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(Trois heures de l'après-midi)
M. PAUL (président): Qu'on ouvre les portes! A l'ordre,
messieurs!
Présentation de pétitions. Lecture et réception de
pétitions. Présentation de rapports de comités
élus.
Comité des bills privés
M. THEORET: M. le Président, le comité des bills
privés en général a l'honneur de soumettre à votre
honorable Chambre son 16e rapport.
M. LE PRESIDENT: Présentation de motions non
annoncées.
M. LESAGE: Sur les rapports du comité, je ne sais pas si le
premier ministre a l'intention de faire un rapport du comité des bills
publics. De toute façon...
M. JOHNSON: Le greffier m'a informé que le rapport n'était
pas prêt.
M. LESAGE: ... je voulais demander au premier ministre...
M. JOHNSON: Demain... Pardon, oui.
M. LESAGE: ... s'il aurait l'obligeance de faire préparer la
liste des bills privés qu'il nous reste à étudier soit au
comité des bills publics, soit au comité des bills privés,
en excluant ceux qui ont trait à des chartes pour pistes de course.
M. JOHNSON: Je ferai préparer cette liste, mais on comprendra
qu'elle ne peut contenir que les bills qui ont été adoptés
en deuxième lecture et référés. Il en reste
quelques-uns à examiner au sujet desquels on a tout lieu de croire qu'il
y aura un rapport favorable et qu'ils seront imprimés...
M. LESAGE: Oui. Je ne demande pas...
M. JOHNSON: ... mais il n'est pas certain de...
M. LESAGE: Je ne demande pas une liste officielle au premier ministre;
je demande une liste pour mon information...
M. JOHNSON: Très bien. D'accord. M. LE PRESIDENT:
Présentation de motions non annoncées.
Présentation de bills privés. Présentation de bills
publics.
Questions et réponses
Grève de 1'Hydro
M. LESAGE: M. le Président, est-ce que le ministre du Travail
pourrait nous donner les raisons pour lesquelles son optimisme s'est
révélé un peu exagéré dans le cas de la
grève des employés de l'Hydro?
M. BELLEMARE: D'abord, M. le Président, j'ai été
extrêmement prudent dans mes déclarations, je le serai encore cet
après-midi.
M. LESAGE: J'ai été prudent dans ma question. J'ai dit:
son optimisme.
M. BELLEMARE: J'ai été extrêmement prudent dans les
rapports que j'ai faits à la Chambre. Je dois dire de mon siège
aujourd'hui que, pour le moment, il n'y aura pas d'autre médiation dans
le conflit. Il appartient maintenant à la partie syndicale de prendre sa
responsabilité. Quant à nous...
M. LESAGE: Cela veut dire quoi?
M. BELLEMARE: ... nous prendrons les moyens opportuns que nous dicte
notre devoir de protéger l'Intérêt et la
sécurité publics. La médiation qui a duré cinq
semaines, à sept jours par semaine et à 12 heures, à 15
heures par jour, n'a pas eu devant l'assemblée générale le
succès que nous espérions.
Quelles garanties avons-nous maintenant lorsque les reprêsantants
syndicaux, à la table même de la médiation, acceptent et
s'entendent devant le médiateur gouvernemental et ne sont plus d'accord
eux, à recommander à l'assemblée générale ce
qu'ils avaient accepté? Nous n'avons aucun contrôle.
M. LESAGE: Le ministre vient de déclarer qu'il appartenait
à la partie syndicale de prendre ses responsabilités.
Voudrait-t-il expliciter ce qu'il a dit?
M. BELLEMARE: Je crois que dans les relations
patronales-ouvrières, et particulièrement au sein des syndicats,
ceux qui ont l'habitude des discussions de ce genre savent ce à quoi je
fais allusion.
M. LESAGE: Il n'y a pas seulement ceux qui ont l'habitude des
discussions de ce genre
qui sont intéressés à savoir ce que ça veut
dire, il y a tous les contribuables et les usagers de
l'électricité.
M. BELLEMARE: Cela, nous y verrons si la sécurité publique
est mise en danger.
M. LESAGE: Ce n'est pas une réponse à la question que j'ai
posée. Je n'ai pas demandé au ministre de proférer des
menaces à l'égard de qui que ce soit, j'ai purement et simplement
demandé au ministre ce qu'il voulait dire exactement...
M. BELLEMARE: Est-ce que le chef de l'Opposition appelle ça des
menaces?
M. LESAGE: Si le ministre voyait sa figure...
M. BELLEMARE: Le chef de l'Opposition appelle ça des menaces. Le
chef de l'Opposition dit: Proférer des menaces.
M. LESAGE: Si les ouvriers voyaient la figure du ministre, ils
comprendraient.
M. BELLEMARE: Ce ne sont pas des menaces, au contraire!
M. LE PRESIDENT: A l'ordre! Peut-être que, pour procéder
avec diligence, nous pourrions, d'une part poser la question, et d'autre part
répondre et laisser du même coup le temps, à l'un et
l'autre des partis d'exposer son point de vue. Je crois que cela sera plus
efficace pour la bonne marche des travaux du jour.
L'honorable chef de l'Opposition.
M. LESAGE: Je n'ai pas le droit d'exprimer mon point de vue et je m'en
garde, mais je voudrais bien savoir ce que le ministre voulait dire quand il a
déclaré il y a quelques instants qu'il appartenait à la
partie syndicale de prendre ses responsabilités. Qu'est-ce que le
ministre veut dire par ces paroles?
M. BELLEMARE: Je n'ai pas besoin de faire une grande
démonstration de ce qui reste à faire. Je sais que le
comité des négociations syndicales, représentant le
syndicat, à la table des négociations, a paraphé,
accepté, s'est entendu devant le médiateur gouvernemental, a
recommandé à l'assemblée générale les
clauses qui étaient en discussion. Mais lorsqu'il fut devant
l'assemblée générale, le comité ne l'a pas
recommandé. Je laisse l'opinion publique juger.
M. LESAGE: Mais quelle est la responsabilité que doit prendre le
syndicat dans les circonstances? Qu'est-ce que le ministre voulait dire?
M. PINARD: Il va prendre la relève.
M. JOHNSON: Vous me permettrez, dans une matière aussi grave, de
donner le point de vue de la partie patronale maintenant...
M. LESAGE: Cela revient au premier ministre.
M. JOHNSON: Oui, parce que l'Hydro, évidemment, relève du
ministère des Richesses naturelles, même si les liens sont assez
ténus. M. le Président, comme l'a dit le ministre du Travail, il
y eut une médiation extrêmement sérieuse qui a duré
cinq semaines de sept jour s, donc 35 jours, au rythme de douze à quinze
heures par jour, et les parties en sont venues à parapher toutes les
clauses, tant normatives que monétaires, du projet de convention.
C'est-à-dire que les représentants de l'Hydro, comme ceux des
syndicats, ont signé, initiale, chacun des paragraphes, et les
représentants de la partie ouvrière se sont engagés
à ce moment-là à recommander à leur
assemblée générale l'acceptation desdites clauses
résultant évidemment de concessions de part et d'autre. L'Hydro
je suis autorisé à le déclarer, tient parole. Ce que ses
représentants à la table des négociations ont
paraphé, l'Hydro, le respectera; mais les représentants
syndicaux, devant l'assemblée, contrairement à ce à quoi
ils s'étaient engagés, n'ont pas recommandé l'acceptation
de ce qu'ils avaient paraphé.
Alors, nous touchons le point sensible, névralgique, de tout
notre système de négociation. Avec qui négocions-nous?
Ont-ils le mandat, oui ou non? Lorsque nous intervenons sous la forme de la
médiation, comme l'a fait le sous-ministre du Travail, M. Mireault,
lorsque nous intervenons, nous devons nous attendre à avoir devant nous
des parties responsables. Or, quand une partie s'engage à recommander
l'acceptation de certaines clauses, et que, rendue devant ses commettants, elle
ne recommande plus ces clauses, il faut attendre un peu et voir qui a le mandat
de faire quoi, de dire quoi, de céder quoi et d'accepter quoi. Et c'est
là qu'est tout le problème.
M. LESAGE: Ce n'est pas la première fois que ça se
produit.
M. JOHNSON: Le ministre du Travail, lorsque interrogé par un
membre de l'Opposition
au sujet de cette grève, a été prudent en
annonçant que toutes les parties avaient paraphé toute la
convention, mais qu'il restait l'approbation par un comité de 27, et
ensuite par un comité de 54 et ensuite par un comité encore plus
élaboré, soit de 140, et enfin l'assemblée
générale.
M. LESAGE: Mais oui.
M. JOHNSON: Or, hier après-midi, des centaines de
syndiqués ou de soi-disant syndiqués se sont amenés dans
l'édifice de 1'Hydro.
M. LESAGE: De soi-disant syndiqués?
M. JOHNSON: Je ne sais pas. On dit que ce sont des syndiqués.
M. LESAGE: Est-ce que le ministre a la preuve que ce ne sont pas des
syndiqués?
M. JOHNSON: Non, non, ni la preuve que ce sont des syndiqués, ni
la preuve que ce n'étaient pas des syndiqués.
M. LESAGE: Bon alors!
M. JOHNSON: Ce sont des gens qui se sont amenés dans
l'édifice de 1'Hydro, qui se sont dits syndiqués.
M. LESAGE: Combien étaient-ils?
M. JOHNSON: Des centaines, 700 ou 800, hier après-midi. Il y en a
peut-être quelques centaines qui sont entrés dans l'immeuble.
M. LESAGE: Quelques centaines.
M. JOHNSON: On n'avait personne à la porte pour compter;
apparemment on ne s'attendait pas à ça. Ils se sont amenés
dans les bureaux et ont dit au secrétaire de quelques-unes des personnes
qui m'ont informé: Vous avez dix minutes pour sortir, autrement on vous
sort! Alors le personnel est sorti tout simplement. Ensuite le groupe s'est
transporté à un autre immeuble de l'Hydro, l'ancien immeuble de
la Shawinigan, mais là il y avait un cordon de police de la ville de
Montréal. Alors, quel est...
M. LESAGE: Est-ce qu'il y a eu altercation?
M. JOHNSON: Pardon?
M. LESAGE: Est-ce qu'il y a eu altercation?
M. JOHNSON: Je n'ai pas de renseignements assez exacts pour pouvoir
l'affirmer. Il y a eu rumeur d'altercation, mais je n'ai pas de renseignements
assez précis.
M. LESAGE: Le premier ministre n'a pas eu de rapports?
M. JOHNSON: Je n'en ai pas sur cet aspect de l'affaire. Il y eut quand
même cette visite inopinée dans les bureaux et cet ultimatum
lancé à certains employés, de quitter leur emploi,
autrement on verrait à ce qu'ils le quittent. Ce sont des
méthodes, évidemment, qui sont à déplorer
plutôt qu'à encourager.
Le ministre du Travail et ses services ont fonctionné à
plein. Ils ont été prudents en annonçant la nouvelle en
Chambre et nous ne pouvons que déplorer, cet après-midi, que la
grève ne soit pas réglée. Le gouvernement étudie le
problème, le suit de très près et prendra en temps et lieu
les mesures qui s'imposeront pour protéger le public Je suis
informé que les mesures ont été prises pour assurer le
service aux urgences: à l'Expo, au métro et aux
hôpitaux.
Il est question d'une grève générale à
Montréal. Ailleurs, nous ne le savons pas, mais je dois rappeler que
pour la première fois les services essentiels ont été
maintenus depuis le début de la grève, ce qui a revalorisé
sérieusement le droit de grève dans les services publics. On
m'assure que les mesures ont été prises pour que le service soit
maintenu dans ces trois secteurs que j'ai mentionnés, soit l'Expo, les
hôpitaux et le métro et je souhaiterais que tous les services et
tous les secteurs se terminent en « o », car on semble vouloir
respecter ceux-là en particulier. Ce n'est pas une situation
réjouissante, loin de là. Je le déplore, mais je fais
appel au sens des responsabilités des dirigeants syndicaux. Je comprends
mal, pour ma part, qu'après avoir paraphé des clauses,
après avoir reçu des concessions en retour des concessions qu'ils
ont faites eux-mêmes, ils arrivent devant une assemblée et
changent d'idée. Je comprends très mal cet état d'esprit
et je voudrais cependant avoir de première main maintenant, soit en
parlant directement au directeur de la grève ou à un de ses
assistants, la confirmation de ces faits qui sont quand même très
bien établis.
M. LESAGE: M. le Président, étant donné la
gravité de la situation, parce qu'il s'agit évidemment d'une
situation très grave. C'est une menace de grève
générale dans un service essentiel et il semble que les seuls
arrangements qui aient été pris concernent les services d'urgence
relatifs à trois secteurs bien déterminés. Pour ce
qui est des autres services d'urgence, il ne semble pas qu'il y ait eu
entente. Il n'y a pas que dans les hôpitaux, au métro et à
l'Expo qu'il puisse y avoir urgence. La population elle-même peut avoir
un besoin urgent d'électricité. Il y a l'éclairage des
rues, le chauffage des maisons, la cuisson. Tout fonctionne à
l'électricité, M. le Président.
DES VOIX: A l'ordre!
M. LE PRESIDENT: A l'ordre!
M. LESAGE: Alors les services d'urgence, au cas de bris, devraient
être maintenus.
DES VOIX: A l'ordre!
M. LE PRESIDENT: Puis-je inviter l'honorable chef de l'Opposition
à faire précéder sa question d'un état de fait
strictement nécessaire pour justifier toute question additionnelle ou
pour préciser la portée exacte de la question qu'il aurait
l'intention de poser à l'honorable premier ministre ou à
l'honorable ministre du Travail?
M. LESAGE: M. le Président, ce que je viens de dire était
la trop courte prémisse de ma question, et c'est avec bonne grâce
que je me rends à votre désir en posant ma question. J'en
étais rendu là, d'ailleurs, c'est assez facile. Mais est-ce que
le premier ministre ne croit pas, étant donné cette menace de
grève générale, étant donné ce qui s'est
passé, qu'il devrait convoquer à ses bureaux, comme premier
ministre, dans une situation d'urgence, les chefs syndicaux...
DES VOIX: A l'ordre!
M. LESAGE: ... pour leur parler non pas seulement au
téléphone, mais dans son bureau, avec l'autorité qu'il a
comme chef du gouvernement, afin d'en venir à un règlement de ce
conflit, surtout alors qu'il y a menace de grève générale.
Ne croit-il pas qu'il devrait le faire?
M. JOHNSON: M. le Président, comme chef d'un parti...
M. LESAGE: Comme chef de l'Opposition.
M. JOHNSON: ... le chef de l'Opposition aurait pu - et il a raté
l'occasion- dire qu'il déplorait cette sitaution et qu'il souhaitait
qu'elle se règle.
M. LESAGE: M. le Président, ce que je sais, c'est que ces
situations-là ne se règlent pas seules quand un gouvernement se
contente d'étudier au lieu de prendre ses responsabilités.
M. BELLEMARE: Qu'est-ce que vous pensez qu'on a étudié
depuis sept semaines?
M. LESAGE: La pilule, là.
M. BELLEMARE: Qu'est-ce que vous pensez qu'on a étudié? La
pilule, vous feriez bien de la prendre, vous, en fin de semaine.
M. LESAGE: Comment?
M. JOHNSON: M. le Président...
M. LESAGE: Cela a l'air que vous avez pris la vôtre parce que vous
êtes joliment de mauvaise humeur.
M. BELLEMARE: Où ça? Pas à Victoria-ville, parce
qu'il y avait 1,061 personnes.
M. JOHNSON: M. le Président, la commission
hydro-électrique est actuellement en réunion; j'attends un
rapport vers quatre heures. Evidemment, il y a un style de règlement
qu'avait instauré l'ancien premier ministre; cela consistait à
accorder dans son bureau certaines choses, même à faire ça
par téléphone pendant toute une nuit, la nuit des millions comme
on l'a appelée...
M. LESAGE: Ce n'était pas par téléphone.
M. JOHNSON: ... à faire venir les chefs ouvriers...
M. LESAGE: Quand il s'est agi des fonctionnaires...
M. JOHNSON: ... à sortir... DES VOIX: A l'ordre!
M. LESAGE: M. le Président, j'invoque le règlement. Si le
premier ministre veut faire allusion à des rencontres antérieures
en vue de la signature de conventions collectives, comme par exemple dans le
cas des fonctionnaires, il doit donner les détails au lieu de se
contenter d'allusions fausses, comme celle qu'il vient de faire.
M. JOHNSON: M. le Président, je faisais allusion à la nuit
blanche qu'a passée le premier ministre et aux millions qu'il a
accordés à chaque heure sur un appel de M. Marchand
dans la grève des hôpitaux de 1964.
Alors, f allais donc dire qu'il y a un style...
M. LESAGE: C'est absolument faux.
M. JOHNSON: ... que je ne juge pas pour le moment, qui consiste à
faire venir les parties dans le bureau du premier ministre, à leur
parler très fort et ensuite à sortir pour se faire photographier
avec un grand sourire en disant: J'ai réglé la grève.
C'est le système que Pon a connu pendant un certain temps, mais qui,
à mon sens, ne peut pas être suivi. Il y a un mécanisme de
prévu; s'il est déficient, nous y verrons et si le public est
ennuyé par la grève, par des gens qui ne s'entendent pas, eh
bien, le gouvernement prendra ses responsabilités et l'Assemblée
législative sera appelée à pre-dre les siennes. Nous
sommes ici pour servir le public et non pour servir seulement l'union, 1'Hydro,
la partie patronale ou quelque union que ce soit
M. LESAGE: M. le Président, c'est justement parce que le
gouvernement a accepté la responsabilité de servir le public que
je suggère qu'il doit faire tout ce qui est en son pouvoir pour
éviter une grève générale et, ça, à
partir de maintenant. A mon sens, dans un cas aussi grave, dans un cas qui peut
causer autant d'inconvénients, sinon des dommages considérables,
le gouvernement devrait par son chef convoquer immédiatement la partie
syndicale, surtout alors qu'il est ministre des Richesses naturelles,
responsable de 1'Hydro, pour voir de quelle façon il y aurait moyen de
régler cette grève possible illico.
Je fais appel aux bons sentiments du premier ministre vis-à-vis
de la population, à son esprit de devoir. Je fais appel à lui
personnellement pour qu'il intervienne. Je crois que c'est son devoir
d'intervenir.
M. JOHNSON: M. le Président, j'ai fait appel à l'Hydro,
à la partie patronale pour qu'elle trouve une solution, qu'elle
n'épargne aucun effort pour trouver une solution. Et cet
après-midi, en Chambre, en ma qualité de premier ministre, je
fais appel, non seulement à l'Hydro, mais aux unions ouvrières et
à tous ceux qui peuvent avoir une influence sur elles, pour qu'ils
songent bien aux effets d'une grève générale. Et j'avais
la naïveté de croire que le chef de l'Opposition, lui aussi,
déplorerait ce qui est arrivé et ferait un appel, lui aussi, afin
que ce soit enfin un appel conjoint.
M. LESAGE: M. le Président, je n'ai pas laissé entendre
pendant des semaines comme le ministre du Travail l'a fait, que la grève
tournante allait se régler d'un instant à l'autre. C'était
toujours près de se régler. M. le Président, j'ai une
question à poser.
M. LE PRESIDENT: A l'ordre!
M. JOHNSON: M. le Président, j'invoque le règlement.
M. LE PRESIDENT: A l'ordre!
M. JOHNSON: J'invoque le règlement, M. le Président.
M. LESAGE : C'est une situation très grave, qui doit être
discutée ici, M. le Président.
DES VOIX: A l'ordre!
M. LE PRESIDENT: A l'ordre! Je crois que l'honorable premier ministre a
fait appel au règlement.
M. JOHNSON: M. le Président, le ministre du Travail, chaque fois
qu'il a été interrogé dans cette Chambre, a indiqué
que les négociations se poursuivaient activement et qu'il
espérait toujours en arriver à un règlement.
M. BELLEMARE: C'est vrai.
M. JOHNSON: Il y a vu lui-même et il a eu un rapport
circonstancié de son sous-ministre, M. Mireault, à l'effet que
les clauses avaient été paraphées et qu'il y avait un
engagement de la part de chacune des parties de faire accepter par leurs
commettants le projet de convention. Or, ce n'est pas la faute du ministre si
ceux qui avaient pris cet engagement ne l'ont pas tenu. Maintenant, je demande
pour une dernière fois au chef de l'Opposition s'il ne voudrait pas. lui
aussi, faire appel publiquement... ou préfère-t-il demeurer ce
qu'il est, un pêcheur en eau trouble.
M. LESAGE: M. le Président, l'appel que je fais...
UNE VOIX: Cela vient du premier ministre.
M. LESAGE: Je n'ai pas à prendre parti dans le conflit. Ce que je
déplore cependant c'est le refus du gouvernement d'agir. Nous avons un
gouvernement...
M. BERGERON: Ce n'est pas fort, votre argument.
M. LESAGE: Le gouvernement porte la responsabilité
vis-à-vis de la population. Il lui appartient d'agir et je
déplore encore une fois le « Ne bougez pas, M. Johnson! » du
gouvernement actuel.
M. JOHNSON: M. le Président, je puis donner l'assurance à
cette Chambre que le gouvernement prend ses responsabilités, mais il ne
fera pas venir les parties et, au moyen de menaces de quelque nature que ce
soit, leur faire accepter quoi que ce soit.
M. LESAGE: Je ne vous ai pas suggéré de menaces.
M. JOHNSON: Mais le gouvernement fait appel publiquement aux
responsables des syndicats, aux membres syndiqués et à l'Hydro
pour qu'intervienne un règlement et j'aimerais entendre l'Opposition
faire de même.
M. LAPORTE: M. le Président, étant donné que,
depuis sept semaines, on s'est fait dire tous les deux jours que la
grève était sur le point de se régler et que cela a
été un échec lamentable, est-ce qu'on n'est pas en droit
de demander au gouvernement s'il a d'autres assurances à donner aux
citoyens de la province que celles qu'il a données depuis sept
semaines?
M. LE PRESIDENT: Tous conviendront, devant l'intérêt public
soulevé par cette grève de l'Hydro-Québec, que j'ai
laissé élaborer les questions et les réponses sur ce
sujet, mais je crois que les différents points de vue ont
été exposés et je suis sûr que tous partagent la
même opinion.
Je crois qu'il y aurait peut-être avantage que nous passions
à d'autres questions ou aux affaires du Jour.
L'honorable député de Baldwin.
Dépliants en langue anglaise
M. SEGUIN: M. le Président, faisant suite à mon
intervention du 16 mai, j'aurais une question à poser au ministre de la
Santé et de la Famille et du Bien-Etre social. Le ministre pourrait-il
nous dire? faisant suite à ma question du 16 mai, si les
dépliants de notes explicatives en langue anglaise sur les allocations
familiales existent de fait ou si encore son ministère les a
reçus de l'imprimeur?
M. CLOUTIER: Si le député veut bien s'adresser au
ministère de la Famille et du Bien-Etre social, aujourd'hui, il aura les
dépliants dont il parle.
M. SEGUIN: Je vous remercie, M. le ministre, c'est que depuis quelques
semaines déjà, les demandes que je fais au ministère me
rapportent ou me...
DES VOIX: A l'ordre!
UNE VOIX: Pas de commentaire!
M. SEGUIN: Sans répondre au ministre, je voudrais simplement dire
que j'ai fait des démarches tous les jours depuis quelques semaines.
M. LE PRESIDENT: A l'ordre!
M. LOUBIER: Le président est debout!
M. LE PRESIDENT: Je sais que l'honorable député est assez
informé, avec la portée des exigences de notre règlement,
pour ne pas se permettre d'ajouter des commentaires. Cependant il lui est
sûrement possible de poser toute question additionnelle ou
supplémentaire.
M. SEGUIN: Je m'abstiendrai de faire des commentaires. M. le
Président, une question supplémentaire. Etant donné le
fait qu'il y aura nécessairement un retard, dans certains cas, de la
part des citoyens qui n'auront pas reçu une réponse à leur
demande concernant ces dépliants, et que la date limite a
été fixée au 1er juillet pour l'envoi des allocations, le
ministre pourrait-il dire à cette Chambre si, selon lui, l'envoi tardif
de ces dépliants pourrait avoir une influence ou un retard
considérable sur l'envoi des chèques en question?
M. CLOUTIER: Non. Si on commence tout à l'heure l'étude de
mes crédits, ceux du ministère de la Famille, je donnerai des
statistiques sur les retours des formules. Pour l'instant, je puis dire que,
jusqu'à maintenant, il y a au-delà de 90% des formules qui nous
sont revenues au ministère et que les chèques sont prêts
à partir. Mais il n'y aura pas davantage de pénalité pour
ceux qui, pour quelque raison que ce soit, auront retardé à nous
faire parvenir les formules, à plus forte raison si c'est pour un manque
d'explications et un désir d'avoir des renseignements additionnels. A
ceux qui n'auraient pas pu nous envoyer leur formule pour le 1er juillet, nous
ferons parvenir le chèque dès que possible, en juillet et au mois
d'août. Personne ne perd son droit à son chèque.
M. LE PRESIDENT: L'honorable chef de l'Opposition.
Services médicaux externes
M. LESAGE: M. le Président, ma question s'adresse au ministre de
la Santé. Je serais mal venu de poser une question de ce genre, au
ministre de la Famille et du Bien-Etre social, étant donné que
ses crédits doivent être étudiés incessamment. Les
crédits de la Santé ont été adoptés. Est-ce
que le ministre sera en mesure de préciser exactement quelle addition
sera faite, en vertu de la Loi de l'assurance-hospitalisation, en ce qui
concerne les services externes à partir du 1er juillet?
M. CLOUTIER: Ce sont ce que l'on appelle les examens de radiologie et
les examens de laboratoire. Ce qui veut donc dire, à toutes fins
pratiques, que tous les examens qui sont faits en clinique externe, dans les
hôpitaux, seront couverts à partir du 1er juillet prochain.
M. LESAGE: Seulement les examens dans les hôpitaux, non pas dans
les cliniques privées?
M. CLOUTIER: Non. Pas dans les cliniques privées, seulement dans
les hôpitaux.
M. LESAGE: Est-ce que cela comprend les électrocardiogrammes?
M. CLOUTIER: Cela comprend les électrocardiogrammes.
M. LE PRESIDENT: L'honorable député de Frontenac.
Question de privilège
M. GRENIER: Question de privilège. Les journaux de fin de semaine
ont rapporté que le chef de l'Opposition aurait proféré
des menaces à l'égard du député de Frontenac,
à savoir que, si j'allais dans son comté, il me casserait les
dents.
Alors, si c'est le cas...
M. LAPORTE: Cela serait de valeur, des si belles dents !
M. GRENIER: Si c'est le cas.
M. LESAGE: M. le Président, ça s'est passé en
Chambre. Il était présent. C'est ici que ça s'est
passé, en présence du député.
M. GRENIER: Si c'est le cas, ce n'est pas gentil de la part du chef de
l'Opposition.
M. LAPORTE: Si le député n'avait plus de dents...
M. LESAGE: C'est ici en Chambre que ça s'est passé et le
député était là.
M. LE PRESIDENT: A l'ordre! Afin de me permettre de juger de l'urgence
de la question, de son importance et de l'intérêt public qu'elle
peut soulever, puis-je avoir la collaboration des honorables
députés pour entendre, sinonlatotalité, au moins les
prémisses de cette question?
M. GRENIER: Le Dimanche-Matin du 18 juin rapporte une séance
parlementaire où les gros mots ont fusé de toutes parts. «
La journée de jeudi aura été l'une des pires qu'on ait
vues à cet égard depuis le début de la session, alors que
le chef de l'Opposition a menacé le député de Frontenac...
»
M. LAPORTE: Est-ce que le député a eu peur?
M. LESAGE: Il n'a pas été question de lui casser les
dents. Lisez le journal des Débats.
M. LE PRESIDENT: L'honorable député ne pourrait poser sa
question de cette façon à moins qu'il ne soulève une
question de privilège ou un rappel au règlement.
M. GRENIER: Je soulève une question de privilège. Alors,
le texte se lit comme suit: « Le chef de l'Opposition a menacé le
député de Frontenac de lui casser les dents s'il venait dans son
comté. »
M. LAPORTE: N'y allez pas!
M. LESAGE: J'invoque le règlement. Si un journal...
DES VOIX: A l'ordre!
M. GRENIER: Je n'avais pas terminé.
M. LESAGE: J'invoque le règlement.
M. LOUBIER: Cela ne s'invoque pas sur une question de
privilège.
M. LESAGE: Certainement. M. LOUBIER: Voyons donc! M. COURCY: Il arrive
d'où, lui?
M. LESAGE: Si le député veut s'en prendre à un
hebdomadaire ou à un journal parce que ce dernier a mal rapporté
ce qui apparaît au journal des Débats, qu'il s'en plaigne, mais je
n'ai jamais déclaré ce que vient de lire le député
de Frontenac. Il n'a qu'à s'en rapporter au journal des Débats
pour la séance de jeudi, alors que, vous-même, M. le
Président, étiez présent et le député de
Frontenac également.
M. LAPORTE: Il n'est pas là-dedans.
M. GRENIER: Alors, je rapporte et je déclare ce qui a
été dit dans le journal. Bien sûr, je n'ai pas eu le temps
de vérifier dans le journal des Débats, mais si c'est le cas, ce
n'est pas gentil de la part du chef de l'Opposition. Je veux l'assurer que,
s'il vient dans Frontenac, il retournera avec toutes ses dents, mais, comme au
dernier voyage, avec moins de votes.
M. LE PRESIDENT: J'inviterais l'honorable député de
Deux-Montagnes à poser sa question.
UNE VOIX: Il est passé à Rivière-du-Loup hier.
M. LE PRESIDENT: A l'ordre!
Télévision des travaux de Manic
M. BINETTE: C'est une question qui s'adresse au premier ministre en tant
que ministre des Richesses naturelles. Nous savons que l'Hydro-Québec
télévisait en direct les travaux du chantier de Manic 5 au
pavillon des industries sur le site de l'Expo et nous avons appris que, depuis
la semaine dernière, ces émissions
télévisées ont été arrêtées par
l'Hydro-Québec. Est-ce que le premier ministre pourrait dire pourquoi
ces émissions ont été arrêtées et,
deuxièmement, quand peut-on espérer que ces émissions
télévisées en direct seront reprises?
M. JOHNSON: Je m'informerai et je donnerai la réponse au
député.
M. BINETTE: Merci.
M. LE PRESIDENT: L'honorable député de Verdun.
Démissions au ministère de la
Justice
M. WAGNER: En l'absence du ministre de la Justice, ma question s'adresse
au ministre associé de la Justice. Est-ce que le ministre pourrait nous
dire s'il y a eu d'autres démissions au ministère de la Justice
ces jours derniers outre la démission assez éloquente du
sous-ministre associé, Me Mignault?
M. LOUBIER: Ce n'est pas une urgence.
M. LE PRESIDENT: A l'ordre! Je crois que cette question ne peut
être considérée comme une question d'urgence, elle est
d'intérêt public sûrement, mais de là à ce
qu'elle soit considérée comme urgente, tel que nous avons
l'habitude de l'interpréter à cette période de nos
travaux... Je crois que l'honorable député conviendra qu'il
pourrait peut-être inscrire cette question au feuilleton.
M. WAGNER: Une question additionnelle au ministre associé de la
Justice. Est-ce que le ministre a eu le loisir, depuis le 15 juin,
d'étudier les motifs qui ont amené de la part du gouvernement
l'autorisation de laisser tomber les plaintes découlant de
l'enquête royale sur la cour municipale de Québec?
M. MALTAIS (Limoilou): M. le Président, d'abord, vous me
permettrez de vous faire remarquer que, contrairement à son habitude, le
député de Verdun ne prévient pas, ne donne pas de
préavis de ses questions au ministre associé. Je ne sais pas
pourquoi. Je pense qu'il a l'habitude de donner un préavis au ministre
en titre de la justice.
