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(Dix heures douze minutes)
Le Vice-Président: A l'ordre, s'il vous plaît!
Moment de recueillement.
Veuillez vous asseoir.
Avant de céder la parole au député d'Orford,
j'aimerais informer les membres de cette Assemblée, de même que
les fonctionnaires de l'Assemblée nationale que la Croix-Rouge tient sa
clinique annuelle de sang actuellement au salon rouge. J'invite donc tous les
députés et tous les fonctionnaires de l'Assemblée
nationale, s'ils le veulent bien, à faire preuve de
générosité. L'horaire est de 10 heures à midi, ce
matin, et de 13 h 30 à 16 heures.
M. le député d'Orford.
Motion privilégiée relative à la
question
devant faire l'objet d'une consultation
populaire sur une nouvelle entente
avec le Canada
Reprise du débat M. Georges
Vaillancourt
M. Vaillancourt (Orford): M. le Président, dans la vie des
peuples comme dans celle de tous les individus, il existe des moments
exceptionnels, des moments uniques que l'on appelle souvent un rendez-vous avec
l'histoire. De fait, M. le Président, les peuples, tous les peuples et
parmi les plus anciens, connaissent bien peu de tels rendez-vous avec leur
histoire. C'est, en fait, leur force, leur inspiration, leur
éternité.
Le Québec, pour sa part, dans une histoire que l'on peut
qualifier de relativement courte, ce qui ne veut pas dire peu
intéressante, n'en a connu qu'à de rares occasions. Or, M. le
Président, un gouvernement élu en novembre 1976, le gouvernement
du Parti québécois, promettait alors aux Québécois
de leur faire connaître enfin cette chose unique, exceptionnellement
rare, un vrai rendez-vous avec l'histoire, un rendez-vous auquel jamais
auparavant le peuple québécois n'avait été
convié. Un rendez-vous entre Québécois, disait-il, un
rendez-vous franc, honnête, où chaque Québécois
pourrait regarder enfin l'histoire face à face. Que la
réalité qu'on nous présente, aujourd'hui, trois ans et
demi après, est bien différente! Quel pâle reflet de propos
tenus et inspirés par une passion inassouvie! Quel lapsus
révélateur de restrictions mentales qu'on a, de peine et de
misère, camouflées sous des phrases empreintes d'hypocrisie, de
malhonnêteté et que l'on veut maladroitement protéger sous
un manteau dont on dit, avec une facile indécence, qu'il est fait de
fierté!
Parlons-en, M. le Président, de cette fierté si
chère aux membres de ce parti qui, en cette Chambre, aujourd'hui,
espèrent nous faire accepter l'instrument inique qui veut tromper les
Québécois. Comment pourrions-nous être fiers de la question
telle que déposée par le gouvernement séparatiste? Comment
les vrais péquistes eux-mêmes, les vrais indépendantistes,
peuvent-ils être fiers d'une question qui, à toutes fins utiles,
ne veut absolument rien dire quant à leur option fondamentale, sauf de
remettre à demain un débat qui, de l'avis de la très
grande majorité des Québécois, a déjà assez
duré? Comment peut-on être fier d'un contenu erroné, vide
de sens, et qui, guidé par la ruse d'hommes entichés de pouvoir
et de l'avenir de leurs concitoyens, risque de fausser un débat que l'on
aurait voulu si dynamique et si positif?
Au cours de mes vingt ans de vie politique dans cette enceinte, je n'ai
jamais été si peu fier de ce gouvernement qui dirige les
destinées de mon Québec. Ce gouvernement, en effet, énonce
dans une question dont le préambule s'allonge à faire
frémir à peu près tous les juristes qu'il veut arriver
à une entente fondée sur le principe de l'égalité
des peuples. Ce gouvernement avance ainsi par le fait même
l'inégalité des deux peuples fondateurs du Canada tel que
construit en 1867.
M. le Président, permettez-moi de m'inscrire en faux contre cette
erreur si souvent véhiculée par les tenants de l'option
séparatiste. Le Canada a prouvé au cours de son histoire, et
j'ajouterais de sa glorieuse histoire, qu'il a su respecter le Québec et
les Québécois depuis le tout début de sa constitution.
Dans la Confédération actuelle, les Québécois
peuvent nettement se développer avec leur caractère et leur
esprit propre sans que les obstacles majeurs ne viennent contrecarrer leur
ambition légitime et leur dynamisme.
L'histoire prouve avec combien d'exemples pertinents que les
Québécois ont eu leur place dans ce Canada que nous voulons
renouveler, certes, mais que nous désirons conserver comme entité
politique. Les exemples de Québécois qui ont occupé une
place enviable et qui ont fait leur marque parmi les grands noms de ce pays
sont nombreux. Je me permettrai, M. le Président, de vous en citer
quelques-uns afin de vous démontrer que le passé, dont se sert
tant le Parti québécois, peut aussi nous révéler
combien la Confédération canadienne a permis à de grands
Québécois de se faire valoir et combien, aussi, la
Confédération a vraiment permis au Québec de se faire
entendre décemment dans ce vaste amphithéâtre
politique.
Au début de la Confédération, M. le
Président, et jusqu'à sa mort en 1873, Georges-Etienne Cartier,
un Montréalais, a si intimement secondé le premier ministre du
temps, John A. Macdonald, que l'on a identifié le premier gouvernement
de ce pays comme celui de Macdonald-Cartier, démontrant par là
l'immense pouvoir politique de ce Québécois dans les tout
débuts du Canada. Que dire ensuite, M. le Président, de ce grand
Québécois qu'a été Sir Wilfrid Laurier, un petit
gars de Saint-Lin, dans le nord de Montréal, qui a dirigé le
Canada à titre de premier ministre de 1896 à 1911 ? Ce
Québécois n'a pas seulement marqué le Québec, mais
il a laissé au Canada un souvenir impérissable. Que dire aussi,
M. le Président, d'Ernest Lapointe, le lieutenant prestigieux de
Mackenzie King, et que dire de plus de Louis Saint-Laurent, un autre
Canadien français à détenir l'importante fonction de
premier ministre du Canada dans les années cruciales de
l'après-guerre? Aujourd'hui, M. le Président, nommez-moi un
Québécois digne de ce nom qui n'est pas fier de notre actuel
premier ministre du Canada, le très honorable Pierre Elliott Trudeau.
(10 h 20)
Compte tenu de ce que je viens de vous affirmer, M. le Président,
peut-on croire décemment que le Québec n'a pas sa place dans la
Confédération canadienne? Je ne puis le croire. En outre, M. le
Président, il y a la pertinence qui aurait dû apparaître
clairement dans la question et qui demeure le fondement même de la
thèse séparatiste. Quand on pense, M. le Président, que le
Québec risque de se départir des immenses richesses qu'il partage
aujourd'hui avec le Canada, et qu'il partage d'égal à
égal, quand on pense à cela, M. le Président, on ne peut
vraiment pas comprendre le sens des actions, le sens des buts que poursuit le
gouvernement. C'est cela qui inquiète le plus les
Québécois d'aujourd'hui et le reste du Canada.
C'est pourquoi je me situe totalement dans le sens des propos qu'a si
remarquablement tenus le chef de l'Opposition officielle dans ce débat.
L'amendement qu'il a alors proposé lèvera le voile sur la fraude
qui sous-tend la question du Parti québécois et, s'il est
accepté, permettra d'aborder le vrai fond du problème à
discuter. Sans cela, les débats s'avéreront stériles et
sans fin.
Enfin, en terminant, M. le Président, permettez-moi à
nouveau de vous redire toute l'affection que je porte à ce Canada qui a
permis l'épanouissement culturel et économique du Québec
actuel. Le Canada est un pays de liberté, de grandeur, de richesses
immenses, où il fait si bon vivre, qui a permis et qui permet à
tous ses enfants, Canadiens français comme Canadiens anglais, de grandir
dans la paix. Un tel pays ne doit pas disparaître. Un tel pays a encore
à donner. Un tel pays mérite de poursuivre sa vie dans le
dynamisme et la compréhension des communautés ethniques et
religieuses qui la composent. Un tel pays mérite de poursuivre sa vie
avec un Québec partie intégrante et composante de sa force.
En conséquence, M. le Président, je voterai non à
la question frauduleuse du Parti québécois, non à
l'abandon du Canada, pays de liberté, dans lequel Québec, mon
Québec que j'aime, doit demeurer. Merci.
Le Vice-Président: M. le ministre d'Etat au
Développement économique.
M. Bernard Landry
M. Landry: M. le Président, à ce stade-ci de notre
débat, je voudrais faire une brève intervention. Vous ne serez
pas surpris qu'elle soit de nature économique, et je vous promets de ne
pas vous écraser sous une montagne de statistiques. Je voudrais
simplement faire le point suivant les grandes lignes de ce qui a
été dit. Selon moi, au cours de notre débat à
l'Assemblée nationale et dans la collectivité
québécoise, depuis un certain temps, deux grands courants se sont
dégagés qui peuvent être rattachés aussi à
des courants historiques.
Le premier de ces courants est celui que j'appellerais les
libéraux d'hier, dont le slogan était "Maîtres chez nous",
les libéraux de la nationalisation de l'électricité, de
SOQUEM, de SOQUIP et de la Caisse de dépôt et placement. Dans ce
courant, je range également l'Union Nationale d'hier, "Egalité ou
indépendance", et je range Option Québec et
souveraineté-association, pour faire des catégories
grossières. Les slogans, ce n'est pas le bout de tout, mais cela en dit
long sur la mentalité de ceux qui les ont. "Maîtres chez nous",
cela disait quelque chose.
Ce premier courant se rattache d'ailleurs à un courant occidental
qui est celui de la Communauté économique européenne et
des peuples de l'Europe de l'Ouest. Fait à signaler, d'ailleurs, la
plupart des Québécois pas tous, il y a des exceptions et
ils sont aussi Québécois que les autres ont des
ancêtres lointains qui viennent de l'Europe de l'Ouest. Or, toutes les
mères patries des Québécois d'aujourd'hui ont
précisément choisi ce courant de la dignité nationale, de
la souveraineté nationale, dans des associations économiques.
C'est la Grande-Bretagne. C'est la France. C'est l'Italie. C'est la Belgique.
C'est la Hollande. Ces pays ont décidé, dans le courant
contemporain "Maîtres chez nous", de s'associer avec leurs voisins pour
leur plus grand avantage économique. C'est le premier courant. Le
deuxième courant, c'est celui des libéraux d'aujourd'hui, qui
ressemblent comme des vieux frères non pas aux libéraux d'hier,
mais aux libéraux d'avant-hier.
J'ai dit que les slogans, ce n'était pas le bout de tout, mais le
leur est significatif. "Mon nom est personne", c'est calqué, par
anglicisme d'ailleurs, sur le titre d'un film que les gens du métier du
cinéma appellent un "western spaghetti". Ce mets délicieux
à l'occasion, comme chacun le sait, ne brille ni par la consistance, ni
par la cohérence. La pensée économique des libéraux
d'aujourd'hui reliés à ceux d'avant-hier, à mon avis
pensée résumée dans un livre beige, d'ailleurs, qui
évoque vaguement la couleur du parmesan ressemble
précisément à l'enchevêtrement de spaghetti et c'est
ce que je vais maintenant illustrer sur le deuxième courant qui s'est
affronté sur le plan économique, dans cette Chambre, depuis
quelques jours.
Ce livre beige, à la page 106 et c'est le vice de fond de
toute l'analyse que les libéraux font de l'histoire économique
canadienne dit, contre tout bon sens, une position qui ne serait
crédible ni au Québec ni au Nouveau-Brunswick, ni en
Nouvelle-Ecosse ni à l'Ile-du-Prince-Edouard, ni au Manitoba et
écoutez bien cela, M. le Président: "L'union économique
canadienne a permis dans le passé et devra permettre dans l'avenir
voici les mots clés un partage équitable de la
richesse entre les diverses régions du pays." Un partage
équitable.
Mettons le diagnostic fallacieux des libéraux en présence
des réalités suivantes. Si c'est un partage équitable,
expliquez-nous, dans le reste du débat, pourquoi le Québec a
toujours eu un taux de chômage de 50% plus élevé que
l'Ontario et toujours plus élevé que la moyenne canadienne.
Expliquez-nous en quoi vous voyez un partage équitable dans ces
chiffres.
Une Voix: C'est évident, on n'a pas besoin d'emplois, nous
autres.
M. Landry: Expliquez-nous également la relation du mot
"équitable" avec le fait qu'une industrie clé comme l'automobile
soit concentrée à 90% dans la province d'Ontario. Qu'y a-t-il
d'équitable là-dedans? Expliquez-nous ce qu'il y a de relation
entre les mots "partage équitable" et le fait qu'une seconde industrie
clé, plus vieille encore, signe de la puissance industrielle et à
l'origine de la révolution industrielle, l'acier, soit concentrée
en Ontario. Expliquez-nous ce qu'il y a d'équitable dans le fait que 80%
de la sidérurgie canadienne soient en Ontario. Expliquez-nous ce qu'il y
a de partage équitable dans le fait que 25% de la population et plus
reçoivent 16,5% des dépenses créatrices d'emplois du
gouvernement fédéral. Vous n'avez jamais nié cela.
Expliquez-nous en quoi nous avons profité de l'équité en
développant un chômage équivalant dans des proportions
rigoureusement symétriques à ce que le fédéral n'a
pas dépensé ici.
Maintenant, je vais faire appel au souvenir des contemporains, mais
surtout des gens du troisième âge. A mon âge, je me le
rappelle vaguement, mais les gens du troisième âge vont se le
rappeler. Expliquez-nous ce qu'il y avait d'équitable à localiser
toutes les industries de munitions au Québec durant la guerre, le
remplissage des obus, des balles, etc., mon propre père y a
travaillé alors que les moteurs et les véhicules
étaient construits en Ontario. Parce que, quand la guerre finit, des
obus et des balles, cela te fait une belle jambe parce que tu es vite en
surplus quand il ne s'en tire pas pendant 15 et 20 ans. Mais des camions et des
moteurs, c'est l'équité...
Une Voix: Des avions.
Le Vice-Président: A l'ordre, s'il vous plaît! (10 h
30)
M. Landry: ... dont parlent les libéraux, partage
équitable. Je vais ajouter un mot pour vous consoler, mes interrupteurs
d'en face. Nous avons eu ici je le maintiens surtout le
remplissage des munitions, la poudre d'ailleurs, c'était
dangereux de toute façon et l'Ontario a eu surtout et
c'est indéniable les industries de guerre facilement
reconvertissable pour la paix, et c'est une des explications de la
concentration de l'industrie de l'automobile.
Ayant fait au tout début de votre livre beige cette erreur de
diagnostic grandiose, ce n'est pas surprenant que vos solutions soient à
la hauteur de votre analyse. Il n'y a presque pas de propos économiques
dans le livre beige mais, dans leur deuxième paragraphe
économique, nos amis d'en face en redemandent, ils n'ont pas eu assez de
toutes ces injustices, ils disent que, pour l'avenir, l'efficacité de
l'union économique canadienne suppose le maintien d'une autorité
centrale pourvue de moyens efficaces et autonomes qui lui permettent de
réaliser les arbitrages indispensables entre les intérêts
des différentes régions. Ils veulent qu'un arbitre qui nous a
maintenus au banc des punitions trois fois plus souvent qu'à notre tour
soit nommé arbitre pour les cent prochaines années.
Au fond, dès qu'on a vu leur erreur d'analyse, on ne peut
pratiquement plus les blâmer de leurs solutions. S'il y a une
façon dont ils sont cohérents, c'est de continuer dans les
solutions l'erreur qu'ils ont faite dans le diagnostic.
On pourrait en nommer cinquante, mais il y a un point vital qui touche
le coeur de tous les Québécois. Les libéraux demandent
dans leur livre beige écoutez cela que le gouvernement
central ait un rôle nécessaire à remplir dans la mise en
valeur des richesses naturelles. Ah tiens! ça, c'est nouveau comme
pensée, c'est l'archisoumis-sion! Qu'a mis le gouvernement
fédéral du Canada dans les travaux de Bersimis, de Manic 5, de la
Baie James? Qu'a-t-il mis, même si on veut remonter plus loin, dans
Beauharnois? Depuis quand, alors que le Québec a démontré,
dans ce domaine en particulier, la preuve d'un savoir-faire inouï, va-t-il
falloir que dans l'avenir les libéraux viennent mettre leur gros doigts
dans les affaires d'Hydro-Québec? Et est-ce que vous en proposez un
changement de nom pour Hydro-Canada?
Vous dites également ceci, dans votre livre beige, et je pense
que vous n'en avez pas vu les conséquences. Je pense que tous les chefs
de PME qui sont à l'écoute, tous les travailleurs
syndiqués habitués à la négociation auront
intérêt à prendre connaissance de ceci, dans la politique
de richesses naturelles du livre beige: "La constitution affirmera le droit
d'accès prioritaire si les mots ont quelque sens, prioritaire,
cela veut dire prioritaire de tous les Canadiens aux richesses
naturelles de leur pays." Cela veut dire que si nous avons à choisir
entre vendre le courant électrique à 75 mills à l'Etat de
New York et à 30 mills à l'Ontario, les libéraux viennent
d'établir de façon prioritaire que c'est l'Ontario qui aura le
courant et que c'est nous autres qui perdrons l'argent.
Je les résume, M. le Président...
Le Président: A l'ordre, s'il vous plaît! A l'ordre,
s'il vous plaît!
M. Landry: Je les résume, M. le Président, ces deux
courants qui sont maintenant de plus en plus clairs pour tous les
Québécois et toutes les Québécoises. D'un
côté, une pensée économique d'avant-hier qui n'a
même plus cours en Europe de l'Ouest, qui est en train de donner
l'exemple d'avoir réglé de vieilles chicanes séculaires
dans un système de souveraineté nationale et d'association
économique étroite. C'est ce qui représente le courant du
Québec d'aujourd'hui. Il y a nos amis d'en face qui s'attachent à
des décalques de seconde zone de westerns spaghetti, qui se font des
slogans qu'ils veulent libérateurs, mais qui ne
sont qu'un appel à la soumission. S'ils avaient voulu rendre
leurs slogans vraiment clairs, ils auraient appelé les choses par leur
nom. Ils auraient dit: Mon nom est personne.
Le Président: M. le député d'Outremont.
M. André Raynauld
M. Raynauld: Merci, M. le Président. J'espère que
ce n'est pas à moi qu'il appartient de le faire, mais je voudrais
remercier le ministre au nom de la communauté italienne du Québec
pour les propos très louangeurs qu'il vient de lui adresser.
M. Landry: Question de privilège.
Le Président: A l'ordre, s'il vous plaît! A l'ordre,
à l'ordre, s'il vous plaît!
M. le ministre sur une question de privilège.
M. Landry: M. le Président, je m'excuse auprès du
député d'Outremont, je dois soulever une question de
privilège. Je vois très bien où il veut aller. Il est
peut-être un des seuls à connaître aussi mal le vocabulaire
du cinéma que celui de la science économique. C'est un tour de
force pour les producteurs italiens d'avoir réussi depuis sept ou huit
ans à produire dans leur pays des films westerns qui sont d'une
qualité supérieure à ceux que les Américains ont
produits. Je pense que, tous ceux qui connaissent un peu le cinéma et
qui ont vu "Pour une poignée de dollars" et "Mon nom est personne"
savent que, quand on parle de westerns spaghetti, on rend hommage à la
grande production cinématographique italienne.
Le Président: A l'ordre, s'il vous plaît! M. le
député d'Outremont.
M. Raynauld: Oui, M. le Président. Ces commentaires me
font penser à un adage très connu: Avec des amis comme cela, on
n'a pas besoin d'ennemis.
M. le Président, je voudrais revenir sur quelques questions
fondamentales qui me paraissent au coeur du débat
référendaire à l'heure actuelle. Ce qui me frappe,
jusqu'ici, c'est que les ministériels ne défendent jamais leur
option; jamais ils ne nous expliquent et n'expliquent à la population du
Québec comment la souveraineté-association réglerait les
problèmes qu'ils identifient, les problèmes qu'ils imputent
continuellement au gouvernement fédéral. Jamais ils n'apportent
de réponse aux questions que les gens ont le droit de connaître;
ils voudraient savoir quelle est l'alternative proposée par ce
gouvernement plutôt que de se contenter de faire des appels bien nobles
à la fierté et à la dignité des
Québécois, mais sans jamais répondre à une seule
question sur ce qu'eux feraient dans les circonstances pour corriger les
situations qu'ils jugent défavorables à l'heure actuelle.
Nous venons d'entendre le ministre d'Etat au Développement
économique déplorer le fait que l'industrie automobile se trouve
en Ontario. Vous avez remarqué quelle question il pose: Est-ce que c'est
équitable? Eh bien! ce n'est pas ainsi que le problème se pose,
ce n'est pas une question d'équité. L'industrie automobile n'est
pas en Ontario pour des raisons d'injustice ou de discrimination du
gouvernement fédéral; l'industrie automobile est en Ontario parce
qu'il y a des liaisons entre les maisons mères américaines et les
filiales canadiennes. C'est pour cela que l'industrie automobile est en
Ontario.
Des Voix: Ah!
Le Vice-Président: A l'ordre, s'il vous plaît!
Allez-y.
M. Raynauld: Si l'industrie de la sidérurgie est en
Ontario, M. le Président, tout le monde sait que c'est parce qu'il y
avait du charbon au début du siècle; il n'y a pas de charbon au
Québec. C'est bien malheureux, mais ce n'est pas non plus le
gouvernement fédéral qui a déposé le pétrole
en Alberta et qui a mis du charbon en Nouvelle-Ecosse.
La question importante là-dessus, pour revenir à la
solution qui est proposée de l'autre côté, c'est: Qu'est-ce
qu'un Québec indépendant ferait pour corriger ces situations?
Qu'est-ce qu'il ferait, dans le cas de la souveraineté-association, pour
attirer et pour obtenir GM ou Ford au Québec? C'est cela, la vraie
question et c'est à celle-là que vous devriez répondre.
Qu'est-ce que vous feriez pour obtenir cela? Est-ce que vous feriez une autre
SIDBEC, par hasard? C'est peut-être cela, votre solution, de faire une
autre SIDBEC pour l'automobile.
Le Vice-Président: A l'ordre, s'il vous plaît!
M. Raynauld: M. le Président, je pense qu'il y a d'autres
questions qu'il faut poser. Une des premières questions qu'il faudrait
poser, c'est la suivante: Les Québécois, en 1978, auraient
récupéré en impôts fédéraux $3 600 000
000 qu'ils ont reçus de moins en services publics. Comment un
Québec indépendant aurait-il compensé cette perte des
citoyens autrement qu'en augmentant son propre déficit? En relevant les
impôts? En réduisant les services rendus à la population?
Cela aussi, c'est une question importante. (10 h 40)
Deuxième question. On sait que le rendement des impôts au
Québec est inférieur à la moyenne nationale. Ce fait,
à l'heure actuelle, est compensé aussi par des paiements de
péréquation versés au gouvernement du Québec par
les autres provinces. Seulement en péréquation, $1 700 000 000 en
1979-1980. Où est-ce qu'un Québec indépendant trouverait
une telle somme sinon en taxant les contribuables encore davantage ou en
réduisant encore une fois les services?
Troisième question. Pour quelles raisons les autres provinces du
Canada continueraient-elles, advenant l'indépendance du Québec,
à subven-
tionner l'industrie manufacturière du Québec à
travers les tarifs douaniers jusqu'à concurrence d'environ $200 millions
par année? Pour quelles raisons continueraient-elles de subventionner
l'industrie manufacturière du Québec? Pour quelles raisons
continueraient-elles d'acheter pour $1 milliard de plus de produits
manufacturés qu'elles n'en vendent au Québec? Si ces raisons
n'existent pas, comment le Québec maintiendrait-il les emplois existants
liés à ces exportations? Plus généralement, quelle
politique tarifaire le Parti québécois propose-t-il
vis-à-vis du reste du monde? Est-ce qu'il veut plus ou moins de
protection? Quatrième question. Advenant l'indépendance du
Québec, pourquoi l'Alberta accepterait-elle de nous vendre 60% du
pétrole que nous consommons à un prix de faveur, ce qui nous a
fait économiser $1 milliard en 1979, sans compter les subventions
à l'importation?
Une Voix: Très bien! Très bien!
M. Raynauld: Comment le Québec augmenterait-il son
degré d'autosuffisance s'il était indépendant, par rapport
à la situation actuelle où il fait partie du Canada? Comment les
Québécois auraient-ils pu financer en 1979 ce milliard qu'ils ont
économisé, sinon en réduisant leur standard de vie et en
réduisant leur consommation?
Cinquièmement. Combien de Québécois quitteraient le
Québec advenant l'indépendance du Québec? Qu'on en juge
par 1977 et 1978: 40 000 sorties nettes du Québec. Combien y en
aurait-il? Qu'on réponde donc à cette question, même si
elle fait mal! Même si elle fait mal! Si le Québec perd une partie
de sa population, n'est-il pas vrai qu'on devra alors compenser par des
impôts encore plus élevés sur ceux qui resteront?
Sixième question. Quel intérêt les entreprises
nationales trouveraient-elles à laisser leur siège social au
Québec, le jour où le Québec acquerrait sa
souveraineté? Combien d'emplois seraient ainsi perdus? Le ministre
d'Etat au Développement économique a fait faire des études
là-dessus. Il sait qu'il y a des dizaines et des dizaines de milliers
d'emplois reliés aux sièges sociaux d'entreprises nationales. Ces
entreprises, advenant l'indépendance du Québec, n'ont aucun
intérêt économique à rester au Québec, et
vous le savez.
Septièmement. Le régime projeté d'association,
essayons donc de savoir ce qu'il y a dans ce projet. Qu'est-ce qu'il y a
là-dedans? Le Parti québécois veut-il, par exemple,
conserver les sociétés fédérales actuelles? Oui ou
non? Est-ce qu'il veut conserver Radio-Canada, l'Office national du film, Air
Canada, le Canadien national, Télé Globe, Pétro-Canada, la
Banque fédérale de développement? Est-ce qu'on les
conserve? Oui ou non? C'est quoi la position du gouvernement du Québec
là-dessus? S'il ne veut pas les conserver, il va les démanteler.
Et s'il démantèle ces sociétés, il faudra qu'il
remplace leurs services au Québec par des sociétés
équivalentes pour maintenir le niveau des services, ou bien il va
réduire le niveau des services. On n'a jamais eu de réponse de la
part du gouvernement là-dessus. Dans le livre blanc, ce n'est pas
indiqué.
Le Vice-Président: A l'ordre, s'il vous plaît!
M. Raynauld: M. le Président, dans le projet
projeté d'association, quelles sont les demandes du Québec en ce
qui concerne les exceptions prévues à la libre circulation des
biens, des personnes et des capitaux? Quelles sont les exigences du
gouvernement relatives à l'agriculture? Quelles sont-elles? Quelles
restrictions veut-on apporter à la liberté de mouvement des
travailleurs quand on parle du droit d'établissement ou de permis de
travail? Quelle est la nature exacte du code des investissements qui est
mentionné dans le livre blanc? Est-ce que c'est le même code
d'investissements qui est dans le programme du Parti québécois?
Oui ou non? Est-ce que c'est la même chose? Est-ce que, dans ce
cas-là, les Canadiens des autres provinces du Canada seront
considérés comme des étrangers ou comme des
associés? On n'a jamais répondu à cette question-là
non plus.
Quand on va appliquer aux banques à charte canadiennes le
principe suivant lequel les non-résidents ne peuvent avoir plus de 25%
du capital-actions d'une banque, est-ce que, dans les autres provinces, ce
seront des non-résidents ou est-ce qu'ils seront des associés
dans cette affaire? Jamais le Parti québécois n'a répondu
à cette question.
Advenant l'échec des négociations, M. le Président,
sur la monnaie, par exemple, quelle sera la position du Québec? Est-ce
que ce sera la monnaie indépendante, séparée et autonome
du ministre des Finances? Quelle garantie, à ce moment-là,
aurons-nous, le Québec, qu'une telle monnaie serait acceptée par
les autres pays? Quel serait l'état de la balance des paiements du
Québec? On n'a même pas les informations là-dessus. On peut
bien faire des affirmations gratuites, quelle garantie donne-t-on à la
population du Québec? S'il y a un échec des négociations,
on peut envisager ça aussi. A ce moment, où aboutit-on
là-dessus? Sur quel terrain d'atterrissage arrive-t-on? Quelles sont les
restrictions que le Parti québécois entend apporter à la
liberté de circulation des capitaux lorsqu'il évoque des
règles à venir, quant à certaines institutions
financières? Qu'est-ce que ça veut dire?
Si on propose une association au Québec, on essaie de convaincre
les Québécois de ne pas... Vous dites: N'ayez pas peur, nous
ferons la souveraineté, mais seulement dans le cadre d'une association.
Mais quel est le contenu de cette association? Cela fait deux semaines qu'on a
un débat ici. C'est la troisième semaine, et on n'est pas encore
capables d'avoir les réponses élémentaires à des
questions comme celles-là. Défendez votre option au lieu de
toujours attaquer le gouvernement fédéral. Dites donc à la
population du Québec ce que, vous, vous proposez et ce qu'eux, ils vont
recevoir ou retirer.
M. le Président, ce serait le temps que le ministre des Finances
refasse son exercice du
budget de l'An I. Il pourrait peut-être nous dire quel va
être, au lendemain de l'indépendance le revenu des
Québécois; quelles seront les recettes du gouvernement du
Québec; comment il va financer son déficit; quels services il va
maintenir, lesquels il va laisser tomber. Ce serait le temps qu'il refasse un
budget de l'An I pour qu'on sache à quoi s'en tenir, parce que les
chèques en blanc, on ne veut plus en signer et la population du
Québec n'en signera pas non plus. Merci.
Le Vice-Président: M. le ministre des Finances.
M. Jacques Parizeau
M. Parizeau: M. le Président, nous venons d'entendre la
quintessence de toutes les frousses que les adversaires d'une certaine
dignité du Québec nous charrient depuis un certain nombre
d'années. Je pense qu'à l'exception d'une seule des
réponses que je vais apporter au député d'Outremont,
toutes les autres réponses, en fait, correspondent aux questions qu'il a
posées et qui sont à peu près les titres de chapitre d'un
document publié par le Parti québécois déjà
en 1972 et qui s'appelait "Quand nous serons vraiment chez nous". Au fond, le
seul fait qu'il pose des questions indique, au moins, qu'il l'a lu.
Commençons par l'automobile. Il y avait du charbon en Ontario?
Allons donc! L'automobile s'est installée en Ontario,
premièrement, parce que le gouvernement canadien a commencé par
imposer un tarif douanier à l'importation des automobiles
américaines. Deuxièmement, depuis des dizaines et des dizaines
d'années, le gouvernement fédéral accepte, en dépit
des lois antitrusts, que le prix de la tôle et on sait
l'importance que cela a dans le coût de l'automobile soit le
même dans un triangle qui va d'Oshawa à Sault-Sainte-Marie et
à Windsor, et que, au-delà de ce triangle, le fret est
compté et additionné aux clients. C'est ça qui a fait que
l'industrie de l'automobile est en Ontario.
