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(Quatorze heures dix minutes)
Le Président: A l'ordre, mesdames et messieurs!
Affaires courantes. Déclarations ministérielles.
Dépôt de documents. M. le premier ministre.
DÉPÔT DE DOCUMENTS
Rapport des activités de l'Editeur
officiel
M. Lévesque (Taillon): M. le Président, en vertu
d'un article que je n'ai pas devant moi, je dépose, en tout cas,
l'ensemble des travaux de composition, d'impression, de publication, de
distribution, etc., de l'Editeur officiel. Autrement dit, les activités
de l'Editeur officiel. Je ne me souviens pas de l'article. 142, je crois.
L'ensemble des arrêtés en conseil.
Le Président: Document déposé. M. le
ministre de la Justice.
Liste des commissions sous le grand sceau
M. Bédard: M. le Président, conformément aux
dispositions de l'article 6 de la Loi des employés publics, le ministre
de la Justice soumet à l'Assemblée nationale une liste des
commissions sous le grand sceau délivrée pendant l'année
1977.
Le Président: Document déposé. M. le
ministre d'Etat à l'aménagement du territoire.
Entente Ottawa-Québec pour le
développement touristique
M. Léonard: M. le Président, j'ai l'honneur de
déposer les textes relatifs à la nouvelle entente pour le
développement touristique signée entre Québec et Ottawa le
6 avril dernier.
Le Président: Document déposé. M. le
ministre des Terres et Forêts.
Convention du Nord-Est québécois
M. Bérubé: M. le Président, j'ai l'honneur
de déposer la convention du Nord-Est québécois ainsi que
les conventions complémentaires nos 1, 2 et 3. La convention du Nord-Est
québécois a été signée avec les Naskapis le
31 janvier 1978. La convention complémentaire no 1, M. le
Président, elle doit être quelque part, amende certains chapitres
de la convention de la baie James et du Nord québécois afin de
permettre la conclusion de la convention du Nord-Est québécois.
La convention complémentaire no 2 permet aux Inuit de Four Bears Wells
de conserver leurs droits qu'ils pour- raient avoir à l'extérieur
du Québec. La convention complémentaire no 3 amende certains
chapitres afin de permettre la signature de la convention Chisasibi,
relocalisation de Fort George.
Le Président: Document déposé. Mme le
ministre des Consommateurs, Coopératives et Institutions
financières.
Ententes de fonctionnement entre la RAAQ et la
CAT
Mme Payette: M. le Président, suite à une question
du député de Beauce-Sud, je voudrais déposer un
résumé des ententes de fonctionnement entre la Régie de
l'assurance automobile du Québec et la Commission des accidents du
travail.
Le Président: Document déposé.
Dépôt de rapports de commissions élues.
Dépôt de rapports du greffier en loi sur les projets de loi
privés.
Présentation de projets de loi au nom du gouvernement. M. le
leader parlementaire du gouvernement.
M. Burns: Article h), M. le Président.
Projet de loi no 5 Première lecture
Le Président: M. le ministre de la Justice propose la
première lecture du projet de loi no 5, Loi modifiant la Loi sur la
refonte des lois.
M. le ministre de la Justice.
M. Marc-André Bédard
M. Bédard: M. le Président, le présent
projet de loi propose certaines modifications à la Loi sur la refonte
des lois dont les suivantes.
Il modifie le nom et la composition de la Commission de refonte des lois
en plus d'assujettir le personnel de la commission à la Loi de la
fonction publique.
Il fixe la date d'arrêt de la refonte des lois au 31
décembre 1977 et laisse au ministre de la Justice le soin de fixer la
date de présentation des travaux de préparation.
Il établit que la commission refond les lois de manière
que la refonte des lois soit permanente et prévoit un mécanisme
de mise à jour annuelle des lois. Il prévoit de plus la mise en
oeuvre de la refonte et de la mise à jour des règlements.
Le Président: Est-ce que cette motion de première
lecture sera adoptée?
M. Levesque (Bonaventure): Adopté.
Le Secrétaire adjoint: Première lecture de ce
projet de loi.
Le Président: Deuxième lecture, prochaine
séance ou séance subséquente.
Présentation de projets de loi au nom des députés.
Période de questions orales.
M. le chef parlementaire de l'Opposition officielle.
QUESTIONS ORALES DES DÉPUTÉS
Contreproposition fédérale
éventuelle concernant la taxe de vente
M. Levesque (Bonaventure): M. le Président, ma question
s'adresse au ministre des Finances. A quelques heures du discours du budget
qu'il doit prononcer et au sujet de la question de la taxe de vente, est-ce que
le ministre des Finances pourrait informer cette Chambre s'il a reçu une
nouvelle contre-proposition de la part du gouvernement fédéral et
faire part à cette Chambre du contenu de cette contre-proposition?
Le Président: M. le ministre des Finances.
M. Parizeau: M. le Président, j'ai lu avec
intérêt, ce matin, que le ministre des Finances
fédéral semblerait avoir fait une nouvelle contre-proposition au
Devoir et que M. Bourassa aurait fait une nouvelle contre-proposition au
Journal de Montréal, mais le ministre des Finances du Québec n'a
pas reçu de nouvelle contre-proposition.
Le Président: M. le chef de l'Opposition.
M. Levesque (Bonaventure): M. le Président, est-ce que le
ministre des Finances pourrait expliquer aujourd'hui à cette Chambre, en
toute sérénité, maintenant que la poussière semble
être tombée un peu parce qu'il commence à y avoir
des renseignements qui ne sont plus des fuites; ce sont des renseignements qui
semblent être fondés la ou les raisons pour laquelle ou
lesquelles il n'a pas jugé à propos, durant le mois qui a
précédé l'annonce par le gouvernement
fédéral de l'offre de compensation relativement au produit de la
taxe de vente provinciale, de faire connaître la contre-proposition dont
il a informé cette Chambre deux jours après? Est-ce que, durant
ce mois-là, il n'a pas eu l'occasion de faire connaître cette
contre-proposition?
Le Président: M. le ministre des Finances.
M. Parizeau: M. le Président, à la suite de
certaines interventions d'Ottawa quant à mon attitude au cours des trois
semaines qui ont précédé le budget du ministre
fédéral des Finances, j'ai émis, vendredi, un
communiqué dont on a retenu un certain nombre d'éléments,
mais dont un de ces éléments, c'est-à-dire mon explication
ou ma thèse à cet égard, n'est passé à peu
près nulle part.
Vous me permettrez, dans ces conditions, pour abréger, de
répondre à la question du chef parlementaire de l'Opposition
officielle en citant les paragraphes pertinents à ce communiqué
de presse de vendredi. "Le premier ministre du Canada et son ministre des
Finances m'ont attaqué pour ne pas leur avoir dévoilé mon
plan plusieurs jours à l'avance. Il y a à cela une excellente
raison: c'est que le plan n'existait pas. Pendant une quinzaine de jours, j'ai
indiqué à plusieurs reprises, et très clairement, non
seulement à M. Chrétien, mais à d'autres ministres des
Finances provinciaux que j'avais de sérieuses réserves aux
suggestions fédérales et que le gouvernement du Québec
n'était pas d'accord. "D'autres provinces n'étaient pas non plus
d'accord. Elles ont fléchi en cours de route. Mais l'attaque, hier soir
hier par rapport à vendredi, donc le jeudi
précédent des quatre premiers ministres des provinces de
l'Ouest contre le plan fédéral démontre bien que leur
acceptation a laissé de profondes cicatrices. "Sans l'acceptation du
Québec, le gouvernement fédéral a décidé de
procéder quand même. Dès la réception de la
décision finale d'Ottawa, le gouvernement de Québec a
préparé sa propre formule et l'a alors annoncée. Ainsi,
l'argent des contribuables québécois dont Ottawa disposait
servirait aux meilleurs intérêts du Québec".
Voilà, M. le Président, je pense, les extraits de ma
conférence de presse qui rétablissent les circonstances et les
faits.
Le Président: M. le député d'Outremont.
M. Raynauld: Question additionnelle. M. le Président, si
le ministre des Finances avait jugé que la proposition
fédérale était bonne, il aurait pu faire une entente et,
à ce moment-là, se mettre d'accord.
M. Burns: M. le Président, question!
M. Raynauld: Je voudrais donc lui demander...
M. Burns: Un instant!
M. Raynauld: ... sur quelle base il trouve que la proposition
fédérale était inférieure à celle qu'il nous
a annoncée la semaine dernière, compte tenu des
répercussions possibles des autres provinces, face à la mesure
protectionniste qu'il a présentée.
M. Charbonneau: Voulez-vous demander à Ryan avant?
Le Président: A l'ordre, s'il vous plaît!
M. le ministre des Finances, vous avez la parole. (14 h 20)
M. Parizeau: M. le Président, je commencerai par la fin de
cette question. Si l'utilisation, par le gouvernement du Québec, de ses
propres taxes, aux fins qu'il juge utiles, sont une mesure protectionniste,
alors je ne comprends plus la langue française.
Deuxièmement, ce que j'avais, dès le départ, comme
réserve et comme réserve sérieuse à l'égard
du programme fédéral, tenait au phénomène suivant
ou aux éléments suivants. D'abord, c'était très
court: Je ne voyais pas l'utilité de pousser ou
d'accélérer les ventes en août et en septembre pour les
écraser à l'automne alors que le chômage chez nous monte
à ce moment-là de façon
accélérée.
La proposition fédérale était socialement
extrêmement discriminatoire. Comme j'ai eu l'occasion de le dire à
cette Chambre, ce n'est pas tout le monde qui, à l'été ou
à l'automne de 1978, va changer son auto ou acheter un nouveau
réfrigérateur. Je ne sais pas ce qui en est pour la plupart des
membres de cette Chambre mais, en 22 ans de mariage, j'ai eu deux
réfrigérateurs; le dernier date de deux ans et j'imagine que je
n'achèterai pas le troisième avant quelques années. Ce qui
s'applique à moi, j'imagine, s'applique à beaucoup de gens. Pour
un bon nombre de ces produits, on n'en change pas
régulièrement.
Troisièmement, il était évident que cette
réduction, dans la mesure où cette réduction de la taxe de
vente se faisait sur l'ensemble des produits, une province qui
représente la majeure partie de la production industrielle au Canada
était susceptible de gagner, c'est-à-dire, essentiellement,
l'Ontario. C'est la raison pour laquelle, d'ailleurs, pendant un bon bout de
temps, certaines provinces de l'Ouest étaient contre cette mesure; elles
ont fléchi à ce que d'autres que moi ont appelé le
chantage. Mais, au départ, leur opposition était très
nettement marquée de ce sceau.
Je pense qu'à ces réticences, ces réserves que
j'avais à accepter la proposition fédérale pour les
raisons que je viens de donner, certains maintenant qui ont fléchi,
voyant comment le Québec se sort de cette situation, regrettent
peut-être un peu d'avoir fléchi au cours de la dernière
semaine.
Dans ce sens, je pense qu'il fallait que le Québec, à la
fois sur un plan social et sur un plan économique, s'oppose à
cette mesure et trouve quelque chose qui, et sur le plan social et sur le plan
économique de nos intérêts au Québec, me
paraît être infiniment meilleur que la formule que le
fédéral avait proposée.
Le Président: Je reconnais M. le chef de l'Opposition;
après quoi, je reconnaîtrai le chef de l'Union Nationale pour une
question supplémentaire.
M. Levesque (Bonaventure): M. le Président, ma question
s'adresse encore au ministre des Finances. Tout en souscrivant sans
hésitation au principe et à la pratique de la pleine
souveraineté du Québec sur les impôts provinciaux...
Des Voix: Bravo!
Le Président: A l'ordre, s'il vous plaît!
M. Levesque (Bonaventure): Je ne vois pas pourquoi ces gens sont
surpris.
M. Lavoie: C'est ce que je pratique depuis 20 ans.
Souveraineté dans notre compétence.
M. Levesque (Bonaventure): Ce sont des principes défendus
par le Parti libéral depuis toujours. Nous avons lutté dans le
passé et nous continuerons de lutter pour ces principes, M. le
Président, avec le gouvernement...
Le Président: M. le chef de l'Opposition.
M. Levesque (Bonaventure): ... sans distinction, avec nos amis de
l'Opposition, nous allons voir à ce que soit respectée la
juridiction du Québec dans les choses de sa compétence. Il n'y a
pas d'hésitation de notre part.
Une Voix: Bravo! Bravo!
M. Levesque (Bonaventure): Alors, tout en rappelant que nous
souscrivons à ce principe, la question que je pose au ministre des
Finances s'ajoute à cette préoccupation que nous devons tous
avoir de réaliser un compromis honorable et de prendre en
considération l'intérêt des contribuables
québécois. C'est pourquoi la question que je pose est celle-ci:
Le ministre des Finances a mentionné, il y a quelques instants, en
réponse à ma première question, qu'une contre-proposition
aurait été faite au Devoir. La question que je pose est la
suivante: Si les renseignements du journal sont exacts, est-ce que le ministre
des Finances est prêt à considérer cette
"contre-proposition" comme acceptable de sa part?
Le Président: M. le ministre des Finances, même s'il
s'agit d'une question un peu hypothétique.
M. Parizeau: M. le Président, la question qu'on me pose
est, évidemment, une question hypothétique, d'autant plus
hypothétique que le Devoir lui-même ne parle pas, ce matin, d'une
seule voix. Je suggérerais peut-être au chef parlementaire de
l'Opposition officielle de lire avec moi le dernier paragraphe de ce que le
rédacteur en chef écrit à ce sujet. "Pour faire
l'économie d'une querelle fiscale et d'une bataille politique avec le
Québec à la veille des élections fédérales,
Ottawa doit respecter l'esprit et les règles du
fédéralisme, donc offrir à M. Parizeau une contribution
qu'il était disposé à lui verser pour soulager les
contribuables du Québec." Cela me paraît être une voix de
bon sens, M. le Président.
Le Président: M. le chef de l'Union Nationale.
M. Levesque (Bonaventure): ... M. le Président.
Le Président: M. le chef de l'Opposition sur une question
de privilège.
M. Levesque (Bonaventure): Je voudrais simplement utiliser ce
privilège pour rappeler que
lorsque le ministre des Finances vient d'indiquer qu'il y a une
contradiction c'est ce qu'il a dit si je comprends bien il semble
ne pas faire la distinction entre ce qui est un éditorial et une
nouvelle.
Le Président: M. le chef de l'Union Nationale.
M. Biron: J'ai une question additionnelle à poser au
ministre des Finances, M. le Président. Le ministre des Finances a-t-il
prévu un mécanisme quelconque pour être sûr que la
détaxation de 8% sera passée en totalité aux consommateurs
québécois puisque déjà des rumeurs circulaient en
fin de semaine voulant que certains commerces pourraient profiter de cette
détaxation pour augmenter leur prix d'autant?
Le deuxième volet de ma question est celui-ci. Devant la
volonté d'ingérence du gouvernement fédéral dans un
domaine de juridiction provinciale, est-ce que le prix à payer du refus
d'Ottawa d'accepter la juridiction du Québec en totalité sur
cette taxe sera peut-être ce soir une autre taxe additionnelle sur le
profit des entreprises? Encore une fois, c'est une rumeur qui circulait en fin
de semaine.
La troisième partie de ma question est celle-ci. Il y a beaucoup
de commerces à l'heure actuelle qui sont dans une impasse, se demandant
quand a commencé la détaxation de 8% sur les vêtements, les
meubles ou ces produits comme tels, considérant que des contrats ont pu
être signés l'avant-veille et livrés le lendemain de la
décision du ministre des Finances. Lorsqu'on sait qu'une taxe augmente,
elle s'applique sur les livraisons, est-ce que la détaxation s'applique
aussi sur les livraisons dans ce cas en particulier?
Le Président: M. le ministre des Finances.
M. Parizeau: A la première question, M. le
Président, nous allons chercher, à partir des inspections
auxquelles nous procédons régulièrement au
ministère du Revenu, au moins à voir ce qui se passe ou ce qui se
passerait quant à la tentation de certains commerçants
d'augmenter leurs prix à la faveur de la réduction de la taxe de
vente. Je reconnaîtrai, cependant, tout de suite que notre action dans ce
domaine est extraordinairement limitée parce que, le Canada, comme le
Québec d'ailleurs, n'ayant pas beaucoup l'habitude des contrôles
de prix, nous n'avons pas de système d'inspection de prix comme on peut
en trouver dans d'autres pays.
Alors, c'est une préoccupation que j'ai. Je vais faire, à
partir des éléments dont on dispose dans le type de gouvernement
nord-américain que nous avons, tout ce qu'on peut faire à cet
égard, mais je reconnais que cela ne peut pas aller quand même
très loin.
Deuxièmement, pour ce qui a trait... Je m'excuse, M. le
Président, je ne me souviens plus du deuxième volet.
M. Biron: Est-ce que le prix à payer sera une taxe
additionnelle sur les profits des compagnies?
M. Parizeau: Si, j'annoncerai quelque chose, M. le
Président. Je pense qu'il vaudrait mieux attendre le discours du budget
de ce soir avant de répondre à cette question; il s'agit de
quelques heures seulement. On comprendra que le respect des traditions et du
système parlementaire britannique, que j'ai si souvent vantés,
m'obligent à ce type de considérations.
Troisièmement, pour ce qui a trait à la date
d'entrée en vigueur de la détaxation, c'est le 13 avril. A cet
égard, je sais qu'il y a eu, en particulier chez certains marchands de
meubles, des hésitations. Le ministère du Revenu a envoyé
un communiqué à ce sujet et est équipé, à
l'heure actuelle, pour rejoindre les marchands de meubles qui posent la
question en particulier pour des contrats sur lesquels un dépôt
aurait été versé avant le 13 et dont la livraison devait
se produire après le 13. Alors, un communiqué a été
émis à ce sujet et le ministère est équipé
pour répondre à tout commerçant. Je vous y
réfère. (14 h 30)
Le Président: M. le chef de l'Union Nationale.
M. Biron: C'est quoi, la réponse, si le communiqué
a été émis? Est-ce taxable ou non taxable?
M. Parizeau: C'est détaxable à partir du 13
avril.
M. Biron: Sur les livraisons? M. Parizeau: Sur les
livraisons.
Le Président: M. le député de
Rouyn-Noranda.
M. Parizeau: Un instant! C'est détaxable? Non, c'est
détaxable sur les contrats intervenus après le 13 avril. Le
contrat est taxable ou détaxable, selon qu'il est intervenu avant ou
après le 13 avril.
Le Président: M. le chef de l'Union Nationale,
dernière question.
Une Voix: C'est facile de changer les dates.
M. Biron: Question additionnelle au ministre des Consommateurs.
Comment se fait-il que les fonctionnaires du ministère des Consommateurs
recommandent aux clients de faire pression ou de demander à leurs
fournisseurs de ne pas payer la taxe dans un tel cas? Plusieurs magasins m'ont
fait la remarque en particulier que le ministère des Consommateurs
disait que la taxe ne s'appliquait pas sur les livraisons après le 12
avril.
Le Président: Mme le ministre des Consommateurs.
Mme Payette: II est bien possible, M. le Président, qu'un
avis juridique, puisse dire que, de consentement, tout est possible, mais je ne
pense pas que cela puisse s'appliquer s'il n'y a pas consentement des deux
parties.
Le Président: M. le député de
Rouyn-Noranda.
M. Samson: M. le Président...
M. Lavoie: C'est quoi le consentement?
Le Président: M. le député de Rouyn-Noranda,
vous avez la parole.
M. Lavoie: C'est important.
M. Levesque (Bonaventure): C'est de l'évasion fiscale.
M. Lavoie: Est-ce que le ministre pourrait expliciter le
consentement entre quelles parties? Entre le vendeur et l'acheteur, ou
quoi?
Le Président: M. le leader parlementaire de
l'Opposition.
Mme Payette: Aux parties au contrat en l'occurrence, l'acheteur
et le vendeur, s'il y a consentement des deux côtés.
M. Levesque (Bonaventure): Est-ce que le ministre des Finances
est d'accord pour cette interprétation?
Le Président: A l'ordre, s'il vous plaît!
M. Levesque (Bonaventure): C'est sérieux. Si l'acheteur et
le vendeur consentent, si je comprends bien, à ce qu'il n'y ait pas de
taxe, il n'y a pas de taxe.
Le Président: M. le ministre des Finances.
M. Parizeau: M. le Président, je pense que ce que j'ai dit
tout à l'heure était suffisamment explicite. Quant à
savoir, dans des cas spécifiques, comment la situation se
présenterait, je suis certain que le contentieux du ministère du
Revenu saura donner les avis appropriés. Le ministère du Revenu a
d'ailleurs l'habitude de gagner la plupart de ses causes devant les tribunaux.
J'imagine que cela continuera.
Le Président: M. le député de
Rouyn-Noranda.
M. Levesque (Bonaventure): M. le Président, question de
privilège.
Le Président: M. le député de
Rouyn-Noranda.
Question de privilège, M. le chef de l'Opposition.
M. Levesque (Bonaventure): Lorsque cette Chambre, M. le
Président, est témoin, comme nous venons de l'être, d'une
réponse, d'une part du ministre des Finances, et d'une autre
réponse du ministre des Consommateurs, Coopératives et
Institutions financières et que ces deux réponses nous
apparaissent contradictoires et que les contribuables du Québec seront,
dans les quelques minutes ou quelques heures qui suivent, confrontés
avec cette contradiction, est-il normal, M. le Président, que nous
laissions aller la séance présentement sans exiger une
clarification de la part du gouvernement, soit le premier ministre, si
nécessaire? Il me semble qu'il y a là une question
extrêmement importante qui touche les citoyens du Québec qui
demandent, par l'entremise de l'Opposition ou de certains membres de
l'Opposition et je pense bien qu'il y a des députés
ministériels qui seraient heureux de le savoir également
que ce soit clarifié. Autrement dit, si l'acheteur et le vendeur
s'entendent pour que le contrat soit considéré comme ayant eu
lieu après, qu'on s'entende sur une période de livraison et, en
même temps, pour la détaxation, je demande encore au ministre des
Finances de clarifier la situation. Sinon, je demande au premier ministre de le
faire parce que nous avons deux déclarations contradictoires.
Le Président: M. le ministre des Finances, je crois que
cela m'apparaît être une question d'opinion juridique.
M. Parizeau: M. le Président, je crois, encore une fois,
que le ministère du Revenu est parfaitement équipé pour
donner à cet égard les interprétations qui, sur le plan
juridique, sont conformes à la fois à la lettre et à la
décision de ce qui a été annoncé la semaine
dernière. Dans ce sens, je ne vois vraiment pas où est le
problème. Chacun des marchands qui pourrait avoir des hésitations
quant à l'application de la loi peut rejoindre chacun des bureaux du
ministère du Revenu et il y en a beaucoup sur le territoire
à l'heure actuelle...
M. Gratton: ... aussi et il se fait dire le contraire.
M. Parizeau: ... et obtenir, M. le Président, j'entends
ici l'intervention qui vient d'être faite, que l'application des lois de
l'impôt au Québec et de la juridiction ou de la compétence
soit du ministère du Revenu.
Le Président: M. le député de
Rouyn-Noranda.
M. Samson: M. le Président, en question
supplémentaire. Je voudrais savoir si le ministre des Finances, suite
à son annonce de la semaine dernière, a eu des
représentations en provenance d'associations ou de commerçants en
textile ou encore de commerçants en décoration sur la baisse de
la taxe sur les textiles et non sur les draperies. Dans beaucoup de cas, des
commerçants au Québec vendent des textiles et font
également la confection de draperies. Comment pourrait-on dans ces cas
dire à ces gens s'ils doivent oui ou non taxer pour la confection,
c'est-à-dire le travail? En l'occurrence, si on taxe la draperie et on
ne taxe pas le textile, quand on prend le textile
dans une tablette et on en fait faire de la draperie, est-ce qu'on est
obligé de taxer pour le travail?
Le Président: M. le ministre des Finances.
M. Parizeau: M. le Président, je dois dire qu'à cet
égard je ne comprends vraiment pas où est la difficulté.
Selon l'expression banale, lorsque le tissu est acheté à la
verge, il n'est pas taxable. Lorsque ce textile est acheté sous forme de
rideau, il l'est. J'ai l'impression, pour avoir moi-même
vérifié auprès d'un bon nombre de commerçants de
mon comté, que cela est clair dans leur esprit. Vous me direz: Pourquoi
pas les rideaux?
Alors, je vais expliquer la longue genèse pendant 48 heures de la
non-détaxation des rideaux. M. le Président, mon problème
était le suivant: II fallait que je trouve le moyen de faire en sorte
que le paquet présenté par le gouvernement de Québec, en
réponse à l'offre du ministre fédéral des Finances,
représente exactement le même montant que ce que le ministre
fédéral des Finances avait mis sur la table. Il fallait donc
à la marge jouer au domino. A la fin, j'avais deux dominos dans les
mains à peu près de même valeur. L'un consistait à
détaxer les draperies, les rideaux et autre chose du même ordre,
et il y en avait pour un peu moins d'une vingtaine de millions. Et l'autre,
c'étaient les chambres d'hôtel, où il y en avait aussi pour
à peu près une vingtaine de millions. Considérant que le
chômage dans l'industrie touristique était passablement plus
élevé que dans les rideaux il y a des gens qui grimpent
dans les rideaux, mais il n'y a pas nécessairement du chômage dans
les rideaux j'ai donc décidé que ce qui serait
incorporé dans le paquet, ce serait l'hôtellerie plutôt que
les rideaux. La prochaine fois qu'on voudra qu'on fasse quelque chose d'un
petit peu plus léché, le ministre fédéral des
Finances commencera par ne pas mettre des montants spécifiques sur la
table et on pourra s'organiser un peu mieux.
Le Président: Le député de Beauce-Sud.
M. Samson: M. le Président, le ministre des Finances est
en train de nous dire...
Le Président: M. le député de Rouyn-Noranda,
je m'excuse, mais le temps s'écoule rapidement et je voudrais permettre
d'autres questions aujourd'hui. Je voudrais donner la parole...
M. Samson: Avant de tirer le rideau, M. le
Président...
Le Président: ... au député de Beauce-Sud.
M. le député de Beauce-Sud.
M. Samson: Est-ce que le ministre des Finances n'est pas en train
de nous dire là que, pour détaxer le matériel, il va taxer
le travail?
Le Président: M. le député de Rouyn-Noranda,
s'il vous plaît!
M. le député de Beauce-Sud.
M. Roy: M. le Président, merci. Une courte question au
ministre des Finances. J'aimerais savoir si l'annonce qu'il a faite mercredi
dernier est une décision définitive ou si elle peut être
sujette à modification, compte tenu des discussions qui pourraient avoir
lieu avec le gouvernement fédéral?
Le Président: M. le ministre des Finances.
M. Parizeau: M. le Président, je suis par nature un homme
de dialogue, mais je dois dire que quand une telle unanimité existe chez
les Québécois, quant à l'utilité des mesures que
nous avons annoncées, quand on se sent porté par aussi bien les
consommateurs québécois que les travailleurs
québécois à cet égard, quand on constate que les
observateurs dans tant de journaux, les hommes politiques dans tant de partis
politiques semblent être d'accord que ce que nous avons fait au
Québec est passablement meilleur à la fois plus socialement utile
et plus économiquement utile, vous comprendrez que, même comme
homme de dialogue, je voudrais qu'on me donne des choses vraiment
sensationnelles pour renoncer facilement à ce qui a été
annoncé. (14 h 40)
Le Président: M. le député de Portneuf,
question principale.
Fermeture des Cartonniers Standard
M. Pagé: Je vous remercie, M. le Président. Il n'y
a pas beaucoup de secteurs où ça va bien au Québec. Il y a
à peu près juste le Parti libéral du Québec
où ça va bien. M. le Président, pour répondre aux
quolibets de mes collègues...
M. Jolivet: A la garnison.
Le Président: M. le député de Portneuf,
puis-je vous demander que cela aille bien en Chambre? Formulez votre question
s'il vous plaît!
M. Pagé: Pour répondre aux quolibets de mes
collègues, je tiens à leur dire que je lis déjà
l'inquiétude sur le visage du premier ministre.
Le Président: M. le député de Portneuf!
M. Pagé: II semble drôlement inquiet aujourd'hui,
devant la remontée du Parti libéral du Québec. J'en
étais à vous dire que cela n'allait pas bien au Québec et
c'est vrai. On a 12,4% de chômeurs. On voit déjà que cela
ne va même pas bien dans le gouvernement du Québec, parce que le
ministre des Consommateurs vient de nous redonner $2 millions, en plus.
Le Président: M. le député de Portneuf, si
vous tenez à formuler votre question, allez-y, parce que je passerai
à l'Union Nationale.
M. Pagé: J'arrive à ma question, M. le
Président. Elle s'adresse au ministre de l'Industrie et du Commerce.
Cela s'inscrit dans ce que je disais au
début, que cela n'allait pas bien au Québec, ni dans le
gouvernement.
M. le Président, ma question au ministre de l'Industrie et du
Commerce est relative à la fermeture d'une entreprise ici, à
Québec, plus spécifiquement les Cartonniers Standard pour
lesquels j'ai eu l'occasion de poser des questions au ministre d'Etat au
développement économique, jeudi dernier.
M. le Président, vous me permettrez un très bref
préambule. Cette entreprise est fermée depuis le 6 février
1978. Cette entreprise allait très bien avant le conflit qu'elle a
connu. J'aurais plusieurs motifs à faire valoir à l'appui de
l'affirmation voulant que cela allait très bien.
Ma question s'adresse au ministre de l'Industrie et du Commerce et je
voudrais lui demander ce que le ministère de l'Industrie et du Commerce
a fait pour maintenir cette entreprise ouverte. Est-ce que le ministère
de l'Industrie et du Commerce, dans les échanges qu'il a eus, soit avec
les dirigeants de l'entreprise ou encore avec le syndicat de l'entreprise, a
été en mesure de vérifier la possibilité que la
production qui était à Québec avant le 6 février
ait été déplacée en Ontario après cette
date? J'aimerais être informé, de la part du gouvernement, des
possibilités qui s'offrent à ces 172 travailleurs qui viennent
s'ajouter aux autres comme chômeurs dans la région de
Québec. Qu'est-ce que vous nous offrez? Qu'est-ce qui a
été fait? Et quelles sont les possibilités de
réouverture de l'usine?
Le Président: II y a trois questions, M. le ministre de
l'Industrie et du Commerce.
M. Tremblay: M. le Président, le député de
Portneuf aurait peut-être pu soulever une question concernant l'ouverture
d'une nouvelle usine, la semaine dernière, dans le parc de
Bécancour, au montant de $35 millions et créant 270 nouveaux
emplois...
M. Lavoie: Voulez-vous répondre à la question?
M. Pagé: M. le Président, j'aurais pu ajouter
à cela un projet, dans mon comté, de $18 millions, en
collaboration avec le gouvernement fédéral.
Le Président: A l'ordre, s'il vous plaît!
M. le ministre de l'Industrie et du Commerce, pourriez-vous
répondre à la question, s'il vous plaît!
M. Tremblay: Dans le cas de l'usine en question, le
député de Portneuf a laissé entendre rapidement qu'il y
avait eu un conflit assez important. Effectivement, il y a eu un arrêt
des activités pendant plus de six mois. C'est une compagnie qui
possède trois usines, une à Québec, une à
Montréal et une en Ontario, qui oeuvre dans le domaine des cartons et
des boîtes de carton et qui a rencontré des difficultés
financières après ce long arrêt de travail, ayant perdu des
clients. Elle se trouve donc dans l'obligation de consolider sa production dans
son usine de Montréal et une partie aussi dans son usine de
l'Ontario.
J'ai rencontré les représentants du syndicat, nous avons
discuté de différents problèmes, des raisons qui ont
amené l'entreprise à prendre cette décision; j'ai
rencontré le président de la compagnie également. S'il y
avait une reprise du marché pour ce genre de carton et de boîtes,
il y aurait peut-être des possibilités de relancer l'usine.
Mais il s'agit vraiment d'un cas de force majeure, de difficultés
financières importantes et l'entreprise, plutôt que de risquer de
fermer définitivement les portes de ses trois usines, a
décidé de consolider ses activités dans deux usines. Il
n'appartient pas à un ministre de l'Industrie et du Commerce de dicter
à une entreprise quoi faire dans les circonstances.
Le Président: Dernière question, M. le
député de Portneuf.
M. Pagé: M. le Président, le ministre nous a
donné l'historique de l'usine. Il semble vouloir imputer à la
grève le motif de la fermeture de l'usine.
M. le Président, en question supplémentaire, vous me
permettrez ici de faire un énoncé: Le syndicat avait la
confirmation du président que la décision de la fermeture
n'était pas due au conflit, parce que 85% des commandes de l'usine de
Québec ont été produites ou étaient en branle
après le conflit. Vous vous êtes définis comme ayant un
préjugé favorable à l'égard des travailleurs. A
cette usine, l'équipement était bon, la productivité
était bonne de la part des travailleurs et, par surcroît,
après le conflit, il y avait 85% de leurs commandes...
Le Président: M. le député...
M. Pagé: M. le Président, le ministre me dit...
M. Burns: Question, question!
Le Président: M. le député de Portneuf.
M. Burns: C'est quoi, la question?
M. Pagé: ... qu'il est même possible que la
production ait été déplacée en Ontario. Qu'est-ce
que le ministre de l'Industrie et du Commerce entend faire?
M. Léger: Question de règlement, M. le
Président.
M. Pagé: Qu'est-ce que vous allez faire...
M. Léger: Question de règlement, M. le
Président.
M. Pagé: ... pour étoffer votre
préjugé favorable à l'égard des entreprises?
M. Léger: Question de règlement.
Le Président: A l'ordre, s'il vous plaît! A l'ordre,
s'il vous plaît!
Sur votre question de règlement, M. le ministre.
M. Léger: L'article 168 dit bien qu'une question d'un
député est irrecevable...
M. Gratton: Les "heavy weight".
M. Léger: ... si elle est précédée
d'un préambule inutile, si elle émet une expression d'opinion et
qu'elle demande une appréciation personnelle du ministre.
M. le Président, étant donné que la question a
été précédée de toute une série
d'affirmations, pourriez-vous passer à un autre député qui
pourrait poser une question selon le règlement, pour qu'on apprenne que
les questions se posent selon le règlement?
M. Pagé: M. le Président, sur la question de
règlement.
Le Président: M. le député de Portneuf.
M. le ministre de l'Industrie et du Commerce, la question a
été formulée; alors, je vous demande d'y
répondre.
M. Tremblay: J'aimerais bien répondre à une
question précise, M. le Président. On peut évidemment
faire un peu de démagogie et dire: Bien, voici, préjugé
favorable, etc. Le fait est, M. le Président...
M. Pagé: J'invoque le règlement, M. le
Président. J'invoque le règlement et c'est mon droit. J'ai
posé une question spécifique. Dans un premier temps, je ne veux
pas m'opposer au poids plume de l'environnement, mais je veux que le ministre
me réponde spécifiquement: Qu'est-ce que le gouvernement va faire
pour assurer l'ouverture de l'entreprise?
Le Président: M. le député de Portneuf. M.
le député de Portneuf, s'il vous plaît! M. le
député de Portneuf, je demande votre collaboration pour respecter
le règlement.
M. Tremblay: J'ai peu de chose à ajouter, M. le
Président, à l'exception que ne n'ai jamais mentionné que
les difficultés de l'entreprise étaient rattachées
à une seule cause. Le point important, c'est que l'entreprise s'est
retrouvée devant une perte de marché et a dû concentrer ses
opérations dans deux de ses usines.
Maintenant, si vous croyez que le marché va se raviver, se
raffermir, dans ce cas-là, cette cause au moins sera disparue et il y
aura possibilité de relancer une telle entreprise. Mais, pour dire
qu'une consolidation d'une entreprise dans une économie de marché
comme la nôtre dépend du ministre de l'Industrie et du Commerce,
je crois que votre équipe de la reconstruction, M. le
député, n'est pas bien renseignée. Peut-être que
vous devriez être mieux renseignés...
M. Pagé: On en parlera des marchés demain.
M. Tremblay: ... sur le fonctionnement de notre économie.
C'est une économie de marché.
M. Pagé: J'ai la liste de leurs clients.
Le Président: Je vous rappelle à l'ordre! M. le
député de Nicolet-Yamaska.
Assurance automobile et omnipraticiens
M. Fontaine: M. le Président, j'aimerais adresser ma
question à l'honorable ministre des Institutions financières. Je
pense que nous devrions prendre avantage aujourd'hui de ses réponses
claires et précises. Je voudrais lui poser cette question. Il y a deux
semaines, M. le Président, j'ai surpris le ministre avec une question
sur l'application de la Loi sur l'assurance automobile, en ce qui a trait aux
négociations de la Régie de l'assurance automobile avec les
médecins omnipraticiens du Québec concernant les rapports
médicaux que ces médecins doivent produire. Le ministre m'avait
alors répondu qu'elle n'était pas tout à fait au courant
du dossier et je l'ai alors informée de la situation.
Or, nous savons que les négociations à ce sujet n'ont pas
avancé d'un pas depuis la date où j'ai posé la question.
Aujourd'hui, M. le Président, comment le ministre peut-elle rester
indifférente à ce dossier, parce qu'il s'agit d'une question
importante pour l'application de sa loi?
Le Président: Mme le ministre des Consommateurs.
Mme Payette: M. le Président, il me fait plaisir
d'informer le député qu'il y aura une rencontre le 20 avril
prochain entre la Régie de l'assurance automobile du Québec et
tous les autres organismes qui ont à traiter avec les médecins
omnipraticiens du Québec.
Le Président: M. le député de
Nicolet-Yamaska.
M. Fontaine: M. le Président, il y aura une rencontre le
20 avril. Or, il est maintenant évident qu'à compter du 1er mai
les médecins ont décidé de ne plus remplir les formules de
la régie et, de ce fait, bloqueront la fameuse machine de la
régie. Quelles dispositions immédiates le ministre entend-elle
prendre pour que son bébé ne fasse pas une indigestion le 1er
mai?
Le Président: Mme le ministre des Consommateurs,
Coopératives et Institutions financières. (14 h 50)
Mme Payette: M. le Président, j'hésite à
répondre à une question comme celle-là. Je vous avoue que
les mesures seront prises cela me paraît évident
après la rencontre du 20 avril.
Le Président: Une dernière question, M. le
député de Nicolet-Yamaska.
M. Fontaine: En dernier lieu, M. le Président,
je voudrais savoir qui va payer. Est-ce que c'est le ministère
des Affaires sociales qui va payer par l'entremise de la Régie de
l'assurance-maladie ou si c'est la Régie de l'assurance automobile qui
va payer pour ses rapports médicaux?
M. Lessard: ... c'est quoi cela?
Le Président: Mme le ministre des Consommateurs,
Coopératives et Institutions financières.
Mme Payette: II y a une autre question qu'il faudrait se poser:
Est-ce qu'il faut payer? Et c'est une aussi bonne question à laquelle on
cherchera la réponse le 20 avril.
M. Lessard: Voilà. La "castonguette", ce n'est pas
assez?
Le Président: M. le député de Vanier.
Reconstruction du Patro Roc-Amadour
M. Bertrand: M. le Président, j'aimerais poser ma question
au premier ministre, dans la mesure où on voudra bien lui laisser le
temps de retourner à son fauteuil. M. le Président, vous me
permettrez un bref préambule entre-temps. Des milliers de citoyens de la
région de Québec ont été touchés hier par la
catastrophe qui est survenue, causée par l'incendie qui a ravagé
complètement le Patro Roc-Amadour à Québec. Ce patro
répondait à un besoin extrêmement pressant pour des
milliers de citoyens dépourvus dans la région de
Québec.
Je voudrais demander au premier ministre si, à la suite de cet
incendie, le gouvernement est disposé à mettre en oeuvre un
certain nombre de moyens qui pourraient permettre que la reconstruction du
Patro Roc-Amadour puisse se faire, et de quel genre d'aide le gouvernement
serait-il en mesure de faire bénéficier les citoyens pour que
nous puissions redonner à ce centre communautaire le rôle qu'il
remplissait jusqu'à hier?
Le Président: M. le premier ministre?
M. Lévesque (Taillon): Je remercie le député
de Vanier de m'avoir prévenu de sa question.
