irlandais qui coule dans mes veines, je ferai en sorte de ne pas vous causer
trop de problèmes.
M. le Président, je voudrais immédiatement demander au
gouvernement de convoquer dans le plus bref délai, le comité des
régies provinciales et en particulier les représentants de la
Régie des alcools de façon à ce que nous puissions
discuter de l'opportunité pour cette régie de
déménager son siège social ainsi que ses entrepôts
du site où ces facilités sont actuellement installées.
Depuis sa création, la Régie des alcools occupe, comme tout le
monde le sait, l'édifice du pied-du-Courant. Il y a eu également
des entrepôts additionnels de construits dans cette région et les
journaux nous ont appris que l'on voulait déménager toutes ces
installations dans l'Ouest de l'Ile de Montréal, soit à Ville
Lasalle. Vous comprendrez qu'une telle nouvelle a créé de la
perturbation pour bien des raisons dans cette partie de la ville, dans la
partie Est de la ville, puisqu'un grand nombre des employés de la
Régie des alcools demeurent à proximité de ces bureaux et
le transport à une distance aussi éloignée que Ville
Lasalle dérangerait considérablement ces gens.
D'autant plus, M. le Président, que l'installation de la
Régie des alcools est un apport assez intéressant pour l'Est de
Montréal et je ne crois pas que le gouvernement devrait contribuer
à vider cette partie de la ville de Montréal des industries ou
des entreprises industrielles qui sont actuellement logées à cet
endroit. Il y a eu a proximité de ce secteur, la démolition de
toute la région pour y construire Radio-Canada, ce projet languit et il
y a même des gens qui étaient optimistes qui croient maintenant
que ça ne se construira jamais. Pour le moment il y a un immense terrain
qui est vacant et s'il fallait qu'au surplus la Régie des alcools quitte
le secteur De Lorimier, Notre-Dame, Graig, ça ferait un autre trou
difficile à combler peut-être dans le secteur de l'Est de
Montréal.
M. le Président, je ne passerai pas en revue toute la politique
du gouvernement annoncée dans le discours du Trône, le chef de
l'Opposition l'a fait avec beaucoup de brio et couvert le sujet et de nouveau
le député de l'Islet l'a fait également ce matin. Il a
peut-être tout simplement ajouté le sel que le chef de
l'Opposition n'avait pas ajouté suffisamment au plat qu'il a servi au
gouvernement.
Je voudrais aujourd'hui, M. le Président, traiter de façon
particulière du rapport Bélanger. C'est un rapport important que
nous attendions avec impatience depuis plusieurs mois puisque cette commission
siégeait depuis je crois deux ans, même trois ans bientôt.
Je voudrais en analysant ce rapport rendre hommage aux membres qui composaient
cette commission Bélanger, M. Goldenberg, M. Perreault. J'ai eu
l'occasion de rencontrer M. Bélanger, il n'y a pas de doute que c'est un
de nos économistes qui nous font honneur, de même de M. Carl
Goldenberg que je connais très bien, c'est un autre économiste
respecté. Quant à M. Perreault, je ne crois pas avoir eu le
plaisir de le rencontrer. Nous avions fondé de grands espoirs sur
l'étude entreprise par ces trois commissaires. Il n'y a pas de doute, M.
le Président, que ce rapport est un travail considérable, c'est
une étude fouillée et je pense que le premier mérite de ce
rapport est d'établir le problème fiscal dans la province de
Québec. J'aurai l'occasion au cours de ces quelques remarques de faire
des observations, des commentaires sur les différents chapitres sur
certains chapitres, je devrai limiter mes remarques parce que je ne crois pas
que dans une heure l'on puisse analyser de fond on comble un document aussi
volumineux.
Mais je veux immédiatement dire, M. le Président,
qu'après l'avoir lu et relu et médité,
étudié, scruté, les conclusions de ce rapport sont
absolument décevantes, surtout lorsque l'on regarde le mandat qui avait
été confié et, en particulier, le paragraphe B du mandat
qui demandait à la commission d'étudier le fardeau des
impôts et les possibilités d'une meilleure répartition. Je
sais que mes paroles en surprendront plusieurs, après le concert
d'éloges
qu'a reçu ce rapport. Car, à lire les journaux, M. le
Président, les articles considérables qui ont été
publiés, les entêtes à grosses lettres en première
page des journaux, la population a pu croire que c'était vraiment
quelque chose de formidable que les conclusions de ce rapport.
Je ne blâme pas les journaux, M. le Président, d'avoir fait
de tels éloges du rapport car je crois bien et c'est une
conviction que j'ai acquise après en avoir discuté avec certains
journalistes que ces éloges étaient surtout basés
sur les communiqués qui accompagnaient le rapport lorsque le rapport a
été rendu public. Evidemment, ces communiqués, qui
résumaient très succinctement les rapports, présentaient
les beaux côtés du rapport; malheureusement, les journaux, pour la
plupart ont basé leurs commentaires sur ces communiqués.
Mais lorsqu'on lit le rapport au complet, l'on constate que, sur bien
des points, les commissaires se sont appliqués à justifier la
politique fiscale du gouvernement. M. le Président, ça revient
à presque tous les chapitres; c'est une bénédiction de ce
que le gouvernement fait. Et cela est d'autant plus surprenant, M. le
Président, que l'on ne s'attend pas à une telle attitude de la
part des gens mandatés pour étudier un problème aussi
sérieux. Même les commissaires, en certaines occasions, sortent du
cadre de leur mandat pour chanter les louanges ou pour approuver certaines
politiques du gouvernement qui peuvent avoir une incidence bien minime sur la
politique fiscale du gouvernement. Mais ce rapport est surtout décevant
parce que l'on espérait qu'après une étude de cette
envergure, les commissaires suggèreraient un véritable
réaménagement fiscal qui aurait tenu compte de la capacité
de payer des contribuables, et malheureusement, à part quelques
exceptions, les commissaires n'ont rien trouvé d'autre qu'une
augmentation générale des taxes, rien trouvé d'autre
à suggérer qu'une augmentation générale des taxes
si bien que l'on peut affirmer que ce rapport pourra être cité,
pourrait être désigné comme la grande charte de
l'augmentation des taxes. Le gouvernement aime ça les grandes chartes,
eh bien! la commission Bélanger lui en a fournie une autre.
Comme je le disais tout à l'heure, je n'ai pas le temps de
représenter une étude détaillée de ce rapport. Mais
je voudrais passer en revue les principaux aspects de ce rapport. Tout d'abord,
M. le Président, je note que les commissaires soulignent, le malaise
général qui découle du régime fiscal canadien y
compris celui du Québec. Et je vous lirai une phrase très courte
à la page 18 de ce rapport qui dit ceci: « Dans la conjoncture
actuelle, il ne s'agit pas seulement de récrimination de quelque
catégorie sociale mais d'un malaise général. » La
population ne réclame pas uniquement des correctifs à telle ou
telle loi, elle remet en cause l'actuelle répartition des impôts,
et il est évident quand on lit, M. le Président, les premiers
chapitres du rapport, qui portent sur la situation économique, que ce
malaise général existe vraiment et en particulier dans la
province deQuébec. Plus loin, on signale l'augmentation des
dépenses du gouvernement, et l'on conclut comme suit, page 19: «
Comme le rendement des impôts n'a pas augmenté au même
rythme, les gouvernements ont dû encourir de lourds déficits ou se
résigner à accroître les impôts. » On mentionne
en particulier la province de Québec, et l'on dit ceci: « A titre
d'illustration, il suffit de mentionner la montée en flèche des
dépenses du gouvernement de Québec au cours des quelques
dernières années. » Et là, on énumère
les postes principaux du budget où les dépenses sont
augmentées et l'on termine ce paragraphe en disant: « Il est
manifeste qu'une telle augmentation des dépenses publiques devait
entraîner des répercussions dans le domaine de la
fiscalité. »
M. le Président, après avoir établi la situation,
les commissaires posent les grands principes de la fiscalité. Je pense
que personne ne peut chicaner les commissaires sur les principes qu'ils
établissent. Ce sont desprincipes reconnus. Ils le disent d'ailleurs
à lapage 27: Les traités de finances publiques établissent
un ensemble de critères ou de normes qui doivent être à la
base d'un impôt en particulier ou du régime fiscal en
général. Ces normes sont le rendement, la justice ou
l'équité et l'incidence économique.
De plus, tout système d'impôt doit être relativement
facile à appliquer, répondre aux principes de la
responsabilité financière d'un Etat et ne pas aller à
l'encontre de l'opinion dominante dans la société.
Mais, parlant, M. le Président, de la capacité du
contribuable, l'on établit la différence entre la taxe
progressive et la taxe régressive. Et l'on soutient ceci, à ma
grande surprise, à la page 30: A l'échelon municipal, il semble
que la fiscalité soit régressive, à cause de la
prépondérance de l'impôt foncier, et puis l'on ajoute: Au
niveau provincial, les impositions auraient tendance à être
progressives, en raison de l'importance que prend l'impôt sur le revenu
des particuliers.
M. le Président, si l'on ne peut affirmer qu'une pareille
conclusion est un sophisme, l'on peut au moins dire que c'est une
demi-vérité ou peut-être un demi-sophisme parce que je
pense que l'on ne peut pas affirmer que la fis-
calité provinciale est plus progressive parce que l'impôt
des particuliers a pris de l'importance. C'est peut-être vrai pour
l'ensemble des revenus qu'encaisse la province, mais en somme, pour
établir ce régime fiscal progressif ou régressif, il ne
s'agit pas d'étudier l'ensemble des revenus de la province, mais
plutôt ce que verse le contribuable. Or, donner de l'importance au
montant que la province reçoit de l'impôt des particuliers pour
dire que notre régime fiscal est plus progressif, à mon avis,
c'est un sophisme, parce que le contribuable, lui, ne paie pas plus dans
l'ensemble de la taxation, ne paie pas plus d'impôt sur le revenu.
Il y a quelques années il en payait 10% à Québec et
90% à Ottawa et maintenant il en paie 44% à Québec et 56%
à Ottawa. Alors l'ensemble de la taxe pour le contribuable étant
le même montant, il est évident que lorsqu'on analyse le
régime fiscal de la province de Québec l'on ne peut pas dire que
notre régime est plus progressif qu'autrefois. Au contraire, M. le
Président, parce que pour avoir l'image véritable de notre
régime fiscal il faut mettre de côté cet aspect de
l'imposition et regarder les autres taxes qui ont un caractère
strictement provincial et là l'on découvre que l'augmentation des
taxes depuis quelques années, qui ont surtout porté sur les taxes
de consommation, notre taxation, notre régime fiscal est plutôt
régressif beaucoup plus qu'autrefois. C'est un sophisme, je le
répète, que de prétendre que notre régime fiscal
est plus progressif qu'il l'était.
M. le Président, au chapitre 3 les commissaires étudiaient
la situation économique du Québec. Cette étude, tout en
étant objective, signale surtout les faiblesses de notre économie
par rapport à celle de l'ensemble du Canada mais en particulier en
comparaison avec celle de l'Ontario. Les commissaires démontrent que la
population d'âge actif est plus nombreuse en Ontario qu'au Québec
et qu'il en est de même, mais dans une proportion plus forte, pour la
main-d'oeuvre civile, c'est-à-dire de cette partie de la population
civile d'âge actif qui compose le marché du travail.
Les commentaires que font les commissaires sur la vitalité de
l'économie sont à retenir et je voudrais vous les citer, M. le
Président. A la page 41 l'on dit ceci; « On mesure ordinairement
la vitalité d'une économie par le volume et le rythme de
l'accroissement des investissements ainsi que par la répartition entre
les divers facteurs de l'économie. Les investissements n'atteingnaient
au Québec, en 1955, que 67.5% de ceux de l'Ontario. Il est vrai qu'ils
ont augmenté de 1955 à 1964 à un rythme plus
accéléré au Québec qu'en Ontario, soit
respectivement de 71% et de 61% en passant de $3,600,000,000 au Québec
et à $5 milliards en Ontario. La position du Québec s'est donc
améliorée quelque peu dans l'ensemble en s'établissant en
1964 à 71.9% des investissements de l'Ontario et à 25% des
investissements canadiens. Cependant, lorsqu'on analyse la répartition
des investissements fait au Québec de 1955 à 1964 il faut
reconnaître que certains secteurs de l'activité économique
ont perdu de l'importance par rapport à d'autres.
C'est le cas notamment du secteur de l'industrie au regard de celui du
commerce et de la finance. Or, le phénomène exactement contraire
s'est produit en Ontario où le dynamisme de l'industrie l'a nettement
emporté sur l'importance du commerce, cependant qu'au Québec la
proportion des investissements affectés au secteur industriel
étaient beaucoup moindre en 1964 qu'en 1955. On rejoint là un
signe de la méfiance de l'économie québécoise tel
que le révélait plus haut la faible proportion des industries
axées sur le capital au Québec comparativement à
l'Ontario. »
M. le Président, j'estime que l'on a assez chanté sur tous
les tons le développement industriel de la province de Québec,
j'estimais que dans cette analyse de l'économie du Québec, il
était important de signaler à cette Chambre que dans l'opinion
des commissaires le développement industriel de la province de
Québec est moins fort en 1964 qu'en 1955.
M. le Président, il est midi et demie, je continuerai ces
quelques remarques cet après-midi.
M. LAPORTE: Jusqu'à une heure.
M. JOHNSON: Est-ce que ce n'était pas midi et demie.
M. LAPORTE: Excusez, je croyais qu'on avait fait une entente hier que
l'on siégeait jusqu'à une heure. La semaine dernière quand
on a siégé le matin... Si le député n'a pas
d'objection, j'aimerais mieux qu'on continue jusqu'à une heure.
M. DOZOIS: Je ne peux pas, parce que j'ai un rendez-vous.
M. LAPORTE: M. le Président, j'accepte la suggestion du
député de St-Jacques.
M. LE PRESIDENT: La séance est suspendue jusqu'à deux
heures et demie.
Reprise de la séance à 2 h 31 p.
m.
A la suspension de la séance à 12 h 30, je citais une
partie du dernier chapitre, qui étudie la situation économique du
Québec, et je faisais des réflexions sur le développement
industriel. Je dois ajouter que, dans ce rapport, à plusieurs reprises,
les commissaires nous mettent en garde contre un fardeau fiscal trop
élevé par rapport à celui de l'Ontario, afin de ne pas
compromettre l'expansion de notre économie au bénéfice de
nos voisins.
Il termine ce chapitre par l'avertissement suivant, à la page 45,
c'est la fin de cette étude sur la situation économique, on dit
ceci: « Economie plus faible, revenus inférieurs et besoins plus
grands, telles sont les données qui semblent enfermer le Québec
comme dans un cercle. D'une part, il lui faut accélérer
l'expansion de son économie de façon à accroître la
production, à résorber le chômage et une partie de
l'assistance sociale. D'autre part, il lui importe de consacrer des sommes
encore plus importantes à l'enseignement et à la santé
pour satisfaire les besoins d'une population soucieuse de devenir de plus en
plus apte à participer pleinement au développement présent
et à venir. Si d'un côté le Québec doit chercher les
ressources fiscales nécessaires à l'établissement d'une
infrastructure économique et sociale propice à l'expansion
économique, il ne peut oublier, par ailleurs, qu'un fardeau fiscal trop
lourd entraverait précisément la croissance souhaitée en
plaçant ses entreprises et ses industries dans une situation
défavorable par rapport au reste du Canada, et notamment l'Ontario.
»
Or, après avoir terminé ce chapitre sur la situation
économique de la province, les commissaires attaquent la
fiscalité provinciale. Cette première partie du rapport traite
d'abord des dépenses et des revenus du gouvernement. Il y a quelque
chose qui a attiré mon attention, c'est que toutes les comparaisons que
l'on fait avec les autres provinces, on les fait sur une base per capita. Cette
attitude de la part de la commission est d'autant plus sur-premante qu'au
chapitre précédent, l'on établit ceci: « La position
québécoise seraitprobablement meilleure si le revenu personnel
moyen était calculé en divisant le revenu global, non plus par le
nombre d'habitants, mais par le nombre de ménages, vu que la proportion
de la jeune génération inactive est plus forte au Québec
que dans l'ensemble du Canada. Plus bas on dit: Le calcul du revenu personnel
par habitant revient en effet à établir une moyenne simple. Or
toute moyenne simple est susceptible de s'éloigner de la
réalité, car une concentration des données à l'un
ou à l'autre point extrême peut influencer au point de vue de la
moins représentative.
Or, dans cette partie, comme vous le voyez, les commissaires disent que
c'est une bien mauvaise base d'établir le revenu personnel par habitant,
que la population active étant moins nombreuse, il faut plutôt
l'établir par le nombre de ménages c'est toujours ce que j'ai
soutenu, les commissaires me donnent raison. Quand ils arrivent pour faire des
comparaisons quant aux dépenses et aux revenus de la province, ils se
servent de la base per capita. Mais c'est une remarque que je fais en passant
et, pour discuter de ce rapport, je tiendrai quand même compte de ce
facteur.
Dans toutes ces comparaisons, il y en a une qui a attiré mon
attention d'une façon particulière: c'est le tableau des recettes
des taxes à la consommation. Taxe à la consommation, taxe sur les
divertissements, taxe de vente y compris les taxes sur le tabac, les repas, les
carburants. Or les statistiques que l'on cite ici sont pour l'année
1962-63. Québec collectait pour ce genre de taxe, pour cette
année de 1962-63, $372 millions, alors qu'en Ontario on en collectait
$373 millions. Comme l'on sait que la population est plus nombreuse en Ontario,
le tableau suivant donne la répartition par habitant et l'on voit au
Québec que ça représente une somme de $71 par habitant
alors que dans l'Ontario, ça ne représente que $59 par
habitant.
Mais, M. le Président, lorsqu'on compare le rendement de ces
taxes à la consommation, pour l'année 1965, l'on constate que
l'écart est encore beaucoup plus grand et je fais cette
démonstration pour expliquer ce que je soutenais ce matin à
l'effet que les taxes régressives ont pris plus d'ampleur au
Québec qu'ailleurs et que c'est un sophisme que de dire que notre
fiscalité estplus progressive qu'elle ne l'était.
Or, 1965, au Québec, l'on a collecté sous cette forme
fiscale, c'est-à-dire des taxes à la consommation, $576 millions
alors qu'en Ontario, on ne collectait que $452 millions. Ce qui
représentait $101 au Québec par habitant et $67 en Ontario.
Même si on prend les taxes à la consommation dans le nouveau
budget de la province d'Ontario, annoncées la semaine dernière
par le trésorier provincial de cette province, l'honorable M. Allan, et
que l'on établit le montant des taxes à la consommation que
collectera la province d'Ontario pour 66/67, on atteint juste le niveau de la
province de Québec pour l'année 65/66. $101 exactement. Or il est
évident que, dans le prochain budget, ces taxes à la consommation
augmenteront sûrement et notre
proportion sera encore plus grande. C'est donc dire que les taxes
régressives, les taxes qui affectent surtout les petits auront une
portée plus grande dans Québec que n'importe où ailleurs
au Canada, sauf en Colombie-Britannique. C'est la seule province qui, en 62/63,
dépassait Québec.
Et ces taxes à la consommation, M. le Président, ce sont
précisément les taxes que recommandent d'augmenter les membres de
la commission. C'est ce que l'on retrouve dans le rapport Bélanger.
Je voudrais porter à votre attention les conclusions de ce
chapitre qui parle précisément des revenus et des dépenses
du gouvernement de la province de Québec.
On dit, à la page 85: « Si la tendance actuelle des
dépenses et des revenus se maintient durant les années à
venir, elle entrafnera à brève échéance pas
dans dix ans à brève échéance, un
déficit au chapitre même des dépenses ordinaires, à
moins que les impôts ne soient accrus ou que le gouvernement
fédéral n'élargisse le champ de la fiscalité au
bénéfice des gouvernements provinciaux.
Or, lorsque l'on parle d'élargissement de la fiscalité au
bénéfice des gouvernements provinciaux, il ne s'agit pas de la
formule de 1' « opting out » des plans conjoints, il s'agit
plutôt d'un élargissement conforme aux désirs
exprimés par M. Allan la semaine dernière à la
législature ontarienne qui a demandé un plus grand pourcentage de
l'impôt sur le revenu.
Vous avez tous lu la réponse, je pense, de M. Sharp, à
l'effet que les provinces ne devaient pas compter là-dessus. Or, M. le
Président, la conclusion de ce chapitre sur les revenus et les
dépenses du gouvernement se termine en disant: « Voici comment
l'Etat pourrait agir pour accroître ses revenus à la mesure de ses
besoins. » Et le chapitre suivant porte précisément sur les
taxes que la commission suggère d'augmenter. C'est-à-dire que
c'est avec le chapitre 5 que commence la spirale de l'augmentation des taxes
suggérées par la commission Bélanger.
Tout d'abord, on recommande que le gouvernement augmente l'impôt
sur le revenu des particuliers; c'est la recommandation 6 du chapitre 5. La
recommandation 7 du même chapitre suggère d'imposer les gains de
capital...
M. LESAGE: Est-ce que le député de St-Jacques prend cette
recommandation à son compte?
M. DOZOIS: Non, non, je dis que c'est la commission Bélanger.
M. LESAGE: Non, j'avais mal compris.
M. DOZOIS: C'est la commission Bélanger. Je commente le rapport
Bélanger et je dis ce que la commission Bélanger... Ce que le
ministre n'a pas écouté tout à l'heure, il causait avec
son voisin...
M. LESAGE: Vous savez bien que j'écoutais.
M. DOZOIS: ... j'ai lu...
M. LESAGE: J'ai très bien saisi.
M. DOZOIS: ... j'ai lu la fin du chapitre précédent...
M. LESAGE: Le député de St-Jacques sait très
bien...
M. DOZOIS: ... qui parle des dépenses du gouvernement.
M. LESAGE: ... que j'ai voulu m'amuser en posant la question que je
viens de poser.
M. DOZOIS: Alors, je vais le lui répéter tout de
même parce que cela me fait plaisir de le faire. Les dépenses
augmentent à un rythme plus grand que les revenus et, si cela continue,
à brève échéance il y aura un déficit
même pour les dépenses ordinaires.
M. LESAGE: Bien oui, je le sais, c'était sur les journaux. Je
l'ai lu hier. Bon.
