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(Dix heures deux minutes)
Le Président: À l'ordre! Nous allons nous
recueillir quelques instants.
Veuillez prendre vos places.
Mme Huguette Lachapelle, whip du gouvernement
J'ai reçu du premier ministre une lettre que je déposerai
dès qu'on rne la fera parvenir de mon bureau parce qu'elle est
restée là, m'informant que Mme la députée de Dorion
agira dorénavant comme whip du gouvernement.
Des voix: Bravo! Dépôt d'un nouveau
diagramme
Le Président: À la suite de ce changement et de
d'autres changements intervenus j'ai le plaisir de déposer en deux
copies le nouveau diagramme de l'Assemblée nationale.
Aux affaires courantes il n'y a pas de déclaration
ministérielle ni de présentation de projet de loi.
Au dépôt de documents, M. le leader du gouvernement.
Réponse à une question inscrite au
feuilleton
M. Bertrand: M. le Président, il me fait plaisir de
répondre au nom du ministre de l'Éducation à une question
qui lui était posée par le député de Richmond
relativement aux problèmes occasionnés par la présence de
matériaux susceptibles de nuire à la santé. C'est une
question qui a été inscrite au feuilleton le 17 octobre 1984.
Le Président: Document déposé. M. le leader
du gouvernement au nom du ministre des Finances.
Rapport du vérificateur des comptes
M. Bertrand: M. le Président, je voudrais déposer
le rapport du vérificateur des comptes relatifs au Vérificateur
général pour l'année financière terminée le
31 mars 1983.
Le Président: Document déposé. M. le
ministre délégué à l'Aménagement et au
Développement régional.
"Options d'aménagement de la région
métropolitaine de Montréal"
M. Gendron: J'ai le plaisir de déposer un document
intitulé, "Options d'aménagement de la région
métropolitaine de Montréal".
Le Président: Document déposé.
Il n'y a ni rapport de commissions ni pétition.
Avant de passer à la période des questions, je vous
rappelle qu'il y aura un vote immédiatement après la
période des questions.
Période des questions des députés.
M. le chef de l'Opposition.
QUESTIONS ORALES DES DÉPUTÉS
M. Levesque (Bonaventure): M. le Président, puis-je savoir
si l'honorable premier ministre sera avec nous ce matin car j'ai une question
à lui poser?
Le Président: M. le leader du gouvernement.
M. Bertrand: M. le Président, comme j'en ai avisé
le leader dé l'Opposition vers 9 h 40, 9 h 45, le premier ministre m'a
prévenu qu'il ne pourrait pas être présent à la
période des questions ce matin étant donné certaines
urgences et qu'il sera là, par ailleurs, de-nain matin.
Le Président: M. le chef de l'Opposition.
M. Levesque (Bonaventure): M. le Président, je regrette,
évidemment, que le premier ministre ait choisi de ne pas venir en
Chambre ce matin. Je devrai donc adresser ma question à un de ses
collègues.
Des voix: Fédéraliste.
Les revendications du gouvernement pour l'acceptation
de la constitution de 1982
M. Levesque (Bonaventure): Je vais l'adresser au ministre
délégué aux Affaires intergouvernementales
canadiennes.
On sait que le premier ministre doit rencontrer, demain, le nouveau
premier ministre du Canada. Dans une lettre que le premier ministre, M.
René Lévesque, adressait le 25 novembre 1981 au premier
ministre du Canada d'alors, M. Pierre Elliot Trudeau, il
écrivait: "Sur le fond de la question, je vous réitère que
le Québec est prêt à signer tout accord qui satisferait aux
conditions minimales exprimées dans la motion que j'ai
déposée à l'Assemblée nationale le 17 novembre 1981
et dont vous avez déjà reçu copie. Ce sont là des
conditions raisonnables qui représentent pour le Québec le
minimum vital dont il a besoin pour protéger sa
spécificité et ses droits historiques."
Est-ce que le ministre délégué aux Affaires
intergouvernementales canadiennes qui nous disait récemment qu'il
était en train de préparer certaines prises de position à
ce sujet peut nous dire si le gouvernement a décidé de maintenir
ses revendications dans le sens de la lettre de 1981 et de la motion
déposée en cette Chambre par le premier ministre? Est-ce qu'il a
l'intention d'exiger ce minimum vital ou a-t-il l'intention d'exiger davantage
afin d'arriver à une acceptation par le Québec de la nouvelle
constitution de 1982?
Le Président: VI. le ministre délégué
aux Affaires intergouvernementales canadiennes.
M. Johnson (Anjou): M. le Président, je crois que le chef
de l'Opposition qui a une très bonne connaissance de ce type de
dossiers, compte tenu des fonctions qu'il a occupées dans le
passé, comprendra que le contexte dans lequel il me pose cette question
doit m'amener à limiter mes interventions. Lorsque le Québec est
en négociation, ou lorsque le Québec, à l'égard du
reste du Canada et, notamment, à l'égard du gouvernement
fédéral, fait connaître un point de vue quant à ce
qu'il considère comme les garanties essentielles à la
préservation de ce que nous sommes ou de ce que nous pourrions
être, nous devons bien prendre soin de ne pas tirer sur la table ce que
constituent des objectifs en même temps que des stratégies de
négociation. Je me limiterai donc, en réponse à la
question du chef de l'Opposition, à dire que les principes que nous
entendons défendre dans ce que nous considérons comme une
réouverture du dossier constitutionnel sont des principes qui peuvent
s'inspirer à la fois des grands axes qui ont été
adoptés par cette Législature depuis plus de 50 ans, mais en
même temps un certain nombre de demandes que le Québec entend
faire pour nous assurer, à l'égard de notre développement,
que nous disposons, dans le contexte d'une réouverture
constitutionnelle, du maximum de marges de manoeuvre en termes de
développement pour le Québec.
Une voix: Très bien.
Le Président: M. le chef de l'Opposition.
M. Levesque (Bonaventure): M. le Président...
Une voix: Ce n'est pas très réconfortant.
M. Levesque (Bonaventure): ...si vous pensez qu'on a
été éclairé par la réponse du
ministre...
Une voix: Peut-être, peut-être.
M. Levesque (Bonaventure): Ce que je demande au ministre, il me
semble que c'est bien clair... C'est le premier ministre actuel qui a dit que
pour adhérer à la constitution de 1982 où le Québec
est présentement absent... Il a dit à cette Chambre, il a fait
voter par cette Chambre des conditions minimales. Est-ce que ces conditions
minimales sont au moins ce qui va être abordé demain comme
conditions essentielles minimales pour que le gouvernement actuel puisse
adhérer à la constitution de 1982? Est-ce que le ministre veut
que je cite les conditions? Je peux les citer s'il ne se les rappelle pas.
Le Président: M. le ministre délégué
aux Affaires intergouvernementales canadiennes.
M. Johnson (Anjou): M. le Président, je me souviens fort
bien de ces conditions qui sont évoquées par le chef de
l'Opposition puisque l'Opposition, à l'époque, avait voté
contre cette résolution. Je rappellerai que ce qu'il appelle les
conditions minimales de cette résolution de 1981 contenaient
l'affirmation du principe que nous formons un peuple, qu'en conséquence
nous avons la liberté de disposer de nous-mêmes et qu'il y avait
lieu de retenir une formule impliquant ou un droit de veto ou un droit d'option
avec pleine compensation financière et d'autres considérations
relatives, notamment, à la charte des droits, eu égard aux grands
principes des droits et libertés qu'on retrouve dans le droit anglais de
façon générale ainsi qu'en matière linguistique et
culturelle.
Je dirai que depuis 1981, des choses ont changé, non pas quant
aux aspirations normales et fondamentales du peuple québécois,
mais sûrement quant au contexte dans lequel le Québec peut avoir
des relations avec le reste du Canada. Je le souhaite sûrement quant au
contexte qui pourrait enfin amener l'Opposition libérale dans ce
Parlement, dans cette Assemblée, à voter pour un certain nombre
de choses à l'égard de l'avenir du Québec.
Le Président: M. le chef de
l'Opposition.
M. Levesque (Bonaventure): Ce certain nombre de choses, est-ce
que cela correspond aux conditions minimales exigées par le gouvernement
actuel du Québec dans la motion adoptée par cette Chambre en
1981?
Le Président: M. le ministre délégué
aux Affaires intergouvernementales canadiennes.
M. Johnson (Anjou): J'aimerais, si le chef de l'Opposition
désire que je réponde de façon si spécifique, qu'il
nous donne l'assurance qu'il votera pour ces conditions minimales.
Le Président: M. le chef de l'Opposition.
M. Levesque (Bonaventure): Est-ce qu'on nous demande de voter
d'avance avant que le gouvernement actuel nous fasse des propositions? Je
demande encore au ministre, c'est bien simple, si les conditions minimales
exigées par le gouvernement, sont encore là. Est-ce que ce sont
les mêmes conditions ou des conditions additionnelles? Ou est-ce qu'on va
reculer présentement, dès demain, sur les conditions minimales
qui étaient celles de 1981?
Le Président: M. le ministre.
M. Johnson (Anjou): Je suis étonné d'entendre le
chef de l'Opposition demander si on va reculer alors que c'est vous qui avez
fait reculer le Québec en 1981 en refusant de vous joindre à un
consensus. C'est ça qui est arrivé. Ces choses sont trop
importantes pour permettre au chef de l'Opposition et à l'Opposition
libérale de façon générale de traiter de ce sujet
d'une façon que je qualifierais presque de politicailleuse, alors que ce
dont il s'agit, M. le Président, c'est d'abord et avant tout des droits
collectifs du peuple québécois qui ont justifié, pendant
littéralement des siècles, la recherche de consensus à
l'intérieur des institutions québécoises et dans le peuple
québécois lui-même. Nous entendons défendre les
intérêts du Québec puisque dans cette démarche, ce
qui nous différencie de façon fondamentale du Parti
libéral, c'est que nous ne cherchons pas, nous, à défendre
un régime qui, à bien des égards, a été
injuste envers le Québec, mais nous entendons essentiellement
défendre l'intérêt du Québec lui-même et
ensuite, le reste, on verra. Cela dit, nous aurons sûrement besoin en
cours de route de l'appui de l'Opposition. Nous souhaiterions cet appui. Nous
souhaiterions voir chez le Parti libéral, chez les membres de
l'Assemblée nationale du Québec, de part et d'autre,
l'affirmation d'un certain nombre de consensus à l'égard de la
revendication du peuple québécois et de ses droits dans une
réouverture du dossier constitutionnel.
Le Président: M. le chef de l'Opposition.
M. Levesque (Bonaventure): N'est-il pas drôle, M. le
Président, n'est-il pas réellement drôle d'entendre ce
ministre nous parler de consensus...
Des voix: Ah! Ah!
M. Levesque (Bonaventure): ...dans l'état actuel du
gouvernement?
Une voix: Faites le consensus chez vous, au gouvernement;
M. Levesque (Bonaventure): M. le Président, parmi les
conditions minimales de 1981, il y avait, comme l'évoquait le ministre
tout à l'heure, le droit de veto que le gouvernement actuel a
été perdre niaiseusement... Une voix: Oui,
niaiseusement.
M. Levesque (Bonaventure): ...naïvement...
Une voix: Niaiseusement.
M. Levesque (Bonaventure): ...dans une stratégie
inqualifiable. Le ministre actuel est-il d'accord avec le premier ministre qui
déclare que le droit de veto est une absurdité, ce même
droit de veto qu'il demandait à cette Chambre d'exiger parmi les
conditions minimales de 1981?
Le Président: M. le ministre délégué
aux Affaires intergouvernementales canadiennes.
M. Johnson (Anjou): M. le Président, peut-être le
moment est-il venu de préciser un certain nombre de choses. Je crois que
le premier ministre a pourtant été spécifique hier, en
réponse à la question du député, je crois, de
Jean-Talon. D'abord, le droit de veto, la Cour suprême du Canada nous a
expliqué qu'on n'en a jamais eu.
Une voix: Exact!
M. Johnson (Anjou): C'est clair...
Une voix: ...et net.
M. Johnson (Anjou): ...et ce n'est pas nous qui avons dit cela.
C'est la Cour suprême du Canada qui a dit qu'on n'en avait jamais eu.
Deuxièmement, dans la résolution de l'Assemblée nationale
de 1981,
nous évoquions le droit de veto ou le droit d'option de retrait
avec pleine compensation. Or, quand on parle du partage des pouvoirs en vertu
des articles 91 et 92 de la constitution du Canada, il s'agit de
déterminer si nous croyons comme objectif de nous voir reconnaître
un droit de veto qui aurait comme effet de paralyser le reste du Canada qui
voudrait, par exemple, concentrer certains pouvoirs entre les mains de
l'État fédéral, et nous serions d'éternels
empêcheurs de tourner en rond, ou si nous voulons permettre...
Des voix: Ah! Ah!
Une voix: M. le Président, le règlement...
Le Président: À l'ordre!
M. Bertrand: L'article 36, M. le Président.
Le Président: Peut-on laisser le ministre répondre
dans le silence le plus complet possible? M. le ministre.
M. Johnson (Anjou): M. le Président, quand on parle du
droit de veto et quand on a parlé du droit de veto pendant de si
nombreuses semaines à l'époque des pourparlers constitutionnels,
ce qu'on évoquait et ce qui était central dans les
préoccupations, y compris dans les pourparlers de Vancouver en 1981,
c'était la question de la répartition des pouvoirs en vertu des
articles 91 et 92 de la constitution. C'est sur cela que le Québec a
consenti de sa pleine volonté à offrir au reste du Canada la
possibilité, s'ils le désirent eux, de concentrer un certain
nombre de matières qui relèvent de l'article 92 entre les "nains
de l'État fédéral mais de ne pas pénaliser pour
autant le Québec, lui accordant un droit de retrait avec pleine
compensation. C'est ce dont il était question.
Quant au droit de veto sur les institutions et je n'entrerai pas ici
dans des considérations d'ordre juridique pour lesquelles nous aurons
des forums beaucoup plus adéquats, je rappellerai qu'il existe, en vertu
de la formule d'amendement elle-même à l'égard de la
réforme des institutions, un droit de veto pour l'ensemble des provinces
au Canada.
Le Président: M. le chef de l'Opposition.
M. Levesque (Bonaventure): Comment le ministre peut-il concilier
ce qu'il vient de dire avec, premièrement, le fait que ce droit de veto
ait été offert, non pas seulement le droit de veto politique qui
a toujours existé mais le droit de veto juridique, par le gouvernement
du Canada, officiellement, au Québec?
Une voix: Oui, oui.
M. Levesque (Bonaventure): Deuxièmement, comment peut-il
concilier ce qu'il a dit avec un document officiel, c'est-à-dire un
décret portant le numéro 3214-1981, le 25 novembre 1981, du
Conseil des ministres dont le ministre fait partie et qui disait que "le
Québec oppose formellement son veto à l'encontre de la
résolution présentée à la Chambre des communes, le
18 novembre 1981, par le ministre fédéral de la Justice"? Est-ce
ce droit de veto que vous trouvez absurde, celui que vous avez voulu
vous-même utiliser? (10 h 20)
Le Président: M. le ministre délégué
aux Affaires intergouvernementales canadiennes.
M. Johnson (Anjou): Ce qui s'est passé au moment du
rapatriement en 1981, au-delà de l'orgueil d'un homme et de son
obsession à traverser le Québec, ce qui était le cas de
votre ancien chef de l'aile fédérale, c'est que le peuple
québécois a exercé depuis le XIXe siècle, de fait,
dans la réalité, par le poids politique qu'il avait, un veto
à un certain nombre de changements quant aux institutions qui le
gouvernaient et qui étaient décidées par la
majorité du Canada, c'est-à-dire le Canada anglais.
Il est arrivé qu'à l'occasion du rapatriement
unilatéral, décidé à cause de l'obsession de cet
homme à Ottawa, on ait tenté de nier ce droit pour le
Québec. Et on y est parvenu. La Cour suprême nous a dit qu'on
n'avait pas de droit de veto. Qu'on se mette cela dans la tête, ce n'est
pas nous qui avons décidé cela, c'est la Cour suprême du
Canada. Ce que nous entendons faire, c'est tenter de regagner ce droit de veto
ou l'équivalent en termes de formule de compensation.
Le Président: M. le député d'Argenteuil.
M. Ryan: Ma question s'adresse au ministre
délégué aux Affaires intergouvernementales
canadiennes.
Est-ce que le droit de veto qui a été exercé
historiquement par le Québec à plusieurs occasions, en
particulier lors de la formule d'amendement Fulton-Favreau et puis à
propos de la Charte de Victoria, n'aurait pas été consacré
comme une réalité légale dans la formule d'amendement
qu'avait proposée le gouvernement fédéral et qu'a
refusée le gouvernement du Parti québécois, sans jamais
demander l'avis antérieur de cette Chambre?
Le Président: M. le ministre
délégué
aux Affaires intergouvernementales canadiennes.
M. Johnson (Anjou): Je me permettrai de reprendre les propos du
député quand il dit "le droit de veto que nous avons
exercé". La Cour suprême nous a bien expliqué que nous
n'avons jamais exercé de droit de veto. Nous avons, de fait,
exercé un veto politique. S'imaginer aujourd'hui et prétendre,
comme le fait le chef de l'Opposition ou comme le font certains des membres de
la succursale du Parti libéral fédéral qui ont
contribué à affaiblir le Québec en 1980, 1981 et 1982,
prétendre et faire croire aux Québécois que c'est ce
gouvernement qui a renoncé à un droit que la Cour suprême
nous a dit que nous n'avons jamais eu - jamais, c'est ce que la Cour
suprême nous a dit -c'est, à mon avis, induire les
Québécois en erreur.
M. Ryan: Question complémentaire.
Le Président: M. le député d'Argenteuil.
M. Ryan: Je ne sais pas si c'est le voisinage du ministre des
Affaires internationales qui influence la manière de répondre du
ministre des affaires canadiennes. Je lui ai posé une question
très simple: est-ce que la proposition qu'avait faite le gouvernement
fédéral quant à une formule d'amendement comportant un
droit de veto formel pour le Québec n'aurait pas eu pour effet de rendre
légal ce qui avait été jusque-là un droit politique
et qui a été refusé par le gouvernement actuel du
Québec?
Le Président: M. le ministre délégué
aux Affaires intergouvernementales canadiennes.
M. Johnson (Anjou): Est-ce que, M. le Président, l'appui
unanime...
Le Président: À l'ordre!
M. Johnson (Anjou): ...que l'Assemblée nationale aurait pu
avoir à l'occasion du dépôt de ses résolutions,
celles qu'évoquaient le chef de l'Opposition entre autres, n'aurait pas
eu comme effet de donner un poids politique au Québec qu'il a perdu dans
ce contexte, parce que vous avez cassé le consensus politique?
VI. le Président, dans ces échanges - le
député d'Argenteuil en fera les procès qu'il voudra - que
nous serons appelés à avoir dans les semaines et les mois
à venir avec les représentants des gouvernements canadiens,
qu'ils soient provinciaux ou fédéral, sur les questions
constitutionnelles, nous entendons à l'égard du partage des
pouvoirs réitérer ce principe sur lequel je souhaite que nous
ayons un consensus ici même à l'Assemblée nationale du
droit de retrait avec pleine compensation sur les matières à
partager en vertu des articles 91 et 92 ou alternativement, selon le cas et
selon l'état des négociations, le droit de veto plein.
Le Président: Sur le même sujet, M. le
député?
M. Marx: Oui.
Le Président: M. le député de D'Arcy McGee
oui, en complémentaire.
M. Marx: Le ministre est-il au courant que depuis la
confédération en 1867, il y avait seulement deux transferts de
compétence des provinces au fédéral,
l'assurance-chômage en 1940 et la pension de vieillesse en 1956 et, dans
les faits, les transferts se font par la voie de la délégation
administrative, donc pas de modification nécessaire à la
constitution? Deuxièmement, le ministre sait-il qu'il pourrait y avoir
un transfert des juridictions par sept autres provinces et le
fédéral, des provinces au profit du fédéral, et que
cela n'implique pas ou peu de compensation financière? Par exemple,
supposons qu'on transfère la juridiction intraprovinciale sur le
transport au fédéral, cela n'implique pas de compensation
financière, c'est donc pourquoi le veto est essentiel pour le
Québec.
Le Président: M. le ministre délégué
aux Affaires intergouvernementales canadiennes.
M. Johnson (Anjou): Et donc, c'est pourquoi, M. le
Président, le droit d'option et de retrait avec pleine compensation est
essentiel.
M. Marx: II n'y a pas de compensation.
Le Président: M. le député de
Deux-Montagnes.
M. de Bellefeuille: M. le Président... Le
Président: En complémentaire.
M. de Bellefeuille: En complémentaire, je voudrais
demander au ministre délégué aux Affaires
intergouvernementales canadiennes, puisque le premier ministre du Québec
doit rencontrer demain à Québec le premier ministre du Canada, si
le premier ministre du Québec, qui en septembre proposait le beau risque
de renvoyer la souveraineté aux calendes grecques, a informé son
homologue canadien qu'il est maintenant - c'est ce dont il a informé le
vice-premier ministre démissionnaire, député de Bourget,
dans sa
réponse récente - souverainiste sans détour et sans
réserve?
Le Président: M. le ministre délégué
aux Affaires intergouvernementales canadiennes.
M. Johnson (Anjou): C'était une question? M. le
Président, j'ai entendu les commentaires et l'éditorial du
député mais je n'ai pas entendu la question.
Le Président: M. le député.
M. de Bellefeuille: Avec empressement je répète ma
question, M. le Président. Est-ce que le premier ministre du
Québec a informé le premier ministre du Canada, à la
veille de sa rencontre de demain avec lui, qu'il - le premier ministre du
Québec - est maintenant "souverainiste sans détour et sans
réserve"?
Le Président: M. le ministre.
M. Johnson (Anjou): M. le Président, je présume que
le premier ministre du Canada, M. Mulroney, lit à l'occasion le journal
Le Devoir.
Le Président: M. le député de Gatineau, en
complémentaire.
M. Gratton: M. le Président, est-ce que le ministre
délégué aux Affaires canadiennes ne se rend pas compte que
l'ambiguïté des réponses qu'il nous fournit crée un
problème à l'intérieur même de son parti? Est-ce que
le ministre ne croit pas qu'il serait important qu'il informe au moins les
députés de son parti, notamment le député de
Saint-Hyacinthe qui déclarait, dans le numéro du 26 novembre du
Maskoutain, ce qui suit: "J'ai l'impression que René Lévesque,
avec sa prise de position, a fait la "job" de bras. Il tentera de
récupérer..."
Le Président: À l'ordre! À l'ordre! Il y a
un rappel au règlement.
M. le leader du gouvernement.
M. Bertrand: M. le Président, je pense qu'on en est
certainement rendu à la septième ou huitième question
additionnelle. Toute question additionnelle à une question principale ne
doit comporter aucune forme de préambule et doit être très
strictement limitée à la question principale et s'y rapporter
directement.
Je vous fais valoir qu'on en est rendu à la septième ou
huitième question additionnelle et que le leader de l'Opposition qui,
mieux que quiconque devrait le savoir, se livre à des préambules
qui vont complètement à l'encontre du règlement.
Le Président: Sur la question de règle nent.
M. Gratton: Sur la question de règlement, M. le
Président. Évidemment il vous appartient, en vertu du
règlement, de juger de la pertinence de la question et de juger du
nombre des questions complémentaires qui sont posées. Je reprends
ma question: Est-ce que le ministre, qui nous dit que le droit de veto on ne
l'a jamais eu et que de toute façon c'est une absurdité, pourrait
informer le député de Saint-Hyacinthe - lorsque ce dernier
déclare: "J'ai l'impression que René Lévesque, avec sa
prise de position, a fait la "job" de bras... tentera de
récupérer le droit de veto du Québec et laissera par la
suite la place à Pierre-Marc Johnson..." - de l'erreur de ses vues?
Le Président: M. le ministre délégué
aux Affaires intergouvernementales canadiennes.
M. Johnson (Anjou): M. le Président...
Une voix: C'est l'enthousiasme. (10 h 30)
M. Johnson (Anjou): C'est l'enthousiasme. Je rappelle que sur ces
questions d'ordre de droit constitutionnel, au sujet desquelles en face on nous
dit qu'on ne s'en est pas préoccupé ou qu'on ne devrait pas s'en
préoccuper, au sujet desquelles on nous dit que chaque fois qu'elles
reviennent sur le tapis ce sont des diversions alors qu'on devrait s'occuper
d'économie - vous ne posez jamais de question sur l'économie - je
rappellerai que sur cette question du droit de veto d'une part, encore une
fois, il faut faire la distinction entre le partage des pouvoirs et ce que
ça représente pour le Québec.
Si le reste du Canada juge qu'il est utile pour eux, parce qu'ils y
trouvent un intérêt, de concentrer un certain nombre de pouvoirs,
qui en ce moment relèvent des gouvernements provinciaux en vertu de la
constitution canadienne, entre les mains de l'État
fédéral, pourquoi le Québec les empêcherait-il de le
faire, si le Québec, lui, peut les conserver et obtenir les transferts
fiscaux ou la pleine compensation financière dont il a besoin pour
bâtir des choses, chez nous? C'est cela qui est en cause.
Deuxièmement, M. le Président, pour ce qui a trait, encore
une fois, au droit de veto, je rappelle au député lui-même
que lui, le chef de l'Opposition et le député d'Argenteuil
commettaient depuis le début l'erreur de parler d'un droit de veto
inexistant alors que ce qu'il y a eu, c'est un veto politique, et ce que nous
entendons restaurer, M. le Président, par la force, souhaitons-le, du
consensus auquel vous
pourriez participer... Une voix: Non.
M. Johnson (Anjou): On nous dit non en face. Déjà,
on dit non. On ne veut pas participer au consensus qui permettrait au
Québec d'affirmer...
Le Président: En conclusion, M. le ministre.
M. Johnson (Anjou): ...qu'il peut permettre au reste du Canada de
fonctionner comme il l'entend et, lui, de préserver ses droits dans le
cas du Québec. On ne veut pas cela en face. Je sais d'ailleurs que le
chef du Parti libéral en ce moment...
Le Président: M. le ministre.
M. Johnson (Anjou): ...qui n'est pas en cette Chambre...
Le Président: M. le ministre.
M. Johnson (Anjou): ...comme on le sait, qui devrait
peut-être y être, M. le Président...
Des voix: Des élections.
M. Johnson (Anjou): Je sais que le chef du Parti libéral
est très ennuyé par le climat qui, en ce moment...
Des voix: Assis.
Une voix: M. le Président.
Une voix: Acrobate.
Le Président: En complémentaire?
Des voix: Ah! Ah! Ah!
M. Dupré: Je veux tout simplement ajouter...
Le Président: Je veux bien, M. le
député...
Une voix: ...
Le Président: Un instant. Chacun son tour. Je veux bien
que vous me souleviez une question de privilège. Je vous rappelle que
vous devez d'abord m'indiquer à quel privilège vous faites
référence avant d'évoquer quoi que ce soit.
M. Dupré: M le Président, j'ai été
mal cité...
Des voix: Ah! Ah! Ah!
Le Président: Cela ne fait pas partie des
privilèges contenus dans la Loi de l'Assemblée nationale...
M. Levesque (Bonaventure): M. le Président.
Une voix: Vous n'êtes pas "citable".
Le Président: ...et vous comprendrez sans doute facilement
pourquoi. C'est que si cela devait en faire partie, nous passerions nos
séances complètes à corriger des mauvaises citations.
Une voix: Vous n'êtes pas "citable". Le
Président: En complémentaire?
M. Levesque (Bonaventure): M. le Président.
Le Président: Oui, M. le député de
Saint-Hyacinthe, en complémentaire.
M. Dupré: Je demanderais au ministre
délégué aux Affaires intergouvernementales canadiennes si
j'ai bien fait d'ajouter, dans la lancée, que c'était
juridiquement, que ce n'était pas le droit de veto?
Des voix: Ah! Ah! Ah!
Le Président: M. le ministre.
M. Johnson (Anjou): M. le Président, je comprends que
l'état d'incertitude, quant au contenu juridique que les gens de
l'Opposition prétendent être l'état de mon collègue,
le député de Saint-Hyacinthe, est pour le moins entretenu par les
gens de l'Opposition eux-mêmes qui, encore une fois, confondent la notion
de l'exercice réel politiquement, pendant un certain nombre
d'années, par notre peuple d'un veto politique et la notion d'un droit
de veto que vous prétendez qu'on a donné alors que c'est la Cour
suprême qui nous a dit qu'on ne l'a jamais eu.
M. Levesque (Bonaventure): M. le Président.
Le Président: M. le chef de l'Opposition.
M. Levesque (Bonaventure): Simplement une petite précision
à l'endroit du ministre, avant qu'il s'enfarge trop.
Une voix: II est dans la clôture déjà.
M. Levesque (Bonaventure): Est-ce que le ministre peut concilier
ce qu'il vient de dire au sujet du droit de retrait avec compensation
financière et la déclaration que l'on retrouve ce matin dans le
Soleil de
Québec...
Une voix: Par le pape.
M. Levesque (Bonaventure): ..."Claude Morin ne croit pas à
ce droit de retrait avec compensation financière dans le cas d'une
éventuelle réforme des institutions fédérales."
Comment concilier l'apologie que vient de faire le ministre de sa formule alors
que son prédécesseur, grand conseiller du gouvernement en
matière constitutionnelle, dit exactement le contraire?
M. Johnson (Anjou): M. le Président...
Le Président: M. le ministre délégué
aux Affaires intergouvernementales canadiennes.
M. Johnson (Anjou): ...ce que je comprends essentiellement, c'est
que le chef de l'Opposition n'a pas lu attentivement le texte.
M. Bertrand: Exact. C'est tout à fait exact.
M. Johnson (Anjou): Vous le lirez attentivement.
M. Bertrand: Ce n'est pas du tout ce qui est dit dans l'article,
pas du tout.
M. Levesque (Bonaventure): Est-ce que le ministre, dans ce cas,
me permettrait de lire exactement l'article et lui, il le comprendra?
Une voix: Non, non.
Le Président: Un instant. M. le chef de l'Opposition, les
questions connplémentaires ne doivent pas faire l'objet de
préambule et le fait de se référer à une citation,
qui peut être plus ou moins longue - on ne sait pas quand cela commence -
constitue, en fait, un préambule qui n'est pas admis en vertu de nos
règles. Question complémentaire, M. le député de
Châteauguay.
M. Dussault: M. le Président, il s'agit d'une question
principale.
Le Président: Nous y reviendrons.
M. Lincoln: Question complémentaire, M. le
Président.
Le Président: Question complémentaire,
M. le député de Nelligan.
M. Lincoln: Question complémentaire au ministre des
Affaires canadiennes. Est-ce que le ministre des Affaires canadiennes est
d'accord avec le ministre des Relations internationales qui m'a dit hier
qu'avec 50% plus une voix à l'élection, on fera la
souveraineté dans l'enthousiasme et dans l'honneur?
Le Président: M. le ministre délégué
aux Affaires intergouvernementales canadiennes.
M. Johnson (Anjou): M. le Président, quand le peuple
québécois aura choisi de faire son indépendance politique,
vous pouvez être sûr qu'on sera là pour la faire avec
lui.
Le Président: Question principale, M. le
député de Louis-Hébert.
M. Doyon: Merci, M, le Président. Une voix: C'est moins
fort que c'était.
Une voix: Oui.
L'avenir de Radio-Québec
M. Doyon: Au moment où on se parle, Radio-Québec
fait l'objet d'un débat, d'un chasse-croisé de
déclarations qui soulèvent l'inquiétude chez la
population. Il y a les syndicats, l'Institut canadien d'éducation des
adultes; il y a un nombre élevé d'intervenants qui veulent savoir
ce qu'il adviendra de Radio-Québec. De son côté, le
ministre déclare qu'il a l'intention de renouveler les mandats en
changeant des personnes au conseil d'administration de Radio-Québec. Ce
que je voudrais savoir de la part du ministre des Communications, responsable
de Radio-Québec, c'est s'il est exact qu'il a l'intention de
procéder de cette façon. Ne serait-il pas plus sage de sa part de
donner l'assurance à cette Chambre qu'il n'y aura pas de changement au
conseil d'administration de Radio-Québec de façon que
l'obligation qu'a Radio-Québec de se présenter devant la
Régie des services publics se fasse avec un conseil d'administration
qui, dans le moment, est en train de prendre position et qui ne sera pas
manipulé et domestiqué par le ministre des Communications?
Le Président: M. le ministre des Communications.
M. Bertrand: M. le Président, c'est la
responsabilité du ministre des Communications, lorsque des postes
viennent à échéance au sein d'un conseil d'administration,
de s'assurer que ces personnes qui ont été choisies par une
instance quelconque demeurent en place ou soient remplacées par une
autre personne. Le conseil d'administration de Radio-Québec, comme le
député le sait probablement, est constitué de 21 membres.
Neuf sont des présidents ou présidentes de comités
régionaux; une personne représente les employés de la
Société de radiotélédiffusion du Québec et
est donc choisie par les employés; deux personnes sont nommées
sur recommandation du ministre de l'Éducation, une autre par le ministre
des Communications à partir des effectifs du ministère des
Communications, une autre personne étant le président-directeur
général. Ce qui laisse donc un certain nombre de postes - sept,
si ma mémoire est bonne - qui sont recommandés au Conseil des
ministres pour acceptation et qui, effectivement, sont soumis par le ministre
des Communications. Je peux indiquer au député qu'il y a,
à l'heure actuelle, une dizaine de postes sur les 21 au conseil
d'administration de Radio-Québec qui sont échus au moment
où on se parle et qui doivent donc, dans certains cas être
renouvelés ou, dans certains autres cas - c'est notre décision
comme gouvernement -être remplacés. Je peux indiquer au
député de Louis-Hébert que nous avons effectivement
l'intention de procéder à certaines décisions en cette
matière, mais que cela ne se fera pas avant la séance du conseil
d'administration prévue pour le 14 décembre prochain.
Le Président: M. le député de
Louis-Hébert.
M. Doyon: En complémentaire, est-ce que le ministre est
conscient qu'en agissant de cette façon il modifie la composition du
conseil d'administration qui a à présenter, finalement,
après cinq ans de délai, à la Régie des services
publics une programmation pour la faire accepter du côté de sa
vocation éducative? Est-ce que le ministre réalise cela? (10 h
40)
Le Président: VI. le ministre des Communications.
M. Bertrand: Le conseil d'administration de Radio-Québec
fonctionne dans la pleine autonomie. Il a pris un certain nombre de
décisions relativement à un rapport présenté par un
comité technique formé pour moitié de représentants
de Radio-Québec et pour autre moitié de représentants du
ministère des Communications. Les consultations ont été
menées auprès de l'ensemble des régions où il y a
des comités régionaux de Radio-
Québec, les syndicats des employés de Radio-Québec,
les membres du bureau de direction du comité exécutif de
Radio-Québec, les membres du conseil d'administration qui l'ont
adopté à l'unanimité sauf un élément relatif
à la publicité commerciale, c'est-à-dire la
publicité de produits commerciaux, mais qui a laissé la porte
ouverte à une certaine forme de publicité d'une autre nature que
celle dite conventionnellement publicité commerciale ou publicité
de produits.
Effectivement, dans ces circonstances, le conseil d'administration
actuel va continuer de faire son travail jusqu'à ce que des changements
interviennent. Il y aura effectivement des changements qui devront intervenir.
Je dois dire au député, pour répondre à certains
articles que je lis attentivement dans le journal Le Soleil ces jours-ci, que
Radio-Québec se présentera devant la Régie des services
publics conformément à ce que prescrit la loi au début de
l'année 1985.
Le Président: M. le député de
Louis-Hébert.
M. Doyon: Cette comparution de Radio-Québec devant la
Régie des services publics, est-ce que le ministre est prêt
à reconnaître qu'elle ne se fait pas de plein gré par
Radio-Québec? Il y a eu, tout d'abord, une plainte de l'Institut
canadien d'éducation des adultes. Il y a eu une demande de la part du
secrétaire de la Régie des services publics demandant à
Radio-Québec de comparaître. Est-ce que le ministre est au courant
de cela? Est-ce que le ministre est au courant que la présentation de sa
requête par Radio-Québec ne sera pas avant le printemps de 1985 et
à ce moment la programmation 1984-1985 sera terminée, ce qui fera
cinq ans que Radio-Québec n'aura pas défendu,
présenté, exposé sa programmation comme il a l'obligation
de le faire devant la Régie des services publics?
