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(Dix heures six minutes)
Le Président: À l'ordre!
Nous allons nous recueillir quelques instants.
Le recueillement est une chose qui, d'ordinaire, se fait en silence.
Veuillez prendre vos places.
Voeux à M. Lionel Rosenblatt,
nouveau consul des États-Unis
Hier, au moment de souligner le départ du consul
général de France à Québec, j'ai fait
référence aux aléas de la vie diplomatique, à ses
départs comme à ses arrivées. Ce matin, c'est
précisément l'arrivée en poste à Québec d'un
nouveau consul général des États-Unis d'Amérique,
M. Lionel Rosenblatt, dont nous nous félicitons.
Diplomate de carrière, M. Rosenblatt a déjà une
expérience professionnelle variée et impressionnante. À
cela s'ajoute une connaissance du Nord-Est des États-Unis et du
Québec qui est antérieure à son entrée en fonction,
au Secrétariat d'État à Washington. Il représente
ici, à Québec, un pays qui a donné à tout le
continent, et au-delà, le mode de vie qu'est le nôtre. Il s'agit
également du pays étranger que connaissent le mieux les
Québécoises et les Québécois. Enfin, il s'agit de
la plus grande puissance de la planète qui a, notamment, donné au
monde un système de gouvernement qui, 200 ans après, continue de
susciter intérêt et admiration.
La présence d'un consul général des
États-Unis à Québec n'est pas d'hier. Ce qu'on oublie
souvent, c'est que les États-Unis ont indirectement marqué la
construction même de la ville de Québec. Après
l'infructueuse tentative d'invasion de 1812 par les États-Unis,
l'Angleterre décidait, en effet, de construire une citadelle à
Québec qui pourrait repousser toute nouvelle tentative de ce genre. La
citadelle de Québec n'était pas aussitôt terminée
qu'elle était, sur le plan militaire, tout à fait archaïque.
Conçue pour repousser les Américains, elle est envahie,
paradoxalement, chaque été par des milliers de touristes en
provenance précisément des États-Unis. Ce paradoxe
illustre à lui seul l'évolution heureuse des rapports entre nos
deux peuples.
Au cours du mandat de M. Rosenblatt, j'espère que
l'Assemblée nationale pourra accroître davantage les rapports
qu'elle entretient déjà avec les organismes parlementaires
américains, tels la National Conference of State Legislature et le
Council of State
Governments.
En tout état de cause, en mon nom et au vôtre, je souhaite
à M. Rosenblatt la plus cordiale bienvenue et nos meilleurs voeux
à l'occasion de son entrée en fonction.
M. le vice-premier ministre.
M. Jacques-Yvan Morin
M. Morin: M. le Président, il arrive que le poste que
j'occupe comporte des fonctions agréables. La présence du consul
général des États-Unis en est un exemple. Est-il besoin de
rappeler le caractère tout à fait exceptionnel des rapports qui
existent entre les États-Unis et le Québec, et ce, depuis
longtemps? L'histoire, la géographie nous ont fait voisins et ont fait
en sorte que l'influence américaine se fasse sentir profondément
chez nous, non seulement sur le plan économique, ce qui saute aux yeux,
mais également sur le plan culturel.
Les intérêts sont, je pense, liés depuis longtemps
et c'est pourquoi le poste qu'occupe M. Rosenblatt, dont nous saluons la
présence ce matin, est si important pour le Québec.
Est-il besoin de rappeler aussi que nous avons des rapports tout
à fait particuliers avec les États-Unis sur le plan de
l'histoire? Les États-Unis ont été explorés dans
une large mesure par des gens venus de Québec et de Montréal.
Tout le centre des États-Unis, l'ancienne Louisiane jusqu'aux confins
des Rocheuses, a été exploré par des gens venus de cette
partie-ci de l'Amérique du Nord.
Est-il besoin de rappeler aussi que plusieurs des nôtres, au
siècle dernier, sont allés vivre en Nouvelle-Angleterre et ont
trouvé là de quoi faire leur vie alors que souvent, ici, nous
n'étions pas en mesure d'assurer leur subsistance et leur
prospérité?
Tout cela fait que nous avons des liens anciens, durables et solides
avec les États-Unis. Plus encore que par le passé, aujourd'hui,
je pense que les Québécois ont saisi toute l'importance de ces
rapports parce qu'ils sont dans la nature des choses et qu'ils sont dans
l'intérêt des deux peuples.
Le commerce et les investissements ne sont que deux volets de ces
échanges et je pense que, par la voie de ces délégations
et de nos milieux universitaires, le gouvernement du Québec a fait
savoir qu'il souhaite approfondir la connaissance mutuelle que nous avons les
uns des autres, en particulier la connaissance mutuelle de la culture
américaine au Québec et de la culture du Québec aux
États-Unis. Vous savez peut-être
que de grands efforts se font depuis quelque temps pour que les
études américaines au Québec soient renforcées
tandis que, du côté américain, nous notons avec plaisir que
la connaissance systématique des affaires québécoises
devient un objet d'étude dans les universités et les centres
d'études des États-Unis.
M. le consul général des États-Unis a
déjà, à quelques reprises, manifesté son
intérêt non seulement pour les échanges économiques,
ce qui va de soi, mais également pour les échanges
interculturels. La culture américaine fascine depuis longtemps les
Québécois, mais de plus en plus nos amis du Sud
s'intéressent au caractère francophone du Québec. Je pense
que M. le consul a eu l'occasion de nous le dire et de nous assurer de
l'intérêt que son pays porte au développement du
Québec dans toutes ses facettes.
M. le Président, je salue donc la présence du consul
général des États-Unis. Nous sommes heureux de
l'accueillir, comme ses prédécesseurs, et nous sommes
assurés qu'il contribuera à faire en sorte que les relations
entre les États-Unis et le Québec fassent un nouveau bond en
avant et franchissent de nouveaux seuils au cours des années de son
mandat. Je vous remercie.
Le Président: M. le chef de l'Opposition.
M. Gérard D. Levesque
M. Levesque (Bonaventure): M. le Président, vous me
permettrez, au nom de notre formation politique, de me joindre à
vous-même ainsi qu'au représentant du gouvernement, le ministre
des Affaires intergouvernementales, pour souhaiter la plus cordiale bienvenue
au nouveau consul général des États-Unis à
Québec. Les rapports que nous avons eus régulièrement avec
le consulat font que nous gardons toujours un excellent souvenir de tous ceux
qui y ont passé, en particulier de notre bon ami, M. Jaeger, qui nous a
quittés récemment.
J'ai eu l'occasion de rencontrer, à deux ou trois reprises, M.
Lionel Rosenblatt. Son expérience, sa compétence, son
franc-parler, sa gentillesse, sa bonhomie, tout cela fait que je suis convaincu
que les nouvelles relations que nous allons établir avec le Consulat
général des États-Unis seront excellentes. Je n'ai
évidemment pas à rappeler l'importance des relations du
Québec avec les États-Unis, lorsqu'on connaît l'importance
des échanges de nature économique, touristique, culturelle - on
vient de les évoquer - qui existent entre le Québec et les
États-Unis. L'apport des États-Unis à notre
économie est considérable et les échanges sont
également extrêmement importants. Nous n'avons qu'à penser,
simplement dans le domaine touristique, à ce flot de touristes qui vont
d'un côté et de l'autre de la frontière pour
connaître l'importance de ces échanges.
J'ai été heureux, au cours de ma brève
carrière politique, de participer à diverses implantations aux
États-Unis de la présence du Québec. Je songe, en
particulier, aux divers postes que nous avons inaugurés,
particulièrement dans le domaine économique. Je ne voudrais pas
oublier non plus une expérience qui m'avait bien frappé. C'est
celle que j'avais eue lorsque je m'étais rendu en Louisiane rencontrer
tous les professeurs du Québec qui y étaient en poste pour
apporter en quelque sorte une contribution à la vie culturelle
française de la Louisiane.
De toute façon, M. le Président, je suis sûr que
nous continuerons dans les semaines et les mois à venir à nous
féliciter de la venue, comme consul général des
États-Unis à Québec, de M. Lionel Rosenblatt. Nos
meilleurs voeux les accompagnent, lui et son épouse Ann, au cours de
leur séjour à Québec.
Le Président: Je voudrais précisément, sur
la lancée de la dernière phrase de M. le chef de l'Opposition,
souligner également la présence dans nos galeries de Mme
Rosenblatt ce matin.
Aux affaires courantes, il n'y a pas de déclaration
ministérielle.
Décisions du Bureau de
l'Assemblée
Au dépôt de documents, j'ai le plaisir de déposer
les dernières décisions du Bureau de l'Assemblée
nationale.
M. le ministre des Finances.
Rapport annuel du Curateur public
M. Parizeau: M. le Président, conformément à
l'article 40 de la Loi sur la Curatelle publique, j'ai l'honneur de
déposer en deux copies le rapport annuel du Curateur public pour
l'année financière 1982.
Rapport annuel de la CVMQ
En outre, conformément à l'article 302 de la Loi sur les
valeurs mobilières, j'ai l'honneur de déposer, en deux copies, le
rapport d'activité de la Commission des valeurs mobilières du
Québec pour l'exercice financier 1982-1983.
Le Président: Rapports déposés, M. le leader
parlementaire du gouvernement.
Rapports annuels de corporations
professionnelles
M. Bertrand: Au nom du ministre de l'Éducation,
permettez-moi de déposer les rapports annuels 1982-1983 de certaines
corporations professionnelles. Il s'agit de l'Ordre des
ingénieurs forestiers du Québec, de la Corporation
professionnelle des comptables en administration industrielle du Québec,
de l'Ordre des dentistes du Québec, de la Corporation professionnelle
des conseillers d'orientation du Québec et de l'Ordre des
optométristes du Québec.
Le Président: Rapports déposés. M. le leader
parlementaire du gouvernement.
Rapport annuel de l'Office des services de garde
à l'enfance
M. Bertrand: Au nom de Mme la ministre d'État à la
Condition féminine, permettez-moi de déposer le rapport annuel
1982-1983 de l'Office des services de garde à l'enfance.
Le Président: Rapport déposé. Ceci nous
mène directement à la période de questions des
députés. M. le chef de l'Opposition. (10 h 20)
QUESTIONS ORALES DES DÉPUTÉS
Le résultat des élections
partielles
M. Levesque (Bonaventure): M. le Président, quelquefois
les silences sont plus éloquents que les longs préambules. Vous
comprendrez que mes premières paroles, au tout début de ce
préambule, seront pour féliciter tous les candidats et candidates
qui se sont présentés aux élections partielles d'hier dans
les comtés de Jonquière et de Mégantic-Compton. Vous
comprendrez également que je félicite d'une façon
particulière, je dois le dire immédiatement, celles que la
population de ces deux comtés a déléguées à
l'Assemblée nationale et qui viendront bientôt se joindre à
nous. Nous attendrons ce moment pour ajouter certains commentaires quant
à la qualité exceptionnelle de ces deux nouvelles
députées.
Étant donné que le premier ministre est en Europe et qu'il
n'a évidemment pas à réagir, ce matin, ici à
l'Assemblée nationale, j'allais poser ma première question au
leader parlementaire du gouvernement parce que c'est lui, apparemment, qui est
devenu le porte-parole du gouvernement. La question aurait été
celle-ci: Quelle a été la réaction du premier ministre
lorsque le leader parlementaire du gouvernement l'a réveillé ce
matin en disant: "Boss, boss", vous ne savez pas la bonne nouvelle, deux
nouvelles victoires morales pour nous? Mais comme je m'imagine la
réponse du premier ministre, je poserai plutôt au vice-premier
ministre la question suivante. Est-ce que le vice-premier ministre pourrait
nous dire s'il est d'accord avec les deux phrases suivantes que nous retrouvons
dans l'éditorial du Devoir, sous la signature de M. Jean-Louis Roy, un
éditorial qui a précédé de deux jours les
événements d'hier: "Si l'électorat de Jonquière,
qui n'a jamais tant vu de ministres que durant ces dernières semaines,
refusait son consentement à l'équipe gouvernementale, si cet
électorat refusait de donner sa caution au plan que M. Lévesque
est allé leur vendre récemment, la crédibilité du
gouvernement serait alors ruinée." Il continue: "Si la défaite
était le lot du parti gouvernemental, elle devrait forcer un examen
rigoureux qui n'épargne aucune idée, aucune personne. L'index de
la série noire du second mandat se lirait alors comme un désaveu
implacable." Est-ce que le vice-premier ministre pourrait nous dire s'il est
d'accord avec ces commentaires qui ont été faits deux jours avant
le résultat que l'on connaît?
Le Président: M. le vice-premier ministre.
M. Morin: M. le Président, je pense que je n'aurais pas
grande crédibilité si je me réjouissais du résultat
ce matin.
Des voix: ...
Le Président: À l'ordre!
M. Morin: Comme j'ai été moi aussi dans
l'Opposition pendant quelque temps, je comprends très bien les
sentiments qui agitent les gens d'en face. Cependant, il faut faire une
réflexion un peu plus approfondie sans doute sur ces
événements, comme m'y invite d'ailleurs le chef de l'Opposition.
Cette réflexion nous a amenés tout de même à
comparer les dernières élections partielles avec celles que nous
venons de traverser. J'observe que dans Saguenay, il y a quelques mois, comme
dans Jonquière, le résultat était sensiblement le
même aux dernières élections générales,
c'est-à-dire de l'ordre de 66%. On a parlé de châteaux
forts et, effectivement, ce paraissait en être. Au moment des
élections dans Saguenay, le gouvernement subissait de plein fouet, je
pense, les retombées de la crise économique et des mesures
quelquefois draconiennes qu'il a été obligé de prendre
dans la foulée de cette crise économique. Ce n'était pas
un moment facile pour gouverner, mais il fallait tout de même gouverner.
Je pense que ceux qui ont traversé cette crise et qui ont dû
prendre des décisions savent à quel point cela a pu être
difficile, mais néanmoins obligatoire pour le gouvernement, étant
donné les responsabilités que nous avons de ce
côté-ci de la Chambre.
Je connais également les responsabilités qu'on peut avoir
de l'autre côté et je les respecte entièrement, mais de ce
côté-ci de la Chambre c'était le moment de gouverner,
et nous l'avons fait, M. le Président, sauf qu'il y avait des
décisions qui n'étaient pas faciles à prendre. Donc, au
moment de l'élection dans Saguenay, nous avons récolté, si
ma mémoire est bonne, environ 28% du vote, ce qui marque bien à
quel point le gouvernement a dû encaisser les conséquences de la
crise. Dans Jonquière, nous sommes à 48% du vote et je pense que
cela indique, si on gratte un peu les choses de près...
Des voix: Ah! Ah!
M. Morin: Oui. Cela indique - comment dire? - ce que
j'appellerais une remontée insuffisante, mais néanmoins une
remontée, et de cela, bien sûr, nous sommes relativement
satisfaits. Merci, M. le Président.
Le Président: Question complémentaire, M. le chef
de l'Opposition.
M. Levesque (Bonaventure): M. le Président, je ne veux pas
tourner le fer dans la plaie; je comprends qu'elle est encore assez vive. Le
vice-premier ministre ne se rend-il pas compte, lorsqu'il parle des
résultats des élections partielles du printemps dernier dans
Charlesbourg, Saguenay et Saint-Jacques, que le Parti libéral du
Québec avait récolté à ce moment-là - et je
lis exactement les chiffres que j'ai devant moi -53,4% du vote? Hier, le vote
du Parti libéral était rendu à 58,2%. Au lieu de prendre
un seul chiffre...
M. Côté: C'est toute une remontée!
M. Levesque (Bonaventure): ...un peu comme l'a fait un certain
personnage hier soir - en allant fouiller et gratter, comme vous dites, pour un
chiffre - on ferait mieux de prendre l'ensemble de la situation. Est-ce que le
vice-premier ministre peut me dire s'il n'y a pas là, contrairement
à ce qu'il a affirmé tout à l'heure, une augmentation
considérable de la faveur populaire en faveur du Parti libéral du
Québec? Cela ne fait que confirmer les derniers sondages.
Le Président: M. le vice-premier ministre.
M. Morin: M. le Président, je pense bien qu'on pourrait
s'amuser longuement ce matin en comparant cas par cas les comtés, mais
cela ne nous mènerait pas loin. La conclusion que je tirerais de tout
cela, c'est que vous semblez être excellents dans les partielles, nous
nous contentons d'être bons dans les générales et c'est
finalement cela qui compte.
M. Levesque (Bonaventure): M. le Président,
enchaînant sur les dernières paroles du vice-premier ministre et
ministre des Affaires intergouvernementales, je voulais éviter d'aller
dans le même sens où nous amène le vice-premier ministre
mais, vu qu'il nous invite à lui poser la question, qu'attendez-vous,
justement, pour déclencher des élections
générales?
Des voix: Bravo! Bravo!
Le Président: M. le vice-premier ministre.
M. Morin: M. le Président, tout à l'heure, et avec
raison, le chef de l'Opposition nous invitait à reconsidérer un
certain nombre de choses à la lumière de ces élections
partielles. Je voudrais rassurer le chef de l'Opposition. Cet examen est
commencé depuis plusieurs mois. Déjà, au Mont Sainte-Anne,
nous avions pris un certain nombre de mesures qui ont porté fruit sur le
plan économique. D'ailleurs, je pense que tout le monde reconnaît
que, dans cette crise économique, la remontée récente du
Québec a tout de même été qualifiée de
spectaculaire par le Conference Board. C'est encore insuffisant et nous allons
travailler d'arrache-pied pour faire en sorte que le développement
économique reprenne, mais cet examen de conscience est commencé.
C'était d'ailleurs l'essentiel de l'exercice que nous avons fait au sein
du gouvernement à la réunion de Compton. Tout ce que nous avons
annoncé, tout ce qui a été annoncé récemment
par le premier ministre n'a pas encore porté fruit, mais nous verrons
l'impact de ces mesures considérables au cours des semaines et des mois
qui viennent. Nous pensons qu'au cours des mois qui viennent, en agissant de
façon ferme et décidée au gouvernement, nous verrons que
peu à peu les citoyens remettront leur confiance dans le gouvernement
autant que je pense qu'il le mérite. (10 h 30)
Des voix: Collez au pouvoir! Vous avez le goût du pouvoir,
maintenant. Ce n'est plus le goût du Québec, c'est le goût
du pouvoir!
M. Rivest: M. le Président, j'aurais une question
additionnelle...
Le Président: Question complémentaire, M. le
député de Jean-Talon.
M. Rivest: ...pour le ministre de la Justice et
député de Chicoutimi, mais je remarque son absence ce matin.
Est-ce que le ministre est ici?
Une voix: II a mal à la tête!
M. Rivest: C'était le parrain du comté de
Jonquière.
Le Président: M. le leader du gouvernement.
M. Bertrand: Oui, M. le Président, il sera ici dans
quelques minutes. Il est en route, en ce moment.
Le Président: Question principale, M. le
député de Gatineau.
Le moratoire sur l'application de la loi 101
M. Gratton: J'espère que le ministre de la Justice n'est
pas à bord du remonte-pente du leader du gouvernement. Il risquerait de
ne pas se rendre à temps.
Ma question s'adresse au ministre des Communautés culturelles et
de l'Immigration qui, vendredi, je le crains, a semblé induire
l'Assemblée nationale en erreur. Alors que je lui demandais d'expliquer
pourquoi le ministre de l'Éducation avait imposé un moratoire en
juin 1982 sur la poursuite des contrevenants aux dispositions de la loi 101 sur
l'affichage, le ministre me répondait que ce moratoire n'avait
existé qu'au cours de la période de transition entre le
départ de l'ex-président de la commission, M. Maurice Forget, et
l'arrivée du nouveau président, M. Raymond Cholette.
Une voix: Gaston Cholette.
M. Gratton: Gaston Cholette, pardon. Ce n'est pas une personne
que je contacte très souvent, M. le Président. Donc, ma
première question vise à demander au ministre s'il n'est pas vrai
que M. Maurice Forget, l'ex-président de la commission, a quitté
son poste le 30 août 1981 et que son remplaçant, M. Gaston
Cholette, est entré en fonction le 1er septembre 1981. Donc, la
période de transition a duré très exactement 24
heures.
Je voudrais, en deuxième lieu, demander au ministre, qui me
répondait, lorsque je lui demandais, vendredi, pourquoi il avait
lui-même levé le moratoire en mars 1983, ce qui suit. Je cite le
journal des Débats: "Quand j'ai été nommé
responsable des organismes qui relèvent de la charte, M. Cholette m'a
posé la question suivante: Est-ce que le moratoire est toujours en
application? J'ai dit: La loi doit s'appliquer tant qu'elle n'est pas
changée." Est-ce que le ministre n'a pas été nommé
responsable de l'application de la loi 101 en septembre 1982? Est-ce que le
moratoire n'a pas été levé en mars 1983? Le ministre
pourrait-il profiter de ces deux questions pour nous dire exactement ce qui
s'est passé?
Le Président: M. le ministre des Communautés
culturelles et de l'Immigration.
M. Godin: J'ai parlé d'une période de transition
non pas entre le départ de l'un et la seconde de l'arrivée de
l'autre, mais entre le départ de l'un et la période qui a permis
au nouveau président, M. Gaston Cholette -et non pas Raymond - de
prendre connaissance des dossiers et de consulter son personnel. C'est ce que
j'ai dit. D'ailleurs, M. Cholette, dans son premier rapport annuel, a fait
état précisément de cette période pendant laquelle
il a voulu s'enquérir des diverses interprétations qui
étaient données à certains articles de la loi 101.
Quand M. Cholette m'a demandé si le moratoire était
levé, je lui ai répondu effectivement ce que vous avez
cité. J'ai dit très clairement qu'en ce qui me concernait, pour
autant que j'en avais été informé par mon
prédécesseur responsable de la loi 101, M. Camille Laurin, le
ministre de l'Éducation, le moratoire en question n'avait existé
que pour la période permettant au nouveau président de prendre
connaissance des diverses interprétations possibles à donner
à l'article 60. Dès qu'il m'a posé la question, je lui ai
dit: La loi s'appliquera telle quelle tant que les modifications n'auront pas
été adoptées dans cette Chambre parce qu'une loi de cette
importance, comme d'ailleurs toutes les lois... Ce ne sont pas des balles de
ping-pong avec lesquelles on joue, M. le député. C'est la raison
pour laquelle la loi 101 s'applique et la loi 57 ne s'appliquera que lorsque
nous l'aurons adoptée ici et pas avant.
M. Gratton: M. le Président.
Le Président: M. le député de Gatineau.
M. Gratton: Est-ce que le ministre niera ce qu'il a dit vendredi
dernier? J'ai le journal des Débats devant moi et je le cite: "Je vous
répète que l'information que j'ai porte sur l'existence d'un
moratoire entre les nominations des deux présidents. À
l'époque où il n'y avait pas de président, il y a eu
effectivement moratoire, mais les informations que je détiens sont
à savoir que ce moratoire n'a couvert que quelques mois
d'activités de la commission en attendant que le nouveau
président soit nommé." Ce que le ministre nous dit ce matin,
est-ce la même chose qu'il disait vendredi? Il faut constater que non.
Quand dit-il la vérité?
Le Président: M. le ministre des Communautés
culturelles et de l'Immigration.
M. Godin: M. le Président, le député de
Gatineau a raison. Mes propos ont pu induire la Chambre en erreur et je m'en
excuse.
Des voix: Ah! Ah! Ah!
M. Godin: Je vous demande d'accepter
ces excuses, M. le Président. Ma perception des choses
était que le nouveau président avait demandé au ministre
responsable de l'époque une certaine période, un certain nombre
de semaines et de mois pour se familiariser avec les diverses
interprétations qui existaient par rapport à certains articles de
la loi 101. Quand cette opération a été terminée,
le moratoire a été levé.
M. Gratton: M. le Président.
Le Président: M. le député de Gatineau.
M. Gratton: Je prends acte des excuses. Je félicite le
ministre de s'excuser. Il devrait demander à ses collègues de
suivre son exemple à l'occasion.
Ma question supplémentaire est la suivante. Le ministre a
levé le moratoire en mars 1983. Tout dernièrement, il accusait
certains des employés de la Commission de surveillance de faire du
zèle. Il disait, selon une dépêche de la Presse canadienne
relevée dans le journal La Presse du 22 novembre: "Certains
employés du gouvernement chargés de faire respecter la loi 101
risquent tout simplement de perdre leur emploi s'ils appliquent la loi sur la
langue avec trop de sévérité." Je demande donc au ministre
comment il a pu se surprendre de ce qu'il considère comme un zèle
de la part des membres de la commission, en fournissant plus de dossiers sur
une période relativement courte, alors que c'est lui-même qui
avait levé le moratoire en mars 1983, ce qui devait
nécessairement amener un plus grand nombre de dossiers sur la table au
ministère de la Justice, en cours de route?
Le Président: M. le ministre des Communautés
culturelles et de l'Immigration.
M. Godin: M. le Président, le député de
Gatineau, quelques-uns de ses collègues et certains de ce
côté-ci également, avons passé un mois en commission
parlementaire précisément pour que nous ayons une vue plus claire
des choses, aussi bien de la loi que des règlements. D'ailleurs, les 72
mémoires soumis faisaient état de certaines imprécisions,
par exemple, dans les ententes intervenues entre l'Office de la langue
française et les hôpitaux anglophones, entre l'office et certaines
entreprises du Québec. J'ai pris l'engagement au cours de cette
commission - vous étiez là, M. le député de
Gatineau - que tous les formulaires qui découlent de l'office feront
l'objet d'une révision, que les ententes qui découlent de
l'office et les règlements qui ont découlé de la loi 101
feront l'objet d'une révision, précisément pour
éviter ce flottement ou, enfin, enlever les occasions prochaines de
pécher. J'entends par là des occasions prochaines d'appliquer la
loi 101 ou la loi 57 de façon plus stricte que ne l'était
l'intention du législateur. Il y a eu une commission
précisément pour éclaircir ces questions. Nous avons fait
notre boulot là-dessus. Mercredi, me dit-on, nous étudierons en
deuxième lecture le projet de loi 57 pour qu'ensemble nous raffinions
encore plus la loi et les règlements de manière à fairedisparaître cette zone grise qui permettait à des
fonctionnaires, pas de mauvaise foi, mais à des fonctionnaires
d'interpréter la loi 101 dans un sens et à d'autres, pour la
même loi ou les règlements, dans l'autre sens. Nous avons
travaillé pendant un mois pour en venir à la conclusion qu'il
fallait que la loi soit changée, que les règlements soient
modifiés en conséquence pour que ce soit clair pour tout le
monde. Par "tout le monde", j'entends tous les fonctionnaires de l'office, tous
ceux de la Commission de surveillance et également tous ceux auxquels la
loi 101 s'applique, et j'entends par là les hôpitaux anglophones,
les municipalités anglophones, les commissions scolaires et
également toutes les entreprises. Ce travail de révision va se
faire dans les semaines et les mois qui viennent et, au fur et à mesure
que cela se déroulera, je serai en mesure d'informer cette Chambre de la
précision nouvelle.
En d'autres termes, M. le Président -je termine là-dessus
- il y a eu des flottements. Il y en a eu beaucoup moins que sur la loi 22,
mais il y a eu des flottements et la commission a eu lieu pour que la Chambre
soit éclairée sur ces flottements. Par conséquent...
Le Président: En conclusion.
M. Godin: ...je suis convaincu qu'après tous ces travaux
faits conjointement les flottements et les zones grises vont disparaître.
(10 h 40)
M. Gratton: Dernière question additionnelle, M. le
Président.
Le Président: M. le député de Gatineau.
M. Gratton: Le ministre parle de la commission parlementaire
à laquelle nous avons effectivement participé. Le ministre -on
parle seulement des dispositions sur l'affichage - niera-t-il avoir
déclaré, en mars 1983, au président de la Commission de
surveillance, M. Gaston Cholette, que son idée à lui, au
ministre, était déjà faite quant à l'article 60 et
aux articles qui touchent l'affichage? Deuxièmement, niera-t-il que,
finalement, il avait répété le 18 octobre, à Pierre
Maisonneuve, de Radio-Canada, que son idée était
déjà faite là-dessus? Est-ce que la commission
parlementaire, finalement, n'a pas tout simplement servi d'espèce de
mise en scène pour le ministre pour en
arriver à ne rien faire dans le domaine de l'affichage, comme
l'attestent les dispositions du projet de loi 57 qui sera étudié
demain? Est-ce que le ministre, en levant le moratoire en mars 1983 et en
accusant ensuite la Commission de surveillance de faire du zèle sur ces
contraventions-là, n'a pas tout simplement, encore là, voulu
faire une mise en scène pour faire croire qu'il avait l'intention de
faire quelque chose, mais pour déboucher sur absolument rien, comme le
prouve le projet de loi 57?
Le Président: M. le ministre des Communautés
culturelles et de l'Immigration.
M. Godin: M. le Président, à cette rencontre de
mars avec M. Cholette, il y avait trois personnes. Je ne me souviens pas
d'avoir dit et je n'ai pas dit à M. Cholette non plus que mon
idée était faite sur l'article 60. Si vous avez des preuves qui
prouvent le contraire, déposez-les, M. le député de
Gatineau. Mais dans mon...
M. Gratton: ...pas déposer une des trois personnes.
Des voix: Ah! Ah! Ah!
M. Godin: Pourriez-vous répéter votre...
M. Gratton: Je ne peux pas déposer une des trois
personnes, dont vous.
M. Godin: Je parle de preuves, M. le député de
Gatineau. Je ne parle pas des personnes qui ont prononcé des mots.
Une voix: ...une preuve dans son cas.
M. Godin: Ou vous avez des preuves ou vous n'en avez pas. Si vous
n'en avez pas, ne dites plus un mot là-dessus. Deuxièmement, mon
idée n'a pas été faite avant d'avoir lu tous les
mémoires. Ce que j'ai dit à Pierre Maisonneuve, je l'ai dit
à Radio-Canada, après avoir pris connaissance de tous les
mémoires. Au fond, les gens sont venus ici répéter ce que
leurs mémoires contenaient. Après la lecture des mémoires,
il m'était apparu qu'effectivement, je savais un peu mieux où je
m'en allais, vers quoi je m'en allais. C'est ce que le député de
Gatineau veut savoir. Il fallait que je sache où j'allais pour savoir
quelles questions poser aux gens qui venaient se présenter devant cette
commission, M. le Président. Je n'étais pas pour poser des
questions sur le combat Cusson-Hilton. Je voulais poser des questions sur les
choses qui préoccupaient le gouvernement, entre autres la place des
institutions anglophones au Québec, le bilinguisme institutionnel,
personnel ou universel dans ces institutions. C'étaient ces questions
qui préoccupaient le gouvernement. Donc, sur ces points, j'avais
effectivement quelques idées avant d'arriver à la commission,
mais les changements au projet de loi 57 sont là, les amendements
nouveaux, les papillons, comme on les appelle, seront déposés
demain et l'Opposition jugera à ce moment-là si mon idée
était faite ou non.
Une voix: Question principale, M. le Président.
M. Picotte: Merci, M. le Président, question
principale.
Le Président: Question principale, M... En
complémentaire?
M. Marx: Question additionnelle.
Le Président: En complémentaire, M. le
député de D'Arcy McGee.
M. Marx: Mr. Speaker, I would like to ask the Minister how he is
going to answer Mayor Drapeau who asked the Minister not to force him to blot
out English names on street signs.
Le Président: M. le ministre des Communautés
culturelles et de l'Immigration.
M. Godin: Mr. Speaker, I got a letter from Mayor Drapeau
yesterday, the very day he tabled it at the City Council of Montréal. We
will look at it very closely and we will try and find a solution which would
suit the best interests of the City of Montreal. Its budgetary preoccupations,
but secondly, at the same time, the fact that the French aspect of Montreal is
one of its major assets, but we will look at it and we will try and find a
solution agreeable to both parties.
M. Picotte: Merci, M. le Président.
M. Caron: M. le Président, en complémentaire.
Le Président: En complémentaire, M. le
député de Verdun.
M. Caron: J'espère que le ministre y regardera en
même temps pour la ville de Verdun, parce qu'il y a quelques noms
anglophones et j'espère pouvoir les garder. "I hope I will be able to
keep the..."
Le Président: Nous sommes à la période des
questions, M. le député. M. le député de
Maskinongé, question principale.
M. Godin: M. le Président, est-ce que c'était une
question qui m'était adressée ou...
Le Président: C'était, à la faveur d'une
question qui devait vous être adressée, un voeu qui était
émis. M. le député de Maskinongé.
Les subventions à l'établissement sur la
ferme
M. Picotte: Merci, M. le Président. Vous me permettrez
d'offrir mes meilleurs voeux, au nom de l'Opposition, aux producteurs
agricoles, ainsi qu'à l'UPA, qui sont en congrès
présentement dans un hôtel de Québec et qui travaillent
à l'amélioration de l'agriculture. Quant à y être,
M. le Président, je me permets d'offrir aussi mes félicitations
au ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation pour les
nombreuses promesses qu'il a faites dans Mégantic-Compton et que les
nombreux agriculteurs ont jugées lors de l'élection partielle
d'hier.
Ma question s'adresse au ministre de l'Agriculture, des Pêcheries
et de l'Alimentation. Au mois d'août 1982, le 20 août
précisément, la Fédération de la relève
agricole du Québec, par son président, M. Daniel Boisvert,
demandait au ministre d'amender la loi 64, afin de permettre aux jeunes
agriculteurs de pouvoir bénéficier soit des 50 000 $ pour
l'établissement de tout nouvel agriculteur sur une ferme ou encore des
8000 $ de subvention, et d'avoir ce choix au cours des prochaines
années, alors qu'il doit se terminer le 31 décembre,
d'après la loi. Est-ce que le ministre a pris connaissance de cette
demande et est-ce qu'il entend, pour favoriser la relève agricole au
Québec, se rendre à cette demande, d'ici à quelques jours,
de modifier la loi 64 pour donner un choix aux jeunes agriculteurs du
Québec?
Le Président: M. le ministre de l'Agriculture, des
Pêcheries et de l'Alimentation.
M. Garon: Je suis très heureux de constater
qu'après trois semaines le député de Maskinongé a
trouvé le moyen de poser une question. Il n'y a pas de meilleure moyenne
au bâton que celle du député de Beauce-Sud.
Je dirai ceci, M. le Président. Je suis heureux de la porte qu'il
m'ouvre. J'entendais recommander au Conseil des ministres cette solution de
rechange jusqu'à la refonte de la loi. Or, pour cela, j'ai besoin du
consentement de l'Opposition et je pourrai, en présentant un
mémoire au Conseil des ministres, lui indiquer que l'Opposition serait
d'accord pour adopter les trois lectures, très rapidement avant les
fêtes. Cela serait très important au point de vue d'une
décision du Conseil des ministres. Si l'Opposition peut m'assurer
qu'elle sera d'accord pour adopter cette loi avec ses amendements très
rapidement, avant les fêtes, je pourrais en aviser le Conseil des
ministres et, à ce moment, peut-être la semaine prochaine, on
pourrait procéder rapidement.
M. Picotte: M. le Président...
Le Président: M. le député de
Maskinongé.
M. Picotte: Maintenant que le ministre de l'Agriculture, des
Pêcheries et de l'Alimentation est occasionnellement en Chambre, cela
nous permet de lui poser une question. En additionnelle, est-ce que le ministre
pourrait nous donner les garanties? Nous sommes prêts, nous de
l'Opposition, à lui donner notre consentement officiel moyennant qu'il
modifie cet article qui dit précisément qu'on doit prolonger
indéfiniment le choix pour les jeunes agriculteurs de la relève,
à partir du 31 décembre. Si le ministre est capable de nous
garantir cela, on va lui donner notre consentement immédiatement. On va
faire cela dans la journée d'aujourd'hui, si cela l'intéresse,
s'il est prêt.
M. Garon: Je n'ai pas besoin de donner des garanties. Je viens de
dire que je suis favorable à cet amendement. J'ai besoin de savoir si
l'Opposition - c'est la principale contrainte - serait d'accord pour adopter
les amendements avant Noël.
M. Lalonde: Question de règlement, M. le
Président.
Le Président: Question de règlement, M. le leader
de l'Opposition.
M. Lalonde: Je voudrais soulever une question de
règlement. Je pense que le leader du gouvernement aurait pu le faire. Il
s'agit effectivement de l'application du règlement qui dit qu'un projet
de loi qui n'est pas déposé avant le 1er décembre -dans
l'avenir, ce sera avant le 15 novembre - peut ne pas être adopté
ou avoir besoin du consentement de tous les députés pour
être adopté avant la fin de la session. J'aimerais que le ministre
ne fasse pas de bouffonneries avec ces questions. Je n'ai reçu aucune
proposition de la part du leader du gouvernement en ce qui concerne un tel
projet de loi, mais que le leader et le ministre s'entendent pour faire adopter
leur projet de loi et nous le considérerons.
M. Bertrand: Très bien. M. le Président,
effectivement, on sait très bien qu'après le 1er décembre
on ne peut pas avoir la garantie qu'un projet de loi déposé
à l'Assemblée nationale sera adopté avant le 21
décembre. C'est le règlement qui le prévoit, mais, dans la
mesure où l'offre qui a été
faite par M. le ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de
l'Alimentation trouverait une oreille réceptive du côté de
l'Opposition, il se pourrait fort bien qu'on puisse l'introduire même
à l'intérieur de la loi omnibus. Rien ne nous empêche de
faire un amendement à la loi omnibus. Si vous dites que vous êtes
d'accord, nous, on est prêt à faire notre lit de notre
côté et à vous proposer ensuite de coucher avec nous, si
cela vous intéresse.
M. Picotte: Question additionnelle, M. le Président.
M. Lalonde: Je veux tout simplement faire une rectification au
point de vue du règlement, M. le Président. Il faudrait que le
ministre fasse une proposition concrète, nous soumette un texte. On ne
peut pas donner notre accord comme cela. On connaît les lois toutes
croches qui viennent parfois de ce gouvernement. On ne peut pas donner un
consentement d'avance. (10 h 50)
Le Président: S'il y a lieu, les deux leaders pourront
poursuivre leur discussion en privé. M. le ministre de l'Agriculture,
des Pêcheries et de l'Alimentation.
M. Garon: M. le Président, j'aimerais d'abord que le
député de Maskinongé commence par convaincre son propre
parti, parce qu'il semble que le leader parlementaire du Parti libéral
ne sache pas de quoi il s'agit. Tout simplement, il s'agit de maintenir le
choix pour les agriculteurs entre un prêt de 50 000 $ sans
intérêt pendant cinq ans et une subvention de 8000 $ au moment de
l'établissement. Or, j'ai dit que j'étais favorable à
cela, parce que le député d'Artabaska a rencontré des gens
et m'a présenté cette proposition. Au cours des dernières
semaines, plusieurs personnes nous ont parlé de ces propositions et je
leur ai dit que, personnellement, j'y étais favorable. J'ai dit: Cela
dépend de la volonté de l'Opposition d'accepter d'adopter ces
amendements avant Noël. Le député de Maskinongé,
avant de m'en parler, aurait dû d'abord en parler à son parti. Je
lui dis d'avance que j'y suis favorable, mais j'ai besoin de savoir si
l'Opposition va être d'accord pour accepter les amendements. Alors, si le
député de Maskinongé peut parler à son leader
parlementaire, lequel pourra parler au nôtre ensuite, je vous dis
d'avance que, pour ma part j'y suis favorable, d'autant plus que cela
coûtera moins cher au gouvernement.
Le Président: Question complémentaire, M. le
député de Maskinongé.
M. Picotte: M. le Président, si cela peut rassurer le
ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation, je suis
prêt à aller avec lui au Conseil des ministres pour le convaincre
que, nous, de l'Opposition, sommes prêts à adopter ces
amendements. Comment se fait-il qu'il a fallu une question de l'Opposition,
alors que le 20 août 1982, la Fédération de la
relève agricole demandait cela au ministre? Cela fait deux ans,
qu'est-ce que vous avez fait depuis ce temps et qu'est-ce que vous attendez
pour nous présenter un projet de loi avant d'avoir l'autorisation de
l'Opposition et son consentement?
Le Président: M. le ministre de l'Agriculture, des
Pêcheries et de l'Alimentation.
Des voix: ...
Le Président: À l'ordre!
M. Garon: M. le Président, connaissant le
député de Maskinongé, j'ai préféré
attendre sa question parce que, autrement, il aurait voulu "dealer" contre
autre chose, alors qu'en le laissant poser la question directement en Chambre,
je n'ai pas besoin de "dealer" cela contre quoi que ce soit.
M. Picotte: M. le Président.
Le Président: Dernière question
complémentaire, M. le député de Maskinongé.
M. Picotte: Est-ce que le ministre de l'Agriculture, des
Pêcheries et de l'Alimentation pourrait tout simplement dire à
cette Chambre que je n'ai surtout pas l'intention de "dealer" avec lui; je
"deale" avec les gens qui ont de la parole. Merci.
Le Président: M. le ministre de l'Agriculture, des
Pêcheries et de l'Alimentation.
M. Garon: Étant donné la senteur des paroles qui
sortent de la bouche du député de Maskinongé, je laisse la
population juger.
Des voix: ...
Le Président: Â l'ordre'. Question principale, M. le
député de Gouin.
Montréal et les investissements dans la haute
technologie
M. Rochefort: Merci, M. le Président. Nous passerons
maintenant aux choses économiques puisque ce sont les choses de l'heure
actuellement au Québec.
Des voix: ...
M. Rochefort: M. le Président, est-ce que tout le monde a
la parole ou si c'est moi?
Lorsque je dis que nous nous intéresserons aux choses
économiques, sur trois séries de questions, l'Opposition en a
posé une sur des questions économiques, alors que notre seule
question ce matin, elle, portera sur l'économie.
Ce matin, le quotidien La Presse nous révèle, en page 1 de
son cahier Économie et Finance, sous la signature de M. Laurier
Cloutier, qu'une étude étoffée d'une société
new-yorkaise a été effectuée, à la suite d'une
commande du gouvernement fédéral. Cette étude conclut que
Montréal est le lieu privilégié pour les investissements
et, de façon particulière, dans le domaine de la haute
technologie. Cette étude nous indique même que
Montréal...
Des voix: ...
Le Président: À l'ordre!
M. Rochefort: ...a des avantages de 40% à 60%
supérieurs à ceux des villes qui ont pris le virage
technologique, comme Boston, New York, Los Angeles et San Francisco. Cela
confirme donc la justesse de la décision du gouvernement du
Québec de prendre comme priorité le virage technologique et de
retenir Montréal comme pôle de toute la relance économique
du Québec. J'ai deux questions à adresser au ministre de la
Science et de la Technologie. Est-ce que le ministre a obtenu copie de cette
étude et, s'il n'en a pas obtenu copie, a-t-il l'intention de faire des
démarches auprès du gouvernement fédéral pour que
nous obtenions copie de cette étude afin que nous soyons en mesure de la
rendre publique dans le but de donner toute la confiance nécessaire
à l'ensemble des investisseurs et des promoteurs? Enfin, quels sont les
résultats que le ministre envisage à la suite de cette
étude du côté des investissements et des projets concrets
qui pourraient être réalisés prochainement dans la
région de Montréal en matière de haute technologie?
Le Président: M. le ministre de la Science et de la
Technologie.
M. Paquette: M. le Président, cette étude
commanditée par les ministères canadiens de l'Expansion
économique régionale et de l'Industrie et du Commerce ne nous a
pas été communiquée. Je pense qu'elle devrait être
rendue publique, parce qu'elle peut contribuer à corriger ce que les
mêmes personnes ont semé, c'est-à-dire que Montréal
- et le Québec, en général - était un lieu
inhospitalier pour les investissements étrangers, ce qui est
carrément démenti par les faits. Pour notre part, c'est depuis le
sommet économique de l'agglomération de Montréal en 1981
que tous les intervenants ont décidé de modifier l'attitude
des... À preuve cette déclaration, à la suite de cette
nouvelle dont fait état le député de Gouin, du directeur
de la Chambre de commerce de Montréal qui déclare ceci:
"Montréal doit vivre avec des problèmes comme d'autres villes,
mais on ne doit pas les considérer comme des obstacles. Ce qui faisait
surtout problème en 1979, c'est la morosité des hommes d'affaires
locaux dans l'auto-évaluation de Montréal." C'est le directeur de
la chambre de commerce qui le dit. On pourrait ajouter que cette
morosité a été alimentée également par
divers milieux politiques mais, depuis le sommet économique de
l'agglomération de Montréal, je pense que Montréal
commence à prendre sa place parmi les grandes villes
internationales.
L'intention du gouvernement du Québec est de faire de
Montréal, qui n'est pas en concurrence avec les autres régions du
Québec, mais avec les grandes villes nord-américaines, l'une des
capitales de la haute technologie. Il y a énormément de mesures
dans le plan de relance qui vont dans ce sens. J'ai annoncé la semaine
dernière un investissement de 32 000 000 $ de la SGF et du gouvernement
du Québec dans une nouvelle société de recherche
industrielle à Laval en collaboration avec l'Institut Armand-Frappier.
Le CRIQ - le Centre de recherche industrielle du Québec - doit
étendre ses activités à Montréal. Nous allons
implanter un certain nombre de centres de recherche. Il y a également
les retombées des politiques d'achat massif des microordinateurs de la
bureautique qui vont amener des retombées de haute technologie à
Montréal. Finalement, ce que souligne l'étude, c'est que le
système de subventions et de mesures fiscales au Québec est
probablement le plus généreux en Amérique du Nord. Avec
tous ces moyens et avec la nouvelle prise de conscience depuis le sommet
économique de Montréal chez tous les intervenants
montréalais, nous pouvons et nous allons faire de Montréal une
capitale de niveau international en haute technologie.
Des voix: Très bien!
Le Président: Question complémentaire, M. le
député de Mont-Royal.
M. Ciaccia: Question complémentaire. M. le
Président, n'est-il pas exact que l'étude a
démontré en substance que la firme new-yorkaise de recherche a
découvert que ce sont les subventions gouvernementales offertes aux
investisseurs qui viennent compenser les faiblesses? Si ces faiblesses
n'étaient pas là à cause des politiques du gouvernement,
on n'aurait peut-être pas besoin de subventionner avec des fonds publics
et on pourrait attirer ces investissements sans entraîner des coûts
additionnels pour les contribuables.
Le Président: M. le ministre de la Science et de la
Technologie.
M. Paquette: M. le Président, les subventions peuvent
peut-être créer, non pas la réalité des lois que
vient de mentionner le député, mais l'espèce de
morosité qu'on véhicule autour de ces lois... On le voit bien,
ces lois n'empêchent pas les entreprises de haute technologie de
s'installer à Montréal. Ces subventions étaient et
continuent d'être plus généreuses qu'ailleurs, justement
parce que les retombées économiques sont tellement importantes
qu'elles compensent largement les subventions gouvernementales lorsqu'une
entreprise de haute technologie s'établit à Montréal. Il
faut se rappeler que, pour chaque emploi dans la haute technologie, pour chaque
emploi scientifique, l'effet d'entraînement est, selon les secteurs, de
huit à dix emplois dans la fabrication et les retombées
technologiques excèdent largement les subventions gouvernementales. Le
fait que cette politique semble s'avérer efficace montre que le
gouvernement du Québec a des politiques qui sont efficaces, qui sont
bien orientées et qui contribuent à faire de Montréal un
pôle d'excellence en haute technologie. (11 heures)
M. French: Une question additionnelle, M. le
Président.
Le Président: Une question complémentaire, M. le
député de Westmount.
M. French: Ma question complémentaire s'adresse au
ministre de l'Éducation. Lors de l'étude du projet de loi 37, le
ministre de la Science et de la Technologie s'est prononcé en faveur
d'une école internationale à Montréal qui aurait pour
fonction d'accueillir des enfants des gens déjà attirés
à Montréal par les industries de la haute technologie, une
école qui serait exclue de l'application de la loi 101. Est-ce que le
ministre de l'Éducation est en faveur de cette démarche
favorisée par son collègue afin de créer des
possibilités d'accès à l'école anglaise pour les
étudiants qui sont des enfants des gens qui vont travailler dans une
industrie de haute technologie?
Le Président: M. le ministre de l'Éducation. Soit
dit en passant, c'était une question principale et non pas une question
complémentaire.
M. Laurin: M. le Président, je répondrai
brièvement, car c'est un problème qui avait fait l'objet
d'échanges et même d'engagements de notre part lors du Sommet
économique de Montréal et nous n'avons cessé d'y
travailler depuis. Nous avons tenté de trouver des écoles dans la
région de Montréal avec lesquelles il serait possible de
s'entendre à cet égard. Cela n'a pas été possible.
Nous avons continué nos démarches et je crois qu'elles aboutiront
pour l'année scolaire 1984.
Le Président: Une question principale, M. le
député de Viger.
La nomination de M. Yves Michaud à la
présidence du Palais des congrès
M. Maciocia: Merci, M. le Président. Ma question s'adresse
au ministre de l'Industrie, du Commerce et du Tourisme. Le 26 mai dernier, j'ai
posé une question au ministre pour savoir s'il était au courant
de la nomination de M. Yves Michaud à la présidence du Palais des
congrès de Montréal. La réponse du ministre était
à ce moment: Vous me donnez des informations, M. le
député, que je ne possède pas et qui circulent
probablement à travers le réseau du Parti libéral du
Québec. Quant à moi, qui suis le ministre responsable, je n'ai
pas arrêté ma décision, mais je m'en tiens à ce que
je vous ai dit en Chambre cette semaine. La décision sera
arrêtée après consultation avec les principaux intervenants
du secteur touristique de Montréal. J'ai posé la question au
premier ministre vendredi. Je repose la question au ministre de l'Industrie, du
Commerce et du Tourisme, parce que le premier ministre a pris avis de la
question. Premièrement, le ministre peut-il nous dire s'il est d'accord
avec cette nomination? On sait qu'il n'était pas d'accord avec cette
nomination. Deuxièmement, est-ce qu'il y a eu des consultations avec les
intervenants du secteur touristique de Montréal, entre autres, la ville
de Montréal et l'Association des hôteliers du grand
Montréal. Troisièmement, est-ce que tous les membres du conseil
d'administration du Palais des congrès sont d'accord avec cette
nomination?
Le Président: M. le ministre de l'Industrie, du Commerce
et du Tourisme.
M. Biron: M. le Président, je rappelle d'abord au
député de Viger que sa dernière question remonte à
six mois et une semaine. C'est sûr que, depuis ce temps, il a
coulé de l'eau squs le pont. En ce qui concerne la nomination de M.
Michaud, j'informe le député de Viger que c'est moi,
personnellement, qui ai proposé la nomination de M. Michaud à la
direction du Palais des congrès de Montréal.
Une deuxième chose, le député me demande si j'ai
consulté les principaux intervenants et la ville de Montréal. La
réponse, c'est oui. Est-ce que j'ai consulté le conseil
d'administration de la Société du Palais des congrès de
Montréal? La réponse, c'est oui. Ce que nous voulons, M. le
député, c'est important que vous le sachiez, c'est de
développer le maximum de produits touristiques au Québec,
c'est qu'on fasse en sorte de recruter le maximum de congrès, de
congressistes pour que ces gens viennent ici au Québec et continuent
à nous aider à développer ce que nous avons fait depuis
quelques années.
Pour l'information du député, je rappelle que nous, au
Québec, depuis les dernières années, nous avons eu une
augmentation du nombre de touristes américains qui sont venus au
Québec alors que l'Ontario a eu une diminution. Nous ne nous contentons
pas de cela, nous voulons avoir encore davantage et particulièrement le
tourisme de congrès, c'est un tourisme qui est très payant, qui
crée des emplois et qui apporte beaucoup d'argent aux
Québécois.
Le Président: En complémentaire, M. le
député de Viger.
M. Maciocia: M. le Président, nous ne pouvions pas nous
attendre à une réponse différente que celle que vient de
nous donner le ministre. Il n'a pas répondu aux questions. Ma question
est encore la suivante: Est-ce que les principaux intervenants du secteur
touristique à Montréal ont été consultés et
est-ce qu'ils sont d'accord avec cette nomination, entre autres la ville de
Montréal et l'Association des hôteliers du grand Montréal?
Ma deuxième question était: Est-ce que tous les membres du
conseil d'administration sont d'accord avec cette nomination? Je voudrais que
vous répondiez précisément aux questions. La
troisième question était: Est-il vrai qu'à part
d'être nommé à la présidence - c'est une autre
information qu'on a probablement seulement dans le réseau du Parti
libéral - du Palais des congrès de Montréal il sera
très bientôt nommé aussi directeur général?
Si c'est oui, voulez-vous me dire ce qui arrivera à M. Privé qui
est actuellement directeur général du Palais des congrès
de Montréal?
Le Président: M. le ministre de l'Industrie, du Commerce
et du Tourisme.
M. Biron: D'abord, est-ce que j'ai consulté les
intervenants de la ville de
Montréal et les hôteliers de Montréal? La
réponse est oui.
Des voix: Est-ce qu'ils étaient d'accord?
M. Biron: La très grande majorité était
d'accord. De la part des membres du conseil d'administration, cela a
été unanime. M. Michaud est un bonhomme, un
Québécois qui est capable de faire beaucoup de promotion et
d'attirer beaucoup de nouveaux congrès. Je ne sais pas si le
député de Viger est au courant, mais nous avons fait un effort
énorme en ce qui concerne les congrès américains depuis
quelques années. On a maintenant des rapports qui nous disent qu'il faut
faire un effort du côté des congrès européens. Des
gens cherchent à venir en Amérique du Nord et le meilleur endroit
pour ces gens, c'est le Québec, à cause de la culture
française. C'est ce que vous devriez savoir aussi, M. le
député.
Si on veut développer l'industrie touristique, il y a bien des
façons. Votre nouveau chef, lui, lors de la campagne à la
direction du Parti libéral, s'engageait à baisser les taxes sur
les chambres d'hôtel. Les taxes sur les chambres d'hôtel, cela
existait de 1970 à 1976; depuis 1978, il n'y a plus de taxe sur les
chambres d'hôtel. Votre chef devrait se recycler un peu'.
Quant à la fonction précise de M. Michaud, il est
président du conseil d'administration. Nous verrons, à
l'intérieur du Palais des congrès, s'il y a des changements
à apporter au cours des mois à venir.
Le Président: Fin de la période des questions.
M. Maciocia: M. le Président...
Le Président: Fin de la période des questions. La
période des questions est terminée, M. le
député.
Aux motions non annoncées, M. le député de
Shefford.
Motion à l'appui de mesures pour
protéger les emplois
contre l'importation de bicyclettes
M. Paré: M. le Président, je sollicite le
consentement de cette Chambre pour que cette Assemblée appuie les
travailleurs, les travailleuses et les entreprises qui recommandent au tribunal
antidumping, qui a siégé à Ottawa le 1er décembre
dernier, de maintenir les mesures qui pourraient protéger les emplois
canadiens contre les importations de bicyclettes de Taiwan et de la
Corée.
Le Président: Y a-t-il consentement? M. le leader de
l'Opposition.
M. Lalonde: Nous sommes prêts et enthousiastes face
à la discussion de cette question, d'autant plus que la très
grande partie de cette industrie se trouve dans le comté de Beauce-Sud,
le comté de notre ami et député libéral. Je voulais
simplement soulever une question; j'en ai d'ailleurs donné un avis au
leader du gouvernement. D'après ce qu'on nous dit, il s'agit d'une
décision que le tribunal antidumping aura à rendre dans les
semaines qui viennent, à la suite d'une audition qui a eu lieu durant
les premiers jours de décembre, il y a à peine quelques
jours. Il s'agit donc d'un tribunal ou, au moins, d'un organisme quasi
judiciaire qui est en train de délibérer pour rendre une
décision. Il y a non seulement un aspect un peu délicat, qu'une
Assemblée nationale prenne position d'un côté ou de
l'autre, mais il y a aussi le règlement, à l'article 99.4, qui
dit bien qu'il est interdit à un député qui a la parole de
parler d'une affaire qui est devant les tribunaux ou devant un organisme quasi
judiciaire.
Nous allons nous soumettre à votre décision, mais je
voudrais bien que l'Assemblée nationale ne soit pas
entraînée dans des choses qui nous sont interdites par le
règlement. Nous aimerions, si vous nous permettez de le faire, si le
règlement nous permet de le faire, discuter de cette question. Notre
consentement vous est acquis.
Le Président: Effectivement, M. le leader de l'Opposition
m'a fait parvenir un préavis qu'il allait soulever cette question de
règlement, ce qui fait que je suis en mesure de vous répondre
immédiatement. Si la motion s'adressait directement au tribunal
antidumping, elle serait difficilement acceptable. Or, peut-on faire
indirectement ce qu'on ne peut faire directement en disant qu'on appuie les
travailleurs, les travailleuses et les entreprises qui ont recommandé au
tribunal antidumping de faire une chose? J'avoue qu'on est dans une zone un peu
grise et, à mon avis, un peu douteuse. (11 h 10)
Puisqu'il semble y avoir accord sur le fond de la question, me
prévalant de l'article 65.2, qui dit que le président peut
également modifier dans sa forme une motion pour la rendre recevable, je
vous suggérerais la formulation suivante: "Que cette Assemblée
appuie les travailleurs, les travailleuses et les entreprises qui souhaitent le
maintien des mesures qui pourraient protéger les emplois canadiens
contre les importations de bicyclettes de Taiwan et de la Corée." De
cette manière, on touche au fond de la question et on ne s'adresse pas
directement ou par la bande à un organisme quasi judiciaire qui a pris
la cause en délibéré.
Il y a donc consentement sur cette formulation?
Des voix: Oui.
Le Président: Parfait. M. le député de
Shefford.
M. Roger Paré
M. Paré: M. le Président, je veux parler de la
protection des emplois. Il ne faudrait pas oublier que l'industrie de la
bicyclette se trouve principalement au Québec. Oui, il y en a dans le
comté du député de Beauce-Sud, mais il y en a aussi dans
le comté de Shefford, plus précisément à Waterloo.
Il y a 300 à 400 personnes qui travaillent à l'entreprise
Raleigh, à Waterloo.
On sait très bien l'importance des importations sur le maintien
ou la disparition des emplois dans des secteurs semblables. Qu'on se rappelle
seulement qu'il y avait aussi au Québec la plus grande production
canadienne de chaussures. On la retrouvait chez nous. Je me rappelle
très bien qu'il y a quelques années - je crois que c'est en 1981
- Ottawa a pris la décision d'élargir les importations de
chaussures. On avait prévenu le gouvernement fédéral,
à ce moment, qu'on ne devait pas faire cela, parce qu'il y aurait des
conséquences désastreuses sur l'emploi au Québec. On a
quand même dit: II n'y a pas de danger. On va essayer et si jamais c'est
négatif, on reviendra sur notre décision. Le
fédéral a pris la décision d'augmenter les importations de
chaussures, ce qui a amené la perte de milliers d'emplois dans cette
industrie au Québec.
Les travailleurs, les travailleuses et les entreprises,
accompagnés de députés du Parti québécois,
sont allés manifester à Ottawa pour ramener des quotas sur les
importations de chaussures, ce qui a fait en sorte que le fédéral
est revenu sur sa décision, mais après avoir fait perdre des
milliers d'emplois. Depuis ce temps, des emplois ont été
retrouvés mais, malheureusement, là où les entreprises ont
fermé leurs portes - il y en a eu chez nous - les employés n'ont
pas retrouvé leur emploi.
On risque exactement la même chose maintenant parce qu'on veut
élargir la venue de bicyclettes produites spécialement à
Taiwan et en Corée et peut-être même en Russie, avec les
dernières visites qu'effectue présentement M. Trudeau à
l'étranger. On est donc en train de compromettre d'autres emplois au
Québec et particulièrement chez nous, ce que je n'accepte pas, M.
le Président.
Je tiens à sensibiliser la population, notamment les
députés, nos soi-disant représentants à Ottawa, de
façon que cela ne passe pas, qu'on n'accepte pas un grand nombre de
bicyclettes venant de ces pays où les salaires sont très bas. Ce
qu'on doit faire, au moins, c'est de protéger les emplois qu'on a chez
nous, dans ce secteur.
J'espère obtenir le consentement des deux côtés de
cette Chambre pour qu'on sensibilise la population et spécialement nos
représentants à Ottawa pour que cela ne passe pas, pour ne pas
élargir l'entrée de bicyclettes fabriquées dans des pays
où les salaires sont très bas pour venir compromettre des jobs
encore chez nous. Comme le mentionne la lettre du président du syndicat
des employés à la Raleigh de Waterloo, c'est non seulement des
emplois qu'on est' en train de menacer, mais des
entreprises totales. J'ai peur qu'on fasse la même chose que dans
la chaussure, qu'on dise: On essaiera et on verra. On n'a pas le droit
d'essayer quand on joue avec des emplois, on n'a pas le droit de faire des
tentatives quand on joue avec des entreprises complètes.
Donc, pour préserver nos entreprises dans ce domaine, pour sauver
des emplois dans ces mêmes entreprises, M. le Président, je
demande le consentement de cette Chambre sur cette motion. Merci.