M. Lévesque (Bonaventure): Après le feu.
M. Lévesque (Taillon): Après le feu, oui. Cela, on
ne pouvait pas le voir venir. Il est évident, M. le Président,
que, comme tout le monde, ayant eu à faire la tournée dans
plusieurs coins de la ville de Québec, je sais à quel point les
gens du quartier et même de toute la ville très souvent, y compris
d'ailleurs des militants de diverses formations de notre société,
étaient attachés au Patro Roc-Amadour, ce que cela
représente pour la ville de Québec. Je peux m'engager
immédiatement, à la condition qu'on puisse s'asseoir ensemble
avec les gens de la corporation du patronage et aussi probablement des gens de
la ville de Québec, les dirigeants de la ville qui sont certainement
intéressés, à trouver une formule qui soit la plus
conjointe possible, la plus équitable possible pour que cela recommence
au plus tôt.
Le Président: M. le leader parlementaire de l'Opposition
officielle.
Consultations relatives au projet de loi no 92
M. Lavoie: J'aurais une question à poser, une question qui
s'avère urgente, au leader parlementaire du gouvernement et ministre
d'Etat à la réforme électorale, étant donné
que nous avons terminé l'étude en deuxième lecture de la
loi 92 sur la consultation populaire et qu'on doit entreprendre les travaux en
commission parlementaire dans les prochains jours. On se rappelle que lors de
l'étude du livre blanc, la Commission des droits de la personne,
à la suite de la demande du ministre ou de la commission, je crois,
avait soumis un document intitulé "Réflexions
préliminaires de la Commission des droits de la personne sur le livre
blanc sur la consultation populaire". Au tout début, il est dit, par les
membres de cette commission, et je cite: "II ne fait aucun doute que la
Commission des droits de la personne préfère toujours se
prononcer sur un projet de loi précis plutôt que sur un livre
blanc qui n'est, somme toute, que l'énoncé d'une politique
générale devant mener à l'adoption d'une loi". Un peu plus
loin, on souligne d'ailleurs l'importance de ce projet de loi en citant le
parrain du projet de loi, le leader du gouvernement, lorsque M. Burns dit: II
s'agit que ce projet de loi soit l'essence même de nos institutions
démocratiques, loi-cadre sur la consultation populaire.
Mes questions sont les suivantes. Le ministre a-t-il reçu de la
Commission des droits de la personne un rapport plus élaboré
faisant suite à sa réflexion préliminaire maintenant que
le projet de loi a été déposé depuis un certain
moment? A-t-il reçu les commentaires finals de la commission ou est-ce
qu'il entend demander ou solliciter de tels commentaires sur un projet de loi
aussi important?
Le Président: M. le ministre d'Etat à la
réforme électorale.
M. Burns: Dans l'accusé de réception que j'avais
adressé à la commission lorsqu'elle m'avait soumis ses
commentaires, je lui avais dit qu'il me plairait beaucoup de recevoir ses
commentaires lorsque le projet de loi serait déposé. Je vais
vérifier, mais, à ma connaissance, nous n'avons pas reçu
de commentaires de la commission. En tout cas, je ne les ai pas vus si on les a
reçus. Peut-être ont-ils été adressés
à mon cabinet et, par inadvertance, je ne les ai pas vus, mais je doute
fort que cela soit fait parce que normalement on aurait porté cela
à ma connaissance. Par contre, je dis: Bienvenu à tout
commentaire de la commission relativement au projet de loi, tel que je le
mentionnais dans l'accusé de réception de ses commentaires
préalables.
Le Président: M. le leader parlementaire de
l'Opposition.
M. Lavoie: Si vous n'avez pas reçu de tels commentaires,
réflexions ou opinions, le ministre pourrait-il devant cette Chambre
nous dire s'il a l'intention... Je pense que cela serait normal devant une loi
aussi importante, surtout lorsque la commission, dans ses réflexions
préliminaires, soulève des points d'interrogation, notamment
lorsque cette commission mentionne les écueils par rapport aux droits et
libertés de la personne...
M. Burns: C'est très conditionnel cela.
M. Lavoie: J'ai bien dit des points d'interrogation et que cela
soulevait des questions. Cette même commission fait
référence et semble préférer un projet de loi
spécial au lieu d'uneloi-cadre; elle soulève des doutes sur les
délais de 25 heures sur le débat de la question à
l'Assemblée nationale. Ce sont des points capitaux, et ce ne sera pas
long, M. le Président. Elle mentionne que la question devrait être
adoptée par les deux tiers de l'Assemblée et surtout elle
soulève des points d'interrogation très importants sur des droits
fondamentaux, d'opinion, d'expression et d'association relativement aux
comités-parapluies prévus dans la loi. Est-ce qu'on pourrait
avoir l'assurance, sur un projet de loi d'une telle importance, de la part du
ministre, qu'il sollicitera, dans les meilleurs délais, une
dernière opinion de la Commission des droits de la personne?
Le Président: M. le ministre d'Etat à la
réforme électorale.
M. Burns: D'abord je dois dire, M. le Président on
vient de me le confirmer de mon cabinet qu'effectivement nous n'avons
rien reçu de la commission depuis le dépôt du projet de loi
no 92. Il est quand même dans le décor depuis un certain temps.
C'est un des premiers projets de loi que nous avons déposés lors
de la reprise de nos travaux au mois de février.
Si la commission avait senti le besoin de nous communiquer son opinion
alors que nous l'avions invitée à le faire, je présume
qu'elle aurait pu le faire en temps utile. Je n'ai pas l'intention d'insister
auprès de la commission, surtout que cette commission nous a
déjà dit qu'elle ne voulait pas se faire entendre en commission
parlementaire, que ses opinions, elle nous les donnait pratiquement proprio
motu lorsqu'elle sentait le besoin d'informer l'Assemblée nationale
d'une possible brèche ou d'une possible entorse aux grands principes des
droits fondamentaux et des libertés civiles.
Je présume que si, jusqu'à maintenant, la commission n'a
pas senti le besoin de communiquer avec nous, elle n'a pas, non plus, senti
cette brèche ou cette entorse que je mentionnais tout à l'heure.
Si c'est le cas, je présume également que la commission sera en
mesure de le faire en temps utile. D'autre part, il est important de dire qu'il
ne faut pas, non plus, dans tous les domaines, légifé- rer en
pensant constamment qu'on va remettre entre les mains de la Commission des
droits de la personne, avec tout le respect que nous avons pour le travail
qu'elle fait, notre responsabilité de législateur. Il peut
arriver, à un moment donné, qu'il soit nécessaire
même de passer outre à une opinion de la Commission des droits de
la personne. C'est quelque chose qui n'a rien de scandaleux, c'est quelque
chose que, à un moment donné, le Parlement, comme
législateur, devra poser comme geste, et c'est un geste très
précis qui aura l'occasion d'être discuté ouvertement.
Maintenant, dans la loi 92, je ne vois vraiment pas, surtout pas dans la
formule actuelle, d'endroits où la Commission des droits de la personne
pourrait se plaindre d'une espèce de...
M. Lévesque (Taillon): Sauf pour les grosses
compagnies.
M. Burns: Oui.
M. Lavoie: Est-ce que vous avez lu toutes les pages? Sur sept ou
huit points précis...
M. Lévesque (Taillon): ... dont quelques-uns
étaient des erreurs. (75 heures)
M. Burns: ... dont quelques-uns étaient des erreurs, comme
le dit le premier ministre. Je vais donner, entre autres, M. le
Président, un exemple typique d'opinion de la Commission des droits de
la personne qui est une opinion politique, qui n'a strictement rien à
faire avec les libertés fondamentales de la personne. C'est justement
celui que nous citait tout à l'heure le député de Laval,
à savoir qu'il doit y avoir une loi spécifique ou une loi
générale. C'est un problème politique, cela. Je m'excuse,
mais je ne me plierai pas et le gouvernement ne se pliera pas devant des
opinions politiques qui pourraient nous être données par la
Commission des droits de la personne sur des problèmes politiques,
jamais!
Le Président: Fin de la période des questions. Une
toute dernière là-dessus mais très brève, s'il vous
plaît!
M. Lavoie: Je peux comprendre, M. le Président, que la
commission n'ait pas jugé à propos de soumettre ses commentaires
d'une manière définitive; elle a entendu, comme tout le monde,
que le premier ministre n'était pas pressé à tenir son
référendum avant la fin de 1979.
Le Président: M. le leader parlementaire, s'il vous
plaît, j'ai autorisé une dernière question, je voudrais
qu'elle soit brève, le temps est déjà
écoulé.
M. Lavoie: Du fait qu'on doive étudier en commission
parlementaire très prochainement un projet de loi qui est l'essence
même, à la base même de notre système
démocratique, est-ce que le ministre pourrait demander aux membres de
son cabinet de communiquer avec la commission
pour avoir ses commentaires, ou m'autorise-t-il à communiquer
moi-même avec la commission pour obtenir ces renseignements? Si le
ministre ne le fait pas, je le ferai moi-même.
M. Burns: Vous le ferez si vous le voulez, M. le
député de Laval, mais je peux vous dire qu'on l'a
déjà fait et que, l'autre fois, il me semble qu'elle
n'était pas gênée de nous envoyer son opinion de
façon spontanée, elle n'avait pas été
sollicitée.
M. Lavoie: Elle avait été sollicitée.
M. Burns: Non, elle n'avait pas été
sollicitée, pas du tout, et elle nous a donné spontanément
sa réaciton. C'est à l'occasion de la commission parlementaire,
où nous avons, à un moment donné, exprimé la
volonté de l'entendre, que la commission nous a dit qu'elle ne voulait
pas être entendue, mais qu'elle était prête, cependant,
lorsque le projet de loi serait déposé à nous faire ses
commentaires. Or, je ne les ai pas reçus. Ecoutez, je ne suis pas pour
demander à tous les jours à la commission de nous faire des
remarques sur tous les projets de loi qui sont soumis à
l'Assemblée nationale. Je me fie, d'ailleurs, à la
compétence et à la discipline de la commission elle-même
à ce sujet pour nous donner spontanément, encore une fois, sa
réaction si elle le juge à propos.
Le Président: Fin de la période des questions.
M. Bellemare: M. le Président, en vertu de l'article
34.
Le Président: M. le député de Johnson et
leader parlementaire de l'Union Nationale, nous ne sommes pas encore
arrivés aux avis qui permettraient de poser une question en vertu de
l'article 34. Nous y venons rapidement.
M. Bellemare: Excusez-moi, M. le Président, j'ai
oublié mon règlement.
Le Président: Motions non annoncées.
M. Roy: M. le Président...
M. Charbonneau: M. le Président...
Le Président: M. le député de
Verchères.
M. Charbonneau: Merci, M. le Président. Cela va
peut-être en étonner certains, M. le Président,
étant donné les accrochages dans le passé. Afin de
consolider l'unanimité de cette Chambre qui s'est faite, d'ailleurs,
autour de la proposition du ministre des Finances, je voudrais proposer que
l'Assemblée nationale adresse unanimement ses félicitations au
président de l'Assemblée nationale pour la qualité
exceptionnelle de la représentation de cette Assemblée lors du
Salon international du livre qui s'est tenu la semaine dernière à
Québec. Quand je parle des qualités exceptionnelles de la
représentation de l'Assemblée nationale, je parle non seulement
de la qualité physique, mais également de la qualité du
personnel qui a travaillé au kiosque pour représenter tous les
membres de cette Chambre.
Le Président: M. le député de
Beauce-Sud.
M. Roy: M. le Président, avec votre permission et le
consentement unanime de la Chambre, compte tenu aussi de ce qui a
été déclaré des deux côtés de la
Chambre aujourd'hui, j'aimerais faire la motion suivante: "Considérant
qu'il est de la responsabilité de cette Assemblée d'adopter des
mesures susceptibles de favoriser et de stimuler le développement
économique du Québec; considérant qu'il appartient au
Québec de décider de l'affectation des fonds qu'il perçoit
par ses taxes et ses impôts en fonction des priorités
québécoises; considérant l'offre antérieure faite
par le gouvernement central de rembourser une partie du manque à gagner
découlant d'une diminution de cette dite taxe de vente; cette
Assemblée est d'avis que demande soit faite au gouvernement
fédéral de reconsidérer sa décision et d'accepter
la proposition québécoise annoncée mercredi dernier et que
copie de la présente motion soit transmise immédiatement au
premier ministre Trudeau, ainsi qu'au ministre des Finances, M. Jean
Chrétien".
Le Président: Est-ce qu'il y a consentement à la
présentation de cette motion.
M. Burns: M. le Président, au nom du gouvernement, je
donne mon consentement.
Le Président: M. le député de Rouyn-Noranda,
est-ce qu'il y a consentement à la présentation de la motion?
M. Levesque (Bonaventure): Attends un peu.
M. Samson: M. le Président, je serais disposé
à donner mon consentement après la lecture du budget de ce soir.
Pas aujourd'hui.
Le Président: II n'y a pas consentement. Enregistrement
des noms sur les votes en suspens.
M. Samson: M. le Président, question de
règlement.
Le Président: M. le député de
Rouyn-Noranda.
M. Samson: M. le Président, il me semble que tout
député en cette Chambre doit être libre de s'exprimer sans
se faire crier par la tête, comme cela vient de se faire.
Je n'ai pas donné mon consentement, j'ai dit pourquoi et je tiens
à ce qu'on me respecte.
M. Lévesque (Taillon): Le député de
Bonaventure était debout, je crois, avant le député de
Rouyn-Noranda. Vous avez peut-être, par inadvertance...
M. Levesque (Bonaventure): Je pense que le premier ministre a
parfaitement raison, mais le président a reconnu le député
de Rouyn-Noranda.
M. Lavoie: II a beaucoup de respect pour la
présidence.
M. Brochu: M. le Président, vous faites bien, c'est un
seul orateur par parti. Merci, M. le Président.
Le Président: Nous en sommes aux avis à la Chambre,
M. le leader parlementaire du gouvernement.
M. Lévesque (Taillon): Alors on verra demain.
Le Président: A l'ordre, s'il vous plaît!
M. le leader parlementaire du gouvernement.
M. Burns: Je ne vous dérange pas trop, là? M.
Lavoie: Un peu.
M. Burns: En tout cas, si je vous dérange, vous me le
direz, M. le maire.
Le Président: M. le leader parlementaire du
gouvernement.
M. Caron: Vous êtes bien nerveux.
M. Burns: Je ne suis pas nerveux du tout.
M. Caron: Le congrès de la fin de semaine vous a pas mal
énervé.
Le Président: A l'ordre, s'il vous plaît! M.
Burns: Non.
Le Président: M. le leader parlementaire du gouvernement,
vous avez la parole.
M. Burns: Je vais dire, comme un de mes collègues de
l'arrière vient de me dire: Y a rien là!
M. Caron: M. le Président, les deux le verront avec le
temps.
Le Président: A l'ordre! A l'ordre, s'il vous
plaît!
Travaux parlementaires
M. Burns: M. le Président, je dois d'abord faire une
motion; je vais la faire précéder d'un avis pour demain matin
parce que, demain matin, l'Assemblée nationale ne siégera pas
pour permettre à trois commissions de siéger. Donc, c'est par
avis que je dois procéder. Demain matin, au salon rouge, à
compter de 10 heures jusqu'à 12 h 30 nous espérons pouvoir
terminer les crédits du ministère des Transports; à la
salle 91-A, nous entreprendrons l'étude en commission parlementaire des
crédits du ministère de la Justice aux mêmes heures, donc
de 10 heures à 12 h 30; à 81-A, nous poursuivrons l'étude
du projet de loi no 70, article par article, relativement à la
création de la Société nationale de l'amiante.
Quant à cet après-midi, M. le Président, je fais
motion pour qu'immédiatement, au salon rouge, à compter de
maintenant jusqu'à 18 heures, l'étude des crédits du
ministère des Transports se poursuive à la commission des
transports; en même temps et aux mêmes heures, à la salle
91-A, poursuite des crédits du ministère des Consommateurs,
Coopératives et Institutions financières. Si j'avais le
consentement de la Chambre, je demanderais que nous ayons une troisième
commission, même si nous allons continuer à siéger à
l'Assemblée nationale; je demanderais qu'à la salle 81-A nous
puissions poursuivre, article par article, l'étude du projet de loi no
70. Est-ce que j'ai ce consentement?
M. Bellemare: Non, M. le Président, pas avant que le
leader parlementaire du gouvernement m'ait dit si demain sera consacré
aux discours des chefs de parti sur le budget, tel qu'il avait
été entendu préalablement.
M. Burns: Non, demain matin, on ne siège pas en
Chambre.
M. Bellemare: Demain après-midi?
M. Burns: Demain après-midi, c'est la journée des
députés.
M. Bellemare: Ah! Vous avez changé d'idée.
M. Burns: Non, je n'ai pas changé d'idée, je
m'excuse!
M. Bellemare: Parce que...
(15 h 10)
M. Burns: Non! J'ai parlé à votre chef il y a
quelque chose comme 1 h 30 ou 2 heures, d'accord? J'ai parlé à M.
Biron, au député de Lotbinière, il y a à peu
près 1 h 30 et je lui ai dit que je ne croyais pas qu'il était
possible de faire siéger la Chambre demain matin. Je lui ai dit que j'y
penserais, que je tenterais de trouver des accommodements auprès de tout
le monde; j'ai clairement laissé ententre c'est drôle, j'ai
un témoin présent à cette conservation au
député de Lotbinière, au chef de l'Union Nationale que je
ne croyais pas qu'il était possible et normal que, le discours du budget
étant donné ce soir on puisse imposer aux critiques de
l'Opposition d'y répondre dès demain matin.
M. Bellemare: C'est sûrement une intervention du leader du
Parti libéral qui n'est pas prêt à cause de la position de
MM. Garneau et Ryan.
M. Burns: Je ne veux pas me lancer là-dedans. Le
Président: A l'ordre, s'il vous plaît! M. Lavoie:
Allons donc!
Le Président: M. le leader parlementaire du
gouvernement...
M. Burns: Là-dessus, j'essaie de donner ma collaboration
à tout le monde pour que les travaux fonctionnent le mieux possible,
mais je puis vous dire que la réponse des critiques financiers, en ce
qui me concerne, devra avoir lieu jeudi.
M. Bellemare: Pour eux, cela fait bien leur affaire après
le caucus.
M. Burns: Ecoutez...
Le Président: A l'ordre, s'il vous plaît!
M. Bellemare: Vous vous êtes rendu à la demande du
leader de l'Opposition.
Le Président: A l'ordre, s'il vous plaît! M. le
leader du gouvernement.
M. Burns: On ne peut pas plaire, M. le Président, à
tout le monde et à son père!
M. Lavoie: Vous savez, il y a les ligues majeures et il y a les
ligues mineures.
Le Président: A l'ordre, s'il vous plaît!
M. Bellemare: Alors, c'est non pour la troisième
commission.
M. Burns: C'est non? M. Bellemare: Non.
Le Président: Vous faites motion pour les deux
commissions?
Motion pour faire siéger deux
commissions
M. Burns: M. le Président, devant ce refus de
consentement, je fais donc motion pour que les deux commissions que je viens de
mentionner, soit celle des transports et celle des consommateurs,
coopératives et institutions financières siègent
immédiatement jusqu'à 18 heures.
Le Président: Est-ce que cette motion sera
acceptée?
Une Voix: Vote.
Le Président: Qu'on appelle les députés.
(Suspension à 15 h 13)
(Reprise à 15 h 25) Vote sur cette
motion
Le Vice-Président: A l'ordre, s'il vous plaît! Je
mets aux voix la motion à deux volets de M. le leader parlementaire du
gouvernement pour qu'au salon rouge se poursuive en commission parlementaire
l'étude des crédits des Transports et qu'à la salle 91-A
se poursuive l'étude des crédits du ministère des
Consommateurs, Coopératives et Institutions financières, et cela
jusqu'à 18 heures.
M. Brochu: Au salon rouge.
M. Russell: La commission des transports siège au salon
rouge et non pas à la salle 91-A.
Le Vice-Président: M. le leader parlementaire, est-ce que
j'ai bien compris que c'était au salon rouge, les transports?
M. Burns: La commission des transports au salon rouge et la
commission des consommateurs à la salle 91-A.
Le Vice-Président: C'est ce que je viens de dire! Ah
oui!
M. Burns: Je l'ai protégé encore une fois.
Le Vice-Président: Merci. Alors, que celles et ceux qui
sont en faveur de cette motion veuillent bien se lever, s'il vous
plaît!
Le Secrétaire adjoint: M. Burns, Mme Cuer-rier, MM.
Bédard, Laurin, Morin (Louis-Hébert), Marois, Landry,
Léonard, Couture, Tremblay, Bérubé, Johnson, O'Neill, Mme
Ouellette, MM. de Belleval, Joron, Mme Payette, MM. Lessard, Proulx, Duhaime,
Lazure, Léger, Tardif, Garon, Vaugeois, Michaud, Paquette, Marcoux,
Alfred, Chevrette, Martel, Fallu, Rancourt, Mme Leblanc, MM. Grégoire,
Bertrand, Godin, Laplante, Bisaillon, de Bellefeuille, Mercier, Laberge,
Marquis, Lacoste, Ouellette, Perron, Brassard, Clair, Gosselin, Lefebvre,
Lavigne, Dussault, Charbonneau, Beauséjour, Desbiens, Baril, Boucher,
Gravel, Lé-vesque (Kamouraska-Témiscouata), Gagnon, Jolivet,
Levesque (Bonaventure), Lavoie, Vaillancourt (Orford), Lalonde, Forget,
Goldbloom, Larivière, Saindon, Saint-Germain, Mme Lavoie-Roux...
Le Vice-Président: A l'ordre, s'il vous plaît! Je
demanderais aux députés de rester assis à leur fauteuil
durant le vote!
Le Secrétaire adjoint: MM. Raynauld, Lamontagne, Caron,
O'Gallagher, Picotte, Ciaccia, Marchand, Gratton, Pagé, Verreault,
Biron, Bellemare, Grenier, Russell, Goulet, Fontaine, Brochu, Dubois, Le
Moignan, Cordeau, Samson, Roy, Shaw.
Le Vice-Président: Contre? Abstentions?
Le Secrétaire: Pour: 94 Contre: 0
Abstentions: 0
Le Vice-Président: La motion est adoptée et les
commissions peuvent siéger dès maintenant. M. le leader
parlementaire du gouvernement.
M. Burns: M. le Président, nous pourrions
peut-être disposer assez rapidement d'un article de notre
feuilleton, soit l'article 3) qui, m'a-t-on dit, ne pose pas de problème
quant à la troisième lecture du projet de loi no 98, Loi
modifiant la Loi du régime des eaux. Par les commentaires que nous avons
eus en commission, il semble que cela ne devrait pas causer de problème
relativement à l'adoption de cette troisième lecture. En
conséquence, je demanderais que l'article 3) de notre feuilleton soit
appelé.
Le Vice-Président: M. le ministre
délégué à l'énergie propose que le projet de
loi no 98...
M. Levesque (Bonaventure): Est-ce qu'il y a eu des amendements de
faits en commission?
M. Burns: II y a eu des amendements.
M. Levesque (Bonaventure): Celui qui était responsable du
dossier n'est pas en Chambre présentement. Est-ce qu'on ne pourrait pas
s'entendre pour l'adopter au cours de la séance?
M. Burns: D'accord.
M. Lavoie: Un peu plus tard, parce qu'il n'est pas présent
actuellement.
Le Vice-Président: Donc, M. le leader parlementaire du
gouvernement, je n'appelle pas l'article 3)?
M. Burns: Nous allons suspendre cette demande d'appeler l'article
3). Le chef de l'Opposition a une bonne raison de la retarder étant
donné que le responsable du dossier du côté de l'Opposition
officielle n'est pas ici.
M. le Président, je vous demanderais alors d'appeler l'article
6), la deuxième lecture du projet de loi no 95. (15 h 30)
Projet de loi no 95
Deuxième lecture
Le Vice-Président: D'accord. M. le ministre de la Justice
propose que le projet de loi no 95 il devrait invoquer le
lieutenant-gouverneur Loi favorisant la libération conditionnelle
des détenus, soit lu une deuxième fois.
M. le ministre de la Justice.
M. Marc-André Bédard
M. Bédard: M. le Président, l'honorable
lieutenant-gouverneur a pris connaissance de ce projet de loi et il en
recommande l'étude à la Chambre.
M. le Président, le projet de loi que nous étudions
aujourd'hui a pour objet de permettre à une personne
incarcérée dans un établissement de détention au
Québec, c'est-à-dire des détenus condamnés à
moins de deux ans, de bénéficier d'une libération avant
terme accordée par la
Commission québécoise des libérations
conditionnelles.
La libération conditionnelle, M. le Président, est une
mesure permettant de libérer avant expiration de sa sentence et
au moment qu'une commission de libération conditionnelle l'estime
propice un prisonnier qu'elle juge apte à en
bénéficier pour lui permettre de purger le reste de sa peine en
liberté dans la société. Mais il est bon de mentionner que
cette permission est soumise à des conditions préalables,
préétablies et sous une surveillance.
En outre, le sujet demeure susceptible de réincarcération
s'il ne se conforme pas aux règles ou aux conditions qui
régissent sa libération.
La libération conditionnelle se distingue donc, de ce fait, de la
libération sous conditions prévue à l'article 662,
paragraphe 1, du Code criminel. Cette libération prévue au Code
criminel est assortie d'une ordonnance de probation; elle constitue une
modalité du pouvoir de sentence des tribunaux criminels. Il s'agit donc
d'une décision du tribunal par laquelle, en guise de sentence, le
délinquant est mis en liberté moyennant le respect de certaines
conditions et également sous surveillance de certains agents de
probation.
Donc, contrairement à la libération sous conditions de
l'article 662, paragraphe 1, ou au sursis de sentence de l'article 663 auquel
s'ajoute une ordonnance de probation, la libération conditionnelle n'est
pas une sentence mais constitue une décision qui permet de
réévaluer les modalités d'application de la sentence
d'emprisonnement déjà prononcée par une cour.
Quant à l'absence temporaire, il s'agit d'une mesure dont se
servent les autorités d'un établissement de détention pour
libérer le détenu aux conditions qu'elles déterminent ou
qu'elles jugent valables pour des raisons de nature humanitaire ou
médicale ou, encore, pour favoriser sa réinsertion sociale.
En d'autres termes, le recours à une absence temporaire
s'avère nécessaire lorsque des circonstances particulières
surgissent et font en sorte que la non-libération puisse nuire à
un détenu. L'absence temporaire s'octroie de façon
générale pour les raisons suivantes; par exemple, les cas
d'hospitalisation, le décès d'un frère ou d'une soeur, le
décès d'un proche parent, le règlement d'affaires
personnelles à l'extérieur requérant la présence de
l'intéressé, la poursuite des études au CEGEP ou à
l'université, etc.
Il s'agit, en somme, M. le Président, de sorties de très
courte durée nécessitant la plupart du temps un retour quotidien
à l'établissement.
Avant d'expliciter certaines dispositions du projet de loi, il y aurait
lieu de le situer dans le contexte fédéral que nous subissons. Le
Code criminel prévoit la création par les provinces qui le
désirent d'une commission provinciale des libérations
conditionnelles chargée d'assumer à la place du
fédéral la responsabilité des libérations
conditionnelles pour les sentences de moins de deux ans. Donc, pour les
personnes incarcérées dans les établissements qui
relèvent de la juridiction du Québec.
Le rapport du Comité canadien de la réforme pénale
et correctionnelle avait d'ailleurs souligné avec force l'illogisme de
cette situation: "C'est manquer de réalisme que de garder un prisonnier
sous l'autorité d'un gouvernement et d'attendre que se pose la question
de sa libération conditionnelle pour en confier la charge à un
autre niveau de gouvernement." C'est ce que disait, M. le Président, le
rapport du Comité canadien de la réforme pénale et
correctionnelle. Donc, la création d'une commission provinciale des
libérations conditionnelles fournit de fait au Québec un outil
indispensable à l'atteinte des objectifs fixés par la Loi de la
probation et des établissements de détention qui met l'emphase
sur la réinsertion sociale des délinquants ou des
contrevenants.
Pour assurer un retour fructueux à la société, il
nous a toujours semblé essentiel d'avoir à notre disposition les
outils nécessaires à la poursuite de nos objectifs en termes de
réinsertion sociale. Grâce à la création de la
commission, nous jouirons d'une plus grande autorité sur tous les
aspects des sentences purgées dans les établissements de
détention au Québec. Il nous reviendra enfin de décider
quand un de nos détenus est en mesure de bénéficier d'une
libération avant terme, sans, pour ce faire, attendre une
décision d'une commission qui relève du gouvernement
fédéral. La Commission québécoise des
libérations conditionnelles aura juridiction sur les détenus
condamnés à moins de deux ans et sur les personnes
condamnées à plus de deux, et qui, par suite de l'accord
intervenu entre le Québec et Ottawa, auraient été
transférées d'un pénitencier fédéral
à un établissement du Québec sous la juridiction du
Québec.
Il en résulte donc, M. le Président, que les quelque 33
femmes condamnées à plus de deux ans et présentement
détenues à la Maison Tan-guay à Montréal entrent
dans cette définition et que l'éventuelle commission des
libérations conditionnelles du Québec aura juridiction sur elles,
de même que sur la dizaine de détenus masculins
transférés du pénitencier en vertu du même accord et
qui purgent leur sentence dans un établissement relevant de la
juridiction du Québec.
Certaines dispositions du projet de loi méritent, M. le
Président, d'être soulignées au niveau du débat de
deuxième lecture. Premièrement, le projet prévoit la
constitution de la Commission québécoise des libérations
conditionnelles qui est composée de cinq membres dont un
président et un vice-président, nommés pour une
période de cinq ans, auxquels s'ajouteront des membres à temps
partiel au niveau des régions, afin qu'un des membres de la commission
soit un résident de la même région que le détenu
dont le cas est étudié.
Ceci devrait permettre, nous l'espérons, à la Commission
des libérations conditionnelles de prendre une décision mieux
adaptée à la réalité. L'octroi de la
libération pourra être accordé à tout détenu
qui a purgé le tiers de la peine d'emprisonnement prononcée par
le tribunal. La révocation de cette libération peut s'effectuer
lorsqu'il existe un motif raisonnable de croire que le détenu a
violé une condition de sa libération ou pour prévenir la
violation d'une telle condition.
M. le Président, la commission pourra, en outre, statuer sur
l'appel d'une décision rendue en matière d'absence temporaire
je vous en parlais tout à l'heure par le directeur
général de la probation et des établissements de
détention. Cette stipulation revêt une grande importance
puisqu'elle accorde au détenu bénéficiant d'une absence
temporaire les mêmes droits de révision que ceux accordés
à une personne admissible à une libération conditionnelle
lorsque sa demande est refusée ou révoquée. Enfin, il faut
souligner le droit d'en appeler de toute décision prise par un membre de
la commission.
Afin que le détenu puisse librement s'exprimer lors des auditions
et parce que nous désirons obtenir l'assurance que les décisions
de la commission ne puissent être sujettes à interprétation
et qu'elles revêtent toutes les garanties de justice et
d'objectivité, nous avons attaché une grande importance aux
règles de procédure. Cette préoccupation se reflète
principalement dans les dispositions suivantes. L'administrateur de tout
établissement doit informer le détenu des dispositions de la Loi
favorisant la libération conditionnelle. La commission doit
procéder avant décision à une consultation des
autorités de l'établissement et de toute autre personne. Un
détenu a droit d'être présent et de se faire entendre
devant la commission, à moins qu'il n'y renonce par écrit. Il a
également droit de se faire représenter par toute autre personne
de son choix. La commission doit rendre avec diligence une décision
écrite et motivée dont copie doit être remise au
détenu. (15 h 40)
Enfin, comme je le mentionnais antérieurement, le détenu
pourra en appeler de la décision de refuser ou de révoquer la
libération conditionnelle. Afin de pallier aux difficultés
administratives posées par l'application de la libération
conditionnelle aux sentences de très courte durée, le projet de
loi modifie aussi la Loi de la probation et des établissements de
détention de façon à accorder à une personne
incarcérée pour une période d'emprisonnement
inférieure à six mois la permission de s'absenter temporairement
d'un établissement de détention. Le directeur
général d'un établissement ne pourra rendre sa
décision que sur recommandation d'un comité d'absence temporaire,
lequel doit être institué dans chaque établissement de
détention. Ce comité, composé de trois personnes
désignées par l'administrateur de l'établissement,
assurera, je crois, une plus grande objectivité dans la prise de
décision et, comme le tout doit être consigné par
écrit, il facilitera la tâche de la commission lorsqu'une demande
d'appel sera interjetée.
L'inclusion, M. le Président, des articles sur l'absence
temporaire nous a paru nécessaire pour des raisons d'ordre pratique. En
effet, compte tenu que la presque totalité des sentences en bas de six
mois sont ou de trois mois ou inférieures à trois mois, il
fallait nécessairement établir dans
leur cas une procédure qui leur accorde une protection et des
droits analogues à ceux qui sont condamnés à des peines
plus grandes.
Ce projet de loi est l'aboutissement de plusieurs années
d'efforts, il complète la Loi de la probation et des
établissements de détention en fournissant un outil susceptible
de faciliter l'atteinte d'un des principaux objectifs, à savoir
favoriser la réinsertion des personnes incarcérées.
Merci, M. le Président.
Le Vice-Président: M. le député de Portneuf.
M. Michel Pagé
M. Pagé: Merci, M. le Président. Il y a quelque
temps, dans sa réplique au discours inaugural, le député
de Vanier, faisant état du rôle de chacun des
députés dans cette Chambre, évoquait que, trop souvent, la
position adoptée par un député ou par une formation
politique dépendait du fauteuil sur lequel on était assis. Il
semblait vouloir reprocher au système parlementaire dans lequel nous
vivons un manque d'objecticité ou, dans certains cas mêmes, un
manque de bonne foi à l'égard de certains projets de loi qui
peuvent être présentés.
Je crois que la position de l'Opposition officielle aujourd'hui remet en
doute le principe mis de l'avant par le député de Vanier parce
qu'il va de soi qu'on souscrit au projet de loi no 95 tel que
présenté par... C'est bien, allez, exécutez-vous, je vous
en prie. C'est tellement rare que vous vous laissiez aller à nous
applaudir; vous devriez vous laisser aller plus souvent.
M. Burns: C'est assez rare que vous dites des choses
intelligentes, vous ne nous donnez pas cette occasion.
M. Pagé: Serait-ce parce que j'ai vu le
député de Maisonneuve...
Le Vice-Président: M. le député de
Portneuf!
M. Pagé: ... siéger pendant trois ans comme leader
de l'Opposition? Je me le demande.
M. Burns: Six ans. J'étais meilleur que vous, à
part cela!
Le Vice-Président: A l'ordre!
M. Pagé: Je l'ai vu siéger pendant trois ans, quant
à moi.
M. Burns: Je le faisais bien mieux que cela.
Le Vice-Président: M. le leader parlementaire du
gouvernement, vous n'êtes pas assis à votre siège.
M. Pagé: Cela reste à prouver, on verra cela en
termes de résultats.
Le Vice-Président: M. le député de Portneuf,
revenez à la pertinence du débat, s'il vous plaît!
M. Pagé: Certainement, M. le Président. Ce que
l'honorable leader du gouvernement vient d'énoncer, on verra cela
après les prochaines élections, on verra si on a appris.
Ce projet de loi no 95 établit une commission
québécoise des libérations conditionnelles et en
définit la constitution, les pouvoirs et les devoirs pour les
détenus condamnés à des peines de moins de deux ans ou
encore les détenus qui sont déférés à un
établissement de détention provinciale par le
fédéral. Avant l'adoption, par le Parlement du Canada, du bill
C-51 en 1977, la Commission fédérale des libérations
conditionnelles avait, seule, juridiction sur la libération des
détenus, même dans les établissements provinciaux, lorsque
ces détenus avaient été condamnés en vertu du Code
criminel ou d'une autre loi fédérale.
Il va de soi que le Québec se devait de se doter d'une commission
comme celle-là et ce pour répondre aux objectifs
énoncés par le ministre dans son discours, à savoir que
cette commission constituera, somme toute, un outil indispensable à
l'atteinte des objectifs fixés par la Loi de la probation et des
établissements de détention; en d'autres termes, le recours
à une absence temporaire des détenus s'avère
nécessaire, dans certaines circonstances, à une
réinsertion sociale de ces détenus. Evidemment, j'aurais
plusieurs questions techniques ou concrètes à poser au ministre,
j'entends les soulever lors de l'étude du projet de loi article par
article.
Je me permettrai quand même de faire deux commentaires à
l'égard de deux articles spécifiques, à l'attention du
ministre, et ce afin que celui-ci, possiblement, puisse aborder ces questions
entre le moment du débat en deuxième lecture et de l'étude
article par article. L'article 25 comporte une règle qui s'impose et qui
est relative à la déchéance de la libération
conditionnelle en question.
Ne faudrait-il pas ajouter un article semblable à l'article 17 de
la loi fédérale prévoyant la déchéance de la
libération conditionnelle dans les cas prévus à cet
article 25? L'article 25 énonce la possibilité d'une
déchéance de la condition, mais il ne semble pas y avoir de corps
à ce principe, on ne semble pas trop savoir comment cela pourrait se
faire. Le ministre, je crois, serait bienvenu de se référer
à l'article 17 de la loi fédérale pour voir la
façon dont cela peut se concrétiser.
Il y a cet énoncé et il y a enfin l'énoncé
auquel le ministre faisait référence, soit l'article 22d. Le
ministre y faisait référence, à la fin de son
intervention, en disant que le directeur d'un établissement de
détention pourra acquiescer à une requête qui lui sera
formulée avec l'approbation de la commission seulement.
Il y a certains cas, M. le Président, où, selon moi, le
directeur général pourrait faire certaines exceptions pour des
raisons humanitaires ou autres et ce, sans être obligé d'avoir
l'approbation de la commission. Prenons le cas, par exemple, où le
parent d'un détenu est malade et que le détenu en question se
doit de se rendre à son chevet dans un délai de quelques heures.
Prenons le cas d'un décès qui viendrait à la connaissance
du directeur
ou encore à la connaissance du détenu, en quelques heures
seulement. Enfin, il y a une foule de raisons qui pourraient, selon moi,
permettre, dans des cas exceptionnels comme ceux-là, au directeur d'user
d'une certaine discrétion, sans pour autant être obligé de
se référer ou de demander l'approbation de la commission de
libération.
Or, M. le Président, pour réitérer ce que je
formulais au début, nous sommes d'accord en principe avec le projet de
loi présenté par le ministre aujourd'hui et nous aurons
l'occasion de discuter plus spécifiquement certains aspects du projet de
loi quand nous pourrons poser des questions. Cependant, je tiens à
signaler au ministre les commentaires que je viens de lui formuler à
l'égard de l'applicabilité ou du corps à donner à
l'ossature qu'on rencontre dans les articles 25 et 22.
M. le Président, c'était, somme toute, les commentaires de
l'Opposition officielle et je tiens à vous faire part qu'on votera pour
le projet de loi.
Le Président suppléant (M. Boucher): M. le
député de Nicolet-Yamaska.
M. Serge Fontaine
M. Fontaine: Merci, M. le Président.
A la fin du mois de novembre 1977, si je ne me trompe, le ministre de la
Justice présentait le projet de loi 95 devant cette Assemblée
nationale et, quelque temps après, dans une entrevue exclusive avec le
Devoir, il représentait ce projet de loi comme étant la pierre
d'assise d'une réforme en profondeur du système
pénitentiaire et des programmes de réhabilitation et de
réinsertion sociale des détenus.
Le ministre nous a encore rappelé aujourd'hui, dans son discours,
les différents points qu'il avait abordés dans cet article, mais
il serait peut-être intéressant de revoir ensemble quelques
éléments de cet article qui avait été écrit
par Jean-Claude Picard. Il nous disait: "Soucieux, comme tous ses
prédécesseurs, de transformer l'image qu'il juge trop
répressive de la justice québécoise, le ministre de la
Justice, M. Marc-André Bédard, a décidé
d'entreprendre une réforme en profondeur du système
pénitentiaire et des programmes de réhabilitation et de
réinsertion sociale des détenus. La pierre d'assise de cette
réforme que M. Bédard a annoncée au cours d'une entrevue
accordée au Devoir, la semaine dernière, et dont une seconde
tranche sera publiée demain, sera la création d'une commission
spéciale de libération conditionnelle qui aura pleine
autorité sur 19 000 citoyens actuellement détenus dans les
prisons de juridiction provinciale." Un peu plus loin on nous dit: "C'est une
simple, mais fort instructive constatation statistique qui justifie, aux yeux
du ministre, l'urgence de cette réforme. Des 19 000 citoyens
détenus dans les établissements provinciaux, 16 000 purgent des
peines de six mois et moins d'emprisonnement."
