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(Dix heures sept minutes)
Le Président: A l'ordre, mesdames et messieurs!
Un moment de recueillement.
Veuillez vous asseoir.
J'appelle le débat sur la question référendaire
conformément à la loi et conformément à la motion
d'ajournement du débat qui a été adoptée, hier
soir, à l'ajournement de nos travaux.
Je cède la parole à M. le député de
Roberval.
M. Lamontagne: M. le Président, hier, en effet, j'ai
demandé l'ajournement du débat. Je voudrais, ce matin,
céder mon droit de parole, ma priorité, au député
de Portneuf.
Le Président: M. le député de Portneuf.
Motion privilégiée relative à
la
question devant faire l'objet d'une
consultation populaire sur une nouvelle
entente avec le Canada
Reprise du débat
M. Michel Pagé
M. Pagé: Merci, M. le Président. Je suis heureux
d'aborder enfin cette question, ce matin. Je vais le faire en tentant d'y
mettre le moins d'émo-tivité, le moins de fausse
émotivité possible quant à moi. Je vais vous dire que j'ai
été particulièrement peiné jusqu'à
maintenant de constater... je parle de fausse émotivité, oui,
c'est le cas, parce qu'on a entendu des députés ici et je n'ai
pas l'intention de faire comme plusieurs de la majorité péquiste,
à savoir de ramener le débat au niveau de questions comme
celles-ci: Qu'est-ce que mes enfants se demanderont dans 20 ans? Papa,
où étais-tu au moment du référendum?
M. le Président, je veux l'aborder de la façon la plus
rationnelle possible et aussi relativement à l'objet de la motion qui
est bel et bien celui d'étudier la question comme telle qui sera
posée aux électeurs québécois le 2 ou le 9 juin
prochain. Je dis le 2 ou le 9 juin prochain, parce que ce sont les dates qui
circulent dans le moment et, soit dit en passant, on a bien hâte que le
gouvernement nous informe de ses intentions et qu'il mette de côté
sa stratégie à cet égard.
La question a été posée, a été
soulevée; il y a plusieurs éléments dans cette question.
La grande question qu'on doit se poser soi-même face à cet appel,
à cette question même, c'est la suivante: Est-ce que la question
engage les Québécois et à quoi les engage-t-elle? Il faut
regarder chacun des paragraphes et les éléments importants dans
cette question avant de dire oui ou de dire non. La question comporte cinq
éléments importants, dont quatre sont directement liés,
malheureusement; c'est d'ailleurs ce qui qualifie, ce qui représente, ce
qui peint très bien ce gouvernement On est en mesure de constater
que quatre des éléments de la question sont le résultat,
somme toute, de sondages et c'est d'après des sondages demandés
par le gouvernement auprès de la population que ces
éléments ont été introduits dans la question. (10 h
10)
Mon collègue, le député de Gatineau, a parlé
d'une question bidon. Je pense qu'il avait raison. Plus cela va, M. le
Président, au Québec, plus les gens sont à même de
constater que c'est une question piège, une question bidon, une question
qui ne dit pas ce qu'elle devrait dire, une question obscure et confuse. Quant
aux cinq éléments de la question, le premier
élément important, c'est l'égalité des peuples. On
fait vibrer les cordes nationalistes avec cet élément. Qui n'est
pas fier d'être Québécois? Qui n'est pas fier de son
appartenance à sa communauté, à sa collectivité et
qui n'en veut pas plus pour sa communauté et sa collectivité?
Personne. L'égalité des peuples, cela fait vibrer les cordes
nationalistes et cela fait plaisir.
M. le Président, je pense qu'on est unanime sur cette question.
Personne au Québec ne peut promouvoir ou prôner une situation
où on ne serait pas d'égal à égal. J'étais
bien surpris d'entendre à la télévision hier soir le
député de Joliette-Montcalm nous dire qu'une fois la
souveraineté réalisée, ce ne serait plus 25% contre 75%
dans le Canada. On serait véritablement égaux à ce
moment-là comme si, au lendemain d'une déclaration de
souveraineté, comme si, au lendemain d'une déclaration
d'indépendance du Québec par un oui au référendum,
le Québec... Je conviens que le Québec serait un pays
indépendant, je conviens que le Québec serait un pays souverain
et un pays autonome qui aurait ses impôts, ses lois etc., mais au point
de vue démocratique ce serait la même chose. Par surcroît,
ces gens ont le culot de venir nous dire: On pourra véritablement
négocier à ce moment d'égal à égal, comme si
les règles démocratiques étaient changées.
M. le Président, l'égalité des peuples, on est
d'accord sur cela. D'ailleurs, on a un chapitre là-dessus. Si les gens
du Parti québécois s'étaient donné la peine de
regarder objectivement le livre beige qu'on a présenté à
la population, ils auraient été à même d'y constater
et d'y lire de nombreux chapitres relatifs au dualisme, notamment.
Quant à l'association économique, M. le Président,
on est dans une association économique dans le moment par le lien
fédéral, une association économique qui a
été rentable pour nous. Lors de la campagne
référendaire, on aura l'occasion parce que ce sera le
véritable moment de discuter du fond du sujet, alors
qu'aujourd'hui, M. le Président, c'est le débat sur la question.
J'ai été peiné, quant à moi, que la pertinence du
sujet en ait pris pour son rhume, si on se fie à nos collègues
d'en face ou à nos amis d'en face, à la façon dont ils ont
orienté leurs discours.
On nous parle, M. le Président, dans cette question, des
éléments qui font vibrer les cordes nationalistes. On va se tenir
debout. Il y a l'égalité
des peuples et, par la suite, l'aspect sécurisant, l'association
économique. J'aimerais bien, M. le Président, que le premier
ministre réponde enfin à la question. On présume qu'il
aura l'occasion d'y revenir dans le débat. Qu'il nous dise exactement sa
réponse, la réponse du gouvernement du Québec à la
fin de non-recevoir que le gouvernement du Québec a reçue de la
part de trois provinces qui sont quand même très importantes au
Canada: l'Ontario, la Colombie-Britannique et l'Alberta qui ne sont pas
intéressées à négocier avec le gouvernement du
Québec.
Le deuxième référendum, M. le Président,
c'est un élément auquel on ne peut que souscrire. Le livre beige
lui-même n'exclut pas que nous-mêmes, une fois qu'on aura pris le
pouvoir; parce que le pouvoir, on va le prendre là-dessus...
M. Springate: C'est vrai.
M. Pagé: ... nous nous servions d'un
référendum pour consulter la population sur notre document et
notre position constitutionnelle.
Le cinquième élément et c'est
l'élément important, primordial, fondamental et essentiel qui est
recherché par ces gens-là c'est la souveraineté
politique du Québec. Leur programme en fait état. Quand un
gouvernement formule des propositions, on se doit de revenir au programme du
parti. C'est ce qui guide le parti. Voyons le chapitre II du programme de 1978,
L'accession à l'indépendance. Je cite le programme du Parti
québécois: "En conséquence, un gouvernement du Parti
québécois s'engage à s'assurer, par voie de
référendum et au moment qu'il le jugera opportun à
l'intérieur d'un premier mandat, de l'appui des Québécois
sur la souveraineté du Québec; à mettre en branle le
processus d'accession à la souveraineté en proposant à
l'Assemblée nationale une loi autorisant, etc." Là, je vais vous
épargner la lecture du reste. Ce que le gouvernement du Québec
veut il faudra le dire une fois pour toutes c'est la
souveraineté politique du Québec, c'est l'indépendance
politique du Québec. C'est cela qui est dans la question, M. le
Président, purement et simplement.
M. Springate: C'est cela.
M. Pagé: Le premier ministre le disait, d'ailleurs,
lui-même. Je vais revenir à la déclaration du 16 mars 1977
du premier ministre. Il faut le dire, quitte à ce que nos amis d'en face
nous disent qu'on se répète. Il faut prendre les textes qui sont
devant nous et il faut prendre les déclarations du premier ministre.
"C'est l'objectif, indépendance, souveraineté. Cela ne sert
à rien c'est le premier ministre du Québec, M.
Lévesque, qui parle de "chinoiser" sur les mots. Il y a des
nuances juridiques. Il peut y avoir des nuances politiques. Quant à
nous, c'est alternativement qu'on emploie les deux termes. Ils signifient la
même chose." Ce que ces gens-là veulent, l'objectif essentiel,
c'est la souveraineté politique du Québec.
Un oui au référendum, qu'est-ce que cela veut dire? Cela
veut dire la mise en branle définitive et immédiate de
l'accession à l'indépendance, ce dont la majorité des
Québécois, tant francophones qu'anglophones, ne veut pas, M. le
Président. Ce que les gens du Québec veulent, c'est un nouveau
papier constitutionnel à l'intérieur du lien
fédéral. C'est ce qui était, d'ailleurs, clairement
indiqué dans le sondage la semaine dernière.
Il faudra que le gouvernement du Parti québécois nous dise
qu'il le dise à la télévision pendant ce
débat, parce qu'il veut revenir sur le fond de la question et non pas
sur l'étude elle-même de la question l'impact du
rapatriement au Québec des impôts. Il faudra arrêter de
conter fleurette aux gens et de leur dire: On aura tous nos impôts et le
fédéral sera encore présent. On aura tous nos
impôts, c'est vrai, mais sans impôts, aucun service de
distribué par le gouvernement fédéral.
Hier, j'entendais le député de Joliette-Montcalm nous
parler de la citoyenneté. L'indépendance du Québec, la
souveraineté c'est ce que vous voulez amènera une
citoyenneté autre que canadienne.
M. Springate: C'est cela.
M. Pagé: On ne sera plus des citoyens canadiens et
ça, il faudra que quelqu'un le dise, de l'autre côté.
J'aimerais bien que le député de Joliette-Montcalm lise ou relise
le livre blanc sur la question de la citoyenneté. Selon le livre blanc
du Parti québécois, on aura un passeport qui sera autre que
canadien, on aura un passeport québécois. Plus de
représentation électorale à Ottawa, plus de
députés fédéraux. Politique étrangère
par le gouvernement du Québec; les députés en ont
parlé hier. Système de défense, armée
québécoise, etc., il faudra que le gouvernement le dise
clairement, M. le Président. S'il ne le dit pas, c'est que c'est de la
stratégie, purement et simplement. Il ne faut pas faire peur au monde.
Il faut enrubanner ça dans le plus beau, représenter cela comme
un cadeau et leur conter fleurette. C'est regrettable que l'avenir du
Québec, l'avenir des contribuables ce grand mouvement historique,
on pourra y revenir tantôt soit ramené strictement à
des basses stratégies et au niveau de la partisanerie politique.
On a souvent entendu parler, ici dans cette Chambre et à
l'extérieur, qu'un oui au référendum, c'était un
"bargaining power", c'était se donner un mandat, c'était dire au
gouvernement du Québec: "Vous l'avez, allez négocier",
c'était faire part aux autres provinces, les avertir, la sonnette
d'alarme; on connaît la terminologie de ces gens. Un non au
référendum, ce n'est pas un recul parce que la volonté de
changement constitutionnel existe partout au Canada, mais les
Québécois et les Canadiens veulent améliorer le
système fédéral et non pas le détruire comme vous
voulez le faire. Or, un oui, ce n'est pas du "bargaining power" du tout, c'est
la brisure pure et simple du lien fédéral. Le "bargaining power",
là, personnellement, je blâme le gouvernement pour cela.
Vous savez, on a eu droit à des déclarations historiques
sur le mouvement historique, sur les demandes historiques des gouvernements qui
ont précédé ce gouvernement. C'est vrai que le
gouvernement libéral de 1960 a demandé plus à Ottawa et a
obtenu plus. C'est vrai que M. Johnson, de l'Union Nationale, a demandé;
c'est vrai que M. Bourassa et l'équipe qui formait le gouvernement, dans
un processus de négociation constitutionnelle, en ont demandé
plus; c'est vrai qu'il y avait un mouvement historique. Mais le gouvernement du
Parti québécois, qui se dit le grand défenseur, le seul
défenseur des Québécois, a failli à ce mouvement
historique en disant non à toute négociation au lendemain du 15
novembre 1976.
L'alarme, M. le Président, pour le reste du Canada, a
sonné le 15 novembre 1976. Elle n'a pas besoin de sonner par la brisure
de notre pays au moment du référendum. Les autres Canadiens et le
gouvernement fédéral ont constaté que si les
Québécois étaient même prêts à prendre
le risque d'élire à Québec un gouvernement qui voulait
séparer le pays, l'alarme a sonné à ce moment-là;
cela indiquait clairement la volonté des Québécois de
négocier un nouveau papier, mais à l'intérieur du
Canada.
Le gouvernement du Parti québécois a dit non à
cela. Le premier ministre du Québec s'est refusé à toute
participation constructive et à une collaboration étroite
à l'intérieur des mécanismes des conférences
fédérales-provinciales.
M. le Président, le premier ministre nous a dit: Vous savez, on
va aller là et on va ramasser les miettes, purement et simplement. Je
suis convaincu que les Québécois regarderont clairement la
situation, objectivement la situation. Vous n'avez pas voulu participer au
mécanisme, vous n'avez pas voulu donner suite à ce mouvement
historique depuis le 15 novembre 1976. Vous avez fait passer la partisanerie
politique, vos intentions de briser le pays, votre intention d'avoir un
Québec souverain, indépendant, avec son armée, son
système de défense, etc., avant la volonté des
Québécois, exprimée par des générations et
des générations, d'aller en chercher plus à
l'intérieur de notre pays qu'est le Canada. (10 h 20)
M. le Président, j'aurais aimé aborder des questions,
l'impact de cette souveraineté pour l'agriculture, notamment, mais on
aura l'occasion de le faire et d'y revenir dans le cadre du débat
référendaire. J'aurais aimé aborder l'impact pour les
producteurs agricoles et les fleurettes qu'on est en train de leur conter de
l'autre côté, la lune de miel qu'on veut leur raconter. Vous
devrez parler, éventuellement, de la perte du marché. C'est beau
de dire qu'on sera autosuffisant, mais vous devrez clairement indiquer à
la population l'effet de la perte d'un marché de 22 millions d'habitants
pour le lait, pour les producteurs agricoles, pour le textile, pour le cuivre,
etc., et on aura l'occasion d'y revenir.
M. le Président, la seule volonté de ce gouvernement,
c'est de faire un Québec souverain purement et simplement et
l'association, ce n'est que de la stratégie. Aucun contenu dans cette
association. On a introduit la notion de la monnaie strictement pour
sécuriser les gens, mais les gens du gouvernement du Parti
québécois savent pertinemment qu'on ne peut pas avoir une monnaie
commune sans système politique commun. Ils le savent clairement... Bien
oui. C'est malheureusement strictement et purement de la stratégie. On a
vu des documents qui ont été déposés ici, à
l'Assemblée nationale, par mes collègues. On a vu des documents
internes du Parti québécois, le document de M. Lussier qui disait
aux gens, à son équipe: Ne parlez pas de l'indépendance.
La seule façon que cela passe, c'est de ne pas en parler, et ne parlez
pas de la séparation.
Je suis peiné, M. le Président, comme citoyen, non
seulement comme député, mais comme citoyen, de constater qu'un
gouvernement, le gouvernement qui a été élu par la
majorité, qu'on se doit de respecter, je suis peiné que son
objectif strictement partisan et politique soit plus important pour lui que
l'objectif de la communauté et de la collectivité
québécoise qui veut s'épanouir, qui veut grandir, qui veut
s'améliorer, mais cela, à l'intérieur du lien
fédéral.
M. le Président, un autre exemple de cette stratégie du
gouvernement. Avec ces gens-là, cela, il faut le dire, le Canada
deviendra un pays étranger au même titre que la France, au
même titre que les Etats-Unis, M. le Président, mais ils ne le
diront pas avant le référendum. Ils vont nous le dire
après.
M. le Président, j'aurais une communication à faire
à l'Assemblée. Vous savez que, normalement, c'est le
lieutenant-gouverneur qui en fait une, mais, aujourd'hui, je vais me permettre
d'en faire une. Je vais vous lire une lettre qui est adressée à
un ministre du gouvernement et je la commenterai par la suite. C'était
en janvier 1977, quelques mois après que la Cour d'appel eut rendu une
décision dans le dossier de la câblodistribution à
Rimouski, je me permets de la citer, je la commenterai par la suite.
C'était adressé à M. Louis O'Neill, ministre des
Communications à l'époque. "Je viens, à l'instant, de
prendre connaissance du communiqué de presse émis par votre
ministère au sujet de la câblodistribution (jugement de la Cour
d'appel du Québec). J'aurais dû être mis au courant de ce
communiqué avant qu'il ne soit diffusé et ce, pour les raisons
suivantes: "1. Il s'agit, de toute évidence, d'une question d'ordre
fédéral-provincial, une question majeure devant normalement
être traitée en tenant compte de certaines stratégies.
Une Voix: II doit y avoir du finasseur là-dedans.
M. Pagé: "2. Vous utilisez l'expression de pouvoir
étranger en ce qui concerne Ottawa. Cette expression est inopportune
on donne les motifs parce qu'une forte proportion de la
population québécoise sera en total désaccord avec le
qualificatif utilisé et, par conséquent, elle sera
choquée par son usage, parce que ce n'est pas tout à fait
le temps de se servir de termes aussi forts que celui-là; parce que, si
Ottawa est un pouvoir étranger, en toute logique, nous devrions, comme
gouvernement, refuser sa péréquation et toute forme de versement
provenant de là.
Une Voix: Qui a bien pu signer cela?
M. Pagé: "3. Vous portez appel à la Cour
suprême, organisme entièrement nommé par ce pouvoir
étranger, situation qui a été contestée par tous
les gouvernements antérieurs dont les options politiques n'avaient rien
d'indépendantistes. Pour cette raison, ces gouvernements
hésitaient à aller devant la Cour suprême. '
Voici la fin de la citation c'est-à-dire la fin de l'explication,
l'auteur de la lettre revient à son dernier paragraphe: "En
résumé, je dois dire que je regrette non pas que vous ayez
réagi à la décision de la Cour d'appel, mais que vous
l'ayez fait d'une façon qui est susceptible de réduire notre
crédibilité. Or, le plus important pour nous, maintenant,
stratégiquement, est de maintenir à tout prix une telle
crédibilité; les Québécois ne nous suivront pas sur
un terrain où nous courons plus vite qu'eux, nous aurons peut-être
raison, mais nous serons seuls. " Et c'est signé: Claude Morin!
Des Voix: Cela aide!
M. Pagé: Cela veut donc dire, M. le Président... Je
respecte le député et je vais vous expliquer dans quel contexte
c'était. L'ex-ministre des Communications, député de
Chauveau, est un indépendantiste de longue date et quelqu'un qui le dit,
quelqu'un qui est franc, quelqu'un qui est honnête et qui dit: Moi,
l'indépendance du Québec, c'est la séparation du
Québec avec le reste du Canada, je respecte cela, M. le
Président.
Mais ce que je ne respecte pas, c'est qu'un ministre, membre d'un
gouvernement qui doit représenter la population, la collectivité
et la communauté auxquelles, moi, j'appartiens, traite de la question de
mon avenir, comme communauté, comme entité, comme
collectivité, strictement sur une base partisane qui ramène ce
grand débat national, ce débat historique, les aspirations des
Québécois au niveau de basses stratégies politiques,
partisanes du Parti québécois. Je n'ai aucun respect pour
ça, M. le Président.
Dans sa lettre, le ministre des Affaires intergouvernementales, M.
Claude Morin, qui écrivait à M. O'Neill, a dit je vais me
permettre de revenir sur un élément: Ce n'est pas tout à
fait le temps de se servir de termes aussi forts que celui-là. Le
Canada, pays étranger, ce n'est pas le temps d'en parler en 1977. On en
parlera au lendemain du référendum, parce que c'est l'intention,
c'est le commun dénominateur de ce parti, M. le Président,
vouloir séparer la brisure du lien fédéral
pour tenter, par la suite, d'aller s'associer, que ce soit avec le Canada qui
sera un pays indépendant au même titre que la France ou les
Etats-Unis.
Il y a un autre élément, M. le Président, que je
tiens à signaler de la lettre du ministre des Affaires
intergouvernementales: "En résumé, je dois dire que je regrette
non pas que vous ayez réagi à la décision de la Cour
d'appel, mais que vous l'ayez fait d'une façon qui est susceptible de
réduire notre crédibilité". Cela veut dire quoi? Cela veut
dire que le ministre dit à son collègue: Je suis d'accord avec
toi. C'est vrai que c'est un pouvoir étranger, mais il ne faut pas le
dire. M. le Président, quand le chef du Parti libéral du
Québec a fait état de malhonnêteté dans la
formulation de la question, c'est ce qu'on voulait dire. C'est
complètement inacceptable et inadmissible.
M. le Président, je termine là-dessus. Malheureusement,
j'aurais aimé intervenir plus longtemps. Peut-être que j'aurai
l'occasion de revenir. On a eu des sondages en fin de semaine qui ont
clairement indiqué la volonté des Québécois de
demeurer à l'intérieur du Canada. Les gens du Parti
québécois savent que, le 2 ou le 9 juin prochain, ils perdront le
référendum. D'ailleurs, on n'a qu'à voir leur
stratégie. Ils ne veulent pas discuter de la question. Ils veulent
strictement discuter du fond de la question, actuellement, en jetant le plus de
problèmes possible au fédéral. Tous les bobos, c'est la
faute du fédéral, tout en promettant n'importe quoi ou à
peu près n'importe quoi dans un avenir combien incertain.
J'aurais deux mises en garde particulières, M. le
Président, à faire au premier ministre et c'est une requête
que je lui formule à la fin de mon intervention. Premièrement, M.
le Président, j'aimerais et j'apprécierais, et c'est la
responsabilité du gouvernement, particulièrement du chef du
gouvernement, de ne pas se laisser aller à une analyse raciste du
résultat du vote.
Des Voix: Oh, oh!
M. Pagé: Oui, oui, oui, on vous a entendus parler et
depuis combien de temps! Cela fait longtemps qu'on entend les gens de ce
gouvernement nous dire que s'ils avaient seulement le vote des francophones, le
référendum passerait. Quant à moi, personnellement, dans
mon comté, il y a des gens qui sont venus enrichir notre
communauté, des gens venant d'autres pays. Or, je respecte autant le
citoyen pas loin de chez moi qui vient de la France, qui est arrivé il y
a quelques années, il y a six ans, sept ans, qui arbore un grand panneau
en disant que le Québec c'est faisable, je respecte autant ce citoyen,
dis-je, que les Irlandais, les Hollandais, les anglophones, les gens d'autres
provinces qui sont venus s'installer dans le comté de Portneuf.
J'espère qu'on n'aura pas d'analyse raciste.
La deuxième chose, en terminant, j'espère qu'au soir du
référendum, le chef du gouvernement présentera autant de
dignité que M. Bourassa en a présenté lors de sa
défaite en novembre 1976. Merci, M. le Président.
Mme Payette: M. le Président...
Le Président: Mme la ministre d'Etat à la Condition
féminine. (10 h 30)
Mme Lise Payette
Mme Payette: Dans le monde d'aujourd'hui, la majorité des
peuples sont souverains. Pour la plupart d'entre eux, d'ailleurs, ils l'ont
toujours été, sans débat et sans question. Ils l'ont
toujours été. Ils n'ont jamais été conquis ou
soumis; pour eux, cela a été naturel. D'autres pays, d'autres
peuples le sont devenus souverains; 105 depuis la dernière guerre
mondiale. Ils ont tous, les uns après les autres, avec des
difficultés et avec courage, assumé les responsabilités
qui étaient attachées à leur souveraineté.
Si le peuple du Québec le veut, nous sommes rendus là
maintenant. Le peuple du Québec qui entretient, depuis plus de 200 ans
et, en particulier depuis 1867, son désir profond d'une identité
qui lui soit propre, d'une identité qui lui appartienne, qui soit
vivante et ouverte sur le reste du monde, ce peuple du Québec est
maintenant devant un choix.
Le député d'Outremont, hier, nous disait de cesser
d'être des rêveurs. Ne sait-il pas, le député
d'Outremont, que c'est justement la définition de la réussite que
de réaliser ses rêves? C'est à cette expérience,
à ce défi que nous convie le gouvernement du Québec; faire
ensemble l'addition de nos rêves, de nos rêves individuels, pour
faire une réussite collective. Est-ce qu'ils ne rêvaient pas,
justement, de reprendre en main les leviers de leur développement, les
coopérateurs du début du siècle? Est-ce qu'ils n'ont pas
justement réussi à mettre ensemble leurs rêves individuels
pour faire la réussite du mouvement coopératif que nous
connaissons maintenant au Québec?
Que répondre à ceux et celles qui disent que ce qui est
doit être, sinon que ce qui est n'a pas toujours été? La
Confédération, telle que nous la connaissons, a
déjà subi six changements depuis 1867. Le dernier de ces
changements a à peine 30 ans, datant du moment où Terre-Neuve,
à la suite de deux référendums, a décidé de
devenir la dixième province du Canada. C'était en 1949 seulement.
Ne peut-on pas penser que ce qui a subi six changements depuis 1867 pourrait
être changé une septième fois?
Nous ne vivons pas des débats historiques chaque jour dans cette
Chambre. Pourtant, il y en a eu au moins un dont je me souviens. C'était
avant l'arrivée du chef de l'Opposition. C'était le 18 octobre
1977, où tous les membres de cette Assemblée, unanimement, ont
voté pour reconnaître aux hommes et aux femmes du Québec le
droit à l'autodétermination du peuple québécois,
sans interférence venue de l'extérieur. Ce droit sacré,
nous nous apprêtons à l'exercer. Ce jour-là, le 18 octobre
1977, nous étions tous unis au-dessus des partis politiques. Il nous
était apparu évident que le droit à
l'autodétermination d'un peuple ne pouvait être nié au
peuple du Québec. Nous sommes donc un peuple, un peuple qui souhaite un
changement c'est évident un changement dans l'harmonie et
dans l'association c'est évident aussi mais un changement
dans l'égalité aussi.
En répondant oui à la question posée par le
gouvernement du Québec, chaque Québécois et chaque
Québécoise peut affirmer solennellement que nous sommes un peuple
égal à l'autre peuple du Canada; pas meilleur, pas pire,
égal. Un oui à la question permet aussi de dire notre
volonté de changement. La proposition du livre beige du chef du non,
c'est pire que le statu quo. C'est un cul-de-sac. Il préférerait
sans doute dire un "deadend". Que de talents et d'énergies ont
été dépensés au Québec depuis 113 ans pour
permettre seulement à ce peuple égal d'avancer et de survivre!
Que de temps pour obtenir trois petits mots de français sur un bout de
papier! Que de temps et que d'efforts, que de courage et de sacrifices pour que
nous soyons aujourd'hui un peu plus de six millions! Que de congrès, de
réunions, de journaux, de palabres pour exprimer nos espoirs et nos
rêves, nos rêves de devenir, et pour commencer à
réaliser ces rêves! Que de fois nous les avons vus aussi
anéantis du jour au lendemain par une décision venue d'Ottawa!
Que de ténacité à survivre pour le peuple du Québec
toujours mis en tutelle par le gouvernement central! Toutes ces énergies
pour survivre! Quand pourrons-nous commencer à vivre?
La lutte du peuple du Québec pour sa survivance, je ne viens pas
de l'inventer pour les besoins d'aujourd'hui. C'est plus de 200 ans de notre
Histoire. Si elle a été tenace, cette lutte, c'est qu'elle
était essentielle.
Dans ma famille, d'aussi loin qu'on s'en souvienne, on a
été de tous les partis politiques, pas parce que nous
étions particulièrement politisés. Nous faisions partie de
ceux que les bienfaits du pouvoir, tel que pratiqué à
l'époque, ne rejoignaient jamais. Pourtant, nous avons été
bleus féroce, pas parce que nous étions entichés de
Maurice Duplessis, mais parce que nous suivions l'idée qu'il y avait de
l'espoir pour le peuple du Québec et nous y avons cru quand il a dit:
Rendez-nous notre butin! Puis, nous sommes devenus rouges, rouges comme
l'enfer, comme ceux qui sont en face de nous aujourd'hui, pas à cause de
Jean Lesage, mais à cause de son Maîtres chez nous. Nous y avons
cru encore une fois. Nous avons cru qu'il y avait de l'espoir à partir
du moment où nous devenions les propriétaires de
l'électricité au Québec. Nous avons failli redevenir bleus
avec Daniel Johnson parce que nous avons toujours suivi l'idée qu'il y
avait de l'espoir pour le peuple du Québec.
Personne ne sera étonné si j'affirme aujourd'hui que je
répondrai oui à la question posée par le gouvernement du
Québec. Je répondrai oui parce que c'est du côté de
la souveraineté-association que se situe maintenant l'espoir pour le
peuple du Québec, l'espoir de ce déblocage tant attendu, l'espoir
de cette maturité dont nous avons tellement besoin.
Ceux d'en face préparent la prochaine campagne électorale.
Nous travaillons, depuis 200 ans, à préparer l'avenir du peuple
du Québec. Ils n'ont que deux armes: la peur et le rapetissage. Il n'y a
rien qu'ils n'ont pas dit pour faire peur. Là-dessus leur
stratégie est une honte. Faire peur aux plus âgés de notre
société en leur laissant entendre qu'ils pourraient perdre la
maigre pitance qui vient d'Ottawa avec notre argent, c'est honteux. Le
rapetissage, ce sont les On ne sera pas capables, on est trop petits, on est
trop pauvres, alors qu'ils savent que le Québec souverain sera le
seizième plus grand pays au monde en géographie et le
quatorzième pays le plus riche dans le monde. Ils ne savent, de toute
façon, que prédire des catastrophes. Souvenez-vous du marasme qui
devait être le nôtre le 16 novembre 1976.
Vous souvenez-vous aussi de ce qu'ils disaient de l'assurance
automobile? Permettez-moi d'en parler. Le 1er mars 1978, ils ont
prophétisé que les Québécois n'oseraient même
plus se servir de leur voiture pour circuler sur les routes du
Québec...
Une Voix: C'est vrai.
Mme Payette: ... alors que, le 1er mars 1978, les
Québécois, mieux protégés qu'ils ne l'avaient
jamais été auparavant, ont vaqué à leurs
occupations comme ils l'avaient fait la veille et comme ils l'ont fait le
lendemain. (10 h 40)
Où étiez-vous le 1er mars 1978? Vous en souvenez-vous
seulement? Il est probable que vous avez fait ce jour-là ce que vous
aviez à faire. Vous étiez peut-être cependant un peu moins
inquiets et un peu mieux protégés. Est-ce que vous vous souvenez
de la peur du changement que les oppositions ont entretenue pendant des mois et
des mois en nous rapetissant, en nous faisant peur et en nous disant qu'on
n'était pas capables?
Leurs épouvantails, nous les connaissons. Quand on les
connaît, ils cessent de nous faire peur. J'ai une inquiétude, non
pas sur la question présentée par le gouvernement, mais sur
l'attitude du chef de l'Opposition. Cela m'inquiète pour la
démocratie québécoise. Quand j'entends le chef de
l'Opposition, qui a la prétention d'être un jour premier ministre
du Québec, affirmer qu'il ne se sentirait pas lié par le
résultat du référendum, j'en tremble. Parce que le
gouvernement du Québec est une institution qui dure dans le temps et que
la question qui est posée aujourd'hui est une question légitime
posée par un gouvernement légitimement élu, c'est donc le
gouvernement du Québec que le résultat du
référendum engage et c'est un ordre des citoyens du Québec
qui sera donné au gouvernement du Québec. La preuve de la
durée du gouvernement c'est que, le 15 novembre 1976, le parti qui a
pris le pouvoir ce jour-là ne pouvait décemment être tenu
responsable des dettes olympiques du Québec et, parce que nous sommes
devenus le gouvernement du Québec, nous avons honoré les
engagements pris par le gouvernement du Québec qui nous avait
précé- dés. Le gouvernement dure dans le temps, même
si les partis politiques passent et le chef de l'Opposition, devenu
éventuellement, dans quatre ans, dans huit ans ou dans douze ans, le
premier ministre du Québec, serait lié, parce que l'ordre
donné par la population du Québec au référendum est
un ordre à son gouvernement, quel que soit le parti qui le compose.
M. Bédard: Cela, c'est de la démocratie.
Mme Payette: Je dirai oui parce que j'ai toujours eu confiance
dans les capacités du peuple du Québec à réaliser
ses rêves, parce que j'aime mieux les peuples qui travaillent et qui
avancent que ceux qui se rapetissent et s'infériorisent. Je dirai oui
parce que je voudrais que les talents, les connaissances et les énergies
des Québécois et des Québécoises servent à
faire avancer le Québec et jamais plus à parler seulement de ce
qu'on pourrait être.
Pour ma part, après avoir donné des enfants à ce
pays, je travaille de toutes mes forces à donner un pays à ces
enfants. Merci, M. le Président.
M. Fontaine: M. le Président.
Le Président: M. le ministre des Affaires
intergouvernementales. Vous aurez la parole après, M. le
député de Nicolet-Yamaska.
M. Claude Morin.
M. Morin (Louis-Hébert): M. le Président, il se
trouve des moments où, sans prétendre posséder la
vérité absolue, il devient quand même nécessaire de
se fonder sur ce qu'on a vu, senti et vécu pour en dégager divers
enseignements. C'est ce que je veux faire maintenant. Ce sera ma contribution
au débat sur la question référendaire. Je voudrais
aujourd'hui parler comme témoin.
Des circonstances ont voulu que je sois, depuis presque vingt ans,
directement mêlé aux questions fédérales,
provinciales et constitutionnelles. De 1961 à 1963, j'ai agi comme
conseiller auprès du premier ministre Lesage. De 1963 à la fin de
1971, j'ai été sous-ministre d'abord des Affaires
fédérales-provinciales et ensuite des Affaires
intergouvernementales. J'ai démissionné de mon poste à la
fin de 1971. Pendant cinq ans, j'ai continué à observer le
dossier Québec-Ottawa, intervenant à l'occasion.
En 1976, enfin, je suis devenu ministre des Affaires
intergouvernementales. Pendant toutes ces années, j'ai personnellement
participé, sauf erreur, à plus de 110 conférences ou
rencontres intergouvernementales et ce, à tous les niveaux. J'ai fait
plusieurs fois le tour du Canada et j'ai eu l'occasion de m'entretenir avec un
nombre considérable de représentants fédéraux et
provinciaux. C'est sur cette expérience que je veux fonder mon
témoignage.
Voici, M. le Président, en les résumant forcément,
certaines des conclusions auxquelles j'en suis arrivé au cours des
années. Premièrement, les
citoyens canadiens-anglais, il faut les comprendre, tiennent à un
gouvernement central fort ayant prépondérance
générale sur les provinces. Selon eux, c'est en bonne partie
cela, le fédéralisme. Leur vrai gouvernement, c'est d'abord celui
d'Ottawa. Deuxièmement, les Québécois, cependant, ont,
dans leur ensemble, cru que le régime fédéral
résultait d'une sorte de pacte entre deux peuples et qu'il comportait,
par conséquent, des garanties fermes d'autonomie politique. Cette
garantie n'a pas été respectée.
Troisièmement, la plupart des conflits Québec-Ottawa
depuis 1867 ont découlé de ce malentendu entre le reste du Canada
et le Québec et aussi du fait que le gouvernement d'Ottawa était
à la fois juge et partie. Quatrièmement, dans le présent
régime, ces conflits ne peuvent disparaître que si l'une des deux
conceptions cède à l'autre, soit que le reste du Canada adapte le
fédéralisme à la conception québécoise, ce
qu'il n'acceptera évidemment jamais, soit que le Québec finisse
par se soumettre tout simplement au système, ce qui paraît
justement être la ligne de conduite préconisée par le livre
beige libéral.
Cinquièmement, le gouvernement central, peu importe qui occupe le
pouvoir à Ottawa, fonctionne d'après la conception
canadienne-anglaise du fédéralisme selon laquelle on doit confier
au gouvernement fédéral tous les leviers économiques,
sociaux et culturels déterminants. Sixièmement, lorsque telle ou
telle province se déclare disposée à améliorer le
régime fédéral, on aurait tort d'en déduire qu'elle
favorise comme le Québec des réformes à la fois globales
et majeures, tout au plus envisage-t-elle des corrections limitées
à des domaines précis.
Septièmement, le reste du Canada voit dans le Québec non
pas la patrie d'une nation, mais une des provinces de l'ensemble. Selon lui, le
Québec doit demeurer, comme toutes les autres provinces, soumis aux
règles du jeu fédéral-provincial et ne disposer que d'une
voix sur onze. Huitièmement, pour les Canadiens anglais, il y a certes
au Québec une grande minorité ethnique, mais non pas un peuple
auquel on pourrait, dans le système actuel, reconnaître un statut
d'égalité politique.
Neuvièmement, les Canadiens anglais sont toujours, naturellement,
tentés de rechercher la preuve que le problème
québécois se résorbera de lui-même avec le temps.