M. DOZOIS: Or, M. le Président,...
M. JOHNSON: Le premier ministre est bien distrait depuis qu'il a
gagné le concours de beauté.
M. LESAGE: Je lis les journaux, je suis indiscret?
M. JOHNSON: Cela le distrait, le premier ministre.
M. LESAGE: Je ne suis pas distrait, pas du tout.
M. DOZOIS: Alors la recommandation 7 suggère...
M. LESAGE: Je suivais très bien.
M. DOZOIS: ... de taxer les gains de capital. L'on traite
également certains changements à la
loi de l'impôt. Je n'entrerai pas dans tous ces détails. Je
veux retenir en particulier la suggestion d'amender la Loi sur le revenu des
particuliers, entre autres, les abattements à la base. Cette
recommandation est à mon avis excellente et j'espère que le
gouvernement lui donnera suite. Ce serait une base plus équitable que
celle que nous avons dans le moment. La commission a raison. Elle donnerait
à l'impôt sur le revenu un caractère plus progressif
qu'actuellement. Actuellement, on le sait, une personne qui est mariée,
qui est imposable à 45%, si elle a son exemption de $2,000 comme
personne mariée, sauvera $900 d'impôt, alors que la personne qui a
un revenu beaucoup moins fort, disons de $5,000, son exemption de $2,000 lui
sauvera environ $100 ou $150 d'impôt. Je pense que c'est une des
heureuses suggestions de la commission.
Dans l'ensemble et c'est la commission elle-même qui le dit
la commission recommande peu de changements dans l'impôt sur le
revenu. On trouve cette opinion à la page 108 qui dit: « On aura
constaté que nous avons formulé peu de recommandations à
l'égard de l'impôt sur le revenu des particuliers et celui des
bénéfices des sociétés. » Mais tous les
changements préconisés, M. le Président, et ceci est
encore assez cocasse, sont toujours restreints par la recommandation de faire
ces changements ou d'agir, si vous voulez, de concert avec le gouvernement des
autres provinces et du fédéral.
En somme, la commission nous place dans un carcan, nous signale qu'on ne
peut pas agir à notre guise dans ce domaine, que nous n'avons pas nos
coudées franches. Remarquez bien, M. le Président, que la
commission Bélanger ne souligne pas que ce serait dangereux d'avoir une
fiscalité différente, très différente de celle de
nos voisins américains, par exemple l'Etat du Vermont ou l'Etat du Maine
qui sont nos voisins immédiats de la province de Québec. C'est un
pays étranger, ça ne cause pas de problème. Mais il
signale que ça causera un problème si notre fiscalité est
différente de celle des autres provinces.
Précisément cette taxe de l'impôt sur le revenu qui
pourrait avoir un caractère progressif et toucher surtout ceux qui ont
les moyens de payer, nous sommes restreints, nous n'avons pas nos
coudées franches et tout le long, l'on nous dit: si vous faites tel
changement dans ce domaine, faites-le toujours de concert avec les autres
provinces.
On suggère également, M. le Président, que la taxe
sur le capital devrait être abolie, mais là il n'y aura pas
d'économie pour les compa- gnies puisqu'on suggère d'augmenter la
taxe sur les bénéfices des sociétés de un pour
cent. On suggère également d'augmenter la taxe sur les primes
d'assurances de deux à trois pour cent. C'est une taxe qui irait
chercher dans les $4 ou $5 millions par année si l'on s'en rapporte
à ce que nous donnent les comptes publics pour les derniers exercices.
Les sociétés coopératives et les caisses populaires
devraient être assujetties à la taxe sur les établissements
d'affaires. Autre suggestion, les commissaires recommandent des changements
à l'impôt sur les successions. Je n'ai pas eu le temps d'analyser
complètement tout ce chapitre qui a trait aux changements de la loi de
l'impôt sur les successions, mais à première vue, ces
changements me semblent raisonnables.
Mais le chapitre 6, M. le Président, traite des impôts
à la consommation. Ah, là les commissaires s'en donnent à
coeur joie. On suggère de tout augmenter, ce n'est pas compliqué,
et même d'en ajouter. On dit que le taux de la taxe lui-même, le
taux de la taxe de vente pourrait être augmenté, on suggère
de l'augmenter et l'on dit que là, son assiette pourrait être
élargie, c'est la recommandation 1 du chapitre 6, qui dit: « La
taxe de vente doit être maintenue comme source importante de revenu pour
le gouvernement de Québec et pour les municipalités qui en
dépendent. Son taux pourrait être accru et son assiette
élargie, conformément aux besoins financiers de l'Etat et des
municipalités et aux limites qu'impose la concurrence interprovinciale.
» Or, M. le Président, l'on peut conclure qu'après le
discours du budget et de la province de l'Ontario qui porte sa taxe de vente de
3% à 5%, nous sommes en grand danger que le gouvernement de la province
de Québec, voulant maintenir le même écart qui existait,
c'est-à-dire de 3% à 6% porte la taxe de vente à 8% ou
peut-être à 9% à très brève
échéance. Mais pour élargir l'assiette de la taxe de
vente, l'on suggère plusieurs façons de procéder. Entre
autres, l'on suggère de taxer les services. Dans les communiqués
remis à la presse avec le rapport Bélanger, l'on a
mentionné et l'on a cité comme exemple que ça pouvait
comprendre la coupe de cheveux, et tous les gens que j'ai rencontrés,
qui m'on parlé du rapport Bélanger, M. le Président, ont
conclu que c'était ça que le rapport Bélanger
recommandait, ça se limitait à taxer la coupe de cheveux. Tous
les gens que je rencontrais disaient: ils vont taxer les cheveux, ils vont
taxer la coupe de cheveux. Eh bien, c'est beaucoup plus que ça,
même si je n'en ai pas beaucoup, M. le Président, ça va me
coûter aussi cher de taxe...
M. KIERANS: Vous, vous n'en avez pas beaucoup.
M. DOZOIS: ... ça va me coûter aussi cher de taxe...
M. LAPORTE: ... je l'admets.
M. DOZOIS: Cela va me coûter aussi cher de taxe pour me faire
couper les cheveux que celui qui en a beaucoup comme le député de
St-Henri par exemple.
M. LAPORTE: Il faudra mettre ça au cheveu.
M. DOZOIS: Ah, ça je pense que le gouvernement pourra songer
à ça, ça ne me surprendrait pas.
M. LAPORTE: Fendre les cheveux en quatre.
M. DOZOIS: Ah oui, dans le domaine des taxes, c'est ce que le
gouvernement fait, il fend les cheveux en quatre.
Mais M. le Président, quand on lit le rapport et qu'on ne se fie
pas uniquement au communiqué remis aux journaux, l'on saisit toute la
portée de cette recommandation et par service l'on entend en somme tous
les services. Cela veut dire que si l'on donne suite à cette
recommandation, une personne ira faire cirer ses chaussures, on lui chargera la
taxe de vente sur le cirage des chaussures. Une personne feralaver ses
chemises, on lui chargera la taxe sur le coût du lavage de chemises. Une
personne fera réparer un vêtement, on lui chargera la taxe. Une
personne fera réparer une paire de chaussures, on lui chargera la taxe.
Une personne fera faire du nettoyage à sec, on lui chargera la taxe de
vente. On réparera des vêtements, on réparera n'importe
quel article dans la maison, actuellement on sait que la taxe est
appliquée uniquement si la personne qui vient réparer un
poêle, un réfrigérateur ou une fournaise, on ne charge la
taxe que sur les pièces fournies, à l'avenir, selon cette
recommandation, on chargerait la taxe sur le coût total de la
réparation, y compris le temps des employés.
Je pourrais, M. le Président, citer une foule de choses qui
seraient frappées par cet élargissement de l'assiette de la taxe
de vente. Une personne demanderait le camion de touage pour faire touer son
auto, on lui chargerait la taxe de vente. Une personne ferait réparer un
pneu, on lui chargerait la taxe de vente. En somme, pour tout ce qui est
service, on ne paie actuellement que sur la marchandise. Avec cette
recommandation, la taxe s'appliquerait indépendamment sur le total de la
facture, quelle que soit la proportion de la main-d'oeuvre qui serait
concernée.
On recommande également de porter cette taxe de service sur la
location. Les garçons de table qui font la location de gilets dans les
restaurants paieraient la taxe sur le service, sur la location du gilet. Tous
les employés qui portent des uniformes seraient assujettis à
cette taxe de service. La location d'autos, la location de tracteurs, la
location de machinerie: la taxe serait chargée sur le prix de location.
Et, remarquez bien, je me demande s'il n'y aurait pas là une double
imposition. Vous allez louer une auto ou même un gilet pour un
garçon de table, la personne qui fait la location, en achetant cet
article, soit l'auto, soit le gilet ou n'importe lequel article ou meuble, paie
la taxe sur l'automobile. Quand vous louez une automobile, on vous charge dans
le prix de location un montant appréciable pour la
dépréciation. Or, vous paieriez deux fois la taxe de vente, en
somme, sur une voiture que vous allez louer ou sur n'importe quel objet qui
serait en location. Vous paieriez d'abord le marchand qui fait la location,
vous paieriez la taxe sur l'achat et la personne qui loue paierait la taxe de
nouveau sur la dépréciation qui est en somme le prix d'achat.
Est-ce qu'on ne se rend pas compte également que les cultivateurs
que l'on veut tant protéger, M. le Président, les cultivateurs
sur le sort desquels on s'apitoie constamment et qu'on veut aider de toute
façon, devraient payer une taxe de vente sur le prix de location d'un
tracteur? Je ne suis pas familier avec l'agriculture mais j'en ai assez entendu
parler pour savoir que les cultivateurs, à certains moments, louent des
tracteurs. Ces gens seraient obligés de payer la taxe. On veut augmenter
tout simplement le fardeau de ces gens comme on recommande également de
taxer les petits outils de ferme qui étaient exemptés
jusqu'à présent.
On veut également abolir l'exemption des produits vendus par les
cultivateurs. Or, qu'est-ce que vendent les cultivateurs maintenant? Ce sont
précisément, pour la plupart du temps, des produits de
consommation qui ne sont pas taxés. Alors qu'est-ce qu'on veut attraper
par cette suggestion? C'est tout simplement le cultivateur qui, à
l'occasion, vend des fleurs, par exemple, sur le bord de la route. Je pense que
nous avons tous l'occasion, en passant sur une route de campagne,
d'arrêter au bord d'une ferme et puis d'acheter des produits de la
fer-
me qui, eux, ne seraient pas taxables: des glaïeuls, par exemple.
La portée de cette exemption voudrait que le cultivateur, lorsqu'il
vendrait ses fleurs, charge la taxe. Imaginez-vous, M. le Président. Le
cultivateur peut vendre, je ne sais pas, $100, $150, $200 de fleurs
peut-être dans sa saison. On l'obligerait à s'enregistrer,
à faire un rapport tous les mois; même pendant les mois d'hiver
alors qu'il n'en vendrait pas. Il faudrait qu'il retourne la formule et puis
dire: « Aucune vente », et peut-être mettre quelques dollars
par année pour la taxe qu'il aurait collectée sur les produits de
cette nature. C'est d'autant plus odieux cette recommandation, M. le
Président, qu'à un autre chapitre les commissaires recommandent
d'abolir la taxe sur les transactions de valeur mobilière.
C'est pourtant une taxe qui rapporte à la province $2,100,000. On
recommande cela, pourquoi? Quelle raison donne-t-on pour la suppression de
cette taxe; pour l'abandon de cette taxe? C'est que c'est tracassier.
Imaginez-vous, M. le Président, c'est logique. La taxe sur les valeurs
mobilières, on dit que c'est tracassier, que ça cause beaucoup
d'ennui, beaucoup de troubles, beaucoup de travail aux courtiers.
Imaginez-vous, M. le Président, les courtiers, on le sait, ils sont
équipés, ils ont des machines calculatrices, souvent des machines
électroniques et c'est peu de trouble pour eux d'additionner la taxe
à la facture qu'ils envoient au client. Imaginez-vous, M. le
Président, qu'un homme qui a les moyens, qui décide d'acheter
disons mille parts du Canadien Pacifique à $62, il est taxable dans le
moment de $30 pour un déboursé de $62,000, il est taxable d'une
taxe de $30, puis on dit c'est beaucoup trop de troubles pour les courtiers, il
faut leur enlever l'odieux de cette taxe qui rapporte quand même $2
millions par année.
Dans l'autre chapitre on dit: les cultivateurs bénéficient
d'une exemption sur les produits qu'ils vendent. Cela n'a pas de sens, il faut
les obliger à collecter la taxe et à nous la remettre. Je n'ai pu
m'empêcher de faire le rapprochement entre cette recommandation et celle
qui suggère d'abolir la taxe sur les valeurs mobilières, mais je
me suis demandé si les commissaires avaient lu le rapport en entier ou
s'ils l'ont fait par sections. Parce qu'il me semble qu'on ne peut pas faire
autrement que de faire un rapprochement entre ces deux recommandations.
L'on demande également, l'on suggère également de
rétablir la taxe sur l'huile a chauffage. Le gouvernement l'avait abolie
en 1961 et puis l'on suggère de la rétablir. On dit; pas d'affai-
re à concurrencer le gaz et l'électricité sur lesquels on
charge la taxe de vente. Or, l'on sait que les gens à petits revenus se
chauffent soit au charbon, soit au bois, mais la commission signale
qu'il n'y en a presque plus et à l'huile de chauffage. Dans les
quartiers dépourvus des grandes villes ou on voit même des
installations au coin de certaines rues ou certains lots où les gens
peuvent aller acheter de l'huile à chauffage pour $0.25, $0.50 à
la fois. Ce n'est sûrement pas un produit de luxe, c'est un produit de
nécessité première et je ne vois pas pourquoi le
gouvernement reviendrait sur son geste qu'il avait posé en 1961 qui
avait aboli cette taxe.
L'on suggère également d'augmenter encore la taxe sur les
carburants. Ah! c'est une des recommandations très
élaborée de la Commission Bélanger. On établit
qu'il faut absolument que l'on fasse payer par l'usagé des routes les
améliorations. A ce sujet, j'ai déjà fait des remarques en
d'autres circonstances que les taxes payées par les automobiles, taxe
sur les carburants, taxe sur l'immatriculation des véhicules,
dépassent de beaucoup les montants que dépense annuellement le
gouvernement. Mais dans les recommandations globales que fait la commission, on
suggère toutes sortes d'augmentations, on suggère de tout
augmenter, on suggère d'augmenter la taxe sur le tabac, une augmentation
de 66%, cela représenterait probablement une taxe de $0.08 du paquet de
25 au lieu de $0.05.
M. le Président, la commission fait également une longue
dissertation sur les permis d'immatriculation des voitures. Cela coûtera
plus cher sauf pour les petites voitures genre Volkswagen. Alors que ces permis
sont meilleur marché dans la province de Québec que dans la
majorité des provinces. Les recommandations vont apporter une
augmentation générale de l'immatriculation des véhicules
dans la province de Québec. Et quant au camionnage, l'on suggère
que ce soit la capacité du camion plutôt que le poids à
vide.
La recommandation que l'on fait augmenterait le coût
d'immatriculation de 50%. On sait toutes les difficultés qu'a connues
cette industrie, et on l'a signalé tellement souvent parce que
l'industrie du camionnage était une industrie qui s'identifiait
très bien avec notre groupe ethnique dans la province de Québec
et qui doit subir la concurrence des compagnies fédérales,
compagnies de chemins de fer qui, elles, reçoivent des subsides du
gouvernement fédéral. Or, l'on veut, par cette suggestion, placer
l'industrie du camionnage dans une situation encore plus difficile.
M. le Président, l'heure avance, et il me reste peu de temps.
J'aurais aimé commenter tous les chapitres de ce rapport. Je signale
à l'attention des intéressés le chapitre sur les revenus
de l'exploitation des richesses naturelles et en particulier à la page
222, alors que l'on dit, et je résume pour sauver du temps, que ce qui
est important, ce n'est pas tellement les taxes que l'on peut tirer de
l'exploitation des richesses naturelles comme de créer de
l'activité économique. Eh bien! je ne sais pas si le
député, qui voyait passer les lambeaux de la patrie devant le
parlement, pourrait méditer ce chapitre avec avantage. On suggère
également, et cela ne fait pas beaucoup de différence, que l'on
pourrait augmenter le prix des boissons alcooliques, mais on signale que les
prix sont déjà plus élevés que dans les autres
provinces et plus élevés qu'en Ontario
particulièrement.
La deuxième partie parle de la fiscalité municipale. Je
n'ai pas le temps de dire tout ce que je pense de ce chapitre, mais, à
mon avis, c'est le meilleur chapitre du rapport Bélanger. J'aurai
sûrement d'autres occasions d'en parler. Je veux, pour le moment, faire
des commentaires sur la recommandation 21 du chapitre 12, qui se lit comme
suit; « Une semi-exemption de l'impôt foncier devrait être
accordée sur les terres et les bâtiments de ferme des
cultivateurs. » Que vaudra cette recommandation, si on donne suite
à l'autre recommandation d'uniformiser l'évaluation dans toute la
province à 100% de la valeur réelle? Car l'on sait que, dans les
milieux ruraux, l'évaluation est loin d'être faite à la
valeur réelle. Or, lorsqu'on donnera suite à cette
évaluation, à cette suggestion d'uniformiser l'évaluation,
dans toute la province, à 100% de la valeur réelle, l'on voit
immédiatement que cette semi-exemption, on en perdra tous les
bénéfices si on y donne suite. Mais les commissaires, pour
justifier cette semi-exemption sur les terres et les bâtiments de ferme
des cultivateurs, assimilent ces biens à l'usine, à la fabrique,
à l'entrepôt ou au magasin. Je crois qu'il est injuste de comparer
les entreprises agricoles du cultivateur moyen du Québec à une
entreprise industrielle ou commerciale. La terre du cultivateur s'assimile
beaucoup plus au coffre d'outils de l'ouvrier, c'est tout simplement
l'instrument qui lui permet de gagner sa vie. D'ailleurs, le problème
des taxes sur les fermes est aigu depuis que les taxes scolaires ont
augmenté d'une façon inconsidérée. C'est en
étudiant le problème de l'impôt foncier scolaire que l'on
peut suggérer une véritable solution à ce
problème.
La troisième partie du rapport analyse les dépenses et les
revenus des commissions scolai- res et leur mode de financement. Les
dépenses ont augmenté considérablement depuis dix ans. Le
rapport l'établit. Ces dépenses ont augmenté de $137
millions en 1956, à $509 millions en 1965, alors que les revenus sont
passés de $131 millions en 1956, à $446 millions en 1965.
L'impôt foncier était de $71 millions, en 1956, et atteignait $221
millions en 1965: cet impôt a donc triplé en dix ans. C'est le
noeud du problème. Que recommande la commission à ce sujet? Ses
recommandations sont contenues dans le chapitre 17 de la troisième
partie. Tout d'abord, la commission recommande de maintenir l'impôt
foncier pour fins scolaires et que cet impôt n'excède pas 25% des
dépenses de l'ensemble des commissions scolaires.
Or, l'on sait que c'est dans le milieu rural que l'augmentation a
posé le plus de malaise. D'ailleurs, les commissaires le disent, ils
l'ont établi. D'après les statistiques publiées par le
ministère de l'Industrie et du Commerce, en 1963 l'impôt foncier
perçu par les commissions scolaires rurales ne représentait que
27% des dépenses scolaires rurales. Cette recommandation n'apportera
donc qu'un bénéfice de 2% au milieu rural puisque l'on dit que
les revenus locaux ne devraient pas dépasser 25% de l'ensemble des
dépenses des commissions scolaires.
Mais il y a une contradiction flagrante puisque l'on recommande d'autre
part que l'évaluation soit uniformisée à 100% de la valeur
réelle et qu'un taux uniforme soit appliqué à toute la
province. Il est fort probable que cette dernière recommandation aura
pour effet de diminuer l'impôt foncier scolaire en milieu urbain et de
l'augmenter en milieu rural. L'on va atteindre précisément le
contraire du but que l'on veut atteindre: soulager le contribuable rural. Il
est facile de le constater, M. le Président, puisque nous aurons une
évaluation générale pour la province à 100% de la
valeur réelle et le mime taux de taxe pour tout le monde. Alors que
représente et que signifie au juste cette recommandation que
l'impôt ne doit pas dépasser 25% de l'ensemble des dépenses
des commissions scolaires?
D'ailleurs, M. le Président, à mon avis et c'est l'avis
des corps publics, c'est ça qui est surprenant... A la fin du rapport,
l'on mentionne tous les corps publics qui ont soumis des mémoires
à la commission Bélanger et il y en a un grand nombre parmi les
plus sérieux qui demandent tout simplement l'abolition de l'impôt
foncier pour fins scolaires. Quelques autres corps publics demandent sa
disparition graduelle, mais on peut dire que la très grande
majorité des corps intermédiaires, des corps pu-
blics recommande la disparition de l'impôt foncier pour fins
scolaires et ceci est conforme à la politique que nous avons
prêchée, cette recommandation ayant fait l'objet d'une
résolution aux assises de l'Union nationale du mois de mars dernier
alors que la résolution demandait et suggérait que l'impôt
foncier soit réservé exclusivement aux municipalités.
D'ailleurs, M. le Président, je pense qu'on n'a pas besoin
d'argumenter longtemps là-dessus. La richesse foncière n'a aucune
espèce de relation avec l'éducation. Elle pouvait peut-être
autrefois répondre à certains critères, je pense que
c'était peut-être la seule forme de richesse qui existait. On
faisait payer les gens; elle déterminait leur capacité de payer.
Or, M. le Président, une personne peut aujourd'hui avoir pour $100,000
de propriétés qui lui coûteront assez cher en taxes
scolaires et son voisin aura pour $100,000 d'obligations qui lui rapporteront
peut-être un revenu supérieur à celui qui a des
propriétés foncières et il ne paiera aucun impôt
spécial pour fins scolaires. L'on voit immédiatement, M. le
Président, que cela n'est pas raisonnable et qu'il est temps,
étant donné l'importance qu'a prise l'éducation et
l'importance du rôle que joue maintenant le gouvernement en ce domaine,
que le gouvernement assume en entier les frais de l'éducation.