M. le Président, le député d'Outremont devrait au
moins connaître suffisamment l'histoire de son propre parti pour savoir
que quand le Parti libéral, au pouvoir dans les années soixante,
crée SIDBEC, c'est justement pour faire en sorte qu'il y ait un
producteur de tôle en dehors du triangle et qu'on ait enfin une chance
sur le plan de l'industrie mécanique ici. (10 h 50)
C'est ce qu'il nous dit au sujet du déficit que nous aurions
quant aux impôts qu'on envoie à Ottawa et aux dépenses
qu'on en reçoit. Je ne sais plus combien de fois je répète
ici, ailleurs et devant le député d'Outremont, que, depuis trois
ou quatre ans, le gouvernement fédéral a fait un déficit
énorme sur le plan de ses dépenses par rapport aux revenus. Le
gouvernement fédéral a un déficit qui représentait
l'an dernier le quart de tous ses revenus dans tout le Canada. Donc, dans
chaque province, le gouvernement fédéral dépense plus
qu'il va chercher d'impôts, chez nous aussi, forcément.
Qu'est-ce qui arrive si nous ramassons tous nos impôts et que nous
devenons souverains? Eh bien! nous sommes obligés de prendre notre part
du déficit. Or, cette part du déficit, c'est presque le montant
que charrie le député d'Outremont, notre part du déficit
pour 1978 est d'à peu près $2 800 000 000. On doublerait nos
impôts et on prendrait forcément la part du déficit qui
vient avec. Qu'est-ce que vous voulez? On ne peut pas, comme disent les
Anglais, M. le Président, avoir son gâteau et aussi le manger. Si
on prend tous les impôts, il faut bien prendre la part du déficit
du fédéral.
Comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire, on ne le prendra
pas avec plaisir. Comme j'ai eu l'occasion de le dire, on enlèvera le
gras qu'il y a là-dedans. On va éviter des chevauchements, des
doubles emplois. On cessera d'avoir deux ministères du Revenu et deux
listes d'allocations familiales. Il n'y en aura qu'une. Bon! Il y a des
économies à faire. On réduira ce déficit. Je pense
que ce qu'on a fait depuis trois ans indique qu'on est capable de faire une
bonne "job" sur ce plan.
Des Voix: Bravo!
M. Parizeau: Le Canada acceptera-t-il, demandait le
député d'Outremont, de subventionner les ventes que nous faisons
chez lui? Et l'inverse, M. le Président, et l'inverse? Nous vendons
beaucoup de produits industriels dans le reste du Canada, c'est vrai, surtout
en Ontario. Le député d'Outremont connaît comme moi ces
études qui démontrent qu'il y a 105 000 "jobs" dans l'industrie
en Ontario qui dépendent du marché québécois, 105
000, dans l'industrie seulement. Oui, j'entends le député
d'Outremont qui dit: Et au Québec? Au Québec, il y en a 100 000,
c'est-à-dire que nous sommes essentiellement interdépendants l'un
de l'autre. L'association économique dont nous parlons depuis
déjà fort longtemps est dans l'intérêt des deux et
c'est pour cette raison qu'il est à ce point ridicule de dire: Ils
diront non. Ils n'accepteront pas. C'est dans l'intérêt
mutuel.
Des Voix: Dans l'Ouest?
Le Vice-Président: A l'ordre, s'il vous plaît!
M. Parizeau: Ah! Dans l'Ouest, c'est évident que l'Ontario
a beaucoup plus d'intérêt dans ces sujets que certaines autres
provinces, mais on sait que l'Ontario a un certain poids au Canada, M. le
Président.
Des Voix: Oh!
Le Vice-Président: A l'ordre, s'il vous plaît!
M. Parizeau: Le député d'Outremont dit: Mais,
alors, pourquoi l'Alberta nous vendrait-elle du pétrole? C'est vrai
qu'à l'heure actuelle, nous achetons notre pétrole meilleur
marché que le prix international. On s'est fait siphonner tellement
d'argent pendant tellement longtemps par le gouvernement fédéral
qu'à l'heure actuelle, on peut
profiter un peu de cela. Bon Dieu! Profitons-en, M. le Président,
pendant que cela passe, parce que cela ne durera pas longtemps comme à
la fois le Parti libéral et le Parti conservateur à Ottawa nous
le confirment depuis longtemps. D'ici peu d'années, on sera de retour au
niveau international des prix du pétrole ou pas loin et, à ce
moment-là, l'Alberta, ce sera quoi? Ce sera une de plusieurs sources de
pétrole disponibles à peu près au même prix, ni plus
ni moins.
Et cela revient constamment à cette idée qu'un pays, de
nos jours, ne peut pas être riche sans pétrole. L'Islande, M. le
Président, qui est aussi riche que nous, a trois grandes richesses
naturelles: le hareng, le mouton et l'eau chaude! Et le pétrole suisse,
M. le Président, qu'on nous en parle un peu! Où est le
pétrole suédois? Le pétrole suédois, il est au
Moyen-Orient. Et ce sont des pays plus riches que nous dont je parle, M. le
Président. Il faut bien se rendre compte que cette peur
pétrolière, cette espèce de gomme arabique dans laquelle
on cherche à nous enferrer dans ce débat ne fait que ne pas
reconnaître qu'il y a, à l'heure actuelle, passablement de pays du
monde qui sont plus riches que nous et qui n'ont jamais eu une goutte de
pétrole autre qu'importé.
Le député d'Outremont dit: Combien de
Québécois quitteraient le Québec? M. le Président,
je vais vous dire une chose à cet égard. La principale cause de
départ de Québécois du Québec depuis un
siècle, c'est le chômage. Quand le député
d'Outremont, dans sa brochure qu'il a écrite pour le Parti
libéral, vient affirmer qu'en termes keyné-siens $100
d'assurance-chômage ont le même effet que $100 de salaire, M. le
Président, sur le plan dont il parle, c'est-à-dire de
l'émigration de Québécois, non, ce n'est pas la même
chose. Si les gens, au lieu de recevoir $100 d'assurance-chômage, avaient
reçu $100 de salaire depuis 100 ans, ils ne seraient pas sortis. Nous
voulons, M. le Président, nos taxes pour qu'enfin elles servent à
payer des salaires et pas de l'assurance-chômage.
Les sièges sociaux, la grande frousse aussi, depuis quoi, cinq ou
six ans, ces sièges sociaux, ils partent les uns après les autres
depuis 25 ans et ceux qui ne partent pas se vident un peu comme des homards
dont on enlèverait la viande en laissant la coquille sur la table. Il
n'y en a plus beaucoup par rapport à ce qu'il y avait. Une chose est
claire, c'est qu'en devenant un pays souverain, au moins un bon nombre de
sociétés auront à créer au Québec des
filiales avec des sièges sociaux qui ne seront peut-être pas
très gros, mais, en tout cas, plus gros qu'aujourd'hui où ils
n'ont personne. Avant de venir dire que, sur ce plan, on perd, je pense qu'il
serait mieux de refaire ses calculs et il va probablement se rendre compte
qu'on gagne.
Les sociétés fédérales, qu'est-ce qu'on va
en faire? Mais on le répète depuis des années, ce qu'on va
faire avec les sociétés fédérales. Radio-Canada,
non. On ne va pas garder Radio-Canada et Radio-Québec une à
côté de l'autre; c'est stupide. Air Canada? C'est très
différent.
Une Voix: Plus de Radio-Canada!
M. Parizeau: Oh! Cela s'absorbe. On peut débaptiser. Dans
certaines circonstances, on peut même, tout simplement, changer le nom au
portillon. C'est une question de savoir qui est propriétaire. Ce n'est
pas de savoir si on ferme la boutique et si on met le clé dedans. Air
Canada, c'est autre chose. Là, il est tout à fait possible que
cela puisse être intéressant pour un Canada et pour un
Québec d'avoir une ligne aérienne internationale conjointe comme
les Scandinaves l'ont fait. Scandinavian Airlines System, SAS, c'est cela;
c'est la propriété de quatre pays Scandinaves qui trouvent
intéressant d'avoir une ligne qui, dans ces conditions, court moins de
risques de perdre de l'argent. Cela se discute, cela se met sur la table et
cela s'examine.
Qu'est-ce qu'on va faire à l'égard des
sociétés fédérales? Cela dépendra. Dans
certains cas, on les prend; dans d'autres cas, on les ferme; dans le
troisième cas, on peut faire ce qu'on appelle en anglais des "joint
ventures". C'est la seule façon normale d'aborder, quoi, 600 compagnies
d'Etat. Parce qu'on n'est pas dans la religion dans les 600 compagnies d'Etat;
on regarde cela cas par cas et on dit: Cela nous intéresse, cela ne nous
intéresse pas, cela, on pourrait le faire de façon conjointe.
C'est normal. Autre question, M. le Président-Une Voix: Cela vous fait
mal!
Le Président: A l'ordre, s'il vous plaît!
M. Parizeau: M. le Président, je ne passerai pas le reste
du débat sur la question référendaire à examiner,
avec le député de Marguerite-Bourgeoys, le nom de chacune des 600
compagnies d'Etat. Des exemples suffiront.
Prenons maintenant la question soulevée par le
député d'Outremont: Comment va-t-on limiter la circulation des
produits, des personnes, des capitaux? Qu'est-ce qu'on veut faire dans ce
domaine? On le dit depuis des années, on veut maintenir la circulation
des produits. On dit, cependant, que, comme cela se fait partout, dans chaque
union douanière qu'on a créée, il faut un statut
spécial pour certains produits agricoles. Il n'y a rien de bien nouveau
là-dedans. Toutes les unions douanières ont été
placées devant le même genre de problème qui existe dans le
Canada d'aujourd'hui, d'ailleurs. Si vous vous imaginez, M. le
Président, que les quotas de lait, les quotas de poulet ou les quotas
d'oeufs à l'intérieur du Canada, c'est de la libre circulation de
produits, je ne dirai pas mon oeil, comme le disait le député de
Bonaventure, je répéterai digitus in oculo si on pense que c'est
cela, la libre circulation des produits. Il y a déjà des
limitations de circulation à l'intérieur du Canada d'aujourd'hui,
bien sûr. Dans une association économique avec le Canada, la
plupart des produits vont circuler librement et il y aura des restrictions sur
un certain nombre de produits; c'est inévitable comme sur certains
produits agricoles. C'est le cas aujourd'hui.
A l'égard du code d'investissements, est-ce que c'est le
même code d'investissements dont
nous parlons dans le livre blanc? Oui, M. le Président, c'est le
même que celui qu'on retrouve dans le programme du Parti
québécois. Oui, c'est le même que celui qu'on retrouve dans
la brochure de 1972 à laquelle je faisais allusion tout à
l'heure. On a, pour le plus grand malheur de nos amis d'en face, une
persistance effrayante dans ce domaine. (11 heures)
On arrive, année après année, à mettre au
point un certain nombre de solutions qui nous paraissent les bonnes et, quand
elles nous paraissent les bonnes, on les garde.
Restriction quant aux mouvements de capitaux? Là, encore, il
voulait faire des peurs. De temps à autre, on a cherché à
faire des peurs: Un gouvernement souverain du Québec restreindrait les
mouvements de capitaux. De quoi avons-nous parlé? On a parlé
depuis des années de faire en sorte que les règles applicables
par le gouvernement fédéral aux institutions financières
seraient transposées dans nos lois en remplaçant partout le mot
"Canada" par le mot "Québec". Les restrictions au mouvement de capitaux
que le gouvernement fédéral a dans nos lois depuis des dizaines
d'années ont rendu service. Eh bien, nous ferons la même chose, M.
le Président. C'est un domaine où on n'a pas de raison
d'être particulièrement original. Quand un instrument a bien
servi, il n'y a pas de raison pour qu'il ne serve pas à nouveau. Mais,
cette fois-ci, il servira à nos intérêts.
Des Voix: ...
M. Parizeau: Bien sûr. L'épargne du Québec,
pour un certain nombre d'institutions financières comme les compagnies
d'assurances, sera assujettie exactement au même genre de
réglementation qu'on trouve à l'heure actuelle dans la plupart
des pays du monde.
M. Blank: ... pour le Québec.
M. Parizeau: Cela s'adonne que ça servira le Québec
pour une fois, M. le député de Saint-Louis.
Finalement c'est là-dessus que je termine, M. le
Président, parce que c'était la dernière question
soulevée par le député d'Outremont en cas
d'échec des discussions monétaires, qu'est-ce qui se passe? On
n'a même pas de renseignements. Comment on n'a pas de renseignements?
Pour savoir comment une monnaie va se comporter par rapport aux autres monnaies
sur le marché des changes, on s'appuie essentiellement sur la balance
des paiements et, en fait, la balance des comptes courants, c'est-à-dire
des exportations de biens et services. Nous l'avons au Québec depuis
1961 seulement. On s'excuse de ne l'avoir que pour 18 ans; on
préférerait peut-être l'avoir pour 40 mais 18 ans devraient
nous donner une idée suffisante de la situation.
Or, quelle est cette situation? Le Québec a toujours eu,
contrairement à ce que la plupart des gens pensent, jusqu'en 1973 un
excédent à sa balance des comptes courants. Il exporte plus qu'il
n'importe jusqu'en 1973. Qu'est-ce qui se passe depuis ce temps? Comme dans
tous les pays où on n'a pas de pétrole, il y a un trou qui est
apparu, qui a atteint un sommet en 1975, qui s'est mis à baisser par la
suite, et les chiffres que le député d'Outremont affectionne plus
particulièrement, ceux de 1978, lui indiqueront que le trou est presque
fermé. Bien oui, c'est la page suivante, M. le député!
Dans ces conditions, M. le Président, j'en retiens simplement ceci et je
m'excuse d'avoir été un peu long: les questions que le
député d'Outremont pose sont des questions auxquelles le Parti
québécois cherche à donner des réponses depuis sept
ou huit ans. Merci.
Le Président: M. le chef de l'Opposition officielle, vous
avez la parole.
M. Claude Ryan
M. Ryan: M. le Président, j'écoutais avec
intérêt le ministre des Finances. Je m'aperçois qu'il y a
bien des questions soulevées par le député d'Outremont
auxquelles il n'a pas daigné s'arrêter, en particulier à la
principale. Le député d'Outremont a demandé bien
clairement comment, avec une économie dont le rendement est
inférieur d'environ 10% au rendement de la moyenne de l'économie
canadienne, le gouvernement péquiste, faisant du Québec un Etat
souverain, pourra assurer la même qualité de services publics, la
même qualité de programmes sociaux à travers le
Québec. Il n'a pas répondu à cette question. Est-ce que je
me trompe?
M. Parizeau: Oui, j'ai répondu.
M. Ryan: Nous la posons depuis longtemps. Nous n'avons jamais eu
une réponse claire. Le député d'Outremont a invité
le ministre des Finances à répéter sa performance du
budget de l'An I. Il était beaucoup plus assuré en matière
de budget quand il était dans l'Opposition. C'est toujours plus facile
de faire un budget dans l'Opposition. Nous attendons la réédition
de ce fameux budget de l'An I. Vous êtes placés pour le faire
maintenant, vous avez tous les services techniques à votre disposition.
Ce serait un très bon document d'accompagnement.
Je dois vous signaler que le livre blanc du gouvernement en
matière de perspectives budgétaires est étonnamment
discret et voire complètement silencieux. Il n'en parle pas de cela.
Vous nous avez dit que la performance du gouvernement actuel peut fournir une
très bonne indication quant aux perspectives auxquelles il faut
s'attendre. Vous me contredirez, si je me trompe, nous aurons l'occasion d'en
discuter plus longuement à l'occasion du débat sur le discours du
budget. Si mes souvenirs sont exacts, le ministre des Finances a
déposé trois budgets dans cette Chambre, jusqu'à
maintenant, depuis l'avènement du Parti québécois au
pouvoir. Le premier budget: déficit autour d'un milliard de dollars. Le
deuxiè-
me budget: déficit de $1,3 milliard, à $1,4 milliard. Le
dernier budget, déficit de $1,5 milliard à peu près.
Moyenne de déficit annuel: $1,1 milliard, $1,2 milliard, et ne nous
chicanons pas sur les virgules et les pourcentages. J'invoque ces chiffres de
mémoire. Nous aurons l'occasion d'en discuter plus
précisément.
Le ministre des Finances est celui qui a fait un scandale durant la
campagne de 1976 en disant que le déficit du Québec atteindrait,
pour la première fois, le sommet d'un milliard de dollars. Il a
créé un scandale à travers tout le Québec à
ce moment. Il y avait des raisons spéciales attenantes au déficit
des Jeux olympiques cette année-là. Depuis ce temps, votre
déficit est allé là et nous avons bien hâte de voir
quel sera le déficit prévu dans le prochain budget.
Nous sommes en droit de poser des questions quant aux
conséquences budgétaires et financières qui
résulteraient c'est fort improbable, mais il faut l'examiner
parce que c'est le sujet que le gouvernement met sur la table d'une
décision comme celle qu'on nous invite à prendre, et je ne vois
pas que ce soit invoquer des réflexes de peur ou de frousse.
C'est invoquer le réalisme traditionnel de tout citoyen qui se
respecte que de poser des questions comme celle-là, et la tâche du
gouvernement n'est pas de renvoyer la balle en disant: Vous êtes des
marchands de peur. Qu'il nous fournisse des données précises;
c'est ce que nous attendons, nous les discuterons à leur mérite.
Ce sont les sociétés de la couronne. Quelle plaisanteriel
D'abord, je voudrais dénoncer un mensonge du ministre d'Etat au
Développement économique qu'il profère partout depuis des
semaines.
Il nous dit: Les dépenses créatrices d'emplois du
gouvernement fédéral sont à peu près 16% au
Québec de ce qu'elles sont pour l'ensemble du pays. Ces chiffres sont
contestés par le gouvernement fédéral. De plus, il dit
qu'en matière de sociétés de la couronne, il a
invoqué l'exemple de la Société de développement du
Canada qui a seulement un pourcentage insuffisant d'emplois qu'elle a
créés au Québec et, ce que n'a pas dit le ministre d'Etat
au Développement économique, et que je vais le lui dire, ce
matin, à la face de tout le Québec, c'est que, pour l'ensemble
des sociétés fédérales de la couronne, il y a 29,1%
des emplois qu'elle procure qui sont situés au Québec. C'est dans
le rapport de M. Bonin qui a été fait à même les
frais des contribuables.
M. Landry: Question de privilège, M. le
Président.
Le Président: M. le ministre d'Etat au
Développement économique.
M. Landry: Pourtant, M. le Président, c'est une question
de privilège.
Le Président: Un instant, s'il vous plaît! A
l'ordre! M. le ministre d'Etat au Développement économique, s'il
s'agit de rétablir les faits, vous pourriez le faire
immédiatement après l'intervention du chef de l'Opposition.
M. Landry: M. le Président, je pense que c'est plus que
rétablir les faits parce que mon privilège est attaqué et
je vous explique comment. Le député d'Argenteuil a laissé
entendre que nous n'avions pas donné toute l'information à la
population du Québec. Or, les chiffres qu'il vient de citer sur les
sociétés fédérales, il les a pris dans une
publication que nous avons nous-mêmes émise et qui est
disponible...
Le Président: A l'ordre, s'il vous plaît! Cela
relève davantage de votre droit de réplique, M. le ministre
d'Etat au Développement économique.
M. le chef de l'Opposition.
M. Ryan: Le ministre a la mémoire courte. Il pourrait
relire le discours qu'il a fait dans cette Chambre au début du
débat. Il va voir que le seul exemple de sociétés
fédérales de la couronne qu'il a apporté, c'est celui de
la Société de développement du Canada. Tous les autres, il
n'en a pas parlé, parce que cela ne servait pas sa cause. C'était
trop vrai pour qu'il en parle. Les sociétés de la couronne, le
ministre des Finances s'en va au 5c, 10c, 15c, il va garder celle-ci, l'autre
va faire un "joint venture", l'autre va faire cela. Ce n'est pas ainsi que cela
marche et celles où vous ferez des "joint ventures", dites-nous donc sur
quelle base. Est-ce que ça va être sur la même base de
l'autorité monétaire, un sur quatre? Vous n'avez pas dit cela.
Allez donc faire une proposition de 50-50 avec un partenaire qui va
détenir les trois quarts des actifs. Vous allez voir ce qu'il va vous
dire. Il n'y a aucune précision dans votre livre blanc. Cela vous a pris
trois ans et demi à accoucher de cette souris. Aucune précision
sur ces questions. Les sociétés de la couronne, quand on va
négocier, cela se fera par des négociations, cela dépend
de la négociation. Ce n'est pas cela qu'on vous demande, messieurs, ce
sont des réponses précises. On ne veut pas se ramasser avec un
vote de grève demain matin.
Libre circulation des capitaux, quel propos lumineux que nous venons
d'entendre. Il nous dit: On va transposer au Québec ce qu'ils ont fait
au plan fédéral. Je suis content que le ministre reconnaisse que
ces politiques du gouvernement fédéral n'étaient pas si
mauvaises. Il va les transposer au Québec? Cela veut dire que le citoyen
de l'Ontario, en matière de libre mouvement des capitaux, sera
placé sur le même pied que le Japonais, que l'Allemand, que
l'Américain. C'est cela, votre politique? (11 h 10)
M. Lalonde: La séparation.
M. Levesque (Bonaventure): C'est la séparation.
M. Ryan: On pensait que la libre circulation des capitaux voulait
dire autre chose que cela. Le Canada, comme puissance souveraine, a jugé
né-
cessaire d'imposer certaines limites à la libre circulation des
capitaux; nous reconnaissons tous que c'est nécessaire. Vous proposez
une association économique avec le reste du Canada et vous dites: Libre
circulation des capitaux. Nous vous disons: Dites toute la
vérité, dites quelles restrictions vous allez mettre et dites que
ce sera équivalent à des rapports entre pays étrangers qui
seront réglés par des traités, etc. Cela, nous le
comprendrons, mais nous vous disons: Ne jouez pas sur les mots, dites toute la
vérité.
M. Levesque (Bonaventure): C'est cela.
M. Ryan: Echec des négociations en matière
monétaire. Là, je vous avoue franchement que je n'ai pas compris
l'explication parce qu'il n'y a pas d'explication à cela, il n'y a pas
d'explication véritable. Vous vous promenez avec votre question et la
question est formulée de telle manière que vous auriez une
espèce de garantie dans votre poche qu'on va avoir un même dollar
et une même monnaie. C'est du conditionnel enveloppé dans du temps
présent et futuriste; vous n'avez aucune espèce de garantie de ce
côté-là. Voyons donc!
Je termine par un dernier exemple, le fameux excédent de la
balance des paiements dont parle le ministre des Finances. Le
député d'Outremont lui a demandé, l'autre jour, de citer
ses sources quand il parle d'un excédent net incluant toutes les
transactions, toutes les opérations. Nous serions très
intéressés que vous nous fournissiez ce document; vous ne l'avez
jamais publié, en tout cas. Nous connaissons l'excédent que le
Québec produit en matière d'échange de marchandises, il y
a des statistiques là-dessus. Le député d'Outremont l'a
très bien démontré, nous avons un excédent,
actuellement, qui dépend en grande partie de la politique tarifaire. Il
y a eu des effets protectionnistes marqués pour le Québec, mais
c'est un des éléments de cet excédent qui serait le plus
mis en danger et compromis par une décision comme celle que nous propose
le Parti québécois.
Le Président: M. le ministre des Finances. M. Jacques
Parizeau
M. Parizeau: Quelques mots seulement, M. le Président,
pour répondre au chef de l'Opposition officielle. Première chose,
il dit: Comment une économie moins riche peut-elle se payer les
mêmes services? Comme j'ai eu l'occasion de le dire à maintes
reprises, nous avons été pendant longtemps une économie
moins riche, pendant très longtemps, nous avons fourni plus d'argent
à Ottawa que les services qu'on en recevait. Nous avons réussi,
en dépit de cela, à créer de doubles emplois dans les
services publics entre le Canada et le Québec et n'importe quelle
personne de bon sens constaterait que c'est un gaspillage absolument
éhonté.
Dans la plupart des ministères, maintenant, tout se fait en
double entre Québec et Ottawa. Il y a là des sommes
considérables d'économie et le chef de l'Opposition officielle le
sait aussi bien que moi. Des sommes considérables...
M. Ryan: Est-ce que je pourrais poser une question au ministre
des Finances? M'autoriserait-il à lui poser une question?
M. Parizeau: Non, M. le Président, j'ai laissé le
chef de l'Opposition...
Des Voix: Ah!
Le Président: A l'ordre, s'il vous plaît! M. le
ministre des Finances.
M. Parizeau: M. le Président, je pense n'avoir jamais
interrompu qui que ce soit dans cette Chambre et je ne vois vraiment pas en
vertu de quoi nos amis d'en face s'énervent à ce point.
Deuxièmement, je note simplement que le chef de l'Opposition
officielle constate que, de ce côté-ci, disposant de services
techniques abondants maintenant que nous sommes au pouvoir, nous pourrions
préparer une sorte de budget consolidé des opérations
à la fois fédérales qui s'appliquent à nous et des
nôtres propres. Je note avec plaisir que si jamais nous faisions cela, il
ne nous accuserait pas d'utiliser des fonds publics à des fins
partisanes; j'en prends bonne note.
Troisièmement, je note aussi que les exemples de déficit
que le chef de l'Opposition officielle m'attribuait représentent, s'il
fait le calcul lui-même, à peu près 10% de nos revenus. Je
lui signale, dans ce sens, qu'il n'a fait que confirmer ce que je disais de
notre propre performance, elle est pas mal meilleure que celle d'Ottawa.
Sur le plan des sociétés d'Etat, venir dire que ce serait
difficile à négocier ou que ça ferait appel à des
concepts inconcevables, allons donc! La voie maritime du Saint-Laurent, comment
ça marche? Il y a un très gros pays qui s'appelle les Etats-Unis,
il y a un petit pays qui s'appelle le Canada, et ils arrivent à
administrer ensemble la voie maritime du Saint-Laurent et, à ma
connaissance, ça ne crée pas de drame. En vertu de quoi notre
apparition dans le paysage, comme pays souverain, devient-elle tout à
coup à ce point dramatique quand on commence à parler de faire
circuler des avions? Bien voyons! Voyons! Ce n'est pas sérieux! Et quant
aux restrictions de capitaux sur lesquelles il est revenu, une fois de plus, je
vous rappelle, M. le Président, qu'il s'agit non pas de la libre
circulation des capitaux dans le sens où l'on en parle
généralement, mais des dispositions applicables aux compagnies
d'assurances, dans certains cas, à certaines compagnies de fiducie, les
compagnies voisines, qui existent dans tous les pays et qui font que le jour
où le Québec deviendrait un pays souverain, il serait
parfaitement normal, à la suite de tous les autres, qu'il ait exactement
le même genre de dispositions. Il n'y a aucune espèce
d'originalité particulière dans une voie comme celle-là.
Je conclus, M. le Président, par ce simple commentaire: On cherche
à faire passer pour des opérations compliquées,
impossi-
bls, impensables, des opérations financières,
industrielles ou commerciales qui sont maintenant tellement
générales entre pays souverains qu'on s'étonne que nos
amis d'en face puissent s'étonner qu'elles soient possibles.
M. le Président, un mot pour terminer. On me demandait
d'où venaient les chiffres que je citais tout à l'heure quant aux
exportations et aux importations de biens et services du Québec.
Statistique Canada en a, le ministère de l'Industrie et du Commerce du
Québec en a, et, de toute façon, le député
d'Outremont les cite en page 17 de son opuscule intitulé La bataille des
comptes économiques.
M. Raynauld: M. le Président... Le Président:
Le député d'Outremont. M. André Raynauld
M. Raynauld: M. le Président, je voudrais intervenir
très brièvement. Sur le premier point, le ministre des Finances
nous dit qu'il va réduire les services du Québec en
éliminant le dédoublement des services. Je voudrais lui demander
comment il va faire pour maintenir les emplois de tous les fonctionnaires qu'un
autre de ses collègues a promis en ce qui concerne les fonctionnaires
fédéraux, comment il va faire pour que le ministre d'Etat au
Développement social puisse, lui aussi, augmenter tous les services.
Quand il aura trouvé quelles seront les économies qu'il pourra
faire sur les dédoublements de services, on s'en reparlera!
Sur la voie maritime du Saint-Laurent, je voudrais aussi lui dire, M. le
Président, pourquoi cela fonctionne avec les Etats-Unis. C'est pour une
raison fort simple: c'est que le Canada a 71% des actifs qu'il a
financés lui-même et que les Etats-Unis n'ont financé que
29% de l'ensemble des actifs. C'est très simple! Dans le cas du
Québec, cela serait exactement la situation inverse. Ce seraient les
autres qui auraient 66%, 70% ou 75%, et nous, on aurait 25%. La situation
serait complètement inversée. C'est pour cela que les Etats-Unis
acceptent d'être sur un pied d'égalité, c'est parce que
c'est nous qui avons payé. C'est pour cela que ça marche comme
cela.
Sur les institutions financières, M. le Président, juste
un petit mot. On n'a pas de problèmes avec l'application du programme
fédéral aux institutions financières
québécoises. Le seul problème que cela pose, c'est qu'il
n'y a pas d'association à ce moment. Il n'y a pas d'association puisque
les résidents des autres provinces du Canada sont
considérés comme n'importe quel étranger. A ce moment, il
n'y a pas d'association dans le domaine du marché, du capital et des
institutions financières. C'est cela qui est très
intéressant. Qu'on nous dise que c'est cela!
Enfin, M. le Président, la balance des paiements. Pour la balance
des paiements dans les comptes économiques, je voudrais attirer
l'attention du ministre des Finances sur l'introduction aux comptes
économiques où il est dit en toutes lettres, par les
fonctionnaires qui ont préparé les comptes, qu'il faut faire bien
attention de ne pas prendre le résidu des exportations nettes pour un
compte courant parce que, dans ce résidu, il n'y a pas de dividendes, il
n'y a pas de revenus de placement, il n'y a pas de transferts entre les
entreprises d'une province à l'autre. Les gens qui ont
préparé les comptes économiques nous disent justement de
ne pas faire ce que vous venez de faire, c'est-à-dire
d'interpréter cela comme un compte courant, ce n'en est pas un!
Merci.
Le Président: M. le ministre de l'Immigration. M.
Jacques Couture
M. Couture: Je remercie mes collègues de cet excellent
débat de ce matin. Je m'aperçois que nos adversaires commencent,
eux aussi, à être ébranlés, car ils
s'énervent beaucoup. (11 h 20)
M. le Président, je voudrais en accordant mon appui à la
motion du premier ministre, m'adresser d'abord à mes concitoyens de
Saint-Henri, à tous mes compatriotes et, d'une façon
particulière, aux Québécois de nouvelle souche, pour
essayer de leur démontrer à quel point ce mandat demandé
par le gouvernement pour négocier une nouvelle entente avec le reste du
Canada, basée sur l'égalité entre les peuples, est plus
que légitime. C'est un événement inespéré
pour parachever, d'une façon civilisée et pacifique,
l'évolution de nos deux sociétés qui, chacune de son
côté, poursuivent selon un dynamisme différent la recherche
d'une nouvelle harmonie, d'un nouvel équilibre.
