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(Quatorze heures dix-sept minutes)
Le Président: À l'ordre, s'il vous plaît!
Un moment de recueillement.
Veuillez vous asseoir.
Affaires courantes.
Déclarations ministérielles.
Dépôt de documents.
M. le leader du gouvernement.
Rapport du Conseil exécutif
M. Charron: M. le Président, je voudrais, au nom du
premier ministre, déposer le rapport annuel 1979-1980 du
ministère du Conseil exécutif.
Le Président: Rapport déposé.
M. le ministre des Affaires culturelles.
Rapports annuels:
Ministère des Affaires culturelles
Régie du Grand Théâtre
Société québécoise
des
industries culturelles
Musée des Beaux-Arts de Montréal
Commission des biens culturels
M. Vaugeois: M. le Président qu'il me soit permis de
déposer plusieurs rapports: le rapport annuel du ministère des
Affaires culturelles 1979-1980; le rapport annuel de la Régie du Grand
Théâtre, exercice 1978-1979; les états financiers de la
Société québécoise de développement des
industries culturelles, l'exercice initial s'étant terminé le 31
mars 1980; le rapport et les états financiers du Musée des
Beaux-Arts de Montréal pour l'exercice se terminant le 31 mars 1980; le
rapport annuel de la Commission des biens culturels 1979-1980.
Avis de la Commission des biens culturels
Enfin, deux avis de la Commission des biens culturels
déposés conformément à l'article 29 de la Loi sur
les biens culturels: il s'agit de deux avis concernant la maison Bryson
à Mansfield et le manoir Dénéchaud à
Berthier-sur-Mer.
Le Président: Rapports déposés. M. le
ministre de la Justice.
Factum du Québec déposé devant la
Cour d'appel du Manitoba
M. Bédard: M. le Président, je voudrais
déposer deux copies du factum qui a été
préparé par le gouvernement du Québec et qui a
été déposé devant la Cour d'appel du Manitoba.
Le Président: Rapport déposé. M. le ministre
de l'Énergie et des Ressources.
Rapport annuel de SOQUIP
M. Bérubé: Merci, M. le Président. Il me
fait plaisir de déposer le rapport annuel de la société
SOQUIP pour l'année 1979-1980.
Le Président: Rapport déposé.
Dépôt de rapports de commissions élues.
M. le député de Duplessis.
Audition des représentants de SOQUEM et de
SOQUIP
M. Perron: Merci, M. le Président. Qu'il me soit permis,
conformément aux dispositions de notre règlement, de
déposer le rapport de la commission élue permanente de
l'énergie et des ressources, qui a siégé le 8
décembre 1980 aux fins d'entendre les représentants de SOQUEM et
de SOQUIP concernant les projets de loi no 1, Loi modifiant la Loi sur la
Société québécoise d'exploitation minière,
et no 2, Loi modifiant la Loi sur la Société
québécoise d'initiative pétrolière. (14 h 20)
Le Président: Rapport déposé.
Dépôt de rapports du greffier en loi sur les projets de loi
privés.
Présentation de projets de loi au nom du gouvernement.
Présentation de projets de loi au nom des
députés.
Période de questions orales des députés.
M. le chef de l'Opposition officielle.
QUESTIONS ORALES DES DÉPUTÉS
Autoroute 13 et parc industriel
aéroportuaire
M. Ryan: M. le Président, il y avait à
Saint-Jérôme hier un colloque sur l'avenir économique de la
région des Laurentides au cours duquel ont été
soulevées plusieurs questions de grande importance qui
intéressent le gouvernement du Québec, le gouvernement
fédéral, les gouvernements des municipalités de la
région, etc. Un certain nombre de questions très importantes ont
été soulevées de nouveau pour la nième fois qui
gravitent autour de l'aéroport de Mirabel. Quelques-unes de ces
questions relèvent évidemment de l'autorité
fédérale. On les posera en temps utile à l'autorité
compétente. Il y en a d'autres qui relèvent de l'autorité
du gouvernement du Québec. Je voudrais que le premier ministre fournisse
des précisions sur la politique de son gouvernement au sujet en
particulier des questions suivantes: Nous avons pris connaissance au cours de
ce colloque d'une lettre que le ministre des Transports a adressée je ne
me souviens pas à qui, ces temps derniers, dans laquelle il disait qu'il
est disposé à recommander que les fonds nécessaires pour
la construction du tronçon qu'il reste à construire de
l'autoroute 13 soient autorisés pour le prochain budget 1981-1982. Je
voudrais avoir des précisions là-dessus. Le ministre dit dans sa
lettre qu'il est disposé à recommander. Je voudrais savoir
où on en est avec cette question-là, si le ministre a
progressé
depuis la lettre qui remonte, je pense, à la fin d'octobre.
Deuxièmement, des problèmes très aigus se posent
autour du parc industriel et commercial de la région de
l'aéroport qu'il est convenu d'appeler PICA et qui est régi par
une société dirigée par des personnes nommées par
le gouvernement du Québec à 60%. Comme vous le savez, la
propriété du territoire de PICA est fédérale. Cela
crée déjà des problèmes pour les entreprises qui
veulent s'implanter, parce qu'elles n'ont pas accès à la
propriété du terrain, déjà première
difficulté.
Deuxième difficulté, la commission du zonage agricole ou,
je pense, le ministre, quand il a passé son coup de pinceau sur toute un
bande de territoire, a décidé qu'à peu près les 4/5
du terrain de PICA doivent être réservés à des fins
agricoles. On se demande ceci: Je voudrais savoir la politique du gouvernement
à ce sujet. Si le ministre de l'Agriculture veut intervenir, on en sera
très heureux aussi. Je pense qu'il n'est pas là. Il n'est pas
là souvent depuis quelque temps.
Des voix: Oh!
M. Ryan: II ne s'est pas remis des défaites dans
Brome-Missisquoi et dans Mégantic-Compton. On ne l'a pas revu depuis ce
temps.
Je voudrais savoir si le gouvernement du Québec progresse dans
ses négociations avec le gouvernement fédéral en vue de
faire l'acquisition de ces terrains et, deuxièmement, si le gouvernement
entend se servir du pouvoir que lui donne la loi 90 pour donner l'assurance que
les terrains compris dans le territoire de PICA seront effectivement
réservés à des fins commerciales et industrielles.
M. de Belleval: Je vais répondre, M. le Président,
en ce qui concerne les travaux autoroutiers dans cette région. En ce qui
concerne le parc industriel, mon collègue, le ministre de l'Industrie,
du Commerce et du Tourisme pourra répondre.
Pour ce qui est du prolongement de l'autoroute 13 au-delà de
l'autoroute 640 vers le nord jusqu'à l'entrée du parc industriel
aéroportuaire et un peu plus encore vers le nord-ouest jusqu'à
l'entrée ouest de l'aéroport ou elle rejoint l'autoroute 50,
effectivement, j'ai l'intention de recommander que les travaux de prolongement
de l'autoroute 13 commencent le plus tôt possible et, quand je dis "le
plus tôt possible", c'est au cours du prochain exercice du gouvernement.
Les plans et devis de cette autoroute sont à peu près
terminés. Il nous reste quelques consultations à avoir, encore
une fois, avec les autorités du parc aéroportuaire pour quelques
problèmes techniques. Il nous reste aussi à consulter en dernier
recours les Services de protection de l'environnement et la direction de la
protection du territoire agricole du ministère de l'Agriculture, toutes
consultations qui en sont dans leur phase finale. Il me faut quand même
procéder à ces dernières consultations avant d'annoncer
une décision finale et un échéancier définitif.
Dans mon esprit, d'ailleurs, la question du prolongement de l'autoroute 13 et
ensuite la liaison jusqu'à Masson par l'autoroute 50 font ni plus ni
moins partie du même dossier. Comme je l'ai expliqué au chef de
l'Opposition, lorsqu'il m'a posé récemment une question
là-dessus, je suis de plus en plus assuré que, vers la fin de
janvier, nous pourrons rendre public l'ensemble des études et des
décisions gouvernementales en ce qui concerne à la fois le
prolongement de l'autoroute 13 et la reprise des travaux de l'autoroute 50. Ce
n'est pas la reprise, puisqu'il n'y a pas, à proprement parlé, de
section de l'autoroute 50, sauf le contournement de Lachute qui existe
actuellement entre Masson et l'autoroute 13. En tout cas, on va mettre
clairement devant la population les intentions du gouvernement à court
terme sur l'ensemble de ce dossier.
Le Président: M. le ministre de l'Industrie et du
Commerce.
M. Duhaime: M. le Président, je peux ajouter un
complément d'information à ce que mon collègue vient de
dire, pour le bénéfice du chef de l'Opposition.
Il est vrai que le conseil d'administration de PICA, qui relève
effectivement de mon ministère, se trouve à l'heure actuelle un
peu assis entre deux chaises, dans l'attente de la décision
fédérale, en ce qui est de la problématique d'avenir sur
l'existence de l'aéroport de Dorval et l'aéroport de Mirabel. Je
pense que tant et aussi longtemps que cette décision n'aura pas
été prise, nous allons rencontrer les mêmes
hésitations que nous avons entendues récemment de la part des
maires de la Communauté urbaine de Montréal, lors de nos
rencontres au cours de la troisième table de concertation qui a eu lieu
il y a quelques semaines. Mon collègue, le ministre des Transports,
poursuit ses négociations pour qu'une décision se prenne dans ce
dossier.
Pour ce qui est de l'espace industriel dont le parc de Mirabel pourrait
avoir besoin, il est entendu que, là aussi, cette façon
d'opérer ou cette disponibilité de terrain à vocation
industrielle et commerciale est directement reliée aux ententes qui
pourraient intervenir entre, d'une part, le ministère de l'Agriculture,
la Commission de protection du territoire agricole et les autorités
fédérales.
Ce que je peux dire, cependant, au chef de l'Opposition qui,
tantôt, voulait peut-être taquiner plus facilement mon
collègue de l'Agriculture, d'autant plus qu'il n'est pas en Chambre, sur
les agissements et les décisions prises par le gouvernement
fédéral au moment de l'établissement de Mirabel, c'est
qu'on se rend bien compte aujourd'hui qu'on en a exproprié beaucoup trop
grand parmi les meilleures terres arables du Québec. Et pour les fins
industrielles, je peux vous dire que l'espace qui a été
exproprié, on n'en a pas besoin pour l'instant à Mirabel.
Le Président: M. le chef de l'Opposition.
M. Ryan: Je m'aperçois que j'ai eu une partie de
réponse à ma question de la part du ministre des Transports, mais
que, de la part du ministre de l'Industrie et du Commerce, je n'ai pratiquement
rien obtenu.
Je voudrais poser une question additionnelle au ministre des Transports.
Est-ce qu'il va y avoir une modification du tracé de l'autoroute 13?
Deuxièmement, étant donné que vous avez ouvert la porte
sur l'autoroute 50, est-ce que vous avez eu le temps de prendre connaissance
du
rapport qui a été déposé à votre
ministère il y a maintenant un mois ou deux, à ma connaissance,
sur le tracé déjà établi et la possibilité
de le remplacer par une adaptation de la route 148? Cela m'intéresserait
d'avoir des précisions là-dessus. Je suis content de constater
cependant que l'esprit semble assez ouvert de ce point de vue-là. Je ne
veux pas compromettre l'avenir non plus, même s'il n'est pas long en ce
qui vous touche.
Au sujet du ministre de l'Industrie et du Commerce, j'ai posé
deux questions à propos de PICA. Je n'ai pas demandé des
déclarations générales; j'ai posé deux questions
précises. D'abord, est-ce que les négociations progressent avec
le gouvernement fédéral en ce qui touche l'acquisition ou le
changement de qualité juridique des terrains compris dans le parc
industriel et commercial? Est-ce que des propositions ont été
faites par le gouvernement fédéral en vue de vendre ces terrains
à la SPICAM? Est-ce qu'il y a des résistances de la part du
gouvernement du Québec à ce sujet? Où en est-on? Est-ce
que le ministre trouve que ce serait une bonne chose de faire l'acquisition de
ces terrains pour les rendre plus intéressants pour des investisseurs
éventuels? (14 h 30)
Deuxièmement, j'avais posé une autre question tantôt
à propos de zonage agricole. Est-ce que le gouvernement entend se
prévaloir du pouvoir que lui donne la loi 90 de statuer que dans un cas
évidemment spécial comme celui-ci il pourra passer par-dessus la
décision qui a été prise jusqu'à maintenant et
déclarer clairement -c'est très important pour des
décisions qui sont à prendre, autant du côté
fédéral que du côté des investisseurs privés
- que la vocation de ce terrain sera commerciale et industrielle, non pas
agricole.
Le Président: M. le ministre des Transports.
M. de Belleval: M. le Président, je constate que le chef
de l'Opposition a le don de tout politiser en mettant inutilement du fiel dans
les questions qu'il pose, cela contrairement, d'ailleurs, aux dispositions de
notre règlement. Je vais quand même passer sur ce qui est sans
doute des provocations inutiles de la part du chef de l'Opposition et
répondre directement à sa question, à savoir que,
malgré les coups de téléphone que son bureau fait
directement à mes fonctionnaires pour tenter de prendre le ministre en
défaut, comme il l'a fait la semaine dernière, en essayant de
savoir si le ministre aurait eu ce qu'on pourrait appeler pudiquement un oubli
ou de mauvais renseignements, pour ne pas dire qu'il aurait voulu induire cette
Chambre en erreur, malgré ses coups de téléphone tout
aussi sournois que le sont souvent ses questions, je peux l'assurer que, comme
je l'ai annoncé la dernière fois, tous les rapports seront rendus
publics quand ils seront effectivement produits. Ces rapports ne sont pas
encore terminés. J'ai rencontré de nouveau les fonctionnaires
là-dessus la semaine dernière. Normalement, comme je viens de le
dire - je l'avais dit lors de ma première réponse au chef de
l'Opposition - vers la fin de janvier, nous devrions avoir l'ensemble des
hypothèses et l'ensemble des solutions possibles dans ce dossier. Je
pense qu'il est normal d'attendre l'ensemble du portrait avant de rendre un
dossier public et de prendre une décision. Cette décision sera
prise, comme je l'ai dit, probablement vers la fin de janvier.
M. Laplante: Question additionnelle, M. le Président.
Le Président: Question additionnelle, M. le
député de Bourassa.
M. Laplante: Elle s'adresse...
Le Président: M. le ministre de l'Industrie, du Commerce
et du Tourisme auparavant.
M. Laplante: Oui.
M. Duhaime: M. le Président, j'avais cru comprendre que le
chef de l'Opposition m'avait posé deux questions. Je suis d'autant plus
heureux d'y répondre que je me rends compte, comme tout le monde
d'ailleurs, que son intérêt pour PICA est mieux fondé
maintenant que les allusions qu'il en faisait lors de sa réponse au
discours inaugural, alors qu'il nous accusait d'avoir fait des nominations
politiques au conseil d'administration. Mais je pense qu'il s'est rendu compte,
depuis ce temps-là, que la moitié des membres avaient
été nommés par le gouvernement fédéral.
Des voix: Ah!
M. Duhaime: Est-ce que la qualité juridique des terrains a
été modifiée et est-ce que nos discussions avec le
gouvernement fédéral ont progressé? Ma réponse est
non, M. le Président. Je dois dire non, parce que notre progression est
si laborieuse que nous nous berçons beaucoup plus que nous
avançons dans ce dossier.
Quelle est la superficie qui serait requise pour une vocation
industrielle et commerciale pour le parc aéroportuaire de Mirabel? Je
pense que le chef de l'Opposition va convenir avec nous tous que ce qu'il nous
faut d'abord savoir, avant d'établir quelle pourrait être la
superficie qui serait allouée à des fins commerciales et
industrielles, c'est qu'en est-il de la vocation future de Dorval et qu'en
est-il de la vocation future de Mirabel? Tant et aussi longtemps que cette
décision n'aura pas été prise par un autre niveau de
gouvernement, premièrement, nous serons dans l'obligation d'attendre
pour décider si oui ou non nous aurons un lien rapide entre Mirabel et
le centre-ville; deuxièmement, quelle va être la vocation
véritable et est-ce que c'est nécessaire d'avoir un parc
aéroportuaire en face d'une indécision comme celle que l'on
connaît jusqu'à présent? Je pense que la décision
quant aux superficies devient secondaire.
Le Président: M. le député de Bourassa,
question additionnelle.
M. Laplante: Ma question additionnelle, M. le Président,
s'adresse au ministre de l'Industrie, du Commerce et du Tourisme ou au ministre
des Transports. Je voudrais savoir s'il est au courant que M. Pepin, le
ministre fédéral des Transports, a actuellement entre les mains
un rapport, dont le chef de l'Opposition serait au courant, concernant l'avenir
de Mirabel et de Dorval, et
du transfert de Dorval à Mirabel, plus le parc industriel, et que
ce rapport sortirait seulement s'il y avait des élections
générales au Québec. On devait le sortir en octobre, mais
on ne l'a pas sorti.
M. Duhaime: M. le Président, je voudrais répondre
à la question qui m'est adressée.
M. Ryan: Une question de privilège.
M. Duhaime: Je voudrais répondre à la question, M.
le Président.
Le Président: Un instant, s'il vous plaît! La
question de privilège et, par la suite, la réponse à la
question posée au ministre.
M. Ryan: Le député de Bourassa a malicieusement
insinué que je serais en possession d'un document secret. Je nie cela
formellement. Je nie formellement cette insinuation.
M. Laplante: Une question de privilège, M. le
Président.
Le Président: À l'ordre, s'il vous plaît!
M. Laplante: Je n'ai jamais insinué que M. le chef de
l'Opposition avait le document, mais qu'il est au courant d'un document qui
existe...
Le Président: À l'ordre! À l'ordre, s'il
vous plaît!
M. Laplante: ...avec M. Pépin et M. Fox de son
comté.
Le Président: M. le ministre. À l'ordre, s'il vous
plaît! M. le ministre.
M. Duhaime: Je remercie mon collègue de Bourassa pour sa
question, M. le Président. Je dois répondre par la
négative car je n'ai pas ce rapport en main, mais je serais très
heureux d'en recevoir une copie du chef de l'Opposition, si jamais il l'avait
en main.
Des voix: Ah, ah, ah!
Le Président: M. le ministre des Transports.
M. de Belleval: Sur la dernière question du
député de Bourassa, lors de ma rencontre avec M. Pépin, il
y a maintenant une couple de mois, la question du transfert des vols de Dorval
à Mirabel et enfin de la précision, par le gouvernement
fédéral, de la vocation à plus long terme de Mirabel a
été évoquée. Il a été convenu
à ce moment-là que nous aurions de nouveau des conversations sur
cette question une fois que M. Pépin lui-même se serait fait une
idée plus précise sur les différents scénarios qui
lui sont proposés.
Cependant, le problème dans ce domaine, comme dans le cas, entre
autres, du dossier de la fusion Nordair-Québecair, c'est qu'au sein du
ministère fédéral des Transports et, en particulier,
à son sommet, au niveau même du ministre fédéral des
Transports, on procède, à toutes fins pratiques, à ce que
je pourrais qualifier charitablement de pas de tortue dans le règlement
de dossiers aussi importants.
Le problème fondamental... Je pense que le chef de l'Opposition a
beaucoup de réticences par les temps qui courent - c'est propre à
l'ensemble de son parti - à critiquer le gouvernement
fédéral. Je pense que, en tant d'ailleurs que
député d'une circonscription qui est touchée directement
par le dossier de Mirabel, comme gouvernement et comme société
québécoise nous aurions plus de chance de faire avancer ces
dossiers si l'Opposition, comme le gouvernement, franchement, directement,
prenait position aussi dans ces dossiers et appuyait les efforts du
gouvernement pour faire en sorte qu'enfin une décision soit prise du
côté du gouvernement fédéral.
On l'a vu la semaine dernière quand le premier ministre a fait
état de la position absolument imprécise - c'est le moins qu'on
puisse dire, pour ne pas dire contradictoire - qui existe actuellement au sein
du caucus du Parti libéral du Québec en ce qui concerne la
question de Nordair et de Québecair. Soi-disant, le caucus est en faveur
de Québecair dans ce dossier, mais le chef de l'Opposition, lui, ne sait
pas où son propre parti se place. C'est la même chose dans le
dossier de Mirabel. C'est un dossier qui traîne depuis de nombreuses
années et on ne sait toujours pas quelle est la position du Parti
libéral du Québec dans ce dossier.
Le Président: À l'ordre!
En concluant, s'il vous plaît, M. le ministre.
M. de Belleval: Je pense que, tant que le gouvernement
fédéral ne prendra pas de décision là-dessus, on
sait que la ville de Montréal, l'agglomération
métropolitaine de Montréal et tout le Québec sont
pénalisés en ce qui concerne le développement
économique et l'aménagement du territoire. Est-ce que le chef de
l'Opposition, finalement, dans le dossier de Québecair et Nordair, dans
le dossier de Mirabel...
Le Président: En concluant, M. le ministre, s'il vous
plaît!
M. de Belleval: ... pourrait prendre une position pour qu'on
sache où il se situe et pour que tous ensemble on pousse à la
même roue, à savoir le développement économique du
Québec?
Le Président: Deuxième question principale, M. le
chef de l'Opposition officielle.
M. Ryan: M. le Président, toutes les considérations
divaguantes qu'on vient d'entendre ne justifient aucunement le gouvernement
d'avoir investi $10,000,000 dans le trou de PICA alors qu'on n'a même pas
de chemin pour se rendre là actuellement. Cela ne dépend pas de
l'Opposition.
Le Président: Question principale, s'il vous
plaît!
Sommet sur l'avenir économique de
Montréal
M. Ryan: Question principale sur un autre sujet, qui est dans la
même famille d'idées cependant. Les journaux de fin de semaine,
en
particulier le Journal des affaires, édition du 8
décembre, nous parlent d'un sommet qui aura lieu au début du mois
de mars - si le gouvernement se rend jusque-là; le premier ministre ne
semble plus le savoir lui-même - sur l'avenir économique de
Montréal. Il faut aller en France avant; ensuite, nous aurons les
miettes. Très bien. (14 h 40)
Le Président: À l'ordre, s'il vous plaît!
À l'ordre, s'il vous plaît!
M. Ryan: On nous apprend qu'un sommet sur l'avenir
économique de Montréal aura lieu normalement au début de
mars et on nous dit, dans cet article du Journal des affaires, qu'Ottawa ne
sera pas invité au sommet économique. Le gouvernement
fédéral est un agent économique de première
importance à Montréal, nous le savons tous.
Le Président: À l'ordre, s'il vous plaît!
M. Ryan: Le port de Montréal relève du gouvernement
fédéral. Le gouvernement fédéral a fourni, si mes
souvenirs sont exacts, 60% des budgets qui ont servi à la construction
du réseau d'autoroutes qui permet l'accès facile à
Montréal désormais. On a les sièges sociaux de grandes
sociétés d'État comme les Chemins de fer nationaux, Air
Canada, Teleglobe, etc. On a, en plus, l'aéroport de Dorval.
L'aéroport de Mirabel sera l'un des sujets principaux des discussions
à ce sommet sur l'avenir économique de Montréal et on nous
dit, tout bonnement: On va inviter tout ce qu'il peut y avoir d'agents
économiques, y compris les sociétés multinationales, mais
la société étrangère qu'est le gouvernement
fédéral ne sera pas invitée. On a dit: On va s'entendre
tout le monde ensemble; ensuite, on ira faire de petits conciliabules avec
l'autorité fédérale.
Est-ce qu'il ne serait pas plus simple d'inviter le gouvernement
fédéral et ses agences nombreuses qui oeuvrent dans la
métropole à participer à ce sommet sur un pied
d'égalité avec les autres ou à un titre spécial, si
on le juge à propos, mais en vertu de quelle abstraction mentale peut-on
se figurer qu'on aura un sommet économique sérieux sur l'avenir
de Montréal, si l'interlocuteur fédéral n'est pas
présent comme une des forces qui ont des choses à dire
là-dessus, peut-être des engagements à prendre
également? Je voudrais demander au premier ministre - je sais que le
ministre a l'air d'avoir des ambitions, mais s'il veut attendre un peu, au
moins jusqu'à la prochaine élection au congrès de
leadership; je sers vos intérêts, M. le premier ministre - si
telle est bien la politique de son gouvernement, laquelle a été
énoncée, à ma grande surprise d'ailleurs par un
fonctionnaire. Il me semble qu'il appartiendrait au chef du gouvernement de
nous faire part de la politique de son gouvernement en ces matières.
Le Président: M. le premier ministre.
M. Lévesque (Taillon): M. le Président, je vais
quand même être obligé de passer à l'essentiel de la
réponse, parce que je pense que cela demande un peu de détails,
pour ce qui concerne la préparation de ce sommet. Je vais, en l'absence
du ministre d'État au Développement économique, passer une
partie de la réponse au ministre de l'Industrie et du Commerce. Ils font
partie du même groupe préparatoire.
Pour ce qui est de l'évocation saugrenue et abrupte d'un
congrès au leadership, je ne sais pas si ce sont les deux ou trois
caucus libéraux qui commencent à donner des inquiétudes au
chef de l'Opposition, cela avait plutôt l'air de venir de ses propres
préoccupations que des miennes en tout cas.
Tout ce que je peux dire, c'est ceci: II s'agit d'un sommet
économique en vue duquel - je prends simplement la question
générale - on consacre beaucoup d'efforts. Des équipes ont
été mises en marche. Tout cela est de l'initiative sûrement
conjointe des agents économiques et des autorités municipales ou
de la communauté, mais avant tout de l'initiative primordiale du
gouvernement du Québec. On ne voit pas très bien quelle serait
l'utilité d'inviter directement le gouvernement fédéral.
Il n'y a rien qui exclut, au contraire, pour ce qui concerne des domaines
sectoriels qui font tous partie de ce même ensemble métropolitain,
le port, Dorval, etc., qu'il y ait des interlocuteurs comme observateurs qui
participent, je pense qu'il y en a déjà, mais intégrer
deux niveaux politiques dans un sommet qu'on a conçu ici - après
tout, il ne faudrait tout de même pas oublier que les villes
dépendent encore des provinces, même si parfois il y a des
tiraillements - que, par conséquent, c'est dans un même ensemble
de juridiction, cela ne paraîtrait pas logique, au départ en tout
cas. Si le fédéral voulait simplement débloquer un certain
nombre de dossiers sur lesquels il traîne depuis une
éternité... Par exemple, le chef de l'Opposition évoquait
le port de Montréal. Le port de Montréal, Seigneur! pour autant
qu'il s'agit de coopérer, par exemple, pour les extensions
nécessaires, pour les nouveaux emplacements qui sont requis en aval ou
en amont d'où se trouvent actuellement certaines des installations,
chaque fois qu'il y a eu quelque chose de concret, je pense qu'il y a toujours
eu une coopération de la part du gouvernement du Québec.
Seulement, tant qu'il n'y a pas une décision quelconque à
discuter qui donnerait une perspective d'avenir sur cet énorme sujet
d'un port qui est littéralement coupé comme un corps
étranger en grande partie de la ville et de l'arrière-pays qu'il
doit desservir, on ne voit pas très bien ce que cela donnerait de faire
venir le gouvernement fédéral pour nous répéter ses
indécisions permanentes ou ses tergiversations.
Pour être plus précis dans la préparation un peu de
ce sommet, je pense que le ministre de l'Industrie et du Commerce pourrait
ajouter, je crois, des détails utiles et peut-être plus que des
détails.
Le Président: M. le ministre de l'Industrie et du
Commerce.
M. Duhaime: M. le Président, pour compléter la
réponse du premier ministre, je peux dire au chef de l'Opposition que
nous travaillons avec beaucoup de minutie pour préparer ce sommet du
printemps avec les autorités des villes de Montréal et de la
région métropolitaine de même que les différents
autres intervenants. Je dois dire que cette idée de convier les
ministres du gouvernement fédéral a déjà
été discutée et nous avons plutôt retenu la
problématique de
tenir d'abord le sommet et, ensuite, de rencontrer probablement les
ministres du gouvernement fédéral comme nous l'avons fait
d'ailleurs dans le passé avec le gouvernement conservateur à
Ottawa.
Pour l'information du chef de l'Opposition, je lui réponds de
mémoire. L'ordre du jour n'est pas encore tout à fait
arrêté, mais je puis lui dire que, déjà, des
rencontres ont eu lieu entre les hauts fonctionnaires du ministère
d'État au Développement économique de même que ceux
de mon propre ministère, ceux du ministère des Transports,
principalement, ceux du ministère d'État à
l'Aménagement et du ministère délégué
à l'Habitation pour que, avec les officiers de la ville de
Montréal, des villes de banlieue, de la Chambre de commerce de
Montréal et du Conference Board, etc., on puisse, s'entendre sur un
ordre du jour et sur des sujets de discussion.
Au niveau ministériel, nous devons nous rencontrer dans les
prochains jours et de toute façon compléter si possible l'ordre
du jour avant Noël. Je vous dis de mémoire les sujets qui seront
discutés: l'aménagement et l'amélioration des espaces
industriels non seulement pour Montréal, mais pour Laval,
Montréal, rive sud, puisque le sommet va être le plus large
possible. Nous discuterons aussi du tertiaire moteur, du tourisme, des
investissements industriels, des zones désignées dans la
problématique fédérale et nous allons aussi discuter, bien
sûr, de dossiers qui relèvent strictement de la juridiction du
gouvernement fédéral comme l'aménagement du port de
Montréal, l'état des travaux à Guy-Favreau et la
problématique future.
On abordait tantôt la question des aéroports, Mirabel et
Dorval. Nous allons effectivement en discuter. Nous allons également
discuter des ententes sur les axes routiers prioritaires devant desservir les
aéroports de même que les ententes possibles sur des
équipements de transport urbain. Je pense qu'à ces dossiers qui
sont beaucoup plus reliés à Montréal viendront s'ajouter
d'autres dossiers dont les retombées sont importantes pour l'ensemble de
Montréal à cause du fait que 50% de la population du
Québec s'y retrouve; par exemple, les retombées
économiques dans les contrats avec le fédéral en ce qui
est de la Défense nationale, ainsi les frégates, les avions de
chasse, les camions militaires, les réparations aux destroyers, les
retombées économiques en ce qui est des investissements
fédéraux dans nos chantiers maritimes, le chantier de Vickers y
étant au premier chef. Je saute par-dessus l'usine La Prade pour
simplement signaler que nous n'avons toujours pas de nouvelles, à part
les déclarations imbéciles du ministre fédéral de
l'Expansion économique régionale, pour ce qui est du textile, du
vêtement et de la chaussure dont au-delà de 50% de
l'infrastructure sont situés à Montréal.
Bref, M. le Président, je pense qu'il y aura matière
à discussion. Jusqu'à maintenant, je puis dire que c'est avec
beaucoup d'enthousiasme que nous préparons ces travaux pour le
début du mois de mars.
Le Président: M. le chef de l'Opposition.
M. Ryan: M. le Président, le ministre parle longtemps pour
dire très peu de choses. Il pourrait faire cela plus brièvement.
Je pense que cela servirait le bien de la cause. Cela servirait
l'intérêt de la Chambre. (14 h 50)
Je n'ai pas compris, pour être franc. J'ai écouté
tout ce qu'on a dit. Je n'ai pas compris la raison précise en vertu de
laquelle on essaie de ne pas inviter le gouvernement fédéral et
ses agences qui sont parmi les intervenants les plus importants dans le domaine
économique dans la région montréalaise. Je comprendrais
très bien si on disait: On les a invités. Ils jugent qu'ils sont
un gouvernement supérieur. Ils ne veulent pas venir. Je comprends cela
très bien. C'est leur problème. C'est leur responsabilité.
Mais quand le gouvernement du Québec, comme autorité
supérieure en matière de développement urbain,
décide de convoquer des agents économiques à une rencontre
qui est consultative, de toute manière, pour examiner avec eux des
perspectives d'avenir, je ne comprends pas très bien, après avoir
écouté le premier ministre et le ministre de l'Industrie, du
Commerce et du Tourisme, pourquoi on décide de garder à
l'extérieur le gouvernement fédéral ou de le
réduire au strict rôle d'observateur passif.
Deuxièmement, je voudrais compléter la question. Vu qu'on
nous a donné tout un catalogue, vous avez dit qu'il sera question de
l'avenir de Mirabel entre autres, au cours de cette conférence, à
ce moment-là, pourrait-on donner l'assurance que les intervenants qui
sont dans cette région auront au moins droit de présence et de
parole aussi, pour qu'on ne décide pas de leur avenir par-dessus leur
tête?
Le Président: M. le ministre de l'Industrie, du Commerce
et du Tourisme.
M. Duhaime: M. le Président, il semble que, de notre point
de vue, il ne nous appartiendrait normalement pas de devoir, avec des
intervenants qui sont les villes de la région de Montréal et les
agents économiques représentés à l'intérieur
de la chambre de commerce ou du Conference Board, nous occuper nous-mêmes
d'un dossier comme le port de Montréal, pour ne prendre qu'un seul
exemple.
Mais si nous sommes obligés d'en discuter, de recevoir l'avis et
très souvent l'appui de ces intervenants, c'est que le gouvernement
fédéral ne s'en occupe tout simplement pas, M. le
Président. Et, sauf erreur, la Constitution ca- nadienne, telle qu'elle
existe, n'a jamais interdit au gouvernement fédéral de convoquer
un sommet économique et de convier tout le monde à
Montréal dans les dossiers qui relèvent de lui pour l'instant.
Ceci n'a jamais été fait.
Nous ne voyons pas l'utilité d'avoir à la table le
gouvernement fédéral qui viendrait nous dire quoi concernant le
port de Montréal, qui viendrait nous dire quoi concernant Mirabel. Ce
qu'il faut, c'est qu'il soit transmis au gouvernement fédéral une
démarche conjointe, et si possible unanime, de la part de tout le monde
à Montréal, en ce qui a trait à son propre
développement. Cela m'apparaît essentiel, M. le
Président.
Sauf erreur, autant que moi-même je suis concerné, je n'ai
jamais entendu personne réclamer à cor et à cri la
présence du gouvernement fédéral à ce genre de
sommet, de la façon que nous le concevons. J'ai plutôt
entendu beaucoup de gens nous pousser dans le dos, pour qu'on pousse sur
le gouvernement fédéral pour obtenir des décisions dans
quelques-uns des dossiers qui sont fort importants, comme le port de
Montréal, Mirabel, Dorval et toute l'infrastructure routière,
Guy-Favreau.
Si le chef de l'Opposition a trouvé tantôt que j'avais
répondu sur des généralités, si vous m'en donnez la
permission, demain, je pourrai compléter ma réponse en vous
donnant le nombre de centaines de millions de dollars, pour le Québec et
pour Montréal, que chacun de ces dossiers peut représenter.
Le Président: Question principale, M. le
député de Bellechasse.
Politique d'embauche des employés
occasionnels
M. Goulet: Merci, M. le Président. Ma question concerne la
politique d'embauche des occasionnels pour le compte du gouvernement. Je
voudrais savoir du ministre du Loisir, de la Chasse et de la Pêche si des
directives quant à la procédure à suivre ont
été données à l'ensemble de la fonction publique -
donc à son ministère - sur lesquelles doivent se baser tous les
ministères. Ou encore, est-ce que chaque ministère peut
lui-même établir ses propres critères ou règles de
fonctionnement quant à l'embauche des occasionnels?
Si vous le permettez, M. le Président, du même souffle,
j'aimerais savoir du ministre, quand il s'agit d'embauche ou de rappel
d'occasionnels, quelles règles de procédure existent dans son
propre ministère. Y a-t-il des règles particulières de
fonctionnement pour son ministère, par exemple? Et quels sont les
critères pour décider que l'on garde ou que l'on refuse
quelqu'un? Se base-t-on sur la compétence, sur le salaire à
payer, sur l'ancienneté ou d'autres critères
inhérents?
En deux mots, M. le Président, comment fonctionne-t-on pour
l'embauche des occasionnels?
Le Président: M. le ministre du Loisir.
M. Lessard: M. le Président, cette question s'adresserait
normalement à mon collègue, le ministre de la Fonction publique,
qui devra apporter certaines précisions tout à l'heure. En ce qui
concerne mon ministère, nous appliquons les mêmes directives que
tous les autres ministères. C'est-à-dire qu'en vertu d'une
convention collective négociée il y a quelques années avec
les occasionnels, ceux-ci sont placés sur une liste de rappel. Par la
suite, ils sont appelés selon l'ancienneté.
Je voudrais en profiter pour donner certaines explications concernant
des rumeurs qui auraient circulé selon lesquelles le ministre du Loisir,
de la Chasse et de la Pêche serait intervenu pour empêcher
l'engagement de M. Phil Latulippe, bien connu dans l'ensemble du Québec,
parce qu'il aurait été membre du comité du non.
M. le Président, cette année, au ministère, comme
dans d'autres ministères, nous avons dû envisager de comprimer
certaines dépenses, et un comité a été
constitué de fonctionnaires, dont je pourrais donner les noms, qui a
rencontré l'ensemble des régions du ministère pour savoir
quelles seraient les dépenses qui devraient être comprimées
afin d'équilibrer notre budget d'ici le 31 mars 1981. Des
recommandations nous sont parvenues. À la suite de certaines
recommandations, nous avons donc dû réduire l'engagement d'un
certain nombre d'occasionnels. Ce fut malheureusement le cas pour M. Phil
Latulippe. Quant à moi, M. le Président, j'ai eu l'occasion de
rencontrer, à plusieurs reprises, M. Latulippe. J'ai toujours
été très heureux de le féliciter de son
dévouement à la cause du sport et de ses nombreux exploits dans
ce secteur. J'étais, d'ailleurs, très heureux de savoir que M.
Latulippe travaillait pour le gouvernement du Québec, et pour mon
ministère en particulier, comme occasionnel. M. Latulippe travaillait au
camp Mercier.
M. le Président, vous conviendrez que, quelle que soit la
renommée de M. Latulippe, je dois respecter la politique établie
concernant l'emploi des occasionnels. Comme M. Latulippe n'était pas
aussi ancien que d'autres patrouilleurs, malheureusement, il n'a pas
été rappelé. Quant à moi, je dois dire, M. le
Président - j'espère que certaines personnes qui ont
essayé de faire de la politique, depuis quelques jours, à ce
sujet, le préciseront ou l'indiqueront - que jamais, ni de près
ni de loin, je ne suis intervenu pour faire en sorte que M. Latulippe ne soit
pas employé au ministère. Au contraire, je le regrette
énormément, parce que c'est un symbole pour l'ensemble de la
jeunesse québécoise et pour l'ensemble des sportifs du
Québec, M. Latulippe.
Le Président: M. le député de
Bellechasse.
M. Goulet: M. le Président, une question de principe. Le
ministre s'est servi d'un cas particulier pour étayer sa réponse.
J'agirai ainsi, M. le Président: le ministre a cité le cas
Latulippe dont tout le monde connaît la compétence. Cette
compétence n'est mise en doute par personne, même son
supérieur immédiat dit qu'il est également une figure de
marketing et de publicité hors pair pour le camp Mercier, donc pour les
établissements sportifs du gouvernement du Québec. Comment
expliquer que ce spécialiste, qui était en haut de la liste de
rappel, contrairement à ce que vient de dire le ministre quant à
son ancienneté, a pu recevoir une lettre l'informant qu'il ne serait pas
rappelé pour l'année en cours, alors que tous ceux qui ont
été rappelés pour le même travail avaient au moins
deux ans d'expérience de moins que lui sur la liste d'ancienneté?
Est-ce que sa réponse est la même que tout à l'heure
lorsqu'il nous a dit qu'il se servait des personnes sur la liste en regard de
l'ancienneté de ces mêmes personnes?
Le Président: M. le ministre du Loisir.
M. Lessard: M. le Président, je ne sais pas d'où le
député tient ses informations. Le député me dit que
j'ai utilisé le cas de M. Latulippe, mais je sais que, ce matin, le
député de Bellechasse était à une émission
de radio et qu'il a indiqué qu'il allait poser cette question,
d'après les informations que je possède, à la suite du cas
Latulippe. On sait qu'un certain journaliste radiophonique de la région
a fait énormément de publicité sur le cas Latulippe en
accusant le ministre actuel d'avoir utilisé des moyens pour
bloquer l'engagement de M. Latulippe. Or, justement, j'ai demandé
un rapport complet. Je dis qu'à moins que ces informations que j'ai en
main actuellement soient fausses, je confirme la même réponse.
Comme je l'ai dit tout à l'heure, un comité a été
constitué. M. Latulippe travaillait au camp Mercier. Au camp Mercier, il
y avait onze patrouilleurs, l'an dernier. Je connais très bien les
compétences de M. Latulippe comme patrouilleur de ski, comme il y en
d'autres qui sont compétents comme patrouilleurs de ski. Ces onze
patrouilleurs sont divisés en trois listes, soit le chef
d'équipe, cinq occasionnels et cinq personnes à temps partiel
pour deux à trois jours par semaine.
J'ai expliqué, tout à l'heure, la politique concernant
l'engagement des occasionnels. Il a été décidé,
à la suite des recommandations du comité - je vais citer les noms
- formé de trois responsables de la gestion financière dont le
directeur, M. Pierre Boivin, et M. Bernard Lavigne, de la Direction des
opérations régionales, que l'on pouvait donner autant de services
avec une équipe de cinq personnes au camp Mercier. Or, d'après
les informations que je possède ici, M. le Président, et qui sont
écrites - je vérifierai; à nouveau à moins que
j'aie de mauvaises informations, je me base sur les informations que j'ai
obtenues ce matin - M. Phil Latulippe était le moins ancien de ces cinq
patrouilleurs et il a été avisé par lettre, comme de
nombreux autres Québécois et Québécoises dans
différents autres ministères, qu'il ne serait pas du groupe des
patrouilleurs du camp Mercier pour la saison d'hiver 1980-1981. M. Latulippe
est le prochain sur la liste de rappel. Ce qui veut dire, M. le
Président, que si des ouvertures se font, M. Latulippe pourra se faire
embaucher. Mais, pour le moment, nous avons dû suivre la procédure
qui a été établie dans une convention collective librement
signée par les occasionnels et surveillée par le syndicat
lui-même.
M. Bertrand: Question additionnelle, M. le Président.
M. Goulet: M. le Président...
Le Président: Dernière question additionnelle, M.
le député de Bellechasse.
M. Bertrand: Question additionnelle, M. le Président.
Le Président: M. le député de
Bellechasse.
M. Goulet: M. le Président, avant ma question
additionnelle, je voudrais formuler une question de règlement en vertu
de l'article 177 et demander si le ministre peut déposer justement le
document qu'il vient de citer. Ma question additionnelle, M. le
Président, s'adressait au premier ministre, mais je l'adresserai, si
vous le voulez, au ministre de la...
Une voix: Fonction publique.
M. Goulet: ...Fonction publique. Je n'ai pas lu le document que
vient de citer le ministre, mais sa réponse ne me convainc pas du tout,
M. le Président. Est-ce que le ministre de la Fonction publique peut
nous certifier, ou encore peut-il prendre l'engagement solennel et sans
équivoque que son gouvernement, qui, malheureusement, ne peut faire
passer l'amertume de sa défaite référendaire sur le dos
des permanents, ne le fera pas sur le dos des occasionnels...
Des voix: Ah!
M. Goulet: ...comme on peut le penser et comme l'opinion publique
peut le penser? Justement, si le premier ministre a avoué, en fin de
semaine, qu'il pouvait y avoir certains ayatollahs parmi les militants du PQ,
il ne faudrait pas en trouver parmi les membres du cabinet.
Le Président: M. le ministre de la Fonction publique.
M. Gendron: Très rapidement, M. le Président, tout
ce que je peux dire, c'est qu'effectivement, les ministères ont
reçu une directive du ministère de la Fonction publique de s'en
tenir à la politique d'engagement des occasionnels, laquelle a
été négociée et discutée à même
les conventions collectives. D'ailleurs, au sujet de la liste
d'ancienneté, que je sache, le syndicat peut la vérifier. En ce
sens, je ne peux pas, sur le cas que vous traitez, donner l'assurance formelle
qu'effectivement, ça s'est passé de cette façon. Mais pour
ce qui est de la politique générale, oui, le ministère de
la Fonction publique surveille ce qu'on appelle l'application, telle qu'elle a
été discutée et négociée, de la question des
occasionnels et tout ce qui regarde la liste de rappel.
M. Bertrand: Question additionnelle, M. le Président.
M. Fontaine: Question de règlement, M. le
Président.
M. Bertrand: Question additionnelle, M. le Président.
Le Président: M. le député de
Nicolet-Yamaska, sur une question de règlement.
M. Fontaine: Oui, M. le Président. Est-ce que le ministre
va déposer le document comme il a été requis de le faire,
en vertu de l'article 177, parce que tout le monde a bien vu, ici, qu'il
l'avait bel et bien lu devant l'Assemblée nationale?
Le Président: M. le ministre du Loisir, de la Chasse et de
la Pêche.
M. Lessard: M. le Président, il s'agit d'une information.
D'abord, ce n'est pas un document cité, ce n'est pas en vertu de
l'article 177. Il s'agit simplement d'une information pour répondre
à la question, à savoir que M. Phil Latulippe -c'est ce que j'ai
actuellement entre les mains, vous le lirez dans les
procès-verbaux...
M. Fontaine: Déposez-le votre document.
M. Lessard: ...qui viendront de l'Assemblée nationale -
qui était le moins ancien de ces cinq patrouilleurs a été
avisé, comme je l'ai indiqué
tout à l'heure, qu'il ne pouvait être rappelé
étant donné la politique qui a été
établie.
M. Fontaine: M. le Président.
M. Bertrand: Question additionnelle, M. le Président.
M. Laplante: Question principale, M. le Président.
M. Fontaine: Sur la question de règlement.
M. Laplante: Question principale, M. le Président.
Le Président: À l'ordre, s'il vous plaît!
M. Bertrand: Question additionnelle, M. le Président.
M. Lessard: Prouvez-moi le contraire.
M. Fontaine: Sur la question de règlement.
Le Président: Vous, c'est une question principale, vous,
c'est une question additionnelle, vous, c'est une question de règlement.
Alors, question de règlement.
M.Fontaine: M. le Président, je vous lis l'article 177:
"Quand un ministre cite, ne serait-ce qu'en partie, un document, il peut
être requis sans autre formalité de le déposer
immédiatement, à moins qu'il ne déclare qu'il est
contraire à l'intérêt public de le faire". Est-ce que le
ministre déclare qu'il est contraire à l'intérêt
public? Sinon, il doit le déposer.
M. Lessard: M. le Président... Le Président:
M. le ministre.
M. Lessard: ...il ne s'agit aucunement d'un document. Il s'agit
d'informations internes du ministère...
Une voix: Peureux!
M. Lessard: ...et dans ce sens-là, M. le Président,
il est d'intérêt du ministre, mais non pas d'intérêt
public.
Le Président: Fin de la période de questions.
M. le député de Nicolet-Yamaska, la question que vous avez
posée est effectivement pertinente. Je vais étudier la situation
et d'ici demain ou dans quelques jours... Je sais qu'une décision a
déjà...
M. Goulet: Je vous demande une directive,
M. le Président.
Le Président: M. le député de Bellechasse,
s'il vous plaît! Je sais que mon prédécesseur a
déjà rendu une décision en ce sens et j'aimerais, avant de
briser la jurisprudence qui a été établie, la
vérifier et vous donner une réponse demain. Je sais que mon
prédécesseur a rendu des décisions en ce sens-là
relativement à l'article 177. Je vous donnerai la réponse
demain.
Fin de la période de questions.
M. Goulet: Je vous demande une directive, M. le Président,
concernant ce point de règlement. Est-ce qu'il y aurait lieu, non pas
que je ne me fie pas aux gens, mais de demander au ministre de laisser ce
document en votre possession et vous déciderez si vous devez le
déposer en entier ou non?
Le Président: Je rendrai ma décision demain, s'il
vous plaît. Fin de la période de questions.
La présidence est habituée de travailler depuis quelques
semaines étant donné que les membres de tous les partis lui
soumettent des arguments très pertinents.
Motions non annoncées.
Enregistrement des noms sur les votes en suspens.
Décision du président sur la
constitutionnalité du projet de loi no 89
Avant d'appeler le vote sur le projet de loi 89, comme je l'avais promis
aux différents leaders - j'ai travaillé en fin de semaine
-j'aimerais vous lire une décision cette fois-ci. Vous en serez sans
doute très heureux car elle n'a que trois pages.
La présidence et la constitutionnalité des lois.
Un peu avant l'ajournement de l'Assemblée, vendredi dernier, le
leader parlementaire de l'Opposition officielle a demandé une directive
à la présidence concernant la constitutionnalité d'une
partie du projet de loi no 89, Loi instituant un nouveau Code civil et portant
réforme du droit de la famille.
Soutenant que le mariage et le divorce sont de juridiction
fédérale, le leader parlementaire de l'Opposition officielle m'a
ni plus ni moins que demandé de déclarer ultra vires la partie du
projet de loi no 89 qui y a trait et de me prévaloir de l'article 65 de
notre règlement pour refuser que l'Assemblée nationale
délibère sur cette partie.
Or, je dois avouer que vous m'avez fait un grand honneur, M. le leader
parlementaire de l'Opposition officielle, en soumettant une telle question
à mon jugement. En écoutant vos savantes argumentations jointes
à celles aussi savantes du leader parlementaire du gouvernement et
à celles du chef de l'Opposition officielle, il me fallait constamment
résister à la tentation de me prendre pour un juge de la Cour
supérieure, de la Cour d'appel et, pourquoi pas, de la Cour
suprême.
Les trois intervenants ont discuté longuement sur la
constitutionnalité ou la non-constitutionnalité du projet de loi
no 89. Discussion des plus captivantes, mais qui, pour la présidence,
n'avait qu'une valeur académique. Le seul point qui pouvait m'être
utile dans la discussion, c'était de savoir si c'était la
présidence de l'Assemblée nationale ou les tribunaux qui
pouvaient se prononcer à savoir si une loi ou une partie d'une loi
était ultra vires ou non.
Je crois qu'il faut donc replacer toute cette discussion dans sa
véritable dimension.
Il est vrai, qu'en vertu de l'article 65 de notre règlement, le
président doit, dès qu'une
motion lui paraît irrégulière, le signaler à
l'Assemblée. Cependant, il faut bien comprendre -je pense que c'est
là l'important - que la seule motion dont est actuellement saisie
l'Assemblée et dont le président doit vérifier la
régularité est une motion très simple et très
claire qui s'énonce ainsi: "Le ministre de la Justice propose que le
projet de loi no 89 soit maintenant lu une deuxième fois."
Si le président doit s'assurer que cette motion est
régulière - et elle l'est à sa face même - toute la
doctrine, toute la jurisprudence lui interdisent de porter un jugement sur la
teneur, sur le fond du projet de loi qu'elle véhicule. L'ancien
règlement, qui fait toujours partie de nos usages,
énonçait fort bien, à l'article 67, paragraphe 2, que la
juridiction de l'Orateur ne s'étendait pas "sur des paroles
prononcées hors de la Chambre, ni sur des questions de droit ou autres
questions qu'il appartient à la Chambre de décider" (15 h 10)
Dans une note qu'on retrouve au-dessous de cet article 67 de l'ancien
règlement, on peut lire ce commentaire de l'auteur Reed: II n'appartient
pas à l'Orateur de décider si une proposition est ultra vires ou
non. Citant Bourinot, la cinquième édition du traité de
Beauchesne, en page 38, reprend la même opinion, et je cite: "On ne
saurait consulter l'Orateur sur les conséquences de l'adoption d'une
résolution. L'Orateur ne rend pas de décision sur des questions
d'ordre constitutionnel, pas plus qu'il ne tranche des questions de droit."
Je mentionnerai en outre qu'une note, au-dessous de l'article 550 de
l'ancien règlement, ferme la porte à toute intervention du
président à cette étape-ci de l'étude du projet de
loi no 89. Cette note dit qu'une fois présenté, un bill ne peut
être mis de côté par l'Orateur.
Enfin, c'est l'Assemblée nationale, et non le président,
qui doit porter l'entière responsabilité d'un projet de loi qui
lui est soumis. S'il est inconstitutionnel en tout ou en partie, cela concerne
une autre juridiction dont il faut respecter l'indépendance; il s'agit
du pouvoir judiciaire.
Pour toutes les raisons que je viens d'énoncer, je dois
réaffirmer que la constitu-tionnalité d'un projet de loi ou d'une
partie d'un projet de loi ne ressortit pas à la présidence de
l'Assemblée nationale. En conséquence, je ne puis retenir
l'objection soulevée par le leader parlementaire de l'Opposition
officielle et on peut mettre aux voix la deuxième lecture du projet de
loi no 89.
Une voix: Qu'on appelle les députés.
Le Président: Qu'on appelle les députés.
(Suspension de la séance à 15 h 13)
(Reprise de la séance à 15 h 18)
Mise aux voix de la deuxième lecture du projet
de loi no 89
La Vice-Présidente: À l'ordre, s'il vous
plaît! Veuillez prendre vos sièges, c'est le moment de la mise aux
voix de la motion de M. le ministre de la Justice, proposant que soit
maintenant lu la deuxième fois le projet no 89, Loi instituant un
nouveau Code civil et portant réforme du droit de la famille. Que ceux
et celles qui sont favorables à cette motion veuillent bien se
lever.
Le Secrétaire adjoint: MM. Lévesque (Taillon),
Charron, Mme Payette, MM. Bédard, Morin (Louis-Hébert), Parizeau,
Godin, Vaugeois, Bérubé, Mme Ouellette, MM. Clair, Jolivet,
Gendron, de Belleval, Chevrette, Duhaime, Lessard, Tardif, Garon, O'Neill,
Gagnon, Marcoux, Rancourt, Bertrand, Fallu, Michaud, Proulx, Laberge,
Grégoire, Laplante, Mme LeBlanc-Bantey, MM. Marquis, Ouellette, Perron,
Gosselin, Biron, Boucher, Mercier, Lévesque
(Kamouraska-Témiscouata), Desbiens, Baril, Bordeleau, Gravel,
Beauséjour, Lacoste, Ryan, Levesque (Bonaventure), Samson, Forget,
Mailloux, Blank, Dubois, Picotte, Ciaccia, Lamontagne, Giasson, Rivest, Mme
Chaput-Rolland, MM. O'Gallagher, Marx, Paradis, Fortier, Scowen, Verreault,
Mathieu, Lalande, Bélanger, Fontaine, Goulet, Tremblay. (15 h 20)
La Vice-Présidente: Contre? Abstentions?
Le Secrétaire: Pour: 70
Contre: 0
Abstentions: 0
La Vice-Présidente: La deuxième lecture du projet
de loi 89 est adoptée.
M. le leader parlementaire du gouvernement.
Renvoi à la commission de la justice
M. Charron: Mme la Présidente, je propose que ce projet de
loi soit déféré à la commission parlementaire de la
justice.
La Vice-Présidente: Motion adoptée?
Adopté.
M. Charron: Aux avis à la Chambre, Mme la
Présidente?
M. Marx: Mme la Présidente...
M. Charron: À moins qu'il y ait des questions.
La Vice-Présidente: Avez-vous des questions en vertu de
l'article 34, M. le député?
Recours à l'article 34
M. Marx: En vertu de l'article 34.
Mme la Présidente, vous savez que la commission permanente de la
présidence du conseil et de la constitution va commencer à
siéger demain. On va examiner la résolution
fédérale et tous les effets juridiques possibles de cette
résolution. Il y a quelques semaines, le ministre de la Justice a
parlé d'un rapport juridique où on fait état de tous les
effets légaux de cette résolution sur les lois du Québec.
J'ai demandé, la semaine dernière - je pense que c'était
le lundi 2 décembre - que le ministre dépose ce rapport. Il n'a
pas été déposé la semaine dernière. Il n'a
pas été déposé aujour-
d'hui. Dans le même ordre d'idées, le premier ministre a
dit que la charte fédérale rendra inconstitutionnelle la loi sur
les petites créances, et il a parlé de l'opinion d'experts
qualifiés. J'aimerais savoir si le ministre de la Justice va
déposer son rapport. J'aimerais également savoir si le premier
ministre va déposer l'opinion des experts qualifiés.
La Vice-Présidente: M. le leader parlementaire du
gouvernement.
M. Charron: Mme la Présidente, le député de
D'Arcy McGee était sans doute déchiré par sa double
allégeance, ce qui l'a rendu inattentif aux dépôts de
documents puisqu'une bonne partie de sa question a reçu réponse
cet après-midi quand le ministre de la Justice a déposé,
d'une part, le factum où sont contenues un bon nombre de réponses
aux questions que le député pose. Il en prendra connaissance
lui-même et pourra le savoir ce soir.
Demain, le ministre de la Justice déposera en plus, comme
complément d'information à l'intention du député,
le mémoire présenté par le gouvernement du Québec,
par son "ambassadeur", entre guillemets, devant le Select committee à
Londres où un certain nombre d'arguments sur les conséquences de
cette mesure sont également évoqués. D'autre part,
j'indique que, dès demain -et j'en donne par le fait même avis,
Mme la Présidente - la commission permanente de la présidence du
conseil et de la constitution, en vertu du mandat qu'elle a reçu de la
Chambre la semaine dernière, se réunira à compter de 11 h
30. Dans la journée de demain, Me Yves Pratte, qui est le procureur du
Québec dans cette cause - donc, à l'origine des documents que je
viens de citer - sera présent pour élaborer avec les
députés les assertions, à son point de vue, les
allégations du Québec sur les conséquences du coup de
force fédéral. La discussion sera libre et ouverte entre les
membres de la commission et le procureur du Québec, à compter de
15 heures demain après-midi. La commission commencera son travail
à 11 h 30 demain matin, mais ce sera entre parlementaires. À
compter de 15 heures, demain après-midi, Me Pratte sera présent
pour l'après-midi et pour la soirée au besoin. De même, le
sous-ministre des Affaires intergouvernementales, qui coordonne cette
activité gouvernementale, sera présent pour répondre
à un certain nombre de questions, entre autres, de l'activité du
délégué général du Québec à
Londres qui, malheureusement pour des raisons personnelles, ne peut pas
être avec nous pour la séance de demain; son supérieur sera
présent et répondra aux questions. La commission ne commencera
que mercredi, au moment où ses membres auront terminé leurs
échanges avec les experts que nous aurons demain... Il n'est pas
interdit que dans les autres séances de la commission... J'ai offert
à l'Opposition de nous suggérer les noms d'experts qu'elle
souhaiterait entendre. Mais comme le mandat de la commission a
été fixé par l'Assemblée même pour entendre
des représentations de personnes ou organismes relativement au projet de
résolution du gouvernement fédéral, dès mercredi,
nous devrons recevoir au moins trois ou quatre groupes, si nous le pouvons, qui
ont déjà demandé à être entendus par les
membres de la commission.
M. Marx: Mme la Présidente, le rapport que...
La Vice-Présidente: M. le député, je ne
connais pas le contenu de votre question. Je veux simplement vous faire
remarquer que les questions en vertu de l'article 34 de notre règlement
concernent les travaux de l'Assemblée. Voulez-vous en tenir compte s'il
vous plaît?
M. Marx: La question que j'ai déjà posée
porte sur les travaux de l'Assemblée. J'aimerais poser une autre
question. Le leader du gouvernement a dit que le ministre de la Justice a
déposé le document. Le document qu'il a déposé, je
l'ai en main, c'est le factum du procureur général du
Québec, dans la Cour d'appel du Manitoba. Ce n'est pas le document qu'il
nous a promis de déposer sur les effets juridiques de la
résolution fédérale.
M. Bédard: Lisez-le le factum, il y en a un.
M. Marx: J'ai déjà lu le document qu'il a
déposé. Si vous croyez trouver les effets juridiques de la
résolution sur les lois du Québec dans ce document, je m'excuse,
je ne les ai pas trouvés.