Remarquez bien que les corps publics qui demandent le maintien de la
taxe scolaire, le demandent juste pour assurer l'existence des commissions
scolaires et assurer leur autonomie de façon à ce que les gens de
la place aient leur mot à dire. Je pense, M. le Président, qu'il
sera facile de trouver une autre façon de donner aux
propriétaires ou aux parents une formule qui leur permettra d'avoir leur
mot à dire dans l'administration des commissions scolaires
régionales. Ce n'est pas uniquement par le fait qu'ils paieront ou
qu'ils ne paieront pas.
Mais M. le Président, il y a une chose que je déplore
cependant dans ce rapport, surtout dans cette partie qui traite de la
fiscalité scolaire, c'est le peu de statistiques que l'ondonne pour
appuyer toutes les recommandations que l'on y fait.
Il n'y a aucune statistique, par exemple, sur l'impôt foncier en
milieu urbain et en milieu rural. Il n'y a aucune statistique sur
l'évaluation foncière en milieu rural et en milieu urbain et ces
statistiques existent pourtant, M. le Président; elles sont
publiées par le ministère du Commerce et de l'Industrie. J'en ai
une copie à mon bureau pour une année aussi récente que
1963. Ces statistiques existent mais on ne s'en est pas servie ou du moins on
ne les publie pas, bien qu'à la fin du rapport, il y ait près de
73 tableaux différents.
Je déplore que les commissaires n'aient pas jugé à
propos d'appuyer leur étude sur la fiscalité scolaire sur des
données statistiques qui existent et qui existent au niveau provincial.
Je déplore également que dans cette étude, la Commission,
alors qu'on recommande tellement d'augmentations de taxes, n'ait pas
jugé à propos de donner une projection des revenus que telle ou
telle augmentation pourrait procurer à la province, il me semble que la
chose est importante, surtout après une étude qui a duré
trois ans et qui a été dirigée par des économistes.
On ne dit pas: On augmente telle taxe, sans savoir comment cela affectera les
citoyens, comment cela affectera les contribuables et combien cela rapportera
au Trésor de la province, il me semble qu'il était
élémentaire que les commissaires nous donnent du moins pour les
taxes les plus importantes, pour les changements majeurs qu'ils recommandaient,
nous donnent une idée de la façon dont cela pouvait affecter le
contribuable et enrichir le trésor de la province.
M. le Président, mon temps achève, je crois. Je vois que
vous me faites signe. J'ai été obligé de faire vite, de
faire une revue d'ensemble du rapport, mais je termine ces quelques remarques.
J'espère que j'aurai d'autres occasions d'étudier plus en
détail certains chapitres qui sont très intéressants dans
ce rapport. Mais je termine en répétant ce que je disais au
début, que ce rapport, dans l'ensemble, m'a déçu
considérablement et que c'est tout simplement un instrument que fournit
la commission Bélanger au gouvernement pour qu'il puisse boucler ses
budgets futurs s'il continue la spirale des augmentations de dépenses.
Je l'ai dit et je le répète: Le rapport Bélanger passera
à la postérité comme la grande charte de l'augmentation
des taxes.
M. Richard Hyde
M. HYDE: M. le Président, mes premiers mots, comme tous les
autres députés qui vous ont adressé la parole, sont pour
vous rendre hommage et vous féliciter. Je crois que je peux le faire
avec peut-être plus de connaissance ou plus de sincérité
que plusieurs députés en cette Chambre puisque j'ai eu le
privilège et l'honneur d'occuper votre fauteuil pendant quelque temps.
Si je peux vous souhaiter une chose, c'est que la Chambre vous accorde la
coopération et la patience qu'elle m'a accordées pendant le temps
où j'ai été à votre place. Je voudrais, en
même temps, M. le Président, exprimer une pensée que j'ai
eue assez souvent lorsque j'étais à vo-
tre place et là je répète les paroles du
premier ministre et du chef de l'Opposition il y a quelques jours qu'on
pourrait insister plutôt sur un échange d'idées dans cette
Chambre au lieu d'un échange d'insultes.
Je crois qu'il est évident, que tout le monde s'attend, en venant
au parlement du Québec, de voir un « show », de voir quelque
chose de différent de ce qui se passe ailleurs et je ne crois pas que
l'on puisse jamais espérer que ces passages-là disparaissent
complètement. Mais je crois et cela prendrait seulement un peu de
bonne volonté des deux côtés de la Chambre que l'on
pourrait facilement améliorer le ton des débats en cette
Chambre.
Je voudrais en même temps, comme l'ont fait les autres
députés qui m'ont précédé durant le
débat, féliciter le proposeur et le secondeur de l'adresse.
I might say, Mr. Speaker, that I hadn't really planned on taking up more
time of the House and I can assure you that whenever I have occasion to speak,
I hope it will never be necessary for me to take up the full hour. I assure you
that it will not be necessary to note the time. I am not going to suggest that
you don't put down the time when I speak, but I think I can guarantee that
whenever I have something to say in the House, it will not take me an hour to
say it.
M. JOHNSON: Short and costly!
M. HYDE: If it takes more than an hour to say it, I think I would be
pleading a bad case.
M. JOHNSON: You are the taxman, aren't you?
M. HYDE: Cela pourrait prendre un peu de temps.
M. BELLEMARE: C'est un gros compliment pour le premier ministre, M.
Lesage.
M. HYDE: In any case, Mr. Speaker,...
M. BELLEMARE: Cela dure seulement trois heures.
M. HYDE: ...the only reason that I do want to say a few words is to
reply to some of the comments of the member for St. Jacques and his «
commentaires sur le rapport Bélanger. » He began by pointing out,
and he ended his speech by saying that: « he was « grandement
déçu du rapport Bélanger. » Je pourrais dire au
député de St-Jacques que moi, j'étais grandement
déçu de son appréciation du rapport Bélanger.
M. BELLEMARE: The great charter!
M. HYDE: Je ne voudrais pas m'engager dans une chicane avec le
député de Champlain, je vais laisser ça au premier
ministre.
M. BELLEMARE: Là, on aurait beau jeu par exemple. Vous avez
changé de siège.
M. HYDE: Je n'aurai pas l'occasion de le rappeler à l'ordre
personnellement...
M. BELLEMARE: Non, non, vous avez changé de siège...
M. HYDE: Il faudrait que je le fasse... M. BELLEMARE: Là,
j'aurais du plaisir.
M. HYDE: ...par votre entremise, M. le Président, mais
j'espère que ça ne sera pas nécessaire.
M. BELLEMARE: Là, ça serait le temps.
M. HYDE: Je n'ai pas l'intention de parler du député de
Champlain aujourd'hui et je me demande si j'aurai l'occasion d'en parler en
discutant de choses sérieuses.
M. GABIAS: On lui en doit un peu, au Président...
M. JOHNSON: On ne l'interrompera pas aussi souvent qu'il nous
interrompait quand il était sur le siège.
M. HYDE: A l'ordre, messieurs!
M. BELLEMARE: Il n'y a rien de plus mécanique.
M. GABIAS: Il n'a pas changé...
M. HYDE: C'est un réflexe qu'il est difficile de perdre.
M. BELLEMARE: Les mauvaises habitudes, ça revient au galop.
M. HYDE: Mais franchement, M. le Président, le
député de St-Jacques a indiqué qu'il a lu et relu le
rapport Bélanger. It seems to me that he must have read it and reread it
and each time that he reread it he understood it a little bit less. The main
point. I think, that the Member for St. Jacques did not appreciate, or did not
mention, is that the « rapport Bélanger » is an
exhaustive study from A to Z of the whole field of taxation.
It was not intended to be a review of the existing method of taxation in
the Province, either provincial or municipal or school taxation. Its mandate
was not to inquire into federal taxation although naturally it had to make
comparisons with the federal field of taxation. The purpose of the report was
to survey the whole field from beginning to end and to come up with certain
recommandations. The Member for St-Jacques in dealing with it, taking a little
piece here and a little piece there, the parts that suited him for the
arguments that he wanted to put forth, was treating the Bélanger Report
as a « projet de loi ». To hear his arguments, one would have
thought that he was speaking on the second reading of a bill dealing with
taxation, and that it was something that had to be accepted « en bloc
» for the parts that he felt that he wanted to deal with, or that it was
a question of simply accepting of rejecting particular sections, or the report
as a whole, and to make it the law of the Province without any further
study.
I think I can assure the Member for St-Jacques and the people of the
whole Province that there is no question whatsoever, the Prime Minister
has made this very clear there is no question whatsoever taht this is to
become a « projet de loi ». It is receiving very active study in my
own department. There is a committee of three or four of my superior officers
who are doing nothing else but working on the Bélanger Report, and its
various aspects. They are working full time, with the cooperation and
assistance of any other employees in the department whom they may need from
time to time. I am quite sure that the same thing is happening in other
departments in Municipal Affairs and in Education, studying the various
recommendations affecting their departments.
It is not something that is before the House to be decided one way or
the other. It is a vast report which has been commented by the Press, not
necessarily as the Member for St-Jacques has suggested, quoting the «
communiqués de presse » that were issued with the report, it has
been discussed objectively, it has been discussed completely, and I have yet to
see any report or comment on the Bélanger Commission Report that has not
been full of praise for the people who put it together. Naturally, the same as
the Member for St-Jacques, anyone can pick up a volume of some 600 pages and
pick out something in it that he does not like. The Member for St-Jacques
mentioned the hair cuts. Of course the first thing we saw in the papers was
that we are going to be taxed on hair cuts. The Member for
St-Jacques went on to explain that that was not necessarily the only
thing that would be taxed, that it was a question of taxing services, but the
fact that the example was given concerning hair cuts explains why some people
seemed to seize on that and think it to be so important.
What struck me most was that the Member for St-Jacques, for whom I have
the greatest respect when it comes to figures and the laws of our Province in
general, when he contents himself with taking isolated extracts from the report
and trying to draw conclusions. One of the first things he did was to make the
distinction between « les taxes progressives et les taxes
régressives ». In the report and on the page that the Member for
St-Jacques referred to, they make it very clear what they understand by «
taxes progressives » and what they mean by a « taxes
régressives », but not in the sense that the Member for St-Jacques
used when he was speaking. It is not « progressive » in the sense
of progressive for the economy of the Province or regressive for the economy of
the Province.
It is a simple definition of the tax itself, it is progressive tax if
the tax goes up and the rate goes up, against the base on which the tax is
imposed.
M. DOZOIS: Mr. P resident, if you permit me, I think the member for
Westmount did not understand what I said. I quote page 30 when they say...
M. HYDE: Page 29.
M. DOZOIS: No, 30, I think.
M. HYDE: Page 29.
M. DOZOIS: When they say that our fiscal policy is more progressive in
Quebec due to the fact that, that is 30 on the very beginning of the page:
« Au niveau provincial d'imposition... »
M. HYDE: Mr. Speaker, I am very happy to accept the member for
St-Jacques's explanation and I hope that I can say that I was wrong in the
interpretation. It certainly struck me that the way he cited certain extracts
and then gave his interpretation afterwards, it seemed to me that he has
misunderstood entirely the explanation given in the report...
M. DOZOIS: No, non, not at all.
M. HYDE: If I was wrong, I am glad to
acknowledge that the member for St-Jacques had no such intention. But he
did say again on page 45 of the report which is the end of chapter three, the
last paragraph in chapter three, the member for St-Jacques took the trouble to
quote the whole of the lastparagraph, of the concluding paragraph of that
chapter, but he left out the last sentence.
M. DOZOIS: Oh, it did not change anything, no, not at all.
M. HYDE; The member for St-Jacques says that it did not change
anything...
M. DOZOIS: Not at all.
M. HYDE: ... but the last paragraph in this chapter talks about: «
Economie plus fable pour la province de Québec, les revenus
inférieurs et besoins plus grands, telles sont les données qui
semblent enfermer le Québec comme dans un cercle ». He goes on to
read the explanation, but he did not read the last sentence and I think it is
important that it should be read: « C'est en gardant à l'esprit
toutes ces réalités que nous avons cherché à
adapter au Québec des structures fiscales qui produrent à l'Etat
des revenus à la mesure de ses besoins sans gêner le
développement économique et social ». In other words, they
go right back to the beginning of the report and they explain how they have
looked at the whole problem and how they have tried to bring in recommendations
in the report which will suit the particular requirements of the Province of
Quebec, not to try to suit other provinces, not to try to suit the Federal
Government, but to suit the needs, the requirements and the possibilities of
the Province of Quebec as it exists today. He cited, oh he cited as an isolated
exemple one of the recommendations, at page 99, recommendation number 6 in
chapter five: « Le gouvernement du Québec ne devrait pas
hésiter à recourir davantage à l'impôt sur le revenu
des particuliers ». He cited that and that was a terrible thing fot the
commissioners to recommend.
M. DOZOIS: No, I did not say that.
M. HYDE: Later on, the member for St-Jacques did come back to explain
other considerations which the commissioners had in mind, but he did not bother
to cite the text which appears immediately before the recommendation: «
Il ne faut pas craindre de relever le taux de l'impôt » et
ici l'on parle de l'impôt sur le revenu des particuliers «
pourvu qu'il demeure dans les limites raisonnables par rapport à celui
des provinces voisines ». The member for St-Jacques mentioned in dealing
with another aspect that we don't need to worry about what the taxes are in the
neighbouring provinces or in the United States, in States bordering on Quebec,
but I think he knows and he must realize that taxes existing in our neigbouring
provinces are going to have a great effect on the taxation that can exist in
the Province of Quebec.
M. DOZOIS: It is all right.
M. HYDE: And the commissioners deal with it in the report. They deal
within the details. They say that if you increase the taxes on cigarettes for
example, out of proportion in the Province of Québec, you are simply
going to end up with a lot of smuggling from the other Provinces coming in. The
same as we have seen before and it is going to solve nothing. The Province will
get nothing in the way of taxation.
I do not want, I certainly do not want to follow the Member for
St-Jacques on his discussions of the report where it concerns taxation in the
education field. I did not want to interrupt him while he was speaking but it
seems to me that he was bordering on « un débat antérieur.
» We have already discussed all aspects of education. He was generally
satisfied he said, with the aspects of the chapter dealing with municipal
taxation. But the point that I felt he missed out all together was that here is
a report which has been universally acclaimed, which has been sought out by tax
commissions in the other Provinces.
People across Canada are interested in the Bélanger Report
because it is the first of the series to set out in a clear and understandable
manner the whole picture of taxation, and my criticism of the Member for
St-James is that he has dealt with it as though we had before us a number of
set, determined proposals which were to be accepted or rejected by the House. I
can assure him that not one of these is before the House at the present time
and they will not come before the House until a great deal of study and
detailed work has been done on each and everyone of them.
M. FORTIER: M. le Président... M. Maurice Bellemare
M. BELLEMARE: M. le Président, je voudrais tout d'abord vous
offrir mes félicitations
les plus sincères pour votre élévation à ce
poste prestigieux de l'Assemblée législative. D'ailleurs, vos
qualités de coeur et d'esprit et votre formation universitaire comme
avocat vous prédisposaient à ces charges très imposantes.
Québécois ayant fait du service dans l'armée canadienne et
surtout dans l'état-major, vous avez acquis une expérience
d'ambassadeur dans plusieurs pays qui vous a préparé à ces
immenses responsabilités. Je vous présente donc mes voeux et vous
offre ma plus généreuse collaboration. Ce sera peut-être
difficile en certaines circonstances à cause de mon caractère qui
est un peu fait de latin et de « canayen », mais j'essaierai de
comprendre vos bonnes remarques et vos rappels à l'ordre.
Je voudrais aussi féliciter très sincèrement le
Secrétaire de la province pour l'honneur qui lui a été
conféré, pour le titre qu'il a reçu de « Roi des
Acadiens » dans une grande démonstration où M. Prince,
tribune de la presse, représentant officiel de la Presse ici pendant de
nombreuses années, a lui aussi été
décoré.
Je voudrais aussi féliciter le proposeur et le secondeur de
l'Adresse et leur dire qu'ils ont fait des débuts fort prometteurs. En
entendant le secondeur, M. le député de St-Maurice dire: J'aurai
maintes occasions de revenir à la charge, je me rappelais mon premier
discours en cette Chambre. Lorsque je siégeais tout au fond,
là-bas, au dernier siège, j'avais secondé l'Adresse du
Trône en 1945 et en terminant j'avais dit: Je reviendrai, M. le
Président, plusieurs fois au cours des débats pour vous expliquer
mon attitude. A la fin de l'année, à la fin de la session, le
chef de l'Opposition m'avait dit; Quand reviendrez-vous faire un nouveau
discours?
Je dis donc aux honorables députés que je suis très
heureux de les avoir entendus dans cette Chambre. J'en ai un comme voisin, un
parfait gentilhomme: le notaire Trépanier, député de
St-Maurice, et je sais qu'il est extrêmement sympathique et c'est avec
regret que je vois pour lui des difficultés extraordinaires pour cette
année au point de vue...
Qu'est-ce que vous voulez, il sera, comme nous tous, appelé
à subir les foudres de l'électorat, et j'espère bien, M.
le Président, qu'il prendra sa défaite comme un grand
parlementaire et surtout un homme qui sait se résigner aux grandes
épreuves...
M. LAPORTE: Il pourra prendre sa victoire avec beaucoup de courage.
M. BELLEMARE: M. le Président, dans cette Chambre, ici, nous
avons vu, depuis la der- nière session, la disparition de deux grandes
figure politiques: un député depuis 1944, l'honorable
député de Maskinongé, qui a été mon
collègue pendant 22 ans et qui, aujourd'hui, malheureusement, est parti
à un âge très jeune. Je n'ai pas besoin de vous dire que
j'assistais hier aux funérailles d'un autre vieux collègue qui a
été élu en même temps que moi, en 1944, le
député de l'Assomption, M. Chartrand. Ce sont des deuils cruels
pour moi, parce que, lorsque nous sommes arrivés ici, en 1944, nous
sommes arrivés un peu comme membres d'une même famille, d'une
grande équipe. Lorsque je revois ceux qui sont arrivés en
même temps que moi, les 62 nouveaux députés qui sont
arrivés dans la Chambre, on était 92 députés, il y
en avait 30 anciens qui ont été réélus, mais il y
en avait 62 nouveaux parmi les libéraux et l'Union nationale. Quand je
regarde les noms des 62 nouveaux, qui ont été élus en
même temps que moi en 1944, je vois qu'il y a 41
décédés. Il n'en reste plus qu'un en Chambre qui
siège présentement et c'est votre serviteur le
député de Champlain. Comment, dans 22 ans, M. le
Président, la vie publique peut semer de deuils cruels et surtout
changer toute une Assemblée législative!
M. le Président, M. Elie était ici avec M. Ducharme, parce
qu'ils appartenaient à l'équipe qui sont des plus anciens parmi
les 30 autres qui ont été réélus en 1944. Alors les
doyens sont certainement M. Elie et M. Ducharme qui m'ont
précédé; un en 1931 et l'autre en 1935.
M. le Président, je voudrais simplement aujourd'hui, diviser en
trois parties ce que je voudrais dire le plus rapidement possible,
l'exposé que j'ai à faire à cette honorable Chambre.
D'abord, je voudrais vous parler d'abord un peu des relations
fédérales-provinciales, qui concernent l'autonomie de la
province. Deuxièmement, je voudrais attirer votre attention sur certains
championnats particuliers au ministère du Travail et, enfin, quelques
mots de l'entreprise privée.
M. le Président, le discours du Trône nous dit d'abord avec
beaucoup d'éloquence: « L'année qui vient de commencer sera
d'une grande importance sur le plan fédéral-provincial. Plusieurs
conférences sont à prévoir au niveau de premiers
ministres, de même qu'à celui des ministres. Le comité de
régime fiscal, à cause de la nature de ces travaux, mettra en
limière le rôle que le Québec peut et doit jouer au Canada.
Mon gouvernement maintiendra son attitude ferme et positive en visant à
une répartition plus saine et plus efficace des responsabilités,
il épaulera avec plus de vigueur que jamais l'effort d'affirmation de sa
population dans le res-
pect intégral les droits que la constitution lui reconnaît
».
M. le Président, cette phrase qui était inscrite dans le
discours du Trône, lue par Son Excellence le lieutenant-gouverneur,
aurait pu être aussi bien être écrite par l'ancienpremier
ministre, l'honorable M. Duplessis, et M. le Président, si vous me le
permettez, je pourrais vous citer comme affirmation d'un autonomiste qu'il
était, cette phrase particulièrement merveilleuse que nous
retrouvons dans le premier mémoire qu'a soumis le gouvernement de la
province de Québec, à la conférence
fédérale-provinciale, le 25 avril 1946. Cette conférence
fédérale-provinciale, M. le Président, se tenait à
Ottawa et voici ce que déclarait l'honorable M. Duplessis, à
Ottawa, le 25 avril 1946, dans un climat bien différent de celui qui
existe aujourd'hui. Il disait ceci: « L'autonomie des provinces ne peut
être sauvegardée en substituant un subside fédéral
à l'indépendance financière des provinces. La
souveraineté et l'autonomie des provinces sont à l'antipode de
toute tutelle fédérale. La province de Québec, entre
autres, a atteint sa majorité depuis longtemps. Il est facile de
convenir que la tutelle ou la curatelle est incompatible avec les droits,
prérogatives et libertés qui sont l'apanage de la province et qui
lui sont reconnus par la constitution canadienne. Les droits exclusifs des
provinces en matière de législation sociale, d'éducation,
de droit civil, de travail, doivent être intégralement
consevés et sauvegardés, si la confédération
canadienne doit survivre ». Cela, M. le Président, c'était
la voix du plus grand autonomiste que la province de Québec n'ait jamais
eu dans aucun parlement de ce Dominion, et il le faisait avec toute sa
sincérité.
Il le faisait comme un homme imbu de sa responsabilité comme
premier ministre du Québec et comme représentant dans cette
province d'une minorité au sein de la confédération
canadienne. J'étais heureux d'entendre ces jours derniers l'honorable
premier ministre prononcer ces paroles qui sont rapportées à la
page 570 du journal des Débats de l'Assemblée législative:
« Jamais, et toute la correspondance a été
déposée ici, nous n'avons quémandé. Au contraire,
nous avons toujours exigé la reconnaissance de nos droits
constitutionnels. Le Québec, comme je viens de le dire, a toujours tenu
à une répartition claire des responsabilités entre les
secteurs du gouvernement au Canada. Ce n'est pas là une exigence
nouvelle. Non, disait M. Lesage, même si elle s'exprime aujourd'hui plus
fortement et plus affirmativement que jamais. » M. Lesage disait encore,
à la page 571 du journal des Débats: « Il n'en reste pas
moins cependant que l'émergence d'un statut particulier pour le
Québec provient beaucoup moins d'une prise de position juridique de
notre part que de l'évolution actuelle de notre régime politique
où la plupart des autres provinces ne rejettent pas l'idée d'une
centralisation plus grande des pouvoirs à Ottawa alors que nous, au
contraire, nous tenons à une réelle décentralisation.