Le Président: M. le ministre des Communications.
M. Bertrand: D'abord, il y a une chose qu'il faut rectifier qui a
été rapportée par certains journaux - je pense que c'est
dans un éditorial du journal Le Devoir que cela a été dit
- que Radio-Québec devait annuellement se présenter devant la
Régie des services publics, ce qui est tout à fait inexact.
Radio-Québec doit soumettre sa programmation éducative à
la Régie des services publics. Lorsqu'il y a des modifications
substantielles à cette programmation, elle doit de nouveau retourner
devant la Régie des services publics. Donc, il n'y a pas d'obligation
dans la loi qui est faite de se présenter annuellement devant la
Régie des services
publics.
Deuxièmement, je dois indiquer au député de
Louis-Hébert que le président-directeur général de
Radio-Québec, M. Girard, a écrit et communiqué par voie
téléphonique aussi avec le président de la Régie
des services publics, le juge Jean-Marc Tremblay, pour lui indiquer qu'il
demandait à être entendu au début de l'année 1985.
Quand le député parle de printemps 1985, c'est lui qui
évoque cette date. Quant à Radio-Québec même, elle
est disposée à se présenter dès le début de
l'année 1985.
De plus, je dois indiquer aussi que les consultations qui sont
menées à l'heure actuelle à Radio-Québec sont des
consultations tout à fait normales. Par la suite, le rapport final me
sera transmis pour que j'évalue, comme ministre des Communications, s'il
y a des modifications qui doivent être apportées à nos lois
relativement au mandat, au rôle et aux orientations de
Radio-Québec. Si ce n'est pas le cas, le forum normal prévu par
la loi pour que la discussion se fasse, incluant l'Institut canadien
d'éducation des adultes, qui en a été informé par
le président de la Régie des services publics, ou tout autre
organisme, c'est d'aller devant la Régie des services publics au moment
où Radio-Québec se présentera pour indiquer quelles sont
ses orientations de programmation en matière éducative et
culturelle.
Le Président: M. le député de
Louis-Hébert.
M. Doyon: Dernière question additionnelle. On verra
très bien à l'usage que la comparution de Radio-Québec
devant la Régie des services publics ne se fera pas avant le printemps.
J'en ai l'assurance. La question que j'ai posée au ministre est: est-ce
qu'il ne pense pas qu'il est grandement temps, en tant que ministre des
Communications et en tant que leader, qu'une commission parlementaire - la
commission parlementaire de la culture -puisse regarder l'administration de
Radio-Québec, sa vocation, les avenues qui sont offertes et toute la
question de la publicité et de la privatisation? J'aimerais que le
ministre, qui est en même temps leader, nous informe s'il est prêt
à convoquer cette commission parlementaire pour qu'il puisse
étudier... Je sais que la commission peut se donner un mandat
d'initiative. Je vous demande si vous, vous êtes prêt en tant que
leader, en tant que responsable de Radio-Québec, à poser ce geste
qui s'impose?
Le Président: M. le ministre des Communications.
M. Bertrand: Le député de Louis-Hébert
lançait des accusations récemment à savoir que
Radio-Québec fonctionnait ou diffusait dans l'illégalité,
qu'il y avait un vide juridique relativement, justement, à sa
programmation étant donné le retrait de l'appel de l'ordonnance
rendue par la Régie des services publics. Je voudrais lui dire ceci. Je
serais un très mauvais ministre des Communications et aussi un
très mauvais leader parlementaire du gouvernement si je ne disais pas
à cette Chambre que, parce que la loi le prévoit, c'est devant la
Régie des services publics du Québec que doit se faire le
débat, que doivent se mener les consultations et que les groupes doivent
se faire entendre relativement à la programmation éducative de
Radio-Québec. Ce n'est pas d'abord et avant tout à la commission
parlementaire, sauf, bien sûr, s'il y avait un mandat législatif
qui originait d'une décision gouvernementale et qui devait être
soumis à l'Assemblée nationale. Là, cela va de soi que je
devrais convoquer la commission parlementaire, mais j'ai très bien dit
en réponse à une question du député de
Deux-Montagnes qui me l'avait demandé, que non je n'entendais pas
convoquer par voie de mandat gouvernemental la commission de la culture pour
entendre Radio-Québec, que la commission peut d'elle-même, par un
mandat d'initiative, se saisir du dossier de Radio-Québec et qu'il
m'apparaît que ma responsabilité, c'est de m'assurer que
Radio-Québec se présente devant la Régie des services
publics qui est le forum légalement souhaité par cette
Assemblée nationale pour que le débat se fasse.
M. French: M. le Président...
Le Président: Nous ne sommes qu'à la
deuxième question principale. La période des questions
s'achève. Je vais au moins en accorder une troisième, au
député de Châteauguay.
Le projet Archipel et les équipements du
secteur Sainte-Catherine
M. Dussault: M. le Président, ma question s'adresse au
ministre délégué à l'Aménagement et au
Développement régional. C'est une question à portée
économique. M. le ministre, je vous ai fait parvenir, il y a quelques
semaines, pour ne pas dire quelques jours, une lettre accompagnée d'un
document fouillé dans lesquels je faisais valoir l'hypothèse que,
dans le cadre de la réalisation du projet Archipel, on pourrait utiliser
les équipements mis en place dans le secteur de Sainte-Catherine
à des fins de lien interrive, et cela dans l'espoir qu'il y ait un jour
une solution permanente, alternative ou complémentaire, au pont Mercier
qui est présentement à saturation. L'objectif de ma lettre
était d'obtenir que soit intégrée aux
études de faisabilité actuelles du projet Archipel une
étude de faisabilité technique et économique d'utilisation
de ces équipements à des fins de liaison interrive. Ma
première question au ministre est la suivante: Êtes-vous
maintenant en mesure de répondre formellement à ma demande?
Le Président: M. le ministre délégué
à l'Aménagement et au Développement régional.
M. Gendron: Effectivement, VI. le Président, j'ai eu
l'occasion de prendre connaissance de la lettre du député de
Châteauguay. En termes d'intérêt public, je pense que la
suggestion qu'il nous a faite est immensément intéressante et
mérite d'être analysée, compte tenu que c'est un
problème qui a toujours existé à Montréal, cette
nécessité éventuelle d'avoir un lien permanent entre les
deux rives. Sa question précise était: Est-ce que vous croyez que
c'est le moment, compta tenu qu'on est en étude de faisabilité,
d'intégrer cette dimension à l'étude? Ma réponse
est oui. J'ai donné instructions au secrétariat Archipel pour que
cet élément de lien interrive soit intégré à
l'étude de faisabilité, dans la perspective que d'ici à
décembre 1985 nous soyons en mesure de donner une réponse sur
l'ensemble du projet et également sur cet aspect.
Les conséquences de la faillite de la
Société des Monts de Matane
Le Président: Question principale, M. le
député d'Outremont.
M. Fortier: Ma question s'adresse au...
M. Dussault: M. le Président, question additionnelle.
M. Fortier: ...ministre de l'Énergie et des Ressources.
Cela touche le secteur de la forêt et la Gaspésie. Au début
de la semaine dernière, la Société forestière des
Monts de Matane a été mise, à toutes fins utiles, en
position de faillite. Alors qu'on croyait qu'en septembre le déficit
serait de 175 000 $, en octobre, il était de 340 000 $ et au moment
où on se parle, il est évalué à plus de 400 000 $.
Cette évolution du déficit reflète la mauvaise gestion de
cette société qui n'avait, semble-t-il, aucun système de
contrôle et aucune comptabilité digne de ce nom qui auraient pu
permettre à la société de garder le contrôle de la
situation. De plus, l'an dernier, le président de la compagnie et son
épouse, qui agissait à titre de comptable, ont été
accusés de conflit d'intérêts pour s'être fait
avancer des fonds à des fins personnelles. Dans ces circonstances, on
peut se demander pourquoi la société d'État REXFOR, qui
dépend du ministre de l'Énergie et des Ressources, une
société qui a été définie comme le bras non
fonctionnalisé de ce même ministère, a agi d'une
façon aussi irresponsable en octroyant un contrat de 3 200 000 $ sans
s'assurer que la Société des Monts de Matane avait la
capacité de gérer un tel contrat. La question est celle-ci:
Qu'est-ce que le ministre entend faire pour aider les 200 travailleurs de la
région ainsi que les nombreux camionneurs qui perdront chacun de 50 000
$ à 90 000 $; cela dû à l'irresponsabilité de la
société REXFOR? Quels sont les gestes qui seront posés
pour éviter que les petits épargnants, que les travailleurs et
les camionneurs perdent de l'argent à la suite de
l'irresponsabilité de la société REXFOR dans ce dossier?
(10 h 50)
Le Président: M. le ministre de l'Énergie et des
Ressources.
M. Rodrigue: M. le Président, je pense qu'il va falloir
que le député d'Outremont comprenne que le gouvernement du
Québec et ses sociétés d'État qui font affaires
avec un certain nombre d'entreprises au Québec, soit comme client ou
comme fournisseur, ne peuvent pas assumer la responsabilité de toutes et
chacune des faillites qui vont survenir sur le territoire. Cet organisme de
gestion en commun, qui est actuellement en faillite et dont nous parlait le
Soleil hier, en fait, s'est présenté à l'occasion d'un
appel d'offres public lancé par REXFOR, a présenté une
soumission qui était la plus basse et présentait toutes las
apparences d'être en mesure à ce moment-là de remplir son
obligation, même si cette soumission était plus basse que les
autres.
Dans ce contexte-là, - et je pense qu'il suffit de participer
à des commissions parlementaires sur les crédits pour se rendre
compte que l'Opposition, à bon droit, je pense, est très
chatouilleuse là-dessus, - dans des conditions comme celles-là,
il faut avoir des raisons extrêmement sérieuses pour refuser
d'accorder le contrat au plus bas soumissionnaire. C'est ce que la
société REXFOR a fait. Ce qu'on constate aujourd'hui, c'est que
les administrateurs de cette Société des Monts avaient
extrêmement mal évalué leur dossier. Ils ont fait des
pertes à cause de ce contrat-là et, aujourd'hui, ils sont en
faillite.
Bien sûr, il y a 200 travailleurs d'impliqués. Il y a des
camionneurs artisans qui sont impliqués là-dedans et c'est
là davantage que porteront nos préoccupations que sur le sort des
administrateurs. Cependant, j'ai demandé aux fonctionnaires de mon
ministère de me préparer des notes là-dessus et de faire
le point sur cette question, en particulier, sur les allégations
qu'avance le député d'Outremont concernant
le président, son épouse, etc., de faire l'état de
ce dossier de façon à être en mesure de m'assurer que de
telles situations ne se sont pas produites. Si c'était le contraire qui
m'était révélé par...
Le Président: En conclusion, M. le ministre.
M. Rodrigue: ...l'examen que nous allons faire de ce dossier, je
serai en mesure, plus tard, de compléter ma réponse au
député d'Outremont.
M. Fortier: Question complémentaire, s'il vous
plaît, M. le Président.
Le Président: M. le député, pour poser une
question complémentaire, il faudrait le consentement de
l'Assemblée parce que la période des questions est
terminée depuis un bon moment.
M. Fortier: Une question complémentaire, s'il vous
plaît. C'est très important pour la région de la
Gaspésie. Au moins, reconnaissez donc qu'il y a des dossiers...
Le Président: Un instant! À l'ordre! À
l'ordre! M. le leader adjoint du gouvernement. Oui, M. le député
de Gatineau, sur un rappel au règlement.
M. Gratton: M. le Président, vous avez constaté
vous-même tantôt que la question principale qui était
accordée au député de Châteauguay, un
député ministériel, ne répondait pas au
critère du genre de questions qui doivent être posées.
N'eut été de cette question, le député d'Outremont
pourrait poser une question qui est énormément importante pour
les gens qui sont concernés. Je demande de nouveau au leader du
gouvernement de consentir que cette question additionnelle soit posée et
que le ministre puisse y répondre.
Des voix: Non. Non.
Le Président: Je n'ai rien constaté de la sorte, M.
le député, puisqu'il n'y a pas eu de rappel au règlement
au moment de la question du député de Châteauguay. Il
m'arrive effectivement, dans mon for intérieur, de constater que de
nombreuses questions, lors de la période des questions, ne sont pas tout
à fait conformes à nos règles de procédure mais la
souplesse dont... Je ne comprends pas ce que vous me dites.
Une voix: II y a consentement.
Le Président: M. le leader du gouvernement.
M. Bertrand: Si, comme cela se fait maintenant à
Québec et comme cela se pratique à Ottawa, l'Opposition savait
mettre un peu de priorité dans ses priorités pour passer les
dossiers économiques avant les dossiers constitutionnels...
Le Président: M. le leader du gouvernement... Est-ce qu'il
y a consentement? Il y a consentement.
Des voix: Non.
Le Président: Oui, M. le leader de l'Opposition.
M. Gratton: M. le Président, on comprend que c'est la
session de l'économie à Québec, selon le discours
inaugural...
Le Président: Non... M. le député
d'Outremont.
À l'ordre!
M. le député d'Outremont.
M. Fortier: J'aimerais poser ma question additionnelle au nouveau
ministre de l'Énergie et des Ressources.
Ne sait-il pas qu'une société d'État bien
organisée s'arrange, lorsqu'elle va en appel d'offres public, pour
éliminer les compagnies qui sont en difficultés
financières?
N'est-il pas vrai que la Société des Monts, au mois de mai
dernier, à la suite de la nomination de nouveaux administrateurs au
conseil d'administration, avait demandé à REXFOR d'être
relevée de ses obligations ou d'avoir une compensation financière
qui lui éviterait justement les difficultés dans lesquelles elle
est maintenant?
Dans les circonstances, ne croit-il pas que la société
d'État REXFOR a une très lourde responsabilité et que le
ministre précédent - je suis d'accord que ce n'est pas la
responsabilité du nouveau ministre - l'ex-ministre a une
responsabilité énorme dans ce dossier?
Le Président: M. le ministre de l'Énergie et des
Ressources.
M. Rodrigue: L'état financier d'une compagnie peut
demeurer un facteur très subjectif à certains moments, tant que
les comptables n'ont pas fait leur travail et que les chiffres ne sont pas sur
la table. On peut avoir l'impression que... mais de là à
prétendre que, sur une simple impression, on puisse éliminer une
compagnie d'un appel d'offres, je ne pense pas que l'on puisse aller sur ce
terrain.
D'ailleurs, le député est en train de nous inventer un
nouveau critère d'octroi des contrats, celui d'éliminer des
compagnies qui, de prime abord, sembleraient potentiellement
avoir des difficultés financières. Je pense que, de
façon générale, il faut, lorsqu'on va en appel d'offres
public, permettre à toutes les compagnies de soumissionner. Cependant,
lorsque l'évaluation des soumissions se fait, c'est à ce moment
qu'il faut s'assurer que la compagnie qui a la plus basse soumission est en
mesure de respecter le contrat. Je n'ai pas d'indication à ce moment-ci
dans le sens que lorsque REXFOR a accordé le contrat, celle-ci pouvait
avoir une quelconque indication que cet organisme de gestion en commun, la
Société des Monts, n'était pas en mesure de respecter son
contrat.
Le Président: Nous allons maintenant mettre aux voix
l'adoption du principe du projet de loi no 3, quand tous les
intéressés se seront joints à nous.
Mise aux voix de l'adoption du principe du projet de
loi 3
Je mets donc aux voix l'adoption du principe du projet de loi 3, Loi sur
l'enseignement primaire et secondaire public.
Que les députés qui sont pour l'adoption du principe de ce
projet de loi veuillent bien se lever. (11 heures)
Le Secrétaire: MM. Bertrand (Vanier), Jolivet
(Laviolette), Marcoux (Rimouski), Clair (Drummond), Duhaime (Saint-Maurice),
Johnson (Anjou), Landry (Laval-des-Rapides), Bérubé (Matane),
Richard (Montmorency), Tardif (Crémazie), Godin (Mercier), Rochefort
(Gouin), Dean (Prévost), Gendron (Abitibi-Ouest), Laurin (Bourget),
Dupré (Saint-Hyacinthe), Biron (Lotbinière), Garon
(Lévis), Fréchette (Sherbrooke), Mme Lachapelle (Dorion), MM.
Rodrigue (Vimont), Chevrette (Joliette), Brassard (Lac-Saint-Jean), Ouellette
(Beauce-Nord), Rancourt (Saint-François), Leduc (Fabre), Bordeleau
(Abitibi-Est), Boucher (Rivière-du-Loup), Marquis (Matapédia),
Gauthier (Roberval), Beaumier (Nicolet), Blouin (Rousseau), Lavigne
(Beauharnois), Le May (Gaspé), Gravel (Limoilou), Gagnon (Champlain),
Dussault (Châteauguay), Desbiens (Dubuc), Mme Juneau (Johnson), MM.
Perron (Duplessis), Beauséjour (Iberville), Martel (Richelieu), Laplante
(Bourassa), Charbonneau (Verchères), Champagne (Mille-Îles),
Paquette (Rosemont), Lévesque (Kamouraska-Témiscouata), Brouillet
(Chauveau), Lachance (Bellechasse), Paré (Shefford), Mme Harel
(Maisonneuve), MM. Payne (Vachon), Tremblay (Chambly), Le Blanc
(Montmagny-L'Islet).
Le Président: Que les députés qui s'opposent
à l'adoption de ce projet de loi veuillent bien se lever.
Le Secrétaire: MM. Levesque (Bonaventure), Gratton
(Gatineau), O'Gallagher
(Robert Baldwin), Scowen (Notre-Dame-de-Grâce), Ciaccia
(Mont-Royal), Mme Lavoie-Roux (L'Acadie), MM. Mailloux (Charlevoix), Ryan
(Argenteuil), Vaillancourt (Orford), Marx (D'Arcy McGee), Mme Dougherty
(Jacques-Cartier), MM. Middlemiss (Pontiac), Vallières (Richmond), Assad
(Papineau), Caron (Verdun), Blank (Saint-Louis), Hains (Saint-Henri), Polak
(Sainte-Anne), Saintonge (Laprairie), Rocheleau (Hull), Fortier (Outremont),
Côté (Charlesbourg), Pagé (Portneuf), Paradis
(Brome-Missisquoi), Johnson (Vaudreuil-Soulanges), Bourbeau (Laporte), Cusano
(Viau), Doyon (Louis-Hébert), Dubois (Huntingdon), Sirros (Laurier),
Picotte (Maskinongé), French (Westmount), Bissonnet (Jeanne-Mance),
Dauphin (Marquette), Kehoe (Chapleau), Houde (Berthier), Leduc (Saint-Laurent),
Maltais (Saguenay), Mmes Bélanger (Mégantic-Compton), Saint-Amand
(Jonquière), MM. Fortin (Marguerite-Bourgeoys), Parent (Sauvé),
Pratt (Marie-Victorin).
Le Président: Que les députés qui
s'abstiennent veuillent bien nous l'indiquer.
Le Secrétaire: MM. de Bellefeuille (Deux-Montagnes), Blais
(Terrebonne).
Le Secrétaire adjoint: Pour: 54
Contre: 43
Abstentions: 2
Le Président: Le principe du projet de loi est
adopté.
Aux motions sans préavis.
M. Côté: M. le Président, aux motions sans
préavis.
Le Président: II y en a deux en même temps. M. le
leader adjoint de l'Opposition.
M. Côté: M. le Président, compte tenu que le
premier ministre du Canada sera à Québec demain et que nous avons
à faire face à de nouveaux fédéralistes, je
sollicite le consentement pour la motion suivante: "Que l'Assemblée
nationale invite son président à prendre, dans les meilleurs
délais, les mesures nécessaires pour que le drapeau de notre
pays, le Canada, soit arboré près du fauteuil de la
présidence comme l'est déjà celui du Québec."
Des voix: Bravo!
Le Président: Y a-t-il consentement à la discussion
d'une telle motion?
Des voix: Non.
Une voix: Pas de consentement.
Le Président: II n'y a pas consente-
ment.
Des voix: ...
Le Président: À l'ordre! À l'ordre! Toujours
aux motions sans préavis, M. le leader du gouvernement.
Une voix: Elle était bonne, Jean-François.
Mme Huguette Lachapelle nommée au Bureau de
l'Assemblée
M. Bertrand: M. le Président, je voudrais faire motion
pour qu'au Bureau de l'Assemblée nationale, M. Jacques Brassard,
député de Lac-Saint-Jean, soit remplacé par madame la
nouvelle whip en chef du gouvernement, Mme Huguette Lachapelle,
députée de Dorion.
Des voix: Félicitations.
Des voix: Un discours.
Le Président: Cette motion est-elle adoptée?
Des voix: Adopté.
Le Président: Cela tombe bien, il y a une réunion
du Bureau immédiatement après. M. le leader de l'Opposition.
M. Claude Dauphin à la commission de
l'éducation
M. Gratton: M. le Président, j'aimerais faire motion,
selon les dispositions de l'article 126, pour qu'à la commission de
l'éducation et de la main-d'oeuvre, le nom de M. Dauphin,
député de Marquette, soit remplacé par celui de M. Parent,
député de Sauvé.
Le Président: Cette motion est-elle adoptée?
Une voix: Adopté.
Le Président: Adopté. Aux avis touchant les travaux
des commissions, M. le leader du gouvernement.
Avis touchant les travaux des commissions
M. Bertrand: M. le Président, aujourd'hui même, le 5
octobre...
Une voix: 5 octobre?
M. Bertrand: 5?
Une voix: Décembre.
Une voix: On va régler pour décembre.
M. Bertrand: Mon "bleu de travail" est mal rédigé
ce matin, M. le Président. Le mercredi 5 décembre...
Une voix: II y a un drapeau dessus.
M. Bertrand: ...à compter de 11 h 10 et ce, jusqu'à
13 heures; et de 15 heures à 18 heures et, finalement, de 20 heures
à 24 heures, à la salle du conseil législatif, la
commission de l'économie et du travail poursuivra l'étude
détaillée du projet de loi 42, Loi sur les accidents du travail
et les maladies professionnelles. À la salle 81, la commission de
l'éducation et de la main-d'oeuvre procédera à
l'étude détaillée du projet de loi 3, Loi sur
l'enseignement primaire et secondaire public et ce, aux mêmes heures que
l'autre commission.
M. Ryan: M. le Président.
Le Président: Oui, M. le député
d'Argenteuil.
M. Ryan: Est-ce que le leader du gouvernement a
décidé, dans le cas de la commission de l'éducation et de
la main-d'oeuvre qu'il y aurait un président de séance ou que les
séances seraient présidées par le président
régulier?
Le Président: M. le leader du gouvernement.
M. Bertrand: Oui, M. le Président. Je remercie le
député d'Argenteuil de me poser la question. Effectivement, je
dois indiquer qu'il y aura un président de séance pour cette
commission parlementaire.
Renvoi du projet de loi 3 à la commission de
l'éducation
Le Président: Il faudrait que cela fasse partie de la
motion de... Enfin, c'est un peu irrégulier, mais est-ce que cette
motion est adoptée? Il aurait d'abord fallu procéder par une
motion de renvoi à la commission en indiquant qu'effectivement... Et
à ce moment-là...
M. Bertrand: Oui, VI. le Président. Alors, on peut
considérer qu'il y a eu une motion de renvoi pour déférer
ce projet de loi 3 à la commission de l'éducation.
Le Président: ...que la motion précise que la
commission sera présidée par un président de
séance.
M. Bertrand: C'est cela. Le Président:
Adopté? Bien.
Renseignements sur les travaux de
l'Assemblée
Aux renseignements sur les travaux de l'Assemblée. Aux affaires
du jour...
M. Gratton: M. le Président, si vous permettez...
Le Président: M. le leader de l'Opposition.
M. Gratton: Le leader du gouvernement s'était
engagé hier à vérifier auprès du ministre des
Finances les intentions de ce dernier de présenter ou non le projet de
loi 90 pour l'étude du principe ici à l'Assemblée
nationale. Je crois qu'il est maintenant en mesure de nous donner la
réponse du ministre.
Le Président: M. le leader du gouvernement.
M. Bertrand: M. le Président, je serai en mesure de donner
une réponse à l'Assemblée probablement demain, puisque
nous devons justement dans quelques minutes en discuter au Conseil des
ministres.
Projet de loi 6 Adoption du principe
Le Président: Bien. Aux affaires du jour, nous passons
à l'adoption du principe du projet de loi 6, Loi modifiant diverses
dispositions législatives pour favoriser la mise en valeur du milieu
aquatique. Je cède la parole au ministre des Affaires municipales.
M. Alain Marcoux
M. Marcoux: M. le Président, le 16 octobre dernier,
à l'ouverture de la présente session, le premier ministre du
Québec a annoncé dans son message inaugural que le gouvernement
mettrait de l'avant au cours des prochains mois un vaste programme de mise en
valeur du milieu aquatique. Ce programme vise essentiellement à nettoyer
les rives des cours d'eau, à les aménager et à faciliter
l'accès à nos espaces bleus, selon l'expression du premier
ministre. Il s'inscrit dans le cadre de la création d'emplois, en
particulier pour les jeunes. Pour réaliser ce grand projet, le
gouvernement fait particulièrement appel aux municipalités du
Québec.
Le message inaugural indiquait en effet que la maîtrise d'oeuvre
du programme de mise en valeur du milieu aquatique serait principalement
confiée aux municipalités et aux communautés urbaines et
que l'Assemblée nationale sera saisie, à cette fin, de certaines
propositions d'amendements aux lois municipales. (11 h 10)
Eh! bien, nous voici, M. le Président. Avec mon collègue,
le ministre de l'Environnement, j'ai coordonné la préparation du
projet de loi 6, Loi modifiant diverses dispositions législatives pour
favoriser la mise en valeur du milieu aquatique. Ce projet de loi est simple
dans sa formulation, mais il est extrêmement important dans ses
applications. Essentiellement, ce que nous voulons faire en proposant ce projet
de loi, c'est permettre aux municipalités d'effectuer des travaux de
mise en valeur du milieu aquatique sur des terres publiques, d'abord, sur des
terrains appartenant à la municipalité, deuxièmement, et,
avec l'accord des propriétaires, sur des terrains privés
situés en milieu riverain.
En effet, les lois municipales actuelles ne permettent pas aux
municipalités d'effectuer des travaux d'aménagement des cours
d'eau parce que de façon générale ce genre
d'activité n'est pas considéré au sens de la loi comme une
responsabilité municipale. Il y a, bien sûr, plusieurs
dispositions relatives aux cours d'eau dans les lois municipales, mais elles
n'autorisent pas les municipalités à s'engager dans un programme
de mise en valeur aussi complet que celui que nous proposons. Cette lacune
juridique sera corrigée par l'adoption du projet de loi 6. D'autre part,
les lois actuelles interdisent à une municipalité d'effectuer des
dépenses sur des terrains privés à quelque fin que ce
soit. Or, il est souhaitable, et dans certains cas indispensable, de
réaliser des travaux sur des terrains privés avec l'accord des
propriétaires dans le cadre d'un programme d'aménagement des
rives, sans quoi l'intervention risque d'être incomplète.
Il faut donc que dans un plan de mise en valeur du milieu aquatique les
municipalités puissent mettre les pieds chez un particulier et y
réaliser certains travaux d'aménagement des rives. C'est le
deuxième but de ce projet de loi. Il faut savoir que le ministère
de l'Environnement du Québec a entrepris un vaste programme
d'assainissement des eaux qui devrait coûter 4 700 000 000 $
répartis sur une dizaine d'années. Les municipalités ont
répondu avec enthousiasme à ce programme qui sera financé
à 90% par le gouvernement du Québec pour les travaux
réalisés avant le 31 mars 1986 et à environ 80% pour les
travaux effectués après cette date. Chaque semaine, le ministre
de l'Environnement signe avec les corporations municipales des protocoles
d'entente en marge de ce programme national d'assainissement des eaux.
Il s'agit d'une grande entreprise de dépollution, de
regénérescence de nos cours d'eau qui constituent
incontestablement notre plus grande ressource naturelle. Les
Québécois et Québécoises n'acceptent plus
que leur milieu naturel soit pollué, altéré et
détérioré. Ils ont décidé d'investir 4 700
000 000 $ afin de réparer les torts qui ont été
causés à leur milieu aquatique. Ceci est en train de se faire.
Avec l'aide de leur municipalité et de leur gouvernement, ils
participeront désormais à l'aménagement des rives et des
berges afin de tirer le plus grand profit de leur environnement. C'est
l'ambition que sous-tend le projet de loi 6 sur la mise en valeur du milieu
aquatique.
Le programme d'aménagement du milieu qui sera rendu possible
notamment par l'adoption de cette loi constitue une sorte d'aboutissement d'une
série de décisions et d'investissements de ce gouvernement en
matière d'environnement. Le programme de mise en valeur du milieu
aquatique est, pour ainsi dire, la troisième phase d'une vaste
entreprise d'aménagement de l'environnement aquatique.
La première phase a consisté pour le gouvernement, en
effet, à adopter des lois et des règlements suffisamment
énergiques pour mettre fin à la pollution
incontrôlée. C'était la première phase. Il fallait
s'attaquer à la racine du mal, à la source même de la
pollution. Nous avons créé un ministère de
l'Environnement. Nous avons adopté des mesures législatives et
réglementaires passablement musclées. Nous avons engagé le
personnel et les budgets pour les faire respecter. Qu'il suffise de penser
qu'en 1976, le gouvernement du Québec consacrait à peine 18 000
000 $ à un service de protection de l'environnement qui était
à la fois rachitique et marginalisé à l'intérieur
du ministère des Affaires municipales. En 1983-1984, notre gouvernement
effectue 152 000 000 $ de dépenses à un ministère de
l'Environnement regroupant 1300 employés. Nous avons consenti les
investissements que cela prenait pour mettre fin à la dégradation
de notre milieu. Voilà pour la première phase, la mise en place
d'un ministère, d'un appareil législatif et réglementaire
pour protéger l'environnement.
Une deuxième phase a été lancée il y a
quelques années et a consisté à la mise en place d'un
vaste programme d'assainissement des eaux. Il fallait aussi réparer,
dans une deuxième phase, les dommages créés au milieu
aquatique par les innombrables pollueurs qui ont bénéficié
trop longtemps de lois timides et de services gouvernementaux dépourvus
de moyens. Bref, on a retardé à imposer les contraintes normales
que tout pays industrialisé prescrit aux entreprises de production et il
faut aujourd'hui payer le prix de la détérioration du milieu qui
s'ensuivit. C'est l'objectif que poursuit le programme d'assainissement des
eaux du Québec. Cela a été la deuxième phase.
Avec ce projet de loi, nous pourrons entrer dans une troisième
phase qui est de rendre accessible à l'ensemble de la population du
Québec les cours d'eau, les berges et les rives que nous sommes en train
de dépolluer, cours d'eau que nous sommes en train d'assainir. Nous nous
lançons donc maintenant dans une troisième phase de cette
entreprise d'amélioration de notre environnement, la mise en valeur et
l'aménagement du milieu aquatique. On a beau avoir de l'eau propre, il
faut que les rives et les berges entre lesquelles circule cette eau soit, elles
aussi, nettoyées et accessibles aux citoyens et aux citoyennes qui
voudront profiter des résultats de l'épuration qu'ils auront
payée, par ailleurs.
Il faut comprendre, M. le Président, que les rives d'un cours
d'eau constituent une composante à part entière de ce cours
d'eau. Une rivière, c'est bien plus qu'un canal qui charrie de l'eau.
C'est un milieu de vie à la fois complexe et intégré. Les
rives et les berges de cette rivière font partie de son environnement
propre et la qualité de l'une est liée à celle de l'autre.
On peut dépolluer une rivière avec succès, mais si on ne
nettoie pas les rives de cette rivière, si on ne les aménage pas,
notamment en plantant des arbres, on assistera à sa lente
dégradation dans les années subséquentes, ce qui rendra
presque inutile l'opération de dépollution. Le projet de loi sur
la mise en valeur du milieu aquatique veut permettre aux municipalités
de parachever, en quelque sorte, leur programme d'assainissement des eaux en
effectuant des travaux d'aménagement des rives.
Voici des exemples de travaux qui seront réalisés et dont
une partie sera subventionnée par le ministère de
l'Environnement. Ces travaux pourront consister dans le nettoyage des rives, en
l'aménagement de terrains situés en bordure des cours d'eau, en
travaux de rétention des eaux, dans des ouvrages de
régularisation du niveau de l'eau, de construction de voies
d'accès aux lacs et aux cours d'eau, en aménagement de plages, en
construction d'aires de repos et des équipements de base servant aux
fins de récréation, en reboisement, etc. Voilà le genre de
travaux qui seront subventionnés et possibles grâce au programme
d'accessibilité au milieu aquatique.
Dans le message inaugural, le premier ministre du Québec a dit
qu'il s'agissait d'un vaste programme d'accès à l'eau qui
s'inscrivait à la fois dans la continuité logique de
l'assainissement des eaux et de la relance de l'économie du
Québec axée sur la création d'emplois. J'ai parlé
de cette logique de l'assainissement des eaux en trois phases. Nous avons
implanté un ministère de l'Environnement. Nous avons
déployé des lois et des pouvoirs réglementaires qui sont
de plus en plus respectés, qui produisent de plus en plus d'effets.
Dans une deuxième phase, nous avons mis en place un vaste
programme d'assainissement des cours d'eau au montant d'environ 4 700 000 000
$, subventionné actuellement à 90% du coût des travaux.
Nous devons entrer dans une troisième phase. Il est absolument logique
qu'après avoir consenti 4 700 000 000 $ d'investissements publics dans
l'assainissement des eaux, nous consacrions quelques dizaines de millions de
dollars pour rendre ces eaux accessibles à l'ensemble de la population
du Québec, pour rendre ces rives et ces berges accessibles aux
villégiateurs, à la population des villes comme du milieu rural,
à la population touristique comme à la population qui veut
améliorer ses loisirs. En somme, il faut pouvoir profiter aussi bien de
nos espaces bleus qui sont maintenant de mieux en mieux protégés,
qui sont de plus en plus assainis, que de nos espaces verts, par
l'accessibilité aux territoires forestiers, aux territoires fauniques,
par exemple, comme nous l'avons fait au moyen du déclubage ou d'autres
mesures qui permettent à nos citoyens d'améliorer la
qualité de leur vie, à notre richesse faunique, à notre
richesse verte forestière et, maintenant, à notre richesse
aquatique, ce dont le premier ministre a parlé en indiquant cette
accessibilité aux espaces bleus. (11 h 20)
La mise en valeur de ces espaces bleus n'a pas que des fins
d'accessibilité à un environnement de qualité. Il a aussi
des fins de relance de l'économie et de création d'emplois. La
mise en valeur du milieu aquatique sera effectivement une entreprise
créatrice d'emplois. Si, aux quatre coins du Québec, des efforts
sont déployés pour nettoyer les rives, réduire
l'érosion du sol et le vieillissement prématuré des lacs,
planter des arbres, aménager des sentiers pédestres, nettoyer des
plages, ce sont des centaines et même des milliers de personnes qui
participeront à ces mesures d'embellissement et de mise en valeur du
milieu aquatique.
Ceux qui bénéficieront particulièrement des
retombées économiques de ce programme de mise en valeur du milieu
aquatique, ce sont les jeunes de moins de 30 ans. Ce sont ceux qui sont le plus
cruellement affectés par le chômage et qui ont
développé, à l'égard de l'environnement, une
conscience aiguë des problèmes que cause la pollution et qui
manifestent une volonté très nette de lutter contre la
dégradation de notre milieu de vie. Jamais le Québec n'aura pu
compter sur une génération aussi éveillée aux
problèmes écologiques et aussi désireuse d'y travailler
constructivement.
Il serait à la fois tragique et irresponsable de ne pas canaliser
cette énergie et cette force créatrice de la jeunesse
québécoise dans la réalisation de projets environnementaux
tangibles et durables surtout. Il faut dire aussi que la revalorisation de nos
innombrables bassins d'eau et l'élargissement de l'accessibilité
à cette richesse presque inestimable auront un impact déterminant
sur les activités touristiques qui, elles-mêmes, sont
créatrices d'emplois.
Dans un monde de plus en plus perturbé par l'industrialisation et
ses conséquences écologiques, il faut être aveugle pour ne
pas voir le potentiel que présente le milieu aquatique assaini, surtout
lorsqu'il a la grandeur de celui du Québec. Dans un monde aussi
où le travail est moins accaparant et laisse plus de place aux loisirs,
la préservation du milieu naturel devient un atout économique
primordial et, par conséquent, une source de préoccupations
très prioritaires.