Une voix: Très bien.
Le Président: M. le député de Nelligan.
M. Clifford Lincoln
M. Lincoln: M. le Président, en accordant, au nom du Parti
libéral, le consentement pour que cette motion soit débattue,
nous voudrions nous associer nous aussi à toute démarche qui
aurait pour but de favoriser l'implantation, le progrès et le
développement d'une industrie locale, d'une industrie
québécoise qui prend beaucoup d'ampleur.
En même temps, nous regrettons beaucoup que cette affaire
devienne, encore une fois, une question de débat
fédéral-provincial, ce que ce n'est pas du tout. Ce qu'il nous
faut encourager surtout, c'est l'implantation d'une industrie qui importe
maintenant quelque 90 000 000 de pièces pour assembler des bicyclettes
fabriquées principalement au Québec. Nous devrions nous associer
pour souhaiter qu'à l'avenir ce soit une industrie qui manufacture de
plus en plus ses pièces au Québec et au Canada. C'est cela que
nous devrions souhaiter tous ensemble.
À l'heure actuelle, nous importons des pièces d'ailleurs
pour 90 000 000 $ et nous vendons pour 100 000 000 $, c'est-à-dire que
le profit net de l'industrie de la bicyclette, c'est environ 10 000 000 $. Ce
que nous devrions tous souhaiter ensemble, c'est que plus de pièces
détachées se manufacturent ici, au Québec, de
préférence, pour que de plus en plus se crée une industrie
vraiment complète, au Québec, l'industrie de la bicyclette.
Aujourd'hui, il y a des tarifs qui sont imposés par les accords
internationaux du GATT et, concernant l'industrie de la bicyclette, ce sont des
tarifs de 25%. Ce qui se produit, c'est que le Canada, comme pays signataire du
GATT - et le Québec est également un adhérent - a
signé les accords du Tokyo round, le dernier round du GATT, qui
stipulent qu'en 1988 les tarifs concernant l'industrie de la bicyclette vont
être réduits de 25% à 13,2%. Ce sont des accords
internationaux du GATT.
Il faudra, en dedans de cette période, d'aujourd'hui jusqu'en
1988, faire tous les efforts possibles pour que cette industrie de la
bicyclette devienne de plus en plus une industrie complète chez nous
afin que ce soit la plus grande protection qu'on puisse avoir.
Évidemment, nous sommes contre une forte importation de produits qui
pourraient être "dumpés" sur nous, que ce soit de la Corée,
de Taiwan ou d'ailleurs.
Je me réjouis donc de toute mesure qui encouragerait les
travailleurs et les travailleuses de cette industrie, les gens qui produisent
et surtout ceux qui ont eu la grande initiative, dans des endroits comme la
Beauce, de prendre en main une industrie qui était mourante; par
exemple, la compagnie CCM qui a fait faillite à Toronto. Ils ont repris
cette compagnie en main, ils ont recréé une industrie au
Québec. Il faut les saluer; il faut les féliciter. En même
temps, il faut travailler dans le but d'essayer de bâtir une industrie
solide et excellente qui pourra faire concurrence à toutes les
autres.
Je souhaite que d'ici à 1988, quand les tarifs du GATT vont
diminuer, cela se passe ainsi. C'est dans ce sens que nous appuyons cette
motion, dans le sens de créer ici une industrie vitale, valide et
valable pour nous-mêmes, une industrie excellente qui pourra
elle-même concurrencer sur les marchés.
Le Président: M. le député de
Beauce-Sud.
M. Hermann Mathieu
M. Mathieu: Merci, M. le Président. Je voudrais dire
quelques mots sur cette motion visant à demander l'interdiction du
dumping de bicyclettes provenant de Taiwan et de la Corée sur le
marché canadien. Je voudrais mentionner que l'une des plus importantes
entreprises d'assemblage de bicyclettes est située dans le comté
de Beauce-Sud, que j'ai l'honneur de représenter, et qu'elle assure
plusieurs centaines d'emplois. Il y a lieu, bien sûr, de protéger
les entreprises en place et également, par le fait même, nous
protégeons les emplois qui en découlent.
J'appuie donc cette motion et, comme l'a fait mon collègue, le
député de Nelligan, tout à l'heure, je souhaite que, de
plus en plus, l'on puisse non seulement assembler des bicyclettes ici, au
Canada, mais bien fabriquer au Québec et dans la Beauce des
pièces composantes de ces vélos.
Au nom de la perpétuation du miracle beauceron, j'appuie la
motion du député de Shefford.
M. Clair: M. le Président.
Le Président: M. le ministre des Transports.
M. Michel Clair
M. Clair: Mon collègue, le député de
Shefford, m'a cédé son droit de réplique. Le
député de Nelligan a dit que cette question
de l'industrie de la fabrication des bicyclettes au Québec n'est
pas une question de chicane fédérale-provinciale. Il a en partie
raison, mais il a également en partie tort. Je représente une
circonscription où, effectivement, plus de 200 travailleurs oeuvrent
dans une industrie de la bicyclette. Il y a le dossier CCM qui a
été réglé grâce à l'intervention du
ministère de l'Industrie, du Commerce et du Tourisme. Il y a une
industrie de la bicyclette également dans le comté de Shefford.
Depuis quelques années, nous sommes parvenus, au Québec, à
développer un nombre impressionnant d'emplois sur le plan de la
fabrication de la bicyclette. Cela s'est fait grâce à la
collaboration des entreprises, des travailleurs, du ministère de
l'Industrie, du Commerce et du Tourisme et de la Société de
développement industriel. (11 h 20)
Alors que cette industrie est en pleine lancée au Québec,
en plein développement, que ce soit à cause de tarifs douaniers
insuffisants, d'une absence de vigilance de la part du gouvernement du Canada
en ce qui concerne certaines clauses du GATT ou encore à cause d'une
absence de vigilance en matière de dumping, tous ces efforts qui ont
été faits par le Québec pour développer une
industrie de la fabrication de la bicyclette pourraient effectivement
être anéantis par des décisions fédérales,
comme cela a été le cas dans les dossiers de la chaussure, du
textile et d'autres.
Comme député de Drummond, je viens d'une région qui
a connu lourdement les conséquences de l'absence de la planification du
développement de certains secteurs économiques au Québec.
Nous avons connu dans le domaine de la chaussure une absence de politique qui
nous a fait perdre des milliers d'emplois au Québec et dans ma
région immédiate, une absence de politique cohérente en
matière de tarifs et de quotas pour l'importation de vêtements qui
a coûté également des milliers d'emplois, de même que
dans la domaine du textile.
M. le Président, je pense que ce qu'il est important de
comprendre à ce moment-ci, c'est que, grâce à des efforts
des entreprises, des travailleurs, du gouvernement du Québec, c'est
exact que nous avons réussi à lancer une industrie prometteuse
sur le plan de la fabrication de la bicyclette. C'est vrai, ce que le
député indique, qu'on doit fabriquer de plus en plus les
composantes de la bicyclette, afin de livrer un produit manufacturé
à 100%, éventuellement, de contenu québécois. Cette
industrie de la bicyclette envisage, maintenant qu'elle a conquis, à
toutes fins utiles, le Québec et le Canada, de conquérir les
marchés nord-américain et étranger, mais, pour ce faire,
elle doit pouvoir continuer à compter sur un marché de base, sur
son marché domestique, afin de pouvoir continuer à se
développer. Si le gouvernement du Canada ou ses instances sont
insuffisamment vigilants à l'égard des tentatives d'autres pays
qui viendraient inonder notre marché de bicyclettes qui se vendraient
beaucoup moins cher à cause des taux de main-d'oeuvre moins
élevés, je pense qu'à ce moment-là, on aurait tout
perdu, on aurait perdu les emplois, les énergies
développées par les entreprises, l'argent du gouvernement qui a
été investi pour soutenir le développement de cette
industrie et, finalement, les entreprises elles-mêmes.
M. le Président, je suis heureux de m'associer, comme
député de Drummond, comme ministre des Transports aussi qui a
tenté de développer une approche positive à l'égard
du vélo au Québec, pour favoriser sa pénétration,
à la motion du député de Shefford, et je le
félicite d'avoir eu l'initiative de présenter cette motion.
Merci, M. le Président.
Le Président: La motion de M. le député de
Shefford, telle que j'en ai modifié la rédaction, est-elle
adoptée?
Des voix: Adopté.
Le Président: Adopté. M. le leader parlementaire du
gouvernement.
Travaux des commissions
M. Bertrand: M. le Président, je voudrais faire motion
pour que deux commissions parlementaires puissent siéger ce matin, soit
la commission permanente du revenu à la salle 81-A pour la suite de
l'étude du projet de loi 43 article par article et, au salon rouge, la
commission permanente de la fonction publique, pour l'étude du projet de
loi 51 article par article.
Cet après-midi et ce soir, deux commissions parlementaires
siégeront, de 15 heures à 18 heures et de 20 heures à 24
heures. À la salle 81-A, la commission permanente du revenu poursuivra
l'étude du projet de loi 43 article par article et, à la salle
80-A - comme on me l'indique, M. le Président, on essaie à
nouveau avec, paraît-il, des réaménagements qui auraient
été effectués et qui vont rendre possibles les
délibérations dans cette salle - nous étudierons le projet
de loi 48 article par article.
Le Président: Cette motion est-elle adoptée?
Adopté.
Projet de loi 47
Reprise du débat sur la deuxième
lecture
II n'y a pas de questions sur les travaux de la Chambre, si bien que
cela nous mène aux affaires du jour, pour la reprise du
débat sur la motion de M. le ministre des Transports proposant
que le projet de loi 47, Loi sur le transport par taxi, soit maintenant lu une
deuxième fois. Je cède la parole à M. le
député de Laprairie.
M. Jean-Pierre Saintonge
M. Saintonge: Merci, M. le Président. Nous en sommes donc,
en fait, à la conclusion du débat sur le projet de loi 47, Loi
sur le transport par taxi. Je voudrais intervenir brièvement ici sans
toutefois revenir sur les points importants et essentiels dudit projet de loi
47 qui ont été couverts au cours du débat. Plusieurs de
mes confrères qui ont une expertise plus grande dans ce domaine et qui
ont pu étudier plus à fond ce dossier y ont vu au cours du
débat. Je fais référence, entre autres, à mon
collègue de Jeanne-Mance, qui est responsable du dossier du taxi pour
l'Opposition. Mon apport au débat se limitera seulement à
l'aspect municipal, aux implications des autorités locales, municipales
et régionales.
En fait, le problème du taxi a été reconnu par
l'ensemble des intervenants du milieu. Il concerne principalement la
surréglementation et la centralisation de cette réglementation
qui a, évidemment, amené cette surréglementation. C'est
une centralisation de la réglementation au niveau provincial qui, en
fait, a entravé le développement de l'industrie, suivant les
expertises des gens compétents dans le domaine qui ont pu analyser
à fond ces données.
La centralisation, au niveau provincial, du taxi remonte à 1972.
Auparavant, nous savons que le contrôle du taxi était
exercé par les municipalités. Le taxi, en fait, est de
responsabilité locale. D'ailleurs, le ministre des Affaires municipales,
jeudi dernier, dans son intervention, faisait remarquer que dans presque tous
les pays du monde la qualité, le style et l'ampleur des services du taxi
sont la responsabilité des autorités locales. C'est donc un
domaine d'application très local.
Dans ce domaine, les besoins réels de l'industrie du taxi sont
locaux et doivent être évalués localement; on doit donner
l'occasion aux municipalités locales d'examiner leurs vrais besoins et
de poser les diagnostics nécessaires à la solution des
problèmes posés. Dans le cadre du projet de loi 47, nous en
arrivons au fait que les pouvoirs municipaux doivent maintenant
récupérer certaines compétences, certains pouvoirs au
niveau des normes d'application et de contrôle de l'industrie du taxi.
C'est également ce que le ministre des Affaires municipales soulignait
jeudi dernier.
Le transport par taxi est compris dans ce qu'on peut définir
comme étant le transport urbain qui, lui, est de compétence
municipale. La commission Castonguay, en 1976, reconnaissait que le transport
urbain était un service à caractère vraiment local qui
doit être sous la responsabilité des autorités locales. Le
taxi a un rôle à jouer en tant que composante du réseau de
transport urbain. La vocation réelle du taxi, c'est un peu cela qu'il
faut trouver. Quelle est la vocation réelle du taxi? Est-ce que le taxi
est un moyen de transport qui sert seulement aux personnes qui
bénéficient d'un haut degré de richesse ou qui ont des
moyens plus grands que d'autres pour s'en servir? Finalement, non, le taxi est
un moyen direct de transport d'un lieu à un autre. C'est un moyen de
transport qui va permettre à une partie importante des citoyens qui ont
besoin d'un moyen de transport rapide, avec des horaires et des
itinéraires souples, de se déplacer d'un point à un
autre.
Donc, le taxi en arrive à une composante du transport en commun,
mais si le transport en commun bénéficie de subventions, ce n'est
pas le cas du taxi. En conséquence, il faut assurer l'efficacité
de ce moyen de transport au plus bas coût possible, d'où
l'ouverture de nouveaux horizons, l'ouverture de nouvelles avenues pour le
taxi, qu'on prévoit dans le projet de loi 47 et qui m'apparaissent
fondamentals pour permettre au taxi de progresser.
Il faut également rappeler qu'au niveau des unions municipales on
a souligné, lors de l'étude en commission parlementaire du livre
blanc sur le taxi, que tout le problème de l'industrie du taxi devait
être examiné dans une perspective globale de gestion du transport
urbain. Le taxi est une facette de ce transport urbain. Il faut l'examiner dans
le cadre d'une perspective globale. Si on observe le débat
soulevé par le projet de loi du côté municipal, il y a un
point majeur qu'il m'apparaît important de considérer, c'est la
question de la décentralisation. Nous devons l'examiner, à mon
point de vue, sous trois points principaux.
Premièrement, il y a la question de la priorité du plan
régional sur le plan municipal, ou l'inverse. Le projet de loi semble
privilégier clairement la priorité du plan régional sur le
plan local et municipal. Deuxièmement, il y a la question du
caractère volontaire de cette décentralisation et,
troisièmement, le fait que cette décentralisation administrative
doive se faire avec une compensation financière. (11 h 30)
Du point de vue régional, par rapport au plan local et au plan
municipal, il faut faire attention, dans l'étude de ce projet de loi et
de toutes les interventions qui s'y sont greffées, au vocabulaire
employé. En effet, nous avons pu constater à maintes reprises
qu'on employait la question du pouvoir local. Le ministre des Affaires
municipales parlait,
lui, de po uvoir des municipalités, de pouvoir local, mais de
pouvoir municipal, de responsabilité des autorités locales et des
municipalités. Mais si on regarde le projet de loi même, les
pouvoirs qui sont justement décentralisés - je
référerai principalement ici aux articles 62 à 66 - nous
voyons que les règlements concernent des règlements d'une
autorité régionale, par opposition aux règlements que le
gouvernement peut établir à l'article 60. Donc, en fait, nous en
sommes à la décentralisation au niveau régional, alors
qu'au niveau des autorités municipales, au niveau des porte-parole des
unions municipales, on faisait grand état d'une décentralisation
possible, mais au niveau local même.
Si on regarde la définition d'autorité régionale -
qui est la clef de la décentralisation de ces pouvoirs - au tout
début du projet de loi, celle-ci réfère aux
communautés urbaines, Communauté urbaine de Montréal,
Communauté urbaine de Québec, Communauté régionale
de l'Outaouais ainsi qu'aux MRC. Pour la Communauté urbaine de
Montréal, il n'y a pas de problème, même finalement que
certains intervenants du taxi ont souligné que le but de la loi 47
était de régler le problème du taxi à
Montréal, qui est un problème aigu. On profite en même
temps de l'occasion pour appliquer les solutions à l'ensemble du
Québec. On règle un problème particulier, Montréal,
et on le règle en appliquant la réforme à l'ensemble du
Québec.
Mais si on regarde au niveau de la Communauté urbaine de
Québec - je réfère aux propos de mon confrère de
Louis-Hébert - une telle décentralisation régionale serait
probablement mal vue, la Communauté urbaine de Québec
n'étant probablement pas prête à une telle
décentralisation. La même chose pour l'Outaouais; il
m'apparaît clair, d'après le mémoire de l'Outaouais, que
ces gens ne favorisent pas une telle décentralisation
immédiatement. Pour ce qui est des MRC, nous savons que le monde
municipal est en attente d'une conférence des municipalités sur
la décentralisation, une conférence qui devait se tenir au mois
d'août 1983, qui a été reportée à l'automne
1983 et maintenant on parle de la fin de l'hiver ou du printemps 1984. Le monde
municipal attend effectivement cette conférence de
décentralisation afin que des discussions approfondies aient lieu sur le
sujet. Quelles compétences devront être
décentralisées et devront être confiées aux
autorités municipales, aux autorités locales ou aux
autorités régionales? C'est le point important.
Ce transfert de compétences qui s'exerce au niveau de la loi, qui
s'exerce au niveau des MRC ne correspond nullement aux attentes du monde
municipal. Clairement, les deux unions, l'Union des municipalités
régionales de comté et l'Union des municipalités du
Québec ont fait la preuve et ont demandé que cette
décentralisation ait lieu au niveau du pouvoir local, au niveau du
pouvoir municipal. Cette décentralisation éventuellement
s'exercerait par un accord volontaire, c'est-à-dire par une attente au
gré de la municipalité de vouloir réglementer cette
question du taxi. Si cette municipalité décide de
réglementer dans son cas la question du taxi, la possibilité pour
chacune des municipalités, dans une MRC donnée, de se regrouper
et de faire appliquer cette réglementation par une entente
intermunicipale devrait être possible, devrait être laissée
à la discrétion de ces municipalités. Donc la
décentralisation régionale procéderait non pas par le
projet de loi en question, de la municipalité régionale comme
telle, mais viendrait du niveau local, du niveau municipal qui, acceptant de
prendre le pouvoir de réglementation qu'on lui confie, le confierait
à son tour, par entente intermunicipale, à la municipalité
régionale de comté qui pourra à son tour l'accepter si,
éventuellement, c'est la volonté des municipalités faisant
partie d'une telle MRC. Également, cela pourrait permettre, dans
certains cas, des ententes intermunicipales à l'intérieur ou
à l'extérieur de deux municipalités régionales de
comté, et aussi à des municipalités limitrophes de se
regrouper, même si elles ne sont pas dans la même MRC, pour
justement exercer ces pouvoirs de réglementation prévus par la
loi. En fin de compte, dans le projet de loi 45, tel que déposé
en cette Chambre et qui sera étudié d'ici la fin du mois de
décembre, les possibilités d'ententes intermunicipales qui
devraient être confiées éventuellement à
l'administration de la MRC sont prévues, mais c'est uniquement dans le
cas où les municipalités sont d'accord pour exercer cette
décentralisation et en confier l'administration à la MRC. Dans le
projet de loi 47, ce n'est nullement la situation qui prévaut. C'est
l'administration, en fait, de la MRC, sur réglementation, qui
décidera oui ou non d'accepter cette décentralisation des
pouvoirs et cela va contre - encore une fois, je le répète - le
voeu de l'ensemble des deux unions et des municipalités du
Québec. En fin de compte, ce serait un avantage de prévoir que
les municipalités pourraient se prévaloir à leur
gré de participer à une telle décentralisation, ce qu'on
n'a pas actuellement dans la loi, c'est-à-dire une espèce
d"'opting out" pour les municipalités concernées. Si, dans une
MRC, une municipalité locale, par exemple, aux prises avec plusieurs
municipalités ou villes voulait se retirer d'une telle entente, elle n'a
aucune possibilité au niveau de la loi de faire une telle chose. L'autre
façon de procéder, où les municipalités locales
délégueraient à la MRC le pouvoir de
réglementation en question, il va de soi qu'une municipalité qui
ne désire pas y participer pourrait effectivement se retirer du
débat et du dossier et, évidemment, ne pas être
concernée par les décisions à prendre au niveau
régional sur cette question du taxi.
Là-dessus, je dois déplorer en fin de compte l'attitude du
ministre des Affaires municipales, qui a semblé au cours de son
intervention parler plutôt de décentralisation au niveau des
municipalités mêmes et non pas au niveau des régions. Donc,
c'est un point, je pense, qui était en train de s'effriter
tranquillement pour nous passer en douce ni plus ni moins une telle
réforme au niveau des MRC. Également, le ministre des Transports
dans son livre blanc, "De nouvelles avenues pour le taxi", selon ce que j'ai pu
en percevoir, semblait beaucoup plus favoriser une décentralisation des
pouvoirs au niveau local, au niveau municipal et non pas au niveau
régional et ce, pour divers motifs, entre autres, pour le fait que la
MRC est une nouvelle structure, une structure dont le mandat principal consiste
en l'élaboration du schéma d'aménagement. Finalement, de
l'aveu même de tous ceux qui sont intéressés par le domaine
municipal, il faudrait régler la question du schéma
d'aménagement avant de confier toute autre responsabilité aux
MRC. C'est le voeu clairement exprimé par l'ensemble des
municipalités et par les deux unions des municipalités. Le
ministre a sûrement reçu le télégramme de l'Union
des municipalités du Québec demandant au ministre que l'union
soit entendue avant la deuxième lecture de ce projet de loi: "L'Union
des municipalités du Québec demande à être entendue
en commission parlementaire avant son adoption car plusieurs dispositions
viennent en conflit tant avec la réforme de la fiscalité
municipale qu'avec la volonté presque unanime du monde municipal de ne
rien ajouter aux responsabilités actuelles des MRC et avec les
affirmations répétées du gouvernement de ne pas faire de
décentralisation à la pièce." Donc, c'est clair comme
attitude, comme volonté exprimée du monde municipal.
Finalement, un point important - pour terminer mon intervention - est le
fait que toute décentralisation devrait être accompagnée
des ressources financières nécessaires équivalentes
à l'administration des pouvoirs qui seront confiés. Actuellement,
il n'y a rien dans la loi, aucun principe législatif qui constate cet
engagement que le ministre des Affaires municipales et le ministre de
l'Aménagement avaient pris, d'ailleurs, envers l'Union des
municipalités à cet effet. C'est souhaitable que le ministre
puisse voir à modifier son projet de loi afin d'y instaurer cette
décentralisation au niveau des municipalités locales et non des
municipalités régionales et également d'assurer la
compensation financière éventuelle pour tout service qui sera
éventuellement donné aux municipalités locales. Merci, M.
le Président.
Le Vice-Président (M. Jolivet): M. le député
de Portneuf et whip de l'Opposition.
M. Michel Pagé
M. Pagé: Merci, M. le Président. Tel que nous en
avions convenu jeudi après-midi dernier, si ma mémoire est
fidèle, nous avions accepté de part et d'autre que ce matin mon
collègue, le député de Laprairie, et moi-même
puissions intervenir pour environ une dizaine de minutes chacun avant la
réplique du ministre. Je dois dire que j'ai bien apprécié
cet arrangement, parce qu'il me permet d'intervenir sur le projet de loi 47 ce
matin, Loi sur le transport par taxi, une loi qui était attendue depuis
un certain temps. (11 h 40)
On sait qu'il y a eu de nombreuses études, plusieurs rapports et
des documents qui ont été déposés tant par les
intervenants que par ceux qui ont été mandatés pour
étudier cette question et aussi par le gouvernement du Québec.
C'est une loi générale, en ce sens qu'elle n'est pas des plus
spécifiques. C'est une loi qui touche certains principes, entre autres
le principe dont je veux discuter ce matin et au sujet duquel j'ai des
questions à poser au ministre. C'est plus particulièrement sur
l'introduction de la notion de transport collectif par taxi. C'est un projet de
loi qui contient des dispositions presque à chacun de ses articles
prévoyant un pouvoir réglementaire qui devra être
exercé par le gouvernement. C'est donc dire que ce projet de loi sera
l'ossature et la chair, comme telle, sera définie par règlement,
sera ajoutée par règlement. Cela veut dire aussi que jamais la
chair qu'il y aura sur cette ossature ne sera débattue ici, en cette
Assemblée nationale. Nous savons que les règlements sont
adoptés par le Conseil des ministres ou encore ratifiés par le
Conseil des ministres et rédigés par des organismes autonomes et
paragouverne-mentaux.
Mon collègue de Jeanne-Mance est intervenu au nom de notre groupe
parlementaire, comme porte-parole officiel de l'Opposition. Notre
collègue de Jeanne-Mance a mis en relief toutes les attentes de notre
groupe à l'égard de l'ensemble de la question du taxi. Il s'est
référé, notamment, à ce qu'on aurait
souhaité voir dans ce projet de loi. Qu'il me suffise de me
référer très brièvement à quelques points
bien spécifiques, bien particuliers auxquels on a voulu et on veut
encore ce matin sensibiliser le ministre. La norme d'un chauffeur, un
taxi, imposée à l'industrie, qu'un seul chauffeur soit
attribué à un taxi et ce 24 heures par jour, aurait pour effet
d'augmenter les revenus de chaque chauffeur de taxi travaillant à
l'intérieur d'une agglomération. On a donné des exemples
de cela et cette question a été clairement évoquée
par mon collègue de Jeanne-Mance. Nous osons espérer que ce
débat pourra contribuer à faire avancer la réflexion du
gouvernement dans ce sens.
Mon collègue de Jeanne-Mance, au nom de notre groupe, s'est
référé à la possibilité d'agrandir le champ
d'action des chauffeurs de taxi en leur permettant de faire de la livraison de
courrier, du transport de handicapés, du transport collectif, etc. C'est
dans le projet de loi et nous l'apprécions et y souscrivons, en
principe.
Mon collègue s'est référé à
l'abolition des concessions gouvernementales, c'est-à-dire les postes
d'attente dans les hôpitaux, les gares et tout autre établissement
public qui négocie avec des associations de services des contrats
d'exclusivité à des prix qu'on juge assez coûteux.
Mon collègue s'est référé, à juste
titre là aussi, à la réduction du nombre de permis de
taxi, en particulier dans les centres urbains.
Peut-être que le ministre des Finances aurait pu ou pourrait, dans
les jours qui viendront, ajouter sa voix ou tout au moins donner la position
gouvernementale sur une demande bien insistante de la part de l'Opposition
visant un rabais de la taxe de vente à l'achat d'une automobile devant
servir de taxi, que pourrait décréter le gouvernement du
Québec.
Mon collègue s'est référé, sous un autre
chapitre, à toute la notion de compétence exigée dans les
normes d'octroi d'un permis de taxi. Des dispositions dans le projet de loi
semblent y pourvoir mais, encore là, cela se fera par pouvoirs
réglementaires.
Mon collègue a demandé une diminution du prix des plaques
d'immatriculation, soit un tarif égal à celui payé par les
propriétaires d'automobile de promenade au Québec. Ce serait,
nous le croyons bien sincèrement, un moyen immédiat, utile qui
pourrait certainement contribuer à alléger les charges nombreuses
qui sont imposées à l'industrie du taxi.
J'aimerais aborder un aspect, l'aspect du taxi en milieu rural. Je
comprends que le gouvernement est particulièrement
préoccupé par des questions épineuses, délicates,
urgentes à régler en milieu urbain, que ce soit sur le territoire
de la Communauté urbaine de Montréal ou sur le territoire de la
Communauté urbaine de Québec. Je comprends que le ministre des
Transports, qui a, soit dit en passant, une responsabilité très
large, doive voir au plus urgent, mais j'apprécierais bien qu'il puisse,
au lendemain de l'adoption de ce projet de loi et peut-être en commission
parlementaire, nous donner certaines indications dans ce sens. J'aimerais qu'il
pousse un peu plus loin son action et qu'il réfléchisse à
la situation du taxi en milieu rural.
Dans le temps, comme on le dit, chaque municipalité du
Québec avait son taxi ou ses taxis. On a constaté, avec les
années, qu'une perte de volume de travail importante et significative a
été imposée à ces propriétaires de
véhicules taxis dans ces petits villages et ces petites
municipalités du Québec. Dans plusieurs cas, maintenant, on
constate que, dans des municipalités, on n'a aucun système de
taxi, malheureusement. Qu'il me suffise de me référer à
certaines municipalités du comté de Portneuf qui sont à
plus de 20 milles de la municipalité la plus rapprochée et on n'a
pas de taxi dans ce secteur, dans cette municipalité. Plusieurs
municipalités du Québec se retrouvent dans la même
situation. Pourquoi? Il y a le nombre de plus en plus croissant de
véhicules de promenade sur nos routes - à peu près tout le
monde a son auto maintenant - mais aussi le fait - là, on aurait
peut-être un sérieux examen de conscience à faire - qu'il
n'y avait pas beaucoup de contrôle à l'égard du taxi en
milieu rural. À peu près tout le monde pouvait se permettre de
faire du taxi, d'imposer un tarif. Ce ne sont pas les gens de la Commission des
transports ou du ministère des Transports qui intervenaient le plus
souvent, d'où une perte d'intérêt pour les
détenteurs de permis de taxi dans ces municipalités.
Il y a des problèmes particuliers auxquels le projet de loi se
réfère et auxquels je veux me référer ce matin.
D'abord, il y a toute la notion du transport pour les handicapés.
À ce sujet, je dois vous indiquer, M. le Président, que dans
Portneuf des municipalités se sont réunies autour d'une table. 21
municipalités sur 28 ont accepté, il y a quelques mois, de
souscrire et de participer à la politique gouvernementale d'organisation
d'un transport adapté pour les handicapés. À cet
égard, je dois exprimer ma satisfaction de voir que les intervenants du
milieu ont pris les choses en main, que les municipalités s'y sont
associées et que le gouvernement du Québec y a participé.
Mercredi soir dernier, on avait le plaisir de célébrer cet
événement - le transport pour les handicapés de mon
comté - qui a d'ailleurs été amorcé hier matin, le
5 décembre. C'est un moment heureux pour nous et pour les citoyens et
citoyennes du comté, évidemment.
Le gouvernement doit continuer à déployer des efforts pour
étendre le transport adapté pour les handicapés dans le
plus grand nombre de comtés ruraux du Québec, parce qu'on a des
problèmes aigus, des problèmes épineux et des
problèmes
graves.
L'autre volet concerne les personnes âgées. Imaginez-vous
la petite municipalité de 2000 ou de 3000 habitants qui n'a aucun
détenteur de permis de taxi et qui n'a pas de transport urbain,
évidemment. Imaginez-vous la dépendance dans laquelle sont
placés des centaines et des centaines de citoyens dans des comtés
comme le mien. Peut-être que le transport collectif sera une solution, et
mes questions au ministre sont dans ce sens-là ce matin. On se
rappellera qu'il y a trois ou quatre ans, peut-être un peu moins, si ma
mémoire est fidèle, le gouvernement avait
décrété que dans les municipalités le
détenteur du contrat de transport scolaire pourrait, en même temps
qu'il transporte les enfants à l'école dans la
municipalité voisine ou dans la petite ville régionale, faire du
transport public de personnes et faire monter les gens.
J'aimerais que le ministre, dans sa réplique ou en commission
parlementaire, nous dise quel est le nombre de détenteurs de contrats de
transport scolaire qui ont participé à cette démarche, si
cela a été un succès et si les citoyens et les citoyennes
ont souscrit à ce mode de transport qui leur a été offert.
Comment le transport de personnes, par des transporteurs scolaires,
s'intégrera-t-il au transport collectif tel qu'il est proposé
dans le projet de loi 47? Le transport collectif par taxi me paraîtrait
une solution au transport de personnes dans plusieurs municipalités
comme la nâtre. Dans le comté de Portneuf, il va de soi que le
transporteur public qui a un permis d'autobus sur la route 138, le long du
fleuve, soit en direction de Québec ou de Trois-Rivières, n'a pas
de problème. Il y a un achalandage, une clientèle, etc. Par
contre, si le même transporteur a un permis pour le nord du comté,
de Saint-Raymond ou encore de Rivière-à-Pierre ou de
Saint-Léonard jusqu'à Donnacona ou Saint-Raymond, je ne suis pas
convaincu que ces véhicules sont toujours pleins. Peut-être que la
solution à la rentabilité de l'entreprise, pour un bon service
aux citoyens et aux citoyennes, serait l'introduction d'un transport collectif
par taxi mais, à ce moment-là, qu'est-ce qui arrivera? Qui aura
le permis? Est-ce que ce sera le détenteur d'un permis de taxi au niveau
local qui pourra prétendre et requérir soit de la commission ou
encore des instances gouvernementales, qu'il puisse détenir un permis de
transport collectif par taxi sur cette ligne-là ou si ce sera le
transporteur public qui avait ou détient un permis de transport public
par autobus pour transporter les personnes, mais il faut en convenir,
entreprise qui, à l'égard de certaines lignes, est plus ou moins
rentable? (11 h 50)
Concernant le transport collectif, il faudrait que ce soit bien clair et
que le ministre nous précise la notion du transport par taxi, ce qui
arrive des détenteurs de permis de transport public et ce qui arrive si
on ajoute à cela le fait que, dans certaines de ces
municipalités, il y a un dédoublement dans le sens qu'un
transporteur public, membre de l'Association des propriétaires d'autobus
du Québec, a un permis et qu'un transporteur d'écoliers, d'autre
part, membre de l'ATEQ, transporte des enfants et a probablement requis des
instances et des autorités gouvernementales le droit de pouvoir
transporter des personnes. Qu'est-ce qui va arriver dans tout cela?
Un dernier volet, M. le Président - je suis heureux de constater
que notre collègue de Laprairie ait abordé cette question, ce
matin, à titre de porte-parole en matière d'affaires municipales
- concerne la notion des MRC. Les articles 62 et suivants stipulent,
prévoient que le gouvernement pourra transférer une part
importante de la responsabilité qui lui incombe aux municipalités
régionales de comté. Ces MRC vont pouvoir faire beaucoup de
choses. Je ne veux pas lire toute la nomenclature des pouvoirs qui leur
seraient transférés, mais qu'il me suffise de
référer à l'article 62: "6° "établir un
système de points de pénalité d'après lequel un
permis de chauffeur est révoqué; 7 prescrire les règles
d'éthique des chauffeurs de taxi; 10 fixer les taux et tarifs pour
chaque type de transport qu'elle indique, prescrire l'obligation d'afficher les
taux en vigueur dans le taxi, etc."
J'ai quelques questions. Qui va décider quoi? On sait que toute
la trame de réforme sociale, de réorientation de la
société québécoise, de remise en question du
pouvoir au Québec qui ont été enclenchées par le
gouvernement du Parti québécois depuis son élection
visent, finalement, à faire du Québec, évidemment, un
Québec indépendant - ils le disent parfois, pas tout le temps,
pas trop souvent; cela dépend des périodes -mais on sait que,
dans leur schème de pensée, si le Québec était
indépendant demain matin, l'Assemblée nationale du Québec
et le gouvernement du Québec auraient juridiction sur la monnaie, sur
les douanes, les ta-xes d'accise, les ententes avec les autres pays, etc. Les
MRC se verraient donc confier, ou plutôt le pouvoir régional se
verrait confier tout un chapitre de responsabilités concernant les
services plus directs aux citoyens.
Ce projet de loi prévoit spécifiquement et
particulièrement qu'un champ de responsabilités, de juridiction
du gouvernement du Québec pourrait être transféré.
Qui va décider? Est-ce que c'est le gouvernement qui va décider
à un moment donné? Le ministre va certainement répondre:
Pas de problème; ce sont les municipalités qui viendront nous le
demander. Il faudrait connaître la véritable volonté
politique du
gouvernement dans ce sens-là.
Quant à nous, nous n'avons pas d'objection et nous comprenons
très bien que, dans les communautés urbaines, compte tenu du
problème particulier, du nombre de citoyens et de citoyennes et du
nombre de permis, cela peut aller, mais nous ne sommes pas persuadés -
ce n'est pas pour rien que notre collègue, le porte-parole en
matière d'affaires municipales, est intervenu ce matin - que les MRC ont
besoin de s'occuper des problèmes de taxi dans le moment. Le ministre
des Affaires municipales le sait pertinemment - je termine là-dessus -
et on sait que les maires des municipalités et tous ceux qui
siègent au conseil des représentants sont bien actifs en ce
moment et ils le seront probablement jusqu'en 1986 au moment des
dépôts de plans d'aménagement. Ils ont à travailler
activement à la confection du plan d'aménagement, aux mandats qui
leur sont impartis par l'échéancier et au programme établi
par le ministère. Ils ont à discuter d'évaluation
foncière. Ils ont à discuter de problèmes conjoncturels ou
particuliers qui peuvent survenir, mais qui touchent l'ensemble de la
communauté. On a peine à croire qu'ils soient bien motivés
et bien intéressés actuellement par cette section du projet de
loi qui peut leur accorder cette responsabilité. Cela pourrait
créer de grands problèmes dans des milieux comme le mien.
J'invite le gouvernement à être prudent à cet égard.
Qu'il nous suffise de référer au fait que si la MRC de Portneuf
prenait cette responsabilité demain matin, la MRC Jacques-Cartier de
l'autre côté, la MRC dans votre comté, dans le comté
de Laviolette, dans le comté de Champlain, si chacune de ces MRC, demain
matin, prenait cette juridiction et édictait des normes, parce qu'elles
auraient le pouvoir de le faire, où serait-elle l'universalité
des normes? Où serait l'applicabilité de règles et de
mesures analogues d'une MRC à une autre? Je ne pense pas, M. le
Président, que le gouvernement puisse se permettre, à ce
moment-ci, de lancer cela comme cela. Je crois qu'il serait plus
justifié de prévoir dans le projet de loi que cette section, les
articles 60 et suivants, ne pourra être proclamée avant 1986. Les
MRC continuent leur travail, il est amorcé. Des choses devront
être revues, je crois. Peu importe sur quel sujet, mais je suis
persuadé que des choses devront être revues dans les mandats et
les responsabilités. D'ailleurs, elles le demandent elles-mêmes.
Avant de leur confier une responsabilité additionnelle aussi importante
que celle-là, vous devriez attendre encore quelques années. J'ai
cru comprendre que c'était là le voeu de nos élus
municipaux. Merci, M. le Président.
Le Vice-Président (M. Jolivet): M. le ministre des
Transports, votre droit de réplique.
M. Clair: J'ai combien de temps?
Le Vice-Président (M. Jolivet): Vingt minutes.
M. Michel Clair
M. Clair: Merci, M. le Président. Le commentaire
général qui se dégage des porte-parole de l'Opposition,
c'est que la réforme proposée pour l'industrie du taxi est,
disent-ils, une demi-réforme dont nous sommes donc à demi
satisfaits. Une méchante langue m'a dit que c'est parce qu'ils n'en
avaient compris que la moitié qu'en conséquence ils appuyaient la
moitié qu'ils avaient compris. C'était une méchante
langue, puisque, en entendant le député de Portneuf, je pense
que, si on avait l'occasion de continuer à discuter, on pourrait obtenir
l'appui de l'Opposition à l'ensemble de la réforme, et je
m'explique là-dessus.
J'étais heureux d'entendre le député de Portneuf
parler du taxi en milieu rural. Ce n'est un grief que je fais à
personne, mais du côté de l'Opposition les porte-parole qui sont
intervenus étaient à peu près tous du milieu urbain,
connaissant les problèmes de transport en milieu urbain, mais
connaissant beaucoup moins cependant le problème de transport des
personnes, et principalement par taxi, en milieu rural.
Pourquoi proposons-nous un nouveau partage des responsabilités en
matière de gestion de l'industrie du taxi? C'est en grande partie parce
qu'il y a des problèmes tant dans le milieu urbain - qu'on pense
à Montréal et aux grandes communautés régionales ou
urbaines du Québec - qu'en milieu rural.
Le député de Portneuf mettait justement le doigt sur un
certain nombre de problèmes qu'on ne peut pas régler par des
normes uniformes, centralisées, nationales, d'application identique pour
l'ensemble du Québec. Le député signalait un manque de
contrôle quant au respect de la réglementation qui existe
présentement en matière de taxi, ce qui a effectivement
contribué à la disparition d'un bon nombre de taxis
régionaux, de services de taxi dans les petites municipalités.
Une autorité locale est infiniment mieux placée pour pouvoir
gérer et contrôler cela.
Le député fait état des problèmes de
transport pour les personnes handicapées en milieu rural, pour les
personnes âgées. Effectivement, M. le Président, des
problèmes existent et l'une des façons de les régler,
c'est d'avoir un nouveau partage des responsabilités entre le niveau
national - une réglementation qui s'applique généralement,
par exemple, celle concernant l'état des
véhicules, les normes des véhicules, la construction de
ces véhicules automobiles -et la réponse à des besoins
plus locaux. L'exemple le plus éclatant qu'on puisse donner - et je
pense qu'on a avantage à partager les responsabilités sans qu'il
n'en coûte rien à personne - c'est justement le transport
scolaire.
Le député de Portneuf me demandait dans combien de
municipalités le transport scolaire était maintenant
utilisé par d'autres que par des étudiants. Je n'ai pas le
chiffre exact, mais j'autorise régulièrement des commissions
scolaires à permettre à des adultes de monter à bord sur
les circuits où il y a de la place. Il y a probablement entre 30 et 40
commissions scolaires qui ont déjà cette autorisation. Cela n'a
rien coûté à personne. On aurait pu soulever - et
effectivement on l'a fait à l'époque - que c'était de la
décentralisation prématurée, que cela allait coûter
de l'argent aux commissions scolaires ou que cela allait coûter de
l'argent aux municipalités. Cela n'a rien coûté à
personne. Cela a simplement permis de mieux utiliser les équipements
existants qui s'appelaient des autobus scolaires, tout comme, dans ce cas-ci,
on vise à permettre aux autorités locales ou régionales de
mieux utiliser les taxis aux fins de transport tantôt de personnes
âgées, tantôt de personnes handicapées ou encore tout
simplement de personnes non motorisées. (12 heures)
Le député de Portneuf nous dit également que cette
décentralisation ne fait pas l'affaire des municipalités
régionales de comté et qu'on devrait plutôt aller vers une
décentralisation vers les municipalités. Je pense que c'est parce
qu'il a mal lu le projet de loi. Le projet de loi propose des solutions de
rechange aux municipalités. D'abord, aucune de ces mesures n'est
obligatoire. C'est un programme basé sur une adhésion strictement
volontaire, par l'effet de la loi, de la part des municipalités. Comment
peuvent-elles adhérer au programme de partage nouveau des
responsabilités en matière de taxi? Elles peuvent le faire de
deux manières. Si une municipalité régionale de
comté constituée de tous les maires d'une même MRC
décide, comme municipalité régionale de comté,
qu'il peut être utile de partager de la façon dont on le propose
les responsabilités elle peut le faire. Mais si, par ailleurs, elles
désirent plutôt procéder par une entente intermunicipale
entre elles, l'article 67 prévoit qu'effectivement, plutôt que ce
soit la municipalité régionale de comté comme institution
qui soit le réceptacle du nouveau partage de responsabilités, ce
puisse être les municipalités, à une seule et unique
condition, à ce moment, que ce soient toutes les municipalités
d'une même municipalité régionale de comté. Pourquoi
faire cela, M. le Président? Essentiellement pour les raisons
qu'évoquait le député de Portneuf tantôt. On ne doit
pas se mettre dans une situation où deux, trois, quatre ou cinq
municipalités d'un territoire donné seraient régies par
Québec. Ce serait Québec qui serait chargé d'organiser le
transport des personnes handicapées, le transport collectif, le
transport scolaire en complément au transport scolaire existant. Voyons
donc! C'est évident, M. le Président, qu'il faut que ce soit
l'ensemble des municipalités d'un territoire donné qui se dote de
ces pouvoirs si, encore une fois, elles le désirent.
Je suis convaincu d'ailleurs qu'un grand nombre vont le désirer
très rapidement parce qu'il ne s'agit aucunement d'envoyer une facture
à qui que ce soit. Qu'est-ce que cela coûte, par exemple,
d'utiliser le taxi pour le transport des personnes handicapées
plutôt qu'un minibus? Cela coûte moins cher qu'avec un minibus.
C'est le résultat de l'expérience faite à Québec et
ce qui est en train de se développer sur la rive sud de Montréal.
Ce n'est donc pas une décentralisation de factures. Au contraire, c'est
de donner une plus grande diversité de choix aux municipalités
dans les mêmes territoires qui décident qu'il y a des besoins en
transport pour d'autres que les détenteurs de permis de conduire, les
propriétaires d'un véhicule automobile ou les utilisateurs du
transport en commun au sens traditionnel du terme.
Sur cette question, notre approche en est une d'abord basée sur
un nouveau partage des responsabilités avec les municipalités,
bien sûr, d'autre part, sur un partage volontaire avec les
municipalités. Troisièmement, on offre une solution de rechange
aux municipalités: soit qu'elles procèdent par la MRC, soit
qu'elles procèdent par une entente intermunicipale comme le
prévoit l'article 67 du projet de loi.
Je voudrais maintenant m'attarder brièvement sur un certain
nombre de points qui ont été soulevés par mes
collègues tant ministériels que de l'Opposition.
Premièrement, la question de l'assurance automobile. D'abord, c'est une
question fort distincte du projet de loi, qui vise à fournir un nouvel
encadrement juridique au taxi, et, d'autre part, à mieux rentabiliser
cette industrie tout en offrant de meilleurs services, une plus grande gamme de
services aux usagers.
Quand même, on a soulevé la question de l'assurance.
Parlons d'abord de l'assurance pour dommages corporels, pour blessures
corporelles. Je pense qu'il est important de noter qu'en 1978, lors de
l'introduction du régime, les propriétaires payaient 255 $ de
prime annuellement. En 1981-1982, loin d'avoir une augmentation, il y a eu une
diminution à 250 $. Finalement, depuis ce
temps, la seule augmentation qui soit survenue, c'est en 1982-1983,
portant la prime d'assurance pour blessures corporelles à 279 $, soit
une augmentation totale de 9,4% pour la prime d'assurance pour dommages
corporels, pour blessures corporelles en cinq ans, pour un régime qui
vient sécuriser les propriétaires et les chauffeurs de taxi comme
aucun régime ne l'avait fait auparavant en matière de blessures
corporelles.
Quant aux assurances matérielles, le député de
Jeanne-Mance disait que nous n'avions rien fait et laissait entendre que les
primes étaient toujours entre 1600 $ et 2000 $ dans le domaine
privé des assurances; il disait même que le gouvernement n'avait
rien fait pour cette question.
Je pense que le député de Jeanne-Mance est mal
informé, parce que, à la suite de consultations avec le ministre
des Institutions financières - maintenant ministre des Finances - et le
ministère des Transports, la Fédération des ligues de taxi
du Québec a négocié un plan collectif d'assurance pour
dommages matériels. C'est entré en vigueur le 1er octobre 1983 et
cela touche 800 taxis dans 26 ligues. Alors que la prime était
effectivement entre 1600 $ et 2000 $, actuellement elle est de 1160 $, telle
que négociée par la Fédération des ligues de taxi.
L'objectif de la fédération est de rejoindre le plus rapidement
possible 1500 assurés et déjà, par cette simple mise en
commun, cette négociation avec une compagnie d'assurances, les tarifs
exigés des entreprises privées d'assurance pour les dommages
matériels ont baissé et il y a une tendance très forte
à la baisse de ce côté. Je pense que cela fait la preuve
que, quand l'industrie se prend en main, avec parfois un soutien purement
technique du gouvernement, on n'a pas besoin de fournir une aide sociale aux
propriétaires de taxi; ce n'est pas ce qu'ils veulent. On a parlé
de subventionner le taxi; ce que les propriétaires et les chauffeurs de
taxi désirent, ce n'est pas un régime d'aide sociale au taxi, ils
veulent avoir des conditions dans lesquelles ils peuvent oeuvrer de
manière rentable dans de nouveaux marchés et être capables
d'avoir un revenu décent.
D'autre part, le critique de l'Opposition, le député de
Jeanne-Mance, et d'autres ont essayé de diminuer l'importance de la
réduction de la taxe sur le carburant qui a été
annoncée par le ministre des Finances, alléguant même
quelque chose d'absolument ridicule, soit que la formule fédérale
était préférable à la formule retenue par le
ministre des Finances. Voyons d'abord cela quant aux sommes impliquées.
Nous savons que, selon Revenu Canada et Revenu Québec, les
propriétaires de taxi québécois consomment en moyenne 8333
litres annuellement. Le gouvernement fédéral donne une ristourne
de 0,015 $ le litre, après une compilation du kilométrage
effectué à titre personnel ou à titre d'opérateur
de taxi. Cela donne la jolie somme de 125 $ de ristourne pour une
année.
Ce que le ministre des Finances a retenu, sans avoir à produire
un relevé du kilométrage, mais par la seule preuve qu'on est
détenteur d'un permis de taxi au 31 mars de l'année que nous
allons commencer, c'est que la personne aura droit à un remboursement,
un crédit d'impôt de 500 $. Cela représente quatre fois
plus que ce qui est remboursé par le gouvernement du Canada; cela donne,
à toutes fins utiles, un remboursement de 0,06 $ le litre de carburant
pour les propriétaires de taxi. C'est une mesure d'envergure,
d'importance, qui va venir diminuer, additionnée à la
réduction générale de taxe sur le carburant
annoncée par le ministre des Finances d'environ 1000 $ par année,
les coûts d'exploitation d'un taxi. Je pense qu'une mesure aussi
importante vient minimiser l'impact que pourrait avoir la réduction de
1%, comme on le proposait du côté de l'Opposition, tantôt de
la taxe sur la vente au détail pour l'achat d'un véhicule
automobile, tantôt de 2% de la plaque d'immatriculation, ce qui viendrait
donner 3 $, 4 $, 5 $ ou 10 $ pour une année à un
propriétaire de véhicule taxi.
M. le Président, je pense avoir fait la preuve, par le
dépôt de ce projet de loi et les mesures qui ont été
annoncées simultanément par le ministre des Finances, que nous
avons une approche globale à l'égard du taxi et qu'il est
insuffisant de se contenter de donner des "candies" à l'industrie du
taxi, comme aurait semblé le souhaiter l'Opposition. Ce n'est pas par 2
$ ou 3 $ sur les plaques d'immatriculation, par 2 $ ou 3 $ sur telle ou telle
dépense qu'on va faciliter la rentabilité du taxi, c'est par une
mesure importante comme la réduction de 1000 $ par année du
coût d'exploitation d'un véhicule taxi au niveau du carburant,
d'une part et, d'autre part, par un programme de développement ou de
redéploiement de l'industrie du taxi qu'on pourra en assurer la
rentabilité. (12 h 10)
Une autre question soulevée, M. le Président, par les
députés de l'Opposition vient du fait que le projet de loi
contiendrait beaucoup trop de pouvoirs réglementaires ou de
réglementation. Je voudrais, sans méchanceté, dire aux
députés libéraux qu'ils sont fort mal placés pour
parler de cette question, parce qu'il n'existe que des règlements pour
régir actuellement l'industrie du taxi au Québec et que c'est eux
qui ont retiré la juridiction des municipalités sur le taxi, en
1972. Ils sont allés beaucoup plus loin que ce que recommandait le
rapport de leur propre
député, à l'époque, le rapport Bossé;
ils ont semé le désordre dans cette industrie, et ce, en grande
partie par une réglementation constamment modifiée en
matière de ligues de taxi et en matière de chauffeurs de taxi
avec un tel niveau de centralisation que le système est devenu
incontrôlable et non gérable sur le plan administratif.
Quand on nous reproche de préciser des pouvoirs
réglementaires qui seraient ceux du gouvernement et des
municipalités par ententes intermunicipales au niveau de la
municipalité régionale de comté ou d'une communauté
urbaine, je pense qu'ils sont fort malvenus. Les pouvoirs réglementaires
qui apparaissent dans la loi sont nécessaires pour bien encadrer
l'industrie. Un certain nombre de ces règlements existent
déjà, car on ne modifiera pas, demain, les normes de construction
des véhicules automobiles pour le taxi. Cela va de soi. On ne modifiera
pas non plus l'état minimum au point de vue de la sécurité
routière ou des équipements de sécurité
routière qu'on doit retrouver dans un véhicule taxi.
Je pense que, sur ce point, il est évident que les
députés de l'Opposition ont essayé d'accrocher le grelot
au projet de loi parce qu'il prévoit une vingtaine de pouvoirs
différents de réglementation. Les trois quarts d'entre
ceux-là ne font que reprendre des règlements qui existent
déjà au point de vue de la sécurité et de la
construction des véhicules. En ce qui concerne les autres, ce serait le
pouvoir des municipalités de décider de développer
tantôt le taxi collectif, le taxi à contrat ou d'autres formes de
taxi pour les handicapés, par exemple. Je ne peux donc pas
déposer à l'avance des règlements qui seraient
adoptés par les municipalités.
Un autre point soulevé par les critiques de l'Opposition, c'est
la question du contrat signé en matière de taxi à contrat.
Le député de Jeanne-Mance, notamment, a beaucoup insisté
sur ce point en disant: Pourquoi allez-vous exiger un contrat pour
développer le taxi à contrat? Il faut bien comprendre, quand on
parle de contrat, que cela ne veut pas dire qu'on va avoir un document
épais comme cela. Un contrat peut très bien être
constitué d'une seule page qui stipule simplement qu'une entente existe
entre un propriétaire de taxi et un client. Pourquoi cela, pourquoi
exiger un minicontrat? Pour deux raisons: D'abord, parce que c'est à la
demande même des ligues de taxi et de la Fédération des
ligues du taxi qui disent dans leur mémoire: "Seuls les contrats
signés entre les entreprises et les compagnies de service devront
être légalisés. Un propriétaire ne pourra jamais
prendre entente avec un client pour lui donner ce service." La deuxième
raison s'explique fort bien. C'est que les propriétaires de
véhicules taxis ne souhaitent pas que le taxi à contrat devienne
un prétexte pour ne plus respecter la tarification au taximètre
et qu'il y ait une concurrence déloyale dans ce domaine.
Le dernier point que je voudrais aborder avant de conclure, c'est la
question du programme de rachat de permis. Certains députés ont
cité des parties d'éditoriaux pour tenter de démontrer que
le gouvernement était dans l'erreur. Je pense que c'est exactement le
contraire. Les éditoriaux qui ont porté sur cette question
étaient substantiellement d'accord avec le fait qu'il serait inopportun
que les fonds publics, les taxes ou les impôts des citoyens servent
à financer un programme de rachat de permis pour la bonne et simple
raison qu'on pourrait être appelé à racheter, selon la
conjoncture économique, tantôt des permis de camionnage, des
permis d'autobus, des permis de transport maritime ou des permis de n'importe
quoi, ce qui n'a pas de sens. Puisque les permis ont justement donné la
liberté à des gens, en période de haute conjoncture, de
vivre lucrativement avec ces permis, ce n'est pas parce que cela va mal que le
gouvernement doit les racheter. Cependant, nous avons prévu dans le
projet de loi qu'il était possible, comme le demandait le COPEM, par
exemple, comme le demandait la Ligue de taxi A-11 - ce sur quoi elle
était d'accord - que, pour une agglomération, on puisse fixer un
droit particulier servant au rachat de permis de taxi. Nous sommes
disposés à collaborer avec la Communauté urbaine de
Montréal et les propriétaires de taxis de l'île de
Montréal pour mettre en place un tel programme à la condition
qu'il ne soit pas financé par les fonds publics, mais par des
cotisations qui viendraient du milieu lui-même.
Sur cette question d'ailleurs, comme je l'avais indiqué, la
mesure prise par le ministre des Finances vient grandement faciliter
l'introduction sur le plan financier d'un tel programme de rachat de permis. En
effet, si les propriétaires de permis de taxi veulent utiliser en partie
ou en totalité la ristourne sur l'essence pour financer ce rachat de
permis, ils pourraient, sans augmenter leur charge financière pour
l'année courante, contribuer très rapidement à la
constitution d'un fonds qui permettrait l'élimination d'un bon nombre de
permis de taxi à Montréal.
En terminant, je tiens à rappeler la philosophie centrale de ce
projet de loi. D'une part, nous considérons le transport par taxi comme
un mode de transport à part entière, faisant partie
intégrante du système de transport des personnes au
Québec. D'autre part, nous voulons améliorer les conditions de
vie, les conditions de rentabilité de ce secteur important du domaine
des transports. Nous voulons le faire d'abord et avant tout par un
élargissement du marché des taxis vers le transport collectif, le
transport de petits colis, le
transport à contrat, le transport de personnes
handicapées, le transport pour des organismes sans but lucratif et
autres. Nous voulons élargir le marché traditionnel du taxi.
Troisièmement, nous invitons les municipalités du
Québec, les élus municipaux à prendre leurs
responsabilités à l'égard du transport des personnes sur
leur territoire. Nous leur donnons des instruments pour intervenir dans ce
secteur, pour soutenir les efforts du gouvernement et, bien sûr, pour
améliorer la rentabilité du taxi en milieu rural - auquel je
pense en particulier à ce moment-ci - mais aussi pour répondre au
besoin de transport de personnes qui, comme le disait le député
de Portneuf tantôt, se retrouvent souvent sans aucun service de transport
public alors que le taxi pourrait, si les élus locaux le
désiraient, offrir à peu de frais, sans implication
financière pour les municipalités, un service de transport qui
corresponde aux besoins.
Finalement, dernier point: une fois que nous aurons mis en marche toutes
ces mesures, s'il y a lieu, nous serons disposés à collaborer
à la mise en place d'un programme de rachat de permis de taxi, s'il doit
être financé par les détenteurs de permis eux-mêmes.
Merci de votre attention, M. le Président.
Le Vice-Président (M. Rancourt): La motion...
M. Bissonnet: M. le Président.
Le Vice-Président (M. Rancourt): Oui, M. le
député de Jeanne-Mance.
M. Bissonnet: Je demanderais un vote enregistré et qu'il
soit reporté à demain, après la période des
questions, si possible.
Le Vice-Président (M. Rancourt): Je vais commencer par
poser la question. Est-ce que la motion de deuxième lecture du projet de
loi no 47, Loi sur le transport par taxi, est adoptée?
Des voix: Vote enregistré.
Le Vice-Président (M. Rancourt): M. le leader adjoint du
gouvernement.
M. Boucher: M. le Président, comme l'a demandé le
député, le vote pourrait être reporté à
demain, avant les affaires du jour.
Le Vice-Président (M. Rancourt): Le vote est
reporté avant les affaires du jour, demain.
M. le leader adjoint du gouvernement.
M. Boucher: Je vous demanderais d'appeler l'article 3) du
feuilleton, M. le Président.
Projet de loi 37 Troisième lecture
Le Vice-Président (M. Rancourt): Troisième lecture
du projet de loi 37, Loi sur l'Agence québécoise de valorisation
industrielle de la recherche.
M. le ministre de la Science et de la Technologie.
M. Gilbert Paquette
M. Paquette: M. le Président, je suis tout d'abord
extrêmement heureux que ce projet de loi, le tout premier
présenté il y a trois semaines, au début de cette session,
projet de loi à caractère économique, ait réussi
à franchir les différentes étapes d'étude en cette
Chambre et, semble-t-il, à faire l'unanimité des deux
côtés de la Chambre, comme il l'avait fait chez la plupart des
intervenants lors de la commission parlementaire, en septembre. C'est donc un
projet largement appuyé par les milieux scientifiques et les milieux
industriels que cette Assemblée est appelée à approuver en
troisième lecture. (12 h 20)
La création d'une Agence de valorisation industrielle de la
recherche se situe au coeur du virage technologique, lequel se trouve, comme
vous le savez, M. le Président, au coeur de la politique
économique que le gouvernement du Québec publiait il y a à
peine 18 mois. La raison qui nous a amenés à le faire, c'est le
constat que, sur le plan international, il se produit une mondialisation de
l'économie et une innovation technologique qui font en sorte que les
entreprises du Québec, pour survivre, pour créer des emplois,
pour développer de nouveaux produits, doivent innover, créer de
nouveaux produits, et améliorer les produits existants pour qu'ils
soient meilleurs que ceux de la concurrence, très souvent, sur le plan
international puisqu'une autre des conditions de succès des entreprises
est l'exportation.
En 18 mois, depuis la publication du virage technologique, je pense que
la société québécoise a fait un long bout de
chemin, d'abord dans la prise de conscience, par le débat qui s'est
développé à la fois dans les milieux universitaires, dans
les collèges, dans les associations, dans les regroupements d'hommes
d'affaires, d'entreprises, mais aussi par l'action. En 18 mois, malgré
la récession économique, nous avons pu consacrer 292 000 000 $
dans diverses mesures reliées au virage technologique. C'est là
l'effort de l'ensemble des ministères impliqués, puisque le
ministère de la Science et de la Technologie, tout en assumant certaines
mesures, coordonne les activités scientifiques et technologiques des
différents ministères.