Enfin, dixièmement, les Canadiens anglais, même s'ils ne forment
pas eux-mêmes un bloc monolithique, n'envisagent absolument pas de
modifier l'équilibre du présent régime pour donner plus de
poids politique à la nation québécoise. De tous les
rapports fédéraux d'enquêtes, que ce soit le rapport
Laurendeau-Dunton ou, plus récemment, le rapport Pépin-Robarts,
ils ont tendance à retenir seulement les recommandations n'affectant pas
cet équilibre. Au fait, il n'y a probablement qu'un seul rapport
d'importance historique qui ait reçu d'emblée l'assentiment du
Canada anglais, c'est le rapport Durham.
Mme la Présidente, j'ai moi-même vécu, dans les
faits quotidiens et tous vérifiables, ces dix constatations que je viens
brièvement d'évoquer. Ce sont ces faits qui m'ont un jour
conduit, il y a quelques années déjà, à opter pour
une autre démarche, celle que je défends aujourd'hui. Pour moi,
cette démarche n'a jamais signifié que je rejetais le Canada, ni
que j'abandonnais quelque héritage que ce soit, pour la bonne raison que
le Canada n'a jamais été à mes yeux un ennemi et que je
n'imagine pas qu'il puisse le devenir. Elle n'a jamais signifié, et
j'insiste là-dessus, que je reprochais aux Canadiens anglais leur
façon de voir, encore moins que je les détestais comme
collectivité. J'ai simplement compris que c'est le système qui
était de travers, pas les Canadiens, pas les
Québécois.
Il fallait réorganiser cela a été ma
conclusion finale sur une autre base les rapports Québec-Canada.
J'ai compris qu'il fallait pour le Québec remplacer le présent
régime par un autre, tout en reconnaissant, bien sûr, au reste du
Canada, la pleine liberté de conserver pour lui un
fédéralisme qui lui convenait. J'ai toujours cru que ce ne serait
pas facile et qu'il faudrait discuter ferme, mais qu'il faudrait le faire
à partir d'une position de force. (10 h 50)
Ce sont les faits qui m'ont forcé à me rendre à
l'évidence, compte tenu de la démographie, de l'histoire et des
règles du jeu du système. Jamais le présent régime
fédéral ne permettra à notre peuple cette
égalité fondamentale à laquelle il aspire depuis
toujours.
C'est tellement vrai que les rédacteurs du livre beige
libéral l'ont compris; pour eux, le Québec ne sera jamais plus
qu'une province comme les autres, ils ont renoncé à en demander
davantage.
J'ai pourtant espéré longtemps, Mme la Présidente,
un déblocage définitif. Je l'ai espéré à
chaque gain québécois, mais, chaque fois j'ai bien senti que,
pour le Canada anglais, il s'agissait au fond d'une dernière concession
accordée au Québec et à rattraper le plus tôt
possible. J'ai espéré, par exemple, en 1963-1964, au moment du
rapport Laurendeau-Dunton justement. J'ai espéré en 1964-1965,
lorsque le Québec a réussi, par ténacité, à
instituer son propre programme de pensions et a eu sa caisse de
dépôt. J'ai espéré lorsque le Québec a cru
pouvoir, en 1965, se retirer une fois pour toutes d'un certain nombre de
programmes conjoints. J'ai espéré aussi, en 1966-1967, lorsque le
Québec a entrepris, malgré l'attitude d'Ottawa, d'étendre
ses relations avec certains pays. Et j'ai surtout espéré à
partir de 1968, au moment de la révision constitutionnelle, qui s'est
malheureusement terminée par une sorte de mise en boîte du
Québec, à Victoria, en 1971.
J'ai bien dû finir par me rendre compte que des positions qui,
pour nous, étaient un fertile et normal point de départ prenaient
toujours figure aux yeux du Canada anglais de maximum à réduire.
C'est d'ailleurs encore ainsi qu'il réagit maintenant face au livre
beige libéral.
Je ne suis pas devenu souverainiste par idéologie ou par
sentiment, mais par expérience non par goût non plus, mais par
devoir. Je ne suis pas
devenu souverainiste pour me cantonner chez moi parce que j'avais peur
des autres; je le suis devenu parce que je n'acceptais pas que ma nation, comme
je l'ai si souvent constaté, soit plus ou moins subtilement
contrôlée et supervisée par une autre; ce qui ne
m'empêche pas, bien au contraire, de reconnaître que nous vivons
tous dans un monde interdépendant où la souveraineté peut
et doit se compléter par l'association entre égaux et par la
coopération entre les nations. J'irais même jusqu'à dire,
Mme la Présidente, que si j'avais malgré tout cru que
l'égalité du peuple québécois était possible
dans le régime actuel, je ne serais pas ici aujourd'hui. Si j'y suis, ce
n'est pas parce que j'aime la politique, mais parce que j'ai pris avec moi le
pari que le peuple québécois voulait vraiment être
maître chez lui sans animosité envers les autres.
Une question nous sera posée ce printemps; cette question est
claire, elle correspond à notre façon québécoise
d'agir, d'évoluer et d'être. Elle avait même
été envisagée par le chef actuel de l'Opposition, dans un
éditorial du 29 décembre 1976. A l'époque, il la
considérait en substance parfaitement plausible et correcte, mais cette
question nous oblige cependant à une chose que peut-être nous
n'aimons pas beaucoup comme peuple, elle nous oblige à choisir.
Par un oui, Mme la Présidente, nous déciderons
solidairement de conserver l'avenir ouvert. Nous déciderons
d'entreprendre la réalisation d'un souhait que nous nous sommes toujours
exprimé entre nous, à travers les partis, parfois malgré
les partis, depuis des générations, celui de
l'égalité.
Par un oui, nous déciderons de continuer à nous battre
pour nous faire respecter. Il nous donnera le droit, ce oui, d'entreprendre des
négociations nous permettant d'acquérir la maîtrise
politique de nos affaires, tout en nous associant d'égal à
égal.
Il est facile d'ailleurs de pressentir qu'un oui, au-delà des
modifications qu'il pourrait entraîner aux structures administratives ou
politiques, sera un pas essentiel dans la voie de l'égalité.
C'est tellement le cas que nos adversaires feront tout en leur pouvoir pour
faire échec au oui; leur attitude même nous démontre
jusqu'à quel point un oui pourrait être puissant, ils savent
très bien que celui-ci deviendra un élément majeur de la
dynamique de libération qui se manifeste au Québec depuis les
années soixante.
Et les Canadiens anglais craignent un oui majoritaire des
Québécois parce qu'ils savent qu'ils seraient obligés d'en
tenir compte. Ils le disent parfois privément, mais ne se risquent plus
à l'admettre publiquement.
Le oui donnera un mandat de négocier une nouvelle entente
fondée sur le principe de l'égalité des peuples, mais ce
oui ne règle pas tout, c'est un départ, non le terme d'un
cheminement. Or, pour ce cheminement, le gouvernement établit des
balises très nettes. D'abord, nous maintenons notre engagement absolu:
ce sont les Québécois et les Québécoises qui
détermineront leur avenir et non pas un groupe de ministres. Ensuite,
concrètement, comme la question référendaire le
précise d'ailleurs, il y aura un autre référendum
après les négociations qui permettra le oui du printemps qui
vient. C'est ce second référendum qui fera, le cas
échéant, que le Québec deviendra ou non autre chose qu'une
province sur dix.
Mais que dire, Mme la Présidente, d'un non? Le non, c'est tout
simplement le refus d'aller voir. C'est le repli, le blocage. Pourquoi? Parce
que, quand même, il faut voir les choses telles qu'elles sont. Le Canada
anglais, quoiqu'on dise, interprétera au fond de lui-même un non
comme étant la preuve que les aspirations québécoises
à l'égalité ou même à une révision en
profondeur du régime actuel n'étaient que le lot d'une
minorité bruyante. Le chef de l'Opposition lui-même, alors
éditorialiste, disait ceci, en février 1977: "A supposer que la
thèse souverainiste subisse un échec écrasant, on
retomberait vite, par contre, dans l'immobilisme constitutionnel. L'opinion
anglo-canadienne serait trop heureuse de conclure "business as usual". La
possibilité de changements sérieux pourrait s'en trouver
reculée pour longtemps." Fin de la citation de M. Ryan.
Le 13 février dernier ça fait un mois cette
idée a été reprise par le président de la
commission constitutionnelle du Parti libéral, Me Raynold Langlois, dans
un texte moins connu que le précédent. Il parlait, devant le Club
de réforme de Québec, de certaines réticences du Canada
anglais face au livre beige: "Cette attitude négative me cause des
appréhensions quand je m'interroge sur l'impact qu'aurait un vote
négatif au référendum sur le désir de changement
qui peut exister chez nos concitoyens."
D'aucuns voudraient accréditer l'idée qu'un non
signifierait un oui au livre beige libéral. Il n'y a rien de moins
sûr. D'ailleurs, ce livre va à rencontre des positions
autonomistes du Québec sur des sujets d'importance comme la politique
sociale, la politique culturelle, le développement régional et
une foule d'autres. Par rapport à la poussée
québécoise, le document libéral est, en quelque sorte,
à mes yeux, l'esquisse d'un futur traité de capitulation.
Mais, si timide qu'il soit, ce livre beige contient certaines
propositions qui vont encore trop loin pour convenir au reste du Canada. C'est
un vieux problème. Il n'y en a pas assez pour nous et trop pour les
autres. Voilà, entre autres raisons, pourquoi les personnalités
politiques du Canada anglais ou d'Ottawa qui en ont parlé se sont,
jusqu'ici, contentées de se déclarer d'accord avec les principes
généraux du livre beige. On l'a décrit comme une bonne
base de discussion. Souvenons-nous, cependant, qu'on avait dit à peu
près la même chose des rapports Laurendeau-Dunton et
Pépin-Robarts et j'étais là, présent, à
Vancouver, lors d'une conférence fédérale-provinciale,
lorsque le rapport Pépin-Robarts nous est arrivé. J'étais
le seul à le lire dans la soirée. Le lendemain, personne d'autre
de mes collègues des autres provinces n'en avait pris connaissance. Mais
c'était une bonne base de discussion!
En fait, on juge déjà le livre beige comme un maximum dont
il faudrait soustraire des éléments importants, le moment venu.
Cela promet, et vous le savez, messieurs de l'Opposition.
Nous en arrivons à l'absurde. En effet, des gens essaient de nous
faire croire qu'en répondant non au référendum on
inciterait le reste du Canada à dire oui à des réformes
qu'il a, jusqu'à maintenant, et depuis des années,
rejetées. Si j'ai une leçon, Mme la Présidente, à
tirer de ma propre expérience, c'est que, si les Québécois
se mettaient d'eux-mêmes à reculer, ce n'est quand même pas
le reste du Canada qui s'empresserait de les retenir, ni de leur ouvrir des
perspectives qu'ils se fermeraient eux-mêmes. Advenant un non au
référendum, a-t-on aussi pensé que les pressions pour des
changements viendraient présumément de ceux qui, au
Québec, luttant pour le non auraient passé des mois à
vanter le fédéralisme comme jamais? Comment ces gens
pourraient-ils ensuite avoir la crédibilité requise, un mois
après le référendum, selon la proposition du ministre des
Affaires intergouvemementales de l'Ontario, pour convaincre les Canadiens
anglais qu'il y a soudainement urgence ou nécessité de modifier
un régime dont peu de temps auparavant ils proclamaient eux-mêmes
partout les mérites et les avantages incomparables? (11 heures)
Si d'aventure, Mme la Présidente parce que tout peut
arriver il arrivait que, malgré tout, on consente enfin à
amorcer des négociations, j'ai une question qui me vient à
l'esprit: Combien d'autres années et combien encore de dizaines de
conférences fédérales-provinciales cela prendrait-il pour
aboutir à une situation qui, par la force des choses et vue la position
de faiblesse du Québec, ne pourra que ressembler à celle que nous
avons déjà connue à la conférence de Victoria en
1971?
Bref, le véritable risque pour nous serait de répondre
non, car ce non, quoi qu'on dise et sous quelque slogan qu'on l'enveloppe, nous
affaiblirait.
M. le Président, aujourd'hui, au cours des quelques minutes
à ma disposition, j'ai apporté mon témoignage comme je le
ressentais. Je continuerai à le faire en le développant au cours
des prochaines semaines. Et, le jour du référendum,
j'écouterai la réponse des Québécois et des
Québécoises et je l'accepterai, quelle qu'elle soit. C'est
à eux et non à moi de décider s'ils veulent être ce
qu'ils peuvent devenir.
La Vice-Présidente: M. le député de
Nicolet-Yamaska.
M. Serge Fontaine
M. Fontaine: Merci, Mme la Présidente. On nous a
conviés ici, devant cette Assemblée, pour discuter du
libellé d'une question qui nous sera posée lors d'un
référendum qui devrait avoir lieu dès ce printemps sur la
question constitutionnelle. Cependant, vous remarquerez que depuis que ce
débat est commencé, le Parti québécois et le gou-
vernement ont déjà entrepris le débat constitutionnel, le
débat de la campagne référendaire en tant que telle et ils
ne parlent pas du tout du libellé de la question. De plus, le Parti
québécois voudrait amener les autres partis politiques en cette
Chambre à défendre des thèses qui ne sont pas sur le
libellé de la question. Malheureusement pour le Parti
québécois, nous ne tomberons pas dans ce piège grand comme
un piège à ours.
Mme la Présidente, malheureusement, la thèse
constitutionnelle de l'Union Nationale, par exemple, qui est connue depuis
1978, qui est valide il y aurait peut-être la photo à
changer mais la thèse est encore bonne n'est pas sur le
libellé de la question. Le livre beige du Parti libéral n'est pas
sur le libellé de la question. La troisième voie du
député de Gouin, Rodrigue Tremblay, n'est pas sur la question. La
position constitutionnelle des démocrates créditistes n'est pas
sur la question.
Le rendez-vous historique qu'on a voulu nous présenter, auquel
les membres du Parti québécois nous convient, malheureusement,
à cause d'eux, est manqué. On n'a pas voulu faire un projet
collectif des Québécois en proposant diverses hypothèses
qui auraient pu être acceptables par les Québécois en
général. Nous n'avons, aujourd'hui, qu'à répondre
à une question qui est celle qui nous est posée par le Parti
québécois et qui porte sur la souveraineté du
Québec.
A quoi donc devons-nous répondre en tant que
Québécois lors du référendum? Quelle est la vraie
question qui nous est posée? La vraie question qui est posée aux
Québécois qui nous écoutent est celle-ci: Etes-vous pour
ou contre l'indépendance du Québec? Je vous dis cela en me basant
sur des faits réels que nous donne le Parti québécois. Le
vrai but, la seule raison d'être du Parti québécois, c'est
de faire l'indépendance du Québec.
Si on prend le programme de 1980 du Parti québécois
non pas le programme de 1976 à 1977 dans sa présentation,
faite par le premier ministre du Québec et président du Parti
québécois, René Lévesque, on lit cette phrase dans
un certain paragraphe: "La souveraineté nationale, voilà un des
principes moteurs auxquels le parti ne saurait renoncer sans se trahir". Mme la
Présidente, c'est cela, l'accession du Québec à
l'indépendance. C'est ce que le Parti québécois nous
propose.
Si on regarde également, dans le programme, la première
partie, au chapitre II, L'accession à l'indépendance, c'est ce
que le Parti québécois nous propose dans sa question, même
si elle est tronquée. Dans le livre blanc du Parti
québécois, le livre blanc qui nous est donné par le
gouvernement concernant la question constitutionnelle, à la page 84, on
dit ceci: "Par son vote, le peuple québécois aura clairement
fondé la négociation sur le principe de l'accession, en droit
comme en fait, du Québec au statut d'Etat souverain, et de l'association
avec le Canada". Le Canada, l'autre pays. On fera du Québec un Etat
souverain. Le Canada, ce sera un autre pays. C'est ce à quoi nous
demande de répondre le Parti québécois dans la question
qui nous est posée.
D'ailleurs, le ministre Parizeau, dans son discours, la semaine
dernière, nous a dit ceci: "La question qui sera posée aux
Québécois au référendum est une marche de plus sur
cet escalier qui nous rapproche petit à petit de l'objectif", l'objectif
du Parti québécois qui est l'accession du Québec à
l'indépendance. Québécois et Québécoises qui
aurez à répondre à cette question, si vous dites oui, vous
dites oui à l'indépendance à plus ou moins brève
échéance. Les Québécois ont le droit de choisir
cette voie. C'est ce qu'on appelle l'autodétermination, mais nous, en
tant que Québécois, en tant que politiciens d'une formation
politique et en tant que Québécois, je pense, au même titre
que n'importe quelle autre personne de l'autre côté de la Chambre,
c'est notre devoir de mettre en garde la population contre cette
réalité brutale que leur offre le Parti québécois,
cette réalité brutale qui est cachée derrière une
question tronquée.
Le premier ministre n'a pas voulu mettre cette réalité
brutale dans la question parce qu'il était sûr d'avoir une
réponse négative. Il l'a avoué lui-même, Mme la
Présidente, dans une interview qu'il a accordée au journal Le
Point, un journal français. Il disait ceci, en réponse à
la question suivante du journaliste: "Pourquoi demandez-vous au peuple
québécois la simple permission de négocier avec Ottawa? Ne
serait-il pas plus honnête de lui demander s'il est ou non pour
l'indépendance?" Le journaliste demandait cela. Le premier ministre du
Québec a répondu: "On aurait pu, bien sûr, poser aux gens
une question suffisamment brutale pour être sûrs de perdre, mais
nous ne sommes pas complètement idiots". Ils ne sont pas assez fous pour
poser cette question parce qu'ils sont sûrs d'avoir une réponse
négative, mais ils prennent les Québécois pour des poires
parce qu'ils pensent que les Québécois vont se laisser
emberlificoter par une question comme celle-là. Tout comme le
comédien Yvon Deschamps qu'ils utilisent à bon escient, je vous
dirai que cette question, c'est de la frime qui brime, crime!
Mme la Présidente, dans ce débat, on utilise
également des propos de différents premiers ministres
antérieurs qui ont eu à débattre cette question
constitutionnelle. On utilise abondamment, également, surtout les textes
de Daniel Johnson. Je voudrais vous citer un texte de Daniel Johnson, Mme la
Présidente, dans lequel il donnait le fond de sa pensée, en 1968,
alors qu'il était premier ministre du Québec. Je pense que
c'était à une conférence constitutionnelle qui se tenait
à Ottawa. Il disait ceci: "Notre but n'est pas de détruire le
Canada, mais de mettre fin aux malentendus qui nous divisent et d'assurer dans
l'égalité et l'harmonie le progrès de nos deux
communautés culturelles. Nous voulons bien qu'on discute nos
propositions. Elles ne sont pas des absolus ni des ultimatums. Elles sont
formulées précisément pour être soumises au feu de
la critique. Tout ce que nous demandons, c'est qu'on en discute objectivement.
Je pense aussi que pour faire oeuvre valable, il faut repenser la constitution
canadienne beaucoup moins en fonction du passé que de la perspective de
ce monde en devenir dont l'Expo 1967 a été la
préfiguration, un monde plus conciliant, plus fraternel, où les
vieux concepts d'hégémonie politique n'auront pas leur place
parce que les hommes et les nations auront appris à se regrouper
spontanément suivant leurs affinités culturelles". (11 h 10)
Ecoutez bien, Mme la Présidente, ce que Daniel Johnson disait en
1968. Des gens du Parti québécois, de l'autre côté,
disent que Daniel Johnson était un indépendantiste, mais
écoutez bien ceci, la fin de la citation: "Pays jeune aux vastes
espaces, largement ouvert aux influences les plus bienfaisantes où rien
n'est durci par le temps, pays qui reste à inventer en grande mesure, le
Canada a cette chance unique de pouvoir entrer dès maintenant dans
l'orbite du XXI siècle."
Notre but, comme celui de Daniel Johnson en 1968, n'est pas de
détruire le Canada, mais le but du Parti québécois, c'est
effectivement de détruire le Canada. C'est le but, c'est l'objectif du
gouvernement et du Parti québécois. Détruire le Canada
comme entité politique et juridique, c'est cela que le Parti
québécois veut faire. C'est pourquoi, moi et mon parti politique,
l'Union Nationale, nous disons non à cette question qui nous est
posée par le Parti québécois.
M. Goulet: Très bien.
La Vice-Présidente: M. le député de
Frontenac.
M. Gilles Grégoire
M. Grégoire: Mme la Présidente, en
commençant, puis-je en une minute donner un conseil amical à nos
bons amis de l'Union Nationale qui viennent de s'exprimer? Qu'ils aillent
consulter leurs militants, la base de leur parti et ils s'apercevront que la
position qu'ils prennent actuellement n'est pas celle des militants.
Des Voix: C'est vrai.
M. Grégoire: Je l'ai réalisé et c'est dans
tout le Québec que nous le réalisons.
Mme la Présidente, j'ai présentement en main le Guide
parlementaire canadien et, aux pages 144 et suivantes on peut y lire qu'en 1867
il y avait 181 députés au total à la Chambre des communes
à Ottawa. De ce nombre, il y en avait 65 du Québec. 20 ans plus
tard, en 1887, il y a toujours 65 députés du Québec non
plus sur un total de 181, mais sur un total de 215. La minorisation a
débuté. Vingt-sept ans plus tard, en 1914, il y a toujours 65
députés du Québec à Ottawa, non plus sur un total
de 181 ou de 215, mais sur un total de 235 députés. Quand j'ai
été élu remontons dans les temps modernes en
1962, il y avait 75 députés du Québec à Ottawa sur
un total de 265. Dix-huit ans plus tard, à la dernière
élection que nous avons connue il y a à peine un mois, il y a
toujours 75 députés du Québec, non plus sur un total
de
265, mais sur un total de 282. Il y en a 17 de plus en 18 ans, aucun du
Québec, tous des autres provinces. C'est la minorisation lente,
graduelle, inéluctable, implacable et fatale.
On va prendre un exemple. Prenez une grenouille, placez-la dedans une
chaudière d'eau et placez le tout sur le feu, sur une cuisinière
électrique. Faites chauffer l'eau tranquillement, lentement, à
petit feu, à feu doux. La grenouille va s'endormir lentement, va se
laisser engourdir et va devenir indolente. L'eau va chauffer de plus en plus et
bouillir et elle se laissera ébouillanter parce que ce sera lentement,
graduellement, inéluctablement.
Les libéraux, devant cette minorisation lente et graduelle, sont
comme la grenouille. Ils s'endorment, ils s'engourdissent, ils ne voient pas la
minorisation du peuple québécois qui progresse continuellement.
Ils s'endorment dans cette eau qui chauffe lentement. Pendant qu'ils
s'endorment, Mme la Présidente, quels sont ceux qui tirent les ficelles
devant l'indolence du Parti libéral? Quels sont les véritables
acteurs derrière le Parti libéral et derrière son non?
J'ai ici la Presse du mois de novembre 1979. On y lit: "Ce sont les entreprises
multinationales ontariennes et anglophones qui ont contribué à la
quasi-totalité des $2 700 000 perçus par la Fondation Pro-Canada
pour mener la campagne d'opposition au Parti québécois en cette
période préréférendaire." Dis-moi qui paie et je
dirai qui est le maître. Dis-moi qui te paie et je te dirai de qui tu es
le serviteur. Et qui paie? Des compagnies internationales comme Exxon, aux
Etats-Unis: $75 000. Qu'ont-ils à faire dans l'avenir du Québec
et dans notre choix constitutionnel? Des compagnies comme Gulf Oil, encore une
compagnie américaine, des compagnies comme la Royal Bank of Canada, $75
000; Aluminum Company of Canada, dont les actionnaires sont étrangers,
$75 000; Canadian Imperial Bank of Commerce, $75 000. Tous des noms
québécois: Imperial Bank, Royal Bank, Dominion Bank. C'est nous:
impériale, royale, dominion. Des compagnies de boisson: Seagrams, $75
000, Hiram Walkers, Carling O'Keefe, Molson.
Le chef du Parti libéral disait que la question était
alambiquée, pour moi, c'est le Parti libéral qui est
alambiqué. Dis-moi qui paie et je te dirai qui est le maître.
Quand on lui rappelle ses éditoriaux, le chef de l'Opposition est
tout surpris d'avoir dit exactement, il y a sept ans, le contraire de ce qu'il
dit aujourd'hui. Je lui dis: Dis-moi qui tu fréquentes, toutes ces
compagnies, et je te dirai qui tu es. J'aime mieux 75 000 petits
Québécois qui souscrivent $1 à la campagne du oui au
Québec que d'être acoquiné à un chèque de $75
000 envoyé de Toronto par la Imperial Bank ou la Royal Bank. Si le chef
de l'Opposition officielle parle autrement aujourd'hui qu'il ne parlait alors
qu'il était éditorialiste au Devoir, c'est qu'il a changé
de compagnons dans sa chambre à coucher. Ceux avec qui il se retrouve
présentement, les compagnies multinationales de l'étranger ou de
l'Ontario, ceux qu'il va consulter à l'étranger, ce sont ceux qui
l'ont amené à changer d'opinion sur ce qu'il disait
auparavant.
Mme la Présidente, ce sont là les acteurs en
arrière du Parti libéral dans cette question
référendaire. La fraude, la malhonnêteté ne sont pas
dans la question, elles sont dans ceux qui paient et ceux qui financent les
campagnes du Parti libéral à l'heure actuelle dans ce
référendum. (11 h 20)
Le chef du Parti libéral dit: "La question est malhonnête.
Vous devriez tout simplement dire: On veut faire la
souveraineté-association. On veut faire la
souveraineté-association et vous êtes malhonnêtes, car vous
dites: Donnez-nous un mandat de négocier." Je vais poser une question au
chef du Parti libéral. Si, par hypothèse, il était premier
ministre, est-ce qu'il partirait avec son livre beige et, rendu à
Ottawa, est-ce qu'il dirait aux politiciens, aux hommes politiques d'Ottawa:
Voici le livre beige, je ne viens pas négocier, je viens vous dire: La
constitution de 1867 n'existe plus; c'est le livre beige dorénavant qui
existe? On ne négocie pas, c'est cela. Ce ne sont pas les hommes
politiques d'Ottawa qui lui répondraient, ce sont les psychiatres
d'Ottawa qui l'interrogeraient. En 1980, Mme la Présidente, ce n'est
plus le temps des affrontements, c'est le temps de la négociation, c'est
le temps d'aller discuter d'égal à égal. Ce n'est plus le
temps d'aller affronter.
Mme la Présidente, dans cette question, on demande de faire nos
lois. S'il y a une région au Québec qui doit souhaiter
aujourd'hui une nouvelle entente où réellement le Québec
peut être maître de ses lois, c'est bien la région de
l'amiante. Quand on voit qu'à deux reprises, dans cette Assemblée
nationale, les hommes élus par le peuple, ceux qui sont ici élus
par le peuple, à qui on dit: Vous avez le droit de faire des lois... On
a adopté deux lois pour acheter et exproprier l'As-bestos Corporation
et, quoique nous soyons l'Assemblée nationale élue pour faire des
lois, la constitution ne nous permet pas de suivre la promesse de nos lois; la
constitution ne nous permet pas de mettre nos lois en pratique. Cela fait
déjà un bout de temps qu'on a adopté la loi pour
exproprier l'Asbestos Corporation et cette Assemblée nationale est
impuissante à mettre ses lois en pratique. On dit: Le commerce
international relève d'Ottawa. Vous avez le droit d'acheter la fibre,
mais pas le droit de changer le commerce international; donc, vous n'avez pas
le droit de cesser de vendre la fibre à l'extérieur. Si vous
achetez l'Asbestos Corporation pour transformer la fibre ici au Québec,
créer de l'emploi, vous n'avez plus le droit, vous changez le commerce
international. Où est-ce qu'on peut aller comme Assemblée
nationale, à ce moment, si on ne peut plus faire nos lois et les mettre
en pratique; si on les adopte et si on ne peut pas les appliquer?
Ottawa, par contre, et c'est là le ridicule de la situation, peut
changer les règles du commerce international, mais ce n'est pas dans sa
juridiction d'exploiter des mines ou de s'occuper des richesses naturelles.
Aucun des deux gouvernements ne
pourra, en fait, chacun séparément, agir dans ce domaine.
C'est l'impuissance totale.
Moi je dis, Mme la Présidente, que la nouvelle entente que nous
proposons, que nous voulons négocier, permettra à cette
Assemblée nationale de prendre en main les décisions importantes
en ce qui concerne aujourd'hui l'avenir et le développement du
Québec dans le domaine de l'amiante.
Le fait de pouvoir contrôler nos lois pourrait nous permettre ce
que nous ne pouvons pas faire aujourd'hui. Le Québec ne peut imposer une
taxe à l'exportation de la fibre d'amiante, ce serait inconstitutionnel,
et pourtant nous avons juridiction sur les richesses naturelles. Le
Québec ne peut créer un office de mise en marché de la
fibre d'amiante, ce serait inconstitutionnel. Le Québec ne peut imposer
une taxe sur la valeur de la fibre, ce serait inconstitutionnel car toute taxe
indirecte relève d'Ottawa. Le Québec ne peut exproprier ou
acheter l'Asbestos Corporation, il y a présomption
d'inconstitutionnalité car cela affecterait le commerce international.
Nous sommes dans l'impuissance totale dans ce domaine.
Moi je dis que le peuple du Québec a besoin d'une nouvelle
entente faite par des hommes libres, par des subventions libres et non pas les
mains attachées derrière le dos. C'est pourquoi, Mme la
Présidente, j'invite la population du Québec à voter oui
à cette nouvelle entente.
La Vice-Présidente: M. le député de
Montmagny-L'Islet.
M. Julien Giasson
M. Giasson: Mme la Présidente, comme moi, vous venez
d'entendre le député de Frontenac lancer des accusations en
l'air, tout simplement en l'air, lorsqu'il a fait référence au
financement des opérations référendaires après le
dépôt des brefs du référendum.
Je voudrais signaler que, dans le comté de Montmagny-L'Islet,
comme dans la grande majorité de tous les comtés au
Québec, les personnes qui vont devoir travailler sous le
comité-parapluie qui a été voulu par l'actuel
gouvernement, dans les dispositions de la loi 92, vont mener des
activités et des opérations financées en totalité
par de l'argent qui aurait été souscrit dans chacun des milieux,
dans chacun des comtés. J'en veux comme preuve de base
l'expérience que nous avons vécue depuis deux ans dans le
comté que je représente. Un groupe de citoyens du comté de
Montmagny-L'Islet a voulu mener une opération de financement du parti
politique québécois qu'est le Parti libéral. Pour ce
faire, ils ont constitué des équipes de travail. Ces personnes,
à l'intérieur des équipes, se sont donné la peine
d'aller visiter un grand nombre de citoyens dans le comté de
Montmagny-L'Islet, et le financement du Parti libéral de
Montmagny-L'Islet se fait exclusivement et entièrement par une multitude
de petites souscriptions. Voulez-vous des chiffres, Mme la
Présidente?
Au cours de l'automne dernier, un peu plus de 2700 citoyens de
Montmagny-L'Islet ont souscrit librement, selon leur capacité, selon
leurs moyens, les sommes nécessaires pour les besoins des
activités du parti dans le comté, et nous savons qu'une autre
partie de l'ensemble des sommes recueillies va contribuer au financement du
parti provincial. C'est donc faux de prétendre que des comtés du
Québec, en ce qui concerne les gens qui vont se regrouper dans le
comité-parapluie profédéraliste, devront faire appel
à du financement qui vient de grandes entreprises multinationales ou
d'entreprises de l'extérieur du Québec. Nous allons, chez nous,
fonctionner uniquement à partir d'argent venant du milieu, d'argent
souscrit par des personnes de mon comté.
D'ailleurs, Mme la Présidente, il ne s'agit pas là d'une
situation d'exception, la même opération va se mener dans chacun
des 110 comtés de la province de Québec. Donc, les peurs qu'a
voulu nous exprimer tout à l'heure le député de Frontenac
sont non fondées et elles sont même fausses. Nous allons, dans nos
comtés, fonctionner avec du financement venant de personnes du milieu,
qui ont accepté de se regrouper et de travailler à
l'intérieur du comité-parapluie dans lequel nous serons tout au
long de l'opération référendaire.
Mme la Présidente, j'ai constaté qu'à mesure que se
poursuivait le débat sur la question à être soumise aux
Québécois lors du prochain référendum, il devenait
évident que la tentation est très forte de discourir davantage
sur le fond qu'on retrouve derrière cette question, c'est-à-dire
d'invoquer tous les arguments ou raisons pour lesquels on devrait
répondre de façon positive ou négative à la
question telle que libellée.
Je comprends tout de même qu'il ne soit pas facile de s'en tenir
à la pertinence stricte, qui voudrait que nos discussions portent
essentiellement sur la formulation de la question. Dès le départ,
le premier ministre a marqué le pas à ces travaux et a ouvert un
corridor très large par le nombre de points qu'il a soulevés tout
au long de son discours. Dans son exposé, il a dressé le bilan de
l'expérience du fédéralisme canadien, en fait, en
s'attardant surtout aux éléments de passif et en oubliant
volontiers des réalisations fort importantes qui s'inscrivent du
côté de l'actif de l'expérience vécue. Et, dans sa
foulée, ont suivi la plupart de ses collègues qui, tour à
tour, ont voulu démontrer que, tout au long de son histoire, le
fédéralisme dans l'exercice de ses pouvoirs a été
néfaste pour le Québec. (11 h 30)
Comme moi, vous avez entendu le ministre de l'Agriculture et quelques
députés ministériels mener une charge contre le
système fédéral, dans sa manière d'élaborer
et d'appliquer les programmes destinés au développement et au
soutien de l'agriculture au Canada. La critique la plus soutenue est celle qui
voudrait que les politiques agricoles fédérales ont
favorisé les agriculteurs des autres provinces au détriment de
ceux du Québec.
Au cours des prochaines minutes, je voudrais qu'on voie cela de plus
près et surtout rappeler certaines réalisations dans leur vraie
dimension,
puisque nos collègues d'en face ont voulu les taire
jusqu'à maintenant. Qu'il me soit permis, Mme la Présidente,
d'affirmer qu'en général les politiques agricoles
fédérales ne sont pas conçues pour favoriser une province
ou une région plutôt qu'une autre. Elles visent à
développer l'agriculture de toutes les régions du pays selon leur
potentiel et leur contribution à l'économie canadienne.
Avant d'évaluer l'impact des politiques agricoles
fédérales, il faut d'abord tenir compte de l'importance de
l'agriculture dans l'activité économique des différentes
provinces canadiennes. Si les Prairies jouent un rôle prédominant
dans le volume global de la production agricole au Canada, c'est qu'on y
retrouve 79% des terres agricoles, tandis que le Québec ne renferme que
5% des bonnes terres agricoles au Canada. Enfin, le Québec ne
possède que 6 millions d'acres de terres cultivées,
comparativement à 89 millions d'acres pour l'Ouest canadien.
Il serait également intéressant de vérifier comment
se présente l'image de l'agriculture au Québec à
côté du portrait agricole de l'Ontario. Pour ce faire, faisons
appel à des auteurs bien québécois que l'on ne saurait
taxer de fédéralisme inconditionnel. Il existe une publication de
l'ENAP, intitulée "A propos de l'association économique
Québec-Canada", dont les auteurs sont MM. Bernard Bonin et Mario
Polèse. Nous connaissons ces gens maintenant. Que je sache, ce ne sont
pas de méchants fédéralistes. Ce sont des gens typiquement
québécois. Nos amis assis en face de nous le savent fort bien.
Voici ce que disaient les auteurs: "En dépit de la dimension restreinte
de son territoire agricole j'ai signalé tout à l'heure
qu'il s'agissait de 5% des terres cultivées au Canada et de la
faible productivité de ses agriculteurs je cite toujours MM.
Bonin et Polèse le Québec s'en tire assez bien pour ce qui
est de l'importance relative de son agriculture. En 1971, il comptait 17,6% des
fermes du Canada, 19,2% de la main-d'oeuvre agricole et 12,5% des revenus
agricoles nets. C'est un résultat comparable à celui de l'Ontario
qui, avec 11% des territoires à potentiel agricole du Canada, recevait
22,7% des revenus agricoles nets. "L'agriculture occupe, d'ailleurs, une place
analogue dans les deux économies Québec-Ontario,
c'est-à-dire environ 2% du produit provincial brut". Fin de la citation
de MM. Bonin et Polèse.
Je vous parlerai maintenant, Mme la Présidente, de certains
programmes agricoles du gouvernement fédéral qui ont eu des
conséquences bénéfiques dans des secteurs de l'agriculture
québécoise et qu'on doit classer à la colonne de l'actif
dans le bilan du fédéralisme.
Signalons d'abord le programme de l'assu-rance-récolte chez nous.
Si la gestion de ce programme est faite au Québec, il n'est pas vain de
rappeler qu'il s'agit là d'un programme instauré à la
suite d'une entente avec le ministère fédéral de
l'Agriculture, en vertu de laquelle le fédéralisme ce
méchant fédéralisme, comme disent les gens d'en face
a permis une contribution financière de près de $10
millions pour la période de 1973 à 1978. Il s'agit d'une
participation dont on n'entend pas parler chez les gens d'en face.
