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(Quatorze heures onze minutes)
Le Président: A l'ordre, s'il vous plaît! Un moment
de recueillement. Veuillez vous asseoir.
Affaires courantes.
Déclarations ministérielles.
Dépôt de documents.
Dépôt de rapports de commissions élues.
Dépôt de rapports du greffier en loi sur les projets de loi
privés.
Présentation de projets de loi au nom du gouvernement.
Présentation de projets de loi au nom des
députés.
Période de questions orales.
M. le député de Marguerite-Bourgeoys.
QUESTIONS ORALES DES DÉPUTÉS
L'avenir des commissions scolaires
M. Lalonde: M. le Président, ma question s'adresse au
premier ministre. Hier, lors des réponses que j'ai eues à une
question concernant les élections scolaires, il est apparu
évident que le gouvernement prépare une réforme
d'après une réponse du ministre de l'Education qui n'est pas ici
actuellement du milieu scolaire; or, le peu de cas que le gouvernement
semble porter aux élections scolaires et à la coïncidence
des élections scolaires avec la campagne référendaire est
une source d'inquiétude pour le milieu scolaire.
Je voudrais demander au premier ministre si, dans cette réforme
scolaire, le gouvernement peut garantir que le caractère
démocratique de ces institutions politiques que sont les commissions
scolaires sera maintenu à tout prix pour conserver le contrôle
direct de la population sur ses institutions scolaires.
Le Président: M. le premier ministre.
M. Lévesque (Taillon): M. le Président, je vais
répondre simplement à la première partie de la question,
puisque mon collègue de l'Education est arrivé. Pour ce qui est
de la première partie de la question, qui, en fait, était la fin
du préambule, je suis obligé de répondre
immédiatement que ce n'est pas vrai que nous faisons peu de cas des
élections scolaires. C'est vrai également que c'est beaucoup plus
complexe, comme l'a déjà expliqué le ministre de
l'Education, que de simplement penser, ce qui est énorme, exclusivement
à Montréal. J'ai bien pris l'engagement non seulement de
protéger la journée du 9 juin, mais j'ai également dit
à la Chambre que le maximum on ne pourra peut-être pas
empêcher certains chevauchements de campagnes sera fait pour que,
quand même, il y ait un dégagement autour de
l'échéance de l'élection scolaire.
Pour ce qui est de la réforme et là, le
député de Marguerite-Bourgeoys véhicule, je crois, un peu
gratuitement des appréhensions en ce qui concerne la démocratie
à l'avenir dans ce secteur je pense que le ministre de
l'Education est mieux placé que quiconque pour répondre à
cette partie.
Le Président: M. le ministre de l'Education.
M. Morin (Sauvé): M. le Président, je ne sais pas
si le député de Marguerite-Bourgeoys a fait allusion au litige
qui oppose les commissions scolaires et leur fédération, d'une
part, et le ministère, de l'autre, au sujet du transfert de
l'impôt foncier scolaire. S'il a traité de cela, je serai
obligé de lui dire que la question est devant les tribunaux aujourd'hui
même.
Si, par ailleurs, il s'interroge sur l'avenir des commissions scolaires,
je dois lui rappeler qu'il a lui-même participé très
activement, avec d'autres députés de sa formation politique,
à la rédaction du projet de loi no 71, il y a quelques mois
à peine, avant Noël, et que, dans ce projet de loi, nous avons
reconfirmé les compétences des commissions scolaires. Même,
nous les avons étendues.
Une Voix: II parlait des élections.
Le Président: M. le député de
Marguerite-Bourgeoys.
M. Lalonde: M. le Président, je comprends que c'est
l'intention du gouvernement de maintenir le caractère
démocratique des commissions scolaires.
M. le Président, j'ai ici en main un document qui se veut
être le chapitre 5 ou le fascicule 5 que ce gouvernement cache, parmi
d'autres nombreux documents, intitulé "La décentralisation, une
perspective communautaire nouvelle". Ces fascicules sont préparés
par le secrétariat à l'aménagement et à la
décentralisation. Ils devaient tous être rendus publics,
d'après les promesses du ministre d'Etat à l'Aménagement
au début du fascicule 1. Or, M. le Président, ce document
caché, préparé par le gouvernement et confidentiel, dit
que les commissions scolaires, désormais, sous ce gouvernement, seront
remplacées par des organismes non directement élus par la
population. Je lis le paragraphe b) du deuxième paragraphe. On le
retrouvera: "Dans les perspectives énoncées plus haut, les
commissions scolaires locales et régionales et les conseils
d'administration de CLSC disparaissent...
Des Voix: Eh bien!
M. Lalonde: ... comme entités juridiques pour être
remplacés par la structure politique des communautés de
comté à l'intérieur des commissions de l'éducation
et des affaires sociales." On sait que les communautés de comté,
M. le Président,
sont composées de délégués des
municipalités et ne sont pas élues directement par la population.
Comment le ministre de l'Education a-t-il le culot, de son siège, de
venir nous dire, dans un petit discours endormant, que tout est bien correct,
que la loi 71 a tout réglé quand son collègue, le ministre
d'Etat à l'Aménagement du territoire, se propose c'est un
document qui a été présenté en 1977 au Conseil des
ministres lui-même d'annuler l'existence des commissions scolaires
comme organismes politiques démocratiques?
Le Président: M. le premier ministre.
M. Lévesque (Taillon): M. le Président, il s'agit
de documents...
M. Lévesque (Bonaventure): De travail! M. Lévesque
(Taillon): De travail, oui. M. Lavoie: Documents secrets! Le Président:
A l'ordre, s'il vous plaît!
M. Lévesque (Taillon): M. le Président, très
rapidement, je voudrais dire au député de Marguerite-Bourgeoys
que ça, ça illustre admirablement, premièrement, le fait
que Dieu sait que tout finit par être accessible et, deuxièmement,
qu'il y a des documents qui n'ont aucune valeur officielle. C'est tellement
vrai que, contrairement à ce qu'a dit le député de
Marguerite-Bourgeoys, cette hypothèse de travail qui était un
brouillon de travail au moment où on commençait j'ai
été intimement lié aux premiers travaux du comité
personnellement à essayer d'explorer la dimension
décentralisation, ce document n'est jamais venu, que je me souvienne, au
Conseil des ministres, parce que, en l'examinant, en pesant le pour et le
contre, parce que tout le monde a le droit d'avancer des hypothèses de
travail, ç'a été rejeté. On s'est dit et
c'est ce qui est devenu la loi 125 II y a d'abord un pas à faire
qui, forcément, appellerait le contenant régional nouveau,
c'est-à-dire les communautés régionales, les
municipalités régionales.
Deuxièmement, il faudrait donner comme but Dieu sait que
ça va demander de la consultation, elle se met en marche en ce moment,
la consultation comme première étape qu'on mette ces
contenants, après consultations, c'est-à-dire les nouvelles
délimitations des régions, en marche de façon à
réaliser l'aménagement, au moins les premières
étapes de l'aménagement.
Ce qui pourrait s'ajouter après, quelle que soit
l'évolution des choses, dans un certain nombre d'années, selon
l'évolution qui sera j'espère, en tout cas
amorcée vers plus de décentralisation ce que tout le monde
souhaite ce sera aux citoyens de le décider. On a justement
évité et on a voulu éviter de parachuter des
hypothèses de travail qui ne tiendraient pas debout du tout dans le
contexte actuel et fort probablement dans aucun contexte prévisible. (14
h 20)
Pourquoi se servir d'un document de travail, sous-entendre qu'il a
été une décision du Conseil des ministres, ce qui est
complètement faux, et, en plus, qui ne représente strictement pas
la perspective dans laquelle travaille le gouvernement et qui est dans la loi
125?
Le Président: M. le député de
Marguerite-Bourgeoys.
M. Lalonde: M. le Président, le premier ministre a
terminé sa réponse par une question. Je lui renvoie sa question:
Pourquoi cachez-vous des documents? Je lis le document signé du ministre
Jacques Léonard, le ministre d'Etat à l'Aménagement: "Un
document de travail préliminaire a été
déposé au Conseil des ministres en décembre 1977 et a fait
l'objet de discussions." C'est public. Il continue: "Compte tenu de
l'importance de ce projet et de sa signification pour chacun de nous, il est
apparu essentiel et normal d'étendre la réflexion à
l'ensemble des citoyens. C'est dans cette perspective que différents
dossiers sont rendus publics sous forme de fascicules. " Or, le fascicule 5
ils sont décrits ici les fascicules n'a jamais
été rendu public. C'est à cause de votre manque de
transparence que ces documents deviennent publics, à un moment
donné, et créent des inquiétudes fondées dans la
population.
Le Président: M. le premier ministre.
M. Lévesque (Taillon): Les inquiétudes ne sont pas
fondées, sauf celles, comme toujours quand ce n'est pas le
député de Marguerite-Bourgeoys, ce sont d'autres que
véhicule l'Opposition, premièrement en essayant d'étayer
comme cela le fait qu'on cacherait des choses qui sont des intentions
sournoises du gouvernement. C'est faux. Deuxièmement, si ce fascicule
qui avait été préparé prématurément,
c'est vrai le ministre d'Etat à l'Aménagement pourra en
parler, il est entré en Chambre n'a pas été
publié, c'est que justement, quand on l'a examiné et qu'on a fait
la réflexion là-dessus, on a dit: Cela ne tient pas debout dans
la perspective actuelle. Donc, il n'est pas accepté...
Le Président: A l'ordre, s'il vous plaît!
M. Lévesque (Taillon): M. le Président, je devrais
vous demander de rappeler un peu à l'ordre le député de
Laval qui tout à coup intervient pour empêcher...
Le Président: A l'ordre, s'il vous plaît!
M. Lévesque (Taillon): Quand je dis que cela n'a rien de
conforme ni aux intentions, ni aux perspectives prévisibles je
l'ai bien dit tout à l'heure que peut prévoir le
gouvernement, je ne prétends pas parler pour 1990 ou l'an 2000. Il
faudrait être présomptueux sérieusement pour faire cela. Il
faut tout de même arrêter de jouer toujours à court terme,
en disant: Si, à court terme, on évoque le moindrement que la
société
peut changer, on a l'intention de la changer de force. C'est
profondément déformer et les choses et les capacités
d'évolution d'une société moderne. Je veux bien qu'on joue
ce jeu, mais il faudrait au moins qu'on accepte ceci: Si on déclare
solennellement, comme je le fais de mon siège, que cela n'est jamais
entré d'aucune façon concrètement dans des intentions que
le gouvernement aurait pu mettre sur la table, pour quelque
échéance que ce soit, si je le dis, je crois que normalement, on
est censé prendre la parole des gens en cette Chambre à moins
d'avoir la preuve du contraire.
Si ce document n'a pas été publié, c'est que
justement, le regardant tel qu'il était, on a dit: ce n'est absolument
pas conforme à aucune évolution qu'on peut prévoir. Donc,
arrêtons d'en parler, il n'est pas question de parler de ça.
M. Levesque (Bonaventure): M. le Président, une question
additionnelle.
Le Président: M. le leader parlementaire de l'Opposition
officielle.
M. Levesque (Bonaventure): M. le Président, le premier
ministre vient de faire une colère, mais n'est-il pas d'accord... ah
non, voyons! N'est-il pas d'accord que lorsque le député de
Marguerite-Bourgeoys fait preuve de vigilance, c'est en plein le rôle de
l'Opposition? N'est-il pas vrai également qu'on a de sérieuses
raisons de revenir à la charge? Surtout lorsque le premier ministre
parle d'avenir prévisible, lui qui, un mois avant l'annonce de la
question qui comportait un second référendum, disait qu'il
n'était pas question d'un deuxième référendum,
parce que ce serait trop humiliant.
Le Président: M. le premier ministre.
M. Lévesque (Taillon): M. le Président, c'est une
bonne façon de faire un détour à partir de la question
pour aller voir s'il n'y a pas moyen de gratter autre chose et surtout de
confirmer, peut-être, ce qui est l'espoir qui est clair dans les yeux du
député de Bonaventure, son avancé absolument sans
fondement, savoir que j'étais en train de faire une colère.
Je n'étais pas en train de faire une colère,
j'étais en train d'essayer de faire comprendre, entre autres, au
député de Marguerite-Bourgeoys, qu'on peut sortir tous les
brouillons, qu'on peut bien se mettre à gratter mais je n'ai
jamais vu une perte de temps semblable tous les textes avortés,
les hypothèses de travail avortées de l'ancien gouvernement
il y en a eu cinq ou six seulement sur l'aménagement et
l'urbanisme, je pense qu'on les a en filière les lui mettre sous
le nez et lui dire: Pourquoi ne nous dites-vous pas que vous avez fait
ça, etc.?
Evidemment, vous n'êtes plus au pouvoir, mais il reste quand
même que ça fait partie des choses que vous n'avez pas sorties.
C'est bien normal qu'on ne sorte pas les choses dont on n'est pas sûr et,
au moment où on décide que ce n'est pas comme ça que
ça doit aller, qu'on dise: On aurait peut-être dû les
déchirer. Il y a toujours un sacré bout. Il y a des gens qui ont
travaillé là-dessus, qui en étaient fiers, je suppose, qui
en ont gardé des copies, qui, peut-être, par nostalgie pour ce qui
n'a pas été décidé par le gouvernement, en ont
passé à l'Opposition. Grand bien leur fasse. Mais ce n'est pas
l'intention du gouvernement.
Le Président: M. le député de Portneuf. M.
Lalonde: Question de règlement.
Le Président: M. le député de
Marguerite-Bourgeoys, votre question de règlement.
M. Lalonde: Dans la foulée de l'accusation aux
fonctionnaires que le premier ministre vient de faire, j'aimerais avoir le
consentement de la Chambre pour déposer ce document.
Le Président: Est-ce qu'il y a consentement? Il y a
consentement.
M. le député de Portneuf, vous avez la parole.
Grève des cols bleus de Montréal
M. Pagé: M. le Président, ma question s'adresse au
premier ministre. Vous me permettrez certainement un préambule; cela va
lui donner le temps de se défâcher un peu, il va devenir un peu
plus serein. J'espère qu'autant le premier ministre peut cacher des
rapports, des études, des enquêtes, il ne nous cachera pas ses
intentions sur le conflit auquel je veux faire allusion. C'est vrai, M. le
Président, ces gens cachent des études; cela les fâche,
d'ailleurs.
Le Président: M. le député de Portneuf,
dois-je tenir pour acquis que vous n'avez pas de question, cet
après-midi?
M. Pagé: Je vous ai dit que j'avais un préambule
pour que le premier ministre prenne le temps de se défâcher.
Là, il semble défâché...
Le Président: M. le député de Portneuf, vous
êtes en train de me convaincre que vous n'avez pas de question.
M. Pagé: C'est relatif au conflit des cols bleus, à
Montréal, conflit qui perdure déjà depuis longtemps, un
conflit à l'égard duquel M. Désilets, le médiateur,
a déposé son rapport dimanche dernier, rapport qui a
été refusé par les parties, rapport qui a eu comme
conséquence une autre étape de rencontres, de
négociations, de discussions depuis le dépôt dudit rapport
et le refus desdites parties. Ce matin, on pouvait lire dans les journaux
tant hier qu'aujourd'hui qu'on semblait se diriger vers un espoir
de règlement, avec un point d'interrogation, évidemment.
D'ailleurs, c'est dans cet esprit que je n'ai pas voulu poser de
question au ministre du Travail
hier, croyant que les mécanismes normaux pouvaient
prévaloir et qu'on pouvait en arriver à un règlement dans
les meilleurs délais. Or, je suis informé aujourd'hui que, alors
que le premier ministre déclarait c'est cité dans le
Devoir de ce matin, le jeudi 20 mars: "Pendant que ces ultimes efforts avaient
lieu, ni le ministre du Travail, M. Johnson, ni le premier ministre, M.
Lévesque, n'ont exclu la possibilité de recourir à une
intervention législative aussitôt que la sécurité et
la protection du public apparaîtraient compromises."
Or, M. le Président, à plusieurs reprises depuis le
début de ce conflit, la sécurité du public a
été définitivement affectée cela, je pense
que tout le monde peut en convenir et on constate qu'aujourd'hui,
à une réunion qui se tenait au CEGEP du Vieux-Montréal, la
partie syndicale a refusé les offres, les cols bleus de Montréal
ont refusé encore une fois les offres formulées comme
étant le résultat de l'ultime négociation.
Dans ces circonstances, j'aimerais demander au premier ministre qu'il
nous dise bien clairement, bien ouvertement, bien franchement quelles sont les
intentions de son gouvernement à l'égard de ce conflit qui dure
déjà depuis presque 40 jours, qui cause des préjudices
irréparables dans certains cas et des préjudices certains dans
plusieurs cas. Je vous ai donné des solutions la semaine
dernière, des avenues de solution, qu'est-ce que vous entendez
faire?
Le Président: M. le premier ministre.
M. Lévesque (Taillon): M. le Président, ce matin,
en effet ce n'est pas une raison de colère, c'est sûr, mais
c'est une raison de tristesse, sérieusement aux dernières
nouvelles, le syndicat a rejeté le résultat des dernières
négociations qui ont été entreprises dimanche dernier.
Il y a eu des efforts de jour et de nuit. J'en sais un tout petit peu
quelque chose; j'en sais juste une partie qui est que parfois jusqu'à
minuit, une heure du matin, au cas où cela serait utile, j'attendais des
communications téléphoniques, soit au bureau, soit chez moi,
parce que, justement, cela durait pendant des heures et des heures. Je sais que
le ministre du Travail, personnellement, dans cet effort suprême
jusqu'ici pour régler ce conflit sans que la Chambre ne soit
obligée ou que le gouvernement et l'Assemblée nationale ne soient
obligés de sortir ce qu'on appelle couramment les gros bâtons,
travaillait jour et nuit pour essayer de le régler, au point qu'il
semblait, il y a deux jours, et encore hier, je crois, qu'avec un ou deux
points je ne veux pas entrer dans le détail de ces
négociations ça pouvait se régler. (14 h 30)
Seulement, encore une fois, on vient d'avoir la preuve, et cette
fois-là elle est sur le bord d'être finale, que les parties sont
incapables de s'entendre. On dirait qu'il y a un climat qui fait qu'on n'y
arrive pas.
Pendant ce temps-là et je suis bien d'accord avec le
député de Portneuf, on l'a assez dit nous aussi, et moi, je ne
suis pas de Portneuf, je suis de Montréal, alors, je pense que je le
vois un peu plus souvent que lui sans me poser en victime il est vrai
que pour la population, une chance du bon Dieu qu'il y a une température
clémente ces jours-ci, ce qui permet que ce soit quand même
endurable, mais on reste à la merci des conditions climatiques dans le
mois le plus traître de l'année qui est le mois de mars. On reste
à la merci de l'amoncellement des ordures qui, si le printemps,
justement, s'amorce, va devenir, c'est le moins qu'on puisse dire, plus que
désagréable. Puis il y a aussi le danger auquel on dirait que les
gens s'habituent, relativement, mais il y a toujours un danger, celui des feux
de circulation défectueux et, dans certains cas, semble-t-il,
sabotés.
Donc, première étape de la suite, le leader parlementaire
du gouvernement a pris les dispositions nécessaires tout le monde
est d'accord pour que demain matin, à dix heures, la commission
parlementaire du travail soit convoquée elle est convoquée
pour ceux qui n'ont pas eu l'annonce pour examiner rapidement
l'état de la situation. C'est souvent une demande de l'Opposition
je pense que c'était une demande de l'ancienne Opposition qui
était de ce côté-ci c'est une demande qu'on entend
souvent de la part de l'Opposition. Là, il s'agit d'un cas qui nous
semble indiqué pour que non seulement on examine l'état de la
situation, mais qu'on examine ce qui reste de pourquoi dans ce conflit, et
peut-être autant, sinon plus, ce climat dans lequel il se prolonqe.
Il est évident que le député de Portneuf qui marque
un intérêt soutenu pour ces questions aura probablement, j'en suis
sûr même, l'occasion de participer au travail de la commission et
l'enchaînement qui pourrait découler de ça. Il est
évident que s'il doit y avoir un enchaînement qui irait plus loin,
ce serait à très brève échéance. Je n'irai
pas plus loin pour l'instant.
Le Président: M. le député de Portneuf.
M. Pagé: M. le Président, je voudrais remercier le
premier ministre de sa réponse qui est claire, qui est ouverte, qui est
assez importante, assez intéressante. Vous convoquez la commission
parlementaire pour demain. C'est l'avenue de solution que vous avez choisie.
Vous aviez d'autres possibilités, soit celle de suspendre le droit de
grève comme tel, ou encore d'agir par voie législative.
Est-ce que le premier ministre pourrait me dire s'il a
véritablement confiance que le mécanisme choisi de la commission
parlementaire du travail et de la main-d'oeuvre puisse aboutir ou encore
créer sur les parties une pression telle qu'on arrive à une
solution dans les meilleurs délais?
Le Président: M. le premier ministre.
M. Lévesque (Taillon): Non, je n'en suis pas sûr!
C'est très souvent l'Opposition qui dit plutôt, en
réclamant à corps et à cris, à l'occasion, des
commissions parlementaires, que ce serait presque la solution. Non, on
ne croit pas ça. On croit tout de même que l'éclairage
public et détaillé, si on veut bien poser les bonnes questions,
avoir le bon dialogue à la commission parlementaire, peut aider tout le
monde à s'y retrouver, aider peut-être les parties aussi à
s'y retrouver.
De toute façon, l'on ne prétend pas que c'est une
solution, on espère bien que ça va aider à la solution,
mais si, par hasard, de là ne découle que la confirmation du fait
mais alors tout le monde le saura qu'on n'en sort pas comme
ça, à ce moment-là, l'Assemblée nationale sera
probale-ment mieux placée pour agir, si elle doit le faire, comme il
faut agir dans certains cas.
Le Président: M. le député de
Saint-Hyacinthe.
Habitations à loyer modique
M. Cordeau: Merci, M. le Président. Ma question s'adresse
au ministre des Affaires municipales. Il y a quelques mois, le ministre a
déclaré que le gouvernement était convaincu que la formule
des habitations à prix modique, telle qu'elle existe actuellement,
n'était pas parfaite. Le ministre a ajouté que ces logements
coûtent extrêmement cher à la société et qu'il
fallait envisager d'autres solutions afin de venir en aide aux citoyens les
moins favorisés.
Le ministre a, par la suite, fait état de certains programmes qui
existent dans d'autres provinces et qui visent à donner une forme
quelconque d'allocation-logement en plus d'un contrôle efficace aux
hausses des loyers.
Aussi, étant donné que la période des
déménagements approche à grands pas, le ministre peut-il
indiquer où en est rendu le dossier concernant cette solution globale
promise l'automne dernier, et quels sont les programmes précis que le
ministre envisage de mettre en vigueur afin de venir en aide aux ménages
ou aux personnes admissibles à un logement à prix modique et qui
ne peuvent en obtenir un par manque de disponibilité?
Le Président: M. le ministre des Affaires municipales.
M. Tardif: M. le Président, je remercie le
député de Saint-Hyacinthe de sa question qui me permet
peut-être de faire le point sur l'état d'avancement de ce dossier.
C'est un fait et je le répète ici dans cette Chambre, M.
le Président que la production des logements publics dits
habitations à loyer modique, dont le nombre était à peu
près de 17 000 lorsque nous sommes arrivés au pouvoir et qui est
maintenant de près de 30 000, a connu un accroissement
considérable. Cependant, cet accroissement de l'offre ne correspond pas
et je pense que c'est peine perdue de croire qu'elle pourra jamais
correspondre en entier à l'augmentation de la demande. J'ai donc
dit que nous devions envisager d'autres hypothèses.
Je n'ai pas parlé de solution globale parce que je pense qu'il
n'y a pas de solution globale dans ce domaine. Mais il nous faut explorer
d'autres solutions également qui feraient que, parallèlement
à la production d'habitations dites à loyer modique telle, par
exemple, la formule de supplément de loyer que nous avons
également commencée et d'autres formules comme celles qui ont
cours dans d'autres provinces, au lieu de donner ce qu'on appelle une aide
à la pierre, on donne plutôt une aide à la personne ou
même, encore une aide à la formule. L'aide à la formule,
c'est, par exemple, la formule coopérative. Récemment, le
gouvernement, à l'occasion du sommet coopératif et je l'ai
annoncé à ce moment-là a accru l'aide aux
coopératives d'habitation, de façon à permettre à
ces organismes de remplir aussi une partie de cette demande de besoins en
logements de bonne qualité et à coût raisonnable.
Donc, M. le Président, nous travaillons là-dessus. Il y
aura, je l'espère, des éléments qui seront connus
très bientôt et il me fera plaisir d'en faire part, à ce
moment-là, non seulement au député de Saint-Hyacinthe,
mais aux autres députés dans cette Chambre.
M. Cordeau: M. le Président...
Le Président: M. le député de
Saint-Hyacinthe.
M. Cordeau: ... je comprends que certains éléments
de ces programmes pourront être connus lors du discours sur le budget.
Des sommes y seront peut-être rattachées. Je ne demande pas
présentement au ministre quels sont les montants qui peuvent être
attachés à ces programmes, mais quels sont les programmes qu'il
entend mettre de l'avant et non les montants.
Le Président: M. le ministre des Affaires municipales.
M. Tardif: M. le Président, je pensais avoir
été assez explicite en disant que nous pensions qu'à
côté des programmes dits d'aide à la pierre, au
béton, aux structures, à la construction, à
côté des programmes d'aide à la formule type
coopérative, nous travaillons sur des programmes d'aide à la
personne, qui permettent aux gens de se loger de façon convenable et de
réduire le fardeau que peut représenter le loyer pour eux.
Cela existe, je l'ai mentionné, dans d'autres provinces
déjà et nous travaillons, nous examinons diverses formules
présentement. Je serai en mesure d'annoncer, je l'espère, quelque
chose dans les semaines, sinon dans les mois qui viennent à ce
sujet.
Le Président: M. le député de Laval.
M. Cordeau: Une question additionnelle, M. le
Président.
Le Président: Très brève, M. le
député de Saint-Hyacinthe.
M. Cordeau: Merci, M. le Président. Est-ce à dire
que nous pourrions connaître ce programme mardi prochain?
Le Président: M. le ministre des Affaires municipales.
M. Tardif: M. le Président, c'est comme tous les autres
programmes, mais dès lors qu'ils seront prêts, il me fera plaisir
de les faire connaître au député de Saint-Hyacinthe et
à toute cette Assemblée.
Le Président: M. le député de Laval.
M. Lavoie: Une question très courte au même ministre
sur le même sujet.
M. le Président, on sait que ce programme, qui est quand
même louable, de construction de HLM par l'Etat coûte très
cher à l'Etat. Est-ce que le ministre pourrait nous faire
connaître actuellement quel est le déficit annuel de son parc, si
on peut dire, de 30 000 logements d'Etat? N'y aurait-il pas lieu de
considérer, dans les meilleurs délais, une autre formule de
subvention ou d'allocation aux logements, ce qui serait beaucoup moins
dispendieux pour l'Etat et qui, en même temps, donnerait un élan
encore plus accentué dans le domaine de la construction sur le
marché libre de la construction? (14 h 40)
Le Président: M. le ministre des Affaires municipales.
M. Tardif: M. le Président, je ferai la même
réponse au député de Laval qui a posé la même
question au même ministre qui vient de donner la réponse au
député de Saint-Hyacinthe. Si on veut connaître le
déficit sur les logements, il faudrait quand même préciser
que cette notion de déficit n'est pas tout à fait exacte, parce
qu'on pourrait laisser entendre par là que c'est le coût
d'opération, alors qu'on entre dans l'expression "déficit
d'exploitation" le coût de remboursement du capital, les
intérêts, plus évidemment les frais de concierge, de
chauffage, d'assurances et autres.
Or, c'est un fait, M. le Président, que, pour des logements qui
sont bâtis présentement, les personnes qui les habitent et qui
paient en fonction de leurs revenus peuvent payer en moyenne,
présentement une moyenne québécoise sur les 30 000
logements $96 par mois, alors que les mensualités, s'il fallait
payer ce qu'il en coûte vraiment, seraient de l'ordre de $400. Cependant,
ce n'est pas, comme je dis, un déficit de fonctionnement au sens
réel du terme, mais cela tient compte du coût de remboursement du
capital et des intérêts.
Le Président: M. le député de Rosemont.
Conflit de travail dans les raffineries de l'est de
Montréal
M. Paquette: M. le Président, ma question s'adresse au
ministre du Travail et de la Main- d'Oeuvre et concerne le conflit dans les
raffineries de l'est de Montréal, conflit qui sévit depuis
déjà plusieurs mois, à la suite, en particulier, de
l'intransigeance de deux multinationales: les compagnies Gulf et Texaco. On
sait qu'un règlement est intervenu à la suite du rapport de
médiation qu'a déposé le ministère du Travail et de
la Main-d'Oeuvre, en ce qui concerne la compagnie Petro-fina. Est-ce que le
ministre pourrait nous dire s'il y a à l'horizon un espoir de
règlement dans les deux autres compagnies? Est-ce qu'il pourrait
rassurer ou donner de l'espoir aux travailleurs des raffineries de l'est de
Montréal et à la population de l'est de Montréal à
ce sujet?
Le Président: M. le ministre du Travail et de la
Main-d'Oeuvre.
M. Johnson: M. le Président, je voudrais simplement
souligner une chose. C'est sans doute un lapsus du député de
Rosemont. Il ne s'agit pas des compagnies Gulf et Texaco, mais bel et bien des
compagnies Shell et Texaco. Je pense que c'est un lapsus. Pardon?
M. Paquette: M. le Président, question de
privilège. J'entends les députés d'en face dire que...
Cette question est écrite ici par moi-même. C'est moi-même
qui la pose. Il n'y a personne qui m'a demandé de la poser.
D'accord?
Le Président: A l'ordre, s'il vous plaît! M. le
ministre du Travail et de la Main-d'Oeuvre.
M. Johnson: D'ailleurs, c'est sans doute parce que le
député de Rosemont prend la peine de faire l'effort de les
rédiger que ses questions sont en général plus claires et
cohérentes que celles du député de Portneuf. En effet, il
y avait, à compter de la mi-décembre, un conflit qui groupait les
travailleurs des compagnies Joseph Elie Ltée, Petrofina, Texaco et
Shell. Dans le cas de la compagnie Petrofina, elle a accepté, la semaine
dernière, dans un effort correct, dans un effort de partir d'un rapport
de médiation pour obtenir un règlement, de son côté
de conclure une entente avec le syndicat des travailleurs de Petrofina. Ce qui
fut la même chose quelques jours après dans le cas de Joseph
Elie.
Dans le cas des compagnies Shell et Texaco, qui, comme on le sait, font
partie de ce qu'on appelle les "Seven Sisters" des multinationales du
pétrole, il semblerait qu'une partie de ce conflit soit reliée
à l'établissement de ce qu'on appelle, dans le langage du
métier, en anglais, les "patterns", c'est-à-dire les cadres de
négociation un peu partout à travers l'Amérique du Nord.