Ces 292 000 000 $, il faut bien le reconnaître, étaient
surtout concentrés dans des investissements productifs sur le plan
technologique et scientifique. Maintenant que les finances du Québec
sont stabilisées, nous pouvons développer et implanter de
nouveaux projets. Il y a trois semaines, le premier ministre, dans le plan
d'action gouvernemental d'intensification de la relance, mettait, comme toute
première priorité, au premier rang, la recherche et l'innovation,
avec cette préoccupation centrale des ressources humaines,
c'est-à-dire que nous nous fixons l'objectif, comme nous l'avons fait
dans les sciences de l'administration, il y a quelques années,
d'atteindre le tout premier rang des provinces canadiennes en ce qui concerne
la formation de nouveaux diplômés en science et technologie.
Deuxièmement, nous nous proposons de doubler en quatre ans le
personnel scientifique et technologique des entreprises
québécoises puisque ce personnel est à la base de
l'innovation au sein de l'entreprise.
Et, troisièmement, nous nous proposons, à l'aide de
centres de recherche, des universités, des cégeps, des industries
et par d'autres moyens également, d'augmenter la liaison et la
coopération entre les universités, les collèges et les
entreprises. Cet accent sur les ressources humaines est également au
coeur de ce projet de loi. Cette interaction entre les universités, les
institutions d'enseignement supérieur et les entreprises est
également une dimension essentielle de ce projet de loi.
Comme le stipule l'amendement que j'ai apporté au projet de loi
et qui a été adopté en commission parlementaire à
l'article 17, l'agence a pour objet de promouvoir l'innovation technologique et
de contribuer à la mise en valeur des résultats de la recherche
dans des applications industrielles ou commerciales susceptibles d'avoir des
retombées économiques au Québec. Elle favorise à
ces fins la concertation entre les milieux de la recherche et les milieux
industriels.
L'Agence québécoise de valorisation industrielle de la
recherche vise en quelque sorte à appuyer tous ceux et toutes celles
qui, à partir des résultats d'une recherche, décident d'en
faire de nouveaux produits, de nouveaux procédés,
commercialisables, accessibles à l'ensemble de la population et
exportables sur les marchés internationaux.
C'est là une étape et un processus extrêmement
délicat pour lequel, dans le passé, le soutien financier et
technique dans le secteur privé et au niveau des gouvernements a
été largement déficient.
Lorsqu'une idée intéressante est évaluée et
présente des perspectives prometteuses sur le plan économique,
l'inventeur, l'innovateur ou le "patenteux", comme on dit très souvent
au Québec, se présente au Centre de recherche industrielle du
Québec, au Centre d'innovation industrielle de Montréal ou
auprès d'équipes universitaires, qui peuvent évaluer son
invention, et il reçoit un verdict favorable: Voilà une
innovation qui pourrait devenir intéressante sur le plan
économique. La principale caractéristique des inventeurs, des
innovateurs, c'est qu'ils manquent de ressources financières et
techniques. Or, avant que l'innovation puisse être reprise et produite
par une entreprise, il y a un long processus au cours duquel il faut faire des
prototypes, lever des brevets, faire des études de marché, de
faisabilité, et souvent retravailler encore à modifier, à
améliorer l'invention. C'est dans ce champ que l'agence va concentrer
ses activités.
Il est peut-être bon de lire le mandat qui est confié
à l'agence. L'article 18 stipule que, pour la réalisation de ses
objets, c'est-à-dire soutenir le processus d'innovation, l'agence peut,
notamment, premièrement, collaborer avec les milieux de la recherche et
les milieux industriels en vue de trouver des idées et des technologies
nouvelles susceptibles de recevoir une application industrielle ou commerciale,
notamment en tenant compte des orientations des politiques gouvernementales;
deuxièmement, accorder aux conditions et selon les limites qu'elle fixe
une aide technique ou financière pour la réalisation de projets
d'innovation technologique dans les secteurs d'activité qu'elle
détermine et ce, à toutes les phases du processus d'innovation
antérieures à l'organisation de la production et de la
commercialisation; troisièmement, procéder aux études et
évaluations nécessaires au choix et à la mise au point de
projets d'innovation technologique; quatrièmement, conclure avec toute
personne ou tout organisme des ententes pour faire effectuer les
opérations nécessaires à ses activités;
cinquièmement, promouvoir la participation financière des
particuliers, des sociétés et des corporations à tout
projet auquel elle accorde une aide, notamment par la mise sur pied de
sociétés en commandite; finalement, contribuer à la
gestion et à l'exploitation du portefeuille de brevets des
ministères.
Comme vous le constatez, M. le Président, l'agence aura un
rôle de catalyseur pour toutes les phases de l'innovation entre la
recherche, la production et la commercialisation. Elle verra à mobiliser
toutes les ressources disponibles autour de projets. Elle devra être
sélective dans le choix des projets. Ce n'est pas un organisme
destiné à présenter des programmes accessibles à
toutes les entreprises dans tous les secteurs. C'est un organisme qui
travaillera projet par projet, une fois qu'un projet aura été
évalué sur le plan technologique et que ses perspectives de
rentabilité seront intéressantes.
La principale caractéristique de
l'agence, qui n'existe dans aucun autre organisme public et dans
très peu d'organismes privés, c'est celle de fournir ce qu'on
appelle du capital de risque. La plupart du temps, l'innovation n'étant
pas encore assumée par une entreprise, les marchés n'étant
pas encore définis, il est impossible pour les innovateurs d'obtenir des
banques, des autres institutions financières ou des programmes d'aide de
la SDI - les programmes d'aide aux entreprises - le financement
nécessaire parce que ce financement, dans les premières phases de
l'innovation, est généralement risqué. Les personnes ou
les organismes qui véhiculent l'innovation n'ont pas encore toutes les
garanties nécessaires. Voilà qui impose à l'agence
d'évaluer très sérieusement les projets, mais en
même temps de prendre des risques calculés sans lesquels les
retombées économiques possibles au niveau des divers projets ne
verront jamais le jour. (12 h 30)
L'agence, au cours des premières années, recevra un budget
de l'ordre de 10 000 000 $ par année. Là-dessus, 10% seulement
seront consacrés au salaire du personnel, un personnel léger qui
pourra accompagner les projets dans toutes les phases de leur
réalisation. Quatre-vingt-dix pour cent du budget s'appliqueront aux
transferts, au capital de risque. L'agence recevra des redevances si les
innovations qu'elle finance donnent lieu à des retombées
économiques, sont commercialisées et permettent d'engendrer des
profits. Dans certains cas, ce sera une subvention à la
recherche-développement, parce l'innovation ne pourra jamais se rendre
sur le plan de la commercialisation, mais, dans d'autres cas, les
retombées devraient largement dépasser la mise de l'agence.
Je pense que cette agence, par son rôle de soutien financier en
termes de capital de risques aux premières phases du processus
d'innovation, permettra la réalisation de projets qui n'auraient jamais
démarré et qui vont engendrer des retombées
économiques importantes au Québec bien au-delà des 10 000
000 $ par année que l'agence pourra investir dans divers projets
liés au virage technologique.
En terminant, M. le Président, je pense que cette agence devra
gagner la confiance de tous les intervenants avec lesquels elle aura à
travailler, que ce soit les universités ou les entreprises. La confiance
se bâtit dans l'action et dans l'interaction entre les divers
participants. Je pense que, depuis un an, dans tous les milieux au
Québec, on sent le besoin de concentrer nos ressources sur des projets
novateurs qui permettront d'asseoir l'économie du Québec sur des
bases plus solides par l'innovation.
L'Assemblée nationale et les deux côtés de cette
Chambre, d'après ce que je crois comprendre de l'attitude de
l'Opposition en commission parlementaire, ont choisi de miser en appuyant ce
projet de loi sur l'effort collectif de créativité que la
société québécoise doit maintenant consentir au
progrès scientifique, technologique et économique.
L'Assemblée nationale a choisi de miser sur l'appui plus massif au
processus de l'innovation, qui est au coeur de l'activité
économique. En somme, l'Assemblée nationale - et j'en suis
extrêmement heureux - a décidé de prendre un pari sur
l'avenir du Québec. Merci, M. le Président.
Le Vice-Président (M. Rancourt): Mme la
députée de Jacques-Cartier.
Mme Joan Dougherty
Mme Dougherty: Merci. En tant que porte-parole de notre formation
politique en matière de science et de technologie, je ne voudrais faire
que quelques brèves remarques en regard du projet de loi 37, Loi sur
l'Agence québécoise de valorisation industrielle de la
recherche.
Le projet de loi a été maintenant longuement
discuté puisqu'il a été déposé en juin au
chapitre V du projet de loi 19, qui a créé un ministère de
la Science et de la Technologie. Compte tenu des réserves graves
exprimées par notre formation politique et par les milieux scientifiques
et industriels concernés, particulièrement sur le
dédoublement des fonctions de l'agence avec d'autres organismes
existants, notamment le CRIQ et le CIIM, le chapitre V fut retiré et
déposé sans changement sous la forme du projet de loi 37.
En septembre, nous avons entendu d'excellents mémoires
présentés par les représentants des milieux scientifique
et industriel. J'aimerais souligner l'importance des mémoires que nous
avons reçus. Je crois que le ministre conviendra que les critiques, les
préoccupations et les recommandations qui nous ont été
faites étaient de grande importance afin de réorienter le projet
de loi afin qu'il devienne un outil utile plutôt qu'un obstacle au
gouvernement. Les auditions ont prouvé qu'il est toujours valable
d'entendre les experts dans un domaine avant de se lancer dans un projet. Cela
prévient un lot d'erreurs coûteuses même avec les meilleures
intentions du monde. C'est particulièrement important dans le domaine de
l'innovation technologique parce que la tendance naturelle de la bureaucratie
gouvernementale de diriger et de réglementer est tout le contraire de ce
qui est requis au royaume de l'entrepreneurship. J'aimerais tout simplement
réitérer ce que nous avons entendu en ce qui concerne les
changements qui s'imposaient au projet de loi 37.
Je parle des cinq grandes préoccupations et non pas des
détails. Ils ont
recommandé, premièrement, que les fonctions de l'agence
soient réorientées afin de réfléter son rôle
de catalyseur et de réduire le risque d'ingérence du
gouvernement. Deuxièmement, que l'agence soit dotée d'une
structure saine et flexible et qu'elle fonctionne avec la plus grande autonomie
possible afin de pouvoir agir d'une façon innovatrice.
Troisièmement, que l'agence entretienne un lien étroit et
dynamique avec les organismes existants, qu'elle se serve de ses ressources et
qu'elle ajoute à ces organismes, au lieu de venir concurrencer leurs
activités. De plus, ils ont insisté pour que cette dynamique soit
explicite dans la loi. Quatrièmement, que la fonction principale de
l'AQVIR, l'agence de valorisation, soit de fournir le capital de risque aux
chercheurs et entrepreneurs désireux de valoriser la recherche.
Finalement, que l'AQVIR soit administrée par des gens qui ont fait leurs
preuves dans le domaine de la recherche et de l'innovation industrielle.
Nous sommes heureux de constater que le ministre a déposé
plusieurs amendements qui ont amélioré la loi dans le sens
proposé lors des auditions. Ce qui nous a frappés tout au long
des discussions sur le projet de loi 37, c'est le discours du ministre de la
Science et de la Technologie. Le ministre semblait d'accord avec ces
orientations. Il a même fait publier par le gouvernement du Québec
un petit bouquin pour expliquer et promouvoir l'importance de la
création de l'AQVIR. Globalement, le texte de ce petit livre est
fidèle aux orientations proposées par la majorité des
divers intervenants lors des auditions. Comme je l'ai signalé lors du
débat de deuxième lecture, nous n'acceptons pas que les
défauts d'une loi puissent être compensés par des
explications parce que des explications n'engagent pas le gouvernement.
Il faudrait que le texte de la loi, de n'importe quelle loi, soit
rédigé pour réfléter fidèlement les
intentions du législateur. Les explications pourraient être
oubliées. La loi va demeurer dans les statuts. Nos efforts afin
d'amender le projet de loi étaient inspirés de cette
réalité. Personne ne peut nier que la valorisation industrielle
des fruits de la recherche scientifique et technologique est une
activité essentielle dans le processus de l'innovation technologique. Ce
processus, qui est au coeur de notre capacité d'être
concurrentiel, notre survie économique en dépend.
Néanmoins, en ce qui concerne les besoins réels du milieu, je ne
peux m'empêcher de souligner que nous sommes convaincus que tant et aussi
longtemps que le gouvernement n'améliore pas le climat fiscal et
politique du Québec, ce climat concurrentiel qui est à la base du
dynamisme industriel, toute politique visant a accroître notre effort de
recherche et de développement n'obtiendra guère de
succès.
(12 h 40)
II est grand temps, à notre avis, que le gouvernement reconnaisse
la vérité de la conclusion d'une étude
préparée par le Conseil économique du Canada: Toute
politique fondée sur l'idée qu'il suffit d'accomplir un effort de
recherche et de développement pour stimuler le dynamisme de l'industrie
n'obtiendra guère de succès, car on observe plutôt la
relation inverse. C'est le dynamisme de l'industrie qui jette les bases
indispensables à un effort de recherche et de développement
couronné de succès. C'est pourquoi toute politique visant
à accroître notre potentiel d'innovation technologique devra
s'efforcer de créer un climat favorable à l'industrie.
M. le Président, ce matin, le ministre de la Science et de la
Technologie a utilisé un article paru dans la Presse d'aujourd'hui
portant sur une étude faite pour le gouvernement fédéral
sur le potentiel économique de la ville de Montréal, en ce qui
concerne la haute technologie. Il a utilisé cette étude pour
justifier les politiques du gouvernement. Selon la Presse, l'étude a
découvert que ce sont les subventions gouvernementales offertes aux
investisseurs qui viennent compenser les faiblesses et préjugés
qui affectent notre image à Montréal. Donc, la compensation est
accomplie sur le dos des contribuables.
Je n'ai pas lu l'étude - elle n'était pas encore
publiée - mais je suis certaine qu'elle ne confirme pas que
l'instabilité politique qui règne au Québec a un impact
positif afin d'attirer l'investissement. Une des règles fondamentales en
ce qui concerne l'économie mondiale est que l'investisseur cherche
toujours un climat stable. Autrement dit, l'instabilité politique
décourage les investisseurs. Donc, si la ville de Montréal a un
potentiel important - je suis convaincue que c'est vrai - je suis convaincue
que ce potentiel pourrait être énormément augmenté
si le gouvernement avait le courage de cesser de parler d'indépendance
et décidait résolument de vivre dans un esprit positif
d'interdépendance avec le reste du Canada.
En terminant, M. le Président, nous croyons que la
création d'une agence de valorisation pourrait être une
démarche positive. La grande faiblesse du projet est que les
résultats risquent d'être neutralisés par l'ignorance de la
dynamique du système économique. Avec ces réserves
importantes, nous avons l'intention d'appuyer le projet de loi 37 en
troisième lecture. Merci.
Le Vice-Président (M. Rancourt): M. le ministre de la
Science et de la Technologie, votre droit de réplique.
M. Gilbert Paquette (réplique) M. Paquette: M. le
Président, je serai
vraiment très bref après cette intervention de la
députée de Jacques-Cartier, que je remercie d'ailleurs, avec tous
mes collègues de ce côté-ci de la Chambre, de sa bonne
participation aux travaux et, en particulier, en commission parlementaire. Je
pense que nous avons pu étudier ce projet de loi avec toute l'attention
qu'il méritait en allant au fond des choses et sans pressions indues,
comme c'est souvent le cas dans les bousculades de fin de session. Je pense que
tous les députés de la commission parlementaire ont
étudié ce projet de loi dans un esprit non partisan et cela nous
a permis, en fait, de créer cette unanimité autour du projet de
loi qui constitue une excellente garantie, d'ailleurs, que l'agence pourra,
avec l'approbation de tout le monde, commencer son travail au service du
Québec, au service de l'innovation technologique et au service du
développement économique.
La députée de Jacques-Cartier a mis en évidence
l'importance des interventions que nous avons eues en commission parlementaire,
en septembre, et la qualité des mémoires qui ont
été soumis. Effectivement, les craintes qui avaient
été évoquées en juin se sont
révélées à cette commission parlementaire largement
non fondées. De notre côté, nous avons perçu le
besoin de clarifier un certain nombre d'articles. Du côté des
intervenants, on avait eu le temps de réfléchir au projet de loi
et de s'apercevoir que ce projet de loi était effectivement
extrêmement important pour le développement technologique du
Québec. D'ailleurs, la plupart des mémoires reflétaient la
volonté des divers organismes d'y participer ou de contribuer aux
travaux de l'agence.
La députée de Jacques-Cartier a fait allusion à ce
document que nous avons publié au moment de cette commission
parlementaire en septembre. Je tiens à dire que ce document est
directement inspiré des mémoires soumis au Conseil des ministres
et, par conséquent si, comme l'a dit la députée de
Jacques-Cartier, ce mémoire correspondait aux attentes des intervenants
en commission parlementaire et s'il y a eu certaines incompréhensions
à ce moment-là, c'est tout simplement que les intervenants
avaient vu le projet de loi mais n'avaient pas vu les mémoires soumis au
Conseil des ministres, d'où l'importance de notre loi sur l'accès
à l'information gouvernementale qui permettra maintenant de rendre ces
mémoires disponibles à tout le monde et de mieux se
comprendre.
Nous avons, bien sûr, bénéficié de cette
période entre juin et maintenant pour clarifier certains
éléments du projet de loi, je pense, à la satisfaction de
tous. C'est souvent le choix qu'on a à faire au niveau du gouvernement
entre procéder rapidement, lorsque les besoins sont pressants, et se
donner le temps de se comprendre, de s'expliquer et de nous assurer que tout le
monde approuve un projet de loi. Je pense que nous aurons réussi dans
des délais quand même relativement courts à donner au
Québec cet outil extrêmement important au service du virage
technologique tout en nous donnant le temps de faire accepter ce projet de loi
par tous les milieux concernés, ce qui, encore une fois, est une
garantie de réussite.
J'ai dit tout à l'heure que les députés avaient
participé à la commission parlementaire dans un esprit non
partisan. Je dois faire une exception pour certaines remarques qui reviennent
continuellement tant dans la bouche de la députée de
Jacques-Cartier que d'un certain nombre de ses collègues, à
savoir qu'il y aurait instabilité politique au Québec. Je pense
que depuis 1960 le présent gouvernement est le plus stable des
gouvernements puisqu'il est au pouvoir depuis sept ans. Je pense qu'aucun autre
gouvernement depuis 1960 n'a été au pouvoir aussi longtemps.
Donc, je pense qu'il y a stabilité politique et surtout
continuité dans les politiques.
Nous avons donné au Québec sa première politique
scientifique en 1977. Nous avons mis au coeur du développement
économique du Québec notre politique de développement, Le
virage technologique. Nous avons pris des mesures, nous nous donnons des
politiques sectorielles, nous nous donnons des moyens, nous nous assurons que
le Québec deviendra un lieu d'excellence, de compétence de
calibre international sur le plan scientifique et technologique.
Malheureusement, la morosité, qui est dénoncée par
le directeur de la chambre de commerce dans le même article que citait la
députée de Jacques-Cartier, est probablement ce qui nuit le plus
à l'économie du Québec et à l'économie de
Montréal, en particulier. Quand les gens répètent à
tort que la loi 101 nuit aux investissements, que la fiscalité est plus
élevée ici qu'ailleurs, qu'on a de l'instabilité
politique, ils contribuent à le faire croire à l'extérieur
et, après cela, on a une côte à remonter.
Ce que nous dit le directeur de la chambre de commerce, c'est: Nous, on
a compris cela en 1979. Je constate que de l'autre côté de la
Chambre, on ne l'a pas encore compris. Malgré tout, de 1976 à
1981, les dépenses de recherche et de développement faites
majoritairement par les entreprises de haute technologie, ontrecommencé à augmenter au Québec alors qu'elles
avaient baissé sous le régime de M. Bourassa dans les
années 1973 à 1975. Elles avaient baissé et elles ont
remonté au Québec même après l'adoption de la loi
101. Le rapport du gouvernement fédéral, publié dans la
Presse aujourd'hui, dit: Montréal, lieu privilégié pour
les investissements.
Bien sûr qu'un facteur important, au-
delà de la qualité de Montréal comme grande ville
universitaire, de la qualité de Montréal comme milieu de vie
tient au fait que le gouvernement a pris des mesures et qu'il subventionne des
entreprises de haute technologie, mais encore une fois, ces subventions sont
porteuses de retombées économiques beaucoup plus
considérables que l'argent qu'on y investit. Par conséquent, il
est avantageux d'avoir cette politique agressive sur le plan de la haute
technologie qui contribue, en même temps, à chasser la
morosité que les députés d'en face s'obstinent à
véhiculer.
Quant au Conseil des sciences du Canada, il indiquait, bien sûr,
l'importance de l'entreprise. Je pense que ce projet de loi vise justement
à ce que les innovations soient assumées le plus tôt
possible et le mieux possible par les entreprises en finançant les
phases intermédiaires du processus d'innovation. Mais le Conseil des
sciences du Canada, dans le même rapport que citait la
députée de Jacques-Cartier, disait que le Québec ne
s'était pas laissé distancer en ce qui concerne sa politique
industrielle et avait mis sur pied les politiques les plus cohérentes
dans le domaine. Peut-être que ceci explique un peu le fait que le
Québec sort plus tôt que d'autres de la récession
économique.
Je pense que l'important, c'est qu'il y ait cet effort collectif bien
au-delà du gouvernement, de tous les intervenants. Cette agence, je
l'espère, pourra contribuer à mobiliser toutes les
énergies sur des projets innovateurs et à solidifier la structure
économique du Québec, à préparer au Québec
un essor économique conforme aux besoins de la société
québécoise et à la vocation du Québec, faisant
suite à tous les efforts que nous avons faits ces dernières
années. Merci, M. le Président.
Le Vice-Président (M. Rancourt): La troisième
lecture du projet de loi 37, Loi sur l'Agence québécoise de
valorisation industrielle de la recherche, est-elle adoptée?
Des voix: Adopté.
Le Vice-Président (M. Rancourt): Adopté.
M. le leader adjoint du gouvernement.
M. Boucher: M. le Président, compte tenu de l'heure et
compte tenu que nous avons à l'ordre du jour la deuxième lecture
du projet de loi 38, je demanderais que nous suspendions nos travaux
jusqu'à 15 heures.
Le Vice-Président (M. Rancourt): Est-ce que cette motion
de suspension est adoptée?
Des voix: Adopté.
Le Vice-Président (M. Rancourt): Adopté.
Nos travaux sont suspendus jusqu'à 15 heures.
(Suspension de la séance à 12 h 52)
(Reprise de la séance à 15 h 04)
Le Vice-Président (M. Jolivet): À l'ordrel
Vous pouvez vous asseoir.
M. le leader adjoint du gouvernement.
M. Boucher: M. le Président, je vous demanderais d'appeler
l'article 8) de notre feuilleton.
Projet de loi 38 Deuxième lecture
Le Vice-Président (M- Jolivet): Deuxième lecture du
projet de loi 38, Loi sur la participation gouvernementale au financement des
municipalités.
M. le ministre des Affaires municipales.
M. Jacques Léonard
M. Léonard: Je vous remercie, M. le Président. Nous
abordons aujourd'hui l'étude du projet de loi 38 qui est, je crois, un
des projets de loi importants que le gouvernement entend faire adopter au cours
de cette session.
Je voudrais rappeler un certain nombre d'éléments
fondamentaux de ce projet de loi, parce que je pense qu'il revêt une
importance considérable pour les municipalités en
général, au Québec. Par le projet de loi 38, le
gouvernement du Québec permet à des municipalités de
participer à des programmes ou de recevoir des fonds du gouvernement
d'Ottawa à condition que ce soit dans le cadre d'ententes signées
entre le gouvernement du Canada et le gouvernement du Québec.
Je le répète parce que je considère que c'est
important. Par ce projet de loi 38, le gouvernement du Québec permet aux
municipalités de participer à des programmes ou de recevoir des
fonds du gouvernement d'Ottawa, à condition que ce soit dans le cadre
d'ententes signées entre le Québec et Ottawa. Donc, loin de
refuser l'argent d'Ottawa, le gouvernement du Québec précise - et
c'est une première - comment cet argent, ce retour de nos taxes d'Ottawa
vers Québec pourra être acheminé aux municipalités
du Québec.
C'est un projet de loi qui entend mettre de l'ordre aussi dans la
participation gouvernementale au financement des municipalités en ce qui
concerne certains
programmes en provenance du gouvernement fédéral. Ce
faisant, le projet de loi 38 du gouvernement actuel explicite la loi 56 du
gouvernement Bourassa de 1974, que certains élus ne respectaient plus
à la suite de la sollicitation ou des propositions de
députés fédéraux au Québec.
Ce projet de loi a pour fondement les principes d'une saine gestion des
fonds de l'administration publique et la compétence constitutionnelle
exclusive du Québec sur les affaires municipales, sur les institutions
municipales et sur les affaires de nature locale. Il applique ces principes
fondamentaux à la question des subventions offertes par le gouvernement
fédéral aux municipalités du Québec. En
conséquence, ce projet de loi réaffirme qu'une entente entre le
gouvernement fédéral et le gouvernement du Québec
constitue le cadre et le seul cadre en vertu duquel une municipalité
peut recevoir une subvention provenant du gouvernement
fédéral.
Ainsi, une municipalité qui a reçu, directement ou
indirectement et sous quelque forme que ce soit, une subvention du gouvernement
fédéral autrement que dans le cadre d'une entente entre les deux
gouvernements perd le droit d'exiger les montants que le gouvernement du
Québec devrait lui verser en vertu de ses programmes de participation au
financement des municipalités. Toutefois, le montant dont la
municipalité se prive ainsi ne peut excéder le montant de la
subvention fédérale et le gouvernement devra redistribuer
à des municipalités les montants ainsi retenus.
M. le Président, il y a certaines considérations que je
voudrais faire tout de suite à ce sujet. Lorsque nous parlons, au
Québec, des municipalités, nous parlons d'institutions politiques
dont les gestes et l'administration sont déjà prévus et
encadrés soit dans la Loi sur les cités et villes, soit dans le
Code municipal. Il ne s'agit pas d'organismes sans but lucratif qui ont une
charte en vertu de la troisième partie de la Loi sur les compagnies ou
autrement. Il s'agit d'institutions publiques politiques.
En ce qui concerne les municipalités et leurs relations avec les
gouvernements, il faut bien savoir l'importance des liens hiérarchiques
entre les différents niveaux de ces institutions politiques. En
particulier, il est important d'assurer l'unité des lignes
d'autorité entre les différents niveaux d'institutions
politiques.
J'ajouterai aussi comme considération que les
municipalités ont pris une grande importance ou ont vu leur importance
grandir, au sein du Québec en particulier. C'est une option que nous
avons voulue au cours des dernières années.
Pour toutes ces considérations, je pense que le Québec est
justifié de forcer le gouvernement d'Ottawa à respecter,
directement ou indirectement, la juridiction du Québec et la
constitution elle-même qui est la loi fondamentale du pays. Il est
justifié de forcer Ottawa à mettre fin à ses subventions
illégales, qu'elles soient faites directement ou indirectement.
Les contribuables, qui s'intéressent de plus en plus à
l'administration de leur municipalité, de leur municipalité
régionale de comté, de leur communauté urbaine, ne nous
comprendraient pas de laisser faire ce qui se passe maintenant. Comme en 1974,
nous sommes convaincus qu'on attend de nous des gestes précis, des
gestes clairs et fermes. L'esprit de justice, d'équité et de
respect des lois qu'on demande à un maire, à un conseil
municipal, on doit aussi le retrouver au niveau du gouvernement
fédéral. (15 h 10)
Je voudrais donc, à partir d'ici, M. le Président,
expliciter ces quelques idées en ce qui concerne le monde municipal au
Québec, les institutions municipales, le rôle qu'on leur attribue,
celui qu'on veut leur attribuer et en ce qui concerne aussi les relations du
gouvernement du Québec et celles du gouvernement du Québec par
rapport à nos institutions politiques locales.
Le monde municipal au Québec, c'est devenu une
réalité politique, une réalité sociale et une
réalité économique. Le monde municipal est en cours de
croissance depuis ces dernières années. Il y a 1600
municipalités au Québec, le double du nombre de
municipalités en Ontario. C'est un réseau qui couvre tout le
territoire du Québec. C'est un réseau qui contrôle 4 000
000 000 $ ou 5 000 000 000 $ et plus même d'achats de biens et de
services, avec des habitudes de services aux citoyens, d'équilibre
budgétaire qui sont inscrites dans l'histoire du Québec, qui sont
d'ailleurs uniques au Canada.
Lorsque vous regardez les pouvoirs de municipalités en
matière d'évaluation et de fiscalité, vous ne retrouvez
pas cela ailleurs au Canada. C'est, en tout cas, une réalité
politique qui a du succès, M. le Président. Les citoyens
s'intéressent à leur municipalité, bien plus qu'avant
1975. Il y a eu 53% de participation aux élections municipales de 1982.
C'est plus que ce qu'il y a comme participation aux élections
présidentielles aux États-Unis. Les journaux régionaux
s'intéressent aux élections municipales. Regardez le contenu des
hebdos lors des dernières élections et au cours des toutes
dernières années, c'est toujours le même
phénomène, c'est un intérêt politique qui grandit,
de la même façon que la télévision
s'intéresse de plus en plus aux affaires municipales. Il y a même
des séances de conseils municipaux qui sont
télévisées en direct, et l'expérience dure depuis
des années. Les citoyens suivent la vie municipale à l'aide des
médias modernes de
communication.
Les citoyens se portent aussi candidats en plus grand nombre
qu'auparavant. J'ai souligné, à maintes reprises dans des
rencontres avec les maires, que, par exemple, les femmes, qui constituaient
1,7% des candidatures aux élections municipales, constituent maintenant,
cette année en 1983, 17% des candidatures, soit une multiplication par
dix du nombre de candidates. Des élections par acclamation entre 1979 et
1982 sont passées de 75% à 46%, donc, beaucoup plus
d'intérêt et de discussions autour des enjeux des élections
municipales. Il y a aussi, au niveau des élections par acclamation
seulement 20% de ces élections qui ont été faites par
acclamation au cours des dernières élections des villes de plus
de 5000 habitants.
Maintenant, les élections municipales constituent un enjeu
politique de taille pour tout le monde. Il y a évidemment les effets de
la loi 105 qui se font sentir. Il y a cette déclaration
d'intérêt que doivent faire les élus municipaux. Il y a des
partis municipaux qui ont suscité plus d'intérêt, plus de
cohérence au niveau des programmes. Il y a cette période de
questions que les élus municipaux organisent au début de leurs
séances. Il y a aussi ce discours sur le budget du maire qui est pour
lui l'occasion de faire une revue de tout ce qui se passe dans sa
municipalité, de ce qui s'est passé au cours de l'année
qui vient de s'écouler et de ce qui se passera au cours de
l'année qui vient.
Sur ce plan, beaucoup d'intérêt. C'est une
réalité sociale aussi beaucoup plus présente
qu'auparavant. Les citoyens investissent plus sur leur habitat, leur
qualité de vie, leur maison, leur environnement. Les conseils municipaux
ont plus de présence auprès des citoyens. Ils ont plus de
pouvoirs, plus d'autonomie aussi à la suite des réformes sur le
plan fiscal évidemment. Ils ont aussi plus d'implication concernant
toute cette espèce d'enjeu local. Je pense qu'on pourrait résumer
dans un mot populaire: Ils jouent de plus en plus dans le trafic. C'est ce qui
se passe au niveau municipal. Il y a de nombreuses régies. Des ententes
intermunicipales. Il y a plus de lattitude fiscale. Ils s'intéressent au
transport en commun. Ils s'intéressent de plus en plus à
l'aménagement du territoire et bientôt au niveau local, on
s'intéressera au plan d'urbanisme et à tout ce qui implique la
confection d'un plan d'urbanisme avec la consultation inhérente à
un tel processus.
Ce sont les effets de la loi 125 et de la lai 74. Le monde municipal du
Québec, c'est aussi une réalité économique en
croissance. C'est une volonté avouée du gouvernement du
Québec qui est le fruit d'une négociation de 1979 que de leur
donner l'autonomie financière et c'est le fruit du pacte fiscal qui a
été fait entre le gouvernement du Québec et ses
municipalités à la fin de 1979. La loi 57 a confirmé,
élargi, étendu le pouvoir de taxation accordé aux
municipalités. C'est fondamental, parce que le pouvoir de taxation est
très large. C'est pratiquement l'exclusivité de l'impôt
foncier, au Québec, qui constitue la source des revenus des
municipalités. Ce n'est pas, comme ailleurs, une partie en impôt
foncier et une partie en subventions du gouvernement. Je pense que les maires
et les conseils municipaux doivent savoir que, dans les autres provinces du
Canada, le gouvernement provincial continue à accorder des subventions
de fonctionnement aux municipalités, avec le résultat, par
exemple, que l'an dernier, en Nouvelle-Ecosse, deux mois après le
début de l'année financière des municipalités, les
subventions du gouvernement provincial ont été coupées de
25%.
C'est une chose qui ne se passe pas ici, M. le Président, parce
qu'avant que l'année financière commence les municipalités
peuvent statuer sur le niveau des services et de taxes que les citoyens peuvent
ou veulent payer. Ce qui s'est passé avec tout cela, c'est que nos
municipalités ont une autonomie financière à peu
près totale, presque à 100%. Dans certains cas, c'est 95%, 90%,
mais c'est une autonomie financière à peu près totale.
La réforme de la fiscalité a aussi impliqué un
transfert net vers les municipalités, dès la première
année, de 360 000 000 $; cette année, c'est plus de 400 000 000
$. C'est une décision de notre gouvernement qui a confirmé la
solidité du pouvoir fiscal municipal. On sait que le gouvernement
fédéral, par rapport aux municipalités, a pris une autre
orientation dans sa loi C-4; il a versé en "en lieu" de taxes au
Québec, en 1981 - je crois -31 500 000 $, soit beaucoup moins dans tout
le Canada qu'au Québec. Il y a des manques à gagner sur ce plan,
en termes d'évaluations foncières, et aussi des manques à
gagner au niveau de la taxe d'affaires. Là-dessus, je pense que le
gouvernement fédéral a une côte considérable
à remonter.
J'ai dit aussi, M. le Président, que le monde municipal du
Québec est une réalité économique en croissance. Ce
que la réforme de 1979 a impliqué, cela a été la
fin du patronage des subventions municipales, la fin du patronage, la fin des
subventions discrétionnaires liées à la couleur partisane
du conseil municipal. C'est important et les résultats là-dessus
démontrent que les municipalités se sont sorties de la crise en
parfaite santé financière. La dette à long terme s'est
maintenue, en dollars constants. Elle a été stable. Elle n'a pas
augmenté. Alors que dans le monde des affaires, au niveau de la PME, il
y avait une entreprise sur trois qui faisait faillite, nos
municipalités
s'en sont bien sorties. Les dépenses totales se sont
stabilisées, en valeur constante, de 1976 à 1982. Les surplus: 26
000 000 $ en 1976; 180 000 000 $ en 1981. Les immobilisations durant la crise:
en 1980, 522 000 000; en 1981, 632 000 000 $. Voilà un tableau qu'il
convenait, je crois, de tracer avant d'aller plus avant dans le projet de loi
38 pour bien indiquer que nos municipalités sont en bonne santé
économique, sociale et politique. (15 h 20)
Sur le plan économique, c'est bien sûr qu'à l'heure
de la relance, les gouvernements ont cherché dans le paysage quels
étaient les leviers les plus efficaces et les plus prêts à
fonctionner. Le gouvernement du Québec a choisi la collaboration la plus
intense possible avec le monde municipal. Au printemps dernier, nous avons
lancé deux programmes, le programme de création d'emplois en
milieu municipal et le programme d'initiatives en milieu municipal pour une
somme totale de 60 000 000 $, ce qui a permis de créer 9000 emplois.
C'était, je pense, tabler sur l'efficacité, la souplesse et la
célérité de l'administration municipale. Dans les tiroirs
municipaux, il y a des projets. Il y a une infrastructure administrative qui
est prête à fonctionner presque du jour au lendemain à une,
deux ou trois semaines d'avis. Il y a des choses qui existent là.
À l'automne, le Québec a choisi d'épauler
l'élan municipal, de continuer. Il y a des projets prioritaires qui ont
été annoncés par M. le premier ministre, mais qui doivent
porter sur des équipements durables avec les municipalités. Dans
le plan AGIR, il y a quatre secteurs identifiés avec le monde municipal:
l'habitation qui a fonctionné de façon très efficace dans
le programme Corvée-habitation, au moment où les
municipalités et les particuliers ont créé quelque 20 000
unités de logement à partir de ce programme, un programme que
nous allons étendre à la réparation, à la
rénovation et à la restauration. Il y a le programme de
revitalisation des centre-ville, qui viendra bientôt, celui de
l'assainissement des eaux et, enfin, toutes les discussions qui tournent autour
des emplois communautaires avec lesquelles on pourrait obtenir des effets
durables.
En ce qui concerne la revitalisation des centre-ville, c'est un domaine
où les municipalités vont agir. Je suis convaincu qu'elles sont
intéressées après les discussions que nous avons eues avec
les élus municipaux; c'est un besoin prioritaire par rapport à
tout ce phénomène de l'étalement urbain qui a ralenti,
mais qui n'a pas cessé. C'est une mission qui est maintenant permanente,
à mon sens, qui est là depuis longtemps mais qui, maintenant, va
prendre son envol. Nous avons marqué nos intérêts sur ce
plan par les modifications législatives apportées au projet de
loi 92, apportées au projet de loi 103 qui permet la création de
SIDAC dans les centre-ville, sur des artères commerciales.
Bientôt, j'aurai, dans la même orientation, à statuer
sur la participation de contribuables, d'entreprises privées et à
statuer sur des moyens qui vont donner plus de latitude d'intervention aux
municipalités par les moyens de la fiscalité et du schéma
d'aménagement.
En ce qui concerne l'assainissement des eaux, M. le Président,
vous savez que c'est une urgence nationale ici, il y a 10% des eaux
traitées au Québec alors qu'il y en a 75% en Ontario, ce qui a
d'ailleurs été fait avec l'aide d'Ottawa là-bas.
Nos orientations visent à accélérer, à
simplifier les travaux, à permettre que les promoteurs puissent livrer
des usines clés en main aux municipalités et à permettre
aussi qu'on accélère le tout par une amélioration de
l'aide du Québec. Maintenant, le Québec, comme vous le savez,
s'est engagé à payer 100% des études préliminaires,
95% de la participation dans les usines de traitement, 85% dans les travaux
d'interception. Nous nous sommes engagés aussi à aider les
municipalités à réduire les coûts de fonctionnement
en accordant le tarif industriel pour les usines d'épuration des eaux,
en accordant d'autres rabais aussi jusqu'en 1986. Nous croyons que par ce
biais, il y aura un impact majeur sur l'emploi et sur la technologie. Il y a
des centaines de millions, des milliards qui vont transiter du Québec
vers les municipalités par ce programme tout en créant de
l'emploi. Comme chacun le sait, dans le domaine de l'assainissement des eaux,
le contenu québécois est de 90%, parfois de 95%. Voilà des
secteurs où, nous, du Québec, allons être
intéressés, où nous allons investir.
Dans la même veine nous avons fait des propositions au
gouvernement du Canada et nous avons là aussi souhaité qu'Ottawa
appuie la relance des projets économiques du monde municipal.
Vous savez qu'en 1979 nous avions signé une entente qui portait
sur un programme d'aide aux équipements communautaires que nous avons
appelé PAEC. Or, après l'adoption de la loi C-4 à Ottawa,
ce dernier n'a pas reconduit la troisième phase de cette entente. Il y a
mis fin unilatéralement le 12 novembre 1980. C'était un programme
par lequel les municipalités pouvaient bénéficier de fonds
fédéraux pour faire des équipements durables, une entente
justement qui convenait aux municipalités, à plusieurs volets,
où chacune pouvait y trouver son compte. Ottawa y a mis fin
unilatéralement en invoquant les raisons suivantes: on avait d'autres
priorités; on effectuait des coupures budgétaires; on n'avait pas
de juridiction
constitutionnelle.
Nous avons dit "ô regret!" à la disparition de cette
collaboration qui était satisfaisante, qui nous a amené environ
100 000 000 $. Nous avons proposé au mois d'octobre dernier qu'on
reconduise la troisième phase du programme PAEC pour qu'on puisse voir
réapparaître les fonds fédéraux, mais à
l'intérieur de programmes normés et équitables.
Dans ce sens-là j'ai écrit à M. Cosgrove, à
M. LeBlanc et plus récemment à M. Roberts. Il y a eu des
échanges de correspondance entre M. Lévesque et M. Trudeau sur la
question, durant l'année dernière. J'ai déposé
à l'Assemblée nationale, la semaine dernière, mes lettres,
un document que j'avais remis à M. John Roberts le 4 octobre dernier et
une lettre que j'avais envoyée à M. Johnston le 28 octobre
dernier. Ces documents contiennent des propositions concrètes à
l'endroit du gouvernement fédéral. Nous proposons toujours qu'en
attendant qu'on en vienne à des ententes sur des équipements
durables, on reconduise la troisième phase de PAEC parce que, en
attendant, c'est un cadre qui pourrait fonctionner dès maintenant.
Ceci étant dit, quant au contenu même et des volets que
nous avons déposés, voici ce qu'ils sont: vous savez qu'en ce qui
concerne l'assainissement des eaux, le gouvernement du Québec, au 4
octobre dernier, finançait 80% ou 82% des coûts de construction.
J'ai demandé au gouvernement fédéral de payer la part
municipale, puisqu'ils avaient des fonds, de combler pour les 18% ou 20% que
les municipalités avaient à assumer par le service de la dette,
de sorte que les municipalités auraient eu des usines et des
réseaux d'épuration des eaux, clés en main, et que tout ce
qu'elles auraient eu à supporter aurait été les
coûts de fonctionnement. Cette proposition vaut toujours sauf
qu'entre-temps nous avons augmenté notre participation mais au moins,
pour le reste, c'est encore valable comme proposition. En
réalité, ce n'est pas une opération qui coûterait
cher au gouvernement fédéral puisqu'il donnerait 10% des
coûts d'un système d'épuration alors que les
retombées qu'il en retirerait des taxes seraient de 13%.
Le printemps dernier nous avons mis aussi 45 000 000 $ dans le programme
PAIRA, le programme d'aide à l'implantation des réseaux d'aqueduc
et d'égout et j'ai proposé au gouvernement fédéral,
comme deuxième volet, de doubler cette mise, d'y investir lui aussi 45
000 000 $, de sorte qu'on pourrait faire beaucoup plus de travaux. Tout le
monde sait qu'il y a des demandes en instance dans ce programme et, si nous
avions plus de fonds, nous ferions plus de travaux. Voilà un excellent
domaine dans lequel Ottawa pourrait investir; c'était d'ailleurs contenu
dans le programme d'aide aux équipements communautaires de 1979-1980.
Donc, il pourrait doubler le montant.
Nous avons un autre programme qui est maintenant une de nos
priorités, celui de l'amélioration des chemins municipaux. Nous y
avons investi, cette année, 35 000 000 $. Si Ottawa veut y ajouter 35
000 000 $, libre à lui; il y a de la place. Nous avons construit
beaucoup d'autoroutes depuis 1960, de 1960 à 1980, en 1983. Si on avait
des fonds, on pourrait aller beaucoup plus loin dans des priorités qui
sont celles de la voirie municipale et régionale. Il y a là un
champ d'action considérable pour le gouvernement fédéral,
s'il veut s'y intéresser avec le Québec. (15 h 30)
J'ai aussi, évidemment, déposé une programmation
des loisirs. Il y a des centaines de millions de dollars dans ce secteur. Dieu
sait s'il y a des projets un peu partout qui surgissent sur le territoire. Le
gouvernement fédéral pourrait nous aider à aller beaucoup
plus loin dans ce secteur. Voilà quatre volets que j'avais
déposés dans la documentation remise à M. John Roberts, le
4 octobre.
Le 28 octobre, j'ai écrit à M. Johnston relativement
à deux autres sujets. Je lui ai demandé de s'impliquer avec nous
dans la revitalisation des centre-ville. C'en est un champ d'action où
il y a beaucoup de fonds à investir au cours des prochaines
années. Nous sommes disposés à y investir des fonds, mais
s'il y a, à Ottawa, de l'argent disponible pour les
municipalités, voilà justement un secteur où nous
pourrions aller très loin.
Le sixième volet, j'ai demandé au gouvernement du Canada
s'il était intéressé à s'impliquer dans la
récupération et le recyclage des déchets. C'est une
question non résolue pour plusieurs municipalités, à
l'heure actuelle. C'est aussi une question de long terme. Tout le monde sait
que, dans le domaine des sites d'enfouissement sanitaire, il faut limiter le
volume des déchets le plus possible. Par ailleurs, la solution long
terme, c'est vraiment celle de la récupération et du recyclage
des déchets. Voilà un secteur où on pourrait investir des
fonds pour aider les municipalités à se constituer des
équipements durables, à investir dans des secteurs, dans des
équipements qui vont rester dans le paysage après qu'on aura
dépensé les fonds. Voilà pour les programmes qui touchent
à ces équipements.
Il y a aussi, avec M. John Roberts, des discussions, des
négociations qui portent sur des programmes d'emplois temporaires. Nous
avons eu notre expérience avec le programme PRIME. Il y a des choses
possibles à ce sujet que des municipalités peuvent
réaliser avec des fonds, même la création d'emplois
temporaires. Ces
discussions vont bon train. Je pense que nous devrions normalement en
arriver à des ententes bientôt. Je suis confiant et
j'espère bien que ces programmes de création d'emplois
temporaires vont servir à des choses utiles et également
durables. En attendant qu'on s'entende sur sur des volets d'équipements
structurants dans le paysage, je pense que, sur le plan des emplois
temporaires, nous pouvons aller chercher notre part, pour autant que c'est
destiné aux municipalités du Québec.
M. le Président, au cours des dernières semaines, j'ai
rencontré beaucoup de maires au Québec; au cours des derniers
mois aussi. Je suis d'ailleurs en tournée presque permanente au
Québec, dans le territoire du Québec, et je rencontre souvent des
maires. J'ai reçu des appuis par rapport à ces propositions que
j'ai faites au gouvernement fédéral. Je pense que tout le monde
comprend fort bien que c'est la façon de faire et celle qui convient,
compte tenu des responsabilités de chacun, de chaque niveau
d'institution dans ce secteur. Nous attendons des réponses. En ce qui
concerne M. Johnston, nous attendons des réponses. Nous avons
demandé d'avoir éventuellement des rencontres avec ces ministres
fédéraux.
En ce qui concerne le programme de création d'emplois à
court terme, comme je viens de le dire, j'ai confiance; je crois qu'il y a des
possibilités qu'on s'entende. Nos positions ont été
déposées devant cette Assemblée nationale. Il ne devrait
pas y avoir deux systèmes comptables, deux systèmes de
vérification. Il y a déjà des contrôles qui existent
au niveau des municipalités. D'ailleurs, l'élection est là
pour exécuter ces contrôles. Si la population est contente de ce
que fait son conseil municipal, elle va le réélire; si elle n'est
pas satisfaite, elle devrait normalement le battre. Il y a des
vérificateurs professionnels qui engagent leur responsabilité
chaque année par rapport aux états financiers des
municipalités, à ces projets. Il y a aussi des
vérifications faites par nos fonctionnaires, et il me semble que c'est
la moindre des choses que, sur ce plan, on ne dédouble pas les efforts
des gouvernements.
Il ne faut pas qu'il y ait non plus deux lignes d'autorité au
niveau des municipalités. Je pense que c'est le simple bon sens; il ne
faut pas que les municipalités reçoivent des directives, des
législations, des réglementations de deux sources
gouvernementales - il faut qu'il y en ait une, et c'est dans ce sens que la
constitution a statué par l'article 92.8 - pas plus que, dans une
commission scolaire, il doit y avoir des directives pédagogiques ou
administratives provenant du gouvernement fédéral, même si,
à l'occasion, il y a eu des participations du gouvernement
fédéral dans la construction d'équipements scolaires.
Cette juridiction revient au Québec exclusivement. Les affaires
municipales appartiennent au Québec exclusivement.
Il y a eu des interventions récentes dans ce secteur par les
ministres fédéraux et les gouvernements fédéraux.
Je m'en tiendrai, à ce moment-ci, seulement aux communications de deux
ministres fédéraux vis-à-vis des municipalités. Une
lettre de M. Lalonde fut envoyée directement aux municipalités il
y a quelques semaines, et les journaux rapportaient ce matin que M. John
Roberts avait écrit lui aussi directement aux municipalités. Je
pense que c'est un précédent regrettable qui va à
l'encontre de la constitution. Il me semble qu'on ne doit pas continuer
à se comporter de cette façon. Que le fédéral, que
le gouvernement du Canada respecte lui-même la loi fondamentale du pays.
Je pense qu'il ne s'agit pas de dire simplement qu'on respecte la constitution,
qu'on va rester dans la légalité, alors qu'en pratique, on fait
le contraire.
Ce que j'ai dénoncé, quant à moi, dans la
tournée que j'ai faite, c'est le comportement des députés
fédéraux qui font, au vu et au su de tout le monde, ce qu'on dit,
ce que leur premier ministre dit qu'il ne fait pas, mais tout le monde les voit
dans le paysage, qui interviennent de toutes sortes de façons au niveau
des affaires municipales.
Nous avons reçu des appuis sur ce plan et je ferai
référence, par exemple, à la résolution qui a
été prise par l'assemblée des maires et conseillers de la
rive sud de Montréal le 1er décembre, à Longueuil:
"Attendu que les maires et conseillers de la rive sud, réunis en
séance spéciale sous la présidence du ministre Jacques
Léonard, ont pris connaissance des modalités du projet de loi 38;
attendu que le gouvernement fédéral a mis sur pied un programme
de subventions à la disposition des municipalités du Canada;
attendu que l'article de l'Acte de l'Amérique du Nord britannique, 92.8
reconnaît que la responsabilité municipale est du ressort des
provinces; attendu que cette situation est de nature à nuire à
l'administration normale des municipalités; attendu que le bien
général nécessite que les gouvernements n'outrepassent pas
leurs responsabilités; attendu que les municipalités du
Québec perdront des sommes correspondantes que les citoyens du
Québec ont eux-mêmes déjà payées, il est
résolu de soumettre une demande ferme au gouvernement
fédéral de conclure dans les plus brefs délais une
entente-cadre avec les gouvernements provinciaux afin de permettre
l'attribution de fonds fédéraux aux municipalités."
Les municipalités sont conscientes des conséquences pour
elles-mêmes comme pour le Québec, comme pour les
Québécois de ce qui se passerait si le gouvernement
fédéral continue à vouloir intervenir directement dans les
municipalités. En juin dernier, nous
avons pris conscience d'une situation ou nous en avions pris conscience
auparavant, mais nous avons pris cette fois acte de cette situation et nous
avons donc déposé le projet de loi 38. Il y a eu des
éditoriaux sur ce dépôt, sur ce projet de loi qui ont
été favorables en bonne partie. Il y a eu un appui des unions sur
les principes du projet de loi 38, sur les principes à la base qui sont
finalement au-delà des aspects constitutionnels, une question de saine
administration, de bonne gestion des fonds publics. Il y a eu, au cours de
l'hiver dernier d'ailleurs, avant qu'on dépose le projet de loi 38 et
même après aussi, dans une correspondance, une réponse de
M. Trudeau qui a dit que le gouvernement du Canada dépenserait son
argent légalement et qu'il déléguait en conséquence
MM. Roberts et Johnston pour nous parler. Ce sont des choses qui se sont
passées. (15 h 40)
Le projet de loi 38, quant à lui, affirme pour la première
fois d'une façon positive que des fonds fédéraux pourront
servir à la relance municipale si on les fait transiter par une entente
avec le Québec. Pour tenir compte des priorités de tout le monde
municipal, pour que toutes les municipalités aient des chances
égales, pour garantir le pacte fiscal, la loi 57, convenu entre le
Québec et ses 1600 municipalités, pour empêcher le danger
de la double autorité, des doubles priorités, des doubles
contrôles, etc., mais jusqu'ici sur ce plan, nous avons toujours, au
niveau pratique, un silence d'Ottawa. Fondamentalement, par le projet de loi
38, le Québec redit, a dit et redit oui à l'argent d'Ottawa s'il
est disponible. Il redit que le monde municipal est son domaine, qu'il est
responsable de sa santé financière et politique et donc, qu'en ce
domaine, Ottawa doit convenir des priorités et de la juridiction du
Québec sur ses 1600 municipalités. Le Québec redit oui
à l'argent d'Ottawa, mais, à la façon, non, comme c'est
là. Les priorités sont celles du Québec dans le domaine
municipal ou sont statuées avec le Québec. Je pense qu'Ottawa
doit convenir de cela. Lorsqu'il est question de la défense nationale,
les provinces n'interviennent pas dans le champ de juridiction du
fédéral. Alors, lorsqu'il est question des affaires municipales,
je pense que le gouvernement fédéral doit respecter la
juridiction du Québec. Il est dans notre jardin, qu'il marche sur les
allées et non sur les plates-bandes. La constitution est claire sur ce
sujet, il n'y a aucune ambiguïté ni dans les textes ni
historiquement. Là-dessus il y a toujours eu une continuité
historique de tous les gouvernements du Québec, de MM. Taschereau,
Duplessis, Lesage, Johnson, Bertrand, Bourassa et maintenant M.
Lévesque. C'est une juridiction du Québec.
Je voudrais citer M. le député de
Bonaventure, qui était alors, en 1974, ministre des Affaires
intergouvernementales, lorsqu'il entamait l'étude d'un projet de loi sur
les relations intergouvernementales. Il disait ceci: "Je souligne la
continuité dans laquelle se situe le gouvernement actuel par rapport
à la préoccupation d'efficacité de gestion des affaires de
l'État." C'est le même type de préoccupation qu'en 1983 et
je rappelle que cette loi de 1974, à son chapitre III, a prévu,
selon les paroles du même auteur: "Toute entente entre un organisme
public et un autre gouvernement devra dorénavant recevoir l'approbation
du lieutenant-gouverneur - donc du Conseil des ministres - sous peine de
nullité". Déjà en 1974, le gouvernement du Québec,
qui nous a précédé, invoquait des raisons de bonne gestion
pour légiférer dans un domaine dont il était responsable.
Si je cite un peu plus longuement, pour bien montrer l'attention qu'avait
l'ex-ministre des Affaires intergouvernemantales envers les droits du
Québec et que cette attention dont nous faisons preuve aujourd'hui est
encore la même, il dit ceci: "II faut assurer la consistance d'un ordre
de gouvernement distinct du gouvernement central du Canada. Quelles que soient
les garanties apportées par la constitution aux pouvoirs des
États membres de la fédération, il est clair que dans les
faits, la multiplication de rapports purement sectoriels risquerait fort
d'avoir pour effet de créer, à toutes fins utiles, une
subordination de l'administration centrale située, elle, dans un
véritable ordre de gouvernement." Ce qui veut dire qu'en 1983, le
gouvernement du Québec ne relance pas une nouvelle guerre de principes -
comme l'ont d'ailleurs souligné les éditorialistes - mais que
nous voulons que l'argent, qu'Ottawa est prêt à investir dans nos
municipalités, soit utilisé le plus efficacement et que ce
transfert se fasse dans le respect de la constitution.
Or, nous devons convenir, M. le Président, que les lignes de
force de la loi 56 des Affaires intergouvernementales de 1974 n'ont pas tenu
devant la persistance d'Ottawa. Ottawa a, depuis, contrevenu à sa
constitution, à la loi Bourassa - celle, donc, de M. le
député de Bonaventure - de 1974 et depuis plus d'un an, depuis
août 1982, en particulier, nous assistons à une recrudescence des
interventions fédérales dans le domaine, à des offres
d'intervention, à une recrudescence des appels à toutes sortes de
projets et à toutes sortes de subventions dans le paysage. Nous sommes
intervenus nous-mêmes. Les unions sont intervenues pour demander aux
municipalités de ne pas toucher à de telles subventions, mais je
pense qu'il faut convenir que nous sommes devant une offensive d'Ottawa, une
offensive extrêmement centralisatrice du gouvernement d'Ottawa à
l'heure actuelle, qui veut procéder par toutes sortes de
subventions directes ou indirectes, qui intervient maintenant en
écrivant directement au niveau des municipalités, par exemple,
les lettres récentes de M. Lalonde et, disent les journaux de ce matin,
de M. John Roberts aux municipalités. Je pense que c'est une situation
extrêmement grave que le gouvernement du Québec ne peut pas
laisser faire sans réagir.
Que se passe-t-il dans le paysage? Nous en parlons depuis le
début de la séance de cet après-midi. Des
députés fédéraux offrent des subventions au sein du
monde municipal qui ne respectent pas, à notre sens, les principes
administratifs de neutralité qu'ont choisi Québec et l'ensemble
des municipalités du Québec. Il y a des offres de subventions
à une municipalité plutôt qu'à toutes. Donc, il n'y
a pas de chances égales pour chacune des municipalités. Il y a
des offres de subventions non normées. Pour un même type
d'équipement, nous avons différents montants d'offerts. Pour une
aréna, par exemple, c'est 300 000 $ à un endroit, 700 000 $
à un autre, 1 500 000 $ à un autre et 1 800 000 $ ailleurs.
Des voix: Nommez-les.
M. Léonard: On pourrait les nommer. C'est bien connu dans
le paysage. Je ne fais pas oeuvre d'imaginaire ici aujourd'hui. Tout le monde
le sait et cela se passe dans tous les comtés. Il y a des offres de
subventions qui ne tiennent pas compte de plans d'implantation
d'équipement qui sont déjà décidés par la
municipalité dont c'est la responsabilité. Il y a des subventions
qui ne tiennent pas compte des coûts de fonctionnement par rapport
à la capacité financière de la municipalité. Je
pense que dans le cas des arénas, c'est particulièrement patent.
Les coûts de fonctionnement sont très élevés dans le
cas des arénas. Si la commission municipale et le ministère des
Affaires municipales ont un rôle, c'est bien justement dans ces secteurs
où les coûts de fonctionnement d'équipements dont on se
dote peuvent être très élevés et peuvent être
inabordables pour certaines municipalités. Pis encore, de la part du
conseil des députés fédéraux, des offres de
subventions ont été faites à des organismes
pseudo-autonomes, des corporations parallèles au monde municipal ou
à des groupements paramunicipaux. Il me semble qu'il s'agit là de
gestes dangereux et insidieux pour l'administration municipale.
Quand on voit des chambres de commerce se mettre à faire des
trottoirs dans des municipalités, on peut se demander s'il n'y a pas
maintenant deux sortes de municipalités. Quand des corporations
parallèles sont créées pour construire des locaux et les
mettre à la disposition d'organismes municipaux comme les
municipalités régionales de comté, c'est totalement
inacceptable. Je pense que les contrôles publics qui doivent s'exercer
par rapport à la bonne gestion d'organismes dits sans but lucratif
devraient s'exercer aussi dans ce secteur. On pourrait même se poser des
questions sur la bonne gestion de ces pseudo-organismes. Les arénas,
c'est l'exemple classique. Qu'arrivera-t-il lorsque ces corporations auront
construit leur aréna? Tout le monde le sait, tout le monde a cette
expérience dans le Québec. C'est traditionnel. C'est l'exemple le
plus patent. Un an, deux ans après, les promoteurs eux-mêmes
changent d'intérêt, déménagent, changent de
municipalité. De plus en plus, cette corporation de citoyens, parfois de
bonne foi, cette corporation parallèle s'enferre dans des
problèmes financiers avec le résultat qu'on arrive au bord de la
faillite, et c'est la municipalité qui ramasse le dossier, qui ramasse
le bébé, avec des conséquences sur le plan des coûts
de fonctionnement. C'est arrivé et cela arrive encore maintenant avec
toutes ses conséquences sur la bonne gestion municipale. (15 h 50)
Je dis là-dessus que même s'il y a de l'argent sur un coin
de table, il faut penser aux conséquences ultérieurement.
Même si le chevreuil est bon, cela n'excuse pas le braconnage ou les
braconniers.
Une voix: Exact.
Une voix: Vous avez des plans pour cela?
M. Léonard: Je sais qu'on fait des allusions, mais on
évite soigneusement les réponses, en face. On s'arrange pour les
éviter, surtout, ce qui démontre un manque de courage
parfait.
Par rapport au projet de loi 38 et par rapport aux gestes posés,
on a décrié ce qu'on a appelé, à tort, un certain
caractère de rétroactivité à la loi 38. Je ne fais
que souligner une chose: c'est une loi à caractère fiscal, qui
s'applique au moment de son dépôt, comme la plupart des lois
à caractère fiscal. Qu'il y ait un caractère
discrétionnaire dans la loi... Je voudrais qu'on le compare aux gestes
discrétionnaires posés par les députés
fédéraux lorsqu'ils offrent eux-mêmes des subventions
partout sur le territoire. Ils ne répondent pas de leurs gestes devant
l'Assemblée nationale ou la Chambre des communes, eux; mais nous, comme
gouvernement, nous aurons à en répondre. C'est notre devoir de
prendre des décisions, sur ce plan, qui feront que les lois seront
respectées.