M. le Président... (15 h 50)
M. Bédard: C'est la population tournante au niveau des
établissements. Il n'y en a pas 19 000 en prison!
M. Fontaine: C'est cela, oui. Je constate que le chiffre
mentionné par le ministre est très intéressant et que le
projet de loi arrive fort à point dans notre société
actuelle. Les constatations qu'il a faites sont tout à fait
justifiées. "Ces détenus continue d'expliquer M.
Bédard en sont donc, pour la plupart, à une
première infraction, et encore s'agit-il d'une infraction plutôt
mineure si on considère la durée de la sentence. Ils sont des
candidats naturels à la réhabilitation et à la
réinsertion sociale, ce qui nécessite évidemment qu'ils
puissent bénéficier des largesses de la Commission
fédérale des libérations conditionnelles". On nous
explique un peu plus loin le pourquoi de la législation provinciale.
Même si on nous dit que ces détenus pourraient
bénéficier des largesses de la Commission des libérations
conditionnelles fédérale, il appert que celle-ci est
débordée de travail et prend environ quatre mois à juger
les demandes qui lui sont acheminées, si bien qu'il devenait
impérieux, dans le cadre du programme que veut implanter le
Québec, que la province se dote de sa propre commission des
libérations conditionnelles qui aura ainsi pleine et entière
juridiction sur les conditions inhérentes à la libération
des détenus.
Nous souscrivons d'emblée au principe de ce projet de loi que
nous étudions en deuxième lecture parce que nous sommes d'accord
avec les énoncés qui ont été faits par le ministre
à ce sujet et nous prétendons qu'effectivement cette initiative
du ministre sera de nature à réhabiliter et à favoriser la
réinsertion sociale des détenus. Nous sommes d'accord avec ce
principe de projet de loi, pour les mêmes raisons qu'a exprimées
le ministre au cours de l'entrevue qu'il a accordée, raisons que l'on
retrouve également dans le rapport de 1977 de la Direction
générale de la probation et des établissements de
détention, qui nous disait, en faisant un peu l'historique du bill C-51
modifiant le Code criminel qui a été adopté en
troisième lecture à la Chambre des communes à Ottawa, le
19 juillet 1977 et qui, depuis, a reçu la sanction royale après
acceptation par le Sénat: "Dans cette pièce législative,
il est prévu la création, pour les provinces qui le
désirent, d'une commission provinciale des délibérations
conditionnelles. Lors des rencontres fédérales-provinciales, il
fut convenu de fixer au 1er avril 1978 la date de proclamation de la section
couvrant les libérations conditionnelles. La nouvelle loi répond
de fait à un voeu, maintes fois répété,
exprimé par le Québec au cours des dernières
années, d'assumer, à la place du fédéral, la
responsabilité des libérations conditionnelles pour les sentences
de moins de deux ans. Donc, pour les personnes incarcérées dans
les établissements relevants de la juridiction du Québec. Le
rapport du comité canadien de la réforme pénale et
correctionnelle, dit rapport Ouimet, soulignait d'ailleurs avec force
l'illogisme de l'ancien partage des responsabilités". Le rapport Ouimet
disait ceci:
"C'est manquer de réalisme que de garder un prisonnier sous
l'autorité d'un gouvernement et d'attendre que se pose la question de la
libération conditionnelle pour en confier la charge à un autre
niveau de gouvernement".
Il est bien évident que dans le système actuel nous vivons
une situation assez invraisemblable. Le projet de loi 95 arrive à point
pour corriger cette situation. Le rapport continuait en disant: "Parce que la
loi prévoit l'échange des libérés conditionnels
d'une province à l'autre et parce que certaines provinces ne se
prévalent pas du privilège de créer leur propre
commission, il est spécifié dans le bill C-51 que les
règlements émis par le lieutenant-gouverneur d'une province
doivent être compatibles avec les dispositions de la loi. Cette
stipulation a nécessité une rencontre
fédérale-provinciale au mois de novembre 1977 au cours de
laquelle les représentants du fédéral et des provinces
s'entendirent sur le contenu d'un projet de règlement dont la
flexibilité en assurera l'application uniforme à travers le
Canada".
On voit bien par ces commentaires qui nous sont soumis dans le rapport
que la législation qui nous est soumise aujourd'hui est tout à
fait à point et qu'elle sera bénéfique pour les
détenus qui sont incarcérés dans les prisons du
Québec, c'est-à-dire des détenus qui subissent des peines
de moins de deux ans.
Cependant, à la lecture des différents édito-riaux
sur le sujet, nous avons constaté des réflexions
intéressantes. Par exemple, dans le Devoir du 30 novembre 1977, M.
Jean-Claude Leclerc nous donne certains commentaires sur la Commission des
libérations conditionnelles du Québec. Il nous dit ceci:
"Malgré la réputation "libérale " de l'administration de
la justice au pays, le sort fait aux détenus reste l'un des
problèmes sociaux les plus graves, les plus négligés et
les moins connus aussi du grand public. Sans être pire au Québec
que dans les autres provinces, cette situation y demeure explosive".
M. le Président, vous me permettrez de rappeler qu'il y a
quelques mois nous avons eu à déplorer le meurtre du directeur
d'un centre de détention. Cette question qui est soulevée par le
journaliste Jean-Claude Leclerc est tout à fait importante.
Il continue en disant: "Aussi faut-il se réjouir que le ministre
de la Justice ait décidé d'intervenir sans plus attendre les
changements constitutionnels, par ailleurs souhaités, qui pourraient
rendre plus cohérents et plus efficaces les programmes visant à
humaniser les prisons et à réhabiliter les détenus. "Dans
l'entrevue qu'il vient d'accorder à notre collègue, Jean-Claude
Picard..." c'est l'entrevue que je soulignais tout à l'heure où
le ministre donnait ses explications sur le projet de loi. Suite à ces
explications, M. Leclerc ajoutait: "Le dilemme se pose plus dramatiquement dans
les institutions fédérales. Dans les pénitenciers, en
effet, on ne peut faire de réforme sans réduire la population
carcérale; et, cercle vicieux, on ne peut réduire cette
population rendue encore plus dangereuse par les conditions internes de
détention. Avant d'entreprendre de relever pareil défi, si jamais
Ottawa lui cède sa juridiction, le gouvernement de Québec serait
prudent en mettant d'abord à l'épreuve les lois et les programmes
qu'il envisage pour les détenus des prisons provinciales".
C'est ce que nous faisons aujourd'hui avec ce projet de loi no 95. Il
ajoutait: "Entre-temps, il faut souhaiter que le public soit saisi des
expériences positives en cours et du dossier sur lequel le ministre doit
fonder la législation qu'il entend présenter sous peu à
l'Assemblée nationale. Sans un changement de mentalité dans le
grand public, en effet, les réformes risquent de tourner court et
d'avoir un effet de boomerang contre le ministère au premier "accident"
un tant soit peu spectaculaire dans les mesures envisagées".
Je pense que M. Leclerc a touché un point extrêmement
important en disant qu'il fallait également préparer la
population à accepter de telles réformes. Il est bien sûr,
comme on le dit dans l'article, que si un accident spectaculaire survenait dans
ce domaine, la population du Québec serait facilement
influençable pour se révolter contre un tel projet de loi ou, au
moins, le critiquer fortement. Il est intéressant de noter ce point de
vue de M. Leclerc et je suis assuré que le ministre prendra les
dispositions nécessaires pour faire en sorte que la population du
Québec soit très bien informée des changements que l'on
propose et sache que ces changements sont faits pour le plus grand bien des
détenus et également pour le plus grand bien de la
société québécoise.
Le ministre a également fait allusion tout à l'heure
à la question des absences temporaires. Je voudrais succinctement
rappeler également les notes qu'on nous a remises dans le rapport de
1976 où l'on parlait de ces absences temporaires et où on nous
dit que ces absences ont été un réel succès. Il
s'agit là d'une expérience concluante. Cela répond
peut-être un peu aux commentaires que faisait le journaliste tout
à l'heure. Sur les absences temporaires, le rapport nous dit que
"l'année 1976 a vu s'élaborer une politique davantage
intégrée à la philosophie des programmes par un octroi
plus large d'absences temporaires basé sur le cheminement responsable
des détenus. Rappelons que le programme des absences temporaires
accordées en vertu des articles 19 et 20 de la Loi de la probation et
des établissements de détention constitue toujours le programme
qui correspond le mieux à la philosophie fondamentale qui ressort du
texte de la loi, à savoir faciliter la réinsertion sociale des
personnes incarcérées. (16 heures)
En effet, ces absences sont octroyées aux détenus soit
pour se chercher ou conserver un emploi à l'extérieur, soit pour
poursuivre des études dans une maison d'enseignement. "Ces absences
peuvent également être accordées pour des raisons
humanitaires ou médicales. En 1976, 5328 absences temporaires furent
accordées aux hommes et 518 aux femmes, soit une augmentation de 29%
pour les deux groupes, par rapport à l'an passé. "Le nombre
d'annulations et de révocations s'élève à 132 pour
un pourcentage de 2,3% des
bénéficiaires. Alors, ce programme constitue un franc
succès, surtout si l'on considère qu'il est de plus en plus
basé sur le cheminement responsable des détenus."
Et on ajoute, un peu plus loin: "Le programme des absences temporaires
accordées en vertu des articles 19 et 20 de la Loi de la probation et
des établissements de détention constitue toujours l'axe des
programmes institutionnels qui permet à la personne
incarcérée de reprendre contact avec la société, et
c'est le but de la loi qui nous est présentée aujourd'hui. En
effet, ces absences sont octroyées aux détenus soit pour se
livrer ou conserver un emploi à l'extérieur, soit pour poursuivre
des études dans une maison d'enseignement. "En 1977, un total de 7172
absences temporaires était accordé, soit une augmentation de 23%
par rapport à l'année 1976. Les hommes ont
bénéficié de 6577 absences, et les femmes, de 595. Il y
eut 187 suspensions d'absence temporaire dont 87 étaient dues à
des raisons d'ordre technique qui ne mettaient pas en cause la
responsabilité du bénéficiaire. Donc, il n'y aurait eu que
100 échecs dans l'application de ce programme pour une proportion de
1,4%. On s'aperçoit qu'avec les années la proportion
d'échecs de ce programme diminue et, parmi ces échecs, il n'y en
aurait que six attribuables à une révocation à la suite de
la commission du délit criminel y compris l'absence illégale. "Ce
programme constitue un franc succès, surtout si l'on considère
qu'il est de plus en plus basé sur le cheminement responsable des
détenus."
On voit bien que ces programmes qui avaient déjà
été préparés par le ministère de la Justice
sont très importants et qu'on va probablement les rendre plus permanents
avec la loi 95 que nous étudions.
Il faut également tenir compte, bien que ce soit là de
nature secondaire, que la vie d'un détenu dans une prison coûte
extrêmement cher à la société. On nous rapporte que
ces détenus coûtent annuellement une somme de $18 000 chacun aux
contribuables québécois. Je pense qu'il est important de pouvoir
même du point de vue pécuniaire retourner ces
prisonniers dans la société le plus rapidement possible, quand on
connaît ces coûts. La réinsertion sociale de ces
détenus le plus rapidement possible est tout à fait
nécessaire et c'est pour ces raisons que l'Union Nationale, après
avoir consciencieusement étudié ce projet de loi et son
application, votera pour le principe de ce projet de loi.
Merci, M. le Président.
Le Vice-Président: M. le ministre de la Justice.
M. Marc-André Bédard
M. Bédard: M. le Président, j'ai noté
certaines des questions sérieuses qui ont été
soulevées par les représentants de l'Opposition officielle et de
l'Union Nationale. Je ne veux pas prendre indû- ment le temps de cette
Chambre. Je crois que nous aurons l'occasion, lors de l'étude article
par article du projet de loi, d'y aller plus en profondeur au niveau de la
discussion. Je suis très heureux que ce projet de loi fasse
l'unanimité parce que je pense que ceci nous permet de partir sur un bon
pied, dans un premier temps, pour pouvoir, dans un deuxième temps,
sensibiliser la population à la nécessité que celle-ci
s'implique dans la réinsertion sociale des détenus, et pour que
les gouvernements se donnent les instruments nécessaires pour y
arriver.
Le Vice-Président: Merci aux membres de cette
Assemblée. Est-ce que cette motion de deuxième lecture de M. le
ministre de la Justice concernant le projet de loi no 95, Loi favorisant la
libération conditionnelle des détenus, sera adoptée?
Des Voix: Adopté.
Le Vice-Président: Adopté.
M. le leader parlementaire du gouvernement.
Motion de renvoi à la commission de la
justice
M. Burns: M. le Président, je propose que ce projet de loi
soit déféré à la commission parlementaire
permanente de la justice pour étude article par article.
Le Vice-Président: Cette motion sera-t-elle
adoptée?
Des Voix: Adopté.
Le Vice-Président: Adopté.
M. le leader parlementaire du gouvernement.
M. Burns: Article 5), M. le Président.
Projet de loi no 85 Deuxième lecture
Le Vice-Président: Je vais redonner la parole à M.
le ministre de la Justice. Nous l'invitons à faire cette motion pour que
soit lu, une deuxième fois, le projet de loi 85, Loi modifiant la Loi de
la probation et des établissements de détention.
M. le ministre de la Justice.
M. Marc-André Bédard
M. Bédard: M. le Président, le
lieutenant-gouverneur a pris connaissance de ce projet de loi et en recommande
l'étude à la Chambre. M. le Président, concernant le
projet de loi 85, avant de parler spécifiquement du projet de loi
lui-même, j'aimerais vous faire part de quelques réflexions sur
l'importance du travail comme facteur de réinsertion sociale. Le
travail, dans la mesure où il est justement rétribué et
justement humain, répond à la satisfaction des besoins de l'homme
et contri-
bue à son épanouissement. Il semble que tous nous en
convenons. L'absence de travail contribue nécessairement à sa
dévalorisation. Il en est ainsi pour le délinquant comme pour le
non-délinquant. Le travail constitue donc une facette importante du
processus de réinsertion sociale et contribue pour une large part, c'est
notre conviction, à la réussite ou à l'échec de ce
processus.
Admettant, au point de départ, M. le Président, que ce
n'est pas un seul facteur psychologique ou social qui fait d'un individu un
criminel, nous pouvons constater souvent cependant qu'un facteur isolé,
pas nécessairement criminogène en soi, devient le facteur
précipitant vers la criminalité ou la récidive. Ainsi en
est-il de l'absence de travail. La réinsertion sociale du contrevenant
est en grande partie conditionnée par sa réintégration sur
le marché du travail. Pour redevenir un citoyen responsable, le
contrevenant doit retrouver une certaine sécurité et
également doit pouvoir satisfaire ses besoins fondamentaux. Or, ce
sentiment de sécurité et cette capacité de se sentir utile
et autonome proviennent d'un emploi qui offre une certaine stabilité, un
salaire adéquat, des chances d'avancement et la reconnaissance de son
utilité. M. le Président, ainsi le travail qui donne à
tout individu un moyen de subsistance, une occasion de demeurer physiquement et
mentalement actif ou encore l'occasion de faire quelque chose, de fonctionner
comme une partie d'un tout, ce travail peut devenir pour le contrevenant le
meilleur moyen de prévenir une récidive.
Cependant, M. le Président, dans le contexte social que nous
connaissons, réintégrer le marché du travail est complexe
et difficile. De plus en plus, on recherche des gens instruits ou
spécialisés. La connaissance d'un métier devient
indispensable. La société relègue souvent au second plan
certaines catégories de travailleurs, dont les délinquants,
qu'elle tient en marge. Ces individus, M. le Président, se regroupent
entre eux. Et ne pouvant, à cause de leur faiblesse, solutionner leurs
problèmes personnels, sociaux et économiques, ces individus
s'enlisent dans une dépendance sociale dévalorisante et
revendicatrice. Ce procédé ne leur permet quand même pas de
satisfaire leurs besoins fondamentaux.
Ils se voient refuser toute garantie de sécurité et ils
développent, de ce fait, envers la société c'est
notre conviction une hostilité, une révolte qui, quoique
compréhensible, leur est préjudiciable. De plus, nombreux sont
les délinquants qui ne partagent pas l'opinion que le travail est
valorisant. Possédant une formation scolaire et technique faible et une
expérience de travail peu abondante et peu intéressante, de
nombreux délinquants ne perçoivent pas le travail comme pouvant
représenter une valeur positive. (16 h 10)
En pratique, ces personnes ont de grandes difficultés à
obtenir un emploi ou à en occuper un d'une façon stable. Devant
l'importance de ce facteur, il devient nécessaire, pour tous ceux qui
sont impliqués dans la prévention de la criminalité et
dans la réinsertion sociale des contrevenants de se définir un
cadre de référence commun et d'en établir les
modalités de fonctionnement d'une façon coordonnée.
Les sociétés cherchent à se donner des moyens de
contrôle de la criminalité. Au Québec, c'est le
ministère de la Justice qui est chargé d'assurer le respect des
lois et des règlements. C'est ainsi qu'il a été
créé au sein du ministère de la Justice du Québec
des services destinés à jouer ce rôle de gardien du respect
des lois en établissant un processus judiciaire visant soit à
arrêter l'individu délinquant et à vérifier sa
culpabilité, soit à le punir en lui imposant une sentence, soit,
dans un grand nombre de cas, à le retirer de la circulation d'une
façon temporaire ou à lui assurer une surveillance stricte, dans
le but de protéger les autres citoyens et de faire
réfléchir le délinquant sur son comportement, qu'il doit
amender.
Les services policiers, les cours de justice, les services de
détention, de probation et de libération conditionnelle sont
respectivement les organismes créés à ces fins. Une
multitude de méthodes destinées à enrayer le
phénomène criminel sont mises en application. Toutes les formes
possibles de thérapie ont ou ont eu leur utilité. Cependant,
l'occupation et le travail rénuméré, revalorisant, utile
à la communauté et s'effectuant avec la participation de cette
dernière, doit actuellement faire l'objet d'une attention
particulière.
Il est important de comprendre que si le délinquant endosse son
comportement marginal dans la société, c'est dans cette
même société qu'il devrait modifier son comportement. Le
délinquant qui se trouve dans le processus pénal
québécois devrait se voir offrir diverses possibilités de
maintenir un contact avec le travail. Le travail dans ses modalités
d'application entraîne nécessairement la participation ou la
présence de la participation communautaire. Le travail constituant une
composante primaire de la vie en société, il est important de
développer les mécanismes qui assureront à l'individu qui
fait l'objet de l'application du droit pénal les possibilités de
participer à la vie collective. Ces mécanismes ne sauraient
être mis en place sans la participation de la communauté.
Le projet de loi déposé devant cette Assemblée vise
donc à introduire dans la Loi de la probation et des
établissements de détention le principe de la
rémunération du travail effectué par les personnes
incarcérées dans un établissement de détention qui
relève de la juridiction du gouvernement du Québec. L'un des
objectifs fondamentaux de la Loi de la probation et des établissements
de détention est de favoriser, on l'a dit déjà, la
réinsertion sociale des détenus. Plusieurs moyens sont
utilisés pour atteindre ces objectifs, mais à l'intérieur
des établissements de détention, ceci se fait surtout par
l'organisation de programmes d'activités à des fins
d'éducation, de récréation et de travail. Ainsi, depuis
quelques années, des programmes d'activités reliés au
travail ont été implantés dans certains
établissements et une bonne partie du travail effectué est
rémunérée à l'heure actuelle. Il en est ainsi, par
exemple, lorsque des ententes sont conclues avec des tiers pour effectuer
divers travaux de nettoyage, de réfection, etc. En outre, dans plusieurs
établissements, il existe à
l'heure actuelle ce que l'on appelle les fonds de cantine dont l'argent
provient soit des profits des achats effectués à la cantine par
les détenus, soit des remboursements pris à même les sommes
gagnées par suite d'un travail rémunéré fait par le
détenu. Les sommes ainsi recueillies sont utilisées au
bénéfice des détenus, soit à des fins
récréatives, soit pour aider un détenu en
difficulté financière lors de sa libération.
La loi actuelle ne reconnaît pas expressément le principe
de la rémunération, mais elle permet à un détenu,
sur permission, d'occuper un emploi régulier. Un tel emploi ne peut
généralement être tenu qu'à l'extérieur de
l'établissement. La loi permet aussi d'adopter des règlements
pour prévoir les travaux utiles auxquels les détenus peuvent
être employés, mais elle ne permet pas l'adoption d'un
régime de travail adapté à la situation
particulière des établissements de détention où la
mobilité est très grande puisqu'ils n'hébergent, en
principe, que des personnes condamnées à des peines
inférieures à deux ans.
La loi ne prévoit ni la création de fonds au
bénéfice des détenus, ni la participation active des
détenus à la gestion de ces fonds. Pourtant, de telles
initiatives, jointes à la rémunération, sont susceptibles
de développer chez les détenus l'esprit de gestion et ceci est un
facteur important pour favoriser la réinsertion sociale. L'objectif que
nous voulons atteindre par ce projet de loi est donc de favoriser la
réinsertion sociale des détenus par le biais de programmes
d'activités rémunérées à l'intérieur
desquelles les détenus pourraient développer et exercer certaines
responsabilités, ce qui n'est pas le cas à l'heure actuelle.
Les moyens par lesquels nous croyons pouvoir atteindre ce but sont
divers et je les résume. Le projet veut permettre
l'établissement, par le directeur général, de programmes
d'activités rémunérées et lui donner à cette
fin le pouvoir de conclure des ententes avec des tiers pour procurer du travail
ou d'autoriser d'autres formes d'activités, tel l'exercice d'un emploi
régulier à l'extérieur de l'établissement, la
gestion de services ou l'exécution d'autres tâches que pourrait
juger valables le directeur de l'établissement.
Le projet de loi prévoit aussi que la rémunération
du détenu est versée à l'administrateur d'un
établissement qui la dépose, retenues faites, dans un compte
bancaire au crédit du détenu et qui rend compte, de temps
à autre au détenu des sommes reçues ou versées.
Toutefois, comme des situations particulières peuvent survenir, le
projet de loi prévoit aussi la possibilité d'une convention par
laquelle la rémunération pourrait être versée
ailleurs que dans un compte bancaire. D'autres dispositions prévoient la
possibilité de créer dans un établissement un fonds au
bénéfice des détenus, à être financé
principalement par eux, et d'établir à l'intérieur de
l'établissement un comité chargé de l'administration d'un
programme d'activités rémunérées ou d'un fonds
d'aide. Certaines règles relatives à la composition d'un tel
comité sont également indiquées au projet.
En terminant, une autre disposition du projet de loi permettra
d'appliquer la Loi des accidents du travail aux activités de travail des
détenus exécutées à l'intérieur de
l'établissement, de telle sorte que le gouvernement soit alors
l'employeur présumé, ceci afin d'accorder au détenu une
certaine protection. Enfin, comme l'organisation du travail en milieu
carcéral ne peut être la même que dans un
établissement industriel ou commercial compte tenu des contraintes
particulières imposées par la détention et que, de plus,
il est souhaitable de prévenir certaines situations de conflit ou encore
des situations où des détenus, par le biais de leurs
activités, contreviendraient à d'autres lois, il est donc
nécessaire d'exclure les activités
rémunérées des détenus de l'application de
certaines lois, mais seulement dans le cas où de telles activités
ont lieu à l'intérieur de l'établissement de
détention. Ces lois dont l'application serait exclue sont la Loi sur les
relations du travail dans l'industrie de la construction, la Loi sur la
formation professionnelle de la main-d'oeuvre, la Loi des décrets de
convention collective, le Code du travail, la Loi de la fonction publique et la
Loi du salaire minimum. (16 h 20)
Enfin, M. le Président, la loi ajoute aux pouvoirs de
réglementation du gouvernement afin de permettre de déterminer
les normes d'administration des programmes, les pouvoirs et les fonctions d'un
administrateur d'un établissement, permet également de
réglementer, quant au fonds d'aide aux détenus, quant à la
création ou à la dissolution d'un comité d'administration
d'un programme ou d'un fonds, et aussi quant à sa formation, ses
fonctions, ses pouvoirs et ceux d'un administrateur. Cette loi permet de
déterminer le pourcentage de la rémunération que le
détenu pourra être tenu de verser à un fonds d'aide et de
déterminer l'allocation qui peut être versée au
détenu à même sa rémunération.
Ce sont là les principales dispositions de ce projet et j'ai
aussi tenté de vous exprimer, M. le Président, l'esprit qui les
animait.
A mon avis, l'adoption de ces mesures s'inscrit dans les objectifs de
réinsertion sociale que veut favoriser la Loi de l'approbation et des
établissements de détention. C'est pourquoi le projet de loi est
soumis à l'attention de l'Assemblée nationale. J'espère
qu'il obtiendra l'unanimité en deuxième lecture.
Merci, M. le Président.
Le Vice-Président: M. le député de Portneuf.
M. Michel Pagé
M. Pagé: Merci, M. le Président. Comme sur le
projet de loi 95 j'avais l'occasion d'ajouter un oui à la motion de
deuxième lecture présentée par mon collègue de
Chicoutimi, le ministre de la Justice, il va de soi que, pour les motifs pour
lesquels nous avons voté en faveur du principe du projet de loi 95, soit
des motifs de réinsertion sociale, des motifs d'amélioration de
la qualité de vie du détenu, nous allons évidemment voter
en faveur du projet de loi 85, tel qu'il nous est présenté
aujourd'hui.
Je fais évidemment mienne, M. le Président,
l'argumentation du ministre sur l'obligation que nous avons, en tant que
législateurs, d'intervenir par la valorisation des activités du
détenu et particulièrement au chapitre du travail qui constitue,
à n'en pas douter, un élément primordial pour faire en
sorte que ce soit un peu plus vivable et un peu plus motivant.
Ce projet de loi a pour objet de donner une structure législative
à l'établissement de programmes d'activités
rémunérées pour les détenus; à
préciser aussi les règles qui doivent être suivies, et
établir certaines procédures pour ces programmes.
La loi actuelle est très laconique à ce sujet qui est
couvert seulement par l'article 19, dans l'ancienne loi, celle qu'on modifie
aujourd'hui et qu'on vient remplacer par le projet de loi 85, avec tout ce que
cela implique comme 19a, b, c, d, e, f et g. D'ailleurs, M. le
Président, le livre blanc sur l'administration de la Justice que le
précédent gouvernement avait publié en mars 1975
mentionnait, de façon explicite, aux pages 394 et 395, que
déjà on se devait de mettre l'accent sur le travail
rémunéré et les cours dispensés par le
ministère de l'Education, mais qu'il fallait continuer à
développer la formule. Somme toute, c'est ce que reprend aujourd'hui le
projet de loi 85, lequel s'inscrit dans cette orientation prévue au
livre blanc sur l'administration de la Justice que nous avons publié en
mars 1975.
Ce livre blanc a été publié et le ministre,
aujourd'hui, y donne suite. Le principe est bon et je n'entends pas faire de
longs débats sur cette question. Il y a seulement une réserve que
je tenais à porter à l'attention du ministre tout comme les
réserves que j'ai eu l'occasion de lui formuler tantôt sur le
projet de loi 95. C'est en ce qui concerne le fonds qui est prévu
à l'article 19c. En fait nous voyons mal que l'on établisse un
fonds et qu'on force les détenus à l'alimenter à
même leurs rémunérations. On dit qu'il s'agit d'un fonds au
bénéfice des personnes détenues. C'est, selon moi,
très vague; on veut obtenir le pouvoir d'imposer, par règlement,
une taxe pour une fin qu'on peut qualifier d'indéterminée. Si on
s'en réfère à l'énoncé du ministre, c'est ce
qu'on peut déceler dans le projet de loi à l'article 19c.
D'abord, il est contre tous les principes de fixer par règlement le taux
et le pourcentage d'une taxe ou une contribution et aussi il faudrait dire
pourquoi on taxe, à quelles fins servira ce fonds-là.
Voici les questions que je voudrais soulever ici. En plus de dire oui au
principe, en plus de dire très bien, le projet de loi c'est correct, on
y souscrit, cela s'inscrit dans ce que nous énoncions nous-mêmes
dans le livre blanc, j'aimerais que le ministre profite de sa réplique
ou encore du moment entre le débat en deuxième lecture et
l'étude du projet de loi article par article pour nous donner plus de
précisions sur cette question de l'application de l'article 19c. Comment
et qui devra contribuer au fonds? Quels seront les pouvoirs du directeur? On
dit même que ces sommes-là pourront être administrées
par les détenus. Comment les mandataires des détenus seront-ils
choisis? Où cet argent-là sera-t-il placé? En fait, toute
une sé- rie de questions qu'il est normal de se poser dans les
circonstances et pour lesquelles, j'en suis assuré, le ministre pourrait
nous donner des éclaircissements, soit dans sa réplique ou plus
tard pendant l'étude de ce projet de loi.
Pour ce qui est de l'article 19f, en ce qui concerne la compensation
à donner pour un travail fourni par le détenu, il va de soi que
tout le monde y souscrit. Il y avait d'ailleurs un article qui était
très bien fait dans le New York University Law Revue qui a paru
récemment concernant la compensation à donner pour le travail
fourni par un détenu.
Nous sommes d'accord en principe avec le projet de loi, nous disons oui
à la pièce législative présentée par le
ministre aujourd'hui. Cependant, et encore là en vue de bonifier et
faire en sorte que le législateur sache sur quoi il se prononce, je
crois qu'il est légitime que tous et chacun des membres de cette
Assemblée se posent des questions sur l'application de l'article 19c. Je
suis convaincu qu'une fois que le ministre y aura répondu tout le monde
pourra dire oui, non seulement d'emblée mais avec les précisions
qui sont devenues nécessaires par la lecture du projet de loi. Merci, M.
le Président.
Le Président suppléant (M. Michaud): Le
député de Nicolet-Yamaska.
M. Serge Fontaine
M. Fontaine: II s'agit d'un projet de loi qui s'inscrit dans la
politique de réinsertion sociale du ministère dont nous avons
parlé tout à l'heure, mais le but du projet de loi est
d'expliciter davantage cette partie de la Loi de la probation et des
établissements de détention concernant les programmes
institutionnels et communautaires et d'élaborer une politique de
rémunération des détenus. Il faut dire au départ
que nous appuyons sans doute le but poursuivi, soit la réinsertion
sociale et la création d'un milieu de vie plus normal et plus engageant
pour les détenus. Ce projet de loi aidera peut-être à
créer un meilleur climat à l'intérieur de nos centres de
détention. Il s'agit d'un secteur des plus négligés par le
ministère de la Justice depuis quelques années et je voudrais ici
vous rappeler nos propos de l'an dernier, lors de l'étude des
crédits. On avait demandé au ministre de la Justice de former,
comme cela s'est fait au fédéral, un comité de
parlementaires chargés de faire une étude sur les conditions de
vie carcérale, des visites dans les prisons, etc. Le ministre avait
semblé porter une oreille attentive à cette demande que nous lui
formulions. Mais, depuis ce temps, nous n'avons pas eu de nouvelles de cette
recommandation que nous lui faisions. Cette année, cependant, lors de
l'étude des crédits que nous allons entreprendre demain matin, je
pense, nous entendons mettre encore une fois l'accent sur l'évolution de
ce dossier, les progrès accomplis, s'il y en a eu, ainsi que les projets
en plan, et peut-être d'autres demandes que nous lui avions
formulées à ce moment-là.
Au niveau du ministère, au niveau administra-
tif, c'est la direction générale de la probation et des
établissements de détention qui verra à l'application de
ce projet de loi et c'est plus particulièrement, à
l'intérieur de cette direction générale, la direction des
établissements de détention, en collaboration sans aucun doute
avec la nouvelle direction de la participation communautaire, qui s'en occupera
de plus près.
J'ai pu mettre la main sur les rapports annuels 1976 et 1977 de la
direction générale de la probation et des établissements
de détention. Je pense que, étant donné que le
ministère de la Justice ne remet pas à l'Assemblée
nationale de rapport annuel, c'est le seul rapport qui est disponible
concernant le ministère de la Justice et j'ai pu en prendre
connaissance. (16 h 30)
Je dois vous dire que ce rapport est fort bien fait. Ces deux rapports
de 1976 et 1977 contiennent une mine de renseignements sur le fonctionnement et
les réalisations de la direction générale et de ses
différents services, et sur les grandes caractéristiques de la
population carcérale québécoise.
Pour situer tout ce débat dans sa grande perspective, je voudrais
citer aux membres de cette Assemblée quelques extraits de ces deux
rapports qui illustrent bien le travail énorme qui s'est fait au
ministère de la Justice depuis quelques années et qui a eu comme
résultat le projet de loi que nous étudions aujourd'hui ainsi que
le projet de loi que nous avons étudié tout à l'heure
relativement à la Commission des libérations conditionnelles
québécoise.
Le rapport nous dit ceci: "En 1976, malgré les
remue-ménage importants dus d'une part au départ du directeur de
la détention, du directeur adjoint aux techniques sécuritaires et
de l'adjoint administratif et à leur remplacement par la suite et,
d'autre part, à la situation inconfortable créée par la
surpopulation dans les établissements de détention, les efforts
de 1975 se sont poursuivis afin de préciser les objectifs du service
pour l'émission de directives officielles et de traduire, de
façon concrète, une dimension de la réinsertion sociale en
favorisant la création de programmes d'occupation dans les
établissements, et surtout en jetant les premiers jalons d'une politique
uniforme des programmes institutionnels".
En 1977, le rapport nous dit ceci: "Avec la création du service
de la participation communautaire, nous franchissons la troisième
étape qui permet d'identifier et de concrétiser l'orientation de
notre politique correctionnelle. L'objectif principal de ce service est de
coordonner les actions de la communauté et celles des services de la
probation et de la détention dans un effort commun de réinsertion
de la clientèle correctionnelle. Cet objectif traduit la volonté
de la direction générale de mettre à contribution
l'implication des organismes gouvernementaux et non gouvernementaux qui, selon
l'approche qui les caractérise, côtoient de près ou de loin
le contrevenant. Cette implication doit favoriser l'atteinte des objectifs
contenus dans la Loi de la probation et des établissements de
détention. C'est ainsi qu'en 1977 le service de probation sollicitait la
collaboration des tribunaux dans l'implantation de deux programmes nouveaux,
soit les travaux communautaires et la restitution. C'est ainsi qu'en 1978 le
service correctionnel, et plus particulièrement le service de la
détention, seront préoccupés à rendre
opérationnelle la future loi sur le travail
rémunéré situant ainsi l'effort communautaire qui sera
sollicité à cet effet. Donc, au mouvement progressif ou à
la réalisation des objectifs de la Loi de la probation et des
établissements de détention sont et devront être
entraînés à collaborer, avec les services correctionnels
gouvernementaux, les tribunaux, les forces policières et l'effort
communautaire. '
D'après la lecture de ce rapport de 1977, on voit que
déjà on avait prévu, depuis 1976, la création de
cette loi 85, Loi modifiant la Loi de la probation et des établissements
de détention.
M. Pagé: Ce sont les libéraux qui ont fait
cela.
M. Fontaine: Oui, je peux l'avouer. M. Cho-quette surtout qui est
un grand libéral.
M. Pagé: ...
M. Fontaine: Je voudrais également attirer votre attention
sur quelques éléments qui nous sont fournis dans le rapport
annuel 1976/77 concernant la population de détenus. Ces deux rapports
nous donnent les grandes caractéristiques de cette population
carcérale. Il est très intéressant de voir comment est
formée notre population carcérale. On a une population nombreuse.
De nombreuses entrées ont été constatées depuis
1970. Cela va toujours en augmentant. En 1970 on avait un total
d'entrées de 39621 détenus, hommes et femmes. En 1974, on a 32
459 entrées; en 1976, 39 260 et, en 1977, cela a augmenté. On est
rendu à 40 410 entrées, dont 38 666 hommes et 1744 femmes.
Traditionnellement, ces nombres d'entrées comprennent la somme des
enregistrements dans les établissements de détention, y compris
ceux qui surviennent à la suite de transfert d'un établissement
à un autre. Si on retranche les transferts, le service de la
détention du Québec aurait admis 27 983 contrevenants en 1977 par
rapport à 26 550 en 1976. Depuis 1974, la population moyenne quotidienne
a presque doublé; ses effectifs ont augmenté de 81%. Par
ailleurs, le taux d'accroissement, par rapport à l'année 1976, a
été de 14%. De plus, pour l'année 1977, si on divise le
total de 40 410 entrées entre ceux qu'on appelle les prévenus et
ceux qu'on appelle les détenus, on obtient le portrait suivant: pour les
prévenus, on a 22 794 personnes, soit 56% de l'ensemble et 98% de la
hausse totale par rapport à l'an dernier.
Il serait intéressant de noter ici que 38%, soit 8770
prévenus, ont été enregistrés au centre de
prévention de Montréal, sur la rue Parthenais, centre de
détention que l'on critique depuis nombre d'années. Il serait
peut-être important ici que le ministre de la Justice note que 38%, soit
8770 prévenus, ont été enregistrés au centre de
prévention de Montréal et qu'il prenne ce fait en
considération pour faire des modifications à cet
établissement le plus rapidement possible.
Si on prend la catégorie des détenus, il y a eu 17 616
entrées, soit 44% de l'ensemble et 2% de la hausse totale par rapport
à l'an passé. Toutefois, comme cela s'est produit en 1975 et
1976, ce sont les détenus qui sont responsables de la plus grande partie
de l'augmentation des effectifs quotidiens moyens dans le système
carcéral québécois. Par exemple, 73% de l'augmentation des
effectifs quotidiens moyens par rapport à l'an passé sont dus
à une forte présence des détenus.
Les raisons de cela sont de deux ordres: premièrement,
l'augmentation marquée des causes criminelles et statutaires devant les
tribunaux depuis 1973 et 1974 et, deuxièmement, une plus grande
sévérité des tribunaux dans l'octroi du cautionnement ou
dans les sentences rendues. En conclusion on peut tirer une conclusion
de cela tant ceux qu'on appelle prévenus que ceux qu'on appelle
détenus contribuent à cette situation de la surpopulation dans
les prisons du Québec.
Cette population de détenus incarcérés dans les
prisons du Québec, comment est-elle composée? C'est une
population jeune. Dans le rapport de 1976, on lisait a la page 57: "II se
dessine une tendance où la population des 18 à 25 ans devient le
groupe le plus important dans les établissements de détention."
En 1977, cette tendance a continué à s'accentuer et on lit dans
le rapport: "Un peu plus de la moitié, 52%, des personnes
incarcérées ont moins de 26 ans. Les 26 ans et plus
représentent 46% et, parmi ces personnes senten-cées, 54% des
hommes et 43% des femmes ont moins de 26 ans". Cette population
carcérale est également une population mobile. "Il est
intéressant de constater que, parmi les personnes admises dans les
établissements de détention du Québec en 1977, 50% purgent
des peines de moins de neuf jours; 76% purgent des peines de moins de deux
mois, 87% purgent des peines de moins de quatre mois et 9% purgent des peines
de six mois et plus."
Lorsque l'on compare les deux sexes, la longueur des sentences est plus
courte chez les femmes. Ces chiffres ont inspiré les remarques suivantes
dans le rapport de 1977: "Le tableau révèle une facette de la
réalité correctionnelle québécoise assez
axée sur le court terme. Cette facette justifie la présence du
service de la participation communautaire et une philosophie de
réinsertion sociale tablant sur la participation des ressources
communautaires." (16 h 40)
Comme on a constaté que la population carcérale du
Québec est tout à fait mobile et très jeune, on a
constaté que cela justifiait la présence du service de la
participation communautaire et surtout de la loi qu'on nous présente
aujourd'hui pour favoriser le travail chez les détenus. Cependant, cette
facette trop souvent exhibée par le passé a masqué
totalement l'autre facette de la réalité correctionnelle
québécoise et qui a pu porter préjudice à
l'élaboration de programmes adéquats. Les 10% à 15% de la
clientèle carcérale condamnée à des peines
supérieures à trois mois sont dirigés vers les
établissements principaux de la province et constituent dans ces
établissements une population dont la stabilité de séjour
fait un sérieux contrepoids à l'autre catégorie de
population qui est pratiquement en transit.