On m'a informé récemment qu'il y avait grève dans
certaines de ces compagnies, Shell et Texaco, aux Etats-Unis relativement
à certains points en litige qu'on retrouve ici au Québec. Comme
il ne s'agit pas d'union internationale, mais d'un syndicat indépendant
chez Shell et Texaco, il semble qu'un des problèmes soit
celui-là, celui de la présence d'un conflit dans le même
secteur touchant le
même type d'entreprise et les mêmes entreprises, mais aux
Etats-Unis, dans le même type d'opération.
Cela dit, puisque Petrofina a accepté un règlement,
qu'elle a convenu de le faire, encore une fois, je pense, fort correctement, je
souhaiterais évidemment que du côté de Shell et de Texaco,
un effort particulier soit fait, même s'ils ont des problèmes
à ajuster les politiques de leur compagnie un peu partout à
travers l'Amérique.
Le Président: Le député de Charlevoix.
Les permis de travail dans la construction
M. Mailloux: M. le Président, ma question s'adresse
également au ministre du Travail et, comme ma question n'est pas
écrite, j'espère qu'il la comprendra.
En 1978, le ministre du Travail présentait une modification au
règlement de placement de la construction. Devant de nombreuses
plaintes, à la fin de 1979, certaines modifications étaient
apportées réglant, de ce fait, une partie des problèmes
qui avaient été rencontrés. .
Actuellement, dans la province, l'ensemble des députés ont
à répondre, en forte partie, à des milliers de personnes
qui, ne possédant plus le permis de classification, se demandent ce
qu'elles doivent faire pour travailler. On sait que même Radio-Canada a
fait des montages sur de nombreux Québécois qui sont
obligés de s'expatrier jusqu'à Calgary, en Alberta, pour gagner
leur vie.
Je voudrais demander au ministre du Travail s'il est conscient que des
milliers de travailleurs ont perdu leur droit de travail, n'ayant pas le permis
de classification mais ayant la qualification, et si c'est son intention de
modifier encore ce règlement pour leur permettre de gagner leur vie. Je
serais tenté de lui demander, quand on répond à ces gens
qui ne peuvent plus travailler dans un métier qu'ils ont appris, s'ils
doivent se considérer d'égal à égal quand ils
doivent gagner Calgary ou l'Ontario, alors que d'autres travailleurs peuvent
gagner leur vie au Québec, à Montréal, partout.
Le Président: Le ministre du Travail et de la
Main-d'Oeuvre.
M. Johnson: M. le Président, je pense qu'il y a bien des
choses dans la question du député. La première, c'est
qu'il a fait un lapsus lui aussi, pour un membre du futur comité du non,
en disant qu'un Québécois s'expatrie quand il va à
Calgary.
Ceci dit, le phénomène de la présence d'une
certaine mobilité existe dans certains métiers de la
construction, en particulier dans ce qu'on appelle toujours les métiers
lourds de la construction, les grands chantiers, la construction industrielle,
comme celle qu'on retrouve au nord de l'Alberta, avec Syncrude entre autres,
dans les métiers de type tuyauteur. Il y a eu les électriciens,
à une certaine époque, jusqu'à ce qu'ils décident
de former un syndicat québécois et qu'on ne les accepte plus sur
les chantiers canadiens cela aussi, c'est peut-être un autre
phénomène dont il faut se souvenir et également des
opérateurs de machinerie lourde.
Ce phénomène de mobilité n'est pas nouveau et n'est
pas relié aux conditions de la capacité de travailler au
Québec ou pas, mais aux conditions du niveau de construction au
Québec ou pas. Comme on ne construit plus d'écoles, on ne
construit plus, à toutes fins utiles, de grands ensembles, de gros
hôpitaux ces grandes phases, au Québec, on les a connues
à la fin des années soixante et au début des années
soixante-dix il y a donc, en pratique, une diminution des grands
chantiers industriels. La proportion de Québécois qui vont
à l'extérieur, à l'inclusion d'une période
très précise, à cause de Syncrude, dans le cas des
tuyauteurs, est inférieure à ce qu'elle a déjà
été. Il ne faudrait quand même pas imputer cela au
règlement de placement.
Ceci dit, quant au règlement de placement, non seulement l'Office
de la construction et le gouvernement ont-ils approuvé les projets de
modification l'an dernier, mais également un nouveau projet de
modification qui a été adopté par le Conseil des
ministres, si je me souviens bien, au mois de décembre, lequel serait en
vigueur à compter du mois de mars, qui est déjà
commencé. Ce projet de règlement de placement, qui est
déjà réalité, fait maintenant que l'ensemble des
critiques qu'on a entendues pas toutes, évidemment, parce que
ça ne peut pas être parfait ... Il y a aussi un objectif qui
est de permettre aux travailleurs de ce secteur une espèce de minimum
garanti, si on veut, en termes d'heures, pour pouvoir vivre. Malgré le
règlement et la sévérité du règlement, au
début, les travailleurs, en moyenne, dans le cas des travailleurs de
métier, se faisaient $12 000, ce qui n'est pas beaucoup, quand on pense
à des métiers spécialisés, ce qui veut dire qu'il y
en a qui gagnaient très peu. Cela, c'est un des objectifs.
Les modifications qu'on a apportées au règlement de
placement permettent de conserver en partie cet objectif, mais, cependant, de
répondre à beaucoup des critiques qui ont été
faites, entre autres, par le député, et dont on a tenu
compte.
Je pense que, de façon générale, même si on
trouvera toujours des cas de gens qui se disent insatisfaits, le
règlement est maintenant assez juste et bien accepté. (14 h
50)
Le Président: M. le député de
Charlevoix.
M. Mailloux: M. le Président, pour que le ministre soit le
plus clair possible à l'intention de tous les Québécois,
je voudrais que, par le biais de la télévision, il donne une
réponse à tous ceux qui ont été exclus, qui sont
quelques milliers de travailleurs, qu'il leur dise bien que le métier
qu'ils ont appris ils en sont aujourd'hui exclus, qu'ils n'ont pas à se
promener dans les bureaux de comté de chacun de ceux qui
représentent le Québec, qu'ils doivent apprendre un autre
métier. Nos réponses ne peuvent les satisfaire. Je vou-
drais que le ministre donne une réponse directement à ces
gens.
M. Johnson: M. le Président, je pense que c'est important
pour nos concitoyens, important pour les membres de cette Assemblée de
savoir que la classification dans la construction encore une fois, cela
se réduit, vous l'accepterez avec moi, à un groupe; c'est
réduit comparé à ce que ça déjà
été cela ne les exclut pas de leur métier. Cela ne
les exclut pas de la possibilité d'être charpentiers-menuisiers,
s'ils veulent le faire en industrie, même dans les maisons mobiles ou
dans d'autres secteurs, dans les hôpitaux. Cela les exclut, cependant,
pour les fins de la classification, de travailler, dans une région
donnée, dans la construction, parce qu'ils n'y ont pas toujours
travaillé ou qu'ils n'y ont pas travaillé des heures aussi
longues que d'autres. Cela fait que le salaire moyen, qui, en 1976, au
Québec, était de $6000, malgré la diminution de la
construction, est passé à $12 000. On a permis aux gens qui
travaillent dans la construction de se faire un salaire décent, mais, au
bout de la ligne, il ne fallait pas permettre la mobilité
illimitée entre le secteur industriel et le secteur de la construction.
Il y a encore de la place pour ces travailleurs, mais c'est vrai qu'il n'y en a
pas dans la construction s'il n'y a pas de pénurie de main-d'oeuvre dans
leur métier. Pourtant, il y en a chaque année, dans certains
métiers, qui entrent à nouveau.
Le Président: M. le député de
Nicolet-Yamaska.
Les centres d'accueil de la région 04 manquent
de ressources
M. Fontaine: M. le Président, ma question s'adresse au
ministre des Affaires sociales. Le 25 mai 1979, le ministre des Affaires
sociales, devant un comité conjoint de l'Association des centres
d'accueil du Québec s'engageaient à verser de $5 millions
à $5 500 000 aux centres d'accueil pour personnes âgées du
Québec. Le 11 mars dernier, le ministre nous disait qu'il avait
versé environ $5 300 000 de ce montant. D'autre part, la région
04 était censée retirer de cette somme $1 185 000, ce montant
ayant été offert par le ministère des Affaires sociales le
31 août 1979. Or, M. le Président, je reçois une lettre,
aujourd'hui, du président du Conseil régional des centres
d'accueil 04, M. Jean-Guy Doucet, qui dit ceci à la fin de sa lettre:
"Permettez-moi de vous rappeler, M. le député, que les centres
d'accueil de la région 04 n'ont touché absolument aucun sou du $1
185 000 promis pour la région pour l'année qui se termine le 30
mars 1980. Nous espérons que vous comprendrez, M. le
député, que nous avons dû prendre des mesures assez
sévères pour souligner ce manque de ressources de nos centres
d'accueil et d'hébergement."
Si, vraiment, M. le Président, la somme de $5 300 000 a
été versée comme l'a dit le ministre la semaine
dernière, comment se fait-il que la région 04 n'a pas reçu
ce qui lui était dû aux termes d'une entente conclue avec le
ministère?
Le Président: M. le ministre des Affaires sociales.
M. Lazure: II n'y a personne, jusqu'ici, qui a nié que le
ministère ait versé la somme de $5 300 000. Même le
porte-parole de l'Association des centres d'accueil du Québec l'a
affirmé à quelques reprises. Le litige, actuellement, c'est qu'on
n'est pas en mesure, du moins pas avant le discours du budget, de dire à
l'Association des centres d'accueil combien nous pourrons verser durant
l'année financière qui commence. Donc, il ne faut pas mettre en
doute l'affirmation que nous avons faite à maintes et maintes reprises
des deux côtés de la table, si vous voulez, autant l'Association
des centres d'accueil que le ministère, que nous avons versé $5
300 000.
Le député de Nicolet-Yamaska prétend que la
région 04 n'a pas reçu sa part de ces $5 millions. J'en serais
étonné. Vous admettrez, M. le Président, que je ne puisse
pas posséder mentalement la répartition de chacune des dix
régions du Québec sur cette enveloppe globale de $5 300 000. Je
prends note de la question du député de Nicolet-Yamaska et je
m'engage à lui fournir, dès la semaine prochaine, les chiffres
des montants qui ont été versés aux centres d'accueil de
la région 04.
Le Président: Dernière question, M. le
député de Nicolet-Yamaska.
M. Fontaine: On m'a remis un partage budgétaire qui avait
été entendu avec le ministère des Affaires sociales. Le 28
août 1979, il y avait une rencontre au ministère des Affaires
sociales avec M. P.-A. Bernier, directeur de l'hébergement et, à
ce moment-là, le gouvernement avait soumis des propositions. Le 31
août 1979, à la suite de la rencontre du 28 août, le
ministère des Affaires sociales soumet une nouvelle proposition de
partage budgétaire d'un montant de $1 185 000 et sollicite une
réponse au cours de la semaine du 17 septembre 1979. Or, la
réponse a été donnée dans les délais et elle
a été acceptée; le montant de $1 185 000 a
été accepté. Or, comment concilier ce fait-là avec
ce que nous dit M. Jean-Guy Doucet, président régional des
centres d'accueil 04, qui dit qu'il n'a rien reçu? Je ne parle pas pour
l'année qui vient, je parle de l'année écoulée,
1979.
Le Président: M. le ministre des Affaires sociales.
M. Lazure: Encore une fois, M. le Président,
l'échange de correspondance que le député vient de lire
tend à confirmer qu'il y a eu accord pour qu'une tranche d'un peu plus
de $1 million soit versée à la région 04. Vous m'arrivez
aujourd'hui avec la lettre d'un représentant régional de
l'Association des centres d'accueil qui a entrepris une
certaine campagne, depuis quelques semaines qu'on connaît
et qui prétend que les sommes d'argent n'ont pas
été versées. Je prends bonne note de cette lettre dont je
n'ai pas vu le contenu et je vais vérifier auprès du
ministère, auprès des fonctionnaires. Jusqu'à preuve du
contraire, ces sommes ont été versées, mais je ferai
rapport la semaine prochaine.
Le Président: Mme la députée de L'Acadie,
une brève question additionnelle. Mme la députée de
L'Acadie.
Mme Lavoie-Roux: M. le Président, j'aimerais demander au
ministre des Affaires sociales de confirmer de nouveau ce qu'il vient de dire.
Les centres d'accueil et lui se sont toujours entendus pour dire que quelque $5
millions avaient été versés pour le budget de 1978-79. Ce
dont on s'enquiert, c'est si les sommes qui avaient été
prévues pour 1979-80 ont été versées. Il ne s'agit
pas de 1980-81. Celles de 1979-80 ont-elles été
versées?
Le Président: M. le ministre des Affaires sociales.
M. Lazure: II y a certaines sommes qui ont été
versées pour 1979-80, mais pas autant que l'Association des centres
d'accueil aurait voulu.
Des Voix: Ah!
M. Lazure: Cela fait deux semaines et demie que j'ai
expliqué cette situation en Chambre. Là où il reste encore
un point d'interrogation, c'est sur les sommes qui seront prévues dans
le budget 1980-81. Nous serons en mesure dans quelque temps de donner plus de
détail sur ces sommes.
Le Président: Fin de la période des questions.
Nous en sommes aux motions non annoncées.
M. le leader parlementaire de l'Union Nationale, aux motions non
annoncées.
Motion non annoncée
Membres des commissions parlementaires
M. Brochu: Oui, M. le Président. J'ai d'ailleurs
consulté les leaders parlementaires des autres formations politiques
concernant cette motion non annoncée. A la suite de certains
réaménagements que nous avons faits de notre côté,
puis-je obtenir le consentement unanime des membres de cette Assemblée
pour que soit maintenant déposée la liste des membres et
intervenants unionistes aux commissions élues permanentes?
Le Président: Y a-t-il consentement?
M. Charron: Oui, M. le Président. Je voudrais simplement
ajouter un mot qui va à la suite de ce que vient de dire le
député de Richmond. Plusieurs membres, je crois, non seulement de
l'Union Nationale, mais de notre côté et peut-être
que cela existe chez l'Opposition officielle aussi nous avons des
réaménagements à faire au sein des commissions
parlementaires, certains députés ayant manifesté le
désir de travailler dans un secteur plutôt qu'un autre. En
conséquence, on en est presque aux avis à la Chambre, M. le
Président. Je dis tout de suite, pour donner satisfaction au
député de Richmond, que probablement jeudi matin, le 27, à
10 heures, il y aura une réunion de la commission parlementaire de
l'Assemblée nationale où nous pourrons faire, l'un après
l'autre, la révision des membres des commissions parlementaires.
Le Président: Très bien. M. le leader parlementaire
de l'Opposition officielle.
M. Levesque (Bonaventure): M. le Président, parlant sur
cette motion non annoncée du leader parlementaire de l'Union Nationale,
je suis évidemment pleinement d'accord pour que le dépôt
puisse se faire et je vais concourir immédiatement avec ce qu'a
évoqué le leader parlementaire du gouvernement quant à nos
propres intentions de faire certains aménagements dans nos porte-parole
aux diverses commissions élues, d'autant plus que ceci s'impose chez
nous d'une façon particulière, vu le résultat des
élections partielles.
M. Raynauld: En vertu de 34?
Question de privilège Article de journal
erroné
Le Président: Maintenant, avant 34, je voudrais donner
lecture d'un avis qui m'a été signifié dès hier
après-midi: "Québec, le 19 mars 1980. M. je Président,
conformément à l'article 49 du règlement, je désire
vous donner avis que je soulèverai une question de privilège
avant l'appel des affaires du jour pour rétablir les faits et protester
contre un article paru dans le Journal de Québec, mercredi le 19 mars
1980. Cet article porte atteinte à mes privilèges de membre de
l'Assemblée nationale et de ministre des Travaux publics et de
l'Approvisionnement. Veuillez agréer, M. le Président,
l'expression de mes sentiments les meilleurs." C'est signé du ministre
des Travaux publics et de l'Approvisionnement, Jocelyne Ouellette. (15
heures)
Mme la ministre, s'il vous plaît, en vous conformant au
règlement, sans soulever de débat et brièvement.
Mme Jocelyne Ouellette
Mme Ouellette: Très brièvement, M. le
Président.
Nous avons pu lire, dans le Journal de Québec d'hier, un article
intitulé "Rosalie a des fuites: Rosalie n'est pas absolument
étanche, a reconnu hier, le ministre des Travaux publics et de
l'Approvisionnement."
II me faut m'élever, M. le Président, contre de telles
affirmations qui, en plus d'être fausses, risquent de semer le doute dans
l'esprit des fournisseurs ce qui est grave du gouvernement et
dans celui des citoyens du Québec.
Mes propos furent plutôt: "On n'a jamais eu la prétention
de dire que là-dedans tout avait été dit et que
c'était parfait à tous les points de vue." Il y a donc entre ces
propos et ceux rapportés par le journaliste une nuance très
importante. Ce que je dis, c'est que le système du fichier central est
nouveau et, en conséquence, que certains problèmes de
fonctionnement peuvent être découverts à l'usage et, quand
de tels cas se produisent, nous sommes ouverts afin de rendre l'utilisation du
fichier la plus universelle et la plus régionalisée possible.
Il existe par contre je l'avais ajouté également
des cas d'urgence ou d'exception qui forcent les administrateurs publics
à ne pas utiliser ce fichier, mais il est faux de prétendre que
le fichier n'est pas étanche ou qu'il a des fuites. Nous sommes
convaincus de la sécurité du contenu du fichier et sur l'aspect
aléatoire des propositions de noms que le ministère des Travaux
publics et de l'Approvisionnement soumet au ministère client.
M. le Président, en complément au troisième volet
de la question posée par le député de Bellechasse, mon
collègue, le ministre des Transports, répondra.
Le Président: Merci, Mme la ministre. M. le
député d'Outremont, votre question en vertu de l'article 34.
M. Raynauld: Merci, M. le Président. Je voudrais demander
une information au ministre des Finances.
Une Voix: Complément de réponse.
Le Président: Immédiatement? Je m'excuse. M. le
ministre des Transports, je regrette mais il aurait fallu signaler auparavant
que vous aviez un complément de réponse à apporter
puisqu'on a déjà dépassé et de beaucoup la
période de questions.
M. le député d'Outrement.
Recours à l'article 34
M. André
Raynauld
M. Raynauld: En vertu de l'article 34, je voudrais poser une
question au ministre des Finances. Comme on le sait, le ministère des
Finances publie à tous les trois mois une synthèse des
opérations financières. J'aurais voulu demander au ministre des
Finances s'il n'aurait pas pu, en prévision du discours du budget de la
semaine prochaine, déposer devant la Chambre la synthèse des
opérations financières pour les mois d'octobre, novembre et
décembre. Il me semble que ça aiderait énormément
à la compréhension des pro- blèmes et je ne comprends pas
qu'après deux mois et demi ce troisième trimestre de
l'année financière ne soit pas encore déposé, ne
soit pas encore accessible. Donc, cette synthèse des opérations
financières au 30 décembre n'est pas encore accessible. Cela
aurait aidé beaucoup à faire une interprétation
cohérente de la situation financière du gouvernement du
Québec.
Le Président: M. le leader du gouvernement.
M. Charron: M. le Président, je prends avis de la question
pour savoir quand ce document pourra être déposé. Je
consulterai mon collègue des Finances.
Des Voix: II est là.
M. Charron: Oui, je le consulterai après.
Le Vice-Président: A l'ordre, s'il vous plaît! M. le
leader de l'Opposition officielle.
M. Levesque (Bonaventure): M. le Président, comme nous
sommes jeudi et que nous n'avons pas beaucoup de chance de siéger
à moins qu'il y ait une session spéciale, et même alors je
ne pense pas qu'on puisse se rendre aux questions selon les dispositions de
l'article 34, et comme il est prévu que le ministre des Finances va
donner lecture de son budget mardi prochain, n'y aurait-il pas lieu que le
leader parlementaire du gouvernement ne se réfugie pas à ce
moment-ci dans la distance qui le sépare de son collègue le
ministre des Finances et qu'il puisse y avoir une petite consultation amicale
et cordiale et que le député d'Outremont puisse recevoir une
réponse en temps utile; autrement c'est une fin de non-rece-voir.
M. Charron: Même si je procédais à cette
consultation immédiatement, M. le Président, cela ne nous
autoriserait pas pour autant à déposer le document, même si
le ministre des Finances l'avait dans sa poche. La prochaine période de
dépôt de documents, selon notre règlement, c'est mardi
prochain.
Le Président: A l'ordre, s'il vous plaît! M. le
leader parlementaire de l'Opposition officielle.
Avis à la Chambre
M. Levesque (Bonaventure): M. le Président, avec le
consentement de l'Assemblée, puis-je donner un avis relativement
à la question avec débat pour vendredi prochain? J'ai
mentionné "consentement", parce que cette question n'apparaît pas
en appendice au feuilleton. Je donne avis, selon les dispositions du code.
Le Président: M. le leader parlementaire de l'Opposition
officielle, si vous permettez, j'allais justement donner l'avis et vous
indiquer que la
question avec débat du vendredi, 28 mars, appartient à
l'Opposition officielle. Pour faire les choses dans l'ordre, il faudrait le
faire de cette façon. Je voudrais que vous indiquiez quelle sera la
nature de la question. Je vous cède la parole.
M. Levesque (Bonaventure): Je vous remercie, M. le
Président. C'est une question avec débat proposée par le
député d'Outremont. Elle invite le ministre des Finances à
venir répondre aux questions que lui posera le député
d'Outremont et ses collègues relativement au sujet suivant: Les
conséquences économiques de la souveraineté-association
proposée par le gouvernement.
Le Président: Est-ce qu'il y a consentement, M. le leader
parlementaire du gouvernement?
M. Charron: Consentement.
Le Président: II y a consentement unanime pour que la
question avec débat du vendredi, 28 mars A l'ordre, s'il vous
plaît! soit celle que vous venez de proposer, nonobstant les
dispositions de l'article 174a.
M. Charron: Aux avis à la Chambre.
M. Lavoie: Sur le même sujet, est-ce que je pourrais
demander au ministre des Finances s'il déposera, à cette
occasion, son budget de l'An l de l'indépendance du Québec?
Le Président: S'il vous plaît, à l'ordrel A
l'ordre, s'il vous plaît!
M. le leader parlementaire du gouvernement.
M. Charron: M. le Président, je pense que le
député de Laval vient de donner l'exemple du genre de flash qu'on
doit retenir.
M. Lavoie: C'est pour éclairer la population.
M. Charron: Je ne pense pas que vous soyez doté des
lumières suffisantes pour vous permettre cela.
Travaux parlementaires
M. le Président, je voudrais donner à l'Assemblée
un aperçu des travaux puisque le débat sur la motion
privilégiée connaîtra sa fin dans la séance
d'aujourd'hui. Je dis tout de suite que cette séance sera
ajournée dès que la motion du premier ministre, avec ou sans
amendement, aura été adoptée. Mardi, lorsque nous nous
retrouverons, après la période des questions ce n'est pas
une surprise, les leaders parlementaires en sont déjà
informés depuis un bon moment vous procéderez, M. le
Président, selon ce qui a été convenu, au
dépôt de la nouvelle carte électorale, puisque la
Commission de la représentation électorale nous a annoncé
qu'elle serait disponible pour dépôt à l'Assemblée
mardi après-midi.
J'ai donc l'intention de proposer la suspension des travaux de la
Chambre après la période des questions pour permettre à
chacune des formations politiques de prendre connaissance et d'étudier
le projet de carte électorale qui aura été
déposé quelques minutes auparavant. En soirée, bien
sûr, la séance reprendra pour le discours du budget qui a toujours
été annoncé pour le 25 mars, et qui aura lieu le 25
mars.
Hier, dans une rencontre que j'ai eue avec vous, le député
de Bonaventure, un de ses collègues, le député de Richmond
et un de ses collègues, j'ai été mis devant une demande
que j'ai accepté de considérer, à savoir que le
délai que prévoit la loi pour l'adoption de cette carte la
loi 10prévoit, dans je ne sais plus quel article, le délai du 31
mars avait des inconvénients, au dire de mes collègues qui
me les ont largement exprimés.
Il y avait beaucoup de bon sens dans leurs représentations:
l'inconvénient, d'abord, d'obliger les parlementaires à tenir
rapidement puisque mardi, nous serons déjà le 25
c'est-à-dire ou mercredi, ou jeudi le débat de cinq heures que
prescrit la loi pour permettre aux députés d'émettre leur
opinion sur le projet de carte que la commission nous aura fourni à ce
moment-là. D'autre part, puisque la population a été, pour
la première fois, consultée sur le découpage
électoral, il faut permettre également à la population,
aux différents corps intermédiaires qui se sont
présentés lors de la consultation publique, au moins à eux
aussi de prendre connaissance de la carte et de faire connaître une
opinion.
(15 h 10)
Les députés de l'Opposition, ensemble, m'ont
proposé, M. le Président, un amendement à la loi qui, vu
les circonstances, étendrait jusqu'au 15 avril plutôt qu'au 31
mars, et ce en présence d'un représentant des commissaires
à la représentation électorale et en présence du
président général des élections, le délai
pour que cette commission ait pris en considération nos remarques, ce
qui ne nous obligerait pas à les faire les 26 et 27.
Or, M. le Président, j'ai soumis cette proposition, qui
m'apparaissait bien fondée, à mes collègues du Conseil des
ministres, ce matin, et nous avons décidé rapidement de
l'agréer et de la recevoir. Ce qui fait que mardi prochain, avant que
nous suspendions pour aller considérer cette carte, je déposerai
et souhaiterai, à ce moment, son adhésion rapide, comme on
me l'a, je ne dirai pas promis, mais laissé entendre en tout cas, hier
un petit projet de loi qui aurait pour effet de changer la date du 31
mars pour le 15 avril.
Cela nous donnera plus de temps, à nous et à la
population, pour connaître la carte et faire connaître nos
opinions. J'indique tout de suite que le débat de cinq heures, dans ces
circonstances, n'aura pas lieu le 26, comme j'avais été
obligé de le prévoir dans le délai, mais plutôt le
lundi 31 mars. Nous aurons, nous députés, une semaine pour
prendre connaissance de la carte et faire connaître nos opinions. La
population, elle aura jusqu'au 15 avril puisque le délai est aussi
offert à la population et aux membres de la Commission de la
représentation électorale.
Voici l'avis que je donne, M. le Président...
M. Levesque (Bonaventure): Le 31 mars.
M. Charron: J'avais déjà prévenu je
pense que ce n'est pas une surprise pour personne, mais aussi bien le rappeler
qu'à cause du congé pascal qui débute non pas la
semaine prochaine, mais dans l'autre semaine, nous allons exceptionnellement
siéger le lundi parce que nous ne siégerons pas le jeudi saint.
Donc, les cinq heures de séance prévues le lundi seront celles
réservées à la discussion, dans cette Assemblée, du
projet de carte électorale.
Le Président: M. le leader parlementaire de l'Opposition
officielle.
M. Levesque (Bonaventure): Je pense que le leader parlementaire
du gouvernement a rapporté assez fidèlement la réunion que
nous avons eue en votre présence et au cours de laquelle, au nom de ma
formation politique, je me suis opposé d'abord au fait qu'on devait,
dès le lendemain du dépôt de cette carte à
l'Assemblée nationale, passer immédiatement au débat sans
permettre à la population de nous faire connaître,
évidemment, ses réactions quant à ces nouvelles
délimitations des circonscriptions électorales.
Je suis heureux de voir que le gouvernement et le Conseil des ministres
ont accepté cette proposition qui n'était peut-être pas une
proposition mais, au moins, une demande d'exploration de la situation. A ce
propos, je voudrais maintenant poser quelques questions additionnelles. La
première, c'est celle-ci: Le mercredi avait été
prévu pour d'autres fins; est-ce que c'est maintenant le mercredi qui
serait retenu pour une commission parlementaire, tel que le mentionne la loi no
10?
Le Président: M. le leader parlementaire du
gouvernement.
M. Charron: Je remercie le député de Bonaventure de
sa question. Comme je l'ai annoncé tout à l'heure, j'ai
donné avis de la réunion de la commission de l'Assemblée
nationale le jeudi 27. Nous ferons les deux, c'est-à-dire la
transformation des commissions, qui ne devrait prendre que quelques minutes,
j'imagine, au tout début, et nous pourrons, à ce
moment-là, explorer cela pendant la séance de la matinée
seulement, toutefois, et questionner les représentants de la Commission
de la représentation électorale, le jeudi 27, avant d'avoir notre
débat le 31.
Quant à la journée du mercredi, elle se trouve
vidée de son projet initial du fait que le débat est
reporté au 31, et il y aurait danger je le dis comme je le pense
de pénaliser l'Opposition, je le dis franchement. Le discours du
budget ayant lieu mardi soir et la séance ayant lieu mercredi matin
à 10 heures, cela donnerait peu de temps, je crois, aux critiques de
l'Opposition officielle et aux critiques de l'Union Nationale pour
préparer une intervention au nom de leur parti et la tradition est
d'étirer le délai.
Je ne veux pas, je ne souhaite pas forcer la réplique à 10
heures, le mercredi matin, le lende- main du budget. Mais j'aurais besoin d'une
collaboration en retour. S'il y avait consentement pour que la séance du
mercredi débute, elle, à 14 heures plutôt qu'à 15
heures, contrairement à notre règlement, nous pourrions,
dès 15 heures, avoir une à la suite de l'autre, et cela
après un délai traditionnel, la réplique des partis
d'Opposition sur le budget.
M. Samson: M. le Président...
Le Président: M. le député de
Rouyn-Noranda.
M. Samson:... je voudrais demander au leader parlementaire si des
dispositions sont prises, vu que mardi c'est le discours du budget, pour
permettre aux représentants des partis d'Opposition de se rendre prendre
connaissance du discours du budget je crois que c'est d'habitude dans
l'après-midi et de pouvoir faire nos commentaires de dix minutes
en soirée.
M. Charron: Oui, M. le Président. Ce seront
intégralement les mêmes mesures de confidentialité à
la fois et de disponibilité que celles qui ont été
appliquées pour le budget de l'année dernière. Je pense
que le député de Rouyn-Noranda avait obtenu satisfaction.
M. Levesque (Bonaventure): M. le Président...
Le Président: M. le leader parlementaire de l'Opposition
officielle.
M. Levesque (Bonaventure): ... malgré tout le désir
que nous avons de collaborer, après une brève consultation et
tenant compte de plusieurs précédents, il nous apparaîtrait
dans l'intérêt public et, je pense, dans
l'intérêt de cette Chambre que nous puissions disposer de
la journée de mercredi pour faire une analyse plus complète du
budget et répliquer le jeudi. Ceci n'empêche pas que mercredi,
nous pourrons avoir la journée des députés ou autres
travaux. Si le gouvernement avait besoin d'un consentement, on pourrait le
considérer.
M. Charron: Je vais attendre la réponse de l'Union
Nationale.
Le Président: M. le leader parlementaire de l'Union
Nationale.