Il paraît donc que nous devons ajouter certaines dispositions
à la loi 56, qui date de 1974. Ce projet de loi, maintenant,
réaffirme de façon positive que les municipalités du
Québec peuvent toucher des fonds, mais par le biais, par le canal
d'une entente. Cela pour assurer l'équité des chances à
toutes les municipalités du Québec, pour empêcher que
réapparaisse l'aspect discrétionnaire dans les relations entre le
gouvernement et les municipalités - puisque nous voulons des programmes
normés - pour prévenir les doubles autorités, les doubles
objectifs, les doubles contrôles, pour prévenir aussi les dangers
qui affecteraient inévitablement la situation financière des
municipalités dans le cas où elles se dotent d'équipement
lourd -dans ce secteur en particulier il faut se méfier des cadeaux de
Grecs ou des chevaux de Troie - pour empêcher aussi que les quelques
municipalités qui pourraient succomber soient privilégiées
par rapport à l'ensemble des municipalités du Québec.
Je dirai, en conclusion, que le rôle du gouvernement est d'aider,
dans l'harmonie, la continuité et la cohésion des plans de
développement du monde municipal. Le monde municipal, au Québec,
c'est un choix de vie unique pour les Québécois. Le concept
municipal québécois est différent de celui qu'on retrouve
au Canada anglais quant à l'évaluation, quant à la
fiscalité, quant aux relations avec le gouvernement, quant à la
gestion des équipements. Le gouvernement d'Ottawa doit tenir compte de
cette réalité.
Pour des raisons d'efficacité aussi, parce que ce projet de loi
veut assurer que l'aide des deux gouvernements serve efficacement leurs besoins
à l'intérieur d'une entente, ce projet de loi veut
réaffirmer des critères d'équité et de justice pour
toutes les municipalités du Québec. Une entente globale, une
entente-cadre et les programmes d'aide qui en découleraient en seraient
la garantie. Comme ce projet de loi a pour fondement la constitution du pays et
une loi votée par le gouvernement libéral de 1974, je
considère, moi, qu'il devrait avoir l'appui de toute l'Assemblée
nationale, comme celui qu'on aurait normalement de tous les citoyens
responsables vis-à-vis de l'administration municipale. Je pense aussi
qu'il faut encore une fois rappeler la continuité des gouvernements du
Québec dans ce dossier, à partir de Taschereau, de tous les
gouvernements du Québec. Je pense que c'est par là qu'on va
assurer le mieux l'autonomie et les succès atteints pour les 1600
municipalités du Québec.
Les ententes constituent le seul canal, la seule voie pour les
municipalités, pour récupérer nos impôts, puisqu'il
s'agit toujours de nos impôts, M. le Président. Avec l'aide qu'une
telle entente va nous apporter, nous pourrons accélérer le
progrès de nos municipalités, ajouter plus vite à la
qualité de vie qu'on y retrouve, créer des emplois plus
rapidement, en plus grand nombre, aider plus rapidement aussi au
développement des techniques québécoises en matière
d'urbanisme, de loisir ou encore d'assainissement des eaux.
Toutes les démarches du Québec depuis deux ans ont
prouvé que le gouvernement du Québec et ses municipalités
sont prêts à se servir de façon utile et efficace de
l'argent qu'Ottawa est prêt à investir chez nous. Les citoyens du
Québec ont payé dans l'ordre et l'équité leurs
taxes à Ottawa. Il est normal que les citoyens du Québec
jouissent aussi dans l'ordre et l'équité du retour de leurs taxes
chez nous.
À mon sens, ce projet de loi propose la solution pour assurer cet
ordre et l'égalité des chances pour tous. Merci, M. le
Président.
Des voix: Bravo! Bravo!
Le Vice-Président (M. Jolivet): M. le député
de Laprairie.
M. Jean-Pierre Saintonge
M. Saintonge: Merci, M. le Président. Nous en sommes
finalement à la deuxième lecture du projet de loi 38. Je dis
"finalement" mais finalement d'une façon malheureuse, je pense, pour
l'ensemble des municipalités du Québec.
On a déjà parlé de deuil à un certain moment
pour des actions posées par d'autres gouvernements du côté
du Parti québécois. Je dis ici cet après-midi que les
municipalités du Québec sont en deuil par l'agissement du
ministre des Affaires municipales qui fait preuve d'une rigidité
absolument farouche à l'égard des municipalités du
Québec.
Le projet de loi 38 a pour titre: Loi sur la participation
gouvernementale au financement des municipalités. On va parler du
principe du projet de loi 38. On a eu droit, depuis environ 50 minutes,
à l'ode Léonard sur les affaires municipales, sur les bienfaits
au monde municipal depuis les dernières années mais si on regarde
vraiment le contenu du projet de loi 38, si on examine attentivement le
principe sous-jacent audit projet de loi, on verra que le principe n'est pas la
question du respect et de la compétence constitutionnelle du
Québec en affaires municipales.
La Loi du ministère des Affaires intergouvernementales
adoptée en 1974, la loi 56, établissait à l'article 20 ce
principe qu'on retrouve dans la constitution canadienne à l'article 92.
L'article 20 de la loi de 1974 disait: "Sauf dans la mesure prévue
expressément par la loi, aucune corporation municipale,
communauté urbaine ou communauté régionale ne peut, sous
peine de nullité, négocier ou conclure des ententes avec le
gouvernement du Canada." Je passe la suite. Donc, le principe était
inscrit en 1974 dans une loi adoptée par le gouverne-
ment de Robert Bourassa.
Est-ce que le projet de loi 38 amène un principe nouveau?
D'aucune façon. Le projet de loi 38 - et c'est même dit dans les
notes explicatives - réaffirme ce principe contenu dans la loi de 1974.
Il y a un principe de droit, un principe de législation qui dit que le
législateur ne parle pas pour rien dire. Si celui-ci ne parle pas pour
rien dire, il ne parle pas pour répéter ce qui est dans une loi
déjà en application.
À ce compte-là, le principe du projet de loi 38 n'est pas
d'affirmer la compétence exclusive du Québec, il le
réaffirme. Le principe même du projet de loi 38, c'est simplement
que le ministre des Affaires municipales, le gouvernement du Québec,
impose des pénalités, des répressions, vient taper sur les
doigts des municipalités. C'est le ministre préfet qui vient
parler aux municipalités avec un excès de
sévérité. On tape sur les doigts. C'est simplement une
espèce de tutelle déguisée et rétroactive. C'est
cela le projet de loi 38. Ce n'est, d'aucune façon, d'affirmer une
compétence qui appartient au Québec. L'Opposition est
entièrement d'accord avec cela. De plus, les municipalités du
Québec sont d'accord avec cela. Les unions sont d'accord, l'UMRCQ et
l'UMQ. Il n'y a aucune problème de ce côté-là. (16
heures)
Pourquoi avons-nous eu droit à ce projet de loi 38? Qu'est-ce qui
explique la présentation de ce projet de loi? Évidemment, il y a
eu des ententes avec le fédéral antérieurement. Le
ministre a fait allusion, entre autres, à l'entente sur le PAEC de 1980
et à laquelle le gouvernement fédéral a mis fin à
l'automne 1980. Pourquoi? On reviendra là-dessus.
Le fédéral, cette année, avait de l'argent à
distribuer dans le cadre du programme de relance de l'emploi. Le
fédéral se disait préocccupé par des situations
engendrées par le haut taux de chômage. Il voulait stimuler tous
les secteurs de l'économie pour tenter, à court terme, de
stimuler l'emploi afin de contribuer à la relance de l'économie.
Finalement, pour ce faire, un des points d'appui importants était que
les municipalités du Québec, avec la responsabilité
qu'elles peuvent afficher, avec la reconnaissance et les besoins du milieu,
avec les capacités d'intervention, étaient reconnues comme des
agents économiques valables, mais, évidemment, le
fédéral devait, à ce moment-là, respecter la
constitution et devait passer par des ententes dûment signées.
Une voix: Bravo!
M. Saintonge: On a tenté de signer certaines ententes,
entre autres, le programme RELAIS. Je vous ferai remarquer que le programme
RELAIS avait été signé en décembre dernier, si je
me rappelle bien, et l'entente avait été conclue entre le
fédéral et le provincial et signée par le ministre des
Affaires intergouvernementales et par le ministre du Travail. Mais l'entente
RELAIS a été abandonnée par le Québec pour des
principes sur lesquels nous reviendrons un peu plus loin.
Le gouvernement fédéral reconnaissait que les
municipalités pouvaient rapidement et efficacement mettre en oeuvre des
programmes de création d'emplois et elles ont tenté d'arriver
à un accord avec le gouvernement provincial. Malheureusement, une telle
entente a achoppé. Par la faute de qui? par l'attitude de qui? Par
l'attitude du ministre des Affaires municipales qui s'est opposé
à la façon dont le programme avait été
accepté par le Conseil des ministres puisque deux de ses ministres
avaient quand même signé l'entente en question et accepté
ses modalités. C'était bon en un temps. Trois mois après,
ce n'était plus bon. Évidemment, c'était
préférable pour le ministre de faire une guerre de drapeaux
à ce moment-là plutôt que d'agir pour le bien-être
des municipalités du Québec.
L'entente que le fédéral n'a pas renouvelée, par
exemple, l'entente du PAEC, c'était une entente au niveau des
structures, alors que toute la relance de l'emploi était plutôt
dans le cadre d'un programme conjoncturel plus appliqué aux besoins
immédiats suivant la perception que le gouvernement
fédéral pouvait en avoir à ce moment-là.
Évidemment, chaque gouvernement peut décider, en son for
intérieur, de quelle façon il doit procéder. Je pense que
c'est libre. Le gouvernement du Québec est souverain dans ces domaines
et le gouvernement fédéral, de la même façon, est
souverain dans ces domaines.
Si des subventions sont offertes dans le cadre de certains programmes,
même dans le cadre d'un programme conjoncturel de relance de l'emploi ou
dans le cadre de programmes au niveau structurel, par le gouvernement
fédéral à l'extérieur d'un cadre d'entente qui
aurait dû être négocié entre les deux ordres de
gouvernement, soit, nous en sommes, ces offres de subventions devraient
être rejetées par les municipalités et, d'aucune
façon, nous ne pourrons sanctionner une telle attitude du gouvernement
fédéral. C'est clair pour l'Opposition. Cela avait
été affirmé par le Parti libéral du Québec
en 1974 et affirmé de façon positive et d'une façon assez
fortement manifestée à l'égard du gouvernement
central.
Je vais revenir au PAEC deux secondes. Qu'est-ce qui expliquait qu'un
tel programme avait été rejeté? Entre autres, certains
éléments conjoncturels ont fait en sorte que
le gouvernement fédéral a décidé de donner
ses subventions à un autre programme, le programme de relance de
l'emploi, au lieu de renouveler un programme structurel, mais il y avait quand
même plus que cela. Je tiens, par exemple, à témoin le
député de Bonaventure-Îles-de-la Madeleine au
fédéral, M. Rémi Bujold qui, dans une lettre qu'il
adressait aux différents maires de son comté, en décembre
1980, mentionnait que, sur le plan constitutionnel, le gouvernement
fédéral reconnaissait la compétence exclusive du
Québec en matière municipale. Il reconnaissait qu'au niveau du
principe du PAEC, il était entendu que le Québec était
responsable des modalités et de la mise en oeuvre du programme sur son
territoire, mais cependant, les efforts déployés par le Canada
pour fournir une aide financière en matière de services
communautaires devaient être connus et portés à la
connaissance du public. Qu'arrivait-il, dans certaines circonstances, dans
l'application du PAEC, comme c'est arrivé dans le comté
fédéral de Bonaventure-Îles-de-la-Madeleine? Il est
arrivé que la députée provinciale des
Îles-de-la-Madeleine, Mme Denise LeBlanc-Bantey, avait quand même
dérogé d'une certaine façon au principe du contrat
intervenu en 1979 par le fait que, dans une liste sommaire de projets
énumérés dans un article de journal, Mme LeBlanc-Bantey
mentionnait certaines contributions à des programmes par le
gouvernement, et on ne mentionnait pas dans ce cadre la contribution du
gouvernement fédéral. On a gardé cela sous silence.
Des voix: Oh!
Une voix: ...partout au Canada.
M. Saintonge: II y a plus que cela, l'application des programmes.
Dans un cas particulier, dans le même comté, vous avez deux
parties. En vertu du PAEC, pour l'année en question, l'année
1980, le comté des Îles-de-la-Madeleine a reçu 255 000 $,
celui de Bonaventure, 17 400 $. Curiosité! Coïncidence; Hasard!
Une voix: Oui.
M. Saintonge: Le comté de Bonaventure est
représenté par un député de l'Opposition, M.
Gérard D. Levesque, et le comté des Îles-de-la-Madeleine
est représenté par une députée péquiste.
Des voix: Oui.
M. Saintonge: Donc, la transparence, c'est cela. On ne mentionne
pas la participation fédérale et on donne des subventions au
gré.
Ce n'est pas suffisant. On a parlé du programme RELAIS duquel le
Québec s'est retiré, mais je dois le dire ici, M. le
Président, avec des conséquences à mon point de vue fort
malheureuses pour le Québec. Qu'on se souvienne que le programme RELAIS,
instauré par le fédéral en accord avec le provincial
était quand même un programme qui prévoyait
l'investissement de 220 000 000 $ pour la relance de l'emploi. Il y avait 170
000 000 $ fournis par le fédéral et 50 000 000 $ par le
provincial dans le cadre de l'entente. Ladite entente fut signée par M.
Jacques-Yvan Morin, ministre des Affaires intergouvernementales, ainsi que par
M. Pierre Marois, ministre de la Main-d'Oeuvre et de la Sécurité
du revenu, de même que par M. Axworthy, le président de la
Commission de l'emploi et de l'immigration fédérale. L'entente
fut clairement signée en décembre 1982. C'est un programme qui
prévoyait, au niveau de la relance, un influx de 220 000 000 $ auquel le
Québec était appelé à participer: 170 000 000 $ du
fédéral, 50 000 000 $ du provincial. La participation
était étalée sur trois volets. Un premier volet, au niveau
des programmes fédéraux, 70 000 000 $, ont été
fournis par le fédéral et rien par le provincial. Au point de vue
municipal, 25 000 000 $ ont été fournis par chaque palier de
gouvernement. Au point de vue du secteur privé et des organismes sans
but lucratif, 75 000 000 $ ont été fournis par le
fédéral et 25 000 000 $ par le provincial. Cela donne un total de
170 000 000 $. (16 h 10)
En refusant de signer l'entente, en se retirant de cette entente RELAIS
pourtant acceptée, le Québec s'est privé d'une
participation à des programmes de relance de l'emploi pour plus de 100
000 000 $ sur lesquels il y avait une incidence directe. Sont demeurés
les 50 000 000 $ du provincial qui ont été remis au niveau des
municipalités seulement. Les municipalités n'ont rien perdu
puisque les 50 000 000 $, au lieu d'être 25 000 000 $ - 25 000 000 $, ont
été fournis par le provincial seulement, mais sur les 170 000 000
$ du fédéral, 75 000 000 $ qui seraient venus du
côté du secteur privé et 25 000 000 $ au niveau des
municipalités ont été transférés
ultérieurement au secteur privé et à des organismes sans
but lucratif, le Québec n'a eu aucun intérêt, n'a eu aucune
possibilité de donner son point de vue, d'agir dans la
délimitation des programmes devant être acceptés dans le
cadre de cette entente. C'est donc une perte, de ce côté,
d'activités pour le gouvernement provincial.
M. Léonard: M. le Président...
Le Vice-Président (M. Rancourt): M. le ministre, une
question de...
M. Léonard: ...question de privilège...
Le Vice-Président (M. Rancourt): S'il vous plaît;
S'il vous plaît! M. le ministre, vous avez eu l'occasion, dans votre
discours, de faire valoir votre point de vue. Actuellement, c'est l'Opposition
qui a droit de parole et d'autres intervenants auront l'occasion de s'exprimer
un peu plus tard. S'il vous plaît! À l'ordre, s'il vous
plaît;
M. Saintonge: Je peux répondre facilement au ministre qui
me dit ce qui a été dépensé au Québec. J'ai
mentionné, M. le ministre, que le Québec a perdu la
possibilité d'avoir un programme d'AGIR pour un montant de 100 000 000 $
pour la relance de l'emploi au Québec. Le fédéral les a
dépensés, mais le Québec n'était pas présent
à la participation, à la distribution de ces fonds. C'est cela
qui était dommageable pour l'ensemble du Québec.
Le premier ministre du Québec semblait ouvert aux
négociations possibles entre le fédéral et le
provincial... Le député de Châteauguay, voulez-vous lui
demander d'être à l'ordre, s'il vous plaît, M. le
Président.
Le Vice-Président (M. Rancourt): M. le
député! Vous avez la parole, M. le député de
Laprairie. S'il vous plaît, à l'ordre!
M. Saintonge: Le premier ministre du Québec semblait
ouvert à des négociations pour les ententes devant être
effectuées entre le gouvernement provincial et le gouvernement
fédéral. Une lettre envoyée au premier ministre Trudeau
reconnaissait cet élément et il mandatait en fait son ministre
des Affaires municipales pour discuter avec le ministre John Roberts du
fédéral. Dans quel cadre ces discussions devaient-elles se faire?
Dans le respect du principe qui est contre toute intervention
unilatérale du fédéral sans tenir compte des
priorités, des besoins du monde municipal, en accord avec le
Québec. Donc, le premier ministre du Québec voulait des
négociations ouvertes à ce sujet et le fédéral
était prêt à accepter de telles négociations,
prêt à tenter d'en arriver à une entente dans le respect du
cadre constitutionnel.
Il semblait que tout le monde, à mon point de vue, presque tout
le monde était d'accord pour qu'une telle entente soit conclue, soit
inscrite et soit signée par les parties, par les deux paliers de
gouvernement. Le premier ministre Trudeau, le premier ministre Lévesque,
M. Roberts également. Toutefois, pour un tel renouvellement d'entente,
pour que de nouvelles ententes soient signées par les deux paliers de
gouvernement, encore faut-il une certaine créativité, une
certaine imagination de la part du ministre. Il faut qu'il accepte
effectivement de s'attarder à trouver une solution possible, qu'il fasse
preuve de dynamisme et de nouveauté, de leadership, également,
parce que le mandat qu'il possède à ce niveau pour l'ensemble du
Québec, c'est vraiment de négocier une entente, de
négocier de bonne foi et d'arriver à un accord de principe qui
sera acceptable pour l'ensemble des citoyens du Québec et principalement
des municipalités.
Les municipalités du Québec étaient pleinement
d'accord avec le ministre des Affaires municipales relativement à une
telle négociation. Les municipalités du Québec l'ont
manifesté ouvertement. Les unions de municipalités l'ont
manifesté ouvertement. Les municipalités et les unions se
disaient les alliées du gouvernement provincial dans la
négociation d'une telle entente. Dans certains cas, peut-être que
certaines municipalités ont pu accepter les subventions, en nombre, je
pense, quand même assez restreint. Si cela a été le cas.
Certaines corporations à but non lucratif que le ministre a
mentionnées tantôt ont pu bénéficier d'une
espèce de trou au niveau de la loi des Affaires intergouvernementales
où on parlait de nullité, mais sans sanction. Dans certains cas,
on a joué un peu le jeu du livre. On est passé à
côté pour tenter d'obtenir des subventions au niveau de certaines
corporations sans but lucratif. Même des chambres de commerce. Mais quand
le ministre mentionne que, dans certains cas, des députés
fédéraux étaient les artisans d'une telle entente,
étaient ceux qui poussaient à conclure une telle entente avec des
organismes sans but lucratif pour bénéficier de la manne
fédérale, je devrais dire que j'ai entendu également que
certains députés péquistes ont dit à des
municipalités de tenter de procéder de la même façon
et ont effectivement encouragé des municipalités à le
faire...
M. Dussault: Qui?
Le Vice-Président (M. Rancourt): M. le
député de Châteauguay, s'il vous plaît'.
M. Saintonge: Pour négocier une entente pour
éventuellement arriver à réaliser, dans le cadre de la
constitution canadienne, des programmes de subventions dont les
municipalités du Québec pourraient bénéficier, il
faut faire preuve d'une attitude positive, de bonne foi et d'une certaine
souplesse. Je pense que la démonstration a été faite
depuis quelque temps que le Parti québécois n'est pas capable de
faire preuve de ce genre de souplesse, ne veut pas s'entendre et principalement
en ce qui a trait aux affaires municipales. On ne veut clairement pas
s'entendre avec le gouvernement fédéral, on aime mieux fomenter
des chicanes. C'est possiblement beaucoup plus dans la lignée
éventuelle d'une séparation du
Québec, que le Québec quitte le système
fédéral. Au lieu d'arriver à une concertation, on
préfère la confrontation; la concertation qui pourtant serait
l'attitude qui pourrait, d'une certaine façon, aider à la reprise
économique essentielle dans la dure époque économique et
de chômage que nous vivons.
En fait, il n'y a pas souvent d'ententes entre le Québec et le
gouvernement fédéral en ce qui a trait aux affaires municipales,
surtout dans le domaine de l'emploi. Le PQ a plutôt contribué
à soulever, à animer, à alimenter des discordes et des
confrontations. Mais une plus grande sérénité est
nécessaire entre les deux paliers de gouvernement pour arriver justement
à la conciliation et arriver à la signature éventuelle
d'ententes, ententes qui sont ce que souhaitent effectivement toutes les
municipalités du Québec et les deux unions qui les
représentent. Malheureusement, certains impératifs politiques
inspirent les gestes du gouvernement et principalement du ministre des Affaires
municipales. Je pense que ces impératifs politiques ont
été dénoncés d'une certaine façon par le
ministre Roberts, ont été dénoncés également
par les municipalités en question et par les unions des
municipalités. Une telle façon d'agir favorise beaucoup plus
l'émergence du Parti nationaliste du Parti québécois au
niveau fédéral. Je pense qu'un des éléments de
solution dans le cadre d'une telle intransigeance trouve son point dans
l'émergence d'un tel parti politique.
En fin de compte, ce qu'on ne veut pas du côté du Parti
québécois dans un tel cadre d'entente, c'est justement donner au
gouvernement fédéral une certaine visibilité, donner aux
députés fédéraux la chance ou la possibilité
de parler aux citoyens du Québec. Mais ce que le ministre des Affaires
municipales et le gouvernement oublient dans toute la négociation d'un
tel dossier, c'est que les municipalités au Québec, les
administrateurs municipaux au Québec, les citoyens des
municipalités du Québec sont également non seulement des
citoyens du Québec, mais également des citoyens du Canada et,
dans un tel cadre, peuvent bénéficier de programmes d'aide, par
exemple, pour la relance de l'emploi ou, parfois, au niveau de certains
éléments structuraux qui pourront être utiles
éventuellement dans d'autres ententes à être
réalisées.
En fait, je pense qu'il est important, à ce stade-ci du
débat, de faire allusion à la lettre que le ministre John Roberts
faisait parvenir au ministre des Affaires municipales en date du 30 novembre
dernier. Il y a quelques minutes, le ministre a mentionné le fait que le
ministre Roberts fait preuve d'ingérence en envoyant une lettre aux
maires du Québec pour simplement leur rappeler sa position dans le
débat. Je pense qu'une telle intervention du ministre Roberts, qui n'est
pas coutumière du côté fédéral, dans le cadre
précis de sa lettre avait simplement pour but de rendre justice aux
citoyens du Québec, de rendre justice aux maires du Québec de
même qu'aux unions du Québec. Je ne pense pas qu'une telle lettre
puisse faire preuve d'ingérence au niveau de la compétence
exclusive du Québec dans les affaires municipales. (16 h 20)
Que disait la lettre du ministre Roberts? En fait, la lettre du ministre
Roberts établissait clairement la position du gouvernement d'Ottawa dans
le dossier. Vous me permettrez, M. le Président, de citer un passage de
cette lettre: "Comme vous le savez et comme le premier ministre Trudeau l'a
réitéré de façon formelle dans sa lettre du 11
août au premier ministre Lévesque, le gouvernement
fédéral reconnaît la compétence exclusive des
provinces en matière d'institutions municipales et nous entendons la
respecter." C'était dans le cadre des négociations pour une
entente à intervenir.
Un peu plus loin: "Le gouvernement fédéral est tout
à fait disposé à faire droit aux préoccupations
constitutionnelles du Québec en cette matière. Vous comprendrez
cependant que toute entente doit tenir compte de l'instabilité
financière du gouvernement fédéral au Parlement et
à ses commettants. Nos propositions prévoient donc un suivi
fédéral ou conjoint des projets ainsi que le versement direct de
la contribution fédérale aux municipalités, mais nos
propositions prévoient aussi que le ministère des Affaires
municipales du Québec soit saisi de toute demande que des
municipalités québécoises pourraient adresser à la
Commission de l'emploi et de l'immigration en même temps que celui-ci et
qu'il puisse exercer un droit de veto en ce qui concerne le choix des projets
de création d'emplois. Nous avons aussi proposé que le
ministère des Affaires municipales du Québec assure
lui-même la vérification financière des projets pour le
compte du gouvernement fédéral."
Donc, vous avez ici, grosso modo, le cadre dans lequel le gouvernement
fédéral est prêt à agir. Vous avez le cadre qui est
défini, où le respect de la compétence du Québec
est assuré dans ce cadre-là. Il y a évidemment le fait
qu'on pourrait reprocher - et le ministre en fait un point majeur -que le
gouvernement fédéral donne directement l'argent aux
municipalités, qu'il donne lui-même le chèque aux
municipalités. Ce n'est peut-être pas la meilleure modalité
qu'on pourrait trouver. Je peux être d'accord avec cela. On pourrait
trouver d'autres modalités dans l'entente où le Québec
pourrait lui-même verser la subvention, mais le fait de distribuer une
telle subvention
directement dans les mains des municipalités n'est pas une
attaque à la compétence du Québec.
J'ai parlé tantôt du cas intervenu dans les comtés
des Îles-de-la-Madeleine et de Bonaventure au niveau de la distribution
des subventions où, dans certains cas, la participation
fédérale n'était pas inscrite dans un tel projet. Je
pourrais mentionner un autre cas dans un domaine où des
municipalités sont également concernées, pas dans le
domaine d'un PAEC, cependant, mais dans le domaine, par exemple, de la
construction des HLM. On sait que dans la construction des HLM, il y a une
participation du gouvernement fédéral, une participation du
gouvernement provincial de même qu'une participation du gouvernement
municipal. Pas plus tard qu'il y a trois semaines ou un mois, dans le
comté de Laprairie que je représente - c'est un exemple bien
clair et bien patent que j'ai vécu moi-même - un HLM a
été construit, a été annoncé comme
étant en construction. La Société d'habitation du
Québec envoie une lettre pour indiquer que l'ouverture des soumissions
avait eu lieu à telle date, la signature du contrat, le 8 novembre 1983
et que les travaux devraient commencer vers le 9 novembre 1983. "La
cérémonie de la première pelletée de terre et celle
de l'inauguration officielle seront fixées à des dates
ultérieures, et nous vous préviendrons." Cela a été
envoyé à la municipalité.
Qu'est-il arrivé dans un tel cas? La première
pelletée de terre a eu lieu sans invitation ni à la
municipalité ni au député provincial, ni au
député fédéral. Deuxièmement, un tel projet
représente quand même au niveau de la répartition des
coûts et au niveau de l'investissement des montants d'argent. Le
coût est estimé à 410 143 $. Les subventions annuelles
estimées sont: la SCHL, pour le gouvernement fédéral, un
montant de 34 943 $; la SHQ, pour le gouvernement provincial, 13 885 $ sur les
35 années du projet. Cela représente pour le gouvernement
fédéral un investissement de 1 223 005 $ et pour le gouvernement
provincial, un investissement total de 485 975 $. Pour la ville de Laprairie,
dans le cas présent, c'est un investissement de 5425 $ annuellement.
Dans un tel cas, alors que le fédéral participe
globalement au projet, à la limite, pour 1 200 000 $ et le provincial
pour 485 000 000 $, nous avons droit à quoi? D'avoir à
l'extérieur, sur le site même, une belle pancarte bleue, assez
grande, avec l'inscription: Réalisation: Société
d'habitation du Québec, Guy Tardif, ministre. Rien pour le
fédéral, rien pour le municipal. Ce sont des situations de ce
genre qui amènent des difficultés d'entente, des ententes
annulées entre le fédéral et le provincial.
Une voix: C'est cela.
Une voix: À Jonquière, ils l'ont dit, hierl
M. Saintonge: Un autre exemple, M. le Président. On parle
de subventions discrétionnaires données aux municipalités.
Le ministre dit: On veut que tout le monde soit sur un même pied.
J'attends impatiemment, depuis trois semaines, une réponse à une
demande que j'ai présentée au ministère; on m'a dit que je
l'aurais incessamment. On a parlé du PRIME. J'attends impatiemment le
résultat des compilations des subventions données parmi les 50
000 000 $ pour le programme de la relance de l'emploi dans le cas du PRIME.
Je n'ai pas aujourd'hui, au moment de ce débat, les chiffres
globaux du PRIME mais je me souviens - ceux qui ont de la mémoire
doivent s'en souvenir - que j'ai posé une question dans cette Chambre au
mois de juin dernier, les 9 et 10 juin, suivant les informations pertinentes
que nous avions à ce moment-là. Les subventions données
dans le cadre du PRIME aux municipalités du Québec par le
ministère des Affaires municipales, cela s'échelonnait de quelle
façon? Il y a 122 comtés au Québec dont 43 comtés
libéraux; cela représente 35% des comtés aux
libéraux en juin dernier.
Au niveau des programmes qui avaient été attribués
aux municipalités, il y avait, à ce moment, 39 programmes dont 10
ont été accordés à des municipalités de
comtés libéraux, ce qui veut dire 25,6% des projets. Le plus
exceptionnel, c'est que le montant global d'argent accordé dans les 39
projets représentait un montant de 3 336 394 $. Dans les 10
comtés libéraux, cela représentait au total du montant
investi globalement, de 3 336 000 $, 614 812 $, soit un total de 18,4%. Les
comtés libéraux avaient eu droit, au début du PRIME, au 10
juin, à 25,6% des projets et à 18,4% des sommes d'argent
accordées à ces projets alors que les comtés
libéraux sont en proportion de 35% au niveau de l'ensemble du
Québec.
Ce sont de telles discrétions, de telles façons de
procéder qui amènent des difficultés dans la
répartition des sommes d'argent au niveau d'ententes et de subventions
à être données par les gouvernements, et principalement par
le gouvernement fédéral dans un tel cas.
Dans le cas d'une négociation ou d'une entente, il faut
être positif, il faut faire preuve de bonne foi et d'une certaine
sérénité pour continuer à négocier une telle
entente. Cependant, ce n'est pas toujours le cas. Le ministre Roberts, dans sa
lettre, déplorait justement le fait que malgré une entente de
principe intervenue entre les parties, le gouvernement provincial a quand
même, dans le cadre des négociations, fait certains
commentaires à l'extérieur. Entre autres, le 20 novembre dernier:
"Lévesque accuse le fédéral de chantage." Lévesque,
ce n'est pas le député de Bonaventure, c'est le premier ministre
et député de Taillon. Le premier ministre Lévesque s'en
est pris à toute la question en discussion à ce moment-là
au niveau des fonctionnaires fédéraux et provinciaux, au niveau
des comités ministériels occupés à tenter de
régler cette entente à la suite d'une rencontre qui avait eu lieu
entre le ministre Léonard et le ministre Roberts.
Le ministre des Affaires municipales, ne voulant pas demeurer en reste
face aux gestes du premier ministre, pas plus tard que le 24 novembre,
évidemment, par Telbec, dans les nouvelles, faisait certains
commentaires relativement à toute la question alors en
négociation entre le fédéral et le provincial quant aux
subventions accordées par le fédéral dans le cadre d'un
programme de relance de l'emploi. Tout cela dans le cadre de l'entente,
précisément au moment où on était en train de
négocier. (16 h 30)
On a eu une façon assez cavalière de traiter du sujet en
se référant au fait qu'il y avait de l'argent donné par le
gouvernement fédéral d'une façon discrétionnaire et
en disant au premier ministre Trudeau de s'occuper plutôt de ses
négociations de paix et de voir à ce que ses
députés puissent agir dans la paix avec les gens au Québec
et respecter les ordres constitutionnels. C'était simplement mettre de
l'huile sur le feu pour tenter de créer justement un climat de confusion
et d'amener une espèce de blocage des négociations.
Finalement, dans le cadre des négociations en cours avec le
fédéral, le ministre a parlé du programme temporaire de
création d'emplois mais également des programmes structurels qui
devront être négociés à ce moment-là.
Quant à la création d'emplois, c'est avec le ministre
Roberts, de l'Emploi et de l'Immigration, tandis que le ministre Johnston,
ministre d'État au développement économique, devra voir
effectivement à négocier certains programmes qui seront
disponibles pour les municipalités du Québec et pour l'ensemble
des institutions du Québec à l'intérieur d'ententes
éventuelles à être signées non pas
nécessairement par le ministre des Affaires municipales mais aussi par
d'autres ministres qui pourraient être concernés.
Ce que je retiens de ces programmes en discussion, de ces ententes qui
devront être conclues pour éventuellement permettre au
Québec de retirer des subventions du fédéral dans certains
cadres particuliers, c'est que les municipalités du Québec sont
touchées à plusieurs égards, d'une certaine façon
indirectement, par ces programmes. Certains programmes en place actuellement
peuvent être touchés par des subventions fédérales,
par exemple ceux relatifs aux aéroports municipaux qui
bénéficient de certaines subventions fédérales,
là où les municipalités qui administrent très bien
des aéroports qui sont la propriété du
fédéral, à la suite de subventions du
fédéral, sont propriétaires du terrain.
La même chose se produit dans certains cas où les
municipalités sont propriétaires et du terrain et de
l'aéroport. Semble-t-il que les subventions fédérales sont
accordées à ces municipalités pour le fonctionnement et le
service dans le domaine de l'aviation au Québec. Ce projet de loi 38
pourrait être tout à fait néfaste à ces ententes qui
sont déjà conclues et en vigueur.
Que penser également de toute entente sur les subventions
à donner à certains équipements, à certaines
infrastructures industrielles dans le cas d'autres programmes
fédéraux-provinciaux? Ces programmes pourraient être
affectés par l'adoption du projet de loi 38. Ce sont des choses que le
ministre des Affaires municipales devrait prendre en considération avant
de déposer un tel projet de loi pour adoption.
Quelle est donc l'attitude du ministre des Affaires municipales par le
projet de loi 38? On a vu la création des MRC, on parle d'un titre de
préfet des MRC. Le ministre des Affaires municipales voulait
également un titre de préfet de discipline à
l'égard des municipalités du Québec.
Pourtant, le ministre des Affaires municipales a mentionné au
cours de son intervention que les municipalités du Québec
étaient des partenaires majeurs avec le gouvernement du Québec et
pour l'ensemble des citoyens du Québec dans l'application des lois au
Québec et dans plusieurs domaines d'intervention. Malgré tout
cela, comment peut-on dire dans un même temps que les
municipalités sont des partenaires majeurs, sont même des agents
économiques importants pour la province et agir d'une façon aussi
cavalière, aussi dictatoriale avec ces municipalités et adopter
le projet de loi 38 qui a simplement pour fins de pénaliser les
municipalités du Québec?
C'est une attitude qu'on pourrait qualifier de plusieurs termes. Si vous
avez vu les communiqués dans les journaux, venant de certaines
municipalités, venant d'unions de municipalités et même de
certains éditorialistes ou de certains commentateurs de
l'actualité politique, on a parlé d'une attitude
méprisante, odieuse, discriminatoire, excessive, arbitraire,
discrétionnaire, inquisi-toriale, obsessive, totalitaire,
démesurée, et j'en passe. C'est cela le projet de loi 38 que le
ministre des Affaires municipales veut adopter. En fait, les villes sont
frustrées; elles sont en désarroi. Les termes du projet
de loi sont injustes et préjudiciables aux intérêts
légitimes des municipalités puisqu'il est clairement
établi - on le constate clairement - que le projet de loi 38
répond simplement à des impératifs politiques, dont
s'inspirent d'ailleurs plusieurs gestes du gouvernement du Québec
à l'égard du gouvernement central.
Des voix: ...
Le Vice-Président (M. Rancourt): S'il vous
plaîtl
M. Saintonge: M. le Président, je viens de donner certains
caractères du projet de loi, soit caractères odieux,
discriminatoire, excessif. Regardons de plus près le projet de loi 38.
Qu'en est-il du projet de loi 38? Quel est son contenu?
L'article 1 rétablit le principe qu'on retrouvait à
l'article 20 de la loi de 1974 sur le ministère des Affaires
intergouvernementales. L'article 2 stipule qu'"une municipalité qui, au
jugement du gouvernement, a bénéficié autrement que selon
l'article 1 d'une participation du gouvernement du Canada ou de l'un de ses
ministres ou organismes, directement ou indirectement et sous quelque forme que
ce soit, perd ainsi, conformément à l'article 4, le droit
d'exiger du gouvernement du Québec ou de l'un de ses ministres ou
organismes une taxe municipale ou une compensation en tenant lieu, une
subvention", etc. Donc, on vient pénaliser les municipalités d'un
certain montant. Mais de quelle façon c'est fait? Avec quelle
discrétion, quel arbitraire? Au jugement du gouvernement, directement ou
indirectement et sous quelque forme que ce soit. En fait, on ne peut pas
procéder d'une façon plus dictatoriale que celle-là. On ne
peut pas non plus tenter de repousser, d'une façon absolument excessive,
un partenaire en incluant de tels termes à un article de loi.
L'article 3 et l'article 7 sont au même effet. L'article 3 stipule
que "le gouvernement peut, à sa discrétion, constater par
décret...". L'article 7 est un bijou: "Malgré
l'inexigibilité..., le gouvernement peut, à sa discrétion,
décider de verser tout ou partie d'une telle somme et, s'il y a lieu, de
fixer le montant et les modalités du versement." Cela veut dire que, par
ce projet de loi, malgré l'inexigibilité d'une somme visée
à l'article 2, le ministre peut s'arroger, à sa
discrétion, le droit de dire: Oui, j'applique la sanction prévue
à tel montant ou au plein montant ou je ne l'applique pas. C'est
à sa discrétion de l'appliquer où il veut, quand il veut
et pour le montant qu'il veut. C'est exactement cela la discrétion
totalitaire. On reproche au gouvernement fédéral de venir, d'une
façon discrétionnaire, donner des subventions au Québec,
de tenter les municipalités à accepter certaines subventions que
le gouvernement fédéral pourrait leur offrir. On parle de
discrétion. C'est peut-être une discrétion, M. le ministre,
mais, ici, vous avez une discrétion absolue. Donc, vous agissez de la
même façon que celle que vous reprochez au fédéral,
d'une part, mais d'une façon beaucoup plus excessive.
Un autre élément du texte de loi vient modifier à
tel point l'article 20 de la Loi sur le ministère des Affaires
intergouvernementales qu'on dit maintenant qu'une commission, une corporation,
une communauté ou un organisme visé au premier ou au
deuxième alinéa est réputé avoir
négocié ou conclu une entente. Donc, à tel moment, on
change le fardeau de la preuve. On ne dit pas qu'on va le prouver, qu'on va
démontrer telle chose. On dit qu'à partir de tel moment où
le ministre exerce sa discrétion vous êtes réputé
avoir conclu une entente aux fins de vous avantager, directement, indirectement
ou sous quelque forme que ce soit, c'est-à-dire par n'importe quel
biais. C'est une façon absolument néfaste de brimer l'autonomie
des municipalités.
Une des conséquences du projet de loi 38 qui a été
fortement décriée, ce matin même, dans un communiqué
de l'Union des municipalités régionales de comté, c'est
justement que ce projet de loi vient, d'une certaine façon, mettre de
côté et rejeter du revers de la main les bienfaits que le ministre
accordait à sa réforme fiscale de 1979. C'est, en fin de compte,
une façon de venir pirater les bienfaits d'une telle réforme
fiscale. (16 h 40)
Qui plus est, d'une certaine façon, pour ajouter à
l'arrogance, à l'intransigeance et également à la
discrétion du ministre, le projet de loi 38 prévoit que les
municipalités jugées coupables d'avoir accepté une
subvention hors les cadres d'une entente seront pénalisées. Le
ministre ira chercher de l'argent au niveau des taxes, des "en lieu" de taxes
ou toute autre compensation due aux municipalités par le gouvernement
provincial. Ces montants seront placés dans un fonds que le gouvernement
du Québec administrera et qu'il pourra redistribuer aux
municipalités, mais à quelles municipalités? Celles qui ne
sont pas en faute. C'est donc dire que les municipalités qui auraient
accepté, même indirectement ou sous quelque forme que ce soit,
particulièrement pour elles... Leur implication pourrait être
minime ou nulle, mais à la discrétion du ministre, on
considérerait qu'elles sont impliquées dans un telle
décision d'un organisme sans but lucratif, par exemple, ces
municipalités seront pénalisées non seulement en se
faisant enlever un montant d'argent qu'elles devaient recevoir, mais d'une
deuxième façon, en ne participant pas à la distribution ou
à la redistribution d'un tel montant d'argent au
niveau de l'ensemble des municipalités du Québec. C'est
donc une double pénalité. Voici ma question, M. le ministre:
Pourquoi cet excès ou cette amende additionnelle? Quels critères
pourront maintement prévaloir à la distribution, selon les termes
mêmes du projet de loi 38 présenté par le ministre? Quels
seront les critères qui pourront permettre au ministre de distribuer de
tels montants contenus dans le fonds de récupération? Le projet
de loi ne mentionne aucun critère. Ce sera donc encore une fois d'une
façon arbitraire, discrétionnaire de la part du ministre des
Affaires municipales.
M. le Président, concernant le projet de loi 38, à
certains moments, le ministre a parlé de l'appui des
municipalités, des unions. À quoi? Cela semblait évident,
à son projet de loi. À l'entendre, il avait l'appui des unions et
des municipalités à son projet de loi. Pourtant, si je prends les
résolutions de l'Union des municipalités du Québec, une
première résolution datée du 25 février 1983
reconnaissant en fin de compte, dans les attendus, la compétence du
Québec en matière d'institutions municipales. L'Union des
municipalités respectait cette disposition de la constitution
canadienne, mais ce qu'elle dénonçait, c'est la situation
intolérable dans laquelle les municipalités sont placées,
selon qu'elles acceptent ou refusent ces fonds au nom de leurs citoyens, et les
conséquences injustes qu'elles peuvent encourir. L'Union des
municipalités priait également les instances
fédérales et provinciales de conclure dans les plus brefs
délais une entente afin de ne pas brimer les citoyens du Québec
de l'aide financière qui leur permettrait la réalisation de leurs
attentes.
Dans un tel cas, le 25 février 1983, l'Union des
municipalités du Québec, à la suite du problème qui
semblait se dessiner à l'égard des subventions
fédérales disponibles pour les municipalités, semblait
dire au gouvernement provincial et au gouvernement fédéral de
négocier de bonne foi et d'en arriver à une entente pour que les
citoyens du Québec reprennent la juste part de leurs impôts.
L'Union des municipalités du Québec a poussé plus
loin cette résolution et, en date du 27 août 1983, il y avait une
autre résolution qui disait que l'UMQ réaffirme sa position du 25
février 1983 - la résolution précédemment lue - en
ce sens que la règle constitutionnelle soit respectée et que les
deux gouvernements s'entendent pour que les municipalités ne soient pas
privées de fonds disponibles, que l'UMQ ne voit pas pourquoi, au moment
où des pourparlers pour éclaircir le climat s'entreprennent, le
gouvernement adopterait le projet de loi 38 qui risque d'assombrir le climat
actuel et que, pour atteindre ses objectifs, l'UMQ demande au gouvernement de
retirer son projet de loi 38. Voici ce que l'Union des municipalités
du
Québec demandait au ministre de façon claire et absolue:
le retrait du projet de loi 38.
Cette réaction de l'Union des municipalités était
également transmise dans le journal Urba du mois d'août 1983
où on mentionne: La loi 38, un dangereux précédent.
L'union a fortement réagi au projet de loi. Est-ce qu'on peut conclure
que l'UMQ appuie le ministre dans son projet de loi? Mais d'aucune
façon, c'est évident. Ce que l'Union des municipalités du
Québec veut, c'est que le ministre fasse des négociations de
bonne foi pour en venir à une entente positive pour permettre la
distribution des subventions au niveau des municipalités du
Québec dans le cadre d'une entente dûment signée.
À ce niveau, si l'Union des municipalités du Québec
a adopté une telle résolution, l'Union des municipalités
régionales de comté et les municipalités locales ont fait
la même chose, ont adopté une même résolution. Une
résolution demandant le retrait du projet de loi 38 a également
été adoptée par une assemblée des préfets
des MRC tenue en août dernier, de façon presque unanime. Une telle
résolution, sur le retrait immédiat de la loi 38, non seulement
les préfets des MRC l'ont-ils adoptée en assemblée, mais
plusieurs municipalités du Québec en ont aussi adopté. Je
n'ai pas le décompte exact ici de ces résolutions.
On m'assure du côté de l'Union des municipalités du
Québec qu'il y a un minimum de 600 résolutions qui ont
été reçues à cette fin. On parle même d'une
possibilité de jusqu'à 1000 résolutions. C'est une
compilation qui est en train de se faire. De toute façon, M. le
ministre, je suis sûr d'une chose: c'est que vis-à-vis de l'action
du gouvernement actuellement, vis-à-vis de l'action du ministre
actuellement de tenter de faire adopter cette loi en deuxième et
troisième lecture avant l'ajournement des fêtes, je suis convaincu
que les unions des municipalités du Québec, l'UMQ et l'UMRCQ, de
même que les diverses municipalités du Québec vous feront
à nouveau connaître leur façon de repousser une telle
attitude du ministre des Affaires municipales dans un tel dossier.
Le ministre, je dois le mentionner, semble tenter de tromper le public
d'une certaine façon en agissant comme il le fait, en mentionnant
ouvertement qu'il a l'appui des unions, des municipalités à ce
sujet. Je n'ai pas les textes mêmes de la résolution
adoptée en fin de semaine ou vendredi dernier par le Conseil des maires
de la rive sud, mais ce que je sais quand même, c'est que cette
résolution que le ministre nous a lue est une résolution qui ne
donne d'aucune façon, mais d'aucune façon d'appui au projet de
loi 38 du ministre. Je n'ai pas vu dans
les termes mêmes de cette résolution un appui de quelque
sorte que ce soit à un projet de loi aussi discrétionnaire que
celui que le ministre des Affaires municipales a introduit dans cette Chambre.
Plus que cela, je vous dirai, M. le Président, que j'ai parlé
à certains maires qui étaient présents à cette
Assemblée. Évidemment, les résolutions ont
été adoptées, mais pourquoi? Même l'Opposition
officielle, tout le monde est pour la vertu. Le respect d'un principe
établi par la constitution canadienne, le respect d'un principe
introduit dans une loi, la Loi sur les affaires intergouvernementales en 1974
et qui est réaffirmé à nouveau dans ce projet de loi, le
respect d'un tel principe va de soi. D'aucune façon nous n'en avons
contre un tel principe. Nous en avons contre ce que l'ensemble des
municipalités du Québec reproche au gouvernement et au ministre
des Affaires municipales: son attitude intransigeante, son attitude
fermée à cet égard.
La demande de retrait du projet de loi 38 par les municipalités
du Québec est tout à fait fondée. Comment peut-on penser
que les municipalités du Québec, qui doivent être des
agents économiques de premier plan pour le Québec, qui doivent
être des partenaires majeurs avec le ministère des Affaires
municipales, avec le gouvernement du Québec dans la relance
économique, dans l'établissement de certains dossiers, dans
l'avancement de certaines situations dans leurs propres milieux, comment
peut-on comprendre que ces municipalités du Québec se sentent en
état de continuer à collaborer d'une façon positive avec
le ministre des Affaires municipales qui fait preuve d'une aussi grande
intransigeance et qui, en fin de compte, ignore complètement, d'une
certaine façon, la responsabilité et l'autonomie des corporations
locales au Québec, des municipalités du Québec? (16 h
50)
C'est pourquoi, M. le Président, je peux vous dire que
l'Opposition, dans le cadre du débat sur ce projet de loi 38 et
considérant que nous aurons à voter en deuxième lecture
sur un tel projet de loi, un projet de loi qui, je répète,
d'aucune façon n'a pour but d'établir la compétence
exclusive du Québec en affaires municipales, mais qui a uniquement pour
but de pénaliser les municipalités, de pénaliser de
façon discrétionnaire, abusive et discriminatoire les
municipalités, votera contre un tel projet de loi et aussi souhaite
même, avant la fin de la deuxième lecture et avant même
l'arrivée en troisième lecture, que le ministre puisse finalement
entendre raison et retire un tel projet de loi qui restera, dans les annales du
Québec, en ce qui a trait aux municipalités du Québec, un
projet de loi inique, un projet de loi qui fera le deuil d'une certaine
façon d'une coopération qui pouvait exister et d'un climat de
confiance qui pouvait exister entre les milieux municipaux et le gouvernement
du Québec, principalement avec le ministre des Affaires municipales.
Merci, M. le Président.
Le Vice-Président (M. Rancourt): M. le
député de Groulx, adjoint parlementaire aux Affaires
municipales.
M. Élie Fallu
M. Fallu: La conclusion qu'il faut tirer c'est que la vertu ne
doit pas être récompensée et que le vice doit être
encouragé!
M. le Président, récemment je rencontrais un maire qui me
parlait d'une offre qu'il avait reçue de son député
fédéral de construire chez lui une aréna. Première
question: Où, quand, comment et à combien? 450 000 $, me dit-il.
Je dis: Pauvre vieux, tu te fais avoir, parce qu'ailleurs c'est 500 000 $,
ailleurs c'est 600 000 $, ailleurs c'est 700 000 $, ailleurs 800 000 $,
ailleurs c'est 1 200 000 $ et ailleurs c'est 1 600 000 $. C'est le principe
d'iniquité. La conversation continue et, dans les choses qui sont
à l'ordre du jour dans la pensée de chacun, nous nous mettons
à parler de l'école secondaire premier cycle qui manque justement
sur son territoire. Je lui dis: M. le maire, voilà la belle occasion.
Pourquoi ne construisez-vous pas l'école? Ce n'est pas mes affaires,
c'est à la commission scolaire à construire les écoles. Je
dis: Voilà, si c'est à la commission scolaire de construire les
écoles, vous venez de comprendre que ce n'est pas au gouvernement de
venir construire des arénas chez vous.
M. le Président, pourquoi une telle loi? C'est simple, c'est
parce que des individus qui s'appellent Veillette, dans un comté, Roy
dans un autre, Dubois dans un autre, qui s'appellent Fox, ici, Dupras ailleurs,
Comtois à gauche ou je ne sais trop comment - parce qu'on connaît
mal ces gens, on entend parler d'eux peut-être pour la première
fois par l'action illégale qu'ils posent maintenant -ont
décidé de contrevenir au principe de la constitution et de toutes
les lois et d'aller personnellement offrir - je ne dirais pas offrir de
l'argent - tel type de bâtiment financé à tel prix
qu'eux-mêmes proposent dans les municipalités, équipements
municipaux. Voilà pourquoi il nous faut faire une loi aujourd'hui, car
déjà pourtant la constitution était claire,
déjà la Loi sur les Affaires intergouvernementales était
claire et elle était respectée. Mais voilà qu'il y a des
gens pernicieux, des détourneurs de fonds publics, des "harceleurs" de
municipalités qui veulent faire en sorte que les gens ne respectent plus
les lois et encore moins la constitution.
C'est la première fois au Québec - on
n'a pas de nouvelle que cela se passe ailleurs au Canada, c'est une
opération québécoise -que ces gens harcèlent,
à titre individuel, les élus municipaux, élu par
élu, conseil municipal par conseil municipal, c'est de la
débauche fiscale.
De tout temps pourtant nous avons eu, comme province, à combattre
ces attitudes. Je me permettrai de rappeler - je remonterai peut-être un
peu loin à votre satisfaction, à la satisfaction de tout le
monde, mais je pense qu'il est important de le faire - ce qui s'est
passé au Québec et comment ce gouvernement a voulu constamment
empiéter dans le monde municipal. Je vais citer dès 1920,
l'époque des libéraux. Je commencerai en 1950 avec le premier
ministre Maurice Duplessis qui disait: "Nous estimons que les matières
de droit civil, de droit municipal et de droit scolaire devraient être
décidées en dernier ressort par une cour d'appel établie
par chaque province et dont les juges seraient nommés par chaque
province." La juridiction en ces matières était inscrite dans la
constitution et le premier ministre ne voulait que son respect.
Me Jean Lesage, premier ministre du Québec, à son tour,
dans un discours prononcé en Colombie britannique, et si vous me le
permettez, je vous le cite en anglais comme il a été
donné: "We wish to reassert here that by virtue of BNA Act, authority
concerning municipal administration is the exclusive jurisdiction of this
province." Done, juridiction exclusive de la province accordée par
l'Acte de l'Amérique du Nord britannique en ce qui a trait au monde
municipal.
En 1968, M. Jean-Jacques Bertrand, premier ministre du Québec -
et vous vous souvenez des circonstances, c'était l'époque
où on voulait créer un ministère des Affaires urbaines
à Ottawa - disait: "De quel phénomène sommes-nous
témoins actuellement, plus particulièrement depuis les derniers
mois? Nous sommes témoins - et je regrette d'avoir à le
déplorer - d'une attitude fédérale à la fois
arrogante et impérialiste. Le gouvernement du Canada a en effet
entrepris de s'immiscer dans un nombre étonnant de secteurs provinciaux
de façon directe ou indirecte." Je cite toujours, M. le
Président. Il s'agit du premier ministre Jean-Jacques Bertrand, en 1968:
"Qu'on pense seulement à son désir d'intervention accru dans le
développement régional, l'aménagement urbain, les valeurs
mobilières, la recherche scientifique, la radiotélévision
scolaire et les affaires culturelles." Et on peut continuer. La citation est
très longue. C'était le 4 novembre 1968 à la
conférence fédérale-provinciale à Ottawa.
En 1971, nouveau gouvernement, le gouvernement de M. Robert Bourassa qui
demandait que le rôle du gouvernement fédéral dans le
domaine des affaires municipales se limite à la participation
financière. Je cite d'ailleurs au texte: "Par suite de la
création au sein du gouvernement fédéral d'un
Département d'État aux affaires urbaines - vous vous souvenez de
ce fameux ministère de M. André Ouellet...
Une voix: Ah non!
M. Fallu: À ce propos, le premier ministre Robert Bourassa
disait: "La presque totalité des matières afférentes aux
problèmes urbains se situe dans l'aire de compétence exclusive
des provinces. Qu'il s'agisse d'habitation, de loisirs, d'équipement, de
services locaux, d'urbanisme ou d'aménagement du territoire, c'est
à nous qu'incombe la responsabilité constitutionnelle
d'intervenir. Le rôle du gouvernement fédéral dans ce
domaine doit être de limiter à des activités de financement
et il nous appartient dès lors d'assurer la coordination
nécessaire de l'activité des organismes publics ayant une
juridiction sur le territoire." Deux choses à remarquer: la
première, c'est qu'il accepte que le gouvernement fédéral
finance. La deuxième, c'est qu'il doit le financer selon certains
mécanismes.
Ceci dit, on sait néanmoins que le ministère des Affaires
urbaines continuait à piétiner les plates-bandes
québécoises et il s'est cru autorisé lors d'une rencontre
avec l'Union des municipalités du Québec au mois de septembre
1972 à leur redire, et je cite le texte de Florian Bernard dans la
Presse du 22 septembre 1972: "Concluant son discours sur le thème de la
juridiction du Québec en matière d'affaires municipales, le
premier ministre a déclaré que la seule intervention
fédérale qui sera tolérée sera celle d'une aide
financière." Nous réclamons la même chose encore
maintenant. "Nous n'avons aucune objection - et là, c'est une citation -
à ce qu'Ottawa nous fournisse des fonds, à la condition que ces
fonds soient dépensés en respectant la juridiction qui nous est
garantie par la constitution". (17 heures)
Le journal titrait: Bourassa prévient Ottawa de ne pas toucher au
domaine municipal. La constitution était là, les rappels
historiques étaient constants, M. Bourassa, comme premier ministre, en
1971, et maintenant, en 1972, répète. Il lui faut finalement, en
1974, devant l'offensive systématique du ministère des Affaires
urbaines à Ottawa, ici, à l'Assemblée nationale, faire
adopter une loi sur le financement dans le domaine municipal, la Loi sur le
ministère des Affaires intergouvernementales.
Vous me permettrez d'ailleurs, M. le Président, de resituer la
loi et de citer le passage qui nous intéresse. C'était le 24
décembre 1974 que l'Assemblée nationale
adoptait la Loi sur le ministère des Affaires
intergouvernementales. Je parle de l'article 20 qui prévoit que des
fonds fédéraux ne peuvent être versés directement
aux municipalités. On prévoit, par ailleurs, un certain nombre
d'exceptions dans le domaine des ports, notamment, et dans le domaine des
aéroports; évidemment, les "en lieu" de taxes payés, si
minimes soient-ils, hélas! par le gouvernement fédéral
directement aux municipalités pour les édifices
fédéraux situés sur leur territoire.
Il interdit donc... Et rappelons les circonstances, cela suivait
l'époque du gouvernement John Diefenbaker et le début du
gouvernement Pearson qui était entré massivement dans le monde
municipal par les fameux travaux d'hiver. C'étaient ces fonds que le
gouvernement du Québec, par le biais de M. Gérard D. Levesque,
ministre des Affaires intergouvernementales, voulait régulariser. Sauf
que cette loi ne prévoyait que l'obéissance civile. Elle
prévoyait, du seul fait de son décret, de son adoption par
l'Assemblée nationale et de sa ratification par le
lieutenant-gouverneur, que les citoyens, en l'occurrence les
municipalités, les élus municipaux, se conforment à la
loi. Une telle loi, en 1974, a eu des effets bénéfiques puisque
cela a amené, dès 1975, le gouvernement fédéral
à s'asseoir avec l'ensemble des ministres des Affaires municipales et
à signer de premières ententes qui se sont poursuivies au
demeurant jusqu'à l'automne 1980, ententes qui ont
fonctionné.
C'est dans ce cadre, d'ailleurs, que de nombreuses ententes dites
auxiliaires ont été signées par le gouvernement du
Québec. Vous me permettrez de rappeler que c'est en ce sens que le
ministre des Affaires municipales, le député de Labelle, a, comme
responsable de l'OPDQ pendant trois ans et demi, signé avec le
gouvernement fédéral pour 1 200 000 000 $ d'ententes auxiliaires
alors que pendant les six années qui ont précédé,
c'est-à-dire tout le gouvernement libéral de 1970 à 1976,
il ne s'en était signé que pour environ 450 000 000 $. Je veux
l'affirmer ici, devant cette Chambre, vous avez ici, en cette Chambre, le
meilleur négociateur dans l'histoire du Québec auprès du
gouvernement fédéral. Son record est donc de 1 300 000 000 $ ou
quelque chose comme cela.
Bref, c'est plus que le gouvernement fédéral ne serait
prêt à en signer sans doute avec le monde municipal, ici au
Québec, pour les dix ou les vingt prochaines années. Pour les
deux années à venir, si on divisait cela par deux, on serait de
bon compte.
Cette affirmation est reprise constamment. Après ce
harcèlement du gouvernement fédéral, des
députés fédéraux auprès des
municipalités, le 12 août 1983, donc il y a quatre mois, avait
lieu à Victoria la réunion de la Conférence des ministres
des Affaires municipales du Canada. Le communiqué officiel à la
fin des travaux rappelait ce problème d'ingérence dans le monde
municipal et demandait à nouveau aux élus fédéraux
de voir à créer une entente. Je cite le texte: "Une telle
participation financière d'Ottawa se ferait le plus sûrement par
le biais d'une entente qui fournirait le cadre à l'intérieur
duquel toutes les municipalités seraient assurées d'un traitement
équitable." Voilà ce qui est demandé.
Depuis maintenant deux ans - il faudrait refaire l'histoire
récente de ce débat chez nous et cela bien avant le
dépôt du projet de loi 38 - le débat est là
présent dans notre société. Il y a très peu de
contrevenants à la loi de 1974, M. le Président. Vraiment peu,
sauf qu'ils nous disent qu'ils n'ont pas l'intention, eux qui respectent la
loi, d'être pénalisés pour ceux qui ne l'ont pas
respectée. Qu'est-ce qu'ils nous disent à ce moment-là?
Ils n'ont pas l'intention que des gens reçoivent impunément des
fonds qui leur viendraient d'une façon anticonstitutionnelle et d'une
façon illégale, de surcroît, alors qu'ils auraient
respecté les lois du Québec et la constitution de leur pays.
