Les versions HTML et PDF du texte du Journal des débats ont été produites à l'aide d'un logiciel de reconnaissance de caractères. La version HTML ne contient pas de table des matières. La version officielle demeure l'édition imprimée.
(Dix heures quatorze minutes)
Le Président: A l'ordre, mesdames et messieurs!
Veuillez vous asseoir.
M. le leader parlementaire adjoint du gouvernement.
M. Bertrand: M. le Président, je vous demanderais
d'appeler l'article 76), s'il vous plaît!
Projet de loi no 2 Deuxième lecture
Le Président: J'appelle maintenant la reprise du
débat sur la motion de deuxième lecture soumise par M. le
ministre d'Etat au développement culturel et proposant que le projet de
loi no 2, Loi constituant l'Institut québécois de recherche sur
la culture, soit maintenant lu la deuxième fois. Je cède
immédiatement la parole à M. le député de D'Arcy
McGee.
M. Victor Goldbloom
M. Goldbloom: M. le Président, la culture est un
élément important de toute société
évoluée. Quand un gouvernement propose une action qui se veut
constructive dans le domaine de la culture, on doit, a priori, avoir une
attitude favorable à l'égard de cette initiative. Après
tout, le Larousse définit la culture de la façon suivante:
"L'ensemble des connaissances acquises, l'ensemble des structures sociales,
religieuses, etc., des manifestations intellectuelles, artistiques, etc., qui
caractérisent une société."
M. le Président, pour nous la culture c'est un facteur
séminal, un facteur d'épanouissement, un facteur
élévatoire, si je peux utiliser un mot aussi physique pour
décrire un phénomène aussi spirituel. Mais il s'agit
d'élever des esprits, les élever au-dessus du
matérialisme, du mercantilisme, de l'ennui, du quotidien, de
l'ordinaire. Il s'agit de nous amener à nous dépasser ou à
apprécier ceux qui nous ont dépassés à cause de
leur talent exceptionnel pour nous amener à pouvoir reconnaître et
apprécier le talent exceptionnel qui se trouve parmi nous.
Il faut que nous puissions capter le message que veulent nous
communiquer les gens qui s'occupent de promouvoir directement la culture et,
sans avoir été éveillés au langage, au message que
veulent nous communiquer ces gens, nous ne sommes pas en mesure de les
rejoindre, le recevoir, de comprendre le message qu'ils veulent nous
communiquer. Alors, il s'agit véritablement de chercher une connaissance
de soi et une connaissance des autres aussi.
Qu'il y ait un forum sur la culture dans une société comme
la nôtre, c'est une chose désirable. Qu'il y ait une concertation
en matière culturelle, qu'il y ait un mécanisme qui permette de
canaliser des efforts vers des résultats valables, vers cette meilleure
connaissance de nous-mêmes et des autres, cela nous paraît
désirable également. Il y a dans notre société un
besoin réel de diffusion des travaux en matière culturelle. Il y
a un besoin de vulgarisation de travaux en ce domaine. Que l'on ait un
organisme qui serve comme lieu de concertation, d'organisation
d'activités, au premier abord, en principe, nous ne pouvons pas
être en désaccord avec cela.
Ayant dit cela, M. le Président, je suis obligé d'examiner
ce que le gouvernement nous propose et je dois poser la question: Sommes-nous
d'accord non pas simplement avec l'objectif général, mais avec la
proposition précise du gouvernement? Et là, je dois me trouver
plus hésitant. Je ne voudrais pas enfreindre le règlement de la
Chambre; je voudrais quand même aller au texte pour citer correctement ce
que le gouvernement nous propose. Avec votre permission, M. le
Président, j'aimerais faire allusion à quelques phrases qui se
trouvent dans le texte du projet de loi qui nous propose la création
d'un Institut québécois de recherche sur la culture. (10 h
20)
Le projet de loi nous propose que cet institut ait pour objet, en vue de
contribuer au développement culturel du Québec, d'effectuer,
d'encourager et de soutenir des recherches et des études sur les divers
aspects des phénomènes culturels. M. le Président, il y a
trois verbes là-dedans: effectuer, encourager et soutenir. Je vous dirai
que soutenir, d'accord, sans hésitation; encourager, d'accord, sans
hésitation; effectuer, là nous ne sommes plus d'accord. Nous ne
croyons pas que le but, l'objet de cet organisme devrait être d'effectuer
lui-même des recherches parce que la fonction est tout à fait
différente et j'y reviendrai.
Il y a dans cela une certaine contradiction avec le rôle que l'on
peut voir attribuer à des organismes qui s'appellent conseils et qui
évaluent les projets de recherche dans divers domaines. On demande
à des gens qui ont des connaissances qui peuvent dépasser celles
de l'équipe gouvernementale, l'équipe d'un ministère, et
qui, ayant oeuvré dans le milieu, connaissent non seulement le milieu
lui-même, non seulement la matière, mais également les
personnes qui font un travail valable dans ce domaine; on dit à ces
gens-là: Ecoutez! Vous avez une expérience que nous n'avons pas.
Non seulement cela, mais vous avez une indépendance que nous n'avons
pas. Au niveau gouvernemental, on risque toujours d'être accusé de
dirigisme, de partisanerie, de vouloir faire effectuer des travaux afin de
réaliser un objectif politique. Or, on demande à des gens qui
n'ont pas de telles préoccupations de recevoir des protocoles de
recherche, de les évaluer et de recommander l'attribution de ressources
financières pour que ces recherches puissent être
effectuées.
M. le Président, cela est une fonction valable pour un organisme
de cette nature. Mais effectuer lui-même des recherches, c'est autre
chose.
M. le Président, comme vous le savez bien, ce projet de loi a un
historique. La notion de la création d'un Institut de recherche sur la
culture n'est pas celle du gouvernement actuel; d'autres avant lui en ont
parlé, ont écrit des documents qui doivent retenir notre
attention. Un ancien ministre des Affaires culturelles a signé, en 1976,
un document passablement important intitulé "Pour l'évolution de
la politique culturelle". Il y a dans ce document de M. Jean-Paul L'Allier des
considérations qui me paraissent importantes, et je me permettrai d'en
citer de larges extraits.
On trouve, à la page 217 de ce rapport, les mots suivants: "Ce
n'est évidemment pas la création de structures artificielles
autour desquelles pourraient se regrouper quelques penseurs qui réglera
ce problème." Un peu plus loin: "Qui donc, si ce n'est le
ministère des Affaires culturelles, peut à ce moment-ci servir de
catalyseur aux forces et aux ressources susceptibles de se cristalliser autour
de cet objectif?"
Mais écoutez bien ce qui suit, M. le Président: "II ne
s'agit pas pour le ministère de se substituer aux universités; il
ne s'agit pas de remplacer les instituts, académies ou
sociétés savantes par des créatures administratives. Il
s'agit plutôt, ici comme ailleurs, de rendre un certain nombre de
ressources publiques disponibles à ceux qui, dans leur milieu respectif,
sont encore susceptibles de faire valoir que la connaissance scientifique, la
réflexion, la connaissance de son histoire, le maintien de certaines
valeurs intangibles sont encore, à côté de
l'économie et des exigences matérielles irrépressibles,
des sources d'orientation et de développement collectif." Je trouve ces
mots d'une importance fondamentale dans le débat que nous poursuivons
dans le moment.
Je continue ma citation du texte de M. L'Allier: "Dans les
sociétés occidentales, il ne semble pas y avoir d'institut
d'histoire et de civilisation créé par l'Etat et relevant
directement de lui. Ce n'est d'ailleurs pas ce que nous recherchons."
C'était un autre gouvernement qui parlait, Mme la
Présidente. Je reprends la citation: "Ce n'est d'ailleurs pas ce que
nous recherchons, convaincus que l'absolue liberté de la recherche et de
l'exposé des faits constitue la condition indispensable au
fonctionnement et à la crédibilité d'un tel
établissement. Aucun historien ou homme de science sérieux et
tenant à sa réputation n'accepterait vraisemblablement de devenir
un historiographe ou chercheur officiel. Il ne s'agit pas, non plus, de
créer un organisme de cogitation permanente pour l'autosatisfaction
réciproque de ses membres et complètement coupé, avec le
temps, des réalités et de la société qui lui ont
donné naissance et auxquelles il se doit. La recherche historique et
l'élaboration de l'histoire s'effectuent presque entièrement dans
les universités. "Les sociétés historiques se
répartissent en deux catégories. Les unes sont locales et
composées surtout d'érudits et d'amateurs. Les autres sont
nationales et animées par des universitaires, comme l'Institut
d'histoire de l'Amérique françai- se, la Canadian Historical
Association, l'American Historical Association. Il en va de même pour les
études de civilisation et la prospective. "Pour être utile
c'est toujours M. L'Allier qui parle un institut d'histoire et de
civilisation du Québec devrait être entièrement autonome,
ce qui suppose que sa complète indépendance et sa permanence
soient formellement garanties dans la loi ou la charte qui le créera,
autrement, il ne sera même pas considéré comme existant;
s'associer, entre autres, des historiens, des chercheurs universitaires en
activité de même que des humanistes, autrement, il sera
caractérisé comme dépassé et arriéré
au moment même de sa formation. Il serait prudent de tenir compte de ce
qui précède en élaborant un projet d'institut." (10 h
30)
Je vais citer un dernier extrait de ce texte, un extrait qui porte sur
le mandat global que l'on devrait donner à un tel institut: "Favoriser
et organiser les travaux de recherche et de rédaction en vue de la
publication d'une histoire monumentale du Québec, c'est-à-dire en
déterminer le caractère, en fixer l'étendue, en concevoir
le plan, en choisir les collaborateurs, en superviser la production; favoriser
et encourager la publication des collections de documents; susciter
l'organisation de la recherche, de la rédaction, de la publication de
travaux de synthèse en sciences physiques, politiques,
économiques, juridiques, sociales et en faire autant dans les secteurs
des beaux-arts, musique, arts plastiques, de la littérature, de la
linguistique en collaboration avec le conseil de la culture; favoriser et
organiser la préparation de la diffusion d'ouvrages de vulgarisation
dans les matières ci-haut mentionnées; favoriser et organiser des
congrès et des colloques sur les divers aspects de l'évolution de
la société québécoise et en publier les actes;
favoriser la publication de périodiques consacrés à
l'approfondissement ou à la vulgarisation des mêmes
matières; publier des rapports ou des essais sur l'évolution de
la société québécoise; conseiller et orienter les
autorités compétentes quant à l'enseignement de
l'histoire, à sa diffusion et à sa connaissance, quant à
l'éducation culturelle et civique et quant aux moyens à prendre
pour améliorer la qualité de vie des Québécois;
constituer un réservoir de consultants, de conférenciers ou de
chargés de mission; favoriser la participation québécoise
à des manifestations intellectuelles tenues à l'extérieur
du Québec; attribuer ou favoriser l'attribution de prix ou de
récompenses dans les matières relevant de la compétence de
l'institut et conseiller les commissions dans l'orientation de
l'évolution de la Bibliothèque nationale, des Archives
nationales, des musées d'Etat et, d'une façon
générale, donner son avis quant à la politique des
musées au Québec".
Mme la Présidente, je tenais à faire lecture
intégrale de cette recommandation détaillée du mandat que
l'on devrait confier à un tel institut, pour démontrer que nulle
part dans cette liste exhaustive ne paraît la fonction de faire des
recherches. M. L'Allier a parlé de favoriser et
d'organiser et organiser dans le dictionnaire, cela veut dire combiner,
disposer pour fonctionner, arranger. Voilà une raison fondamentale pour
laquelle nous ne sommes pas d'accord avec la façon dont le gouvernement
veut créer cet organisme et le mettre au service de la
collectivité.
Oui, en 1977, il y a eu un autre rapport que l'on appelle
communément le rapport Frégault et dans ce rapport, la
recommandation est plus précise, plus détaillée: que l'on
créé un tel institut et que l'on donne à cet institut un
mandat un peu différent de celui recommandé par M. L'Allier. Il y
a quand même des mises en garde; des précautions sont
recommandées. Dans le rapport Frégault, on insiste sur la
nécessité pour l'éventuel institut d'entretenir des
rapports avec divers groupes sociaux afin d'avoir une autonomie par rapport au
gouvernement, de collaborer avec les universités, de promouvoir
l'activité dans le milieu autant que de faire lui-même des
travaux.
Mme la Présidente, je voudrais revenir au projet de loi
lui-même et je voudrais, en citant textuellement ce que le projet de loi
prévoit, vous indiquer comment nous voyons l'autonomie éventuelle
de cet organisme que le gouvernement nous propose. Quand on voit que l'institut
pourrait, selon le projet de loi que nous avons devant les yeux, recevoir et
accepter des dons, legs, subventions ou toute autre contribution, mais qu'il ne
pourrait cependant pas accepter des dons, legs, subventions ou autres
contributions auxquels sont attachées des charges ou conditions, si ce
n'est du gouvernement du Québec, ses ministères ou organismes,
sans l'autorisation du gouvernement, qu'est-ce que cela veut dire? Cela veut
dire que si, par exemple, les peuples autochtones du Québec, le peuple
inuit, le peuple amérindien, demandaient à cet institut de faire
des recherches sur un sujet qui pourrait déplaire au gouvernement en
place soyons francs, nos relations avec les peuples autochtones n'ont
pas toujours été heureuses on pourrait se trouver dans une
situation où un gouvernement dirait: On n'approuve pas cette demande de
la part des peuples autochtones, on refuse à l'institut la
possibilité d'accepter un don de la part d'un groupement
intéressé à cet aspect de notre culture collective parce
que l'on pourrait ne pas aimer ce qui sera publié par la suite.
Mais, Mme la Présidente, on note que, dans la poursuite de ses
objets, l'institut devrait exécuter tout mandat spécifique que
lui confierait, avec l'approbation du gouvernement, le ministre chargé
de l'application de la présente loi. Là, l'institut n'aurait pas
le choix. Le texte est clair: dans la poursuite de ses objets, l'institut doit
exécuter tout mandat spécifique que lui confie, avec
l'approbation du gouvernement, le ministre chargé de l'application de la
présente loi.
S'il y avait une mise en garde importante dans le document de l'ancien
ministre, M. L'Allier, c'était bien qu'il était essentiel
d'éviter que l'institut ne devienne une chapelle et surtout une chapelle
gouvernementale. Mme la Présidente, nous voyons, dans les
modalités qui entourent le financement des activités de
l'institut, dans les modalités qui entourent les initiatives que
pourrait prendre l'institut, qu'il n'y a pas grande place dans ce projet de loi
pour des initiatives propres de l'institut lui-même. C'est surtout
l'exécution de mandats confiés par le gouvernement, et cela est
obligatoire dans la loi. Donc, le gouvernement n'aurait qu'à lui confier
mandat après mandat et il n'y aurait pas grande place, il n'y aurait pas
grand temps, il n'y aurait pas grande énergie humaine pour faire autre
chose. Et, pourtant, c'est un organisme, un instrument qui devrait être
à la disposition de l'ensemble de la société et l'ensemble
de la société devrait pouvoir s'y adresser et recevoir des
réponses valables.
Nous trouvons que l'institut, tel que le gouvernement nous le propose,
n'est pas assez indépendant du gouvernement; qu'il serait soumis
et j'ai cité le texte à un dirigisme gouvernemental parce
que c'est le gouvernement qui lui donnerait des mandats que l'institut devrait
obligatoirement exécuter. Nous trouvons que l'institut est trop
dépendant financièrement par rapport au gouvernement parce que
toute autre contribution est soumise, quant à son acceptation, à
l'approbation du même gouvernement.
Nous trouvons que l'institut s'éloigne trop, dans la conception
que nous offre le gouvernement, de ce que nous avaient proposé le
rapport L'Allier et le rapport Frégault. Je donne un exemple. Dans le
rapport Frégault, il était recommandé qu'un conseil
consultatif soit constitué, que ce conseil consultatif soit
composé de 40 membres et que ce conseil ait son mot à dire en
guidant l'action de l'institut. Il n'en est rien dans le projet de loi que nous
avons devant les yeux.
Il nous semble que l'institut, tel que conçu et proposé
par le gouvernement, aurait de la difficulté à établir des
liens réels avec le milieu universitaire, avec le milieu en
général, parce que les chercheurs seraient les chercheurs de
l'institut ou des contractuels, si vous voulez, mais toujours avec
l'approbation du gouvernement, pour l'entreprise des travaux de recherche. Tous
ceux qui effectueraient cette recherche devraient répondre à
l'institut et, à travers l'institut, au gouvernement qui aurait
donné ou approuvé les mandats. (10 h 40)
Mme la Présidente, ce n'est pas la façon dont nous
concevons un institut de recherche. D'abord, nous nous interrogeons très
sérieusement sur l'opportunité de créer un organisme de
recherche à l'extérieur du milieu universitaire. Un milieu a ses
caractéristiques, a une dynamique propre, a des relations
interdisciplinaires qui aident à fertiliser la pensée et le
travail des gens qui oeuvrent dans n'importe quel domaine. Si l'on fait de la
recherche en vase clos, si cette recherche n'est pas exposée
quotidiennement... Je ne parle pas des critiques qui pourraient être
formulées dans des revues scientifiques, dans les journaux ou dans des
discours ici en Chambre, après la publication des résultats. Je
parle du contact quotidien. Quand on rencontre quelqu'un dans les corridors de
l'université, à la salle à manger, le soir à une
réunion sociale, on cause avec une
personne qui a une expertise dans une autre discipline et là, on
reçoit un éclaircissement, on reçoit une idée, on
reçoit une critique constructive. On devient capable de voir des
faiblesses ou des préjugés dans ce que l'on fait. Mais l'institut
serait coupé de cela.
Je me permets une analogie, Mme la Présidente, et je sais que ce
que je vais dire ne sera pas nécessairement parfaitement populaire dans
le milieu concerné. J'ai toujours été opposé au
transfert de la formation des infirmières de l'hôpital au CEGEP
parce qu'au CEGEP, on apprend à être infirmière dans un
milieu scolaire et dans un hôpital, on l'apprend dans un milieu clinique,
où, à tous les jours, à toutes les heures, on peut
être en contact avec d'autres professionnels de la santé et avec
des malades, et l'on peut absorber par osmose une notion de sa profession.
Je prends cette analogie, Mme la Présidente, parce que je pense
que le gouvernement est en train de faire une erreur analogue en créant
un institut à l'extérieur du milieu universitaire parce que le
milieu a son influence sur la qualité, la valeur et l'envergure du
travail.
Mme la Présidente, ce sont autant d'inquiétudes qui nous
animent en ce moment où nous sommes appelés à
étudier ce projet de loi. Peut-être que le gouvernement, ayant
écouté ce point de vue, nous indiquera peut-être le
ministre dans sa réplique à la fin du débat qu'il a
trouvé dans l'expression de ce point de vue des éléments
de réflexion qui pourront l'amener à élargir en quelque
sorte la définition, le cadre, le mandat, à situer l'institut en
relation plus directe avec ce milieu universitaire séminal. Sinon
je ne voudrais pas le dire de façon absolue et catégorique nous
attendrons la réplique du ministre avant de prendre notre
décision mais le texte actuel du projet de loi, le concept
donné par le gouvernement à la création de cet institut ne
semble pas devoir rallier notre appui quant au vote en deuxième
lecture.
Nous croyons que cet institut devrait être plus directement et
plus clairement au service de la communauté, de la collectivité,
de tous les éléments de cette collectivité. Nous
croyonsque ce que nous propose le gouvernement place cet institut au service du
gouvernement. Un gouvernement, quel qu'il soit je ne parle exclusivement
de celui-ci est constitué par un parti politique qui a les
intérêts d'un parti politique et qui veut promouvoir ses propres
intérêts, qui est capable oui d'une certaine
objectivité dans certaines circonstances, mais qui est toujours
exposé à la tentation de se convaincre que les objectifs qu'il
vise sont des objectifs nobles et rejoignent ceux de la collectivité.
S'il répète assez souvent dans ses propres caucus que c'est
vraiment une chose que l'on doit faire pour le bien commun, il finit par s'en
convaincre et il finit par ne plus voir les éléments partisans
qui se sont glissés dans la définition des objectifs et dans les
mandats qu'il donnerait éventuellement à un tel institut.
Il nous semble, Mme la Présidente, qu'il n'y a pas, dans ce
projet de loi, le juste équilibre qui devrait exister entrer
l'initiative que devrait prendre un gouvernement et qui devrait trouver son
expression, ses résultats dans des activités de chercheur qui
élargirait nos connaissances en l'occurrence dans le domaine culturel,
et l'indépendance dans laquelle devrait s'exercer tout travail de
recherche. Mme la Présidente, quand je parle d'indépendance, je
ne parle pas seulement du financement; je ne parle pas seulement des mandats.
Je parle du choix des domaines de recherche. Oui, un gouvernemet, à
l'instar d'autres organismes, de fondation ou de groupements qui ont de
l'argent à offrir, peut solliciter, de la part d'un groupe de
professionnels, de chercheurs, la poursuite d'un travail de recherche. Mais
quand on parle de l'autonomie intellectuelle, la liberté intellectuelle
du milieu universitaire, un élément important de cette
liberté c'est la liberté de choisir les projets de recherche que
l'on va poursuivre.
Je reconnais que, dans bien des cas et notamment dans le domaine
scientifique, la recherche peut être coûteuse. On peut avoir
exercé cette liberté, choisi des projets et ne pas trouver de
bailleur de fonds pour permettre que la recherche se réalise. Je
reconnais cela. C'est une contrainte réaliste. Mais, quand même,
il arrive quotidiennement que dans nos milieux universitaires des gens pondent
des projets de recherche et trouvent les fonds nécessaires et
poursuivent, à même leur propre initiative, les lignes
d'étude qui leur semblent les plus valables et les plus
intéressantes et les plus susceptibles de contribuer à
l'élargissement des connaissances de la collectivité. (10 h
50)
Mme la Présidente, pour toutes ces raisons, nous regrettons que
le gouvernement ait choisi de ne pas suivre la ligne tracée par ses
prédécesseurs et par ses consultants. J'ai fait allusion au
document publié par l'ancien ministre des Affaires culturelles; j'ai
fait allusion au rapport Frégault. Nous trouvons là-dedans des
idées qui nous semblent tout à fait valables et mieux
équilibrées que celles que contient le projet de loi no 2.
C'est dans un esprit constructif que j'ai voulu faire ces commentaires
et j'espère que le ministre, les ayant reçus dans un même
esprit, trouvera moyen de nous indiquer comment le projet de loi pourra
être bonifié afin de répondre au désir que j'ai
exprimé, le désir de voir créer un Institut
québécois de recherche sur la culture qui serait affranchi d'une
tutelle gouvernementale, d'un dirigisme gouvernemental, qui serait
véritablement au service de la collectivité afin qu'il puisse
rechercher la vérité, rechercher la connaissance de
nous-mêmes sans laquelle notre épanouissement sera restreint, que
cet institut puisse rechercher le bien dans tous les sens, le bien surtout dans
le sens d'une compréhension commune de ce que nous sommes et de ce que
nous voulons devenir.
Que cet institut puisse faire ce genre de travail pas pour le compte
d'un gouvernement, mais pour le bien de tous les Québécois.
Merci, Mme la Présidente.
La Vice-Présidente: M. le député de
Gaspé. M. Michel Le Moignan
M. Le Moignan: Mme la Présidente, le ministère des
Affaires culturelles du Québec atteindra bientôt l'âge de sa
maturité. C'est en effet au mois de mai ou juin 1979 que ce
ministère pourra fêter ses 18 années d'existence. On peut
tout de même constater que beaucoup de chemin a été
parcouru depuis le début des années soixante. Nous savons
qu'avant cela il y avait un certain éparpillement, un émiettement
de préoccupations et d'actions qui ne tombaient pas toujours en bonne
terre. On sait que, même à ses débuts, le ministère
des Affaires culturelles était considéré comme l'un des
plus pauvres parmi les budgets du gouvernement. On se souvient, en 1964, de la
démission de M. Georges-Emile Lapalme pour protester parce que son
ministère ne recevait pas les crédits nécessaires pour lui
permettre de faire face aux nombreuses demandes et obligations que lui imposait
ce ministère des Affaires culturelles.
L'an dernier, le ministre d'Etat au développement culturel a
publié un livre blanc. Il nous a donné les grandes lignes d'une
politique québécoise du développement culturel.
C'était tout de même un noble et louable effort après avoir
reçu en 1976 le document de Jean-Paul L'Allier "Pour révolution
de la politique culturelle". En somme, le ministre actuel voulait donner aux
Québécois des moyens de s'épanouir. Il voulait leur
permettre de s'afficher dans une culture qui leur soit propre. Quand on
parcourt le livre blanc, on voit qu'il y a place pour tout le monde. On y
mentionne les autochtones, on y mentionne également les
différentes minorités, les différents groupes
ethniques.
Si on veut parler de culture québécoise, il faut
nécessairement, pour réaliser cet institut que le ministre veut
mettre en place, que l'on trouve là-dedans la somme de toutes les
cultures qui vont se rejoindre et qui vont permettre d'enrichir notre
collectivité.
On dit depuis quelque temps, et le ministre lui-même l'a
indiqué à différentes reprises, que la culture c'est un
peu synonyme de la qualité de la vie. Si le livre blanc analyse tous les
aspects de la vie de l'homme ou de la femme, depuis sa naissance jusqu'au
tombeau, en passant par toutes les habitudes alimentaires, par le folklore, par
le chant, par la danse, par le cinéma, par le livre, par les
périodiques, par tous les moyens de communication, je crois qu'à
ce moment cet institut de recherche aura, si ma mission est parfaitement
accomplie, une véritable mission à remplir au sein de la
collectivité québécoise.
Je sais qu'il y a dans le livre blanc beaucoup de choses qui sont
prioritaires et urgentes. Parfois, il est peut-être un peu difficile de
démêler l'essentiel de l'accessoire. Mais il reste qu'il y a
là une petite somme; on peut peut-être la disséquer. Il y a
certaines mesures comme, par exemple, le sommet sur le développement des
sociétés et des industries culturelles. J'ai eu l'occasion de
participer à tout ce sommet, de figurer dans certains ateliers et de
prendre un peu le pouls de tous les intervenants. Ceci devient encourageant
parce qu'on sent qu'il y a au Québec, actuellement, une somme d'efforts,
une somme de concertation et que pour les Québécois, une fois
pour toutes, après 18 ans d'efforts, de tâtonnements, de travail,
surtout après la collaboration de plusieurs personnages qui se sont
succédé aux affaires culturelles du Québec, le moment est
venu de doter notre Québec de certains instruments.
Le ministre indiquait hier soir dans sa présentation qu'il ne
s'agissait pas d'une idée nouvelle. C'est vrai, ce n'est pas une
trouvaille du Parti québécois comme tel. On sait qu'il est
très facile de créer des instituts. On a créé
déjà l'Institut national de productivité. Je ne crois pas
que le ministre, actuellement, vient créer un institut pour le plaisir
d'en créer un. Si son projet, comme il nous l'a dit, est inscrit
déjà depuis fort longtemps dans l'histoire des
Québécois, le ministre apporte certainement la conclusion. Il
vient répondre à l'attente de nombreux chercheurs, de tous ceux
qui veulent, dans le Québec, essayer, une fois pour toutes, de donner
cette image de ce qui est le véritable reflet de la culture de chez
nous.
Maintenant, cet institut, comme on l'a mentionné, veut
encourager, veut soutenir les recherches et les études sur tous les
phénomènes concernant la culture actuelle. Il doit devenir un
centre de concertation, un centre de documentation qui pourra conseiller et
même critiquer le gouvernement, à condition que le ministre en
accepte le défi, que le ministre se laisse critiquer, que le ministre
laisse aussi à cet institut toute l'indépendance dont il a fait
mention hier soir.
Je crois que ceci est capital, parce que quand on regarde les fonctions
et les pouvoirs de l'institut, s'il doit fonctionner à
l'extérieur avec, par exemple, les universités, avec
l'archéologie, avec la géographie, avec l'histoire, avec les
sociétés locales, avec tous ceux qui oeuvrent, dans le
Québec, dans les différents domaines de l'activité
culturelle. (11 heures)
Quand tous les intéressés vont sentir qu'ils ont une bonne
écoute, quand ils vont se sentir libres de s'exprimer et quand ils vont
désirer apporter à l'institut des recommandations, des
suggestions qui recevront de la part du ministre ensuite un véritable
encouragement, je crois que cet institut, comme l'a écrit le ministre
quelque part, devrait être un catalyseur, un moteur, un lieu de
concertation.
Le ministre a ajouté qu'il sera largement autonome. Je crois
qu'il est bon d'insister sur ce point. Le député de D'Arcy McGee
vient de le mentionner il y a quelques instants: II ne s'agit pas seulement du
gouvernement actuel; il s'agit de tout gouvernement éventuel possible,
il s'agit de modifications qui pourront surgir dans notre
société. Parmi les membres de l'institut je sais qu'il y a
déjà une ébauche dans un de ces articles je crois
que le ministre devra penser aussi aux minorités, aux autochtones. Il
devra chercher des experts aussi dans certains milieux, ceux qui
seront de nature à constituer des bases solides. En effet, en
lançant cet institut de recherche, il nous faut absolument avoir
là les meilleurs hommes ou femmes qui pourront, avec l'autonomie dont
ils disposeront, être en mesure de relancer, de continuer le travail
déjà commencé afin que la culture québécoise
n'influence pas seulement ici, à l'intérieur de nos
frontières j'en parlerai un peu plus loin qu'elle ait un
rayonnement non seulement national, mais même international.
Le ministre ajoutait encore, à un autre endroit, en parlant de
l'autonomie: "C'est essentiel pour éviter le dirigisme du gouvernement."
Ce sont de bonnes intentions, ce sont d'excellentes paroles, mais nous voulons
que le ministre demeure fidèle à cette parole en agissant comme
il nous l'a dit. Il veut éviter le dirigisme en matière
culturelle, il veut aussi susciter la rétroaction du milieu. Ce point de
l'indépendance de l'institut est capital. A cause du mandat qu'on va lui
confier, à cause de cette mission que l'institut aura à
accomplir, il faut que les personnages qui vont oeuvrer là-dedans se
sentent maîtres de leur maison. On sait très bien que le
gouvernement va ajouter dès cette année une somme d'argent. On a
mentionné aussi des legs, des dons qui pourraient venir de
sociétés, de compagnies, un peu comme on le voit dans d'autres
provinces. Leurs musées, leurs instituts d'histoire, leurs instituts de
développement culturel ou scientifique sont très
privilégiés parce que souvent ils vont recevoir des sommes
d'argent fabuleuses qui vont leur permettre de rayonner peut-être de
façon plus facile et plus rentable que ce que nous sommes en train de
faire au Québec en ce moment. C'est certainement l'intention du ministre
de faire appel à ces ressources extérieures. Plus il y aura de
personnages impliqués là-dedans, plus on va réaliser que
la culture est un peu l'affaire de tout le monde.
Ce projet de loi est très bref, il n'a que quelques pages, mais
il embrasse tout de même tous les aspects qu'on peut considérer,
qu'on peut analyser, tout ce qui peut concerner notre collectivité, tout
ce qui peut intéresser le peuple du Québec. On peut
déjà mesurer l'immense chemin parcouru depuis 1961. Quand on
regarde le document de Jean-Paul L'Allier, on peut voir que dès le
début, comme je l'ai mentionné, à cause de cette
parcimonie des crédits alloués, ceci a suscité un effort.
J'ai mentionné la démission d'un ministre, un jour. M. Pierre
Laporte, ses successeurs et bien d'autres ont multiplié également
les efforts pour essayer de convaincre les dirigeants québécois
de la nécessité d'oeuvrer davantage dans un domaine capital chez
nous.
On a voté, déjà depuis deux ans et demi,
différentes lois sociales, culturelles, mais je crois que celle-ci,
ajoutée à d'autres, vient apporter comme un sommet, vient
chapeauter un peu tout le travail que le ministre aimerait réaliser, non
seulement en ce qui concerne les affaires culturelles comme telles, mais touche
le vaste champ de l'éducation, embrasse aussi tout le domaine de la
culture populaire qui commence à se répandre de plus en plus
grâce aux cours d'éducation aux adultes.
La culture comme telle, on sait que c'est un bien individuel. On a
peut-être trop insisté dans le passé sur cela, mais quand
on parle d'un bien individuel, cela devient un bien collectif et cette culture,
chez nous, a évolué de façon progressive. Elle a
déterminé et imprégné notre société
puisqu'elle a touché à tous les domaines, comme nous l'avons dit.
Si on considère les Madelinots, les Gaspésiens, les Beaucerons,
les Trifluviens, et beaucoup d'autres du Québec, on peut voir qu'il y a
là-dedans une architecture, qu'il y a des méthodes de travail,
des méthodes de pêche, des méthodes de travail en
forêt, qu'il y a des façons de se nourrir, des façons de se
vêtir. Même, si on veut intercaler là-dedans le folklore, on
voit que d'une région à l'autre, l'aspect, la somme de ces
cultures régionales va contribuer de beaucoup à la
collectivité québécoise. C'est pour cela que ce bien
collectif que nous sommes fiers de partager en commun vient rejoindre ce que
nous trouvons quelque part, je crois, encore dans le livre blanc du ministre
d'Etat au développement culturel. Il nous dit que le projet d'un
développement culturel doit se vouloir attentif à cette mouvance
tout en tâchant d'en dégager des lignes de force, des supports et
des politiques. Si la politique est en mouvance au Québec, c'est parce
qu'il y a de la migration à l'intérieur. Il y a des gens qui
voyagent d'une région à l'autre et qui apportent là-bas
leurs moeurs, leur façon de parler, leur façon de voir, et qui,
en même temps, vont recevoir du milieu où ils s'installent la
civilisation et la culture qui lui est propre.