M. WAGNER: Ah non! pas plus.
M. MALTAIS (Limoilou): Deuxièmement...
M. WAGNER: Je présume qu'ils sont au courant de ce qui se passe
dans leur ministère.
M. LOUBIER: C'est gentil.
M. MALTAIS (Limoilou): J'ai déjà parcouru des rapports de
débats antérieurs alors que le député actuel,
ministre d'alors, n'était pas tellement loquace sur les questions qu'on
lui posait.
M. le Président, je tiens à dire ceci. J'ai pris avis de
la question et, au cas où cela pouvait plaire au député,
je l'ai même invité à placer sa question au feuilleton. A
tout événement, je n'en exige pas tant, j'ai pris avis de sa
question. J'en ai fait part au ministre en titre, le responsable de ce
ministère, et dès son retour en cette Chambre, il aura une
déclaration à faire en réponse à la question du
député de Verdun.
Faillites frauduleuses
M. WAGNER: Question additionnelle, M. le Président, au ministre
associé de la Justice. Est-ce qu'il est exact qu'au sujet des 18
plaintes qui ont fait l'objet d'un débat assez long ici à
l'Assemblée législative, rien n'a été fait depuis
ce temps-là par le ministère de la Justice?
M. JOHNSON: Quelles 18 plaintes?
M. WAGNER: Les 18 plaintes concernant les faillites frauduleuses.
M. LE PRESIDENT: A l'ordre! Je crois que c'est une question qui
commanderait ou justifierait des recherches assez poussées ou des
renseignements qui ne sont peut-être pas à la disposition
immédiate de l'honorable ministre d'Etat à la Justice. Alors,
peut-être que l'honorable député pourrait inscrire sa
question au feuilleton, à moins que l'honorable ministre d'Etat à
la Justice veuille en prendre note pour fournir une réponse à
l'honorable député de Verdun.
L'honorable député de Deux-Montagnes.
Rapport sur la pollution
M. BINETTE: M. le Président, ma question s'adresse au premier
ministre. Est-ce que le premier ministre pourrait dire s'il a reçu le
rapport de la conférence nationale sur « La pollution et notre
milieu » qui a été tenue du 31 octobre au 4 novembre
dernier? Ce rapport serait utile lors de l'étude des crédits du
ministère des Richesses naturelles. Je lui demande s'il a reçu ce
rapport et s'il a l'intention d'en fournir une copie aux
députés.
M. JOHNSON: Oui, je vais vérifier ça. J'ai assisté
à une partie de ce congrès à Montréal. Je sais
qu'il y avait un document en préparation qui contenait toutes les
études.
M. BINETTE: Maintenant, ce sont des rapports qui vont coûter
énormément cher auprès des...
M. JOHNSON: Ce n'est pas un document, je pense, qui devrait ex officio
être remis aux députés. Ce sont des travaux scientifiques
pour la plupart. Maintenant, sont-ils disponibles? Je ne le sais pas.
M. BINETTE: D'après les informations que j'ai eues il y a environ
un mois, ce rapport devait sortir dans deux ou trois semaines. Et, apparemment,
il coûterait $40 la copie. Je crois que c'est assez dispendieux pour un
député d'être obligé de se procurer une copie
à ses frais. Aussi, je demande au premier ministre s'il veut bien nous
dire, d'abord si le rapport est publié et, deuxièmement, s'il y
aurait possibilité également d'en fournir une copie aux
députés.
M. JOHNSON: Je ne suis pas certain que chacun des députés
soit à ce point intéressé au problème...
M. BINETTE: Peut-être aux députés qui seraient
intéressés au problème.
M. JOHNSON: ... et veuille lire un rapport de $40 formé de
travaux extrêmement sérieux...
M. BINETTE: Aux députés qui en feraient la demande.
M. JOHNSON: ... très techniques. Mais je vais aller aux
informations et je répondrai au député.
M. BINETTE: Merci.
M. LE PRESIDENT: L'honorable député de Verdun.
Grève à la Northern Electric
M. WAGNER: M. le Président, ma question s'adresse au ministre de
l'Industrie et du Commerce. Est-ce que le ministre pourrait dire à la
Chambre quelles dispositions il entend prendre pour amener à bonne fin
le règlement de la grève de Northern Electric qui semble
s'aggraver de jour en jour et qui affecte, évidemment, une bonne partie
de la population du comté de Verdun?
M. BELLEMARE: M. le Président, on a demandé au ministre du
Travail un médiateur. Je suis prêt, pour autant que les deux
parties consentiront à l'accepter.
UNE VOIX: La pilule?
M. BELLEMARE: La pilule, elle fonctionne, M. le Président...
M. LESAGE: Elle ne fonctionne pas. Elle n'est pas efficace.
M. BELLEMARE: Je n'ai pas l'intention aujourd'hui de faire une sortie,
parce que j'ai besoin de mes énergies pour d'autres choses. Mais en
attendant, puisque je suis debout...
M. LESAGE: Est-ce que le ministre du Travail va faire servir ses
énergies à tenter d'administrer sa fameuse pilule
préventive ou curative?
M. BELLEMARE: Oui, M. le Président, et le chef de l'Opposition ne
m'entraînera pas dans un débat. J'ai l'honneur de dire aujourd'hui
aux honorables députés de cette Chambre, qui m'ont demandé
depuis le commencement de la session un recueil sur les lois du travail qui
était épuisé, j'ai l'honneur de leur dire que je leur en
fais parvenir chacun un exemplaire. S'il y en a quelques-uns qui l'avaient
déjà et qui ne voudraient pas le recevoir, ils seront assez
aimables de le retourner, parce que c'est assez dispendieux un volume comme
celui-là. Je l'envoie à tout le monde quand même.
M. LE PRESIDENT: Affaires du jour. L'honorable député de
Deux-Montagnes.
Parc d'Oka
M. BINETTE: M. le Président, est-ce que le ministre du Tourisme
pourrait nous dire si le parcd'Okaest ouvert au public, sinon quand
ouvrira-t-il? Si je me rappelle bien, d'après la réponse que le
ministre m'avait donnée il y a deux semaines, ce parc devait ouvrir le
12 juin dernier...
M. LOUBIER: Sur onze terrains de camping dont l'ouverture était
prévue pour le 15 juin, sept sont ouverts actuellement.
M. BINETTE: Oka, je vous demande pour Oka.
M. LOUBIER: Trois seront ouverts d'ici la fin de semaine, et Oka serait
ouvert depuis cinq ou six jours...
M. GRENIER: Ah!
M. LOUBIER: ... si on n'avait pas voulu y donner la perfection à
l'ouverture. Mais il sera ouvert dès la fin de semaine.
M. LESAGE: Perfection à l'ouverture! M. LOUBIER: Pardon?
M. LESAGE: Qu'est-ce que ça veut dire ça « la
perfection à l'ouverture »?
M. LOUBIER: Ah! je sais que vous ne connaissez pas ça, vous n'en
avez jamais fait dans votre temps.
M. LESAGE: Qu'est-ce que ça veut dire en français
ça?
M. LAPORTE: C'est la publicité qui entoure l'ouverture,
ça!
M. LESAGE: Est-ce le « show » du ministre qui doit
être parfait?
M. LOUBIER: Non, disons que je n'ai pas appris ça à
Ottawa, j'ai appris ça à Québec moi, ces choses-là.
Or, d'ici quelques jours, d'ici la fin de semaine, il sera ouvert. Dans la
région de Montréal, je pense que tous les campings que nous
devions ouvrir... Pour certains, nous avons devancé la date
prévue et, pour deux autres, nous serons en retard de quelques
jours.
M. BINETTE: J'ai l'impression que ça n'ouvrira pas avant le 1er
juillet?
M. LE PRESIDENT: Affaires du jour. M. LOUBIER: Pardon?
M. BINETTE: Ce parc n'ouvrira pas avant le début de juillet ou le
milieu de juillet au train où ça va là, parce que je suis
allé visiter moi-même les travaux...
M. LOUBIER: J'ai même reçu une invitation d'y aller
vendredi pour l'ouverture officielle.
M. BINETTE: Vendredi prochain?
M. LOUBIER: Disons qu'à ce moment-là je me permettrais
même d'inviter le député à aller coucher sous la
tente près du lac, là-bas.
M. BINETTE: Est-ce que le ministre m'invite pour l'ouverture
officielle?
M. LOUBIER: Mais disons que ce n'est pas le député des
Deux-Montagnes qui nous a aidés dans la réalisation du parc
tfOka. Aucunement.
M. BINETTE: On vous a poussé dans le dos; autrement, ça
serait encore pire.
M. LOUBIER: Il a toujours essayé par des interventions
insidieuses...
M. BINETTE: Cela n'ouvrirait pas encore. M. LOUBIER: ... à
retarder les travaux... M. LE PRESIDENT: A l'ordre!
M. LOUBIER: ... à mettre le trouble là-bas et même
à organiser des marches...
M. BINETTE: Voyons, voyons!
M. LAPORTE: Apparemment, il a réussi.
M. LOUBIER: Il a même organisé des marches pour
empêcher l'ouverture du camping d'Oka.
M. BINETTE: A de pareilles paroles, vous me permettrez de
répondre...
M. LE PRESIDENT: A l'ordre!
M. LOUBIER: Cela, c'est le député de Deux-Montagnes...
M. LAPORTE: Vous me permettrez de répondre, si vous le laissez
aller.
M. LE PRESIDENT: A l'ordre!
M. LOUBIER: ... qui a aidé sa population.
M. LE PRESIDENT: Je crois que cette question d'Oka a été
maintes fois soulevés en cette Chambre et espérons que
l'ouverture sera faite telle qu'annoncée par l'honorable ministre et que
nous pourrons tous aller visiter ce centre touristique. Affaires du jour.
L'honorable chef de l'Opposition.
M. LESAGE: Je voulais simplement poser une question. Est-ce que les
média d'information ont été invités
spécialement pour l'ouverture du parc d'Oka?
M. LOUBIER: Les média d'information...
M. TREMBLAY (Chicoutimi): Ce n'est pas un concours de beauté.
M. LESAGE: Non, mais c'est la question de Pouverture qui
m'intéresse.
M. LOUBIER: Les journaux viennent spontanément, sans faire-part,
parce qu'eux-mêmes sont intéressés au développement
du camping dans le Québec et eux-mêmes n'attendent pas de
recevoir, comme ça se pratiquait il y a quelques mois, ou un an et demi
ou deux ans à peine, des communiqués de presse avant la
réalisation des projets.
M. LESAGE: Ah! mon Dieu! Telbec.
M. LOUBIER: Comme la compagnie Irving, de l'autre bord, et tous ces
projets-là.
M. LE PRESIDENT: A l'ordre!
M. LESAGE: Il faut toujours qu'ils sachent à quelle date
ça va ouvrir.
UNE VOIX: Cela n'a pas d'importance. M. LE PRESIDENT: Affaires du
jour.
M. LAPORTE: Ils ne savent pas s'ils vont venir habillés en
été ou en hiver, là.
UNE VOIX: Qui va couper le ruban?
Comité de la Santé
M. JOHNSON: M. le Président, je pense qu'il a été
convenu, du moins j'ai tout lieu de croire qu'il a été convenu
très clairement que nous irions immédiatement en comité
des subsides. Nous pourrions entendre le rapport du président du
comité de la santé et ensuite, tel que convenu encore, nous
pourrons demander que siège le comité des crédits pour
entendre le ministre du Bien-être et de la Famille. Alors, M.
Dozois...
M. LE PRESIDENT: L'honorable ministre des Finances propose que je quitte
maintenant le fauteuil pour que la Chambre se forme de nouveau en comité
des subsides. Cette motion est-elle adoptée? Adopté.
M. LUSSIER: M. le Président des comités, j'ai l'honneur de
vous faire rapport que le comité des crédits chargé
d'examiner les articles du budget du ministère de la Santé a
adopté tous les articles du budget de ce ministère.
M. DOZOIS: M. le Président, j'ai l'honneur d'informer le
comité des subsides que le comité des crédits,
chargé d'étudier les crédits du ministère de la
Famille et du Bien-Etre social, se réunit immédiatement à
la salle des comités des bills privés et de faire rapport
à ce sujet.
M. LESAGE: Il faut tout de même revenir aux crédits du
ministère de la Santé.
M. JOHNSON: M. le Président, le rapport est maintenant fait. Il
s'agira de le faire adopter à un moment ou à un autre.
M. LESAGE: A un autre...
M. JOHNSON: Il reste, je crois, à faire adopter d'autres...
M. LESAGE: Oui, oui. Je comprends qu'on ne propose pas qu'il soit
adopté.
M. JOHNSON: Non, pas pour le moment. M. LESAGE: Très bien. M.
DOZOIS: Adopté? M. JOHNSON: Adopté.
M. LEBEL (Président du comité des subsides): M. le
Président, j'ai l'honneur de faire rapport que le comité n'a pas
fini de siéger et demande la permission de siéger à
nouveau.
M. PAUL (Président): Quand le comité pourra-1-il
siéger à nouveau? A la prochaine séance.
M. JOHNSON: Numéro 24, M. le Président.
Bill no 59
M. LE PRESIDENT: La reprise du débat sur la motion de M.
Johnston, proposant que le bill 59, intitulé Loi modifiant la loi de
l'impôt sur la vente en détail soit maintenant lu pour la
deuxième fois.
L'honorable député de Gatineau.
M. Roy Fournier
M. FOURNIER: M. le Président, lors de la suspension du
débat, vendredi, j'en étais rendu à mentionner
l'écart réel qui existe dans la taxe de vente, ou qui existera
à la suite de l'adoption du bill 59, dans la région de l'ouest du
Québec, plus particulièrement entre Hull et Ottawa. Lorsqu'une
personne se rend dans un magasin de la province voisine et demande que la
marchandise lui soit livrée, à ce moment-là le marchand ne
perçoit aucune taxe pour la province d'Ontario et aucune taxe pour la
province de Québec, de sorte que le montant ou la marge ou la
différence, l'écart est de 8%en tout. Lorsque, d'un autre
côté, une personne se rend dans un établissement de la
province voisine et achète une marchandise qui lui est livrée au
comptoir, eh bien, à ce moment-là, cette personne, étant
considérée comme achetant pour consommation dans la province
voisine, doit payer le montant de la taxe imposée dans cette province,
à savoir 5%.
La différence qui existait avant la présentation du bill
59 était de 5% à 6%. A ce moment-là, certaines personnes
ont fait des études pour se rendre compte jusqu'à quel point la
différence de taxation pouvait influer sur le commerce de la
région de l'ouest du Québec. Cette étude a donné
certains résultats et certains chiffres. Evidemment, ces chiffres ne
doivent pas être pris dans leur ensemble, parce qu'il existe d'autres
facteurs qui peuvent influer sur le rendement ou les achats faits dans l'ouest
du Québec. Il faut se rendre compte que, chez nous, nous n'avons
peut-être pas dans les établissements commerciaux qui sont
à la portée de notre population, que nous n'avons peut-être
pas, dans ces établissements, le pouvoir d'achat qui permet de faire
peut-être un prix un peu plus bas. Compte tenu de ces facteurs, il reste
quand même ceci, et je cite une étude qui a été
préparée à l'aide du « Survey of Markets 1965-1966,
1966-1967 », tirée du Financial Post Dans cette étude, on
examinait les villes de Hull, Sherbrooke, Trois-Rivières et
Chicoutimi.
Et l'on y constatait ceci: dans la ville de Hull, le revenu personnel
disponible per capita est de $1,700 par personne, les ventes per capita sont de
$960, alors que dans Sherbrooke le revenu personnel disponible per capita est
de $1,430 et les ventes per capita de $1,430. A Trois-Rivières, le
revenu personnel disponible per capita est de $1,650, les ventes per capita
sont de $1,340. A Chicoutimi, le revenu personnel per capita est de $1,660 et
les ventes per capita sont de $1,740. Or, avec un revenu personnel per capita
supérieur à celui en vigueur dans Sherbrooke,
Trois-Rivières et Chicoutimi, comment se fait-il, qu'à Hull les
ventes per capita soient si basses?
Si l'on appliquait un rendement ou des ventes per capita comme celles
qui s'appliquent à Trois-Rivières, cela ferait une
différence entre $960 et $1,340, soit $380 per capita. Si nous
multiplions ces $380 par la population de Hull, 60,000, nous en arrivons
à un chiffre de $28 millions de ventes. Si d'un autre côté
nous prenons la population de la région de l'ouest, à savoir
150,000 habitants, nous en arrivons à un chiffre de $57 millions.
Les statistiques démontrent que notre population achète de
l'autre côté de la rivière en quantité suffisamment
considérable pour que ceci affecte le rendement ou l'économie de
notre région. Si nous vérifions en plus l'Annuaire du
Québec 64/65, à la page 717, nous voyons que les revenus moyens
des personnes de Hull, qui produisent des rapports d'impôt, sont
supérieurs à ce qu'ils sont à Trois-Rivières,
Sherbrooke et Chicoutimi. Et les chiffres sont les suivants: revenu moyen
déclaré par ceux qui font des rapports d'impôt, Hull
$3,623; Trois-Rivières
$3,272; Sherbrooke $3,325 et Chicoutimi$3,251. Ainsi chez nous, il
devrait se faire beaucoup plus de commerce qu'il ne s'en fait.
L'on a tenté de corriger cette situation, jusqu'à un
certain point, par la passation d'une loi qui empêche un marchand de la
province voisine de se servir des tribunaux de la province de Québec,
à moins qu'il ne détienne ou qu'il n'obtienne un certificat
démontrant qu'il est agent de la province de Québec. Sans ce
certificat, les tribunaux d'office doivent refuser de sanctionner les
réclamations qui sont faites par ces marchands-là. Mais ceci
n'est pas suffisant lorsque l'on considère que la population doit se
rendre régulièrement dans les mêmes magasins pour fin
d'achats. L'on sait que ces personnes-là vont rencontrer leurs
obligations sans qu'il soit nécessaire de se présenter devant les
tribunaux, de sorte que cette prescription, qui a été
adoptée et qui devait régler une partie du problème, n'a
pas eu de tels résultats dans notre région.
Il faut plus encore. Il faut, à mon sens, non pas seulement des
rencontres entre officiers des ministères du Revenu de Québec et
d'Ontario, non pas entre le sous-ministre du Revenu du Québec et celui
de l'Ontario, non pas entre les ministres du Revenu, mais il faut des
rencontres entre le premier ministre de la province de Québec et M.
Robarts, premier ministre de l'Ontario.
Il s'agit d'une question assez importante pour exiger de telles
rencontres; il faut régler ce problème, en arriver à des
ententes et faire en sorte qu'en Ontario l'on perçoive la taxe
nécessaire.
Le ministre du Revenu a fait des déclarations. On a conclu une
entente par laquelle les marchands de Québec doivent inscrire le nom et
l'adresse des acheteurs de l'Ontario et, vice versa, les marchands de l'Ontario
doivent inscrire le nom et l'adresse des personnes qui font livrer du
côté de Québec. Mais ce n'est pas encore suffisant. Cette
entente se fera encore sur le dos du contribuable de la province de
Québec, parce que le marchand n'avisera pas son acheteur qu'il est sujet
à la taxation. Il va vendre sa marchandise et, dans les mois à
venir, le citoyen de la région de l'Ouest du Québec recevra une
facture, recevra des menaces et pourra être traîné devant
les tribunaux pour payer une taxe sur une marchandise qu'il croyait avoir
payée en entier lors de son achat. Ce n'est pas suffisant. Ce sont des
demi-solutions et il faut aller plus loin. Il faut des ententes. Nous ne sommes
pas entre pays étrangers. Nous ne sommes pas entre deux pays qui ne font
pas partie d'une même fédération ou
confédération. Il y a des réunions interprovinciales. Il
faut qu'il y ait des réunions entre les premiers ministres pour
régler des problèmes de ce genre-là.
Qu'arrive-t-il dans notre région à cause de cette perte?
Nos commerces au détail en subissent les conséquences. Je
donnerai le nombre de faillites, de fermetures que nous avons eues
récemment. Mais comme conséquence, il y a moins d'emploi du
côté de Québec, parce que le commerce va mieux en Ontario.
Il y a moins de salaires qui entrent dans la province de Québec; il y a
moins de pouvoir d'achat dans la province de Québec, de sorte que tout
le monde y perd. Les municipalités et les commissions scolaires y
perdent parce que ces gens-là travaillent en Ontario et s'installent
dans la province voisine. Le gouvernement de la province y perd aussi au point
de vue de l'impôt sur le revenu parce que ces gens-là, qui
pourraient s'Installer et demeurer au Québec, demeurent en Ontario.
Toute l'économie locale, régionale souffre
préjudice de cette situation et qui en bénéficie? L'autre
province. Tous les inconvénients que nous avons à subir, eh bien,
ce sont tous des avantages pour la province voisine. Si l'on additionne
à tout ce qui se passe dans notre région à cause de cette
situation-là le fait que nos hôpitaux ne sont pas assez grands et
que nous devons aller dans les hôpitaux d'Ottawa, c'est encore un
commerce qui s'agrandit au détriment de Québec qui paie les
factures d'hôpitaux. Si nous additionnons le fait que nous n'avons pas
d'université dans la région de l'Ouest du Québec et que
nos enfants vont étudier à l'université d'Ottawa, à
l'université Carleton, dans les universités delà province
voisine, nous en arrivons à une situation où nous avons une
région qui peut à peine survivre et qui ne devrait pas être
traitée sur un pied d'égalité, mais devrait avoir des
privilèges spéciaux, des compensations spéciales, parce
que tout semble transféré vers l'autre province.
Je parle de la région de l'Ouest du Québec, mais la
situation existe ailleurs dans la province. Elle doit exister entre Valleyfield
et Cornwall, elle doit exister entre Gr an ville et Hawkesbury, elle doit
exister dans les villes frontières de la province du
Nouveau-Brunswick.
M. le Président, cette situation est devenue très grave,
mais ce qui surprend le plus lorsqu'on examine le bill 59, c'est le fait que le
gouvernement de la province de Québec, qui a en main le rapport
Bélanger, le rapport de la
commission d'enquête sur la fiscalité, n'a pas
daigné suivre les différents principes qui s'y trouvent
énumérés.
Si nous regardons au chapitre 2, « Principes de la
fiscalité », nous retrouvons les phrases suivantes, page 28:
« Le but premier des impôts est de fournir à l'Etat les
revenus dont il a besoin pour satisfaire les exigences de la
collectivité. Ce principe est évident puisqu'une taxe qui ne
rapporte pas n'a pas sa raison d'être. » Bien chez nous, il s'agit
d'une taxe qui ne rapporte pas parce qu'il y a trop d'évasion, et, comme
conséquence, ceci est contraire au premier principe de rendement
financier de la taxe.
Mais il y a plus, l'on parle à la même page de la chose
suivante: « Le critère de justice impose à l'Etat le devoir
de traiter uniformément les contribuables qui se trouvent dans des
situations analoques. A citoyens égaux, traitement égal. »
Donc, à citoyens inégaux, traitement inégal, et je
prétends que c'est là une situation où vous avez des
citoyens qui ne sont pas dans une même situation, qui doivent recevoir un
traitement différent, qui doivent recevoir une compensation, un
allégement de taxe, parce qu'ils ne sont pas dans la même
situation que les autres citoyens.
Si nous continuons à la page 30. Incidence économique:
« Tous les impôts quels que soient leur nature et leur importance
exercent une influence sur l'activité économique. Un impôt
devient nocif s'il brime l'esprit d'initiative ou s'il retarde le
progrès économique en plaçant les entreprises dans une
situation de concurrence défavorable. » Eh bien! c'est exactement
la situation devant laquelle on place nos entreprises. On les place dans une
situation de concurrence défavorable, et ceci est contraire aux
principes mentionnés dans le rapport Bélanger. Mais plus encore
et plus précisément sur le sujet, nous retrouvons à la
page 137, la phrase suivante: « La taxe de vente constitut donc une
source importante de revenu, tant pour le gouvernement du Québec que
pour l'administration municipale. Par ailleurs, les études que nous
avons faites en cette matière démontrent qu'une telle taxe
n'entraîne pas un fardeau indu pour le contribuable et qu'elle n'entrave
pas l'expansion économique pourvu que ses taux et son assiette soient
fixés de façon à tenir compte de la concurrence
interprovinciale. » L'on touche exactement le sujet, on touche la
situation qui existe dans l'Ouest du Québec parce qu' il y a une
concurrence interprovinciale à laquelle nous, du Québec, ne
pouvons faire face à cause de cette différence de taux.
Et à la page 139, l'on mentionne ceci, en par- lant des taxes
à taux multiples, « en premier lieu la différence de taux
qui existe déjà entre le Québec et les provinces voisines,
surtout l'Ontario où le taux est de 3%, ce qui suscite certains
problèmes qu'on risquerait d'aggraver en ouvrant, par un écart de
taux encore plus grand, une voie facile à l'évasion fiscale. On
peut douter de l'efficacité d'une telle mesure. De plus, les maisons
commerciales établies dans les villes limitrophes, se trouveraient dans
une situation de concurrence plutôt défavorable. »
M. le Président, nous voyons là qu'il faut, dans toute
taxation, établir un système par lequel le traitement de la
population doit être égal en autant que Pon agisse
vis-à-vis une population qui est dans les mêmes conditions. Je
crois qu'il est établi, et le premier ministre l'a mentionné
lui-même lorsqu'il a mentionné que nous devrions avoir un statut
particulier, le gouvernement sait la situation difficile dans laquelle nous
nous trouvons au point de vue économique. Il faut nécessairement,
bien qu'une loi doive s'appliquer à toute à une province, tenir
compte des facteurs spéciaux d'une localité qui n'est pas tout
à fait comme les autres localités de la province de
Québec.
Qu'est-il arrivé, comme conséquence, depuis quelques
années dans l'ouest du Québec et plus récemment, au point
de vue des fermetures? Nous avons vu la fermeture du magasin Letellier, magasin
de chaussures sur la rue Hôtel-de-Ville, du magasin Agnew-Surpass, sur la
rue Principale, de l'Escale, magasin de lingerie, du Royaume des
Bébés, magasin de lingerie, de Martineau Marine, magasin de
sport...
M. DOZOIS: Ce n'est pas taxé la lingerie de bébés?
Les vêtements d'enfants ne sont pas taxés. Ce n'est sûrement
pas pour cette raison qu'on a fermé.
M. FOURNIER: Nous avons vu aussi la fermeture, et ceci à cause de
la taxe, de Chenevert, magasin de plomberie en gros qui avait une succursale
à Ottawa et une succursale dans le Québec et qui a fermé
celle du côté de Québec, ce qui a été
causé nécessairement par la taxe de vente. Nous avons eu, en
1966, dans le district de Hull, 124 faillites et jusqu'à maintenant, en
1967, 35 dossiers de faillites. Ce que nous remarquons en particulier, ce sont
des entrepreneurs, des commerçants qui font faillite. Malgré
l'augmentation de la population dans notre région, j'y vois une
situation où le commerce et l'industrie n'augmentent pas.
L'on a beau former un conseil économique régional, l'on a
beau nommer et avoir sur les
lieux un commissaire industriel, ces choses-là sont des efforts
gaspillés parce que nous n'arrivons pas à faire face à la
concurrence, étant donné que la taxe de vente est
supérieure. L'on craint, dans la région, qu'à un moment
donné la population de l'Ouest du Québec ne soit en face d'un
dilemme et se dise: Nous serions mieux intégrés avec une partie
de l'Ontario; nous serions mieux intégrés dans une capitale
nationale indépendante. C'est une situation qui ne plaît pas
à la population, mais par la force des circonstances, si nous ne
recevons pas un traitement particulier quelconque, nous en arriverons à
convaincre la population de notre région que nous sommes trop loin de
Québec et qu'il faut trouver une solution à la porte de l'Ouest
du Québec.
Que fait le gouvernement depuis le 16 mars, jour du discours du
budget?
Situation difficile, situation tellement difficile. Les marchands de
Hull, hommes respectables, hommes respectés, hommes consciencieux de
leurs devoirs de citoyens, hommes tout à fait respectables dans leur
attitude, ont décidé de mettre fin à la perception de la
taxe. Mais il fallait qu'ils soient aiguillonnés jusqu'à ce point
et ils nous disaient: Si nous ne percevons pas la taxe, on nous enlèvera
notre permis de faire affaire, mais nous ne serons pas plus mal sans permis que
si nous faisons faillite personnellement ou si nous sommes obligés de
fermer nos portes à cause de la concurrence. Ces gens-là
étaient rendus au point où il fallait une intervention
gouvernementale.
Hier matin, à dix heures, j'ai assisté à la
comparution des 43 commerçants de Hull devant la cour des Sessions et,
les journaux l'ont rapporté, les applaudissements de la population ou
des gens qui se trouvaient dans la salle ont fait réagir le juge de
façon qu'il a menacé de faire évacuer la salle.
La sympathie de la population est derrière ces citoyens qui sont
de vieux citoyens de Hull, qui ont des commerces établis, qui ne veulent
pas faire une désobéissance civile mais qui veulent sensibiliser
l'opinion gouvernementale sur cette question particulière. Je ne dis pas
qu'elle a été créée hier. Elle existe, cette
situation-là. Mais, à un moment donné, il faut une
intervention. Il ne faut pas aggraver la situation qui existe.
Cette situation comporte trois points. Au point de vue de la ville
elle-même, perte des 2% de taxe qui sont remis aux municipalités.
La ville de Hull reçoit environ $700,000 pour ses 2% de taxe» Elle
y perd de l'argent. Solution possible, le gouvernement peut donner une
compensation. Mais cela ne réglerait, à ce moment-là, que
le problème de la ville de Hull. Il faudrait aussi accorder une
compensation à toutes les autres municipalités. Et même si
on accordait une compensation pleine, cela ne réglerait pas le
problème. Cela ne réglerait que le problème des
municipalités.
Pour les marchands, il serait possible, en vertu de la loi, de leur
verser une somme ou un pourcentage relativement à la perception de la
taxe de vente. Le gouvernement fait des ententes avec les marchands pour leur
faire remise, je crois, de 5% du montant de la taxe perçue par eux,
comme agents du gouvernement. La compensation accordée par le
ministère pourrait être d'un ordre plus grand. Plutôt que
d'accorder 5% du montant perçu pourquoi ne pas accorder 3% à nos
gens à cause de la particularité de notre région?
A ce moment-là, nos commerçants pourront faire ce qu'ils
voudront. Ils pourront appliquer la différence et concurrencer sur le
mêmes bases, les autres marchands. Je crois qu'il faut se servir de la
loi et permettre de faire une remise additionnelle aux marchands de notre
région. Ceci réglerait le problème des marchands.
J'ai parlé du problème de la ville et du problème
des marchands. Mais il resterait encore le problème de l'économie
de la région. Mais pour ce problème-là, la solution n'est
pas facile. La solution ne peut être apportée que par une
participation active des deux premiers ministres des deux provinces
concernées. Il faut que des ententes soient conclues afin que la
perception de taxes auxquelles le Québec a droit se fasse en Ontario,
par les marchands de l'Ontario, lesquels ne sont pas sous notre juridiction
présentement. Mais pour obtenir juridiction, il faut intervenir et
n'attendons pas que l'Ontario s'approche et nous demande de faire des
arrangements. Parce que la province d'Ontario n'y est pas
intéressée. C'est elle qui bénéficie, c'est son
gouvernement qui bénéficie de toute cette situation. C'est
à nous de chercher une solution au problème. Il ne faut pas se
fier sur les communications qui sont envoyées depuis la fin de semaine
dernière par le gouvernement de l'Ontario.