Ils exigent donc de cette Assemblée que nous adoptions ce projet
de loi, d'une part pour arrêter cette saignée, pour que la loi
soit là pour protéger le monde municipal de ces hyènes qui
ne cherchent qu'une chose, une couverture politique et, en même temps,
pour freiner les ardeurs de gens en mal d'élection, surtout en mal de
défaite et non pas de réélection. Voilà le
problème réel. Ce que le monde municipal demande, c'est que ce
projet de loi soit adopté et que cette loi soit appliquée et dans
les plus brefs délais.
On nous accuse de ne pas être de bonne foi, M. le
Président. Là, j'hésite un peu à parler de ce
thème. J'ai dit à l'instant que nous avions un excellent
négociateur qui a fait ses preuves. Vais-je dire...
Une voix: Qui est-il? Nommez-le!
M. Fallu: Mais vous n'étiez pas en Chambre, M. le
député? C'est le député de Labelle. Vais-je dire
comment, à la veille de la négociation, à la veille de la
première rencontre, un ministre fédéral, celui justement
qui était chargé de la négociation pour son
côté, déclarait: "Ottawa n'entend pas céder d'un
seul pouce"? Voilà! c'est comme cela qu'on commençait la
négociation. Je m'excuse presque de vous avoir signalé ce
passage, M. le Président, puisque nous espérons que la
négociation réussisse.
Le monde municipal a connu une stabilité économique depuis
quelques années, depuis le pacte de la réforme de la
fiscalité
municipale, qui assure quelque 96% d'autonomie fiscale dans le monde
municipal. Le monde municipal au Québec est dans une situation tout
à fait particulière, non seulement au Canada mais dans le monde.
Devrais-je vous dire que, lorsque nos amis les Belges nous parlent d'autonomie
municipale, il faut savoir que, chez eux, ils n'ont de revenus autonomes que 5%
de leur budget, le reste leur venant par dotations.
Faut-il dire qu'en Ontario quelque 40% du budget des
municipalités leur vient par des dotations? Il n'y a que dans les
Länders, en Allemagne, où l'autonomie est substantielle,
c'est-à-dire dépassant 75%. (17 h 10)
La situation au Québec est unique et c'est un choix de
société que nous avons fait. Il y a d'autres
Québécois ou prétendus Québécois qui, au
moment où nous agissons ainsi, le gouvernement du Québec et les
municipalités, interviennent dans cette autonomie municipale pour briser
le cadre de références que nous nous sommes donné
collectivement et qui veulent constamment, par insinuation, par offre d'argent
qu'au demeurant ils n'ont peut-être pas... Il faudrait quand même
faire la somme globale de tout ce qui a été offert au
Québec pour constater que, parmi les 31 000 000 000 $ de déficit
qu'ils ont, ce serait peut-être 500 000 000 $ ou 1 000 000 000 $ de plus
qu'ils auraient s'ils devaient vraiment tenir leur parole. Bref, puisqu'ils
disent qu'ils ont de l'argent, ce n'est pas à eux de l'offrir
directement au monde municipal. Qu'ils viennent; il y a une table de
concertation; il y a des projets qui conviennent au monde municipal. Nous les
attendons et, comme disait déjà le gouvernement libéral de
1970 à 1976, l'argent est bienvenu, M. le Président.
Une voix: Très bien.
Le Vice-Président (M. Jolivet): M. le député
de Portneuf et whip de l'Opposition.
M. Michel Pagé
M. Pagé: Merci, M. le Président. Ceux qui ont le
privilège d'écouter nos débats, cet après-midi,
entendent le débat de deuxième lecture du projet de loi 38
présenté par le ministre des Affaires municipales, M.
Léonard, qui demande à cette Assemblée d'adopter le
principe du projet de loi qui a été déposé au mois
de juin dernier et qui a fait l'objet de déclarations, de
considérations et d'analyses par le gouvernement. À un moment
donné, on prévoyait que ledit projet de loi serait retiré
purement et simplement. Il y a quelques jours, le gouvernement
réaffirmait son intention que l'Assemblée nationale puisse, par
sa majorité, l'adopter. Qu'en est-il exactement? Pourquoi un tel projet
de loi? Quel est son contenu? Quels sont ses effets?
Il y a toute une situation de fait qui entoure la période qui a
précédé la présentation de ce projet de loi. Ceux
et celles qui nous écoutent sont probablement en droit de se demander la
raison des déclarations formulées par les membres du
gouvernement, mettant en relief le contentieux
fédéral-provincial, Ottawa-Québec, à l'égard
de versements de subventions, à l'égard de participation à
des programmes communautaires et plus spécifiquement à
l'égard de subventions versées à des municipalités,
à des cités et à des villes du Québec.
Cela a été, depuis quelques mois - il faut le confirmer;
il faut le constater - le chaos dans les déclarations à gauche et
à droite, tant du gouvernement du Parti québécois que du
gouvernement fédéral, des déclarations contradictoires,
des affrontements. Cela a été des sommations que le Québec
a formulées à l'égard du fédéral. Cela a
été aussi, il faut en convenir, des sommations de part et
d'autre, tant et si bien qu'aujourd'hui nous en sommes là à
étudier un projet de loi qui est dur, un projet de loi qui est
sévère, un projet de loi - c'est probablement une première
à l'Assemblée nationale - qui contient de telles dispositions, un
projet de loi qui veut régler le contentieux Ottawa-Québec
à l'égard de la participation des paliers de gouvernement
à des subventions pour des travaux municipaux.
On a parlé de juridiction. On a parlé de constitution. On
a parlé de juridiction exclusive. Ceux et celles qui nous
écoutent auront certainement retenu - c'est le cas -qu'en matière
d'affaires municipales, la juridiction est exclusive aux provinces. La
constitution canadienne stipule - la nouvelle a maintenu ce fait - qu'en
matière d'affaires municipales, la juridiction est exclusive aux
provinces, notamment le Québec, en ce qui nous concerne. Les
municipalités du Québec ne sont pas sous la tutelle, sous la
dépendance du gouvernement du Québec, mais elles sont des
créatures de la Législature du Parlement du Québec. C'est
donc dire que seul un gouvernement, seul le gouvernement de la province est
habilité à légiférer pour régler les
problèmes des municipalités. Cela a été non
seulement clairement énoncé dans la constitution de notre pays,
le Canada, mais cela a aussi été traduit par la coutume qui a
voulu que la Législature et l'Assemblée nationale du
Québec par la suite puissent exercer leur juridiction, avec une
responsabilité très importante dévolue au ministre en
titre, le ministre des Affaires municipales.
Or, il est apparu que les gouvernements qui ont la responsabilité
de percevoir des impôts dans les poches des citoyens et des citoyens
doivent redistribuer cet argent. Il
est apparu, il y a plusieurs années de cela, que tant le
gouvernement du Québec que le gouvernement fédéral se
devaient de redistribuer la richesse. C'est ainsi qu'Ottawa, dans cette
perspective de redistribution de la richesse... On pourrait longuement discuter
sur tout l'aspect de la péréquation, tout l'aspect de
l'importance pour le Québec d'être membre de la
fédération canadienne, mais on a eu l'occasion déjà
de discuter de ces questions, et j'espère que nous pourrons le faire
à nouveau.
En 1974, le gouvernement du Québec, le gouvernement
libéral, avec l'honorable député de Bonaventure, M.
Gérard D. Levesque, comme ministre des Affaires intergouvernementales, a
posé des gestes et des actes particuliers et bien précis qui
s'inscrivent dans cette démarche des relations Québec-Ottawa,
avec, comme objet, de redistribuer la richesse aux provinces et, plus
particulièrement, au Québec et, plus spécifiquement, aux
municipalités du Québec. On a référé,
à juste titre, à la loi adoptée en 1974 plus
particulièrement à la Loi sur le ministère des Affaires
intergouvernementales et à son article 20. C'est un article qu'on a
présenté, lorsque nous formions le gouvernement, qu'on a
adopté et c'est un article auquel on souscrit. Il dit: "Sauf dans la
mesure prévue expressément par la loi, aucune commission
scolaire, commission régionale, corporation municipale,
communauté urbaine ou communauté régionale ne peut, sous
peine de nullité, négocier ou conclure des ententes avec le
gouvernement du Canada, celui d'une autre province, un gouvernement
étranger ou un ministère ou un organisme de l'un de ces
gouvernements."
C'est donc dire que le ministère des Affaires
intergouvernementales a une responsabilité de premier plan en ce qui
concerne toute négociation ou toute relation entre le ministère
des Affaires municipales du Québec ou tout autre ministère et le
gouvernement fédéral. Ce principe de la juridiction du
Québec dans cette matière, non seulement on y souscrit, non
seulement on l'accepte, mais on accepte le principe et on conçoit, on
peut affirmer clairement, M. le Président, que le fait que nous ayons
des objections aussi nombreuses à l'égard du projet de loi 38 ne
met pas en cause, mais pas du tout, l'attachement aux valeurs qu'on a
écrites et qu'on a rédigées dans les lois qu'on a
adoptées lorsque nous étions le gouvernement. Cela ne met pas du
tout en cause le principe que le Québec doit avoir juridiction exclusive
en matière d'affaires municipales.
Il y a d'autres gestes qui ont été posés par le
gouvernement de l'époque. Dans cette perspective, dans cette
démarche de redistribuer la richesse, le ministre des Affaires
intergouvernementales de l'époque a fait son job. Il a rencontré
ses interlocuteurs fédéraux. Ils se sont assis; ils ont
discuté; ils ont négocié de bonne foi sous l'égide
d'une bonne et saine collaboration et non pas sous l'égide d'un
affrontement stérile, comme trop souvent on en a vécu ou connu
depuis que le gouvernement du Parti québécois est élu.
Cela s'explique, parce que ce gouvernement veut faire la preuve, veut tout
faire ce qui est humainement ou politiquement possible pour faire en sorte que
le Québec devienne indépendant. Ce gouvernement, ces
ténors qui allèguent aujourd'hui qu'ils ont négocié
de bonne foi, ce sont en même temps ces gens qui veulent mettre la hache
dans ce pays et qui veulent être indépendants au
Québec.
L'entente-cadre du développement pour le Québec a
été signée. La voici l'entente, c'est une brochure,
évidemment, qui reproduit les dispositions de cette entente. Elle a
été signée en 1974 par le gouvernement du Canada et le
gouvernement du Québec. En vertu de cette entente, le gouvernement du
Canada s'engageait, avec le gouvernement du Québec, à
dépenser des sommes importantes au Québec dans plusieurs secteurs
de notre activité, et cela a été productif. Le
député dont j'oublie le nom du comté, le dernier
intervenant, tout à l'heure, faisait référence à la
performance combien importante, combien significative du ministre des Affaires
municipales. Pauvre député! et pauvre ministre! parce que tout ce
que le ministre des Affaires municipales a eu à faire,
évidemment, au lendemain de cette entente-cadre, a été de
signer les ententes auxiliaires qui étaient inhérentes au
document original signé par le gouvernement libéral en 1974. (17
h 20)
Ces ententes auxiliaires, il y en a eu évidemment dans plusieurs
secteurs, et SIDBEC qui a été annoncé en 1974, cela a
été de 30 000 000 $. Ce furent les axes routiers prioritaires
avec 448 000 000 $, ce fut l'infrastructure industrielle en 1981, 137 000 000
$. Ce fut le développement forestier, 322 000 000 $. Ce furent le
développement minéral, avec 28 600 000 $, le développement
agricole avec 103 000 000 $, Donohue-Saint-Félicien, 50 000 000 $, dans
le Saguenay-Lac-Saint-Jean. Ce fut l'assainissement des eaux, 200 000 000 $, ce
fut le développement touristique, l'entente auxiliaire sur le tourisme
avec 76 000 000 $, ce furent les équipements publics, 34 876 000 $. Ce
furent les pâtes et papiers, le fameux programme de relance, qui va venir
sécuriser des milliers d'emplois au Québec dans un secteur aussi
important que les pâtes et papiers, secteur manufacturier. Le
règlement, la solution à ce problème de modernisation des
usines trouve son origine où, M. le Président?
Dans l'entente cadre qui a été signée
en 1974 à laquelle est venue s'ajouter une entente auxiliaire qui
a été parafée par le ministre responsable à
Québec sous l'égide et inspirée par l'entente cadre
à laquelle les deux paliers de gouvernement avaient souscrit et avaient
signé alors qu'il y avait des relations cordiales, alors qu'il y avait
de la bonne foi entre ces deux paliers de gouvernements. Ce fut l'usine
Donohue-Normick à Amos avec 42 500 000 $, etc. Tant et si bien
qu'aujourd'hui, on constate que le geste posé par le gouvernement du
Québec en 1974 a fait en sorte que 1 804 000 000 $ ont été
dépensés au Québec avec une participation du gouvernement
du Canada de plus de 1 010 000 000 $ et une participation du Québec de
795 000 000 $ ou à peu près. Qu'est-ce que c'est? C'est beaucoup
d'argent. C'est beaucoup de projets. C'est beaucoup d'emplois maintenus, mais
c'est le résultat d'une approche saine, d'une approche de bonne foi
entre deux paliers de gouvernement qui veulent s'asseoir ensemble comme des
adultes, négocier, échanger, analyser des dossiers, surtout
régler des dossiers pour que la richesse soit mieux redistribuée
et qu'on puisse avoir un meilleur rendement finalement sur les impôts
qu'on doit tous et toutes payer comme citoyens et comme citoyennes.
Il y a eu des programmes. Si on aborde plus spécifiquement les
affaires municipales, il y a eu le programme d'aide aux équipements
communautaires qui a connu un certain succès pendant une certaine
période. Cela a été signé en 1979. On se rappelle
que l'enveloppe budgétaire pour 1979 était de 47 000 000 $ ou
à peu près pour 500 projets. Cela a permis, cette entente entre
les deux paliers de gouvernement, de régler des problèmes qui
étaient fort épineux dans plusieurs des municipalités du
Québec où on a fait du bien finalement avec ces sommes qui ont
été investies. Le Québec avait sa juridiction. Le
Québec déterminait les modalités, la mise en oeuvre et le
contrôle se faisaient par Québec. Mais là les
problèmes ont commencé. Mon collègue de Laprairie faisait
référence tout à l'heure à l'utilisation des sommes
votées par les deux paliers de gouvernement et affectées aux
programmes d'aide aux équipements communautaires. Mon collègue
faisait référence tout à l'heure à la lettre de
l'honorable député de Bonaventure-Îles-de-la-Madeleine, M.
Bujold, qu'il adressait aux maires de son comté, à la suite d'une
parution ou un communiqué de presse de Mme la députée des
Îles-de-la-Madeleine. On y retient que le gouvernement du Québec,
entre autres par la voix de ses députés, n'avait pas
respecté les ententes parce que ces ententes prévoyaient
certaines modalités de confirmation de projets, d'annonces de projets,
etc.
Cela ne me surprend pas que le Québec ne respecte pas ses
ententes. Il n'a même pas respecté les ententes qu'il a
signées avec ses travailleurs et ses travailleuses. Il ne faut pas se
surprendre que ce gouvernement veuille jouer au petit patronage, à la
petite politique, à la petite partisanerie et bien souvent à des
petites mesquineries. Que dire de cet énoncé clairement
exprimé ici qui apparaît, à sa face même, comme
étant discutable, tout au moins, où, sur une somme d'argent aussi
importante, les Îles-de-la-Madeleine ont eu 255 000 $ et le comté
de Bonaventure, probablement parce que le comté de Bonaventure
était dans l'Opposition, quoique très bien
représenté par l'honorable député qui y
siège, a eu seulement 17 400 $. Ce sont des petits cas de patronage, des
petites mesquineries comme celles-là qui ont fait en sorte que les
relations se sont refroidies entre les deux paliers de gouvernement.
Je pourrais, évidemment, faire référence au cas des
habitations à loyer modique. On sait qu'une habitation à loyer
modique pour personnes âgées notamment comme pour les familles
à faible revenu... C'est construit comment, c'est payé par qui?
L'argent vient d'où? Les habitations à loyer modique, d'où
je suis convaincu que certains téléspectateurs nous
écoutent ce soir, sont financées à 100% par un prêt
consenti par la Société canadienne d'hypothèques et de
logement. Le déficit est garanti, lui, à 60% par le gouvernement
fédéral, à 30% par le gouvernement du Québec et
à 10% par nos municipalités. Le gouvernement du Canada joue un
rôle dans la construction de ces établissements. J'ai vu de mes
propres yeux, dans mon propre comté, lors de l'inauguration d'un
immeuble, comment cela pouvait être devenu délicat et contentieux.
Le président de la Société d'habitation du Québec
est venu inaugurer l'immeuble et il ne fallait pas qu'il soit
photographié à côté du député
fédéral. Si tout ce beau monde, qui représentait
Québec, avait été capable de nicher le
député fédéral dans une garde-robe et le cacher
pendant quelques minutes, il l'aurait fait. Il ne fallait pas que le drapeau du
Canada soit aux abords de l'immeuble.
Probablement qu'il y a eu des excès de l'autre côté
aussi, j'en conviens. Mais tous ces petits tiraillages, ces coups de coude qui
se sont donnés entre les deux paliers de gouvernement ont fait en sorte
que finalement, qu'est-ce qui arrive? Cela ne marche pas. Le programme RELAIS
en est peut-être la preuve la plus éclatante. On sait que le
gouvernement fédéral a annoncé, à la fin de
l'année 1982 ou au début de l'année 1983, qu'il
prévoyait une dépense de 220 000 000 $ dans le cadre de ce
programme; 170 000 000 $ pour les entreprises, etc., mais 50 000 000 $
strictement affectés au monde municipal du Québec. C'est donc
dire que le gouvernement
du Canada s'engageait à verser 25 000 000 $ cette année
pour relancer l'emploi, pour régler des problèmes particuliers
dans des municipalités du Québec. M. le ministre des Affaires
intergouvernementales, M. Morin, M. le ministre de la Main-d'Oeuvre et de la
Sécurité du revenu - si ma mémoire est fidèle - M.
Marois, se sont assis avec Ottawa, ils ont négocié, ils se sont
entendus, ils étaient de bonne foi. Or, voilà que le ministre des
Affaires municipales, comme on peut le connaître, s'est impliqué
au dossier. Le "tiraillage" a commencé, la chicane a eu tôt fait
de s'installer dans les relations et, quelques jours ou quelques semaines
après, c'était l'annonce à grand déploiement par le
Québec que le volet municipal de RELAIS ne fonctionnerait pas. Qu'est-ce
que cela veut dire? Cela veut dire que 50 000 000 $ qui devaient être
dépensés ici, dont 25 000 000 $, par le fédéral, il
y a eu quand même 50 000 000 $ dépensés par le
Québec et ce sont 25 000 000 $ d'argent qu'on aurait pu aller chercher
à un autre palier de gouvernement et qu'on aurait pu
récupérer.
Qu'est-ce que cela a impliqué? Le gouvernement a annoncé
son PRIME et on a obtenu des réactions du fédéral. Le
fédéral a réagi en mettant à la disposition des
organismes du Québec des sommes dans le cadre de son programme RELAIS.
Le gouvernement du Parti québécois, évidemment, a
trouvé cela combien odieux. Il invoque toutes sortes de motifs: le fait
que des subventions sont versées à des arénas, que ces
arénas peut-être éventuellement deviendront sous la
juridiction des municipalités et passeront à des organismes
communautaires et que le bébé arrivera dans les bras des
municipalités. On verra, mais le projet de loi 38 a été
déposé.
C'est un projet de loi qui dit quoi? Mon collègue l'a très
bien expliqué tout à l'heure, mais il est intéressant d'y
revenir. C'est un projet de loi, somme toute, qui vient dire aux
municipalités: On vous défend de toucher soit directement soit
indirectement des sommes provenant du gouvernement fédéral.
Si c'était seulement cela, c'est peut-être avec beaucoup
d'intérêt et d'attention qu'on regarderait le projet de loi. Mais
quand on le lit et qu'on regarde l'article 3 où le gouvernement peut,
à sa discrétion, constater par décret qu'une
municipalité se trouve dans la situation d'avoir commis le
péché combien odieux d'aller chercher de l'argent d'Ottwa, il y a
un décret qui pourra être formulé par le gouvernement. Le
ministre des Affaires municipales n'aura qu'à transmettre le
décret à la municipalité et la municipalité sera
privée d'un revenu qu'elle aurait pu normalement recevoir du
gouvernement du Québec jusqu'à concurrence des montants
reçus par Ottawa. Là, le gouvernement pourra lever le
décret et dire: Vous savez, pour tel ou tel motif, soit parce que la
parité des deux montants est arrivée ou encore peut-être
parce qu'un député aura fait des pressions. J'imagine facilement
une municipalité du comté de Châteauguay, par exemple,
ayant été l'objet d'un décret, celle-ci est privée
des subventions auxquelles elle a droit de la part du ministre des Affaires
municipales, je vois facilement le député de Châteauguay
intervenir avec force auprès du ministre et dire: II faut que vous
leviez le décret dans mon comté. Car on sait que ces
députés du Parti québécois tenteront de se faire
élire pour eux-mêmes, aux prochaines élections
générales. Ils ne parleront pas du PQ, ils ne parleront pas de
leur chef évidemment, ils vont tenter de se faire élire comme
hommes et je vois facilement la démarche des députés,
venir insister avec beaucoup de chaleur, si je peux utiliser le terme,
auprès du ministre des Affaires municipales pour faire sauter le
décret dans leurs municipalités. (17 h 30)
Essentiellement, c'est quoi, ce projet de loi? C'est un projet de loi
qui est inutile, parce que, si on avait eu un gouvernement de bonne foi, un
gouvernement prêt à s'asseoir avec le gouvernement
fédéral, un gouvernement qui n'a pas comme objectif premier de
faire la preuve de l'incapacité de vivre avec Ottawa, de vivre dans la
fédération canadienne, si on n'avait pas un gouvernement
indépendantiste devant nous, des situations comme celle-là, on ne
les aurait pas vécues, parce que l'entente-cadre de 1974 et les ententes
auxiliaires qui ont suivi par la suite en témoignent. On a eu
malheureusement un gouvernement qui a comme objectif de faire
l'indépendance politique du Québec, de prendre tous les moyens,
qui recherche les affrontements, qui recherche les difficultés, qui
brasse cette sauce pour tenter de se justifier et justifier sa thèse.
C'est un projet de loi malheureux. C'est un projet de loi regrettable. C'est un
projet de loi où finalement ceux et celles qui sont perdants, ce sont
les citoyens et les citoyennes qui nous écoutent, qui paient avec leurs
impôts et qui perdent de l'argent et des projets qui pourraient
peut-être mieux servir à leur communauté et à leur
collectivité.
Je terminerai en vous disant que nous sommes heureux de l'intervention
de notre porte-parole, de tout son travail dans ce dossier. Il a fait allusion
au milieu municipal. Il a fait allusion à son contact étroit et
constant avec les municipalités du Québec. Je peux d'ores et
déjà vous assurer que plusieurs de nos collègues
interviendront. C'est un projet de loi qui nous préoccupe. C'est un
projet de loi qui est très dur. C'est un projet de loi qui est
inacceptable, quant à nous. Humainement et parlementairement,
tout ce qu'on pourra faire pour l'arrêter, on va le faire.
Le Vice-Président (M. Jolivet): M. le ministre du Loisir,
de la Chasse et de la Pêche.
M. Guy Chevrette
M. Chevrette: M. le Président, en tout premier lieu, si le
député de Portneuf se félicitait d'avoir conclu par
l'intermédiaire du ministre des Affaires intergouvemementales du temps
certaines ententes auxiliaires pour un montant de 350 000 000 $, vous
comprendrez que je ne peux passer sous silence le travail gigantesque,
fantastique et formidable qu'a fait le ministre péquiste des Affaires
municipales qui, lui, dans un temps beaucoup plus court que le gouvernement
libéral, a réussi à aller chercher 1 200 000 000 $ en
ententes auxiliaires. Imaginez-vous! À écouter le
député de Portneuf, parce que ce sont des péquistes, on
n'est rien allé chercher. On est allé chercher quatre fois ce que
vous êtes allés chercher au niveau des ententes auxiliaires, 1 200
000 000 $ contre 350 000 000 $, et on se bidonne, l'autre bord. Ils essaient de
se congratuler entre eux. Je comprends que vous n'ayez pas grand-chose à
faire. Vous êtes obligés de faire cela pour dire quelque chose sur
le projet de loi 38.
M. le Président, je vais vous parler un peu du projet de loi 38.
Que se passe-t-il présentement au Québec? Regardons un peu ce qui
se passe. Il y a des députés d'Ottawa, des députés
fédéraux qui se promènent. Par exemple, dans le
comté de Laporte, on propose, bien sûr, la construction d'une
arena de 600 000 000 $. Ils proposent cela ainsi.
Une voix: 600 000 $.
M. Chevrette: Excusez-moi, 600 000 $. Dans Johnson, à
Bromptonville, une aréna, 125 000 $. Je ne sais pas pourquoi c'est moins
à Bromptonville que dans le comté de Laporte à Greenfield
Park, mais il y a une différence de quelque 475 000 $ que je ne
comprends pas. Dans Longueuil, complexe sportif, 1 800 000 $. Oh, des gros
sous! Sur quels critères? Pourquoi? Je ne le sais pas. Un centre sportif
dans le comté de Maskinongé, un centre sportif là aussi;
pourtant, à Saint-Alexis-des-Monts, c'est seulement 150 000 $. Mais,
pour Longueuil, c'est 1 800 000 $. Vous comprendrez tantôt pourquoi je
vais les énumérer. À Saint-Adolphe-d'Howard, bien
sûr, pistes et sentiers, 106 000 $. Dans Arthabaska, terrain de balle, 15
700 $. Dans Berthier, Saint-Gabriel, un centre sportif, tout comme, si vous
regardez, le centre sportif de Longueuil. Dans Berthier, il y a le grand
frère fédéral et il y a le petit frère
libéral, 2 500 000 $ dans Berthier, à Saint-Gabriel-de-Brandon.
Qui va faire vivre cela tantôt? On s'en reparlera. Je pourrais continuer.
Dans Beauce-Sud, bien sûr, pour l'aménagement d'un stade couvert,
200 000 $, etc. Je pourrais continuer pendant vingt minutes avec ce type
d'exemples. Sans aucun critère, 1 000 000 $ à un endroit, 200 000
$ à l'autre, dans des milieux même plus pauvres que l'endroit
précédent, cela n'a pas d'importance. On va donner 1 800 000 $
dans un comté riche et 150 000 $ pour un même complexe sportif
dans un comté très pauvre. On ne tient pas compte de l'indice de
la richesse de la municipalité; pas du tout.
On se promène, on sème à tous les vents; 150 000 $
là, 200 000 $ là. On en distribue un peu partout dans le
décor, dans chacune des paroisses; on fait croire aux
bénévoles qu'on est prêt à leur donner 200 000 $
ici, 300 000 $ là, sans aucun critère. On distribue l'argent
d'une façon tout à fait inconsidérée, sans aucun
critère de base. On ne se soucie pas du tout de la capacité de
payer du citoyen, pas du tout. On fait de l'annonce, des photos, de grosses
poignées de main, mais on ne se demande pas si la municipalité,
si les citoyens de cette municipalité pourront absorber les coûts
de la différence. Non, tournez-vous vers le Québec, allez
chercher le reste parce que nous, politiquement, il faut annoncer de grosses
sommes d'argent parce que notre échéance électorale s'en
vient. Ce sont les motifs exclusifs, il n'y a pas de critère.
Est-ce qu'on se préoccupe de ce qui existe dans le milieu? On
promet des centres récréatifs alors qu'on en a dans les
mêmes villes. On a des gymnases qui sont occupés à 10%, 15%
et 20%. On a des arénas qui sont situées à peine à
15 milles l'une de l'autre, des arénas qui ont des problèmes
à boucler leur budget à cause des heures libres. Et on construit
une aréna tout près parce que c'est rentable politiquement, parce
qu'il y a une élection qui s'en vient. On se fout éperdument, par
exemple, de savoir qui va payer la note. Est-ce que les citoyens de cette
municipalité auront la capacité de payer? Est-ce que la
municipalité, lorsqu'elle héritera de ces complexes, pourra les
entretenir, payer le chauffage, l'éclairage de ces bâtisses? Non,
ce n'est pas grave.
Dans bien des cas, on fait même fi des pouvoirs municipaux, on
donne des subventions à des organismes dits à but non lucratif
pour construire des complexes sportifs ou des centres communautaires. On sait
très bien que tout cela n'a qu'une vie bien passagère; le
lendemain matin, tout flanche, les administrateurs démissionnent et la
municipalité hérite du beau complexe, du beau centre qu'elle est
obligée de subventionner. Dans bien des petites
municipalités, de 600, 700 âmes au maximum, dont les
budgets dépassent à peine 100 000 $, 150 000 $ ou 200 000 $, on
va leur remettre une belle bâtisse qui va leur coûter en
administration annuellement 35 000 $, 40 000 $, 50 000 $. C'est ce qui se passe
présentement. Aucun critère, aucune norme. Ce n'est pas grave, il
y aura des élections bientôt et il faut absolument montrer qu'on
est présent, montrer qu'on est visible. C'est exclusivement ce qui se
passe présentement du côté fédéral.
On ne se préoccupe absolument pas que certaines régions du
Québec soient complètement démunies en termes
d'équipement sportif et récréatif en particulier. C'est
surtout là-dessus que je veux parler. On ne se soucie pas qu'il y ait
des régions, des MRC qui n'ont même pas un arena. Il y a des MRC
qui ne comptent qu'une seule piscine et, dans bien des cas, aucune. Il y a des
MRC qui n'ont pas de gymnase. Mais ce n'est pas grave, on promet une piscine
à Greenfield Park, où il y a peut-être dix piscines. On
promet une autre arena à un endroit où il y a déjà
deux arénas.
Le ministère du Loisir, de la Chasse et de la Pêche du
Québec, par mandat gouvernemental, est à établir un plan
d'équipement national pour essayer de doter l'ensemble des MRC d'une
moyenne d'équipements. Tous les Québécois ont droit
à une accessibilité au loisir, tous les Québécois
ont également le droit d'être dotés d'un minimum
d'infrastructures de loisir et c'est dans cet esprit que le ministre des
Affaires municipales a proposé au fédéral de créer
quelque chose de commun pour essayer d'équilibrer les types
d'équipement, pour donner une chance égale,
l'accessibilité normale que le Gaspésien a le droit d'avoir tout
autant que Greenfield Park ou que d'autres endroits au Québec.
La proposition qui a été faite au fédéral
était de s'associer au Québec. S'ils veulent une pancarte avec
une feuille d'érable et un fleur de lis dessus, ce n'est pas grave,
l'important, c'est de dépenser les deniers du Québec, les deniers
des Québécois de la bonne façon. (17 h 40)
Ces sommes qui sont éparpillées sans aucun critère,
sans aucune norme, de façon tout à fait discrétionnaire,
on en paie 25% et on paie 25% du déficit accumulé en plus, qui
est de 33 000 000 000 $. Il me semble qu'on s'entendrait fort bien sur la
mesure, sur la grandeur de la pancarte, sur la visibilité de leur
feuille d'érable et s'il faut la. mettre à côté de
la fleur de lis, ce n'est pas grave, mais, de grâce, on ne peut pas
laisser dilapider les biens publics d'une façon aussi irrationnelle que
celle qui se fait présentement.
Avec une somme de 200 000 000 $ on pourrait doter le Québec, tout
au moins chaque territoire de MRC d'une moyenne d'équipements que l'on
retrouve à l'échelon du Québec. Mais non, on aime mieux
dilapider cela n'importe où dans le décor, d'une façon
tout à fait incohérente. Il y a même des maires de
municipalités qui se sont opposés à ce que certains
députés fédéraux débonnaires donnent de
l'argent à des corps intermédiaires sachant très bien
qu'après, ces bâtisses leur reviendraient et qu'il en
coûterait bien cher à la population de leur coin.
Et on parle du respect des juridictions, par exemple. Ah oui!
J'écoutais le député de Portneuf dire: La juridiction,
c'est exclusivement du provincial. C'est vrai, mais si on reconnaît cela
et si ce n'est que la visibilité que l'on recherche, qu'on arrête
de dépenser de l'argent de façon tout à fait
incohérente, tout à fait éparse, tout à fait
dénudée de critères de base indispensables.
Qu'est-ce qu'on fait dans nos programmes quand on accorde une subvention
pour un équipement de loisir? On tient compte de l'indice de richesse de
la municipalité. Plus il y a un effort fiscal fait par les citoyens
d'une municipalité, plus la subvention est grosse. Moins les
contribuables ont à débourser, moins il y a d'efforts faits, plus
la subvention est petite. Cela, c'est tenir compte du portefeuille du citoyen.
Ce n'est pas d'arriver avec une subvention de 2 500 000 $ à une place
pour un centre sportif et, dans un endroit un petit peu plus pauvre, 500 000 $
ou 300 000 $. On tient compte, on a des critères précis, c'est
normé. Les gens connaissent d'avance quel est le pourcentage de la
subvention parce que c'est à partir des données officielles de la
municipalité. Ce n'est pas donné d'une façon
discrétionnaire, d'une façon tout à fait
inconsidérée.
Je n'en reviens tout simplement pas de voir qu'on trouve ce projet de
loi dur, terrible. Je regardais le député de Portneuf qui avait
du mal à dissimuler même son sourire: Ce gouvernement
péquiste... Ce gouvernement péquiste, il a des objectifs
fondamentaux, c'est de doter l'ensemble du Québec, les citoyens du
Québec, où qu'ils soient, que ce soit en Abitibi, sur la
Côte-Nord, en Gaspésie ou certains coins pauvres de
Montréal qui ont le droit à des équipements de base dans
le domaine du loisir, qu'ils aient le droit, conformément à leur
effort fiscal, d'avoir un équipement. Pour ce faire, c'est notre argent
qui nous revient ici, s'il vous plaît! Ce n'est pas une quête que
l'on fait. On leur dit: L'argent que vous venez dépenser chez nous, vous
allez nous le donner pour qu'on puisse au moins rendre équitables nos
programmes. Vous allez permettre à l'ensemble des
Québécois d'avoir véritablement une chance égale
à l'accessibilité aux équipements de loisir.
C'est cela qu'on dit. Et si vous trouvez cela trop dur parce que vos
grands frères de la maison mère ont décidé d'y
aller de même dans un contexte électoral, partisan, aveugle,
inéquitable pour les citoyens du Québec, c'est ce qui arrive.
Mais, de grâce, l'aile un peu réformiste de la formation du Parti
libéral, l'aile qui a au moins un sentiment d'équilibre,
d'équité, faites-le savoir. Vous ne pouvez pas être pour
ces folies furieuses qui se passent; vous le savez très bien. Je n'en
nommerai pas parce que j'en respecte trop de votre côté pour le
faire, mais il y en a qui ne peuvent pas être pour un système
fédéral qui fonctionne comme il fonctionne présentement.
Nous sommes en train de suréquiper des régions. Nous sommes en
train de créer des déséquilibres qu'on ne sera jamais
capables de réparer. Nous sommes en train, par ces formules, de creuser
des fossés dans les budgets municipaux. Il y a des maires qui
s'accrochent encore par partisanerie et par couleur politique et. qui disent:
On va aller chercher l'argent. Nous autres aussi, on veut aller chercher
l'argent, mais on veut le dépenser d'une façon ordonnée
qui réponde aux besoins des citoyens et qui respecte des principes
fondamentaux d'équité, d'accessibilité, non seulement aux
loisirs, mais à d'autres programmes.
Des voix: Bravo!
M. Chevrette: M. le Président, il y a un autre aspect de
tout cela qui me révolte dans le secteur du loisir. Si le loisir existe
au Québec, partout ailleurs dans le monde, c'est grâce au
bénévolat. Des politiciens que je ne qualifierai point accrochent
un groupe de bénévoles, leur font miroiter des sommes assez
importantes, les font rêver à la construction d'un édifice
dans un petit village de 400 ou 500 âmes, à la construction de
centres sportifs à gros coûts, 500 000 $ et 600 000 $, mais ils ne
leur disent pas que, lorsque les 500 000 $ ou 600 000 $ seront versés,
il en coûtera peut-être, à ces mêmes citoyens
bénévoles, des surtaxes annuelles, pendant des années,
pendant des décennies. Cela n'est pas grave; on ne le leur dit pas. On
ne leur dit pas que nous, au Québec, essayons, dans un effort de
rationalisation...
Le ministre des Affaires municipales signait conjointement avec moi un
document sur la concertation scolaire et municipale, précisément
pour démontrer à la population et à ces
bénévoles qu'on ne pouvait pas se développer pour le
plaisir d'avoir des bâtisses, mais qu'on devait rationaliser
l'utilisation des équipements existants, qu'on devait utiliser les
édifices scolaires qui ont été payés par les
deniers et les taxes des Québécois, tout comme les
édifices municipaux ont été payés par leurs
impôts et par leurs taxes. On devait utiliser cela au maximum avant de
penser à construire des édifices supplémentaires qui
deviennent du suréquipement. On est même allé plus loin
dans la politique du livre blanc sur le loisir. On a dit qu'on ne devrait pas
bâtir des équipements qui existent déjà et qui sont
construits par le secteur privé. Cette fameuse formation libérale
qui nous parle souvent du secteur privé, lisez le livre blanc du
ministère du Loisir, de la Chasse et de la Pêche qui a
été adopté par le gouvernement. On veut coordonner, dans
chacun des milieux, l'utilisation de tous nos équipements scolaires,
municipaux et même privés. On ne doit pas viser un
suréquipement, mais on doit viser un équilibre par région,
un équilibre par région naturelle que sont les gouvernements
régionaux que nous avons formés.
Je suis convaincu que si chacun des conseils municipaux, si chacun des
maires du Québec réfléchissait un tant soit peu avant de
poser un geste, il verrait que l'objectif fondamental du projet de loi n'est
pas d'arrêter l'investissement. Au contraire, c'est d'aller en chercher
et s'ils veulent en donner plus, on est capable d'en prendre plus, mais on va
le dépenser d'une façon rationnelle pour permettre à
l'ensemble des Québécois, où qu'ils soient, d'avoir le
droit à une piscine, d'avoir le droit à une palestre, d'avoir le
droit à une aréna, d'avoir le droit à un terrain de tennis
sur un territoire de 30 ou 35 milles, d'avoir le droit à un terrain de
balle éclairé. Mais non! 2 800 000 $ pour certains centres
communautaires alors qu'il y a des gymnases doubles inoccupés, jamais
utilisés ou à peu près jamais. Il n'y a pas de protocole
entre la municipalité et les commissions scolaires. C'est cela qu'on
vise. Le ministre des Affaires municipales et moi-même avons même
publié un guide de l'intermunicipalisation dans le domaine du loisir. On
est prêt, M. le Président - on va l'offrir aux libéraux
d'en face - on va leur dire qu'on est prêts, nous du gouvernement actuel,
à aller chercher tous leurs millions. Si c'est la visibilité
qu'ils veulent, on va l'écrire partout qu'ils ont donné tant mais
on va faire bénéficier les Québécois cependant de
ces montants conformément à leurs aspirations, à leur
désir et à leur droitlégitime, et non pas
exclusivement pour une visibilité politique qui crée tout
simplement de l'inéquité sociale.
Je m'oppose carrément à cela, et si je suis autant
agressif vis-à-vis de la situation, c'est parce que, quotidiennement, je
vis des demandes de petits milieux pauvres qui n'ont pas connu cette manne des
libéraux fédéraux qui se promènent et qui donnent
des 100 000 $ ici, des 150 000 $ là. C'est souvent par des 10 000 $, 15
000 $, 20 000 $ ou 30 000 $ qu'on pourrait rendre heureuses de petites
populations locales, si c'était coordonné par un gouvernement
qui
aurait la responsabilité, dont la juridiction n'est même
pas contestée par le premier ministre fédéral
lui-même, et, vous autres, vous allez vous faire les complices d'une
telle situation! Parmi les libéraux les plus brillants de l'autre
côté, neuf ont déjà voté contre quelque chose
et le reste pour. Faites-leur donc ce coup cette fois-ci. Votez donc pour nous
un peu pour faire comprendre qu'on y va avec quelque chose de rationnel, de
cohérent, d'humain et d'équitable. Merci.
Des voix: Bravo!
Le Vice-Président (M. Jolivet): Mme la
députée de L'Acadie.
Mme Lavoie-Roux: M. le Président, j'aimerais demander la
suspension du débat. Il reste huit minutes.
Le Vice-Président (M. Jolivet): Cette motion est-elle
adoptée? M. le leader adjoint du gouvernement.
M. Boucher: M. le Président, compte tenu de l'heure, je
pense qu'on peut suspendre nos travaux jusqu'à 20 heures.
Le Vice-Président (M. Jolivet): Cette motion est
adoptée. La Chambre suspend donc ses travaux jusqu'à 20
heures.
(Suspension de la séance à 17 h 50)
(Reprise de la séance à 20 h 03)
Le Vice-Président (M. Rancourt): À l'ordre, s'il
vous plaît! Veuillez prendre place. M. le leader parlementaire du
gouvernement.
M. Bertrand: M. le Président, au moment de nous quitter
pour les agapes fraternelles de l'heure du soir, je pense que c'est Mme la
députée de L'Acadie qui se préparait à nous livrer
une causerie. Nous sommes disposés à l'entendre à ce
moment-ci.
Le Vice-Président (M. Rancourt):
Reprise de la deuxième lecture du projet de loi 38, Loi sur la
participation gouvernementale au financement des municipalités.
Effectivement, Mme la députée de L'Acadie, vous avez droit de
parole.
Mme Thérèse Lavoie-Roux
Mme Lavoie-Roux: M. le Président, au risque de
décevoir le leader du gouvernement, je ne vous livrerai pas une
causerie, mais je vais essayer, dans les quelques minutes qui me sont
allouées, de cerner le mieux possible les points qui, à notre
avis, nous semblent litigieux dans le projet de loi 38, pour ne pas dire
l'ensemble du projet de loi 38.
Le ministre des Affaires municipales nous présente un projet de
loi qui a pour objectif, si on fait référence aux notes
explicatives, d'une part, d'affirmer la compétence constitutionnelle
exclusive du Québec sur les institutions municipales; comme
deuxième objectif, de viser à une saine gestion des fonds de
l'administration publique, et j'ajouterais peut-être pas un
troisième objectif, mais la modalité prévue pour atteindre
ces deux premiers objectifs. Dans l'esprit du ministre, la meilleure
façon d'y arriver, c'est en y introduisant des pénalités
qui, nous le verrons tout à l'heure, se traduisent par la retenue de
montants qui seraient égaux aux subventions qui auraient
été versées par le gouvernement fédéral aux
municipalités.
Qu'en est-il du premier fondement de cette loi dans lequel le ministre
veut affirmer la compétence constitutionnelle exclusive du Québec
sur les institutions municipales? Si ce n'était que cela, je pense que
d'un côté et de l'autre de la Chambre, nous pourrions facilement
être d'accord, comme d'ailleurs l'ont indiqué mes collègues
de Laprairie et de Portneuf, avant le dîner.
C'est évident que les municipalités sont des
réalités politiques qui relèvent exclusivement de la
compétence du gouvernement provincial. Là-dessus, pas de
problème. Et on a, à bon droit, fait un rappel historique des
positions des différents gouvernements qui se sont succédé
- on est même remonté jusqu'à M. Taschereau - de M.
Taschereau, en passant par M. Lesage, M. Johnson, M. Bertrand, M. Bourassa et,
aujourd'hui, le gouvernement de M. Lévesque, à savoir que
toujours et en tout lieu on a fait valoir cette compétence exclusive du
Québec en ce qui a trait aux matières municipales.
Par contre, je pense que tous, ici, en Chambre et même du
côté ministériel, nous sommes d'accord pour dire - du moins
dans le système fédéral dans lequel nous vivons -que le
fédéral a un rôle à jouer en matière
économique. Un rôle de stimulateur de l'économie,
d'incitateur d'initiatives économiques et que, en outre, il a une
responsabilité de redistribution des richesses pour arriver au moins
à une certaine égalité entre les différentes
parties du pays. Dans ce sens, déjà dans le passé, le
gouvernement fédéral est intervenu pour apporter un appui
financier dans des projets municipaux.
Comment se fait-il que, à ce moment-là, on n'ait pas eu
besoin d'avoir recours à une loi comme la loi 38 qui est devant nous?
Ceci est assez simple, c'est qu'il a été prévu, dès
1974 et même avant, mais en particulier ceci a été mis dans
une loi et cette loi fut adoptée par le ministre des
Affaires intergouvernementales du temps, notre collègue de
Bonaventure, le chef de l'Opposition, en 1974. Dans cette loi sont
prévues des ententes intergouvernementales et il y est dit qu'aucune
commission municipale, communauté urbaine ou communauté
régionale ne peut, sous peine de nullité, négocier ou
conclure des ententes avec le gouvernement du Canada. Ceci, je pense, indiquait
d'une façon fort précise et sans ambiguïté, que le
Québec voulait statuer sur la compétence du Québec en
matière municipale. Dans cette même loi, il était
prévu que, pour pouvoir quand même permettre au gouvernement
fédéral de participer à l'effort ou d'accorder son appui
financier à des projets ou autrement, de participer à cette
redistribution de la richesse ou stimuler l'économie, on pouvait,
à partir d'ententes intergouvernementales négociées et
dûment signées, permettre aux municipalités de
bénéficier d'appuis financiers de la part du gouvernement
fédéral.
Aujourd'hui, ceci semble impossible. M. le Président, et je dois
vous avouer que je ne sais pas qui exactement a suscité le
problème. Qui est venu le premier? Est-ce que ce sont les initiatives
des députés fédéraux après qu'on a connu
l'échec de RELAIS dans le sens que le gouvernement du Québec
actuel n'a pas voulu y participer pour des raisons dans lesquelles je
n'entrerai pas? Toujours est-il que nous nous trouvons aujourd'hui dans une
situation où le gouvernement fédéral, par l'initiative de
ses députés au Québec, accorde à des
municipalités des subventions, mais celles-ci, au moment où nous
nous parlons, ne sont pas agréées par le gouvernement du
Québec. Ceci veut-il dire que le gouvernement fédéral
n'est plus prêt à signer ou à négocier des ententes
dans le même cadre ou dans un cadre similaire à celui qui avait
été établi en 1974 et à partir duquel un grand
nombre d'ententes ou d'ententes annexes auxquelles mon collègue de
Portneuf a fait allusion ont pu voir le jour au profit de l'ensemble des
citoyens?
À entendre parler le gouvernement, qui doit recourir au projet de
loi 38 que les unions des municipalités régionales et les
municipalités locales ont qualifié de démesuré - ce
n'est pas l'Opposition qui parle - on peut se demander s'il y a vraiment une
possibilité de s'entendre avec le gouvernement fédéral
là-dessus et de recourir de nouveau à des ententes
négociées. Les gens du côté ministériel et le
ministre délégué à l'Aménagement ont
sûrement en main - et ils l'ont sûrement eu avant nous - cette
lettre de M. Roberts, qui est ministre de l'Emploi et de l'Immigration, et
à laquelle le ministre a fait allusion tout à l'heure,
plutôt en le blâmant, en disant que ceci était un acte
d'ingérence quasi insupportable - je ne le cite pas au texte, car je ne
voudrais pas déformer ses mots -d'agir par-dessus la tête du
gouvernement du Québec et d'écrire directement aux
municipalités.
Ce qu'il faut bien comprendre, selon les informations que nous avons,
c'est que les municipalités n'étaient même pas au courant
que des rencontres ultérieures avaient eu lieu entre les
représentants du ministère de l'Aménagement et ceux du
fédéral et que tout le monde, dans les municipalités,
s'imaginait qu'on était véritablement devant un cul-de-sac. Mais
que dit cette lettre de M. Roberts? Y a-t-il là-dedans des
éléments possibles de négociation ou enfin d'entente
à venir?
Dans toute la correspondance que nous avons, et à laquelle tout
le monde a fait allusion ici, que ce soit les lettres du premier ministre, M.
Trudeau, ou les lettres du ministre de l'Emploi et de l'Immigration, on
retrouve, de la part du fédéral, cette reconnaissance de la
compétence exclusive des provinces en matière d'institutions
municipales et qu'il entend la respecter. Là-dessus, il semble que tout
le monde s'entende.
Un peu plus loin, dans la même lettre, le point de vue que le
gouvernement fédéral fait valoir est celui-ci: "Nous sommes tout
à fait disposés à faire droit aux préoccupations
constitutionnelles du Québec en cette matière; vous comprendrez
cependant que toute entente doit aussi tenir compte de i'imputabilité
financière du gouvernement fédéral au Parlement et
à ses commettants." Dans ce sens, sur ce point particulier, je pense
qu'il est vrai qu'il y a une imputabilité du gouvernement
fédéral et il doit savoir où va l'argent qu'il met
à la disposition des provinces. Je pense qu'on ne peut pas lui faire
reproche de ce côté. "Nos propositions prévoient donc un
suivi fédéral ou conjoint des projets ainsi que le versement
direct de la contribution fédérale aux municipalités. Il y
a peut-être là un point d'accrochage dont les modalités
pourraient être discutées, mais nos propositions prévoient
aussi - et c'est ce qui me paraît important, ce qui me semble être
la disposition des ententes antérieures ou de l'entente-cadre qui avait
été déterminée en 1974 - que le ministère
des Affaires municipales du Québec soit saisi de toute demande que des
municipalités québécoises pourraient adresser à la
Commission de l'emploi et de l'immigration en même temps que celui-ci et
qu'il puisse exercer un droit de veto en ce qui concerne le choix des projets
de création d'emplois."
Une entente qui prévoirait que toutes les demandes soient
soumises à Québec et que Québec puisse exercer un droit de
veto pour permettre une coordination des travaux ou une coordination des
projets, afin qu'il n'y en ait pas une multiplication comme celle à
laquelle faisait allusion, tout à l'heure, le ministre du Loisir,
de la Chasse et de la Pêche, je pense qu'on y trouverait une
réponse adéquate aux problèmes.
Nous avons aussi proposé que le ministre des Affaires municipales
du Québec assure lui-même la vérification financière
des projets pour le compte du gouvernement fédéral. Il me semble
qu'on trouve là - et c'est signé par le ministre Roberts de la
Commission de l'emploi et de l'immigration -les éléments d'une
entente qui pourrait fort bien respecter la compétence du Québec
en matière d'affaires municipales. On peut se demander à ce
moment-ci, alors que le ministre a en main cette lettre contenant toutes les
dispositions que je viens d'énumérer, comment il se fait qu'on se
retrouve encore à discuter du projet de loi 38 qui prévoit
justement d'agir d'une façon différente, d'agir d'une
façon beaucoup plus autoritaire, d'une façon qui va mener, je
pense, à la confrontation entre les deux gouvernements...
M. Léonard: Le fédéral fait du trottoir,
madame, par les chambres de commerce.
Le Vice-Président (M. Rancourt): S'il vous plaît'.
S'il vous plaîtl
Une voix: ...de se réveiller.
Le Vice-Président (M. Rancourt): S'il vous
plaît!
Mme Lavoie-Roux: J'ignore si le fédéral fait du
trottoir ou pas mais...
Le Vice-Président (M. Rancourt): S'il vous plaît:
Mme la députée.
Une voix: La caméra est fermée.
Une voix: Demandez donc au ministre de...
Le Vice-Président (M. Rancourt): S'il vous plaîtl
Mme la députée de L'Acadie, vous avez droit de parole.
Une voix: C'est incroyable, quelle impolitessel
Mme Lavoie-Roux: M. le Président, c'est vrai que je ne
connaissais pas le ministre de l'Environnement... des Affaires municipales -
pardon, je m'excuse - sous cette image. Il se peut fort bien - je n'ai pas
contredit là-dessus le député de Joliette ou le ministre
du Loisir, de la Chasse et de la Pêche - c'est même très
certain que des projets qui ont été réalisés ne
l'ont pas été de la façon la plus rationnelle; qu'ils
n'ont pas été placés dans un ensemble de priorités
ou que des priorités n'ont pas été respectées.
Justement, ici vous trouvez dans les éléments de la
proposition de M. Roberts la possibilité de solutionner ce
problème d'une façon permettant la concertation et de travailler
ensemble plutôt que de permettre la confrontation.
J'aimerais que le ministre nous donne des explications là-dessus.
Pourquoi rejette-t-il cela du revers de la main? Il se réfère
à des exemples de trottoir. Si ceci permettait de corriger ces abus, je
pense qu'il faudrait l'étudier et non pas dire qu'il faut
nécessairement en arriver à une confrontation avec le
fédéral. Soit dit en passant, M. le Président, c'est une
réflexion que je me fais depuis quelque temps, j'ai l'impression - c'est
à la veille de devenir une certitude - qu'avec l'approche du
gouvernement du Parti québécois qui est devant nous, qui est
celle de toujours susciter la confrontation (je voudrais dire, entre
parenthèses, que je ne donne pas une absolution parfaite à
l'autre côté ou à l'autre ordre de gouvernement) il reste
qu'on a l'impression que le Québec recule au lieu d'avancer. Alors
qu'autrefois on pouvait trouver des solutions, maintenant on n'en trouve plus
et ce sont les citoyens qui doivent, finalement, écoper de ces
querelles.
Le deuxième objectif du projet de loi, c'est la saine gestion -
j'en ai parlé un peu - des fonds de l'administration publique.
J'entendais tout à l'heure le ministre du Loisir, de la Chasse et de la
Pêche nous faire une grande description des arénas qui ont
été construites à droite, des arénas qui ont
été construites à gauche - on va parler des trottoirs du
ministre - sans aucune planification, sans aucune ordonnance ou
établissement de priorités, et que s'ils avaient
été là, cela aurait été fait avec des
critères très précis. M. le Président - vous me
corrigerez si l'expression n'est pas tout à fait juste - il ne faut pas
parler de corde dans la maison d'un pendu. Quand je les entends, de l'autre
côté, nous dire qu'ils vont être des modèles dans
l'établissement des critères et qu'on a assisté, il y a
dix jours, à l'octroi de subventions à des établissements
comme les "sex bar", vous pourriez au moins être un peu plus humbles
quand vous parlez de votre sagesse, quant à l'établissement des
critères. (20 h 20)
M. le Président, il faut aussi dire que je les ai entendus
beaucoup parler de favoritisme ou d'électoralisme que les gens du
fédéral voulaient utiliser en donnant directement des
subventions; c'est fort possible. Mais, encore une fois, c'est voir la paille
dans l'oeil de son voisin et ne pas voir la poutre dans le sien. Si vous voulez
que je vous parle pendant quelque temps de la façon dont, par exemple,
vous établissez vos priorités, quand vous décidez de
construire un centre d'accueil, qui est le 32e en
priorité, pour un conseil régional de services sociaux et
de services de santé et que vous le faites passer en premier parce qu'il
est situé dans le comté de M. X, du côté
ministériel, ce n'est pas de l'électoralisme? ce n'est pas faire
de la petite politique? Si on veut des événements plus
récents, M. le Président, je pense que le premier ministre, pas
plus tard qu'il y a quelques jours, est allé dans le comté de
Mégantic-Compton et a bien avisé les citoyens de voter du bon
côté, sans cela...
Que dire de ceux qui sont allés se promener dans
Jonquière! parce que j'y étais. Tout à coup, on a promis
le CLSC, on a promis de finir la route 70. Enfin, M. le Président,
l'objet de mon intervention n'est pas cela, mais je pense qu'avant de crier et
d'accuser les autres, on pourrait peut-être s'examiner
soi-même.
Il est évident qu'il est urgent qu'on en arrive à une
entente négociée et dûment signée pour justement
éviter ce que l'Union des municipalités, je pense, a
appelé le saupoudrage de subventions versées à gauche et
à droite, sans normes ni critères, qui apparaît d'une
irrationalité navrante au sortir de la crise économique. Par
ailleurs, le gouvernement du Québec ne saurait répliquer à
la discrétion qu'exercent des députés
fédéraux en conférant par voie législative à
son ministre des Affaires municipales une autre discrétion qui lui
permettrait de faire la pluie et le beau temps dans les budgets municipaux.
M. le Président, je vais m'arrêter bientôt, je pense
que mon temps tire à sa fin. Quand on regarde les articles 3, 4 et 7
où le gouvernement peut, à sa discrétion, retirer des
subventions ou un appui financier, je pense que vous vous mettez absolument
dans la même situation que celle que vous critiquez à l'endroit du
fédéral.
M. le Président, en terminant, je veux simplement dire que je
crois qu'il y a, dans la lettre du ministre Roberts, des éléments
valables de solution et qu'avant de préciser une démarche qui
serait l'adoption du projet de loi 38 et de créer un climat de
confrontation, on devrait faire un effort pour se rasseoir et essayer de
continuer dans la même perspective où on a agi dans le
passé et établir des ententes dont les résultats seront
beaucoup plus constructifs pour l'ensemble des citoyens du Québec, ce
qui favorisera particulièrement l'administration des
municipalités d'une façon beaucoup plus adéquate. Merci,
M. le Président.
Des voix: Bravo!
Le Vice-Président (M. Ranctourt): M. le
député de Bellechasse.
Des voix: Bravo!
M. Claude Lachance
M. Lachance: Merci, M. le Président. Après avoir
entendu la députée de L'Acadie, je suis un peu
étonné qu'elle n'ait pas trouvé de réponse à
une des questions qu'elle se posait à savoir pourquoi il avait
été nécessaire de recourir à un projet de loi comme
le projet de loi 38. Je pense que la réponse est bien simple, c'est
qu'on n'avait pas le choix. On n'avait pas le choix parce que ce projet de loi
découle d'une insistance de plus en plus systématique des
députés fédéraux de s'ingérer dans les
affaires municipales par le biais de subventions discrétionnaires
versées directement aux municipalités. Ce n'est pas un
phénomène nouveau, parce qu'au cours des cinquante ou soixante
dernières années, il y a eu comme cela des tentatives
répétées à des époques plus ou moins
rapprochées.
Ce qui est nouveau, c'est la généralisation de ce
phénomène. C'est l'accentuation, c'est l'ampleur qu'on a bien
voulu y donner depuis deux ou trois ans en particulier. C'est aussi les sommes
considérables qui sont en cause et c'est devenu 100 000 $ à
droite, 200 000 $ à gauche et des fois 500 000 $ en arrière et 1
000 000 $ en avant. Il fallait réagir à cette intrusion dans un
champ de compétence laissé strictement aux provinces par la
constitution canadienne. On sait aussi que pour certaines personnes, l'argent
n'a pas d'odeur. À regarder de plus près l'utilisation qu'on fait
de ces sommes d'argent qui sont distribuées comme cela par les
députés fédéraux, on commence à se demander
si justement ces sommes n'auraient pas une odeur très suspecte. La
constitution canadienne, le British North America Act de 1867, dans son article
92, est très clair: Les municipalités relèvent des
provinces. C'est surprenant de constater qu'un gouvernement, le gouvernement
fédéral qui nous a rentré dans la gorge la constitution
avec le coup de force qu'on a connu ne respecte même pas cette
disposition qui a été incluse dans la constitution
canadienne.
Le gouvernement du Québec, il faut bien le dire clairement, ne
s'oppose pas à ce que les municipalités profitent des
impôts que les Québécois paient à Ottawa, mais
à la condition que cette aide financière du gouvernement
fédéral aux municipalités fasse l'objet explicite d'une
entente avec le gouvernement du Québec. Une telle entente
définirait un cadre qui serait respectueux des compétences
constitutionnelles de chaque gouvernement et cela éviterait que le
soutien financier fédéral serve de prétexte à une
ingérence directe dans les affaires municipales. C'est bien clair que ce
que les fédéraux cherchent, c'est la visibilité politique.
Soit, s'ils en veulent une visibilité, on va leur en donner. S'ils
veulent avoir des
panneaux avec des grosses lettres en caractères rouges d'un pied,
un pied et demi, pas de problème, mais à la condition que cela se
fasse de façon connue de tout le monde, selon des normes et avec des
ententes explicites.
Je me souviens, M. le Président, pour avoir été
maire pendant huit ans, avoir entendu les unions, l'Union des
municipalités du Québec, de congrès en congrès,
l'Union des conseils de comté, qui est devenue l'UMRCQ, aussi
annuellement revendiquer et répéter d'année en
année pendant 15 ou 20 ans des demandes au gouvernement du
Québec, pour qu'on fasse une réforme de la fiscalité
municipale. Eh bien, le gouvernement actuel a eu le courage de s'asseoir avec
les élus municipaux et de proposer une réforme en profondeur qui
a fait en sorte que, pour la seule année 1980, la première
année d'existence de la loi 57, Loi sur la fiscalité municipale,
il a donné 360 000 000 $ en transferts nets aux diverses
municipalités du Québec.