Quand on regarde ceci, on est en état de constater qu'à
partir de ces nombreuses cellules individuelles, on est en train de former un
tissu articulé dans une civilisation donnée. C'est pour cela que
le ministre a bien raison de dire que la culture, chez nous, est
perpétuellement en mouvance. Ce n'est pas comme le folklore qui a
été une manifestation culturelle, référable
peut-être dans un temps déterminé dans le passé.
Qu'on regarde là-dedans les chants, les danses, les recettes culinaires,
la façon de prier, les croix du chemin. Aujourd'hui, on va rebâtir
notre société, mais on va la voir avec d'autres yeux. On la voit
avec l'évolution scientifique qui nous écrase un peu. On la voit
également avec l'apport des autres civilisations, surtout des pays
étrangers qui nous apportent ici des moeurs, des coutumes, des habitudes
qui sont bien loin d'être les nôtres.
J'ai dit un mot de la recherche du point de vue régional. Quand
on pense au régionalisme, on pense à tous les groupes, qu'ils
soient anglais, irlandais, écossais, acadiens, français du
Québec, qui descendent vers l'Est ou les régions de Montmagny,
Kamouraska, qui ont gagné notre région, le Lac-Saint-Jean,
l'Abitibi. Alors on voit que cette évolution des mentalités a
beaucoup contribué à enrichir notre mosaïque
québécoise. C'est cela qui permet le renforcement de notre
identité. Si on considère la culture sous son aspect
régional, il faut aussi la mesurer sous un aspect
québécois, un aspect provincial. (11 h 10)
A cause des immigrants qui sont venus de partout, nos groupes ont
certainement influencé ces minorités et ces minorités nous
ont aussi laissé une part de leur héritage, à tel point
qu'il y a eu tellement d'inquiétude, surtout avant la loi 101, parce
qu'on craignait l'influence des minorités, surtout dans les grands
centres comme Montréal, où nos Canadiens français, dans
une certaine proportion, étaient en train de perdre leur langue,
étaient en train de s'angliciser. Si on a des groupes régionaux,
si on a des groupes dans les grands centres qui sont constitués, qui
sont fiers de leur passé et qui veulent apporter leur contribution
à la grande culture québécoise, nous serons
peut-être plus en mesure d'influencer les groupes et de ne pas nous
laisser assimiler comme ce fut le cas pendant de trop nombreuses
années.
Si on regarde cet aspect québécois, il est difficile, dans
le contexte actuel, de ne pas penser à la culture en termes nationaux.
Il y a tout de même 1 500 000 francophones qui demeurent au Canada. On me
dira qu'il y en a peut-être 500 000 ou 600 000 qui ne parlent plus la
langue française, mais il reste que ces gens, au Nouveau-Brunswick
surtout, sont très nombreux; en Ontario, 500 000 ou 600 000 personnes,
je crois, ont conservé la langue française; il y a
Saint-Boniface, au Manitoba, et d'autres petits noyaux perdus un peu dans tout
le Canada. Le Québec, en ayant ici une forte empreinte
québécoise dans le véritable sens du mot, ira certainement
semer la bonne nouvelle là-bas. D'ailleurs, on l'a vu
dernièrement. On voit les revendications des groupes francophones
à travers le pays qui considèrent le Québec comme un
pôle. Ils considèrent le Québec pour l'avenir comme un
protecteur qui les aidera aussi à être capables de maintenir chez
eux ce qu'ils craignent de perdre avec le temps parce qu'ils ne recevront
peut-être pas de leurs gouvernements locaux toute l'attention et toute la
collaboration qu'ils sont en droit d'espérer.
Il n'y a de secret pour personne. Quand le gouvernement d'Ottawa nous
parle de culture canadienne, je pense que, chez nous, il faut tout de
même être prudents. Je n'ai absolument rien contre cette culture
canadienne si on la prend "at large". C'est plutôt marqué par une
culture américaine, et les anglophones des autres provinces essaient
eux-mêmes aujourd'hui de résister à l'envahissement de nos
voisins du sud. Si nos moyens, qui sont restreints au Québec, ne
grossissent pas et si nous ne pouvons pas concurrencer cette machine puissante
qu'il y a au fédéral on l'a vu dernièrement, on l'a
vu par certaines déclarations le gouvernement du Canada voudra
venir ici au Québec nous apporter toute l'aide, tout le secours possible
pour nous aider à développer notre culture
québécoise. Je crois que cela va se faire par les
Québécois et si le fédéral veut nous faire des dons
ou nous donner des subventions, à ce moment-là, on pourra les
accepter, mais je crois que cet institut de recherche devra déterminer
ici sur place nos politiques et non pas recevoir nos politiques de
l'extérieur. Cette culture homogène pour tout le Canada, le
Québec ne peut pas l'accepter. Nous avons tout de même une culture
dynamique chez nous. Nous avons ce groupe français majoritaire, mais
nous avons aussi les autres groupes j'ai parlé des groupes
régionaux qui font des efforts illimités pour conserver
leurs moeurs, leurs traditions et essayer de se maintenir au Québec.
C'est cela, l'enrichissement que nous voulons trouver dans cette mosaïque
québécoise que nous aimerions tellement créer.
La culture québécoise doit rayonner un peu au Canada, mais
elle doit aussi rayonner à l'extérieur. Ce n'est pas pour rien
que le Québec a ouvert des maisons en Europe et aux Etats-Unis; c'est
pour aller porter là-bas le message, aller présenter ce que nous
sommes. Mais, le grand piège là-dedans, le grand danger, c'est
que, si on veut aller rayonner dans le domaine international, on constate de
jour en jour, en dépit de nos efforts, que nous sommes envahis, que nous
sommes influencés. Que l'on pense à la télévision
américaine. Que l'on regarde nos moeurs, nos coutumes: "snack bar", "hot
dog", les tissus anglais, les caméras japonaises, les souliers d'Italie,
les voitures allemandes, les films américains, les pâtisseries
grecques, les restaurants chinois, etc.
Mais savez-vous qu'on voyage, dans la province! Le ministre le sait, il
voyage. On voit partout, même dans nos régions; cuisine italienne,
etc., mais il est temps qu'on parle de cuisine québécoise, de
cuisine canadienne, qu'on parle du bon poisson, qu'on parle des viandes de chez
nous et non pas seulement de barbecue et de hot dog. C'est là un aspect
important, je crois. L'institut de recherche, un jour, aura à se pencher
sur tout ce que l'extérieur peut nous apporter, tout ce qui vient
influencer notre façon de penser et d'agir.
Quand le ministre vient créer cet Institut
québécois de recherche sur la culture, personnellement, ainsi que
mon groupe, nous sommes parfaitement d'accord avec lui. Comme porte-parole des
affaires culturelles de mon parti, je puis dire il y a tant
d'années que ce problème me tracasse, tant d'années que je
m'intéresse aux périodiques, aux livres, à l'histoire et
à la géographie que cet institut tombe au moment
approprié. Si la culture est au coeur de tout ce que nous sommes, au
coeur de nos pensées, au coeur de nos actions, ce sont les moyens
modernes de communication qui vont nous permettre de mieux approfondir notre
histoire, qui vont peut-être nous aider à éviter les
conflits linguistiques que nous avons vécus dans le passé. Cet
institut de recherche, comme on le voit également dans le livre blanc,
va marquer nos loisirs, va pénétrer aussi à
l'intérieur des maisons, à l'intérieur de la famille, va
s'adresser aux jeunes, va s'adresser aux travailleurs, mais, comme je l'ai dit
au début je reviens sur cet aspect important à
condition que cet institut demeure autonome, que cet institut soit
indépendant, que cet institut ne soit pas l'esclave d'un ministre qui
vienne lui dicter ses mandats ou ses politiques. Si le gouvernement nous donne
cette garantie, si le gouvernement
nous promet que cet institut va oeuvrer dans le sens que le projet de
loi nous le promet, avec certaines petites nuances qui sont très faciles
à corriger, notre groupe va certainement, en deuxième lecture,
approuver ce projet de loi.
Mme la Présidente, avant de conclure, je voudrais citer des
paroles extraites du livre de Jean-Paul L'Allier: "Pour l'évolution de
la politique culturelle au Québec". Je crois que ces paroles
résument mieux que je ne pourrais le faire l'idée qui est
sous-jacente à tout le projet de loi et, en même temps, cette
idéal qui devrait animer tous les Québécois au moment
où cette loi sera votée en troisième lecture.
Dans le livre, à la page 221, on peut lire ceci: "La culture
québécoise n'est, au fond, rien d'autre que cette projection de
nous, gens d'ici, à partir de ce que nous avons été et de
ce que nous sommes jusqu'à ce que nous voulons être. Elle n'est ni
meilleure, ni moins bonne que celle des autres; elle est nous." Ceci, Mme la
Présidente, résume, à mon point de vue, les ambitions que
nous avons en étudiant ce projet de loi. Je vous remercie.
La Vice-Présidente: M. le député de Mercier.
M. Gérald Godin
M. Godin: Mme le Président ou la Présidente, car
l'un et l'autre se dit ou se disent, je pense que la création de cet
institut, qui apparaissait déjà dans les documents d'un
prédécesseur du ministre actuel des Affaires culturelles,
répond à un besoin très ancien au Québec.
Effectivement, nous avons constaté pour avoir été
mêlé à ce milieu pendant la plus grande partie de ma vie
que la culture au Québec a été analysée
à partir de passions non coordonnées les unes avec les autres.
(11 h 20)
Je pense, par exemple, à des passions pour l'histoire qui sont
apparues dans les régions: Benjamin Suite, à
Trois-Rivières et on pourrait nommer un citoyen pour chaque
région; Mgr Tremblay, dans le Saguenay-Lac-Saint-Jean un citoyen
qui a voulu conserver les vieux papiers, les analyser et éclairer ainsi
la marche de ses compatriotes vers le futur. Une passion pour l'outil, ce qu'on
appelle techniquement la civilisation matérielle, la passion de
Robert-Lionel Séguin qui a recueilli le plus grand nombre d'instruments
imaginable de toutes les époques de l'histoire manuelle des
Québécois. Je pense à la passion pour la musique et le
chant traditionnels de Luc La-courcière de l'Université Laval; je
pense à la passion pour l'histoire de la danse, à la passion pour
la botanique du frère Marie-Victorin, à la passion pour la
géographie du pays de Pierre Desfontaine jusqu'à Camille
Laverdière, ainsi qu'à nos grands spécialistes de la
nordicité, MM. Hamelin et Rousseau.
Ces passions se manifestaient, si on peut dire, en ordre
dispersé. Il n'y avait nulle part un organisme qui coordonnerait ces
diverses passions et qui ferait apparaître aux Québécois et
à quiconque dans le monde s'intéressait à la culture
québécoise non seulement les arbres, si beaux soient-ils, mais la
forêt et surtout l'évolution de cette forêt culturelle
québécoise. Je pense que cet institut pourra contribuer à
faire apparaître l'évolution ou la marche de l'ensemble des divers
aspects de la culture québécoise.
Récemment, par exemple, le ministère des Communications
publiait dans le cadre de la documentation québécoise une
histoire de la recherche scientifique au Québec où l'on
découvrait que le premier gouvernement qui a été soucieux
de recherche scientifique a été, à l'en-contre des
préjugés bien connus basés très souvent sur
l'ignorance, le gouvernement de Maurice Duplessis. Le gouvernement de l'Union
Nationale a été le premier à consacrer des sommes, des
fonds publics à une activité scientifique soutenue et valable.
C'est sous l'égide de ce gouvernement, par exemple, que le jardin
botanique de Montréal et que les travaux du frère Marie-Victorin
ont pu connaître l'ampleur qu'on leur connaît.
Par conséquent, plus on en saura sur notre culture et cet
institut répondra à ces besoins moins il n'y aura de
préjugés, de clichés qui circulent et mieux nous pourrons
planifier nos actions pour l'avenir.
Il y aurait également d'autres réalités à
explorer qui sont, encore aujourd'hui, ce qu'on pourrait appeler les "terra
incognita" de la recherche québécoise. A l'époque, les
premiers explorateurs du territoire du Québec, outre les Inuit et les
Amérindiens, évidemment, quand ils arrivaient devant un
territoire qui n'était pas accessible pour une raison ou pour une autre,
ils l'appelaient "la Chine". C'est ainsi que la ville de Lachine a eu son nom.
Sur les anciennes cartes, on voit, à cause des rapides qu'on appelle
"rapides de Lachine" qui empêchaient les bateaux de monter, un immense
territoire blanc et les cartographes ont écrit "La Chine" et le nom est
resté.
Combien de Chines reste-t-il? Même aujourd'hui, dans notre
connaissance de la culture québécoise, elles sont innombrables.
Je pense, entre autres, à un domaine vital qui est celui de
l'organisation du territoire et surtout de l'architecture sur ce territoire.
L'influence victorienne, l'influence anglaise, par conséquent, sur le
cadre de vie des Québécois est considérable. C'est une
réalité qui n'est absolument pas analysée, qui est
sous-étudiée. A quelques exceptions près je pense
aux travaux de Melvin Charney, de l'Université de Montréal
il n'existe pas d'études sur les influences qui ont marqué
l'architecture québécoise d'aujourd'hui.
Il faudrait également étudier l'influence
nord-américaine sur la culture contemporaine des
Québécois. J'entendais tout à l'heure le
député de Gaspé déplorer effectivement qu'il y ait,
dans l'ensemble du territoire du Québec, beaucoup trop de cuisine
italienne, de pâtisserie grecque, etc. Je pense qu'on devrait
plutôt non pas faire de la morale ou faire de l'esthétique, non
pas que les travaux de cet institut se donnent comme objectif
des principes moraux ou esthétiques, mais des principes d'analyse
de la réalité. Nous aimerions savoir comment il se fait, par
exemple, qu'il y ait autant de "pizzas" au Québec. Je me souviens de ce
Québécois qui débarquait à Paris et demandait dans
un restaurant français, comme on dit ici: Vous n'avez pas de cuisine
québécoise ici, de la pizza ou du spaghetti? Parce que pour lui,
la cuisine québécoise, cela incluait également la pizza et
le spaghetti. A Montréal, on appelle un sandwich au boeuf, un "smoked
meat"; c'est la seule ville au monde. C'est là qu'est née
l'appellation "smoked meat", au restaurant chez Schwartz, sur la rue
Saint-Laurent.
A New York, on appelle cela un "pastrani". Donc, par conséquent,
on peut dire que le "smoked meat" est un apport de culture
étrangère que nous avons intégré tellement bien que
nous sommes devenus de grands consommateurs de ces cuisines non
québécoises. Mais après tout, on n'est pas pour manger du
ragoût de pattes, du pâté à la viande et du cipaille
à chaque repas. Donc, par conséquent, il est essentiel qu'il y
ait dans le Québec une variété de ces cuisines et de ces
cultures. Mais j'aimerais qu'on ait l'occasion de connaître un peu mieux
les raisons, les raisons aussi bien d'émigration ou économiques
ou autres, qui ont fait de ces contributions des succès, des
contributions des Néo-québécois à la culture
québécoise des succès considérables.
D'autre part, j'aimerais qu'il y ait des recherches qui soient faites
sur ce que j'appellerais la culture dans ses manifestations sauvages, dans ses
manifestations non intellectuelles, dans ses manifestations non universitaires.
Je pense aux courtepointes faites par des mères de famille
québécoises depuis des générations et des
générations. Je pense également à l'art, à
la sculpture, aux peintures, aux tableaux, à la création,
autrement dit, faite par les Québécois à leur retraite. Ou
les Québécois qui, à la faveur de l'hiver dans les
régions rurales, par conséquent, étant renfermés
dans leurs demeures, employaient leur temps à faire de la
création. Ceux qu'on appelle aujourd'hui les "patenteux" du
Québec, par exemple, sont peut-être les plus grands artistes
québécois dans la mesure où ils font ces oeuvres pour leur
propre plaisir et non pas pour les vendre et non pas pour les voir
exposés dans des musées. Seulement et uniquement pour leur propre
plaisir. Ce qui est, je pense, la première définition de l'art.
Un activité de plaisir d'abord et avant tout. J'aimerais, par
conséquent, que cet institut qui va être créé
bientôt puisse se pencher sur cela.
Au fond, comment va-t-il fonctionner cet institut? Des
Québécois ou des chercheurs vont proposer à cet institut
des sujets de recherche. Je ne pense pas qu'on doive accorder une si grande
importance aux critiques formulées par l'Opposition, à savoir que
le gouvernement pourra manipuler jusqu'à un certain point le genre de
recherches sur le genre de sujets qui se fera. De toute façon, ce
gouvernement n'est pas un gouvernement royal. Il peut être
remplacé très facilement, d'une part. D'autre part, la marge de
manoeuvre d'un gouvernement dans l'attribution de ses fonds pour la recherche
culturelle n'est pas très grande et je ne vois pas pourquoi ou comment,
surtout comment un gouvernement libéral, par exemple, pourrait orienter
ses recherches sur la peinture libérale. Je ne vois pas pourquoi un
gouvernement de péquistes consacrerait des sommes à la recherche
sur la cuisine péquiste, par exemple, ou sur la sculpture
péquiste, sur la musique péquiste. Vous aurez votre tour tout
à l'heure, ma chère collègue, Mme Lavoie-Roux.
Je ne pense pas, par conséquent, qu'il y ait un danger si grand,
dans la mesure où cet institut consacrera des fonds à l'analyse
de phénomènes culturels et que les neuf personnes nommées
par le gouvernement pour diriger cet institut viendront du milieu. Je ne vois
pas là de problèmes si grands qu'ils doivent inciter l'Opposition
à voter contre ce projet, d'autant plus qu'il découle directement
des travaux de M. Jean-Paul L'Allier et se situent eux-mêmes dans la
foulée de la réflexion de M. Georges-Emile Lapalme, le fondateur,
le père, au fond, du ministère des Affaires culturelles du
Québec. (11 h 30)
Mais, je reviens à l'essentiel de mon propos, je ne voudrais pas
que cet institut se penche uniquement sur les manifestations culturelles
traditionnelles ou classiques, le ballet, la musique, etc. J'aimerais qu'il ait
une sensibilité particulière à la réalité de
l'art brut, c'est-à-dire de l'art qui est fait par les gens qui ne sont
pas passés par les écoles ou les conservatoires, car c'est
là, je crois, que se manifeste peut-être le mieux et
peut-être le plus directement l'âme profonde des
Québécois, et surtout leur goût de la création, leur
goût du plaisir d'ajouter à la face du monde un objet ou un
tableau ou un outil qui est fait de leurs mains et qui témoigne autant
qu'un silex qu'on enchâsse précieusement au Louvre, au British
Museum ou ailleurs. Ces objets sont très précieux parce qu'ils
témoignent du passage sur le globe terrestre d'un groupe humain
différent, pas meilleur ni pire, mais différent.
Je dirais aussi qu'il y a peut-être une tendance parmi les
Québécois de croire que le Québec est plus culturel et
plus cultivé que le Canada anglais. Je voudrais dire ici publiquement
qu'il n'en est rien. Pour avoir enseigné à Ottawa, pour avoir
parcouru chacune des provinces du Canada Toronto effectivement
pour avoir lu la poésie qui s'écrit au Canada anglais, pour avoir
vu le théâtre qui se fait au Canada anglais, pour avoir entendu
des chansons qui se font au Canada anglais, pour avoir vu les revues qui se
publient au Canada anglais, je dis que nous devons être aussi modestes
que les autres et s'enlever de la tête ce préjugé qui
repose encore une fois sur l'ignorance. Peut-être que cela indique un
sujet de recherche, une étude comparative de la culture
québécoise et de ses manifestations, de son ampleur et de sa
qualité, sa quantité, par rapport à la culture canadienne
anglaise.
Comme on l'a vu dans ce travail sur la recherche scientifique, je suis
sûr qu'apparaîtrait
dans sa réalité une vitalité aussi grande au Canada
anglais qu'au Québec dans le domaine culturel, et cela ferait
disparaître des préjugés. Je pense que cet institut,
fondamentalement, devra contribuer à faire disparaître ce genre de
lieux communs et d'idées préconçues. Il permettra aux
Québécois de mieux savoir d'abord ce qu'ils sont et surtout de
mieux voir par rapport aux autres civilisations, cette civilisation
québécoise dont reconnaissent l'existence nos amis d'en face,
sauf qu'ils ne vont pas au bout de leur logique, ils ne vont pas jusqu'à
dire que cette civilisation québécoise devrait s'incarner dans un
Etat complet; mais c'est une autre histoire, et on y reviendra.
Mais nous croyons fondamentalement que, quand il existe une civilisation
différente quelque part, qui a fait ses preuves, qui a marqué un
pays profondément, il est normal qu'elle aspire, tôt ou tard,
à avoir le contrôle complet de la pyramide sociale que constitue
une société, avec, au sommet, un Etat complet. Mais c'est une
autre histoire, je le répète.
Par conséquent, il faudrait que l'institut et je tente de
l'influencer avant même qu'il existe et je tenterai de le faire quand il
existera, et peut-être quand je serai dans l'Opposition
éventuellement, puisque l'histoire est imprévisible, je
ramènerai, dans le temps comme dans le temps, l'institut à cette
sensibilité à un aspect de la culture québécoise
qui est souvent méprisé. Regardons les chalets que les
Québécois souvent construisent de leurs propres mains le long des
lacs ou des rivières ou dans les îles de Sorel, dont j'ai fait le
tour l'été dernier. J'ai vu littéralement une
création architecturale. Je ne dis pas qu'elle est parfaite, mais je dis
qu'elle correspond à un besoin humain, et que souvent il y a là
des inventions architecturales qu'on aurait intérêt à
analyser au lieu de les condamner en disant: Ce n'est pas de la belle ou de la
grande architecture, ou ce n'est pas de l'architecture
québécoise, parce qu'on n'a pas la fameuse origine ou influence
normande du toit à angle à 45 degrés.
J'aimerais, par conséquent, que cet institut n'écarte pas
du revers de la main, avec mépris, toutes ces manifestations de
l'invention, de l'imagination créatrice de ce peuple. Jacques Berque, le
grand écrivain français, spécialiste des nations
dominées, écrivait, il y a quelques années: "II n'y a pas
de société colonisée, il n'y a que des
sociétés mal analysées." Effectivement, quand nous avons
en main les données, les faits, les renseignements sur les
réalités, quelles qu'elles soient, d'une société,
nous pouvons mieux, comme citoyens et à plus forte raison comme membres
d'un Parlement ou d'un gouvernement, en arriver à des actions, à
des prises de conscience, à des mobilisations et à des
changements sociaux et autres.
Au total, cet institut de la culture devrait je souhaite qu'il le
fasse permettre par conséquent de savoir un peu mieux, de
connaître un peu mieux et de façon coordonnée en
regroupant, en harmonisant par conséquent toutes les recherches qui ont
été faites à partir de passions sur tel aspect souvent
microscopique de la réalité québécoise, afin que,
dans cette coordination, cette harmonisation paraisse un peu plus clairement
comme une source de fierté et d'inspiration pour l'avenir. Quand on
pense à ce qui s'est fait jusqu'à maintenant comme contribution
à la culture, à la civilisation dans son ensemble, ce qui s'est
fait jusqu'à maintenant avec ce pays qui marche sur des
béquilles, jusqu'à un certain point, qu'est-ce que ce sera quand
nous serons un pays avec tous les outils dans nos mains?
Je pense que cet Institut de la culture fera paraître cela
devrait être sa principale préoccupation la contribution
des Québécois à l'édifice humain global. Merci
beaucoup.
La Vice-Présidente: Mme le député de
L'Acadie.
Mme Thérèse Lavoie-Roux
Mme Lavoie-Roux: Aujourd'hui, on demande aux membres de
l'Assemblée nationale de se prononcer sur le principe du projet de loi
no 2 qui prévoit la création d'un Institut
québécois de recherche sur la culture. Ceci fait suite au rapport
d'un groupe de travail qui avait été mis sur pied par
l'ex-ministre des Affaires culturelles sous l'ancienne administration
libérale et qui avait eu pour mandat d'examiner le bien-fondé de
la création d'un institut d'histoire et de civilisation du Québec
qui aurait même pu être appelé l'institut du
Québec.
Le livre vert de M. L'Allier, "Pour l'évolution d'une politique
culturelle", souhaitait, si un tel projet devait se réaliser ou
s'avérer utile, qu'il puisse se situer au-dessus des contestations et
des chapelles et obtenir l'adhésion et la participation des meilleures
ressources du Québec. Ce comité de travail, présidé
par M. Guy Frégault, comme certains l'ont mentionné avant moi, a
rendu son rapport public en mars 1977. Il situait le problème de la
culture québécoise dans une perspective plus globale et
recommandait non plus la création d'un institut d'histoire et de
civilisation, mais d'un Institut de recherche sur la culture
québécoise.
Ce rapport prévoyait trois principales fonctions à cet
organisme: d'abord, poursuivre des recherches à long terme sur la nature
et l'évolution de la culture québécoise; conduire des
recherches qui contribueraient au développement culturel du
Québec; enfin, être le lieu d'une concertation des études
québécoises sur le sujet et contribuer à une meilleure
diffusion des travaux qui en résulteraient.
Sur le principe d'un tel institut qui poursuivrait ces fins, inutile de
vous dire que nous sommes d'accord, comme l'a d'ailleurs mentionné mon
collègue de D'Arcy McGee. J'écoutais le député de
Mercier qui, je tiens à le reconnaître, soulignait divers champs
de recherche qui pourraient être d'un grand intérêt dans ce
domaine de la culture québécoise. Je pense qu'on pourrait y
souscrire d'une façon à peu près totale, quitte
à le réexaminer de plus près. (11 h 40)
Mais je pense que ce sont là des préoccupations qui ne
sont pas uniquement celles du député de Mercier, mais
également celles, je dirais, de la totalité des membres de cette
Assemblée, comme d'un très grand nombre de citoyens du
Québec. J'étais, d'ailleurs, très heureuse de l'entendre
parler, par exemple, de toute la question de l'habitat et je me
réjouissais de voir qu'il n'avait pas un jugement aussi
sévère sur cette question qu'en ont eu les auteurs du livre blanc
sur la culture où on voyait justement ces différentes formes
d'habitat comme représentant peut-être une déculturation ou
une acculturation des Québécois vis-à-vis de ce qui, au
plan esthétique, serait peut-être souhaitable, selon les valeurs
et les vues des auteurs du livre blanc sur la culture.
Mais là où nous avons des hésitations
sérieuses, c'est au sujet du cadre et des modalités de
fonctionnement de cet institut. Quand on considère le projet de loi en
lui-même, la création d'un Institut de recherche sur la culture
québécoise, je le disais, nous n'avons pas d'objection. Mais je
pense que, quand on examine le cadre, il faut l'examiner en fonction d'autres
gestes qui ont été posés par le gouvernement actuel,
d'autres jalons, de certaines attitudes que le gouvernement a eues en
matière culturelle et enfin d'une certaine réflexion que non
seulement moi-même, mais, je pense, un grand nombre de
Québécois ont à l'égard, justement, de cette
politique culturelle qui est mise de l'avant par le gouvernement actuel. Je
pense qu'il convient de l'examiner dans une perspective plus large que
strictement le projet de loi lui-même.
C'est pourquoi il me semble utile de rappeler ici le livre blanc sur la
culture qui avait été déposé par le ministre d'Etat
au développement culturel en juin dernier. Il avait créé,
à ce moment-là, un certain remous, mais peu de temps après
il rentrait de nouveau dans l'ombre; du moins, sauf ici et là certaines
études ou certaines critiques, on n'en a plus beaucoup entendu parler.
Cependant, je pense qu'un consensus général ou assez
général, parce que je pense qu'il ne faut pas être absolu
dans ce genre de jugement, se dégageait. C'est que le livre blanc sur la
culture québécoise visait à réaliser une
véritable révolution culturelle orchestrée par le
gouvernement qui la stimulerait et l'orienterait au moyen d'un ensemble de
mesures incitatives et voire même coercitives. Je reviendrai sur ce
qualificatif tout à l'heure.
Ainsi, moi-même, au moment où j'ai eu, dans un premier
temps, à critiquer ce livre blanc, j'avais parlé d'une approche
très globalisante du livre blanc sur la culture qui embrassait d'une
façon paternaliste, voire même autoritaire, par les jugements de
valeur qu'il portait, sur tous les aspects de la vie des individus au
Québec, depuis la façon dont le Québécois se
nourrit, se loge, travaille, occupe ses loisirs, se soigne, jusqu'aux jugements
de valeur que le livre portait sur ce que le Québécois lit,
regarde, voit. Si bien que j'avais dit à ce moment-là que l'Etat
allait, somme toute, créer une culture pour son peuple. J'avais
rappelé à ce moment-là le symbolisme de la couverture du
livre blanc sur la culture où on avait l'impression que l'Etat allait
porter justement les éléments de la culture à l'ensemble
des citoyens.
Mais des voix plus autorisées que la mienne, Mme la
Présidente, ont semblé confirmer ce jugement que je portais
à ce moment-là. Je voudrais rappeler, sans, évidemment,
aller dans beaucoup de détails, un jugement qui était
porté par François Ricard, qui est membre du comité de
direction de la revue Liberté, justement sur le livre blanc. Il disait
c'est une étude très intéressante qu'il vaut la
peine de lire "Le vrai malaise est plus profond. C'est que l'Etat
s'érige en définisseur de la culture".
Je pense que c'est une première dimension qu'il faut examiner.
Quels ont été les gestes que le gouvernement a posés en
matière culturelle? Il y a d'abord eu ce livre blanc, avec tout ce qu'il
y a peut-être d'indéfini, mais, d'une façon, on le sent
très précis quant à la nécessité de
réaliser ces étapes dans le domaine culturel.
Un deuxième élément que je voudrais faire valoir
est le fait qu'en dépit de plusieurs représentations que
l'Opposition a fait valoir au gouvernement à l'effet de créer un
conseil de la culture, c'était également une recommandation du
livre vert de l'ancien ministre des Affaires culturelles, M. L'Allier, qu'il y
ait un organisme totalement indépendant qui puisse séparer la
politique de la culture.
Vous savez, Mme la Présidente, que lorsqu'on parle de culture, on
ne parle pas d'économie, et même dans le domaine de
l'économie, on se pose parfois des questions très
sérieuses quant à l'ingérence du gouvernement en
matière économique. Mais ici, il s'agit de la culture. Il s'agit
de la façon dont les gens se perçoivent, dont les gens veulent
vivre, des valeurs que les gens ont et les orientations qu'une
société peut se donner dans tous les domaines. Cela devient
extrêmement important qu'on puisse faire la démarcation entre le
pouvoir politique et ce qui, en fait, revient à la population
elle-même de décider.
J'aimerais rappeler, à ce sujet-là, si vous me le
permettez, justement ce que M. L'Allier écrivait, et je cite: "S'il est
légitime à un gouvernement de faire des choix politiques
précis et d'établir des priorités en regard de son action
en matière culturelle, il est également légitime, une fois
ces choix connus et ces priorités arrêtées, d'exiger que la
gestion des actions qui doivent en découler ainsi que l'administration
des ressources qui y correspondent soient confiées pour l'essentiel
à des organismes indépendants et susceptibles de les assumer de
manière permanente sans contrecoup politique et administratif. Ces
organismes comptables devant l'Assemblée nationale doivent être
soumis à l'influence directe de la population, tant par la nature des
structures que par les règles de fonctionnement qui les
prévoient." Logique avec ce postulat et suivant en cela l'exemple
établi par le gouvernement fédéral avec le Conseil des
arts du Canada, M. L'Allier préconisait la création d'un
conseil de la culture du Québec, organisme décisionnel et
exécutif relativement aux ressources publiques destiné à
la protection et à l'épanouissement de la culture au
Québec.
Pour sa part, le gouvernement actuel, dans son livre blanc,
prévoit une commission des arts et des lettres mais qui, elle, n'aura
qu'un pouvoir consultatif. On se souviendra que nous avons eu quelques
occasions de soulever cette nécessité de créer un
organisme indépendant dans le domaine de la culture. On nous a
répondu: C'est le comité interministériel de
développement culturel qui va jouer ce rôle. Le comité
interministériel de développement culturel est formé de
ministres qui appartiennent au gouvernement et à un parti politique, et
jamais le gouvernement n'a voulu céder là-dessus. C'est
peut-être à cause de cette obstination du gouvernement à ne
pas vouloir créer un organisme indépendant qu'aujourd'hui on se
pose des questions au sujet d'un Institut de recherche sur la culture
québécoise qui, encore une fois et une fois de plus, se trouvera
sous la tutelle, plus ou moins déguisée, d'un ministre.