J'ai ici une lettre, Retail Tax Branch d'Ontario, 16 juin,
adressée à un marchand d'Ontario, dans laquelle on dit ceci:
« For some time, there has been provisions in the Retail Sales Tax Act of
the provinces of Ontario and Quebec for exchange of information between the two
Governments. To assist in fulfilling our part of the reciprocal arrangements,
we are advising Ontario vendors of the importance of recording all details to
substantiate tax exempt sales involving out of Province deliveries. Without
this information vendors be-
corne liable to pay the tax themselves. »
Ce n'est pas là percevoir, la taxe. C'est ça qui est
important. C'est le fait que le fardeau va encore tomber sur le résidant
du Québec. L'information va être obtenue par le ministère
du Revenu de la province d'Ontario, elle va être transmise au ministre du
Revenu de la province de Québec et, à ce moment-là, qui
est-ce qui a la tâche de régler le problème? C'est le
ministre du Revenu de Québec. Qui est-ce qui a à payer cette
taxe? C'est le citoyen du Québec. Ce n'est pas là une solution.
La solution c'est de faire des ententes pour que la perception se fasse lors de
la vente, parce que, lors de la vente, l'acheteur croira qu'il a
libéré toutes ses obligations et il se réveillera avec des
surprises qui ne sont pas à l'avantage de nos citoyens.
Tous les efforts qui peuvent être coordonnés dans notre
région en vue de créer une situation économique
satisfaisante, à mon sens, sont affectés à leur base par
tout le régime fiscal qui ne tient pas compte d'une situation
particulière qui existe chez nous. J'espère que le gouvernement,
même à cette heure tardive, prendra l'initiative de
négocier avec le premier ministre de la province d'Ontario, avec lequel
le premier ministre du Québec est censé être en bons termes
d'amitié, de façon à en arriver à une solution,
solution qui sera à l'avantage des marchands de la ville de Hull, mais
surtout à l'avantage du développement économique de notre
région qui en a grandement besoin.
M. LE PRESIDENT: L'honorable député de Mercier.
M. Robert Bourassa
M. BOURASSA: M. le Président, quel que soit l'angle où
nous considérions cette hausse de la taxe de vente, il est impossible de
ne pas la désapprouver. Je voudrais en premier lieu commenter certaines
affirmations que le premier ministre a faites au cours de son intervention,
notamment, en relation avec l'uniformisation de la taxe de vente que le
gouvernement libéral a accomplie au cours de l'année 1964.
L'ancien ministre de la Santé et du Revenu a commenté et dit
jusqu'à quel point cette augmentation avait été
bénéfique aux municipalités. Mais je voudrais ajouter
quelques chiffres qui démontrent jusqu'à quel point cette mesure
avait servi la population du Québec, alors que la mesure qui est devant
nous, c'est-à-dire cette hausse de 33% de la taxe de vente se trouve, au
contraire, non seule- ment à provoquer des iniquités chez un
grand nombre de salariés, mais aussi à nuire au
développement économique.
Le premier ministre, pour justifier la hausse de 2% de cette taxe de
vente, a référé à ce qu'il a appelé une
hausse de 2% à 6% qui se serait accomplie en 1961 et en 1964. Or, on ne
peut admettre en aucune façon qu'il y a eu véritablement hausse
d'impôt pour la très grande majorité des contribuables,
parce que cette taxe de 2%, de 4% ou de 6% existait dans les localités
ou les municipalités les plus importantes.
Si nous examinons ce qui s'est produit en 1964, nous voyons que le
gouvernement a uniformisé la taxe à 6% partout, dans toute la
province, dans toutes les municipalités, sur tout le territoire. Or,
ceci, selon les chiffres soumis par la commission Bélanger
elle-même, à la page 435 de son rapport, révèle que
c'est seulement une hausse de $7 millions en impôt qui a
résulté de cette uniformisation de la taxe de vente, puisque la
plupart des municipalités commerciales imposaient déjà
cette taxe. Alors, nous avons, au cours de cette année, une hausse de
$138 millions sur une base annuelle pour la taxe de vente contre $7 millions,
soit 19 fois plus que la hausse provoquée par la mesure adoptée
par le gouvernement libéral en 1964.
Alors, je pense que le premier ministre est bien mal venu de justifier
cette hausse de taxe en se servant de la mesure qui a été
adoptée par le gouvernement libéral, puisqu'elles ne peuvent se
comparer sous aucun rapport. De plus, cette mesure avait des avantages
administratifs évidents. A cette époque, avec des taux
différents, par exemple 4%, 5% ou 6% selon les municipalités, il
y avait une évasion importante dans toute la province et le
gouvernement, sans augmenter les impôts, a pu récupérer
quelque $20 millions à $25 millions par année et en faire ainsi
bénéficier les municipalités.
Je pense que la preuve peut-être la plus éclatante de la
nécessité de cette mesure en 1964, ce sont les ennuis et les
difficultés que nous avons présentement dans la région de
Hull que le député de Gatineau vient de montrer avec
science et conviction à cause précisément d'une
différence de taux de 8% au Québec et de 5% en Ontario. Nous
constatons aujourd'hui jusqu'à quel point la situation est rendue
délicate et même pénible dans cette région à
cause de cette différence de taux.
Or, nous avions la même situation dans toute la province en 1964,
puisque nous avions des municipalités qui imposaient à 4%,
d'autres à 5% et d'autres à 6%. C'est pour éviter les
inconvénients que nous constatons aujourd'hui, dans une
région
donnée, à cause de sa position limitrophe, que le
gouvernement a procédé à cette mesure, mesure à
laquelle, si ma mémoire est bonne, l'Union Nationale s'était
opposée. Donc, si l'on constate en dernier lieu que $50 millions
additionnels ont été accordés aux municipalités en
deux ans seulement, alors que, comme je le disais tantôt, $7 millions
seulement d'impôt additionnel ont été perçus, on
volt que cette mesure se défendait tant sur le plan administratif que
sur le plan économique et sur le plan fiscal.
Une fois qu'il avait décidé d'imposer une taxe à
8%, je pense que le gouvernement actuel aurait pu considérer
l'intégration à la taxe de vente des taxes imposées sur
l'hôtellerie et des taxes imposées sur certains autres services.
Actuellement, ces taxes sont perçues de façon
indépendante. Nous avons trois séries de taxes de 6%. Si
réellement il est sincère dans l'aide qu'il veut apporter aux
municipalités, le gouvernement aurait eu, je pense, intérêt
à fusionner ces trois taxes. Ceci veut dire qu'une somme de quelque $55
millions aurait été ajoutée à la somme de $489
millions, constituée par le montant de la taxe de vente proprement dite
et que ces $55 millions auraient pu être redistribués dans la
proportion de 25%, soit $14 millions, aux municipalités afin de
répondre à leurs besoins de plus en plus grands, sans compter
l'avantage administratif que cette mesure aurait constitué pour le
gouvernement, puisque les trois taxes, étant perçues ensemble et
ayant le même taux, il est normal qu'elles ne soient pas, comme c'est le
cas présentement, perçues distinctement.
Le gouvernement a tout simplement recouru, dans cette hausse de la taxe
de vente, à une augmentation brutale d'un impôt qui frappe les
moins fortunés autant que les plus fortunés. Je pense qu'il y
avait d'autres solutions. Si l'on admet, et je ne suis pas d'accord je
suis plutôt en accord avec ce que l'ancien ministre du Revenu et le chef
de l'Opposition ont déclaré à plusieurs reprises, qu'il
n'était pas nécessaire de hausser les impôts de $140
millions si l'on admet que le ministre des Finances, par
hypothèse, devait augmenter les impôts d'un tel montant, je pense
qu'il y aurait eu d'autres façons. Par exemple on aurait pu, comme la
commission Bélanger l'a recommandé, comme la commission
d'enquête en Saskatchewan l'avait fait l'an dernier, comme la commission
Carter, d'ailleurs, l'a aussi répété, on aurait pu
élargir la base de l'imposition de façon à imposer les
services, entre autres, qui se trouvent être consommés, dans une
partie plus grande, par les contribuables fortunés. Alors qu'on s'en est
tenu purement et simplement à taxer des biens, à augmenter les
impôts sur des biens aussi né- cessaires que l'ameublement ou le
vêtement.
Deuxièmement, on aurait pu aussi considérer
l'établissement d'une plus grande progressivité des taux au sein
de la taxe de vente. Actuellement, il y a des biens dans la taxe de vente qui
sont nécessaires, il y a des biens de luxe, il y a des biens de
semi-luxe. On ne fait aucune distinction, on impose tous les biens à 8%.
Or, ça s'est fait dans plusieurs pays européens. Il y aurait lieu
d'examiner le gouvernement aurait pu le faire, aurait pu proposer cette
mesure, cela aurait été plus équitable de varier
les taux selon le caractère des biens, selon la nécessité
des biens. Or, tout ce que le gouvernement a fait, c'est hausser
uniformément une taxe de 6% à 8%, quelle que soit cette nature
des biens, qu'ils soient des biens de luxe, de semi-luxe ou des biens
nécessaires.
M. le Président, il m'apparalï essentiel aujourd'hui, alors
que les besoins sociaux des gouvernements s'accroissent
considérablement, alors qu'il est évident que l'immense
majorité de la population réclame cet accroissement des besoins
sociaux, ce financement des besoins sociaux, il m'apparaît
nécessaire aujourd'hui d'orienter le système fiscal vers une
imposition accrue de la consommation de luxe. Il est évident que si nous
imposons d'une façon trop accrue le revenu, nous affectons
l'épargne par le fait même, alors que si nous orientons
l'imposition vers la consommation de luxe, nous frappons une consommation qui
n'est ni essentielle, ni nécessaire au progrès social, à
la productivité et par le fait même au progrès
économique.
Or, le gouvernement a manqué, au cours de ce budget, une occasion
exceptionnelle de pouvoir raffiner le système de taxation, au point
où la consommation nécessaire se trouve affectée d'une
façon très sérieuse. Actuellement, 50% des revenus fiscaux
proviennent des taxes à la consommation et, avec cette saturation que
l'on constate de plus en plus dans l'imposition indirecte, il est possible, il
est même probable que cette proportion augmente.
Or, en conclusion sur ce point, on doit se demander s'il ne serait pas
de plus en plus nécessaire d'orienter toutes les réformes
fiscales vers une imposition plus grande de la consommation de luxe sans
affecter l'épargne, puisqu'alors ceci peut avoir des conséquences
économiques importantes et nocives.
M. le Président, le ministre des Finances a annoncé
à plusieurs reprises qu'il réduirait l'impôt foncier
scolaire, qu'il abolirait l'impôt foncier scolaire. Je comprends que ceci
n'est pas en discussion cet après-midi, du moins d'une façon
strictement directe, mais je me de-
mande, à l'occasion de cette hausse de $138 millions de la taxe
de vente, comment le ministre des Finances peut sérieusement promettre
aux municipalités une réduction et une abolition de l'impôt
foncier scolaire au cours des prochaines années, alors qu'au cours de
cette année...
M. DOZOIS: Ce n'est pas dans le bill.
M. BOURASSA: ... il a augmenté les impôts de $140
millions.
M. LE PRESIDENT: A l'ordre! Je suis sûr que l'honorable
député lui-même était beaucoup hésitant avant
d'attaquer ce sujet et je suis sûr que ce n'est que par une
référence rapide qu'il traite cette question sans oublier le bill
actuellement à l'étude qui a trait à l'imposition d'une
nouvelle taxe sur la vente au détail. Je sais que son expérience
d'économiste lui prêtera un champ d'argumentation beaucoup plus
conforme à la portée du bill à l'étude.
M. BOURASSA: M. le Président, je veux simplement signaler en
relation avec la hausse de la taxe de vente, le fait suivant: cette
année on augmente les impôts de $140 millions et on ne
réduit aucunement l'impôt foncier scolaire. Au contraire, il a
augmenté dans un très grand nombre de commissions scolaires. On
promet, durant le même temps, au cours des années suivantes, que
l'on va réduire l'impôt foncier scolaire. Alors je suppose...
M. DOZOIS: On verra cela l'an prochain.
M. BOURASSA: ... que forcément, siontient cette promesse, on
devra augmenter considérablement les autres impôts. Je suis
d'accord qu'il faut réduire l'impôt foncier scolaire, c'est
évident...
M. DOZOIS: A l'ordre! A l'ordre!
M. BOURASSA: ... puisque le développement...
M. DOZOIS: A l'ordre!
M. BOURASSA: ... immobilier peut en être compromis, mais je pense
que le ministre devrait être plus précis s'il veut être pris
au sérieux.
M. le Président, j'aborderai maintenant, brièvement, les
conséquences de cette hausse de taxe sur certaines catégories de
petits salariés. Je montrerai, à l'aide de tableaux j'en
dispose de deux ici comment le petit salarié, dans certains cas,
se trouve affecté de façon très sérieuse par cette
hausse de taxe.
Evidemment, je n'énumérerai pas tous les cas. Je me
contenterai simplement de citer quelques exemples. Et je dirai que le salaire
marié et sans enfant, qui gagne $2,100, se trouve à avoir un
fardeau accru de 33%. Le premier ministre, au cours d'une discussion
préalable, avait contesté le chiffre que j'avais avancé,
soit environ 35% du montant de revenu qui était affecté à
des dépenses sujettes à la taxe de vente. Pour ma part, je lui
avais dit que je considérais ce chiffre comme réaliste. Je lui
suggère donc de regarder le rapport Bélanger à la page
152, où il est dit que les dépenses affectées àla
nourriture, pour prendre un article qui n'est pas sujet à la taxe de
vente, constituent pour un salarié qui gagne moins de $2,500 quelque 40%
de ses dépenses. Et le bureau fédéral de la statistique
mentionne comme pourcentages, pour ces salariés, qui sont
affectés à divers articles: pour le vêtement, 10%; pour
l'entretien et l'ameublement ménager, 12%; et pour divers articles
assujettis à la taxe de vente, 13%. Et on doit se souvenir, M. le
Président, que, dans le cas de tous ces petits salariés, les
achats se font par paiement en versements. C'est-à-dire qu'on va
s'acheter des biens, par exemple, des choses comme des frigidaires ou autres
biens durables, et on va les acheter par des paiements en versements, de telle
sorte qu'une partie beaucoup plus importante peut-être que celle de 30%
est affectée à des biens sujets à la taxe de vente.
Alors, on voit jusqu'à quel point il y a des iniquités qui
se trouvent à être créées par les réformes
fiscales du présent gouvernement. 33% d'augmentation du fardeau fiscal
pour le salarié de $2,100. Par ailleurs, pour celui de $4,050, c'est
83%, c'est-à-dire non pas une augmentation de 83%, mais une
réduction de 17%. Alors celui qui gagne $2,100 a une augmentation de 33%
et celui qui gagne $4,050 a une réduction de 17%.
M. DOZOIS: 33% de quoi?
M. BOURASSA: C'est-à-dire de ce qu'il payait.
M. DOZOIS: Il payait quoi?
M. BOURASSA: Il payait auparavant une taxe de vente de 6%. Là, il
paie 8%; cela augmente son fardeau fiscal étant donné qu'il ne
paie pas d'impôt sur le revenu et qu'il n'a pas de réduction de
l'impôt sur le revenu, par le système des exemptions que le
ministre des Finances a proposé. Il en résulte une augmentation
de son fardeau fiscal de 33%.
M. DOZOIS: Cela représente combien de dollars?
M. BOURASSA: Cela représente $16 de plus.
M. DOZOIS: $16.
M. BOURASSA: ... c'est-à-dire $47.80, ce qu'il paye à 6%,
plus $15.90, soit l'augmentation, une augmentation de 33%. Alors, si nous
regardons d'autres catégories de contribuables...
M. DOZOIS: C'est-à-dire que vous prétendez qu'un
contribuable qui gagne $2,100 dépenserait $750 en biens imposables.
M. BOURASSA: Selon les références que j'ai données,
40% sont affectés à la nourriture; il y a 10%, selon les chiffres
du Bureau de la statistique, qui seront affectés au logement; il y a
peut-être 15% qui seront affectés au tabac ou à d'autres
choses. Alors il resterait 35% pour l'ameublement payé par des
versements, évidemment, et pour le vêtement et tous les autres
articles qui sont imposables, les biens durables, les biens non durables...
M. DOZOIS: Les biens durables.
M. BOURASSA: ... Tous les biens imposables. Si nous examinons, par
ailleurs, d'autres catégories de contribuables, nous voyons que le
célibataire qui gagne $20,000 a seulement une augmentation de 4%. Celui
qui gagne $2,100 a une augmentation de 15%. Celui qui gagne $2,500 a une
augmentation de 14%.
Celui qui gagne $2,000 a une réduction de 34%. Vous voyez les
écarts. Celui qui gagne $2,050 a une augmentation de 24%; $2,100, une
augmentation de 15%, et celui qui gagne $2,000, soit $50 de moins a une
réduction de 34%. Alors vous voyez à quelles iniquités,
à quelles distorsions dans le fardeau fiscal, aboutissent les
réformes proposées par le ministre des Finances.
Des petits contribuables, selon qu'ils sont au niveau de $2,000, vont
avoir des réductions importantes et s'ils sont au niveau de $2,050 vont
avoir des augmentations extrêmement sévères. On ne peut pas
conclure autrement sur ce point qu'il y a de la faibles se, pour employer un
euphémisme, dans les réformes qui sont apportées par le
présent gouvernement. D'accord qu'il y a certains contribuables qui en
bénéficient, mais c'est fait au prix d'un
déséquilibre total du fardeau fiscal qui se trouve
malheureusement à affecter un très grand nombre de petits
salariés.
On aurait pu en profiter aussi pour améliorer la qualité
de la taxe. Il semble qu'on s'est purement préoccupé d'augmenter
son rendement. Plusieurs suggestions ont été faites par le
rapport Bélanger, entre autres pour éliminer
l'évasion.
Tout le monde admet aujourd'hui que les hôpitaux sont
financés par le gouvernement, que les sociétés d'Etat,
dans une certaine mesure, dépendent des moyens financiers des
gouvernements. On aurait pu, je pense, comme le rapport Bélanger l'a
suggéré, décider l'imposition des achats qui sont faits
par ces entreprises. Il n'en serait résulté aucun fardeau
additionnel, pour toutes ces entreprises, étant donné que c'est
le gouvernement, en dernier ressort, qui doit les financer, qui se serait
trouvé à rembourser ces institutions. Mais l'avantage certain
aurait été une diminution importante de l'évasion,
étant donné que plus vous avez d'organismes ou d'institutions qui
se trouvent à être exemptés plus il y a des incitations
à l'évasion. Ces incitations deviennent d'autant plus fortes que
le taux de la taxe est élevé.
Je conclus donc en disant que le gouvernement, dans cette hausse de la
taxe de vente, dans cette hausse brutale de la taxe de vente et surtout dans la
façon qu'il l'a opérée, a manqué une occasion de
première importance de réformer notre système fiscal
à l'avantage des classes les moins fortunées et surtout
àl'avan-tage du développement économique de la
province.
Nous admettons tous aujourd'hui l'importance très grande de la
fiscalité; son envahissement s'accroît d'année en
année au point où la croissance économique et le
progrès social sont affectés si les réformes qui sont
faites ne tiennent pas compte des conséquences qu'elles peuvent
apporter. Et on doit se rendre compte qu'à son premier test,
après un an de pouvoir, à la première occasion que le
gouvernement avait de réformer la fiscalité, l'Union Nationale a
failli lamentablement. A l'examen même des conséquences de ces
réformes, il y a certains allégements fiscaux avec lesquels nous
sommes d'accord pour certaines catégories de contribuables, mais ils
sont faits au prix d'un alourdissement sérieux pour des contribuables
encore moins fortunés que ceux qui bénéficient des
allégements fiscaux et au prix de conséquences économiques
qui peuvent entraver sérieusement le développement de la province
de Québec.
M. LE PRESIDENT: L'honorable député de Westmount.
M. Richard Hyde
M. HYDE: M. le Président, je n'ai pas grand-chose à
ajouter à ce qui a déjà été dit de ce
côté-ci de la Chambre au sujet de l'augmentation de la taxe de
vente. J'ai devant moi des copies du journal des Débats pour les
années 1964 et 1965 et, si on avait le système qu'on emploie
à Washington, j'aurais tout simplement pu présenter ces discours
faits dans le temps par le premier ministre actuel et par le ministre des
Finances actuel en vous demandant de changer les noms et de les
considérer comme des critiques qu'on voudrait faire à propos de
la taxe de vente.
Le 30 avril 1964, le premier ministre actuel, en parlant de la
généralisation de la taxe, disait: « Imaginez ce que nous
donnerait une différence de 3% d'une province à l'autre. Les
résultats seront tout simplement désastreux pour
l'économie des régions limitrophes de l'Ouest et du Nord-Ouest du
Québec, du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie. » Et
là, il continue : « Mais ce qu'il y a de plus grave encore, la
taxe de vente est une taxe qui atteint toutes les classes sociales et qui
impose un fardeau particulièrement lourd aux familles nombreuses. Or,
c'est une taxe omnibus c'est le premier ministre actuel qui parle
une taxe omnibus qui frappe une gamme presque infinie de marchandises et de
services. C'est une légion de taxes en une seule. » Et ça,
continue sur des pages et des pages.
Le député de Saint-Jacques prétendait exactement la
même chose. Mais comme question de principe et c'est là que
je félicite le député de Mercier qui a souligné le
fait c'est qu'on a devant l'assemblée, on a devant le
gouvernement, un rapport présenté par la commission
Bélanger vers la fin de 1965 ou au commencement de 1966. Je sais
pertinemment que ce rapport fait l'objet d'une étude très
approfondie au ministère du Revenu. Je crois que je pourrais dire la
même chose au ministère des Finances et même aux autres
ministères, à l'Education, pour la partie qui concerne le
ministère de l'Education.
Maintenant, on arrive avec le bill 59 qui traite de la taxe de vente et
ce qu'on fait dans le bill, c'est à peu près le contraire de ce
que recommande le rapport Bélanger.
C'est vrai que le rapport Bélanger suggère qu'il n'y a
certainement pas lieu de retirer la taxe de vente. Il en prévoit
même l'augmentation dans certaines circonstances. On voit ça dans
la première recommandation, qui se trouve à la page 138. La
première recommandation concernant la taxe de vente se lit comme suit:
« La taxe de vente doit être maintenue comme source importante de
revenu pour le gouvernement du Québec et pour les municipalités
qui en dépendent. Son taux pourrait être accru et son assiette
élargie conformément aux besoins financiers de l'Etat et des
municipalités c'est là que je le souligne et aux
limites qu'impose la concurrence interprovinciale. »
C'est exactement là qu'on en est arrivé à la
même situation que critiquait le premier ministre actuel, à la
différence de 3% avec nos provinces voisines. C'est le point sur lequel
on attire notre attention. On ne devrait pas avoir une différence
tellement élevée entre les provinces. On continue pour
suggérer la possibilité d'élargir l'assiette de la taxe de
vente. Maintenant, on ne voit rien de ça dans le bill. J'espère
que le ministre pourrait nous dire que toutes ces choses sont encore à
l'étude. Mais je sais personnellement que c'était
sérieusement à l'étude il y a plus d'un an.
Je crois qu'on pourrait s'attendre, après tout ce temps, à
ce qu'on arrive avec des suggestions et non pas simplement à une
augmentation de la taxe de vente, ce qui frappera tout le monde. Surtout cette
année, alors qu'on invite le monde à visiter notre province.
C'est très bien de parler de « l'hospitalité, spoken
here,» d'un « bonjour » pour tout le monde. On espère
que tous nos visiteurs vont avoir un séjour assez agréable chez
nous. Mais la dernière chose qu'ils feront, avant de partir, ce sera de
payer leurs comptes à l'hôtel et différents comptes
peut-être pour des choses qu'ils ont achetées. Je suis certains
qu'ils seront frappés, et ce ne sera pas la surprise la plus
agréable de voir qu'ils seront obligés de payer un surplus de 8%
sur tous les achats qu'ils ont faits, de même sur les repas et sur
l'hôtellerie.
C'étaient les critiques que je voulais faire. On a devant nous,
depuis 18 mois, un rapport faisant des suggestions très valables,
surtout en ce qui concerne la taxe de vente. Il y avait la possibilité
d'augmenter la taxe, mais de concert avec les provinces voisines, aussi les
possibilités d'élargir l'assiette de la taxe. C'est là, je
l'espère, que le ministre sera en mesure de nous donner des explication
et de nous dire pourquoi ils n'ont pas pensé d'ajouter dans la loi
actuelle la possibilité, au lieu d'augmenter la taxe, de taxer des
services.
Je sais bien que dans une des recommandations, on a même
mentionné comme exemple qu'on devrait taxer les services personnels et
on a donné l'exemple de la coiffure et tout le monde a été
surpris qu'on voie la possibilité de taxer des coupes de cheveux. Mais
entre la possibilité d'augmenter la taxe et la décision
d'élargir la base, je crois que ce serait pré-
férable et que ce serait beaucoup plus équitable pour tout
le monde d'élargir la base au lieu de simplement augmenter la taxe pour
tout le monde. Là, on donne toute une liste de services qui pourraient
être taxés. Il est question de taxer la location des biens,
d'assujettir à la taxe de vente les annonces commerciales... On donne
toute une liste.
J'espère que le ministre lui-même sera en mesure de nous
expliquer comment il se fait qu'après avoir étudié les
suggestions faites par la commission Bélanger, au lieu d'accepter en
partie ses suggestions, on fasse exactement le contraire de ce que recommande
la commission. On augmente la taxe sans avoir pris en considération, au
moins, la taxe qui existe dans les provinces voisines.
La deuxième partie de la loi qui est devant nous se résume
à traiter de la question administrative et là je n'ai
certainement pas l'intention de répéter les suggestions que j'ai
faites pour les autres lois. Je considère que toutes ces mesures
devraient former un code du revenu. Le ministre nous a dit que c'est toujours
à l'étude. J'espère qu'il pourra nous dire que ça
va arriver dans un avenir pas trop éloigné. Merci.
M. LE PRESIDENT: La motion de deuxième lecture est-elle
adoptée?
M. BELLEMARE: Adopté.
M. LE PRESIDENT: Adopté. L'honorable chef de l'Opposition.
M. LESAGE: M. le Président, je pense bien qu'il est normal que je
me lève à ce moment-ci pour dire les raisons pour lesquelles nous
voterons contre le principe de ce projet de loi.
La grève de l'Hydro
M. JOHNSON: Le chef de l'Opposition me per mettrait-il de le mettre au
courant des derniers développements au sujet de la grève de
l'Hydro?
M. LESAGE: Oui.
M. JOHNSON: Je crois que le public est intéressé. J'ai
appris à quatre heures vingt, de la bouche du président de la
commission hydro-électrique, M. Lessard, que l'union l'avait
informé que toutes les équipes d'urgence devaient être en
devoir à partir de quatre heures. Cela veut dire que les équipes
d'urgence sont prévues non seulement pour l'Hydro, l'Ex- po et le
métro, mais comme ce fut le cas depuis le 8 mai, pour tous les services
à travers toute la province. Il m'a aussi appris qu'un groupe de
soi-disant syndiqués ou de gens qui se disent syndiqués sont
allés à Saint-Jean, Québec, et on
répété la manoeuvre d'hier en vidant les bureaux de
l'Hydro à Saint-Jean. Voilà le dernier rapport.
M. LESAGE: Quand le premier ministre dit: Vider les bureaux, je
comprends qu'il s'agit d'une incitation au personnel à quitter le
bureau...
M. JOHNSON: C'est ça.
M. LESAGE: ... et non pas d'un saccage des bureaux.
M. JOHNSON: Non, non, on n'a pas parlé de ça.
M. LESAGE: Le premier ministre a employé les mots « vider
le bureau ».
M. JOHNSON: C'est comme s'il y avait une dizaine de gars qui entraient
dans le bureau du chef de l'Opposition et qui diraient à Mlle
Laçasse et aux autres: On vous donne dix minutes pour vous en aller.
Alors Mlle Lacasse s'en irait tranquillement plutôt que de voir de la
casse.
M. LESAGE: Je ne sais pas, vous vous arrangerez avec elle.
M. BELLEMARE: Vous ne savez pas si elle sortirait?
M. LESAGE: Je ne le sais pas, vous irez le lui demander. Je
l'ignore.
M. JOHNSON: Je ne voudrais pour rien au monde que Mlle Laçasse
s'imagine que je la pense différente des autres. Au contraire, je pense
qu'elle pourrait argumenter, elle aussi. Mais je sais, moi aussi, que plusieurs
de mes secrétaires sortiraient.
M. LESAGE: Oui, oui. Cela se comprend s'il arrive des gens assez «
corporants », comme dirait Séraphin Poudrier, qui demandent
instamment à un groupe de personnel clérical de sortir d'un
bureau. L'insistance peut être assez significative...
M. BELLEMARE: Oui.
M. LESAGE: ... pour ceux qui reçoivent l'invitation. Mais je suis
heureux que les services d'urgence aient été maintenus à
travers toute la province et dans tous les cas. C'était le premier
ministre lui-même qui avait signalé que les services d'urgence se
limitaient... C'est lui qui a mentionné ces faits cet après-midi,
c'est lui qui a parlé de l'Expo, du métro et des hôpitaux,
ce n'est pas moi.
M. JOHNSON: C'était le rapport que nous avions à ce
moment-là.
M. LESAGE: Oui, oui, très bien. Je suis heureux que le premier
ministre ait corrigé l'impression qu'il avait laissée, et
j'espère...
M. JOHNSON: C'était le pointage à ce moment-là.
M. BELLEMARE: C'était la nouvelle qu'on avait.
M. JOHNSON: Depuis, des développements sont survenus.
M. LESAGE: Je ne critique pas...
M. BELLEMARE: C'est à 4 heures qu'ils sont retournés.
M. LESAGE: Je ne critique pas, j'exprime l'espoir que les services
d'urgence soient maintenus, même si le gouvernement est incapable
d'éviter la grève générale. Espérons que le
gouvernement va agir et va éviter la grève
générale.
M. JOHîfSON: Je veux bien que le chef de l'Opposition revienne
à la charge, mais il va falloir que je lui réponde s'il pousse
trop fort parce que la « corporance » ne me fait pas peur, moi.
M. LESAGE: Pardon?
M. JOHNSON: Je ne suis pas apeuré par la « corporance
».
M. LESAGE: Non, d'ailleurs ni ma « corporance », ni le ton
de ma voix, ni mon attitude, n'ont quoi que ce soit d'épeurant, je pense
bien. Je fais simplement appel au chef du gouvernement et au ministre du
Travail pour qu'ils prennent des mesures nécessaires pour assurer la
reprise normale du travail à l'Hydro-Québec.
M. BELLEMARE: Si le chef de l'Opposition faisait comme nous, et faisait
un appel, ce serait bien aussi.
M. LESAGE: Pardon?
M. BELLEMARE: Si le chef de l'Opposition faisait un appel aussi, ce
serait bien.
M. LESAGE: M. le Président, je pense qu'il appartient au
gouvernement de prendre ses responsabilités. Le gouvernement est au
courant de tous les faits, de tous as détails des négociations,
c'est à lui de prendre ses responsabilités, mais, nom de Dieu,
qu'il les prenne!
M. BELLEMARE: Oui, oui, c'a été fait aussi.
M. LESAGE: Mais jusqu'à présent, ça n'a pas eu un
gros succès.
M. BELLEMARE: Non! On avait 200 cas dans la convention collective
à régler quand on a commencé le 21. Imaginez-vous! Le nom
du syndicat n'était même pas reconnu à ce moment-là,
le 22 mai. Imaginez-vous! C'est ça qu'il appelle ne pas prendre nos
responsabilités.
M. LESAGE: Je comprends que le ministre du Travail trouve sa fonction
difficile à accomplir...
M. BELLEMARE: Ah! non, non. M. LESAGE: Il a à se plaindre!
M. BELLEMARE: Je la fais avec la meilleure humeur au monde.
M. LESAGE: Cela ne paraissait pas jusqu'à ce moment-ci.
M. BELLEMARE: Ah! non, avec la meilleure humeur au monde, je suis bien
rodé dans mon ministère et...