Un relevé des sentences fait sur une population quotidienne du
Centre de détention de Montréal, au mois de novembre 1977,
indiquait que 79% de la population présente purgeaient une peine de six
mois et plus. A noter que près du tiers de ces sentences se situe entre
18 mois et deux ans. Donc, pour avoir un portrait plus juste de la
réalité correctionnelle québécoise, il faut
associer le court terme à l'ensemble des établissements
secondaires du réseau, et le long terme aux établissements
principaux qui offrent d'ailleurs une structure de services beaucoup plus
développée. Par ailleurs, c'est pour faire face à cette
réalité que des lois comme celle sur le travail
rémunéré et les libérations conditionnelles sont
déposées au Parlement.
M. le Président, le rapport de 1976 nous donne également
une idée très précise de la philosophie qui anime le
ministre et le ministère de la Justice depuis quelques années
dans le domaine des programmes institutionnels, et je crois qu'il vaut la peine
de prendre connaissance de quelques-unes de ces remarques importantes qui nous
sont fournies dans le rapport 1976. On nous parle de la philosophie du
traitement. Jusqu'à maintenant, la direction du service a essayé
d'orienter sa politique de programmes sur les besoins de sa clientèle.
Rappelons qu'une des grandes caractéristiques de cette clientèle
est sa grande mobilité due à l'importance des sentences à
court terme. C'est ainsi que les établissements de détention ont
spécialisé leur approche selon la durée de la sentence et
selon la présence d'une infrastructure de services plus ou moins
développée.
Les établissements principaux, par l'importance de leur
organisation, sont appelés à recevoir les personnes
incarcérées pour une période de trois mois. Moins
équipés, mais souvent plus près du milieu naturel et de
leur clientèle, les établissements régionaux et
secondaires reçoivent respectivement les personnes condamnées
à moins de trois mois et un mois. Les personnes purgeant de plus longues
sentences sont acheminées vers les établissements principaux pour
revenir dans les centres régionaux et secondaires vers la fin de leur
sentence. Cette politique, imprégnée de souplesse, vise à
rapprocher les individus près de leur milieu naturel afin d'en faciliter
leur réinsertion. Nous avons soulevé des réserves quant
à la durée de séjour dans les centres principaux où
l'aspect de la mobilité de la population carcérale cède le
pas à la présence quotidienne des personnes condamnées
à des courts et longs termes. Sauf pour une partie de la population
féminine, ces sentences demeurent tout de même inférieures
à deux ans.
L'organisation de la vie intérieure a retenu, d'une façon
particulière, l'attention de l'équipe des programmes, en 1976.
D'une part, l'équipe a fait un inventaire sur l'occupation des
détenus et a dégagé des caractéristiques qui
serviront à l'élabo-
ration d'une politique efficace pour la rémunération du
détenu. Actuellement, près des deux tiers des détenus sont
occupés de façon partielle, et l'on estime être capable
d'augmenter le nombre de personnes qui seront occupées ainsi que la
durée de leurs activités lorsque les ateliers de travail seront
terminés dans les établissements principaux. La création
de ces ateliers ne constituent pas une panacée puisque les efforts se
portent également sur des solutions alternatives.
Dans certaines régionales, on expérimente des banques
d'emplois avec le concours des ressources communautaires. Dans un
établissement principal, les détenus se sont vu octroyer un
contrat de travail par le biais d'une corporation privée. On voit bien,
Mme le Président, que déjà, en 1976; selon le rapport de
la Direction générale de la probation et des
établissements de détention, on avait prévu le projet de
loi 85.
Si on regarde le rapport de 1977, on nous parle également de
l'organisation de la vie intérieure de la communauté
carcérale, et on nous parle également du travail
rémunéré comme on l'avait fait en 1976. Je voudrais
attirer ici l'attention des parlementaires sur une expérience qui a
été tentée, soit l'expérience du camp Saint-Pierre.
Le rapport 1977 nous fait état d'une expérience de ce camp
Saint-Pierre, et il serait intéressant pour les parlementaires de
prendre connaissance de ce programme qui a été mis de l'avant par
le ministère de la Justice.
Le centre de détention de Québec, en collaboration avec
l'équipe des programmes et le ministère de l'Agriculture, tentait
une expérience de travail agricole au cours de l'été 1977
sur l'île d'Orléans. Au camp Saint-Pierre, 73 détenus ont
travaillé un total de 1296 jours/homme en qualité de travailleurs
agricoles. Le rapport d'évaluation qui a suivi cette expérience
soulignait que les deux objectifs majeurs de l'expérience avaient
été atteints. D'une part, il s'agissait de permettre à
plusieurs pensionnaires du centre de détention de Québec de
vivre, dans un milieu social beaucoup plus normal que la prison, une
expérience structurée d'apprentissage à la vie sociale.
D'autre part, cette expérience visait à rendre disponible aux
producteurs agricoles de l'île d'Orléans une main-d'oeuvre
saisonnière, stable et organisée susceptible de répondre
à leurs besoins.
On sait que les agriculteurs de ces productions ont souvent de la
difficulté à trouver de la main-d'oeuvre. C'est à ce
moment, je pense, qu'il est assez facile d'organiser un système comme le
camp Saint-Pierre pour permettre à ces agriculteurs d'obtenir une
main-d'oeuvre qu'ils ne peuvent trouver ailleurs. En plus de l'atteinte de ces
deux objectifs majeurs, le rapport soulignait que cette expérience
devenait une solution de rechange à l'incarcération, un outil de
sensibilisation et de participation de la communauté à un cadre
propice à la modification de la relation traditionnelle
surveillant-détenu.
Mme le Président, le rapport 1977 nous faisait état de
cette expérience et j'espère qu'elle sera renouvelée et
qu'on pourra peut-être l'appliquer ailleurs puisqu'elle semble avoir
été une réussite.
Je voudrais également en terminant vous entretenir quelque peu du
rapport Thiffault. Il faut dire que ce projet de loi que nous étudions
s'inscrit dans le cadre des recommandations du rapport Thiffault, comité
consultatif sur le secteur correctionnel adulte, qui a été rendu
public au mois de mars de cette année. Et ce rapport faisait plusieurs
recommandations.
M. Bédard: La loi a été
présentée avant le rapport Thiffault.
M. Fontaine: C'est cela.
M. Bédard: Mais elle s'inscrit dans ces principes.
M. Fontaine: Mais le rapport Thiffault a fait état,
même si la loi a été déposée avant, de
pli-sieurs recommandations qui ont peut-être été
touchées en partie par le projet de loi, d'autres qui, probablement,
n'ont pas été touchées. Je voudrais ici, en terminant,
rappeler quelques recommandations de ce rapport et peut-être recevoir les
commentaires du ministre à ce sujet.
Le rapport Thiffault disait que l'on devrait procéder à un
changement de climat général à l'intérieur des
établissements de détention par l'élaboration de
programmes centrés sur l'occupation, la revalorisation et la motivation
au travail. Je pense que le projet de loi répond à cette
recommandation.
Le rapport Thiffault recommandait également que l'on mette
l'accent sur la rentabilité des programmes occupationnels en faisant
appel à la participation de l'entreprise privée locale et
régionale. On a vu, tout à l'heure, par l'expérience que
je vous ai soumise sur l'île d'Orléans, que cela avait
été concluant. Cependant, il y aurait peut-être des
questions à se poser lorsqu'on veut faire appel à l'entreprise
privée. Dans certains domaines, cela va bien fonctionner; dans
l'agriculture, je pense que cela a donné de bons résultats. Mais
dans d'autres domaines, étant donné la conjoncture
économique actuelle, étant donné le nombre important de
chômeurs au Québec, on se demande si, en faisant appel à
l'entreprise privée locale ou régionale, on ne viendra pas ici
chercher des emplois qu'on aurait pu donner par ailleurs à des gens qui
ont respecté nos lois et qui sont dans la société. (16 h
50)
Le ministre pourra peut-être répondre à cette
question et nous dire comment il entend mettre de l'avant ou respecter cette
recommandation du rapport Thiffault. On demandait également que les
détenus soient impliqués dans la préparation et la
réalisation des programmes institutionnels. C'est prévu, je
pense, à l'article 91e du projet de loi en créant un
comité qui verra à l'application de cette recommandation, mais
aucun détail ne nous a été fourni concernant la formation
de ce comité. Peut-être que le ministre, dans sa réplique,
pourra répondre à cette question.
Ce sont les quelques commentaires que nous avions à formuler
à la suite de l'étude de ce projet
de loi. L'Union Nationale votera, bien sûr, pour ce projet de loi
parce qu'il est recommandé depuis plusieurs années par les
personnes concernées. Je pense que ce sera de nature à
améliorer certainement la vie des détenus en milieu
carcéral. Nous voterons pour ce projet de loi, quitte à en
discuter peut-être d'une façon plus approfondie lorsque nous en
ferons l'étude article par article. Nous entendons bien, à ce
moment-là, de même que lors de l'étude des crédits,
apporter notre point de vue constructif pour la mise sur pied du meilleur
projet de loi possible dans ce domaine.
Mme le Vice-Président: M. le ministre de la Justice.
M. Marc-André Bédard
M. Bédard: Je me réjouis de l'unanimité qui
est faite au niveau de l'Opposition officielle et de l'Union Nationale
concernant le principe de ce projet de loi et sur l'essentiel de son contenu.
Tel que je l'ai fait pour le projet de loi précédent, je crois
qu'il y aura lieu, lors de l'étude article par article, d'aller plus en
profondeur concernant certaines remarques qui ont été faites tant
par l'Opposition officielle que par le représentant de l'Union
Nationale.
Mme le Vice-Président: Cette motion du ministre de la
Justice, proposant la deuxième lecture du projet de loi no 95, Loi
favorisant la libération conditionnelle des détenus, est-elle
adoptée?
M. Lavoie: Mme le Président, vote non
enregistré.
M. Burns: C'est le projet de loi no 85, si je ne me trompe
pas.
Mme le Vice-Président: C'est le projet de loi no 85?
M. Burns: Oui.
M. Lavoie: Enregistré? Non.
M. Burns: Non.
M. Lavoie: Adopté.
Mme le Vice-Président: Cette motion de deuxième
lecture du projet de loi no 85, Loi modifiant la Loi de la probation et des
établissements de détention, est-elle adoptée?
M. Fontaine: Adopté.
M. Lavoie: Adopté.
Mme le Vice-Président: Adopté.
Le Secrétaire adjoint: Deuxième lecture de ce
projet de loi.
Motion de renvoi à la commission de la
justice
M. Burns: Mme le Président, je propose que ce projet de
loi soit déféré à la commission parlementaire
permanente de la justice pour étude article par article.
Mme le Vice-Président: Cette motion est-elle
adoptée?
M. Lavoie: Adopté. Mme le Vice-Président:
Adopté.
Projet de loi no 98 Troisième lecture
M. Burns: Maintenant, à la suite de consultations que j'ai
eues au cours de l'après-midi avec les représentants de
l'Opposition, il paraîtrait que l'article 3 que j'avais, au début,
soumis comme pouvant possiblement être adopté assez rapidement en
troisième lecture pourrait l'être maintenant à la suite de
ces consultations. Donc, Mme le Président, je vous demande d'appeler
l'article 3.
Mme le Vice-Président: M. le ministre
délégué à l'énergie propose la
troisième lecture du projet de loi no 98, Loi modifiant la Loi du
régime des eaux.
M. Lavoie: Discours!
M. Joron: Je vais vous épargner cela.
Mme le Vice-Président: Cette motion est-elle
adoptée?
M. Lavoie: Adopté.
Mme le Vice-Président: Adopté.
M. le leader parlementaire du gouvernement.
M. Burns: Comme, ce soir, nous devrons tous être ici
à 20 heures à cause du discours sur le budget...
M. Lavoie: Adopté.
M. Burns: ... on va se donner peut-être une heure de plus
de repos avant la période du dîner. En conséquence, je
propose la suspension de nos travaux à ce soir, 20 heures.
Mme le Vice-Président: Cette motion est-elle
adoptée?
M. Lavoie: Adopté. M. Fontaine: Adopté.
Mme le Vice-Président: Adopté. Cette
Assemblée suspend ses travaux jusqu'à 20 heures.
(Suspension de la séance à 16 h 54)
Reprise de la séance à 20 h 7
Le Président: A l'ordre, mesdames et messieurs! Veuillez
vous asseoir.
M. le ministre des Finances, vous avez la parole.
Discours sur le budget M. Jacques Parizeau
M. Parizeau: M. le Président, il y a un an, j'invitais les
Québécois à jeter un regard lucide sur l'état de
leurs finances publiques. Cet exercice, il fallait absolument le faire, puisque
le budget que je présentais alors était directement tributaire de
la situation financière héritée du précédent
gouvernement.
De fait, en avril 1977, j'avais bien peu à annoncer aux citoyens
du Québec, sinon notre ferme détermination à restaurer le
plus tôt possible des équilibres financiers malmenés par
trois ans de progression désordonnée des dépenses
publiques. Cet effort de remise en ordre, nous l'avons poursuivi depuis un
an.
Ce soir, je suis donc heureux de présenter à cette Chambre
et aux Québécois le premier budget qui soit le produit direct du
genre d'administration que nous avons pratiquée depuis notre
arrivée au pouvoir; en d'autres mots, le premier résultat
réel de notre gestion financière propre, au fond le premier
véritable budget dont le gouvernement du Parti québécois
soit entièrement et totalement responsable.
Pour ce discours sur le budget 1978/79, je suivrai le plan suivant:
d'abord, j'effectuerai une analyse de la conjoncture économique de 1977
et des équilibres financiers qui en découlent; en second lieu, je
traiterai de la conjoncture de 1978 et du budget de cette année,
c'est-à-dire les revenus et les dépenses, sans oublier la
question du financement; troisièmement, j'annoncerai une réforme
fiscale que j'entends soumettre à l'Assemblée nationale et, avant
de conclure, je dirai un mot de la fiscalité municipale.
Commençons, M. le Président, par la situation
économique de 1977. L'an dernier, à l'occasion du discours sur le
budget, j'avais prévu que la production du Québec augmenterait en
1977 de 3,5% en termes réels et que, dans ces conditions, le
chômage se situerait, en moyenne, à 9,3%. Il s'en faut de beaucoup
que ces objectifs aient été atteints. En fait, la production
nationale ne s'est accrue que de 2,6% et le chômage a atteint en moyenne
10,3%. (20 h 10)
On peut sans doute se consoler de cette piètre performance en se
comparant aux autres. Le ministre des Finances du gouvernement
fédéral avait prévu une croissance d'au moins 4%. Elle a
été, en fait, de 2,6% comme pour le Québec. Dans la
plupart des pays de l'OCDE les mêmes espoirs ont été
déçus. Il n'y a guère qu'aux Etats-Unis où ce qui
avait été prévu s'est réalisé.
Il n'en reste pas moins que de telles comparaisons sont de pauvres
consolations. L'année 1977 aura été marquée au
Québec par des affaissements dans certains secteurs qui ont
été et sont encore sérieux. Déjà, j'avais
signalé l'an dernier que le maintien d'un niveau satisfaisant de
constructions domiciliaires me paraissait problématique. Et pourtant,
c'est de ce côté qu'il fallait chercher une compensation pour la
fin de la grande vague de construction qui a accompagné à
Montréal la préparation des Jeux olympiques. En fait, la
montée rapide du nombre de logements inoccupés à
Montréal a provoqué une baisse importante des mises en chantier.
Heureusement, cependant, la demande de logements reste forte dans plusieurs
autres régions.
L'industrie manufacturière, de son côté, a connu de
sérieux reculs. En fait, nous avons perdu 29 000 emplois manufacturiers
en 1977, dont 20 000 environ dans les secteurs du vêtement, du textile,
de la bonneterie, de la chaussure et du meuble. Une avalanche d'importations a
mis en péril un grand nombre d'entreprises dans ces secteurs et ce n'est
qu'à la fin de l'année que des mesures de protection
exceptionnelles ont commencé à avoir un certain effet.
En outre, l'industrie minière, à l'exception de l'amiante,
a connu une très mauvaise année en raison de l'encombrement des
marchés internationaux.
Derrière ces affaissements sectoriels se profile une demande des
consommateurs plus faible que prévue. C'est là un
phénomène presque général dans le monde occidental
en 1977, et qui est largement responsable de la lenteur de la reprise.
Parmi les facteurs favorables au Québec on doit en souligner
trois. D'une part, les investissements ont augmenté sans doute moins
rapidement qu'on ne le prévoyait il y a neuf ou dix mois, mais plus
rapidement que dans le reste du Canada, soit 10,2% au Québec
comparativement à 5,5% pour le reste du Canada.
D'autre part, la dévaluation du dollar canadien par rapport
à plusieurs monnaies a permis d'accélérer certains types
d'exportations, d'améliorer le caractère concurrentiel de
certaines industries domestiques et d'augmenter les marges de profit.
Une partie de l'effet de cette dévaluation ne se fera sentir
d'ailleurs que graduellement. Enfin, il faut souligner que le gouvernement du
Québec a rapidement pris un certain nombre de mesures de soutien
à l'intérieur des marges étroites dans lesquelles il
était forcé d'opérer. J'aurai l'occasion de revenir sur
cette question un peu plus loin.
On trouvera, en annexe au discours du budget, une analyse plus
précise et détaillée de l'état de la situation
économique en 1977. On s'étonnera sans doute, M. le
Président, que je n'aie pas souligné jusqu'ici les effets de
l'incertitude politique qu'aurait provoquée l'arrivée au pouvoir
du Parti québécois comme un des facteurs de ralentissement de
l'économie.
Je n'ai pourtant pas l'intention de passer sous silence l'analyse de ce
qui a donné lieu à tant de discussions toute l'année.
Même si ce genre de considérations n'est pas normalement de celles
que l'on trouve dans un discours sur le budget, il serait irresponsable de ma
part de faire comme si
le débat politique sur l'avenir du Canada se poursuivait sur
quelque autre planète.
Il ne fait pas de doute que l'arrivée au pouvoir d'un parti
indépendantiste et social-démocrate a provoqué, à
la fois chez beaucoup d'anglophones et dans les milieux d'affaires, au mieux de
l'inquiétude et, au pire, de l'affolement, en passant par toutes les
gammes de la mauvaise humeur. L'insistance du nouveau gouvernement à
affirmer ses objectifs n'aidait d'ailleurs pas à tranquiliser les
inquiets. De tout cela, je suis parfaitement conscient.
Nous avons donc connu une année d'affrontements largement
verbaux, nettement politiques même, où il est très
difficile, de part et d'autre, dois-je dire, de distinguer ce qui est
discussion sur l'avenir de l'économie et ce qui est la poursuite d'une
longue opposition sur l'organisation de la société et l'avenir du
Québec.
Du côté gouvernemental, des gens qui se font
dénoncer depuis dix ans comme des radicaux plus ou moins terroristes ont
eu des réactions d'impatience qu'explique un vieux contentieux qui
commence souvent avec la mise en prison de certains de leurs amis en octobre
1970.
Du côté anglophone ou du côté patronal, les
abus de langage n'ont pas non plus manqué. Dénoncer le salaire
minimum à $3 alors que, sous l'ancien gouvernement, un salaire minimum
de $2.87 était accepté, c'est du symbolisme et de l'enfantillage.
Faire un plat avec des règlements de la loi 101 applicables aux
sièges sociaux, alors qu'ils ne sont pas encore connus et que la loi en
fait spécifiquement des exceptions, cela est de la politique dans le
sens le plus traditionnel.
Et c'est d'ailleurs de bonne guerre. Une économie ne vit pas de
politique seulement et, en fait, elle ne vit surtout pas de politique. Elle
prospère dans le cadre d'une gestion correcte et prudente de la part de
l'Etat et de perspectives d'expansion et de profit pour les entreprises.
Ce ne sont pas les discours qui ont fait augmenter les importations de
vêtements et ce ne sont pas des discours qui les feront reculer. Le
référendum influence fort peu le prix du cuivre à Londres.
Et ce n'est pas le débat sur l'unité nationale qui a
provoqué la construction de trop d'hôtels au centre de
Montréal.
Je reconnaîtrai tout au plus que les discussions politiques au
Québec sont responsables de la mise sur le marché de quelques
milliers de maisons dans l'ouest de la métropole et que ceci a
pesé sur les nouvelles constructions l'an dernier.
Le gouvernement du Québec, par une gestion extrêmement
prudente tout le long de l'année dernière, a clairement
démontré son intention à la fois de ne pas jeter l'argent
par les fenêtres, d'aider la reprise des investissements industriels et
de lutter contre le chômage. Chacun de ces objectifs mérite qu'on
s'y arrête.
J'avais dénoncé, dans le discours sur le budget d'avril
1977, le feu d'artifice qui avait marqué la gestion des fonds publics,
en particulier en 1975/76 et 1976/77. J'avais indiqué qu'il était
temps de siffler la fin de la récréation. Les dépenses
budgétaires, pour 1977/78, avaient été fixées
à $11 535 000 000. Les estimations que je présente ce soir
indiquent qu'elles auront été de $11 505 000 000, y compris le
budget supplémentaire de l'automne dernier. Néanmoins, cela
représente une hausse de 12,7% par rapport à une croissance de
l'économie en dollars courants de 9%. C'est encore beaucoup trop. Nous
ferons mieux encore cette année. L'Etat doit cesser d'alimenter des
pressions inflationnistes et de gruger à la fois la consommation et
l'investissement.
La relance des investissements exigeait une réduction du fardeau
fiscal des entreprises. En 1977, le gouvernement fédéral a
annoncé une série de dégrèvements qui
représentaient environ $100 millions de moins à payer pour les
entreprises qui opèrent au Québec.
De son côté, le gouvernement du Québec a
adopté plusieurs mesures qui réduisaient, en 1977, de $30
millions les impôts des sociétés et de $75 millions cette
année. Ce dernier montant représente, à lui seul, une
réduction de plus de 12% de ce que les sociétés paient en
impôt sur les profits au gouvernement du Québec. Alors qu'à
peu près rien n'a été consenti jusqu'ici aux particuliers,
on conviendra que, pour un gouvernement social-démocrate, une telle
politique est plutôt inaccoutumée et demande, en tout cas, un sain
réalisme. (20 h 20)
Enfin, dans la lutte contre le chômage, le gouvernement a mis
l'accent sur des formes de création d'emplois qui ont l'avantage
d'être productives plutôt que somptuaires ou franchement inutiles
comme on en a trop vu dans le passé. L'augmentation considérable
des travaux de sylviculture, les projets régionaux de
développement agricole, le programme de construction d'infrastructures
agricoles, comme les silos à grain ou le drainage souterrain,
l'accélération de la construction de logements sociaux, publics
ou coopératifs, le programme de travaux communautaires, le saisissant
succès des programmes de réparation d'écoles ou
d'hôpitaux, l'élargissement des normes de financement de la
Société de développement industriel, l'aide temporaire
apportée aux mines de cuivre sont autant d'exemples d'un effort
délibéré d'appliquer des ressources là où
elles sont le plus susceptibles de soutenir, de maintenir ou de créer de
l'emploi.
Il va de soi que, sans la collaboration étroite et tout aussi
spécifique du gouvernement fédéral, de tels efforts ne
peuvent avoir que des effets partiels et parfois décevants. J'aurais,
pour ma part, souhaité qu'après un aussi bon départ dans
la voie de la protection des secteurs mous ou traditionnels le gouvernement
fédéral agisse plus rapidement à l'égard du textile
ou du vêtement, aussi rapidement, en tout cas, qu'il l'a fait à
l'égard de la chaussure. De même, les subventions accordées
par le MEER aux entreprises de la région de Montréal retardent
indûment. A l'égard des travaux à entreprendre à
Montréal et à Québec, dans les zones portuaires, nous
avons à peine dépassé ce qu'un humoriste appelait des
"paroles verbales".
Si, comme je le soulignais tout à l'heure, on a gardé,
tout au cours de 1977/78, un strict contrôle
des dépenses, il n'en reste pas moins que la progression plus
lente que prévu de l'économie a réduit la croissance de
nos revenus autonomes. Cette baisse a été toutefois
compensée, en partie, par l'accroissement des transferts
fédéraux. En effet, le gouvernement fédéral a mal
calculé ses propres projections d'impôt, ce qui a eu pour
résultat de faire perdre de l'argent à toutes les provinces
anglophones et d'en faire gagner au Québec. Au bout du compte, le
Québec a eu, pour 1977/78, des besoins d'emprunt de $955 millions au
lieu des $900 millions qui avaient été prévus.
L'Ontario avait prévu des besoins de financement de $1 077 000
000. Sans qu'il en soit de sa responsabilité, notre voisin se retrouve
avec des besoins de $1 616 000 000. On conviendra que le contraste, pour nous,
n'a rien d'éprouvant.
M. le Président, je demande ici le consentement de
l'Assemblée pour que ce tableau que je dépose soit reproduit au
journal des Débats, de même que les autres tableaux que je
déposerai durant ce discours, (voir tableau no 1 en annexe)
M. Burns: Consentement.
M. Levesque (Bonaventure): Consentement.
M. Parizeau: En tout cas, dès janvier 1978, nous
commencions à emprunter pour l'année financière en cours.
L'Hydro-Québec aura besoin, au cours de la présente année,
de $2 milliards. Les trois quarts de cette somme sont déjà
disponibles en emprunts et en lignes de crédit. Le gouvernement du
Québec est à peine moins exubérant. L'avance prise dans
les emprunts et les montants disponibles à la caisse de
dépôt, sur la base du partage habituel de ses prêts entre
les secteurs privé et public, l'assure déjà de plus de 50%
des fonds dont il aura besoin l'an prochain.
En pratique, entre le 1er avril 1977 et le 31 mars 1978, les
marchés financiers ont fourni au gouvernement et à
l'Hydro-Québec plus d'argent que durant toute autre année de leur
histoire. Ce qui démontre à quel point le Québec est
menacé d'une fuite de capitaux et sème la méfiance. Si
l'incertitude provoque de tels résultats, on n'a vraiment pas besoin de
certitude.
On se rappellera que le premier ministre du Québec a souvent
affirmé, avant le 15 novembre 1976, que nous détenions la lourde
triple couronne de l'endettement accéléré, des taxes
excessives et du chômage. En moins de deux ans, le gouvernement du
Québec aura renversé la situation dans deux secteurs où il
dispose de leviers importants. Ainsi, l'endettement a été
réduit à un point où les besoins totaux de financement
pour l'année qui vient de se terminer ne représentent plus que 9%
de nos revenus, alors que le même pourcentage est de 14% pour l'Ontario,
et d'environ 25% pour le gouvernement fédéral.
D'autre part, les mesures fiscales que j'annoncerai plus loin
indiqueront avec quelle résolution le gouvernement entend s'attaquer au
fardeau fiscal des Québécois. Quant au dernier fleuron de cette
couronne, le chômage, les résultats obtenus sont moins probants en
grande partie parce que les principaux leviers de la politique
économique sont toujours dans les mains du gouvernement
fédéral. Cette situation ne nous enlève rien de notre
détermination, mais elle limite nos résultats.
Voilà, je pense, ce qu'il fallait quand même dire à
la fin d'une année qui, inévitablement, aura été
marquée par des tensions sérieuses mais qui, je le pense, doit
aboutir à une plus grande sérénité. Elle doit aussi
aboutir à une collaboration plus étroite entre ceux qui ont entre
leurs mains, dans le secteur privé comme dans le secteur public, dans le
secteur coopératif comme dans le secteur syndical, l'avenir de
l'économie du Québec.
Passons maintenant aux perspectives économiques pour 1978. Elles
ont déjà donné lieu à deux prévisions
majeures. D'une part, celle du ministre des Finances du Canada qui, à
l'occasion de son dernier budget, annonçait un rythme de croissance d'un
peu moins de 5%. D'autre part, celle du ministre des Finances de l'Ontario qui,
à l'occasion de son discours sur le budget, prévoyait pour sa
propre province un taux de croissance de 4,3%. Compte tenu des perspectives
d'investissement, force nous est de rabattre un peu cet optimisme. En effet,
pour le Canada tout entier, on prévoit une hausse des investissements
totaux de 5,4% en dollars courants. Compte tenu de la hausse probable des
coûts de construction, ces intentions indiquent en fait une chute de 2%
environ du volume des investissements. Manifestement, la reprise est plus
malaisée au Canada qu'on ne l'avait prévue.
Sans doute devant ces difficultés d'aboutir, certains, plusieurs
même, sont tentés de rendre responsable l'arrivée au
pouvoir du présent gouvernement du Québec. Il y a six mois, on
voulait expliquer l'économie du Québec sur cette base; depuis
quelque temps, c'est le Canada tout entier qui en dépendrait. C'est nous
faire beaucoup d'honneur... quant à notre influence, en tout cas.
Récemment, le Conference Board du Canada dressait la liste des
obstacles à la reprise des investissements. Par ordre d'importance, on
notait: l'ingérence des gouvernements dans les décisions des
entreprises, les capacités excédentaires, la concurrence
étrangère, les menaces à l'unité nationale, les
politiques fiscales et les coûts de financement. Cette façon de
ranger les facteurs me paraît assez réaliste. Il y a des causes
profondes et bien connues à la paresse des investissements et à
la morosité des investisseurs. Manifestement, le gouvernement canadien
éprouve encore des difficultés considérables à
s'attaquer aux causes et à guérir les effets.
Je serais personnellement étonné que la croissance au
Canada dépasse 4% cette année. Il faut maintenant placer, si l'on
peut dire, le Québec par rapport à cette projection. Pour ce
faire, il faut tenir compte de facteurs qui sont communs à tout le
Canada. C'est ainsi, par exemple, que l'impact de la dévaluation n'est
pas encore totalement absorbé, comme je le disais tout à l'heure,
et devrait faire croître encore les exportations pendant un certain
temps. De même les ventes au détail devraient progresser plus
rapidement.
Cependant, certains facteurs joueront plutôt à la baisse du
rythme de croissance. Il est évident, par exemple, que le Québec
est le seul endroit au Canada présentement où, pour les raisons
que j'ai déjà expliquées, on trouve une alliance de
certains chefs de file des milieux de la presse, des anglophones et des
affaires pour répandre à longueur de semaine les bruits les plus
fous et les plus faux sur l'état de l'économie. Cela n'est pas
très grave en raison de l'outrance des attitudes, mais c'est tout de
même embêtant. Rien n'est plus étonnant que de constater la
morosité qui s'est emparée de certains hommes d'affaires, bien
que leurs entreprises aient enregistré, en 1977, les plus hauts profits
de leur histoire. Cela passera avec un peu de patience et de bonne
volonté, mais, dans l'intervalle, cela n'aide pas.
Dans un tout autre ordre d'idées, je reste
préoccupé par les lenteurs administratives qui touchent la
construction de logements, autant privés que publics, et les travaux
municipaux qui l'accompagnent. Il y a là un rythme d'exécution
qu'il faut accélérer et cela me paraît de la plus grande
urgence. La coordination de trois paliers de gouvernements et d'une
demi-douzaine d'agences et de ministères se prêtent à des
détours et à des circonvolutions qui auraient dû attirer
depuis longtemps la verve des caricaturistes. (20 h 30)
A l'opposé, certains leviers devraient s'exercer avec force cette
année. C'est ainsi que les investissements de l'Hydro-Québec et
de la Société d'énergie de la Baie James devraient
augmenter de plus de $650 millions par rapport à l'an dernier. A titre
d'illustration de l'importance de ce montant, disons qu'il s'agit de
près de 6% des investissements totaux au Québec. Ajoutés
à la reprise des travaux à l'usine d'eau lourde de Laprade et, de
façon générale, à la hausse importante
prévue dans le secteur manufacturier, on doit donc s'attendre à
ce que les investissements totaux, au Québec, augmentent de 4,2%.
En second lieu, les mesures que j'annoncerai tout à l'heure
devraient contribuer, de façon non négligeable, à la
reprise de la demande des consommateurs. Jumelées aux programmes de
relance déjà en cours, ces mesures marqueront clairement le
caractère expansionniste que le gouvernement du Québec entend
donner à ses politiques.
Pour toutes ces raisons, c'est donc à environ 4% que je
prévois la croissance de l'économie du Québec pour 1978.
C'est moins que ce que le gouvernement fédéral prévoit, un
peu moins que ce que le gouvernement de l'Ontario attend, mais, me semble-t-il
en tout cas je l'espère assez réaliste et
probablement du même ordre que ce que l'économie canadienne
devrait connaître.
De toute façon, le niveau du chômage restera très
élevé. En effet, la main-d'oeuvre continue de croître
à un rythme accéléré, reflétant à la
fois l'entrée sur le marché du travail des citoyens nés au
début des années soixante, alors que le taux de natalité
était encore élevé, et l'arrivée sur le même
marché d'un nombre croissant de femmes mariées.
L'augmentation prévue de la main-d'oeuvre active sera de l'ordre
de 75 000 personnes. Les industries de services, y compris les administrations
publiques, augmentent, bon an mal an, le nombre de leurs employés de 50
000 à 55 000 personnes. Il faut donc que l'industrie, le secteur des
mines, la construction et, secondairement, l'agriculture embauchent plus de 25
000 personnes de plus chaque année pour que le chômage baisse.
En 1977, l'industrie manufacturière a perdu, avons-nous dit, 29
000 emplois dont 20 000 dans les secteurs traditionnels. Les autres secteurs en
ont aussi perdu quelques milliers. La création nette d'emplois ne fut
donc que de 25 000, soit le tiers de l'augmentation de la main-d'oeuvre
active.
On comprend dès lors l'accent que, depuis plusieurs mois, le
gouvernement du Québec a placé sur un programme de protection
temporaire, que seul le gouvernement fédéral peut accorder aux
industries traditionnelles. L'élimination de la taxe de vente pour un an
sur les vêtements, la chaussure et les meubles va jouer dans le
même sens. Si le Québec récupère les emplois qu'il a
perdus dans ces secteurs, et qu'on y ajoute ce que les industries de services
créent de toute façon, 70 000 ou 75 000 emplois apparaissent et
le chômage plafonne. Tout gain d'emplois dans les autres industries, dans
les mines, dans la construction, contribue alors à abaisser le
chômage.
Dans ce sens, le chômage sera d'autant plus rapidement
réduit au Québec qu'Ottawa acceptera d'agir sur la base des
données que je viens d'indiquer. Comme je l'ai déjà
signalé, le démarrage a été bon, mais les suites
commencent à se faire attendre. Et tant que nous ne connaîtrons
pas mieux les intentions du gouvernement fédéral, on ne peut que
prendre pour acquis que le chômage se maintiendra en 1978 à peu
près au même niveau que celui qu'on a connu l'année
dernière. Je ne peux, cependant, insister trop fortement sur le fait que
des décisions que prendra le gouvernement fédéral, autant
aux négociations du GATT à Genève que dans ses tractations
à l'égard des pays à bas salaires, dépendent des
milliers d'emplois au Québec.
Quant au rythme de l'inflation, j'estime qu'il devrait être, au
cours de 1978, de l'ordre de 7%. Cela est inférieur à ce que nous
avons connu l'année dernière, mais il faut convenir que la
majeure partie de l'effet sur les prix intérieurs de la
dévaluation du dollar canadien a déjà été
absorbée.
Le budget de cette année, M. le Président, est
établi à partir d'une comptabilité qui n'est pas tout
à fait la même que celle dont le gouvernement se servait
jusqu'à maintenant. En effet, en raison des conséquences de la
réforme fiscale dont je ferai état tout à l'heure, le mode
de financement des programmes de santé est modifié. De
même, les premières mesures correctrices, annoncées dans le
budget de l'an dernier à l'égard des fonds de pension et
appliquées cette année, amènent d'importantes
modifications à la présentation des comptes. Enfin, on a
profité de tous ces changements pour améliorer la
présentation de l'actif et du passif à court terme du
gouvernement.
On trouvera, dans l'annexe III au discours sur
le budget, une réconciliation de l'ancienne et de la nouvelle
présentation comptable. Je doute beaucoup que ces changements provoquent
de forts mouvements d'opinion publique, mais leur publication en annexe sera
précieuse pour tout analyste des budgets gouvernementaux.
Cela étant dit, je vais aborder maintenant successivement les
revenus, les dépenses et les emprunts de l'Etat tels qu'ils sont
prévus pour l'année en cours, c'est-à-dire 1978/79.
Commençons par les revenus. Le tableau des revenus qui suit
indique que, pour l'année en cours, les recettes du gouvernement seront
de $12,3 milliards. Ce montant peut difficilement donner lieu à des
explications ou à des commentaires tant que l'on n'aura pas
abordé la réforme fiscale dans le prochain chapitre. On
évitera donc de le commenter ici. A la suite, cependant, de la
description de tous les changements apportés à la
fiscalité, on indiquera dans un tableau l'impact de chacune des mesures
sur les recettes totales. Je dépose, M. le Président, le tableau
2 qui fait partie du discours du budget. (Voir ce tableau à l'annexe
A).
Passons aux dépenses budgétaires. Les dépenses
budgétaires, comme l'indique le tableau 3 que je dépose ici, se
chiffreront par $13,335 milliards en 1978/79, soit une augmentation, sur la
même base comptable, de 10,5% par rapport aux dépenses de l'an
dernier. Pour la première fois depuis longtemps, les dépenses de
l'Etat ne progresseront donc pas plus rapidement que la production nationale en
dollars courants. Ces dépenses budgétaires ont été
établies à partir des étapes suivantes: en premier lieu,
on établit ce qu'on appelle les budgets de base, c'est-à-dire le
coût des programmes existants. A cette occasion, on procède
à un certain nombre de compressions qui paraissent nécessaires.
On m'excusera ici de prendre un peu de temps de cette Assemblée pour
décrire les opérations dont il s'agit.
Cette année, l'établissement des budgets de base a
donné lieu à une série de démarches exprimant fort
bien le désir du gouvernement de forcer les ministères à
"dégraisser", si je peux m'exprimer ainsi, un peu de leur substance.
D'une part, on a exigé que tous les programmes existants soient
recalculés à partir d'une baisse de 1 pour cent des effectifs.
Cela, il faut le comprendre, n'est qu'un début. D'autre part, on a
supprimé des budgets de base une partie des crédits qui, trop
souvent, aboutissent en crédits périmés; on a pris
l'habitude de constituer des coussins, des réserves, qu'il n'est ni
utile, ni sain de maintenir. En 1977/78, on évalue à $400
millions le montant des crédits périmés. C'est trop.
Finalement, on a exigé une coupure de 10% de certaines subventions qui
sont traînées depuis des années, sans vraiment se poser de
question sur leur à-propos. Il est temps qu'une sélection se
fasse. (Voir tableau 3 à l'annexe A)
En outre, des compressions ponctuelles ont commencé. Un examen
général est en cours de tous les systèmes d'informatique
du gouvernement. Les premiers résultats sont déjà
spectaculaires. En 1978/79, on évalue à $4 millions la ré-
duction des dépenses sur la seule utilisation du temps-machine contre
une augmentation de capacité de traitement des données qui
atteindra rapidement 60%.
Toutes les directives du Conseil du trésor à
l'égard de l'embauche de services professionnels, de la
préparation des plans et devis, de la location des services techniques
ou d'outillage, de contrats de tous genres ont été
révisées de façon à étendre
systématiquement le système des fichiers et les soumissions
publiques. Les premiers résultats ne se sont pas fait attendre. C'est
ainsi, par exemple, que, dans le placement de la publicité
gouvernementale, le coût des commissions est tombé brutalement de
15% aux environs de 9%.
En outre, il est nécessaire, comme je l'ai annoncé l'an
dernier, de réexaminer le rythme d'expansion de certains programmes.
C'est ainsi qu'une étude a été entreprise de la hausse des
dépenses des universités. Je dois souligner, à ce sujet,
que le Conseil des ministres a autorisé deux gestes d'une portée
financière indiscutable. D'une part, les étudiants
étrangers verront leurs frais de scolarité tripler à
partir de septembre prochain. L'Ontario a déjà
procédé ainsi en 1976. Près de 10 000 étrangers
étudient maintenant au Québec et coûtent à la
collectivité près de $40 millions par an. Nous ne sommes pas
assez riches pour être plus généreux que la province
voisine. Il n'est pas question que le Québec tourne le dos à ses
responsabilités à l'égard des étudiants qui lui
viennent du Tiers-Monde, mais il doit équilibrer ses devoirs et ses
ressources.
En second lieu, on a gelé, à même les crédits
des universités pour 1978/79, un montant de $18 millions pour ramener le
taux réel de croissance aux environs de 8%. Les universités,
comme tout le secteur public, doivent être amenées à
choisir entre ce qui est essentiel et ce qui n'est qu'utile. Le
ministère de l'Education et les universités le comprennent, ce
dont nous devons leur savoir gré. (20 h 40)
De même, il faudra d'ici peu réexaminer les budgets de
construction des universités. Avec ses sept universités, le
Québec investit au rythme de $60 millions par an dans les installations
universitaires alors que l'Ontario, qui en a 17, se débrouille depuis
1972 avec moins de $20 millions par an. Des espaces additionnels exigent du
personnel additionnel qui finit toujours par se retrouver dans les budgets de
base. Bref, la nature a horreur du vide.