J'ai parlé tout à l'heure de mesures coerciti-ves. Je ne
veux pas lancer de qualificatifs qui n'ont pas vraiment de fondement
quelconque. Il faut au moins se poser des interrogations. Je pense qu'il faut
se souvenir, Mme la Présidente, qu'il n'y a pas si longtemps, en
novembre dernier, un projet de loi sur la liberté de l'information et
également un avant-projet de loi sur l'industrie du livre au
Québec, projet de loi qui découlait normalement des
prémisses ou des principes qui avaient été
énoncés dans le livre blanc sur la culture, étaient
portés à l'attention du public.
Mais dans un cas comme dans l'autre, il s'agissait de deux projets qui
accordaient à l'Etat des pouvoirs de contrôle importants, soit par
le truchement de la machine bureaucratique du gouvernement, soit par des
pouvoirs importants de contrôle et de réglementation qui
étaient accordés au ministre dans le cas de l'industrie du livre.
Evidemment, les ministres en question et même le premier ministre
lui-même ont tenté d'atténuer l'impact créé
par la divulgation prématurée de ces projets. Ils s'en sont
dissociés. Loin d'eux une pensée aussi indigne que celle du
contrôle de l'information. (11 h 50)
Pourtant, dans le cas du projet de loi sur la liberté de
l'information, il s'agissait d'un texte législatif portant le nom du
ministre des Communications sur la première page, contenant 45 articles
et onze sections. Dans le cas de l'avant-projet pour la politique de
l'industrie du livre, le ministre des Affaires culturelles s'en est
également dissocié en disant: Ceci est le travail des
fonctionnaires.
Mme la Présidente, quand on est rendu au point où on
écrit un projet de loi en bonne et due forme et que tout ceci se fait
à l'insu du ministre, de deux choses l'une: ou le ministre ne remplit
pas sa fonction de ministre ou, l'autre possibilité, c'est que la
machine bureaucratique mène les destinées de la population et non
pas le gouvernement qui a été élu. Vous pouvez faire votre
choix.
Alors, qu'en est-il de ce fameux Institut de recherche sur la culture?
Mon collègue de D'Arcy McGee en a mentionné plusieurs aspects qui
apparaissent très sérieusement comme étant des
possibilités pour le gouvernement d'avoir une mainmise plus ou moins
déguisée sur les projets de recherche qui seront confiés
à cet institut. D'abord, rappelons que l'institut est formé de
neuf membres nommés par le gouvernement dont cinq après
consultation. On me rétorquera que c'est à peu près la
même formule dans le rapport Frégault, mais, dans ce dernier on
suggère de faire les nominations à partir d'une liste qui serait
fournie par des universités ou des académies. A partir de cette
liste, on choisirait les membres qui devaient former le conseil
d'administration.
Egalement, ce premier conseil d'administration élirait
lui-même son président alors que, dans le cas présent,
c'est le gouvernement qui va désigner le président. Il y a
ensuite plusieurs modalités qui indiquent ce désir du
gouvernement de contrôler.
Il y a également le fait comme l'a mentionné mon
collègue de D'Arcy McGee que l'institut entreprenne
lui-même des recherches. Mais ce qui m'apparaît encore plus
sérieux, Mme la Présidente, c'est que l'institut devra
exécuter les mandats qui lui seront donnés par les ministres ou
par le ministre titulaire ou le ministre responsable. Il devra remplir le
mandat et exécuter tel ou tel projet de recherche.
Il y a d'autres indications comme, par exemple, le fait que cet institut
ne pourra pas recevoir de legs ou de dons si ces legs et dons sont soumis
à des conditions quelconques par ceux qui auront accordé les legs
ou les dons. Mais, encore là, on se demande pourquoi le gouvernement,
alors que ceci n'était pas prévu au contraire dans
le rapport Frégault où on pouvait accepter ces legs et ces dons,
dit: Je veux quand même porter un jugement et il ne faut pas qu'il y ait
de condition attachée à un legs et à un don. Comme si
quelqu'un qui ferait un legs ou un don à un institut de recherche sur la
culture pourrait avoir des intentions je ne le sais pas
machiavéliques quelconques. Je pense qu'un mécène qui
accorderait un legs ou un don aurait comme première motivation de faire
sa contribution au développement culturel ou d'apporter de nouvelles
dimensions à l'analyse de l'évolution culturelle du
Québec.
Alors, je ne vois vraiment pas le sens de cette restriction à
moins que le gouvernement veuille, une fois de plus, exercer tous les
contrôles.
On peut se demander, en ne citant que ces quelques exemples, dans quelle
mesure cet institut aura les coudées franches et comment ne pas penser
que cet institut ne deviendra pas une arme supplémentaire dans les mains
des politiciens et du gouvernement, quel qu'ils soient, en ce qui me concerne.
Sans doute, le ministre tente de nous
rassurer en disant que l'institut ne remplacera pas les
universités, mais qu'il va tout simplement aider le monde à
travailler mieux. Il ajoute également que cet institut sera largement
autonome comme si la marge d'autonomie de l'institut sur la culture devait
être déterminée par la volonté plus ou moins
généreuse qu'un gouvernement voudrait bien lui accorder.
Là-dessus, je voudrais, si vous me permettez, citer un extrait
d'Eugène Ionesco qui écrivait dans Le Monde: "Le danger
d'enrégimenter et de gérer la culture est une chose tentante et
dangereuse. Dans le monde occidental, on a l'impression que ceci se fait par
nos bureaucrates d'une façon plus libérale, mais qui peut
être tout à fait aussi insidieuse et hypocrite, tandis que ceux
des autres pays, au moins, on les voit venir avec leurs gros sabots et leurs
grosses bottes."
Ceci m'amène simplement à citer un seul exemple. Je
pourrais en relever plusieurs qui ont paru dans des journaux, à la suite
de critiques sur des spectacles ou sur des manifestations artistiques qui ont
été donnés où, justement et j'en suis fort
heureuse ce ne sont plus les membres de l'Opposition qui se posent les
questions, mais le monde artistique. Ce sera peut-être vraiment le signe
d'un dynamisme et d'une remise en question de principes extrêmement
sérieux qui sont en jeu dans le domaine de la culture.
Je citerai comme seul exemple, à ce moment-ci, une critique qui a
paru touchant le spectacle de la compagnie de danse d'Eddy Toussaint que, je
pense, le ministre doit connaître. C'était une critique
formulée par Jean-Paul Brousseau. Evidemment, il s'interrogeait sur la
qualité du spectacle. Il disait: "La compagnie est-elle en train de
tomber dans une condescendance douteuse vis-à-vis des impératifs
de production québécoise édictés par les bonzes des
affaires culturelles depuis le 15 novembre 1976." Il souhaite que cette
compagnie puisse "garder la tête haute et le corps droit devant une
certaine démagogie culturelle."
Mme la Présidente, c'est sur ces constatations et ces
observations que je veux attirer l'attention de mes collègues, de
quelque côté de la Chambre qu'ils soient, parce que, sans aucun
doute, le gouvernement finit toujours par adopter ses projets de loi, mais je
voudrais quand même qu'il réfléchisse, peut-être,
à la nécessité d'établir une nette
démarcation entre les pouvoirs qui seront accordés à
l'Institut de recherche sur la culture et les pouvoirs que le gouvernement veut
se garder quant à l'administration et au fonctionnement de cet
institut.
Mme la Présidente, en terminant, je veux vous dire que nous ne
contestons pas que le ministère des Affaires culturelles puisse faire de
la recherche et utiliser les ressources dont il dispose à cette fin,
dans son ministère, mais nous contestons que le gouvernement puisse se
camoufler derrière un nouvel organisme aussi prestigieux que son nom
l'indique, "Institut de recherche sur la culture", pour pouvoir exercer les
pressions qu'il jugera appropriées en le tenant suffisamment
dépendant du bon vouloir du gouvernement ou du ministre qui en sera
responsable. Si nous avons un institut de la culture québécoise,
il ne faut pas qu'il soit soumis au dirigisme, de quelque nature que ce soit,
d'un gouvernement, quel que soit le gouvernement.
Merci, Mme la Présidente.
La Vice-Présidente: M. le député de
Sherbrooke.
M. Gérard Gosselin
M. Gosselin: Mme la Présidente, on peut lire, à la
page 1 du livre blanc sur la politique québécoise du
développement culturel: "Les nations modernes sont de plus en plus
nombreuses à repenser leur projet culturel et à se donner une
politique globale de la culture. Le Québec est lui aussi engagé
dans ce processus."
Ce document, cette importante étude qui a été
publiée au milieu de l'année 1978, a déjà
donné lieu à un travail très considérable d'un
comité que le gouvernement a mis sur pied pour donner suite à
l'ensemble des recommandations du livre blanc. La création de l'Institut
québécois de recherche sur la culture est une des pièces
maîtresses de cette politique du gouvernement parce que nous avons
constaté et les auteurs du livre blanc le notent avec beaucoup
d'à-propos que nous connaissons très mal notre culture. Il
y a une foule de phénomènes culturels, d'habitudes populaires que
nous sommes encore très mal en mesure de discerner. Quelles sont les
habitudes de lecture des Québécois? Quelles sont les habitudes
des Québécois au niveau de la fréquentation des
cinémas? A quoi s'alimentent-ils? Quelles sont les influences
étrangères et la part de ces influences sur le
développement et l'assimilation des originalités de notre propre
culture? Je pense que ce sont des secteurs d'étude absolument essentiels
pour une société qui veut se développer harmonieusement,
se prendre en main, s'approfondir. (12 heures)
J'écoutais la définition que tentait de donner le
député de D'Arcy McGee, tirée de Larousse, où il
parlait des buts élévatoires de la culture. Il m'a semblé
défendre une perspective relativement élitiste de la culture. Je
vais tenter ma propre définition: La culture, c'est ce qui nous
façonne, c'est ce qui nous influence, en même temps que ce qu'on
projette à l'extérieur. C'est, dans le quotidien de notre
habitat, de nos moeurs culturelles, ce qui agit sur nous et ce qui est notre
reflet autour de nous. Je veux dire que c'est autant les annonces de Coca-Cola
sur le bord des routes que les annonces de Québec en fête. C'est
autant les tabagies dans nos quartiers populaires avec ce qu'elles mettent sur
leurs étagères. C'est autant les téléromans
québécois à la télévision que les
séries américaines qu'on nous y passe. Il y a dans tout cela une
série de phénomènes où les Québécois
s'alimentent.
Il y a dans la culture, dans ce qui nous façonne dans ce qui nous
influence, dans ce qu'est notre culture québécoise des
éléments
positifs et des éléments négatifs. Quand je pense
à la culture de masse, à la culture populaire, il y a
actuellement, à ce qu'il me semble, une très large part de
culture d'exploitation, une culture mercantiliste, une culture tout à
fait façonnée par la publicité, une culture qui a
développé une mode porno à travers les petits journaux de
bas étage qu'on vend abondamment et qu'on présente en très
grande évidence dans les tabagies, notamment, et par les films qu'on
diffuse dans les salles de cinéma. Il y a des modes, des messages, des
influences qui s'exercent chez le peuple, qui sont parfois étrangers et
qui peuvent parfois avoir des effets extraordinairement néfastes sur
notre collectivité, sur nos jeunes.
Ces effets pourraient être contrés si on connaissait mieux
ces phénomènes, si on connaissait mieux les effets
néfastes de certains types de revues, de la diffusion aussi libre de
certains types de magazines dans l'immédiat, si on connaissait mieux
l'influence chez nos jeunes notamment de la grande vogue de films
sadomasochistes qu'on passe présentement dans un trop grand nombre de
cinémas québécois où, depuis cinq à six ans,
on fait une exploitation à outrance du sexe, du sadisme et de certains
instincts comme cela. Je ne veux pas faire de la démagogie avec cela.
C'est simplement pour dire que ce sont des phénomènes qui
existent et qu'on se doit de connaître, que comme collectivité on
doit connaître.
Je suis en train de dire qu'un Institut de recherche sur la culture
devrait aussi s'attarder à ces phénomènes de culture
populaire et à des propositions tendant à renforcer autant que
possible des expressions de plus en plus saines de culture, pour faire la
contrepartie à une forme de culture ou à une forme d'exploitation
de la culture qui peut actuellement être un instrument d'oppression et un
instrument de lavage de cerveau auprès de nos jeunes.
Ce que je veux dire, c'est que j'ai toujours été
fasciné, par exemple, de constater comment les Québécois
s'alimentaient, par exemple, à une série de magazines, qui
peuvent être les photos-romans dont la plupart sont faits à
l'étranger, qui sont abondamment vendus dans les tabagies, les bandes
dessinées. Chaque fois que je me présente dans un magasin avec
mon fils, il veut aller s'acheter un "comique". Qu'achète-t-il? Les
histoires de Lucky Luke ou de MacDonald ou du lapin. Il y a très peu de
littérature, de bandes dessinées pour les enfants, par exemple,
qui font que je me sentirais, comme père, avoir une influence dans le
choix des éléments culturels qui vont influencer mon fils et qui
font partie de l'héritage que je vais lui donner, de l'alimentation que
je vais lui donner.
Je pense que c'est une responsabilité collective que nous avons
donc de porter une très grande attention à notre culture, et
aussi à la développer, à la stimuler. On s'est
attardé à ces phénomènes, à comprendre notre
culture, on s'est attardé à formuler des hypothèses par
lesquelles il y aurait moyen de renforcer certains modes de diffusion de notre
culture propre, certains modes de créa- tion nouveaux dans des champs
où on est surtout envahi par le marché étranger. Je crois
que c'est à tout prix essentiel.
Je constate, par exemple, parce que je m'inspire beaucoup de ce que je
vis quotidiennement avec mes enfants, quel effet extraordinairement stimulant
on est en train de créer par le renouvellement de certaines
pédagogies au niveau des petits magazines québécois qu'on
commence à publier, notamment, dans le domaine de la culture pour les
enfants, la revue Passe-Partout qui, il y a quelques années, n'existait
pas. Le seul choix que les parents avaient de magazines éducatifs pour
leurs enfants, c'était Pomme d'api ou des revues
spécialisées qui arrivaient de France ou d'Europe. Actuellement
on a, à la fois un magazine télévisé et à la
fois un magazine populaire diffusé dans les familles qui sert
d'instrument aux parents pour l'éducation de leurs enfants.
Mon fils a reçu avec une grande fierté, dans un grand
journal de fin de semaine, une publication spéciale Kino-Québec,
je pense, qui est une série de bandes dessinées sur la
nécessité de faire du sport, d'arrêter de fumer. Il
était très fier de me parler de cela et de me faire lire les
textes où il avait des messages à me passer. On fait allusion
à la cigarette, on fait allusion au sport de famille et, pour lui, il
trouvait une arme pour influencer ses parents et d'une manière
positive.
C'était la première fois que je voyais une utilisation
aussi intéressante de nos artistes dans le secteur de la bande
dessinée, par exemple, toute une série de petites histoires
découpées, bien faites. J'étais fier. Il me semble que
c'est un phénomène de maturité que de commencer à
s'exprimer, de commencer à se donner des moyens d'information, de
diffusion qui nous ressemblent, qui ne viennent pas d'ailleurs. Je dois
signaler qu'il y a énormément d'artistes au Québec qui,
dans le secteur de la bande dessinée, notamment, n'attendent que cela,
des politiques du gouvernement qui stimulent la création de leur part et
qui leur permettent de s'insérer à plein dans la vie culturelle
des Québécois.
Comme on comprend mal notre culture, comme on la connaît mal,
comme il est à tout prix essentiel de mieux la comprendre pour pouvoir
se donner des instruments appropriés qui visent à vraiment
assurer à la collectivité, à toutes les couches sociales
de Québécois et Québécoises les meilleurs
instruments de promotion de ce qu'on est ensemble, comme peuple, comme richesse
d'expression, comme valeur, et que ce patrimoine culturel, c'est quelque chose
qu'on a à interpréter, à approfondir, à constamment
embellir, diversifier. (12 h 10)
L'institut de recherche, à ce moment-ci, devient donc un moteur,
un préalable aux premières connaissances qu'il faut avoir et aux
premiers instruments qu'il faudra se donner par la suite pour stimuler les
formes de création ou de diffusion culturelle qui pourraient être
nécessaires. Dans ce sens, c'est un projet de loi qui arrive à
point.
Je voudrais relever quelques arguments énoncés par
l'Opposition, lesquels arguments me semblent particulièrement faibles.
On a voulu laisser entendre que l'institut ne serait pas libre, qu'il serait
tout à fait prédéterminé par le gouvernement. D'une
part, il est important que les grands mandats, au niveau du
développement des politiques culturelles futures, viennent du
gouvernement. Je pense que cela va de soi. Par ailleurs, l'ensemble des
personnalités qui feront partie de cet institut de la culture sont des
personnalités indépendantes. L'Institut de recherche sur la
culture est un organisme pleinement autonome du gouvernement sur lequel,
à la rigueur, le gouvernement aura un certain pouvoir indicatif au
niveau des mandats, certains mandats généraux, certains objectifs
à faire connaître à l'Institut de recherche sur la culture,
mais l'institut sera libre de procéder par les moyens qu'il voudra bien
utiliser; il sera libre d'utiliser les instruments qu'il voudra bien pour
parvenir à ses fins et devra annuellement soumettre un rapport devant
les membres de l'Assemblée nationale. C'est financé par les
deniers publics, c'est normal aussi que l'Assemblée nationale soit prise
à témoin et puisse accompagner le travail de cet outil absolument
indispensable sur la connaissance de notre culture et les instruments qu'il
nous faut développer pour la promouvoir.
Il ne semble pas y avoir de problème là. J'écoutais
le député de L'Acadie prendre comme exemple de cette menace le
fait qu'à l'article 24 on dise que l'institut en question, l'Institut de
recherche sur la culture, ne pourra accepter des dons, des legs, des
subventions ou autres contributions auxquels sont attachées des charges
ou conditions. Elle disait: Voilà un exemple de la manière dont
on veut à tout prix contrôler l'Institut de recherche sur la
culture. C'est le contraire. Justement, on veut donner à l'Institut de
recherche sur la culture les garanties d'autonomie qui font qu'il ne se sentira
jamais lié par des legs ou des dons qui pourraient influencer son
développement, son orientation. C'est quand même relativement
commun. Madame citait un mécène ou une institution religieuse ou
une personne qui fait un legs assez considérable de $1 500 000 d'une
collection personnelle qu'elle pourrait avoir et qui, dans son testament,
inscrit nommément qu'elle fait ce legs à la condition expresse
qu'on s'en serve pour construire un musée à un endroit
donné ou faire une salle d'exposition permanente de tel ordre. C'est
très commun dans les legs que les gens font. Cela pourrait avoir des
conséquences malheureuses si l'Institut de recherche sur la culture
s'alimentait de dons qui préconditionneraient trop à l'avance son
propre développement. C'est juste une disposition de prudence dans la
loi d'avoir dit que l'institut reste maître d'oeuvre de ses objectifs, de
ses mandats et qu'il ne peut être préconditionné par des
legs comme ceux-là. Pourtant, le député de L'Acadie y
voyait une menace à l'autonomie de l'institut.
On a aussi parlé des universités. On a dit: L'institut de
recherche menace les universités.
Pourquoi ne pas confier le mandat aux universités? Je pense que
l'Institut de recherche sur la culture doit être un organisme vraiment
autonome et qu'il doit être, justement, indépendant des
universités. On sait trop le type de recherche ou la tentation facile
qui est de faire, dans les universités, des recherches très
savantes et aussi très élitistes, très
décollées du milieu et parfois aussi décollées des
préoccupations du milieu, des urgences et des besoins du milieu. Je
pense qu'il est important que cet Institut de recherche sur la culture
réunisse des personnalités pleinement indépendantes et
soit en mesure d'utiliser, de consulter et d'animer tout le milieu culturel, y
compris toutes les ressources qui existent en matière de recherche. La
loi le permet; la loi permet que les universités aient, couramment, des
mandats, des rôles de recherche à jouer ou à
exécuter, émanant de l'Institut de recherche sur la culture, mais
je m'inscrirais en faux contre le fait qu'une université ou le milieu
universitaire hérite du mandat de faire exclusivement la recherche sur
la culture. Je comprends mal cet argument.
D'une part, les universités auront la garantie de pouvoir
être mises à profit, mais il y a aussi d'autres rôles que
l'Institut de la recherche sur la culture va devoir jouer: organiser des
colloques, réunir les animateurs culturels dans les diverses
régions. On sait que plusieurs municipalités ont commencé
à se donner des embryons de petite politique culturelle, à
engager des animateurs. Or il n'y a pas de plate-forme de regroupement de ces
gens-là, il n'y a pas de tribune de discussion entre eux pour se donner
des instruments concertés de travail et pour aider à
développer, dans les petites municipalités, par exemple, des
instruments nouveaux d'animation culturelle. C'est un des rôles de
l'Institut de recherche sur la culture de favoriser l'interconnaissance des
divers artisans, la communication entre ces gens-là, et de permettre de
réaliser, par des écrits, des recherches, des colloques,
peut-être même des voyages à l'étranger, tout moyen
qui pourrait être jugé pertinent, la véritable promotion
d'une connaissance réelle de notre culture, de notre potentiel et des
moyens qu'il nous faudra mettre en oeuvre pour, effectivement, mieux promouvoir
la culture des Québécois pour les Québécois.
Je ne puis que terminer en soulignant jusqu'à quel point ce
projet de loi fait l'objet de la fierté légitime de tous les
membres du gouvernement que nous sommes. Il doit aussi être accueilli
avec fierté par tout le milieu culturel québécois parce
que nous venons de nous donner là un des premiers outils absolument
essentiels à une véritable promotion d'une culture
québécoise. Merci.
Le Président: Merci. M. le député de
Sherbrooke.
M. le député d'Outremont.
M. André Raynauld
M. Raynauld: L'origine de l'Institut de recherche sur la culture
dont le gouvernement propose
la création aujourd'hui remonte assez loin. Le libre blanc du
ministre L'Allier en fait état. Celui-ci a proposé la formation
d'un groupe de travail sous la présidence de M. Guy Frégault, ce
qui fut fait. Le rapport de ce comité a été rendu public
en février 1977. Il y a environ un an, le gouvernement actuel publiait
à son tour son livre blanc sur la politique québécoise du
développement culturel et reprenait le principe de la création
d'un institut de recherche.
Si les préparatifs ont été longs, en dépit
de l'intérêt que suscite cette idée depuis longtemps, c'est
qu'un gouvernement ne s'occupe pas activement de culture sans soulever les
inquiétudes ou les craintes les plus légitimes auprès de
la population. Le livre blanc du gouvernement affirme justement: "Ce sont les
Québécois qui font et feront leur culture, ce n'est pas le
gouvernement du Québec." Cette déclaration fondamentale devrait
servir d'exergue au projet de loi et d'inspiration au gouvernement. Le domaine
de la culture est le domaine, délicat entre tous, où se
mêlent, de la façon la plus intime, valeurs de la personne,
aspirations individuelles, liberté de pensée et d'expression. (12
h 20)
Si, donc, il existe un domaine d'activité où la
présence, l'orientation et la direction de l'Etat sont à
proscrire, c'est celui de la culture. S'il est un domaine où l'exercice
du pouvoir de l'Etat est le plus odieux et le plus reprehensible, c'est celui
de la culture. Un gouvernement, en effet, ne peut s'approprier la culture d'un
peuple comme il exproprie l'Asbestos Corporation ou dirige ses fonctionnaires.
Cette culture est un héritage personnel de nos ancêtres et de
l'histoire, si je puis dire. Elle ne vit et ne survit que par les individus qui
la portent en eux-mêmes, au plus intime de leur être. Bien entendu,
cette culture s'exprime aussi à travers des institutions, à
travers un régime juridique de droits et d'obligations qui comportent
leur propre dynamique sociale. Mais ces institutions déjà sont
des véhicules porteurs, ce sont des instruments, des moyens que l'on
doit périodiquement adapter aux perceptions, volontés ou
aspirations des gens.
Le problème essentiel que pose ce projet de loi est donc celui de
l'indépendance et de l'autonomie de l'institut à l'égard
du pouvoir politique; autrement dit, celui de la liberté d'initiative,
d'expression et de création des gens face à l'Etat. Je sais bien
que tous les ministres de ce gouvernement, le ministre d'Etat au
développement culturel en tête, accepteront d'emblée les
mises en garde que je viens de faire. Ils protesteront tous, au moment de leur
tour de piste devant cette Assemblée, de leur bonne foi et de leur
intention bien arrêtée de promouvoir sans rien étouffer, de
favoriser et de susciter les initiatives sans jamais rien interdire.
Malheureusement, l'expérience que nous connaissons de ce
gouvernement à l'égard des libertés n'est guère
encourageante. La liberté n'est pas une valeur qui est placée
bien haut dans l'éventail des priorités du Parti
québécois. Le vocabulaire même du gouvernement
révèle des préoccupations bien différentes. On
entend sans cesse parler de la conscience collective, du patrimoine collectif,
des priorités collectives, de recherches orientées, de projets
collectifs et même des libertés collectives par opposition
à la liberté des personnes, ainsi que d'autres expressions toutes
semblables où l'accent est sans cesse placé sur le collectif
plutôt que sur l'individu, sur l'ordre et la cohérence qu'on
opposera à la soi-disant anarchie et à la dispersion des efforts
venant de la population elle-même, sur le besoin de protéger et de
guider un pauvre peuple démuni et en désarroi devant les
influences perverses d'origine étrangère.
On ne peut pas entendre cinq minutes quelqu'un parler du
côté du gouvernement sans que déjà il se mette
à faire des comparaisons les plus insultantes et les plus humiliantes
entre, par exemple, le fait que les Canadiens français mangent des
patates frites plutôt que des tourtières. On entend sans cesse
parler des gens du côté du gouvernement qui vont porter des
jugements continuels sur ce que les Canadiens français devraient penser
ou devraient faire. Ils disent qu'ils n'aiment pas une culture comme celle-ci,
qu'ils n'aiment pas la culture qui est peut-être l'expression de
celle-là. Je pense que ces jugements sans cesse
répétés de la part du gouvernement indiquent bien que la
liberté des individus dans le domaine de la culture, cela n'a pas
d'importance pour le gouvernement. C'est une question d'attitude. C'est une
question où sans cesse on va essayer d'imposer les vues que l'on peut
avoir soi-même vis-à-vis des autres. On va dire: On ne devrait pas
écouter la télévision six heures par jour. On ne devrait
pas écouter des films américains. On devrait écouter de la
musique québécoise. On devrait s'intéresser davantage au
folklore. On ne devrait pas lire des bandes dessinées qui viennent des
Etats-Unis. Malheureusement, tout le monde fait cela.
M. Gosselin: Question de privilège, M. le
Président.
Le Président: M. le député de
Sherbrooke.
M. Gosselin: J'ai entendu les divers intervenants du
côté du gouvernement tout à l'heure et je suis intervenu
moi-même sur cette question. Je n'ai vu nulle part qu'on ait parlé
d'imposer aux Québécois quoi que ce soit. L'essentiel de ce que
dit...
Le Président: M. le député de Sherbrooke, il
ne s'agit pas là d'une question de privilège, mais ce sera le
privilège de quiconque, en réplique, de quelque intervenant, de
faire valoir votre point de vue. M. le député d'Outremont, en
m'excusant.
M. Raynauld: Merci, M. le Président. Je ne parle pas, moi
non plus, d'imposer. Je dis que c'est une question d'attitude où on
passe des jugements continuels...
Mme Lavoie-Roux: On censure.
M. Raynauld: C'est une censure exactement; c'est une censure
personnelle que l'on impose continuellement aux Québécois en leur
disant qu'ils ne devraient pas aimer les films américains, mais qu'ils
devraient aimer les films québécois; qu'ils ne devraient pas
aimer lire des revues américaines, mais qu'ils devraient lire des revues
québécoises, qu'ils ne devraient pas lire des livres
américains non plus parce qu'ils sont en anglais.
Mme Lavoie-Roux: Oui, c'est dans le livre blanc.
M. Raynauld: C'est cela qu'on entend. On l'a dans le livre blanc,
on l'a partout. C'est une question d'attitude et de jugements que l'on porte
sans cesse, des jugements qui sont vraiment humiliants pour la population du
Québec, quand on ne pense pas comme ces messieurs du Parti
québécois.
Mme Lavoie-Roux: Ces messieurs. Une Voix: Des purs.
M. Raynauld: Est-ce qu'on en veut une meilleure preuve que le
symbolisme même de la page couverture de ce document sur la politique
québécoise du développement culturel? Qu'est-ce qu'on a
là-dedans? On a ici une main secourable et condescendante de l'Etat qui
tend le fleurdelisé à cette main du peuple. Cette main du
gouvernement offre la science, la culture et le bonheur collectif à ce
pauvre peuple qui en était privé jusque-là. C'est cela, le
symbolisme de ce document. Cela reflète bien la pensée que
j'essaie d'exprimer devant vous.
Une Voix: Bravo!
M. Raynauld: Pensons maintenant à l'extension même
du mot "culture" dans la pensée officielle. Il s'agit probablement de la
notion la plus englobante, la plus possessive qu'il soit possible d'adopter.
Tout est culture et la culture est tout: l'habitat, la santé,
l'environnement, le loisir, la nutrition, le travail, les communications,
l'information, la recherche, la science, les arts et les lettres, le livre, la
musique, le cinéma, l'enseignement, la création.
Une Voix: Alouette.
M. Raynauld: Je suis bien disposé à
reconnaître que la culture soit la façon de vivre sa vie ou sa
mort, mais, dans le sens inverse, ramener la vie et la mort au seul
phénomène de la culture, c'est du réductionnisme. Ces
notions de référence sont de la plus haute importance. Qu'on les
accepte telles quelles et au nom d'une culture que le gouvernement aura
définie lui-même, au nom de tous, et qu'il aura
élevée au rang de principe vital, on jugera d'en haut, à
la suite et à l'exemple du ministre des Communications, que le Carnaval
de Québec reflète décidément trop mal la culture du
Québec pour que celui-ci mérite encore une subvention du
ministre. Au nom de cette même culture déifiée et
vénérée...
Une Voix: Qui a dit cela?
Mme Lavoie-Roux: Le ministre des Communications.
M. Raynauld: ... on imposera des pièces de terroir aux
directeurs de théâtres subventionnés, on fournira aux chefs
d'orchestre des suggestions quant à leur répertoire. Que dire de
la politique du livre qui a été prématurément
annoncée et qui contenait rien de moins qu'un contingentement des titres
québécois et étrangers auxquels un libraire
agréé aurait été tenu de s'astreindre tant pour
remplir ses tablettes que ses entrepôts? Le ministre s'est
dissocié de ces propositions. Il n'en reste pas moins que les tentations
de l'encadrement rigoureux des activités des simples citoyens semblent
peser lourd et souvent dans les initiatives gouvernementales.
Mme Lavoie-Roux: C'est vrai.
M. Raynauld: En voulez-vous d'autres exemples? Celui du projet de
loi sur la liberté de l'information qui a été
aussitôt bloqué parce que le gouvernement s'arrogeait un droit de
regard sur l'information au Québec.
Une Voix: Par qui a-t-il été bloqué?
Mme Lavoie-Roux: Les protestations de la population.
M. Raynauld: II a été bloqué par les
protestations de la population.
Mme Lavoie-Roux: Les journalistes en particulier.
M. Raynauld: Celui du projet de loi 109 sur la programmation
éducative qui autorisait et qui autorise toujours le gouvernement
à octroyer des subventions pour la production d'émissions, je
cite: "sur les enjeux collectifs au Québec". Que dire encore du projet
de loi sur les sinistres, qui a également été
retiré lorsqu'on s'est aperçu que le gouvernement se dotait de
pouvoirs d'urgence pour faire éventuellement face à des conflits
d'ordre politique ou social? Sur ce point, la Commission des droits de la
personne a même donné raison à l'Opposition. La commission
estimait, en effet, que ce projet de loi, je cite: "pose d'énormes
problèmes en ce qui concerne le respect de plusieurs droits
fondamentaux."
On lit dans le livre blanc, à la page 39, "qu'il y va de la
dignité des Québécois et de leur bien-être de
refuser de vivre dans une société entretenue, ce qui était
l'idéal du fédéralisme rentable." Le livre blanc continue:
"II y va de leur dignité et de leur bien-être de refuser de vivre
dans une société tributaire, celle qui paie une tribut à
un suzerain qui développe ainsi sa propre culture." (12 h 30)
S'agit-il là d'un discours objectif, serein, accueillant, ouvert,
attentif aux divergences d'opinions qui existent dans notre milieu ou
s'agit-il, au contraire, d'affirmations insultantes, d'une histoire
manipulée au profit d'une chapelle idéologique bien
particulière? Compte tenu de tous ces précédents,
délibérés ou non, les assurances verbales du ministre que
l'institut proposé aura toute la latitude et la liberté
nécessaires ne suffiront pas à nos yeux. Les garanties
d'autonomie et d'indépendance de l'institut à l'égard du
gouvernement devront être explicites et inscrites dans la loi.
Or, il est particulièrement aisé de constater
l'insuffisance de ces garanties d'autonomie si l'on compare le projet de loi et
les recommandations qu'avait faites le rapport Frégault dont le ministre
a dit s'être inspiré. Dans le rapport Frégault, les membres
du conseil d'administration étaient nommés par le gouvernement,
mais à partir d'une liste de noms fournis par divers organismes du
métier. La liste des noms est remplacée par une consultation des
milieux intéressés dans le projet de loi.