M. Brochu: M. le Président, après une brève
consultation également avec mes collègues, en ce qui concerne la
journée du mercredi, un de mes collègues avait l'intention
d'utiliser la motion prévue au nom de l'Union Nationale pour la
journée des députés. Si on n'en avait pas besoin, à
ce moment-là, cela donnerait une journée de plus pour
l'étude plus exhaustive du discours du budget et pour préparer la
réplique pour le jeudi.
M. Charron: D'accord!
Le Président: M. le leader parlementaire du
gouvernement.
M. Charron: D'accord, M. le Président. Je veux simplement
signaler de nouveau que la possibilité de faire la réplique du
budget dès le lendemain de la présentation du budget, ce sont des
conditions que nous avons connues pendant une certaine époque et je ne
brise pas une tradition en faisant cela, mais peu importe. La réplique
aura lieu jeudi après-midi, après la période des
questions. Mercredi matin, toutefois, ce que nous ferons, c'est le débat
sur le budget provisoire, puisqu'il nous faudra bien en adopter un avant le 31
mars pour nous permettre d'agir pendant quelques mois, afin que la machine
gouvernementale puisse fonctionner. Mercredi matin, budget provisoire. Je n'ai
pas d'autre avis, M. le Président.
Le Président: J'appelle donc la motion de M. le premier
ministre sur la question référendaire. Je crois que...
M. Lalonde: Excusez-moi...
Le Président: M. le député de
Marguerite-Bourgeoys.
M. Lalonde:... mais le leader a oublié l'avis de la
commission parlementaire de demain. Je pense que cela n'a pas fait l'objet d'un
avis formel de la part du leader.
M. Charron: C'est vrai. Vous avez raison. Je l'avais dans mes
papiers, mais... Vendredi, le 21 mars, M. le Président, donc, demain,
ici même, à 10 heures, question avec débat du
député de Bellechasse adressée au ministre des
Transports.
Le Président: Non, non. Je crois qu'il y a confusion, M.
le leader parlementaire du gouvernement. Je crois qu'on voulait plutôt
parler de la commission parlementaire du travail et de la main-d'oeuvre, pour
les cols bleus.
M. Charron: Oui, c'est vrai. Je dois le faire à ce
moment-ci, préférablement. Réunion de la commission
parlementaire du travail et de la main-d'oeuvre demain, 10 heures, salle 81-A.
Seront convoqués les représentants du syndicat des cols bleus de
la ville de Montréal et les représentants des autorités
municipales de Montréal. (15 h 20)
M. Lavoie: Une dernière question au leader parlementaire
du gouvernement.
Le Président: M. le député de Laval.
M. Lavoie: J'ai cru comprendre que, pour mercredi prochain, vous
sembliez vouloir limiter la commission parlementaire de l'Assemblée
nationale qui étudiera la nouvelle carte électorale uniquement
à la séance du matin.
Une Voix: C'est jeudi.
M. Lavoie: Non, jeudi matin. Uniquement le matin. Qu'est-ce qui
arriverait si des députés non seulement de l'Opposition, mais
ministériels voulaient intervenir? Je me demande s'il ne devrait pas y
avoir un ordre de la Chambre pour que tous les membres de l'Assemblée
aient le droit d'intervenir à cette commission.
M. Charron: Oui.
M. Lavoie: On pourrait entendre des représentations. On ne
connaît pas la carte. Ce n'est pas uniquement l'Opposition. C'est la
fameuse carte de la démocratie. Si des députés
ministériels ont des propos ou des commentaires à faire sur cette
carte, ne trouvez-vous pas que c'est assez court de limiter le temps à
deux heures et demie?
M. Levesque (Bonaventure): Dans la loi, c'est quoi?
M. Lavoie: La loi ne prévoit aucune limite pour cette
commission parlementaire, d'ailleurs.
M. Charron: Justement, elle ne prévoit aucune limite, ni
aucune durée. Elle prévoit simplement une séance de la
commission parlementaire de l'Assemblée nationale. En ce sens, j'aurais
pu prévoir qu'elle dure une heure. Je ne veux pas vous dire que je suis
bon prince en indiquant deux heures et demie. Ce qui m'a fait choisir la
séance de jeudi matin, M. le Président, et éviter de
reconvoquer la commission de l'Assemblée nationale dans
l'après-midi, c'est que la tradition veut que l'Opposition demande
toujours qu'il n'y ait aucune commission parlementaire pendant que son critique
sur le budget fait sa réponse. En conséquence, je me soumets
à la tradition que l'Opposition a toujours voulue.
M. Levesque (Bonaventure): M. le Président...
Le Président: M. le leader parlementaire de l'Opposition
officielle.
M. Levesque (Bonaventure): ... n'y aurait-il pas lieu, pour le
leader parlementaire du gouvernement, qui n'est pas seul à
décider...
M. Lavoie: Oui.
M. Levesque (Bonaventure):... parce qu'évidemment c'est
une décision de la Chambre, de suggérer simplement dans son avis
que nous puissions le faire au cours de cette séance? Qu'on ne se
renferme pas dans le ciment, comme on dit, mais qu'on laisse la
possibilité de revoir la situation...
M. Charron: Volontiers.
M. Levesque (Bonaventure): ... une fois la première
séance terminée.
Le Président: M. le leader parlementaire du
gouvernement.
M. Charron: Volontiers, M. le Président. Ce sont des
questions, d'ailleurs, qu'on pourrait régler bien ailleurs qu'ici en ce
moment.
Motion privilégiée relative à
la
question devant faire l'objet d'une
consultation populaire sur une nouvelle
entente avec le Canada
Le Président: Je crois que l'ajournement du débat
avait été demandé et obtenu par M. le ministre de la
Justice. Je vous cède la parole, M. le ministre de la Justice. Juste un
moment pour ne pas vous interrompre.
M. le leader parlementaire de l'Union Nationale.
M. Brochu: Je m'excuse auprès de mon collègue, le
ministre de la Justice. C'est simplement une directive que je veux demander
pour m'assu-rer de la bonne marche de nos travaux d'ici à la prise du
vote à la fin de cette séance.
Nous avons eu des entretiens de façon informelle avec le leader
parlementaire du gouvernement et le leader parlementaire de l'Opposition
officielle et il y a eu l'entente informelle on pourra la confirmer
que les discours des chefs, dans l'ordre inverse du début de la
discussion, soit le député de Gaspé, le
député d'Argenteuil et le premier ministre, mettraient fin aux
présentes discussions mais qu'il ne pourrait pas y avoir d'autres
députés qui viennent s'intercaler dans ces discours. M. le
Président, c'est là le sens de ma demande de directive, est-ce
que vous pourriez rendre officielle cette entente entre les leaders que,
dès le député de Gaspé prendra la parole, ce sera
la ronde des chefs pour mettre fin au débat?
Le Président: M. le leader parlementaire de l'Union
Nationale, la question est pertinente parce que c'est en effet comme cela qu'on
avait décidé de mettre un terme au débat de 35 heures,
c'est-à-dire dans l'ordre à peu près inverse du
début. J'ai l'intention d'accorder le droit de parole à la toute
fin d'abord au chef de l'Union Nationale, ensuite au chef de l'Opposition
officielle et donner le droit de réplique de 20 minutes au premier
ministre. Auparavant, j'essaierai, s'ils en expriment le désir, de
donner la parole à M. le député de Rouyn-Noranda pour les
quelques minutes qu'il lui reste, à M. le député de
Lotbinière, de même qu'à M. le député de
Gouin.
M. le ministre de la Justice.
Reprise du débat M. Marc-André
Bédard
M. Bédard: M. le Président, le débat
historique qui s'achève dans cette Assemblée s'est
déroulé sereinement. Ce débat aura permis l'expression
démocratique d'un grand éventail d'opinions et il aura
favorisé une meilleure information de nos concitoyens sur le sens du
choix qu'ils auront à faire. A cette occasion, nous avons
également été témoins de l'un de ces gestes cou-
rageux en politique motivé par la conviction profonde, posé dans
l'intérêt supérieur de nos concitoyens et dépassant
les lignes des partis politiques.
Je me permets ici de saluer avec le plus grand respect la
décision du député de Lotbinière, M. Rodrigue
Biron. Il écrit ainsi l'une des belles pages de l'histoire de notre
peuple et nos concitoyens, notamment ceux du comté de Lotbinière,
peuvent en être fiers.
M. le Président, si le gouvernement disait aujourd'hui ceci:
Suite à un mandat que la population nous avait donné en ce sens,
nous avons négocié avec le reste du Canada, nous avons obtenu une
nouvelle entente avec le Canada basée sur l'égalité et la
souveraineté des deux peuples fondateurs, nous avons conclu une
association économique mutuellement avantageuse et, dorénavant,
nous avons le droit exclusif de percevoir nos impôts, de faire nos lois
et de voir à notre représentation extérieure.
Autrement dit, si la question soumise à l'Assemblée
nationale et à la population se lisait de la façon suivante: Le
gouvernement du Québec fait savoir qu'il est arrivé avec le reste
du Canada à une nouvelle entente fondée sur le principe de
l'égalité des peuples. Cette entente permet au Québec
d'acquérir le pouvoir exclusif de faire ses lois, de percevoir ses
impôts et d'établir ses relations extérieures, ce qui est
la souveraineté, et, en même temps, de maintenir avec le reste du
Canada une association économique comportant l'utilisation de la
même monnaie. En conséquence accordez-vous au gouvernement de
Québec le mandat de ratifier cette entente entre le Québec et le
Canada?
Il est évident, M. le Président, que l'immense
majorité des Québécois serait heureuse et fière du
succès de ces négociations qui reconnaîtraient enfin au
Québec ce statut d'égalité auquel il aspire depuis des
générations. Quel Québécois refuserait cette prise
en main de nos responsabilités dans un climat d'entente avec le reste du
Canada?
M. le Président, au-delà de la grammaire, des mots et des
formulations, c'est quoi la question posée par le gouvernement? Tout
simplement ceci; mandatez, permettez à votre gouvernement de
négocier cette entente d'égal à égal qui
c'est notre conviction réaliserait ce désir ancré
depuis toujours dans le coeur du peuple québécois. Cette
négociation, avec l'appui des Québécois, se fera à
partir d'une base, à partir de positions précises qui sont
contenues dans la question.
J'ai entendu, comme vous, M. le Président, certains membres de
cette Assemblée critiquer la question, parce qu'elle demande un mandat
de négocier. Ce mandat est essentiel. Comment pourrait-on en arriver
à une nouvelle entente avec le reste du Canada sans la négocier?
Le changement doit se faire par la négociation et cela exige un mandat
spécial des citoyens. C'est en position de force et non de faiblesse
qu'il faut négocier. Pourquoi est-ce important de s'assurer d'une
position de force? Parce que depuis des dizaines d'années,
tous les gouvernements du Québec, y compris le gouvernement
actuel, ont essayé de négocier des réformes, des
transferts de pouvoirs, la récupération de nos impôts, mais
de réunions fédérale-provinciales en réunions de
premiers ministres, de réunions de ministres en réunions de
fonctionnaires, depuis des dizaines d'années, on tourne en rond. (15 h
30)
Depuis des dizaines d'années, les gouvernements du Québec
se font dire par le reste du Canada: What does Québec want? Que veut le
Québec? Que veulent les Québécois? C'est parce qu'aucun
gouvernement n'a pu répondre à cette question en s'appuyant sur
un mandat exprès de la population qu'ils ont toujours été
en position de faiblesse et, parce qu'ils étaient dans cette position de
faiblesse, ils n'ont rien obtenu. Pour négocier efficacement, il faut
une base solide et des positions précises. C'est ce que nous retrouvons
dans le libellé de la question et, dans ce sens, le
référendum permettra de clarifier la position des
Québécois face au reste du Canada. Et cette clarification est
nécessaire depuis longtemps.
Depuis des dizaines d'années, les uns après les autres,
les premiers ministres du Québec ont été solidaires en ce
qui regarde les revendications traditionnelles des Québécois face
au pouvoir fédéral. Mais le Canada anglophone a toujours mis en
doute le fait que ces premiers ministres du Québec représentaient
le désir de la majorité des Québécois. Trop
souvent, ils étaient influencés en ce sens par les hommes
politiques québécois oeuvrant sur la scène
fédérale.
Par le référendum, pour la première fois, ce ne
sont pas les politiciens, c'est le peuple québécois, directement,
qui veut faire connaître la base de la négociation, les
intentions, les objectifs. Pour la première fois, le reste du Canada
saura ce que les Québécois veulent, ce qu'ils désirent, et
cette volonté démocratiquement exprimée aura comme effet
d'aligner les dirigeants politiques qui prétendent tous parler au nom de
la majorité des citoyens, que ce soit au niveau provincial ou au niveau
fédéral. Je suis convaincu que les politiciens qui, après
être intervenus dans la campagne référendaire, ne
respecteraient pas les intentions exprimées majoritairement seraient
jugés sévèrement par la population et pourraient avoir une
courte carrière politique.
Enfin, M. le Président, pour la première fois dans son
histoire, le peuple québécois va lui-même indiquer la
direction de l'avenir à la suite d'une question précise. Enfin,
les dirigeants politiques québécois, fédéraux et
provinciaux, cesseront de prétendre à tour de rôle qu'ils
parlent au nom de la majorité des Québécois quand il
s'agit de l'avenir constitutionnel du Québec. C'est le peuple
lui-même qui va tracer cette direction; c'est cela, l'importance du
référendum.
M. le Président, la question référendaire soumise
par le premier ministre du Québec est claire. Elle propose aux citoyens
de donner à leur gouvernement un mandat de négocier avec le reste
du Canada une nouvelle entente basée sur l'égalité et la
souveraineté des peuples où le Canada et le Québec
conserveraient une association économique. C'est la première
fois, dans toute l'histoire de notre peuple, que le chef de son gouvernement,
en toute confiance, en toute sérénité et avec espoir,
propose aux citoyens de décider et de parler clairement. C'est la
première fois que le chef du gouvernement de tous les
Québécois demande à ceux-ci, sous les regards attentifs
des citoyens des neuf autres provinces, devant les neuf gouvernements
provinciaux, devant le gouvernement d'Ottawa et devant la communauté
internationale, de dire oui; oui, allez nous négocier cette entente;
oui, allez nous négocier cette nouvelle entente Québec-Canada.
Pour réussir, il faut une grande solidarité des hommes et des
femmes du Québec, il faut une solidarité nationale, une
volonté collective, ce qui dépasse les partis politiques.
Face à ces impératifs, les députés qui
s'apprêtent à dire non porteront une lourde et terrible
responsabilité. Ils auront la responsabilité d'avoir
tenté, par tous les moyens, de diminuer cette unité et cette
solidarité; la responsabilité d'avoir tenté
d'empêcher la définition d'un objectif général,
souhaitable pour nos concitoyens, et d'avoir tenté d'affaiblir la
position de négociation des Québécois dans cette
volonté de réaliser un véritable changement, un
sérieux changement à la constitution actuelle.
M. le Président, la question soumise par le premier ministre est
non seulement claire, légale, légitime et responsable, elle est
aussi absolument honnête et franche. A cet égard, je dois
déplorer l'attitude du chef du non quand il dit que la question est
malhonnête. Quand le chef du non dit que la question est
malhonnête, il n'est pas correct; quand il dit cela, le chef de
l'Opposition se laisse emporter par des considérations partisanes. Pour
certains, la question peut paraître longue, mais je pense qu'il est plus
responsable et honnête de poser une question claire et complète
que brève et simpliste. La question nationale du Québec ne se
résume pas en trois mots. Ce n'est pas en comptant des mots ou le nombre
de mots qu'on doit décider comment on va mieux servir nos concitoyens.
Ce que veut dire le gouvernement et ce que veut faire le gouvernement
c'est clairement dit dans la question c'est une nouvelle entente
fondée sur l'égalité et la souveraineté des deux
peuples avec, en même temps, une association économique.
Le clan du non n'a pas encore compris la question. Ou plus exactement,
les dirigeants du non l'ont très bien comprise. Ils cherchent à
tromper la population en essayant de faire dire à cette question ce
qu'elle ne dit pas. La question ne parle pas de séparation; nous n'en
voulons pas! Elle ne parle pas de briser le Canada; ce n'est pas, non plus,
l'objectif des Québécois. La question se réfère
clairement à la négociation d'une nouvelle entente d'égal
à égal entre les deux peuples. Les propagandistes du non ont-ils
seulement lu la question, eux qui disaient, avant même qu'elle soit
posée ou qu'elle soit connue, qu'ils répondraient
non à n'importe quelle question? Pour justifier maintenant une
réponse prématurée et irrationnelle à la question
qui a été posée depuis, ces gens qui ont dit non avant
même que la question soit posée voudraient maintenant changer
cette question. En somme, ils ont d'abord choisi la réponse par
partisanerie et, maintenant, ils veulent choisir la question qui va le mieux
avec leur réponse préfabriquée.
Le chef du non doit regretter d'avoir fait l'erreur de se cantonner
avant de connaître la question, mais au lieu de se rétracter, il
s'enlise avec une publicité qui dit: De toute façon, c'est non!
Je pense que la position de son groupe aurait pu être différente,
beaucoup plus rationnelle si le chef de l'Opposition ne s'était pas mis
les pieds dans le ciment du non d'une façon irresponsable et
prématurée. (15 h 40)
Parcourez le Québec, venez dans la fière et grande
région du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Vous rencontrerez des centaines et
des centaines de libéraux, d'unionistes ou de gens d'autre appartenance
politique qui sont plus responsables que les dirigeants du non. Ils ont attendu
la question avant de décider; ils l'ont lue et, ensuite, ils ont
donné leur adhésion au oui. Ils ont placé tout simplement,
M. le Président, la décision concernant l'avenir du Québec
au-dessus de la partisanerie politique. Ils ont compris que l'important, durant
la campagne référendaire, ce n'est pas de savoir si le Parti
québécois ou le Parti libéral avance, l'important, c'est
que le Québec avance. Pas n'importe comment, mais d'une façon
démocratique, tenant compte de la vitesse de croisière des
Québécois. C'est cela respecter le peuple.
Ces gens, libéraux, unionistes ou d'autre appartenance politique
qui ont adhéré au oui, ont compris, parce que la question soumise
par le chef du gouvernement est non seulement claire et responsable mais parce
qu'elle est aussi honnête et non partisane. C'est ce qui a permis
même à un ancien ministre libéral, M. Kevin Drummond,
d'adhérer au oui.
M. le Président, il y a aussi un autre élément dans
cette question référendaire et il est majeur. C'est cet
engagement solennel, cette garantie fondamentale en démocratie, mais qui
n'existait pas jusqu'ici, qu'un changement de statut politique devra être
accepté par les citoyens du Québec par référendum.
A ce sujet, je désire vous indiquer dès maintenant que je voterai
et que mes collègues voteront en faveur de l'amendement soumis par le
député de Lotbinière pour qu'il soit encore plus clair
qu'aucun changement de statut politique résultant de ces
négociations ne sera réalisé sans l'accord de la
population dans un autre référendum.
Plus jamais, si les Québécois répondent oui
à la question, un gouvernement, quel qu'il soit, ne pourra
décider pour eux d'un régime politique sans les consulter par
référendum. Durant ce débat, les ténors du non ont
chanté les mérites du fédéralisme. C'était
leur droit et cela n'a surpris personne. Ce qui est surprenant, c'est qu'ils se
soient comportés en défenseurs inconditionnels au point de
présenter le fédéralisme comme une fin, alors que le
fédéralisme comme la souveraineté-association ne sont que
des moyens pour permettre à des collectivités de se mieux
réaliser et de se mieux développer.
Le chef de la présente Opposition officielle au Québec, le
chef du clan du non est le premier à prétendre et à
affirmer à ce titre que le Québec est une province comme les
autres, constitutionnellement, et doit être traitée comme telle.
Depuis des années, le reste du Canada attendait une telle
démission, un tel allié, une telle soumission, et elle vient du
chef de l'Opposition. Comme défenseurs inconditionnels du
fédéralisme, les tenants du non en cette Chambre ont même
été jusqu'à prétendre que le système
fédéral était nécessaire à la sauvegarde des
libertés individuelles et des droits démocratiques. Dans ce
domaine, vous le savez, le Québec a une tradition exceptionnelle de
tolérance, de respect de la démocratie et de
générosité d'âme. Ce n'est pas à cause du
régime constitutionnel ou du fédéralisme. C'est
plutôt une tradition qui prend ses racines dans le coeur et l'esprit des
Québécois, un coeur et un esprit généreux, une
tradition qui se révèle avec force dans la façon
généreuse et respectueuse avec laquelle on a toujours
traité nos minorités ici, au Québec. (16 heures)
Là-dessus, s'il fallait faire une comparaison avec la
façon dont on a traité la minorité française
ailleurs au Canada, ce ne serait certainement pas à l'avantage du Canada
et du régime fédéral. Le Québec n'a aucune
leçon à recevoir du Canada dans le respect des droits et des
libertés. Aux tenants du non, je dis simplement ceci: Ayez au moins la
décence de laisser ce mérite au peuple québécois au
moment où vous vous attaquez à sa volonté d'affirmation et
de développement. Le Québec respecte les autres et il demande
qu'on le respecte. Cette nouvelle entente, c'est un acte de foi et d'espoir
dans le Québec et le reste du Canada, un acte de foi dans la
capacité de nos deux sociétés démocratiques de
s'entendre en négociant sur une base d'égalité.
C'est cela, l'entente que nous proposons. Je suis convaincu que non
seulement l'avenir du Québec, mais aussi l'avenir du Canada passe par un
mandat ferme, solidaire, massif au gouvernement du Québec de
négocier cette nouvelle entente Québec-Canada. C'est parce que
j'ai cette conviction que je souscrirai sans réserve à la
question posée par le premier ministre, qui est essentiellement un appel
à la raison, à la confiance, à la dignité et
à la solidarité des hommes et des femmes du Québec. Merci,
M. le Président.
Des Voix: Bravo!
Le Président: A l'ordre, s'il vous plaît! A l'ordre,
s'il vous plaît!
M. le leader parlementaire de l'Opposition officielle, vous avez la
parole.
M. Gérard D. Levesque
M. Levesque (Bonaventure): M. le Président, vous me
permettrez, à ce moment-ci, de participer
à ce débat, probablement pour la dernière fois,
quant à moi.
Je tiendrais tout d'abord, M. le Président, après les
propos tenus par le ministre de la Justice, à lui rappeler, d'une
façon bien calme mais très directe, que je n'ai pas de
leçon de patriotisme ou d'amour du Québec à recevoir de
lui.
Une Voix: Voyons!
Une Voix: Oui, oui.
M. Levesque (Bonaventure): Continuellement, M. le
Président... Il n'est pas le seul. Ses collègues ont
été dans le même sens. On a essayé de faire croire
que ceux qui ne partagaient pas l'option politique du Parti
québécois manquaient de fierté et de solidarité,
autrement dit, des vertus les plus essentielles du bon citoyen. Or, M. le
Président, je tiens à rappeler à l'honorable ministre de
la Justice que j'ai passé ma vie et j'ai donné ma vie et
ce qui m'en reste, je le donnerai également au Québec qui
est mon premier amour. C'est là que réside ma loyauté
première.
Comme député du comté de Bonaventure qui m'a
délégué ici pendant près d'un quart de
siècle, j'ai essayé de servir les intérêts
véritables et supérieurs des Gaspésiens et des
Québécois. Ma loyauté a toujours été pour le
mieux-être des Québécois. Que j'aie agi comme
député ou que j'aie agi comme ministre dans divers
ministères, autant dans le gouvernement de M. Lesage, autant dans le
gouvernement de M. Bourassa, autant lorsque j'ai assumé la direction du
parti que dans toutes les autres fonctions que j'ai eu à remplir, M. le
Président, je n'ai pas honte de ce que j'ai fait, de ce que j'ai voulu
faire et de ma dévotion pour mon Québec qui est autant mon
Québec que votre Québec. (15 h 50)
M. le Président, ce qui nous amène dans ce débat,
c'est simplement, encore une fois, de nous occuper de ce que nous
considérons être le mieux-être des Québécois
d'aujourd'hui et des Québécois de demain. C'est cela qui doit
nous inspirer. Si nous sommes ici réunis depuis trois semaines, c'est en
vue d'étudier le libellé d'une question qui sera posée
à ces Québécois et à ces Québécoises.
Ce que nous voulons justement, c'est faire en sorte que cette question
corresponde à celle qu'on nous avait promis de poser aux
Québécois.
Le ministre de la Justice nous a dit tout à l'heure; Ces
gens-là en parlant de nous avaient décidé,
avant de connaître la question, qu'ils allaient voter contre. M. le
Président, je fui dirai deux choses. Premièrement, ils ont fait
exactement la même chose; déjà et depuis des mois, ils
parlaient du oui sans eux-mêmes connaître la question. Ils l'ont
triturée et tortillée jusqu'à la dernière veille de
l'annonce de cette question. Deuxièmement, M. le Président,
c'était bien facile, lorsque l'on connaît les intentions
véritables du gouvernement au pouvoir, de ce parti qui a fait
connaître ses couleurs d'une façon non équivoque quant au
désir d'indépendance et de séparation: nous savions que,
quelle que soit la question, nous allions nous y opposer, comme nous nous
sommes toujours opposés, en cela reflétant la grande
majorité des Québécois, à briser le Canada,
à séparer le Québec du reste du Canada. Nous nous sommes
toujours opposés à ce qui a été le programme du
Parti québécois et qui l'est encore, quels que soient les
discours de ceux qui sont devant nous. C'est l'édition 1980, le
programme officiel du Parti québécois, le seul parti en cette
Chambre qui continue à dire de voter oui. C'est dans son programme, au
chapitre II, après le chapitre I qui parle des objectifs
généraux. L'article no 1 du programme 1980 de ce parti, c'est
l'accession à l'indépendance. C'est le titre qu'ils ont
choisi.
Une Voix: Oui.
M. Levesque (Bonaventure): Ce n'est pas nous qui avons
écrit ce livre. Il s'agit là du programme officiel du Parti
québécois.
M. Ryan: Ils ont oublié le mot "indépendance".
M. Levesque (Bonaventure): M. le Président, on voudra bien
comprendre que ce que nous avons recherché, c'est simplement, et cela
jusqu'à la dernière minute, d'avoir une question claire, une
question précise qui corresponde aux objectifs de ce gouvernement.
Les contradictions et la confusion, tout cela a été la
marque de commerce de ce gouvernement. Lorsqu'on a parlé de monnaie
commune, par exemple on retrouve ce sujet dans la question on
sait qu'il n'y a pas longtemps le ministre des Finances qui est devant moi a
prétendu que cela prenait une monnaie québécoise. Il a
donné comme argument principal que ce qui faisait le plus mal à
la souveraineté, ce qui entamait le plus sérieusement la
souveraineté véritable, politique, c'était une monnaie
commune. Il avait raison. M. Robert Bourassa, l'ancien premier ministre du
Québec, est revenu combien de fois à la charge pour justement
mettre en doute cette monnaie commune. Qui pourrait accepter et qui pourrait
même imaginer une véritable souveraineté lorsque l'on sait
que c'est la monnaie, la politique monétaire qui est tellement
associée à la politique fiscale, qui est un levier
économique, où on ne peut pas, comme le suggère le Parti
québécois dans son livre blanc, être minoritaire lorsqu'on
aura affaire à l'autorité centrale monétaire de ce
pays...
M. Lavoie: Deux pays.
M. Levesque (Bonaventure): ... de ces deux pays, oui,
imaginée dans ce livre blanc? Des contradictions, M. le
Président, cela n'a jamais cessé. On a parlé de
deuxième référendum. Un mois avant la question, le premier
ministre disait qu'il n'était pas question d'un deuxième
référen-
dum, que ce serait humiliant d'avoir un deuxième
référendum.
Le même premier ministre disait ceci vous le trouverez dans
le journal des Débats du 4 juin 1979 "Si les
Québécois répondent oui, on n'aura pas besoin d'une
deuxième consultation." A l'émission L'enjeu, de Radio-Canada, M.
Lévesque a dit qu'il se sentirait même humilié d'avoir
à revenir au peuple pour lui demander s'il avait bien compris la
première fois le mandat qu'il donnait au gouvernement.
Lorsque j'ai posé la question au premier ministre en cette
Chambre, le 11 octobre 1978, il m'a dit, lorsqu'on parlait d'un second
référendum: "La deuxième étape, très
importante dans le temps, viendra avec un cheminement, que j'ai essayé
de baliser le mieux possible hier, au moment du référendum.
Passé cela, on peut faire de la politicologie tant qu'on voudra". M. le
Président, cela a été constant jusqu'au moment de
l'annonce de la question.
On parle de transparence; c'est ça que nous aurions voulu voir,
cette qualité de transparence, revenir. Je remercie le
député de Chauveau, qui est avec nous maintenant, d'avoir pris la
peine de dire la vérité à ses militants de Chauveau, et je
le cite: "II faudra clairement dire à nos concitoyens que la
souveraineté-association équivaut substantiellement à
l'indépendance politique du Québec". Combien de citations
avons-nous amenées durant ce débat pour montrer bien clairement
les intentions véritables de ce gouvernement. Mais, passons. Nous avons
eu droit à un débat où on a suivi exactement les
directives, c'est-à-dire que nous avons eu toutes ces
jérémiades. On a entendu ces gens continuellement
déblatérer sur le système fédéral. Je me
demande si on ne devrait pas, à ce moment-là, retenir
plutôt ce que nous disait je pense que c'est un de nos
auteurs...
M. Lalonde: Doris Lussier?
M. Levesque (Bonaventure): Non, ce n'était pas Doris
Lussier. Je n'ai pas la citation. Il s'agissait, je pense, d'Albert Camus, qui
disait qu'au lieu de pleurer sur le passé il fallait se tourner vers
l'avenir. C'est cet avenir que j'aimerais considérer avec vous un
instant, cet avenir qui devrait être un avenir prometteur,
particulièrement pour les jeunes Québécois. Nous qui avons
hérité de ce Québec et de ce Canada, comment pouvons-nous
à ce moment-ci mettre en question toutes ces valeurs qui sont
nôtres? Nos pères et nos arrière-grands-pères et
tous ces pionniers ont contribué à bâtir ce Canada qui est
à nous; comment, à ce moment-ci, par la démarche du
présent gouvernement, pouvons-nous mettre tout cela de
côté? Nous sommes les héritiers du plus beau pays au monde,
le pays qui est envié par tous les gens du monde.
M. le Président, les ambassades, les consulats sont pleins de
gens qui demandent à venir au Canada, un pays de liberté comme il
n'y en a pas. Aucun pays n'accepterait cette démarche qui est faite par
nos ennemis, nos amis d'en face. Aucun autre pays n'accepterait qu'une telle
démarche se poursuive qui aurait comme but de briser ce pays. Le
ministre de la Justice dit: Nous ne voulons pas de séparation, nous ne
voulons pas briser le pays; regardez la question, on parle d'une nouvelle
entente. Or, dans tout ce qui est proposé par le Parti
québécois, il y a là tous les éléments. On
les retrouve dans le préambule; lorsqu'on parle de ramener tous nos
impôts et lorsqu'on parle d'avoir l'exclusivité dans les lois, on
parle d'un pays indépendant, à ce moment-là; ainsi que
lorsqu'on parle d'avoir son armée, d'avoir sa marine, d'avoir des
passeports québécois, d'avoir, autrement dit, tous les attributs
d'une nation indépendante. Pourquoi le cacher, M. le
Président?