Cela est particulièrement évident à
proximité des centres urbains où les grandes densités de
population créent ce besoin pressant d'accessibilité aux espaces
verts et aux espaces bleus, selon les mots du premier ministre. En ce sens, le
projet Archipel, qui vise à revitaliser le milieu aquatique de tout
l'environnement de l'archipel de Montréal, est capital. Le gouvernement
a, en effet, décidé de créer un parc national sur le
territoire de l'archipel de Montréal et de soutenir techniquement et
financièrement un programme de protection et d'aménagement des
rives de l'archipel. Il s'agit d'une entreprise grandiose de
réappropriation par les Québécois et, en particulier, par
les Montréalais d'un des plus beaux sites naturels du monde où
vit la moitié de la population du Québec.
Notre gouvernement entreprend de revaloriser et de rendre accessible cet
environnement exceptionnel qui comprend 3 lacs, 3 rivères, 25 rapides,
325 îles, 1000 kilomètres de rive, 40 000 hectares d'espaces bleus
et 75 000 hectares de terre riveraine. Le gouvernement consacrera environ 150
000 000 $ à la réalisation du projet Archipel, dont 17 200 000 $
dès l'année 1985-1986. Nous solliciterons également la
collaboration des municipalités, de la Communauté urbaine de
Montréal et du secteur privé afin de compléter, en dehors
du territoire du parc national, l'aménagement des rives. Une importante
aide financière sera offerte à nos partenaires.
Cette mise en chantier du projet Archipel créera environ 250
emplois sur le terrain pendant les cinq années de l'aménagement
du parc et environ 150 personnes y travailleront dans des emplois
également indirects chez les fournisseurs de biens et services. Par
ailleurs, l'exploitation du réseau récréatif que
créera le projet Archipel fournira de l'emploi a environ 200 autres
personnes.
L'importance de l'environnement physique et aquatique de la
région de
Montréal et la densité de la population qui y vit
justifient amplement les investissements publics et privés qui y seront
consentis. Bien sûr, la situation ne se pose pas de la même
façon dans toutes les régions du Québec mais, avec le
concours des municipalités, il est possible de poursuivre
l'aménagement des cours d'eau afin que dans tout le Québec le
milieu aquatique soit mis en valeur et exploité judicieusement.
Nous faisons appel aux municipalités parce qu'elles ont
été jusqu'ici des partenaires fiables du gouvernement du
Québec dans la relance économique. En effet, les
municipalités du Québec n'ont pas hésité à
joindre l'effort du gouvernement dans la relance économique. Elles ont
accepté d'accentuer leur effort d'investissement dans le domaine de
l'assainissement des eaux. Ce sont plus d'une centaine de protocoles d'entente
qui ont été signés au cours des derniers mois entre le
ministre de l'Environnement et les municipalités du Québec pour
accélérer ce programme d'assainissement des eaux qui est
fortement générateur d'emplois, en plus d'améliorer la
qualité de l'environnement.
C'est par dizaines qu'actuellement les municipalités s'inscrivent
au programme ReviCentre, un programme de revitalisation des centres-villes qui
s'inscrit dans le programme d'accélération de la relance
économique du Québec. C'est par centaines, également, que
les municipalités du Québec ont accepté d'engager, de
faire travailler des bénéficiaires d'aide sociale dans le cadre
de programmes de travaux communautaires, dans le cadre de stages en milieu de
travail qui, là aussi, constituent un élément important de
la relance de l'économie du Québec.
Les municipalités du Québec avaient également
accepté, il y a un, deux ou trois ans, de s'impliquer fortement dans le
programme Corvée-habitation en subventionnant la construction de maisons
par la réduction des taxes foncières. Ce programme a
été un vaste succès auquel ont pleinement collaboré
plus de 250 municipalités du Québec.
Si les municipalités du Québec ont pu, depuis deux ou
trois ans, s'impliquer dans la relance de l'économie du Québec,
c'est qu'elles sont en excellente santé financière et que leur
situation financière leur permet de collaborer avec le gouvernement
à la création d'emplois.
Nous faisons également appel aux municipalités parce que,
avec l'aide technique et financière du ministère de
l'Environnement, elles se lanceront sûrement dans l'aménagement et
la préservation de leurs lacs et cours d'eau qui constituent pour elles
des actifs sûrs, des éléments importants de leur
patrimoine.
Nous faisons également appel aux municipalités parce
qu'elles sont soucieuses de la qualité de la vie de leurs concitoyens et
concitoyennes et que la mise en valeur du milieu aquatique s'inscrit dans cette
perspective de relèvement de la qualité de la vie.
Je voudrais vous faire part d'un témoignage très
particulier que j'ai reçu dans mon comté, lors de ma
dernière tournée de comté, en août dernier.
J'étais dans une municipalité rurale de mon comté,
à Lac-des-Aigles, une municipalité qui a accepté,
même si cela augmentait le poids de la taxation de ses concitoyens il y a
quelques années, en 1977-1978, de s'inscrire au programme PAIRA et de
construire un réseau d'aqueduc et d'égout et un système
d'épuration des eaux pour à la fois avoir une meilleure
qualité d'eau, mais également pour protéger la
qualité de l'eau de leur lac, le lac des Aigles, qui donne son nom
à la municipalité.
Il y a à peine quatre ou cinq ans que ces travaux sont faits et,
lors de ma dernière visite de la municipalité, les citoyens
eux-mêmes me soulignaient qu'ils constataient que la vie avait repris
dans leur lac. Maintenant, pour eux, c'était un plaisir d'aller sur le
bord du lac parce que leur lac n'était pas rempli d'herbes, de
nénuphars ou, en somme, de tout ce que la nature produit dans un lac
lorsque celui-ci est mort, qu'il n'a plus de vitalité, qu'il n'a plus
d'oxygène pour s'alimenter. La vie de leur lac... Ils en étaient
conscients eux-mêmes, ce n'est pas moi qui leur posait des questions,
c'est eux-mêmes qui abordaient le sujet pour m'indiquer leur
fierté de voir que le lac des Aigles, dans cette municipalité qui
porte le même nom, était en train de retrouver sa vitalité
et sa qualité.
Je me dis que si une petite population d'environ 1000 habitants est
fière et consciente des effets sur son environnement immédiat du
fait qu'ils ont simplement installé un système d'aqueduc,
d'égout et d'épuration des eaux dans la municipalité je
suis convaincu que, partout au Québec, c'est la même chose pour
d'autres citoyens qui sont de plus en plus conscients de la
nécessité d'avoir une qualité de l'eau, une qualité
de leur environnement, une qualité de leurs lacs. Une fois cette
qualité réalisée, il serait tout à fait normal que
nous consacrions quelque dizaines de millions de dollars à rendre
accessibles ces berges, à rendre accessibles ces rives à
l'ensemble des citoyens du Québec, à l'ensemble des citoyens de
chacune des municipalités.
C'est évident que ce programme - j'ai parlé du projet
Archipel, tantôt - sera accessible à l'ensemble des
municipalités qui ont des cours d'eau, qui ont des rives qu'elles
voudraient voir aménagés. En ce sens, c'est l'ensemble de la
population du Québec qui pourra bénéficier de ce programme
qui veut faciliter l'accessibilité
au milieu aquatique.
Si nous faisons appel aux municipalités, c'est parce qu'elles ont
les moyens financiers de mener à bien cette démarche. Le
gouvernement va y mettre du sien, en prenant à son compte la plus grande
partie des coûts de mise en valeur du milieu aquatique, mais je suis
assuré que les municipalités compléteront cet effort
financier du gouvernement parce qu'elles ont les leviers financiers et les
disponibilités nécessaires pour accomplir ces travaux
d'aménagement. (11 h 30)
En parlant de disponibilités financières je crois qu'il y
a lieu de rappeler en quelques secondes, quelques minutes, la situation
financière des municipalités du Québec après quatre
ou cinq ans d'application de la réforme de la fiscalité
municipale. Je mentionne quelques chiffres très rapidement. Le taux
d'endettement des municipalités a diminué de 26% dans les quatre
dernières années. Il est passé de 5,75 $ les 100 $
d'évaluation à 4,50 $ les 100 $ d'évaluation, une baisse
de 26% du taux d'endettement des municipalités en l'espace de quatre ans
au Québec.
Un autre indicateur: les surplus accumulés des
municipalités sont passés de 159 000 000 $ à 389 000 000 $
à la fin de 1983. En trois ans, les surplus accumulés des
municipalités sont passés de 150 000 000 $ à 389 000 000
$. Je pourrais donner d'autres indicateurs du genre qui illustrent très
clairement que la situation financière des municipalités, dans
l'ensemble du Québec, est très saine et leur permet de participer
pleinement aux programmes d'assainissement des eaux, d'une part, et à ce
nouveau programme d'accessibilité et d'amélioration du milieu
aquatique, d'autre part.
Nous faisons également appel aux municipalités pour
qu'elles participent à cet effort collectif de mise en valeur du milieu
aquatique parce que plus que jamais elles ont le souci d'aménager leur
milieu, c'est-à-dire le cadre de vie de leurs concitoyens. Une
composante de plus en plus importante de ce mandat d'aménagement
concerne l'environnement physique et les espaces récréatifs qui,
au Québec, sont largement orientés vers l'eau. Or, comme les
municipalités le disent - nous le savons et c'est vrai - elles
constituent l'institution politique la plus proche de nos concitoyens, celle
qui risque donc d'être la plus sensible aux besoins immédiats de
nos concitoyens et à leurs besoins relatifs à la qualité
de la vie.
Nous savons que les municipalités sont de plus en plus
accessibles à ce que leurs citoyens leur disent à ce titre. Il
est bien loin le temps où la préoccupation unique ou principale
des municipalités avait trait aux chemins, aux rues, au pavage des
chemins, à l'installation d'un système d'aqueduc ou
d'égout, puisque maintenant les municipalités se
préoccupent globalement de la vie sociale, de la vie communautaire, de
la vie de loisirs, du développement économique. Combien de
municipalités instaurent maintenant chez elles des commissions de
développement économique, des commissariats industriels.
En somme, les municipalités ont un rôle de plus en plus
complet par rapport à la vie du citoyen, de plus en plus polyvalent. La
qualité de la vie communautaire intéresse de plus en plus les
municipalités et les citoyens de ces municipalités. C'est dans ce
sens-là que nous sommes convaincus que l'appel que nous lançons
aux municipalités du Québec, qui vont bénéficier
pleinement de ce nouveau programme, sera sûrement entendu.
Je dois indiquer que j'ai soumis l'orientation de ce projet de loi
à la consultation des représentants des municipalités, en
l'occurrence, l'Union des municipalités du Québec et l'Union des
municipalités régionales de comté du Québec lors
d'une rencontre de la table Québec-municipalités tenue il y a
environ trois semaines. Je peux dire que la table
Québec-municipalités souscrit d'emblée à cette
initiative du gouvernement du Québec et que les deux unions municipales
du Québec m'ont assuré que les municipalités et leur
communauté urbaine participeraient activement au programme de mise en
valeur du milieu aquatique.
À ce titre, je dois indiquer par anticipation à
l'Opposition officielle que des représentations m'ont été
faites, d'une part, par l'Union des municipalités régionales de
comté du Québec afin d'amender le projet de loi qui est
déposé pour donner le pouvoir aux municipalités
régionales de comté de faire ces investissements pour
l'aménagement des rives et des berges, en somme d'emprunter, de faire
les investissements, d'engager le personnel pour exécuter ces
travaux.
J'ai eu, d'autre part, des représentations de l'Union des
municipalités du Québec qui s'oppose à ce que nous
donnions un nouveau pouvoir aux municipalités régionales de
comté pour la mise en oeuvre de ce programme.
Je veux indiquer immédiatement que je n'ai pas l'intention de
présenter d'amendement au projet de loi, tel que déposé,
dans le sens de permettre aux municipalités régionales de
comté d'être les maîtres d'oeuvre de la réalisation
des travaux que nous proposons et qui seront subventionnables dans le cadre du
programme du milieu aquatique qui sera administré par le
ministère de l'Environnement. Pourquoi? Ce n'est pas par
idéologie. Ce n'est pas par principe. C'est simplement par pragmatisme
que j'adopte cette attitude qui est la suivante.
Le programme d'accessibilité au milieu
aquatique est le prolongement du programme d'assainissement des eaux du
Québec du ministère de l'Environnement. Or, le programme
d'assainissement des eaux du Québec est appliqué, est
concrétisé par les municipalités du Québec et, dans
certains cas, par des régies intermunicipales qui sont le regroupement
de municipalités du Québec, ou par les communautés
urbaines qui font office, à toutes fins utiles, de régies
intermunicipales. Comme ce nouveau programme est, à toutes fins utiles,
la phase II ou le prolongement du programme d'assainissement des eaux, il est
normal que les mêmes corps constituants, les mêmes maîtres
d'oeuvre qui ont la responsabilité du programme d'assainissement des
eaux, soient les maîtres d'oeuvre à avoir la responsabilité
du nouveau programme d'accessibilité et d'amélioration du milieu
aquatique. En ce sens-là, il est évident, pour moi comme pour le
gouvernement, que ce sont les municipalités du Québec qui doivent
avoir la responsabilité, la maîtrise d'oeuvre de l'ensemble de la
concrétisation de ce nouveau programme d'accessibilité et
d'amélioration du milieu aquatique. Si des municipalités veulent
se regrouper, elles pourront très bien le faire dans le cadre de
régies intermunicipales, comme certaines l'ont déjà fait
pour concrétiser le programme d'assainissement des eaux sur leur
territoire. Dans le cas des communautés urbaines qui ont
déjà les pouvoirs en matière d'assainissement des eaux,
évidemment, elles auront le même type de pouvoirs, par analogie,
pour la mise en oeuvre de ce programme d'accessibilité et
d'amélioration du milieu aquatique.
Ce que je dois dire à ce titre, c'est que, comme ce programme est
vu comme le prolongement logique du programme d'assainissement des eaux, nous
voulons continuer à agir dans ce secteur avec les mêmes
maîtres d'oeuvre avec qui nous agissons dans le cadre du programme
d'assainissement des eaux du Québec. Je dois ajouter - je suis sûr
que mon collègue, le ministre de l'Environnement, qui interviendra
immédiatement après moi le fera bien davantage - qu'en ce qui a
trait à certaines craintes du milieu, entre autres, la FAPEL qui
s'occupe de la protection des lacs et qui milite depuis des années pour
l'accessibilité au milieu aquatique et l'amélioration de
l'environnement, en particulier la qualité de l'eau dans nos lacs au
Québec, la mise en oeuvre de ce programme ne change rien aux lois
existantes, par ailleurs, au Québec et se fera dans le respect absolu
des règlements de contrôle intérimaire adoptés et
mis en vigueur par l'ensemble des municipalités régionales de
comté du Québec jusqu'à maintenant. Elle se fera dans le
respect absolu des règlements du ministère de l'Environnement qui
ont trait à la pollution, à la protection de l'eau, au respect
des berges. En somme, il n'y a aucune crainte à y avoir.
Le gouvernement n'a pas l'intention, par ailleurs, afin de rendre les
berges accessibles, afin que la population puisse profiter de
l'amélioration de la qualité de l'eau au Québec, de mettre
en place un programme qui détruirait l'environnement ou n'assurerait pas
toute sa protection. Je veux être bien clair pour tous les membres de
cette Assemblée nationale et pour l'ensemble des groupes dans notre
société qui se préoccupent depuis des années du
milieu aquatique, de sa qualité, de sa protection, de son
amélioration, que les règlements de contrôle
intérimaire et les règles et les normes qui sont incluses dans
ces règlements, comme les lois et les règlements des
différents ministères du Québec, seront respectés
dans le cadre de la mise en valeur de ce programme.
M. le Président, le Québec est né au bord de l'eau.
Pendant des générations, nous avons exploité ce milieu
hydrique sans en estimer la valeur et le potentiel. C'est un peu normal,
l'abondance conduit généralement à ce genre
d'indifférence. C'est pourquoi, on ne s'est pas préoccupé
durant des années des agressions sans cesse plus nocives que nous
faisions subir à ce milieu qui, en dépit de sa capacité
d'absorption, a quand même des éléments de
vulnérabilité. Maintenant que nous avons pris conscience de cela,
que nous nous sommes donné les outils législatifs et
imposé les sacrifices financiers pour épurer les eaux du
Québec, il faut en tirer le plus grand profit à long terme en
aménageant ce milieu de vie. (11 h 40)
Aujourd'hui, avec l'adoption de ce projet de loi qui veut donner
certains pouvoirs nouveaux aux municipalités du Québec, pour
permettre de concrétiser, le plus rapidement possible, ce nouveau
programme d'accessibilité au milieu aquatique, je veux faire appel
à l'ensemble des municipalités du Québec pour que, en
toute logique, elles collaborent autant et aussi rapidement à la mise en
oeuvre de ce programme, lorsqu'il sera rendu public, qu'elles ont
collaboré à la mise en oeuvre du programme d'assainissement des
eaux du Québec, tel que nous le voyons spécialement depuis un an,
depuis que nous avons annoncé l'augmentation de subventions pour le
programme d'assainissement des eaux jusqu'à 90% du coût des
travaux réalisés.
Je suis convaincu, à la suite des premières
réactions que j'ai eues du monde municipal concernant ce projet de
programme et, à la suite des modifications que nous proposons dans le
cadre de la loi 6, que les municipalités du Québec
répondront avec enthousiasme à ce nouveau programme parce qu'il
répond à l'aspiration normale, de plus
en plus grande, spécialement mais non seulement des jeunes du
Québec face à l'écologie, face à la protection et
à l'amélioration de notre cadre de vie et de la qualité de
la vie. Je dois dire que tout le processus de mise en oeuvre de la loi 125, Loi
sur l'aménagement du Québec, a considérablement
contribué à développer la conscience face à la
qualité de la vie, à la qualité de l'environnement,
à la qualité de l'aménagement de notre cadre de vie.
En ce cens, les municipalités du Québec sont plus
prêtes que jamais à collaborer à la mise en oeuvre de ce
nouveau programme et de cette loi. Je vous remercie.
Le Vice-Président (M. Jolivet): Je crois comprendre qu'il
y a une entente, M. le député de Laprairie, pour que ce soit le
ministre de l'Environnement qui poursuive. C'est cela?
M. Saintonge: Oui, exactement, M. le Président. Vous
êtes au courant qu'étant donné que ce projet de loi a une
incidence écologique et qu'il est surtout du ressort du ministère
de l'Environnement, il a été convenu que le ministre de
l'Environnement parlerait immédiatement après le ministre des
Affaires municipales pour situer effectivement le cadre du débat.
Le Vice-Président (M. Jolivet): D'accord. M. le ministre
de l'Environnement, vous avez la parole.
M. Adrien Ouellette
M. Ouellette: Merci, M. le Président. J'ai
écouté avec beaucoup d'attention les propos que vient de tenir
mon collègue des Affaires municipales et je me suis demandé,
à un moment donné, s'il n'intervenait pas directement dans mes
juridictions tellement ses propos étaient à caractère
environnemental.
M. Marcoux: Vous m'avez compris.
M. Ouellette: Loin de me déplaire, ces propos, soyez-en
sûr, me rassurent puisque c'est un phénomène relativement
nouveau que de voir un ministre des Affaires municipales être à ce
point préoccupé par l'environnement. Je pense que c'est l'image
réelle de ce qui se produit partout sur le territoire du Québec
depuis quelques années, à savoir que nos concitoyens deviennent
de plus en plus soucieux de la qualité de la vie. Ils sont conscients
également que cela doit passer par la qualité de
l'environnement.
Mes propos seront relativement brefs puisque le ministre des Affaires
municipales a fait un tableau très complet - je dirais même
exhaustif - de la situation, ce qui me permettra de m'attacher plus
particulièrement au programme dont il est question et qui fait l'objet
de ce projet de loi sous la gouverne du ministre des Affaires municipales. Cela
me permettra en même temps de répondre, possiblement, à
certaines inquiétudes qui ont été soulevées hier
par le député de Laprairie au cours de la période de
questions et de cerner un tant soit peu, à tout le moins le cadre de ce
programme, les effets qu'il peut avoir sur le Québec au cours des trois,
quatre ou cinq prochaines années.
Le programme d'amélioration des rives a pour principal objectif
de compléter les efforts d'amélioration du milieu aquatique des
lacs ou des cours d'eau du Québec entrepris par le biais du programme
d'assainissement des eaux, lequel se fait en réalisation avec le secteur
industriel urbain et agricole. Le programme d'assainissement des eaux vise
à réduire au maximum les apports directs de pollution provenant
de ces trois secteurs d'activité. Au cours des deux dernières
années, ce programme a connu une accélération
marquée qui nous permet de croire que d'ici à quelques
années ces pollutions seront effectivement contrées. Cependant,
parallèlement, nous sommes persuadés qu'il y a lieu d'agir
immédiatement sur certaines sources de pollution dites diffuses qui
risquent, si une action immédiate n'est pas entreprise, d'affecter le
milieu aquatique et de perturber à moyen et à long terme
certaines rivières et cours d'eau du Québec.
Mentionnons, à titre d'exemple, certains de ces problèmes
que nous rencontrons couramment sur le territoire. Pensons, par exemple, au
déboisement des rives qui a eu cours au cours des deux derniers
siècles pour faire place tantôt à l'urbanisation,
tantôt à la production agricole. Pensons également au
drainage agricole, à l'érosion par certains
phénomènes liés à des régimes hydrauliques
excessifs - ils sont nombreux au Québec - la perturbation d'habitats
aquatiques, le transport de sédiments qui affectent la qualité
des eaux et des prises d'eau potable de certaines municipalités. Il va
donc de soi que, complémentairement au programme d'assainissement des
eaux qui s'attaque aux sources ponctuelles, le gouvernement favorise certains
travaux de mise en valeur des berges et du milieu aquatique favorisant
parallèlement au programme d'assainissement des eaux
l'amélioration de la qualité des eaux et la
regénérescence d'habitats écologiquement essentiels, ce
qui aura pour conséquence directe et indirecte de permettre à
l'ensemble de la population de jouir prochainement du milieu aquatique devenu
salubre.
D'autre part, ce programme d'amélioration des rives doit contenir
un volet nettoyage. On sait à quel point nos rives ont été
utilisées au cours du dernier
siècle à des fins qui ressemblent à celles qu'on
vouait aux dépotoirs à ciel ouvert, ce qui veut dire qu'il s'est
donc accumulé des quantités énormes de déchets
d'une très grande variété d'ailleurs et il nous
apparaît essentiel que dans un premier temps, si nous voulons
véritablement reconquérir nos cours d'eau
dépollués, il faille procéder au nettoyage de ces rives.
Cela vise à récupérer et à confiner dans des
endroits sécuritaires les détritus affectant la qualité
esthétique de nos rives qui en perturbent, d'autre part, leurs
qualités environnementale et écologique.
Ce volet du programme d'amélioration des rives contribuera
grandement à améliorer l'esthétique du milieu riverain,
à favoriser son accessibilité et à sensibiliser les
citoyens qui participeront à la protection de cette richesse collective.
Le ministère de l'Environnement est bien conscient que ces travaux
d'amélioration du milieu riverain doivent se faire selon une approche
environnementale. Je pense que ceci est de nature à rassurer le
député de Laprairie qui, hier, manifestait quelque
inquiétude à ce sujet. Il n'est pas question de favoriser des
travaux qui auraient pour conséquence de détruire ou de diminuer
la qualité environnementale de ces milieux écologiques. Au
contraire, ces travaux devront contribuer à une amélioration et
pour ce faire, ils devront être réalisés selon des
règles bien précises ou des guides d'aménagement bien
précis permettant, d'une part, de favoriser l'amélioration de la
qualité de l'eau et l'accessibilité douce à ces
milieux.
Nous nous proposons donc de fournir aux municipalités qui seront
les principales partenaires dans cette opération des guides
d'aménagement et de nettoyage permettant que ce programme soit
réalisé selon ces objectifs. Tel que nous l'avons
déjà mentionné, la réalisation de ces travaux sera
faite en collaboration avec les municipalités riveraines. Ces travaux
seront effectués sur une base essentiellement volontaire, tant sur des
terrains publics que privés. Le financement sera assuré en partie
par l'État. Dans son discours d'ouverture, le premier ministre
mentionnait que le gouvernement assumerait la majorité de ces
coûts et, en partie, bien sûr, les municipalités
intéressées. Le pourcentage d'aide financière
gouvernementale reste à être déterminé.
Le projet de loi actuel ne traite pas nommément du pouvoir des
municipalités de réaliser des travaux d'aménagement des
cours d'eau à des fins d'amélioration de la qualité du
milieu aquatique. D'autre part, les municipalités n'ont pas le pouvoir
d'exécuter des travaux sur les immeubles de tiers comme il est
proposé dans le cadre du présent programme d'amélioration
des rives. Il y a donc lieu de modifier les lois municipales, plus
spécifiquement le Code municipal, la Loi sur les cités et villes,
et les lois constitutives des communautés urbaines et régionales
pour ajouter le pouvoir d'effectuer des travaux d'aménagement des cours
d'eau situés sur leur territoire y compris dans le cas de
municipalités sur des terrains appartenant à des tiers. (11 h
50)
II va de soi que ces nouveaux pouvoirs aux municipalités
n'excluent pas l'obligation que celles-ci ont de respecter toutes les lois ou
règlements actuellement en vigueur et qui touchent spécifiquement
les types de travaux ou d'opérations proposés dans le programme
d'amélioration des rives. En outre, la Loi sur la qualité de
l'environnement et les règlements qui s'y rapportent ainsi que les
règlements de contrôle intérimaires devront être
intégralement respectés.
En conclusion, il n'est nullement de notre intention d'ouvrir une porte,
si facile soit-elle, à tous les promoteurs désireux de modifier
à leur façon les rives et le littoral des rives et des cours
d'eau, mais bien de favoriser l'amélioration du milieu aquatique et des
milieux riverains de manière à permettre aux cours d'eau et aux
lacs de maintenir une qualité environnementale répondant aux
normes d'utilisation que l'on veut en faire.
Dans la même voie, nous comptons bien que les groupes
environnementaux collaboreront à cette vaste campagne
d'amélioration du milieu aquatique en travaillant conjointement avec les
autorités municipales concernées de manière à
présenter des projets qui tiennent compte des objectifs que nous
poursuivons et qui contribueront à améliorer ces milieux
environnementaux. Enfin, je crois que ce nouveau programme
d'amélioration des rives s'inscrit très bien dans les objectifs,
notamment de la Fédération des associations pour la protection de
l'environnement des lacs et de plusieurs autres organismes qui se vouent
à des objectifs similaires. C'est donc dire, M. le Président,
qu'au moment même où nous nous sommes assis au ministère de
l'Environnement pour concevoir un programme, nous avons
référé à tout ce que nous avions comme demande du
milieu québécois allant dans ce sens.
J'ai entre les mains, notamment, un document qui émane de la
région des Cantons de l'Est et qui s'appelle "Aménagement des
rives, Magog et Saint-François". C'est un document qui a
été conçu par les gens du milieu, qui a été
conçu avec la participation, notamment, de la ville de Sherbrooke et ce
n'est qu'un exemple qui illustre très clairement que partout sur le
territoire du Québec, il se trouve, tantôt des
municipalités, tantôt des groupes à vocation
environnementale qui souhaitent réaliser des choses sur leurs rives.
Comme nous, ces groupes et ces municipalités voient le programme
d'assainissement des eaux se réaliser et atteindre ses objectifs
à l'intérieur du délai qu'on avait annoncé en 1978,
délai de dix ans. Ces groupes et municipalités souhaitent qu'on
profite de ces eaux nettoyées pour redonner aux Québécois
et aux Québécoises le goût d'y retourner, mais ils sont
également conscients que certains types de travaux devront être
faits, tantôt pour assurer la protection environnementale de ces lacs et
de ces cours d'eau, tantôt pour assurer la protection physique des gens
qui retourneront vers ces cours d'eau. C'est pourquoi je parlais tout à
l'heure d'un volet dit nettoyage pour que les rives redeviennent jolies.
On pense aussi à de la consolidation de rives, car à
certains endroits, on assiste à des éboulements et à des
glissements de terrain. Il faudra donc prévoir dans certains cas la mise
en place d'équipements modestes, mais rassurants quant à ce volet
de consolidation. Il faut penser aussi à régénérer
certaines rives qui ont été, de façon abusive,
déboisées pour être ramenées au sol nu, ce qui
favorise - vous le comprendrez bien -beaucoup d'érosion qui est, en soi,
une cause de pollution. Il faudra aussi, dans certains cas, penser
littéralement à reboiser des rives qui l'ont été,
alors qu'elles n'auraient pas dû l'être. Donc, notre programme
prévoira également un volet dit reboisement.
Finalement, il faudra penser à mettre en place des
équipements d'accès à ces eaux. Je pense, par exemple,
à des rampes de mise à l'eau pour petits bateaux. Je pense
à des quais flottants. Je pense à l'aménagement de parcs
modestes, d'installation de kiosques ou de tables de pique-nique, etc.; donc,
de façon à permettre au monde municipal avec, je l'espère,
la collaboration des groupes environnementaux, à permettre à ces
gens de réaliser des projets qui reposent sur leurs tablettes dans
certains cas depuis plusieurs années, mais qui n'avaient pas pu
être réalisés, faute d'aide financière. C'est donc
dire que dans ce programme, le ministère de l'Environnement et le
gouvernement du Québec, en collaboration avec les municipalités,
verront au financement de ces installations qui se réaliseront pour
coïncider, nous semble-t-il, avec la fin de la mise en oeuvre du programme
d'assainissement des eaux. Je vous remercie, M. le Président.
Le Vice-Président (M. Jolivet): M. le député
de Laprairie.
M. Jean-Pierre Saintonge
M. Saintonge: Merci, M. le Président. Il me fait plaisir,
au nom de l'Opposition, d'intervenir sur le projet de loi 6, Loi modifiant
diverses dispositions législatives pour favoriser la mise en valeur du
milieu aquatique.
C'est un projet de loi qui, en soi, est fort court. Il contient quatorze
articles. Je pense que la majorité des articles du projet de loi ou la
totalité de ces quatorze articles ne rend pas compte de l'impact
important du projet de loi.
Je vous dirai en gros où on situe le projet de loi. Le projet de
loi, finalement, vise l'accomplissement de certains travaux
d'aménagement du lit et des rives des cours d'eau, des terrains en
bordure et des travaux de régularisation des niveaux d'eau, ce, par les
municipalités et les communautés urbaines ou les
communautés régionales.
Si je regarde le cadre d'intervention de ce projet de loi, le ministre
des Affaires municipales l'a situé - le ministre de l'Environnement
également... Le ministre des Affaires municipales, pour reprendre un peu
ses paroles, nous a parlé de trois phases: la première phase,
à un moment donné, la création du ministère avec la
réglementation pour mettre en place certains contrôles à
exercer sur la qualité de l'environnement et amener une meilleure
qualité de vie; la deuxième phase est l'assainissement des eaux;
la troisième phase est l'aménagement, l'aménagement des
rives, c'est le but du projet de loi 6.
En fait, l'Opposition, je dois le dire immédiatement, n'est
nullement contre la question de l'aménagement des rives, de permettre
l'accessibilité aux rives, la mise en place d'équipement,
l'aménagement, le nettoyage. Ce sont des volontés, je pense,
communes pour l'ensemble de la population. Manifestement, tout le monde est
pour la vertu. Tout le monde est d'accord pour qu'on ait l'accessibilité
aux eaux, dès que les eaux seront dépolluées.
Pour discuter de ce projet de loi et de son principe fondamental, je
pense que nous devons faire un retour en arrière avant d'entrer
effectivement dans le troisième volet dont le ministre des Affaires
municipales a parlé, c'est-à-dire l'aménagement des rives,
et regarder attentivement tout le volet sur l'assainissement des eaux, volet
qui n'a peut-être donné lieu à toutes les discussions
souhaitables ou, à tout le moins, de toute façon, volet par
lequel on n'a pas répondu à toutes les questions qui ont pu
être posées soit par le milieu municipal ou par l'Opposition.
Le ministre a fait grand état depuis quelque temps, au niveau du
programme d'assainissement des eaux, du vaste programme de dix ans
instauré en 1978 par son prédécesseur, M. Léger. On
parle d'un programme de 4 700 000 000 $, instauré au Québec. Un
programme grandiose. Un programme grandiose au niveau du gouvernement de 4 700
000 000 $. Si on regarde attentivement les 4 700 000 000 $, jusqu'ici,
quels sont les effets qu'ont pu apporter les investissements potentiels
de ce programme? Nous avons su du ministre de l'Environnement, effectivement,
que des 4 700 000 000 $ prévus dans le programme d'assainissement des
eaux, actuellement, à ce jour, dans le programme en question, il y
aurait 1 100 000 000 $ de travaux réalisés. Nous savons
également qu'il y aurait environ 3 700 000 000 $ de conventions
signées avec les municipalités. C'est un premier point.
Les conventions signées avec les municipalités, de quelle
façon cela s'oriente-t-il? Le ministre de l'Environnement l'a dit
à un certain moment, dans des conférences qu'il donne depuis deux
ans, et même tout récemment, il l'a répété
dans son discours sur le discours inaugural. Je pense qu'il est bon ici qu'on
clarifie la situation même si le ministre en a parlé
brièvement tantôt. De quelle façon le gouvernement
participe-t-il au financement de l'assainissement des eaux? Ce sont les 4 700
000 000 $ que le gouvernement va mettre là-dessus. Le gouvernement,
seulement pour le programme de relance de la fin de 1983, disait que les
études, avant les conventions, sont défrayées à
100% par le gouvernement du Québec et que les ouvrages d'interception
des réseaux d'égout existants seront subventionnés
à des taux se situant entre 66 2/3% et 90%, tandis que les ouvrages de
traitement, soit l'usine d'épuration et son émissaire, seront
subventionnés à 90%. Un calcul du ministre nous disait finalement
que la moyenne de la participation financière du gouvernement, pour
l'ensemble de ces travaux à cette époque-là, se situait
à 80%. (12 heures)
Arrive le programme de relance et on décide finalement
d'intégrer le programme d'assainissement des eaux dans le grand volet de
relance économique pour participer à la création d'emplois
et démontrer que le Québec est au travail, que tout marche bien
et que tout va de l'avant.
On fait quoi? On veut donner un "incentive" aux municipalités,
donner une espèce de poussée aux municipalités pour
qu'elles participent au programme. On le fait comment? On dit aux
municipalités: Les travaux de réappropriation et d'interception
qui seront réalisés avant le 31 mars 1986 seront sujets à
une aide financière du gouvernement d'au moins 85% du coût total
et les travaux relatifs aux traitements réalisés avant le 31 mars
1986, c'est-à-dire l'usine d'épuration et son émissaire,
seront subventionnés à 95%. De là, la participation
gouvernementale moyenne au cours de cette période, c'est-à-dire
fin 1983, donc, l'année 1984 jusqu'à mars 1986, sera
portée à 90% pour les municipalités autres que les
communautés urbaines, il faut s'entendre.
Donc, en gros, pour l'ensemble des municipalités du Québec
antérieurement, on retrouve une participation financière du
gouvernement au niveau des infrastructures de 80%; on dit, pour l'année
1984 et jusqu'à 1986, que si les travaux sont réalisés
d'ici mars 1986, vous serez subventionné en moyenne à 90%. Bonne
nouvelle! Bonne nouvelle!
On voit quoi, avec cela? On fait une accélération de
signature de la convention avec les municipalités qui démontre
qu'en date toute récente, suivant les informations du ministre, il y
aurait pour 3 700 000 000 $ de conventions signées par les
municipalités pour l'assainissement des eaux.
C'est là mon problème. Je ne comprends plus. Je ne
comprends plus rien là-dedans. Je suis peut-être un peu innocent,
je ne le sais pas, mais je vais vous expliquer mon raisonnement. Je pense que
vous allez comprendre comment cela se fait que je ne comprends plus, et les
gens ne comprendront plus non plus. J'ai entendu le ministre nous le dire ce
matin, le ministre des Affaires municipales l'a mentionné et le ministre
de l'Environnement y a également fait allusion dans son discours sur le
discours d'ouverture. J'y reviendrai tantôt avec des citations
précises. Même le premier ministre l'a mentionné.