En outre, le rapport Frégault créait un poste de directeur
scientifique nommé par le conseil d'administration, tandis que le
directeur général dans le projet de loi est nommé par le
gouvernement. Le rapport Frégault proposait aussi une commission
consultative de 40 membres qui devaient se réunir une fois l'an. Le
projet de loi prévoit seulement une catégorie de membres
affiliés dont on ignore pour l'instant les prérogatives.
Le financement de l'institut devait être assuré, entre
autres moyens, par un fonds de dotation dont les seuls intérêts
auraient suffi à maintenir les activités de base. Ce fonds de
dotation n'a pas été constitué dans le projet de loi
puisqu'il s'agissait, dans le projet de loi et dans le rapport Frégault,
d'un fonds de dotation évidemment créé par le gouvernement
au bénéfice de l'institut. L'institut, à cet égard,
n'aura que le pouvoir d'accepter des dons pourvu qu'aucune condition ne s'y
rattache ou, alors, il faudra, bien sûr, l'autorisation expresse du
gouvernement.
Enfin, le rapport Frégault prévoyait plusieurs mesures
propres à assurer des échanges constants avec les
universités alors que certaines stipulations du projet de loi, notamment
celles relatives aux conflits d'intérêts, paraissent avoir une
portée très restrictive à cet égard. En somme, le
rapport Frégault prenait d'infinies précautions pour
éviter toute ingérence indue de l'Etat dans le fonctionnement de
l'institut. Le projet de loi n'en contient aucune. La structure administrative
de l'institut est identique à celle de plusieurs autres
sociétés ou régies gouvernementales. En bref, on encadre
la recherche ici comme on gère des loteries ou des capitaux.
Je suis également préoccupé par l'orientation
générale que le gouvernement donne à l'institut. Il
s'agira, en fait, d'un nouveau centre de recherche auquel on interdira
expressément d'octroyer des subventions aux chercheurs
extérieurs. Pourtant, ici encore, le rapport Frégault avait mis
en garde le gouvernement "contre l'idée de vouloir transformer
l'institut en maison d'édition ou en succur- sale de maisons
d'édition ou de le substituer aux universités comme pôle
principal de chercheurs".
Un tel objectif, me semble-t-il, supposait que l'institut se consacre
essentiellement à des fonctions de concertation, d'animation et
d'information auprès des institutions ou des groupes de recherche
existants. Si l'institut est habilité à effectuer, en outre, ses
propres travaux de recherche, il se retrouvera dans une situation de
concurrence avec les organismes en place, plutôt que dans une relation de
complémentarité qu'exigerait son rôle de coordonnateur et
de maître d'oeuvre auprès d'eux. L'institut sera donc un centre de
recherche additionnel qui contribuera à affaiblir les universités
et les centres de recherche dans la mesure où l'institut réussira
à attirer et à retenir les chercheurs.
De même, l'article 25 suivant lequel l'institut devra
exécuter les mandats que le ministre lui confiera va à
contre-courant de ce qu'on voudrait. On s'attend, en effet, que ce soit
l'institut qui donne des avis au gouvernement alors que c'est l'institut qui
reçoit des ordres du gouvernement. Le danger est donc bien réel
que l'institut soit au service du gouvernement plutôt qu'au service de la
communauté.
Enfin, il est bien connu qu'une des meilleures garanties
d'indépendance qu'un organisme de recherche puisse se faire donner,
c'est le pouvoir explicite de publier ce qui lui convient sans autorisation
préalable du ministre ou du gouvernement. Or, ce pouvoir explicite et
clair n'apparaît pas dans le projet de loi. Plus qu'une mainmise du
gouvernement sur l'administration de l'institut, ce qui est à craindre
est une appropriation idéologique au bénéfice de la
pensée officielle. L'institut devra donc à tout prix
refléter le pluralisme dans notre société. Il devra
s'appuyer sur les immenses richesses intellectuelles et scientifiques de notre
milieu, sur les universités et les centres de recherche présents,
sur les centaines d'organismes, petits et grands, dont l'activité
consiste à examiner ou à vivre l'une ou l'autre des milliers de
facettes de la culture, que ce soit en histoire, en anthropologie, en
sociologie, en science économique, dans les arts et les lettres ou en
science pure.
En conclusion, M. le Président, je me réjouirai de ce que
le gouvernement attache à la culture toute l'importance qu'elle
mérite, mais la culture de l'esprit n'étant pas un sujet
d'étude au même titre que la culture des pommes de terre, je
voudrai recevoir les assurances les plus formelles et les plus explicites dans
le projet de loi quant au risque d'ingérence politique ou
idéologique, sans quoi je me verrai forcé de voter contre le
projet de loi en deuxième et en troisième lecture.
Le Président: Est-ce que cette motion de deuxième
lecture...
M. Bertrand: Je demande l'ajournement du débat, M. le
Président.
Le Président: M. le député de Vanier,
accordé. Est-ce que cette motion sera adoptée? M. le
député de Vanier.
M. Bertrand: Je fais maintenant motion, M. le Président,
pour que nous suspendions nos travaux jusqu'à 15 heures. Il n'y a pas de
mot ion nécessaire?
Le Président: Conformément à l'entente qui
existe, généralement, pour le mercredi, l'Assemblée
suspend ses travaux jusqu'à 15 heures. Pour être plus formaliste,
est-ce que la motion du député de Vanier sera adoptée?
Adopté. L'Assemblée suspend ses travaux jusqu'à 15 heures
cet après-midi.
Suspension de la séance à 12 h 37
Reprise de la séance à 15 h 8
Le Président: A l'ordre, mesdames et messieurs!
Affaires courantes. Déclarations ministérielles.
Dépôt de documents. M. le ministre des Affaires sociales.
DÉPÔT DE DOCUMENTS
Rapport de la Régie des rentes du
Québec
M. Lazure: M. le Président, il me fait plaisir de
déposer le rapport annuel pour l'année 1978 de la Régie
des rentes du Québec.
Le Président: Rapport déposé.
Dépôt de rapports de commissions élues.
Rapports de commissions élues Etude du projet
de loi no 97
M. Proulx: M. le Président, qu'il me soit permis de
déposer le rapport de la commission élue permanente des terres et
forêts qui a siégé les 29 mars et 3 avril 1979 aux fins
d'étudier article par article le projet de loi no 97, Loi modifiant la
Loi de la Société de récupération, d'exploitation
et de développement forestiers du Québec, et l'a adopté
sans amendement sous réserve toutefois, et de consentement, du
dépôt par le ministre des Terres et Forêts d'un amendement
à l'article 6 dudit projet de loi lors de la prise en
considération du rapport par l'Assemblée nationale. C'est bien,
hein!
Le Président: Rapport déposé. Merci, M. le
député de Saint-Jean.
Dépôt de rapports du greffier en loi sur les projets de
lois privés.
Présentation de projets de loi au nom du gouvernement. M. le
leader parlementaire du gouvernement.
M. Charron: Article d) du feuilleton, M. le Président.
Projet de loi no 13 Première lecture
Le Président: M. le ministre des Affaires sociales propose
la première lecture du projet de loi no 13, Loi modifiant la Loi de
l'adoption.
M. le ministre des Affaires sociales.
M. Denis Lazure
M. Lazure: M. le Président, les modifications
proposées à la Loi de l'adoption ont principalement pour objets:
a) de déterminer des modalités d'adoption à l'égard
des enfants domiciliés ou résidant hors du Québec en
confiant notamment l'évaluation des parents adoptifs aux
sociétés d'adoption et en déterminant le rôle du
ministère des Affaires sociales et des organismes concernés; b)
de mieux protéger les parties à l'adoption en confiant aux
sociétés d'adoption le placement exclusif des enfants qui peuvent
être adoptés sauf dans les cas où il y a un lien de
filiation entre l'adopté et l'adoptant; où le parent adoptif est
le conjoint du père ou de la mère de l'adopté et,
troisièmement, dans le cas où le placement se fait par un
organisme, dans le cadre d'une entente avec le ministre relative à
l'adoption internationale. (15 h 10)
Enfin, le dernier objet de ce projet de loi qui modifie la Loi de
l'adoption est de faciliter l'adoption de certains enfants en prévoyant
le pouvoir d'accorder une aide financière aux parents adoptifs selon
certaines modalités.
Le Président: Merci. Est-ce que cette motion de
première lecture sera adoptée?
Des Voix: Adopté. Le Président:
Adopté.
Le Secrétaire adjoint: Première lecture de ce
projet de loi.
Le Président: Deuxième lecture, prochaine
séance ou séance subséquente.
Présentation de projets de loi au nom des
députés.
M. le député de Gatineau.
Projet de loi no 195 Première lecture
M. Michel Gratton
M. Gratton: M. le Président, qu'il me soit permis de
déposer le projet de loi no 195, Loi modifiant la Loi électorale.
Ce projet a pour objet
de confier au directeur général des élections seul,
et cela de façon beaucoup plus complète, plus honnête et
plus transparente que ce que nous a annoncé le ministre d'Etat à
la réforme électorale.
Le Président: S'il vous plaît...
M. Gratton: La nomination du président...
Le Président: ... ne créez pas de
précédent, M. le député de Gatineau, j'ai toujours
interdit qu'on commente le projet de loi en première lecture. Vous
pouvez poursuivre.
M. Gratton: Je le présente, M. le Président, en me
reprenant, si vous me le permettez. Ce projet a pour objet de confier au
directeur général des élections la nomination du
président d'élection dans chaque district électoral.
Le Président: Est-ce que cette motion de première
lecture sera adoptée?
Des Voix: Adopté. Le Président:
Adopté.
Le Secrétaire adjoint: Première lecture de ce
projet de loi.
Le Président: Deuxième lecture, prochaine
séance ou séance subséquente.
Période de questions orales. M. le député de
Gatineau.
QUESTIONS ORALES DES DÉPUTÉS
Règlement de placement dans l'industrie de la
construction
M. Gratton: Ma question s'adresse au ministre du Travail et de la
Main-d'Oeuvre. Je vois son sourire, il se doute bien qu'il s'agit de la
question du règlement du placement dans l'industrie de la construction,
règlement qui, de l'avis du ministre, a pour objectif de limiter
l'accès aux chantiers de construction aux seuls vrais travailleurs de la
construction mais qui, dans les faits, a résulté strictement
à empêcher un très grand nombre de vrais travailleurs de la
construction de gagner leur vie dans le métier de leur choix.
Le ministre, dans un communiqué émis hier, annonce la
conclusion d'une entente de principe avec son homologue ontarien, le Dr Elgie,
sur la question de la mobilité des travailleurs de la construction.
J'ai, ce matin même, vérifié personnellement auprès
du cabinet de M. Elgie pour apprendre que celui-ci nie catégoriquement
que toute entente soit intervenue à quelque moment sur cette
épineuse question.
Je demande donc au ministre, dans un premier temps, de nous dire s'il y
a entente ou pas. Deuxièmement, un des trois points de la proposition
qu'avait faite le ministre du Travail est à l'ef- fet et je cite
le communiqué du cabinet du ministre "que le gouvernement du
Québec constate que le gouvernement de l'Ontario a retiré son
projet de loi no 136 qui visait à limiter l'accès des
travailleurs québécois sur les chantiers de construction de
l'Ontario".
Or, là aussi il est manifeste que le gouvernement ontarien n'a
pas retiré le projet de loi 136, qu'il est toujours au feuilleton du
Parlement ontarien et je demande au ministre de nous dire si, oui ou non, le
projet de loi 136 a été retiré.
Le Président: M. le ministre du Travail et de la
Main-d'Oeuvre.
M. Johnson: M. le Président, je suis heureux de constater
que le député de Gatineau a eu l'occasion de communiquer avec le
cabinet de M. Elgie ce matin; j'ai parlé à M. Elgie vers midi.
Alors, les nouvelles sont peut-être un peu plus fraîches! Pour
faire un bref historique de cela je ne commenterai pas le
préambule du député de Gatineau j'ai
rencontré M. Elgie à mes bureaux de Montréal, vendredi il
y a dix jours. Lors de nos discussions, il m'a paru très évident,
de la part de M. Elgie, comme c'était vrai de celui qui vous parle
depuis déjà de nombreux mois, que celui-ci voulait que nous en
arrivions à une entente sur cette question de la mobilité de la
main-d'oeuvre aux frontières québécoises avec
l'Ontario.
Au cours de cette discussion avec M. Elgie, celui-ci m'a confirmé
qu'il avait laissé "mourir" entre guillemets le projet de
loi 136 entre les deux sessions. Par ailleurs, il semblerait qu'il l'a
réinscrit hier, selon ce que me dit le député de Gatineau;
je n'ai pu obtenir confirmation. Nous avons discuté dans le cadre
précis de ce dont nous avions parlé dix jours avant, M. Elgie et
moi, encore ce midi; il était en réunion avec le Conseil des
ministres là-bas comme c'était le cas de celui qui vous parle,
également, ce midi. J'ai fait parvenir, suite à notre rencontre,
à M. Elgie une lettre dans laquelle j'évoque les quatre choses
suivantes. D'une part, je constate, à cette époque, à
cette date, que le projet de loi 136 ne figure plus au feuilleton de la Chambre
de Queen's Park. Deuxièmement, je constate que M. Elgie reconnaît
la nécessité de la priorité régionale dans
l'embauche, c'est-à-dire qu'un Ontarien qui viendrait sur le territoire
québécois, à l'exception cependant de la baie James,
pourrait y travailler à condition que les critères
régionaux soient respectés, c'est-à-dire que la
main-d'oeuvre régionale ait eu droit de priorité.
Troisièmement, il s'agit de permettre cet accès à des
travailleurs ontariens, dans la mesure où ceux-ci remplissent des
critères semblables à ceux qu'on exige des
Québécois eux-mêmes, c'est-à-dire qu'ils aient
travaillé un certain nombre d'heures dans la construction et puissent en
faire foi chaque fois dans des documents particuliers, à partir d'un
formulaire de l'Office de la construction.
Finalement, j'ai évoqué dans cette lettre, à la
suite de notre longue conversation du vendredi, il y a dix jours, ma
préoccupation devant la possible
discrimination qui pourrait exister à l'égard de certains
travailleurs de la construction du Québec qui, parce qu'ils
n'appartiennent pas à des syndicats internationaux, se voient à
toutes fins utiles dans certains cas barrés comme on le dit dans
les métiers de certains chantiers syndiqués on-tariens, et
je lui ai fait part de cette préoccupation que nous avions. Donc,
à partir de cette conversation, à partir, je pense, d'une
attitude ouverte de la part de M.EIgie et de propositions concrètes que
je lui ai faites, j'ai pris pour acquis que celui-ci comme moi,
d'ailleurs voulait qu'une fois pour toutes on tente de régler ce
problème en essayant cette difficile opération de faire la
synthèse entre deux systèmes très différents, deux
attitudes très différentes au niveau de la main-d'oeuvre dans la
construction. On sait qu'en Ontario on n'a pas l'équivalent de nos lois,
de nos règlements, etc., que la liberté syndicale y est
différente, qu'il y a des chantiers non syndiqués. Toutes ces
choses sont très différentes du régime
québécois. A partir de cela, j'ai soumis ce projet ou cet
"agreement of principle", si on veut, cette entente de principe qui
m'apparaissait évidente entre nous deux. Cependant, je dois, moi, la
soumettre, d'une part, à l'Office de la construction qui consultera le
comité mixte où siègent les syndicats et les
salariés et, deuxièmement, pour sa part je termine
là-dessus, M. le Président M. Elgie, ce matin, en
discutait avec son cabinet.
Le Président: M. le député de Gatineau.
M. Gratton: Merci, M. le Président. Le moins qu'on puisse
dire, M. le Président, c'est que cela prend beaucoup de mots pour dire
simplement oui aux deux questions que j'ai posées. Je formule de nouveau
mes questions pour que le ministre me réponde clairement.
Premièrement, est-il faux que le projet de loi 136 a été
retiré du feuilleton à l'Assemblée législative de
l'Ontario, oui ou non? Deuxièmement, l'entente de principe
annoncée à grand renfort de publicité hier n'en est pas
une. D'ailleurs, je ferai remarquer au ministre que dans son propre
communiqué, il faisait allusion...
Une Voix: Un instant! Ne vous énervez pas.
M. Gratton: Je la poserai à ma façon, non pas
à la façon du leader du gouvernement. Je m'en excuse.
Une Voix: Oui, sûrement pas!
M. Charron: Vous allez la poser selon le règlement,
toutefois.
M. Gratton: Oui, exactement, et ce n'est pas vous qui allez me
dire ce que le règlement dit. Il y a un président ici pour
cela.
M. Charron: Vous n'avez pas de préambule à faire
à ce moment-ci non plus.
M. Gratton: Ce n'est pas vous, le petit gars de
Saint-Jacques, qui allez me dire comment interpréter le
règlement.
Le Président: A l'ordre, s'il vous plaît! M. le
député de Gatineau.
(15 h 20)
M. Gratton: Je demande donc au ministre, M. le Président,
si c'est la première page de son communiqué qu'on doit croire,
où il annonce la conclusion d'une entente de principe ou si c'est la
troisième page de son communiqué où on lit: "L'entente de
principe, lorsqu'elle sera formellement conclue entre le Québec et
l'Ontario". M. le Président, je demande au ministre d'arrêter de
jouer sur les mots et de nous donner des réponses concrètes.
Le Président: M. le ministre du Travail et de la
Main-d'Oeuvre.
M. Johnson: M. le Président, à écouter les
préambules du député de Gatineau qui, de façon
générale, dérogent peut-être à notre
règlement, j'ai l'impression que le député de Gatineau
souhaite qu'il n'y ait pas de règlement. A l'écouter parler, il
aimerait dire...
M. Gratton: Question de privilège, M. le
Président.
M. Johnson: ... qu'il n'y en a pas.
M. Gratton: Question de privilège, M. le
Président.
M. Marchand: L'éternel étudiant, vas-tu
répondre?
Le Président: A l'ordre, s'il vous plaît! M. le
député de Gatineau, cette question a déjà
consommé beaucoup de temps. Je vous ai laissé faire...
M. Marchand: L'éternel étudiant ne répond
jamais.
Le Président: M. le député de Laurier, s'il
vous plaît! Je vous ai laissé faire un long préambule, M.
le député de Gatineau, pour votre deuxième question.
Alors, je vous demande de permettre à d'autres collègues de poser
des questions aussi.
M. Gratton: Avec plaisir, M. le Président, mais je
soulève une question de privilège parce qu'on vient de m'imputer
des motifs. Le ministre vient de dire que je souhaite qu'il n'y ait pas de
règlement. Au contraire, M. le Président, il y a 4500
travailleurs de la construction qui résident dans ma région et
qui viennent me voir chaque jour dans mon bureau de comté.
Des Voix: Ah, ah!
M. Gratton: Oui, parce que les députés du Parti
québécois sont...
Le Président: Très bien. A l'ordre! M. le ministre
du Travail et de la Main-d'Oeuvre.
M. Johnson: Bon!
M. Gratton: Je n'ai pas terminé ma question de
privilège, M. le Président.
M. Johnson: M. le Président... Une Voix: II a un
grand bureau!
Le Président: A l'ordre, s'il vous plaît! M. le
député de Gatineau, je vous rappelle les règles en ce qui
concerne la question de privilège. Je vous rappelle que la
période des questions n'est pas un moment pour faire des débats.
Je vous rappelle non seulement à la lettre, mais à l'esprit de
notre règlement. Il y a un sentiment qui a été
exprimé à plusieurs reprises unanimement: c'est que la
période des questions permette à plusieurs députés
de s'adresser à des ministres pour formuler des questions. Je voudrais,
autant que possible, qu'on puisse raccourcir. Je ne suis pas sûr qu'il
s'agisse véritablement d'une question de privilège. M. le
député de Gatineau, vous avez formulé vos remarques. Je
vous permets de tirer les conclusions le plus brièvement possible.
M. Gratton: Merci, M. le Président. Je dirai simplement
très calmement que, loin d'espérer que le conflit ne se
règle pas, au contraire, je souhaite qu'il se règle le plus
rapidement possible. D'ailleurs, M. le Président, ce que j'aurais
souhaité, cela aurait été qu'on n'en ait pas de ce
règlement ridicule qui crée des problèmes inutiles.
Une Voix: C'est cela, très bien.
Le Président: M. le ministre du Travail et de la
Main-d'oeuvre.
M. Johnson: M. le Président, à la première
question du député, je pense que c'est très clair. J'ai
dit: Au moment où M. Elgie est venu me voir il y a dix jours, à
mes bureaux de Montréal, et au moment de l'émission du
communiqué, il n'y avait pas le projet de loi no 136 inscrit au
feuilleton ontarien. M. Elgie...
M. Gratton: ...
Le Président: M. le député de Gatineau, s'il
vous plaît! M. le député de Gatineau, vous avez pu vous
exprimer très librement.
M. le ministre du Travail et de la Main-d'oeuvre.
M. Johnson: M. le Président, je veux bien être bref
et je vais tenter de l'être, sauf que, d'une part, c'est un sujet qui
n'est pas simple, le député de Gatineau le sait, et d'autre part,
des préambules qui font appel à toutes sortes de choses, je
pense, méritent d'être clarifiés ici. Je pense que les
citoyens ont droit à cela.
Au moment où j'ai vu M. Elgie, au moment où nous avons
émis ce communiqué, au moment où je lui ai écrit la
semaine dernière, le projet de loi no 136 était mort entre les
deux sessions et ne figurait pas au feuilleton, ce que m'a confirmé
lui-même, en personne, devant mon sous-ministre et le sien, M. Elgie. Car
je lui ai demandé: What happens with bill 136? Il m'a dit: II est mort
au feuilleton, entre les deux sessions. Bon!
Maintenant, peut-être pour expliquer l'état un peu
étrange au niveau des communications qui se passent en Ontario en ce
moment autour de cette chose, il est vrai que M. Elgie et moi avions convenu
que nous échangerions des lettres à ce sujet; il est vrai que
j'avais dit à M. Elgie que j'enverrais ce projet à l'Office de la
construction et, puisque le président de l'office, par intérim,
était présent à nos discussions et que le comité
mixte en serait saisi, il est vrai également que M. Elgie a dit qu'il
devrait en discuter avec le Conseil des ministres d'Ontario qui est
évidemment intéressé à tout cela.
On ne s'est pas entendu sur le fait que lui ou moi ferions une
déclaration publique. On ne s'était pas interdit, ni l'un ni
l'autre, de le faire; il n'en a simplement pas été mention. Mais
pour vous démontrer combien, dans mon esprit et dans l'esprit concret de
ce qui se déroule, d'après l'attitude de M. Elgie, nous nous
acheminons vers une entente et avons conclu une entente au niveau des
principes, j'ai décidé d'émettre ce communiqué qui
évoque le contenu de notre discussion et de la lettre.
M. Gratton: Question additionnelle, M. le Président.
Le Président: M. le député de Gatineau.
M. Gratton: Je comprends mal que le ministre nous dise que tout
allait bien, que tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes lorsque,
le 12 février, je lui ai posé des questions quant au contenu des
propositions concrètes que, dit-il, il avait faites à M. Elgie.
Il s'est refusé dans les termes suivants, quant au contenu de ces
propositions, je pense que, tant et aussi longtemps que le gouvernement
ontarien n'aura pas réagi de façon officieuse ou officielle, il
ne m'apparaît pas d'intérêt public de divulguer le contenu.
Comment, le 12 février, n'était-il pas d'intérêt
public de divulguer le contenu alors que cette fois-ci, les conditions
étant exactement les mêmes, le ministre a jugé bon
d'annoncer que tout était réglé?
Le Président: M. le ministre du Travail et de la
Main-d'Oeuvre.
M. Johnson: Justement pas, M. le Président, en
précisant que c'est la dernière sous-question. Les conditions
n'étaient pas les mêmes. M. Elgie a quitté mon bureau
vendredi, il y a dix jours, en disant: "I think we have an agreement on this.
We should come to an understanding and we are coming to an understanding ".
Effectivement, dans mon esprit, tout cela était fort différent.
D'ailleurs,
M. Elgie, ce matin, au téléphone, quand je lui ai
parlé... Avec cette réserve que c'est ennuyeux pour un ministre,
et je peux le comprendre, d'arriver au Conseil des ministres en même
temps qu'il y a un communiqué de presse qui est émis. A ce titre,
je le comprends. Sauf qu'il ne faudrait pas voir un problème de contenu,
par exemple. Il ne faudrait pas voir un problème de contenu
là-dedans. Le Québec a fait plus que sa part dans ce projet, le
Québec veut une solution là-dedans, le Québec a fait une
proposition, nous atttendons maintenant la réponse officielle, cette
fois, sinon officieuse, du gouvernement ontarien sur les quatre points que j'ai
mentionnés, c'est-à-dire la loi 136, la priorité
régionale pour les Québécois, les travailleurs de la
construction, la vérification de leurs heures dans le cas des Ontariens
et, finalement, le fait que certains Québécois sont sujets
à de la discrimination sur certains chantiers ontariens.
Le Président: M. le député de Portneuf.
Grève à la CTCUQ
M. Pagé: M. le Président, à 500 000
assistés sociaux du Québec, c'est-à-dire un demi-million,
s'ajoutent plus de 327 000 chômeurs en janvier dernier auxquels doivent
malheureusement s'ajouter aussi des milliers de personnes qui sont soit en
lock-out ou en grève. M. le Président, ma question s'adresse au
premier ministre. Elle est relative au conflit qui touche les employés
de la Commission de transport de la Communauté urbaine de Québec.
Cela affecte des milliers de personnes...
M. Dubois: Ils n'ont pas annoncé que c'était
réglé, celui-là.
M. Pagé: C'est un conflit qui perdure depuis plus de huit
semaines, qui affecte des familles, qui affecte des gens qui sont
dépendants à l'égard du transport en commun. M. le
Président, mes collègues et moi avons eu l'occasion de soulever
cette question à l'Assemblée demandant au ministre du Travail,
dans un premier temps, la nomination d'un médiateur, la convocation
d'une commission parlementaire; d'autres de mes collègues ont même
demandé l'adoption d'une loi spéciale. Ma question est la
suivante au premier ministre: Qu'est-ce que vous entendez faire pour
régler ce conflit dans les plus brefs délais? Il nous
apparaît qu'il devrait être réglé dans les plus brefs
délais. Qu'il suffise de communiquer avec nos gens de la région
de Québec et on aura constaté, M. le Président, que c'est
un des problèmes qui se pose avec le plus d'acuité. M. le
Président, ma question est la suivante...
Le Président: M. le député de Portneuf,
dois-je vous demander, au nom de tous nos autres collègues de
l'Assemblée nationale, de raccourcir, s'il vous plaît, vos
questions?
Une Voix: Est-ce que les réponses doivent être plus
longues?
M. Pagé: M. le Président, je dis au premier
ministre que le conflit de la CTCUQ perdure et cela ennuie des milliers de
personnes qui sont privées de transport. Vous aviez des solutions
c'est là le sens de ma question à des problèmes
comme ceux-là avant le 15 novembre. Où est-ce qu'elles sont vos
solutions et qu'est-ce que vous entendez faire comme chef de gouvernement pour
faire en sorte que votre ministre du Travail prenne davantage ses
responsabilités dans ce dossier pour que ce problème puisse se
régler dans les meilleurs délais? (15 h 30)
Une Voix: Faites un communiqué.
Le Président: M. le premier ministre.
M. Lévesque (Taillon): M. le Président, c'est vrai
qu'avant le 15 novembre on avait, pour l'ensemble du climat social, une
solution dont j'avais parlé à ce moment, lors de la campagne
électorale, à mon prédécesseur, qu'on essaie
d'appliquer depuis. Cette solution générale c'est d'essayer de
mettre le maximum de bonne foi, de transparence dans les conflits qui
concernent directement le gouvernement. Et dans les conflits comme celui de la
CTCUQ, où je crois que ce sont d'autres gens que le ministère du
Travail qui sont à la table, sans prétendre se substituer aux
parties, dans une démocratie où le syndicalisme et les employeurs
ont quand même des droits qui sont reconnus, je ne crois pas qu'on doive
devenir, même pas pour faire plaisir à l'agressif
député, une sorte de dictature mitigée. Par-dessus le
marché, on n'a pas le droit de "railroader" des parties dans un
conflit.
M. Marchand: En 58 vous étiez...
M. Lévesque (Taillon): Quand on est rendu, M. le
Président, à entendre des remarques comme celles du
député de Laurier, c'est que vraiment on n'a pas beaucoup
d'arguments à évoquer. Maintenant, tout ce que je voudrais dire
c'est qu'une autre habitude que j'ai prise aussi et que même les
questions les plus subtilement provocantes du député ne
changeront pas, c'est de dire que mes collègues, quand ils ont leurs
dossiers en main, je n'ai pas à me substituer à eux. Je crois que
le ministre du Travail aurait peut-être sur la CTCUQ, des choses plus
spécifiques à dire au député.
Le Président: M. le ministre du Travail et de la
Main-d'Oeuvre.
M. Johnson: M. le Président, je n'ai pas à refaire
l'historique de ce conflit. Je n'ai pas à revoir non plus la
participation du ministère à travers ses services de conciliation
là-dedans. Certains d'entre vous et certains peut-être de nos
auditeurs ont peut-être vu le débat entre le négociateur
patronal et le négociateur syndical à la télévision
de Québec vers à peu près 11 heures hier soir. On aura
été en mesure, je pense, de constater, en apparence, le fait
qu'il s'agit de positions à peu près irréconciliables.
Sauf qu'en
matière de relations de travail, je pense que cela n'existe pas,
intrinsèquement, des positions irréconciliables et qu'à un
moment donné, il va falloir quelque part que le bon sens triomphe,
là comme dans d'autres choses dans notre société.
Le problème central demeure celui des occasionnels. Je suis
informé par M. Duchesne et M. Saint-Onge, qui sont les deux
conciliateurs au dossier, qui rencontrent aujourd'hui même, cet
après-midi, à 4 heures, certains des représentants dans ce
conflit, que le dossier peut cheminer sur cette question des occasionnels, et
je le souhaite. Mais il faudra dans les deux cas que, d'une part, la Commission
de transport de la Communauté urbaine de Québec accepte qu'elle
ne pourra pas atteindre l'objectif tel qu'elle l'a défini au
départ sur les occasionnels, et il faudra sans doute, également,
que le syndicat accepte qu'à partir du moment où on garantit aux
quelque 500 chauffeurs d'autobus qui sont là un minimum très
clair quant à leurs droits, quant à la protection de leur emploi,
il faudra peut-être aussi qu'ils acceptent une certaine souplesse dans la
formule qui sera proposée.
Le Président: M. le député de Portneuf.
M. Pagé: Question additionnelle. On est conscient et on
est au fait du dossier. Nous sommes pertinemment informés que les
parties ont chacune leurs positions et elles semblent être bien assises
sur ces positions. A cela, le ministre du Travail nous répond qu'il
espère et souhaite le triomphe du bon sens. Ce n'est pas le triomphe du
bon sens, que j'attends; j'attends que le ministre du Travail...
Des Voix: Question!
Le Président: M. le député de Portneuf, s'il
vous plaît! Vous aviez une question à formuler.
M. le ministre du Travail et de la Main-d'Oeuvre.
M. Johnson: Brièvement, simplement, juste au cas
où...
M. Pagé: J'en arrive à ma question additionnelle,
M. le Président.
Le Président: M. le ministre du Travail et de la
Main-d'Oeuvre, juste un moment. J'espère qu'elle sera brève,
cette fois-là, M. le député de Portneuf.
M. Pagé: Ne croyez-vous pas, M. le ministre, que,
plutôt que d'attendre le triomphe du bon sens, vous devriez intervenir
personnellement dans le dossier et prendre vos responsabilités comme
ministre du Travail, ce à quoi vous vous étiez engagé
avant les élections, avant le 15 novembre 1976?
M. Johnson: Je pense que les efforts déployés par
le ministère dans ce dossier sont exceptionnels. J'ai déjà
eu l'occasion de le dire ici, en Chambre: C'est un des conflits les plus
difficiles que j'ai vus depuis vingt mois que je suis au ministère du
Travail et de la Main-d'Oeuvre du Québec. C'est un des conflits les plus
complexes parce qu'on sait que, dans le cas des horaires, dans le cas des
conditions de travail des chauffeurs d'autobus des communautés urbaines
au Québec, c'est extrêmement compliqué et il y a d'ailleurs
un passé dans ce domaine qui n'est pas simple.
M. le Président, si vous me le permettez, à partir du
moment où j'ai dit qu'il y avait une rencontre cet après-midi
à 16 heures, on ne lancera pas dans le décor des attitudes qui
pourraient peut-être mettre en péril le bon fonctionnement normal
de cette négociation. Je voudrais simplement rappeler au
député de Portneuf, en terminant puisqu'il n'a pas l'air
d'en être sûr que ce n'est pas le gouvernement du
Québec ou le ministère du Travail ou le ministère des
Transports qui est responsable de ce dossier; c'est la Commission de transport
de la Communauté urbaine de Québec.
M. Pagé: Ce n'est pas votre faute, jamais!
M. Johnson: Qu'on le comprenne bien, c'est la Commission de
transport de la Communauté urbaine de la ville de Québec ou de la
région de Québec qui est l'employeur et non pas le gouvernement
du Québec.
Le Président: M. le leader parlementaire de l'Union
Nationale.