Le Québec a trop besoin de logements publics ou sociaux, de
centres d'accueil ou d'hôpitaux pour malades chroniques pour que l'on ne
se pose pas de sérieuses questions sur la répartition des
investissements.
Dans le secteur social, un réexamen des budgets de base est aussi
en cours. Le problème majeur dans ce domaine vient de ce qu'un petit
nombre d'hôpitaux ont accumulé depuis quelques an-pées des
déficits considérables en embauchant bien plus de personnel que
nécessaire. En second |ieu, un bon nombre de lits d'hôpitaux,
surtout à Montréal, sont sous-utilisés. Enfin, comme je le
si-
gnalais plus haut, il manque de lits pour malades chroniques et de
foyers d'accueil. Il faut donc ramener le personnel, dans les hôpitaux
publics, à un niveau normal et trouver les effectifs nécessaires
pour les nouveaux établissements. Tout cela peut se faire de
façon humaine et sans tension, à la condition que ce soit
convenablement organisé, ce à quoi s'emploie avec énergie
le ministre des Affaires sociales avec l'aide du Conseil du trésor.
Voilà un certain nombre d'exemples précis des compressions
auxquelles sont soumis les budgets de base.
Ils seront, cependant, fortement affectés au cours de
l'année qui vient par le résultat des conventions collectives qui
doivent être signées, en particulier par les fonctionnaires, les
infirmières et un groupe d'enseignants. Le premier ministre a
déjà annoncé les grandes lignes de la politique salariale
que le gouvernement entend suivre. Il me semble important, à l'occasion
du discours sur le budget, de réitérer le principe fondamental
qui guidera les négociations: le secteur public ne doit pas chercher
à devancer les rémunérations versées sous forme de
salaires et de bénéfices marginaux par le secteur
privé.
L'objectif fondamental consiste à reconnaître que la
plupart des rattrapages du secteur public par rapport au secteur privé
sont depuis longtemps terminés et qu'il commence même à
apparaître une avance de l'un par rapport à l'autre. Si l'on
permettait à cette avance de se maintenir ou de
s'accélérer, on arriverait à ce résultat
étonnant que les quatre cinquièmes de la population verraient
leurs impôts augmenter pour payer à un cinquième de la
population un niveau de rémunération qu'ils n'ont pas.
Voilà ce que l'on devait dire, brièvement, des budgets de
base pour 1978/79. Il s'ajoute à ces budgets trois types de
dépenses: des ajustements financiers, le programme de stimulation de
l'économie et de soutien de l'emploi et les nouvelles
priorités.
Trois types d'ajustements financiers ont une particulière
importance. Il s'agit de la réduction des arrérages dus aux
commissions scolaires, de la mise en vigueur des premières mesures
correctrices applicables aux fonds de retraite et de l'intégration des
opérations financières de la Régie de
l'assurance-maladie.
Pendant de nombreuses années, le gouvernement a
négligé de payer aux commissions scolaires la totalité des
sommes qui leur étaient dues sous forme de subventions. On a donc
assisté à une hausse considérable des dettes de ces
organismes auprès des banques à charte. En 1976/77, ces dettes
ont dépassé $400 millions. Leur réduction se produit
graduellement. L'an dernier, déjà, un effort considérable
a été fait et cette année un versement de $130 millions
aura lieu, si bien qu'à la fin de 1978/79 les dettes bancaires devraient
être inférieures à $135 millions, ce qui est un montant
raisonnable compte tenu des délais inévitables dans la
préparation et l'approbation des budgets. Dans ce domaine aussi, le
gouvernement montre sa volonté d'assainir les finances.
L'an dernier, j'ai indiqué à quel point était
inquiétante la situation de deux de nos régimes de retraite:
celui des enseignants et celui des fonctionnaires. La pratique banale de
considérer comme revenus les cotisations des employés et, comme
dépenses, les prestations versées fait planer sur les
contribuables pour l'avenir un poids écrasant, lorsque les
premières deviendront nettement inférieures aux secondes.
Les mesures correctrices s'étendront sur deux ans, ainsi que
j'avais annoncé. Dès cette année, des opérations
budgétaires incluront uniquement la contribution du gouvernement comme
employeur ainsi que les intérêts sur la provision accumulée
sur RREGOP. Ces montants sont ensuite considérés dans un compte
non budgétaire comme revenu auquel s'ajoutent les cotisations des
employés. Les prestations et remboursements versés en
contre-partie de ces revenus sont également comptabilisés
à ce compte non budgétaire.
Le programme de stimulation de l'économie et de soutien de
l'emploi a été lancé au cours de l'automne dernier. Il
s'étend sur seize mois et il est évident que les sommes
déboursées avant le 31 mars 1978 ont peu d'importance par rapport
à celles qui apparaîtront cette année. En effet, c'est
à $190 millions que s'établit pour l'année en cours le
coût de ce programme pour le gouvernement du Québec, dont $158
millions au titre des dépenses budgétaires.
Sans répéter ici la liste des projets qui a
été dévoilée le 21 octobre 1977, il n'est
peut-être pas inutile de retracer les grandes lignes du programme
lui-même.
Le premier principe de base qui sous-tend le programme a trait à
l'accélération ou au lancement de nouveaux investissements
à caractère industriel dans le sens le plus large du terme. Par I
élargissement des pouvoirs des prêts de la SDI, on a rendu
admissibles des investissements dans plusieurs secteurs industriels qui
éprouvaient de la difficulté à se financer.
Deuxièmement, le gouvernement du Québec a
décidé d'investir des montants importants dans les secteurs
primaires de l'économie, bien au-delà de ce qui s'était
fait jusqu'ici.
En troisième lieu, un accent spécifique a
été placé sur des travaux publics particulièrement
susceptibles d'accroître l'emploi en période de chômage.
Quatrièmement, un programme expérimental de
création d'emplois communautaires a été mis en place, pour
lequel $13 millions sont réservés en 1978/79, mais qui, s'il
réussissait au-delà des espoirs qu'on lui porte, pourrait compter
sur une expansion appréciable de son budget. Contrairement aux projets
fédéraux à caractère communautaire, du genre
Initiatives locales ou Canada au travail, qui sont temporaires et qui se
terminent habituellement au moment même où les espoirs ont
été soulevés, le programme québécois veut
faire apparaître des emplois à caractère permanent dans le
cadre de projets qui présentent une possibilité raisonnable de
couvrir un jour leurs frais.
Enfin, un cinquième volet est constitué de sommes
affectées à l'habitation, aux fins d'effectuer divers travaux de
restauration aussi bien de maisons que d'écoles
désaffectées. Un vaste programme d'isolation des logements dont
le ministre de l'Energie a déjà décrit les
modalités fait aussi partie de ce volet.
Tout cela ayant été décrit déjà au
cours de l'automne, il faut maintenant aborder les priorités
additionnelles qui ont été mises au point dans le cadre du
présent budget.
Les nouvelles priorités portent sur des dépenses totales
de $150 millions.
Plus de la moitié de cette somme est affectée à
l'aménagement du territoire. Les travaux de voirie régionale
constituent le bloc le plus important de ces nouveaux projets auxquels
s'ajoutent les investissements qui permettront de mieux contrôler le
débit des eaux dans la région de Montréal. De plus, les
mesures reliées à la révocation des concessions
forestières, a l'accessibilité aux zones de chasse et de
pêche et à l'aménagement d'un parc fluvial dans la
région de Montréal auront un impact important à court et
à long terme sur l'exploitation et l'utilisation du territoire
québécois. Le Fonds de développement régional, de
son côté, voit ses ressources augmenter de $17 millions.
Le gouvernement se devait également d'adopter diverses mesures
permettant de répondre aux besoins sociaux les plus urgents. Plus de $50
millions seront consacrés à ce secteur, dont $24 millions pour le
développement des centres d'accueil et des centres hospitaliers. Les
personnes âgées, surtout celles qui ne désirent pas
être admises dans les centres d'accueil, pourront ainsi compter sur de
nouveaux services offerts à domicile. A cette fin, environ 500
auxiliaires familiales seront engagées. (20 h 50)
Les autres mesures sociales consistent principalement en la poursuite du
programme de distribution gratuite du lait dans les écoles,
initié l'an dernier, et à l'extension de la gratuité des
soins dentaires pour les enfant de douze et treize ans. En outre, des sommes
ont été allouées pour permettre l'expansion des services
de garderie.
Dans les domaines de la culture et des loisirs, de nombreux projets
seront amorcés ou réalisés au cours de l'année
à venir. En raison de la forte demande, des subventions seront
accordées au niveau municipal pour des équipements de loisir et,
au niveau régional, pour des centres de ski, camps de vacances et autres
projets similaires. Enfin, la création de nouvelles bibliothèques
municipales, l'extension de la couverture des bibliothèques centrales de
prêt et le développement de Radio-Québec permettront de
servir une plus grande partie de la population.
Quant aux dépenses non budgétaires du gouvernement, M. le
Président, elles sont composées essentiellement de participations
en capital-actions et prêts et avances, surtout à des
sociétés d'Etat. Ces déboursés, dont la croissance
a été beaucoup trop rapide dans le passé, sont
évalués pour 1978/79 à $252 millions. En 1974/75, les
entreprises du gouvernement avaient besoin de $142 millions et, au cours de
chacune des années suivantes, le montant s'est élevé aux
environs de $180 millions. En 1977/78, ce qui devait coûter $200 millions
a finalement coûté $270 millions, surtout en raison du programme
de relance et des besoins de SIDBEC.
Certaines des sociétés d'Etat sont dotées de par la
loi d'une contribution annuelle connue. Mais de telles contributions, parfois
versées parce qu'une difficulté financière était
apparue, se révèlent, malgré tout, insuffisantes. Si
certaines des entreprises d'Etat ne seront, de par leur nature même,
jamais rentables, il faut reconnaître que, pour la plupart de celles qui
sont appelées à le devenir, les espoirs ne se sont guère
traduits dans la réalité. Des entreprises à
caractère nettement commercial, plusieurs années après
leur création, sont incapables d'emprunter à la banque sans la
garantie de l'Etat et ne bouclent leur fin d'année qu'avec l'aide du
fonds consolidé.
Dans certains cas, le recours à l'Etat, qui devait être
exceptionnel, est devenu une bonne habitude qui n'est plus remise en cause.
On commence à voir apparaître dans le secteur public une
cour des miracles commerciaux et industriels qui est coûteuse pour le
contribuable et injuste pour le secteur privé qui lui livre
concurrence.
Il n'est d'ailleurs pas sain que la gérance de ces entreprises
puisse ainsi compter sur un actionnaire tolérant, paternel et
inépuisable. La mise au point de critères de performance
n'étant cependant pas encore terminée, il y a peu à dire
cette année encore sur les modifications qui doivent être
apportées au système de gestion des sociétés
gouvernementales.
Je me permets cependant de souligner, avant qu'on puisse en arriver
à des correctifs, que la baisse des sommes affectées au
crédit agricole vient de ce que dorénavant les banques et les
caisses populaires prendront en charge ces opérations de prêts
selon une entente intervenue avec l'Office du crédit agricole. D'autres
dépenses non budgétaires pourront apparaître en cours
d'année. C'est ainsi que les programmes d'aide à l'industrie de
la pâte et du papier doivent encore être
précisés.
Enfin, à ces dépenses non budgétaires, on devra
maintenant ajouter un poste de solde positif qui a trait, ainsi qu'on l'a
indiqué précédemment, aux contributions et aux versements
des régimes de retraite. Ces opérations étaient
antérieurement présentées comme dépenses
budgétaires ne requérant pas de financement.
En résumé, les crédits budgétaires pour
l'année 1978/79 seront de $13 335 milliards et les prêts et
investissements non budgétaires sont estimés à $252
millions. Enfin, le compte des régimes de retraite apportera une source
de financement de $312 millions.
Je me permets de déposer le tableau no 4 sur les
opérations financières du gouvernement. (Voir ce tableau à
l'annexe A).
J'en viens maintenant aux besoins de financement pour l'année
fiscale 1978/79. A plusieurs reprises, on m'a suggéré qu'en
raison de la situa-
tion économique je devrais accepter, en 1978/79, un niveau
d'emprunts plus élevé que celui de l'an dernier. C'est ce que je
compte faire, sans toutefois atteindre le niveau excessif d'il y a deux ans.
Les besoins totaux de financement prévus seront de $1250 millions. Soit
dit en passant, c'était à peu près le montant que me
suggérait le Conseil du patronat.
Le tableau qui suit indique comment on en arrive à ce montant, et
je viens de le déposer. (Voir tableau 5 à l'annexe A).
Il est évident que les emprunts du gouvernement ne peuvent
être dissociés des besoins d'emprunts du reste du secteur public
et, à cet égard, on sait que l'Hydro-Québec aura besoin,
au cours de la présente année, de $2 milliards. Face à de
telles sommes, arrêtons-nous un peu afin de décrire
précisément le type de stratégie qui sera suivi.
On établira, à cet effet, une distinction très
nette entre les besoins du gouvernement, d'une part, ceux de
l'Hydro-Québec, d'autre part, et ceux de certaines
sociétés d'Etat.
Le gouvernement du Québec pourrait financer tous ces besoins avec
les ressources de la Caisse de dépôt et placement du Québec
au même titre que d'autres provinces canadiennes financent leurs
déficits avec le Canada Pension Plan. En 1978, la Caisse de
dépôt et placement recevra du Régime des rentes du
Québec, de la Régie de l'assurance automobile et de divers autres
déposants plus de $1 milliard. Grâce aux revenus sur les
dépôts, l'actif total de la Caisse de dépôt et
placement augmentera de près de $1,5 milliard, soit largement plus qu'il
n'en faut pour satisfaire tous les besoins du gouvernement.
On sait cependant que le gouvernement actuel, comme ceux qui l'ont
précédé, ne veut pas suivre la voie des provinces
anglophones. Les ressources de la Caisse de dépôt et placement
doivent être disponibles non pas seulement pour l'Etat, pour
l'Hydro-Québec, pour les municipalités et pour divers organismes
publics, mais aussi pour le secteur privé. Dans ces conditions,
j'attends de la Caisse de dépôt et placement que, cette
année, elle investisse de $750 millions à $800 millions dans les
titres de dettes directs ou garantis du Québec. De cette somme, environ
$600 millions sont réservés pour le gouvernement lui-même,
c'est-à-dire près de la moitié de ses besoins. Pour le
reste, on mettra cette année un solide accent sur le marché
canadien. A cet effet, trois types de titres seront
privilégiés.
Premièrement, j'ai l'intention de faire, cette année, une
émission d'obligations d'épargne qui sera mise sur le
marché le 1er juin. Contrairement aux émissions
antérieures, ces obligations seront destinées aux petits
épargnants. Cette année, chaque détenteur sera
limité à un montant très inférieur à celui
des émissions précédentes et, pour la première
fois, on introduira la retenue à la source chez quelques employeurs
importants, tels que le gouvernement du Québec, l'Hydro-Québec et
la ville de Montréal.
Deuxièmement, j'ai l'intention de poursuivre les
expériences que nous avons déjà effectuées à
deux reprises consistant à émettre des obligations à court
terme d'environ trois à six ans d'échéance. Ces
obligations sont mises sur le marché directement par le ministère
des Finances et fournissent surtout aux institutions financières un type
de titre qui correspond à leur besoin de liquidité. Les
gouvernements des provinces n'ont jamais, à mon avis, suffisamment
exploité cette partie du marché, et les deux premières
émissions ont indiqué qu'il y avait là une demande
substantielle.
Troisièmement, le gouvernement du Québec continuera
d'émettre des obligations à long terme. Une première
émission, venant à échéance en 1998, d'un montant
de $85 millions, a été placée auprès des compagnies
d'assurance-vie, révélant à la fois l'appui sans
équivoque des compagnies d'assurance-vie en général au
financement du Québec et la situation très spéciale, pour
ne pas dire anachronique, de la Sun Life. Pour le moment, je n'envisage donc
que peu d'emprunts à l'étranger. (21 heures)
En ce qui a trait au financement de l'Hydro-Québec, les
perspectives sont tout à fait différentes. En 1978, en 1979 et en
1980, l'Hydro-Québec aura besoin d'emprunter, au total, $6 milliards.
Bien que l'on puisse diviser en trois tranches annuelles ce financement, il
faut voir cette opération comme un tout. En effet, après 1980,
les besoins d'emprunts pour la baie James seront plus faibles et
l'autofinancement de l'Hydro-Québec plus élevé. Dans
l'intervalle, cependant, nous sommes tout de même en face d'une
opération de financement parmi les plus importantes jamais
réalisées où que ce soit dans le monde.
Déjà, un consortium formé de toutes les banques
canadiennes, appuyées par plusieurs des plus importantes banques
internationales, a assuré à l'Hydro-Québec un financement
de trois quarts de milliard de dollars pour l'année 1978 et une ligne de
crédit d'un demi-milliard de dollars sur laquelle l'Hydro-Québec
pourrait tirer en tout temps au cours des années qui viennent.
Sur le marché canadien proprement dit, l'Hydro-Québec
devrait normalement pouvoir emprunter de la Caisse de dépôt et des
investisseurs canadiens eux-mêmes environ $300 millions à long
terme. Cela veut donc dire que, si l'on ne veut pas toucher à la ligne
de crédit ouverte par les banques canadiennes, il faut aller chercher
environ $900 millions. Une partie de cette somme a déjà
été empruntée en Allemagne et en Suisse. Le reste est
à venir.
Finalement, il faut dire un mot des emprunts de certaines
sociétés d'Etat et, en particulier, de l'achat par la
Société nationale de l'amiante de la compagnie Asbestos
Corporation. La somme nécessaire à cette acquisition n'a pas
été incorporée aux projections d'emprunts de cette
année puisqu'on ne sait pas encore très bien ni le moment, ni les
modalités, ni le montant de la transaction. Lorsque les études
quant à la détermination du prix des actions seront
terminées, alors les négociations s'amorceront entre le
gouvernement et la General Dynamics. On n'envisage pas plus de
difficulté à réaliser cette opération qu'il n'y en
a eu
à financer SIDBEC-NORMINES ou Donohue-Saint-Félicien au
début de 1977.
J'en arrive maintenant, M. le Président, à la
réforme de l'impôt sur le revenu des particuliers et aux autres
mesures fiscales.
Sans aucune modification au régime actuel des impôts, les
revenus autonomes du gouvernement devraient s'accroître de 13,7%, ce qui
est largement supérieur à l'accroissement de la production au
Québec en 1978. Une telle augmentation des revenus autonomes du
gouvernement signifie un fardeau fiscal de plus en plus lourd pour les
contribuables.
Examinons concrètement ce que donne notre régime fiscal
actuel. Le revenu moyen du travailleur au Québec était, en 1977,
d'environ $12 730 alors qu'il se situait à $10 360 deux ans plus
tôt. Une partie de cette hausse n'a servi qu'à compenser
l'augmentation des prix cela, nous le savons tous le reste
pourrait normalement être considéré comme la part de ce
travailleur dans l'enrichissement collectif. Elle existe cette part, mais
l'impôt en a grugé plus de 60%. Si l'on ajoute à cela
l'augmentation des taxes foncières, on doit en conclure qu'à
toutes fins utiles les travailleurs n'ont rien retiré de plus pour
eux-mêmes depuis trois ans.
Comment veut-on qu'une économie ait un dynamisme quelconque quand
l'Etat enlève à la plupart de ses citoyens la
quasi-totalité de leurs gains réels? On a beau dire que l'Etat
est important, il ne peut exercer ce genre de voracité sans compromettre
l'avenir de l'économie et l'équilibre de la
société.
Alors que l'an dernier, M. le Président, je ne pouvais que
déplorer de ne pouvoir procéder aux rectifications qui
s'imposaient, un des résultats principaux de la gestion des deniers
publics par le gouvernement est d'avoir dégagé une marge de
manoeuvre suffisante pour réduire substantiellement le fardeau fiscal
des Québécois qui avait pris des allures confiscatoires.
Le gouvernement a donc résolu de procéder à
plusieurs réductions d'impôts qui découlent d'une
réforme du régime fiscal, de la mise en vigueur d'une formule
d'indexation et l'introduction de crédits d'impôts applicables aux
taxes foncières.
Dégageons, en premier lieu, les grandes lignes de la
réforme fiscale proprement dite. Sur cette base, on peut, je pense,
à la fois améliorer l'équité du système et
entraîner des allégements importants du fardeau.
Cette réforme se traduit par quatre types de mesures: le
réaménagement des exemptions personnelles, la simplification du
calcul de l'impôt, la modification de la table des taux d'imposition et
l'introduction de mesures plus restrictives visant les dépenses de
certains contribuables. Le principe général qui a guidé
l'élaboration de ce qui suit veut qu'un citoyen contribue au financement
de l'Etat selon sa capacité de payer.
Ainsi, dans une première étape, il a été
décidé de porter de $1900 à $2700 l'exemption de personne
mariée. Notre système fiscal actuel pénalise nettement le
couple où un des conjoints ne tra- vaille pas à
l'extérieur. On peut s'en rendre compte à partir de la
comparaison suivante.
Un individu taxé comme célibataire a droit à une
exemption de base de $1600, à une déduction uniforme de $100 pour
frais médicaux et dons de charité et enfin à un palier de
$2000 de revenu imposé à taux nul, soit une exemption totale de
$3700. Si deux conjoints travaillent à l'extérieur, ils sont
taxés tous les deux comme s'ils étaient des célibataires
et ont donc droit, tous les deux, aux exemptions et déductions dont je
viens de parler. Par contre, le conjoint qui ne travaille pas à
l'extérieur donne à l'autre conjoint qui travaille le droit
à une exemption de $1900 et, advenant qu'il ait des revenus propres ou
un emploi à temps partiel, à une exonération des premiers
$500, soit au total $2400, pas plus.
En faisant passer de $1900 à $2700 l'exemption de personne
mariée et de $500 à $1000 l'exonération du revenu net du
conjoint à charge, je porte à $3700 l'exemption
supplémentaire dont peut bénéficier un contribuable
marié dont le conjoint n'a pas de revenus propres substantiels.
Cette mesure avantagera plus de 700 000 couples dont un seul des
conjoints a un travail rémunéré et elle permet
d'atténuer l'injustice du présent système qui fait
qu'actuellement, pour des ménages qui ont le même revenu, celui
où il n'y a qu'un salaire paie bien plus d'impôt que celui qui en
a deux.
Dans la même veine, l'exemption pour un enfant ou autre personne
à charge de 18 ans et plus est portée de $550 à $900. Les
enfants de cet âge ne sont plus admissibles aux allocations familiales.
Ils peuvent continuer à être à charge parce qu'ils ne
trouvent pas de travail, sont handicapés ou sont aux études. Avec
cette augmentation, le fardeau des parents sera comparable à celui qui
est applicable à ceux qui ont des enfants de 16 ans et 17 ans. De plus,
ces exemptions ne seront réduites que lorsque le revenu net de la
personne à charge excédera $2000, soit $950 de plus que
présentement. Je crois que pour les étudiants cela aura une
certaine signification.
L'exemption en raison d'âge est portée de $1000 à
$1500. Les contribuables âgées de 65 ans et plus sont, pour la
plupart, dépendants de leurs pensions de sécurité de la
vieillesse, des prestations de la Régie des rentes, de l'épargne
qu'ils ont accumulée ou de leur revenu de travail, ce dernier
constituant d'ailleurs une source importante de revenu. En effet, près
de 60% des contribuables âgés de 65 ans à 69 ans et
près du quart de ceux âgés de 70 ans et plus
dépendent de revenus de travail. Or, il y a lieu d'accorder à ces
citoyens qui ont contribué pendant de nombreuses années au
progrès de la société une exemption en raison d'âge
plus généreuse que jusqu'à maintenant.
Parallèlement, la déduction accordée à certaines
personnes handicapées, ou au contribuable qui a une telle personne
à sa charge, est portée à $1500 aussi. (21 h 10)
A ces modifications, s'ajoutent trois dispositions qui sont
destinées à simplifier la structure de
l'impôt. C'est ainsi, comme je le disais
précédemment, que la table d'impôt actuelle prévoit
que les premiers $2000 du revenu imposable sont taxés à un taux
nul. Je propose de remplacer cette disposition par l'augmentation de
l'exemption de base de $1600 à $3600.
De plus, les contributions des particuliers au financement des
programmes de santé, qui constituent en fait un impôt
régressif sur le revenu, sont supprimées. Cependant, les
contributions des employeurs demeurent.
Et, finalement, la formule utilisée pour le calcul de
l'impôt à payer sur les dividendes reçus de corporations
canadiennes est alignée sur la méthode utilisée par le
gouvernement fédéral.
Troisième étape dans la réforme, la table des taux
d'imposition est totalement modifiée. Il est temps que cesse cette
pratique qui consiste à avoir une table de taux sans doute progressive,
mais à laquelle on greffait des impôts comme ceux des programmes
de santé qui étaient proportionnels jusqu'à un certain
niveau de revenu, puis franchement régressifs. De telles combinaisons
aboutissaient à une sorte de camouflage. Apparemment, nous avions le
régime fiscal d'une société qui se voulait juste. En
pratique, on disposait d'un système beaucoup moins progressif qu'il ne
semblait avec, en outre, toutes sortes d'échappatoires qui permettaient
à certains citoyens de réduire considérablement leur
fardeau fiscal, en invoquant divers types de dépenses.
La nouvelle table, sans autre greffe que les contributions au
Régime de rentes, comportera 21 paliers au lieu de 8, permettant
d'exiger du contribuable un effort mieux proportionné à son
revenu imposable. Le taux minimum d'imposition passera de 16% à 13%,
alors que le taux maximum atteindra 33% au lieu de 28% présentement en
vigueur.
Les taux seront plus bas pour les revenus faibles et plus
élevés pour les hauts revenus. Dans ce sens, la nouvelle table
sera à la fois plus juste et plus redistributive que la table
actuelle.
J'ai indiqué plus tôt comment de nombreuses
échappatoires venaient en quelque sorte contredire les objectifs de
progressivité du régime fiscal. Quelques-unes furent
éliminées l'an dernier. Ce soir, j'annonce le premier jalon d'une
révision en profondeur des politiques concernant l'admissibilité
aux fins du calcul de l'impôt de certaines dépenses.
Quoiqu'il ne soit pas question de remettre en cause un des principes
fondamentaux de la fiscalité, c'est-à-dire la
déductibilité des dépenses encourues pour gagner un
revenu, les politiques actuelles ont permis des déductions
élevées, parfois abusives, qui exigent certaines
modifications.
Afin de rendre la déduction des dépenses d'automobiles
plus conforme aux coûts réels encourus pour fins d'affaires, de
nouvelles règles distinguant entre les dépenses liées
à la possession d'un véhicule et celles attribuables à son
utilisation sont introduites à compter de cette année. Ainsi, les
frais fixes, qui devraient de toute façon être supportés
par le contribuable qui utilise une automobile à des fins personnelles,
tels que le coût d'immatriculation et d'assurance, sauf la dépense
additionnelle pour usage commercial du véhicule, ainsi que les frais
d'intérêt, ne sont plus déductibles. Quant à
l'allocation du coût en capital, elle est dorénavant
limitée à un cinquième de l'allocation à laquelle
le contribuable aurait droit si son automobile était utilisée
uniquement à des fins d'affaires; de plus, le coût en capital aux
fins du calcul de l'allocation ne peut excéder $7500 ou $9000, selon
qu'il s'agit d'une voiture standard ou d'une familiale. Enfin, l'ensemble des
frais variables, tels que essence, entretien et réparation, continue
d'être déductible selon les règles actuelles, sauf,
cependant, un minimum de $75 par mois réputé être encouru
à des fins personnelles. Des règles de concordance sont
prévues pour les véhicules loués ou fournis par
l'employeur à ses employés. Ces règles ne s'appliquent pas
au contribuable qui utilise un véhicule uniquement aux fins de gagner un
revenu, ni à celui qui détient un permis pour le transport de
passagers contre rémunération, par exemple un taxi.
Ces changements visent essentiellement à assurer une plus grande
équité entre les salariés et les travailleurs autonomes,
en limitant les échappatoires dont pouvaient se prévaloir ces
derniers.
A l'opposé, d'autres contribuables ne peuvent déduire
certaines dépenses encourues pour gagner un revenu. Afin de corriger
cette lacune, les contributions à un comité paritaire et à
l'Office de la construction du Québec sont désormais
déductibles du revenu au même titre que les cotisations syndicales
et professionnelles. De même, les frais juridiques encourus en vue de
recouvrer ou de faire réviser un montant de pension alimentaire sont
dorénavant déductibles du revenu.
Arrêtons-nous ici un instant, car l'effet de toutes les mesures
qui viennent d'être annoncées mérite d'être
brièvement illustré. Il s'agit, en effet, de réductions
d'impôts totalisant, pour l'année d'imposition en cours, $313
millions, dont $201 millions pour la nouvelle table d'impôt, $125
millions pour la hausse de l'exemption de personne mariée et $17
millions pour la hausse des exemptions pour les personnes à charge et
les personnes âgées.
Ceci représente une réduction globale de l'impôt sur
le revenu de 7,5%, mais elle est très inégalement
répartie. Tel que je l'avais indiqué à l'occasion du
dernier budget, la cible que doit viser toute réforme fiscale est le
salarié moyen qu'on a abusivement écrasé d'impôts
depuis de nombreuses années.
En 1978, le salaire industriel moyen, au Québec, sera d'environ
$13 700. Examinons donc ce qu'apporte au contribuable qui gagne ce revenu le
nouveau régime.
Supposons que sa femme ne travaille pas à l'extérieur et
que le couple a deux enfants. Selon le régime actuel, il paierait, en
1978, au gouvernement du Québec $1374 d'impôt. Avec les
modifications que je viens d'annoncer, il en paiera $1083, soit une
réduction de $291. Il s'agit d'une baisse de 21%. Si notre individu type
a un enfant de 18 ans ou plus à sa charge, l'impôt tombera de
$367, donc de 29%.
Quant au contribuable marié qui ne gagne que le salaire minimum,
il paierait aujourd'hui $225 d'impôt. Avec la nouvelle table, il ne
paiera plus d'impôt au Québec.
Les réductions d'impôts annoncées dans la
présente réforme profitent, en fait, à tous les
contribuables imposés comme mariés et dont le revenu est
d'environ $30 000 ou moins. 700 000 couples, comme je l'ai dit tout à
l'heure, plus de 1 400 000 personnes sont ainsi avantagées.
Les contribuables taxés comme célibataires, qu'ils soient
mariés ou non, ne retirent pas d'aussi grands avantages de la
réforme, ce qui ne veut pas dire qu'ils soient négligeables. Il
n'en reste pas moins qu'environ 1 500 000 de ces contribuables dont le revenu
net inférieur à $22 000 verront aussi leurs impôts
baisser.
Quant aux contribuables de 65 ans et plus qui sont taxés comme
célibataires, ils profitent d'avantages fiscaux pour tous les revenus
jusqu'à $25 000. Pour les couples mariés de 65 ans et plus, les
avantages sont plus grands encore. Nous accordons donc ainsi des
réductions d'impôt à plus de 90% des personnes
âgées au Québec.
C'est donc d'une réforme majeure qu'il s'agit, réduisant
substantiellement le fardeau des petits et des moyens salariés. Elle
augmente, cependant, celui des contribuables les plus riches. C'est ainsi que
le contribuable taxé comme célibataire et dont le revenu est de
$100 000 verra son impôt augmenter de $3500.
Des Voix: Nommez-les!
M. Parizeau: Je n'oserais pas. Ces mesures sont
rétroactives au 1er janvier 1978. (21 h 20)
Les déductions à la source seront ajustées à
partir du 1er juillet et un remboursement pour les six premiers mois de
l'année 1978 parviendra aux contribuables au début de 1979,
lorsqu'ils compléteront leurs déclarations d'impôt. Je me
permets d'insister sur le caractère c'est important ces jours-ci
permanent de ces mesures. Mais, M. le Président, ce n'est pas
tout.
J'annonce en effet ce soir qu'à partir du 1er janvier 1979 le
gouvernement du Québec commencera à indexer son nouveau
régime d'imposition. La formule adoptée est originale et exige un
certain nombre de commentaires. Refuser, comme le gouvernement du Québec
l'a fait jusqu'ici, toute forme d'indexation aboutissait à une
augmentation déguisée des impôts. L'inflation
s'accompagnait d'une hausse des revenus qui pouvait fort bien ne pas comporter
d'amélioration du pouvoir d'achat, mais qui accroissait le fardeau
fiscal réel du contribuable.
Les formules pour corriger une telle situation varient d'un pays
à un autre. Les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, l'Allemagne de l'Ouest
n'ont que des ajustements occasionnels sur une base discrétionnaire. La
France a opté pour un mode de compensation automatique qui ne s'applique
cependant qu'au-delà d'un certain seuil d'inflation. Le gouvernement
fédéral canadien et les provin- ces anglophones accordent une
compensation intégrale et automatique.
La formule canadienne a le principal inconvénient d'enlever aux
gouvernements, en cas de récession on s'en rend compte ces
jours-ci la marge de manoeuvre nécessaire pour stimuler
efficacement l'économie sans avoir a envisager des niveaux aberrants de
déficit.
Pour pallier cet inconvénient et, cependant, cesser de voler le
citoyen, je propose donc la formule suivante. Dorénavant, on indexera
chaque année toutes les exemptions personnelles. De cette façon,
le niveau de revenu jugé implicitement essentiel pour couvrir les frais
minima de subsistance et, à ce titre, non imposé, augmentera au
taux d'indexation. La formule, M. le Président, sera donc moins
avantageuse pour les hauts revenus.
En outre, chaque année, le ministre des Finances annoncera le
taux d'indexation qui s'appliquera à l'année suivante. Ce taux
sera en fonction, d'une part, du taux d'inflation appréhendé et,
d'autre part, de ce que le gouvernement peut payer compte tenu des objectifs de
dépenses qu'il croit nécessaires.
En vertu de ces principes, j'annonce ce soir que le taux d'indexation
retenu pour 1979 sera de 6%. Cette décision réduira encore le
fardeau fiscal des contribuables en 1979 de $142 millions. Tous les
contribuables profiteront de cette mesure. Pour la majorité d'entre eux,
elle aboutira à une réduction d'impôt de $40 à $100
par année, ce qui s'ajoute évidemment aux effets de la
réforme dont j'ai déjà fait état. Le contribuable
marié gagnant le salaire industriel moyen y gagnera $72, soit une baisse
de 6,7% de son impôt à payer, alors que celui qui gagne $40 000 en
tirera un peu plus de $100, soit 1,3% de son impôt à payer.
M. Levesque (Bonaventure): ...c'est 1%.
M. Parizeau: Le crédit d'impôt foncier constitue la
troisième mesure visant à réduire les impôts que
j'ai le plaisir d'annoncer ce soir.
La hausse des taxes foncières dans un grand nombre de
municipalités place un fardeau souvent insupportable sur le dos du
contribuable à revenu modeste. S'il est locataire, le contrôle des
loyers n'évite pas qu'il ait à payer la hausse de taxe que subit
son propriétaire. S'il est lui-même propriétaire, il a
souvent acheté une maison en tenant compte de ce que les taxes
étaient assez faibles dans la municipalité qu'il avait choisie
pour y habiter. Quatre ou cinq ans plus tard, les taxes ont parfois
doublé ou triplé, sans d'autres recours pour notre
propriétaire que d'avoir à vendre et d'aller habiter ailleurs,
s'il le peut, pour réduire ses charges. Le cas de retraités est
plus pénible encore. Ils sont trop souvent chassés des maisons ou
des appartements qu'ils habitent depuis des années, par des hausses de
taxes qu'ils ne peuvent payer, et ils vont grossir les rangs de ceux qui
attendent une place dans une HLM ou dans un foyer d'accueil.
Dans le cas de ces personnes de 65 ans et plus, tout ce qui existe
actuellement est un rem-
boursement de taxe scolaire pouvant aller jusqu'à $125 pour un
propriétaire et jusqu'à $75 pour un locataire.
Il est temps d'aller beaucoup plus loin et de chercher à soulager
les effets les plus régressifs de l'impôt foncier pour l'ensemble
des citoyens les moins bien nantis.
A cette fin, j'annonce ce soir qu'à partir du 1er janvier 1979
sera établi pour tous les contribuables un crédit d'impôt
foncier déductible de l'impôt québécois et
remboursable dans la mesure où il excède l'impôt à
payer. Ce crédit d'impôt sera disponible aussi bien pour les
propriétaires que pour les locataires. Dans le cas de ces derniers, le
crédit s'appliquera à la quote-part des taxes foncières
attribuables au logement habité.
Ce crédit d'impôt sera calculé de la façon
suivante: il sera égal à 40% des taxes foncières
payées par le contribuable, moins 2% du revenu imposable du
ménage. Aux fins du calcul du crédit d'impôt, les taxes
foncières maximums dont l'on tiendra compte seront de $1000; le
crédit d'impôt pourra donc atteindre $400.
Quelques exemples simples feront comprendre la mécanique du
système. Prenons le cas d'un jeune couple dont le mari gagne $15 000 et
dont l'épouse se consacre à l'éducation de leurs deux
enfants en bas âge. La maison qu'ils ont achetée en banlieue est
grevée de taxes foncières qui, à cause des charges
d'aqueduc et d'égout, atteignent $1200. Le crédit d'impôt
sera égal à $244 soit 20% de son impôt foncier. Si d'autre
part un couple locataire dont le mari ne gagne que $10 000 n'arrive pas,
là où il travaille, à se loger à moins de $200 par
mois, montant dont le cinquième est composé de taxe
foncière, le crédit d'impôt sera de $132, soit 28% de son
impôt foncier.
En fait, ce crédit d'impôt permettra de compenser
substantiellement les contribuables les plus durement touchés par la
hausse des taxes foncières dans les municipalités où un
développement rapide a entraîné un accroissement important
du fardeau de l'impôt foncier et, d'une façon plus
générale, de protéger les contribuables à revenu
modeste contre la hausse générale des taxes foncières que
nous avons connue depuis quelques années. Pour les personnes de 65 ans
et plus, le crédit d'impôt que j'annonce ce soir ne pourra
être inférieur en tout cas à ce qu'elles reçoivent
actuellement au titre de remboursement d'impôt foncier scolaire.
C'est à $76 millions que l'on évalue le coût de ces
crédits d'impôts en 1979.
On trouvera dans la brochure intitulée "Renseignements
supplémentaires", une série de tableaux indiquant l'effet de
toutes ces modifications du régime de l'impôt sur le revenu sur
diverses catégories de contribuables.
Je souhaiterais en donner ici quelques exemples, en retenant trois types
de revenus: celui du contribuable qui gagne l'équivalent du salaire
industriel moyen prévu en 1978, soit $13 700, celui du contribuable qui
gagne la moitié moins, c'est-à-dire à peu près le
salaire minimum, et celui du contribuable qui gagne la moitié de plus,
c'est-à-dire aux environs de $20 000.
Je retiens quelques cas significatifs: celui du contribuable
marié dont la femme ne travaille pas à l'extérieur; celui
de deux contribuables mariés qui tous les deux travaillent à
l'extérieur et donc, sont taxés comme célibataires; celui,
enfin, des personnes de 65 ans et plus.
Je dépose, M. le Président, les tableaux qui
décrivent pour ces contribuables typiques les réductions totales
d'impôt que les mesures que je viens d'indiquer vont provoquer. Sans
vouloir lire ces tableaux, je noterai simplement ceci. C'est que tôt, en
1978 et en 1979, les modifications que je viens d'annoncer permettent à
ces contribuables typiques de voir leur impôt baisser de n'importe quoi
entre $300 et $800 par année. (Voir tableau 6 à l'annexe A) (21 h
30)
De tels tableaux, cependant, amènent divers commentaires. Je dois
reconnaître que la plupart des contribuables auront des augmentations de
salaire en 1979 et que les chiffres qui apparaissent aux tableaux que je viens
de déposer n'en tiennent pas compte. Je reconnais, d'autre part, que
l'évolution du crédit d'impôt, que j'incorpore dans ces
tableaux, est très approximative pour chacune des catégories de
contribuables. Elle offre, cependant, un ordre de grandeur et on en trouvera le
mode de calcul dans les "Renseignements supplémentaires - Impôts".