» C'était l'honorable premier ministre qui prononçait ces
paroles en Chambre le 10 février.
C'est encore l'honorable premier ministre qui, le 11 février
1966, comme le rapporte le journal des Débats à la page 591
disait: « Qu'est-ce que l'essentiel? L'essentiel, eh bien, c'est que le
Québec contrôle lui-même, pour atteindre ses propres
objectifs, les leviers économiques, financiers, sociaux, administratifs
et politiques qui lui sont nécessaires à cette fin. Nous avons
déjà certains de ces leviers; nous pouvons en créer
d'autres. Dans l'immédiat, deux objectifs doivent surtout retenir notre
attention. D'un côté, disait M. Lesage, le Québec doit dans
les domaines de sa compétence jouir de l'autonomie budgétaire
totale. De l'autre, il doit détenir les ressources fiscales et
financières voulues pour s'acquitter de ses responsabilités.
»
M. le Président, 1966! Allons voir un peu si celui qui
aujourd'hui dans la province, et nous sommes d'accord avec ses
déclarations d'aujourd'hui allons voir un peu dans son
passé politique et dans le passé de ces honorables messieurs qui
sont en face de moi s'ils ont toujours prêché cette doctrine que
nous, de l'Union nationale, avons respectée, avons défendue et,
surtout, avons gagnée. Allons-y voir! Ces honorables messieurs, mes
honorables amis d'en face sont les descendants politiques directs de ceux qui,
dans cette Chambre, en 1942, faisaient passer cette loi indigne du parlement
québécois: le chapitre 27. Et l'honorable chef du gouvernement,
s'appelait M. Godbout. Qu'est-ce qu'il disait à ce chapitre 27? En 1942,
M. Godbout apportait une loi devant les Chambres: « Loi concernant une
convention entre le gouvernement fédéral et la province pour la
suspension de certaines taxes en temps de guerre », sanctionnée le
13 mai 1942. Il disait: « Attendu que l'Acte de l'Amérique du Nord
britannique autorise le parlement fédéral à imposer des
taxes de toute espèce et les législatures provinciales à
imposer des taxes directes; « Attendu que pour permettre au Canada de
fournir dans la poursuite de la présente guerre un effort maximum, il
est nécessaire que le
parlement fédéral exerce seul le pouvoir d'imposer des
taxes directes sur le revenu, sur les corporations. » Les «
attendus » continuent. « Attendu que le gouvernement
fédéral est disposé à verser à la province
une compensation adéquate, etc., etc. » Cela a été
voté en Chambre par une équipe libérale, par une
équipe qui, dans ce temps-là, disait appuyer les centralisateurs
d'Ottawa. Et aujourd'hui, ce sont les mêmes hommes qui sont devant moi,
les successeurs d'un grand parti libéral qui était dans ce
temps-là sous l'égide du premier ministre du temps, M. Godbout,
prêt à aller cirer les bottes des soldats en Angleterre.
Allons un peu plus loin et plus près de nous. Regardons, M. le
président, au chapitre 6, Loi sur les allocations familiales
sanctionnée le 22 février 1945. Les honorables amis qui ont
toujours l'autonomie dans la bouche, qui sont toujours prêts à
dire: Nous sommes contre le fédéral, nous voulons imposer notre
point de vue concernant l'autonomie...
Qu'est-ce qu'ils ont fait, ces honorables messieurs, quand ils
étaient à notre place dans l'Opposition ici? Est-ce qu'ils
votaient pour les allocations familiales? Est-ce que, dans ce temps-là,
ils appuyaient le gouvernement du temps pour revendiquer qu'on nous remette,
à nous, l'administration des allocations familiales? Allons-voir
ça, M. le Président, c'est de l'histoire, c'est écrit dans
chapitre 6 vous allez trouver ça en 1945
sanctionnée le 22 février 1945: « Attendu que la famille
est la cellule fondamentale de la société et qu'il importe d'en
assurer la stabilité et l'épanouissement et de l'aider à
remplir sa mission; « Attendu qu'il est dans l'intérêt
public que l'Etat collabore avec les parents pour donner aux enfants la
formation physique, intellectuelle et morale à laquelle ceux-ci ont
droit et qui leur permette d'apporter leur pleine contribution à la vie
intellectuelle et culturelle du pays; « Attendu que l'Etat doit une
sollicitude particulière aux familles nombreuses et que l'un des
meilleurs moyens de leur venir en aide est l'établissement d'un
système d'allocations familiales, convenablement réparti; «
Attendu qu'il est désirable d'établir un système
d'allocations familiales avec la coopération des autorités
fédérales et sans porter atteinte aux droits constitutionnels de
la province, à ces causes, sa Majesté, de l'avis et du
consentement du Conseil législatif et de l'Assemblée
législative, décrète ce qui suit. »
Et, M. le Président, vous avez la loi. Est-ce que ces honorables
messieurs qui veulent récupérer aujourd'hui des allocations
familiales ils s'en font un cheval de bataille pour la pro- chaine
élection provinciale. Est-ce qu'ils ont voté avec le gouvernement
dans le temps? Est-ce que ces dignes successeurs du parti libéral sont
prêts à admettre qu'ils ont aidé le gouvernement en place
dans le temps, à récupérer les allocations familiales?
Non, M. le Président. Vous retrouvez dans les journaux de
l'Assemblée législative, le 20 février 1945, ceci,
à la page 48: « L'honorable M. Duplessis propose que le bill soit
maintenu une troisième fois et, la motion étant mise aux voix,
votent pour; MM. Barré, Beaulieu, et Bellemare, (votre serviteur);
votent contre: MM. Bienvenue, Casgrain etc..
M. LAPORTE: Humble!
M. BELLEMARE: ... libéral, M. Côté, libéral,
M. Dansereau, libéral, M. Drouin, libéral M. Dubreuil,
libéral, M. Duffy, libéral, M. Dumaine, libéral, M.
Dumoulin, libéral, M. Dupré, l'honorable conseiller
législatif, libéral, MM. Filion, Francoeur, Godbout, Gosselin,
Guérin, Hamel, Hart, Joyal, Kirkland, Long, Leduc, Marier, Mathewson,
Morin, Mercier, O'Connor, Claude Roberge, Robidoux, Ross, Sabourin, Samson et
Sylvestre.
M. le Président, tous ces honorables messieurs, au lieu
d'apporter un vote unanime en faveur d'un geste autonomiste, à ce
moment-là ont voté contre.
M. LAPORTE: C'est curieux, je ne m'en rappelle pas.
M. BELLEMARE: Allons donc voir ça, M. le Président. J'en
ai une bonne pour vous.
M. LAPORTE: Oui, généralement elles sont bonnes.
M. BELLEMARE: M. le Président, allons voir un peu plus loin. Au
chapitre 7, en 1945, une loi sanctionnée le 24 mai, qui portait comme
titre: Loi pour assurer la sauvegarde des revenus essentiels de la province:
«Attendu que la Confédération est le résultat d'un
pacte entre les provinces canadiennes; « Attendu qu'il est de l'essence
même du pacte fédératif que les provinces et en particulier
celle de Québec possèdent les pouvoirs de taxation
nécessaires à l'exercice intégral de leurs droits; «
Attendu qu'en 1941, par une loi 4, 5, George VI, chapitre 14, le parlement
fédéral a pénétré dans un domaine de
taxation jusque là réservé aux provinces, à savoir
l'impôt successoral; « Attendu qu'en 1942, par la loi 6, George
VI,
chapitre 27, décrétant obligatoire une convention entre le
gouvernement du Canada et le gouvernement de la province, celui-ci abandonnait
au Dominion, de la manière décrétée par ladite loi,
quelques-unes de ses plus importantes sources de revenu du Québec,
notamment l'impôt sur les corporations et l'impôt sur le revenu;
« Attendu que la province se trouve, par suite de l'application de ces
mesures, depuis plusieurs années, en présence d'une situation de
fait établie et que, dans les circonstances actuelles, il est à
propos de négocier d'abord avec le gouvernement fédéral en
vue d'un règlement à l'amiable qui respecte les droits et les
intérêts de la province de Québec. « A ces causes, Sa
Majesté, de l'avis et du consentement du Conseil législatif et
l'Assemblée législative décrète ce qui suit »
... et la loi.
Est-ce que ces honorables autonomistes aujourd'hui ont voté en
faveur d'une loi comme celle-là? Est-ce que ces gens-là, qui
avaient le moyen et l'outil nécessaire pour la juste revendication des
droits du Québec en face d'un gouvernement centralisateur à
Ottawa, ont fait valoir l'autonomie de la province par un vote
désintéressé? Non, M. le Président.
Qu'est-ce qu'on y voit? Et c'était là une loi pour
récupérer l'impôt sur les successions. Qu'est-ce qu'ils ont
fait? Vous trouvez ça dans les journaux de l'Assemblée
législative à la page 343 le 4 mai: « Loi pour assurer la
sauvegarde des revenus essentiels de la province. La motion étant mise
aux voix, la Chambre se divise et fait sur la demande qui est faite, les noms
sont enregistrés et la motion principale étant mise aux voix la
Chambre se divise et sur la demande qui en est faite par le premier ministre
les noms sont enregistrés comme suit; Les honorables
députés MM. Barré, Barrette, Beaulleu, Bégin,
Bellemare ah, j'ai voté pour. Bon. Bergeron et les autres.
Qui a voté contre cette loi autonomiste? Contre? Ceux qui disent
que l'autonomie de M. Duplessis c'était une autonomie
négative.
M. PARENT: C'est ça!
M. BELLEMARE: Allons voir ceux qui ont voté contre cette loi qui
était une loi pour récupérer des droits essentiels
à la survie du Québec. Allons voir ça! Nous y trouvons M.
Bienvenue, M. Choquette, M. Côté, M. Drouin, M. Dumoulin, M.
Fillion, M. Godbout, M. Groulx, M. Hamel, M. Marcheson, M. Mercier, M. Morin,
M. Ross et M. Sylvain.
Vous allez dire, M. le Président, que c'est tout! Non. Allons
voir un peu plus loin en 1950.
Les autonomistes d'aujourd'hui, les gens qui se parent des plumes des
autres. Allons voir ça! C'est le chapitre 14, 1950 sanctionné le
5 avril. Loi pour aider la diffusion et l'instruction et la protection de la
santé. C'était ni plus ni moins que la loi des loteries
provinciales. C'était une affirmation chez nous d'un droit
constitutionnel et d'un droit surtout prioritaire, d'un droit autonomiste;
« Attendu que des loteries étrangères drainent chaque
année hors de la province à son détriment de fortes sommes
qui pourraient y être employées très utilement pour
l'éducation et pour la santé. » On en parlait en 1950, nous
autres. « Attendu que ces sommes constitueraient une importante source de
revenus capables de procurer à un grand nombre de personnes et de
familles qui en sont privées par le manque de ressources
financières, le bénéfice de l'instruction à tous
les degrés et les soins médicaux, chirurgicaux et hospitaliers
dont ils ont besoin; « Attendu que l'organisation d'une loterie
provinciale améliorerait beaucoup la situation; « A ces causes, Sa
Majesté etc.. » et la loi.
Allons voir, M. le Président, ceux qui étaient pour cette
loi qui était une affirmation encore dans le domaine autononiste de la
récupération de nos droits pour la santé, pour
l'instruction de nos enfants. Vous allez me dire, M. le Président, ces
honorables messieurs vont me dire; Allons donc, ils ont tous voté pour!
Non, M. le Président.
M. LAPORTE: Non.
M. BELLEMARE: Le vote, M. le Président, et c'est textuellement
dit comme ceci à la page 324 des journaux de l'Assemblée
législative; « L'honorable M. Duplessis propose que le bill soit
lu une deuxième fois, la motion étant mise aux voix, la Chambre
se divise et l'adopte. » Et à la troisième lecture, la
même chose; « La motion pour que ce bill soit maintenu une
troisième fois est mise aux voix et la Chambre se divise et l'adopte.
» Mais à ce moment-là, les libéraux ont voté
contre.
Allons voir maintenant un peu plus près de vous. En 1954 au
chapitre 17, « Loi sanctionnée le 5 mars 1954, Loi assurant
à la province les revenus nécessités par ses
développements. » Qu'est-ce que nous y voyons? Le
préambule; « Attendu que les progrès extraordinaires dont
bénéficie la province depuis quelques années
entraînent des dépenses gouvernementales sans cesse croissantes en
particulier dans le domaine de l'éducation et de la santé
publique; « Attendu qu'il est essentiel à la survivance
des provinces qu'elles aient à leur disposition les ressources
financières nécessaires à l'exercice de leurs droits et
à l'accomplissement de leurs obligations; « Attendu que la
Constitution canadienne reconnaît aux provinces la priorité en
matière de taxation directe; « Attendu que la province
désire coopérer avec l'autorité fédérale
pour établir un régime fiscal juste, approprié et conforme
à l'esprit et à la lettre du pacte fédératif; ...
« Attendu que, dans cet esprit de coopération la province, depuis
1946, ne s'est pas prévalue de ses lois en matière d'impôt
sur le revenu. « Attendu qu'il serait injuste et préjudiciable
à la province qui a si longtemps été privée d'une
source de revenu où elle a priorité de droit et qui lui est
nécessaire pour faire face aux besoins nouveaux résultant de son
vigoureux essor; « Attendu que dans les circonstances il convient
d'établir pour une période de trois ans à compter du 1er
janvier 1954 les impôts prévus par la présente loi,
lesquels correspondent à une petite fraction seulement de ce que le
pouvoir fédéral perçoit dans le domaine de la taxation
directe; « A ces causes Sa Majesté, du consentement du Conseil
législatif, de l'Assemblée législative du Québec
décrète ce qui suit... » suit la loi.
C'était là un geste autonomiste! C'était
l'affirmation catégorique par tout un parlement de nos droits essentiels
à notre vie: la taxation directe sur l'impôt sur le revenu. Qu'ont
fait les honorables messieurs qui aujourd'hui se disent autonomistes? Allons
voir ça, M. le Président. C'est rapporté, d'abord,
à la page 494 pour les résolutions et c'est rapporté
à la page 495 pour la troisième lecture. L'honorable M. Gagnon
propose que le bill soit maintenu lu une troisième fois. Et la motion
étant mise aux voix, la Chambre se divise et sur demande qui en est
faite, les noms sont enregistrés ainsi que suit:
Pour: MM. Barré, Barrette, Beaulieu, Bégin, Bellemare,
Bertrand, Blanchard, Boudreau, Bourque, Caron, Chalifour, Chartier, Chartrand,
Cloutier, Cottingham, Couturier, Desjardins, Dubé, Ducharme, Duplessis,
Elie, Gagnon (Matane), Gagnon (Matapédia), Gérin, Hanley,
Hébert, Jeannotte, Johnson, Leclerc, Lesage c'est Bill
celui-là Lizotte, Lorrain, Marcotte, Miquelon, Ouellet, Paquet,
Plourde, Poirier, Poulin, Pouliot, Prévost, Provençal, Raymond,
Riendeau, Rivard, Roche, Roy, Sauvé, Somerville, Talbot, Tellier,
Thibault.
Qui a voté contre cette loi-là? Une loi d'af- firmation
d'autonomie, M. le Président, pas une loi contre la constitution
canadienne. Une loi pour reconnaître chez nous des droits prioritaires:
l'impôt direct sur le revenu. Qui a voté contre?
M. PARENT: Les méchants.
M. BELLEMARE: Et je vois, M. le Président, à la page 95,
avec toute la déférence que j'ai pour votre honorable personne:
M. Bédard, M. Bélanger, l'honorable M. Couturier, l'honorable M.
Dupré, à la Chambre haute, M. Earl, M. Boulais, M. Hamel, M.
Kirkland, M. Lafrance, l'autonomiste imaginez-vous,...
M. LAPORTE: Je lui direz.
M. BELLEMARE: ... M. Lalonde...
M. LALONDE: Bien oui, qui a gagné?
M. BELLEMARE: ... M. Lapalme, M. Ledoux, M. Lemieux, l'honorable M.
Marier, M. Marquis, M. Montpetit, M. Noël, M. Pinard, M. Rochon, M.
Savard. Ils ont voté, M. l'Orateur, contre. C'était une loi
d'autonomie, d'affirmation. Ils ont voté contre.
M. PARENT: C'est inconcevable.
M. BELLEMARE: Et, M. le Président, vous allez dire que, dans ce
temps-là on ne comprenait peut-être pas bien ça autonomie.
Bien non, je ne dis pas ça, vous la compreniez dans ce temps-là.
Mais il y avait un esprit de parti. C'est tellement vrai, M. le
Président, que l'on retrouve dans la même période à
Ottawa, en 1954, un discours prononcé par l'honorable premier ministre
de cette province, l'honorable Jean Lesage. Eh bien, qu'est-ce qu'il disait
à la Chambre des communes le 14 avril 1954, l'honorable M. Lesage,
l'autonomiste d'aujourd'hui, l'homme qui a découvert l'autonomie
lorsqu'il est arrivé dans Québec, lui qui à Ottawa
était le pire des centralisateurs? Qu'est-ce que nous voyons dans les
documents officiels? Qu'est-ce qu'il disait de la province de Québec, M.
le Premier ministre quand il était ministre à Ottawa? Allons-y
voir. M. le Président, le 14 avril 1954, il disait, et c'est savoureux:
« Mais je reviens à la province de Québec: $70 millions
déductibles pour les corporations, $15 millions déductibles
à 5% de l'impôt personnel sur le revenu, grand total
déductible de $85 millions comparativement à $113 millions
qu'elle aurait pu recevoir si elle avait signé les ententes
» Alors, M. le Président, pour
le premier ministre d'aujourd'hui, alors dans la juridiction
fédérale en 1954, pour lui, ce n'était pas une question
d'autonomie, c'était une question de dollars et de cents...
M. LALONDE: Voyons, voyons!
M. BELLEMARE: ... C'était dans ce temps-là: Si elle
n'avait pas signé les ententes, elle aurait reçu $113 millions.
Allons voir plus loin, M. le Président, ce qu'a dit à ce
moment-là l'honorable premier ministre. Il disait: « Nous ne
l'oublions pas, M. l'Orateur, et ici je ne critique pas, je constate les faits
connus de tous.
C'est à la suite d'une action unilatérale de la
majorité de la Législature de Québec. Imaginez-vous donc,
M. le Président, c'était, d'après l'honorable premier
ministre d'aujourd'hui, une action unilatérale de la majorité de
la législature de Québec. Je crois bien quand on a fait voter
cette loi-là, en 1954, les libéraux qui étaient en Chambre
ont été se cacher pour la plupart. Continuons: action prise en
toute connaissance des faits que la loi fédérale ne
prévoit qu'une déduction possible de 5%. Allons un peu plus loin,
et c'est là qu'on retrouve cette belle anecdote du premier ministre:
« La double taxation, disait l'honorable M. Lesage, est due uniquement
à la décision du gouvernement de Québec, qui voudrait bien
cependant en faire porter l'odieux au gouvernement canadien. Cela me fait
penser à ce petit garçon qui tirait la queue du chat et qui
répondit à son père qui lui disait: « Cesse donc de
tirer la queue du chat! Ce n'est pas moi qui tire, papa, c'est le chat.
»
M. LAPORTE: C'est bon!
M. BELLEMARE: C'était le gros argument de l'honorable premier
ministre quand il était à Ottawa, la queue d'un chat, pour lui,
l'autonomie provinciale, ce n'était pas la queue, c'était le chat
du Québec qui tirait, c'était Québec qui s'affirmait,
c'était Québec qui disait: Non, nous avons, chez nous, des
responsabilités en santé et en éducation et nous allons
imposer le double fardeau de la double taxation, mais nous allons faire de
l'autonomie positive. Allons voir, M. le Président, dans ce fameux
discours de l'honorable premier minstre, si nous ne trouverons pas quelque
chose d'extraordinaire. Ecoutez ça, M. le Président, vous qui
êtes un avocat célèbre, écoutez ça: «
D'ailleurs, la théorie du droit prioritaire des provinces conduit
à l'absurde. » Je ne sais pas s'il a changé d'idée
aujourd'hui, quand il va à Ottawa puis qu'il dit: priorité dans
les besoins, priorité dans le fi- nancement de la province,
priorité dans les subventions. Il disait à ce moment-là:
« D'ailleurs: la théorie du droit prioritaire des provinces
conduit à l'absurde. »
M. le Président, je voudrais, dans ce merveilleux discours que
j'ai conservé dans mes fiches, très précieusement, vous
lire à la page 18, un peu le résumé de sa pensée:
En définitive ce que l'on nous demande, à nous du
fédéral, c'est de reconnaître au gouvernement du
Québec, le privilège de décider, lui-même, à
sa guise par une action unilatérale du montant du revenu qu'il veut
venir chercher dans le trésor fédéral. Imaginez-vous la
conception de cet homme qui, alors dans la juridiction fédérale,
disait que c'était pour Québec, le privilège de
décider à sa guise, par une action unilatérale, ce qu'on
pouvait aller chercher dans le trésor fédéral. Quand la
constitution est claire, quand l'Acte de l'Amérique du Nord britannique
nous reconnaît à nous des droits exclusifs, directs, et,
d'ailleurs, c'est le fédéral qui est venu nous les emprunter pour
ne jamais nous les remettre. On les avait ces droits-là. Et M. Lesage
dit: « Ce qu'on nous demande, en d'autres termes, c'est le pouvoir, pour
le Québec, de taxer non pas ses contribuables, mais le gouvernement
canadien. » Avez-vous vu « plus meilleur »?