M. Bellemare: Merci. J'aurais une question supplémentaire
à poser à l'honorable ministre sur le même sujet. Je ne
voudrais pas que sa réponse ait le même succès que dans le
cas de la Commonwealth Plywood parce que commission parlementaire et
intervention du ministre n'ont rien donné encore. Si l'honorable
député de Portneuf...
Une Voix: Question!
M. Bellemare: ... vient, assez vertement, de semoncer le
ministre, c'est parce qu'il n'y a rien de fait actuellement dans les
négociations.
Des Voix: Question! A l'ordre!
M. Bellemare: Je vous demanderais, M. le Président, si
j'ai le droit de parole dans cette Chambre.
Le Président: A l'ordre, s'il vous plaît!
M. le leader parlementaire de l'Union Nationale, la même remarque
vous est faite à vous. J'ai essayé de calculer le temps pour que
votre formation politique puisse aussi, comme vous le réclamez souvent,
poser des questions. Je vous invite à formuler votre question le plus
brièvement possible.
M. Bellemare: Vous êtes très indulgent. J'aimerais
bien que ces ouaouarons se taisent aussi! Ma question au ministre est celle-ci:
Quand et comment va-t-il le régler? C'est urgent pour la population.
Quand et comment va-t-il le régler? Il
dit qu'il y a des gens qui s'occupent du dossier. Quand et comment
va-t-il le régler?
Le Président: Très bien. A l'ordre, s'il vous
plaît!
M. le leader parlementaire de l'Union Nationale, puis-je vous
référer, pour obtenir votre collaboration, aux dispositions de
l'article 27 de notre règlement.
M. le ministre du Travail et de la Main-d'oeuvre.
M. Johnson: M. le Président, je pense que j'ai
répondu à cette question tout à l'heure. Je pense que j'ai
répondu, par anticipation, à la question du député
de Johnson tout à l'heure quand j'ai dit qu'il y avait une rencontre cet
après-midi, que les deux conciliateurs au dossier seraient à
cette rencontre avec l'une des parties, qu'effectivement cela progresserait
dans les meilleurs délais, et qu'on fournit toute l'énergie
possible, concevable et imaginable! Evidemment, si le député de
Johnson et le député de Portneuf ont des solutions miracles, ils
seront les bienvenus!
Des Voix: Vous en aviez avant le 15 novembre!
M. Biron: M. le Président...
Le Président: M. le chef de l'Union Nationale.
Implantation d'un casino au Québec
M. Biron: Ma question s'adresse au ministre des Finances, Le 12
décembre dernier, j'ai questionné le ministre des Finances et le
ministre du Tourisme à propos de l'implantation d'un casino au
Québec, possiblement sur le paquebot France. Le ministre des Finances
avait répondu qu'il avait reçu, la semaine d'avant, un rapport,
une étude sur l'implantation de ce genre de casino au Québec. Il
nous a dit: L'étude a sept pouces d'épais, je vais lire un pouce
par semaine, pendant sept semaines. Cela fait déjà quatorze
semaines! Il a peut-être lu un demi-pouce par semaine. Quelles sont les
principales recommandations de ce rapport, et quand ce rapport sera-t-il rendu
public?
Le Président: M. le ministre des Finances.
M. Parizeau: M. le Président, le chef de l'Union Nationale
me précède de 24 heures. J'avais l'intention j'ai toujours
l'intention de le déposer ici et de le rendre public demain.
Le Président: M. le chef de l'Union Nationale.
M. Biron: Est-ce que, quand même, on peut savoir du
ministre quelles sont les principales recommandations ou l'orientation de ce
rapport, jusqu'à un certain point? Et est-ce qu'il est exact que les
promoteurs du paquebot France n'attendent que le feu vert du gouvernement avant
de décider de s'installer à Montréal, et qu'une des causes
de piétinement est, encore une fois, un conflit entre Ottawa et
Québec pour savoir la juridiction sur les casinos? Qu'est-ce que le gou-
vernement attend, d'autant plus qu'il a reçu l'appui, il y a
déjà quelques semaines, de l'Association des hôtels du
Montréal métropolitain qui ont signifié, au ministre du
Tourisme en particulier, leur appui inconditionnel à la venue de
paquebot France à Montréal pour en faire un casino?
Le Président: M. le ministre des Finances.
M. Parizeau: M. le Président, je préférerais
quand même qu'on ait déposé le rapport avant d'en faire des
commentaires; on n'a que 24 heures à attendre. Pour être plus
spécifique dans ma réponse, il n'y a pas vraiment de
problèmes de nature fédérale-provinciale dans ce dossier.
Il faut bien que, de temps à autre, il y ait un dossier où il n'y
a pas de problèmes fédéraux-provinciaux! C'est une
question essentiellement de fond, il s'agit de savoir si on veut, dans une
grande ville, d'un casino, flottant ou pas. Je pense que ce ne serait pas
mauvais que tout le monde ait la possibilité de regarder le rapport et
qu'ensuite on puisse le commenter. (15 h 40)
M. Biron: Je voudrais poser une question additionnelle au
ministre du Tourisme. Est-il exact que les promoteurs du paquebot France
prédisent qu'on pourrait attirer jusqu'à 22 millions de visiteurs
par an à Montréal si on avait un tel casino? Ce sont des
prévisions que j'ai lues, quelque part, dans un journal de
Montréal, il y a déjà une semaine ou deux. Est-il exact
aussi que si le feu vert avait été donné au cours de
l'hiver, il y a quelques mois, on aurait pu, au Québec, confier la
réparation ou les modifications de ce paquebot à un chantier
maritime, tel que Davie, à Lauzon, et cela aurait pu apporter à
peu près $40 millions de travaux à ce chantier maritime et
à ses travailleurs.
Le Président: M. le ministre des Finances. Une Voix:
Le ministre du Tourisme.
Le Président: M. le ministre du Tourisme, de la Chasse et
de la Pêche.
M. Duhaime: M. le Président, il ne faudrait quand
même pas commencer à monter un bateau avec le France!
Des Voix: Ah, ah!
M. Duhaime: D'abord, à la première question, je
n'ai pas souvenir d'avoir vu dans la proposition de TAG International qu'on
avait chiffré par 22 millions par année le nombre de touristes,
sauf que c'est un chiffre qui m'aurait sûrement frappé et je
l'aurais jugé absolument impossible. Deuxièmement, vous avancez
un montant de $40 millions. Je comprends dans votre question que cela pourrait
impliquer le coût des réparations à être
effectuées. Je vous rappelle que le navire a été
payé, au mieux de nos informations, entre $22 millions et $25 millions
et le seul chiffre que j'ai entendu quant à un coût de
réparations était tout au plus d'une dizaine de millions de
dollars.
M. Biron: Question additionnelle, M. le Président, une
dernière question.
Le Président: M. le chef de l'Union Nationale, une
dernière question.
M. Biron: Je ferai remarquer au ministre que les informations que
je possède étaient dans le journal La Presse du 29 mars et on dit
bien ici que le président de TAG a dit que le France attirerait 22
millions de visiteurs par an, soit cinq fois la clientèle du stade
olympique, et on dit aussi que, pour les réparations, cela
coûterait $40 millions. C'est bien dit là-dessus. J'ai
demandé au ministre si dans ses discussions avec les promoteurs il a
été question de ces chiffres; oui ou non?
Le Président: M. le ministre du Tourisme, de la Chasse et
de la Pêche.
M. Duhaime: Je voudrais vous rappeler, M. le Président, et
au député de Lotbinière et chef de l'Union Nationale qu'il
y a un journal de Paris qui a également rapporté que M. Kaissy
avait fait une conférence de presse et qu'effectivement le France s'en
venait à Montréal. Non, je n'ai pas de commentaires à
formuler sur les écritures du journal La Presse. Je pense que les
renseignements étaient inexacts.
Le Président: M. le député de
Charlevoix...
M. Mailloux: Supplémentaire...
Le Président: ... une question additionnelle.
M. Mailloux: ... au ministre des Finances. Est-ce que j'ai bien
compris tantôt du ministre des Finances qu'il n'y avait pas de
problème avec un autre ordre de gouvernement et est-ce que, pour un
casino, il n'est pas nécessaire que le Code criminel soit amendé
avant que de tels jeux puissent être permis au Québec?
Le Président: M. le ministre des Finances.
M. Parizeau: C'est exact, M. le Président. Il y a certains
jeux de hasard qui, à l'heure actuelle, sont autorisés en vertu
du Code criminel. Il y a d'autres jeux de hasard qui sont interdits et,
éventuellement, j'imagine bien que le Code criminel sera amendé
ou il ne sera pas amendé, mais tout ce que je veux dire ici, c'est qu'il
n'y a pas de conflit fédéral-provincial au sujet du
"blackjack".
Le Président: M. le député de
Gaspé.
Ordonnance contre une secte établie en
Gaspésie
M. Le Moignan: M. le Président, je voudrais adresser ma
question au ministre de la Justice. Etant donné la complexité du
dossier, vous me permettrez un bref et rapide préambule pour situer les
faits. Les journaux ont fait état depuis quelque temps d'une secte
établie en Gaspésie qui regroupe cinq filles et onze hommes, un
enfant de deux ans et, dernièrement, trois bébés, fruits
de la prière, probablement.
Des Voix: Ah!
M. Le Moignan: Cette secte est dirigée par un certain M.
Thériault qui se désigne sous le nom de Moïse. Ces personnes
demeurent sur les terres de la couronne avec la permission du gouvernement, je
présume. Jusqu'à dernièrement, tout allait bien. On avait
prédit la fin du monde. Cela avait inquiété beaucoup de
gens et la fin du monde ne s'est pas produite.
Mais le 15 mars dernier, des parents se sont inquiétés du
sort de leur fille malade. En vertu d'une ordonnance de la cour qui oblige la
jeune fille à subir un traitement, on est allé sur place et le
monsieur Moïse en question a refusé de livrer la jeune fille
à la Sûreté du Québec. Il a dit qu'il se
barricaderait dans sa forteresse. Maintenant, comme la Sûreté du
Québec a insisté, il semblerait qu'on ait voulu négocier
et que Moïse aurait refusé.
Je voudrais savoir du ministre de la Justice s'il a été
mis au courant de cette situation et, deuxièmement, s'il entend prendre
des mesures pour faire respecter l'ordre de la cour. Je voudrais avertir le
ministre que les parents sont décidés à prendre
eux-mêmes les grands moyens si le gouvernement ne veut pas agir dans ce
dossier. J'aimerais avoir la première réaction du ministre.
Le Président: M. le ministre de la Justice.
M. Bédard: M. le Président, il est exact que des
parents ont obtenu une ordonnance de la cour pour amener une dame qui doit
subir un examen médical. Dans ce dossier, il y a certaines
difficultés auxquelles le député a fait allusion. Il y a
nécessité de prendre certaines précautions. Il est
évident que la Sûreté du Québec a l'intention
d'exécuter le mandat en question, mais au moment le plus
approprié.
Effectivement, vendredi dernier, des hauts fonctionnaires du
ministère de la Justice et de la Sûreté du Québec
ont rencontré, ici à Québec, les parents et leur ont
brossé un état de la situation et de certaines difficultés
que nous rencontrons. Dès que les circonstances seront
appropriées, le mandat sera exécuté.
M. Le Moignan: Une question additionnelle, M. le
Président.
Le Président: M. le député de
Gaspé.
M. Le Moignan: Parfois, il y a des titres de journaux qui font
peur au monde. La preuve, c'est celui de la Presse de vendredi dernier:
Moïse refuse de laisser partir la jeune fille. On craint un suicide
collectif". Alors, peut-être pour enlever, dans la population, cette
peur, étant donné que tout le monde a lu ce journal, quels sont
les
moyens que le ministre de la Justice devra prendre pour éviter
une telle catastrophe? J'espère qu'elle ne se produira pas.
M. Bédard: Je me demande simplement jusqu'à quel
point le député aide le dénouement du dossier en portant
à la connaissance de l'Assemblée nationale et de la population
les titres de journaux. Je pense que cela illustre un peu le genre de
difficultés auxquelles je faisais allusion tout à l'heure. Il est
clair que ce n'est pas une opération policière qui va se
régler par la prière; c'est une opération policière
qui, j'espère, va se régler le plus rapidement possible dans
l'intérêt des parents et des personnes concernées, mais au
moment approprié.
Le Président: M. le député de
Beauharnois.
Conflit à la Union Carbide de
Beauharnois
M. Lavigne: M. le Président, ma question s'adresse au
ministre du Travail et de la Main-d'Oeuvre. Je crois qu'il vient tout juste de
sortir... Le voici. On va lui donner le temps de prendre son siège, M.
le Président.
Ma question s'adresse au ministre du Travail et de la Main-d'Oeuvre, en
rapport avec le conflit qui sévit à Beauharnois à la
compagnie Union Carbide. On sait qu'avant le 25 novembre dernier les deux
parties se sont rencontrées pour essayer de régler le conflit par
un autre moyen que la grève. Les rencontres ont été
vaines. Maintenant, depuis le 25 novembre, 350 travailleurs de mon comté
sont en grève. Je voudrais, M. le ministre, que vous puissiez me faire
un portrait de la situation présentement.
Le Président: M. le ministre du Travail et de la
Main-d'Oeuvre...
M. Johnson: M. le Président, oui.
Le Président: Puis-je vous demander d'être le plus
bref possible?
M. Johnson: Oui, je veux bien essayer, M. le
Président.
M. Marchand: Une autre grève.
M. Johnson: Mais on ne peut rien promettre. M. le
Président, brièvement. Vous comprendrez évidemment que les
interruptions constantes du député de Laurier rendent un peu
difficiles un travail sérieux en cette Chambre. Je l'entends dire que
c'est comme cela dans toutes les grèves. C'est intéressant car
Statistique Canada, qu'on ne peut quand même pas accuser d'être
manipulée par le PQ et les ogres, vient de démontrer qu'au
Québec, pour l'année qui vient de se terminer, il y a un
pourcentage appréciable...
Une Voix: Combien de jours-homme?
M. Johnson: ... du nombre de jours-homme qui a diminué par
rapport à l'Ontario; ce qui est une différence marquée par
rapport aux cinq dernières années. J'espère qu'on va le
comprendre.
M. Marchand: ... il y a moins de grèves. (15 h 50)
Le Président: A l'ordre, s'il vous plaît! M. le
député de Laurier, puis-je compter sur votre collaboration, s'il
vous plaît?
M. le ministre du Travail et de la Main-d'Oeuvre.
M. Johnson: M. le Président, dans le cas de la Union
Carbide, il s'agit, en effet, d'un conflit qui implique 350 travailleurs
à cette compagnie du comté de Beauharnois dont le
député vient de parler. C'est une négociation qui
s'inscrit dans un "pattern", encore une fois; donc, cela la rend difficile
parce qu'il y a des éléments qui touchent d'autres entités
ailleurs, dans certains cas à l'extérieur du Québec.
Deuxièmement, il y a eu, comme on le sait, un accident qui est
survenu à cette entreprise il y a quelques semaines et qui a fait que
beaucoup de choses ont retardé à cause de cela, qu'on ne semblait
peut-être pas aussi prêt à s'affairer à
négocier; on était beaucoup plus préoccupé par les
dégâts considérables qui ont été
causés par cet accident à l'entreprise.
Finalement, il y a une autre difficulté assez considérable
celle-là, c'était de permettre au niveau de la table de
négociation la mise en présence, tant du côté
patronal que syndical, d'interlocuteurs que les uns et les autres semblaient
souhaiter. Ce sont des choses qui arrivent lors d'une négociation.
Ceci dit, concrètement, les deux conciliateurs au dossier sont
maintenant M. Crevier et M. Tremblay depuis déjà quelques
semaines et une rencontre est prévue pour demain matin.
Le Président: Mme le député de L'Acadie.
Ensuite, je reconnaîtrai M. le député de Rouyn-Noranda.
Mécontentement dans les CEGEP
Mme Lavoie-Roux: M. le Président, en l'absence du ministre
de l'Education, je vais adresser ma question au premier ministre. Je m'excuse
auprès du premier ministre qui s'apprêtait à sortir pour
des raisons sérieuses, j'en suis convaincue. J'aurais surtout voulu
permettre au ministre de l'Education de poursuivre son périple en Chine
en toute quiétude d'esprit, mais je pense que la question devient assez
sérieuse. On se rappellera qu'en décembre la grande
majorité des CEGEP du Québec a subi une grève suite au
débrayage relié au problème des prêts et bourses.
Présentement, il y a un autre mouvement qui se dessine dans les CEGEP
et, cette fois-ci, il est dû au mécontentement des enseignants
face à l'avis de non-réengagement d'environ 500 enseignants au
Québec.
Hier, le CEGEP de Sainte-Foy était en grève; il
était encore en grève aujourd'hui. Le CEGEP de Montmorency est en
grève pour les mêmes raisons et le CEGEP Dawson. Ce dont il faut
se souvenir, c'est que, le printemps dernier, ce même problème a
existé et les CEGEP ont connu un certain nombre d'entre eux
pendant plusieurs semaines dans certains cas, des remous assez
sérieux, des débrayages et des occupations.
Ma question précise au premier ministre, c'est: Qui a le dossier
en main présentement et...
Des Voix: Le ministre est en Chine.
Mme Lavoie-Roux: Qui a le dossier en main présentement au
gouvernement et quel examen ait-on fait de ce problème depuis l'an
dernier, puisque c'est exactement la même situation qui se
répète? Encore une fois, si on se mettait aussi à compter
les jours de grève que les étudiants subissent, cela ferait
peut-être monter la moyenne. A tout événement, que se
fait-il dans la situation présente?
Le Président: M. le premier ministre.
M. Lévesque (Taillon): Ma réponse va être
beaucoup plus brève, tout en remerciant le député d'avoir
dessiné le portrait général, que la question et ne sera
mêlée d'aucune chinoiserie. Il faut qu'on prenne avis de la
question; le dossier est évidemment suivi au ministère et le
ministre d'Etat au développement culturel, à la place de notre
collègue, le ministre de l'Education je prends avis pour lui
pourra donner la réponse la meilleure dont on dispose, demain, au
début de la séance.
Le Président: M. le député de
Rouyn-Noranda.
M. Lavoie: M. le Président, une question additionnelle,
très courte. Quand prévoyez-vous le retour du ministre de
l'Education de la Chine?
M. Charron: II est parti pour dix à douze jours avec
d'autres collègues...
M. Lamontagne: Qu'est-ce qu'il va faire en Chine, le ministre de
l'Education?
M. Charron: Je vais vous répondre.
M. Lévesque (Taillon): Là, par exemple...
M. Lamontagne: II serait bien mieux de s'occuper des CEGEP.
M. Charron: Le ministre de l'Education...
Le Président: M. le député de Roberval, un
instant, s'il vous plaît! Je vous signale, M. le député de
Roberval, que, par votre intervention, il est possible qu'un collègue
soit privé d'une question.
M. Lévesque (Taillon): M. le Président, je trouve
cela un peu abusif. C'est bien beau de faire des préambules ou alors des
commentaires qui prennent la forme de petits discours instantanés au
point de vue politique pour atteindre, en faussant les faits, l'opinion
publique.
Avec d'autres ministres de l'Education du Canada et sauf erreur,
à l'invitation de autorités chinoises, avec d'autres ministres de
l'Education du Canada, il est allé visiter, pour la première
fois, un pays qui vient de s'ouvrir aux relations avec l'Occident, qui
intéresse puissamment pas mal de nos collègues au point de vue
économique. Je me souviens de questions insistantes à propos de
l'Hydro, etc. du député de Lotbinière. C'est un pays
également qui a plusieurs milliers de jeunes, après tout ce qui a
accompagné, si vous voulez, la transition entre le régime qui est
fini, enfin, le régime personnel qui est disparu et celui d'aujourd'hui,
qui a des milliers et des milliers de jeunes qu'il a l'intention d'envoyer dans
plusieurs pays de l'Occident pour compléter leur formation. Il est
question qu'au Canada il y ait un certain nombre de ces milliers, aussi des
arrivages probables au Québec. Il est assez normal qu'un pays d'environ
un milliard d'habitants, qui a besoin de refaire des cadres parmi ses jeunes
générations qui, pour la première fois, s'ouvrent à
la possibilité d'entraînement à l'Occident, puisse avoir le
goût de se renseigner auprès de ministres de l'Education
extérieurs.
Le Président: M. le député de
Rouyn-Noranda.
Soins chiropratiques aux assistés
sociaux
M. Samson: M. le Président, j'adresse ma question au
ministre des Affaires sociales. Cela fait suite à une question que
j'avais l'occasion de lui poser le 15 mars dernier à laquelle le
ministre voulait tenter de me donner une réponse la semaine qui suivait.
Il s'agit de la possibilité de rendre les soins chiropratiques gratuits
pour une certaine partie de la population, dont les accidentés du
travail et les accidentés de la route et peut-être même
étendre ce type de soins aux assistés sociaux du Québec.
Est-ce que le ministre est en mesure aujourd'hui de me dire, à la suite
des questions posées le 15 mars dernier, s'il a eu le temps de prendre
connaissance du dossier et où en sont rendues maintenant les
négociations entre le gouvernement et l'Ordre des chiropraticiens du
Québec ou l'association?
Le Président: M. le ministre des Affaires sociales.
M. Lazure: M. le Président, effectivement, j'ai
reçu un rapport de notre groupe au ministère qui a entamé
des négociations avec l'Association des chiropraticiens. Il y a eu
effectivement deux rencontres formelles: une, le 20 septembre et l'autre, le 19
octobre 1978. Les chiropraticiens voulaient être informés d'un
certain nombre de choses et,
rapidement, j'en énumère quelques-unes: l'assise
légale des négociations; deuxièmement, la couverture des
soins négociés; troisièmement, la
rémunération des soins; quatrièmement, le lieu de
dispensation des soins. Sur chacun des points, il y a eu échange de part
et d'autre. On a émis des hypothèses. Les chiropraticiens nous
ont dit: Ne nous appelez pas, nous allons vous appeler. Les chiropraticiens
sont en train d'approfondir certaines hypothèses et, raison encore plus
majeure, si vous voulez, qui explique un certain délai, c'est qu'ils ont
tenu leur congrès le 31 mars, il y a quelques jours, et à cette
occasion, ils devaient proposer à leurs membres certains
paramètres ou certaines grandes orientations de négociations et,
ensuite, reprendre les pourparlers avec nos représentants.
M. Samson: M. le Président, est-ce que...
Le Président: M. le député de
Rouyn-Noranda.
M. Samson: Le ministre peut-il me dire si, compte tenu des
délais qui sont encourus depuis que la Commission des accidents du
travail, par exemple, remboursait les chiropraticiens pour les services
donnés aux accidentés du travail, il n'y aurait pas lieu de
revoir au moins cette partie du dossier? Les accidentés du travail,
jusqu'à il y a environ un an, pouvaient bénéficier des
soins chiropratiques, remboursés par la Commission des accidents du
travail. Est-ce qu'on ne pourrait pas au moins permettre encore ce
remboursement en attendant que le dossier puisse être réglé
plus complètement?
Le Président: M. le ministre des Affaires sociales.
M. Lazure: M. le Président, je pense que si on veut une
réponse bien brève, c'est non. Ce n'est pas possible, pour toutes
sortes de raisons. Le gouvernement n'avait pas adopté comme politique de
rendre gratuits pour quelque groupe de la population que ce soit les soins
chiropratiques. Il s'était établi une pratique, cela
n'était pas le gouvernement effectivement, c'était la Commission
des accidents du travail qui avait établi une pratique, pendant un
certain temps, où les accidentés du travail étaient
remboursés pour des frais de chiropratique. Cette pratique a
été suspendue. Je pense que ce n'est pas l'endroit ou le temps
d'en discuter les motifs ici, mais je redis au député de
Rouyn-Noranda que, quant à nous, au ministère, nous sommes
prêts à entreprendre un rythme rapide de négociation, nous
avons conclu des ententes négociées avec six groupes de
professionnels depuis un an et demi et nous sommes prêts à en
conclure une avec les chiropraticiens. (16 heures)
Le Président: M. le député de Berthier,
j'essaierai de vous reconnaître à une prochaine occasion,
probablement demain. Avant de mettre un terme à la période de
questions, je voudrais inviter
M. le ministre des Finances à compléter une
réponse, je crois, à une question qui lui a été
formulée antérieurement.
M. le ministre des Finances.
M. Lavoie: S'agit-il d'une réponse brève? Autrement
nous allons proposer qu'elle soit donnée demain.
M. Parizeau: Très brève. M. Lavoie: Bon.
Acquisition de l'Asbestos Corporation
M. Parizeau: M. le Président, suite à la question
du député de Saint-Laurent concernant les poursuites
dirigées contre la société Asbestos, j'aimerais
déposer les documents suivants qui sont, d'une part, une lettre
envoyée à M. Maurice Taschereau, président de la
société Asbestos, par le sous-ministre des Finances et, d'autre
part, la réponse de M. Taschereau.
Le Président: Documents déposés.
M. le ministre délégué à l'énergie
m'a également indiqué qu'il avait une réponse. Je lui ai
posé la question, il paraît qu'elle est très très
courte. Quant à M. le ministre du Tourisme, de la Chasse et de la
Pêche, je voudrais vous inviter à apporter votre complément
de réponse après la période des questions de demain.
M. le ministre délégué à
l'énergie.
Réacteurs atomiques de Gentilly
M. Joron: Merci, M. le Président, la réponse est
courte en effet, mais je pense qu'elle est d'intérêt pour la
population, ces jours-ci. C'est à la suite de la question posée
hier par le député de Richmond quant aux mesures de
sécurité qui sont prises à Gentilly.
On a eu l'occasion hier d'expliquer comment le premier réacteur
commercial de l'Hydro-Québec serait en activité dans deux ans. On
n'a pas eu l'occasion de mentionner ce qui arrivait au réacteur de
Gentilly I, propriété d'Energie atomique du Canada, qui a
été sporadiquement en activité depuis huit ans. Depuis
huit ans, ce réacteur a fonctionné pendant un total de 167 jours.
Il ne fonctionne pas au moment où on se parle et les techniciens
préparent des programmes de mise en service. Ces mises en service sont
quelque chose de graduel, elles prennent un certain temps et la réaction
en chaîne ne se produit que lorsque le réacteur atteint 1% de sa
capacité. Ensuite, plus on augmente sa capacité, à
différentes étapes, à 5%, par exemple, à 10%, il y
a des contrôles qui sont effectués et ce n'est que quand le
réacteur est à 40% de sa capacité que le réseau
électrique de Hydro-Québec peut être alimenté.
Chacune de ces étapes, tout cela se déroule, toujours,
bien entendu, à l'intérieur des normes et sous la supervision de
la Commission canadienne de contrôle de l'énergie atomique. Vous
savez
qu'au Canada ces mesures de sécurité relèvent d'une
loi fédérale et c'est sous l'égide et sous l'oeil de cette
commission que tout cela se déroule.
Pour terminer, rappelons tout simplement qu'en Ontario, où huit
ou neuf réacteurs existent, l'an dernier, le gouvernement de l'Ontario
avait mandaté une commission pour faire une enquête sur la
sécurité, la commission Porter, qui a depuis soumis son rapport
et s'est déclarée satisfaite des normes de la commission
canadienne.
Le Président: M. le député de
Nicolet-Yamaska, puisque c'est la journée des députés,
est-ce que vous pourriez retenir votre question jusqu'à demain?
M. Fontaine: M. le Président, cela concerne le même
sujet et cela va être très bref.
Le Président: Je le sais, mais si ce n'est pas urgent,
pour ne pas priver les autres.
M. Fontaine: Oui, M. le Président.
Le Président: II y a consentement, M. le
député de Nicolet-Yamaska.
M. Fontaine: Merci, M. le Président.
J'ai parlé au directeur de l'usine ce matin et il m'a dit que
l'usine serait en activité d'ici trois à cinq semaines. Le
ministre peut-il confirmer cela et, à ce moment, est-ce qu'il
accepterait, tel que proposé par le député de Richmond
hier, de convoquer une commission parlementaire pour donner les explications
à la population face à cette situation?
M. Joron: M. le Président, tel que je viens de l'indiquer
préalablement dans mon complément de réponse,
effectivement, dans les semaines qui viennent, on va procéder à
des programmes de démarrage semblables, des programmes de
démarrage qui sont à chaque étape sous le contrôle
de la commission canadienne. On a enquêté l'année
dernière en Ontario, où on a révisé toutes ces
mesures, et on s'en est déclaré satisfait.
Je rappelle encore une fois au député qu'il ne faudrait
pas imputer au gouvernement du Québec des responsabilités
constitutionnelles qu'il n'a pas. C'est en vertu d'une loi
fédérale que le gouvernement fédéral, par sa
commission de contrôle, exerce le mandat de voir à la
sécurité. Si on n'en est pas satisfait, je pense que c'est
à eux qu'il faudrait s'adresser.
Quant à nous, nous ne voyons aucune raison qui justifierait une
convocation d'une commission parlementaire spéciale.
Le Président: Nous en sommes maintenant aux motions non
annoncées et à l'enregistrement des noms sur les votes en
suspens. Je vais demander qu'on appelle les députés puisqu'il y a
une demande de vote enregistré sur la motion de deuxième lecture
du ministre des Affaires municipales proposant que le projet de loi no 119, Loi
constituant certaines municipalités dans l'Outaouais, soit maintenant lu
la deuxième fois. Qu'on appelle les députés!
Suspension à 16 h 6
Reprise à 16 h 11
Projet de loi no 119 Mise aux voix de la
deuxième lecture
Le Président: A l'ordre, s'il vous plaît! Veuillez
prendre vos places!
J'appelle maintenant la mise aux voix de la motion
présentée par M. le ministre des Affaires municipales proposant
que le projet de loi no 119, Loi constituant certaines municipalités
dans l'Outaouais, soit maintenant lu la deuxième fois.
Que ceux et celles qui sont en faveur de cette motion de deuxième
lecture veuillent bien se lever, s'il vous plaît!
Le Secrétaire adjoint: MM. Charron, Burns, Bédard,
Laurin, Morin (Louis-Hébert), Parizeau, Marois, Landry, Léonard,
Couture, Bérubé, Mme Ouellette, M. O'Neill, Mme Cuerrier, MM. de
Belleval, Joron, Mme Payette, MM. Johnson, Proulx, Duhaime, Lessard, Lazure,
Garon, Vaugeois, Martel, Paquette, Vaillancourt (Jonquière), Marcoux,
Chevrette, Bertrand, Michaud, Rancourt, Laberge, Grégoire, Guay,
Lefebvre, Bisaillon, de Bellefeuille, Marquis, Ouellette, Gosselin, Clair,
Brassard, Godin, Lavigne, Oussault, Boucher, Beauséjour, Desbiens,
Bordeleau, Charbonneau, Gravel, Lèvesque
(Kamouraska-Témiscouata), Jolivet, Biron, Bellemare, Grenier, Goulet,
Fontaine, Brochu, Dubois, Le Moignan, Cordeau, Samson.
Le Président: Que ceux et celles qui sont contre cette
motion veuillent bien se lever, s'il vous plaît!
Le Secrétaire adjoint: MM. Levesque (Bonaventure), Lavoie,
Lalonde, Mailloux, Goldbloom, Larivière, Ciaccia, Mme Lavoie-Roux, MM.
Raynauld, Lamontagne, Giasson, Blank, Caron, O'Gallagher, Picotte, Marchand,
Gratton, Pagé, Verreault.
Le Président: Que ceux et celles qui désirent
s'abstenir veuillent bien se lever, s'il vous plaît!
Le Secrétaire: Pour: 64 Contre: 19
Abstentions: 0
Le Président: Alors, la motion est adoptée. M. le
leader parlementaire du gouvernement.
Renvoi à la commission des affaires
municipales
M. Charron: M. le Président, je voudrais faire motion pour
déférer ce projet de loi à la commis-
sion parlementaire des affaires municipales pour étude article
par article.
Le Président: Cette motion sera-t-elle adoptée?
Des Voix: Adopté. Le Président:
Adopté.
M. Charron: Avant de donner les avis à la Chambre, M. le
Président...
Question de privilège
Erreur sur la
personne
Le Président: Oui, M. le leader parlementaire du
gouvernement. Excusez-moi. Avant de procéder aux avis à la
Chambre, je voudrais donner lecture d'une communication qui m'a
été adressée le 4 avril 1979: "M. le Président,
conformément à l'article 49 de notre règlement, je vous
donne avis par la présente que j'entends soulever, dès
aujourd'hui, une question de privilège suite à un article et
à une photographie qui ont été publiés dans
l'édition de ce jour, le 4 avril 1979, du journal The Gazette, de
Montréal. A cause d'une erreur dont s'est rendue coupable The Gazette,
mes droits et privilèges de député ont été
violés. Veuillez agréer, M. le Président, l'expression de
mes meilleurs sentiments." Et c'est signé de M. Henri-E. Laberge,
député de Jeanne-Mance.
M. le député de Jeanne-Mance, brièvement, s'il vous
plaît.
M. Henri Laberge
M. Laberge: M. le Président, je ne voudrais pas être
long, mais dans un article de ce matin, publié en page 10 du journal The
Gazette, on dit: "Ambitious Union Populaire will settle for member two spot." A
côté de cet article, qui est très bien rédigé
d'ailleurs, mais qui ne me concerne pas, on publie ma photo avec un bas de
vignette qui indique mon nom, "Henri Laberge" et "vigourous campaign".