Mme la Présidente, si nous possédons au Québec
l'Office du crédit agricole qui joue un rôle prédominant
pour satisfaire à une gamme de crédits diversifiés dans
l'agriculture moderne, n'oublions pas que des agriculteurs
québécois font aussi appel au service du crédit agricole
du gouvernement fédéral. De fait, pour l'année
financière 1975/76, le service fédéral de crédit
agricole a approuvé 1116 prêts agricoles au Québec,
représentant une somme de $85 millions. Il s'agit d'un montant que n'a
pas eu à débourser la société prêteuse au
Québec et qui a bien servi des jeunes agriculteurs de chez nous, puisque
la majorité de ces prêts a été consentie à
des citoyens de moins de 35 ans, dans une proportion de 71% des prêts
accordés.
Dans un autre secteur, je voudrais rappeler que l'Office canadien des
provendes poursuit deux objectifs principaux: d'abord, assurer qu'il y ait
suffisamment de céréales fourragères dans les
régions qui n'en produisent pas assez, tel le Québec;
deuxièmement, qu'il y ait une certaine stabilité et
égalité des prix entre l'Est et l'Ouest du pays. Pour atteindre
ces objectifs, l'Office canadien des provendes subventionne une partie du
transport des grains de provende vers les provinces de l'Est. Les subventions
au titre des frais de transport, entre 1975 et 1977, au Québec, se sont
élevées à $11 500 000. Depuis, soit au cours de 1978, les
subventions au transport ont été remplacées par un
programme qui veut favoriser la production des provendes au Québec; $33
millions ont été mis à la disposition des producteurs pour
l'achat de silos à la ferme, l'achat d'équipement de
séchage et de récolteuses à grains.
Il faudrait également se souvenir des ententes à frais
partagés qui ont permis des retombées financières du
gouvernement fédéral vers des régions du Québec,
désavantagées par la topographie, le climat, la qualité
des sols, comme des missions que nous avons connues assez récemment
encore, l'expérience du BAEQ et d'autres analogues.
Plus près de nous dans le temps, nous bénéficions
de l'entente auxiliaire sur le développement agricole. De fait, le MEER,
organisme fédéral, a conclu avec les gouvernements provinciaux
des ententes auxiliaires inhérentes à l'agriculture. C'est ainsi
que l'entente pour le Québec vise entre autres à assainir les
terres agricoles de la plaine de Montréal et à favoriser le
réaménagement foncier en certaines régions, soit l'Est du
Québec, le Saguenay-Lac-Saint-Jean et l'Abitibi-Témiscamingue.
Rappelons que cette entente prévoit des déboursés
fédéraux de $62 millions pour la période s'étendant
de 1976 à 1982.
Nous savons, de plus, que certains programmes agricoles s'appliquent
à tout le pays, mais ont une incidence beaucoup plus marquée dans
certaines régions, à cause d'une plus grande
spécialisation et, ainsi, ils auront un impact plus grand dans une
province que dans une autre. (11 h 40)
Des programmes de la Commission canadienne du lait de transformation
constituent un très bel
exemple d'un impact nettement supérieur pour l'agriculture
québécoise que pour celle des autres provinces. L'objectif de la
commission est d'offrir aux producteurs de lait de transformation la
possibilité d'obtenir une juste rétribution de leur travail et de
leur investissement et d'assurer aux consommateurs un approvisionnement
continuel de produits laitiers de bonne qualité. La commission s'occupe
de distribuer aux producteurs de lait et crème de transformation les
subventions accordées par le gouvernement fédéral.
Pour l'année 1977/78, le total des subventions directes à
l'ensemble des producteurs laitiers se chiffrait à $263 millions dont
$128 millions ont été versés au Québec. Ce montant
représentait une moyenne de $5123 par producteur de lait de
transformation. Selon les dernières statistiques, 48% du lait
destiné à l'industrie de la transformation était produit
sur les fermes québécoises.
Lorsque l'on découvre, Mme la Présidente, que l'ensemble
des dépenses fédérales en agriculture au Canada
représentait, en 1975/76, 15,5% des revenus agricoles du pays et qu'on
apprend également que les dépenses fédérales au
Québec toujours dans le secteur de l'agriculture
représentaient, pour la même année, 22,6% des revenus
agricoles de la province, il est faux d'affirmer que les programmes
fédéraux ont toujours défavorisé le Québec.
Les politiques fédérales visent dans leur ensemble à
développer l'agriculture de chacune des provinces en fonction de ses
possibilités et de sa complémentarité avec les autres
régions agricoles du pays.
J'ai fait allusion, il y a un instant, au rôle de la Commission
canadienne du lait qui, au cours de 1974 vous vous en souvenez sans
doute a été accusée de tous les
péchés d'Israël lorsqu'elle a dû réduire les
contingentements de production pour l'ensemble des producteurs canadiens. Le
mandat confié à cette commission lors de sa création en
1967 comprenait également un programme de soutien des prix, des remises
de subventions directement aux producteurs et l'achat, l'entreposage et
l'écoulement des excédents de beurre et de poudre de lait
écrémé. Elle subventionne aussi la recherche de nouveaux
débouchés et la promotion des produits laitiers. Pour s'assurer
que la production de lait de transformation soit proportionnée aux
besoins des consommateurs pour les produits du lait transformé, un
régime de contingentement fut appliqué. Sans cette restriction,
les surplus de production pourraient entraîner une chute
considérable des prix et, par conséquent, une baisse des revenus
des producteurs laitiers du Québec. Est-il nécessaire de rappeler
la situation que vivent présentement les producteurs de porc au
Québec, comme les producteurs des autres provinces au pays, dans un
champ de production sans contingentement? La fixation des quotas de lait
industriel n'est pas déterminée par le gouvernement
fédéral lui-même. Au contraire. Elle relève du
Comité canadien de gestion des approvisionnements de lait. Le
comité est composé de représentants des gouvernements
provinciaux et des fédérations de producteurs laitiers et
présidé par un membre de la Commission canadienne du lait. Le
comité détermine la quantité de lait industriel
correspondant aux besoins canadiens qui constitue le quota national. Le quota
national est ensuite distribué aux provinces selon la part du
marché que chacune détenait historiquement. C'est le
comité et non pas le gouvernement du Canada ou la Commission canadienne
du lait qui décide du contrat attribué à chacune des
provinces.
La Fédération des producteurs de lait industriel du
Québec est chargée de l'allocation et de l'administration des
quotas aux producteurs individuels. L'ensemble du budget fédéral
pour l'industrie laitière totalisait $459 millions pour l'année
financière 1977/78. Ce budget global se répartis-sait comme suit.
Les subventions aux producteurs ont nécessité $263 millions, dont
$128 millions sont venus au Québec. Les coûts pour les frais de
mise en marché ont pris $20 millions, dont $15 millions au
Québec.
La contribution pour l'aide alimentaire internationale a compté
pour $20 millions. L'aide à l'exportation a utilisé, au cours de
l'année que je viens de citer, $152 millions dont $76 millions pour la
production québécoise. Enfin, une somme de $4 millions...
La Vice-Présidente: M. le député, je me dois
de vous rappeler que votre temps est écoulé. Alors, voulez-vous
conclure rapidement, s'il vous plaît?
M. Giasson: Je termine, si on me donne quelques secondes, Mme la
Présidente.
M. Bertrand: Moi, je vais être beau joueur, je vais dire
oui.
M. Giasson: Enfin, une somme de $4 millions a été
consacrée à la recherche et promotion dont la moitié
utilisée dans la province, c'est-à-dire que le Québec a
reçu, au cours de l'année mentionnée, un montant de $238
millions sur le budget fédéral de $459 millions uniquement aux
fins de l'industrie du lait de transformation au Canada.
Mme la Présidente, vous comprendrez que je n'ai pas
terminé l'intervention que j'aurais voulu faire. Je dois, cependant,
conclure puisque le temps alloué habituellement est déjà
écoulé. J'aurai certainement l'occasion, d'ici la fin du
débat en cours, de revenir et de faire valoir d'autres
considérations en ce qui a trait au libellé de la question
elle-même. Merci, Mme la Présidente.
M. Garon: Mme la Présidente...
La Vice-Présidente: M. le ministre de l'Agriculture et
député de Lévis.
M. Jean Garon
M. Garon: Je voudrais dire seulement quelques mots, Mme la
Présidente, pour commenter les paroles du député de
Montmagny-L'Islet. Je ferai remarquer que, comme d'habitude, le
député de Montmagny-L'Islet a commencé en parlant de
la faible productivité des agriculteurs québécois.
C'est cela, la pensée du Parti libéral sur les agriculteurs
québécois, en disant qu'il y a une faible
productivité.
M. Giasson: Question de privilège, Mme la
Présidente.
La Vice-Présidente: Sur une question de privilège,
M. le député de Montmagny-L'Islet.
M. Giasson: Je n'ai jamais parlé personnellement de la
faible productivité. J'ai cité des auteurs. J'invite le ministre
de l'Agriculture à rétablir les faits. J'ai cité un texte
d'un auteur dans lequel il y avait une note relative à la
productivité des cultivateurs. Je n'en fais pas mon opinion et mon avis.
Je cite d'autres personnes.
Des Voix: Ah!
La Vice-Présidente: A l'ordre, s'il vous plaît! M.
le ministre de l'Agriculture.
M. Garon: Mme la Présidente, les gens ont l'habitude de
citer les auteurs avec lesquels ils sont d'accord et non pas ceux avec qui ils
divergent d'opinion. Je n'ai pas entendu le député de
Montmagny-L'Islet dire qu'il n'était pas d'accord avec cette affirmation
de l'auteur qu'il citait. L'auteur parlait de la faible productivité des
agriculteurs. C'est toujours ce que les libéraux ont cru. Je vous ferai
remarquer que, dans les chiffres qu'il a mentionnés, il est toujours
obligé de remonter à plusieurs années parce que les
chiffres auraient été trop petits.
M. Gratton: Mme la Présidente... M. Garon:
L'assurance-récolte...
La Vice-Présidente: M. le député de
Gatineau, sur une question de règlement?
M. Bertrand: Cela fait mal, hein!
M. Gratton: Est-ce que le ministre de l'Agriculture me
permettrait une question?
Une Voix: Cela fait mal, hein! Des Voix: Ah!
M. Gratton: Le ministre, quand il cite le livre beige, est-ce que
c'est parce qu'il est d'accord avec le livre beige?
La Vice-Présidente: M. le député de
Gatineau, s'il vous plaît! M. le ministre.
M. Garon: Mme la Présidente, vous remarquerez que j'ai
laissé parler le député de Montmagny-L'Islet. Son discours
avait peut-être été préparé par un
recherchiste aussi. Je remarquerai que l'assurance-récolte,
c'était, de 1973 à 1978, un montant de $10 millions. C'est fort,
cela fait $2 millions par année. Il y a l'Office du crédit
agricole et la Société du crédit agricole. Vous savez que,
si le gouvernement du Québec ne subventionnait pas le taux
d'intérêt de la Société du crédit agricole
fédérale, elle ne prêterait pas un cent au Québec
parce que cela coûterait trop cher.
Vous remarquerez, dans les crédits qu'on va étudier dans
les prochaines semaines, les montants considérables qu'on a
versés pour subventionner des taux d'intérêt payés
par les agriculteurs qui empruntaient à la Société du
crédit agricole fédérale parce que le
fédéral prête à un taux trop élevé et
que personne n'emprunterait là.
Une Voix: Très bien.
M. Garon: D'ailleurs, on se demande si on ne devrait pas abolir
cette loi puisqu'on ne voit pas pourquoi il faudrait subventionner des taux
fédéraux.
J'ai remarqué aussi, quand il parlait des subventions du MEER,
qu'il est obligé d'aller jusqu'à 1982 pour que cela ait l'air de
faire quelque chose. Il prend des années 1976 à 1982 parce que
cela ne donnerait pas des chiffres assez gros s'il n'allait pas dans les
années en avant de l'année courante.
M. Lavoie: Vous ne serez plus là. (11 h 50)
La Vice-Présidente: A l'ordre, s'il vous plaît! M.
le ministre.
M. Garon: Mme la Présidente, le député de
Montmagny-L'Islet, en terminant, a confirmé des chiffres que j'avais
donnés la semaine dernière quand il a dit: Pour l'aide
alimentaire, $76 millions sont venus au Québec pour les produits
laitiers. C'est exactement ce que j'ai dit: $76 millions. Mais, a-t-il dit, sur
tous les produits laitiers qui avaient été achetés, on
avait eu une bonne part. Il veut faire oublier le total que j'ai
mentionné aussi. Le total des achats pour l'aide alimentaire a
été de $1 750 000 000. On a acheté plus de produits
laitiers, une petite partie des produits laitiers, mais tout le reste des
produits qui sont allés à l'aide alimentaire, sur $1 750 000 000,
ils les ont achetés dans les autres provinces et principalement dans
l'Ouest du Canada alors qu'on avait payé en taxes plus de $400
millions.
Cela veut dire, Mme la Présidente et je termine
là-dessus que si l'on peut garder la part payée en taxes
par les contribuables du Québec sur le budget du ministère de
l'Agriculture fédéral, on paie à peu près $250
millions. Donnez-nous les $250 millions qu'on paie en taxe. Il n'y aura aucun
problème pour payer l'aide de $2.66 des 100 livres. D'ailleurs, on a
promis qu'avec l'affectation des taxes au Québec, tout le montant qui
est versé aux producteurs laitiers, les $2.66 les 100 livres, sera
payé par le gouvernement du Québec. Il va nous rester $122
millions après avoir soustrait ces $128 millions. Je ne conteste
même pas les chiffres du député de Montmagny-L'Islet. Il va
rester $122 mil-
lions. Essayez de trouver l'affectation des $122 millions qui restent
dans le Québec; vous allez vous apercevoir qu'une grande partie s'en va
aider l'agriculture des autres provinces. Si on paie toutes nos taxes au
gouvernement du Québec, les $250 millions au total seront
affectés pour aider les agriculteurs québécois.
M. Lazure: Mme la Présidente.
La Vice-Présidente: M. le ministre des Affaires sociales
et député de Chambly. Je vous reconnaîtrai
immédiatement après, M. le député.
M. Denis Lazure
M. Lazure: Deux brefs commentaires avant de commencer mon
intervention. Le premier fait suite à l'intervention du
député d'Outremont hier soir. Je m'aperçois que le
député d'Outremont est encore absent de ce débat. Il
aurait avantage à s'instruire durant le débat. Je cite le journal
des Débats. Le député d'Outremont a dit hier soir: "Le
Québec est souverain à 100% dans des domaines tels que la
famille, la justice, la santé et les politiques de soutien du revenu".
Tenez-vous bien! Je vais tout simplement demander l'éclairage de son
collègue de Saint-Laurent qui, lui aussi, est absent, mais j'ai une
citation de la Presse du 27 mars 1977: "Ottawa doit se retirer du champ des
affaires sociales". Il y a la photo de M. Forget. Je vous donne
brièvement la citation de l'ex-ministre des Affaires sociales, le
député de Saint-Laurent: "L'ancien ministre a conclu qu'il
fallait éliminer un des deux gouvernements du champ des affaires
sociales et que le plus difficile à faire disparaître, c'est le
fédéral".
Deuxième commentaire: un journal de ce matin, que le chef de
l'Opposition connaît bien, titre en deuxième page: "Saint-Pierre
préfère la réalité fédérale aux
tensions mondiales". Je me permets de soumettre à cette Assemblée
ce genre d'intervention d'un ancien ministre du cabinet Bourassa et
ex-député de Chambly pour illustrer le genre de campagne
sournoise que les tenants du non sont en train de développer au
Québec. Je cite: "La réalité fédérale qui
paraît, malgré tout, fort bien supportable à comparer aux
tensions nationales, ethnocentriques, religieuses qui secouent constamment des
pays comme l'Irlande, l'Iran, le Cambodge, l'Afghanistan et l'Afrique
noire.
On parlait de l'Ouganda dans Jean-Talon. Maintenant, on parle de
l'Afghanistan, toujours dans le même but, celui de faire peur au monde.
M. le Président, la population du Québec ne sera pas dupe des
propos de M. Saint-Pierre et elle lui dira non comme la population de Chambly
lui a dit non en novembre 1976.
En prenant la parole aujourd'hui, au cours de ce débat
historique, je ressens plus que jamais la fierté d'être
député du comté de Chambly. Je m'empresse d'affirmer que
la grande majorité des citoyennes et des citoyens de ce comté
vont voter oui à cette question qui est devant nous. Com- ment, en
effet, M. le Président, les descendants de nos valeureux
Québécois patriotes de 1837, et il y a beacoup de ces descendants
dans Chambly, comment pourraient-ils dire non à un mandat pour
négocier une entente qui conduirait à la souveraineté de
notre peuple, pour négocier une nouvelle entente qui permettrait aux
Québécois de disposer de 100% de leurs impôts et
d'être les seuls à adopter les lois qui les touchent? Quoi de plus
normal, de plus naturel?
Les politiques sociales qui correspondent aux besoins et aux souhaits de
la population québécoise ne peuvent être définies,
organisées et contrôlées que par le gouvernement du
Québec. C'est d'ailleurs ce qu'avait prévu l'Acte de
l'Amérique du Nord britannique. Notre interprétation de la
constitution en matière d'affaires sociales a d'ailleurs
été maintes fois confirmée par des commissions royales
d'enquêtes, plus spécialement par la commission Rowell-Sirois
créée par un gouvernement fédéral en 1940. Si le
gouvernement fédéral est intervenu massivement et continue de le
faire en dépit de ce que le député d'Outremont nous
racontait hier soir, c'est tout simplement à cause de son fameux pouvoir
de dépenser.
Des 1920, le premier ministre libéral, M. Taschereau,
prononçait un discours traitant de l'ingérence du gouvernement du
Canada dans le domaine qui s'appelait alors l'assistance publique. Il y a 60
ans, M. le Président. En 1945, c'est M. Duplessis, celui qui disait:
Donnez-nous notre butin, qui s'insurgeait contre un nouvel empiétement
fédéral, celui de la loi tenez-vous bien
fédérale des allocations familiales.
L'année suivante, il protesta de nouveau contre les propositions
d'Ottawa en matière de sécurité sociale et
d'assurance-santé. Un an plus tard, en 1946, ce même premier
ministre faisait la mise en garde suivante, et qui était tout à
fait prophétique: "Si le gouvernement fédéral mettait en
vigueur une loi d'assurance-santé, il lui faudrait entraîner un
nouveau personnel qui ferait double emploi avec les fonctionnaires provinciaux,
occasionnant une double dépense et qui, étant plus
éloigné du lieu des opérations, fournirait, par
conséquent, un travail moins efficace". Ce caprice, M. le
Président, coûte aux Québécois $100 millions par
année. C'est au tour du premier ministre Lesage de réclamer en
1963 l'administration de toute la sécurité de la vieillesse. Deux
ans plus tard, en 1965, M. Lesage va beaucoup plus loin et réclame
à grands cris ni plus ni moins que la souveraineté du
Québec dans l'ensemble du domaine de la sécurité
sociale.
A la fin de l'année 1965 se tenait une grande conférence
sur la pauvreté à Ottawa et le mémoire du Québec
disait ceci: Tel qu'il existe maintenant, le partage des responsabilités
entre les deux niveaux de gouvernement ne peut que nuire à
l'efficacité de l'ensemble. En 1967, le premier ministre Daniel Johnson
précise, lors d'une conférence à Toronto: "Si le
gouvernement du Québec insiste tant pour reprendre la pleine
maîtrise de sa sécurité sociale, c'est pour deux raisons
principales. D'abord, parce que la coexistence de deux gouvernements dans ce
domaine empêche une
planification efficace, permet la contradiction entre les deux niveaux
de gouvernement et mène au double emploi administratif et au gaspillage.
(12 heures)
Ensuite et c'est important, parce que l'ensemble des mesures de
sécurité sociale touche la nation dans sa vitalité
même en tant que société les positions
traditionnelles du Québec, même lorsqu'elles prirent une tournure
un peu plus nuancée sous le gouvernement Bourassa, furent toujours
cavalièrement rejetées par le gouvernement fédéral.
Cette continuité historique, M. le Président, nous la retrouvons
dans la question, et quand nous voulons rapatrier 100% de nos impôts et
100% des lois qui touchent les Québécois, nous sommes
fidèles aux revendications de tous les gouvernements du Québec
qui nous ont précédés.
Cette fidélité, nous ne la voyons pas chez nos opposants,
chez les tenants du non. Au contraire, il faut parler bien franchement de
trahison et de contradiction. Trahison, lorsque le livre beige, à la
page 94, dit ceci: "Nous recommandons de soumettre l'exercice du pouvoir de
dépenser du gouvernement central c'est Ottawa dans des
domaines de compétence provinciale à l'examen et à
l'approbation tenez-vous bien du conseil fédéral."
Trahison! Trahison encore, M. le Président, lorsque le livre
beige...
M. Marx: Question de privilège, M. le
Président...
Le Vice-Président: A l'ordre, s'il vous plaît! Un
instant!
M. Marx: Est-ce que le ministre est en train d'accuser des
membres de cette Chambre d'une infraction criminelle? Il parle de la
trahison.
Le Vice-Président: A l'ordre, s'il vous plaît!
Des Voix: Où est votre privilège?
M. Lazure: M. le Président, je pense que tout le monde a
compris qu'il s'agit d'un reniement, d'une trahison par rapport à des
avancés que certains vous ont faits, à des positions que certains
d'entre vous ont prises il n'y a pas si longtemps.
M. le Président, trahison encore lorsque le même livre
beige, à la page 97, dit ceci: "Chaque ordre de gouvernement, provincial
et central, pourra adopter ses propres politiques de redistribution du revenu."
On est bien loin de ce que disaient tantôt M. Lesage et M.
Castonguay.
Les tenants du non, les tenants du statu quo renient les revendications
solennelles des Duplessis, Lesage, Johnson, qui réclamaient l'exercice
exclusif de notre compétence provinciale en matière d'affaires
sociales. Abandonner nos droits à un conseil fédéral
où le Québec n'a que 25% des voix, c'est peut-être un
léger progrès par rapport à la situation actuelle
où nous avons une voix sur dix, mais c'est quand même un recul
historique majeur et honteux dans un domaine celui des politiques
sociales où le Québec a démontré sa
capacité d'assumer ses responsabilités.
Contradiction parce que, en septembre 1970, l'ex-premier ministre
Bourassa et l'ex-ministre Castonguay affirmaient, à Ottawa: "Nul
n'oserait nier que les politiques en matière de santé et de
services sociaux sont de la compétence première des provinces;
quant à la sécurité du revenu, nous estimons essentiel que
les provinces aient une prépondérance dans la formulation des
programmes." "Prépondérance"!
Plus récemment encore, un ex-ministre de ce gouvernement Bourassa
je vois qu'il est absent dans le moment, mais je vais quand même
le citer vous avez deviné qui c'était... C'est toujours
cet article de la Presse du 27 mars 1977, avec la photo du député
de Saint-Laurent, qui dit ceci: "Le député de Saint-Laurent a
critiqué hier devant une dizaine d'étudiants on ne peut
pas dire que la foule lui a fait dépasser sa pensée ce
qu'il a appelé l'incohérence résultant de la
présence et de l'action des gouvernements provinciaux et du gouvernement
central dans le domaine des affaires sociales."
Deuxième citation, toujours devant dix étudiants: "Pour M.
Forget, rien ne justifie la présence du gouvernement
fédéral dans ce secteur qu'il connaissait bien..."
Une Voix: Là, les étudiants sont partis.
M. Lazure: Est-ce que devant de telles contradictions, M. le
Président, le député de Saint-Laurent prend, lui aussi,
ses distances par rapport au livre beige? Mais ce n'est pas facile, puisqu'il
faisait partie de cette commission qui a rédigé le livre beige.
Reprendre les futiles conférences fédérales-provinciales
en affaires sociales avec un décor légèrement
déguisé, légèrement changé qui s'appellerait
conseil fédéral où le Québec serait largement
minoritaire? Non merci. Remettre sur pied les 54 comités
fédéraux-provinciaux que le député de Saint-Laurent
avait mis sur pied lorsqu'il était ministre des Affaires sociales et qui
assistaient impuissants à l'invasion massive du gouvernement d'Ottawa
dans des domaines de notre juridiction? Non merci.
Continuer d'encourager avec nos impôts québécois la
croissance monstrueuse et cancéreuse d'un ministère
fédéral de la Santé qui nous coûte $100 millions par
année, alors que nous nous évertuons à réduire de
5% par année nos effectifs? Non merci.
Je vous passe une autre citation du conférencier devant les dix
étudiants; c'est la dernière: "Entre 1970 et 1977, le nombre des
fonctionnaires de ce ministère fédéral passait de 6500
à 9200, soit une croissance de 50% je peux vous dire que c'est
rendu à au-delà de 11 000 maintenant tout ça pour
écrire des lettres destinées aux fonctionnaires des provinces
a noté l'ancien ministre et alors que les
ministères provinciaux, tant au Québec qu'en Ontario, ont
été très actifs et ont réduit leurs effectifs."
Supporter, M. le Président, qu'Ottawa fasse des économies sur le
dos des
Québécois en coupant sur l'assurance-chôrnage sans
créer de nouveaux emplois, ce qui coûte au gouvernement du
Québec $29 millions par année? Non merci. Accepter qu'Ottawa,
à l'encontre même d'une entente conclue en 1974 sous l'ancien
gouvernement, coupe ses allocations familiales et pénalise bon nombre de
familles québécoises? Non merci, M. le Président.
Seul un mandat clair de la part des Québécois signifiant
au reste du Canada que nous en avons assez de ce système
fédéral et que nous voulons notre butin pourra mettre fin
à cette longue chaîne de frustrations. Le jour où nous
aurons, par la nouvelle entente prévue à la question,
rapatrié 100% de nos impôts, il est clair que le gouvernement du
Québec pourra élaborer des politiques sociales cohérentes.
En mettant un terme au gaspillage, nul doute que nous serons en mesure
d'assurer aux personnes âgées et à celles et à ceux
qui touchent une allocation quelconque du fédéral une pension au
moins égale, sinon supérieure à celle qu'ils
reçoivent actuellement. Quand il s'agit des services aux personnes
âgées, spécialement, ce gouvernement-ci a
démontré depuis trois ans qu'il n'a de leçon à
recevoir de personne.
Que le député de Saint-Laurent ait de la suite dans les
idées et qu'il ait le courage de répéter aux personnes
âgées ce qu'il disait en 1977. "Le gouvernement du Québec
est parfaitement capable d'assumer les responsabilités du
ministère fédéral, y compris le versement des pensions de
vieillesse." C'est le député de Saint-Laurent qui disait
ça. On est bien loin de la propagande sournoise de certains tenants du
non qui tentent d'effrayer les personnes âgées par toutes sortes
de déclarations. (12 h 10)
C'est l'ex-ministre libéral Denis Hardy qui, à votre
congrès, tout récemment, implorait son parti de cesser de croire
que tout ce qui vient d'Ottawa est meilleur que ce qui vient de Québec.
La triste formule des partisans du non, c'est donc de maintenir cette
concurrence entre les deux niveaux de gouvernement, c'est-à-dire
ingérence, gaspillage et confusion.
La question déposée devant nous est claire. Ces
mêmes ténors du Parti libéral, les Castonguay et autres,
incluant le député de Saint-Laurent, qui réclamaient la
compétence exclusive nous l'avons vu tantôt dans leur texte
en affaires sociales, qui alimentaient, qui nourrissaient les espoirs
d'autonomie des Québécois, ce sont ces individus aujourd'hui qui
renient leur passé en refusant au gouvernement du Québec le
mandat de négocier une nouvelle entente où le Québec
serait enfin souverain en matière d'impôts et de lois. Merci.
Le Vice-Président: A l'ordre, s'il vous plaît! M. le
député de D'Arcy McGee.
M. Herbert Marx
M. Marx: M. le Président, j'aimerais parler en faveur de
l'amendement proposé par le chef de l'Opposition officielle. Avant
d'aborder cette question, j'aimerais commenter la remarque du premier ministre
en ce qui concerne l'attachement au Québec des non-Canadiens
français québécois. Il va de soi que nous sommes
foncièrement attachés au Québec. En effet, quand Mme la
députée de Prévost a dit, dans cette Chambre, il y a
quelques jours: "Le Québec est ma patrie; le Canada est mon pays", elle
a également parlé pour moi. Je sais aussi qu'elle a parlé
pour beaucoup de monde du...
Le Vice-Président: Excusez-moi, M. le député
de D'Arcy-McGee, excusez-moi. Vous pouvez y aller. Allez-y!
M. Marx: Je disais que quand Mme la députée de
Prévost a dit, dans cette Chambre, il y a quelques jours: "Le
Québec est ma patrie; le Canada est mon pays", elle a également
parlé pour moi. Je sais aussi qu'elle a parlé pour beaucoup de
monde du comté de D'Arcy McGee. Sur la question de l'indépendance
du Québec, il va sans dire que le Québec peut subsister comme
pays indépendant. Il y a des Etats plus petits, des Etats plus pauvres
et des Etats formés par des gens sûrement moins capables que nous.
La question n'est pas de savoir si le Québec peut ou non subsister comme
Etat souverain, la question est plutôt de savoir si on veut ou si on ne
veut pas un Québec indépendant et séparé du
Canada.
M. le Président, je vais voter contre l'indépendance
politique du Québec parce que je suis convaincu que ce serait mieux pour
nous tous que le Québec reste dans un Canada renouvelé. Les
députés de ce côté de la Chambre ont
déjà donné des dizaines de raisons pour lesquelles il
serait mieux pour nous de demeurer dans le Canada. A titre d'exemple, ce ne
sont pas seulement les ressources hydroélectriques qui nous
appartiennent, mais aussi les ressources pétrolières. Pourquoi
chercher une association économique avec un Canada séparé
du Québec quand on a déjà le meilleur marché commun
possible dans la fédération canadienne?
La question référendaire déposée par le
gouvernement fait allusion au livre blanc sur la
souveraineté-association publié il y a quelques mois par ce
même gouvernement. Il y a dans ce document des
demi-vérités, des propos tendancieux, de même que des
erreurs de fait. J'ai été très surpris de trouver des
erreurs de fait dans ce document préparé sous les auspices du
gouvernement, étant donné toutes les ressources de ce dernier.
Ils ne se sont pas améliorés même dans ce débat.
Voici des exemples d'erreurs de fait dans le livre blanc. On nous dit
que le programme d'assurance-chômage a été établi
après la deuxième guerre mondiale. Cela est faux. La
législation sur l'assurance-chômage a été
établie en 1940 par le Parlement fédéral. En effet, c'est
par le biais d'un amendement constitutionnel que le fédéral a
reçu le pouvoir sur l'assurance-chômage, et toutes les provinces,
notamment le Québec, ont donné leur consentement pour que ce
pouvoir soit donné au
fédéral. Il est inexact de dire, comme on le dit dans le
livre blanc...
Une Voix: Ce n'est pas vrai.
M. Marx: ... que la loi fédérale contre l'inflation
a été imposée aux provinces par le gouvernement central et
la Cour suprême du Canada. En effet, les provinces étaient
d'accord sur l'adoption de cette loi par le gouvernement fédéral,
et même le Québec a appliqué les "guidelines", les lignes
directrices de cette loi dans les secteurs public et parapublic.
Une Voix: C'est faux.
M. Marx: II y a d'autres faiblesses dans ce livre blanc, mais
j'en passe pour le moment. En somme, sur le plan juridique de même que
sur le plan strictement intellectuel, le livre blanc est un document assez
léger. Sur le plan juridique, il n'y a que deux véritables choix,
soit que le Québec devienne indépendant, soit qu'il reste dans un
Canada renouvelé. L'option de souveraineté-association offerte
par le Parti québécois est un choix romantique, un
véritable rêve en couleur.
M. Springate: Cela, c'est vrai.
M. Marx: La souveraineté-association ne pourrait pas
marcher et, si elle marchait, elle marcherait mal. Examinons quelques-unes de
ces impossibilités juridiques et économiques proposées par
le livre blanc sur la souveraineté-association. Premièrement, le
livre blanc propose une union monétaire, c'est-à-dire une seule
monnaie pour les deux pays, soit le Québec et le Canada, et une
autorité monétaire pour s'occuper des affaires dans ce domaine.
Cette autorité monétaire ne fonctionnerait pas d'égal
à égal. On a déjà vu cela. Dans le fond, cela veut
dire que le Québec indépendant confiera sa politique
monétaire à une majorité qui lui échappe. Au moins
aujourd'hui on a des députés québécois à
Ottawa pour défendre nos droits et nos intérêts.
Deuxièmement, le livre blanc propose un marché commun, la
libre circulation des personnes, des biens et des capitaux. Cependant, on
propose des exceptions pour le Québec. Qu'arriverait-il si les autres
provinces demandaient des exceptions? Si on multiplie les exceptions, on n'aura
pas de marché commun. (12 h 20)
De plus, le marché commun d'un Québec indépendant
avec le Canada serait plus contraignant pour le Québec que le
marché commun qui existe actuellement. Il n'y a qu'à examiner les
problèmes auxquels font face les pays du Marché commun
européen. Ce sont plutôt les fonctionnaires qui mènent dans
le Marché commun européen. Il me semble qu'il est beaucoup mieux
que les pouvoirs demeurent avec les élus comme dans le Canada actuel. Il
est évident que le Québec exerce plus de pouvoirs dans le Canada
actuel qu'il n'en exercerait dans une association qui engloberait le Canada et
le Québec indépendant.
Troisièmement, dans le livre blanc, on nous dit que le
Québec signera un traité avec le Canada. En droit, cela est
impossible parce qu'une partie d'un pays ne peut pas signer un traité
avec le pays dans lequel elle se trouve. On ne peut pas à la fois
être dans le Canada et en dehors du Canada. Si on veut négocier
avec le Canada je vois que les gens d'en face prennent des notes
sans faire l'indépendance, il faut négocier comme une province
qui fait partie du Canada et en suivant les règles de notre
système fédéral.
Une Voix: C'est cela, Herbie.
M. Marx: En d'autres mots, avant de négocier ou de signer
un traité avec le Canada, il faut que le Québec fasse
l'indépendance.
Quatrièmement, le gouvernement demande le mandat de
négocier l'indépendance politique du Québec, mais ce
gouvernement ne nous explique pas quel sera le nouveau régime politique
dans ce Québec indépendant. Par exemple, va-t-on avoir une charte
des droits de la personne enchâssée dans la nouvelle constitution
québécoise? Les Québécois n'ont rien à
apprendre des autres en ce qui concerne les droits de la personne et la
protection des droits de la personne. Cependant, un régime
fédéral, en soi, offre plus de garanties dans ce domaine, que ce
soit le Québec...
Le Vice-Président: A l'ordre, s'il vous plaît!
Une Voix: Ask him if you can put up an English sign here. Give
him hell.
Une Voix: Give him hell, Herb!
Le Vice-Président: A l'ordre, s'il vous plaît!
M. Marx: J'énerve les gens d'en face, donc, j'imagine que
j'ai raison.
Le Vice-Président: A l'ordre, s'il vous plaît!
M. Marx: Un régime fédéral, en soi, offre
plus de garanties, dans le domaine des droits de la personne, que ce soit au
Québec, en Ontario, en Californie ou dans l'Etat de New York. Au Canada,
le pouvoir est partagé entre Ottawa et Québec et par
conséquent, il pèse moins sur le public. Il pèse moins sur
l'individu. Par exemple, le droit criminel au Canada est fédéral
quoique l'administration de la justice soit provinciale. Il y a ce qu'on
appelle en droit américain des "checks" et "balances". A la fin, ce sont
les Québécois qui gagnent une plus grande liberté de ce
partage de pouvoirs.
Dans le livre blanc du gouvernement, il n'est nulle part question des
libertés publiques. Le gouvernement péquiste se veut le champion
des droits de la personne. Comment ce gouvernement explique-t-il qu'il a
refusé, lors d'une des dernières conférences
fédérales-provinciales, l'insertion dans la constitution
canadienne d'une charte des droits et libertés de la personne? Comment
expliquer cela de la part des gens en face? Deux pro-
vinces ont refusé. L'autre était le Manitoba.
C'était la première fois, à ma connaissance, qu'un
gouvernement du Québec s'opposait à une telle politique.
En somme, il n'est pas difficile de voir, par les exemples que je vous
ai donnés, que le projet de souveraineté-association est
irréaliste, irréalisable, c'est-à-dire un projet
mort-né. Il y a M. Pierre Bourgault qui l'a bien compris quand il a dit
en anglais que la question référendaire proposée par le
gouvernement est une question "for the birds". En français, cela veut
dire: La question est pour les oiseaux.
In this debate, the House should be discussing the question itself and
not why one should vote yes or no. However, the government is not prepared to
respect the ground rules it itself set out in the Referendum Act. The
government does not want to discuss the question itself because it does not
want to put a fair and clear question to Quebecers. In an interview, last
month, in the French magazine Le Point, the Prime Minister was asked why the
question only provides for permission to negotiate an agreement with Ottawa.