La question qui nous est présentée invite à
considérer la possibilité d'une nouvelle entente, et le mot
entente a toute son importance, Personnellement, je n'ai jamais souscrit
à ces croisades plus ou moins affichées contre nos amis
anglophones. Dans le passé, on a eu parfois tendance je l'avoue
à tout mettre sur le compte des Anglais, les rendant responsables
de nos lacunes, de nos retards, de nos humiliations. Ce n'est pas vrai. C'est
plutôt un système qui créait ces conditions
défavorables. La communauté anglophone du Canada s'est
développée normalement et a eu les comportements de toute
majorité, c'est-à-dire qu'elle a agi et réagi en fonction
de ses intérêts majoritaires. Un dynamisme grandissant s'est
manifesté au Canada anglais qui s'est traduit par la volonté de
se doter d'un instrument central puissant, expression d'une identité
canadienne commune aux citoyens de Toronto, Calgary, Halifax. C'est
parfaitement légitime.
Nous, au Québec, notre dynamisme national s'est
développé en sens inverse dans la recherche toujours accrue d'un
instrument québécois fort et autonome qui ne pouvait que nier
continuellement cette volonté différente du Canada anglais. Quand
la question demande de considérer une nouvelle entente basée sur
le principe de l'égalité des deux peuples dans une formule de
souveraineté-association, la question ne fait que proposer aux
Québécois et aussi il ne faut jamais l'oublier,
car l'élément négociation le suppose
proposer à tout le Canada anglais de concrétiser dans les faits
ces deux dynamismes différents qui, par ailleurs, se rejoignent autour
de certains intérêts économiques semblables. Assumer
politiquement avec maturité nos différences et consacrer, en
même temps, nos points communs, voilà l'objectif de la
souveraineté-association.
Je comprends parfaitement qu'on puisse continuer à
défendre le fédéralisme canadien, mais la question que
nous étudions maintenant nous invite à envisager une meilleure
formule qui rejoint les préoccupations des temps modernes qui non
seulement s'inscrivent dans la continuité des revendications
québécoises des 50 dernières années
plusieurs collègues l'ont souligné fortement mais qui est
aussi une façon de respecter nos partenaires du Canada anglais pour qui
nous sommes toujours les trouble-fête, les éternels
mécontents, les chialeux invétérés.
Créons donc ensemble ces conditions favorables pour que nos deux
sociétés évoluent selon leur génie propre. Quand la
question que nous étudions décrit la formule de
souveraineté-association comme direction nouvelle proposée aux
Québécois, on peut s'interroger sur les bienfaits qu'on pourrait
en attendre. Les citoyens ont tout à fait raison d'interroger l'avenir
avec nous. Quelle sorte de société peut bien sortir de cette
nouvelle entente proposée par la question? Il est important de se le
demander, quand notre ambition très légitime d'être enfin
maîtres chez nous n'a de sens que si nous savons collectivement comment
nous utiliserons ces nouveaux pouvoirs et de quelle façon ils nous
permettront de bâtir une société plus juste, d'une plus
grande qualité de vie et davantage impliquée au niveau
international.
J'aimerais aborder là-dessus un thème avec lequel mes
fonctions m'ont rendu plus familier: l'immigration et la dimension
internationale. D'abord, pensez-vous que nous sommes capables, comme
société, d'intervenir adéquatement en matière
d'immigration? Vous ne trouvez pas ça ridicule que, pour un même
pays comme le Canada, il y ait deux ministères de l'immigration? Que les
candidats à l'étranger en direction du Québec doivent
rencontrer deux officiers d'immigration de deux gouvernements différents
dans deux bureaux, passer deux entrevues, compléter deux questionnaires,
ce qui rend notre situation unique au monde? Il n'y a pas un pays au monde qui
fait cela. Où est la rationalité sociale et économique
là-dedans?
L'immigration illustre bien d'ailleurs l'inconséquence et
l'incohérence du système fédéral actuel ici,
où il y a manifestement deux sociétés distinctes capables
d'exercer chacune des pouvoirs souverains. Le Canada anglais se fie
complètement sur Ottawa pour intervenir en matière d'immigration,
alors que le Québec a des raisons particulières pour assumer ces
pouvoirs et je pense que nous sommes tous d'accord là-dessus.
Québec est la seule province du Canada dotée d'un
ministère spécifique de l'Immigration. N'est- ce pas
significatif? Allons-nous dire que nous avons tort? Quand le
fédéral faisait seul de l'immigration pour le Québec, 80%
à 90% des arrivants sur notre territoire se faisaient dire qu'ils
venaient dans un beau grand pays appelé Canada, à plus de 70%
anglophone, et tout les incitait à se joindre à cette
majorité anglophone canadienne. Je n'en veux ni aux immigrants ainsi
préparés ni même aux autorités
fédérales qui présentaient le visage réel de ce
Canada, sauf que nous, au Québec, nous étions drôlement
menacés par ces politiques.
Au lieu de rêver d'un Canada irréel, n'est-il pas plus
intelligent de reconnaître qu'il y a le Canada anglais et qu'il y a le
Québec, que les immigrants venant chez nous arrivent dans une
société bien différente de celle du Canada anglais et
qu'il est légitime que nous intervenions du commencement à la fin
en matière d'immigration, ce qui n'exclut...
M. Lalonde: M. le Président...
Le Président: Je m'excuse, M. le ministre de
l'Immigration. Une question est...
M. Lalonde: ... je m'excuse...
Le Président: ... formulée par M. le
député de Marguerite-Bourgeoys.
M. Lalonde: ... d'interrompre le ministre de l'Education, mais
j'aimerais lui poser une question à ce moment-ci.
M. Couture: Question de privilège! Je suis le ministre de
l'Immigration, M. le Président.
M. Lalonde: Pardon? De l'Immigration, oui. Du Travail? Non.
J'aimerais lui poser une question à ce moment-ci, une brève
question, tout simplement pour clarifier.
Le Président: Permettez-vous, M. le ministre de
l'Immigration?
M. Couture: Non, M. le Président.
Le Président: Vous pouvez poursuivre.
M. Couture: II est légitime que nous intervenions du
commencement à la fin en matière d'immigration, ce qui n'exclut
nullement des ententes absolument nécessaires pour favoriser la libre
circulation des personnes.
Les Etats souverains du Marché commun européen pratiquent
cette politique depuis longtemps, mais il est vrai qu'il s'agit d'Etats
souverains. L'Etat souverain chez nous, c'est le gouvernement
fédéral et on ne sait peut-être pas assez qu'à ce
titre, il s'est réservé le droit de dénoncer l'entente que
nous avons eue avec lui en matière d'immigration quand il le jugera bon;
ce qui devrait être un droit n'est donc en fait qu'une concession dont le
maintien dépendra toujours,
dans le système actuel, de la bonne volonté du
gouvernement d'Ottawa, c'est-à-dire, en pratique, du poids politique du
Québec dans la Confédération. On sait que ce poids ne
pourra que diminuer avec notre part de la population canadienne. On
était 36% en 1951, 26% maintenant et on prévoit 23% à 20%
à la fin du siècle, et la dégringolade peut se poursuivre,
compte tenu des migrations et de la supériorité du Canada anglais
en territoires et en ressources.
La souveraineté dont parle la question devrait, par ailleurs,
garantir l'intégration des nouveaux venus, si importante pour l'avenir
collectif de notre peuple. Ce n'est pas au Québec que nous sommes venus,
mais au Canada, me suis-je fait répondre invariablement par
différents membres des communautés ethniques à qui je
demandais d'expliquer pourquoi ils n'avaient pas réussi, au cours de
longues années de séjour parmi nous, à apprendre le
français, et Dieu sait que ce n'est pas leur faute!
Le comportement des immigrants récents est assez
différent, évidemment, mais il est certain que notre situation
actuelle, celle dans laquelle certains voudraient nous maintenir,
présente une ambiguïté fondamentale qu'on ne retrouve nulle
part ailleurs en notre terre d'Amérique. Le cas des Etats-Unis est bien
connu. Quand on va s'installer dans ce pays, on sait qu'on devra adopter
l'anglais. Il en va de même pour l'espagnol ou le portugais en
Amérique latine. Qu'ils soient petits ou grands, ces pays ont tous un
point commun: ils sont jaloux de leur identité spécifique et
c'est ce qu'ils proposent à tous les nouveaux arrivants. (11 h 30)
Pour revenir chez nous, il est certain que l'ambiguïté de
notre situation ne peut être, dans les esprits des nouveaux venus, qu'une
source permanente de confusion qui, si elle a pu être
atténuée par les mesures prises par le gouvernement actuel pour
affirmer le caractère francophone de la société
québécoise, ne pourra être vraiment dissipée que le
jour où le statut du Québec comme Etat national souverain des
francophones d'Amérique aura été affirmé par notre
peuple et reconnu par l'ensemble de la communauté internationale.
En proposant une nouvelle entente dans la question, nous voulons aussi
pouvoir intervenir directement dans les affaires internationales. Quel
intérêt escomptons-nous? N'est-il pas vrai, Mme la
Présidente, que les Québécois développent, depuis
peu, une sensibilité nouvelle pour les problèmes internationaux,
une nouvelle ouverture sur le monde? Pensons, à titre d'exemple,
à la chaleur qui anime les groupes de parrainage de
réfugiés mis sur pied par les paroisses, les organismes et les
simples citoyens jusque dans les coins les plus reculés du
Québec. Je pense que, si l'on cherche la cause de cette attitude
nouvelle de nos compatriotes, on conclura que les Québécois se
sont montrés d'autant plus ouverts sur le monde qu'ils se donnaient
à eux-mêmes les moyens de s'affirmer et de se faire respecter, ce
qui nous permet d'espérer des attitudes de plus en plus
intéressantes au niveau de ces solidarités avec d'autres pays du
monde à mesure que nous pourrons nous-mêmes complètement
prendre des initiatives à ce sujet.
Qu'on songe que le gouvernement du Québec, avec notre initiative
et avec le soutien unanime de cette Assemblée nationale je suis
fier de le rappeler fut le premier en Occident à annoncer son
intention d'accueillir les réfugiés de la mer du bateau Hai Hong.
Il est vrai que le gouvernement fédéral a suivi et a
entériné cette initiative, mais il avait le pouvoir de
décider autrement, car il ne nous est pas permis, dans le cadre actuel,
de décider nous-mêmes quel mouvement de réfugiés
nous pourrions favoriser. Je me félicite quand même d'une bonne
collaboration à ce titre, mais ne croyez-vous pas que notre
société soit suffisamment adulte et préparée
à décider elle-même de ses solidarités et à
apporter elle-même, de manière originale, son aide aux pays du
Tiers-Monde? Sommes-nous prêts et capables, oui ou non, de le faire?
Par exemple, nous avons des affinités plus particulières
avec les pays d'Amérique latine et combien de fois pourrions-nous le
manifester plus clairement. L'intérêt que nous développons
ici au Québec pour les droits de l'homme et la défense de ces
droits autour du globe nous permettrait de jouer un rôle plus direct dans
le monde d'aujourd'hui pour secourir les victimes des régimes
totalitaires et apporter notre contribution dans les organismes internationaux.
Nous avons une philosophie différente de celle du fédéral
sur la sécurité nationale, sur le statut du réfugié
politique, sur les droits individuels des immigrants, mais la régime
laisse au fédéral le dernier mot sur ces questions. N'est-ce pas
excessif? Quelle limite avons-nous dans notre action quand nous sommes toujours
obligés de passer par Ottawa pour intervenir auprès d'autres
gouvernements?
Mme la Présidente, c'est bien l'un des paradoxes les plus
humiliants de notre situation actuelle que cette nécessité
où nous sommes de passer par la tutelle d'Ottawa pour prendre contact
avec tant de ces peuples qui, au cours des dernières décennies,
ont réussi, eux, à se donner un accès direct à la
scène mondiale, alors qu'en termes de ressources humaines et
matérielles nous sommes dix fois mieux préparés qu'ils ne
l'étaient lorsqu'ils ont acquis leur souveraineté.
Enfin, en réfléchissant sur toutes les
interprétations et les implications de la question
référendaire, je voudrais maintenant faire partager à tous
mes amis des communautés ethniques les sentiments profonds qui m'animent
à ce sujet. Je veux leur dire franchement et avec force que nous
respectons d'avance leur opinion et leur choix sur cette question et que je
suis même porté à comprendre que bon nombre d'entre eux,
ayant été naguère sélectionnés par un Canada
avec le visage que l'on connaît et ayant été
intégrés dans cette optique, auront la tentation de
préférer le statu quo. Je les comprends et je les respecte.
Je sais par ailleurs que de plus en plus, des milliers et des milliers
d'entre eux acceptent et
choisissent de bâtir leur avenir avec les Québécois
de vieille souche et cherchent peut-être, non sans déchirement,
mais parce qu'ils sont tellement attachés au Québec, à
rejoindre ce nouveau sentiment d'appartenance dans la certitude que c'est pour
bâtir une société plus ouverte sur le monde, donc plus
compréhensive de leurs besoins et plus attentive à l'inestimable
richesse qu'ils apportent. Je pense que les Québécois n'ont
aucune leçon à recevoir de n'importe qui en Amérique et au
Canada en termes de tolérance et de respect des droits individuels des
minorités.
Je veux saluer ici tous ceux qui, parmi nos diverses communautés
et en nombre croissant, ont tenu à me faire savoir qu'ils comprennent
que nos aspirations rejoignent celles de leur peuple d'origine. Je pense en
particulier à nos amis d'origine italienne dont les compatriotes, il y a
un siècle à peine, ont su se libérer des puissances
étrangères qui tentaient de les maintenir divisés,
assujettis. Je pense à nos amis grecs: leur peuple s'est battu
courageusement pour sa souveraineté et il n'accepterait sûrement
pas de nos jours de la sacrifier pour une quelconque fédération
avec les Turcs; aux Portugais coincés entre l'océan et l'Espagne,
plus vaste et plus peuplée; leur pays d'origine a réussi, en
sauvegardant sa souveraineté, à maintenir son identité;
aux Polonais, l'histoire admirable de leur peuple est celle d'un
perpétuel combat, d'une fidélité exemplaire à
soi-même contre toutes les tentatives d'annexion des voisins russe et
allemand imaginez-vous les Polonais à qui on imposerait une
fédération avec les Russes et les Allemands; à nos amis
haïtiens qui donnèrent aux trois Amériques le signal de la
libération; aux Latino-Américains dont les pays préservent
si jalousement leur héritage national; à ces nombreux peuples du
Moyen-Orient, d'Afrique et d'Asie qui, par leur courage et leur
détermination, sont arrivés à protéger leur
identité nationale et à leur donner une dimension politique;
enfin, à ceux qui ont perdu tragiquement leur souveraineté et qui
n'aspirent qu'à la retrouver: Ukrainiens, Lithuaniens, Arméniens
et tant d'autres.
De plus en plus, ils comprennent nos objectifs et y apportent leur
concours qu'ils n'auront sûrement pas à regretter car les
Québécois de vieille souche en apprécient un peu plus
chaque jour la valeur. Affirmation de soi, intégration des
minorités, ouverture sur le monde, on voit donc que tout est lié.
Comme le disait, il y a quelques années, un de nos hommes politiques, il
en est des peuples comme des individus, c'est en creusant leur propre
liberté que, peu à peu, le chemin s'ouvre vers les autres. Merci,
Mme la Présidente.
La Vice-Présidente: M. le député de
Sainte-Marie.
M. Guy Bisaillon
M. Bisaillon: Mme la Présidente, je suis de ceux qui
voient, tant dans le débat sur la question que nous faisons depuis
déjà deux semaines que dans la démarche
référendaire que nous entrepre- nons, le moyen, peut-être
pour la première fois dans notre histoire, de regrouper les
Québécois, de les unifier au lieu de les diviser. Si nous
voulions travailler dans le sens de ce qui nous est actuellement
proposé, peut-être pour la première fois aussi
pourrions-nous faire ressortir ce qui fait nos ressemblances, ce qui fait en
sorte qu'on puisse se regrouper plutôt que de démontrer ou de
faire constamment la démonstration de nos différences.
De tout temps, d'un gouvernement à l'autre, les
représentants du Québec ont eu les mêmes revendications
pour les Québécois. Les commissions Laurendeau-Dunton,
Pépin-Robarts ont posé de façon parfois étrangement
semblable les mêmes diagnostics qu'ont posés les
Québécois quand, à certains moments, ils allaient
même jusqu'à proposer des solutions qui étaient identiques
à celle qu'on propose. Même dans cette Chambre, depuis le
début, on peut au moins trouver un point commun à chacun des
partis politiques présents dans cette Chambre. Tous les partis
politiques du Québec disent au moins une chose identique, semblable: Le
système fédéral actuel tel qu'il existe, ça n'a
plus de bon sens, il faut que ça change. Tous les partis politiques le
disent. Bien sûr, chacun le dit à sa façon, bien sûr
chacun trouve ses solutions. Mais ce consensus minimum qui porte un diagnostic,
un constat sur le système dans lequel on se trouve, tous les partis
politiques du Québec, tous ceux qui sont dans cette Chambre l'ont
posé au moins une fois. Pourquoi? (11 h 40)
Mme la Présidente, c'est la question que je voudrais qu'on se
pose ensemble et qu'on pose aussi à la population du Québec.
Pourquoi ne partirions-nous pas de cet élément? Pourquoi ne
partirions-nous pas de ce qui nous assemble plutôt que de partir de ce
qui nous divise? Pourquoi, sur cette base, ne reprendrions-nous pas la
question? Examinons ensemble les points essentiels de cette question et voyons
à travers eux, les ressemblances qu'on peut avoir dans cette Chambre et
dans la population.
Bien sûr, Mme la Présidente, on me dira que, dans cette
Chambre, les ressemblances de jour en jour diminuent; mais, dans la population,
de jour en jour, elles augmentent les ressemblances. Un député
étant un représentant de la population, il me semble qu'il
devrait être vigilant aussi à ce mouvement de la population,
à ce changement de mentalité dans la population, à cet
aspect nouveau, à cette attention nouvelle que porte la population
à la question référendaire.
Pourquoi, Mme la Présidente, ne partirions-nous pas de cette
question et voir ensemble quelle est la meilleure formule pour l'instant pour
servir au mieux les intérêts des Québécois? C'est
dans ce sens qu'on a été élus au Parlement du
Québec. C'est pour cette raison qu'on est censés être
à l'Assemblée nationale du Québec. Pourquoi
n'étudions-nous pas la question et voir, à l'intérieur de
nos ressemblances, quel est le meilleur moyen d'y arriver? Les points
essentiels de cette question...
La question qui nous est posée propose d'abord une nouvelle
formule et ensuite une nouvelle façon d'y arriver. Nouvelle formule,
c'est la nouvelle entente qu'on propose avec le Canada, une nouvelle entente
qui comporte deux volets, la souveraineté politique et l'association
économique. Là-dessus, cela a été suffisamment
expliqué pour que la population sache à quoi s'en tenir. Mais une
nouvelle façon d'y arriver aussi. Cela fait aussi partie de la
démarche référendaire. Pourquoi une nouvelle façon?
Dans la nouvelle façon, il y a deux aspects. L'aspect du
référendum en soi et l'aspect de la négociation. Pourquoi
une nouvelle façon? Si on regarde, si on retourne dans l'histoire, on se
rendra compte que tous les gouvernements du Québec, tous autant qu'ils
sont, ont tous essuyé des refus constants, les uns après les
autres, de la part du gouvernement central, tous, année après
année, se sont vu refuser les revendications justes, normales
présentées pour les Québécois.
On peut peut-être se demander comment il se fait que des gens
démocratiquement élus lorsqu'ils arrivaient vis-à-vis du
pouvoir central n'avaient aucun, mais aucun pouvoir de négociation,
aucune force de frappe, aucun moyen de pression.
On pourrait continuer encore de la même façon pendant 100
ans, mais on obtiendrait les mêmes résultats. Je ne connais pas un
citoyen dans sa vie quotidienne qui, après avoir subi des échecs
constants, continue toujours à utiliser le même moyen. Cela me
fait penser à l'histoire du gars qui arrivait toujours quinze minutes en
retard à son travail. Il dit: Je ne comprends pas cela, je pars toujours
à la même heure. J'arrive toujours en retard. Je pars toujours
à la même heure. C'est un peu c'est ce que je trouve un peu
illogique ce qu'on voudrait qu'on fasse encore. On est toujours
arrivé en retard et on voudrait qu'on prenne encore les mêmes
moyens. Si on prend les mêmes moyens, on aura les mêmes
résultats. Ce que nous proposons, c'est d'abord et avant tout de faire
la démonstration d'une force québécoise, et la seule force
qui existe, Mme la Présidente, au-delà des Parlements, c'est le
peuple, c'est la population.
Cette population qui a toujours endossé instinctivement,
intuitivement, qui a toujours endossé les revendications des
gouvernements du passé doit aujourd'hui se rendre compte qu'elle doit se
regrouper, se solidariser pour donner un mandat de négociations fort,
massif, au gouvernement du Québec quel qu'il soit.
La démarche qu'on fait actuellement, c'est une démarche
qui vise à donner un mandat positif, massif, clair à un
gouvernement du Québec. La suite, lequel gouvernement négociera,
on choisira cela plus tard, on sortira nos différences à ce
moment-là; pour l'instant, sortons et mettons en évidence nos
ressemblances. Quand on aura fait cette démarche de donner un mandat
fort, massif à un gouvernement, nos représentants, quels qu'ils
soient, qui arriveront vis-à-vis du pouvoir central, pourront au moins
se reposer sur un mandat clair qui leur aura été
donné.
Ce mandat comprend aussi, et la question comprend aussi une autre
façon de procéder, c'est-à-dire la voie du
référendum: référendum d'abord pour aller chercher
ce mandat et référendum pour faire apprécier les
résultats. Pourquoi un deuxième référendum? Un
deuxième référendum parce qu'il est normal, quand on
décide de travailler collectivement, quand on décide de
travailler avec la population, d'aller lui demander son avis sur le mandat
qu'elle veut bien nous accorder. Il est tout aussi normal, et même
essentiel, qu'elle soit reconsultée sur le résultat des
démarches qui ont été entreprises.
C'est donc, M. le Président, ce que le gouvernement propose dans
sa question: une nouvelle entente, une nouvelle formule, avec une nouvelle
façon de procéder. Ceux qui peuvent encore avoir des
hésitations, ceux qui peuvent encore avoir des doutes, est-ce qu'ils ne
pourraient pas se demander s'ils ne peuvent pas au moins se donner la
première chance. En fin de compte, ils apprécieront et,
lorsqu'ils auront apprécié, ils décideront dans un sens ou
dans l'autre. Peut-on dire non à une possibilité
d'amélioration? Peut-on dire non à une possibilité de
changement qui va dans le sens d'un mieux-être des
Québécois? Il me semble que ce serait tout à fait
illogique qu'on ne se donne pas la chance, enfin, massivement, solidairement,
collectivement, d'améliorer le sort de l'ensemble des
Québécois.
Pour cette raison, il faut donc qu'on garde la question telle qu'elle
est là parce que cette question, quand on y répond oui, on
répond oui à chacun des aspects de la question. On répond
oui à la question de la souveraineté-association, avec ce que la
souveraineté comporte et avec ce que l'association comporte. On
répond oui, aussi, à la démarche choisie par le
gouvernement de la négociation d'égal à égal. On
choisit aussi, quand on dit oui, un deuxième référendum.
On dit oui à une deuxième consultation; cela fait partie de
l'ensemble de cette question et c'est sur cette question que les
Québécois peuvent se donner des chances d'améliorer leur
sort.
Bien sûr, cette nouvelle formule qu'on propose va modifier le
système fédéral. Quand on modifie le système
fédéral, quand on critique le système
fédéral, ce qu'il faudrait qu'on comprenne, c'est qu'on critique
un système politique; on ne critique pas le Canada. Quand on veut
modifier le système politique, on ne veut pas changer le Canada, on ne
demande pas au reste du Canada de changer, on dit juste honnêtement,
sincèrement: On veut peinturer sa propre maison, on veut l'habiter, on
veut en être le propriétaire, on veut l'aménager à
notre façon. Demeurez comme vous êtes, mais permettez-nous
d'être ce que nous sommes, de nous développer comme nous sommes,
dans les intérêts des nôtres. C'est cela, M. le
Président, la solidarité.
Bien sûr, M. le Président, il y a des intérêts
qui
vont jouer contre nous. Cela, il faut que les Québécois en
soient conscients, des intérêts qui sont puissants, des
intérêts qui ont un aspect extérieur important: le Conseil
du patronat, la Fondation Pro-Canada. (11 h 50)
A cet effet, je voudrais faire une petite correction sur ce qui a
été dit ici, dans cette Chambre, la semaine dernière,
à la suite des remarques du député de Frontenac qui
dénonçait justement qui finançait la
contre-démarche des Québécois, qui finançait
l'avance ou la foulée des Québécois, les compagnies
multinationales, les grands intérêts financiers. Les
libéraux se sont empressés de nous répondre que non; eux,
au moment de la campagne référendaire, ils vont faire cotiser des
militants, des citoyens, ils vont se faire financer par des citoyens
ordinaires. M. le Président, c'est déplacer le débat. Nous
ne contestons pas, et nous ne contesterons jamais que tous les partis
politiques, maintenant, au Québec, se financent et se financeront par le
biais des citoyens ordinaires, par le biais de leurs membres. C'est la loi et
nous l'avons voulu, tous ensemble, à l'unanimité, de cette
façon. Mais ce qu'on peut quand même dénoncer, par exemple,
c'est, entre guillemets, M. le Président, l'espèce "d'hypocrisie"
qui fait semblant de ne pas reconnaître ou de ne pas accepter ce qui se
fait par la fondation Pro-Canada, ces $3 millions de propagande
dépensés à l'encontre des intérêts des
Québécois, pour les rapetisser encore une fois. Est-ce que les
libéraux l'ont dénoncée une fois? Ont-ils dit: Nous
n'acceptons pas ces dépenses-là? Nous ne voulons pas qu'elles
soient faites, parce que nous acceptons, nous, uniquement les dons de citoyens?
Quand on ne dénonce pas, M. le Président, on accepte, on
entérine.
M. Lalonde: Question de privilège, M. le
Président.
Le Président: Le député de
Marguerite-Bourgeoys. A l'ordre, s'il vous plaît M. le
député de Marguerite-Bourgeoys, je vais vous faire la même
remarque que je faisais tout à l'heure à M. le ministre d'Etat au
Développement économique, j'espère que vous n'abuserez pas
de la question de privilège.
M. Lalonde: Non, sûrement pas, M. le Président, mais
il reste quand même qu'une accusation a été portée
contre les députés libéraux et elle doit être...
Non, c'est vrai. Les libéraux ont dénoncé ce que
Pro-Canada faisait, soit se financer par les grosses compagnies. On s'est
complètement dissocié de cette démarche.
Le Président: A l'ordre! Cela relève davantage,
encore une fois, M. le député de Marguerite-Bourgeoys, du droit
de réplique.
M. le député de Sainte-Marie, vous pouvez poursuivre.
M. Bisaillon: C'est ce que j'appelais, entre guillemets, de
"l'hypocrisie", M. le Président! Qui a été un des premiers
initiateurs fondateurs du mouvement Pro-Canada ou de ce qui a amené la
fondation Pro-Canada? N'est-ce pas un député de l'Opposition
officielle? Ne serait-ce pas le député de Gatineau qui a
été un des initiateurs du mouvement? Un paravent, M. le
Président, ça cache aussi la vérité. De notre
côté, nous ne nous sommes jamais cachés du travail, de la
satisfaction que nous pouvions avoir...
M. Gratton: Une question de privilège, M. le
Président.
Le Président: A l'ordre, s'il vous P'aît! M. le
député de Gatineau, votre question de privilège.
M. Gratton: M. le Président, si j'ai bien compris, le
député de Sainte-Marie est en train de me prêter la
paternité du comité Pro-Canada. J'aimerais rétablir les
faits parce qu'il se trouve ainsi à induire la Chambre et la population
en erreur. Ce à quoi j'ai contribué, M. le Président,
c'est à la fondation du mouvement Québec-Canada, le 2
février 1977, mouvement qui regroupait des citoyens du Québec, de
toutes les allégeances politiques, qui sont maintenant environ 220 000.
Il n'y a jamais eu de contributions de compagnies, que je sache. De toute
façon, je ne suis plus associé, ni de près ni de loin,
avec le mouvement Québec-Canada depuis avril 1977. Je n'ai jamais
contribué ni en temps, ni en ressources de quelque sorte au
comité Pro-Canada ou à tout autre comité, sauf au Parti
libéral du Québec, M. le Président, dont je suis un des
membres les plus fiers.
Le Président: M. le député de Sainte-Marie,
vous pouvez poursuivre.
M. Bisaillon: Merci, M. le Président. Je laisse donc la
population juger des liens éventuels qu'ils pourraient y avoir entre
Québec-Canada et ProCanada.
De notre côté, M. le Président...
M. Gratton: Une question de privilège, M. le
Président.
Le Président: M. le député de Gatineau.
M. Gratton: M. le Président, le député de
Sainte-Marie peut prêter toutes les intentions, peut faire toutes les
allusions qu'il voudra. Je lui rappellerai qu'au sein de ce même
comité Pro-Canada se retrouvaient l'ancien député de
Beauce-Sud, M. Fabien Roy, et le député actuel de
Lotbinière, M. Rodrigue Biron, qui tous deux sont maintenant dans le
camp du oui. Je ferais attention à votre place de ne pas faire trop
d'allusions.
Le Président: M. le député de
Sainte-Marie.
M. Bisaillon: Ils ont eu le courage de partir. Quant à
nous, M. le Président, nous ne nous sommes...
Le Président: A l'ordre, s'il vous plaît!
M. Bisaillon: ... jamais cachés de la satisfaction que
nous avions, face à la fondation du oui. Parce qu'il existe un pendant
à Pro-Canada qui s'appelle la fondation du oui. Nous ne nous sommes
jamais cachés du travail qu'elle faisait, parce que nous savons qu'elle
recueille ses fonds de la même façon que les partis politiques le
font actuellement au Québec. On veut avoir un autre exemple, un exemple
rapide des intérêts qui jouent contre nous? Est-ce que les gens
auraient déjà oublié les nouvelles d'hier? Encore hier, le
ministre fédéral, M. Pierre de Bané, par rapport aux mines
de sel des Iles-de-la-Madeleine, qu'est-ce qu'il annonçait? Il disait
que les provinces de la Nouvelle-Ecosse et de l'Ontario se sentiraient
menacées si le Québec exploitait ses mines de sel. Ce qu'il a
dit, c'est qu'il ne répugnerait pas à changer le chômage
d'un endroit à un autre. Autrement dit: Les Québécois,
gardez votre sel et votre chômage. On va s'organiser, encore une fois,
avec la Nouvelle-Ecosse et l'Ontario.
Je vais tenter, M. le Président, rapidement, d'expliquer ce que
c'est que la solidarité et pourquoi nous devons, comme
Québécois, être solidaires. La solidarité se
manifeste concrètement. C'est le regroupement instinctif, normal,
spontané de l'ensemble d'une collectivité pour appuyer un
mouvement. Dans le passé, des Québécois, par instinct de
conservation souvent, ont eu cette espèce de réflexe qui les a
solidarisés, face, par exemple, à l'élection de leur
gouvernement. Un gouvernement bleu à Ottawa, un gouvernement rouge
à Québec. Cet instinct de conservation faisait que,
solidairement, les Québécois oubliaient parfois les partis
politiques pour essayer de placer une opposition entre le gouvernement du
Québec et le gouvernement d'Ottawa, sauf deux fois.