J'ai du respect pour ceux qui préconisent l'indépendance,
si c'est ce qu'ils croient. Il faut respecter l'opinion d'autrui. Je respecte
des gens comme le ministre des Finances, qui nous dit clairement et on
le retrouve dans son discours: Voici une marche dans l'escalier qui nous
amène vers nos objectifs de l'indépendance. Il parle de la
souveraineté. Il ne parle pas de souveraineté-association. Il ne
perd pas son temps. Il croit à la souveraineté, il croit à
l'indépendance et il le dit. J'ai du respect pour le
député de Deux-Montagnes, l'adjoint parlementaire du ministre des
Affaires intergouvernementales, qui dit: La réponse oui, ça va
vouloir dire l'indépendance du Québec. Je respecte le
député de Deux-Montagnes mais je ne peux pas en dire autant des
autres qui sont là à chanter la nouvelle entente comme le
ministre de la Justice, alors qu'il sait franchement, qu'il sait dans son coeur
qu'un oui, c'est cela qui est la clé dont le Parti
québécois a besoin pour ouvrir la porte qui mène vers
l'indépendance et c'est cela qu'on demande à la population en
parlant de nouvelle entente. (76 heures)
Dans le fond, ce que l'on fait, c'est de dire à la population:
Venez-vous-en, faites-nous confiance, mais dès qu'on pourrait avoir un
oui, eh bien là tout le scénario, M. le Président, vous
pouvez facilement le deviner, immédiatement, si on avait un oui, ce
seraient les élections. Nous n'avons pas le temps de négocier,
vous comprenez fort bien, il faut passer aux élections, c'est une
année d'élections. A ce moment, il faut voter pour nous, parce
que vous venez de nous donner un mandat et ainsi de suite. C'est comme en 1976,
dites-nous oui, vous nous battrez au référendum. Au
référendum, dites-nous oui, vous nous battrez aux
élections. A la prochaine élection, dites-nous oui, vous nous
battrez au second référendum. C'est la marche, c'est l'escalier
du ministre des Finances que l'on voit là clairement devant les
yeux.
M. le Président, le Canada, je ne veux pas le voir
sacrifié sur l'autel des PQ. Je veux garder mon Canada, parce que je
l'aime. J'aime mon Québec comme j'aime ma Gaspésie aussi. Je suis
Gaspé-sien de coeur, je suis Gaspésien de conviction et je suis
Gaspésien de naissance. Cela ne veut pas dire que je ne peux pas
être également un bon Québécois, mais en
étant un bon Québécois, je veux également
être un bon Canadien parce que pour moi, le Canada, c'est un merveilleux
pays.
Ce que l'on veut faire, de l'autre côté, c'est de
procéder à une grande charcuterie dans tous ces réseaux
qui sont établis présentement: Réseau ferroviaire,
réseau routier, réseau financier, réseau aérien,
réseau de péréquation. C'est tout un tissu de
réseaux bien intégrés qui assurent la
prospérité de chacun des citoyens du Québec et du Canada.
Lorsque nous avons ce système bien intégré, nous savons
que si une partie de notre pays a besoin d'aide, une autre partie peut
répondre immédiatement. Nous savons que toute cette richesse
collective répond justement de notre sécurité et que ces
deux paliers de gouvernement ne font qu'accentuer le degré de
liberté que nous connaissons au Québec et au Canada et qui est un
degré le plus grand au monde.
C'est cela que nous voulons défendre. Comprenez-nous. Nous sommes
aussi désireux, aussi sincères que vous pouvez penser
l'être, mais ce que nous croyons être bon pour les
Québécois, c'est justement d'éviter d'entrer dans ce
sentier que vous leur offrez avec un oui. Nous disons non. Nous dirions oui si
c'était notre question que nous aurions pu mettre sur le bulletin. Cela
nous ferait plaisir de dire oui. Nous ne sommes pas négatifs. Nous
n'avons pas le choix, M. le Président, nous devons dire non, afin de
pouvoir dire oui ensuite au Québec et au Canada, de pouvoir dire oui
lorsque nous retournerons le plus tôt possible au peuple et que nous
aurons Claude Ryan comme premier ministre. A ce moment, nous allons
procéder et cela, dans les meilleurs délais. Mettant fin à
cette incertitude qui a assez duré, de l'autre côté, et qui
perdurerait, je ne sais combien de temps, avec ce genre de remise de mois en
année et d'année en année, nous procéderions
immédiatement. Claude Ryan et le Parti libéral du Québec
et les fédéralistes et tous les partis fédéralistes
pourront, à ce moment, passer aux affaires c'est-à-dire, arriver
avec une nouvelle constitution. La majorité des Québécois,
lorsqu'ils répondent à des sondages, disent: C'est ce que nous
voulons, un fédéralisme renouvelé. Le dernier sondage
indiquait qu'une majorité de péquistes voulait également
le fédéralisme renouvelé.
M. le Président, c'est ensemble que nous voulons passer à
l'action et ensuite, le plus tôt possible, nous occuper de régler
tous les autres problèmes qui sont mis en veilleuse par ce gouvernement
qui n'a qu'une idée: Le référendum, l'indépendance.
Nous, nous avons une idée; alors qu'ils ont les arguments de
gouvernement, nous, nous avons les arguments de citoyens et c'est justement
dans l'intérêt de ces citoyens, M. le Président, que nous
allons dire non et notre non est québécois. Merci beaucoup, M. le
Président.
Le Président: M. le député de
Lotbinière, je vous cède la parole en vous rappelant qu'il ne
vous reste que six minutes pour vous exprimer.
M. Rodrigue Biron
M. Biron: M. le Président, quelques heures encore et le
rideau tombera sur le débat parle- mentaire le plus important, le plus
suivi et le mieux couvert de toute l'histoire de notre Assemblée
nationale. Hommages, donc, et félicitations aux équipes de
journalistes, de techniciens, de recher-chistes, de producteurs de la presse
écrite et parlée régionale et nationale; votre travail a
été à la hauteur des enjeux du présent
débat.
Quelques heures encore et le peuple tout entier du Québec
s'engagera véritablement dans la phase décisionnelle la plus
importante de son histoire. Personnellement, c'est déjà connu, je
dirai oui au Québec. Je dirai oui parce que la continuité, dans
l'histoire du Québec en général, dans l'histoire de
l'Union Nationale en particulier, me le commande. Que pour autant les rouges me
traitent de séparatiste, ce qui est totalement faux, ne doit
guère surprendre. Le même Parti libéral qui n'a de continu,
en matière constitutionnelle, que le vocabulaire que lui inspire sa
politique de la peur, ne traitait-il pas Duplessis, nous rapporte Rumilly, de
vil séparatiste, en 1946, au lendemain de ses
démêlés avec le gouvernement d'Ottawa, alors que Duplessis
se battait pour reprendre notre butin?
Les Québécois, en 1980, comprendront où se trouvent
leurs véritables intérêts. Tout comme, en 1948, ils ont
fait confiance à Duplessis et à son appel "à respirer
l'air de la liberté", les Québécois, en 1980, rejetteront
l'accusation de séparatiste que l'on accole aux partisans du oui, comme
ils ont rejeté, en 1948, cette accusation injuste pour Duplessis. Car,
en 1980 comme en 1948, comme chaque année depuis lors, avec Duplessis,
avec Sauvé, avec Barrette, avec Lesage, avec Johnson, avec Bertrand et
avec Bourassa, il s'agit non pas de nous isoler du Canada et du reste de
l'Amérique, non pas de dresser des clôtures autour de notre
Québec, non pas de nous séparer, mais il s'agit de reprendre
notre butin, de négocier une nouvelle entente, de réclamer nos
droits, de nous donner les outils requis pour que nous puissions nous
bâtir un Québec où nous soyons à la fois bien dans
notre peau et en harmonie avec nos voisins des Maritimes, de l'Ontario, des
Prairies et de la Colombie canadienne.
Je dirai oui parce que la fierté et la dignité de tout mon
être de citoyen de Lotbinière, de tout mon être de
Québécois me le commandent. Je dirai oui comme homme d'affaires,
comme député d'abord et avant tout intéressé
à l'économie, aux piastres et aux cents. Je dirai oui comme
industriel habitué à évaluer les coûts des
opérations, le coût actuel de l'administration publique, des
dédoublements de ministères, de responsabilités et de
services: deux ministères de l'Agriculture, deux organismes pour les
loisirs, pour la culture, pour la jeunesse, deux ministères du Revenu,
deux centres de main-d'oeuvre, etc., etc., le coût actuel du monstre
à deux têtes: paie à Ottawa et paie à Québec.
Parce que le coût trop élevé du système actuel me le
commande, je dirai oui au référendum.
Oui, M. le Président, il faut en arriver à une nouvelle
entente Québec-Canada basée sur l'égalité juridique
des deux peuples fondateurs. Oui, il
nous faut une négociation sérieuse et intense ayant comme
base de négociation pour le Québec le livre blanc du gouvernement
québécois. Oui, il faut savoir que le Québec peut dire oui
en toute fierté et en toute sécurité parce qu'aucun
changement de statut politique résultant de ces négociations ne
sera réalisé sans l'accord de la population lors d'un autre
référendum, d'où la présentation de mon amendement
du 13 mars dernier.
Je remercie ici le gouvernement pour avoir accepté d'appuyer mon
amendement. C'est faire la preuve évidente que ce
référendum est uniquement un mandat de négocier une
nouvelle entente selon le principe de l'égalité des peuples. Je
vous assure que le peuple du Québec, lui, décidera en faveur
d'une nouvelle entente négociée.
M. le Président, ainsi, seuls pourront voter contre le
libellé final de la question ceux qui, comme ils l'ont dit depuis
déjà bien longtemps, de toute façon, auraient voté
contre toute question, quelle qu'elle soit.
Dans mon pays de Lotbinière, à chaque printemps nous
vivons un rendez-vous extraordinaire. Oui, peu importe la température,
les rigueurs de l'hiver, l'épaisseur de la neige, peu importe l'allure
de l'économie ou la couleur du parti politique au pouvoir à
Québec ou à Ottawa, ces magnifiques oiseaux que sont les outardes
se donnent rendez-vous au pays de Lotbinière. Elles sont au rendez-vous
par milliers, par dizaines de milliers et elles chantent, elles crient leur
joie d'être de retour au pays du Québec. (10 h 10)
Par analogie, c'est un peu un rendez-vous semblable, celui-là
fait de solidarité, de fierté et de dignité, auquel les
Québécois et les Québécoises sont conviés en
ce printemps 1980. Ils seront présents à ce rendez-vous, par
dizaines de milliers, par centaines de milliers. Les Québécois et
les Québécoises crieront et chanteront leur joie d'être au
pays du Québec. Ensemble, les Québécois feront un acte de
foi en l'avenir. Ils poseront un geste de confiance en l'avenir du
Québec, un geste de fierté individuelle, d'abord, mais
également de solidarité collective et nationale.
M. le Président, j'ai confiance que les Québécois
diront oui au Québec, qu'ils diront oui à son avenir.
Le Président: A l'ordre, s'il vous plaît! M. le
député de Bourassa, vous avez maintenant la parole.
M. Patrice Laplante
M. Laplante: M. le Président, mon état de
santé m'a malheureusement retenu hors de cette Chambre pendant la
presque totalité de ce débat. Vous comprendrez sûrement
à quel point j'ai été chagriné, mais quand
même, comme une grahde partie de la population, je l'ai suivi à la
télévision. Je suis très heureux d'avoir retrouvé
une partie de mes forces et de pouvoir être ici aujourd'hui. Je voudrais
en profiter pour saluer mes concitoyens du comté de Bourassa.
Après analyse de la question présentée par le
premier ministre, au nom du gouvernement du Québec, je puis affirmer
aujourd'hui, sans hésitation, que je voterai oui à cette question
et à l'amendement du député de Lotbinière.
Permettez-moi, M. le Président, d'adresser quelques mots aux
personnes âgées de mon comté, pour qui j'ai une affection
toute particulière, et à toutes celles du Québec.
Provenant d'une famille de dix-sept enfants, en étant le dixième,
ayant reçu une éducation dont je suis fier, la Providence a voulu
que mon père, âgé de 86 ans, soit encore des nôtres.
Je n'ai pas attendu d'être en politique pour m'ocuper de vous, personnes
âgées du Québec! Dès 1974, je fondais, avec des
personnes âgées, le clercle du troisième âge de
Montréal-Nord qui comptait, à ce moment-là, près de
500 membres. Aujourd'hui, comme député, je collabore de
façon étroite avec le ministre des Affaires sociales pour
améliorer le sort des personnes âgées du Québec, ce
qui est pour moi un grand honneur.
Si, aujourd'hui, je sollicite un oui de votre part à la question
référendaire, c'est que je suis certain que vos droits seront
respectés, certain que ce oui pourra améliorer votre
qualité de vie, certain que nous pourrons établir un revenu
minimum garanti pour chacun de vous. Il ne faut pas oublier que 66% des
personnes âgées, au Québec, vivent dans la pauvreté.
Je ne puis oublier que vous, du troisième âge, êtes
profondément attachés à ce Québec que vous avez
tant contribué à bâtir. Vous avez à coeur que votre
travail soit continué et que vos efforts n'aient pas été
vains.
Vous désirez voir vos enfants et petits-enfants vivre et grandir
dans un Québec fier et prospère. Vous désirez voir
continuer le travail que vous avez si bien commencé, et cela dans des
conditions encore plus difficiles qu'aujourd'hui. Le plus beau cadeau, M. le
Président, que je voudrais offrir à nos aînés, c'est
de leur indiquer par un oui massif que nous tenons à ce qu'ils nous ont
transmis, c'est de dire oui à la continuité et à
l'héritage québécois. C'est ce que je ferai, M. le
Président, avec la majorité de mes compatriotes.
Le Vice-Président: M. le ministre de l'Agriculture.
M. Jean Garon
M. Garon: M. le Président, je voudrais dire aujourd'hui ma
confiance dans les cultivateurs et les pêcheurs du Québec parce
qu'ils représentent notre histoire et notre sécurité
alimentaire. Ce n'est pas par hasard que le député de
Lotbinière, aujourd'hui, est pour le oui; c'est parce qu'il a voulu
écouter son monde, ses organisateurs politiques de Lotbinière
sans les bourrer, et 83% lui ont dit qu'ils préféraient le voir
dire oui. C'est un comté agricole.
Hier, mon prédécesseur au ministère de
l'Agriculture, M. Kevin Drummond, a parlé pour le oui. Cela lui prenait
beaucoup de courage. Mais je suis certain que son passage parmi les
agriculteurs du
Québec a joué un grand rôle dans son engagement pour
le oui au Québec.
Je savais qu'un jour ou l'autre Fabien Roy aussi, de la rive sud de
Québec, viendrait joindre les rangs du oui, avec toute l'astuce qu'on
lui connaît, mais qu'il viendrait un jour parce qu'il ne pouvait pas ne
pas écouter le peuple de la rive sud de Québec. Vous savez, la
rive sud de Québec, je le dis avec fierté parce que je viens de
Saint-Michel-de-Bellechasse, je suis le député de Lévis,
c'est un peu le berceau du Québec.
Vous savez, il y a 220 ans, nous étions 60 000, qui descendaient
de 12 200 Français qui avaient immigré au Québec. Les gens
qui sont restés, la plupart d'entre eux, c'est parce qu'ils n'avaient
pas les moyens de partir. Il y a des militaires qui sont partis et ceux qui ne
sont pas partis sont devenus agriculteurs, ils se sont enracinés, ils
ont bâti le Québec. Aujourd'hui, la très grande
majorité des gens des villes sont les descendants de ces agriculteurs et
presque tous ceux des campagnes le sont également.
J'ai toujours senti, pour ma part, comme ministre de l'Agriculture, une
grande sympathie des gens des villes, que ce soit à l'occasion de la
protection des terres, que ce soit à l'occasion de la promotion des
produits agricoles du Québec; j'ai toujours senti que les gens des
villes voyaient un peu en moi le représentant des agriculteurs qui sont,
à une génération ou l'autre, leurs ancêtres. Pour
tous les Québécois de la ville ou de la campagne, les
agriculteurs du Québec représentent la continuité,
l'enracinement, l'histoire de nos familles. Un peuple, vous savez, c'est un peu
comme un arbre; c'est peut-être pour cela que, lorsqu'on fait l'histoire
d'une famille, on fait un arbre généalogique. En comparant un
peuple à un arbre, je dirai que les agriculteurs en représentent
les racines et le tronc, c'est-à-dire l'origine, la vie, la
stabilité, la force, la base, la continuité et les
traditions.
Ce sont les agriculteurs et les pêcheurs parce que, vous
savez, les pêcheurs du Québec ont tous été un peu
agriculteurs ou le sont encore qui représentent le mieux notre
continuité historique. Il y a quelques années, quand le Parti
libéral avait enlevé l'enseignement de l'histoire du programme
des cours des polyvalentes, c'est de l'histoire de notre peuple qu'il privait
nos enfants, l'histoire de nos familles, l'histoire de nos origines et de nos
luttes pour la survivance et l'épanouissement. J'ai eu à ce
moment-là l'impression qu'il nous arrachait le coeur. Heureusement, il a
dû revenir à l'enseignement de l'histoire et le
rétablir.
Il y a quinze jours, à Montréal, quand le premier ministre
et moi-même avons rencontré un groupe d'agriculteurs qui donnaient
librement et publiquement leur appui au oui, plusieurs d'entre eux ont dit: M.
le premier ministre, je parle au nom de sept, huit ou neuf
générations de cultivateurs. La plupart ont dit qu'ils avaient
vécu toutes ces années sur la même terre, qu'ils l'avaient
défrichée, ce sont mes ancêtres, et qu'ils auraient
aimé être ici aujourd'hui pour parler de leur enracine- ment dans
le Québec. C'est au nom de ces huit ou neuf générations
que je dis oui au Québec. (16 h 20)
Nos cultivateurs, M. le Président, malgré toutes les
embûches, sont parmi les meilleurs agriculteurs du monde, de même
que nos pêcheurs, et ils veulent jouer entièrement leur rôle
de nourrir le Québec, parce que les agriculteurs et les pêcheurs
du Québec sont capables de nourrir la population du Québec. Cela
ne veut pas dire que nous allons nous mettre à produire des oranges ou
des citrons si les gens votent oui au référendum. Cela veut dire
que nous sommes capables de produire une partie beaucoup plus importante que
celle que nous produisons actuellement d'aliments que nous consommons
nous-mêmes et, en plus, suffisamment de produits destinés à
l'exportation pour équilibrer les importations que nous voudrons
toujours faire.
Oui, M. le Président, nous sommes capables de nous nourrir par
nous-mêmes. Notre terre est bonne. Notre terre est une terre d'abondance
comme peu de peuples peuvent prétendre en avoir une, mais ce n'est pas
une abondance qui vient toute seule. Si notre terre donne beaucoup, elle
demande aussi en retour. Nous avons tellement été
imprégnés des mythes alimentaires que l'Ouest est le grenier du
Canada, que le boeuf de l'Ouest est le meilleur au monde, que l'Ontario est le
jardin national qu'encore peu de Québécois savent que plusieurs
légumes poussent beaucoup mieux dans notre climat plus frais, que les
rendements en céréales sont deux fois plus élevés
au Québec que dans l'Ouest canadien, qu'un boeuf élevé en
semi-liberté dans les Prairies ne se compare pas au point de vue de la
qualité avec un boeuf de parc d'engraissement élevé au
Québec, ou encore que le porc québécois est
considéré comme le meilleur au monde, à tel point que,
dans certains pays, on paie une prime pour acheter du porc
québécois.
Ces résultats ne sont pas arrivés tout seuls. Il a fallu
que des générations d'agriculteurs défrichent,
épierrent, drainent, enrichissent et labourent notre sol. Si nos
élevages ont atteint la renommée d'aujourd'hui, M. le
Président, cela est sans doute causé par des méthodes plus
modernes, mais c'est aussi parce que nous avons derrière nous une
très longue tradition qui a fait de nos agriculteurs des
éleveurs-nés, des éleveurs qui ont cela dans le sang,
comme on dit. Oui, M. le Président, nos agriculteurs veulent nourrir la
population du Québec. De 1965 à 1976, notre taux d'autosuffisance
a baissé de 65% à 51%. Depuis trois ans, nous avons
travaillé très fort pour remettre l'agriculture du Québec
sur la carte du Québec. Notre taux d'autosuffisance est passé de
51%, en 1976, à 58%, en 1978, et cela va augmenter encore en 1979.
Des Voix: Bravo!
M. Garon: Ces résultats, M. le Président, ont
été atteints avec une partie seulement de nos im-
pôts, avec l'absence de contrôle sur les importations et
tous les embêtements propres à la structure politique actuelle.
Ces résultats, cependant, sont le reflet d'un vent de confiance et
d'optimisme qui a soufflé sur l'agriculture du Québec avec
l'application de notre programme agricole et surtout depuis l'adoption de la
Loi sur la protection du territoire agricole qui a démontré le
sérieux du gouvernement dans sa volonté de développer
l'agriculture.
Je ne peux vous dire qu'une chose. Au lendemain du
référendum, M. le Président, lorsque le oui massif des
Québécois aura retenti en partant de la base agricole du
Québec j'en suis convaincu ce ne sera plus un vent
d'optimisme, mais une véritable tornade d'enthousiasme qui va souffler
dans chacun des rangs du Québec. Des milliers de jeunes, M. le
Président, qui étudient à l'Université Laval,
à l'ITA de Saint-Hyacinthe et à l'ITA de La Pocatière, ou
à l'Ecole agricole de Sainte-Croix de Lotbinière, veulent prendre
la relève. Il faut mieux garantir les revenus de nos agriculteurs qui
doivent faire des investissements considérables. Nous avons besoin de
toutes nos taxes pour aider les agriculteurs et les pêcheurs du
Québec à nourrir les citoyens du Québec. Si nous avions
déjà toutes nos taxes à Québec, la raffinerie de
sucre de Saint-Hilaire serait en construction depuis le mois d'octobre dernier,
les revenus des éleveurs de porc seraient déjà
stabilisés. Si le gouvernement du Québec était le seul
à émettre les permis de pêche, le Québec n'aurait
pas seulement 7% des captures du golfe Saint-Laurent qui nous
appartiennent.
Un oui au référendum, cela ne voudra pas dire qu'on va
dresser autour du Québec une telle barrière qu'il n'y aura plus
une seule tomate de l'Ontario ou une seule orange de Floride qui pourra passer.
Cela voudra dire que nous pourrons continuer notre marche en avant en
agriculture en allant chercher à Ottawa, par la volonté du
peuple, les pouvoirs et les sommes d'argent qui nous appartiennent et qui,
jusqu'à présent, ont surtout servi à développer
l'agriculture des autres et à nous maintenir dans notre rôle
d'aimables consommateurs des surplus des autres.
Un oui au référendum voudra dire que, pour la
première fois, nous pourrons nous servir de notre pouvoir d'achat. Cela
voudra dire que, pour la première fois, nous pourrons aspirer à
devenir les seuls maîtres de notre politique agro-alimentaire qui est
sans doute l'aspect le plus vital de la vie économique de n'importe quel
peuple au monde. Un oui au référendum, c'est un oui aux
agriculteurs, M. le Président, c'est un oui aux pêcheurs, c'est un
oui pour l'agriculture et les pêcheries du Québec, c'est un oui
à la solidarité des agriculteurs, des pêcheurs et des
consommateurs du Québec.
Des Voix: Bravo!
Le Président: A l'ordre, s'il vous plaît! Mme la
députée de Prévost, vous avez la parole.
Mme Solange Chaput-Rolland
Mme Chaput-Rolland: M. le Président, je me dois de
répéter ici, et pour la dernière fois, je le souhaite, que
je ne suis pas entrée à l'Assemblée nationale les mains
vides, mais portée par dix livres qui forment un journal politique
échelonné sur plus de quinze ans. Vous en avez cité de
larges extraits, échelonnés, comme je l'ai dit, sur quelques
années. Vous avez appuyé votre stratégie pour, de toute
évidence, ridiculiser ce député libéral que je suis
très fière d'être à l'aide de citations de
l'écrivain politique que je demeure.
Au temps où le premier ministre défendait, à
l'intérieur du cabinet Lesage, la formule Fulton-Favreau attaquée
alors avec éclat par l'actuel ministre de l'Education, il agissait selon
sa pensée et sa démarche politiques. Est-ce que je dois prendre
le peu de temps qui m'est alloué pour scruter un de ses discours, par
exemple, celui qu'il fit en 1964, pour savoir si, entre une virgule
libérale et un point constitutionnel, il n'aurait pas
échappé une phrase élogieuse à l'endroit du Canada
pour aujourd'hui le gêner? Les citations rappelées ici
proviennent, pour la plupart, de 1968. J'avais aussi écrit, dans le
même livre: "J'ai hissé mon identité
québécoise au premier rang de mon identité
nord-américaine, mais je ne suis pas indépendantiste, car je ne
crois pas que l'on puisse régler nos problèmes en créant
d'autres problèmes". Et le lendemain, j'ai bien pu noter une autre
observation, M. le Président, parce que c'est cela un journal politique.
M. Hubert Beuve-Méry, le prestigieux directeur du journal Le Monde, a
écrit un jour: "Le journalisme politique consiste à dire du bien
du gouvernement le lundi et parfois du mal le vendredi".
Un jour, selon les émotions du moment, j'ai rêvé,
moi aussi, comme d'autres Québécoises et je ne m'en suis
jamais cachée à un nouveau pays à construire, mais,
le lendemain, je retrouvais ma foi dans le vieux pays à retenir. Je suis
heureuse d'avoir été ce type d'observateur assez sensible et
assez honnête pour réagir aux événements. Même
si vous vous servez de mes proses, je ne pense pas que vous réussirez
à m'en faire rougir.
Je dois dire, M. le Président et j'en suis vraiment
navrée que j'ai été éberluée depuis
le début par les déviations intellectuelles avec lesquelles le
régime politique canadien a été décrié
systématiquement depuis le début de ce débat. Personne ici
n'en a contesté les nombreuses défaillances, mais n'eût-il
pas été de bonne venue d'en rappeler parfois les richesses?
J'ai vécu trop longtemps parmi d'autres hommes et d'autres femmes
politiques, avec des financiers, avec des juristes et des observateurs
politiques des autres provinces pour me laisser dire sans protester que
l'association économique se fera dans un bel esprit de "gentlemen's
agreement". Si je pensais le contraire, j'aurais l'honnêteté de le
dire. Croire cela, je pense que c'est fermer les yeux devant la force du
nationalisme canadien-anglais qui ne s'exerce pas et ne
se manifeste pas comme le nôtre, mais qui est tout aussi
vigoureux. (16 h 30)
Au lendemain de nos audiences publiques et privées, la commision
à laquelle j'ai appartenu avait écrit: Mieux vaut la
liberté d'action issue d'une indépendance véritable qu'une
souveraineté qui n'est pas tout à fait souveraine ou une
association dont les modalités compliquées risqueraient de
gêner la liberté d'agir au nom d'avantages problématiques
et aléatoires. Nos recommandations ont été très
vite oubliées, et je l'ai déploré ouvertement, je ne m'en
cache pas, mais je ne savais pas alors qu'elles renaîtraient dans tous
les coins du pays.
Vous avez déploré, messieurs et mesdames du gouvernement,
que ce rapport soit écarté, non noyé. Mais, s'il avait
été retenu, vous l'auriez vilipendé. Voilà
pourquoi, à la fin de ce débat, j'ai un peu de peine à me
cramponner au respect qu'au début j'avais dit que je vous donnerais.
Mais, à ce moment-ci, M. le Président, ce n'est plus de
souve-rainisme que je voudrais parler mais d'un peu d'humanisme parce que je
suis au soir de ma vie et que j'ai eu le temps de regarder se changer, se
durcir et se transformer ma société. Des choses ont
été dites et applaudies qui jamais n'auraient dû être
dites et applaudies dans cette Chambre. Jamais non plus n'aurais-je
imaginé avant d'entrer en politique car je suis en effet bien
naïve, messieurs que des Québécois puissent dire, sur
le dos d'autres Québécois que nous sommes, tant de mal et cela,
face au grand pays qui nous écoute. Jamais également, dois-je le
rappeler, certains Anglais n'auraient osé faire de tels affronts
à notre fierté collective.
A quoi bon associer tous les Québécois au
référendum si, à l'avance, les seuls tenants du oui sont
les vrais élus du peuple, que nous, du non, serions des
colonisés, des peureux, des Québécois
dégradés? Il ne m'est pas venu à l'esprit, dans aucun de
mes livres, articles ou essais que j'ai "essaimés" à travers le
pays, de soupçonner d'être traîtres au Canada ceux qui ne
croient plus au Canada. Ce vocabulaire n'a pas droit de cité entre nous.
Il est inacceptable que notre loyauté au pays canadien labouré,
fécondé et défendu sur tous les pays du monde par d'autres
Québécois tout aussi bons que nous dans cette Chambre soit
jugée avec mépris et avec dérision. Nous avons le droit de
nous quereller sur nos opinions diverses durant le référendum, et
il est très sain qu'il en soit ainsi dans une démocratie, mais
nous n'avons pas le droit de nous abîmer entre nous, de déchirer
notre humaine condition au son des applaudissements car, alors, nous serons nos
pires ennemis et pour longtemps.
Au non à la brisure canadienne, à mon non à la
brisure canadienne, j'en ajoute un autre encore plus vibrant et je dis non, M.
le Président, à une société intolérante dont
nos débats nous ont permis d'entrevoir la possibilité.
Pour terminer très rapidement: En 1963, j'avais
épinglé en exergue au premier de mes livres une pensée
dont ici on pourra rire à loisir, car elle n'est pas de moi mais de la
Bible, et qui sait si l'encre de ce livre n'est pas d'éternité:
"Ce n'est pas un ennemi qui m'outrage, je l'aurais supporté", dit le
psaume, "ce n'est pas celui qui me hait qui se dresse contre moi, je m'en
serais gardé, mais c'est toi mon frère, mon semblable et mon
pareil." Eh bien! je ne savais pas en 1963 que je toucherais si près en
1980 à cette déchirure fraternelle. Merci, M. le
Président.
Le Président: M. le député de
Joliette-Montcalm.
M. Guy Chevrette
M. Chevrette: M. le Président, dans quelques minutes se
terminera le débat sur la question présentée par le
premier ministre. Oe ce côté-ci de la Chambre, nous avons pendant
ce débat expliqué à la population du Québec les
éléments de cette question, ce qu'elle contenait, ce à
quoi elle engageait les Québécois. De l'autre côté,
on s'est contenté de semer le doute, de créer la suspicion et
d'utiliser les mêmes cassettes, les mêmes ritournelles.