Would it not be more honest, the interviewer asked the prime minister, to ask
Quebecers whether or not they were for independence? Mr Levesque's answer was
that if the question was formulated in such a brutally clear fashion, the Parti
québécois would be sure to lose. "But we are not complete
idiots", he added.
The government is certainly not made up of idiots but neither is the
Liberal Opposition nor Quebecers generally. You recognized in the last survey
that Quebecers are not idiots.
The Parti québécois does not bite the bullet because it is
afraid to choke on it. Over one hundred years ago, Abraham Lincoln, a president
of the United States, said: "You can fool all of the people some of the time,
and some of the people all of the time, but you cannot fool all of the people
all of the time."
The Parti québécois is doomed to failure because it is
trying to do what Lincoln so aptly said was impossible.
En terminant, M. le Président, j'aimerais dire un mot sur les
négociations qu'on fera un jour avec les autres provinces et avec le
Canada. D'une part, tous les premiers ministres du Canada ont dit qu'ils ne
négocieraient jamais la souveraineté-association, qu'ils ne
négocieraient jamais le livre blanc. A cela, le premier ministre nous
dit: Ce n'est pas vrai, ils vont négocier la
souveraineté-association. D'autre part, tous les premiers ministres du
Canada ont dit qu'ils étaient prêts à négocier un
fédéralisme renouvelé; ils sont prêts à
négocier le livre beige. A cela, le premier ministre nous dit: Ils ne le
négocieront jamais.
Il me semble, M. le Président, qu'il y a quelque chose qui cloche
dans le raisonnement du premier ministre. Merci, M. le Président.
Le Vice-Président: M. le député de
Lac-Saint-Jean. (12 h 30)
M. Jacques Brassard
M. Brassard: Je dois dire tout d'abord combien j'ai
été scandalisé d'entendre les propos de l'intervenant
précédent. Le fédéralisme, M. le Président,
n'a strictement rien à voir comme système avec la garantie des
droits et libertés individuels, absolument rien à voir.
L'URSS, M. le Président, est un régime
fédéral et c'est la patrie des "goulags"! Le Brésil est
aussi une fédération et on y pratique la torture de façon
systématique.
Le peuple québécois, M. le Président, et les
citoyens québécois sont respectueux de façon
traditionnelle des droits et libertés individuels, et je trouve
ça méprisant que de penser qu'il leur faut le parrainage et la
tutelle du gouvernement fédéral pour respecter les droits et les
libertés individuels. Je trouve cela méprisant.
M. le Président, la question référendaire que nous
avons à adopter indique très clairement, dans sa première
partie, le principe fondamental sur lequel la nouvelle entente que nous voulons
conclure avec le reste du Canada sera fondée. Ce principe, c'est celui
de l'égalité des peuples, de l'égalité des deux
nations, des deux communautés nationales qui coexistent depuis plus de
deux siècles sur le même territoire au sein d'un même Etat,
la nation "Canadian" ou canadienne-anglaise d'un côté, la nation
québécoise de l'autre.
Ce principe de l'égalité des deux peuples n'est cependant
pas et n'a jamais été du domaine de la réalité. Il
n'est que du domaine des aspirations et des espérances. En d'autres
termes, nous n'avons jamais été comme peuple, comme nation
l'égal de l'autre, l'égal de la nation anglo-saxonne. Mais tout
au cours de notre histoire, cependant, nous n'avons jamais cessé
d'aspirer à cette égalité. Nous n'avons jamais
cessé de souhaiter et de rechercher cette égalité des deux
collectivités. Nous n'avons jamais cessé de lutter et de
combattre pour inscrire dans la réalité ce principe fondamental
de l'égalité des peuples. Mais, pour le moment et depuis fort
longtemps, la réalité, c'est que nous sommes une nation
minoritaire placée sous la domination d'une nation majoritaire et, avant
de devenir une nation minoritaire, nous étions une nation conquise. Il
suffit, d'ailleurs, de relire le rapport de Lord Durham, ce noble anglais venu
chez nous en 1839 pour faire enquête sur les troubles de 1837-1838. Il
suffit de relire ce document capital de notre histoire pour se rendre compte
que telle est bien la réalité. Nous sommes une nation
minoritaire, après avoir été une nation conquise.
Il vaut la peine d'en citer quelques extraits, M. le Président:
"Le Bas-Canada écrit Lord Durham doit être
gouverné maintenant comme il doit l'être à l'avenir par une
population anglaise. Je crois qu'on ne peut rétablir la
tranquillité qu'en assujettissant la province à la domination
vigoureuse d'une majorité anglaise. Je ne doute guère que les
Français, une fois placés en minorité par le cours
légitime des événements et par le fonctionnement de causes
naturelles, abandonneraient leurs vaines espérances de
nationalité." Fin de la citation.
Les recommandations de Durham, on le sait, furent appliquées par
le Parlement de Londres, et ce fut en 1840 l'Union du Haut et du Bas-Canada qui
consacrait, dans les institutions, notre mise en minorité sur le plan
démographique. Ce n'est d'ailleurs qu'à ce moment-là que
Londres consentit à accorder au Canada uni le gouvernement responsable,
sachant très bien désormais que ce gouvernement serait
contrôlé par une majorité anglaise. La
fédération très fortement centralisée des colonies
britanniques qui se forma en 1867 ne fit qu'accentuer cette mise en
minorité des Québécois francophones. "Nulle
égalité de fait entre les deux nationalités, écrit
Maurice Séguin, historien; nulle égalité de droit. Les
Canadiens français, poursuit-il, subsistent comme peuple chambreur dans
une des pièces les plus importantes de la maison construite et
possédée par une autre nation."
Telle est la véritable nature de la fédération de
1867. Croire que cette dernière est le résultat d'un pacte
solennel et sacré entre deux nations égales, c'est faire preuve
d'un sentiment bien généreux, certes, mais c'est croire et
s'accrocher à une illusion qui n'a aucun rapport avec ce qui existe. Le
pays qui est constitué par l'Acte de l'Amérique du Nord
britannique est un pays anglais, selon les voeux de Lord Durham, qui consent
cependant à ce que survive en son sein une minorité
française que l'on n'a malheureusement pas réussi à
assimiler malgré bien des efforts en ce sens.
Placés devant cette réalité, M. le
Président, comment se sont comportés, comment se comportent nos
dirigeants politiques? On peut les classer en deux catégories! Il y a
d'abord ceux qui acceptent notre statut de minorité; ceux qui se
résignent à notre situation d'infériorité politique
au sein du Canada; ceux qui s'accommodent de cette situation et qui s'y
adaptent, qui s'y ajustent, avec plus ou moins de bonheur et plus ou moins
d'enthousiasme; ceux qui, en somme, considèrent comme normal, comme
allant de soi, comme ne méritant pas une révision radicale, notre
situation de minorité. Puis, il y a ceux qui refusent cette situation de
nation minoritaire et qui vont s'efforcer, qui s'efforcent avec
persévérance de substituer des relations d'égalité
à des relations de dépendance et de subordination; ceux qui
n'acceptent pas que le peuple québécois se fonde et se dilue dans
le grand tout canadien; ceux qui sont convaincus que la conquête de
l'égalité ne peut passer que par un Etat québécois
fort.
Ces deux catégories de dirigeants politiques, M. le
Président, nous les retrouvons à toutes les époques de
notre histoire. A chaque fois que les deux nations se sont affrontées,
il s'est trouvé chez nous des hommes politiques qui nous ont
prêché la soumission, la docilité, la servilité,
alors que d'autres nous conseillaient l'affirmation de soi et la
dignité. On pourrait multiplier les exemples. Qu'il nous suffise de
rappeler certains grands événements. En novembre 1885, Louis Riel
meurt sur l'échafaud à Régina. On se souvient encore de
l'immense vague d'indignation nationale qui déferla sur le Québec
d'alors et le rôle de porte-parole de la nation québécoise
que remplit de façon remarquable Honoré Mercier. Mais on oublie
trop que trois des nôtres, Sir Hector Langevin, Sir Adolphe Caron et
Adolphe Chapleau étaient ministres dans le cabinet MacDonald et qu'ils
ont cautionné la volonté de la majorité anglaise qui
réclamait à grands cris la pendaison de Riel.
En 1917, le gouvernement Borden impose la conscription. Le peuple
québécois, de façon unanime, s'y oppose farouchement et il
manifeste son opposition par la voix de Bourassa, de Lavergne, de Laurier, mais
il s'est quand même trouvé des hommes politiques
québécois tels Pierre-Edouard Blondin et Albert Sévigny,
membres du gouvernement Borden, pour approuver la conscription et inciter leurs
compatriotes à se soumettre au désir de la majorité.
En 1942, le gouvernement King tient un plébiscite pour se faire
dégager de sa promesse de ne pas avoir recours à la conscription
pour service outre-mer. Les leaders nationalistes de l'époque, Maxime
Raymond, André Laurendeau, René Cha-lout, Philippe Hamel et Jean
Drapeau, qui devaient bientôt donner naissance au Bloc populaire,
proclament leur opposition à la conscription. Le peuple les appuie et
refuse par 72% de libérer le gouvernement de son engagement, mais parmi
nos hommes politiques d'alors, quelques-uns, comme Pierre Joseph Arthur Cardin
et Louis Saint-Laurent, ministres dans le cabinet King, nous incitent à
ne pas nous entêter et à nous ranger sagement du côté
de la majorité anglaise. Dans un discours à Radio-Canada en avril
1942, Cardin, ministre des Transports, invite le peuple québécois
à courber l'échine, à se faire petit et à se
comporter comme une minorité.
Nous n'allons pas oublier non plus à la même époque
le premier ministre Adélard Godbout qui n'opposa aucune
résistance à la centralisation fédérale et qui
consentit à céder à Ottawa, soi-disant pour la
durée de la guerre, des pouvoirs fiscaux importants du Québec.
(12 h 40)
On pourrait aussi rappeler, M. le Président, la bataille fiscale
des années cinquante. Il y avait alors ceux qui, comme Duplessis,
voulaient assurer une plus grande autonomie fiscale pour le Québec et
ceux qui, comme les libéraux d'alors, dirigés par M. Lapalme, ont
voté contre l'institution d'un impôt québécois sur
le revenu. M. Lapalme, d'ailleurs, a reconnu, dans ses mémoires, que
publiquement, politiquement et électoralement, les libéraux
d'alors avaient agi comme des aveugles. Tome II, page 172; cela s'intitule Le
Vent de l'oubli. C'est ce vent-là, M. le Président, qui va sans
doute emporter les pages du livre beige.
Je ne sais pas si on va retrouver le même aveu du
député d'Argenteuil dans ses futurs mémoires...
Une Voix: S'il en fait.
M. Brassard: ... qu'en votant non au référendum,
ils ont agi comme des aveugles. J'en doute.
Ainsi donc, dans les grandes comme dans les petites circonstances de
notre histoire, nous nous retrouvons toujours avec, d'un côté, des
chefs
politiques qui nous indiquent la voie de la fierté, de la
dignité, de l'émancipation et, de l'autre, d'autres chefs
politiques qui nous recommandent la soumission, la résignation et le
sacrifice de nos aspirations les plus chères.
Nous allons bientôt, M. le Président, vivre un grand
événement politique, historique, au printemps. Dans un tel
contexte, il est bien légitime de se demander où se situent les
deux chefs politiques qui se font face en cette Assemblée. D'abord, dans
quelle lignée se place le premier ministre? La réponse est
facile, à mon avis. Relisez les déclarations de René
Lévesque, analysez ses engagements, scrutez sa vision du monde, prenez
connaissance des combats qu'il a menés, étudiez les avenues dans
lesquelles il voudrait voir s'engager le peuple québécois et vous
conclurez qu'il doit prendre place dans la grande lignée de ceux qui,
parmi nos dirigeants, ont incarné la volonté collective
d'émancipation aux différentes époques de notre histoire.
Il appartient sans conteste, M. le Président, à la
catégorie de ceux qui n'ont jamais accepté notre statut de
minoritaires et qui ont lutté sans relâche pour que soit reconnu
concrètement le principe de l'égalité des peuples.
Le chef de l'Opposition, lui, quelle est sa généalogie
politique? Il suffit, pour répondre à cette question, d'examiner
sa position constitutionnelle à partir du livre beige. D'abord, cette
dernière est fédéraliste, ce qui signifie, par
conséquent, qu'il accepte notre situation de minorité.
Il a beau proclamer partout que, lui aussi, il est d'accord avec le
principe de l'égalité des peuples, cela est faux! C'est de la
fausse représentation. Il ne cesse de nous accuser de
malhonnêteté, de fraude, de duperie, de maquillage, de camouflage.
Je me permets de lui retourner l'accusation, M. le Président, et elle
est fondée. Il trompe, il fraude, il maquille, il camoufle ses croyances
quand il prétend croire au principe de l'égalité des
peuples. C'est faux! C'est de la fausse représentation. Il sait que cela
est impossible, irréalisable dans le cadre du fédéralisme.
Il le sait. Le député de Prévost a eu la franchise de
l'admettre. Ce n'est certainement pas avec son comité dualiste
émanant du conseil fédéral dont le rôle est surtout
consultatif que le principe de l'égalité des peuples va
s'incarner dans le système fédéral. Imaginez-vous que
c'est en mettant sur pied un comité surtout consultatif qu'on veut
essayer de faire croire au monde qu'on entend appliquer vigoureusement le
principe de l'égalité des deux nations. C'est faux! C'est de la
fraude!
Savez-vous pourquoi il nous fait croire qu'il est d'accord avec ce
principe? C'est simple, les sondages lui révèlent que la
population est d'accord avec ce principe. C'est une aspiration fondamentale.
Alors, il adopte un comportement politicien, ce dont il nous accuse. Cela
s'appelle de la projection. Il modèle son point de vue sur les sondages.
Cela s'appelle également de la projection. Il me fait penser non pas
à Séraphin, comme le disait le ministre de l'Agriculture, mais au
pharisien de l'Evangile qui plastronne au milieu du temple: Regardez-moi,
Seigneur, je ne suis pas comme ce publicain péquiste caché
derrière la colonne; moi, je suis honnête, moi, je suis pur, moi,
je sais citer les autres, moi, je ne fausse pas l'histoire, moi, je ne tiens
pas compte des sondages, moi, je ne fraude pas, Seigneur, moi, je suis pour
l'égalité des peuples. Oh oui, Seigneur, je suis pour
l'égalité des peuples.
Mais, hier, dans un accès de colère, la
vérité est sortie. La colère est utile parfois. J'ai ici
la transcription de son intervention d'hier. Je suis sûr de mal le citer;
je suis convaincu de mal le citer. C'est certain qu'un publicain
péquiste comme moi est incapable de citer cet honorable pharisien. Mais,
j'essaie, en tout cas. "Quand je vous entends, de l'autre côté,
faire des comparaisons méprisantes avec l'Ile-du-Prince-Edouard, je
trouve que vous trahissez à leur principe même les valeurs que
vous êtes censés défendre parce que, si jamais le
Québec devient un Etat souverain, il devra respecter comme des
égaux des Etats qui ont des populations de 150 000, de 200 000 et de 250
000 habitants et qui sont aux Nations Unies". C'est ce qu'il disait hier. Il
reconnaissait par conséquent que c'est par la souveraineté que
l'égalité des peuples d'importance numérique
différente pourrait être respectée.
M. Ryan: Question de privilège, M. le Président.
Question de privilège, M. le Président. J'ai signifié de
toute évidence que, si le Québec prétend être
égal avec l'Ile-du-Prince-Edouard aux Nations Unies, on peut très
bien l'être dans la fédération canadienne
également.
Une Voix: Ce n'est pas une question de privilège.
Le Vice-Président: M. le député de
Lac-Saint-Jean.
M. Brassard: Ce ne sera sûrement pas le cas avec sa
proposition de fédéralisme soi-disant renouvelé. C'est une
autre fausse représentation. Malheureusement, on ne peut pas en parler.
Le fédéralisme renouvelé qui est constitué de recul
sur tous les plans, plusieurs l'ont démontré. Il appartient,
à n'en pas douter, M. le Président, à la lignée
défaitiste de nos chefs politiques, Cha-pleau, Blondin, Sévigny,
Cardin, Godbout qui nous ont prodigué des conseils de
résignation, qui nous ont prêché la doctrine du renoncement
et de la soumission. Cet homme pourrait devenir, si par malheur il était
porté au pouvoir, notre Adélard Godbout des années
quatre-vingt.
Je termine, M. le Président, en vous disant ceci: Je peux vous
assurer d'une chose, c'est que, pour la population de chez nous, population
fière et nationaliste, tout le monde le reconnaît, le choix entre
les deux chefs, ce qu'ils symbolisent et ce qu'ils représentent, leur
vision de l'avenir, leurs idées fortes, leurs objectifs, le choix entre
les deux chefs sera, j'en suis convaincu, facile à faire. La population
de chez nous va décider de répondre à l'appel du premier
ministre qui l'invite à participer à cette grande, à cette
vaste déclaration collective
d'égalité que constituera un oui massif le jour du
référendum.
Le Vice-Président: M. le député de
Saint-Laurent.
M. Claude Forget
M. Forget: M. le Président, j'aurais pu me lever sur une
question de privilège à la suite des remarques qu'a faites en
cette Assemblée, il y a environ une demi-heure, le ministre actuel des
Affaires sociales. J'ai écouté à l'extérieur de
l'Assemblée une partie de ses remarques. J'aurais franchement
souhaité qu'il parle encore plus longtemps, parce que, à chaque
parole, il me confirmait dans l'impression qu'a créée le
personnage depuis quelques années d'un homme qui n'hésite
décidément devant rien pour faire triompher ses convictions, son
point de vue ou ses intérêts, un homme qui n'hésite pas
à utiliser même les pouvoirs de sa charge, même le pouvoir
de mise en tutelle de certains établissements pour placer des amis
sûrs dans des établissements de santé et de services
sociaux. C'est le même genre d'homme qui nous a parlé ce
matin.
M. Lazure: M. le Président, question de
privilège.
Le Président: M. le ministre des Affaires sociales.
M. Lazure: Je pense que le député de Saint-Laurent
recourt à sa façon habituelle d'essayer de faire des insinuations
personnelles, de porter des attaques personnelles. Au moment où nous
débattons de la question fondamentale de l'égalité des
peuples, au moment où nous...
M. Lavoie: Vous n'avez pas dit un mot de la question.
Le Président: A l'ordre, s'il vous plaît!
M. Lazure: Tranquillement, tranquillement! Au moment où
nous avons ce débat historique sur la question, prétendant faire
suite à mon intervention, le député de Saint-Laurent
intervient en imputant à celui qui parle des motifs douteux quant
à une tutelle, quant à un geste tout à fait normal qui a
été accompli par le ministre des Affaires sociales. Je proteste
contre cette stratégie, contre cette façon insidieuse qui
caractérise le député de Saint-Laurent. (12 h 50)
Je n'ai fait que citer tantôt le député de
Saint-Laurent quand il a parlé devant les dix personnes de
l'Université McGill, M. le Président.
Le Président: M. le député de
Saint-Laurent.
M. Forget: M. le Président, le ministre des Affaires
sociales est bien mal placé pour faire des reproches même
s'ils étaient fondés, ce qu'ils ne sont pas à qui
que ce soit de changer d'opinion ou de dire le contraire à un moment de
ce qu'il a dit à d'autres moments. Il est bien mal placé, lui qui
est toujours d'accord verbalement avec tous ceux qu'il rencontre, mais dont
pourtant les politiques ne donnent jamais aucune trace des ententes et des
engagements qu'il a pris.
M. le Président, plutôt que de citer à partir de
coupures de presse qu'il a lues à moitié, il aurait
peut-être pu se référer au texte qu'il m'aurait fait
plaisir de lui communiquer et que je pourrais d'ailleurs déposer ici
même à l'Assemblée nationale. Il aurait pu se donner la
peine de lire l'introduction de ce texte où le contexte, le sens, le
domaine auquel mes remarques s'appliquaient était fort bien
précisé. Je les cite, ce ne sont que quelques lignes, M. le
Président: "La plupart de mes remarques et mes conclusions valent pour
les services de santé et les services sociaux. L'expression "affaires
sociales" est très vaste, puisqu'on peut l'appliquer en outre à
sa guise aux programmes de sécurité de revenu, d'habitation, de
travail et d'emploi et probablement aussi à d'autres sujets."
(C'était le 21 mars 1977). "Aujourd'hui, je l'utilise dans le sens
restreint indiqué plus haut, c'est-à-dire des services de
santé et des services sociaux."
Dans ce contexte, M. le Président, et durant les quinze pages qui
suivent, je me livre effectivement à une analyse très
sévère de l'expérience des relations
fédérales-provinciales dans ce domaine des services de
santé et des services sociaux et j'en viens à la conclusion que,
dans ce domaine, il n'y a véritablement aucune raison de voir se
maintenir une occupation conjointe par les deux niveaux de gouvernement, sauf
à un égard, qui est le maintien des clauses de
"portabilité" ou de mobilité interprovinciale qui ont grandement
aidé à rendre ces services de santé et ces services
sociaux accessibles à tous les Canadiens. Mais, sous cette
réserve, je prends dans ce document du 21 mars 1977 exactement la
position qui est contenue dans le livre beige de notre parti.
Il est donc faux, méchant et malhonnête de la part du
ministre des Affaires sociales, actuellement, de vouloir nous présenter
dans une situation de contradiction face à des déclarations que
j'aurais faites antérieurement, alors que toute l'expérience que
j'ai vécue ainsi que les témoignages que j'ai portés
à différentes époques confirment cette notion qu'il n'y a
véritablement aucune raison de ne pas clarifier dans la constitution du
pays la responsabilité primordiale qui est, d'ailleurs,
déjà celle des provinces depuis 1967 et qui n'a été
l'objet d'interventions fédérales que de manière
secondaire sur le plan du contenu des programmes. Les initiatives,
l'élaboration des programmes, l'innovation dans le secteur des affaires
sociales ont été le fait de provinces pas seulement du
Québec d'autres provinces comme la Saskatchewan. Ce que le
pouvoir de dépenser du fédéral a fait dans ces domaines,
ça a été d'inciter une imitation créatrice
d'initiatives provinciales. Dans cette mesure, M. le Président,
j'aimerais bien savoir la réponse à une
question, réponse qu'on ne peut pas trouver dans le livre blanc
du Parti québécois.
Même dans un contexte d'association, quels mécanismes
prévoiriez-vous pour harmoniser les charges sociales importantes qui
découlent de l'application de politiques dans le domaine de la
santé et des services sociaux? Dans quelle mesure pourriez-vous vous
harmoniser pour éviter que des charges sociales deviennent, à
certains moments, des facteurs de sous-productivité ou des facteurs qui
affectent négativement la situation concurrentielle du Québec
dans un Etat de souveraineté-association? Ce sont des problèmes
de coordination intergouvernementale que vous rencontreriez au même
degré.
M. le Président, je ne veux pas m'attarder plus longtemps
à cette démonstration, parce qu'il est évident que
l'effort de mise en contradiction du ministre, encore une fois, était
malhonnête, il était malvenu. Mais j'aimerais prendre quelques
minutes pour attaquer, de la même façon, les affirmations
complètement démagogiques que nous avons entendues de la part du
député de Frontenac, au sujet...
M. Lazure: M. le Président, avant que le
député ne passe-Le Président: M. le ministre des Affaires
sociales.
M. Forget: En vertu de quoi, M. le Président?
M. Lazure: Est-ce que le député de Saint-Laurent me
permet une question très courte?
M. Forget: Non, je ne vous permets pas de question.
Une Voix: Le temps est trop court.
Le Président: M. le ministre des Affaires sociales, je
regrette.
M. le député de Saint-Laurent, vous pouvez poursuivre.
M. Forget: Merci, M. le Président. Dans le domaine de
l'amiante...
Le Président: A l'ordre, s'il vous plait!
M. Forget:... le député de Frontenac s'est
livré à une charge tout aussi démagogique que son
collègue, le ministre des Affaires sociales et député de
Chambly. Il a affirmé, il a eu le culot d'affirmer devant
l'Assemblée nationale que la raison pour laquelle la nationalisation de
l'amiante ne pouvait pas se faire, c'était à cause de la
constitution fédérale. Cela prend un culot extraordinaire pour
faire une telle affirmation. Il devrait savoir que la constitution n'a jamais
empêché des provinces de nationaliser les industries de ressources
naturelles. Hydro-Québec a été nationalisée il y a
40 ans, en dépit de la constitution canadienne. Il y a quelques
années, la Saskat- chewan a nationalisé ses ressources de
potasse, sans aucune difficulté constitutionnelle.
Mais la seule raison qui empêche le gouvernement du Québec
de mettre à exécution sa menace de nationalisation ou sa promesse
de nationalisation dans le domaine de l'amiante, c'est qu'il a un projet de loi
qui est mal rédigé. S'il avait seulement écouté
l'Opposition! Cette dernière a fait deux projets d'amendement en
commission parlementaire. Si ces deux projets d'amendement ou leur substance,
au moins, avaient été retenus, les jugements obtenus
récemment par la société General Dynamics devant la Cour
supérieure et la Cour d'appel n'auraient pu être accordés.
Le gouvernement du Québec aurait eu raison et aurait pu mettre à
exécution sa promesse de nationalisation mais, à cause de
l'arrogance du ministre des Richesses naturelles, on a refusé tout
amendement et on est maintenant en face de difficultés purement
techniques qui ont été soulevées par General Dynamics et
qui auraient pu facilement être levées par une meilleure
rédaction.
Le ministre des Richesses naturelles est bien au courant de cela et le
leader du gouvernement est aussi bien au courant parce qu'avant même la
troisième lecture du projet d'expropriation à l'Assemblée
nationale, on a cherché à nous faire accepter des amendements en
douce...
M. Bérubé: Question de privilège, M. le
Président.
Le Président: A l'ordre, s'il vous plaît! M. le
ministre de l'Energie et des Ressources, sur votre question de
privilège.
M. Bérubé: Oui, M. le Président. Je dois
là vraiment invoquer une question de privilège puisque le
député de Saint-Laurent vient de dire que j'étais
parfaitement au courant de la mauvaise rédaction de la loi et que, par
conséquent, je sais exactement pourquoi il y a eu une injonction
d'émise contre le gouvernement. C'est totalement erroné, M. le
Président. Ce qui vient d'être affirmé est faux. Le
député de Saint-Laurent sait pertinemment que la seule
justification qui permettait à une Cour d'appel d'émettre une
injonction contre la couronne à l'encontre d'une loi du Québec en
présumant que cette loi pouvait être erronée, c'est la
dépendance de ce Parlement vis-à-vis du...
Le Président: M. le ministre de l'Energie et des
Ressources, cela relève davantage du droit de réplique que vous
pourrez exercer que d'une question de privilège.
M. le député de Saint-Laurent. (13 heures)
M. Forget: M. le Président, le ministre, dans sa tentative
de question de privilège, me force à répéter encore
une fois que j'ai été, comme porte-parole de l'Opposition,
convoqué à une réunion avec des conseillers juridiques
où des amendements nous furent présentés. On nous a
demandé d'y concourir sans faire de bruit et sans rouvrir le
débat. Nous avons refusé parce que,
précisément, il y avait là des éléments dont
nous avions fait état au cours du débat en commission
parlementaire au moment de l'étude article par article. Ces
difficultés et d'autres que nous avons soulevées au moment de
l'étude article par article sont maintenant les écueils qui
empêchent le gouvernement de mettre à exécution sa
promesse, et non pas la constitution. Il s'agit là, encore une fois,
d'un mensonge démagogique de la part du député de
Frontenac.
M. le Président, étant donné l'heure, je demande la
suspension du débat.
Le Président: Cette motion sera-t-elle adoptée?
Adopté.
L'Assemblée suspend ses travaux jusqu'à 15 heures.
Suspension de la séance à 13 h 1
Reprise de la séance à 15 h 8
Le Président: A l'ordre, s'il vous plaît! Veuillez
vous asseoir.
Affaires courantes. Déclarations ministérielles.
Dépôt de documents.
M. le leader parlementaire du gouvernement, au nom de M. le ministre des
Affaires sociales.
DÉPÔTS DE DOCUMENTS
Rapport annuel du ministère des Affaires
sociales
M. Charron: M. le Président, je voudrais, au nom de mon
collègue des Affaires sociales, déposer le rapport annuel de ce
ministère pour l'année 1978-1979.
Le Président: Rapport déposé. Merci, M. le
ministre.
M. le ministre de l'Environnement.
Rapport annuel du Conseil consultatif de
l'environnement
M. Léger: M. le Président, il me fait plaisir de
déposer le rapport annuel 1978-1979 du Conseil consultatif de
l'environnement.
Le Président: Merci. Rapport déposé.
Dépôt de rapports de commissions élues.
Dépôt de rapports du greffier en loi sur les projets de loi
privés.
Présentation de projets de loi au nom du gouvernement.
Présentation de projets de loi au nom des
députés.
Questions orales.
M. le chef de l'Opposition officielle.
QUESTIONS ORALES DES DÉPUTÉS
Elections scolaires du 9 juin.
M. Ryan: M. le Président, ma question s'adresse au premier
ministre, mais... Le voici qui arrive justement. Lorsque le gouvernement a
décidé de priver arbitrairement les électeurs de trois
circonscriptions présentement vacantes de leur droit d'avoir un
représentant dans cette Assemblée pour le débat sur la
question référendaire, il a invoqué le fait que nous
étions déjà, à toutes fins utiles, entrés
dans la période référendaire, qu'il fallait éviter
tout chevauchement d'activités ou de campagnes qui risquerait de jeter
de la confusion dans les esprits. Maintenant, sur l'île de
Montréal, nous devons avoir, le 9 juin prochain, des élections
scolaires.
Une Voix: A Québec. (15 h 10)
M. Ryan: A Québec aussi, si mes renseignements sont
exacts. J'ai deux questions au premier ministre. D'abord, est-ce que des
représentations ont été faites auprès du
gouvernement pour demander que la date de ces élections soit
modifiée afin que nous soyons assurés qu'il n'y ait pas de
conflit entre cette échéance et l'échéance du
référendum? Deuxièmement, quelle politique le gouvernement
entend-il suivre à ce sujet?
Je pense que le premier ministre comprendra comme moi que,
déjà, des équipes de candidats sont en train de se former
dans ces endroits où doivent avoir lieu des élections scolaires.
Des approches sont faites auprès de personnes qui pourraient être
intéressées à se porter candidats pour travailler, par
exemple, dans la campagne référendaire à titre de
bénévoles. Ces personnes se demandent si elles seront en campagne
électorale au plan scolaire en même temps. Si le premier ministre
pouvait fournir des renseignements précis à ce sujet, je pense
que cela rendrait bien service à beaucoup de monde.
Le Président: M. le premier ministre.
M. Lévesque (Taillon): La première question: Oui,
il y a eu des représentations faites. Je ne peux pas en donner le
détail. Dans des cas comme ceux-là qui n'impliquent pas de jeux
trop fréquents de pelures de banane de la période de questions,
dans des cas précis comme ceux-là où il s'agit vraiment
d'information qui peut être utile à tout le monde, ce pourrait
être parfois très utile aussi à celui qui vous parle si on
avait un préavis de questions de ce genre; j'aurais pu apporter le
dossier.
Tout ce que je peux dire, sans aller plus loin, c'est qu'il y a eu des
représentations c'est la première question du chef de
l'Opposition dans certains cas, de gens qui voulaient que la date soit
déplacée. Cela demanderait, premièrement, de
déplacer pas mal de préparatifs et, deuxièmement, cela
demanderait aussi, sauf erreur, un amendement à la loi. Donc, quant
à nous forcément, c'est l'initiative du gouvernement qui
est
impliquée il n'y aura pas d'amendement, donc, la date ne
sera pas changée et pour autant qu'il y ait des élections
scolaires le 9 juin, on ne voit pas de raison pour qu'elles n'aient pas
lieu.
Deuxièmement, le chef de l'Opposition demande quelle politique le
gouvernement suivrait à ce point de vue. J'espère que le chef de
l'Opposition ne croit pas que je vais lui donner la date du
référendum; elle n'est pas encore fixée. Tout ce que je
peux dire, c'est qu'il s'agit d'élections scolaires, que ce soit
à Montréal ou ailleurs, c'est partout très important.
C'est surtout important qu'on ait peut-être, si possible, une meilleure
participation que ce qu'on a vu dans les années passées mais,
enfin, cela reste un souhait. De toute façon, il s'agit
d'élections qui, fondamentalement c'est un secteur, entre autres,
où cela doit être vrai sont non partisanes, qui
n'amènent pas normalement d'affrontements, à moins que nos amis
d'en face n'essaient en ce moment de cerner, en fonction d'un parti politique,
les élections scolaires à Montréal, ça je ne le
sais pas. En tout cas, ce n'est pas notre cas et on espère que ça
va demeurer non partisan. De toute façon, je peux dire additionnellement
au chef de l'Opposition qu'on essaiera j'espère que ce sera vrai
pour tout le monde de s'arranger pour que le référendum en
tant que tel n'empiète d'aucune façon sur le moment des
élections scolaires.
Le Président: M. le chef de l'Opposition.
M. Ryan: Je comprends, M. le Président, que le premier
ministre semble un peu moins familier avec la scène scolaire cette
année, après le balayage que l'équipe de son parti avait
essuyé la dernière fois. Je comprends qu'il craigne un peu plus
de se mouiller les doigts cette fois-ci. Je vois que le premier ministre n'a
pas l'air de trop s'inquiéter du conflit de priorités qui
pourrait exister dans l'esprit de centaines, peut-être même de
milliers de citoyens, découlant de la tenue presque simultanée
d'élections scolaires à Montréal et à
Québec, dans six quartiers sur dix-neuf à Québec, et de la
campagne référendaire.
Une chose est sûre, d'après ce que je crois comprendre, la
campagne référendaire sera en pleine marche à ce moment,
au moins jusqu'à à peu près une semaine avant les
élections scolaires. Est-ce que cette placidité avec laquelle le
premier ministre envisage ce problème ne l'induirait pas à
réexaminer la politique arrêtée par son gouvernement en
matière d'élections complémentaires? D'après la Loi
électorale, le délai qui doit intervenir entre l'émission
des brefs et une élection, c'est à peu près de 28 à
30 jours. Cela donnerait amplement le temps. Il y aurait bien plus d'espace, du
point de vue temporel, entre la tenue de ces élections
complémentaires et la tenue du référendum qu'il n'y en
aura, pour les citoyens de Montréal, entre la tenue des élections
scolaires et la tenue du référendum.
Est-ce que les objections invincibles qu'on a déjà entendu
décrire existent toujours à l'état aussi invincible?
Le Président: M. le premier ministre.
M. Lévesque (Taillon): Ma réponse, c'est oui, M. le
Président. Maintenant, je ne sais pas, est-ce que le chef de
l'Opposition... Parce qu'on ne peut pas arrêter la vie. Il y aura toutes
sortes de choses qui vont se passer pendant la période
référendaire. Il y a une chose certaine... Oui, sauf les
partielles parce que, justement, elles viendront bien assez vite après,
de toute façon. Peut-être que vous pourriez avoir des surprises,
mais enfin, attendons. Ce que je sais, tout de même, c'est que je serais
intéressé de savoir si le chef de l'Opposition, enfin,
l'Opposition officielle ou d'autres seraient prêts à
suggérer je n'en ferais pas une décision aujourd'hui
qu'on amende la loi et qu'on change la date des élections
scolaires.
Nous pensons que ce n'est pas nécessaire parce que, justement,
fondamentalement, c'est un secteur qui, en dépit des quolibets de
certains de nos amis d'en face, doit autant que possible, peu importe les
appartenances politiques, être des équipes de gens qui ne sont pas
des émanations de partis politiques. Cela doit, à ce point de
vue, essayer d'être le moins partisan possible et cela ne nous
paraît pas être impliqué de la même façon que
pourraient l'être des affrontements entre partis.
Maintenant, je serais curieux de savoir, très simplement comme
cela, ce que pense l'Opposition officielle de cette date du 9 juin qui
forcément va être assez proche de celle du
référendum. Je ne peux pas en dire davantage.
Le Président: M. le chef de l'Opposition.
M. Ryan: Si le premier ministre est prêt à
considérer la question, je voudrais lui faire une suggestion. J'ai un de
mes collègues qui veut poser une question supplémentaire,
toujours en relation avec la tenue du référendum. Je me permets
seulement de faire une parenthèse. Communiquez avec les autorités
du Conseil scolaire de l'île de Montréal et des commissions
scolaires concernées ainsi que la commission scolaire de
Québec.
Moi, je trouve que l'argument d'un conflit entre les deux
événements est assez pesant pour justifier une modification
à la loi et, à ce moment-là, la collaboration de notre
parti serait acquise volontiers, afin de réaliser cet objectif.