Evidemment, je n'ai aucune objection à ce qu'un citoyen porte le
même nom que moi, mon homonyme, si vous voulez, excepté que depuis
quelques mois, cet homonyme me crée certaines difficultés. Je
pense que je dois rectifier les faits aujourd'hui, d'autant plus que-Une
Voix: Lui avez-vous demandé, à lui, ce qu'il en pense?
M. Laberge: Oui, je suis d'accord avec vous que cela peut lui
créer autant de difficultés, excepté qu'il n'a pas le
même privilège... C'est son choix à lui et
évidemment, il n'a pas la même tribune que moi pour rectifier les
faits. Ce qui est arrivé, c'est que dans ma circonscription
électorale, depuis quelques mois, on me demande si j'ai changé
d'allégeance politique, et je suis obligé de rétablir les
faits souvent. Ce matin, l'article du journal qui décrit certains faits
avec ma photo à côté a provoqué plusieurs appels
téléphoniques. C'est pour cela que je dis: Ce n'est pas sa faute,
ni à ce M. Henri Laberge, ni à moi-même. On n'a pas choisi
ni l'un ni l'autre de porter le même nom. Simplement, je voudrais
rectifier que je suis Henri Laberge, député du Parti
québécois, élu en 1976, résidant...
Des Voix: Nous le savons.
M. Laberge: Vous le savez? Résidant de
Saint-Léonard depuis 15 ans. Je n'ai pas l'intention de changer
d'allégeance politique ni de résidence, et je désire qu'on
ne confonde ni ma photo, ni mes allégeances politiques avec un citoyen
du même nom qui habite à Charlesbourg et qui a ses droits de
citoyen libre lui aussi. Rectification ayant été faite,
j'espère, M. le Président, que cela permettra aux journaux de
faire attention dorénavant à publier les bonnes photos avec les
bons articles. En terminant, je voudrais vous dire que je n'ai aucunement
objection à ce qu'on publie ma photo dans les journaux, mais j'aime
toujours que cela accompagne les articles qui me concernent. Merci.
Le Président: Merci, M. le député de
Jeanne-Mance.
M. le leader parlementaire du gouvernement, aux avis à la
Chambre.
Avis à la Chambre Questions inscrites au
feuilleton
M. Charron: M. le Président, je voudrais apporter quelques
réponses à des questions qui sont au feuilleton. A la question no
6) de M. Cordeau, la réponse sera fournie par M. Bédard.
M. Bédard: Réponse déposée, M. le
Président, (voir annexe)
Le Président: Document reçu.
M. Charron: A la motion qui porte le numéro 55) au
feuilleton d'aujourd'hui au nom de M. Lavoie de Laval, le document sera
déposé par M. Burns.
M. Bédard: Au nom de M. Burns, je dépose le
document, M. le Président.
M. Charron: De même, à la motion numéro 57)
de M. Lavoie, la réponse venant de M. Burns, je demande à M.
Bédard de déposer le document.
M. Bédard: Au nom de mon collègue, je fais le
dépôt indiqué.
Le Président: Document reçu.
M. Charron: M. le Président, deux commissions
parlementaires de ministères différents se-
ront appelées à entamer, dès cet après-midi,
l'étude des crédits desdits ministères, soit le
ministère du Tourisme, de la Chasse et de la Pêche et le
ministère des Affaires municipales. Je donne donc avis que, demain
matin, de 10 heures à 12 h 30, ces deux commissions se réuniront
à nouveau. Je fais motion pour que cet après-midi, jusqu'à
18 heures, ces deux mêmes commissions entament tout de suite leur
travail.
Le Président: Est-ce que cette motion sera
adoptée?
Des Voix: Adopté. Le Président:
Adopté.
M. Charron: M. le Président, avant d'appeler l'article 37)
du feuilleton, j'aimerais donner un aperçu de l'ordre du jour des
travaux de la Chambre qui a été modifié comparativement
à ce que j'avais annoncé mardi, je crois. Cet après-midi,
nous allons disposer vers 17 h 45 de la motion au nom du chef de l'Opposition.
Demain après-midi, la journée sera entièrement
consacrée à la poursuite de même que la
soirée du débat sur le discours du budget. L'étude
du projet de loi 126 que j'avais annoncée pour aujourd'hui est
retardée à mardi prochain pour une raison que tous les
députés intéressés à cette importante
question comprendront. A la suite de 27 mémoires que nous avons
entendus, il y a lieu d'apporter des modifications que le ministre du Travail
et de la Main-d'Oeuvre veut annoncer dans son discours de deuxième
lecture. Comme nous ne nous sommes prononcés sur ces amendements que
tout récemment, je crois qu'il vaut mieux accorder ce délai
à l'étude de ce projet de loi, M. le Président. (16 h
20)
Le Président: Merci. Maintenant, à cause de
difficultés techniques, MM. les leaders parlementaires, puis-je
solliciter votre consentement pour l'avis pour les questions avec débat?
Il n'y aura pas vraisemblablement, il est même certain qu'il ne peut pas
y avoir de débat le 13 avril puisque ce sera Vendredi saint. La
prochaine question avec débat appartient normalement à la
formation de l'Union Nationale. Il semblerait qu'il soit difficile de donner un
avis immédiatement. Il ne sera pas possible de donner l'avis dans le
délai requis. C'est surtout votre consentement qu'il me faudrait, M. le
leader parlementaire du gouvernement, pour que l'avis puisse être
donné le 24, ce qui est tard. Je vous le signale, M. le leader
parlementaire de l'Union Nationale, pour le ministre qui ne sera
peut-être pas disponible. Enfin, il faudrait trouver un compromis pour
qu'un avis puisse être donné.
M. Charron: M. le Président, à cause de
l'importance de l'événement qui est retransmis à la
télévision pendant plusieurs heures et de la préparation
technique que cela exige si on ne veut pas que cela tourne à un simple
affrontement, mais que le débat avance, je crois que nous n'avons pas
c'est la sagesse de notre règlement actuel assez de deux
jours d'avis pour préparer un ministre et ses fonctionnaires à
donner des réponses adéquates. Si le député de
Johnson, mon collègue et leader de l'Union Nationale, me disait qu'il
s'engage à nous fournir cette question, qui sera débattue le 27
avril prochain, avant l'ajournement de Pâques, le 12 avril prochain, cela
nous conviendrait parfaitement.
M. Bellemare: C'est là tout le problème, M. le
Président. Il peut se produire, pendant la semaine de Pâques,
certains événements qui vont faire que la question avec
débat va être plutôt l'une que l'autre et nous attendons sur
cela certaine information que nous aurons pendant la période de
Pâques. C'est simplement pour cela. Si vous tenez absolument à le
savoir, je vais prendre toutes les précautions au monde pour essayer de
vous la livrer avant jeudi mais je pense que pendant la semaine je pourrai
avertir au moins le ministre concerné. Si on pouvait le faire le 24,
lors du retour après Pâques...
M. Charron: Je comprends que le député va faire
tout son possible pour nous la présenter avant le 12. S'il y a lieu de
prendre une autre décision, on le verra à ce
moment-là.
M. Bellemare: Très bien.
Le Président: Aux affaires du jour.
M. le leader parlementaire du gouvernement.
M. Charron: Je vous prierais d'appeler l'article 37) du
feuilleton d'aujourd'hui, M. le Président.
Motion priant le gouvernement de
préciser son option de
souveraineté-association
Le Président: J'appelle maintenant, pour le
deuxième mercredi, la reprise du débat sur la motion
présentée par le chef parlementaire de l'Opposition officielle:
"Que. de l'avis de cette Assemblée, le gouvernement devrait cesser
d'entretenir la confusion et l'équivoque autour de son option de
souveraineté-association".
Je crois que l'ajournement du débat avait été
réclamé par M. le député de Maskinongé.
M. le député de Maskinongé, vous avez la
parole.
M. Yvon Picotte
M. Picotte: M. le Président, inutile de vous mentionner
que je trouve très pertinente la motion du chef parlementaire du Parti
libéral, le député de Bonaventure, lorsqu'on dit que le
gouvernement actuel entretient la confusion concernant la
souveraineté-association. Faisons durant quelques minutes, puisque le
temps est quand même très limité, un peu d'histoire.
Souvenez-vous, il n'y a pas tellement longtemps et on ne retournera
pas aux calendes grecques que vers 1968, 1969, le chef actuel du
gouvernement, le premier ministre de la province de Québec, avait
été forcé d'une certaine façon de quitter !e Parti
libéral pour des raisons que je n'ai pas à énumérer
ici en cette Chambre. Comme notre premier ministre est opportuniste, je pense
qu'à ce moment-là, il fallait parce que le premier
ministre du Québec a beaucoup plus le goût du pouvoir que le
goût du Québec; il avait goûté à cela avec le
gouvernement précédent qu'il se trouve un palier, un parti
politique pour continuer d'avoir le goût du pouvoir. Une des belles
places où aboutir, c'était de rejoindre certains
indépendantistes. Je ne dis pas certains souverainistes, mais de
rejoindre les indépendantistes du Québec. Lorsque le
député de Bonaventure parle de confusion, je dois vous rappeler
certaines choses. On se rappelle que M. Doris Lussier, communément
appelé le Père Gé-déon, avait fabriqué toute
une stratégie référendaire dans le but de gagner le
référendum et dans le but aussi de jouer les
Québécois le plus possible, de les mêler le plus possible
pour aboutir aux fins des indépendantistes du Québec, donc
l'indépendance du Québec.
Je vous rappellerai seulement quelques mots de Doris Lussier. D'abord,
il disait: "Utiliser les fonds publics pour faire de la propagande
souverainiste". On n'a pas besoin de vous démontrer cela, Mme la
Présidente. On a démontré ces jours derniers
jusqu'à quel point les fonds publics sont utilisés au
Québec pour faire de la propagande péquiste,
indépendantiste. Par la suite, Mme la Présidente, dans le
même document, la même lettre de Doris Lussier, il est dit
je cite encore quelques mots Stratégie. Là, c'est Doris
Lussier qui parle. "A cet égard, il me paraît d'une importance
stratégique absolue de faire toute la campagne
référendaire contre le séparatisme." Un peu plus loin, M.
Lussier dit: "La seule façon au Québec de faire
l'indépendance pas de faire la souveraineté-association
c'est de ne jamais en parler." Qui sème la confusion au
Québec autour du terme souveraineté-association, sinon les
stratèges du Parti québécois?
Je vais aller plus loin, Mme la Présidente, et là cela va
me forcer à tenir des propos non pas injurieux, mais qui ne feront
peut-être pas plaisir au premier ministre. Dernièrement je
vous parle du 3 avril 1979, ce n'est pas loin Doris Lussier donnait une
entrevue à un M. Pierre-O. Nadeau de Spectacles et divertissements
concernant un spectacle qu'il devait donner au canal 11. A la fin de son
intervention, le journaliste lui a demandé: Et le
référendum, M. Lussier, qu'est-ce que vous en pensez? Doris
Lussier répond: "Et le référendum, la question est choisie
depuis longtemps, c'est dans la poche." On a tout un bon premier ministre
transparent et un gouvernement transparent qui frise de beaucoup l'hypocrisie
parce qu'on essaie de faire croire aux Québécois que la question
du référendum n'est pas encore choisie. Mais ce n'est pas grave,
elle sera choisie par les parlementaires dans un débat de 25 heures
à l'Assemblée nationale.
La question est supposée être choisie par les
parlementaires ici-même, dans cette enceinte. Et, pourtant, le grand
stratège du Parti québécois, Doris Lussier, dit: La
question, cela fait longtemps qu'elle est choisie. Ce n'est pas
compliqué, elle est dans notre poche, la question. Qui sème la
confusion au Québec, Mme la Présidente, sinon ce parti, sinon les
stratèges de ce parti, non pas pour faire la
souveraineté-association, c'est un trompe-l'oeil, mais pour faire
l'indépendance? C'est Doris Lussier lui-même qui l'a
mentionné dans son texte. Cela me fait penser savez-vous à quoi?
A ce que le premier ministre nous a dit à un moment donné.
D'abord, il ne parle plus d'indépendance; il parle de
souveraineté-association avec ou sans trait d'union. Cela dépend,
si cela doit se faire concurremment ou non. A un moment donné, il dit:
La souveraineté doit passer avant l'association. Si cela ne marche pas,
quand on pose des questions au premier ministre: Est-ce qu'on va avoir une
union monétaire? M. le premier ministre dit possiblement. Est-ce qu'on
va avoir besoin des douanes, M. le premier ministre? Possiblement, si on ne
réussit pas à s'entendre. Est-ce qu'on va avoir besoin d'une
armée, M. le premier ministre? Bien sûr, possiblement. Qu'est-ce
que c'est si ce n'est pas l'indépendance d'un pays, Mme la
Présidente? C'est quoi? C'est cela que les Québécois
doivent savoir présentement. C'est que n'importe quoi, n'importe quelle
question que ce gouvernement va poser, c'est pour faire l'indépendance
du Québec.
On va nous dire après: On a essayé de négocier avec
les autres provinces, avec le Canada, mais cela ne marche pas. On
déchire notre linge. On voit ces ministres, ils veulent s'associer. Cela
me fait penser à un divorce, Mme la Présidente, au gars qui
décide de divorcer. Parce que c'est cela; il faudra d'abord que la
province de Québec divorce d'avec le Canada pour, après cela,
aller s'associer avec le reste du Canada. (16 h 30)
C'est comme si je disais à ma femme, ou comme si un gars ici, en
cette Chambre, disait à son épouse: On divorce parce qu'on ne
s'entend pas, le diable est pris et on n'est plus capable de vivre ensemble.
Après cela, on se revire de bord, on va voir sa femme d'avec laquelle on
a divorcé et on dit: Ecoute chérie, j'ai des petits
problèmes, mon hypothèque sur la maison est trop
élevée et je ne suis pas capable de la payer tout seul. Le compte
d'électricité, ce gouvernement n'a pas été capable
de réduire l'augmentation de l'électricité, il est trop
élevé, mon salaire ne suffit plus à payer ces
dépenses, viendrais-tu m'aider à défrayer les
dépenses de la maison.
Je me mets à la place... Les Québécois comprennent
cela facilement, un divorce pour s'associer après. Donner une petite
claque sur la fesse, sur la margoulette de sa partenaire pour lui dire
après: Viens m'aider, cela ne marche plus mon affaire, viens m'aider. On
pense que les Québécois vont croire cela. C'est de l'enfantillage
tout simplement, et c'est à cela que cela me fait penser, la
souveraineté-association. Ce n'est pas d'autre chose
que cela la souveraineté-association, qu'on le veuille ou
non.
Mais j'espère que ce ne sera pas le ministre de l'environnement
qui va aller négocier avec les autres provinces, quand on sait
qu'après avoir été nommé ministre de
l'environnement, assistant à une joute de hockey aux Nordiques de
Québec, il refuse de se lever durant l'hymne national O Canada, quand on
fait encore partie de ce pays. Il y a des gars qui demandent, dans le
Saguenay-Lac-Saint-Jean, d'enlever le drapeau du Canada, sinon ils ne
participent pas à telle rencontre, et on va envoyer ces gars
négocier avec les autres provinces et avec le Canada? C'est de la folie
furieuse.
La stratégie du gouvernement péquiste, séparatiste
en face, c'est d'envoyer ces gens, qui déchirent le drapeau du Canada,
qui ne veulent rien savoir des partenaires, négocier, pour que le diable
prenne, parce que vous savez ce sont des "meneux de chicane". Quand on
était au pouvoir, nous autres, les fomenteurs de troubles, en face du
parlement, c'était vous autres en avant. On va vous envoyer
négocier pour que vous reveniez nous dire: Ecoutez, les
Québécois, on vous a demandé un mandat d'aller
négocier la souveraineté-association. Hé! que c'est court,
Mme la Présidente! je suis en train de vous convaincre, d'après
votre sourire. Là on va dire: Allez négocier la
souveraineté-association. On va donner ce mandat à ce bon, ce
vrai gouvernement, puis on va envoyer ces gars qui déchirent tout cela,
qui déchirent leur linge quand arrive le chant O Canada, et ils vont
revenir dire aux Québécois en vierge éplorée,
à quatre pattes: Ecoutez, on a tout essayé de négocier,
vous le savez, ces gars ce sont des Anglais, ils ne comprennent rien. Vous
savez, les Québécois, on a tout fait, il n'y a pas moyen de leur
faire comprendre le bon sens. Il ne reste plus qu'une chose, c'est de faire
l'indépendance du Québec.
Nous, le Parti libéral, on dit simplement aux
Québécois: Vous avez un bon niveau de vie, vous vivez bien dans
le Québec, dans le Canada, tout ce qu'on vous offre, c'est
d'améliorer le régime tout en restant dans le même
régime. C'est vous autres qui proposez un nouveau régime pour les
Québécois. Ayez donc le coeur de le préciser et de dire
aux Québécois ce qu'est le nouveau régime.
Je termine, Mme la Présidente. Arrêtez de demander aux
partis de l'Opposition qui ne gouvernent pas présentement de
préciser leur option. Vous proposez un nouveau régime, ayez le
coeur, le courage, arrêtez d'être des hypocrites
déguisés et des sépulcres blanchis, de dire aux
Québécois ce que c'est, la souveraineté-association. Je
leur dis immédiatement: c'est l'indépendance pure et simple du
Québec.
M. Grenier: Mme la Présidente.
La Vice-Présidente: II y a plusieurs intervenants.
M. Garon: Seulement une question, Mme la Présidente.
La Vice-Présidente: M. le député de
Mégantic-Compton, M. le député de Rouyn-Noranda.
Des Voix: Pas de question.
M. Garon: J'aurais voulu savoir si le député de
Maskinongé parlait au nom de l'Union...
La Vice-Présidente: M. le ministre, s'il vous plaît!
S'il vous plaît! Le temps nous est compté. De toute façon
le temps était déjà écoulé. Il n'y a pas de
place pour une question.
M. le député de Mégantic-Compton.
M. Fernand Grenier
M. Grenier: Mme la Présidente, il me fait plaisir d'avoir
la possibilité de prendre ces quelque dix minutes qui me sont
allouées pour venir exprimer les opinions qui sont les miennes et celles
de notre formation politique, l'Union Nationale, sur les thèmes de
souveraineté-association qui ont été apportés ici
par une motion du leader de l'Opposition officielle.
Bien sûr, on vit depuis quelques semaines, quelques mois, pour ne
pas dire une couple d'années, deux ou trois ans sur cette
définition de souveraineté-association qu'on attend, qu'on n'a
pas et qu'on espère et qu'on souhaite. On la demande, c'est bien
sûr que c'est une stratégie gouvernementale que de ne pas nous la
donner, de la garder en réserve, dans leur manche.
Est-ce qu'on arrivera avec une question qui sera claire et nette? Est-ce
qu'on arrivera avec une question aussi longue que celle que nous avaient
fournie les libéraux fédéraux lors du plébiscite?
On l'attend, celle-là. Est-ce que ce sera aussi embrouillé que
celle-là? On l'attend.
Pour ce gouvernement, ce n'est pas clair. Le ministre des Affaires
intergouvernementales a sa façon de voir les choses, de le faire par
étapes; un autre voudrait que ce soit plus radical. Quand l'aile la plus
à gauche, dans ce gouvernement, pique les ministres pour "booster" le
nationalisme, là, on parle de souveraineté. A un moment
donné, l'aile droite ou l'économie de la province se font sentir
et on se dépêche, pour calmer les craintes, de parler
d'association. Depuis longtemps, ces mêmes hommes qui forment ce parti
politique, on l'a répété dans cette Chambre, ont
parlé de séparation, d'indépendance, de
souveraineté-association. J'avais dit à ce moment-là
vous vous en souvenez que par étapes on avait
décidé de rayer les termes qui faisaient peur au monde afin
d'arriver au référendum avec des termes beaucoup plus doux,
beaucoup plus acceptables pour augmenter le vote pour cela.
On parle actuellement du pouvoir de négocier avec le
fédéral. Si on remonte à dix ou douze ans, cela ne
ressemble pas beaucoup à la séparation; il y a pas mal de chemin
de fait, c'est pas mal loin de l'indépendance aussi. La
souveraineté, il faudrait voir à quel point c'est rendu.
J'aimerais que ce gouvernement nous donne des positions plus claires.
Je vis actuellement des situations dans Jean-Talon, je vois des
personnes de différentes formations politiques qui s'affrontent. Les
journaux ont vite découvert qu'il y avait là une lutte à
trois. On vit dans cette circonscription avec des gens qui attendent comme
nous, qui ont hâte de voir la position du Parti québécois,
qui ont hâte de voir la position du Parti libéral. Ils semblent
regarder notre candidat avec pas mal d'enthousiasme. Plus on se promène,
plus on se rend compte que les gens ont l'air de trouver que le candidat de
l'Union Nationale fait bonne figure et plus on se rend compte que le candidat
Grégoire Biron n'est pas seulement le frère du chef de l'Union
Nationale, mais que c'est un homme qui va largement servir les
intérêts de l'Union Nationale quand il sera assis sur ce fauteuil
et qu'il viendra nous redonner notre onzième député, celui
qu'on mérite depuis déjà une couple d'années,
depuis qu'on est élu.
Il nous fera plaisir, Mme la Présidente, de vous le
présenter à ce moment-là. C'est un homme fort
agréable. Vous allez l'aimer, c'est un homme qui va respecter notre
règlement et un homme bien. Il a de la popularité dans le
comté, je peux vous dire cela.
J'aimerais que le Parti québécois établisse
nettement sa position face aux revendications qu'on a. J'aimerais que le
candidat nous parle de la souveraineté-association.
M. Bertrand: Montrez-le!
M. Grenier: Ce feuillet qu'on nous présente dans le
comté, cela me rappelle l'élection de 1973, pour l'Union
Nationale, quand on ne parlait pas trop du parti. On ne voulait pas en parler,
il n'était pas fort, on venait de passer à
l'Unité-Québec, vous vous en souvenez, c'était
épouvantable. On ne voulait pas trop en parler, on parlait des candidats
dans chacun des comtés. Dans Jean-Talon, on vit cela actuellement. On
parle d'un candidat. Le nom, pas le parti. On sort notre loupe et on se demande
si c'est un péquiste, on ne le sait pas. Il faut voir ça. C'est
le nom d'une personne qui sort.
On lance: Vieillir au Québec. On ramasse tout cela dans le
comté. J'ai aussi hâte de ramasser un autre dépliant, celui
du Parti libéral. J'ai hâte. On ne l'a pas et j'ai bien
hâte. Il va nous arriver, on va sortir quelque chose. Il y a un candidat
et, bien sûr, ce n'est pas à lui de définir la
souveraineté-association, il aura autre chose à définir,
et je vais vous le dire dans les cinq dernières minutes que j'ai. Il
aura à définir sa position de parti afin de savoir ce qu'il
préconise. Il aura à le dire dans le comté. Quelle est
leur position? Il faudra qu'il cesse, le candidat dans Jean-Talon, de passer
entre la tapisserie et le mur! Il va falloir qu'on le voie quelque part, lui
aussi, il va falloir qu'il fasse quelque chose.
Cette Opposition officielle, qui nous demande, par la voie de son chef
hors les murs, de faire définir la souveraineté-association,
j'aimerais que cette formation politique nous donne sa position. On a besoin de
la connaître, celle-là. 60% ou presque des gens qui ont
voté contre ce gouvernement attendent une position de cette formation
politique. Le chef va venir dans le comté, cela doit, il n'enverra pas
seulement sa femme. On rencontre sa femme, on la croise un peu partout. Je peux
vous dire qu'il n'est pas fortement désiré. Je peux vous dire
cela. On se promène et il n'y a pas tellement de gens qui souhaitent la
venue de ce chef dans le comté. (16 h 40)
Mme la Présidente, j'aimerais vous dire que nous avons
questionné le gouvernement le ministre des Affaires
intergouvernementales était en commission pendant presque trois
heures, pour préciser ce qu'est la souveraineté-association. On a
besoin de connaître cela. Est-ce que cette motion est bien à
point? Cela fait bien longtemps qu'on en parle. On peut bien faire un
débat de plus, cela ne nous dérange pas, et on peut en faire
encore deux autres sur la souveraineté-association, si cela peut aider
le gouvernement à préciser sa position. Mais il est important,
par exemple, qu'entre-temps nous, de l'Opposition, c'est notre rôle, en
tant que membres de l'Union Nationale, et c'est le rôle du Parti
libéral du Québec aussi, décidions de quelque chose aussi,
si on veut voir le gouvernement définir la
souveraineté-association.
Il ne faut quand même pas, quand on est chef de parti, chef de
l'Opposition, même hors les murs, faire avorter le groupement Pro-Canada
qu'on a connu. On n'a pas le droit de faire cela. Qu'on ait une position
différente en face de moi, qu'on décide qu'on est des
souverainistes ou des indépendantistes, je respecte cette opinion. Je ne
la partage pas, mais je respecte cette opinion. Le rôle de l'Opposition
est de définir des positions nettes. Et ce n'est pas moi qui le dis.
C'est un nommé Ryan qui disait cela, qui l'a écrit dans un
journal. A ce moment-là il disait: Qu'on le veuille ou pas, l'Union
Nationale a sa place. Actuellement, on voudrait faire de ses pieds et de ses
mains pour être seuls à porter le drapeau du
fédéralisme au Canada, au Québec. Je dis une chose, Mme la
Présidente: Je ne sais pas ce qui se fait dans Jean-Talon, mais les gens
ont l'air d'y avoir plus confiance dans l'Union Nationale que dans le
porte-parole de M. Ryan. J'ai hâte de connaître les
résultats, parce que les gens ont décidé que cette
campagne ne porterait pas sur la souveraineté-association, mais qu'elle
aurait pour but d'élire un député valable, un
député à la couleur du comté, et c'est ce qu'ils
vont choisir. Ils vont choisir cela dans Jean-Talon. Entre-temps, on va tenter
de forcer le gouvernement à définir ces deux termes de
souveraineté-association. On va tenter de le faire ensemble, ici dans
l'Opposition, de notre côté, comme on l'a toujours fait, comme je
l'ai fait dans Pro-Canada. Vous savez combien ce mouvement me tient à
coeur. Je voudrais que cette bataille reprenne à Pro-Canada et qu'on ait
des gens qui comprennent que cela ne se fait pas tout seul. Une table
référendaire, cela se fait à plusieurs. Quand on se saisit
pas cela, on peut être un excellent éditorialiste, mais on devient
un bien
mauvais coucheur à une table. Il y a pas mal de monde qui le
trouve, cela aussi. Cela ne vient pas que de nous. Cela se sent dans le
comté. Il y a des personnes qui ont appuyé l'ancien
député qui était quand même une personnalité
fort connue dans cette Chambre et un homme bien, qui sont avec nous et qui
disent: Ce n'est pas possible. C'est dommage que cet homme-là ne soit
pas resté dans le sillage du parti. Il aurait pu continuer d'oeuvrer et
faire comprendre le bon sens à celui qui dirige les troupes. Ces
divisions-là n'arrivent pas uniquement de gens de l'Opposition, elles
nous sont données par les voix des porte-parole de cette formation
politique.
Je veux une chose au nom de notre formation politique. On a le droit de
savoir, le plus vite possible, ce qu'est la souveraineté-association.
D'un autre côté, on a le droit d'avoir de celui qui se
présente dans Argenteuil actuellement des positions claires. Qu'est-ce
que c'est sa position de parti sur le plan constitutionnel? Il n'a pas à
la livrer par étapes, comme il le fait dans le moment. On a besoin de le
savoir et les gens qui sont en majorité, représentés par
ce côté-ci de la Chambre, ont le droit de savoir cela. Je pense
qu'au lieu de nous envoyer son épouse dans le comté, il devrait
venir rendre ses positions claires dans Jean-Talon. Les gens de Jean-Talon
attendent cela. Quant à la nôtre, elle est claire.
Je termine sur ces quelques assertions, je pense que le temps qu'on a
connu, en 1973 de vouloir faire peur au monde avec des épouvantails
à moineaux, jouer au Bonhomme Sept Heures, c'est dépassé.
On l'a vu en 1976; ce sera encore plus vrai dans les élections
complémentaires qui sont en cours et celles qui seront annoncées
prochainement aussi.
La Vice-Présidente: M. le député de
Rouyn-Noranda à qui j'avais promis de donner la parole,
immédiatement après, M. le ministre des Affaires
intergouvernementales.
M. Camil Samson
M. Samson: Mme la Présidente, cette motion qui nous est
présentée afin de demander au gouvernement de cesser d'entretenir
la confusion et l'équivoque autour de son option de
souveraineté-association nous permet de regarder cette question avec le
plus d'objectivité possible, en tenant compte du fait que le peuple du
Québec, normalement, devrait avoir à se prononcer, au cours des
prochains mois, ou de l'année ou des deux qui suivront, sur une question
qui devra lui être posée. Il me semble que le moins que l'on
puisse offrir à cette population c'est de lui dire, de la façon
la plus claire et la plus précise possible, quelles sont les
différentes options qui seront préconisées par les
différents partis politiques du Québec.
Le Parti québécois nous parle de
souveraineté-association, un jour. Le lendemain, on entend parler de
souveraineté nationale. Le lendemain, on entend parler
d'indépendance nationale. Il me semble que ce n'est pas tout à
fait clair. Ce n'est tellement pas clair que nous voyons ceci quand nous
prenons connaissance, par exemple, dans le programme du Parti
québécois, d'un article en première page, écrit par
le chef du parti. Je cite un passage où il dit ceci: "La
souveraineté nationale, voilà un de ces principes moteurs
auxquels le parti ne saurait renoncer sans se trahir."
M. Charbonneau: Question de privilège, Mme la
Présidente.
La Vice-Présidente: Sur une question de privilège,
M. le député de Verchères.
M. Charbonneau: Je pense que le député de
Rouyn-Noranda tente d'induire la Chambre en erreur. S'il veut prendre le
programme du Parti québécois, qu'il prenne la dernière
version, celle de 1976, non pas celle de 1973.
M. Samson: Question de règlement, Mme la
Présidente.
M. Charbonneau: On a un programme officiel. Qu'on n'en prenne pas
un autre!
La Vice-Présidente: M. le député de
Rouyn-Noranda.
M. Samson: Question de règlement.
M. Bellemare: Avec lequel des deux vous êtes-vous fait
élire? C'est celui-là qui compte.
La Vice-Présidente: S'il vous plaît!
M. Charbonneau: On a eu un congrès
démocratique.
La Vice-Présidente: S'il vous plaît! A l'ordre! M.
le député de Rouyn-Noranda, c'est vous qui avez la parole.
M. Samson: Mme la Présidente, je pourrais peut-être
suggérer à l'honorable député de prendre la parole
et de donner son avis. En ce qui me concerne, je cite, et cela vient du Parti
québécois; ce n'est pas nous qui avons imprimé cela. Cela
a été imprimé en janvier 1975. M. Lévesque disait
ceci: "La souveraineté nationale, voilà un de ces principes
moteurs auxquels le parti ne saurait renoncer sans se trahir." Et un peu plus
loin, il dit: "Tout en évitant de s'imaginer que l'indépendance
puisse être le fait d'une avant-garde soi-disant
éclairée... " Et il continue. Cela, c'est en janvier 1975. Le 2
novembre 1977, le même premier ministre du Québec disait à
Paris et je cite à ce moment-ci un passage de son discours devant
l'Assemblée nationale française "II est donc, nous
semble-t-il, à beaucoup qui sommes en nombre croissant, de plus en plus
assuré qu'un nouveau pays apparaîtra bientôt
démocratiquement sur la carte." Et il continuait. Un peu plus loin, il
disait: "Ce qui explique pour une très grande part notre objectif
d'indépendance natio-
nale." Un peu plus loin, il disait: "Voilà donc, pourquoi, dans
un référendum que l'on tiendra avant les prochaines
élections et qui ne saurait évidemment impliquer que nous seuls,
Québécois, sera proposé le choix d'un Québec
souverain, maître politiquement de toute sa vie interne et de son
devenir, à quoi absolument rien n'interdit d'assortir cette offre
complémentaire je souligne bien ce mot, Mme la Présidente,
cette offre complémentaire que j'évoquais tout à
l'heure, celle de négocier avec le Canada une association
essentiellement économique." Et il continue. Cela, c'est en 1977.
A suivi la déclaration d'octobre 1978 où le premier
ministre disait qu'il n'était pas question de faire la
souveraineté sans avoir l'association en même temps; que les deux
devaient aller en même temps. Cela, c'est en octobre 1978. Et il y a eu,
bien sûr, d'autres choses qui se sont produites depuis ce temps. Il y a
eu d'autres publications du Parti québécois. Je veux tenter de
démontrer par ce que je viens de dire et par ce qui va suivre que non
seulement il y a confusion dans la population, mais qu'il y a même
confusion dans les rangs du Parti québécois. En effet, le 27
février dernier cela ne fait pas longtemps et c'est un document
qui provient de l'exécutif du Parti québécois de La Tuque;
il me semble que cela doit être connu du monde péquiste on
avait une résolution de protestation à l'endroit de
l'exécutif national du Parti québécois. Je n'ai pas le
temps de lire tout ce qu'il y a là, Mme la Présidente, mais il y
a des passages intéressants qui disent ceci: "Considérant que le
manifeste stipule qu'un gouvernement du Parti québécois s'engage,
dès que les Québécois lui en auront donné le
mandat, à réaliser avec le Canada, dans les délais les
plus courts, compatibles avec les intérêts des parties, une
association entre Etats souverains dont la négociation porterait
essentiellement sur les objectifs suivants..." Et là, il y a 16 points.