M. le Président, ce que dit M. Lesage: « Ce n'est
qu'après avoir mûrement pesé toutes les conséquences
de l'acte que l'on nous a invités à poser, que nous en sommes
venus à la conclusion que nous ne pouvions accepter la proposition du
Québec qui nous était faite. » Cinq pour cent! M. Duplessis
disait dans sa loi, 10%, ça faisait 15%. Ce n'est qu'après les
ententes qu'il y a eues à l'hôtel Windsor, à
Montréal, entre très honorable Louis St-Laurent et M. Duplessis,
qu'il y a eu une entente entre les deux hommes, entre la juridiction
fédérale etprovinciale pour que le montant de 10% puisse
être déductible. Nous nous sommes réjouis de cette grande
victoire autonomiste qui était la concrétisation d'une lutte
qu'avait fait M. Duplessis depuis des années.
Seul quand tous les autres l'abandonnaient, quand tous les autres
premiers ministres du pays signaient les ententes, M. Duplessis, seul, dans la
province de Québec mais avec le peuple qui le supportait, a dit non aux
envahisseurs d'Ottawa. Il leur a dit; « De la coopération
toujours, de l'assimilation jamais. Même si c'est avec des chafnes en or,
il n'y a pas un seul Québécois qui voudrait être
enchafné par le fédéral ». Je retrouve, dans le
Devoir du 3 octobre 1950, une pièce éloquente, un
témoignage merveilleux à l'endroit de M. Duplessis
comme chef autonomiste de sa province. M. Pierre Laporte à ce
moment-là écrivait ceci: « L'attitude de M. Duplessis
à la conférence de Québec a surpris tout le monde. Ce qui
a surpris, c'est plutôt l'étendue de son esprit de
coopération, la vigueur de ses prises de position, le soin extrême
qu'il a mis à bien recevoir tous ses visiteurs. Dans les
conférences comme celles de la semaine dernière, la province de
Québec est toujours le point d'interrogation, cela se comprend. Elle a
un héritage, disait M. Laporte, à défendre et les grands
problèmes canadiens ont parfois pour elle une incidence qui n'existe pas
pour les autres provinces. Mais à Québec, disait M. Laporte,
notre province a fait figure de chef de file et M. Duplessis, rendons-lui cet
hommage, s'est conduit en véritable homme d'Etat. Porte-parole officiel
de ses compatriotes, il a exposé notre point de vue avec clarté,
avec fermeté. »C'était Pierre Laporte, M. le
Président, qui écrivait ça de l'honorable Duplessis.
Il disait un peu plus loin; « Ces traditions fondamentales, nous y
tenons, c'est notre devoir d'y tenir et c'est notre droit essentiel de les
conserver. Sa déclaration aura son influence dans le débat de la
constitution partout, disait M. Laporte. Le premier ministre de la province de
Québec a-t-il indisposé les autres provinces en prenant cette
attitude catégorique et ferme? Non, cent fois non, disait M.
Laporte.
Il s'est mérité le respect de tous les
délégués, il s'est placé à la tête de
toutes les provinces autonomistes du pays. Plusieurs premiers ministres ont
fait écho à ses paroles et se sont inspirés de ses
arguments, de ses gestes. L'autonomie des provinces a certainement fait des
progrès gigantesques au cours de la dernière conférence.
» M. Pierre Laporte, aujourd'hui leader du gouvernement de cette
province.
M. le Président, c'est un des plus beaux joyaux de ma collection
intitulée: « Pierre Laporte écrit ». Je voudrais
résumer ce que je viens de dire au sujet de l'autonomie. Vous avez
là l'affirmation des faits. Je viens de vous démontrer par des
faits historiques et qui ne peuvent être démentis par personne que
l'Union nationale n'a pas été un parti avec son chef, M.
Duplessis, qui a fait de l'autonomie négative. Nous avons bâti
dans des circonstances exceptionnellement difficiles. Nous avons passé
à travers un champ de mines et nos alliés qui auraient dû
être nos alliés les plus fervents, les plus farouches, les plus
grands défenseurs du Québec auraient dû être les
députés de la province de Québec au fédéral
dont le premier ministre d'aujourd'hui faisait partie. Mais non, ils
étaient, eux autres, à 5% pour Québec et ce n'était
pas un droit prioritaire.
M. Duplessis a maintenu une attitude ferme et faudrait-il vous rappeler
ici la loi qu'il a fait passer pour instituer la commission Tremblay? Combien
cette commission qui a véritablement travaillé en profondeur dans
les masses populaires pour connaître le fond de notre pensée, de
notre détermination comme autonomiste, a rendu service à notre
province et continue encore d'être un guide pour tous ceux qui veulent
bien s'en inspirer!
M. le Président, notre premier ministre disait l'autre jour:
Notre autonomie est positive. Elle l'a été, la nôtre aussi.
Le premier ministre disait: Nous avons une politique d'affirmation. Et nous
trouvons ça aux premières lignes du discours du Trône:
politique d'affirmation. Nous en avons eu, une politique d'affirmation par les
lois que nous avons passées contre des gens qui nous faisaient
ouvertement la lutte et contre ces mêmes gens qui, héritiers d'un
parti politique qui a été grand mais qui a abdiqué quand
il était dans l'Opposition, ont abdiqué leur
responsabilité d'être des fils véritables du Québec
avant d'être des alliés d'un parti politique.
M. le Président, en terminant ce passage, cette partie de mon
discours, je voudrais citer l'honorable Lester Pearson, premier ministre du
pays. M. Pearson a récapitulé sa doctrine du
fédéralisme coopératif en fonction du Québec. Le 2
février 1966, dans le Nouvelliste, il a affirmé ce qui suit:
« Il existe deux genres de séparatistes qui constituent un danger
pour l'avenir de notre pays. Il y a les séparatistes qui ne veulent rien
laisser à Ottawa et ceux qui veulent tout lui laisser. Quoi qu'il en
soit, le gouvernement actuel n'a pas l'intention d'être pris dans un
tourbillon de concessions unilatéralles et imprudentes qui pourraient
détruire le système fédéral du gouvernement du
pays. »
C'est clair, M. le Président. Cela, c'est le 2 février,
l'honorable Lester Pearson. C'est la volonté, c'est le fond de la
pensée de l'honorable Lester Pearson qui est cité en Chambre. Je
continue. Le 21 janvier, M. Ovide Laflamme, député libéral
de Québec-Montmorency, a servi une semonce à M. Lesage, premier
ministre de la province de Québec. Il faut vous dire qu'Ovide Laflamme,
c'est un libéral élu dans le comté de
Québec-Montmorency à la dernière élection. Le
député libéral de Montmorency disait: « Il est aussi
détestable et déplorable aujourd'hui de rechercher la manchette
par des déclarations intempestives contre le gouvernement
fédéral. » Imaginez-vous, c'est un Québécois
qui dit ça! « J'espère et je souhaite que les hommes
politiques de l'Assemblée législative de Québec, de ma
province, feront un écho à la parole du pre-
mier ministre canadien avec largeur de vue, détachement,
profondeur de pensée et maturité. Il faut que cesse chez nous,
dans la province de Québec, la recherche de la manchette sur le dos du
gouvernement de mon pays. » Il ne disait pas ça à
l'Opposition; il ne disait pas ça à l'Union nationale. Il disait
ça à ses honorables amis qui sont en face de moi: à M.
Lesage et à ses honorables ministres.
Je veux croire que lorsque M. Pearson dit que le gouvenement actuel n'a
pas l'intention d'être pris dans un tourbillon de concessions
unilatéralles et imprudentes qui auraient pour effet de détruire
le système fédéral du gouvernement, l'honorable premier
ministre de la province sait à quoi s'en tenir. M. le Président,
je voyais dernièrement dans les journaux, le 14 février 1966, une
autre déclaration d'un grand libéral du pays: le premier ministre
de la Saskatchewan, M. Thatcher. C'est rapporté dans le Devoir, c'est
dans le journal. Il ne partage pas toutes mes idées, mais qu'est-ce que
vous voulez, quand il en écrit des miennes, ça paraît
mieux. En tout cas, M. Thatcher disait: « Ottawa doit résister
à Québec ». Cela, c'estun premier ministre libéral
qui dit ça à M. Pearson. On lit ce qui suit: Dans un discours
d'une heure sur le débat sur le discours du Trône, M. Thatcher a
dit espérer que le Québec ne fera pas de telles demandes. Le
gouvernement fédéral doit s'opposer à toute demande
injuste ou irréaliste faite par le Québec.
S'il le fait, nous nous attendons à ce que notre gouvernement
fédéral adopte une attitude ferme et qu'il lui résiste.
Qu'ont dit les honorables députés libéraux de la province
de Québec, à la suite d'un discours qu'a fait M. Tatcher, premier
ministre libéral?
Je voudrais maintenant pendant quelques minutes vous parler de ce qu'on
a appelé certains championnats dans le domaine du travail. Le premier
championnat qui me surprend le plus d'est le championnat des faillites que nous
détenons depuis plusieurs années. Les faillites, je vais vous
donner ma source d'information, je la prends dans le journal Faits et
Tendances, périodique officiel de la Chambre de commerce de la province
de Québec qui a publié cette statistique. Qu'est-ce que nous y
voyons? Nous y voyons toutes les provinces du Canada avec le nombre et les
montants des dettes pour l'industrie manufacturière, le nombre et les
dettes pour le commerce de gros, le nombre et les dettes pour le commerce de
détail, le nombre et les dettes pour les faillites dans la construction,
et le nombre et les dettes dans les services publics et un grand total pour
chacune des provinces et le grand total pour le Canada.
Qu'est-ce que nous y voyons? Nous y voyons le triste spectacle que notre
province de Québec est championne, a le grand championnat des faillites
au Canada en 1964. Québec, le nombre dans les Industries
manufacturières, 178, le montant $20,823,000; les faillites dans le
commerce de gros, 104 faillites pour un montant de $7,072,000; faillites dans
le commerce de détail, 613 faillites avec un montant de $16,433,000;
faillites dans la construction, 240 faillites pour un montant de $29,798,000;
faillites dans les services publics, 99 faillites avec un montant de
$4,825,000; le grand total de toutes les faillites pour la seule province de
Québec, 1,234 faillites avec un montant de $78,951,000. Triste
championnat quand on considère que la province la plus près de
nous, dans tout le Canada, c'est l'Ontario avec un total de 962 faillites pour
un montant de $60,035,000.
On dit que le Québec est dans un plein essor, on dit qu'il subit
une révolution tranquille. Nous y voyons aujourd'hui, avec tout ce grand
essor et surtout cette révolution tranquille, 1,234 faillites pour une
seule année avec un montant de $78,951,000. Je voudrais simplement vous
citer pour votre information, un passage qu'a écrit le 14 février
1966 dans la Presse, un grand éditorialiste, M. Roger Champoux. Je vous
cite textuellement le paragraphe qui intéresse les faillites: « La
revision qui devrait être menée désormais tambour battant
d'une part et les menaces nous donnent d'autre part deux faisceaux de
lumière crue en direction d'un ensemble de faits qu'on ne cesse de
colporter sous le manteau depuis près de cinq ans. Une chose est connue,
le Québec détient le championnat en matière de faillites,
63.2%, en 1964 avec un total de 1, 234 faillites et l'Ontario s'installe en bon
second rang avec 1,281 faillites soit 36%. Combien de fraudes dans tout ceci?
Eh bien, on est à la veille de le savoir et l'on verra qu'en
matière de combines, nous avons des as. »
C'est malheureux. Je ne voudrais pas être un dénigreur de
ma province. Je ne voudrais pas faire ce que certains députés
libéraux ont fait dans l'opposition, citer des chiffres pour essayer de
déprécier l'oeuvre qui s'accomplit présentement chez nous,
mais je crois qu'il y a là un cancer. Je crois qu'il y a là un
mal grave qu'il appartient à l'autorité compétente,
particulièrement le ministre de la Justice d'apporter des lois,
d'apporter des remèdes a ce nombre incalculable de faillites qui nous
causent des préjudices extraordinaires.
M. le Président, il y a, dans le domaine du travail, mon
collègue de Trois-Rivières en a dit justement un mot ce matin,
à l'appel des affaires du jour, il y a un écart qui
s'élargit entre les salaires payés au Québec et dans
l'Ontario. Vous vous souvenez que, pendant des années, nos
honorables amis d'en face, lorsqu'ils étaient dans l'Opposition, se
plaisaient à citer des différences énormes entre la
province de Québec et la belle province de l'Ontario. Comme
c'était vert les beaux prés du côté de l'Ontario,
comme c'était sec et aride les champs déserts du Québec!
Mais il y avait un clos, il y avait celui du pouvoir et là, maintenant
qu'ils sont au pouvoir, maintenant qu'ils sont là depuis sept ans, bien
installés, maintenant qu'ils ont eu le temps d'apporter des
réformes, maintenant qu'ils ont pu nous présenter de la
législation apte à remédier à cet état de
choses, qu'est-ce que nous voyons après sept ans? L'écart
s'élargit entre les salaires payés au Québec et ceux de
l'Ontario. Je vous cite ici des statistiques du Canada, janvier 1966, à
la page 24, et nous y voyons, pour chacune des provinces, des taux moyens pour
une semaine de salaire payés dans la province de Québec en
comparaison avec la province d'Ontario. Vous avez là aussi, M. le
Président, les statistiques des dix provinces et du Canada.
Qu'est-ce que nous y voyons? Nous y voyons qu'en 1965, au mois de
janvier 1965, $86.54 pour Québec, salaire hebdomadaire et, l'Ontario,
$92.39. Un an se passe, qu'est-ce que nous y voyons? Dans le mois de
décembre, nous y voyons, M. le Président, comme rapport final en
décembre 1965, le Québec a salaire moyen hebdomadaire de $89.81;
dans l'Ontario, un salaire moyen hebdomadaire de $95.65; ce qui fait une
différence encore énorme de $5.84. Vous allez me dire, M. le
Président, qu'il y a eu de l'augmentation oui, mais il existe
malgré toutes les promesses qui ont été faites dans cette
Chambre, il existe un malaise.
Je voudrais vous citer ici cet article bien fait encore paru dans ce
grand quotidien, Le Nouvelliste: «Les statistiques publiées pour
le mois d'octobre dernier indique que l'écart exprimé en
pourcentage était de l'ordre de 12.3% en 1963 et augmenté
à 13% en 1964 et à 13.6% en 1965. On ne diminue pas
l'écart, on s'en va vers un écart plus considérable:
1963,12%; 1964,13%; 1965, 13.5%».
M. le Président l'honorable premier ministre disait hier:
«Lechômageest en régression.» Et il donnait des
statistiques, il disait: En 1960, 9.2%, taux moyen de chômage; en 1963,
7.5%; en 1964, 6.4%; en 1965, 5.6%; taux moyen de chômage dans la
province de Québec, disait l'honorable premier ministre, 5.6%,
comparativement à 6.4% en 1964.
Ce qui me surprend le plus, quand je vois ces diminutions de
chômage, de 9.2% en 1960 à 5.6% en 1965, c'est de prendre le
budget qui nous est soumis à toutes les années, qui s'appelle le
budget des dépenses, et qu'est-ce que nous y trouvons? Nous y trouvons
qu'en 1964-1965, comme disait l'honorable premier ministre hier, pour les
allocations aux personnes employables et non-employables.
En 64/65, d'après les chiffres officiels qui sont contenus dans
le budget des dépenses, nous voyons $59,740,000; pour le même
article dont parlait hier l'honorable premier ministre, pour les personnes
employables et les personnes non-employables, en 65/66, augmentation à
$67,500,000. Pour cette année budgétaire 66/67, pour les
mêmes allocations aux personnes employables et non-employables, $74
millions. Depuis trois ans le chômage a diminué de 2.6%,
d'après les chiffres que nous a donnés hier soir le premier
ministre et d'après les statistiques nous avons; $59,740,000 en 64/65 et
augmentation à $74 millions, en 66/67, des allocations payables aux
personnes non-employables. Donc il y a là une augmentation de $15
millions seulement dans cet article du budget. Le chômage diminue et les
sans-travail continuent; les personnes non-employables et les personnes
employables.
Et savez-vous où j'ai trouvé une statistique très
intéressante? C'est lorsque j'ai lu une partie du rapport de la
commission royale d'enquête qui a été fort bien
commenté aujourd'hui par l'honorable député de St-Jacques,
que je félicite très sincèrement pour ce travail de moine
qu'il a fait, de recherche. Il a fait un travail méticuleux et fort
appréciable.
M. LAPORTE: C'est ça!
M. BELLEMARE: Je voudrais vous reporter, M. le Président,
à la discussion qui est en cours, que dans la province de Québec
le chômage diminue malgré qu'on a encore le championat dans tout
le Canada; on est la province où il y a le plus de chômage. Il
diminue, nous en sommes contents. Mais les allocations pour les personnes
employables et non-employables augmentent et elles augmentent d'une
manière extraordinaire. Si nous allons voir dans le rapport de la
commission royale sur la fiscalité, à la page 485, nous y
trouvons là un tableau éloquent. C'est marqué au tableau
4: « Bénéficiaires de divers programmes d'assistance
sociale au Québec, en Ontario et au Canada ». Au mois de mars
1964. Qu'est-ce que nous y voyons? On voit l'assistance à la vieillesse,
les allocations aux aveugles, les allocations aux invalides, et on arrive
à l'assistance-chômage y compris les personnes à
charge;
Québec, le nombre, en 1964, 245,052 personnes, pour un
pourcentage du total 33.3%. Allons voir dans l'Ontario, pour leur budget,
combien coûte aujourd'hui...
M. LAPORTE: Revenez au plus vite... M. DOZOIS: Vous avez hâte!
M. LAPORTE: Vous en avez encore des bonnes!
M. BELLEMARE: M. le Président, allons voir en Ontario: le nombre
de bénéficiaires des programmes d'assistance sociale est de
142,455. Le pourcentage du total: 19.3%. Dans Québec up pourcentage du
total de 33.3% et dans l'Ontario un pourcentage de 19.3%. Voyez-vous cet
écart extrême entre les deux provinces?
Pourquoi ça, M. le Président? C'est bien simple. A cause
des grèves multiples, c'en est un des facteurs. A cause des taxes
onéreuses, c'en est un autre. Et surtout à cause du manque de
planification du gouvernement. Il nous a dit qu'il nous donnerait cette
année un comité de reclassement pour les ouvriers qui seraient
sans emploi après qu'une compagnie aurait discontinué ses
opérations. Nous avons pris le budget et nous avons constaté
qu'il n'y avait pas un seul article, pas un seul nouvel article dans le budget
du Travail, pas un seul, et nous avons fait des calculs pour trouver qu'il y a
une augmentation dans le budget de $1,500,000 pour tous les articles. Seulement
à l'item « traitement », dans les différents secteurs
de l'administration du ministère du Travail, il y a une augmentation de
$1,070,400. Seulement dans la question de traitement. L'honorable premier
ministre disait: « Il y a une grosse augmentation au ministère du
Travail. Pas de comité de recherche, donc encore une raison grave.
Je voudrais vous parler du nombre de grèves. C'est fantastique,
M. le Président, quand on regarde ici dans la statistique officielle qui
nous est remise par le ministère du Travail, à la page 58.
Vous y verrez là une statistique fort éloquente: le nombre
des salariés qui sont en grève, le nombre de grèves, le
nombre de grèves qui continuent dans la province deQuébec.
Pourquoi ce malaise chez nous? Je vais vous le dire à la suite d'un
grand économiste qui s'appelle John Harcraft, le gérant du
secteur industriel et commercial du Trust Company of Canada, qui disait:
« Le climat politique aurait détourné de Montréal
des capitaux de 150 millions. »
M. LAPORTE: Aurait!
M. BELLEMARE: « Le climat politique a détourné de la
région de Montréal, le mois dernier seulement, des
intérêts qui se préparaient à investir $150 millions
dans des établissements industriels », a déclaré
hier John Harcraft, gérant du secteur industriel et commercial de la
National Trust Company Limited, à l'occasion de sa journée
d'étude de la Chambre d'immeubles de Montréal à
l'hôtel Windsor. « Les agents d'immeubles ne peuvent prendre ces
échecs à leur compte, puisqu'ils avaient travaillé
d'arra-che-pied, mais ils n'ont pu effacer la réputation
d'extrémistes que les agissements des séparatistes, et les
déclarations politiques contradictoires de certains ministres qui ont
valu au Québec, la disparition de ses capitaux. » En voilà,
une raison, M. le Président. Mais, M. le Président, vous avez
exactement la même chose dans le bulletin que nous a donné la
banque Canadienne Nationale dans son rapport annuel. Qu'est-ce qu'on dit, M. le
Président? On parle d'expansion dans la province de Québec, on
dit que le Québec va à pas de géant? Oui, concurremment
avec tous les autres, en comparaison avec tous les autres, le Québec
marche au pas, très bien, mais pas plus vite que les autres.
Qu'est-ce que dit le rapport annuel de la banque Canadienne Nationale?
« Malgré toutes les initiatives d'un gouvernement soucieux de
l'avenir du Québec, il faut se garder d'un excès d'optimisme. Les
données statistiques sur les investissements prévus pour
l'année en cours ne laissent pas d'être symptomatlques. On
constate bien que ces investissements augmentent à la même
proportion au Québec et en Ontario, 18% par rapport à 1964; mais
on constate, en même temps, un large écart entre les deux
provinces dans le secteur de l'industrie manufacturière: tandis qu'en
Ontario, on projette d'y investir $1,619,000,000, soit une augmentation de $300
millions ou 23% par rapport à 1964; au Québec, les
investissements de même nature dépassent $726 millions, accusant
une augmentation d'à peine $45 millions ou 6.5% relativement en 1964
».
Donc, $1,619,000,000, augmentation de 23% sur 1964 en Ontario dans les
investissements et seulement, augmentation de $45 millions 6.5% pour la
province de Québec. Cela ce sont des gens sérieux qui doivent
écrire ça. Ce n'est peut-être pas le député
de Champlain qui a inventé ça, M. le Président. C'est
écrit en toutes lettres dans le rapport.