Evidemment, ça prend aussi le concours des intéressés,
mais je suis convaincu que, si tout ça marche en même temps, ce
n'est pas bon pour le bon fonctionnement et des élections scolaires et
du référendum.
Le Président: M. le premier ministre.
M. Lévesque (Taillon): M. le Président, si on me le
permet, je passerais la parole simplement pour qu'il y ait un peu plus
de détails dans le tableau à mon collègue, le
ministre de l'Education.
Le Président: M. le ministre de l'Education.
M. Morin (Sauvé): M. le Président, la question est
sûrement Importante et je l'ai même portée devant le Conseil
des ministres. Je ne sais si le premier ministre en a fait état il y a
un instant, mais nous en avons parlé et nous avons dû soupeser,
naturellement, les avantages et les inconvénients d'un ajournement des
élections scolaires, soit à l'automne, soit encore à
l'année prochaine.
J'ai eu l'occasion également d'en parler avec le président
du conseil scolaire, ce matin même, et je lui en avais déjà
parlé il y a deux ou trois semaines. Nous avons donc été
saisis du problème et nous y sommes sensibles. Toutefois, quand on fait
comment dire? la balance des inconvénients, on
s'aperçoit qu'on ne peut retarder les élections pour
Montréal seulement, ni même pour Montréal et Québec;
l'argument qui veut que la date du référendum puisse nuire aux
élections scolaires vaut pour tout le Québec; il n'y a pas, je
pense, d'argument qui puisse s'appliquer spécifiquement à
Montréal seulement.
Si nous devions changer la date des élections, ce serait pour
tout le Québec. Or, cela viendrait perturber profondément le
rythme des élections, là où celles-ci sont
réparties sur trois ans. C'est facile à comprendre. Si nous
retardons les élections de six mois, qu'arrive-t-il de tous ceux qui
sont élus pour des mandats de deux ans, de trois ans? Cela
entraînerait des complications extraordinaires et nous en avons conclu
que, même à Montréal et à Québec, les
inconvénients qui découlaient d'une modification l'emportaient
largement sur les avantages. C'est ce qui explique que le Conseil des ministres
ait décidé, compte tenu qu'il n'y aura pas concurrence entre les
deux événements, référendum et élections
scolaires, de maintenir la date du 9 juin.
Le Président: M. le chef de l'Opposition.
M. Ryan: Est-ce qu'on doit au moins conclure que ceci veut dire
que le référendum aura lieu un autre lundi que le 9 juin?
M. Morin (Sauvé): M. le Président je ne veux
pas répondre à la place du premier ministre je ne pense
pas qu'on puisse en conclure ça du tout.
M. Lévesque (Taillon): Non, mais on pourrait, je pense,
honnêtement dire qu'il y a des grosses chances!
Le Président: M. le député de Roberval.
Les étudiants et le
référendum
M. Lamontagne: Une question additionnelle. Le monde scolaire,
à Montréal et à Québec, est évidemment
préoccupé par la date du référendum en juin, mais
il ne faudrait pas oublier, dans le monde scolaire, les étudiants. (15 h
20)
M. le Président, le premier ministre est au courant que les
étudiants, à ce stade-ci de la saison, se cherchent des emplois
d'été qui, malheureusement, ne se trouvent pas
nécessairement dans leurs comtés respectifs. Or, la date du
référendum les préoccupe grandement ici même. Je
pense que notre question au premier ministre, aujourd'hui, c'est de dire aux
Québécois si le référendum... Pour le monde
scolaire, tant les commissions scolaires de l'île de Montréal ou
de Québec que le monde étudiant québécois, il
serait important de savoir aujourd'hui si le référendum aura lieu
en mai ou un des premiers lundis de juin. Il ne faut pas jouer à la
cachette indéfiniment. Je pense que c'est une responsabilité
très grande du premier ministre et, aujourd'hui, il devrait prendre son
courage à deux mains et dire: Je vous informe, pour le
bénéfice des étudiants, qu'il aura au moins lieu en
mai.
M. Lévesque (Taillon): M. le Président, je ferais
remarquer que, sauf dans des cas, malheureusement, de prolongation qui
étaient inévitables à la suite de ce qui s'est
passé ces derniers temps, les étudiants en âge de voter,
l'immense majorité d'entre eux, que ce soit en mai ou en juin, ont
terminé leur année scolaire. De toute façon,
j'espère ne pas me tromper, où qu'ils soient au Québec, je
pense qu'ils sont suffisamment de bons citoyens et de bons
Québécois pour ne pas oublier l'importance du vote le jour du
référendum.
M. Lamontagne: M. le Président.
Le Président: M. le député de Roberval.
M. Lamontagne: Je comptais que le premier ministre réponde
de cette manière-là, mais je pense que ça fait longtemps
qu'il n'a pas fait d'action politique dans le champ. La révision des
listes électorales, si vous êtes du Lac-Saint-Jean et que vous
travaillez à Montréal, ça pose le problème
d'être sur la bonne liste électorale. Dans cet esprit, je crois
sincèrement que le premier ministre du Québec, pour le
bénéfice des milliers d'étudiants qui ne seront pas dans
leur comté la journée des élections, devrait au moins leur
faire le cadeau de leur dire dans quel mois le référendum sera
tenu au Québec, pour leur bénéfice personnel.
Le Président: M. le premier ministre.
M. Lévesque (Taillon): M. le Président, je vais
répéter ce que j'ai dit il y a très peu de temps, c'est
que, oui, il y aura une transparence évidente, assez vite après
Pâques, et il ne faudrait tout de même pas commencer à jouer
aux fous, entre nous. On sait très bien que la loi 92, une fois la
question adoptée, dit un délai minimal de 20 jours pour que
s'organisent convenablement les comités essentiellement du oui et du
non.
J'ai déjà eu l'occasion de dire publiquement que
normalement ça nous paraissait devoir être terminé aux
environs à cause des vacances de Pâques ou, enfin, de
l'hiatus de Pâques du 15 avril, en tout cas autour de la
mi-avril.
A partir de là, j'ai également dit je rejoins les
préoccupations de transparence de M. le député de
Marguerite-Bourgeoys qui, Dieu sait, ne nous a pas habitués à
cela dans les parties officielles de sa carrière, mais enfin, c'est une
bonne exigence que la transparence sera extra-ordinairement
présente et visible à partir du moment où, en conscience,
en regardant aussi bien du côté du non que du côté du
oui, on pourra avoir la certitude que tout le monde est prêt. A partir de
là, il n'y aura pas de cachette et je suis sûr que les
étudiants, comme les autres au Québec, auront tout le temps qu'il
faut pour faire les ajustements nécessaires pour la révision et,
éventuellement, le vote.
Le Président: M. le député de Gatineau.
Promulgation de certaines dispositions de la loi 9
avant le référendum
M. Gratton: Ma question principale, M. le Président,
s'adresse également au premier ministre et en est de même nature
que celle du chef de l'Opposition, sauf que j'en ai déjà
donné avis à l'ensemble des membres de cette Assemblée en
tentant de poser la question en vertu de l'article 34, la semaine
dernière.
On sait qu'en décembre dernier, l'Assemblée nationale a
adopté la loi 9, qui constitue, à toutes fins pratiques, un
nouveau Code électoral. Au cours de l'étude de cette loi, le
parrain du projet de loi, le ministre d'Etat à la Réforme
électorale, a donné l'assurance aux membres de l'Assemblée
que la loi comme telle ne s'appliquerait pas pour la tenue du
référendum, à l'exception de certains articles qu'on
pourrait souhaiter, de façon unanime, à l'ensemble des
parlementaires, des partis représentés, ou voir
promulgués, donc entrer en vigueur pour la tenue du
référendum. On sait que selon l'esprit de la loi 9, on manifeste
la plus grande ouverture possible, on veut faciliter le plus possible
l'accès au droit de vote, l'exercice du droit de vote par le plus grand
nombre de personnes possible. On retrouve, de façon spécifique,
un élargissement de la possibilité pour des gens de voter par
anticipation. On retrouve également des dispositions qui permettraient
de marquer le bulletin de façon autre que simplement par un X, ce qui
aurait le résultat d'éliminer un très grand nombre de
bulletins rejetés, ce qu'on connaît lors de nos élections.
Enfin, il y a une série de ces articles.
J'aimerais donc demander au premier ministre qui pourra
peut-être demander au ministre d'Etat à la Réforme
électorale de fournir la réponse si on a établi, du
côté du gouvernement, quels sont les articles qu'on voudra voir
entrer en vigueur pour la tenue du référendum et s'il veut nous
dire à quel moment les consultations préalables seront
faites.
Le Président: M. le premier ministre.
M. Lévesque (Taillon): M. le Président, le
député m'a enlevé les mots de la bouche, parce que
j'allais justement demander à mon collègue, le ministre de la
Justice et ministre d'Etat à la Réforme électorale, de
donner toutes les précisions qu'on peut donner aujourd'hui à la
Chambre et à nos concitoyens.
Le Président: M. le ministre d'Etat à la
Réforme électorale.
M. Bédard: M. le Président, je suis d'accord avec
le député de Gatineau que la loi 3 est une très bonne loi,
que nous avons adoptée aux fins de favoriser...
Des Voix: Oh, oh!
M. Bédard: Je savais que vous réagiriez.
Effectivement, je suis d'accord avec le député de Gatineau. Cette
nouvelle loi électorale est une très bonne loi adoptée
à l'unanimité.
M. Gratton: Question de règlement, M. le
Président.
Le Président: M. le député de Gatineau.
M. Gratton: Je suis sûr que le ministre ne s'en rend pas
compte, mais il nous parle de la loi no 3, alors qu'il sait fort bien que c'est
la loi no 9 dont il s'agit.
M. Bédard: C'était pour vous faire réagir...
Des Voix: Ah, ah!
M. Bédard: ... parce que j'attends depuis longtemps des
questions sur cette loi-là.
M. Gratton: Ah, c'était une farce? D'accord. Rions.
M. Bédard: M. le Président, je suis d'accord
je le redis avec le député de Gatineau à savoir que
cette nouvelle loi électorale est une très bonne loi qui a
été adoptée d'ailleurs à l'unanimité de
l'Assemblée nationale aux fins de favoriser le plus possible le vote des
citoyens. Une évaluation se fait à l'heure actuelle des
dispositions qui pourraient être mises en vigueur le plus rapidement
possible en tenant compte de deux engagements que j'avais pris et que je vais
tenir: premièrement, que les dispositions qui entrent en vigueur ne
soient pas telles qu'elles puissent bouleverser les habitudes
électorales des citoyens à l'occasion du référendum
et, également, en tenant compte de l'engagement que j'avais pris
qu'avant que certaines dispositions soient mises en vigueur, l'Opposition
serait consultée préalablement. A l'heure actuelle, cette
évaluation se fait au ministère de la Justice et, très
prochainement, nous aurons l'occasion de procéder à cette
consultation que nous nous étions engagés à faire avant de
mettre en vigueur certaines dispositions de la loi.
M. Gratton: Question additionnelle, M. le Président.
Le Président: M. le député de Gatineau.
M. Gratton: M. le Président, je vous avoue que je suis un
peu surpris de constater que le ministre n'est pas en mesure de nous donner
plus d'information détaillée. Le 28 novembre 1979, le ministre
nous disait, et je cite la page 3896 du journal des Débats: "Je
réitère également l'assurance que j'ai donnée aux
membres de l'Opposition, à savoir que si ces amendements les
amendements dont il parle étaient apportés,
c'est-à-dire si certains articles mis en vigueur, les Oppositions, les
chefs de partis reconnus seraient avisés en conséquence. Il n'est
pas question de prendre qui que ce soit par surprise, tel que l'ont
exprimé tout à l'heure les représentants des
différentes Oppositions."
M. le Président, il me semble que si depuis le 28 novembre 1979,
on n'a pas encore réussi à déterminer quels sont ces
articles... J'en ai donné des exemples, je pourrais facilement
dès cet après-midi fournir la liste exhaustive s'il la
désire. Ce n'est pas comme l'a dit mon collègue de Laval
très compliqué. Puis-je demander au ministre de nous
donner une date précise, en espérant qu'elle ne soit pas plus
tard que la semaine prochaine, et de dire sur quels articles il demandera
à l'Opposition d'être d'accord quant à la promulgation, de
façon que, justement, il n'y ait de surprise pour personne?
Je ferai remarquer je termine là-dessus, M. le
Président au ministre que le Directeur général des
élections, en vertu de la loi no 92, a déjà produit un
fascicule d'information à l'intention des électeurs du
Québec. Il y a, à l'intérieur de ce fascicule, des
informations qui vont se révéler fausses si certains articles que
le ministre décide de promulguer viennent à entrer en vigueur. Il
serait fort important...
M. Bédard: M. le Président...
M. Gratton: ... qu'on le sache au plus sacrant.
Le Président: M. le ministre d'Etat à la
Réforme électorale.
M. Bédard: ... nous sommes conscients des
éléments qui sont apportés par le député de
Gatineau. Effectivement, l'évaluation dont j'ai parlé tout
à l'heure se fait et dans un délai très rapproché
je ne peux pas mettre de date, mais certainement avant la fin de mars
les Oppositions, conformément à la promesse que j'avais
faite, seront informées des dispositions qui doivent être mises en
vigueur en fonction du référendum. (15 h 30)
M. Gratton: Une dernière question très
brève, M. le Président.
Le Président: M. le député de Gatineau.
M. Gratton: Dois-je comprendre des propos du ministre qu'en fait,
il nous dit qu'effectivement il y aura certains éléments de la
loi no 9 qui seront promulgués pour la tenue du référendum
et qu'il écarte ainsi toute possibilité qu'aucun des nouveaux
articles ne soit promulgué?
Le Président: M. le ministre d'Etat à la
Réforme électorale.
M. Bédard: M. le Président, il me semble que j'ai
été assez clair pour le député de Gatineau. Nous
sommes en train de faire cette évaluation qui est nécessaire
parce qu'il y a des habitudes électorales qui sont très
ancrées et il ne s'agit pas...
Une Voix: Vous n'êtes pas agréé.
Le Président: A l'ordre, s'il vous plaît!
M. Bédard: Je ne suis pas un évaluateur
agréé. M. le Président, je pense que nous procédons
avec assez de célérité. Si, d'ici la fin du mois, les
Oppositions sont informées des dispositions que nous voulons faire
entrer en vigueur, qui soient de nature à ne pas bousculer les citoyens
et les citoyennes du Québec face au référendum, je pense
que c'est un délai qui est très raisonnable.
Le Président: M. le député de Laval.
M. Lavoie: Une courte question additionnelle à l'adresse
du ministre à la suite de son invitation. Est-ce que le ministre
pourrait faire le point et nous dire où en est son évaluation sur
la loi no 3 concernant le registre et le fichier des électeurs?
M. Bédard: Bon! Cela me fait plaisir, M. le
Président. Je ne sais pas si cela est permis.
Le Président: M. le ministre d'Etat à la
Réforme électorale, on va être large.
M. Bédard: Je puis dire au député que les
études effectuées par les firmes spécialisées qui
avaient été retenues par le directeur général des
élections nous amènent à conclure effectivement que ce
mode de confection des listes électorales n'est pas moins
coûteux...
Des Voix: Ah!
M. Bédard: ... que celui qui existe actuellement.
M. Lavoie: Heureusement qu'on l'a arrêté.
M. Bédard: Cela me fait plaisir de vous faire plaisir.
Une Voix: Et la lumière fut!
M. Bédard: Cependant, comme la réduction des
coûts on le sait était un des objectifs
également poursuivis, nous cherchons, à l'heure actuelle,
d'autres moyens de rendre les listes électorales permanentes nous
n'avons pas perdu de vue l'objectif à atteindre de manière
qu'elles
puissent être disponibles non seulement pour le gouvernement, mais
également pour les commissions scolaires et les municipalités,
s'il y a lieu. Nous essayons aussi de trouver le moyen d'améliorer
l'exactitude de ces listes permanentes. Maintenant, les coûts qui ont
été occasionnés ne sont pas inutiles, ce que voudra
probablement je vois le député commencer à
prétendre le député de l'Opposition.
Ces coûts ne sont pas inutiles puisque une partie de ces travaux
sera remise à la Régie de l'assurance-maladie qui, de toute
façon, devait les faire; une autre partie sera remise au Bureau central
d'informatique et à d'autres services du gouvernement et pourra
être utilisée par eux. De toute façon, ces travaux qui ont
été effectués continuent à servir pour les
recherches actuelles afin de trouver un moyen de fabriquer des listes
électorales permanentes qui puissent être mises à la
disposition des municipalités, des commissions scolaires et de
l'ensemble des citoyens du Québec.
Le Président: M. le député.
M. Lavoie: Est-ce que je pourrais poser une dernière
question, s'il vous plaît?
Le Président: Brève, s'il vous plaît.
M. Lavoie: Est-ce que le ministre serait prêt à
déposer les études d'évaluation qui ont été
faites sur ce projet avorté, et pourriez-vous nous dire
brièvement s'il est exact que les coûts engendrés par cette
loi non adoptée s'élèvent à $3 millions, $4
millions ou $5 millions jusqu'à ce jour?
Le Président: M. le ministre d'Etat à la
Réforme électorale.
M. Bédard: J'avais prévu la question du
député. Je viens déjà de dire que ces
dépenses qui ont été effectuées ne l'ont pas
été pour rien puisque les travaux vont servir à d'autres
ministères qui, de toute façon, avaient un travail de mise au
point à faire de leur système d'informatique. Je pense que pour
ce qui est de donner l'essentiel des études qui ont été
faites, elles ont été faites par le directeur
général des élections; si ce dernier croit opportun de
communiquer l'essentiel de ces études, je pense que ça
relève de sa décision.
Le Président: M. le député de
Nicolet-Yamaska.
Discrimination positive
M. Fontaine: Merci, M. le Président. La semaine
dernière, le ministre de la Fonction publique rendait publique la
nouvelle politique du gouvernement sur l'égalité en emploi des
femmes salariées de la fonction publique. Après cette
déclaration du ministre, le ministre d'Etat à la Condition
féminine déclarait que si cette politique de son collègue
ne donnait pas des résultats satisfaisants à court terme, elle
avait pensé à une solution différente. Elle a
déclaré ceci: "Dans le cas où la politique nouvelle ne
donnerait pas les résultats qu'on attend d'elle, a affirmé Mme
Payette, nous pourrions employer des mesures plus coercitives comme des
amendements à la Charte des droits et libertés de la personne
pour que cette charte, en particulier à l'article 16, nous autorise
à faire de la discrimination positive." M. le Président, au
risque de me faire traiter de misogyne par la ministre d'Etat à la
Condition féminine, comme elle l'a d'ailleurs déjà dit de
son premier ministre, je trouve que cette affirmation du ministre est un peu
farfelue. Je considère le dossier de la condition féminine comme
bien important et il est dommage que le ministre fasse montre dans ce dossier
de si peu de nuances.
Des Voix: Question!
M. Fontaine: J'y arrive, M. le Président. J'affirmerais
même, comme l'a fait Mme Lise Bissonnet-te, dans le Devoir du 11
mars...
Le Président: M. le député de
Nicolet-Yamaska, s'il vous plaît!
M. Fontaine: J'y arrive, M. le Président. Je pense qu'on a
passé à peu près vingt minutes de la période de
questions de l'autre côté.
Mme Payette: M. le Président, question de
privilège.
M. Fontaine: J'affirmerais même, M. le
Président...
Le Président: Un moment, s'il vous plaît, M. le
député de Nicolet-Yamaska, il y a une question de
privilège soulevée par Mme la ministre d'Etat à la
Condition féminine.
Mme la ministre.
Mme Payette: Le député de Nicolet-Yamaska, de par
sa question, me permet justement, M. le Président, de soulever une
question de privilège pour rétablir des faits. Il fait allusion
à un éditorial du journal Le Devoir de lundi dernier,
signé par Mme Lise Bissonnette. Justement, sa question me permet de
rétablir les faits en ce sens que...
M. Fontaine: Question de règlement, M. le
Président.
M. Goulet: II n'a même pas lu l'article.
Le Président: A l'ordre, s'il vous plaît! A l'ordre,
M. le député de Nicolet-Yamaska. Il y a une question de
privilège qui est d'abord soulevée. Vous soulèverez votre
question de règlement après.
Mme Payette: Question de privilège.
Le Président: A l'ordre, s'il vous plaît! En vertu
de notre règlement, dès qu'un député, par
ses propos, appelle une question de privilège, notre
règlement insiste justement pour dire que le député qui se
sent en droit de soulever une question de privilège doit le faire
immédiatement. C'est sur cette page que je donne la parole à Mme
la ministre d'Etat à la Condition féminine.
Mme Payette: Merci, M. le Président. Cette question de
privilège me permettra de rétablir les faits au sujet de cet
éditorial qui a été mentionné par le
député de Nicolet-Yamaska. Dimanche dernier, M. le
Président...
M. Brochu: Question de directive, M. le Président. Une
directive, M. le Président.
Le Président: A l'ordre!
M. le leader parlementaire de l'Union Nationale.
M. Brochu: M. le Président, j'accepterais que la
députée...
Mme Payette: ... reconnu ma question de privilège.
M. Brochu: ... fasse une question de privilège si son
privilège était atteint, mais, jusqu'à ce moment-ci, la
Chambre n'a été saisie que du fait que le député de
Nicolet-Yamaska avait l'intention de citer, pour appuyer sa question, un
éditorial d'un journal. Il n'y a donc aucune raison pour soulever une
question de privilège et je fais appel à vous, M. le
Président, en tant que modérateur des travaux, pour...
Le Président: Encore faut-il, M. le leader parlementaire
de l'Union Nationale, que j'écoute Mme la ministre d'Etat à la
Condition féminine pour savoir quelle est la nature de sa question de
privilège.
Mme la ministre.
Mme Payette: Merci, M. le Président.
M. Brochu: M. le Président, sur la même
question.
Le Président: M. le leader parlementaire de l'Union
Nationale.
M. Brochu: ... à votre présidence, M. le
Président.
Le Président: Brièvement, Mme la ministre, pour que
je puisse en juger.
Mme Payette: M. le Président, dimanche dernier, j'ai fait
un discours...
Le Président: Mme la ministre, je vous rappelle que... Je
dois vous rappeler que, s'il s'agit d'un privilège sur un discours qui
n'a pas encore, autant que je sache, été évoqué ici
un instant! sauf par la mention d'un éditorial, alors il
faudrait qu'en vertu de notre règlement, vous attendiez que cela soit
évoqué à l'Assemblée nationale ou que vous m'ayez
donné un avis préalablement. M. le député de
Nicolet-Yamaska, en vous demandant de vous en tenir à la formulation de
la question. (15 h 40)
M. Fontaine: D'accord, M. le Président. J'oserais
seulement dire, M. le Président, avant de formuler ma question, que Mme
la ministre a fait preuve d'une implacable démagogie et qu'elle nous
ramène bien loin, au temps...
Le Président: M. le député de
Nicolet-Yamaska, j'invoque à mon tour le règlement pour vous
demander de formuler votre question.
M. Fontaine: Merci, M. le Président. J'aimerais savoir si
Mme la ministre d'Etat à la Condition féminine était
sérieuse quand elle parlait de discrimination, si elle était
sérieuse quand elle parlait d'amender l'article 16 de la Charte des
droits et libertés de la personne afin de légaliser la
discrimination. Je voudrais aussi lui demander si, avant de faire cette
déclaration, elle a consulté ses collègues
ministériels.
Le Président: Mme la ministre d'Etat à la Condition
féminine.
Mme Payette: Oh! merci, M. le Président!
La raison pour laquelle il faut faire de la discrimination positive
à certains moments, M. le Président, c'est à cause du fait
que, nous, les femmes, nous aurons besoin de ça pour faire du
rattrapage.
J'ai en main un livre de lecture de deuxième année, dans
lequel on peut lire: "Guy pratique les sports, la natation, la gymnastique, le
tennis, la boxe, le plongeon. Son ambition est de devenir champion et de
remporter beaucoup de trophées. Yvette, sa petite soeur, est joyeuse et
gentille...
Des Voix: ...
Mme Payette: Je vous prierais d'écouter, ça va vous
faire du bien. "... elle trouve toujours le moyen de faire plaisir à ses
parents. Hier, à l'heure du repas, elle a tranché le pain,
versé l'eau chaude sur le thé dans la théière, elle
a apporté le sucrier, le beurrier, le pot de lait, elle a aussi
aidé à servir le poulet rôti. Après le
déjeuner, c'est avec plaisir qu'elle a essuyé la vaisselle et
balayé le tapis. Yvette est une petite fille bien obligeante."
M. le Président, comme on apprend ça dans les
écoles, à l'époque où on se parle,
maintenant...
Des Voix: ...
M. Bédard: Laissez donc répondre; soyez donc un peu
polis!
Le Président: A l'ordre, s'il vous plaît!
Mme Payette: Je me suis permis, M. le Président, quand on
m'accuse de faire de la
démagogie, de souligner que les femmes du Québec ont bien
du mérite, ayant été élevées comme Yvette,
à devenir autre chose que des Yvette.
M. le Président, si j'ai pu blesser, par cette remarque, qui que
ce soit, y compris l'épouse du chef de l'Opposition, je m'en excuse
publiquement, parce que telle n'était pas mon intention, mon intention
était de continuer ce que je fais depuis 20 ans et d'aider les femmes du
Québec à sortir de ces stéréotypes dont nous sommes
affublées.
Quant à un éventuel amendement à l'article 16 de la
Charte des droits et libertés de la personne, j'avais effectivement fait
une demande à mon collègue de la Justice, qui m'a confirmé
que c'était une des recommandations de la Commission des droits de la
personne elle-même, à la fin de l'année dernière,
dans son rapport, qui nous demandait d'envisager cette possibilité pour
corriger la discrimination dont les femmes sont victimes au Québec.
Le Président: M. le député de
Nicolet-Yamaska.
M. Fontaine: Je vois que Mme la ministre aime mieux
répondre à Mme Bissonnette qu'à ma question. Est-ce qu'on
pourrait demander à Mme la ministre si elle veut bien déposer
devant cette Chambre cet avis de la Commission des droits de la personne, qui
propose d'amender l'article 16, comme elle l'a prétendu, parce que je
pense que la Charte des droits et libertés de la personne n'est pas un
chiffon de papier avec lequel on joue, c'est une loi qui a été
adoptée par l'Assemblée nationale, ce n'est pas n'importe quel
torchon? Pouvez-vous répondre, Mme la ministre?
Le Président: Mme la ministre d'Etat à la Condition
féminine.
Mme Payette: M. le Président, la question étant:
Est-ce que vous pouvez répondre? Oui, je peux répondre, M. le
Président. Non, la Charte des droits et libertés de la personne
n'est pas un chiffon. J'ai même souligné devant les journalistes
qu'on en arrivait à une décision comme celle-là seulement
quand on y était obligé. Ce fut la décision aux
Etats-Unis, il y a quelques années, de faire ce qui s'est appelé
du "positive action", qui se traduit par de la discrimination positive.
C'est évident, M. le Président, que personne n'aime
arriver à une solution comme celle-là et qu'il serait beaucoup
plus simple de dire que la charte protège les femmes
complètement, mais ce n'est pas le cas au moment où on se parle
et le rapport de la commission est un rapport public.
Le Président: M. le député de
Nicolet-Yamaska.
M. Fontaine: Une dernière question additionnelle, M. le
Président. J'aimerais simplement lire l'article 16 de la charte qui dit
que nul ne peut exercer de discrimination dans l'embauche, l'apprentissage, la
durée de la période de probation, la formation professionnelle,
la promotion, la mutation, le déplacement, la mise à pied, la
suspension, le renvoi ou les conditions de travail d'une personne, ainsi que
dans l'établissement de catégories ou de classifications
d'emploi. Est-ce que la ministre veut nous dire de quelle façon elle va
amender cette loi pour empêcher qu'il y ait de la discrimination?
Le Président: Mme la ministre d'Etat à la Condition
féminine.
Mme Payette: M. le Président, ce n'est pas parce que les
intentions sont dans la charte que ces intentions sont respectées. Dans
les faits, il en est tout autrement. Dans le rapport de la commission, c'est
justement ce que la commission souligne, c'est que, même si ça
existe actuellement dans la Charte des droits et libertés de la
personne, les femmes continuent d'être victimes de discrimination dans
l'emploi et ailleurs. Sa recommandation va dans le sens de nous demander
d'examiner, d'amender l'article 16 pour nous permettre de faire ce qu'il est
convenu d'appeler en anglais du "positive action", c'est-à-dire de la
discrimination positive.
Mme Lavoie-Roux: Une question additionnelle.
Le Président: M. le député de D'Arcy
McGee.
M. Marx: La ministre a soulevé le problème du
sexisme dans les livres scolaires. Est-elle au courant qu'il y a une
équipe du gouvernement qui travaille à ce moment-ci pour rayer le
sexisme dans les livres scolaires?
Mme Payette: Non seulement je suis au courant, M. le
Président, mais je peux dire qu'avec mon collègue de l'Education
nous avons travaillé à la mise sur pied de ce comité,
suite à des recommandations du rapport du Conseil du statut de la
femme.
Des Voix: Bravo!
Le Président: Mme la députée de
L'Acadie.
Mme Lavoie-Roux: M. le Président, vous vous souviendrez
qu'en 1976, peu après l'arrivée au pouvoir du gouvernement du
Parti québécois, fut déposé à
l'Assemblée nationale le fameux rapport Boutin sur les
éléments discriminatoires dans les avantages sociaux et qu'il y
avait une recommandation très précise, à savoir que la
Charte des droits et libertés de la personne soit modifiée pour
enlever cet élément de discrimination. L'an dernier, au
printemps, lors d'un débat, Mme la ministre nous avait dit que le
ministre de la Justice qui, d'ailleurs, m'avait répondu dans ce
sens peu de temps auparavant verrait à ce que la Charte des
droits et libertés de la personne soit
modifiée pour enlever cet élément discriminatoire.
Il y a maintenant tout près de trois ans et demi et nous attendons
toujours. Je me demande si Mme la ministre, qui nous dit qu'elle veut user de
coercition et faire modifier la Charte des droits et libertés de la
personne, pourrait s'occuper d'un problème qui a déjà
été porté à son attention depuis au moins trois
ans.
Le Président: Mme la ministre d'Etat à la Condition
féminine.
Mme Payette: M. le Président, je dois dire que le
ministère de la Justice est probablement l'un de ceux, à
l'intérieur de ce gouvernement, qui ont donné le plus de travail
dans le sens de l'amélioration de la condition de vie des femmes au
cours des derniers mois. Nous continuons à travailler à cette
recommandation avec le ministère de la Justice au moment où on se
parle.
Mme La voie-Roux: M. le Président, ça fait trois
ans qu'on promet et on n'a pas encore agi; alors qu'on passe aux actes
plutôt qu'à des paroles.
Le Président: Mme la ministre.
Mme Payette: M. le Président, il n'y avait pas de
question; il n'y avait qu'un commentaire auquel j'ajouterai que nous avons
beaucoup travaillé au droit de la famille au cours des derniers mois et
que, hélas, on ne peut pas tout faire en même temps. Mais les
choses viennent les unes après les autres.
Une Voix: C'est cela, parfait. Mme Lavoie-Roux: ... vos
promesses! Problèmes de pollution de la rivière Yamaska
Le Président: M. le député de
Saint-Hyacinthe.
M. Cordeau: Merci, M. le Président. Ma question s'adresse
au ministre de l'Environnement. La semaine dernière, votre
ministère informait les populations de Farnham, de Saint-Hyacinthe et de
la municipalité de Massueville de ne pas consommer l'eau provenant de la
rivière Yamaska. Par contre, quelques heures après, un
deuxième communiqué disait que l'eau était potable, mais
on suggérait de s'en abstenir.
M. le Président, depuis quelques années, à cette
période-ci de l'année, les mêmes problèmes
réapparaissent et causent des inconvénients majeurs aux citoyens
de ces municipalités en les privant de l'eau potable. En plus de l'eau
rouge, ça se comprend, après la tornade libérale des
dernières élections fédérales, de la senteur de
cette eau et de son goût plus que douteux, un autre problème est
apparu, soit la présence de détergents et en quantité,
s'il vous plaît.
M. le Président, j'aimerais que le ministre de l'Environnement
nous fasse part de l'état de ce dossier et des mesures qu'il entend
prendre afin de pouvoir remédier, dans un avenir immédiat, aux
conséquences de cette pollution dont personne ne semble être
responsable.
Le Président: M. le ministre de l'Environnement.
M. Léger: M. le Président, le député
est réellement concerné puisque ça touche son comté
et que ça provient d'un problème qui existe depuis bien
longtemps. (15 h 50)
Premièrement la rivière Yamaska, tout le monde le sait,
est une des plus polluées du Québec; deuxièmement, durant
la période actuelle, l'étiage de la rivière Yamaska n'a
jamais été semblable depuis 20 ans, c'est-à-dire un
débit plus bas que la moyenne, pendant qu'en même temps il y a eu
une période de gel, ce qui fait que l'épaisseur de la glace
empêche l'oxygénation de l'eau.
De plus, il y a eu dernièrement l'arrivée de
matières polluantes qui proviennent de ce que j'appellerais deux
pollueurs pirates, c'est-à-dire des gens ou des entreprises qui ont
déversé des substances, dans la rivière Yamaska, à
la faveur de la nuit, d'une façon inconsciente et d'une façon
absolument irresponsable.
Nous avons, à ce moment-là, fait l'analyse
bactériologique des substances de la rivière Yamaska et il s'est
avéré qu'il n'y avait pas de problème
bactériologique. Nous avons commencé l'étude ou l'analyse
physico-chimique qui, à ce jour, est une des analyses les plus
compliquées, parce que cela prend une centaine de paramètres et
c'est très long à découvrir réellement la
matière toxique qui est impliquée.
Une chose qu'on peut dire, c'est qu'on n'a pas trouvé, à
ce jour, quelque chose qui nous démontrerait que c'est tel type de
matière qui est polluant; donc, c'est la raison pour laquelle on ne peut
pas, tant qu'on n'a pas trouvé l'identité de la matière
polluante, empêcher les gens de boire, sauf qu'on recommande de ne pas
boire étant donné qu'il y a de la mousse et aussi de la
couleur.
Mais depuis que le député de Saint-Hyacinthe a
préparé sa question, l'eau a coulé dans la Yamaska et, au
moment où on se parle, je peux vous dire que le problème est
pratiquement résolu puisque à Farnham, depuis hier
après-midi, l'eau est redevenue normale et qu'à Saint-Hyacinthe,
on me dit à une demi-heure près que l'eau est
actuellement acceptable mais au même niveau que la rivière Yamaska
a toujours été polluée, ce qui n'est pas quand même
satisfaisant. Mais comme le député le sait, nous avons le
programme d'épuration des eaux; la ville de Waterloo a
déjà signé un protocole d'entente, la ville de Granby
aussi; c'est donc dire que les autres municipalités vont régler,
à long terme, le problème.
M. Cordeau: M. le Président...
Le Président: M. le député de
Saint-Hyacinthe.
M. Cordeau: ... je reconnais les efforts du ministère de
l'Environnement afin de dépolluer les eaux de la rivière Yamaska
mais, tantôt, il a avoué qu'il y avait des pollueurs pirates. Ces
pollueurs pirates, ce n'est pas la première année qu'ils
agissent; cela fait trois ans.
Je demande au ministre de l'Environnement s'il a transmis le dossier au
ministre de la Justice afin de découvrir où sont ces pollueurs
pirates.
Cela fait trois ans, je ne sais pas s'il y a quelqu'un qui court
après les pollueurs, mais les pollueurs sont toujours là et il
n'y a rien qui se fait.
Le Président: M. le ministre de l'Environnement.
M. Léger: M. le Président, il faut quand même
admettre une chose, si on les appelle pollueurs pirates, c'est parce qu'ils
font cela à la cachette. Deuxièmement, il faudrait
peut-être avoir des inspecteurs corsaires pour les surveiller. Mais, tout
ce dont je peux assurer le député, c'est que les citoyens de la
région qui en subissent les conséquences ont maintenant entre les
mains, avec la loi 69, le pouvoir de poursuivre et d'être de plus en plus
en mesure de donner suite à un déversement sur lequel ils
seraient au courant, de poursuivre la personne qu'ils pourraient avoir
identifiée comme étant la coupable.
Je pense que la participation des citoyens là-dedans est
très importante. Mais, à long terme, si c'est une entreprise ou
plusieurs entreprises qui sont la source de ces problèmes, elles vont
nécessairement être raccordées à l'intérieur
des réseaux d'épuration municipaux et, à ce
moment-là, on sera sûr au moins que ceux qui sont reliés ne
peuvent plus être coupables et dès que le programme sera
complété, je pense que le député n'aura pas de
question à ce sujet, il en aura sur d'autres choses.
Le Président: M. le député de
Saint-Hyacinthe.
M. Cordeau: Les questions sur d'autres sujets vont arriver
très prochainement, surtout avec votre dissension avec deux autres
ministères.