Je voudrais prendre l'exemple, rapidement, qu'on a vécu, comme
Québécois, il n'y a pas déjà longtemps. Vous vous
souvenez peut-être qu'un jour, un premier ministre du Canada est venu
à Québec et, en parlant de notre premier ministre
québécois, l'avait traité de mangeur de "hot dogs". Je ne
sais pas si on se souvient de cette expression qui avait été
utilisée.
M. le Président, à cette époque c'est pour
expliquer ce qu'est la solidarité j'étais
déjà membre du Parti québécois, bien sûr.
J'étais membre de l'exécutif national du Parti
québécois. Autour de moi, dans le parti dont j'étais
membre, je n'ai vu personne rire de cette intervention du premier ministre du
Canada. J'ai vu, au contraire, des Québécois, membres du Parti
québécois, se scandaliser parce qu'on venait de ridiculiser leur
premier ministre. La majorité l'avait élu. Il était le
nôtre; il représentait les Québécois avec toutes
leurs tendances. Cela aussi, c'est un exemple de solidarité.
M. Gratton: M. le Président.
Le Président: M. le député de Gatineau.
M. Gratton: Le député de Sainte-Marie, me
permettrait-il une question?
M. Bisaillon: Quand même!
Le Président: M. le député de Gatineau. A
l'ordre, s'il vous plaît! M. le député de Gatineau, s'il
vous plaît! M. le député de Sainte-Marie, vous pouvez
poursuivre.
M. Bisaillon: Je corrigerai un peu, M. le Président, les
propos qu'a tenus le ministre de l'Immigration. Ils ne sont pas
énervés; ils sont turbulents, à peu près comme des
élèves dans une classe quand une grosse tempête s'annonce.
Elle s'en vient, notre tempête!
Je voudrais conclure en expliquant à l'ensemble des groupes qui
composent le Québec, aux jeunes de ma génération, aux
personnes du troisième âge, aux syndiqués, aux
non-syndiqués, aux ménagères, aux travailleurs, aux
travailleuses, à tout ce monde, qu'il faut que chacun trouve ce qui lui
fait ressembler à l'autre. Il faut que chacun trouve son motif
d'épauler le gouvernement. Les personnes du troisième âge
ont des raisons particulières d'épauler le gouvernement
actuellement. (12 heures)
La peur qu'on essaie de leur transmettre, encore une fois, qu'ils vont
perdre leur pension, ils ont entendu cela à l'élection de 1970.
On pourrait sortir les tracts. Ils l'ont entendu à l'élection de
1973. On pourrait les sortir encore. Ils l'ont répété en
1976 et, depuis 1976, que s'est-il passé? Non seulement les personnes du
troisième âge n'ont pas perdu leur pension, mais jamais aucun
gouvernement du Québec ne s'est préoccupé des personnes du
troisième âge comme le gouvernement du Parti
québécois.
Comment, M. le Président, les personnes du troisième
âge, à qui les libéraux ont menti en 1970 elles en
ont la preuve à qui les libéraux ont menti en 1973,
à qui les libéraux ont menti en 1976 et qui ont maintenant la
preuve de notre orientation face aux problèmes du troisième
âge, comment pourraient-elles, encore une fois, croire cette affirmation,
surtout quand le gouvernement a pris un engagement formel de respecter ce
qu'elles ont actuellement et d'essayer d'aller au-delà?
M. le Président, les gens du troisième âge doivent
se solidariser avec nous, d'autant plus que c'est à cause d'eux qu'on
est là. Moi, c'est parce que mon père et mon grand-père,
c'est parce que nos pères et nos grands-pères nous ont
menés dans ce combat qu'on est rendus ici aujourd'hui. Ils auraient pu
et je répète des paroles célèbres
nous dire: Apprenez l'anglais. Assimilez-vous. Ne parlons plus de cela. Et,
aujourd'hui, on sait ce qu'on ferait et on ne se poserait pas la question sur
notre avenir politique. Si on se pose cette question, c'est parce que les gens
du troisième âge nous y ont amenés. Ce n'est pas le temps,
M. le Président, qu'on se lâche. Il faut qu'on se regroupe.
De la même façon, les travailleurs syndiqués
et on n'en parle peut-être pas assez souvent, M. le
Président qui pourraient avoir des raisons d'être
mécontents du gouvernement, est-ce qu'ils peuvent exercer cette
espèce de chantage face à une question aussi vitale que l'avenir
collectif des
Québécois? Je termine, M. le Président, en vous
disant que les syndiqués qui ont des raisons d'être
mécontents du gouvernement, qui pensent avoir des raisons, devraient
voter contre le gouvernement, s'ils le désirent, au moment des
élections, mais au moins ils devraient se solidariser pendant cette
période importante qui va déterminer l'avenir des
Québécois. Oui à une nouvelle formule, oui à une
nouvelle façon de procéderl
Des Voix: Bravo!
Le Président: M. le député de
Pontiac-Témiscamingue, vous avez la parole.
M. Jean-Guy Larivière
M. Larivière: M. le Président, la population du
Québec, après avoir attendu aussi longtemps et avec tellement de
patience cette fameuse question qui lui serait posée lors du
référendum, avait espéré qu'elle serait plus
claire, plus précise, et, ce qui est encore plus important, que le
projet de la souveraineté-association, que le livre blanc du Parti
québécois serait plus explicite, plus précis, que la
population du Québec serait mieux informée sur le contenu avant
de lui demander de se prononcer sur son avenir.
La première ligne de la question se lit comme suit: "Le
gouvernement du Québec a fait connaître sa proposition." En fait,
M. le Président, le livre blanc du PQ avec ses 110 pages est presque
entièrement consacré à la critique du système
fédéral canadien actuel et à un appel romantique à
la population du Québec. Les Québécois ont le droit de
savoir avec précision ce qu'on leur propose comme solution de
remplacement. Cependant, dans tout le document, un seul chapitre de 24 pages
traite et cela, d'une façon extrêmement simpliste de
l'avenir de l'alternative de la souveraineté-association.
Le problème est d'autant plus sérieux qu'il est
très important que les propositions constitutionnelles du Québec,
qu'elles viennent du Parti québécois ou du Parti libéral
ou d'autres, soient jugées acceptables par le reste du Canada. Les
programmes de changement dépendent pour leur réalisation de la
bonne volonté que les autres gouvernements du Canada et que la
population canadienne mettront à les accepter. C'est pourquoi il est
tout à fait inadmissible de présenter de façon aussi
générale des propositions d'une telle importance en se contentant
d'ajouter tout simplement: Ce point sera négocié plus tard.
Pourtant, c'est exactement ce que fait le Parti québécois dans ce
mince chapitre de 24 pages, flou et confus, du livre blanc et c'est sur cela,
M. le Président, que ce même gouvernement propose aux
Québécois de bâtir leur avenir.
Je voudrais poser au Parti québécois un certain nombre de
questions auxquelles le livre blanc sur la souveraineté-association ne
répond que de façon très vague ou alors pas du tout.
Attardons-nous d'abord à la question de l'indépendance. Avant
d'accepter de perdre notre citoyenneté canadienne, nous avons le droit
de savoir sur quels principes politiques sera fondé ce nouveau pays. De
quelle nature serait la constitution d'un Québec indépendant?
Quel système de gouvernement propose-t-on? Le système
parlementaire actuel ou d'autres? Est-ce que le principe de l'association
Québec-Canada et ses éléments fondamentaux seront inclus
dans la constitution québécoise? Si oui, quels sont les
éléments qui y paraîtront? Sinon, qu'est-ce qui
empêchera un futur gouvernement du Québec de décider, dans
cinq ou dix ans, de mettre fin à l'association par une décision
de son Parlement?
Pour ce qui est des droits linguistiques, le livre blanc propose de
maintenir la situation engendrée dans la loi 101. Qu'adviendra-t-il dans
la future constitution d'un Québec souverain? Les droits des
minorités seront-ils préservés et garantis ou, au
contraire, laissera-t-on libre cours aux théories de certains
éléments plus radicaux du Parti québécois?
Quel sera le prix qu'auront à payer les Québécois
après l'indépendance? Vous nous répétez: Nous
allons récupérer le total de nos impôts. Mais comment
expliquez-vous que les Québécois aient reçu près de
$3 600 000 000 de plus du gouvernement fédéral qu'ils n'ont
payé au cours des 20 dernières années? Si vous êtes
convaincus que l'indépendance ne coûtera pas plus cher aux
Québécois, comme le disait mon ami, le député
d'Outremont, pourquoi n'avez-vous pas fait paraître, dans votre livre
blanc, un budget de l'An I comme vous l'aviez fait en 1973?
La seconde proposition du Parti québécois consiste en une
association économique avec le reste du Canada. Mais, M. le
Président, avant de demander la définition d'une nouvelle entente
avec le reste du Canada, la moindre prudence consiste à procéder
à une consultation. Si on est d'accord sur le fond, il sera toujours
temps de rediscuter des modalités. Or, le Parti québécois
nous a suffisamment démontré que, depuis 1976, sa volonté
de discuter avec le reste du pays est absente. Pour seule preuve,
référez-vous au boycottage des discussions
fédérales-provinciales où le Québec devait,
semble-t-il, prendre le maximum de ce qu'on nous offrait. Maintenant,
voilà qu'on veut tout prendre. Mais qui nous dit que le Parti
québécois se rendra effectivement aux discussions? Dans le
passé, il nous a joué le tour de fuir les conférences avec
fracas.
Que penser maintenant de ses intentions, surtout avec le genre de
discours agressifs qu'on nous sert depuis le début de ce débat.
La semaine dernière, le père de l'étapisme, le ministre
des Affaires intergouvernementales, nous disait avec toute modestie, bien
sûr, qu'il était devenu souverainiste non par goût, mais par
expérience. Comment, dans cette perspective, lui et les péquistes
peuvent-ils avoir le goût du Québec? Une réponse de leur
part est fort importante, car leur slogan n'est-il pas devenu peu à peu
leur raison de vivre? (12 h 10)
M. le Président, je vous dis que le parti libéral propose,
lui aussi, une perspective nouvelle pour le Québec et les autres
provinces. Si les péquistes
votent oui par expérience, je ne me gêne pas pour dire que
les libéraux ont plus que nos amis d'en face le goût du
Québec et du Canada. Le Parti libéral agit en fonction des
énergies que les Québécois sont prêts à
mettre pour se sentir Québécois à part entière dans
un pays que nous aimons tout autant que notre province, nous aussi par
expérience mais autant par esprit canadien. Nous n'hésiterons
jamais à dire aux Québécois autant qu'au reste du pays que
nous voulons un changement et, plus le temps avance, plus tous se rendent
compte que le Parti libéral offre une solution de changement
souhaité dans tout le pays.
Point n'est besoin d'une collusion pour en arriver à une entente
entre provinces qui recherchent les mêmes fins mais un sens pratique des
réalités canadiennes et québécoises et
l'acceptation des règles du jeu entre deux paliers de gouvernement qui
discuteront des modalités dans le respect mutuel quant aux
responsabilités à accomplir pour des générations
à venir.
Mr Chairman, before the Parti québécois, ask the people of
Québec to give them a mandate to negotiate a new deal with Canada, it is
very important that Quebecers know fully all the content of that proposed deal
and it is certainly not in that white paper that we find the answers. The prime
minister is telling us on one hand how badly we have been treated and how
Quebecers were kept in the dark under the federal system and, on the other
hand, he is telling us we are a young and well educated nation with a
considerable amount of capital, with many well established enterprises and
financial institutions, with the best social programs in North America such as
medicare, hospitalization and guaranteed revenue. Already, he said, we are a
rich country.
But ail that was accomplished under a federal system, from 1960 to 1976,
with men like Jean Lesage, Daniel Johnson and Robert Bourassa, Québec
took an enormous step forward with the Canadian federal system and I am
convinced that we can continue with Claude Ryan in 1980, that is if the prime
minister has enough courage to call an election this year.
I say we have one of the best countries in the world, in which
Québec has become the original society of today, and it is the duty of
all good Canadians to keep it that way and I believe that most Quebecers have
the same response. Sure we have problems but we do not have to rip this country
apart to solve them. I am positive that we have an indefinite number of men and
women of good will capable of understanding each other to keep this country
together and make it even better then ever. That is why, Mr Chairman, I will
say no, thank you, to the question.
M. de Bellefeuille: M. le Président.
Le Vice-Président: M. le député de
Deux-Montagnes.
M. Pierre de Bellefeuille
M. de Bellefeuille: M. le Président, en examinant la
question qui est devant nous et qui sera bientôt devant la population du
Québec, il faut surtout se demander si elle permettra au Québec
d'avancer après le long piétinement des relations
fédérales-provinciales.
Je pense que les gens de Deux-Montagnes veulent que le Québec
avance. Dans le passé, ils ont élu les députés qui
tenaient beaucoup à faire avancer les choses. Je songe à certains
de mes prédécesseurs, le Dr Jacques Labrie beau-père du Dr
Jean-Olivier Chénier, d'autres éminents patriotes, William Henry
Scott, ardent démocrate qui avait épousé la cause
québécoise, Jean-Joseph Girouard, Louis-Joseph Papineau.
Voilà des députés de Deux-Montagnes qui voulaient faire
avancer le Québec.
Plus de près de nous, Arthur Sauvé, son fils Paul
Sauvé, véritable père de la révolution tranquille,
et mon prédécesseur immédiat, Jean-Paul L'Allier, qui
voulait faire avancer le Québec dans les secteurs qui lui avaient
été confiés, ceux des communications et des affaires
culturelles.
Voyons, M. le Président, comment se lit la question: "Le
gouvernement du Québec a fait connaître sa proposition d'en
arriver, avec le reste du Canada, à une nouvelle entente... Pour que le
Québec avance, il faut une nouvelle entente. Tous les premiers ministres
du Québec, dans les relations à un parmi dix, se sont
heurtés à un mur d'incompréhension. Pour débloquer
nos revendications traditionnelles, il faut une nouvelle entente.
Avec le livre beige, cela n'avancerait guère. J'en appelle au
témoignage de Mme la députée de Prévost, dans une
interview publiée en janvier 1980 dans l'Echo du Nord, de
Saint-Jérôme. C'est une interview récente, c'est donc la
députée et non pas l'écrivain qui parle. Le journaliste
Claude Lamarche écrit: "Mme Rolland ne croit pas cependant qu'un seul
mandat de quatre ans suffira à un éventuel gouvernement
provincial libéral pour atteindre des résultats marquants sur
cette question". Donc, M. le Président, avec le livre beige, on n'est
pas pressé, on brette dans le maquis d'un fédéralisme plus
enchevêtré que jamais.
Le même journal, Mme la députée de Prévost,
vous prête un aveu: "Je trouve très difficile de ne plus pouvoir
parler en mon propre nom," dit Mme la députée de Prévost.
Vous aviez pourtant des choses à dire en votre propre nom et vous tenez
encore à ces choses que vous disiez. Vous tenez encore au rapport
Pépin-Robarts qui porte huit signatures, dont la vôtre. Vous ne
voulez pas croire que ce rapport recueille la poussière sur les
tablettes.
Selon le même journal, vous avez déclaré: "M.
Trudeau a écarté le rapport brusquement, mais il ne l'a pas
noyé. La preuve, on en parle partout". Mais, madame, c'est surtout nous,
du côté ministériel, qui parlons du rapport
Pépin-Robarts, parce qu'il insiste sur la dualité fondamentale du
Canada, et surtout, parce que, dans ce document, vous, madame, avez servi un
avertissement formel à tous les Canadiens comme quoi ils devront
respecter le résultat du référendum et, advenant un oui,
faire en sorte que les négociations s'engagent de bonne foi.
Cet avertissement que vous avez donné, madame, il vaut pour tout
le monde. Il vaut pour le député d'Argenteuil qui, quoi qu'il en
dise, sera lié par le résultat du référendum.
Revenons à la question: "... une nouvelle entente fondée
sur le principe de l'égalité des peuples;". Voilà un pas
significatif en avant. Négocier d'égal à égal entre
nos deux peuples, c'est la plus élémentaire justice, et pourtant,
M. le Président, cela n'est jamais arrivé. Il n'en tient qu'au
peuple du Québec de décider qu'effectivement il veut
négocier d'égal à égal.
Nos adversaires prétendent qu'ils sont d'accord avec le principe
de l'égalité des deux grands peuples qui habitent le Canada, mais
ils ne sont d'accord qu'en théorie. En pratique, selon le livre beige,
le Québec continuerait d'être une province parmi dix avec, au
conseil fédéral, la minorisation permanente. Selon nos
adversaires, les principes seraient enchâssés dans la
constitution. Enchâssé, sauf erreur, M. le Président, cela
vient du mot "châsse". Or, qu'est-ce qu'on trouve dans une châsse,
M. le Président? On trouve des reliques. Quelle sécurité
est-ce que cela donne? Demandez à nos soeurs et à nos
frères franco-manitobains ce que valait la Loi du Manitoba de 1870, qui
était la constitution de cette province et qui enchâssait le droit
aux écoles catholiques qui ont pourtant disparu par la suite. (12 h
20)
Non. Ce qu'il nous faut, ce n'est pas une égalité
théorique, même enchâssée dans une constitution,
c'est plutôt une égalité pratique, l'égalité
de deux peuples parvenus à la maturité.
Revenons à la question: "Cette entente permettrait au
Québec d'acquérir le pouvoir exclusif de faire ses lois..." Bien
sûr, c'est ce qu'il nous faut. Nous ne sommes pas plus bêtes que
les autres, nous sommes parfaitement capables de nous gouverner
nous-mêmes. Au point où le Québec en est rendu dans son
développement, il lui faut, pour continuer d'avancer, les pleins
pouvoirs législatifs. Deux paliers de gouvernement qui se chamaillent,
ce n'est pas efficace, surtout lorsque l'autre palier est guidé par les
priorités de la majorité canadienne-anglaise. Les gens de ma
région le savent bien, M. le Président.
M. Ryan: Question de règlement.
Le Vice-Président: M. le chef de l'Opposition officielle,
sur une question de règlement.
M. Ryan: Je crois que le député est en train
d'induire la Chambre en erreur et cela vaut la peine d'être
corrigé tout de suite. Il a affirmé tantôt que les
écoles...
Le Vice-Président: A l'ordre, s'il vous plaît! M. le
député de Deux-Montagnes.
M. de Bellefeuille: Je déplore, M. le Président, le
peu de respect que le chef de l'Opposition manifeste à l'endroit de ses
collègues, les accusant de façon irresponsable d'induire la
Chambre en erreur.
Je reviens à la question, M. le Président. "Cette entente
permettrait au Québec d'acquérir le pouvoir exclusif de faire ses
lois..." Bien sûr, c'est ce qu'il nous faut. Nous sommes capables de nous
gouverner nous-mêmes. Au point où nous en sommes rendus dans notre
développement, il faut, pour continuer d'avancer, les pleins pouvoirs
législatifs. Deux paliers de gouvernement qui se chamaillent, ce n'est
pas efficace. Les gens de ma région le savent bien; ils ont, par
exemple, été victimes de la négligence d'Ottawa dans le
dossier des trains de banlieue. Parlons de choses concrètes. Depuis dix
ans, les gens de ma région subissent l'incurie d'Ottawa à propos
de Mirabel. Le député de Jean-Talon, dont la circonscription est
assez éloignée de Mirabel, a eu l'audace d'inclure Mirabel parmi
les gratifications, les générosités d'Ottawa. Les gens de
ma région qui connaissent le dossier de Mirabel savent que le
décollage de l'aéroport et la relance agricole ne se font pas
à cause de l'incurie d'Ottawa.
Que pourrions-nous attendre du système fédéral, M.
le Président, durant les années quatre-vingt, si nous devions y
rester, sinon peut-être la création d'une commission royale
d'enquête? Durant les années soixante, il y a eu la commission
Laurendeau-Dunton, trois petits tours, et puis s'en va. Dix ans plus tard, la
commission Pépin-Robarts, allez! hop! sur les tablettes à son
tour.
On nous dit que les cigales reviennent tous les dix ans. Encore une
fois, les bonnes fourmis d'Ottawa ne manqueront pas de leur dire: Vous
chantiez, j'en suis fort aise, eh bien, dansez maintenant!
Revenons à la question, "le pouvoir exclusif... de percevoir ses
impôts..." Voilà encore un pas important en avant: tous nos
impôts à utiliser selon nos priorités, notamment pour le
développement économique et la sécurité
sociale.
La question... "le pouvoir exclusif d'établir ses relations
extérieures..." Le Québec a beaucoup à tirer des rapports
qu'il établirait avec les autres pays sans avoir à toujours
demander la permission d'Ottawa. Il a beaucoup à tirer de ses rapports,
surtout pour ouvrir des marchés à nos produits.
La vérité, c'est que c'est le régime
fédéral qui maintient le Québec dans l'isolement, et le
livre beige n'y changerait rien. Nos adversaires nous traitent de
séparatistes, alors que c'est leur système, le système
fédéral, qui nous condamne à une espèce de
séparation du reste du monde.
Qu'est-ce que je trouve maintenant dans la question? Je trouve les mots
"ce qui est la souveraineté..." Quel beau mot! Il est là dans la
question, ce beau mot de souveraineté. Nos adversaires prétendent
que nous cachons notre jeu. Pas du tout. Pour avancer, le Québec a
besoin des pouvoirs de la souveraineté. Autrement, nous restons avec un
Québec "peewee", un Québec né pour un petit pain.
Mais cette souveraineté, faut-il le répéter, n'est
pas isolationniste, elle n'est pas séparatiste. On voit, dans la
question, "et, en même temps, de maintenir avec le Canada une association
économique..." Ce n'est donc ni le séparatisme, ni
l'indépendance tout court. C'est, comme nous
l'avons toujours dit, la souveraineté-association que celui qui
est aujourd'hui premier ministre du Québec propose depuis 12 ans et
demi. Pour avancer, il faut maintenir et développer les liens
économiques qui, entre le Québec et le reste du Canada, sont
avantageux pour les deux parties.
Cette association, selon la question, comporte l'utilisation de la
même monnaie. Ainsi, le gouvernement du Québec aura voix au
chapitre dans les questions monétaires pour mieux permettre au
Québec d'avancer. Les petits épargnants n'ont pas à
s'inquiéter: nous continuerons de compter nos économies en
dollars. C'est réaliste, et c'est précisément ce qui
ennuie nos adversaires qui, dans les nuages du livre beige, cherchent à
nous faire passer, nous, pour des rêveurs.
Revenons à la question: "Tout changement de statut politique
résultant de ces négociations sera soumis à la population
par référendum." Ainsi, ce n'est pas la
souveraineté-association dès le lendemain du
référendum. Nous avançons pas à pas, en respectant
la population. N'est-il pas normal, M. le Président, de procéder
étape par étape? Faut-il rappeler que le Canada est un pays
souverain qui a conquis sa souveraineté étape par étape?
1840, le gouvernement responsable du Canada uni; 1867, le Canada devient
dominion; 1926, la conférence impériale reconnaît
l'autonomie des dominions; 1931, le statut de Westminster prive Londres du
droit de désaveu; 1939, le Canada déclare lui-même la
guerre; 1949, les appels au Conseil privé de Londres sont abolis. Il
reste encore une étape à franchir pour cette émancipation
du Canada: rapatrier sa constitution, ce qui, M. le Président, pourra se
faire tout naturellement dès après les négociations sur la
souveraineté-association. Nous aurons ainsi participé, M. le
Président, non seulement à la libération du Québec,
mais aussi à celle du Canada lui-même.
Nous en arrivons à la dernière partie de la question: "en
conséquence, accordez-vous au gouvernement du Québec le mandat de
négocier l'entente proposée entre le Québec et le Canada?"
Voici donc le mandat que sollicite le gouvernement, mandat de négocier
une nouvelle entente, mandat de faire un pas significatif, mandat
d'avancer.
L'autre mandat, du côté du non, c'est un mandat de
"bretter" sous la bannière du statu quo maquillé. Je me demande
bien qui, dans cette Chambre, cache son jeu? Les intentions de nos adversaires
sont-elles vraiment de faire avancer le Québec? Ces gens de l'Opposition
officielle, M. le Président, ont voté contre la charte du
français, ils ont voté contre l'assurance automobile, ils ont
voté contre la protection du territoire agricole, ils ont voté
contre la réforme de la fiscalité municipale, ils ont voté
contre la santé et la sécurité au travail, ils ont
voté contre la politique de l'amiante.
Il faut protéger le Québec contre leur esprit
négatif. Et, ma foi, M. le Président, c'est aussi le Canada qu'il
faut protéger contre l'esprit négatif du Parti libéral du
Québec. M. le Président, avec ces gens-là, le
Québec reculerait. Ayant pris connaissance de la question, je constate
qu'elle est faite pour faire avancer le Québec dans la voie d'une
nouvelle entente. C'est pourquoi je l'approuve.
Le Vice-Président: Est-ce que quelqu'un voudrait prendre
la parole? Ah! excusez.
Mme la ministre des Travaux publics. (12 h 30)
Mme Jocelyne Ouellette
Mme Ouellette: Voilà que s'achève le débat
de 35 heures devant porter sur la question qui, bientôt, et par voie de
référendum, sera soumise à la population du Québec.
Ainsi, et pour la première fois de toute son histoire, le peuple
québécois pourra, lui, agir positivement sur son avenir, son
devenir collectif. Par le biais de la télévision dans l'enceinte
de cette Assemblée, c'est toute la population du Québec qui a pu
suivre le débat, participer à cette démarche qui doit
précéder une action aussi importante que celle de dire si, oui ou
non, nous formons une collectivité adulte, capable et prête
à s'assumer elle-même en meilleure harmonie avec ses voisins et le
reste du monde. On a trop souvent, de l'autre côté de la Chambre,
évoqué la pertinence des propos tenus par mes différents
collègues, eu égard à l'objectif de ce débat. A
tour de rôle et pendant des heures, l'Opposition s'est acharnée
à dénoncer la question, à dire non au mandat de
négocier une nouvelle entente proposée par le gouvernement du
Québec.
Et sur quoi repose cette prise de position du clan du non? Force nous
est de constater que les opposants n'ont pu présenter d'arguments
sérieux à la population, que toutes leurs tactiques se limitaient
à dire que la question était malhonnête, biaisée,
frauduleuse et quoi encore. Or, de ce côté, nous ne nous sommes
pas contentés de rappeler que la question était bel et bien
conforme aux intentions du gouvernement. Pour montrer que la question traduit
bien les intentions du gouvernement, nous avons démontré, en
faisant un bilan précis de la réalité
québécoise dans le cadre fédéral actuel, ce que
signifie la nouvelle entente, la souveraineté-association, le mandat de
négocier.
Fallait-il nous contenter de dire que la question était bel et
bien pertinente? De dire qu'elle était claire, nette et précise
et ne rien ajouter d'autre? Sans doute, l'Opposition aurait-elle
préféré que nous adoptions une telle attitude. Mais c'est
parce que nous croyons profondément en une démarche
sérieuse et démocratique, parce que nous croyons à la
nécessité pour la population d'obtenir toute l'information
requise que nous avons tenu à examiner la position du Québec dans
les différents secteurs de notre vie collective. Politiquement,
économiquement, socialement, culturellement parlant et parce que, dans
le cadre actuel, le rapport de forces est nettement inégal, le
gouvernement propose, via le référendum, une nouvelle entente,
basée cette fois sur l'égalité des deux peuples fondateurs
du pays.
A chaque remise en question de la constitution canadienne, le pouvoir
fédéral s'est accru, devenant de plus en plus centralisateur. Et
quelle suite a-t-on donné au rapport de la Commission Tremblay de 1953,
et de la commission Lauren-deau-Dunton de 1963, aux conférences
constitutionnelles de 1968 et 1971? En 27 ans, pour ne pas dire en 113 ans, les
revendications du Québec n'ont pas été entendues. Tout au
plus Ottawa s'est-il borné, encore une fois, à créer une
commission chargée d'étudier la question de l'unité
canadienne: le rapport Pepin-Robarts.
Depuis au moins 27 ans qu'on examine la question et que le Québec
tente désespérément de se faire entendre, on refuse
toujours de reconnaître dans les faits l'existence même de la
problématique, l'existence de deux peuples, de deux nations et la
nécessité bien légitime de chacun d'eux de vouloir
être deux peuples égaux qui se reconnaissent finalement, l'un et
l'autre, et qui choisissent de s'asseoir à une même table pour
solutionner le problème qui perdure depuis au moins des décennies
et s'avère de plus en plus aigu, qui choisissent de solutionner en
discutant enfin une nouvelle entente basée sur l'égalité
de deux peuples fondateurs du pays, laquelle doit se concilier dans la
capacité et le pouvoir de chacun de s'autodéterminer et de
décider ensemble de mettre en commun, sous forme d'association
économique, ce qui ne peut qu'être avantageux pour chacun des deux
partenaires, le Québec y compris, dans la mesure où il pourra
dorénavant établir une série de relations avec son
partenaire, mais d'égal à égal. Voilà ce que
propose le gouvernement du Québec, cela et rien d'autre. On ne
s'étonnera donc pas de lire dans la question les termes
"souveraineté", "association économique", "nouvelle entente",
"égalité des peuples". Non seulement la question est-elle
pertinente dans son libellé, mais elle l'est dans son sens
même.
Je représente en cette Assemblée un comté qui peut
témoigner du vécu canado-québécois puisque Hull,
comme on le sait, appartient à la région de l'Outaouais
située aux confins mêrne..-du Québec, à la limite
territoriale Québec-Ontario. Je vous assure que la question, telle que
formulée par le gouvernement, est des plus pertinentes. S'il est une
région pour qui la présence québécoise et la
présence fédérale se traduisent et s'expriment tous les
jours de la semaine dans le quotidien vécu, c'est bien l'Outaouais. S'il
est une région au Québec qui peut rendre un témoignage des
relations Canada-Québec telles qu'elles se sont présentées
jusqu'à ces dernières années, c'est bien l'Outaouais.
Quiconque a pu y séjourner quelque temps, ne fût-ce même que
quelques jours, aura pu saisir les dimensions profondes du déchirement
qui s'y vit même dans les gestes les plus quotidiens qui sont
posés ailleurs sans qu'on ne s'y arrête, mais qui, dans
l'Outaouais, prennent une signification tout autre et bien réelle.
Chez nous, c'est à pleine vue que la présence
fédérale s'imprègne. C'est la CCN, ce sont les milliers de
fonctionnaires fédéraux qui, matin et soir, font le va-et-vient,
empruntent les ponts qui relient les deux rives de l'Outaouais. On se
souviendra des années cinquante et du fameux plan Gréber, de
cette ceinture verte qui, année après année, se refermait
sur l'agglomération urbaine d'Ottawa pour ensuite déborder du
côté québécois, encerclant ainsi la ville de Hull.
Le beau rêve de création d'une belle capitale canadienne prend
forme! Les autorités municipales y souscrivent largement, voyant
là un moyen d'assurer une base facile de rénovation urbaine,
pendant que le gouvernement du Québec des années soixante-dix
accueille les dépenses fédérales annoncées dans
l'Outaouais québécois comme une illustration du
fédéralisme rentable.