La Vice-Présidente: M. le député de D'Arcy
McGee, vous aurez tout le loisir de discuter de cette question quand il sera le
moment de discuter du projet de loi article par article, en commission
parlementaire. Vous pourrez soulever ces questions. M. le leader
parlementaire...
M. Marx: Mme la Présidente, j'ai posé deux
questions au leader du gouvernement. Premièrement, j'ai parlé du
rapport du ministre de la Justice. Et j'ai également demandé si
le premier ministre déposerait l'opinion des experts qualifiés.
J'aimerais que le leader réponde à cette question.
Si on a les documents trois minutes avant que la commission commence
à siéger, on ne peut pas vraiment faire nos travaux d'une
façon sérieuse. Il faut avoir les documents quelques heures
avant.
La Vice-Présidente: M. le leader parlementaire du
gouvernement.
M. Charron: Entendons-nous. Je veux bien porter les
responsabilités qu'on peut porter. Le député dit que pour
se faire une opinion il a besoin d'avoir les documents préalablement
à la commission constitutionnelle, mais je l'ai moi-même entendu
dire en cette Chambre que son opinion était déjà faite et
qu'à son avis il n'y a aucun danger, aucun des effets que nous avons
mentionnés au cours du débat sur la motion. Je crois qu'il ne
faut pas non plus exagérer.
Ce que j'ai cru comprendre, c'est que le député est parmi
ceux qui, à l'intérieur du caucus libéral, ont
réussi à faire revenir le chef de l'Opposition sur sa parole.
Qu'il ne nous fasse pas croire aujourd'hui qu'il est d'une autre opinion.
M. Ryan: Mme la Présidente, question de
privilège.
M. Marx: II n'a pas répondu à la question.
La Vice-Présidente: En vertu de l'article 34 de notre
règlement, M. le chef de l'Opposition officielle.
M. Ryan: Mme la Présidente, d'abord, question de
privilège, pour commencer, ensuite question sur le sujet qu'on discute.
Le leader du gouvernement induit la Chambre en erreur - je ne sais pas si c'est
délibérément ou non, cela ne m'intéresse pas -
quand il dit que je serais revenu sur ma parole. C'est complètement
faux.
Ce qui est discuté, c'est un propos du ministre de la Justice qui
nous a promis de mettre à la disposition des députés, dans
cette Chambre, il y a déjà deux semaines, une étude sur
les conséquences de la charte fédérale des libertés
sur tout un ensemble de lois québécoises. Le député
de D'Arcy McGee dit que ce serait très utile d'avoir ce document qui est
un document entièrement différent des deux pièces qui ont
été déposées aujourd'hui.
La Vice-Présidente: M. le leader parlementaire du
gouvernement.
M. Charron: Mme la Présidente, au fur et à mesure
où se déroulera ce débat, nous allons déposer les
documents de nature semblable, du même ordre que celui que le ministre de
la Justice a déposé. Mais je pense que tout le monde est au
courant que le débat va durer encore pendant quelques semaines et, au
fur et à mesure que ces documents seront préparés dans
l'intention de tous les Québécois, nous allons les déposer
en cours de route. Il me semble, Dieu merci, que le premier ministre
fédéral ait abandonné son obsession mentale de vouloir
avoir tout cela pour le 9 décembre.
M. Ryan: Cessez de prêter des motifs aux autres. Dites que
vous ne l'avez pas le document, cela finit là.
La Vice-Présidente: À l'ordre, s'il vous
plaît!
M. Charron: Nous allons tous les déposer. Tous ces
documents seront déposés. Ils vont tous confirmer - je peux le
dire d'avance au chef de l'Opposition - la position qu'il a à
l'égard de cette chose à l'extérieur de
l'Assemblée, mais qu'il n'a pas eu le courage de tenir lorsque le vote
s'est pris sur la motion. (15 h 30)
La Vice-Présidente: En vertu de l'article 34, M. le
député de D'Arcy McGee.
M. Marx: Mme la Présidente, quand le ministre a
parlé des effets de la résolution fédérale sur les
lois du Québec, il a parlé de rapports...
La Vice-Présidente: M. le député! Je vous ai
bien fait remarquer tantôt que les questions que vous posez à ce
moment-ci, en vertu de l'article 34 de notre règlement, concernent les
travaux de l'Assemblée.
M. le député de Bellechasse.
M. Goulet: Mme la Présidente, concernant les travaux de
l'Assemblée, en vertu de l'article 34, vendredi dernier, le leader a
déposé le rapport de la sous-commission de la commission de
l'Assemblée nationale qui a étudié notre motion sur la
création d'une commission parlementaire permanente des
sociétés d'État.
Mme la Présidente, on ne veut pas que cela demeure figé
à cette étape du rapport de la sous-commission. Est-ce que le
leader peut nous dire s'il entend convoquer la commission de l'Assemblée
nationale pour que ses membres puissent prendre connaissance du rapport, en
discuter et essayer d'en arriver à un consensus sur les points qui
demeurent en litige? Est-ce qu'il veut le rappeler et quand?
La Vice-Présidente: M. le leader parlementaire.
M. Charron: Quand, je ne sais pas, mais sûrement avant
l'ajournement.
La Vice-Présidente: D'autres avis en vertu de l'article
34, M. le député de Notre-Dame-de-Grâce.
M. Scowen: Je me demande si le leader peut me donner une
réponse à la question que j'ai posée vendredi touchant la
Société générale de financement, concernant
l'investissement de $80,000,000 des fonds publics et on...
M. Charron: Mme la Présidente... La
Vice-Présidente: M. le leader.
M. Charron: ...c'est avec plaisir que je vais répondre au
député de Notre-Dame-de-Grâce que la commission de
l'industrie et du commerce devant entendre les représentants de la
Société générale de financement
préalablement à la discussion en deuxième lecture du
projet de loi au feuilleton - préalablement, je crois que c'est ce que
vous aviez demandé; avant de vous prononcer sur le principe, je peux
vous donner raison - se réunira jeudi de cette semaine. Le projet de loi
sera appelé en Chambre en deuxième lecture le 15 lundi
décembre.
La Vice-Présidente: D'autres avis à la Chambre, M.
le leader parlementaire du gouvernement?
M. Charron: Une autre question.
La Vice-Présidente: Une autre question.
M. Fontaine: On étudie cet après-midi le projet de
loi no 9 et il y a, avec ce projet de loi, semble-t-il, une série de
règlements qui auraient dû être déposés devant
l'Assemblée nationale avant que nous procédions à
l'étude de ce projet de loi en deuxième lecture. Est-ce que le
leader du gouvernement pourrait nous dire s'il a l'intention de les
déposer dès le début de l'étude ou de quelle
façon cela va se faire?
La Vice-Présidente: M. le leader parlementaire.
Travaux de la Chambre
M. Charron: Non, Mme la Présidente, le ministre de
l'Énergie et des Ressources, au cours du débat en deuxième
lecture, fournira, dans toute la mesure du possible, les informations à
l'Assemblée. Tout ce que j'espère, c'est que les aperçus
sur la réglementation qu'il donnera aux députés au cours
du débat n'auront pas l'effet d'altérer le vote que les
députés avaient l'intention de donner sur ce projet de loi.
Incidemment, ce projet de loi que j'avais annoncé comme étant le
premier à être appelé - il s'agit bien du projet de loi no
9 - cet après-midi, ne le sera pas, à la suite de la commission
parlementaire qui a eu lieu ce matin où, semble-t-il, des
députés des deux côtés de la Chambre ont
demandé d'en passer un ou deux autres auparavant, avant de se rendre
à celui-là. Je me rends très volontiers à cette
demande. J'indique tout de suite, pendant que l'Assemblée est attentive
d'ailleurs, que cet après-midi et ce soir, nous étudierons dans
l'ordre les projets de loi suivants au nom du ministre de l'Energie et des
Ressources, les projets de loi no 1, no 2, no 9 et no 6.
J'indique tout de suite la possibilité que la Chambre ait
à siéger ce soir jusqu'à la limite de son temps
réglementaire, c'est-à-dire minuit à cause du menu
d'aujourd'hui. J'indique tout de suite, toutefois, pour que personne ne prenne
panique et peur, que, lors de la réunion des leaders la semaine
dernière, nous avons, ensemble et sans difficulté, convenu d'un
calendrier d'étude des projets de loi qui fait que, si ce soir nous
allons jusqu'à la limite - nous avons commencé plus tard
qu'à l'accoutumée aussi - il n'est pas entendu et aucun
député ne doit comprendre que nous allons, jusqu'au 19
décembre, siéger régulièrement de 10 heures le
matin à minuit le soir. Ma façon d'organiser les travaux depuis
que c'est ma responsabilité - mes collègues le savent - est de
créer un menu quotidien. Dès que celui-ci est achevé,
j'ajourne la Chambre. À certaines occasions, cela peut être plus
long, à d'autres, beaucoup moins long. D'ailleurs, je peux indiquer,
sans me tromper - je prends le député de Bonaventure à
témoin - que pour les travaux que j'ai indiqués pour la semaine
et pour la semaine suivante, il en conviendra avec moi, à plusieurs
occasions - enfin, je le souhaite - il est fort possible que l'Assemblée
ajourne ses travaux à 18 heures et qu'elle n'ait même pas à
siéger en soirée à cause des intentions annoncées
sur différents projets de loi qui ne sont pas contentieux et qui
devraient recevoir rapidement l'assentiment de l'Assemblée.
Donc, si, ce soir, nous allons un petit peu plus tard à cause de
cela, cela ne veut pas dire que nous épouserons un rythme infernal
jusqu'à la fin, bien au contraire.
La Vice-Présidente: D'autres avis à la Chambre?
M. Levesque (Bonaventure): Mme la Présidente.
La Vice-Présidente: M. le leader parlementaire de
l'Opposition.
M. Levesque (Bonaventure): En vertu des dispositions de l'article
34 de notre règlement, si je comprends bien - c'est simplement pour
avoir une confirmation à la suite des propos du leader parlementaire du
gouvernement - le gouvernement aura besoin de crédits additionnels, de
crédits supplémentaires et il a l'intention d'en faire la demande
à l'Assemblée au cours de la présente semaine. Est-ce
qu'on peut s'attendre que dès mercredi matin, il y aura
dépôt de cette demande de crédits supplémentaires et
que nous n'aborderons l'étude de ces crédits que le lendemain,
jeudi? Est-ce que c'est cela?
M. Charron: C'est exact, Mme la Présidente. M. Levesque
(Bonaventure): Très bien.
M. Charron: C'est le programme que j'ai indiqué à
mes collègues et j'entends le respecter.
Une voix: D'accord.
La Vice-Présidente: Affaires du jour.
M. Charron: Mme la Présidente, je vous prierais d'appeler
l'article 2 du feuilleton, s'il vous plaît!
Projet de loi no 1 Deuxième lecture
La Vice-Présidente: M. le ministre de l'Énergie et
des Ressources propose la deuxième lecture du projet de loi no 1, Loi
modifiant la
Loi sur la Société québécoise d'exploration
minière.
M. le ministre de l'Énergie et des Ressources.
M. Yves Bérubé
M. Bérubé: Mme la Présidente, l'honorable
lieutenant-gouverneur a pris connaissance de ce projet de loi et il en
recommande l'étude à la Chambre. Il est même
entièrement d'accord avec le contenu.
Nous allons débattre, en deuxième lecture, un projet de
loi qui modifie la Loi sur la Société québécoise
d'exploration minière, une de nos sociétés d'État.
Il est indéniable que les événements que nous avons connus
au cours des derniers mois ont rappelé à tous les
Québécois à quel point cette société avait
connu une performance particulièrement remarquable et, sur le plan
financier, est en passe de devenir un des succès des réalisations
gouvernementales dans le domaine du développement économique.
Comme nous entrons dans les années quatre-vingt, il est normal
aussi qu'on se penche sur une loi qui date de 1965 pour la refondre, la
moderniser, la mettre au goût du jour et, plus particulièrement,
peut-être modifier un peu l'approche traditionnelle de la
société SOQUEM pour lui permettre d'affronter le défi des
années quatre-vingt jusqu'à l'an 2000.
Ce n'est pas la seule société qui travaille dans le
domaine des richesses naturelles, Mme la Présidente; elle fait partie
d'une brochette de sociétés. On pense à REXFOR dans le
domaine forestier, à Hydro-Québec dans le domaine de
l'énergie électrique, à la SDBJ également dans le
domaine minier essentiellement, à SOQUIP, la Société
québécoise d'initiatives pétrolières que
nous étudierons également au cours de l'après-midi,
qui traite essentiellement du secteur énergétique, à la
Société québécoise d'exploration minière,
SOQUEM, dont nous allons maintenant débattre un projet de loi, et
à la Société nationale de l'amiante qui traite, elle, du
secteur plus spécifique de l'amiante. Toutes ces sociétés
se préoccupent de nos richesses naturelles et du développement de
ces richesses naturelles. fl5 h 40)
On pourrait se demander pourquoi les gouvernements qui nous ont
précédés ont créé des sociétés
d'État. Là-dessus, je pense que je devrai rendre un vibrant
hommage à un visionnaire, un homme qui, en 1965, a senti le besoin de
faire en sorte que les Québécois s'impliquent dans le
développement économique, qu'ils cessent de charrier ces fichus
petits clichés voulant que le gouvernement ne peut rien faire dans le
domaine du développement économique; il faut laisser faire cela
par les multinationales étrangères, et cet homme, à un
moment donné, s'est dit: II me semble que nous, les
Québécois, devrions être capables de reprendre le
développement de nos richesses naturelles; de commencer à jouer
avec elles et de commencer à les développer, de former des
Québécois compétents dans le domaine, au lieu de faire en
sorte que ce soit perpétuellement des étrangers qui nous arrivent
des États-Unis, d'Europe ou du reste du Canada anglais, qu'on ait
finalement des gens de chez nous, qui soient des moteurs de
développement dans le secteur minéral.
Cet homme - je suis extrêmement heureux de servir au sein de son
gouvernement - c'est l'actuel premier ministre du Québec. C'est un des
rares politiques du Parti libéral à avoir regardé l'avenir
et à avoir eu un peu d'ambition pour les Québécois. Je
vous ferai remarquer, M. le Président, qu'il a changé de parti
quand il s'est rendu compte que ce parti avait justement décidé
de saboter cet idéal auquel il avait appelé les
Québécois.
Pourquoi un gouvernement, comme le gouvernement libéral des
années soixante, a-t-il voulu créer un certain nombre de
sociétés d'État? C'est relativement facile à
comprendre, particulièrement dans le secteur des richesses
naturelles.
Vous savez, quand une compagnie étrangère vient chez nous,
ce n'est jamais pour nos beaux yeux. C'est essentiellement parce que nous
détenons une richesse dont elle a besoin pour s'enrichir. Tant mieux si,
dans le processus, on a la création d'un peu d'emplois, on a quelques
retombées économiques chez nous; mais essentiellement, si ces
compagnies sont chez nous c'est pour faire de l'argent. Je ne dirai pas sur
notre dos, mais au moins avec nos richesses. Elles apportent des capitaux,
elles apportent souvent une certaine expertise technique et s'en retournent
avec les profits.
Or, une des constatations qu'on pouvait faire dans les années
soixante-cinq et qu'on peut malheureusement encore faire aujourd'hui dans le
domaine minéral particulièrement, c'est que lorsque ces
compagnies étrangères ont écrémé ce qu'il y
a de plus riche chez nous, elles regardent ailleurs pour voir s'il n'y aurait
pas, sur un autre gâteau, un peu de crémage. Alors, on va aller au
Pérou, au Chili, en Indonésie, on va écrémer
ailleurs. Ce que cela veut dire, c'est que nous aidons ces entreprises à
se bâtir chez nous, à s'enrichir chez nous et, quand elles ont
fini d'écrémer et qu'on aurait besoin de leur expertise pour
continuer le développement, cette expertise est partie, elle est
retournée dans d'autres pays et c'est nous qui payons.
Posons-nous aussi cette question. Pourquoi y a-t-il relativement peu de
Québécois qui ont voulu s'intéresser au domaine minier? Ce
n'est pas tellement difficile. Lorsqu'un finissant sort de l'École
polytechnique ou de l'Université Laval, après avoir fait des
études en génie minier, on lui offre un poste d'ingénieur
dans une entreprise; s'il est bon, on va le promouvoir gérant adjoint de
l'usine; s'il est bon, on va le promouvoir gérant de l'usine,
gérant adjoint de la mine, puis gérant de la mine; mais
après? Il est condamné à se promener d'une mine à
l'autre au Québec. Pouquoi? Parce qu'au Québec, nous n'avons pas
de service de vente, nous n'avons pas de service de finance, de service de
recherche - à l'exception de Noranda, par exemple - de service
également d'ingénierie. Par conséquent, tout
progrès ultérieur dans sa carrière, il doit le trouver en
déménageant, en quittant, en allant s'installer à Toronto,
en allant s'installer ailleurs au États-Unis, ailleurs dans le monde,
à la maison mère. Cela explique pourquoi un bon nombre de nos
Québécois n'ont jamais senti d'attrait particulier pour le
secteur minéral; pour la simple raison que nous n'avions pas chez nous
les centres de décision. Il y a combien de Québécois qui
ne comprennent pas à quel point c'est important que nous, au
Québec, ayons des centres de décision à nous, pour faire
en sorte que nos jeunes puissent partir du bas de l'échelle et monter
jusqu'en haut avec l'espoir d'aller jusqu'en haut? C'est la présence de
centres de décision comme ceux-là, au Québec, qui font
qu'à ce moment on s'intègre à notre économie, que
les entreprises qui sont chez nous vont chercher à réinvestir
chez nous et vous avez là un effet d'entraînement, vous avez la
boule de neige qui se développe.
Ce qu'on constate dans le secteur minéral, c'est que c'est
passablement difficile de se lancer là-dedans. D'abord, il faut faire de
l'exploration. C'est-à-dire que sans avoir la moindre idée de ce
qu'il y a dans la terre, il faut essayer de mesurer ses
propriétés chimiques en surface, ses propriétés
électriques en utilisant soit des avions, soit des
hélicoptères, et ses propriétés magnétiques,
électromagnétiques, gravimétriques. Il faut mesurer toute
une série de propriétés avec l'espoir que, s'il y a un
gisement quelque part, ces propriétés-là vont changer
à cet endroit-là et ça va nous permettre de voir qu'il y a
une différence qu'on appelle une anomalie. Cela vaudra la peine d'aller
peut-être gratter, nettoyer la surface, essayer d'exposer l'affleurement
minéral ou encore aller forer un trou pour essayer de voir de quoi la
roche est composée.
Donc, il faut dépenser beaucoup d'argent avant de trouver un
gisement. Et le risque est grand que le trou qu'on va forer, c'était une
anomalie qui venait de ce qu'il y avait une source d'eau ou encore un peu de
graphite, ou encore quantité de phénomènes physiques,
géologiques, qui vont vous donner un changement de
propriété, sans que vous ayez de mine. Il faut peut-être
1000 anomalies pour trouver une mine. Cela veut dire que les 999 fois où
vous avez foré des trous, vous n'avez rien trouvé. C'est la
millième fois que ça devient payant et là, il faut
que ça devienne payant pour tout ce que vous avez gaspillé
partout ailleurs.
Donc, le risque est grand et ça coûte cher. Et même
lorsque vous avez trouvé, il faut des mises de fonds importantes. Quand
votre mine est partie, là, vous avez le problème de la
fluctuation des cours des métaux qui fait que votre mine est rentable
une semaine; six mois plus tard, ah! les prix se sont effondrés, c'est
moins rentable. Il faut donc avoir les reins assez solides pour passer à
travers de mauvaises périodes et attendre les jours meilleurs. Mais on
sait à quel point c'est important, le développement de nos
ressources parce que le problème auquel le monde est confronté
maintenant, et le sera de plus en plus, c'est essentiellement une
pénurie de ressources. On continue encore un certain
écrémage au Pérou, au Chili, au Nicaragua ou ailleurs, en
Indonésie, mais une fois cet écrémage terminé chez
eux aussi, à ce moment-là, nous serons contents d'avoir
développé chez nous des ressources alternatives.
Dans cette espèce de portrait que je viens de décrire, on
constate qu'il n'y a pas beaucoup de Québécois qui ont les reins
financiers assez forts pour s'impliquer et il n'y a pas vraiment d'entreprises
québécoises bien à nous, à l'intérieur
desquelles des Québécois pourraient évoluer,
acquérir une formation, prendre de l'expérience, dépasser
le stade de gérant de mine, sans avoir nécessairement à
s'expatrier, à sortir du Québec.
Le Québec est riche, nous ne manquons pas de capitaux. Quand on
dit qu'au Québec il y a près de $100,000,000,000 en capital,
c'est une masse considérable et près de la moitié, sinon
un peu plus, de ce capital-là est sous le contrôle d'institutions
financières bien de chez nous. Donc, dans le domaine du capital, on peut
dire que depuis les années soixante, avec le développement des
caisses populaires, des caisses d'entraide économique, la grande Banque
Nationale, on a commencé à développer un certain nombre
d'instruments bien à nous.
Donc, sur le plan financement, je pense que les Québécois
commencent à détenir des instruments. Y-a-t-il le savoir-faire?
Là-dessus, il faut répondre oui aussi. Depuis 20 ans, nos
universités, nos CEGEP ont formé des administrateurs, des
spécialistes, des ingénieurs, des techniciens qui sont capables
de relever le défi du développement minier aujourd'hui. Et notre
main-d'oeuvre spécialisée est connue comme étant une des
plus productives au monde, à la fois pour sa qualité, son
habileté, la précision de son travail et sa volonté de
travailler.
Donc, nous avons au Québec un certain nombre d'atouts, un
potentiel géologique, un potentiel humain, une source de capital, mais
l'étincelle qui nous aurait permis de développer des entreprises
n'y était pas. Évidemment, il faut quand même se le dire
entre nous, qu'au moment de 1867, lorsqu'on a fait le partage des pouvoirs, ce
qui était important pour nos ancêtres, c'était de s'occuper
de leurs terres, se préoccuper du bois autour de chez eux, se
préoccuper de leurs écoles, se préoccuper de leur
Parlement qui passait des lois qui les affectaient dans la vie quotidienne, le
droit civil, par exemple. (15 h 50)
En ce qui a trait au développement économique, le
développement industriel, on a trouvé peut-être plus normal
de le confier essentiellement à Ottawa.
Donc, les instruments principaux, que ce soient les politiques
bancaires, monétaires, et les politiques fiscales, puisque les trois
quarts de l'impôt corporatif sont versés à Ottawa, les
politiques également commerciales sont restées entre les mains du
gouvernement fédéral. C'est d'ailleurs une des sources de
conflits encore aujourd'hui. Lorsque les provinces font l'unanimité et
demandent de pouvoir légiférer dans le domaine du commerce des
richesses naturelles, c'est qu'elles se rendent bien compte que, dès que
vous avez une politique de développement et que votre marché au
Québec n'est pas assez grand et que vous produisez plus de cuivre, il
faut le vendre à l'extérieur.
Toute politique de développement a donc toujours des
retombées sur le commerce extérieur de nos richesses naturelles.
On ne peut pas développer nos richesses naturelles sans
interférer avec le commerce extérieur, inévitablement.
Comme nous n'avons pas juridiction sur le commerce extérieur, cela veut
dire qu'il y a énormément de politiques que les provinces
aimeraient mettre en place pour développer leurs ressources et qu'elles
ne peuvent mettre en place par suite de ce partage des juridictions. Cela a
été l'objet d'un des débats importants cet
été, puisque les provinces, unanimement, avaient demandé
un amendement constitutionnel qui nous aurait justement permis de
répondre à cette attente de toutes les provinces. Je pense que je
ne vous révélerais absolument rien, si je vous disais que M.
Trudeau a dit: "Niet", à la Staline. "Niet", "no deal", non, merci.
Il s'est d'abord dit: Quand les provinces sont unanimes, elles
constituent une menace contre Ottawa. Par conséquent, je dois tenir
tête. Mais, quand les provinces sont divisées, à ce
moment-là, il faut qu'il y ait un meneur pour établir
l'unité. Il faut donc encore une fois que je mène. Par
conséquent, je mène toujours. C'est la définition. Cela a
été l'échec de tout ce débat.
D'ailleurs, je ramènerai tout le débat de l'amiante, parce
que cela permettra en même temps de voir l'importance de nos
sociétés d'État dans le secteur des richesses naturelles.
Les mesures qu'on aurait pu mettre de l'avant quand le député de
Mont-Royal nous proposait une régie de mise en marché,
candidement, avec grande bonhommie, comme s'il venait de découvrir
effectivement l'instrument peut-être intéressant pour
régler le problème de l'amiante, on a été
obligé de lui dire: On n'a pas le droit, c'est inconstitutionnel,
interférence avec le commerce international. Ah! je ne savais pas. Bien
oui, il fallait l'apprendre.
Lorsqu'on nous a suggéré une taxation indirecte...
M. Ciaccia: Question de privilège.
La Vice-Présidente: Question de privilège, M. le
député de Mont-Royal.
M. Ciaccia: Ce que le ministre vient de dire est absolument faux.
Je voulais le corriger avant qu'il continue dans sa démagogie et dans
ses insultes.
La Vice-Présidente: M. le ministre de
l'Énergie et des Ressources.
M. Bérubé: Lorsqu'on a voulu aborder la taxation
indirecte, nous avons un de nos collègues, le député de
Lotbinière, par exemple, qui nous avait proposé la taxation
indirecte. Me Charles Perreault, qui était président du Conseil
du patronat, oui, cet organisme tout à fait péquiste,
complètement monopolisé par les péquistes, nous proposait,
au contraire, la taxation de la fibre brute. Ah oui! si on taxe l'exportation
de la fibre qui n'est pas transformée au Québec, les industriels
vont se gratter la tête et dire: Peut-être qu'on est aussi bien de
la transformer au Québec, comme cela, on ne sera pas obligé de
payer la taxe. Très habile comme mesure, indéniablement! On a
tous compris que, pour le faire, il fallait avoir juridiction sur le commerce,
mais on ne l'avait pas. Quand on regarde cela, on s'aperçoit
effectivement que la plupart des mesures que l'on pourrait envisager de prendre
pour contrôler le développement de nos richesses naturelles,
hélas! ce n'est pas de notre juridiction, c'est de juridiction
fédérale. Pourtant c'est important de contrôler le
développement de nos richesses naturelles, c'est l'essor de plusieurs
régions du Québec.
Quand on regarde le Nord-Ouest, le Nord-Ouest vit à cause de deux
richesses naturelles: la forêt et les mines. Je ne voudrais pas
être insultant pour mes collègues, on dira sans doute qu'il y a un
peu d'agriculture aussi, mais, enfin, essentiellement, je pense que mon
collègue d'Abitibi-Ouest me dira qu'il y a également de
l'agriculture, je m'excuse, distingué collègue, mais il reste
quand même que les mines et la forêt constituent certainement les
deux richesses naturelles par excellence qui ont permis le développement
du Nord-Ouest. Comment aurait-on développé la Côte-Nord
sans essentiellement le minerai de fer? On n'aurait pas eu de Côte-Nord.
Les Îles-de-la-Madeleine avec le sel, une bonne partie de la
Gaspésie, oui, la terre de Caïn, c'est ce que mon collègue
dit, je pense, c'est le député de Rimouski qui devait dire cela
ou...
Une voix: Non, du Saguenay-Lac-Saint-Jean.
M. Bérubé: Les Îles-de-la-Madeleine!
Là, évidemment, peut-être que les Iles-de-la-Madeleine se
sont développées essentiellement grâce aux pêches,
mais, maintenant, on connaît le développement du sel et c'est
à nouveau l'industrie minière qui va contribuer à l'essor
des Îles-de-la-Madeleine, la Gaspésie avec
Murdochville, l'Estrie, avec l'amiante. Beaucoup de nos régions
au Québec ont réussi à se développer grâce
à nos mines. C'est une fraction importante de notre niveau de vie qui en
dépend. Lorsqu'on examine cette industrie, ce sont $2,200,000,000 de
notre produit national brut qui viennent de l'extraction de nos minerais; cette
production que l'on vend à l'étranger, c'est exactement ce qu'il
nous faut pour nos importations alimentaires, nos importations d'automobiles,
de camions, de pièces et accessoires, c'est-à-dire que, si nous
n'avions pas nos mines, nous n'aurions pas l'argent nécessaire pour
acheter ces automobiles et importer les produits alimentaires qui nous
manquent. Je pense que cette simple constatation devrait nous amener tous,
à l'exception, évidemment, du Parti libéral qui, lui... Je
ne suis pas certain qu'il ait vraiment compris l'importance de cela, mais dans
l'ensemble les Québécois comprennent que le développement
de nos richesses naturelles a un impact économique fabuleux sur notre
niveau de vie. Sans l'industrie minière, pas de boeuf de l'Ouest, pas de
fruits, pas de légumes en hiver et c'est fini, l'automobile. C'est donc
pour cette raison qu'on doit essayer dans la mesure du possible de prendre le
contrôle du développement de nos richesses naturelles pour
être au moins sûrs que l'avenir sera entre nos mains et non entre
les mains des étrangers.
C'est là qu'on en arrive au rôle de nos
sociétés d'État. D'abord, il faut relever ce défi
du développement économique. Il faut développer un
savoir-faire québécois et il faut en même temps utiliser
nos sociétés lorsqu'elles sont mûres comme un instrument
d'appui pour nos entreprises québécoises qui veulent
démarrer, qui n'ont peut-être pas encore les reins assez solides
et qui ont une démarche encore hésitante parce qu'elles manquent
encore d'expérience. Dans le domaine des richesses naturelles, dans le
domaine des mines, c'est SOQUEM dont nous discutons aujourd'hui ou encore la
SDBJ qui travaille essentiellement dans le territoire de la Baie James et qui
s'occupe essentiellement d'uranium et la Société nationale de
l'amiante dont on a pu présenter à l'Assemblée nationale
tout récemment une performance absolument remarquable
puisqu'après une année d'activités, cette
société est déjà très rentable et fort
intéressante.
L'acteur principal, donc, dans le domaine minéral, c'est SOQUEM.
On peut penser à SOQUEM avec énormément de fierté.
M. Lévesque, à l'époque ministre des Richesses naturelles,
avait vu loin. Il avait vu grand. Il nous a dotés d'un des instruments
les plus extraordinaires pour assurer notre développement. On va
regarder un peu ensemble la conséquence de sa vision de l'avenir. SOQUEM
est un succès non seulement à cause de ses états
financiers qui sont brillants - on le verra - non seulement à cause du
nombre d'intervenants, d'acteurs, de Québécois qui ont appris
leur métier à l'intérieur de SOQUEM, mais aussi par le
nombre de projets, de découvertes au Québec et également
par le nombre d'entreprises mixtes conjointes qu'elle a réalisées
avec d'autres entreprises du secteur privé. SOQUEM a quinze ans. C'est
une société mûrie. C'est une société
prospère. Ses preuves sont faites. Aujourd'hui, c'est forcé que,
l'économie ayant évolué, ce n'est plus la petite
entreprise que l'on a connue dans le passé. C'est devenu la grande
entreprise avec des actifs qui vont croître très rapidement. Ils
pourraient atteindre très facilement d'ici dix à quinze ans
$500,000,000 avec l'ensemble des propriétés potentiellement en
développement. En d'autres termes, SOQUEM est devenue une
société adulte, mûrie et rentable. Il faut certainement la
doter d'un certain nombre d'instruments de gestion qui sont peut-être
plus serrés, mieux adaptés à la taille de l'entreprise.
SOQUEM pouvait être gérée en famille antérieurement.
Aujourd'hui, c'est plus difficile. Il faut avoir une meilleure
représentation régionale au conseil d'administration. Il faut
ouvrir les horizons de SOQUEM.
Elle a deux missions. D'abord, de servir de structure d'accueil pour les
investisseurs québécois ou étrangers qui offrent de
s'associer à SOQUEM
de manière à profiter à la fois de son expertise et
de sa connaissance du territoire. La deuxième mission, c'est celle de
susciter, de pousser des entreprises québécoises à
naître dans le domaine minéral. Donc, dans le passé, SOQUEM
pouvait agir seule au niveau de l'exploration ou avec d'autres dans des projets
de recherche sur le minerai. Mais, lorsqu'on arrivait au stade de de
l'exploitation, la loi initiale les forçait non plus à
développer eux-mêmes le projet, mais à tenter de trouver un
partenaire. (16 heures)
C'est à peu près une situation comparable -je pourrais le
décrire de cette façon - il faut peut-être essayer
cinquante forages différents avant de trouver une mine. Le risque est au
niveau de l'exploration. Mais si, au moment où on découvre une
mine, on force SOQUEM à vendre sa découverte, tout le profit qui
aurait justifié son investissement en exploration, dans l'ensemble du
Québec, passe entre les mains d'un partenaire qui, lui,
évidemment, va profiter des retombées.
Ce que nous disons, c'est que, si des entreprises veulent s'associer
avec SOQUEM, il faut s'associer avec SOQUEM au moment où le risque est
grand, de telle sorte que, lorsqu'il y aura une découverte, on partagera
les profits. Mais on aura partagé le risque. On partage les profits
parce qu'on a partagé le risque. Il ne faut pas demander à SOQUEM
de prendre tous les risques et, une fois qu'elle a pris tous les risques et
qu'elle découvre quelque chose, dire: Maintenant, elle va partager les
profits.
C'était une anomalie dans la loi et le Vérificateur
général du Québec a demandé soit que l'on amende la
loi, soit que SOQUEM soit amenée à vendre toutes les
propriétés où elle exploitait des gisements seule.
La critique a surtout porté vis-à-vis d'un gisement qui
était Louvem à l'époque, dans les années 1972,
1973, 1974, où, effectivement, SOQUEM l'a exploité seule. Et la
critique risquait de se poser à nouveau en développant le sel des
Îles-de-la-Madeleine où à nouveau SOQUEM aurait
été seule au moment de l'exploitation du gisement.
Présentement, il n'y a pas eu d'illégalité, puisque la
société n'a toujours pas commencé l'exploitation. Elle
fait le développement du gisement.
Mais il est important qu'effectivement, nous puissions rouvrir la loi et
modifier cela. Sinon, pour respecter la loi, nous obligerions SOQUEM à
vendre une partie de son gisement. Comme l'acheteur sait que SOQUEM est
obligée de vendre, il n'est pas obligé de soumissionner
très haut. Et c'est le danger d'avoir un article comme celui-là
dans la loi.
Examinons maintenant comment SOQUEM s'est acquittée de cette
double mission. De trois façons: Combien SOQUEM a-t-elle suscité
d'entreprises? Combien de découvertes a-t-elle faites? Et combien de
Québécois a-t-elle réussi à mettre sur la
carte?
En 15 ans, 52 sociétés privées ont
participé, avec SOQUEM, à 111 programmes d'exploration, pour plus
de $10,000,000 d'investissements. C'est déjà symptomatique des
rôles très grands que SOQUEM a joués au niveau de ces
sociétés mixtes, de ces entreprises conjointes
gouvernement-entreprise privée. On peut parler de sociétés
qui ont développé des gisements ou qui se sont associées
à SOQUEM. J'en mentionnerai deux en particulier, des
québécoises. Vous avez le groupe de M. Brossard, le groupe
Brobenco, associé à SOQUEM. SOQUEM ayant découvert sur les
gisements de M. Brossard le gisement de cuivre puis de zinc de Louvem, on a pu
ainsi mettre sur pied une des sociétés québécoises,
Brominco, qui fait le plus d'exploration chez nous, jusqu'à $500,000 par
année, une des rares.
On pourrait parler aussi de la société Aiguebelle, toute
récente, où la société SOQUEM s'est associée
aux frères Vézina qui disposaient de propriétés
intéressantes, d'une connaissance de la géologie absolument
unique, mais qui n'avaient pas les reins financiers suffisamment solides pour
mettre leurs propriétés en valeur. L'association des deux permet
justement d'atteindre cet objectif. Donc, une action de SOQUEM au niveau d'un
encouragement à lancer des entreprises québécoises
conjointement avec la société.
On peut parler aussi d'une performance impressionnante au niveau de la
découverte de gisements. Quand j'entends nos tenants de l'entreprise
privée qui nous rebattent les oreilles en disant: Le gouvernement, ce
n'est pas efficace, c'est non rentable, c'est déficitaire, c'est un
désastre, je me dis toujours qu'ils ne connaissent rien.
Il faut, en moyenne, pour découvrir une mine, entre 10 et 14 ans
de recherches géologiques. Et il faut au Québec entre $20,000,000
et $35,000,000 en dépenses d'exploration. En d'autres termes, si je
prends toutes les dépenses d'exploration au Québec et si je
divise par le nombre de mines découvertes, cela me coûte, en
général, entre $30,000,000 et $35,000,000 pour trouver une mine,
c'est-à-dire tous ceux qui font de la recherche au Québec,
privée comme gouvernementale. En 15 ans, SOQUEM a investi $32,000,000
d'exploration, dont $20,000,000 seulement au cours des quatre dernières
années, parce que le développement de SOQUEM, c'est
essentiellement les quatre dernières années.
Qu'est-ce qu'on a trouvé? Louvem, une mine, Niobec,
deuxième mine, Doyon, troisième mine. On a identifié
également cinq autres sites prometteurs: Seleine, dans le secteur du
sel, Montauban, à proximité, dans le comté de Portneuf,
à Rouyn, Merger et Crevier. Tous les projets, soit dans le tantale, le
niobium, l'or, le cuivre, le zinc, pourront voir le jour incessamment, sans
compter les trois dont je viens de vous parler. Neuf découvertes pour un
budget de $32,000,000. La moyenne, c'est $4,000,000. SOQUEM trouve une mine
avec $4,000,000. L'entreprise privée au Québec trouve une mine
avec $32,000,000. C'est la comparaison statistique.
Quand on entend des gens qui se promènent en disant: Les
sociétés d'État, cela ne vaut rien, s'il vous plaît,
si on examinait les chiffres, si on examinait la réalité.
$4,000,000 pour trouver une mine, quand on est à SOQUEM et $30,000,000
à $35,000,000 pour trouver une mine, le problème est
là.
M. Giasson: ...avec un beau sourire. Souriez un peu plus.
M. Lamontagne: De vous répétez comme ça,
vous avez l'air d'un professeur d'université; c'est effrayant!
La Vice-Présidente: À l'ordre, s'il
vous plaît!
M. Bérubé: Mme la Présidente.
La Vice-Présidente: M. le ministre de l'Énergie et
des Ressources.
M. Bérubé: J'ai parlé des
Québécois qui passent leur temps à dénigrer nos
sociétés d'État. J'ai voulu être gentil et ne pas
parler des libéraux. Je m'en excuse, mais ils se sont sentis tellement
visés que vous voyez, ils cherchent à m'interrompre.
Mais on va aller plus loin, Mme la Présidente. On peut essayer de
comparer la valeur minérale de tous les gisements découverts et
mis en exploitation entre 1966 et 1979, par rapport aux dépenses
investies en exploration dans chacun de ces secteurs. Dans le secteur
privé, chaque dollar d'exploration s'est traduit par une valeur de
production de $8.20. Donc, chaque dollar d'exploration nous a donné $8
de production annuelle minière.
Maintenant, on va regarder le désastre de notre
société d'État. Chaque dollar d'exploration dans notre
société d'État nous donne $34 de production par
année. C'est quatre fois mieux que l'entreprise privée.
M. Giasson: ...pour les mêmes périodes.
M. Bérubé: C'est pas mal, c'est la moyenne.
M. Giasson: Pour les mêmes périodes, quatre ans,
1976-1980.
M. Scowen: C'est quoi, les derniers chiffres?
M. Bérubé: C'est: $1 d'exploration permet de
générer $34,000,000 de valeur de production, par opposition aux
moyennes dans le secteur privé. On dira: C'est une chance. Il y a
certainement un élément de chance; c'est indéniable. Il y
a un élément de chance; c'est un petit peu comme
Loto-Québec. C'est-à-dire que vous ne pouvez pas être
sûrs de gagner le million. Mais il y a plus que de la chance. Il faut
aider la chance. En exploration minière, il faut savoir
interpréter l'information que nous avons, savoir identifier des
anomalies, il faut être un petit peu détective. Cela prend un
Hercule Poirot un peu particulier avec le nez particulièrement fin. Il
semble bien que notre société d'État soit devenue, en
très peu d'années, une des sociétés les plus
efficaces pour découvrir des mines.
Pour vous montrer la performance économique de cette
société, au 31 mars 1980, elle avait un déficit
accumulé de $3,200,000. En d'autres termes, le gouvernement lui avait
demandé, en 1965, de chercher des mines. Forcément, quand vous
cherchez des mines, que vous dépensez à chercher des mines et que
vous n'en avez pas encore trouvé, vous avez beaucoup de dépenses,
pas beaucoup de revenus. Alors, cela s'accumule sous forme de déficits
accumulés. C'est-à-dire que tout l'argent de l'exploration qu'on
a confié à SOQUEM, cela formait des dépenses et on n'avait
pas encore trouvé de mines. Quand vous n'avez pas de revenus et que vous
avez des dépenses, cela fait des déficits. Au 31 mars 1980, le
déficit accumulé de SOQUEM est de $3,200,000,000. Ce n'est pas un
gros déficit. Six mois plus tard... (16 h 10)
Des voix: Millions.
M. Bérubé: ...au mois de septembre...
Des voix: Millions.
M. Bérubé: $3,200,000. Je remercie l'Opposition
libérale de me souligner qu'effectivement, le déficit
était modeste. C'était un déficit de $3,000,000.
M. Giasson: Les milliards, c'est au ministre de
l'Agriculture.
M. Bérubé: Six mois plus tard, en septembre, les
bénéfices de SOQUEM sont maintenant de $13,000,000. On est
passé d'un déficit de $3,000,000 et, en six mois, on est avec un
profit accumulé de $13,000,000. Les prévisions au 31 mars 1981
nous permettent de tabler sur des profits qui vont dépasser $21,000,000.
C'est une performance économique. Je voudrais que toutes nos
sociétés privées étrangères qui font de
l'exploration au Québec aient été aussi efficaces, aussi
imaginatives et aussi brillantes que notre société à nous
autres.
Vous savez que nous autres, les Québécois, on est des pas
bons. Ce n'est pas possible que cela nous arrive. C'est inimaginable. Les
chiffres que je viens de vous présenter doivent être
truqués; ils doivent être faussés sans doute.
Un autre mandat que SOQUEM s'était vu confier, c'était de
susciter la naissance de géologues au Québec. Je regarde
plusieurs de mes géologues à mon ministère; ils sont
sortis de SOQUEM. Quand je vais dans le Nord-Ouest -mes collègues
d'Abitibi-Est et d'Abitibi-Ouest reconnaîtront les noms - et qu'on parle
des Descarreaux, des Beauregard, des Gaucher, des Lavoie, des Jobin, des
Legault, des Hains, des Hébert et des Richard, tous ceux qui,
aujourd'hui, sont en train de changer la face de l'exploration au Québec
par des Québécois, ils sont sortis de SOQUEM. SOQUEM a
été la pépinière qui a formé un bon nombre
de ces géologues qu'on apprécie tellement aujourd'hui.
Ils sont bien préparés, ils sont fonceurs, ils sont pleins
d'idées et ils sont prêts à relever le défi du
développement minier.
Une voix: Des vrais Québécois.
M. Bérubé: Ce sont des vrais
Québécois, pas tout le temps en train de se poser des questions,
à savoir si le Québec devrait se tenir debout ou si on devrait
patiner à reculons d'un bord ou de l'autre. Non, pas du "marshmallow",
pas de la gélatine. Des gens qui bâtissent.
Le projet de loi que nous avons, c'est un projet de loi qui nous oblige
maintenant à regarder la SOQUEM de demain. En quinze ans, la
société a fait ses preuves, l'économie a
évolué, les besoins sont différents. Il est
nécessaire d'élargir le mandat de SOQUEM et de lui confier
d'autres défis. D'abord, il va falloir lui permettre de
développer seule ses gisements. Quand elle aura trouvé, seule, un
gisement, elle le développera seule, à moins que ce soit un
gisement
tellement grand qu'elle sente le besoin de s'associer à quelqu'un
d'autre - c'est parfaitement normal - mais sur une base d'affaire et non en y
étant obligée.
Également, nous ajoutons un élément. Ce mandat
devra se réaliser avec un objectif de rentabilité
économique. C'est une obligation que nous faisons à toutes nos
sociétés d'État. Si on regardait le passif que nous a
légué l'administration antérieure, on ne trouverait pas de
sociétés d'État faisant des profits. Après quatre
ans, à peu près toutes nos sociétés d'État
maintenant dégagent des profits et il y a plusieurs bonnes raisons
à cela. C'est peut-être que le gouvernement a suivi les choses de
plus près, qu'il a peut-être voulu nommer là des gens
à cause de leur compétence et non à cause des liens qu'ils
pouvaient avoir avec l'un ou l'autre parti. Je ne dis pas qu'avoir des liens
avec un parti est nocif, mais il nous faut choisir des gens essentiellement
pour leur compétence.
Par conséquent, il est nécessaire maintenant que cette
société continue à poursuivre son mandat, mais dans un
objectif de rentabilité. Cela ne veut pas dire qu'elle doit poursuivre
le même niveau de rentabilité que le secteur privé. Non. Il
est bien évident qu'un gouvernement peut avoir des objectifs sociaux et
que, lorsqu'il voudra confier un objectif social à une
société d'État, il devra payer en subventionnant, comme il
le ferait avec n'importe quelle autre entreprise privée. Il est
également possible qu'un gouvernement se contente d'un rendement moindre
sur son investissement que celui que l'on exige dans le secteur en question,
compte tenu des conditions un peu particulières à
l'intérieur desquelles oeuvre un gouvernement. Je pense, par exemple, au
développement régional où on peut se contenter de
rentabilité moindre sachant que c'est peut-être une des rares
chances que nous avons de faire du développement régional.
Il faut également augmenter le capital-actions de la
société de $36,000,000; sur ces $36,000,000, il y a effectivement
$6,000,000 que nous voulons garder avec l'idée qu'on pourrait
peut-être accroître l'effort d'exploration de la
société.
Je pense que tous les députés pourront porter attention au
projet de loi qui est déposé devant nous et constater une
différence fondamentale des projets de loi antérieurs concernant
la même société. Dans le passé, nous nous engagions
à verser annuellement un certain montant nécessaire au
financement du programme d'exploration. Or, aujourd'hui, SOQUEM fait
suffisamment de profits pour autofinancer son propre programme d'exploration;
en d'autres termes, SOQUEM est autonome.
Toutefois, il est possible, selon de la conjoncture du prix de l'or, que
nous voulions augmenter un peu l'effort d'exploration de SOQUEM et que cette
société n'ait pas les reins suffisamment solides pour financer
cet effort additionnel que le gouvernement lui demanderait dans le cadre d'un
mandat; le cas échéant, nous voulons garder un montant de
côté.
Également, nous avons des gisements à Crevier, en
particulier, dans le domaine du tantale et du niobium, qui pourraient exiger
des sommes importantes et nous ne voudrions pas être obligés de
revenir à l'Assemblée nationale si la décision devait se
prendre rapidement. Il s'agit donc d'une enveloppe que nous votons, mais qui ne
pourra être utilisée que si la société en fait la
demande et si le gouvernement juge que, effectivement, la société
est justifiée de demander une augmentation de son capital-actions. C'est
donc une ouverture, une lettre de crédit, si on veut.
Il faut également modifier le conseil d'administration. SOQUEM a
été gérée de façon experte par cinq
administrateurs auxquels il faut rendre témoignage. Des gens comme MM.
Gauvreau et Godefroy de Billy, par exemple, ont siégé au conseil
d'administration pendant de nombreuses années et ils sont à
l'origine du succès de cette société. Mais justement,
parce que cette société a pris de l'ampleur, qu'elle commence
à vouloir parler d'égal à égal avec ses
concurrents, il est normal qu'on lui donne un conseil d'administration
peut-être un peu plus grand dans lequel les régions du
Québec seront mieux représentées, dans lequel on aura une
plus grande diversité de compétences techniques, dans lequel nous
pourrions avoir des banquiers, des gens connaissant davantage l'exploration
minière, en fait, un éventail plus grand de connaissances, compte
tenu de la complexité de plus en plus grande des décisions qui
doivent être prises.
Nous porterons donc le conseil d'administration de 7 à 11
membres. Notre intention, c'est possiblement d'aller à 7 ou 9 en
commençant, et on verra, avec les années. Je pense que le
gouvernement sera toujours libre d'augmenter le nombre d'administrateurs si,
effectivement, la société conserve l'ampleur qu'elle est en train
de prendre présentement.
Le ministre responsable de la société aura le pouvoir
d'émettre, avec l'approbation du gouvernement, des directives sur
l'orientation et les objectifs de la compagnie; ce qui oblige, en même
temps, SOQUEM à présenter un plan de développement annuel.
Ce qui n'existait pas dans le passé. Voilà une chose qui frappait
ceux que nous allions chercher dans l'entreprise privée pour leur
confier des mandats de direction dans nos sociétés d'État.
L'actionnaire le plus extraordinaire, c'est l'actionnaire gouvernemental, il ne
nous demande jamais de rendre des comptes. Effectivement, c'est le danger d'une
société d'État. La société d'État
peut être beaucoup plus libre que celle du secteur privé. Il faut
donc exiger de la part de nos sociétés des plans de
développement, un suivi de ces plans de développement. Il faut
également, par le biais du pouvoir de directives, orienter la
société lorsqu'on juge qu'il est nécessaire de la
réorienter. Nous avons également vu à annuler des clauses
concernant les conflits d'intérêts et qui empêchaient
parfois de recruter des gens liés de près ou de loin au secteur
minéral.
Donc, la loi a comme objectif essentiellement de moderniser la vieille
loi de SOQUEM, lui permettre de relever de nouveaux défis et de
souligner en même temps la vision de ceux qui ont créé
SOQUEM et le courage et l'intelligence de ceux qui ont bâti SOQUEM.
Je terminerai en soulignant le travail à cet égard
absolument remarquable de M. Côme Carbonneau qui a été
président de la société pendant dix ans.
Merci. (16 h 20)
La Vice-Présidente: M. le député de
Mont-
Royal.
M. John Ciaccia
M. Ciaccia: Mme la Présidente, chaque fois, depuis les
quatre dernières années que le ministre de l'Énergie et
des Ressources se lève en cette Chambre pour défendre un projet
de loi ou faire une intervention, on sait ce qu'il dira. On sait qu'il va s'en
prendre aux multinationales, qu'il va s'en prendre au gouvernement
fédéral. C'est comme une cassette, c'est une vraie cassette.
C'est un débat que je pensais terminé depuis le débat
référendaire et sur lequel la population du Québec avait
déjà pris une décision. Je pense que le ministre n'accepte
pas la décision des Québécois, qu'on est Canadien, qu'on
fait partie du système fédéral, mais il devrait
arrêter de charrier sur le fédéral, sur les multinationales
et s'en tenir au projet de loi que nous étudions ici.
M. Bérubé: Question de privilège.
Le Vice-Président: Un instant, s'il vous plaît, M.
le député.
M. le ministre, sur une question de privilège.
M. Bérubé: Oui, le député de
Mont-Royal a dit que je n'acceptais pas la décision du 20 mai des
Québécois. Au contraire, M. le Président...
M. Ciaccia: Ce n'est pas une question de privilège.
Le Vice-Président: M. le député de
Mont-Royal, s'il vous plaît!
M. Ciaccia: Le ministre fait toutes sortes de
déclarations. Il nous dit, d'un côté: Nous ne manquons pas
de capitaux au Québec, nous avons le savoir-faire, nous avons le
potentiel géologique. On peut conclure alors que l'industrie
minière n'est pas en aussi bonne santé qu'elle devrait
l'être. C'est la conséquence des politiques du gouvernement, parce
que si nous avons tout ce qui est nécessaire, les capitaux, le
savoir-faire et le potentiel, on peut se demander pourquoi certains secteurs de
cette industrie ne sont pas en aussi bonne condition économique que
d'autres secteurs dans d'autres parties du pays.
Le projet de loi actuellement devant nous, ayant pour but de modifier le
statut de SOQUEM en vue d'étendre ses prérogatives,
soulève quant à nous, de ce côté de la Chambre,
plusieurs interrogations et des problèmes de fond que ce gouvernement
semble éluder. Ce projet de loi pose en effet le problème de la
pertinence de la philosophie dirigiste du gouvernement dans un secteur
économique important au Québec et avec les résultats que
nous connaissons dans le secteur économique, dans les politiques de ce
gouvernement.
Pour comprendre l'état difficile de notre industrie
minière, il convient, premièrement, d'examiner le bilan de SOQUEM
et de se demander si elle a accompli sa mission. Deuxièmement, en vue de
ce bilan, est-ce que ce projet de loi qui est présenté devant
nous aujourd'hui est de nature à améliorer les perspectives
minières de l'avenir? Troisièmement - et ceci, le ministre n'y a
pas touché du tout - quelles sont les mesures qu'un bon gouvernement,
c'est-à-dire un gouvernement soucieux des intérêts du
Québec, devrait prendre dans le domaine minier?
Afin d'examiner le bilan de SOQUEM et les politiques de ce gouvernement
dans le secteur minier, il faut faire état de la situation
minière au Canada et comparer la performance du Québec avec la
performance d'autres provinces et régions du Canada. Nous allons voir
par ces chiffres et par les statistiques les contradictions que le ministre
vient de nous présenter sur deux plans: premièrement,
vis-à-vis de SOQUEM et, deuxièmement, vis-à-vis de la
condition de l'industrie au Québec par rapport à l'industrie au
Canada.
Je cite un document: Les mines au Canada, publié par
l'Association minière du Canada et nous voyons, premièrement,
qu'on peut s'interroger sur l'intention du gouvernement de nous
présenter ce projet de loi à ce stade-ci. D'abord, c'est en fin
de session, c'est un projet de loi qui change substantiellement les objectifs
de la société d'État. Si le gouvernement était au
début de son mandat, on pourrait peut-être justifier cet acte du
gouvernement, mais ça fait quatre ans qu'il est au pouvoir, il y a eu
quatre ans d'inaction et il nous présente, à la fin d'une session
et même je dirais à la fin de son mandat, un projet de loi qui
change substantiellement les objectifs de SOQUEM.
Dans ce document qui contient les chiffres de production minière
à travers le Canada, on dit: Bien que l'industrie minière de
cette province ait obtenu de bons résultats en 1979, le Québec
cède de nouveau la troisième place à la
Colombie-Britannique pour se retrouver en quatrième place. La valeur de
sa production minière augmente de 25,2% pour atteindre le chiffre record
de $2,500,000,000. La production brute au Québec de l'industrie
minière est de $2,500,000,000. Mais comparons cela avec d'autres
provinces pour voir quelle est notre performance. Si c'est toujours par la
faute des multinationales qu'on ne développe pas l'industrie
minière et parce qu'elles prennent leur profit au détriment des
Québécois, de notre développement économique, on
peut regarder dans d'autres provinces.
Par exemple, je regarde le Nouveau-Brunswick. Il y a eu $529,000,000 en
production minière, une augmentation, par rapport à
l'année précédente, de 56%. Si on regarde en Ontario,
province voisine de nous et avec laquelle on fait souvent des comparaisons, la
valeur de sa production est de $3,270,000,000, presque $1,000,000,000 de plus
qu'au Québec. Elle se situe au deuxième rang au Canada pour la
production minière. Naturellement, le premier rang, c'est l'Alberta qui
l'occupe, mais on peut dire que c'est parce qu'il y a le développement
pétrolier. Regardons la Colombie-Britannique, dont la population est
moindre que celle du Québec. La valeur de la production minière y
est de $2,000,000,000. Il y a eu une augmentation de 45,6% sur l'année
précédente. La Colombie-Britannique a délogé le
Québec pour prendre la troisième place au Canada, comme province,
pour la valeur de son développement minier. On pourrait même
regarder à Terre-Neuve, où elle est de $1,100,000,000 et marque
une augmentation de 63% par rapport à l'année
précédente.
Si on regarde la performance de toute
l'industrie au Québec par rapport au reste du Canada, on peut
s'interroger sur les déclarations qui ont été faites par
le ministre et sur la mission de SOQUEM. On peut citer d'autres chiffres assez
pertinents au débat pour démontrer vraiment la vraie situation
économique ici, la vraie situation du développement minier, non
pas pour faire de la démagogie, mais pour essayer de trouver des
solutions, pour voir exactement quelle est la situation. Est-ce que cela va
tellement bien au Québec dans le développement minier? Laissons
pour le moment le développement économique, tout ce
secteur-là, restreignons-nous au développement minier.
Je pense qu'un des chiffres qui sont importants, c'est de voir la valeur
de la production globale dans chaque province par résident, ce que
représente la production minière par résident. Le chiffre
au Québec, c'est de $286. Cela veut dire que toute la production
représente $286 par résident au Québec. Je vais vous citer
d'autres endroits. Au Nouveau-Brunswick - on dit qu'on a beaucoup de richesses
minières ici, qu'on a beaucoup de richesses naturelles - la production
minière représente $487 par résident. C'est sensiblement
plus élevé par résident. Au Manitoba, cela
représente $446. En Colombie-Britannique...
Je pense que ce sont tous de gros méchants, que ces grosses
multinationales qui doivent développer ces endroits-là, je ne
sais pas pourquoi ils ne viennent pas au Québec développer nos
ressources naturelles, mais on essaie de donner l'impression que, quand
quelqu'un veut investir de l'argent au Québec, ce n'est pas bon. Si le
gouvernement veut perdre de l'argent au Québec dans ces
sociétés d'État...
On va revenir au bilan de SOQUEM, on va revenir aux chiffres que le
ministre nous a donnés. Si le gouvernement veut mettre $50,000,000 dans
SOQUIP, s'il veut perdre $55,000,000 dans SIDBEC... Au début des
derniers six mois, c'était une perte de $31,000,000 dans SOQUEM, on va
expliquer comment c'est venu à $3,000,000, on peut faire cela. On peut
prendre l'argent des contribuables et le mettre dans les sociétés
d'État et donner tous les pouvoirs au ministre. Mais si jamais quelqu'un
veut venir investir au Québec pour aider au développement
économique, pour payer des salaires à des employés et pour
créer de l'emploi au Québec, ce n'est pas bon. M. le
Président, je pense que c'est encore la même cassette qu'on a
entendue au cours des quatre dernières années. Cela explique la
performance des chiffres que je viens de vous donner. (16 h 30)
Savez-vous qu'au Canada il y a seulement deux provinces où la
valeur de production est moindre qu'au Québec? Savez-vous qu'il y en a
seulement deux? L'Île-du-Prince-Édouard - c'est
compréhensible, c'est une petit endroit où il n'y a pas de
richesses naturelles, de développement minier - et la
Nouvelle-Écosse. La Nouvelle-Écosse, c'est $250. Ce n'est pas
trop loin du Québec, $286. Comment le ministre peut-il nous dire
aujourd'hui: Cela va bien dans l'industrie minière? Regardez ce que fait
SOQUEM. Regardez ce que ce gouvernement fait. Cela fait quatre ans que le
gouvernement est au pouvoir. Vous êtes responsables de ces chiffres. Vous
êtes responsables de ces politiques et de l'état de l'industrie au
Québec. Je vais vous donner d'autres chiffres, au Yukon, par exemple.
Naturellement, il n'y a pas beaucoup d'habitants au Yukon. C'est $10,000 per
capita. Dans les Territoires du Nord-Ouest, c'est $7000.
La conclusion de ces statistiques, M. le Président, est la
suivante: Premièrement, l'industrie minière est un secteur
important de notre économie. Cela crée des emplois. Cela fait
partie du développement économique de la province. Cela fait
partie du développement économique de notre pays.
Deuxièmement, on peut conclure par les chiffres de l'Association des
mines du Canada que la performance de l'industrie au Québec n'est pas
spectaculaire. On a même pris un léger recul par rapport à
l'année dernière. Même dans les augmentations, le
pourcentage... On nous explique même ici que l'augmentation de 25% n'est
pas due à une augmentation de la production, mais plutôt à
une augmentation des prix.