On disait un peu plus loin: « Malgré les progrès que
nous nous plaisons à relever, ils n'ont pas encore permis de combler
l'écart entre le Québec et les autres provinces. Il importe au
premier chef, par conséquent, de redoubler nos
efforts, si nous voulons rattraper le temps perdu et mettre le
Québec en meilleure posture, vis-à-vis des autres provinces. Nous
avons raté le bateau de la révolution industrielle, il se
pourrait bien que notre peuple manque le bateau de la révolution
technologique », déclarait récemment le ministre du
Commerce et de l'Industrie, M. Gérard-D. Levesque. Pourquoi? Parce qu'il
y a des gens qui font des annonces abracadabrantes, qui ont un espèce de
mépris pour l'entreprise privée. Pourquoi, M. le
Président? Lorsque Ford est allé construire son usine en Ontario
pour $65 millions, est-ce que c'est le premier ministre de la province,
l'honorable M. Robarts, qui l'a annoncé? Non, M. le Président,
non il n'a pas besoin d'annoncer ces investissements-là; $65 millions,
usine qui se construira, Ford qui construira une usine dans l'Ontario et c'est
annoncé lors d'une conférence de presse tenue à St-Thomas.
M. Carry Scott Pré- sident, a déclaré que l'industrie
dépenserait $65 millions. Il n'a pas eu besoin de M. Robarts pour
annoncer $65 millions. Ce sont des investissements particuliers, ça. A
Sudbury, l'INCO organise ses installations encore en Ontario pour $79 millions.
Ils n'ont pas eu recours à l'honorable Robarts pour vanter les
investissements de la province de l'Ontario.
Mais dans le Québec, on investit $ 13 millions à Sorel,
les grosses manchettes! Mais ce n'est pas ça qui va compter, ce ne sont
pas les annonces que le premier ministre fait des établissements de
l'entreprise privée qui vont compter, c'est le climat qui doit exister
chez nous et vous l'avez perdu ce climat-là, messieurs, vous l'avez fait
s'éloigner de chez nous. Quand des gens ont fait des déclarations
extraordinaires, quand on disait par exemple: « apprenez à vous
civiliser ». Le ministre s'en prend ici aux intérêts
Beauchemin, ç'a été dit par un ministre que vous
connaissez bien, Lévesque, aux sociétés minières:
« Apprenez à vous civiliser ». M. le Président, dans
d'autres documents: l'entreprise privée n'est qu'une « peanut
», « seul l'Etat peut résister », et j'en ai pour
chacun des ministres qui ont pris la vedette dernièrement. On a
éloigné de chez nous, on a fait disparaître de chez nous le
climat serein, celui de la bonne entente entre l'Etat et les entreprises
privées. Le climat de l'entreprise privée c'est extrêmement
chatouilleux, et ceux qui ont à investir des capitaux y regardent deux
fois. C'est vrai que la province de Québec est riche en ressources
naturelles, c'est vrai que nous avons chez nous des pouvoirs
phénoménaux en électricité, c'est vrai que nous
avons des richesses au point de vue d'eau, au point de vue de forêts, au
point de vue de sol, mais il y a une chose que nous n'avons pas chez nous,
c'est le climat industriel, on l'a perdu et on a donné le triste
spectacle dans tout le Canada qu'on avait des ministres dont les
déclarations faisaient tort à notre économie
provinciale.
Je termine, M. le Président, j'aurais eu encore quelque chose,
quelques points à développer, mais qu'est-ce que vous voulez,
nous avons un règlement. Je remercie cette honorable Chambre de m'avoir
permis d'exposer bien serelnement mes opinions, et surtout de donner ici dans
cette Chambre, un point de vue différent, ce point de vue-là
n'est dicté que par l'expérience des années que j'ai
vécues et aussi par la sincérité des sentiments que je
possède à l'endroit des miens. Je veux, comme le premier ministre
et l'équipe libérale, bien servir ma province, je veux qu'on ait
chez nous moins de chômage, je veux qu'on ait chez nous moins
d'assistés, je veux qu'on ait chez nous du progrès, mais jamais
ce progrès, jamais l'organisation des compagnies ne se fera sans une
entente à l'amiable et surtout sereine entre ceux qui détiennent
le pouvoir et entre ceux qui détiennent l'argent.
M. Pierre Laporte
M. LAPORTE: M. le Président, je pourrais commencer par le dernier
argument du député de Champlain. Il veut une province qui
progresse, il veut un peuple canadien-français qui soit à la
tête de la confédération, il vient de donner les deux
meilleurs arguments pour garder au pouvoir le parti libéral.
M. le Président, vous me permettrez très
brièvement, parce qu'il est clair que la répétition de ces
choses doit créer chez vous une impression moins profonde, mais vous me
permettrez puisque c'est votre première session complète, de vous
présenter mes félicitations, de vous présenter mes
meilleurs voeux et de vous dire que toute cette Chambre et nous n'avons
pas attendu que vous soyez notre Prési- dent pour le constater
toute cette Chambre connaît votre personnalité agréable,
connaît votre sens du devoir et constate que vous avez l'autorité
voulue pour faire respecter le règlement par cette Chambre, ce qui,
avouons-le, n'est pas toujours facile. M. le Président, mes voeux vous
accompagnent, et je crois que rappelant les paroles qui ont été
prononcées il n'y a pas très longtemps dans cette Chambre,
paroles auxquelles se référait il y a quelques minutes le
député de Westmount, je crois que devrions tous faire un effort
pour respecter le règlement et pour donner de nous une image qui soit
aussi bonne que possible.
M. le Président, vous pouvez compter que, personnellement, je
ferai tout ce qui est humainement possible pour faire respecter le
règlement, compte tenu de la liberté qui doit présider aux
débats dans cette Chambre.
On a prétendu ou l'on a écrit, dans certains journaux,
qu'il y aurait actuellement de l'obstruction dans cette Chambre, et l'on s'est
empressé de dire que l'Assemblée législative donnait le
spectable de la lenteur, de la répétition de travaux qui
n'avancent pas. Me serait-il permis de souligner que je suis en
désaccord avec cette assertion. Nous avons voté la semaine
dernière un budget supplémentaire de $54 millions, et nous
l'avons voté en un peu plus de six heures. Cela a pu paraître plus
long, parce que ces six heures ont été réparties sur au
moins deux jours, mais je ne crois pas qu'il y ait là de l'obstruction.
Nous avons eu un débat relativement long à l'occasion d'un
amendement à la motion de remerciement à la suite du discours du
Trône, mais c'était sur l'éducation et, s'il est un sujet
qui retient l'attention des citoyens actuellement au Québec, c'est bien
celui-là, et il était normal, il était fatal que
l'Assemblée législative s'arrête, scrute cette question.
Que nous l'ayons fait au début de la session, que nous le fassions plus
tard, où est la différence et où est la perte de
temps?
Quant au débat sur le discours du Trône, je crois que, sauf
erreur, je suis le cinqou sixième orateur, sur une assemblée qui
compte actuellement 92 ou 93 députés. Dans une année que
l'on dit être une année électorale, je pense qu'il est
normal que nous profitions les uns et les autres de l'occasion qui nous est
offerte de dire ce que nous pensons de la politique du gouvernement ou ce que
nous avons à dire contre cette politique, parce que le débat sur
le discours du Trône, c'est une des deux grandes occasions que nous avons
de parler de toute question d'intérêt provincial, l'autre,
évidemment, étant le débat sur le budget.
Je pense que le moment est venu de voir ce que le gouvernement a fait
depuis qu'il est au pouvoir, le 5 juillet 1960, de voir comment il a fait ces
choses et, également, de voir ce qu'il n'a pas fait C'est la conception
que je me fais, personnellement, du débat qui est actuellement en cours.
L'Opposition et le gouvernement doivent, face aux citoyens de la province de
Québec, exposer, de la façon la plus seraine possible, ses griefs
et également exposer ce que le gouvernement a fait pour mettre en
pratique la politique qu'il a prechée. Je répète que,
cette année, c'est particulièrement vrai, puisque nous pouvons
normalement nous attendre à ce qu'il y ait des élections.
Aux élections, c'est le peuple qui fait le bilan, nous avons le
devoir, non pas seulement de lui dire ce qui a été fait et ce qui
est bien à notre avis, mais nous avons, nous-mêmes, le devoir de
dire aux citoyens: Voici ce que nous avions promis, voici ce que vous aviez
accepté, en nous élisant, et voici ce que, pour des raisons que
vous jugerez, nous n'avons pas eu le temps de faire ou nous n'avons pas voulu
faire.
C'est ce que j'appelle un bilan complet, moi. Et c'est ce que je vais
tenter de faire cet après-midi, ce bilan. L'on me rendra le
témoignage que, dans les interventions que je fais dans cette Chambre,
j'ai toujours évité la politique partisane. J'ai tenté
d'exprimer des idées qui me paraissaient les miennes évidemment,
mais on ne retrouvera pas un seul de mes discours où je me suis
tourné vers le passé pour dire: « Vous n'avez pas fait
ça ou vous avez fait ça telle façon. » Parce que je
prétends qu'après six ans de pouvoir, le peuple a le moyen de
nous juger sur ce que nous avons fait et non pas sur ce que d'autres ont pu
faire il y a vingt ans ou trente ans ou cinquante ans. Ce n'est pas un cours
d'histoire, l'Assemblée législative ici.
M. GABIAS: Votre premier discours en Chambre.
M. LAPORTE: Oui, M. le Président, je me rappelle que,
contrairement à une tradition respectée depuis toujours dans
cette Chambre, lorsque j'ai fait mon premier discours, le député
de Champlain et le député de Maisonneuve d'alors se sont
empressés de m'interrompre, à leurs dépens d'ailleurs, je
m'en rappelle. La tradition qui veut que le proposeur ou le secondeur de
l'Adresse en réponse au discours du Trône, on leur laisse
prononcer leur discours sans les interrompre, ce n'était plus bon
ça pour le député de Champly, je me rappelle de ça
aussi.
M. GABIAS: Vous aviez attaqué également le
passé.
M. LAPORTE: On le relira, ce discours-là. Il est capable de subir
la même mesure de jugement que je porte sur mes autres attitudes.
M. GABIAS: Parfait.
M. LAPORTE: Mais je dis que le moment est venu, quant à moi, de
faire le bilan et je vais tenter de le faire le plus rapidement possible. Je
vais dire ce qui a été fait depuis 1960, je vais dire ce qui n'a
pas été fait depuis 1960 et ce qu'il reste à faire
à mon avis. Je vais me ser-
vir de quoi pour faire ce bilan? D'un document que les gens de
l'Opposition sont toujours très heureux, spécialement mon ami, le
député de Champlain, d'exhiber dans cette Chambre: le programme
électoral du parti libéral de 1960. Et comme j'avais
déjà prévu le geste du député de Champlain,
je l'invite à suivre pour voir si je vais passer des pages ou des
lignes.
Qu'est-ce que c'est pour nous le programme de 1960? Oui, M. le
député de St-Jacques c'est un discours partisan.
M. DOZOIS: Bon, très bien.
M. LAPORTE: Et je viens de dire que, contrairement à ce que je
fais d'habitude, étant donné que c'est sur le discours du
Trône, que c'est une année électorale, que les citoyens ont
le droit de savoir ce qui a été fait je ne sais pas si
vous allez me trouver partisan quand je vais dire ce qui n'a pas
été fait dans ça, par exemple, parce que je vais le dire,
moi je ne me contenterai pas de ce qui pourrait nous faire plaisir parce
que je veux que le bilan pour les citoyens soit aussi complet que possible.
M. le Président, qu'est-ce que c'est pour nous, que ce programme?
C'est celui qui a été préparé par les divers
organismes du parti libéral. C'est un programme qui a été
élaboré par les associations locales, qui a fait l'objet de
résolutions dans des congrès régionaux, résolutions
qui ont été transmises à nos congrès provinciaux et
finalement ont été ramenées dans un programme, programme
qui a été soumis aux militants libéraux lors d'une
assemblée générale spéciale qui a eu lieu à
Montréal et qui est devenu le programme officiel du parti.
Qu'est-ce qui a été fait de plus? Ce programme, nous
l'avons fait distribuer dans toutes les familles de la province de
Québec et il m'est arrivé fréquemment, lors des discours
politiques que je faisais dans la province, de dire aux citoyens: « Vous
devez l'avoir encore, le programme. Sortez-le. Feuilletez-le, le programme,
pour voir ce qui a été réalisé. Et c'est alors que
vous allez comprendre la masse du travail qui a été accompli
depuis 1960.
M. le Président, nous allons le feuilleter ensemble, ce
programme. La première page parle de la vie nationale. Qu'est-ce que
nous proposions aux citoyens au chapitre de la vie nationale? Deux grandes
divisions: la vie culturelle, le fait français et
l'éducation.
En matière de vie culturelle et de fait français,
création d'un ministère des Affaires culturelles. Il a
été créé dès la première session de
1961. C'est un ministère qui est en pleine expansion et qui est en train
de donner à la provin- ce de Québec une vie culturelle qui fait
l'envie du reste du Canada et qui nous place dans maints domaines à
l'avant-garde de tout ce qui se fait où que ce soit en Amérique
du Nord. Devait relever de ce ministère des Affaires culturelles,
l'Office de la langue française de la province de Québec L'office
existe. C'est un organisme dont la réputation a maintenant franchi les
limites de la province de Québec, il avait, l'an dernier, un important
budget de plus de $147,000. Cela dépasse les $150,000 cette
année. Et, pour la deuxième année consécutive,
l'Office de la langue française de la province de Québec vient de
gagner à Paris la coupe Emile-Girardin pour services rendus à la
langue française.
Département du Canada d'outre-frontière. Le
département existe et il nous a permis non plus seulement de rendre
hommage des lèvres à nos compatriotes des autres provinces et des
Etats-Unis mais de créer entre eux, grâce à l'excellent
directeur que nous avons actuellement, M. Daigneault, de créer avec les
groupes français du reste du Canada, de la Nouvelle-Angleterre et de la
Louisiane, des liens qui nous permettent aujourd'hui de constater qu'il y a,
dans la plupart de ces endroits, un regain de vie française et une
amitié nouvelle auprès de presque toute la population pour la
culture française, preuve; l'Ontario qui nous invite à signer
avec elle, cette province, une entente culturelle.
Conseil provincial des arts qui existe, qui groupe quelques-uns des
cerveaux les plus intéressants de la province de Québec dans
diverses disciplines et qui est un conseiller précieux pour le
ministère des Affaires culturelles. Commission des monuments
historiques. Il suffit de repasser les arrêtés ministériels
qui ont été acceptés depuis quelques années, de
relire dans les journaux de la province de Québec les annonces qui y ont
été faites pour constater que dans le vieux Québec,
à Trois-Rivières, à Montréal, dans une foule
d'endroits de la province de Québec, des monuments historiques sans prix
ont été non seulement sauvés mais ont été
restaurés et le plus beau fleuron de cette commission des monuments
historiques, c'est évidemment ce que nous entreprenons cette
année: la restauration complète de la place Royale, qui est
peut-être l'endroit le plus historique du Canada tout entier.
Et, finalement, Bureau provincial d'urbanisme, il n'existe pas. Nous
n'avons pas créé le Bureau provincial d'urbanisme mais nous
avons, depuis deux ans. une commission d'enquête qui devrait, je
l'espère, nous proposer, le plus rapidement possible, un rapport et
c'est de ce rapport que nous tirerons les grandes lignes d'une loi qui nous
permettra d'agir dans ce domaine. Donc,
au niveau de la vie culturelle et du fait français, sur six
engagements faits auprès des citoyens, cinq sont déjà
complètement réalisés et le sixième est en voie de
l'être.
Chapitre de l'éducation. Vous me permettrez de ne pas insister
sur ce domaine.
M. GABIAS: A l'ordre!
M. LAPORTE: J'aimerais mieux que ce soit le député de
l'Islet qui me dise: A l'ordre! Il est absent de la Chambre. Alors vu que
j'entends, comment dit-on cela en français, son « mouthpiece
», j'aimerais mieux qu'on me laisse aller sur ce sujet pour constater que
je n'embarquerai pas sur un débat qui a déjà eu lieu.
Deux choses étaient promises: gratuité scolaire à
tous les niveaux de l'enseignement. C'est en voie d'être fait. Et dans la
liste des choses que je me suis faite, parce que tout à l'heure il
faudra bien faire le bilan en chiffres j'ai mis ça dans les choses
partiellement réalisées seulement.
Deuxièmement gratuité des manuels scolaires dans tous les
établissements sous la juridiction du département de
l'Instruction publique, c'est fait.
M. GABIAS: Ah!
M. LAPORTE: ... Tout enfant devra fréquenter l'école
jusqu'à la fin de l'année scolaire au cours de laquelle il
atteindra l'âge de seize ans, c'était quatorze ans lorsque nous
avons pris le pouvoir, nous avons fait un premier pas, nous avons franchi 50%.
La fréquentation scolaire est obligatoire maintenant jusqu'à
l'âge de quinze ans et aussitôt que la chose sera physiquement
possible la scolarité sera porté jusqu'à l'âge de
seize ans. La province prendra à sa charge toutes les dettes scolaires
dont elle n'a pas déjà assumé le remboursement, c'est
fait...
M. GABIAS: En?
M. LAPORTE: Comment? Quel est ce bruit? Est-ce que c'est une
interruption, M. le Président? Je prends cette interruption pour une
approbation de ce que je viens de dire. J'avoue que ça m'étonne
du député de Trois-Rivières, mais je le remercie quand
même.
M. GABIAS: Vous n'avez pas l'oreille fine.
M. LAPORTE: Article 8, création de la commission provinciale des
universités, ça n'a pas été fait, M. le
Président. Nous n'avons pas dans la province de Québec en
dépit du programme qui a été approuvé par le parti
libéral de com- mission provinciale des universités, nous avons
un organisme non officiel qui se compose de tous les recteurs ou
présidents des universités et qui vient périodiquement
rencontrer le ministre des Finances de la province de Québec ou le
ministre de l'Education pour discuter du partage entre elles, les
universités, des sommes d'argent qui sont mises en bloc à leur
disposition par le gouvernement québécois, mais nous n'avons pas
de commission provinciale des universités dans la province de
Québec. Article 8 dans les écoles techniques et dans les
instituts de technologie adapter l'enseignement aux conditions nouvelles et aux
progrès constants de la science dans l'industrie. Nous avons sur ce
sujet précis, confié à l'un des hommes les plus
compétents dans la province de Québec, M. Arthur Tremblay, le
soin de mener une enquête. M. le Président, c'est vrai qu'il y a
diverses manières d'approuver, notre député, mais
celle-là je l'aime moins.
M. GABIAS: Ah.
M. LAPORTE: M. le Président, je passe outre, je pourrais employer
quelques-unes des minutes de mon temps pour faire l'éloge de M.
Tremblay, mais disons que ce n'est pas nécessaire, ceux qui veulent
s'arrêter sérieusement, sans partisanerie politique à
analyser la carrière, les mérites et les oeuvres de cet
homme-là, tous ceux-là n'ont pas besoin que je fasse son
éloge pour comprendre quels services il rend à sa province.
M. le Président, rapport Arthur Tremblay sur les écoles
techniques c'est fait et c'est en voie d'être mis en application.
Création d'une commission royale d'enquête sur l'éducation,
ai-je besoin d'insister sur le fait que cette commission a été
créée et que l'oeuvre qu'elle a accompli est déjà
éminement impressionante. Voilà, M. le Président, vie
nationale, vie culturelle et éducation presque complètement
réalisé selon les engagements que nous avions pris en 1960 envers
les citoyens de la province de Québec.
Expansion économique, création d'un conseil d'orientation
économique ayant en particulier sous sa juridiction un bureau de
recherches économiques et scientifiques, un bureau de
développements industriels, M. le Président, 9, Elizabeth II,
chapitre 15, Loi du conseil d'orientation économique du Québec,
ce conseil doit élaborer le plan de l'aménagement
économique de la province et conseiller le gouvernement sur toutes
questions économiques. Il a à sa tête un homme
éminemment qualifié que nous sommes allés chercher dans
les plus hautes spères de l'Ecole
des hautes études commerciales de Montréal, M. Parenteau,
et à mesure que cet organisme trouve sa véritable vocation
à mesure qu'il établit des relations avec les divers
ministères et les divers services du gouvernement, nous nous rendons de
plus en plus compte de son efficacité, ce qui répond bien
à l'engagement que nous avions pris envers les citoyens, bureau de
recherches économiques et scientifiques.
Au discours du Trône de cette année, on annonce que nous
allons agir au cours de la présente session et le ministre de
l'Industrie et du Commerce présentera un projet de loi à cet
effet. Bureau du développement industriel. Je ne crois pas qu'il existe
sous ce nom exact, mais il est clair qu'au ministère de l'Industrie et
du Commerce il y a un service du développement industriel dont nous
pouvons constater l'efficacité du travail.
Ministère des Richesses naturelles. Création d'un
ministère des Richesses naturelles dont les obligations en particulier
seront les suivantes: Voyons d'abord 9, Elisabeth II, chapitre 48, « Loi
instituant le ministère des Richesses naturelles ». Quelles
étaient ses principales attributions? Susciter l'établissement
d'industries secondaires pour la transformation chez nous de nos richesses
naturelles. Promouvoir la naissance d'une industrie lourde avec la garantie de
la province, s'il le faut. Encourager et Inciter nos gens à unir leurs
capitaux et à les placer dans le développement et la
transformation de nos richesses naturelles surtout dans les cas d'importance
majeure. Exiger des sociétés exploitant nos richesses naturelles
l'emploi du personnel technique et administratif de chez nous, à tous
les niveaux de l'entreprise.
M. le Président, il est facile de résumer cette partie de
l'engagement que nous avons pris envers les citoyens en parlant de la
Société générale de financement et en parlant de
Sidbec. Grâce à la Société générale de
financement, nous avons réussi commencement de réussite...
Il est clair qu'on ne peut demander à la Société
générale de financement qui vient de commencer son
activité de nous présenter un bilan comme la
Société générale de Belgique. Mais si on y avait
pensé il y a douze ans, il y a quinze ans, le bilan serait beaucoup plus
impressionnant.
Il serait en somme ce qu'il pourra être dans quinze ans ou dans
vingt ans. Mais déjà nous avons la Société
générale de financement qui a un actif de plus de $50 millions,
qui a réussi à consolider quelques-unes de nos plus belles
entreprises de chez nous, qui, à cause justement de l'expansion dont
elles étaient sujettes, ces compagnies, avaient le choix entre se vendre
à des sociétés étrangères ou alors de dis-
paraître face à la concurrence parce que les investisseurs
canadiens-français n'avaient pas toujours dans leur famille les capitaux
dont ils avaient besoin pour faire face à leurs obligations nouvelles.