Et l'on nous dit aujourd'hui que cette question est malhonnête,
hypocrite et qu'elle ne témoigne pas des intentions du gouvernement du
Québec! Allons voir. Le projet que le fédéral faisait
miroiter dans l'Outaouais québécois témoignait-il de ses
véritables intentions? Il est vrai qu'en peu de temps, la manne
fédérale s'est déversée sur l'Outaouais, mais il
n'en demeure pas moins vrai qu'en quelques années, les villes de Hull,
d'Aylmer et de Gatineau se sont transformées au point de devenir
méconnaissables aujourd'hui. En voulant supprimer la prétendue
laideur et grâce aux pouvoirs d'expropriation conférés
à la CCN par un jugement de la Cour suprême du Canada, le jugement
Munro, voici que plus de 1100 logements sont démolis, à Hull
seulement, laissant sur le pavé quelque 5000 personnes
délogées, tous des gens qui, comme le commun des mortels au
Québec, ont trimé dur leur vie durant pour faire ce que nous
sommes aujourd'hui. En peu de temps je parle de cinq ou six ans
des gratte-ciel fédéraux s'élèvent dans l'Ile de
Hull et détruisent, en même temps que la justice sociale,
l'identité collective des Hullois et le coeur même de toute la
région de l'Outaouais québécois. Que reste-t-il, quand le
coeur cesse de battre?
On pensera peut-être que j'exagère, mais, avec toute cette
population qui a payé cher et ce, avec l'accord des gouvernements en
place, le coût du fédéralisme rentable, les gars de E.B.
Eddy se souviennent, eux qui se sont levés quand le pic des
démolisseurs s'attaquait au gagne-pain principal d'une bonne partie de
la population francophone de Hull et de l'Outaouais. La population ainsi
déracinée n'avait d'autre choix que de s'établir ailleurs.
L'usine, amputée en bonne partie, procédait à des mises
à pied et, parallèlement à cette amputation, commerces et
petites entreprises industriels fermaient leurs portes.
C'était le résultat de l'accord intervenu entre un
gouvernement du Québec qui, comme l'Opposition aujourd'hui, croyait au
fédéralisme rentable. Le résultat s'est
avéré tellement rentable qu'on substitue aujourd'hui cette
appellation par "fédéralisme renouvelé". Devons-nous
assimiler cette formule de fédéralisme renouvelé au
transfert des dépenses productives en prestations
d'assurance-chômage? Ce sont ces mêmes gens qui, de l'autre
côté de la Chambre, s'élèvent et s'offusquent quand
un gouvernement du Québec propose
aux Québécois de pouvoir décider eux-mêmes ce
qu'ils veulent décider de leurs propres priorités, de se donner
le pouvoir et les moyens de réaliser ce qui est bon pour eux. (12 h
40)
Ceux-là mêmes qui ont permis à la CCN de
s'approprier de 35% du territoire hullois, ceux-là mêmes qui ont
accepté que le gouvernement fédéral devienne le plus grand
propriétaire terrien de la région réalisent-ils que, dans
la seule ville de Hull, le gouvernement fédéral possédait,
en 1972 seulement, 2000 acres comparativement à 45 pour le reste du
Québec, que le fédéral possédait 67% des terrains
publics sur le territoire de la Communauté régionale de
l'Outaouais? La base même de notre économie urbaine et
régionale venait d'être sapée. Le coeur de Hull venait de
mourir. Il fallait construire, en plus des énormes édifices
fédéraux, des percées routières; boulevard
Maisonneuve, Laramée, Saint-Laurent et Sacré-Coeur,
percées qui tranchaient le coeur des quartiers populaires. C'est
tellement vrai qu'on peut compter aujourd'hui le nombre de petites et moyennes
entreprises qui subsistent dans l'île de Hull: très peu dans ce
secteur qui, il n'y a pas tellement longtemps, resplendissait dans la vie
économique et fonctionnelle de Hull et de l'Outaouais. Pourtant,
déjà, en 1968, le rapport Dorion notait que la CCN
dépossédait l'île de Hull de ses industries traditionnelles
et aménageait à Ottawa quelque 6000 acres de terrain industriel
contre 400 à Hull. Drôle de fédéralisme.
Etant née dans cette région qui s'est appartenue et qui a
cru en l'unité de ce système, j'y ai cru également
à l'unité de ce système a mari usque ad mare,
signifié dans un ensemble régional qui devait s'étaler sur
les deux rives ontarienne et québécoise. Etant native du coeur
même de cette ville qui, de rôle de métropole
régionale qu'elle jouait, s'est progressivement transformée en
satellite d'Ottawa, en annexe de la bureaucratie fédérale
unilingue, on comprendra, je pense, ma position à l'endroit de la
question formulée par le gouvernement du Québec qui a eu le
courage d'y voir clair et de croire en une solution réaliste et
équitable: la souveraineté et l'association de deux peuples
fondateurs du pays.
Quand on sait que les retombées économiques de la manne
fédérale ont fondu comme la neige au printemps, qu'il ne reste
aujourd'hui que de massives tours de béton abritant des milliers de
fonctionnaires fédéraux d'Ottawa qui viennent à Hull pour
y travailler en anglais pendant que bon nombre de nos résidents de
l'Outaouais doivent, eux, se diriger à Ottawa et y travailler en
anglais, eux aussi, on pourra comprendre l'échec lamentable de ce
fédéralisme qui a voulu s'exprimer dans les faits. Quand on sait
l'impact négatif de cette très grande population venue d'ailleurs
qui impose sa langue dans une communauté très majoritairement
francophone, quand on sait les subventions accordées à la
Commission de transport de la Communauté régionale de l'Outaouais
pour que celle-ci favorise un transport en commun qui desserve les centres
commerciaux et milieux d'affaires d'Ottawa, alors que les commerçants et
les hommes d'affaires de Hull et des environs multiplient leurs efforts pour
reprendre l'achat chez nous, on saisit vraiment et parfaitement toute la
stratégie de planification du développement de la CCN et du
fédéral qui voulaient faire de Hull et de l'Outaouais une simple
banlieue d'Ottawa. L'on sait l'inutilité des démarches faites
pour que le Québec puisse utiliser une toute petite parcelle de
territoire fédéral sous-exploitée en sol
québécois.
A titre d'exemple, le site de la ferme expérimentale les jardins
Gamelin pourrait et ce, avec l'accord des ministères
québécois, servir enfin à réaliser un campus du
troisième âge mais depuis trois ans, depuis trois longues
années, le gouvernement fédéral s'obstine à y
laisser là le croirait-on plutôt que de nous
permettre d'implanter un campus du troisième âge, quelques
recherchistes qui étudient le comportement des petits oiseaux en milieu
urbain. Drôle de fédéralisme. Quand on sait
également les efforts et les mesures du gouvernement du Québec
à s'arracher le coeur depuis 1976 pour redonner à Hull sa pleine
vocation régionale, reconnaître son identité propre et
permettre à l'Outaouais d'exploiter les ressources motrices de son
économie propre et s'associer pleinement à la vie
économique, sociale, culturelle québécoise.
Oui, je trouve claire et tout à fait opportune cette question
qui, je le répète, permettra aux Québécois, aux
gens de l'Outaouais donc, d'agir positivement sur leur avenir, leur devenir
collectif. Egalité des peuples, souveraineté et association
économique, entente Québec-Canada, oui, c'est en pensant à
ceux qui ont fait l'Outaouais et en regardant l'avenir que j'y crois,
persuadée qu'un oui, en établissant une base solide de
véritables relations exercées dans le respect, la dignité
et la reconnaissance mutuelle des populations en cause, un oui des
Québécois au mandat de négocier, c'est l'acceptation pour
les Québécois, y compris les gens de l'Outaouais, de prendre
leurs décisions sur ce qui leur appartient. Croyez-moi aujourd'hui,
après avoir tellement vécu ce que je viens de vous
décrire, dans l'Outaouais, de plus en plus de gens réalisent et
tiennent à garder cette fierté d'être soi et de
s'appartenir.
Non, nous ne choisirons pas de nous mettre au passé et c'est vers
l'avenir que nous nous tournons pour diriger notre destinée.
Voilà, M. le Président, le sens du oui que nous, gens de
l'Outaouais, donnerons à cette question.
Le Vice-Président: M. le député de
Saint-Jean.
M. Jérôme Proulx
M. Proulx: M. le Président, ce débat prend une
importance capitale puisqu'il permet à tous les parlementaires que nous
sommes de nous exprimer sur notre avenir collectif et que des centaines de
milliers de personnes nous écoutent avec un intérêt
remarquable et de plus en plus soutenu.
C'est un temps d'arrêt où, sans oublier nos
problèmes quotidiens, on se met à réfléchir en
profondeur à notre avenir à tous. Tout ce que je vais citer au
début a pour objet de démontrer la légitimité et la
pertinence historique de la question débattue, laquelle n'est pas
née d'une génération spontanée car elle est le
fruit d'une longue réflexion politique.
C'est comme député de l'Union Nationale ayant à sa
tête Daniel Johnson que, le 1er décembre 1966, j'entrai pour la
première fois ici à l'Assemblée dite législative.
M. Johnson, ce grand intuitif, était-il un fédéraliste?
Comme la question est souvent posée, je me permets de vous dire que
lorsque je l'ai rencontré pour la première fois au début
de mai 1966, alors qu'il m'invita à me présenter comme candidat
dans Saint-Jean, je lui ai dit: "M. Johnson, je suis un souverainiste". Et lui
de me répondre: "Eh bien, Jérôme, vous savez, votre place
est avec nous." Pendant les vingt-huit mois de son mandat, j'ai toujours senti
que j'avais ma place dans son parti.
Que disait-il ici même, au parlement, à la même place
qu'occupe le député d'Argenteuil, le 17 janvier 1963: "Parce
qu'il n'a pas été observé ni dans sa lettre ni dans son
esprit, le pacte de 1867 est devenu désuet. Chacune des deux parties en
cause a le droit de reprendre sa liberté et de négocier un
nouveau contrat, si c'est encore possible. Le temps est venu pour les
représentants mandatés des deux nations de se réunir et de
chercher ensemble librement sur un pied de parfaite égalité,
quelles sont les institutions politiques qui conviendraient le mieux aux
réalités canadiennes de 1963."
Un peu plus loin, il affirmait: "Cessons une fois pour toutes de
rêver d'une impossible unité. C'est l'union qu'il faut
désormais chercher, l'union dans la liberté, l'harmonie dans le
respect des souverainetés nationales, l'alliance des deux
communautés ayant des titres égaux à
l'autodétermination. "Il faudra qu'avant 1967 une nouvelle constitution
donne au Québec non seulement la souveraineté nécessaire
pour lui permettre de se réaliser pleinement, mais aussi la
reconnaissance pratique de son titre de partenaire égal. Ou bien nous
serons maîtres de nos destinées dans le Québec et
partenaires égaux, ou bien ce sera la séparation
complète." (12 h 50)
Le 5 août 1965, dans une conférence à Couchiching,
il affirmait à nouveau: "Les Canadiens français sont convaincus
qu'il n'y a de véritable association que dans l'égalité et
que l'interdépendance doit être le produit de libre
négociation, sans quoi il n'y a plus que dépendance et
servitude."
Quand j'adhérai à l'Union Nationale, en 1966, ce parti
reflétait substantiellement dans son programme la pensée de
Daniel Johnson. J'ai à la mémoire cette scène où
lui-même révisait chaque phrase, chaque mot, chaque virgule de son
programme, avant de l'envoyer à l'impression. Il savait en bon
politicien que les écrits, cela reste. Certai- nes personnes,
aujourd'hui, regrettent certains écrits.
Voici ce que disait ce programme: "Les Canadiens français forment
une nation. Toute nation a droit à l'autodétermination, ce qui
implique qu'elle se donne les instruments nécessaires à son
épanouissement, soit un Etat national, un territoire national, une
langue nationale qui ait priorité sur les autres. C'est pourquoi l'Union
Nationale s'est identifiée à l'idée d'une nouvelle
alliance entre nos deux communautés culturelles pour qu'elles
s'épanouissent librement chacune dans le sens de ses aspirations
profondes et qu'elles participent ensemble dans l'égalité
à la gestion de leurs intérêts communs."
Ce programme disait plus loin: "Comme prélude à un nouveau
pacte entre deux nations égales et fraternelles, convoquer une
assemblée constituante mandatée par le peuple
québécois pour réviser et compléter la constitution
interne du Québec en incluant une formule d'amendement qui consacre la
souveraineté du peuple québécois et son droit d'être
consulté par voie de référendum sur toute matière
qui met en cause la maîtrise de son destin".
Nous sommes ici, en 1966. Ce texte ressemble singulièrement
à celui de M. Adélard Godbout qui, en 1948, 18 ans plus
tôt, disait: "Le Parti libéral provincial discutera d'égal
à égal avec Ottawa. Les libéraux se proposent de
résoudre la question des ententes du Québec avec le gouvernement
fédéral selon la manière libérale,
c'est-à-dire par le recours à un référendum, le
vote des citoyens."
Je me suis donc fait élire, en 1966, avec ce programme de l'Union
Nationale, cette pensée, cette idée première, l'existence
de deux peuples, de deux nations égales en droit. Pour nous, c'est
là le fond des choses. Il est ici un peuple, une nation qui a
près de quatre siècles d'existence et qui aspire à la
maîtrise complète de ses affaires et de son destin.
Daniel Johnson a défendu ses thèses, ses idées
à deux conférences extrêmement importantes: celle de
Toronto, en novembre 1967, et celle d'Ottawa, en février 1968. M.
Johnson avait préparé la conférence de Toronto,
nommée Confédération de demain, à Saint-Jean
même, chez les Jésuites, à un caucus spécial tenu
les 16, 17 et 18 novembre 1967. Je vois le député de Saint-Henri
qui me sourit.
En même temps, pendant la même fin de semaine, se tenait
à la maison des Dominicains, à Montréal, une autre
réunion singulièrement importante dont on n'a aujourd'hui que peu
de détails historiques, où M. René Lévesque, avec
près de 250 personnes, jetait les bases du mouvement de
souveraineté-association. "Tôt ou tard, cela deviendra un parti
politique", prophétisait M. Lévesque, à l'issue de ce
congrès. Treize ans après, ce mouvement prenait le pouvoir et
devenait le gouvernement légitime.
La question québécoise, M. Johnson l'a posée
clairement, carrément. Il l'a défendue brillamment, comme un vrai
chef de nation, et cela à deux conférences importantes et qui,
comme d'habitu-
de, n'eurent pas de suite concrète parce qu'il était seul,
sans mandat spécifique, sans mandat venant de toute la population, sans
appui du peuple.
Entre-temps, il préparait le Québec à un monde
nouveau, il créait le ministère des Affaires
intergouvernementales, il ouvrait le monde à la francophonie, il
installait des maisons du Québec dans plusieurs pays, il
préparait à Paris un satellite qui parlerait français, il
créait la Société d'habitation du Québec et SIDBEC
et, enfin, il invitait le général de Gaulle dont la visite
symbolisa un tournant historique dans notre histoire.
Pendant ce temps, il fut la cible et un peu la victime de cet odieux
chantage économique. D'autant plus odieux qu'il venait de
Québécois, ce chantage, ce terrorisme économique qui dure
depuis 1966, depuis 14 ans, et qui s'est répété en 1970,
en 1973 et en 1976; chantage qui, toutefois, n'a pas empêché le
Parti québécois de prendre le pouvoir en 1976 et
n'empêchera pas le Québec de gagner le référendum au
printemps de 1980. Ce chantage économique de bas étage
était entretenu par les petits politiciens de l'époque et des
gens de la haute finance. C'est ce même chantage qui continue de plus
belle aujourd'hui avec le Conseil du patronat, avec le comité Pro-Canada
et certains politiciens, ces mercenaires de la peur, ces "vieux brûlots"
de l'espérance.
Des Voix: Bravo! Bravo!
M. Proulx: Le 25 septembre 1968, Daniel Johnson nous quittait
subitement, sans avoir pu réaliser son grand rêve, sans n'avoir
jamais pu concrétiser son programme et ses ambitions politiques, parce
que le destin en avait décidé autrement.
M. le Président, je suis revenu ici à l'Assemblée
nationale en décembre 1976. Dix ans après, exactement. Avec les
mêmes objectifs, avec la même détermination et avec la
même volonté. Je suis venu ici une deuxième fois parce que
je crois en notre peuple et que j'ai foi en l'avenir, me joignant ainsi
à des centaines de milliers de Québécois et de
Québécoises qui n'ont jamais cessé de marcher, de
travailler et de lutter pour la libération de notre peuple, et cela
depuis des siècles. Ce que nous voulons, encore et toujours, c'est une
nouvelle entente fondée sur l'égalité de deux peuples,
entente qui nous garantirait la pleine souveraineté politique. C'est
pour moi une question claire, simple, limpide, parce que la même question
que nous posons et discutons depuis des dizaines d'années est la
même, M. le Président.
Ce mandat de négocier que demande le gouvernement sera soumis
pour la première fois de toute l'histoire à une consultation
populaire. C'est que tous les gouvernements précédents n'ont
jamais eu de mandat spécifique pour négocier cette entente
nouvelle. C'est ce référendum qui nous fut refusé le 15
mars 1865 et le 8 juin 1866, alors que le député libéral
Antoine-Aimé Dorion demandait avec insistance que la nouvelle
Confédération soit soumise à une consultation populaire.
Ce fut alors deux fois battu par le gouvernement de l'époque.
Je voterai oui à cette question pour donner au gouvernement le
mandat de négocier une entente nouvelle entre les deux peuples
fondateurs. C'est pourquoi je demanderais aux électeurs du comté
de Saint-Jean de donner un mandat clair au gouvernement pour qu'il puisse
négocier un pacte nouveau. C'est un pas de plus qu'il nous faut faire et
il faut le faire avec confiance, en repoussant la peur qui accompagne tout
naturellement les grandes décisions. C'est le premier pas qui est
toujours le pas le plus long à faire.
Nous sommes, électeurs du comté de Saint-Jean, un
comté d'une incroyable richesse historique. Du voyage de Champlain en
1609, du Régiment de Carignan-Salières, de la construction des
forts Saint-Jean et Lennox, en passant par la dernière bataille en 1759,
ce furent les invasions américaines de 1775 et de 1812, les troubles de
1837/38 où déjà les patriotes réclamaient un
gouvernement responsable; c'est la fondation de la paroisse L'Acadie en
l'honneur des Acadiens qui revenaient et remontaient de leur triste
déportation. C'est, chez nous, un territoire truffé de monuments
historiques. Il faut l'endroit de choc et le carrefour de plusieurs
civilisations: amérindienne, française, britannique,
américaine, canadienne et québécoise.
Vous vous devez d'être du grand rendez-vous du printemps 1980. Il
nous faut, tous ensemble, faire ce pas, vaincre la peur et faire appel à
ce qu'il y a de plus digne et de plus grand chez vous, dire oui à
l'avenir, dire oui au Québec, parce que nous sommes des êtres
responsables, parce qu'il nous appartient, à nous, de régler nos
problèmes et non pas aux autres. Il n'appartient ni à M.
Lougheed, ni à M. Bennett, ni à M. Davis, ni à personne de
venir s'interposer dans nos affaires et de s'adonner à un chantage
indécent. Un oui, c'est pour nous et pour nos enfants qui vont nous
perpétuer et dans le temps et dans l'espace. Un non, c'est pour les
autres, à ceux qui sont étrangers à notre peuple, à
notre nation, à nos vrais intérêts dans tous les sens,
économiques, culturels, nationaux et personnels même. La peur,
l'omniprésente peur ne manquera pas d'être à cet historique
rendez-vous, mais le peuple québécois saura lui imposer silence
pour n'écouter que l'appel de son destin. Le jour du
référendum sera un grand jour dont nous aurons souvenance toute
notre vie durant. (13 heures)
En 1940, M. Godbout accordait aux femmes du Québec le droit de
vote. Elles devenaient ainsi souveraines politiquement et pouvaient discuter
d'égal à égal avec les hommes. C'est à Saint-Jean
et dans un autre comté que les femmes ont voté pour la
première fois au Québec le 6 octobre 1941, lors
d'élections partielles élisant M. Jean-Paul Beaulieu qui fut
ministre pendant seize ans.
Des Voix: Bravo!
M. Proulx: C'est donc un comté extrêmement
historique. Aux femmes de Saint-Jean et à toutes les femmes du
Québec, je demande de nous donner un mandat clair pour négocier
d'égal à égal, afin que tous et toutes ensemble, nous
puissions donner naissance à un Québec nouveau, à
un Québec fraternel, à un Québec ouvert aux autres et
ouvert au monde.
Des Voix: Bravo!
Le Vice-Président: A l'ordre, s'il vous plaît! A
l'ordre, s'il vous plaît! Y a-t-il un député qui demande la
suspension du débat?
M. Charron: Je demande l'ajournement du débat, M. le
Président.
Une Voix: La suspension.
Le Vice-Président: Très bien. Alors, les travaux de
l'Assemblée sont suspendus...
M. Charron: La suspension du débat. Pardon.
Le Vice-Président: ... jusqu'à 15 heures cet
après-midi.
Suspension de la séance à 13 h 3
Reprise de la séance à 15 h 15
Le Président: A l'ordre, s'il vous plaît! Veuillez
vous asseoir.
Affaires courantes.
Déclarations ministérielles.
Dépôt de documents.
M. le ministre de l'Energie et des Ressources.
DÉPÔT DE DOCUMENTS
Dernier rapport annuel du ministère des
Richesses naturelles
M. Bérubé: M. le Président, j'aimerais
déposer le dernier rapport annuel du ministère des Richesses
naturelles fondé par le premier ministre des Richesses naturelles,
l'actuel premier ministre, et qui s'est maintenant transformé en
ministère de l'Energie et des Ressources. Il s'agit du rapport annuel de
1978-1979.
Le Président: Rapport déposé. M. le ministre
de l'Industrie, du Commerce et du Tourisme.
Rapport intérimaire de la SGF
M. Duhaime: M. le Président, il me fait plaisir de
déposer le rapport intérimaire du quatrième trimestre de
la Société générale de financement,
démontrant également qu'au cours des douze derniers mois,
c'est-à-dire au 31 décembre 1979, la Société
générale de financement affiche un profit de $9 500 000.
Le Président: M. le ministre!
M. le ministre de l'Environnement.
Rapport annuel des Services de protection de
l'environnement
M. Léger: M. le Président, il me fait plaisir de
déposer le rapport annuel des Services de protection de l'environnement
pour l'année 1978-1979.
Une Voix: Les profits?
Le Président: Merci, M. le ministre. Rapport
déposé.
M. le ministre des Affaires municipales.
Rapport de la Société d'habitation du
Québec
M. Tardif: M. le Président, il me fait plaisir de
déposer devant l'Assemblée nationale le rapport
d'activités 1978 de la Société d'habitation du
Québec.
Le Président: Rapport déposé. Merci, M. le
ministre.
Dépôt de rapports de commissions
élues.
M. Shaw: M. le Président, au dépôt de
documents, s'il vous plaît.
Le Président: Au dépôt de documents.
M. Shaw: S'il vous plaît.
Le Président: M. le député de
Pointe-Claire.
Document sur la souveraineté
territoriale
M. Shaw: Mr President, I would like to deposit this document
which is the basis on which, if there is a positive referendum, the territorial
sovereignty of the province of Québec will be determined.
Le Président: Est-ce qu'il y a consentement? M. le
député de Pointe-Claire, est-ce qu'on peut ouvrir votre
enveloppe? Alors, document déposé.
Une Voix: Comme la question, elle est piégée.
Le Président: Dépôt de rapports de
commissions élues.
Dépôt de rapports du greffier en loi sur les projets de loi
privés.
Présentation de projets de loi au nom des
députés.
Présentation de projets de loi au nom du gouvernement.
Présentation de projets de loi au nom des députés.
Questions orales.
M. le chef de l'Opposition officielle.
QUESTIONS ORALES DES DÉPUTÉS
Accès à l'information en vue du
débat référendaire
M. Ryan: Ma question s'adresse au premier ministre. Hier, en
répondant à des questions, le
premier ministre a affirmé sa volonté de faire en sorte
que l'information soit accessible le plus généreusement possible
en vue du débat référendaire. Je vois que le premier
ministre confirme d'un signe de la tête qu'il n'a pas changé
d'intention à ce sujet depuis hier, je m'en réjouis. A ce sujet,
je voudrais rappeler au premier ministre une série d'études sur
le fonctionnement du fédéralisme canadien et son impact sur le
Québec qui ont été gardées secrètes, qui
sont demeurées la propriété jalouse du gouvernement et des
privilégiés du gouvernement.
J'ai pu constater en lisant un résumé des études
qui ont été faites sous la direction de l'économiste
Bernard Bonin autour du projet de souveraineté-association... M. Bonin
et un de ses collègues, M. Polèse, ont publié un
résumé de leurs constatations. J'oublie le titre de ce
résumé, c'est un document d'à peu près 400 pages
qui, dans l'ensemble, est bien fait et dans lequel on trouve un passage
intitulé "A propos de l'association économique
Canada-Québec". Il y a plusieurs des intervenants de l'autre
côté pendant le débat référendaire qui
auraient pu profiter de ce document avant de faire devant cette Chambre bien
des affirmations fausses ou incomplètes mais, de toute manière,
ce que j'ai constaté, c'est qu'en faisant le bilan de l'impact du
fédéralisme sur le Québec les auteurs procèdent
à une étude secteur par secteur, agriculture, commerce,
industrie, communications, transport, etc., pour chaque sujet, ils se
réfèrent à des études plus élaborées
dont ils nous donnent les titres au bas des pages d'ailleurs. Par exemple, pour
l'agriculture, ils vous disent: Nous avons une étude qui s'intitule
"L'incidence des politiques fédérales sur le secteur
agro-alimentaire du Québec, mars 1978, 250 pages, plus annexes". Je
pourrais continuer, on en a une série d'autres. (15 h 20)
M. le Président, la question qui se pose est la suivante: Est-ce
que ceux qui seront engagés à fond dans le débat
référendaire, qui vont jouer l'avenir de tout un pays dans ce
débat auront droit seulement au résumé très
squelettique que représente l'étude de MM. Bonin et Polèse
ou s'ils auront droit à la connaissance des documents complets auxquels
ont eu accès les membres du groupe ministériel?
Je signale, en particulier, que, d'après des informations qui
nous parviennent, l'étude sur l'agriculture pour ne mentionner
qu'un exemple aurait contenu bien des données qui étaient
complètement ignorées dans les propos que le ministre de
l'Agriculture a tenus dans cette Chambre. Nous avons droit à plus qu'au
résumé facile du ministre de l'Agriculture dans ces choses. Nous
avons droit à la documentation complète. Or, je pose de nouveau
au premier ministre ma question: Est-ce qu'il a l'intention de faire en sorte
que, dans les plus brefs délais, ces études soient mises à
la disposition des partis d'Opposition et des citoyens désireux de se
renseigner en profondeur ou si elles vont demeurer la propriété
jalouse et exclusive de ces messieurs du pouvoir?
Le Président: M. le premier ministre.
M. Lévesque (Taillon): Les applaudissements confirment
l'impression que je commençais à avoir. C'est plutôt un
discours qu'une question.
Je corrigerai simplement une toute petite erreur de fait dans le
préambule du chef de l'Opposition. Il s'agissait, hier, d'une question
du député de Gouin, si j'ai bonne mémoire. Il s'agissait
de savoir si on pouvait avoir l'intention sérieusement comme cela
s'est fait sous d'autres juridictions politiques de passer au plus vite
une loi concernant le droit à l'information qui pourrait rejoindre par
la bande la question du chef de l'Opposition. Parce que c'est la
première fois on commençait même à se
demander si cela reviendrait que le chef de l'Opposition reprend sa
litanie de questions sur les études.
Pour ce qui est des études, je pense qu'il y en a beaucoup qui,
normalement, sont dans le domaine public; je peux me tromper, mais je crois
qu'au fond, il y a un peu une tempête dans un verre d'eau. Il n'y a pas
tant de secrets que cela. La plupart des études, que ce soit en
agriculture ou ailleurs, sont disponibles à ceux qui veulent les
avoir.
Maintenant, s'il y a des choses concernant le catalogue de MM. Bonin et
Polèse auquel se réfère le chef de l'Opposition, je pense
que celui qui est le mieux placé pour donner tous les détails que
le chef de l'Opposition pourrait avoir, c'est mon collègue, le ministre
des Affaires intergouvernementales. Je lui demanderais donc de
compléter.
Le Président: M. le ministre des Affaires
intergouvernementales.
M. Morin (Louis-Hébert): M. le Président, la
question qui est soulevée aujourd'hui par le chef de l'Opposition a
donné lieu vous vous en souvenez peut-être à
une réponse de ma part et même à une question de
privilège. Elle est ici d'ailleurs. Je m'attendais toujours à la
question. Le 7 novembre dernier, aux page 3410, 3411, 3412 et 3413 du journal
des Débats.
Deuxièmement, toutes les études dont nous avions dit
qu'elles seraient publiées l'ont effectivement été; je
n'ai pas la liste ici, mais ça me fera plaisir de la soumettre. J'ai
demandé ensuite à M. Bonin, qui en avait eu l'idée le
premier, de préparer justement ce résumé dont vous avez
copie et il me fera plaisir, pour ceux qui n'en ont pas, de le leur faire
parvenir. Ce résumé a été préparé
à l'Ecole nationale d'administration publique et il donne une vue
d'ensemble destinée à renseigner la population sur l'impact de
certaines politiques fédérales au Québec.
Dans certains ministères, des études avaient
été initialement préparées par un ou deux
fonctionnaires et, souvent, pas du tout sous une forme susceptible d'être
publiée; on a retenu ces études pour en faire des documents
internes de ministère, et je pense que certaines d'entre elles je
vais m'informer pourraient être disponibles maintenant pour une
plus large diffusion.
En ce qui concerne celle dont parle le chef de l'Opposition, je pense
que la question a été réglée
au mois de novembre dernier, au moment où j'ai eu cette question
de privilège. J'ajoute, parce que le chef de l'Opposition laisse
entendre que ces études ont été à la disposition
des ministres, qu'elles ne l'ont pas été, ce sont des travaux qui
avaient été demandés par M. Bernard Bonin dans le cadre de
son mandat. C'est une demande de fonctionnaire à fonctionnaire et
ça n'a pas été distribué à l'ensemble du
Conseil des ministres, évidemment, je ne les ai même pas toutes
vues moi-même.
Le Président: M. le chef de l'Opposition.
M. Garon: M. le Président, question de
privilège.
Le Président: M. le ministre de l'Agriculture.
M. Garon: Le chef de l'Opposition libérale a
mentionné que mon discours avait été basé sur cette
étude. Je peux dire que je n'ai jamais lu cette étude.
Un instant, M. le Président...
Le Président: M. le ministre de l'Agriculture.
M. Garon: La vérité choque, comme on disait
à l'école.
M. le Président, je peux dire que les documents que j'ai
utilisés pour faire mon discours sont des documents publics; ce sont des
choses énoncées dans des discours lors de conférences
fédérales-provinciales. Vous pouvez retrouver ces documents,
c'est M. Whelan qui m'a donné ces chiffres, dans certains cas, comme mes
chiffres sur la recherche, à la conférence
fédérale-provinciale de Winnipeg du 15 janvier 1978.
Le Président: M. le chef de l'Opposition. M. Ryan: M. le
Président...
Le Président: M. le ministre de l'Agriculture, je pense
que... je comprends, mais il n'y avait pas là vraiment matière
à question de privilège.