Maintenant, voici ma dernière question. J'admets qu'il y a des
pollueurs pirates; l'enquête n'est pas faite mais le ministre a
affirmé qu'il y en avait deux. Alors, je ne sais pas comment il a pu
trouver qu'il y en avait deux s'il ne sait pas qui ils sont.
Je demande, M. le Président, à M. le ministre de bien
vouloir continuer son enquête et de poursuivre au moins ces
deux-là qu'il a réellement décelés.
Le Président: M. le ministre de l'Environnement.
M. Léger: M. le Président, je ne voudrais pas trop
encourager le député. Je dois lui dire qu'on a découvert
les deux matières polluantes, mais on n'a pas découvert qui les
avait envoyées. M. le Président, la raison pour laquelle on en a
découvert deux, c'est qu'il y en a une qui a causé les mousses
dont le député parlait tantôt, et l'autre, c'est celle qui
a causé la couleur rouge qui se promenait.
Le Président: Fin du temps des questions.
Aux motions non annoncées, à l'enregistrement des noms sur
les votes en suspens et aux affaires du jour.
M. Levesque (Bonaventure): M. le Président...
Le Président: M. le leader parlementaire de l'Opposition
officielle.
Avis à la Chambre
Questions inscrites au feuilleton
M. Levesque (Bonaventure): ... puis-je demander au leader
parlementaire du gouvernement s'il a des réponses à donner
aujourd'hui, mercredi?
M. Charron: Je les avais, mais je ne les ai plus, M. le
Président.
Une Voix: Les corsaires, les pirates...
M. Charron: Ce sont les corsaires qui sont partis avec!
Une Voix: Consentement pour 18 heures?
M. Charron: A 18 heures, à l'ajournement, si les
députés y consentaient, j'apporterai... J'en ai quelques-unes au
bureau, je crois.
M. Levesque (Bonaventure): M. le Président, je n'ai pas
d'objection à donner mon consentement. D'ailleurs, on pourrait
même attendre à demain. J'imagine qu'après avoir attendu
plusieurs mois, on pourrait attendre quelques heures de plus. On me permettra,
M. le Président, vu que c'est mercredi et que c'est la tradition de
relever certaines choses au feuilleton relativement aux questions posées
par les députés, de demander au leader parlementaire du
gouvernement de regarder de plus près la question apparaissant au nom du
député de Jean-Talon qui est à l'article 9) du feuilleton
de ce jour, une question relative aux sondages commandés par le
gouvernement du Québec pour le compte de l'un ou l'autre de ses
ministères.
Or, M. le Président, nous avons reçu une réponse la
semaine dernière à cette question. Il s'agissait d'une
réponse donnée par le ministre de l'Agriculture et de
l'Alimentation, mais silence quant aux autres ministres ou ministères.
M. le Président, je souligne que nous pourrions sans doute avoir un plus
grand nombre de réponses parce que nous savons nous-mêmes, sans
même
attendre la réponse officielle qui serait donnée, qu'il y
a des sondages qui ont été commandés par le
ministère des Affaires culturelles, par le ministère des Affaires
intergouvernementales, par le ministère des Affaires municipales, par le
ministère des Affaires sociales, par le ministère des
Communications, par le ministère de l'Education, et ainsi de suite. J'en
ai toute une série ici. C'est réellement un gouvernement par
sondages, M. le Président...
M. Ryan: Evidemment, évidemment.
M. Levesque (Bonaventure):... mais je pense qu'il serait
intéressant et normal aussi que nous puissions recevoir ces
réponses et non pas simplement une réponse laconique du ministre
de l'Agriculture.
Je suggère, M. le Président, que le leader parlementaire
du gouvernement prenne note de cette question d'une façon un peu plus
particulière pour qu'il puisse nous donner des réponses encore
sûrement plus complètes que celle à laquelle nous avons eu
droit la semaine dernière.
Le Président: M. le leader parlementaire du
gouvernement.
M. Charron: M. le Président, le député de
Bonaventure, comme chacun des membres de l'Assemblée, sait je ne
dis pas qu'il a instauré cette pratique; il a dû vivre comme je
dois vivre avec cette pratique que lorsqu'il y a des questions à
adresser au gouvernement dans son ensemble, donc, à chacune de ses
constituantes que sont les ministères, le leader du gouvernement a le
choix de les déposer à la pièce ou alors d'attendre
qu'elles soient toutes accumulées, mais à ce moment-là,
c'est l'Opposition qui se plaint du retard.
La semaine dernière, il s'agissait du ministère de
l'Agriculture et de l'Alimentation. Cette semaine, je peux donner à la
question no 9), de M. Rivest, la réponse qui vient de Mme Ouellette, des
Travaux publics. Comme il s'agit d'un document, je fais motion pour que cette
réponse soit transformée en dépôt de document, M. le
Président.
Le Président: Cette motion sera-t-elle adoptée?
M. Levesque (Bonaventure): Adopté. Le Président:
Adopté.
M. Charron: La question est évidemment adressée
à tous les autres ministères, M. le Président. Je ferai le
tour. (16 heures)
Hier ou avant-hier, hier plutôt, le ministre des Affaires
culturelles déposait le résultat d'une enquête menée
auprès de 3000 Québécois au cours de l'été
par la maison CROP pour connaître leurs habitudes en loisirs culturels et
en loisirs sportifs. Je crois qu'il s'agit exactement d'un exemple de sondage.
Donc, il n'y a pas qu'à ce moment-ci que le député de
Jean-Talon ou l'Opposition officielle peuvent recevoir une réponse
à leurs questions. Quoi qu'il en soit, je ferai à nouveau le tour
des autres ministères, M. le Président, et au fur et à
mesure je compléterai cette large question posée par
l'Opposition.
De même, à la question no 14 de M. Brassard, la
réponse vient de Mme Ouellette. Je réponds au nom de Mme la
ministre.
M. Levesque (Bonaventure): M. le Président...
Le Président: M. le leader parlementaire de l'Opposition
officielle.
M. Levesque (Bonaventure):... je prends note de l'engagement du
leader parlementaire du gouvernement de nous faire parvenir, dans les meilleurs
délais, des réponses additionnelles qui manquent à celle
qui a été déposée la semaine dernière.
Mais ce que j'ai de la difficulté à comprendre, M. le
Président, ce n'est pas que le leader parlementaire ne transmette pas
des réponses; il ne les a pas reçues. Ce que j'ai de la
difficulté à comprendre, c'est que les ministres n'ont pas fait
leur devoir. Nous avons devant nous des engagements financiers du gouvernement
pour tel et tel sondages. Nous avons des renseignements au moins partiellement.
Comment se fait-il que ces ministres ne peuvent pas simplement répondre
à des questions aussi rapides à répondre, aussi simples?
Les Affaires culturelles, on vient de le mentionner. Mais on connaît le
sondage du ministre des Affaires intergouvernementales fait aux frais des
contribuables pour préparer la question référendaire. Aux
Affaires municipales, la question est la suivante: Identifier et qualifier les
différents publics et la clientèle potentielle de la Commission
des loyers. On sait cela et on sait que cela a coûté $40 220
à SORECOM. Comment se fait-il que le ministre des Affaires municipales
ne puisse pas nous répondre?
J'espère, M. le Président, que le leader parlementaire du
gouvernement aura la collaboration de ses collègues et qu'on aura un peu
plus de rapidité dans les réponses que doivent fournir les
ministres de ce gouvernement.
Le Président: Aux affaires du jour.
M. Lamontagne: En vertu de l'article 34, M. le
Président.
Le Président: M. le député de Roberval.
La carte électorale
M. Lamontagne: J'ai une question à l'adresse du leader du
gouvernement. Comme le leader du gouvernement le sait, à la suite de
l'adoption de la loi no 10, il semble que les commissaires aient
interprété différemment certains articles de cette loi et
qu'il ait été question d'une demande d'avis
juridiques. Est-ce que le leader du gouvernement est en mesure
aujourd'hui de nous dire si le débat de cinq heures prévu dans la
loi no 10 aura lieu avant le 31 mars et à quelle date, si possible?
Quand prévoit-il le dépôt de la carte électorale
à l'Assemblée nationale?
Le Président: M. le leader parlementaire du
gouvernement.
M. Charron: Je prévois le dépôt de la carte
électorale, tel que les commissaires l'auront tracée à la
suite de la loi no 10 et à la suite des témoignages de plusieurs
citoyens et députés, pour mardi, le 25 mars prochain. Quant
à la tenue du débat de cinq heures qui doit avoir lieu entre ce
dépôt et le 31 mars, je m'entretiendrai demain avec mon
vis-à-vis et le député de Richmond pour être en
mesure de nous entendre sur le moment où nous choisirons, dans le
calendrier des travaux de la Chambre, d'organiser ce débat de cinq
heures prévu par la loi.
M. Lavoie: M. le Président, sur le même sujet. Le
Président: M. le député de Laval.
M. Lavoie: Je trouve cette réponse bizarre parce que,
comme le ministre de la Justice, on s'est penché longuement sur cette
loi. N'est-il pas dit que ce débat doit avoir lieu au moins dix jours
avant le 31 mars? Ah! Mais certainement, à l'article 31 ou à
l'article 32, c'est dix jours avant le 31 mars justement pour donner la chance
aux commissaires de faire des modifications, s'il y a lieu, à la suite
du débat. Apprenez au moins la loi.
M. Lamontagne: Dans le même esprit, au leader du
gouvernement.
Le Président: M. le député de Roberval.
M. Lamontagne: Je voulais aujourd'hui faire officialiser
certaines discussions qui ont eu lieu récemment, mais, en même
temps, demander au leader du gouvernement s'il prévoit que ce rapport
sera fourni au moins aux formations politiques dans un délai, en tout
cas, celui de dix jours que le député de Laval a mentionné
et qui a fait l'objet de discussions lors de l'étude de la loi no 10
article par article. Il semble y avoir une mésentente quelque part. Le
ministre de la Justice le sait fort bien: il faudrait, dès cette
semaine, si possible, avoir toutes les coordonnées de cette discussion
à l'Assemblée nationale.
Le Président: M. le leader parlementaire du
gouvernement.
M. Charron: C'est ce que je vous offre, mais avec un
complément d'information que le texte de loi que je vais rappeler au
député de Laval l'amènera peut-être à changer
son interprétation. Si j'ai bien compris ce qu'il vient de dire, le
débat doit avoir lieu dix jours avant le 31 mars. Ce n'est pas ce que
dit le projet de loi. L'article 31 dit que "le débat doit avoir lieu
dans les cinq jours suivant ce dépôt, ce rapport faisant l'objet
d'un débat limité". L'article 32 dit "au plus tard le
dixième jour suivant ce débat, la commission doit faire son
rapport".
Or, suivant les premières conversations que j'ai eues avec la
commission et comme chacun sait que cette année, elle travaille
dans un calendrier particulièrement serré celle-ci ne
pense pas pouvoir le faire pour cette date. Même si j'ai avancé le
projet de disposer de ce rapport de la commission, enfin, j'ai demandé
qu'on puisse disposer de ce rapport de la commission comme certaines
conversations officieuses avec l'Opposition nous l'avaient laissé valoir
pour jeudi prochain le 20, ils me disent que c'est absolument
impossible. Ce sera au plus tôt, à la prochaine séance de
l'Assemblée, le délai leur permettant de le faire mardi le 25
mars. Dès que je l'aurai, je le déposerai, enfin, non pas moi,
j'imagine que ce sera le ministre d'Etat à la Réforme
électorale mais, peu importe, quelqu'un le déposera, si ce n'est
pas vous, M. le Président je pense même que c'est à
vous de le faire mardi, le 25 mars, ici.
Dans les cinq jours, conformément à la loi, nous
organiserons le débat de cinq heures. C'est ce sur quoi nous nous
entendrons, en dehors de cette Chambre, dans une rencontre entre leaders,
demain. Nous tiendrons compte du fait qu'au plus tard dans les dix jours
suivants il est évident que ce n'est même pas dix jours
dans le cas présent parce que le 31 est à sept jours du 24 et du
25 la commission devra faire rapport. Bref, ce que je proposerai demain,
c'est que nous nous entendions pour fixer soit au mercredi, soit au jeudi qui
suit le dépôt de ce cahier le débat en Chambre on
s'entendra demain afin de donner deux ou trois jours à la
commission avant le lundi 31 mars pour qu'elle puisse, si elle le
désire, tenir compte de ce qui aura été exprimé ici
au cours du débat. Mais, en ce sens, nous serons tout à fait
fidèles à la loi qui dit qu'au plus tard le dixième jour,
la commission établit la délimitation après ce
débat. Ce sera respecté.
M. Lavoie: M. le Président.
Le Président: M. le député de Laval.
M. Lavoie: Etant donné qu'il s'agit d'une question assez
importante puisque cela décide en somme des 110, 120, 125 - on ne le
sait pas, on verra prochaines circonscriptions électorales,
j'aurais peut-être une suggestion que le ministre responsable de la
Réforme électorale pourrait prendre en considération.
Lorsque la commission a siégé ici, j'ai eu l'occasion de
m'entretenir avec ses membres. Il y a des délais, le ministre se
souvient de la loi, il y a différentes étapes. A mon point de
vue, je crois même que le rapport qui est remis au président doit
aller à la commission parlementaire, l'article 28 de la loi, revenir au
président, être débattu dans les cinq jours, et dans
les
dix jours après, avant le 31 mars, le dépôt. Nous
avons discuté de cela avec le président de la commission, et
lui-même d'ailleurs, c'est enregistré au journal des
Débats a dit qu'il était vraiment embêté par
cela et qu'il avait d'ailleurs demandé une opinion juridique. Il en
avait demandé deux puisqu'il y avait un autre point qui n'était
pas clair, à savoir si la moyenne devait être de 32 000 ou de 34
000 électeurs. Il m'a dit en commission parlementaire qu'il avait
demandé deux opinions juridiques tellement il était
embêté par l'interprétation de la loi.
Ma suggestion est la suivante: Est-ce que le ministre, d'ici à
demain, ne pourrait pas entrer en contact avec le président de la
commission et faire une déclaration en Chambre, au
bénéfice de la population et des parlementaires, concernant le
contenu de ces opinions juridiques, pour savoir vraiment où on va
puisque cette carte doit entrer en vigueur le 31 mars, soit à peine dans
une vingtaine de jours? Est-ce que le ministre pourrait faire le point exact
demain sur les opinions juridiques qui ont été demandées
par la commission sur les deux points que j'ai mentionnés?
Le Président: M. le leader parlementaire du
gouvernement.
M. Charron: M. le Président, la question étant
adressée en vertu de l'article 34 et la période de questions
étant terminée, je prends avis de la question que pose le
député. Je m'entretiendrai avec mon collègue le ministre
d'Etat à la Réforme électorale là-dessus et lors de
la rencontre avec les leaders, dans la journée de demain, je pourrai
probablement donner les réponses que souhaitent le député
de Laval, le député de Bonaventure et le député de
Richmond. (16 h 10)
Le Président: M. le député de
Jean-Talon.
M. Rivest: M. le Président, en vertu de l'article 34. On
sait, M. le Président, que bien des choses vont devoir être mises
entre parenthèses à cause d'exercices
référendaires. Il en est une qui a fait l'objet de multiples
déclarations, autant du leader du gouvernement que du premier ministre
et du ministre de l'Education, en particulier. C'est l'annonce et surtout la
mise en oeuvre de la nouvelle politique du gouvernement du Québec au
sujet de l'enseignement privé. Ce que je veux savoir, c'est dans quelle
mesure la tenue du référendum, la saison estivale, enfin tout ce
qui peut survenir va permettre ou ne pas permettre la mise en oeuvre de cette
politique qui est attendue... d'abord, le dépôt en Chambre, bien
sûr, mais surtout sa mise en oeuvre qui est attendue depuis tellement de
temps par le milieu de l'enseignement privé.
M. Charron: Tout le monde sait que ce n'est pas l'article 34. Je
suggère seulement au député de Jean-Talon d'obtenir la
permission de son chef pour poser la question d'une façon
régulière la semaine prochaine.
M. Levesque (Bonaventure): M. le Président...
Le Président: M. le leader parlementaire de l'Opposition
officielle.
M. Levesque (Bonaventure): ... je voudrais inviter le leader
parlementaire du gouvernement à retenir la question que posait le
député de Jean-Talon en vertu de l'article 34: A quand le
dépôt à l'Assemblée nationale tel que promis? Cela
touche réellement les travaux de la Chambre et cela peut se poser en
vertu de l'article 34.
Le Président: M. le leader parlementaire du
gouvernement.
M. Charron: Je prends avis, M. le Président.
Le Président: J'appelle maintenant les affaires du jour.
Je rappelle, en quelque sorte, la motion du premier ministre et je crois que
l'ajournement du débat avait été sollicité et
obtenu par M. le député de Saint-Laurent, n'est-ce pas?
M. le député de Saint-Laurent, vous avez la parole.
M. Forget: J'aimerais céder mon droit de parole à
mon collègue de Laval.
M. Charron: Non, M. le Président, comme chacun le sait, le
député de Saint-Laurent n'a pas que demandé l'ajournement
comme l'a fait hier le député de Roberval. Il était en
plein cours d'intervention. Il a terminé son intervention. Je crois donc
que l'alternance vient de ce côté-ci maintenant. Nous aurons le
plaisir d'entendre le député de Laval un peu plus tard.
Le Président: M. le député de Saint-Laurent,
l'astuce était bonne, mais je pense que, dans des conditions pareilles,
ce serait créer un dangereux précédent.
M. Levesque (Bonaventure): M. le Président, vous
comprendrez que, lorsqu'on a seulement la moitié du temps de nos
adversaires, on fait ce qu'on peut.
Le Président: M. le ministre de l'Environnement.
Motion privilégiée relative à la
question
devant faire l'objet d'une consultation
populaire sur une nouvelle entente
avec le Canada
Reprise du débat M. Marcel Léger
M. Léger: M. le Président, je remercie d'abord les
électeurs de Lafontaine qui, en m'élisant en 1970 parmi les
premiers députés sous l'option souveraineté-association,
me permettent d'être leur porte-parole dans ce débat historique
aujourd'hui.
M. le Président, la question que le gouvernement pose aux
Québécois, c'est pour obtenir un
oui à un mandat de négocier une nouvelle entente
basée sur l'option souveraineté-association et fondée sur
le principe de l'égalité des peuples. Nous avons même
ajouté que tout changement de statut politique résultant de ces
négociations demanderait un autre référendum.
Mme la Présidente, la première fois que la question a
été débattue en Chambre, nous avons vu, après
l'intervention du premier ministre, l'intervention du chef du comité du
non qui a fait quelque chose de pas mal spécial et de pas mal nouveau.
Le chef des forces du non a décidé de proposer un amendement. Cet
amendement qu'il propose, c'est normal. Ce qui est un peu anormal, c'est qu'il
se propose lui-même de voter contre. C'est la première fois, je
pense, à ma connaissance, durant mes dix ans à l'Assemblée
nationale, que j'ai pu voir qu'une personne propose un amendement non pas pour
bonifier une proposition dans le but d'y adhérer, mais justement dans le
but de voter contre.
Qu'est-ce qui se passe, Mme la Présidente? On propose un
amendement dans le but d'obtenir un non des Québécois et
spécialement dans le but de modifier l'option et l'intention du
gouvernement dans la question originale.
On aurait espéré qu'un amendement du chef du Parti
libéral eût permis de présenter sa version, sa position,
pour ainsi voter pour et s'assurer que le reste du Québec vote pour sa
proposition, mais, M. le Président, on voit fort bien qu'il y a une
grande différence entre un intérêt et un idéal. Je
pense que, dans la proposition du chef de l'Opposition, on ne voit qu'un
intérêt bien précis, celui d'obtenir un non à tout
prix, parce qu'il est figé dans le ciment par sa réponse d'un non
avant même que la question ait été posée.
M. le Président, je pense que le chef de l'Opposition a
démontré que nous devrons, tous les Québécois,
regarder tous les intervenants durant cette campagne référendaire
et essayer d'analyser quelles sont les intentions derrière les tenants
du oui ou du non. Est-ce qu'on va voter oui ou non pour un idéal ou pour
un intérêt? Si c'est pour un intérêt, c'est normal
que des gens puissent voter non par intérêt, sauf qu'il s'agit de
savoir si l'intérêt de la personne qui propose le non, c'est
l'intérêt de tous les Québécois. Les
Québécois pourront juger du sérieux de l'intervention en
ayant analysé justement que si ce n'est pas pour l'intérêt
des Québécois, c'est normal qu'ils présentent des projets
pour le non, mais pas normal que des Québécois les suivent.
Mme la Présidente, dans la question, on dit bien que l'objectif
ou le principe, c'est justement l'égalité des peuples. Nous
sommes l'un de ces deux peuples; nous sommes les descendants des 65 000 colons
français qui sont restés après 1760 sur le bord du fleuve
Saint-Laurent et qui portaient à ce moment le nom de Canadiens; ils
étaient d'ailleurs les seuls à porter ce nom. Nous avons
décidé en 1760 de commencer un périple vers l'obtention du
destin collectif.
L'expérience collective de notre peuple se poursuit à
travers temps et espace, à la recherche de notre destin. Depuis 220 ans,
notre peuple cherche son chemin à travers mille obstacles. Ce chemin
qu'il cherche, il a eu des départs, des arrêts, des reculs, des
reprises, mais jamais, durant ces 220 années, nous n'avons pu avoir la
chance soit d'être consultés, soit de prendre nos propres
décisions. Au contraire, avant 1760, c'était Versailles qui
décidait pour nous; après 1760, c'était Londres qui
décidait pour nous; après 1867, c'est Ottawa qui décidait
pour nous. Moi, je dis qu'un oui, en 1980, va permettre que les
décisions se prennent à Québec, par les
Québécois, pour les Québécois.
Le problème majeur qu'on peut déceler, à travers ce
grand débat historique et à travers les interventions de tous les
intervenants, c'est une question de reconnaître notre propre
identité. Qui sommes-nous comme peuple? Quand on regarde les
étapes par où nous sommes passés, du terme de Canadiens
parce qu'il fallait se différencier des Anglais de
l'époque à une deuxième étape où on
s'est appelé Canadiens français parce que les autres
étaient maintenant les Canadiens anglais à une
troisième étape, qui est celle de Québécois, quand
on s'est aperçu que c'était sur le territoire du Québec
que se vivait nécessairement le destin des Québécois.
Ce problème d'identité a été tel que notre
peuple est devenu un peuple un peu spécial. Quand on se regarde, on se
demande: Est-ce qu'on est Québécois d'abord, ou si on est
Canadiens, ou est-ce qu'on est Français, ou est-ce qu'on est Anglais, ou
est-ce qu'on est Américains? On regarde tout cela, Mme la
Présidente, et c'est un problème majeur pour chaque individu de
notre peuple. (16 h 20)
D'ailleurs, on est de descendance française. On est aussi
dirigé par un système parlementaire britannique et on a une
façon de vivre américaine. C'est donc un peuple bien
spécial, les Français d'Amérique, comme les appelait M. de
Gaulle à son arrivée ici.
Mme la Présidente, il faut donc répondre à la
question d'abord en Québécois. On va arriver,
nécessairement, si la majorité des Québécois vote
pour le oui, à un changement de régime. C'est ça qu'on
désire, un régime qui nous convient. Mais ce régime,
ça va être le cinquième régime que nous aurons
vécu dans les 220 ans de notre histoire. La différence, c'est que
ce régime-là, c'est nous qui allons le décider en
négociant d'égal à égal avec le partenaire. Tandis
que, les quatre fois où nous avons changé de régime,
ça nous a été imposé de l'extérieur.
Permettez-moi, Mme la Présidente, pour bien des
Québécois qui regardent actuellement ce débat, de faire un
petit tour en arrière pour se rendre compte jusqu'à quel point
ça va être la première fois qu'on décide de notre
avenir. En 1760, quand les derniers bateaux français sont
retournés en France, il est resté ici 65 000 personnes qui ont
décidé d'être maîtres chez eux sur leurs terres et
qui ont subi les premiers affronts du conquérant, c'est-à-dire le
fameux serment du test. Tout le monde se rappelle le serment du test où
on obligeait celui qui voulait travailler dans l'administration publique de
renier sa religion, le pape et, en même temps, de travailler en anglais.
C'est pour cela qu'à un moment donné... Je
l'imagine un peu dans le passé, parce qu'on est dans une
période spéciale de changement de régime. J'imagine que
l'endroit où les Québécois se rencontraient,
c'était très souvent l'assemblée du dimanche matin, soit
à l'église, soit au magasin général, soit à
la salle paroissiale.
A un moment donné, en 1774, j'imagine qu'est arrivé un
événement bien important et, probablement, M. le curé, qui
venait de terminer son sermon, a dû dire à ses paroissiens: J'ai
une grande nouvelle à vous apprendre. Vous venez de changer de
régime pour la première fois. Ah! il y en a toujours un qui a
demandé: M. le curé, c'est quoi, le nouveau régime? C'est
maintenant l'Acte de Québec. Vous n'aurez plus à prêter le
serment du test. Il y en a un petit rusé dans le coin qui a dit: C'est
bon ça, mais, M. le curé, nous ont-ils consultés
là-dessus? M. le curé a dit: Voyons donc, c'est pour notre bien.
Ah! si c'est pour notre bien, on l'accepte. Mais on venait de courber
l'échine d'un cran. On venait d'accepter pour la première fois
que d'autres décident pour nous de notre destin. On s'est aperçu
que ce n'était pas uniquement pour notre bien, parce que deux ans plus
tard, en 1776, c'était l'indépendance des Etats-Unis. La raison
pour laquelle on nous accordait ces quelques gâteries, c'était
pour éviter que les Canadiens de l'époque soient
influencés par le courant d'indépendance de
l'Amérique.
Mme la Présidente, la deuxième fois, c'est arrivé
en 1791, probablement dans la salle où le maire recevait ses principaux
conseillers. Les gens sont venus voir M. le maire, qui avait une nouvelle
à annoncer. Le maire a dit: Mes chers amis, nous avons une nouvelle
extraordinaire; on vient de changer de régime pour la deuxième
fois. Alors, ils ont demandé: Qu'est-ce qui s'est passé? C'est
l'Acte constitutionnel qui vient d'être voté. Il a dit:
Dorénavant, vous allez pouvoir élire des députés.
Cela a été un applaudissement général. On venait
d'apprendre à faire des élections. Depuis ce temps, on a
élu des députés, sauf que ce qu'on a appris plus tard,
c'est que les députés étaient élus, mais n'avaient
pas le droit de faire des dépenses.
Donc, le budget était entre les mains du conquérant. Cela
n'a pas été très loin et, même quand un autre
rusé dans la salle a dit: M. le maire, est-ce qu'on nous a
consultés pour cela? Celui-ci a répondu: Mais voyons donc, c'est
pour votre bien. On a accepté une deuxième fois que d'autres
décident pour nous de notre destin. On sait ce qui s'est passé
lors des troubles de 1837. Est arrivée, en 1840, la troisième
occasion où on a changé de régime. Cela s'est probablement
passé dans une salle où les députés avaient
l'intention de présenter ce changement de régime et c'est
là qu'on a dit: Voici, vous avez changé de régime pour la
troisième fois. Vous avez maintenant l'Acte d'Union.
Alors, ils ont dit: Qu'est-ce que c'est? Mais le Bas-Canada, qui
comprenait environ 600 000 citoyens c'était le Québec
en grande majorité francophones, et le Haut-Canada, qui
représentait l'Ontario, à peu près 400 000 habitants, on
était un peu plus nombreux, je pense, 600 000 contre 400 000, et en plus
de cela, le Haut-Canada avait une dette de 1 200 000 louis, nous dit
l'histoire, alors que le Bas-Canada n'avait pratiquement pas de dette, on
n'avait pas le droit de dépenser, on n'avait pas de dette. C'est
là qu'on s'est aperçu que le Haut-Canada avait douze fois plus de
dettes que le Bas-Canada et que nous avions presque deux fois plus, une fois et
demie plus, de citoyens; on a dit: Vous aurez le même nombre de
députés. Ah! Bien plus que cela: Vous allez avoir la dette du
Haut-Canada, on va séparer cela moitié, moitié,
d'égal à égal. C'est pour cela que la devise du
Québec, c'est "Je me souviens".
Mais dans ce temps, Mme la Présidente, on était
majoritaire, donc c'était justement égal à égal,
cela convenait; aujourd'hui, quand on est minoritaire, cela ne convient plus.
C'est peut-être que quand on était majoritaire, c'était le
conquérant qui était le "boss" et quand on est devenu
minoritaire, c'est la démocratie qui est arrivée.
Il est arrivé une quatrième occasion où on a
changé de régime, c'est au moment où, justement en 1867,
on nous appris qu'on avait une nouvelle Confédération. On a dit:
Voici les quatre provinces du temps: Québec, Ontario, Nouvelle-Ecosse et
Nouveau-Brunswick; ensemble, on va former un beau grand pays. C'est là
qu'est venue la grande ambiguïté. C'est que les deux, les
Canadiens-français et les Canadiens-anglais ont compris deux choses
différentes en signant le même papier. Les Canadiens-anglais
avaient compris que cela permettait d'avoir un beau grand pays anglophone, avec
une province québécoise bilingue et non pas française,
pour s'assurer que les Canadiens-anglais se retrouvent chez eux partout. C'est
pour cela le slogan: "One Canada", l'unité canadienne. C'est entendu,
ils sont chez eux partout, ils peuvent parler anglais partout, même au
Québec. Sauf que les Québécois, les francophones, ne
peuvent pas se sentir chez eux partout, à moins de parler la langue de
l'autre; tandis qu'au Québec, peuvent se sentir chez nous, même
les anglophones.
Mme la Présidente, pire que cela, on voulait tellement s'assurer
que c'est un pays anglais qu'on faisait avec la Confédération,
qu'on avait réservé une douzaine de comtés comme Shefford,
Mégantic, Brome, Argenteuil, pour permettre justement que ces
comtés ne changent jamais la délimitation pour protéger la
majorité anglophone dans ces comtés du Québec. On avait
mal compris. Les Canadiens-anglais voulaient avoir un Canada "from coast to
coast" alors que les Québécois voulaient avoir un Canada
côte à côte.
C'est pour cela, Mme la Présidente, étant donné que
je ne peux pas aller plus loin, on aurait tellement de choses à dire,
que l'on peut dire souvent: Aujourd'hui, nous avons un décision à
prendre.
Des Voix: Consentement, consentement.
M. Léger: Les Québécois doivent se prononcer
sur un oui au référendum, pourquoi? Parce qu'ils doivent avoir la
possibilité de négocier d'égal à égal une
souveraineté-association.
On me demande parfois d'expliquer: La souveraineté-association,
êtes-vous capable d'expliquer cela en deux minutes? On me dit qu'il me
reste deux minutes. Je vais essayer de le dire; cela aurait été
moins compliqué si j'avais pu avoir plus de temps, mais je vais le
simplifier, Mme la Présidente.
Des Voix: Consentement, consentement.
M. Léger: Je vais simplifier en deux minutes. Il y a un
exemple: Au Canada, il y a deux nations: les Canadiens-anglais et les
Canadiens-français. Ces deux nations ont des choses en commun mais elles
ont aussi des choses différentes. Ce qu'elles ont de différent,
au lieu de se nuire, elles devraient être souveraines pour s'administrer
selon leurs différences. Ce qu'elles ont en commun, elles devraient le
mettre ensemble pour s'associer, spécialement la partie
économique.
D'ailleurs, ma mère avait bien compris cela quand j'étais
jeune. Le samedi, tous les enfants venaient chez ma mère qui gardait une
quinzaine d'enfants dont les parents allaient ailleurs, travailler ou faire du
magasinage. Ma mère disait: Allez donc jouer dans la cour, en
arrière. Les enfants se préparaient à aller jouer mais ce
n'était pas long que la chicane prenait, parce qu'il y avait des Anglais
et des Français. Les Anglais voulaient jouer au football alors que les
Français voulaient jouer au drapeau. Ce n'était pas le même
jeu, ce n'étaient pas les mêmes objectifs. Ma mère disait:
Ecoutez, plutôt que de vous chicaner, les anglophones, voilà un
ballon, allez jouer dans cette cour; les francophones, voici, il y a des lignes
dans l'autre cour, allez jouer chacun de votre bord. Toute la matinée,
tout le monde était heureux; chacun était maître de son
destin, de sport ou de jeu. Même quand le ballon passait pardessus, on
leur remettait, on s'amusait ensemble. Pendant ce temps, ma mère,
à l'occasion du dîner, disait: Bien, cela a peut-être bien
du bon sens, les enfants doivent avoir faim, on va leur préparer un
lunch. A ce moment-là, elle prenait des sandwiches que chacun avait
apportés, en plus de ce qu'elle faisait comme dessert, et elle
préparait une grande table et disait aux enfants: "Come and get it",
venez manger! Chacun venait s'asseoir autour de la même table.
C'était une association économique. (16 h 30)
Madam President, I would like to say a word to my Anglo Quebecers fellow
citizens. It is well known that if you read or listen to English or French
media, the English media of Québec to not give you the adequate and
objective information that you are entitled to, therefore preventing you from
fully participating in the present referendum debate. The Québec
anglophones as well as the Québec francophones have the same motives to
say yes. As long as our economic control is elsewhere, the decisions shall be
taken by others, at the detriment of the Québec enterprises and so often
for the Ontario benefit. But say yes to Québec and, once Québec
detains the reins of power, it will directly help the Québec enterprises
in which you are directly implicated.
Mme la Présidente, j'aimerais conclure en disant qu'actuellement
nous savons que chaque Québécois a en lui une flamme qu'il a
reçue de ses ancêtres. Cette flamme existe chez les six millions
de Québécois. J'admets que, pour certains, la chandelle n'est pas
forte, mais elle est encore là quand même. Il est important de
savoir que ce que nos ancêtres nous ont donné comme
héritage se projette dans l'avenir et que ce que nos ancêtres nous
ont laissé comme projet prend racine dans le passé. Si nous avons
reçu de nos ancêtres un projet et qu'on nous a légué
un peuple, notre devoir aujourd'hui est de dire oui et lui donner une
patrie.
Des Voix: Bravo!
La Vice-Présidente: M. le député de Laval,
ensuite, M. le ministre du Loisir, de la Chasse et de la Pêche.
M. Jean-Noël Lavoie
M. Lavoie: Mme la Présidente, je suis heureux de voir
l'évolution qui se déroule dans ce débat.
J'ai remarqué que l'attaque soutenue de l'Opposition,
amorcée par notre chef sur la formulation complexe de la question, a
porté ses fruits. Les interventions gouvernementales les plus
récentes, notamment celles des députés de Chauveau, de
Joliette-Montcalm et du Lac-Saint-Jean, ainsi que du ministre des Transports et
du ministre des Affaires sociales, sont d'une teinte beaucoup plus
indépendantiste que les premières interventions. Le mot
"association" qu'on retrouvait régulièrement dans les
premières interventions s'estompe de plus en plus et l'usage du mot
"souveraineté" se multiplie.
Les vraies intentions du gouvernement prennent le dessus. Des
méchantes langues pourraient dire que le naturel revient au galop. Nous
ne pouvons pas, par contre, Mme la Présidente, nous satisfaire d'une
victoire partielle. Je continuerai, avec mes collègues et appuyé
par 54% de mes concitoyens, à exiger du premier ministre une formulation
claire, nette et précise de la question sur le fond du problème,
en conformité avec les engagements du gouvernement, à savoir: Le
gouvernement du Québec a fait connaître dans son livre blanc son
projet d'un nouveau régime politique du Québec. En
conséquence, pensez-vous que le Québec devrait devenir un Etat
souverain? Dans l'affirmative, pensez-vous qu'un Québec souverain
devrait rechercher, par voie de négociation, une association
économique avec le reste du Canada? C'est la question et la seule
question qui devrait être posée aux Québécois.
Enfin, Mme la Présidente, nous en sommes arrivés à ce
débat prétendument historique après avoir
été témoins pendant près de douze ans du
cheminement tortueux, laborieux et savamment orchestré du Parti
québécois.
En préparant mes notes, j'ai revu l'historique de ce cheminement.
Octobre 1968, fondation du Parti québécois par le regroupement
tous et
uniquement des souverainistes des mouvements MSA, RIN et RN.
Programme de 1969 du Parti québécois où on précise
certaines étapes qui seront franchies vers l'accession à la
souveraineté. Au plan extérieur, l'accession à la
souveraineté passerait par la reconnaissance des autres Etats et par
l'admission à l'ONU.
Programme de 1970: "Un gouvernement pé-quiste mettrait
immédiatement en branle le processus de sécession sans aucun
recours à l'élec-torat." Affirmation de M. Parizeau à
l'époque: "Le Québec est entré dans la
Confédération sans référendum et se retirera de la
Confédération sans référendum." Je m'explique plus
facilement son humeur du 21 décembre dernier lors du dépôt
de la question prévoyant un deuxième référendum,
alors que, déjà, en 1970, il était contre tout
référendum.