M. le Président, ce débat a servi à clarifier
l'enjeu de ce référendum que nous aurons au printemps et
l'importance d'un oui massif. Si je me base sur les réactions dans les
milieux de travail, si je me base sur les discussions que j'ai eues depuis
trois semaines avec des travailleurs et des travailleuses du Québec,
j'ai la certitude que nous aurons une réponse positive et que les
Québécois accepteront de donner, pour la première fois de
leur histoire, un appui véritable à leur gouvernement pour en
arriver à une nouvelle entente indispensable. Les travailleuses et les
travailleurs de la Kenworth, de Sainte-Thérèse, nous disaient
vendredi dernier qu'ils invitaient leurs consoeurs et leurs confrères
des autres usines à adhérer comme eux au comité du oui.
L'un d'eux me confiait même qu'il ne pouvait refuser au gouvernement du
Québec un mandat de négocier.
Qu'est-ce que j'ai à perdre d'appuyer mon gouvernement? me
disait-il. Qu'est-ce que cela me donnerait de dire non? Si vous aviez
demandé un chèque en blanc, si je n'avais pas eu l'assurance que
je pourrais me prononcer à nouveau lors d'un deuxième
référendum sur les résultats de ces négociations,
j'aurais hésité un peu, me disait-il. Mais vous suivez les
mêmes démarches que nous suivons lors de nos propres
négociations, je serais même incapable de justifier un non.
M. le Président, je me suis permis de demander à des
travailleurs de mon propre milieu, à des travailleurs d'Ebex, à
des travailleurs de Pinatel, des Papiers Scott, de Ciment indépendant,
je leur ai demandé: Quelle est votre réaction à la
question qui vous est posée? Comment vous, vous la comprenez? La
très grande majorité des travailleurs me répondait ceci:
Eh bien! vous demandez un mandat de négocier et vous nous garantissez
qu'on pourra se prononcer sur le résultat de ces négociations au
cours d'un deuxième référendum. C'est ce que nous faisons
dans nos propres négo-
dations. Pourquoi dire non? C'est ce que les travailleurs nous
répondent.
Je n'étais pas satisfait de cette réponse, M. le
Président. Je suis allé un peu plus loin et je leur ai
demandé: Etes-vous d'accord pour que le gouvernement parte du principe
de l'égalité des deux nations, des deux peuples, pour
négocier une nouvelle entente? Aucun travailleur ne s'est montré
rébarbatif à un tel principe. Au contraire, tous étaient
d'accord. Je leur ai dit, à ce moment: Si vous êtes d'accord avec
un tel principe, êtes-vous d'accord que le gouvernement demande
également dans cette nouvelle entente le droit exclusif de faire toutes
ses lois, de percevoir tous ses impôts? L'un d'entre eux m'a probablement
donné la meilleure réponse que j'aie entendue jusqu'ici. Il m'a
dit: Comment veux-tu qu'on soit égal si nous laissons administrer 50% de
nos impôts par un Parlement que nous ne contrôlons pas?
M. le Président, les travailleurs ont compris que le gouvernement
actuel ne voulait pas aller négocier comme l'ont fait les gouvernements
précédents. Ils ont compris que pour une fois le gouvernement
voulait se faire appuyer par l'ensemble des citoyens du Québec. Je suis
convaincu que les travailleurs québécois, comme ceux de
Belleterre dans le Témiscamingue, par exemple, qui voient leur bois,
coupé et scié de leurs mains, transporté par des
camionneurs ontariens et transformé en Ontario. Ces gens, M. le
Président, comprennent l'importance d'administrer eux-mêmes leur
portefeuille.
Les mineurs de la région de l'amiante trouvent que cela n'a plus
d'allure que 6000 Québécois de cette région créent
en dehors du Québec 200 000 emplois au niveau de la transformation. Ces
gens, M. le Président, ont la conviction eux aussi que les
Québécois sont capables de transformer leur minerai chez nous,
avec notre monde, de créer ainsi des emplois au lieu de compter sur
l'assurance-chômage. Je pense que tous les travailleurs du Québec
savent que nous sommes capables de transformer chez nous, avec notre argent,
avec notre monde, nos propres richesses naturelles. M. le Président, on
nous a tellement dit qu'on était trop petit, qu'on n'était pas
assez nombreux, qu'on n'était pas capable, qu'on en a presque
développé des complexes. (16 h 40)
M. le Président, nous avons appris qu'avec un territoire aussi
immense et aussi riche, qu'avec une population jeune et instruite, qu'avec des
richesses naturelles et des ressources financières aussi abondantes, on
pouvait nous aussi exploiter au maximum nos richesses naturelles et les
développer en fonction de nous-mêmes d'abord. Après tout,
cinq des six pays les plus riches au monde, sur une base du per capita,
n'ont-ils pas 10 millions et moins d'habitants? Six des sept pays les plus
riches au monde n'ont-ils pas la moitié de la superficie du
Québec? Finis ces complexes, M. le Président.
Les travailleurs du Québec ont aussi compris que le désir
du gouvernement actuel était de faire connaître et de faire valoir
le Québec partout dans le monde, pour nous ouvrir des portes un peu
partout afin d'exporter nos produits. Ils ont compris qu'on n'est jamais si
bien servi que par soi-même. Les travailleurs québécois ne
comprennent pas, cependant, les raisons des tenants du non qui cherchent
constamment à les diminuer, à les dévaloriser. Pourquoi
refusent-ils de chercher une véritable égalité? Pourquoi
s'opposent-ils à un mandat de négociation? Comment, enfin,
obtiendrons-nous des résultats si on refuse un mandat de
négocier? Pourquoi les tenants de non ne reconnaissent-ils pas que nous
aurions une plus grande force lors de la prochaine ronde de négociations
avec nos partenaires canadiens si nous luttions tous ensemble?
M. le Président, tout comme eux, moi non plus, je ne comprends
pas pourquoi. J'ai négocié pendant seine ans et c'est la
première fois que je vois des aspirants négociateurs aller chez
ceux avec qui on va négocier pour leur demander: Mais, qu'est-ce que je
devrais vous demander? C'est la première fois en seize ans de
négociations que je vois des gens qui veulent négocier une
nouvelle entente et qui refusent de se faire appuyer par leur base. Pourtant,
le député de Bonaventure, tantôt, disait que c'était
une volonté des citoyens qu'il recherchait. C'est, enfin, la
première fois que je vois des aspirants négociateurs
présenter des demandes qui sont inférieures aux demandes
traditionnelles du Québec, inférieures au dernier contrat.
M. le Président, nous avons le devoir d'élaborer, ici en
cette Chambre, au Québec, une position pour le Québec, avec tous
les Québécois. Nous désirons mettre fin aux chicanes
inutiles et nous voulons enfin vivre d'égal à égal. On
appelle cela la souveraineté-association.
Sans ironiser, sans charrier, je voudrais citer un passage, comme le
disait si bien la journaliste, Mme Chaput-Rolland, dans son ouvrage non pas de
1968, mais de 1971 : "Pour moi c'est sérieux, je vous demande de
ne pas rire vous non plus, je vous ai dit que je ne voulais pas l'ironiser
la vérité politique de ce pays qu'il nous reste à
inventer niche dans l'équilibre de ses deux nations qui, enfin, auront
compris qu'il ne leur sera plus nécessaire de lutter l'une contre
l'autre pour coexister l'une à côté de l'autre".
Mme Chaput-Rolland, vous avez grandement contribué à
accroître chez moi, comme chez beaucoup de travailleurs
québécois, ce goût de vérité, ce goût
d'équilibre, ce goût d'égalité, ce goût de
vivre harmonieusement, ce goût de la souveraineté-association.
Le Président: M. le député de
Montmagny-L'Islet, vous avez la parole.
M. Julien Giasson
M. Giasson: M. le Président, j'ai eu l'occasion, au cours
de la semaine dernière, d'intervenir dans le débat et de rappeler
certains faits historiques dans le secteur de l'agriculture. Or, tout à
l'heure, j'entendais le ministre de l'Agriculture exprimer
beaucoup d'optimisme face à un oui très majoritaire des
producteurs agricoles au Québec. C'est son droit de manifester autant
d'optimisme, et je le respecte.
Cependant, M. le Président, je voudrais dire au ministre de
l'Agriculture que je connais également beaucoup de cultivateurs au
Québec qui, devant la question telle que formulée, vont
répondre non. Il y en a des milliers et des milliers. Les cultivateurs
du Québec vont répondre non pour différentes raisons.
D'abord, les cultivateurs du Québec, en général,
n'acceptent pas la souveraineté politique du Québec. D'accord, il
y en a qui l'acceptent ils sont prêts à aller
jusque-là mais beaucoup de cultivateurs de chez nous n'acceptent
pas cela.
Deuxièmement, beaucoup de cultivateurs du Québec, en
dépit des problèmes qu'ils ont pu connaître tout au fil des
ans devant les différents programmes agricoles, tant ceux
présentés par le gouvernement du Québec que certains
programmes présentés par le fédéral... Je sais
qu'il y a des milliers de producteurs laitiers, au Québec, qui sont dans
le secteur de production du lait industriel, qui ne sont pas prêts
à abandonner le chemin immense qu'ils ont parcouru, depuis environ 15
ans, grâce à des programmes qui ont été
instaurés et soutenus par le gouvernement fédéral.
Même si le premier ministre du Québec, lors du dernier
congrès de l'UPA, est allé dire aux congressistes qu'un
Québec indépendant soutiendrait le lait industriel au taux de
$2.66 les cent livres, soutien qui existe dans le programme
fédéral, le premier ministre ne s'est jamais engagé
à soutenir tout le volume de production actuel. Je me suis donné
la peine de revoir les documents qui ont fait état de la
déclaration du premier ministre. Jamais ce dernier ne s'est
engagé à soutenir une production de lait de transformation qui,
au moment où l'on se parle, représente 48% de toute la production
du pays. Le premier ministre est trop brillant, trop intelligent pour prendre
un tel engagement. $2.66 les cent livres pour une production qui correspondrait
aux besoins d'un Québec indépendant, d'accord, il est prêt
à aller jusque-là, mais subventionner la totalité de la
production du lait industriel qui se fait présentement au Québec,
jamais le premier ministre ne prendra l'engagement de le faire
indéfiniment. Pour fins de stratégie, il pourrait accepter le
principe de la soutenir pendant une courte période, mais, à long
terme, jamais il ne supporterait cela.
Le ministre de l'Agriculture nous dit que les producteurs de porc vont
être très impatients de répondre oui au
référendum. Il n'a pas visité les producteurs de porc du
Québec. Ce que les producteurs de porc du Québec recherchent,
présentement, ce n'est pas la tenue d'un référendum, c'est
la conception de politiques agricoles du Québec ou du gouvernement
fédéral quel que soit le palier qui leur
permettraient de passer à travers une situation qui est devenue
intenable; situation qui fait que, sans l'intervention de l'un ou l'autre des
gouvernements, plusieurs faillites vont se produire dans la section de
production du porc au Québec. Ces producteurs de porc du Québec,
dans une très large mesure et une très grande majorité,
vont voter non. Ils vont voter non parce qu'ils ne croient plus le gouvernement
du Québec, ils ne croient plus le ministre de l'Agriculture.
Chez les producteurs allons donc dans d'autres productions
de chair de volaille, là encore l'espoir exprimé par le ministre
de l'Agriculture, ce bel optimisme ne tient pas. Je les connais ces gens, moi
aussi. Je connais les problèmes qu'ils ont vécus pour mettre sur
pied un plan conjoint, les problèmes qu'ils ont eu à
négocier avec les autres provinces qui en produisent pour mettre sur
pied une agence nationale. Agence nationale qui a, pendant un certain temps,
été largement réclamée par le ministre de
l'Agriculture qui, au cours des dernières semaines, en sourdine, en
catimini, conseillait aux producteurs de poulet et de volaille du Québec
de quitter l'agence nationale. A un certain moment, il reprochait au ministre
de l'Agriculture, M. Whelan, de ne pas assumer ses responsabilités et de
ne pas procéder à la mise sur pied d'une agence nationale et, au
cours des dernières semaines, avec la direction de la
fédération des producteurs, il disait: On va vous aider, mais
à la condition que si, dans tant de mois, il n'y a pas eu de changement
dans la répartition des quotas, des contingentements de production, vous
quittiez l'agence nationale. Cela, c'est le visage du ministre de
l'Agriculture!
Le Président: A l'ordre, s'il vous plaît!
M. Giasson: M. le Président, je termine là-dessus.
Les cultivateurs du Québec ont, l'autre jour, entendu le ministre de
l'Agriculture nous raconter que, dans un Québec indépendant, il
irait donner des petits coups de coude à ses collègues des autres
provinces. Il n'aura jamais cette chance! Il ne sera pas là pour donner
des petits coups de coude parce que les cultivateurs du Québec
avec qui j'ai discuté savent que l'autosuffi-sance au
Québec ne pourra s'atteindre que si nous avons une frontière
autour du Québec. (16 h 50)
Ce programme que vous présentez, déclarant la libre
circulation des personnes et des biens, les cultivateurs n'achètent pas
cela. Ils disent: Nous aurons l'autosuffisance seulement si nous allons
jusqu'au bout d'une opération de souveraineté, un pays totalement
souverain politiquement, avec une frontière. Quand il n'y aura plus de
libre circulation, là, on pourra atteindre notre autosuffisance d'abord
et surtout, dans un premier temps, pour la consommation du Québec. Si
nous devons aller sur des marchés extérieurs, nous devrons faire
face à la compétition, ce seront des programmes de prix à
rabais et souvent du "dumping", tel que le font, les pays qui ont des surplus
de production.
J'ai entendu des intervenants faire état de toutes les
générations qui les ont précédés sur le sol
québécois. Je suis, comme la plupart des Québécois,
un citoyen qui a de vieilles racines au Québec. Ceux qui m'ont
précédé sont venus au Québec depuis au-delà
de 200 ans. Mais cela, c'est
l'histoire; ce n'est pas tellement le passé qui doit nous guider.
Nous allons vers l'avenir; nous avons des choix décisifs à faire,
soit choisir entre quitter l'union politique qu'est le Canada, devenir au
Québec un pays totalement séparé politiquement, ou tenter
c'est le fond du problème et le cul-de-sac qui vous attend, vous
conduit et nous conduit, Québécois, inexorablement vers ce choix
définitif. Que vous l'admettiez, que vous ne vouliez pas le dire, cela
ne change rien. Nous avons à choisir entre le maintien d'un
québec qui va continuer de se développer à
l'intérieur d'une union politique qui s'appelle le Canada, en modifiant
profondément les règles du jeu telles que nous les avons toujours
connues ou aller vers une séparation totale de ce pays.
Chez nous, dans mon milieu, les contacts que j'ai maintenus m'indiquent
que les citoyens de Montmagny-L'Islet ne sont pas prêts à plonger
dans l'aventure floue que vous présentez, selon le libellé de la
question, surtout depuis qu'ils ont entendu un collègue du
côté gouvernemental venir dire dans mon comté, il y a
quelques semaines, que la souveraineté politique, c'était le
contraire du séparatisme, que la souveraineté-association
était le contraire de la séparation. Les gens n'ont pas cru cela,
parce que leur raisonnement, c'est: Si on veut négocier d'égal
à égal, entre nations, entre Etats souverains, il faut d'abord
proclamer l'indépendance politique du Québec. Seulement ce jour,
à la suite de cette proclamation, les Québécois auront
atteint le statut d'égalité avec l'autre partie qui est le
Canada. Chez nous, les gens disent: Tant que ce pas ne sera pas franchi, c'est
de la foutaise, c'est de la fumisterie de croire qu'on va négocier
d'égal à égal politiquement, tant que nous n'aurons pas
fait l'indépendance politique totale du Québec. Merci, M. le
Président.
Le Président: Mme la ministre d'Etat à la Condition
féminine.
Mme Lise Payette
Mme Payette: M. le Président, vous me permettrez, en
commençant, de dire à Mme la députée de
Prévost que je suis peut-être celle dans cette Chambre qui
comprend mieux ce qu'elle a à vivre. La vie est difficile à
l'Assemblée nationale du Québec pour une femme et je voudrais lui
rappeler qu'il faudrait qu'elle revoie certains propos de ses collègues
d'aujourd'hui à mon égard, pendant l'assurance automobile, en
particulier les députés de Jacques-Cartier et de
Marguerite-Bourgeoys, qui me faisaient savoir que ou il fallait que je
m'habitue à cette vie difficile ou que je parte. Mme la
députée de Prévost a parlé d'intolérance
dans nos propos; je pense que c'est sous le coup de l'émotion qu'elle
aura confondu. Nous n'avons pas attaqué le Canada ou les Canadiens; nous
avons attaqué un système politique défavorable pour le
Québec, la Confédération.
Il n'y a pas eu beaucoup de femmes dans ce Parlement, M. le
Président, à travers le temps. Nous allons
célébrer, le 25 avril prochain, le 40e anniversaire du droit de
vote des femmes québé- coises et, en 40 ans, huit femmes
seulement ont siégé ici, six au cours des trois dernières
années. Nous n'avons pas vraiment beaucoup dérangé la
politique des hommes, en tout cas, pas au cours des dernières
années et même pas depuis 113 ans. D'ailleurs, M. le
Président, il faut se souvenir que, comme par hasard, il n'y avait que
des Pères de la Confédération.
Cependant, je tiens à ce moment-ci à souligner l'apport
des femmes à la société québécoise, en
dehors des décisions politiques, à l'évolution de la
société québécoise, à la survivance du
peuple québécois, à son enrichissement culturel et
à son épanouissement même. Bien sûr, les femmes du
Québec ont eu leur histoire, une histoire presque jamais écrite.
Bien sûr, à côté de nos coureurs des bois, de nos
défricheurs, de nos colons et de nos soldats, nous avons eu des
héroïnes silencieuses.
Que faisaient-elles, ces femmes? Elles ouvraient les premières
écoles, les premiers hôpitaux. A côté du patriote de
Lorimier, pendu par les Anglais, il y avait la patriote de Lorimier. La
résistance des Québécoises, ce ne sont pas les livres
d'histoire qui en parlent. Ce sont les courbes démographiques, cette
incroyable courbe démographique, la réponse des femmes patriotes
aux besoins de survivance du peuple du Québec. Nulle part autant qu'au
Québec, est-il besoin de souligner la justesse de l'expression "langue
maternelle"? Si les Québécois...
M. Bédard: M. le Président, question de
privilège! Voulez-vous arrêter le député de
Notre-Dame-de-Grâce de parler constamment pendant que Mme Payette parle?
Elle a le droit, autant que Mme Solange Chaput-Rolland, de dire son
message.
M. Levesque (Bonaventure): M. le Président...
Le Président: M. le leader parlementaire de l'Opposition
officielle.
M. Levesque (Bonaventure): ... parlant sur la question de
règlement soulevée par le ministre de la Justice, je suis
pleinement d'accord avec lui et je suis pleinement d'accord pour écouter
Mme la députée et Mme la ministre, mais je tiens à
rappeler que, chaque fois qu'il y a eu quelqu'un de ce côté-ci qui
est intervenu, cela a été, de l'autre côté,
continuellement, des propos...
Des Voix: Oh!
Une Voix: C'est faux, ce que vous dites là!
Le Président: Je suis sûr que je puis compter sur la
collaboration de M. le député de Notre-Dame-de-Grâce.
Mme la ministre d'Etat à la Condition féminine, vous
pouvez poursuivre.
Mme Payette: M. le Président, nulle part autant qu'au
Québec, est-il besoin de souligner la justesse de l'expression "langue
maternelle"? Si
les Québécois ont dû souvent gagner leur vie en
anglais, les Québécoises ont veillé, elles, à ce
qu'ils vivent, aiment et se parlent en français à
l'intérieur de leur maison, entre leurs quatre murs. Elles ont
elles-mêmes transmis les poèmes et les chansons qui nous ont
aidés à survivre. La résistance à l'assimilation,
la résistance aux stratégies diaboliques de Lord Durham et
consorts, c'est beaucoup dû aux femmes qui ont mené cette
guérilla sourde et patiente. Ce sont les femmes qui, en
préservant notre langue et notre tradition, ont fait de nous un peuple
distinct. Ce sont d'abord les femmes qui ont fait de nous une nation consciente
de son histoire et de son vouloir-vivre collectif. Ce sont les femmes qui nous
ont inculqué que le nationalisme, pour les Québécois, est
notre destin tant historique que géographique. Ce sont elles qui nous
ont enseigné de nous affirmer comme collectivité. Pendant que les
Québécois tentaient de nous aménager un espace, un lieu
québécois, les femmes nous garantissaient une âme, un foyer
national.
Les femmes nous ont garanti l'essentiel de ce que nous sommes. Ces
femmes, même si elles ne l'ont jamais écrit et exprimé, ont
toujours guidé leur vie comme si elles avaient pris conscience que notre
dispersion sur ce territoire canadien ou américain aurait signé
l'arrêt de mort de notre culture. Je ne prétends pas ici que les
femmes seules ont assuré notre survivance, mais je prétends
qu'elles l'ont fait tout autant, tout aussi profondément que les hommes.
Elles ont su, elles aussi, au fur et à mesure que les années ont
passé, faire le constat que le pacte confédératif
était devenu un marché de dupes. Avec la révolution
tranquille, les femmes ont commencé à s'organiser, à se
parler, à se raconter à haute voix. Les femmes ont
commencé à écrire elles-mêmes leur propre chapitre
d'histoire. Les femmes ont commencé à donner de la mémoire
à l'histoire. C'est grâce à elles, à elles d'abord,
que ce Parlement doit se pencher de plus en plus souvent sur leur sort et sur
leur condition. Les femmes sont les seules artisanes de leur évolution.
(17 heures)
Je ne peux m'empêcher de rêver à ce que sera un
Québec souverain libéré de sa tutelle
fédérale avec 52% de Québécoises présentes
et participantes aux décisions politiques. Non seulement notre cadre
politique s'en trouvera changé, mais le fond même de notre
société le sera également.
Au moment de faire le choix de notre avenir collectif, cette
majorité silencieuse peut faire la preuve de sa force et de sa
volonté: 52% de l'électorat, c'est fort, c'est majoritaire. Nous
n'avons jamais, nous les femmes, fait le test de notre force collective.
Participer à ce débat pour les femmes, à leur
façon, à leur manière, cela m'apparaît essentiel,
au-dessus des querelles, à cause du passé et pour l'avenir.
C'est d'autant plus facile pour nous autres, les femmes, de
départisaner le débat que nous n'avons pas encore
été vraiment partisanes. Le pourcentage de femmes oeuvrant
activement dans des partis politiques au Québec est si minime qu'il nous
est assez facile de nous situer au-dessus des partis politiques. Les femmes
doivent donc prendre une large place dans ce débat
référendaire. Je crois tout autant que les femmes doivent prendre
leurs affaires en main et que personne ne le fera à leur place qu'au
fait que les Québécoises et les Québécois, en tant
que peuple, doivent faire de même.
Ce n'est pas la même lutte, mais elle est semblable. Elle combat
une peur, un rapetissage analogue; deux luttes bien distinctes, mais que
l'histoire que nous faisons présentement fait coïncider. Je veux
être claire là-dessus. Je ne prétends pas que la
libération du Québec entraînera automatiquement la
libération des femmes, mais nous devons prendre conscience maintenant
que, si nous voulons bien demeurer la douce moitié de ce peuple, nous
sommes une douce moitié majoritaire et depuis trop longtemps
silencieuse; une douce moitié qui a déjà donné
beaucoup à cette terre du Québec et qui peut, par sa
solidarité et si elle le désire, permettre un déblocage,
un avancement collectif; une douce moitié qui sait ce qu'elle veut, une
place juste et équitable pour les femmes du Québec, une
égalité enfin avec les hommes du Québec dans un
Québec qui sera devenu seul maître d'oeuvre du
développement des composantes de sa société,
d'égales à égaux, rien de moins.
Il y a longtemps que j'ai proposé aux femmes du Québec de
faire un "référend'femmes" plutôt qu'un
"référend'hommes" pour prendre notre place et permettre au
Québec de prendre la sienne dans l'ensemble de peuples souverains du
monde. En tant que femme, j'incite toutes les femmes à participer
coûte que coûte à ce grand débat national. En tant
que Québécoise et en tant que militante de ce gouvernement qui a
un grand projet national, je ne peux m'empêcher de souhaiter et
d'espérer que la libération des femmes se fera plus rapidement
dans un Québec qui sera devenu le seul responsable du sort de ses
citoyens et de ses citoyennes. Merci, M. le Président.
Le Président: A l'ordre, s'il vous plaît! Alors,
pour ne pas qu'il y ait d'ambiguïté, de confusion et d'erreurs, je
voudrais rappeler qu'il reste à l'Opposition officielle 24 minutes,
à l'Union Nationale 23 minutes, à M. le député de
Gouin une minute, à M. le député de Rouyn-Noranda cinq
minutes. M. le député de Mont-Royal, je voulais vous le rappeler.
Quant à la majorité ministérielle, le calcul n'a pas
encore été fait après l'intervention de Mme la ministre
d'Etat à la Condition féminine, mais ce doit être environ
20 minutes.
Une Voix: 32 minutes.
Le Président: 32 minutes. M. le député de
Mont-Royal.
M. John Ciaccia
M. Ciaccia: This debate, Mr Speaker, has been, in many respects,
a sad debate, sad because we have reached the point where we even have to
question whether Canada should continue to exist as a country but sadder
still because of the tactics of division and the statements that have been made
and the accusations that have been made by the Parti québécois.
We are all Quebecers. Some of us have chosen freely to become Quebecers and,
when we are talking in favour of federalism and in favor of Canada, we are no
less Quebecers than the Parti québécois. On referendum day, not
only will we be deciding the political future of this country, we will be
deciding the kind of society that we want to live in. And when we say no, we
are going to say no to the intolerance of the Parti québécois, to
the divisions of the Parti québécois. Your are dividing this
country, you are dividing families, you are dividing communities and that is
what we are saying no to. Mon non ausi est québécois. Merci, M.
le Président.
Le Président: M. le leader parlementaire du gouvernement,
une intervention peut-être avant que je ne cède la parole à
M. le député de Gouin.
M. Claude Charron
M. Charron: M. le Président, depuis les dix années
où j'ai été membre de cette Assemblée, j'ai
toujours été parfaitement convaincu que j'étais le membre
chanceux d'une génération chanceuse. Je suis parfaitement
convaincu que la génération à laquelle j'appartiens, quand
je l'appelle chanceuse, ce n'est pas simplement parce que c'est elle qui peut
décider de ce tournant que nous pouvons prendre au printemps, qu'elle
semble déjà encline à prendre, mais elle est chanceuse du
fait qu'elle possède déjà un niveau de vie qui peut lui
permettre de prendre ce genre de décision.
J'ai toujours été parfaitement conscient que c'est ceux
qui ont bâti le Québec, qui m'ont donné le meilleur
d'eux-mêmes, j'en suis convaincu, au moment où ils étaient
la classe active de notre société, qui m'ont permis d'être
ici aujourd'hui. Ceux qui sont à la retraite, où qu'ils soient
dans le Québec, ont non seulement trimé dur tout le monde
le sait mais une des qualités que j'admire le plus chez eux,
c'est que, lorsque les virages importants se sont présentés, ils
ont bien hésité, il y avait bien des gens qui étaient
là pour leur dire non, de ne pas les prendre, mais par-dessus tout ils
ont su les prendre. Un des plus importants ceux qui sont à la
retraite aujourd'hui étaient à ce moment-là les plus
actifs de la société c'est quand, il y a 20 ans, ils ont
choisi de faire instruire la génération que je représente
dans cette Assemblée.
J'ai d'abord été le premier. Nous sommes maintenant
plusieurs et il en viendra bien d'autres à la suite pour
témoigner à ces gens et leur redire combien nous leur sommes
reconnaissants, quand le virage s'est présenté pour notre
société, sinon nous étions caducs et finis pour toujours,
d'avoir accepté de payer les taxes et les impôts parce que
c'est cela que ça voulait dire à l'époque et
d'avoir pris la décision de nous faire instruire car, je n'ai
l'impression d'apprendre rien à personne, ces citoyens et ces
citoyennes, aujourd'hui, sont fiers du choix qu'ils ont fait. Ils voient la
réussite se concrétiser dans leurs fils, leurs filles. Ils les
voient occuper des postes de commande ou, alors, ils les voient piaffer
d'impatience devant un développement qui tarde à venir. Ils
participent avec eux à cette volonté.
Mais allez donc demander à un père et à une
mère du Québec aujourd'hui à la retraite s'ils regrettent
d'avoir fait instruire leurs enfants. Ils savent que la vie d'un peuple
commande des détours. Ils ont su les prendre dans l'histoire et ils
savent que nous en sommes maintenant rendus à un autre, que le
Québec est à nouveau dans cette situation déchirante
peut-être, qu'on dramatise à l'excès lorsque ça nous
oblige à vivre avec nos contradictions d'antan, bien sûr, mais
certains d'entre eux y voient, parmi les citoyens âgés comme ceux
que j'ai rencontrés dans ma circonscription de Saint-Jacques hier, une
occasion bénéfique de donner encore plus à ceux et celles
qu'ils ont mis au monde et qui sont la classe active de la
société actuelle. Ils y voient une occasion de compléter
la contribution qu'ils ont faite à ceux de la génération
du Québec en leur permettant, maintenant qu'ils sont
équipés, maintenant qu'ils ont le talent, maintenant qu'ils ont
aussi le courage et la possibilité de le faire de bâtir enfin une
société où ils pourront vivre à leur guise et
à leur goût.
Ce goût de l'égalité de notre peuple, je ne l'ai pas
inventé, M. le Président; ce n'est pas dans les livres à
l'université que je l'ai appris; ce sont ceux et celles, citoyens et
citoyennes du Québec, qui l'ont bâti qui me l'ont transmis. Si je
parle en français aujourd'hui, c'est parce qu'il y a eu des femmes du
Québec qui, à une époque, ont résisté, ont
voulu nous le transmettre. Et si aujourd'hui j'aspire, comme au moment
où nous en avons fait la langue officielle, de faire du Québec
notre pays officiel, ils comprennent très bien que nous sommes en train
de terminer un travail qu'ils ont eux-mêmes amorcé. (17 h 10)
M. le Président, la députée de Prévost
évoquait que des luttes dures sont à l'horizon. C'est vrai. Mais
j'aimerais que nous terminions ce débat avec presque une entente tacite
entre nous. Les luttes dures, nous allons les livrer entre nous. Nous sommes
venus ici pour cela. Les citoyens qui suivent nos débats le savent. Ils
savent que la question est importante. Pourrions-nous nous entendre pour que
ces citoyens et ces citoyennes qui ont bâti le Québec, qui
frémissent, à l'occasion, lorsqu'on leur fait entendre que leur
sécurité de revenu... restent à l'écart de ce
débat; qu'on ne mène pas le combat jusque sur leur dos et en leur
faisant des peurs. Parce que tout le monde le sait, le chef de l'Opposition
lui-même véhicule lui-même ce genre de peur, il a
commencé chez la population ouvrière de Maisonneuve, il
l'étend maintenant à la grandeur du Québec.