M. le chef de l'Opposition.
M. Ryan: M. le Président, le disciple de Maurice Duplessis
qui fait des calembours dans cette Chambre, depuis que je l'écoute,
aurait eu profit à lire l'étude dont je parle avant de faire son
discours. Cela lui aurait permis...
Le Président: M. le chef de l'Opposition, puis-je compter
sur votre collaboration pour ne pas provoquer, s'il vous plaît?
M. Ryan: J'aurai peut-être une question à poser au
ministre de l'Agriculture ensuite. Mais d'abord une deuxième question au
premier ministre ou à son ministre des Affaires
intergouvernementales.
M. Garon: N'importe quand...
M. Ryan: S'il veut parler on va lui donner la parole!
Le Président: A l'ordre, s'il vous plaît! M. le chef
de l'Opposition.
M. Ryan: M. le Président, je voudrais clarifier ma
question parce que le ministre des Affaires intergouvernementales a un don
suprême pour rendre les choses confuses quand on l'interroge. Je voudrais
qu'on soit bien sûr de se comprendre. M. Bonin et M. Polèse,
à la page 100 de leur résumé, nous parlent des achats du
gouvernement fédéral au Québec. Ils font certaines
affirmations au début qui, encore une fois, me semblent objectives. Il y
a un petit 1) entre parenthèses, un renvoi au bas de la page, et voici
ce qu'il vous dit... Oui, mais la question s'en vient après, avez-vous
peur de la vérité?
Le Président: M. le chef de l'Opposition.
M. Ryan: Voici la note au bas de la page: "La plupart de nos
constatations s'appuient sur une étude de Michel Meunier,
intitulée les Achats du ministère canadien des Approvisionnements
et Services au Québec, Direction des études régionales,
ministère de l'Industrie et du Commerce, février 1978, 179
pages". Il n'est pas dit que c'est une étude confidentielle, que c'est
une étude privée; c'est une étude qui est
mentionnée comme un document public. J'en viens à un autre
renvoi, à la page 141, où on dit: "La politique agricole
un petit 1, entre parenthèses encore l'évaluation qu'on
ferait ici de cette politique est tirée d'une étude
préparée par le Service des études économiques du
ministère de l'Agriculture du Québec, intitulée:
L'incidence des politiques fédérales sur le secteur
agro-alimentaire du Québec, mars 1978, 250 pages, plus annexes." Il
n'est pas mentionné dans ces références que ce sont des
études confidentielles. Je demande au ministre des Affaires
intergouvernementales et au premier ministre je ne sais pas lequel des
deux a le mandat pour répondre si nous avons droit, oui ou non,
aux renseignements contenus dans ces études, et non seulement aux
résumés.
Le Président: M. le ministre des Affaires
intergouvernementales.
M. Morin (Louis-Hébert): J'ai deux choses à
répondre, M. le Président. Le 3 mars dernier, il y a deux
semaines, M. Bonin m'écrivait pour me dire que, contrairement à
ce qui avait été entendu, l'expression "document interne" qui
devait suivre les mentions que vous êtes en train de lire n'avait pas
été incluse dans l'étude et qu'elle le serait pour toute
édition supplémentaire. (15 h 30)
Je voudrais continuer maintenant, M. le Président. Si le chef de
l'Opposition est tellement amateur d'études soi-disant secrètes,
est-ce qu'il peut nous dire, oui ou non, aujourd'hui s'il a lu ou vu les
fameuses études ou rapports fédéraux sur les
relations Québec-Ottawa qui avaient été
préparés par l'ancien gouvernement de M. Trudeau?
M. Levesque (Bonaventure):... un instant. Ce n'est pas à
lui de poser les questions.
Le Président: A l'ordre, s'il vous plaît! Le chef de
l'Opposition.
M. Ryan: M. le Président...
Une Voix: On va aller s'asseoir de l'autre côté!
M. Ryan: M. le Président, l'impertinence de cette
réponse arrogante et fuyante saute aux yeux de tout le monde. Par
conséquent, je retourne la question au premier ministre, n'ayant jamais
réussi à obtenir aucun élément de satisfaction de
la part du ministre des Affaires intergouvernementales.
M. le premier ministre peut-il nous dire si, dans son jugement
d'honnête citoyen, d'honnête administrateur de la chose publique,
il estime que ces études devraient être accessibles à
l'Opposition ou aux citoyens, oui ou non? Je me passerai volontiers de
commentaires; je voudrais avoir un oui ou un non.
Le Président: M. le premier ministre.
M. Lévesque (Taillon): Si ces études sont
complétées de façon qu'on puisse être sûr que
ç'a été vérifié pour les faits, je
rappellerai à nos amis d'en face quelle sorte de millage ils ont
essayé de faire déjà avec une fuite d'un brouillon jamais
autorisé qui leur donnait l'impression qu'il y avait quasiment une
politique de contrôle de l'information qui avait été
décidée par le gouvernement. Il y a tout de même un
sacré bout! Le gouvernement est responsable du travail qui est fait avec
les fonds publics. Si ce travail a été vérifié
convenablement, chaque fois qu'il s'agit d'études sur quelque aspect que
ce soit des affaires publiques, je donne ma parole au chef de l'Opposition que
ça peut être disponible sur demande. Mais je veux faire cette
vérification avec le ministre des Affaires intergouvernementales et, au
besoin, avec M. Bonin, parce que sortir des choses qui ne sont pas toutes
mâchées convenablement, je ne crois pas que ce soit responsable.
J'ajouterai à ça si on me le permet que quand le
chef de l'Opposition se sert, comme préambule à ses questions, de
références à des gens dont on pourrait être les
disciples, il entre sur un terrain glissant. Je ne voudrais pas dire au chef de
l'Opposition, des fois, à quel maître il me fait penser comme
disciple, depuis quelque temps.
Le Président: M. le chef de l'Opposition.
M. Ryan: Cela va bien; les pelures de banane fonctionnent
très bien, mais je rappellerai au premier ministre que les études
dont nous parlons portent une date: mars 1978, avril 1978. Il commence à
être temps, ne trouvez-vous pas, M. le premier ministre, que vous les
ayez lues et que vous puissiez nous dire si elles sont mûres pour la
publication.
M. Lévesque (Taillon): Non, M. le Président, je me
tape autant de lecture que je peux, y compris même certains discours du
chef de l'Opposition, et ce n'est pas toujours une lecture facile, mais je
dirai ceci, par exemple. Dans une administration publique qui, comme toutes les
administrations publiques, est probablement le plus gros client de l'industrie
des pâtes et papiers, je n'ai pas le temps de tout lire, mais je vais me
faire un devoir de lire l'étude dont il s'agit, seulement pour voir.
Le Président: M. le député de
Montmagny-L'Islet.
M. Giasson: M. le Président, ma question additionnelle,
qui est en rapport direct avec celle posée par le chef de l'Opposition,
s'adresse à notre collègue de l'Agriculture. J'aimerais savoir du
ministre de l'Agriculture quand je recevrai les documents que j'ai
demandés avec beaucoup d'à-propos et d'insistance l'an dernier,
lors de l'étude des crédits de son ministère? Quand
pour-rai-je recevoir ces études payées par nos deniers,
préparées par des fonctionnaires qui sont payés avec les
deniers publics du Québec, surtout lorsque je découvre que ce que
vous appelez des documents internes ont été mis à la
disposition de différents organismes, entre autres entre les mains du
groupe qui travaille à l'Ecole nationale d'administration publique?
Quand moi, député de l'Assemblée nationale, aurai-je le
droit de recevoir copie de ces documents que j'ai demandés à
répétition l'an dernier, soutenu par des collègues de
l'Agriculture? Quand pourrai-je recevoir copie...
Le Président: Très bien, M. le député
de Montmagny-L'Islet!
M. le ministre de l'Agriculture.
M. Garon: M. le Président, je peux vous dire que
moi-même, ces études-là, je ne les ai pas vues...
Des Voix: Ah!
M. Garon:... pour la raison suivante.
Des Voix: ...
Le Président: A l'ordre, s'il vous plaît! A
l'ordre!
M. le ministre de l'Agriculture.
M. Garon: M. le Président, les chiffres que j'ai
cités en Chambre sont des chiffres que j'ai donnés publiquement
aux conférences fédérales-provinciales et qui...
M. Picotte: Les études...
Le Président: A l'ordre, s'il vous plaît! A l'ordre!
M. le ministre de l'Agriculture. M. le député de
Maskinongé, s'il vous plaît!
M. Garon: Ce sont des chiffres qui ont été rendus
publics à la conférence de St. Andrews. Ce sont des chiffres qui
ont été rendus publics à la conférence de Regina et
ce sont des chiffres qui ont été rendus publics à la
conférence de Winnipeg, mais l'étude dont vous parlez, je ne l'ai
jamais vue et je vais vous dire pourquoi, à part cela. J'ai
demandé à la voir, il y a quelques mois, et le directeur du
service des études économiques m'a dit qu'il ne valait pas la
peine que je la lise parce qu'il y avait trop d'erreurs dedans et que...
Des Voix: Oh!
M. Garon: C'est vrai. C'est pour cette raison que je ne l'ai pas
lue. C'était la première fois que certains sujets étaient
regardés par les gens du service des études économiques,
mais éventuellement, ils voulaient travailler de nouveau ces chiffres et
me produire les données quand ils en seraient certains. Ce document, M.
le Président, n'est pas venu sur mon bureau. Je ne l'ai jamais lu et le
seul endroit où il est allé, que je sache, c'est au
ministère des Affaires intergouvernementales.
Apparemment, même les gens qui ont participé à
l'étude sont rendus, dans deux cas, au gouvernement
fédéral. Des économistes de mon ministère m'ont dit
qu'eux-mêmes avaient admis qu'il y avait des erreurs et que
c'était la première fois qu'ils fouillaient ces
chiffres-là.
Le Président: M. le chef de l'Opposition, une brève
question.
M. Ryan: Est-ce que le ministre veut dire que MM. Bonin et
Polèse, qui nous disent s'être appuyés sur cette
étude pour tracer un bilan de l'impact des politiques
fédérales en agriculture sur le Québec, auraient
été des imbéciles ou des incompétents?
Des Voix: Oh!
M. Garon: Ce n'est pas cela que j'ai dit, M. le
Président.
Le Président: M. le ministre des Affaires
intergouvernementales.
M. Morin (Louis-Hébert): Je voudrais préciser deux
choses...
M. Ryan: Non, j'ai posé ma question au ministre de
l'Agriculture.
M. Morin (Louis-Hébert): On est en train, avec tout ce qui
se dit, de mêler tout le monde. J'ai dit tantôt que,
premièrement, plusieurs de ces études avaient été
disponibles à l'intérieur de ministères sous forme de
publications internes et qu'à ce moment-là certaines d'entre
elles pouvaient facilement être disponibles. Je les demande aux
ministères dans les jours qui viennent.
Des Voix: II les demande.
M. Morin (Louis-Hébert): Je les demande pour distribution.
Deuxièmement, je dois dire que M. Bonin est sous-ministre adjoint
à mon ministère. Il est prêté à l'Ecole
nationale d'administration publique et les études dont il s'est servi,
il s'en est servi avec discernement de sorte qu'il a pu fournir le document
d'ensemble que vous avez qui est un document extrêmement
intéressant et utile. C'est pour que vous l'ayez, tout le monde et tout
le public, qu'il a été préparé comme vous l'avez
là. Il n'était pas obligé de le faire.
Le Président: M. le député de
Marguerite-Bourgeoys.
Les élections scolaires
M. Lalonde: M. le Président, le Conseil scolaire de
l'île de Montréal a adopté une résolution ces jours
derniers dont l'objectif est de faire en sorte que le référendum
et les élections scolaires ne coïncident pas. On sait que les
élections non seulement à Montréal, mais aussi dans toute
la province pour une proportion auront lieu le 9 juin, que la mise en
nomination des candidats aura lieu le 2 juin et que la campagne naturellement
peut s'étendre au moins quelques semaines avant le 9 juin. Etant
donné la déclaration ou l'intention annoncée par le
premier ministre de faire en sorte que le référendum se passe
dans les meilleures conditions possible et pour donner la chance à ceux
et celles qui s'intéressent au milieu scolaire d'avoir réellement
un climat favorable à une campagne électorale normale, est-ce que
le premier ministre pourrait nous dire s'il a pris connaissance de cette
demande et s'il a l'intention de rassurer aujourd'hui tout ce milieu, à
savoir que le référendum ne coïncidera pas avec la campagne
scolaire?
Le Président: M. le premier ministre.
M. Lévesque (Taillon): C'était une demande
derrière laquelle il y avait certaines appréhensions que je peux
comprendre, mais je ne vois pas de raison je n'irai pas plus loin pour
aujourd'hui, sauf pour demander à mon collègue, le ministre de
l'Education, d'aller dans un peu plus de détails techniques pour
qu'on change la décision qui a été prise et qui a
été confirmée ici en Chambre de ne pas déranger la
date des élections scolaires.
Le Président: M. le ministre de l'Education.
M. Morin (Sauvé): M. le Président, je voudrais
simplement ajouter un ou deux détails aux propos du premier ministre.
J'ai eu l'occasion de m'entre-tenir de la question soulevée par le
député de Marguerite-Bourgeoys, à deux reprises, avec le
président du Conseil scolaire de l'île de Montréal, dont
une fois en sa capacité de président de la
Fédération des commissions scolaires catholiques du
Québec. J'ai eu l'occasion également de porter la question devant
le Conseil des ministres à deux reprises et même de
préparer un mémoire à
l'intention du conseil, dans lequel nous examinions les avantages et les
inconvénients que pourrait présenter un ajournement ou une
suspension des élections scolaires.
La première constatation qui s'est dégagée, de
notre étude était que nous ne pouvions pas suspendre les
élections seulement pour Montréal. Bien que le problème
ait été soulevé avant tout par le Conseil scolaire de
l'île de Montréal, il y aura des élections scolaires
à travers tout le Québec et les raisons qu'on peut faire valoir
à Montréal valent tout aussi bien pour l'ensemble du
Québec. (15 h 40)
Deuxièmement, on s'est rendu compte que l'ajournement de ces
élections présentait d'énormes inconvénients. Dans
le reste du Québec, les élections se font par tiers renouvelable
chaque année. Si l'on décale l'une des élections, il faut
envisager de décaler toutes les autres, ce qui, évidemment,
présente des difficultés techniques quasi insurmontables.
Nous avons donc convenu qu'il valait mieux attendre d'étudier le
dossier des élections scolaires dans son ensemble au cours des mois qui
viennent. Comme vous le savez, on parle depuis longtemps d'une réforme
des élections scolaires. Celle-ci est à l'étude et,
lorsqu'elle sera prête, j'annoncerai les nouvelles décisions
publiquement.
Le Président: M. le député de
Marguerite-Bourgeoys.
M. Lalonde: M. le Président, j'ai compris du premier
ministre qu'il n'avait pas l'intention de reporter les élections
scolaires. Cela a été annoncé ici il y a quelques jours.
Mais, est-ce qu'il peut nous dire s'il accepte que les deux campagnes
coïncident parce que la date du référendum n'est pas encore
annoncée et le premier ministre ou, enfin, le gouvernement est
parfaitement maître de cette date? Est-ce qu'il pourrait au moins
rassurer la population à savoir qu'on ne sera pas dans une situation de
chaos entre ces deux campagnes dont l'une va sûrement faire perdre
à l'autre toute son importance même si le gouvernement a
déjà exprimé le peu d'importance qu'il accorde aux
commissions scolaires dans le projet de loi 57 et la réforme scolaire
qu'il vient d'être annoncée? Je ne sais pas s'il va les faire
disparaître complètement. Il reste quand même que la loi
prévoit qu'il y aura des élections le 9 juin et c'est au premier
ministre de nous rassurer actuellement, à savoir que les deux campagnes
ne coïncideront pas.
Le Président: M. le premier ministre.
M. Lévesque (Taillon): Je ne peux rien dire pour les
campagnes, au moins en partie, mais je peux dire au moins ce que j'ai dit
l'autre jour en Chambre et répéter que le 9 juin ne sera pas
touché de toute façon. Ce que le député vient de
dire à propos de nos préoccupations en ce qui concerne les
commissions scolaires, je dois tout de même lui dire que les
préoccupations qu'on a quant aux commissions scolaires et au rôle
qu'elles jouent dans notre milieu et au ministère de l'Education, pour
de bonnes relations sont, je pense, suffisamment bien connues dans le milieu
même s'il y a eu et ça, ça fait partie des
décisions que doit prendre un gouvernement des tiraillements
à un moment donné à propos de la fiscalité.
C'était inévitable car on voulait donner un respir aux
municipalités qui, pendant quinze ans, je pense, congrès
après congrès, y compris pendant six ans sous le gouvernement
dont a fait partie le député de Marguerite-Bourgeoys, se sont
lamentées sans arrêt en disant: On est en train de s'endetter
jusque par-dessus la tête; on est obligé d'écraser le
citoyen local. Il n'y avait littéralement aucune réponse, jamais,
sauf des "peut-être bien". Pour la première fois, il y a eu une
réforme de la fiscalité municipale qui a impliqué qu'on
demande aux commissions scolaires et qu'à un moment donné on les
oblige de quitter le champ de l'impôt normalisé qui, de toute
façon, n'avait rien à voir avec l'autonomie; c'était
fixé à Québec depuis le temps de nos amis d'en face. Cela
a créé des difficultés dans les relations mais ça
n'a rien à voir et les allusions plus ou moins sournoises, comme
d'habitude, du député de Marguerite-Bourgeoys ne sous-tendent
absolument aucune indifférence, au contraire, au sort des commissions
scolaires et de ceux qui ont le courage et le dévouement de s'occuper de
la chose scolaire.
Le Président: M. le député de
Marguerite-Bourgeoys.
M. Lalonde: M. le Président, une dernière question.
Je ferai remarquer que le premier ministre a fait aussi partie, pendant six
ans, d'un gouvernement qui a toléré cette situation. Est-ce que
le premier ministre est prêt à écarter la date du 2 juin
aussi, étant donné que c'est la date de la mise en nomination,
pour la tenue du référendum?
Le Président: M. le premier ministre.
M. Lévesque (Taillon): M. le Président, si j'ai
bonne mémoire, là le député de Marguerite-Bourgeoys
parle à travers son chapeau, qui est beaucoup plus récent que
ça... Je crois que c'est le député de Bonaventure qui
devrait répondre à son collègue pour lui rappeler qu'entre
1960 et 1966, au temps du gouvernement de M. Lesage, beaucoup de
décisions ont dû être prises mais il n'y avait pas cette
urgence qui s'est développée à la fin des années
soixante et qui est devenue extraor-dinairement intense au point
d'appréhender littéralement presque la faillite de beaucoup de
municipalités au Québec on sait que cela se passe ailleurs
à cause de cette compression terrible des revenus, de
l'endettement excessif. Cela n'a rien à voir du tout.
Des Voix: 2 juin.
M. Lévesque (Taillon): Je réponds au
préambule du député de Marguerite-Bourgeoys mais je
crois qu'on doit tout de même nous permettre d'évaluer en
conscience et rationnellement quelle doit être la date qui sera
fixée pour le référendum quand les brefs seront
émis. Si on commence à gratter le calendrier comme ça,
qu'est-ce qui reste à décider?
Le Président: M. le chef de l'Union Nationale.
Interprétation d'un oui au
référendum
M. Le Moignan: M. le Président, ma question s'adresse au
premier ministre. Gilles Lesage, dans le Soleil, ce matin, titre un article:
"Le PQ a bien des façons de dire OUI". A l'intérieur du
groupement du oui, il y a deux tendances qui se précisent de plus en
plus. La première a pour base idéologique la
souveraineté-association, qui est donc partagée par ceux qui
acceptent le programme du Parti québécois. La deuxième
repose sur une certaine philosophie qu'un oui au référendum
représente un déblocage des négociations
constitutionnelles, mais sans pour autant partager l'objectif ultime de la
souveraineté-association. On voit d'après de nombreux journaux
que c'est une tendance assez générale. Plusieurs diraient donc un
oui au premier référendum sans nécessairement aller
jusqu'au bout du deuxième référendum, en d'autres termes.
Lundi soir, à l'émission de Radio-Québec, Les lundis de
Pierre Nadeau, M. Pierre Bourgault, en conclusion, a dit qu'un oui à un
mandat de négocier la souveraineté-association, c'était en
définitive un oui à la souveraineté-association.
Je voudrais demander au premier ministre s'il est entièrement
d'accord avec cette conclusion.
Le Président: M. le premier ministre.
M. Lévesque (Taillon): Ecoutez, je n'ai pas à juger
des façons de s'exprimer de M. Bourgault. Il a été
invité par Radio-Québec. C'est le droit de Radio-Québec
d'inviter qui elle veut. Elle a invité des fédéralistes du
fédéral et du provincial, sauf erreur. Là, on a
invité un non-parlementaire qui n'est pas activement militant dans
l'action politique, qui est plutôt un soliste qui, en
général, refuse de faire partie des chorales. Je ne peux tout de
même pas commencer à me porter garant de tout ce qui se dit autour
et alentour du oui pour une raison que le révérend chef de
l'Union Nationale devrait comprendre. Il a dit: II y a bien des façons
de dire oui. Je pense que sa noble profession lui a enseigné que ce
n'est pas à nous de sonder les reins et les coeurs.
Le Président: M. le chef de l'Union Nationale.
M. Le Moignan: M. le Président, je vais m'adresser cette
fois-ci à un militant, un député qui est en même
temps premier ministre, donc qui n'a pas à répondre des actes des
autres personnes, mais qui peut peut-être répondre de ses propres
actes.
Au collège Edouard-Montpetit, il n'y a pas si longtemps, ce
propos est rapporté dans la Presse du 2 mars 1979, sous la signature de
Martha Gagnon... oui, tout de même, il y a seulement un an, cela conserve
toute sa valeur, parce qu'on rapporte les paroles du premier ministre.
Il semble qu'il y ait eu plusieurs questions de la part des
étudiants. Or, on dit ceci dans l'article: "Les étudiants n'ont
pas manqué de questionner le premier ministre sur la nuance à
apporter aux mots souveraineté-association et indépendance. Un
jeune garçon s'est levé pour expliquer qu'il ne comprenait pas
pourquoi l'on utilisait tant de mots pour exprimer une même
idéologie. Il a demandé à M. Lévesque c'est
un membre actuel si le gouvernement ne voulait pas mêler
volontairement la population. La réponse du premier ministre fut la
suivante: Vous avez raison. Que l'on dise souveraineté ou
indépendance, c'est la même chose. Mais certaines personnes ont
voulu en faire une guerre de mots. M. Lévesque a précisé
que le terme souveraineté est né pour apaiser les craintes
qu'avait créées le mot indépendance. Il a ajouté
qu'il ne croyait pas à une indépendance absolue".
C'est quoi l'indépendance, l'indépendance moyenne,
l'indépendance relative, ou l'indépendance absolue?
Le Président: M. le premier ministre.
M. Lévesque (Taillon): Je vais commencer à croire
qu'il y a une déformation professionnelle chez le député
de Gaspé. On commence à compter combien il y en a sur une
tête d'épingle. Non, quand même, bien oui, c'est le texte et
qu'est-ce que dit le texte? Il dit simplement ceci. Justement, qui est-ce qui
abuse pour "contusionner" les gens, souvent? Je ne prête pas d'intention,
je dis: Cela arrive. Disons que cela arrive comme cela, par exemple. Qui est-ce
qui abuse sans arrêt de tous les mots dont il pense que peut-être
quelque part la perception pourrait faire un peu plus peur au monde que
d'autres?
Nous, ça fait treize ans, systématiquement, "steady",
comme on dit par chez nous, qu'on dit "souveraineté-association". Il y
avait des raisons pour choisir souveraineté au début; je ne l'ai
jamais caché et je pense que personne ici n'a caché l'essentiel
de l'indépendance interne, c'est-à-dire le droit de faire ses
lois chez soi, de percevoir ses impôts chez soi, d'avoir ses relations
librement avec les autres peuples, qui est la souveraineté, qui est
l'essentiel de l'indépendance, aussi, mais pas en oubliant
l'interdépendance. C'est pour cela que, depuis treize ans... C'est
curieux comme il y a des gens partout au Québec je m'en rends
compte de plus en plus à mesure que les choses passent dans les
débats, et on peut le percevoir en tournée ou par les sondages,
aussi qui comprennent extraordinairement bien ce que le
député de Gaspé et d'autres font semblant de ne jamais
comprendre.
Souveraineté-association, c'est la formule civilisée entre
des peuples qui restent chacun en charge de ses affaires, mais qui
coopèrent intimement entre eux.
Le Président: M. le chef de l'Union Nationale.
M. Le Moignan: Dernière question, M. le Président.
Si j'ai bien compris l'argumentation du premier ministre,
souveraineté-association, ça veut dire indépendance. C'est
cela?
Des Voix: Non!
Le Président: M. le premier ministre.
M. Lévesque (Taillon): Malheureusement, il s'est assis
trop vite, M. le Président, on n'a pas vu son sourire jésuitique.
Je dois dire que c'est vrai.
Je vais répéter ce qu'on dit depuis treize ans pour
éviter de rentrer dans ce jeu qui est vraiment un jeu, je crois, de
rapetissement d'un sujet politique. Souveraineté-association, ça
veut dire souveraineté-association.
M. Couture: Question de privilège.
Le Président: M. le ministre de l'Immigration, il n'y a
vraiment pas matière à question de privilège.
M. le député de Rosemont.
M. Goulet: Une question additionnelle, M. le
Président.
Le Président: Question additionnelle, M. le
député de Bellechasse; M. le député de Rosemont,
tout de suite après.
M. Goulet: M. le Président, je pense qu'il y a seulement
les gens d'un côté qui semblent comprendre, mais je m'adresserai
encore non seulement aux simples soldats, mais au général.
Est-ce qu'un oui au mandat de négocier, c'est un oui à la
souveraineté? Est-ce exact d'affirmer que c'est indissociable, qu'en
acceptant l'un, automatiquement, nonobstant les raisons qui nous amènent
à nous prononcer, on accepte l'autre? Est-ce que le premier ministre
renie sa déclaration du mois de mars et est-ce que souveraineté,
aujourd'hui, veut dire autre chose qu'indépendance?
Le Président: M. le premier ministre.
M. Lévesque (Taillon): M. le Président, je crois
qu'il reste encore quelque chose comme je n'en fais pas une suggestion,
je le dis simplement une demi-heure pour les gens de l'Union Nationale,
comme pour les autres ici, plus dans certains cas, pour finir le débat
sur la question référendaire. Je veux bien qu'on essaie de
relayer le débat pendant la période de questions, mais je ferai
simplement remarquer que la période de questions doit servir aussi parce
que, nous, on s'arrache le coeur, pendant ce temps, pour faire notre travail
d'administration et je pense que c'est quand même un peu fait pour cela,
aussi. C'est curieux, c'est nous qui avons le projet à proposer aux
citoyens, c'est nous qui le préparons depuis des années et des
années, on a essayé de garder cela en parallèle et on est
ici pour essayer de répondre aux questions qui nous semblent normalement
devoir s'adresser d'abord... il y a des heures et des heures de débat
sur la question référendaire.
Puisqu'on y tient, ce que je dois répondre au
député, c'est ceci. Il s'agit et la question est claire
là-dessus d'un mandat de négocier la
souveraineté-association. Cela veut dire qu'on approuve qu'une
négociation s'engage sur cette base, avec la garantie absolue qu'il n'y
a pas de chèque en blanc. Quand les gens verront les résultats,
ils pourront, dans une deuxième consultation, ayant pris cette direction
il faut prendre cette direction pour négocier dans ce sens, plus
ce sera clair, plus ça pourra se réaliser... Je suis convaincu
qu'au deuxième référendum, si c'est là sur la
table, pour un peuple qui se respecte et qui a le goût de maîtriser
son avenir, le deuxième référendum, je plaindrais
quasiment ceux qui voudraient être contre.
Le Président: M. le député de Rosemont.
M. Goulet: M. le Président, une question de
privilège et je vous demande une directive en même temps... Je ne
me tromperai pas, M. le Président...
Le Président: M. le député de Bellechasse,
qui trop embrasse mal étreint, souvenez-vous-en.
M. Goulet: Ma question de règlement, M. le
Président. Le règlement prévoit une période
réservée aux députés afin qu'ils puissent
questionner le gouvernement sur son administration et ses intentions. Ce
même règlement permet aux ministres, s'ils le désirent, de
ne pas répondre. Cela, j'en conviens. Ma question de privilège,
M. le Président, porte sur le privilège de tout
député de questionner le gouvernement sur ses faits et gestes. M.
le Président, voici ma demande de directive: Comment peut-on concilier
ces deux énoncés et lequel des deux a priorité? Quand on
pose une question au premier ministre, M. le Président je dois
énormément de respect au premier ministre mais, depuis
quelque temps, on nous répond avec un paquet de simagrées dignes
d'un joueur de poker et que personne ne comprend, sauf les gens d'en face.
Le Président: M. le député de Rosemont.
M. Paquette: M. le Président, la fausse question de
privilège du député de Bellechasse m'empêchera de
poser ma question puisque le ministre du Travail vient de s'absenter d'urgence.
Pourriez-vous me reconnaître un peu plus tard, M. le
Président?
Le Président: M. le député de Rosemont.
Code d'éthique et tarification des chauffeurs
de taxi de Montréal
M. Lalande: De Maisonneuve. On n'a pas gagné Rosemont
encore, M. le Président. Ça s'en
vient, Rosemont! M. le Président, ma question s'adresse au
ministre des Transports. En 1979, le 14 octobre dernier, les
propriétaires et chauffeurs de taxi de Montréal adoptaient,
réunis en assemblée générale, un code
d'éthique professionnelle et fixaient une tarification pour leurs
membres, soit $75. Le code d'éthique et cette tarification
étaient, par ailleurs, approuvés par l'ancien ministre des
Transports, me dit le conseil de direction de la ligue de taxi et son
président, M. Salvator. Le ministre pourrait-il nous expliquer, lui,
pourquoi il refuse d'approuver le code d'éthique et la nouvelle
tarification et pourquoi il a refusé de rencontrer les chauffeurs de
taxi le 3 février dernier à la salle du Plateau pour justement
leur expliquer ses motifs et ses critères de refus? C'est seulement le
24 février que son secrétaire, M. Ouellet, a daigné
répondre négativement aux chauffeurs de taxi.
Le Président: M. le ministre des Transports.
M. de Belleval: Le député de Maisonneuve est mal
informé, M. le Président, l'ancien ministre des Transports, mon
prédécesseur, M. le député de Saguenay, n'avait pas
adopté ou approuvé la tarification en question. J'ai
refusé effectivement que cette tarification soit mise en vigueur parce
que le fameux code d'éthique ou la fameuse tarification me semblait
exorbitante des buts poursuivis par le règlement applicable à la
Ligue nouvelle de propriétaires de taxi. Depuis ce temps, M. le
Président, j'ai eu des rencontres avec les représentants de la
Ligue nouvelle des propriétaires de taxi de Montréal. J'ai
d'ailleurs assisté à leur congrès annuel. Nous avons
convenu de mettre sur pied un groupe de travail entre le ministère des
Transports et l'industrie du taxi à Montréal pour étudier
plus spécifiquement un certain nombre de questions qu'ils
soulèvent d'ailleurs avec justesse, à mon avis, dans leur projet
de code d'éthique. Je dois dire qu'actuellement ce comité
siège, que nos relations avec la ligue sont correctes et qu'on
espère en arriver à des solutions intéressantes de son
côté durant le prochains mois.