Programme du Parti québécois de 1973-1974. Pour la
première fois, la notion du référendum apparaît non
pas pour permettre à la population de décider de
l'indépendance, ce qui demeurait alors lié uniquement à
l'élection d'un gouvernement péquiste, mais uniquement pour se
prononcer sur le contenu d'une constitution du Québec
indépendant, sur la forme de son gouvernement et sur les institutions du
nouvel Etat québécois.
Continuons. Campagne électorale de 1973. La campagne du PQ est
axée sur le thème de l'indépendance politique. On se
souvient, en 1973, du budget de l'an I d'un Québec indépendant.
Congrès de 1974. Le PQ consacre dans son programme l'idée de
tenir un référendum dans le cas où il lui faudrait
procéder unilatéralement à l'indépendance. M.
René Lévesque ajoutait un peu plus tard, que "le
côté viscéral des convictions des péquistes
était reconcilié avec les calculs nécessaires de la
stratégie aussi bien que du sens démocratique." Il ajoutait
à une autre occasion: "II est, pour nous péquistes, fondamental
de faire l'indépendance. Tous, nous sommes littéralement
rivés à cet objectif et il nous faut donc continuer à
convaincre la population de la nécessité de
l'indépendance, mais on ne la fera pas avant d'être convaincus que
les gens la veulent."
Campagne électorale de 1976. L'accent est mis sur l'objectif du
bon gouvernement et, quant à l'accession à l'indépendance,
lorsque cette question se posait, M. René Lévesque
répondait: "On est indépendantistes et on va le demeurer et cette
question de l'indépendance sera réglée par une question
précise que nous poserons aux Québécois." Est-ce qu'on
veut prétendre que la question présentement en discussion est
vraiment cette question précise que le premier ministre s'était
engagé à soumettre à la population? Je vous ferai
grâce, Mme la Présidente, de la conférence de janvier 1977
devant l'Economic Club de New York.
Par la suite, on assiste au débat du Conseil national du Parti
québécois sur les termes à employer et on raie du
vocabulaire péquiste le mot "indépendance" pour le remplacer par
le mot "souveraineté" qui est bien moins compris par la population.
Une Voix: C'est pareil.
M. Lavoie: En octobre 1978, l'incident du trait d'union; la
souveraineté-association avec ou sans trait d'union. Elle doit se faire
concurremment. Puis, quelques jours après, la souveraineté est
essentielle et l'association souhaitable.
Le livre blanc conclut à un mandat de réaliser la
souveraineté-association. Par contre, un mois et demi plus tard,
à la suite d'un supersondage gouvernemental défrayé par
les fonds publics, on dépose une question qui prévoit uniquement
un mandat de négocier la souveraineté-association. On n'est pas
à une contradiction près, Mme la Présidente. A la suite du
dépôt du livre blanc, voici la réponse du premier ministre
à la question du journaliste Bazay: "I do not see why we should have any
kind of a second referendum in any foreseeable future for a reason I gave
before, if the answer is positive and we do get the mandate, etc.",
réponse d'ailleurs confirmée par le premier ministre lors de
l'émission L'enjeu. Je le cite: "Si on a un mandat de négocier,
je ne vois pas pourquoi, en cours de route, on reconsulterait à
nouveau." (16 h 40)
Pourtant, de nouveau, pour endormir le bon peuple, on retrouve, suite
aux sondages, l'idée dans la question d'un second
référendum. D'ailleurs, la mémorable exhortation du
moraliste, Doris Lussier, qui, dès la fondation du MSA, a vécu
lui-même tout ce cheminement à l'effet que le seul moyen de
réaliser l'indépendance du Québec consiste à n'en
pas parler, cette exhortation apporte un éclairage intéressant au
dossier.
Dans ce long déroulement de contorsions et de contradictions, qui
dit vrai? L'inconditionnel René Lévesque, chef du parti
indépendantiste, ou le modéré René Lévesque,
premier ministre qui, sous ses airs calculés de bon enfant, tente
d'amadouer les Québécois? Je vous demande qui dit vrai. Devant
une telle intrigue politique, il n'y a pas d'autre conclusion que celle d'un
éditorialiste du Soleil qui écrivait déjà, le 9
novembre 1978, je le cite: "S'il y a quelque chose ce n'est pas une
attaque d'un libéral, c'est un éditorialiste du Soleil de
pourri dans la stratégie péquiste, c'est son manque de franchise.
Un parti ne passe pas huit ans à grimper patiemment jusqu'au pouvoir
pour se donner ensuite trois ans de tortueuses réflexions avant de
décider quel mandat il sollicitera du peuple. Cette hésitation
sent le calcul, trahit le doute, présage de sinueuses pirouettes".
Vous conviendrez avec moi, Mme la Présidente, que la tâche
n'a pas été facile pour l'Opposition de tenter, jour après
jour depuis l'élection de novembre 1976, par des questions et des
motions, de faire tomber les masques, de faire connaître les vrais
desseins indépendantistes et, il faut le dire, séparatistes du
gouvernement. Un journaliste du magazine Le Point, dans l'édition du 11
février, posait au premier ministre la question: "Pourquoi demandez-vous
au peuple Québécois la simple permission de négocier avec
Ottawa? Ne serait-il
pas plus honnête cette accusation ne vient pas encore d'un
libéral, elle vient d'un journaliste français de lui
demander s'il est ou non pour l'indépendance?" Réponse du premier
ministre: "On aurait pu, bien sûr, poser aux gens une question
suffisamment brutale pour être sûr de perdre mais nous ne sommes
pas complètement idiots". Cette réponse nous donne l'impression,
à nous de l'Opposition, d'avoir réussi notre opération
même si nous avons eu affaire, tout au long du débat, à un
témoin joliment hostile.
Cet exercice a aussi été épuisant et
énervant à subir pour tout un peuple: Ce peuple est patient et
déçu de cette tentative de manipulation de la part de son
gouvernement surtout lorsque ce dernier, confiné dans son
élitisme intellectuel, fait montre d'une opinion aussi piètre de
l'intelligence des gens. Le gouvernement semble oublier que ces mêmes
gens ont écouté dans la même semaine l'appel calme et
rassurant d'un premier ministre se prétendant non partisan. Ils ont
aussi écouté et compris, les propos du numéro deux du
gouvernement, le ministre des Finances, tenus à peine deux jours plus
tard. Je cite: "Devant la montée des aspirations souverainistes, on
cherche à affirmer les avantages de vivre au Canada mais la conviction
n'est plus ce qu'elle était". Je continue, ce sont les propos de M.
Parizeau, jeudi dernier: "De la patrie, on va passer au pays. On a fini par
nous convaincre qu'on pourrait à la fois être indépendants
et mieux vivre. C'est sur la souveraineté que non pas un consensus mais
au moins une majorité doit se dégager. Quant à moi, cette
question est une marche de plus sur cet escalier qui nous rapproche petit
à petit de l'objectif et, enfin, cette sorte de persistance que je
partage avec tant de gens au Québec me laisse profondément
convaincu que notre vieille patrie n'est plus loin d'être notre nouveau
pays".
Mme la Présidente, nos concitoyens sont un peu fatigués de
cette représentation qui se prête beaucoup plus à une
mascarade où certains acteurs jouent, à l'occasion,
masqués et d'autres, sous un très léger maquillage.
La population n'est pas dupe de cette imposture, surtout qu'elle n'est
pas tellement subtile, cette imposture. Elle est grosse, cette imposture. Il y
a longtemps que la majorité des Québécois a compris votre
manoeuvre. Son jugement est fait et elle ne demande qu'à le prononcer.
D'ailleurs, le faible taux d'indécis lors des récents sondages
confirme cette opinion et le phénomène de rejet qu'a subi le
Parti québécois, lors des sept dernières élections
partielles, en est un témoignage assez éloquent.
Mme la Présidente, que se dégage-t-il de ce que j'ai
déjà qualifié de "funambulisme" cons-titutionel? Une chose
est sûre et certaine. Ce que le gouvernement péquiste
considère comme essentiel, c'est l'accession du Québec à
la souveraineté, à l'indépendance, coûte que
coûte, à savoir un nouveau pays reconnu comme tel à l'ONU.
Secondairement, ce nouveau pays signerait des traités harmonieux et
fraternels, vous savez, avec un Canada séparé en deux parties
dont quatre provinces se trouveraient à l'Est et cinq autres provinces
à l'Ouest de ce nouveau pays, le Québec.
C'est ce qu'on nomme tout bonnement l'association. Soyons
réalistes et posons-nous une seule question: Le gouvernement
désire-t-il vraiment cette association avec le reste du Canada? J'en
doute fort, Mme la Présidente. Son comportement négatif depuis
1976, les déclarations de ses membres et en particulier celles du
premier ministre, et cela depuis son entrée en politique, à
l'adresse de tout ce qui est anglo-saxon, encore récemment, au
Lac-Saint-Jean, alors qu'il sollicitait un mandat pour forcer le reste du
Canada à négocier à genoux, n'indiquent certainement pas
une volonté de sa part d'en arriver à une association fructueuse.
Il faudrait vraiment un revirement psychologique majeur de l'équipe
gouvernementale, et je n'y crois pas, pour que ces jérémiades
fondées sur une interprétation biaisée du passé
s'estompent pour faire place à une ouverture d'esprit et à une
volonté de dialogue qu'elle n'a jamais pratiquées.
Mme la Présidente, je dois vous avouer que certains autres volets
de la stratégie péquiste m'agacent. Le mot
"honnêteté" est revenu treize fois hier dans le discours du
député de Joliette-Montcalm. Si vous saviez que
l'expérience m'a enseigné de redoubler de prudence avec un
interlocuteur qui répète constamment: Moi, je suis
honnête!
Mme la Présidente...
La Vice-Présidente: A l'ordre!
M. Lavoie: ... les termes "fierté" appliqué à eux
et "peur" affublé à leurs adversaires font également
partie de l'arsenal péquiste. L'expérience, également, m'a
enseigné que la fierté est un vêtement qu'on porte
discrètement sous la peau et qu'on n'a pas à publier. Quant aux
braves, à ceux qui ne sont pas envahis par la peur, ils ne se confinent
pas dans le passé uniquement comme vient de le faire le ministre de
l'Environnement. Ils ne se nourrissent pas uniquement de hargne et leur arme de
combat ne consiste pas à injurier ceux qui ne partagent pas leurs
idées.
Je n'ai pas l'impression que l'on fait preuve de fierté et de
bravoure lorsque, de la bouche du premier ministre, on traite de
colonisés, d'invertébrés et d'inféodés une
grande majorité de Québécois qui rejettent la thèse
péquiste. Il en est de même des attaques et insultes de Mme la
ministre d'Etat à la Condition féminine envers la majorité
des Québécoises qui n'achète pas la salade
péquiste.
Je voudrais vous livrer un dernier message qui n'est pourtant pas
inédit. L'histoire nous apprend que le nationalisme, si on le prend
comme une fin en soi, est détestable et dangereux. Pour avoir une
valeur, le nationalisme ne peut être qu'un moyen de défendre la
liberté, et la vraie liberté, c'est-à-dire la
liberté individuelle. Il y a trop d'exemples, que nos collègues
d'en face connaissent d'ailleurs et qu'ils n'aimeraient pas entendre citer,
où, sous le manteau en apparence parfois louable du nationalisme ou de
la sauvegarde d'intérêts collectifs, on a constaté la
disparition quasi totale des droits et libertés individuels.
Enfin, Mme la Présidente, j'aimerais inviter mes collègues
à réfléchir sur le commentaire
suivant d'Ernest Renan: "La nation ne se définit ni par la race
je répète La nation ne se définit ni par la
race, ni par la langue, ni par la religion, ni par la terre, elle est un
consentement mutuel de vivre ensemble. L'existence d'une nation est un
plébiscite de tous les jours, comme l'existence d'un individu est une
affirmation perpétuelle de la vie."
Mme la Présidente, ce débat se terminera dans quelques
jours. Si le gouvernement persiste dans sa décision de poser la fausse
question, je demeure convaincu que nos concitoyens y répondront par la
vraie réponse; ce sera non et ce non n'en déplaise
à nos amis d'en face sera vraiment québécois.
La Vice-Présidente: M. le ministre du Loisir, de la Chasse
et de la Pêche et député de Saguenay.
M. Lucien Lessard
M. Lessard: Mme la Présidente, c'est avec une très
grande fierté que j'interviens dans ce débat sur la question
référendaire, car ce débat est pour moi l'aboutissement de
20 ans de travail, de persévérance, de foi en l'avenir du
Québec, bien que ces 20 ans aient été quelquefois
marqués de certains moments de découragement. Mais, heureusement,
notre accession au pouvoir, le 15 novembre 1976, a constitué une
étape fondamentale pour le Québec et surtout pour les
Québécois et les Québécoises qui avaient ainsi,
pour la première fois, l'assurance de pouvoir prendre librement une
décision touchant leur avenir collectif.
Déjà, dès 1960, j'avais acquis la conviction
irrévocable que notre épanouissement comme peuple exigeait la
transformation du fédéralisme en une nouvelle association au sein
de laquelle le Québec, dans le cadre d'une union économique et
monétaire, jouirait, tout comme le Canada, de tous les pouvoirs inclus
dans la question soumise par le premier ministre, à savoir le plein
contrôle de nos impôts, le pouvoir exclusif de faire nos lois et
celui d'établir librement nos relations extérieures avec les
autres.
C'est donc avec beaucoup d'émotion que je participe au
débat sur cette question que nous soumettons à l'approbation des
citoyens du Québec, car elle ouvre d'immenses perspectives aux
Québécois et aux Québécoises.
Mme la Présidente, cette question, telle que
déposée, nous pose le plus grand défi de toute notre
histoire, si courte soit-elle par rapport aux grandes nations du monde, mais si
remplie du courage des grands Québécois et des grandes
Québécoises que nous avons connus et qui n'ont cessé de
défendre leur langue, leurs traditions, leur culture et leurs
institutions.
Mais, aujourd'hui, en analysant la question qui fait l'objet du
présent débat, qui ne peut prendre conscience que c'est tout
notre avenir collectif qui est en jeu, notre avenir culturel, social et
économique?
Cependant, ce qui rend cette question encore plus importante, c'est que,
pour la première fois, ce ne seront pas des politiciens qui
décideront du sort du Québec, comme par le passé, ce ne
seront pas non plus d'autres gouvernements, mais tout un peuple qui se
lèvera pour prendre en main ses destinées et dire oui à
son avenir. Ce peuple, il pourra nous indiquer ce qu'il veut, ce qu'il
désire, ce à quoi il aspire, c'est-à-dire vivre en
association avec les autres, en bons voisins, dans une nouvelle entente
renégociée d'égal à égal.
Essentiellement, cela veut dire que les deux partenaires, le
Québec comme le Canada, définiront ensemble les rapports qui les
uniront, conservant pour notre part tous les pouvoirs nécessaires au
développement de notre personnalité propre et maintenant les
liens essentiels avec le reste du Canada, liens qui nous sont dictés par
l'histoire, mais aussi par nos intérêts politiques et
économiques réciproques.
Mme la Présidente, à ma fierté de participer
à ce débat s'ajoute une certaine crainte. Car, tel que nous
l'écrivions dans le livre blanc sur la souveraineté-association:
"Dans l'histoire des peuples, comme dans la vie des individus, surviennent des
moments décisifs." Rien de plus naturel. Vivre, en effet, c'est choisir
et il n'y a pas de progrès sans action, sans effort, sans changement.
Pour progresser, il faut évoluer, en relevant avec succès les
défis qu'apporte le temps. Ces moments décisifs sont rares, il
est vrai. Heureusement, pourrait-on dire, car ils s'accompagnent presque
toujours d'une certaine angoisse; même quand le chemin nouveau qui
s'offre au carrefour est bien plus prometteur que l'ancien, d'instinct l'on est
d'ordinaire porté à en exagérer les embûches.
Naturellement, la peur du changement fait chercher des attraits
inédits aux vieux sentiers sans horizon. Mais, pour réussir, il
faut surmonter la crainte. S'il fallait donc que notre peuple oublie son
passé, oublie toutes les luttes incessantes qu'il a dû livrer sur
cette terre d'Amérique, s'il fallait qu'il oublie tous ses grands chefs
politiques, que ce soit Papineau, Lafontaine ou, plus près de nous, les
Mercier, Duplessis, Lesage et Johnson et dont les revendications sans cesse
exprimées nous conduisent logiquement vers l'acceptation de la seule
démarche possible que propose le gouvernement du Québec aux
Québécois et aux Québécoises, s'il fallait que les
Québécois et les Québécoises oublient ce
passé, cela nous ramènerait très loin en arrière.
Cela détruirait tout ce que nous avons patiemment bâti pour nous
sentir chez nous, car ce que nous avons toujours voulu, c'est d'être
d'abord Québécois.
Comme le soulignait déjà M. René Lévesque
dans Option Québec en 1967, ce que cela veut dire d'abord et avant tout
et, au besoin, exclusivement, c'est que nous sommes attachés à ce
seul coin du monde où nous puissions être pleinement
nous-mêmes, ce Québec, qui, nous le sentons bien, est le seul
endroit où il nous soit possible d'être vraiment chez nous. La
question qui nous est posée consiste donc à savoir si enfin nous
voulons être les premiers chez nous ou éternellement les
deuxièmes dans l'ensemble fédéral.
Allons-nous refuser cette chance de dire oui à notre avenir?
Allons-nous rater cette chance de répondre enfin au Canada anglais que
notre respect de son existence ne peut aller jusqu'à nier notre
identité? Que signifie-t-elle, cette question? Loin d'être
frauduleuse, tel que tentent de le faire croire nos adversaires, elle est
claire et précise. Elle est trop claire, en tout cas, pour les partisans
du non, car ils tentent par tous les moyens d'apporter amendement sur
amendement afin de mélanger la population. Voyons ensemble ce qu'elle
contient; elle exprime d'abord la volonté d'en arriver avec le reste du
Canada à une nouvelle entente, fondée sur le principe de
l'égalité des peuples, principe reconnu par toutes les nations du
monde. C'est pourtant si simple. Avez-vous déjà vu, Mme la
Présidente, une équipe de hockey accepter de jouer toutes ses
parties à un contre cinq? Pourtant, depuis 113 ans, nous jouons à
un contre dix, soit un gouvernement face à dix gouvernements. Dans de
telles règles, comment se surprendre que nous perdions presque tout le
temps? C'est ce que le livre beige du Parti libéral du Québec
voudrait confirmer une fois pour toutes en nous imposant la règle 25%
contre 75%. Quant à nous, nous ne l'acceptons plus. Nous voulons
redéfinir les règles du jeu et jouer un vis-à-vis d'un.
N'est-ce pas clair, Mme la Présidente? (17 heures)
Mais l'égalité des peuples veut aussi dire le pouvoir
exclusif de faire nos lois, à notre image et à notre
ressemblance, car être nous-mêmes, c'est essentiellement maintenir
et développer une personnalité qui dure depuis plus de quatre
siècles. Au coeur de cette personnalité, se trouve le fait que
nous parlons français et nous ne voulons plus qu'une loi adoptée
majoritairement, en Chambre, par des députés élus
démocratiquement par tous les Québécois et
Québécoises, dont les objectifs étaient de rendre le
Québec aussi français que l'Ontario est anglais, nous ne voulons
plus que cette loi soit foulée aux pieds par une décision
judiciaire dictée par une constitution à la fois injuste et
désuète.
Mais l'égalité veut dire aussi le pouvoir de
contrôler tous nos impôts pour assurer notre développement
économique et déterminer ensemble nos priorités.
Voulons-nous, comme Québécois et comme Québécoises,
revivre l'humiliation que nous avons subie lors de ce que nous pouvons appeler
l'affaire de la taxe de vente, alors que le Québec a dû se
résoudre à perdre $300 millions, parce qu'il avait voulu choisir
ses priorités et répondre aux besoins essentiels des citoyens et
des citoyennes du Québec au lieu de répondre aux besoins de
l'Ontario. Cela nous pourrons toujours le revivre avec le livre beige de M.
Ryan, car c'est un retour en arrière de tout ce que nous avons
réclamé dans le passé.
Egalité veut dire encore le contrôle de nos relations
extérieures, comme d'autres peuples plus petits que le nôtre, la
Suède, la Norvège, la Suisse et combien d'autres; nous voulons
nous ouvrir au monde, nous voulons participer aux grandes discussions
internationales, nous voulons être libres de communiquer avec qui l'on
veut, sans entrave, sans ingérence du gouvernement
fédéral, que ce soit dans les secteurs économiques,
politiques ou culturels. Voilà la souveraineté, le contrôle
de nos taxes, le contrôle de nos lois, le contrôle de nos relations
extérieures.
En même temps, nous ne voulons pas mettre fin à nos
relations, quelquefois difficiles mais réciproquement désirables
par l'un comme par l'autre, avec le reste du Canada. Nous voulons maintenir ce
marché commun économique qui nous permettra ces échanges
réciproques entre voisins, en relation avec nos intérêts
communs. Ce n'est pas une brisure que nous voulons, c'est un nouveau contrat
que nous offrons au reste du Canada. Mais, cette fois, d'égal à
égal, entre deux peuples qui se respectent. C'est cela
l'association.
Je voudrais faire miens ces propos qui résument toute notre
démarche de la souveraineté-association et j'espère que le
député de Prévost va demeurer pour les entendre: "Devenons
associés et partenaires au lieu de nous inventer des raisons
légales pour demeurer rivaux et ennemis." Ou, encore, ceux-ci: "Nous
réclamons une égalité qui ne repose pas sur la
mathématique du nombre, mais sur le respect d'un style d'aide, d'une
seconde philosophie politique. Dans cette optique, nous sommes conscients de
rallier à la terre Québec le meilleur de nous-mêmes, de nos
talents, de nos ambitions, de nos ressources." L'auteur de ce texte est nulle
autre que Mme Solange Chaput-Rolland, dans un livre écrit en 1968,
intitulé "Québec, année zéro".
J'aurais voulu qu'elle demeure pour écouter les autres citations
que je ferai. Pourtant, il y a quelques jours, le député
libéral de Prévost, Mme Solange Chaput-Rolland, n'hésitait
pas à déclarer ce qui suit: La notion d'égal à
égal, pour séduisante qu'elle soit au plan philosophique et
moral, ne correspond pas à la dimension démographique et
réelle de ce pays formé de deux sociétés
inégales par le nombre et la force économique.
C'est encore Mme Solange Chaput-Rolland qui nous invitait, en 1968,
à départisaner le débat constitutionnel qui s'engageait
déjà, comme nous tentons de le faire actuellement, lorsqu'elle
écrivait, dans le même volume: "Nous devons renforcer la position
du gouvernement du Québec, le soutenir quelle que soit notre option
politique, et l'investir de l'autorité voulue pour parler au nom de la
seconde majorité ethnique, car ajoutait-elle c'est au
Québec, par le Québec, avec des politiciens
québécois que nous négocierons cette
égalité."
Oui, Mme Solange Chaput-Rolland, nous devrons répondre oui
à la question comme vous nous l'aviez déjà indiqué
honnêtement en 1968, alors que vous n'étiez pas
encarcannée, car, comme vous, à la suite d'un long voyage que
vous aviez fait à travers le Canada, un an avant le centenaire de la
Confédération canadienne, nous avons compris, et je vous cite: "A
cause de ce long voyage, je sais aujourd'hui de façon définitive
que dans la conjoncture actuelle de notre vie nationale, mon pays, ce n'est pas
et ce ne sera
jamais le Canada." Mme Solange Chaput-Rolland...
Des Voix: Bravo!
M. Lessard: ... comment concilier ces paroles avec celles du
député libéral de Prévost qui déclarait,
jeudi dernier, à l'Assemblée nationale: "J'ai un pays, le Canada
et j'ai une patrie, le Québec." Vous ayant lue en 1967 et en 1968, je
dois vous dire que vous m'avez fortement influencé et je vous en suis
très reconnaissant. Je suis convaincu, d'ailleurs, que derrière
le rideau, vous voterez oui, et je suis convaincu que plusieurs de ma
génération voteront oui à la question parce qu'ils vous
ont lue.
Permettez-moi, en conclusion, de citer cette dernière phrase de
Mme Solange Chaput-Rolland de retour d'un grand voyage dans l'ensemble du
Canada. Elle disait ceci: "J'ai honnêtement cherché un
dénominateur commun entre Canadiens de langues française et
anglaise et je ne l'ai pas trouvé. En conséquence, je reviens
à la terre Québec, plus Québécoise que Canadienne
française parce que j'ai appris durement, douloureusement et
définitivement que pour demeurer fidèle à la ligne
profonde de mon passé, de mon présent et de tout ce qui compose
mon être de langue et de culture françaises, je dois vivre au
Québec dans un pays qui, un jour, deviendra peut-être mon
pays."
Une Voix: C'est beau, cela!
M. Lessard: C'est ce pays dont nous offrons aux
Québécois et aux Québécoises un projet
précis en leur demandant de dire oui, mais en leur donnant la garantie
absolue qu'ils pourront en examiner et en approuver tous les contours et, en
même temps, tous les espoirs illimités avant que le changement ne
soit effectué définitivement.
Donc, Mme la Présidente, j'espère que le
député de Prévost pourra relire les deux volumes
Québec année zéro et Mon pays, Québec ou le Canada,
et elle votera oui comme les autres à la question qui est
posée.
Des Voix: Bravo!
Le Vice-Président: M. le député
d'Abitibi-Est. M. Jean-Paul Bordeleau
M. Bordeleau: M. le Président, avant d'entrer dans le vif
du sujet qui nous concerne, je voudrais profiter de cette occasion qui est la
première qui m'est donnée pour souligner à cette
Assemblée que mes concitoyens et mes concitoyennes de
l'Abitibi-Témiscamingue peuvent maintenant nous prendre à partir
de Radio-Québec. En effet, l'Abiti-bi et une bonne partie du
Témiscamingue, depuis le 18 janvier dernier, peuvent prendre les ondes
de Radio-Québec. Je voudrais particulièrement rendre hommage au
ministre des Communications actuel et en particulier au député de
Chauveau, qui était son prédécesseur et qui a le premier
reconnu cette priorité d'installer les antennes de Radio-Québec
en Abitibi-Témiscamingue.
Des Voix: Bravo!
M. Bordeleau: Malheureusement, je ne peux pas en dire autant de
Radio-Canada qui, encore aujourd'hui, n'est présent en
Abitibi-Témiscamingue que par un poste affilié qui monopolise le
reste des ondes, en plus des postes anglais, bien sûr. (17 h 10)
La question qui est actuellement devant nous et qui fait l'objet du
présent débat doit être discutée et adoptée
avec ou sans amendements par les parlementaires de cette Assemblée.
Cette question vise à accorder au gouvernement du Québec le
mandat de négocier l'entente proposée entre le Québec et
le Canada. Cette entente permettrait au Québec d'acquérir le
pouvoir exclusif de faire ses lois, de percevoir ses impôts et
d'établir ses relations extérieures, ce qui constitue la
souveraineté, et, en même temps de maintenir avec le Canada une
association économique qui comporte l'utilisation de la même
monnaie. Tout changement de statut politique qui résulte de ces
négociations sera soumis à la population par
référendum.
Ce que la question implique donc, c'est un mandat de négocier une
nouvelle entente. Ce n'est donc pas un mandat de faire ou de réaliser la
souveraineté politique. Pour moi, il ne fait aucun doute: la question
est claire et parfaitement honnête.
Pourquoi vouloir négocier une nouvelle entente? Parce que, dans
le vieux régime fédéral actuel c'est
particulièrement le cas pour le secteur économique les
grandes politiques nationales "from coast to coast" qui nous viennent d'Ottawa
ne servent pas la plupart du temps les intérêts des
Québécois. Elles nous ont coûté et continuent de
nous coûter encore aujourd'hui des milliers de "jobs" et des millions de
dollars en investissements.
On ne pourra pas m'accuser, du côté de l'Opposition,
d'être dans les nuages, parce que je voudrais plutôt descendre sous
terre et traiter du domaine minier. Dans ce secteur particulier, la
réputation du Québec n'est plus à faire. Neuvième
plus important producteur mondial dans le secteur des mines, notre sous-sol
recèle d'innombrables richesses. Ne mentionnons, pour faire le tour
rapidement, que le fer de la Côte-Nord, l'or, le cuivre et le zinc de
l'Abitibi, le cuivre de la Gaspésie et l'amiante de l'Estrie.
Mais permettez-moi de m'attarder plus particulièrement à
ma région qui est l'Abitibi-Témiscamingue; il est inutile
d'insister sur le fait que l'industrie minière y est très
importante. En plus de ses immenses richesses minérales, l'Abitibi a
maintes fois démontré qu'elle possédait aussi une
main-d'oeuvre fort qualifiée dans le domaine. On dit des Abitibiens que
ce sont des gens qui ont du coeur à l'ouvrage. Accrochés à
ce coin de pays
qu'ils ont eux-mêmes défriché, les gens de chez nous
le connaissent bien et y tiennent beaucoup. Ils sont tous, dans les faits ou
dans l'âme, des prospecteurs qui grattent le sol pour en découvrir
les richesses.
Plusieurs exemples mériteraient d'être mentionnés,
mais je voudrais prendre simplement un cas qui est celui de M. Aimé
Doyon, de la région de Rouyn. Vous n'en avez peut-être pas entendu
parler, mais cela constitue maintenant la mine Doyon, mieux connue sous le nom
de Silverstack. M. Doyon, dans ses moments de loisirs, allait gratter le sol
et, finalement, il trouva un gisement qui est maintenant le plus riche de la
région, un gisement de 4 millions de tonnes d'or, et qui est en
exploitation chez nous, à Cadillac, depuis le 28 février dernier
et ce, grâce à la Société québécoise
d'exploration minière, soit SOQUEM, qui s'est associée,
d'égal à égal, messieurs et mesdames, avec des capitaux
ontariens pour entreprendre l'exploitation de ce gisement.
Il y aurait également le cas de M. Ferderber qui
découvrait, il y a quelques années, un gisement très riche
d'or qui est aujourd'hui la mine Belmoral. Pour revenir à la mine Doyon,
ce qu'il est intéressant de mentionner, c'est qu'elle a
été d'abord découverte par un Québécois,
exploitée par des Québécois et mise en valeur par des
Québécois. On sent maintenant que les gens de chez nous veulent
de plus en plus prendre une part importante au développement minier et
ne se contentent plus d'être des mineurs, mais veulent devenir aussi des
propriétaires.
Des Voix: Bravol
Une Voix: De l'initiative.
M. Bordeleau: La compagnie SOQUEM, de 1975 à 1978, a
investi au-delà de $30 millions uniquement en exploration minière
et ce, en très grande partie dans ma région de
l'Abitibi-Témiscamingue. Les résultats n'ont pas tardé.
Qu'on pense plus particulièrement aux mines Louvem, Seleine, Doyon,
Niobec et à d'autres encore, à de nombreuses
propriétés minières intéressantes à
développer.
Cependant, nous disposons, dans ce domaine, de très peu d'outils
d'intervention. D'une part, les décisions prises par les
propriétaires de ces entreprises qui sont massivement
étrangères vont très souvent à l'encontre des
intérêts québécois. De plus, les interventions
fédérales ont, jusqu'à présent, fait en sorte de
maintenir le Québec à l'état de vendeur de matières
brutes. L'absence d'interventions fédérales face à la
non-transformation, par exemple, de l'amiante, en est un très bel
exemple.
J'arriverai bientôt avec des exemples précis. Dans ma
région, probablement plus qu'ailleurs, nous subissons les avaries du
fédéralisme rentable mais rentable pour les autres. Un exemple
très précis: En 1975, la Texas Gulf, une compagnie
contrôlée par la Canadian Corporation Development on en a
parlé hier en cette Chambre qui est propriété du
gouvernement fédéral mais dont, j'imagine, nous sommes aussi
copropriétaires à environ 25%, décidait, avec l'aide du
gouvernement ontarien, de mettre en chantier un projet d'affinerie-fonderie
ce qu'on appelle plus communément un "smelter" en langage courant
d'une capacité de 120 000 tonnes de métal à
Timmins, Ontario, qui est situé à 140 milles de Rouyn-Noranda
où il existe déjà une usine de "smeltage" qui usine le
minerai de cuivre de l'Ontario.
Ce projet, rendu possible grâce à l'intervention du
gouvernement ontarien avec la CDC, a accordé à cette compagnie
une allocation de traitement très avantageuse de manière à
s'assurer que cette fonderie s'installerait bien dans le nord de l'Ontario et
non pas au Québec, bien sûr, où il y en avait
déjà une. Pourquoi en Ontario? C'est très difficile
à expliquer. Les tribunaux fédéraux n'ont pas
trouvé cette façon de procéder inconstitutionnelle ou
anormale. Pourtant, quand il s'agit de l'amiante, par exemple, on ne se
gêne pas de ce côté-là. C'est ça, M. le
Président, le système actuel, un système
démodé qui fonctionne inégalement sur un
côté. C'est pour cela qu'on veut justement négocier une
nouvelle entente.
Mais, pour revenir à cet exemple précis, cette
réalisation, grâce aux deniers d'Ottawa et du gouvernement
ontarien, va provoquer chez nous une dégradation très importante
de la situation et du nombre d'emplois parce que actuellement, si on prend
l'année 1980, 56% du métal qui est usiné à la
fonderie de Noranda provient du nord de l'Ontario. Alors, qu'est-ce qui arrive
maintenant si le métal du nord de l'Ontario demeure en Ontario? Vous
allez voir. Cela veut dire que notre "smelter" de Noranda devient non rentable
parce qu'il perd la moitié de son approvisionnement, et s'il n'est plus
rentable, il va fermer comme toutes les usines de "smeltage" ferment quand
elles deviennent non rentables.
Au niveau des emplois, l'usine de "smeltage" de Rouyn-Noranda
représente 950 emplois; au niveau des fournisseurs, c'est 350 emplois;
au niveau de l'industrie de services, ça représente 520 emplois,
ce qui fait un total de 1820 emplois pour une réalisation, payée
en partie par nos impôts, qui se fera en Ontario, qui nous avantagera
encore du côté du chômage.
Mais, ce n'est pas tout. Cela, c'est directement relié à
la région de l'Abitibi-Témiscamingue, secteur de Rouyn-Noranda,
mais cela a aussi des répercussions à Montréal et à
Québec. Par exemple, la division CCR de Noranda, soit la Canadian Copper
Refiner de Montréal, verrait également sa production diminuer de
moitié. Encore là, si on réduit la production, on finit
par fermer l'usine. Je vous parlais de 1820 emplois, mais la compagnie Noranda
elle-même écrivait, dans un mémoire présenté
en février dernier je la cite au texte: "On estime qu'au minimum
environ 4000 emplois seraient touchés au Québec et tout
probablement que ce chiffre serait largement dépassé, et plus de
8000 emplois pourraient être mis en cause." C'est la Noranda qui dit
cela, ce n'est pas moi qui l'ai
inventé. J'imagine, M. le chef des "nonistes", comme dirait mon
collègue d'Arthabaska, que c'est cela que vous appelez du
fédéralisme rentable.
Dans votre livre beige, vous ne proposez strictement rien de ce
côté. Au contraire, vous encouragez même le
fédéral à intervenir par des politiques nationales.
Prenons pour exemple celle de l'électricité. Le
développement de la Baie James, qui est essentiellement dans mon
comté d'Abitibi-Est, a coûté aux Québécois
$15 milliards et a été payé au complet par de l'argent
québécois; pas un sou ne nous vient du fédéral dans
ce cas. Cette proposition insensée de votre livre beige, soit la
proposition 21,5, reviendrait à dire aux Québécois, par
rapport à leur électricité et ce, très longtemps
après que le pétrole de l'Alberta aura fini de couler dans les
tuyaux: Ecoutez, on va se servir de votre richesse naturelle qui est
l'électricité la seule maintenant disponible aux Canadiens
que vous avez payée vous-mêmes, on va uniformiser les prix
dans tout le Canada et, comme vous avez les taux les plus bas au Québec
actuellement, on va augmenter votre part d'à peu près $600
millions, de sorte que, si on ramène cela à un foyer
québécois, cela lui coûterait $500 de plus en frais
d'électricité, en moyenne, par année. Je pense qu'il n'y a
pas un Québécois qui est prêt à accepter cela, M. le
chef de l'Opposition. (17 h 20)
Revenons au cas de la fonderie de Noranda, parce que c'est un cas
très intéressant. En tout cas, pour ma région, cela l'est.
Si les députés de Montréal ne sont pas
intéressés, je sais que les gens qui m'écoutent
actuellement le sont. Il y a des choses encore plus aberrantes. Prenons
l'exemple de la fonderie de Noranda.
Etant donné que l'on ne pourra plus avoir accès au minerai
du nord de l'Ontario, on devra chercher de l'approvisionnement ailleurs, parce
que le gouvernement du Québec devra s'organiser pour qu'autant que
possible, l'usine de "smeltage" de Noranda ne ferme pas. On va chercher de
l'approvisionnement ailleurs; où va-t-on aller en chercher? Où il
y a du minerai. C'est au Manitoba et en Colombie-Britannique. Saviez-vous
quelque chose? Les tarifs pour transporter ce minerai de l'Ouest du Canada,
cela coûte moins cher de prendre du minerai de la Colombie-Britannique et
du Manitoba et de l'expédier au Japon ou en Europe que de le prendre de
ces mêmes endroits et de l'amener au Québec. C'est la tarification
faite par Transports Canada. Ce qui ne nous aidera pas non plus à
approvisionner notre usine. C'est encore du fédéralisme non
rentable.