Finalement, si je comprends bien, au niveau du programme
d'assainissement des eaux par le gouvernement du Québec, on retrouve 4
700 000 000 $ et tout le monde a assaini ses eaux. C'est fini, tout est
réglé. Tout est réglé. Effectivement, le premier
ministre disait: "Le programme d'assainissement des eaux, de même que la
diminution de la pollution des sources industrielles et agricoles est une
condition préalable à cette réappropriation".
Réappropriation au niveau de l'accessibilité aux
rives.
Or, le rythme de mise en oeuvre de ce programme s'est dramatiquement
accéléré sur le total estimatif du coût du programme
de 4 700 000 000 $, les conventions déjà signées avec les
municipalités s'élèvent à 3 500 000 000 $. En fait,
le ministre de l'Environnement disait que c'était 3 700 000 000 $ un peu
plus tard. J'imagine que les derniers mois, il y a eu des conventions de
signées. C'était dans le discours du premier ministre au mois
d'octobre, son message inaugural, et le ministre de l'Environnement, le 24
octobre, nous parlait, lui, non pas de 3 500 000 000 $ mais de 3 700 000 000 $
d'ententes signées. Le premier ministre concluait: "II est donc grand
temps de penser à la mise en valeur de toutes ces eaux qui sont ou
seront très bientôt dépolluées."
Le ministre de l'Environnement, dans son discours du 24 octobre 1984,
effectivement, a parlé, à un moment donné,
des objectifs atteints, du volet du programme d'assainissement des eaux.
J'ai parlé tantôt de la prime d'accélération, de la
possibilité pour les municipalités dont les travaux seront
réalisés - "réalisés", c'est un mot important sur
lequel on n'insiste pas beaucoup - en mars 1986 d'avoir droit à la prime
d'accélération de 10% du coût total, de 80%, en moyenne,
à 90%. Le ministre disait que le programme d'assainissement des eaux
"connaît une vogue sans précédent. Même un engouement
à la suite de la prime d'accélération qu'on accorde au
mois de novembre dernier fait en sorte que ce secteur de pollution sera
réglé d'ici 1988." Ce sera réglé, en 1988. Donc, on
fait quoi, en 1988? Il faut penser à autre chose. Il faut
aménager les rives et en donner l'accessibilité à tous les
citoyens.
Mais est-ce réaliste de soutenir cela? De soutenir effectivement
que c'est réalisé? Que ce sera réalisé en 1988?
C'est là mon interrogation et c'est là que je pense que je fais
preuve d'innocence si je vois cela comme cela. Je vais vous expliquer que ce
n'est pas vrai. Ce n'est pas vrai pourquoi? Actuellement, sur un coût
global du programme de 4 700 000 000 $, si on réalise l'affaire en 1988,
il faut que les 4 700 000 000 $ soient dépensés et
l'assainissement, c'est réglé. C'est cela que le ministre nous
dit. Actuellement, 1 100 000 000 $ ont été dépensés
en travaux exécutés. Mathématiquement, si je compte bien,
entre 4 700 000 000 $ et 1 100 000 000 $, ça me donne, dans mon livre, 3
600 000 000 $ de travaux qu'il reste à réaliser.
Si on s'arrête deux minutes et qu'on regarde au niveau de la
réalisation des travaux actuellement, dans la période
présente, qu'est-ce qu'on a comme réalisation des travaux
d'assainissement des eaux? Les chiffres que j'ai obtenus... Si ces
renseignements sont inexacts j'aimerais que le ministre le précise lors
de sa réplique ou le ministre de l'Environnement pourra nous le
préciser à un moment donné; ça pourrait
probablement se faire au moment de l'étude du projet de loi en
commission parlementaire. Le taux actuel, le programme qu'on tente de viser
pour la réalisation des travaux d'assainissement des eaux, c'est environ
400 000 000 $ par année. Ce devrait être ça pour 1983-1984.
On parlait de 380 000 000 $, si mon souvenir est exact, je le fixe à 400
000 000 $. 400 000 000 $ de travaux par année sur le programme total
d'assainissement qu'il nous reste à réaliser. 4 700 000 000 $
moins 1 100 000 000 $, ça donne 3 600 000 000 $. Cela veut dire que
ça prendra neuf ans, M. le Président, ça ne prendra pas
quatre ans, c'est neuf ans minimum, pour autant qu'on respecte la
réalisation des travaux sur la base prévue de 400 000 000 $.
Est-ce que dans le cadre actuel, en plein moment de prime
d'accélération - on dit aux municipalités: vous avez 10%
de plus et un intérêt majeur à tenter de réaliser
les travaux d'aménagement dans le plus bref délai - est-ce
qu'actuellement, au moment où on se parle, la projection de 400 000 000
$ de travaux réalisés par année dans l'assainissement des
eaux est réalisée? Malheureusement non.
Encore une fois, suivant des informations toutes récentes - et on
me corrigera si c'est inexact - les travaux pour l'année 1983-1984 au
niveau du ministère de l'Environnement seront de l'ordre de 180 000 000
$ ou de 190 000 000 $. Ils atteindront peut-être les 200 000 000 $. On me
disait qu'on gage même là-dessus pour savoir si on va atteindre
les 200 000 000 $. En plein temps de relance, en plein le temps où on a
un programme d'incitation à investir et à faire des travaux,
parce que la prime d'accélération est reliée aux travaux
réalisés, donc exécutés, on réalise quoi?
200 000 000 $ de travaux dans un an. Mais ça ne prendra pas neuf ans sur
une base de 400 000 000 $. On est sur une base de 200 000 000 $, si on divise 3
600 000 000 $ par 200 000 000 $, ça va prendre 18 ans, M. le
Président.
À toutes fins utiles, si on regarde cela avec les gens
travaillant dans le milieu de l'assainissement des eaux, si on consulte les
bonshommes et les firmes qui sont impliqués là-dedans, même
au niveau des officiers du ministère... J'ai assisté au
congrès de l'UMQ sur l'assainissement des eaux et tout le monde est
unanime à dire que la question de l'assainissement des eaux, ce n'est
pas pour demain matin, ce n'est pas pour dans deux ans. Le ministre nous
parlait tantôt de dix ans. On a commencé en 1978, c'était
un programme de dix ans. Donc, dans quatre ans ça va être fait ou
même moins que ça, on parlait presque de deux ans à un
moment donné. Ce n'est pas ça. Même les experts nous disent
que c'est un minimum de 15 ans avant que l'assainissement des eaux soit
réalisée. Bon! ça c'est le premier point. Un programme de
4 700 000 000 $; 1 100 000 000 $ de réalisés, il en reste 3 600
000 000 $ à réaliser.
Je vais aller plus loin parce qu'on parlait de l'ensemble des
municipalités. Le projet de loi 6 pour l'accomplissement des travaux
pour l'aménagement des rives s'adresse à l'ensemble des
municipalités de même qu'aux communautés urbaines.
Au niveau des travaux réalisés, il y a 1 100 000 000 $.
Combien ont été réalisés dans l'ensemble des
municipalités par rapport aux communautés urbaines? J'ai des
chiffres là-dessus et on pourra me corriger si c'est inexact. Les
travaux réalisés au niveau de la Communauté urbaine de
Montréal, de la Communauté urbaine de Québec
où,
auparavant, les travaux étaient réalisés au niveau
du Bureau d'assainissement des eaux du Québec métropolitain, le
BAEQM, et les travaux réalisés au niveau de la CRO, la Commission
régionale de l'Outaouais, sont, dans ces trois communautés, de
l'ordre de 700 000 000 $. Dans les travaux réalisés pour
l'ensemble des municipalités du Québec, on dit qu'actuellement -
et ce sont des chiffres que le ministre nous a donnés et que le
directeur de la Société québécoise d'assainissement
des eaux a confirmés - des 1 100 000 000 $, il y en a 700 000 000 $ qui
s'appliquent aux communautés urbaines de Québec et de
Montréal et à la Communauté régionale de
l'Outaouais. Cela veut dire que l'impact des travaux pour l'ensemble des
municipalités du Québec, outre les grandes communautés,
c'est fort minime actuellement, vu l'objectif global qu'on veut atteindre. (12
h 10)
Sur 700 000 000 $, combien en reste-t-il? Il reste 400 000 000 $, 385
000 000 $ à 400 000 000 $, qui ont été
réalisés dans l'ensemble des municipalités comparativement
aux communautés. Effectivement, ce qui est plus grave, c'est que ces
travaux-là, au niveau des communautés, suivant des documents de
l'UMQ, suivant des informations que j'ai obtenues des gens du milieu de
l'environnement, ces travaux réalisés dans la Communauté
régionale de l'Outaouais, dans la Communauté urbaine de
Montréal et dans la Communauté urbaine de Québec ont
été autorisés avant le fameux programme de 1978 du
ministre Léger. Ce sont des travaux qui étaient instaurés
avant cette date, des travaux qui étaient en place, donc qui ont
été autorisés et commencés avant. C'était
dans la phase 0 du programme d'assainissement des eaux du ministère de
l'Environnement. Donc, ce n'est pas le programme global qu'on nous avait
annoncé, le grand programme d'assainissement des eaux, c'est avant
cela.
Dans certains cas, des travaux ont quand même été
commencés - c'est ce qu'on me dit - ou des "potentialités" de
travaux et, dans certains cas, des autorisations même avant 1976. De
toute façon, c'est avant le grand programme de 1978 et dans les 1 100
000 000 $ réalisés, on prend même les montants de la phase
0. Tout cela pour vous dire qu'effectivement, à mon point de vue, au
niveau de l'assainissement des eaux, on est loin de demain la veille. Ce n'est
pas demain matin que les eaux du Québec vont être assainies dans
tout le Québec. Ce n'est pas demain la veille qu'on pourra dire qu'on
est prêt à aller se baigner, que l'eau est bleue.
L'ensemble du programme d'assainissement des eaux, c'est un volet
important qui se rattache au projet de loi 6. Non seulement on est loin de
demain la veille, mais, deuxièmement, les coûts. On se
promène partout au Québec et, concernant l'assainissement des
eaux, qu'est-ce qu'on voit? On voit des belles grandes pancartes. C'est le
gouvernement des pancartes, des belles grandes pancartes. Vous ne pouvez pas
rentrer dans une ville par n'importe quel chemin provincial qui y mène,
n'importe quel chemin provincial qui mène à une ville. Je vais
vous donner un exemple dans mon comté, à ville de Brossard. Si je
prends la route 132 direction ouest ou direction est, je rentre dans une
pancarte. Si je prends le boulevard La Pinière, je rentre dans une
pancarte. Si je suis sur l'autoroute, j'ai une pancarte. Sur Taschereau,
direction ouest, j'ai une pancarte. Direction est, j'ai une pancarte qui me dit
quoi? Subventionné à 90% - je m'excuse - jusqu'à 90% par
le gouvernement du Québec.
On rit du monde. C'est complètement faux. Pourquoi est-ce que
c'est faux? C'est très simple. Jusqu'à 90% les travaux qui seront
réalisés sur l'ensemble du territoire du Québec au 31 mars
1986. C'est cela. Ce n'est pas loin le 31 mars 1986. Mais après? On ne
dit pas au monde que le gouvernement du Québec va financer. Ce ne sera
pas à 90%; ce sera à 70 2/3 % ou 80%. On l'a dit tantôt. Je
n'ai qu'à reprendre les chiffres du ministre. Les ouvrages
d'interception des réseaux d'égout, 70 2/3 % à 90%;
l'usine de traitement et son émissaire, 90%. moyenne, 80%. C'est
à cela qu'on va arriver. Ce ne sera pas à 90% après le
mois de mars 1986. Si le ministre ne ment pas effrontément à la
population dans ce sens-là, je dirai qu'il ne dit pas toute la
vérité et qu'il torture la vérité, parce que les
municipalités auront à assumer - si on regarde les belles
pancartes, c'est jusqu'à 90% - plus que les 10%. C'est fort simple, je
l'ai dit tantôt. La projection de réalisation des travaux, c'est
400 000 000 $ par année. On ne peut pas absorber plus actuellement au
niveau des constructeurs, au niveau des entrepreneurs. On n'a pas la
connaissance, on n'a pas le matériel, on n'a pas les entrepreneurs
suffisants pour arriver à réaliser les travaux sur la base de 400
000 000 $ par année. On y va actuellement à 200 000 000 $ par
année. Dans un an et trois mois, on ne réalisera pas l'ensemble
des travaux d'aménagement pour l'assainissement des eaux et les
municipalités seront prises avec une facture plus considérable
que les 90%.
Il faut remarquer que, quand on dit que le gouvernement financera
jusqu'à 90%, ce ne sera pas 90%; il y a une possibilité, mais qui
sera minime pour beaucoup de municipalités. Les municipalités ont
demandé, de plusieurs façons, au gouvernement de s'engager
à accepter de financer plus loin que mars 1986 la fameuse prime
d'accélération, à donner la prime
d'accélération plus loin que jusqu'à mars
1986 et à porter le financement de 90% plus loin qu'en mars 1986.
La réponse, jusqu'à maintenant, n'est pas venue. S'il n'y a pas
de réponse, cela veut dire que c'est non. Que le gouvernement se
manifeste effectivement, d'une façon positive, pour dire si, oui ou non,
on donnera aux municipalités le programme d'accélération
pour plus longtemps, pour permettre, justement, que les engagements que vous
signez aujourd'hui, vous ayez la certitude qu'on les financera jusqu'à
90%, au minimum. C'est pour cela que sur les pancartes, les mots
"jusqu'à 90%" sont les plus importants. Ce sont des pancartes
"jusqu'à...", de grosses pancartes bleues qu'on voit partout. Je dirai
qu'elles ne rendent pas compte de la réalité.
En plus, en disant que les travaux d'assainissement sont financés
par le gouvernement du Québec jusqu'à 90%, il y a un autre point
qui est important. C'est le coût réel des travaux d'assainissement
des eaux. Quel est le coût réel des travaux d'assainissement des
eaux? On semble dire actuellement, quand on entend les discours, si on n'y
porte pas attention, que l'assainissement des eaux va coûter 4 700 000
000 $ au Québec plus 10% que les municipalités devront financer.
Cela va nous coûter quoi? À peu près 6 000 000 000 $. Les
municipalités mettront 10% et le gouvernement mettra 90%.
On ne réalise pas que l'argent, au niveau des protocoles
d'entente tels que signés actuellement... Les protocoles d'entente dans
certains cas, et même dans plusieurs cas, ont des prévisions de
20% d'écart possible, c'est-à-dire qu'on prévoit une
possibilité de dépenses supérieures à ce qui est
prévu jusqu'à 20%. Il semble, effectivement, que l'écart
de 20% se manifeste à beaucoup d'endroits. Dans beaucoup d'endroits
où il y a des travaux en cours, cela dépasse même
l'écart de 20% et on assiste à des ajustements de prix. Pourquoi?
Parce que les prix fixés par les ententes, dans certains cas, ont
été établis sur des prix en pleine période de
récession et on n'a pas calculé qu'il y avait une "augmentation
de coût possible.
Quand il n'y a pas d'ouvrage et que personne ne travaille, les
coûts sont bas. On fixe donc des prix à ce niveau et on les
projette sur l'avenir. Mais on sait fort bien, de toute façon, qu'au
cours des ans, quand on sait que cela va prendre de 9 à 18 ans pour
réaliser l'assainissement des eaux - plus 18 ans que 9 ans - les
coûts vont augmenter; cela va coûter plus cher. Si cela coûte
plus cher, le gouvernement financera-t-il les travaux jusqu'au pourcentage
annoncé - une moyenne de 80% ou de 90%? On ne sera plus à 90%, on
va être à 80%, parce que la période
d'accélération sera terminée. Est-ce que le gouvernement
va financer jusqu'à 80% à ce moment-là? Il n'y a pas de
réponse tellement positive dans ce sens, sur le surplus qui n'est pas
compris au protocole, d'une part.
Deuxièmement, est-ce que le gouvernement arrivera aussi à
faire en sorte de financer le coût supplémentaire? Est-ce que le
coût supplémentaire qui sera à la charge des
municipalités, le gouvernement pourra voir si, oui ou non, les
municipalités devront l'absorber elles-mêmes? C'est un autre point
important.
Le premier point dans ce sujet: est-ce que le gouvernement continuera,
si on dépasse les coûts, à financer dans la même
proportion? Est-ce que les municipalités qui auront subi une
augmentation de coûts pourront bénéficier de financement
supplémentaire? Ce sont des questions qui sont sans réponse. Le
point important, c'est que l'augmentation des coûts est réelle.
Selon ce qu'on disait ouvertement au dernier colloque de l'UMQ sur
l'assainissement des eaux - il suffisait de se promener parmi les gens
présents, les gens des municipalités, les entrepreneurs
privés qui s'occupaient de l'assainisssement des eaux, les
ingénieurs -c'est que, la fameuse prime à
l'accélération des travaux de 10% a fait en sorte, en voulant
compacter des travaux dans un temps limité, à partir de la fin de
1983 jusqu'à mars 1986, de créer une demande importante. Le
ministre l'a dit: Beaucoup de protocoles ont été signés.
Les protocoles sont signés, mais actuellement, cela a eu comme effet
dramatique chez les entrepreneurs de faire augmenter les coûts.
Autrement dit, quand vous êtes pris avec un "dead-line" pour faire
certains travaux, il est évident que les entrepreneurs qui, de plus,
sont limités, ne sont pas nombreux au niveau de l'expertise des
nouvelles techniques qu'ils ont à mettre en place, les coûts
augmentent. Ces coûts ont augmenté dramatiquement et on parlait
à l'automne d'une augmentation de presque 10% dans un mois des
coûts des travaux à réaliser. Cela devient pas mal
important. Même si on calcule une augmentation des coûts pour une
période de six mois, c'est quand même extrêmement important
quand on parle de milliards de dollars. Ce sont des coûts auxquels, au
niveau des municipalités, des citoyens, actuellement, on n'a pas
pensé. La facture n'est pas arrivée. Les ententes sont
signées, le gouvernement va financer jusqu'à tel pourcentage. La
municipalité, même à supposer qu'elle aura 10% des travaux
à financer jusqu'au mois de mars 1986 - les travaux seraient tous
réalisés -aura, à ce moment, au niveau du programme
d'assainissement à financer 10% des travaux. (12 h 20)
J'ai parlé d'une augmentation potentielle possible. Je le laisse
à 10%. Ce qu'on n'a pas encore dit aux gens finalement, c'est qu'il y a
un autre point important dans
tout ce dossier. Vous allez voir tantôt que cela rejoint le projet
de loi 6. Le deuxième point important c'est que, quand on fait
l'assainissement des eaux, on implante l'infrastructure, l'usine
d'épuration, son émissaire; on fait les corrections au niveau des
systèmes d'égout. Là après ça, on va arriver
dans la phase opération. La plupart des gens au Québec ne l'ont
pas réalisé, les municipalités elles y ont pensé et
voient cela venir de loin. Elles s'interrogent et s'inquiètent
grandement là-dessus. C'est tellement vrai que tantôt cela me
faisait sourire quand j'ai entendu le ministre des Affaires municipales dire
que le taux d'endettement des municipalités a beaucoup diminué.
Une excellente santé financière. Non seulement le taux
d'endettement a diminué, mais également les surplus
accumulés sont rendus, pour l'ensemble des municipalités,
à 389 000 000 $. Cela a augmenté, c'est vrai, mais je peux vous
dire une chose: traditionnellement au Québec, les administrateurs
municipaux ont toujours été des gens prévoyants. Ils
voient venir l'assainissement des eaux et les coûts énormes que
cela va amener. Les 389 000 000 $ vont fondre comme la neige au soleil.
Pourquoi? Les études au niveau américain, dans l'ensemble
des États-Unis, où l'épuration des eaux s'est
réalisée, ont démontré effectivement que le
coût d'exploitation des usines de traitement d'eau, sur une
période de 15 à 20 ans, est équivalent au coût de
mise en place des infrastructures. Dans mon livre, si je comprends bien, cela
veut dire que si on arrive actuellement à un coût global, au
niveau du Québec, d'environ 6 000 000 000 $ pour mettre en place
l'épuration des eaux, cela veut dire que dans une étape -
relativement... mettons à moyen terme - de 15 à 20 ans, les
municipalités devront injecter pour le fonctionnement de
l'épuration des eaux une somme équivalente, c'est-à-dire 6
000 000 000 $ au minimum, s'il n'y a pas d'augmentation. Dieu sait qu'au fur et
à mesure que le temps passe, il y a toujours des augmentations de
coûts.
Donc, les citoyens du Québec vont recevoir une belle facture leur
disant qu'à partir du moment où l'usine d'épuration va
fonctionner, cela va leur coûter tant par année pour
l'épuration des eaux, pour le fonctionnement de leur usine
d'épuration et qu'ils auront aussi à payer, ne l'oublions pas,
10% pour la mise en place de l'infrastucture. Les 10%, comme je l'ai
mentionné tantôt, c'est un minimum. Donc, les municipalités
devront taxer leurs citoyens, l'ensemble des contribuables du Québec
devront payer le coût d'assainissement des eaux. On est pour
l'assainissement des eaux, il n'y a pas de problème. Mais il y a un
coût qui est relatif à cela. Je dis qu'il faut être
machiavélique pour ne pas soulever à la population du
Québec qu'il y aura un coût à payer pour l'assainissement
des eaux actuellement. Il faut le mentionner à la population et
être clair là-dessus, le programme gouvernemental d'assainissement
des eaux coûte 4 700 000 000 $.
Non, M. le Président. Le programme total, ça va être
6 000 000 000 $ si on garde les mêmes chiffres, 4 700 000 000 $
financés par le gouvernement. Il va y en avoir 1 300 000 000 $ au
minimum payés par les municipalités au niveau des
infrastructures, plus 6 000 000 000 $ complémentaires, sur les 15 ou 20
prochaines années, au niveau du fonctionnement des usines. Les citoyens
vont être taxés là-dessus. C'est tellement vrai que les
gens commencent à prendre connaissance de cela. Les unions municipales,
dont j'ai parlé tantôt, ont des administrateurs prévoyants
-le député de Kamouraska-Témiscouata me confirmait que
c'était bien vrai... Au niveau des unions, je vous dirai que la question
a été reconnue, soulevée. Au colloque de l'assainissement
des eaux de l'UMQ, le 10 septembre dernier, on rapportait dans le Devoir du
samedi, 8 septembre: "Le président de l'UMQ prédit des frais
directs pour l'assainissement des eaux usées." Et le maire de ville
d'Anjou, M. Corbeil, qui est le président de l'UMQ, a cité le cas
d'une ville américaine où chaque propriétaire de
résidence doit acquitter entre 40 $ et 50 $ par mois pour
l'épuration des eaux. Je me souviens fort bien que je parlais avec M.
Harry Tow le président de la Fédération américaine
pour le contrôle de la pollution de l'eau, qui était le
conférencier invité au dîner. M. Tow a un peu
d'expérience là-dedans. C'est un monsieur d'environ une
soixantaine d'années sûrement, qui a oeuvré dans le domaine
depuis longtemps et il mentionnait qu'effectivement, les citoyens devront
comprendre - et c'est le rôle du législateur, cela va être
le rôle des administrations locales, des administrations municipales de
dire à leurs citoyens que demain matin, à très
brève échéance, dans quelque temps, dans quelques
années au plus, vous aurez à payer une facture d'assainissement
des eaux de la même façon que vous payez pour votre câble de
télévision. Vous vous abonnez au câble de
télévision pour regarder des émissions? Soit! Cela vous
coûte combien? 50 $ ou 70 $ par mois? Avant longtemps, cela va
coûter cela.
Dans l'étude des villes américaines, on parle de 40 $
à 50 $ par mois pour l'épuration des eaux. Dans certains cas au
Québec, cela va sûrement être l'équivalent de cela.
Cela peut même dépasser cela. Mais je le laisse à 50 $ par
mois. C'est 600 $ par année sur la facture de taxes, ça. Ce n'est
pas une facture qui va apparaître pendant un an, deux ans, trois ans,
cinq ans
ou dix ans. C'est la facture tous les ans qui va tomber et qui va
augmenter au fur et à mesure que les coûts vont augmenter, parce
que c'est simplement l'opération d'une usine de traitement des eaux et
là-dessus, on n'a pas compté les manques, les réparations,
le remplacement de structures. Donc, c'est un point qu'il faut vendre à
nos gens, à l'ensemble des Québécois, à savoir que
l'assainissement des eaux va coûter quelque chose, qu'il faudra en
arriver à cela, que la taxe qui va s'ensuivre va être importante
et que cela va grever les finances municipales.
Donc, si j'ai mentionné cette chose-là jusqu'à
maintenant, si je reprends pour me situer dans la logique du débat
actuel, le coût de l'assainissement des eaux devra être
assumé, non seulement par le gouvernement, mais par la population du
Québec, d'une part; deuxièmement, la facture va arriver à
une échéance qui peut être plus ou moins longue selon que
les travaux sont réalisés et troisièmement, actuellement,
les travaux d'épuration des eaux ne sont pas réalisés
entièrement. Ils sont même fort peu réalisés. Je
répète le chiffre. On a dit que les travaux
réalisés étaient de 1 100 000 000 $ sur le total que le
gouvernement finance de 4 700 000 000 $. Donc, la plupart des travaux sont
encore à réaliser à l'avenir et l'objectif actuel, non pas
l'objectif, mais le taux de réalisation des travaux est pour cette
année de l'ordre de 200 000 000 $ par année. L'an prochain, on
peut viser un taux de 400 000 000 $, mais il faudra l'atteindre. On ne l'a pas
atteint cette année, mais dans un ordre de 400 000 000 $ cela va prendre
à ce moment-là neuf ans à réaliser l'ensemble de
l'épuration des eaux au Québec.
Vis-à-vis de la situation actuellement -c'est mon premier point,
- on n'est pas rendu à la dépollution complète de nos
rives d'eau. C'est le premier point important et cela va coûter de
l'argent à l'ensemble des contribuables du Québec et cela va
coûter de l'argent aux contribuables municipaux pour la mise en
opération des systèmes d'épuration des eaux.
Il y a certains coûts, par exemple, -avant de terminer cette
étape-là - qu'on parle de tout cacher. Ce n'est pas être
alarmiste de les prévenir. On me rapportait un cas, par exemple,
où les municipalités ont à choisir, si on veut, le genre
de système qu'elles vont mettre en place. Il y a plusieurs
systèmes suivant lesquels on peut opérer, semble-t-il, au niveau
chimique ou même au niveau de la question des étangs d'oxydation,
par exemple. C'est donc dire que dans le cas des étangs d'oxydation,
c'était une étape importante à regarder, si on prend ce
système-là et qu'il faut à un moment donné vider
l'étang en question pour faire certains travaux, changer les eaux,
vérifier tout l'équipement qui est sous cela.
On parle d'environ une dizaine d'années. Au bout d'une dizaine
d'années, il faut changer, il faut vider l'étang et faire des
changements au niveau technique dans les structures qui sont présentes
au fond de l'étang. Mais dans une municipalité, il semblerait
qu'on prévoyait des travaux de l'ordre de 15 000 $ pour faire vider
l'étang d'oxydation. C'est une petite usine de rien, un petit
étang. Actuellement, on me dit que c'est rendu à 75 000 $ et que
ce n'est pas fini. Ce n'est pas vidé et les travaux ne sont pas faits.
On prévoyait un coût initial de 15 000 $, mais on se rend compte
aujourd'hui que le coût en question a quintuplé. Cinq fois plus.
Et ce n'est pas fini. Cela va aller plus loin que cela. (12 h 30)
On parle, par exemple, dans certains cas, que pour vider certains
étangs d'oxydation, et remettre le système en marche, cela peut
coûter jusqu'à 1 000 000 $. Et on donne d'autres endroits
où le même phénomène pourrait s'appliquer. Si on
fait un tel calcul, c'est qu'au bout de dix ans, la municipalité, qui
aurait effectivement fait l'épuration des eaux avec un tel
système, se verra avec une facture importante dans dix ans d'ici et qui
va s'ajouter au coût d'opération, qui va s'ajouter au coût
de financement des infrastructures, les 10% qu'ils vont financer sur une
certaine période d'années. Les 10% ou même les 20%. La
moyenne est de 80% à temps régulier. Donc, ce sont des choses
importantes.
Aussi là-dessus, en parlant des méthodes à
employer, au niveau de la méthode qui est proposée par les
municipalités, on parle que les municipalités sont des
partenaires actifs du gouvernement qui se lancent dans l'assainissement des
eaux de façon mirobolante, rapidement. C'est vrai. On a fait un
"incentive". On a poussé les municipalités à
adhérer au programme. Je vous dirai qu'au niveau du choix des
méthodes, les municipalités ont quand même
mentionné, au congrès de l'Union des municipalités du
Québec - j'y reviens toujours... L'UMQ veut être consultée
dans le programme d'assainissement des eaux; les municipalités demandent
d'avoir une participation au niveau du choix de la méthode qui va
s'appliquer chez elles. Chacune des municipalités, chez elle, veut avoir
un mot à dire là-dessus, être vraiment consultée,
parce que ce sont des coûts importants. Au niveau de l'investissement, je
comprends que le gouvernement a la majeure partie de l'investissement qui est
de 80% ou de 90%, mais les municipalités auront à payer
éventuellement les coûts d'opération. Selon la
méthode choisie, les coûts d'opération peuvent être
importants. Donc, les municipalités veulent être
consultées. C'est important pour elles. Cela a un effet direct sur le
coût. Donc, le choix de la
méthode, c'est un point important au niveau de l'augmentation
potentielle des coûts et au niveau du contrôle des coûts.
Finalement, le programme d'assainissement des eaux, si je regarde
ça vis-à-vis du projet de loi 6, c'était la
deuxième phase que le ministre a mentionnée au niveau d'un vaste
programme. La deuxième phase de l'assainissement des eaux, c'est beau.
C'est parfait. Ce sera beau quand on va y arriver finalement. Quand on aura
réalisé l'assainissement des eaux. Mais ce n'est pas demain la
veille. C'est ce qui est important. Pas demain la veille, pourquoi? Si ce n'est
pas demain la veille, quelle est la précipitation, quel est
l'intérêt à aménager des rives, à
aménager des structures pour venir sur le bord de l'eau, à
brève échéance? Je ne le vois pas, cet
intérêt pour les municipalités et pour l'ensemble des
citoyens du Québec.
Le premier intérêt pour l'ensemble des citoyens et des
municipalités du Québec, c'est justement de réaliser
l'assainissement des eaux. Quand l'assainissement des eaux sera
réalisé en bonne partie ou en majeure partie, là, on
parlera d'aménager les rives, d'amener le monde sur le bord de l'eau et
de les amener à se baigner. Le programme est en marche depuis 1978.
C'est ce que le ministre nous disait ce matin. J'aimerais bien voir une
rivière ou un cours d'eau au Québec qui, depuis l'instauration du
programme effectivement, a connu l'assainissement complet. Est-ce qu'il y a un
bout de rivière au Québec dont on peut dire qu'il était
bien pollué et où, demain matin, on peut aller se baigner ou dans
deux ans? Je n'en connais pas, moi.
Il y a des exemples qui, au niveau de certaines rivières, sont
critiques. On parle de la rivière Yamaska, de la rivière
L'Assomption qui sont polluées d'une façon dramatique. Mais ce
qui est grave là-dedans, c'est que le programme d'assainissement des
eaux, dont on parle actuellement, les 5 700 000 000 $ investis, c'est
l'assainissement urbain, c'est-à-dire que c'est l'assainissement
amené pour l'épuration des égouts des
municipalités. Mais en dehors de l'assainissement urbain, il y a aussi
tout le programme d'assainissement au niveau industriel et l'assainissement au
niveau agricole. Là-dessus, on est fort peu avancé.
Comment peut-on dire aux gens actuellement, étant donné
qu'on n'est pas tellement avancé dans l'assainissement agricole, dans
l'assainissement industriel et dans l'assainissement urbain non plus, que,
demain matin, on va aller se baigner dans le fleuve Saint-Laurent ou dans telle
rivière ou dans tel lac qui est pollué en majeure partie? Ce
n'est pas réaliste, ça. On ne met pas les priorités
à la bonne place.
La priorité actuelle du gouvernement du Québec est
l'assainissement des eaux, de tenter de réaliser dans les plus brefs
délais l'assainissement des eaux mais d'aider les municipalités
à financer ça. À titre d'exemple, il y a des
municipalités qui ont même reçu des lettres du
ministère des Affaires municipales. On veut rentrer dans le programme
d'assainissement des eaux, cela intéresse le monde, on pousse cela, on
dit qu'il faut que tout le monde en arrive à l'assainissement des eaux.
C'est un programme collectif, il faut avoir le sens de la collectivité.
Toutes les municipalités veulent bien embarquer sauf que, dans certains
cas, le ministre des Affaires municipales est obligé de dire à
des municipalités - et je ne critique pas dans ce sens le service
financier du ministère des Affaires municipales - Un instant! Avant de
penser à l'assainissement des eaux, avant de vous engager
là-dedans, il faut regarder son impact sur votre niveau d'endettement.
Quelle est votre charge fiscale?
On réalise tout à coup qu'il y a des municipalités
qui ne peuvent pas embarquer dans le programme. On leur dit simplement:
Pensez-y deux fois! Vous avez une contribution de tant, supposons 210 000 $
à Sawyerville. La contribution probable de la municipalité serait
de 210 000 $ pour la réalisation du projet d'assainissement des eaux.
Cela a amené à conclure, au niveau du ministère, que les
effets, soit sur le niveau d'endettement, soit sur la charge fiscale, soit sur
les deux à la fois, entraînaient pour la municipalité une
situation financière difficile.
On dit que cela demeure souhaitable, un tel programme d'assainissement
des eaux, qu'un tel programme est important, très important, mais est-ce
opportun pour la municipalité de faire cette dépense
considérant son impact sur les finances municipales, la charge
financière que cela va apporter? S'il n'y a pas de majoration de
l'assiette fiscale, on dit aux municipalités: Dans le cadre actuel, vous
ne pouvez pas vous en prévaloir. On ne pourra pas vous autoriser
à faire les règlements d'emprunt nécessaires pour assurer
votre contribution minimale de 210 000 $. Mais 210 000 $, pourquoi? Pour la
mise en place de la structure. On n'est même pas rendu au niveau du
fonctionnement de l'usine d'épuration. On a vu les charges importantes
que cela va comprendre.
C'est pour cela que je dis qu'en partie le gouvernement ne met pas ses
priorités à la bonne place. Ce n'est pas une bonne
priorité, à mon point de vue, de faire l'aménagement des
rives dans le cadre actuel des choses. Ce n'est pas cela, le plus pressant. On
n'aménage pas des rives où cela n'a pas été
dépollué. On n'aménage pas les rives d'un lac ou d'une
rivière qui n'a pas été dépolluée, où
la pollution industrielle et agricole est constante, n'a pas été
modifiée d'une façon importante pour diminuer
l'ensemble de la pollution ou, encore, si la dépollution des eaux
usées municipales n'a pas été réalisée.
Même si une ville a réalisé sa dépollution -
qu'on me dise qu'il y en a qui ont été réalisées et
que cela ne se fera pas du jour au lendemain partout, soit - une ville
située à un point A a réussi à faire
l'épuration de ses eaux, c'est-à-dire qu'elle contrôle ses
renvois d'eau dans les rivières, que l'eau est traitée
valablement, est-ce que les municipalités en amont, plus haut le long de
la rivière, ont réalisé l'assainissement des eaux? Si
elles ne l'ont pas réalisée, si ces autres villes ne l'ont pas
réalisée, qu'est-ce que cela va donner aux municipalités
de mettre en marche une usine d'épuration? Elle va mettre de l'eau moins
sale dans la rivière; mais, en haut, l'eau va continuer d'arriver
polluée: pollution industrielle, pollution agricole, pollution par les
conformes au niveau des égouts des municipalités.
Le problème n'est pas réglé et c'est là
qu'est la priorité actuellement, ce n'est pas de lancer un ballon
politique ou d'arriver avec une loi en disant: II faut donner l'accès
aux rives, il faut amener des beaux équipements, il faut installer de
belles entrées pour faire descendre les bateaux dans l'eau, il faut des
plages à notre disposition pour aller se baigner. On aime cela se
baigner dans l'eau bleue. Qui n'aime pas l'eau bleue? On ne se baigne pas dans
l'eau brune, par exemple, c'est certain. C'est donc l'essentiel, actuellement.