Après avoir examiné ces chiffres, on voit que la
production au Québec représente approximativement 10% ou 11% de
la production canadienne. Quand on sait qu'on a 25% de la population, ce n'est
vraiment pas spectaculaire. Il y a beaucoup d'améliorations qui peuvent
être apportées dans cette industrie. Plus tard, M. le
Président, je ferai part au ministre, au gouvernement, aux membres du
Parti québécois de certaines recommandations que nous voyons et
qui devraient être faites par le gouvernement pour promouvoir le
développement minier.
Comment le gouvernement peut-il expliquer cette activité
minière dans d'autres provinces pendant que nous sommes un peu en
arrière dans ce développement? Cela peut-il être à
cause des politiques du gouvernement? Cela peut-il être parce que
l'entreprise privée a plus d'incitation? Quand on blâme les
politiques fédérales, on ne peut pas les blâmer pour toutes
les autres provinces. On ne peut pas blâmer le fédéral de
ne pas donner aux provinces les instruments pour agir dans le domaine minier.
Les autres provinces sont en avant de nous. C'est le même Canada. C'est
le même système fédéral. Si cette industrie est plus
développée dans les autres provinces, ce n'est pas dû
à la politique fédérale, qui est consistante à
travers tout le pays. C'est dû aux politiques du gouvernement provincial,
aux incitations qui nous manquent ici et au fardeau fiscal que le gouvernement
impose à cette industrie.
Je voudrais soulever quelques questions quant au bilan de SOQUEM. La
première chose qui nous frappe dans ce bilan, M. le Président,
c'est que le ministre a déclaré au début de l'année
financière que le déficit à la fin de l'exercice
était de $3,170,000, mais il faut porter à l'attention de cette
Assemblée l'explication que même SOQUEM nous donne. Elle nous dit
ici que le déficit consolidité de la société est
passé de quelque $31,000,000, au début de l'exercice, à
$3,000,000. Et il est passé de $31,000,000 à $3,000,000 nonpas
parce qu'elle a fait des profits. On nous explique ici: Comme indiqué au
dernier rapport annuel, le conseil a approuvé, au cours de l'exercice,
une modification à la méthode de comptabilisation des frais
d'exploration, de mise en valeur ainsi que des frais d'administration
afférents.
La vérité a aussi sa place. Je pense qu'on devrait tout
dire et tout dévoiler. Le ministre ne
nous l'a pas dit. Et qu'est-ce que cela veut dire? Elle avait un
déficit de $31,000,000 et maintenant elle déclare un
déficit de $3,000,000. Cela veut dire que... Remarquez bien, c'est tout
à fait légal, ce qui a été fait. Les règles
de comptabilité permettent de le faire. On peut faire un peu de
gymnastique comptable et on peut arriver à cela.
Cela veut dire qu'elle a pris $27,000,000 et elle a dit: Ecoutez, notre
bilan n'apparaît pas très intéressant. On a le droit de
dire que ce montant de $27,000,000, on va le différer. On va le reporter
d'une année à l'autre. Elle peut le reporter pour une autre
période de cinq ans, de dix ans, jusqu'à ce qu'une mine ou un
endroit soit exploité. Si cette mine est exploitée et a des
profits, à ce moment-là, elle peut réduire le
déficit. Mais il n'y a rien ici qui nous dit que c'est garanti, que
cette mine sera vraiment exploitée.
Pour vous donner un exemple très simple -quand on parle à
coups de $31,000,000 et de $3,000,000, de questions comptables et de
différés, c'est peut-être difficile à saisir - si je
voulais augmenter mon bilan personnel de $100,000, parce que je voudrais un
bilan qui paraisse un peu mieux, je pourrais prendre une procédure
légale - pas contre vous, M. le Président, parce que vous
êtes objectif - contre M. X. Et dans mon bilan, je démontrerais
comme recevable la somme de $100,000, jusqu'à ce qu'un des tribunaux
dise: Non, tu n'as pas le droit. Tu n'as pas de réclamation de $100,000.
Mais aussi longtemps que moi, je suis d'opinion que j'ai une réclamation
de $100,000, mon bilan augmente de $100,000. C'est ce qui a été
fait ici, M. le Président.
Un de mes collègues vient de me souligner que la
Société d'habitation fait l'inverse. Je ne dis pas qu'il y a
quelque chose d'illégal là-dedans. C'est parfaitement
légal, mais je pense qu'il faut situer le débat dans le vrai
contexte. Et quand on dit qu'il y a eu, dans les derniers six mois, une
augmentation de $13,000,000 de profits, c'est principalement - je ne veux pas
écarter la question de Louvem et des autres développements -
à cause de l'augmentation du prix de l'or.
Si on voit que le rôle du gouvernement, c'est de spéculer
sur l'or, elle vient de faire $13,000,000. Mais cela n'explique pas le
déficit de $31,000,000. Cela n'excuse pas les dernières quatre
années. Cela n'excuse pas les chiffres que je viens de vous donner dans
la production totale, globale, per capita. Cela, c'est le vrai portrait. C'est
possible que ce montant de $13,000,000 ait été un profit à
cause de l'augmentation de l'or. Et si c'est cela qu'on voit comme le
rôle d'un gouvernement de spéculer sur l'or, il y a un profit de
$13,000,000. Mais je crois qu'il y a d'autres objectifs qu'une loi devrait
avoir. On y reviendra quand on étudiera le projet de loi.
On pourrait poser certaines questions également. On se
réfère, dans le bilan, au programme Dauphin, les mines salines.
On voit ici qu'il y a une subvention de $17,000,000. On a eu une commission
parlementaire ce matin pour entendre les représentants de SOQUEM. C'est
malheureux qu'elle ait eu lieu si tard, parce qu'on n'a pas eu l'occasion
d'aller à fond sur tous les problèmes soulevés par le
rapport annuel. Mais ce qui est encore pire - c'est une expérience que
je n'ai jamais vécue dans ma courte carrière parlementaire -
c'est que, lorsqu'on posait des questions aux représentants de SOQUEM,
le ministre nous interrompait pour avertir les représentants de SOQUEM
qu'ils ne devraient pas répondre en contradiction du gouvernement,
qu'ils devaient prendre leurs directives de réponses du ministre. C'est
incroyable, M. le Président. C'est arrivé ce matin, en commission
parlementaire. Il a fallu que mes collègues, le député de
Rouyn, le député d'Outremont, le député de
Notre-Dame-de-Grâce et moi-même on s'élève contre ce
genre de procédure, ce genre de bâillon, pour obtenir les
informations aux questions qu'on posait au président de la
société d'État SOQUEM. On voit un peu la mentalité
et on voit la transparence de ce gouvernement. Je n'ai jamais vu, M. le
Président, une telle performance, une telle approche, disant: On ne veut
pas que les sociétés d'État répondent. C'est
vraiment quelque chose dont on devrait prendre note et voir exactement quelles
sont les intentions de ce gouvernement. On va revenir aux intentions de ce
gouvernement dans ce projet de loi et les pouvoirs que s'attribue le
ministre.
Quant au projet de Seleine, le projet Dauphin, c'est un projet qui va
coûter $65,000,000. On a demandé combien d'emplois ça va
créer. Cela va créer 135 emplois. Je me demande si c'est vraiment
un projet que SOQUEM a volontairement voulu entreprendre ou si c'est quelque
chose de politique que le gouvernement a imposé à SOQUEM, parce
que les réponses sur ce sujet n'étaient pas trop claires, ce
matin. On a demandé: Si vous n'avez pas la subvention de $17,000,000,
est-ce que le projet va être rentable? C'est bien beau de dire que c'est
rentable, si les contribuables nous subventionnent. C'est une première
question.
La deuxième question: on va dépenser $65,000,000 pour
créer 135 emplois souterrains. Je me demande si c'est vraiment un cadeau
qu'on fait à la population des Îles-de-la-Madeleine. Je ne sais
même pas si ça va être eux qui vont travailler dans les
mines de sel, parce qu'ils sont habitués de travailler dehors, les
pêcheurs, à l'air frais. Ils vont aller s'enterrer dans une mine.
C'est un vrai cadeau fait à ce prix-là. Cela semble plutôt
être une sentence qu'un cadeau. On dit: On va envoyer la population
travailler dans une mine de sel.
On ne nous a pas vraiment donné les informations sur la
rentabilité. Est-ce que le projet va être subventionné
constamment par la population du Québec? Il y a une politique d'achat au
Québec où on favorise les entreprises québécoises.
À quel prix? On subventionne $17,000,000. Est-ce qu'on va continuer
à subventionner par des prix plus élevés ou est-ce que
ça va être des prix compétitifs? Ce sont des questions
auxquelles on voudrait avoir des réponses du ministre. Je sais que je
les pose pour rien. Je ne sais pas si je vais les avoir, mais on va suivre
ça de près.
Quant à la capitalisation, on remarque, à la page 20 du
rapport, qu'aujourd'hui, la capitalisation est de $89,000,000 et on veut
l'augmenter à $125,000,000. Dans le rapport annuel, on nous dit que la
société a reçu $18,900,000 durant l'exercice fiscal et
qu'elle doit recevoir, avant le 31 décembre, $24,500,000 du
gouvernement. Alors, cela veut dire qu'il y a $25,000,000 qu'elle n'a pas
encore reçus, qu'elle
doit recevoir. Non seulement n'a-t-elle pas reçu ces $25,000,000,
mais elle veut encore augmenter à $125,000,000. Peut-être que le
ministre pourrait nous expliquer s'il y a des projets spécifiques, s'il
y a eu une planification pour ces montants et quand le gouvernement va
débourser ces sommes. Je ne veux pas me référer au
déficit du gouvernement qui se rapproche de $3,000,000,000.
Curieusement, M. le Président, le déficit du gouvernement est
plus élevé que la production totale du secteur minier au
Québec. Savez-vous cela? La production minière au Québec
est de $2,500,000,000. C'est toute la production de toutes les mines au
Québec. Le déficit du gouvernement est encore plus
élevé que cela. Il est de $3,000,000,000. C'est juste une petite
information que je voulais porter à votre attention, M. le
Président.
Revenons au projet de loi. Premièrement, pourquoi ce projet de
loi? Le Vérificateur général a porté à
l'attention du gouvernement - ce n'est pas la première fois - qu'il y
avait une filiale de SOQUEM qui était engagée dans l'exploitation
minière et la loi actuelle ne le permet pas. La loi actuelle permet
seulement la participation dans des projets, mais pas l'exploitation
complète. Alors, pour légaliser cette situation, le
Vérificateur général a recommandé au gouvernement
d'apporter une modification à la loi.
Le ministre s'est référé, au début, à
l'institution de SOQUEM. Les buts de SOQUEM, à ce moment-là,
étaient très différents de ceux du ministre aujourd'hui.
C'était de faire de l'exploration minière par toutes les
méthodes et de participer à tous les autres aspects. À la
suite de cet objectif de la société et de ses pouvoirs, les
membres de la société ont proposé de modifier la
définition de l'objet pour le rendre conforme aux opérations.
Mais le projet de loi va beaucoup plus loin que seulement légaliser un
état actuel dans les opérations d'une filiale de SOQUEM. Le
projet de loi change substantiellement le rôle de SOQUEM dans le secteur
minier. Je n'ai pas entendu le ministre donner des raisons valables pour
lesquelles on devrait changer substantiellement les objectifs de SOQUEM.
Cela nous porte à nous interroger sur les remarques du ministre
spécialement, non seulement sur les pouvoirs qu'on donne à
SOQUEM, mais sur le rôle de l'État, d'une société
d'État dans le secteur minier, dans le secteur économique, et sur
le rôle de l'entreprise privée. On peut critiquer tant qu'on veut
toute l'entreprise privée. Dans les autres provinces qui sont beaucoup
plus avancées que nous, où il y a beaucoup plus de
développements miniers, c'est fait par l'entreprise privée.
Alors, je vois mal cette critique. Si vous voulez critiquer l'entreprise
privée, faites-le sur d'autres bases que celle-là.
Je voudrais citer, M. le Président, le directeur
général de l'Association des mines de métaux du
Québec, M. Langlois. C'est très intéressant de
connaître les raisons qu'il donne, à savoir pourquoi il n'y a pas
de capitaux québécois dans le secteur minier. Ce n'est pas du
tout les raisons que le ministre donne. Entre vous et moi, M. le
Président, je préfère prendre la parole de M. Langlois qui
s'y connaît dans ce domaine. Cela fait des années qu'il travaille
dans ce domaine et il donne les raisons spécifiques pour lesquelles il
n'y a pas de capitaux québécois dans le secteur minier. Cela n'a
rien à voir avec les multinationales et cela n'a rien à voir avec
les politiques fédérales. Cela a à voir avec les
politiques du gouvernement du Québec actuel. Il nous dit: "Pour ce qui
est du secteur privé québécois, il a complètement
disparu de l'opération de nos mines." Il se réfère aux
années quarante, cinquante et soixante où il y avait beaucoup
plus d'investissements, de capitaux québécois, dans le domaine
minier. Savez-vous la conclusion à laquelle il en vient? Il pose cette
question: "II faut se demander si SOQUEM et la SDBJ n'ont pas contribué
à cette apathie des Québécois pour l'exploitation de nos
ressources." Il se questionne sur le rôle de SOQUEM. C'est ce
point-là qui sépare le Parti québécois de ce
côté-ci de la Chambre. Le gouvernement pense que c'est seulement
le gouvernement et les sociétés d'État qui peuvent tout
faire. Nous croyons qu'il y a une limite à ce que les
sociétés d'État peuvent faire. Pour vraiment avoir le
développement économique, il y a un rôle pour le
gouvernement, il y a un rôle pour les sociétés
d'État, mais ce n'est pas un rôle total et global de concurrence
de tout faire et d'exclure le secteur privé. (16 h 50)
C'est l'initiative privée, M. le Président, qui a
développé le secteur minier au Québec; c'est même
reconnu par SOQUEM. Regardez le rapport annuel de SOQUEM; à la page 3,
il y a un portrait de M. Arthur Doyon, président de Doyon exploration et
développement Limitée, de Noranda. On lui rend
spécialement hommage; c'est l'individu qui a découvert cette mine
et SOQUEM est venue, a fait une entente et elle a pris... Si vous enlevez
l'initiative privée et l'initiative individuelle, surtout dans ce
secteur, vous n'aurez plus de développement, vous allez arrêter le
développement. C'est la même chose pour M. Brossard, de
Brominco.
Quels sont les objectifs du gouvernement de vouloir tout donner à
SOQUEM aux dépens des individus, aux dépens du secteur
privé? Il y a certainement un rôle pour SOQUEM; le Parti
libéral du Québec a vu qu'il y avait un rôle pour SOQUEM;
c'est lui qui l'a instituée en 1965, mais avec quel objectif? Pas dans
le but de tout faire en excluant les autres. Les chiffres que je vous ai
cités concernant la production minière au Québec le
prouvent. Le gouvernement ne peut pas tout faire. À moins que vous
vouliez le socialisme d'État. Si vous voulez dire à l'entreprise
privée: Allez-vous-en, c'est le gouvernement qui va tout faire, et on va
avoir cette apathie, que M. Langlois porte à notre attention.
Si on veut qu'on délaisse complètement le secteur
privé, on peut tous devenir des employés de l'État, on va
se faire vivre par l'État. Il va falloir que quelqu'un paie, parce que,
individuellement, je ne suis pas capable de dire: Je vais prendre $31,000,000
et je vais le différer à l'année prochaine. J'ai seulement
$3,000,000 cette année. Quand l'individu arrive à la fin de
l'année, il est obligé de voir combien d'argent il a, il est
obligé de faire son possible et d'avoir un rendement de cet argent.
C'est là le point fondamental de ce projet de loi; c'est le
rôle de la société d'État. Quel rôle le
gouvernement veut-il lui donner? Veut-il lui donner un rôle d'incitateur
ou veut-il lui donner un rôle concurrentiel, le rôle principal dans
le domaine? La façon dont le projet de loi
est rédigé, la perte de contrôle de
l'Assemblée nationale, est évidente. On élargit le
pouvoir, on a des projets. Le ministre a même dit: On ne veut pas revenir
devant l'Assemblée nationale, le gouvernement dira à la
société quoi faire. C'est ainsi, avec un tel projet de loi, que
les contribuables n'ont plus le droit de regard sur les travaux des
sociétés d'État. C'est pour cela que les déficits
augmentent. Il faudrait que chaque projet - c'est vrai que c'est
peut-être plus difficile - quand il s'agit d'une société
d'État, de fonds publics, reviennent devant l'Assemblée
nationale; on ne doit pas donner un "chèque en blanc" au
gouvernement.
La société peut être autonome dans tous les stades
de fonctionnement, de la recherche jusqu'à la transformation. Ce sont
les pouvoirs que le gouvernement lui donne. On peut se poser des questions et
s'interroger sur ce mandat très large. Ce qu'on fait maintenant, on perd
la maîtrise et l'orientation des dépenses de l'État, c'est
la société qui va les déterminer, le contribuable n'aura
plus un mot à dire et on ne pourra plus exercer une certaine
surveillance à ce niveau.
Tout nouveau projet doit être discuté et débattu en
cette Chambre. M. le Président, voilà un point fontamental. Si on
donne de tels pouvoirs à une société d'État, on
perd le contrôle et on sait les résultats qu'on a eus dans le
passé. Il faudrait plutôt, quand on parle de
sociétés d'État et d'entreprises privées,
réduire le poids de l'État si on veut l'assainissement de nos
finances publiques. La meilleure preuve, c'est le budget du gouvernement du
Parti québécois, le déficit de $3,000,000,000; on n'a pas
l'assainissement de nos finances publiques, parce que le gouvernement veut tout
faire, il décourage l'entreprise privée, il décourage les
investissements et vous voyez dans quel état nous nous trouvons,
même au niveau du budget, c'est une chose à laquelle tous les
Québécois seront obligés de répondre dans les
années à venir.
Mme la Présidente, je dis non au projet de loi.
Premièrement, je trouve que les objectifs du projet de loi sont trop
étendus, trop larges. On veut donner à la société
d'État toutes sortes de pouvoirs: la recherche, la mise en valeur,
l'exploitation, la transformation de substances minérales. Est-ce que le
gouvernement a des projets spécifiques? S'il en a, qu'il les apporte en
cette Chambre, on va les examiner et je peux vous assurer que, si c'est dans
l'intérêt de tous les Québécois de les approuver, on
va les approuver de ce côté-ci de la Chambre. Mais on ne veut pas
vous donner un "chèque en blanc". On ne veut pas vous dire: La
société d'État va avoir tous ces droits-là, elle va
faire toutes ces dépenses sans rien dire à cette Chambre parce
que ce sont des fonds publics. C'est ça qu'ils ne comprennent pas. Ce
sont des fonds publics qui doivent être restreints, qui doivent avoir des
règles spécifiques avant de les dépenser. En donnant
à la société tout ce pouvoir-là, on élargit
trop les pouvoirs de cette société d'État.
Conseil d'administration. Ce matin, on a demandé à la
société d'État, aux représentants de SOQUEM leur
point de vue sur le conseil d'administration et c'est à ce
moment-là que le ministre a interrompu; il ne voulait pas que les gens
répondent. Mais on a pu voir, par les réponses des gens de SOQUEM
qu'il y a deux objections à ce que propose le ministre.
Premièrement, il se propose de donner un conseil d'administration
qui est un peu trop lourd. Actuellement, le conseil d'administration est
composé de sept personnes et il est autorisé à l'augmenter
à dix. Il peut y avoir onze membres du conseil d'administration.
Deuxièmement, il va y avoir un président de la
société nommé par le gouvernement et un président
du conseil d'administration qui sera élu par les autres administrateurs
nommés par le gouvernement. On peut se demander l'objectivité de
ce conseil d'administration et l'ingérence du pouvoir politique dans une
société d'État parce que si on crée une
société d'État, c'est, pour des fins spécifiques,
c'est pour avoir une objectivité, une expertise, quelque chose
séparée de l'administration politique d'un ministère.
Là, vous mêlez les deux. Avec la création du conseil
d'administration, vous mêlez le pouvoir politique dans le domaine
économique d'une société d'État.
Il y a un autre aspect de ce projet de loi qui fait que nous posons
certaines questions et je crois que ça peut même créer un
précédent ici. On dit que les membres du conseil, sauf pour le
président, peuvent avoir des conflit d'intérêts. Je trouve
difficile à comprendre le raisonnement du gouvernement de donner ce
pouvoir spécifiquement dans une loi, de donner le droit à un
administrateur d'une société d'État d'avoir des conflits
d'intérêts. Il est vrai qu'on dit que s'il y a un vote sur une
décision dans laquelle ils ont un conflit, ils doivent s'abstenir de
voter. Mais voyons! Ne nous faisons pas d'illusion. La possibilité
d'abus ici est trop grande. Il va y avoir des pressions, il peut y avoir des
pressions d'un membre sur l'autre. Ce sont des fonds publics que vous
administrez. Comment pouvez-vous vous permettre de dire: On va nommer des
administrateurs qui vont avoir des conflits d'intérêts?
On va s'opposer très fortement à cet article-là, M.
le Président. J'espère que le ministre va reprendre un peu ses
sens et va réaliser l'implication de nommer des membres du conseil
d'administration qui peuvent avoir des conflits d'intérêts et
qu'il va abroger ou amender l'article. Cela soulève des doutes sur la
responsabilité, la compétence et les règles
d'éthique qu'assume ce gouvernement d'avoir inclus une clause semblable
dans le projet de loi. (17 heures)
Un autre aspect du projet de loi auquel nous nous opposons, ça
revient encore à l'ingérence du gouvernement dans une
société d'État. Premièrement, la
société d'État a besoin de la permission du gouvernement -
écoutez ça, là - pour adopter des règlements
concernant l'exercice de ses pouvoirs et sa régie interne. Savez-vous ce
que cela veut dire? Cela veut dire qu'on ne pourra pas employer quelqu'un,
qu'on ne pourra rien faire dans cette société sans avoir la
permission du ministre. Si ce n'est pas du patronage légal, parce que
c'est autorisé dans la loi, je ne sais pas ce que c'est. Je me demande
pourquoi introduire... Ce n'est pas inclus dans la loi actuelle, c'est un
amendement au projet de loi qui donne un contrôle absolu au ministre.
Encore plus que cela, le ministre peut émettre des directives
portant sur les objectifs et l'orientation de la société. J'avais
toujours pensé, M. le Président, que la raison pour laquelle on
créait une société d'État c'était justement
pour enlever ce pouvoir, ce droit au ministre. Si le
gouvernement veut donner des orientations, au lieu de changer les
objectifs de la société, qu'il vienne à cette Chambre,
qu'il les présente, on va les débattre et on va voter dessus.
Mais là, le ministre a seulement déposé ses directives.
Quand on dépose un document en Chambre, il n'y a pas de débat, on
ne peut pas questionner le ministre, on ne peut pas soulever de
débat.
Effectivement, ce que ce projet de loi nous dit, c'est que le ministre,
c'est lui le président de SOQUEM. Ce ne sera pas le président qui
sera nommé par le gouvernement, ce n'est pas le président du
conseil, c'est le ministre. C'est un précédent qui est
créé. Je ne crois pas que le ministre devrait avoir ce genre de
pouvoir, parce que c'est ouvrir la porte à trop d'abus. On voit encore
la mentalité du gouvernement. On dit que les livres et les comptes de la
société sont vérifiés chaque année et chaque
fois que le décrète le gouvernement par le Vérificateur
général.
C'est la règle générale dans toutes les
sociétés d'État que le vérificateur passe à
travers toutes les transactions de chaque ministère, parce que le
Véfificateur général se trouve à être le
chien de garde de la population. S'il trouve que quelque chose d'irresponsable
a été fait, que quelque chose devrait être modifié
ou n'aurait pas été fait de la façon que ça aurait
dû être fait, le Vérificateur général porte
à l'attention du gouvernement ses notes - c'est public, c'est à
l'attention de la population - et il dit à la population ce qui devrait
être fait à l'avenir ou ce qui n'a pas été bien fait
dans l'exercice financier dont il traite.
Le ministre dit: "Ce dernier peut toutefois, à la demande de la
Société, désigner un autre vérificateur." Est-ce
que cela veut dire que si la société dit au Vérificateur
général de ne plus avoir rien à faire avec les
opérations de la société et de nommer un autre
vérificateur, celui-ci n'aura plus à se rapporter à
l'Assemblée nationale, à la population sur les opérations
de SOQUEM? Est-ce cela que cela veut dire? Je sais que l'explication que le
ministre a donnée ce matin en commission parlementaire était:
Bien, cela va aller plus vite. Si on a un autre vérificateur, on va
avoir le rapport annuel plus vite.
M. Bérubé: Ce n'est pas le but.
M. Ciaccia: Bien, ce n'est pas le but du rôle du
Vérificateur général. Même si cela prend six mois de
plus ou une année de plus, on voit exactement les opinions du
Vérificateur général, ce qu'il a constaté. Si vous
nommez un vérificateur désigné par la
société, il n'a pas du tout le même rôle. Où
est la protection du contribuable? Je voudrais vraiment que le ministre nous
explique cet article. Vous savez, il prend cela un peu à la
légère, parce que c'est un article irresponsable.
M. Bérubé: Continuez.
M. Ciaccia: Ou cela cache certaines intentions, ou on ne comprend
pas vraiment l'implication de cet article. Je voudrais avoir des explications
du ministre au sujet du fait d'enlever ce pouvoir au Vérificateur
général.
En résumé, les objectifs du projet de loi sont trop
larges, trop grands. Il n'y a pas de contrôle. Ce sera plus difficile
pour l'Assemblée nationale de pouvoir non seulement émettre des
opinions, mais de prendre une décision sur les activités de la
société d'État. Je pense qu'un des rôles de cette
Chambre, c'est d'exercer ce contrôle par l'entremise des
députés ici, des membres de cette Chambre. S'il y a des projets
spécifiques, des changements à apporter, qu'on retourne à
l'Assemblée nationale, qu'on les apporte et qu'on demande des
changements, mais qu'on ne donne pas un éventail complet. On peut tout
faire sans revenir ici. C'est une façon irresponsable de rédiger
le projet de loi.
Il y a l'ingérence du ministre. C'est quelque chose de
très sérieux. C'est une ingérence politique dans un
domaine économique. On veut donner un certain pouvoir à la
société d'État, un certain but. On enlève toutes
les clauses où le gouvernement ou le ministre va approuver la
régie interne. Il va pouvoir donner des directives sur les buts, les
orientations de la société d'État. La question qu'on doit
se poser, M. le Président, est la suivante: Veut-on accroître les
pouvoirs de SOQUEM? Veut-on vraiment injecter de plus en plus de fonds dans
SOQUEM? Quel est le rôle qu'on veut lui attribuer? Ne veut-on pas
plutôt répondre aux besoins de l'industrie minière du
Québec? Ce sont deux questions différentes. On devrait alors
essayer de voir de quoi a besoin l'industrie minière au Québec
pour se développer. Elle a besoin de moyens financiers. Elle a besoin de
moyens techniques et nous devons être en mesure de canaliser les fonds et
l'expertise pour que cette industrie se développe.
Finalement, on peut se demander si SOQUEM a répondu ou peut
répondre à ce besoin, spécialement à la
lumière des buts, du mandat qu'on donne à SOQUEM et des remarques
du ministre.
On pourrait faire certaines recommandations, M. le Président,
parce que le gouvernement devrait avoir deux rôles: un, de
réglementer l'industrie, un pouvoir de réglementation et le
deuxième, d'être le promoteur de l'industrie minière au
Québec. Pour ce deuxième rôle qui est très
important, il y a certaines mesures que le gouvernement peut prendre pour
stimuler l'industrie. On n'a rien entendu à ce sujet dans les remarques
du ministre et on serait même porté à croire à la
suite de ses remarques qu'il veut plutôt élargir le rôle de
SOQUEM au détriment de tout le reste du secteur, même si cela veut
dire qu'il pourrait y avoir un ralentissement dans l'industrie. C'est
impossible pour une société de faire le travail de toutes les
autres sociétés. Ces deux rôles que le gouvernement devrait
avoir doivent se traduire par des mesures concrètes.
Dans l'exploration, le ministre se plaint qu'il y a moins d'exploration
faite par l'industrie privée au Québec. Est-ce parce qu'il y a
des priorités données à SOQUEM et qu'on décourage
l'exploration dans l'industrie minière? Est-ce qu'on donne des
incitations? On ne peut pas, par nos politiques, décourager
l'exploration et, après, se plaindre que l'industrie ne fait pas
d'exploration. On va donner un mandat à SOQUEM et augmenter ses fonds.
Il y a une certaine contradiction.
Il y a d'autres mesures que le gouvernement pourrait prendre. Par
exemple, la répartition des crédits de travail. Une compagnie
privée, un
individu dans l'industrie sont obligés d'enregistrer les travaux
qu'ils font. Il y a un minimum requis qu'ils doivent enregistrer au
gouvernement. Ils le font à mesure du minimum qu'ils sont obligés
de faire. S'ils dépensent plus dans leur travail, s'ils ont le droit de
déduire ces sommes de leurs profits; naturellement, cela serait une
incitation à enregistrer au gouvernement plus d'information. Cette
information serait au bénéfice de toute l'industrie parce que
cela éviterait le chevauchement, le dédoublement de travaux. Le
gouvernement pourrait peut-être s'arrêter et songer à donner
des crédits de travail additionnels pour qu'ils puissent les
déduire de leurs profits, pour qu'ils soient en mesure de donner plus
d'information en l'enregistrant au gouvernement. Ainsi, il y aurait plus
d'information pour toute l'industrie. (17 h 10)
II y a une autre suggestion qu'on pourrait faire: une banque
d'information géologique, à partir des carottes
prélevées dans le sol. Par exemple, au Manitoba - et c'est la
seule province qui l'a - il y a un entrepôt où les compagnies qui
ont fait ce prélèvement de carottes vont les Entreposer dans une
banque centrale. Cela veut dire que c'est disponible à toutes les autres
sociétés qui veulent en faire l'examen. Cela crée de
l'emploi, cela donne de l'information, c'est une incitation pour toute
l'industrie. Peut-être que le gouvernement pourrait s'attarder
là-dessus et songer à instituer cette banque d'information pour
le bénéfice de toute l'industrie.
Il y a aussi les données de base pour les minéraux. Il n'y
a pas un endroit où on peut aller au Québec et obtenir toute
l'information sur certains endroits, sur certains minéraux, sur
certaines régions, au même endroit. Ce qui pourrait se produire,
ce serait qu'on pourrait confier à une université,
l'Université Laval par exemple, le soin de colliger toute cette
information pour les différentes régions minières au
Québec. Alors, lorsque quelqu'un voudrait faire de l'exploration ou
voudrait faire des travaux miniers, il pourrait se diriger à ce centre
d'information et obtenir l'information nécessaire. Ce serait, encore une
fois, une autre incitation, une autre mesure incitative pour donner plus
d'informations à l'industrie.
Un secteur où le gouvernement pourrait agir, c'est sur la
question des droits de propriété et des impôts sur les
ressources minières. Quand le ministre se plaint qu'il n'y a pas de
développement minier, qu'il n'y a pas assez de fonds de la part des gens
du Québec dans le développement minier, une des raisons, c'est
parce que les mesures fiscales n'encouragent pas l'investissement dans ce
domaine.
Lors de la lecture du projet de loi 60, l'année dernière,
j'avais suggéré au ministre de donner des déductions
d'impôt à ceux qui voulaient investir dans l'industrie
minière, si vraiment on est intéressé à promouvoir
le développement de cette industrie. Je ne dirais pas cela si on veut
faire de la démagogie, si on veut des drapeaux et si on veut
démontrer que c'est seulement une société d'État
qui est capable d'agir. Si on veut vraiment de l'action, de l'activité,
on doit le faire par des mesures fiscales. On l'a fait dans le domaine du
pétrole. On donne jusqu'à 140% des dépenses
déductibles d'impôt. C'est une mesure qui est de la
compétence du gouvernement du Québec, mais qui doit naturellement
se faire avec la coordination du gouvernement fédéral.
C'est cela que les représentants de l'industrie demandent. C'est
cela que le directeur général de l'Association des mines de
métaux du Québec dit. Il dit que les politiques fiscales doivent
être coordonnées entre le gouvernement fédéral et le
gouvernement provincial. Mais ce n'est pas cela qu'on entend de la part du
ministre. On entend: C'est la faute du fédéral, on ne peut pas
travailler avec le fédéral. Ce n'est pas la façon
d'arriver à une solution pour le bénéfice de
l'industrie.
La question de l'électrification. On dit toujours qu'on a du
pouvoir électrique au Québec, qu'Hydro-Québec peut
subvenir à nos besoins. C'est un des atouts qu'a le Québec.
Savez-vous qu'il y a des compagnies privées qui se plaignent que,
lorsqu'elles vont exploiter une mine, cela prend de quatre à cinq ans
avant qu'on puisse fournir l'électricité à ces endroits?
Ce sont des dépenses que les compagnies elles-mêmes paient. Ce
n'est pas aux frais d'Hydro ni aux frais de l'État. Mais elles
voudraient que la procédure bureaucratique soit un peu réduite et
qu'au lieu de prendre cinq ans pour arriver à ces endroits pour donner
l'électricité, on le fasse dans un temps plus rapproché.
On va ainsi faire des économies considérables. Durant ce
temps-là, elles sont obligées d'utiliser du diesel, du
pétrole, pour produire ce pouvoir électrique. Si le gouvernement
voulait se pencher sur cette question, c'est une autre mesure par laquelle il
pourrait agir pour aider l'atmosphère et les conditions des
développements miniers.
Il y a un autre rôle que le gouvernement doit avoir, c'est dans la
qualité... On a parlé ici de mesures économiques,
d'incitation par l'impôt, de crédit de travail, de données
de base. Mais le développement minier se fait souvent dans des endroits
éloignés dans le Nord. C'est le développement du Grand
Nord qui est vraiment l'avenir du Québec. Il y a un potentiel
fantastique dans tous ces territoires. Mais on ne peut pas s'attendre que des
employés aillent dans ces endroits où ils n'ont pas le
nécessaire, où ils n'ont pas certaines conditions d'environnement
ou de qualité de vie. Peut-être est-ce parce qu'on est un peu trop
gâté ici. On est habitué à trop. Mais quelqu'un qui
habite à Montréal, à Québec ou dans d'autres
régions, cela lui prend plus que seulement un salaire
supplémentaire pour l'inciter à aller dans ces endroits.
Dans ce domaine, le gouvernement pourrait faire beaucoup pour
améliorer la qualité de vie dans le Grand Nord, pour rendre plus
facile l'embauche de ces employés, pour rendre meilleure la
qualité de l'environnement de travail, la qualité de
l'éducation. Ce sont toutes des mesures que le gouvernement pourrait
prendre non seulement pour améliorer le sort de ces individus, mais pour
rendre plus encourageant le développement de ces régions.
Par exemple, dans le domaine de l'éducation, il y a beaucoup de
personnes qui se plaignent que parmi les artisans, les techniciens dans
l'industrie minière, 70% de ces gens ont 50 ans et plus. On craint qu'il
n'y ait pas assez de gens qui sont entraînés. Je parle au niveau
artisan, au niveau technique, pas au niveau universitaire. Par exemple, en
Ontario, il y a
Haileybury College, où des gens peuvent obtenir un diplôme
de techniciens dans les mines. Alors, cela fournit une main-d'oeuvre. Quand la
main-d'oeuvre est là, les compagnies peuvent plus facilement
entreprendre des travaux. Je crois que le gouvernement devrait
sérieusement penser à améliorer le secteur de
l'éducation dans le Grand Nord pour tenir compte des besoins de
l'industrie et des besoins de ces régions.
M. le Président, ce sont les recommandations que nous faisons au
gouvernement pour améliorer le développement minier. Les
recommandations se font à deux niveaux: au niveau économique sur
la question des infrastructures, la question d'incitation fiscale, et les
recommandations se font aussi pour l'amélioration de la qualité
de vie dans ces endroits. Il ne faut plus qu'on reproduise des Belmoral. Le
gouvernement a une responsabilité. Il pourrait mettre plus de pressions
sur les compagnies pour améliorer les mesures de sécurité
et la façon dont elles opèrent. Ce sont des choses qu'on doit
prendre en considération quand on présente un projet de loi comme
celui de SOQUEM.
En conclusion, M. le Président, nous nous interrogeons vivement
sur certains aspects du projet de loi, car il traduit une philosophie dirigiste
dont l'inefficacité n'est plus à prouver, on l'a vu dans les
quatre dernières années, l'inefficacité de cet aspect
dirigiste du gouvernement de tout contrôler, à l'exclusion de tous
les autres, dans des domaines où il n'a pas vraiment la
compétence et où aucun gouvernement n'a la compétence.
Nous proposons que l'État ne doit pas se substituer aux
entrepreneurs, ce qu'il fait très mal, mais aménager les
structures nécessaires au plan fiscal infrastructurel et
législatif pour faciliter "l'entrepreneurship" individuel. On veut
promouvoir "l'entrepreneurship" québécois, le gouvernement peut
le faire. Alors, au lieu de se diriger vers l'accomplissement de ces
tâches de base qui lui imcombent, le gouvernement nous offre un projet de
loi qui ne fera qu'aggraver la situation présente, sans
bénéfice tangible pour les contribuables qui devront payer des
déficits encore plus élevés, et sans
bénéfices pour le secteur minier qui n'est pas prêt
à s'accommoder ou qui n'est pas prêt à accepter certaines
déclarations ou mesures que le ministre prend. (17 h 20)
M. le Président, nous allons voter pour le projet de loi en
deuxième lecture parce qu'il faut légaliser la situation
actuelle. Mais notre conseil au gouvernement serait de remettre le projet de
loi sur la table de travail afin qu'il satisfasse aux normes habituelles qui
régissent les sociétés d'État. Sur le plan
politique, cessez, enfin, d'intervenir partout alors que vous n'avez ni les
moyens ni l'expertise. Merci.
Le Vice-Président: Merci, M. le député. M.
le député de Nicolet-Yamaska.
M. Serge Fontaine
M. Fontaine: M. le Président, le projet de loi que l'on
étudie présentement comporte des changements majeurs parce que
SOQUEM, une fois que ce projet de loi aura été adopté,
n'aura plus le même visage. Elle n'aura plus le même visage parce
que le conseil d'administration, en particulier, aura été
changé, son mandat également, ses rapports avec le gouvernement
aussi. Tout cela aura subi des transformations majeures.
Avant de commencer l'analyse des projets futurs de la
société d'État, projets qu'elle pourra entreprendre
à la suite de l'injection de fonds énormes que lui apporte ce
projet de loi, je veux insister, M. le Président, sur le contrôle
du Parlement et du gouvernement sur cette société d'État.
Là-dessus, je diffère peut-être un peu d'opinion avec le
collègue qui m'a précédé puisque, quant à
nous, nous voudrions, bien sûr, que, le gouvernement ait plus de
contrôle sur les sociétés d'État, mais qu'il ait
aussi, par la même occasion, la possibilité de donner aux
parlementaires que nous sommes le pouvoir de se pencher sur les mandats qui
sont confiés aux sociétés d'État.
L'action politique et parlementaire menée par les
députés de l'Union Nationale sur le parquet de cette Chambre et
en commission parlementaire, depuis le mois d'octobre 1978, a été
d'exiger de la part du gouvernement de resserrer les liens et les
contrôles sur ces sociétés d'État. Le chef de
l'Union Nationale avait alors présenté une motion que je me
permets de lire: "Que les membres de cette Assemblée demandent la
convocation immédiate de la commission de l'Assemblée nationale
en vue d'étudier les meilleurs moyens à prendre pour donner aux
députés un droit de contrôle et de surveillance plus
efficace sur le fonctionnement et la performance des sociétés
d'État québécoises." Cette motion fut débattue
pendant deux mercredis consécutifs et, après un amendement mineur
par le ministre délégué à l'Énergie, M. Guy
Joron, elle a été adoptée à l'unanimité des
députés présents.
La commission parlementaire de l'Assemblée nationale
siégea à deux reprises par la suite, soit le 30 novembre 1978 et
le 14 décembre 1978, pour aboutir, à la fin, à la
création d'une commission de l'Assemblée nationale ayant le
mandat suivant: "Qu'une commission composée de membres de chaque
formation politique soit créée pour étudier la
création d'une commission élue permanente des
sociétés d'État pourvue du support technique
nécessaire et que cette commission soit convoquée d'ici la
prochaine session pour étudier toute proposition relative à cette
question et faire des recommandations sur le mandat et les pouvoirs qui
seraient confiés à cette nouvelle commission élue
permanente ainsi que l'aide technique nécessaire à son bon
fonctionnement."
M. le Président, cette commission a siégé et elle a
même fait rapport dernièrement.
Nous avons aussi présenté une motion de censure en
décembre 1978 pour blâmer le gouvernement au sujet des
activités de Marine Industrie à cette époque. Je pense que
ces débats constituent une illustration complète de
l'intérêt que notre formation politique a porté, dans les
faits et au jour le jour, aux activités, au fonctionnement et à
la performance de nos sociétés d'État
québécoises.
J'omets, M. le Président, la série de questions que nous
avons posées au ministre responsable des différentes
sociétés. Revenons plutôt à l'analyse du projet de
loi no 1 que nous
avons à étudier présentement.
Comme dans le cas d'autres sociétés d'État, le
projet de loi no 1 accorde au ministre responsable le pouvoir d'émettre
des directives à ses sociétés. Notre formation politique
est d'accord avec ce pouvoir. Il implique la reconnaissance dans la loi que le
gouvernement et le Parlement sont responsables de leurs décisions et de
celles des sociétés d'État face aux contribuables
québécois.
On connaît les aventures dans lesquelles plusieurs
sociétés d'État se sont lancées et les
déficits énormes qui pèsent encore lourd sur chaque
contribuable québécois. Nous croyons que le pouvoir de directives
permettra d'éviter d'autres mésaventures et d'autres
déficits si le ministre responsable joue bien son rôle. Certains
diront que ce pouvoir de directives risque de nuire au développement
harmonieux de SOQUEM, par exemple, qu'il risque d'avoir pour conséquence
l'ingérence du gouvernement dans la gestion quotidienne de la
société. Nous pensons que ce danger pourra être
évité si l'on amende la loi en obligeant le ministre responsable
à déposer devant l'Assemblée nationale toutes les
directives qu'il émettra sur le développement de SOQUEM. On
pourrait même demander au ministre de faire en sorte qu'une commission
parlementaire soit tenue chaque fois qu'il aura des directives à
émettre à l'endroit de SOQUEM. Un débat, autour des
directives émises par le ministre responsable, permettrait
d'éviter le danger que certains auraient prévu. Pour assurer les
appréhensions de certains, il faudrait donc amender la loi pour qu'avec
le dépôt de ces directives, les documents pertinents justifiant la
décision du gouvernement soient déposés en même
temps. Ainsi, le public sera sur quoi la décision gouvernementale est
basée, et l'Opposition aura alors les instruments nécessaires
pour faire son travail de surveillance vis-à-vis des actions
gouvernementales.
À propos du plan de développement, notre parti se
réjouit de l'introduction de cette notion dans la loi constituant
SOQUEM. Il s'en réjouit, car c'est par son action que, depuis 1977, le
gouvernement a été forcé d'introduire de tels
amendements.
Comment a-t-il été possible que pendant dix ans, pendant
douze ans et parfois même pendant quinze ans, ces sociétés
aux budgets énormes n'aient pas eu à produire un plan de
développement économique, un plan de développement de
leurs objectifs, à court et à long terme? C'est cependant
malheureux, M. le Président, que le présent gouvernement ait pris
quatre ans avant de se décider à introduire dans les lois des
sociétés d'État de tels contrôles
gouvernementaux.
Les avantages sont énormes d'avoir un plan de
développement. Il force la direction de l'entreprise à faire le
point sur son avenir, à s'interroger sur ses possibilités et ses
moyens, à faire le bilan de son activité passée et surtout
à assurer le gouvernement et le public du résultat que l'on doit
attendre de cette société au cours des années à
venir.
Il est apparu que le simple dépôt du rapport annuel ne
suffit pas pour connaître les travaux et surtout les projets des
sociétés d'État. Naturellement, selon nous, ce plan de
développement doit aussi faire l'objet d'un dépôt à
l'Assemblée nationale sinon l'objectif que ce moyen visait ne serait
atteint qu'en partie.
(17 h 30)
Voilà pourquoi le gouvernement devrait amender le projet de loi
qu'il nous propose dans le sens que je viens d'indiquer, afin de permettre un
contrôle de l'Assemblée nationale et un droit de regard de
l'Assemblée nationale sur les projets de développement des
sociétés d'État. On devrait donc même aller
jusqu'à soumettre ces projets de développement à la
commission de l'Assemblée nationale que nous avons créée
à cet effet.
M. le Président, je voudrais maintenant aborder un second point
important, soit la modification du mandat de SOQUEM. Le gouvernement, depuis
son arrivée au pouvoir, a toujours modifié les mandats des
sociétés d'État pour leur donner plus de
responsabilités, plus de travaux, plus de projets à couvrir. Un
seul cas a fait exception, c'est la sidérurgie SIDBEC qui, faut-il le
rappeler, a une bonne pente à remonter puisqu'elle accuse encore cette
année $22,000,000 de déficit.
Ceci dit, SOQUEM aussi voit son budget élargi. Les
activités de SOQUEM justifient-elles un élargissement de son
mandat? Voilà la question importante que l'on doit se poser et qui doit
nous permettre de savoir si l'injection de nouveaux fonds se justifie. En
passant, il est intéressant de noter que ce que le projet de loi
prévoit, c'est une injection de nouveaux fonds de $36,000,000. C'est
donc une question importante. Mais avant de répondre à cette
question, je voudrais faire une remarque importante. Je trouve fort curieux, M.
le Président, qu'une société d'État qui a un mandat
défini par une loi adoptée à l'Assemblée nationale
transgresse ou ait transgressé la loi qui l'a constituée depuis
plusieurs années. Je prends un exemple, c'est celui de la recherche.
Depuis le début de ses activités, SOQUEM affecte environ 3% de
son budget à la recherche. Pourtant, la loi qui l'a constituée ne
mentionne aucunement les pouvoirs de la société d'État en
ce domaine. La société SOQUEM n'a aucun mandat concernant la
recherche. On peut se demander si SOQUEM a d'autres activités où
elle transgresserait son mandat. Et qu'a fait le gouvernement pour
empêcher cette situation? Est-ce qu'il le savait? Si oui, le gouvernement
n'a pas demandé à cette société d'État de
cesser ses activités. S'il ne le savait pas, on peut se demander quelle
sorte de contrôle exerce le gouvernement sur les activités de ses
sociétés. Le projet de loi vient tout simplement valider ou
autoriser des activités illégales de la société
SOQUEM.
Avant de terminer mon intervention, je voudrais aborder la question des
projets d'exploration. D'après les informations que nous avons obtenues
ce matin en commission parlementaire, SOQUEM a déjà entrepris ou
est sur le point d'entreprendre des recherches pour trouver des gisements au
niveau du cuivre, du zinc et pour d'autres métaux tels que l'uranium et
le niobium. Prenons l'exemple de la production du cuivre et du nickel. D'une
année à l'autre la demande fluctue. Alors, il est toujours
aventureux de vouloir investir dans l'une ou l'autre de ces productions.
Pourquoi, au lieu de vouloir embrasser la production et l'exploitation de tous
les métaux, SOQUEM ne décide-t-elle pas de concentrer ses
recherches et ses énergies dans quelques types de gisements plutôt
que de diversifier comme elle le fait présentement? Je pense que ceci
serait une excellente décision en
tant qu'investissement et, conséquemment, pour l'utilisation
rationnelle des fonds publics.
Nous avons peine à donner notre accord sur le projet de loi no 1
puisqu'il nous manque beaucoup d'information sur l'opportunité
d'augmenter entre autres le fonds social ou le capital, surtout si le ministre
ne donne pas son accord sur les amendements que nous venons de lui
suggérer. Ces amendements concernent le contrôle du Parlement et
du gouvernement sur les sociétés d'État.
Il nous apparaît essentiel de les adopter non seulement pour la
confiance que l'on portera aux activités de ces sociétés
publiques, mais aussi parce qu'elles favorisent l'accroissement du rôle
de l'Assemblée nationale. Depuis déjà plusieurs
années, M. le Président, à différentes reprises,
les députés de l'Opposition et de l'Union Nationale ont fait des
interventions répétées pour demander au gouvernement de
faire en sorte que les députés de l'Assemblée nationale
puissent avoir un meilleur contrôle sur les activités des
sociétés d'État. Déjà, certaines
démarches ont été faites pour qu'une commission
parlementaire de l'Assemblée nationale puisse examiner ces projets des
sociétés d'État. Mais avec le projet de loi qu'on nous
propose, s'il n'y a pas d'amendements qui sont adoptés, il n'y aura que
le gouvernement et le ministre responsable qui pourront donner des directives
et contrôler de la sorte les sociétés d'État.
Or, nous pensons que, si nous voulons que l'Assemblée nationale
joue un rôle dans ce contrôle, il faut qu'il y ait des amendements
de prévus à la loi pour permettre aux députés de
l'Assemblée nationale d'avoir l'occasion de se prononcer sur ce
contrôle, sur les projets de développement, sur l'avenir des
sociétés d'État et sur la façon dont ces
innombrables millions de dollars sont dépensés dans les
sociétés d'État du gouvernement du Québec. Si le
ministre veut bien accepter les propositions que nous lui faisons, nous
pourrons à ce moment-là donner notre accord au projet de loi qui
est proposé.
Le Vice-Président: Merci, M. le député. M.
le ministre de l'Immigration.
M. Gérald Godin
M. Godin: Merci, M. le Président. Dans les propos du
député de Mont-Royal, nous avons vu un très bel exemple,
un de plus d'ailleurs, de ce que j'appellerais le "Jell-O" libéral. Le
Parti libéral est devenu un parti dont la politique est, comme on dit
dans mon comté, en grec, "malakas", c'est-à-dire le parti de la
mollesse, un parti qui a un programme tellement élastique qu'il cherche
à l'étirer comme une peau de tambour ou une peau de cochon...
Une voix: Une peau de chagrin...
M. Godin: ...de manière à couvrir tout l'espace
possible. Le danger, avec les peaux de tambour, c'est qu'elles sont fragiles.
Je vais vous en donner quelques exemples.
Dans le domaine des mines, on a vu, par exemple, le député
de Mont-Royal, porte-parole officiel de son parti en l'occurrence, s'en prendre
au gouvernement en lui reprochant de favoriser l'intervention de l'État,
alors que SOQUEM a été fondée par le Parti libéral
en 1965, la dernière année d'existence du régime Lesage.
Nous ne faisons, au fond, que donner plus de moyens à SOQUEM. Mais le
Parti libéral a beaucoup changé depuis quelques années. Il
en est aujourd'hui rendu à vouloir couvrir tout le terrain de gauche
à droite.
Dans le domaine des mines, on peut donc se demander, après le
discours-fleuve du député de Mont-Royal si le Parti
libéral, le nouveau Parti libéral renouvelé est en faveur
de l'intervention de l'État québécois dans ce domaine
vital pour l'économie du Québec. On ne le sait pas. Il a fait
quelques suggestions pour l'amélioration mineure de SOQUEM, mais le
député de Mont-Royal a répété à
plusieurs reprises que l'État doit laisser la place aux autres, que, si
l'État intervient plus précisément, il empêchera
l'entreprise privée, l'initiative privée de se manifester et ce,
au détriment du développement minier dans le Québec.
Il ne faut quand même pas partir en peur, M. le Président.
La part de SOQUEM dans l'exploration au Québec ne compte que pour 13% de
l'ensemble. Premièrement, c'est vraiment un joueur des ligues mineures
face à ceux qui jouent avec nous. Deuxièmement, le
côté "malakas" du Parti libéral apparaît dans
d'autres secteurs et je m'en voudrais de ne pas les citer, parce que cela
illustre une mentalité, pour reprendre le mot du député de
Mont-Royal, cela illustre non pas une politique, mais l'art de ne pas avoir de
politique sur quelque sujet que ce soit.
Dans le domaine de la langue, des candidats libéraux à
Montréal promettent le libre choix, le retour au libre choix, pendant
que d'autres porte-parole du Parti libéral, quand ils changent de
public, promettent qu'il n'y aura pas le libre choix, que, dans le domaine de
la langue, nous en resterons là où nous en sommes. Certains
députés du Parti libéral favorisent la position Trudeau
sur la langue, que les nouveaux venus du Commonwealth anglophones auraient
droit au libre choix. (17 h 40)
M. Lamontagne: Question de règlement, M. le
Président.
Une voix: Cela fait mal, n'est-ce pas?
M. Lamontagne: Cela ne fait pas mal, mais il s'agirait de
demander la suspension de l'étude du projet de loi.
Le Président suppléant (M. Lacoste): Je demanderais
au...
M. Lamontagne: II y a la langue et l'exploitation
minière.
Le Président suppléant (M. Lacoste): La parole est
au ministre de l'Immigration. Je lui demanderais de retourner à la
pertinence du débat sur la deuxième lecture de ce projet de
loi.
M. Godin: M. le Président, j'ai écouté le
député de Mont-Royal tout à l'heure. Il a parlé du
budget du Québec. Il a parlé de quatre ou cinq sujets qui
n'avaient rien à voir avec la pertinence proprement dite de ce
débat, mais à titre d'exemple - et je ne fais que l'imiter en
l'occurrence; il est rare que j'imite un libéral, mais je pense qu'il
est important de faire le
point sur l'incohérence de ce parti et son talent depuis quelques
mois à vouloir couvrir de qauche à droite tous les aspects d'une
question - le zonage agricole. Le député de Brome-Missisquoi
est-il pour ou contre les spéculateurs? On ne le sait pas, M. le
Président. On attend encore de voir où ils vont se loger.
M. Paradis: M. le Président, question de
privilège.
Une voix: Ce n'est pas une question de privilège!
M. Paradis: Question de règlement.
Le Président suppléant (M. Lacoste): M. le
député de Brome-Missisquoi, question de privilège.
M. Paradis: Question de privilège. Si le
député n'est pas au courant de la position du
député de Brome-Missisquoi sur la question du zonage agricole,
cela a été mis devant la population à l'occasion de la
dernière campagne électorale: un zonage intelligent.
Le Président suppléant (M. Lacoste): À
l'ordre!
La parole est au ministre de l'Immigration.
M. Godin: Toujours à titre d'exemple, M. le
Président, l'assurance automobile. On les a vus voter contre.
Aujourd'hui, comme c'est un succès, ils n'en parlent plus. Par
conséquent, ils tentent de couvrir l'ensemble du terrain. Le Parti
libéral est devenu le parti du "Jell-O". Le député de
Mont-Royal a cité le déficit du Québec, $3,000,000,000. Il
a dit: C'est un scandale. Comment le Québec trouvera-t-il des fonds pour
financer SOQUEM en vertu du projet de loi no 1? Je lui répondrai
qu'à Ottawa il est de $15,000,000,000. Puisqu'il aime les chiffres per
capita, les Canadiens contribuables dont nous sommes sont endettés de
$200 de plus par Ottawa que par le Québec.
Des voix: Ah!
M. Godin: Par conséquent, si on veut comparer des
performances de gouvernements, le déficit du Québec est per
capita de $200 de moins que celui de vos amis d'Ottawa que vous ne critiquez
pas et pour cause! Vous êtes dans le même lit depuis quelques mois
et quelques années déjà.
Quant à l'intervention de l'État, M. le Président,
dans le domaine minier comme dans d'autres, nous agissons, comme bien des
gouvernements avant nous. Tous les gouvernements qui sont passés avant
nous sont intervenus dans le domaine de l'économie, que ce soit le
gouvernement Johnson ou que ce soit le gouvernement Lesage. Ils sont intervenus
là où ils croyaient qu'il le fallait pour le bien du
Québec. Le gouvernement de leur chef, M. Trudeau, a créé
Pétro-Canada, mais songe en plus à se doter, depuis quelques
mois, de moyens qui lui permettraient de racheter des puits de pétrole
actuellement contrôlés par des capitaux non canadiens, les sept
soeurs, les sept "majors", que connaît certainement bien le
député d'Outremont, mon nouveau voisin.
Par conséquent, M. le Président, nous croyons, à la
même chose que d'autres gouvernements avant nous, ailleurs sur la
planète, ailleurs au Canada. Je pense à la Saskatchewan avec sa
potasse; alors qu'une multinationale américaine d'origine exploitait la
potasse de cette province, le gouvernement de la Saskatchewan a
décidé qu'il était temps que cette potasse serve les
meilleurs intérêts de la Saskatchewan. Le gouvernement canadien
croit qu'il est temps que le Canada profite au maximum de son pétrole au
lieu de laisser les capitaux être exportés en dehors du Canada. Je
pense que c'est une bonne politique, et, s'il est un hommage qu'on peut rendre
au régime Trudeau depuis quelques années, c'est
précisément d'avoir créé Pétro-Canada parce
qu'un pays ou un État qui laisse partir ses richesses naturelles laisse
partir ses emplois. Un pays ou un État - et cela inclut le Québec
- qui laisse partir les profits que font les entreprises privées sur ses
richesses naturelles est un pays qui se laisse violer de ce qui lui est le plus
cher, parce que ce sont des ressources non renouvelables. Par
conséquent, c'est ce qu'il y a de plus précieux dans un pays.
Nous attendons encore les suggestions concrètes de l'Opposition
libérale à l'égard de SOQUEM, à l'égard de
l'intervention de l'Etat. On se promène en balançoire du
côté libéral. On ne sait pas où on s'en va.
Je poserai aux libéraux la question que les canards du lac Brome
posent à leur nouveau député: Quand? Quand? Quand? Quand
la politique, M. le Président? Quand est-ce qu'on va l'avoir, la
politique libérale sur l'intervention de l'État dans le domaine
minier? Quand est-ce qu'on va l'avoir, la politique libérale?
Le Vice-Président: S'il vous plaît! À
l'ordre! J'aimerais simplement vous rappeler que, depuis que le débat
est commencé, il me semble qu'on a laissé parler les
intervenants. Je demanderais qu'on laisse parler l'intervenant qui actuellement
a le droit de parole. Je ferai remarquer à ceux qui n'ont
peut-être pas l'habitude de cette Chambre, pour le moment, qu'on ne doit
pas interrompre, en vertu de l'article 100, une personne qui parle.
M. le ministre de l'Immigration.
M. Godin: Merci, M. le Président. Je me rends compte que
mes propos les ennuient certainement par leur justesse. Il y a une autre chose
qu'il faut dire aussi. Dans le passé, quand le Parti libéral
engageait des experts, c'était pour que les coûts augmentent. On
l'a vu aux Jeux olympiques. À même les augmentations de
coût, il y avait des cadeaux pour ce parti, cadeaux encore dans les
caisses du parti. Tandis que nous, quand on engage des experts - et on l'a vu
dans le cas de la Société d'habitation - c'est pour diminuer les
coûts. $2,500,000 de moins à la SHQ. Tandis que les Jeux
olympiques, c'est parti de l'impossibilité pour un homme d'être
"enceinte" -vous souvenez-vous de celle-là? - à un coût de
$1,500,000,000 et à un déficit de $1,000,000,000. À
même ce déficit, par ailleurs, $700,000 pour le Parti
libéral, qui dorment encore dans les caisses de mon ami, le
député de Charlevoix, un homme honnête qui ne doit pas
dormir sur ses deux oreilles souvent quand il pense à ces $700,000.
Le Vice-Président: S'il vous plaît! M. le ministre,
j'aimerais qu'on revienne à la pertinence du oébat. Avant de vous
donner votre droit de parole, cependant, le député de Charlevoix
aurait une question de privilège.