"Considérant que le chapitre 1 du programme officiel du parti dit qu'un
gouvernement du Parti québécois s'engage à,
premièrement, "réaliser la souveraineté politique du
Québec par les voies démocratiques et proposer au Canada une
association économique mutuellement avantageuse... " Comme on peut le
voir, les déclarations du premier ministre en 1977 sont
différentes de ce que je viens de lire dans le programme du Parti
québécois de 1975. (16 h 50)
II y a un autre considérant. Le chapitre 2, à l'article 1,
dit ce qui suit: Un gouvernement du Parti québécois s'engage
à: premièrement, s'assurer, par voie de référendum
et au moment qu'il le jugera opportun, à l'intérieur d'un premier
mandat, de l'appui des Québécois sur la souveraineté du
Québec; deuxièmement, mettre en branle le processus d'accession
à la souveraineté en proposant à l'Assemblée
nationale une loi considérant que cette nouvelle approche de
l'exécutif national est diamétralement opposée au
programme officiel. Ce n'est pas moi qui le dis, Mme la Présidente; ce
sont les membres de l'exécutif du Parti québécois de La
Tuque qui disent cela. Cela a été envoyé à beaucoup
de gens dont le Nouvelliste, la Presse, le journal de Montréal et le
Soleil.
Il y a un autre considérant. Le manifeste "D'égal à
égal" vient en contradiction flagrante avec l'introduction du document
d'information de la souveraineté-association "Discutons-en", qui a
été soumis à la base en janvier avant d'être remis
à la presse. Un peu plus loin, on dit ceci: La section de La Tuque, par
la suite le conseil de comté de Laviolette, avait
désapprouvé des propos similaires de M. René
Lévesque, le 10 octobre 1978. Après toutes ces
considérations, il est proposé, secondé et résolu
par la section Parti québécois de La Tuque que l'exécutif
national soit blâmé sévèrement pour
l'irresponsabilité dont elle fait preuve, ainsi que pour cette
stratégie fort douteuse. Ce n'est pas nous qui disons cela, Mme la
Présidente. C'est écrit par l'exécutif du Parti
québécois de La Tuque.
Donc, si les gens qui sont membres de ce parti qui nous parle de
souveraineté-association en sont rendus à être
obligés de blâmer l'exécutif national pour des
stratégies qui ne sont pas conformes à ce qui était
déjà dans leur programme, comment voulez-vous que la population
comprenne facilement ce qu'est la fameuse souveraineté-association?
Donc, il y a lieu de demander que ce dossier soit précisé. Bien
sûr, je m'attends à ce que les gens du Parti
québécois nous disent: Oui, mais définissez-vous, vous
autres! Je m'attends à cela. Je vais vous dire ceci: II y a un parti qui
s'est fait élire, qui s'appelle le Parti québécois, en
parlant de l'indépendance du Québec. Il y a un parti qui s'est
fait élire en proposant quelque chose qui risque de briser le Canada. Il
y en a un seul qui a fait cela. Personne d'autre n'a proposé de
séparer le Québec du reste du Canada. Donc, les autres peuvent
avoir, bien sûr, des programmes d'amélioration.
Nous en avons un programme d'amélioration. Nous ne sommes pas
séparatistes, mais nous ne sommes pas non plus en faveur du statu quo.
Nous avons des propositions assez précises à ce sujet. Mais nous
n'avons pas la même obligation que le gouvernement qui a celle de faire
connaître sa proposition, parce que c'est le gouvernement qui va
demander, par voie de référendum, à la population de dire
oui ou de dire non à la proposition faite. Donc, c'est à celui
qui demande à la population de dire oui ou de dire non de
déterminer quelle est sa position et de la rendre claire. Les autres,
notre parti, l'Union Nationale ou le Parti libéral, si un jour ces
partis sont au pouvoir, s'ils veulent faire un référendum, je
leur demanderai la même chose: d'être clairs. Si c'est nous qui
avons le pouvoir, nous serons clairs aussi parce que nous considérons
qu'un gouvernement n'a pas le droit de poser des questions à la
population qui seraient des pièges et qui feraient en sorte que la
réponse donnée ne serait pas une réponse conforme à
la volonté de cette même population. Je vous remercie, Mme la
Présidente.
La Vice-Présidente: M. le ministre des Affaires
intergouvernementales.
M. Claude Morin
M. Morin (Louis-Hébert): Mme la Présidente, ce que
j'ai entendu jusqu'à maintenant ne m'a pas tellement inspiré. Je
n'ai que dix minutes. Alors, ce n'est pas très grave que mon inspiration
soit brève. Je vais m'en tenir à quelques questions que je vais
poser. Je sais que, normalement, ce sont les Oppositions qui posent des
questions au gouvernement, mais on va s'amuser aujourd'hui à changer un
peu la procédure habituelle. Je vais utiliser à ma façon
les dix minutes que j'ai à ma disposition.
D'abord, on dit que notre option n'est pas définie. J'ai ici, de
toute façon, un document qui vient de paraître qui s'appelle
"D'égal à égal" à l'intérieur duquel ceux
que cela intéresse peuvent trouver une définition de la
souveraineté-association, plus toutes celles qui ont été,
au cours des mois précédents, données, plus aussi
puisque cela va impressionner nos amis libéraux car c'est un document
fédéral la définition qui en a été
fournie par le rapport Pépin-Robarts, "Définir pour choisir",
deuxième volume.
Mais ce n'est pas de cela tellement que je veux parler. Je veux
remercier l'Opposition de sa motion parce que cela nous donne l'occasion de
parler ici de la souveraineté-association; ce sont eux qui nous en
donnent l'occasion, ce sont eux qui permettent ce débat. Si
c'était nous-mêmes qui voulions en parler, ils nous diraient que
ce n'est pas notre mandat; alors, je veux les remercier parce que je pense que,
d'après les sondages, cela fait progresser notre option dans la
population. Je serais peut-être ingrat de ne pas les remercier et je veux
le faire ici maintenant.
Je lis aussi de temps en temps les journaux et j'ai apporté aveb
moi je n'aurai jamais le temps de m'en servir une sorte de
série de saintes écritures, c'est-à-dire des papiers
publiés par M. Ryan et autres. Il y a une chose qui frappe quand vous
regardez le fédéralisme et je suis un peu habitué
à cela parce que j'ai passé pas mal d'années à
travailler à l'intérieur de ce système comme haut
fonctionnaire et maintenant comme député et ministre. Je vais
vous donner une liste des sortes de fédéralisme qui existent et
j'aimerais que les Oppositions c'est ma première question
me disent laquelle est la leur. Voici les sortes de fédéralisme
qui, à un moment donné, ont été mentionnées
dans l'histoire récente du Québec. Vous avez le
fédéralisme véritable, le fédéralisme
coopératif, le fédéralisme décentralisé, le
fédéralisme renouvelé, le fédéralisme de
concertation, le fédéralisme fonctionnel, le
fédéralisme déconcentré, le
fédéralisme authentique, le fédéralisme
reconstitué, le fédéralisme reconstruit, le
fédéralisme asymétrique je ne connaissais pas
celui-là mais je l'ai trouvé, il n'y a pas longtemps, dans le
rapport de la commission Pépin-Robarts et, finalement, le
fédéralisme rentable, de regrettée mémoire selon
nos amis libéraux.
Il y a une dizaine ou une douzaine de fédéra-lismes
là-dedans. Ma première question: Lequel est le bon? Parce qu'en
plus de cela il y a celui de
M. Trudeau à Ottawa, il y a celui de l'Union Nationale, il y a
celui du chef des Démocrates ici, il y a celui de M. Broadbent, il y a
celui de M. Clark. Il y a toute une panoplie, si vous voulez, de
fédéralismes renouvelés; il y a des espèces, des
genres et toutes sortes d'animaux de toute nature dans cette option
politique.
On s'attendrait devant cela à ce que nos grands penseurs
contemporains, entre autres l'auteur de ce document rouge ici, le grand livre
rouge, à ce qu'eux nous arrivent avec quelque chose d'assez
précis. Nous avons déjà fourni des papiers. Alors, ils en
ont fourni un bien plus épais que les nôtres; ils nous ont
montré qu'ils pouvaient fournir des papiers et il y en a un ici.
Croyez-le ou non, sur la question capitale du partage des pouvoirs, dans ce
document, il y a qui coûte $1 incidemment 110 pages et il y
a trois lignes vous allez voir la précision absolument ravissante
sur le partage des pouvoirs. On souhaite que la fédération
canadienne vous allez voir comme c'est précis et inspirant
accorde aux Etats provinciaux des pouvoirs assez étendus pour que le
gouvernement québécois puisse raisonnablement assurer le
développement de la société québécoise
suivant son génie propre. Je vous dis qu'avec cela quelqu'un voit
clair.
D'ailleurs, les journalistes et les commentateurs s'en sont
aperçus. Ici, par exemple, dans la Presse du 27 mars cela ne fait
pas longtemps, ce ne sont pas des journaux antédiluviens on note
ici, sous la signature de M. Vincent Prince...
M. Lavoie: Mme la Présidente, j'aurais une question de
règlement qui pourrait être une directive.
La Vice-Présidente: Sur une question de règlement,
M. le député de Laval et leader parlementaire de l'Opposition
officielle.
M. Lavoie: Vous vous doutez bien que c'est sur la pertinence du
débat. La motion n'est pas compliquée, elle a quatre lignes: Que,
de l'avis de cette Assemblée, le gouvernement devrait cesser
d'entretenir la confusion et l'équivoque autour de cette option de
souveraineté-association. A moins que je me trompe, le gouvernement en
place actuellement c'est le Parti québécois qui propose à
la population la souveraineté-association. Je crois que les propos du
ministre des Affaires intergouvernementales sont anticipés parce que si,
dans deux ans, étant de l'autre côté, il pourrait...
La Vice-Présidente: M. le député...
M. Lavoie: Un instant, je vais terminer, Mme la
Présidente.
La Vice-Présidente: M. le député...
M. Lavoie: Et, si les libéraux étaient de l'autre
côté, ils pourraient traiter de la formule, expliquer le
fédéralisme renouvelé.
La Vice-Présidente: M. le député...
M. Lavoie: La motion qui est devant cette Chambre, et je vous
demande de faire respecter le règlement...
La Vice-Présidente: Sur une question de règlement.
Je pense que tout le monde ici a compris que vous faisiez appel à la
pertinence du débat. Si vous voulez intervenir, à moins que ce ne
soit déjà fait, vous pourriez disposer de dix minutes pour faire
part de votre façon de... J'ai tout à fait compris et je pense
que le ministre n'a pas besoin qu'on lui fasse de dessin pour comprendre...
S'il vous plaît!
M. Charron: La question de règlement qui a
été soulevée... La Vice-Présidente: ...
à quoi vous faisiez allusion.
M. le leader parlementaire du gouvernement.
M. Charron: Sur la prétendue question de règlement
qui vient d'être soulevée, je crois que le député de
Louis-Hébert, ministre des Affaires intergouvemementales, est tout
à fait dans la pertinence lorsqu'il veut expliquer le vote qu'il entend
exprimer dans quelques minutes en disant: Je ne peux pas me joindre à la
motion du chef de l'Opposition qui invite le gouvernement à le
blâmer parce que, à sa défense, pour expliquer son vote et
la raison pour laquelle il ne voterait pas en faveur de la motion, il peut
dire, et c'est ce qu'il est en train de dire: Le parti qui nous accuse de cela
est le premier à pécher actuellement. (17 heures)
La Vice-Présidente: M. le leader, s'il vous
plaît.
M. le ministre, c'est vous qui avez la parole.
M. Morin (Louis-Hébert): Je suis justement en train, Mme
la Présidente, pour rassurer nos amis que mon intervention semble
inquiéter, de traiter de leur motion et je vais y revenir. Je vous
garantis que dans les 30 secondes qui finiront mon intervention, j'aurai
quelque chose à dire sur leur motion, et je prépare cela avec mon
argumentation. Donc, je reviens à ce que j'étais en train de
citer. Dans la Presse, on dit: "L'ambiguïté proviendra aussi, de
toute façon, de l'absenced'alterna-tive claire à la position du
PQ. Le Parti libéral de M. Claude Ryan doit définir d'ici
là ses positions constitutionnelles..." Vincent Prince, 27 mars 1979. Je
vais reprendre une autre citation, Mme la Présidente, celle du journal
The Gazette, même date, et cela va les impressionner peut-être
encore davantage: "... it may reflect a feeling among them that
sovereignty-association is the most clearly defined option being offered". 27
mars. "Unless federalists can soon define what sort of changes they propose for
Québec and then make an appealing public case for those changes, the
referendum could easily be lost".
Cela veut donc dire que la précision qu'on nous reproche de ne
pas avoir, c'est plutôt de l'autre côté que cette confusion
existe, Mme la Présidente. Il y a une citation ici hier, parce
qu'on parle des sortes de fédéralisme du Soleil, ce n'est
quand même pas non plus une ancienne source: "Culture et communication:
Trudeau ne cédera rien". J'aimerais beaucoup savoir du savant qui est le
chef du Parti libéral et qui actuellement s'occupe d'élections
complémentaires comme il ne traitera peut-être pas des
problèmes du comté, il aura peut-être le temps de nous le
dire s'il est d'accord avec cette autre version du
fédéralisme renouvelé.
J'ai dit, Mme la Présidente, et je ne prendrai pas toutes les
minutes qui sont à ma disposition, que j'en viendrais, à la fin,
à la pertinence plus immédiate du débat en parlant de la
motion, mais j'ai une question à poser: Comment se fait-il
qu'actuellement le chef du Parti libéral tient tellement à ce
qu'on obtienne un "non" au référendum alors que c'est lui qui
disait Une société stable, par Claude Ryan, page 41,
tiré d'un éditorial et je pense que c'est important que la
population sache ce que M. Ryan disait: A supposer que la thèse
souverainiste subisse un échec écrasant, on retomberait vite par
contre dans l'immobilisme constitutionnel. L'opinion anglo-canadienne serait
trop heureuse de conclure: Business as usual, et la possibilité de
changement sérieux pourrait s'en trouver reculée pour longtemps.
Vous avez une citation que j'ai eu le malheur, à un moment donné,
de mentionner sans en donner exactement la source à Chicoutimi, il y a
quelques mois et il y a un tas d'éditorialistes, surtout du Canada
anglais, qui m'ont dit que j'essayais de faire peur au monde.
Or, cela vient du sauveur du fédéralisme renouvelé
dont je ne connais pas encore la nature aujourd'hui, pas le sauveur, mais le
fédéralisme renouvelé. Je pensais que c'était
important de le mentionner quand même à la population du
Québec que cette citation existe et que je pense qu'à cette
époque il avait raison de le mentionner.
En terminant, je voudrais reformuler, Mme la Présidente, la
motion qui nous est présentée. Je ne sais pas si on a le droit de
faire cela, mais en tout cas, je m'essaie. J'aimerais mieux que ce soit,
plutôt que ce qu'on voit dans le texte, la motion suivante: Que de l'avis
de cette Assemblée, le Parti libéral devrait cesser d'entretenir
la confusion et l'équivoque autour de son option de
fédéralisme soi-disant renouvelé. Cela explique pourquoi,
Mme la Présidente, avec bien d'autres ici ce soir, quand le moment du
vote viendra, je voterai contre la proposition qui est maintenant
proposée, et je voterais pour celle que je viens de lire, si celle-ci
était présentée.
La Vice-Présidente: M. le député de Laval et
leader de l'Opposition officielle.
M. Jean-Noël Lavoie
M. Lavoie: Mme la Présidente, vraiment, je demeure
surpris, mon chef à côté de moi dit
sidéré ou abasourdi, par la faiblesse des gros canons du
ministre responsable des Affaires intergouvemementales dans la réponse
qu'il nous a donnée, dans son intervention, à la motion
d'aujourd'hui. Je ne voudrais pas discourir davantage sur cela. Vraiment, je
pense que la population s'en est rendu compte aussi rapidement que moi. La
motion s'adresse au gouvernement qui est en place actuellement et qui propose
à la population la souveraineté-association; c'est à lui
de répondre et de clarifier.
C'est lui qui a eu un mandat, au mois de novembre 1976, par 41% de la
population d'être un bon et vrai gouvernement. On sait aujourd'hui que
les premières intentions de ce gouvernement, c'est de faire cette
souveraineté, cette indépendance, cette séparation,
possiblement avec une certaine association. Il y a douze ans que ce parti est
né, près de douze ans, onze ans. Après tout ce temps,
après deux ans et demi de pouvoir, d'administration, dans la
troisième année de son mandat, tout le monde est unanime au
Québec non seulement les sondages, mais à peu près
tous les éditorialistes de tous les journaux du Québec
pour reprocher, au gouvernement d'entretenir cette confusion, cette
ambiguïté. Non seulement les éditorialistes, non seulement
les libéraux, non seulement l'Union Nationale, mais également les
membres du Parti québécois, dans des rencontres
régionales, expriment cette confusion et cette
ambiguïté.
Parlons rapidement des sondages qu'il y a eu récemment, soit de
Radio-Canada, soit de IQOP.
Une Voix: Et de CROP.
M. Lavoie: IQOP. Lorsqu'on demande aux gens: Seriez-vous en
faveur de la souveraineté-association? 37% ont dit oui dans le sondage
de Radio-Canada, 36% ont dit non, indécis, 27%. Dans le dernier de IQOP,
je crois que les femmes c'est à votre hommage, Mme la
Présidente j'oserais dire, sont plus brillantes, plus
intelligentes que les hommes au Québec, plus prudentes. Votre intuition
féminine, c'est une autre preuve qu'elle existe lorsque, dans le sondage
de IQOP, les femmes au Québec disent être pour la
souveraineté-association à 20% seulement et contre à 36%.
Elles ont un peu plus d'indécision: 44% chez les femmes du
Québec.
Avec ce sondage, on demande aux mêmes personnes qui ont
été questionnées: Est-ce qu'il y aura encore... On sait
le premier ministre l'a dit à plusieurs reprises qu'il n'y
aurait plus, dans la souveraineté, de participation au gouvernement
fédéral; il n'y aurait plus de députés du
Québec siégeant à Ottawa, etc. On perdrait la
citoyenneté canadienne, cela a été dit dans "D'égal
à égal". Il est dit qu'on aurait notre propre passeport au
Québec. C'est un nouveau pays, je vais revenir sur cela. Parmi les
personnes questionnées, un tiers disent qu'il y aura encore des
députés fédéraux, qu'il y aurait une monnaie
possiblement canadienne, une armée, des douanes.
Une Voix: Quel sondage?
M. Lavoie: Radio-Canada.
Une Voix: Ce n'est pas un sondage.
M. Lavoie: Mme la Présidente...
M. Mailloux: Attendez celui de CROP, vous allez sursauter.
La Vice-Présidente: A l'ordre, s'il vous plaît!
M. Lavoie: Par contre, pour vous prouver cette confusion, cette
équivoque entre 70% et 75% de ces mêmes personnes qui sont
d'accord à 37% sur une possibilité de
souveraineté-association disent qu'il est très important ou qu'il
est important que le Québec reste comme partie intégrante du
Canada. Vous voyez le méli-mélo qui est entretenu par vos
adversaires d'en face.
La confusion est totale. Le gouvernement, sachant qu'il est foutu sur
plusieurs tableaux, se dirige vers un certain mandat qui ne veut rien dire.
Est-ce que l'Union Nationale lorsqu'elle a parlé, il y a dix ans,
d'égalité ou indépendance, a demandé un
référendum au peuple? Vous l'avez, le pouvoir non pas de
négocier, mais d'en discuter avec les autres partenaires, de votre
souveraineté-association, sans perdre le temps d'un premier ou d'un
deuxième référendum.
Mme la Présidente, lorsqu'on demande aux gens si on accorderait
ce mandat, il est vrai que, dans le sondage de Radio-Canada, 50% disent qu'on
donnera le mandat au gouvernement; 31% sont contre. Encore plus perspicaces,
plus prudentes, les femmes du Québec, dans le sondage de IQOP, ne
donneraient qu'à 25% le mandat à ce gouvernement actuel, parce
qu'elles connaissent peut-être mieux qu'on le connaît, ce
gouvernement. Elles ne veulent pas l'insécurité qu'on
connaît au Québec. C'est elle, la maîtresse du foyer, qui
administre dans la plupart des cas le budget familial et uniquement 25% des
femmes du Québec donneraient ce mandat au gouvernement, alors que 40%
sont contre. (17 h 10)
Pour vous prouver encore cette confusion, 24% des mêmes personnes
interrogées disent que le gouvernement va gagner son
référendum. Même si 35% parlent de la
souveraineté-association, il y en a 51% au Québec qui disent que
le gouvernement va perdre son référendum, même sur le
mandat. Vous voyez l'ambiguïté cultivée par le gouvernement
d'en face qui ne veut pas dire la vérité. Il ne veut pas donner
ses vraies intentions. S'il ne veut pas le faire, c'est notre rôle, comme
parti d'Opposition, de le lui demander, et c'est la raison pour laquelle nous
avons inscrit cette motion. La population du Québec a droit à la
vérité, qu'elle vienne, à défaut du gouvernement,
de la part de l'Opposition. "D'égal à égal", je l'ai lu
une fois ou deux fois. D'ailleurs, votre jupon dépasse vraiment. On peut
lire, votre "D'égal à égal", et
j'invite la population du Québec à le lire. Vous allez
voir, dans cela, que c'est la séparation et l'indépendance pure
et simple que le Parti québécois veut. Ce n'est même pas la
souveraineté-association, c'est l'indépendance, la brisure totale
du Québec du reste du Canada.
Des Voix: C'est ça!
M. Lavoie: Je vais vous citer des passages. A la page 3, "le pays
que nous voulons constituer". A la page 5, "du fait de n'être pas un
peuple souverain". A la page 8, "cette troisième voie véritable
passe par la souveraineté nationale".
Une Voix: On ne s'est jamais caché de cela.
M. Lavoie: Tout. C'est l'indépendance pure et simple, mais
vous n'osez pas le demander à la population. Vous savez que si vous le
demandiez à la population... Une chose où il n'y a pas de
confusion, une chose qui est certaine, c'est qu'il n'y a que 19% des gens au
Québec qui sont de votre option au maximum; chez les femmes du
Québec, il y en a uniquement 15%. Si vous étiez honnêtes,
votre premier référendum demanderait: Voulez-vous
l'indépendance? Vous ne le ferez pas, ce
référendum-là. Une deuxième suggestion où il
y aurait une teinte d'honnêteté un peu demanderait: Voulez-vous la
souveraineté-association? Ce n'est pas la question que vous poserez
parce que vous savez que vous allez être battus. Votre goût du
Québec, vous l'avez mis dans votre poche, c'est le goût du pouvoir
que vous voulez! Vous voulez vous accrocher coûte que coûte au
pouvoir.
Une Voix: Ils deviennent bourgeois, très bourgeois.
M. Lavoie: Mme la Présidente, je termine. L'année
la plus importante que le Québec entreprend, alors que va se prendre la
plus grande décision historique depuis 400 ans que nous sommes en terre
d'Amérique, sera cette année. La population a besoin de la
vérité. De toute façon, pour ceux qui veulent cette
souveraineté, cette indépendance, il y a une polarisation
actuellement; ils vont se brancher, les 19%, les 15% et les 17%, avec le Parti
québécois, mais la population du Québec n'a pas d'autre
choix, si elle veut une négociation, un nouveau contrat social canadien
entre gens de bonne volonté, entre gens qui veulent une constitution
rajustée, renouvelée, modernisée, que de suivre Claude
Ryan et le Parti libéral du Québec. Il n'y a pas trois choix au
Québec. Il y a la séparation ou le Canada! Notre message, c'est
non au Parti québécois. Non sur toute la ligne. Non sur un mandat
parce qu'il va vouloir l'interpréter comme il le voudra, ce mandat. Ce
sera un premier pas vers l'indépendance. Il va faire exprès pour
faire échouer l'association. Il va dire au Québec: Vous avez
voté à 50% possiblement sur le mandat, ils ne veulent pas
négocier. Il va imposer l'indépendance. Je n'ai pas confiance en
ce gouvernement-là.
Nous, du Parti libéral, disons non au PQ, non au
référendum, non dans Jean-Talon, non dans Argenteuil et
bientôt non dans Prévost et non dans Beauce-Sud. C'est le message
que nous adressons à la population du Québec.
La Vice-Présidente: M. le leader de l'Union Nationale et
ensuite M. le député de Taschereau.
M. Bellemare: Si l'honorable député de Taschereau
se croit plus pressé, j'ai bien le temps d'attendre, je n'ai aucune
objection.
M. Richard Guay
M. Guay: Si le député de Johnson a le temps
d'atteindre...
La Vice-Présidente: C'est une question de
négociation.
M. Guay:... je n'ai sûrement pas d'objection à
prendre la parole immédiatement.
La Vice-Présidente: M. le député de
Taschereau et ensuite M. le leader.
M. Guay: A la suite d'un sondage paru à Radio-Canada il y
a quelque temps, le chef parlementaire du Parti libéral a
présenté la motion que nous débattons aujourd'hui. Cela
est d'autant plus intéressant que le chef du Parti libéral, lui,
dans une entrevue donnée au cours de la fin de semaine, affirmait,
après avoir dit que son parti le suit de plus en plus admirablement
bien, en d'autres mots, après avoir dit que le Parti libéral est
devenu une bande d'admirables "suiveux", il affirmait: "C'est un long travail
de pédagogie c'est le candidat libéral dans Argenteuil qui
parle que je dois faire afin de leur apprendre "leur", ce sont
les admirables suiveux à votre gauche à s'en tenir
à une ligne de pensée claire et précise et cesser
d'ajuster notre action en fonction de chaque sondage".
De toute évidence, le député de Bonaventure, pour
lequel j'ai beaucoup de respect, n'a pas bénéficié comme
il aurait dû de la leçon de pédagogie de son chef puisque,
en effet, il a ajusté sa stratégie en fonction du dernier sondage
de Radio-Canada.
Mme la Présidente, ce parti d'admirables suiveux n'a pas appris
la leçon que son chef cherche à lui inculquer. Le résultat
en est qu'il y a effectivement, il faut bien le reconnaître, confusion
quant à la position du gouvernement. Mais la confusion est dans l'esprit
des admirables suiveux, Mme la Présidente, parce que le sondage de
Radio-Canada, quand on cesse de regarder les mini-détails et qu'on
cherche à voir le mouvement de fond, l'essentiel du sondage, ce sondage
indique quoi? Il indique que la population du Québec n'est pas dupe de
la stratégie du Parti libéral, il indique que la population du
Québec saisit très bien ce qu'est l'essentiel de la
souveraineté-association, c'est-à-dire un Québec qui
est
maître chez lui, un Canada anglais qui est maître chez lui,
les deux nations souveraines s'associant, mais, cette fois-ci, d'égal
à égal, et non pas d'inférieur à supérieur,
de minoritaire à majoritaire, comme c'est le cas à l'heure
actuelle.
Cela est en conformité avec une donnée essentielle de ce
sondage qui démontre qu'une majorité relative, 48%, des
francophones au Québec perçoivent le gouvernement du
Québec comme étant leur gouvernement national, tandis qu'au
gouvernement anglais c'est 56% des Canadiens anglais qui perçoivent le
gouvernement d'Ottawa comme étant leur gouvernement national.
Voilà bien ce qui illustre, de façon admirable, la
réalité des deux nations au Canada, deux nations qui n'ont pas
à l'heure actuelle les mêmes pouvoirs puisque l'une, la nation
québécoise, n'a pas tous les pouvoirs de la nation canadienne
anglaise, ce qui permet à la nation canadienne anglaise de dicter, dans
bien des domaines, sa façon de conduire au Québec.
C'est justement ce que cherche à corriger la
souveraineté-association. Cela est clair, cela est bien compris par tous
ceux qui se donnent la peine de regarder, et c'est le fait de la population du
Québec. C'est un phénomène normal, Mme la
Présidente, pour un peuple adulte, pour un peuple mature, pour un peuple
confiant en son avenir, que de vouloir aspirer à la maîtrise de
ses propres affaires et de ne pas se laisser imposer ses décisions par
d'autres. C'est un phénomène normal et contemporain qu'entre des
nations adultes on cherche à tisser les liens qui sont conformes
à ce que l'histoire, la géographie et l'économie ont
déjà dicté.
Il y a une autre donnée qui est intéressante, dans ce
sondage, et qui illustre bien jusqu'à quel point la confusion n'est pas
du côté de la souveraineté-association, mais bel et bien du
côté du pseudo-fédéralisme renouvelé, qui
n'est qu'un autre slogan creux pour signifier le statu quo. Le
fédéralisme renouvelé est une chose absolument impossible,
pour une excellente raison, c'est que le Canada anglais n'en veut tout
simplement pas; 48% des Canadiens anglais ne veulent pas de modifications
à la répartition des pouvoirs entre le gouvernement d'Ottawa et
le gouvernement de leur province. Or, le même pourcentage 49% en
l'occurrence de Québécois veulent un changement en
profondeur qui va donner plus de pouvoirs au Québec. D'une part, les
Québécois qui veulent accroître leur souveraineté,
d'autre part, au Canada anglais, le statu quo le plus absolu. Et ces
gens-là voudraient nous faire croire, après les échecs des
gouvernements Lesage, Johnson, Bertrand et Bourassa, que c'est en changeant
l'ensemble du Canada, en allant rassembler les provinces des Prairies ensemble,
en allant fusionner les Maritimes, qu'en changeant ces choses-là, qu'en
forçant les autres à changer là où ils ne veulent
pas changer, où ils ne sentent pas le besoin de changer, que ce n'est
qu'en les invitant effectivement à ce changement dont ils ne veulent pas
que le Québec pourra obtenir, lui, ce changement qu'il désire
profondément. (17 h 20)
S'il est une leçon de ce sondage qui démontre bien qu'il
n'y a pas de confusion quant à l'essentiel de la
souveraineté-association, c'est qu'en fait, les Québécois
ne pourront changer les choses qu'en changeant le statut même du
Québec et du seul Québec, et c'est une chose qu'il appartient aux
seuls Québécois de faire.
Mme la Présidente, je termine en disant qu'une troisième
donnée de ce sondage est extrêmement intéressante. Et c'est
là où 49% du Canada anglais ne veut pas de changement
constitutionnel. Il est satisfait chez lui de la situation actuelle. Pourquoi
voudrait-on le forcer à changer, s'il est bien comme cela? Là
où ils ne veulent pas de changements constitutionnels, le même
pourcentage, 50% en fait, un peu plus, seraient prêts, par contre,
à négocier, avec un Québec souverain, cette association
d'égal à égal entre les deux nations. On voit bien que la
confusion dont parle le chef parlementaire du Parti libéral, en fonction
d'une stratégie ajustée à un sondage qu'il a mal lu, que
cette situation n'a absolument ni queue ni tête; que la confusion, c'est
celle que répandent les admirables suiveux d'en face, confusion qu'ils
répandent d'autant plus qu'ils n'ont rien à offrir, rien à
proposer, aucune solution de rechange. On nous dit que le chef du Parti
libéral, parce qu'il est célèbre c'est lui qui l'a
dit c'était dans un article du Globe and Mail, il y a quelque
temps, a décidé, a trouvé le moyen par lequel il allait
obtenir ce que MM. Lesage, Johnson, Bertrand et Bourassa n'ont jamais obtenu;
changer le statut du Québec en amenant les autres à changer leur
statut. Il allait le faire parce que lui et c'est dans le Globe and
Mail, un journal sérieux il est célèbre. Il est
connu. A Halifax, quelqu'un l'a croisé et lui a serré la main. A
Vancouver, quelqu'un l'a reconnu et lui a dit: Mais c'est vous? Parce qu'il est
célèbre, il va obtenir les changements que des gens qui
étaient évidemment inconnus, Jean Lesage, Daniel Johnson,
Jean-Jacques Bertrand, Robert Bourassa n'ont jamais réussi à
obtenir.
Une Voix: Pas même Duplessis, ni Taschereau.
M. Guay: Mais lui, Mme la Présidente, il a le secret. Il
est célèbre. Il est connu. C'est un pédagogue, comme il
s'est qualifié lui-même au cours de la fin de semaine. Avec son
groupe d'admirables suiveux, il obtiendra ce que personne n'a encore obtenu et
ce que le Canada anglais ne veut pas obtenir parce qu'il n'en sent pas le
besoin.
Une Voix: Comment allez-vous vous associer?
M. Guay: Parce que 50% du Canada anglais sont d'accord pour
s'associer avec un Québec souverain. Le sondage le dit clairement, mais
49% ne veulent pas de changements constitutionnels qui les affectent, eux. Ils
ne sentent pas le besoin de changer chez eux, mais ils sont prêts
à ce que le Québec change. Ils sont prêts à
s'associer avec un Québec qui aura changé. Ce sont là les
réalités de ce sondage.
Mme la Présidente, je conclus en disant que le parti de la
confusion, c'est le parti d'en face, le parti des admirables suiveux.
Une Voix: C'est vrai!