Sait-il seulement combien ils ont ces citoyens du Québec
aujourd'hui, par exemple? Le total d'une personne qui vit uniquement selon une
pension, cela représente à peine $330 par mois
pour vivre aujourd'hui, en mars 1980. Est-ce que le gouvernement du
Québec n'est pas capable, fait de fils et de filles de ces hommes et de
ces femmes d'antan qui ont bâti le Québec, de prendre
l'engagement, quand ce sont des sommes aussi minimes, de respecter ces
engagements et de fournir cette contribution à nos concitoyens et
concitoyennes du Québec? Le chef de l'Opposition et tous les
libéraux et tous ceux qui vont travailler de club en club et de
résidence en hôpital pour malades chroniques pour laisser
entendre: Vous savez, il y a une feuille d'érable sur le chèque
de pension de vieillesse, si vous votez oui au référendum, il n'y
a plus de pension de vieillesse. M. le Président, ce parti proposait
même, avant de se faire battre à son congrès, que
l'assu-rance-chômage s'en vienne au Québec. Cela se transforme une
feuille d'érable en fleur de lis, M. le Président, pour
être capable de donner...
Ce qu'ils savent surtout, M. le Président, c'est que l'avenir de
ce chèque, que la source de ce chèque que n'importe quel
gouvernement est capable et doit fournir aux citoyens âgés du
Québec, ce n'est même pas cela que l'on décide au
printemps. Ce sera probablement je l'espère, parce que j'aimerais
que ce soient les Québécois qui s'occupent des citoyens
âgés du Québec contenu dans la nouvelle entente que
nous serons appelés à ratifier à un autre moment. Ce que
nous décidons seulement, tous les Québécois de tous les
âges et de toutes les générations, c'est de nous mettre en
branle d'une façon définitive avec l'appui du peuple, des plus
jeunes à ceux qui aujourd'hui nous regardent et nous envient
d'être rendus à ce carrefour ils auraient voulu être
à notre place, ils nous encouragent à continuer maintenant
nous mettre en branle, dis-je comme peuple, du plus jeune au plus vieux, dans
une décision définitive que nous exigeons une nouvelle entente et
d'appuyer notre gouvernement, chacun d'entre eux, comme n'importe quel des
citoyens du Québec est en mesure d'escompter. Lorsque nos taxes et nos
impôts seront ici, lorsque les citoyens âgés comme les
autres du Québec s'adresseront à leur gouvernement du
Québec qui s'adresse à eux à partir de leurs fils et de
leurs filles, M. le Président, ces citoyens peuvent, comme n'importe qui
d'autres, non seulement vivre en sécurité, mais espérer
une prospérité. Merci, M. le Président.
Le Président: Pour votre minute, M. le
député de Gouin.
M. Rodrigue Tremblay
M. Tremblay: La question ici, M. le Président, n'est pas
d'établir si on est Québécois ou non en votant d'une
façon ou de l'autre. Tous les citoyens du Québec sont
Québécois à part entière et prétendre
autrement, ce serait recourir à la tactique méprisable de
l'intimidation, tactique qui a donné des résultats si
désastreux dans d'autres pays.
La vraie question, c'est plutôt de savoir si la
décentralisation constitutionnelle que nous re- cherchons doit se faire
dans la stabilité économique et monétaire à
l'intérieur de la Confédération canadienne, ou
plutôt si elle doit se faire par le bluff de la sécession
politique. Pour tous les Québécois et les
Québécoises, la stabilité économique et
monétaire, c'est fondamental.
Or, il a été établi, dans ce débat, que
l'association économique et la monnaie commune, c'était, pour le
parti gouvernemental, beaucoup moins une conviction et un objectif qu'une
tactique pour obtenir des votes favorables. On n'y croit pas à
l'association économique. On nous offre donc un bluff politique qui
conduira en toute probabilité à la désintégration
économique et à des perturbations monétaires, en plus de
nous placer dans un cul-de-sac politique.
C'est pourquoi, M. le Président, il faut voter contre la question
du parti au pouvoir et appuyer les amendements de l'Opposition pour qu'il y ait
un véritable choix sur le bulletin de vote, qu'il y ait des options
autres que celle du parti au pouvoir. Merci.
Le Président: Mme la députée de L'Acadie.
Mme Thérèse Lavoie-Roux
Mme Lavoie-Roux: Merci, M. le Président.
Une seule petite mise au point: ce n'est pas le gouvernement du Parti
québécois qui a fait du français la langue officielle du
Québec, mais le gouvernement libéral de M. Bourassa.
Mon intention n'était pas de m'adresser à mes
concitoyennes d'une façon plus particulière à l'occasion
de ce débat car je croyais que, pour une fois, elles seraient
considérées comme des citoyennes à part entière. Je
savais d'ailleurs fort bien que les femmes du Québec ont toujours fait
preuve de lucidité et d'un sens profond des responsabilités,
particulièrement aux moments les plus difficiles. Aujourd'hui, elles
savent que l'enjeu du référendum est important. Elles sauront
s'engager, comme elles ont toujours su le faire dans le passé, et il n'y
a aucune raison sérieuse d'en douter.
Si, aujourd'hui, je m'adresse à elles, c'est pour dénoncer
cette campagne de culpabilisation que certaines tenantes du oui tentent de
faire auprès d'elles. A la lumière des événements
des dernières semaines, il n'est pas exagéré de dire que
certaines militantes du oui, la ministre de la Condition féminine en
tête, utilisent une approche humiliante pour les femmes, approche qui
s'apparente beaucoup à celle qu'on a trop longtemps utilisée
à leur endroit, à savoir qu'elles ont un comportement infantile,
émotif et qu'il faut les conduire par la main lorsqu'elles doivent
prendre des décisions qui peuvent sembler déborder celles du
foyer.
Alors que dans un premier souffle, les militantes pour le oui rappellent
votre courage, votre maturité et votre évolution, dans un
deuxième souffle, si vous dites non au référendum, elles
vous relégueront à la catégorie des peureuses, de celles
qui refusent la liberté.
Mme la ministre qui parle des femmes aux ailes coupées veut bien
qu'elles volent...
Mme Payette: Question de privilège. Le Président: A
l'ordre, s'il vous plaît!
Mme Payette: J'aurais aimé ne pas avoir à le faire,
parce que j'avais très envie d'écouter Mme la
députée. Je suis obligée de dire que depuis le mois
d'octobre, je n'ai pas cessé de dire à toutes les femmes...
Le Président: Mme la ministre, je vous céderai ia
parole immédiatement après l'intervention...
Mme Payette: II s'agit d'une question de privilège, M. le
Président, et madame me prête des propos qui sont faux.
Le Président: Immédiatement après ces
propos, je vous permettrai d'intervenir. Mme la députée de
L'Acadie.
Mme Lavoie-Roux: Je disais donc, M. le Président, que Mme
la ministre parle des femmes du Québec comme étant des femmes aux
ailes coupées. Elle voudrait bien qu'elles volent, mais à la
condition que ce soit sous son aile et sous son regard approbateur.
Voilà que certaines, qui se prétendent les porte-parole de
la libération des femmes, pratiquent à l'endroit de ces
dernières le même paternalisme qu'elles reprochent tellement aux
autres. Si les femmes refusent la servitude que notre société
leur impose souvent, elles ne veulent pas davantage d'une autre servitude que,
cette fois-ci, un groupe de femmes voudraient leur imposer par tous les moyens,
au nom d'une option politique strictement partisane, en dépit des
affirmations des hommes et des femmes qui siègent de l'autre
côté de cette Chambre.
Les femmes ne veulent pas que les politiciens ou les politiciennes leur
décernent des notes de bonne ou de mauvaise conduite. Elles ne veulent
pas qu'on confonde les problèmes qu'elles vivent comme femmes avec des
options constitutionnelles. Elles n'ont pas besoin, en ce moment, des bonnes
paroles insistantes de certains politiciens qui présentent une victoire
du oui au référendum comme le miracle qui ferait d'un coup
évoluer leur participation à la vie politique. Elles sont trop
réalistes pour y croire. Comme le disait l'historienne Michèle
Jean, les femmes ont trop souvent été utilisées dans
l'histoire, et ce n'est pas un oui ou un non au référendum qui va
changer les données fondamentales du problème de leur
égalité véritable dans notre société. (17 h
20)
Ce que les femmes veulent, M. le Président, c'est qu'on leur
fournisse des données objectives qui leur permettent de faire un choix
le plus judicieux possible, mais surtout qu'on respecte ce choix. Vous dites
aux femmes qui diront non au référendum qu'elles refusent la
liberté du Québec, alors que vous-mêmes vous leur refusez
cette liberté de choisir, non seulement à cette occasion, mais
à bien d'autres sur lesquelles je reviendrai plus tard, les
dévalorisant si leur choix ne correspond pas à vos valeurs et
à vos jugements politiques. D'ailleurs, à partir de quelle
vérité absolue peut-on établir qu'un oui au
référendum est un oui à la dignité et à
l'émancipation, alors qu'un non équivaudrait à de la
soumission et à de la peur? Pourquoi ne pourrait-on pas associer un non
au référendum de la part des femmes à de la
lucidité, à de la clairvoyance, à de la maturité et
à du courage!
Ces femmes qui sont au foyer et qui ont élevé des enfants,
ou qui en élèvent encore, savent combien souvent il faut beaucoup
plus de courage pour dire non à leurs enfants que pour leur dire oui,
mais elles le font parce qu'elles sont capables de mesurer les
répercussions à long terme d'un oui trop facilement
accordé. Au moment du référendum, M. le Président,
toutes les femmes du Québec devront, au fond, choisir entre deux options
possibles, même si seule l'option du gouvernement du Parti
québécois apparaîtra sur le bulletin de vote.
Elles pourront répondre oui et accepter la démarche du
gouvernement du Parti québécois qui propose de réduire
considérablement l'espace géographique, économique, social
et politique de ce pays qu'est le Canada pour créer un nouveau pays que
le gouvernement du Parti québécois souhaiterait pouvoir associer
économiquement avec le reste du Canada; association qui ne se
discuterait plus entre citoyens d'un même pays, mais entre des citoyens
qui seraient désormais devenus des étrangers les uns par rapport
aux autres.
Les femmes du Québec pourront aussi répondre non à
la question et choisir à ce moment-là de conserver intact le pays
qu'elles-mêmes et leurs ancêtres ont forgé et enrichi et
dont elles sont propriétaires à part entière, tout en
sachant que la constitution de ce pays, qui aura été
conservée par un non au référendum, devra être
renouvelée pour être mieux adaptée aux
réalités politiques, sociales et culturelles d'aujourd'hui,
renouvellement dont les éléments fondamentaux sont contenus dans
le projet de la nouvelle fédération canadienne rendu public par
le Parti libéral du Québec.
Ce choix, M. le Président, parce qu'il entraînera des
conséquences extrêmement graves, ne peut être basé
uniquement sur des données émotives, des comptes à
régler, mais, avant tout, sur des données exactes. C'est dans ce
sens que nous tenterons d'entrer en contact avec le plus grand nombre de femmes
du Québec et de tous les autres citoyens du Québec durant cette
campagne référendaire.
M. le Président, s'il y a une chose qui me heurte, c'est quand je
demande à des enfants de 15, 16 ans: Pourquoi êtes-vous pour ia
souveraineté-association? et que la seule réponse qu'on peut me
donner, ce sont les plaines d'Abraham et la déportation des Acadiens.
Pendant combien de
temps allons-nous regarder en arrière et quand allons-nous nous
décider à regarder en avant?
Québécoises, si votre réponse est non, elle me
remplira de confiance et d'espérance pour l'avenir! Si votre
réponse est oui, je la respecterai! Dans un cas comme dans l'autre, je
serai consciente que mes concitoyennes de quelque origine qu'elles soient
auront donné une réponse libre, après un examen
responsable des principales données, sans se laisser distraire par les
tentatives de culpabilisation et de chantage de certaines grandes têtes
d'affiche du oui.
M. le Président, en terminant, je veux simplement rappeler au
gouvernement que nous entrons dans la phase cruciale du débat, me faire
l'écho de ma collègue de Prévost et dire qu'au lendemain
du référendum, quel que soit le résultat, nous nous
retrouverons, dans une société de plus en plus pluraliste et dans
laquelle chacun devra être respectueux l'un de l'autre. Ces gestes de
respect, il faut les poser aujourd'hui, sinon, au lendemain du
référendum, nous nous retrouverons dans une société
divisée. Merci, M. le Président.
Le Président: Mme la ministre d'Etat à la Condition
féminine.
Mme Payette: M. le Président, on a toujours dit des femmes
du Québec qu'elles avaient des yeux tout le tour de la tête:
derrière pour regarder le passé et devant pour regarder l'avenir.
Je retire ma question de privilège, les femmes jugeront
elles-mêmes.
Le Président: M. le député... A l'ordre,
s'il vous plaît!
M. le député de Rouyn-Noranda, pour cinq minutes.
M. Camil Samson
M. Samson: M. le Président, je pense qu'il serait bon
qu'on se rappelle, à la fin de ce débat, que nous discutons sur
une question à poser à la population à l'occasion d'un
référendum. J'ai, au cours du débat, vu et entendu, ceux
qui, d'ores et déjà, préconisent le oui, et ceux qui
préconisent le non, selon le côté d'où les
affirmations venaient; les gens du non disent au gouvernement: Vous voulez
faire l'indépendance et vous ne voulez pas le dire. On entend le
gouvernement répliquer: Au contraire, on ne veut pas faire
l'indépendance; on veut seulement négocier.
Mais il y a des choses qui ne mentent pas. Ce ne sont pas les
impressions, mais la réalité. Dans la question, alors qu'on parle
de souveraineté, je donne à ce moment-là raison à
ceux qui ont opté pour le non de dire au Parti québécois:
Vous voulez faire l'indépendance et vous ne voulez pas le dire. D'un
autre côté, le gouvernement répond qu'il ne veut pas faire
l'indépendance. Je me demande dans quelle proportion on doit, oui ou
non, le croire. Car les réponses que nous avons obtenues au cours de ce
débat sont nébuleuses. S'il était vrai que le Parti
québécois voulait faire l'indépendance, il opterait pour
le discours du ministre des Finances. Après la souveraineté, dans
la question, là où c'est dit en même temps de maintenir
avec le Canada une association économique comportant l'utilisation de la
même monnaie, quand on parle de l'utilisation de la même monnaie,
il placerait cela avec la souveraineté, M. le Président. Car il
n'y a aucune souveraineté possible, pour aucun pays au monde, si ce pays
ne contrôle ni l'émission de sa monnaie, ni l'émission de
son crédit. Là-dessus, le ministre des Finances a raison et
quiconque parle le même langage a raison.
Je suis arrivé en politique il y a 25 ans, avec un homme qui
s'appelle Réal Caouette et il m'a fait comprendre, dès ce
moment-là, que celui qui contrôle l'émission de la monnaie
et du crédit contrôle en même temps le sang
économique de la nation. C'est cet homme qui, durant le reste de sa vie,
a combattu pour réclamer au Parlement fédéral même
des réformes économiques et des réformes monétaires
afin que l'on permette à la Banque du Canada d'agir comme agent
financier des provinces aux fins de permettre à cette dernière de
pouvoir financer, sans intérêt, le développement de chacune
des provinces. Il n'a pas encore réussi, M. le Président.
Si le Parti québécois était sincère
aujourd'hui, comme il veut le laisser entendre quand il nous parle de
souveraineté, il irait jusqu'au bout de sa pensée et il nous
dirait dans quelle proportion il a envie de contrôler l'émission
de sa monnaie et de son crédit et dans quelle proportion il voudrait
permettre à la banque centrale de financer les développements
publics sans intérêt. Nous le savons tous, les taux
d'intérêt sont ce qui dépossède l'individu, ce qui
dépossède la collectivité. Nous avons tous, en cette
Chambre, à l'unanimité, voté une motion pour demander au
gouvernement fédéral d'agir pour que les taux
d'intérêt de la Banque du Canada cessent d'être des taux que
l'on peut qualifier de vol de la population. (17 h 30)
On a voté cela à l'unanimité. Il n'y a rien de
réglé encore et le Parti québécois, même avec
sa souveraineté, ne nous démontre aucune possibilité de le
régler. Je dis donc, M. le Président, que ce qu'on nous demande
comme mandat de négocier ne réglera pas le problème.
Nous vivons un problème économique pardessus tout. Nous
vivons des taux d'intérêt hypothécaire qui font que
l'industrie de la construction est tombée à son plus bas niveau
depuis 30 ans. Nous vivons des périodes où on est en train
d'endetter nos jeunes, nos enfants, nos petits-enfants et nos
arrière-petits-enfants si on n'apporte pas de correctifs
économiques. Qu'est-ce que le gouvernement que j'ai en face de moi, M.
le Président, a à répondre à cela? Qu'est-ce que le
gouvernement qui est en face de moi a comme solution à apporter? On nous
dit: Donnez-nous un mandat de négocier, cela va nous donner les leviers.
Cela va vous donner les leviers de quoi? Cela va vous donner seulement les
leviers d'une
brouette pour vous permettre d'être encore plus les serviteurs des
autres comme vous pensez l'avoir été pendant si longtemps.
M. le Président, en terminant, je dis que, si on veut des
réformes réelles, il faut aller à la racine du mal et non
pas tenter de faire croire à la population qu'on va régler tous
ses problèmes par un oui ou par un non. Ce n'est ni par le oui ni par le
non qu'on va régler tous les problèmes, mais par de l'action
positive surtout dans le domaine économique, en permettant à tous
et chacun de nos concitoyens québécois et canadiens de pouvoir
vivre librement et en toute sécurité, M. le Président.
Le Président: Merci, M. le député de
Rouyn-Noranda. A l'ordre, s'il vous plaît! A l'ordre, s'il vous
plaît! Je voudrais maintenant indiquer qu'il reste à la
majorité ministérielle 25 minutes; à l'Opposition
officielle, 14 minutes, et à l'Union Nationale, 23 minutes. Comme il est
17 h 30, je voudrais tout de suite signaler qu'il n'y a pas suffisamment de
temps, avant la suspension de nos travaux pour le repas, pour compléter
le temps qu'il reste à faire. Je voudrais connaître l'avis des
leaders parlementaires immédiatement.
M. Charron: M. le Président, je crois pouvoir proposer,
pour en avoir parlé, que nous achevions ce débat sans
l'interrompre à 18 heures. La Chambre ajournera ensuite ses travaux
jusqu'à mardi.
Le Président: M. le leader parlementaire de l'Opposition
officielle.
M. Levesque (Bonaventure): Nous sommes d'accord, M. le
Président, consultation ayant eu lieu.
M. Brochu: Nous sommes également d'accord, M. le
Président, pour poursuivre tout d'un trait et terminer le
débat.
Le Président: Merci, M. le leader parlementaire de l'Union
Nationale. Maintenant, avant de céder la parole à un prochain
intervenant, je voudrais signaler également qu'il y a 25 minutes
à la majorité ministérielle et 23 minutes à l'Union
Nationale. J'ignore si on a l'intention d'utiliser le même intervenant.
Je vous signale tout de suite que cela dépasse un peu le temps permis
par le règlement dans le cas de l'Union Nationale et dans le cas de la
majorité ministérielle. Si tel devait être le cas, je veux
savoir au départ, avant de céder la parole au prochain
intervenant, s'il y a consentement pour permettre au chef de l'Union Nationale
de parler durant 23 minutes et, dans ce cas-là, au premier ministre
durant 25 minutes. Y a-t-il consentement?
M. Levesque (Bonaventure): Evidemment, M. le Président, je
comprends qu'on ne fendra pas les cheveux en quatre, surtout après trois
semaines d'inégalité, mais...
Des Voix: Ah!
M. Levesque (Bonaventure): ... M. le Président, je
voudrais tout simplement faire remarquer que ce consentement doit attirer de
bons sentiments de part et d'autre.
M. Charron: M. le Président, si cela pouvait couvrir
l'inégalité dans le partage du temps, peut-être, mais
l'inégalité dans la qualité, je pense que c'est
incurable!
Des Voix: Oh!
Le Président: M. le chef de l'Union Nationale, pour les 23
minutes qui restent à votre formation.
M. Michel Le Moignan
M. Le Moignan: M. le Président, contrairement à ma
première intervention et comme vient de le dire, il y a quelques
instants, mon collègue de Bonaventure, je laisserai parler
également mon coeur de Gaspésien, mon coeur de
Québécois et aussi mon coeur de Canadien.
Quand nous étions au collège, M. le Président, je
me souviens très bien que l'une des premières dissertations qu'un
professeur nous avait infligées alors que nous étions des novices
en la matière, c'était un proverbe arabe, russe ou chinois, je ne
m'en souviens pas trop. Je me rappelle très bien, par exemple, les
paroles. Ces paroles disaient ceci: "Elles sont belles les cloches que l'on
entend tinter de l'autre côté de la montagne".
Alors, tout au long de ce débat, en pensant aux
Québécois et aux Québécoises qui nous
écoutaient, même si nous arrivons au terme dans quelques minutes,
je me demande si la population du Québec ne se pose pas encore de
sérieuses questions, si elle n'est pas dans une forêt sombre et
obscure, si réellement on a tenté de lui donner toute la
lumière sur cette question. Quand on sait aussi que dans quelques mois
à peine, l'avenir du Québec repose sur deux petits mots: un oui
ou un non, comme mon collègue de Richmond l'a fait remarquer au cours de
son intervention, le débat, surtout du côté
ministériel, a porté beaucoup plus sur les démarches, sur
la stratégie, que sur le fond même de la question. Ceci est
tellement important quand on comprend un peu la mentalité
québécoise, quand on s'arrête aux divers arguments qui ont
été exposés de part et d'autre. A ce moment-ci, on peut
réaliser avec toute la population que les tenants du oui ou du non,
quelle que soit leur couleur politique, ont droit à un respect
égal quand ils vont manifester leur préférence.
Ce que nous avons déploré au départ, M. le
Président, ce n'est pas tellement la question telle qu'elle est
formulée, mais c'est que l'on ait privé le peuple
québécois d'un choix entre deux ou trois questions. A ce
moment-là, la population du Québec aurait pu, en pleine
connaissance de cause, juger du mérite de la question péquiste,
regarder peut-être une autre question concernant le
fédéralisme renouvelé et même encore une autre
ques-
tion. A ce moment-là, les comparaisons auraient été
faciles à établir et je crois que nous ne serions pas où
nous en sommes aujourd'hui. Comme un de mes collègues nous le faisait
remarquer cette semaine, nous sommes un peu pressés, nous sommes
pressés, nous sommes poussés dans un entonnoir. Il n'y a pas
d'autre issue, il n'y a pas de sortie possible.
M. le Président, on en a profité pour faire le
procès du fédéralisme. On est tous d'accord du
côté de l'Opposition, surtout nous de l'Union Nationale, que ce
système n'est pas parfait. Cela fait déjà 40 ans qu'on
demande des changements. Cela fait 40 ans qu'on exige que le
fédéralisme soit beaucoup plus décentralisé. Il y a
des ministériels qui nous ont servi d'excellents cours d'histoire. J'ai
regardé mes notes quand j'étais professeur d'histoire et je n'ai
pas à rougir des arguments qui ont été invoqués. On
a fait appel aussi à notre appartenance à la collectivité
québécoise, mais nous en sommes tous, des
Québécois.
On a beaucoup insisté sur l'histoire du passé. Il y a eu
des erreurs, il y a eu des faiblesses et il y a eu des manquements; nous en
convenons très bien. Mais il reste qu'on doit regarder aussi l'avenir,
le présent, de quelle façon, nous voulons, nous, bâtir un
Québec qui soit acceptable pour tous ceux qui en font partie, pour ceux
qui auront demain à le façonner encore, puisque notre peuple va
continuer d'avancer, notre peuple sera toujours en perpétuelle
évolution.
Ce que nous n'avons pas aimé là-dedans, c'est qu'il n'y a
qu'un seul parti d'impliqué, c'est le Parti québécois et
la raison d'être du Parti québécois, c'est la
souveraineté-association ou encore, en d'autres termes,
l'indépendance pure et simple du Québec. Le premier ministre l'a
dit à New York, il l'a dit à Paris, mais, quand il est ici en
cette Chambre, il joue sur les mots et il refuse de dire exactement ce qu'il va
donner devant les auditoires. Il refuse de répéter les
mêmes mots.
Comme on l'a indiqué, le ministre des Finances a eu le courage de
poser la première marche de l'escalier, de poser la deuxième
marche. Il nous a dit: "Nous allons vers un objectif, vers un pays neuf; je
suis un souverainiste". J'admire son courage. J'admire aussi le courage de
quelques autres. (17 h 40)
A ce moment-là, on peut penser à Guillaumet, dans un des
romans de Saint-Exupéry, qui marchait dans la tempête, qui ne
voulait pas mourir et qui s'imaginait qu'il y avait une maison quelque part.
Ses amis qui le suivaient à distance savaient qu'il ne voulait pas
mourir. Saint-Exupéry écrit le ministre des Finances
aurait pu écrire la même chose: Ce qui compte, c'est de faire un
pas, toujours le même pas, de continuer le même pas. Nous allons,
nous aussi, continuer de faire un pas, continuer le même pas et de lutter
aussi pour le fédéralisme décentralisé.
M. le Président, on a fait de nombreuses allusions à
Maurice Duplessis, à Jean Lesage, à Daniel Johnson et à
d'autres premiers ministres pour essayer de prouver que tous ces gens
étaient dans la même ligne de pensée que les membres du
Parti québécois. Mais, quand on s'attarde à regarder
l'oeuvre de Duplessis et des autres... C'est vrai que Duplessis a dit que le
Québec n'était pas une province comme les autres. C'est vrai, le
Québec ne sera jamais une province comme les autres. Il y a ici un foyer
national, un foyer où il y a une vie, où ça bouge, c'est
le foyer national des Canadiens français, de tous les Canadiens
d'expression française au Canada, et ce foyer réside ici dans la
province de Québec. Cela, on ne voudra jamais le renier. On aimerait
aussi faire face à toutes les obligations que l'on a contractées,
que l'on aimerait aussi contracter vis-à-vis de tous les membres de
cette diaspora canadienne-française, de l'Atlantique au Pacifique.
Il y a une chose qui est au moins vraie. Dans le programme de l'Union
Nationale, dans tout ce qu'on a véhiculé depuis
déjà presque trois ans et demi, avec de nombreuses
déclarations, des conférences de presse, on a toujours
réclamé, comme le chef de l'Union Nationale de l'époque,
qu'on était dans la tradition de Duplessis et de Johnson. Une chose est
claire chez nous. On a toujours défendu l'autonomie provinciale mais
cela, dans un fédéralisme tout à fait renouvelé,
tout à fait décentralisé. Duplessis n'a jamais
parlé d'indépendance, n'a jamais parlé de brisure, n'a
jamais parlé de séparation. Quand nous nous proclamons pour
l'autodétermination des Québécois, nous en sommes,
à une condition, c'est que ce soit vraiment le peuple qui
s'autodétermine et non pas le gouvernement qui vienne
autodéterminer le peuple québécois.
A certains moments pendant ce long débat, M. le président,
nous avions presque envie de reconnaître certains sentiments de complexe
d'infériorité quand on nous disait que ceux qui étaient
dans le camp du non n'étaient pas de véritables
Québécois, que nous étions presque des vendus, des
lâches, des renégats. Pourtant, quand on pense à
l'autodétermination, quand on croit que nous pouvons bâtir
l'avenir sans passer par le chemin de la souveraineté-association ou de
l'indépendance, on devrait nous attribuer au moins un certain
mérite. On a beaucoup parlé de l'histoire mais, quand on regarde
l'histoire du Canada français ou du Québec depuis ces 20
dernières années, quand on voit ce grand renouveau, cette marche
des caisses populaires, des caisses d'entraide économique, quand on voit
les grands progrès accomplis dans le domaine de l'éducation, dans
le domaine des sciences, des arts, des lettres un peu partout, on sent que le
Québec commence à occuper une place unique dans notre pays.
A ce moment, je me dis: On veut nous libérer, mais on veut nous
libérer de quoi? J'aimerais savoir en quoi le pacte
fédéral vient-il gêner nos façons de croire et de
penser. Qui contrôle, ici au Québec, nos instruments de culture?
Est-ce que c'est uniquement le fédéral ou est-ce que nous n'avons
pas nous, comme peuple, tous les moyens à notre disposition, surtout en
1980, pour afficher notre supériorité et continuer aussi
d'orienter l'avenir de toute notre collectivité?
M. le Président, je n'insisterai pas trop sur l'histoire. C'est
facile de la défigurer. Quand on parle du Québec comme d'une
colonie, quand on vient nous dire: Libérez-nous donc du joug colonial!
Mais en quoi l'indépendance serait-elle une mine d'or pour la survivance
du français? Il y a eu tellement de progrès depuis les trois ans,
cinq ans ou dix ans sur cette permanence. J'entendais, il y a quelques jours,
je crois que c'est Pierre Bourgault qui disait: Nous avons à choisir:
être une minorité au Canada ou être une majorité au
Québec.
Je suis d'accord avec lui sur un point. Même si nous étions
une majorité au Québec, dans le contexte nord-américain,
nous allons toujours continuer aussi d'être une minorité, mais il
y a dans l'histoire des minorités qui sont dirigeantes également
et je crois que le Québec peut devenir une de ces minorités pour
imposer, non pas sa volonté à tout le Canada, mais pour lui
dicter dans un pacte renouvelé la ligne de conduite qui va desservir,
non seulement le Québec, mais qui va aider aussi à toute la
communauté canadienne.
Je sais très bien que l'indépendance, cela flatte
l'orgueil. C'est très séduisant, mais cela pose aussi de nombreux
problèmes. Je crois qu'il faudrait aussi en mesurer toutes les
conséquences. M. le Président, le Parti québécois
évite comme la peste de dire à ses gens que le genre
d'égalité qu'il nous propose n'est pas celle que l'on retrouve
dans la continuité des divers gouvernements qui se succèdent au
Québec depuis déjà presque 50 ans. Tous les gouvernements,
excepté celui du Parti québécois, ont demandé de
renégocier notre pacte confédératif, selon la
reconnaissance de la dualité canadienne. Un Canada à deux, mais
uni par un nouveau lien fédéral. Voilà toute la
différence au monde entre la proposition du Parti
québécois qui s'écarte de celle de cet idéal d'une
égalité entre francophones et anglophones, mais au sein d'un
même pays.
Au contraire, on nous propose la création de deux nouveaux pays
unis par un traité d'association économique. Pour nous, une
constitution écrite serait beaucoup plus forte qu'un simple
traité, qu'une simple union économique et surtout si cette union
économique est chapeautée par une union politique beaucoup plus
décentralisée. Une union économique de type vraiment
fédéral.
Donc, M. le Président, avec la formule péquis-te qui est
contenue dans cette question, il n'est plus question d'un Canada à deux,
mais de deux pays souverains. C'est cela qui m'étonne quand il y a
certains de nos amis qui sont fédéralistes, quelle que soit leur
couleur, qui sont dans notre camp politique, mais ils nous disent: II n'y a pas
de risques à prendre. On nous demande de donner un mandat et,
après ce mandat, on a toute la liberté. Si on s'aperçoit
que les péquistes veulent faire l'indépendance, on va se
reprendre et on va dire non à l'indépendance du
Québec.