M. Mailloux: M. le Président, je pense que l'honorable
député a relié le nom du député de
Charlevoix à la caisse ou à des cadeaux venant des Olympiques. Je
regrette infiniment. Je ne sache pas d'aucune façon avoir
bénéficié d'aucun cadeau venant des sommes versées
par des supposées personnes aux Olympiques. En terminant, je dirai
simplement au député qu'il regarde les coûts
supplémentaires de Munich trois ans après et il verra,
évidemment, pourquoi les coûts des Olympiques ont
été tellement élevés.
Le Vice-Président: M. le ministre de l'Immigration.
M. Godin: M. le Président, c'est la première fois
qu'après avoir qualifié un homme d'homme honnête il fait
une question de privilège là-dessus! Je lui rendais hommage, M.
le Président, en disant qu'il était peut-être le Ali Baba
de ce parti. Non, je ne parlerai pas de la caverne olympique. La pertinence,
effectivement, j'y reviens, M. le Président.
Ce que tous les gouvernements du Québec avant le nôtre,
à quelques exceptions près, ont tenté de briser, M. le
Président, dans le domaine des richesses naturelles, c'était ce
qu'on pourrait appeler un "pattern" presque colonial, où l'argent des
autres servait à exploiter et à explorer les richesses des
Québécois. Le développement, c'était les autres qui
le faisaient. Les profits, c'était les autres qui les faisaient. Les
emplois, c'est les autres qui les avaient. Le "know-how" dans le domaine du
génie minier, c'était les autres qui l'acquéraient ici au
Québec. Ce n'est que depuis quelques décennies que le
Québec a commencé à produire, grâce à des
politiques d'intervention de l'État dans ces domaines, ses propres
cerveaux et ses propres génies dans ce domaine. (17 h 50)
C'est la raison pour laquelle nous avons l'intention de permettre
à SOQUEM d'autofinancer ses recherches en exploration, tout simplement.
J'entendais tout à l'heure le député de Mont-Royal
reprocher au gouvernement du Québec actuel les profits nouveaux de
SOQUEM. Il a dit: II y a des profits parce qu'il y a un changement dans les
manières de calculer. Mais la note 10, qu'il n'a pas citée au
complet, à la page 21 du rapport de SOQUEM, est très claire
là-dessus. C'est que même si nous avions conservé
l'ancienne manière de calculer, dont je parlerai plus tard, les profits
auraient quand même été de $10,000,000, l'an dernier. Le
revenu extraordinaire aurait été de $14,000,000. $10,000,000 de
profits et $14,000,000. C'est à la page 21, M. le député
de Mont-Royal, mais vous ne lisez que ce qui vous intéresse.
Le deuxième point, M. le Président, la raison pour
laquelle on a modifié la manière de calculer, c'est comme si,
dans le domaine de l'exploration, un citoyen achetait une maison et, au lieu
d'étaler le paiement de sa maison dans son budget à chaque
année où il paie des hypothèques, l'imputait la même
année au complet sur son budget. Il serait stupide, il ne serait pas
intelligent. Le gouvernement n'a fait, au fond, qu'appliquer des règles
élémentaires des budgets des familles, pas plus que cela.
Le député de Mont-Royal, l'expert - je voyais son
concurrent, le nouveau député d'Outremont qui s'attendait
peut-être à avoir l'occasion de devenir le porte-parole officiel
du "shadow cabinet", le cabinet ombrageux de l'Opposition, le "shallow et
shadow cabinet"... Ce qui m'a le plus étonné dans les propos du
député de Mont-Royal, c'est quand il a reproché au prix de
l'or d'augmenter. Il a dit: Le gouvernement est rendu qu'il fait de la
spéculation sur l'or, cela n'a pas de bon sens, c'est inacceptable. Un
peu comme si l'Alberta, parce que le pétrole augmente, devait s'en
retirer et ne plus en bénéficier. Un peu comme si les pays
arabes, au moment où ils contrôlent leur pétrole et
où ils le vendent à des prix qui leur permettent de se
développer enfin, se disaient: Cela augmente, on devrait se retirer de
ce secteur.
Dans le passé, quand un secteur minier était en
difficulté - je pense au cuivre, il y a quelques années - le
gouvernement du Québec, de manière à assurer les emplois
dans ce secteur, est venu en aide temporairement dans ce domaine aux
entreprises qui étaient touchées. Dans le domaine de l'or,
où les prix augmentent, il faudrait s'en retirer parce que cela va tout
seul. Mais c'est absolument aberrant. Comment pouvons-nous aider des secteurs
qui vont mal si on se retire de ceux qui vont bien?
Je pense que ce que le député de Mont-Royal souhaite, au
fond, puisque le Parti libéral n'est pas encore branché,
là comme ailleurs, par rapport à l'intervention de l'État,
c'est que le Québec, le gouvernement se serve des impôts des
citoyens pour fournir des béquilles aux entreprises qui vont mal. Des
béquilles à ceux qui vont mal, mais là où ça
va bien, on devrait se retirer. C'est une position qui me semble aller à
l'encontre des intérêts des citoyens du Québec, des
contribuables du Québec qui, eux, ont investi via les gouvernements
précédents dans SOQUEM depuis des années, dans l'espoir
qu'un jour cela deviendrait rentable. J'entends le député de
Mont-Royal nous dire aujourd'hui: Là, on est rentable; il faudrait s'en
retirer; il ne faudrait pas que le gouvernement spécule...
M. Ciaccia: M. le Président, question de
privilège.
M. Godin: ...sur l'or. C'est bien ce qu'il a dit, M. le
Président.
M. Ciaccia: M. le Président.
Le Vice-Président: S'il vous plaît! M. le
député de Mont-Royal, vous connaissez le règlement autant
que moi. À la fin du discours du ministre, vous aurez l'occasion de vous
reprendre en vertu de l'article 96.
M. le ministre de l'Immigration.
M. Godin: M. le Président, je me demande s'il y a eu un
discours plus souvent interrompu que le mien, depuis quelques semaines ici.
Une voix: C'est parce qu'il est bon.
M. Godin: C'est peut-être parce que la vérité
les choque. Je voudrais vous citer, M. le Président, ce qu'on pourrait
appeler la bible du secteur minier au Canada, The Northern Miner. Il y a un peu
plus d'un an, dans un article qui s'intitulait: "New vitality in Quebec
mining", "Vitalité nouvelle dans le domaine des mines au Québec".
Les nouvelles mines sont développées, les vieilles mines sont
rouvertes en nombre impressionnant, dit le Northern Miner spécialement
dans le "North Western Quebec", c'est-à-dire la région de mon
collègue, le député d'Abitibi, où l'industrie dans
son entier passe par une période de pleine vitalité. "Ceci -
conclut le journal - est en contraste frappant avec la léthargie et
l'état stagnant du domaine minier en Ontario".
Mon collègue le ministre de l'Énergie et des Ressources
m'en voudrait de ne pas citer la phrase qui le touche personnellement: "Le
nouveau ministère des mines est dirigé par un très
populaire et jeune ingénieur minier, Yves Bérubé."
Une voix: Bravo!
M. Godin: Je termine là-dessus, M. le Président. Je
termine là-dessus.
Le domaine minier au Québec a connu une expansion
considérable depuis que nous sommes au pouvoir. Une des raisons, c'est
la compréhension du secteur par le ministre et les politiques fiscales
du ministre des Finances qui ont permis aux Canadiens et aux
Québécois - surtout aux Québécois - d'investir dans
des actions minières au Québec et de déduire ces
investissements de leurs impôts.
Merci beaucoup.
M. Ciaccia: M. le Président, en vertu de l'article 96, le
ministre de l'Immigration m'a accusé d'avoir dit que je reprochais
à SOQUEM d'avoir fait un profit sur l'or et que SOQUEM devrait se
retirer de ce domaine. C'est absolument faux. J'ai dit, pour expliquer les
propos du ministre de l'Énergie et des Ressources qui nous a dit qu'il y
avait maintenant un profit, que la raison pour laquelle ce profit existe, c'est
parce qu'il y a eu de la spéculation sur l'or; c'est l'explication du
profit, mais le fait demeure qu'il y avait une perte de $31,000,000 dans les
opérations.
Deuxièmement, le ministre de l'Immigration a induit la Chambre en
erreur...
Le Vice-Président: M. le député, je
m'excuse. La première était en vertu de ce que vous, dans votre
discours, aviez dit en regard de ce que le ministre de l'Immigration a dit.
Vous aviez, en vertu de l'article 96, le pouvoir de le clarifier.
Quant à l'autre partie, c'est en regard de ce que vous
prétendez être, de la part du ministre, une façon d'induire
la Chambre en erreur. Je pense que vous avez d'autres collègues qui vont
intervenir sur le projet de loi et cela pourrait être rectifié
à ce moment-là.
M. Ciaccia: Question de règlement, M. le
Président.
Le Vice-Président: M. le député de
Mont-Royal, sur une question de règlement.
M. Ciaccia: J'invoque encore l'article 96. Le ministre m'a
accusé de ne pas avoir lu la page 21 quand j'ai cité qu'il y
avait un déficit de $31,000,000 et le ministre a dit que j'aurais
dû lire la page 21. J'ai lu la page 21 et je voudrais porter à
l'attention du ministre que même avec la page 21, les nouveaux, le
bilan... Ce n'est pas une interprétation, il m'a prêté des
propos que je n'ai pas dits. Le déficit est encore de $3,000,000,
même après avoir lu la page 21. Il n'y a pas de profit sur cette
page-là.
Le Vice-Président: Merci, M. le député. M.
le député de Rouyn-Noranda.
M. Samson: Je voudrais demander la suspension du
débat.
Le Vice-Président: Est-ce que cette motion de suspension
du débat est adoptée? Adopté. M. le leader adjoint du
gouvernement.
M. Bertrand: Nous reviendrons à 20 heures pour continuer
de faire l'éloge du ministre des Richesses naturelles.
Le Vice-Président: Suspension des travaux jusqu'à
20 heures.
(Suspension de la séance à 18 heures)
(Reprise de la séance à 20 h 13)
La Vice-Présidente: À l'ordre, s'il vous
plaît!
Veuillez vous asseoir.
C'est la reprise du débat sur la motion de M. le ministre de
l'Énergie et des Ressources proposant que soit maintenant lu la
deuxième fois le projet de loi no 1, Loi modifiant la Loi sur la
Société québécoise d'exploration minière.
C'est M. le député de Rouyn-Noranda qui avait demandé la
suspension du débat.
M. Camil Samson
M. Samson: Merci, Mme la Présidente. Dans les
années cinquante, lorsque j'ai eu l'occasion de participer à des
équipes de relevés techniques de prospection dans la
région d'Aiguebelle, dans la région de Destor, dans la
région de Cléricy, dans la région de Miquelon, je n'aurais
jamais cru dans ces années-là que 20 années plus tard,
pour ne pas dire 25, quelqu'un serait venu nous suggérer en cette
Chambre que l'exploration minière avait en quelque sorte commencé
avec la venue au monde de la compagnie d'État SOQUEM et surtout
s'était intensifiée avec le Parti québécois. Il est
important de se rappeler que j'ai l'honneur de représenter une
région minière et que les premiers prospecteurs qui ont fait des
découvertes de mines et les premières mines qui ont vu le jour
n'ont pas été après la venue au monde de SOQUEM, mais, au
contraire, passablement avant. C'est dans les années vingt.
Ce que nous sommes à même de discuter aujourd'hui, c'est le
fait qu'il y a une société d'État qui existe maintenant
depuis 1965, qui a été créée avec un fonds de
$15,000,000, société dont le fonds a augmenté à
$21,500,000, si je ne
me trompe, vers l'année 1971, qui a augmenté encore une
fois à $45,000,000, en 1973 et qui a augmenté à nouveau, a
$89,000,000, en 1977. En 1980, on nous demande d'augmenter cela à
$125,000,000, donc, une tranche pour les Fêtes de $36,000,000, un cadeau
à peu près ordinaire pour toutes les familles qui peuvent se
payer cela, Mme la Présidente.
Ce qui s'affronte dans ce débat, sans que cela ressorte d'une
façon aussi claire que je le vois, ce sont des idéologies un peu
différentes quant à savoir si le développement,
l'exploitation et la transformation minière doivent se faire par
l'entreprise de l'État ou doivent pouvoir continuer à se faire
par l'entreprise privée, et de préférence par l'entreprise
privée. Or, bien sûr, du côté gouvernemental,
certains nous disent qu'il y va là d'un développement normal et
que c'est pour permettre à des Québécois de prendre
davantage part à cette vie minière, alors que d'autres orateurs
vont un peu plus loin au fond de leur pensée et disent que c'est la
seule ou pratiquement la seule formule qui devrait exister. Autrement dit, il
paraît ou, en tout cas, il y en a qui prétendent que les
sociétés d'État ont fait des profits et d'autres qui
prétendent qu'elles n'en ont pas fait. De toute façon, qu'elles
en aient fait ou non, Mme la Présidente, un fait demeure: dans une
société, on a à choisir entre la formule qui est celle de
l'entreprise privée, de l'initiative libre et l'autre qui est celle de
l'entreprise d'État et de l'initiative non libre.
On l'a vu ce matin à la commission parlementaire quand le
ministre a fait savoir au président de SOQUEM, par-delà la barre
des témoins, qu'il était mieux de répondre dans le sens de
la pensée connue du ministre et que les membres de la commission
parlementaire ne devaient pas, et ne devaient surtout pas poser des questions
au président de SOOUEM qui pourraient amener celui-ci à
développer une pensée qui risquait d'être contraire
à celle du gouvernement. Ceci dit, Mme la Présidente, nous en
avons conclu que le ministre avait une peur bleue que les représentants
de SOQUEM disent le fond de leur pensée, sachant à l'avance que
celui-ci aurait pu être en contradiction avec le fond de la pensée
du ministre, ce qui a amené ce dernier à poser un geste que je
considère, Mme la Présidente, comme un précédent
dans nos annales parlementaires. Aucun ministre n'a jamais tenté
d'intimider, au-delà de la barre des témoins, des
représentants que nous avions invités et qui sont invités
par l'Assemblée nationale et non pas par le ministre.
Je suis de ceux qui étaient d'accord avec le mandat de SOQUEM,
celui qui existait, à savoir l'exploration minière, pour
participer à la mise en valeur de certaines découvertes. Mais je
trouve que dans la loi, telle qu'elle nous est présentée
aujourd'hui, avec cet élargissement du mandat que le ministre veut se
donner, à savoir qu'à partir de maintenant, si cette loi est
acceptée comme telle, la recherche, la mise en valeur, l'exploitation et
la transformation de substances minérales pourront être au menu de
la compagnie d'État. (20 h 20)
Je voudrais, Mme la Présidente, faire valoir qu'à mon sens
les compagnies d'État ne doivent pas être là et exister
pour remplacer le développement de style libre entreprise qui existe et
qui est capable de continuer. Une compagnie d'État, cela se justifie,
dans notre système, dans la proportion où il y a un besoin
à combler, qui n'est pas comblé par la libre entreprise.
Nous savons tous, contrairement à ce qui a été
affirmé cet après-midi, que les découvertes et les mises
en exploitation qui se sont faites dans le passé - et cela remonte
à 1920 environ -n'ont pas attendu la venue de SOQUEM, contrairement
à ce que le ministre a prétendu cet après-midi. Je me
rappelle son discours et je voudrais rectifier certains faits.
Le ministre a prétendu, cet après-midi, que dans son
exploration, SOQUEM avait eu la chance de faire des découvertes
minières à très bon marché, contrairement à
l'entreprise privée, ce qui expliquerait, paraît-il, la
possibilité de faire des profits pour cette corporation de
l'État. Je reprends une partie du discours prononcé par le
président de SOQUEM devant l'Association des prospecteurs du
Québec, le 20 novembre 1980. Il nous parle justement de ces nouvelles
découvertes. Il s'agit de - le ministre l'a rappelé cet
après-midi en mentionnant les noms que je vais mentionner - la
Rouyn-Merger, qui indique des réserves s'élevant à 450,000
tonnes de minerai, titrant 0,17 once à la tonne. Or, je souligne
respectueusement au ministre que si cela fait partie des découvertes
qu'il a calculées à $4,000,000 par découverte,
comparativement à quelque $30,000,000, disait-il, pour l'entreprise
privée, la Rouyn-Merger n'est pas une découverte récente.
C'est une ancienne mine qui avait dû fermer ses portes, parce que le prix
de l'or était tombé trop bas. C'est aussi simple que cela.
Il a mentionné également l'ancienne Chimo, située
à 20 milles à l'est du concentrateur de la division Manitou de la
société Louvem. C'est encore là la même chose, Mme
la Présidente. Ce n'est pas une découverte récente, mais
bien la remise possible en exploitation d'une mine qui existait
déjà. Il a continué en parlant de la Hosco. La Hosco et la
New Hosco, quand j'étais petit qars, c'était une mine qui
était en exploitation, qui a été fermée, parce que
le prix de l'or a baissé et, bien sûr, il n'y avait pas là
rentabilité à ce moment. On continue en parlant de
Montauban-les-Mines et on se gargarise avec la mine Doyon. La mine Doyon, c'est
la Silverstack, avec une participation de SOQUEM.
Mais si c'est là le genre de découvertes à
$4,000,000 pièce, Mme la Présidente, je ne vois pas comment ce
gouvernement pourrait continuer à se gargariser dans ce sens.
On continue en nous disant qu'il y a de fortes possibilités
d'installer, après la découverte de six mines -
c'est-à-dire qu'il y en déjà quatre dans le moulin plus
deux autres - une usine d'affinage de l'or. Je voudrais vous souligner à
ce sujet qu'il y en une qui existe dans la province de Québec,
contrairement à ce que j'ai entendu ce matin quand on nous disait: II
faut aller à Toronto. Il y en a une qui existe. Elle appartient au
groupe Noranda.
Je voudrais souligner un passage de ce discours du président de
SOQUEM à Val-d'Or.
M. Bérubé: SOQUEM.
M. Samson: SOQUEM? Appelez cela comme vous voudrez. De toute
façon, c'est votre fiasco. Alors, je cite un court passage du
discours
du président: "Aussi, pour multiplier notre action, nous avons
lancé un projet pilote à Rouyn par lequel nous avons
formé, en association avec les frères Vézina, Exploration
Aiguebelle Inc. L'association des titres miniers Vézina et ceux du
capital SOQUEM nous ont permis de lancer cette compagnie qui sera, au cours de
1981, inscrite à une bourse canadienne, afin de permettre à ceux
qui veulent contribuer au développement minier de s'associer
indirectement à nous par le biais d'une société
publique."
Je pense que dans ce passage du discours du président de SOQUEM,
nous retrouvons le noeud du problème, Mme la Présidente. En
effet, depuis de nombreuses années, les prospecteurs, les compagnies
juniors réclament la possibilité d'un financement par le
truchement de la Bourse de Montréal, en passant par la Commission des
valeurs mobilières du Québec, en vue d'aller chercher du
capital-actions québécois afin d'exploiter des mines qui seraient
sous la responsabilité de Québécois et financées
par du capital québécois.
Or, je sais que le ministre a fait des efforts à ce sujet et je
le reconnais. Il a fait des efforts et nous retrouvons, dans certains rapports
de presse, que le ministre dévoilait trois hypothèses de travail.
Il a même suggéré une bourse minière. C'est, je
pense, reconnaître... C'est ce qu'on rapporte dans le journal La
Frontière du 26 novembre 1980.
M. Bérubé: Question de privilège.
La Vice-Présidente: Un moment, M. le député
de Rouyn-Noranda.
M. Samson: Je cite le journal, Mme la Présidente.
La Vice-Présidente: Un moment, s'il vous plaît! Le ministre
soulève ce qu'il appelle une question de privilège.
Une voix: Qu'il appelle.
La Vice-Présidente: M. le ministre de l'Énergie et
des Ressources.
M. Bérubé: Mme la Présidente, le
député de Rouyn-Noranda vient de m'attribuer des paroles alors
que j'étais absent. Je n'ai donc pas prononcé ces paroles. Il
s'agit d'hypothèses présentées par des fonctionnaires de
mon ministère qui sont en train d'élaborer toutes sortes
d'hypothèses possibles pour la solution et, par conséquent, que
l'on ne peut m'attribuer.
La Vice-Présidente: M. le député de
Rouyn-Noranda.
M. Samson: Mme la Présidente, je pensais que le ministre,
qui est un... Mme la Présidente, est-ce que j'ai la parole? J'ai
l'impression qu'il y a des...
La Vice-Présidente: Des échanges ont lieu de part
et d'autre de l'Assemblée.
M. Samson: ...et qui ne passent pas par vous.
La Vice-Présidente: Oui, M. le député de
Rouyn-Noranda, mais je ne croyais pas que cela vous empêchait de
parler.
M. Samson: C'est parce que je voulais avoir la...
La Vice-Présidente: J'espère que de chaque
côté de cette Assemblée on vous permettra de continuer
votre intervention.
M. Samson: Je voudrais avoir l'attention du ministre, madame,
vous avez compris pourquoi. Je voudrais avoir l'attention du ministre.
M. Bérubé: Mme la Présidente, le
député de Marguerite-Bourgeoys m'interrogeait et, effectivement,
j'ai été distrait quelques minutes, mais si le
député de Marguerite-Bourgeoys veut rester tranquille je vais
écouter le député, de Rouyn-Noranda.
La Vice-Présidente: S'il vous plaît.
M. le député de Rouyn-Noranda, vous avez la parole.
M. Samson: Je disais, Mme la Présidente, que je reconnais
la capacité technique du ministre et je croyais qu'il avait compris que
je citais un texte à partir d'un journal. Si ce texte n'est pas conforme
à ses prétentions, c'est son droit de dire que les journalistes
l'ont mal interprété et peut-être d'aller plus loin. De
toute façon, s'il ne veut pas la paternité de ces propos, nous
allons passer à un autre journal, Mme la Présidente, qui
s'appelle La Presse de Montréal, daté du 4 décembre 1980,
qui dit qu'il y a une opposition à la création d'une bourse des
ressources. "Les administrateurs de la Bourse de Montréal s'opposent au
projet de création d'une bourse des ressources mis de l'avant par le
ministre québécois de l'Énergie et des Ressources, M. Yves
Bérubé." Est-ce que ce journal est aussi menteur que l'autre?
M. Bérubé: Oui, Mme la Présidente. (20 h
301
M. Samson: Merci, Mme la Présidente. Or, dans un autre
journal qui s'appelle Finance, du 10 novembre 1980, on y retrouve à peu
près la même chose, mais on dit que c'est un autre ministre qui
devra faire face aux doléances des milieux financiers. Cela se rapporte
aux mêmes choses, aux mêmes propos, aux mêmes
problèmes, c'est-à-dire à cette impossibilité pour
les compagnies juniors, pour les prospecteurs de s'inscrire en Bourse à
Montréal alors que, comme je le disais la semaine dernière, je
crois, ces mêmes compagnies juniors, ces mêmes prospecteurs
trouvent beaucoup de facilité à s'inscrire en Bourse à
Vancouver. Donc, ils peuvent, le cas échéant, quand il n'y a
aucune possibilité d'aller chercher du financement dans la province de
Québec, faire affaire avec la Bourse de Vancouver. Certains m'ont dit
qu'en l'espace d'une couple d'heures ils avaient pu régler leur
problème, alors qu'en quelques mois ils n'avaient pu aboutir à
rien du côté de la Commission des valeurs mobilières du
Québec. Ce n'est pas pour rien qu'on retrouve, dans le journal Finance
du 10 novembre 1980, un titre qui dit ceci: La Bourse de Vancouver devient le
no 2. Les statistiques
boursières pour le mois d'octobre indiquent que le soleil se
lève à l'Ouest. La Bourse de Vancouver, particulièrement,
enregistre une vive recrudescence d'activités. Tandis que l'Alberta
Stock Exchange à Calgary se développe rapidement, Toronto et
Montréal sont en déclin. Cette évolution est bien
sûr liée à l'émergence de nombreuses compagnies
juniors dans le secteur des ressources naturelles. Certaines estimations vont
jusqu'à placer à 45% du total l'activité
enregistrée sur le compte des investisseurs étrangers. La Bourse
de Vancouver est donc décisivement en avance sur celle de
Montréal, avec en octobre 1980, un total de transactions valant
$577,200,000 contre seulement $321,300,000 à Montréal.
Mme la Présidente, ce que je rapportais la semaine
dernière est confirmé par le journal Finance qui, que je sache, a
de très bonnes sources d'information.
Je continue en soulignant que, lorsqu'on prétend qu'investir
à nouveau dans SOQUEM ça devient une possibilité d'aider
les prospecteurs, d'aider les compagnies juniors parce qu'ils ont la
crédibilité de la compagnie d'État, c'est là le
noeud du problème. Ce que veut faire le ministre aujourd'hui, c'est de
contourner en quelque sorte le problème pour que les compagnies juniors
privées, les prospecteurs indépendants ne puissent pas avoir
accès à un financement normal dans la province de Québec.
De toute façon, si je comprends bien, le gouvernement ne fait pas
d'effort de ce côté-là, mais, d'un autre côté,
il les amène dans son piège en disant: Venez chez nous, venez
vous associer et à ce moment-là vous aurez peut-être du
financement. C'est donc qu'on doit en déduire tout au moins que le
gouvernement, d'un côté, ne prend pas toutes ses
responsabilités pour faciliter le financement des compagnies
minières et surtout du capital québécois, et, de l'autre
côté, il vient à l'Assemblée nationale en fin de
session, tout bonnement, comme ça, nous demander $36,000,000 de
plus.
C'est, je pense, un très mauvais moment pour ce
gouvernement-là de venir à l'Assemblée nationale
réclamer des millions qui sembleraient ne pas avoir à être
utilisés maintenant et dans un certain autre cas, celui d'une autre
compagnie d'État que nous avons entendue ce matin, c'est pour des
projets très futurs et peut-être très lointains. On fait
cela, Mme la Présidente, au moment de la fin de la session, sous le
rouleau compresseur, au moment même où, à l'occasion d'un
dernier conseil national - c'est peut-être le dernier, parce que cela se
pourrait qu'il n'y en ait pas d'autres, si cela continue, comme ceux qu'ils ont
eus dernièrement - un journaliste recueillait ceci du ministre des
Finances. Remarquez bien ce qui est écrit. C'est dans le Devoir
d'aujourd'hui, le 8 décembre. "Rencontré dans les coulisses du
conseil national, un membre de l'entourage du ministre des Finances, M. Jacques
Parizeau, a indiqué que l'emprunt de $200,000,000 effectué par le
gouvernement du Québec à Londres ces derniers jours l'a
été au taux de 18,5% d'intérêt." Imaginez-vous, Mme
la Présidente, sur les $200,000,000 qu'on vient d'emprunter, on nous en
demande $36,000,000 pour SOQUEM et on nous en demande $120,000,000 pour SOQUIP.
Ces $200,000,000 vont coûter 18,5% d'intérêt, ce que vous
allez prendre à même le fonds consolidé de la province.
C'est à se demander si le moment choisi par le gouvernement n'est pas
plutôt choisi en fonction d'épater la galerie en vue des
prochaines élections provinciales, qui auraient dû avoir lieu
depuis longtemps et qui devraient normalement arriver dans le cours des
prochains mois; c'est à se demander si ce n'est pas plus pour
épater la galerie que pour réellement rendre des services
à la population.
Je voudrais également, Mme la Présidente, vous faire part
de certains points de vue qui ont été amenés par...
La Vice-Présidente: ... conclure.
Des voix: Consentement.
La Vice-Présidente: Votre temps est
écoulé.
M. Samson: Je conclurai, Mme la Présidente, en vous
faisant part non pas de ce que j'aurais aimé vous faire part, mais
peut-être d'une partie qui était...
La Vice-Présidente: En conclusion, M. le
député.
M. Samson: ... en février 1980, un discours fait à
l'Université Laval par le directeur général de
l'Association des mines de métaux du Québec. Il disait ceci,
faisant évidemment voir qu'il n'était pas trop satisfait des 25%
de la taxe sur les gains de capitaux, mais il disait en même temps: "La
Commission des valeurs mobilières, suite à certains scandales
dont le plus important implique un ancien président de la commission,
décide de resserrer tellement la réglementation pour la formation
de compagnies juniors d'exploration que, depuis 1973, aucune nouvelle compagnie
n'a été enregistrée à la Bourse de Montréal.
Présentement, la Commission des valeurs mobilières serait
prête à élargir quelque peu sa réglementation, mais
c'est maintenant la Bourse de Montréal, sous la présidence de M.
Robert Demers, qui résiste." Voilà ce que je voulais vous faire
comprendre. C'est que, ce que le ministre nous demande...
La Vice-Présidente: C'est terminé, M. le
député.
M. Samson: J'ai cru comprendre que j'avais son consentement. Je
ne l'ai pas?
La Vice-Présidente: M. le député,
malheureusement, le temps dont vous disposiez est déjà
dépassé.
M. Samson: Dans ce cas-là, Mme la Présidente, je
termine en disant qu'on ne réglera pas tous les problèmes avec ce
qui nous est présenté aujourd'hui; au contraire, le
problème de fond reste entier et, tant que le gouvernement n'aura pas le
courage de venir avec une autre loi qui concernera les valeurs
mobilières, on aura toujours le même problème sur le dos et
on n'aura pas la possibilité d'avoir du financement
québécois permettant à des compagnies juniors
québécoises d'agir dans le domaine minier.
La Vice-Présidente: M. le député de
Lotbinière.
M. Rodrigue Biron M. Biron: Mme la Présidente... Des
voix: ...
La Vice-Présidente: S'il vous plaît! M. le
député de Lotbinière.
M. Biron: ...je suis heureux de participer à cette
discussion sur le projet de loi no 1. Bien sûr, je vous dirai mes
raisons, mais il y en a une en particulier qui me rend très fier
d'être de ce côté-ci de la Chambre. J'ai critiqué, au
cours des dernières années, je suis intervenu à plusieurs
reprises afin que nos entreprises, nos sociétés d'État
soient bien administrées et deviennent profitables. Vous vous souvenez,
Mme la Présidente, qu'il y a quelques années seulement, à
peu près toutes les entreprises d'État au Québec, les
sociétés d'État étaient déficitaires. On
aurait juré que c'était un peu l'assistance sociale pour les
sociétés d'État. Cette année, on a dans les mains
ici les derniers états financiers de la compagnie SOQUEM. Dans les six
derniers mois, dans six mois d'activité seulement cette année, on
a déjà $11,000,000 de bénéfices nets avec SOQUEM.
On se diriqe vers une compagnie qui est plus que rentable, qui est même
plus que profitable. Donc, c'est une société d'État qui,
qrâce à la volonté du gouvernement, a réussi
à passer le seuil de cette rentabilité et à devenir une
des sociétés modèles au Québec pour sa
profitabilité.
Mme la Présidente, ce ne sont pas des chiffres qu'on cache
puisque cela fait aussi partie d'une de mes demandes d'il y a
déjà quelques années. Depuis au-delà d'un an, les
sociétés d'État au Québec fournissent des rapports
financiers trimestriels à l'actionnaire. Autrefois, vous vous en
souvenez, lorsque je suis arrivé en cette Chambre, cela prenait des
années et des années avant qu'on puisse mettre la main sur un
état financier. Aujourd'hui, nous avons en main l'état financier
qui se termine le 30 septembre 1980. On l'a eu à la fin d'octobre ou au
début de novembre, c'est-à-dire un peu plus de 30 jours en
retard, ce que toutes les bonnes sociétés privées font. En
fait, c'est une société d'État qui commence maintenant
à être très bien administrée. (20 h 40)
Je suis heureux aussi de parler sur ce projet de loi parce qu'on dit,
dans ce projet de loi, et c'est une des premières implications, en fait,
c'est un des premiers objectifs de la société: "Dans la
réalisation de ces objets, la société SOQUEM doit avoir un
objectif de rentabilité." On ne voyait pas cela autrefois, lorsqu'on
présentait une loi pour les sociétés d'État, quand
nos amis de l'Opposition officielle étaient au pouvoir. On ne demandait
pas à nos sociétés d'être rentables. On a maintenant
un objectif de rentabilité pour la société SOQUEM et,
d'ailleurs, pour toutes les autres sociétés d'État au
Québec, ce qui est vraiment encourageant pour l'avenir des
Québécois, les hommes et les femmes de chez nous qui voient
profiter leurs sociétés d'État. En plus, cette
société peut inciter les autres sociétés qui
oeuvrent dans le domaine minier à aussi participer avec nous au
développement économique du secteur des mines au Québec
d'une façon toute particulière.
Le projet de loi vise à permettre à SOQUEM de boucler la
boucle en l'autorisant à transformer les substances minérales, ce
qu'elle ne peut faire présentement. Jusqu'à aujourd'hui, SOQUEM
était intéressée à faire de la prospection et ne
pouvait faire de la transformation seule. Elle était obligée de
s'adjoindre d'autres entreprises, ce qui forçait souvent SOQUEM à
vendre à bas prix ce qu'elle avait pu trouver dans sa prospection.
Aujourd'hui, les hommes et les femmes du Québec vont pouvoir profiter
pleinement de ce que cette société d'État fera pour
eux.
Mme la Présidente, il faut aussi rappeler brièvement la
croissance spectaculaire de SOQUEM au cours des dernières années.
SOQUEM exploite présentement trois mines qui sont plus que rentables,
soit Louvem, Niobec et Doyon, et s'apprête à mettre en production
d'autres gisements dont celui des Îles-de-la-Madeleine, Seleine en
particulier. J'en traiterai un peu plus loin.
Ce qui est intéressant aussi quant à SOQUEM, c'est qu'elle
s'est associée au cours des dernières années avec 52
sociétés privées dans 111 programmes d'exploration. C'est
loin de vouloir enlever complètement les sociétés
privées, les entreprises privées du marché. Au contraire,
SOQUEM s'est associée avec ces sociétés privées
parce que ces petites et moyennes entreprises ne pouvaient procéder
seules. Elles avaient besoin d'aide. Et l'aide est venue d'une
société d'État qui s'appelait SOQUEM, qui s'est
associée avec des sociétés privées du
Québec, les petites et moyennes entreprises du Québec, pour
pouvoir faire de l'exploration et, ensuite, continuer à faire de la
transformation.
Ce qui est intéressant aussi dans l'histoire de SOQUEM, c'est
qu'on a formé un nombre impressionnant de Québécois dont
la compétence dans le secteur minier est maintenant reconnue partout.
Des génies, des cerveaux, on en a au Québec. Il s'agit tout
simplement que le gouvernement crée l'atmosphère
nécessaire à les développer, ces qénies, ces
cerveaux. C'est justement grâce à une société comme
SOQUEM qu'on a pu le faire dans le domaine minier et que le Québec est
si bien reconnu, si bien coté maintenant un peu partout, à
travers le Canada, l'Amérique du Nord et même à travers le
monde.
Mme la Présidente, j'ai dit quelques mots des
sociétés que SOQUEM exploite maintenant. Je voudrais en traiter
rapidement, mais en nommer quelques-unes. J'ai parlé tout à
l'heure de la mine Doyon. C'est une mine qui est située en Abitibi, dans
le Nord-Ouest québécois. Elle est devenue propriété
à parts égales de SOQUEM et de Silverstack. Aujourd'hui, la mine
Doyon, c'est une fierté pour les Québécois. Elle est en
voie de devenir la plus importante mine d'or au Canada. On n'a rien
quêté là-dessus, on a tout simplement fait de
l'exploration, on s'est associé avec l'entreprise privée de la
part de SOQUEM et on a réussi à faire en sorte - bien sûr
on a été un peu chanceux parce qu'on a exploré à la
bonne place, mais aussi parce qu'on avait des cerveaux, des génies
nécessaires pour le faire - que la mine Doyon soit maintenant en voie de
devenir la plus importante mine d'or au Canada. Les revenus
générés par cette exploitation permettent à SOQUEM
de regarder l'avenir avec beaucoup plus
de sérénité et d'être beaucoup plus hardie
vis-à-vis du développement futur du domaine minier.
Il ne faudrait pas craindre non plus d'affirmer qu'avec ce qui est
connu, SOQUEM peut faire un pas en avant maintenant. Le président nous a
même dit ce matin qu'au cours des prochaines années, SOQUEM va
participer au développement de six mines d'or dans les années
quatre-vingt.
Tout cela ensemble, déjà avec la mine Doyon, qui va
très bien, avec six autres mines d'or au cours des dix prochaines
années, on peut prévoir - c'est le président qui nous le
disait ce matin - que dans un avenir relativement court, nous aurons une
production suffisamment importante d'or au Québec, sous la direction de
SOQUEM, pour permettre de songer à nous doter d'une affinerie qui serait
située dans le Nord-Ouest québécois. Une affinerie, cela
sert justement à changer le résultat de la prospection, les
minéraux, en métal.
À l'heure actuelle, on est obligé d'envoyer les
métaux en Ontario pour les faire transformer, soit à Ottawa, soit
à Toronto, excepté le peu qui est transformé par Noranda.
À l'avenir, à cause de la décision d'une
société d'État, on pourra avoir notre affinerie au
Québec, dans le Nord-Ouest québécois, en particulier, et
justement faire affiner le métal précieux, l'or, chez nous, par
des gens de chez nous, par des hommes et des femmes de chez nous. Voilà
ce qui est tout à l'honneur d'une société d'État
qui veut marcher dans la bonne direction.
SOQUEM est aussi propriétaire d'une mine, qu'on appelle la mine
Niobec, dans le Saguenay-Lac-Saint-Jean. Les Québécois peuvent
être fiers aussi de cette mine, puisque c'est la deuxième en
importance parmi les producteurs mondiaux de niobium ou de columbium. C'est le
seul producteur canadien. C'est Niobec qui exploite depuis 1976 un gisement qui
a été découvert par SOQUEM en 1968, à
Saint-Honoré dans la région du Saguenay. C'est un métal
rare, parce qu'on le trouve seulement au Brésil, et au Canada à
l'heure actuelle. Niobec peut l'extraire et le vendre à un prix fort
important. C'est un apport économique pour nous et, surtout, c'est un
métal qui renforce les métaux comme la fonte ou l'acier
conventionnel et qui est à la fine pointe de la technologie. Je pense
que les Québécois et les Québécoises peuvent
être fiers de ce qu'ils produisent. Si on peut le produire, c'est
grâce à une société d'État qui a voulu
s'allier à une entreprise privée. Dans ce domaine, c'est loin de
faire mourir l'entreprise privée, comme disaient nos amis d'en face tout
à l'heure. Cela produit quelque chose de rentable pour le
Québec.
SOQUEM est aussi intéressée dans les mines de sel aux
Îles-de-la-Madeleine. On en a entendu parler beaucoup au cours des
derniers mois et au cours de la dernière année, puisque le
ministère de l'Expansion économique régionale nous avait
promis une subvention de $17,000,000 pour nous aider à démarrer
cette mine aux Iles-de-la-Madeleine. Mais à la suite des pressions qui
ont été faites, soit par les gens de la Nouvelle-Écosse,
ou ceux de l'Ontario, le ministère de l'Expansion économique
régionale d'Ottawa, malgré les promesses du ministre de
Bané, a tout simplement annulé la subvention et a
décidé de donner une chance additionnelle aux mines de l'Ontario
et de la Nouvelle-Écosse, plutôt que d'aider une mine au
Québec. Je parle des mines Seleine aux Îles-de-la-Madeleine.
Cela ne fait rien. Même si le gouvernement d'Ottawa ne veut pas
nous aider, la décision du gouvernement du Québec et de SOQUEM,
c'est de continuer de se battre tout seul, mais de prouver qu'on est capable de
réussir, malgré que le gouvernement fédéral ne veut
pas nous aider dans ce domaine en particulier. On investira environ $60,000,000
ou $65,000,000 aux Iles-de-la-Madeleine pour extraire le sel, le vendre au
Québec et ouvrir des marchés nouveaux aussi à
l'extérieur du Québec.
Je crois que les gens des Iles-de-la-Madeleine vont se souvenir
longtemps de cette claque dans la face qu'ils ont reçue de la part de M.
de Bané, ministre du MEER, à Ottawa.
Mme la Présidente, c'est curieux de voir que parmi des gens qui
ne sont pas nécessairement en faveur du gouvernement du Québec ou
du Parti québécois, en particulier un journaliste du journal The
Northern Miner nous rapportait, il y a à peu près un an, que dix
nouvelles mines ont été ouvertes au Québec. C'est quelque
chose qui s'est ouvert au Québec. Pendant la même période,
en Ontario, aucune nouvelle mine. Cela veut dire que les gens du Québec
ont véritablement fait quelque chose. On nous dit que c'est vrai que les
frontières entre le Québec et l'Ontario n'empêchent pas la
minéralisation ou les mines de traverser sous la terre. Comment se
fait-il qu'il y en a au Québec qui sont ouvertes, qui ont
prospéré et qu'il n'y a rien eu en Ontario? C'est à cause
de la volonté -Dn nous le dit dans le Northern Miner - du gouvernement
du Québec qui s'est attelé sérieusement, qui s'est
penché sur le problème, afin d'apporter de nouveaux
développements ou des mesures correctives, pour aider le
développement des mines.
On nous dit ici que le ministère des Mines s'est penché
d'une façon sérieuse, a pris les décisions qu'il fallait,
a ouvert les routes, les pouvoirs nécessaires et les moyens
nécessaires pour corriger une situation qui allait mal au Québec,
autrefois, lorsque nos amis d'en face étaient au gouvernement.
Maintenant, grâce à la décision du gouvernement, on a de
nouvelles mines au Québec et c'est le Northern Miner qui le rapporte,
rendant hommage à l'actuel ministre de l'Énergie et des
Ressources, le député de Matane, en disant: C'est un brillant
ministre qui fait très bien son job. (20 h 50)
Des voix: Bravo!
M. Biron: Je crois que les investisseurs ont compris le message
aussi puisqu'en 1978, parmi toutes les provinces du Canada, c'est au
Québec qu'on a investi le plus en prospection. On a investi $56,000,000
au Québec en prospection seulement. Le Québec était au
premier rang en 1978. En 1979, on a conservé à peu près le
même montant. Le Québec est passé au troisième rang
parce qu'on a fait des investissements supplémentaires dans l'Ouest, en
particulier en Colombie-Britannique et en Saskatchewan, à cause de cette
recherche d'uranium qu'on a trouvé là-bas. Je pense qu'il faut
noter que dans les métaux, directement, c'est au Québec qu'on
fait beaucoup de prospection dans ce sens-là grâce aux politiques
du Québec.
On a apporté comme politique, au cours des dernières
années, des crédits d'impôt pour l'exploration. On a
éliminé la taxe de vente sur les carburants qui servent dans les
mines, en particulier; on a mis des assouplissements au règlement no 8
de la Commission des valeurs mobilières, afin de permettre aux mines de
s'inscrire un peu plus facilement à la Bourse. On sait comment
c'était compliqué depuis quelques années. On a
créé des sociétés en commandite et on a aussi
donné des avantages fiscaux pour les particuliers qui investissent dans
le domaine des mines.
Avant le souper, Mme la Présidente, j'écoutais notre bon
ami, le député de Mont-Royal, qui citait, entre autres, le
président de l'Association des mines de métaux du Québec,
M. Langlois, qui est aussi directeur général de l'Association des
mines de métaux du Québec. Le député de Mont-Royal
disait ceci: "Entre vous et moi, M. le Président, je
préfère prendre la parole de M. Langlois qui s'y connaît
dans ce domaine. Cela fait des années qu'il travaille dans le domaine
des mines." Si le député de Mont-Royal veut prendre la parole de
M. Langlois, le directeur général de l'Association des mines de
métaux du Québec, je vais lui lire une lettre que M. Langlois a
fait parvenir, il n'y a pas tellement longtemps, il y a environ un an, au
ministre des Richesses naturelles, Yves Bérubé. Si le
député de Mont-Royal veut prendre sa parole, ce sera le temps ou
jamais. Voici ce que M. Langlois disait: "Le dernier discours du budget du
ministre des Finances, M. Parizeau, comprenait des mesures de relance
importantes pour les mines souterraines de métaux non ferreux, soit la
reconnaissance des dépenses d'exploration et de mise en valeur
effectuées au cours de l'exploitation comme pouvant gagner de
l'épuisement applicable à la taxe minière au même
titre que celles effectuées hors du site minier; deuxièmement,
l'augmentation de la part non taxable des profits à $250,000 dans le cas
de la taxe minière et, troisièmement, report des pertes de 15%
porté à une période de quatre ans afin de diminuer les
effets désastreux des sites miniers."
Ecoutez, Mme la Présidente, ce que M. Langlois disait. On doit
l'écouter, le député de Mont-Royal nous a dit de
l'écouter: "Nous tenons à vous féliciter chaleureusement -
c'est adressé au ministre Yves Bérubé - pour avoir
piloté, auprès du ministre des Finances, du cabinet et des
ministres en général, de telles initiatives qui se
révéleront, nous en sommes sûrs, très importantes
pour relancer le secteur des non ferreux et améliorer dans ce secteur
l'état des réserves au cours des prochaines années. Dans
tous les mémoires que nous vous avons présentés depuis
votre nomination comme ministre des Richesses naturelles, nous vous avions
d'ailleurs signalé l'effet désastreux de la politique fiscale
d'alors -la politique fiscale des libéraux lorsqu'ils étaient au
pouvoir - sur le renouvellement des réserves de minerai dans le secteur
des non ferreux. Nous sommes donc heureux de votre intervention et nous
espérons vivement que de telles mesures aient, dans un proche avenir, le
succès qu'elles méritent." C'est signé Gonzague Langlois,
directeur général de l'Association des mines de métaux du
Québec.
Une voix: Dépôt de document.
Des voix: Dépôt de document.
M. Grégoire: Mme la Présidente, je voudrais
demander au député de Lotbinière de déposer le
document, s'il vous plaît!
La Vice-Présidente: S'il vous plaît!
M. Biron: Mme la Présidente, on en fera parvenir une copie
au député de Mont-Royal pour qu'il soit sûr, justement,
lorsqu'il dit: "Entre vous et moi, M. le Président, je
préfère prendre la parole de M. Langlois qui s'y connaît
dans ce domaine. Cela fait des années qu'il travaille dans ce domaine."
Si on veut prendre la parole de M. Langlois, je vais lire une autre lettre au
député de Mont-Royal et peut-être qu'il va apprendre
après la deuxième lettre, aussi. C'était adressé,
dernièrement...
M. Lessard: Mme la Présidente, je m'excuse auprès
de mon collègue.
La Vice-Présidente: M. le ministre.
M. Lessard: Mme la Présidente, en vertu de l'article 177,
le député a lu un document et nous lui demandons de
déposer ce document.
Une voix: ...
M. Lessard: Non, c'est un document.
Une voix: ...
M. Lessard: Alors, c'est le document.
M. Biron: Mme la Présidente.
La Vice-Présidente: Je pense que, si vous voulez
connaître la teneur entière des lettres que M. le
député lit maintenant, en vertu de l'article 77, comme vous le
savez, M. le ministre, vous pouvez exiger d'un ministre qu'il vous
dépose un document.
Une voix: Ce n'est pas un ministre. M. Biron: Mme la
Présidente...
La Vice-Présidente: M. le député de
Lotbinière a promis de faire circuler le document. Vous avez la parole,
M. le député.
M. Biron: Mme la Présidente, je reviens toujours à
ce M. Langlois, dont le député de Mont-Royal a dit de prendre sa
parole parce qu'il s'y connaît dans ce domaine et qui a écrit une
lettre, à la fin de mars 1980, au ministre de l'Énergie et des
Ressources, M. Bérubé. M. Langlois dit ceci: "M. le ministre,
nous avons appris avec beaucoup de satisfaction que le ministre des Finances
avait accepté d'inclure dans son discours du budget une mesure fiscale
fort incitative permettant aux individus qui désirent investir dans
l'exploration minière au Québec de déduire 166 1/3% de
leurs investissements de leur revenu avant le calcul de leur impôt
provincial. Au cours des dernières années, nous vous avions fait
parvenir des recommandations pressantes à ce sujet, car une telle mesure
nous apparaissait comme le moyen idéal de réintéresser
directement les Québécois à l'exploration et
à l'exploitation des richesses minérales de notre territoire.
"Nous sommes convaincus - adressé au ministre Yves Bérubé
- que vous êtes le grand responsable de cette initiative gouvernementale
qui aura sûrement un impact impressionnant sur l'exploration
minière au Québec au cours des prochaines années.
D'ailleurs, pour en être convaincus, nous n'avons qu'à nous
référer au succès obtenu par un programme similaire
établi par le fédéral et les provinces pour l'exploration
pétrolière dans la mer de Beaufort. Nous vous sommes donc
extrêmement reconnaissants d'avoir mené le bon combat et de nous
donner ainsi une preuve additionnelle de votre profond intérêt
pour la promotion et le développement de l'industrie minière au
Québec, ce dont nous n'avons d'ailleurs jamais douté." C'est
signé: M. Gonzague Langlois. Je crois qu'on va prendre la parole de M.
Langlois.
La Vice-Présidente: Vous allez devoir conclure, M. le
député de Lotbinière.
M. Biron: Je termine, Mme la Présidente. SOQUEM a
entrepris aussi, bien sûr, des recherches sur ce qui se passe au
Québec et je voudrais citer le président et directeur
général de SOQUEM, M. Bourassa, qui disait ceci dans un discours,
il n'y a pas tellement longtemps, dans la région du Nord-Ouest
québécois. M, Bourassa disait: "Le sous-sol de la province
contient certainement des dépôts de cuivre et.de zinc et ce n'est
qu'avec une recherche intensive que nous arriverons à mettre à
jour des gisements pour nous permettre d'affirmer notre présence dans ce
secteur. Toute cette exploration que nous entendons poursuivre en
dépensant environ $6,000,000 par année suppose la mobilisation
d'équipes de chercheurs. Si dans les prochaines années nous
voulons atteindre nos objectifs qui consistent à explorer, mettre en
valeur et exploiter des mines, nous sommes conscients que ce ne serait pas dans
l'intérêt du Québec de voir la SOQUEM occuper en entier ou
presque seule tout le vaste champ de l'exploration. "Ainsi, et c'est la une de
nos premières préoccupations, nous voulons intéresser de
plus en plus les prospecteurs du Québec à travailler avec nous
pour que ces petits et moyens entrepreneurs, avec notre aide, aient les moyens
de mettre à contribution et leurs talents et leur flair de chercheurs.
Cette partie de notre action, je la voudrais opérante le plus tôt
possible pour qu'avec honnêteté, confiance et transparence vos
membres et notre équipe puissions cheminer ensemble et contribuer
à édifier nos fortunes en prenant en main l'exploitation de nos
richesses naturelles. Je pense que c'est bien la volonté de SOQUEM
d'aller dans cette direction."
Mme la Présidente, en terminant, le président de SOQUEM
faisait un appel; je veux faire la même invitation et je la fais
pressante. "Parce que le temps passe à une vitesse vertigineuse, il ne
nous est plus permis à nous, Québécois, de rester assis
sur le bord de la route à continuer à nous lamenter en voyant les
autres aller plus vite que nous alors qu'on oublie que la seule façon de
nous lancer dans l'action, c'est de savoir partir." Le gouvernement du
Québec a justement voulu aider à l'entreprise minière
au
Québec par une nouvelle loi sur la société
SOQUEM. Je pense que c'est le temps ou jamais d'appuyer le gouvernement
du Québec dans ce domaine.
La Vice-Présidente: M. le député de
Roberval.
M. Robert Lamontagne
M. Lamontagne: Mme la Présidente, à l'occasion de
l'étude du projet de loi no 1, intitulé Loi modifiant la Loi sur
la Société québécoise d'exploration minière,
j'aurais souhaité que le ministre de l'Énergie et des Ressources
du Québec en profite pour faire le point sur l'exploration et
l'exploitation minières au Québec. Malheureusement, Mme la
Présidente, le ministre a choisi de présenter la
société d'État québécoise SOQUEM comme
étant la solution à peu près miracle aux problèmes
que nous connaissons actuellement au Québec. Je pense qu'en dehors du
pétage de bretelles il est peut-être important de se rappeler de
petits faits bien significatifs au Québec. (21 heures)
Le député de Mont-Royal rappelait tantôt un fait
concret et pas tout à fait à notre avantage comme
Québécois. Nous avons approximativement 10% de l'exploitation au
Québec de l'ensemble canadien. Les deux après nous sont la
Nouvelle-Écosse et l'Île-du-Prince-Édouard. En même
temps nous nous glorifions d'avoir dans notre territoire une somme
considérable de minéraux de toutes sortes.
Comment se fait-il que depuis quelques années, contrairement
à ce que pense le ministre de l'Énergie et des Ressources... Cela
va faire rire bien des gens de mine s'ils l'ont écouté cet
après-midi, il a dit qu'avec l'arrivée du Parti
québécois ça a été l'essor
considérable. M. le Président, je voudrais bien humblement
rappeler au ministre que ça fait plus de 25 ans personnellement que je
suis associé à l'exploration minière au Québec. Et
il y a un phénomène assez réel, indépendamment de
tout gouvernement, qu'il ait été libéral ou du Parti
québécois, c'est que depuis quelques années en particulier
le prix de l'or, du zinc, du cuivre et de l'argent a connu des hausses
considérables, ce qui amène chacun des organismes ou des
prospecteurs, si on parle des Québécois, à
réévaluer l'ensemble de nos richesses collectives. Mais on
profite tout à coup d'un projet de loi pour dire: Je l'ai, l'avenir du
développement de l'exploration minière au Québec, c'est
SOQUEM. Je pense que le premier pas à faire, c'est d'essayer de convier
autour d'une même table tous ceux, toutes celles qui, au Québec,
s'intéressent au développement de nos richesses naturelles.
Nous, comme députés ce soir, avec un projet de loi de
quelques pages seulement, nous sommes appelés à voter $36,000,000
additionnels, et on se demande comment il se fait que les
Québécois ne sont pas plus intéressés à
investir chez nous. Je vais vous en conter quelques-unes. On va prendre,
à titre d'exemple, ce qu'est un prospectus minier au Québec. Je
prends celui qui est justement mentionné dans le rapport annuel de
SOQUEM, Muscocho, qui proposait récemment à l'ensemble des
Québécois l'investissement de $5,000,000. Regardez le nombre de
pages que ça
prend pour expliquer à tous les Québécois le
bien-fondé, suivant cette compagnie-là, de l'investissement par
achat d'actions de cette compagnie. Et nous, tout bonnement, on nous dit sous
les applaudissements du Parti québécois: Investissez $36,000,000,
on va bien faire ça nous autres. Ce n'est pas tout à fait comme
ça qu'on doit procéder.
Si le gouvernement, par l'intermédiaire de ses
sociétés, est si exigeant envers les compagnies privées au
Québec pour l'investissement de capitaux, qu'il apprenne à
être aussi exigeant pour lui-même. Il n'est pas admissible qu'en
1980, on demande, par l'intermédiaire de députés, de voter
des fonds aussi considérables que ceux dont il est question ce soir,
sans qu'on nous soumette un prospectus.
Ce projet de loi ne nous indique même pas que les $24,500,000 qui
doivent être déposés avant le 31 décembre le seront
effectivement. On nous propose des changements radicaux à SOQUEM, mais
le changement le plus radical dont -on a le plus besoin n'exclut pas SOQUEM,
tout au contraire. SOQUEM peut devenir et se doit d'être, à mon
avis, un élément important, mais il ne peut pas être le
seul. En même temps que le Québec, par le ministère de
l'Énergie et des Ressources et SOQUEM, est prêt à mettre
$36,000,000, j'apprécierais connaître du ministre quelles sont ses
intentions pour essayer de répondre aux nombreuses demandes qu'il
connaît lui-même, qui lui ont été faites par des
organismes au Québec, de susciter au Québec de l'investissement
au lieu de le bloquer. Le ministre lui-même... Tout à l'heure le
député de Rouyn-Noranda lui rendait hommage... Rouyn Canada
aussi... Le ministre s'est donné la peine de rencontrer
différents organismes. Il sait fort bien que nous avons des
problèmes sérieux et majeurs d'investissement au Québec.
Même si nous connaissons des centaines et même des milliers de
personnes prêtes à investir au Québec, il ne leur est pas
possible de le faire actuellement, compte tenu de contraintes que le ministre
connaît fort bien. Ces contraintes-là viennent de
différentes sources.
Une voix: Ah!
M. Lamontagne: D'abord, il semble qu'à la suite de
problèmes publics que nous avons connus au Québec et qui ont
été mentionnés tout à l'heure par un
collègue, il y a dix ou quinze ans, une dizaine d'années, le
marché boursier dans le domaine des mines a été
bloqué totalement.
M. Bérubé: Sous votre régime.
M. Lamontagne: M. le Président, je ne suis pas intervenu
pendant le discours du ministre. J'ai vingt minutes à peine pour parler
de ce sujet-là qui est fort important.
M. Giasson: II l'est encore.
M. Lamontagne: À ce moment-ci, tous les
Québécois ou presque qui veulent investir dans le domaine minier
au Québec doivent se rendre soit à Vancouver, soit à
Calgary. Comment se fait-il qu'à Vancouver et Calgary, on reçoit
aussi amicalement les Québécois désireux d'investir dans
des propriétés minières québécoises qui
malheureusement doivent être financées dans l'Ouest? Nous sommes
fiers de toutes nos institutions au Québec, mais il faut, en 1980, leur
donner les moyens comme jamais d'essayer d'impliquer les
Québécois et les Québécoises dans le
développement de leurs propres richesses. SOQUEM, c'est un des moyens,
mais ce n'est pas le fanion absolu de l'investissement au Québec. Encore
là, je pense que toute personne a le droit par notre
intermédiaire de s'interroger sur les intentions véritables du
gouvernement avec un tel projet de loi. Y a-t-il une maison de courtage du
Québec qui serait capable de proposer à des
Québécois l'investissement de $36,000,000 avec si peu
d'explications? C'est là le fond du problème, M. le
Président.
Lorsque vous vous rendez à la Commission des valeurs
mobilières à la Bourse de Montréal ou chez un courtier
québécois, tout votre plan d'exploration ou d'exploitation au
Québec doit, et avec raison par ailleurs, être pourvu de toutes
les explications possibles. C'est l'exemple que je donne avec le prospectus
récent de la société en commandite Muscocho.
On nous propose actuellement $36,000,000. Il y a une chose que le
ministre ne nous mentionne pas. En modifiant d'une façon aussi radicale
les objectifs de SOQUEM - j'aimerais qu'il nous réponde dans sa
réplique - ne croit-il pas qu'en permettant le jalonnement de claims
miniers, l'exploration et l'exploitation de l'ensemble des richesses qui seront
découvertes par SOQUEM seule, il adviendra que SOQUEM ne voudra plus
partager avec personne? Comme Québécois, ce qui nous
intéresse, c'est l'exploitation des richesses du Québec, non pas
uniquement l'exploitation des richesses par SOQUEM. Que SOQUEM participe avec
une société privée à l'exploitation et
l'exploration de richesses minières au Québec, tant mieux, mais
ce n'est pas tout à fait cela que le projet de loi dit. Je pense qu'il y
aurait des députés qui auraient intérêt à le
relire.
M. le Président, je dis que, dans ce projet de loi, on ne sent
pas la volonté du gouvernement de répondre au problème de
l'exploration et de l'exploitation minière au Québec. Le ministre
a lui-même identifié différents problèmes au cours
des derniers mois. Je suis au courant de plusieurs rencontres qu'il a eues
d'ailleurs et je le félicite d'avoir pris les devants dans ces
choses-là, mais il sait, parce qu'il a fait ces rencontres, qu'il y a
différents problèmes qui méritent d'être
traités conjointement avec celui qui le propose. Il nous propose une
solution unique: $36,000,000. Pensez-vous que les $36,000,000 à SOQUEM,
cela va régler les problèmes de l'exploration et de
l'exploitation minière au Québec? Bien au contraire. Mais ce qui
est plus important, lorsqu'on parle de la différence fondamentale entre
votre parti politique et le nôtre, c'est que le fondement du
développement du Québec doit être fait sous l'entreprise
privée. Que ce soit SOQUEM ou toute autre société
d'État, elle ne doit pas tenir pour acquis que l'entreprise
privée ne peut pas ou ne veut pas faire son travail de ce
côté-là. Que tout l'appareil gouvernemental, les
ministères concernés coordonnent leurs efforts sur ce dont on
parle actuellement: l'exploration et l'exploitation de nos richesses
minières au Québec. Elles sont nombreuses et extrêmement
riches.