M. Guay : C'est le parti de la confusion, le parti de la
défaite et le parti de la faillite. Mais les Québécois ne
sont pas dupes. Ils ont bien compris que la souveraineté-association est
la voie de l'avenir, de l'honneur, de la dignité et du
progrès.
La Vice-Présidente: M. le leader de l'Union Nationale.
M. Maurice Bellemare
M. Bellemare: Mme la Présidente, je suis fier de me lever
dans cette Chambre aujourd'hui pour rappeler le souvenir d'un homme qui, dans
cette province, a été un grand promoteur de l'autonomie
provinciale et du respect des droits du Québec vis-à-vis du
gouvernement central.
M. Duplessis a siégé ici pendant de nombreuses
années et il a été un homme qui, bien avant ces messieurs
du Péquiou qui viennent aujourd'hui prendre une attitude offensée
parce qu'on leur dit que sous le couvert de la souveraineté-association
se cache un autre goût, celui du pouvoir d'abord, s'est battu à
Ottawa devant les gens d'Ottawa pour que les droits du Québec soient
enfin reconnus. Je n'ai pas besoin de vous dire que dans cette Chambre, il n'a
pas toujours eu du succès, mais, par exemple, il a été un
des premiers à imposer véritablement à Ottawa une loi
provinciale sur l'impôt sur le revenu qui a fait une marque
décisive vis-à-vis du gouvernement fédéral. Cela,
c'était véritablement poser un geste qui a prouvé la
sincérité d'un homme comme M. Duplessis.
Un autre homme également est venu qui, sur les champs de
bataille, est allé chercher sa gloire: l'honorable Paul Sauvé.
Lui aussi était un grand autonomiste. Lui aussi marchait dans la ligne
de notre parti et voulait véritablement donner aux
Québécois cette fierté que nous avons acquise grâce
à M. Duplessis. C'est la formation que j'ai moi-même eue au
contact de ces hommes qui a fait de moi ce que je suis aujourd'hui. Mme la
Présidente, il y a eu un autre homme qui est venu. Celui-là
était Daniel Johnson.
Une Voix: M. Barrette.
M. Bellemare: Est-ce que c'est permis en vertu de l'article
100?
La Vice-Présidente: C'est vous qui avez la parole, M. le
leader.
M. Bellemare: Un homme est venu qui s'appelait Daniel Johnson.
Dans un livre, si on veut prendre la peine de le lire, il a
préconisé "Egalité ou indépendance". Mais il n'a
jamais été un indépendantiste. Lisez le livre jusqu'au
bout et tous les paragraphes et vous verrez que Daniel Johnson n'a jamais
préconisé l'indépendance du Québec, jamais. Eux
autres, par exemple, l'ont fait, le PQ qui a honte de son parti politique, qui
a honte de son programme et qui le renie. Ils renient ce programme de 1976, Mme
la Présidente. Ils disent: Ce n'est plus notre programme; c'est celui de
1978 qui compte. Nous l'avons, ce programme-là. Qu'est-ce que le
programme de 1976 disait? On regarde aux mêmes pages, "notre vie
politique." On voit au même titre, "Objectifs généraux". On
voit au chapitre II, comme en 1972 dans leur grande publicité d'un
programme politique, l'indépendance du Québec. En toutes lettres,
Mme la Présidente, l'indépendance du Québec.
Merci de l'avoir ramassé. Non, ce sont des feuilles au vent comme
le parti devant moi qui va bientôt prendre le vent.
Mme la Présidente, que retrouve-t-on dans le programme de 1976
sous le titre, en grosses lettres noires, "l'accession à
l'indépendance" pour le Québec? C'est dans le programme de 1976.
Ils se sont fait élire avec ce programme-là. Ils ont fait un
autre programme en 1978, édition 1978. Qu'est-ce qu'on y retrouve?
Accession à l'indépendance du pouvoir "PQuiou". Regardez, madame,
en grosses lettres, à la première page. Est-ce que le mot
"indépendance" leur fait mal maintenant? Est-ce qu'on se cache
derrière la souveraineté-association pour tâcher de
prôner une espèce de simulacre? Mme la Présidente, faites
attention à ces faux bergers, faites attention à ces gens qui,
couverts d'une peau qui n'est pas la leur, essaient de tromper la
population.
Mme la Présidente, qu'est-ce qu'on voit? Accession à
l'indépendance, clair et net. Est-ce que c'est le premier principe
fondamental du "PQuiou"? Parce qu'on l'inscrit là, à la
première ligne, accession à l'indépendance. Je ne peux pas
mentir; le programme est très considérable sur toutes sortes
d'autres sujets, mais, quand on regarde la première ligne de leur
programme, on voit: "L'accession à l'indépendance" du
Québec. On ne peut pas tromper tout le monde et se tromper
soi-même.
Qu'est-ce que la motion dit aujourd'hui? La motion en discussion dit:
"Que, de l'avis de cette Assemblée, le gouvernement devrait cesser
d'entretenir la confusion et l'équivoque autour de son option de
souveraineté-association." C'est ce que la motion dit. N'avons-nous pas
subi, depuis leur arrivée au pouvoir, des replâtrages, des remises
de cette question, essayant de s'entourer de toutes sortes de raisons,
élections fédérales ou pour ceci et pour cela. On a peur
aujourd'hui de dire qu'on est des indépendantistes. Quel est celui qui
va se lever en cette Chambre, lequel parmi les PQ va dire: Moi, je suis un
indépendantiste? Lequel?
Une Voix: Debout.
M. Bellemare: Ah! Il n'y en a pas un seul. Mais on est pour la
souveraineté-association. Hypocrites, menteurs! Vous n'êtes pas
pour l'indépendance du Québec. C'est faux. Mais vous êtes
pour le
pouvoir, par exemple. Quel est celui qui va se lever, qui va avoir le
courage de dire: Moi, M. le député de Johnson, je suis un
indépendantiste? Ah! non, Mme la Présidente. Ils sont bien trop
cachés derrière leur programme.
Des Voix: Le règlement. (17 h 30)
M. Bellemare: Voyez-vous ces ouaouarons? Les entendez-vous? Moi
aussi, je pourrais bien faire la même chose mais je sais que l'article
100 de notre règlement m'en empêche. J'espère qu'ils vont
l'apprendre.
C'est une histoire qui a été racontée
dernièrement par le jeune député de Vanier. Son
père aurait dit, après une conférence qu'il n'avait pas
aimée: Ce seront les jeunes qui feront l'indépendance du
Québec. Il a prétendu que quelqu'un avait entendu cette anecdote
de M. Bertrand. Bien moi, j'en ai entendu une autre, personnellement. Il m'a
dit: Ce sont de jeunes fous, s'ils font cela. Si, du haut du Ciel, il m'entend,
je voudrais qu'il me châtie si ce n'est pas vrai.
Des Voix: Attention!
M. Bellemare: La version de l'indépendance par
Jean-Jacques Bertrand est fausse. C'était un grand nationaliste, un gars
qui respectait les principes de notre pays. Je dis que la motion du chef
parlementaire est justement à point aujourd'hui; qu'on cesse donc de
tromper le peuple et d'essayer de lui mentir. Pourquoi cette avalanche de
sièges sociaux qui quittent Québec? Est-ce qu'il y a une raison
valable? Pourquoi ce malaise qu'on ressent partout quand on a l'occasion de
visiter un autre pays? On se sent à la gêne. Les gens nous disent
des choses qu'on n'aime pas contre le "PQuiou".
Je voudrais vous dire que dans tout cet état d'âme qui
existe dans notre peuple, on recherche la paix, on recherche la bonne entente,
on recherche la vie dans un pays où l'on pourra véritablement
jouer notre rôle comme peuple, mais pas en jouant à l'hypocrite
comme on le fait actuellement. On change aujourd'hui l'indépendance
qu'on retrouve dans leur programme par un autre mot moins dur, on l'appelle
l'association, la souveraineté-association. Mais je voudrais vous dire
qu'il y a une brochure qui a paru dernièrement, vous vous en souvenez
si vous n'en avez pas, je vous en donnerai une copie faite par
votre parti et dans laquelle cela a été publié en
1977 pour faire oublier l'indépendance qu'on avait
préconisée comme mesure, la première priorité qu'on
devait imposer, on a sorti l'association. Cela change quoi, le "PQuiou"? Cela
change quoi? On n'a pas un seul mot sur la souveraineté-association
là-dedans, pas un. On a peur d'en parler. Même dans les
réunions publiques aujourd'hui, nous, l'Union Nationale, parlons de la
souveraineté-association et on se fait huer. Je dis que ceux qui sont
véritablement imbus de cette idée sont actuellement à
vouloir détruire notre pays.
Des Voix: ...
La Vice-Présidente: A l'ordre!
M. Bellemare: Mme la Présidente, j'aimerais bien que vous
me donniez la permission de répondre à ce petit goujat que je
connais depuis longtemps, mais je ne le nommerai pas pour ne pas...
La Vice-Présidente: Ce que je vais être
obligée de faire, M. le leader, c'est de vous demander de conclure le
plus rapidement possible.
M. Bellemare: Je conclus. Avec les honorables Duplessis,
Sauvé, Barrette, Johnson, Bertrand, nous avons une lignée de
grands hommes qui ont fait honneur au Québec et qui ont tracé la
voie; ils nous ont montré où était la véritable
destinée de notre pays.
M. Bertrand: Mme la Présidente...
La Vice-Présidente: M. le député de Vanier.
Strictement dix minutes, M. le député de Vanier, parce que nous
devons prévoir le temps de la réplique.
M. Ciaccia: Mme la Présidente, question de
règlement.
M. Lavoie: II y a un droit de réplique.
M. Lamontagne: ... le vote à 17 h 45, vous le savez fort
bien.
La Vice-Présidente: M. le député, il ne faut
quand même pas exagérer. Voyons! Nous sommes à la motion du
mercredi. Strictement vos dix minutes, M. le député de
Vanier.
M. Ciaccia: Mme la Présidente, question de
règlement.
La Vice-Présidente: Et M. le parrain de la motion ensuite,
sa réplique, dix minutes aussi.
M. Ciaccia: Question de règlement, Mme la
Présidente. Je crois que c'est l'habitude de faire le tour de chaque
parti politique et le député de l'Union Nationale avait
cédé son droit au député de Taschereau.
La Vice-Présidente: C'est vrai.
M. Ciaccia: D'après le tour, ce devrait être le tour
du Parti libéral.
La Vice-Présidente: D'accord, sur votre question de
règlement, M. le député. Je l'ai entendue. A l'heure
actuelle, nous avons quand même un droit de réplique pour le
leader de l'Opposition officielle. A l'heure actuelle, les intervenants sur
cette motion sont, cinq du Parti libéral, cinq du
parti ministériel et quatre de l'Union Nationale. J'ai
déjà donné la parole au député de Vanier. Je
lui accorde strictement dix minutes. Nous réservons les dix minutes... A
l'ordre, s'il vous plaît! Justement, si nous préservons les
droits, si je donnais la parole à un député de
l'Opposition officielle, vous seriez deux intervenants de suite. M. le
député de Vanier.
M. Jean-François Bertrand
M. Bertrand: Mme la Présidente, on est très heureux
de savoir, par la neutralité de la position que vous adoptez, que du
côté du gouvernement on est aussi des députés au
même titre que les gens de l'Opposition. On a un droit de parole qu'on
peut nous aussi exercer à cette Assemblée nationale parce que
nous aussi on représente des citoyens du Québec et ces citoyens
veulent se faire entendre à l'Assemblée nationale par tous leurs
représentants.
Mme la Présidente, sur la motion présentée par le
chef parlementaire du Parti libéral en cette Chambre, je voudrais dire
qu'il y a là-dedans beaucoup d'hypocrisie. A la vérité, le
Parti libéral du Québec n'est pas du tout intéressé
à avoir des éclaircissements sur l'option de
souveraineté-association. Plus on précise l'option, plus les
libéraux paniquent. Plus on dit ce qu'il en est de la
souveraineté et de l'association, plus nos adversaires d'en face nous
disent: Oui, mais ce n'est que davantage de confusion.
La vérité est bien simple. C'est qu'ils sentent que depuis
douze ans que nous existons, d'année en année, avec les
informations, les explications que nous apportons sereinement à
l'ensemble de la population du Québec, il se dégage
progressivement une majorité de gens qui disent: Votre affaire, c'est
une affaire de bon sens. Parce que c'est une affaire de bon sens, on voit que
dans les sondages cela se reflète. Pourquoi l'Opposition vient-elle en
cette période du mercredi soulever une motion de blâme disant que
le gouvernement enferme la population dans la confusion la plus totale alors
qu'il y a à peine quelques jours, ce que les sondages reflétaient
au contraire, à mon point de vue, c'est que, bien loin d'y voir de la
confusion, les gens sentent qu'il y a de plus en plus une différence
très nette entre ce que les gens de l'Opposition appellent une seule et
même chose quand ils parlent de séparatisme, d'indépendance
et de souveraineté-association?
S'il y avait de la confusion dans l'esprit de la population, on aurait
exactement le même résultat à une question qui dirait:
Est-ce que séparatisme, indépendance et
souveraineté-association pour vous autres c'est la même chose? Il
me semble que normalement, si je demande aux gens: Etes-vous pour ou contre le
séparatisme et que j'obtiens 19%, si je demande aux gens: Etes-vous pour
ou contre la souveraineté-association et que j'obtiens 37%, si je
demande aux gens s'ils sont pour, oui ou non, donner un mandat à leur
gouvernement d'aller entreprendre des discussions avec le Canada pour rapatrier
les pouvoirs au Québec et maintenir les liens d'association qui soient
mutuellement avantageux, j'obtiens un autre pourcentage, pourquoi est-ce? Parce
que les gens comprennent que voilà des questions différentes,
à contenu différent et qui appellent des réponses
différentes. Si séparatisme, indépendance et
souveraineté-association c'était la même chose dans
l'esprit des gens, on aurait exactement le même pourcentage de
réponses dans les sondages, ce qui n'est pas le cas.
Donc, les gens comprennent, les gens savent ce que veut dire
séparatisme ou indépendance ou souveraineté-association.
Donc, quand on constate que notre option, celle de la
souveraineté-association, avec le mandat dont nous avons besoin pour la
réaliser, proposée clairement dans une question que les sondages
arrivent à formuler et à laquelle les gens arrivent à
répondre, quand on obtient des résultats à savoir qu'une
majorité des gens sont pour donner un tel mandat à leur
gouvernement pour réaliser la souveraineté-association par voie
de négociation. (17 h 40)
Je pense qu'effectivement les gens de l'Opposition ont raison
d'être paniqués, parce que l'heure de la défaite pour leur
parti approche. Le 15 novembre c'était uniquement la perte du pouvoir.
Déjà, cela a permis un bon ménage au Québec. Les
gens s'en rendent compte, ils sont satisfaits de leur gouvernement. Le
référendum s'en vient, ce sera leur deuxième grande
défaite. Et celle-là, une fois pour toutes, fermera la porte
à ceux qui avaient vu dans le Parti libéral une forme d'espoir
pour l'avenir.
Si j'insiste là-dessus, c'est en même temps pour rappeler
un certain nombre d'écrits de celui qui tient lieu de chef à
l'heure actuelle au Parti libéral du Québec. Je voudrais
simplement vous citer deux extraits d'écrits que l'homme a pondus alors
qu'il était éditorialiste au Devoir. Vous savez, M. Ryan, c'est
l'homme des sincérités successives. Il avait ses
sincérités d'éditorialiste; il a maintenant ses
sincérités de politicien. Il avait son langage de grand
intellectuel qui pouvait, à partir de son petit bureau du Devoir,
écrire en toute sérénité un certain nombre de
choses. Il a maintenant sa sincérité de politicien dont les
paroles heureusement s'envolent, mais, malheur pour lui, ses écrits sont
restés. Je ne veux en citer que deux seuls qui sont éloquents
à mon point de vue.
Un qui remonte au 23 septembre 1967, soit cinq jours exactement
après la fondation du Mouvement souveraineté-association. Tiens!
Tiens! Souveraineté-association, en 1967. M. Ryan écrivait ce qui
suit: "Les hommes vraiment forts et courageux de la période qui s'ouvre
devant nous seront ceux qui, comme René Lévesque, auront eu le
courage de prendre des options claires et qui auront la vigueur voulue pour les
défendre. Là est la seule voie qui s'ouvre au Québec pour
l'avenir prévisible, le plus de chance de liberté réelle
et en collaboration heureuse avec ses voisins et le reste du monde". Que
voilà de belles choses écrites par le chef du Parti
libéral au moment où il était éditorialiste et
où il pouvait en toute sérénité
écrire des choses plus objectives sur le déroulement de
l'actualité de l'époque, soit en 1967.
Une Voix: Quelle date?
M. Bertrand: Le 23 septembre 1967. Moins de dix ans après,
soit le 17 novembre 1976, deux jours après l'élection du
gouvernement du Parti québécois, pour lequel le chef du Parti
libéral, à ce moment éditorialiste, avait dit de voter,
qu'il avait encouragé à prendre le pouvoir, voici ce qu'il
écrivait, et je pense que les gens du Parti libéral devraient
mettre cela dans leur pipe, eux qui nous traitent de séparatistes
continuellement. Je cite textuellement cet éditorial du 17 novembre: "Le
Parti québécois n'est pas d'abord séparatiste, encore
moins isolationniste, nonobstant tout ce qu'on a pu en dire.
La Vice-Présidente: A l'ordre, s'il vous plaît!
M. Bertrand: Mme la Présidente, M. Ryan ajoutait,
après avoir dit que nous n'étions pas séparatistes: "Le
Parti québécois est au contraire plus ouvert sur l'universel que
bien des tenants du courant dit libéral".
M. Bellemare: Question de règlement, Mme la
Présidente.
La Vice-Présidente: Question de règlement, M. le
leader de l'Union Nationale. Voulez-vous faire rapidement, s'il vous
plaît? Notre temps nous est compté.
M. Bellemare: La motion de l'honorable chef de l'Opposition se
lit comme ceci: "Que, de l'avis de cette Assemblée, le gouvernement
devrait cesser d'entretenir la confusion et l'équivoque autour de son
option... "
La Vice-Présidente: M. le leader, vous avez eu l'occasion
d'intervenir. Je sais que vous faites appel maintenant à la pertinence
du débat. Vous avez eu l'occasion d'intervenir. Si M. le
député de Vanier veut me dire qu'il n'entretient pas de
confusion, c'est son affaire. Je pense que vous pouvez diverger d'opinion.
A l'ordre, s'il vous plaît! A l'ordre!
M. le député.
M. Bertrand: M. Ryan écrivait: "Le Parti
québécois n'est pas d'abord séparatiste; il est, au
contraire, plus ouvert sur l'universel que bien des tenants du courant
libéral." C'est important et je pense que c'est une belle
définition de l'option du Parti québécois.
La Vice-Présidente: Vous allez devoir conclure, M. le
député.
M. Bertrand: Oui, Mme la Présidente. "Le Parti
québécois veut que soit d'abord défini et assuré un
premier lieu de pouvoir politique pour le peuple québécois et il
veut naturellement que ce lieu soit établi au Québec et
contrôlé directement et entièrement par les citoyens du
Québec." Je termine.
La Vice-Présidente: M. le député,
malheureusement, il faut préserver le droit de réplique. Nous
avons à prendre un vote avant 18 heures.
M. Levesque (Bonaventure): Mme la Présidente...
La Vice-Présidente: M. le chef de l'Opposition officielle,
votre réplique.
M. Levesque (Bonaventure): Merci, Mme la Présidente.
La Vice-Présidente: A l'ordre, s'il vous plaît!
M. Gérard-D. Levesque
M. Levesque (Bonaventure): Je vous rappellerai, Mme la
Présidente, que j'ai présenté en cette Chambre, mercredi
dernier, une motion qui voulait recueillir l'unanimité de cette Chambre
dans le but d'amener le gouvernement à dissiper la confusion et
l'équivoque qu'il semble vouloir entretenir sur sa notion
indépendantiste de souveraineté-association. J'ai invité
l'Assemblée à répéter le geste du 13 avril 1978
lorsque, à 85 contre 0, on avait souscrit à une motion dans le
même sens, libellée un peu différemment, mais qui avait
pour but de presser le gouvernement de définir son option
indépendantiste.
J'aurais bien aimé entendre le gouvernement s'engager à
clarifier cette option dans les meilleurs délais. J'aurais voulu
entendre le gouvernement nous préciser davantage ce qu'on semble vouloir
cacher de plus en plus, c'est-à-dire avouer les véritables motifs
qui inspirent cette formation politique.
Mme la Présidente, vous le savez comme moi, on a dit à
satiété qu'on voulait atteindre la souveraineté politique
de ce côté-là. On voulait la souveraineté nationale.
Mais on a également entendu de l'autre côté que le mot
"souveraineté" et cela de la bouche du premier ministre et
le mot "indépendance", cela voulait dire la même chose.
Or, l'opinant qui vient de me précéder est celui-là
même qui, encore tout récemment, dans un congrès
régional du Parti québécois, qui venait de voter en faveur
de changer du programme du Parti québécois le mot
indépendance par souveraineté, celui-là même qui
vient de parler faisait un discours pour dire que cela voulait dire la
même chose.
Voilà, Mme la Présidente, on nous demande à nous,
la population des citoyens du Québec, de suivre ce genre de
manèges, de manoeuvres, de manipulations que l'on veut faire dans
l'opinion publique. Ce sont ces gens-là qui crient à
l'autodétermination, c'est-à-dire le droit d'un peuple de
disposer lui-même de son avenir. Ce sont ces gens-là qui, un
moment après, nous proposent
quoi? D'aller négocier la souveraineté-association,
négocier l'indépendance avec un trait d'union. C'est cela qu'on
nous a proposé le 10 octobre dernier en cette Chambre. Ce sont des
champions de l'autodétermination et, en même temps, ce sont des
gens qui vont aller essayer de négocier ce qui, d'après eux, leur
appartient comme peuple libre et maître de ses destins, ou de sa
destinée.
Mme la Présidente, que l'on n'essaie pas de m'enlever les
quelques minutes que j'ai à ma disposition, c'est mon droit de
réplique!
M. Paquette: Question de privilège.
La Vice-Présidente: A l'ordre, s'il vous plaît! J'ai
une question de privilège, M. le député, je souhaite que
cela en soit vraiment une.
M. Paquette: Le chef de l'Opposition officielle vient de faire
une affirmation disant que nous aurions l'intention de négocier la
souveraineté, qu'il le prouve!
M. Levesque (Bonaventure): Je n'ai jamais parlé du
député.
La Vice-Présidente: Ce n'est pas une question.
M. le chef de l'Opposition officielle. (17 h 50)
M. Levesque (Bonaventure): C'est ce que je dis de ces
gens-là, ces champions de l'autodétermination, ces champions de
l'ambiguïté et de la confusion. Qu'est-ce que leur chef vient de
dire, dans le présent débat? Lorsqu'il a répliqué,
je pensais qu'il aurait offert de se joindre à nous pour clarifier la
situation. Mais ce qui était l'indépendance qui était
devenue la souveraineté-association, c'est devenu, dans les termes
mêmes utilisés pour la première fois par le premier
ministre du Québec, à ma connaissance, c'est devenu le
"bargaining power". Ce qu'il allait demander maintenant à la population
du Québec, c'est le "bargaining power". Il disait et c'est dans
le journal des Débats du 28 mars 1979 "II faut se donner, dit le
premier ministre, ce que l'on appelle en anglais le "bargaining power" pour
changer les institutions qui ont fait leur temps." Alors, on allait demander la
séparation, on allait avoir un référendum sur
l'indépendance, on était revenu à un ancien programme de
68 ou de 69 sur la souveraineté-association, et aujourd'hui, en
réponse à la motion présentée par l'Opposition
officielle, on dit: On veut avoir un "bargaining power". Mais un "bargaining
power" pourquoi, si ce n'est pas pour encore laisser entendre à la
population qu'on va atteindre l'indépendance, mais ne vous
inquiétez pas, ce ne sera pas l'indépendance, ce sera une
souveraineté-association où, d'égal à égal,
on pourra négocier un nouveau régime dans lequel on ne perdra
rien et on gagnera tout. Voilà un peu, en deux mots, ce qu'on essaie de
passer à la population.
C'est pourquoi nous avons les résultats que nous connaissons dans
ces sondages...
M. Vaillancourt (Jonquière): Question de privilège,
M. le Président.
Le Président: M. le député de
Jonquière. Une Voix: II n'y a pas de question de
privilège.
Le Président: M. le député de
Jonquière, je ne voudrais pas qu'on joue avec les questions de
privilège non plus.
M. Vaillancourt (Jonquière): M. le Président, c'est
la deuxième question de privilège que je soulève en deux
ans et je dois vous avouer que je n'ai pas l'habitude de jouer avec ces
questions ni de règlement, ni de privilège.
M. le Président, je dois soulever une question de
privilège parce que mon collègue, chef de l'Opposition
officielle, est en train d'induire la Chambre en erreur.
Des Voix: Oh!
M. Vaillancourt (Jonquière): M. le Président, le
chef de l'Opposition officielle sait fort bien que dans le cadre juridique
actuel confédératif...
Le Président: A l'ordre! M. le député de
Jonquière, je regrette. Il ne s'agit pas là d'une matière
à privilège.
M. le chef de l'Opposition.
M. Levesque (Bonaventure): M. le Président, je vous
remercie et je veux rendre témoignage à votre sens du "fair
play", et, en même temps, noter l'intolérance de ces gens d'en
face qui ne laissent pas un député exercer un droit, le droit de
réplique, alors qu'ils ont eu depuis une semaine...
Une Voix: Intolérance.
M. Levesque (Bonaventure): ... le temps et l'occasion de
participer aux débats. Pourquoi n'a-t-il pas participé aux
débats au lieu d'essayer de m'interrompre dans les quelques minutes qui
me restent? Je dirai à ces gens, je leur rappellerai ce que le chef de
leur parti a dit mercredi dernier, parlant encore de ce qu'il allait demander
au peuple du Québec dans ce référendum. Pour la
première fois, à ma connaissance, voici, après avoir
parlé du "bargainning power", ce qu'il dit: "... va se destiner dans le
sens de dire oui..." A quoi, M. le Président? A l'indépendance? A
la souveraineté-association? A un mandat de négocier? Voici ce
qu'il y a de nouveau: "... oui à une hypothèse de travail de
l'avenir". Une hypothèse de travail. Voilà où on en est
rendu et voilà comment on répond à la question de
l'Opposition officielle à savoir: Est-ce qu'on veut clarifier l'option
de ce gouvernement? Est-ce que l'on veut réellement dire à la
population ce qu'on veut d'elle? Ce n'est pas dans ce genre de discours du chef
du gouvernement qu'on va démontrer un peu de respect envers la
population, un respect à
l'intelligence de la population, une marque de respect à la
volonté populaire. Je pense que nous avons eu, au cours de ces
débats, l'exemple d'un gouvernement qui se cache, qui a peur de parler
de son option véritable et qui veut amener dans l'aventure le peuple
québécois qui se refusera, j'en suis convaincu...
Quelqu'un mentionnait tout à l'heure qu'on avait la question dans
sa poche. Pourquoi le ministre des Affaires intergouvernementales
était-il si peu loquace tout à l'heure? Si on a cette question,
qu'on la pose donc, qu'on n'attende pas les 75 jours dont le premier ministre
parlait. Cela fait onze ans, cela fait douze ans que vous parlez de
souveraineté-association. Pourquoi ne pas poser la question que vous
allez poser au peuple alors qu'on voit la confusion qui existe? Après
douze ans, on va régler cela dans 75 jours?
M. le Président, nous réclamons, au nom de la population
du Québec, que le gouvernement actuel nous dise, sans délai,
quelle est la question qui sera posée à la population du
Québec. Nous avons le droit d'être éclairés et
pleinement éclairés sur notre avenir collectif. Nous voulons, M.
le Président je termine là-dessus simplement
implorer, s'il le faut, le gouvernement actuel de cesser de jeter de la
confusion, de se nourrir d'équivoque, pour réellement poser la
question, le plus tôt possible, et laisser un délai afin de
dissiper toute confusion pour que la population du Québec, qui vient de
dire encore dans ce sondage qu'elle est contre l'indépendance du
Québec... Seulement 19% étaient pour l'indépendance. Cette
population vient de dire, dans ce sondage, qu'au moins 75% sont en faveur d'un
régime fédéral. Tâchons d'être respectueux de
la volonté populaire et donnons l'occasion à la population
d'être bien éclairée avant qu'elle soit appelée
à décider de son avenir.
M. Godin: Question de privilège très courte. Le
Président: M. le député de Mercier.
M. Godin: J'ai une très courte question de
privilège.
Des Voix: Non.
M. Godin: Non, mais avant, est-ce que je peux...
Des Voix: Ah!
M. Godin: Une très courte.
Le Président: M. le député de Mercier.
M. Godin: Les députés ont eu le droit de parole
ici, soit exactement dix députés du côté de
l'Opposition et six de notre côté. J'aimerais avoir de votre part
une directive, M. le Président. Est-ce que nous vivons en régime
proportionnel ou si le régime parlementaire britannique s'applique
encore jusqu'à preuve du contraire? J'aimerais que, dans les plus brefs
délais, vous répondiez à cette question pour que,
tôt ou tard, nous sachions si nous sommes encore ici une majorité
de députés, que nous puissions avoir un nombre de droits de
parole correspondant à notre force parlementaire réelle et que
nous ne vivions pas en régime proportionnel avant d'y être
juridiquement...
Le Président: Bon, très bien. M. le
député de Mercier, je vous rappelle qu'en la matière,
généralement, la présidence, après avoir fait un
tour de toutes les formations politiques, reconnaît les intervenants,
à mesure qu'ils se lèvent et à mesure qu'ils souhaitent
intervenir.
Je voudrais maintenant demander qu'on appelle les députés
pour prendre le vote.
Suspension à 17 h 59
Reprise à 18 h 5
Mise aux voix de la motion
Le Président: Est-ce que vous êtes prêt M. le
whip de la majorité ministérielle? A l'ordre, s'il vous
plaît. Nous allons maintenant procéder à la mise aux voix
de la motion présentée par M. le député de
Bonaventure et chef parlementaire de l'Opposition officielle proposant: Que de
l'avis de cette Assemblée, le gouvernement devrait cesser d'entretenir
la confusion et l'équivoque autour de son option de
souveraineté-association. Je demande maintenant à ceux et celles
qui sont en faveur de cette motion de bien vouloir se lever.
Le Secrétaire adjoint: MM. Levesque (Bonaventure), Lavoie,
Lalonde, Mailloux, Goldbloom, Larivière, Ciaccia, Mme Lavoie-Roux, MM.
Ray-nauld, Lamontagne, Giasson, Blank, Caron, O'Gallagher, Picotte, Marchand,
Gratton, Pagé, Verreault, Biron, Bellemare, Fontaine, Brochu, Dubois, Le
Moignan, Cordeau, Samson.
Le Président: Que ceux et celles qui sont contre cette
motion veuillent bien se lever, s'il vous plaît.
Le Secrétaire adjoint: MM. Charron, Laurin, Morin
(Louis-Hébert), Landry, Couture, Tremblay, O'Neill, de Belleval, Joron,
Proulx, Duhaime, Tardif, Vaugeois, Martel, Paquette, Vaillancourt
(Jonquière), Chevrette, Bertrand, Michaud, Rancourt, Laberge,
Grégoire, Guay, Lefebvre, Boucher, Beauséjour, Desbiens,
Bordeleau, Charbonneau, Gravel, Lévesque
(Kamouraska-Témiscouata), Jolivet.
Le Président: Que ceux et celles qui désirent
s'abstenir veuillent bien se lever.
Le Secrétaire: Pour: 27 Contre: 41
Abstentions: 0
Le Président: La motion est rejetée.
M. le leader parlementaire du gouvernement.
M. Charron: M. le Président, je rappelle les deux
commissions, celles des affaires municipales et du tourisme, de la chasse et de
la pêche, qui se réuniront demain matin.
Je propose l'ajournement de la Chambre à demain.
Le Président: Adopté?
M. Charron: On reprend le débat sur le discours sur le
budget toute la journée demain.
Le Président: L'Assemblée ajourne ses travaux
à demain quatorze heures.
Fin de la séance à 18 h 9
Annexe Questions inscrites au feuilleton
Question no 6 Questions de M. Cordeau (7 mars) 1. Me
Pierre Cloutier, avocat de Montréal, est-il à l'emploi du
gouvernement ou de l'un de ses organismes ou agences? 2. Dans l'affirmative,
quelle est la date de son engagement? 3. Quelle fonction lui a
été confiée? 4. A quel salaire a-t-il été
engagé? 5. A-t-il été choisi à la suite d'un
concours?
Réponses de M. Bédard 1. Me Pierre Cloutier a
travaillé pour le gouvernement du Québec à titre de membre
du Comité consultatif sur le secteur correctionnel adulte (Rapport
Thiffault) et ce, du 7 juillet 1977 au 31 mars 1978. 2. Voir réponse
numéro 1. 3. Voir réponse numéro 1. 4. Me Cloutier
était rémunéré $75.00 la vacation d'une
demi-journée de 3 heures. Le montant total qui lui a été
versé a été de $24 431.26. 5. Non. Les membres du
comité qui n'étaient pas des fonctionnaires du ministère
de la Justice ont été engagés comme contractuels.