La première priorité du gouvernement, à mon point de vue,
devrait être de s'attaquer uniquement et principalement au
problème actuel de la dépollution des eaux, de l'assainissement
des eaux.
Le troisième volet dont a parlé le ministre, quant
à l'accessibilité et à l'aménagement des rives,
cela viendra plus tard, quand l'assainissement des eaux sera
réalisé ou réalisé en majeure partie, non pas en
partie minime. Dans les communautés, 700 000 000 $, 400 000 000 $ pour
l'ensemble des municipalités du Québec, 1 100 000 000 $ sur 5 700
000 000 % d'investissements potentiels par le gouvernement, on n'est pas dans
une situation pour dire qu'on a des eaux assainies, on n'est pas dans une
situation pour dire que le Québec aura une accessibilité à
l'eau bleue dans deux ans, ce n'est pas vrai. Il faut être
réaliste et regarder les projections de travaux à
réaliser, de quelle façon cela va se faire, dans quel
délai et regarder les coûts aussi. (12 h 40)
Est-ce qu'on peut demander valablement aux municipalités, avec le
projet de loi 6... le gouvernement nous a dit tantôt: on va mettre de
l'argent là-dedans. Remarquez que le ministre ne nous a pas dit combien.
On a entendu parler de 140 000 000 $, de 170 000 000 $. Conférence de
presse à Montréal à un moment donné,
déclaration dans le journal; c'est beau! 140 000 000 $ à 170 000
000 $ mais on nous a dit tantôt que les municipalités devront
participer à l'effort là-dessus. Donc, les municipalités
devront fournir encore une fois de l'argent, avec le gouvernement, pour
permettre l'accessibilité aux rives, faire les travaux relatifs à
ça. C'est parfait! C'est sûr que c'est normal. Les
municipalités et les citoyens du Québec doivent se rendre compte
qu'il y a un coût à quelque chose. Mais quand actuellement, au
niveau des municipalités, on s'interroge grandement sur la facture
finale, au niveau de l'assainissement des eaux, à combien ça va
s'arrêter, dans quel délai, à quel moment, quel est le
coût supplémentaire qu'on devra subir là-dessus? C'est sur
ça qu'on s'interroge, c'est ça qu'on veut savoir, c'est ça
qu'on attend. Qu'on ne demande pas aux municipalités de préparer
des équipements qui vont rester là alors que l'eau ne sera pas
dépolluée et qu'on attendra qu'elle le soit. C'est ça la
priorité, le bon choix qu'on doit faire, le bon choix que le
gouvernement doit réaliser. Pas un ballon politique
électoral.
C'est clair qu'au niveau du projet de loi 6, amener de
l'équipement et permettre l'accessibilité aux rives, c'est un
beau ballon politique, c'est une balloune électorale, c'est clair comme
de l'eau de roche. C'est ça qu'il faut dire, il ne faut pas avoir peur
des mots.
L'argent employé, ce n'est pas là qu'il faut le mettre. Il
faut aider les municipalités à réaliser l'assainissement
des eaux. Voulez-vous bien me dire comment on va demander à des
municipalités du Québec, comme à Sawyerville,
d'aménager ses rives? dire aux citoyens de l'ensemble du Québec,
à Sawyerville comme ailleurs: profitez des programmes du gouvernement,
venez-en là, on va vous aider à avoir l'accessibilité aux
rives. Ils n'ont même pas le moyen de se payer la dépollution, M.
le Président. Et ceux qui ont le moyen de se la payer ne l'ont pas
réalisée parce que l'échelonnement des travaux, par
rapport aux possibilités actuelles, ce n'est pas demain la veille, c'est
dans 9 ans, c'est dans 15 ans, c'est dans 18 ans que l'ensemble du
Québec sera dépollué où on aura, pour l'ensemble
des cours d'eau du Québec, la possibilité d'avoir l'accès
à ça.
Quand je me suis présenté en 1981 dans mon comté -
un petit exemple, je parle de ballon politique - dans la Presse de
Montréal - je n'ai pas la date exacte mais c'était avant les
élections - on avait dit: "Le bassin de Laprairie, le Plattsburg
québécois, ce n'est pas pour 1981." C'était en gros
titres. Le ministre Léger, en campagne électorale en 1976, s'en
venait avec l'assainissement des eaux et c'était beau, c'étaient
des
promesses, tout le monde votait là-dessus, c'était bien
beau. Tout le monde est pour ça, la vertu; qu'on ait un beau fleuve
Saint-Laurent; que, dans le bassin de Laprairie, on ait une belle plage. Au
lieu d'aller à Plattsburg, 60 milles plus loin, les gens de Brassard, de
Laprairie et de Candiac vont faire deux milles, vont être dans le fleuve,
vont se baigner, parasol, tout le beau kit était là.
C'était très beau, en 1981, le Plattsburg
québécois. Je n'ai jamais vu Marcel Léger, l'ex-ministre
de l'Environnement se baigner dans le bassin de Laprairie. Je paierais cher
pour voir ça aujourd'hui.
Quand on voit des gens dans le bassin de Laprairie qui veulent faire de
la planche à voile, ils sont équipés mais ils ne prennent
pas de soleil. Mais non! ils ont une combinaison jusqu'au cou, M. le
Président. C'est comme ça qu'on prend du soleil sur le bord du
Saint-Laurent en 1984; En 1976, on croyait se baigner là en 1981. En
1980-1981, c'était le Plattsburg québécois. On l'attend
aujourd'hui et ce n'est pas demain la veille.
Même si Laprairie voyait son usine d'épuration fonctionner,
il y a de l'eau qui vient d'en haut et qui n'est pas nette non plus. Ce n'est
pas là qu'on va se baigner. Même si demain matin, par le projet de
loi 6, on disait à Laprairie: Embarquez là-dedans! Venez-vous-en
mes amis, on vous donne 200 000 $, on vous donne 500 000 $! Il n'y aura pas de
trouble, l'argent est là, prenez-le, financez votre part aussi. Venez
faire de beaux accès aux rives, le monde ne se baignera pas plus demain
matin, voyons donc! J'ai bien hâte de voir le premier ministre, dans deux
ans, aller se baigner avec M. Des Marais, de la CUM. Je vais être
là avec ma caméra; je vous le jure. J'ai hâte de voir la
date, l'heure et l'endroit.
C'est cela le projet de loi 6. C'est ne pas se rendre compte de la
réalité. Là-dessus, l'Opposition ne sera pas d'accord. Le
gouvernement fait des mauvaises priorités, met son argent à la
mauvaise place, n'aide pas les municipalités de la bonne façon.
Deuxièmement, le gouvernement veut aller chercher de l'argent des
municipalités; c'est clair par le ministre. Les municipalités
diminuent leur taux d'endettement et également ont des surplus. On va
aller chercher les surplus. Dans ce programme, le gouvernement va prendre la
belle pilule, la belle pancarte bleue qui va arriver encore là-dessus,
mais l'argent des contribuables du Québec va être donné au
niveau des municipalités. Ce sont les contribuables qui paient et c'est
le gouvernement qui prend le profit, qui met la pancarte et qui s'applaudit.
C'est cela qu'on veut faire. Jamais on ne sanctionnera cette affaire-là.
Jamais. Pas de ballon politique dans ce sens-là.
Des voix: Très bien.
M. Saintonge: M. le Président, il y aura certainement
d'autres députés de mon parti, de l'Opposition, qui vont venir
mentionner d'autres choses là-dessus, concernant le programme
d'assainissement des eaux, mais simplement l'assainissement des eaux
actuellement, qu'on ne confonde pas, je veux mettre cela clair avant de
terminer ce volet. Ce qui est important pour le ministre, ce sont les
signatures des conventions: primes d'accélération à court
terme, signatures de conventions à long terme. Cela va prendre plus de
temps à réaliser, mais signer les conventions. Après,
même là-dedans il y a un ballon politique du gouvernement. C'est
quoi? C'est que, concernant l'assainissement des eaux, les conventions sont
signées pour 3 700 000 000 $ et l'assainissement s'est
réalisé. C'est cela qu'on dit au monde. C'est cela qui n'est pas
vrai, qui est de torturer la vérité. Les travaux ne sont pas
réalisés. Des conventions sont signées dans certains cas.
J'ai parlé d'augmentation des coûts tantôt. Je parlais avec
un maire d'une municipalité cette semaine; il a signé la
convention. Il veut bien l'avoir l'épuration des eaux chez lui, mais les
travaux ne commenceront pas demain matin.
Il y a d'autres maires qui, en 1978, ont signé la convention et
les travaux ne sont pas commencés. On pousse pour qu'ils commencent les
travaux. Pourquoi n'ont-ils pas commencé les travaux? Même s'ils
ont signé récemment, ils se sont rendu compte, avec la
bienfaisance du gouvernement, la prime d'accélération, que les
travaux vont coûter plus cher s'ils les font tout de suite plutôt
que dans deux ans. C'est tellement engorgé, le coût des travaux a
augmenté. J'ai parlé tantôt de 10% dans un mois. Mais c'est
tellement engorgé qu'il dit: Je n'embarque plus là-dedans;
j'attends. Même si je prends le boni de 10% du gouvernement, 80% ou 90%,
cela me coûte plus cher que si je ne le prends pas ou que s'il n'avait
pas existé. Cela a fait augmenter les coûts. Les ententes sont
signées et on veut pousser tout le monde à faire les travaux.
Pourquoi les travaux réalisés? Les travaux
réalisés, mars 1986, vite, tout le monde à la course,
"come on". Mars 1986, si ce n'est pas fait, la subvention de 10% de plus, vous
ne l'aurez pas, mes amis. Les coûts vont augmenter et vous les absorberez
vous autres mêmes. Le gouvernement ne s'est pas engagé pour la
différence du montant par après. Il ne s'est pas plus
engagé si les coûts des travaux à être
réalisés sont supérieurs. On ne sait pas où on s'en
va. Les questions sont posées; on n'a pas de réponse.
Un autre point. Je vais revenir essentiellement maintenant au projet de
loi S. Il me reste environ dix minutes. Ce dont je viens de parler,
c'était le sens du projet
de loi. Avant d'arriver aux rives, de faire des travaux
d'aménagement du lit, des rives des cours d'eau et des terrains en
bordure et des travaux de régularisation des niveaux d'eau, il faut que
l'eau soit assainie et elle ne l'est pas. C'est le premier point. Même si
elle était assainie, dans le projet de loi 6, il y a des grosses
questions qui se posent. Le ministre a fait allusion à certaines
affaires tantôt, à certains points. Il ne peut pas ignorer que la
loi 125 existe. C'est le ministre des Affaires municipales. Comment peut-il
ignorer cela? On dit là-dedans que les municipalités vont
être les maîtres d'oeuvre. C'est beau. Je suis d'accord sur le fait
que le pouvoir local doit revenir à celui qui fera les travaux. Le sens
de la loi 125, dans son esprit, c'est cela. L'organisme régional de la
MRC est celui qui va regarder pour établir un schéma
d'aménagement pour l'ensemble de la municipalité, les grandes
idées. Mais la réalisation se fait dans les municipalités
locales par des règlements d'urbanisme. C'est le sens du principe de la
loi 125.
Dans ce sens, la loi 6 va respecter la loi 125 en disant que ce sont les
municipalités locales ou les villes qui vont faire les travaux. Mais la
loi 125 a parlé de schéma d'aménagement et les
municipalités ont dû donner un avis de préparation de
schéma d'aménagement. À partir de ce moment-là,
qu'est-ce qui se passe? Il y a un règlement de contrôle
intérimaire qui s'applique. Le règlement de contrôle
intérimaire, cela veut dire qu'actuellement, pour les
municipalités, une bande de 10 ou 15 mètres de la rive, de l'eau,
pas de travaux; aucun ouvrage ne peut être réalisé
là-dessus. C'est gelé. Point à la ligne. Même si on
donne 170 000 000 $ pour faire des travaux à cet endroit, qui va les
faire, quelle ville va être capable de les faire? Quelle
municipalité va être capable de les faire? C'est gelé aussi
longtemps que le schéma d'aménagement ne sera pas en place.
Il faut regarder les structures qu'on a mises en place et les respecter.
Là-dessus, à tel point... Le ministre y a fait allusion ce
matin... Les deux unions ne s'entendent pas. Ce qui me renverse, c'est que tous
les projets de loi municipaux qu'on a depuis quelque temps... La table
Québec-municipalités a été proposée et
acceptée unanimement; tout le monde est heureux, tout le monde est bien.
Je parlais avec un représentant du MRCQ hier soir et il n'était
pas d'accord avec le projet de loi, pas d'accord du tout. C'est clair, cela?
Pourquoi? Ils veulent que les MRC s'impliquent là-dedans. Il disait
qu'au niveau des municipalités locales, cela ne marchera pas. L'UMQ dit
non, qu'on respecte le principe de la loi 125. (12 h 50)
II y a un télégramme de l'UMQ qui a été
envoyé au ministre là-dessus et qui demande clairement... Ce
télégramme d'avant-hier - pas avant-hier, hier - demande
clairement au ministre que ce ne soient pas les MRC qui prennent cela, mais les
municipalités locales, selon l'esprit de la loi 125. On est d'accord
avec cela, c'est-à-dire qu'on respecte la loi existante. Il y a un
contrôle intérimaire. Les abords des rives, de 10 à 15
mètres, c'est gelé. Qu'on attende le schéma
d'aménagement. De toute façon, l'aménagement des rives, ce
n'est pas pressant; c'est l'assainissement des eaux qu'il faut faire. Vous
voyez qu'on n'est même pas en état actuellement ou qu'on est
difficilement en état de réaliser des travaux qu'on veut faire
par le projet de loi 6, à mon point de vue.
Deuxièmement, j'ai parlé... Le ministre de l'Environnement
m'a dit hier que je m'inquiétais grandement. C'est sûr que je
m'inquiétais grandement: il n'a pas répondu à ma question.
C'est quoi, le programme du gouvernement? Ce matin, il a donné quelques
réponses là-dessus. Il va respecter les lois de l'environnement,
des équipements, etc. À quel prix? Je ne le sais pas. Qui va
financer et combien cela coûtera-t-il aux municipalités et au
gouvernement? Je ne le sais pas. Dans les milieux environnementaux,
Il y a des organismes qui sont voués dans leur milieu à la
protection de l'environnement. Cela fait des années qu'ils travaillent
là-dedans. Le seul exemple, c'est FAPEL. FAPEL a envoyé un
télégramme au ministre avant-hier, j'en ai reçu une copie,
j'ai pu constater ce qu'il y avait dedans, j'ai regardé cela. Mon Dieu!
La FAPEL s'inquiète grandement des conséquences du projet de loi.
Qu'est-ce que le ministre vise avec cela? Où veut-on aller avec
cela?
Le ministre m'a dit ce matin: N'ayez pas peur, on va respecter les lois
existantes. Il n'y aura pas de problème; on ne fera pas de conflit. Cela
fait quinze ans que la FAPEL travaille pour l'accessibilité et la
protection des rives. Cela fait quinze ans qu'elle fait adopter des
règlements par diverses municipalités. Les villégiateurs
qui font partie de la FAPEL vont voir les municipalités et insistent
pour adopter des règlements pour protéger les rives. Cela fait
aussi quelques années qu'on demande un règlement-cadre au
ministère de l'Environnement sur la protection des rives. Il n'y en a
pas. On fait quoi avant cela? On fait un règlement pour donner le
pouvoir aux villes d'aménager les rives. Mais on ne fera pas de
règlement-cadre, par exemple, là-dessus. Cela serait bien trop
beau. Cela prend des normes avant de donner des travaux à quelqu'un,
avant de dire: Faites des travaux de n'importe quel ordre là-dedans.
Mais, faites des normes. Chaque municipalité devrait respecter un cadre
précis.
Un autre exemple, la régularisation des
eaux. On veut faire des travaux de régularisation des niveaux
d'eau en vertu des articles pertinents du projet de loi en question. Est-ce
qu'à ce moment cela ne prend pas une régie ou quelque chose pour
contrôler sur l'ensemble des cours d'eau si chaque municipalité va
faire des règlements de régularisation des eaux qui arrivent chez
elle?
Sur le bord de L'Assomption, de la Yamaska, chacune va décider de
faire des réglementations là-dessus. Cela va être beau
tantôt. Il n'y a pas de règlement-cadre non plus là-dessus.
Il n'y a pas de commission qui pourrait gérer ces cas. Aux
États-Unis, on mentionne qu'il y a des "basin commissions" comme on les
appelle, dans un bassin donné. Il y a une commission qui voit à
ce qu'il y ait des éléments globaux en place là-dessus et
une orientation majeure conforme pour tout le monde. Tout le monde doit suivre
cela. On n'a pas cela au Québec, mais on fait des travaux, par exemple!
On se plaint après, on vient dire qu'antérieurement,
c'était l'anarchie. Est-ce qu'on veut créer à nouveau
l'anarchie par cela? Je ne comprends plus. J'aurais peut-être besoin de
la compréhension du ministre. La loi 125 pouf! d'un bord. Contrôle
intérimaire, pouf! d'un côté. Règlements
généraux, on n'a pas besoin de cela. Chacun fait à sa
tête comme il veut. C'est cela qu'on veut faire avec cela? C'est
ça les questions qu'on veut poser.
C'est ça les questions que les milieux environnementaux veulent
poser au ministre. C'est pour cela qu'ils ont demandé une commission
parlementaire avant - par mon intermédiaire hier en Chambre - l'adoption
de principe du projet de loi. On va être gentil, on les entendra
après. Cela va changer quoi? Le principe est adopté. Cela va
changer quoi? C'est quoi la consultation qu'on veut faire? Le ministre nous dit
qu'il a consulté les unions. Tout le monde est d'accord. On a
présenté un tel projet pour donner des pouvoirs de plus aux
municipalités. Les unions peuvent être d'accord avec cela. Elles
ne seront pas contre cela. Mais sur le contenu, par exemple, elles n'ont pas
été consultées. Le projet de loi, les unions l'ont eu il y
a peut-être deux semaines, à peu près. Il a
été déposé le 15 novembre. On est rendu au 5. Cela
fait 20 jours. Le temps que la poste se rende là. Avec tous les autres
projets de loi municipaux, les projets de loi 2 et 4 qu'elles avaient à
regarder, et le projet de loi 3, parce qu'il y a des incidences au niveau
municipal, de quelle façon peut-on analyser valablement ce projet de
loi? D'aucune façon.
Je terminerai mon intervention, mon temps achève, cela fait
déjà presque une heure que je parle, en disant que je n'en
reviens pas. J'ai tellement de choses à dire là-dessus. Ce n'est
quasiment pas possible. Pour l'Opposition, pour nous c'est clair. L'Opposition,
sur ce projet de loi, dira non. On n'accordera pas notre voix à un tel
projet de loi. Pourquoi? C'est une mauvaise priorité du gouvernement.
C'est une mauvaise façon pour le gouvernement d'injecter des fonds
publics. La raison en est claire. C'est un ballon politique. Les
élections s'en viennent. On veut lancer un beau ballon. On assainit le
fleuve. Les travaux sont réalisés. Maintenant, on vous donne
l'accessibilité aux rives. C'est de la foutaise! Et même si, avec
le projet de loi, on arrive à donner l'accessibilité aux rives
aux citoyens, qu'on arrive à cela, je vous dirai qu'on va avoir
l'accessibilité aux rives, mais à des rives qui ne seront pas
dépolluées, parce que c'est faux, c'est torturer la
vérité de dire que l'assainissement des eaux au Québec
s'est réalisé.
Le ministre de l'Environnement a dit qu'on avait dépassé
la province canadienne la plus avant-gardiste dans ce domaine. En Ontario,
c'était à 85%, l'assainissement des eaux, auparavant. On nous dit
que c'est rendu à plus de 90% maintenant. Mais que le Québec a
dépassé l'Ontario là-dessus, c'est de la foutaise. C'est
torturer la vérité. Ce n'est pas vrai! Pour l'assainissement des
eaux, je le répète, c'est 1 100 000 000 $ de travaux qui ont
été réalisés sur un objectif global de 5 700 000
000 $ du gouvernement, plus l'argent des municipalités. Ces montants ne
sont pas suffisants. Je l'ai dit tantôt. Cela va augmenter. Un article
qui date de deux ans, qui n'a pas été démenti par le
ministre, dit que le coût d'assainissement des eaux... Hein! Ce n'est pas
6 000 000 000 $, comme on a dit. C'est rendu à 11 000 000 000 $, 5 000
000 000 $ de plus. Bon sang! Il faut que cela se prenne quelque part, cet
argent-là!
La priorité du gouvernement est d'assurer l'assainissement des
eaux, d'en faire un véritable objectif pour la population du
Québec. C'est de cela que le Québec a besoin et que les gens du
Québec ont besoin. Je suis d'accord avec cela. On veut de l'eau propre.
On veut se baigner de nouveau dans nos fleuves, dans nos rivières et
dans nos lacs, mais qu'on donne les moyens aux municipalités de le faire
et qu'on ne les égorge pas avec toutes sortes de programmes à
côté de cela. Qu'on les aide à réaliser
l'assainissement des eaux. On a trop d'argent au gouvernement? On veut en
mettre dans l'environnement? Qu'on le mette dans l'assainissement en premier.
L'accessibilité aux rives, cela viendra après.
À mon point de vue, l'accessibilité aux rives, si les
rives sont nettoyées, je vous assure d'une chose, et j'en suis
absolument convaincu, c'est que les municipalités du Québec - les
administrateurs municipaux sont assez clairvoyants, assez intelligents -
vont
réaliser l'accessibilité à leurs lacs et à
leurs rives. Les gens vont être prêts à payer pour. Faites
un petit tour dans n'importe quelle municipalité du Québec,
à Québec, à Montréal et même en Abitibi et au
Lac-Saint-Jean. Promenez-vous en avion. Vous arrivez en
hélicoptère alentour. Cela m'est arrivé à quelques
occasions. Regardez le nombre de piscines qu'il y a dans les cours. Si demain
matin... À Brossard, il y en a des piscines, plus d'une maison sur deux
en a, deux sur trois, mais je suis convaincu d'une chose: si, à
Brassard, à Laprairie et à Candiac, demain matin, le fleuve
Saint-Laurent est dépollué et que cela peut fonctionner, les gens
ne mettront pas 2000 $, 3000 $ ou 10 000 $ pour une piscine dans leur cour. Ils
vont être prêts à mettre une couple de milliers de dollars
pour avoir l'accessibilité à leurs rives. Ils n'auront pas besoin
du gouvernement pour faire cela. Le gouvernement, sa décision actuelle,
sa priorité, c'est l'assainissement des eaux. L'accessibilité aux
rives, des aménagements et des équipements, cela viendra
après; ce n'est pas le temps. La priorité n'étant pas
à la bonne place, on sera contre ce projet de loi, M. le
Président, de façon absolue.
Des voix: Bravo!
Le Vice-Président (M. Rancourt): M. le leader adjoint du
gouvernement.
M. Blouin: M le Président, à compter de 15 heures,
nous allons poursuivre le débat sur la mise en valeur du milieu
aquatique. En m'inspirant de l'article 100, je vous indique que c'est le
ministre des Affaires sociales qui prendra la parole. Voilà.
Le Vice-Président (M. Rancourt):
D'accord. Donc, nos travaux sont suspendus jusqu'à 15 heures.
(Suspension de la séance à 12 h 59)
(Reprise à 15 heures)
Le Vice-Président (M. Jolivet): À l'ordre, s'il
vous plaît!
Vous pouvez vous asseoir.
Nous en sommes toujours à l'étude du principe du projet de
loi 6, Loi modifiant diverses dispositions législatives pour favoriser
la mise en valeur du milieu aquatique. La parole est à M. le ministre
des Affaires sociales.
M. Guy Chevrette
M. Chevrette: M. le Président, j'ai tenu à
intervenir sur ce projet parce qu'il me paraît répondre à
une grande préoccupation de la population. Je pense que le ministre des
Affaires municipales vient de donner l'outil nécessaire par ce projet de
loi, outil nécessaire, dis-je, aux élus municipaux pour qu'ils
puissent ensemble, avec le gouvernement, collaborer au
réaménagement de nos rives en donnant une accessibilité
à l'eau, en permettant aux municipalités, dis-je, d'avoir cette
capacité d'adopter des règlements d'emprunt pour oeuvrer sur un
territoire qui a été laissé trop longtemps à
l'abandon.
J'ai eu la chance d'écouter plusieurs discours depuis ce matin et
il m'a paru que l'on n'a pas discuté jusqu'à présent du
fond du projet de loi. On s'est contenté de critiquer le programme
d'assainissement des eaux, depuis ce matin, alors que ce projet de loi veut
précisément donner suite à l'assainissement. Il ne porte
pas sur l'assainissement lui-même, car on a un programme d'assainissement
pour lequel les contribuables québécois vont débourser
au-delà de 4 500 000 000 $ pour remédier à des lacunes des
anciens gouvernements qui ne se sont jamais préoccupés de
l'assainissement de nos cours d'eau, qui ont laissé les égouts
couler littéralement dans nos cours d'eau, les polluer. Ce qui a fait
que notre eau, dans laquelle on se baignait il n'y a pas si longtemps - je me
souviens fort bien qu'il y a à peine 25 ou 30 ans on se baignait dans la
rivière L'Assomption, on prenait de la truite mouchetée dans la
rivière L'Assomption, on pouvait se promener en chaloupe sur la
rivière L'Assomption - est telle qu'il n'y a presque plus de poisson qui
y vit, si ce n'est certaines espèces comme la barbote. La
mouchetée est disparue. Il n'y a plus rien à faire. Personne ne
se mouille les pieds ou les orteils dans l'eau parce que c'est pollué,
on ne voit plus le fond de notre rivière.
Le gouvernement du Québec a injecté des sommes et on
prévoit injecter la somme globale de 4 500 000 000 $ pour
dépolluer ces eaux qu'on a trop laissées pour compte. On a
laissé les déchets sanitaires, les déchets agricoles
couler littéralement et venir polluer nos cours d'eau. Je pense qu'il
était temps que le gouvernement prenne sa responsabilité et cela
aurait dû être fait depuis fort longtemps de sorte qu'on n'aurait
pas des sommes aussi imposantes à débourser pour assainir ces
mêmes cours d'eau.
Je pense que les citoyens du Québec, d'une part, ne nous
permettraient pas d'injecter 4 500 000 000 $ et même plus peut-être
avec les années parce qu'il y a des indexations, dont l'augmentation de
coût naturelle. En 1988, 1989 et 1990 on sera peut-être rendu
à 6 000 000 000 $ pour assainir nos eaux. Les citoyens du Québec
qui paient pour cet assainissement des eaux ne nous permettraient pas de ne pas
se préoccuper simultanément et parallèlement de donner
cette accessibilité à cette eau
épurée. Je pense qu'il en va de soi. Injecter des
centaines de millions et des milliards de dollars pour assainir les eaux et ne
pas se soucier simultanément que cette même eau redevienne
accessible aux citoyens, je pense que ce serait une erreur fondamentale pour un
gouvernement.
Nous avons pensé, et le ministre de l'Environnement a
exposé ce matin en cette Chambre son programme de revitalisation des
rives, de reboisement des rives, de mise en branle d'un mécanisme ou
d'un programme qui va lui permettre des aménagements
récréatifs sur le bord des rives de nos cours d'eau. Je pense que
c'est là une responsabilité globale et totale parce qu'on permet
aux citoyens qui injectent des sommes dans l'assainissement de pouvoir
également bénéficier de cet assainissement.
Si j'ai tenu à parler c'est parce que mon ex-ministère, le
ministère du Loisir, de la Chasse et de la Pêche a
travaillé énormément sur le projet Archipel. On sait
qu'à Montréal, dans la région de Montréal, les cinq
grands bassins, il y a à peine 25 ans on se baignait encore sous le pont
Jacques-Cartier et pourtant, c'est pollué, il n'y a plus rien, personne
ne s'en préoccupe.
Dans la région de Montréal on va mettre des centaines de
millions pour dépolluer et on ne favoriserait pas simultanément
l'accessibilité à ces mêmes cours d'eau? On ne permettrait
pas à des citoyens de faire de la voile, de faire du canotage, de faire
de la chaloupe un bon dimanche après midi ou de reconquérir leurs
plages? On sait qu'il y avait 50 plages sur le territoire de l'île de
Montréal qui étaient accessibles aux citoyens. Et, dans le cadre
du projet Archipel, il y a moyen de faire revivre au moins 25 d'entre elles
permettant ainsi aux Montréalais d'avoir accès à leur eau
dépolluée.
Je sais que l'Opposition ne s'en préoccupe pas. Ces gens se
promènent avec une charte de l'environnement sous le bras et, en
même temps, ils prêchent pour défendre la compagnie Noranda,
le plus grand pollueur au monde. Mais les 40% de Montréalais qui ne
prennent aucune vacances, qui font du "balconville", eux ont droit à
cette qualité de vie à laquelle, d'ailleurs, il est tout à
fait raisonnable d'aspirer. C'est tout à fait pensable, M. le
Président, quand des citoyens paient de leurs poches pour assumer la
dépollution d'un cours d'eau, qu'il y ait au moins une partie en
qualité de vie qui leur revienne. Cette qualité de vie, c'est
leur redonner certaines plages, leur redonner accès à cette eau
dépolluée pour qu'ils puissent en bénéficier
pleinement.
M. le Président, les espaces, cela ne se crée pas quand
ils sont occupés. On ne peut pas acheter des espaces pour en faire une
norme minimale qui correspondrait à la norme internationale en termes
d'espaces verts nécessaires et d'espaces bleus. Il faut profiter des
espaces qu'il nous reste, qui appartiennent soit à des
sociétés d'État, à des ministères ou
à des villes, à des communauté locales. Il faut absolument
utiliser le maximum. C'est dans ce contexte-là que le ministère
du Loisir, de la Chasse et de la Pêche a présenté une
proposition globale aux élus municipaux il y a à peine un mois ou
un mois et demi. Les élus municipaux ont été
emballés de constater qu'avec une somme relativement faible, si on
regarde l'ampleur du projet, une somme de 150 000 000 $, en plus de
créer des emplois à court terme pour aménager ces espaces,
pour aménager ces rives, pour reboiser certaines rives, pour mettre des
rampes de mise à l'eau permettant à cette même population
d'avoir accès à leurs eaux dépolluées, je pense que
c'est là le fond du problème qui est sous-tendu par le projet de
loi. Ce n'est pas la question de la critique du programme d'assainissement.
Le programme d'assainissement va bon train depuis que le gouvernement du
Québec a augmenté sa participation financière. Le
programme d'assainissement va bon train. Il va de mieux en mieux depuis qu'on
peut bénéficier d'une bonification de la tarification
hydroélectrique. Nombreuses sont les municipalités qui veulent
voir devancer leur rang dans l'horaire, dans l'échéancier de
travail, parce qu'elles veulent bénéficier pleinement du
pourcentage. Allez parler aux représentants des municipalités.
Sortez de cette Chambre. Allez voir les maires. Allez voir les échevins
et demandez-leur concrètement s'ils peuvent s'inscrire au plus vite, au
plus sacrant, comme on dit en bon Québécois, à ce
programme d'assainissement. Ils vont dire: Oui, et cela presse à part
cela. Je sais que, dans mon milieu, trois ou quatre municipalités
avoisinantes de Joliette, ainsi que la ville de Joliette, ont signé
dernièrement leur programme d'assainissement et elles ont
été très heureuses d'apprendre, lorsque le ministre de
l'Environnement est venu, qu'il y aura un programme additionnel, un programme
qui va venir tout simplement bonifier le programme d'assainissement parce qu'on
va pouvoir, simultanément aux travaux d'enfouissement de millions de
dollars sous forme de béton, de tuyaux, avoir des travaux légers
sur les bords des rives qui vont permettre aux citoyens de
bénéficier pleinement de l'assainissement des eaux. Je pense que
c'est une marque de responsabilité. Ce projet de loi ne vise rien
d'autre que de donner ce pouvoir aux municipalités. Je ne comprends
vraiment pas, depuis ce matin, le sens des critiques sur ce projet de loi. On
devrait être tous emballés dans cette Chambre de quelque
côté de la Chambre que nous soyons. Lorsqu'on pense à la
qualité de vie de nos citoyens, on ne devrait pas essayer de critiquer
le programme inutilement.
(15 h 10)
C'est une clé pour bâtir un programme visant à
améliorer la qualité de vie des citoyens. On entend, depuis ce
matin, de l'autre côté de la Chambre des critiques exclusivement
négatives. Sortez de chez vous un peu. Allez voir les citoyens des
quartiers montréalais où il y a une agglomération de 500
000 à 600 000 personnes qui n'ont aucun espace vert, qui n'ont aucun
corridor pour avoir accès à l'eau. Vous regarderez la proposition
que le MLCP a faite, a présenté aux élus municipaux, y
compris de la ville de Montréal, y compris de la Communauté
urbaine de Montréal, y compris des MRC, des municipalités de la
rive sud et dans la région de Laval. Vous irez demander au maire de
Laval s'il a hâte que ce programme s'applique, s'il a hâte de voir
des propositions concrètes du gouvernement permettant,
précisément, d'aménager des espaces, des rampes de mise
à l'eau pour permettre à leurs citoyens et en particulier les
plus défavorisés d'avoir cette accessibilité à une
eau dépolluée. Le maire de Laval me disait
précisément: Ce n'est pas croyable. Les effets commencent
à se faire sentir dans la dépollution. On ne voyait pas à
deux pouces dans l'eau. Maintenant, on réussit à voir dans
quelques pieds.
On sait que dans deux ou trois ans, nous aurons une eau claire. C'est ce
que le maire de Laval disait dans une rencontre officielle. L'Opposition a beau
s'offusquer, mais qui a mis cela en branle? Vous n'aviez même pas de
ministère de l'Environnement. Vous aviez un ministre
délégué. Comme vous avez une critique à
l'environnement présentement qui se promène avec sa charte et qui
essaie de se donner bonne bouche auprès des citoyens parce que vous
sentez qu'il y a un mouvement dans la collectivité des valeurs
écologiques beaucoup plus grandes, des valeurs écologiques
beaucoup plus valables qu'on a eues antérieurement. Les gens ne se
préoccupaient pas de leur qualité de l'environnement. Les gens ne
s'occupaient pas si c'était important de laisser un arbre debout ou
pas.
Aujourd'hui, nos jeunes attachent de plus en plus d'importance à
la qualité de vie, aux valeurs environnementales. C'est ça qu'on
vise par ça. Il me semble que spontanément on ne devrait pas en
cette Chambre s'opposer à un petit projet de loi ne venant que donner un
outil au monde municipal pour qu'il puisse collaborer avec un programme de
soutien financier gouvernemental à l'amélioration de cette
qualité de vie.
M. le Président, j'en profiterai pour rendre hommage à une
petite équipe de travail. À peine une vingtaine de personnes,
à Montréal, ont travaillé sur le projet Archipel. Elles
ont même fait des enquêtes sociologiques. Elles ont demandé
aux gens:
Qu'est-ce que cela vous prend ici? Les gens ont dit: Des espaces bleus,
avoir accès à l'eau; des espaces verts. Ils ont dit: On n'a pas
nécessairement d'automobile. On a besoin de corridors afin d'atteindre
facilement l'eau ou les espaces verts montréalais. C'est ce que les gens
de Montréal nous ont dit. Demandez-le aux édiles municipaux. Ils
vont vous répondre la même chose, mais ils vont dire: Cela nous
prend un soutien financier. C'est exactement ce que fait le projet de loi. Il
ouvre la porte aux élus municipaux afin qu'ils puissent carrément
adhérer de plain-pied à ce programme qui vise une seule chose:
l'amélioration de la qualité de vie.
Je disais qu'une petite équipe d'à peine 20 ou 25
personnes a travaillé à cela, a fait des études
sociologiques, des analyses de coûts, à Montréal, coin
Bellechasse et 13e Avenue. Elle a tout préparé, même des
propositions qui seront soumises très bientôt aux édiles
municipaux de toute la région de l'agglomération
montréalaise. Ces gens ont réussi, dans peu de mois, à
bâtir quelque chose qui correspond à des attentes vieilles de
plusieurs années. Je veux féliciter cette petite équipe.