D'autres classes de contribuables obtiennent moins que ce qui est
indiqué dans les quelques tableaux qui précèdent, d'autres
davantage. Mais ces tableaux suffisent pour donner une idée de l'ampleur
de la réforme qui est annoncée ce soir.
J'aborde maintenant d'autres mesures fiscales. D'abord, les
réductions de taxes visant les entreprises. J'ai eu l'occasion de dire
déjà à quel point, en 1978/79, les réductions
d'impôts accordées aux compagnies par les gouvernements
fédéral et du Québec l'an dernier représentent un
solide allégement du fardeau fiscal. On doit, cependant, à
l'égard de certains secteurs, aller plus loin encore.
Tel que je l'ai annoncé mercredi dernier, la taxe de vente de 8%
est, à compter de ce soir, supprimée sur toutes les chambres
d'hôtel au Québec. Les repas payés selon le plan dit
américain, c'est-à-dire inclus dans le prix de la chambre, seront
aussi exemptés de la taxe de vente. Enfin, on supprimera à partir
de minuit ce soir la taxe sur les frais de service inclus dans le prix des
repas, dans la mesure où ces frais seront versés en pourboire aux
employés.
Ce n'est un secret pour personne que l'industrie hôtelière
du Québec traverse une très mauvaise période. La
construction simultanée de plusieurs grands hôtels à
Montréal n'a fait que précipiter une crise qu'on entrevoyait
depuis déjà un certain temps. Les propriétaires
d'hôtels se plaignent, à juste titre d'ailleurs, d'un fardeau
fiscal particulièrement éprouvant et cela se
réflète inévitablement par un niveau trop
élevé du prix des chambres.
La décision du gouvernement de l'Ontario de supprimer la taxe de
vente sur les chambres d'hôtel jusqu'à la fin de 1979 a
été la goutte (mais quelle goutte!) qui a fait déborder le
vase. Au total, c'est de $20 millions, en 1978/79, que baissera le fardeau
fiscal de l'industrie hôtelière.
Ces mesures et la construction du Palais des congrès devraient
contribuer à relancer l'industrie touristique, surtout si le dollar
canadien demeure pendant un certain temps encore à un niveau
inférieur au dollar américain.
Dans un autre secteur d'activités, un effort additionnel de
caractère fiscal doit être entrepris. L'industrie minière
éprouve, sauf dans le secteur de l'amiante, de sérieuses
difficultés. On a suggéré depuis quelques mois des moyens
de réduire les impôts sur les profits de l'industrie
minière. Plus tard, quand les mines auront recommencé à
faire des profits, on pourra discuter de cette question. Pour le moment,
améliorer le régime d'impôt sur les profits des mines de
cuivre serait d'une ironie assez sombre. Il vaut mieux chercher à
réduire les coûts de production.
A cet égard, la mesure que le gouvernement a choisie est de
réduire la taxe sur le carburant, qui est actuellement de $0.25 sur le
mazout et de $0.19 sur l'essence, à $0.03 seulement pour les
véhicules circulant hors route et utilisés dans les
opérations minières.
Il s'agit là d'une réduction de coût, pour
l'industrie minière, d'environ $8 millions pour une année
entière. On extensionnera d'ailleurs la même mesure aux
véhicules circulant hors route dans les exploitations forestières
et à ceux des grandes exploitations agricoles qui ne sont pas encore
exemptées de la taxe sur les carburants. Cette dernière mesure se
traduira par une réduction des coûts de production de $2 millions
environ.
Enfin, en vue d'améliorer la situation concurrentielle de
l'industrie d'enregistrement de son et d'images, la taxe de vente applicable
sur le prix des films, rubans magnétiques et magnétoscopiques,
des enregistrements sur disques et autres biens de même nature est abolie
à compter de minuit ce soir, lorsque ces biens sont acquis en vue d'une
diffusion publique. Cette mesure constituera un stimulant de $2 millions pour
l'industrie en question.
Voilà, M. le Président, les mesures que je souhaite
introduire ce soir pour aider l'expansion de certaines industries. Il y a
là $32 millions de réduction qui, comme je l'ai
déjà indiqué, joints aux $175 millions que
représente cette année la valeur des réductions fiscales
accordées par nous et par Ottawa l'an dernier aux entreprises qui
opèrent au Québec, soulignent le souci d'accélérer
les investissements, d'améliorer les rentabilités et de faciliter
la reprise. De ces $207 millions de réduction fiscale, les deux
gouvernements en partagent à peu près également le
coût. On conviendra que, dans un contexte politique peu soucieux de
mettre en valeur les efforts du gouvernement du Québec à ce
sujet, je ne peux éviter de souligner pesamment que ceux qui croient que
le présent gou- vernement souhaite l'atrophie du secteur privé
vont finir par constater qu'il s'y prend bien mal, si vraiment c'était
là sa politique.
M. le Président, les réductions des impôts dont je
viens de faire l'énumération et qui toucheront à la fois
les particuliers et certaines industries vont s'accompagner de hausses de
certaines taxes qui ne feront pas plaisir, comme toutes les hausses de taxes,
mais qui correspondent à un objectif assez précis: celui de
percevoir des droits sur des biens et services qui ne sont ni essentiels, ni
même parfois utiles, et en certains cas franchement nocifs pour
l'environnement.
A partir de minuit ce soir, l'impôt sur les cigarettes passera de
0,8 cent à 1,08 cent par cigarette.
Si vous me le permettez, M. le Président, je voudrais souligner
l'arrivée en cette Chambre du député de Jean-Talon. Je
suis certain qu'il nous fait plaisir, des deux côtés de la Chambre
de le revoir.
Le taux de taxe sur les cigares et le tabac à pipe passera de 25%
à 30%. La taxe payable sur les cigares, dont les prix de vente
n'excèdent pas dix cents l'unité, est portée à 2
cents.
Cette mesure porte les taxes, M. le Président, au même
niveau qu'en Ontario. Elle satisfera les non-fumeurs, fera payer les fumeurs
davantage pour leur mauvaise habitude et, surtout, rapportera $48 millions.
Depuis une quinzaine d'années, l'utilisation de contenants non
consignés sous forme de bouteilles ou de canettes se répand de
plus en plus. A peine 1% des contenants était de ce type en 1960.
Aujourd'hui, 20% des contenants sont non consignés, les canettes de
métal en représentant l'essentiel. Cette prolifération a
des inconvénients notoires: elle augmente le volume des déchets
solides, elle accroît le coût énergétique de la
fabrication des contenants et, enfin, elle multiplie les déchets
sauvages.
A partir du 1er juin prochain, j'introduirai un droit de $0.05 sur les
contenants non consignés de boissons gazeuses et de bière de
moins de 16 onces et de 10 cents sur ceux de 16 onces ou plus. Ce droit sera
payable par les embouteilleurs et les importateurs. (21 h 40)
Le consommateur qui ne veut pas payer ce droit n'aura pas qu'à
acheter des contenants consignés. Comme les habitudes ne changent pas du
jour au lendemain, j'estime à $18 millions le rendement de la mesure
proposée cette année. Les recettes devraient baisser par la
suite.
En troisième lieu, conformément à une intention
déjà exprimée dans le budget de l'an dernier, j'ai
l'intention de percevoir des droits sur les concours publicitaires et sur les
appareils dits d'amusement. Ces droits prendront effet dès que sera
sanctionnée la Loi modifiant la Loi de la Régie des loteries et
courses qui devrait être présentée à
l'Assemblée nationale d'ici quelques jours. C'est à $10 millions
qu'on évalue les recettes provenant des mesures qui seront alors
prises.
Voilà, M. le Président, les éléments
désagréables que j'avais à rapporter à cette
Chambre au-
jourd'hui. On conviendra qu'ils ne portent que sur des consommations qui
n'ont rien d'essentiel et que les taxes ainsi prélevées
contribueront à financer, en partie, le coût d'une réforme
fiscale dont l'importance est sans commune mesure avec le fardeau additionnel
que l'on impose à ce que d'aucuns considéreraient comme diverses
formes de pollution. Quant aux droits sur la bière, on m'a
suggéré à plusieurs reprises de les accroître. Mais
il a finalement été décidé de ne pas toucher
à ce "bien culturel".
Par ailleurs, je propose de détaxer certains biens essentiels aux
handicapés. Déjà, les ventes de membres artificiels, les
prothèses dentaires et les appareils ophtalmiques et
orthopédiques sont exemptés de la taxe de vente. Dans le but de
généraliser ce régime d'exemption en regard des biens
essentiels aux personnes handicapées, à compter de minuit ce soir
seront exemptées de la taxe de vente au détail les ventes
à des personnes handicapées de tout appareil conçu pour
suppléer à une déficience physique tel que les
béquilles, les chaises roulantes, les régulateurs cardiaques, les
prothèses orales, les poumons d'acier, les reins artificiels et autres
biens de même nature. De plus, est remboursée la taxe de vente
perçue à l'achat d'un véhicule transformé pour en
permettre la conduite à une personne qui n'a pas l'usage de ses membres
inférieurs, ainsi qu'à l'achat d'un véhicule
transformé afin d'être utilisé principalement pour le
transport, dans un but non lucratif, de telles personnes.
Et avant d'aborder un autre chapitre, M. le Président, je vais me
permettre simplement un petit couplet qui s'appelle meilleure perception.
Enfin, de façon à rendre plus efficace la perception des
impôts et des taxes, les bouteilles de bière vendues aux
détenteurs de permis d'établissements servant des boissons
alcooliques seront identifiables ce n'est pas le cas actuellement
et les notes de repas en duplicata seront introduites. Cela n'a l'air de rien,
mais il y a plus qu'on ne pense là-dedans, M. le Président.
Passons maintenant à un autre chapitre de ce discours du budget
qui a trait à la réforme des droits successoraux. Depuis quelques
années, le gouvernement a réduit annuellement de 20% les taux
d'impôt sur les successions. L'an dernier, j'avais refusé de
supprimer la dernière tranche de 20% en annonçant que toute la
question de ces droits allait être à examiner. L'une des
recommandations de la Commission royale d'enquête sur la
fiscalité, la commission Carter, était l'abolition de tout
impôt successoral. Cependant, cette recommandation doit être
interprétée dans le contexte d'alors, c'est-à-dire comme
allant de pair avec l'imposition des legs entre les mains des héritiers
et la taxation complète des gains en capital. Or, le gouvernement
fédéral n'a pas adopté cette définition de
l'assiette compréhensive de l'impôt sur le revenu; il a
plutôt opté pour une solution de compromis, soit l'imposition de
la moitié du gain en capital. Ce faisant, il laissait ouverte la
question de savoir si un impôt sur les successions, sans doute moins
lourd qu'autrefois, ne devrait pas être maintenu.
Enfin, pour favoriser les personnes recevant un bien agricole ou des
actions de compagnies privées, des droits sur ces biens seront...
Manifestement, M. le Président, j'ai des problèmes avec
mes...
Des Voix: Page 51.
M. Parizeau: De plus, dans la mesure où l'impôt sur
le gain en capital est déductible de la valeur de la succession, toute
double imposition est évitée. Ainsi, toute argumentation
invoquant la double imposition à cause de la juxtaposition de ces deux
modes de taxation n'est, en fait, qu'une tempête dans un verre d'eau.
D'ailleurs, l'Ontario a affirmé son intention de maintenir des droits
successoraux en procédant à une réforme substantielle de
son régime d'imposition des successions.
Aussi, les droits successoraux doivent être maintenus. En effet,
l'impôt sur le revenu ne prenant pas compte la richesse des
contribuables, un impôt successoral permet de mitiger cette lacune et
d'améliorer l'équité du système d'imposition dans
son ensemble; il constitue en outre l'outil de contrôle par excellence
pour lutter contre l'évasion fiscale.
Présentement, les droits successoraux varient selon l'importance
de la succession de même que la valeur des biens transmis à chaque
bénéficiaire. C'est un système fort complexe qui
nécessite trois tables de taux et une panoplie d'exemptions variant
selon le degré de parenté des héritiers avec le
défunt. Ainsi, l'importance des droits exigibles sur un legs de $100 000
d'un père à son fils varie de l'exemption totale à un taux
d'imposition pouvant atteindre plus de $15%, selon que ce legs provient d'une
succession plus ou moins importante. Le nouveau régime, effectif pour
les successions ouvertes après minuit ce soir, vise à
éviter de telles situations de sorte que, à legs égaux,
des bénéficiaires comparables paient les mêmes droits.
Une seule table de taux d'imposition est utilisée, les taux
variant de 20% à 35%.
Par ailleurs les exemptions actuelles sont remplacées par les
exemptions suivantes, toutes appliquées contre le legs à chacun
des bénéficiaires plutôt que contre la masse
successorale.
Exemption totale des legs entre conjoints. Ce que l'on se transmet entre
conjoints ne sera pas taxable.
Exemption de $75 000 aux enfants et autres personnes à charge du
défunt, la partie non utilisée de l'exemption par un enfant du
défunt étant transférable aux héritiers du
défunt qui sont les descendants de cet enfant ou de son conjoint.
Exemption supplémentaire pouvant atteindre $50 000 aux enfants et
autres personnes à charge du défunt âgés de moins de
26 ans.
Exemption supplémentaire pouvant atteindre $50 000 pour les
enfants ou personnes à charge du défunt atteints d'une
infirmité mentale ou physique.
Exemption administrative de $5000 pour les autres
bénéficiaires de façon à accélérer le
règlement des petits legs.
Enfin, pour favoriser les personnes recevant un bien agricole ou des
actions de compagnies privées, les droits sur ces biens sont
réduits de moitié et leur paiement pourra être
étalé sur une période de sept ans.
Etant donné les modifications apportées aux droits
successoraux, il faut également apporter des changements majeurs
à l'impôt sur les dons, le complément de tout
système d'impôt sur les successions. C'est ainsi qu'à
compter de minuit ce soir les dons entre conjoints sont complètement
exemptés. De plus, dans ce même esprit de simplification, les taux
d'imposition variant actuellement de 15% à 50% sont remplacés par
un taux unique de 20%, soit le taux minimum d'imposition des droits
successoraux.
L'ensemble de ces mesures pour une année entière
d'application rapportera $25 millions. Plus que son rendement, cependant, le
nouvel impôt sur les successions reflète le souci de consolider le
principe de la participation des citoyens au coût du fonctionnement de la
société dans laquelle ils vivent, selon leurs moyens et leur
capacité de payer, en remplaçant un régime archaïque
par un système simple et équitable.
Si on voulait résumer, M. le Président, tout ce que je
viens d'annoncer, on pourrait donc dire ceci: Le gouvernement du Québec
accorde ce soir une réduction d'impôt sur le revenu à 90%
de ses contribuables; les Québécois recevront ainsi plus de $300
millions cette année et, en 1979, c'est de $500 millions que leur
impôt sur le revenu sera déduit. (21 h 50)
Avant de clore ce chapitre de la réforme fiscale, on me permettra
cette seule observation. Au terme de ses six années d'administration, le
précédent gouvernement tirait sa fierté d'avoir
présenté, dit-il, six budgets successifs sans hausses de taxes.
Fait étrange, les Québécois devenaient en même temps
les contribuables les plus taxés du Canada.
Les Québécois apprécieront sûrement le fait
que le nouveau gouvernement réussisse, lui, à accorder une baisse
à la fois substantielle et générale des impôts
après seize mois de pouvoir. De la même façon, d'ailleurs,
le milieu des affaires saura certes évaluer l'impact économique
de cette injection de fonds, (voir tableau 7 à l'annexe A)
Passons maintenant à la fiscalité municipale.
Au cours des mois de février et de mars, de nombreuses
consultations ont eu lieu avec les maires des plus importantes
municipalités du Québec, avec l'Union des municipalités et
l'Union des conseils de comté. Il s'agissait d'examiner une proposition
de modification en profondeur de tout le régime de la fiscalité
municipale afin, d'une part, d'accroître leurs ressources et, d'autre
part, de mieux asseoir leur autonomie. Je tiens d'ailleurs à souligner
ce soir la généreuse collaboration dont ont fait preuve les
autorités municipales et leurs représentants tout au long des
séances de travail que nous avons tenues à cette occasion.
Le gouvernement a décidé qu'il était
préférable de poursuivre pendant quelques mois encore l'examen de
la question et le ministre des Affaires municipales l'a inscrite à
l'ordre du jour de la conférence provinciale-municipale qui se tiendra
au début de juin.
Dans l'intervalle, cependant, quelques gestes doivent être
posés pour poursuivre la réforme de l'évaluation
foncière amorcée depuis quelques années et pour continuer
d'augmenter les ressources des municipalités. Les gestes que je vais
maintenant annoncer devraient soulager les finances municipales dans une
certaine mesure, en attendant des politiques de plus grande portée.
Dans le but d'améliorer l'équité et la
compréhension de la fiscalité foncière et dans la
perspective d'une réforme éventuelle du régime fiscal des
municipalités, la Loi sur l'évaluation foncière sera
révisée de manière à assurer l'assiette uniforme
requise. Les "Renseignements supplémentaires-Impôts" contiennent
une énumération complète de ces mesures.
Certaines dispositions fiscales de la Loi sur l'évaluation
foncière seront aussi modifiées. Ainsi, le plafond de $0.30 par
$100 d'évaluation sur les immeubles des secteurs public et parapublic
assujettis au paiement d'une compensation sera porté à $0.50 par
$100 d'évaluation, sans excéder pour autant le taux de la taxe
foncière générale décrété par les
municipalités. Cette mesure devrait procurer aux municipalités
des revenus additionnels de quelque $16 millions en 1978.
L'article 100 de la Loi sur l'évaluation foncière permet
au ministre du Revenu, pour le compte des corporations municipales, d'imposer
une taxe foncière équivalant à 10% des revenus nets de
l'année précédente provenant de l'exploitation d'un
réseau de téléphone, télécommunications et
câblodistribution. Cette loi sera modifiée de telle sorte que
dorénavant la taxe équivaudra à 5% des revenus bruts de
ces compagnies, comme c'est le cas en Ontario. Dans cette province, la taxe
rapporte bien plus qu'au Québec, avec ce résultat assez
étonnant que les tarifs payés par les Québécois
servent à payer une partie des taxes foncières dans la province
voisine. Il est temps, plus que temps, de faire disparaître cette
anomalie.
Certains revenus seront cependant exclus de la base de calcul de la taxe
foncière. On en trouvera la liste dans les "Renseignements
supplémentaires-Impôts".
Cette taxe imposée sur les revenus bruts des compagnies de
télécommunications sera redistribuée aux corporations
municipales pour l'équivalent des deux tiers à compter de 1979.
Elle rapportera aux municipalités des revenus additionnels de l'ordre de
$17 millions.
Pour alléger le fardeau des contribuables et, par le fait
même, pour leur permettre de supporter l'augmentation des taxes
municipales pour l'année 1978, je propose que les rôles
d'évaluation scolaire de 1978/79 soient gelés au niveau de
l'année précédente, sauf pour y inscrire les nouvelles
constructions. Avec l'application d'une telle mesure, il nous est maintenant
possible d'uniformiser les dates d'évaluation et de dépôt
des rôles. Dorénavant, le 1er janvier devient la date de
réfé-
rence unique pour déterminer la valeur marchande des immeubles
aux fins municipales et scolaires.
Le gel des rôles d'évaluation scolaire dégagera des
revenus potentiels additionnels de $29 millions pour les municipalités
en 1978. Toutefois, ces mesures ne s'appliquent qu'aux commissions scolaires
dont l'évaluation imposable est conforme aux directives émises
par le ministère de l'Education.
Dans le discours sur le budget 1977/78, le gouvernement s'engageait
à indexer les taux de subventions per capita qui sont versées aux
municipalités. Cette indexation se poursuit cette année et les
taux sont majorés de 8,4% soit l'accroissement de l'indice des prix
à Montréal pour l'année civile écoulée.
En outre, le programme de subventions aux municipalités urbaines
s'étendra, dès 1978, aux municipalités ayant une
population comprise entre 5000 et 10 000 habitants. Ces municipalités se
verront appliquer le taux afférent à celles qui ont une
population de 10 000 à 20 000 habitants, soit $6.94 per capita. Cette
mesure procurera, en 1978, des revenus additionnels de $3 millions à 64
municipalités qui n'étaient pas touchées par ce
programme.
L'échelle des taux des subventions per capita sera telle que
présentée au tableau numéroté 8, M. le
Président. (Voir ce tableau à l'annexe A)
Si l'on combine l'indexation des taux de même que l'augmentation
de la population des municipalités touchées depuis un an, le
coût global de ce programme passera de $55,4 millions à $63,7
millions en 1978-1979.
L'ensemble des mesures annoncées fournira aux
municipalités les ressources qui apparaissent au tableau 9,
c'est-à-dire M. le Président, $70,2 millions. (Voir ce tableau
à l'annexe A)
Les mesures, en somme, que je viens de présenter assurent quelque
$70 millions de plus aux municipalités, dont $53 millions seront
payables cette année. Cet effort du gouvernement est important et, bien
qu'il ne règle pas tous les problèmes, il permettra aux
municipalités de compter sur des ressources plus
élevées.
Toutefois, seule une réforme majeure de la fiscalité
municipale au sujet de laquelle, disons-le, les discussions sont maintenant
solidement amorcées, pourrait prétendre fournir l'encadrement
nécessaire à une remise en ordre favorisant la saine gestion et
le développement normal des affaires municipales.
Ceci étant dit, M. le Président, j'en arrive à la
conclusion de ce discours sur le budget. Je dois dire que c'est avec une
certaine fierté que j'en arrive à la fin de celui-ci. L'an
dernier, à pareille date, nous héritions d'une situation
financière ardue, semée d'embûches,
hypothéquée par quelques années de dépenses
somptuaires et, dans certains cas, folichonnes. Nous avons passé une
année de remise en ordre, de coupures budgétaires,
d'austérité, même. La situation économique
était à ce point détériorée que la tentation
était forte de continuer à jeter de l'argent par les
fenêtres.
Nous avons résisté à la tentation, pratiqué
la frugalité en prenant le risque de ne pas être compris.
Pourtant, je pense que nous l'avons été. La remise en ordre est
loin d'être terminée. Certains programmes doivent encore
être examinés et leurs coûts réduits. La perception
des impôts exige encore beaucoup d'améliorations. Mais enfin,
après un an d'efforts, une marge de manoeuvre est apparue, dont la
majeure partie est consacrée à la réduction des
impôts.
La diminution du fardeau fiscal des citoyens m'est apparue comme la
principale des priorités cette année. Sans doute, pour l'amorcer,
ai-je accepté d'augmenter le niveau des emprunts. Mais cela est pensable
et faisable parce que, depuis un an, le crédit du Québec s'est
maintenu envers et contre tous, mais surtout malgré les efforts
persistants, farouches et parfois scandaleux de ceux qui ont cherché
à jouer la politique du pire.
Le chantage économique et financier n'a pas gagné la
partie. Le Québec a connu une année qui, sur le plan du
chômage, a été terrible. Mais le redressement
s'opère, les perspectives s'éclairent, la remontée sera
lente, mais elle se fera par le travail de millions de Québécois
qui découvrent dans la fierté retrouvée l'assurance de
l'avenir. (22 heures)
II ne me reste qu'un regret. Celui de ne pouvoir opérer la
réorganisation des dépenses et la réduction des
impôts qu'à l'égard de la moitié des ressources des
Québécois. Quand le jour viendra où le Québec sera
maître de ses ressources et de son économie, on pourra enfin
terminer ce qui, cette année, n'est qu'un départ et l'assurance
de jours meilleurs.
Le Président: A l'ordre, s'il vous plaît!
M. Parizeau: M. le Président, je propose,
conformément à l'article 127 du règlement que
l'Assemblée nationale approuve la politique budgétaire du
gouvernement.
Le Président: M. le député de Jean-Talon,
vous avez la parole.
M. Raymond Garneau
M. Garneau: M. le Président, il y a une coutume qui est
presque constitutionnelle qui veut qu'en cette Chambre, lorsqu'un ministre
présente un projet de loi qui engage des crédits ou des
dépenses, il doit lire au début de son discours de
deuxième lecture une formule que le secrétaire de notre
vénérable Assemblée s'empresse de lui transmettre en
disant quelque chose comme: Le lieutenant-gouverneur a pris connaissance de ce
projet de loi et il en recommande l'étude à cette Chambre. Compte
tenu des circonstances de la fin de semaine, j'ai presque envie de dire: Le
chef du Parti libéral a lu les quelques remarques que je vais donner et
il en recommande la lecture à cette Chambre.
Le Président: A l'ordre, s'il vous plaît!
M. Garneau: Ces quelques plaisanteries étant
terminées, je dois dire qu'une baisse d'impôts, à ce
moment-ci, est certainement un geste dans le bon sens du gouvernement. Mais
pour celui qui se vante de jours meilleurs, je dois dire que, quand on analyse
ce qui vient de se produire et qu'on le met en relation avec les propos et les
pétages de bretelles dont on pouvait prendre connaissance dans certaines
des remarques du ministre des Finances, dans le fond c'est $375 millions
d'impôt qui affectent les contribuables au cours de l'année
présente, le reste étant financé en partie par le
gouvernement fédéral s'il accepte des propositions qui lui ont
été faites par le ministre des Finances. $375 millions sur un
budget de revenus de $12 milliards, et on se vante d'avoir posé des
ges--tes pour sauver l'économie.
N'en déplaise au ministre des Finances actuel, lorsqu'il nous dit
qu'après une administration libérale on avait le fardeau fiscal
le plus élevé, je dois lui dire que dans une seule année
j'avais proposé une baisse de $540 millions d'impôts avec un
budget de $8 milliards. Je pense que cela replace dans leur véritable
contexte les propositions du ministre des Finances qui a réussi,
après deux ans de non-indexation, à remettre seulement une partie
du produit de la non-indexation aux contribuables québécois.
J'aurais félicité le ministre d'une façon plus
complète pour certains des gestes qu'il a posés n'eût
été de sa suffisance lorsqu'il a parlé de
l'indexation.
M. Levesque (Bonaventure): En effet.
M. Garneau: Utiliser le terme "indexation" après la
compréhension que les contribuables québécois en ont
depuis 1973/74 me paraît jouer dangereusement avec les mots, d'autant
plus que cette indexation est déterminée au gré du
ministre des Finances qui détermine uniquement, pour l'exemption de
base, le taux qu'il utilisera pour l'année suivante. On voit que cette
année, lorsqu'il utilise les 6%, ce n'est même pas le coût
de l'augmentation du coût de la vie, et c'est une mesure qui, de toute
façon, était faite annuellement. Au lieu d'avoir fait ses
comparaisons avec l'Allemagne de l'Ouest, la France ou je ne sais trop qui, il
aurait été préférable de dire qu'on continue ce qui
s'est toujours fait, c'est-à-dire de revoir de temps à autre les
exemptions de base des contribuables.
Ce qui me frappe le plus dans ce budget, ce sont des constats
d'échec. Un constat d'échec de la politique gouvernementale
d'abord en matière économique. J'en prendrai pour preuve
uniquement les premiers propos du ministre des Finances à la page 11
lorsqu'il parle de la piètre performance de l'économie du
Québec, lorsqu'il parle également du secteur du logement. En
fait, la remontée du nombre de logements inoccupés à
provoqué une baisse importante de mises en chantier; là aussi,
cela ne va pas. Lorsqu'il parle, par exemple, de la baisse de 29 000 emplois
dans le secteur manufacturier, lorsqu'il parle également de la baisse du
côté de l'exploitation de nos mi- nes. En fait, il nous donne,
avec les références qu'il inscrit lui-même à la page
11 de son discours, un constat d'échec sur le plan économique qui
se vérifie très facilement par l'augmentation du nombre de
chômeurs qui atteint maintenant 350 000 au Québec.
C'est également un constat d'échec dans l'administration
de nos sociétés d'Etat. Là-dessus, après trois mois
de visites en province, où j'ai eu l'occasion d'exposer un certain
nombre de points de vue sur le rôle des sociétés d'Etat et
le rôle de l'Etat dans le management de l'économie, je suis
d'accord avec lui, mais je dois également constater que sous
l'administration péquiste cela a également été un
constat d'échec.
Je voudrais également et surtout parler du constat d'échec
dans le domaine des prévisions économiques. C'est ce qui
m'amène peut-être à être le plus sévère
à l'endroit du ministre des Finances parce que, l'an dernier, lorsque je
m'étais levé pour faire cette critique qui avait
été passablement plus virulente, parce que cette année il
y a un peu de quoi se mettre sous la dent, j'avais quand même
indiqué au ministre des Finances jusqu'à quel point il avait
exagéré dans ses prévisions de revenus. Il avait
exagéré également dans les prévisions qu'il faisait
des grands agrégats de l'économie. Je constate aujourd'hui, en
ayant les chiffres et en regardant ces revenus autonomes qu'ils ont
apporté une différence de $405 millions par rapport aux
prévisions dans l'espace de douze mois. C'est ce même personnage
qui me blâmait de ne pas avoir prévu correctement sur cinq ou six
ans les recettes de la taxe sur le tabac pour financer les Jeux olympiques.
$405 millions dans une seule année!
Au produit intérieur brut, on avait prévu 10,5% et on est
à 9%, un écart de 1%. Au niveau du revenu personnel, on avait
prévu 11%, on a 9,6%. Au niveau des ventes en détail, on avait
prévu un taux de croissance de 10,1%, on en a un de 8,9%. Au niveau du
chômage, évidemment, on avait prévu 9,3%, on a 10,3%.
Quand je regarde ces prévisions de revenus et de
l'activité économique, je me pose de sérieuses questions
sur l'exactitude des chiffres que le ministre nous donne. L'an dernier, il a
été sauvé; le Québec a été
sauvé par le grand frère fédéral, qu'il critique
régulièrement, à cause d'un transfert du gouvernement
fédéral non prévu, de l'ordre de $345 millions. C'est ce
qui a sauvé le gouvernement provincial d'un déficit qui aurait
été accru d'autant, d'un programme d'emprunts qui aurait
été accru d'autant.
Quand je regarde les chiffres de cette année et que je tiens pour
acquis qu'il n'y a rien, dans le fond, pour le règlement de la taxe
fédérale de 2% on présume qu'il va arriver
ce sont $226 millions qui pourraient s'ajouter à un déficit qui
est déjà de $1 milliard. Lorsqu'on regarde également les
conventions collectives qui s'en viennent et qui seront négociées
à partir du 30 juin, elles auront peut-être un impact
également sur le budget. Or, il n'y a rien de ce
côté-là. Si je mets cela en parallèle avec les
erreurs passées, si on a une erreur encore de $400 millions, comme
l'année
passée, et qu'on y ajoute ce dont on n'a pas tenu compte avec
véritablement l'assurance d'une inscription positive dans le discours du
budget, on en arriverait volontiers, M. le Président, à un
déficit qui dépasserait largement le milliard.
Déjà, il est à $1 milliard et je me rappelle le scandale
dont on a parlé les années passées. Cette fois-ci, en
1978/79, $1,035 milliard, un programme d'emprunt de $1,250 milliard. Si on ne
règle pas le problème de la taxe de 2%, $226 millions, et qu'on y
ajoute quelques prévisions j'imagine que les fonctionnaires ne
verront pas leurs salaires gelés à zéro, au moins pour la
partie du 1er juillet au 31 mars 1979, à moins qu'on ne veuille mettre
zéro de taux de croissance on aura un déficit qui sera
beaucoup plus grand que cela et le ministre des Finances ne nous en parle pas.
(22 h 10)
Si j'ajoute à cela l'erreur monumentale de $400 millions de l'an
dernier, même si je la coupe en deux pour être bon prince avec le
ministre des Finances je dis qu'il se trompe la moitié moins
cette année qu'il ne s'est trompé l'an dernier on arrivera
quand même à un déficit qui pourrait atteindre $1,2
milliard ou $1,3 milliard. J'ajouterai également ceci à la
réflexion du ministre. Après la période des
négociations collectives où nous étions
véritablement dans une situation difficile à prévoir
compte tenu que les conventions n'étaient pas signées
complètement, nous avions eu un déficit plus élevé
que les dépenses en capital du gouvernement. Mais ce qui me frappe, M.
le Président, c'est qu'avant même qu'aucune de ces
prévisions ne soit portée au budget, avant même que le
règlement du contentieux fédéral-provincial, au niveau de
la taxe de vente, soit réglé, avant même que nous sachions
si l'erreur de calcul de l'an dernier ne se répétera pas cette
année, nous avons déjà tout près de $400 millions
d'emprunts à long terme pour financer des dépenses courantes. Je
trouve que cela est une gérance à petite vue du ministre des
Finances, une gérance de l'économie qui, dans un contexte de
stabilité, va créer des difficultés dans ces emprunts,
parce qu'il n'y a pas de raison, cette année, qu'une telle situation
soit vérifiée dans les équilibres budgétaires. $637
millions de dépenses en capital, suivant les chiffres qui nous ont
été donnés dans le budget des dépenses qui a
été déposé au cours des dernières semaines,
et je vois un déficit de $1,035 milliard. Que le ministre des Finances
ne vienne pas nous dire qu'il a une gérance qui a replacé, d'une
façon si miraculeuse, les finances du Québec, alors qu'il
emprunte cette année $400 millions pour financer ses dépenses
courantes. C'est pire que l'abeille et la fourmi.
Encore faut-il ajouter que ce budget, à toutes fins utiles,
ressemble à un budget référendaire, il faut bien
l'admettre. L'an dernier, c'était le budget de la désillusion;
cette fois-ci, c'est le budget de l'illusion référendaire qu'on
nous présente.
M. Parizeau: M. le Président, sur une question de
privilège.
Le Président: Sur une question de privilège, M. le
ministre des Finances, vous avez la parole.
M. Parizeau: Je m'excuse, mais sur la dernière observation
qui a été faite quant à la comparaison des dépenses
de capital et des besoins financiers nets, je voudrais simplement
référer le député de Jean-Talon à l'annexe
2, page 5. I! constatera qu'effectivement les dépenses de capi tal
représentent deux fois le montant des besoins financiers nets pour
1977/78.
M. Garneau: M. le Président, vous auriez dû
appliquer le règlement d'une façon plus sévère
parce que ce dont le ministre parle n'est pas en conformité avec les
propos que j'ai tenus dans le même sens de réflexion. Je prends
son budget à la page 32, je vois des revenus de $12,3 milliards, des
dépenses de $13,335 milliards, ce qui laisse un déficit de $1,035
milliard. Vous nous avez donné, il y a deux ou trois semaines, un budget
de dépenses qui avait près de $635 millions ou $637 millions de
dépenses en capital. Si le reste est pour payer des opérations
non budgétaires, je ne veux pas y toucher parce qu'il y aura sans doute
l'analyse que je pourrai faire jeudi de cela qui sera beaucoup plus
circonstanciée, mais je vois à la face même et
l'actuel ministre des Finances le sait fort bien qu'un déficit de
$1,035 milliard avec des dépenses en capital de $637 millions indique
clairement que vous financez à long terme, si vous êtes capable
d'emprunter à long terme, des dépenses courantes, ce qui
m'apparaît malsain et ce qui m'apparaît en nette contradiction avec
ce qui a été donné dans les propos ampoulés du
ministre des Finances lorsqu'il se vantait...
M. Parizeau: Et même les subventions pour
immobilisations.
Le Président: M. le ministre des Finances, s'il vous
plaît!
M. Garneau: ... M. le Président, ce gadget que je viens
d'entendre du ministre des Finances est vieux comme le monde. J'ai voulu, moi
aussi, l'année où on a parlé de ce déficit,
à cause justement des négociations collectives, l'utiliser. Mais
je sais fort bien que, dans l'analyse sur une base continue des
activités économiques, il s'agit là d'un point
névralgique qui m'apparaît dangereux et, surtout, qui ne
coïncide pas avec le "pétage de bretelles" qu'on nous a fait en
parlant du rééquilibre miraculeux de la situation
financière du Québec.
Je voudrais dire aussi que ce budget
préréférendaire est un budget de deux ans. On a tellement
peur d'être obligé de tenir le référendum qu'on
annonce maintenant les budgets de l'an prochain pour essayer d'en faire plus
gros et entourer dans un ruban le référendum, et, surtout, avoir
là une excellente propagande pour les gens qui vont se promener de porte
en porte. Ils pourront annoncer la baisse de taxes pour deux ans
d'une claque, comme cela, cela paraît mieux! Mais cela a quand
même été fait aux dépens de groupe de citoyens.
Je pense par exemple aux agriculteurs. J'ai été de l'autre
côté, dans le fauteuil de l'actuel ministre des Finances, ou un
qui était très près, et à chaque budget j'avais le
député de Sauvé, l'expert en agriculture, qui
prétendait qu'on ne faisait jamais suffisamment pour les agriculteurs.
C'est le deuxième budget du ministre des Finances d'un gouvernement
péquiste, gouvernement qui a fait des campagnes en disant qu'il allait
aider les cultivateurs. Lisez. Vous allez voir seulement une place où le
mot "agriculteur " apparaît, c'est quand on parle des droits
successoraux. C'est la seule place où on en parle
véritablement.
M. Garon: ... taxes sur les carburants.
M. Garneau: Finalement, un gouvernement qui est allé
rencontrer l'UPA, faire des déclarations disant que cela allait
être la priorité des priorités, et c'est le deuxième
budget qui est présenté par ce gouvernement et rien pour les
cultivateurs.
Il n'y a également rien pour le logement. On parle uniquement de
$24 millions ou $25 millions pour les logements pour personnes
âgées et les centres d'accueil, ce qui est, en définitive,
la continuation du programme. On réannonce les mêmes projets une
troisième fois. Il y en a une partie qui avait été
annoncée par l'ex-ministre des Affaires sociales, M. Castonguay, une
partie ou la même a été réannoncée par
l'actuel député de Saint-Laurent et là on le
réannonce une troisième fois. Il n'y a pas de quoi à se
péter les bretelles. Il n'y a rien du côté du logement
alors que ce gouvernement avait fait des déclarations. Le
député de Rosemont et ses collègues, pour l'est de
Montréal, avaient annoncé mer et monde.
Il n'y a rien également pour le chômage des jeunes. C'est
là l'élément le plus négatif, à mon sens, de
ce budget. S'il y a actuellement un problème québécois
important, c'est le chômage des jeunes qui sortent de plus en plus
nombreux des CEGEP et des universités et qui ne se trouvent pas
d'emplois. On voit un budget qui ne fait absolument rien pour tenter de
résoudre une partie du problème qui pourra avoir des
conséquences énormes sous forme de transfert de capital humain du
Québec vers les autres provinces.
Je dirai également l'autre grande surprise Après avoir
tenu une commission parlementaire qui a duré des mois, après
avoir annoncé une réforme complète et des programmes
considérables pour l'industrie des pâtes et papiers, M. le
Président, on ne trouve rien dans ce budget pour régler ce
problème.
Il n'y a rien non plus pour l'amiante. Tout à l'heure, j'ai
parlé du programme d'emprunts de $1,250 milliard du ministre des
Finances. J'ai souligné jusqu'à quel point il était
sous-estimé. Il faut ajouter à cela le fait qu'il n'y a rien dans
ce budget pour compenser le coût d'une mesure que le ministre des
Richesses naturelles tente de faire adopter par cette Chambre. J'invite mes
collègues qui siègent à cette commission à bloquer
cette loi parce qu'il n'y a rien dans le budget. C'est un projet de loi
"phoney" parce qu'il n'est pas vrai. S'il était vrai, on aurait dans le
discours du budget $150 millions à $200 millions pour le financer. S'ils
n'y sont pas et que le ministre est sérieux dans son projet de
l'amiante, il faudra les prévoir. Là je dis au ministre des
Finances qu'encore une fois, comme l'année passée, il nous
présente des chiffres truqués. Il ne nous a pas
présenté la vérité l'an dernier et je vous dis que
cette année on me permettra de prendre au moins 24 heures pour en
faire les calculs on vivra la même situation que l'an
passé, à savoir que les $405 millions de baisse dans les revenus
autonomes se retrouveront sans doute dans le budget Parizeau 1978/79 et que le
programme d'emprunts, si vous vous conformez aux éléments que
vous avez dans votre budget, atteindra $1,5 milliard, ce qui était dans
votre bouche même un scandale il y a quelque temps.
Le Président: M. le chef de l'Union Nationale, vous avez
la parole.
M. Rodrigue Biron
M. Biron: M. le Président, vous me permettrez bien de
saluer le retour dans cette Chambre de mon excellent ami, le
député de Jean-Talon. Il nous a manqué au cours des
derniers mois. On savait quand même qu'il travaillait à offrir un
choix aux Québécois. Je ne sais pas s'il a manqué à
tous ses collègues autant qu'à nous, mais nous en tout cas, nous
avons...