M. LESAGE: Vous êtes un rôdeux!
M. BELLEMARE: ... bien prêt à remplir mon mandat
jusqu'à l'extrême limite. Ah! d'accord.
M. LE PRESIDENT: A l'ordre! Peut-être qu'il y aurait avantage
à ce que nous reprenions la deuxième lecture du bill 59 puisque
les informations intéressantes ont été communiquées
à la Chambre et que l'honorable chef de l'Opposition a eu l'avantage de
commenter
brièvement ces déclarations faites par l'honorable premier
ministre.
M. Jean Lesage
M. LESAGE: Alors, M. le Président, je crois que le
député de Notre-Dame-de-Grâce, celui de Gatineau, de
même que les députés de Mercier et de Westmount, ont
donné des raisons extrêmement valables pour lesquelles nous ne
pouvons approuver, ni de près, ni de loin, l'augmentation de la taxe de
vente de 6% à 8% proposée par le bill à
l'étude.
Le député de Notre-Dame-de-Grâce a couvert le sujet.
Il a parlé de l'effet de l'augmentation de la taxe de vente sur la
répartition de la part municipale de la taxe de vente et il a
démontré que les municipalités auraient eu besoin,
beaucoup plus que le gouvernement, d'une partie du fruit de cette taxe, du
moment que le gouvernement avait décidé de l'imposer. Il a
également parlé des effets économiques de cette taxe sur
nos régions frontalières. Et le député de Gatineau,
sur ce sujet, a donné force détails qui devraient faire
réfléchir sérieusement le gouvernement et le ministre du
Revenu en particulier sur les mesures à prendre pour éviter
à ces régions du Québec, situées à nos
frontières de l'Est, ou de l'Ouest, ou du Sud-Ouest, les terribles
inconvénients majeurs de la situation qu'il aurait créée
par l'imposition d'une taxe de vente à un niveau aussi
élevé que 8%.
Le député de Mercier a apporté des arguments
économiques et fiscaux, de même que le député de
Westmount, et je n'ai pas l'intention de revenir et de reprendre leurs
arguments. J'ai dit, lors du débat sur le budget- je n'ai pas
l'intention de revenir sur un débat antérieur, je ne fais que le
signaler en passant que j'avais été surpris que le
gouvernement ait recours à une augmentation de la taxe de vente. En
préparant mon dossier pour l'étude de ce bill, je me suis dit que
j'avais eu tort d'être surpris, j'ai dû en venir à cette
conclusion. En effet, j'ai relu un article du journal, Le Soleil,
édition du 3 mai 1963, avec le titre: « La taxe de vente
haussera-t-elle? » Et l'article se lit comme suit Souvenons-nous
qu'en 1963, M. le Président, il n'y avait pas de journal des
Débats : « Au cours d'un débat en troisième
lecture sur la Loi modifiant la loi sur la gazoline, pour augmenter la taxe sur
l'essence et sur le carburant diesel, le chef du gouvernement a voulu justifier
cette mesure en disant que toute autre taxe aurait été injuste
dans les circonstances. M. Daniel Johnson, chef de POpposition, a alors
lancé que la taxe de vente ne tarderait pas à atteindre 8%.
»
M. le Président, le chef actuel du gouverne- ment avait donc
décidé, trois ans avant de prendre le pouvoir, d'augmenter la
taxe de vente à 8%. C'est une déclaration qu'il a faite en cette
Chambre: il a dit que ça ne serait pas long avant que la taxe de vente
atteigne 8%. Je n'aurais pas dû être surpris si je m'étais
souvenu à temps de cette déclaration du premier ministre
d'aujourd'hui, faite alors qu'il était chef de l'Opposition. Mais il a
dû s'en souvenir.
C'était sans doute une obsession pour lui et il s'est dit: Il
faut que ma prophétie s'accomplisse. Il faut absolument que ce que j'ai
dit se réalise. Il avait prophétisé une augmentation
à 8% et alors, au premier budget qui était présenté
par son ministre des Finances alors, son premier budget comme premier
ministre il a décidé que, même s'il n'avait pas
besoin du revenu additionnel qu'apporte une augmentation de la taxe de vente de
6% à 8%, il devait quand même l'augmenter. Que cette augmentation
ne soit pas nécessaire, M. le Président, je vous rappelle que le
ministre des Finances a prévu un surplus aux comptes ordinaires de $160
millions pour l'année 67/68. Or, d'après les propres estimations
du ministre des Finances, l'augmentation de la taxe de vente, avec
l'augmentation de la taxe des chambres d'hôtel et des repas et celle des
télécommunications qui est également de 2% ce sont
deux bills qui viennent, M. le Président, je pense bien qu'il y a
avantage seulement à mentionner les trois en passant le revenu
additionnel dû à ces augmentations de 6% à 8% dans les
trois cas, sera, pour l'année, de $131.5 millions et pour une
année entière, de $138 millions.
C'est donc dire que s'il n'y avait pas eu augmentation de 6% à
8%, le surplus aux comptes ordinaires aurait été, pour mentionner
un chiffre exact, de $28.5 millions, soit de l'ordre de $30 millions. Je
continue de soutenir que le ministre des Finances aurait fort bien
pu((budgéter » pour un surplus de $28 millions et avoir recours un
peu plus à l'emprunt, ce qu'il aurait pu faire dans les conditions du
marché prévues pour la période de l'année
financière 67/68, mais le ministre des Finances et le premier ministre
ont préféré faire payer des taxes additionnelles aux
contribuables, alors que ce n'était pas nécessaire du tout pour
le financement de l'administration gouvernementale. C'est une façon de
voir les choses que je respecte, mais que je ne puis admettre, M. le
Président. D'ailleurs, les budgets que nous avons
présentés pendant six ans prouvent que cette façon de voir
n'a jamais été la nôtre et que nous ne croyons pas que le
gouvernement doit surtaxer la population sous prétexte de faciliter le
financement des investissements gouvernementaux.
D'ailleurs, si l'augmentation de la taxe était justifiable au
point de vue économique, elle ne l'est pas dans les circonstances
actuelles. En effet, dans la plupart des autres provinces, le taux de la taxe
de vente s'établit à 5%. Alors, il est clair que ce taux de 8%
veut dire vis-à-vis des autres provinces une infériorité
économique. Car il est inévitable qu'une partie importante d'une
taxe comme la taxe de vente s'inscrive dans les coûts de production, ce
qui fait que les coûts de production au Québec deviennent
relativement plus élevés qu'ailleurs au Canada et ceci a des
répercussions sur l'implantation d'industries et sur le succès
économique de nos industries de fabrication, particulièrement
dans le domaine des vêtements et dans le domaine des biens durables. Cela
place notre industrie dans une situation d'infériorité
économique puisque nos coûts de production de trouvent
nécessairement affectés par l'augmentation de la taxe de vente.
Il n'y a pas que le coût de production qui soit affecté; le
coût de la vie est également affecté et, au mois d'avril,
la hausse de la taxe de vente à Québec a fait faire un bond
absolument inusité au coût de la vie chez nous.
Au cours de la période d'un mois, en avril, le coût de la
vie a augmenté de 1.3 point, et cela est dû, pour la plus grande
partie au Québec, à l'augmentation de la taxe de vente.
D'ordinaire, lorsqu'il y a augmentation sérieuse du coût de la vie
au cours d'une période d'un mois, le maximum que l'on voit, c'est
à peu près 1/2 point mais, à cause de la taxe de vente,
l'augmentation en avril a été de 1.3 point.
Toute augmentation du coût de la vie constitue en
définitive pour les gens à revenu fixe, disons à salaire
fixe, une diminution de salaire réelle. Prenez les salariés, les
ouvriers, les cols blancs qui font leur budget suivant le salaire qu'ils
reçoivent. Dès l'instant qu'il y a augmentation du coût de
la vie, surtout si l'augmentation est sérieuse, comme celle qui est
provoquée par la taxe de vente, ils voient en définitive leur
salaire diminué immédiatement, ils sont obligés de
corriger leur budget pour arriver. Ils sont obligés de se priver de
certaines choses qu'ils considéraient essentielles pour pouvoir joindre
les deux bouts. A moins que le gouvernement ne soit prêt à voir
augmenter le coût de la vie, à voir augmenter les salaires et cela
sans limite, sa proposition, à mon sens, est injustifiable.
Clairement, l'augmentation du coût de la vie amène une
demande justifiée d'augmentation de salaire. Les augmentations de
salaire, à leur tour, causent une augmentation du coût de la
production et c'est ainsi que nous nous trouvons en face d'une spirale sans fin
qui mène toujours vers une diminution de la valeur d'un salaire
donné. Je crois que, dans une période d'inflation marquée
de chômage surtout, le gouvernement se doit de restreindre ces
propositions et sa législation, de façon à éviter
tout geste qui a pour effet d'augmenter le coût de la vie et qui devient
un facteur additionnel d'inflation.
Au point de vue économique, je crois que cette augmentation de la
taxe de vente est absolument injustifiée et nous ne pouvons, nous de ce
côté-ci de la Chambre, l'approuver de quelque façon que ce
soit. Je n'ai pas l'intention de relever toutes les déclarations du
père spirituel du premier ministre au sujet de la taxe de vente, pas
plus que du premier ministre lui-même ou du ministre des Finances, sur le
fait qu'il s'agit d'une taxe qui frappe surtout les petits, les pauvres, qui
les frappe plus durement que les autres, c'est vrai.
Il est certain qu'il s'agit d'un impôt régressif qui se
trouve à frapper plus durement les contribuables les moins
fortunés parce que ce sont ceux qui consomment le plus par rapport
à leur revenu. Il y a une exemption pour les produits alimentaires et
certains produits de nécessité. Evidemment ça
atténue jusqu'à un certain point l'effet de la taxe de vente sur
les consommateurs, mais ça ne l'élimine pas, loin de
là.
Même pour les petits contribuables. C'est loin de
l'éliminer, au point que souvent ils sont plus durement frappés,
relativement parlant, que les gens à plus gros revenus.
Aujourd'hui, l'on constate que presque tous les jeunes gens, dans nos
milieux ruraux même, sont propriétaires d'automobiles. Oui, en
effet, il y en a une grosse proportion qui sont propriétaires
d'automobiles dans nos milieux ruraux et ils doivent payer la taxe de vente,
même s'ils ont un petit salaire. Ils doivent la payer sur leurs habits.
Les jeunes filles qui travaillent et qui aident leurs parents doivent payer la
taxe de vente constamment.
Les père de famille. La taxe de vente est une taxe
régressive et l'accroissement proposé par le ministre des
Finances a pour effet d'annuler dans une très large mesure la concession
qui est faite par le budget à ceux qui gagnent $2,000 et moins s'ils
sont célibataires, et $4,000 et moins s'ils sont mariés. Il n'y a
aucun doute que pour cette catégorie, l'augmentation de la taxe de vente
atténue considérablement la concession qui leur a
été faite et qui ne constitue pour le gouvernement qu'une
diminution, dans une année entière, de $15 millions de
revenus.
Quant à toutes les autres catégories de contribuables, il
s'agit pour eux d'une augmentation nette d'impôt. Je le
répète, ces augmen-
tations, à notre sens, sont Injustifiées et injustifiables
et je vous demanderai d'appeler les députés pour un vote lorsque
la liste des orateurs sera épuisée.
M. LE PRESIDENT: L'honorable ministre des Finances.
M. Paul Dozois
M. DOZOIS: Il est évident qu'il n'est jamais agréable pour
un gouvernement d'augmenter les taxes. J'ai, en d'autres circonstances, au
cours d'un autre débat, exposé très longuement les raisons
qui avaient amené le présent gouvernement à porter cet
impôt de 6% à 8%. Je pense qu'en considérant le bill 59,
qui imposera aux citoyens du Québec un effort fiscal plus
considérable, l'on doit considérer également les autres
lois que nous avons présentées...
M. LESAGE: Je m'en suis bien gardé, sinon en passant. Je pense
qu'on doit s'en tenir. A moins qu'on étudie les deux autres lois,
d'accord, mais s'il s'agit de l'impôt sur le revenu, cela a
été vidé, ce sujet-là.
M. LE PRESIDENT: Je suis sûr que l'honorable ministre des
Finances, avec toute l'expérience qu'il possède...
M. LESAGE: On ne peut pas imposer le discours du budget.
M. LE PRESIDENT: ... ne faisait que passer lui aussi sur le sujet.
M. DOZOIS: Je suivais tout simplement le chef de l'Opposition sur le
terrain qu'il a choisi pour faire son intervention, puisque lui-même a
mentionné que l'augmentation de la taxe de vente atténuait les
bénéfices donnés par les exemptions de $2,000 et de
$4,000.
M. LESAGE: C'est vrai.
M. DOZOIS: Je le suis sur ce terrain, tout simplement...
M. LESAGE : Dites que c'est vrai, puisque c'est vrai.
M. DOZOIS: ... et je dis que cette augmentation, on doit la
considérer dans l'ensemble des lois fiscales que nous avons
présentées et que la Chambre a étudiées et c'est
pour cela en partie que nous avons largement compensé par d'autres
dispositions les effets que l'aug- mentation de la taxe de vente pouvait avoir
sur les charges additionnelles que cela représentera pour les
gagne-petit.
M. LESAGE: Ce n'était pas ça, votre promesse
électorale.
M. DOZOIS: Voulez-vous rappeler le chef de l'Opposition à
l'ordre? Je l'ai écouté religieusement et je n'ai fait aucune
intervention pendant son discours.
M. LESAGE: Je ne me sens pas religieux quand vous parlez comme vous le
faites.
M. DOZOIS: Je n'en demande pas tant au chef de l'Opposition. M. le
Président, les gens de l'Opposition ont largement exagéré
l'effort fiscal que cela représentera pour nos citoyens. Le
député de Mercier est revenu à la charge. Il a
mentionné des chiffres qu'il avait cités au cours d'un
débat antérieur sur la partie imposable du revenu d'un chef de
famille. Je ne sais pas où on a pris les statistiques qu'on nous a
servies pour dire que l'augmentation du 2% serait onéreuse pour les
gagne-petit en citant des chiffres aussi considérables en disant que,
sur un revenu de $2,600, un père de famille de deux enfants paierait $20
d'augmentation de taxe de vente sur des déboursés de $1040.
Je ne sais pas qui a pu établir de telles comparaisons ou de
telles statistiques, mais un calcul rapide va vous faire comprendre, j'en suis
sûr, que cela n'est pas objectif et qu'il est physiquement impossible
qu'un contribuable marié, père de deux enfants, paie $20.80 de
plus parce que nous augmentons la taxe de 6% à 8%. Et je vous fais la
démonstration suivante. Je vais vous citer deux cas. Prenons le
père de famille avec deux enfants, qui gagne $2,600. On prétend
qu'il consacrera $1040 de son salaire pour des articles imposables, lui
laissant $1560 pour les articles non imposables, ou pour ses dépenses
non imposables.
Quelles sont ses dépenses non imposables? Fixons un loyer, et
j'imagine qu'il y a peu de gens, avec deux enfants, qui peuvent se loger
à moins de $35 par mois, et je n'ai pas l'impression d'exagérer.
Ce qui fait que ce père de famille consacrera $420 par année pour
son loyer. Je pense que je n'exagère pas. Ce n'est pas imposable. A ce
prix-là, le logement n'est pas chauffé. Si on ajoute $60 pour le
chauffage, $5 par mois en moyenne, je n'exagère pas non plus.
M. LESAGE: M. le Président, est-ce que le ministre me permet une
question? S'il se chauffe à l'électricité, il paie la
taxe.
M. DOZOIS: Je ne connais pas beaucoup de logements à $35 par mois
qui sont chauffés à l'électricité.
M. LESAGE: Il y en a qui n'ont pas le moyen d'avoir de poêle ni de
fournaise.
M. DOZOIS: Non, justement. Cela me surprendrait qu'ils dépensent
par contre $1040 en objets imposables.
M. LESAGE: Bien oui, mais s'ils paient l'électricité,
c'est imposable, l'électricité.
M. DOZOIS: Je continue. Et si l'on ajoute les autres dépenses non
Imposables, tels les vêtements d'enfants qui ne sont pas Imposables, le
transport, puisque cette personne travaille et doit se rendre à son lieu
de travail...
M. LESAGE: La taxe de vente est comprise « built-in... »
M. DOZOIS: ... et toutes les autres petites dépenses qu'elle peut
faire au cours de l'année, j'inclus $350 pour ces trois articles, ce qui
fait un total de $830 par année. Or, sur les $1,560 d'objets non
imposables, on le voit, elle en consacre $830 pour son logement, pour les
vêtements d'enfants, le chauffage, le transport, le tabac, les loisirs,
etc. Qu'est-ce qu'il lui reste pour se nourrir alors, toujours en se basant sur
le raisonnement des députés de l'Opposition? Cela veut dire qu'il
lui resterait $730 par année pour nourrir quatre personnes. Une moyenne
de $14 par semaine. Est-ce que c'est croyable comme raisonnement de penser
qu'un père de famille de deux enfants va consacrer $1,040 par
année en objets imposables et qu'il lui restera seulement $14 par
semaine pour nourrir les quatre personnes de sa famille? Voilà le
raisonnement des gens d'en face lorsqu'ils veulent grossir l'effet de
l'augmentation de la taxe de vente que nous proposons.
On peut faire le même calcul, parce qu'on l'a avancé ce
calcul également, pour une personne, père de famille de quatre
enfants gagnant $4,500 par année. L'on estime qu'il dépensera
$2,250 en objets imposables, lui laissant $2,250 pour des choses non
imposables. On lui fixe un loyer de $62.50 par mois, soit $750 par
année, chauffé. Je pense que je n'exagère pas, pour loger
une famille de six personnes, en fixant un loyer, y compris le chauffage,
à $750. Les vê- tements d'enfants, $200, je n'exagère pas
il y en a quatre. Le transport, $150 etles autres petites dépenses:
loisirs, assurances, tabac et divers, $300. Ce qui veut dire qu'il
dépensera au total $1,400 par année, sans avoir encore
dépensé un sou pour la nourriture. Or, comme en vertu du
raisonnement des gens de l'Opposition, il consacrera $2,250 de son salaire pour
des dépenses non imposables, l'on constate encore une fois, qu'il
restera à cette personne $850 pour nourrir sa famille de six personnes,
soit$16par semaine.
Voilà le raisonnement des gens d'en face quand ils
prétendent que la taxe de vente obligera ces familles à
débourser tel montant. Cela se multiplie tout simplement et ils
établissent, eux, avec leur raisonnement, qu'une personne qui gagne
$4,500 dépensera $2,250 en objets Imposables. Voilà!
Et je pense que je n'ai pas besoin d'illustrer davantage la
fausseté d'un tel raisonnement. Je sais que ce n'est pas le temps
puisqu'il y a un débat en cours et que, d'ailleurs, j'ai un droit de
réplique, mais je veux cependant répondre immédiatement,
et j'estime que vous devez me le permettre, aux affirmations du chef de
l'Opposition qui a peut-être complété son intervention
qu'il avait faite à l'occasion du débat sur le discours du
budget.
Le chef de l'Opposition dit: « Il aurait été facile
pour le gouvernement, puisqu'il déclare un surplus sur les
dépenses ordinaires de $160 millions, de ne pas taxer du tout ou de ne
pas augmenter les taxes et d'emprunter un peu plus. Le gouvernement aurait pu
se contenter d'un surplus de $28 millions ». Je l'ai exposé, je
pense, à l'occasion du discours sur le budget, que nous avions
fixé le programme d'emprunt de l*Hydro et de la province à $450
millions. Selon le raisonnement du chef de l'Opposition, si on avait
procédé de la façon qu'il suggère, ça veut
dire que j'aurais dû, dans le discours sur le budget, annoncer un
programme non pas de $450 millions d'emprunt, mais de $580 millions d'emprunt.
Le chef de l'Opposition le sait qu'en plus on devra emprunter pour le pont de
Trois-Rivières, environ $30 millions, sûrement un minimum de $30
millions. Cela veut dire, d'après le raisonnement du chef de
l'Opposition, que le gouvernement actuel aurait dû se fixer un programme
d'emprunt dépassant $ 600 millions.
J'avais une meilleure opinion de la science financière des gens
de l'Opposition. Car on n'a qu'à regarder en arrière, durant
l'exercice 65/66, le gouvernement libéral s'était fixé un
programme d'emprunt de $600 millions, et il en a emprunté $449 millions.
Pour l'exercice
66/67, l'on avait fixé un programme d'emprunt de $600 millions,
mais il était évident, d'après les chiffres que nous
possédons, que le vrai programme était de $ 624 millions, et nous
avons réussi et je pense que nous pouvons être fiers
d'avoir réussi à emprunter un tel montant. Nous avons
réussi à emprunter $525 millions l'an dernier. Tout le monde
connaît les conditions actuelles du marché, Je pense qu'il est
facile de voir dans quelle impasse nous serions si nous avions établi de
nouveau un programme dépassant $600 millions d'emprunt.
Est-ce que l'on se rend compte que cela représente $50 millions
d'emprunts par mois alors que, depuis six ans, la province et l'Hydro ont fait
des emprunts de $3,800,000,000 et que les portefeuilles sont remplis. Ce n'est
pas parce que les gens n'ont pas confiance dans le crédit de la
province, M. le Président, mais tout simplement parce que les acheteurs
d'obligations en ont en quantité considérable. Et à un
autre débat, l'automne dernier, j'ai signalé que, dès
1965, l'effet du grand nombre d'émissions et du montant
considérable d'emprunts effectués par la province se faisait
sentir dès le mois de mars 1965.
J'ai dit et je le répète, parce que j'estime que c'est
important, que les institutions, « reserved institutions », qui
sont ordinairement sollicitées par les gérants de syndicat,
à venir jusqu'en 1965, achetaient à l'occasion d'une
émission d'obligations entre 20% et 40% de l'émission alors que,
dès 1965...
M. KIERANS: Cela peut arriver à n'importe quel moment.
M. JOHNSON: Pardon?
M. DOZOIS: M. le Président, il y a des statistiques...
M. JOHNSON: Il ne comprend rien, lui.
M. DOZOIS: ... pour prouver ce que j'avance et je pourrai les
fournir au député de Notre-Dame-de-Grâce jusqu'en
1965, les achats de ces institutions se maintenaient entre 20% et 40% pour
chaque émission de la province. Et, en 1965, c'a commencé
à descendre pour atteindre...
M. LESAGE: M. le Président..
M. DOZOIS: ... à peu près 4%.
M. LE PRESIDENT: A l'ordre
M. LESAGE: J'ai simplement, en passant, mentionné deux chiffres,
mais je m'aperçois que le ministre des Finances est à prononcer
un discours qui est beaucoup plus à l'encontre du discours que j'avais
prononcé dans, ce qu'on appelle communément, le débat sur
le budget
M. JOHNSON: Ce qu'il passe présentement
M. LESAGE: Ce débat n'est pas terminé,M. le
Président, et si le ministre des Finances a les chiffres je
comprends qu'il a épuisé sont droit de parole le premier
ministre n'est pas encore intervenu dans le débat, il n'a qu'à
les lui donner...
M. JOHNSON: Non, non, il a...
M. LESAGE: ... et le premier ministre pourra le faire...
M. JOHNSON: Il a son droit de réplique.
M. LESAGE: ... en respectant la procédure lors du débat
sur le budget
M. JOHNSON: Il a son droit de réplique.
M. LESAGE: Non, il n'a pas de droit de réplique sur le discours
du budget..
M. JOHNSON: Oui, oui.
M. LESAGE: Dans le débat sur le budget, non. Nous discuterons
cela en temps et lieu. Le ministre des Finances essaiera, mais simplement qu'il
s'en tienne donc au principe du bill!
M. DOZOIS: M. le Président, je pense que je n'exagère pas
en faisant, pendant quelques minutes, cette incursion.
M. LESAGE: C'est une incursion assez profonde.
M. DOZOIS: On doit considérer, M. le Président, que le
chef de l'Opposition dit tout simplement, et cela ne lui a pas pris de temps
à nous le dire... Mais imaginez-vous quel effet cela peut avoir dans le
public en disant: Ils ont un surplus de $160 millions, ils taxent pour $135
millions, et ils auraient pu emprunter pour la différence.
M. LESAGE: $131 millions, cela fait un surplus de $130 millions.
M. DOZOIS: Oui.
M. LESAGE : Alors c'est assez.
M. DOZOIS: ns auraient pu emprunter pour la différence.
M. LESAGE: Certainement.
M. DOZOIS: Alors, j'estime, M. le Président, que vous pouvez
m'accorder quelques minutes pour réfuter un tel argument à
l'effet que c'était souverainement injuste. L'affirmation du chef de
l'Opposition n'a pas de sens et je veux le démontrer.
M. LESAGE: M. le Président, tout de même, si mon
affirmation n'avait pas de sens, c'était assez facile de le faire
déclarer par un ministre immédiatement après mon
intervention lors du débat sur le discours du budget, alors que j'ai
parlé longuement sur ce point, et je n'ai fait que rappeler ce que
j'avais dit dans deux phrases cet après-midi. C'est tout ce que j'ai
fait.
M. DOZOIS: De toute façon...
M. LE PRESIDENT: A l'ordre! J'ai suivi avec beaucoup
d'intérêt les différents arguments formulés par
l'honorable chef de l'Opposition et, à un moment donné, il a
reproché au gouvernement d'imposer une taxe, alors que d'un
côté, l'administration pouvait représenter un surplus.
Alors, c'est peut-être dans cette conception de la largesse du
débat que j'ai permis jusqu'ici à l'honorable ministre des
Finances de réfuter cet énoncé de principe. Mais je suis
sûr que l'honorable ministre des Finances n'abusera pas du temps qui lui
est offert et qui lui est peut-être nécessaire pour
répondre aux arguments de l'honorable chef de l'Opposition, je suis
sûr d'un autre côté que l'honorable ministre des Finances
n'entrera pas in extenso dans un sujet dont la Chambre n'est pas actuellement
saisie et qui serait celui du budget.
M. DOZOIS: Très bien, M. le Président. Vous me permettrez
juste un mot en disant simplement que le programme d'emprunt est
réaliste et que, si nous ne l'avons pas fait plus considérable,
c'est parce que nous ne pouvions pas, connaissant les conditions du
marché, qui ne sont pas particulières à la province de
Québec, mais qui affectent actuellement l'ensemble du pays et de
l'Amérique du Nord.
Nous étions dans l'obligation, financièrement, pour faire
face à toutes les dépenses, à des programmes existants,
d'augmenter les impôts. A notre avis, en tenant compte des autres lois,
c'était celle qui pouvait frapper le moins et le plus
équitablement les contribuables de la province de Québec. On l'a
dit, le député de Mercier y a fait une référence.
Sans créer une concurrence qui aurait pu être fatale ou du moins
qui aurait pu nuire considérablement à l'économie de la
province, nous pouvions augmenter les autres taxes, soit l'impôt sur les
particuliers ou l'impôt sur les corporations, alors que cette taxe, que
nous augmentons, répond aux besoins financiers de la province, en tenant
compte des emprunts possibles que nous pouvions faire au cours du prochain
exercice.
Je le dis et je le répète, il n'est jamais agréable
d'augmenter les impôts mais, dans les circonstances et avec les
bénéfices apportés par d'autres lois, nous estimons que
c'était le seul impôt que nous pouvions augmenter afin
d'être justes envers les contribuables.
M. le Président, vous m'avez fait signe qu'il était six
heures.
M. LE PRESIDENT: La Chambre suspend ses travaux jusqu'à...
M. JOHNSON: M. le Président, avec votre permission et le
consentement de la Chambre, me serait-il permis de déposer le 6e rapport
du comité des bills publics en général?
M. LE PRESIDENT: Ce rapport est-il adopté?
M. LESAGE: Oui.
M. LE PRESIDENT: Adopté.
M. LESAGE: Oui, comité, troisième lecture.
M. LE PRESIDENT: La Chambre suspend ses travaux jusqu'à huit
heures ce soir.
Reprise de la séance à 8 h 12 p.m.
M. LE PRESIDENT: L'honorable ministre des Finances.
M. DOZOIS: J'ajouterai seulement quelques mots aux remarques que j'ai
faites avant la suspension de la séance, pour relever certaines
affirmations que l'on répand au sujet de la taxe de vente en relation
avec le partage qui est fait aux municipalités.
L'on s'évertue à faire croire au public, et en particulier
aux administrateurs municipaux, que nos municipalités vont subir une
baisse de la taxe de vente qui leur était dévolue. Le
raisonnement est très simple; on leur dit: A l'avenir, vous n'allez
recevoir que 25%, alors que vous receviez 33 1/3%, donc, il y a une baisse.
Je soutiens je l'ai déjà fait
précédemment mais je pense qu'on ne le répétera
jamais assez que les municipalités ne perdent rien. Elles se
partageaient autrefois 2% de la taxe de vente; elles continueront à se
partager 2% de la taxe de vente. Il est évident que ça ne
représente plus que 25% du total de la taxe de vente perçue
puisque, maintenant, la taxe est de 8% et non pas de 6%. Mais c'est tellement
faux qu'on n'a qu'à regarder les montants qui étaient
destinés l'an dernier aux municipalités et le montant qui leur
est destiné pour l'année 67/68 et l'on constate
qu'évidemment, il y a une augmentation assez appréciable, puisque
l'an dernier, les municipalités se sont partagé $115 millions et
qu'au cours de l'exercice en cours, ces municipalités se partageront
$122 millions. Il est donc faux de prétendre qu'il y a une diminution
dans le partage de la taxe de vente pour les municipalités. Je le
répète, les municipalités se partageaient 2% de la taxe de
vente, ce qui a toujours été reconnu comme la part municipale de
la taxe de vente, et elles continueront à se partager 2%.
Le député de Mercier a également fait de nouveau
cet après-midi car ce n'est pas la première fois la
suggestion que le gouvernement aurait dû fondre en une seule taxe, la
taxe de vente, et la taxe sur les repas sur l'hôtellerie et faire
partager aux municipalités le produit de ces taxes.
Il a dit cet après-midi que cela représenterait un
supplément de revenu de $14 millions pour les municipalités. Il
est évident que si le gouvernement avait pris une telle disposition, il
se privait de $14 millions. Et il aurait fallu se les procurer de façon
différente. On ne peut pas donner deux fois le montant d'argent dont on
dispose. Or, il est évident que tout l'argent qui entre dans les coffres
de la province par le truchement de ces impôts, je pense qu'on a
justifié son emploi lors de l'étude des crédits qui ont
été soumis à cette Chambre.
Les dépenses de la province augmentent. Je ne veux pas discuter
cet aspect de l'administration provinciale, mais il est bien évident que
si on changeait le partage de la taxe de vente pour en donner davantage aux
municipalités, il faudrait augmenter d'autres impôts pour se
procurer ces revenus.
C'est donc dire que l'augmentation de la taxe de vente, nous ne l'avons
pas faite de gaieté de coeur. Nous aurions préféré
de beaucoup diminuer les impôts. Mais c'était une
nécessité. Nous ne pouvions l'éviter et nous avons
pensé qu'en tenant compte des autres lois que nous avons
modifiées... je reviens là-dessus parce qu'en relisant pendant
quelques minutes, tout à l'heure, le discours du député de
Mercier, j'ai constaté qu'il avait longuement traité de cette
question puisqu'il a, dans son exposé sur les effets de la taxe de
vente, combiné le résultat que cela aurait pour le contribuable
en tenant compte des impôts, des réductions d'impôt qui sont
prévues par d'autres lois. Or, j'estime que j'ai le droit de suivre le
député de Mercier sur ce terrain et de dire que nous avons tenu
compte précisément des effets de la taxe de vente sur les
gagne-petit et c'est un tout. Cela se tient.