Et l'on a vu la création de très grandes sociétés
jusqu'à ce que, récemment, la Marine Industries de Québec
devienne la chose la plus importante de la Société
générale de financement.
M. le Président, Sidbec: développement de l'industrie
lourde chez nous. On sait le travail qui a été accompli chez nous
depuix cinq ou six ans, on connaît l'endroit où Sidbec va
s'installer. Mais quand cette société sera en exploitation, dans
quelques années, j'espère que les rires ou les sourires moqueurs
de certains députés de l'Opposition se changeront en un rire
victorieux parce qu'en somme c'est toute l'économie de la province de
Québec qui va s'en ressentir de la présence de cette
sidérurgie.
M. GABIAS: Un instant!
M. LAPORTE: M. le Président, à l'article 12 du même
programme toujours, le gouvernement provincial doit assumer ses
responsabilités en matière de chômage. La première
nécessité pour assumer sa responsabilité en matière
de chômage, c'est d'admettre que la province de Québec a une part
de responsabilité dans ce problème. Or cette théorie
était inexistante avant que le gouvernement ne change. Cela n'est pas
injurier qui que ce soit de dire qu'en 1960, en 1959, en 1958, l'on
déclarait dans cette Chambre qu'il n'y avait pas de chômage dans
la province de Québec. On disait alors: C'est une responsabilité
du gouvernement fédéral.
UNE VOIX: C'est ça!
M. LAPORTE: Il a fallu d'abord renverser la vapeur et dire: Evidemment,
le gouvernement fédéral a sa part de responsabilité dans
le chômage, et il est clair que le gouvernement de la province de
Québec a la sienne.
Qu'est-ce que nous avons fait? Nous avons décidé de
prendre des mesures à court terme, celles qui pouvaient, dans
l'immédiat, apporter une source de revenu nouvelle aux chômeurs.
Nous avons accepté que la province de Québec participe aux
programmes de travaux d'hiver. Qu'est-ce que cela a valu? A peu près $15
millions, en moyenne, par année, qui ont été versés
directement à des chômeurs, pour les aider à traverser la
période la plus difficile. Nous avons également augmenté
très sensiblement l'assistance-chômage. Lorsqu'on entend un
ar-
gument comme celui du député de Champlain tout à
l'heure: « Comment se fait-il, nous dit-il, que le chômage diminue
et que les paiements d'assistance-chômage augmentent? » Mais, en
lisant l'article du budget, il verra que c'est pour les sans-emploi
non-employables et pour les sans-emploi employables. Cela nous coûte plus
cher à la province de Québec, d'année en année,
pour les chômeurs non-employables mais le montant diminue pour les
véritables chômeurs. Exemple: Cet hiver nous avons insisté
dans la plupart des municipalités pour que ceux qui reçoivent de
l'assistance sociale du gouvernement, chômeurs employables, soient les
premiers à bénéficier des travaux d'hiver, si bien que les
versements à cet item des chômeurs employables a baissé au
rythme de $1 millions par mois depuis le début des travaux d'hiver.
Nous avons reconnu notre responsabilité par des politiques
à moyen terme, d'autres qui sont à long terme. Ce n'est pas
possible malheureusement, en dépit de tout le désir que nous en
aurions, de passer une loi à l'Assemblée législative pour
dire que le chômage va se terminer demain. Cela ne peut pas fonctionner
commeça. Il faut aider ceux qui sont dans le chômage, il faut
trouver des moyens pour que le chômage disparaisse. Il y en a deux: c'est
l'industrialisation et c'est l'éducation. N'ayez crainte, M. le
Président, je ne parlerai pas d'éducation si ce n'est pour dire
que les gens acceptent ou n'acceptent pas cette théorie, qu'il est
établi par des statistiques absolument claires que plus la
scolarité augmente chez un citoyen, plus ses chances d'être en
chômage, ses risques d'être en chômage diminuent. Nous avons
du côté de l'éducation fait un effort très
considérable qui devrait dans ce domaine porter des fruits. Et
d'ailleurs, on n'a qu'à voir les résultats de
l'industrialisation, les résultats de l'éducation, les
résultats de nos politiques à court, à moyen et à
long termes. Le chômage a diminué de façon très
sensible. Nous avons atteint, à l'automne de 1965, les moyennes de
chômage les plus basses depuis un très grand nombre
d'années dans la province de Québec. Non seulement nous avons
moins de chômeurs mais nous avons dû absorber, dans nos industries,
dans nos usines, un nombre sans précédent de nouveaux
employés, c'est-à-dire qu'il a fallu non seulement créer
des emplois pour les chômeurs, mais absorber en même temps toute
cette jeunesse qui venait sur le marché du travail.
Je crois que nous pouvons rendre témoignage au gouvernement
actuel! Est-ce qu'il doit prendre seul crédit de tout cela? Mais, c'est
fini, ces périodes-là, M. le Président.
Le gouvernement a fait sa part, l'industrie a fait la sienne; la
prospérité générale qui existe maintenant dans
l'Amérique du Nord nous a rendu service. C'est clair. Pourquoi
voudrait-on refuser à un gouvernement qui a mis en train les politiques
dont je parle: la Société générale de financement,
l'éducation pour tout le monde, l'invitation par tous les moyens
imaginables à l'industrie de s'installer chez nous, pourquoi voudrait-on
refuser à ce gouvernement sa large part de mérite à la
diminution du chômage et dans l'absorption de plus en plus
considérable de la jeunesse sur le marché du travail?
Je dis donc que l'engagement que nous avions pris envers les citoyens,
en 1960, d'assurer notre part de responsabilités face au chômage,
nous l'avons tenu scrupuleusement, cet engagement, M. le Président.
L'agriculture, je regrette que tous les grands spécialistes du
problème soient absents...
M. GABIAS: Il y en a encore.
M. LAPORTE: C'est vrai qu'il y a des spécialistes universels, M.
le Président, qui sont prêts à contredire sur tous les
sujets. En agriculture...
M. GABIAS: Le ministre en est un exemple.
M. LAPORTE: L'agriculture doit être relevée de
l'état pitoyable où elle est présentement, par des mesures
énergiques, prévoyant, entre autres, la réorganisation du
ministère de l'Agriculture, la modernisation de l'agriculture, des
modifications à la Loi des marchés agricoles, l'aide à la
coopération agricole, la création d'un crédit
d'établissement pour les fils de cultivateurs à 90%, le
crédit à la production et à l'organisation de la ferme,
l'intensification de la mécanisation des fermes, le paiement d'une prime
sur le beurre ça n'existe pas, ça n'a pas
été fait, M. le Président le paiement d'une prime
sur le porc, des subsides plus généreux pour les achats d'engrais
chimiques, la réforme de la commission de l'industrie laitière,
l'aide à la production laitière, le développement et la
multiplication des centres d'in-simination artificielle, l'institution d'une
assurance des pertes de récoltes...
M. GABIAS: Ah.
M. LAPORTE: Cette année, M. le Président, la
création de réserves forestières paroissiales, l'aide
à l'établissement d'industries dites rurales, des amendements
à la Loi d'aide finan-
cière aux municipalités pour la construction d'un
système d'aqueduc et d'égout. M. le Prési- dent, pour ne
pas prendre inutilement le temps de cette Chambre, je me permets seulement de
souligner qu'à la seule lecture des choses qui sont
énumérée dans le programme de 1960, il nous est permis
d'affirmer que 90% des choses qui y sont contenues sont réalisées
et que ce que l'on nous demande, actuellement, ce sont des choses nouvelles,
des politiques qui n'étaient pas dans notre programme de 1960.
L'entretien de tous les chemins d'hiver par le gouvernement est une politique
qui se développe continuellement et, si j'avais pu consulter le ministre
de la Voirie, je pourrais vous dire exactement combien de centaines de milles
de chemins d'hiver la province entretient actuellemtn, qu'elle n'entretenait
pas en 1960. 23,000...
M. COUTURIER: $23 millions.
M. LAPORTE: Nous dépensons $23 millions de plus par
année.
M. le Président, en matière de colonisation, la
consolidation des paroisses existantes, il doit exister une coopération
étroite entre le ministère de la Colonisation, les missionnaires
colonisateurs et la Société de colonisation; pour le
développement des lots de colonisation, il est impératif de
reviser les taux payés et la limite du nombre d'acres. Dans ces trois
domaines, le ministère de l'Agriculture et de la Colonisation a
instauré des politiques nouvelles conformément à ce qui
avait été promis aux citoyens; prix du bois à pâte,
depuis 1963, c'est la Régie des marchés agricoles qui est
chargée d'établir pour le cultivateur, depuis les amendements de
1963.
M. JOHNSON: Bien non, bien non!
M. LAPORTE: La Régie des marchés agricoles...
M. JOHNSON: Depuis 1959, que le bois à pâte...
M. LAPORTE: C'est depuis la réorganisation. M. le
Président, toutes ces choses-là ont été
revues...
M. JOHNSON: Oh oui!
M. LAPORTE: ... modernisées, adaptées aux besoins de 1963
et des autres années, depuis la revision de la loi.
M. le Président, je continue: commerces et industries, le
ministère du Commerce et de l'Industrie aura des pouvoirs plus
étendus, lui permettant de développer, dans le cadre de la
planification générale et sur une base régionale. Faut-il
vous rappeler qu'il y a quelques semaines, ce ministère annonçait
la création de dix régions dans la province de Québec?
Planification nécessaire si l'on veut que tous les coins se
développent normalement, sur une base régionale; et
d'établir en Europe et ailleurs des agences commerciales.
M. le Président, IX Elizabeth II, chapitre 85, Loi concernant les
agents ou délégués généraux de la province,
cette loi autorise le lieutenant-gouverneur à nommer un agent ou
délégué général dans toute province du
Canada ou dans tout pays qu'il désire. Nous en avons à New-York,
ça existait, nous en avons en France, ça n'existait pas; nous en
avons à Londres ça n'existait pas. Nous avons un bureau
commercial à Milan qui n'existait pas. M. le Président, là
encore nous avons strictement respecté l'engagement que nous avions pris
envers le citoyen, plan directeur de la voirie, route transcanadienne,
autoroute des Cantons de l'Est, continuation de l'autoroute du nord,
commencement des travaux sur l'autoroute Montréal-Québec,
préparation à la construction de la route Trans-Québec,
développement de la voirie rurale. Il est clair que nous
procédons actuellement au ministère de la Voirie en vertu d'un
plan soigneusement préparé et que la province est disposée
à consacrer à la construction de ces routes toutes les sommes
d'argent qui sont nécessaires parce qu'il est clair pour tous ceux qui
connaissent un peu les besoins des industriels que c'est par la voirie que
commence le développement d'un pays. Ce fut autrefois le train, on se
rappelle les batailles sur la nécessité et les batailles pour la
construction de nos chemins de fer transcontinentaux, le rail est en train
d'être délogé par le pneu mais c'est par les routes que
l'on construit une province. Je pourrais citer de nouveau le cas de cette
société de textile qui est allé s'installer à
St-Jean à cause de la voirie. Je pourrais rappeler que lorsqu'on
s'envolait de Dorval et qu'on survolait l'autoroute, elle n'était pas
encore ouverte à la circulation, que, déjà de chaque
côté s'étaient installées de très nombreuses
industries parce que cette planification routière était une
invitation directe au développement économique de la province de
Québec.
Pêcheries: dans le domaine des pêcheries, accentuer la
recherche ainsi que la propagande en faveur de la consommation locale et de
l'exportation. Le budget à cet item a été doublé,
M. le Président. Etablir l'industrie de la pêche maritime sur une
base stable de façon à assu-
rer la sécurité du pêcheur et de sa famille, loi
concernant le crédit aux pêcheurs, cette loi XI, xn Elizabeth Il,
chapitre 42, met $2 millions par année financière à la
disposition du service des pêcheries maritimes pour des prêts aux
pêcheurs. Mesure énergique pour combattre la pollution des eaux
des lacs et rivières afin de prévenir la disparition des
poissons, nous aurons l'occasion d'en parler sur un autre item dans quelques
minutes. L'encouragement au tourisme, quatrième industrie du Canada doit
être une des premières préoccupations du gouvernement
québécois.
M. le Président, faut-il rappeler brièvement le
réseau de parcs provinciaux, de parcs de tourisme qui est en train de se
créer dans la province de Québec depuis 1960? Faut-il rappeler
que jusqu'à cette époque, pour des raisons que je n'ai pas
à discuter, il était à peu près impossible de faire
du camping dans la province de Québec? Il fallait aller soit en Ontario,
ou encore sur les routes de la Nouvelle-Angleterre, particulièrement
dans le Maine. Faut-il rappeler je me souviens que cette remarque
m'avait fait sourire ici à l'Assemblée législative quand
on avait suggéré d'installer des tables de pique-nique dans la
province de Québec, que quelqu'un avait répondu: « Non, on
ne peut pas en installer parce que les touristes vont les voler. » Nous
sommes partis de là et nous sommes en train de développer, avec
l'argent des citoyens, un vaste réseau de terrains de camping, de parcs
où tous les gens, quelles que soient leurs ressources financières
ou leurs goûts, parce qu'il y a de très nombreuses personnes qui
sont très en moyens et qui préfèrent le camping avec leur
famille aux visites continuelles dans les hôtels.
Le tourisme a été développé grâce
à ces initiatives et là encore nous avons commencé de
respecter l'engagement pris en 1960 et cette politique se développe
continuellement. Le Bien-être social, le ministère de la Jeunesse
deviendra le ministère de la Famille et de la Jeunesse. Là, M. le
Président, il y a une promesse que le gouvernement n'a pas tenu.
Imaginez-vous qu'au lieu de s'appeler le ministère de la Jeunesse
et de la Famille, le ministère s'appelle: Loi concernant le
ministère de la Famille et du Bien-être social. Je crois que les
citoyens vont nous pardonner d'avoir ainsi violé une de nos promesses de
1960 et que, face aux résultats que nous allons maintenant constater,
ils vont dire que, quel qu'ait été le nom, c'est le
résultat qui compte. Dans le programme de 1960, dès la prochaine
session, des allocations familiales provinciales de $10 par mois, je vous
rappelle qu'il y a quelques minutes, on reprochait à nos ancêtres
du parti libéral, j'ai presque été tenté de
demander au député de Champlain, il y en a encore combien des
gens que vous mentionnez qui sont vivants, seulementune
énumération des noms, ils sont morts depuis cinq, dix, quinze,
vingt ans, ces gens-là, et nous sommes les héritiers. Bien, je ne
me sens pas héritier de ces gens-là, M. le Président. Je
prétends que deux générations, dans un même parti,
peuvent avoir des idées complètement différentes. Cela
devient un crime, face à ces gens-là, de ne pas avoir toujours la
même pensée, surtout. L'homme vieillit, ses cheveux grisonnent ou
tombent, il devient plus vieux à tous points de vue, seule sa
pensée doit être complètement installée
àpartir de 20 ans, puis après ça, c'est fini, il ne peut
plus changer d'idée, jamais.
Le monde continue à évoluer, le monde change et, si en
1894 Sir Wilfrid Laurier s'était prononcé contre les camions
à incendie, ça serait fini, plus moyen d'en avoir aujourd'hui, M.
le Président. Je dis que...
M. GABIAS: Vous devenez pompier.
M. LAPORTE: Oui, très bien, je ne compte pas sur vous pour
éteindre l'incendie. M. le Président, je dis que l'on nous
aparlé tout à l'heure de certains votes que certains
libéraux d'une certaine époque auraient donnés contre une
pensée d'allocation familiale ou d'autonomie. On nous a
répété vingt-cinq fois: ils ont voté contre une
affirmation d'autonomie, et les allocations familiales, le parti
libéral, conformément, à une promesse, à un
engagement qu'il avait pris en 1960, n'a pas demandé lui de voter pour
une affirmation, il a demandé à cette Chambre de voter des
allocations familiales, et elles sont payées actuellement aux citoyens
de la province deQuébec.
M. le Président, même chose, engagement d'augmenter de $10
par mois les pensions de vieillesse universelle à 70 ans, des pensions
de vieillesse de 65 à 70 ans, des pensions aux invalides, des pensions
aux aveugles, et de créer une nouvelle pension pour les veuves, pour les
célibataires du sexe féminin ayant atteint l'âge de 60 ans
et étant dans le besoin. Or, 9-10, Elizabeth II, Loi modifiant la loi de
l'assistance publique, par cette loi le gouvernement accorde un
supplément d'allocation de $10 par mois auxca-tégories que je
viens de mentionner. Loi instituant les allocations scolaires, cette loi
crée des allocations scolaires au taux de $10 par mois, dix mois par
année pour les enfants de 16 et 17 ans, et en 1964, cette loi a
été modifiée pour que l'allocation soit payée douze
mois par année au lieu de dix. Loi concernant l'assistance aux
mè-
res nécessiteuses. Cette loi autorise la commission à
verser, selon les besoins, des allocations supplémentaires. Sur tous ces
sujets, nous avons rigoureusement respecté les engagements que nous
avions pris envers les citoyens en 1960.
Santé publique et assurance-hospitalisation, M. le
Président. On avait promis aux citoyens, vous me permettrez,
étant donné que je n'aime pas beaucoup le mot promesse, nous nous
étions engagés, envers les citoyens, à leur donner une loi
d'assurance-hospitalisation qui entrerait en vigueur le 1er janvier 1961 et,
là encore, la promesse, l'engagement a été rigoureusement
tenu, et je n'ai pas besoin de rappeler que c'est une des lois sociales les
plus utiles, une des lois sociales les plus généreuses de toutes
l'histoire de la province de Québec. Que des milliers et des milliers de
familles pour qui la maladie était déjà un drame moral,
maladie qui était en plus généralement une catastrophe
financière et qui aujourd'hui bénéficient, au rythme de
centaines de millions de dollars d'une loi qui permet, si l'on va dans une
salle, d'être libéré complètement de son compte
d'hospitalisation ou d'en voir une partie très substantielle
payée par l'Etat selon que l'on choisit une chambre privée ou
semi-privée.
Législation ouvrière» Nous nous étions
engagés à promulguer le Code du travail. C'était l'article
29 du programme. C'est fait. Nous avions promis la création de tribunaux
du travail, la réforme de la Loi des accidents du travail et la
réforme de la Commission du salaire minimum. Ces trois promesses ne sont
pas encore réalisées.
M. JOHNSON: Le ministre me permettrait-il? Il dit: « nous
».
M. LAPORTE: Cela allait bien jusqu'ici...
M. JOHNSON: Est-ce qu'il était libéral en 1960, le
ministre? On veut le savoir. C'est la première fois qu'on a un aveu du
ministre qu'il était libéral en 1960.
M. LAPORTE: Bon, alors, j'avoue et laissez-moi continuer en paix,
maintenant. Cela va donc changer l'histoire de la province de
Québec.
M. JOHNSON: Non, mais ça va enlever de la
crédibilité au témoignage d'indépendance du
ministre en 1960.
M. LAPORTE: Bon, très bien. Vous êtes satisfait, là?
Maintenant, si vous voulez retourner à votre siège. Vous n'avez
pas le droit de parler de là. Je vais être plus tranquille
ainsi.
M. le Président, le chef de l'Opposition a peut-être
raté les trois dernières phrases que je viens de dire. Ce sont
celles qui auraient dû normalement lui faire le plus plaisir.
M. JOHNSON: Des promesses non remplies.
M. LAPORTE: J'ai dit à propos desarticles 30, 31 et 32 du
programme: création des tribunaux du travail, réforme de la Loi
des accidents du travail, réforme de la Commission du salaire minimum,
que nous n'avons pas encore réalisé ces trois engagements que
nous avions pris envers les citoyens. J'aimerais ça parfois, entendre
des discours, venant de l'autre côté, où l'on analyse une
situation telle qu'elle est. Je passe article par article; je n'en oublierai
pas un jusqu'à la fin.
Publication et motivation des décisions de la Commission des
relations ouvrières. C'est fait et je pense que les ouvriers en sont
satisfaits. Abolition des bills 19 et 20. C'est fait. Création d'un
fonds de retraite. J'y reviendrai tout à l'heure puisque c'est
évidemment une des lois les plus importantes de toute l'histoire du
régime actuel. Habitation, création d'un crédit à
l'habitation familiale. Cela n'est pas fait et nous avons cette année,
dans le discours du Trône, l'annonce d'une législatin
créant la Société générale d'habitation du
Québec qui va, dans toute la mesure du possbile, répondre
à cet engagement et rendre à la population en
général, pour la construction de maisons unifamiliales, pour
l'aide au loyer, pour la construction de grands ensembles à loyers
modiques, pour la création ou la construction de maisons pour vieillards
et le reste, des services qui vont aller bien au-delà de cet engagement
que nous avions pris en 1960.
Statut de la femme mariée: article numéro 37 et article
numéro 38. Encore une fois, engagement tenu par la Loi sur la
capacité juridique de la femme mariée, le célèbre
bill 16 que la seule femme qui siège dans ce parlement, le ministre des
Transports et Communications a présenté au cours de la
dernière session.
Un autre chapitre: l'avenir constitutionnel, les relations
fédérales-provinciales, article 39, création du
ministère des Affaires fédérales-provinciales. C'est une
autre chose qui est faite. Non seulement, est-elle faite sur papier, mais la
province est en mesure de juger les effets extraordinaires de la
présence de ce ministère et de la présence de l'homme qui
en est l'âme le sous-ministre, M. Claude Morin, Au cours de la
dernière année, sur 29 plans conjoints qui existaient entre le
gouvernement fédéral et la province de Québec... ah, c'est
bien plus impor-
tant que les quelques déclarations platoniques auxquelles on
s'est référé tout à l'heure alors que l'on disait:
Voilà une autre loi qui était une affirmation de l'autonomie de
la province. Jusqu'à la loi pour établir une loterie qui devenait
une affirmation d'autonomie de la province.
Je me rappelle qu'un jour, on avait dit qu'une autre affirmation avait
été de mettre des fleurs de lys sur la vaisselle du
parlement.
M. BELLEMARE: Est-ce que le ministre me permet?
M. LAPORTE: Certainement, je vous permets, je vais me reposer, pas sur
mon temps, par exemple.
M. BELLEMARE: Non, non, non, tout simplement pour dire au ministre
qu'après avoir dit, dans toutes les campagnes électorales, que
jamais on signerait d'autres plans conjoints, on a donné l'exemple dans
le Dominion et on en a signé tant et plus.