M. Jolivet: Dans vos voyages? (22 h 20)
M. Biron: Deux choses m'ont frappé dans le discours du
budget du ministre des Finances. La première chose, ce sont les
impôts des particuliers qui ont été diminués d'une
façon appréciable, même si nous nous apercevons que pour
l'indexation, à compter de l'an prochain, ce sera certainement beaucoup
plus avantageux pour le gouvernement que pour les contribuables
québécois parce que nous n'indexerons que la base non imposable.
C'est une chose que je tiens à signaler parmi les quelques bonnes choses
du budget.
Une autre chose aussi m'a frappé, en revanche, c'est qu'on avait
essayé de camoufler beaucoup de taxes nouvelles aux contribuables
québécois: j'en ai noté ici sept ou huit, en passant,
telles que l'impôt des particuliers pour tous ceux qui gagnent $25 000 ou
$28 000 par année et plus, l'impôt sur les
télécommunications ou la taxe sur les
télécommunications, les droits successoraux, la nouvelle taxe sur
les concours publicitaires, sur les appareils d'amusement et sur les tabacs.
Cela ne paraîtra pas beaucoup, mais beaucoup de contribuables
québécois vont payer là-dessus, sur les boissons gazeuses
et la bière, bien sûr, indirectement. Lorsque les
Québécois achèteront des canettes de boissons gazeuses ou
de bière ils se trouveront à payer un impôt additionnel au
gouvernement du Québec.
Une fois que j'ai vu surtout les grandes lignes que nous avions pu
gagner et les taxes nouvelles, je me suis dit: Ce n'est pas possible que ce
soit l'oeuvre d'administrateurs, c'est beaucoup plus l'oeuvre d'animateurs
sociaux. Comme mon collègue de Jean-Talon, moi aussi, je me suis fait la
remarque. Une fois que j'ai entendu la prose du ministre des Finances, je me
suis dit: C'est possiblement un budget référendaire qu'on nous a
présenté ce soir. Bien sûr, il y a des mesures populaires
qui, à court terme, font plaisir à la population du
Québec. On a enlevé certaines taxes, on s'endette quand
même un peu plus, et il faudra se demander tout à l'heure qui va
payer pour ce genre de budget qu'on nous présente ce soir, d'autant plus
que le ministre des Finances a prévu que l'économie du
Québec pourrait s'améliorer de l'ordre de 4% au cours de ce
présent exercice.
Je me souviens, l'an dernier, avoir entendu le même ministre des
Finances prévoir une augmentation de 3,5% alors que, dans notre
réponse, à la fois le député de Jean-Talon et
moi-même, nous nous accordions à peu près sur les
mêmes chiffres de 2,5% réels. Enfin, nous avons obtenu 2,6%. C'est
dire que nos chiffres étaient beaucoup plus près de la
réalité que ceux du ministre des Finances.
Maintenant, même si on base nos chiffres sur une
accélération de l'économie de 4%, j'ai bien l'impression
que nous serons beaucoup plus près de 3% que des 4% prévus par le
ministre des Finances. Il faut se poser des questions. Est-ce que les chiffres
sont justes? Le ministre des Finances s'est-il basé véritablement
sur les vrais chiffres, quant à l'économie
québécoise? De plus, l'an dernier, on avait prédit 9,3% de
chômage dans ce livre qu'on nous avait présenté, et le
ministre des Finances nous avait dit: Bien sûr, ce sera 9,3%. Cette
année, on a fait des pirouettes de tout acabit pour ne pas nous parler
du taux de chômage. Je ne sais pas si c'est parce qu'il est trop
élevé et qu'on ne veut pas le présenter officiellement
à la population du Québec, mais nulle part, dans cette
présentation du ministre des Finances, on n'entend parler de notre taux
de chômage, comme si au Québec le taux de chômage, ce
n'était pas trop important et qu'on pouvait passer par-dessus
facilement.
M. Parizeau: J'ai dit que c'était terrible, monsieur,
terrible!
M. Biron: J'ai lu. Bien sûr, on a parlé de ces
emplois créés, M. le Président, mais on s'est
efforcé de tenir le taux de chômage loin, pour ne pas en parler
à la population du Québec. On n'a pas dit, non plus, ce qu'on
voulait indexer ou ce qu'on s'attendait de payer de plus dans les conventions
collectives. Peut-être qu'on a prévu 6% d'augmentation pour les
travailleurs des secteurs public et parapublic. Il faudrait le savoir
exactement pour voir si les prévisions du ministre des Finances sont
justes là-dessus. Il y a une chose aussi, M. le Président
je veux le noter ce soir qui m'avait frappé l'an dernier et j'en
avais félicité le ministre des Finances qui nous avait dit:
A compter de l'an prochain, nous tiendrons compte du régime de
retraite pour que le gouvernement du Québec puisse commencer tout de
suite à repayer cet impôt, cette dette cachée du
Québec qui se chiffrait par $4,5 milliards si ma mémoire est
juste.
Cette année, encore une fois, je n'ai vu cela nulle part,
à moins que ce soit...
M. Parizeau: Intégralement. Ce qui avait été
annoncé pour cette année est là.
M. Biron: On ne semble pas vouloir prendre des montants d'argent
pour payer cette dette cachée qui s'accumule et qui s'est accrue de
peut-être $500 millions additionnels cette année. Il s'agit de
savoir maintenant, M. le Président, si on aura assez d'argent au cours
des prochaines années pour payer ces dettes du Québec. Ce qui m'a
aussi fatigué un peu ce soir, c'est de voir qu'on s'attend de prendre
$900 millions ou autour de cela dans la Caisse de dépôt du
Québec pour financer la province de Québec, le gouvernement du
Québec. Tout à l'heure, y aura-t-il encore assez de
Québécois qui vont travailler, M. le Président, pour payer
ces sommes d'argent qu'on ne trouve pas cette année à emprunter
à court ou à long terme à la fois sur le marché
canadien ou sur le marché international? Ce sont des questions qu'il
faudrait se poser sérieusement au cours de l'étude de ce discours
sur le budget.
J'ai vu aussi que le ministre des Finances se propose de continuer ses
emprunts à court terme. Est-ce qu'on ne donne pas une carte de
crédit aux citoyens du Québec à l'heure actuelle pour
vivre et pour dépenser. Dans quatre ans, cinq ans ou six ans, est-ce
qu'on ne sera pas en face d'un compte astronomique qu'on n'aura pas les moyens
de payer parce qu'à l'heure actuelle malheureusement, M. le
Président, je l'ai vu encore dans le discours du budget ce soir
on finance à court terme les dépenses du gouvernement du
Québec? J'ai été aussi effrayé un peu d'entendre le
ministre des Finances nous dire que le gouvernement a décidé
d'investir davantage des montants importants dans le secteur primaire de
l'économie. Est-ce que le gouvernement voudrait gérer tout le
secteur primaire de l'économie?
Heureusement, deux pages plus loin, je l'ai entendu nous dire qu'il y
aurait une meilleure gestion des entreprises d'Etat, mais sans nous dire, M. le
Président, comment on va faire pour donner une meilleure gestion aux
entreprises d'Etat. Est-ce qu'on revendra ces entreprises d'Etat à
l'entreprise privée? Je ne le sais pas encore, mais un jour ou l'autre
on va nous dire certainement comment on va faire pour avoir une meilleure
gestion. D'autant plus qu'on ne nous dit pas à l'heure actuelle
où on va prendre l'argent pour financer cette nouvelle
Société nationale de l'amiante, si jamais on la crée,
cette société. Encore une autre entreprise d'Etat qui va
engloutir des sommes considérables qui appartiennent à la
population du Québec.
On a aussi noté en passant, M. le Président, un mot sur la
construction. Le ministre a dit que cela excitait la verve des caricaturistes,
mais véri-
tablement je n'ai rien vu dans le budget ce soir pour stimuler la
construction au Québec et relancer d'une façon définitive
cette industrie, d'autant plus qu'on nous annonçait, encore ce matin,
dans les journaux, que cela va très mal dans l'industrie de la
construction au Québec. Qu'est-ce qu'on fait? On n'a rien vu dans le
budget pour relancer l'industrie de la construction. On nous répondra
peut-être au cours des prochains jours ou des prochaines semaines.
Moi aussi, comme le député de Jean-Talon, j'ai vu
plusieurs silences dans ce discours. On a parlé un peu des agriculteurs
mais très peu, à mon point de vue, pas assez pour aider
l'industrie agricole au Québec ou l'industrie agro-alimentaire.
On n'a pas parlé du tout des centres de recherche, alors que
c'est important, au moment où on veut pénaliser davantage les
spécialistes au Québec, les professionnels au Québec. Il
me semble qu'on aurait dû faire un effort axé pour aider, par des
déductions d'impôt ou autrement, les centres de recherche qui sont
au Québec. Autrement, je crains énormément qu'on perde la
plupart de ces centres de recherche qui paient des salaires assez
appréciables pour l'économie du Québec.
On a oublié de nous parler de ce qui arriverait pour
intéresser les investisseurs à venir au Québec, d'autant
plus qu'on veut faire payer le prix de ces nouvelles mesures sociales par les
gens qui créent des emplois.
J'ai remarqué, dans cette nouvelle table d'impôt, que tous
les créateurs d'emplois seraient pénalisés au
Québec. Est-ce que c'est notre façon à nous, au
Québec, de créer des emplois et stimuler l'économie? On
verra aussi, au cours des prochains jours, des prochaines semaines. Je dois
dire qu'après avoir écouté le discours du ministre des
Finances, j'ai vu qu'il n'y avait aucune mesure susceptible de relancer
l'économie au Québec et de créer véritablement des
emplois, sinon de faire peur à tous ces créateurs d'emplois et de
leur dire un peu, avec un tas de règlements, de tracasseries, de
paperasserie administrative et d'autres choses que nous allons un peu
compliquer leur existence au Québec. (22 h 30)
M. le Président, je suis véritablement déçu
de l'ensemble du budget du ministre des Finances, même si j'ai
noté, au début, les bons côtés de ce budget, parce
qu'à mon point de vue, ce budget ne créera rien pour relancer
notre économie au Québec, pour créer des emplois d'une
façon permanente chez nous. Ce budget n'est certainement pas un budget
créateur d'emplois pour le Québec, au cours des prochaines
années.
Le Président: M. le député de Rouyn-Noranda,
vous avez la parole.
M. Camil Samson
M. Samson: M. le Président, bien que je n'aie pas eu la
chance de prendre connaissance du discours du budget avant la lecture, et je
n'en fais de reproche à personne, j'étais pris ailleurs, j'aurai
donc quelques brèves remarques à bâtons rompus. Je ferai
remarquer que j'ai écouté religieusement le ministre des Finances
et j'apprécierais qu'on puisse en faire autant.
Une Voix: On n'a pas donné notre consentement pour vous
entendre.
M. Samson: Je pense qu'il est normal qu'on puisse s'exprimer en
toute liberté et quiétude. Si on résumait le discours que
je viens d'entendre, on pourrait dire: Le ministre des Finances avait deux
nouvelles à nous annoncer, une mauvaise et une bonne. La mauvaise
nouvelle est qu'il y a beaucoup de chômage et la bonne est qu'il va y en
avoir encore plus! Il a reconnu d'une façon directe qu'on a un taux de
chômage trop élevé et qu'il n'y a pas de moyens pour y
remédier. Il a reconnu cela clairement. C'est probablement pour cela,
pour tenter de faire oublier cet aspect très sérieux, sur lequel
il a passé très rapidement dans son discours, qu'il nous a
annoncé quelques petites réductions ici et là qu'on peut
qualifier de "candy" référendaire en ce sens que ce n'est pas
tellement tout de suite que cela s'applique, mais on nous annonce cela pour
l'an prochain.
M. Parizeau: Au 1er janvier.
M. Samson: Ce qu'il est important de souligner... Si je pouvais
avoir votre collaboration, M. le Président, pour qu'on me laisse parler
comme j'ai laissé parler le ministre des Finances, je vous en saurais
gré.
Le Vice-Président: Oui.
M. Samson: Ce qu'il est important de souligner, c'est que, pour
tenter de faire oublier cela, on a doré la pilule; ce qu'on ne dit pas
suffisamment, c'est que le milliard de dollars de déficit qui sert
à réduire les impôts pour quelque chose comme $300
millions, tout de suite, ce milliard de dollars de déficit cette
année, c'est une taxe pour plus tard. Une taxe pour plus tard, cela veut
dire, avec les intérêts que cela va occasionner, que c'est une
taxe à long terme; donc, les intérêts accumulés
veulent dire que ce déficit de $1 milliard, si jamais quelqu'un
réussit à le payer, cela va être beaucoup plus que
cela.
Une Voix: Vers demain!
M. Samson: Mais il faut se rappeler que le
référendum, c'est pour bientôt. Donc, le ministre des
Finances a décidé de faire cela tout de suite, comme s'il voulait
nous dire: Séparez tout de suite et payez plus tard! Comme le font
certaines agences de voyages, quand on voit: "Voyagez maintenant et payez plus
tard", c'est ce qu'il veut nous faire faire. Séparez maintenant et payez
plus tard, parce que...
Une Voix: ... votre chef...
M. Samson: M. le Président, je ne savais pas que certains
se pensaient au Grand Théâtre parce que le comportement que j'ai
à ma gauche n'est pas celui d'une équipe ministérielle.
Une équipe ministérielle se comporterait d'une tout autre
façon d'une façon plus parlementaire en respectant le droit de
chacun des parlementaires en cette Chambre. Je veux bien qu'on fasse aller son
mouchoir, mais qu'on le fasse ailleurs.
Dans ce discours, on a des dettes qui s'en viennent. Ce que je trouve
d'inacceptable, M. le Président, c'est que le gouvernement n'a aucune
gêne. On se vante même de pouvoir endetter le Québec, cette
année, de $2 milliards pour l'Hydro et d'un autre milliard pour le
déficit. C'est ce dont on se vante de ce
côté-là.
Evidemment, on viendra dire à la population qu'on va baisser un
peu les taxes, qu'on va baisser un peu les impôts. D'un autre
côté, je n'ai pas trouvé le ministre des Finances tellement
gentil envers son premier ministre en augmentant les taxes sur les cigarettes.
Je n'ai pas trouvé cela tellement gentil, ils auraient peut-être
dû se consulter un peu plus et il lui aurait donné une chance.
On a les boissons gazeuses; on a aussi les concours publicitaires, les
télécommunications. Quand on augmente une taxe dans les services
publics, je n'ai pas besoin de vous dire que la facture sera augmentée
au niveau du consommateur. Qu'on ne vienne pas nous dire que l'augmentation de
taxes dans les communications va être utile pour aider les
municipalités, quand on sait très bien que tous les
consommateurs, dans ces mêmes municipalités, verront leurs
factures augmenter. Ce sont eux qui vont payer cela, M. le Président, ce
n'est pas une diminution de taxes, c'est une augmentation des taxes mais je
dirais, M. le Président, que ce gouvernement a une façon à
lui de se soustraire à ses véritables responsabilités. On
tente de faire croire à la population ce soir... Ce que je trouve de
plus remarquable, c'est que le Parti québécois est passé
maître dans l'art de jeter de la poudre aux yeux. Il a voulu, l'an
passé, jouer au grand seigneur en disant: II faut siffler la fin de la
récréation. S'il l'a sifflée l'année passée,
il a certainement perdu son sifflet cette année, c'est certain. Cette
année, il n'a pas sifflé la fin de la récréation!
Mais il nous arrive avec des choses qui vont faire en sorte qu'au cours de
l'année, au cours des années qui vont suivre... Le discours du
budget ne vise même pas à remplir les promesses du Parti
québécois. A quelle place voit-on dans le discours du budget
qu'on parle de revenu minimum garanti dont on a tellement entendu parler dans
le passé par le Parti québécois? Où, dans ce
discours-là, voit-on quelque chose pour régler une fois pour
toutes cette fameuse question des taxes foncières scolaires qui
augmentent de plus en plus? Savez-vous le cadeau qu'on a du Parti
québécois? C'est 71% d'augmentation des taxes scolaires dans ma
région dernièrement, plus 14% dans les municipalités.
C'est cela, le cadeau du Parti québécois. Et vous avez le front
de venir nous dire aujourd'hui que vous donnez des cadeaux à la
population. Ce que vous lui donnez là, c'est un cadeau empoisonné
qu'elle aura à payer. Vous donnez cela aux jeunes qui sont dans les
collèges aujourd'hui, aux jeunes qui sont dans les universités,
qui arriveront sur le marché du travail et qui ne se trouveront pas
d'emplois, justement parce que votre taux de chômage, celui que vous
laissez augmenter régulièrement, fera en sorte qu'ils ne se
trouveront pas d'emplois. Où seront-ils ceux qui seront les "payeurs de
taxes" pour ce que vous faites aujourd'hui?
Je dis que c'est un geste irresponsable de nous présenter un
budget de cette façon-là, un budget aussi déficitaire, en
tentant de faire croire à la population qu'on lui donne des choses,
alors que ce que le ministre des Finances lui donne timidement de la main
gauche, il le reprend rapidement de la main droite.
Le Vice-Président: M. le député de
Beauce-Sud.
M. Fabien Roy
M. Roy: Merci, M. le Président. Comme mes collègues
des deux côtés de la Chambre, j'avais bien hâte d'entendre
le ministre des Finances nous prononcer le fameux discours du budget tant
attendu non seulement par les membres de cette Chambre, mais par la population
du Québec. Or, il y a deux côtés à une
médaille et je ne suis pas de ceux qui croient que, du fait qu'on est
dans l'Opposition, on doit considérer que tout ce qui se fait du
côté gouvernemental est foncièrement et essentiellement
mauvais. Je ne suis pas de ceux, non plus, qui croient que tout ce qui se fait
du côté gouvernemental, parce qu'on est du côté
gouvernemental, est la perfection même. (22 h 40)
Je vais tenter, M. le Président ce n'est peut-être
pas facile dans les circonstances d'être objectif. Je veux
reconnaître qu'il y a dans ce discours du budget un effort politique et
intellectuel qui mérite d'être souligné. Il y a aussi un
effort important pour soulager le contribuable moyen je dis bien pour
soulager le contribuable moyen de la piraterie dont il était
victime depuis quelques années. Ce sont des mesures qui ont visé
à rétablir un meilleur équilibre. Cela, M. le
Président, il faut le reconnaître.
Si on pousse l'analyse plus loin, on se rend vite compte que, pour
l'ensemble, il s'agit plutôt d'une correction que d'une réduction.
Je m'explique. Pour ce qui a trait à la marge d'impôt sur le
revenu des particuliers perçu par le gouvernement je prends les
chiffres mêmes contenus dans les documents fournis par le ministre des
Finances à savoir que l'estimation pour l'année 1977/78
est de $3,946 milliards et, après les réductions, le budget
estimé pour 1978/79 est de l'ordre de $4,196 milliards donc une
augmentation de $250 millions. C'est presque la même augmentation que
celle qu'on avait retrouvée dans le budget de 1975/76 par rapport
à l'année 1974/75 qui, elle, était de $276 millions.
J'entendais tout à l'heure l'ex-ministre des Finances nous parler
d'une réduction de $540 mil-
lions quand il était ministre des Finances. Le ministre nous
parle aujourd'hui de $313 millions. Le gouvernement perçoit toujours
plus d'impôts. Le contribuable se demande, depuis longtemps, s'il n'a pas
affaire à des magiciens.
Il ne s'agit pas d'une réduction véritable, dans
l'ensemble, mais bien d'une réduction de l'augmentation. C'est bien
différent. Il faut avoir le courage de le dire.
Il en coûtera près de $600 millions de plus cette
année aux contribuables québécois par rapport à
l'an dernier, c'est-à-dire une moyenne de $100 par tête. Le
pourcentage de la production nationale n'est que de 2,6% je prends le
chiffre fourni par le ministre des Finances alors que l'augmentation du
budget par rapport à l'an passé est de 5,2%, ce qui signifie le
double de l'augmentation budgétaire par rapport à l'augmentation
de la croissance économique de la production nationale. C'est donc
beaucoup plus une correction qu'une meilleure répartition du fardeau
fiscal du contribuable que le gouvernement annonce ce soir.
M. le Président, le gouvernement nous a parlé d'un
crédit d'impôt foncier. Je dis: Enfin un crédit
d'impôt foncier. Il commençait à être temps au
Québec qu'on en vienne à cette mesure. Je dis que le gouvernement
devra aller beaucoup plus loin parce que, si cette mesure n'est pas
accompagnée d'une politique financière adéquate pour les
municipalités, elle risque d'être annulée rapidement par
des augmentations de taxes locales. Je crains que d'ici deux ans cette mesure
ne constitue qu'un simple transfert.
J'aurais aimé, de ce côté, que le gouvernement nous
parle de la réduction du coût de l'administration municipale.
Qu'est-ce que le gouvernement a fait de sa promesse et de son engagement de
doter le Québec d'un office de crédit municipal afin de
libérer le coût administratif abusif, exorbitant auquel les
municipalités ont à faire face lorsqu'elles ont besoin d'argent
à court terme, lorsqu'elles ont besoin d'effectuer de petits emprunts?
De cela, on n'en dit pas un seul mot, et, pourtant, c'était un
engagement du Parti québécois au cours de la dernière
campagne électorale.
Pour ce qui a trait à l'industrie hôtelière,
l'abolition de la taxe sur les repas lorsque ceux-ci sont inclus dans le prix
des chambres. On a parlé du plan américain. Il faudrait
être un peu naïf pour ne pas s'apercevoir que cette mesuré
favoriserait les grands établissements, les grandes chaînes
hôtelières, et, pour ce qui a trait à nos petits
établissements de chez nous, il n'y aura aucune possibilité parce
que le plan américain, on ne l'offre pas partout. Alors, si on veut
être logiques, faites en sorte qu'on favorise le développement de
l'entreprise québécoise, qu'on favorise le développement
des établissements du Québec. Il ne faudrait pas que, par une
mesure fiscale, on vise à donner plus d'avantages aux grandes
chaînes, aux multinationales qu'aux entreprises de chez nous.
Là-dessus, je demande au ministre de réexaminer cette question en
profondeur.
En ce qui a trait à l'administration municipale, le gouvernement
semble se préoccuper ou limiter ses préoccupations à
l'évaluation foncière et à la fiscalité municipale.
J'ai parlé tout à l'heure du coût des services municipaux
et du coût du financement des municipalités.
J'aimerais que le gouvernement revienne un peu sur cette question et
qu'il examine en profondeur tout ce qui a été dit l'an dernier
lors de l'étude des crédits du ministère des Affaires
municipales et qui risque de se répéter cette année. Les
municipalités n'ont pas que des problèmes de financement, que des
problèmes d'évaluation, elles ont des problèmes
d'administration. Pour satisfaire aux seules exigences d'étude des
coûts, des normes avant d'octroyer une subvention, on oblige les
municipalités à dépenser $125 000 ou $150 000 et
même $200 000 seulement pour l'étude des projets. Pourtant des
gens d'expérience constatent qu'il n'est pas nécessaire d'aller
jusqu'à ce niveau de dépenses gouvernementales pour en venir
à financer et à aider les municipalités du
Québec.
Il va falloir qu'on élimine, au niveau de l'administration
municipale, les dépenses inutiles qui sont imposées par la
bureaucratie et la technocratie gouvernementales.
M. le Président, j'ai été déçu
d'autres en ont parlé tout à l'heure l'habitation semble
un domaine complètement oublié. On pense qu'on va résoudre
le problème de l'habitation au Québec uniquement par les HLM avec
les HLM subventionnés par le fédéral, subventionnés
par le provincial et subventionnés par les municipalités. Je
pense, M. le Président, que cet oubli dans le discours du budget nous
est vraiment préjudiciable. On oublie que les deux plus grands secteurs
de l'activité économique auxquels un gouvernement devrait
accorder ses priorités, ce sont le domaine agricole et le domaine de la
construction qui ont toujours constitué le plus grand apport à
l'activité économique. Non seulement chez nous, mais ailleurs. Je
dis aussi chez nous. Mais c'est chez nous qu'il nous faut gouverner le
Québec, c'est-à-dire prendre les mesures susceptibles
d'améliorer notre situation.
M. le Président, une politique de libération nationale, de
libération économique d'un peuple commence dans les faits par une
politique d'accès à la propriété privée. La
propriété résidentielle vient en premier lieu. Que fait-on
actuellement pour aider les jeunes à devenir propriétaires au
Québec? Je l'ai dit l'an dernier, je regrette d'avoir à le
répéter cette année. Nous avons au Québec le plus
gros pourcentage de locataires au pays, au Canada. C'est un record qui va en
s'accentuant. Je déplore encore cette année cette absence de
politique gouvernementale du Québec à ce niveau. Je me demande
sérieusement si on veut faire des Québécois des
éternels locataires.
Pour conclure, M. le Président, il y a deux grandes absences dans
ce discours. Tout à l'heure, un de mes collègues a parlé
du revenu annuel garanti. Je m'attendais qu'on tienne compte de certains
niveaux de déductibilité pour les enfants à charge. Je
trouve que c'est absolument silencieux. Il n'y a absolument rien de ce
côté. On a fait quelques aménagements. On a ac-
cordé des crédits additionnels lorsque l'épouse
doit demeurer au foyer, qu'elle ne peut occuper un emploi
rémunérateur. Mais que fait-on actuellement de ceux qui ont la
responsabilité d'assurer notre relève, nos familles, alors qu'on
rencontre de temps en temps encore des pères de famille de cinq, six,
sept enfants qui n'ont pas droit dans leur déclaration d'impôt
d'inclure des déductions pour les enfants qui sont à leur charge?
Des enfants de moins de 18 ans.
Cela m'étonne et cela me déçoit
énormément de la part d'un gouvernement nationaliste. Le
véritable nationaliste commence par avoir des politiques de survie
nationale. Je trouve que ce sont des erreurs qui risquent de coûter cher
au Québec tantôt. Ce sont des oublis qu'on n'a pas le droit de
faire.
M. le Président, comme le chef de l'Union Nationale l'a dit
et je terminerai là-dessus il n'y a rien, non plus, pour
encourager et stimuler la recherche. Cela affecte particulièrement la
petite et la moyenne entreprise québécoise. Dans les institutions
financières, on sait très bien que les investissements et les
dépenses qu'on fait au niveau de la recherche, la recherche de
marché, les rechercher technologiques, les initiatives qui peuvent
être prises par nos hommes d'affaires au Québec, cela ne se nantit
pas et cela ne s'hypothèque pas non plus. C'est un des grands
problèmes, un problème extrêmement sérieux que la
petite et la moyenne entreprise québécoise ont à
supporter. Les mesures fiscales de l'an dernier n'ont pas donné leur
pleine mesure, n'ont pas donné satisfaction. Ce n'étaient pas
effectivement des mesures suffisamment réalistes et suffisamment
bénéfiques à l'endroit de la petite et de la moyenne
entreprise québécoise.
M. le Président, le temps presse et le gouvernement du
Québec doit être réaliste et pratique dans
l'élaboration de ses politiques fiscales et monétaires. (22 h
50)
Le Vice-Président: M. le leader parlementaire du
gouvernement.
M. le député de Jean-Talon.
M. Garneau: Je propose l'ajournement du débat.
M. Burns: Adopté.
Le Vice-Président: Motion adoptée.
M. le leader parlementaire du gouvernement.
M. Burns: M. le Président, avant de proposer l'ajournement
de nos travaux à demain, je rappelle les trois commissions qui doivent
siéger demain matin. Au salon rouge, les crédits du
ministère des Transports; à 81-A, l'étude article par
article du projet de loi no 70; à la salle 91-A, toujours à 10
heures, le début des crédits du ministère de la Justice.
Sur ce, je propose l'ajournement de nos travaux à demain, 15 heures.
Le Vice-Président: Motion adoptée?
M. Lavoie: Un instant. Quelle est la motion de l'Union Nationale
pour demain après-midi?
M. Bellemare: Celle qui est au journal des Débats de
mercredi dernier, au nom de M. Grenier.
Le Vice-Président: Cette motion est-elle
adoptée?
M. Burns: Un instant, c'est peut-être bon qu'on
sache...
Le Vice-Président: M. le leader parlementaire du
gouvernement. A l'ordre, s'il vous plaît!
M. Burns: Est-ce la motion qui a été inscrite en
appendice aujourd'hui ou si c'est une autre motion?
M. Bellemare: Le droit à l'autodétermination.
M. Burns: D'accord, on sait laquelle. C'est la motion au nom de
M. Grenier relativement...
M. Bellemare: A la "loi " de l'autodétermination.
M. Biron: Au droit à l'autodétermination, au
référendum, si je comprends bien. C'est cela, d'accord.
Le Vice-Président: Est-ce qu'on accepte la motion du
leader parlementaire d'ajourner les travaux à demain, 15 heures?
M. Burns: C'est cela.
Le Vice-Président: Motion adoptée. La Chambre
ajourne ses travaux à demain, 15 heures. (Fin de la séance
à 22 h 52)
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tableau
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tableau
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tableau
ANNEXE I L'ÉCONOMIE EN 1977
La conjoncture internationale
...........................................
1-1
La conjoncture
canadienne..............................................
I -3
La conjoncture québécoise
............................................. I -5 Les revenus
et les dépenses des consommateurs ....................... I -6 Les
investissements privés et publics .................................. I
-7 La demande extérieure
.............................................. I -9 Les
expéditions manufacturières
...................................... 1-10 Le marché du travail
................................................. 1-11 Les prix et les
salaires ............................................... 1-13
Indicateurs économiques, Québec
......................................
1-15
Indicateurs économiques, Canada
......................................
I -15
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tableau
1. LA CONJONCTURE INTERNATIONALE
La situation économique internationale a été
marquée en 1977 par un ralentissement de la croissance et un manque de
vigueur de la demande. De fait, tous les principaux pays industrialisés,
à l'exception des Etats-Unis, ont raté l'objectif de croissance
qu'ils s'étaient donné au sommet de Londres en mai dernier. Le
chômage a donc poursuivi sa montée dans la plupart des pays et les
taux d'utilisation des capacités dans les industries
manufacturières demeurent faibles. Par ailleurs, le rythme d'inflation
sous-jacent de l'économie mondiale a continué de ralentir.
Pour l'ensemble des pays membres de la zone de l'OCDE, le volume de la
production a progressé de seulement 3,5% en 1977 en comparaison de 5,2%
l'année précédente. Le graphique «Produit national
brut de certains pays de l'OCDE» illustre que ce repli de la croissance
s'est manifesté dans chacun des sept principaux pays
industrialisés. Le Japon (6%) et les États-Unis (4,7%) ont
affiché les meilleurs résultats alors que la performance de
l'économie canadienne se situe nettement en-dessous de la moyenne.
Plusieurs facteurs ont contribué au ralentissement de
l'activité économique en 1977, et leur intensité varie
d'un pays à l'autre. Cependant, d'une manière
générale, l'évolution de l'activité à
l'échelle mondiale a été largement
déterminée par la faiblesse de la demande des consommateurs,
faiblesse consécutive à une compression des revenus réels,
ainsi que par le comportement des investissements qui sont demeurés peu
élevés en raison des bas taux d'utilisation des capacités.
En outre, la poursuite, par la plupart des pays, de politiques
déflationnistes destinées à combattre l'inflation, a
contribué à déprimer encore davantage la demande
intérieure.
Référer à la version PDF page 976 pour le
tableau
L'évolution des prix a été perturbée par le
comportement des prix des biens alimentaires et des produits de base qui ont
progressé rapidement dans la première moitié de
l'année. Toutefois, bien que le taux d'inflation dans l'ensemble de la
zone de l'OCDE soit demeuré sensiblement au même niveau qu'en
1976, l'évolution de l'indice des prix, à l'exclusion de
l'alimentation, a été favorable, poursuivant ainsi le
ralentissement observé en I976. Les meilleures performances au chapitre
du contrôle de l'inflation ont été obtenues en Allemagne et
aux États-Unis avec des taux respectifs de 3,7% et 6,5%.
En 1978, l'OCDE estime que le taux de croissance réel du P.N.B.
de l'ensemble des pays membres de la zone s'établira à 3,5%, soit
au même niveau qu'en 1977. Selon cet organisme, la croissance
s'accélérera au premier semestre pour ralentir à nouveau
par la suite. On estime également que le taux de chômage
poursuivra sa tendance à la hausse dans la majorité des pays
industrialisés. On prévoit en outre que les
éléments qui avaient contribué à la faiblesse de
l'économie en 1977, en particulier les dépenses des
ménages et les investissements, constitueront à nouveau les
principales causes de l'allure hésitante de la croissance de la
demande.
Référer à la version PDF page 977 pour le
tableau
2. LA CONJONCTURE CANADIENNE
En 1977, l'économie canadienne s'est accrue à un rythme
inférieur à celui de la moyenne des pays membres de l'OCDE. Le
taux de croissance du P.N.B., en termes réels, a ralenti pour
s'établir à 2,6% en comparaison de 4,9% en 1976. L'examen de
l'évolution trimestrielle du P.N.B révèle que la demande a
été peu soutenue au premier semestre. Sous l'impulsion d'une
reprise de la consommation et d'un renversement sensible des stocks, la
situation s'est améliorée durant la seconde moitié de
l'année.
Pour l'ensemble de l'année, les principaux éléments
de faiblesse de la demande ont été la consommation des
ménages, les investissements des entreprises, particulièrement
dans le secteur de l'habitation ainsi qu'un ajustement à la baisse des
stocks. Les investissements non résidentiels des entreprises ont
affiché un faible redressement en 1977 alors qu'ils avaient décru
en 1976. Ces développements ont été en partie
atténués, par une amélioration sensible du solde de la
balance commerciale et, dans une moindre mesure, par les immobilisations des
gouvernements.
À la suite de la faible augmentation du revenu personnel
disponible, la consommation des ménages a manifesté peu de
vigueur en 1977, ne progressant que de 2,8%, en termes réels, contre des
hausses de 6,1% et 5,1% au cours des deux années
précédentes. L'activité dans la construction
résidentielle a également montré un fort ralentissement
après l'année exceptionnelle qu'elle avait connue en 1976. Par
ailleurs, la formation brute de capital fixe des entreprises a affiché
un certain redressement, quoique l'amélioration soit modeste en raison
notamment des faibles taux d'utilisation des capacités.
Référer à la version PDF page 978 pour le
tableau
Les exportations ont été soutenues en 1977, principalement
à cause de la poursuite de l'expansion économique aux
États-Unis. Cependant, l'amélioration observée à la
balance des marchandises reflète surtout, d'une part le ralentissement
des importations provoqué par une croissance moins rapide au Canada et
d'autre part, les effets de la dévaluation du dollar canadien. Enfin, la
balance des services s'est à nouveau fortement
détériorée en 1977, de sorte que le Canada a dû
continuer à faire face à un important déficit au compte
courant.
En 1977, la situation sur le marché du travail a continué
de se détériorer alors que le taux de chômage s'est
établi à 8,1% pour l'ensemble de l'année, en comparaison
de 7,1% l'année précédente. L'augmentation de l'emploi a
été de 1,9% soit un taux largement inférieur à la
moyenne de longue période. La faiblesse de l'emploi a été
particulièrement évidente au niveau de l'industrie
manufacturière où l'on a assisté à une diminution
de 1,6%.
En ce qui concerne les perspectives pour 1978, la majorité des
analystes prévoit un certain redressement de l'économie
canadienne. Toutefois, la vigueur de la reprise apparaît assez incertaine
alors que les perspectives semblent maintenant moins favorables qu'il y a
quelques mois. D'une part, la publication des comptes nationaux pour le
quatrième trimestre a montré que la reprise de l'économie
canadienne demeurait modérée contrairement à l'indication
qui avait été donnée par les résultats du
troisième trimestre. D'autre part, l'enquête sur les intentions
d'investissements effectuée par Statistique Canada laisse
présager que, à rencontre d'analyses antérieures, la
croissance des immobilisations des entreprises sera faible au Canada en
1978.
Référer à la version PDF page 979 pour le
tableau
Néanmoins l'année 1978 sera sensiblement meilleure que la
précédente pour l'économie canadienne. Si la production
nationale brute, en termes réels, n'atteint pas le taux de croissance
potentiel comme certains analystes l'avaient d'abord anticipé, le taux
d'augmentation de 3,7% prévu par l'OCDE pourra vraisemblablement
être atteint. Dans une large mesure, l'ampleur de la reprise sera
conditionnée par le comportement des consommateurs qui, comme on le
sait, ont augmenté leur taux d'épargne au quatrième
trimestre.
3. LA CONJONCTURE QUÉBÉCOISE
L'économie québécoise a suivi, en 1977, un
cheminement parallèle à celui de l'économie canadienne:
forte expansion au premier trimestre, ralentissement au second trimestre suivi
d'un redressement modéré durant la seconde moitié de
l'année. Pour l'ensemble de l'année, le produit intérieur
brut aura dépassé les $50 milliards, soit une augmentation
d'environ 9% par rapport à 1976. Cette hausse est assez similaire
à celle observée dans l'ensemble du Canada. En termes
réels, l'avance du produit intérieur aura été de
l'ordre de 2,5%.
En 1977, les forces et les faiblesses de la croissance économique
au Québec et au Canada ont résulté de causes à peu
près similaires. Il faut noter, en particulier, les difficultés
de l'industrie primaire et les problèmes de l'industrie
manufacturière reliés, notamment, à la perte de
compétitivité sur les marchés internationaux et à
l'affaissement des dépenses des consommateurs au deuxième
trimestre. Par ailleurs, les données de l'enquête sur les
investissements privés et publics publiées par Statistique Canada
indiquent que les investissements non résidentiels des entreprises
auront affiché plus de vigueur au Québec que dans le reste du
Canada.
Les expéditions manufacturières québécoises
se sont par contre accrues moins rapidement qu'ailleurs au Canada. Cette
évolution s'explique par la situation des industries traditionnelles,
largement concentrées au Québec, qui, déjà
touchées par le ralentissement de l'activité économique,
ont eu à subir une concurrence insoutenable des importations.
Référer à la version PDF page 980 pour le
tableau
Les revenus et les dépenses des
consommateurs
La rémunération des travailleurs s'est accrue à un
rythme beaucoup plus lent en 1977 qu'au cours de l'année
précédente. Le ralentissement a été observé
tant dans le secteur privé que dans le secteur public. Dans le secteur
public, l'attribution d'importants paiements forfaitaires en 1976 a eu pour
effet de gonfler la masse salariale au cours de cette même année
et, d'atténuer ainsi l'ampleur des augmentations salariales
prévues dans les conventions collectives pour l'année 1977. Au
total, les salaires et traitements ont progressé de 8,5% en 1977
après avoir connu une hausse de 14,2% en 1976.
En raison de la croissance rapide des paiements de transferts des
administrations publiques, en particulier les prestations
d'assurance-chômage et d'aide sociale, le revenu personnel a
enregistré un gain de 9,7%. Si on tient compte de la croissance des
impôts, le revenu personnel disponible a augmenté de 8,5%.
Les statistiques sur les ventes au détail indiquent que les
dépenses des ménages, en biens de consommation, ont
augmenté moins rapidement au cours de la dernière année.
Ce sont les ventes de produits alimentaires qui ont progressé le plus
rapidement, les consommateurs cherchant à maintenir leur consommation
face à la hausse rapide des prix des produits alimentaires. Les ventes
de vêtements ont témoigné de peu de vigueur de même
que les ventes de biens durables, comme les automobiles et tout
particulièrement les meubles. Dans l'ensemble, les dépenses des
ménages se seront accrues plus rapidement que le revenu personnel
disponible et les consommateurs auront donc dû puiser à même
leurs épargnes pour acheter les biens et services consommés en
1977.
Référer à la version PDF page 981 pour le
tableau
Les investissements privés et publics
Les investissements ont été un des éléments
importants de la croissance économique au Québec en 1977 et, de
façon générale, ont affiché plus de vigueur au
Québec que dans le reste du Canada.
La hausse des investissements a été
particulièrement prononcée dans le secteur des utilités
publiques en raison de la forte augmentation des immobilisations de
l'Hydro-Québec et de la Société d'Énergie de la
Baie James qui ont totalisé plus de $2 milliards l'an dernier.
L'accroissement des immobilisations dans les industries des aliments et
boissons, des produits chimiques et du papier explique dans une large mesure la
hausse des investissements manufacturiers. On note également une forte
augmentation des immobilisations dans l'industrie du matériel de
transport.