C'est évident que, pour le budget du gagne-petit, même si
cela peut représenter quelques dollars par année de plus en taxe
de vente, cela peut être difficile. Mais tenant compte des montants
appréciables, surtout pour les gagne-petit, le député de
Mercier n'a pas dit à cette Chambre que la personne qui gagne $4,000
sauvera environ $110 d'impôt sur le revenu.
Et l'impôt augmenté sur les ventes, d'après nos amis
d'en face, pour une personne qui gagne $4,000, représentera, je pense,
$20 ou $17 de plus par année. On voit immédiatement la
différence appréciable que cela représente pour les
contribuables. Mais quant à ces montants que les gens de l'Opposition
prétendent que ça représentera pour les gagne-petit, eh
bien, il n'y a pas de comparaison entre les données que des experts nous
ont fournies... Je pense que cet après-midi j'ai démontré,
en tirant des conclusions sur les affirmations des membres de l'Opposition,
qu'on exagérait grandement la part du salaire d'un ouvrier en
dépenses imposables. D'après les statistiques que nous avons et
qui sont basées sur des études faites par des experts, c'est la
moitié de ce que nos amis d'en face prétendent qui sera le
résultat de l'augmentation de la taxe de vente.
M. BOURASSA: Quels sont vos chiffres?
M. DOZOIS: Mes chiffres, c'est précisément 50% de ceux que
vous mettez de l'avant, que les gens d'en face mettent de l'avant.
M. BOURASSA: Sur quoi vous basez-vous?
M. DOZOIS: D'ailleurs, on n'a qu'à relire le discours du
député de Mercier pour contredire son argumentation,surtout
lorsqu'il dit qu'une personne qui gagne $2,100 par année, certaines
statistiques lui attribuent 10% de son revenu pour le logement.
A-t-onidée qu'en 1965, une personne qui gagne $2,100 par année
paiera $210 de loyer, c'est-à-dire $17.50 par mois? Si le
député de Mercier est capable de dénicher des logements
pour des familles à $17.50 par mois, f accepterai sa thèse sur la
taxe de vente.
M. BOURASSA: Si le ministre des Finances me permet une rectification,
c'est que dans plusieurs cas, ça peut être des célibataires
qui partagent le loyer avec d'autres personnes ou même des gens
mariés sans enfant qui font de même. Je pense que $17 par mois, ce
n'est pas un loyer qu'on rencontre souvent. Mais à deux ou à
trois, ça fait quand même $50 par mois.
M. GABIAS: Il y a tout le temps moyen de replâtrer...
M. DOZOIS: A deux ou à trois. Alors il ne s'agit plus, si je
comprends bien, d'une personne mariée qui gagne $2,100 par
année?
M. BOURASSA: Non, j'ai donné des statistiques pour le
célibataire de la même façon. J'ai simplement montré
qu'il y avait des distorsions créées par les réformes
fiscales. Que dans certains cas, par exemple à $2,000, il y avait une
réduction du fardeau fiscal de 30% alors qu'à $2,050, il y avait
une augmentation du fardeau fiscal de 24%. Et à ma connaissance
je relis dans le journal des Débats ce qu'a dit le ministre cet
après-midi fêtais retenu au comité des
crédits du ministère de la Famille et du Bien-Etre social
il n'y a rien dans ce qu'il a dit qui a réfuté les chiffres que
j'ai avancés.
M. DOZOIS: Bon, je vous laisse juge. Le député de Mercier
l'a fait sans restriction cet après-midi. Il a dit qu'en vertu des
statistiques fédérales, l'on consacrait 10% de son revenu au
logement. Il a cité cette proportion du revenu, en parlant d'un revenu
de $2,100 par année.
Alors, je vous le répète, je ne connais pas, ni à
Québec ni à Montréal ni dans nos villes de la province de
Québec, des personnes qui sont susceptibles de se loger pour $17.50 par
mois. C'est vous dire que ces statistiques sont faites de telle façon
que l'on peut se poser des questions pour savoir si cette proportion de 35% de
biens achetés avec un revenu de $2,100 concerne des articles imposables.
Si une personne ne peut pas payer plus que $210 de loyer par année, je
ne crois pas que cette personne puisse dépenser justement $750 par
année pour des objets imposables. On me signale que, dans les
habitations Jeanne-Mance, la norme de loyer est un cinquième du revenu.
C'est le vieux principe qu'une semaine de salaire doit payer le loyer mensuel.
C'est une base reconnue par les travailleurs sociaux et qui est
appliquée partout au Canada dans les plans d'habitation publique. Or, il
est évident que les statistiques basées sur 10% du revenu pour le
logement ne sont pas réalistes comme ce n'est pas réaliste de
prétendre qu'une personne qui gagne $2,100 par année consacrera
$750 à des articles imposables, si l'on considère que cette
personne doit payer son logement, sa nourriture et des vêtements
d'enfants qui sont des choses qui ne sont pas imposables. Je l'ai dit cet
après-midi, avec les calculs des gens de l'Opposition, il y a des
familles de six enfants qui devraient vivre avec $16 par semaine pour la
nourriture.
M. BOURASSA: M. le Président, je m'excuse, je n'ai pas
mentionné de cas où il y avait des enfants. J'ai mentionné
le cas des célibataires et des gens mariés sans enfants.
M. DOZOIS: M. le Président, le député de Mercier a
mentionné ce que bon lui semblait. Moi, j'ai mentionné le cas
d'une famille qui avait six enfants et j'ai dit que d'après les calculs
des membres de l'Opposition, il resterait à cette famille $16 par
semaine pour se nourrir...
M. BOURASSA: Non mais...
M. DOZOIS: ... en se basant sur les pourcentages qu'ils consacrent
à l'augmentation de la taxe de vente.
M. BOURASSA: C'est différent!
M. DOZOIS: Et c'est mathématique, c'est facile à calculer.
Lorsqu'on dit que l'augmentation de la taxe...
M. BOURASSA: Vous appliquez les chiffres au mauvais cas!
M. DOZOIS: ... représente 1% du revenu, c'est ce que les gens de
l'Opposition ont soutenu au cours de tous les débats que nous avons eus
à ce sujet. C'est donc dire que même si nous regrettons d'avoir
été dans l'obligation d'augmenter la taxe de vente nous nous
rendons compte pleinement qu'avec les autres mesures que nous avons soumises
à cette Chambre, ce ne sont pas les gagne-petit qui supportent cette
augmentation; au contraire les gagne-petit trouvent leur bénéfice
dans tout ce réaménagement fiscal que nous avons soumis à
la Chambre et le bill 59 fait partie de ce réaménagement
fiscal.
M. LE PRESIDENT: L'honorable premier ministre.
M. Daniel Johnson
M. JOHNSON: M. le Président, me serait-il permis très
brièvement, sauf s'il y a des interruptions, de répondre à
quelques arguments avancés par le député de
Notre-Dame-de-Grâce et particulièrement par le
député de Gatineau?
Le député de Notre-Dame-de-Grâce n'a pas
été très original dans ses propos, nous les avions
entendus lors de son discours...
M. KIERANS: La vérité, c'est la vérité.
M. JOHNSON: ... sur le budget. M. le Président, le
député de Notre-Dame-de-Grâce s'est adonné
récemment à de la lecture intéressante puisque, c'est
très clair, il a lu le journal des Débats et a relu les discours
du chef de l'Opposition du temps.
M. KIERANS: Oui.
M. JOHNSON: J'espère que sa culture en est d'autant
avancée et qu'il aura maintenant un arsenal de bons arguments contre la
taxe de vente...
M. KIERANS: La taxe.
M. JOHNSON: ... l'augmentation de la taxe de vente.
M. KIERANS: C'est ça.
M. JOHNSON: M. le Président, disons tout de suite que je n'ai pas
changé d'opinion. La taxe de vente, dans mon opinion, est
régressive. Et lorsqu'en 1964, j'avais longuement
développé ce thème, c'est le député de
Notre-Dame-de-Grâce et quelques-uns de ses collègues qui ont
tenté de laisser croire à cette Chambre que la taxe
n'était pas régressive...
M. KIERANS: N'était pas aussi régressive que vous avez
dit.
M. JOHNSON: N'était pas aussi régressive que je le disais.
Examinons attentivement en quoi la taxe de vente est régressive. Je
crois qu'on peut admettre, sans que j'entre dans tous les détails et la
fine analyse de la taxe, que les deux éléments qui la rendent
régressive, c'est qu'elle frappe le petit, l'économiquement
faible et, deuxièmement, elle frappe davantage ceux qui ont le plus de
gens à soutenir, c'est-à-dire les familles nombreuses en
général, incluant évidemment certaines personnes
célibataires, en très grand nombre, qui sont quand même
chefs de famille de facto ou considérées comme telles à
l'égard de l'impôt et qui consacrent tout leur revenu à
élever leurs jeunes frères et soeurs ou encore à avoir
soin de leurs parents.
A tout événement donc, les deux éléments de
régressivité, les deux principaux du moins, sont les suivants: le
contribuable qui gagne un revenu modeste paie quand même et,
deuxièmement, le contribuable qui a un plus grand nombre de personnes
à charge se trouve à payer davantage à même l'unique
revenu, dans l'hypothèse de l'unique revenu du chef de famille. Donc la
taxe est régressive, je n'ai pas changé d'opinion. Mais je
déclare à cette Chambre, et mes collègues du cabinet en
sont témoins, ainsi que les collègues du caucus avec qui nous
avons discuté du problème après coup, les collègues
du cabinet évidemment étant au courant avant le coup, que jamais
nous n'aurions augmenté la taxe de vente, que nous considérons
comme régressive, sans en même temps apporter un remède
à cette régressivité.
Qu'il me suffise de mentionner que nous avons apporté un
remède à la régressivité de la taxe de vente en
détaxant le contribuable célibataire qui ne gagne pas $2,000 ou,
marié,$4,000.
M. LESAGE: M. le Président...
M. JOHNSON: Et quant à la famille...
M. LESAGE: Est-ce que le premier ministre me permettrait une
question?
M. JOHNSON: Oui.
M. LESAGE: Est-ce que l'exclusion du
paiement de l'impôt sur le revenu des particuliers, pour les
personnes célibataires gagnant $2,000 et moins et pour les personnes
mariées gagnant $4,000 et moins, a été apportée par
le gouvernement pour pallier les conséquences pénibles de
l'augmentation de la taxe de vente sur cette catégorie de contribuables
ou bien si cela a été apporté pour remplir un engagement
pris vis-à-vis de l'électorat?
M. TREMBLAY (Chicoutimi): Il a découvert ça.
M. LOUBIER: Cela est intelligent.
M. JOHNSON: M. le Président, vous voyez l'antithèse ou
l'antinomie pour être plus exact...
M. LESAGE: Il n'y a ni antithèse ni antinomie, il n'était
pas question de la taxe de vente dans le programme de l'Union Nationale.
M. JOHNSON: ... d'une part, est-ce parce que vous vouliez tenir une
promesse ou si c'était pour apporter un palliatif?
M. LESAGE : Bien, c'est ce que vous venez de dire, que c'était
pour apporter un palliatif.
M. JOHNSON: M. le Président, j'ai déclaré à
cette Chambre et je le répète que jamais je ne me serais
décidé à laisser ou à faire augmenter la taxe de
vente de 2% si an même temps nous n'avions apporté un antidote
à l'élément régressif de ladite taxe de vente.
M. LESAGE: Ma question, M. le Président, est la suivante...
M. JOHNSON: M. le Président, régressivi-té...
M. LESAGE: Est-ce que la poule vient avant l'oeuf ou l'oeuf avant la
poule?
M. JOHNSON: M. le Président, le chef de l'Opposition vient de
répondre à cette question...
M. COURCY: Des enfants.
M. JOHNSON: ... est-ce que l'oeuf vient avant la poule ou la poule avant
l'oeuf?
M. LESAGE: Oui, c'est ça.
M. JOHNSON: Mais, M. le Président...
M. LE PRESIDENT: A l'ordre!
M. JOHNSON: ... le deuxième remède que nous avons
apporté à ce deuxième élément de
régressivité, c'est-à-dire plus on a de dépendants,
plus la taxe de vente fait mal, cela a été tout ce système
de transfert de ressources au moyen des allocations familiales. De sorte que,
tout en procurant à la province des revenus additionnels...
M. LESAGE: Il vous revient $138 millions de la nouvelle taxe.
M. JOHNSON: ... nous avons, par le réaménagement fiscal,
partiel, je l'admets, car il est impossible d'en faire un complet dans le
contexte ou la conjoncture actuelle, apporté des correctifs qui font
plus que corriger la régressivité dans l'une ou l'autre des
hypothèses, mais qui apportent un mieux-être additionnel là
où l'on en a le plus besoin. Qu'il me suffise de vous donner comme
exemple que dans 100,000 familles ayant une moyenne de cinq enfants et ne
payant pas d'impôt, nous retournons des sommes qui vont suffire
amplement...
M. LESAGE: M. le Président, j'invoque le règlement.
M. JOHNSON: ... sinon quatre ou cinq fois, au moins trois fois plus que
l'excédent de taxe de vente qu'on aurait eu à payer.
M. LESAGE: J'invoque le règlement, M. le Président. Nous
étudions le principe d'un bill et ce principe, c'est l'augmentation de
la taxe de vente de 6% à 8%.
M. JOHNSON: Oui.
M. LESAGE: Le projet de loi concernant...
M. TREMBLAY (Chicoutimi): Il n'y a pas de rappel au règlement
là-dessus.
M. LOUBIER: Vous donnerez votre réplique.
M. TREMBLAY (Chicoutimi): C'estdel'obs-truction.
M. LESAGE: J'ai invoqué le règlement, M. le
Président.
M. JOHNSON: M. le Président, parlant sur le point d'ordre...
M. LESAGE: Je n'ai pas terminé. J'ai été
interrompu...
M. JOHNSON: Seulement six fois depuis le début.
M. LOUBIER: C'est ça. C'est pour ça qu'il n'a jamais
appris, il n'est pas capable d'écouter.
M. LE PRESIDENT: Pour éviter toute ambiguïté
d'interprétation, actuellement je dois signaler que l'honorable chef de
l'Opposition a formulé un rappel au règlement.
M. BELLEMARE: Six fois dans quatre minutes,
M. LOUBIER: Pour finir avec des insignifiances.
M. LE PRESIDENT: Je n'ai pas à refuser d'entendre un honorable
député s'il fait un appel au règlement, sous
prétexte qu'antérieurement il aurait peut-être enfreint les
dispositions du règlement.
M. LESAGE: M. Président, c'est très simple, nous sommes
à discuter du principe d'un bill qui est devant nous, le bill 59
concernant l'impôt sur la vente en détail.
Le principe du bill, c'est l'augmentation de 6% à 8% du taux de
cet impôt. Le premier ministre est complètement en dehors du sujet
à l'heure actuelle, puisqu'il fait porter ses remarques sur les effets
de deux projets de loi qui ont déjà fait l'objet de débats
en cette Chambre, des projets de loi qui ont été approuvés
par cette Chambre. Il s'agit de la Loi des allocations familiales provinciales
et de la Loi concernant l'impôt sur le revenu.
M. JOHNSON: M. le Président, je ne sais pas s'il vaut la peine de
reprendre ce point, ce supposé point d'ordre...
M. LESAGE: Ce n'est pas le discours du budget, là.
M. JOHNSON: M. le Président, il est clair que le
député...
M. LESAGE: Ce n'est pas le discours du budget.
M. JOHNSON: On s'en souvient, vous vous en souvenez, le chef de
l'Opposition devrait s'en souvenir. Pendant trois quarts d'heure sinon une
heure, le député de Notre-Dame-de-Grâce a tenté
d'établir que, premièrement, je manquais à des promesses
et, deuxièmement, que cette taxe était régressive et
injuste.
M. KIERANS: C'est évident.
M. JOHNSON: Alors je réponds, M. le Président...
M. LESAGE: Non, mais discutez...
M. JOHNSON: ... à cet argument ou supposé argument de
« régressivité » et je dis au départ que
j'admets que telle taxe est régressive...
M. LESAGE: Bon, c'est bien.
M. JOHNSON: ... mais M. le Président, il faudrait que
j'arrête là...
M. LEDUC (Taillon): C'est la vérité. M. LESAGE: Oui.
M. JOHNSON: ... quand on me demande pourquoi nous avons augmenté
la taxe et pourquoi nous avons fait porter là l'augmentation de la taxe.
M. le Président, pendant trois quarts d'heure, ou tout près, le
chef de l'Opposition nous a dit ainsi que d'autres députés qui
ont parlé sur ce projet de loi, entre autres le député de
Mercier: Nous aurions pu aller ailleurs chercher de l'argent...
M. LESAGE: Non, M. le Président.
M. JOHNSON: Nous aurions pu aller ailleurs...
M. LESAGE: Le député de Mercier a dit cela, je ne l'ai pas
dit.
M. JOHNSON: M. le Président, puis-je vous demander...
M. LESAGE: M. le Président, je viens de relire le journal des
Débats.
M. JOHNSON: Pourriez-vous me laisser finir ma phrase, M. le
Président, pour le bon ordre de la Chambre...
M. LESAGE: Non, non, je ne l'ai pas dit.
M. JOHNSON: ... et demander au chef de l'Opposition de respecter le
règlement? Si au cours de mon intervention, j'affirme des choses qu'il
croit inexactes...
M. LESAGE: Bien oui.
M. JOHNSON: ... que je lui attribue des paroles qu'il n'a pas dites, il
peut, en vertu du rè-
glement, se lever, même s'il a déjà utilisé
son droit de parole sur ce bill, et faire la mise au point. Je connais la
tactique. On s'imagine peut-être qu'en hachant ici mon discours, on va me
faire perdre patience...
M. LESAGE: Ah non! dites la vérité au moins.
M. JOHNSON: Je dis, M. le Président, que ça n'arrivera
pas, mais c'est extrêmement désagréable pour toute cette
Chambre, c'est absolument désagréable pour ceux qui nous
écoutent et c'est inutilement épuisant puisqu'il faut...
M. LESAGE: Observez le règlement,... et dites la
vérité.
M. JOHNSON: ... de temps à autre brider son tempérament,
et j'en ai un comme les autres.
M. TREMBLAY (Chicoutimi): Il est mal élevé à part
ça.
M. JOHNSON: Sauf que mes freins fonctionnent mieux que...
M. LESAGE: Bien voyons, le député de Chicoutimi, je n'ai
pas de leçon à recevoir,hein?
M. JOHNSON: M. le Président...
M. LOUBIER: Il peut vous en donner.
M. LE PRESIDENT: A l'ordre!
M. JOHNSON: M. le Président, quatorze interventions...
M. LESAGE: Oui, puis je n'ai pas fini.
M. JOHNSON: ... depuis le début de mon discours.
M. LESAGE: Tant que le député de Chicoutimi va être
grossier, je vais le mettre à sa place.
M. LOUBIER: Il est malade. Il a une maladie quelque part.
M. LE PRESIDENT: A l'ordre! Puis-je inviter les honorables
députés à suivre, lorsque l'on veut interrompre
dans les circonstances l'honorable premier ministre les moyens
prévus par l'article 286 de notre règlement? Je suis sûr
que la collaboration de tous et chacun et le respect intégral par tous
et chacun de notre rè- glement pourront rendre efficaces nos travaux, de
manière que nous puissions franchir la deuxième étape de
ce bill pour ensuite aller en comité. Je suis sûr que les
honorables députés voudront bien me donner leur entière
collaboration afin que le débat continue à se dérouler
dans le respect intégral du règlement.
M. JOHNSON: Donc, M. le Président, le député de
Notre-Dame-de-Grâce a dit, entre autres choses, que c'est une loi
régressive. Le député de Louis-Hébert a dit qu'il
n'était pas nécessaire de taxer, le député de
Mercier a dit qu'on aurait pu aller chercher de l'argent ailleurs. Je crois
avoir répondu au premier argument du député de
Notre-Dame-de-Grâce au sujet de la régressivité, et je le
répète pour une dernière fois, f espère qu'on me
laissera terminer cette fois ma phrase. Nous n'aurions pas pris la
décision d'augmenter la taxe de vente si, en même temps, nous ne
pouvions servir l'antidote à ce qu'elle a de régressif. $2 ,000,
$4,000 détaxés et des allocations familiales pour $88 millions et
en très grande partie chez des gens qui ne paient même pas
d'impôt sur le revenu et qui dépensent très peu en biens
imposables.
C'est le député de Notre-Dame-de-Grâce qui disait
sur ce débat, page 4194, le 16 juin 1967: « Mais il a
déclaré en parlant de moi que c'était une
guerre contre les pauvres. Imaginez-vous, continue le député de
Notre-Dame-de-Grâce, qu'aujourd'hui, il a porté la taxe de vente
de 6% à 8%. Est-ce que ce n'est pas une guerre contre les pauvres? C'est
un budget antisocial puisqu'il vient alourdir une fois de plus le fardeau des
ouvriers, des cultivateurs, des familles nombreuses. »
Je pense bien que j'ai droit de répondre à cet argument.
Est-ce, oui ou non, une guerre contre les pauvres?
M. KIERANS: Répondez. Ce sont vos $130 millions.
M. JOHNSON: C'est une guerre à la pauvreté, et j'aurai
l'occasion d'entrer dans les détails lors du débat sur le budget
où je n'ai pas utilisé mon temps. Je pourrai, à ce
moment-là, entrer dans bien des détails, mais qu'il me suffise de
vous dire que, pour le moment, nous avons, tout en augmentant la taxe de 2%,
pris les mesures pour que les pauvres ne soient pas affectés. Il n'y a
que 21.9% des familles qui, par le jeu combiné de l'augmentation de
l'impôt sur le revenu, de l'exemption de $300 que nous leur enlevons et
du programme d'allocations familiales, par ces trois lois, sans te-
nir compte de l'autre loi $2,000 - $4,000, il n'y a que 21.9% des
familles qui vont payer davantage. Et quelles sont ces familles? Les familles
qui ont le plus de revenus et le moins d'enfants.
M. KIERANS: Est-ce que le premier ministre peut nous donner la source de
ces statistiques?
M. JOHNSON: Oui, je la donnerai volontiers. Ce sont des statistiques
préparés par des officiers du ministère, ces mêmes
hommes que le député de Notre-Dame-de-Grâce louange ait
à juste titre dans son discours de 1964, le 4 mai 1964.
M. KIERANS: Est-ce qu'on pourrait avoir une copie de cette
étude?
M. JOHNSON: Oui, j'ai dit que, entrant plus tard dans le discours sur le
budget, si...
M. KIERANS: Votre deuxième discours sur le budget?
M. JOHNSON: Il n'est pas fait, non. M. LESAGE: Cela en est un.
M. JOHNSON: A ce moment-là, je donnerai les sources des
statistiques qui vont éclairer ceux dont la lanterne peut encore
être éclairée... Il faut toujours pouvoir se rendre
jusqu'à la mèche. Il y en a qui semblent hermétiquement
fermés. Donc, la régressivitê, qui est une
réalité dans la taxe de vente, nous l'admettons, est quand
même corrigée de sorte que ce sont les gens qui ont le plus de
revenus et le moins d'enfants qui paient davantage. Est-il nécessaire
d'insister sur les arguments apportés par le député de
Saint-Jacques? Je ne le crois pas. Il a répondu de la façon la
plus claire aux arguments avancés par le député de
Mercier. Il a démontré par l'absurde les propositions hirsutes du
député de Mercier qui, évidemment, y va avec une certaine
réserve dans ses arguments dont il connaît déjà la
faiblesse à la base.
Il n'Ira pas, lui, jusqu'à dire, comme certains
députés de l'Opposition l'ont fait, que c'est surtout la
mère nécessiteuse, le vieillard nécessiteux, les aveugles,
les infirmes et les nécessiteux qui vont avoir à payer.
M. le Président, les nécessiteux sont tous
récipiendaires d'allocations sociales. Or le ministre actuel a
ajusté les barèmes sur les besoins; les besoins augmentant, que
ce soit par la taxe ou autrement, ces besoins seront com- blés par des
allocations additionnelles, et le pauvre, l'assisté social ne sera pas
affecté par cette augmentation de 2%.
M. BOURASSA: Je m'excuse, mais le ministre a dit, vers cinq heures et
trente, ce soir, que, précisément, il n'avait pas tenu compte et
qu'il ne tenait pas compte des hausses de taxe. La question lui avait
été posée par le député de
Jonquière-Kénogami, et sa réponse a été
absolument contraire à ce que vient de dire le premier ministre à
l'effet qu'il n'en tenait pas compte.
M. JOHNSON: M. le Président, dans les barèmes actuels, le
ministre n'en tient pas compte, c'est exact.
M. DOZOIS: Le député de Jonquière-Kénogami
n'a posé aucune question.
M. JOHNSON: M. le Président, dans les barèmes actuels,
ceux qui étaient en vigueur au 1er avril et qui sont encore en vigueur,
on n'en a pas tenu compte. Sauf que, dans la revision des cas des
assistés sociaux de 65 ans et plus mais qui n'ont pas encore droit
à leur pension de sécurité de vieillesse, les
barèmes ont été récemment révisés. Je
n'entre pas dans les détails, je dis dans cette Chambre que les
assistés sociaux, nécessiteux et autres, auront, s'ils ne les ont
déjà, les ajustements nécessaires et ne seront donc pas
pénalisés.
M. LESAGE: M. le Président, nous sommes à discuter...
M. JOHNSON: Je suis en train de répondre. M. LESAGE: Tout de
même.
M. LE PRESIDENT: A l'ordre! Je serais déjà intervenu pour
rappeler à l'honorable premier ministre la pertinence du débat
si, dans ses remarques, il ne mentionnait pas que cette imposition de taxe
nouvelle de 2% n'affectait pas les assistés sociaux pour des raisons
bien spécifiques. Je crois que l'argumentation de l'honorable premier
ministre est en réponse à certaines remarques dans ce sens faites
par d'autres honorables députés, mais je suis sûr que le
premier ministre sera le premier à reconnaître qu'il ne pourrait
profiter de l'étude du bill 59 pour exposer une politique
peut-être à venir du gouvernement par la voie du ministère
de la Famille et du Bien-Etre social. Mais si l'argumentation n'a pour but que
de référer, en réponse à certains points
soulevés par d'au-
très honorables députés, je crois que
l'argumentation peut être permise en autant qu'on ne détaille pas
sur toute législation déjà adoptée par cette
Chambre ou qu'on ne commante pas certaine législation déjà
inscrite au feuilleton ou susceptible de l'être.
M. JOHNSON: M. le Président, si vous consultez l'article 273 ou
274, je crois que le député qui prend la parole sur un bill, doit
s'en tenir au sujet sauf qu'il a droit de répondre à ceux qui ont
apporté des arguments qu'il considère impropres ou des arguments
qui ne sont pas fondés. Or, cet après-midi, pendant
au-delà d'une page et demie, le député de Mercier a fait
une grande démonstration non seulement sur la portée du bill
actuel mais sur ce qu'il appelle le réaménagement, les
réformes fiscales proposées par le ministre des Finances. Je ne
sais pas si vous étiez à votre siège, mais on pourrait
référer à la bobine 4691, page 1 et suivantes. Je pense
que ça ira beaucoup plus rapidement si on me permet de répondre
brièbement et sans interruption aux arguments apportés par ces
honorables députés.
Guerre contre les pauvres, dit le député de
Notre-Dame-de-Grâce, page 4194.
Je ne le répète pas, je souligne seulement, taxe avec
antidote pour enlever l'élément de régressivité.
A-t-il fait la même chose, lui...
M. KIERANS: Oui.
M. JOHNSON: ... quand il a augmenté de 2% à 4% et de 4%
à 6%? Quand ils ont généralisé la taxe?
M. KIERANS: Je n'ai jamais augmenté le taux de la taxe de vente,
j'ai seulement généralisé la taxe de vente.
M. JOHNSON: C'est ça.
M. KIERANS: Jamais je ne l'ai augmentée. Jamais, jamais!
M. JOHNSON: On sait qu'en 1960...
M. LOUBIER: Le président de la Bourse.
M. KIERANS: Hein?
M. JOHNSON: En 1960...
M. KIERANS: Cherchez la date.
M. JOHNSON: 1961, 1er juillet.
M. KIERANS: J'étais à la Bourse à ce
moment-là.
M. JOHNSON: Oui, oui.
M. LOUBIER: Il a perdu d'autres choses en plus de cela.
M. JOHNSON: Il était à ce moment-là, comme dirait
le député de Villeneuve, le président des requins.
M. KIERANS: Oui.
M. JOHNSON: Le 1er juillet 1961, généralisation de la taxe
de vente à 4%. Il y avait une taxe provinciale de 2%; plusieurs
municipalités avaient une taxe de 2% et là on l'a étendue
à toute la province.
M. KIERANS: Et on a fait payer les dettes scolaires.
M. JOHNSON: De 2% à 4%, à ce moment-là, on est
allé chercher, de mémoire, $32 millions de plus et où?
Dans les régions sous-développées de la province, dans
tous les milieux ruraux, dans tous les milieux où le revenu était
le plus bas.
M. GRENIER: C'est ça.
M. JOHNSON: En 1966, le 1er avril, on a généralisé
la taxe à 6%.
M. KIERANS: En 1964.
M. JOHNSON: Pardon, 1964.
M. KIERANS: Oui.
M. JOHNSON: A 6%, on sait que dans plusieurs municipalités...
M. LESAGE: Elle était déjà...
M. JOHNSON: ... il y avait une taxe d'éducation de 1% ou de 2%.
La loi disait un maximum de 2%. Dans certaines municipalités, elle
était de 1% et dans d'autres, généralement, elle
était de 2%. Mais encore là, il n'y en avait pas.
M. BOURASSA: Combien d'impôt additionnel?
M. JOHNSON: Il n'y en avait pas à ce moment-là, on a
dû aller chercher...
M. KIERANS: C'était le contraire.
M. LESAGE: C'était l'éducation en 1961.
M. LE PRESIDENT: A l'ordre! A l'ordre! Puis-je, encore une fois, lancer
une aimable invitation aux honorables députés d'observer les
articles de notre règlement qui régissent la façon dont on
peut intervenir dans un discours prononcé par un honorable
député? Je crois que l'intervention assise n'avance en rien les
débats. Je suis sûr qu'avec de la coopération, nous
pourrons franchir très bientôt la deuxième étape de
ce bill.
M. JOHNSON: Très bien.
M. TREMBLAY (Chicoutimi): Cela les excite, il y a plus de monde
qu'à Magog.
M. LESAGE: Il était mêlé dans ses papiers.
M. JOHNSON: Enfin, on a l'explication; le député de
Chicoutimi vient de dire que le chef de l'Opposition est un peu excité:
il y a plus d'auditeurs ici qu'à Magog.
M. LESAGE: C'est très facile pour les gens qui n'y étaient
pas d'avoir de la prétention.
M. JOHNSON: Puisqu'on est au chapitre des nouvelles.
M. LESAGE: Pardon?
M. JOHNSON: Avec mes excuses.
M. COURCY: Quel sérieux!
M. JOHNSON: A Victoriaville, 1,061 personnes assises qui ont payé
pour leur dîner, 1,061 personnes.
M. LESAGE: Oui, mais, il y en avait 400 à Magog alors,
j'étais satisfait.
M. BELLEMARE: Non, non, cent.
M. LESAGE: Non, j'ai eu 150 organisateurs à Stanstead. Qu'on lise
au moins les journaux comme il faut.
M. TREMBLAY (Chicoutimi): Ils étaient seulement ça?
M. JOHNSON: M. le Président...
M. LESAGE: C'était un caucus de chefs de bureaux de scrutin.
M. JOHNSON: 1964, généralisation de la taxe
d'éducation, cette fois-ci.
M. KIERANS: M. le Président, sur un point de règlement.
Nous n'avons pas généralisé la taxe scolaire du tout en
1964; nous avons généralisé la taxe de vente de 1% ou de
2% dans les municipalités. Ce n'était pas une taxe scolaire du
tout.
M. JOHNSON: C'était une taxe d'éducation, c'était
le titre de la loi, c'était le vocable...