M. le Président, avant le 1er janvier 1980, date d'entrée
en vigueur de cette réforme de la fiscalité et surtout à
l'époque des gouvernements bleus et rouges, j'ai vu des
confrères, des collègues maires qui étaient obligés
de faire des pèlerinages à Québec pour aller faire une
petite courbette au ministre des Affaires municipales de l'époque et
dire un petit bonjour au député, à condition
évidemment qu'ils soient du bon bord, pour être capables d'avoir
les bonnes grâces en ce qui a trait aux retombées dans leur
municipalité.
Avec la réforme de la fiscalité municipale, les
municipalités n'ont plus besoin de faire de courbettes, c'est devenu
normé et cela veut dire que, peu importe que le conseil municipal soit
composé d'un maire et de conseillers qui soient rouges,
péquistes, Union Nationale, ou n'importe quoi, ils n'ont pas à
faire de courbette, le gouvernement du Québec est devenu un citoyen qui
paie ses taxes sur les édifices qu'il possède dans les
municipalités.
Je pose une question aux élus municipaux ce soir; pour en avoir
été un, cela me dit quelque chose. Est-ce que vous seriez
prêts à revenir à ce qu'on a connu à la
période d'avant la fiscalité municipale au Québec? Je
pense que poser la question c'est y répondre. (20 h 30)
Grosso modo, sans avoir scruté dans les moindres détails
ce que cela peut représenter dans un comté comme le mien
où il y a 34 municipalités, si c'était
discrétionnaire, ce que le gouvernement du Québec a
décidé de donner aux municipalités par la réforme
de la fiscalité, ce serait environ 800 000 $ à 1 000 000 $ par
année que le député pourrait - si on faisait ce que les
fédéraux font - distribuer comme cela à des petits amis,
à droite à gauche, comme bon leur semble, des subventions. Mais
non, on a décidé de procéder de la façon qui
s'imposait et je crois que nous n'avons pas à le regretter.
Cependant, si nous avons un canal, le canal normal du champ de
juridiction, ce canal doit passer par des ententes formelles avec le
gouvernement qui, selon la constitution, je le rappelle, est celui qui
possède la compétence au niveau municipal. Donc, la seule voie
conciliable avec le respect des compétences constitutionnelles du
Québec passe nécessairement par une entente formelle entre les
deux gouvernements.
M. le Président, ce n'est pas nouveau, cela existe, comme je le
disais, depuis la Confédération de 1867. Déjà, en
1920, à l'époque d'Alexandre Taschereau - on ne me dira pas que
c'est dernièrement - le premier ministre du Québec de
l'époque dénonçait les propositions
fédérales de subventions conditionnelles à l'habitation;
c'était il y a 63 ans. En 1950, M. Duplessis proposait, dans un
mémoire préliminaire, un nouveau partage des pouvoirs entre les
deux paliers de gouvernement. Comme vous le savez, M. Duplessis était un
champion de l'autonomie et je pense qu'il avait raison de vouloir conserver ce
respect des juridictions. Au cours des années 1960-1965, M. Lesage, lui
aussi, se disait jaloux du respect de cette juridiction des
municipalités qui appartient au Québec. Plus près de nous,
en 1968, M. Jean-Jacques Bertrand demandait le retrait du gouvernement
fédéral du secteur de l'aménagement urbain, et je le cite.
Il disait ceci, entre autres: "Le gouvernement du Canada a en effet entrepris
de s'immiscer dans un nombre étonnant de secteurs provinciaux de
façon directe ou indirecte."
J'arrive à quelqu'un que vous connaissez bien, mes chers amis de
l'Opposition, quelqu'un qu'on a hâte de voir à l'Assemblée
nationale. On a vraiment très hâte. C'est un dénommé
Robert Bourassa. En 1971, lors de la conférence des premiers
ministres...
Une voix: II se cache!
Une voix: II va faire comme...
Le Vice-Président (M. Rancourt): À l'ordre, s'il
vous plaît!
M. Lachance: ...de novembre 1971, M. Robert Bourassa demandait
que le rôle du gouvernement fédéral dans le domaine des
affaires municipales se limite à participer au financement. Un peu plus
loin, Mme la députée de L'Acadie y a fait allusion, mais
peut-être un peu timidement. Elle parlait de l'actuel chef parlementaire
du Parti libéral, le député de Bonaventure, M.
Gérard D. Levesque. Cela me rappelle un souvenir, parce que, maire
fraîchement élu - cela
faisait à peine un an - le 13 octobre 1974, ici même au
Centre municipal des congrès à Québec, j'étais tout
ouïe, tout oreilles et tout yeux, et j'avais bien hâte de voir ce
qu'il nous dirait, parce qu'il faut bien le dire, le chef parlementaire de
l'Opposition est quand même un type qui a de l'éloquence et,
lorsqu'il parle, c'est intéressant à entendre. Voici ce qu'il
disait et je pense que c'est bon de le rappeler. Il s'adressait aux maires
réunis au 32e congrès de l'Union des conseils de comté du
Québec et, évidemment, il réaffirmait la volonté du
Québec d'assumer intégralement ses responsabilités en
matière d'affaires municipales et urbaines. Il disait ceci et je le
cite: "Sur ce point, je souhaiterais qu'il n'y ait aucune équivoque
entre nous. Responsable en vertu de la constitution des questions municipales
et urbaines, le gouvernement du Québec entend assumer
intégralement ses responsabilités, mais il entend
également les assumer conjointement et de concert avec les institutions
municipales elles-mêmes."
Des voix: Bravo!
Une voix: II en a reperdu!
M. Lachance: Eh oui! C'était M. Gérard D. Levesque,
l'actuel chef parlementaire de l'Opposition. Le 24 décembre de la
même année - deux mois après - ici même à
l'Assemblée nationale, M. Levesque - Gérard D. toujours -
pilotait un projet de loi, Loi du ministère des Affaires
intergouvernementales et, à l'article 20, il interdisait aux
municipalités de négocier ou de conclure des ententes avec le
gouvernement du Canada, l'un de ses ministères ou l'un de ses organismes
- eh bien! - sous peine de nullité. Je pense que ce qui a
été fait à l'époque, il ne faut pas le renier
aujourd'hui. L'attitude des députés de l'Opposition me
déçoit, parce que, dans des circonstances comme celles-ci, on
devrait mettre de côté la partisanerie.
Des voix: C'est bien cela!
Une voix: On va se parler tantôt!
M. Lachance: Oui, M. le Président. Je crois que la
population du Québec vous saurait gré, messieurs et mesdames de
l'Opposition, de savoir mettre de côté votre partisanerie et ce
n'est certainement pas quelque chose qui serait de nature à vous
diminuer à leurs yeux mais, au contraire, à vous hausser.
Lorsqu'on parle de la mauvaise foi du gouvernement du Québec...
Le Vice-Président (M. Rancourt): S'il vous
plaît!
M. Lachance: ...j'ai des petites nouvelles pour vous. Je me
souviens de la fin d'un programme qui avait été très bien
accueilli par les maires et les élus municipaux, le programme d'aide aux
équipements communautaires, PAEC.
Des voix: Oui, PAEC.
M. Lachance: Ce fut une fin brutale, ce fut une décision
unilatérale d'Ottawa. Cela s'est passé, comme par
coïncidence, en novembre 1980. Je ne sais pas si ça vous dit
quelque chose, mais c'était à peu près six mois
après le référendum. Il y a de ces coïncidences dans
la vie qui sont parfois surprenantes. C'est ce qui nous amène finalement
à réagir. Je pense qu'on rend actuellement service au
gouvernement du Québec. Je ne suis pas partisan en le disant. On rend
service à ces gens qui aspirent, un jour, à faire partie du
gouvernement du Québec. Si, dans dix ou quinze ans, ils prennent le
pouvoir, ils seront très heureux qu'on ait adopté une loi comme
la loi 38.
Une voix: Je ne pense pas que cela arrive, il n'y a pas de
problème.
Une voix: Cela se mérite.
M. Lachance: De toute façon, il est toujours
intéressant de lire ce que la presse peut écrire...
Une voix: Parfois.
M. Lachance: Oui, parfois, mais c'est toujours
intéressant, en bien ou en mal. Quand c'est en bien, tant mieux. Dans le
Soleil du jeudi 23 juin 1983, sous la signature de Raymond Giroux, on lit:
"Léonard veut de l'ordre". Je vous cite rapidement un extrait parce que
je trouve que c'est pertinent: "Le ministre Jacques Léonard vient de
traduire, par un projet de loi court mais dentelé à point, les
conseils de prudence que lui-même et le premier ministre René
Lévesque ont lancés depuis plusieurs mois aux
municipalités du Québec: il n'est pas question pour elles
d'accepter de l'argent du fédéral. Le Québec ne lance pas,
par ce projet de loi qui devrait être sanctionné au cours de
l'automne, une nouvelle guerre de principe contre les autorités
fédérales, bien au contraire. Il est, en effet, clairement
établi que les provinces ont entière compétence sur le
palier municipal et la loi des affaires intergouvernementales adoptée en
1974 spécifie textuellement que les corporations municipales n'ont aucun
droit de négocier ou de conclure des ententes avec le gouvernement du
Canada."
Dans le Devoir de la même journée, le 23 juin 1983,
signé par Jean-Claude Leclerc, on lit: "Un bon coup de Léonard."
Je cite quelques extraits: "Le ministre des Affaires
municipales, M. Jacques Léonard, semble avoir enfin trouvé
une bonne façon de mettre un terme aux ravages du renard
fédéral dans les poulaillers municipaux. Désormais, si le
projet de loi 38 est adopté - j'ai des petites nouvelles pour vous
autres, les gens de l'Opposition, on est solidaires comme on ne l'a jamais
été et on va l'adopter, ce projet de loi, certainement, avant de
sortir d'ici...
Des voix: Bravo!
M. Lachance: ...une nouvelle péréquation va
remettre un peu d'équité, sinon de l'ordre, dans cette foire
nationale." Ce n'est pas un péquiste qui le dit; en tout cas, je ne
connais pas ses allégeances politiques. C'est le Devoir.
J'ai ici quelque chose de très intéressant. C'est une
copie de journal qui date de 1972, la Presse du 22 septembre 1972. C'est
très intéressant, écoutez bien cela, mes amis de
l'Opposition: Bourassa prévient Ottawa de ne pas toucher au domaine
municipal.
Des voix: Bravo, Bourassa! (20 h 40)
Une voix: Mme la députée de L'Acadie applaudit;
elle vient de changer de bord. Venez-vous-en'.
Le Vice-Président (M. Rancourt): S'il vous
plaît!
M. Lachance: Le nouveau, ancien et "renouveau" chef du Parti
libéral a déjà dit des choses intelligentes. Je cite ce
qu'il a déjà dit: "Nous n'avons aucune objection à ce
qu'Ottawa nous fournisse des fonds...
Une voix: C'est cela.
M. Lachance: ...à la condition que ces fonds soient
dépensés en respectant la juridiction qui nous est garantie par
la constitution."
Une voix: Bravo!
M. Lachance: Que c'est donc beau!
Une voix: Bourassa! C'est bien pour dire.
M. Lachance: M. Robert Bourassa.
Une voix: Des fois, il est pas pire.
M. Lachance: M. le Président...
Une voix: Mais il était jeune dans ce temps-là.
M. Lachance: Nous sommes prêts...
Le Vice-Président (M. Rancourt): S'il vous
plaîti
M. Lachance: Nous sommes prêts à ce que le
fédéral vienne pour remettre une partie de l'argent qui nous
appartient mais à la condition que cela s'harmonise avec des objectifs
de développement économique qui appartiennent au gouvernement du
Québec. Que cela ne se fasse pas à droite, à gauche, de
façon désordonnée comme cela se fait présentement.
Quand j'entends les députés fédéraux,
libéraux...
Une voix: Fédéraux.
M. Lachance: C'est un lapsus très significatif. Quand je
les entends dire que le gouvernement du Québec est de mauvaise foi, je
pense franchement que ce n'est pas sérieux. Au même moment
où les ministres Johnston et Roberts disent qu'ils sont prêts,
qu'ils sont ouverts - ils sont magnanimes -qu'ils sont prêts à
signer des ententes, pendant ce temps-là, les députés
fédéraux -les 74 que je ne qualifierai pas - se promènent
dans le décor avec des enveloppes et continuent à envoyer cela de
façon discrétionnaire pour une piscine, pour un trottoir...
Une voix: C'est le temps des fêtes.
M. Lachance: ...ce qui est fait par une corporation bidon
à but non lucratif pour une municipalité. Et, on vient nous faire
accroire que c'est de la mauvaise foi de la part du gouvernement du Parti
québécois.
M. le Président, le ministre des Affaires municipales a fait des
propositions à ses homologues au fédéral. Je pense qu'il
est bon qu'on les regarde brièvement. Il leur a dit: D'accord, vous avez
de l'argent; cela nous intéresse parce qu'on a des projets à vous
proposer dans des secteurs importants pour les municipalités:
l'assainissement des eaux, par exemple. Il y a encore beaucoup à faire
au Québec, ne serait-ce qu'avoir notre part, un peu comme l'Ontario a eu
la sienne dans l'implantation des réseaux d'aqueduc et d'égout.
J'ai des suggestions de municipalités dans mon comté qui
attendent, qui aimeraient que le gouvernement canadien s'implique dans des
ententes avec le gouvernement du Québec pour accélérer et
si possible pour diminuer leur fardeau.
Une voix: Lesquelles?
M. Lachance: Les municipalités de
Saint-Nérée, Saint-Luc, Sainte-Rose, Saint-Lazare, Saint-Gervais
attendent. On attend le fédéral mais d'une façon
ordonnée. Dans le secteur du loisir, le ministre du Loisir, de la Chasse
et de la Pêche y a fait allusion avant le souper de façon fort
éloquente; dans
un dernier secteur qui a été suggéré par
notre collègue, le ministre des Affaires municipales,
l'amélioration de la voirie municipale. Il y a encore beaucoup à
faire dans bien des comtés ruraux. On est ouvert mais de façon
ordonnée. En terminant...
Une voix: Pas déjà!
M. Lachance: ...je voudrais dire qu'on est d'accord pour l'argent
qui nous vient d'Ottawa, notre argent qui nous reviendrait mais non et un non
catégorique au discrétionnaire, à l'arbitraire dans la
façon de le distribuer. Merci, M. le Président.
Des voix: Bravo!
Le Vice-Président (M. Rancourt): M. le
député de Verdun.
M. Lucien Caron
M. Caron: M. le Président, moi aussi j'espère que
le leader du gouvernement va me donner la chance d'avoir mon tour.
Le Vice-Président (M. Rancourt): Vous avez droit de
parole, M. le député de Verdun.
M. Caron: On lui laisse la chance de parler même s'il
s'enfarge comme il l'a fait hier soir. Je lui demanderais de me laisser la
chance d'essayer de m'expliquer. Moi aussi, en tant que député et
maire, je pense que je peux rendre service aux gens d'en face. Je tiens
à vous dire que de notre côté aussi, on veut que les villes
du Québec aient leur part et c'est tout à fait normal. On sait
que le but du gouvernement au moment où il a déposé son
projet de loi 38, le 21 juin dernier, était d'arriver à une
entente avec le gouvernement d'Ottawa relativement à l'aide
financière accordée aux municipalités par le
fédéral.
Si le gouvernement du Québec est arrivé à cette
mesure de présenter un projet de loi, c'est en grande partie par le
non-respect des municipalités par le fédéral.
Une voix: C'est exact.
M. Caron: M. le Président, c'est vrai. Jusque-là,
on s'entend. Mais avec toutes les discussions qui ont cours depuis un an, nous
sommes à nous demander - moi, personnellement, si j'en suis un - si nous
sommes perdants. Je puis vous dire que mon député
fédéral pourrait obtenir 2 000 000 $ pour la municipalité
de Verdun.
Une voix: Est-ce que c'est vrai?
M. Caron: Je les refuse pour être conforme au respect de la
juridiction. Des voix: Bravo!
M. Caron: Cela dit, je pense qu'il est tout à fait normal
qu'on en sache plus long. Je pense qu'avec toutes les démarches qui sont
faites, d'un côté comme de l'autre, tant du gouvernement
fédéral que du gouvernement provincial, on en est venu au moment
où il devrait y avoir une rencontre en commission parlementaire. C'est
bien beau, les gens d'en face, ce que vous dites. C'est bien beau ce qu'Ottawa
dit, mais cela se fait par lettre, par correspondance, et, à un certain
moment, c'est fait par des fonctionnaires.
M. le Président, je demanderais au ministre des Affaires
municipales, s'il est réellement sincère - je le crois
sincère - de convoquer une commission parlementaire dans les jours qui
suivent pour que les membres de la commission parlementaire des affaires
municipales puissent voir les deux côtés de la médaille.
C'est tout à fait normal, surtout dans le contexte actuel. Vous l'avez
vu, mes amis d'en face, hier, ce que la population de deux comtés a dit.
Pourquoi? Les gens veulent travailler. Ils veulent gagner. Ils veulent avoir un
montant d'argent à la fin de la semaine. Combien de jeunes entre 19 et
30 ans ne travaillent pas? Si on avait cet argent, au Québec, on les
ferait travailler, M. le Président. Que l'argent vienne d'un bord ou
vienne de l'autre, ce qui compte, c'est que les gens travaillent.
Nous sommes ici, nous écoutons, nous lisons les journaux. Un
journal raconte d'une façon; un autre d'une autre façon. Je pense
qu'après un an d'attente, on pourrait avoir une commission parlementaire
et on verrait si les gens d'Ottawa sont réellement sincères ou si
ce sont les gens de Québec qui le sont. Enfin, après un an
d'attente, il est temps. On parle de relance. On parle de construction, de
rénovation des centre-ville. Le ministre en a parlé au
début de son exposé. Qui va payer pour cela? De quelle
façon? Comment va-t-on avoir cet argent? On est prêt. On parle de
relance. Quand va-t-on commencer? On est prêt. Il y a des
municipalités qui ont fait des études. Je représente une
municipalité et elle serait prête à mettre en chantier au
printemps. Si on continue à parler comme on le fait actuellement, on
reporte le mal encore d'un an.
C'est la même chose pour l'Union des municipalités. Elle
veut le respect, mais elle veut que les deux gouvernements s'entendent. Un
autre communiqué a été émis en date du 11
août 1983: On veut s'entendre. Cela se fait par correspondance. Cela se
fait par des fonctionnaires. Le ministre est occupé. Un ne veut pas
rencontrer l'autre.
Pour toutes ces raisons, il est tout à fait normal... Je vais
vous lire le passage
suivant: "L'Union des municipalités du Québec estime qu'il
s'agit là d'un moyen excessif ouvrant la voie à des actions
ministérielles discriminatoires. En outre, tout en appuyant le
Québec dans ses démarches visant à faire respecter la
pleine juridiction provinciale dans le domaine municipal, l'union croit que les
relations entre le gouvernement provincial et les municipalités
pourraient être sérieusement entachées par des mesures
aussi discriminatoires que celles mises de l'avant par le ministre des Affaires
municipales. (20 h 50)
M. le Président, il y a des municipalités qui,
déjà, comme Granby, La Tuque et d'autres, ont accepté des
subventions. Dans le projet de loi, le ministre ne dit pas non plus s'il est
prêt à laisser passer, compte tenu que cette année le taux
de chômage était extrêmement élevé... Je pense
que cela fait partie du "deal". Si le projet de loi était adopté
et que, pour une raison ou une autre, on décidait de voter pour - je ne
sais pas encore de quelle façon mon parti va voter concernant ce projet
de loi - je pense qu'il serait tout à fait normal qu'on le sache.
Combien y a-t-il d'assistés sociaux qui auraient pu travailler
dans des municipalités, même à de simples petits projets?
Je pense qu'il est temps d'être sérieux. Si le gouvernement
était sérieux, surtout avec ce qui s'est passé hier, je
pense - c'est la 18e élection partielle que le gouvernement perd -qu'il
est temps qu'il fasse son examen de conscience et qu'il se dise: II y a quelque
chose qui ne fonctionne pas. Les gens vous l'ont encore dit hier. Le maire
Dufour de Jonquière, qui est un maire, je pense, qui a la formation des
gens d'en face, a fait tous les efforts pour essayer de garder le comté
avec vous autres. Je pense qu'il est temps plus que jamais de montrer votre
sérieux et de dire: C'est vrai, on veut aider les jeunes. Combien de
fois - je me rappelle quand vous étiez scouts ici, au moment où
il y en avait six qui défendaient le Parti québécois - on
a dit qu'on était pour s'occuper des jeunes et des moins jeunes.
Imaginez-vous tous les jours ceux qui font du bureau de comté. Je suis
certain qu'il y en a chez vous qui font du bureau de comté. Je
remarquais hier qu'il y en avait qui n'avaient pas le sourire trop large, parce
qu'il y en a de ce côté qui travaillent aussi, comme chez vous, et
qui veulent garder leur comté. Imaginez-vous, mes amis d'en
arrière, si vous vous laissez faire... Certains de vos ministres
arrêtent d'être à l'écoute de la population. Les
municipalités ont besoin d'aide. Que l'argent vienne d'Ottawa ou de
Québec, il faut faire travailler les gens. Si on veut avoir une
réponse finale et claire, ayons une commission parlementaire.
M. le Président, pour ma part, si le ministre ne fait pas de
commission parle- mentaire, je déciderai alors de la façon que je
voterai. L'important, c'est de savoir la vérité et cela presse.
Il y a combien de millions de dollars. Ce sont nos taxes. On parlait de nos
taxes tout à l'heure. On les veut, nos taxes qui vont à Ottawa.
Il n'y a personne de ce côté-ci qui est contre cela. On est avec
vous autres plus que vous ne le pensez pour avoir des montants d'argent, pour
faire travailler notre monde et pour qu'on vive des années
décentes ici au Québec. Mais on veut savoir qui a la
vérité. Vous savez, dans votre gouvernement, vous avez tellement
la séparation dans l'esprit qu'on a des doutes. Pour clarifier les
doutes, ayons une commission parlementaire et ce sera la façon de voir
juste et de rendre justice à toutes les municipalités du
Québec. Merci, M. le Président.
Des voix: Bravo!
Le Vice-Président (M. Rancourt): M. le
député d'Abitibi-Ouest, ministre délégué
à l'Aménagement.
M. François Gendron
M. Gendron: M. le Président, je m'en voudrais de ne pas
commencer cette intervention en remerciant d'abord le député de
Verdun de sa participation aux échanges. Cela a été
très nourrissant, très éclairant, quand on connaît
sa vaste expérience dans le domaine municipal. Il a eu d'abord la
franchise de dire qu'il avait eu l'occasion de refuser 2 000 000 $ provenant du
gouvernement fédéral, pour respecter la juridiction du
Québec dans le domaine municipal.
Une voix: Bravo!
M. Gendron: Alors, bravo Lucien! Cependant, ce qu'il est
peut-être important de dire à cette Chambre et aux citoyens qui
nous écoutent, c'est qu'il est assez facile de refuser 2 000 000 $ quand
on en a accepté 9 000 000 $.
Des voix: Ah! Ah!
M. Gendron: Et je voudrais seulement faire un petit rappel pour
cadrer un peu plus l'intervention du député de Verdun. J'aimerais
bien croire à son expérience et croire à son beau
discours, ses beaux principes, aller voir en commission parlementaire ce qui se
passe. Cela ne règle rien. Il faut être plus sérieux que
cela. Ce qu'il y a sur la table, c'est un projet de loi dans lequel il y a des
principes. Ce que je voulais évoquer, c'est qu'uniquement en termes de
revenu de fiscalité, "d'en lieu" de taxes distribués par
Québec à la ville de Verdun, c'est au-delà de 9 000 000$
que le gouvernement du Québec a payés en 1982; tout
près
de 9 000 000 $ également en 1981 et 7 500 000 $ en 1980. Alors
que la contribution du gouvernement fédéral, c'était
zéro en 1982; en 1981, un petit montant de 50 000 $ pour une
municipalité importante comme Verdun, c'est ce que le
député nous dit, en tout cas, et 34 000 $ en 1980.
Je pense qu'il faut aborder ce débat avec beaucoup plus de
clarté et beaucoup plus de précision et faire valoir les
principes qui sont en cause. J'aimerais prendre quelques minutes,
effectivement, pour faire valoir quelques principes de la loi 38. Un des
premiers principes, je pense, qu'il est important de le rappeler, c'est si oui
ou non cette loi rappelle des positions historiques défendues par tous
les gouvernements du Québec. Il me semble que cela ne fait aucun doute.
On n'invente pas la roue avec la loi 38. On dit tout simplement: S'il y a un
domaine de juridiction qui a toujours été d'une clarté on
ne peut plus éclatante - je n'en dirais pas autant de la constitution,
du Canada Bill - c'est, il me semble, le domaine des affaires municipales. Il y
a une chose qui est très claire, très précise, c'est que,
de tout temps, le domaine municipal a été de juridiction
exclusive des provinces, du gouvernement du Québec en ce qui nous
concerne. Il me semble qu'un des principes de la loi 38 fait
référence effectivement à cette continuité, et
c'est important de le rappeler.
Un deuxième principe - je l'ai évoqué très
rapidement - c'est la question de la clarté de la juridiction. Cela ne
donne rien, je pense, de réciter à nouveau ce que mon
collègue a très bien fait et ce que d'autres collègues de
ce côté-ci de la Chambre vont faire tout au cours du débat,
mais c'est important pour le public de dire qu'encore là on n'innove pas
dans les principes de la loi 38 en disant que la juridiction dans le domaine
des affaires municipales, c'est une juridiction claire, exclusive, qui
appartient aux provinces au gouvernement du Québec.
Un troisième principe qu'il est peut-être bon de faire
valoir, c'est que cette loi arrive comme cela en coup de massue, sans aucun
avertissement. Je pense qu'on a agi, dans ce domaine, avec la prudence normale
qui nous guide, avec cette sagesse normale. Mon collègue des Affaires
municipales, en octobre 1982, ce n'est pas d'hier cela, prenait la peine
d'écrire à ses commettants, aux maires de l'ensemble des
municipalités du Québec, pour leur dire qu'on commençait
à trouver curieux les orientations du gouvernement fédéral
qui, quelques mois auparavant... Mme la députée de L'Acadie
mentionnait tantôt, que cette attitude est arrivée probablement
après notre désistement dans le programme RELAIS. C'est
complètement erroné. C'est complètement faux. Cette
attitude est présente depuis fort longtemps et bien avant la question du
programme RELAIS.
Rappelez-vous le programme PAEC. Quand M. le député de
Verdun nous fait un beau discours sur les bénéficiaires de l'aide
sociale, sur l'emploi, sur l'argent, sur les projets concrets que cela pourrait
débloquer, on est pour cela, mais c'est vraiment de la basse
démagogie de faire le discours là-dessus parce qu'il y en avait
un beau programme qui permettait tout ce que vous dites, M. le
député de Verdun. L'emploi et les bénéficiaires de
l'aide sociale qui auraient pu travailler... Dans PAEC, ça travaillait.
J'ai 54 municipalités, au cas où vous ne le sauriez pas, dans mon
comté. Je connais un peu le domaine municipal. J'ai été
moi-même conseiller pendant trois ans.
Lorsque le programme PAEC existait, je n'ai pas entendu beaucoup de
maires qui étaient contre ce programme. Ils comprenaient que quand un
gouvernement, avec un autre gouvernement, veut contribuer à la relance,
veut contribuer, effectivement, à utiliser des fonds publics d'une
façon rationnelle, d'une façon normale, mature, il y a des canaux
de prévus pour cela. Il y a des mécanismes qui sont prévus
pour cela. Un des mécanismes, c'était le programme PAEC, qui
marchait très bien. À un moment donné on se fait dire: II
n'y a plus d'argent. C'est tout à fait faux. On s'en fait parachuter,
mais de toutes les façons, de tous les bords, de tous les
côtés, de n'importe quelle manière, allant
complètement à l'encontre de nos objectifs et de nos
priorités.
Je suis moi aussi, M. le député de Verdun, pour du
développement, pour des gestes concrets, pour des projets concrets, mais
comme du monde, d'une façon ordonnée, d'une façon
orchestrée, d'une façon respectueuse, comme les élus le
souhaitent. Ce n'est pas cela qui se passe actuellement et c'est cela qu'on
veut contrer. C'est cela les principes du projet de loi 38. (21 heures)
Je vous le dis - je vous le dis comme je le pense, j'ai toujours
été comme cela en politique - quand on a lancé, le projet
de loi 38, en ce qui me concerne, j'espérais que ce soit suffisant pour
que le gouvernement fédéral se mette à la table, comprenne
nos objectifs historiques, comprenne qu'il était normal, logique et tout
à fait réglementaire d'avoir quelque chose de balisé, de
précis, de déterminé avant de se garrocher à tout
vent pour faire des dépenses dans le domaine municipal, alors qu'il sait
très bien lui-même - parce que c'est plus lui que nous qui
défend la constitution - qu'il est complètement dans un champ de
juridiction qui n'est pas le sien. Est-ce nous ou lui qui a dit qu'il n'y avait
plus d'argent à dépenser convenablement? Il en a beaucoup, mais
pas pour le dépenser convenablement. C'est ce à quoi on s'oppose
et c'est à ce genre de principe que le projet de loi fait
référence.
Je tiens à vous dire qu'il est important de rappeler les
principes et, quand mon collègue des Affaires municipales disait, il y a
au-delà d'un an: Vous devriez commencer à regarder cela
sérieusement, parce que nous ne pourrons pas endurer cela ad infinitum.
Sa première lettre était d'une politesse exemplaire, il disait
tout simplement: Ce ne sont pas les canaux normaux et nous aimerions que vous
commenciez à nous aider à mettre de la pression sur celui qui
brisait la règle de conduite historique du respect du domaine de la
juridiction municipale; ce n'est pas nous.
Parlons maintenant quelques minutes pour savoir ce que nous voulons, M.
le député de Verdun - parce que cela aussi est collé
à la réalité du projet de loi 38 - ce que nous voulons,
Mme la députée de L'Acadie? Nous allons le dire encore une fois
à l'Opposition ce que nous voulons en termes d'entente.
Je suis responsable, pour le gouvernement du Québec, de la
conduite des ententes, j'ai un paquet de dossiers que je pourrais reproduire.
Cela serait trop long, mais on va donner seulement quelques exemples. Ce que
nous voulons, c'est très simple - je vais juste le rappeler en trois
phrases - Nous disons: Le Québec possède l'expertise voulue en
matière de développement tout court. Selon nous, il n'y a donc
pas lieu de faire une duplication à tous les niveaux. La collaboration
du gouvernement fédéral aux initiatives de développement
retenues par Québec peut très bien s'effectuer dans le cadre
nouveau ou le cadre connu qu'on connaît qui s'appelle les
ententes-cadres. Cet après-midi, j'avais le malheur - je dis bien: le
malheur - tout en travaillant, d'essayer d'écouter le
député de Portneuf qui ergotait, comme d'habitude, qui disait
à peu près n'importe quoi: C'est parce qu'on est des
séparatistes, c'est parce qu'on n'a pas un esprit de collaboration.
Jamais n'a-t-on signé des ententes comme nous en avons signé. Je
pourrais faire tout le relevé avec les dates. Quand il parlait de
l'entente-cadre, en 1974, l'entente-cadre ne donnait pas 5 800 000 000 $. Je
pourrais rappeler tout cela, les ententes modifiées par notre
gouvernement dans le développement des transports, dans le
développement forestier, dans le développement agricole. C'est
toujours le même maudit gouvernement séparatiste avec les
mêmes objectifs. Nous nous entendions, nous avons fait un bon bout comme
cela et c'est tellement vrai que, dernièrement, nous étions
capables d'annoncer en cette Chambre que les soldes résiduels... Nous
avons tellement fait d'efforts - cela a pris du temps, là aussi je
pourrais tout vous rappeler; je le ferai tantôt dans une phrase -et
parfois cela prenait un an avant d'avoir une réponse à toutes les
lettres que j'ai envoyées à chacun de ces ministres, parce qu'ils
se les passent les uns à la suite des autres et, un an plus tard, le
dernier au bout de la ligne dit: Oui, je vais en reparler au premier. Je vous
donnerai un exemple précis sur la façon de fonctionner. Mais,
après un an et demi, nous sommes venus à bout d'attacher cela un
peu et, lors d'une rencontre avec M. Johnston, en compagnie de M. Parizeau et
M. Lalonde, le 21 octobre 1983, nous pouvions faire un rapport assez convenable
sur les soldes résiduels que nous avions réussi à liquider
pour - je l'ai dit tantôt -. une entente de 1 804 000 000 $.
M. le député de Verdun, si nous avons été
capables, pendant de nombreuses années - cela fait quand même sept
ans que nous sommes là - de nous entendre et de fonctionner, pourquoi,
tout à coup, ce ne serait plus possible? C'est le même
gouvernement de ce côté-ci; ce serait peut-être important
d'aller voir l'autre bord.
J'étais en train de vous expliquer ce qu'on veut comme entente.
Nous disons: Est-il besoin - j'ai rappelé cela à M. Johnston -de
vous rappeler, M. Johnston, que le Québec est beaucoup plus près
du milieu que peut l'être votre gouvernement - je parlais au gouvernement
fédéral - et ce n'est pas de faire injure que d'affirmer cela. Je
ne viens pas de dire une énormité, j'espère, je viens de
dire la réalité. J'ai dit: Vos préoccupations devraient
toucher - parce que je ne trouve pas qu'il s'en occupe trop - une population de
25 000 000 d'habitants répartis sur un immense territoire - imaginez,
ils nous appellent une région, le Québec. Dans leur langage, tout
le Québec c'est une région. Nous, on dit: Au moins c'est plus
qu'une région, nous ne sommes pas un gouvernement municipal, le
Québec, comme institution. Je lui ai dit: Vous ne pensez pas que le
Québec, de son côté, est plus en mesure d'être le
maître d'oeuvre de son développement, avec une population de 6 000
000 que nous connaissons bien et près de laquelle nous sommes. On est
placés dans un contexte plus réel des besoins de ces citoyens et
des moyens valables pour répondre effectivement à leur objectif
de développement et toutes choses utiles et nécessaires pour le
Québec. Et ils disaient que cela avait du bon aens. Ce sont les
principes que j'exposais. C'est important de vous dire cela. Que voulait-on?
C'était simple, ce qu'on voulait. On a vécu une entente-cadre de
développement qui a duré dix ans. Elle a bien marché.
Lui-même - je vous le citerai dans la lettre tantôt - a dit: On a
liquidé presque tout ce qui restait. Nous lui proposons - et c'est aussi
vrai dans le domaine municipal - un même cadre d'entente de
développement comme avant où le Québec est maître
d'oeuvre des projets. On comprend que le gouvernement fédéral
puisse contribuer au développement. Ce serait bien le bout du monde s'il
ne contribuait pas. On a la moitié de nos
impôts qui sont là. Il faut que cela nous revienne quelque
part, mais il faut que cela nous revienne dans un cadre qui respecte les
priorités du Québec, qui respecte la nécessité de
prendre nos virages, nos politiques et ce qui répond aux besoins des
citoyens du Québec.
Voulez-vous que je vous donne le cadre de la réponse, pas celle
qu'il m'a faite, parce qu'ils ne sont jamais capables de nous dire franchement
ce qui en est exactement, mais je connais le cadre de référence
de la nouvelle proposition d'entente-cadre. Je vais seulement vous lire
quelques paragraphes. J'appelle cela, M. le député de Verdun, ce
que l'on nous offre. J'ai exprimé ce que l'on veut et là, je vais
vous parler de ce qu'on nous offre. Vous allez voir les écarts.
Peut-être que vous allez comprendre après que ce n'est pas une
commission parlementaire qui va régler cela. Même si on allait en
commission parlementaire pour reprendre ce que je vous dis là, des
choses qui existent depuis un an et demi ou deux ans, on va s'échanger
la même information et ne rien régler. De temps en temps, il faut
agir et on est rendu là de notre côté de la Chambre, parce
que cela fait quand même un an et demi que mon collègue les
avertit de toutes les manières.
On s'est rencontré. On a discuté. On a
échangé et on a dit: C'est assez. Dorénavant, si vous
voulez contribuer, on est d'accord, mais vous allez le faire dans des cadres
définis, précis et balisés. Que nous offre-t-on? Je vous
le lis rapidement: "Le gouvernement du Canada propose une nouvelle
entente-cadre de planification par laquelle les deux gouvernements
établiraient conjointement leurs grandes orientations de
développement économique qui devraient se réaliser par la
prestation directe." Vous avez bien compris? Vous savez ce que cela veut dire,
la prestation directe? Même si je leur dis: Ce n'est pas sous votre
juridiction, ils vont nous répondre: Ce n'est pas notre problème
à nous. Si on veut y aller directement, il faut planter notre "flag",
parce que c'est cela, la guerre. Fondamentalement, c'est souvent une question
de drapeau. Ce n'est pas une question d'emplois et de
bénéficiaires de l'aide sociale, comme dans votre discours. Peu
importent les juridictions, cela prend un "flag" rouge. Là est le
problème de fond. "À cette fin, le gouvernement
fédéral réalisera lui-même - c'est clair,
lui-même - et paiera entièrement les projets qu'il prendra
à sa charge." Et là, je pourrais continuer, mais il me semble que
vous devriez en avoir assez. Savez-vous ce que cela veut dire?
Regardez la politique du ski. On a mis les fonctionnaires dans le coup.
Ils ont dit: On est d'accord là-dessus. Cela aurait du bon sens, d'avoir
une politique du ski pour les gros centres majeurs de ski au Québec. On
a travaillé à ce dossier pendant cinq ou six mois. Vous auriez
dû voir la binette de ces gens-là. Je parle des "fed". Quand on
les a rencontrés le 22 octobre, ils ont boudé une partie de la
rencontre, parce qu'on avait eu le malheur de rendre public ce qui était
notre responsabilité. Cela faisait deux ans qu'ils disaient: Sortez-la,
votre politique du ski. Dites-nous ce que vous voulez et à quelle
enseigne vous logez dans le domaine du ski. On l'a sortie, la politique du ski.
On a eu le malheur d'annoncer cela, mais tous les fils n'étaient pas
attachés, selon eux. Ce n'est pas cela du tout et là, on la
connaît, la réponse. On sait pourquoi cela ne marche pas avec eux
dans le ski actuellement. Ils disent: On va faire notre centre. Vous allez
faire le vôtre. Vous allez prendre la montagne. Nous, on va prendre le
bas ou l'inverse. Nous, on va prendre le haut et vous prendrez le bas.
Fait-on du développement de cette façon, M. le
député de Verdun? Il me semble que votre expérience
municipale vous a sûrement appris que ce n'est pas ainsi qu'on peut
fonctionner. Ce n'est pas parce qu'on veut refuser les montants d'argent qu'ils
doivent normalement offrir pour le développement du Québec, mais
on veut qu'ils le fassent dans un cadre défini. Par ces nouvelles
ententes qu'il nous propose, en déterminant lui-même les projets
qu'il entend mettre en oeuvre, le gouvernement fédéral pourra, en
vertu de ses pouvoirs généraux, intervenir directement dans la
plupart des secteurs de compétence provinciale, en plus d'établir
la priorité dans les actions de développement à
entreprendre. Les ententes serviront alors à obtenir l'accord des
provinces sur les projets que le gouvernement fédéral a
décidé de mettre en oeuvre et leur engagement pour la
réalisation de programmes provinciaux.
Ces interventions dans des domaines de compétence provinciale -
c'est ce qu'ils veulent - avec l'accord des provinces constitueront des
précédents qui détermineront progressivement un nouveau
partage des compétences constitutionnelles, alors que nous
réprouvons la constitution qu'ils défendent, eux, sur toutes les
tribunes. Mais au diable les discours, au diable la défense de la
constitution, quand c'est le temps, par exemple - tous les
députés fédéraux font cela - ils se
promènent dans le paysage et, indépendamment de leurs grands
discours sur la constitution, ils disent: Voici 100 000 $, voici 200 000 $,
voici 300 000 $. On leur répond: Oui, mais ce n'est pas conforme aux
priorités du milieu, ce n'est pas conforme aux orientations que
même des intervenants, parfois, ont planifiées par la concertation
ou toutes sortes de formules. Cela n'a pas d'importance, voici mes 300 000 $.
Si le Québec donne 200 000 $, là, on va y aller.
Ce n'est pas de cette façon qu'on va réussir à
développer le Québec, M. le député de Verdun, ce
n'est pas de cette façon qu'on doit fonctionner. Je pourrais continuer,
mais cela s'appelle comment, tout ce que je viens de vous lire? Une nouvelle
attitude qui ne vise qu'une chose: indépendamment des besoins,
indépendamment des priorités, nous voulons plus de
visibilité. Un point, à la ligne.
Dans quelque domaine que ce soit, que ce soit un champ de juridiction
exclusif ou un autre, on s'en contrefout. Ce sont ces objectifs qui sont
visés par le projet de loi 38; on ne peut pas y souscrire. On doit
être les seuls à être pris comme ça, parce qu'on
s'est fait dire que c'était parce qu'on était chiâleux,
qu'on cherchait la confrontation, qu'on ne voulait absolument pas s'entendre et
qu'on ne voulait rien savoir.
Puis-je vous dire, M. le député de Verdun, M. le
Président et les gens qui nous écoutent, après vous avoir
expliqué ce qu'ils veulent, ce qu'ils nous offrent comme entente, qu'on
a fait un petit sondage rapide? C'est le même "kit" qu'ils ont offert aux
autres provinces. J'ai fait un petit sondage rapide, par
téléphone; j'ai téléphoné à mes
homologues, comme vous dites, des autres provinces et je leur ai
demandé: Et puis, la nouvelle patente, d'abord, avez-vous réussi
à la comprendre? La plupart m'ont répondu: Non, parce qu'on n'est
venu à bout que tout dernièrement d'avoir un catéchisme
rouge - je ne me surprends pas de la couleur - et on a fini par avoir, dans le
catéchisme rouge, la proposition écrite. Cela fait huit mois
qu'ils en parlent, mais on l'a eue tout récemment.
Nous, comme par hasard, on l'a eue en octobre. Et nous sommes un
gouvernement séparatiste. Tous les autres l'ont eue il y a à peu
près huit mois, pas le texte, mais le baratin, le discours sur le
nouveau cadre proposé.
Quand j'ai appelé Terre-Neuve, la réponse a
été que seule la province de Terre-Neuve avait manifesté
clairement son refus de collaborer - elle, elle l'a fait par écrit,
c'est ce que cela veut dire et je vais revenir aux autres - avec le
gouvernement fédéral si ce dernier persistait à livrer de
façon unilatérale ses programmes. Et les autres? La moitié
ont dit: On ne comprend rien au nouveau cadre proposé. Celles qui ont
pensé avoir compris ont dit: On ne veut rien savoir. Aucune province,
à ce jour, n'a fait de proposition concrète sur le renouvellement
des ententes. Toutes les provinces avec lesquelles j'ai communiqué
affirment être favorables non pas à la lune, mais à la
reconduction des ententes telles que nous les connaissons.
Quelles sont les ententes que nous connaissons? Je peux l'expliquer
pendant quelques minutes, mais le temps file. C'est une entente normale par
laquelle on définit nos priorités, nos champs d'intervention. On
dit: Qu'est-ce que vous êtes prêts à donner? C'est que la
responsabilité du développement nous appartient, nous regarde,
elle est à nous. Ce n'est pas compliqué, ça; cela a
fonctionné pendant dix ans et cela s'appelle une entente-cadre.
Dans le domaine municipal, on n'exigeait rien d'autre. On a
essayé, on les a rencontrés.
Cela ne se peut pas qu'il ne me reste que deux minutes? En tout
cas...
Une voix: Consentement.
M. Gendron: Une minute ou deux, M. le député de
Verdun? J'aimerais bien vous parler...
Des voix: Consentement, consentement!
M. Gendron: ...d'une récente conclusion qui permettrait
aux citoyens et aux citoyennes du Québec de comprendre que ce n'est pas
parce qu'on est des séparatistes que cela se passe ainsi; les autres
provinces "tories", elles, ne sont pas séparatistes, et elles ont la
même attitude que nous sur le nouveau cadre proposé.
Je tiens à vous dire que le problème de fond est simple.
Qu'on essaie les négociations qu'on voudra, M. le député
de Verdun, tant qu'on n'aura pas dit oui à ce qu'eux-mêmes ne
comprennent pas, à ce qu'eux-mêmes ne sont pas en mesure de nous
expliquer, ce qui s'appelle le nouveau cadre d'entente proposé, c'est
tellement vrai - et ce sera ma conclusion pendant une minute ou deux
-aujourd'hui, non pas il y a quatre ans, mais aujourd'hui, c'est important de
parler des vieux, du passé, mais parfois il faut parler
d'actualité. J'essaie d'avoir un rapport entre autres sur trois
éléments...
Le ski, j'en ai parlé tantôt. Parlant de ski,
êtes-vous au courant que les fonctionnaires ont demandé au
ministre concerné s'il n'y avait pas moyen d'aller plus vite et de
donner des réponses précises? Je vais juste vous lire ce petit
bout. M. Lalonde aurait donné instruction - écoutez bien cela,
tout le monde connaît M. Lalonde - de reconsidérer tout ce dossier
dans la perspective des nouvelles ententes que le fédéral
voudrait négocier avec les provinces. Il a informé ses
commettants - toujours M. Lalonde - de tout mettre en suspens. M. Lumley, qui
est concerné par le ski, ne pourra pas vous répondre, M. Gendron,
avant plusieurs semaines, parce que M. Lalonde a parlé et qu'il a dit:
Tant que je n'aurai pas un accord sur le grand cadre que personne ne comprend,
dont aucune province ne veut, je ne veux rien savoir.
On en retourne une autre: Inter-Port. À Inter-Port, pour ceux qui
ne le savent pas,
ça fait deux ans qu'il reste un solde - je ne l'ai pas ici, je
l'aurais si j'avais plus de temps - résiduel. J'ai déjà
envoyé cinq ou six lettres où je dis: Vous m'avez dit, M.
Johnston, le 13 avril 1983, que vous ne vouliez pas qu'il reste de solde.
Y-a-t-il moyen d'accélérer pour Inter-Port? Voici la
réponse: Le ministre Lumley tarde à répondre à
Gendron même si le projet de lettre est prêt; ses fonctionnaires la
lui ont toute préparée et l'ont mise sur sa table de travail; ses
fonctionnaires sont prêts à prolonger l'entente. Au dire d'un
fonctionnaire que je ne peux pas nommer, M. Lumley ne peut envoyer cette lettre
à M. Gendron parce qu'il n'a pas obtenu le feu vert du comité
présidé par M. Johnston. Est-ce clair? C'est pour Inter-Port.
Les zones industrielles désuètes dans votre région,
dans la région de Montréal, parlez de cela à la ville de
Montréal. Il y a un an qu'ils nous demandent ce qu'on fait. C'est
important, c'est capital, c'est primordial; on a des soldes résiduels.
Je ne vous lirai pas cela parce que ce serait terrible à entendre. Il y
a un an et demi qu'on se renvoie de lettre en lettre, toujours pour arriver au
bout et dire, je ne donne que la finale: Tant qu'on n'aura pas plus de
précision sur l'accord de Québec sur le grand cadre
général, on n'est pas intéressé à donner des
précisions sur quoi que ce soit.
Conclusion, M. le Président. Le projet de loi 38, dans un
contexte normal, dans un contexte où le gouvernement
fédéral aurait un peu plus de respect du Québec, un peu
plus le respect des priorités des Québécois et des
Québécoises... Vous avez raison parce que j'ai entendu dire que
c'est une loi qui n'a pas d'allure; je le dis comme je le pense. Je ne dis pas
qu'elle n'a pas d'allure dans le contexte actuel. Je dis que dans le contexte
normal d'un gouvernement qui a compris ses champs de juridiction, qui a
décidé de fonctionner comme du monde et non pas de parachuter ses
interventions dans tous les sens, sans aucune référence à
la réalité, c'est une loi que je ne voudrais pas voir là.
Je suis pas mal sûr que mon gouvernement ne l'aurait pas mise sur la
table, qu'on n'en discuterait pas ce soir et qu'on n'en discuterait pas demain
soir si c'était dans ce contexte-là. Mais ce n'est plus cela, M.
le député de Verdun. Il me semble que je vous ai donné
assez d'éléments pour vous montrer que leur attitude est
clairement exprimée. Ils ne veulent littéralement pas d'entente
parce qu'ils veulent continuer à parachuter toutes sortes de sommes,
toutes sortes d'interventions, indépendamment des orientations, des
champs de juridiction et des responsabilités qu'on doit assumer pour que
le développement soit harmonieux, cadré et respectueux des
intérêts du Québec. C'est pour cela le projet de loi
38.
Le Vice-Président (M. Jolivet): M. le député
de Saint-Laurent.
M. Germain Leduc
M. Leduc (Saint-Laurent): Merci, M. le Président.
Après la motion d'octobre 1981, après la motion Duhaime sur le
corridor électrique, après le projet de loi 62 concernant la loi
constitutionnelle de 1982, nous avons maintenant droit au projet de loi sur la
participation gouvernementale au financement des municipalités.
C'est toujours le même scénario de la part de ce
gouvernement. D'abord, une tactique de diversion pour camoufler une
administration déficitaire et catastrophique. Imaginez que le premier
ministre parle de créer d'ici à un an 100 000 emplois. Il va
falloir qu'il révise ses chiffres. J'imagine que ces messieurs et dames
de l'autre côté de la Chambre ont du constater dans les journaux
en fin de semaine qu'apparemment lors du dernier mois, on aurait
créé au Québec le chiffre formidable, fantastique, de 1000
emplois. Si on multiplie par douze mois, je ne pense pas qu'on arrive à
100 000 par année.
Je dois vous dire que la relance du premier ministre et du ministre des
Finances commence bien mal. Au lieu de s'attaquer aux véritables
problèmes qui frappent le Québec - nous connaissons, au
Québec, un taux réel de chômage de 16,4%...
Une voix: Ce n'est pas vrai.
M. Leduc (Saint-Laurent): Oui, monsieur, si on inclut les
chômeurs qui ne se cherchent plus de travail. Le chômage chez les
jeunes, 22%; 511 000 chômeurs au Québec; 375 000
bénéficiaires de l'aide sociale; 680 000 Québécois
dépendant directement de l'aide sociale, soit près de 400 000
familles qui dépendent directement de l'aide sociale. Au lieu de
s'attaquer à ces problèmes qui frappent les plus démunis
de notre société et surtout, bien sûr, nos jeunes - cela
devrait vous préoccuper messieurs - le gouvernement péquiste
préfère encore, par ce projet de loi 38, mener une bataille de
drapeaux stérile et inutile. Les Québécois en ont marre de
vos batailles constitutionnelles avec le fédéral, de vos
déclarations d'indépendance. Ce qu'ils veulent, c'est parler
d'économie. On n'entend pas souvent parler d'économie en cette
Chambre. (21 h 20)
J'aurais pensé que les sondages récents et les
résultats des élections partielles qui vous signifient, mesdames
et messieurs péquistes, sans arrêt, le désaccord des
Québécois face à vos politiques et attitudes
néfastes, vous auraient convaincus que les Québécois
n'embarquent plus dans vos trucs, vos "gimmicks", vos motions et lois
à
caractère souverainiste et nettement anticanadiennes.
Des voix: Oh! Oh! Oh!
M. Leduc (Saint-Laurent): Je vous dis que vos patentes à
saveur indépendantiste et antifédéraliste sont
usées à la corde. Cela a peut-être déjà
fonctionné, M. le Président, mais cela ne fonctionne plus au
Québec. Les Québécois ont d'autres priorités; c'est
l'économie. Il y a des chômeurs au Québec. Il y a des
assistés sociaux. Il y a une génération de jeunes que vous
êtes en train de sacrifier - vous lirez, à cet effet, l'article de
Lysiane Gagnon - qui attendent tous de leur gouvernement provincial autre chose
que des lois qui consacrent l'impossibilité pour ce gouvernement de
s'entendre avec le fédéral.
Quand on est chômeur, quand on est assisté social avec 140
$ par mois, quand on vit sous le seuil de la pauvreté - c'est le cas,
à Montréal, d'une personne sur cinq -quand on s'aperçoit
que le Québec se vide de ses meilleurs éléments - nous
avons perdu 146 000 Québécois de 1977 à 1980 - quand on
constate une migration nette - je dis bien une migration nette - l'an
passé, de 10 000 Québécois - le Québec s'est
vidé, l'an passé, de 10 000 Québécois, soit plus
que partout ailleurs au Canada - il est évident que face à ces
réalités, les Québécois sont inquiets et même
très inquiets.
Votre discours de confrontation avec le fédéral tombe
à plat. Ce dont les Québécois veulent entendre parler,
c'est de jobs, de relance économique, mais d'une véritable
relance économique qui devrait se faire en concertation avec tous les
paliers de gouvernement, municipaux et fédéral.
J'entendais, cet après-midi, le ministre du Loisir, de la Chasse
et de la Pêche nous expliquer que le fédéral distribuait
les subventions à gauche et à droite et pour des fins qui
pouvaient ne pas être toujours dans le meilleur intérêt des
municipalités et des citoyens. Nous lui disons que jamais nous
n'approuverons des dépenses qui ne seraient pas faites dans le meilleur
intérêt des Québécois.
Une voix: C'est cela que vous faites...
M. Leduc (Saint-Laurent): II peut se fier à nous
là-dessus. Mais nous lui disons également que jamais nous
n'approuverons son braquage face au gouvernement fédéral. Nous
pouvons peut-être comprendre, sans les approuver bien sûr, certains
gestes du fédéral alors que nous sommes en pleine crise, une
crise qui a frappé plus durement le Québec que toutes les autres
provinces, et le gouvernement fédéral essaie - je pense que c'est
sa responsabilité - de créer des emplois pour sauver les
meubles.
Bien sûr, le Parti libéral et tous les
Québécois sont d'accord à reconnaître que les
municipalités sont un domaine de juridiction provinciale et qu'il
appartient au gouvernement du Québec de légiférer en cette
matière.
Des voix: Bravo!
M. Leduc (Saint-Laurent): Le Québec libéral, oui,
nous en sommes fiers. Le Parti libéral l'a toujours reconnu et nous
n'avons pas de leçon à recevoir de ces mesdames et messieurs
péquistes.
Une voix: II faut avoir une logique, par exemple.
M. Leduc (Saint-Laurent): Qu'il suffise de référer
aux gouvernements de MM. Lesage et Bourassa, aux ententes qu'ils ont conclues
en 1974 et qui ont rapporté à la province des centaines de
millions de dollars. Également, nous reconnaissons, lorsqu'il s'agit
d'administrer et de redistribuer aux citoyens des sommes d'argent provenant
d'un gouvernement supérieur, en l'occurrence, le fédéral,
qu'il faut une concertation entre les deux niveaux de gouvernement pour
qu'autant que possible, cette redistribution de richesse se fasse le plus
équitablement entre les municipalités et leurs citoyens.
Encore là, nous reconnaissons que la décision finale
appartient et revient au gouvernement provincial. Mais nous disons
également qu'il est impensable qu'un gouvernement provincial le
moindrement responsable puisse seulement songer à présenter un
projet de loi contenant autant de hargne vis-à-vis du
fédéral et autant de mépris vis-à-vis des
municipalités.
Nous du Parti libéral, nous disons que ce projet de loi est un
exemple patent de provocation et qu'il est absolument inutile. Ce projet de loi
doit être retiré immédiatement et, à la suite des
ouvertures annoncées par le gouvernement fédéral, des
négociations doivent être entreprises et enclenchées
immédiatement entre, d'une part, le ministère des Affaires
municipales et, d'autre part, le gouvernement fédéral. Alors que
nous perdons notre temps ici, M. le Président, à discuter d'un
projet de loi inutile et provocateur, nos municipalités sont
privées de sommes énormes qui pourraient leur permettre de
participer à la relance économique dont on parle beaucoup de
l'autre côté de la Chambre, mais qui, à cause de leur
attitude néfaste et provocatrice, traîne la patte d'une
façon tragique au Québec.
Nous en avons eu des problèmes de juridiction sous les
gouvernements libéraux, autant du temps de M. Lesage que du temps de M.
Bourassa. Ils les ont réglés et ils ne les ont pas
réglés sur le dos des Québécois.
Ils n'ont pas eu besoin de passer de lois semblables à la loi 38.
Ils ont pu régler en discutant avec le gouvernement
fédéral. C'est ce qu'on veut actuellement ici au Québec.
Il y a des faits qu'il faut reconnaître. Actuellement, le gouvernement
fédéral montre une ouverture d'esprit, reconnaît la
juridiction du Québec dans le domaine municipal. Je pense que c'est un
acquis.
Le droit de veto. Nous avons constaté dans la lettre du ministre
John Roberts qu'il était prêt à accorder le droit de veto
au Québec et que ce droit devrait s'appliquer et je cite ses paroles:
"Mais nos propositions prévoient aussi que le ministère des
Affaires sociales du Québec soit saisi de toute demande que des
municipalités québécoises pourraient adresser à la
Commission de l'emploi et de l'immigration en même temps que celui-ci et
qu'il puisse exercer un droit de veto en ce qui concerne le choix des projets
de création d'emplois."
Nous reconnaissons que le ministre des Affaires municipales devait tenir
son bout. Il l'a fait. Maintenant, il doit négocier et s'entendre pour
régler le contentieux au niveau municipal. Si on avait, je pense,
actuellement - c'est un autre fait dont il faut tenir compte - un gouvernement
libéral, il y aurait des ententes qui seraient négociées
et le Québec pourrait bénéficier, à mon sens, de
sommes énormes qui, actuellement, ne sont pas acheminées vers les
municipalités. Je pense qu'à partir du moment où le
gouvernement fédéral reconnaît la juridiction exclusive du
gouvernement provincial en matière municipale et qu'il reconnaît
un droit de veto au ministre des Affaires municipales, cette loi, à mon
sens, devient inutile.
À mon sens également, le Québec est encore dans le
Canada. Nous avons eu un référendum en 1980. Les
Québécois ont décidé dans une proportion de 60% de
maintenir leur appartenance au Canada. Il y a eu un mandat de la part de la
population. Il appartient à ce gouvernement de respecter ce mandat et de
respecter, bien sûr, les citoyens du Québec. Les
Québécois paient des taxes, des impôts à Ottawa et
ils ont droit de recevoir du gouvernement fédéral des sommes, des
subventions. En somme, ils ont droit de recevoir leur part de la redistribution
des impôts et des taxes qu'ils ont payés. Il n'y a aucune raison
pour que les municipalités et leurs citoyens soient pris en otage par un
gouvernement provincial qui, à cause de ses disputes, n'en arrive
à aucune solution.
Enfin, qui paie? Qui paie pour les pots cassés? Bien sûr,
ce sont les citoyens. Les autres provinces reçoivent des sommes que nous
ne pouvons nullement toucher. Nous sommes doublement pénalisés.
(21 h 30)
II y a également une question à se poser quant aux effets
de ce projet de loi. Et cette question serait: Est-ce qu'il touche seulement le
programme de création d'emplois à court terme? À mon avis,
sûrement non. Qu'il suffise de vous citer un paragraphe de la lettre du
même ministre John Roberts: "L'impact de ce projet de loi déborde
d'ailleurs le seul domaine des programmes de création d'emplois à
court terme. Ces effets atteindraient aussi le programme fédéral
de développement industriel et régional, certains programmes
reliés aux économies d'énergie, les subventions
destinées à certains aéroports locaux et une partie des
activités de la commission de la capitale nationale. Je pense que les
enjeux, les effets et les sommes sont considérables, tant pour les
municipalités que pour les citoyens qui font partie de ces
municipalités."
Il y a également, une question qu'on doit se poser, je pense.
S'il le fait dans le domaine municipal, est-ce qu'il y aura d'autres lois
semblables dans d'autres domaines où ce gouvernement voudra affirmer sa
juridiction avec les mêmes effets néfastes? Au lieu de s'entendre,
au lieu de discuter avec le gouvernement, au lieu de se rencontrer, on adopte
des lois. Ce gouvernement discute, parle avec le gouvernement
fédéral au moyen des lois, à travers des lois. Il y aurait
peut-être lieu qu'il organise des rencontres, qu'on discute face à
face. Peut-être qu'on pourrait arriver à des solutions.
Imaginez-vous, lui qui prétendait s'entendre avec ses partenaires des
autres provinces dans la souveraineté-association, il n'est même
pas capable de parler, je ne parle pas de s'entendre, il n'est même pas
capable de parler au niveau fédéral. Il est bien évident
que ce gouvernement d'inspiration séparatiste ne veut nullement conclure
d'ententes avec le fédéral.
Son premier objectif, personne de l'autre côté de la
Chambre ne pourra me contredire, c'est stipulé à l'article 1 de
sa charte, de son code, de ses lois, est de séparer le Québec du
reste du Canada. D'ailleurs, ce gouvernement était si peu
intéressé à négocier à l'intérieur de
la fédération qu'il a laissé tomber le droit de veto dont
il jouissait depuis toujours. Ce gouvernement a peur de négocier.
Une voix: Ne parlez pas de ce que vous ne connaissez pas.