Il serait bon, je crois, que ces personnes comprennent que dès
qu'elles ouvrent l'engrenage, dès qu'elles disent oui à un mandat
de négociation, à ce moment précis, elles commencent un
peu à renier les idées auxquelles elles nous disent vouloir
demeurer fidèles. On nous dit: On veut rester dans le Canada, mais dans
un Canada transformé et, en même temps, on voudrait donner un
mandat à ce gouvernement d'aller négocier la brisure, de rompre
le pacte qui nous unit à tout le reste des habitants canadiens.
M. le Président, comme on l'a déjà indiqué
dans cette Chambre, on voit que le langage change tellement souvent, toujours
conditionné par l'auditoire; si c'est un auditoire
fédéraliste, on parle de la beauté du Canada, on parle
même de la beauté des montagnes Rocheuses, on parle des splendeurs
de la Gaspésie, d'autres petites montagnes rocheuses, et on dit aux
gens: Mais non, vous allez rester dans le Canada; ce qu'on veut, c'est vivre
d'égal à égal. On voudrait une certaine
souveraineté politique, mais vous allez être encore... on ne dit
pas que vous allez être des Canadiens, mais on laisse entendre tout de
même qu'on va continuer d'être des Canadiens.
Quand on arrive dans un autre coin, quand on voit que l'auditoire est
plus sympathique, à ce moment-là on place l'accent sur l'objectif
précis de la souveraineté. Là, on franchit une autre
marche, on suit le ministre des Finances, on a hâte d'atteindre le palier
de cet escalier, mais on s'aperçoit tout de même que ça
peut prendre un certain temps. (17 h50)
Ce dont il s'agit, ce n'est tout de même pas de bâtir un
pays à partir de zéro. Je pense qu'il faut tenir compte de notre
acquis on en a tellement parlé il faut tenir compte des
sacrifices de nos ancêtres. On sait comment la Gaspésie, le
Québec se sont développés, et tous ceux qui y sont venus
sont venus pour fuir la misère, ils sont venus pour acquérir,
dans certains cas, la liberté politique qu'ils n'avaient pas dans leur
pays. Pour rester fidèles à ces gens, à ceux qui ont
bâti notre Québec, à ceux qui ont semé, comme on l'a
dit cette semaine, des noms français qui ont planté des croix
dans toute l'amérique du Nord, je crois que par fidélité
à tout ce monde on peut continuer de marcher sur leurs traces avec la
conviction qu'un jour, il y aura certainement, entre le gouvernement du
Québec et le gouvernement du Canada, un moyen de prendre en main
certains contrôles et d'amener le gouvernement du Canada à
comprendre que s'il est là, sa force réside dans la force de ses
composantes, dans la force des provinces qui constituent la
fédération canadienne à l'heure actuelle.
M. le Président, quand on nous dit qu'on va aller
négocier, on oublie une grande chose là-dedans: il n'y a pas une
personne, sur la terre, qui va consentir à négocier sa propre
disparition. On nous dit: C'est un mandat de déblocage et on essaie de
faire croire aux gens... j'ai causé avec des personnes,
dernièrement, et on nous dit: C'est seulement un mandat de
déblocage. Enfin, pour une fois, on aura une preuve qu'il y aura de
véritables négociations. Vous allez voir que le
fédéral aura peur d'un oui massif au Québec. Pour une
fois, le fédéral va courber l'échine; pour une fois, les
fédéraux, les Anglais, vont avoir peur des
Canadiens-français et ils vont se rassembler en vitesse et vont
dire: Vite, vite, avant que le Québec ne se sépare, on va essayer
de tout concéder, on va essayer de tout leur donner. Il y a beaucoup de
gens qui se font prendre à ce petit jeu. Le fédéral ne
peut pas se plier à cette manigance; ce serait de l'autodestruction.
Vous n'aurez qu'à lire l'article de Marcel Adam. Ce n'est pas un
de mes amis, je ne le connais même pas. Si Québec répond
oui, qu'arrivera-t-il? Comme tout le monde ne lit pas la Presse, un petit
extrait peut peut-être vous éclairer, peut-être aussi, aller
rejoindre beaucoup de Québécois. Je vous en donne un petit
exemple. Il dit: Je ne vois pas quel autre scénario on pourrait imaginer
à la suite d'une réponse positive cela veut dire un oui
à la question qu'entend poser le gouvernement au
référendum. En tout cas, épouser le scénario
optimiste, irréaliste, qu'évoque le gouvernement à la
suite d'une victoire du oui, c'est, à mon avis, prendre des vessies pour
des lanternes. Et Marcel Adam continue: L'étapisme
référendaire du gouvernement péquiste, qui se veut une
opération souverainiste, gradualiste et sans douleur, me fait penser
à cet homme sensible qui, craignant de faire trop mal à son chien
en lui coupant la queue d'un seul coup, avait choisi de la lui amputer un pouce
à la fois.
Je ne donne pas la conclusion parce que mon voisin m'informe que mon
temps s'écoule très rapidement, mais je voudrais faire appel au
sens des responsabilités des Québécois. Je voudrais qu'ils
prennent conscience de la réalité. Je ne voudrais pas qu'ils se
laissent bourrer par quelque chose qui est dissimulé sous un emballage
très attrayant. Nous aurons à nous prononcer sur notre avenir et,
en même temps aussi, nous devrons surveiller les agissements de ceux qui
seront les mandataires de ce qu'ils recevront lors du
référendum.
M. le Président, notre position est claire. Nous voulons
continuer le combat de l'égalité à l'intérieur du
Canada. C'est Johnson qui l'a déclaré et nous ne voulons pas
dévier de ce qu'il nous a donné à nous, dans notre
parti.
Je voudrais, M. le Président, également dire à la
population que tous les appels à la solidarité ne pourront
atténuer le caractère partisan de la question qui se situe dans
la stratégie mise de l'avant par le Parti québécois pour
mousser son idéal d'indépendance.
Pour parler d'amendement, nous allons appuyer l'amendement de l'Union
Nationale! Nous allons également appuyer l'amendement du
député de Gouin, mais pour l'amendement du député
de Lotbinière, je voudrais faire une petite réserve. Quand nous
avons pensé à toute notre stratégie politique, nous avons
pensé un peu à l'avenir et nous l'avons fait sous sa gouverne et
sous sa direction. C'est lui qui nous a marqués depuis trois ans et
demi. Or, l'amendement qu'il nous propose n'est pas sur le fond de la question
comme telle; c'est simplement un amendement d'ordre technique. Le but est de
rendre plus attrayante la stratégie péquiste qui veut convaincre
les indécis, surtout les fédéralistes
mécontents.
Il y a beaucoup de fédéralistes mécontents au
Québec; cela se comprend peut-être à la suite des
dernières élections fédérales. Mais on essaie de
convaincre tout ce monde qu'un oui à cette question ne l'engage pas
irrémédiablement. C'est le grand point. On dit: Dites oui, mais
cela ne vous engage pas; c'est juste en passant, c'est le "fun". Dites donc oui
pour voir ce que cela va faire. Mais cela, les Québécois le
comprendront.
Maintenant, si on accorde notre appui à cet amendement, c'est
voter contre notre propre amendement que nous avons proposé le 4 mars
et, conformément à la position que nous avons adoptée avec
le député de Lotbinière, par sa bouche, par son oracle, le
28 octobre 1978, qui disait: A l'effet de forcer le gouvernement d'avoir le
courage de ses convictions, en permettant aux Québécois et aux
Québécoises de se prononcer définitivement sur le sens
même de l'option péquiste, à savoir l'indépendance
politique et l'association économique. N'en déplaise à
notre collègue de jadis, l'amendement qu'il nous propose ne change
absolument rien. Gilles Lesage le disait dans le Soleil du 14 mars: "Cet
amendement ne change rien à l'essentiel de la question, qui reste aussi
péquiste qu'elle l'était le 20 décembre dernier".
Merci.
Le Président: Merci, M. le chef de l'Union Nationale.
Avant de vous céder la parole, M. le chef de l'Opposition officielle,
j'ai noté que le chef de l'Union Nationale avait outrepassé
très très légèrement son temps, je voudrais savoir
s'il y a le même consentement pour ne pas risquer d'interruption pour le
chef de l'Opposition officielle.
M. le leader parlementaire du gouvernement?
M. Charron: M. le Président, le leader de l'Opposition m'a
prévenu que le député d'Argenteuil voulait intervenir
environ 18 minutes, ce qui est un peu plus que le temps qui leur reste, et j'ai
accepté.
Le Président: Merci. M. le leader parlementaire du
gouvernement.
M. le leader parlementaire de l'Opposition officielle.
M. Levesque (Bonaventure): Je vous remercie, M. le
Président. Simplement, avant de remercier, d'une façon
enthousiaste et vous pouvez comprendre le manque... oui, de
reconnaissance je tiendrais à dire au leader parlementaire du
gouvernement que je lui avais parlé d'une vingtaine de minutes et je
pense bien qu'on s'en tiendra à peu près à cela.
D'accord.
Le Président: Alors, M. le chef de l'Opposition
officielle, vous avez la parole.
M. Claude Ryan
M. Ryan: M. le Président, il m'est arrivé souvent
dans ma vie d'être du côté de la minorité dans une
assemblée délibérante, mais je n'ai
jamais été aussi heureux de l'être qu'au terme de
cet exercice de propagande auquel le gouvernement s'est livré depuis
trois semaines. Pour combler un vide qu'il a créé autour de lui
par ses politiques et ses attitudes exclusivistes, le gouvernement a
tenté depuis trois semaines de créer un climat artificiel
d'unanimisme. Les vrais esprits libéraux dans ce pays et
j'emploie le mot "libéraux" au sens le plus large, pas au sens partisan
ont toujours résisté à ces tentatives de
créer un unanimisme artificiel, car ils connaissent trop les origines
troubles et les conséquences dangereuses de ce genre de
mentalité.
Nous avons surtout pu observer de plus près, au cours de ce
débat, la conception pratique que le Parti québécois se
fait de l'égalité. Nous avons surtout pu constater que
l'égalité équivaut, plus souvent qu'autrement, dans son
esprit, à de la mesquinerie. (18 heures)
Au nom de la solidarité, on nous dit que le
référendum doit être une entreprise non partisane, une
oeuvre de salut national qui doit se situer au-dessus de l'intérêt
des partis politiques, mais on se hâte ensuite, avec une intransigeance
intraitable et arrogante, d'exclure jalousement du texte de la question
référendaire toute mention d'autres options dont certaines sont
d'ailleurs plus populaires, beaucoup plus largement acceptées que celle
du Parti québécois. On rejette toutes les suggestions en
provenance des partis d'Opposition et l'on traite avec un mépris
souverain les propositions d'amendement soumises en toute bonne foi non
seulement par l'Opposition officielle, mais par d'autres voix de l'Opposition
dans cette Chambre.
Ce qui me réjouit, au terme de ce débat, c'est qu'au moins
les éléments de l'Opposition dans cette Chambre se sont tenus
debout jusqu'à la fin de l'exercice, malgré toute la propagande
à laquelle on les a soumis. Ils sont restés fermes dans
l'attitude qu'une première lecture de la question leur avait tout de
suite inspirée.
On proclame dans cette enceinte que le référendum sera
l'événement politique le plus important de toute notre histoire,
mais afin de gagner le plus de oui possible, on n'hésite pas sur les
tribunes extraparlementaires à dire aux citoyens, sur un ton rassurant:
Votez oui en toute quiétude. Il ne s'agit que d'un mandat de
négocier. Cela ne vous engage à rien d'autre pour le moment.
Lorsqu'il y aura des décisions à prendre, nous vous reviendrons
plus tard avec un deuxième référendum.
S'il s'agissait uniquement de donner au gouvernement le mandat d'aller
négocier une nouvelle entente avec le reste du Canada suivant le
principe de l'égalité des peuples, nous serions tous d'accord. Il
n'y aurait même pas besoin d'un référendum à cette
fin. Il n'y aurait pas de division dans cette Chambre, mais il s'agit en
réalité de beaucoup plus que d'un simple mandat de
négocier. Le gouvernement joue savamment sur les mots "entente" et
"négociation", deux mots à caractère large, accueillant et
général pour camoufler ses véritables desseins. Ce qu'il
recherche, en réalité, c'est un oui qui lui permettrait de
soutenir, au lendemain du référendum, que le peuple
québécois a moralement dit oui à l'indépendance et
a donné à son gouvernement un mandat pour négocier les
effets pratiques de cette indépendance et de tenter de l'assortir d'une
association économique dont les rouages et les modalités
demeurent d'ailleurs vagues et hypothétiques à souhait dans le
livre blanc du gouvernement.
Pour bien comprendre ce dont il s'agit, il faut revenir à la
conception radicalement pessimiste, jalouse et négative de notre
passé et de notre avenir que véhicule le Parti
québécois dans toute la mesure où notre existence
collective a comporté des liens avec le Canada. A entendre le Parti
québécois, le Canada fédéral aurait
été responsable de toutes nos frustrations, de toutes nos
carences, de tous nos échecs. Toutes nos réussites, tous nos bons
coups auraient en contrepartie été accomplis contre et
malgré le fait que nous vivions dans un Etat fédéral
canadien. De même, nous l'avons entendu à satiété
pendant ce débat, tout ce qui est synonyme du Parlement
fédéral, du gouvernement fédéral est synonyme
d'étrangers sur les lèvres de nos amis péquistes. C'est
l'expression qu'on a employée continuellement pour qualifier
l'institution fédérale dans cette Chambre. Etrangers, nos
députés qui nous représentent à Ottawa,
étrangers ceux qui nous représentent dans toutes les institutions
fédérales. Une telle conception, M. le Président,
débouche logiquement sur la rupture du lien fédéral. C'est
ce que recherche le Parti québécois. Oh! On nous assure bien que
ce n'est pas le Canada qu'on veut "rup-turer", mais uniquement le
système fédéral canadien. C'est une immense imposture
intellectuelle. Etant donné la géographie, l'économie,
l'histoire et la démographie de ce pays, le Canada et le principe
fédéral vont de pair. Le Canada est impossible et impensable sans
un système fédéral de gouvernement et briser le lien
fédéral, c'est en même temps briser et rompre le Canada. Il
faut, au moins, avoir l'honnêteté de l'admettre.
A l'opposé de la vision péquiste, la conception qui
favorise le fédéralisme canadien, sans ignorer les redressements
et les changements nécessaires, préfère souligner les
aspects éminemment positifs de l'expérience canadienne. M. le
ministre de la Justice, si vous nous aviez donné, dans votre
magnanimité, plus de temps pour exposer notre thèse, nous vous
les aurions présentées en long et en large, les
améliorations que nous voulons dans ce régime. La conception que
nous défendons voit surtout dans le Canada une terre de liberté
unique au monde, un pays aux vastes espaces, doté d'immenses,
d'inépuisables richesses naturelles, un pays promis à un avenir
extraordinaire dans tous les domaines, un lieu d'expérimentation
politique, culturelle et sociale, exceptionnel, un pays où l'on pratique
la solidarité sociale et économique sur une base plus
élevée que dans tout autre pays à régime
fédéral, un pays qui appartient aux Québécois tout
autant qu'aux autres Canadiens, un pays où le Québec a pu et peut
encore continuer de s'épanouir pleinement et librement tout en assu-
mant en même temps les avantages, les responsabilités et
les défis de l'appartenance à un ensemble économique et
politique plus large et plus riche.
Nous sommes présentement à un carrefour. Il nous faut
opter entre l'une ou l'autre de ces deux conceptions qui se disputent notre
avenir. Nous ne pouvons pas choisir les deux voies en même temps. Un oui
au référendum, ce sera un oui accordé au gouvernement
péquiste pour, ensuite, qu'il puisse promouvoir avec plus de latitude la
conception péquiste de notre passé et de notre avenir. Ce sera,
par conséquent, un oui à une voie qui passe immanquablement par
la rupture du lien fédéral canadien. Aussi, il est absolument
impensable, en bonne logique, que l'on favorise le maintien du lien
fédéral canadien et que l'on soit en même temps
disposé à accorder au gouvernement un oui dont le premier effet
serait d'autoriser le gouvernement à rechercher la dissolution du lien
fédéral canadien.
Je réaffirme aussi ce que nous avons soutenu avec force pendant
ce débat, à savoir que la démarche proposée par le
gouvernement, dans l'hypothèse hautement improbable où elle
serait approuvée par le peuple, déboucherait
inévitablement sur un cul-de-sac logique, juridique et politique dont
l'ultime aboutissement ne pourrait être, à court terme, qu'une
période d'extrême confusion pour le Québec et pour tout le
pays et, à long terme, que l'indépendance pure et simple ou une
grave humiliation pour le Québec.
On voudrait nous faire croire qu'un non au référendum sera
un vote purement négatif et donc stérile. Un non au
référendum sera au contraire un non au gouvernement
péquiste mais il sera en même temps un oui à l'avenir plus
large et plus riche que nous propose la véritable continuité avec
notre histoire.
Un non au référendum du Parti québécois sera
la réaffirmation, en 1980, d'un courant de pensée politique
profondément enraciné dans notre conscience collective et dans
notre histoire. Ce courant fut incarné dès le milieu du
siècle dernier par un Louis Hippolyte Lafontaine qui soutint dès
cette époque, à l'encontre de ses adversaires illustres du temps
dont aiment aujourd'hui se réclamer plusieurs porte-parole
péquistes, que l'on ne commence pas par se séparer quand on veut
vivre et collaborer ensemble et que l'on y est de toute manière
appelé par la géographie, par l'économie et par
l'histoire.
Non seulement ce courant politique plus large a-t-il été
présent à toutes les étapes de notre évolution
collective depuis un siècle et demi mais il a généralement
été, que je sache, fortement majoritaire chez nous et il a
prouvé qu'il l'est encore à l'occasion des sept élections
complémentaires qui ont eu lieu au Québec depuis
l'avènement accidentel au pouvoir du gouvernement actuel.
Les Québécois qui se rangent derrière ce courant de
pensée ne se targuent pas d'idéologies et de grands mots
nationalistes. Ils ne s'adonnent guère à ces interminables
lamentations sur notre passé qui sont la marque de commerce du Parti
québécois. Ils acceptent volontiers que l'on ne pense pas comme
eux mais ils sont présents là où cela compte, dans les
diverses professions, dans les affaires, dans la famille, dans les associations
et les oeuvres les plus diverses. Ils ont contribué précieusement
à bâtir le Québec et à donner un contenu réel
à ce rêve d'égalité légitime que cherche
à s'approprier jalousement et mesquinement le Parti
québécois. Ils n'ont jamais voulu et ne veulent pas davantage
aujourd'hui de cet esprit de séparation non seulement politique mais
intellectuel qu'entretient dans les esprits le Parti
québécois.
Quand ils entendent les pharisiens péquistes du patriotisme
s'arroger le monopole de la vertu et de l'orthodoxie nationales, quand ils
s'entendent dire qu'ils seraient moins Québécois, moins
authentiques, moins purs en votant non au référendum, ils
souffrent dans le plus profond et le plus intime d'eux-mêmes, non pas
parce qu'ils seraient incapables de se défendre mais parce qu'ils savent
d'expérience que, lorsqu'on tient ce langage, c'est la liberté
même que l'on attaque.
Notre vrai "bargaining power", M. le ministre de la Justice, nous ne le
tirerons jamais des savantes manoeuvres de votre gouvernement visant à
nous faire avaler en douce la couleuvre péquiste. Le "bluff", en longue
période, ne trompe jamais personne d'autre que ses auteurs et leurs
victimes innocentes. Il finit toujours par coûter cher à ses
adeptes. Un peuple fier tire toujours sa force de négociation de
l'affirmation sereine, limpide, franche, directe et ouverte, respectueuse
à la fois des autres, de sa véritable volonté
définie avec calme et réalisme.
La vraie volonté du Québec d'aujourd'hui, elle se
résume ainsi: Le Québec est fier de son passé tout autant
que de ses réalisations plus récentes. Il est plus conscient que
jamais de son identité ainsi que des défis nouveaux auxquels
l'invite l'histoire. Il veut préserver, développer et affirmer
avec plus de force que jamais sa personnalité collective. Il sait qu'il
a absolument besoin à cette fin du soutien et du leadership d'un Etat
québécois fort et efficace. Mais le Québec est
également fier de son appartenance à un ensemble
géographique, économique et politique plus large qui s'appelle le
Canada. Il sait que le Québec a apporté une riche contribution
à l'édification de ce pays. Il entend demeurer un partenaire
majeur et respecté au sein du Canada. L'attachement du Québec au
Canada va bien au-delà des souvenirs historiques. Il s'enracine dans le
sol même de ce pays, dans ses institutions politiques, économiques
et sociales et dans un grand nombre de valeurs humaines, culturelles,
politiques et autres que les Québécois partagent en commun avec
les Canadiens de tout le pays tout en formant ici une société
distincte.
Le Québec veut enfin des changements dans le système
constitutionnel qui nous régit depuis 112 ans, mais il les veut dans la
voie de la continuité véritable et non pas de la rupture. C'est
pourquoi il préfère aujourd'hui, et préférera
encore demain, la voie du fédéralisme renouvelé à
la
voie brumeuse, ambiguë, aventureuse et trompeuse que propose le
Parti québécois. Il exprimera clairement et logiquement cette
préférence en votant non au référendum, vu que
l'intransigeance mesquine et partisane du gouvernement et du Parti
québécois ne lui laisse pas d'autre choix; mais il saura qu'en
votant non au référendum, il dira oui à un projet d'avenir
qui est authentiquement québécois, plus large et plus
généreux, et avec lequel il pourra vivre longtemps en travaillant
à édifier à la fois un Québec fort et responsable
et un Québec solidaire et partenaire au sein de l'ensemble politique
canadien renouvelé.
Le Président: M. le premier ministre, vous avez maintenant
la parole.
M. René Lévesque
M. Lévesque (Taillon): M. le Président,
voilà trois semaines, comme une multitude de citoyens, comme nous tous
ici, que je suis ce débat, moi aussi, jour après jour, autant
qu'on le peut on le fait tous d'heure en heure d'ailleurs et je
crois qu'on peut dire que dans l'ensemble il a été digne de son
sujet.
C'est un sujet historique parce que, derrière, au-delà si
on veut, de la question proposée, c'est tout l'avenir du Québec
qui était sa raison d'être. Comme j'osais l'espérer, le
jour où il s'est ouvert, en dépit de toutes les traditions que
nous connaissons bien, il me semble que jamais l'Assemblée nationale n'a
si bien mérité son nom et que jamais, de plus, elle n'a rejoint
aussi directement, aussi profondément le coeur même de la nation
et toutes les fibres collectives.
Dans un climat de passion le contraire aurait été
surprenant mais aussi un climat de dignité, le débat a
donc atteint son but essentiel qui était de fournir à tous les
Québécois le plus possible d'information afin de nous aider
à exprimer tous ensemble la plus éclairée et la plus
réfléchie des opinions, par un seul mot, dans quelques
semaines.
Evidemment ça, il fallait s'y attendre ç'a
été un débat légèrement contradictoire. Tout
le monde savait d'avance qu'il en serait ainsi. En ce qui concerne l'Opposition
officielle, il y a déjà, plus d'un an, en février 1979,
sans ambages, le chef de l'Opposition disait: Quelle que soit la question
posée lors du référendum, il n'y aura qu'une seule
réponse possible: Non! Bien sûr que ça peut nous attrister,
mais dans le contexte où nous sommes, on admettra et nous sommes
les premiers à l'admettre que c'est normal.
La société québécoise doit dessiner le
chemin de son avenir et je le répète, elle doit le faire; c'est
devenu vraiment obligatoire on pourrait dire en conscience parce
que, de gouvernement en gouvernement et de conférence en
conférence et d'échec en échec, c'est au Québec que
s'est amorcée la crise politique dans laquelle nous sommes
enlisés. C'est d'abord et avant tout à cause du Québec
qu'elle s'est accentuée cette crise et que, maintenant, elle exige que
le Québec mette clairement sur la table cette carte concrète de
l'avenir et l'itinéraire que ses aspirations et tout son potentiel, que
sa longue réflexion parce qu'au fond, derrière la
façade, il y avait une réflexion qui se poursuivait dans
l'organisme collectif depuis bientôt 40 ans au moins comme les
sentiments les plus profonds de la société lui donnent
l'intention, la volonté de suivre tel itinéraire.
Evidemment, là-dessus nous sommes divisés; on est
longuement habitués à l'être divisés au
Québec. C'est difficilement et même douloureusement, pour beaucoup
de gens, qu'on va la choisir cette direction de l'avenir très
bientôt, parce qu'il y a ceux pour qui, avec le minimum de changements,
avec une certaine chirurgie plastique peut-être, mais, au besoin, des
reculs substantiels même sur des positions qui ont été
longuement considérées comme des minimums vitaux et, en allant
même à l'extrême un éminent libéral a
dit ça il y a quelques jours jusqu'à se résigner
indéfiniment au statu quo, aux choses telles qu'elles sont et qui ont
créé la crise, il y a donc deux-là qui vont se battre pour
nous garder dans le cadre et la trajectoire du régime tel qu'il est. (18
h 20)
Je le répète, c'est normal et il est normal, en
particulier, sous sa direction actuelle, que le Parti libéral provincial
constitue l'armature essentielle de cette option. Il ne fait d'ailleurs que
durcir ainsi et mener jusqu'à sa conclusion logique, si on veut, un
effort soutenu de freinage, non seulement du changement, mais de freinage des
forces les plus puissantes de l'évolution. C'est un effort de freinage
qu'on a vu s'amorcer il y a treize ans, très exactement, en 1967. On l'a
vu s'amorcer en même temps, action-réaction jusqu'à un
certain point, que naissait et que se développait la tendance contraire.
Cette tendance contraire que nous représentons ici, elle a
travaillé tout ce temps-là à garder en vie et à
garder en marche cette évolution. Elle va en proposer
l'accélération par le référendum, comme il est
légitime qu'elle le fasse puisque, après neuf ans, de 1967
à 1976, où les tenants du régime ont gardé seuls le
haut du pavé, parce que c'est ainsi que les citoyens en avaient
décidé, eh bien, en 1976, spécifiquement, les citoyens
nous confiaient, à nous de cette autre tendance, non seulement le mandat
de gouverner le mieux possible ou le moins mal possible, mais le mandat aussi
de tenir ce référendum et de le tenir sur la base de la
perspective et du projet d'avenir que nous avions développé, et
sur aucune autre base. Cela a été très clair à la
veille des élections de 1976.
Partant de là, il est normal que l'Opposition et en
particulier l'Opposition libérale ait proclamé d'avance,
comme je l'indiquais tout à l'heure, que, quelle que soit la question,
on ferait des pieds et des mains pour que la réponse soit
négative. C'est normal! Ce qui est moins normal, cependant, et qui,
à mon humble avis n'est pas normal du tout, M. le Président,
c'est qu'on se soit tellement acharné, avant et pendant le débat
qui s'achève, à déprécier la question
elle-même, à la
saper tant qu'on pouvait dans l'esprit de la population.
L'amendement libéral, les amendements libéraux, celui du
chef intérimaire de l'Union Nationale aussi, nous indiquent clairement
que la question qu'on aurait voulu en face, c'est non pas celle que dictaient
légitimement ce que représentent treize années
consécutives de convictions et d'approfondissement. Autrement dit, non
pas une question qui pouvait découler naturellement du livre blanc que
le gouvernement a publié pour honorer cet engagement aussi, il y a
quelque temps. Non! Ce qu'il leur aurait fallu, c'est une question qui non
seulement fausse cette perspective qui est légitime, mais une question
qu'ils prétendraient même voir confirmer c'est cela leurs
amendements une question, dis-je, qui viendrait confirmer toutes ces
intentions cachées, ces intentions sournoises qu'ils n'ont pas
cessé de nous prêter depuis trois semaines en prétendant
voir entre les lignes toutes sortes de plans dissimulés et
inavouables.
Cela les a conduits, tout en se battant férocement pour leur
option fédéraliste, donc en soulignant l'importance fondamentale
du référendum, en même temps et contradictoirement,
à essayer, en particulier dans le cas du chef de l'Opposition, de
dévaluer d'avance ce qui pourrait être la victoire du oui, et
même, au mépris de tout respect démocratique de l'intention
des citoyens, d'aller jusqu'à dire que si ces résultats ne
faisaient pas leur affaire, ils n'en tiendraient pas compte, qu'on les
jetterait tout simplement au panier. On est même allé, au tout
début de cette semaine, jusqu'à cette déclaration qui a
été faite à McGill, je crois, devant les étudiants,
et je cite, dans les comptes rendus que j'en ai lus: "Et si, comme je
l'espère aurait déclaré le chef de l'Opposition
nous sommes élus, toute cette affaire aura été une
perte de temps."
Ce qui revient à dire à peu près ceci à
l'avance: II y aurait eu, disons, 2 500 000, quelque chose comme cela, de votes
positifs de oui, même davantage, quelque chose comme bien au-delà
de 50%, 55% et davantage, mais comme, dans le panier du non, il y avait le
mien, c'est le non qui l'emporte quand même. Cela nous ramènerait
dangeureusement, une attitude comme celle-là, encore plus loin en
arrière qu'on aurait cru possible, presque à l'époque de
la monarchie absolue où l'on pouvait dire: L'Etat, c'est moi.
Sur ce point précis, je dois dire que je préfère de
beaucoup l'attitude de la députée de Prévost, qui
siège du même côté, pour autant que nous sachions,
dans le même camp, mais qui, elle, au cours d'une émission
radiophonique ici même, à Québec, il y a également
quelques jours à peine, une émission dont j'ai le texte, parlait
de l'émotion qu'elle ressentait au cours de ce débat. Elle en
parlait de la façon suivante, brièvement: "On est assez
ému parce qu'on sent qu'on dit des choses qui n'ont pas leur importance
sur un plan individuel; personne n'est à ce point important. Mais que
tout ce débat-là est capital dans la vie de notre peuple."
Justement, il s'agit d'un débat capital, non pas d'une perte de
temps sauf tout le respect que je dois au chef de l'Opposition. Non seulement
il est capital, mais nous en étions justement assez conscients pour
tâcher jusqu'à la dernière minute, et on tâche
encore, au moment où s'épuise ce débat, de rédiger
une question aussi claire et aussi honnête que possible, une question qui
ne cache rien à personne. Il y a même des gens qui nous ont
reproché de l'avoir faite un peu longue à cause de cela. Sur la
clarté, je veux dire un mot seulement, pour ceux qui ne sont pas
intoxiqués par la stratégie négative que je viens de
décrire de mon mieux, pour autant que je la comprenne.
Il me semble que cette clarté de la question se vérifie
tout bonnement à la lecture. Premièrement, il y a un principe qui
est clairement énoncé, c'est celui de l'égalité des
peuples. Là-dessus, tout le monde dit d'ailleurs qu'on est d'accord en
principe. Puis, il y a un contenu concret et qui, lui, est clairement
résumé, le contenu qui, à notre avis et c'est la
perspective dans laquelle doit se présenter le référendum,
parce que c'est le gouvernement qui a bâti le projet, c'est lui qui aura
ou bien à encaisser la défaite sur ce projet ou bien à
avoir le droit, le mandat d'aller voir s'il est réalisable est le
seul qui puisse enfin faire sortir ce principe d'égalité sur
laquelle tout le monde est d'accord, mais de le faire sortir une fois pour
toutes du flou marécageux, de l'abstraction et des nostalgies
velléitaires et l'amener à s'appliquer dans la
réalité vécue de deux sociétés. Ce projet
s'appelle dans la question, comme dans le livre blanc, comme depuis treize
années consécutives, la souveraineté mariée avec
l'association.