Le Président: M. le député de
Maisonneuve.
M. Lalande: Je voudrais simplement rappeler au ministre des
Transports que l'affirmation que l'ancien ministre était d'accord avec
le code d'éthique ne vient pas de moi, mais du président, Antonio
Salvator, de Gilles Bessette, administrateur, de Lucien Bonhomme,
vice-président, de Léo Pérez,
secrétaire-trésorier, de Léo Bélanger,
administrateur, de Robert Brie, administrateur, et de Manuel Fierrera,
administrateur. Ce sont ces gens qui affirment cela; première des
choses. La deuxième: Est-ce que le ministre est au courant que, ce
matin, aujourd'hui-même...
Le Président: M. le député de Maisonneuve,
je m'excuse, il y a une question de privilège soulevée par M. le
ministre du Loisir.
M. Lessard: M. le Président, en tant qu'ex-ministre des
Transports, j'ai eu l'occasion de rencontrer la ligue des propriétaires
de taxi avec ses représentants, ses avocats, et je leur avais
souligné à ce moment que certaines conditions devaient se
concrétiser avant d'adopter la proposition telle qu'elle m'avait
été faite lors de cette rencontre. C'est dans ce sens justement
que le ministre actuel des Transports confirmait qu'il n'y avait pas eu accord
officiel entre les représentants de la ligue de taxi et le ministre des
Transports. (16 heures)
Le Président: M. le député de
Maisonneuve.
M. Lalande: M. le Président, il y a eu un accord
officieux, sûrement. En tout cas, les gens de la ligue sont convaincus
que vous aviez donné votre accord. Ceci dit, je voudrais rappeler
à l'actuel ministre des Transports je ne sais pas s'il est au
courant que les directives qu'il a données dans sa lettre du 17
décembre au président de la ligue ont eu à peu près
le même effet que les directives que le ministre des Affaires sociales a
données au directeur du CLSC Hochelaga-Maisonneuve, c'est-à-dire
rien, aucun effet. Le ministre est-il au courant aussi que les chauffeurs de
taxi n'ont pas l'intention de se plier à des directives qui leur sont
préjudiciables?
Le Président: M. le ministre des Affaires sociales.
M. Lazure: Une question de privilège. Je pense que le
député de Maisonneuve ne va pas s'en tirer en lançant
toutes sortes d'affirmations à tort et à travers. Si le
député de Maisonneuve, au lieu de poser une question sur les
transports, était revenu sur la question du CLSC Hochelaga-Maisonneuve
et l'avait posée de façon directe et non pas par insinuation,
comme il l'a fait aujourd'hui, je lui aurais répondu que c'est faux de
prétendre que le ministre des Affaires sociales n'a rien donné.
Le ministre des Affaires sociales a donné, il y a quelques mois, $60 000
d'argent additionnel pour des examens de laboratoire.
Le Président: M. le député de
Maisonneuve.
M. Lalande: Que le ministre des Affaires sociales se
rassure...
Le Président: M. le député de Maisonneuve,
pourriez-vous vous limiter à un ministre, s'il vous plaît? Il y
aurait moins de problèmes.
M. Lalande: Je reviendrai au ministre des Affaires sociales.
Qu'il attende son tour; ça va venir. Je voulais simplement demander au
ministre des Transports s'il est au courant qu'à l'heure actuelle,
aujourd'hui, les chauffeurs de taxi n'ont pas du tout l'intention de se plier
à des directives qui leur sont préjudiciables et
indésirables pour leurs clients. En d'autres mots, le ministre
c'est une question est-il au courant que les chauf-
feurs de taxi n'ont pas l'intention de se faire avoir comme des enfants
de choeur?
Le Président: M. le ministre des Transports.
M. de Belleval: M. le Président, je ne sais pas si on peut
considérer...
M. Levesque (Bonaventure): ...
Le Président: A l'ordre, s'il vous plaît!
M. de Belleval: Merci, M. le Président. La Ligue nouvelle
de taxis de Montréal est bien loin du comté de Bonaventure. Je
pense que vous pouvez me laisser répondre au député de
Maisonneuve dont la sortie faussement violente ressemblait davantage à
un discours qu'à une question. Oui, je suis bien au courant, M. le
député de Maisonneuve, de l'état d'esprit des dirigeants
de la Ligue nouvelle des taxis de Montréal. Comme je vous l'ai dit,
depuis les incidents dont vous avez parlé, j'ai eu l'occasion de
rencontrer les dirigeants de la ligue. J'ai rencontré en particulier M.
Salvatore et je pense qu'on en est venu à une compréhension
mutuelle des problèmes qui affectent, en particulier, les
propriétaires de taxis, disons les chauffeurs artisans du centre-ville
de Montréal. On est en train d'étudier ces questions dans un
climat serein, pas dans le climat que laisse entendre une espèce de
fausse question que vous venez de poser. Des gens sérieux sont en train
d'étudier ces problèmes avec les chauffeurs de taxi. Je pense que
c'est la première fois que ça se fait, d'ailleurs. Oui, M. le
député de Bonaventure, je pense que vous devriez laisser la
question des taxis dans le centre-ville de Montréal au
député de Maisonneuve, malgré tout.
M. Levesque (Bonaventure): M. le Président, je peux
laisser difficilement passer cela sans faire une question de privilège,
très courte. S'il y a un gouvernement qui s'est intéressé
aux taxis et au règlement de leurs problèmes, c'est le
gouvernement auquel j'ai eu l'honneur de participer, c'est-à-dire le
gouvernement Bourassa.
Le Président: M. le ministre des Transports, je vous
demande de compléter votre réponse, parce que la période
des questions doit maintenant prendre fin.
M. de Belleval: M. le Président, si, effectivement, il y a
un gouvernement qui a pataugé dans le problème des chauffeurs de
taxi, c'est bien le gouvernement auquel avait le douteux honneur de participer
le député de Bonaventure. S'il avait réglé les
problèmes du temps où il était au pouvoir, je n'aurais pas
les problèmes que je suis en train d'étudier avec les chauffeurs
de taxi. Il doit l'admettre.
Ceci étant dit, c'est la première fois que nous mettons
sur pied un groupe de travail conjoint entre le ministère des Transports
et les chauffeurs mêmes de taxi pour étudier leurs
problèmes. Je pense que cela va donner des résultats valables qui
vont permettre à plus long terme de régler les problèmes,
mais en collaboration avec les artisans eux-mêmes plutôt que d'une
façon technocratique, au-dessus de leur tête.
Le Président: C'est la fin de la période des
questions qui est déjà dépassée de trois minutes.
M. le député de Rosemont, je sais que vous aviez une question.
Demain, je ferai un effort spécial pour vous céder la parole au
moment de la période des questions.
Maintenant, Mme l'adjointe aux Pêcheries m'a signalé
qu'elle voulait apporter un complément de réponse à une
question qui a été posée antérieurement.
Mme la députée des Iles-de-la-Madeleine.
Avenir de l'usine de pêche de Paspébiac
Mme LeBlanc-Bantey: Merci, M. le Président. Je voulais en
effet apporter un complément de réponse à une question
qu'a posée la semaine dernière le député de
Bonaventure quant à l'avenir de l'usine de pêche de
Paspébiac.
Il faudrait peut-être, pour le bénéfice de cette
Chambre, dire au tout début que l'usine de transformation de poisson de
Paspébiac a toujours connu des problèmes d'approvisionnement. Je
pense que le député de Bonaventure sera le premier à
l'admettre. Il sera sans doute aussi capable d'admettre que les
problèmes d'approvisionnement n'ont pas commencé le jour
où le Parti québécois a pris le pouvoir en 1976, mais, au
contraire, comme je l'ai mentionné la semaine dernière, les
prises des pêcheurs dans certaines espèces ont doublé et
triplé depuis 1976, à cause du début du renouvellement de
la flotte que nous avons commencé.
Ceci étant dit, M. le Président, à la fin de
l'année 1978, compte tenu de ces difficultés d'approvisionnement
et de l'impossibilité de les surmonter, en désespoir de cause,
l'usine a fermé ses portes. Il faut aussi ajouter que l'on ne l'avait
maintenue qu'à coups de subventions et de cas spéciaux depuis des
années. On avait donc le choix de continuer nos techniques de
replâtrage ou de décider, une fois pour toutes, de nous attaquer
à la racine du mal. Cela peut surprendre encore une fois le
député de Bonaventure, mais le gouvernement du Parti
québécois a choisi cette deuxième solution.
Voici donc la solution que nous nous proposons d'appliquer à
Paspébiac dès la prochaine saison de pêche.
Premièrement, on change complètement la vocation de l'usine pour
transformer des produits qu'on appelle à haute valeur ajoutée,
c'est-à-dire des produits beaucoup plus sophistiqués pour le
marché européen, des préparations cuisinées, etc.
Le député de Bonaventure sait certainement de quoi je parle.
L'approvisionnement devient, à ce moment-là, moins
problématique parce qu'on peut faire appel aux pêcheurs
côtiers. Le ministre de l'Agriculture dit qu'il n'est pas sûr que
le député de Bonaventure comprend de quoi
je parle, mais on lui laisse le bénéfice du doute
jusqu'à maintenant.
Des Voix: Oh!
Mme LeBlanc-Bantey: Deuxièmement, un consortium de trois
compagnies projette très sérieusement de s'installer le printemps
prochain à Paspébiac et il appliquera lui-même cette
nouvelle vocation. Troisièmement, nous sommes aussi sur le point de
conclure un contrat de location de l'usine et de l'entrepôt frigorifique
de Paspébiac avec cette compagnie. Quatrièmement, nous sommes en
appel d'offres pour la construction d'un nouveau bateau qui alimentera cette
usine, mais je dois dire dès maintenant que cette construction est
assujettie à la bonne volonté du gouvernement canadien de nous
délivrer des permis de chalutage. J'en profite pour mentionner que, pour
les permis de chalutage, actuellement, 201 sont détenus par les
Maritimes et 16 par le Québec.
Des Voix: Ah!
Mme LeBlanc-Bantey: Cinquièmement, l'entreprise en
question pourra bénéficier, comme des dizaines d'autres
entreprises de pêche depuis trois ans, de certaines subventions qui sont
distribuées par le programme OSE au chapitre des pêcheries. En
tout cas, dans les prochains mois, cela devrait se conclure.
Pour une fois, le député de Bonaventure devrait se
rassurer. Le développement de l'usine de Paspébiac est
envisagé avec réalisme et cohérence.
Des Voix: Bravo!
Le Président: Nous en sommes...
Mme LeBlanc-Bantey: J'ajouterai que, même si...
Le Président: A l'ordre, s'il vous plaît! C'est
terminé, Mme l'adjointe. Nous en sommes...
Mme LeBlanc-Bantey: J'allais seulement ajouter...
Le Président: A l'ordre, s'il vous plaît! M.
Levesque (Bonaventure):...
Le Président: Vous allez manifestement à la
pêche, M. le député de Bonaventure.
M. Levesque (Bonaventure): M. le Président, je veux
simplement poser une question qui va sûrement intéresser mes
concitoyens. A quel moment cette usine de pêche, de transformation des
produits de la pêche, sera-t-elle rouverte et combien d'emplois
pourront-ils y être trouvés? (16 h 10)
Le Président: Mme l'adjointe parlementaire.
Mme Leblanc-Bantey: Je ne tomberai pas dans le piège
très habile du politicien de Bonaventure. Je ne lui livrerai pas la date
exacte de l'ouverture de l'usine. Vous comprendrez bien, M. le
Président, que je ne suis pas à la place du président de
la compagnie qui ouvre l'usine. Je l'assure quand même que, d'ici
l'été prochain, cette usine sera ouverte.
Quant au nombre d'emplois qui vont être créés, vous
m'avez appris la semaine dernière qu'il y avait...
M. Levesque (Bonaventure): Pas créés parce que vous
les avez perdus, les 200.
Mme Leblanc-Bantey: Je vous rappellerai, M. le
député de Bonaventure, qu'il y avait, en effet, entre 150 et 200
emplois dans l'usine quand elle a été fermée, mais je vous
apprends, si vous l'ignoriez, que ces 200 ou 150 emplois ont été
maintenus grâce au régime de revenus d'appoint que le gouvernement
du Québec a continué de financer dans les dernières
années. Sur $500 000 en 1978, un tiers est allé pour maintenir
l'usine de Paspébiac ouverte, alors qu'une trentaine d'usines du
Québec devaient pouvoir bénéficier de ce régime.
Quand je dis que cette usine n'a été maintenue en vie qu'à
cause de subventions et de prêts spéciaux, c'est ce à quoi
je faisais allusion. Alors, nous préférons...
M. Levesque (Bonaventure): M. le Président, question de
privilège.
Le Président: M. le député de...
M. Levesque (Bonaventure): M. le Président, le plan...
Le Président: ... Bonaventure.
M. Levesque (Bonaventure): ... auquel se réfère
l'honorable députée des Iles-de-la-Madeleine est dû
justement à l'esprit d'initiative de l'ancien député des
Iles-de-la-Madeleine, M. Louis-Philippe Lacroix.
Le Président: En vous demandant d'abréger, s'il
vous plaît, Mme l'adjointe parlementaire.
Mme Leblanc-Bantey: Je répondrai au député
de Bonaventure qu'il est vrai que le plan de régime de revenus d'appoint
avait été instauré sous l'ancien gouvernement, mais je
vous apprendrai que, quand nous sommes arrivés au pouvoir, nous
ignorions quelle somme avait été votée, quels
étaient les critères, quels étaient les budgets qu'on
prévoyait, parce que cela avait été décidé
à la veille des élections sur une décision
complètement arbitraire et il n'y avait pas moyen de se
reconnaître dans le programme. Nous l'avons maintenu, nous l'avons
organisé. Non seulement nous l'avons maintenu, mais nous avons
augmenté les budgets d'au moins quatre à cinq fois. D'accord?
Bon!
Le Président: Alors, nous en sommes... M. le chef de
l'Union Nationale.
M. Le Moignan: Est-ce que vous me permettez de poser une courte
question à l'adjointe parlementaire?
Une Voix: Consentement.
Le Président: Est-ce qu'il y a consentement? M. le chef de
l'Union Nationale, cela a été refusé à plusieurs
aujourd'hui. Je sais que vous êtes député de Gaspé,
mais j'aurais tous ceux à qui on l'a refusé. Il n'y a pas
seulement la longueur de la question que je peux craindre; il y a parfois aussi
la longueur de la réponse.
Motions non annoncées.
Enregistrement des noms sur les votes en suspens.
Avis à la Chambre.
M. le leader parlementaire du gouvernement.
Avis à la Chambre
Questions inscrites au feuilleton
M. Charron: M. le Président, je n'ai pas d'avis à
la Chambre, sauf de fournir, comme chaque mercredi, certaines réponses
aux questions qui sont posées au feuilleton. Au feuilleton
d'aujourd'hui, à la question qui porte le no 6 qui vient de M. Fontaine,
la réponse vient de M. Bédard. Je fais motion pour que cette
réponse soit transformée en dépôt de document, M. le
Président.
Le Président: Est-ce que cette motion sera
adoptée?
Une Voix: Adopté. Le Président:
Adopté.
M. Charron: Je dépose le document. A la question no 11 du
même M. Fontaine, la réponse vient du même M. Bédard.
Même motion pour transformer cette réponse en dépôt
de document.
Le Président: Est-ce que cette motion sera
adoptée?
Des Voix: Adopté.
Le Président: Adopté.
M. Rivest: En vertu de l'article 34.
Le Président: Pardon?
M. Rivest: En vertu de l'article 34.
Le Président: En vertu de l'article 34, M. le
député de Jean-Talon.
M. Rivest: La semaine dernière, j'ai demandé au
leader du gouvernement ce qu'il advenait de la politique de l'enseignement
privé qui devrait être déposée devant cette Chambre
depuis fort longtemps. Je m'inquiétais que la période
référendaire retarde indéfiniment l'adoption de cette
politique que le gouvernement a promise à maintes et maintes
reprises.
M. Charron: M. le Président, la réponse que j'ai
à fournir après consultation de mon collègue de
l'Education, c'est que ce dernier est pleinement disposé à
répondre aux questions du député de Jean-Talon lors de la
période régulière des questions. Si cela
l'intéresse vivement, je suis sûr qu'il obtiendra le droit de son
chef de poser la question la semaine prochaine.
M. Rivest: M. le Président...
Le Président: M. le député de
Jean-Talon.
M. Rivest: ... j'ai demandé à quel moment se fera
le dépôt de ce document que nous attendons. Je pense que cela
concerne les travaux de la Chambre.
M. Charron: Je pense que la réponse que fournirait au
député de Jean-Talon, s'il posait la question, le ministre de
l'Education lui indiquerait une bonne partie de ce qu'il demande.
M. Levesque (Bonaventure): Un instant, M. le
Président.
Le Président: M. le leader parlementaire de l'Opposition
officielle.
M. Levesque (Bonaventure): Sur une question de règlement
justement. Les dispositions de l'article 34 permettent à un
député de s'enquérir sur les travaux ou un aspect des
travaux de la Chambre. Or, le dépôt d'un document ici à
l'Assemblée nationale constitue une partie relativement importante de
nos travaux et, à ce moment-là, je pense que le
député de Jean-Talon était bien justifié de poser
cette question. Le leader parlementaire du gouvernement peut ne pas
répondre c'est son choix il peut dire "je ne
réponds pas en vertu du règlement" ou, s'il répond, je
pense qu'il doit répondre d'une façon plus convenable.
Le Président: M. le leader parlementaire du
gouvernement.
M. Charron: M. le Président, je réponds de la
façon la plus classique qu'aurait choisie mon prédécesseur
et je dis simplement: Je déposerai le document à
l'Assemblée dès que le ministre de l'Education me le remettra. Si
le député de Jean-Talon veut savoir quand le ministre de
l'Education me le remettra, qu'il pose la question au ministre de l'Education
lors de la période régulière de questions.
M. Levesque (Bonaventure): M. le Président, c'est pour
faire gagner un peu de temps à la Chambre, on sait que nos travaux sont
extrême-
ment importants; apparemment, cela prépare ce qu'ils appellent un
rendez-vous historique, peut-être qu'on voudrait garder du temps pour
autre chose. Le ministre de l'Education étant présent, peut-il
nous dire si oui ou non... Ce ne sera pas long cela. Il est devenu d'un
silence, le ministre de l'Education, c'est réellement exemplaire.
Le Président: M. le député de Gatineau.
M. Gratton: En vertu de l'article 34, M. le Président.
J'espère que le leader du gouvernement ne me jouera pas le même
tour qu'il a joué au député de Jean-Talon. Depuis novembre
dernier, on attend du ministre d'Etat à la Réforme
électorale de savoir quels sont les articles du nouveau code
électoral, de la loi 9, qui entreront en vigueur à temps pour le
référendum. La semaine dernière, le ministre nous a dit:
Mon bureau d'évaluation évalue. L'évaluation est-elle
complète? Si oui, à quelle moment pouvons-nous nous attendre
à la consultation à laquelle s'est engagé le ministre de
la Justice?
Le Président: M. le leader parlementaire du
gouvernement.
M. Charron: M. le Président, c'est le député
de Gatineau qui avait posé la question. Nous étions pour un bon
nombre d'entre nous présents. Le ministre d'Etat à la
Réforme électorale s'est engagé à faire
connaître avant la fin du mois ces articles en question, la loi qui va
s'appliquer et, avant la fin du mois de mars, à informer
l'Assemblée et l'Opposition en particulier, bien sûr, des articles
qui vont s'appliquer. C'est aujourd'hui le 19 mars, il reste une dizaine de
jours possibles pour en informer l'Opposition.
Le Président: M. le député de Verdun. M.
Gratton: M. le Président, je regrette. Le Président: M. le
député de Gatineau.
M. Gratton: Je voudrais qu'on se comprenne bien. La semaine
dernière, j'avais compris que le ministre nous fournirait une
réponse cette semaine. J'avais même offert de fournir la liste
exhaustive des articles à proclamer si le ministre le désirait.
Il nous a répondu non, que son bureau lui fournirait les réponses
adéquates et que, cette semaine, on saurait de quels articles il
s'agirait, non pas à la fin du mois de mars. Si le leader du
gouvernement persiste à nous dire qu'on ne les saura pas avant la fin du
mois, je dois en conclure qu'il n'y aura aucun article de la loi 9 qui sera en
vigueur pour le référendum.
Le Président: M. le député de Verdun, en
vertu de l'article 34 toujours.
M. Gratton: Pas de réponse?
Le Président: M. le député de Verdun.
M. Caron: M. le Président, ma question s'adresse au leader
du gouvernement. S'il n'a pas la réponse immédiatement je
ne le pense pas il pourra me la fournir dans un avenir rapproché.
Avec la grève légale à Montréal, il semblerait que
les gens ne peuvent pas avoir de recours pour les fractures et les
dépenses encourues dans les circonstances. Est-ce que le leader pourrait
demander au Conseil des ministres qu'on présente un projet de loi pour
protéger ces gens-là et les gens de l'Opposition...
Le Président: M. le député de Verdun, c'est
une bonne tentative mais, vraiment, on déroge à l'article 34.
J'appelle maintenant la motion du premier ministre sur la question
référendaire. Je demande que les intervenants...
Motion privilégiée relative à la
question
devant faire l'objet d'une consultation
populaire sur une nouvelle entente
avec le Canada
Reprise du débat
M. Charron: M. le Président, c'est moi qui avais
demandé la suspension du débat. Je vous prie de reconnaître
mon collègue de Jeanne-Mance, s'il vous plaît.
Le Président: M. le député de
Jeanne-Mance.
M. Henri Laberge
M. Laberge: Merci, M. le Président. Permettez-moi d'abord
de remercier mes concitoyens, les électeurs du comté de
Jeanne-Mance, de m'avoir fait tant d'honneur.
Les représenter dans cette Assemblée à un tournant
aussi important de notre vie collective est aussi pour moi une grande
responsabilité. (16 h 20)
M. le Président, j'apporte de ce comté de Jeanne-Mance un
son de cloche que certains voudraient différent. Contrairement à
ce que certains, que j'ai entendus, prétendent, je vous apporte la bonne
nouvelle, savoir que de plus en plus de Québécois de souche
récente diront oui au référendum, et c'est tout à
fait lié à la question. C'est parce que ces derniers l'ont
comprise.
M. le Président, établissons d'abord puisque je
vous parlerai de Québécois de souche récente, certains
disent, de Québécois et de Québécoises immigrants
et immigrantes que nous sommes tous à un certain point de vue des
immigrants. Que nos familles soient arrivées ici en terre
québécoise il y a 300 ans, il y a 100 ans ou il y a 10 ans, nous
sommes tous des immigrants d'un certain point de vue. D'autre part, une fois
que nous sommes installés ici à demeure avec notre
citoyenneté, notre droit de vote et aussi notre devoir de payer des
impôts, nous ne sommes plus des immigrants, nous sommes des
Québécois à
part entière quelle que soit notre origine, et je parle pour tous
les citoyens du comté, chez moi.
Parce que les citoyens de Jeanne-Mance, qu'ils soient d'origine
française, demeurant au Québec depuis deux ou douze
générations, qu'ils soient d'origine italienne, mais
installés au Québec depuis 1910 ou 1970, qu'ils viennent
d'Haïti communément appelée la perle des Antilles
ou d'ailleurs, depuis cinq ou dix ans, les électeurs qui voteront
au prochain référendum sont tous de véritables
Québécois et ce sont eux tous qui ont présentement
l'occasion, pour employer une formule connue du chef de l'Opposition, de voir,
de juger et d'agir. D'abord, pour les aider et pour nous aider tous,
commençons par voir de quoi il s'agit.
M. le Président, la question que nous poserons aux
Québécois et dont nous étudions présentement la
teneur, je la considère claire, pour ma part. Elle est conforme aux
aspirations des Québécois depuis longtemps. Toute l'histoire du
Québec a été une lutte constante pour une plus grande
autonomie. Le Parti québécois, dans la plus grande
continuité historique, a simplement repris, 20 ans plus tard,
l'idée qu'Adélard Godbout proposait en 1948 en préconisant
je cite pas tout à fait textuellement, mais en l'adoptant
la tenue d'un référendum pour en arriver à une nouvelle
entente d'égal à égal".
M. le Président, M. Adélard Godbout était premier
ministre du Québec et il était chef du Parti libéral,
à cette époque. Curieux, n'est-ce pas, que le Parti
libéral d'aujourd'hui renie son passé. Cette question, celle qui
est devant nous, reflète exactement le programme du parti que nous
représentons dans cette Chambre, elle est conforme en tout point au
livre blanc qu'a publié le gouvernement du Québec, le 1er
novembre dernier. Elle affirme clairement que le gouvernement du Québec
désire en arriver, avec le reste du Canada, à une nouvelle
entente basée sur le principe de l'égalité des peuples.
Tout en rapatriant au Québec le pouvoir de faire les lois, toutes les
lois, nous voulons en même temps maintenir une association
économique avec le Canada. Il est bien dit dans la question "et, en
même temps" et non pas par étapes successives, comme le voudrait
l'Opposition.
Il n'a jamais été question, ni dans les intentions du
Parti québécois, ni dans celles du gouvernement présent,
de faire une brisure avec le reste du Canada puis de recoller les morceaux.
C'est la raison première pour laquelle je considère que
l'amendement proposé par le chef de l'Opposition est inacceptable, car
il fausse la vérité, il est contraire à ce que nous
préconisons depuis toujours. Il a toujours été question de
négocier une nouvelle entente économique. Lorsque cette entente
économique nouvelle aura été établie, nous avons
promis de revenir devant le peuple du Québec pour lui demander
solennellement, lors d'un deuxième référendum, d'approuver
cette nouvelle entente. C'est pourquoi nous disons dans la question que nous
soumettrons le tout à une nouvelle consultation populaire. Elle est donc
nette aussi cette question.
M. le Président, cette question qui est devant nous demande de
plus aux Québécois, à tous les Québécois, le
mandat de négocier une nouvelle entente avec le reste du Canada sur la
base de deux peuples égaux, une entente d'égal à
égal. D'autres avant moi ont fait l'historique du Québec, j'ai
même appris beaucoup de choses; d'autres ont parlé des grandes
possibilités d'avenir de ce Québec que nous aimons tous et
où nous nous sentons chez nous; d'autres ont démontré que
la population du Québec n'a pas été consultée avant
que nous entrions dans la fédération canadienne. Mon ami, le
député de Rivière-du-Loup, en a fait une brillante
démonstration, le refus même qu'il y a eu d'une consultation. Si,
à ce moment-là, en 1866, il y avait eu un
référendum au Québec, en serions-nous là? J'en
doute sérieusement.
M. le Président, dans un autre ordre d'idées, depuis
longtemps, nos adversaires ont tenté de nous diviser pour régner
sur nous. Cette tactique n'est pas nouvelle pour diviser les
Québécois et pour diminuer leurs pouvoirs; elle a existé
à toutes les époques du Québec: elle a existé pour
faire l'"Acte" d'Union, on s'est servi de cette tactique pour nous amener la
Confédération et ça a toujours continué par la
suite.
Evidemment, il y avait un précédent. Lord Durham avait
préconisé la colonisation massive pour amoindrir le rôle
des francophones au Québec. Je cite un petit passage dans l'Histoire du
Canada, par Guy Laviolette, qui montre exactement quelle était la
situation et la pensée de Lord Durham à ce moment: "La langue
française est un obstacle au progrès. L'Angleterre a eu le grand
tort de ne pas inonder le pays de colons anglais pour noyer
l'élément français. Il faut au plus vite angliciser le
pays; un seul moyen radical: unir les deux Canada." Vous verrez pourquoi je
vous cite cela, M. le Président, tout à l'heure.
Dans l'histoire plus récente du Québec, ceux qui ont
toujours travaillé à dominer le Québec et les
Québécois ont continué à travailler à nous
diviser. Dans le comté de Jeanne-Mance, en 1967, pas il y a un
siècle et demi, il y a treize ans, en 1967 et en 1968, nous avons connu
de nouveau cette situation, lors des événements que plusieurs ont
convenu d'appeler l'affaire Saint-Léonard. Ce problème de la
langue française que nous voulions sauvegarder a été,
à l'origine de la loi 63, de la loi 22 et même de la loi 101 qui,
elle, enfin, a ramené la paix sociale.
Je vous épargnerai les détails de toute l'histoire du
problème scolaire chez nous, à Saint-Léonard, qui a eu ses
rebondissements dans tout le Québec. Je vous dirai simplement ceci: Ceux
qui sont venus convaincre mes citoyens qu'il leur fallait aller massivement
vers l'école anglaise, ils ne l'ont pas fait pour leurs beaux yeux ni
par amitié, ils l'ont fait souvent pour conserver leurs écoles
ouvertes.
Passons par-dessus cela, j'espère que c'est un dossier
réglé. Je vous dirai qu'aujourd'hui, beaucoup de mes concitoyens
d'origine italienne reconnaissent que le Québec et les
Québécois francophones avaient parfaitement raison de prendre les
moyens légaux de sauver leur culture et leur
langue. Sans crier sur les toits, plusieurs, d'ailleurs, nous disent
honnêtement qu'ils regrettent de s'être laissés embarquer
dans une galère et même qu'ils se sont fait rouler. Ils veulent
vivre au Québec, ils ont choisi le Québec, ils reconnaissent que
le Québec vivra dorénavant en français et ils sont
obligés de se rendre compte que leurs enfants sont anglicisés en
bonne partie. C'est une chose qu'ils déplorent, qu'ils veulent corriger,
et nous voulons les aider.
Rouvrir de nouveau ce dossier de la langue serait de l'inconscience, M.
le Président. Cependant, j'en arrive au point. Le 10 janvier dernier,
nos adversaires politiques je ne dirai pas nos amis d'en face les
tenants du fédéralisme renouvelé, ont
présenté à leurs membres et à la population une
autre proposition. Il y a beaucoup de choses dans ce livre beige, mais il y est
question, entre autres choses, d'enchâsser les droits linguistiques dans
la constitution canadienne renouvelée. D'abord, je considère que
c'est de l'irréalisme parce que ce ne sera pas réalisable
à travers tout le Canada et c'est de l'inconscience ici, au
Québec, de refaire ce débat.
Une Voix: Dangereux! (16 h 30)
M. Laberge: D'autant plus, M. le Président je parle
pour les gens de mon comté que ce droit ne serait donné
qu'aux anglophones véritables, d'où qu'ils viennent dans le
monde, mais non pas aux immigrants italiens, grecs, espagnols, portugais et
autres, qui sont non anglophones de langue maternelle. Ce droit ne leur serait
pas reconnu d'envoyer leurs enfants à l'école anglaise. Alors, il
y aurait deux catégories d'immigrants et la chicane reprendrait de
nouveau.
Maintenant, je me pose une question. Est-ce que M. Ryan, le chef de
l'Opposition, est le lord Durham de 1980? Moi, je me pose la question.