M. KIERANS: En 1964?
M. JOHNSON: L'ancien ministre du Revenu se lèvera, selon ce que
prévoit le règlement et rétablira les faits si je fais
erreur.
M. LESAGE: Bien oui.
M. JOHNSON: En 1964, certaines municipalités scolaires, surtout
dans les villes imposaient une taxe de 2%, d'autres 1% seulement; mais pour la
plupart, c'était 2%. Or, il y avait tout un secteur où la taxe de
2% pour fin d'éducation ne s'appliquait pas et c'était le secteur
le plus défavorisé, celui où les revenus sont les plus
bas. En portant la taxe de vente provinciale à 6% et en
l'étendant à toute la province, à ce moment-là, on
a frappé par une taxe régressive surtout ceux qui avaient de
petits revenus dans des régions sous-développées de la
province, dans la classe agricole et la classe ouvrière non
spécialisée. On les a frappés alors qu'ils étaient
exemptés et on n'a pas apporté d'antidote comme nous le faisons
cette année par un réaménagement fiscal. Voilà la
différence, M. le Président.
On a étendu la taxe, qui était d'abord de 2%, à 4%
dans toute la province, y inclus Hull et la région. On a étendu
la taxe d'éducation en portant la taxe de vente à 6% partout dans
la province y inclus Hull, les régions du nord de l'Ontario et toutes
les régions frontalières qui, à ce moment-là, ne
s'étaient pas prévalues par l'autorité locale, soit
scolaire soit municipale, de ce droit d'imposer la taxe de vente.
La situation est devenue assez grave pour les villes
frontalières. Quand je parle de Hull, évidemment, je songe
à toutes les villes qui sont dans la même situation et ce que je
dirai au sujet de Hull s'applique également aux autres villes qui
peuvent souffrir de leur situation géographique. Il y a certains
avantages à être ville frontalière, mais il y a aussi
certains inconvénients. Il faut prendre les inconvénients en
même temps que les avantages. On ne peut pas se prévaloir des
avantages et ne pas supporter les
inconvénients, c'est normal. Nous reconnaissons, tout le monde
reconnaît que Hull encore une fois, quand je parle de Hull je
parle de la région et de toutes les villes et les régions qui
sont dans la même situation subit les inconvénients d'une
nature extrêmement grave dans les circonstances, des inconvénients
que toutes les villes frontalières subissent lorsqu'il y aune
disparité dans la taxation.
Est-ce que Hull souffre plus que dans le passé? Je dirai que
Hull, même si ce n'est pas là une grande consolation, est
habituée quand même à souffrir. Il y avait une taxe de
vente dans la province de Québec, en vigueur depuis le 1er juillet 1940,
taxe de vente de 2% qui s'appliquait à Hull comme ailleurs. En Ontario
la taxe de vente n'a pris forme qu'en 1961. La ville de Hull pendant toutes ces
années-là, a subi l'inconvénient d'une ville
frontalière où les marchands devaient percevoir 2% sur toutes les
ventes faites à des citoyens du Québec alors que ces mêmes
citoyens du Québec pouvaient aller s'approvisionner en Ontario sans
avoir à payer 2% de taxe. Donc, de 1940 à 1961, Hull a souffert
de cette situation. En 1961, la disparité a continué, mais
à un degré moindre. Alors que l'Ontario imposait une taxe de
vente de 3%, le Québec augmentait, à ce moment-là, sa taxe
à 4%, le 1er juillet 1961.
M. LESAGE: C'est pour une fin scolaire.
M. JOHNSON: Donc, disparité de 1%. En 1964, les marchands de Hull
étaient obligés de percevoir une taxe de 6%, à partir du
1er avril 1964. Or, jusqu'au 1er avril 1966, la taxe de l'Ontario était
de 3% seulement, La ville de Hull était pénalisée d'une
différence de 3% du 1er avril 1964 jusqu'au 1er avril 1966, pendant deux
ans. L'Ontario a augmenté sa taxe à 5% le 1er avril 1966, ce qui
ramenait la différence à 1%.
Il est vrai que, par l'augmentation dont nous demandons ici la sanction
par l'Assemblée législative et qui s'applique depuis le 1er avril
selon le droit parlementaire, la différence sera de 3%. On se souviendra
qu'elle a duré deux ans sous les libéraux cette différence
de 3%.
M. KIERANS: Est-ce que je peux poser une question au premier
ministre?
M. JOHNSON: Vous poserez toutes les questions que vous voudrez, mais
après mon discours.
M. KIERANS: Il a sûrement pris connaissance que nous...
DES VOIX: A l'ordre! A l'ordre!
M. JOHNSON: M. le Président, l'administration
précédente a tenté d'apporter des remèdes à
cette situation.
M. KIERANS: Combien de milliers de dollars...
DES VOIX: A l'ordre! A l'ordre!
M. JOHNSON: M. le Président, l'administration
précédente a tenté de régler ce problème de
diverses façons. D'abord...
M. KIERANS: Oui.
M. JOHNSON: ... l'administration précédente a
amendé le code de procédure civile, c'était l'article 79,
c'est devenu l'article 21 dans le nouveau code de procédure civile. Vous
me permettrez de le citer: « Les tribunaux de la province reconnaissent
et sanctionnent les obligations découlant des lois fiscales d'une autre
province canadienne où il en est ainsi pour les obligations
découlant des lois fiscales de la province. » Ce qui, traduit en
langage ordinaire, veut dire ceci... C'est en 1963 ou en 1964 que cet
amendement a été apporté. On pourra me corriger, c'est
1963 ou 1964, je crois que c'est 1963. On a, à ce moment-là,
apporté ce qui aurait pu devenir un remède, c'est-à-dire
qu'on a accordé à nos tribunaux le pouvoir de sanctionner des
obligations découlant des lois fiscales en instance de l'Ontario, si
l'Ontario agissait ainsi quant aux obligations découlant des lois
fiscales de la province. Ce qui voulait dire qu'à partir de ce
moment-là, si le gouvernement d'Ontario avait jugé à
propos d'édicter le même texte, texte adopté en 1963, le
tribunal québécois pourrait reconnaître et sanctionner un
jugement que voudrait prendre les responsables du revenu en Ontario contre un
de leurs citoyens ici ou l'inverse. Mais ça ne s'est pas fait en
Ontario, et je n'ai pas à discuter pourquoi.
La sanction pénale aurait-elle pu s'appliquer? On prétend
que ce serait inconstitutionnel, à tort ou à raison. La solution
idéale serait certainement que les marchands d'Ontario deviennent des
agents pour la province de Québec, c'est-à-dire qu'ils
s'enregistrent et, lorsqu'il s'agit d'un acheteur qui donne une adresse
québécoise et demande la livraison dans Québec, les
marchands ontariens perçoivent la taxe et nous...
M. KIERANS: Comment?
M. JOHNSON: ... nous ferions de même quant à leur taxe de
5%. M. le Président, les économistes, les experts du
ministère du Re-
venu nous font remarquer que nous y perdrions. Non pas là, M. le
Président, je m'excuse, je reviendrai tantôt à l'autre
hypothèse. On se rendra compte, M. le Président, que ce n'est pas
une question facile et que...
M. LESAGE: Nous n'avons pas interrompu le premier ministre.
M. JOHNSON: Non, non. N'ayant pas cette grande facilité et ces
grandes connaissances juridiques du député d'Abitibi-Ouest, je ne
peux pas, M. le Président, avec...
M. COURCY: Changez de papier, vous vous tromperez moins.
M. KIERANS: Voulez-vous un ajournement pour quelques moments?
M. JOHNSON: Je ne pouvais pas, M. le Président, prétendre
à F infaillibilité.
M. COURCY: On peut lui donner un ajournement...
M. LE PRESIDENT: A l'ordre!
M. COURCY: ... lui qui se croit bien fin.
M. LOUBIER: Voyons donc!
M. JOHNSON: M. le Président, j'aimerais ça entendre le
député d'Abitibi-Ouest...
M. COURCY: Que le député de Frontenac aille prendre sa
place s'il veut parler!
M. LE PRESIDENT: A l'ordre! Si d'un côté un honorable
député doit reprendre son siège pour parler, d'un autre
côté un honorable député, pour parler, doit observer
les dispositions de l'article 241 de notre règlement et le faire suivant
la coutume et les dispositions prévues par notre règlement.
L'honorable premier ministre.
M. JOHNSON: M. le Président, on a tenté d'apporter un
autre remède. Ce remède, c'est l'article 19 actuel
édicté, je crois en 1963 encore, alors qu'on a
inséré dans la loi la disposition suivante: « Le ministre
peut: a) communiquer ou permettre que soit communiqué un renseignement
obtenu en vertu de la présente loi, ou b) permettre l'examen ou la
communication de quelque déclaration écrite fournie selon la
présente loi au gouvernement de toute province qui accepte
d'échanger avec la province de
Québec des renseignements obtenus dans l'application de sa loi
d'impôt sur la vente en détail pourvu que les renseignements
soient fournis pour les seules fins de l'application de la loi de l'impôt
sur la vente en détail de cette autre juridiction ». Donc, M. le
Président, le gouvernement qui nous a précédés a
tenté d'apporter des moyens pour améliorer la situation des gens
de Hull, d'abord par un amendement au code de procédure civile et
ensuite par un article qui est devenu l'article 19 dans la consolidation, mais
qui était un amendement à l'article 16, qui devenait l'article
16A dans les statuts.
M. le Président, les gens de Hull subissent des
inconvénients auxquels nous avons tenté de remédier. Je
pense qu'il faut ici, pour éclairer la Chambre et le public, situer
exactement le problème. C'est une taxe qui doit être payée
par l'usager, la taxe de vente. Comme consé-quence,toute personne qui
achète un bien, où que ce soit, et se le fait livrer dans la
province, doit payer la taxe de vente de 2%, 4%, 6% et maintenant 8%. Cette
personne a l'obligation d'envoyer l'argent au ministre du Revenu sur tout achat
de marchandise à l'extérieur.
M. le Président, la justice distributive veut qu'il en soit
ainsi. En pratique, est-ce que cela se fait? Non, ou dans très peu de
cas. Nous avons heureusement bénéficié de la
coopération de certaines maisons, des maisons importantes comme Eaton
qui, par ses ventes, au moyen de catalogues originant de Toronto a quand
même vu sur ses ventes faites à Toronto par catalogue, à
percevoir la taxe de vente de la province de Québec et la remet
régulièrement.
De la maison Eaton etd'autres maisons semblables, nous recevons, m'a dit
le sous-ministre du Revenu, environ $3 millions. Mais c'est là un geste
volontaire. C'est une attitude que nous ne pouvons pas imposer par statut de la
province de Québec. D'autres marchands pourraient le faire, mais il ne
faut pas trop attendre de la bonne volonté des marchands qui veulent
bien profiter d'une clientèle plus nombreuse. M. le Président,
d'autres marchands pourraient le faire. Nous ne pouvons pas les y forcer. Leurs
gouvernements respectifs je songe également évidemment, au
Nouveau-Brunswick pourraient les y forcer. Pourquoi ne le font-ils pas?
Ce n'est pas à nous de les juger, ni même de discuter de l'affaire
en cette Chambre. C'est leur affaire.
On a suggéré d'obtenir une entente entre les deux
gouvernements pour que chacun des agents du gouvernement du Québec, dans
sa juridiction, et du gouvernement d'Ontario, dans sa jurudiction,
perçoive la taxe qui est en vigueur dans la province où se fait
la transaction. En
plus de susciter des doutes quant à sa constitutionnalité,
cette proposition serait, d'après les officiers du ministère, au
grand désavantage du Québec, car nous sommes des importateurs.
Nous achetons plus que nous vendons.
Quel moyen nous reste-t-il? Celui d'appliquer la loi, et la loi veut
d'abord que le marchand la perçoive pour les ventes qui sont
effectuées chez lui. Deuxièmement, la loi exige que le citoyen
contribuable de la province de Québec achetant en Ontario et se faisant
livrer de la marchandise au Québec paie sa taxe au ministère du
Revenu, comme la loi ontarienne exige que l'Ontarien qui achète dans le
Québec et se fait livrer chez lui paie à son gouvernement la taxe
de 5%.
M. le Président, est-ce que le gouvernement antérieur a
fait observer la loi? Est-ce qu'il a émis des cotisations contre les
acheteurs québécois de marchandises vendues en Ontario et
livrées ici? Non. Non. Et l'une des raisons pour lesquelles le
gouvernement qui nous a précédés n'a pas perçu,
c'est qu'il n'était pas équipé comme nous voulons
maintenant équiper le ministère quant à la perception de
la taxe de vente.
On aura remarqué que, dans le présent projet de loi, nous
donnons au ministre du Revenu le pouvoir qui est déjà
accordé au ministre des Mines et des Richesses naturelles en vertu de la
nouvelle Loi des mines passée sous l'administration
précédente, pouvoir accordé au ministre du Revenu
relativement à d'autres lois de taxation. Nous allons donc donner au
ministère du Revenu, en vertu du bill qui est actuellement à
l'étude, ce mécanisme qu'on appelle vulgairement le jugement
rapide.
Cela veut dire qu'à la suite des démarches du ministre du
Revenu, démarches dont il a fait part à cette Chambre lorsqu'il a
lu une déclaration ces jours derniers, nous serons dorénavant
d'abord renseignés par les marchands de l'Ontario sur les ventes qui ont
été faites à des contribuables de la province de
Québec, comme nous renseignerons le percepteur du revenu de l'Ontario
sur les ventes faites par nos marchands à des gens qui ont donné
des adresses en Ontario.
A l'aide de ces renseignements, le ministre du Revenu fera
émettre nous l'espérons dans un délai maximum de
deux mois une cotisation envoyée à l'individu et, selon le
mécanisme, je le répète, déjà introduit dans
les lois par l'administration précédente. Au bout de trente
jours, ce montant sera dû, quitte cependant à ce que le
cotisé puisse, dans les 90 jours, en appeler. Mais il devra, avant
l'expiration des trente jours, payer et, s'il a gain de cause, il sera
remboursé avec intérêt de 6%.
Ce n'est pas populaire de cotiser des individus pour la taxe de vente,
mais, comme l'au- rait dit un ancien ministre de la Justice, dans le temps de
Séraphin Poudrier: Les règlements, c'est les règlements.
La loi, c'est la loi, il faut qu'elle soit « suie ». La justice
distributive veut que nous prenions nos responsabilités et que nous
voyions à ce que les gens qui achètent en Ontario et qui, en
vertu de notre loi, depuis qu'elle a été instituée en
1940, ont l'obligation de payer leurs taxes, les paient effectivement. Le
ministère du Revenu sera dorénavant doté de tous les
instruments administratifs nécessaires pour que cette obligation soit
respectée.
Et cette obligation étant respectée, de quoi pourront se
plaindre ensuite les marchands de Hull? Vous vous en souviendrez, pendant trois
ans, ils ont subi les effets d'une différence de 3%. Pendant tout ce
temps-là, on leur a promis des remèdes que j'ai
énumérés tantôt, que j'ai expliqués, mais qui
n'ont pas fonctionné. Le premier, celui du code de procédure
civile, n'a pas fonctionné parce que l'Ontario n'a pas
édicté une pareille provision dans son code de procédure
et, deuxièmement, le remède de la loi de la taxe de vente, de
l'impôt sur la vente au détail, n'a pas été
appliqué, c'est-à-dire qu'on n'a pas procédé
à l'échange ou, si on a procédé, on n'est pas
allé plus loin, on n'a pas vu à percevoir l'impôt.
On a préféré faire miroiter aux marchands de Hull
que le gouvernement en viendrait à une entente au sommet. On les a
amusés pendant deux ans, on les a amusés encore pendant une autre
année et, finalement, exaspérés de se faire donner les
mêmes promesses par le même député, les marchands de
Hull se sont révoltés et ont fait ce que tout le monde sait. Mais
le gouvernement a réagi, comme tout le monde le sait également,
selon ce que lui dictait son devoir. Remède qui n'était pas du
tout approprié. On laissait miroiter aux marchands de Hull une solution
qui viendrait par une entente au sommet. On ne s'inquiétait pas de leur
dire que la constitution ne le permettait pas et qu'il faudrait procéder
à un amendement à la constitution; il s'agissait de les amuser en
attendant.
Nous, nous passons à l'action. Nous apportons un remède
efficace. Son application, évidemment, ne sera pas populaire, mais le
gouvernement ne recule pas devant son devoir quand il s'agit de faire respecter
la justice distributive. De cette façon, les marchands de Hull, je
l'espère, du moins d'ici quelques mois, n'auront plus à se
plaindre. Quant à la ville de Hull, elle a perdu beaucoup de revenus,
nous a dit le député de Gatineau. Il a utilisé des
chiffres, des statistiques dont je ne veux pas discuter, qui m'ont paru
hautement fantaisis-
tes. Quand on les compare à d'autres qu'il serait beaucoup trop
long d'énumérer ici, les chiffres cités par le
député de Gatineau, d'ailleurs, à la suite d'un autre
député qui en a parlé avant lui, relèvent
plutôt de la fantaisie que de la statistique sérieuse, ou bien on
les a mal appliqués.
M. le Président, il semble que nous sommes sur la voie d'un
règlement presque complet de ce problème de Hull et des autres
régions qui sont dans la même situation. Quant à la ville
de Hull, le gouvernement antérieur aurait pu, dans sa formule de
redistribution de sa part de la taxe de vente, à même s'il le
fallait...
M. KIERANS: Une centaine de milliers de dollars.
M. JOHNSON: A même cette réserve qui s'accumule chaque
année, on aurait pu indemniser la ville de Hull pour la perte de
revenus. On ne l'a pas fait ou on n'a pas tenu compte, dans la redistribution,
de ce facteur de moins perçu et de l'Influence de ce facteur sur le jeu
de la formule.
M. LESAGE: Oui, mais c'est surtout depuis l'augmentation que ça
joue.
M. JOHNSON: M. le Président, de 1964 à 1966, alors que la
taxe était de 6% dans le Québec et de 3% dans l'Ontario, cela
jouait avec une différence de 3% exactement comme aujourd'hui, et c'est
là qu'on a fait des formules de redistribution et on n'a pas tenu compte
de la situation particulière de Hull et des autres régions
frontalières.
M. LESAGE: Non. C'est faux! Ce sont les 8% qui créent la
situation.
M. JOHNSON: M. le Président, de 1964 à 1966...
UNE VOIX: Vous n'êtes pas sérieux.
M. JOHNSON: ... est-il nécessaire de le répéter, il
y avait une différence de 3%. Oui ou non?
M. LESAGE: Cela n'avait pas les effets d'une taxe de 8%, parce que
n'oublions pas une chose, c'est que l'évasion n'est pas pour la
différence, mais pour le total de 8%.
M. JOHNSON: M. le Président, d'accord! L'évasion
était pour le total de 6%.
M. LESAGE: Oui, mais elle était moindre qu'à huit et
beaucoup moindre.
M. JOHNSON: C'est moins que huit. Tout le monde sait ça.
M. LESAGE: L'évasion était moindre aussi.
M. JOHNSON: Mais une évasion de 6% qui reste impunie cela fait
plus mal à la ville de Hull et aux marchands de Hull qu'une
évasion de 8% qui sera punie et au sujet de laquelle les gens qui la
commettent seront obligés de payer leurs taxes à la province de
Québec. Parlant d'évasion, sauf le respect que j'ai pour les
marchands de Hull, qui sont comme les marchands d'ailleurs, quel est celui qui
pourrait se lever à Hull et dire qu'il n'a pas, lui aussi, joué
et permis une évasion de 5% en faveur des gens de l'Ontario? J'aimerais
à leur poser la question et, comme dans l'Evangile, tous sortiraient en
commençant par les plus gros. Le mal de l'un ne guérit pas le mal
de l'autre. C'est une situation qu'il faut régler. En 63/64, pour votre
information, la municipalité de Hull a reçu $552,000; 64/65,
$691,000; 65/66, $737,000.
M. le Président, ce que je prétends cependant, c'est que,
dans ces montants, sauf erreur...
M. KIERANS: Cependant!
M. JOHNSON: ... le mécanisme de distribution ne tenait pas compte
de la situation frontalière de Hull.
M. KIERANS: Oui, mais c'est plus que rien, parce que vous n'avez rien
donné à Hull, cette année. De vos $130 millions,
qu'avez-vous donné? Leur quote-part, rien!
M. JOHNSON: M. le Président, le député, entre
là dans un autre débat...
M. KIERANS: Non.
M. JOHNSON: ... et le ministre des Finances lui a répondu cet
après-midi dans la limite où cela lui a été
permis pour réfuter, cet argument. Mais il s'est
réservé d'en parler plus tard à l'occasion de son droit de
réplique, s'il l'exerce, dans le débat sur le budget. Donc, la
situation de Hull, j'espère qu'elle est claire.
M. BELLEMARE: Une belle assistance!
M. JOHNSON: J'ai des amis parmi ces mar-
chands de Hull. Je regrette qu'ils aient donné ce mauvais exemple
et Je suis très heureux d'apprendre qu'hier tout est rentré dans
l'ordre et qu'on a mis fin au boycottage. J'en ai croisé un, brave type
d'ailleurs, qui m'a dit: Cela nous fera moins mal maintenant d'entrer dans
l'ordre car on a fait assez d'affaires pendant ce temps-là que ça
va nous servir de réserves pour payer notre taxe. Là n'est pas le
problème, le problème est à la base. Je pense que
c'était une blague, du moins je l'ai pris dans cet esprit-là. Le
problème, à la base, c'est que tout le monde doit payer, tant en
Ontario qu'au Québec.
En théorie, en vertu des lois actuelles, aucune vente faite en
Ontario ou dans le Québec n'est exempte de taxe. Elles sont toutes
sujettes à une taxe soit de 5%, soit de 8%. Le gouvernement
précédent a fait semblant de régler le problème. On
a l'impression, ou on se défend mal de cette impression, qu'il a voulu
surtout protéger les députés plutôt que les
marchands.
La façon de protéger les marchands, ce sera de percevoir
la taxe de tous ceux qui achèteront en Ontario, et la taxe au taux du
Québec, 8%. Et sauf ceux qui ont un intérêt assez
marqué à pratiquer l'évasion, j'ai l'impression que les
gens vont s'habituer petit à petit à payer d'eux-mêmes
cette taxe. Nous allons leur fournir des formules, nous allons en mettre en
réserve un peu partout dans les régions frontalières.
Elles seront à la portée de tout acheteur et j'espère que,
petit à petit, les gens vont sentir que c'est un devoir de payer son
impôt, de payer même sa taxe de vente, même si elle est de
8%. Je rêve? Je manque de réalisme?
M. LESAGE: Payer pour un antidote.
M. JOHNSON: Pardon?
M. LESAGE: Payer pour un antidote.
M. JOHNSON: Je rêve en raisonnant ainsi? Je ne le crois pas. Ah!
évidemment, la mentalité ne changera pas d'ici trois ou quatre
ans, mais j'ai confiance en la mentalité des jeunes qui apprennent,
contrairement à ce que nous avons appris dans notre temps, que c'est un
devoir de payer ses impôts. Dans notre temps, on enseignant que ce
n'était pas péché de ne pas payer l'impôt à
l'Etat.
M. LESAGE: Ce n'est pas péché de voler le
gouvernement.
M. JOHNSON: Que ce n'était pas... mais je n'entre pas
là-dedans, ça m'amènerait un peu loin, mais
c'était... ah, oublions ça! Pour ce soir, fondons nos espoirs sur
l'avenir. Je pense que, de plus en plus, les jeunes comprennent que le
rôle de l'Etat, c'est, entre autres choses, de procéder à
une redistribution ou à un transfert de ressources et que chacun des
contribuables doit payer son impôt. Evidemment, il n'est pas du tout
nécessaire qu'ils en fassent un problème tel qu'ils fassent une
dépression par suite de scrupules, mais j'ai entendu des jeunes
délibérer dans des associations alors que j'étais
chef de l'Opposition, j'avais le temps de suivre certains de ces congrès
et j'ai été édifié par l'esprit de civisme
qui les anime. Il n'y a rien qui les révolte autant que de se rendre
compte qu'il y a de l'évasion. Ils ont raison. Il n'y a rien qui
révolte plus les jeunes, les salariés par exemple, que de
constater l'évasion qui se fait, légalement trop souvent, par des
gens qui auraient les moyens de payer.
Pour réduire au minimum les évasions, il faut avoir une
loi réaliste et des procédures administratives
simplifiées, mais efficaces. Je rejoins là un argument que je
veux apporter à l'encontre de ce qu'a avancé, cet
après-midi, le député de Mercier lorsqu'il
suggérait, lui c'est un homme pratique qu'on divise
ça en trois catégories: taxe sur les objets nécessaires,
taxe sur les objets de semi-luxe et taxe sur les objets de luxe.
Nous voyez-vous nous embarquer dans la classification des objets vendus
ou achetés...
M. BOURASSA: Cela se fait dans d'autres pays.
M. JOHNSON: ... classifiés comme objets de luxe, de semi-luxe ou
de nécessité?
M. BOURASSA: En Suède!
M. JOHNSON: M. le Président, ça pourrait
théoriquement se faire et ça se fait encore, mais ce que le
député de Mercier ne dit pas, c'est le coût
d'administration de tels systèmes compliqués,
l'efficacité, évidemment, et le rendement d'une telle taxe.
M. BOURASSA: Allez en Angleterre!
M. JOHNSON: Et il le sait tellement que lui et ces autres membres de la
commission Bélanger n'ont pas voulu suggérer un tel
système, car il y avait là-dedans des gens réalistes qui
ont dit: Ce n'est pas possible. Ce qui est du semi-luxe pour un contribuable
peut paraître une nécessité aux yeux de certains
contribuables. La
deuxième voiture paraît une nécessité dans
certaines familles à l'aise, mais je vous assure que, même la
première, ce n'est pas toujours considéré comme une
nécessité dans certaines familles à revenu modeste. Tout
est relatif dans ce domaine-là et nous voyez-vous commencer à
classifier les objets selon ce critère de luxe, de semi-luxe ou de
nécessité?
M. BOURASSA: Ce n'est pas pire qu'en Angleterre, en Suède, dans
plusieurs autres pays.
M. JOHNSON: Le meilleur système, ce serait, à mon sens, et
c'est là une opinion personnelle...
M. LESAGE: Si M. Caouette était ici, il vous le dirait!
M. JOHNSON: Le meilleur système - et là c'est une opinion
purement personnelle ce serait de tout taxer et de rembourser.
M. LESAGE: C'est bien ça!
M. KIERANS: Oui.
M. BOURASSA: A la page 153 du rapport.
M. JOHNSON: Il reste cependant une foule d'inconvénients à
ce système-là.
M. KIERANS: L'évangile d'après le premier ministre!
M. JOHNSON: Non, c'est le rapport Bélanger.
M. BELLEMARE: C'est le rapport Bélanger.
M. LESAGE: Voyons donc!
M. JOHNSON: On n'a pas idée...
M. BELLEMARE: Page 57.
M. JOHNSON: ... sauf dans les milieux spécialisés, du
montant d'évasion de taxe juste au chapitre des vêtements
d'enfants. Il se fait une évasion d'un ordre que l'ancien ministre
duRe-venu connaît puisqu'on a dû lui communiquer les chiffres. Dans
cette classification d'objets non imposables que constituent les
vêtements d'enfants, on connaît toutes les difficultés.
D'abord il y a des barèmes à établir et,
deuxièmement, quel système d'évasion presque à ciel
ouvert, mais qu'il n'est pas facile d'arrêter! C'est tellement plus
simple probablement c'est une proposition à étudier
de taxer même les arti- cles pour enfants, quitte à faire une
remise selon le nombre d'enfants.
M. KIERANS: Et la nourriture aussi?
M. JOHNSON: M. le Président, je ne me prononce pas
là-dessus, ça devient compliqué. Mais le
député de Notre-Dame-de-Grâce devrait être prudent.
Quand on arrive à des grandes chaînes de magasins qui vendent
toute une série d'articles non imposables à côté
d'articles imposables, qui en vendent pour des millions de dollars et
qu'arbitrairement un ministre dise: C'est 14% de votre chiffre d'affaires qui
est imposable.
M. KIERANS: Qui a dit cela?
M. JOHNSON: Un ministre du Revenu.
M. KIERANS: Lequel?
M. JOHNSON: Je pense que vous le connaissez bien.
M. KIERANS: Nommez-le!
M. JOHNSON: M. le Président, 14%, quand ce sont des dizaines de
millions de dollar s d'affaires par année.
M. KIERANS: Nommez-le!
M. JOHNSON: Si c'était 17% ou si c'était 10% des objets
non imposables, cela fait une jolie difference...
M. KIERANS: Certainement.
M. JOHNSON: ... et ça fait un joli montant en poche pour le
propriétaire.
M. KIERANS: Oui.
M. JOHNSON: M. le Président, allons-nous continuer bien longtemps
un système qui laisse une telle discrétion à un ministre,
surtout quand il s'agit de ces grands réseaux, de ces grandes
chaînes de magasins? En vertu de quelle approximation en est-on
arrivé à 14%? Cela se défend.
M. LESAGE: Demandez aux officiers du ministère du Revenu.
M. JOHNSON: Cela se défend. M. KIERANS: C'est facile.
M. JOHNSON: Mats, des fois, ce sont des décisions du
ministre.
M. KIERANS: C'est facile, on étudie leurs achats, c'est aussi
simple que ça.
M. JOHNSON: M. le Président, c'est un secret de polichinelle
qu'il y a beaucoup d'évasions dans certains petits
établissements, des établissements qui font des milliers de
dollars d'affaires par mois et qui paient $15, $25, $30. Il y a quelque chose
qui ne marche pas. Les officiers y vont, ils font des enquêtes, mais il
faudrait une armée encore plus considérable d'inspecteurs.
L'ancien ministre le sait, ce n'est pas facile d'administrer une pareille taxe,
car nous prenons comme base de notre raisonnement que du moment que le
gouvernement impose une pareille taxe, il doit prendre tous les moyens
raisonnables, les moyens les plus efficaces pour que tous ceux qui sont sujets
à la taxe s'acquittent de leurs obligations. Autement, ça devient
une injustice envers les autres contribuables.
M. le Président, vous pensez que c'est amusant d'imposer des
taxes? Non, ce n'est pas amusant. Vous pensez que le ministre des Finances
était heureux de proposer qu'on augmente la taxe à 8%! Vous
croyez que le cabinet s'est réjoui d'imposer pareille taxe! Non, mais
là où nous nous sommes réjouis, c'est lorsque, sentant que
nous étions obligés d'imposer une taxe nous avons trouvé
un moyen de servir, par d'autres mesures dont il a été question
ou dont il sera question, en même temps l'antidote contre la
régressivité d'un tel impôt. Il arrive que ce n'est pas une
guerre contre aucun contribuable, ce n'est pas une guerre contre les riches
plutôt que contre les pauvres, mais c'est une redistribution plus
équitable qu'autrefois du fardeau de la taxation. Car, en même
temps que nous obligeons les gens à revenu modeste à payer 2%,
nous voyons à ce que, par d'autres mesures, ils aient soit une
exemption, soit un remboursement, soit même une allocation, dans ce
dernier cas, l'allocation familiale qui compense amplement. On s'en rendra
compte, lorsque nous aurons l'occasion d'intervenir dans un autre débat,
que nous sommes allés assez loin pour prévoir une compensation,
non seulement des 2%, mais même des 6% que les libéraux avaient
injustement imposés surtout sur le dos des économiquement
faibles.
M. LESAGE: M. le Président, au cours du discours du premier
ministre, j'avais une rectification à faire. On m'a invité
à attendre à la fin de son discours pour la faire. C'est une
rectification quant aux faits, quant aux actes posés par le gouvernement
antérieur. Le premier ministre a soutenu avec force même
avec véhémence à un certain moment que la
généralisation de la taxe de 2% en 1961 avait été
la généralisation de la taxe municipale de 2%.