M. Leduc (Saint-Laurent): Cela pourrait marcher. Imaginez, cela
ne coûterait rien et cela rapporterait beaucoup aux municipalités
et aux citoyens. Ce rien ne serait peut-être pas le même rien dont
faisait état le ministre des Finances lors de son discours sur le
budget. Ce rien a coûté au niveau provincial, ou cela va
coûter, apparemment,
60 000 000 $. Pour le gouvernement actuellement au pouvoir, 60 000 000
$, ce n'est rien. Les problèmes vont continuer et les
Québécois vont continuer de payer la note tant que ce
gouvernement va considérer le fédéral comme l'ennemi no 1,
comme l'ennemi à abattre. Même le ministre des Finances
reconnaissait, il l'a reconnu, que les affrontements étaient la cause de
difficultés économiques, qu'il fallait s'entendre. Autrement, le
provincial, le Québec y perdait.
Comment concilier cette prise de position du ministre des Finances,
dès lors, avec la déclaration du ministre de l'Éducation
qui déclarait dans une entrevue à la Presse: "Personne n'a
reproché à Bourassa de pratiquer le fédéralisme,
alors, ne nous reprochez pas de pratiquer l'indépendance." On n'a pas
l'impression de tricher. Imaginez-vous, on demande au fédéral de
s'entendre avec un gouvernement qui pratique l'indépendance alors que le
fédéral suppose une fédération, suppose des
provinces. Le Québec veut en sortir. Comment voulez-vous qu'il puisse
discuter avec le niveau fédéral? Il faudrait qu'on reconnaisse le
verdict du référendum de 1980, le mandat qui a été
donné par la population à ce gouvernement et, bien sûr,
cesser de dire que chaque fois qu'il y a un problème, c'est la faute
d'Ottawa, que tous les malheurs au Québec proviennent d'Ottawa; que le
Canada, c'est un pays étranger.
Si vous pensez que la population du Québec veut la
séparation, faites immédiatement un référendum.
Posez-la, la question. Vous allez avoir la réponse et rapidement.
Peut-être qu'on pourrait tourner la page sur un moment assez triste au
Québec. Il faudrait peut-être reconnaître, parce qu'on l'a
reconnu, que le fédéralisme peut être rentable. 1 000 000
00 $ de plus l'an passé. Ce sont des choses qu'on ne mentionne pas
souvent, vite on ajoute que cela a peut-être été bon l'an
passé, 1 000 000 000 $. Cette année, jusqu'à maintenant,
278 000 000 $ de plus que prévu. C'est beaucoup d'argent, 1 000 000 000
$; cette année 278 000 000 $, mais on dit que l'an prochain cela
pourrait aller plus mal. On nous disait cela l'an passé, on nous disait
il y a deux ans que le Québec était pénalisé, qu'il
y aurait moins de retombées, que le fédéral verserait
moins d'argent. Imaginez-vous, jusqu'à maintenant on a reçu
I 278 000 000 $ de plus que ce qu'on devait recevoir. Il y a une chose
qu'il faut reconnaître, c'est que dans un système
fédéraliste il y aura toujours des discussions.
II faut se parler et participer aux rencontres
provinciales-fédérales. Retenez que la couverte sera toujours de
la même grandeur. En fait ce sont les mêmes citoyens, ce sont les
Canadiens qui forment le fédéralisme, mais il s'agit
peut-être d'essayer de la partager le plus équitablement possible;
il faudrait peut-être essayer de tirer un peu plus fort pour essayer d'en
avoir un peu plus.
Nous voterons contre cette loi parce qu'elle est inutile, à mon
sens, qu'elle est punitive vis-à-vis des municipalités et des
citoyens du Québec, parce qu'elle est inique, qu'elle a un effet
rétroactif absolument inacceptable, qu'elle est discrétionnaire
quant à son application à une municipalité. Qu'il suffise
de vous référer aux articles 2, 3, 4, 7, 8, 9, 10 et 11, huit
articles discrétionnaires sur 17, plus de 50%. Cette loi, comme
l'évoquaient les maires des municipalités, est totalitaire,
immorale et démesurée - ce sont les maires qui parlent, ce n'est
pas moi - parce que le contentieux, quant à la juridiction du provincial
sur le monde municipal, n'existe pas, puisque le fédéral
reconnaît expressément cette juridiction et est prêt
à conclure une entente dans ce sens. Il est même prêt
à accorder un droit de veto au Québec.
Dans ces conditions, je pense que nous voterons contre cette loi, et
cela s'impose. Merci, M. le Président.
Le Vice-Président (M. Jolivet): M. le député
de Montmagny-L'Islet.
M. Jacques LeBlanc
M. LeBlanc: M. le Président, si j'interviens dans ce
débat sur la loi 38, je le fais bien sûr comme
député de mon comté, mais je le fais aussi de par mes
antécédents avant d'arriver dans cette Chambre. J'ai
été, comme plusieurs de mes collègues ici, maire d'une
municipalité et je suis en mesure de comprendre dans quel état
d'inquiétude peuvent être aujourd'hui certains maires dans nos
municipalités. Ils sont dans une position inconfortable et cela
s'explique très facilement. Quand, d'un côté, on offre des
largesses à droite et à gauche et que les contribuables en sont
informés, bien sûr que pour le maire d'une municipalité
c'est un dilemme. Doit-il accepter de l'argent qui arrive subitement et
provient d'une générosité scandaleuse? Est-ce que la
municipalité doit accepter ces sommes? Connaissant les maires comme je
les connais et comme ils sont, la réponse immédiate à la
question qui se pose et à laquelle doit répondre un maire...
Quand on a vécu cette situation, un maire dans une municipalité
a, bien sûr, dans l'exercice de ses fonctions, avec son conseil
municipal, à décréter des règlements et à
les faire respecter - des règlements et des lois qui sont imposés
par d'autres paliers de gouvernement - et je pense que ce sont les premiers
individus à respecter les lois. À partir de ce principe, je suis
parfaitement d'accord avec le député qui m'a
précédé pour dire que c'est une loi qui
est inutile et, comme le ministre de l'Aménagement l'a dit aussi
tantôt, la loi 38 est un remède à un mal; quand il n'y a
pas de mal on n'a pas besoin de remède. La loi 38 c'est ce remède
qui vient guérir et corriger une situation qui ne devrait pas exister et
si elle n'existait pas, s'il n'y avait pas de cause, il n'y aurait pas de
projet de loi 38. Le projet de loi 38 a comme premier principe de
préserver la saine administration des municipalités et de faire
respecter la compétence de juridiction de chaque palier de gouvernement.
Nous assistons présentement à une offensive sans
précédent et cela ressemble étrangement à du
racolage électoral. Cette générosité ou ces offres
de subvention qui pleuvent de part et d'autre, à droite et à
gauche, sont faites à même ce qu'a évoqué
tantôt le député de Saint-Laurent quand il parlait du
fouillis des déficits. Si on regarde les députés
fédéraux libéraux qui se promènent dans le paysage
pour offrir des subventions à droite et à gauche, ces sommes
proviennent d'un déficit de plus de 31 000 000 000 $ dont nous assumons,
nous, Québécois, près de 8 000 000 000 $. Donc, c'est avec
notre argent, avec nos dettes que ces députés
fédéraux se promènent et offrent aux municipalités
des choses utiles, mais des nécessités qui sont souvent
inventées pour le besoin de la cause.
Le député fédéral libéral à 74
exemplaires au Québec manifeste une générosité qui
est très inquiétante, sans aucune espèce de
préoccupation vis-à-vis d'une saine gestion municipale qui est le
résultat probant de l'application de la loi 57 qui a été
présentée au monde municipal. J'ai assisté en juin 1978,
comme maire de ma municipalité, à la première
conférence Québec-municipalités. Les ministres
présents ont, à ce moment-là, présenté au
monde municipal, aux élus municipaux, la programmation de ce que devait
être la grande réforme municipale. Cette réforme
municipale, elle a donné quoi? Elle a assaini les finances municipales.
Elle a redonné aux municipalités une autonomie financière
qu'elles n'avaient pas, mais qu'elles réclamaient depuis plus de 25 ans.
La plupart des grands points qui ont été mis en place dans cette
réforme étaient à la demande expresse des
municipalités depuis de nombreuses années. La
récupération du champ foncier presque à 100% a permis
cette autonomie.
Un autre résultat de cette saine administration réside
dans les derniers chiffres connus des exercices financiers de nos
municipalités, soit 190 000 000 $ au total au Québec de surplus
financiers dans nos municipalités et cela, en même temps qu'on a
traversé une crise économique où tous les gouvernements
ont eu des difficultés. Je pense que cela donne une preuve assez
éclatante que cette réforme municipale était voulue par
nos administrateurs municipaux, a donné les résultats qu'on
attendait et a placé de façon définitive les
municipalités dans une position où elles peuvent réclamer
le titre de bons administrateurs. Nous avons eu un exemple avec le fameux
programme RELAIS qui a peut-être été le déclencheur
de cette fameuse course affolée de distribution de subventions. Cette
opération ratée du programme RELAIS a peut-être
déclenché cette distribution et je pense que Mme la
députée de L'Acadie se posait cette question dans son
intervention. Le député fédéral de mon comté
avait fait parvenir à cette occasion au maire une missive dont le
contenu est d'une hypocrisie consommée, mais si on regarde après,
les négociations qui ont eu lieu et l'innovation avec le PRIME, les
municipalités n'ont pas été perdantes. C'est le programme
qui a permis aux municipalités une utilisation des fonds publics de la
façon la plus pratique qui soit. Ce programme comportait une souplesse
qui a permis aux municipalités de ne pas déranger leur
équilibre budgétaire parce que les municipalités du
Québec, en administrateurs chevronnés, font un budget au
début de l'année. Dans ce budget, elles prévoient
l'immobilisation de l'année, bien sûr, mais elles prévoient
également une immobilisation triennale.
Et on arrive dans le décor avec des subventions qui invitent
à la réalisation de projets parfois magnifiques mais parfois
aussi inutiles et on propose indirectement -mais souvent aussi directement -
aux municipalités, aux administrateurs municipaux: si vous ne voulez pas
vous pénaliser par la loi 38, essayez des détours, des organismes
sans but lucratif, faites donc indirectement ce que vous ne pouvez pas faire
directement. C'est d'ailleurs cette consigne que ces députés
fédéraux, avec leur fédéralisme rentable,
prétendu rentable, appliquent depuis si longtemps afin de poursuivre
leur idée fixe, obsédante de centralisation.
Je comprends les députés fédéraux
d'être un peu agacés par l'état des bonnes relations qui
existent entre les municipalités du Québec et le gouvernement, le
ministère des Affaires municipales. Les municipalités, depuis
quelques années - c'est un sujet de conversation courant avec nos maires
- ont été - disons le mot - bousculées par le gouvernement
du Québec et le ministère des Affaires municipales dans un grand
projet de réforme de la fiscalité, de mise en place des
municipalités régionales de comté, etc. Il y en a qui ont
eu de la difficulté à prendre le rythme, mais je peux vous
garantir qu'aujourd'hui, parmi les gens les plus acharnés ou
peut-être les plus réfractaires aux réformes, ce sont ceux
qui ne voudraient
pas que ces réformes n'aient pas eu lieu.
Je connais des préfets de municipalités régionales
de comté qui étaient, au départ, très
réfractaires à l'idée de former des municipalités
régionales de comté qui auraient pour mission
l'aménagement de leur territoire; aujourd'hui, si on leur enlevait ce
palier administratif, ils seraient les premiers à défendre le
fort pour les garder, je pense qu'on a fait preuve, avec les
municipalités du Québec, de bonne foi et d'honnêteté
dans les relations qui ont existé et qui continuent d'exister entre le
ministère des Affaires municipales, le gouvernement du Québec et
les municipalités.
Est-ce que cette démarche, qu'entreprend le député
fédéral, peu importe où au Québec, n'est pas de
nature à remettre en marche ces vieilles habitudes politiques:
l'arbitraire et le discrétionnaire qui existaient dans le monde
municipal avant la réforme de la fiscalité municipale? On a
réussi à en faire une administration moderne, planifiée et
bâtie en collaboration par le gouvernement du Québec et les
municipalités. Cela s'est fait sans guerre ouverte. Il y a eu entente,
il y a eu souvent consensus. L'intervention improvisée du
député fédéral vise également à
s'ingérer dans un territoire de juridiction qui n'est pas le sien, en
voulant occuper un terrain qui lui permettrait des rapports directs avec des
partenaires, des élus municipaux et ces partenaires ont le malheur,
à leurs yeux, de bien s'entendre avec le gouvernement du Québec.
(21 h 50)
II ne faudra pas se surprendre non plus que cette course
s'accélère, qu'on multiplie ces fameuses offres même
après la loi 38. Il sera d'autant plus facile d'offrir ce qu'on ne
pourra pas livrer et ce qu'on ne voudra pas livrer non plus, sachant que ceux
à qui on va l'offrir ne pourront pas l'accepter. Il faut que les
élus municipaux soient aussi bien conscients que cette manne
passagère va véritablement être passagère. C'est une
activité préélectorale.
On panique au niveau fédéral à l'approche de
l'échéance électorale et on voudrait bien avoir ces
partenaires, courtiser ces partenaires que sont les municipalités. Il y
a bien des domaines - et j'en connais dans mon comté - où le
gouvernement fédéral, où le député
fédéral pourrait répondre aux voeux des
municipalités qui veulent protéger sur leur territoire certaines
installations fédérales. J'ai des quais en bordure du
Saint-Laurent qui tombent en ruines et pour lesquels les municipalités
font des pressions énormes auprès du gouvernement afin qu'il les
répare et les entretienne. Cela fait partie du patrimoine de chacune de
ces municipalités; cela a un passé. On fait la sourde oreille;
ces quais appartiennent au fédéral et on n'a pas d'argent pour
les réparer. Qu'on commence donc par entretenir ce qu'on possède
avant de vouloir créer chez les populations des besoins qui n'existent
pas.
Je conclurai, M. le Président, en rappelant qu'à ce projet
de loi 38, qu'à ce problème pour lequel le projet de loi 38 est
proposé, il y a une solution. La solution est de respecter la loi qui a
été adoptée par le gouvernement Bourassa en 1974 et
à laquelle a fait allusion le député de Saint-Laurent. On
n'a qu'à respecter cette loi adoptée en 1974 qui définit
la situation bien clairement dans ces termes... Le gouvernement du
Québec, sous M. Bourassa, en 1974, s'est donné des garanties qui
explicitaient les volontés et les canons de la constitution par la loi
constitutive du ministère des Affaires intergouvernementales. De ce
fait, l'article 20 de ce projet de loi dit et je cite: "Qu'aucune corporation
municipale, communauté urbaine ou régionale ne peut, sous peine
de nullité, négocier ou conclure des ententes avec le
gouvernement du Canada, celui d'une autre province, un gouvernement
étranger, ou un ministère ou un organisme de l'un ou l'autre de
ces gouvernements." Ce qu'on ajoute avec le projet de loi 38, c'est la sanction
à la loi de 1974, parce que des gens violent cette loi de 1974.
M. le Président, la solution est résumée dans le
titre d'un article qu'écrivait Raymond Giroux dans le Soleil du jeudi 23
juin 1983. Le titre était: "Léonard veut de l'ordre". Je pense
bien sincèrement que le projet de loi 38 veut instituer l'ordre. Il veut
faire cesser cette anarchie qui est en train de s'installer grâce
à certains députés libéraux qui veulent se faire un
certain capital politique en distribuant à gauche et à droite des
subventions avec un déficit fédéral dont on assume une
grande partie. La seule façon de faire respecter cette juridiction par
chacun des paliers de gouvernement est que le gouvernement et chaque membre de
cette Assemblée appuient le projet de loi 38 pour que l'ordre
revienne.
Le Vice-Président (M. Jolivet): M. le député
de Mont-Royal.
M. John Ciaccia
M. Ciaccia: M. le Président, nous voici encore une fois
devant une autre spécialité du gouvernement du Parti
québécois, nous discutons encore une fois d'un conflit
fédéral-provincial. Face au chômage qui existe, face aux
problèmes économiques, face aux problèmes qu'il y a
d'attirer les investissements au Québec, face aux déficits
budgétaires des municipalités, de quoi discutons-nous, en cette
Assemblée nationale, présentement? Nous discutons des moyens que
le gouvernement doit prendre pour refuser des sommes d'argent aux
municipalités parce que ces sommes d'argent viennent du gouvernement
fédéral. Je vous
demande où est la logique. La logique, c'est que le gouvernement
s'est lui-même placé dans le conflit actuel.
Premièrement, M. le Président, il n'y a aucun doute, de ce
côté-ci de la Chambre, nous acceptons le principe de notre
constitution par lequel le gouvernement du Québec, le gouvernement
provincial, a juridiction en matière d'affaires municipales, et c'est
une matière qui relève exclusivement du Québec. Non
seulement on accepte cela, mais c'est un gouvernement libéral qui a fait
adopter une loi à cet effet, pour la première fois, je crois, en
1974. Concernant les principes, il n'est pas question pour nous de dire que
nous voulons abandonner la juridiction du gouvernement du Québec. Ce
n'est pas le problème. Pourquoi sommes-nous devant ce problème
qui nous a été imposé ici par le gouvernement du Parti
québécois?
M. le Président, je voudrais citer, à titre d'exemple, le
genre de problèmes causés par le gouvernement du Parti
québécois. Dans une lettre qui a été
distribuée par un député du gouvernement
fédéral, M. Rémi Bujold, ce dernier faisait
référence au programme d'amélioration des
équipements communautaires; cela donne un exemple de ce que ce
gouvernement fait. C'est un programme pour lequel le gouvernement
fédéral ainsi que le gouvernement provincial fournissaient
certaines sommes d'argent pour effectuer certains travaux communautaires. Le
gouvernement fédéral subventionnait ces travaux et le premier
reproche qu'on lui faisait - ce n'était pas seulement dans ce
programme-là; c'était dans d'autres programmes... Je cite la
lettre: "En effet, une liste sommaire des projets énumérés
dans l'article - on parlait des programmes de Mme la ministre de la Fonction
publique, Mme la députée des Îles-de-la-Madeleine, Mme
LeBlanc-Bantey - ne fait aucunement l'objet de la contribution
fédérale. Or, pour l'année 1980, la liste des projets
acceptés dans mon comté s'établit comme suit..." Il
faisait toute la liste.
Le premier reproche, c'est que les sommes sont dépensées
et on ne se réfère même pas au fait que le gouvernement
fédéral y participe. C'est important de connaître le
contexte dans lequel cela se fait. Par exemple, on assiste souvent à
l'ouverture d'édifices qui ont été construits par la
Société d'habitation du Québec; on voit que c'est le
ministre de l'Habitation qui fait l'ouverture de ces édifices et ce sont
des projets soi-disant du gouvernement du Québec. Est-ce que la
population sait qu'au moins 60% du coût de ces projets sont fournis par
le gouvernement fédéral, que le gouvernement provincial ne
fournit que 25% à 30% et que le gouvernement municipal contribue 10%?
Pourquoi cacher la participation du gouvernement fédéral? Pour
que ce gouvernement, en cette Chambre, se plaigne que les sommes d'argent ne
sont jamais dépensées par le gouvernement fédéral
au Québec pour le bénéfice des citoyens du Québec?
On fait de la démagogie. On utilise ces faits pour des fins
démagogiques, pour des fins d'objectifs politiques, de politique
d'indépendance. C'est le premier reproche.
Le deuxième reproche est encore plus sérieux. Ces sommes
sont distribuées partout au Québec et voici ce que le
député faisait remarquer dans la façon dont les sommes
étaient dépensées. On envoyait les sommes au gouvernement
du Québec pour être redistribuées dans différents
comtés et voici ce qu'il a remarqué. Je cite la lettre: Vous
remarquerez également que les projets attribués au comté
de Bonaventure et aux Îles-de-la-Madeleine démontrent un net
désavantage entre les parties, Bonaventure et les Îles, soit 255
000 $ pour les Îles-de-la-Madeleine et 17 400 $ pour Bonaventure. Et la
question qu'il pose: Serait-ce que le député de Bonaventure au
gouvernement provincial est dans l'Opposition? (22 heures)
Alors, on utilise les sommes du gouvernement fédéral pour
des fins strictement politiques partisanes. On ne les distribue pas
également dans tout le Québec, on favorise les comtés
où il y a un député du Parti québécois pour
donner l'impression que c'est le gouvernement du Québec qui favorise -
et qui fait du patronage, disons-le - les comtés où on a
élu un député du Parti québécois.
Heureusement, cette sorte de chantage n'a pas prévalu lors des
dernières élections. On a essayé de faire la même
chose en disant au comté de Mégantic-Compton et au comté
de Jonquière: Votez pour le gouvernement, vous recevrez plus de
programmes, plus de bénéfices, etc. M. le Président, les
gens en ont assez de ce genre de patronage, de ce genre d'agissement du
gouvernement.
Ce qui arrive, c'est que le gouvernement fédéral exige de
négocier avec le gouvernement du Québec pour éviter ce
genre d'abus. Le gouvernement du Parti québécois accuse le
gouvernement fédéral de dépenser les sommes de gauche
à droite, de n'avoir aucun" ordre dans la façon dont les sommes
sont dépensées. Cependant, c'est le même gouvernement qui
refuse ou qui n'a pas négocié les ententes-cadres pour permettre
de l'ordre et une supervision de la façon par laquelle ces sommes seront
dépensées et aussi, pour permettre que ces sommes aillent
directement aux municipalités. Ce qui se produit, c'est que les
municipalités se voient dans une position où elles sont
menacées par le gouvernement. Elles ne peuvent pas ou ne veulent pas
recevoir les sommes d'argent que le gouvernement fédéral veut
leur octroyer. Alors, on trouve d'autres moyens, on donne de l'argent aux clubs
optimistes, au secteur privé, pour
construire des centres communautaires, des arenas, etc. Et, après
que la construction est faite, on prend ces arenas et on les donne aux
municipalités. Évidemment, ce n'est pas la meilleure façon
d'entreprendre ces travaux. On pénalise les municipalités; elles
ont une expertise dans le domaine; elles pourraient elles-mêmes
entreprendre les travaux, élargir le genre de programmes qui seraient
impliqués. Non, parce que le gouvernement du Parti
québécois, pour des fins politiques, ne veut pas négocier
de bonne foi les modalités du programme. Les municipalités se
voient dans l'impossibilité de recevoir les sommes directement. Les
sommes sont dépensées par d'autres moyens et le gouvernement du
Québec accuse le gouvernement fédéral du fait qu'il n'y a
pas d'ordre dans la façon dont les sommes sont
dépensées.
M. le Président, je crois qu'il y a un abus dans la façon
dont le gouvernement agit dans le présent projet de loi. Le gouvernement
ne peut pas nous faire croire qu'il négocie de bonne foi les sommes que
le gouvernement fédéral pourrait dépenser pour les
municipalités. Il ne faut pas oublier que c'est ce même
gouvernement qui a perdu le droit de veto. Il a perdu le droit de veto que le
gouvernement fédéral voulait lui accorder. Est-ce que nous devons
avoir confiance en ce gouvernement pour négocier avec le gouvernement
fédéral? Et pourquoi? Les mêmes raisons politiques qui ont
motivé ce gouvernement à négocier d'une façon
à perdre le droit de veto empêchent ce gouvernement de
négocier de bonne foi avec le gouvernement fédéral pour
obtenir les sommes de façon qu'elles soient dépensées par
les municipalités, parce que, c'est bien simple, si le gouvernement du
Parti Québécois signait une entente avec le gouvernement
fédéral, peut-être que cela irait à l'encontre des
objectifs politiques du gouvernement du Parti québécois. Il y
aurait un crédit qui serait donné au gouvernement
fédéral. Les sommes seraient dépensées. On ne
pourrait plus accuser le gouvernement fédéral de ne pas
dépenser des montants d'argent au Québec, de ne pas favoriser les
projets communautaires, les investissements au Québec, de ne pas nous
redonner une portion supposément des taxes que nous payons au
gouvernement fédéral. Cela ne fait pas l'affaire, pour des
raisons politiques, du gouvernement du Parti québécois de signer
une entente de bonne foi. Parce que cela ne fait pas son affaire,
idéologiquement, politiquement, il place les municipalités dans
une situation presque impossible. Qu'est-ce que les municipalités
disent? M. le Président, les municipalités sont contre le projet
de loi 38 que le gouvernement veut faire adopter à cette
Assemblée nationale. Voici ce qu'elles nous disent dans le Soleil du
lundi 5 décembre: "Dans sa forme actuelle, ce projet de loi est
inacceptable pour les municipalités, qui se retrouvent carrément
avec le marteau sur la tête." Un marteau sur la tête, parce qu'il y
a des pénalités à l'article 2 et à d'autres
articles du projet de loi. Si une municipalité reçoit des
bénéfices, imaginez-vous où nous sommes rendus, si une
municipalité, dis-je, reçoit des bénéfices
quelconques, non seulement une subvention, cela peut être des
bénéfices d'un programme économique, des retombées
d'un autre programme hors du programme actuel de subventions directes aux
municipalités, le gouvernement se donne le droit d'enlever les
subventions, de pénaliser la municipalité. Ce sont les
municipalités qui ont réagi contre ce projet de loi que le
gouvernement veut imposer et ce qu'elles disent, elles le disent
carrément. Elles disent que même le gouvernement du Québec
ne saurait expliquer sa réaction à la discrétion
qu'exercent les députés fédéraux en
conférant par voie législative à son ministre des Affaires
municipales une autre discrétion qui lui permettrait de faire la pluie
et le beau temps dans les budgets municipaux.
Pourquoi le gouvernement du Québec insiste-t-il tellement pour
faire adopter le présent projet de loi? On parle de la juridiction du
gouvernement du Québec, d'une ingérence du fédéral
dans la juridiction provinciale. Savez-vous, il faut être pratique. On
reconnaît les principes, mais toute loi doit être appliquée,
tout principe doit être appliqué sans abus. Quand un gouvernement
agit de la façon que le gouvernement québécois a agi dans
ce domaine, c'est un abus de droit. Contrairement à ce que le ministre
prétend, il n'y a pas un conflit direct. On respecte sa juridiction,
parce qu'on lui accorde - et on va assez loin pour cela - un droit de veto. Le
gouvernement fédéral accorde un droit de veto au gouvernement du
Québec sur les projets, sur les sommes qui seront
dépensées. Qu'est-ce qu'il pourrait faire de plus? Il a de
l'argent. Il veut que les municipalités en bénéficient.
Vous, parce que vous avez des raisons de politique indépendantiste, vous
refusez de négocier de bonne foi et de conclure des ententes. Qu'est-ce
que vous voulez que le gouvernement fédéral fasse?
Je suis personnellement très heureux de voir que le gouvernement
fédéral prend ses responsabilités et refuse de succomber
au chantage, d'accepter le chantage du gouvernement du Parti
québécois. Voyons ce que dit le ministre fédéral,
M. John Roberts, il l'a dit très clairement dans une lettre au ministre
des Affaires municipales: "J'ai le sentiment que votre gouvernement aborde la
question des subventions fédérales aux municipalités dans
une perspective politique au lieu de tenter d'arrêter des arrangements
administratifs pratiques et satisfaisants pour
nos deux gouvernements sur un sujet d'intérêt vital pour
les municipalités et la population du Québec."
On veut faire, encore une fois, de la petite politique sur le dos des
contribuables, c'est sur le dos, cette fois-ci, des municipalités. On
refuse, dans une période économique très difficile, on
veut refuser que ces sommes d'argent soient dépensées et soient
données aux municipalités. Le Québec ne peut pas
s'entendre avec le fédéral. C'est clair. Ce n'est pas seulement
dans ce dossier-ci. Je viens d'assister à une commission parlementaire
sur les pêcheries et vous devriez voir ce qui se produit dans le projet
de loi que le ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de
l'Alimentation essaie de faire adopter. Encore une fois, c'est une
confrontation avec le fédéral plutôt qu'un accomodement,
plutôt que des ententes, plutôt qu'une négociation pour le
bénéfice de ceux qui sont affectés. (22 h 10)
M. le Président, le gouvernement joue sa dernière carte.
Il n'est pas capable de donner à la population des programmes
économiques valables qui vont relancer l'économie. Il se voit
dans l'impossibilité de résoudre plusieurs autres
problèmes qui existent. Alors, pour tenter de se trouver des appuis, il
essaie de jouer la carte de la juridiction exclusive du Québec.
Écoutez, il y a une limite à tout. Si cette question de
juridiction exclusive amène des abus comme ceux que le gouvernement
commet, je pense qu'il faut trouver d'autres moyens d'arriver à une
solution que d'imposer une loi comme celle que le gouvernement essaie de faire
adopter ici aux dépens des municipalités afin de refuser des
sommes dont les municipalités ont besoin, sur lesquelles elles
comptaient, et par le fait même affecter les budgets parce que la loi est
rétroactive.
Deuxièmement, la loi est inutile. Il existe déjà
une loi adoptée en 1974, loi qui énonce les mêmes principes
et qui énonce clairement la juridiction, le processus qui doit se
déclencher, comment on doit arriver à des ententes quand un
gouvernement provincial veut négocier avec le gouvernement
fédéral pour des subventions ou des programmes pour les
municipalités. Cela existe déjà, nous n'avons pas besoin
du projet de loi actuel.
Nous ne pouvons pas être complices du gouvernement dans cette
démarche. La loi est inutile et elle est rendue nécessaire
seulement parce que la confrontation a été provoquée par
le Parti québécois. La confrontation a été
provoquée par le Parti québécois pour ses propres fins
politiques. C'est malheureux qu'il faille discuter de ces choses ici,
maintenant, quand on pourrait essayer de résoudre beaucoup d'autres
problèmes qui existent au Québec. C'est malheureux de placer les
municipalités, qui ont tellement besoin de fonds, qui ont tellement
besoin de revenus, dans une situation où elles sont menacées par
le gouvernement du Québec de ne pas recevoir ces sommes, non pour des
raisons valables, mais pour des raisons strictement politiques.
Je suggérerais au gouvernement de devenir un peu plus
réaliste dans l'application des lois et dans l'application des
principes, d'être beaucoup plus pratique et d'écouter ce que les
municipalités ont à dire. Si, parce que nous sommes dans
l'Opposition, vous ne voulez pas écouter nos recommandations,
écoutez les municipalités qui sont directement impliquées
et qui vous disent clairement que ce projet de loi c'est de l'ingérence
du gouvernement. Elles ont même utilisé un langage pour
décrire le projet de loi: elles ont trouvé le projet de loi 38
totalitaire, immoral, démesuré. Ce n'est pas l'Opposition qui
utilise ce langage, ce sont les maires des municipalités qui se voient
pris par l'intransigeance du gouvernement du Parti québécois.
M. le Président, nous ne voulons pas être complices du
gouvernement dans l'adoption d'une loi injuste. Je croirais que, dans toute
bonne volonté dont le gouvernement devrait faire preuve, il devrait
réaliser les erreurs qu'il commet avec ce projet de loi et la position
impossible dans laquelle il place les municipalités. Revenez au bon
sens, écoutez le message qui vous a été transmis lundi
lors des élections partielles. Je pense que ces gens vous ont
envoyé un message: ils ne veulent plus des chicanes politiques, ils
veulent que vous reveniez au réalisme, ils veulent que vous soyez
pratiques. Et ils veulent, plutôt que d'avoir des lois que vous allez
utiliser pour des fins politiques, des lois qui vont résoudre les
problèmes, non des lois injustes qui vont en créer davantage et
qui vont promouvoir la confrontation. Merci, M. le Président.
Le Vice-Président (M. Rancourt): J'ai deux intervenants
à la fois qui ont demandé l'autorisation de parler. Est-ce que
quelqu'un...
M. Tremblay: Question de règlement, M. le
Président.
Le Vice-Président (M. Rancourt): Sur une question de
règlement, M. le député de Chambly.
M. Tremblay: En vertu de la tradition de cette Assemblée
où il y a normalement alternance entre l'Opposition et les
députés ministériels, étant donné que c'est
un député de l'Opposition qui vient d'adresser la parole, je
réclame le droit de parole.
M. Bisaillon: Sur la question de règlement, M. le
Président.
Le Vice-Président (M- Rancourt): Sur la question de
règlement, M. le député de Sainte-Marie.
M. Bisaillon: Étant donné, M. le Président,
qu'on me force à soulever des questions de règlement et qu'il
faut bien que je me défende, parce que dans cette Chambre - il y a
à peu près seulement vous qui pouvez le faire en dehors de moi...
J'ai toujours compris que dans cette Chambre le premier principe de
l'alternance, cela se jouait d'abord entre les pour et les contre un projet de
loi et que, lorsque cette notion de pour et contre un projet de loi ne
s'appliquait pas, on avait l'alternance qui était le gouvernement,
l'Opposition et ainsi de suite. Dans les circonstances, le dernier intervenant
était un intervenant contre et les positions en cette Chambre se
présentant comme étant pour et contre, je désire, quant
à moi, intervenir pour le projet de loi. Il me semble que je devrais
avoir la possibilité d'intervenir à ce moment-ci selon le
principe de l'alternance.
Le Vice-Président (M. Rancourt): M. le
député d'Argenteuil, sur une question de règlement.
M. Ryan: Je pense que j'aurais été le prochain
intervenant du côté de l'Opposition. Je voudrais régler la
moitié de votre problème. Si cela fait l'affaire du
député de Sainte-Marie de parler avant moi tantôt, je
l'écouterai volontiers, même si j'aurais souhaité passer un
peu plus de bonne heure. Étant donné qu'il est plus difficile
pour un député indépendant de se faire entendre, tout
compte fait, je pense que ce serait une bonne chose qu'on le laisse passer. Si
le gouvernement voulait faire de même, le député qui
voulait parler du côté ministériel aura quand même la
chance de parler avant moi, ce qui me donnera le plaisir de lui
répondre.
M. Tremblay: M. le Président...
Le Vice-Président (M. Rancourt): M. le
député de Chambly.
M. Tremblay: ...si j'insiste pour avoir la parole à ce
moment-ci, c'est que je tiens à conserver les habitudes de cette
Chambre. Il est arrivé, M. le Président...
Des voix: Ah!
M. Tremblay: Laissez-moi terminer ma question de
règlement. Il est arrivé que des...
Le Vice-Président (M. Rancourt): Rapidement.
M. Tremblay: ...députés du côté du
gouvernement se soient exprimés contre un projet de loi du gouvernement.
On n'a pas pris à ce moment-là le temps de l'Opposition. Ils se
sont exprimés...
Le Vice-Président (M. Rancourt): S'il vous plaît, M.
le député de Chambly! L'article 92 de notre règlement dit:
"Pour parler, un député doit se lever et demander la parole au
président en le désignant par son titre", ce que vous avez fait
chacun d'entre vous, à ma connaissance. Il y a aussi une
décision, dans le Précis des décisions rendues, qui a
été rendue le 24 octobre 1979 au sujet de l'ordre des
intervenants dans un débat: "...la règle générale
est établie par l'article 92 du règlement: le premier qui se
lève en s'adressant au président se voit accorder le droit de
parole. Cependant, le président respecte une rotation entre les
différentes formations politiques à l'origine du débat.
Par la suite, selon une tradition maintenant établie, le principe de
l'alternance entre en jeu: un opinant pour, un opinant contre". C'est ce que
vient de nous faire savoir le député de Sainte-Marie. Il est
évident que le président, ne sachant pas si l'intervenant est
pour ou contre, je souhaite...
Une voix: II est contre, M. le Président.
Le Vice-Président (M. Rancourt): ...que le prochain
règlement soit beaucoup plus explicite. J'espère qu'à la
prochaine session le règlement sera beaucoup plus explicite, mais
actuellement, sachant que le député de Sainte-Marie est pour - il
m'en a informé dans sa question de règlement - je vais utiliser
le Précis des décisions rendues, l'article 92 ou la tradition de
l'alternance entre un pour et un contre. J'accorde donc la parole au
député de Sainte-Marie. M. le député de
Sainte-Marie. (22 h 20)
M. Guy Bisaillon
M. Bisaillon: M. le Président, le fait que cette
Assemblée soit obligée de se prononcer sur le projet de loi 38,
le seul fait, d'ailleurs, que le projet de loi 38 ait été
déposé en cette Chambre est assez lourd de signification, non
seulement pour cette Assemblée nationale, mais, je pense, pour
l'ensemble des Québécois, lourd de signification parce que cela
nous indique jusqu'à quel point la position du Québec dans ces
matières est fragile. Elle est soumise à des attaques constantes
et régulières. Je me chargerai peut-être tantôt
d'essayer de déterminer que si on peut reconnaître que des
attaques existent, on pourra peut-être aussi reconnaître
qu'à certains moments elles puissent être provoquées. Mais
il faut
reconnaître que le Québec, dans ses pouvoirs, dans ses
privilèges, dans ses devoirs est constamment attaqué par rapport
à ce que lui reconnaît la constitution canadienne. Des attaques
d'autant plus sournoises qu'elles utilisent une situation économique
difficile, qu'elles utilisent une argumentation souvent difficile à
faire comprendre à l'ensemble de la population qui est dans le
besoin.
Dans le cas qui nous concerne, il est trop simple et trop facile de
prétexter le manque d'emplois ou encore les besoins en
équipements dans une région pour dire: Vous allez procéder
à ma façon et si vous ne procédez pas de cette
façon, les sommes d'argent n'y seront pas. C'est ce qu'on appelle, dans
d'autres endroits, mais de la même façon, du chantage. Soumettre
les Québécois, individuellement, à ce genre
d'argumentation et qui plus est s'en servir par la suite de façon
démagogique pour indiquer que tout ce qu'on souhaite, c'est prendre les
intérêts de chacun et de chacune, c'est, dans les circonstances,
masquer la vérité, c'est l'atténuer, c'est la cacher,
c'est faire abstraction d'un certain nombre d'autres objectifs qui peuvent
être poursuivis par le gouvernement canadien.
Je voudrais donc, M. le Président, si vous me le permettez, dans
un premier temps, expliquer pourquoi nous en sommes rendus là. Dans un
deuxième temps, nous pourrions essayer de voir ce que nous devons faire.
Après avoir indiqué mon appui au projet de loi 38, j'aimerais
peut-être souligner au ministre deux ou trois aspects du projet de loi
qui me semblent, dans les circonstances, un peu abusifs compte tenu des
objectifs poursuivis par le gouvernement du Québec.
Pourquoi en sommes-nous là? D'abord, parce que depuis le
référendum québécois, depuis aussi toutes ces
discussions qui ont suivi autour de la constitution canadienne, le gouvernement
fédéral, de toute évidence, profite de toutes et chacune
des occasions, se basant sur le climat économique, sur les
difficultés économiques, mais aussi sur le constat qu'il peut
faire d'un certain désabusement de la population, pour tenter de gruger
les pouvoirs du Québec et, en même temps, les pouvoirs des autres
provinces. Le fait de savoir comment les autres réagissent à
cette action du gouvernement canadien est peut-être important mais, ce
qui est vital, c'est de savoir comment nous, Québécois, devons
réagir.
On discute cette question dans le cadre d'une loi qui concerne les
municipalités, mais les exemples sont nombreux, depuis trois ans. Ils
démontrent que c'est une action constante du gouvernement canadien,
comme il serait tout à fait normal aussi de constater que, de l'autre
côté, cela se produit aussi parfois de la même façon.
Les difficultés qu'on rencontre ne sont pas que d'ordre diplomatique
même si essentiellement, quant à moi, dans le cas qui nous est
présenté et dont on discute, en me référant au
texte, en me référant aux lettres échangées entre
les deux premiers ministres, celui du Québec et celui d'Ottawa, en me
référant à cette correspondance dont le début date
du mois de mai passé, il me semble évident qu'un des objectifs
recherchés par le gouvernement fédéral est un objectif de
visibilité. Vous admettrez, M. le Président, qu'on pourrait
peut-être accorder la visibilité sans compromettre
nécessairement la juridiction du Québec en matière
municipale, sauf que le gouvernement et les représentants du
gouvernement canadien recherchent, à travers ces subventions qu'ils
distribuent dans tout le Québec actuellement, cette visibilité
qu'on leur a peut-être trop longtemps refusée. Il faudrait
peut-être admettre, M. le Président... J'entendais tantôt un
député du Parti québécois appeler à
l'impartialité sur le sujet, appeler à la non-partisanerie. Je
suis bien d'accord que, dans des cas comme celui-là, il faut faire
passer les aspects partisans au second plan, mais cela doit être
constant. On récolte peut-être actuellement ce qu'on a
semé. C'est un peu la guerre des drapeaux qui produit les
résultats actuels. Vous savez, ce jeu qu'on a constamment fait: Est-ce
que ce sera un drapeau bleu ou un drapeau rouge? Est-ce que ce sera une
pancarte bleue ou une pancarte rouge? Est-ce que la pancarte bleue, quand il y
en a une rouge, sera plus grande que l'autre? Ce sont tous ces jeux auxquels on
s'est prêté depuis longtemps, tout ce "fafinage" autour des
inaugurations officielles où on était donc content lorsqu'on
avait réussi à faire passer le député
fédéral en deuxième place, quand on l'avait
évité.
C'est un peu tout cela qui fait qu'aujourd'hui les représentants
du Parlement canadien demandent un peu plus de visibilité, demandent que
les Québécois soient au courant des sommes qu'ils
dépensent pour eux, à l'intérieur du Québec. Je
lisais dans une réponse du premier ministre canadien au premier ministre
Lévesque, le 11 août 1983, et je cite: "Le gouvernement
fédéral doit cependant se réserver la
possibilité... Je devrais commencer par vous lire d'abord la lettre du
premier ministre du Québec qui demandait au gouvernement
fédéral de commencer à respecter d'abord un certain nombre
de mesures qui pourraient être mises de l'avant pour aider davantage les
municipalités. Le premier ministre du Québec se
référait entre autres choses à la participation du
gouvernement fédéral aux taxes municipales. Le gouvernement
canadien, par le biais du premier ministre du Canada, lui indiquait que, dans
la constitution, le gouvernement du Canada n'a pas à se soumettre au
régime fiscal municipal québécois dont les lois et les
règlements sont
établis, parce que la constitution empêche le gouvernement
canadien ou permet au gouvernement canadien de ne pas payer ce genre de
taxes-là. Il ne disait pas, cependant, que cette même restriction
s'appliquait aussi au gouvernement du Québec, que, dans le passé,
le gouvernement du Québec, selon la constitution, n'était pas
tenu, lui non plus, de payer les taxes municipales. Pourtant, dans une loi
adoptée par cette Assemblée, on a fait en sorte que chacun des
édifices québécois puisse rapporter aux
municipalités. Si le gouvernement voulait augmenter les revenus des
municipalités, voilà un moyen qu'il pourrait prendre, qui est de
sa juridiction et qui lui est permis dans le cadre de notre constitution.
L'argument évoqué par le premier ministre canadien pour ne
pas verser des taxes aux municipalités est le suivant: Le gouvernement
fédéral doit cependant se réserver la possibilité
d'ajuster ces évaluations lorsqu'elles sont déraisonnables ou
paraissent inappropriées dans la perspective nationale qui lui est
propre. Autrement dit, qu'est-ce que le premier ministre du Canada nous dit? Il
nous dit: La constitution me permet de ne pas payer de taxes municipales et
même si je faisais comme vous du gouvernement du Québec, qui n'y
étiez pas tenus non plus... Je ne veux pas le faire, pas seulement
à cause d'un argument constitutionnel, mais parce que je veux me
réserver la possibilité de décider si c'est
approprié, dans les circonstances. (22 h 30)
M. le Président, cet argument utilisé par le premier
ministre canadien est exactement l'argument utilisé par le gouvernement
du Québec quand il dit que ce ne sont pas les subventions qu'il
repousse, que ce n'est pas l'argent, mais qu'il veut que cette somme d'argent
provienne d'une entente entre les deux paliers de gouvernement, le gouvernement
canadien et le gouvernement de l'État du Québec, qu'une fois
cette entente rédigée le gouvernement du Québec puisse
affecter les sommes d'argent aux endroits qui lui semblent prioritaires. S'il y
a des moments où, pour le gouvernement canadien, il y a des mesures qui
ne sont pas appropriées, il doit y avoir aussi des moments où,
pour l'État québécois, il y a des mesures qui ne le sont
pas. Comment le gouvernement canadien peut-il refuser au gouvernement du
Québec le jugement de pouvoir administrer et de pouvoir décider
lui-même, dans le champ de sa juridiction, des éléments qui
sont les plus prioritaires, alors que lui-même, dans l'argumentation
qu'il développe, se conserve cette priorité de pouvoir
décider? Il me semble que c'est un argument dont on devrait tenir compte
pour admettre que, par le biais de toute cette discussion qui se fait ici,
c'est beaucoup plus que les sommes d'argent impliquées, c'est beaucoup
plus que la visibilité du gouvernement fédéral ou de ses
représentants.
J'entendais, tantôt, un député dire: Autrefois, on
demandait au gouvernement du Québec de tenir son bout; aujourd'hui, on
lui demande de négocier. Je voudrais signaler que négocier, cela
suppose l'absence d'intransigeance, mais cela suppose aussi de tenir ses
positions jusqu'à un certain point. La négociation, ce n'est pas
l'abdication; négocier, cela suppose que, dans le cadre qui nous est
réservé, on peut discuter des modalités. Les
modalités sont, dans les circonstances, effectivement discutables. Il y
a moyen, selon moi, d'aménager les choses pour permettre de
répondre aux objectifs du gouvernement canadien, tout en reconnaissant
la juridiction du Québec en matière d'affaires municipales et en
préservant la possibilité pour l'État du Québec de
décider ou de déterminer dans quelles régions et, à
l'intérieur des régions, dans quels endroits en particulier il va
affecter les sommes d'argent qui sont disponibles.
Alors, négocier, ce n'est pas abdiquer. Négocier, cela
suppose aussi une ouverture d'esprit qui nous permette de comprendre la
position de l'autre. Dans les circonstances, il me semble que si ce que
recherchent les députés fédéraux, c'est la
visibilité, qu'on leur accorde donc cette possibilité de faire
savoir aux contribuables du Québec que le gouvernement
fédéral a effectivement investi dans tel ou tel programme telle
ou telle somme d'argent. Qu'on arrête cette bataille des drapeaux. Qu'on
arrête ces mesures vexatoires autour des inaugurations officielles et on
n'aura pas de surenchère et chacun aura un rôle à jouer
dans la mesure où il y a eu effectivement des choses à
accomplir.
Vous allez me dire, M. le Président, que ce n'est peut-être
pas faire de la politique que de faire cela. Mais je trouve que c'est
peut-être faire plus de la politique de faire cela et de le faire de
cette façon-là que, par la suite, quand on est dans un goulot
d'étranglement, se servir, d'un côté ou de l'autre, de tous
les genres d'arguments pour faire comprendre notre position. Je trouve que
ça se fait plus cela en politique, reconnaître ce que l'autre a
fait et sa participation que constamment trouver l'aspect qui peut nous servir
à détruire les positions qui peuvent être bonnes de l'autre
côté.
Ce projet de loi, M. le Président, sert l'État du
Québec. Par ailleurs, l'objectif poursuivi par le ministre des Affaires
municipales et par le gouvernement du Québec quand ce projet de loi a
été déposé, cela ne devait pas être, dans un
premier temps, de l'adopter à la vapeur puisqu'il est devant nous depuis
un certain temps. Lorsque ce projet de loi a été
déposé, il devait entrer aussi dans une ligne stratégique
qui indiquerait jusqu'où était prêt à aller le
gou-
vernement du Québec pour faire respecter ses droits. Ce projet de
loi, au départ, devait se présenter - je le suppose bien -comme
un avertissement de ce qu'on ferait si on ne réussissait pas à
s'entendre correctement dans les limites du bon sens.
Apparemment, ce message n'a pas été entendu, puisque,
aujourd'hui on est obligé de constater que, d'une part, il n'y a pas
d'entente qui reconnaisse, premièrement, la juridiction du Québec
dans ces matières; deuxièmement, qui fixe les modalités
d'attribution des sommes d'argent disponibles; troisièmement,
probablement qu'on ne règle pas, non plus, cette question de
visibilité dont je parlais tantôt, ce que le premier ministre
canadien appelait l'imputabilité des sommes d'argent.
L'avertissement, il me semble, s'il était adressé à
quelqu'un, ce devait être au gouvernement fédéral qu'il
s'adressait, beaucoup plus qu'aux municipalités. Les
municipalités, au moment où la loi 38 n'existe pas, admettons
qu'elles sont dans une position fort difficile. D'un côté, on leur
offre des sommes d'argent. Qu'est-ce qu'elles vont faire s'il n'y a rien qui
fixe la façon dont ces sommes d'argent vont être
distribuées, s'il n'y a rien, non plus, qui leur interdit de les
accepter selon des modalités prévues par le gouvernement du
Québec? Devant rien, les municipalités étaient fort
justifiées, à mon avis, de profiter de ces sommes d'argent,
même après le dépôt du projet de loi. Selon moi, le
dépôt du projet de loi, c'était un avertissement qu'on
adressait au gouvernement canadien. L'article 16 du projet de loi dit ceci: "Le
gouvernement peut se prévaloir de la présente loi si une
municipalité a bénéficié d'une participation
fédérale visée à l'article 2 après le..." et
la date qui est retenue, c'est la date du dépôt du projet de
loi.
Il me semble que, compte tenu de ce que j'ai dit
précédemment, M. le Président, on pourrait demander au
ministre des Affaires municipales d'indiquer comme date celle du vote de la
loi, puisque son avertissement ne visait pas à pénaliser les
municipalités, dans un premier temps. Il visait à avertir et
à prévenir le gouvernement canadien qu'on serait probablement, en
désespoir d'entente, obligés de l'adopter, cette loi. Il me
semble donc qu'on pourrait manifester de la souplesse, une fois la loi
adoptée, en commençant la période de
pénalité prévue à l'article 16 à compter de
l'adoption de la loi.
Le deuxième élément que je voudrais souligner - je
terminerai avec cela, M. le Président - c'est qu'il y a un aspect un peu
odieux dans une modalité de la loi 38 qui fait qu'on applique aux autres
ce qu'on reproche à d'autres. Je parle, entre autres, de cette mesure
où, même si les sommes d'argent deviennent inexigibles en vertu de
la loi 38, le gouvernement peut quand même les verser à certaines
municipalités à certaines conditions. Il me semble que c'est une
épée de Damoclès au-dessus de la tête d'un certain
nombre de municipalités. Il me semble qu'au-delà c'est un appel
à la partisanerie, justement. Je n'aime pas utiliser le terme
"patronage", mais je vais utiliser le terme "privilège". C'est un appel
à des privilèges qu'on pourrait consentir à des
municipalités et qu'on ne consentirait pas à d'autres. Il me
semble donc que la loi, si on doit la voter, il faut la voter pour qu'elle
s'applique de façon uniforme à l'ensemble des
municipalités par la suite.
En souhaitant que cette loi, même votée, puisse ne pas
trouver son application puisque cela aura permis une entente avec le
gouvernement canadien, je réitère que tout parlementaire
québécois qui veut aller dans la lignée de ce qui a
toujours été défendu par les différents
gouvernements de l'État du Québec se doit d'appuyer le projet de
loi 38, en deuxième lecture tout au moins, quitte à demander des
assouplissements lors de l'étude article par article. (22 h 40)
Le Vice-Président (M. Jolivet): M. le député
d'Argenteuil.
M. Claude Ryan
M. Ryan: M. le Président, j'ai écouté avec
beaucoup d'intérêt un bon nombre des discours qui ont
été faits jusqu'à maintenant autour du projet de loi. J'ai
écouté avec un intérêt particulier le ministre des
Affaires municipales qui a fait une bonne présentation de son projet de
loi. Je félicite le député de Laprairie de la
réponse qu'il a donnée au ministre des Affaires municipales. Je
pense qu'il a donné un exposé très substantiel de la
position différente que l'Opposition entendait prendre sur ce projet de
loi.
Je considère que le ministre des Affaires municipales, et
là je parle en ma qualité de député d'Argenteuil,
est un bon ministre des Affaires municipales. J'ai toujours eu d'excellents
rapports avec lui et je n'ai qu'à me féliciter de la
manière dont il a écouté les représentations que
j'ai eu à lui faire à différentes occasions. Je regrette
d'autant plus de ne pouvoir être d'accord avec lui sur ce projet de loi
38 que j'ai l'impression qu'après avoir accompli un certain nombre de
bonnes choses pour les municipalités il s'apprête à faire
une chose qui n'est pas la bonne solution à apporter à un
problème très réel qu'il a soulevé avec beaucoup de
pertinence et sur lequel je m'étendrai, moi aussi, dans la
première partie de mes remarques.
Je sympathise avec le ministre des Affaires municipales sur plusieurs
points de son exposé. Évidemment, quand il affirme la
compétence exclusive du Québec en matière
d'affaires municipales, il peut compter sur mon accord entier, sans
réserve. C'est un point qui est clairement défini par la
constitution du pays. Je pense que personne en cette Chambre n'est
intéressé à la remettre en question. Quand le ministre des
Affaires municipales nous dit qu'il faut de l'ordre, de la discipline dans
l'utilisation que les différents niveaux de gouvernement font des fonds
publics, je pense qu'il énonce une proposition
d'élémentaire sagesse et de réalisme évident. Dans
la ligne de cet objectif, je pense qu'il devrait pouvoir compter sur la
collaboration de tous les éléments de bonne volonté dans
cette Chambre.
Lorsqu'il souligne le caractère inacceptable d'un grand nombre de
politiques fédérales mises en oeuvre ces dernières
années, je suis d'accord avec lui. Lorsqu'il déplore, par
exemple, le retrait unilatéral du programme d'aide aux
équipements communautaires décidé par le gouvernement
fédéral en 1980 ou 1981, je déplore cette décision
tout autant que lui parce que je connais de nombreuses municipalités
dans mon comté d'Argenteuil qui ont souffert de cette décision,
qui ont été très désappointées de se faire
dire qu'on avait mis fin d'une manière unilatérale à cette
entente.
Nous avons eu, et je ne veux pas m'y étendre parce que c'est un
sujet très douloureux, l'unilatéralisme du gouvernement
fédéral lorsqu'il s'est agi de modifier la constitution au
lendemain du référendum. Je pense qu'on a fait dire au
référendum beaucoup plus qu'il ne disait en vérité.
J'ai toujours été en désaccord avec le gouvernement
fédéral sur cette manière qu'il a empruntée pour
procéder à des changements et je n'ai aucunement changé
d'opinion depuis ce temps. Je vois agir le gouvernement fédéral
dans mon comté d'Argenteuil, sur le territoire de Mirabel, et nous en
avons parlé souvent, le ministre et moi-même. Si je ne
déplorais pas l'unilatéralisme du gouvernement
fédéral dans plusieurs aspects du fonctionnement gouvernemental
sur ce territoire, je serais un aveugle incurable.
Je vous donne seulement un exemple. Récemment, on a
annoncé l'implantation de Bell Helicopter à Mirabel. C'est
très bien, mais le choix de l'emplacement d'une entreprise aussi
importante aurait dû faire l'objet de consultations entre les trois
paliers de gouvernement: le gouvernement municipal - il y en a un à
Mirabel, même si le gouvernement fédéral semble l'oublier
souvent -le gouvernement québécois et le gouvernement
fédéral. Mais je crois pouvoir affirmer que cette décision
a été prise unilatéralement par le gouvernement
fédéral, par l'intermédiaire de la Société
immobilière du Canada. S'il y avait eu concertation des trois paliers de
gouvernement - j'aurais bien apprécié que le député
à Québec fût consulté également, mais je n'en
demandais pas tant -c'est évident qu'on aurait pu prendre une
décision bien plus judicieuse que celle avec laquelle tout le monde est
pris actuellement, sans que personne ne soit vraiment satisfait, y inclus,
d'après ce que je crois comprendre, les autorités de l'entreprise
elle-même. J'ose souhaiter qu'on puisse, avant qu'il soit trop tard, se
retrouver ensemble pour en arriver à la décision la plus
judicieuse à tout point de vue.
Je mentionne seulement un exemple d'une tendance qui est tellement
prononcée que ce serait être injuste envers la
réalité que de ne point la signaler. Actuellement, à
Ottawa, il y a un projet de loi qui est à l'étude, le projet de
loi C-157 sur la sécurité et le renseignement,
c'est-à-dire la cueillette de renseignements par les gouvernements pour
des fins reliées à la sécurité du pays. Il y a dans
ce projet de loi des dispositions qui entraîneraient une diminution
considérable des compétences provinciales dans l'exercice de la
justice. Avec ces dispositions, on s'éloigne considérablement de
ce qu'a été la tradition constitutionnelle du Canada depuis
1867.
Je ne parle pas longtemps du projet de loi S-31, qui a
été, fort heureusement, retiré du programme à
Ottawa, mais dont on a dit qu'on le ramènerait éventuellement
sous d'autres formes.
Sur les effets de bien de ces politiques unilatérales, je pense
que je serais facilement d'accord avec le ministre des Affaires municipales.
D'ailleurs, dans un article que j'écrivais sur le projet de loi 38, dans
L'Argenteuil, dès le 26 juillet dernier, je signalais, notamment, qu'en
distribuant, comme il le fait, les subventions à gauche et à
droite, sans autre plan d'ensemble, trop souvent, que la seule recommandation
émanant du député, le gouvernement fédéral
introduit un facteur important de déséquilibre dans le
fonctionnement du système canadien de gouvernement. Il incite, pour
ainsi dire, les municipalités à cout-circuiter en permanence leur
gouvernement provincial pour obtenir des faveurs d'Ottawa. À court
terme, le gouvernement fédéral offre aux municipalités des
subventions alléchantes; à long terme, il n'apporte, cependant,
aucune solution durable à leurs problèmes.
Tout en étant d'accord avec le ministre des Affaires municipales
sur ces éléments qu'il a fait valoir dans son discours de cet
après-midi, je ne puis, malheureusement, être d'accord avec lui
quant à la solution qu'il propose et ceci, pour un certain nombre de
raisons que je ferai valoir en toute franchise. Tout d'abord, je n'ai pas la
conviction que le ministre ait vraiment épuisé tous les moyens de
négociation avec le gouvernement fédéral. L'autre jour,
quand M. le ministre a déposé en cette Chambre des documents
relatifs à la correspondance qu'il avait échangée avec
le gouvernement fédéral, je me suis empressé de
demander au greffier une copie de ces documents. J'ai trouvé qu'il n'y
avait pas, parmi ces documents, la lettre qu'il avait reçue de M.
Roberts, son homologue fédéral. Je ne sais pas si elle avait
été oubliée -peut-être le ministre ne l'avait-il pas
reçue à ce moment-là - mais elle ne faisait pas partie des
documents qu'on m'a envoyés. Pourtant, je l'avais entendu faire allusion
à cette lettre dans ses propos; par conséquent je me suis
posé des questions et, à cause de cela, je n'ai eu connaissance
de la lettre de M. Roberts que ce matin.
M. Léonard: Je peux répondre à cette
question, M. le Président?
M. Ryan: Volontiers.
Le Vice-Président (M. Jolivet): Volontiers? Allez, M. le
ministre.
M. Léonard: J'ai déposé deux documents: le
document que j'avais déposé, lors de la rencontre avec M. John
Roberts, le 4 octobre, et la lettre que j'avais écrite à M.
Johnston, le 28 octobre. L'autre lettre de M. Roberts est parvenue le jour
même où je répondais à la question en Chambre.
M. Ryan: II y a la méthode du complément de
réponse que le ministre aurait pu utiliser pour nous informer qu'il
avait reçu une lettre de M. Roberts. Nous ne le savions pas. Je l'ai
appris seulement hier et ce n'est qu'aujourd'hui que j'ai eu connaissance de la
lettre de M. Roberts. Dans cette lettre, il y a des ouvertures. Ce n'est pas du
tout satisfaisant, à mon point de vue. Je pense que ce qu'il y a dans la
lettre est un strict minimum que j'appellerais négatif, mais c'est
beaucoup mieux que le néant devant lequel on se trouve depuis plusieurs
mois et devant lequel on risque de se trouver au cours des mois à venir.
J'aimerais qu'avant de donner suite à son projet de loi - si jamais il
devait être adopté - le ministre explore à fond les
ouvertures qui sont faites dans cette lettre et qui pourraient être,
encore une fois, un début vers une solution plus complète.