M. LAPORTE: Très bien. Tout le Dominion est au courant de
ça maintenant.
M. BELLEMARE: Oui, pas mal. M. LAPORTE: M. le Président...
M. BELLEMARE: Combien y en a-t-il eu de plans conjoints?
M. LAPORTE: Laissez-moi parler au Dominion, moi aussi.
M. BELLEMARE: Combien y en a-t-il eu de plans conjoints?
M. LAPORTE: M. le Président, cela a pris tout mon « petit
change »... Est-ce parlementaire ça monsieur? Cela a pris tout mon
«retient bien », ça c'est parlementaire...
M. BELLEMARE: Imaginez-vous...
M. LAPORTE: ... pour ne pas interrompre le député de
Champlain.
M. BELLEMARE: ... que ça fait longtemps que je suis assis aussi
là.
M. LAPORTE: Oui, mais les heures ne sont pas plus longues, quand c'est
vous qui parlez que quand c'est moi.
M. BELLEMARE: On a peut-être pas le même caractère.
Très bien.
M. LAPORTE: Cela paraît plus long, mais ça c'est bon pour
les deux côtés.
M. JOHNSON: Cela paraît.
M. LAPORTE: M. le Président, je dis que, grâce à cet
autre engagement que nous avons tenu, la création d'un ministère
des Affaires fédérales-provinciales, nous nous sommes
retirés, l'an dernier, de 29 plans conjoints sur 45 et que nous avons
récupéré, l'an dernier, $225 millions, et que les sommes
sont évidemment plus importantes cette année. Article 30,
convocation par Québec d'une conférence interprovinciale. Elle a
eu lieu la conférence interprovinciale et c'est de cette
conférence qu'est née la conférence permanente des
premiers ministres des provinces du Canada qui siège
régulièrement chaque année, respectant là un autre
engagement pris à la face des citoyens en 1960. Présentation par
la province d'un mémoire devant la conférence interprovinciale
pour la solution du problème fiscal, le rapport de la commission
Tremblay devant servir de base à ce mémoire.
M. le Président, lorsque eut lieu la première
conférence fédérale-provinciale du mois de juillet 1961,
à Ottawa, c'est exactement ce que le gouvernement actuel... je pense
même, de mémoire, qu'il a déposé une copie du
rapport Tremblay au début de cette conférence. Québec
proposera à la conférence interprovinciale la création
d'un conseil permanent des provinces. Québec proposera la
création d'un secrétariat permanent
fédéral-provincial. Toutes choses qui ont été
faites, et l'on sent de plus en plus, à certaines déclarations,
que nous sommes sur le point de gagner cette autre chose: la création du
secrétariat permanent fédéral-provincial.
M. le Président, Québec proposera le rapatriement de la
Constitution, j'ai l'impression que nous étions fort disposés
à le proposer, que les termes que l'on nous a offerts ne nous
convenaient pas, que nous sommes toujours disposés à le faire
dans des conditions qui vont nous convenir.
M. le Président, Québec proposera la création d'un
tribunal constitutionnel,...
M. JOHNSON: N'insistez point.
M. LAPORTE: M. le Président, le chef de l'Opposition, qui voit
mon heure s'enfuir rapidement, voudrait-il me limiter à la Constitution
pour éviter que je récite les autres bonnes
oeuvres du parti libéral? Je le vois trop bien venir, M. le
Président.
M. BERTRAND: Elle est bien bonne.
M. LAPORTE: L'administration, M. le Pré- sident, enquête
royale sur l'administration.
M. JOHNSON: Non, non, la création d'un tribunal
constitutionnel.
M. LAPORTE : Cela a été demandé ça.
M. JOHNSON: Oui? Quand est-ce que ç'a été
demandé?
M. LAPORTE: Un instant, je vais le savoir là. J'ai droit d'avoir
un avocat-conseil, vous savez de temps à autre. M. le Président,
on me dit que, non seulement une fois, mais lors des dernières
conférences fédérales-provinciales, le premier ministre de
la province de Québec, au nom du Québec, en a discuté avec
ses autres collègues.
M. le Président, réforme du fonctionarisme. Ai-je besoin
d'insister sur la loi que nous avons adoptée l'an dernier, Loi de la
fonction publique, qui accorde aux fonctionnaires de la province de
Québec trois droits fondamentaux: droit d'association qu'ils avaient
déjà, droit de négociation qu'ils n'avaient pas,
même M. le Président, le droit suprême de l'ouvrier, le
droit de grève?
Réforme électorale: La Loi électorale de la
province de Québec a été modifiée par le
gouvernement actuel pour établir certaines normes nouvelles en
Amérique du Nord. Limitation des dépenses électorales.
Nouveau mode de votation pour éviter la fraude. Reconnaissance
officielle des partis politiques. Une loi qui met tous les partis qui sont
reconnus, c'est-à-dire qui ont été acceptés par les
citoyens. Nous vivons dans une démocratie exactement sur le même
pied, et paiement d'une partie des dépenses électorales par
l'Etat.
M. le Président, un journaliste a écrit après
l'adoption de cette loi que c'était la loi électorale la plus
avancée au Canada. J'en ai la conviction.
On se rappelera également que nous avons modifié la Loi
sur la contestation des élections afin de faire disparaître tous
les délais. Et l'on se souviendra que lorsque cette loi est venue devant
cette Chambre les ministériels ont déclaré clairement
qu'il est essentiel que les citoyens qui ont quelques reproches à faire
à un élu, qu'il soit du gouvernement ou de l'Opposition, que les
citoyens aient la certitude qu'on ne trainera pas la contestation des
élections pendant deux, trois ou quatre ans alors que le
député peut siéger. Les limites que nous avons mises dans
la procédure vont permettre que le cas soit réglé
rapidement.
Les débats de l'Assemblée législative seront
publiés. Nous avons le journal des Débats.
Finance publique; Etablissement d'un contrôle sévère
sur les dépenses publiques afin de faire disparaître le
népotisme, le favoritisme et le gaspillage. Assainissement des finances
publiques par l'octroi des contrats des travaux publics après demandes
de soumissions publiques; abolition du système des octrois
discrétionnaires. M. le Président, 9, 10 Elizabeth II, Loi pour
assurer le contrôle budgétaire de certaines dépenses. Cette
loi avait pour but de limiter aux crédits votés annuellement par
la Législature les dépenses du gouvernement. 9, 10 Elizabeth II,
chapitre 38, Loi concernant le contrôle des finances. C'est la loi qui
crée le conseil de la trésorerie avec un contrôleur et
l'obligation de faire approuver par son conseil toutes les dépenses du
gouvernement.
M. le Président, les municipalités: répartition des
sources de revenus entre le gouvernement provincial et les
municipalités. Je reparlerai dans deux minutes du rapport
Bélanger qui nous fait à ce sujet certaines suggestions et je
rappelerai également que nous avons fait un premier pas lorsque nous
avons généralisé la taxe de vente dans la province de
Québec, nous l'avons redistribuée aux municipalités qui
jusque là recevait $59 millions et qui en ont reçu $84 millions
en 64/65 et recevront probablement $105 millions au cours de l'exercice
financier actuel.
Enquête générale sur la taxation provinciale. Nous
venons d'avoir le rapport et les commentaires qui sont faits à cet
article indique que nous pourrons probablement trouver des solutions dans le
rapport qui nous a été présenté.
M. le Président, quel était le programme de 1960? J'ai
fait un calcul de ce qui a été réalisé, de ce qui a
été partiellement réalisé et de ce qui ne l'a pas
été. Et nous pouvons dire en toute sécurité, que 45
des 54 articles du programme sont déjà réalisés.
Quatre le sont partiellement et cinq ne l'ont pas encore été ce
qui veut dire que 90% du programme qui avait été soumis aux
électeurs en 1960 est maintenant réalisé et pour compenser
pour les choses qui n'ont pas été réalisées, les
cinq ou six articles, il y a des choses qui n'étaient pas dans le
programme et qui sont actuellement dans la législation
gouvernementale.
Je résume parce que je vois bien que mon temps achève, M.
le Président.
Loi des autoroutes. Loi pour assurer l'indem-
nisation des victimes d'accidents d'automobiles. Refonte de la Loi des
mines. Loi des droits sur les mines. Charte de la Société
québécoise d'exploration minière. Régime de rentes
du Québec. Charte de la caisse de dépôt et de placement du
Québec. Et je pourrais pendant plusieurs minutes rappeler à cette
Chambre que du point de vue économique, du point de vue du
développement de la province de Québec, c'est certainement la loi
la plus importante que nous ayons votée jusqu'ici.
Je pourrais rappeler la nationalisation des 11 sociétés
d'électricité dans la province de Québec, la loi relative
aux concours artistiques et littéraires, la loi de la Place des Arts, la
loi sur la discrimination dans l'emploi,...
M. DOZOIS: Ville de Laval!
M. LAPORTE: ... je dis la ville de Laval, réalisant une bonne
fois pour toutes qu'il était temps d'apporter là certaines
réformes et le maire Tétreault est le premier à admettre
que cette ville a un avenir merveilleux et qu'il va consacrer ses meilleures
énergies à le préparer, cet avenir-là.
Voilà, M. le Président, très partiellement, ce que
nous avons fait, il est clair que si nous allions nous rasseoir et dire que
nous allons maintenant vivre politiquement pendant quelques années de
ces réserves que nous avons accumulées, ce serait une erreur
tragique. Je ne pense pas que les citoyens de la province de Québec
accepteraient que les choses se passent ainsi. Nous sommes en train
d'élaborer un nouveau programme. Nous avons, pour faire le lien entre ce
qui était le programme de 1960 et ce qui sera le programme de la
prochaine élection, le discours du Trône qui apporte certaines
choses neuves dans des domaines d'une haute importance. Je crois, M. le
Président, que nous présentons à la population de la
province de Québec un bilan dont nous sommes fiers, et qui
réalise très sérieusement les grandes étapes que le
parti libéral s'était fixées: le droit à
l'éducation, le droit à la justice sociale, le droit à la
liberté d'opinion et d'expression, le droit et la liberté
d'association et d'entreprise, le droit à la propriété, le
droit à l'égalité devant la loi.
M. le Président, nous allons aller devant les citoyens,
bientôt, un jour. C'est ce que nous allons leur dire.
M. JOHNSON: Un dimanche.
M. LAPORTE: Un dimanche quand ils seront allés à la messe,
ce qui leur donnera de bonnes dispositions pour voter. Comme disait le
curé de l'honorable M. Arsenault: « Il ne s'agit pas seulement de
donner un vote honnête il faut donner un vote intelligent. Il a dit: Il y
a deux candidats dans l'élection, il y a Bona et l'autre. Je ne vous en
parle pas, je vais me fâcher. »
Donc, M. le Président, nous irons devant les citoyens et c'est le
bilan que nous aurons à leur présenter. Nous allons le leur
expliquer dans des termes aussi précis que ceux que j'ai tenté
d'avoir aujourd'hui. Nous attendrons le verdict, et je vous dis d'avance que
nous l'attendrons avec infiniment de confiance.
M. Guy Fortier
M. FORTIER: M. le Président, permettez-moi d'abord de vous
féliciter de votre nomination comme Président de cette Chambre et
de vous féliciter également pour cette façon digne et
admirable avec laquelle vous présidez aux débats de nos
parlementaires.
Je voudrais également féliciter le proposeur et le
secondeur de l'Adresse en réponse au discours du Trône. Je veux
prendre part à ce débat et mentionner que le grand reproche que
l'on fait au gouvernement actuel me paraît extraordinaire. En effet, M.
le Président, qu'est-ce que l'on entend? On dit: Ils en font trop, ils
vont trop vite. N'est-ce pas là le plus beau compliment que l'on puisse
faire à une administration publique, à une administration
politique? Nos adversaires sembles étonnés du fait que le
gouvernement Lesage tienne les promesses et toutes les promesses qu'il a faites
à l'électorat. C'est gens-là n'en reviennent pas de voir
ces promesses se réaliser en bloc. Cependant, aussi, n'est-ce pas
là le devoir de tout gouvernement qui se respecte, n'est-ce pas
là le devoir des hommes d'Etat, d'assurer à la population le
bien-être et l'emploi qui sont, à mon avis, le devoir des
dirigeants?
Dans le discours du Trône, je trouve une phrase qui confirme
précisément cette vérité: « L'économie
du Québec a connu, en 1965, un essor sans précédent
». C'est la pure vérité, car enfin...
M. JOHNSON: Vous avez cru ça, vous?
M. FORTIER: ... un grand nombre d'entreprises nouvelles se sont
établies chez nous et plusieurs autres grandes sociétés
manifestent l'intention d'en faire autant, manifestant là l'admiration
et la confiance qu'ils ont dans l'économie du Québec. Les emplois
se multiplient, le chômage diminue, le chômage est en
régres-
sion constante. Voilà ce que l'on peut lire en toutes lettres
dans le discours du Trône, et les faits confirment les assertions que
nous donnons à la population du Québec.
Si le gouvernement, cependant, se préoccupe de la chose
économique, il s'efforce de développer nos ressources naturelles.
S'il s'oriente vers l'exploitation de toutes nos richesses, il les oriente vers
un développement sans cesse plus grand. Il s'occupe aussi des questions
sociales et cherche à soulager les économiquement faibles de
leurs difficultés. C'est ainsi, M» le Président, que le
discours du Trône annonce la mise en vigueur d'une vaste politique
d'assistance sociale bien agencée et qui fait partie de l'ensemble
administratif de la province. Le gouvernement Lesage reconnaît que le
citoyen à revenu plus faible a des besoins essentiels qu'il convient de
satisfaire.
Il reconnaît ses devoirs, envers la famille, envers la famille
québécoise et se prépare à démontrer, par
l'adoption de nouvelles lois et l'accroissement de certaines subventions, qu'il
faut voir aux besoins essentiels de tous ces gens. Par exemple, comme on l'a
souligné, il convient encore de mentionner que c'est une chose
importante. Dans le cas des mères nécessiteuses, le gouvernement
s'engage à augmenter l'allocation donnée pour chaque enfant et
d'élever le maximum des revenus autorisés. Nous avons
déjà accompli de grands progrès, M. le Président,
mais il reste encore à faire pour leur sécurité, pour
assurer la sécurité, la dignité et une vie convenable aux
membres de la famille québécoise qui ont vraiment le droit
à leur part de richesse, de l'abondance et de la propérité
de notre époque.
Le simple fait d'accorder $10 de plus par mois aux mères
nécessiteuses, par enfant de 16 à 18 ans, contribuera certes
à améliorer leurs conditions et à permettre à ces
enfants de bénéficier d'avantages nouveaux aussi utiles à
eux-mêmes qu'à la société dont ils constituent le
principal capital. L'assistance scolaire représente un placement
avantageux et d'ailleurs le gouvernement reconnaît si bien ses devoirs
envers la famille qu'il augmente cette année le budget de la famille et
du bien-être social de plus de $17 millions. De ce chiffre, huit millions
et demi sont consacrés aux mères nécessiteuses. Les $10
par enfant dont je parlais constituent une bonne part de cet accroissement. Les
personnes âgées recevront $1,200,000 de plus cette année et
d'ailleurs le gouvernement entend tirer parti de toutes ces ressources afin,
comme le précise le discours du Trône, d'améliorer et de
multiplier les services sociaux indispensables.
Permettez-moi, M. le Président, de répéter les
conclusions du gouvernement à cet égard. La réalisation
d'une telle politique fera que les citoyens du Québec disposeront d'un
régime de sécurité sociale qui sera à la fois
conforme à leur culture, adapté à leurs besoins et
fondé sur les principes d'une société démocratique
soucieuse de la sécurité de tous ses membres et surtout de ceux
qui sont moins bien partagés. L'assistance médicale si
nécessaire tient une place de premier plan dans ce domaine. Vous savez
que nous consacrerons $57 millions de plus à la Santé durant
cette année, ce qui représente 16% de plus à la seule
assurance hospitalisation.
Et vous savez que si les frais augmentent dans nos hôpitaux, c'est
parce que le nombre des malades soignés est plus grand, la
qualité des soins donnés est supérieure et le personnel
technique et spécialisé est en plus grand nombre dans nos
hôpitaux. Le traitement des maladies mentales absorbera $12 millions de
plus, c'est-à-dire que le gouvernement entend résoudre le plus
rapidement possible les problèmes que suscitent les maladies en cette
province.
Par exemple, nous avons à Gaspé fait expérimenter
un traitement, nous avons ramené chez nous en Gaspésie les
malades mentaux chroniques qui étaient dispersés dans tous les
hôpitaux de la province de Québec. Nous avons ramené chez
nous, au Sanatorium Ross, 120 malades qui étaient un peu oubliés
et ces gens-là grâce à ce projet revoient leurs parents,
sont chez eux, font une vie heureuse et sont contents d'être à
Gaspé, chez eux. Et ceci a été un projet qui a
été mis de l'avant par l'ancien ministre de la Santé,
l'honorable Couturier, et ceci a été une de ses oeuvres les plus
parfaites dans la Gaspésie.
M. le Président, toutes ces mesures sociales vont contribuer
à améliorer le sort de notre population, particulièrement
chez nous dans la Gaspésie que je représente, mais aussi si le
domaine social est amélioré, on peut en dire autant du domaine
économique. En effet, l'une des plus grandes industries, une des
industries les plus populaires de la Gaspésie, c'est le Tourisme, et le
programme du gouvernement sous ce rapport va permettre à cette industrie
de prendre un essor considérable.
L'aménagement des parcs, des terrains, est une chose
indispensable.
Et vous serez heureux de voir nos familles chez nous, nos familles
canadiennes-françaises maintenant, qu'elles ont à leur
disposition des terrains de camping qui amènent leurs enfants et
qu'elles voyagent en famille, alors que ces dé-
penses leur permettent en raison de leur budget de faire des voyages
accompagnées de leurs enfants.
Le ministère du Tourisme, de la Chasse et de la pêche
recevra et dépensera $2,200,000 de plus cette année. La
Gaspésie compte bien en bénéficier totalement et
largement.
Nous sommes heureux, très heureux des travaux entrepris par la
Voirie. Dès cette année, des sommes considérables sont
dépensées. Ceci n'est pas une promesse. C'est un fait accompli.
Nous avons une section de route que tout le monde connaît, qui part de
l'auberge Fort-Prevel et qui va vers Percé, qui avait un besoin immense
de réparations. Le contrat a été accordé l'automne
dernier pour un montant de $670,000, en bloc, et ceci est en plus d'autres
projets de voirie qui seront accomplis et exécutés dans la
Gaspésie.
Evidemment, la côte sud de la péninsule de la
Gaspésie est un peu jalouse et envieuse de voir les travaux, les sommes
dépensées conjointement par le provincial et par le
fédéral du côté nord. Et le ministre de la Voirie
est au courant; il a écouté de façon très attentive
car comme député de Gaspé-Sud, j'ai demandé que
prochainement, quand les travaux prioritaires auront été
exécutés, une somme de $10 millions soit accordée pour
faire une autoroute entre Matapédia, Bonaventure, Gaspé-Sud
jusqu'à Rivière-aux-Renards, qui viendra rejoindre ce
trançon très moderne.
Et nous aurons ainsi en Gaspésie une voirie, une route qui sera
à l'honneur de notre région et qui sera de même calibre que
les autoroutes que l'on voit dans des régions plus centrales. Ceci
évidemment représente des dépenses considérables
mais si l'on veut, M. le Président, développer une région,
emmener chez nous des industriels, des commerçants, il faut d'abord
avoir les voies de communication et les moyens de transport adéquats.
Actuellement, je le dis, et d'ailleurs les gens qui dernièrement ont
fait le tour de la Gaspésie, ont écrit et souligné que le
ministère de la Voirie avait fait un travail immense et au nom des
gaspésiens je l'en remercie»
Mais il y a aussi des moyens de communications, des voies de
communications qu'il faut améliorer chez nous, les gaspésiens ne
reçoivent pas de la part des chemins de fer nationaux, les avantages de
voyage qu'ils devraient avoir. La ligne qui existe de Matapédia à
Gaspé est une ligne et un moyen de transport de troisième classe
où bien souvent les gens n'ont pas ce qu'il faut pour manger à
bord de ces trains, les enfants et les mères de famille sont
entassés un peu pêle-mêle et je proteste contre le chemin de
fer de la section de Matapédia à Gaspé qui ne donne pas
à nos gaspésiens ce qu'ils sont en droit d'avoir.
M. le Président, il y a aussi un autre moyen de communication et
je sais que les ministres sont au courant, ils ont étudié le cas
et ont fait des démarches qui bientôt aboutiront à des
résultats. En effet, si l'on considère qu'actuellement à
Gaspé il y a une piste d'atterrissage, des plus modernes, qui se
construit, avec lumière, radio de communication qui permettra à
une ligne aérienne de faire les envolées régulières
il faudrait que le transport et que le commerce entre les Iles-de-la-Madeleine
et Gaspé reviennent dans la province de Québec.
M. JOHNSON: D'accord!
M. FORTIER: Je suis heureux... Je demande l'ajournement, M. le
Président.
M. LE PRESIDENT: M. Fortier demande l'ajournement du débat. Cette
motion sera-t-elle adoptée?
M. JOHNSON: Adoptée.
M. LE PRESIDENT: Adoptée.
M. LAPORTE: M. le Président, je voudrais annoncer l'ordre des
travaux de cette Chambre. Il est clair que demain, nous continuerons le
débat sur la motion de M. Trépanier. Si nous terminons le
débat sur le discours du Trône, nous aborderons l'item
numéro 10 du feuilleton d'aujourd'hui, c'est-à-dire la motion
demandant l'institution d'un comité pour étudier
l'assurance-maladie.
Troisièmement, Loi modifiant la loi électorale, l'item 14.
Quatrièmement, l'item 13, Loi du temps réglementaire et,
finalement, l'item numéro 11, les crédits, le budget principal
pour l'année 66/67.
M. LESAGE: Le conseil exécutif.
M. LAPORTE: Ah oui! et nous commencerons par le conseil
exécutif.
Alors, M. le Président, je propose l'ajournement de la Chambre
à onze heures demain matin.
M. LE PRESIDENT: Cette motion sera-t-elle adoptée?
Adoptée. La Chambre est ajournée à demain matin, onze
heures.