Or, M. le Président, tel que le mentionne le rapport
Bélanger, page 137, il s'agissait en 1961 de la fusion de la taxe
scolaire de vente et de la taxe provinciale proprement dite, et je
réfère le premier ministre au chapitre 32 des Statuts 9-10
Elizabeth Il, 1960/61. La loi s'intitule: Loi pour aider les commissions
scolaires à s'acquitter de leurs obligations. C'est la loi qui fusionne
la taxe scolaire avec la taxe de vente provinciale. Alors, en 1961,
c'était le scolaire. C'était en 1964...
M. JOHNSON: Et en 1964 cela a été... M. LESAGE: ... 12-13
Elizabeth Il... M. PINARD: Vous avez inversé.
M. LESAGE: Le premier ministre a inversé, j'ai voulu lui signaler
son erreur.
M. JOHNSON: C'est très bien.
M. LESAGE: Il pourra la constater en lisant le haut de la page 137 du
Rapport Bélanger.
M. JOHNSON: D'accord.
M. LESAGE: Alors, il s'agit du chapitre 28, c'est en 1964. Le premier
ministre a bâti toute une argumentation, M. le Président, autour
de la fusion faite en 1961, alors qu'il s'agissait de la taxe scolaire et non
de la taxe municipale...
M. JOHNSON: D'accord.
M. LESAGE: ... alors, je crois qu'il est important de faire une
rectification des faits.
M. JOHNSON: A tout événement, cela coûtait 2 % de
plus en 1961.
M. LESAGE: Je comprends, mais l'argumentation qu'a faite le premier
ministre autour de la fusion faite en 1961 n'a aucune application et n'a pas sa
place, étant donné qu'il s'agissait de la fusion au point de vue
scolaire.
M. LE PRESIDENT: La Chambre est-elle prête à se prononcer
sur la deuxième...
M. BLANK: M. le Président..
M. LE PRESIDENT: L'honorable député de St-Louis.
M. Harry Blank
M. BLANK: I would like to add a few words to debate on this bill. Being
the representative of a county composed of low income working people in the
center of Montreal, who don't necessarily benefit from the famous election
promises of the Government, particularly in the field of income tax and who get
small contributions from the Quebec family allowances which is far out weighed
by the 2% increase in taxes which this bill proposes to impose upon the low
income workers of St. Louis, both of the members, the leader of the Opposition
and the Prime Minister, are talking of an antidote. Certainly, this is an
antidote, it is an antidote to the little bit that the Government is giving to
these poor people. This is the antidote, this is the famous « pilule
anticonceptionnelle » that is to make sure that no bank accounts are
concealed by the poor people. What they are giving with one hand, they are
taking with the other.
But really, my purpose of saying a few words in this debate was not
particularly on that subject but on the question of the Ontario and Quebec
problem in Hull and Ottawa.
I do not think that the Prime Minister or the Minister of Revenue, in
making their glorious statements of what is going to happen on the border and
how we are going to collect taxes from the Quebecers that buy in Ontario or
charge tax to the Ontario people that buy in Quebec, studied the law of Quebec
and Ontario, if the Prime Minister would take the trouble to compare...
M. JOHNSON: What is this?
M. BLANK: ... the Quebec Retail Sales Tax Act...
M. JOHNSON: Yes.
M. BLANK: ... with the Ontario Retail Sales Tax Act, he will see there
is a great big difference and, with the declaration that the Minister made the
other day, that declaration and the consequences which flow from the
interpretation of both Acts can only flow to the detriment of the Quebec
merchants.
M. JOHNSON: How is that?
M. BLANK: It is very simple. Our Act calls for the retailer to keep
records of all sales and all names and even addresses where it is delivered,
and it calls upon him at the request of the Minister to deliver to the Minister
copies and lists of these people.
Therefore, the Minister, all he has to do...
M. JOHNSON: Wait a minute. That is article 16...
M. BLANK: Article 16.
M. JOHNSON: Well, your Leader did not admit that, the other day, he said
it was not so, for the Quebec Act.
M. BLANK: Well, I am interpreting this Act... Wait a second!
M. JOHNSON: So, we agree...
M. BLANK: No, no. The Leader of the Opposition is talking about both
Acts. Wait until I finish my little talk on both Acts, and you will see the big
difference. All that the Minister in Quebec has to do is to ask the retailer by
a letter and say: I want a copy of your customers, that you sold to in Ontario,
and he must send it to him. The Minister here in turn sends to Ontario and
Ontario may collect the taxes. No such a provision is in the Ontario Act.
The Minister in Ontario can write all he wants to the retailers in
Ottawa and the surrounding areas and he will not get one single reply because
under the Ontario Act there is no necessity to do that. The only way the
Ontario Minister can get it is by sending his inspectors into each and every
retailer. Do you think for a moment that Ontario is going to spend money to
collect our taxes? No, they are not going to do that. Yet our Minister can get
that purely by putting a four cents stamp on an envelope and send it to Ontario
and our merchants will suffer. Our merchants will not get any Ontario customers
because they know they will be reported, because they have to report to the
Minister. It is as simple as that.
And let us go a step further. Let us say the Ontario man does make a
list and the inspector comes to him. What is the penalty? The penalty is only
that the retailer in Ontario will pay the 5% sales tax, the Quebec customer
immediately will save 3% automatically. Right on the spot, so this declaration
of the Minister has absolutely no effect. If you read the two Acts, you will
find they are completely different. There is no
way for the Minister in Ontario to force his people to give him that
information.
Therefore, as I said before, it is just a lot of hog-wash. The same
situation is going to prevail, the Quebecers are going to go to Ontario and buy
and they are going to either make the 8% or make the 3% automatically, either
way. And the only people who will suffer will be the Quebec merchants who will
be forced to report to our Minister and will stop the Ontario customers from
coming to Quebec to buy.
I do not have great confidence in what the Prime Minister said that
people are going to pay their taxes if they have a duty to, and he was talking
about the young people. We have had experience in the past few years with these
young people. I hope it does not continue in the future but you remember what
happened with the student grants? Thousands and thousands of dollars were taken
illegally and never returned. I hope the students in the future have learned
their lessons and they will buy by the law and report themselves to pay these
taxes, I think it is what you are asking. It seems to be one of the customs of
the modern day to evade taxes and it is going to be years and years and for
generations before we change that habit. Unless there is a big stick which our
Minister will have, or that Minister of Ontario has or until such time as the
Ontario Act is amended, the merchants in Hull will suffer as result of this
increase in taxes and will suffer far in excess of what the Minister
thinks.
One more item in passing. I notice that in this bill again, there is an
appeal to the Supreme Court from the assessments by the Minister. Again, as it
was said before in a purely provincial matter such as this, this is a Retail
Sales Tax Act for the Province of Quebec resulting from sales in the Province
of Quebec. It should not be judged by judges who have no concept of Quebec
Civil Law. This Retail Sales Tax Act is on sales in Quebec. Sales in Quebec are
defined by the Civil Code which is in Quebec statutes.
I will go further, I have before me a book which was just sent to the
deputies the other day, la Revue juridique de Thémis, de
l'université de Montréal. In an interesting article by Professor
Gerald Ledain who, by the way, was just recently appointed Dean of Osgoode Law
School in Toronto. I think it is a compliment for a Quebec jurist, a Quebec
lawyer, to receive a distinction such as this, being appointed Dean of the Law
School of Osgoode Hall. Ile writes an interesting article in this revue
concerning proposed constitutional civil law and he goes ahead at page 18 of
the Revue juridique de
Thémis and he mentions where it comes to the interpretation of
Quebec Civil law. If you are going back to define a sale, it comes back to the
Civil Law where you have the interpretation of the law, it should be referred
only to Quebec judges.
And he goes so far as to say: « In such a case there might be no
serious hardship in eliminating appeals from Supreme Court in such cases
altogether. » So here again the Government that is preaching autonomy for
this Province is again referring our Quebec law to the interpretation of
jurists who have absolutely no idea of the Civil Code. There should be no
provision in this Act for appeals to the Supreme Court. It is based entirely on
Quebec Law and the final Court of Appeal should be composed of Quebec judges.
For these reasons, I am voting against this particular bill.
M. JOHNSON: Pour rectifier les faits que je considère inexacts,
je voudrais, comme le chef de l'Opposition, me prévaloir des
dispositions du règlement et dire tout simplement au
député de Saint-Louis que, premièrement, nous devons nous
fier au ministre responsable en Ontario.
M. BLANK: Il a sa loi.
M. JOHNSON: Oui, je sais ça. Qui nous a dit qu'il agirait ainsi?
C'est lui qui décide et nous n'avons pas à mettre en doute sa
parole. Deuxièmement, il y a sa loi, je le comprends bien, mais il y a
aussi le pouvoir de réglementation dans sa loi.
M. BLANK: Il ne peut pas changer cet article-là.
M. JOHNSON: Mais je voudrais aussi ajouter une Information qui pourra,
évidemment, servir au député, s'il veut continuer
l'étude de cette question. Elle est tirée de l'OntarioTaxReport,
page 6245, 54-467, c'est le numéro de codification pour ces rapports
continus qu'on reçoit dans certains bureaux d'avocats: « The
communications of information. The law provides, toujours la loi de
l'Ontario section 12, paragraphe 2, the Treasurer may a) communicate or
allow to be communicated information obtained under this Act; or, b) allow
inspection of or access to any retained statement furnished under this Act to
any person employed by the Government of Canada or any Province of
Canada,provided that the Information and retained statements obtained by such
Government for the purpose of any Act that imposes a tax are
communicated or furnished on a reciprocal bas is to the Treasure and
provided that the information and retained statements will not be used for any
purpose other than the administration or infor-cement of a federal or
provincial law that provides for the imposition of a tax. Chapter 91, 1960-61.
» Donc, d'une part, la parole du ministre; deuxièmement, ce
pouvoir dont je viens de lire la formulation.
M. BLANK: I agree with the Prime Minister there, but what he is missing
is that we get this information by the Minister asking for it. The Ontario
Minister must go and look for it and pay somebody to do it. Now, is he going to
spend money for us? That is the difference.
M. JOHNSON: Well, that is their problem.
M. BLANK: Well, I know it is their problem. Now, who is going to do it?
Who suffers? Why should they do it?
M. JOHNSON: Who said they will not do it?
M. BLANK: Why should they spend money for us?
M. JOHNSON: Don't ask me.
M. BLANK: We will see the results.
M. JOHNSON: It is agreed.
M. BLANK: It is agreed that he gives you the information he has.
M. JOHNSON: The Minister of Ontario has told the merchants that they
should keep in their records all the necessary documents...
M. LESAGE: On fera ça en comité. On est loin de la
rectification.
M. JOHNSON: Je veux rectifier ce que vient de dire le
député de Saint-Louis.
M. LESAGE: Si c'est une discussion, on pourra l'avoir en
comité.
M. JOHNSON: Ce n'est pas une discussion, c'est tout simplement une mise
au point. J'arrête là et je m'abstiens même de parler des
pouvoirs donnés en cour Suprême. Nous en parlerons lorsque nous
arriverons à l'article 20.
M. LE PRESIDENT: La Chambre est-elle prête à se prononcer
sur la motion de deuxième lecture du bill 59? Qu'on appelle les
députés.
DES VOIX: Vote.
M. LE PRESIDENT: Que les honorables députés qui sont en
faveur de la deuxième lecture du bill 59, Loi modifiant là Loi de
l'impôt sur la vente en détail, veuillent bien se lever.
M. LE GREFFIER ADJOINT: MM. Johnson, Lebel, Johnston, Dozois, Bellemare,
Gosselin, Gabias, Masse, Allard, Russell, Loubier, Tremblay (Chicoutimi),
Maltais (Limoilou), Cloutier, Boivin, Mathieu, Boudreau, Charbonneau,
Bernatchez, Gagnon, Gauthier (Roberval), Sauva-geau, Lavoie (Wolfe), Flamand,
Lussier, Morin, Gauthier (Berthier), Léveillé, D'Anjou,
Desmeules, Grenier, Martel, Leduc (Laviolette), Demers, Tremblay (Montmorency),
Martellani, Bousquet, Simard, Proulx, Croisetière, Plamondon,
Théoret, Roy, Murray, Shooner, Hamel, Gardner, Picard (Dorchester).
M. LE PRESIDENT: Que les honorables députés qui sont
contre la deuxième lecture du bill 59 veuillent bien se lever.
M. LE GREFFIER ADJOINT: MM. Lesage, Pinard, Laporte, Courcy, Levesque
(Laurier), Kierans, Lafrance, Lacroix, Brown, Blank, Brisson, Hyde, Wagner,
Levesque (Bonaventure), Binette, LeChasseur, Harvey, Beaupré, Fournier,
Vaillancourt, Kennedy, Mailloux, Théberge, Bienvenue, Bourassa, Fraser,
Goldbloom, Houde, Michaud, Pearson, Picard (Olier), Saindon, Tremblay
(Bourassa), Séguin.
M. LE GREFFIER: Pour: 48 Contre: 34 Yeas: 48 Nays : 34
M. LE PRESIDENT: Je déclare donc la deuxième lecture du
bill 59 adoptée. L'honorable ministre du Revenu propose que je quitte
maintenant le fauteuil pour que la Chambre se forme en comité
plénier pour l'étude du bill 59, Loi modifiant la Loi de
l'impôt sur la vente en détail. Cette motion est-elle
adoptée? Adopté.
A l'ordre! Bill numéro 59, article 1.
M. LESAGE: A l'article 1, pourrais-je demander au ministre des Finances
c'est la seule remarque que je vais faire sur ce point-là
s'il a songé à la possibilité de ne pas imposer la taxe de
vente sur ces parties du compte d'électricité qui ont trait au
paiement pour le chauffage? Etant donné que l'huile à chauffage
n'est
pas taxée, que le charbon n'est pas taxé, que le
combustible n'est pas taxé, est-ce que le ministère a
examiné la possibilité de ne pas imposer la taxe de vente au
détail sur l'électricité qui sert au chauffage des maisons
d'habitation?
M. DOZOIS: Voici...
M. LESAGE: ... évidemment, c'est une question qui relève
du ministère des Finances.
M. DOZOIS: ... c'est une question que nous étudions, mais on nous
a fait remarquer qu'il serait excessivement compliqué de séparer
l'électricité qui sert au chauffage et celle qui sert à
l'éclairage, mais c'est une question que nous étudions
présentement.
M. LESAGE: Je crois bien que, même s'il y avait un peu
d'arbritraire, on pourrait en arriver à faire le partage. Pardon?
M. DOZOIS: Il faut avoir des compteurs différents.
M. LESAGE: Oui, il est possible d'avoir un compteur différent
pour le chauffage. D'ailleurs, je me demande même si l'Hydro n'en viendra
pas à avoir un compteur différent, parce qu'il est question que
le taux ne soit pas exactement le même lorsque
l'électricité est utilisée pour fins de chauffage.
M. JOHNSON: Il en est question.
M. LESAGE: Oui, oui, il en est question, alors si...
M. JOHNSON: Dans quelle mesure l'Hydro est-elle prête à
encourager l'achat de l'électricité pour le chauffage?
M. LESAGE: Bien voici, il y a la publicité faite par l'Hydro.
M. JOHNSON: Oui.
M. LESAGE: L'Hydro fait de la publicité, encourageant les
usagers...
M. JOHNSON: Oui.
M. LESAGE: ... à utiliser l'électricité pour fins
de chauffage. Alors, ceux qui se chauffent à l'électricité
sont dans une situation d'inégalité, si on la compare à
ceux qui utilisent l'huile à chauffage et le charbon. On sait que
l'huile à chauffage et le charbon sont des combustibles importés
au Québec, alors que l'électricité est produite au
Québec.
M. JOHNSON: Sauf que...
M. LESAGE: II y a un avantage sur les combustibles importés par
rapport à l'électricité qui est de source
québécoise.
M. JOHNSON: Sauf qu'il y a là-dedans deux problèmes.
Primo, dans quelles mesures devons-nous utiliser l'électricité
dont nous aurions besoin pour fins industrielles à des fins
résidentielles? Deuxièmement, le chauffage est
précisément un domaine où le citoyen a l'option entre
plusieurs systèmes. Il n'est pas captif.
M. LESAGE: Je comprends, mais aucun système n'est taxé,
sauf le système à l'électricité.
M. JOHNSON: L'huile?
M. LESAGE: Il n'y a pas de taxe sur le charbon, il n'y a pas de taxe sur
l'huile, il n'y a pas de taxe sur le bois de chauffage.
M. JOHNSON: Il n'y a pas de taxe sur l'huile à chauffage?
M. LESAGE: Non, elle a été enlevée. M. BOURASSA: En
1961. M. LESAGE: En 1961.
M. BOURASSA: Une réduction de taxe du gouvernement
libéral.
M. JOHNSON: C'est vrai.
M. PINARD: Cela s'oublie vite!
M. JOHNSON: La seule promesse qui a été tenue.
M. LESAGE: C'est pour ça, le seul combustible...
M. KIERANS: Taxe sur les divertissements!
M. LESAGE: ... qui est touché par l'impôt sur la vente en
détail... je parle de combustible.
M. JOHNSON: Oui, oui, on a donné un lapin au contribuable puis on
lui a enlevé un cheval.
M.GABIAS: C'est ça.
M. JOHNSON: En 1961. M. LESAGE: Pardon?
M. JOHNSON: En 1961, on a enlevé la taxe sur l'huile à
chauffage...
M. LESAGE: Oui.
M. JOHNSON: ... mais on est allé chercher...
M. BOURASSA: Combien?
M. JOHNSON: ... de l'impôt additionnel sur le revenu.
M. LESAGE: Non, non, c'est en 1960.
M. JOHNSON: Vingt-cinq millions de dollars.
M. LESAGE: C'était en 1960, ce n'était pas en 1961.
M. JOHNSON: Il s'en souvient!
M. LESAGE: Je m'en souviens certainement et, d'ailleurs, de la
même façon que le premier ministre actuel aura comme souvenir
cuisant le vote qu'il vient de donner.
M. GABIAS: Le téléphone!
M. BOURASSA: M. le Président, je veux simplement soulever deux ou
trois points très rapidement. C'est que le premier ministre, dans son
allocution tantôt, a fait largement état de l'uniformisation de la
taxe de vente en 1964, disant que ça frappait les moins fortunés,
etc. Je lui dirai simplement que l'augmentation d'impôt, selon le rapport
Bélanger et je l'ai dit alors qu'il était absent, cet
après-midi en Chambre équivaut à $7 millions contre
$140 millions, soit 19 fois moins si on compare les deux augmentations: $7
millions d'augmentation d'impôt en 1964.
M. JOHNSON: Non, non, ce n'est pas admis, ça.
M. BOURASSA: Pardon?
UNE VOIX: Ce n'est pas sérieux!
M. JOHNSON: C'était $32 millions.
M. BOURASSA: M. le Président, le premier ministre est un peu
mêlé ce soir. Je parle de 1964. L'uniformisation de la taxe de
vente cons- tituait qu'il s'Informe auprès de ses fonctionnaires,
c'est eux-mêmes qui m'ont fourni les chiffres; j'avais l'occasion de
causer avec eux ce soir et ils m'ont confirmé ces chiffres-là
$7 millions d'augmentation d'impôt, à la page 435 du
rapport Bélanger. C'est ce que l'uniformisation de la taxe de vente en
1964 a rapporté, contre $138 millions sur une base annuelle pour
l'augmentation de la taxe de vente de 6% à 8%.
M. JOHNSON: En 1964, du 1er juillet au 30 décembre.
M. BOURASSA: Pardon?
M. JOHNSON: Du 1er juillet au 31 décembre.
M. BOURASSA: Je dis sur une base annuelle. M. JOHNSON: Une base
annuelle.
M. BOURASSA: En 1964, $7 millions contre... sur une base annuelle...
Qu'il s'informe auprès de ses fonctionnaires!
M. JOHNSON: M. le Président, en 1961, dans le comté de
Bagot...
M. KIERANS: On parle de 1964.
M. JOHNSON: J'arrive à 1964. Aucune municipalité n'avait
la taxe d'éducation, sauf la ville d'Acton Vale qui venait à
peine de l'éditer, et à 1%.
M. LESAGE: Oui mais c'était compensé... M. JOHNSON: Tout
le monde a payé...
M. LESAGE: ... le premier ministre le sait, par des paiements
considérables.
M. JOHNSON: ... 2% à partir de ce moment-là.
M. KIERANS: Maintenant c'est 8% à Acton Vale aussi!
M. JOHNSON: Deuxièmement, en 1964, lorsque la taxe de vente a
été généralisée, aucune des
municipalités du comté de Bagot ne l'avait et, en 1964, tous les
contribuables de Bagot ont été pris à payer 6%.
M. LESAGE: Qu'est-ce qu'ils ont reçu?
M. KIERANS: Qu'est-ce qu'ils ont reçu par la suite?
M. BOURASSA: M. le Président, c'est évident que, dans les
municipalités non commerciales, la taxe n'existait pas, il n'y a
à peu près pas de commerces et c'est pourquoi ça
rapportait $14 millions à 4%, donc $7 millions à 2%. Et puis, en
1961, ça devait être moins de $7 millions parce que le montant de
la taxe de vente total était inférieur. Quand vous dites $32
millions, je me demande où vous prenez le chiffre.
Deuxième point, M. le Président, très rapidement.
Le premier ministre a dit que ma recommandation de taxer de façon
différente les biens de luxe, de semi-luxe et les biens
nécessaires n'avait pas été acceptée par la
commission Bélanger. Tout ce que la commission Bélanger dit,
c'est qu'elle hésite à faire cette recommandation. D'accord, mais
le fait demeure, elle n'est pas contre. Elle hésite pour certaines
raisons qui peuvent être réglées, pour certaines raisons
administratives. Mais le fait demeure que ça existe dans plusieurs pays,
dont certains particulièrement estimés par lepremier ministre et
c'est une façon d'aller chercher de l'argent additionnel sans frapper
les petits contribuables parce que, et c'est mon dernier point, dans le
réaménagement fiscal que vous faites, vous dites que ce sont
seulement les plus fortunés qui sont favorisés alors que j'ai dit
à plusieurs reprises que ceux qui gagnent $2,100 et moins ne
bénéficient pas des hausses d'exemption et, quand ils n'ont pas
d'enfants, ils paient une taxe de vente additionnelle et ça augmente
leur fardeau fiscal de 33%.
C'est quand même les moins riches et les moins favorisés.
Et c'est là une iniquité qui reste à la lumière de
ce texte de loi, la taxe de vente, et que rien, dans les autres mesures, n'a
corrigé.
M. JOHNSON: Alors je n'entreprendrai pas un débat...
M. KIERANS: Mr. President...
M. JOHNSON: ... je m'inscrit en faux, point.
M. KIERANS: ... my question is addressed to the Minister of Revenue.
Ilave the officers of his Department studied all the possibilities fo
cancelling, to the extent this is possible, the sales tax, which is now 8%, and
very high, on new enterprises, the sales tax on machinery and capital
equipment?
M. JOHNSTON: In answer to the question of the Member for
Notre-Dame-de-Grâce, they have been studying it and they find that in
many cases it really wouldn't pay because after all an awful lot of the
companies are paying on a minimum which is actually 2% sales tax.
M. KIERANS: I don't think the Minister understood my question. The
problem is this: with new enterprises coming into the Province where there is
no established rate or proportion of their sales which may be exported or may
be sold within the Province, they will pay the full rate on the capital
machinery that they buy here and that they install. Now, when you are
contemplating a $1 million investment on which there is an 8% tax, your
investment is a $1,080,000. If all things are equal, the $80,000 additionnai
has an effect on an investment decision. I suggest that, and I am sure that the
Minister of Industry and Commerce will support me in this, that it would be an
aid, well it would be an attraction to industry to come and locate here, if the
Department saw fit to make such a recommendation.
Now, I am asking the Minister if he has received such a recommendation
from the Minister who is most interested in promoting new industry and private
industry in the Province, if he has received such a recommendation or
alternatively if his Department is studying this and the economic soundness of
this, because once you get up to 8%, the amount of money, the amount of cash
that has to be paid out becomes a very considerable item.
M. BELLEMARE: M. le Président, l'honorable député a
mis le ministre de l'Industrie et du Commerce en cause...
M. KIERANS: Oui.
M. BELLEMARE: ... vous me permettrez, M. le Président, de vous
poser peut-être une question bien simple. Lorsque la taxe a
été généralisée dans la province de
Québec à 6%, il se faisait à ce moment-là des
investissements, est-ce que, à ce moment-là, on l'a
enlevée?
M. LESAGE: Il vient de faire la distinction.
M. BELLEMARE: ... à l'égard du capital qui était
investi? Non.
M. LESAGE: Il vient de faire la distinction.
M. BELLEMARE: M. le Président, j'ai entendu, j'ai compris et j'ai
saisi l'astuce du député qui, avant de reprendre son siège
a dit: Moi, je ne l'ai pas fait. Mais je dis qu'actuellement c'est un devoir du
gouvernement que nous accomplissons dans l'intérêt
général.
M. KIERANS: Est-ce que je peux demander au premier ministre s'il ne
croit pas que ce serait une bonne chose pour attirer les investissements
privés, si on enlève la taxe de vente ou si on fait une exemption
pour la taxe de vente sur les biens de production?
M. JOHNSON: Evidemment, il y a plusieurs façons de venir en aide
à des industries naissantes et d'encourager le capital étranger
à investir ici dans des industries. Il y en a toute une gamme. Je n'ai
pas l'intention de les énu-mérer. Cependant je voudrais dire au
député que sa question peut induire le public en erreur. Il
s'agit bien seulement de nouvelles industries au sujet desquelles on n'a pas
encore de normes quant à la proportion des ventes qui sont faites dans
le Québec ou par rapport aux ventes faites à
l'extérieur.
M. KIERANS: Et, pour eux, c'est une augmentation de leur
investissement.
M. JOHNSON: On sait qu'actuellement toute compagnie qui achète de
la machinerie a un rabais de taxe de vente...
M. KIERANS: Sur la proportion qu'elle exporte.
M. JOHNSON: ... équivalente à laproportion de ses ventes
à l'extérieur, et il en est ainsi pour les matériaux de
construction de son usine. Même ça, on va jusque là. Alors
que la nouvelle industrie s'installe, on verra dans quelle mesure elle vend ou
dans quelle proportion ses ventes sont faites à l'extérieur, et
elle aura le même traitement qu'on a toujours accordé depuis que
la taxe de vente est instaurée, soit depuis 1940. C'est-à-dire
une cotisation basée sur la proportion des ventes faites dans
Québec par rapport au total des ventes faites par la compagnie.
M. KIERANS: Could the Minister of Revenue tell me what proportion of the
sales tax revenue last year was sales tax revenue that came from taxes on
producers goods and not on consumers goods?
M. JOHNSTON: For the moment, may I say that all the figures for the year
are not tabulated and it would be impossible to give you a complete break-down
on this at the moment until such times that we get...
M. KIERANS: Yes, I would take this for last year. Or 1964, if you
want.
M. JOHNSTON: Well, you should have had 1964, shouldn't you?
M. LESAGE : Take the last year if you have not...
M. JOHNSTON: We have not got them with us tonight and we will get them
and give them.
M. BELLEMARE: Adopté. Trois... M. LESAGE : Ah non! sur
division.
M. LE PRESIDENT: Article 1, adopté sur division. Article 2?
M. LESAGE : Sur division.
M. LE PRESIDENT: Article 2, adopté sur division. Article 3?
M. LESAGE: Sur division.
M. LE PRESIDENT: Article 3, adopté sur division. Article 4?
M. JOHNSON: Un instant.
M. LESAGE : Bien là, si je comprends bien, c'est
l'établissement de la même procédure, mutatis mutandis, que
la procédure dans le cas de l'impôt sur le revenu des
particuliers. C'est bien ça?
M. BOURASSA: C'est pour donner suite aux recommandations du rapport.
M. BELLEMARE: Sur division?
M. LESAGE: J'aimerais bien savoir si...
M. JOHNSON: On se trouve à légaliser certaines
procédures qui étaient en cours mais...
M. LESAGE: Pardon?
M. JOHNSON: Je pense que c'est là qu'on légalise ce qui
était fait sans autorité.
M. LESAGE: Non, non, c'est parce qu'on adopte la procédure qui
est suivie dans le cas de l'impôt sur le revenu des particuliers. C'est
très bien. Adopté, 5.
M. BELLEMARE: Article 5, adopté. M. LE PRESIDENT: Article 5,
adopté.
M. BOURASSA: Article 5, adopté. M. LE PRESIDENT: Article 6,
adopté. M. LESAGE: C'est la procédure. M. BELLEMARE: Article 6,
adopté.
M. LESAGE: Sauf qu'à 17f je continue de croire qu'on a eu tort de
changer le système d'appel dans le cas de l'impôt sur le revenu
des particuliers et que l'on aurait dû plutôt maintenir ce
système d'appel. Mais dans le cas de l'impôt sur la vente en
détail et les autres impôts où il y avait appel à la
cour d'Appel et à la cour Suprême, on aurait dû agir comme
on a agi pour la procédure de cotisation et adopter le système
qui existe dans le cas de l'impôt sur le revenu, c'est-à-dire un
appel final à trois juges de la cour Provinciale en attendant que, comme
l'a laissé entendre le premier ministre, la recommandation de la
commission Bélanger soit mise en oeuvre, c'est-à-dire en
attendant l'établissement d'un tribunal d'appel en matière de
fiscalité.
M. JOHNSON: M. le Président, c'est une question d'optique. Nous
aurions pu adopter, en attendant, un moyen que nous trouvons pas tout à
fait efficace, du moins pas aussi efficace que nous voudrions qu'il soit,
c'est-à-dire la revision par trois juges de même juridiction d'un
jugement de...
M. LESAGE: Le cas arrive, dans une cause célèbre, à
la cour Suprême...
M. JOHNSON: Cela a été tenté dans le
passé.
M. LESAGE: ... avait renversé le jugement d'un des juges de la
cour Suprême.
M. JOHNSON: Pas dans le cas de Truscott?
M. LESAGE: Non, c'était dans le cas de Coffin.
M. JOHNSON: M. le Président...
M. LESAGE: L'ancien ministre des Finances venait d'être
nommé juge de la cour Suprême et...
M. JOHNSON: Oui, je sais, on connaît le cas de la cour de
revision. L'expérience a été faite et nous ne voudrions
pas recommencer une pareille expérience.
En attendant d'en arriver à un nouveau tribunal, nous avons cru
qu'il était d'intérêt pour le contribuable au chapitre de
l'impôt provincial sur le revenu d'être traité comme il
l'est sous l'empire d'autres lois qui l'affectent, et qu'il soit traité
comme les compagnies le sont. C'est-à-dire que celles-ci ont un
droit...
M. LESAGE: Non, non, mais là nous sommes à la vente au
détail.
M. JOHNSON: M. le Président, évidemment, c'est assez
amusant d'entendre le chef de l'Opposition se lancer dans une grande
défense de l'autonomie sous cet aspect. Il y a quand même un
problème, celui de la Régie des rentes du Québec; il y a
là-dedans un tribunal, une commission de revision du Régime des
rentes et c'est par arrêté ministériel qu'on a fixé
quel était le tribunal qui s'occupait de décider toutes les
questions qui sont pertinentes au Régime de rentes. On sait...
M. LESAGE: Oui, mais c'était une entente
fédérale-provinciale; ça n'a absolument rien à
faire avec les lois du revenu.
M. JOHNSON: On sait, M. le Président, que le Régime des
rentes du Québec perçoit combien, $180 millions environ par
année...
M. BOURASSA: Ah! plus que ça. Bien, pas loin de $200
millions.
M. JOHNSON: Il s'agit de $200 millions. Alors quand on a un
problème d'appel à régler, vous savez où on les
envoie, M. le Président? Devant la commission d'appel des pensions du
Canada.