Enfin, la question décrit aussi clairement là aussi
que nous le pouvions la démarche par laquelle, après avoir
obtenu le mandat de négocier une nouvelle entente sur cette base, dans
cette direction, on s'engage clairement à faire rapport sur les
résultats du mandat et à demander aux citoyens, avant que cela ne
puisse se réaliser, avant qu'aucun changement de régime politique
ne s'effectue, d'en décider eux-mêmes.
Là-dessus, comme cela peut toujours s'améliorer, la
clarté d'une expression, pour rendre encore plus clair cet
élément, nous acceptons quant à nous l'amendement du
député de Lotbinière, qui précise encore plus
explicitement cet engagement solennel que nous prenons de ne prétendre
d'aucune façon qu'un mandat de négocier, s'il exprime et
nous croyons que nous avons le droit d'affirmer cela qu'un mandat de
négocier, tel que défini là, s'il exprime clairement une
intention et une orientation nationale, ne puisse d'aucune façon
être transformé en cours de route, comme on prétend que
nous aurions l'idée de le faire, en mandat de concrétiser
définitivement un nouveau régime politique; pas avant que les
citoyens aient l'occasion de scruter, d'évaluer et de déterminer
eux-mêmes leur décision.
Quant à l'honnêteté, à
l'intégrité de la question à propos de laquelle nos amis
d'en face se perdent sans arrêt depuis trois semaines dans des
procès d'intention, il me semble que, là aussi, cela
saute aux yeux. Ce qu'elle propose comme perspective, cela n'a pas de
double fond. Cela n'a pas de triple fond. Cela étale simplement,
candidement, une aspiration oui! que nous avons confiance de
faire partager par la plus grande majorité possible de
Québécois. (18 h 30)
C'est une aspiration qui n'a jamais été cachée
depuis treize ans, qui n'a jamais été dissimulée. C'est
cette aspiration même qu'à la toute veille du scrutin, il y a
trois ans et demi, en 1976, j'avais l'occasion d'exprimer au nom de tous ceux
et toutes celles ici dans cette Chambre, toutes celles et tous ceux partout au
Québec qui partagent cette aspiration. Ce que je disais, c'est ceci, la
veille du 15 novembre 1976: "Comme bien d'autres, j'espère de tout mon
coeur qu'on y arrivera à devenir vraiment maîtres chez nous,
politiquement, économiquement, culturellement, comme font tous les
peuples qui veulent sortir de l'insécurité et de
l'infériorité collectives, ce qui n'exclut ni l'amitié, ni
les associations d'égal à égal avec ceux qui nous
entourent." Mais tout de suite après, j'ajoutais: "Si les
électeurs nous font confiance le 15 novembre, nous nous sommes
engagés à ne pas le faire sans le consentement majoritaire des
Québécois."
Qu'on examine le programme politique que nous véhiculons, qu'on
examine les manifestes que, comme bien d'autres, nous avons publiés au
cours des années; qu'on examine tout récemment le livre blanc sur
cette nouvelle entente, toujours cette aspiration, cet espoir sans cesse
entretenu, cette ambition dévorante qui est l'ambition suprême, de
faire saisir par les nôtres toutes les chances normales et tous les
leviers normaux d'une nation, cette aspiration, elle a toujours
été là sans déguisement, sans hypocrisie comme elle
se retrouve également dans la question.
C'est une aspiration qui a sans cesse impliqué pour nous non pas
l'isolement du Québec qui est d'une absurdité totale cela
n'existe plus dans le monde, l'isolement des peuples pourquoi sortir des
histoires qui sont vraiment des histoires, sinon du Moyen Age, du moins d'une
époque depuis longtemps révolue? La planète, c'est un
ensemble où tous les peuples sont, quand même ils le voudraient,
incapables de s'isoler; cela ne nous arriverait pas plus à nous
qu'à quiconque. Cela n'implique pas non plus la rupture avec le Canada
comme les tenants du non voudraient nous le faire croire par la façon
dont ils présentent la souveraineté, uniquement la
souveraineté, comme un absolu, comme une fin en soi, et non pas comme
nous la présentons, c'est-à-dire comme le plus noble de tous les
moyens, et le plus efficace aussi, dont peut disposer un peuple, mais c'est
aussi un moyen dont le monde entier nous enseigne qu'on peut l'ajuster à
l'interdépendance.
C'est de cette façon que cela se passe de plus en plus partout
dans l'univers. On peut ajuster ce moyen de la souveraineté à la
création ou au maintien avec les autres de toutes les relations, de tous
les échanges, de toutes les complémentarités qui peuvent
être avantageux de part et d'autre.
C'est ce que nous appelons l'association ici, dans le terme que nous
employons au Québec; il y a des équivalences baptisées
d'autres noms un peu partout dans le monde qui se multiplient également.
Je crois que tout cela est évoqué, brièvement, bien
sûr, mais honnêtement, dans ce que nous avons écrit dans la
question proposée.
Donc, en bref, M. le Président, le sens d'un oui, le seul sens,
quant à nous qui le demandons ce oui, c'est celui qu'indique la
question, ni plus, ni moins que ce qu'elle dit. Ce qui veut dire que le
lendemain du oui, pas plus qu'au lendemain du 15 novembre 1976, le ciel ne
tombera sur la tête de personne. Pendant tout le temps qui nous
séparera encore d'un second référendum, tout le temps
laborieux, bien sûr, mais d'autant moins laborieux que le non serait plus
clair et plus massif, tout ce temps, le Québec continuera d'être
une province.
Une Voix: Le oui.
M. Lévesque (Taillon): Le oui au référendum.
Si j'ai fait un lapsus, l'essentiel, c'est que je pense qu'il n'y a rien qui ne
soit pas clair dans ce que je dis; je l'espère, en tout cas.
Le Québec, donc, continuera d'être une province. Ottawa
continuera d'être la capitale fédérale d'où
continueront de venir régulièrement les pensions, les
allocations, l'assurance-chômage et aussi ce qu'on peut arracher, souvent
de peine et de misère, de notre part du développement, non pas
pour répondre si brièvement que ce soit à
l'adjectif insistant du chef de l'Opposition une capitale
étrangère d'un régime étranger, ni un endroit
hostile en soi mais, simplement, la capitale d'un régime où les
plateaux de la balance sont trop régulièrement faussés et
depuis trop longtemps.
Mais, en même temps, au lendemain du référendum,
s'il est positif, quelque chose de grand et de splendide se sera produit aussi,
un pas décisif, un pas immense pour tout un peuple dans la voie de son
affirmation et de la confiance en soi et de son exigence fondamentale
d'égalité avec les autres en mettant pour la première fois
dans cette balance faussée depuis si longtemps tout le poids collectif
de sa détermination et de sa fierté qui est un ingrédient
essentiel aussi dans la vie collective.
Les Québécoises et les Québécois auront,
politiquement et psychologiquement aussi, pris le plus beau et, en fin de
compte, le seul tournant qui puisse être choisi par un peuple qui
s'estime à sa juste valeur. Ce oui, s'ils arrivaient un jour au
gouvernement, je suis sûr qu'alors le Parti libéral provincial et
son chef seraient fort heureux d'en être les dépositaires, quoi
qu'ils en disent en ce moment, et, au lieu de la démission que fait
préconiser une stratégie hélas plus électorale que
référendaire, de pouvoir alors s'appuyer, dans quelque
démarche positive que ce soit, sur le poids extraordinaire de cette
affirmation.
And that is the perspective of a stronger Québec, more than ever
confident and sure of itself, with hostility to no one, in which it is so
encouraging, it is such a hopeful sign to see
growing so fast and so stedily in all regions, from all walks of life, a
surge of solidarity in support of a positive answer in a few weeks. It is a
sign of healthy political development, because it is simply a concrete
translation, both of an old and irrepressible aspiration but also of new
competence all over, of more knowhow than we ever imagined was possible and
even more busyant pride in achievements already and in all of the potential
achievements of the future. Among all of those who have joined this
affirmation, may I say that the ones in my view deserving more respect than any
others, on account of the courage it takes and the intellectual strength it
requires, in spite of a systematically maintained negative environment, those
are the growing number of the ones coming from non francophone Québec
who are as much and as perpetually apart of the Québécois of
Quebecer family as the people in the French majority.
To those who, for reasons that we can understand and equally respect,
are going to vote no, may I say just not to grow hard feelings, but also this
very simply: After as before the referendum, the very next day we will still be
living together, side by side, and we must be able, whatever the results, to
live democratically, even fraternally, with either defeat or victory. You will
permit me, however, to express hope that many, very many of you will be there
to share a success of which, day by day and realistically, I believe, we are
becoming more confident, so we can share it and rejoice in it together in both
languages. (18 h 40)
M. le Président, ce courant de solidarité pour le oui, qui
n'est pas un unanimisme artificiel comme voulait l'évoquer tout à
l'heure le chef de l'Opposition, mais qui est en fait une promesse d'avenir qui
ne peut pas être autrement que mobilisante puisqu'il s'agit d'une
société qui l'a si longtemps attendu, ce courant qui va
s'amplifiant dans tous les milieux québécois auxquels nous
faisons appel en ces derniers instants du débat, ce que nous
espérons aussi, ce que nous avons confiance de voir comme jamais, c'est
que ce courant soit également envahi, pour ainsi dire, par toute la
jeunesse québécoise, parce que l'avenir dont on parle, c'est
à elle qu'il appartient, c'est à elle qu'il appartiendra à
part entière dans les quelques années qui viennent. C'est
à elle aussi, par conséquent, qu'il appartient, autant sinon plus
qu'à tout autre groupe de la société, de nous aider
à en indiquer l'orientation. Plus encore, d'oser fièrement et
lucidement en élargir l'horizon, en faire reculer les limites aussi loin
que peut les porter sa confiance en elle-même, aussi loin que peut le lui
inspirer l'héritage qu'elle assumera bientôt, tout ce bagage de
tenacité et d'attachement farouche à ce que nous sommes qui lui
sera transmis et toute cette accumulation récente dans bien des coins,
mais sans cesse croissante, de compétence, de créativité,
sur tous les plans, dans laquelle baignent déjà les jeunes
Québécois pardon! Je suis en train, si je continue
à tousser, de leur montrer que ça va venir très vite leur
succession!
Et puis, M. le Président, aussi loin qu'on puisse voir en avant,
tout ce qu'ils pourront en faire encore ces jeunes, à condition d'avoir
en main, le plus tôt possible, tous les moyens d'un peuple assuré
de sa sécurité et respirant enfin l'air de la liberté qui
n'est jamais complètement pur s'il n'est pas aussi celui de
l'égalité. Et, alors, ils vivront vraiment cet avenir
extraordinaire que nous essayons d'évoquer tous, mais cet avenir
extraordinaire, nous, nous le voyons comme celui de deux peuples,
associés dans cette égalité et pouvant enfin se forger,
ensemble et côte à côte, avec, en même temps, la vraie
compréhension et la vraie amitié qui leur viendront pas
surcroît. Merci, M. le Président.
Le Président: Maintenant, conformément à
l'article 9 de la Loi sur la consultation populaire, je voudrais convoquer les
leaders pour organiser le vote sur la motion principale et les diverses motions
d'amendement. Je comprends que la loi indique que seulement les leaders
parlementaires des partis reconnus doivent être convoqués, mais je
suppose qu'on pourra obtenir le consentement unanime des membres et que
personne ne s'opposera à ce qu'on convoque également les deux
auteurs des amendements, c'est-à-dire le député de Gouin
et le député de Lotbinière.
Je vous convoque immédiatement et la séance est suspendue
jusqu'après la conférence des leaders parlementaires.
Suspension de la séance à 18 h 44
Reprise de la séance à 19 h 6
Le Président: A l'ordre, s'il vous plaît! A la suite
de la conférence des leaders parlementaires que nous venons de tenir, en
compagnie d'ailleurs des deux auteurs des amendements, c'est-à-dire le
député de Lotbinière et le député de Gouin,
il a été entendu que nous procéderions à la mise
aux voix de la façon suivante: J'appellerai d'abord l'amendement du chef
de l'Union Nationale; en second lieu, l'amendement de M. le
député de Lotbinière; en troisième lieu, le
sous-amendement de M. le député de Gouin et, en quatrième
lieu, l'amendement du chef de l'Opposition officielle pour mettre aux voix,
finalement, la motion principale de M. le premier ministre.
Mise aux voix de la motion d'amendement de M. Le
Moignan
Alors, j'appelle la mise aux voix sur l'amendement du chef de l'Union
Nationale qui dit: "Que la motion en discussion soit amendée comme suit:
dans le troisième paragraphe, remplacer les mots "tout changement de
statut politique" par les mots "les accords de l'association
économique", ainsi que le mot "sera" par le mot "seront". Dans le
quatrième paragraphe, remplacer les mots "né-
gocier l'entente proposée entre le Québec et le Canada"
par les mots "réaliser immédiatement la souveraineté
politique du Québec et de négocier une association
économique entre le Québec et le Canada"."
Que ceux et celles qui sont pour cet amendement veuillent bien se lever,
s'il vous plaît!
Le Secrétaire adjoint: MM. Le Moignan, Brochu, Goulet,
Fontaine, Cordeau, Ryan, Levesque (Bonaventure), Caron, Vaillancourt (Orford),
Lavoie, Mailloux, Lalonde, Blank, Saint-Germain, Picotte, Ciaccia, Mme
Lavoie-Roux, MM. Raynauld, Lamontagne, Giasson, Rivest, MmeChaput-Rolland, MM.
Larivière, O'Gallagher, Mathieu, Dubois, Scowen, Marchand, Gratton,
Pagé, Verreault, Springate, Marx, Lalande, Samson, Tremblay, Shaw.
Le Président: Que ceux et celles qui sont contre cet
amendement veuillent bien se lever, s'il vous plaît!
Le Secrétaire adjoint: MM. Lévesque (Taillon),
Charron, Mmes Cuerrier, Payette, MM. Bédard, Laurin, Morin
(Sauvé), Morin (Louis-Hébert), Parizeau, Marois, Landry,
Léonard, Couture, Vaugeois, Bérubé, Mme Ouellette, MM.
Clair, Vaillancourt (Jonquière), Gendron, Joron, de Belleval, Johnson,
Chevrette, Duhaime, Lessard, Lazure, Léger, Tardif, Garon, O'Neill,
Martel, Paquette, Gagnon, Marcoux, Rancourt, Bertrand, Fallu, Michaud, Proulx,
Laberge, Grégoire, Guay, Lefebvre, Laplante, Mme LeBlanc-Bantey, MM.
Bisaillon, de Bellefeuille, Dussault, Beauséjour, Mercier, Ouellette,
Perron, Gosselin, Jolivet, Brassard, Godin, Marquis, Lavigne, Boucher, Gravel,
Desbiens, Baril, Bordeleau, Charbonneau, Alfred, Lévesque
(Kamouraska-Témiscouata), Lacoste, Biron.
Le Président: Que ceux et celles qui désirent
s'abstenir veuillent bien se lever, s'il vous plaît!
Le Secrétaire: Pour: 37 Contre: 68
Abstentions: 0
Le Président: L'amendement est rejeté. (19 h
30)
Mise aux voix de la motion d'amendement de M.
Biron
Le Président: J'appelle maintenant l'amendement de M. le
député de Lotbinière qui dit: "Que la motion en discussion
soit amendée en remplaçant le troisième paragraphe de la
question référendaire par le suivant: Aucun changement de statut
politique résultant de ces négociations ne sera
réalisé sans l'accord de la population lors d'un autre
référendum".
Je demande à ceux et celles qui sont en faveur de cet amendement
de bien vouloir se lever, s'il vous plaît.
Le Secrétaire adjoint: MM. Biron, Lévesque
(Taillon), Charron, Mmes Cuerrier, Payette, MM. Bédard, Laurin, Morin
(Sauvé), Morin (Louis-Hébert), Parizeau, Marois, Landry,
Léonard, Couture, Vaugeois, Bérubé, Mme Ouellette, MM.
Clair, Vaillancourt (Jonquière), Gendron, Joron, de Belleval, Johnson,
Chevrette, Duhaime, Lessard, Lazure, Léger, Tardif, Garon, O'Neill,
Martel, Paquette, Gagnon, Marcoux, Rancourt, Bertrand, Fallu, Michaud, Proulx,
Laberge, Grégoire, Guay, Lefebvre, Laplante, Mme LeBlanc-Bantey, MM.
Bisaillon, de Bellefeuille, Dussault, Beauséjour, Mercier, Ouellette,
Perron, Gosselin, Jolivet, Brassard, Godin, Marquis, Lavigne, Boucher, Gravel,
Desbiens, Baril, Bordeleau, Charbonneau, Alfred, Levesque
(Kamouraska-Témiscouata), Lacoste.
Le Président: Que ceux et celles qui sont contre cet
amendement veuillent bien se lever, s'il vous plaît!
Le Secrétaire adjoint: MM. Ryan, Levesque (Bonaventure),
Caron, Vaillancourt (Orford), Lavoie, Mailloux, Lalonde, Blank, Saint-Germain,
Picotte, Ciaccia, Mme Lavoie-Roux, MM. Raynauld, Lamontagne, Giasson, Rivest,
Mme Chaput-Rolland, MM. Larivière, O'Gallagher, Mathieu, Dubois, Scowen,
Marchand, Gratton, Pagé, Verreault, Springate, Marx, Lalande, Biron,
Brochu, Goulet...
Des Voix: Ah, ah!
Le Secrétaire adjoint: M. Le Moignan...
Le Président: Pouvez-vous rectifier, s'il vous
plaît!
Des Voix: Ah, ah!
Le Secrétaire adjoint: MM. Le Moignan, Brochu, Goulet,
Fontaine, Cordeau, Samson, Tremblay, Shaw.
Le Président: Que ceux et celles qui désirent
s'abstenir veuillent bien se lever!
Le Secrétaire: Pour: 68 Contre: 37
Abstentions: 0
Le Président: L'amendement est adopté.
Mise aux voix de la motion de sous-amendement de M.
Tremblay
J'appelle maintenant la mise aux voix du sous-amendement proposé
par M. le député de Gouin et qui se lit comme suit: "Que la
motion d'amendement du chef de l'Opposition officielle soit amendée en
ajoutant à la fin le paragraphe suivant: 3. Dans la négative,
pensez-vous que le gouvernement du Québec devrait prendre l'initiative
de proposer au gouvernement fédéral et aux gouvernements des
autres provinces, un projet cohérent de réforme en profondeur du
fédéralisme canadien, afin de doter le Canada d'une nouvelle
constitution, selon le principe de l'égalité des deux
communautés linguistiques et selon le prin-
cipe d'une répartition claire et fonctionnelle des
compétences entre les deux ordres souverains de gouvernement? Oui.
Non.
Que ceux et celles qui sont en faveur de ce sous-amendement veuillent
bien se lever, s'il vous plaît!
Le Secrétaire adjoint: MM. Tremblay, Ryan, Levesque
(Bonaventure), Caron, Vaillancourt (Orford), Lavoie, Mailloux, Lalonde, Blank,
Saint-Germain, Picotte, Ciaccia, Mme Lavoie-Roux, MM. Raynauld, Lamontagne,
Giasson, Rivest, Mme Chaput-Rolland, MM. Larivière, O'Gallagher,
Mathieu, Dubois, Scowen, Marchand, Gratton, Pagé, Verreault, Springate,
Marx, Lalande, Le Moignan, Brochu, Goulet, Fontaine, Cordeau, Samson, Shaw.
Le Président: Que ceux et celles qui sont contre ce
sous-amendement veuillent bien se lever, s'il vous plaît!
Le Secrétaire adjoint: MM. Lévesque (Taillon),
Charron, Mmes Cuerrier, Payette, MM. Bédard, Laurin, Morin
(Sauvé), Morin (Louis-Hébert), Parizeau, Marois, Landry,
Léonard, Couture, Vaugeois, Bérubé, Mme Ouellette, MM.
Clair, Vaillancourt (Jonquière), Gendron, Joron, de Belleval, Johnson,
Chevrette, Duhaime, Lessard, Lazure, Léger, Tardif, Garon, O'Neill,
Martel, Paquette, Gagnon, Marcoux, Rancourt, Bertrand, Fallu, Michaud, Proulx,
Laberge, Grégoire, Guay, Lefebvre, La-plante, Mme LeBlanc-Bantey, MM.
Bisaillon, de Bellefeuille, Dussault, Beauséjour, Mercier, Ouellette,
Perron, Gosselin, Jolivet, Brassard, Godin, Marquis, Lavigne, Boucher, Gravel,
Desbiens, Baril, Bordeleau, Charbonneau, Alfred, Lévesque
(Kamouraska-Témiscouata), Lacoste, Biron.
Le Président: Que ceux et celles qui désirent
s'abstenir veuillent bien se lever, s'il vous plaît!
Le Secrétaire: Pour: 37 Contre: 68
Abstentions: 0
Le Président: Le sous-amendement est rejeté.
Mise aux voix de la motion d'amendement de M.
Ryan
J'appelle maintenant l'amendement du chef de l'Opposition officielle
proposant que la motion en discussion soit amendée en remplaçant
les quatre derniers alinéas par ce qui suit:
Le gouvernement du Québec a fait connaître dans son livre
blanc son projet d'un nouveau régime politique pour le Québec. En
conséquence: 1.Pensez-vous que le Québec devrait devenir un Etat
souverain? Oui. Non. 2.Dans l'affirmative, pensez-vous qu'un Québec
souverain devrait rechercher par voie de négociation une association
économique avec le reste du Canada? Oui. Non.
Que ceux et celles qui sont en faveur de cet amendement veuillent bien
se lever s'il vous plaît!
Le Secrétaire adjoint: MM. Ryan, Levesque (Bonaventure),
Caron, Vaillancourt (Orford), Lavoie, Mailloux, Lalonde, Blank, Saint-Germain,
Picotte, Ciaccia, Mme Lavoie-Roux, MM. Raynauld, Lamontagne, Giasson, Rivest,
Mme Chaput-Rolland, MM. Larivière, O'Gallagher, Mathieu, Dubois, Scowen,
Marchand, Gratton, Pagé, Verreault, Springate, Marx, Lalande, Le
Moignan, Brochu, Goulet, Fontaine, Cordeau, Samson, Tremblay, Shaw.
Le Président: Que ceux et celles qui sont contre cet
amendement veuillent bien se lever s'il vous plaît!
Le Secrétaire adjoint: MM. Lévesque (Taillon),
Charron, Mmes Cuerrier, Payette, MM. Bédard, Laurin, Morin
(Sauvé), Morin (Louis-Hébert), Pari-zeau, Marois, Landry,
Léonard, Couture, Vaugeois, Bérubé, Mme Ouellette, MM.
Clair, Vaillancourt (Jonquière), Gendron, Joron, de Belleval, Johnson,
Chevrette, Duhaime, Lessard, Lazure, Léger, Tardif, Garon, O'Neill,
Martel, Paquette, Gagnon, Marcoux, Rancourt, Bertrand, Fallu, Michaud, Proulx,
Laberge, Grégoire, Guay, Lefebvre, La-plante, Mme LeBlanc-Bantey, MM.
Bisaillon, de Bellefeuille, Dussault, Beauséjour, Mercier, Ouellette,
Perron, Gosselin, Jolivet, Brassard, Godin, Marquis, Lavigne, Boucher, Gravel,
Desbiens, Baril, Bordeleau, Charbonneau, Alfred, Lévesque
(Kamouraska-Témiscouata), Lacoste, Biron.
Le Président: Que ceux et celles qui désirent
s'abstenir veuillent bien se lever s'il vous plaît!
Le Secrétaire: Pour: 37 Contre: 68
Abstentions: 0
Le Président: L'amendement est rejeté. (19 h
20)
Mise aux voix de la motion principale
de M. Lévesque telle qu'amendée par la
motion du député de Lotbinière
J'appelle maintenant la motion principale telle qu'amendée par le
député de Lotbinière, dont l'amendement a
été adopté, et qui se lit comme suit: "Que les versions
française et anglaise de la question devant faire l'objet d'une
consultation populaire et être inscrite sur le bulletin de vote
conformément aux articles 8, 9 et 20 de la Loi sur la consultation
populaire soient les suivantes: Le gouvernement du Québec a fait
connaître sa proposition d'en arriver avec le reste du Canada, à
une nouvelle entente fondée sur le principe de l'égalité
des peuples. Cette entente permettrait au Québec d'acquérir le
pouvoir exclusif de faire ses lois, de percevoir ses impôts et
d'établir ses relations extérieures, ce qui est la
souveraineté et, en même temps, de maintenir avec le Canada une
association économique comportant l'utilisation de la même
monnaie. "Aucun changement de statut politique résultant de ces
négociations ne sera réalisé sans
l'accord de la population lors d'un autre référendum."
Maintenant la version anglaise: "The French and the English text of the
question which...
Des Voix: "En conséquence...
Le Président: Excusez-moi. "En conséquence,
accordez-vous A l'ordre, s'il vous plaît! au gouvernement
du Québec le mandat de négocier l'entente proposée entre
le Québec et le Canada? Oui. Non." "That the French and the English text
of the question which is to be the subject of a referendum and which is to be
entered on the ballot paper in accordance with sections 8, 9 and 20 of the
Referendum Act, be the following: The Government of Québec has made
public its proposal to negotiate a new agreement with the rest of Canada, based
on the equality of nations; this agreement would enable Québec to
acquire the exclusive power to make its laws, levy its taxes and establish
relations abroad in other words, sovereignty and at the same
time, to maintain with Canada an economic association including a common
currency. No change in political status resulting from these negotiations will
be affected without the approval by the people through another referendum; on
these terms, do you give the Government of Québec the mandate to
negotiate the proposed agreement between Québec and Canada? Yes.
No."
Que ceux et celles qui sont en faveur de cette motion principale, telle
qu'amendée, veuillent bien se lever, s'il vous plaît.
Le Secrétaire adjoint: MM. Lévesque (Taillon),
Charron, Mmes Cuerrier, Payette, MM. Bédard, Laurin, Morin
(Sauvé), Morin (Louis-Hébert), Parizeau, Marois, Landry,
Léonard, Couture, Vau-geois, Bérubé, Mme Ouellette, MM.
Clair, Vaillancourt (Jonquière), Gendron, Joron, de Belleval, Johnson,
Chevrette, Duhaime, Lessard, Lazure, Léger, Tardif, Garon, O'Neill,
Martel, Paquette, Gagnon, Marcoux, Rancourt, Bertrand, Fallu, Michaud, Proulx,
Laberge, Grégoire, Guay, Lefebvre, Laplante, Mme LeBlanc-Bantey, MM.
Bisaillon, de Bellefeuille, Dussault, Beauséjour, Mercier, Ouellette,
Perron, Gosselin, Jolivet, Brassard, Godin, Marquis, Lavigne, Boucher, Gravel,
Desbiens, Baril, Bordeleau, Charbonneau, Alfred, Lévesque
(Kamouraska-Témiscouata), Lacoste, Biron.
Le Président: Que ceux et celles qui sont contre cette
motion veuillent bien se lever, s'il vous plaît.
Le Secrétaire adjoint: MM. Ryan, Levesque (Bonaventure),
Caron, Vaillancourt (Orford), Lavoie, Mailloux, Lalonde, Blank, Saint-Germain,
Picotte, Ciaccia, Mme Lavoie-Roux, MM. Raynauld, Lamontagne, Giasson, Rivest,
Mme Chaput-Rolland, MM. Larivière, O'Gallagher, Mathieu, Dubois, Scowen,
Marchand, Gratton, Pagé, Verreault, Springate, Marx, Lalande, Le
Moignan, Brochu,
Goulet, Fontaine, Cordeau, Samson, Tremblay, Shaw.
Le Président: Que ceux et celles qui désirent
s'abstenir veuillent bien se lever, s'il vous plaît.
Le Secrétaire: Pour: 68 Contre: 37
Abstentions: 0
Le Président: La motion principale telle qu'amendée
est adoptée.
A l'ordre, s'il vous plaît!
M. le leader parlementaire du gouvernement.
M. Charron: M. le Président, je ne veux pas allonger
inutilement une journée déjà fort chargée, mais je
veux me conformer à la loi 92 et vous prie d'appeler l'article 2) du
feuilleton d'aujourd'hui.
Motion octroyant une subvention
de 25 cents par électeur à
chacun
des comités nationaux de
la consultation populaire
Le Président: J'appelle maintenant la motion du leader
parlementaire du gouvernement qui se lit comme suit: "Que le montant de la
subvention qui sera versée à chacun des comités nationaux
conformément à l'article 40 de la Loi sur la consultation
populaire soit fixé à vingt-cinq cents par électeur dans
l'ensemble des districts électoraux, suivant le nombre
d'électeurs déterminé conformément à
l'article 35 de cette loi."
M. Charron: M. le Président, l'honorable
lieutenant-gouverneur a pris connaissance de cette motion et en recommande
l'étude à cette Assemblée.
Le Président: Est-ce que cette motion sera
adoptée?
M. Levesque (Bonaventure): M. le Président...
Le Président: M. le leader parlementaire de l'Opposition
officielle, vous avez la parole.
M. Levesque (Bonaventure): Vous savez fort bien, M. le
Président, que nous pourrions, à ce moment-ci, utiliser un temps
indéfini et cela, selon peut-être une autre formule que le partage
que nous avons connu, mais je pense que nous avons eu l'occasion,
évidemment, de discuter auparavant de cette motion. Comme la loi 92 le
prévoit, c'est au même moment qu'est adoptée la motion
décrivant la question que cette motion-ci doit être adoptée
par l'Assemblée. Alors, M. le Président, nous allons concourir
avec le gouvernement pour l'adoption, sans débat, de cette motion,
formulant, cependant, le voeu que, s'il y a égalité dans la
distribution des deniers publics dans cette motion, le gouvernement sera
très prudent quant à l'utilisation de fonds publics additionnels
qu'il pourrait être tenté, à cause de sa position de
gouver-
nement, d'utiliser et cela, à rencontre de l'esprit de la motion
actuelle.
Le Président: Est-ce que cette motion sera
adoptée?
M. Brochu: Adopté.
Le Président: Adopté.
M. Charron: M. le Président...
Le Président: M. le leader parlementaire du
gouvernement.
M. Charron: ... il paraît que c'était ce matin, moi,
j'ai l'impression que c'est depuis quelques secondes que le printemps est
arrivé. Je propose l'ajournement de la Chambre à mardi, 14
heures.
Le Président: Est-ce que cette motion sera
adoptée?
Des Voix: Adopté.
Le Président: L'Assemblée ajourne ses travaux
à mardi prochain, 14 heures.
Fin de la séance à 19 h 29