D'autre part, M. le Président, quand je parle de ce
problème de langue, je persiste quand même à
répéter que tous les Québécois ont le devoir et
l'avantage de posséder une deuxième et même une
troisième langue. Je déplore personnellement ne pas parler
l'italien couramment; ça me serait utile dans mon comté et
même quand je voyage. C'est utile pour tout le monde. Le monde est petit,
maintenant, à cause des transports, nous aurions avantage à
parler deux et même trois langues, tous et chacun. Cependant, le
Québec doit vivre en français et la langue prioritaire doit
être le français. Je ne veux pas que nous rouvrions ce dossier. Je
pense que chez nous beaucoup de monde est d'accord. Je ferme la
parenthèse et je passe à un autre sujet.
Le chef du clan du non a demandé à nos amis italiens
cela m'a été dit chez nous de dire non à la
souveraineté du Québec et il prétend que c'est massivement
qu'ils agiront ainsi. Moi, M. le Président, je vous apporte des
nouvelles du contraire. Je peux lui dire que les Québécois de
souche récente, non seulement les Italiens, mais les Haïtiens qui
vivent dans le comté de Jeanne-Mance, comme les francophones, ceux qui
ont choisi librement de venir vivre ici, au Québec, y sont venus parce
qu'ils veulent s'intégrer aux Québécois. Ils voteront
comme tous les Québécois à la condition que nos
adversaires ne viennent pas mêler les cartes. Je sais pertinemment que
nos adversaires travaillent à semer la peur chez certains.
Je vous en donne simplement deux exemples vécus il y a moins d'un
mois.
Lors d'une assemblée de cuisine, M. le Président, il y a
trois semaines, tout près de chez moi, un citoyen ayant droit de vote,
d'origine italienne, me dit d'un ton assez agressif et assez courroucé
qu'il était sûr que le lendemain d'un oui au
référendum on le chasserait du Québec de la même
manière qu'il y était arrivé, soit avec sa valise et son
linge. Je suis convaincu que ce n'est personne de nous qui l'a dit. Donc,
d'où cela vient-il?
Le lundi suivant, je suis à faire du bureau de comté comme
tous les députés et un monsieur m'arrive et me dit: Est-il vrai,
M. le député, que si le Québec devient souverain, nous
allons perdre nos maisons? D'où viennent ces idées? Le
député de Saint-Laurent, à la télévision,
lundi soir, a patiné longuement pour ne pas répondre, à
savoir, si c'était eux ou si c'était nous, essayant de
prétendre que nous, les membres du Parti québécois, on
faisait dire que les personnes âgées perdraient leur prestation de
retraite. Il n'a pas voulu répondre. La question lui a été
posée par quelqu'un de la salle et il n'a pas répondu. Moi, je
lui pose la même question. Est-ce que c'est vous ou si c'est nous qui
disons aux Italiens à Saint-Léonard: Vous allez perdre vos
maisons le lendemain du référendum? Moi, je ne l'ai jamais dit,
mais je l'ai entendu. Je dis que c'est odieux de laisser courir de telles
rumeurs. Honte à ceux qui le font!
Des Voix: Honte! Honte!
Une Voix: C'est du terrorisme.
Le Vice-Président: A l'ordre, s'il vous plaît!
M. Laberge: II n'a jamais été question, M. le
Président...
Le Vice-Président: A l'ordre, s'il vous plaît!
M. Laberge: II n'a jamais été question d'enlever
leur chez-soi à qui que ce soit, au Québec, au lendemain d'un
référendum ou lorsque le Québec deviendrait souverain.
Personne dans cette Chambre ne veut perdre sa maison. Pas plus votre serviteur
ou votre député, ici, que mes voisins. Je ne suis pas d'accord
pour que l'on répande de telles fausses rumeurs. Les
Québécois ne perdront pas plus leur pension de vieillesse, les
Québécois ne perdront pas plus leurs allocations familiales,
qu'ils ne perdront leur maison. Quand nous disons Québécois, nous
disons tous les Québécois, quelle que soit leur origine.
M. le Président, je m'adresse à tous mes concitoyens et en
particulier à ceux d'origine italienne et haïtienne du
comté. Vous êtes venus ici au
Québec pour vivre avec nous d'égal à égal;
c'est ce que nous voulons faire avec vous. Ce que nous vous demandons, c'est de
participer avec nous à transformer le carcan constitutionnel dans lequel
nous sommes enfermés, afin que nous puissions, tous ensemble, par la
suite, vivre d'égal à égal en toute amitié avec nos
voisins du reste du Canada. Vous êtes égaux, chers amis
italophones ou venant d'Haïti, à tous les Québécois
pour partager les méfaits de l'assurance-chômage. Vous êtes
égaux à tous les Québécois pour chercher à
quel palier de gouvernement vous devez vous adresser pour recevoir ce à
quoi vous avez droit. Vous êtes donc égaux à tous les
autres Québécois pour décider de l'avenir du
fédéralisme, je dis bien, après avoir vu et jugé la
situation du Québec dans la fédération canadienne
actuelle. Tous ensemble, nous nous devons d'agir.
Mes concitoyens ont compris que la question que nous discutons en ce
moment ne comporte pas les ambiguïtés que les gens d'en face
prétendent. Elle décrit très clairement les intentions du
gouvernement. Elle ne comporte pas de danger non plus. Elle demande d'accorder
au gouvernement un mandat formel de négocier. Mes concitoyens du
comté de Jeanne-Mance, comme la majorité des
Québécois, ont très bien compris. Ils donneront à
leur gouvernement ce mandat nécessaire, si nous voulons un vrai
déblocage, et c'est avec fierté que je me joins à eux tous
pour répondre oui.
Le Président: M. le député de Westmount.
M. George Springate
M. Springate: M. le Président, après trois semaines
de discours qui viennent de l'autre côté, il y a une seule
conclusion qu'on peut en tirer, c'est que les membres du Parti
québécois essaient d'induire les Québécois en
erreur. Il n'y en a pas un qui a parlé de leur vrai programme. Il n'y en
a pas un qui a parlé de leur vrai but: la séparation du
Québec du Canada. Ils n'en parlent pas. Ils suivent toujours l'exemple
qui a été donné par le ministre des Affaires
intergouvernementales lorsqu'il a adressé une lettre à un autre
ministre: N'en parlez pas. Mettez ça dans votre poche. Il ne faut pas
dire que le Canada est un pays étranger. Il ne faut pas parler de
séparation. Ils suivent encore les directives qui ont été
données par le père Gédéon, le comédien du
Parti québécois. Ne parlez pas d'indépendance, les gars.
Ne parlez pas de séparation. Parlez du Canada. Parlez de nos amis les
Anglais. Parlez d'eux, mais ne parlez jamais de l'indépendance. Bien!
l'indépendance est leur vrai but! Bien non! Ils mènent ça
d'une façon frauduleuse.
Il y a deux ans, ils disaient quoi? Que si jamais le Québec
devenait indépendant, il se pourrait qu'on demande aux
Québécois de se serrer la ceinture. C'est ça qu'ils ont
dit. Ils n'ont pas dit de quelle façon, de quelle manière, de
quel montant, s'ils étaient pour nous mettre une petite ceinture ou
s'ils étaient pour nous étouffer économique- ment. Ils ne
nous ont pas parlé de ça. Maintenant, qu'est-ce qu'ils disent? Il
y a un référendum dans trois semaines. Ah! Nous allons augmenter
les pensions de vieillesse. N'ayez pas peur. Ils ne nous ont pas dit comment.
On va les augmenter, un point, c'est tout! "That's it!" L'autre, le ministre
d'Etat au Développement économique, a parlé, hier ou
avant-hier, d'un avenir rose, florissant pour le Québec, avec toutes nos
ressources naturelles. Il n'a pas dit comment.
M. le Président, après dix ans en Chambre ici, les
ministres nous chantent des chansons que le Québec va être beau
dans dix ans. Je n'y crois plus. Il y a eu de la fausse représentation
aussi. Il y a trois ans, ils parlaient de quoi? D'un bon gouvernement. Ils nous
ont promis un vrai référendum sur la vraie question. Aujourd'hui,
ils n'en parlent pas. Il n'y en a pas un qui parle de la séparation. Il
ne faut pas en parler. Mettez ça dans les poches, les gars. Cachez-les;
il ne faut pas en parler. Un bon gouvernement? 16 millions de
journées/élève perdues depuis le 1er janvier dans les
écoles du Québec. Personne n'en parle de l'autre
côté. 200 000 jours de travail perdus à cause de la
grève des cols bleus à Montréal, personne n'en parle de
l'autre côté. Les vidanges dans les rues de Montréal, les
feux de circulation tout mélangés, ils n'en parlent pas. Le
"ministre du Beau temps" ne dit plus rien. C'est en négociation.
M. le Président, c'est toujours la faute des autres. C'est la
faute du gouvernement fédéral, la faute des Anglais, la faute de
l'ancien régime Bourassa. Les grèves à Montréal, on
ne peut pas blâmer le gouvernement fédéral pour cela. C'est
impossible de blâmer le gouvernement fédéral. Vous ne
pouvez pas blâmer les Anglais. Vous ne pouvez pas blâmer l'ancien
régime Bourassa. C'est vous autres! Vous ne pouvez même pas
diriger une province. Comment voulez-vous diriger un pays, vous autres? Voyons!
Non seulement cela, M. le Président, mais on dirait qu'ils ont
fermé boutique ici au gouvernement. Ils ne parlent que du
référendum. Cela fait douze mois qu'ils parlent du
référendum. Rien, M. le Président, sur l'administration,
mais il faut en parler du référendum.
Mr Speaker, notwithstanding the soothing words that were just stated by
the member for Jeanne-Mance, a very disturbing, dangerous, disgraceful
exhibition has been set here in this House over the last three weeks,
basically, asking the question: Who is a true, authentic, real Quebecer? And,
Mr Speaker, undeniably, without mistake, what the Parti
québécois, the separatists are trying to state is that those who
dare have the courage to vote no are not true Quebecers. That is exactly what
they are trying to say.
Mr Speaker, I was born in this province. I grew up in this province. I
attended schools in this province. I paid my taxes in this province and you
know as well as I, Mr Speaker, that you pay more taxes to Québec than
you do to Ottawa. I paid my share. Yet, because I have the courage to stand up
and to say no, I am not a Quebecer. Oh! Mr Speaker, who is a true Quebecer? Is
the member
for Bonaventure not a true Quebecer? Is the member for Argenteuil not a
Quebecer, the member for Laval not a Quebecer? What is the answer? Not only
that, Mr Speaker, they go one step further and here is the real true
inclination of the small minds leading the yes clan. It is that inclination, Mr
Speaker, that if they manage to obtain 41% of the popular vote, then, it is a
victory. It is a victory, because then, they have obtained half of the
francophone vote and therefore, they are the winners. What does this mean? This
means that they wish to disenfranchise 20% of the population, that our votes do
not count, that we are not Quebecers, that we have no place, that we are not
wanted. In other words, the sooner you leave, the better, thank you very
much.
Mr Speaker, we have heard so much. Ah! Son of a gun, have we heard so
much about how they are going to give us civil rights, about how they are going
to give us individual rights, how they are going to lead us down to the path of
a rosy garden! Mr Speaker, I would like to say this. And most has been said
already, but I would like to finish on this and to explain to my friends in
front why I and hundreds of thousands of other non francophones are going to
vote no. In Hull, just before Christmas, Mr Speaker, there was a sign in a
jewelry store window and along came the language police instituted by the
government in front ordering that store owner to take down that sign. If not,
he faced up to a $1000 fine. Remember, Mr Speaker, that this comes from those
in front of us who want everybody in, who are going to give us civil rights,
individual rights. Take down that sign or a $1000 fine. And you know what the
sign said, Mr Speaker? Merry Christmas.
Des Voix: Ah, ah!
M. Springate: Merry Christmas and those Uncle Scrooges in front
of us want us to vote yes! Mr Speaker, how far are we supposed to believe those
preachers of false propaganda, those paragons of virtue who pretend that only
they are moral, that only they are upright, that only they have intelligence,
that only they know the true and guided path.
Une Voix: Tartufes!
M. Springate: Mr Speaker, we have a little message for them. The
fight has just begun. We are going to fight you from house to house. We are
going to lead the battle in county after county, street after street. We are
going to do it democratically. We are going to do it properly and we are going
to beat you because the answer we find wherever we go, Mr Speaker, is no, a
thousand times no. Thank you, Mr Speaker.
Une Voix: That's it. Very good.
Une Voix: Consentement pour une demi-heure encore.
Le Président: A l'ordre, s'il vous plaît! M. le
député de Dubuc, vous avez maintenant la parole.
M. Hubert Desbiens
M. Desbiens: M. le Président, inutile de vous dire
qu'aujourd'hui plus qu'en toute autre circonstance je considère mon
rôle en cette Assemblée comme celui de
délégué non seulement de ceux parmi mes concitoyens de
Dubuc qui m'ont accordé l'appui de leur vote le 15 novembre 1976, mais
aussi de tous les autres Québécois de Dubuc,
Québécois libéraux, Québécois unionistes et
Québécois créditistes. Ces mêmes
Québécois de Dubuc se réjouissent sans doute comme moi, en
ce moment, de la décision que vient d'annoncer l'un de nos concitoyens
anglophones avantageusement connu dans un comté forestier et agricole
comme le mien. En effet, M. Kevin Drummond, ministre des Terres et
Forêts, puis de l'Agriculture dans le cabinet de M. Bourassa, vient
confirmer que l'heure de la peur est passée au Québec. Quand M.
Drummond, qui a dirigé deux ministères à caractère
économique, en plus dans deux secteurs fondamentaux de l'économie
québécoise, se prononce pour le oui, il réfute ainsi, je
crois, tous les arguments larmoyants et négatifs entendus ici même
ce matin ou échevelés comme on vient tout juste d'en entendre, et
il est fidèle à ses engagements de 1962, au "maîtres chez
nous" de Jean Lesage, tout comme moi, M. le Président.
Des Voix: Bravo!
M. Desbiens: Le débat en cours sur la motion
présentée par le premier ministre se dirige vers son
aboutissement naturel. Un débat sur l'espoir de liberté que
signifie, pour le peuple québécois comme pour tous les peuples du
monde, l'accession à une pleine et entière maîtrise des
instruments politiques qui lui permettront de se développer et de se
manifester autant à l'intérieur du pays qu'au-delà des
frontières, selon ses caractéristiques particulières de
langue, de culture et d'histoire. Autrement dit, comme tous les peuples de la
terre, le peuple québécois s'achemine, sans doute
différemment, mais sûrement, vers son accession à la
souveraineté nationale.
M. le Président, les règles parlementaires qui
régissent le fonctionnement de cette Assemblée nous obligent
à discuter d'une technicité, soit le libellé d'une
question. Au-delà du texte, des virgules et des points-virgules, il
importe de connaître le projet que ce gouvernement entend
présenter aux Québécois et qui fait l'objet de la
question. On parle d'honnêteté ou de malhonnêteté de
celle-ci. Ce qui peut nous permettre d'en juger, c'est de reconnaître si
le contenu de la question correspond aux objectifs du gouvernement et de savoir
si la démarche proposée correspond également à ces
derniers.
Envisagée sous ses deux aspects, il faut une dose massive de
partisanerie aveugle pour soutenir et répéter que cette question
est malhonnête.
M. le Président, cette question est honnête puisqu'elle
propose aux Québécois l'option étudiée et
finalement exprimée dans sa forme finale pour les instances
démocratiques du parti politique dont est issu ce gouvernement. Que le
chef des négatifs, qui a tellement de facilité pour accuser les
autres de malhonnêteté, se donne seulement la peine de relire le
livre Option Québec publié en 1967. Il constatera, puisqu'il est
si honnête, que l'option présentée aux
Québécois par la question à l'étude est conforme au
contenu fondamental présenté dès ce moment et n'a subi
depuis aucune modification essentielle.
Cette option est claire et clairement exprimée par la question
car elle fait connaître de façon précise le contenu de
l'option gouvernementale et la façon dont il entend procéder pour
la réaliser. Je n'ai pas l'intention de reprendre ici une foule
d'arguments présentés par mes compagnons du oui depuis plus de
deux semaines et qui démontrent clairement la nécessité
autant que la possibilité de cette nouvelle entente d'égal
à égal à établir avec le reste du Canada, la
souveraineté-association.
Cette nouvelle option, nous avions promis aux Québécois
durant la campagne électorale qu'elle ferait l'objet d'un
référendum. Les partisans du non voudraient faire inclure leur
option dans la question. Mais, M. le Président, nous n'avons jamais pris
l'engagement de tenir un référendum pour les options de Pierre,
Jean, Jacques. Nous n'avons pas été élus pour
réaliser les programmes des voisins. D'ici quelques semaines maintenant,
les Québécois, par le premier référendum, donneront
donc à leur gouvernement un mandat pour aller négocier et rien
d'autre. Tout ceci me paraît clair et honnête.
Nous croyons fermement par ailleurs de ce côté-ci que ces
négociations amèneront des changements bénéfiques
pour les Québécois mais nous ne changerons rien à la
situation actuelle avant d'avoir demandé à nouveau la permission
aux Québécois lors d'un deuxième référendum.
Cela aussi est écrit dans la question et cette démarche est
très claire et absolument honnête. Vous l'avez entendu comme moi,
le chef des négatifs a retrouvé cinq éléments dans
cette question. Oui, il y a cinq éléments dans cette question,
cinq éléments d'un tout, cinq éléments
indissociables qui constituent, non pas séparément mais ensemble,
globalement, l'option gouvernementale, une seule option, contrairement à
ce que veut laisser croire le chef des non qui a fait son analyse de la
question mais qui a oublié d'en refaire une synthèse. Il devrait
plutôt s'interroger sur l'honnêteté de son attitude et de
son raisonnement.
Pour le chef des négatifs, un oeuf n'est pas un oeuf. Pour lui,
un oeuf c'est ou un jaune ou un blanc ou une coquille. Il a analysé un
oeuf et découvert qu'il était constitué de trois
éléments comme il a analysé la question et y a
découvert cinq éléments. Qu'il aille donc chez son
épicier acheter une douzaine de jaunes, une douzaine de blancs ou une
douzaine de coquilles pour voir!
En plus d'être honnête dans son contenu et sa
démarche, cette question est québécoise. La ques- tion est
québécoise en ce sens qu'elle répond à la
volonté des Québécois. Les Québécois, c'est
connu, sont des gens pacifiques, mais ils n'aiment pas être
bousculés dans leur comportement, encore mois dans leur comportement
politique. Ils n'acceptent pas de se laisser diriger vers des positions
extrémistes comme celles de la démission, de la soumission et,
à plus ou moins longue échéance, de la disparition que lui
propose le livre beige dont Lord Durham serait sans doute fier d'en être
l'un des cosignataires.
Les Québécois n'accepteraient pas davantage une aventure
séparatiste du type de celle qu'essaient de nous accoler les tenants du
non. La démarche indiquée par la question, située entre
ces deux extrêmes, colle à la réalité
québécoise, s'adapte à la volonté exprimée
des Québécois. Cela rend l'Opposition morose de constater que ce
gouvernement essaie de forger son image à celle des
Québécois ordinaires, suit la mentalité et les
désirs de la population du Québec, comme le disait bien M.
Biron.
Cette question est québécoise aussi en ce qu'elle marque
l'aboutissement naturel de notre histoire. Elle répond aux désirs
enfouis au fond de l'âme des Québécois depuis 1760,
refoulés depuis ce temps mais en constante évolution, en
progrès continu vers son expression concrète qui n'est rien
d'autre que cette accession à la souveraineté nationale comme il
a été donné, il le sait bien, à plus d'une centaine
d'autres nations du monde d'y accéder depuis la fin de la guerre
1939-1945.
M. le Président, la question correspond à la
réalité d'une conscience nationale distincte des
Québécois. Je suis fermement convaincu que les
Québécois, comme leur histoire le démontre, feront preuve
d'une solidarité exceptionnelle le jour du référendum. M.
le Président, l'histoire du peuple canadien-français, depuis sa
défaite en 1760, est le récit d'une lutte sans cesse reprise pour
faire échec à la domination politique qu'on leur impose et le
plus bel exemple d'une solidarité nationale qui ne s'est jamais
démentie et qui parlera fort au cours des prochaines semaines.
L'entêtement des vaincus que nous étions en 1760 s'est
manifesté dès les premières années du régime
anglais. Notre résistance s'est exprimée sous toutes les formes:
attachement au sol, à la langue française et à l'Eglise.
Finasserie, manoeuvres, revendications incessantes et pressantes,
négociations, diplomatie, menaces démocratiques répondant
aux menaces du pouvoir arbitraire, agitation, utilisation des concessions
arrachées à Londres, croissance démographique inouïe,
parlementarisme, tous les moyens ont été utilisés. Depuis
1760 et encore aujourd'hui, on a souvent tenté de forcer cette
résistance québécoise fondée sur la
solidarité sans jamais y parvenir.
M. le Président, la devise du Québec est "Je me souviens".
Au moment du référendum, le Québécois se souviendra
de l'histoire de son peuple, il se souviendra de la nécessité de
cette solidarité et il l'exprimera par son oui.
En terminant, avec la plupart des Québécois
libéraux, les Québécois unionistes, les
Québécois créditistes, les Québécois
péquistes de Dubuc et
d'ailleurs, je dis: Mon nom est québécois et mon oui le
prouvera.
Le Président: A l'ordre, s'il vous plaît! M. le
député de Jonquière, vous avez maintenant la parole.
M. Claude Vaillancourt
M. Vaillancourt (Jonquière): M. le Président, il
serait difficilement compréhensible qu'au cours d'un débat aussi
important, un député puisse volontairement s'abstenir de
participer aux délibérations, sauf pour des raisons très
exceptionnelles. C'est d'ailleurs dans le but de permettre à tous les
membres de cette Assemblée de se prononcer, au tout début de ce
débat que vous avez reconnu le droit fondamental qu'a chaque
député de s'exprimer individuellement.
Il est cependant arrivé, M. le Président, le 17 mai
dernier, que par un vote de confiance tous les membres de cette
Assemblée ont accepté que je sois élu à la
vice-présidence de l'Assemblée nationale. Au moment de ma
nomination, j'ai pris la décision, et je l'ai annoncée, que
j'éviterais, bien que je n'en sois pas formellement obligé
car il y a de nombreux précédents dans l'histoire de
participer dans la mesure du possible à tout débat qui pourrait
avoir comme conséquence d'atténuer quelque peu la
crédibilité ou l'autorité du député de
Jonquière, lorsque vient le temps pour lui de changer de chapeau pour
coiffer celui de la vice-présidence.
Dans un débat comme celui qui porte sur la question
référendaire, alors qu'il n'est pas toujours facile
d'établir la ligne de démarcation entre la raison et le coeur,
alors que le député de Jonquière est appelé
plusieurs fois par jour à monter sur le trône et à
présider des délibérations où s'opposent des
options très différentes, je crois plus utile pour la
santé de notre parlementarisme que je continue à suivre la ligne
de conduite que je me suis déjà imposée et que
j'évite donc d'intervenir sur le fond du sujet en discussion, même
si à titre de citoyen québécois, à titre de
militant d'un parti politique et à titre de représentant des
citoyens du comté de Jonquière, j'en aurais inutile de
vous le dire, M. le Président énormément le
goût.
J'agis ainsi, M. le Président, par respect pour cette institution
qu'est la présidence, parce que justement, ce dont il s'agit dans le
présent débat, c'est de la souveraineté de
l'Assemblée nationale. J'agis en outre ainsi pour participer à
cet esprit de solidarité qui doit non seulement contribuer à
garantir l'impartialité du président, mais encore la
reconnaissance générale de cette même impartialité.
(17 heures)
Cependant, M. le Président, je me console à la
pensée qu'en dehors de cette Assemblée nationale, dès
l'adoption finale de la question référendaire, j'aurai
l'occasion, comme tous les autres députés, lorsque la
période référendaire sera engagée, de
défendre une option qui m'est chère, et ce depuis au-delà
de dix ans.
L'Assemblée nationale, c'est le foyer de la démocratie,
c'est l'endroit privilégié où les représentants
élus de nos concitoyens discutent et adoptent les lois qui nous
régiront tant et aussi longtemps qu'elles n'auront pas été
modifiées. Au fil des années, cette Assemblée a
été le théâtre de débats extrêmement
importants qui ont soulevé l'intérêt et la passion des
Québécois. Le débat qui nous réunit depuis plus de
deux semaines est sans doute le plus important de tous, et il faut tous
ensemble nous réjouir que ces mêmes débats soient
maintenant retransmis, grâce à la télévision, dans
presque tous les foyers du Québec. Cette nouvelle initiative de
l'Assemblée nationale ajoute énormément au
caractère démocratique de nos débats, puisqu'elle permet
maintenant aux citoyens du Québec d'être les témoins
attentifs de ce qui se passe, et ce quotidiennement.
J'ose espérer, M. le Président, que le présent
débat qui s'achève aura permis aux citoyens du Québec
d'obtenir une meilleure information quant au sujet qui est discuté, afin
qu'ils puissent répondre de façon sereine et
réfléchie à la question qui sera bientôt
adoptée et qui leur sera posée.
En terminant, M. le Président, vous me permettrez enfin d'entrer
dans la pertinence du débat et de rappeler qu'à la fin de ces 35
heures de discussions, il y aura mise aux voix de la motion du premier ministre
du Québec et des amendements proposés. A ce moment-là,
comme tous les députés de cette Assemblée, je devrai
remplir mon devoir et voter. Ce vote étant public, je profite donc de
l'occasion qui m'est offerte pour dire que je donnerai mon vote en faveur de la
motion du premier ministre, motion qui formule une question claire, une
question honnête et qui respecte, dans la démarche qu'elle
sous-tend, un processus démocratique qui cadre bien avec la
mentalité de la population québécoise.
Puis-je me permettre de vous dire, M. le Président, en terminant,
que je vais travailler fermement à faire vaincre le oui dans mon
comté et dans ma région.
Merci, M. le Président.
Le Président: Mme la députée de
Vaudreuil-Soulanges.
Mme Louise Cuerrier
Mme Cuerrier: Voilà au moins douze ans, M. le
Président, soit depuis mon entrée dans l'action, que j'attends ce
moment historique où le peuple québécois aura à se
prononcer sur son destin. Les circonstances ont voulu et j'en suis
très heureuse qu'en ce moment historique, je sois, dans le
Parlement du peuple québécois, la représentante des 60 000
personnes de la circonscription de Vaudreuil-Soulanges.
Les circonstances ont également voulu et cela, je le dis
avec tous les tiraillements que l'on puisse imaginer en ce rendez-vous avec
l'histoire que je sois aussi vice-présidente de
l'Assemblée nationale du Québec. Voilà donc qu'en ce jour
de rendez-vous, je dois tout concilier en
même temps, comme, heureusement, s'est entraînée
à le faire une personne de 54 ans, mariée, femme à la
maison pendant de nombreuses années, mère de cinq adultes de 20
à 30 ans, grand-mère en plus. C'est donc, avant tout, la
députée de Vaudreuil-Soulanges qui voudrait, en ce moment-ci,
communiquer à tous les membres de cette Assemblée la perception
qu'a la population de sa circonscription de la question
référendaire proposée par le premier ministre.
M. le Président, il me semble indiqué de rappeler ici
à tous les membres de cette Assemblée que la ville de Dorion,
dans Vaudreuil-Soulanges, est ainsi désignée en mémoire de
l'un de ses résidents, Antoine-Aimé Dorion, qui s'était
farouchement opposé au projet de constitution avant 1867 et
réclamait un référendum sur la
Confédération.
Celui-ci a fait preuve à l'époque d'une grande
perspicacité lorsqu'il déclarait: Ce n'est donc pas une
Confédération qui nous est proposée, mais tout simplement
une union législative déguisée sous le nom de
Confédération parce qu'on a donné à chaque province
un simulacre de gouvernement sans autre autorité que celle qu'il
exercera sous le bon plaisir du gouvernement central.
Comme députée de Vaudreuil-Soulanges, il est bon aussi de
rappeler que pour la population de ma circonscription électorale, la
question référendaire sur l'aspect de la perception des
impôts par le Québec a une signification particulière. En
effet, quand le ministère fédéral de l'Expansion
économique régionale a décrété la
région de Montréal zone spéciale de subventions, il a
volontairement oublié Vaudreuil-Soulanges. Pour nous, pouvoir percevoir
nos impôts, c'est pouvoir éviter des situations semblables et
aussi rapatrier une juridiction qui appartient de droit au Québec. La
population de Vaudreuil-Soulanges aimerait que sa députée puisse
expliquer que, dans le projet de question du premier ministre, les mots
"établir ses relations extérieures" ont une signification lourde
de sens pour elle. Les agriculteurs de Saint-Clet, par exemple, qui sont
à mettre sur pied un projet de qualité pour l'exportation de
troupeaux laitiers, aimeraient dire, aujourd'hui, comment le
fédéral tarde à leur communiquer les données
officielles pour ses marchés, et pendant que le retard dure, l'Ontario
continue à être privilégiée.
M. le Président, j'aurais aimé expliquer ici même,
en cette Assemblée, jusqu'à quel point la population de
Vaudreuil-Soulanges a apprécié chacun des éléments
que contient la question référendaire. Selon la majorité
des électeurs, c'est vraiment la question qu'il fallait penser,
même si on peut accepter qu'il y ait des opinions divergen- tes quant
à la réponse à lui apporter. Chacun des
éléments de la question a une résonnance
particulière pour la population de Vaudreuil-Soulanges. Je serais
tentée de dire que cette question a été conçue par
mes propres électeurs, M. le Président !
Autant je suis remplie de satisfaction comme députée de
Vaudreuil-Soulanges face à la question telle que formulée, autant
je respecte cette grande institution qu'est notre Parlement démocratique
et un des organes vitaux qu'on appelle la présidence, à laquelle
j'ai l'honneur d'être associée, monsieur le Président.
C'est dans le but de contribuer à valoriser le caractère
d'impartialité dont est imprégnée la présidence que
je me limite immédiatement dans mes propos et que je m'abstiens de
brûlerais d'avancer afin de démontrer tout le bien-fondé de
la question formulée par le premier ministre. Ma consolation, c'est de
savoir qu'à la fin de ce débat, lorsque je me lèverai pour
voter en faveur de la motion du premier ministre, les électeurs de
Vaudreuil-Soulanges comprendront que leur députée mettra dans son
oui, M. le Président, tout l'enthousiasme et toute la conviction que
même un discours de vingt minutes ne saurait exprimer
adéquatement.
Le Président: Merci. M. le ministre de la Justice, vous
avez la parole.
M. Bédard: Alors, M. le Président, je demande
l'ajournement du débat.
Le Président: Est-ce que cette motion sera adoptée?
Adopté.
M. Lavoie: Est-ce qu'on pourrait demander la raison pour laquelle
vous n'avez pas l'intention de continuer?
M. Charron: On peut le dire. C'est parce que le leader de
l'Opposition officielle nous a fait valoir, dans une rencontre d'il y a
quelques minutes à peine avec le président, que le temps qui
reste à l'Opposition officielle, il souhaiterait l'utiliser pleinement
demain, et comme il nous reste à peu près, aux deux partis, le
même temps, nous aussi. En conséquence, M. le Président, je
propose que la Chambre ajourne ses travaux jusqu'à demain, quatorze
heures.
Le Président: Adopté.
L'Assemblée ajourne ses travaux à demain, quatorze
heures.
Fin de la séance à 17 h 10