Je suis convaincu qu'elle continuera à oeuvrer très efficacement,
parce que, d'ici quatre ou cinq ans, les Montréalais pourront avoir
à leur disposition ces espaces verts, cette accessibilité
à une eau dépolluée. Je me demande encore - je le
répète avec insistance - comment on peut s'opposer à
donner une clé aux édiles municipaux pour qu'ils puissent
travailler très fort, avec le gouvernement du Québec, pour
améliorer la qualité de vie des citoyens. Cessons donc de prendre
toutes sortes de détours et traitons carrément du projet de
loi.
M. le Président, je suis persuadé que les citoyens qui
nous écoutent et, en particulier, ceux de l'agglomération
montréalaise seront très heureux d'apprendre que le gouvernement
du Québec veut leur donner cela. Mais on ne se contente pas
exclusivement de l'agglomération montréalaise, qui est
peut-être la plus démunie présentement en espaces verts et
bleus. Le programme annoncé ce matin par le ministre de l'Environnement
est pour tout le Québec. Dans beaucoup de petites villes hors de
l'agglomération montréalaise on a littéralement
défriché l'ensemble de nos rives et l'érosion est affreuse
présentement. C'est le cas de la rivière L'Assomption, M. le
Président. Ce programme va s'appliquer à Joliette; il va
s'appliquer à compter de la tête de la rivière
L'Assomption, de Saint-Côme en descendant. C'est un programme visant
à aider les municipalités, à revitaliser leurs rives,
à bâtir des équipements légers, qui va permettre aux
citoyens de bénéficier pleinement de cette eau qui fut enfin
dépolluée par un gouvernement responsable, après avoir
été laissée trop longtemps pour
compte par des irresponsables.
C'est ce que dit le projet de loi. C'est une clé. Nos élus
municipaux pourront adopter des règlements d'emprunt sachant qu'il y a
une participation financière de X pour cent du gouvernement du
Québec et ils pourront offrir vraiment des opportunités à
nos citoyens de bénéficier d'une ressource naturelle qui passe
dans leur milieu, qui est un cours d'eau. Dans la région de Joliette,
c'est la rivière L'Assomption. Dans le comté de Rousseau, cela
peut être la rivière Saint-Esprit. Cela peut être la
rivière Noire. Cela peut être le fleuve Saint-Laurent. Cela peut
être la rivière des Prairies. Cela peut être la
rivière Saint-François. Tous les cours d'eau sont
éligibles au programme qu'a annoncé ce matin le ministre de
l'Environnement et les citoyens de quelque comté, de quelque
circonscription électorale que ce soi. J'en vois deux dans cette
Chambre, du Parti libéral qui sont dans l'agglomération de
Montréal et qui sont touchés précisément par ce
programme d'assainissement et par ce programme de revitalisation des rives.
Vous devriez vous soucier de la qualité de vie de vos concitoyens. C'est
ce qu'ils nous ont demandé et c'est ce à quoi on répond
par le projet de loi. Je vous remercie, M. le Président.
Le Vice-Président (M. Jolivet): M. le député
de Mont-Royal.
M. John Ciaccia
M. Ciaccia: M. le Président, le discours extrêmement
électoral de l'ex-ministre du Loisir, de la Chasse et de la Pêche
et nouveau ministre des Affaires sociales prouve une chose: ce projet de loi
n'est pas pour favoriser la mise en valeur du milieu aquatique. Ce projet de
loi est un projet de loi électoral à la veille d'une
élection pour donner l'impression, créer l'image qu'encore une
fois, ce gouvernement se préoccupe de la qualité de vie de nos
citoyens.
Quand j'entends le ministre faire allusion aux milliards qui ont
été mis à la disposition des municipalités pour
l'assainissement des eaux, je ne crois pas qu'il écoutait mon
collègue, le député de Laprairie ce matin quand il a
signalé qu'il n'y a eu que 1 100 000 000 qui ont été
dépensés dans ce secteur et sur ces 1 100 000 000 $, il y avait
déjà 700 000 000 $ qui avaient été engagés
avant 1978 et une partie qui était même engagée avant 1976.
Il ne faudrait pas induire la population en erreur, leur faisant croire toutes
sortes de choses, toutes sortes d'actions concrètes de la part de ce
gouvernement quand la réalité est autre. Nous voulons - nous
sommes tous d'accord -augmenter ou accroître la qualité de vie de
nos concitoyens. Le ministre avait raison quand il a dit que je vivais dans la
région de Montréal; j'habite sur les bords du lac Saint-Louis.
L'accès au lac Saint-Louis ne m'aide pas beaucoup, M. le ministre. Parce
que la couleur du lac Saint-Louis n'est pas l'accès aux espaces bleus,
c'est l'accès aux espaces bruns. Si vous venez aujourd'hui avec un
projet de loi pour favoriser l'accès aux espaces bruns, on vous dit non.
Ce n'est pas la priorité. Prenez l'argent que vous donnez l'impression
que vous allez dépenser pour d'autres fins - je vais y revenir. Prenez
cet argent-là et dépensez-le pour l'assainissement des eaux. Une
fois que cette priorité aura été réalisée et
que vous aurez vraiment assaini les eaux, qu'on pourra vraiment avoir
accès à une eau pure, dépolluée, là, ce sera
le temps de dire: Très bien, nous pouvons prendre 140 000 000 $ ou 150
000 000 $, etc., enfin, les montants nécessaires pour donner
l'accès.
Je suis persuadé que si le gouvernement pouvait dépolluer
les eaux, non seulement dans la région de Montréal, mais dans
tout le Québec, il n'aurait pas besoin de donner des subventions pour
avoir accès aux espaces bleus. Les municipalités
elles-mêmes s'en chargeraient. Les citoyens eux-mêmes s'en
chargeraient.
Quand j'entends le ministre faire référence à
l'écologie, à l'environnement... Les grands défenseurs de
l'environnement sont le Parti québécois. Si vous êtes
tellement les défenseurs de l'environnement, pourquoi
n'écoutez-vous pas les organismes qui vous ont écrit un
télégramme il y a quelques jours et qui vous ont dit, au sujet du
projet de loi 6, qu'ils veulent être entendus avant la deuxième
lecture, parce que, après, c'est trop tard, le principe aura
été adopté par l'Assemblée nationale. Ce sera trop
tard pour apporter les changements nécessaires. Pourquoi avez-vous peur
de les écouter? Vous voulez donner l'impression que vous faites quelque
chose. (15 h 20)
Voici ce que la FAPEL - la Fédération des associations
pour la protection de l'environnement des lacs - dit au sujet du projet de loi
6: "Nos associations ont mis quinze ans d'efforts à sensibiliser les
citoyens du Québec sur l'importance de conserver les rives et le
littoral de nos lacs et cours d'eau ainsi que les plaines d'inondation. Des
milliers de villégiateurs organisent annuellement un vaste programme de
renaturalisation des rives dans la plupart des régions touristiques du
Québec". Voici ce qu'ils vous disent et qui est important pour ce projet
de loi: "Le projet de loi 6, préparé sans aucune consultation,
nous paraît donc un sérieux recul. En utilisant le vague
prétexte - ils citent le projet de loi - de favoriser la mise en valeur
du milieu aquatique, on risque d'annuler les efforts
de milliers de citoyens et d'ouvrir une porte facile à tous les
promoteurs désireux de modifier à leur façon les rives et
le littoral des lacs et des cours d'eau". FAPEL aurait
préféré que le gouvernement adopte plutôt le
règlement-cadre qui se fait toujours attendre sur la protection des
rives et du littoral.
M. le Président, il ne sert à rien que le parti
gouvernemental essaie de vendre des rêves à la population:
l'accès à l'eau. Nous allons tous aller à l'eau mais il va
falloir y aller chacun avec un médecin à côté de
nous pour soigner les maladies qu'on va prendre dans ces eaux. Ce n'est pas de
l'accès à l'eau qu'il faut maintenant s'occuper dans ce projet de
loi, je vais vous dire, moi, ce que je pense que vous essayez vraiment de faire
dans le projet de loi. Vous n'êtes pas plus intéressés
à l'accès à l'eau que vous n'êtes
intéressés d'aller sur la lune. Le savez-vous?
Vous voulez faire croire des rêves à la population.
À la veille de l'élection, vous voulez rehausser votre image,
vous voulez essayer de vous donner une crédibilité que,
malheureusement, vous avez perdue, que vous n'avez pas. Vous essayez de dire:
On va donner l'accès à l'eau. C'est absolument faux.
Ces sommes d'argent que vous voulez mettre à la disposition des
promoteurs de ce projet de loi, dépensez-les pour accomplir les
promesses que vous avez déjà faites quant à
l'assainissement des eaux et dites à la population, comme mon
collègue de Laprairie l'a dit, quels sont les coûts de
fonctionnement de ces usines. Il va falloir prévoir ces sommes. Quand il
y a eu des réunions avec l'UMQ, ils ont porté ce point à
votre attention, ils vous en ont parlé, mais on n'en parle pas ici, on
ne parle pas des vraies difficultés et des vrais problèmes.
Quand j'entends parler du projet Archipel, je vois qu'on essaie de faire
croire des choses à la population, qu'on essaie de leur vendre quelque
chose sous de faux prétextes. On a une manoeuvre, un programme de
marketing du projet Archipel mais on ne parle pas des vrais problèmes.
Vous savez, tout le monde est pour la vertu et contre le péché.
Nous voulons tous de beaux parcs nationaux, nous voulons essayer de
réduire les inondations, aménager les rives, donner accès
au milieu aquatique à la population. Quant au projet Archipel, si vous
réaménagez tout cela et que vous avez encore de la pollution
industrielle qui descend de la rivière Ottawa, la pollution qui existe
maintenant dans le lac, la pollution de toutes les villes - seulement 13% des
eaux usées sont traitées au Québec - à quoi
servirait de parler du projet Archipel? Vous devez commencer par le
commencement: nettoyer les eaux. Faites tout le nécessaire et
après, vous pourrez parler d'un réaménagement d'un parc
national.
Une voix: Le monde à l'envers!
M. Ciaccia: Oui, mon collègue le souligne, c'est le monde
à l'envers. C'est essayer de vendre quelque chose à la population
sans lui dire la vérité. Mais vous oubliez, vous négligez
de parler de l'aspect hydroélectrique du projet Archipel. Vous essayez
de passer cela sous silence, vous ne parlez pas des inconvénients, des
problèmes environnementaux.
J'ai entendu le ministre des Affaires sociales dire qu'il est en faveur
du projet Archipel et féliciter les gens qui y ont travaillé. Je
voudrais lui citer l'ex-ministre du Loisir, de la Chasse et de la Pêche
qui parle d'une étude datant de 1980 de son ancien ministère
exactement sur le projet Archipel, sur la question de construire un projet
hydroélectrique dans les rapides de Lachine, de les détruire et
causer toutes sortes de problèmes environnementaux.
Voulez-vous savoir ce que le ministre a oublié de nous dire? Le
grand défenseur de l'environnement, le grand défenseur de la
qualité de vie des Québécois, le grand défenseur
des Montréalais - 40% - qui voudraient avoir accès à
l'eau, qui voudraient avoir quelque chose durant l'été, des
loisirs qu'ils n'ont pas et qui voudraient réaménager le projet
Archipel. Savez-vous ce que le ministère du Loisir, de la Chasse et de
la Pêche a dit dans une étude faite en 1980? Voici les
conclusions: "Faire déclarer en loi tout le rapide de Lachine au titre
d'arrondissement naturel. 1. Qu'aucun barrage hydroélectrique ni aucun
type de barrage de courant ne puisse y être construit ou implanté
en aucun point ni aucun autre type d'usine - non seulement la question du
barrage, mais même le nouveau projet d'aller creuser 30 ou 40
mètres et produire de l'électricité par la fuite de la
canalisation des rapides de Lachine - ni plus en amont dans le lac Saint-Louis
ni plus en aval, juste dans la baie de Laprairie. "2. Que le rapide de Lachine
soit laissé à son état naturel sans qu'on n'y effectue
aucune canalisation ni travaux implantés, artificiels ou autres de
régularisation, ni creusage, ni remblayage, ni travaux avec
explosifs."
C'est le ministère du Loisir, de la Chasse et de la Pêche
qui se prononçait catégoriquement contre le projet
hydroélectrique du projet Archipel. Je dois ajouter, avant de continuer,
que le ministre délégué à l'Aménagement a
déclaré que le projet Archipel ne peut pas se faire sans le
projet hydroélectrique, autrement ça ne devient pas rentable.
Le projet hydroélectrique et le projet Archipel sont un projet
mais ce n'est pas ça qu'on dit à la population. On essaie de
vendre la question des parcs nationaux, du réaménagement, sans
parler des vrais
problèmes qui seraient créés par les plans qui ont
été mis de l'avant par ce gouvernement.
Je continue à citer l'étude du ministère du Loisir,
de la Chasse et de la Pêche: "Que toute propriété des rives
du rapide de Lachine jusqu'à 200 mètres, 656 pieds horizontaux
mesurés vers l'intérieur des terres depuis les plus hautes eaux
de crue sur les deux rives soit englobée dans la propriété
de l'arrondissement naturel. Que le rapide de Lachine et ses rives acquises
restent ouverts perpétuellement à la fréquentation par le
public et que la pêche sportive dans les eaux du rapide de Lachine reste
ouverte au public à l'année longue, sauf aux endroits à
définir au titre de sanctuaire saisonnier ou frayères de
truite."
La conclusion de ça c'est que le ministre, aujourd'hui...
J'espère qu'il va prendre un peu moins allègrement ses
responsabilités dans le nouveau ministère des Affaires sociales
et qu'il va être un peu plus ouvert à la vérité au
public qu'il ne l'était dans le discours qu'il vient de prononcer et
qu'il ne l'était comme ministre du Loisir, de la Chasse et de la
Pêche. Quand on cache à la population ces études
très importantes qui ont des conséquences très
négatives sur le développement d'un projet, qu'on les laisse de
côté, qu'on n'en informe pas la population et qu'on vient ici
essayer de créer l'image qu'on est pour la qualité de la vie de
la population... Si on est vraiment pour la qualité de vie,
premièrement qu'on tienne une commission parlementaire avant l'adoption
du projet de loi 6 et qu'on invite les intéressés, comme FAPEL
qui a demandé cette commission pour informer cette Chambre, pour
informer le public sur les conséquences du projet de loi 6.
Il semble y avoir une habitude des membres de ce gouvernement à
savoir que s'ils écrivent quelque chose ou s'ils le disent,
automatiquement ça se produit. Ils n'ont qu'à écrire qu'il
y a une loi pour favoriser la mise en valeur du milieu aquatique et ça
va se produire automatiquement. C'est ça qu'ils voudraient faire croire,
mais malheureusement ce n'est pas ça qui arrive. Il faut y mettre des
efforts, il faut y mettre des priorités, il faut y mettre des
règlements et il faut procéder une phase à la fois et il
faut écouter surtout les gens du milieu qui demandent d'être
entendus. (15 h 30)
Si le ministre, si le gouvernement est vraiment de bonne foi, qu'il
convoque cette commission parlementaire avant l'adoption en deuxième
lecture du projet de loi et qu'on invite la FAPEL, comme elle l'a
demandé, pour qu'elle nous informe, nous dise quelles sont ses
inquiétudes. Une fois qu'un projet de loi est adopté, c'est bien
difficile après. Il y a beaucoup de conséquences qui en
découlent. On donne aux municipalités le droit de faire certaines
choses. Il peut y avoir des abus. Ce n'est pas seulement une loi habilitante.
Je ne crois pas à cela, des lois habilitantes, parce qu'elles peuvent
servir sous forme de pression et elles peuvent servir de moyens de
détourner vraiment ce qui devrait être fait, et, dans ce cas-ci,
il faut avoir une réglementation, il faut avoir l'assainissement des
eaux.
Il y a une foule de choses qu'il faut faire avant de pouvoir dire: On va
favoriser l'accès au milieu aquatique. Tenons cette commission
parlementaire. Écoutons les gens qui veulent nous faire des
représentations pour nous dire quelles sont les mesures qui devraient
être prises. Je suis persuadé que le but du projet de loi 6, ce
n'est pas de favoriser la mise en valeur du milieu aquatique; pas du tout.
C'est de permettre au gouvernement, à la veille de la prochaine
élection, d'annoncer qu'il va procéder, qu'il va aller de l'avant
avec le projet Archipel sans donner toute l'information au public. Il a
déjà dépensé, juste en études, 44 000 000 $.
Pendant que les jeunes n'ont pas d'emplois, pendant que les taxes augmentent,
pendant qu'on fait le débat référendaire et
constitutionnel, on dépense 44 000 000 $ seulement pour des
études sur un projet dont les gens du milieu - l'aspect
hydroélectrique - ne veulent pas.
Vous savez, vous n'avez pas besoin de construire un barrage aux rapides
de Lachine. Premièrement, c'est un site très historique qui
devrait être laissé dans cet état et non détruit. Il
y a plusieurs aspects de ce projet qui ne semblent pas avoir été
portés à l'attention des gens. Pour faire le projet tel qu'il est
proposé ici, il va falloir creuser quelque 30 mètres. Les experts
ont évalué que cela va être l'équivalent, ce que
vous allez sortir du lac, d'un autre mont Royal. Voulez-vous me dire où
vous allez mettre cela? Allez-vous bâtir une autre montagne? À
quel coût? Vous voulez faire de l'électricité. Vous avez
déjà les turbines à LG 2, à LG 3, au
réservoir Caniapiscau, vous avez rempli le réservoir, vous avez
ouvert l'évacuateur et 10 000 caribous ont été
noyés. Il y a maintenant un surplus d'électricité à
LG 2 à court terme. Pourquoi essayer de dépenser un autre
milliard?
On a réduit le nombre des mégawatts qu'on veut construire.
C'était 1200 une fois, ensuite 900, là on parle de 600 pour
justifier le projet, tandis qu'on fait couler l'eau à la baie James. Il
y a des études qui prouvent que c'est moins cher de développer
les autres projets de la Baie-James que d'essayer d'aller chercher
l'hydroélectricité dans les rapides de Lachine. Et c'est cela la
bonne gestion d'un gouvernement? C'est cela la réalité de
l'économie? C'est cela que vous essayez de nous faire par ce projet de
loi? Je suis convaincu - je voudrais que le gouvernement approuve autrement -
que le seul
but de ce projet de loi, c'est de pouvoir annoncer et de pouvoir
permettre le commencement des travaux pour l'aménagement du projet
hydroélectrique Archipel, non seulement le parc national, mais le projet
hydroélectrique. Pour ce faire, le gouvernement a été
obligé de cacher. Il ne pouvait pas venir ici avec un projet de loi.
Cela aurait été bien trop honnête de dire: Voici un projet
de loi pour permettre la construction du projet Archipel avec un
développement hydroélectrique qui va coûter 1 000 000 000
$, qui va causer des dommages environnementaux et tout le reste. Non, cela
aurait été trop honnête de dire: Le projet de loi, c'est
pour la construction du projet Archipel. Alors, il fait comme il fait à
d'autres endroits. Il vient avec un projet de loi pour favoriser la mise en
valeur du milieu aquatique.
On ne devrait pas s'opposer à cela parce que ce sont des belles
paroles. Mais derrière les paroles, il faut aller voir les vraies
intentions. Il faut aller voir les priorités. Il faut aller voir les
coûts. Il faut aller voir les règlements. Il faut aller voir ce
que le gouvernement essaie vraiment de faire. Les gens du milieu vous le
disent, que ce soient des gens des municipalités, que ce soient les gens
de l'environnement, ils vous disent: Arrêtez ce projet de loi, c'est un
recul. Nous ne le voulons pas. Nous ne l'acceptons pas. Tenons une commission
parlementaire et discutons des modalités et des priorités.
À moins que vous soyez capables de faire cela, à moins que le
gouvernement puisse faire cela, je dis que le gouvernement est de mauvaise foi.
Il essaie de vendre une salade. C'est de la poudre aux yeux ce projet de loi et
nous allons le dénoncer et nous allons obliger... Nous allons informer
la population de ce que vraiment on traite ici pour que les citoyens soient
vraiment informés, pour qu'eux aussi puissent s'opposer au projet de loi
que le gouvernement essaie de nous passer ici à l'Assemblée
nationale et qui est une chose à laquelle nous devons nous opposer avec
toute la vigueur dont nous sommes capables. Merci.
Le Vice-Président (M. Jolivet): M. le député
de Chauveau.
M. Raymond Brouillet
M. Brouillet: Quand on connaît la nature exacte du projet
de loi, on est un peu estomaqué d'entendre l'Opposition libérale
s'opposer avec une telle virulence à ses dispositions. Il y a une chose
qui est certaine, c'est que l'Opposition mêle dans ce débat, pour
essayer de confondre un peu les gens qui nous écoutent, le programme
d'assainissement des eaux, le programme que M. le premier ministre avait
déjà annoncé dans son message inaugural et dont
bientôt le ministre de l'Environnement va nous faire connaître les
différentes modalités d'application. En même temps, il
mêle tout cela avec ce qu'est le projet de loi. Je pense que ce sont des
choses distinctes. Pour bien comprendre la portée exacte du projet de
loi que nous sommes en train d'étudier, je crois qu'il faut distinguer
ces différents niveaux d'intervention du gouvernement.
Nous verrons tantôt ce qu'il y a, effectivement, dans ce projet de
loi. Voyons tout d'abord en quoi consiste le programme d'amélioration du
milieu aquatique, programme qui a été annoncé par le
premier ministre lors de son message inaugural au mois d'octobre dernier. Dans
ce message inaugural, le premier ministre annonçait toute une
série de mesures pour soutenir et accentuer la relance
économique. Parmi l'une des priorités annoncées par le
gouvernement, il y avait, en particulier, la priorité de mettre en
valeur un programme d'aide pour favoriser le développement du milieu
aquatique et en faciliter l'accès. Ce programme d'aide venait s'ajouter
comme un complément au programme d'aide à l'assainissement des
eaux qui existe depuis plusieurs années au Québec. Nous savons
que le gouvernement a consacré des sommes considérables, en tout
au-delà de 4 000 000 000 $, pour enfin ici au Québec permettre
à nos municipalités, à l'ensemble des différents
milieux du Québec, d'assainir les eaux pour tâcher de rendre ces
eaux accessibles à la population. On nous dit, du côté
libéral: Le programme n'est pas encore terminé. Le programme
d'assainissement des eaux n'a pas encore atteint son terme, et c'est vrai.
Mais, s'appuyant sur le fait que le programme d'assainissement des eaux n'a pas
encore atteint son terme, le Parti libéral nous dit: Attendons, ne
faites rien pour rendre accessibles ces eaux à la population. Il y a une
chose, c'est que le programme d'assainissement des eaux a actuellement dans
plusieurs milieux obtenu des résultats. Il y a aussi, par ailleurs,
là où les travaux ne sont pas encore pleinement
réalisés, des ententes pour que les travaux se réalisent
d'ici un an, un an et demi. (15 h 40)
II faut donc en même temps que l'on poursuive l'assainissement des
eaux - il n'y a rien qui l'empêche et, au contraire, je trouve que c'est
tout naturel - et que, parallèlement à ceci, on mette
déjà en place des programmes d'aménagement de ces eaux qui
sont en train d'être assainies. L'Opposition dit: Non, attendez que tout
soit assaini. J'apprendrai à l'Opposition qu'il y a actuellement, dans
des régions du Québec, des rivières, des cours d'eau, des
lacs relativement assainis ou en voie de l'être. Je ne vois pas pourquoi
on devrait priver ces populations d'un programme d'aide à
l'aménagement des cours d'eau afin de les
rendre accessibles. Pourquoi priverait-on ces gens? Parce que ailleurs,
il y a encore certains endroits au Québec où les eaux ne sont pas
encore pleinement assainies. C'est un non-sens; c'est illogique. Il faut
qu'ensemble les deux programmes cheminent.
L'Opposition nous dit: C'est épouvantable! Vous dépensez
de l'argent pour rendre accessibles les cours d'eau alors que les cours d'eau
ne sont pas encore assainis. Mais ces gens de l'Opposition ne font pas
confiance aux administrateurs locaux ou aux groupes de citoyens qui vivent dans
les municipalités, aux associations de protection de l'environnement,
aux administrateurs municipaux. La liberté leur est laissée de
décider quand et à quel moment ils procéderont à
des travaux d'aménagement et à des moyens pour rendre accessible
l'eau aux gens. C'est bien évident que là où l'eau n'est
pas encore relativement saine ou en voie de l'être, les
municipalités ne s'impliqueront pas et ne dépenseront pas des
sommes d'argent inutilement. Il faut faire confiance aux administrateurs
municipaux, aux administrateurs locaux. Il faut leur faire confiance. Le projet
de loi n'oblige pas les municipalités à faire des
aménagements; il offre la possibilité d'en faire. On laisse le
jugement aux élus municipaux de décider du moment opportun pour
faire ces aménagements.
M. le Président, je crois que le temps est venu de mettre au
point un programme d'aide à l'aménagement des rives pour
faciliter l'accès à nos cours d'eau.
Les territoires qui seraient admissibles à ce programme sont ceux
dans les circonscriptions municipales qui possèdent effectivement des
rives ou un plan d'eau sur leur territoire.
Les travaux admissibles - je vais les résumer brièvement -
à ce programme sont ceux de nettoyage des rives et des lits des cours
d'eau et des lacs, ceux de stabilisation et du contrôle de
l'érosion, ceux d'aménagement des rives à des fins d'usage
public, incluant certains équipements de base et certains ouvrages en
cours d'eau.
M. le Président, ce programme a été annoncé
par le premier ministre dans ses grandes lignes. Nous allons en connaître
très bientôt les modalités d'application et les
critères plus particuliers qui vont permettre son administration. Entre
autres, ce programme, qui sera annoncé très bientôt,
annoncera le taux de participation du gouvernement aux coûts des
différents aménagements, mais ce que nous savons
déjà - le premier ministre l'a annoncé dans son discours
d'ouverture - c'est que le taux d'aide apportée par le gouvernement
dépassera la moitié des coûts des travaux.
Le gouvernement a voulu, dans la mise en oeuvre de ce programme,
s'associer à des municipalités. Nous avons plusieurs raisons pour
cela. C'est que, depuis plusieurs années, les municipalités ont
prouvé leur intérêt à participer avec le
gouvernement à la relance économique. Nous pouvons simplement
prendre comme exemple la réponse enthousiaste des municipalités,
entre autres, pour le programme d'assainissement des eaux. De son
côté, le gouvernement a fait un effort additionnel en portant
jusqu'à 90% le taux de l'aide apportée pour les coûts
d'assainissement des eaux et les municipalités ont emboîté
le pas depuis un an ou un an et demi, et pour plusieurs milliards de dollars.
Des ententes ont été signées avec les municipalités
pour qu'on puisse enfin réaliser au Québec cet assainissement des
eaux que, malheureusement, les gouvernements antérieurs n'ont jamais
décidé d'appuyer plus tôt. Il y a aussi la réponse
des municipalités à l'égard du programme ReviCentre qui
permet de revitaliser les centres-villes et de créer en même temps
de l'emploi. Nous savons aussi la réponse enthousiaste des
municipalités au programme Corvée-habitation. Elles ont
aidé. Elles ont emboîté le pas.
Tous ces exemples montrent de plus en plus que les municipalités
sont des partenaires à tout développement du Québec et
qu'elles sont prêtes à donner leur appui et à apporter leur
concours à tout programme de nature à développer notre
milieu et en assurer le développement économique. Une autre
raison, M. le Président, qui fait que le gouvernement fait appel aux
municipalités pour appliquer son programme d'aménagement des
rives, c'est que les municipalités représentent le gouvernement
le plus près de la population, le gouvernement qui est le plus en mesure
d'être en rapport étroit et direct avec les citoyens et les
groupes de citoyens proches du milieu pour en arriver à
déterminer les besoins de la population. C'est en concertation avec tous
les groupes du milieu, y compris les associations de protection de
l'environnement - et surtout ces groupes - c'est en concertation avec tous ces
groupes de citoyens que les municipalités élaboreront un plan
d'aménagement des rives de leurs rivières ou de leurs lacs. Donc,
le gouvernement municipal, étant près des citoyens, pouvant
facilement entrer en concertation avec des groupes locaux, apparaissait aux
yeux du gouvernement comme étant le plus habilité à
permettre la pleine réalisation et la pleine efficacité d'un
programme d'aménagement de nos rives.
Pourquoi une loi? En définitive, c'est cette loi qui est l'objet
du débat aujourd'hui. Ce n'est pas le programme d'assainissement des
eaux. La loi ne crée pas le programme d'assainissement des eaux. La loi
ne crée pas le programme de mise en valeur des rives de nos cours d'eau.
Ce n'est pas ce que la loi fait. La loi n'a rien à voir directement avec
ces programmes. Ce que la loi vient faire,
c'est accorder aux municipalités certains pouvoirs qu'elles ne
possèdent pas présentement pour leur permettre d'être les
maîtres d'oeuvre de l'application du programme d'aménagement des
rives de nos lacs et de nos rivières. Voici simplement ce que dit ce
projet de loi: "Toute corporation locale peut, dans le but d'améliorer
la qualité du milieu aquatique et de favoriser l'accès à
ce milieu, faire, modifier ou abroger des règlements pour ordonner des
travaux d'aménagement du lit, incluant les rives, et des terrains en
bordure des rives des lacs et des cours d'eau municipaux ou autres
situés sur son territoire et des travaux de régularisation de
leur niveau." Donc, c'est un pouvoir qui est accordé aux
municipalités pour réaliser certains travaux qui vont permettre
d'aménager les rives et d'en faciliter l'accès. C'est ce que dit
le projet de loi. Comment peut-on expliquer que l'Opposition s'oppose à
un tel projet de loi? On peut très bien comprendre qu'il y ait
peut-être des réticences quant à certains aspects,
certaines modalités du programme d'aide à l'aménagement
des rives. Cela se discute. D'ailleurs, on ne connaît pas encore les
modalités d'application. C'est assez difficile d'expliquer qu'on parte
en guerre contre le programme, alors qu'on n'en connaît même pas
encore les modalités d'application. Le ministre n'a pas encore fait
connaître les modalités d'application du programme d'aide. On
pourrait toujours comprendre que pour différents motifs, l'Opposition
s'oppose à tel ou tel aspect, à telle ou telle modalité
d'application du programme. Encore faudrait-il attendre de les connaître.
Mais comment expliquer qu'on s'oppose au projet de loi qui, comme tel, n'est
pas le programme? Ce que le projet de loi dit, c'est qu'on accorde aux
municipalités certains pouvoirs qu'elles pourront exercer quand elles le
désireront. On ne les oblige pas à avoir recours à ces
pouvoirs-là. On leur accorde certains pouvoirs. (15 h 50)
Comment des gens qui parlent de décentralisation des pouvoirs
vers le milieu local, tant au niveau des commissions scolaires qu'au niveau des
municipalités, comment peut-on expliquer qu'un parti prône la
décentralisation et quand on veut décentraliser certains
pouvoirs, on s'y oppose? Parce que ce n'est que cela qu'il y a dans le projet
de loi. Si on est contre le programme, qu'on s'en prenne au programme mais
qu'on ne s'en prenne pas au projet de loi. Je ne comprends pas. Et, quand on ne
comprend pas pour des raisons qui pourraient nous paraître, si vous
voulez, quelque peu raisonnables et objectives, on est obligé d'avoir
recours à des justifications d'un autre ordre.
Cette agressivité de l'Opposition contre à peu près
toute chose, on laisse croire que c'est contre le projet de loi mais on parle
de toute autre chose que du projet de loi, pour justifier le fait qu'on soit
contre le projet de loi. Pourquoi cette confusion dans l'esprit de l'Opposition
et qu'on tire à gauche et à droite, sur n'importe quelle cible
pour tenter de laisser croire qu'il y a des choses épouvantables dans ce
projet de loi? Je crois que c'est parce que l'Opposition sent très bien,
au fond, que le programme qu'a annoncé le gouvernement et dont nous
allons connaître les modalités bientôt, en est un qui
répond aux attentes et aux besoins de la population. C'est ça qui
fait mal à l'Opposition.
Remarquez que l'agressivité de l'Opposition est directement
proportionnelle à la qualité et à la valeur des programmes
que l'on annonce. Plus un programme a des chances d'être populaire, plus
on est agressif. Plus on dit que ce sont des ballons politiques. Parce qu'ils
savent très bien que c'est de nature à attirer
l'intérêt des gens envers ces programmes. On fait tout pour
essayer, comme on nous dit souvent, d'éteindre la flamme par toutes
sortes d'astuces, comme on l'a vu ce matin. On confond tout.
En réalité, je ne vois pas d'autres explications. Mais si
on regarde le projet de loi que nous avons devant nous, c'est un projet de loi
qui accorde des pouvoirs aux municipalités, tout simplement. Je vous ai
lu tantôt les pouvoirs qu'il accordait. Un point, c'est tout. Ces
pouvoirs sont accordés aux municipalités et aux
Communautés urbaines de Québec et de Montréal et à
la Communauté régionale de l'Outaouais.
On a dit tantôt: Attendons, les milieux ne sont pas prêts
à procéder à l'aménagement des rives. Attendons.
Attendons cinq ans, dix ans, que tout l'assainissement des eaux soit fait. Je
vais vous donner un exemple où le temps est venu de procéder aux
aménagements des rives en même temps que se fait l'assainissement
des eaux. La vallée de la Jacques-Cartier. Cela fait cinq ans qu'un
groupe de citoyens s'est réuni pour, enfin, assainir cette
rivière et la rendre accessible à la population. Vous savez que
cette rivière était polluée par les eaux usées des
municipalités riveraines et en particulier, par le flottage du bois de
la compagnie Domtar. Un chemin considérable a été parcouru
depuis cinq ans. Un comité s'est formé. Des centaines et des
centaines de citoyens bénévoles se sont regroupés autour
des animateurs de ce comité. Depuis ce temps-là, on a
procédé à l'épuration des eaux. Il y a eu de
l'ensemencement par le ministère de l'Énergie et des Ressources
et par le ministère du Loisir, de la Chasse et de la Pêche. Encore
récemment, nous venons de signer un protocole avec la compagnie Domtar
au terme d'un an de négocation où
la compagnie a cédé le lit et les rives de la
rivière au domaine public. Le tout sera géré par le
comité, en collaboration avec les municipalités riveraines.
Il y a aussi la passe migratoire qui a été annoncée
et qui sera construite pour permettre aux saumons de remonter la
rivière. En plus, ce comité, depuis deux ans, procède
à des aménagements des rives. Ce n'est que le début. H est
actuellement à préparer un plan d'aménagement de
l'ensemble des rives en collaboration avec les municipalités riveraines
de la vallée de la Jacques-Cartier. Les municipalités, de leur
côté - il y en a trois en particulier, celles qui étaient
les plus polluantes: Sainte-Catherine de la Jacques-Cartier, Pont-Rouge et
Donnacona - depuis un an, ont signé avec le ministère de
l'Environnement un protocole d'entente pour l'épuration de leurs eaux
usées qui, jusqu'à aujourd'hui, étaient
déversées directement dans la rivière Jacques-Cartier. On
n'a pas attendu que les usines d'épuration soient en opération
avant de procéder. On a à la fois procédé à
l'aménagement des rives et fait des pressions sur le milieu pour que les
municipalités emboîtent le pas au programme d'assainissement des
eaux. C'est un modèle et un exemple. Dans quelques années, cette
vallée deviendra un centre d'attraction touristique dans la
région de Québec; les gens de la région retrouveront dans
cette vallée le plein air et tous les avantages que nous pouvons y
retrouver.
Ce projet de loi accorde aux municipalités des pouvoirs. Nous
croyons aux pouvoirs municipaux et nous croyons à l'assainissement des
eaux de même qu'à l'aménagement des rives, afin de rendre
accessible cette richesse naturelle que nous avons, ce que l'on a appelé
les espaces bleus.
Le Vice-Président (M. Jolivet): M. le député
de Nelligan.
M. Clifford Lincoln
M. Lincoln: M. le Président, comme vous vous en
souviendrez, je me suis intéressé à la question
environnementale pendant plusieurs années déjà. J'ai servi
de porte-parole de notre parti pendant presque deux ans et j'ai
participé à de nombreux débats sur toute la question de la
qualité de l'eau, de la protection de nos rives et cours d'eau au
Québec.