(21 h 10)
M. le Président, comme on a seulement quelques minutes et que
c'est un sujet sur lequel on pourrait parler longuement...
Une voix: Consentement.
M. Lamontagne: Bien sûr, consentement.
J'apprécierais qu'il y ait une commission parlementaire là-dessus
et que les autorités de la Bourse de Montréal, de la Commission
des valeurs mobilières du Québec, les représentants de
courtiers québécois, du ministère de l'Énergie et
des Ressources, de l'Association des prospecteurs et de l'association
dirigée par M. Langlois, que tout le monde se réunisse autour de
la table, qu'on fasse ce qu'on appelle une espèce de sommet minier - les
sommets que vous aimez tant - et qu'on le fasse ici à l'Assemblée
nationale.
Les différents objectifs du projet de loi no 1 méritent
d'être repris rapidement. D'abord, pour les $36,000,000, je trouve et je
dis bien simplement au ministre qu'il n'est pas raisonnable, en 1980, de
proposer un investissement de $36,000,000 en donnant si peu de détails.
Il n'y a personne qui investirait même $1000 avec si peu d'explications.
On nous dit: Vous êtes contre le fait de donner $36,000,000 de plus
à SOQUEM? Un instant! Cela ne marche pas tout à fait ainsi. Tout
le monde le sait. Je pense qu'on a le droit de savoir ce que cela veut dire,
$36,000,000. Quels sont les buts véritables là-dedans? On ne les
retrouve pas dans la loi. Donnez-nous un projet véritable
d'investissement de $36,000,000. Tout au contraire, ce matin, on a fait une
invitation aux dirigeants de SOQUEM. Qu'est-ce qui arrive? Le ministre
défend même aux dirigeants de répondre aux questions. Ce
n'est pas cela, un véritable bureau de direction comme celui qu'on veut
proposer dans la loi. Cela me rappelle une phrase: Toi, tais-toi!
J'espère que ce n'est pas ce que le ministre veut faire avec le conseil
d'administration.
M. le Président, je me répète là-dessus, si
on vote oui à ce projet de loi, ce sera aussi déraisonnable parce
que, collectivement, on votera $36,000,000, ne sachant même pas où
cela ira. Ce n'est pas correct. Il n'y a personne qui a le droit de voter un
plan d'investissement aussi important sans avoir devant lui les
coordonnées, la planification d'investissement et de
développement. On exige pour une compagnie privée, devant la
Commission des valeurs mobilières du Québec, que toute somme
d'argent pour un financement doit être décrite et scrupuleusement
suivie. C'est bien correct. Je suis entièrement d'accord
là-dessus. Pourquoi le gouvernement du Québec et le
ministère de l'Énergie et des Ressources ne demandent-ils pas
d'en faire autant dans la proposition d'investissement de $36,000,000?
On nous propose, M. le Président, un conseil d'administration
nommé par le ministre. Si le ministre ne veut pas de
société d'État, qu'il le dise. En même temps qu'il
dit: C'est une société d'État, il veut la contrôler
entièrement. Seulement quelques phrases assez significatives, M. le
Président, mais qui sont véritablement les principes de ce projet
de loi. Mais nous reviendrons en commission parlementaire là-dessus.
Cela va même jusqu'à ce que le ministre adopte des
règlements concernant l'exercice de ces pouvoirs et la régie
interne de SOQUEM. On est rendu loin quand on parle de la régie interne
de SOQUEM.
Comme le disait mon collègue de Mont-Royal, il va falloir
être plus explicite sur les conflits d'intérêts. Autour
d'une table, on nomme onze personnes. Il y a une personne qui n'a pas le droit
d'avoir des conflits d'intérêts, mais toutes les autres ont le
droit d'en avoir, et des conflits d'intérêts - je prends les mots
tels qu'ils sont écrits dans la loi - directement ou indirectement. M.
le Président, un conflit d'intérêts direct ou indirect, il
faudrait qu'on me décrive ce que cela veut dire. Quand a-t-on un conflit
direct ou un conflit indirect? Mais s'il faut que ceux à qui on confie
tant de millions aient la permission en même temps d'avoir des conflits
d'intérêts! D'abord, ils diront: Lorsque la décision
arrivera, on ne votera pas. Ils vont dire: Nous ne votons pas parce que nous
avons un conflit d'intérêts, mais les collègues, au conseil
d'administration, sachant l'intérêt que leurs collègues
portent dans une telle décision... Vous savez, c'est avec des hommes
qu'on fait des hommes. Je pense que tout le monde comprend ce qu'on veut
dire.
M. le Président, je reviens là-dessus et je voudrais
insister auprès du ministre. Je ne sais pas quels sont les moyens qu'il
entend prendre pour essayer, au cours des prochaines semaines et des prochains
mois, de convier à une table tous ceux qui ont véritablement
à coeur l'exploration et le développement miniers au
Québec. On ne peut ignorer toutes ces prises de position qu'on a
entendues récemment, à différentes tables, même
à la télévision, soit à Radio-Québec ou
à d'autres postes du Québec.
M. le Président, lorsque le Parti libéral du
Québec, en 1965, a fondé SOQUEM, je pense que c'était une
bonne direction, l'exploration minière. Nous sommes conviés
aujourd'hui, comme parlementaires, à changer de cap. On garde le nom de
SOQUEM, mais c'est à peu près tout ce qu'on garde. On va changer
complètement les principes, la direction de SOQUEM, la modifier
considérablement, de toute façon.
Il est presque impossible de se prononcer. On peut bien dire oui, on
peut bien dire non. On peut bien dire cela tous les deux. On peut bien
être unanimes. Mais on va être unanimes sur quoi? Je pense qu'il
est temps plus que jamais qu'on soit sérieux dans nos propres
investissements au Québec. Et lorsqu'un ministre, quel qu'il soit, nous
propose un tel investissement pour un développement dans un secteur
donné, qu'il nous en fournisse les tenants et aboutissants. Nous serons
mieux placés par la suite pour disposer d'un projet de loi en commission
parlementaire.
Relisez individuellement le projet de loi no 1. Ne vous demandez pas,
comme député, normalement, à l'intérieur d'une
formation politique, si vous y êtes favorable. Demandez-vous bien
simplement: Est-ce que c'est correct que je vote oui à $36,000,000
d'investissements, avec si peu d'information? Il faut croire que le conseil
d'administration qui sera nommé par le ministre est considérable
au point de vue importance. À peu près trois pages sur quatre
parlent du conseil d'administration.
Quant à la somme de $36,000,000 on va revenir là-dessus.
Il me reste encore une demi-heure.
Le Vice-Président: Un peu moins.
M. Lamontagne: Un peu moins. Regardez, M. le Président. On
va dire: Le capital-actions autorisé de la société est de
$125,000,000. Il est divisé en 12,500,000 actions d'une valeur nominale
de $10 chacune.
L'autre paragraphe qu'on doit comprendre dit: Le ministre des Finances
est de plus autorisé à payer à la société,
sur le fonds consolidé du revenu, avec l'approbation préalable du
gouvernement et aux conditions qu'il détermine, une somme de $36,000,000
pour 3,600,000 actions entièrement acquittées de son
capital-social, pour lesquelles la société lui remettra des
certificats.
La seule garantie que j'ai, c'est qu'ils vont remettre des certificats
au ministre des Finances. Mais est-ce que c'est raisonnable? Tout à
l'heure, on faisait circuler une lettre. Que le ministre, avant de nous
demander, en réplique, un vote affirmatif à ce qu'il nous
propose, nous donne un projet. Jamais je ne croirai qu'il nous présente
un tel projet de loi à l'Assemblée nationale sans qu'on ne lui
ait pas soumis une documentation très importante. Comme il nous convie
à voter affirmativement, qu'il nous distribue également la
documentation qu'il a actuellement. $36,000,000, si ce n'est pas important pour
vous autres, c'est important pour nous. Je crois pas que chacun, dans nos
milieux respectifs et pour beaucoup moins que cela, évidemment, on
aurait des exigences plus déterminantes.
Je pense que le temps est terminé où des parlementaires
québécois sont amenés à voter de telles sommes
d'argent, qui représentent soit nos économies
québécoises, soit des gens qui seront remboursés par des
emprunts faits par le ministre des Finances.
M. le Président, je termine en disant au ministre de
l'Énergie et des Ressources que je suis convaincu qu'il est très
conscient des problèmes globaux de l'exploration, de l'exploitation
minière au Québec. Il a fait preuve de clairvoyance en bien des
domaines, et, pour cela, je le félicite. Mais en même temps, il
sait fort bien qu'on ne règle pas grand- chose en faisant cela, sauf
qu'on donne un paquet de millions de dollars. On ne sait même pas comment
cela va être versé, en passant; c'est le ministre des Finances qui
va dire comment cela va être versé. Je pense qu'encore là,
M. le ministre, vous devriez nous dire au moins comment vous, ce montant de
$36,000,000, vous proposez qu'il soit versé à la
société SOQUEM.
Si vous ne répondez pas à une telle question, cela veut
dire que vous n'êtes pas encore prêt à nous proposer de
voter. Tout de même, ceux qui nous écoutent vont dire: Les
parlementaires, ils sont rendus qu'ils se votent $36,000,000 sans rien dire, en
faisant des petits discours ici et là. Il faut devenir plus exigeants.
Et les sociétés d'État, que ce soit SOQUEM ou n'importe
quelle société, si elles veulent que les parlementaires leur
votent des sommes additionnelles, qu'elles nous expliquent clairement, comme
toute autre société privée, pourquoi elles veulent
investir et quels sont leurs projets. Ce n'est pas seulement au ministre. Le
ministre est le porte-parole des sociétés d'État. On l'a
vu... (21 h 20)
II me reste une minute. Mais on va avoir l'occasion et le ministre, lui
aussi, en commission parlementaire... Mais je pense qu'en résumé,
M. le Président, il y a un problème global d'exploration et
d'exploitation minière au Québec. Nous comptons pour 10% dans
l'ensemble canadien de l'exploitation minière au Québec.
Aujourd'hui, on donne un paquet de millions à une société
d'État. Moi, je voudrais que, comme parlementaire, l'on soit conscient
de l'immensité de nos richesses et de la manière dont nous allons
impliquer l'industrie privée dans l'exploration et le
développement.
Pour nous, de ce côté-ci de la Chambre, le
développement de notre société au Québec va reposer
davantage et beaucoup plus sur le dynamisme, la détermination de
l'industrie privée que sur des parlementaires qui vont voter à
coups de millions des sommes aux sociétés d'État.
M. Bérubé: Question de règlement, M. le
Président.
Le Vice-Président: M. le ministre, sur une question de
règlement.
M. Bérubé: En vertu de l'article 100 qui nous dit:
"Tant qu'un député a la parole, aucun député ne
doit l'interrompre, si ce n'est pour lui demander la permission de poser une
question ou de donner des explications..." est-ce que le député
de Roberval me permet de répondre à sa question, à savoir
comment seront utilisés les $36,000,000?
Le Vice-Président: M. le ministre, je vais utiliser, moi
aussi, le règlement pour vous dire que dans votre droit de
réplique, vous pourrez y répondre. M. le député de
Frontenac.
M. Lamontagne: J'accepte la question, mais un document, pas
du...
Le Vice-Président: M. le député de Roberval,
je n'accepte pas que la question soit posée à ce moment-ci.
M. le député de Frontenac.
M. Gilles Grégoire
M. Grégoire: M. le Président, je dois vous avouer
que le député de Roberval m'a un peu estomaqué quand il a
demandé: Donnez-nous les raisons pour lesquelles le gouvernement
investirait encore $36,000,000 dans SOQUEM. Mais, on les a, les raisons. Elles
sont très simples. Le gouvernement à l'heure actuelle a investi
$80,000,000 dans SOQUEM. Le dernier rapport financier de SOQUEM indique des
profits de $11,000,000 pour six mois. Je suis allé voir le ministre de
l'Énergie et des Ressources, ingénieur, économiste qui
traîne sa petite calculatrice électronique et je lui ai
demandé: Si j'investis $80,000,000 et cela fait $11,000,000 de profits
par six mois, cela fait quel taux de rendement par année? La petite
calculatrice électronique a répondu rapidement: Cela fait
28%.
M. le Président, je vais aller demander à mes amis d'en
face: Est-ce que ce n'est pas une bonne raison d'investir? Et depuis quelques
semaines, on les entend brailler, parce que le ministre des Finances aurait
emprunté à 14% pour replacer à 28%. Vous ne trouvez pas
cela correct? Le taux préférentiel sur le marché actuel
aux États-Unis est de 19,5%. Le ministre
des Finances emprunte à 14%. SOQUEM, grâce à
l'action énergique du ministre de l'Énergie et des Ressources
fait 28% et le député de Roberval nous demande encore: Mais
pourquoi investir dans SOQUEM?
M. le Président, vous admettrez tout de même avec moi
qu'ils ont de mauvaises méthodes de calculer. Ils ne savent pas
calculer, à la fin du compte. Nommez-moi donc le citoyen
québécois qui ne serait pas heureux d'investir à 28%? Ce
sont les rapports de SOQUEM. Ce sont les profits nets de SOQUEM qui nous
amènent à toutes ces conclusions.
M. le Président, soit qu'on ne sache pas calculer de l'autre
côté... C'est vrai, on le savait, parce que mon ami, le
député de Duplessis, mentionnait tout a l'heure que les
$80,000,000 de SOQUEM, placés à 28%, sont mieux investis que les
$19,000,000 de l'ancien gouvernement investis dans ITT, donnés à
ITT sur la Côte-Nord, ajoutés aux $20,000,000 du gouvernement
libéral fédéral en même temps, $40,000,000 par les
libéraux dans ITT, qui est fermée, ce qui ne rapporte
rien, à fonds perdu . Vous savez que quand on dit à fonds perdu,
c'est parce qu'il y a un trou dans le fond du panier et que vous n'êtes
pas capables de le récupérer. SOQUEM arrive, 28%. Mais ce n'est
pas tout. Il y a des mines d'ouvertes. Il y a des travailleurs dans les mines.
Cela rapporte. On citait le Northern Miner d'avril 1979, je voudrais en citer
un autre paragraphe. On disait: "Au cours d'un récent voyage par avion
au Nord-Ouest québécois, nous avons pu compter une par une dix
nouvelles mines en train d'être développées", et on les
nomme. C'est de l'ouvrage. Non seulement cela rapporte 28%, mais ce sont des
emplois dans dix nouvelles mines.
Pendant ce temps, nos amis libéraux à Ottawa et à
Québec s'entendent pour prêter à leurs amis; les compagnies
américaines investissent $40,000,000 dans la compagnie ITT. Cette
dernière est fermée, cela rapporte 0%. On a perdu les $40,000,000
et cela ne crée aucun emploi. Comparez! Je dis à la population du
Québec qu'elle peut comparer entre les investissements des
libéraux et les investissements du gouvernement actuel, avec des
ministres comme le ministre de l'Énergie et des Ressources que nous
avons présentement qui a été reconnu par les membres de
l'association des pâtes et papiers, par les administrateurs des
compagnies minières comme étant le meilleur ministre de
l'Énergie et des Ressources que nous ayons eu au Québec depuis la
Confédération.
Des voix: Bravo!
Une voix: Lui, il connaît ça.
M. Grégoire: Mais il y a plus grave que cela, M. le
Président.
Une voix: ...
M. Grégoire: II est bien assisté de son adjoint
parlementaire, il faut l'admettre.
Des voix: Bravo!
M. Grégoire: Mais il y a plus grave que de ne pas savoir
compter, M. le Président. Que le député de Roberval et ses
collègues libéraux ne sachent pas compter, cela s'apprend. Mais
il y a plus grave que cela.
Une voix: Ils n'ont jamais été capables...
M. Grégoire: II y a la mentalité qui a
existé tout au long du discours du député de Mont-Royal
qui était la suivante. J'ai noté sa dernière phrase qui
résumait toute sa pensée: "Vous n'avez pas...
Une voix: ...
M. Grégoire: Oui, la pensée n'était pas
longue. Elle se résumait à ceci: "Vous n'avez pas les moyens -
disait-il au gouvernement - vous êtes trop petit." Il s'appuyait sur des
chiffres en disant: "Le Québec produit environ 10% ou 11% de la
production minérale canadienne." Mais c'est tronquer les chiffres pour
essayer de faire admettre aux Québécois qu'ils n'ont pas les
moyens, qu'ils ne sont pas bons, qu'ils sont trop petits, qu'ils ne sont pas
rendus assez loin.
M. Ciaccià: Question de privilège, M. le
Président.
M. Grégoire: C'est tronquer les chiffres. M. Ciaccia:
Question de privilège.
Le Vice-Président: S'il vous plaît! M. le
député de Mont-Royal, je vous rappellerai que l'article 100 du
règlement - j'espère qu'on pourra en tenir compte - demande
d'éviter d'interrompre quelqu'un qui parle puisque vous avez le pouvoir,
vous, selon le règlement, en vertu de l'article 96, de soulever votre
question de privilège ou votre rectification après le
discours.
M. Ciaccia: M. le Président.
Le Vice-Président: Est-ce que c'est une question de
privilège?
M. Ciaccia: C'est une question de privilège. Ce n'est pas
une question en vertu de l'article 96. Le député de Frontenac
m'attribue des paroles que je n'ai pas dites. Il fait des insinuations à
mon égard. M. le Président.
Le Vice-Président: M. le député, c'est
exactement en vertu de l'article 96 que vous avez le pouvoir de rectifier le
dire d'un intervenant en sachant très bien que vous êtes
déjà intervenu dans le débat. Donc, je vous permettrai
votre question en vertu de l'article 96 après l'intervention du
député de Frontenac. M. le député de Frontenac.
M. Ciaccia: Question de règlement. M. Grégoire:
M. le Président.
Le Vice-Président: Un instant, M. le député
de Frontenac. En vertu d'une question de règlement du
député de Mont-Royal.
M. Ciaccia: Je m'appuie, M. le Président, sur l'article
49: "Lorsqu'un député désire soulever une question de
privilège, il doit, etc... 2. Un député peut toujours
soulever une question de privilège à l'Assemblée
immédiatement après
qu'ont été prononcées les paroles ou que se sont
déroulés les événements qui y donnent lieu." (21 h
30)
M. le Président, je vous soumets très respectueusement
qu'en vertu du deuxième paragraphe de l'article 49 j'ai le droit
maintenant, aussitôt après que le député de
Frontenac a prononcé ces paroles, de soulever une question de
privilège. Je ne m'appuie pas sur l'article 96 et je vais vous dire
pourquoi, M. le Président, si vous me permettez d'expliquer l'article
49. Il y a une raison pour cet article. C'est parce que lui peut continuer
à parler encore dix ou quinze minutes, il va induire encore la Chambre
et la population en erreur et cela sera trop tard pour moi, M. le
Président, si je m'appuie sur l'article 96, à la fin de son
discours. C'est maintenant que je veux corriger les propos faux et
malhonnêtes du député de Frontenac.
Le Vice-Président: M. le député de
Mont-Royal, je dois aussi tenir compte de l'article 100 du règlement qui
dit que "tant qu'un député a la parole, aucun
député ne doit l'interrompre" et de l'article 96 qui dit ceci:
"Le député qui prend la parole pour donner des explications sur
le discours qu'il a déjà prononcé ne peut le faire que
lorsque le discours qui les provoque est terminé."
M. le député de Frontenac.
M. Grégoire: M. le Président, merci. Ce sont
réellement des moyens qui ne sont pas qualifiables de la part de
l'Opposition, chaque fois que je prends la parole, d'essayer de me soustraire
sept ou huit minutes sur mes 20 minutes pour m'empêcher de leur dire des
vérités, parce que cela s'impose, des fois, qu'ils aient des
vérités. Le député de Mont-Royal a terminé
cet après-midi son discours d'une heure en disant: Vous n'êtes pas
assez gros, vous n'êtes pas assez grands, vous n'avez pas les moyens.
C'est exactement ce qu'il a dit et c'est cela qui m'a fait sursauter cet
après-midi. Après avoir déclaré: Quelle est la
production minérale du Québec par rapport à la production
canadienne, il a dit: Elle est d'environ 11%. Je suis allé chercher les
chiffres et c'est là que je trouve cela malicieux, M. le
Président, de la part du député de Mont-Royal: il prend
les chiffres, de la production minérale, il additionne le pétrole
et il soustrait l'amiante, oui, et il arrive: valeur de la production totale
incluant le pétrole, le gaz naturel et les sous-produits du
pétrole, Alberta, 49%, Ontario, 12,5%, Québec, 9%.
Je pense bien, mais, si on enlève maintenant les substances
énergétiques, si on enlève le pétrole et le gaz
naturel, l'Alberta baisse de 49,4% à 3,4%, l'Ontario passe de 12,5%
à 28%, le Québec passe de 9% à 19,4%. Mais, il y a pire
que cela, quand on arrive à la valeur de la production des
minéraux industriels, là on est avec l'amiante, l'Alberta est
à 8,6%, l'Ontario est à 5,6% et le Québec est à
34,6%. Si j'avais fini de lire l'article tout à l'heure où on
disait qu'il y avait eu dix nouvelles mines qui étaient en train de se
développer au Québec, on ajoutait en même temps: Nous avons
pu constater qu'il n'y avait pas une seule nouvelle mine en voie de
développement en Ontario. Au Québec, les chiffres sont là;
le gouvernement est en train de faire progresser ce secteur. Mais ce que je
n'ai pas aimé dans cette intervention, c'est qu'on réduit nos
chiffres. On nous dit qu'on n'est pas assez grands en se servant de chiffres
malhonnêtes, malicieux, fallacieux. On ratatine les
Québécois, on les dénigre pour leur montrer qu'ils ne sont
pas capables, qu'ils ne sont pas bons, comme le disait le député
de Roberval au début.
M. le Président, moi, je m'oppose à cela parce que, depuis
les 20 dernières années et surtout depuis les quatre
dernières années, les Québécois ont montré
qu'ils étaient capables quand ils ont cru en eux, quand ils ont eu
confiance en eux, quand ils se sont retroussé les manches. Entre autres,
je vais donner un exemple: en 1962, Hydro-Québec, sous la poussée
énergique du premier ministre d'aujourd'hui, alors ministre des
Richesses naturelles, René Lévesque, HydroQuébec a
cessé de faire des Québécois des gars qui construisaient
des barrages, qui coulaient du ciment et souvent coulaient dans le ciment pour
en faire les propriétaires, les ingénieurs, les
contremaîtres, ceux qui en ont les profits aujourd'hui.
Comme autre exemple à la face du Québec, du
député de Mont-Royal et du Parti libéral tout entier, une
politique de l'amiante il n'y en avait jamais eu. On avait les travailleurs
dans le fond de la mine, dans les trous en arrière des tas de
poussière, c'était tout ce qu'on avait. Il y a deux ans et demi
ou trois ans le Québec, avec le ministre actuel de l'Énergie et
des Ressources, a établi une politique de l'amiante et depuis ce
temps-là on a la Société nationale de l'amiante; on a
établi une usine de production de papier d'amiante au
Cap-de-la-Madeleine, la société Distex à Montréal,
l'usine MAGNAQ-1 à Thetford Mines. On est propriétaire de la mine
Bell. Alors que l'Asbestos Corporation ferme ses portes pour six mois et
renvoie ses employés, la mine Bell, continuant dans la poussée du
gouvernement actuel de faire des profits, se développe, elle n'a
renvoyé personne, elle augmente sa production et elle a engagé 60
ouvriers de plus depuis que l'Asbestos a commencé à en mettre
plusieurs centaines à pied. Voilà la différence avec un
gouvernement qui dit: Les Québécois sont capables, les
Québécois peuvent. Les Québécois, si ça
cessait donc d'avoir leurs complexes d'infériorité comme tentent
de nous les inculquer le député de Mont-Royal et le
député de Roberval après lui! Dans ce temps-là on
est capable d'arriver.
M. le Président... Oui, ils ont peur qu'on fasse trop bien les
choses comme vient de me dire un de mes collègues. Le Québec est
capable, il l'a prouvé. Aujourd'hui on voit les lettres, je crois que
ça doit être répété, les témoignages
nombreux qui sont venus s'additionner les uns après les autres sur la
politique minière du gouvernement actuel, celle de M. Gonzague Langlois,
en 1979, qui vient féliciter chaleureusement le ministre de
l'Énergie et des Ressources pour les mesures prises dans le domaine des
métaux non ferreux et encore un an plus tard, en 1980, les mesures
prises dans le domaine des métaux ferreux. Également le Northen
Miner, en tête de son article, disait - peut-être qu'ils
comprendraient mieux si je leur lisais en anglais, mais malgré tout,
pour que le peuple québécois puisse le comprendre, je vais le
traduire immédiatement: "Nous sommes loin d'être d'accord avec
toutes les politiques et tous les objectifs du Parti québécois,
mais nous avons vu un tournant
dramatique dans l'industrie minière dans cette province."
"Dramatique", c'est le mot employé. "We see the dramatic turn around in
the mining industries in that province. We certainly must conceed that it is
doing something right." Extraordinaire... Nous devons certainement en conclure
qu'il y a quelque chose de très bien qui est en train de se faire au
Québec. C'est un journal minier qui dit ça, ce n'est pas un
journal du Québec. Oui, il faudrait que tous ces documents-là
soient déposés.
SOQUEM a démontré, depuis trois ans, depuis quatre ans,
depuis deux ans, depuis un an, que les Québécois, quand ils
veulent agir, quand ils cessent d'être imbus de la mentalité de
porteur d'eau et de scieur de bois, quand les Québécois se disent
qu'ils sont capables, aujourd'hui ils réussissent.
Je dis aux libéraux de l'autre côté: Cessez donc de
dénigrer le Québec, cessez donc de penser que les
Québécois ne sont pas bons. J'admets que pendant 100 ans, sous
vos gouvernements libéraux, il n'y a rien eu de fait dans le domaine de
l'amiante. Regardez donc ce que le gouvernement actuel a fait en quatre ans. En
quatre ans. J'admets que vous n'avez peut-être rien fait, parce que vous
n'aviez pas confiance dans les Québécois. Mais reprenez confiance
dans les Québécois, dans leur esprit d'initiative, dans leur sens
du travail, dans leur ardeur au travail et, quand il s'agit de
développer des sociétés d'État comme SOQUEM,
dites-vous que les Québécois sont capables de s'en occuper et de
faire quelque chose de bien dans ces domaines-là.
Le Vice-Président: M. le député de
Mont-Royal, en vertu de l'article 96.
M. Ciaccia: Le député de Frontenac, M. le
Président, a voulu citer les dernières paroles que j'ai
prononcées durant mon discours, mais il l'a fait d'une façon
malhonnête, en m'accusant d'avoir porté des accusations contre les
Québécois en disant qu'ils n'étaient pas capables, qu'ils
ne pouvaient pas, qu'ils n'en avaient pas les moyens. J'ai les épreuves
ici de mon discours et je vais vous relire textuellement les dernières
paroles que j'ai prononcées. (21 h 40)
Des voix: Très bien.
M. Ciaccia: "Mais notre conseil au gouvernement serait de
remettre le projet de loi sur la table de travail afin qu'il satisfasse aux
normes habituelles qui régissent les sociétés
d'État. Sur le plan politique, cessez, enfin, d'intervenir partout alors
que vous n'avez ni les moyens ni l'expertise." M. le Président,
c'était le gouvernement, ce ne sont pas les Québécois.
Le Vice-Président: S'il vous plaît! S'il vous
plaît! S'il vous plaît! Je pense... S'il vous plaît! M. le
député de Notre-Dame-de-Grâce.
M. Grégoire: M. le Président, j'aurais une question
de privilège.
Le Vice-Président: Question de privilège, M. le
député de Frontenac.
M. Grégoire: M. le Président, je n'accepterai pas
d'être accusé par le député de Mont-Royal d'avoir
tronqué les faits. Ce que j'ai dit, c'est exactement ce qu'il a dit. Il
vient de le répéter. Il a dit lui-même: Vous n'avez pas les
moyens. Vous n'avez pas l'expertise. C'est cela que j'ai dit et rien d'autre.
Ce n'est pas acceptable qu'il...
Le Vice-Président: D'accord. M. le député.
M. le député de Notre-Dame-de-Grâce.
M. Reed Scowen
M. Scowen: Merci, M. le Président. Je pense que cette
guerre de mots n'est pas nécessaire. Franchement, c'est
précisément parce que nous croyons que les
Québécois sont capables que nous avons l'intention de nous
interroger un peu sur la nécessité de garder une
société d'État dans le domaine minier pour le
protéger, le garder contre le marché privé, le
marché réel. J'ai l'intention de parler de cela un peu plus tard,
mais je veux d'abord vous dire que nous trouvons - je vais
répéter un peu les paroles du député de Roberval -
que la façon de procéder du gouvernement dans ce projet de loi
est un exemple classique de mauvaise administration et d'incompétence de
ce ministre et de ce gouvernement. On est devant un projet de loi qui a pour
but de changer profondément l'objectif d'une société
d'État, de proposer que des fonds publics soient ajoutés,
ajoutés à cette société et de changer quelques
autres éléments d'une façon importante.
Le projet de loi est appelé dans les dernières
journées de la session. Il n'y a aucun document d'étude
déposé pour permettre aux députés de
l'étudier. Après une demande faites ici il y a deux ou trois
jours, le ministre a accepté la tenue d'une commission parlementaire qui
a eu lieu ce matin et à laquelle il y avait le président et le
président du conseil d'administration de cette société. Il
nous a accordé une heure et demie à peine pour poser des
questions à ces deux personnes. De plus, il a empêché
à plusieurs reprises le président de répondre à nos
questions. On se trouve aujourd'hui devant un projet de loi qui est un exemple
classique de la façon la pire qu'on puisse imaginer de diriger les
sociétés d'État. Mon collègue, le
député de Saint-Laurent, a posé cette question, je pense,
cinquante fois en Chambre. On doit accepter la nécessité de
renseigner les députés et l'Assemblée nationale avant de
prendre des mesures importantes qui changent le rôle des
sociétés d'État ou qui ajoutent énormément
à leur pouvoir financier. Je laisse de côté cet aspect,
parce qu'on l'a répété à maintes reprises.
J'espère que la population comprend. C'est tout simplement un manque de
préparation, une absence de contrôle de la part du ministre, un
manque d'intérêt de la part du ministre. Ce sont des choses qui
pourraient être corrigées par une bonne administration.
Mais, j'aimerais, dans les quelques moments que j'ai à ma
disposition ce soir, M. le Président, vous poser une question, la poser
au gouvernement et même à la population: Pourquoi SOQUEM? Pourquoi
avoir une telle société d'État? Je ne veux pas dire qu'on
doive se libérer de cette société immédiatement.
Pas du tout, mais je pense que vous pouvez admettre qu'on doit avoir une raison
pour justifier l'existence d'une société d'État et ce
n'est pas la rentabilité. Je pense que c'est intéressant de voir
que le
gouvernement a commencé à insérer dans chaque
projet de loi qui touche les sociétés d'État l'idée
que cela doit être rentable. La rentabilité en soi n'est pas une
justification pour une prise de contrôle par l'État d'un secteur
de l'économie.
C'est quoi, l'objectif de cette société? Comme le ministre
l'a dit, c'est une société qui a été
créée par. le gouvernement libéral de Jean Lesage, en
1965, et M. René Lévesque a été lui-même le
parrain de cet exercice. Si vous lisez son discours de deuxième lecture,
la raison d'être de cette société minière est
très claire. Je pense que je peux résumer ce discours. C'est un
discours d'une heure, mais je vais citer tout simplement un paragraphe et je
pense que ce sera une reproduction fidèle de l'idée centrale. Je
cite M. Lévesque qui disait, à l'époque: "II faut bien
noter que la majorité, l'immense majorité des
sociétés assez importantes pour faire de l'exploration un peu
systématique ne sont pas québécoises au point de vue de
leur appartenance financière." Cette idée est
répétée un peu partout dans le discours, mais
l'idée était que les Québécois avaient leurs
propres propriétés, leurs propres richesses minérales,
mais l'exploitation se faisait par les autres. Je pense qu'au fond du
débat, à cette époque, il y avait cette idée
d'essayer de donner une plus grande part de cette richesse naturelle et
l'exploitation de cette richesse naturelle à la population. Je pense
qu'on peut dire que cet objectif était louable.
Où en sommes-nous dans la direction de cet objectif, quinze ans
plus tard? M. le Président, la population du Québec, a investi
jusqu'ici - on ne parle pas de ce projet de loi - à peu près
$65,000,000 dans cette affaire. Ce n'est pas devenu une grande affaire. Ils ont
trouvé à peine quatre exploitations intéressantes: une de
cuivre, une de zinc, une de niobium et une d'or. Le total des revenus de cette
opération, l'année dernière, était de $15,000,000.
Il y a des chaînes de détaillants à Montréal qui ont
des chiffres d'affaires qui dépassent de loin $15,000,000. On peut vous
dire très clairement que cette compagnie, pendant les quinze
années de son existence, n'a pas eu un impact important sur le secteur
des richesses naturelles du Québec. À titre d'exemple,
l'année dernière, je pense, les ventes totales dans le secteur
minier du Québec étaient de $1,500,000,000 à peu
près. Cette société d'État nationale comptait pour
à peine 1% du total de toutes nos exploitations minières au
Québec. Pendant cette période, ce n'était pas
rentable.
Je ne veux pas exagérer l'aspect de la rentabilité, mais
cette année, à cause de la hausse du prix de l'or, la
société sera rentable. Jusqu'à cette année, comme
l'a dit lui-même le ministre cet après-midi, ce n'était pas
rentable. Il y avait des pertes accumulées d'environ $3,000,000 et de
plus, il avait mis comme actif un total d'environ $40,000,000 qui sont
déjà investis, qui sont déjà dépensés
et on ne sait pas exactement si on va les réaliser ou non. Nous avons
des pertes accumulées de $3,000,000 à $43,000,000 selon le
système de comptabilisation que vous utilisez.
Nous en sommes là. Je pense qu'en toute honnêteté le
gouvernement doit admettre que l'objectif d'augmenter la part des
Québécois dans la propriété de leurs propres
richesses naturelles n'a pas marché comme il faut. La rentabilité
mise à part, ce n'est pas quelque chose qui s'est
réalisé.
(21 h 50)
Alors, qu'est-ce qu'on doit faire maintenant? Ce que le gouvernement
nous propose n'est pas du tout clair, parce que nous ne sommes devant aucun
document qui donne les indications, les grandes lignes des actions à
venir.
Mais quand même, on peut chercher dans les discours. Le
président, M. Bourassa, a dit récemment que notre plan de
développement prévoit des investissements dans la recherche de
métaux de pointe, soit l'uranium, les terres rares de vanadium, de
niobium, etc.
Ils vont en effet aller un peu partout, chercher un peu partout, sans
direction, sans une ligne de conduite précise. Surtout, M. le
Président, c'est quelque chose qui va se faire par l'entremise d'une
société d'État.
La question que je veux poser est la suivante. Finalement, il y a deux
façons d'inciter les Québécois, qui sont capables, M. le
député de Frontenac, qui ont de grandes capacités. Nous
sommes tous des Québécois, nous sommes très fiers de
nous-mêmes, de nos collègues et de nos concitoyens. Nous avons les
compétences nécessaires. L'idée du Parti
québécois, c'est de renforcer la recherche collective par
l'entremise d'une société d'État. Ils disent en effet: Les
Québécois ne sont pas prêts à agir seuls, comme des
entrepreneurs, comme des hommes d'affaires, comme des investisseurs, comme des
recherchistes. Dans le secteur privé, individuellement, ils ont besoin
encore de la protection de l'État. Alors, on va demander à
l'Assemblée nationale d'agrandir la part du secteur public dans ce
domaine. On va demander aux fonctionnaires de préparer des nouveaux
plans et devis pour les autres installations et les autres explorations. Comme
cela, on peut donner la protection, le soutien aux Québécois,
parce qu'ils ne sont pas prêts.
Il existe, quant à moi, une autre possibilité. Je ne dis
pas que c'est la seule. Je ne veux pas simplifier les affaires indûment,
mais je pense que l'accent est important. C'est possible, si vous acceptez
vraiment les propos du député de Frontenac, de dire que les
années soixante étaient complètement différentes de
ces années-ci. Aujourd'hui, nous avons un réservoir énorme
de Québécois avec le capital, avec les compétences, avec
l'audace, avec l'énergie, avec l'initiative d'agir sur une base
individuelle, dans le domaine minier comme dans tous les autres domaines
économiques.
Alors pourquoi pas, comme gouvernement, mettre de côté
cette société d'État - je le propose à titre
personnel, parce que j'accepte que c'est quelque chose qui doit être
étudié en profondeur, quelque chose qui n'a pas été
fait jusqu'à maintenant par le gouvernement retourner la
Société SOQUEM aux entrepreneurs québécois? Par la
suite, on pourrait essayer de stimuler l'investissement et l'exploration par
les mesures fiscales, par la réforme de la Bourse de Montréal,
par une série de mesures qui vont dire à la population:
Écoutez, on s'intéresse à vous autres individuellement,
comme personnes, comme individus, et pas comme des gens qui ont besoin de la
protection de l'État.
Je ne sais pas du tout si ce sera la meilleure façon d'agir. Une
chose est certaine, M.
le Président, c'est qu'on ne peut pas, avec une
société d'État, trouver les minéraux quand ils
n'existent pas. Une société d'État ne peut pas trouver
quelque chose qui n'existe pas ici. Comme exemple classique, je peux citer le
pétrole. Dans le prochain projet de loi qu'on va étudier ce soir,
on va apprendre que le gouvernement du Québec a l'intention d'investir
en Alberta. Pas parce qu'il veut sortir les profits des Québécois
pour aller ailleurs, comme l'a prétendu le ministre quand il parlait des
multinationales, mais simplement parce que nous sommes arrivés à
la conclusion que ce n'est pas très utile de continuer à chercher
du pétrole ici au Québec quand il n'en existe pas.
Alors, le gouvernement du Québec, par le projet de loi no 2, va
faire exactement ce qu'on reproche aux multinationales par le projet de loi no
1. Je le cite, parce que c'est un exemple classique du manque de
compréhension de ce gouvernement des affaires économiques.
Mais en terminant, M. le Président, je veux vous poser tout
simplement quelques questions. Si on décidait d'agir comme je vous
l'avais recommandé, savoir vendre la société SOQUEM aux
Québécois, à des entrepreneurs, à des capitalistes
québécois et essayer de créer un climat ici pour
l'investissement minier et l'exploration minière, est-ce que
l'exploration minière au Québec sera réduite ou
augmentée? Je ne sais pas. C'est une bonne question à poser.
C'est possible qu'elle soit encore plus grande.
Est-ce que le nombre d'investisseurs québécois dans le
secteur minier sera plus grand ou plus petit? Je répète:
l'objectif principal de SOQUEM pendant quinze ans ne se réalise pas.
Est-ce que l'emploi dans le secteur minier sera plus fort ou moins fort? Est-ce
que le pourcentage d'investissements québécois dans le secteur
minier sera plus fort ou moins fort? Est-ce que l'esprit d'initiative des
investisseurs, des cadres, des recherchistes et des prospecteurs
québécois sera amélioré ou diminué? Est-ce
que le nombre de fonctionnaires qui s'occupent du secteur minier sera
augmenté ou diminué?
Ce n'est pas dans les discours démagogiques qu'on va trouver les
réponses à ces questions. Mais je suis persuadé que ce
sont des questions fort valables auxquelles le ministre doit répondre
d'une façon sérieuse. J'ai l'impression, personnellement, M. le
Président, en terminant, que ces gens sont sur la mauvaise voie. Ils
sont en train de faire face au défi des Québécois des
années quatre-vingt, avec des solutions qui étaient
conçues pour les années soixante. Je pense que ces solutions qui
étaient bonnes à l'époque sont dépassées
aujourd'hui, par le Québec parce que les Québécois ont
évolué. J'ai la profonde conviction, M. le Président, que
les idées économiques de ces gens sont aussi
dépassées que leur oeuvre politique.
Le Vice-Président: M. le député de
Charlevoix.
M. Raymond Mailloux
M. Mailloux: M. le Président, je n'ai pas eu l'avantage
d'entendre tous les intervenants dans ce dossier. Je voudrais dire quelques
mots, si tard soit-il, faire quelques observations qui seront peut-être,
pour quelques-unes, en contradiction avec celles qui sont avancées par
mes collègues.
Mais, de toute façon, je les ferai de la manière la plus
objective possible, en espérant qu'à l'appui de ce projet de loi,
le ministre puisse, par la suite, informer valablement tous les
collègues de la Chambre, des montants importants, quand même, qui
découleront de ce projet de loi.
M. le Président, on a parlé tantôt de l'action de
SOQUEM au cours des années précédentes. Je voudrais
traiter de deux matières principales qui sont visées par ce
projet de loi; d'abord le sel pour lequel SOQUEM a fait de nombreuses
recherches depuis pas mal d'années. Je parlerai également d'un
autre minerai qui, chez nous a été découvert il y a
quelques années également par la société
d'État et par des personnes du secteur privé qui sont aujourd'hui
appuyées par la société d'État.
M. le Président, avant d'entrer en politique, j'avais
moi-même été dans des commerces d'alimentation. En parlant
de sel, j'avais toujours été estomaqué de constater que
des compagnies d'une extrême importance, qui vendaient ce produit au
Québec, réussissaient le tour de force, alors que nous achetions
quelques centaines de wagons de sel par année, de ne jamais varier leur
prix d'un quart de cent la tonne. C'est ce que j'avais constaté au cours
des 20 années que j'ai travaillé dans le commerce de
l'alimentation en gros. (22 heures)
À mon arrivée au ministère des Transports
-j'étais, à ce moment-là, ministre d'État - mon
prédécesseur, l'honorable Bernard Pinard, devant les coûts
qui montaient en flèche, le ministère devant déjà
s'approvisionner à raison de plus de 700,000 tonnes par année et
connaissant les besoins des municipalités qui sont également
subventionnées par l'État, avait fait une tournée de
quelques pays d'Europe de même que des pays de l'Est. Il était
revenu avec l'idée très ferme que pour donner une leçon
aux compagnies canadiennes il serait peut-être utile que, pour une
année, nous nous portions acquéreurs, sur le marché
étranger, des quantités de sel dont le gouvernement
québécois avait besoin. Incidemment, le titulaire actuel du
ministère se rappellera que vers 1972, si ma mémoire est
fidèle, nous nous portions acquéreurs de 707,000, tonnes
achetées en Espagne, je pense.
M. de Belleval: En Pologne.
M. Mailloux: En Pologne. C'est pour cela que je parlais des pays
de l'Est. Je ne me rappelais pas si c'était en Espagne ou en Pologne.
Mais cela n'a pas changé, M. le Président, quand par la suite il
a fallu revenir sur le marché canadien. En raison du potentiel
nécessaire pour fournir le gouvernement du Québec et les
municipalités, nonobstant la chicane qui peut exister entre deux ordres
de gouvernement sur le refus du gouvernement fédéral d'aller de
l'avant dans sa partie de subvention pour aider le gouvernement du
Québec à développer les mines de sel des
Îles-de-la-Madeleine - peut-être que le gouvernement
fédéral a dans la tête d'autres priorités qui ne
rencontrent pas les idées du gouvernement du Québec - je suis de
ceux qui croient que le Québec doit aller de l'avant dans le projet de
sel des Îles-de-la-Madeleine, quels que soient les coûts que cela
entraînera, pour que ce sel soit mis à la disposition du
gouver-
nement, des municipalités et du vaste marché qu'il y a
également sur la côte de la Nouvelle-Angleterre.
M. le Président, nous n'avons pas à nous plier à
chercher des clients éventuels. Déjà, avec l'assurance que
près de 1,500,000 tonnes de sel peuvent être achetées par
le gouvernement ou les créatures que sont les municipalités, je
pense que c'est un "must" - excusez l'expression - que le gouvernement du
Québec complète ce projet.
Je n'ai également aucune gêne à féliciter mon
successeur immédiat, le député de Saguenay, et l'actuel
ministre des Transports qui, en complétant ce projet, ont permis qu'une
observation que j'avais faite alors que j'étais titulaire du
ministère des Transports, alors qu'on avait dû établir des
liens ferroviaires entre les deux rives du Saint-Laurent... J'étais
assez malheureux, comme député de Charlevoix, de constater que
les caboteurs qui viennent principalement de chez nous devaient subir un dur
contrecoup à cause du lien maritime entre les deux rives du
Saint-Laurent recommandé par l'Office de planification et de
développement du Québec avec lequel, d'ailleurs, les deux partis
en Chambre à ce moment-là étaient d'accord. Je suis
heureux que le voeu que j'ai exprimé, à ce moment-là,
devant le Conseil des ministres se concrétise, à savoir que si un
jour le sel des Iles-de-la-Madeleine devait être mis sur le marché
québécois, canadien ou américain, on donne un nouveau
départ aux caboteurs du Saint-Laurent.
Je félicite les deux titulaires qui se sont succédé
d'avoir donné suite à ce voeu et d'avoir permis que la
société Sonamar prenne vie et qu'elle bénéficie
d'un contrat qu'elle n'aurait peut-être pu avoir par soumissions
publiques, de manière radicale. Il était temps,
évidemment, qu'une première au Québec se fasse et qu'en
concurrence avec des compagnies de l'Ontario, on permette que des produits du
Québec soient transportés par des caboteurs
québécois. Je suis heureux qu'ils aient un nouveau départ
et que, ultérieurement, dans d'autres matières à
transporter au Québec , ils puissent évidemment être dans
l'activité également.
M. le Président, le deuxième sujet dont je voudrais
traiter devant le ministre est le suivant: SOQUEM et l'entreprise privée
ont découvert sur les hauteurs, à 5000 pieds d'altitude dans
Charlevoix, un gisement de silice qui, à moins que mes renseignements ne
soient pas exacts, est d'une importance extraordinaire et d'une teneur
inégalée, semble-t-il, je dirais, en Amérique du Nord. Mes
collègues de l'Union Nationale faisaient référence l'autre
jour à la compagnie SKW qui emploie déjà à
Bécancour une centaine de mille tonnes par année de certains
agrégats et une compagnie charlevoisienne, qui a pris naissance à
Clermont, actuellement développe également une quarantaine, une
cinquantaine de mille tonnes de ces résidus qui sont fournis à
SKW.
M. le Président, j'ai déjà parlé
privément avec le ministre d'un vide profond que nous rencontrons dans
certaines matières que nous avons à acheter dans le
Québec. Je voudrais m'expliquer en deux mots. On constate que
l'entreprise privée, pour laquelle je suis d'ailleurs, ne fait pas le
nécessaire pour organiser dans le milieu même certaines industries
de pointe qui nous permettent de percer, d'au moins suffire aux besoins du
Québec. Je mentionne en particulier, parlant des mines de silice toute
la céramique qu'achète le Québec qui vient d'où,
Mme la Présidente? Qui vient actuellement n'importe quel de mes
collègues qui voudrait s'en porter acquéreur, s'il veut avoir une
qualité au moins acceptable - je ne voudrais pas mésestimer le
produit québécois - attend cinq, six et sept mois un produit qui
est fabriqué en France, qui est fabriqué en Italie et qui est
fabriqué dans certains pays asiatiques.
Il y a un vaste marché dans le Québec à satisfaire
pour lequel nous n'avons pas le "know-how" requis, nous n'avons pas l'expertise
requise. Je pense, Mme la Présidente, que, si le gouvernement a voulu
concurrencer dans la transformation de l'amiante - je ne conteste pas ce droit
- il a voulu évidemment être un témoin dans cette
activité. J'invite le ministre de l'Énergie et des Ressources
à mettre une équipe en place d'abord dans le secteur
d'activité dont je viens de parler pour connaître l'abondance de
la demande québécoise et même des marchés canadiens
qui sont à la disposition du Québec. On nous dit que, pour la
transformation de ce que je vise, la céramique, possiblement cela
prendrait du gaz naturel étant donné que
l'électricité ne peut chauffer à une température
assez élevée. Mais on est quand même à l'orée
d'avoir la possibilité ici dans le centre du Québec d'avoir le
gaz naturel autant qu'on a actuellement l'électricité
évidemment à nos portes. Cela prend de l'eau. Je pense que le
Québec n'est pas dépourvu de ces matières. C'est
principalement l'expertise que devra aller chercher le gouvernement, s'il
décide d'aller dans cette direction. Je suis de ceux qui pensent que, si
l'entreprise privée ne peut pas aller assez loin pour satisfaire les
besoins québécois, SOQUEM, dans un "joint venture" avec des
compagnies, qu'elles soient françaises, qu'elles soient italiennes, quel
que soit le pays d'où elles viennent, devrait évidemment faire un
pas dans ce sens.
Mme la Présidente, également, cette matière
première est quand même abondante. Le ministre dira tantôt,
pour ce gisement en particulier, qu'il a des sommes qui sont en
disponibilité pour évidemment voir de quelle façon cette
matière doit être mise sur le marché et quelle
transformation on peut en espérer. Mme la Présidente, qu'on pense
également que la Société des alcools du Québec est
quand même un client d'une extrême importance dans le domaine du
verre. Quand on pense aux besoins du Québec dans le domaine des vins, ou
n'importe quoi, il y a également là des possibilités assez
extraordinaires d'investigation. Si nous n'avons pas également
l'expertise requise, je pense qu'on devra aller la chercher et faire en sorte
que, dans le Québec, on puisse faire comme d'autres pays plus
avancés l'ont fait avec des matières premières qu'ils ont
dû importer d'ailleurs; je suis de ceux qui croient qu'avec notre
matière première, avec les capitaux dont nous disposons, nous
devons quand même aller dans ces secteurs d'activités. (22 h
10)
Mme la Présidente, c'étaient quelques observations que je
voulais faire, non pas à titre de connaisseur dans le domaine du secteur
minier, mais dans un comté qui est actuellement peut-être au
septième plus bas niveau de revenu du Québec et parce qu'on pense
qu'une richesse
naturelle aussi importante que celle qui a été
découverte par les frères Gagnon et par SOQUEM depuis plusieurs
années, et dont la preuve est faite aujourd'hui que l'importance en est
telle qu'elle peut peut-être amener une transformation partielle, au
moins, sur place. Je ne voudrais pas l'espérer, mais si jamais le
Québec décidait d'aller dans la transformation de la
céramique de qualité, c'est dans un milieu peut-être
éloigné comme Charlevoix que ce serait possible de le faire,
étant donné l'ensemble des techniciens et de tous les
professionnels de diverses disciplines qu'il faudrait trouver. Peut-être
qu'en cours de route on trouvera possible que, dans un milieu
défavorisé qui n'a pas été sûrement
gâté, certaines transformations primaires se fassent de
manière à éviter une bonne partie actuellement de
l'anxiété qui règne parmi trop de nos gens.
Mme la Présidente, c'étaient quelques observations que je
voulais faire à l'appui de ce projet de loi. À toutes les
questions que mes collègues ont posées quant à quoi
serviront les $36,000,000 supplémentaires qui ont été
demandés, je pense que le ministre des Richesses naturelles sera en
mesure, évidemment, de répondre et d'éclairer nos
collègues en prouvant qu'un tel projet de loi est nécessaire.
Cela n'arrive pas en contradiction avec la foi que j'ai dans l'entreprise
privée, mais il ressort que, quand l'entreprise privée fait
défaut d'aller de l'avant, il appartient au gouvernement de
suppléer, et s'il y a des risques à courir, nous devons les
courir, quitte, en cours de route, à faire le nécessaire pour
faire les corrections qui s'imposent.
La Présidente: Mme la députée des
Îles-de-la-Madeleine.
Mme Denise
LeBlanc-Bantey
Mme LeBlanc-Bantey: Merci, Mme la Présidente. J'avoue que
je n'avais pas l'intention d'intervenir sur ce projet de loi, mais le
député de Mont-Royal m'en avait fourni l'occasion cet
après-midi en décidant, probablement sans jamais y avoir mis les
pieds, de faire une analyse sociologique du comportement des Madelinots. La
deuxième raison vient de m'être fournie par le
député de Charlevoix qui, à ma connaissance, est le
premier libéral à Ottawa ou à Québec à
défendre le projet de la mine de sel des Îles-de-la-Madeleine.
Pour répondre tout de suite au député de Mont-Royal
- j'aborderai la question des Madelinots tout à l'heure - qui disait que
le projet de loi risquait d'être de l'ingérence politique dans le
domaine économique, je vous dis que si le ministre des Richesses
naturelles a fait de l'ingérence politique dans le projet de la mine de
sel et qu'il nous a permis de développer le projet de la mine de sel des
Îles-de-la-Madeleine, au nom des Madelinots des îles et des
Madelinots de tout le Québec, je le remercie et je l'en félicite
aujourd'hui.
Le député de Mercier, cet après-midi, disait que le
Parti libéral n'avait pas de programme politique. Le Parti
libéral n'a pas de programme politique parce qu'il est incapable dans le
moment de faire face à la réalité sociale et
économique du Québec, parce que le Parti libéral, pour
lui, sa réalité, c'est la réalité qui a aussi
été sa réalité dans le passé malgré
son apparent renouveau, la réalité des profits des grosses
entreprises, des multinationales, au détriment des petits et au
détriment, bien souvent, de la santé des travailleurs. Il n'a
peut-être pas de programme politique, le Parti libéral, mais il a
un visage. Son visage, il commence à le montrer, et entre autres,
aujourd'hui, il l'a drôlement montré. J'ai lu tous les textes de
la commission parlementaire. J'ai écouté les
députés libéraux depuis cet après-midi. En
commission parlementaire d'abord, ils ont essayé d'amener le
président de SOQUEM et le ministre lui-même à dire que le
projet de la mine de sel aux Îles-de-la-Madeleine n'était pas
rentable et que, par conséquent, le gouvernement ne devrait pas le
faire.
Une voix: C'est rouge cela.
Mme LeBlanc-Bantey: C'est cela leur visage. Leur visage, c'est de
toujours descendre les entreprises privées au détriment des
régions éloignées, au détriment des régions
où un chômage chronique survit depuis quelques années,
où, depuis quatre ans, on a réussi de peine et de misère
finalement à relever le niveau économique de ces régions,
entre autres aux Îles-de-la-Madeleine. Pendant ce temps-là, les
libéraux viennent nous dire qu'on ne devrait pas investir dans ces
régions-là, parce qu'on n'est pas sûr de la
rentabilité des projets et que, sans doute, on devrait continuer
à faire comme dans le passé, développer le bien-être
social.
Une voix: Cela nuirait à l'Ontario.
Mme LeBlanc-Bantey: Le député de...
Une voix: Mont-Royal.
Mme LeBlanc-Bantey: ... Mont-Royal, cet après-midi,
disait: Quant au projet de Seleine, le projet Dauphin, c'est un projet qui va
coûter $65,000,000. On a demandé combien d'emplois cela va
créer. Cela va créer 135 emplois. Ce qu'il n'a pas
mentionné, c'est que c'était 135 emplois primaires et que,
déjà, des emplois secondaires commençaient à se
créer aux Îles-de-la-Madeleine à cause du projet de la mine
de sel. Il y a déjà des projets de "machine shop". Il y a des
projets d'hôtellerie, de restauration qui sont en marche à cause
du projet de la mine de sel. Il y. a d'autres emplois qui seront
développés dans l'avenir, parce que, enfin un gouvernement a fait
confiance aux Québécois et aux Madelinots.
Il dit: Je me demande si c'est vraiment un projet que SOQUEM a
volontairement voulu entreprendre ou si c'est quelque chose de politique que le
gouvernement a imposé à SOQUEM, parce que les réponses sur
ces sujets n'étaient pas trop claires ce matin.
On a demandé: Si vous n'avez pas la subvention de $17,000,000,
est-ce que le projet va être rentable? C'est bien beau de dire que c'est
rentable, si les contribuables nous subventionnent. C'est une première
question. Si vos amis d'Ottawa nous avaient donné la subvention qu'ils
nous avaient promise, le projet de la mine de sel, Mme la Présidente,
c'est sûr qu'il serait plus rentable. Durant la campagne du
référendum, vous veniez dire au Madelinots: II faut voter non,
parce que, si vous votez oui, vous n'aurez pas le projet de la mine de sel.
Vous êtes-vous levés
après, une seule fois dans cette Chambre, pour demander au
ministre du MEER ou à vos amis fédéraux de défendre
les Québécois et les Madelinots dans ce projet?
Des voix: Non.
Mme LeBlanc-Bantey: La seule chose que vous êtes capables
de faire, c'est du terrorisme, comme vous l'avez fait sur le projet de la mine
de sel, comme votre chef quand il est venu pendant la campagne du
référendum dire aux îles: Si vous votez oui, comme les
îles sont convoitées par les superpuissances, elles vont devenir
une base militaire. C'est cela que votre chef est venu nous dire. Il n'est pas
venu dire aux Madelinots: Je vais vous défendre auprès d'Ottawa
pour que vous ayez votre subvention. Quand De Bané est venu annoncer
qu'on n'aurait pas la subvention, qu'est-ce que votre chef a fait?
Une voix: II s'est assis.
Mme LeBlanc-Bantey: II s'est assis. Et, aujourd'hui, pire que
cela, vous venez dire au ministre, vous venez dire à SOQUEM qu'elle a eu
tort d'investir dans le projet de la mine de sel des îles. C'est cela le
visage du Parti libéral.
Si un gouvernement Ryan était au pouvoir aujourd'hui, la preuve
vient d'être faite que les Madelinots n'auraient jamais eu la mine de
sel.
Une voix: C'est cela.
Mme LeBlanc-Bantey: La deuxième question, continue le
député de Mont-Royal: "On va dépenser $65,000,000 pour
créer 135 emplois souterrains. Je me demande si c'est vraiment un cadeau
qu'on fait à la population des Îles-de-la-Madeleine." Il est en
train de nous dire quasiment que la mine de sel, c'est une pénitence. Je
ne sais même pas si ce sont eux qui vont travailler dans les mines de
sel, parce qu'ils sont habitués de travailler dehors.
Une voix: Dans l'eau salée. (22 h 201
Mme LeBlanc-Bantey: Les pêcheurs à l'air frais, ils
vont aller s'enterrer dans une mine! J'espère qu'il y a bien du monde
qui pleure. C'est un vrai cadeau fait à ce prix-là. Cela semble
plutôt être une sentence qu'un cadeau. On dit: On va envoyer
travailler la population dans une mine de sel. Je vous le dis, le
député de Mont-Royal vient encore de faire la preuve du
paternalisme, de l'ignorance du Parti libéral face aux vrais besoins des
populations éloignées comme celles des
Îles-de-la-Madeleine. Je vais lui apprendre au député de
Mont-Royal que le projet de la mine de sel va réduire notre taux de
chômage de 25% et que les Madelinots ne sont pas tous des gens qui sont
appelés à travailler dehors. Je vais lui apprendre qu'il y a des
travailleurs qui travaillent à l'intérieur des usines de
transformation. Je l'ai fait, moi. Puis allez voir si c'est plus facile que de
travailler dans une mine de sel. Je comprends que les pêcheurs
travaillaient dehors quand vous étiez au pouvoir. La flotte de
pêche était tellement désuète que leurs pieds
traversaient quasiment le bateau quand ils s'en allaient à la mer, le
matin.
Mme la Présidente, le député de Mont-Royal dit que,
dans le fond, comme d'autres l'ont dit -De Bané l'a dit aussi, comme
prétexte pour ne pas nous la donner la mine - il a dit les Madelinots,
ce sont des pêcheurs, qu'ils n'aiment pas cela travailler dans une mine.
C'est vrai qu'une partie des Madelinots sont des pêcheurs, mais c'est
aussi vrai qu'il y en a d'autres qui sont intéressés à
travailler dans d'autres secteurs d'activité, que ce soit dans les
services publics, que ce soit dans une mine de sel.