Pour revenir à la question dont nous discutons, M. le
Président, si on m'en laisse la chance, la nouvelle entente qu'on
propose comme nécessaire et qui est demandée depuis très
longtemps par une très grande majorité de
Québécois, et aussi par des gouvernements antérieurs dont
vous faisiez partie, M. le député de Laurier, viendra
créer un nouvel équilibre entre le Québec et le
Canada.
Le Québec utilisera alors ces avantages qui lui sont propres pour
établir des relations normales avec les partenaires sans devoir toujours
surmonter les barrières imposées par le fédéral et
qui faussent actuellement le jeu au profit du reste du Canada. Il ne s'agit pas
de tout réinventer. Il s'agit simplement de renforcer les
échanges économiques qui existent déjà, et il en
existe un certain nombre. On voudrait simplement que ce soit bien
équilibré.
Comme exemple, nous vendons déjà une bonne partie de
l'électricité à l'Ontario. Nous vendons également
du fer à l'Ontario et nous achetons, en retour, certains autres
produits. N'eût été de l'ingérence
fédérale, nous pourrions encore acheter du cuivre brut de
l'Ontario et le raffiner chez nous, chose qui ne sera plus possible,
malheureusement.
Connaissant leurs besoins et leur potentiel, les
Québécois, je pense, sont sans contredit ceux qui sont le plus en
mesure de décider de ce qui doit être fait pour leur
développement. Quand ils disposeront de tous leurs outils normaux, les
Québécois pourront définir à leur guise et ce, dans
leur intérêt, les actions qu'ils veulent entreprendre pour
revaloriser leur situation économique.
Pour récupérer ces outils normaux indispensables à
un bon développement, je pense, M. le Président, qu'il faut,
à ce moment-ci, que les Québécois et les
Québécoises posent un geste de solidarité qui les
amènera, bien sûr, à dire oui à la question dont
nous discutons. A cet égard, je voudrais vous ramener à un
exemple de ma région, l'Abitibi-Témiscamingue. C'est bien
sûr la région la plus jeune, mais c'est aussi une des plus riches
du Québec en ressources. C'est aussi une région qui a
été, à l'occasion, ou bien oubliée, ou bien mal
développée, parce que souvent les décisions venaient de
l'extérieur, il y avait un manque de consultation avec les gens du
milieu, et ainsi de suite. Un peu, finalement, comme le Québec l'est
dans la Confédération canadienne actuelle.
Pour ne citer qu'un exemple, que les gens de chez nous vont encore
là très bien comprendre, je veux parler du rapport
Côté-Duvieusart qui a été commandé par
l'OPDQ, justement sous le gouvernement précédent. Ce rapport en
arrivait à conclure qu'on devait fermer, en
Abitibi-Témiscamingue, une vingtaine de paroisses agricoles. Les
Abitibiens n'ont pas accepté cela. Les agriculteurs, les
commerçants, les gens des chambres de commerce, mais oui, tous les gens
ont oublié, à cette occasion, qu'ils étaient
créditistes, libéraux, péquistes ou autres et ils ont
combattu ce rapport de toutes leurs forces, côte à côte,
coude à coude. Finalement, ils ont réussi. Leurs paroisses sont
demeurées ouvertes et elles vivent très bien aujourd'hui.
L'Abitibi-Témiscamingue est devenue l'une des régions les plus
progressives du Québec. D'ailleurs, on mérite maintenant
d'être mentionné par le ministre d'Etat au Développement
économique, ce qui réjouit, bien sûr, les gens de ma
région.
Mais les secteurs, chez nous, où ça fonctionne bien, ce
sont justement les secteurs où les gens de la région se sont pris
en main et ont décidé de rapailler leurs outils ensemble et de
les utiliser à fond. Ils n'ont pas attendu les développeurs
de l'extérieur et je pense que les Québécois,
à cette image, doivent répondre également la même
chose, ils ne doivent pas non plus attendre plus des développeurs
d'Ottawa, mais bien reprendre tous leurs outils.
La première étape à cette prise en main, M. le
Président, c'est de répondre un oui massif à cette
question, un oui qui donnera au gouvernement des Québécois un
mandat clair pour aller négocier une nouvelle entente basée sur
l'égalité des peuples. Cette nouvelle entente nous permettra
d'accéder à la souveraineté, tout en maintenant avec le
reste du Canada une association économique. C'est là la seule
façon logique, je pense, d'assurer l'avenir de notre peuple. Merci.
M. Saint-Germain: M. le Président.
Le Vice-Président: M. le député de
Jacques-Cartier.
M. Noël Saint-Germain
M. Saint-Germain: M. le Président, en tant que
Québécois et Canadiens, nous jouissons de libertés et de
droits individuels qui font l'envie d'une multitude d'étrangers,
même de civilisations les plus avancées.
Cette situation privilégiée fait le prestige du Canada en
politique étrangère et elle est une source de bien-être et
de joie de vivre. Cette liberté nous a permis de modifier
profondément et sans heurts l'échelle de valeurs de cette
province et de faire ce bond spectaculaire au point de vue économique,
social et culturel depuis les quelque 20 dernières années.
Cette liberté, M. le Président, nous permet, en tout
respect l'un pour l'autre, de discuter ici même en cette Chambre de la
démolition de ce pays et de nos institutions actuelles.
Il est curieux de constater que dans ce débat, personne du
côté gouvernemental, n'ait mentionné que le Canada nous a
assuré ce droit à la liberté pourtant fondamental et,
à moins qu'il n'y ait de profonds bouleversements dans notre
société, il n'y a aucune raison de croire qu'il puisse être
compromis.
J'ai écouté attentivement le premier ministre nous dire
que la souveraineté est un aboutissement normal pour tout peuple
évolué. Il aurait dû ajouter, pour aller au fond des
choses, que, pour bien des peuples, cette souveraineté a
été acquise à coups d'énormes sacrifices et que,
malheureusement, celle-ci s'est souvent faite et maintenue au détriment
des droits individuels les plus sacrés des citoyens, qui avaient cru que
l'indépendance de la nation était synonyme de libertés et
de droits individuels. Parmi cette multitude de nations qui, depuis la
dernière guerre mondiale, ont accédé à la
souveraineté, bien peu ont un dossier enviable en matière de
respect des droits et libertés et aucune n'a atteint à ce haut
respect du citoyen qu'on connaît ici au Canada.
Avant de songer à détruire nos institutions, il est sage
de s'arrêter un moment à l'effet négatif que la
souveraineté pourrait nous apporter à cet égard. Il y a
tout de même une chose que l'on peut affirmer sans crainte d'erreur,
c'est que, sous une nouvelle république française en
Amérique du Nord, les libertés individuelles ne sauraient
être mieux respectées que sous le régime actuel.
Toute personne ayant siégé en cette Chambre a pu mesurer,
en certaines circonstances, combien pouvaient être fragiles nos
institutions démocratiques, et pourtant celles-ci sont le fruit d'une
longue tradition. Détruire d'un coup les institutions canadiennes, nos
tribunaux judiciaires, pour créer de toutes pièces une nouvelle
constitution, de nouveaux tribunaux, une armée, voilà qui
comporte bien des risques que tout homme public responsable se doit d'estimer
à leur juste valeur.
J'ai écouté attentivement le premier ministre
énumérer les succès obtenus par les
Québécois au point de vue culturel, social et économique;
j'ai aussi entendu le ministre des Consommateurs, Coopératives et
Institutions financières dire en cette Chambre que les
Québécois avaient les épargnes et les moyens financiers
pour accéder à la souveraineté sans inconvénients
dramatiques pour eux. Si je ne m'abuse, il a estimé ces épargnes
à $100 milliards. Mais tous les deux ont omis de dire que ces
succès et ce développement ont été accomplis sous
un régime fédéral, même si la majorité de nos
concitoyens considère que le régime actuel est trop
centralisé. (17 h 30)
Je puis affirmer, M. le Président, qu'on prévoit en ce
pays, et relativement à court terme, une décentralisation
administrative qui est exigée par plusieurs provinces, outre le
Québec. L'évolution actuelle du Canada exige de sérieux
amendements à la Constitution canadienne à court et à
moyen terme. Ces amendements seront certainement appréciés par
les Québécois, le moment venu.
Actuellement, l'avenir de tout jeune Québécois est rempli
de promesses et son futur champ d'activité comme citoyen n'est pas
limité à la seule province de Québec, mais s'étend
à tout un pays qui est presque un continent et qui abonde de richesses
naturelles à peine exploitées. Peu de jeunes dans notre monde
moderne peuvent commencer leur vie sous de si bons auspices.
Pour revenir à l'exposé du ministre des Consommateurs,
Coopératives et Institutions financières, j'ai été
estomaqué par la faiblesse de son argumentation. Il a voulu prouver que
puisqu'un pays aussi petit que la Suisse au point de vue géographique et
au point de vue de sa population pouvait vivre si richement, même
dépourvu de richesses naturelles, pourquoi en serait-il autrement du
Québec? Il a cependant omis de mentionner que les Suisses ont, du point
de vue industriel et financier, une tradition qui date de plusieurs
siècles, alors que nous, Québécois, nous débutons
à peine. Il a oublié de plus c'est impardonnable
qu'il y a en Suisse quatre langues officielles et que tous ces gens vivent
à l'intérieur d'un système de gouvernement
fédéral de même type que celui qu'on veut détruire.
Il a omis de dire que les
Suisses, jouissant d'un des niveaux de vie les plus élevés
au monde ont, depuis belle lurette, les moyens financiers de se diviser en
Etats de langues allemande, française, italienne et romanche, et n'ont
jamais jugé à propos de le faire. On est en droit de se demander
si une Suisse divisée en autant d'Etats aurait été aussi
prospère, aussi libre et aurait atteint un niveau de vie et un
degré de civilisation aussi élevés.
De plus, la Suisse a su conserver les richesses culturelles des groupes
ethniques qui la composent. Nos amis d'en face ont la fâcheuse habitude
d'attribuer à notre système fédéral toutes les
difficultés qu'ont connues les francophones dans leur
développement. Ils aiment à nous laisser croire que les
Québécois se sont toujours donné des dirigeants sans
failles et sans faiblesses.
Pourtant, il y a un domaine où nous avons toujours pu agir en
toute liberté d'action, c'est le domaine de l'éducation.
Cependant, nous avons un ministère de l'Education qui date d'à
peine quinze ans et qui est le fruit de la révolution tranquille et du
Parti libéral. Que de temps avons-nous mis à moderniser et
à démocratiser un système qui avait, certes, ses
qualités, mais qui était réservé à
l'élite et inadapté aux besoins modernes? Combien de
générations de fils d'ouvriers, de fils de cultivateurs, de fils
de petits commerçants avons-nous sacrifiés par ce retard à
démocratiser nos services éducationnels? Pourtant, nous avions
les mains libres pour agir en ce domaine et nous avons mis si longtemps
à le faire. Voilà un retard dont nous avons payé le prix
et qui n'est certainement pas dû au gouvernement
fédéral.
Aujourd'hui, où nos jeunes sont formés et commencent
à détenir des postes clés dans tous les domaines, on veut
rétrécir leurs champs d'activité. Au nom de quels
principes hypothéquer leur avenir en les obligeant à se replier
sur eux-mêmes?
Si les 20 dernières années ont été
marquées par l'évolution du Québec, elles ont aussi
marqué l'évolution de l'ensemble de ce pays. J'écoutais
à la télévision, ces jours derniers, le premier ministre
du Canada, M. Trudeau, déclarer qu'il y avait treize
représentants du Québec au cabinet, lui-même inclus, et
qu'il était normal qu'il en soit ainsi vu le résultat du vote. Il
y a 20 ans, il aurait été absolument impensable qu'un premier
ministre canadien, de surcroît francophone, fasse une telle
déclaration sans s'attirer de violentes réactions de certaines
parties du pays. Pourtant, cette déclaration a été
acceptée comme étant normale et logique.
Laisser entendre, comme le font nos amis d'en face, que la culture
française au Canada n'est pas actuellement en progrès
accéléré, est fausser la vérité. Ils peuvent
être assurés que les Québécois et les Canadiens
francophones ne se laisseront pas leurrer d'une façon aussi simpliste.
Les Canadiens francophones ont atteint une maturité sociale, une
maturité politique qui assurent à la culture française au
Québec et au Canada un avenir prometteur.
Le gouvernement répète sans cesse, sans aucune
étude et sans aucune preuve à l'appui, que la souveraineté
nous donnera plus de "bargaining power". Voilà une affirmation tout
à fait gratuite et à laquelle je ne souscris pas. Essayons
d'imaginer une situation pratique actuellement. Le ministre
fédéral de l'Energie, M. Lalonde, est un Québécois.
A titre de ministre, il aura des discussions très serrées et
très vigoureuses avec M. Lougheed, de l'Alberta. Voilà deux
hommes autoritaires, énergiques, qui s'engageront dans une dure
négociation. Si on n'arrive pas à une entente, on agira
d'autorité. Nous, du Québec, sommes assurés de nos
approvisionnements en pétrole à un prix inférieur au
marché mondial.
Maintenant, imaginons la même situation avec, comme interlocuteur
de M. Lougheed, le président de la république du Québec.
Quels seront les moyens de pression du président du Québec pour
amener M. Lougheed à courber l'échine? On peut facilement
imaginer qu'il aura à peu près le même succès que
lorsque le premier ministre de Terre-Neuve vient demander au gouvernement du
Québec et à Hydro-Québec de modifier le contrat qui permet
d'acheter l'énergie électrique des chutes Churchill pour des
décades à venir à un prix, avouons-le, tout à fait
ridicule au prix d'aujourd'hui.
La visite du premier ministre de Terre-Neuve n'empêche pas le
premier ministre du Québec et les citoyens du Québec de dormir.
Voilà ce qui en est du mythe du "bargaining power" entretenu par nos
amis d'en face.
La vérité, M. le Président, c'est que le
gouvernement sait parfaitement, après les sondages
répétés qu'il a faits, à même les fonds
publics ou autrement, que la population du Québec n'accepte pas la
séparation: Sa prise de position dans le passé et les
séparatistes inconditionnels qui forment la base de sa clientèle
l'obligent à un référendum qu'il doit gagner à tout
prix pour satisfaire sa soif du pouvoir; de là l'ambiguïté
de la question.
Cette ambiguïté date d'ailleurs de la campagne
électorale de 1976 où les stratèges péquistes ont
tout fait pour escamoter l'option séparatiste; poursuivant dans cette
veine électoralement malhonnête, le gouvernement nous arrive
aujourd'hui avec une question insidieuse qui lui permet d'affirmer qu'un oui
serait un moyen de pression sur le reste du Canada. Comme le passé est
garant de l'avenir, on peut aujourd'hui être assuré que le
gouvernement, le lendemain du référendum, s'empressera
d'interpréter les résultats selon ses propres
intérêts politiques. La population du Québec perd ainsi une
occasion unique de faire clairement connaître sa volonté.
Si le gouvernement avait eu le courage et l'honnêteté
politique de poser une de ces questions claires et précises, cela aurait
permis aux Québécois de négocier fermement avec Ottawa et
les autres provinces, et le pays entier aurait été
sensibilisé aux demandes du Québec. Cette question
constitutionnelle étant éclaircie, nos gouvernements respectifs
auraient pu alors s'attaquer
aux autres problèmes cruciaux auxquels ils ont à faire
face. La population du Québec jugera sévèrement et avec
rigueur le gouvernement péquiste responsable de cette tromperie.
Dans ces circonstances, le seul choix qu'il me reste est de voter non,
non à la manipulation, non à la malhonnêteté
politique, non à tous les artifices démagogiques et non au
séparatisme. (17 h 40)
Le Vice-Président: M. le député de
Limoilou.
M. Raymond Gravel
M. Gravel: M. le Président, c'est un grand honneur pour
moi de participer à ce débat historique pour l'avenir de notre
peuple. Je répondrai oui à la question posée par le
premier ministre pour respecter la voie tracée par mes ancêtres et
pour assurer un avenir prospère à mes enfants.
La démarche du gouvernement du Québec, telle qu'inscrite
dans la question avec la proposition d'une nouvelle entente d'égal
à égal avec le Canada, s'inscrit dans le cadre de la proposition
traditionnelle du Québec sur le partage des pouvoirs. L'une des
revendications québécoises que l'on peut qualifier ici de
traditionnelle concerne le domaine de la sécurité sociale. En
effet, depuis le début du siècle, la position historique du
Québec à ce sujet reste la même. Il n'est pas superflu de
rappeler ici que, depuis Alexandre Taschereau en 1920, aucun premier ministre,
aucun ministre responsable, aucune commission d'enquête sur le sujet ne
s'est abstenu de revendiquer la priorité constitutionnelle aux provinces
en matière de sécurité sociale et, dans cette optique, la
continuité historique est exemplaire mais, malheureusement, on ne peut
que s'étonner des propositions sur la sécurité sociale
contenues dans le livre beige de M. Claude Ryan.
Ces propositions constitutionnelles non seulement laissent tomber cette
demande fondamentale du Québec, c'est-à-dire la priorité
constitutionnelle des provinces en matière de sécurité
sociale, mais elles adoptent carrément la proposition
fédérale d'égalité absolue entre les deux ordres de
gouvernement, proposition fédérale que faut-il le
souligner? M. Ryan dénonçait avec la dernière
vigueur en 1971 lors de la conférence de Victoria. Cette volte-face
incompréhensible vient briser la ligne de pensée que le
Québec a toujours maintenue dans ce domaine face aux prétentions
fédérales. Je pense qu'il n'est pas superflu de préciser
ici que la priorité constitutionnelle en matière de
sécurité sociale est primordiale pour nous,
Québécois. Dans le cadre du système fédéral
actuel, le Québec, depuis des générations, fait la
même demande à Ottawa. Ottawa nous l'a toujours refusée et
la conclusion à tirer de tout cela, c'est que seul un oui à la
question formulée par le gouvernement du Québec donnerait au
gouvernement québécois le pouvoir de négociation
nécessaire pour régler ce dossier.
M. le Président, comme syndicaliste, j'ai vite appris qu'il
fallait donner un mandat de négocier à nos représentants
si on voulait obtenir quelque chose. Quant à moi, je pense que dire oui
à la nouvelle entente Québec-Canada, telle que proposée
par notre gouvernement, c'est dire oui une fois pour toutes à ce dossier
important de la sécurité sociale, car il est important de
rappeler ici que cette question de la sécurité sociale est
primordiale pour nous, Québécois. En effet, il existe un lien
étroit entre l'identité d'une nation et son système
social.
C'est la commission Tremblay sur les problèmes constitutionnels
qui disait, dans son rapport, en 1956: "On ne saurait concevoir une culture
particulière continuant de vivre et de produire des fruits dans un cadre
social étranger à son génie." Fin de la citation. De plus,
je considère que, pour être pleinement efficace, une politique de
sécurité sociale doit être cohérente et
intégrée. Encore là, un lien étroit existe entre
l'aide sociale, les allocations familiales, le supplément au revenu de
travail, le salaire minimum, la sécurité de vieillesse et le
régime de retraite. Vouloir maintenir un système à deux
paliers de décision comme le prévoit le livre beige de Claude
Ryan, c'est accepter la confusion, l'anarchie dans un domaine où c'est
le contraire qui doit être recherché.
Je voudrais prendre quelques instants ici pour citer M. Claude
Castonguay qui, après avoir présidé une commission
d'enquête sur le sujet, est devenu, par la suite, ministre des Affaires
sociales dans le gouvernement libéral de Robert Bourassa. Comme dans le
cas de la commission Tremblay, en 1956, je n'ai pas besoin de vous rappeler que
la commission Castonguay-Nepveu insistait, dans une tranche de son rapport, en
1971, pour que le Québec réalise un système de
sécurité de revenu bien à lui.
Voici donc ce que disait M. Castonguay en janvier 1971, lors de la
conférence fédérale-provinciale des ministres du Bien-Etre
social à Ottawa: "Conscient de la réalité sociologique et
culturelle particulière que présente le Québec et de la
nécessité de la formulation et de la mise en oeuvre d'une
politique sociale globale et intégrée qui en tienne compte, le
gouvernement du Québec croit que la politique sociale présente un
caractère d'unicité qui s'accommode mal d'un chevauchement de
juridictions risquant d'engendrer la poursuite d'objectifs différents et
même contradictoires." M. Castonguay poursuivait en ajoutant: "Par
politique sociale, le gouvernement du Québec entend l'ensemble des
politiques dans chacun des domaines suivants: sécurité du revenu,
main-d'oeuvre y compris la formation professionnelle et centres de
main-d'oeuvre, services sociaux y compris ceux qui sont reliés à
l'administration de la justice, services de santé y compris des mesures
de financement telles que l'assurance-hospitali-sation et l'assurance-maladie,
habitation et loisirs." Fin de la citation.
Quelques mois plus tard, en juin 1971, eut lieu la fameuse
conférence de Victoria. Le Québec revenait avec les mêmes
demandes, c'est-à-dire la priorité constitutionnelle en
matière de sécurité sociale. Nous savons ce qu'il arriva.
Ottawa refusa. Québec refusa, à son tour, d'accepter la charte
proposée par Ottawa et c'est ce même M. Ryan, alors
éditorialiste du Devoir à l'époque, qui s'empressa de
féliciter M. Bourassa, allant même jusqu'à écrire
que ce refus était non seulement
celui du gouvernement du Québec, mais aussi celui de tout le
peuple québécois. Voilà donc ce qu'était la
position de Claude Ryan lors de cette fameuse conférence
constitutionnelle de Victoria, position qui allait tout naturellement dans le
sens des revendications traditionnelles du Québec.
Encore plus près de nous, lorsque l'actuel député
de Saint-Laurent, M. Claude Forget, était ministre des Affaires sociales
sous le mandat de Robert Bourassa, il avait repris à son compte cette
position traditionnelle du Québec, notamment lorsqu'il s'est agi
d'établir les besoins ordinaires de l'aide sociale en tenant compte des
allocations familiales. M. Forget reconnaissait alors la
nécessité du Québec d'avoir une politique de
sécurité sociale cohérente et intégrée.
Malheureusement, on ne retrouve plus cette demande dans le livre beige. C'est
pourquoi le livre beige constitue un recul à ce point de vue et cela est
inacceptable, à mes yeux.
Les partisans du non de Claude Ryan sont-ils prêts à
attendre l'éternité? Je les avertis tout de suite que
l'éternité, c'est long, surtout vers la fin. Les
Québécois ne peuvent plus se permettre de laisser les pouvoirs
actuels de leur gouvernement diminuer tandis que ceux du gouvernement central
sont confirmés et même renforcés. Que ce soit au point de
vue social ou, encore, sur le plan économique ou culturel, les
Québécois ne peuvent plus se payer le luxe de vivre dans un
système où leurs priorités sont constamment
ignorées. Pour les Québécois, dire oui à la
proposition d'une nouvelle entente d'égal à égal de leur
gouvernement, cela ne signifie qu'une seule chose: C'est dire oui aux
revendications traditionnelles du Québec.
Je termine, M. le Président, en disant ceci: Notre population
constitue pour le Québec son principal atout. Nous sommes un peuple
jeune, chaleureux, dynamique; nous sommes aussi capables d'imagination et de
savoir-faire. Nous sommes plus que capables de déterminer
nous-mêmes notre propre développement social afin de mieux
répondre à nos propres aspirations. C'est d'abord en
nous-mêmes que nous trouverons les ressources, la fierté et le
dynamisme nécessaires pour améliorer notre qualité de vie
et pour donner à chaque Québécois une chance plus
égale de faire sa place au soleil. Merci. (17 h 50)
Le Vice-Président: M. le député de
Kamouraska-Témiscouata.
M. Léonard Lévesque
M. Lévesque (Kamouraska-Témiscouata):
Merci, M. le Président. Moi aussi, comme mes collègues, je
voudrais prendre ces quelques minutes qui restent à cette journée
de débat pour parler de la question qui apparaît au feuilleton de
cette Chambre. J'ai cru m'apercevoir, par les interventions des
députés de l'Opposition, qu'il va falloir le
répéter et la répéter, je pense, de minute en
minute, de jour en jour d'ici au référendum. Je pense qu'ils ne
l'ont pas comprise. En entendant les discours des députés de
Bellechasse, de Portneuf, du chef de l'Opposition, je pense, comme je le disais
tout à l'heure, qu'il faut absolument relire attentivement la question
qui est posée.
Vous savez comme moi que le gouvernement, en novembre, a
déposé un projet de livre blanc sur la
souveraineté-association. A la fin de la session, en décembre,
une question a été déposée par le premier ministre
du Québec, qui se lit comme suit: "Le gouvernement du Québec a
fait connaître sa proposition d'en arriver, avec le reste du Canada,
à une nouvelle entente fondée sur le principe de
l'égalité des peuples. Cette entente permettrait au Québec
d'acquérir le pouvoir exclusif de faire ses lois, de percevoir ses
impôts et d'établir ses relations extérieures, ce qui est
la souveraineté..."
Chacun des députés, ici dans cette Chambre, a eu
l'occasion de remarquer que, dans chacun de leurs comtés, il y a des
exemples frappants de gens qui ont décidé de se prendre en main.
Cela ne peut pas dire qu'ils sont séparés des autres
municipalités, qu'ils sont séparés du Québec. Ils
ont décidé de se prendre en main. Je vais vous citer quelques
exemples dans le domaine forestier. Il y a l'exemple que tout le monde
connaît, je pense, les députés près de
Québec, de l'est du Québec, c'est la cartonnerie de Cabano. Un
groupe d'individus était tanné de voir sortir le bois à
pleins camions pour être transformé un peu partout au
Québec et même à l'extérieur du Québec.
Ces gens ont décidé de prendre leurs choses en main, avec
beaucoup de misère et beaucoup de dialogue. Même, cela a
été beaucoup plus loin qu'une négociation parce qu'il y a
eu des camions qui ont été renversés, des ponts qui ont
sauté; ils étaient décidés à prendre leurs
choses en main. Aujourd'hui, on peut dire, et j'en suis fier pour les gens du
Témiscouata, que la cartonnerie fait travailler près de 200
personnes et ce ne sont pas des gens qui vivent de l'aide sociale et de
l'assurance-chômage. Ils travaillent et c'est payant pour le
gouvernement.
Dans le domaine du loisir, le même phénomène s'est
produit. Le ministre du Loisir, de la Chasse et de la Pêche pourrait
confirmer ce que je vais dire. Un groupe de citoyens ont décidé
de prendre les loisirs en main; des gens élus des municipalités
se sont regroupés et ont formé le CILT, le Centre intermunicipal
des loisirs de Témiscouata, pour former un groupe pour défendre
les intérêts des gens de Témiscouata dans le domaine du
loisir. Je pense là encore que, d'après les réactions du
ministre du Loisir, de la Chasse et de la Pêche la semaine
dernière dans mon comté, ils ont même fait un pas en avant
sur le livre blanc qui a été déposé par le
gouvernement. C'est une autre réalisation.
J'ai aussi, dans Kamouraska-Témiscouata, la carte d'une
coopérative d'aménagement des ressources du Témiscouata.
Il faut dire que les gens ont décidé, des paroisses qui devaient
fermer... Moi, je trouve cela beau, quand on peut leur donner des outils. Comme
le disait le député de Beauharnois, on possède
actuellement seulement
la moitié de notre coffre d'outils. Si on peut donner des outils.
Ils ont eu de l'aide des gouvernements, des deux paliers de gouvernement, mais
ils sont en train de faire des choses qu'on pourra citer dans cette Chambre
d'ici un an ou deux. Ils ont déjà de grandes choses
réalisées. Ils vont en réaliser encore. C'est un autre
exemple.
Ce n'est pas parce qu'on ne retire pas d'argent du gouvernement
fédéral. On en retire, surtout depuis environ deux ans, par le
système de péréquation. Pour garder nos
Québécois en chômage ou leur procurer de l'aide sociale, on
retire des montants d'argent, mais on ne peut les placer là où on
voudrait.
Je peux vous donner un exemple, c'est comme si une partie de mon budget
personnel était administrée par quelqu'un d'autre et qu'un bon
lundi matin, j'aie besoin d'un pantalon et que le type en question m'arrive
avec une cravate; j'ai l'air fin! C'est un peu ça le système, le
système est dépassé; c'est ça que le peuple
québébois veut, un changement du système. Cela est clair,
messieurs les amis d'en face!
En fin de semaine, je discutais avec une personne du troisième
âge d'un âge assez avancé que je connaissais
très bien, je l'ai taquinée un peu, je savais son
allégeance politique, je lui ai demandé: Prenez-vous les
débats de la Chambre? Il m'a dit: Ah oui, mon jeune! il pouvait
m'appeler "mon jeune", parce qu'il me doublait d'âge Oui, je suis
ça et je vais être franc avec toi, Léonard, même si
je suis libéral il me l'a dit et je le savais, il n'avait pas
besoin de me le dire il n'y a pas un Québécois qui puisse
dire non à cette question.
Savez-vous ce qu'il m'a dit aussi? Il m'a dit: Ecoute, je suis
libéral. Mais, monsieur, lui ai-je dit, ç'a peu d'importance que
vous soyez libéral, péquiste, créditiste, ce n'est pas une
question de couleur. "Oui, mais mon grand-père était rouge, mon
arrière-grand-père était rouge et mon
arrière-arrière... Mais j'ai dit: Vos enfants? Il m'a dit:
Là, c'est un peu éparpillé, il y a des péquistes,
il y a des créditistes, ils ne veulent pas suivre la tradition; mais je
vais être obligé de dire non. Je lui ai demandé pourquoi.
Il m'a dit: La semaine dernière, j'ai rencontré quelqu'un
ce qu'on appelle des Bonhommes Sept Heures, pour faire peur qui m'a dit:
Ecoute, on est obligé de dire non, parce que la question primordiale
pour nous, c'est de dire non pour avoir la prochaine élection
générale. C'est la préoccupation de nos amis d'en face,
c'est d'avoir un non pour la prochaine élection générale.
L'exemple de cette personne de plus de 80 ans nous en donne le
témoignage.
Il y a aussi une chose qui me touche beaucoup, parce que j'ai un
comté qui est un des plus beaux du Québec d'ailleurs, un
comté propice à l'agriculture. Depuis trois ans, on a un ministre
de l'Agriculture hors pair, un des plus gros ministres de l'Agriculture, qui
réalise et qui a réalisé de grandes choses, j'en suis
convaincu.
En 1976, j'étais un parmi des milliers qui ont jeté du
lait dans les égouts. J'en étais un parmi ceux-là. On
avait nos paies et c'étaient tous des zéros au lieu d'être
des chiffres pour nous donner quelques sous pour couvrir nos coûts de
produc- tion! Pendant ce temps-là, dans les autres provinces, on
enterrait des tonnes de blé. On brûlait des milliers d'acres de
blé, mais les cultivateurs de l'Ouest ont été payés
pour ça. Nous l'avons perdu. On s'arrangeait avec nos
problèmes.
M. le Président, c'est pour toutes ces raisons que j'invite les
Québécois et les Québécoises, ceux de mon
comté et ceux qui sont venus m'entendre cet après-midi dans les
galeries, un de mes frères de Montréal et son épouse,
à dire oui à la question et oui au référendum,
parce que un oui au référendum voudra dire un oui pour avoir
moins de chômage dans mon comté et au Québec. Un oui voudra
dire une meilleure pension possiblement pour nos personnes âgées,
une meilleure pension pour nos personnes handicapées. Cela voudra dire
ça et il y aura moins de dédoublements de programmes. M. le
ministre des Affaires sociales nous a fait un exposé cet
après-midi; les bonshommes pour faire peur aux corneilles, ça ne
marche plus. Changez votre fusil d'épaule; ce n'est plus bon. Je vous
avertis tout de suite, M. le chef de l'Opposition.
Un non à cette question voudra dire le cul-de-sac. Vous changerez
vos pancartes "Le Canada, j'y suis, j'y reste", vous les changerez pour "Le
Canada sur le chômage, j'y suis, j'y reste". Merci, M. le
Président. (18 heures)
M. Marois: M. le Président, je demande l'ajournement du
débat.
Le Vice-Président: Un instant, s'il vous plaît.
Est-ce que, M. le chef de l'Opposition, vous voulez demander l'ajournement du
débat?
M. Ryan: Oui.
Le Vice-Président: Est-ce qu'il y avait une entente entre
les leaders parlementaires? Parce que je viens d'entendre deux
députés ministériels de suite.
M. Levesque (Bonaventure): Ils viennent de parler, eux
autres.
M. Charron: II n'y a pas d'entente et il est déjà
arrivé...
M. Levesque (Bonaventure): M. le Président...
M. Charron:... grâce à la bonne collaboration, qu'il
y ait déjà eu cinq députés ministériels de
suite; alors, vous pouvez facilement reconnaître le ministre d'Etat au
Développement social.
M. Levesque (Bonaventure): M. le Président, nous venons
d'avoir... Est-ce qu'on est d'accord?
M. Charron: D'accord avec quoi?
M. Levesque (Bonaventure): Voici, M. le Président, nous
venons d'entendre des députés ministériels les uns
après les autres et je ne sais combien de fois le gouvernement abuse
encore du temps qu'on lui consacre et il demande encore
l'ajournement du débat, alors que le chef de l'Opposition
était debout pour le demander.
M. Charron: M. le Président...
Le Vice-Président: A l'ordre, s'il vous plaît!
M. Charron: M. le Président, puisque vous avez
déjà reconnu le ministre d'Etat au Développement social et
que, hier soir, ce sont les députés de l'Opposition je
suis prêt à le reconnaître qui ont demandé
l'ajournement, il me semble que, ce soir, cela pourrait être un
député du côté gouvernemental.
Le Vice-Président: Alors, est-ce que cette motion sera
adoptée?
M. Charron: Adopté.
Une Voix: II faut que vous donniez la parole à
quelqu'un.
Le Vice-Président: A l'ordre, s'il vous plaît! Le
règlement dit qu'à 18 heures, tout d'abord, les travaux doivent
prendre fin et, deuxièmement, un député peut demander
l'ajournement du débat, mais le débat, de toute façon, en
vertu de notre règlement, à 18 heures, est terminé
d'office. Je dois vous dire qu'il n'est pas nécessaire de demander
l'ajournement du débat, mais puisque j'ai reconnu le ministre d'Etat au
Développement social, la présidence le reconnaîtra demain
après-midi.
A l'ordre, s'il vous plaît!
M. le leader de l'Opposition.
M. Levesque (Bonaventure): Une question au leader parlementaire
du gouvernement.
Une Voix: Asseyez-vous!
Le Vice-Président: M. le leader de l'Opposition.
Questions inscrites au feuilleton (suite)
M. Levesque (Bonaventure): M. le Président, il faut bien
se comprendre ici. Est-ce bien l'article 30) du feuilleton?
Une Voix: Oui.
M. Levesque (Bonaventure): Est-ce bien une copie des
résultats de tous les sondages effectués par ou pour le compte du
gouvernement? Com- ment peut-on avoir la copie de tous les sondages et ne pas
les avoir pour tous les ministères?
M. Charron: Non. Je vous ai dit cet après-midi que vous
aurez la copie de tous les sondages que vous demandez de tous les
ministères, ministère par ministère. En réponse
à la question no 30), vous avez copie d'un sondage je ne sais pas
lequel d'ailleurs qui avait été effectué par le
ministère des Travaux publics et dont Mme le ministre...
M. Levesque (Bonaventure): Ah! bon. C'est partiel. C'est encore
une réponse partielle.
M. Charron: Mais je l'ai expliqué cet après-midi ou
alors, dites-le moi. Si vous voulez l'avoir au complet, vous allez simplement
attendre plus longtemps.
Une Voix: A vous de répondre.
M. Charron: Je vous ai laissé le choix cet
après-midi. Vous m'avez semblé acquiescer à ma
façon de répondre, c'est-à-dire que dès qu'un
ministère me donne une réponse, je vous la remets. Si vous
préférez attendre le total, je suis tout à fait
disposé à me rendre à votre demande.
M. Levesque (Bonaventure): Le leader parlementaire du
gouvernement pourrait-il me dire le temps que j'aurai à attendre?
M. Charron: Cela, vous en avez l'expérience
vous-même.
M. Levesque (Bonaventure): Avec le gouvernement actuel, j'ai une
bonne idée de l'expérience.
M. Charron: Non, mais servez-vous des dix dernières
années. Cela donne une plus vaste expérience.
Des Voix: Ah, ah!
Le Vice-Président: La motion du leader du gouvernement
sera-t-elle adoptée?
M. Levesque (Bonaventure): Adopté.
Le Vice-Président: Adopté. Les travaux de
l'Assemblée sont ajournés à demain, 14 heures.
Fin de la séance à 18 h 7