Or, dans tous ces débats, une question a toujours
été fondamentale et centrale: si nous en avons la volonté,
si nous voulons protéger notre environnement, si nous voulons
protéger nos sites naturels, si nous voulons protéger nos rives,
nos lacs et nos cours d'eau, si nous voulons protéger tout le bassin
hydrique, cette grande richesse, cette richesse si précieuse au
Québec et pratiquement unique, si nous voulons la préserver, il
faudra commencer par une politique d'encadrement dont le seul gestionnaire,
dont le seul catalysateur, dont le seul contrôleur, dont le seul
maître d'oeuvre devra être le ministère de
l'Environnement.
Comment peut-on penser le moindrement à toute politique de
protection de l'environnement, de protection de nos rives et cours d'eau si,
tout d'abord, par une logique qu'on refuse de nous expliquer là-bas ou
que l'on ne peut expliquer, on commence par adopter un projet de loi qui va
donner des pouvoirs à des municipalités de faire, chacune
à sa façon, autant qu'elle le jugera bon elle-même, la
protection et l'aménagement de ses rives et de ses cours d'eau?
Comment veut-on faire une politique cohérente, une politique qui
va s'enchaîner, une politique qui aura des critères établis
pour tous pour situer d'abord le problème en donnant des pouvoirs aux
municipalités sans situer les balises dans lesquelles elles vont pouvoir
fonctionner? N'est-ce pas tout à fait utopique, n'est-ce pas tout
à fait illogique pour le ministère des Affaires municipales de
présenter un projet de loi qui devrait concerner d'abord et avant tout
le ministère de l'Environnement?
Comment se fait-il que le ministère de l'Environnement du
Québec, depuis qu'il est en place, prenne toujours la seconde place dans
toutes ces choses qui ont trait, en fait, en premier lieu, à la
protection même de l'environnement? Comment concevoir qu'il ait
accepté qu'on fasse une loi à rebours, qu'on mette la charrue
avant les boeufs, encore une fois, au lieu d'insister pour qu'il y ait d'abord
une politique-cadre, un règlement-cadre, des balises, des
critères, un objectif principal sur lequel vont se centrer les
municipalités? À ce moment-là, nous serions tout à
fait d'accord pour donner tous les pouvoirs possibles aux municipalités
et aux municipalités régionales de comté afin de pouvoir
mettre en oeuvre, de pouvoir se catalyser autour de cette politique-cadre.
Mais comment pouvons-nous accepter une seule minute que des
municipalités sans aucune cohérence autour d'une politique-cadre
puissent avoir des pouvoirs que chacune va adopter, va instaurer à son
gré, à son heure à elle, sans aucun critère
défini de l'une à l'autre? On peut situer ce programme s'il se
faisait sans une politique-cadre du ministère de l'Environnement. Ce
programme constituera autant de programmes qu'il y aura de municipalités
et de municipalités régionales de comté parce que chacune
verra sa politique d'après ses intérêts particuliers. C'est
l'essence même d'un gouvernement provincial. C'est pourquoi nous avons
des ministères provinciaux pour
faire la coordination de base, pour établir des politiques de
grandes lignes, pour établir des directions que certainement les
municipalités vont suivre pour les grandes lignes. (16 heures)
Est-ce qu'on peut penser une seule minute à n'importe quel grand
sujet de l'heure où les municipalités soient impliquées:
notre système routier par exemple? Si nous avions donné des
pouvoirs aux municipalités avant d'établir des critères
pour les panneaux routiers, chaque municipalité aurait son propre
panneau, son genre d'affichage, sa grand-route. C'est pourquoi nous, comme
gouvernement, nous avons d'abord établi les fondations d'un
système, les fondations d'objectifs, les fondations de critères
selon une loi qui dit: Une municipalité est responsable pour une route
mais la route, quand elle passe chez elle, sera bâtie selon certains
critères pour qu'elle s'harmonise avec la route qui continue chez
l'autre.
Il me semble que c'est tellement élémentaire que la
question ne se pose même pas. On pourrait penser aux affaires sociales.
Est-ce qu'on a donné le pouvoir aux municipalités de
contrôler les hôpitaux chez elles, chacune à son gré?
Mais non, on a dit: on va former une politique d'ensemble pour nos
hôpitaux, pour nos CLSC, pour nos centres sociaux. Et là, les
municipalités vont, dans leur territoire, avoir quelque chose à
faire avec toutes ces politiques.
On pourrait penser par exemple à la gestion des déchets
toxiques; on pourrait penser aux sites d'enfouissement sanitaire. Est-ce qu'on
a dit à chaque municipalité: Oui, vous pourrez créer un
site d'enfouissement sanitaire, ce sera à vous de décider des
critères que vous voulez. Protégez-vous, faites ce que vous
voulezl Mais non! on a établi des critères de base et on a dit
aux municipalités: avec ces critères de base, vous allez pouvoir
fonctionner. Cela a été le problème avec l'environnement
au Québec. Avant la Loi sur la qualité de l'environnement, nous
n'avions pas ces critères, nous n'avions pas une politique uniforme,
nous n'avions pas une balise. C'est pourquoi il y avait tellement de pollution,
tant dans nos lacs que dans l'air. Il y avait un système de pollution
par rapport aux déchets toxiques qui était devenu presque
irréversible.
Avec la Loi sur la qualité de l'environnement, on a
commencé à faire un peu de chemin. Mais pourquoi avoir fait un
peu de chemin surtout? C'est parce que, au début, on a commencé
à impliquer les gens du milieu eux-mêmes. C'était le
ministre de l'Environnement, le ministre Léger, qui disait: J'ai avec
moi 6 000 000 d'inspecteurs de l'environnement, en parlant de tous les citoyens
du Québec. Au début, il était tout feu tout flamme. Il
appuyait ces associations, il les faisait travailler. Ce sont elles qui ont
donné une conscience à la population de l'environnement. Ce sont
elles qui ont fait des programmes éducatifs dans nos écoles, ces
associations de bénévoles qui croient en la chose parce qu'elles
veulent changer l'environnement du Québec, parce qu'elles veulent
améliorer notre qualité de vie et la qualité de nos sites
naturels et de nos rives et cours d'eau.
Au début on appuyait ces associations et maintenant, qu'est-ce
qu'on fait? On fait le projet de loi 6 où on donne des pouvoirs aux
municipalités sans aucune loi-cadre de l'environnement pour la
protection et l'aménagement des rives et cours d'eau. Après avoir
fait ce projet de loi 6, on se rend compte que des associations qui sont
concernées - comme FAPEL, qui regroupe 120 000 membres - des centaines
d'associations pour protéger des lacs et des cours d'eau depuis 15 et 20
ans, on n'a même pas demandé à ces gens-là
d'exprimer leurs vues.
Je demande au ministère de l'Environnement ce qu'il faisait quand
le projet de loi 6 a été conçu. Comment peut-il concevoir
de donner des pouvoirs aux municipalités sans que lui-même n'ait
aucune conception de critères qu'il va donner? Ah non, ça,
ça viendra ensuite.
Nous avons cité le programme d'assainissement des eaux - on ne
dit pas qu'il n'est pas bon - comme exemple de choses qu'on nous a dites et
redites depuis 1980. Le message inaugural du premier ministre qui disait cette
année: Nous allons donner un grand coup de barre dans le programme
d'assainissement des eaux. Le deuxième grand projet des prochains 12 et
18 mois, c'est le programme de mise en valeur du milieu aquatique. Les
conventions déjà signées avec les municipalités
s'élèvent à 3 500 000 000 $. Depuis 1981 que je suis ici
et que je fais des débats avec le ministre de l'Environnement, il nous
racontait toujours les conventions signées, c'étaient toujours
des milliards de dollars. Il nous racontait toujours les 60 000 et 70 000 jobs
qu'il devait créer. Je lisais un article signé par M. Gilles
Gauthier: "Les milliards se font attendre." Je cite: "Le ministre des Finances,
Jacques Parizeau, dans son discours sur le budget du printemps 1980 - cela va
bien loin avec leur affaire - déclarait que les sommes consacrées
à l'épuration des eaux seraient considérablement accrues
et qu'à partir de 1982 on devrait pouvoir atteindre entre 300 000 000 $
et 500 000 000 $ d'investissements par an. Notre retard à cet
égard est tragique. Or, pour l'année 1982-1983, les sommes
dépensées dans l'ensemble du Québec pour le traitement des
eaux polluées seront de 154 000 000 $, soit encore moins qu'au cours de
l'année précédente, alors que 165 000 000 $ avaient
été investis. Les chiffres ont été fournis
hier à la presse."
Je me souviens de discussions avec le ministre de l'Environnement.
Depuis longtemps, il nous disait: Le programme d'assainissement des eaux a
débuté lentement en 1978 et a atteint en 1980 et 1981 sa vitesse
de croisière. Pourtant l'actuel ministre de l'Environnement ne pensait
pas que cela avait atteint sa vitesse de croisière. L'actuel ministre de
l'Environnement, M. Ouellette, avait commandé à un comité
une étude sur le sujet qui a conclu qu'il y avait des problèmes
dans l'exécution du programme et que ce dernier n'atteignait pas - c'est
la citation - son rythme de croisière. L'attaché de presse
affirme que la relance du programme est une des grandes priorités du
ministre.
C'est pourquoi on devient sceptique. On a entendu ces rengaines durant
tellement d'années. Toutes ces années, ce sont des milliards qui
ont été dépensés. Le ministre Léger nous
disait, à un moment donné: On va créer 60 000 jobs; on va
créer 70 000 jobs. M. Gilles Gauthier disait: "En lançant les
premières phases du programme le 26 octobre 1979, l'ex-ministre de
l'Environnement, M. Marcel Léger, parlait d'investissements initiaux de
2 000 000 000 $ et de la création de 70 000 emplois directs dans les
industries reliées à la dépollution. Les chiffres fournis
hier par le cabinet de M. Ouellette indiquent que 2618 emplois ont
été créés en 1982-1983, 3135 en 1981-1982 et 1890
en 1980-1981." C'étaient des gens qui nous parlaient de 70 000 emplois
directs. On a tellement blagué sur tout ce programme. On a tellement
raconté des exagérations qu'on ne croit plus personne. Alors,
quand le projet de loi 6 nous est présenté, on se demande ce que
vous avez derrière la tête. Quand nous nous apercevons que le
ministre de l'Environnement se réfugie encore une fois derrière
un autre ministre, cette fois-ci le ministre des Affaires municipales, on se
demande encore une fois pourquoi.
Je lisais une étude du Conseil consultatif de l'environnement du
gouvernement du Québec. Le Conseil consultatif de l'environnement
publiait, je pense que c'était en décembre 1982, "La politique
d'encadrement forestier des lacs et cours d'eau du Québec". C'est
intéressant de lire ce qu'il dit: "Quant à l'encadrement
forestier immédiat sur les terres publiques, le conseil est d'opinion
qu'il serait souhaitable de laisser au ministère gestionnaire des
ressources la responsabilité de voir à la protection du milieu
riverain selon des programmes et des normes acceptés par le
ministère de l'Environnement." C'est intéressant de lire ce que
le ministère de l'Environnement avait à dire quand il a introduit
cette étude dans le public. Il disait, le 14 avril 1983: "C'est à
la demande du prédécesseur de M. Ouellette au ministère de
l'Environnement que le Conseil consultatif de l'environnement a
préparé ce document qui propose une politique à double
volet concernant, d'une part, l'encadrement général à
l'échelle du bassin versant des plans d'eau et, d'autre part,
l'encadrement immédiat ou riverain autour des lacs et le long des cours
d'eau." Le communiqué continue: "Au Québec, a ajouté le
ministre Ouellette, c'est le ministre de l'Environnement qui est le principal
gestionnaire du domaine hydrique par l'entremise de la Loi sur la
qualité de l'environnement et de la Loi sur le régime des eaux.
Le ministre Ouellette croit donc que la suggestion du Conseil consultatif de
l'environnement de reconnaître, comme coordonnateur principal de la
politique d'encadrement privée et publique, le ministère de
l'Environnement est très réaliste." (16 h 10)
Là, le ministère de l'Environnement envoie un telbec dans
lequel il dit ceci: "Le conseil étudie également les cadres
juridiques et administratifs actuellement en place qui permettent de
sauvegarder et de restaurer l'encadrement forestier qui parle des rives et des
lacs." Selon le conseil, il existe beaucoup de mesures disparates qui auraient
avantage à être mieux intégrées. C'est pourquoi il
suggère "que le palier provincial s'articule mieux et clarifie davantage
ses mandats". À cet effet, il estime, notamment, que le ministère
de l'Environnement "devrait être le premier responsable au Québec
de l'élaboration d'une politique d'encadrement forestier pour les lacs,
les cours d'eau et les rives". Selon le conseil, l'avis sur la politique
d'encadrement forestier devait être un instrument très utile aux
municipalités régionales de comté dans
l'élaboration de leur plan d'aménagement.
C'est clair, tant dans le communiqué du ministre que dans le
telbec du conseil et l'étude elle-même, que ce qui est
conçu dans cette étude de politique d'encadrement forestier des
lacs et cours d'eau au Québec -c'est exactement la même chose dont
on parle ici, en principe - c'est que le ministre de l'Environnement devrait
créer une politique-cadre sur laquelle s'axeraient les
municipalités. C'est, en fait, ce que dit exactement la FAPEL dans son
télégramme au ministre, disant: Des milliers de
villégiateurs organisent annuellement un vaste programme de
renaturalisation des rives dans la plupart des régions touristiques du
Québec. Le projet de loi 6, préparé sans aucune
consultation, nous apparaît donc un sérieux recul.
Ce n'est pas le député de Chauveau qui dit cela. C'est la
FAPEL qui compte 150 000 membres qui s'occupent de
l'environnement, M. le député. Ce n'est pas moi qui dis
cela. Ce sont eux qui disent cela. Ce sont des bénévoles qui
travaillent de jour en jour à faire des boutures autour des lacs,
à aller planter des arbres autour des lacs. J'ai constaté des
quantités de cas de lacs qui ont été reboisés par
la FAPEL. Le travail qu'ils ont fait au Québec, c'est quelque chose
d'exceptionnel qui est reconnu dans tout le Canada. Même les gens du
ministère, comme M. Lesauteur, ont reçu des citations dans tout
le Canada pour le travail qui s'est fait sur les rives et les cours d'eau.
Demandez à ces gens, M. le député, ce qu'ils pensent, eux,
de la loi 6. Ils m'ont dit: La loi 6, ça ne tient pas debout parce que
c'est une charrue devant les boeufs. Comment voulez-vous faire une loi qui
donne des pouvoirs aux municipalités sans savoir où les
municipalités vont s'en aller et comment elles vont coordonner le
programme?
La FAPEL aurait préféré que le gouvernement adopte
plutôt le règlement-cadre qui se fait toujours attendre sur la
protection des rives et du littoral. Voilà encore une autre étude
justement pour la protection des rives et du littoral. Le ministre a fait son
petit telbec et qu'est-ce qui est arrivé après? On a eu quatre
mois de répit pour préparer des lois. Peut-être qu'il y
aurait eu deux lois. S'il y avait eu deux lois, il y aurait eu la loi 6 pour
donner les pouvoirs aux municipalités et une autre loi-cadre qui aurait
donné des critères et des analyses pour l'environnement et la
protection des rives et des cours d'eau. Alors, notre attitude aurait
été tout à fait différente.
C'est pourquoi nous nous posons des questions, après ce que le
premier ministre a dit lui-même, une petite phrase qui semble anodine: II
va sans dire que cette action s'intégrera, dans la région de
Montréal, au projet du parc national de l'Archipel. C'est pourquoi mon
collègue de Mont-Royal a parlé de façon si extensive du
projet Archipel parce que, jusqu'à présent, nous ne savons pas
votre dessein réel. Si, demain matin, le ministre du Loisir, de la
Chasse et de la Pêche, l'ancien ou le nouveau, venait nous dire ici, en
Chambre, venait nous donner une garantie, comme le demandait le ministre du
Loisir, de la Chasse et de la Pêche dans une étude en 1980, s'il
venait donner une garantie que les recommandations de sa propre étude
seraient mises en place, à ce moment, nous aurions bien moins de
suspicion là-dessus.
S'il déclarait sans équivoque qu'aucun barrage
hydroélectrique ni aucun type de barrage de courant ne pourra y
être construit ou implanté en aucun temps - on parle des rapides
de Lachine, - ni aucun autre type d'usine, ni plus en amont dans le lac
Saint-Louis, ni plus en aval jusqu'à la baie de Laprairie, que les
rapides de Lachine seront laissés à leur état naturel sans
qu'on y effectue aucune canalisation ni travaux implantés, artificiels
ou autres, de régularisation, ni creusage, ni remblayage, ni travaux
avec explosifs... C'est pourquoi nous sommes si méfiants. Nous sommes
méfiants justement, M. le député, parce que ce projet de
loi cache quelque chose. Autrement, nous aurions eu, au préalable,
quelque chose du ministère de l'Environnement, un projet de loi
coordonnateur, mais là, nous sommes méfiants, parce qu'on sait
que c'est Archipel qui est l'objectif principal de cela. On va donner des
pouvoirs aux municipalités. Naturellement, les municipalités vont
être enchantées, mais, ce qui se cache derrière tout cela,
c'est d'abord votre grosse propagande électorale. Vous allez lancer le
programme Archipel en deux phases. D'abord, ce sera le parc national.
J'ai déjà vu les panneaux, les dépliants
publicitaires magnifiques qui montrent des plages blanches au Québec qui
font croire aux gens qu'ils vont faire de la voile, nager dans nos lacs lorsque
le parc national Archipel sera terminé. Mais pourtant, le programme
d'assainissement des eaux gît là depuis 1978. C'est tellement lent
que seulement les grandes municipalités, les grandes régions
urbaines, Ottawa, Québec et Montréal, ont démontré
un certain progrès. Le programme est stagnant, comme l'eau est
stagnante. L'on va faire le parc national Archipel pour faire croire à
des centaines de milliers de citoyens, des millions de Montréalais... En
fait, j'ai une connaissance du sujet, parce que la plus grosse côte du
projet Archipel se trouve dans mon comté, les côtes nord-ouest et
sud-ouest de l'île de Montréal, et le Cap-Saint-Jacques en fait
partie. Demain matin, on va faire croire aux citoyens qu'après avoir
fait des pistes cyclables, qu'après avoir mis un peu de verdure, ils
pourront aller se baigner dans ce lac. Ils attendront encore bien longtemps, et
c'est cela que nous dénonçons.
Nous dénonçons toute cette politique qui se veut
propagandiste. Nous dénonçons quelque chose qui est toujours un
peu caché. Aujourd'hui, nous avons envie de savoir si la phase II du
projet Archipel sera le projet hydroélectrique. Nous avons vu deux ou
trois fois récemment que le ministre et les ministres engagés
dans cela ont été tout à fait cachottiers par rapport au
projet hydroélectrique. Si, par exemple, on nous disait ici que le
projet hydroélectrique est fini à jamais, qu'on ne touchera pas
aux rapides de Lachine, c'est sûr que nous aurions une attitude un peu
différente. Si on nous disait aussi que le programme d'assainissement
sera la priorité absolue du gouvernement, qu'on fera toutes nos
bebelles, qu'on fera le parc national Archipel, qu'on procédera au
projet de loi 6, qu'au moins on aura un peu d'eau claire... Là, on fait
croire
à la population que toutes ces choses sont roses, que toute l'eau
du Québec sera dépolluée en même temps que les
municipalités vont arranger les rives; mais, en fait, nous savons
très bien que tout cela, c'est une grosse gimmick. Nous demandons alors,
comme l'a demandé FAPEL, d'écouter les gens, les
bénévoles qui s'occupent, jour après jour, weekend
après weekend, d'environnement, de faire une commission parlementaire
là-dessus. Ne mettez pas la charrue devant les boeufs. Laissez le
ministre de l'Environnement nous présenter lui-même une loi-cadre,
un règlement qui établirait des critères et, à ce
moment-là, nous serions enchantés de donner le pouvoir aux
municipalités d'instaurer des programmes qui se feront selon des
critères uniformes, coordonnés et cohérents et
responsables de l'environnement et envers ceux qui y croient.
Le Vice-Président (M. Rancourt): M. le
député de Kamouraska-Témiscouata.
M. Léonard Lévesque
M. Lévesque (Kamouraska-Témiscouata):
Merci, M. le Président. Je voudrais moi aussi, comme certains de
mes collègues, prendre quelques minutes pour parler du projet de loi 6,
Loi modifiant diverses dispositions législatives pour favoriser la mise
en valeur du milieu aquatique. J'ai entendu quelques intervenants de
l'Opposition. Comme d'habitude, comme j'ai pu le constater en cette Chambre
depuis plusieurs années, c'est toujours la même cassette
négative. Je ne sais pas si c'est parce qu'on dit qu'un chef absent,
c'est un chef négatif et que cela déteint sur les
députés de l'Opposition, mais c'est pas mal toujours la
même chose. Si un projet semble le moindrement se révéler
positif au niveau économique, c'est automatique, on devrait avoir des
commission parlementaires, retarder le projet. C'est toujours la même
cassette; c'est toujours cela qu'on entend depuis plusieurs années. (16
h 20)
Je ne vous parlerai pas non plus du programme Archipel. Je pense que
d'autres ici pourront vous en parler. Je vais m'en tenir au projet de loi et
à l'impact qu'il pourrait avoir dans un comté comme celui de
Kamouraska-Témiscouata. M. le Président, je pense que vous
connaissez très bien le comté de Kamouraska-Témiscouata
qui est, en passant, je ne dirai pas le plus beau, mais un des plus beaux
comtés. Il est séparé, on pourrait dire, en deux sections:
la partie Kamouraska avec ses 20 municipalités, laquelle borde le
fleuve, et l'arrière pays, et ce sont de petites municipalités
qui j'en suis sûr - presque toutes les petites municipalités - ont
soit un cours d'eau, une rivière ou un lac dans leur territoire, plus ou
moins pollué. Entre autres, je pourrais vous dire aussi que dans la
partie Kamouraska et même dans la paroisse où je réside,
Notre-Dame-du-Mont-Carmel, il y a même un lac, selon les dernières
études que j'ai pu obtenir du ministère de l'Environnement, qui
nous donne à peu près la meilleure évaluation ou le
meilleur échantillonnage au niveau de la pollution: c'est le lac de
l'Est qui va aux frontières du Maine et qui a dix milles de longueur;
c'est un des plus beaux lacs et le moins pollué du Québec. Je
peux vous dire qu'on y fait attention.
Mon comté se poursuit aussi sur le Témiscouata, qui va
près des frontières du Nouveau-Brunswick en passant aussi par le
JAL. Là-bas aussi, il y a de très beaux lacs, un attrait
touristique épouvantable quand on pense au lac Témiscouata, au
lac Pohénégamook avec son monstre, au lac Squatteck et Dieu sait
si on se donne des parties de plaisir épouvantables. Sauf que depuis -
ce n'est pas d'hier - plusieurs années, malheureusement, des facteurs
qu'on connaît tous, non pas par négligence, mais parce qu'on
n'était pas conscient de ce que le degré de pollution pouvait
apporter à nos petits cours d'eau, nos rivières et nos lacs et
avec les années, cela s'est pollué.
Comme je le disais tout à l'heure, malheureusement, possiblement
que les gouvernements qui nous ont précédés auraient
dû établir des programmes ou établir des lois pour qu'on
soit plus conscient du degré de pollution et de notre environnement. En
tout cas, dans le comté de Kamouraska - je ne sais pas pour le lac
Saint-Louis à Montréal et le projet Archipel; pour ça, je
n'en sais rien - je sais bien que pour mon comté, ce ne sont pas tous
les lacs et toutes les rivières qui sont pollués. On n'a pas
besoin, comme le disait le député de Laprairie ce matin,
d'attendre que le programme d'assainissement des eaux soit
réalisé en entier pour commencer à faire certains
nettoyages de rives des rivières, des lacs, des cours d'eau et ainsi de
suite. On peut commencer dès maintenant et l'impact que cela pourra
avoir au niveau de la création d'emplois... On sait que dans nos
comtés, le problème du chômage des jeunes et moins jeunes
est assez criant, même s'il y a eu un gros effort de fait par le
gouvernement cette dernière année. Mais il reste quand même
qu'il ne faut pas lâcher, comme on dit parfois, il faut plutôt
accélérer et prendre ce qui est bon dans tous ces programmes et
les accélérer.
Je suis heureux de voir que le ministre des Affaires municipales a
été heureux d'entendre son collègue de
Kamouraska-Témiscouata l'appuyant dans son projet de loi 6 et lui
donnant un appui total, quand on sait que nos municipalités pourront,
à l'avenir, faire des travaux, être les maîtres d'oeuvre de
certains travaux, à savoir des travaux de nettoyage de bordure de lacs
ou de rivières
qui ne sont pas pollués présentement par les eaux
usées de nos municipalités, qui ont été
pollués avec les années par certaines municipalités ou
certaines personnes qui déversaient et qui prenaient, je pense, la rive
ou le bord d'une rivière pour un dépotoir. Il y a un dicton qui
disait: Heureux comme un poisson dans l'eau. Mais les poissons dans l'eau sont
heureux si l'eau est propre, limpide et claire. Mais, dans certains cours d'eau
et certaines rivières, on pourrait dire: Malheureux, les poissons dans
l'eau. Je pense qu'il faut faire le partage. Chez nous, dans mon comté,
j'ai des rivières et des cours d'eau qui ne sont pas pollués
à l'extrême, mais la source de pollution n'est pas non plus nos
municipalités avec les eaux usées. Il y a des
municipalités qui ont des systèmes d'étangs
d'épuration. Je peux vous dire qu'il n'y a pas de grosses usines
d'épuration parce que le comté s'étend de
Saint-Roch-des-Aulnaies, La Pocatière jusqu'à la ville de
Dégelis, le JAL, Lejeune, Auclair et Saint-Juste-du-Lac, mais, par
contre, la plus grosse ville est La Pocatière avec près de 5000
habitants et la plus petite est Saint-Pierre-de-Lamy, avec presque 300 de
population. On les a dotées, l'année dernière...
Même le premier conseil municipal a été formé cet
automne, à l'élection municipale au mois de novembre. Ils sont
heureux d'appartenir à leur propre conseil municipal et d'avoir leur
propre indépendance, un peu comme on souhaite tous ici, au
Québec, notre propre pays...
Une voix: ...épuré...
M. Lévesque (Kamouraska-Témiscouata):
Épuré, oui. Je suis convaincu qu'avec ce programme qui...
Il n'est pas nécessaire d'attendre, comme je le disais tout à
l'heure, que tout le programme d'assainissement des eaux soit terminé.
Le programme d'assainissement des eaux a été mis en branle en
1978. On est maintenant en 1984. Il va sûrement durer encore plusieurs
années parce qu'on ne prend pas quatre ans à dépolluer 30
ans ou 40 ans de pollution. Cela va se faire graduellement.
Quand M. le député de Laprairie parlait de consultation
avec les municipalités, je pense que les municipalités ne sont
pas forcées. Elles sont consultées. D'ailleurs, j'ai pu remarquer
dans le projet de loi qu'elles auront aussi la possibilité d'avoir leur
financement fait par la Société d'assainissement des eaux. C'est
dans les notes explicatives du projet de loi. C'est très important pour
les municipalités de pouvoir profiter d'un organisme qui peut prendre
tout ce côté financier et l'administrer à des coûts
moindres, peut-être, qu'une petite municipalité pourrait le faire.
J'en suis très heureux et je voudrais aussi parler un peu du projet dont
le ministre de l'Environnement nous a parlé ce matin, le programme qui
pourrait et qui va être mis en vigueur dans les prochaines semaines ou
dans les prochains mois.
Ce projet de loi a pour but de modifier certaines lois existantes afin
de permettre aux municipalités, aux communautés urbaines
régionales d'exécuter des travaux afin d'améliorer la
qualité du milieu aquatique sur leur territoire et de favoriser
l'accès à ce milieu. C'est ce que j'expliquais tout à
l'heure. On se rappellera que le premier ministre annonçait, dans le
récent discours d'ouverture, sur lequel, malheureusement, je n'ai pas pu
exercer mon droit de parole étant donné ma grande
générosité envers mes collègues et étant
donné les heures réduites du discours d'ouverture... Je voudrais
en profiter en passant pour féliciter le premier ministre de son
discours d'ouverture, mieux vaut tard que jamais... Il disait, dans ce discours
d'ouverture: "La mise en place d'un programme de mise en valeur du milieu
aquatique s'adressant à toutes les municipalités du
Québec..." C'est ce qui est intéressant. Cela ne s'adresse pas
nécessairement aux municipalités de Montréal, de
Québec, ou de Trois-Rivières. Cela va s'appliquer à toutes
les municipalités, à celles, en tout cas, qui en font la demande
et, bien sûr, celles qui auront des cours d'eau ou des lacs à
traiter, à nettoyer ou à mettre en valeur.
Cependant, je me promets de le faire d'ici le 15 décembre,
après que toutes les ficelles auront été attachées
à tous les niveaux d'intervention. Le ministre nous disait, ce matin:
"Je peux quand même aujourd'hui faire le point sur ce qui nous a
amenés à créer et à concevoir un tel programme qui
constituera, en quelque sorte, le prolongement naturel du programme
d'assainissement des eaux". C'est sûr, c'est une continuité du
programme d'assainissement des eaux. (16 h 30)
Ce programme aura pour effet de responsabiliser les municipalités
en les associant à la démarche d'amélioration et de
nettoyage des rives et des cours d'eau. On sait aussi, avec la crue des eaux au
printemps, que l'on doit subir des débordements de cours d'eau et de
rivières qui causent assez souvent des torts à l'environnement.
Il sera possible aux municipalités, dans le cadre de ce programme,
d'instaurer différents travaux, de reboisement, par exemple, pour que
les rives soient plus solides, moins exposées à l'érosion.
Je pense que plusieurs municipalités, petites, moyennes et grosses, se
prévaudront de ce programme.
On sait que le programme d'assainissement des eaux, comme le disait le
député de Laprairie ce matin... Pour ma part, depuis quinze jours
ou trois semaines,
j'ai signé au moins cinq protocoles d'entente au nom du ministre,
représentant le ministre dans mon comté, avec cinq
municipalités de mon comté. Mon collègue a fait ressortir
les frais supplémentaires qu'il faudrait peut-être comptabiliser.
Quand on signe un protocole d'entente, on sait qu'il y a au moins 20% des frais
contingents qui y sont inclus, justement pour payer certains frais. Il peut
arriver qu'il y ait des frais supplémentaires dans des travaux de cette
envergure, c'est possible. Les 20% de frais contingents viennent combler les
dépassements, en totalité ou en partie.
Je ne suis pas inquiet quant aux protocoles d'entente que l'on a
signés avec diverses municipalités. Je sais que les travaux
seront presque terminés l'an prochain. Elles pourront donc
bénéficier d'une prime d'accélération si les
travaux sont terminés le 31 mars 1986, soit une réduction du
montant à payer.
On a parlé de la consultation des municipalités. Je pense
qu'il y a eu des consultations. Le ministre de l'Environnement et le ministre
des Affaires municipales ont consulté le monde municipal et je pense que
c'est en accord avec le monde municipal que le ministre des Affaires
municipales nous a présenté ce projet de loi.
Quant à moi, je vais appuyer ce projet de loi, c'est officiel, je
suis en faveur de ce projet on pourrait dire peut-être à 100%. Il
y aura peut-être quelques petites modifications; on verra en commission
parlementaire, lors de l'étude article par article. Pour le
bien-être, le mieux-être de nos citoyens et de nos citoyennes du
Québec, si les municipalités prennent le temps d'évaluer
l'impact qu'il y aura dans chaque municipalité, je pense que tout le
monde en profitera. Pour ma part, je vais appuyer le projet de loi. Merci, M.
le Président.
Le Vice-Président (M. Rancourt): M. le
député de Sainte-Anne.
M. Maximilien Polak
M. Polak: Merci, M. le Président. On parle sur le principe
du projet de loi no 6 qui a pour but la mise en valeur du milieu aquatique.
Quand on lit ce projet de loi, on y trouve de belles paroles, de beaux
principes, mais il faut être très prudent parce que la
réalité est tout à fait différente.
Le projet de loi autorise toute corporation locale, donc, les
municipalités, d'ordonner des travaux d'aménagement du lit,
incluant la rive et les terrains en bordure des rives des lacs et des cours
d'eau municipaux. Si la municipalité doit faire des travaux sur un
terrain appartenant à un propriétaire privé, à ce
moment-là, le propriétaire doit donner son accord. Du moment que
l'accord a été donné, le propriétaire reste
responsable des travaux d'entretien.
Le projet de loi n'explique pas du tout ce qui va arriver avec les frais
d'entretien. Il se peut fort bien que le propriétaire ait donné
la permission de faire des travaux, mais que les travaux qui seront faits par
la municipalité le soient d'une telle manière qu'ils
occasionneront beaucoup de frais d'entretien subséquents. Il faudrait
que le projet de loi aille beaucoup plus loin dans l'explication du
système envisagé.
Ce qui est plus sérieux encore, c'est que ce matin on avait deux
ministres qui expliquaient ce projet de loi présenté par le
ministre des Affaires municipales qui était accompagné par le
ministre de l'Environnement. En fait, ils ont parlé l'un après
l'autre. Pour démontrer la confusion, j'ai analysé ce qu'ils ont
dit.
Le ministre des Affaires municipales vient nous expliquer: voici, j'ai
de très bonnes nouvelles pour la population du Québec parce que
maintenant nous sommes arrivés à la troisième phase d'un
très grand plan. La première phase était la constitution
d'un ministère de l'Environnement. C'est donc une loi qui a
été promulguée, une loi contre la pollution. On a eu le
système d'inspection aussi. C'était la phase no 1 pour
protéger l'environnement. En d'autres termes on a mis en place
l'appareil gouvernemental.
Ensuite il disait: deuxième phase, celle de l'assainissement des
eaux. Tout le monde sait que les eaux étaient polluées, elles
sont encore polluées et on commençait donc avec un programme
d'assainissement des eaux où le gouvernement finançait les
travaux capitaux, les travaux de construction à 90% et les
municipalités contribuaient à 10%. Mais n'oublions pas que les
frais d'entretien sont entièrement à la charge des
municipalités.
Le même ministre des Affaires municipales continue: Voici, nous
sommes maintenant arrivés à la troisième phase. Nous ayons
eu la phase numéro 1 du ministère; phase no 2 l'assainissement
des eaux et maintenant nous avons la phase no 3, l'aménagement du
terrain autour des eaux, c'est-à-dire les rives et les terrains en
bordure des rivières et des lacs.
C'est bien beau de dire: nous sommes arrivés à la phase no
3, quand tout le monde sait qu'on n'a même pas terminé la phase no
2 à plus de 20%. En phase no 2 l'assainissement des eaux, des contrats
ont été signés pour un total de 4 700 000 000 $ et ces
travaux doivent être effectués sur une longue période de
temps, sur des années; 1 100 000 000 $ de travaux ont été
complétés pour à peu près 20% ou 25%.
Donc, ce que le gouvernement nous propose, c'est de dire: Voici, on va
vous donner un beau toit sur une maison sur
laquelle on n'a érigé qu'un mur. Nous, on dit: Commencez
donc avec quatre murs et ensuite on va construire un toit sur ces
murs-là.
Le ministre disait que la phase no 2 était déjà
complétée et qu'on est maintenant arrivé à la phase
no 3 concernant le milieu aquatique.
Ensuite, quand le même ministre a terminé son discours ce
matin en parlant de cette phase no 3 a été suivi par le ministre
de l'Environnement qui est en charge de la phase no 2 d'assainir les eaux. Tout
le monde sait que ça ne sert à rien de nettoyer les rives si
l'eau n'est pas pure.
Les deux ministres se sont basés sur le discours d'ouverture du
premier ministre René Lévesque du 16 octobre 1984, il y a juste
un mois ou deux. Le premier ministre avait dit: "Le deuxième grand
projet des prochains 12 ou 18 mois sera l'amélioration de la
qualité de l'environnement au moyen d'un vaste programme de mise en
valeur du milieu aquatique." C'est justement ça qu'on voit dans le
projet de loi 6.
Sans doute quand le premier ministre a parlé des prochains 12 ou
18 mois, c'était avant qu'il ait perdu un tiers de son cabinet parce
qu'il voyait à ce moment-là des élections plus tard.
À tout événement on parle dans le projet de loi 6 du
message d'ouverture.