Je vais apprendre au député de Mont-Royal et aux
libéraux, sauf au député de Charlevoix, que pour 135
emplois disponibles, Mme la Présidente, il y a eu 1700 demandes
d'emploi. Est-ce qu'ils la veulent, à votre avis, les Madelinots, la
mine de sel? Là-dedans, il y a des travailleurs temporaires aussi qui
travaillent dehors maintenant, comme vous le dites, mais qui aimeraient bien
cela aussi avoir une sécurité d'emploi et un travail stable
à longueur d'année.
D'un autre côté, on vient de construire un centre d'accueil
aux îles. Ce n'est pas à l'extérieur. Pour 20 emplois, je
pense qu'il y a eu 200 demandes. Cela vous donne-t-il une idée si les
Madelinots sont, comme essayait de le dire poétiquement - finalement,
pour éviter de regarder le problème en face - le
député de Mont-Royal, des gens qui aiment travailler à
l'extérieur?
Les Madelinots, ce qu'ils veulent, comme les Québécois,
c'est un gouvernement qui s'occupe d'eux, c'est un gouvernement qui leur fait
confiance et c'est un gouvernement qui leur crée des emplois durables et
permanents. Ils en ont plein le dos des projets PIL de vos amis de l'autre
bord, des projets que vous aviez l'habitude de mettre de l'avant chez nous. Ce
qu'ils cherchent, ce sont des "jobs" payantes et permanentes aussi.
Ne vous inquiétez pas, quant à ceux qui veulent continuer
à travailler dehors, comme les pêcheurs, on est en train de les
organiser pour qu'ils puissent le faire, mais en toute sécurité
et pour que ce soit rentable aussi pour eux.
Mme la Présidente, je ne voulais pas être longue. Je
demanderai tout simplement ceci en terminant: Quand les libéraux
essaient par toutes sortes de moyens détournés de nous faire
comprendre que le gouvernement ne devrait pas développer la mine de sel
aux îles, quels sont les intérêts qu'ils défendent?
Pensez-vous que ce sont les intérêts des Madelinots?
Des voix: Non.
Mme LeBlanc-Bantey: Pensez-vous que ce sont les
intérêts des Québécois?
Des voix: Non.
Mme LeBlanc-Bantey: Alors quels sont-ils, les
intérêts que vous défendez? Ayez donc
l'honnêteté de les admettre.
Des voix: La Nouvelle-Écosse.
Des voix: L'Ontario.
Mme LeBlanc-Bantey: La Nouvelle-Écosse, l'Ontario, Sifto,
Canadian Salt. Voulez-vous que je vous en nomme d'autres? C'est cela, les
intérêts que vous défendez.
Mme la Présidente qui est devenu M. le Président, je
termine en disant que je suis fière de la discussion qu'il y a eu ici
aujourd'hui, parce qu'on vient de faire la preuve, encore une fois, que les
intérêts des Madelinots et que les intérêts des
Québécois ne sont pas ceux du Parti libéral du
Québec.
Des voix: Bravo!
Le Président: M. le ministre.
M. Bérubé: Merci, M. le Président.
Une voix: Pas trop long.
M. Yves Bérubé (réplique)
M. Bérubé: Non, je serai bref, M. le
Président. Je pense que l'Opposition a raison de m'appeler à une
certaine brièveté.
J'ai cependant un certain nombre de questions que j'ai tenté de
noter au fur et à mesure des interventions, de manière à
pouvoir à la fin essayer de rassembler un peu le tout. Je ne pourrais,
cependant, passer sous silence l'intervention du député de
Charlevoix. Je lui dirai une chose. En 1970, j'ai fait mes premières
armes en politique dans son comté, en campagne électorale contre
lui. On a donc mangé une raclée! Il y a une raison pour laquelle
on a mangé une raclée à l'époque, dans Charlevoix.
C'est peut-être parce que c'est un de ces politiciens les plus
honnêtes qu'il y ait et que, lorsqu'il est convaincu qu'il doit dire ce
qu'il pense, il le dit. Son intervention, en ce sens, était
marquée, je pense, du plus profond réalisme et, en même
temps, d'une certaine amitié, d'une certaine chaleur pour le peuple
québécois. Je tiens à l'en remercier. D'ailleurs, je ferai
remarquer qu'il est le seul député à avoir
été applaudi par la Chambre au complet.
Il y a eu des interventions que je ne peux pas ne pas relever, M. le
Président. On nous a parlé de l'effondrement de l'industrie
minière dont nous serions évidemment responsables et on m'a
reproché de ne pas avoir traité de tout le portrait de cette
industrie minière. Correct, je le reconnais, parce que nous discutions
d'un projet de loi, c'est une société d'État qui s'occupe
de développement minier avec un succès assez remarquable. C'est
bien sûr que je n'ai pas commencé à vanter toutes les
politiques gouvernementales qu'on a mises sur pied. Il y a des choses qu'on
aurait pu dire. C'est certain. Eet là-dessus, les chiffres du
député de Mont-Royal sont exacts lorsqu'il parle, par exemple,
des problèmes de notre industrie minière. En 1970, nous avions
2,400,000 tonnes de réserves de cuivre. En 1976, nous n'avions plus que
1,600,000 tonnes de réserves de cuivre. Cela a diminué. Cela veut
dire quoi? Cela veut dire qu'on en a extrait plus vite du sol que nous avons su
en découvrir dans les territoires environnants.
En d'autres termes, l'exploration n'a pas été suffisante
au Québec. Le problème, il est là. Si le
député de Mont-Royal voulait être complet, il aurait pris
les chiffres d'exploration en 1971, 1972, 1973 et montré qu'il y en
avait pour $20,000,000 par année, et qu'en 1977, 1978, 1979 cela monte
à $60,000,000 par année. C'est bien plus vite que le taux
d'inflation. Il aurait pu dire cela, mais il ne l'a pas dit. Une restriction
mentale qui ressemble étrangement à celle de son chef. Le
député de Lotbinière a d'ailleurs pris la peine de relever
ces chiffres. On s'est bien amusé avec un article du Northern Miner qui
était d'autant plus amusant que le journaliste commençait par
dire: Écoutez, on est loin d'être d'accord avec les politiques ou
les philosophies politiques du gouvernement de M. Lévesque. Mais
subséquemment, on faisait une analyse de tout l'impact des politiques de
ce gouvernement dans le domaine minier. Et si, aujourd'hui, on a des
déclarations du directeur de l'Association des mines de métaux du
Québec, à savoir que les politiques au Québec ont
chanqé complètement la face de l'exploration, on ne peut
certainement pas accuser les compagnies minières du Québec
d'être péguistes plus particulièrement.
C'est peut-être parce qu'il y a une réalité, qu'il y
a un certain nombre de politiques effectivement que le gouvernement a mises en
place qui ont eu un effet. Ce n'était pas le but de ce projet de loi en
question d'essayer de mettre en valeur nos politiques. Le but du présent
projet de loi, c'était de discuter du rôle de SOQUEM et de
l'action de SOQUEM et du bien-fondé de l'action de SOQUEM. On nous a
dit: La rentabilité de SOQUEM est artificielle; en 1979 vous avez fait
appel à un artifice comptable pour modifier la façon de
comptabiliser les dépenses de SOQUEM. C'est vrai, parce que lorsqu'une
compagnie comme Noranda dépense, par exemple, pour $10,000,000
d'exploration pour des actifs de $1,200,000,000, $1,300,000,000, c'est bien
évident qu'elle finance son exploration avec ses revenus et, par
conséquent, elle considère l'exploration comme étant des
dépenses. Mais lorsqu'un gouvernement mandate une société
d'État pour aller examiner l'ensemble du territoire sans avoir de
revenus équivalents parce qu'elle n'a pas encore de découvertes,
elle n'a que des dépenses, elle n'a pas de revenus. On comptabilise les
dépenses de façon différente. Ce qui n'a pas encore
donné de décision finale quant au développement de la mine
est considéré comme investissement. On investit dans le
territoire du Québec. Mais lorsque le programme d'exploration est
terminé et s'il n'y a pas de mine, on dit: C'est une dépense et
on la comptabilise au chapitre des dépenses.
Mais même si on tenait compte de cela, même si on voulait
revenir à l'ancienne procédure comptable, le député
de Mont-Royal sait très bien que SOQUEM est extraordinairement
profitable. Le seul exemple du député de Frontenac qui prend les
profits de SOQUEM de quelque $20,000,000, $25,000,000 en une année pour
un investissement total du gouvernement lui démontre que le rendement
est passablement intéressant. Il ne faut pas être très fort
en mathématiques. Donc, le point qu'il était important de
discuter, c'était le succès de SOQUEM et je pense qu'à cet
égard, le résultat est intéressant. (22 h 30)
Le député de Rouyn-Noranda, lui, a dit: Ils n'ont rien
découvert, ils ont simplement acheté les propriétés
des autres. D'abord, je regrette, mais, dans le cas de Seleine, c'est faux.
Dans le cas de Niobec, c'est faux et dans les autres cas, M. le
Président, il ne s'agissait pas de mines, il s'agissait de
propriétés de prospecteurs pour
lesquelles nous n'avions aucune indication qu'il y avait mine. C'est une
des habitudes en prospection d'aller voir autour de ce qui était connu
dans le passé en se disant: Peut-être que, les instruments
n'étant pas tellement perfectionnés dans le passé, on a
laissé de côté des anomalies, des qisements potentiels,
faute des moyens adéquats à l'époque. C'est ce qui
amène de nouvelles découvertes continuelles sur le territoire
qu'il connaît, le territoire de son propre comté. Pourquoi? Parce
que, justement, les géoloques réexaminent continuellement les
hypothèses de travail, en font de nouvelles, reprennent les travaux et
trouvent des mines. C'est tout ça, l'exploration géologique. Ce
qui montre bien que le député de Rouyn-Noranda n'a rien compris
au travail de ses concitoyens qui ont mis en valeur le patrimoine de leur
comté alors que lui n'a jamais compris sur quelle base ils
travaillaient.
Une voix: II a peut-être trouvé ça
gentil.
M. Bérubé: Je ne sais pas, il faudrait
peut-être trouver de l'or dessus.
Une voix: Eux, ils ont trouvé ça gentil.
M. Bérubé: Et je continue. J'ai traité des
méthodes comptables. On pourrait traiter de la clause de conflit
d'intérêts. On s'étonne que, dans la nouvelle loi de
SOQUEM, on élimine une vieille clause de conflit d'intérêts
et qu'on la remplace par une clause qui existe déjà dans la Loi
des compagnies. Pourquoi? C'est très simple. C'est que si, à un
conseil d'administration, nous n'avons pas le droit de nommer quelqu'un qui
puisse être, de près ou de loin, en conflit
d'intérêts, à un moment où un autre, avec
l'activité de la société, ça nous expose à
ne devoir choisir à nos conseils d'administration que des gens qui ne
connaissent pas l'industrie minière. Cela veut dire qu'au conseil
d'administration de SOQUEM, regardez ce qu'il y avait avant, il n'y avait
personne, à part les dirigeants de l'entreprise, ayant la moindre
expertise dans le secteur minéral. Aujourd'hui, nous avons un ancien
directeur du département des mines de l'Université Laval, ancien
directeur, ancien gérant de mine, et qui a encore des activités
d'ingénieur-conseil dans le monde minéral, avec une
maturité suffisante pour qu'il puisse conseiller la
société. C'est un exemple. Je pourrais vous en donner d'autres
dans toutes les autres sociétés.
Évidemment, ils sont tenus, comme la Loi des compagnies le
prévoit, lorsqu'ils sont, par le hasard de leur activité
personnelle, en conflit d'intérêts avec l'activité de la
société, de le déclarer, sous peine de
déchéance et de se retirer. C'est normal. De cette
façon-là, nous avons des gens compétents aux conseils
d'administration.
Plutôt que de faire comme les libéraux faisaient, d'essayer
désespérément de trouver quelqu'un qui aurait entendu
parler des mines, non pas qu'il connaît ça...
Une voix: Des buveurs d'eau minérale.
M. Bérubé: ...on est drôlement surpris
après que la société a réussi à tirer son
épingle du jeu. Mais ce ne sont pas toutes les sociétés
ont réussi à tirer leur épingle du jeu. Beaucoup ont connu
des échecs, parmi nos sociétés d'État, justement
à cause de l'erreur causée par les lois existantes.
Bien oui, on amende la loi parce qu'on constate que c'était... Je
comprends le sens de cet article, mais, dans sa rigidité, il
empêchait la société de se voir dotée d'un conseil
d'administration véritablement compétent et véritablement
capable de conseiller et de juger les gestes du président.
Dans la mesure où on veut un conseil d'administration fort, parce
que nous voulons des présidents de société forts et que
nous voulons que, finalement, nos sociétés soient
véritablement contrôlées, forcément, nous sommes
obligés de nommer aux conseils d'administration des gens qui ont des
chances de connaître le milieu. Récemment, à REXFOR, je
nommais le président d'une de nos entreprises forestières des
plus dynamiques au Québec dans le sciaqe, M. Bienvenue. Pourquoi? Parce
que lui, il connaît ça le sciaqe. Il y a des chances qu'au conseil
d'administration, il y ait des erreurs qui ne se fassent pas. C'est le but de
ces nominations. Je ne le cache pas, je l'ai fait comme ça. La
conséquence, c'est peut-être qu'aujourd'hui, on fait des profits,
alors qu'avec vous autres, on n'en faisait pas. C'est ça la
différence. Pas de banque de données de l'activité du
ministère au Québec. On vient de tenir un colloque qui regroupait
près de 400 personnes de l'industrie minière justement pour
prendre connaissance des banques de données et leur montrer les
instruments à leur disposition. Vous feriez rire de vous si vous alliez
voir un groupe de prospecteurs pour leur prononcer un discours comme celui que
vous avez prononcé ici, parce que même les prospecteurs les plus
libéraux vous riraient dans la face.
Une voix: Vous auriez mauvaise mine.
M. Bérubé: Vous auriez mauvaise mine, comme dit mon
collègue de Beauce-Nord, qui a toujours beaucoup plus d'humour que son
collègue de Beauce-Sud.
Quant au député de Notre-Dame...
Notre-Dame-de-Grâce, M. Scowen?
Une voix: Oui, de-Grâce.
M. Bérubé: Lui, il a fait une découverte. On
vend SOQUEM, c'est rentable. De cette façon, les seules entreprises
gouvernementales en place étant, par définition, non rentables
puisqu'on a vendu celles qui sont rentables, on sera en mesure de condamner et
de critiquer l'action de l'État au niveau économique. Bien non,
on ne vendra pas SOQUEM. On ne vendra pas SOQUEM parce que c'est un instrument
extraordinairement puissant, comme l'a signalé le député
de Charlevoix. Sans SOQUEM et sans une volonté gouvernementale, nous
n'aurions pas aujourd'hui la chance de remettre sur pied un premier caboteur
québécois à une échelle un peu potable, d'envisager
un jour qu'il puisse également faire le transport du minerai de fer qui
nous vient de SIDBEC-Normines et d'envisager un jour qu'on ait un
véritable caboteur au Québec, une entreprise maritime comme on
avait autrefois, comme on a connu dans nos comtés, comme on a connu avec
tous nos petits ports le long du Saint-Laurent, mais qui sont disparus les uns
après les autres et qui n'ont pu résister à la
concurrence. On utilise
nos instruments, nos sociétés d'État, pour
permettre l'émergence d'une telle société. Sonamar, c'est
le regroupement, c'est vrai, de quatre sociétés: une
société d'État, mais également trois entreprises
privées. Grâce à l'appui de SOQUEM, on va pouvoir
démarrer Sonamar. On n'aurait pas non plus les
Îles-de-la-Madeleine comme nouveau dépôt, si on n'avait pas
eu une entreprise privée au Québec. Ce cartel de sel qui existait
au Canada, pensez-vous qu'il aurait accepté d'aller développer
une mine alors qu'il pouvait simplement augmenter la capacité de
production, soit en Ontario, soit en Nouvelle-Écosse? C'est bien
évident que non. Vous avez les deux yeux bandés.
C'est ce qui fait que sous votre gouverne, le Québec a eu de la
difficulté. Il y a eu des périodes dans l'histoire du
Québec pendant lesquelles vous avez été au pouvoir comme
libéraux. Je pense que les années soixante à soixante-six
ont été de belles années, des années d'explosion,
d'imagination, où le pouvoir créateur était au pouvoir.
Mais c'est fini. Aujourd'hui, vous défendez des idées
dépassées du XIXe siècle; on est au XXe siècle et
on s'en va vers le XXIe siècle. Est-ce que vous allez vous en
apercevoir?
On m'a demandé à quoi vont servir ces fonds. Le
député de Roberval aurait dû rester. Évidemment,
l'exemple de son chef ne l'a peut-être pas encouragé. Son chef
s'intéresse plus ou moins aux questions économiques. Mais on
aurait pu effectivement répondre à sa question et lui dire
à quoi vont servir les fonds, les $36,000,000. D'abord, il y a
$6,000,000 que je qualifierais d'un peu en l'air, en ce sens qu'on ne veut pas
vraiment savoir si les prix de l'or vont rester aussi bons qu'ils le sont
présentement, et nous voulons nous garder $6,000,000, soit pour
maintenir le niveau d'exploration actuellement prévu dans le budget de
SOQUEM, soit pour accroître d'environ $2,000,000 à $3,000,000 par
année le programme d'exploration actuel qui est autofinancé
entièrement par les profits de SOQUEM. Donc, un premier montant de
$6,000,000.
Il y a une vingtaine de millions de dollars pour le Lac-Saint-Jean,
Girardville, un dépôt de niobium et de tantale, sur lequel SOQUEM
commence à fonder des espoirs très sérieux et qui est
extrêmement intéressant. Oui, dans le Lac-Saint-Jean. Le
député de Roberval qui a déblatéré pendant
toute son intervention sur l'importance de SOQUEM sera extraordinairement
content le jour où cette mine ouvrira ses portes.
Une voix: Pas lui, ses concitoyens.
M. Bérubé: Ses concitoyens. Entre-temps, ils
l'auront sorti de son poste de député.
Une voix: ...
(22 h 40)
M. Bérubé: L'autre dizaine de millions de dollars,
c'est le projet de La Galette, dans Charlevoix, de développement de la
silice. Le député de Charlevoix a raison de souligner l'existence
d'un marché remarquable dans le domaine de la céramique, dans le
domaine du verre, alors que nous sommes envahis essentiellement par des
productions européennes. Nous pourrions commencer à fouiller de
ce côté. Il a parfaitement raison et nous devons aller de l'avant.
Il a raison de nous pousser et il a raison d'encourager SOQUEM. Le
député de Rouyn-Noranda, je lui annoncerai une chose: l'usine
d'affinage d'or dont il s'est moqué, elle est prévue pour son
comté. S'il n'en veut pas, on va la déménager dans le
comté voisin.
M. Samson: M. le Président...
Le Président: M. le député de
Rouyn-Noranda.
M. Samson: ... question de privilège. J'ai justement en
main, M. le Président, tout ce qui s'est dit à la commission
parlementaire ce matin...
M. Bérubé: Question de privilège, M. le
Président.
M. Samson: II n'y a pas eu de moqueries concernant cette usine
d'affinage. J'ai demandé des précisions et si le ministre veut
être honnête, M. le Président, il va retirer ses
paroles.
Le Président: À l'ordre, s'il vous plaît!
M. Samson: S'il ne veut pas les retirer, je vais lui donner le
numéro de la page.
Le Président: M. le ministre, il vous reste trois minutes
pour conclure, s'il vous plaît.
M. Bérubé: Je termine, M. le Président. Le
député de Rouyn-Noranda devrait se renseigner sur l'existence
d'une mine à proximité...
M. Samson: M. le Président, j'ai soulevé une
question de privilège...
Le Président: Oui, mais...
M. Samson: Je pense que c'est normal que le ministre retire les
paroles qu'il a prononcées car il sait pertinemment, lui qui
était présent à la commission parlementaire ce
matin...
Le Président: M. le député de
Rouyn-Noranda...
M. Samson: ...que j'ai demandé des précisions.
Le Président: Je m'excuse, je pense qu'il ne s'agit pas
d'une question de privilège.
M. Samson: Je pense que oui, M. le Président, parce que je
viens d'être mal cité.
Le Président: II a dit: S'il n'en veut pas, c'était
hypothétique, c'était conditionnel.
M. Samson: II a dit que je m'étais moqué.
Le Président: Ce n'était pas une affirmation.
M. Samson: C'est cela que je demande de retirer.
Le Président: En concluant, M. le ministre, s'il vous
plaît.
M. Bérubé: Donc, M. le Président, le
député de Rouyn-Noranda aurait pu, pour édifier cette
Chambre, nous parler de Texasgulf & Sulfur. C'est une petite mine avec un
actif qui va au-delà des $1,500,000,000, avec des programmes
d'exploration de $5,000,000 au Canada et elle est contrôlée
majoritairement par la Canadian Development Corporation, qui fait $30,000
d'exploration au Québec. S'il attend les investissements du
fédéral pour développer son comté, il va attendre
longtemps. Il fait mieux de la demander, l'usine d'affinage d'or, il fait mieux
d'appuyer SOQUEM, il fait mieux de trouver que c'est une mosus de bonne
invention et il fait mieux de ne pas oublier une chose, c'est qu'il vient de se
joindre au Parti libéral et que s'il y a une raison pour laquelle on n'a
plus de financement d'exploration, comme il l'a souligné tantôt,
à cause du règlement no 8, il n'aura qu'à retenir à
quelle période le règlement no 8 a été
adopté par la Commission des valeurs mobilières. Il va
découvrir que c'est à l'époque des libéraux et,
depuis ce temps, on essaie simplement de réparer leurs
dégâts. Merci, M. le Président.
M. Samson: En vertu de l'article 96, M. le Président.
Le Président: À l'ordre, s'il vous plaît! M.
le député de Rouyn-Noranda, l'article 96 précise que c'est
immédiatement après qu'un discours a été
prononcé que nous devons intervenir.
M. Samson: II vient d'être prononcé.
Le Président: Très brièvement, parce que je
dois appeler le vote.
M. Samson: M. le Président, en vertu de l'article 96, le
ministre a prétendu que je m'étais moqué de cette question
de l'affinerie d'or qui serait possiblement installée dans la
région du Nord-Ouest québécois. Au contraire, M. le
Président, je ne m'en suis pas moqué, mais je voudrais que le
ministre se rappelle - s'il ne peut pas se le rappeler, qu'il regarde le
rouleau 15 de la commission parlementaire de ce matin - il verra qu'en
demandant des précisions, que j'ai obtenues d'ailleurs, le
président a dit qu'il fallait d'abord mettre en fonction six nouvelles
mines avant de penser à une usine d'affinage. C'est donc, M. le
Président, de rétablir les faits et je dis que le ministre a
dépassé probablement sa pensée lorsqu'il a dit que je
m'étais moqué de cette question.
M. Lamontagne: Question de privilège. Non, ce n'est pas
très grave.
Le Président: À l'ordre, s'il vous plaît!
M. Lamontagne: J'apprécierais que le ministre, tout en en
faisant une question de privilège, réponde à la demande
que je lui ai faite au nom de tous les parlementaires et nous distribue, par
projet, les montants d'investissements sur $36,000,000.
Le Président: À l'ordre! À l'ordre! À
l'ordre! M. le député de Roberval. À l'ordre! À
l'ordre, s'il vous plaît! À l'ordre! M. le député de
Roberval, effectivement, vous avez été mis en cause, mais on ne
vous a pas imputé de motifs, on n'a pas tenu à votre sujet des
propos indignes; la présidence était ici. Je ne pense point que
votre intervention soit dans le cadre de l'esprit et de la lettre de notre
règlement. Je voudrais indiquer au ministre des Transports que, si le
député de Rouyn-Noranda est intervenu, ce n'est pas en vertu
d'une question de privilège, mais en vertu de l'article 96.
Là-dessus, je me dois de vous demander si la motion de deuxième
lecture... M. le député de Roberval, j'aimerais que vous
m'expliquiez, tout d'abord en quoi vos privilèges de
député ont été attaqués.
M. Lamontagne: Certainement, M. le Président. Je suis
appelé à voter, comme vous allez le demander, sur une motion
très importante. Au moment où je suis appelé à
voter j'ai demandé - et j'espérais que cela se fasse par
l'intermédiaire de la réplique du ministre - où allaient
les $36,000,000.
Le Président: M. le député de Roberval, vous
savez fort bien, vous qui avez occupé ce fauteuil pendant de nombreuses
années, que ce n'est pas une question de privilège. Je dois donc
demander ici si la motion de deuxième lecture du projet de loi no 1, Loi
modifiant la Loi sur la Société québécoise
d'exploration minière, sera adoptée.
M. Duhaime: Vote enregistré. Le Président:
Qu'on appelle les députés. (Suspension de la séance
à 22 h 48)
(Reprise de la séance à 22 h 55)
Le Président: À l'ordre, s'il vous plaît!
Je mets aux voix la deuxième lecture du projet de loi no 1, Loi
modifiant la Loi sur la Société québécoise
d'exploration minière.
Que celles et ceux qui sont pour ce projet de loi veuillent bien se
lever, s'il vous plaît!
Le Secrétaire adjoint: Mme Cuerrier, MM. Landry,
Bérubé, Mme Ouellette, MM. Jolivet, de Belleval, Duhaime,
Lessard, Tardif, Garon, Gagnon, Marcoux, Rancourt, Bertrand, Fallu, Michaud,
Laberge, Grégoire, Laplante, Mme LeBlanc-Bantey, MM. de Bellefeuille,
Dussault, Marquis, Ouellette, Perron, Gosselin, Biron, Lavigne, Boucher,
Mercier, Lévesque (Kamouraska-Témiscouata), Desbiens, Baril,
Bordeleau, Gravel, Beauséjour, Lacoste, Samson, Forget, Mailloux,
Ciaccia, Lamontagne, Giasson, Rivest, Marx, Paradis, Fortier, Scowen, Mathieu,
Bélanger, Fontaine, Goulet.
Le Président: À l'ordre, s'il vous plaît!
Le Secrétaire: Pour: 52
Contre: 0
Abstentions: 0
Le Président: La motion est adoptée. M. le leader
adjoint du gouvernement. À l'ordre, s'il vous plaît!
Une voix: Bravo, félicitations, M. Mailloux!
Vous avez fait du bon travail.
Renvoi à la commission permanente de
l'énergie et des ressources
M. Duhaime: M. le Président, il est de ces jours où
on recherche l'unanimité. Je suis très heureux qu'on ait pu la
faire sur ce projet de loi. C'est avec empressement que je fais motion pour
vous demander de déférer ce projet de loi à la commission
permanente de l'énergie et des ressources.
Le Président: Est-ce que cette motion de
déférence sera adoptée?
Une voix: Adopté.
Le Président: Adopté.
M. le leader adjoint du gouvernement.
M. Duhaime: Article 3 des affaires du jour.
Projet de loi no 2 Deuxième lecture
Le Président: J'appelle maintenant la deuxième
lecture du projet de loi no 2, Loi modifiant la Loi sur la
Société québécoise d'initiatives
pétrolières.
M. le ministre de l'Énergie et des Ressources.
M. Yves Bérubé
M. Bérubé: M. le Président, on m'a dit que
le lieutenant-gouverneur a pris connaissance du présent projet de loi et
qu'il en recommande l'étude sinon l'adoption par cette Chambre. Et,
comme il s'agit, évidemment, d'un homme politique sage, je pense que
nous devrions effectivement, comme le précédent projet, l'adopter
unanimement.
M. de Belleval: Personne n'oserait s'opposer au
lieutenant-gouverneur.
M. Bérubé: Oui, personne n'oserait s'opposer au
lieutenant-gouverneur, le ministre des Transports a parfaitement raison.
M. le Président, nous allons maintenant aborder une autre
question, une question qui, évidemment, relève à nouveau
des Richesses naturelles et qui devrait certainement nous préoccuper.
L'hiver vient vite et je me souviens du député de Richmond qui,
à intervalles réguliers, à la période des
questions, m'interrogeait sur nos approvisionnements en pétrole et se
demandait ce que le gouvernement du Québec pouvait faire. Evidemment,
j'avais souligné à son attention, à l'époque, qu'il
serait nécessaire que cette Assemblée nationale vote une loi qui
permette au gouvernement et à notre société d'État
d'élargir son mandat et de pouvoir s'occuper de nos
intérêts en ce qui a trait à nos approvisionnements
pétroliers et gaziers.
M. le Président, les collègues du député de
Richmond, de l'Union Nationale, ont véritablement un sens de l'humour
aux dépens de leur collègue qui m'empêche de poursuivre mon
discours de façon correcte.
M. le Président, effectivement, nous devrons, à cette
Assemblée, réfléchir au mandat qui a été
attribué à SOQUIP et voir dans quelle mesure, dans les
années qui viennent, SOQUIP ne devrait pas se voir confier un nouveau
mandat du gouvernement, de manière à pouvoir répondre
à nos besoins. (23 heures)
Vous savez - c'est, je pense, la semaine dernière, lors du
discours inaugural - j'ai eu l'occasion de parler d'une équipe
dinosaurienne nous faisant face et le député de Laval
s'était un peu choqué que j'aie qualifié les
libéraux de dinosaures. Je crois qu'entre-temps il a eu l'occasion de
lire dans le dictionnaire ce que signifiait le mot "dinosaure" et, depuis, je
n'en ai pas entendu parler. Mais je pense qu'ils n'ont peut-être pas
compris ce que je voulais dire par dinosaures. Voyez-vous, les dinosaures sont
des animaux d'autrefois, antédiluviens, préhistoriques, immenses,
très gros, très longs. Le seul inconvénient, c'est qu'ils
avaient les réflexes très lents. Lorsque vous leur
écrasiez la queue, ça prenait une semaine et demie avant que la
tête ne s'en aperçoive. Les réflexes étaient
tellement lents qu'ils ont fini par disparaître. C'est là le
problème de nos amis libéraux. C'est qu'ils sont tellement lents
à réagir que, quand ils réagissent, il est toujours trop
tard.
Une voix: On a beau leur peser sur la queue...
M. Bérubé: On a beau leur peser sur la queue, il
n'y a rien à faire.
Une voix: C'est parce qu'ils n'ont pas de tête!
M. Bérubé: Ils n'ont pas de tête!
Une voix: Elle est à Ottawa. Elle n'est pas dans le
même corps.
Une voix: ...ni queue, ni tête.
M. Bérubé: M. le Président, certains
voudront argumenter en disant: Pourquoi se préoccuper de notre
approvisionnement en pétrole? Pourquoi ne pas laisser la
Société Petrocan s'occuper de nos besoins, s'occuper de notre
bien-être? Laissons-les faire. Laissons, en fait, Ottawa s'occuper de nos
problèmes. À les entendre, tout va bien. Il n'y a pas de
problème. On peut dormir sur nos deux oreilles.
Une voix: Nos deux barils.
M. Bérubé: Ouais, nos deux... Mais, M. le
Président, je me souviens d'un certain nombre de discours que j'ai faits
à l'Assemblée nationale en période
référendaire et là, on m'a accusé de vouloir
peindre en noir le tableau des approvisionnements pétroliers du
Québec et d'être tellement menaçant qu'évidemment,
tout le monde en riait du côté de l'Opposition, en disant: Vous
savez, tout ça, c'est truqué. Par exemple, j'utilisais un beau
volume, une belle page couverture: L'huile au Canada, besoins et
approvisionnements, de l'Office national de l'énergie du Canada,
septembre 1978. Évidemment, j'allais voir dans les tableaux et je
regardais combien nous aurions de
pétrole en 1980. Là, on m'en prédisait un certain
volume et je regardais combien nous allions en consommer en 1980 et je
m'apercevais qu'on en consommait plus qu'on n'en produisait. Je disais:
Attention, le Canada ne suffit plus à ses besoins en pétrole. On
me disait: Vous noircissez le portrait, voyons! Vous savez bien que la
situation n'est pas si dramatique. Quand les chiffres sont sortis, on a
constaté qu'effectivement, les chiffres étaient encore plus noirs
que je ne les avais dépeints. Mais on nous disait que, grâce
à Ottawa, grâce à l'Alberta, grâce à l'Ouest,
les problèmes d'approvisionnement en pétrole du Québec
étaient réglés et que notre appartenance au système
fédéral allait solutionner toutes les difficultés du
Québec.
Tout récemment, d'ailleurs, en réponse au discours
inaugural, le chef du Parti libéral se plaignait de ce que le premier
ministre n'avait pas fait de louanges vis-à-vis de la politique
énergétique fédérale. En fait, on l'avait purement
et simplement passée sous silence. Et, évidemment, on nous
accusait de laisser de côté complètement cette
extraordinaire politique énergétique. Je vois d'ailleurs le
député de Notre-Dame-de-Grâce qui acquiesce. En d'autres
termes, c'était l'accusation, effectivement, qu'on portait contre nous.
Cette extraordinaire politique énergétique fédérale
qui allait solutionner tous nos problèmes d'approvisionnement!
Parlons-en de cette politique. Une politique d'affrontement avec les provinces
de l'Ouest fournisseurs de pétrole; affrontement tel que la seule arme
qui reste à ces provinces, c'est de s'asseoir sur leurs ressources et de
dire: Puisque c'est comme ça, nous, on ne développe pas. À
un moment ou l'autre, quand ils vont en manquer, ils vont commencer à
négocier parce que, pour l'instant, la morgue, l'arrogance d'un premier
ministre comme celui qu'on a à Ottawa est telle qu'il n'y absolument pas
d'autre solution, il n'y a pas moyen de négocier. On le sait. Qui a
jamais réussi à négocier avec le premier ministre
libéral fédéral que nous avons présentement
à Ottawa? Qui a jamais réussi à l'amener, à un
moment donné à des compromis, même quand toutes les
provinces sont unanimes? Jamais personne.
Une voix: Margaret.
M. Bérubé: C'est également une politique qui
lui permet, en un temps deux mouvements, de se mettre à dos tous les
intervenants privés du secteur pétrolier. Alors, là, nos
chantres de l'entreprise privée nous ont sérénadé
cela tantôt -c'était extraordinaire - à propos des mines,
à quel point SOQUEM devrait tout vendre. On devrait vendre toutes nos
propriétés minières; c'est le député de
Notre-Dame-de-Grâce qui nous disait cela. Il disait: Vendez. Plus de
sociétés d'État. Alors, évidemment, en même
temps, le même Parti libéral, la même clique de rouges
arrive avec une politique totalement opposée à celle qu'il
préconise au Québec. Mais cela n'a aucune espèce
d'importance, la cohérence interne ne les a jamais fatigués, M.
le Président.
M. Scowen: Question de privilège.
Le Vice-Président: Un instant, M. le ministre. Question de
privilège du député de Notre-Dame-de-Grâce.
Une voix: Cela recommence.
Le Vice-Président: S'il vous plaît!
M. Scowen: Merci, M. le Président. Je veux simplement dire
que mon privilège a été violé de façon
brutale par le ministre...
Une voix: ...
Le Vice-Président: S'il vous plaît!
M. Scowen: ...quand il a dit que j'ai proposé qu'on vende
tous les actifs de SOQUEM. Vous allez voir, demain, au journal des
Débats, que j'ai proposé qu'on étudie cette
possibilité pour voir s'il serait possible de réaliser une plus
grande participation des Québécois dans le secteur minier par la
voie du secteur privé.
Le Vice-Président: Merci.
M. Bérubé: Merci, M. le Président.
Le Vice-Président: M. le ministre.
M. Bérubé: Je m'excuse, M. le Président.
Effectivement, il n'a pas dit de tout vendre. Il a dit de vendre
uniquement ceux qui étaient rentables.
Des voix: Ah!
M. Bérubé: C'est une politique qui nous
entraîne au désastre. Vous allez me dire: Vous noircissez encore.
Est-ce qu'il arrive à nos collègues libéraux, de temps en
temps, de regarder ce qui se passe dans la presse, dans tous les media
d'information, dans tous les milieux se préoccupant de ce secteur, pour
essayer de dire aux Québécois ce qui se passe? Par exemple,
annonce du gouvernement albertain: "L'Alberta réduit de 15% sa
production de pétrole à la suite de l'annonce de la politique de
Lalonde. 180,000 barils par jour de moins d'ici le 1er août 1981". On
ajoutera tantôt cette perte nette à tout le portrait que je vais
vous brosser et qui va être brossé pour la première fois,
ici même à l'Assemblée nationale. Premier exemple d'une
politique extraordinaire du gouvernement fédéral qui va nous
priver de 15% de la production albertaine, de 180,000 barils par jour,
l'été prochain.
Deuxième exemple, un de nos militants péquistes les plus
connus, M. Pierre Nadeau, président de Petrofina, parlant avec chaleur
de la politique fédérale, nous dit que le programme Lalonde va
entraîner un exode massif des ressources humaines du Canada. Vous le
reconnaissez, j'espère, il vous défend avec tellement de chaleur
que j'espère au moins, quand c'est un libéral qui parle, que vous
l'écoutez.
Une voix: Un rouge.
M. Bérubé: Non, ce n'est pas un rouge, excusez-moi.
L'Association canadienne des entrepreneurs en forage nous dit, par la voix de
son directeur, M. Stan Jones, que depuis la présentation du budget, de
16 à 20 plates-formes de forage sont parties pour les États-Unis
et au moins 1200 emplois ont été perdus. 200 des 572
plates-formes pourraient être inactives l'année prochaine
au Canada. Or, toute la politique fédérale tend vers
l'autosuffisance, c'est-à-dire qu'on doit augmenter la production de
pétrole pour répondre à nos besoins. La conséquence
des politiques fédérales, c'est que 200 des 572 plates-formes de
forage foutent le camp et il ne se fera plus, ou de moins en moins, de
prospection au Canada. C'est l'Association canadienne des entreprises en
forage. Est-ce que cela vous arrive, de temps en temps, de vous renseigner et
de vous ouvrir les yeux?
Une voix: Jamais, ils sont trop rouges.
Le Vice-Président: M. le ministre.
Une voix: Ils ne sont pas intéressés.
M. Bérubé: On va continuer.
Une voix: Ils rougissent. (23 h 10)
M. Bérubé: L'Independent Petroleum Association of
Canada nous dit que, à la suite de l'annonce de la politique
énergétique fédérale, ils ont fait une analyse. La
voilà: News Release, de Calgary, Alberta, L'IPAC, nous dit que les
dépenses d'exploration, d'après leur évaluation, seront
réduites de moitié. Au moment où il faut trouver des
nouvelles réserves de pétrole, on coupe de moitié
l'exploration. C'est la politique énergétique
fédérale. M. Ryan, excusez-moi. Le chef du Parti libéral
s'est plaint qu'on n'en avait pas parlé. On va en parler. C'est beau,
n'est-ce pas? Il n'aurait peut-être pas dû nous le demander, mais
je n'ai pu résister à la tentation. L'impasse entre Ottawa et
l'Alberta a déjà causé l'exode d'équipements, de
capitaux et de main-d'oeuvre vers les États-Unis. Gulf Canada a
décidé de réduire de 15% ses investissements au Canada,
soit $150,000,000 de moins que prévu, annonce officielle de la
société Gulf, à la suite des politiques
énergétiques canadiennes qui visent à accroître la
production de pétrole au Canada pour répondre à nos
besoins. Remarquable succès! J'espère que vous allez tous
l'observer.
On continue. Là, le ministre fédéral de
l'Énergie nous a expliqué que du pétrole conventionnel, il
commence à reconnaître qu'il y en a moins qu'il y en avait et
qu'il faut le remplacer. On va donc développer les sables bitumineux. On
va examiner maintenant la situation des sables bitumineux, à la suite de
l'annonce spectaculaire de la politique Lalonde.
La Canadian Petroleum Association nous dit: Les nouveaux projets de mise
en valeur des sables bitumineux seront retardés. Un autre organisme
péquiste par excellence, la Richardson Securities of Canada, qui nous
distribue à intervalles réguliers ses analyses
financières, nous dit, par la voix de Francis B. Lamont, "managing
partner", un autre péquiste très connu, que la politique
fédérale est une confrontation directe avec les provinces
productrices et l'industrie pétrolière, qu'elle va amener une
baisse de l'exploration au Canada, qu'elle va compromettre les projets des
sables bitumineux et qu'elle va amener la réduction de la production de
pétrole conventionnel. Voici une analyse: Politics, Energy and
Economics, 17 novembre 1980, Richardson Securities. Je continue. À la
Suncor, le vice- président, M. Dudley McGeer, responsable d'un de ses
projets, nous dit: Si la politique énergétique de Lalonde n'est
pas révisée, la plus grande partie des réserves de sables
pétrolifères sera inutilisée. Pourtant, dans la
stratégie fédérale, nous avons besoin, nous devons
accélérer le développement des sables bitumineux, sans
quoi nous manquons de pétrole. Conséquence des politiques
fédérales, au contraire, on annonce que tout arrête. C'est
une politique cohérente! Voyez la cohérence entre les moyens et
les objectifs. Vous visez là et vous partez à 180 degrés
dans l'autre sens. C'est la politique libérale. Vous voulez que j'en
parle de la politique libérale fédérale? Je vais en parler
de la politique libérale fédérale.
Une voix: Ce sont deux amis.
Une voix: De grands amis.
M. Bérubé: II n'y a pas que le projet Suncor, il y
a le projet Alsands sur lequel j'ai eu le plaisir de travailler les
premières années comme ingénieur. Là, c'est le
président, M. Menzel, qui annonce que le projet de $8,000,000,000 de
Fort MacMurray - évidemment, $8,000,000,000, ce n'est rien - est
menacé. Eh oui! Une déclaration du président, M. Menzel.
Il me fait plaisir de vous la déposer. À propos du gisement de
Cold Lake, la reponsabilité de la supension des travaux dans
l'exploitation des sables bitumineux de Cold Lake - là, il s'agit
d'Imperial Oil - retombe sur Marc Lalonde.
Une voix: Pierre Elliott Trudeau.
M. Bérubé: C'est tiré du Edmonton Journal.
Tout récemment, M. le Président, et là, je ne peux pas
dire que c'est particulièrement rose, nous avions l'occasion, comme
ministre de l'Énergie, d'étudier le problème de
l'approvisionnement en pétrole du Canada et de faire un certain nombre
de constatations.
Une Voix: Durant ce temps-là...
M. Bérubé: Ces constatations nous étaient
préparées par l'Alberta Petroleum Marketing Commission. Vous
pourrez vérifiez la qualité des prévisions de cette
commission au cours des derniers quinze ans. Alors que l'Office national de
l'énergie est toujours très optimiste par rapport à
l'adéquation entre l'offre et la demande, toujours très
optimiste, en général - ils se sont trompés - cette
commission albertaine a, au contraire, toujours fourni les évaluations
les plus précises.
Je disais, à l'époque du référendum, qu'en
1985 nous pourrions recevoir environ 100,000 barils par jour. C'était
l'Office national de l'énergie qui me le disait. Je disais, cependant:
Attention! parce qu'ils sont toujours trop optimistes. Maintenant, nous les
avons, les chiffres, depuis exactement octobre 1980. En 1983, il n'y aura pas
un baril de pétrole nous arrivant de l'Ouest. Même l'Ontario, en
1985, va devoir importer 50% de son pétrole. En fait, tout ceci confirme
ce que nous disons depuis longtemps sans démagogie, fièrement,
que le Québec est au bout du pipe-line, que nous serons les premiers
à subir les effets de toute politique
malhabile que pourrait mettre sur pied le gouvernement
fédéral. Cette politique, aujourd'hui, nous en payons les frais.
On me souligne que le premier ministre du Canada a réglé son
problème de pétrole. Il a vendu sa Mercedes et il se
promène à dos de chameau. Vous savez, les plus surpris, ce sont
quand même les Ontariens, parce que leur appui au gouvernement
fédéral, reposait essentiellement sur une certaine
sécurité d'approvisionnement en pétrole. Ils essaient
toujours de négocier une chose pour une autre. Tantôt, c'est le
pétrole. Une autre fois, ils vont négocier le rapport aux
propositions constitutionnelles de Trudeau en échange d'une concession
fédérale concernant la bilinguisation de leurs services en
Ontario. On n'est pas censé braver les lois.
Mais quand cela chauffe un peu, le premier ministre du Canada, M.
Trudeau, n'hésite pas à nous imposer à nous le
bilinguisme, mais à Ottawa, non, parce qu'on n'est pas prêt. En
Ontario, non, on n'est pas prêt. Deux poids, deux mesures.
En résumé, avec les coupures de production albertaine,
avec les réductions qui sont annoncées dans les investissements,
avec les transferts de capitaux et de ressources humaines vers l'Ouest des
États-Unis, avec la remise en question des nouveaux projets de sables
bitumineux, avec les augmentations de la consommation canadienne qui sont
prévisibles à la suite du maintien de la politique actuelle
canadienne, avec la situation internationale qui ne semble pas vouloir
s'améliorer, je pense qu'il faut revenir à une déclaration
d'une société d'État fédérale, Petrocan, qui
craint pour 1981 une pénurie mondiale de pétrole, et
particulièrement sévère au Canada.
Ce que nous dit M. Hopper, c'est que les approvisionnements mondiaux de
pétrole pourraient être insuffisants pour satisfaire à la
demande, l'an prochain, et que l'on pourrait entrer dans une période de
pénurie permanente au milieu des années quatre-vingt. Bien plus
que cela, samedi dernier, aux nouvelles TVA, on nous annonçait que le
Mexique couperait ses approvisionnements pétroliers à destination
du Canada de 50%, et nous sommes présentement à vérifier
puisque ce pétrole nous était destiné. Le cas
échéant, le Québec n'a pas tellement le choix. Nous nous
devons, à l'intérieur de nos limites constitutionnelles,
juridictionnelles, financières, d'augmenter la sécurité
d'approvisionnement en pétrole du Québec. De cette façon,
nous allons également tenter de réduire notre dépendance
vis-à-vis de l'extérieur. Comment? D'abord, en réduisant
notre consommation. Cela est fondamental. Il faut d'abord remplacer le
pétrole conventionnel par du gaz naturel. C'est la raison pour laquelle
nous tenons tellement au projet de Gros Cacouna, parce qu'il nous donnait deux
sources d'approvisionnement en gaz naturel, une de l'Arctique, une de l'Ouest;
mais il ne faut pas oublier non plus que le terminal méthanier de Gros
Cacouna pourrait également nous approvisionner en gaz naturel venant des
pays arabes, par exemple.
Par conséquent, le terminal méthanier de Gros Cacouna est
essentiel dans la stratégie d'approvisionnement en gaz naturel parce
qu'il dégage le Québec d'une dépendance trop accrue d'une
seule source.
Il nous faut également économiser l'énergie. C'est
pour cette raison que nous présenterons tantôt un projet de loi
sur l'isolation des maisons. Il nous faut également prendre les moyens
pour que les maisons que les Québécois se feront construire dans
les années qui viennent ne soient plus construites par des
spéculateurs, comme ceux que le Parti libéral fait élire.
Au contraire, elles seront construites par des promoteurs, par des
investisseurs préoccupés de la qualité des bâtisses
qu'on construit au Québec et préoccupés... la
publicité, n'est-ce pas? f23 h 20)
II faut donc économiser l'énergie. C'est ainsi qu'à
l'intérieur du programme des pâtes et papiers, par exemple, on a
prévu des investissements d'au-delà de $200,000,000 uniquement
dans le secteur des économies d'énergie, ce qui va nous permettre
d'économiser l'équivalent de 2,500,000 barils de pétrole
par année. C'est un type de politique mis sur pied par le gouvernement
qui vise à réduire notre consommation de pétrole et
à nous amener graduellement à dépendre soit d'autres
sources ou, au moins, à apprendre à économiser les sources
actuelles. Il faut certainement s'engager dans cette voie et là-dessus
nous sommes d'accord avec le programme fédéral de conversion du
chauffage à l'huile vers d'autres systèmes de chauffage. Nous ne
disons pas nécessairement l'électricité car, en effet, le
gaz naturel étant disponible au Québec, nous devons encourager la
pénétration du gaz naturel à des fins de chauffage
plutôt que son utilisation comme tel, à moins de devoir,
évidemment, construire des centrales nucléaires dans tous les
petits parcs d'Outremont, comme je l'ai dit l'autre jour.
Malgré toutes ces mesures de réduction de la consommation,
en tenant compte de la situation canadienne, nous croyons qu'il faut aller plus
loin. Il faut confier à la société d'État, la
Société québécoise d'initiatives
pétrolières, un nouveau mandat qui vise à augmenter la
sécurité de nos approvisionnements pétroliers. C'est
l'objet de la présente loi qui apporte des modifications à la loi
de SOQUIP. D'abord, il faut intensifier l'exploration du sous-sol
québécois. Jusqu'à maintenant, notre société
s'est concentrée dans la vallée du Saint-Laurent, dans les basses
terres, dans les plaines. Il y a eu un certain nombre de découvertes.
Tout le monde nous dit: II y a du gaz naturel ici, là. Il y a des gens
qui en récupèrent dans leur maison, à tel point même
qu'une des premières lois que j'ai dû faire adopter à cette
Assemblée nationale, c'est une loi concernant le fonçage de puits
artésiens, advenant le cas où on trouverait des sources de gaz,
à cause du danger latent que représentent les sources de gaz.
En d'autres termes, il y a du gaz naturel un peu partout au
Québec, particulièrement dans la vallée du Saint-Laurent.
Toutefois, la géologie de notre territoire n'est pas
véritablement propice. Ce sont presque toujours des poches assez
restreintes, assez limitées; elles sont assez difficilement
économiques à exploiter. On s'attend peut-être à des
développements de technologie, particulièrement du
côté américain, où on a de très grandes
zones, de très grands champs gaziers du même type et pour lesquels
les Américains effectuent présentement des recherches de
technologie très poussées pour arriver un jour à
pouvoir les exploiter. Donc, nous devons mettre de côté les
basses terres du Saint-Laurent.
À un moment où j'avais engagé quelques consultants
pour analyser un peu la performance de SOQUIP, alors que je m'interrogeais sur
le fait qu'elle ne trouvait pas grand-chose au Québec et que, par
contre, en Alberta, on avait eu beaucoup de succès, un des consultants
devait me dire: Écoutez, c'est assez facile, nous avons analysé
comme il le faut la qualité de l'équipe, la qualité des
travaux, et SOQUIP est une société remarquable en ce qui a trait
à la compétence dans le domaine de l'exploration. SOQUIP pourrait
trouver une aiguille dans une botte de foin, mais il faudrait changer la botte
de foin, parce qu'il n'y en a pas d'aiguille dans celle-là. Le
problème est là. On a donc décidé de
réorienter SOQUIP plutôt du côté du golfe
Saint-Laurent. Le risque est élevé, indéniablement, mais
les formations géologiques sont beaucoup plus intéressantes,
potentiellement plus riches, comme le sont, par exemple, les couches
géologiques au Labrador, au large de la Nouvelle-Écosse. Par
conséquent, nous avons accepté cette recommandation de diriger
SOQUIP vers le golfe Saint-Laurent. Le coût de cette exploration est
évidemment beaucoup plus élevé. Alors qu'il en
coûtait sur terre environ $1,000,000 pour forer un puits,
désormais, il en coûtera $20,000,000 pour forer un puits. C'est
donc immensément plus coûteux.
Pour arriver à financer cet effort d'exploration, le ministre des
Finances annonçait l'année dernière l'introduction ou
l'accroissement d'une taxe sur le capital imposée aux
sociétés pétrolières raffinant du pétrole au
Québec. Nous avions dû constater que ces sociétés ne
payaient pas d'impôts corporatifs au Québec, ne déclarant
aucun profit. En imposant une telle taxe sur le capital, forcément,
profits ou non, l'entreprise devait défrayer le montant de la taxe.
Cependant, nous leur avons permis de déduire toutes les dépenses
d'exploration qu'elles pourraient être amenées à faire au
Québec du montant de la taxe à payer. En d'autres termes, si une
entreprise avait un compte de taxe de $10,000,000 et faisait de l'exploration
au Québec pour $10,000,000, nous effacions le compte de taxe.
C'était une façon habile d'amener les compagnies gazières
et pétrolières à s'intéresser à la
géologie québécoise. De plus, SOQUIP dispose d'un budget
autonome d'exploration, encore pour les deux prochaines années, qui est
de l'ordre de $7,500,000 en 1980 et qui lui permet de s'associer.
Soulignons aussi - c'est important - que SOQUIP détient des
permis sur 80% du territoire québécois et on peut dire sur
presque 100% du territoire intéressant au Québec pour des fins de
prospection pétrolière ou gazière. Ceci amène
forcément les compagnies pétrolières à approcher
SOQUIP pour s'impliquer dans des projets conjoints, dans des projets mixtes de
développement. Deux mois après l'annonce de cette politique,
déjà nous avons pour près de $5,000,000 d'ententes
signées avec les compagnies pétrolières, ce qui permettra
aux sociétés pétrolières de récupérer
la part de taxes sous forme de découvertes de gaz, par exemple, dans le
golfe Saint-Laurent et, en même temps, mettra en valeur notre potentiel
gazier.
Donc, le premier volet de SOQUIP, c'est l'exploration au Québec
dans le golfe Saint-
Laurent, financée par des sociétés en commandite de
concert avec nos sociétés pétrolières du
Québec et par leur propre financement.
Le deuxième volet de notre programme, c'est l'exploration hors
Québec. Il se produit que plusieurs pays, particulièrement des
pays africains, s'adressent au Québec pour obtenir une assistance
technique. Très fréquemment, également, on nous demande de
confier à SOQUIP des mandats pour développer une expertise dans
ces pays dans le secteur de l'exploration gazière et
pétrolière.
Nous avons l'intention d'accroître le budget de SOQUIP. C'est ce
qui est prévu dans un des articles en vertu duquel nous allons verser
annuellement au début $14,000,000 pour monter au bout de 5 ans
jusqu'à $20,000,000. Nous allons verser annuellement un montant qui doit
servir, dans l'esprit du gouvernement, essentiellement à de
l'exploration hors Québec. Par le biais d'une directive que j'entends
soumettre au Conseil des ministres et déposer ici à
l'Assemblée nationale, nous allons exiger que SOQUIP ne s'engage dans de
l'exploration à l'étranger qu'en échange d'une
sécurité d'approvisionnement en pétrole se traduisant, par
exemple, par des garanties d'approvisionnement pour nos entreprises
québécoises.
À ce niveau, SOQUIP présente des avantages
intéressants. Étant francophone, elle pénètre
beaucoup plus facilement à l'intérieur des pays africains de
langue française et, en même temps, elle dispose d'une technologie
nord-américaine qui, en fait, la rend particulièrement attrayante
à nos partenaires éventuels. Plusieurs pays ont manifesté
de l'intérêt: Cap-Vert, Gabon, Zaïre, Guinée-Bissau,
Togo, Guinée équatoriale et, à cette fin, nous confierons
$88,000,000 à notre société d'État au cours des
cinq prochaines années justement pour s'engager dans des programmes
conjoints d'exploration qui pourraient en même temps dégager,
advenant des découvertes, des sécurités
d'approvisionnement pour le Québec.
Troisième volet, SOQUIP va agir comme courtier. En d'autres
termes, elle va aller sur le marché international pour acheter du
pétrole et le revendre à nos multinationales. Pourquoi? C'est
que, avant 1979, 90% du pétrole vendu aux pays importateurs était
acheté par nos multinationales, les sept soeurs. En 1980, soit en moins
d'une année, c'est 65% du pétrole maintenant qui est
transigé directement avec les sociétés privées et
les pays producteurs demandent de plus en plus à négocier avec
d'autres sociétés d'État. Pourquoi? Parce que,
évidemment, cela représente une force de négociation qui
leur permet d'échanger de la technologie, une coopération
technique et économique contre du pétrole.
Tout récemment, d'ailleurs, le premier ministre du Canada devait,
au cours d'un voyage en Arabie Saoudite, tenter d'obtenir 100,000 barils par
jour pour le Canada. À cet égard, je pense qu'il n'avait pas
vraiment compris l'évolution de la pensée chez nos partenaires
arabes. Il hésitait à accepter cette proposition en se disant: II
ne faudrait pas que nos compagnies pétrolières se voient
privées des 100,000 barils que Pétro-Canada va pouvoir acheter.
Malheureusement, il n'a justement pas compris le système. L'objectif de
la plupart des pays arabes est justement de réduire le volume de
pétrole vendu à nos sociétés privées et,
à la place, de le vendre à nos
sociétés d'État. (23 h 30)
Nous disons à SOQUIP: Vous devez être présents.
Évidemment, on me dira: Mais, pourquoi ne laisse-t-on pas faire
Petrocan? Parce qu'il est possible que nous ayons de nos
Québécois qui rêvent d'une carrière dans le monde du
pétrole, d'une carrière dans un milieu qui est culturellement le
nôtre, non pas de travailler à Calgary pour Petrocan, de
négocier des accords interna-tionnaux. Ils veulent voyager, mais ils
veulent voyager en étant associés à des firmes
québécoises, avec leur famille essentiellement au Québec,
pouvant éduquer leurs enfants dans leur langue tout en ayant, comme
ça, des défis passionnants à relever.
Si nous laissons Petrocan s'en occuper, il faudra aller faire
carrière à Calgary. Il ne faudra pas se plaindre. Mais si, au
contraire, nous laissons SOQUIP s'en occuper, c'est à Québec que
nos enfants, que nos cousins, que nos frères travailleront. J'ai
l'impression que nos compatriotes préfèrent travailler à
Québec plutôt que de travailler à Calgary. C'est pour cette
raison que nous avons choisi SOQUIP dans un contexte d'importation de nos
sources de pétrole de l'étranger à 100% à partir de
1983, dans le contexte d'une politique fédérale qui accentue ce
danger, en voulant donner une chance à nos jeunes de relever de nouveaux
défis, de relever les défis des Québécois, de
relever le défi de l'approvisionnement en pétrole de nos maisons.
Pour être certains également d'avoir une partie des
retombées économiques qui résulteraient d'ententes
d'approvisionnement, nous avons décidé de relever ce défi
et nous demandons à l'Assemblée nationale de voter une loi
donnant le mandat à SOQUIP.
Une voix: C'est ça.
Le Président: M. le député de Mont-Royal.
M. John Ciaccia
M. Ciaccia: M. le Président, il y a une certaine
contradiction dans les propos du ministre de l'Énergie. Nous venons
d'étudier un projet de loi, le projet de loi no 1, concernant SOQUEM. Le
ministre de l'Énergie a commencé par dénoncer les
multinationales. C'étaient ses premières paroles. Il a
dénoncé les multinationales qui font affaires au Québec.
Il fallait qu'une société d'État prenne le contrôle
et travaille dans ce milieu-là parce que les multinationales, elles,
étaient contre nos intérêts. Maintenant, il critique le
gouvernement fédéral parce que le gouvernement
fédéral semble aller a l'encontre de certaines multinationales.
Alors, la politique d'aller contre les multinationales, c'est bon pour le
gouvernement du Québec, mais, horreur, si le gouvernement
fédéral cherche à aller un peu dans la même
direction. Il y a une certaine contradiction dans cette approche, M. le
Président.
À part cela, le ministre de l'Énergie ne nous apporte pas
de solution, ne nous suggère pas ou ne fait pas de suggestion, il ne
nous dit pas comment on devrait résoudre ou quelles sortes de
recommandations nous pourrions faire pour résoudre soi-disant les
problèmes qui existent entre le gouvernement fédéral et le
gouvernement de l'AIberta ou les autres multinationales ou les
représentations qu'ils ont faites. Non, ce n'est pas ça. M. le
Président, c'est la même approche, c'est la même position
qu'on a prise dans le livre blanc durant le référendum: il faut
aller contre le fédéral à tout prix, ne jamais faire de
suggestion ou de recommandation positive, mais il faut chercher les moyens de
descendre le gouvernement fédéral, il faut chercher les moyens de
démontrer qu'on ne peut pas travailler avec le gouvernement
fédéral, qu'on ne peut pas travailler à l'intérieur
de la fédération canadienne. C'est ça l'idée du
Parti québécois, c'était ça son idée dans le
livre blanc, c'était ça son idée au
référendum, mais il a perdu le référendum. La
population ne vous a pas suivis. Vous cherchez maintenant à tout prix
à réitérer, continuer de faire valoir les mêmes
idées que vous avez véhiculées depuis quatre ans et que la
population du Québec a absolument rejetées. Dans les
déclarations que le ministre fait, il est dit: La sécurité
d'approvisionnement du gaz naturel... Il veut le gaz naturel. M. le
Président. Cela prend du culot de la part du ministre pour dire cela.