M. BELLEMARE: Ah bon!
M. JOHNSON: Et on a fait ça par un arrêté
ministériel, daté du 18 mai 1966.
M. BELLEMARE: Québécois. M. LESAGE: Certainement.
M. JOHNSON: Les défenseurs de l'autonomie provinciale ont...
M. LESAGE: M. le Président..
M. JOHNSON: ... transporté à un tribunal
fédéral le sort de tous les contribuables.
M. LESAGE: M. le Président, si le premier ministre veut engager
un débat là-dessus il va l'avoir, mais on ne m'arrêtera
pas. Si l'on veut que j'en parle de cette affaire du Régime des rentes,
je vais en parler, mais je vais aussi citer toutes les déclarations du
premier ministre actuel concernant la cour Supreme, la foi qu'il a dans les
jugements de la cour Suprême,
M. JOHNSON: En matière de?
M. LESAGE: Dans le cas de la Régie des rentes, il s'agit d'une
entente fédérale-provinciale; il n'y avait pas lieu à
dédoublement.
M. JOHNSON: Pourquoi?
M. LESAGE: ... pour éviter des jugements contradictoires. Ici,
nous sommes en matière strictement provinciale. Le Régime des
rentes, c'est un régime statutaire, mais ici nous sommes en
régime strictement provincial, comme dans le cas de l'impôt sur le
revenu des particuliers. Le premier ministre lui-même a
déclaré qu'il s'apprêtait à créer un tribunal
fiscal provincial d'appel final.
M. JOHNSON: Un de ces jours.
M. LESAGE: Oui, un de ces jours, mais, en attendant, pourquoi ne pas
avoir conservé le mécanisme temporaire qui avait
été adopté par le gouvernement précédent,
celui de la création d'un tribunal spécial composé de
trois juges de la cour Provinciale qui rendaient un jugement final? Si le
premier ministre, à la suite du rapport de la commission
Bélanger, n'était pas prêt tout de suite à
établir le tribunal en matière fiscale proposé par la
commission Bélanger, pourquoi après qu'il l'a eu; nous ne
l'avions pas eu, nous, le rapport de la commission Bélanger
n'a-t-il pas, s'il n'était pas prêt à le faire tout de
suite, suivi le précédent crée d'un appel final à
une cour provinciale spécialement instituée à cet
effet?
M. JOHNSON: M. le Président, on sait qu'en vertu de la loi, dans
l'état où elle se trouve, Loi de l'impôt sur la vente en
détail, le contribuable qui doit certaines sommes d'argent au
gouvernement, a le droit, s'il est poursuivi par le gouvernement, d'aller
jusqu'en cour Suprême.
M. LESAGE: Oui, mais le gouvernement aussi peut aller en cour
Suprême et la plupart du temps, le gouvernement a bien plus le moyen que
le pauvre contribuable d'y aller en cour Suprême,.
M. JOHNSON: D'accord. D'accord. M. le Président, il faut
reconnaître qu'au moment où je vous parle, la Loi de l'impôt
sur la vente en détail, prévoit par son silence que le
gouvernement doit poursuivre devant les tribunaux...
M. LESAGE: Oui, d'accord.
M. JOHNSON: ... toute personne qui doit de l'argent...
M. LESAGE: Je l'ai reconnu. C'était ma prémisse,
ça.
M. JOHNSON: Or, cette personne, si elle n'est pas satisfaite, peut aller
en appel.
M. LESAGE: Oui.
M. JOHNSON: Si évidemment les circonstances s'y prêtent,
circonstances que l'on con-naft au point de vue technique, elle peut aller en
Cour suprême, comme le gouvernement d'ailleurs peut y aller.
M. LESAGE: Oui.
M. JOHNSON: Alors, si on enlevait à ce moment-là, par les
amendements proposés, ce droit d'aller en Cour d'appel et en Cour
suprême, on dirait: Voici qu'on ne respecte pas les droits acquis.
D'accord, lorsqu'on établira un tribunal d'appel final dans
Québec.
M. LESAGE: Cela en était un, celui qui avait été
établi.
M. JOHNSON: A ce moment-là, nous taillerons dans des droits
acquis et, entre autres, le droit d'aller en Cour suprême, mais nous
taillerons en même temps pour tout le monde. Nous aurons la commune
mesure pour tout le monde, tandis que, si nous ne donnons pas le droit d'aller
jusqu'en Cour suprême quand il s'agit de taxe de vente, nous privons le
citoyen d'un droit qu'il a déjà, et nous le privons, sans priver
d'autres contribuables ou le même contribuable eu égard à
d'autres lois, de droits acquis. Tout le monde ne serait pas traité sur
le même pied. Pourquoi ne pas traiter tout le monde sur le même
pied? Pourquoi avoir deux mesures?
M. LESAGE: Je vais répondre au premier
ministre. Le point que j'ai souligné, c'est le même que
lors de l'étude du bill concernant l'impôt sur le revenu. Dans
toutes les lois fiscales, on devrait prévoir un appel final à un
tribunal spécial, tel que recommandé par la commission
Bélanger, et, en attendant, après avoir pris connaissance du
rapport Bélanger, on aurait dû en attendant prendre le
modèle pour toutes les lois fiscales sur la loi d'impôt sur le
revenu, telle qu'elle existait avant les amendements de cette année. Je
sais que je n'ai pas gagné mon point. Le temps de faire la bataille,
c'était réellement lors de l'étude du bill concernant
l'impôt sur le revenu. J'ai voulu rappeler au premier ministre le point
de vue que nous avions fait valoir à ce moment-là, et
c'était pour être sûr qu'il n'oublierait pas
d'étudier le plus tôt possible la possibilité
d'établir un tribunal fiscal d'appel provincial qui rendrait des
jugements finaux dans toutes les matières fiscales.
M. JOHNSON: Adopté. Nous ne faisons pas ça par
arrêté ministériel, nous faisons ça par loi,
ouvertement.
M. LESAGE: Ce n'est pas du tout la même situation. Le premier
ministre le sait, d'ailleurs. Dans le cas de la Régie des rentes, il
s'agit de montants qui peuvent être ordinairement assez minimes, sauf
pour ce qui est des gros employeurs.
M. LE PRESIDENT: Article 6, adopté. Article 7? Adopté.
Article 8.
M. BOURASSA: Je voudrais demander au ministre des Finances... On m'avait
répondu assez vaguement au cours de l'étude des crédits du
ministère du Revenu. Quelle est la partie qui n'a pas été
remise aux municipalités dans la loi qui établit la compensation
aux municipalités en 1965?
Il est bel et bien dit que, durant la période de transition de
trois ans, la partie qui excède 33% d'augmentation par rapport à
l'année suivante est placée dans un fonds spécial pour
être redistribuée à la fin de 67/68. Est-ce que le ministre
des Finances ou du Revenu pourrait nous donner le montant qui est dans le fonds
spécial et qui sera redistribué aux municipalités?
M. JOHNSON: Cela ne relève pas de cette loi-ci.
M. BOURASSA: Bien, je veux dire que comme on réduit le
pourcentage accordé aux municipa- lités, je voudrais faire savoir
à celles-ci, si possible, qu'elles vont par ailleurs, en vertu d'une
législation passée par le gouvernement libéral, recevoir
un montant qui se trouve maintenant placé dans un fonds spécial.
Pas de réponse?
M. SIMARD: La réponse est peut-être que, je ne sais pas si
c'est parce que le Témiscouata était dans l'Opposition, nous
avions été privés d'au-delà de $200,000 qui ont
été redistribués dans nos paroisses.
M. LESAGE: Ah non! on n'a pas été privé de $200,000
dans le comté de Témiscouata. Voyons donc!
M. BOURASSA: Je ne sais pas où le député prend ses
renseignements, mais quand même...
M. LESAGE: Is it true, can I ask the minister of Revenue if it is true
that the municipalities of the county of Témiscouata were deprived by
the officers of the Department of a total sum of $200,000?
M. JOHNSTON: It seems that there were errors and these errors have been
corrected since 63/64, and it was found that the cumulated amounts put
together...
M. LESAGE: They have not been deprived of this.
M. SIMARD: Ils nous ont donné la même moyenne qu'aux
autres.
M. LE PRESIDENT: Article 8, adopté.
M. JOHNSON: Fausse balle, hein?
M. LE PRESIDENT: Adopté. Article 9, adopté? Article
10.
M. LESAGE: Neuf. Est-ce que c'est l'intention du gouvernement
d'établir un recensement provincial?
M. JOHNSON: Non, pour le moment, nous ne voulons pas être captif
du recensement... Cela bouge trop dans le Québec pour qu'on reste
figé sur 1961 et l'époque libérale.
M. LESAGE : Oui, mais pourquoi changer l'article? Est-ce que c'est
l'intention du gouvernement d'établir un recensement? Sur une base
provinciale?
M. BOURASSA: Vous vous exposez à toutes sortes de pressions.
M. LESAGE: Dans la note explicative, on parle de recensement
décennal. Les recensements sont quinquennaux.
M. JOHNSON: Non, pas pour toutes les provinces.
M. LESAGE: Oui, oui. Les recensements sont quinquennaux.
M. JOHNSON: Le seul officiel est décennal.
M. LESAGE: Oui, mais tout de même, il y a tous les cinq ans, un
dénombrement, un recensement qui se fait, qui est officiel et dont les
chiffres sont publiés.
M. JOHNSON: Ce recensement n'est pas officiel, d'abord...
M. BOURASSA: Des chiffres ont été publiés.
M. JOHNSON: Cela bouge tellement sous l'Union Nationale qu'il faut
vérifier sur les chiffres les plus récents.
M. LESAGE: Oui, mais vous voulez bouger...
M. LAPORTE: Vous avez bien raison. Ah! ça bouge!
M. BOURASSA: M. le Président, des chiffres ont été
publiés dans les journaux sur la région de Montréal, il y
a quelques semaines...
M. LESAGE: Québec aussi.
M. BOURASSA: ... et sur Québec. Alors, est-ce qu'on n'accepte pas
ces chiffres ou si c'est un moyen qu'on prend pour qu'on puisse les utiliser?
Je pense qu'on me disait tantôt que c'était une façon de
permettre l'utilisation de ces chiffres.
M. DOZOIS: C'est pour ne pas être figé avec le recensement
de 1961.
M. BOURASSA: Oui, mais est-ce qu'il y aurait moyen d'expliquer en quoi
les chiffres de 1966 ne peuvent pas être considérés comme
un recensement?
M. LESAGE: C'est un recensement.
M. DOZOIS: Ce n'est pas un recensement en vertu de la loi
fédérale.
M. LESAGE: Oui, mais est-ce que le ministre des Finances pourrait me
prouver qu'en 1966 ce n'était pas un recensement qui a été
fait?
M. DOZOIS: Non.
M. LESAGE: Mais en vertu de quoi n'est-ce pas un recensement?
M. DOZOIS: C'est en vertu de la loi fédérale que ce n'est
pas un recensement.
M. LESAGE: Est-ce que le ministre a le texte de la loi
fédérale?
M. DOZOIS: Ce sont les informations qu'on nous donne au ministère
du Revenu.
M. LESAGE: Oui, il faudrait tout de même nous expliquer le
changement.
M. DOZOIS: Ce sont les renseignements qu'on nous donne au
ministère du Revenu.
M. LESAGE: Est-ce que nous pourrions avoir le texte de la loi
fédérale qui dit que...
M. DOZOIS: L'ancien texte nous figeait avec les recensements de
1961.
M. LESAGE: Non, mais nous aimerions bien être
renseignés.
M. JOHNSON: Ah oui! je vais renseigner la Chambre. Pour le Manitoba, la
Saskatchewan et 1'Alberta le recensement est décennal, là aussi,
mais il tombe en 1966, 1976,1986. Alors, à l'occasion du recensement qui
doit être fait et être accepté officiellement pour ces
provinces, recensement décennal pour ces trois dites provinces, le
fédéral fait quand même le recensement dans tout le Canada,
mais celui de 1966 n'est pas officiel pour Québec et les autres
provinces, sauf les trois déjà mentionnées: Manitoba,
Saskatchewan et Alberta. Et le ministère de la Justice nous a
démontré que le ministère était collé,
accroché sur le recensement de 1961. Nous voulons avoir plus de
souplesse. Je pense qu'en ayant plus de souplesse, nous pourrons être
plus justes pour les municipalités qui se développent
rapidement...
M. BOURASSA: Mais qu'est-ce que le premier ministre entend par plus de
souplesse? Est-ce que ça veut dire qu'il va pouvoir établir un
recensement n'importe quand?
M. JOHNSON: Non, non.
M. BOURASSA: Ou va-t-il se limiter au recensement de 1966...
M. JOHNSON: Non, non.
M. BOURASSA: ... parce qu'il peut y avoir des discriminations envers
certaines municipalités si l'on change d'année en année la
population.
M. JOHNSON: Cela nous permettrait de nous accrocher au recensement de
1966...
M. BOURASSA: Purement et simplement.
M. JOHNSON: ... même s'il n'est pas officiel et même de le
corriger...
M. LESAGE: Oh! Oh!
M. JOHNSON: Un instant.
M. LESAGE: De le corriger comment?
M. JOHNSON: Pour certaines municipalités..
M. BOURASSA: En dehors des territoires organisés?
M. JOHNSON: ... et certaines villes qui se seraient
développées rapidement, on en connaît. Je connais le cas de
Sept-nes qui est passée de 4,000 à 20,000 de 1954 à
1960.
M. BOURASSA: Oui, mais nous avons examiné ça...
M. JOHNSON: Gagnon qui s'est établi, Sainte- Foy qui a grossi, le
chef de l'Opposition devrait le savoir...
M. BOURASSA: Le premier ministre, là, se trouve...
M. JOHNSON: ... qui a grossi de quatre fois depuis dix ans.
M. BOURASSA: Mais qui va décider? Parce que, là, cette
fois...
M. JOHNSON: Mais voici, on est équipé, il y a quand
même le Bureau provincial de la statistique...
M. LESAGE: Est-ce que le premier ministre affirme qu'en vertu de
l'article 41, tel qu'il est rédigé, il va pouvoir jouer dans les
dénombrements faits sur une échelle provinciale?
M. JOHNSON: ... le revenu valide à ces fins par le
lieutenant-gouverneur en conseil... »
M. LESAGE: Non, non, un instant s'il vous plaît. Pour les fins de
l'article 34: « La population d'une municipalité est celle qui est
indiquée au dernier dénombrement fait pour l'ensemble de la
province ».
M. BOURASSA: C'est l'ensemble qui est important.
M. LESAGE: Alors, le premier ministre n'aura pas le droit de jouer
dedans.
M. BOURASSA: Et c'est mieux comme ça, parce qu'autrement toutes
sortes d'abus de discriminations envers certaines municipalités peuvent
survenir.
M. DOZOIS: C'est le contraire.
M. LESAGE: Il faut que ce soit les chiffres d'un dénombrement
fait pour l'ensemble...
M. JOHNSON: Il faut tout prévoir, hein?
Il faut tout prévoir. Il y a celui de 1966 d'abord qui a
été fait par le fédéral.
M. BOURASSA: Oui.
M. JOHNSON: ... sur lequel on peut s'accrocher.
M. LESAGE: Oui, c'est un dénombrement fait pour l'ensemble de la
province.
M. JOHNSON: Il y a lieu de croire qu'il doit être plus à
point que celui de 1961.
M. LESAGE: La taxel
M. JOHNSON: Même plus à point
M. LESAGE: Peut-être.
M. JOHNSON: Mais il ne faut jamais se fermer la porte. Il y aurait
peut-être une possibilité qu'un jour nous en fassions un. Cela
ferait un article de moins à amender dans ce temps-là,
M. BOURASSA: Oui, mais le danger, M. le Président, c'est que si
le premier ministre s'ouvre la porte pour certaines municipalités dont
la croissance a été rapide...
M. JOHNSON: Non, non, je regrette... M. BOURASSA: ... qui va
décider...
M. LESAGE: Non, non, il s'est trompé. M. JOHNSON: Non, je
regrette.
M. BOURASSA: Ah! vous admettez que vous vous êtes
trompé!
M. LESAGE: Il a donné une mauvaise interprétation à
son article.
M. JOHNSON: J'ai donné une mauvaise interprétation, je
m'en confesse publiquement. Je demande l'absolution après avoir
promis...
M. LAPORTE: Si vous laissiez expliquer le bill par le ministre
aussi!
M. JOHNSON: Ce serait tellement plus simple, moi je suis
sûr...
M. BOURASSA: On vous donne l'absolution...
M. JOHNSON: ... que le député de Chambly, qui s'y
connaît tellement, pourrait, lui aussi, l' expliquer même sans
l'avoir lu.
M. BOURASSA: On vous donne l'absolution pour toutes les fois que vous
vous êtes trompé aujourd'hui.
M. JOHNSON: Article 11, s'il vous plaît.
M. LE PRESIDENT: Article 10, adopté. Article 11.
M. LESAGE: Ce fut une journée d'erreurs! M. LAPORTE: Une erreur
de 8%. M. JOHNSON: Grosse erreur!
M. LEBEL (président du comité): Article 11, adopté.
Article 12, adopté.
M. le Président, f ai l'honneur de faire rapport que le
comité a adopté sans amendement le bill 59.
M. LESAGE: Pour la troisième lecture, même vote.
Bill no 60
M. JOHNSON: Même vote. Bill 60, M. le Président.
M. LESAGE: Les deux autres bills, même vote enregistré en
deuxième, même vote enregistré en troisième. Pardon,
j'ai un collègue qui veut soulever un point.
M. BOURASSA: C'est un point sur lequel le ministre...
M. JOHNSON: Bills 60 et 61.
M. PAUL (Président): A l'ordre! Nous pourrions peut-être
saisir officiellement la Chambre du bill 60.
M. JOHNSON: Oui.
M. LE PRESIDENT: L'honorable ministre du Revenu propose la
deuxième lecture du bill 60, Loi modifiant la Loi de la taxe sur les
repas et l'hôtellerie.
M. BOURASSA: Juste un point, M. le Président.
M. JOHNSON: Sur quel bill?
M. BOURASSA: M. le Président, j'ai soulevé un point cet
après-midi sur l'intégration des différentes taxes. C'est
évident qu'on n'a pas augmenté la part municipale; on l'a
réduite de 33% à 25% et j'ai demandé au ministre des
Finances au moins pourquoi on n'aurait pas intégré la taxe sur
l'hôtellerie et la taxe sur les télécommunications à
la taxe de vente.
M. DOZOIS: J'ai répondu.
M. BOURASSA: La taxe de vente comprend $489 millions et les deux autres
taxes comprennent une somme de $55 millions.
Si on avait Intégré ces $55 millions aux $489 millions
pour permettre aux municipalités de partager ces deux autres
taxes-là, ceci aurait pu donner une somme de $14 millions qui aurait
été distribuée aux municipalités. Et,
deuxièmement, l'intégration de ces taxes avec la taxe de vente
aurait permis des avantages administratifs, puisque actuellement on se trouve
à percevoir trois taxes au même taux, alors qu'on pourrait les
percevoir toutes ensemble et permettre aux municipalités de
bénéficier du partage.
M. DOZOIS: M. le Président, j'ai répondu lors de la
deuxième lecture, à la reprise de la séance à huit
heures, au député de Mercier précisément à
ce sujet-là.
M. BOURASSA: Je m'excuse, j'étais absent; ça devait
être très convaincant!
M. DOZOIS: Vous lirez ça dans le journal des Débats.
M. LE PRESIDENT: La motion de deuxième lecture du bill 60
est-elle adoptée?
M. LESAGE: Adopté.
M. LE PRESIDENT: L'honorable ministre du Revenu.
M. JOHNSTON: Mr. Chairman, the Honorable Lieutenant Governor of the
Province has acquainted...
UNE VOIX: Il dit sa prière.
M. JOHNSTON: ... himself with the bill and recommends its study before
the House.
M. PINARD: Very good!
M. LE PRESIDENT: La motion de deuxième lecture du bill 60
est-elle adoptée?
M. LAPORTE: Même vote.
M. LE PRESIDENT: Même vote enregistré.
M. LAPORTE: En comité, troisième lecture, tout
ça.
M. LESAGE: Même vote enregistré en troisième
lecture.
M. LE PRESIDENT: Alors, de consentement unanime, le bill 60 est
considéré comme ayant été étudié en
comité plénier et l'honorable ministre du Revenu propose sa
troisième lecture.
M. LESAGE: Même vote.
M. LE PRESIDENT: Suivant le vote antérieurement enregistré
pour le bill 59. Cette motion est-elle adoptée? Adopté.
Bill no 61
M. DOZOIS: Bill 61.
M. LE PRESIDENT: L'honorable ministre du Revenu propose la
deuxième lecture du bill 61, Loi modifiant la loi de la taxe sur les
télécommunications. L'honorable ministre du Revenu.
M. JOHNSTON: Mr. Chairman, the Honorable Lieutenant-Governor of the
Province has acquainted himself with the bill and recommends its study before
the House.
M. LE PRESIDENT: La motion de deuxième lecture est-elle
adoptée?
M. LESAGE: Même vote enregistré.
M. LE PRESIDENT: Même vote enregistré.
M. LE PRESIDENT: De consentement unanime, il est considéré
que le bill 61 a été étudié en comité
plénier. L'honorable ministre du Revenu propose la troisième
lecture du bill 61,Loi modifiant la loi de la taxe sur les
télécommunications. Ce bill est-il adopté? Suivant le vote
déjà enregistré sur le bill 59, adopté?
Adopté.
M. LAPORTE: Il ne faudrait pas que notre célérité
soit considérée comme de la coopération pour leurs taxes,
M. le Président.
M. JOHNSON: Est-ce qu'on pourrait prendre la Loi de
l'assurance-dépôts ce soir?
M. LESAGE: Pardon?
M. BELLEMARE: L'assurance-dépôts.
M. LESAGE: C'est indigeste.
M. JOHNSON: C'est très indigeste.
M. DOZOIS: On peut passer en deuxième lecture.
M. BOURASSA: Vous pouvez prendre le budget.
M. JOHNSON: M. le Président, j'ai l'honneur de proposer...
M. LESAGE: Si le premier ministre veut faire...
M. JOHNSON: ... l'ajournement de la Chambre.
M. LESAGE: ... passer la deuxième lecture du bill, la discussion
va se faire en comité.
M. KIERANS: Je veux parler.
M. JOHNSON: Donc, j'ai l'honneur de proposer l'ajournement de la Chambre
à demain, trois heures.
M. LESAGE: A quelle heure? Trois heures? M. LAPORTE: A onze heures.
M. LESAGE: A onze heures demain matin, nous sommes disposés
à siéger.
M. JOHNSON: M. le Président, pour occuper leur temps, les
députés de l'Opposition pourront demain se préparer pour
la loi de l'assurance-dépôts, la loi des coroners,...
M. LESAGE: Nous sommes prêts.
M. JOHNSON: ... les lois de l'éducation...
M. LAPORTE: Y compris le bill 21.
M. JOHNSON: Toutes les lois. Les crédits des Finances, si on
veut, demain après-midi dans une autre salle.
M. LAPORTE: Est-ce qu'on siège demain soir?
M. JOHNSON: Je ne sais pas encore, tout dépendra de...
M. LESAGE: M. le Président, il y a un dfner jeudi soir et un
dîner vendredi soir, il me semble qu'on pourrait siéger demain
soir.
M. JOHNSON: M. le Président, je ne le sais pas encore, je
regrette. Si on veut me dire ce qui va arriver demain dans certains
domaines...
M. LESAGE: Pourquoi ne pas siéger demain matin?
M. JOHNSON: Si on veut me dire ce qui va arriver demain matin dans
certains domaines, ou cette nuit...
M. LESAGE: Pourquoi ne pas siéger demain matin à onze
heures?
M. JOHNSON: ... je serai en mesure de le dire.
M. LESAGE: Pourquoi ne pas siéger demain matin à onze
heures?
M. JOHNSON: M. le Président, c'est parce que j'ai proposé
que ce soit à trois heures.
M. LAPORTE: Le prince! M. LESAGE: Le prince!
M. LAPORTE: Le prince. Oh pardon! Mais nous, nous devons venir à
11 heures.
M. JOHNSON: Si j'ai proposé que ce soit à trois heures,
c'est parce que demain matin très tôt...
M. LESAGE: Et si nous ne consentons pas, le premier ministre est
obligé d'être ici à onze heures, M. le
Président.
M. JOHNSON: Non, non. DES VOIX: Oui.
M. LESAGE: La motion a été adoptée à l'effet
que nous siégions à onze heures tous les matins...
M. HYDE: La motion du premier ministre...
M. LESAGE: ... et à moins du consentement unanime, il faut une
motion annoncée...
M. JOHNSON: Non, non.
M. LAPORTE: Ah oui!
M. HYDE: Oui. Regardez votre motion.
M. JOHNSON: M. le Président...
M. LESAGE: Nous serons ici à onze heures demain matin.
M. JOHNSON: M. le Président, je fais motion pour que la Chambre
siège à trois heures demain.
M. LESAGE: C'est trop tard.
M. JOHNSON: C'est une motion.
M. LESAGE: Il faut une motion annoncée.
M. HYDE: Il faut une motion annoncée.
M. LAPORTE: Pas d'unanimité. A onze heures demain matin.
M. LESAGE: Onze heures demain matin.
M. JOHNSON: Non, non.
M. HYDE: Il faut une motion annoncée.
M. JOHNSON: Non, M. le Président, c'est clair. Evidemment, c'est
clair comme de l'eau de roche...
M. HYDE: Le premier ministre a fait son lit.
M. LAPORTE: Il a fait son lit, mais qu'il ne se couche pas!
M. JOHNSON: C'est clair comme de l'eau de roche, les...
M. LESAGE: Non, ce n'est pas clair. C'est clair comme de l'eau de roche
que nous devons siéger à onze heures demain matin. C'est le
premier ministre qui a fait adopter la motion.
M. JOHNSON: Je comprends, M. le Président, que le seul temps
où les libéraux ne se chicanent pas entre eux, c'est quand ils
sont en Chambre.
M. LAPORTE: Alors, vous serez ici pour assister à ça.
M. JOHNSON: Je voudrais bien, M. le Président, qu'on se rende
compte qu'il y a une situation assez grave dans la province qui requiert des
délibérations...
M. LESAGE: Oui...
M. JOHNSON: ... du conseil des ministres et il y a aussi d'autres
problèmes qui appellent, demain, les ministres en réunion
extrêmement importante. Je n'ai pas d'objection à fixer l'heure
à deux heures et demie; je pense bien que je serai libre, à ce
moment-là.
M. LESAGE : On va prendre les crédits.
M. LAPORTE: M. le Président...
M. JOHNSON: Alors, deux heures et demie.
M. LAPORTE: ... sur la motion d'ajournement, le premier ministre a fait
inscrire au feuilleton de l'Assemblée législative une motion pour
que nous siégions tous les jours de onze heures du matin jusqu'à
ce que la Chambre décide de s'ajourner. Lorsque cette motion a
été proposée, nous avons enregistré nos
protestations parce qu'il y avait des choses qui ne nous convenaient pas et le
premier ministre lui-même a dit que c'était pour
accélérer les travaux de la Chambre et il fallait tellement
accélérer que certaines motions qui nous paraissaient importantes
ont été enlevées. Si le premier ministre voulait faire un
compromis honorable, nous accepterions de siéger demain
après-midi à trois heures à la condition que les deux
premiers ar- ticles appelés soient le bill 99 et la motion du chef de
l'Opposition quant aux engagements financiers du gouvernement.
M. JOHNSON: M. le Président, si on remontait dans la
généalogie du député de Chambly, on trouverait
probablement un maquignon.
M. LAPORTE: Non, fouillez dans votre bureau, vous allez trouver un
règlement.
M. JOHNSON: Et pour votre information, M. le Président, l'article
141 permet de faire motion sans avis, vous le verrez à la note, sous le
paragraphe 2...
M. LAPORTE: A quel article?
M. PINARD: « Si la Chambre y consent unanimement. »
M. JOHNSON: Quand il s'agit...
M. LAPORTE: Oui.
M. JOHNSON: Non, non.
M. LESAGE: C'est ce qu'on a dit.
M. JOHNSON: Non, non. L'article 141, M. le Président: «
sauf les exceptions prévues au règlement, nul
député ne peut faire une motion de fond, à moins qu'il ne
l'ait annoncée par un avis. »
M. LESAGE: C'est ça.
M. JOHNSON: Sauf que les motions de fond n'ont pas besoin d'être
annoncées...
M. LAPORTE : Continuez. « Si la Chambre y consent unanimement.
»
M. JOHNSON: Non, non. Je prends la note...
M. LAPORTE: Oui, on va y repasser, il ne s'agit pas d'une des motions
suivantes.
M. JOHNSON: ... « toutefois une motion de fond peut être
faite sans avis préalable si la Chambre y consent unanimement. Les
motions de fond suivantes n'ont pas besoin d'être annoncées
sans qu'il soit question de consentement celles qui proposent la
nomination d'un Orateur... »
M. LAPORTE: Il ne s'agit pas de nommer un Orateur.
M. JOHNSON: ... etc., etc. Celles qui demandent...
M. LESAGE : Vous ne le trouverez pas.
M. JOHNSON: Oui, oui. Celles qui demandent...
M. LAPORTE: On l'a ici. Qui propose de lever l'interdiction sur le bill
99? C'est une autre motion.
M. BLANK: C'est très clair, la note 4. M. BELLEMARE: L'article
93, note 4.
M. JOHNSON: Si on veut me laisser terminer, ça va être
simple.
M. PINARD: Laissez donc lire ça par le président.
M. BLANK: M. le Président, lisez l'article 93, note 4.
M. JOHNSON: Celle qui propose l'ajournement de la Chambre quand celle-ci
n'est saisie d'aucune affaire, celle qui propose de reculer la date ou l'heure
d'ouverture des séances de la Chambre. Article 93, paragraphe 5.
Si je voulais faire siéger la Chambre demain à neuf heures
au lieu de onze heures...
M. LESAGE: Vous ne le pourriez pas.
M. JOHNSON: ... il me faudrait une motion, tandis que là, quand
je veux proposer que la Chambre siège à trois heures, c'est une
motion que je fais et c'est une motion qui n'a pas besoin d'avis. On n'a
qu'à lire la note 3 sous l'article 93 si on veut une autre
autorité: « Si la Chambre désire se réunir, à
sa séance suivante, à une heure autre que celle que fixent les
règlements, elle doit prendre une résolution à. cette fin
avant de décider de s'ajourner. » Alors, au moment où je
m'apprête à faire la motion d'ajournement de la Chambre, je fais
motion pour que l'on siège demain à trois heures. Point.
M. LESAGE: Est-ce que nous ne pourrions pas faire la procédure
nécessaire pour que demain matin nous siégions en comité
des subsides et que nous étudiions les crédits du
ministère des Finances?
M. JOHNSON: Demain à... M. LESAGE : A onze heures.
M. JOHNSON: Nous avons besoin des lumières du ministre au
conseil. Elles sont précieuses.
M. LESAGE: Vous constatez que l'Opposition fait tout son possible pour
hâter l'expédition des travaux de la Chambre et que c'est le
gouvernement lui-même, en particulier le premier ministre, qui fait de
l'obstruction.
M. JOHNSON: Je suis très heureux de voir que l'Opposition a
décidé de faire du rattrapage: elle en a encore beaucoup à
faire pour compenser pour toute l'obstruction qu'elle a fait depuis le 1er
décembre en cette Chambre.
M. LESAGE: Ah non! Nous n'avons pas assez siégé, c'est la
faute du premier ministre. La petite journée. Demain, tantôt, plus
tard.
M. JOHNSON: Trois heures.
M. LE PRESIDENT: Peut-être que les honorables
députés pourraient réserver leurs énergies pour des
travaux rapides demain après-midi à trois heures. La Chambre
ajourne ses travaux à demain après-midi, trois heures.