Référer à la version PDF page 982 pour le
tableau
Par ailleurs, l'activité dans la construction
résidentielle a été peu soutenue. Le nombre de logements
mis en chantier au Québec s'est établi à 57 580
unités, une diminution de 16,3% par rapport au nombre record de 68 748
atteint l'année antérieure. La détérioration de la
situation a été graduelle alors que la projection sur une base
annuelle du nombre d'unités mises en chantier s'est établie
à 67 200 au premier trimestre pour baisser constamment et atteindre 48
100 en fin d'année. Parallèlement à cette diminution du
nombre de logements commencés, on assistait à un accroissement
sans cesse grandissant des stocks de logements nouvellement parachevés
mais invendus. Ainsi, à la fin du quatrième trimestre on
dénombrait 7 876 unités de logements invendus dans les principaux
centres urbains du Québec, contre seulement 3 195 à pareille date
en 1976. Cette hausse est concentrée presque entièrement dans la
région de Montréal, où on dénombrait 7 088
unités invendues à la fin de 1977 en comparaison de 2 608
unités à la fin de 1976.
Référer à la version PDF page 983 pour le
tableau
La demande extérieure
Les exportations canadiennes chargées au Québec ont
augmenté de 14,2% au cours des neuf premiers mois de 1977 par rapport
aux mois correspondants de 1976, bénéficiant ainsi de la vigueur
de la demande extérieure en provenance en particulier des
États-Unis. Les exportations ont été
particulièrement élevées au niveau de l'aluminium, du bois
d'oeuvre et des métaux précieux qui ont augmenté
respectivement de 65,5%, 46,2% et 41,7%.
Par ailleurs, les exportations de minerais concentrés et de
déchets de fer qui représentent la seconde composante en
importance, ont légèrement baissé de même que les
exportations de cuivre. La baisse enregistrée s'explique par
l'engorgement actuel du marché mondial pour ces produits. Enfin, les
exportations de moteurs et pièces d'avion ont peu augmenté tandis
que les produits tels la pâte de bois, le papier à imprimerie et
l'amiante ont enregistré une progression vigoureuse de 15% à
20%.
Référer à la version PDF page 984 pour le
tableau
Les expéditions manufacturières
En 1977, les livraisons des industries manufacturières ont
augmenté de 9,1%, marquant ainsi une certaine accélération
par rapport à la tendance observée en 1976. Toutefois, la hausse
enregistrée au Québec est inférieure à celle de
11,7% observée dans l'ensemble du Canada.
La progression moins soutenue des livraisons québécoises
s'explique dans une bonne mesure par la situation des industries
manufacturières traditionnelles, où la production a
été abaissée dans plusieurs cas par la croissance
désordonnée des importations depuis quelques années. De
fait, les performances ont été particulièrement
décevantes dans les industries du cuir et de la chaussure, du textile,
de l'habillement et du meuble. Par ailleurs, les industries de la bonneterie,
de l'équipement de transport, du bois, de la transformation primaire des
métaux et de la fabrication de produits minéraux non
métalliques ont enregistré des augmentations importantes.
Référer à la version PDF page 985 pour le
tableau
Le marché du travail
Pour l'ensemble de l'année, la population active s'est accrue de
2,8%, soit 76 000 personnes. Cette hausse relativement rapide provient pour une
bonne part de l'augmentation de 4,5% (44 000) de la main-d'oeuvre
féminine, alors que la hausse du taux d'activité chez les femmes
s'est poursuivie en 1977 malgré des conditions peu favorables sur le
marché du travail.
Par ailleurs, la croissance de l'emploi a été faible en
1977 se situant à 1% ou 25 000 nouveaux emplois. Cette faiblesse
apparaît surtout au niveau des industries produisant des biens, où
l'on observe une baisse de 3,9% (34 000) tandis que l'emploi augmente de 3,7%
(59 000) dans les services.
Référer à la version PDF page 986 pour le
tableau
Cette tendance peu favorable dans l'évolution de l'emploi a
été largement déterminée par les difficultés
éprouvées par le secteur manufacturier qui a enregistré
une diminution de 29 000 emplois, dont 20 000 dans les secteurs traditionnels.
Dans l'industrie de la construction, la situation de l'emploi s'est affaiblie
au cours de l'année et ce fait peut être mis en parallèle
avec la diminution observée dans le nombre de logements mis en chantier.
La situation difficile observée dans le secteur agricole s'est
également traduite par une perte estimée à 2 000
emplois.
Le nombre de chômeurs s'est accru de 51 000 en 1977 pour atteindre
288 000 et le taux de chômage s'est établi à 10,3% pour
l'ensemble du Québec. Le taux de chômage est
particulièrement élevé chez les jeunes où il se
chiffre à 17,9%, en comparaison de 6,7% pour les hommes adultes.
Référer à la version PDF page 987 pour le
tableau
Les prix et les salaires
L'indice des prix à la consommation à Montréal
s'est accru de 8,4% en 1977 contre une avance de 6,7% durant l'année
précédente. Le comportement des prix des produits alimentaires
est à l'origine de cet accélération de la croissance de
l'indice global puisqu'ils se sont accrus de 9,2% en 1977, contre seulement
2,8% en 1976. On observe une réduction du taux de croissance de
l'ensemble des autres composantes, dont le taux d'augmentation s'établit
à 8% en 1977, en comparaison de 8,7% en 1976. Parmi celles-ci, les frais
du logement et le coût de l'habillement ont enregistré les hausses
les plus prononcées.
Le salaire hebdomadaire moyen dans l'ensemble des industries au
Québec s'est accru de 10,1% en 1977 contre 11,6% en 1976.
Néanmoins, les taux de salaires ont augmenté
légèrement plus rapidement au Québec qu'en Ontario ou dans
l'ensemble du Canada, de sorte que l'écart entre les salaires
québécois et ceux des autres régions s'est
rétréci. La réduction de la croissance des salaires a
été plus marquée encore en termes réels, puisque la
progression des prix à la consommation a été plus rapide
en 1977 qu'en 1976. Par ailleurs, si l'on tient compte de la baisse de la
valeur du dollar canadien sur les marchés de change, il apparaît
que l'année 1977 aura été marquée par un
rajustement sensible des salaires québécois par rapport aux
salaires payés a l'étranger. L'économie
québécoise devrait conséquemment être plus
concurrentielle sur les marchés internationaux en ce début
d'année.
Référer à la version PDF page 988 pour le
tableau
Référer à la version PDF page 989 pour le
tableau
Référer à la version PDF page 990 pour le
tableau
ANNEXE II
LA SITUATION FINANCIÈRE
DU GOUVERNEMENT
ET LES EMPRUNTS
DU SECTEUR PUBLIC
Les opérations financières du
gouvernement............................. 11-1 Les dépenses
......................................................... 11-1 Les
revenus........................................................... II-3
Les opérations non
budgétaires.......................................... II-4
Les emprunts du secteur
public......................................... II-6
Liste des tableaux
Gouvernement du Québec État des opérations
financières
Sommaire........................................................... II-8
Revenus
budgétaires................................................. II-9
Dépenses
budgétaires................................................ 11-10
Opérations non
budgétaires........................................... 11-11
Liste des emprunts réalisés par le gouvernement du
Québec en 1977....... 11-12
Liste des emprunts réalisés par l'Hydro-Québec en
1977................... 11-13
Dette nette............................................................
11-13
Investissements réalisés, subventionnés ou
autorisés par le gouvernement du
Québec............................................................
11-14
Principales entreprises publiques et fonds spéciaux de la mission
économique dans lesquels le gouvernement détient une
participation majoritaire
............................................................ 11-15
Référer à la version PDF page 991 pour le
tableau
En raison de la croissance rapide des dépenses publiques depuis
plusieurs années, les gouvernements participent à une part de
plus en plus marquée de l'activité économique et
financière. Ainsi, le gouvernement du Québec gère des
sommes considérables qu'il utilise pour financer divers programmes de
dépenses répondant aux besoins de la population. Les revenus du
gouvernement sont principalement constitués d'impôts, de taxes, de
droits, de bénéfices ainsi que de contributions du gouvernement
du Canada. Enfin, le gouvernement comme la majorité des agents
économiques des secteurs public ou privé, effectue
également des emprunts sur les marchés financiers pour les
dépenses de capital qui ne sont pas financées à même
les revenus de l'année courante.
En ce qui concerne le gouvernement, la publication d'états
financiers trimestriels depuis un an permet à tous les
intéressés de suivre sur une base régulière les
implications budgétaires et financières des actions prises en
cours d'année, et la mise à jour des opérations
déjà prévues au budget. Le but de la présente
annexe est de poursuivre dans cette voie en fournissant une revue
détaillée de l'évolution de la situation financière
du gouvernement au cours de l'année écoulée. En outre, on
y trouvera des renseignements sur les emprunts réalisés par
l'ensemble du secteur public.
LES OPÉRATIONS FINANCIÈRES DU
GOUVERNEMENT
Dans le Discours sur le budget prononcé en avril 1977, le
Ministre des Finances a annoncé plusieurs mesures visant à
assainir les finances publiques et à limiter la croissance des
dépenses de façon à diminuer sensiblement les recours aux
marchés financiers. En particulier, il s'agissait d'assurer la
réalisation d'équilibres financiers impliquant une
réduction significative des besoins de financement.
En cours d'année, à la lumière d'une
réévaluation de la situation économique, le gouvernement a
initié de nouveaux programmes de dépenses destinés
à soutenir l'emploi. L'ensemble des mesures annoncées en octobre
dernier a donc entraîné des déboursés qui se sont
ajoutés à ceux déjà prévus au budget
initial.
Les besoins financiers du gouvernement pour l'année se terminant
le 31 mars ont été de $955 millions. Ce résultat
répond aux principaux objectifs énoncés au Discours sur le
budget. De fait, la réduction des besoins financiers se chiffre à
$407 millions ou 30% et s'explique principalement par une diminution du
déficit budgétaire reflétant en bonne partie une
réduction du taux de croissance des dépenses par rapport à
l'année précédente.
Les dépenses
Les dépenses budgétaires sont estimées à $11
505 millions, en 1977-1978, soit $30 millions de moins que la prévision
du printemps dernier. Depuis ce temps, le gouvernement a déposé
un budget supplémentaire de $369 millions dont le financement a
été réalisé à l'aide de crédits
périmés estimés à $395 millions. Ce budget
supplémentaire incluait $44 millions pour le nouveau programme de
stimulation de l'économie et de soutien de l'emploi.
Le taux de croissance des dépenses s'établit donc à
12,7% en 1977-1978, soit un taux passablement inférieur à ceux
des trois années précédentes. Le graphique I illustre
l'évolution de la croissance des dépenses au cours des cinq
dernières années et témoigne de la détermination du
gouvernement de maintenir leur augmentation à l'intérieur des
prévisions budgétaires. Il n'en reste pas moins que le taux
d'augmentation des dépenses publiques a été
supérieur au rythme de progression du produit intérieur brut. Ce
n'est, ainsi que le souligne le présent Discours sur le budget, qu'en
1978-1979 que l'on s'attend à ramener le premier taux au niveau du
second.
Référer à la version PDF page 992 pour le
tableau
La diminution du taux de croissance des dépenses
budgétaires est en bonne partie attri-buable à une
réduction de la hausse des dépenses des programmes sociaux,
notamment dans le secteur de la santé. Par ailleurs, les dépenses
reliées au soutien du revenu ont bénéficié d'une
croissance largement supérieure à celle de l'ensemble des
dépenses. La forte hausse observée à ce chapitre provient
en bonne partie de l'accroissement des allocations familiales qui sont
passées de $115 millions en 1976-1977 à plus de $150 millions en
1977-1978 à la suite d'une augmentation des prestations. Globalement,
ces programmes ont représenté 34% du budget en 1977-1978.
Les dépenses reliées à l'éducation, la
culture et les loisirs viennent au second rang en importance avec 32,8% du
budget et ont augmenté au rythme de 15,5%. Pour l'éducation
seulement, la croissance a été de 14,8% et s'explique à la
fois par l'accroissement des clientèles aux niveaux collégial et
universitaire de même que par l'augmentation de la masse salariale. De
plus, les dépenses de l'année incluent un montant de $159
millions représentant une partie du rattrapage à effectuer dans
le paiement des subventions aux commissions scolaires.
Les programmes liés à l'administration et à la
gestion gouvernementale représentent 19,1% du budget et incluent, en
particulier, les dépenses du service de la dette du gouvernement et
certains transferts aux municipalités. Le service de la dette, excluant
les remboursements de capital, a atteint $599 millions en 1977-1978 en
comparaison de $498 millions l'an dernier. Les transferts aux
municipalités concernant la remise d'une partie de la taxe sur les
ventes au détail et sur les repas et l'hôtellerie ont
totalisé $390 millions en 1977-1978, soit $37 millions de plus que
l'année précédente.
Enfin, plusieurs programmes liés au développement
économique et à l'amélioration de la structure
industrielle ont connu une croissance rapide durant l'année, notamment
ceux visant le financement et l'aide à la production agricole (11,8%),
l'amélioration et l'utilisation de la forêt (56,5%) de même
que les programmes visant à faciliter la création et l'expansion
d'entreprises (32,4%). En outre, d'autres programmes de soutien à
l'activité économique ont également
bénéficié de crédits supplémentaires et de
la réallocation des fonds publics en cours d'année dans le cadre
du programme de stimulation de l'économie et de soutien de l'emploi. Il
faut souligner également l'augmentation des sommes consacrées
à la formation professionnelle des adultes (16,2%), sommes qui doivent
permettre aux travailleurs de se perfectionner pour être en mesure de
s'adapter aux changements technologiques.
Référer à la version PDF page 993 pour le
tableau
Les revenus
Les revenus budgétaires pour l'année 1977-1978 sont
évalués à $10 835 millions, soit une augmentation de 17,6%
par rapport à l'année antérieure, en comparaison d'une
hausse de 16,4% en 1976-1977.
Les revenus autonomes du gouvernement, qui représentent environ
72% des revenus budgétaires, se sont accrus de 13,3% pour se situer
à $7 850 millions. Le tableau I présente l'évolution des
principales sources de revenus budgétaires en 1977-1978 et indique les
variations par rapport aux prévisions du Discours sur le budget d'avril
1977.
Si on réfère aux prévisions initiales, les revenus
du gouvernement se sont accrus un peu moins rapidement que prévu alors
que le ralentissement de l'activité économique a diminué
le taux de croissance du rendement des principaux impôts. De plus, la
diminution des rentrées fiscales au titre de l'impôt sur le revenu
des sociétés est attribuable en partie à un
allégement fiscal accordé aux entreprises en cours
d'année.
Par ailleurs, les transferts en provenance du gouvernement du Canada
sont estimés à $2 985 millions, soit $345 millions de plus que
prévu. Avec les nouveaux arrangements fiscaux
fédéraux-provinciaux en vigueur depuis le 1er avril
1977, la contribution fédérale au financement des programmes de
santé et d'enseignement post-secondaire s'effectue sous forme d'un
transfert fiscal et d'un transfert financier. Le transfert fiscal consiste en
14,75% de l'impôt fédéral de base sur le revenu des
particuliers et 1% du revenu imposable des sociétés; le transfert
financier consiste en un montant per capita égal pour chacune des
provinces, augmenté annuellement en fonction de l'accroissement du
produit national brut, montant duquel est déduite la valeur du transfert
fiscal.
Référer à la version PDF page 994 pour le
tableau
De plus, le Québec contrairement aux autres provinces
bénéficie d'un abattement additionnel de 16,5% de l'impôt
fédéral de base, la valeur de ce transfert fiscal étant
aussi déduite des transferts financiers autrement payables à
l'égard des programmes de santé, d'enseignement post-secondaire
et de bien-être. Or, le gouvernement fédéral ayant
surestimé la valeur des transferts fiscaux à dû, suite
à la correction de cette erreur d'estimation qui s'élevait
précisément à $235 millions, augmenter d'autant ses
transferts financiers de façon à ce que le transfert total
demeure au même niveau.
Le gouvernement du Québec a, d'autre part, réclamé
auprès du gouvernement fédéral les sommes qui lui
étaient dues au titre de rajustement d'années antérieures,
le vérificateur général ayant souligné à
plusieurs occasions la nécessité de procéder à une
telle opération.
Les opérations non budgétaires
Les opérations non budgétaires consistent soit en des
achats de capital-actions des sociétés d'État, soit en des
prêts ou avances tant à des entreprises du gouvernement
qu'à d'autres agents économiques. Les besoins financiers
associés à ces opérations ont atteint $270 millions. Ce
montant constitue une hausse importante par rapport à l'année
précédente et un dépassement de $70 millions par rapport
au Discours sur le budget.
Cette révision à la hausse tient compte d'un prêt
additionnel de $27 millions fait à SIDBEC pour l'achat de Questeel ainsi
que de l'augmentation de $20 millions des prêts à l'Office du
crédit agricole. Enfin, des prêts ont été consentis
aux entreprises dans le cadre du programme de stimulation de l'économie
et de soutien de l'emploi.
Le solde des opérations budgétaires et non
budgétaires s'est établi à $715 millions en 1977-1978 en
comparaison de $1 013 millions l'année précédente. Ce
montant, ajouté aux remboursements d'emprunts venant à
échéance, a porté l'ensemble des besoins financiers
à $955 millions. Par ailleurs, les emprunts totaux se sont
chiffrés à $1 042 millions, entraînant donc une variation
à la hausse du fonds de roulement.
Référer à la version PDF page 995 pour le
tableau
La diminution du recours aux emprunts pour financer les
opérations du gouvernement s'est traduite par une réduction
significative du taux de croissance de la dette publique. Ainsi, la dette
publique per capita s'est accrue de 12,4% en 1977-1978 en comparaison d'une
augmentation moyenne d'environ 21% au cours des deux années
précédentes.
La dette nette, c'est-à-dire après déduction des
actifs financiers, est estimée à $5,7 milliards au 31 mars 1978,
ce qui représente 52,6% ou 6 mois de revenus du gouvernement. Le
graphique II montre l'évolution de ce rapport au cours des dix
dernières années.
L'amélioration de la situation financière qui s'est
produite l'an dernier peut également être illustrée en
comparant l'évolution des emprunts nets et des immobilisations faites ou
subventionnées par le gouvernement. L'étude du graphique III
montre que le gouvernement a pu diminuer sensiblement ses besoins financiers en
1977-1978 et faire croître de nouveau l'ensemble de ses dépenses
de capital qui sont un élément important de la croissance
économique.
Référer à la version PDF page 996 pour le
tableau
LES EMPRUNTS DU SECTEUR PUBLIC
Pour la période de janvier à décembre 1977, les
emprunts du gouvernement totalisent $1 337 millions dont $456 millions ont
été utilisés au financement des programmes de
l'année financière 1976-1977. Ces emprunts forment 33% de ceux de
l'ensemble du secteur public; les autres administrations, dont
l'Hydro-Québec, ont réalisé des emprunts atteignant $2 742
millions. Ainsi, les emprunts totaux du secteur public sont
évalués à $4 079 millions, selon les données
préliminaires.
Référer à la version PDF page 997 pour le
tableau
Les emprunts du secteur public québécois en 1977 se sont
répartis de la façon suivante: un montant de $2,4 milliards a
été emprunté au Canada, en comparaison de $2,6 milliards
en 1976; un autre montant de $1,7 milliard a été emprunté
à l'étranger en comparaison de $2,9 milliards en 1976.
Cependant, pour fin de comparaison des emprunts du secteur public
québécois avec les emprunts des secteurs publics des provinces
canadiennes, il est essentiel de bien saisir les rôles différents
joués par le Régime de pension du Canada et par la Caisse de
dépôt et placement du Québec.
Les fonds du Régime de pension du Canada sont placés
presque exclusivement dans les titres des gouvernements des neuf provinces
anglophones. Ces placements sont effectués hors marché et ils ne
sont pas comptabilisés comme des emprunts publics par les gouvernements
de ces provinces. De plus, ces titres ne sont pas négociables et ont un
rendement inférieur à celui du marché.
La Caisse de dépôt et placement du Québec,
créée en 1966, dans le but de gérer les fonds de la
Régie des rentes du Québec, gère de plus les fonds
d'autres déposants du secteur public québécois.
Après douze années d'opération, environ 65% de ses
placements à long terme ont été investis sous forme
d'obligations du secteur public québécois, parmi lesquelles les
obligations du gouvernement comptent pour la moitié. Ces prêts au
gouvernement par la Caisse de dépôt, sont toujours
négociés au taux prévalant sur le marché
financier.
La Caisse de dépôt a acheté des obligations du
secteur public québécois pour un montant de $676 millions en 1977
et de $607 millions en 1976, alors que l'ensemble des emprunts à long
terme du secteur public québécois sur le marché canadien
pour ces deux années s'établissait respectivement à $2,4
milliards et à $2,6 milliards.
Par ailleurs, la Caisse de dépôt a orienté au cours
des années une partie importante de ses fonds vers le financement de
l'entreprise privée sous forme d'actions et d'obligations, de même
que par l'achat de créances hypothécaires.
Enfin, au niveau international, il est intéressant de noter la
répartition des emprunts étrangers effectués par le
secteur public québécois, en comparaison avec la
répartition des emprunts étrangers effectués par tous les
pays sur les marchés internationaux.
Référer à la version PDF page 999 pour le
tableau
Référer à la version PDF page 1000 pour le
tableau
Référer à la version PDF page 1001 pour le
tableau
Référer à la version PDF page 1002 pour le
tableau
Référer à la version PDF page 1003 pour le
tableau
Référer à la version PDF page 1004 pour le
tableau
Référer à la version PDF page 1005 pour le
tableau
Référer à la version PDF page 1006 pour le
tableau
ANNEXE III
NOUVELLE PRÉSENTATION
DES OPÉRATIONS FINANCIÈRES
DU GOUVERNEMENT DU QUÉBEC
Introduction
............................................................
Ill
"l
1.
La comptabilisation des régimes de
retraite............................
III-2
2.
L'intégration des opérations
financières de la
Régie de l'assurance maladie du
Québec..............................
III-6
3.
Les autres comptes non
budgétaires..................................
III-7
4.
L'ancienne et la nouvelle
présentation des opérations financières ......
III-7
5.
Les conventions
comptables..........................................
111-15
Référer à la version PDF page 1007 pour le
tableau
INTRODUCTION
Lors du Discours sur le budget 1977-1978, le gouvernement avait pris
l'engagement de modifier la comptabilisation de ses revenus et dépenses
afin d'y inclure toutes les opérations financières du
gouvernement en regard de l'année courante ou des années
futures.
Cet engagement découlait de la croissance très rapide des
dépenses publiques au cours des dernières années et du
fait que tout objectif de contrôle de cette croissance devait
forcément inclure l'ensemble des opérations financières.
C'était la condition première pour vraiment améliorer
l'allocation des ressources.
Les revenus et les dépenses spécifiquement visés
étaient ceux des régimes de retraite dont le déficit
actuariel avait pris des proportions importantes.
De plus suite aux nouveaux arrangements fiscaux avec le gouvernement
fédéral le financement de l'assurance-maladie n'est plus
directement lié avec la croissance des dépenses.
Déjà pour l'exercice 1977-1978, une partie de la contribution
fédérale n'apparaissait plus dans les revenus de la Régie
de l'assurance-maladie du Québec (R.A.M.Q.) et quant à verser des
subventions d'équilibre budgétaire, il est apparu
préférable d'intégrer l'ensemble des opérations
financières de la R.A.M.Q. au budget du gouvernement.
La nouvelle comptabilisation des régimes de retraite et
l'intégration de la Régie de l'assurance-maladie ont
été incluses dans la présentation des comptes
budgétaires 1978-1979 apparaissant au Discours sur le budget.
Le gouvernement a décidé de procéder à des
modifications supplémentaires qui ont pour effet de mettre l'accent sur
la variation de l'encaisse plutôt que la variation du fonds de roulement
et de montrer explicitement l'évolution des autres comptes non
budgétaires. La variation de l'encaisse constitue une donnée
beaucoup plus significative dans l'administration financière
courante.
Afin de ne pas compliquer la présentation actuelle du Discours
sur le budget, ces dernières modifications seront introduites à
l'occasion de la première Synthèse trimestrielle des
opérations financières 1978-1979.
La présente annexe explique donc la méthode de
comptabilisation des régimes de retraite, les effets de
l'intégration de la Régie de l'assurance-maladie au budget
gouvernemental et la nouvelle présentation des autres comptes non
budgétaires. Pour fins d'illustration, les résultats
budgétaires de 1974-1975 à 1977-1978 ont été
révisés en tenant compte de ces changements.
On trouvera à la fin de cette annexe une section expliquant les
principales conventions comptables en usage au gouvernement.
Référer à la version PDF page 1008 pour le
tableau
1. LA COMPTABILISATION DES RÉGIMES DE
RETRAITE
Les employés du gouvernement, ceux des secteurs de
l'éducation et de la santé, les membres de la Sûreté
du Québec, les juges, de même que les membres de
l'Assemblée nationale participent à des fonds de pension dont le
financement est, à divers degrés, sous la responsabilité
directe du gouvernement. Les engagements financiers actuels du gouvernement
envers les fonds de pension varient d'un régime à l'autre pour
diverses raisons et, en particulier, à cause des modalités de
financement adoptées jusqu'à maintenant.
Il y a tout d'abord le régime de retraite des employés du
gouvernement et des organismes publics (RREGOP). Ce régime est
entré en vigueur le 1er juillet 1973. Près de 250 000
employés y souscrivent et tous les nouveaux employés du secteur
public y sont inscrits automatiquement. Dans le RREGOP, les cotisations des
employés sont capitalisées dans un fonds séparé
alors que les contributions du gouvernement en tant qu'employeur, sont
imputées aux dépenses budgétaires. En conséquence,
les engagements non comptabilisés du gouvernement envers ce
régime de retraite sont relativement peu élevés: il s'agit
en fait des intérêts qui devraient être payés sur la
provision accumulée à partir de la contribution
gouvernementale.
À l'opposé, les autres régimes de retraite qui
couvrent près de 95 000 employés, ne possèdent aucune
provision distincte. Jusqu'à ce jour, les cotisations des
employés ont été incorporées aux revenus
budgétaires et, en contrepartie, le gouvernement ajoutait aux
dépenses budgétaires les prestations qui devenaient payables
chaque année. Comme ces régimes existent depuis plusieurs
décennies, le mode actuel de financement a conduit le gouvernement
à accumuler des engagements financiers non comptabilisés
particulièrement élevés. Selon une étude
actuarielle, le déficit des régimes de retraite des enseignants
et des fonctionnaires a atteint $4,5 milliards au 31 décembre 1975. De
plus, comme les nouveaux employés des secteurs public et parapublic
doivent s'inscrire au RREGOP, les projections actuarielles indiquent que les
déboursés nets associés à ces régimes
augmenteront très rapidement au cours des prochaines années,
imposant un fardeau considérable aux finances publiques
québécoises.
Cette description sommaire de la situation financière des
régimes de retraite permet d'apprécier le contexte qui a conduit
le gouvernement à prendre des mesures pour établir l'ensemble des
régimes de retraite sur une base financière plus solide. Ces
mesures se résument ainsi: a) À compter de 1978-1979, aux
opérations budgétaires du gouvernement on additionnera à
la contribution de ce dernier comme employeur les intérêts sur la
provision accumulée pour le RREGOP. En 1979-1980 s'ajouteront la
contribution du gouvernement pour les autres régimes ainsi que
l'amortissement du déficit actuariel de ces mêmes autres
régimes. Aucune comptabilisation concernant les régimes de
retraite n'apparaît aux revenus budgétaires.
Référer à la version PDF page 1009 pour le
tableau
b) Le gouvernement crée par ailleurs un compte non
budgétaire où sont enregistrés comme revenus les
contributions et autres paiements du gouvernement, mentionnés au
paragraphe précédent; seront également inscrites comme
revenus dans ce compte, les contributions de certains autres organismes publics
et les cotisations d'employés participant aux régimes autres que
le RREGOP. Les pensions qui sont payées en contre-partie de ces revenus
sont inscrites comme dépenses du même compte non
budgétaire.
Comme l'indique le tableau II, cette nouvelle méthode de
comptabilisation a pour effet d'accroître le déficit
budgétaire du gouvernement et cet effet sera encore plus
considérable à compter de 1979-1980 lorsque le gouvernement
commencera à inscrire sa contribution à titre d'employeur et
à amortir le déficit actuariel des régimes de retraite des
enseignants, des fonctionnaires, des membres de l'Assemblée nationale,
des juges et des membres de la Sûreté du Québec.
Cependant, comme les nouvelles dépenses qui sont inscrites au
budget constituent un revenu au niveau du nouveau compte non budgétaire
et que toutes les autres écritures du compte non budgétaire
faisaient déjà partie des opérations financières du
gouvernement, l'effet sur les besoins de financement est donc nul. En d'autres
mots, le total net des opérations budgétaires et non
budgétaires n'est pas affecté et ce, parce que l'accroissement du
déficit budgétaire est comblé par un surplus
équivalent du compte non budgétaire. Le tableau III donne le
sommaire de ce qu'aurait été ce compte non budgétaire de
1974-1975 à 1977-1978.
Référer à la version PDF page 1010 pour le
tableau
Comme le compte des régimes de retraite enregistrera la presque
totalité des opérations financières des régimes de
retraite du secteur public, cette nouvelle comptabilisation permettra une plus
grande transparence des coûts associés aux bénéfices
marginaux consentis à la fonction publique et parapublique. Le tableau
IV résume l'ensemble des modifications apportées à la
comptabilisation des régimes de retraite.
Référer à la version PDF page 1011 pour le
tableau
Référer à la version PDF page 1012 pour le
tableau
2. L'INTÉGRATION DES OPÉRATIONS
FINANCIÈRES DE LA RÉGIE DE L'ASSURANCE-MALADIE DU
QUÉBEC
L'intégration* des opérations financières de la
Régie de l'assurance-maladie du Québec aux opérations
budgétaires du gouvernement constitue une autre étape en vue de
clarifier les coûts associés aux divers programmes
gouvernementaux.
En ce qui concerne les dépenses, l'intégration est simple
puisqu'il s'agit d'inscrire au budget les dépenses de la Régie
tandis que les crédits y afférents seront de nature statutaire.
Comme la Régie remboursait certains ministères pour les services
de médecins qu'ils assumaient dans certaines institutions, ce jeu de
remboursement sera éliminé et les dépenses de la
Régie couvriront uniquement celles qu'elle assume directement
auprès des professionnels de la santé.
Au niveau des revenus budgétaires, l'intégration des
revenus de la Régie de l'assurance-maladie du Québec donne lieu
à trois ajustements distincts. D'abord, la contribution des particuliers
à l'assurance-maladie sera intégrée à l'impôt
sur le revenu. Deuxièmement, la contribution des employeurs sera
versée à un fonds d'assurance-maladie qui sera créé
uniquement pour les besoins financiers de la Régie.
Troisièmement, comme il a été mentionné au
début, les nouveaux accords fiscaux avec le gouvernement
fédéral sur le financement des programmes établis,
notamment en matière de santé, prévoient qu'une partie de
la contribution fédérale se fera sous forme d'un transfert
financier. Ce transfert qui consiste en un montant per capita variant dans le
temps en fonction de l'accroissement du produit national brut, sera
incorporé aux revenus budgétaires sous la rubrique
«transferts du gouvernement du Canada».
Le tableau V montre les effets de l'intégration des
opérations financières de la Régie. De 1974-1975 à
1976-1977, la Régie a accumulé des surplus et le déficit
de 1977-1978 s'explique par l'intégration d'une partie de la nouvelle
contribution du gouvernement du Canada aux revenus budgétaires du
gouvernement.
Référer à la version PDF page 1013 pour le
tableau
3.
LES AUTRES COMPTES NON
BUDGÉTAIRES
Jusqu'à maintenant, l'état sommaire des opérations
financières présenté dans le Discours sur le budget
faisait ressortir, d'une part, le déficit des opérations
budgétaires et, d'autre part, les besoins financiers pour les
opérations non budgétaires. Au résultat de ces deux
catégories d'opérations s'ajoutait le montant des emprunts
à rembourser pour en arriver aux besoins totaux de financement, sans
variation du fonds de roulement.
L'état du fonds de roulement dépend de variations de
nombreux comptes, variations susceptibles d'influencer significativement les
opérations financières du gouvernement et le niveau de ses
emprunts. Le fonds de roulement est constitué de: comptes à
payer et à recevoir intérêts courus à payer et
à recevoir avances de fonds en fidéicommis comptes de
perception fiscale chèques en circulation placements et
emprunts temporaires encaisse (soldes en banques, dépôts en
transit et argent en main).
Dorénavant, les quatre premiers comptes feront partie des
opérations non budgétaires et toute variation importante des
comptes à payer ou à recevoir susceptibles de faire varier les
besoins d'emprunts apparaîtra clairement.
La variation dans les autres items, à savoir les chèques
en circulation, les placements et emprunts temporaires ainsi que l'encaisse
constituera la variation de l'encaisse.
4.
L'ANCIENNE ET LA NOUVELLE PRÉSENTATION
DES OPÉRATIONS FINANCIÈRES
Le tableau VI réconcilie les résultats des
opérations budgétaires et non budgétaires, selon les
comptes publics et selon la nouvelle présentation.
Les tableaux de la série VII incluent, pour les années
financières I974-I975 à 1977-1978, à la fois la nouvelle
comptabilisation des régimes de retraite, l'intégration des
opérations financières de la Régie de l'assurance-maladie
ainsi que la nouvelle présentation des opérations
financières. L'ensemble de ces modifications améliorera et
facilitera la compréhension de la situation financière du
gouvernement puisque toutes les synthèses importantes d'opération
sont présentées.
Référer à la version PDF page 1014 pour le
tableau
Référer à la version PDF page 1015 pour le
tableau
Référer à la version PDF page 1016 pour le
tableau
Référer à la version PDF page 1017 pour le
tableau
Référer à la version PDF page 1018 pour le
tableau
Référer à la version PDF page 1019 pour le
tableau
Référer à la version PDF page 1020 pour le
tableau
Référer à la version PDF page 1021 pour le
tableau
5. LES CONVENTIONS COMPTABLES
La comptabilisation des diverses catégories de transactions
gouvernementales fait nécessairement appel à la terminologie
propre à ce domaine et cette dernière section explicite les
principales conventions comptables en usage au gouvernement et incorpore les
modifications décrites aux chapitres précédents.
Les opérations du gouvernement se subdivisent en deux
catégories bien distinctes, soit les opérations
budgétaires et les opérations non budgétaires.
5.1
LES OPÉRATIONS
BUDGÉTAIRES
Les opérations budgétaires regroupent les revenus et
dépenses courantes du gouvernement, y compris les dépenses en
capital.
A)
Les revenus budgétaires
Les revenus du gouvernement comprennent des impôts, des taxes, des
droits, des bénéfices, des contributions du gouvernement du
Canada et d'autres sommes reçues ou à recevoir en vertu des lois,
règlements ou ententes. Les sommes encaissées avant le 1er
avril sont traitées comme revenus de l'année
financière de même que des comptes émis avant le
1er avril.
Cependant, pour les revenus en provenance du gouvernement
fédéral et afférents aux programmes à frais
partagés avec compensation financière seulement, les comptes
émis jusqu'au 31 mai, eu égard aux dépenses qui ont
été imputées avant le 1er avril, sont inscrits
aux revenus de l'année financière écoulée. Il en
est ainsi des remises encaissées par le gouvernement pendant le mois
d'avril, et représentant des sommes perçues ou
prélevées par ses agents ou mandataires avant le 1er
avril.
B)
Les dépenses
budgétaires
Les dépenses du gouvernement comprennent les dépenses de
fonctionnement, de capital et de transfert (subventions et allocations). Toutes
les charges qui sont imputées aux crédits autorisés, soit
par une loi des subsides, une loi particulière ou par mandat
spécial du lieutenant-gouverneur en conseil, sont inscrites aux
dépenses et le 31 mars est la date de fermeture de l'année
financière; cependant, le 30 avril est retenu comme date limite pour la
création d'un compte à payer couvrant des services rendus ou des
marchandises reçues avant le 1er avril, et des
dépenses de transfert autorisées avant cette date.
Les subventions payables aux municipalités en compensation des
taxes de vente, de repas et d'hôtellerie remises en avril sont
également comptabilisées comme dépenses de l'année
financière écoulée. Cependant, les dépenses
payées d'avance ne sont pas reportées à l'année
suivante.
5.2
LES OPÉRATIONS NON
BUDGÉTAIRES
Les opérations non budgétaires couvrent les
activités de prêts, placements et avances, les comptes
spéciaux afférents aux régimes de retraite et autres
comptes comme les comptes à payer et à recevoir. Ces
opérations ne constituent ni des revenus ni des dépenses pour le
gouvernement. Ce sont en fait des transactions qui affectent uniquement les
comptes de l'actif et du passif, à l'exception de l'encaisse et de la
dette publique.
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tableau
A)
Prêts, placements et avances
Sous cette rubrique on retrouve les sorties de fonds effectuées
pour les entreprises d'État, les municipalités et organismes
municipaux ainsi que les sociétés et particuliers.
B)
Compte des régimes de retraite
Les contributions du gouvernement à titre d'employeur au
Régime de retraite des employés du gouvernement et des organismes
publics, pour les secteurs public et parapublic, de même que les
contributions d'employés et les contributions d'employeurs pour les
autres régimes sont traitées comme entrées de fonds dans
ce compte non budgétaire. Les pensions payées et les
remboursements de cotisations pour les régimes autres que le RREGOP
constituent des sorties de fonds.
C)
Compte d'accord de perception fiscale
Dans ce compte transitent les sommes que le gouvernement perçoit
pour le compte de certains organismes tels: la Régie des rentes du
Québec, la Régie des installations olympiques et la Régie
d'assurance-automobile du Québec.
D)
Comptes à recevoir et à
payer
Les comptes à recevoir comprennent les charges et
réclamations ou cotisations émises à des débiteurs
pour des revenus que le gouvernement est en droit de réclamer, les
avances et petites caisses utilisées à des fins
d'opérations budgétaires ainsi que les remises faites par les
mandataires ou agents du gouvernement au cours d'avril pour des sommes
perçues ou prélevées par eux avant le 1er
avril.
Les comptes à payer comprennent la partie du coût des
opérations du gouvernement comptabilisées et non
déboursées au 31 mars, les obligations et les coupons
échus et non réclamés, les retenues sur contrats
d'entretien et de construction, la compensation payable aux
municipalités afférente aux remises effectuées en avril
par les agents ou mandataires et le montant devenu exigible eu égard aux
engagements du gouvernement dans le cadre du Régime de retraite des
employés du gouvernement et des organismes publics.
E)
Avances de fonds en
fidéicommis
Ce compte interfonds représente la partie des dépôts
confiée au Bureau général de dépôts pour le
gouvernement et utilisée aux fins de l'administration courante du
gouvernement.
F)
Encaisse
En plus de l'encaisse proprement dite, ce compte comprend les
chèques en circulation, les placements temporaires et les emprunts
temporaires. Les chèques en circulation représentent les
chèques émis par le gouvernement et non présentés
à la banque pour paiement alors que l'encaisse tient compte des
espèces en caisse, des dépôts en transit et des soldes des
différents comptes de banque. Quant aux placements temporaires, ils
comprennent les dépôts à terme et les valeurs
négociables détenues à titre temporaire.
G)
Catégories d'emprunts
Les emprunts du gouvernement sont effectués sous forme de bons du
trésor, d'obligations non négociables telles les obligations
d'épargne, d'obligations émises au gouvernement du Canada dans le
cadre de certaines ententes ainsi que d'obligations négociables et de
billets à long terme.
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tableau
H) Composition de la dette
Les emprunts et les dettes assumées en monnaie du Canada sont
inscrits à leur valeur nominale et ceux en monnaie
étrangère sont inscrits en équivalent canadien de leur
valeur nominale au moment de leur encaissement ou de leur acceptation,
exception faite des bons du trésor qui sont inscrits en
équivalent canadien de leur valeur nominale au 31 mars.
Les fonds d'amortissement sont déduits des obligations à
payer. Les obligations en monnaie du Canada détenues à ces fonds
sont inscrites à leur valeur nominale. Celles en monnaie
étrangère, déjà émises par la Province, sont
inscrites en équivalent canadien de leur valeur nominale aux dates
d'encaissement des emprunts; les autres obligations en monnaie
étrangère sont inscrites en équivalent canadien de leur
valeur nominale aux dates d'acquisition.