C'est lui, c'est ce gouvernement qui a empêché le prolongement de
"la" pipeline, du gazoduc de Montréal...
Une voix: "La" pipeline et le gazoduc.
M. Ciaccia: Oui, "la" pipeline et le gazoduc. M. le
Président, le ministre d'État au Développement
économique, s'il a des commentaires à faire, pourra les faire en
temps et lieu et intervenir quand j'aurai terminé mon discours.
Une voix: Bonne idée.
M. Ciaccia: Alors, c'est le gouvernement du Québec qui a
empêché le prolongement de "la" pipeline. C'est un projet pour
l'année 1980, qui va se terminer, qui aurait rapporté $35,000,000
dans la région de Montréal...
Une voix: C'est faux.
M. Ciaccia: ...qui aurait créé des emplois, qui
aurait réduit notre dépendance par rapport au pétrole
lourd...
Une voix: C'est faux.
M. Ciaccia: ...importé, qui aurait...
Une voix: ...
M. Ciaccia: ...rendu le Québec un peu moins
dépendant du pétrole importé. C'est un projet qui a
été approuvé par l'Office national de l'énergie, un
organisme fédéral. On a trouvé toutes les excuses
possibles. Le ministre de l'Agriculture a peut-être un peu plus de poids
au Conseil des ministres que le ministre de l'Énergie. Il a
écouté les représentations de l'UPA plutôt que
d'essayer de résoudre le problème que l'UPA avait.
M. Garon: C'est faux.
M. Ciaccia: II a écouté ces représentations
et le gouvernement n'a pas agi. C'est clair qu'il n'a pas agi, il s'est fait
critiquer par plusieurs organismes pour ce manque d'action et pour cette
irresponsabilité. Aujourd'hui, le ministre nous dit: On veut convertir
au gaz naturel. Et il a tout
fait pour des fins électorales, bassement électorales,
durant le référendum, pour empêcher le prolongement du
pipeline. Le résultat, M. le Président: la population n'a pas
écouté les représentations ou n'a pas appuyé la
position du gouvernement. Ils ont perdu le référendum, ils ont
perdu le pipeline pour l'année 1980. Ce sont les contribuables, c'est
nous qui payons la note.
Une voix: Vous mentez, M. le député.
M. Ciaccia: M. le Président, on parle de Gros Cacouna. On
a mentionné qu'il est important d'avoir ce port méthanier de Gros
Cacouna au Québec. Mais on pourrait demander au gouvernement du Parti
québécois...
Une voix: ...
M. Ciaccia: M. le Président.
Le Vice-Président: S'il vous plaît!
M. Ciaccia: Je crois que le ministre d'État au
Développement économique est...
Le Vice-Président: S'il vous plaît! M. le
député.
M. Landry: M. le Président.
Le Vice-Président: M. le ministre.
M. Landry: ...cela fait deux fois...
Le Vice-Président: M. le ministre. M. le ministre! M. le
ministre. Je voudrais, s'il vous plaît, qu'on respecte l'article 100 qui
permet à un individu d'intervenir. Toute autre personne qui voudrait
intervenir ensuite pourra le faire à son droit de parole.
M. le député de Mont-Royal.
M. Ciaccia: M. le Président, on parle du projet Gros
Cacouna. On pourrait demander au gouvernement, plutôt que de seulement
descendre et critiquer le fédéral et dire que tout ce qui est bon
est fait par le Parti québécois et que tout ce qui est mal est
fait par le fédéral, ce que le gouvernement du Québec fait
pour s'assurer que le projet de Gros Cacouna sera construit au
Québec.
Le Vice-Président: S'il vous plaît! S'il vous
plaît!
M. Ciaccia: M. le Président, je crois que les
députés péquistes sont très mal informés,
même sur les rapports qui leur sont écrits par leurs propres
conseillers. M. le Président, il a été porté
à l'attention de ce gouvernement par ses conseillers, par des gens qui
ont soi-disant l'intérêt du Parti québécois et du
gouvernement à coeur que peut-être il y a des mesures que le
gouvernement devrait prendre pour faciliter la construction de Gros Cacouna. La
loi de l'environnement, la loi de la protection du zonage agricole qui a
été utilisée comme excuse, et je dis comme excuse, pour ne
pas construire l'extension du pipeline, du gazoduc, c'est au sujet de cette
même loi, M. le Président, que les conseillers du gouvernement
l'ont averti que cette loi pourrait empêcher, pourrait rendre plus
difficile, à moins que le gouvernement ne prenne ses
responsabilités et n'utilise les prévisions qui sont dans cette
loi... Parce qu'il a été porté à l'attention du
gouvernement que la Nouvelle-Écosse n'a pas de réglementation en
matière de protection de l'environnement alors qu'au Québec, les
réglementations qui existent ont démontré que divers
organismes ont pu contrer un récent projet que TransCanada PipeLines a
été forcée depuis d'abandonner. (23 h 40)
II y a d'autres mesures ici, M. le Président, dont je ne
discuterai pas à ce moment-ci, parce que ce sont des mesures que le
gouvernement connaît, mais il appert que peut-être que ce serait
dans l'intérêt public que le gouvernement procède selon les
recommandations qui lui ont été faites et qui vont faciliter
plutôt que d'empêcher, comme c'est le cas maintenant, la
construction de Gros Cacouna.
M. le Président, voici le conseil que je donnerais à ce
gouvernement: Avant de commencer à critiquer et à descendre
toujours le fédéral, faites votre devoir, prenez vos
responsabilités et n'agissez pas avec Gros Cacouna de la même
façon que vous avez agi pour l'extension du pipe-line, parce que, si
vous n'avez pas l'extension du pipe-line, c'est votre faute. Et, si vous n'avez
pas Gros Cacouna, ce sera aussi votre faute, parce que vous n'aurez pris les
responsabilités qui vous incombent.
Une voix: Vendu.
Le Président: S'il vous plaît.
M. Ciaccia: M. le Président, vous savez, ce sont les
mêmes tactiques que celles qu'on a employées durant le
référendum. Quand on prend une position, quand on fait des
recommandations pour le bénéfice de tous les
Québécois, on se fait accuser d'être vendus, de
dénigrer la population du Québec. Ce n'est pas ça du tout,
M. le Président. De ce côté-ci de la Chambre, on a autant
à coeur l'intérêt de la population du Québec, sinon
plus, que les membres de l'autre côté. Comprenez-vous?
M. le Président, ce que je déplore dans le projet de loi
qui nous est présenté ce soir - il est minuit moins vingt - c'est
que c'est à la fin d'une session, il ne nous reste que deux semaines, le
gouvernement veut adopter à la vapeur un projet de loi aussi important,
qui aura des impacts considérables, des conséquences pour toute
la population et qui engagera l'avenir énergétique des
Québécois. Il veut le faire adopter à la vapeur, à
la fin de cette session et même à la fin de son mandat, M. le
Président. Je crois que c'est une façon irresponsable pour le
gouvernement d'agir.
On s'est référé à l'action économique
des sociétés d'État. M. le Président, le domaine
énergétique, ce n'est pas strictement un domaine
économique. Il y a des implications politiques et plusieurs pays ont
utilisé l'énergie - je parle des pays du Moyen-Orient durant la
crise de 1973 -pour arriver à des objectifs politiques. Dans ces
circonstances, il est parfaitement dans l'ordre des choses que le gouvernement
s'implique dans le domaine énergétique et qu'il prenne ses
responsabilités. Il y a un impact sur l'économie
non seulement par la question des approvisionnements, mais aussi par la
question des prix de l'énergie. Il y a un impact sur les emplois. Il y a
un impact sur l'avenir économique d'un pays. On voit, par exemple, dans
les pays en voie de développement, les conséquences des
transferts massifs de fonds vers les pays producteurs de pétrole. Quand
on examine cela, on doit comprendre l'importance politique et non seulement
économique du problème énergétique. Alors, c'est un
domaine où l'intervention de l'État est nécessaire pour le
bien-être de tous les citoyens.
SOQUIP peut être un concept valable, selon les objectifs du
gouvernement, le mandat qu'on lui confie et les champs d'activité dans
lesquels cette société sera impliquée. On nous a
donné certains chiffres tantôt sur la production
pétrolière du Canada. On a parlé de Petrocan. On ne peut
pas examiner l'avenir de SOQUIP en dehors du contexte de la dimension
canadienne du problème énergétique. On ne peut l'examiner
non plus sans se référer à la politique
énergétique du gouvernement du Québec, telle
qu'annoncée dans le livre blanc. Il ne suffit pas de descendre le
fédéral. Il ne suffit pas de critiquer seulement. Il faut
regarder quels sont les objectifs du gouvernement péquiste du
Québec. Est-ce que ces objectifs ont changé?
Troisièmement, il faut se demander si le projet de loi en discussion
permet à SOQUIP de remplir le rôle qu'elle doit remplir. En
définitive, est-ce dans l'intérêt de tous les
Québécois d'adopter le projet de loi qui nous est
présenté?
Le contexte canadien. Le ministre de l'Énergie nous a cité
des chiffres pour démontrer qu'il n'y avait plus de pétrole au
Canada, qu'il fallait absolument aller sur les marchés internationaux.
Je ne sais pas où le ministre de l'Énergie les a obtenus, mais je
vais lui en donner certains et je vais lui donner la source de ces chiffres. De
l'année 1978 à 1995, d'après le ministère de
l'Énergie, des Mines et des Ressources du Canada - ce sont des chiffres
de 1979 - la production de pétrole, approximativement, est de 1,500,000
barils par jour au Canada. Nous avons besoin de 1,500,000 barils par jour,
1,700,000 ou 1,800,000, grosso modo. Alors, il y a une différence que
nous achetons sur les marchés internationaux. Mais de 1978 à
1995, la production va sensiblement demeurer la même. Il va y avoir
certaines baisses, mais cela va reprendre. À la suite de la crise de
1973, le gouvernement fédéral a prolongé le pipeline, de
Sarnia à Montréal, qui nous apporte approximativement 300,000
barils de pétrole par jour. Le Québec en a besoin de 500,000.
Cela veut dire que les autres 200,000 viennent de sources hors du Canada.
Ce qu'il est important de réaliser, malgré les critiques
qu'on peut faire sur certains aspects de la politique énergétique
fédérale aujourd'hui, malgré les critiques de certaines
compaqnies multinationales qui, naturellement, si elles constatent qu'elles
vont être canadianisées, vont tout faire, vont s'y opposer parce
qu'elles veulent demeurer dans le domaine pétrolier... La politique
fédérale est, pour la protection des Canadiens, de s'impliquer de
plus en plus dans ce domaine. Le ministre de l'Énergie et des Ressources
a cité la Canadian Petroleum Association. Moi aussi j'ai des chiffres de
la Canadian Petroleum
Association, du Dr Fraser Allen, qui est le président de l'Amoco
Canada Petroleum Company et le "chairman", le président de la Canadian
Petroleum Association. Il nous démontre - c'est à un colloque
auquel il a participé à l'Université Laval - que
l'autosuffisance canadienne est possible, qu'il y a assez de réserves.
Cela pourra se produire au Canada entre les années 1995 et 2000. Que ce
soit en 1995, que ce soit en l'an 2000, l'important, M. le Président,
c'est que nous avons des ressources certaines. (23 h 501
II nous donne d'autres chiffres ici quant aux sables bitumineux, quant
au pétrole conventionnel. Ce qu'il est important de réaliser,
c'est que nous sommes dans un pays, où nous sommes fortunés
d'avoir ces sources de pétrole, ces sources énergétiques.
Il y a le contexte canadien. Il ne faut pas prendre la position que ce
gouvernement prend de complètement oublier que nous faisons partie du
Canada et de parler du Gabon, de parler de l'Arabie Saoudite. M. le
Président, je trouve cela complètement farfelu. Le ministre a dit
tantôt que les Québécois ne veulent pas aller travailler
à Calgary dans le domaine pétrolier. Ils veulent travailler au
Québec. Ils veulent voyager, mais ils ne veulent pas aller à
Calgary. Malheureusement, M. le Président, il n'y a pas d'huile, de
pétrole au Québec. Alors, si vraiment quelqu'un veut faire une
carrière dans certains secteurs du pétrole il ne peut pas
éviter d'aller à Calgary, cela fait partie du Canada. Cela fera
encore partie du Canada et si vraiment on veut oeuvrer dans ce domaine, je ne
pense pas qu'on puisse éviter...
C'est encore de la démagogie. M. le Président, je pense
qu'il est important de situer le débat de SOQUIP dans le contexte
canadien et de réaliser qu'au Québec nous produisons seulement
26% de nos besoins énergétiques par Hydro-Québec.
Même sur ces 26%, une partie vient même de Churchill Falls. Sur le
sol québécois on peut produire approximativement 20% de nos
besoins. Il serait illogique de ne pas tenir compte des ressources canadiennes
et d'essayer d'oeuvrer sur le marché international. Juste pour votre
information sur la question de Pétro-Canada - on s'est
référé à Pétro-Canada -je pense qu'il serait
important d'avoir certaines statistiques parce que Pétro-Canada
appartient à tous les Canadiens, y compris les Québécois.
Cela fait partie de notre patrimoine. Elle oeuvre pour le bien de tous les
Canadiens.
Le député de Saguenay, le ministre du Loisir, de la Chasse
et de la Pêche, en 1974 - à la page B-2873 du journal des
Débats - avait repris la théorie du vice-premier ministre actuel,
le leader de l'Opposition, en disant que Petrocan ne vienne pas au
Québec. Le Parti québécois ne veut pas que Petrocan vienne
au Québec. Cela a été sa position avant 1976, c'est sa
position après 1976, c'est une position vraiment séparatiste,
indépendantiste.
Mais, le fait demeure, M. le Président, et je vais vous donner
seulement quelques statistiques pour vous démontrer l'importance de
Pétro-Canada, pour l'ensemble des Canadiens. L'actif consolidé de
Pétro-Canada est de $3,400,000,000; elle a fait des découvertes
de pétrole importantes, à Terre-Neuve, dans la mer de Beaufort et
elle a des activités dans l'Arctique et dans les Territoires du
Nord-Ouest. Ce sont des
territoires qui nous appartiennent aussi, qui appartiennent à
tous les Canadiens, y compris les Québécois. C'est un important
producteur de pétrole et de gaz au Canada.
Dans son rapport annuel, on voit que Pétro-Canada, en 1979, se
classait au deuxième rang au Canada pour la production du gaz avec une
production quotidienne de 11,500,000 mètres cubes. Cette
société a des intérêts internationaux, au Mexique,
au Venezuela, dans la mer du Nord. En 1979, elle a produit 18,000,000 de barils
de pétrole brut synthétique. Elle est dans le marketing, elle a
366 stations-service au détail.
La raison pour laquelle je vous donne tous ces chiffres, M. le
Président - et, de plus, elle fait un profit, c'est une
société d'État qui fait un profit - c'est pour vous
démontrer l'importance pour nous, pour tout le Québec, de la
société Pétro-Canada Le fait que ce soit une
société fédérale est aussi important pour les
Québécois que s'il s'agissait d'une société d'une
autre province ou du Québec.
Au niveau international, en termes de "bargaining power", ils ont - et
ce n'est pas une insulte à qui que ce soit - un meilleur "bargaining
power" que SOQUIP peut avoir parce qu'ils ont l'ensemble des actifs canadiens
et pas seulement les actifs d'une province.
M. le Président, la conclusion qu'on peut faire concernant
Pétro-Canada, c'est que les politiques du gouvernement du Québec,
l'action du gouvernement du Québec ne peut pas ou ne devrait pas se
porter en dehors du contexte canadien et devrait tenir compte des actions de
Pétro-Canada parce que, quand on parle de chiffres concernant
l'approvisionnement, la sécurité d'approvisionnement, si on
abandonne un actif comme Pétro-Canada, je pense qu'on parle pour parler,
pour faire de la démagogie. La raison pour laquelle Pétro-Canada
a été instituée par le gouvernement fédéral,
c'est justement parce qu'il y a un aspect politique, c'est pour nous rendre
moins à la merci d'autres fournisseurs qui peuvent avoir parfois
d'autres intérêts que ceux des Canadiens. Il y a quelques
années, Exxon, au lieu d'apporter au Canada les 20,000 barils de
pétrole qui devaient y venir durant une période de
pénurie, les dirigeait vers les États-Unis. C'est le ministre
fédéral qui a fait des déclarations, qui a insisté
pour que les intérêts des Canadiens, incluant tous les Canadiens,
soient protégés.
Maintenant, examinons la politique du Québec, M. le
Président, pour voir où se situe la question de SOQUIP et
où se situent les objectifs du gouvernement. Dans son message, le
président de SOQUIP nous a dit que la politique
énergétique du Québec vise maintenant en priorité
la réduction des importations pétrolières par
l'économie de l'énergie. On va parler tantôt d'un autre
projet de loi sur l'économie de l'énergie. Mais cela fait trois
ans que le gouvernement nous promet un code du bâtiment et, depuis qu'il
nous l'a promis, il y a eu 70,000 logements qui ont été
construits où il n'y a pas eu de mesures prises pour s'assurer que
l'isolation des maisons était conforme à des normes qui vraiment
étaient pour l'économie de l'énergie.
On arrive aujourd'hui pour nous dire qu'on va essayer de nous apporter
un projet de loi et qu'on trouve l'économie de l'énergie
importante. Je crois que l'action du gouvernement n'est pas conforme, les
intentions du gouvernement ne sont pas conformes à ses actions. Dans le
livre blanc du gouvernement, ils nous ont donné des chiffres sur la
conservation de l'énergie vraiment irréalistes. Ce sont des
chiffres basés sur une faible croissance économique. Ils nous ont
dit: En 1990, on va prendre 41% de l'électricité, on va baisser
l'utilisation du pétrole à 45% et 50% et le gaz naturel restera
de 6% à 12%. Comment en sont-il arrivés à ces chiffres?
Ils nous ont prédit une faible croissance économique, ils ont
gonflé la part de l'électricité. Pourquoi? Pour en arriver
à justifier leur option indépendantiste. Ils nous ont même
dit: Au cours des années quatre-vingt, le pétrole brut cessera
d'être disponible pour les consommateurs québécois. C'est
absolument faux, M. le Président; il est disponible, il sera disponible
et il continuera d'être disponible.
Maintenant, parlons un peu de la sécurité
d'approvisionnement. C'est intéressant parce que le gouvernement
aujourd'hui nous introduit supposément un projet de loi sur SOQUIP pour
nous garantir cette sécurité d'approvisionnement. À la
page 66 du livre blanc du gouvernement, on nous dit: "L'approvisionnement
d'urgence pose des problèmes particuliers. Nous avons constaté
qu'on ne peut exclure à court terme une interruption soudaine des
importations de pétrole en cas d'embargo politique." Alors, le
gouvernement reconnaît qu'un problème peut exister. Mais que
disent-ils pour résoudre ce problème? Ils nous disent: "Le
Québec est relativement bien placé à cet égard
parce qu'on a des capacités de stockage." La question à poser,
c'est comment on va remplir le stockage. Ils ne nous le disent pas. On a des
capacités de stockage; alors, cela veut dire que la
sécurité d'approvisionnement nous est garantie.
Une voix: Voyons donc! (Minuit)
M. Ciaccia: C'est dans votre livre blanc, je vous cite. Ils nous
disent: "Dans l'immédiat, le gouvernement du Québec doit donc
surveiller l'évolution du niveau des stocks afin d'assurer sa marge
présente de sécurité."
Après cela, on parle de l'AIE, l'Agence internationale de
l'énergie. Ils nous disent: "II est important de noter que toute
politique d'urgence dans les pays industrialisés s'inscrit dans le
système de solidarité de l'AIE." On ne nous parle pas de l'Office
national de l'énergie, on ne nous parle pas des politiques
fédérales, on ne nous parle pas des sources d'approvisionnement
canadiennes pour assurer notre sécurité d'approvisionnement. Et
cela c'était même avant cette politique soi-disant
fédérale qui est négative et qui supposément va
réduire la croissance de la production pétrolière.
C'était en 1977; on ne s'occupait pas du Canada. C'était l'option
politique. La politique de ce gouvernement était basée sur le
fait que le Québec était déjà indépendant.
On ne s'est jamais référé, dans ce livre blanc, à
la politique fédérale d'assurer les Canadiens, en cas d'urgence,
qu'ils seraient servis les premiers avant d'exporter des sources
d'énergie à d'autres pays.
Je me suis référé au gazoduc, M. le
Président, et on a vu la faillite totale de ce gouvernement pour fournir
cette source d'énergie et ce développement économique
à la région de Montréal et à toutes les
régions du Québec.
Quelle est la politique du gouvernement sur
la question des prix? On a critiqué le gouvernement
fédéral, la politique fédérale, mais est-ce qu'on a
mentionné le prix canadien? Le gouvernement du Parti
québécois a toujours voulu aller au prix international; dans le
livre blanc, le ministre de l'Énergie et des Ressources parlait toujours
de cela. Quand SOQUIP achètera au prix international, est-ce qu'il va
revendre aux Québécois au prix international ou bien va-t-elle se
faire subventionner par le fédéral? Quelle est la politique du
gouvernement du Parti québécois sur les prix de l'énergie?
Le ministre de l'Énergie et des Ressources n'a rien dit à ce
sujet. Il s'est contenté de descendre le gouvernement
fédéral en citant les multinationales. C'est cela qu'il a
fait.
Mais quel est le rôle du ministre de l'Énergie et des
Ressources? Quelle action a-t-il prise pour s'assurer de faire des
représentations au gouvernement fédéral quant au prix de
l'énergie, quant à l'impact sur l'économie
québécoise de l'augmentation des prix de l'énergie?
Si on avait plus de temps, M. le Président, je pourrais citer des
études faites par Du Pont du Canada, qui démontrent l'impact sur
l'économie du Québec si le prix de l'énergie augmente au
prix international. Je recommanderais au ministre de prendre note de cette
étude, et peut-être d'agir en conséquence et de
développer une politique un peu plus rationnelle.
Citons encore le livre blanc, M. le Président. À la page
78, on dit: Les liaisons requises. Le Québec doit se maintenir en
liaison étroite avec les centres d'expertise internationaux. On ne parle
pas des centres canadiens. On ne parle pas de l'Alberta. On ne parle pas du
gouvernement fédéral. On ne parle pas de Petrocan. C'est toujours
l'action concentrée en dehors du pays.
M. le Président, la politique du gouvernement
québécois n'a pas changé parce que le gouvernement n'a pas
abandonné ses objectifs de souveraineté-association. Une
première constatation s'impose. Le livre blanc s'inscrit dans la
philosophie indépendantiste du gouvernement péquiste. Il traite
du problème de l'énergie et l'avenir du Québec comme si
cette province ne faisait plus partie du Canada. Le projet de loi no 2 de
SOQUIP, la même chose. Aucune référence n'est faite aux
ressources substantielles d'énergie dans le reste du Canada. Aucun
effort n'est fait pour établir un lien entre nos besoins
énergétiques et les ressources énergétiques
canadiennes. L'idéologie du Parti québécois est non
seulement à la base de sa politique énergétique, mais elle
donne aussi une orientation à la Chambre par les recommandations du
livre blanc, qui se traduisent dans le projet de loi no 2.
M. le Président, les exigences de base que requièrent les
besoins énergétiques du Québec sont prévues
à partir d'un scénario de croissance économique lente. Ces
prévisions énergétiques auraient dû pourtant faire
l'objet de trois scénarios différents si on voulait ajuster
réellement les politiques aux besoins. Il devrait y avoir un
scénario de croissance rapide, de croissance moyenne ou de croissance
lente. Ils ont écarté la croissance moyenne, la croissance
rapide. Ils ont dit: Au Québec, on va avoir une croissance lente dans
l'économie, alors, on n'aura pas besoin d'autant d'énergie et ils
ont ajusté toute leur politique en vue de cette prévision de
base. Le président d'Hydro-Québec, M. Boyd, n'a pas manqué
de souligner en commission parlementaire: "Si le programme basé sur une
croissance faible s'avérait insuffisant pour répondre aux besoins
à long terme, il serait très coûteux de le modifier et de
faire démarrer brusquement un programme nucléaire. Les
conséquences d'une pénurie sur l'économie du Québec
pourraient s'avérer graves." C'est un avertissement du président
d'Hydro-Québec, M. Boyd, qui l'a fait au gouvernement en commission
parlementaire.
Mme la Présidente, quel est le rôle de SOQUIP? On va lire
le livre blanc pour voir ce que le gouvernement voyait pour SOQUIP. À la
page 56 du livre blanc on nous dit: "II est souhaitable que l'entreprise
privée participe activement à l'exploration au Québec.
SOQUIP demeure donc l'outil privilégié d'exploration à
court terme, mais pourrait néanmoins attirer des partenaires du secteur
privé, tel récemment Dome Petroleum."
Ils nous disent aussi, à la page 65 du livre blanc: "Le
Québec aurait tout intérêt à élargir les
liaisons avec les grands pays producteurs et consommateurs et leurs
sociétés d'État." Ils voient un rôle pour SOQUIP en
lui confiant, en collaboration avec l'industrie pétrolière
québécoise, un rôle plus significatif. Finalement, ils nous
disent ici, à ia page 85: "Cette spécialisation de SOQUIP dans
les activités d'exploration au Québec ne nécessite aucune
reformulation de son mandat. La charte créant SOQUIP laisse en fait une
large marge de manoeuvre au gouvernement, lui permettant de définir le
rôle qu'il entend faire jouer par ia société d'État
en fonction de ses priorités en politique énergétique et
de l'évolution des données du secteur." Même dans le livre
blanc, ils ne prévoyaient pas de changements à la charte de
SOQUIP et aux objectifs de SOQUIP.
Maintenant, venons-en au projet de loi. Qu'est-ce que le projet de loi
nous demande de faire? Les objectifs sont complètement changés.
Ce n'est plus une question de participer avec l'industrie
pétrolière, ce n'est plus une question d'avoir le mandat qu'il y
avait dans le livre blanc, c'est totalement élargi. On ne sait pas les
intentions du gouvernement. Il parle, dans le projet de loi, de
négocier, conclure des contrats ou ententes pour l'achat d'hydrocarbures
bruts ou raffinés, liquides ou gazeux, d'importer, de transporter, de
faire raffiner, de commercialiser ou de vendre des hydrocarbures. Quelles sont
les intentions du gouvernement? Est-ce qu'il a l'intention avec SOQUIP d'entrer
en concurrence avec Pétro-Canada? Est-ce que la population doit payer
deux fois? Est-ce qu'on doit contribuer à deux sociétés,
Pétro-Canada et Pétro-Québec? Est-ce qu'il veut faire du
marketing avec le pétrole? On ne nous le dit pas, mais on donne, on
accorde ce pouvoir à SOQUIP, ce qui, dans la ligne de pensée du
livre blanc, la position que le Québec sera indépendant, dans la
ligne de pensée de la souveraineté-association, fera que le
Québec devra se doter de ses propres outils parce qu'il ne fera plus
partie de la fédération canadienne.
On a la même critique dans ce projet de loi par rapport au
Vérificateur général. On dit: "Le Vérificateur
général. La société d'État va pouvoir nommer
un autre vérificateur." On avait souligné, comme critique au
projet de loi sur SOQUEM,
que le Vérificateur général, c'est le chien de
garde de la population, qu'il ne faut pas enlever son rôle, qu'il ne faut
pas écarter son mandat d'une société d'État. (0 h
10)
Dans le financement - ici c'est intéressant -de SOQUIP, on veut
augmenter la capitalisation de $100,000,000 à $220,000,000. C'est
intéressant de voir ce que le Vérificateur général
avait dit au sujet du financement de SOQUIP. C'est peut-être la raison
pour laquelle on veut écarter son rôle dans ce projet de loi.
Peut-être dit-il des choses qui peuvent être embarrassantes pour le
gouvernement et pour la société. Il dit: "Lors des prochaines
mises de fonds, nous croyons que l'actionnaire, le ministre des Finances, qui
doit périodiquement évaluer ses placements dans les entreprises
d'État, devrait réexaminer, lors des prochaines mises de fonds
dans SOQUIP, le mode de financement retenu jusqu'à présent."
C'est un avertissement, une recommandation de réexaminer comment ce
financement de SOQUIP doit se faire. Il nous dit: "II serait sage - c'est
encore le Vérificateur général - à notre avis, de
cesser de financer les opérations de SOQUIP à l'aide de
capital-actions, qui entraînera éventuellement une radiation
importante dans les livres du ministère des Finances, et de recourir
plutôt à un autre mode de financement des opérations de
cette société."
Je crois que c'est une recommandation sérieuse. C'est un
avertissement assez grave que le Vérificateur général
porte à l'attention du gouvernement et qui a complètement
été mis de côté par le ministre des Finances. Par ce
projet de loi, on voit que le gouvernement ne s'occupe pas du tout des
recommandations du Vérificateur général. Le fonds social
autorisé de la société est monté à
$220,000,000 et on continue le même mode de financement, les mêmes
fonds publics dans SOQUIP, comme si le Vérificateur
général n'avait jamais fait de recommandations, n'avait jamais
rien porté à l'attention du gouvernement.
Mme la Présidente, pour toutes ces raisons, les objectifs de
SOQUIP, l'élargissement de son mandat, les objectifs du gouvernement,
les pouvoirs qu'on donne à SOQUIP, la mise de côté totale
de notre appartenance à la fédération canadienne dans sa
forme actuelle, ce projet de loi aurait besoin de beaucoup plus
d'études. Ce projet de loi aurait besoin de plus d'information. Il
aurait besoin de vraiment examiner l'intention du gouvernement. Où nous
disent-ils qu'ils vont travailler en collaboration avec le gouvernement
fédéral? C'est un domaine qui est trop important pour laisser les
objectifs du livre blanc tels qu'ils sont. On ne peut pas, à la fin
d'une session, deux semaines avant Noël, après minuit - il est
minuit dix - adopter à la vapeur ce projet de loi. Il faut
l'étudier d'une façon plus responsable. On ne peut pas accepter
de voter pour un tel projet de loi, si le gouvernement insiste pour le faire
adopter à la vapeur et refuse de faire des modifications substantielles
et d'expliquer ses objectifs.
Mme la Présidente, il y a une incohérence dans les actions
du gouvernement, dans le sens d'un affrontement avec les autorités
fédérales; je crois que c'est un affrontement que le gouvernement
veut et qu'il essaie de perpétuer. On dirait qu'on n'a rien appris
à la suite du résultat du référendum, dans un
domaine aussi important que celui de l'énergie. On doit éviter
ces affrontements, on doit éviter le genre de représentations, le
genre de discours que le ministre de l'Énergie et des Ressources a
prononcés.
Motion de report
Pour ces raisons, Mme la Présidente, je voudrais faire la motion
suivante. Je voudrais recommander au gouvernement de reporter à trois
mois l'étude de ce projet de loi.
On ne veut pas faire les bouffons ici à l'Assemblée
nationale. Il est bien tard, et cela aurait été beaucoup plus
facile pour moi, au lieu d'apporter tous ces faits à l'attention du
gouvernement, de parler moins longtemps, de ne pas prendre mes
responsabilités aussi sérieusement. Mais l'Opposition a un
rôle, a une responsabilité vis-à-vis des contribuables,
vis-à-vis de la population du Québec. Nous entendons assumer
cette responsabilité de la meilleure façon possible.
C'est pour cette raison que nous demandons au gouvernement: Quelle est
cette hâte de vouloir adopter ce projet de loi cette nuit, demain, cette
semaine? Quelle est l'urgence?
C'est vrai, mon collègue, le député d'Outremont,
vient de porter à mon attention que SOQUIP n'a même pas de
président, actuellement. Le gouvernement doit même procéder
à la nomination d'un nouveau président de SOQUIP. Je ne vois pas
l'urgence, cette nuit, d'adopter ce projet de loi, de l'adopter au cours des
prochains jours.
Je fais la motion suivante: Qu'on reporte l'étude du projet de
loi à trois mois de cette date.
J'espère, Mme la Présidente, que le gouvernement va
accéder à cette motion, parce que ce serait la seule façon
responsable pour le gouvernement d'agir sur un projet de loi aussi important,
avec des conséquences aussi sérieuses que celles que le projet de
loi actuel a pour le Québec, pour l'avenir énergétique du
Québec, pour les contribuables du Québec.
La Vice-Présidente: Sur la motion d'amendement visant
à...
Une voix: Est-ce qu'on passe les deux ensemble?
La Vice-Présidente: Non, il n'en est pas question.
Sur la motion d'amendement visant à changer le mot "maintenant"
pour les mots "dans trois mois" quant à la discussion sur la motion de
deuxième lecture.
Sur la motion d'amendement, M. le ministre de l'Agriculture, des
Pêcheries et de l'Alimentation.
M. Jean Garon
M. Garon: Mme la Présidente, je n'ai pas été
étonné d'entendre le député de Mont-Royal demander
une motion de report. J'ai observé dans le fond de son discours le
même mépris pour le Québec que respire le Parti
libéral, mépris en vertu duquel on ne peut pas parler contre une
mesure sans essayer de rapetisser et diminuer le peuple québécois
ou le Québec lui-même.
J'observais, jeune encore, quand je venais ici en cette Chambre, les
mêmes libéraux, qui ne pouvaient pas parler dans le temps contre
l'Union Nationale sans essayer de rapetisser et de mépriser le
Québec. C'est ce même Parti libéral qui, jamais, dans toute
son histoire, n'a été autre chose qu'une trahison du
Québec, Mme la Présidente.
Cela a commencé avec Wilfrid Laurier, qui à vendu nos
minorités dans l'Ouest. S'il n'y a plus de français dans les
écoles au Manitoba, le grand champion en a été Wilfrid
Laurier, Mme la Présidente. Aujourd'hui, lorsqu'on dit qu'il faut faire
le développement économique, qu'on a besoin de
développement économique, que fait le Parti libéral? Au
lieu d'avoir de l'action et des investissements, puisque le ministre propose
des augmentations de $120,000,000 dans le budget pour des investissements,
qu'est-ce qu'il dit? Attendons dans trois mois. Cela n'a pas de sens. Cela n'a
pas de sens, Mme la Présidente, de vouloir constamment... C'est à
peu près comme le chef libéral aujourd'hui, qui a posé
dans presque deux ans sa seule question sur l'agriculture et qui a pris bien
soin de voir à ce que je ne sois pas là avant de la poser.
Peureux comme un lièvre, même pas assez brave pour attendre que le
ministre soit là. Il a attendu, il a choisi le rare moment où
j'étais absent pour poser sa question. C'est cela, Mme la
Présidente.
Et quand, aujourd'hui, j'entends une motion de report, pour retarder
indûment les débats de cette Chambre, c'est encore la même
philosophie de mépris du Québec qu'on observe dans ces propos,
mépris qui fait que le député de Mont-Royal peut dire que
la protection des terres agricoles a retardé le pipe-line, le gazoduc.
(0 h 20)
Une voix: C'est vrai.
M. Garon: Ce qu'il ne sait pas - s'il sait, c'est encore plus
grave - c'est que le vice-président de TransCanada PipeLines disait au
mois d'avril dans mon bureau: La seule chose que nous pouvons faire en
1980...
M. Rivest: Vous l'avez déjà contée.
M. Garon: Non, je ne l'ai pas dite celle-là; je vais les
dire à mesure.
Une voix: Oui, sortez-les.
M. Garon: II a dit en avril 1980 que la seule chose qu'il pouvait
faire cet été, c'est traverser le lac des Deux-Montagnes et que
la seule chose dont il avait besoin cet été, c'était de
savoir à quel endroit exactement il sortait du lac des Deux-Montagnes.
Il a su pas seulement cela, mais il a su le tracé jusqu'à
Trois-Rivières, dès la fin de juillet; c'est lui-même qui
avait fixé la date limite dont il avait besoin pour le tracé, le
point de sortie du lac des Deux-Montagnes.
Je vais vous dire, Mme la Présidente, que j'attends depuis le
mois de juillet les propositions de tracé de TransCanada PipeLines entre
Trois-Rivières et Québec. Encore cette semaine, j'ai écrit
au vice-président pour lui dire que j'attends sa proposition de
tracé, parce qu'il n'y a pas de proposition de tracé entre
Trois-Rivières et Québec. Même chose tout le temps pour
rapetisser le Québec, diminuer le Québec, il dit:
Pourquoi pas Petrocan plutôt que SOQUIP? Pourquoi? De la
même façon, le chef libéral dit: Pourquoi pas les grains de
l'Ouest? Ils ont de beaux grains dans l'Ouest; Ils ont des avantages, dit-il,
climatériques. Imaginez-vous! Il faudrait prendre les grains de l'Ouest
plutôt qu'en faire ici. Il dit: II faudrait prendre le boeuf de l'Ouest
plutôt que le boeuf d'ici. Il faudrait prendre Petrocan plutôt que
l'entreprise d'ici. II faudrait prendre les automobiles de l'Ontario
plutôt que les automobiles d'ici, les avions de l'Ontario plutôt
que les avions d'ici, les bateaux de l'Ontario plutôt que les bateaux
d'ici. Vont-ils nous laisser les "bicycles", Mme la Présidente?
Alors que ces gens-là vous parlent de report, oui de report, ils
ont besoin de report, parce que toutes ces entreprises d'État
étaient déficitaires quand ils étaient au gouvernement,
toutes les entreprises étaient déficitaires sans exception.
Une voix: SIDBEC.
M. Garon: La seule qui n'était pas déficitaire,
c'est la Caisse de dépôt et placement du Québec qui avait
été formée par le ministre des Finances alors qu'il
était conseiller du gouvernement du temps. Mais toutes les autres
entreprises étaient déficitaires. Aujourd'hui, toutes ces
entreprises sont rentables. Pourquoi? Parce qu'on sait quoi faire avec les
entreprises. On n'a pas besoin de motion de report. Si le Parti libéral
a besoin de motion de report, c'est parce qu'il ne sait pas quoi faire, il ne
sait pas ce qu'il veut.
Une voix: C'est cela.
M. Garon: Ce parti-là va nous faire croire qu'il est
prêt à gouverner, ce parti-là va nous faire croire qu'il
sait ce qu'il devrait faire s'il était au gouvernement! Il a besoin de
trois mois, imaginez-vous, pour critiquer un projet de loi; même pas pour
dire ce qu'il ferait, pour critiquer un projet de loi. Vous avez vu
tantôt le député de Mont-Royal. Tout ce qu'il a fait, c'est
lire des bouts du livre blanc, parce qu'il n'a pas de livre, lui, pour dire
comment cela devrait marcher. II a fait quoi? Il a proposé de retarder
le débat inutilement. Les gens qui regardent la télévision
aujourd'hui, ceux qui ont eu le courage parce que je me suis dit, pendant le
discours du député de Mont-Royal: II y en a plusieurs qui sont
allés mettre leur pyjama.
M. Rivest: Ils vont l'enlever.
M. Garon: II ne faut pas trop se décourager, mais, quand
on entend, de façon systématique...
Des voix: Ils vont l'enlever, s'ils vous écoutent.
Une voix: Ils vont se mettre à poil.
M. Garon: II me reste combien de temps?
La Vice-Présidente: À l'ordre, s'il vous
plaît! À l'ordre, s'il vous plaît! Je comprends que
l'atmosphère est un peu plus détendue, mais je vous demanderais,
quand même, de laisser la parole au ministre de l'Agriculture, des
Pêcheries et de l'Alimentation, s'il vous plaît.
M. le ministre, il vous reste trois minutes.
M. Garon: Parce que nous autres, nous savons quoi faire, Mme la
Présidente. Vous avez vu des chiffres dans le journal.
Évidemment, il y a eu de petites erreurs, mais on a vu les chiffres dans
le journal Le Soleil d'aujourd'hui disant qu'alors que les revenus baissent au
Canada dans le domaine agricole ils augmentent dans le Québec.
Dans le secteur économique, Mme la Présidente, la
différence avec le Parti libéral, c'est qu'on sait où on
s'en va. On n'a pas besoin des intérêts qui financent les caisses
électorales, des "gimmicks" et des "financeurs" d'enquête Malouf.
On n'a pas besoin de cela pour savoir quoi faire. Quand vous savez qui vous
finance, vous savez qui vous aide et, en même temps, qui vous dirige,
tandis que, dans notre parti, c'est dirigé par le peuple. On n'a pas
besoin de motion de report à ce moment-là pour savoir quel est
l'intérêt du peuple, mais, quand on a besoin de trois mois, on
veut connaître les intérêts des financiers, des fournisseurs
de caisse électorale et des requins de la finance pour diriger
exactement après cela le Québec selon ces
intérêts.
Des voix: Bravo! Bravo!
M. Garon: Mme la Présidente, le Parti libéral n'a
pas changé depuis qu'il existe. C'était l'aristocratie et la
crasse aussi. Cela n'a pas changé. Les grandes familles, juges de
père en fils. Les mêmes familles étaient dans le patronage
par-dessus la tête. Elles avaient les postes de radio, tous les permis du
gouvernement fédéral, les nominations et tout cela, le "family
compact", qui a défendu sans arrêt ses propres
intérêts. Aujourd'hui, les gens les connaissent dans Jean-Talon.
Vous parlez de Loto-Québec. Les gens de Loto-Québec sont dans
votre organisation. Aujourd'hui, le député de Mont-Royal, que
veut-il? Retarder tout simplement le débat plutôt que de dire
qu'il est contre le projet de loi. Ce que l'on veut, c'est faire perdre du
temps. Il y a constamment perte de temps dans cette Chambre à cause du
Parti libéral. Pour deux raisons, M. le Président. La
première, c'est parce qu'il n'y a pas de programme, il n'y a pas
d'idée et, comme toujours, le Parti libéral a été
uniquement un parti d'intérêts. Actuellement, il veut consulter
ses financiers pour savoir dans quel sens il va aller, mais il n'a pas
l'intérêt de la population. Quand le ministre de l'Énergie
et des Ressources présente un projet de fonds social autorisé de
$120,000,000 accru, c'est parce qu'il y a des investissements et des projets,
il sait où il s'en va et, en plus, il dirige une société
d'État qui fait des profits.
Des voix: Bravo! Bravo!
La Vice-Présidente: Sur la motion d'amendement, M. le
député de Notre-Dame-de-Grâce.
Une voix: Ils peuvent aller se brosser les dents!
La Vice-Présidente: À l'ordre, s'il vous
plaît!
M. Reed Scowen
M. Scowen: Je suis un peu perplexe devant le discours du ministre
de l'Agriculture et aussi par celui du ministre de l'Énergie. S'il y a
un problème important aujourd'hui c'est bien la question de
l'énergie. Nous sommes en face d'un des plus grands problèmes
économiques de notre époque et, de plus, s'il existe un domaine
où la présence du gouvernement, des sociétés
d'État et des ministères est essentielle, c'est celui de
l'énergie. J'ai parlé il y a deux ou trois heures de la
possibilité de laisser tomber une société d'État
dans le secteur minier. C'est possible, mais c'est clair que, dans le secteur
pétrolier, la présence de l'État est essentielle.
Ce soir, Mme la Présidente, on est témoin de ce que je
peux appeler un manque d'intérêt, un manque de sérieux de
la part du gouvernement et surtout du ministre. Il a d'abord parlé du
programme fédéral. Le programme fédéral est un
programme avec lequel je ne suis pas complètement d'accord. Je veux dire
entre parenthèses, M. le Président, que ce problème n'est
pas une question de débat référendaire. J'ai l'impression
que les problèmes qui existent dans les efforts pour régler les
problèmes pétroliers au Canada existeraient si le Parti
libéral était au pouvoir au Québec et ils existent alors
que le Parti libéral est au pouvoir à Ottawa. Ce sont des
problèmes très complexes qui touchent le secteur des richesses
naturelles. C'est un secteur qui n'a jamais été parfaitement
réglé dans nos débats constitutionnels. Quand même,
M. le Président, je veux expliquer au ministre très clairement et
sans démagogie pourquoi ce soir on veut sérieusement qu'il fasse
un report de ce projet de loi. (0 h 30)
L'étude du gouvernement fédéral, c'est une
étude sérieuse. Entre autres, le gouvernement
fédéral propose l'autosuffisance éventuelle canadienne
dans le domaine pétrolier. Il propose également un plus grand
accent sur la propriété canadienne - c'est une idée avec
laquelle le Parti québécois peut facilement s'identifier -
publique et privée. Il propose un accent accru sur l'usage du gaz
naturel. Il propose une prise en charge par le gouvernement
fédéral d'une politique pétrolière canadienne qui,
dans mon esprit, va légèrement trop loin, mais, quand même,
c'est un document pondéré et chiffré d'une façon
à permettre aux gens de commencer un vrai débat sérieux
sur le fond de ce problème. Quand je compare ce document avec toutes ses
faiblesses, avec ce que nous avons entendu aujourd'hui, ce matin, en commission
parlementaire et, ce soir, du ministre, je suis obligé de dire en toute
sincérité, sans essayer de faire la moindre démagogie: M.
le ministre, vous êtes mal préparé.
Ce n'est pas votre meilleur effort. Vous avez parlé dans votre
discours de questions très importantes de façon très
superficielle. Vous n'avez donné aux membres de l'Assemblée
nationale aucun document de base pour nous permettre d'étudier vos
idées, vos pensées et vos programmes. Ce matin, nous avons eu le
privilège d'écouter le président ou les deux dirigeants de
SOQUIP pendant une heure à peine avec des limitations que vous avez
essayé d'imposer. C'est tout. Nous sommes, je répète,
devant un des plus grands problèmes de nos jours. Je n'ai pas le
temps... Vous avez parlé dans votre discours, par exemple, de la
nécessité de réduire la consommation de pétrole.
Vous avez parlé de l'idée que le gouvernement doit agir comme
courtier. Ce sont des idées qui, pour le moment, ne sont que des
slogans, des symboles, mais qui n'ont rien de fondamental pour permettre de
juger le bon et le mauvais. Je veux simplement, à titre d'exemple, vous
parler d'un aspect de ce que vous avez dit dans votre discours.
C'est la question de la sécurité de l'approvisionnement.
C'est devenu un slogan. Il faut avoir la sécurité de
l'approvisionnement. Mais il y a quelque chose de très sérieux
dans cette question. Est-ce que le gouvernement du Québec est en train
de dire aux Québécois: Nous voulons prendre la
responsabilité pour la sécurité de l'approvisionnement du
pétrole au Québec? C'est là une grande affaire. Mais,
à moins que les limites, l'étendue de cette responsabilité
soit claire, à moins que le rôle du fédéral et du
gouvernement provincial soit clair, il est assurément possible qu'on
puisse arriver un jour devant une situation où nous aurons vraiment une
pénurie de pétrole brut pour nos raffineries ici et où la
population ne sera pas en mesure de dire qui est responsable. C'est possible,
par exemple, d'imaginer que le gouvernement fédéral, devant une
déclaration du gouvernement du Québec que c'est le gouvernement
du Québec qui va assurer l'approvisionnement, puisse dire:
Écoutez, allez-y, on va s'occuper des autres régions du
Canada.
C'est un exemple seulement, mais c'est un exemple qui pour moi est
très clair, très important; on ne doit pas procéder avec
un tel projet de loi basé sur un slogan comme sécurité de
l'approvisionnement avant que les limites de cette responsabilité soient
bien définies dans un document qui est écrit pour nous permettre
de tenir une commission parlementaire et de l'étudier a fond. Je
répète, c'est le plus grand problème de nos jours, ce
n'est pas une question pour susciter, d'après moi, les farces qu'on a
entendues ce soir. Si j'ai compris, ce matin, de la bouche de la
présidente et un peu de vous, ce soir, M. le ministre, l'idée de
base, la seule idée que je retiens de ces arguments que vous avez
sortis, c'est que, en quelque sorte le Québec sera responsable de
l'approvisionnement de pétrole francophone qui va venir des pays
africains et français et le gouvernement canadien sera responsable de
l'approvisionnement de pétrole anglophone. Il y avait même,
pendant le discours référendaire, une allusion faite par
quelqu'un de votre côté, selon laquelle c'était possible
que le Parti québécois soit plus facilement capable de s'assurer
l'approvisionnement de pétrole latin, du Mexique, à cause de
liens très étroits entre le Québec, les Français et
les Latins.
J'ai l'impression, franchement, que la population du Québec ne
s'intéresse pas à la langue du pétrole, ni à
l'origine ethnique du pétrole. De plus, je suis persuadé qu'il y
a des gens, au niveau fédéral, par exemple, le ministre de
l'Énergie lui-même qui, à moins que je ne me trompe, parle
très bien français, qui est même un francophone,
peut-être pas selon les définitions de votre côté,
mais c'est quand même une espèce de francophone, je suis
persuadé, dis-je, que c'est possible d'imaginer une participation dans
les négociations par le gouvernement du Canada avec les pays qui sont
même francophones, latins, allemands, arabes ou n'importe quoi. Je ne dis
pas que le gouvernement du Québec n'a pas un rôle important
à jouer dans ce domaine. Pour moi, c'est clair qu'il faut qu'on
définisse ses limites et ses ambitions. Et je ne dis pas que le
gouvernement central soit le seul capable de nous assurer des
approvisionnements de pétrole, au contraire. Je pense que c'est un
problème excessivement sérieux. Je trouve des lacunes dans le
document de M. Lalonde et de son équipe. Je trouve des lacunes
même plus grandes dans le discours que vous avez fait ce soir, M. le
ministre, et dans le discours du ministre de l'Agriculture. À moins que
je n'aie mal compris, je n'ai rien entendu de sérieux.
Alors, on propose, M. le ministre, et je termine, je vous remercie non
pas pour des fins référendaires, non pas pour des fins
démagogiques, on propose très sérieusement que vous
acceptiez de retourner, de définir davantage ce que vous voulez dire
vraiment par le développement de cette politique de
sécurité de l'approvisionnement et que vous nous permettiez de
l'étudier en commission parlementaire. Je pense que ce seront tous les
Québécois qui en seront les bénéficiaires.
Merci.
Le Président: M. le ministre, sur la motion de report.
M. Yves Bérubé
M. Bérubé: Oui, M. le Président.
M. le Président, je vais parler très brièvement sur
la motion de report, pour une raison facile à comprendre: il faut se
dépêcher. Par conséquent, je voterai contre.
D'abord, le problème le plus important qui préoccupe nos
concitoyens actuellement est de savoir s'il y aura de l'huile cet hiver pour se
chauffer. Le député de Mont-Royal nous dit que ce n'est pas
grave. On va reporter cela à six mois; quand l'hiver sera fini, on en
discutera. C'est cela s'occuper des problèmes que doit affronter le
Québec aujourd'hui, pas demain. Le député de Mont-Royal
nous dit: Retardons de six mois, ou d'un an ou de deux ans ou de trois ans,
alors que le problème prioritaire de tous les pays du monde,
actuellement, c'est la sécurité des approvisionnements. Tout le
monde dit: C'est urgent.
Je ne sais pas ce que le député de Mont-Royal va me poser
comme question, mais je m'en doute. Quand, au milieu de l'hiver, on parlera
d'une pénurie possible, le député de Mont-Royal va se
lever: Qu'est-ce que le gouvernement attend pour faire quelque chose pour
assurer aux Québécois qu'ils auront de l'huile pour se chauffer
cet hiver? Sauf qu'aujourd'hui, il dit: On va reporter ça à six
mois. Alors, je vais lui répondre: Vous savez, vous me demandez de
reporter ça à six mois, j'ai décidé de le reporter
à six mois. C'est la logique interne de notre distingué
collègue de Mont-Royal.
Tantôt, dans son discours superbe, il a dit: Vous avez
retardé la construction du gazoduc de quatre mois - est-ce que ce n'est
pas épouvantable? - pour tenter de faire l'équilibre entre des
considérations environnementales, des considérations de
protection du territoire agricole, des considérations de protection de
nos parcs, des considérations de pénétration du gaz, vous
avez
retardé de quatre mois pour essayer d'équilibrer cela.
Vous prenez trop de temps. Il nous dit: II y aurait $120,000,000 à
mettre pour fournir du pétrole et du gaz naturel aux
Québécois. Et là, il nous dit: Retardez de six mois. C'est
la logique interne du député de Mont-Royal. (0 h 40)
II nous dit: L'usine de valorisation du pétrole, c'est important
de la développer. Mais ce qu'il ne dit pas, c'est qu'il va falloir aller
chercher du pétrole, du brut lourd pour approvisionner cette usine. Il
faut donc que toutes les parties soient impliquées. Je pourrais lui en
parler de son usine, d'ailleurs; il y a des choses qu'il ne connaît pas
et qu'il serait peut-être intéressé à
connaître. Il ne sait sans doute pas, par exemple, qu'il y avait deux
projets d'usines de valorisation. Je suis convaincu qu'il ne le sait pas. Il y
avait le projet du consortium des industriels raffineurs de Montréal,
dirigé par Gulf, et le projet de Petrocan. Or Petrocan a
abandonné son projet de cokéfaction pour se joindre au projet de
Gulf auquel participe également SOQUIP. Pourquoi? Parce que cela presse.
Mais lui, il dit: Bien non, on va retarder de six mois, un an, un an et demi,
deux ans, pourquoi pas? Ils gèleront dans le noir, de toute
façon. Nous autres, se préoccuper des intérêts des
Québécois, cela n'a jamais été notre fort, mais se
préoccuper des petits moyens partisans pour gagner une élection,
là on est bon. Cela, c'est le député de Mont-Royal.
Je sais aussi un peu pourquoi il demande de reporter à six
mois.
Une voix: Trois mois.
M. Bérubé: Trois mois, six mois. Quand ce sera
trois mois, vous nous demanderez encore trois mois, après cela vous
demanderez un an, vous demanderez dix ans, parce que vous n'en avez jamais
pris, de décision. Alors, si on retarde et on retarde, là, le
député d'Outremont va nous vendre toutes sortes de petites
centrales dans tous les petits parcs d'Outremont. Merci, M. le
Président.
Le Vice-Président: M. le député de
Saint-Laurent.
M. Claude Forget
M. Forget: M. le Président, le ministre de l'Agriculture,
tout à l'heure, s'interrogeait tout haut pour savoir si la motion de
report à trois mois témoignait d'une hésitation du
côté de l'Opposition officielle, relativement au fond du projet de
loi. Je peux le rassurer immédiatement. Si nous avions à nous
prononcer immédiatement sur un projet aussi mal fait, aussi
improvisé que celui qui est devant nous, on pourrait, sans le
bénéfice d'un report à trois mois, voter
immédiatement contre.
C'est donc pour donner au gouvernement la chance de retomber sur ses
pieds, pour essayer de faire le travail de préparation qu'il n'a
évidemment pas pris le temps de faire, avant de présenter ce
projet de loi à l'Assemblée nationale, que nous lui accorderions
un délai de réflexion de trois mois.
C'est assez évident, d'après les arguments qu'on entend ce
soir, qui sont véritablement humiliants à entendre, que le
gouvernement ne sait pas lui-même où il s'en va dans cette
question. Le ministre de l'Énergie et des Ressources vient d'avouer,
dans le fond, qu'il n'a pas d'arguments sérieux à
présenter contre un report à trois mois, puisqu'il nous fait
l'argumentation invraisemblable que si nous voulons éviter une
pénurie possible de produits pétroliers cet hiver, il faut
adopter immédiatement ce projet de loi.
Une voix: C'est épouvantable.
M. Forget: S'il avait raison, il faudrait demander au ministre de
l'Énergie et des Ressources pourquoi ce gouvernement, si remarquable par
ses talents de prévision, a attendu la cinquième année de
son régime pour présenter un projet de loi comme celui-ci. Si
vraiment il y a un danger de pénurie pétrolière cet hiver
ce n'est pas en décembre 1980 qu'il fallait présenter un projet
de loi, c'était en décembre 1976. On a eu une session
spéciale, c'était au plus tard en 1977. Mais je ne vois vraiment
pas, ni dans le projet de loi ni dans les raisonnements du ministre, comment
l'adoption, même immédiate, de ce projet de loi pourrait
éviter une pénurie quelconque.
D'ailleurs, les montants qui sont prévus à l'article 4 du
projet de loi prévoient des versements qui s'échelonnent au cours
de cinq années. C'est remarquable, ce gouvernement qui se met à
dépenser des sommes pour l'année 1985. On ne sait pas où
il va trouver l'argent pour dépenser les sommes dont il a besoin pour
finir l'année en cours. Présumant, sans aucun doute, le
résultat des prochaines élections générales, il
nous annonce déjà quelles sont ses priorités
financières pour 1985. C'est un remarquable souci que de prévoir
l'avenir, mais si le ministre avait raison et que nous manquions de
pétrole cet hiver; si le ministre avait raison de réclamer pour
le gouvernement du Québec la responsabilité de prévoir les
ressources nécessaires pour empêcher cette pénurie de
pétrole, c'est qu'il n'aurait pas fait son travail, que ses
collègues n'auraient pas fait leur travail durant les quatre
dernières années. Cette prétention, M. le
Président, ne doit pas nous retenir un seul instant. Il est bien
évident que le projet actuel est complètement incapable de nous
apporter des solutions aussi rapides que celles-là. On se demande,
d'ailleurs, à quels problèmes le projet de loi qui est
discuté ce soir peut apporter des solutions?
Mes collègues ont soulevé une question qui est absolument
pertinente. Pendant la moitié de son discours, le ministre de
l'Énergie et des Ressources nous a entretenus de sa conception et de ses
critiques de la politique de l'énergie fédérale. S'il se
permet de critiquer la politique de l'énergie du gouvernement
fédéral, c'est donc qu'il suppose que le gouvernement
fédéral a des responsabilités à cet égard,
parce que si le gouvernement fédéral n'a pas de
responsabilités à cet égard, je ne vois pas en quoi il se
permet de critiquer la politique fédérale. Tout ce que le
fédéral a fait, c'est de tenir le fort en attendant que le
ministre provincial du Québec, le ministre de l'Énergie et des
Ressources, se décide à faire quelque chose. Il n'a pas à
les blâmer pour ce que ces gens ont fait si imparfaitement; il n'a
qu'à les remercier d'avoir fait quelque chose
pendant qu'il hésitait et se posait des questions.
On se rend bien compte que tout cet édifice est basé sur
des hypothèses complètement sans fondement. Si le ministre
réclame pour lui et son gouvernement la responsabilité de voir
à assurer la sécurité des approvisionnements en
pétrole pour le Québec, comment se fait-il qu'il ait
découvert cette grande vérité seulement au cours des
dernières semaines? Si cette responsabilité, encore une fois,
appartient à son gouvernement, qu'est-ce qu'il a fait durant quatre ans?
Mais la question n'est pas seulement une question de rhétorique. Elle
n'est pas simplement une question qu'on pose pour le plaisir de la chose dans
un discours. C'est une question réelle.
Pendant le débat référendaire, M. le
Président, on a entendu parler du double emploi; des
dédoublements dans les actions gouvernementales. Voici que par ce projet
de loi qui est mal fait, qui essaie de trop embrasser, on se lance tête
baissée dans la multiplication des doubles emplois. Il est tout à
fait légitime de demander au gouvernement de préciser la mission
que vous voyez, que vous concevez pour un gouvernement provincial dans la
question de l'énergie. Précisez-la de manière qu'on voie
qu'il y a une complémentarité entre l'action du
fédéral et l'action des provinces. Peut-être est-il
possible de définir une telle complémentarité; je n'en
sais rien, mais il appartient au ministre de faire l'effort intellectuel, s'il
en est capable.