J'ai écouté le ministre délégué
à l'Aménagement, ce soir, nous raconter la manière dont le
gouvernement fédéral présente toute la perspective du
renouvellement des ententes. Je suis d'accord avec ce qu'il a dit dans
l'ensemble et j'espère que ce pourrait être un premier point, mais
je ne pense pas qu'on doive fermer la porte tant qu'on n'aura pas fini
d'explorer cela comme il faut. Deuxièmement - je fais seulement une
petite remarque entre parenthèses - je ne pense pas que le ministre
devrait se scandaliser de ce que le ministre fédéral ait
envoyé cette lettre aux municipalités. Il n'a pas ouvert de
négociations avec les municipalités comme telles. Il leur envoie
une pièce d'information qui n'a pas été portée
à leur connaissance. J'espère que vous êtes assez favorable
à la libre circulation de l'information et des idées pour ne pas
vous formaliser de ce que le gouvernement envoie à titre d'information
aux municipalités un document qui est du plus vif intérêt
pour elles. Si on devait pousser le rigorisme jusque-là, je n'aurais
jamais pu être directeur d'un journal pendant seize ans. J'encouragerais
un ministre qui a des choses à dire à les dire. Une chose qu'il
aurait peut-être pu faire et cela aurait été bien plus
simple, c'était de donner sa lettre à tous les journaux. En
même temps, il l'aurait portée à la connaissance des
municipalités. Qu'il en envoie une copie aux municipalités,
j'espère, en toute franchise, que le gouvernement ne se scandalisera pas
d'une chose comme celle-là. S'il avait dit: On profite de cela et on
ouvre des négociations, ce serait une autre affaire. Par
conséquent, sur ce point-là, je ne suis pas satisfait. (22 h
50)
Deuxièmement, la voie qu'emprunte le gouvernement avec le projet
de loi est trop négative, trop punitive et trop chargée
d'arbitraire. Quand j'ai écrit cet article dont le titre résume
tout l'esprit - il date de juillet dernier - je n'avais pas eu le temps de
recevoir mes directives de qui que ce soit, au cas où cela
inquiéterait certains d'entre vous. Je veux que vous soyez bien à
l'aise à ce sujet. Il était intitulé Contraindre ou
convaincre? et la conclusion était que c'était plus
intéressant de chercher à convaincre que de s'employer à
contraindre. Quand j'ai écrit cet article, qui était pourtant
favorable à la méthode de persuasion, j'ai senti un immense
courant d'inquiétude parmi les maires de mon comté, qui sont tous
mes amis. Il y en avait un qui me combattait et les élections ont
entraîné un résultat plutôt malheureux pour lui. Je
le regrette beaucoup, mais, dans l'ensemble, nous nous entendons très
bien. Ils m'ont dit: M. Ryan, on ne comprend pas très bien ce que vous
avez voulu dire par là. Ils m'ont expliqué chacun le cas
particulier dans lequel ils se trouvaient, surtout l'effet d'extrême
inquiétude créée par le caractère rétroactif
d'une clause qu'a mentionnée le député de Sainte-Marie
tantôt, sur laquelle j'ose espérer qu'à tout le moins vous
voudrez revenir au stade des amendements en commission plénière,
si jamais votre projet de loi se rend aussi loin que cela. Je vous le dis
étant donné ce qu'est l'état de l'opinion politique chez
nous, le genre d'éducation politique que nous avons faite pendant des
années, de part et d'autre.
J'ai vu le Parti québécois à l'oeuvre et il n'a pas
tellement de leçons à faire à
d'autres quand il s'agit de patronage élégant, de
relations amicales, d'utilisation du pouvoir pour exercer de l'influence, et
tout. Franchement, je pense que tous ceux qui ont touché au pouvoir ont
un examen de conscience à faire de ce côté. Ils n'ont pas
beaucoup de leçons à donner à d'autres. Quand on est dans
l'Opposition, c'est notre rôle de donner des leçons, mais quand on
a touché au pouvoir... Je vous ai vus agir sur bien des fronts et je
vous dis cela bien simplement.
Étant donné l'état de l'opinion publique,
l'état du civisme chez nous, surtout l'état de la
compréhension de notre système fédéral, vous avez
tout intérêt à ne pas procéder par la contrainte
dans cette affaire, mais à procéder plutôt par la
persuasion ou la conviction. Vous pourriez vous faire des amis en nombre
croissant et moi-même, dans mon comté, je m'emploierai à
vous en gagner, à part cela. Mais si vous prenez cette méthode
punitive, je pense qu'il sera très difficile de convaincre les
municipalités que vous les considérez vraiment comme des
partenaires, comme des associés. On n'inflige pas de punition à
des partenaires et à des associés; on cherche à les
convaincre, on cherche à les associer à la ligne de conduite
qu'on entend suivre.
J'entends souvent dire en cette Chambre que les municipalités
sont des créatures légales du gouvernement. D'un certain point de
vue, c'est vrai, mais c'est beaucoup plus que cela. Les municipalités
sont des partenaires, des responsables très fortement autonomes à
leur niveau propre de responsabilités. Le ministre l'a souvent dit
lui-même et je suis parfaitement d'accord avec cette perspective quand il
l'emprunte. Mais je lui dis que, dans ce cas-ci, ce n'est pas la bonne
façon de traiter avec les municipalités. Je pense que les deux
corps qui représentent l'ensemble des municipalités du
Québec, l'Union des municipalités du Québec et l'Union des
municipalités régionales de comté du Québec, l'ont
clairement fait savoir au ministre au cours des derniers mois et je pense
même au cours des derniers jours. Il me semble que cela devrait amener le
ministre à réfléchir davantage à son affaire.
Au plan légal, j'ai entendu beaucoup d'affirmations dans cette
Chambre depuis le début du débat. M. le Président, je vais
vous faire une confidence: Je ne suis pas sûr que le gouvernement soit
sur un bon terrain. S'il était sur un terrain très solide, il
pourrait, il me semble, invoquer la loi qui existe déjà dans les
statuts depuis 1974, s'adresser aux tribunaux, demander une injonction contre
une municipalité qui va chercher une subvention sans obtempérer
à l'article 20 de la loi créant le ministère des Affaires
intergouvernementales. Mais étant donné la responsabilité
du gouvernement fédéral dans le domaine de l'économie,
dans la lutte contre le chômage, étant donné que le
gouvernement fédéral transige à ce moment-là avec
les municipalités comme agents économiques et non pas comme
créatures, il y a une matière à discussion et au plan
légal et au plan politique qui est loin d'être parfaitement claire
dans mon esprit.
Je vous dis cela bien simplement; je n'ai absolument rien à
gagner à vous le dire. J'ai pensé au problème depuis
quelques jours, depuis l'été dernier même, parce qu'il me
fatiguait beaucoup, et je crois qu'on a intérêt, par
conséquent, à l'approfondir au plan pratique. Je ne
suggère pas au gouvernement d'aller tout de suite devant les tribunaux.
Il y est allé à plusieurs reprises au cours des dernières
années et il a perdu les deux tiers de ses causes. C'est dangereux parce
qu'une fois qu'on a perdu sa cause, c'est fini. Tant qu'elle n'a pas
été plaidée, on peut toujours dire qu'il y a une chance de
notre côté et, parfois, on a beaucoup d'avantages à laisser
durer une certaine situation d'incertitude ou d'indéfinition juridique,
car cela permet de continuer à faire des choses sur le plan
pratique.
Ce sont les considérations que je voulais soumettre à
l'attention du ministre dans le climat de respect et de cordialité dans
lequel ont toujours baigné les rapports que j'ai pu avoir avec lui en sa
qualité de ministre des Affaires municipales et en ma qualité de
député d'Argenteuil. Ce qui se passe actuellement est le reflet
d'une situation que nous avons laissé se développer ensemble. Je
pense que, pour\ obtenir que le Québec soit beaucoup plus le partenaire
dans l'ensemble canadien qu'il ne l'est actuellement, le travail à faire
est auprès de l'opinion publique. Les maires et les conseillers
municipaux sont un élément très important quand on veut
agir sur l'opinion publique. Je crois que, si le ministre voulait
reconsidérer sa position et emprunter cette voie de la persuasion
plutôt que la voie de la contrainte, il obtiendrait à la longue
des résultats beaucoup plus intéressants que ceux qui se
dessinent avec le projet de loi 38.
Je demande au ministre, à la suite du député de
Verdun ce soir, pourquoi il refuserait de donner suite à la
requête qui lui a été soumise de convoquer devant une
commission parlementaire les représentants des organismes
autorisés à parler au nom des municipalités afin qu'ils
viennent nous dire dans quel contexte ce problème se pose, comment ils
envisageraient des solutions pratiques. Peut-être que, tous ensemble,
nous arriverions à trouver un consensus plus large au lieu de nous
dresser un côté de la Chambre contre l'autre, un groupe contre
l'autre, de nous accuser de toutes sortes de péchés qui
n'existent souvent pas plus d'un côté que de l'autre. Je pense
qu'on pourrait trouver une amélioration de la situation qui
ne serait peut-être pas une solution définitive, mais qui
serait meilleure, à mon point de vue, que la perspective de conflit dans
lequel menace de nous engager ce projet de loi, s'il était adopté
dans sa forme actuelle.
Par conséquent, j'insiste auprès du ministre des Affaires
municipales pour qu'il nous dise clairement tantôt s'il ne serait pas
possible d'envisager la tenue d'une commission parlementaire. Cela ne prendrait
pas énormément de temps. Je pense qu'il y a un certain nombre de
municipalités importantes qui veulent témoigner également
il y a les grands organismes représentatifs des municipalités. Il
faudrait qu'ensemble nous fassions l'examen de ce problème-là,
que nous voyions si d'autres solutions pourraient être envisagées
également.
Je pense que le ministre, à ce point de vue et dans cette
perspective, pourrait compter sur la collaboration de l'Opposition. Les
discours que j'ai entendus du côté de l'Opposition n'avaient pas
tous la même tonalité, mais je pense qu'ils affirmaient tous la
croyance unanime des députés de l'Opposition dans la
souveraineté de l'Assemblée nationale du Québec en tout ce
qui touche les questions reliées aux affaires municipales. Dans ce
cas-ci, nous sommes dans une zone qui demande à être
explorée davantage et je pense qu'il devrait y avoir moyen de faire
quelque chose dans le sens d'une approche encore plus raisonnable et surtout
plus réaliste. Merci, M. le Président.
Le Vice-Président (M. Jolivet): M. le député
de Chambly.
M. Luc Tremblay
M. Tremblay; M. le Président, il me fait extrêmement
plaisir de parler à la suite du député d'Argenteuil, un
homme respecté par tous les membres de cette Assemblée. Je dirais
même qu'à l'occasion on a eu l'impression qu'il était plus
respecté par les membres ministériels que par ceux de
l'Opposition.
J'aurais aimé, d'autre part, entendre le député
d'Argenteuil nous parler de cas bien concrets qui se sont passés dans
son comté ou près de son comté et qui font que,
malgré les lois précédentes et malgré le projet de
loi 38 qui est déposé depuis le mois de juin, des
municipalités, comme on dit, ont déjà la main dans le
tordeur. Il s'agit, en particulier, de la ville de Huberdeau où il y a
eu une subvention de 16 000 $ accordée pour la rénovation des
équipements récréatifs de la municipalité, à
un club de loisirs. Pis encore, la municipalité de Mirabel a eu une
subvention de 450 000 $ pour une piste cyclable dans les bois. Je serais bien
mal placé pour m'opposer à une piste cyclable puisque j'ai le
plaisir de pratiquer le cyclisme. Cette piste cyclable a été
construite dans une zone agricole et en contravention avec le schéma
d'aménagement de la ville par la Société
immobilière du Canada. Cela aurait été une belle occasion
pour le gouvernement fédéral de consulter le gouvernement
municipal, le gouvernement local, ainsi que le gouvernement du Québec.
(23 heures)
II y a un autre cas dans la même ville, à Mirabel, dans les
bois de Belle-Rivière -ces gens sont généreux dans le
comté d'Argenteuil, il faut le reconnaître - où il y a un
projet d'option nature de 284 000 $ en contravention avec l'aménagement
de la ville et dans une zone agricole, encore une fois.
À Saint-Adolphe-d'Howard, une piste d'hébertisme et de
sentiers pédestres, 106 000 $ donnés à un club social. Ce
sont là des raisons qui font qu'il n'est plus temps pour le gouvernement
du Québec de simplement dire: Nous souhaitons que le gouvernement
fédéral n'agisse pas de la sorte. Il faut nécessairement
qu'il y ait des pénalités à ceux qui contreviennent
à cette loi. À ma connaissance, c'est le cas dans presque toutes
les lois que ce Parlement vote.
Une loi sans pénalité n'est pas une loi. Comment des
municipalités pourraient-elles être justifiées de dire,
comme le disait tout à l'heure le député de Verdun: J'ai
refusé 2 000 000 $ pour ma municipalité et il n'y aurait pas eu
de pénalité si je les avais acceptés? C'est injustifiable
pour un maire. Il faut qu'il puisse se justifier en disant: Si j'accepte 2 000
000 $, je vais avoir des pénalités équivalentes.
M. le Président, ce n'est pas nous qui avons commencé la
chicane; bien au contraire. Je vous rappelle les paroles d'un illustre premier
ministre qui disait: "Fini le fédéralisme coopératif".
Depuis, effectivement, ce fut plus difficile pour le gouvernement du
Québec, comme pour le gouvernement des autres provinces canadiennes, de
coopérer et de négocier avec le gouvernement
fédéral.
M. le Président, ce n'est pas le premier ministre du
Québec qui disait cela. Ce n'est pas le ministre des Affaires
municipales du Québec non plus. C'était le premier ministre du
Canada, M. Pierre Elliott Trudeau. En ce qui concerne les affaires municipales,
on avait réussi au Québec à sortir, non seulement le
gouvernement du Québec actuel, mais avec l'aide des
municipalités... Je me souviens qu'au moment où je
siégeais comme conseiller municipal, il y avait une résolution
déposée à l'Union des municipalités du
Québec afin de demander au gouvernement fédéral de sortir
de la juridiction municipale et de passer, comme il se doit, par le
gouvernement du Québec. D'ailleurs, cette juridiction provinciale ou
québécoise sur les municipalités est bien reconnue. Elle
est reconnue même par M. Roberts dans la
lettre qu'il a fait parvenir à toutes les municipalités.
Il le dit clairement: "Nous reconnaissons cette juridiction et les
députés de l'Opposition la reconnaissent aussi." Mais, ce qui est
surprenant, c'est qu'alors que tous ces gens reconnaissent la juridiction du
Québec sur les municipalités, alors que M. Roberts le
reconnaît, et bien avant le dépôt de la loi 38,
déjà on contrevenait à cette affirmation. Comment peut-on
expliquer qu'on dise qu'on reconnaît cela et que, avant même que le
gouvernement du Québec prenne des sanctions et dise: Arrêtez cela,
vous allez contre la juridiction du Québec, le gouvernement
fédéral avait commencé à distribuer ses
cadeaux?
Il faut noter qu'avant le dépôt de la loi 38, les
négociations n'étaient pas très fortes avec le
gouvernement fédéral. Ils ont commencé à
négocier quand il y avait un bâton et quand il y avait une menace,
autrement, ils ne négociaient pas. Si on décidait d'attendre pour
voter la loi 38, laquelle est devant nous présentement, cela voudrait
dire qu'on mettrait en danger les négociations en cours, parce que le
gouvernement fédéral ne se sentirait plus pressé et
dirait: Cela ne sert à rien de négocier, maintenant on peut
distribuer nos cadeaux un peu partout. Il faut admettre que c'est très
habile comme manoeuvre politique, toute cette stratégie sans doute
organisée, orchestrée par les stratèges
fédéraux. Une belle manoeuvre politique. Je l'admets comme
observateur. Je trouve que c'est habile. On peut le regarder ainsi. Ils se
disent: Nous allons aller dans le paysage et nous allons offrir aux
municipalités des sommes, sachant très bien qu'ils n'ont pas le
droit de faire cela et sachant très bien que le gouvernement du
Québec allait réagir.
Ce faisant, le gouvernement fédéral semble
généreux, il offre des sommes aux municipalités, il
crée des attentes et le gouvernement du Québec est obligé
de dire: Halte-là'. Ne touchez pas à ma juridiction et le
gouvernement du Québec passe pour un gros méchant qui ne veut pas
accepter ses subventions. De plus, il est en belle position pour offrir 100 000
$ à une municipalité, l'annoncer dans les journaux, faire de la
publicité autour de cela et, là, la municipalité dit: Je
ne peux pas accepter ce montant, et, de fait, les 100 000 $ reviennent dans ses
poches, cela ne lui a rien coûté. Il se retourne vers une autre
municipalité et dit: Voilà 100 000 $, on fait la publicité
là-dessus et le même rituel recommence. Avec le même argent,
on fait trois fois les mêmes engagements ou quatre fois sans jamais
débourser.
Dans cette même stratégie, c'est facile pour lui, quand on
a une stratégie semblable, de dire aux gens: D'accord, nous allons
négocier, mais, quand on pose des conditions inacceptables pour une des
parties, on sait très bien que cela va être refusé. Encore
là, la stratégie est belle. On dit: Le méchant
gouvernement séparatiste du Québec refuse de négocier. M.
le Président, on n'est pas exactement les seuls au Canada, dans les
provinces, qui refusent cela. Tout à l'heure, il y a un ministre qui a
fait des contacts dans le reste du Canada et pas une province n'a
accepté encore sa proposition.
Je voudrais vous lire un petit texte du ministre des Finances de
l'Ontario - ce ne sont pas des séparatistes - M. Darcy McKeough. Il a
été très ferme quant à l'intrusion du
fédéral dans les affaires des collectivités locales. Dans
un discours prononcé le 21 juin 1977, il disait notamment ceci: La
position du gouvernement de l'Ontario est claire et devrait peut-être
être répétée. Nous n'aimons pas que le gouvernement
fédéral traite directement avec les municipalités de
l'Ontario, comme cela a été le cas de plus en plus ces
dernières années. Nous n'aimons pas que le gouvernement
fédéral approche nos leaders locaux avec des propositions mal
conçues - c'est ce que nous disons aussi - comme la
péréquation municipale, qui, si on les regarde bien, ne font que
susciter des espoirs et des attentes qui ne se matérialisent jamais en
argent. C'est à peu près ce que je disais. Ce n'est pas moi qui
le dis, c'est le ministre des Finances de l'Ontario.
Cette situation est carrément inacceptable aussi bien au point de
vue constitutionnel, et cela a été largement évoqué
par mes collègues ici, qu'au point de vue administratif. Ce serait,
encore là, une autre façon de gaspiller des fonds publics que
nous coûte le fédéralisme canadien, puisque, si on
acceptait cela, il y aurait à la fois des fonctionnaires
fédéraux et des fonctionnaires du gouvernement du Québec
qui feraient la vérification de l'utilisation de cet argent.
J'ai entendu ce soir plusieurs députés de l'Opposition qui
semblaient accepter cette situation. Le gouvernement du Québec aurait
dû, selon eux, ne pas s'opposer à cette distribution de cadeaux.
(23 h 10)
Mais, M. le Président, cautionner les subventions
discrétionnaires du fédéral, c'est cautionner un
système de patronage. Ce qui se passait avant que le gouvernement du
Québec réforme la fiscalité des municipalités,
c'était très simple, mon collègue qui est ici peut en
témoigner. Les municipalités, avant la réforme de la
fiscalité, présentaient un budget équilibré tous
les ans, sachant très bien qu'elles allaient dépenser plus que ce
budget. Évidemment, si on était du bon bord, on dépensait
plus, s'étant déjà entendu avec le ministère.
À la fin de l'année, ayant dépensé plus que ses
revenus, il y avait un déficit. La municipalité se
présentait aux Affaires municipales et disait: Pauvre de moi, me
voilà avec un déficit. Voulez-vous m'aider? Le
ministère payait le déficit sous forme de subvention et
c'était alors une subvention à la mauvaise gestion.
Nous avons transformé ce système par la fiscalité
municipale, ce qui a eu pour résultat direct de transférer du
gouvernement aux municipalités la somme de 350 000 000 $. Si je fais un
petit calcul, je me dis: Nous avons 122 comtés dans la province, donc,
grosso modo, 350 000 000 $ cela fait environ 3 000 000 $ par comté par
année que, moi, comme député, je pourrais distribuer.
J'avoue que c'est alléchant, j'avoue que ce serait intéressant et
que j'aimerais cela arriver tous les ans et dire aux maires: Tu as
été fin, voilà 500 000 $; toi, tu n'as pas
été fin, tu n'en auras pas. C'est alléchant pour quelqu'un
qui est en politique afin de mettre les gens à leur place et les
contrôler. Mais comment voulez-vous, dans un tel contexte, que des
administrateurs municipaux puissent, avant même le début de
l'année, planifier leurs dépenses et leurs revenus? C'est
impossible puisqu'il me serait loisible, à moi, député, de
décider du sort des budgets des municipalités. Si on suivait la
logique des subventions discrétionnaires du fédéral, ce
serait la même chose. Je retirerais beaucoup plus de visibilité
politique, mais ce ne serait pas là faire de la saine gestion des fonds
publics. C'est ce à quoi nous nous opposons.
On entend depuis longtemps les députés
fédéraux dire: Oui, mais avec l'ancien système, avec les
ententes que nous avions, les députés fédéraux
n'avaient pas la visibilité qu'on souhaite. M. le Président, moi,
en tout cas, dans le comté de Chambly, je n'ai jamais refusé
qu'un député fédéral soit présent lorsqu'il
y avait l'inauguration d'une bâtisse construite avec des fonds
québécois et des fonds d'Ottawa. Ce qui se produisait
jusqu'à récemment, c'est que les députés
fédéraux refusaient et ne venaient pas à ces inaugurations
parce qu'ils considéraient que leur comté était
assuré; que le comté de Chambly c'était un comté
libéral ad vitam aeternam. Tout à coup, dernièrement, la
panique les prenant, ils se mettent à venir dans le milieu, à
assister aux inaugurations, à vouloir être présents,
à vouloir être visibles. Il n'en tient qu'à eux, et avec le
système que nous avions auparavant et les ententes que nous sommes
prêts à reconduire, sans aucune hésitation, en leur
laissant toute la visibilité qu'ils méritent, il n'y aurait pas
de problème. Ils n'ont qu'à se présenter, qu'à
sortir de leur bureau, qu'à revenir d'Ottawa dans leur comté - et
en même temps, ils pourraient en profiter pour payer leurs taxes ici au
Québec - et retourner à Ottawa pour siéger.
En conclusion, M. le Président, je dirais que c'est vrai, on le
veut, l'argent d'Ottawa. On les veut, ces budgets. On en veut même plus,
même que je dirais qu'on veut tout cet argent. C'est notre argent, mais
on le veut dans le respect des institutions, dans le respect du gouvernement du
Québec, dans le respect des municipalités et dans le respect des
Québécois et des Québécoises. Merci, M. le
Président.
Des voix: Bravo! Bravo!
Le Vice-Président (M. Rancourt): M. le
député de Beauce-Sud.
M. Hermann Mathieu
M. Mathieu: Merci, M. le Président. Nous venons d'entendre
de la part du député de Chambly un discours à basse saveur
démagogique. Il a parlé d'à peu près tout, sauf du
projet de loi 38. Il nous dit que les fédéraux ont la panique. Je
pense que s'il y en a qui ont la panique ces temps-ci, avec ce qui s'est
passé hier dans Mégantic-Compton et dans Jonquière, ce
sont bien les ministres et les députés du Parti
québécois. Je comprends que le leader du gouvernement nous dit
que c'est une victoire morale, ce qui a été
désavoué aujourd'hui par le vice-premier ministre, mais quoi
qu'il en soit, c'est encore un signe de panique.
Nous sommes en train d'étudier un des projets de loi les plus
arbitraires et les plus punitifs qui n'a jamais été soumis
à cette Assemblée. Il s'agit du projet de loi 38, Loi sur la
participation gouvernementale au financement des municipalités. Quel est
le but de ce projet de loi? Lorsque j'en ai fait part au mois de juin aux
maires et aux électeurs de mon comté, ils ne me croyaient pas. Le
but de ce projet de loi est d'interdire aux municipalités de recevoir
des subventions du gouvernement fédéral et c'est, bien sûr,
dans l'optique de la séparation. Le gouvernement fédéral
est un gouvernement étranger. C'est un gouvernement ennemi avec lequel
il ne faut pas transiger, avec lequel il ne faut pas conclure d'entente. Vous
avez bien là l'illustration de la manière d'agir de ce ministre
des Affaires municipales, un dictateur et également de ce gouvernement
qui ne fonctionne que par décrets, par coups de fouet et par
l'arbitraire..
Le ministre invoque des motifs nobles. Il nous dit qu'il invoque le
principe du respect de la compétence du Québec pour justifier ce
projet de loi. Nous sommes d'accord avec le respect de la compétence du
Québec, mais ce principe n'est pas en jeu du tout aujourd'hui. Ce
principe du respect de la compétence du Québec en affaires
municipales a déjà été reconnu par une loi
adoptée par un gouvernement libéral en 1974. Ce qui est en jeu
dans cet inique projet de loi 38, ce n'est pas cela du tout. Ce qui est en jeu
là-dedans... Ce projet de loi ne fait que réaffirmer le respect
des compétences. Il
ne le crée pas du tout.
Que dit ce projet de loi? D'abord, il y a des articles qui suscitent une
inquiétude. Vous verrez les mots "jugement du gouvernement" et
"discrétion" à plusieurs reprises. L'article 2: "Une
municipalité qui, au jugement du gouvernement, a
bénéficié d'une participation du gouvernement du
Canada..." Alors, au jugement du gouvernement. C'est le gouvernement du
Québec qui va décider si une municipalité doit être
punie ou non, directement ou indirectement, c'est-à-dire que s'il y a,
par exemple, une OTJ qui est constituée en vertu de la loi sans but
lucratif, 3e partie de la loi des compagnies du Québec, une OTJ qui
administre une aréna par ailleurs propriété de la
municipalité, c'est indirectement. "Directement ou indirectement sous
quelque forme que ce soit perd le droit d'exiger du gouvernement du
Québec..." L'article 3: "Le gouvernement peut, à sa
discrétion, constater par décret..." Ces gens sont forts dans les
décrets; ils sont bons là-dedans. Ils récoltent le
résultat aussi. Article 7: "Malgré l'inexigi-bilité d'une
somme visée à l'article 2, le gouvernement peut, à sa
discrétion..." Il y a toujours la discrétion, M. le
Président. Ensuite, article Ils "Les montants dont les
municipalités sont privées par l'application des articles 2
à 4 doivent être distribués à des
municipalités. Le gouvernement établit les règles..." Qui
sera le bénéficiaire? À qui va-t-on distribuer? (23 h
20)
On parlait tantôt de patronage. Je vous dirai qu'il n'y a jamais
eu tant de patronage qu'il y en a maintenant. La seule différence, c'est
qu'il est hypocrite, il est subtil. Il n'y a jamais eu tant d'actes contre le
principe des libertés des individus. C'est toujours subtil. Il n'y a
jamais eu de violence comme il y en a présentement.
On a adopté les projets de loi 106, 111, par exemple, le
décret contre les fonctionnaires, contre les professeurs, alors que le
gouvernement vient déchirer sa signature. C'est de la violence. Elle est
intellectuelle au lieu d'être physique. Depuis la
Confédération, il n'y a pas un gouvernement qui a fait tant de
violence que ce gouvernement. Il n'y a pas un gouvernement qui a fait tant de
patronage que ce gouvernement. Ah oui! On établit des belles petites
règles mais, par-dessous, on distribue des PRIME. À qui les
distribue-t-on? Faites donc une révision, par exemple. Je parlerai du
domaine de l'agriculture. Les subventions discrétionnaires de 30 000 $,
40 000 $, 50 000 $, 60 000 $, 70 000 $ pour établir des parcs
d'engraissement de boeuf, allez voir à qui on les donne, M. le
Président. Ce n'est plus du patronage de frigidaires et de bouts de
chemin, c'est du patronage de terres complètes.
M. le Président, ce projet de loi 38 en est un inutile,
déchirant et provocateur. Le but est d'entretenir la mésentente
avec le gouvernement fédéral. Là-dessus, le gouvernement
est toujours fidèle à ses principes. Que disait le ministre de
l'Éducation dans un article ici, le 19 novembre 1983? Le ministre de
l'Éducation est en charge du comité de la question nationale,
comité de l'indépendance, qui siège le jeudi. Le
comité de l'économie siège le mardi pour créer des
emplois et le comité de l'indépendance, le jeudi, pour fermer les
emplois. Que disait le ministre de l'Éducation? Le comité
égrénera ses conclusions. Autrement dit, il va provoquer des
petites guérillas avec le fédéral - la loi 48, sur les
pêches, la loi 38 - et on va toujours avoir des querelles avec le
gouvernement fédéral. Est-ce que c'est là servir le bien
commun des municipalités?
Que nous disait le ministre des Affaires municipales? Maintenant que les
MRC sont constituées, le Québec en a besoin pour aller chercher
sa souveraineté à Ottawa. Quand vous avez vendu la loi 125, que
vous avez imposé les MRC, est-ce que vous avez dit aux
municipalités que c'était pour aider le gouvernement du
Québec à faire l'indépendance? Vous le dites par
après, par exemple. On commence à voir votre vrai visage. Le but
de ce projet de loi, c'est un pas de plus vers l'indépendance, mais sur
le dos des municipalités. Les municipalités sont
littéralement prises en otage. Le but est de pénaliser les
municipalités qui ne suivront pas le pas, qui ne suivront pas
l'orthodoxie péquiste, une loi injuste, une loi inique. Dans mon
comté, il y a des municipalités qui ont reçu des
subventions. Qu'ont-elles fait avec cela? Elles ont fait travailler des
chômeurs, elles ont fait travailler des assistés sociaux. Elles
n'ont pas pu faire ce qu'elles voulaient. Par exemple, il y a une
municipalité qui avait une bâtisse à contruire. À
cause de votre fameux règlement de l'OCQ, l'Office du crime du
Québec, qui interdit - l'Office du crime du Québec, je vais vous
le répéter - de travailler à des projets communautaires
sans avoir votre petit bout de papier, le certificat de classification de
l'OCQ, eh bien, les municipalités ne peuvent pas employer les fonds
à bon escient, M. le Président.
J'entendais, à un moment donné, votre député
de Rouyn-Noranda-Témiscamingue qui disait: Bien, il faudrait bien
exempter les travaux communautaires du décret de l'OCQ. Il n'a pas une
grosse influence, ce député-là, au Conseil des ministres,
ni parmi la députation, parce que, d'après ce que je sais, le
décret de l'OCQ s'applique encore.
Alors, les municipalités qui avaient des subventions pour
construire des annexes à des équipements qu'elles
possèdent déjà n'ont pas pu faire travailler des
chômeurs, des jeunes, des assistés sociaux, premièrement
à cause de votre sinistre règlement de l'OCQ et,
deuxièmement, vous venez par la porte d'en arrière leur
enlever toute possibilité de participer à de telles subventions.
C'est une tutelle déguisée que vous êtes en train
d'imposer, c'est un excès de sévérité, c'est une
loi répressive, M. le Président.
Le ministre fait un reproche de la visibilité
fédérale. Il ne veut pas que le fédéral remette les
chèques. Je vous dis que je serais bien content que le
fédéral remette les chèques, qu'ils soient visibles, qu'on
sache qui a donné quoi. Exemple: la participation fédérale
dans les HLM. Il y a eu deux ou trois inaugurations de HLM dans mon
comté. Vous avez toujours la belle grande pancarte bleue indiquant que
c'est une initiative du gouvernement du Québec. On ne dit pas que les
deux tiers - si on compte les intérêts pour la période de
35 à 40 ans, qui font plus que 1 000 000 $, sont payés par le
fédéral, jamais on n'en parle. On a toujours l'impression que
c'est une oeuvre du Québec alors que c'est juste le Québec qui
décide où on les implante. Quand on parle de visibilité,
je vais vous donner un autre exemple.
La semaine dernière, j'étais à Lambton, dans le
comté de Mégantic-Compton, pour des raisons que vous devinerez,
M. le Président. Et justement au HLM, je vois une plaque par terre, dans
la salle communautaire, une belle plaque de bronze, la plaque traditionnelle
que le gouvernement fédéral donne lors de l'inauguration des HLM
pour l'afficher, pour l'intégrer à la bâtisse, pour
démontrer la participation fédérale. Mais je dis au
concierge: Pourquoi la plaque est-elle par terre? Bien, dit-il, les officiers
de la Société d'habitation du Québec m'ont interdit de la
poser après le bloc - cela m'a été affirmé - et ils
m'ont dit: Faites venir une "pépine", creusez un trou, mettez la plaque
dans le trou, enterrez-la. Le gouvernement fédéral n'a aucune
participation dans ce HLM. Je trouve cela injurieux, je trouve que ce n'est pas
respecter l'intelligence des Québécois que d'agir ainsi et
quiconque ne me croit pas, qu'il aille, demain matin, je ne dirai pas cette
nuit, parce que ce gouvernement nous fait légiférer la nuit, au
moment où les autres parlements siègent, nous ne siégeons
pas, mais quand arrive la période de refoulement pour cacher nos
impostures, par exemple, on siège la nuit, c'est le meilleur moyen de
jouer à la cachette avec la population.
J'ai l'impression - il est 23 h 30 -qu'on ne sortira pas très,
très tôt ou qu'on va sortir tôt demain matin de ce
débat. Je voudrais également vous demander, lorsque la
Société d'habitation du Québec vient dans nos
comtés inaugurer des HLM, pourquoi on n'invite pas le
député du comté à l'Assemblée nationale,
lorsque c'est un comté d'Opposition. Cela m'est arrivé pour au
moins trois HLM dans mon comté. J'ai dû faire une sortie pour
venir à bout de les réveiller, pour leur dire de penser à
l'avenir. Ils avaient un peu honte à la fin, je leur ai dit: Si ces HLM
sont payés avec des fonds péquistes, laissez-moi chez nous, je
n'ai pas d'affaire là-dedans, mais si c'est payé avec des fonds
du gouvernement du Québec, avec des taxes de tous les citoyens du
Québec, bien, je trouve tout à fait inqualifiable ce geste de
patronage subtil, on écarte les députés de l'Opposition de
ces cérémonies.
M. le Président, il y a le poste de la Sûreté du
Québec qui a été inauguré à Saint-Georges
par l'ancienne députée de Hull...
Une voix: "Dull"!
M. Mathieu: ...l'ancienne députée "dull", qui a
été une spécialiste du patronage. Bien sûr, je
n'étais pas invité là. Les journalistes me demandaient:
Pourquoi n'es-tu pas venu? Mais c'est parce que je n'ai pas été
invité, tout simplement. Si ce nouveau poste de la Sûreté
du Québec, c'est payé par des fonds péquistes,
laissez-nous chez nous. Je ne veux pas participer à vos
activités. Mais si c'est payé avec les taxes des
Québécois, je trouve inqualifiables ces choses, ce patronage
subtil que vous faites. (23 h 30)
Je vais vous donner quelques expériences, quelques exemples en
agriculture: en 1975...
Une voix: ...patronage éhonté.
M. Mathieu: II y avait eu, en 1975, une étente
fédérale-provinciale sur le transport des céréales
par laquelle le fédéral transportait 35 000 000 $ au gouvernement
du Québec à condition que le gouvernement du Québec les
dépense pour augmenter la culture des céréales. Le
ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation est parti
avec son programme, il distribuait des subventions à gauche et à
droite pour les silos à grain, les silos régionaux, les
batteuses. Allez demander aux agriculteurs qui ont reçu les subventions
pour savoir si ces fonds viennent du fédéral. Ah non! vous
diront-ils, cela vient uniquement du Québec. Je vois
l'époustouflant ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de
l'Alimentation se tirer en l'air ici, à l'Assemblée nationale,
pour nous dire: Les silos poussent comme des champignons depuis que je suis
là; regardez! Je comprends: c'est de la manne fédérale qui
a été retenue sous une administration fédérale. Le
seul avantage qu'il a, M. le Président, c'est de les dépenser.
Encore là, ils ne peuvent pas le dépenser en disant la
vérité, en disant la provenance des fonds.
Je suis d'accord avec le fait que l'on sache d'où viennent les
fonds. Si un agriculteur reçoit une subvention pour un silo, que l'on
sache si c'est Québec qui paie
ou si c'est Ottawa qui paie.
M. Léonard: C'est le contribuable de toute
façon.
M. Mathieu: C'est le contribuable, mais vous voulez vous
approprier le bénéfice, M. le ministre des Affaires
municipales.
Le Vice-Président (M. Jolivet): À l'ordre!
Une voix: C'est bien vrai.
Le Vice-Président (M. Jolivet): À l'ordre!
M. Mathieu: Et c'est toujours, dans votre optique, un pas de plus
vers l'indépendance.
Une voix: Envoie Hermann!
M. Mathieu: M. le Président, j'ai quelques
résolutions du comté de Beauce-Sud. Peut-être que je
n'aurai pas le temps de les passer toutes. Qu'est-ce qu'elles disent? Elles
disent non au ministre: le conseil municipal de Saint-René,
Aubert-Gallion village, Saint-Éphrem-de-Tring, Notre-Dame-des-Pins,
village Saint-Zacharie, Saint-Philibert, Saint-Prosper, Courcelles,
Saint-Victor, Saint-Gédéon, Saint-Benoît,
Saint-Victor-de-Tring, Saint-Zacharie, Sainte-Clothilde qui a une mention
spéciale en bas de la résolution. La municipalité de
Sainte-Clothilde a préparé des projets pour la création de
nouveaux emplois. Ce que la municipalité a reçu du gouvernement
du Québec, c'est un accusé de réception et on ne sait pas
pourquoi le projet a été refusé. Risborough,
Saint-Théophile, Lac-Poulin, Saint-Honoré,
Saint-Éphrem-de-Beauce, MRC Robert-Cliche. Ahl Vous pouvez rigoler. Je
les entends et vous les entendez, téléspectateurs, rigoler. C'est
la démocratie, ces résolutions municipales. Ce sont des
municipalités qui vous disent non, comme les électeurs vous ont
dit non hier à Jonquière et, également, dans
Mégantic-Compton...
Des voix: Bravo!
M. Mathieu: ...et comme les électeurs du Québec
vont vous dire non quand vous aurez le courage de faire une élection
générale tant désirée par la population.
Une voix: C'est vrai.
M. Mathieu: Toutes ces municipalités qui vous disent non
agissent de bonne foi, avec une attitude positive. Je vois, par exemple, la
ville de Saint-Georges qui a des subventions fédérales pour
l'aéroport municipal. Qu'est-ce qui va se passer, M. le
Président? Nous sommes citoyens du Québec et du Canada. Nous
payons des taxes au Québec et au Canada. Je considère que le
Canada, c'est mon pays et le Québec, ma patrie. M. le Président,
c'est comme mon père et ma mère. Le Parti québécois
veut m'enlever mon père et veut que je devienne orphelin. Il me dit en
plus: prouve-moi que tu aimes ta mère dans la mesure où tu
détestes ton père. Je veux aimer les deux, M. le
Président. Je ne veux pas devenir orphelin. Vous me faites signe qu'il
me reste seulement deux minutes.
J'aurais aimé vous parler également de la revue de presse:
"Les municipalités ne pourront plus recevoir d'aide d'Ottawa." "Des
millions perdus pour les municipalités." "Québec veut taper sur
le doigt des municipalités." "Léonard dépose le projet de
loi 38." "Québec veut distribuer l'argent de façon
discrétionnaire." "L'argent ne viendra plus d'Ottawa." "Québec ne
doit pas régler ses comptes avec Ottawa sur le dos des
municipalités." "Les MRC demandent à Québec de ne plus
imposer de tutelle déguisée." "Il faut que le Québec
renonce à pénaliser les municipalités." "Les membres des
MRC s'inquiètent des effets du projet de loi 38." "MRC, demande de
retrait." "Loi 38 donne un trop grand pouvoir au ministre." "Dix-huit
bénéficiaires de l'aide sociale perdent leur emploi." "Le projet
de loi 38 fait reculer McMasterville." "Projet de loi 38: le ministre va de
l'avant."
M. le Président, je dis au ministre: II y a une entente qui
existe avec le gouvernement fédéral. Négociez donc de
bonne foi. Je me souviens de la querelle Duplessis-Diefenbaker pour les
subventions aux universités. Il n'y avait jamais moyen de s'entendre.
Les universités du Québec étaient privées
d'importants fonds fédéraux. Duplessis est
décédé. Au bout de 30 jours du règne de Paul
Sauvé, l'entente était signée et les universités du
Québec ont toujours, depuis ce temps, bénéficié de
subventions pour les universités.
Je conclus, M. le Président. Mettez de côté, M. le
ministre des Affaires municipales, votre manière arrogante,
intransigeante, dictatoriale. Allez donc négocier et, surtout, ne faites
pas comme vous avez fait lors du rattachement des MRC dans ma
municipalité, envoyer des municipalités comme Saint-Prosper et
Saint-Zacharie aux Etchemins, alors qu'elles ne voulaient pas y aller. Vous
avez été intransigeant et je vous demande d'être
raisonnable dans cette affaire et de négocier de bonne foi pour le
bienfait des électeurs du comté et des citoyens du
Québec.
Le Vice-Président (M. Jolivet): M. le député
de Rousseau.
M. René Blouin
M. Blouin: Merci, M. le Président. Je viens d'entendre,
comme vous tous, le député de Beauce-Sud qui a sans doute
oublié que, dans sa propre circonscription électorale, une
municipalité, celle de Saint-Côme, a reçu des services pour
son stade couvert, une subvention de 200 000 $ discrétionnaire de la
part de son député fédéral. À
Morisset-Station, une autre municipalité de son comté, une
subvention pour des installations sportives au montant de 19 668 $. On passe de
200 000 $ à 19 868 $. Pourquoi, comment, de quelle façon? Il y en
a une trentaine d'autres qui ont été négligées et
qui n'ont rien reçu. Si c'est cela que veut le député de
Beauce-Sud, si c'est ce qu'il souhaite, qu'il le dise, mais qu'il le dise
clairement.
Je crois que les membres de l'Opposition libérale sont en train
de s'enliser dans une attitude purement négative que, je pense, ils
commencent à regretter. Si ce n'est encore fait, ils le regretteront
dans les jours, dans les semaines, dans les mois ou dans les années
à venir. Ils ont déjà tenu des attitudes pareilles au
cours de certains débats fondamentaux dans ce Parlement. Lors de
l'adoption de la Loi sur l'assurance automobile, encore une fois, ils se sont
opposés à ce projet de loi qui a ensuite été
accepté par l'ensemble de la population. Ils s'étaient
trompés et ils l'ont regretté. Lors de l'adoption de la loi 101,
ce fut la même chose: opposition systématique à
l'égard d'un projet de loi qui a été ensuite
accepté par l'ensemble des citoyens et des citoyennes du Québec.
Ils l'ont regretté ensuite. Lors de l'adoption du zonage agricole, ce
fut le même genre d'opposition systématique. Ils l'ont
regretté encore une fois quelques années plus tard, puisque cette
loi était acceptée par l'ensemble des citoyens et des citoyennes
du Québec.
Ce soir encore, nous sommes en train de tenir l'un de ces débats
fondamentaux. Débat fondamental parce que premier débat sur ce
sujet, au fond, il est venu dans ce Parlement en 1974. Bien avant, d'autres
gouvernements avaient pris des positions très claires à
l'égard des droits du Québec, à l'égard du respect
strict de la constitution canadienne concernant les droits et les
privilèges de l'Assemblée nationale du Québec et du
Québec tout entier.
Dans ce Parlement, le 24 décembre 1974, l'Assemblée
nationale adoptait un projet de loi, le projet de loi 59, qui était
déposé et défendu par le ministre des Affaires
intergouvernementales du temps, qui est aujourd'hui le chef intérimaire,
le chef parlementaire plutôt, de l'Opposition, M. Gérard D.
Levesque. C'était la Loi sur le ministère des Affaires
intergouvernementales qui proclamait dans une loi québécoise
l'exclusivité des affaires municipales et des affaires urbaines, tel que
le dicte la constitution à l'égard du Québec et de son
gouvernement. Et qu'a fait l'Opposition péquiste à cette
époque? Elle n'a pas fait comme l'Opposition libérale a fait au
cours du premier mandat et comme elle le fait encore maintenant. Non.
L'Opposition péquiste, à cette époque, lors de l'adoption
de ce projet de loi sur le ministère des Affaires intergouvernementales,
a été cohérente, positive. Elle a voté pour ce
projet de loi en première lecture. Elle a appuyé ce projet de loi
en deuxième lecture et elle a réaffirmé son appui en
troisième lecture parce qu'il s'agissait d'une loi importante,
fondamentale et qui garantissait les droits et les privilèges de
l'Assemblée nationale du Québec. (23 h 40)
Aujourd'hui, nous discutons encore de ce sujet fondamental.
Malheureusement, le 2 octobre 1981, ce genre d'unanimité sur des
questions fondamentales à l'égard des droits et des
privilèges du Parlement du Québec commençait à
s'émousser quelque peu. En effet, nous étions en plein
débat sur le rapatriement unilatéral de la constitution et ce
Parlement a eu à se prononcer sur l'attitude du gouvernement
fédéral à ce moment. Chacun des membres de ce Parlement a
eu à dire si, oui ou non, il s'opposait à tout geste qui pourrait
porter atteinte à nos droits et affecter nos pouvoirs sans le
consentement de l'Assemblée nationale. La presque totalité des
députés s'est opposée à ce geste et a appuyé
cette motion présentée par le premier ministre. Seuls neuf
députés de ce Parlement commençaient déjà
à prendre parti pour le gouvernement fédéral à
l'encontre des droits et des privilèges de l'Assemblée nationale.
Il s'agissait - je relis le journal des Débats - de MM. O'Gallagher,
Ciaccia, Caron, Lincoln, Gratton, Maciocia, Cusano, French et de Mme Dougherty.
Cent onze députés appuyaient cette motion et neuf
commençaient déjà à vouloir émousser les
droits et les privilèges de cette Assemblée nationale. Ce que je
crains, c'est que ces neuf députés, qui ont commencé
à infecter le parlementarisme québécois, aujourd'hui
n'entraînent dans leur sillon un nombre plus important de parlementaires
québécois.
M. le Président, quant à nous, nous ne basculerons pas du
côté de ces neuf députés. Nous serons fidèles
aux positions unanimes de 1974, alors que la loi était proposée
par le gouvernement libéral de l'époque. Nous serons
fidèles à la position majoritaire des députés
d'octobre 1981 à l'égard de la protection des droits et des
pouvoirs du Québec.
Cela me fait rire tristement d'entendre les députés
libéraux dire qu'ils sont pour la vertu et, ensuite, venir affirmer
qu'au fond
ils ne sont pas très vertueux. Ce que je ne comprends pas ou que
je comprends trop, hélas, dans leur attitude, c'est qu'ils n'ont pas
l'air de saisir qu'il s'agit là d'un problème très
important et que nous devons lui y accorder toute l'importance qu'il
mérite.
En fait, ce à quoi ils s'attaquent présentement, c'est
à une façon de dialoguer avec les municipalités. Ce
à quoi ils s'attaquent, c'est à une méthode d'action qui
relie le gouvernement du Québec et les municipalités du
Québec. Il y a quelques années, en 1977 ou 1978, le gouvernement
du Québec votait la loi 57. Cette réforme alors discutée
faisait en sorte que l'ensemble des municipalités du Québec
n'avaient plus, dorénavant, à venir systématiquement
quêter des subventions auprès des politiciens, qu'elles n'avaient
plus à adopter des attitudes humiliantes à l'égard de
leurs fonctions d'élues municipales, mais que, dorénavant, elles
devenaient plus autonomes et qu'elles pouvaient compter sur des revenus que
leur transférait sans condition le gouvernement du Québec. Ainsi,
depuis ce temps, le gouvernement du Québec a décidé de
payer ses taxes aux municipalités. Il ne leur demande plus de s'humilier
pour payer ce qui leur revient.
Je vous donnerai uniquement un exemple pour vous montrer quelle est la
différence entre l'attitude du gouvernement du Québec et celle du
gouvernement fédéral qui patauge dans un jardin qui n'est pas le
sien. Le gouvernement du Québec paie aux municipalités, et cela
découle de la loi 57, des "en lieu" de taxes, c'est-à-dire des
taxes municipales sur les immeubles des réseaux de
télécommunications, de gaz et d'électricité
à tous les ans, depuis que cette loi a été adoptée.
Dans le seul comté de Rousseau, c'est 959 080 $ que verse en 1983 le
ministère des Affaires municipales du Québec directement aux
municipalités du comté.
Comment procède-t-il? Est-ce qu'il procède de façon
discrétionnaire? Est-ce qu'il me remet ce million dans ma poche et me
demande d'aller le donner à qui je veux, comme je le veux, selon que je
préfère l'un et que je préfère moins les autres?
Pas du tout. Le gouvernement utilise une méthode d'équité
qui fait en sorte que les municipalités, lorsqu'elles reçoivent
cet argent, savent pourquoi elles le reçoivent, en fonction de quels
principes, et savent que dans les années à venir elles pourront
encore compter sur ce genre de revenus.
Le gouvernement, pour distribuer ce million de dollars dans le
comté de Rousseau, tient compte de l'importance de la population d'une
municipalité, de son effort fiscal moyen par rapport à l'effort
fiscal moyen de l'ensemble du Québec, c'est-à-dire de la richesse
plus ou moins grande de la municipalité. C'est ainsi que, selon leur
importance, les municipalités du comté de Rousseau peuvent
compter sur des subventions de quelques milliers de dollars, de quelques
dizaines de milliers de dollars et, dans certains cas, d'au-delà de 150
000 $. Mais ces subventions sont données selon des principes de justice
et d'équité.
Les députés libéraux croient que le gouvernement du
Québec ne veut pas s'entendre. C'est presque ridicule de dire cela.
Encore samedi dernier, j'allais procéder à une
cérémonie de levée de la première pelletée
de terre pour la construction d'une habitation à loyer modique. Le
député fédéral était présent,
contrairement à ce que dit le député de Beauce-Sud. Je ne
sais pas où il vit. Je sais que, dans la plupart des cas, les
députés fédéraux sont présents. Donc, au
cours de cette cérémonie, le député
fédéral m'a presque enlevé les paroles de la bouche et a
dit que le fait que nous procédions à cette première
pelletée de terre signifiait qu'il pouvait y avoir des ententes entre le
gouvernement du Québec et le gouvernement fédéral. J'ai
eu, ensuite, à prendre la parole et j'ai dit que j'étais
très heureux d'entendre le député fédéral
réaliser qu'effectivement des ententes étaient possibles et que
nous ne leur demandions, dans le cas de ce débat sur la loi 38, que de
procéder comme ils le font pour les HLM, de s'entendre avec nous et,
ensuite, de pouvoir verser directement ou indirectement ces subventions aux
municipalités non pas de façon discrétionnaire et
discriminatoire, mais de façon juste, honnête et
équitable.
Le gouvernement du Québec, ont dit certains députés
libéraux, n'a pas réussi à s'entendre avec le gouvernement
fédéral. Il brouille les cartes. J'ai des nouvelles pour eux. Le
gouvernement du Québec actuel, pendant une période
équivalente à celle du gouvernement Bourassa, a signé
trois fois plus d'ententes avec le gouvernement fédéral que ne
l'avait fait le gouvernement précédent. Je vais vous
énumérer, M. le Président, quelques sujets sur lesquels se
sont entendus le gouvernement du Québec et le gouvernement
fédéral depuis que nous sommes là. Ces ententes totalisent
- tenez-vous bien - au-delà de 1 800 000 000 $. Ce sont des ententes sur
le développement des transports, sur les infrastructures industrielles,
sur le développement forestier, le développement minéral,
le développement agricole, sur les études industrielles,
l'assainissement des eaux, le développement touristique, les
équipements publics, en fait sur une foule de domaines il y a eu des
ententes et j'en passe quelques-unes. M. le Président, comment peut-on
prétendre que le gouvernement du Québec, qui a signé trois
fois plus d'ententes que le gouvernement fédéraliste
libéral de Robert Bourassa, ne veut pas s'entendre alors que les
faits
démontrent qu'il a signé effectivement trois fois plus
d'ententes de collaboration que ne l'avait fait le gouvernement
précédent? C'est complètement ridicule.
Maintenant, les municipalités doivent-elles être surprises
du débat que nous tenons présentement? Je ne crois pas qu'elles
le soient et je ne crois pas qu'elles doivent l'être. En effet,
dès le 31 août 1982, M. Dufour, qui était alors
président de l'Union des municipalités du Québec,
écrivait à toutes les municipalités et leur disait ceci:
"Le conseil d'administration de l'Union des municipalités du
Québec soumet donc à ses membres que, dès le moment
où elles reçoivent des offres formelles écrites de leur
député fédéral, elles en avisent le
ministère des Affaires municipales du Québec pour respecter la
tradition et les règles déjà établies." Premier son
de cloche. Elles sont donc au courant.
Je vous cite un passage du discours du président Moreau lors de
l'ouverture du congrès de l'Union des conseils de comté du
Québec, le 12 octobre 1982. "S'il est un point sur lequel la
constitution canadienne est claire, dit M. Moreau, c'est bien sur la
juridiction exclusive des gouvernements provinciaux envers les
municipalités. Il importe de ne pas s'écarter de cette ligne
directrice." (23 h 50)
Le 28 octobre 1982, le ministre des Affaires municipales, M. Jacques
Léonard, écrivait aux municipalités relativement aux
offres du gouvernement fédéral. Le ministre informait les
municipalités qu'il avait demandé la réouverture de
l'entente sur les programmes PECEC et signalait que les membres du gouvernement
étaient ouverts à tout mécanisme qui permettrait aux
municipalités du Québec, dans le respect des juridictions
respectives, de profiter des retombées des taxes que nous payons tous
à Ottawa. C'est ce que nous voulons: profiter des taxes que nous payons
à Ottawa et pour lesquelles nous avons le droit de recevoir des
redevances. Encore une fois, les municipalités étaient
informées de cette démarche et elles savaient très bien
à quoi s'en tenir.
Le 1er mai 1983, le premier ministre du Québec, M. René
Lévesque, s'adresse aux membres de l'Union des municipalités du
Québec, c'est-à-dire aux municipalités du Québec:
"Notre gouvernement, pas plus que tous les autres qui l'ont
précédé, n'acceptera jamais ce genre d'anarchie - les
subventions discrétionnaires du gouvernement fédéral
-malheureusement très voulue et qui est terriblement gaspilleuse
d'argent autant que de temps et d'énergie."
Le 21 juin 1983, les municipalités étaient
également informées que nous déposions le projet de loi
38, dans lequel nous leur indiquions que dorénavant elles encourraient
des sanctions si elles ne respectaient pas la loi 45. Comment peut-on
pénaliser les municipalités qui ont refusé de se livrer
à ce genre de marchandage complètement odieux de la part du
gouvernement fédéral et récompenser celles qui ont
touché à la fois des subventions du gouvernement du Québec
et des subventions du gouvernement fédéral en contravention avec
la loi? Ce serait parfaitement inéquitable pour environ 95% des
municipalités du Québec qui ont respecté la loi, qui se
sont comportées de façon correcte et de façon
constitutionnelle. Je crois que ce serait inéquitable à leur
égard que de ne pas demander aux municipalités qui se sont trop
avancées et qui ont commis une erreur de ne pas remettre cet argent et
de le faire servir aux programmes qui sont normés et redistribués
à l'ensemble des municipalités du Québec.
Moi-même, j'informais, au mois de juillet, les 22
municipalités du comté de Rousseau de la teneur du projet de loi
38 et du débat dont elles avaient déjà eu vent.
Le 8 septembre 1983, c'est une lettre de René Lévesque
à Pierre Elliott Trudeau; c'était une réaction à la
lettre du 11 août que M. Trudeau lui adressait. "Je considérais,
écrivait M. Lévesque, que votre ouverture porte sur une
modification fondamentale de l'attitude du gouvernement fédéral
et que vous êtes, en conséquence, prêt à conclure
avec nous une entente qui reflète le caractère exclusif de notre
compétence dans le domaine municipal et qui soit également la
manifestation concrète de l'intention du gouvernement
fédéral de respecter cette disposition de la constitution
actuelle." Je transmettais aussi aux 22 municipalités de mon
comté le contenu de cette lettre de M. Lévesque qui
réaffirmait, encore une fois, que nous voulons les retombées des
taxes que nous payons à Ottawa, mais selon des ententes qui respectent
la lettre et l'esprit de la constitution canadienne.
M. le Président, ce que nous assumons aujourd'hui, c'est
très simplement la cohérence et la continuité des
décisions antérieures du Parlement du Québec. En 1974,
c'est le gouvernement libéral de Robert Bourassa qui propose une loi -
comme je le disais tout à l'heure - affirmant l'exclusivité des
pouvoirs du Québec dans les affaires municipales et urbaines,
conformément à la constitution canadienne. En 1974, ce sont tous
les députés, libéraux et péquistes, qui adoptent
cette loi. En 1981, c'est la quasi-totalité des parlementaires
québécois, moins neuf, qui s'oppose à tout geste qui
pourrait affecter les pouvoirs du Québec sans son consentement. En 1983,
au moment où nous nous parlons, c'est le gouvernement du Parti
québécois qui propose le respect de la loi de 1974 qui est
bafouée par les députés libéraux
fédéraux du Québec à Ottawa.
Ceux et celles qui, parmi nous, se défileront devant cette
incontestable responsabilité de parlementaires québécois
et voteront contre la démarche que nous proposons risquent d'aller
grossir le rang des neuf parlementaires désolants de l'automne 1981. Ils
et elles risquent aussi d'affecter nos droits fondamentaux et risquent ainsi
d'être bien rapidement, bien tristement inscrits dans la mémoire
de la population du Québec. Merci, M. le Président.
Le Vice-Président (M. Jolivet): M. le député
de Nelligan.
M. Lincoln: Excusez M. le Président.
M. Pagé: M. le Président, si vous me le
permettez.
Le Vice-Président (M. Jolivet): M. le whip de
l'Opposition.
M. Pagé: Nos deux leaders ont communiqué ensemble,
à ma connaissance, vers 23 heures ce soir. Si le leader du gouvernement
a eu l'occasion de jeter un coup d'oeil à l'extérieur, il a
certainement constaté que la température est très
mauvaise. Pour le motif que près d'une centaine de travailleurs et de
travailleuses sont employés ici à l'Assemblée nationale,
à la télédiffusion des débats, au journal des
Débats, au restaurant, enfin à tous les services de
l'Assemblée, nous avons cru qu'il aurait été plus
convenable d'ajourner nos travaux à ce moment-ci pour permettre à
ces gens de retourner chez eux, compte tenu de la tempête et de la
mauvaise température à l'extérieur.
J'avais cru comprendre, à la lumière de conversations avec
des gens du bureau du leader, qu'après le discours du
député de Rousseau on ajournerait à ce moment-ci. Est-ce
qu'on a mal compris? Est-ce que les communications ne reflètent pas une
entente ou quoi?
Le Vice-Président (M. Jolivet): M. le leader du
gouvernement.
M. Bertrand: M. le Président, je suis en mesure de
confirmer qu'effectivement j'ai communiqué, il y a environ une heure,
avec le leader de l'Opposition, le député de
Marguerite-Bourgeoys. Nous nous sommes entendus pour terminer nos travaux ce
soir, vers minuit. L'argument qu'on a invoqué, du côté de
l'Opposition était la tempête qui sévit à
l'extérieur en ce moment. Il y des collègues qui habitent
près du parlement, mais d'autres habitent un peu plus loin, dont le
député de Portneuf. Je ne sais pas, en fait, s'il aura, ce soir,
à se rendre dans le comté de Portneuf. Peu importe, il y a tout
de même une tempête qui sévit.
Deuxièmement, il y a les salaires qui doivent être
payés après minuit. Mais, ceci étant dit, il faut quand
même être conscient qu'il est arrivé fréquemment, au
cours des dernières années, que nous ayons eu à
dépasser minuit pour des considérations qui tiennent au fait que
nous avons à débattre plus longuement certains projets de
loi.
M. le Président, à ce moment-ci, je ne vois pas
d'objection à ce que nous puissions ajourner le débat et à
ce que nous le reprenions demain. Je l'indique immédiatement au
député de Nelligan, pour son information: nous commencerons
demain matin avec le projet de loi 57 et nous étudierons ce projet de
loi durant la journée. Dépendant des décisions qui seront
prises au caucus libéral demain durant la journée, nous verrons
comment nous organiserons les travaux pour la fin de la journée, demain
soir. Sur cela, j'attends les informations venant de l'Opposition.
Le Vice-Président (M. Jolivet): Donc, la parole sera au
député de Nelligan sur le projet de loi en cours au moment
où l'on reprendra les débats. J'ajourne les travaux à 10
heures, demain matin.
Oui, M. le whip de l'Oppositon.
M. Pagé: Je voudrais remercier le leader du gouvernement
de sa délicatesse. Je voudrais lui dire que, malgré que la
tempête sévisse à l'extérieur, les Nordiques ont
gagné 8 à 1. Ils étaient bien fiers; ils étaient
bien heureux. Et les Flames de Calgary, malgré qu'ils aient perdu 8
à 1, sont partis bien contents parce que c'est, apparemment, une
victoire morale.
Le Vice-Président (M. Jolivet): Ajournement à 10
heures demain matin, en disant que le Canadien a gagné 4 à 1.
(Fin de la séance à 23 h 59)