Un autre élément, M. le Président, que je trouve
absolument méprisant envers les contribuables du Québec, c'est la
façon complètement farfelue avec laquelle le gouvernement brandit
les millions comme si c'étaient des "peanuts". On parle de $120,000,000
comme si ce n'était rien du tout. Pourquoi $120,000,000? Pourquoi pas
$200,000,000? Pourquoi pas $50,000,000? Le ministre n'a pas offert la moindre
explication, même pas deux feuilles d'explications, même pas trois
paragraphes d'explications. Il ne le sait pas lui-même pourquoi ces
$120,000,000. C'est un chiffre qui fait gros, c'est un chiffre qui est plus de
$100,000,000, donc cela a l'air important.
C'est à peu près tout cela la rationalisation qu'on peut
trouver derrière une dépense, un engagement de financement qui
est quand même pour le Québec, dans la situation financière
actuelle, une décision importante, dans le contexte de nos finances
publiques. Mais si on se place dans le contexte des dépenses
d'exploration pétrolière faites par les grandes
sociétés multinationales ou par les États qui assument
eux-mêmes cette responsabilité, si on se fie aux
déclarations que le ministre de l'Énergie et des Ressources a
faites lui-même, on se rend compte qu'il s'agit du coût de
seulement six puits forés dans les eaux territoriales, dans le plateau
continental, que ce soit au Canada ou ailleurs. On nous a dit, je prends le
chiffre qu'il nous a cité: II en coûte $20,000,000 pour forer un
puits de pétrole ou de gaz pour simplement voir s'il y en a dans le
golfe Saint-Laurent.
Une voix: C'est cela! (0 h 50)
M. Forget: En promettant $120,000,000, on nous dit: On va forer
l'équivalent de six puits. Si c'est cela qu'on veut faire, on n'a
même pas eu la politesse d'informer les contribuables qui vont solder la
note de ce qu'on veut faire: forer des puits, acheter une compagnie
pétrolière ou installer à chaque coin de rue des postes de
distribution d'essence. Il semble que ce ne soit pas tout à fait la
chose à faire, puisqu'il y en a tellement qui sont fermés, mais
peut-être qu'on veut aider au développement urbain de cette
façon.
Encore une fois, le gouvernement n'a pas pris soin de nous dire ce qu'il
veut faire. Mais s'il voulait vraiment se lancer dans l'exploration, il
pourrait forer six puits. Qu'est-ce que six puits, M. le Président?
Est-ce que le risque associé à une telle aventure en vaut la
chandelle pour les contribuables du Québec? Sur la base de quelle
étude peut-il nous engager à prendre des engagements comme
ceux-là, à assumer des obligations financières aussi
importantes? Sur la base de quelle programmation de ces dépenses peut-il
avoir l'audace de préciser qu'au cours de l'année 1981 il n'aura
besoin que de $14,300,000, bien exactement, et qu'au cours de 1982 il aura
besoin exactement du même montant?
Cependant, en 1983, il aura besoin de $19,300,000, pas un sou de plus.
Est-ce que ces chiffres sont sortis de l'imagination du ministre ou de celle
d'un fonctionnaire? Est-ce que c'est sorti d'un chapeau de magicien? Est-ce que
le ministre a le moindre début d'explication? Il aurait peut-être
besoin d'au moins trois mois pour en trouver, M. le Président. Mais ce
n'est pas en attaquant la politique du gouvernement fédéral qu'il
va nous convaincre qu'il a, lui, de meilleures idées. Il s'agirait qu'il
soit un peu plus prolixe sur un sujet embarrassant pour lui; c'est visible.
M. le Président, il serait facile de dire non à un projet
de loi comme celui-là. Ce serait le mouvement naturel de toute personne
de bon sens. Comment peut-on imaginer que, dans cette cinquième
année de gouvernement, ce gouvernement qui a publié un livre
blanc sur l'énergie, il y a déjà trois ans, se
réveille soudain avec une politique qu'il n'est pas capable même
d'énoncer et qui prévoit des dépenses qui
s'échelonnent sur les cinq années à venir?
M. le Président, c'est un tissu de contradictions. C'est un
projet de loi préélectoral. On veut pouvoir dire qu'on a fait
quelque chose dans le domaine de l'énergie. C'est une prétention
creuse; c'est une douce folie que tout ce projet. On a peut-être besoin
de trois mois pour trouver des raisons, mais on aurait besoin de beaucoup moins
de temps pour dire non très carrément à une proposition
aussi peu raisonnable.
Le Vice Président: Est-ce que cette motion de
report...
M. le député de Roberval.
M. Robert Lamontagne
M. Lamontagne: M. le Président, je crois qu'il est d'abord
déraisonnable de discuter d'un sujet aussi important à cette
heure de la nuit, comme si le gouvernement ne voulait pas discuter au moins de
jour de ces projets qu'il considère aussi importants.
M. le Président, j'aurais le goût de dire -en avertissant
ceux qui nous regardent qu'on n'est pas en différé - la
proposition du ministre de l'Énergie et des Ressources,qu'on est en
train de voter une somme de $120,000,000 additionnels à
la Société québécoise d'initiatives
pétrolières et que tout à l'heure dans un souffle et,
comme je l'ai dit, sans explication, on a accordé déjà
$36,000,000. Il me semble que c'était assez pour une journée.
Comme mes collègues avant moi l'ont mentionné, comment un
gouvernement - on va se répéter, on a toute la nuit pour le
faire; mais il va falloir que quelqu'un de l'autre côté comprenne
- peut-il, ce soir, nous parler de $120,000,000? Je pourrais faire comme le
député de Saint-Laurent a fait tout à l'heure. $14,300,000
et on se demande pourquoi ce n'est pas $14,500,000 - il me semble que ça
aurait été plus juste - au cours de l'année 1981.
$14,300,000 au cours de l'année 1982 et là, sans explication
-à un moment, il va falloir nous expliquer pourquoi en 1983, cela va
prendre $19,000,000, $5,000,000 de plus, comme vous le dites, M. le ministre,
etc., $20,000,000 en 1984 et $20,000,000 en 1985.
Mon collègue de Saint-Laurent n'a pas fait état tout
à l'heure, au paragraphe 9.2 du projet de loi, page 4, des $32,100,000
que le ministre des Finances peut être autorisé à payer,
par la même loi, sur le fonds consolidé du revenu. Encore
là, le ministre des Finances, sans autre explication que les quelques
paroles que le ministre a prononcées tout à l'heure, nous dit -ce
doit être important $32,000,000 - "Ce paiement peut être fait en un
ou plusieurs versements, en fonction des activités de la
société; s'il est fait en plusieurs versements, chacun d'eux doit
faire l'objet de l'approbation prévue au premier alinéa. Le
ministre des Finances est autorisé à déterminer
l'étalement de chacun des versements."
Je vous pose la question, M. le Président: Comment se fait-il que
le ministre des Finances sache déjà où vont aller
$87,900,000 et qu'il n'ait pas été capable de savoir d'avance
où vont aller $32,100,000? Quelle est l'implication budgétaire de
ce montant à l'article 9.2? Après-demain ou demain, selon la
journée dont on parle, on va avoir le budget supplémentaire du
gouvernement. Dans ce budget supplémentaire - il me semble qu'on devrait
savoir cela à l'avance - est-ce qu'il sera prévu un montant de
$32,100,000?
Écoutez, on pourrait évoquer toutes sortes de raisons,
mais, M. le Président, il me semble qu'entre gens raisonnables qui
savent au moins ce que c'est, je ne dirais pas, que $1,000,000, parce qu'il y
en a qui semblent avoir perdu complètement la notion des valeurs de
l'autre c6té... Lorsqu'il est question de tant d'argent, dans la
situation que nous vivons actuellement au Québec, est-ce qu'il est
déraisonnable qu'un collègue de l'Assemblée nationale
propose à l'ensemble, pour le bénéfice et les droits les
plus stricts des Québécois: Prenons quelques mois d'attente pour
savoir, au moins, à quelle place on se propose de mettre
$120,000,000?
Le ministre, celui qui, supposément, devrait tout savoir, nous
informe que, si ce projet de loi no 2 n'est pas adopté en pleine nuit et
à la vapeur, grave problème, on peut manquer d'huile à
chauffage ici au Québec cet hiver. Mais pour qui le ministre nous
prend-il? Cela n'a pas de bon sens de nous répondre de cette
manière en nous proposant des investissements qui, de toute
façon, ne seront pas faits cet hiver. Il y a quelque chose quelque part
qui ne fonctionne pas. M. le Président, je pense que, dans l'agencement
des travaux parlementaires - on le verra demain, le leader adjoint du
gouvernement est ici - c'est déraisonnable de présenter aux
parlementaires des projets de loi de cette envergure. Vous allez voir demain,
suivant les travaux qui nous ont déjà été
communiqués, qu'en quelques heures, en deux ou trois heures, on n'aura
plus de travaux demain après-midi. Il y a deux projets de loi à
l'étude demain. Cette nuit, on parle de millions, de centaines de
millions de dollars. On n'a pas le droit de faire cela, et le ministre de
l'Énergie et des Ressources devrait être le premier conscient que
les Québécois ont le droit d'avoir des réponses sur
quelque projet que le ministre de l'Energie et des Ressources propose pour
ainsi demander aux Québécois $120,000,000 additionnels. Pendant
qu'il nous demande de dépenser, le ministre des Finances, tout
essoufflé, arrive encore d'Europe où il est allé emprunter
à des taux...
Une voix: 18%.
M. Lamontagne: ...de 18,5%. 18,5%, c'est une marge de
crédit. Si on prend les intérêts tels qu'ils s'accumulent
actuellement, on peut être plus haut que cela d'ici quelques semaines. Il
n'y a rien là! Je trouve que ceux qui font preuve de logique ce soir,
tout en ne demandant pas que le projet de loi soit reporté aux calendes
grecques, c'est nous. Tout le contraire, quand on parle de trois mois, c'est
janvier, février et mars. En fait, ce qu'on demande, c'est que le
ministre ait l'occasion de convoquer les parties intéressées pour
qu'elles nous fournissent toutes les explications sur un tel investissement.
Les motions de report, parfois, ce sont des motions dilatoires. Mais pour
$120,000,000, c'est une exigence des Québécois. Quand on paie, on
veut au moins savoir à quelle place cela va.
M. le Président, si c'était votre argent, à vous
tout seul, je pense que vous parleriez vous-même. Notre devoir à
nous, c'est de le faire au nom des Québécois. Ce soir, je suis
convaincu que les Québécois demandent au ministre: Attendez trois
mois, M. le ministre, on n'est pas énervés à ce
point-là. L'argent, on ne sait pas trop comment vous savez compter cela,
mais de la façon dont vous calculez... Nous autres, on n'est pas
intéressés à ce que vous décidiez d'investir pour
les années à venir. Que vous vouliez investir le mois prochain ou
l'autre mois, en tout cas, vous êtes là encore, mais, pour les
années 1982, 1983 et 1984, vous devriez avoir un consentement unanime.
Dans ce projet de loi, on ne le donne pas.
(1 heure)
M. le Président, je dis à mes collègues - ce n'est
pas une question de partisanerie, c'est une question de millions - Si vous
trouvez que cela a du bon sens, votez pour ce projet de loi tel que
présenté; mais si vous êtes raisonnables, faites donc un
peu comme nous et, avant de voter, dites au ministre: Écoutez, on va
remettre cela à demain, on va y penser un peu. Des fois, on peut penser
que cela a du bon sens d'attendre quelques mois pour investir $120,000,000.
Une voix: C'est une question de crédibilité.
M. Lamontagne: Chacun de nous sait fort bien que, pour un
investissement dans une
résidence personnelle, qui pourtant est le lieu où habite
une famille, on peut pendant des mois se promener un peu partout pour voir si
on ne trouverait pas un meilleur prix. Pour $120,000,000, du seul fait que ce
n'est pas notre argent personnel mais l'argent de la collectivité
québécoise, on ne posera pas plus de questions? M. le
Président, je suis convaincu que vous êtes d'accord avec moi. On
demande de retarder de quelques mois un projet de loi qui propose aux
Québécois un investissement de $120,000,000. Vous me dites qu'il
me reste encore deux minutes, je m'arrête là, M. le
Président, en demandant aux députés ministériels
d'y réfléchir quelque peu.
Une voix: Le député de Lotbinière est
plutôt silencieux!
Le Président: M. le député de
Nicolet-Yamaska.
M. Serge Fontaine
M. Fontaine: Le projet de loi que nous avons à
étudier a été déposé en cette Chambre le 25
novembre 1980, il y a de cela à peu près dix jours. À ce
moment-là, bien sûr, le gouvernement savait que l'Opposition
aurait des questions à lui poser quant au montant investi dans ce
projet. Le gouvernement savait sans doute que nous lui poserions des questions
sur ce qu'il ferait du montant additionnel de $120,000,000 qu'il veut avoir
à sa disposition. Il savait fort bien que l'Opposition lui demanderait
quels étaient les projets prévus pour la dépense de cet
argent, quels étaient ses projets à court terme, quels
étaient ses projets à long terme et quelle était sa
stratégie de développement de SOQUIP.
Or, depuis le 25 novembre et jusqu'à ce matin, cela a
été motus et bouche cousue de l'autre côté de la
Chambre; aucune information ne nous a été transmise. Ce matin,
une commission parlementaire a siégé durant deux heures, deux
heures et demie; on devait y étudier deux projets de loi, on devait y
entendre deux sociétés d'État donner des explications.
Vous savez fort bien, M. le Président, qu'au nombre de
députés qu'il y a à la table, on ne peut pas poser plus
d'une ou deux questions pendant un interrogatoire d'une heure. L'Opposition se
retrouve devant l'obligation de voter à toute vapeur, à la fin
d'une session, en vitesse, un projet de loi où on nous demande
d'approuver des crédits additionnels de $120,000,000 pour une
société d'État sur laquelle, à certains
égards, on doit se poser des questions. Par exemple, on voit, dans le
rapport annuel qui nous a été remis ce matin, qu'au niveau des
permis d'exploitation abandonnés, on a des dépenses de
$5,291,816; il faut se poser des questions sur ces choses-là.
Moi, je me pose de graves questions sur la façon de
procéder du gouvernement. Je me rappelle, il y a de cela un an et demi
ou deux ans, que le député de Lotbinière, qui était
assis ici, à la barre de l'Union Nationale, avait retenu la Chambre
à la même période que cette période-ci de
l'année, vers l'époque des fêtes, concernant le projet
d'investissement dans Marine Industrie. Il avait demandé de reporter le
projet de loi parce qu'on voulait approfondir les investissements qui
étaient faits dans Marine Industrie. Il s'opposait au
député de Gouin, alors ministre de l'Industrie et du Commerce,
maintenant assis de ce côté-ci de la Chambre.
Aujourd'hui, le député de Lotbinière n'a pas
parlé sur le présent projet de loi, mais il a parlé sur
l'autre, le projet de loi no 1, et il n'a que des éloges à faire
du gouvernement. Par contre, je suis sûr, M. le Président, que si
le député de Gouin était assis ici à
côté de moi, lui qui est maintenant sur les banquettes de
l'Opposition, il serait sûrement de notre avis pour dire ' au
gouvernement: Où est-ce que vous vous en allez avec cet investissement
de $120,000,000?
Comme les idées changent quand on change de banquette à
l'Assemblée nationale! Je vous dirai que c'est pour cette raison,
d'ailleurs, que je n'ai pas accepté d'aller siéger sur ces
banquettes-là lorsque les députés libéraux sont
arrivés en Chambre l'autre jour. Je voulais rester du côté
de l'Opposition pour être bien sûr de ne pas changer d'idée.
Comme les idées changent au fur et à mesure qu'on se
déplace dans la Chambre...
M. Lessard: Vous avez changé d'idée sur le
rapatriement.
M. Fontaine: Non, je n'ai pas changé d'idée. Non,
aucunement.
M. Lessard: Du non c'est du...
M. Fontaine: Je voudrais à ce moment-ci...
M. Lessard: Avec Ryan.
M. Fontaine: ... qu'on ait l'occasion de prendre le temps qu'il
faut pour étudier des projets de loi de cette envergure. Ce n'est pas
parce que le projet de loi est bien bien long, ce n'est pas qu'il est
compliqué. Ce n'est pas l'étude article par article qui sera
compliquée en commission parlementaire, c'est le fait de savoir ce qu'on
veut faire avec cet argent qu'on investit dans SOQUIP. Au moment où les
finances du Québec sont déjà en assez mauvaise posture, on
s'en va investir des montants d'argent où on ne sait pas trop trop
où on s'en va avec ça, d'autant plus qu'on se pose des questions
sur l'opportunité de donner une envergure internationale à une
société comme SOQUIP alors qu'on en a déjà une qui
s'appelle Pétro-Canada qui va faire le même travail. On peut se
poser des questions sur les dédoublements de dépenses d'argent
qui sont faites du côté du gouvernement canadien et du
côté du gouvernement québécois.
Il est bien sûr qu'à un moment donné on pouvait
peut-être dire: D'accord, on va développer SOQUIP au point de vue
international parce que le gouvernement fédéral avait
proposé d'abolir Pétro-Canada. À ce moment-là, il
était peut-être pensable de dire: On va donner à SOQUIP un
aspect international. SOQUIP va aller négocier pour nous des
approvisionnements de pétrole sur le marché international. Mais
maintenant qu'on a l'assurance que Pétro-Canada, au lieu d'être
démantelée, va demeurer comme entité sur la scène
fédérale pour continuer à négocier pour tous les
Canadiens, y compris pour le Québec, les approvisionnements de
pétrole, comment se fait-il qu'on décide même d'augmenter
les investissements qu'on a dans ce domaine pour
faire en sorte que SOQUIP devienne internationale?
C'est là-dessus qu'on doit se poser des questions; même
s'il est tard dans la nuit, je pense qu'on doit quand même prendre les
intérêts des contribuables québécois. Ce sont eux
qui vont nous demander demain matin, quand on va aller les rencontrer chez
nous, dans nos comtés, pourquoi on a permis que le gouvernement fasse
voter un projet de loi à toute vapeur à la dernière
minute, proposant des investissements additionnels dans SOQUIP, sans avoir plus
d'explications que le gouvernement ne nous en a fourni jusqu'à
maintenant.
On a besoin de quelques jours, de quelques semaines pour avoir les
explications qui nous manquent. Le ministre, encore une fois, n'a pas voulu en
commission parlementaire ce matin permettre aux représentants de la
société de répondre à toutes les questions que nous
voulions leur poser. S'il n'était pas intervenu pour interdire aux
dirigeants de la société de répondre à certaines
questions, peut-être que ce soir on serait en mesure de voir un petit peu
plus clair dans ce projet de loi. C'est pour ces raisons que j'appuierai la
motion de report qui a été présentée.
Une voix: Très bien.
Le Président: Merci, M. le député. M. le
député de Rouyn-Noranda.
M. Camil Samson
M. Samson: M. le Président, ce n'est pas la
première fois que j'ai l'occasion de prendre la parole, surtout
lorsqu'on arrive vers les fins de session, à une heure aussi tardive du
soir ou de si bonne heure le matin, si on veut. On est rendu à 1 h 10 du
matin maintenant, et je me rappelle l'avoir fait à quelques reprises sur
des motions de report à trois mois, à six mois, à un mois,
à dix jours. Je suis en cette Chambre depuis 1970. Cela fera onze ans
dans quelques mois. J'ai donc eu l'occasion de participer à des
débats de fin de session qui nous amenaient à discuter jusque
tard dans la nuit, alors que j'avais à mes côtés des
collègues qui siégeaient en même temps que moi, dans
l'Opposition, à ce moment-là, qui étaient des
députés du Parti québécois et qui se retrouvent
maintenant du côté du gouvernement. (1 h 10)
Ils n'hésitaient pas à faire des motions de report qui,
à plusieurs reprises - j'en ai justement un devant moi, il se le
rappelle...
M. Lessard: Citez-moi un exemple.
M. Samson: À plusieurs reprises, ces motions
étaient dilatoires, M. le Président.
Évidemment, le système parlementaire que nous avons
permet, lorsqu'un parlementaire ou un groupe de parlementaires sentent qu'une
loi est présentée devant eux de façon
prématurée, lorsqu'ils sentent qu'il n'y a pas suffisamment
d'éclairage, lorsqu'ils sentent qu'il y a d'autres moyens d'obtenir des
informations et davantage d'informations pour que les gestes posés par
les parlementaires le soient en toute connaissance de cause - je pense que non
seulement c'est possible, mais c'est son devoir - à un parlementaire de
présenter une motion, comme l'a fait le député de
Mont-Royal tantôt, pour reporter le projet de loi, aux fins de permettre
de faire ce que nous n'avons pas eu le temps de faire à la commission
parlementaire qui eu lieu hier matin. M. le Président, nous sommes
aujourd'hui le 9 décembre, à une heure du matin. Nous avons eu,
à 10 heures du matin, le 8 décembre, c'est-à-dire hier
matin, une commission parlementaire où nous avons entendu les
représentants de SOQUIP.
Malheureusement, nous avons eu environ 50 minutes avec eux. Pendant ces
50 minutes, bien sûr, ils ont tenté de nous brosser un tableau de
leurs activités. Ils ont tenté de nous expliquer pourquoi le
gouvernement viendrait, avec un projet de loi, nous demander $120,000,000.
Mais je me rappelle qu'ils ont été rappelés
à l'ordre par le ministre, qui a tenu à spécifier que les
orientations de la société et la façon de dépenser
l'argent, ce n'était pas les dirigeants actuels de la
société qui devaient dire cela, mais que c'était le
gouvernement qui devait le dire plus tard. Je me rappelle qu'on nous a dit cela
hier.
Nous avons su ce que les dirigeants ont bien pu nous dire dans ce
contexte difficile où le ministre était là à les
surveiller et où il leur a dit, deux fois plutôt qu'une, que
c'était le gouvernement qui devait décider cela, pas eux autres.
Évidemment, les gens se sentaient à la gêne et n'ont pas
répondu totalement aux questions que nous aurions voulu leur poser.
On est quand même dans une situation où on nous demande de
permettre au gouvernement de dépenser $120,000,000. Je ne sais pas si
mes honorables amis d'en face réalisent bien ce qu'ils font quand ils
font cela à la toute fin d'une session et quand ils ne permettent pas
aux députés de l'Opposition, qui ont un rôle important
à jouer en cette Chambre, c'est-à-dire surveiller
l'administration gouvernementale, surveiller les dépenses de deniers
publics, lorsqu'ils ne nous permettent pas, dis-je, de savoir de quelle
façon ce sera dépensé exactement.
Il y a une autre raison qui fait que nous considérons que le
gouvernement doit accepter cette motion de report. Il y a, d'après ce
qu'on a pu savoir, d'après les bribes d'information qu'on a pu avoir ce
matin, d'autres intervenants qui seront impliqués dans la dépense
de ces deniers, en coopération, comme disait le président du
conseil d'administration. Or, ces autres intervenants, on ne les connaît
pas, on ne les a pas rencontrés, on n'a pas pu les questionner. Il
serait normal, il me semble, que pour une dépense de $120,000,000, les
membres de ce Parlement, les députés de l'Opposition comme les
députés ministériels, puissent entendre en commission
parlementaire les autres intervenants.
Parmi les activités de la société, M. le
Président, ce matin, on nous a dit, et je fais référence
au rouleau R/24, page 2, dont je cite un bout où c'est M. Ayoub qui
parle, le président du conseil d'administration: "C'est assez rare, en
tout cas, on se félicite à SOQUIP d'avoir été la
première société d'État à qui les
sociétés privées confient leur argent en lui demandant de
l'investir à leur place. En effet, il y a quelques mois, la compagnie
Alcan, le Royal Trust, des compagnies d'assurances nous ont demandé de
constituer un "drilling fund". C'est un fond de "drillage", M. le ministre de
l'Agriculture, que
vous avez accepté royalement bien, d'ailleurs. "Elles nous ont
confié $13,000,000 - c'est votre société qui disait cela -
avec lesquels nous avons fait des forages en Alberta, au nombre de neuf. Je
dois dire qu'à ce jour, la moyenne de réussite en Alberta, dans
les territoires où nous avons effectué ce travail pour des
investisseurs, généralement, c'est un puits chanceux sur huit
forés. Je dois vous dire que le résultat de SOQUIP a
été de huit sur neuf. Donc, c'est un record. Ces compagnies
à capital nous demandent maintenant de créer d'autres fonds de
"drilling" et d'opérations", etc. Je n'irai pas plus loin dans la
citation, mais cela nous démontre que dans les activités de
SOQUIP, alors qu'on est en train de quêter à l'Assemblée
nationale $120,000,000, on se vante que certaines entreprises ont de l'argent
et qu'elles sont disposées à investir dans SOQUIP. Il y a
$13,000,000 qui ont été investis de cette façon.
Si je compare cela à l'argent qu'on nous demande, que le ministre
des Finances sera appelé à verser en 1981, $14,300,000, M. le
Président, le "drilling fund", le fond de forage a été
presque aussi important que l'argent que le ministre des Finances aura à
verser à SOQUIP en 1981. Il y a des questions qui se posent, M. le
Président. Ces gens qui ont investi, on serait intéressé
à les rencontrer, on serait intéressé de savoir dans
quelle proportion ils ne voudraient pas investir davantage, dans quelle
proportion cela ne pourrait pas aller plus loin, dans quelle proportion on ne
pourrait pas éviter que le gouvernement sorte des fonds publics ces
$120,000,000 qu'on nous demande présentement.
Il y a autre chose aussi, M. le Président, que je dirai en
terminant, qui me semble, de la part du gouvernement en tout cas, aller un peu
loin. On demande $120,000,000. À l'article 4, vous avez la liste des
paiements. C'est un peu comme quand le gouvernement prête, j'imagine, en
Angleterre, on fait une liste des paiements. Alors, il y a la liste des
paiements. Cette liste de paiements, M. le Président, cela va jusqu'en
1985, et puis ce gouvernement a dépassé son mandat. Dans quelle
proportion, quand il a dépassé son mandat, un gouvernement
peut-il engager un futur gouvernement pour cinq ans d'avance sur un sujet sur
lequel nous n'avons pas eu suffisamment d'information, qui n'est pas clair et
qui fait que la population qui nous regarde, cette nuit, M. le
Président, est en droit de se demander ce que le PQ fait des fonds
publics, ce que le PQ fait des millions qu'il perçoit en impôts de
la population. C'est ce qu'on est en droit de se demander, M. le
Président.
Le Président: M. le député de
Lotbinière.
M. Lamontagne: Question de règlement, M. le
Président. Je suis bien prêt à ce qu'on continue, mais il
va falloir que vous manifestiez un peu plus d'intérêt pour les
débats. Vous êtes 8 sur 68 actuellement présents à
l'Assemblée nationale.
Le Président: M. le député de
Lotbinière, à vous la parole.
M. Lamontagne: J'invoque le quorum.
Le Président: Qu'on appelle les députés!
À l'ordre, s'il vous plaît! M. le député de
Berthier! Nous avons maintenant quorum. M. le député de
Lotbinière.
Une voix: II n'y a pas plus de quorum que...
Une voix: On n'en a pas besoin. Le ministre de l'Agriculture
passe pour cinq.
Le Président: À l'ordre, s'il vous plaît!
M. Rodrigue Biron
M. Biron: Nous avons devant nous une motion de report à
trois mois. Il me semble que l'Opposition officielle, comme d'habitude
d'ailleurs dans toutes les questions économiques, n'a pas eu le temps de
faire son devoir. Elle n'a pas eu le temps de prendre une décision. Je
crois que c'est bon de le rappeler et de rappeler surtout ce que contient ce
projet de loi afin qu'elle le sache, pour que ce soit simple et qu'elle puisse
prendre une décision assez rapidement.
On entendait tout à l'heure toutes sortes de chiffres. On disait:
II s'agit de $120,000,000. On a besoin de cela demain matin et, après,
on revenait sur les $15,000,000 seulement dont on a besoin cette année,
et ainsi de suite. Il faudrait au moins que l'Opposition officielle sache ce
que sont les chiffres et qu'elle apprenne un peu ce qu'est l'administration,
quitte à demander à son chef s'il connaît quelque chose
dans les chiffres pour lui donner des leçons, et à lire le projet
de loi.
Il y a trois volets que j'essaie de résumer rapidement
là-dedans, pour qu'au moins nos amis de l'Opposition officielle puissent
savoir ce dont ils parlent pour pouvoir prendre une décision. Le premier
volet de la loi est d'intensifier, l'exploration dans le sous-sol
québécois, ce qu'on a chez nous au Québec, de continuer
à savoir ce qu'on a pour voir si on ne peut pas l'exploiter
convenablement pour les hommes et les femmes du Québec; pas pour ceux de
l'extérieur, mais pour les gens de chez nous. On a besoin de
pétrole ou de gaz naturel. En passant, je dois dire que dans
Lotbinière en particulier, dans mon comté, on a trouvé des
puits de gaz naturel. On continue à faire de l'exploration à
l'heure actuelle. Il faut savoir si on va continuer à en faire. C'est
important d'abord et les gens de chez nous pensent qu'il est important de
continuer parce que cela sert l'économie du Québec. Pour
l'information de mes amis de l'Opposition officielle, il y a une usine
maintenant à Québec qui fonctionne avec du gaz naturel du
Québec qui est puisé dans Lotbinière, qui est
transporté à Québec par des camions-citernes, mais quand
même, c'est du gaz naturel de chez nous qui sert à des
travailleurs de chez nous à la Brique Citadelle à Beauport.
Le deuxième volet, c'est pour faire de l'exploration hors
Québec. C'est pour sécuriser les gens du Québec afin de
pouvoir négocier éventuellement des approvisionnements
nécessaires en pétrole ou en gaz naturel. On a de l'expertise. On
a des hommes et des femmes au Québec qui sont spécialisés
dans ce domaine et qui sont capables de trouver des nappes de pétrole ou
de gaz naturel. C'est pour cette raison, justement,
qu'on veut les envoyer à l'extérieur pour faire des
recherches. Ce qu'ils vont trouver va assurer au Québec des
approvisionnements nécessaires. On va faire aussi ces expertises en
Afrique francophone. Au lieu de donner tout simplement des dollars à ces
gens pour du pétrole, on va pouvoir vendre le salaire, les connaissances
de nos gens et rapporter finalement de l'argent au Québec pour les
travailleurs, les hommes et les femmes de chez nous.
Ce qui est intéressant aussi, c'est qu'on pourra garantir
l'approvisionnement nécessaire.
M. Forget: Mme la Présidente, question de
règlement.
La Vice-Présidente: Sur la question de règlement,
M. le député de Saint-Laurent.
M. Forget: Mme la Présidente, nous discutons à ce
moment-ci de la motion d'amendement qui a pour but de faire le report à
trois mois et les remarques du député de Lotbinière ne
sont absolument pas pertinentes à cette question.
M. Biron: Sur la question d'amendement, Mme la Présidente,
j'essaie d'expliquer à nos amis de l'Opposition officielle, et
particulièrement au député de Saint-Laurent, ce qu'il y a
dans le projet de loi et pourquoi il devrait le voter tout de suite
plutôt que de le retarder de trois mois. C'est ça que j'essaie de
lui expliquer pour qu'il comprenne une fois pour toutes. Il a l'air de
comprendre vite, mais il faut lui expliquer longtemps avant qu'il
comprenne.
Avec ça, on veut aussi s'assurer que les approvisionnements
nécessaires vont venir au Québec. Je l'entendais tout à
l'heure nous dire: Petrocan, fiez-vous à ça, Pétro-Canada
va vous en envoyer du pétrole, il y a des gens qui s'occupent de
ça pour le Québec. Mme la Présidente, j'ai ici - et je
vais vous le lire afin que nos amis de l'Opposition officielle sachent ce dont
ils parlent...
La Vice-Présidente: Question de règlement, M. le
député de Saint-Laurent.
M. Forget: Mme la Présidente, je suis
désolé, je m'excuse auprès du député de
Lotbinière, mais il reste qu'il y a récidive.
Une voix: II arrive de la Floride et il ne sait pas de quoi on
parle, lui.
M. Forget: Les arguments qu'il déploie sur le contenu du
projet de loi ne nous approchent pas d'une solution à la question de
savoir si on devrait voter sur le fond immédiatement ou seulement dans
trois mois. Les arguments que nous avons avancés, c'est qu'il nous
fallait plus de détails, mais ce ne sont pas les détails qu'il va
donner qui vont...
La Vice-Présidente: M. le député de
Lotbinière.
M. Biron: Sur la question de règlement, Mme la
Présidente...
La Vice-Présidente: Sur la question de
règlement.
M. Biron: J'ai écouté, moi. En tout cas, si le
député de Saint-Laurent n'a pas écouté ses
collègues de l'Opposition officielle, il devrait se tenir en Chambre et
les écouter. Je les ai écoutées, leurs argumentations,
ça tournait autour de: Pétro-Canada va vous en fournir, ne vous
inquiétez pas, ça ne presse pas, on a tout le temps qu'il faut,
et tout ça.
M. Lavoie: ...motion de deuxième lecture.
La Vice-Présidente: Sur la motion d'amendement, M. le
député de Lotbinière.
M. Biron: Sur la motion d'amendement, pour bien faire comprendre
à nos amis de l'Opposition officielle ce sur quoi ils vont voter tout
à l'heure... C'est important qu'ils le sachent parce qu'ils n'ont pas
l'air de le savoir, ils ont l'air de parler à travers leur chapeau.
Justement, s'ils veulent savoir tout de suite à qui on va confier
cet argent pour administrer, parmi les dirigeants de SOQUIP, qui est une
entreprise québécoise, vous avez: Fernand Girard, André
Marier, Jacques Fortier, Robert Vachon, Antoine Ayoub, Renaud Lapierre. Ce sont
des gens, je pense, que la plupart de nous connaissons, on en a entendu parler,
ce sont des gens de chez nous, des gens du Québec qui vont, justement,
s'occuper de faire en sorte que le Québec soit
protégé.
Maintenant, concernant l'autre entreprise dont on nous a parlé
tout à l'heure, Pétro-Canada, j'ai réussi à avoir
le rapport annuel de 1978. Ils sont en retard un peu. Ils ne vont pas aussi
vite que les sociétés d'Etat du Québec, eux. Je vais vous
lire des noms et vous allez voir qui va protéger le Québec
là-dedans: Wilbert Hopper, Calgary, Donald Harvie, Calgary, l'honorable
John B. Aird, Toronto, Marshall Cohen, Ottawa, Arthur Kroeger, Ottawa, David
McD. Mann, Halifax, T.K. Shoyaema, Ottawa, Donald Willmot, Toronto, William C.
Hood, Ottawa, Ian A. Stewart, Ottawa et, finalement, Jean-Claude Hébert
de Montréal.
Sur une douzaine de membres du conseil d'administration, il y en a un
qu'on a trouvé à Montréal qui va essayer de prendre les
intérêts du Québec pour s'assurer que nous ayons le
pétrole nécessaire, le gaz naturel nécessaire. Il semble
qu'ils sont mêlés un peu, de l'autre côté de la
Chambre. Vous pouvez être sûrs que je suis prêt à
faire confiance à ces gens-là, mais il faudrait au minimum qu'on
ait assez de gens du Québec pour protéger les
Québécois. On n'a jamais été protégé
là-dessus. On prend la défense et les intérêts de
l'Ouest canadien et de l'Ontario et c'est fini, après ça, avec
Pétro-Canada. Il est peut-être temps que nos amis de l'Opposition
officielle réagissent là-dessus et qu'ils décident
justement ce qu'ils vont faire.
Mme la Présidente, il y a aussi une autre raison. Nos amis de
l'Opposition officielle ont dit tout à l'heure, concernant le pipe-line
qui va venir de l'Ouest: C'est le gouvernement du Québec qui retarde,
vous n'avez pas besoin d'adopter une loi pour donner des permissions, et tout
ça. J'en ai vu, Mme la Présidente, des plans
déposés par TransCanada PipeLines pour passer leur pipe-line
à travers les basses terres du Saint-Laurent et, en particulier, dans le
comté de
Lotbinière. On passait à travers les meilleures terres
agricoles de Lotbinière. Ce furent les producteurs agricoles de
Lotbinière - je les ai appuyés tout le long là-dedans -
qui ont fait les reproches, les démarches nécessaires
auprès du gouvernement du Québec et de TransCanada PipeLines pour
qu'on ne passe pas le pipe-line à travers les meilleures terres de
Lotbinière, mais qu'on suive au moins l'autoroute 20. Le tracé
qui avait été déposé passait à travers les
meilleures terres agricoles de Lotbinière.
On me dira: C'est enterré sous trois pieds de terre, il n'y a
rien là. Il n'y a rien là, mais la loi disait, par exemple, que
lorsqu'il passait on prenait les arrangements nécessaires. On n'avait
pas le droit de passer au-dessus du pipe-line avec de la machinerie agricole,
avec des bulldozers ou tout ça. Il fallait faire des ponts de ciment
chaque fois qu'on voulait passer au-dessus de cela. Finalement, les producteurs
agricoles de Lotbinière en particulier, d'ailleurs comme dans toutes les
basses terres du Saint-Laurent, étaient obligés de payer
très cher pour avoir la permission de passer sur leur propre terre. On
voit un peu ce que cela fait vis-à-vis de TransCanada PipeLines, Mme la
Présidente, lorsqu'on essaie de nous parler de toutes sortes de choses
dans ce domaine-là. (1 h 30)
M. Lavoie: Mme la Présidente, s'il vous plaît!
La Vice-Présidente: M. le député de Laval,
sur une question de règlement.
M. Lavoie: Question de règlement. Je pense bien que les
propos - vous serez d'accord avec moi - du député de
Lotbinière seraient tout à fait pertinents si on était
à parler sur la motion de deuxième lecture. Cela fait la
troisième fois...
La Vice-Présidente: S'il vous plaît, à
l'ordre!
M. Lavoie: ... que les députés demandent au
député de Lotbinière de respecter notre règlement.
Je suis bien d'accord qu'on lui donne un consentement de parler pendant trois
mois au lieu de dix minutes pour qu'il comprenne un peu qu'il doit parler sur
la motion d'amendement. Qu'il parle pendant trois mois...
M. Biron: Sur la question de règlement, Mme la
Présidente.
La Vice-Présidente: Sur la question de règlement,
M. le leader adjoint du gouvernement.
M. Duhaime: Je voudrais faire remarquer au député
de Laval, Mme la Présidente, que s'il avait suivi le débat au
lieu d'arriver en Chambre à 11 h 40, il ne ferait pas le genre
d'intervention qu'il vient de faire ou qu'il vient de demander à
son...
La Vice-Présidente: M. le député, vous
parlez sur une question de règlement.
M. Duhaime: Oui, sur la question de règlement. La
même question a été soulevée tantôt par le
député de Saint-Laurent dont on salue l'arrivée. Je pense
qu'il revient de la
Floride. Je comprends que s'il a fait un long séjour à
l'étranger, il est peut-être moins au fait des choses qui se
discutent à l'Assemblée nationale. Ce que mon collègue de
Lotbinière est en train d'expliquer à l'Assemblée
nationale, c'est qu'on ne peut pas tout simplement dire sur une motion de
report: Je suis contre la motion de report, et se rasseoir. Il est en train
d'argumenter de l'importance de ce projet de loi, du pourquoi et de la
nécessité de l'adopter immédiatement.
Je pense que ce qu'on essaie de faire en face, Mme la Présidente
- cela fait trois fois qu'on interrompt le député de
Lotbinière - c'est...
La Vice-Présidente: M. le leader! M. le leader! Il s'agit
bien de la Loi modifiant la Loi sur la Société
québécoise d'initiatives pétrolières...
Une voix: SOQUIP.
La Vice-Présidente: ...mais nous en sommes à la
motion de report quant à ce projet de loi. M. le député de
Lotbinière, il m'apparaît que vous aimeriez mieux que ce projet de
loi soit adopté maintenant. Voulez-vous que votre intervention exprime
clairement que vous parlez sur la motion de report?
M. Biron: Bien sûr, Mme la Présidente, je parle sur
la motion de report, parce que, si on veut un report à trois mois du
côté de l'Opposition officielle, c'est parce qu'on n'a rien
compris au projet de loi. J'essaie de l'expliquer le mieux possible pour que
ces gens-là puissent comprendre quelque chose une fois pour toutes et
qu'ils en viennent à prendre une décision sur ce sujet. C'est
important, je pense, Mme la Présidente, que ces gens puissent savoir
exactement quelque chose et, après cela, ils vont pouvoir prendre une
décision éclairée. Il faut peut-être prendre le
temps nécessaire pour essayer de leur faire comprendre cela. On a
écouté leur argumentation tout à l'heure et ils avaient
l'air de prendre du temps à vouloir comprendre quelque chose.
J'ai essayé de résumer au moins ce qu'était le
projet de loi très rapidement pour eux. Il s'agit d'abord d'intensifier
l'exploration du sous-sol québécois. Donc, c'est pour nous
autres. Cela ne dérangera personne d'autre. C'est chez nous qu'on va
essayer d'explorer cela. On va dépenser un peu d'argent pour faire vivre
les gens de chez nous et les faire travailler. C'est pour faire de
l'exploration hors Québec.
Une voix: À l'ordre! À l'ordre! À
l'ordre!
M. Biron: Aimez-vous mieux faire travailler les gens de
l'extérieur, donner notre argent à l'extérieur, en
Ontario, dans l'Ouest canadien, faire travailler les gens de là-bas?
J'aime mieux faire travailler les Québécois et les
Québécoises de chez nous.
Des voix: Bravo!
M. Biron: Chaque fois qu'on entend ces gens, il faut toujours
prendre la défense de l'Ontario et, finalement, nous autres nous
contenter d'être des assistés sociaux, de récolter
les miettes qui tombent de la table. Je pense qu'on est capable de faire
quelque chose. On a prouvé dans bien des domaines que les hommes et les
femmes du Québec étaient compétents dans leur domaine et
qu'ils étaient véritablement capables d'arriver avec l'expertise
nécessaire. Mme la Présidente, vous me faites signe que mon temps
est terminé. Je voudrais aussi que SOQUIP - je leur explique - puisse
agir comme courtier et assurer les Québécois, les hommes et les
femmes du Québec, qu'ils auront l'approvisionnement nécessaire au
cours des prochaines années en pétrole et en gaz naturel.
La Vice-Présidente: M. le député de
Jean-Talon.
M. Jean-Claude Rivest
M. Rivest: Mme la Présidente, pour enchaîner avec le
discours et l'intervention du député de Lotbinière, je
voudrais simplement rappeler aux gens que le petit peu d'argent dont le
député de Lotbinière parlait, ce petit peu, c'est
$120,000,000. C'est peut-être un tout petit peu d'argent pour le
député de Lotbinière, mais je pense que, pour l'ensemble
des électeurs du Québec, dès lors qu'il s'agit d'une somme
de $120,000,000 et qu'ici, à l'Assemblée nationale, sont
réunis les parlementaires que les gens ont élus, je pense qu'ils
ont un droit tout à fait légitime d'exiger de la part du
gouvernement des explications additionnelles. C'est notre rôle, bien
sûr, de nous servir à cette heure-ci, à 1 h 35 du matin,
d'une motion de report à trois mois pour demander simplement que
gouvernement de s'expliquer. C'est quand même assez extraordinaire que
nous ayons à recourir à une telle procédure pour demander
au gouvernement de s'expliquer - parce que c'est lui qui prend la
décision - sur le fait qu'il va engager, dans les années à
venir, quelque $120,000,000 de taxes des contribuables pour le
développement de l'industrie pétrolière ou pour assurer
les approvisionnements pétroliers du Québec.
Quand on se rappelle les discours des gens du Parti
québécois - ce n'est pas la première contradiction
à laquelle ils se livrent - on se souvient qu'ils parlaient de la
valorisation de l'institution parlementaire en tant que telle. On les a
entendus - les gens le savent, ils l'ont lu dans les journaux à
l'époque - se plaindre qu'à la fin des sessions, constamment, les
gouvernements passés arrivaient avec des projets de loi très
importants et qui impliquaient pour l'avenir des dépenses
considérables pour l'ensemble des contribuables. Or, ces gens du Parti
québécois qui tenaient ce langage au moment où ils
étaient dans l'Opposition - et ce n'est pas la première
expérience que nous vivons - voilà que, ce soir, cette nuit,
à 1 h 35 du matin, ils nous invitent comme ça, tout simplement,
à voter un montant de $120,000,000 pour la Société
québécoise d'exploration minière sans même que nous
ayons l'ombre d'une explication sérieuse sur la nécessité,
les modalités et les objectifs précis d'une telle
dépense.
La raison pour laquelle nous demandons de reporter ce projet de loi
à trois mois, ce pourquoi nous exigeons du gouvernement qu'il prenne le
temps de mûrir sa décision, étant donné son
importance, c'est à cause du problème crucial et central des
sociétés d'État et des investissements que, depuis dix ans
et quinze ans, la société québécoise a faits dans
les sociétés d'État. Le ministre de l'Agriculture, avec sa
faconde habituelle et son style tout à fait extraordinaire - style que
nous apprécierions s'il ne se manifestait pas à
l'Assemblée nationale, mais dans des enceintes plus appropriées -
a souligné d'une façon très remarquable l'importance et le
rôle des sociétés d'État qui exercent au
Québec une fonction de suppléance nécessaire dans le
domaine économique. Le ministre travaille de très près
avec, par exemple, une institution comme SOQUIA, dans le domaine de
l'alimentation. Le Québec a déjà institué, au cours
des cinq, dix et quinze dernières années, dans le domaine de la
sidérurgie, SIDBEC; dans le domaine des mines, SOQUEM; dans le domaine
du pétrole, ce qu'on étudie, SOQUIP; dans le domaine industriel,
la SDI; la SDBJ. Avec toutes ces sociétés, on en est rendu
aujourd'hui - ces projets, cette initiative collective que nous avons prise et
dont je trouve le principe absolument sain, c'étaient des
décisions nécessaires - à une espèce de maturation
de ces projets de loi. La grande critique qui a été
formulée dans divers milieux est que les gouvernements qui se sont
succédé, celui du Parti québécois et ceux qui l'ont
précédé, ont investi presque machinalement des sommes
fantastiques, des millions et des centaines de millions de dollars, dans le
développement de ces sociétés. Il me semblait que le
député de Lotbinière, au moment où il était
chef de l'Union Nationale, au moins sur ce point, avait apporté une
contribution positive. Du côté de l'Opposition officielle, le
député de Saint-Laurent et le député de Mont-Royal
également ont souligné cela, nous croyons que le temps est venu -
c'est cela, fondamentalement, le sens de la motion de report - que les
investissements que nous faisons, que les contribuables font à
l'intérieur des sociétés d'État ne se fassent plus
machinalement. Le temps est venu de regarder très attentivement
l'ensemble des demandes qui nous viennent des conseils d'administration des
sociétés d'État qui sont sans doute composés de
gens compétents et de gens de bonne foi. Mais, comme élus du
peuple, comme mandataires de la population, nous exigeons - parce qu'il y a eu
dans le passé des expériences malheureuses à ce titre; il
y en a eu; cela, nous ne le contestons pas - que désormais - je pense
que c'est l'occasion ce soir et c'est le sens de notre objection fondamentale
à l'adoption immédiate du projet de loi - et nous allons
continuer d'exiger de la part, de ce gouvernement, pour le temps qu'il lui
reste, que les investissements additionnels qui seront faits dans les
sociétés d'État soient faits en pleine lumière, non
pas seulement par une rencontre entre le ministre responsable et le conseil
d'administration des sociétés d'État, mais au vu et au su
de l'ensemble de la population, et le lieu privilégié pour le
faire, c'est l'Assemblée nationale du Québec et c'est le sens de
notre motion.
On nous demande aujourd'hui de voter comme cela, en pleine nuit,
à la fin d'une session, au moment où le gouvernement consacre
toutes les énergies qu'il lui reste - parce qu'il lui en reste encore un
peu, Mme la Présidente, quelque peu - à la question
constitutionnelle et à la dramatisation de la question
constitutionnelle
présente; voilà qu'à la sauvette, ce gouvernement,
qui devait faire face à la population, a trouvé dans ses tiroirs
quelques projets d'ordre économique pour se donner une
crédibilité dans le domaine économique,
crédibilité qu'il n'a pas, qu'il n'a jamais eue au cours des
quatre dernières années et là, on enligne les millions. On
improvise $120,000,000 ce soir, à l'intérieur de ce projet de
loi, alors que ce même gouvernement, dès lors qu'il s'agit
d'autres projets, que ce soit dans le domaine de l'éducation, de la
santé, des services sociaux, les gens qui sont impliqués dans le
milieu, alors qu'il s'agit de besoins tellement prioritaires, doivent se battre
avec ce gouvernement pour arracher un, deux, trois, cinq, dix millions de
dollars. Mais dans le domaine économique, à cause du contexte
politique que l'on vit actuellement - c'est le sens de ce projet de loi - ce
gouvernement arrive avec un projet de loi de $120,000,000 dont le ministre -
c'est le sens de la motion - ne nous a absolument rien dit sur le besoin
réel. Il n'a absolument pas justifié devant l'Assemblée
nationale le besoin réel qu'il avait de ces montant d'argent.
Quand on regarde le texte même du projet de loi, le ministre nous
a dit que c'est parce qu'il était pour y avoir une pénurie de
pétrole ou d'huile à chauffage cet hiver, alors que, comme mon
collègue de Saint-Laurent l'a souligné, ce projet de loi va
occasionner une dépense de $120,000,000 étalée sur cinq
ans, jusqu'en 1985, Mme la Présidente. Imaginez-vous, cela a
été la justification que le ministre des Ressources nous a
donnée ce soir.
II me semble que, comme parlementaires, on pourra faire toutes les
exagérations. On pourra s'indigner de l'autre côté, comme
ici, on pourra continuer de pousser. Mais il reste que le fond des choses -
pour les gens qui ont encore le courage à cette heure-ci de nous
écouter - c'est leur argent à eux: $120,000,000, et surtout quand
on sait la nature de la gestion de ce gouvernement sur le plan financier. Le
gouvernement actuel est dans une situation difficile sur le plan financier. Le
ministre des Finances est obligé de multiplier les acrobaties
financières pour essayer de faire croire à une certaine
stabilité des finances publiques actuellement. Alors, ce soir, pour se
donner de la crédibilité, à la veille des élections
qui vont porter sur le thème économique - le thème sur
lequel le gouvernement actuel est en plus mauvaise posture, parce que, sur le
plan économique, il n'est nullement crédible, sa performance est
plus que médiocre - on voudrait bien ettre quelque part dans les
chapelles de propagande que véhicule et dont se nourrit le Parti
québécois, dans les annonces qu'on va faire et dans la
publicité, le beau chiffre de $120,000,000 pour le développement
de l'industrie pétrolière. C'est la seule justification, mais
vraiment la seule justification d'un projet de loi improvisé, d'un
projet de loi qui ne respecte pas la capacité de payer des citoyens
québécois. C'est pourquoi nous demandons au gouvernement - on me
parle de la pertinence...
La Vice-Présidente: M. le député.
M. Rivest: ...de réétudier son projet et d'essayer
d'arriver avec un projet peut-être plus modeste, mais un projet plus
mûri qui corresponde véritablement aux besoins du Québec.
C'est le sens de la motion de report à trois mois que nous
présentons. Nous le faisons parce que c'est notre responsabilité,
à nous de l'Opposition, de dire: L'argent que vous allez dépenser
- vous ne le faites pas souvent - vous allez le dépenser comme du monde,
comme on dit. Vous allez le dépenser d'une façon responsable.
La Vice-Présidente: M. le député.
Des voix: Bravo!
M. Perron: Mme la Présidente.
La Vice-Présidente: M. le député de
Duplessis.
M. Denis Perron
M. Perron: Je n'avais aucunement l'intention d'intervenir sur la
motion de report de ce projet de loi, telle que proposée par le Parti
libéral du Québec. Mais compte tenu de ce que vient de nous
mentionner, à tort et à travers, le député de
Jean-Talon, qui essaie de nous donner des leçons en rapport avec des
investissements du gouvernement du Québec, en rapport avec des choses
qui sont drôlement importantes pour nous, les Québécois et
les Québécoises, j'aimerais dire qu'il y aurait peut-être
lieu que le député de Jean-Talon ainsi que son chef et le Parti
libéral fassent en sorte de remettre les $700,000 qu'ils ont
reçus en pot-de-vin. Qu'ils remettent donc cet argent dans le fonds
consolidé du Québec et, à ce moment-là, on pourra
peut-être faire autre chose avec cela, Mme la Présidente.
Des voix: Bravo!
Une voix: Une vraie honte.
M. Perron: Ici, en cette Chambre, j'y suis depuis quatre ans,
j'en ai vu des vertes et des pas mûres, comme dirait ma mère, mais
je peux dire que ce soir, je suis royalement écoeuré de voir les
agissements de l'Opposition officielle. Si je suis rendu à ce point,
c'est parce que nous avons actuellement un projet de loi dont on veut reporter
l'étude à trois mois, ici devant cette Assemblée, et un
projet de loi qui concerne justement SOQUIP. Depuis 1969, SOQUIP a fait ses
preuves. SOQUIP, avec tous les investissements qui ont même
été permis par l'ancien gouvernement, a fait ses preuves. On a
entendu spécialement le député de Mont-Royal
déblatérer sur ce gouvernement-ci, disant qu'il refusait de faire
des investissements conjointement avec d'autres compagnies. Pourtant, on l'a
fait dans les quatre dernières années. Je pense que, encore
là, dans le rapport annuel que nous avons eu aujourd'hui, SOQUIP a fait
ses preuves. Il n'est pas question - en tout cas, en ce qui me concerne, mais
probablement pas non plus pour les députés ministériels -
de reporter l'étude de ce projet de loi à trois mois, tel que
préconisé par le Parti libéral et particulièrement
le député de Mont-Royal. Il n'en est pas question, Mme la
Présidente.
J'avais l'intention d'intervenir et je vais intervenir sur le fond,
parce que j'ai des choses aussi à dire en rapport avec la
société SOQUIP.
C'est sûr et certain que je vais intervenir. Sur cette motion de
report, je pense qu'il y a lieu de vraiment penser... Ils ont beau nous dire
qu'on passe le rouleau compresseur ou n'importe quoi, on sait quelle sorte de
parti politique le Parti libéral est au Québec. On le sait.
D'ailleurs, quand on regarde un peu la façon de procéder de
certains députés, ce soir, en cette Chambre, il y a lieu de
penser et de croire même qu'ils sont en train de créer un
"filibuster" ici même en cette Assemblée nationale, comme ils
savent si bien le faire et comme ils l'ont fait en rapport avec la loi no 101
et d'autres lois, en présentant des motions de report, à tort et
à travers, à peu près partout.
Je termine, Mme la Présidente, en demandant...
Une voix: Ils trouvent cela drôle.
M. Perrons Oui, ils peuvent trouver cela drôle. Ils rient
en face de nous, la gueule fendue jusqu'aux oreilles. Il reste qu'une chose est
importante. C'est que ce projet de loi...
Une voix: Cela t'arrive à toi aussi.
M. Perron: Oui. Ce projet de loi est drôlement important.
Je peux rester ici jusqu'à six heures ou sept heures ce matin. Je n'ai
aucune objection, mais le projet de loi va être adopté, ce soir,
en deuxième lecture. Merci, Mme la Présidente. (1 h 50)
La Présidente: M. le député d'Outremont.
M. Pierre C. Fortier
M. Fortier: Mme la Présidente, il s'agit pour nous, cette
nuit, d'un sujet très important: l'avenir énergétique du
Québec; mais, malheureusement, la façon dont le gouvernement nous
a amené son projet de loi, nous devons absolument le reporter. Voici
pour quelles raisons. Hier matin, en commission parlementaire, Mme la
Présidente, nous avons rencontré le président du conseil
et le vice-président de SOQUIP à qui nous avons posé de
multiples questions auxquelles on n'a répondues que par les seules
affirmations qui ont été répétées hier
après-midi par le ministre; ils ne peuvent absolument pas justifier un
investissement de cet ordre de grandeur.
Je viens du secteur privé et je peux vous dire que je n'ai pas
été habitué à dépenser même pas $1000,
même pas $2000, même pas $100,000 et encore moins $1,000,000 ou
même $100,000,000 sans même avoir des justifications qui
permettaient de répondre aux désirs des actionnaires et de
justifier la dépense qui était nécessaire.
La semaine dernière, j'écoutais le ministre
Bérubé nous parler du bilan énergétique; il nous
disait: Oui, très bientôt, il faudra dire la vérité
à la population. Il en est arrivé à la conclusion que
dès 1995, nous arriverons à la limite de nos ressources
hydroélectriques. Ce qu'il faut savoir, c'est que cela fait cinq ans que
nous, dans le secteur privé de l'énergie, le savions. Il est
à peu près temps que le parti au pouvoir le reconnaisse.
Malheureusement, le livre blanc qui a été préparé
s'arrêtait à 1990. Voilà maintenant qu'on nous parle de
faire approuver un projet de loi, et de toute urgence, de façon à
régler des problèmes qui devraient venir après 1990. Nous
croyons que ce procédé n'est nullement justifiable et nous
demandons que le ministre retourne voir ses conseillers et qu'il prépare
un nouveau livre blanc ou au moins une justification de l'orientation
pétrolière de façon que nous puissions comprendre dans
quelle direction nous allons. $120,000,000, Mme la Présidente, c'est le
budget de l'Université de Montréal. J'étais dans le
conseil de l'Université de Montréal et, dernièrement, j'ai
rencontré le recteur qui me disait que les universités dans le
moment sont privées par le gouvernement au pouvoir de sommes qui leur
permettraient de développer la technologie, la science et les arts. Je
me souviens lorsque j'étais au comité exécutif, en 1976,
nous avons approuvé le départ de quelque 12 éminents
professeurs; et le recteur justement me disait dans quelle mesure
l'Université de Montréal avait été affectée,
parce qu'il y en avait quelques-uns qui étaient partis pour devenir
ministres, d'autres sous-ministres et d'autres chefs de cabinet. Je lui ai dit:
M. le recteur, ne vous inquiétez pas, très bientôt, tous
ces bons professeurs vont vous revenir.
Néanmoins, le bilan énergétique n'a pas
bougé d'un poil depuis 1976, ou à peu près, alors qu'on
nous promettait dans le livre blanc que dès 1990 ou 1995,
l'électricité fournirait 50% du bilan énergétique
total. Nous en sommes encore au même point. Le parti au pouvoir ne sait
pas où il va et nous, nous n'approuverons pas les budgets qu'il nous
demande à moins qu'il nous donne des explications plus
étendues.
Mme la Présidente, je crois que le budget présenté
n'est pas sérieux, que toute personne qui connaît un peu le
domaine de l'énergie ne peut absolument pas accepter les raisons qu'on
nous a données. Je crois que la demande qui est faite par le Parti
libéral est tout à fait justifiée et c'est la raison pour
laquelle je vous parle en faveur du report.
La Vice-Présidente: M. le ministre.
M. Duhaime: Mme la Présidente, ma première
intention était de vous expliquer pourquoi je devrais me prononcer
maintenant contre cette motion de report. J'ai écouté
attentivement quelques-uns des arguments du député de Jean-Talon
et, entre autres, le suivant, que nous devrions tenir ce débat en pleine
lumière et avoir le maximum de nos électeurs et électrices
à l'écoute de ce débat.
En conséquence, je proposerais l'ajournement du débat.
La Vice-Présidente: La motion d'ajournement du
débat est-elle adoptée?
Une voix: Adopté.
La Vice-Présidente: Adopté.
M. le leader adjoint du gouvernement.
M. Duhaime: Ajournement de nos travaux jusqu'à
aujourd'hui, à dix heures.
La Vice-Présidente: Motion d'ajournement à
aujourd'hui, dix heures. Adopté?
Une voix: Adopté.
La Vice-Présidente: Adopté. Cette Assemblée
ajourne ses travaux à aujourd'hui, dix heures.
(Fin de la séance à 1 heure 56)