Je continue à citer le premier ministre: "C'est dans l'eau que la
pollution se remarque le plus vite." Il ne parle pas de la rive autour de l'eau
du lac, il parle de l'eau même, comme nous autres de la phase no 2 et pas
de la phase no 3. Il dit: "C'est dans l'eau que la pollution se trouve et que
la dépollution se voit aussi le plus rapidement. Autant nous nous sommes
mis à dédaigner nos rivières et nos lacs pollués,
autant nous y revenons vite dès que la couleur et l'odeur de l'eau
redeviennent naturel." Nous sommes tout à fait d'accord avec ça,
le programme d'assainissement des eaux. On ne parle pas du programme des rives
qu'on trouve maintenant dans le projet de loi 6. (16 h 40)
On nous présente le projet de loi 6 tandis que la phase no 2 n'a
même pas encore été complétée. Ma
théorie est confirmée par le discours d'ouverture du premier
ministre qui dit justement que c'est dans l'eau que la pollution se remarque le
plus vite, pas sur les rives autour, dans l'eau même.
M. le Président, c'est bien connu qu'avant de nettoyer une rive,
il faut s'assurer qua le milieu soit assaini. Logiquement, il faut qu'un bassin
hydrographique - cela veut dire l'eau - soit complètement
épuré et assaini avant de commencer à nettoyer la rive et
à mettre en valeur le milieu aquatique. Pour rester dans la terminologie
du milieu, on pourrait dire qu'avec le projet de loi, on est train de passer un
sapin à la population. En anglais, on pourrait dire: We are in face of a
snow job, pour rester avec la température de l'hiver. Vraiment, on a une
belle terminologie. On vient avec un projet de loi qui semble promettre
à la population un tout beau programme, ce que le ministre appelle la
phase 3, tandis que la phase 2 n'a même pas encore été
complétée. Ça, M. le Président, ce n'est plus une
promessse. Je trouve cela presque malhonnête. Je trouve, comme
présentation à la population, que c'est un projet de loi... Quand
je dis l'expression "passer un sapin" - c'est une belle expression - c'est
exactement ce dont il s'agit.
Le ministre des Affaires municipales qui a parlé ce matin a
été suivi immédiatement du ministre de l'Environnement. Il
a dit: Voici, moi, le ministre de l'Environnement, je suis pour ce projet de
loi. Il n'a pas parlé du fait que son programme est
complété à 20% seulement, que ce n'est vraiment pas le
temps d'adopter ce projet de loi 6 quand son travail de l'environnement et
d'assainissement des eaux n'a pas été complété. Je
veux être certain; je le cite, parce que j'ai pris des notes quand il a
parlé. Il a dit: On va donner aux municipalités des guides pour
que, quand elles feront justement ces travaux, quand elles travailleront, elles
suivent certains guides en provenance de mon ministère. M. le
Président, cela m'a fait penser aux querelles qui existent entre les
différents ministères. Je vais vous donner un exemple. Un de mes
amis a une ferme. Ce ne sont pas toujours des gens de la ville qu'on
connaît. On connaît aussi des gens qui ont des fermes. Il fait
l'élevage des porcs. Il m'a dit qu'à un moment donné, il y
a eu un grand conflit entre deux ministères: le ministère de
l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation et le ministère
de l'Environnement. Un inspecteur du ministère de l'Environnement est
venu et a dit: La manière dont vous élevez vos cochons, ce n'est
pas correct parce que ce n'est pas bon, ce n'est pas sain pour l'environnement;
il faut faire toutes sortes de travaux, installer des tuyaux, toutes sortes de
choses. Ces petits cochons-là vont être logés dans une
cabane pas mal correcte. Je ne connais pas l'expression où les cochons
se logent d'habitude, M. le Président, mais selon l'inspecteur, cela
devait être une très belle place. D'autre part, l'inspecteur du
ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation est
venu et a dit: Cela ne tient pas debout parce que vous n'êtes jamais
capable d'élever vos cochons et faire des profits à cause du
contrôle des prix. Donc, il y a un conflit directement où deux
ministres - c'est bien connu, le ministre de l'Environnement et le ministre
de
l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation - ne s'entendent
pas. On a même vu cela dans d'autres ministères. Je vous dis, M.
le Président, que les deux ministres devant nous, ce matin, le ministre
des Affaires municipales et le ministre de l'Environnement, se contredisaient.
Le ministre des Affaires municipales n'a jamais dit, ce matin, qu'il
accepterait les standards qui sont imposés par le ministre de
l'Environnement. Il n'a pas parlé de cela. Le ministre de
l'Environnement a dit: Je veux être certain que, quand ils font faire des
travaux, mes standards me guident et vont être suivis. Je suggère
au moins au ministre d'avoir soit un comité interministériel ou
un organisme conjoint justement pour appliquer ce projet de loi, parce qu'on a
un beau terrain de conflits.
Le ministre des Affaires municipales a parlé, ce matin, de ce
beau projet Archipel. Je me rappelle très bien, la première fois
quand je fus élu en 1981, à peu près six mois plus tard,
qu'on parlait du projet Archipel. Comment? Parce que j'étais, à
l'époque, à la commission des engagements financiers. On voyait
des comptes qui étaient passés pour des gros montants: 150 000 $
ici, 50 000 $ là, pour les études, toujours des études des
ingénieurs. On a demandé ce que cela voulait dire, Archipel.
Là, on avait compris qu'il s'agissait d'un très grand projet,
presque une sorte d'installation hydroélectrique dans Montréal
même, pour remplacer presque les rapides de Lachine. Le compte augmentait
de plus en plus. Les études montaient de plus en plus.
HydroQuébec qui est impliquée là-dedans a donné,
à un moment, son opinion: Cela ne vaut pas la peine, ce n'est pas payant
et ce n'est pas bon non plus du point de vue environnemental de procéder
avec un tel projet. Entre-temps, on était rendu à un compte de
presque 40 000 000 $ au total. Des études, des études et des
études et des millions de dollars. Finalement, on avait compris qu'on
avait oublié ce projet. Sauf que c'était devenu... Maintenant on
dit: En vertu du projet de loi 6, Archipel va devenir - oublions l'aspect
hydroélectrique - un beau parc national qui va suivre les rives du
fleuve Saint-Laurent. Tout le monde a dit: En principe, cela semble très
intéressant. On n'a rien contre cela. Maintenant le projet de loi semble
couvrir cela.
Ce n'est pas toute l'histoire. Ce matin, juste par hasard, je lisais un
article dans la Gazette qui dit encore qu'Hydro-Québec, sur les
instructions du gouvernement, a repris ses études sur Archipel. Pas
juste pour nettoyer nos rives. Pas du tout. Encore pour les études
hydroélectriques. Je cite l'article en anglais: "Hydro-Quebec will spend
more than 1 200 000 $ building and testing a massive scale model of a dam that
may be built across Lachine Rapids. Là ils ont déjà
construit... Sur de grandes photos, on voit exactement cette maquette. Je
continue l'article. "The model, four times the size of the Montreal Forum - pas
juste une petite affaire, c'est une grosse affaire - will be a detailed
reproduction of the Saint-Lawrence River basin from the Mercier Bridge to
île aux Hérons, below the rapids... The provincial utility has
already spent more than 1 000 000 $ on building and testing a smaller model...
Hydro-Quebec will also spend another 200 000 $ - on est rendu
déjà à 1,2, à 3 000 000 $ - on a scale model of the
channel between île Perrot and Montreal island... The proposed dam is
part of Project Archipel, multimillion dollar scheme to regulate the water flow
around Montreal Island, generate hydroelectricity..."
Donc, on est encore revenu à ce projet hydroélectrique. Je
trouve cela presque triste parce qu'il y a un troisième ministre qui a
parlé cet après-midi. C'est le ministre des Affaires sociales qui
était jusqu'à hier le ministre du Loisir, de la Chasse et de la
Pêche. Il a parlé sur le projet de loi 6, ce fameux projet de loi
où on passe un sapin à la population. Je me disais: M. le
ministre des Affaires sociales, vous, vous avez le ministère des
Affaires sociales, tous les hôpitaux sont maintenant sous votre
contrôle du point de vue des services gouvernementaux. Au lieu de prendre
des millions et des millions de dollars pour des études
hydroélectriques sur Archipel - et pas seulement l'argent
d'Hydro-Québec, mais aussi l'argent que le gouvernement a investi dans
un tel projet de telles études - on devrait prendre quelques millions de
cette somme, donner cela au ministre des Affaires sociales pour régler
le problème des gens qui sont dans les lits d'hôpitaux dans les
corridors. Encore rien n'a été résolu. On peut venir
n'importe quand à Montréal visiter les grands hôpitaux, on
va trouver cela.
Il y a encore des gens qui entrent à l'urgence à
l'hôpital qui sont sur un lit dans les corridors. C'est un
problème. Son prédécesseur, avant de démissionner
comme ministre, avait dit: C'est une question de priorité. Nous n'avons
pas d'argent pour régler cela tout de suite, peut-être plus tard.
On a ces mêmes millions de dollars pour continuer les études sur
Archipel et sur le projet hydroélectrique. Quand j'ai dit tout à
l'heure qu'on est en train de passer un sapin ou en anglais, "they are passing
a snow job", je vous ai donné la preuve de cela.
Qu'est-ce que le milieu même pense de ce projet de loi? C'est bien
beau d'arriver avec ce projet de loi 6, mais il y a des gens qui sont
intéressés. J'ai une copie d'un télégramme qui a
été envoyé au ministre de l'Environnement, qui a
parlé ce matin, par la présidente de la Fédération
des associations pour la protection de l'environnement, la FAPEL. Je ne connais
pas la dame en
question. C'est Mme Hélène-Louise Élie, dont le
porte-parole m'a dit: C'est une femme extrêmement compétente.
C'est une dame qui représente une association de citoyens qui,
volontairement, veulent contribuer, donner de leur temps pour justement
résoudre ce problème de pollution et nettoyer les rives. (16 h
50)
Qu'est-ce que le télégramme dit? Il est d'aujourd'hui. "En
utilisant le vague prétexte de favoriser la mise en valeur du milieu
aquatique, on risque - le gouvernement, vous autres - d'annuler les efforts de
milliers de citoyens et d'ouvrir une porte facile à tous les promoteurs
désireux de modifier, à leur façon, les rives et le
littoral des lacs et des cours d'eau." Le ministre a reçu le
télégramme. Il a répondu ce matin. Il a dit: Pas de
problème! J'en ai pris note. Nous avons un respect absolu. Il n'y a
aucune crainte à avoir, parce qu'on va respecter l'opinion de ces
gens.
M. le Président, ce n'est pas assez. Nous avons reçu un
télégramme d'un organisme très représentatif de
gens, de volontaires de toute la province de Québec et ce n'est pas
assez de répondre: N'ayez pas peur, madame; nous sommes dans le respect
absolu de vous. Au moins, que ces gens soient entendus. Y a-t-il un conflit
entre les deux ministères, d'un côté, celui des Affaires
municipales et, de l'autre, celui de l'Environnement, comme je l'ai
expliqué? Qu'est-ce qui arrivera si les municipalités
exécutent certains travaux? Les municipalités ont quelque chose
à dire aussi. Elles nous avertissent déjà.
Récemment, en septembre, il y a eu une réunion de l'Union des
municipalités du Québec. L'autre ministre a parlé, celui
des Affaires municipales; il a dit: L'Union des municipalités du
Québec est pour ce projet de loi 6. Il n'a pas dit toute la
vérité, parce que, qu'est-ce que l'Union des municipalités
a dit, en septembre 1984, lors de la grande réunion? Elle a dit: Les
municipalités risquent de devenir, aux yeux des contribuables, les
grands responsables de cette nouvelle facture, parce qu'elles savent que cela
va coûter des millions de dollars. Elles veulent donc plus de pouvoirs
que ne leur en accorde le programme québécois. Actuellement, le
ministère pourrait choisir une solution de traitement moins
coûteuse à la construction, mais plus dispendieuse à
exploiter.
En d'autres termes, le gouvernement dit: Voici, nous finançons
jusqu'à 90% de vos travaux. C'est bien beau. En premier, il faut savoir
si les municipalités ont les 10% pour payer ce qui reste.
Deuxièmement, le gouvernement ne finance que la construction. Qui est
responsable de l'exploitation? Les municipalités. Là, le
gouvernement arrive avec un système qui coûte moins en
construction, mais qui coûtera plus cher d'entretien. Ce sont des
observations très graves. On parle d'un beau projet de loi; on a de
belles paroles, là encore un slogan péquiste, on dit que tout le
monde sera heureux et on n'a même pas consulté les gens
intéressés par ce projet de loi. Avant d'aller plus loin,
sérieusement, on devrait écouter ce que ces gens ont à
dire, parce qu'on parle de millions et de millions de dollars. Merci
beaucoup.
Le Vice-Président (M. Rancourt): M. le
député de Huntingdon.
M. Claude Dubois
M. Dubois: Merci, M. le Président. Il me fait plaisir
d'intervenir sur le projet de loi 5 présenté par le ministre des
Affaires municipales. Avant d'aborder l'étude du projet de loi comme
tel, j'aimerais revenir un peu sur certains propos que j'ai entendus tout
à l'heure de la part du député de
Kamouraska-Témiscouata, lorsqu'il était en train de nous
expliquer que le nettoyage des rives ne pourrait se faire sans ce projet de
loi. À ma connaissance, il n'existe pas de projet de loi au
Québec qui empêche les gens de nettoyer les rives, que ce soient
celles des lacs, des rivières ou du fleuve. Je ne peux pas comprendre
comment le député de Kamouraska-Témiscouata peut dire
à la population que, si le projet de loi n'est pas adopté, on ne
peut pas nettoyer les rives. Je trouve cela un peu ridicule. De toute
façon, je pense qu'il ne connaissait pas très bien la
portée de ce projet de loi.
Le projet de loi 6, Loi modifiant diverses dispositions
législatives pour favoriser la mise en valeur du milieu aquatique - on
le dit dans ses notes explicatives - a pour objet de permettre aux
municipalités et aux communautés urbaines ou régionales
d'exécuter des travaux afin d'améliorer la qualité du
milieu aquatique sur leur territoire et de favoriser son accès.
À prime abord, il pourrait sembler difficile de se prononcer
contre un tel projet de loi. J'ai bien dit "à prime abord", mais il
faudrait, avant de s'attacher à ce noble principe, voir peut-être
un peu les raisons qui justifieraient à ce moment-ci l'étude de
ce projet de loi et aussi la présentation d'un tel projet.
Je me demande, M. le Président, comment un gouvernement peut
être sérieux quand il prétend appliquer les mesures qui
sont incluses dans ce projet de loi, car là on parle de
régulariser le niveau de l'eau -c'est un pouvoir qu'on veut donner aux
municipalités - nettoyer les rives et les terrains en bordure, aussi
possiblement construire des plages et tout cela, avant qu'on ait
réglé le problème de la qualité de l'eau dans le
fleuve Saint-Laurent et aussi dans plusieurs tributaires du Saint-Laurent
comme dans certains lacs également. Je pense que c'est prendre
premièrement très peu au sérieux les problèmes qui
existent au Québec sur le plan environnemental au niveau de
l'écologie, au niveau de la qualité de l'air et de la
qualité de l'eau. Ce sont des domaines beaucoup trop sérieux pour
que le gouvernement, le Parti québécois s'en serve comme ballon
politique. On ne se sert pas des deniers publics, de la santé publique
comme outil partisan et électoraliste.
Ce projet de loi, il nous semble à nous tous de ce
côté-ci - et nous en ferons continuellement la
démonstration jusqu'à l'expiration de notre temps - ne pas tenir
debout. Il n'a ni queue ni tête. C'est un projet de loi qui a comme trait
caractéristique de donner de l'eau claire, de l'eau limpide aux
riverains, aux résidents. Un projet de loi est déposé pour
donner cette qualité avant d'avoir rendu l'eau limpide et propre. Le
monde est à l'envers. II n'y a plus rien à comprendre dans la
politique gouvernementale. L'aspect qu'on peut comprendre, c'est qu'on s'en va
vers une élection. L'aspect partisan est très important pour le
Parti québécois. Il faut préparer des lois
électoralistes. C'est en plein ce qu'on a. C'est pour cette raison que
nous sommes ici pour discuter cette loi-là.
M. le Président, j'ai indiqué tout à l'heure qu'on
ne peut pas faire de la santé publique un ballon politique. C'est
irrespectueux envers la population et c'est inacceptable. C'est exactement ce
que le gouvernement s'apprête à faire, le gouvernement et le Parti
québécois, parce que cela se tient ensemble, ce monde-là.
En plus, si on regarde le projet de loi comme tel dans ses notes explicatives
et au niveau des articles, il est très évident qu'on veut
créer un rêve. On veut créer des attentes dans la
population. On veut créer des attentes chez les riverains. On veut leur
faire croire que tout à l'heure et dans très peu de temps, on
aura des plages avec de l'eau limpide où l'eau ne sera pas dangereuse
pour la santé publique. C'est ce qu'on tente de leur faire accroire,
mais on n'a pas commencé à la source ou à la racine des
problèmes.
Il est très bien reconnu - et le ministère de
l'Environnement du Québec le sait - que la pollution du fleuve
Saint-Laurent est causée par les tributaires et les affluents du
Saint-Laurent. On n'a pas commencé à régler les
problèmes en amont. Des exemples, on pourrait vous en donner à
profusion. Aucun problème des tributaires majeurs du Saint-Laurent n'est
encore réglé à la hauteur de Montréal en partant de
Beauharnois et on voudrait aménager des plages particulièrement
dans la région de Lachine. Est-ce que cela tient debout? C'est à
la population de juger, mais je sais qu'elle portera très bientôt
un jugement sur le gou- vernement du Parti québécois.
Il y a une chose que la population devrait savoir actuellement. C'est le
pourcentage des eaux usées traitées au Québec. J'aimerais
faire ici une petite comparaison entre quelques provinces et le Québec.
Par exemple, à l'Île-du-Prince-Édouard, 100% des eaux
usées sont traitées; en Ontario - et je vous cite des chiffres de
1982 - on a 93% d'eaux traitées; au Nouveau-Brunswick, on en a environ
60%. En 1982, le Québec n'avait que 9% de ses eaux traitées,
seulement 9% des eaux usées étaient traitées au
Québec. Depuis, cette moyenne peut avoir augmenté à
environ 13% ou 14% au maximum, mais ce qu'il faut retenir, c'est que la moyenne
nationale d'eaux traitées au Canada était, en 1982, de 63% et au
Québec, en 1982, elle était de 9%.
Nous voyons tout de suite qu'il serait irréaliste de construire
des plages dans la région de Montréal dans de l'eau brune, dans
de l'eau polluée, dans de l'eau qui est impropre. Surtout, quand on voit
où devraient être mises les priorités. Quand on regarde le
chiffre de 9%, où le Québec est encore le grand champion des
provinces polluées avec son 9%, je pense qu'il est temps que le
gouvernement mette l'accent sur la dépollution de nos rivières,
de nos cours d'eau et, au moins, que les tributaires du Saint-Laurent puissent
déverser de l'eau propre dans le fleuve Saint-Laurent. Je pense que ce
serait une priorité. C'est absolument nécessaire, si on veut
arriver un jour à quelque chose au Québec. (17 heures)
J'indiquais tout à l'heure que le très haut degré
de contamination du fleuve Saint-Laurent est très bien connu aussi du
ministère. Le ministère sait très bien que le haut
degré de contamination des eaux du fleuve Saint-Laurent est causé
par les tributaires du Saint-Laurent. Ces tributaires, il faut qu'on amorce les
projets à ce niveau-là, si on veut arriver un jour à avoir
de l'eau qui est déversée dans le Saint-Laurent qui ait une
qualité propre pour que les gens puissent se baigner dans cette eau.
À la vitesse actuelle de la dépollution et du traitement
des eaux au Québec... À titre d'exemple, en 1984, ce sont environ
200 000 000 $ seulement, contrairement aux chiffres qui avaient
été fournis par l'ancien ministre de l'Environnement, c'est un
maximum de 200 000 000 $ environ qu'on dépensera cette année pour
le traitement des eaux usées. Selon les projections, on devait
dépenser environ 500 000 000 $. On ne dépensera même pas la
moitié de ce qu'on prévoyait pour 1984. On nous amène un
projet de loi comme si tout était réglé au Québec.
À la vitesse de croisière actuelle, cela prendra peut-être
20 ans ou 30 ans avant qu'on arrive avec une eau pure, une
eau limpide où on pourra se permettre, à ce
moment-là, d'installer des plages, de nettoyer les berges. En tout cas,
avant d'arriver à quelque chose pour faire baigner le public de
Montréal, vers Lachine particulièrement, il faudra
peut-être attendre 20 ans, à la vitesse de croisière
actuelle.
Le projet de loi va dans le sens d'habiliter les municipalités.
Tout ça, c'est bien beau. Habiliter les municipalités, mais
à faire quoi? Ce n'est certainement pas la ville de Lachine qui pourrait
se permettre d'installer des plages sur le bord du canal et sur le bord du
fleuve, parce que l'eau qui y arrive est brune. Il faut qu'elle soit
dépolluée. Il va de soi que le projet de loi a pour but de
nourrir des intérêts partisans, particulièrement. C'est un
projet de loi de stratégie. C'est un projet de loi opportuniste,
électoraliste. Quand on dit: Aménager des plages dans de l'eau
polluée, on peut penser à ce que le gouvernement veut faire avec
ça. Si on veut faire des élections et qu'on veut dire aux gens:
Regardez le beau projet de loi qu'on vient de faire adopter. Cela prend des
irresponsables et cela prend surtout des gens qui sont décrochés
de la réalité pour présenter au public
québécois un tel projet de loi. C'est d'être vraiment
irrespectueux pour les administrés de présenter un projet de loi
qui ne peut absolument pas apporter aucune solution, au moment où on se
parle, et pour plusieurs années à venir.
Mais il serait plus que temps que le gouvernement s'attaque aux vrais
problèmes que vivent actuellement les Québécois. Le bassin
de Laprairie, par exemple, la région d'Oka, le lac Deux-Montagnes... Je
ne sais pas s'il y a un ministre ou un député d'en face qui
oserait aller se baigner là-dedans. Pourtant, c'est dans la
région de Montréal. J'aimerais qu'un ministre me dise: J'aurais
le courage d'aller me baigner dans de l'eau impropre, dans de l'eau impure,
même dans de l'eau dangereuse pour la santé. Là, on verrait
que si c'était bon pour un ministre, cela serait peut-être bon
pour la population. Mais les ministres n'auraient pas le courage d'aller se
baigner là. Ce n'est pas meilleur pour la population. Ce n'est pas
meilleur pour les administrés.
À titre d'exemple, en parlant de pollution, le lac
Deux-Montagnes, où il y a 70 000 résidents riverains, il y en a
seulement 35 000 dont l'eau usée est traitée. La situation est
à peu près la même qu'elle était il y a dix ans ou
quinze ans. Il n'y a pas eu d'amélioration. On est toujours à 35
000 résidents qui déversent directement dans le lac
Deux-Montagnes. Le nombre de conformes est aussi élevé qu'il a
jamais été. Comment peut-on penser que, rendue à Lachine,
l'eau soit propre? Parce que tout ce qui est en amont de Lachine, tout ce qui
est en amont de Montréal amène des eaux qui sont
déjà polluées. Il faut regarder les rivières qui
sortent des terres du sud de Montréal, par exemple. Prenons la
rivière de Montréal, la rivière de la Tortue, la
rivière à la Guerre, qui se déverse dans le lac
Saint-François, les eaux ne sont pas propres. Il faut commencer par le
début, il faudrait commencer par régler les problèmes le
long des rivières. Dans ce sens, j'implore les trois ministres
reliés à ce développement, soit le ministre des Affaires
municipales, le ministre de l'Environnement ainsi que le ministre
délégué à l'Aménagement et au
Développement régional afin qu'ils apportent des solutions dans
le plus bref délai pour la protection de la santé publique au
Québec. C'est l'important et c'est ce que l'on veut apporter aujourd'hui
comme contribution, nous, les parlementaires.
Des études du ministère indiquent également que la
qualité de l'eau du Saint-Laurent ne s'est pas améliorée
d'une façon appréciable depuis 1978, depuis le lancement du
programme de M. Léger, ex-ministre de l'Environnement. Même si des
millions ont été dépensés à cet effet, la
qualité de l'eau du Saint-Laurent ne s'est même pas
améliorée et on pense y installer des plages. C'est joli:
Je parlais tout à l'heure de commencer par la racine, par les
causes de la pollution et de la contamination. Il y en a une que l'on
connaît très bien, la production animale. La production animale
engendre des problèmes de contamination des eaux et de pollution. Le
gouvernement actuel n'a pas eu le courage depuis huit ans d'offrir aux
producteurs agricoles des politiques qui leur permettraient de mieux
gérer les fumiers liquides, qui leur permettraient d'acheter les
équipements nécessaires pour retenir ces fumiers liquides. On a
toujours donné des subventions aux usines, mais on n'a jamais
donné un cent de subvention aux producteurs agricoles pour s'acquitter
d'un devoir, pour s'acquitter de la nécessité de voir au
bien-être public. Je pense qu'il est temps que le gouvernement pense
à cet aspect de l'aide aux producteurs agricoles pour régler un
problème crucial, celui de la contamination des eaux.
Il y a aussi chez les industries où il faudrait peut-être
mettre davantage d'accent. C'est sûr que beaucoup d'industries sont
pourvues d'un équipement antipolluant, mais il reste encore beaucoup
d'industries qui déversent des polluants dans les rivières, dans
les lacs et dans le fleuve. Le gouvernement a de quoi à s'attaquer. Il y
a tellement de problèmes au niveau de l'environnement auxquels le
gouvernement devrait s'attaquer, il n'y a aucune raison qu'il nous
présente une telle loi en nous demandant d'y consentir, des choses qui
ne peuvent se réaliser avant des années. On peut comprendre qu'il
y a tellement peu de
politiques cohérentes du côté du gouvernement, du
côté du Parti québécois, qu'une de plus ou une de
moins, cela ne changera pas grand chose. L'incohérence de ce
côté, c'est à l'année, et ce, depuis huit ans.
Nous sommes d'accord pour les plages, nous sommes d'accord pour les
parcs, nous sommes d'accord sur l'aménagement et la mise en valeur des
espaces bleus, on est tous d'accord avec cela. On pourrait donner notre
consentement, si on était certain qu'il n'y aura aucun danger pour la
santé publique, si l'eau n'était pas infecte, si elle
n'était pas remplie de conformes. On pourrait donner notre
consentement.
Il y a un aspect du projet de loi qui pourrait nous permettre d'accepter
la loi: s'il y avait un article ajouté à ce projet de loi qui
nous assurerait que l'application de cette loi ne pourra jamais entrer en
vigueur pour une municipalité avant que tous les problèmes
d'environnement ne soient corrigés sur le territoire ou avant qu'on ait
fait la preuve que les eaux du territoire où on veut y aménager
une plage soient propres. Il n'y aurait pas de problème, à ce
moment-là. Mais cette démonstration ne peut être faite car
il faudrait une échéance de peut-être dix ou quinze
ans.
Il y a d'autres endroits où on pourrait se servir des millions
que l'on veut injecter dans ce projet de loi; par exemple, des
dépôts d'ordures ménagères qui manquent
énormément dans la région de Montréal, le recyclage
des déchets, les dépôts pour des déchets toxiques.
Les subventions aux producteurs agricoles, comme je l'indiquais tout à
l'heure. Il faut obtenir une eau de meilleure qualité, c'est crucial, la
santé publique en dépend. C'est une responsabilité
gouvernementale et je pense que c'est au ministre de l'Environnement de donner
aux Québécois cette eau propre qu'ils attendent plutôt que
des mesures qui n'apportent absolument rien et qui ne peuvent être mises
en vigueur. (17 h 10)
Je remarquais tout à l'heure un télégramme qui
était adressé à M. Adrien Ouellette, le ministre, en
provenance de FAPEL. Ces gens-là n'ont même pas été
consultés. Il y a 650 associations qui font partie de FAPEL; il y a 150
000 membres qui font partie de FAPEL. Ces gens-là ont été
mis de côté.
Je vais juste faire lecture d'un bout d'article: "FAPEL a
contribué à faire adopter des règlements pour la
protection des rives et du littoral. Dans la plupart des MRC et
municipalités du Québec, les associations ont mis 15 ans
d'efforts à sensibiliser les citoyens du Québec sur l'importance
de conserver les rives et le littoral de nos lacs et cours d'eau ainsi que les
plaines d'inondation. Des milliers de villégiateurs organisent
annuellement un vaste programme de renaturisation des rives dans la plupart des
régions touristiques. Le projet de loi 6, préparé sans
aucune consultation - ce sont eux-mêmes qui le disent, ce n'est pas nous
-nous apparaît donc un sérieux recul."
Il y a 150 000 membres dans 650 associations qui font partie de FAPEL et
ces gens-là n'ont même pas eu le projet de loi avant qu'il soit
appelé ici en Chambre. Ils n'ont certainement pas pu être
consultés.
Je lisais aussi un article, dans la Presse du samedi 8 septembre, de
Michel Girard qui disait: "En dix ans, moins du quart des dépenses
prévues pour l'assainissement des eaux ont été
effectuées." Ce n'est pas seulement nous, du Parti libéral, qui
indiquons le grand retard apporté à régler les
problèmes d'environnement et d'assainissement des eaux au Québec.
De plus en plus des articles indiquent ce grand retard du gouvernement. Il y a
aussi des craintes formulées au niveau de la santé publique parce
que la qualité de l'eau potable au Québec n'est pas parfaite dans
toutes les municipalités. Même si on dit qu'elle est potable, elle
n'a pas la qualité qu'elle devrait avoir. C'est un autre problème
auquel le gouvernement devrait s'attaquer.
Il y a au Québec des choses beaucoup plus importantes à
faire que de présenter un projet de loi qui n'a ni queue ni tête,
un projet de loi qui ne peut être appliqué, qui est inapplicable.
Si on veut ridiculiser les citoyens, le gouvernement a choisi à peu
près le meilleur moyen. Il démontre peu de respect dans ce projet
de loi. Je veux dire que tout ce qui est important pour le Parti
québécois, c'est la réélection, mais ce n'est pas
servir les Québécois qui l'ont élus.
Je termine, M. le Président, en vous disant que je vais voter
contre ce projet de loi puisqu'il est inopportun, irréaliste et trop
électoraliste.
Le Vice-Président (M. Jolivet): M. le député
de Bellechasse.
M. Claude Lachance
M. Lachance: Merci, M. le Président. Je n'avais pas
l'intention d'intervenir sur ce projet de loi, mais en entendant ce que je
viens d'entendre de la part de quelques intervenants de l'Opposition, je ne
puis m'empêcher, pendant quelques minutes, de replacer les choses dans
leur contexte.
Ceux qui nous écoutent, s'il y en a encore qui écoutent
ces propos endormants, somnifères, vont bien se demander ce qui se passe
ici au Parlement cet après-midi et vont reconnaître que, encore
une fois, malheureusement, on entend un déluge de mots dans un
désert d'idées.
Qu'est-ce qu'il y a de si terrible dans le projet de loi 6? Rien de si
terrible, c'est
même un projet très positif.
À en croire les gens de l'Opposition, ce projet de loi serait
épouvantable, n'aurait pas d'allure, serait inacceptable, on ne pourrait
pas vivre avec ça.
Regardons ce qu'il y a là-dedans. C'est très simple. Le
projet de loi 6 va permettre de se donner une assise juridique pour faire des
travaux d'amélioration sur le bord des cours d'eau, de petits cours
d'eau surtout dans différentes municipalités à travers
tout le territoire du Québec. Qu'est-ce qu'il y a de si terrible
là-dedans? Je n'en reviens pas qu'on prenne la population pour des gens
qui ne sont pas capables de saisir l'importance qu'il peut y avoir d'assainir
notre milieu de vie, à donner une qualité de vie dans le milieu
où on doit travailler, dans le milieu des loisirs, etc.
C'est un projet de loi qui est incitatif et non pas coercitif, parce que
dans les différents articles qu'on y retrouve et qui font
référence à des modifications au Code municipal, à
la Loi des cités et villes en particulier, souvent le paragraphe
commence par "Peut". Vous savez qu'une municipalité ne peut pas faire
quelque chose lorsque ce n'est pas précisément prévu dans
la loi. Or, c'est tout simplement pour combler cette lacune que le ministre a
décidé de déposer ce projet de loi et de le faire adopter,
pour donner un instrument additionnel aux municipalités du
Québec. Il y a beaucoup de municipalités. Qui, mieux qu'une
municipalité, peut connaître les besoins de sa population pour les
faire valoir? C'est cet instrument que les municipalités du
Québec auront maintenant à leur disposition pour améliorer
la qualité de vie des citoyens.
On voit bien qu'il n'y a rien là et je ne comprends pas cet
acharnement, cette stratégie de l'Opposition à vouloir faire
durer le temps comme cela, à faire perdre le temps, un peu comme on l'a
fait ce matin à la période des questions. On a parlé
pendant presque les trois quarts de la période des questions de
questions constitutionnelles, alors que ce qui préoccupe la population,
c'est les questions économiques. De la même façon, M. le
Président, encore cet après-midi, on a eu une preuve que
l'Opposition ne joue pas vraiment son rôle, le rôle qu'elle devrait
jouer, d'être capable de dire que, quand une chose est bonne, elle est
bonne. On le dit, on passe à autre chose et on ne perd pas notre temps
ici, à l'Assemblée nationale.
Je commence à avoir hâte que cette attitude négative
change et on serait en droit de s'attendre que l'Opposition agisse d'une
façon beaucoup plus raisonnable, beaucoup plus rationnelle, mais c'est
peut-être trop lui demander. Tout ce qui pourra être de nature
à améliorer la situation, si c'est positif, cela risque
d'être positif aussi au niveau de l'électorat. Alors, les gens de
l'Opposition regardent cela et se disent: II ne faut pas que le gouvernement du
Parti québécois ait l'air de faire quelque chose qu'il y a du bon
sens. Mais non.
Tout simplement, je demanderais aux gens de l'Opposition de revenir les
deux pieds sur terre et de ne pas faire accroire à la population que ce
projet de loi est terrible et épouvantable alors qu'en
réalité, il n'y a rien là. C'est un projet de loi qui va
permettre aux municipalités de se donner les moyens, en tout cas un
instrument juridique, et qui va leur permettre d'améliorer des rives
afin d'en faciliter l'accès à la population et à leur en
redonner l'usage.
J'ai entendu certains intervenants dire: Ah, on pense à certains
endroits particuliers au Québec. Eh bien, c'est tout le territoire du
Québec qui est visé par l'application du projet de loi. En
particulier, on peut jeter un coup d'oeil sur les différents travaux qui
seraient admissibles à la suite de l'adoption du projet de loi. Par
exemple, on pourrait parler des travaux de nettoyage des rives. Je pense
à des cours d'eau dans mon comté, comme la rivière Boyer
qui coule dans les municipalités de Saint-Charles et de Saint-Vallier,
un cours d'eau qui aurait besoin d'être nettoyé et dont les rives
auraient besoin d'être améliorées. Les municipalités
sont très sensibles à ces améliorations.
Dorénavant, elles vont pouvoir le faire si elles le veulent, non pas les
forcer à le faire malgré elles, tel que l'Opposition semble le
laisser croire à la population. Il sera également possible
d'effectuer des travaux de stabilisation et de contrôle de
l'érosion. Vous savez que c'est un grave problème, au fil des
années, l'érosion. Également, des travaux
d'aménagement des rives à des fins d'usage public pour permettre
à la population d'aller un peu plus loin et de pouvoir se
détendre dans un milieu qui est sain.
Encore une fois, je considère qu'il n'y a rien là et
j'espère que les gens de l'Opposition vont dire: Là, on en a
assez; on a fait notre petit "show"; on termine et on passe à autre
chose, parce que le menu législatif est suffisamment chargé
à ce moment-ci de l'année pour permettre de s'attaquer à
des véritables problèmes.
Je me pose une question et je pense qu'on est en droit de se la poser
ici. On se demande si cette attitude de l'Opposition, ce n'est pas une absence
de stratégie qui découle de l'absence d'un chef. On peut se poser
la question, parce que.... (17 h 20)
Une voix: C'est qui votre chef.
M. Lachance: ...si on circule dans les différentes
commissions parlementaires, on constate qu'il y a une résistance, un
blocage un peu partout, des gens qui veulent avoir l'air de bien faire leur
travail alors qu'en réalité, c'est de l'obstruction qui se
passe.
Je pense que la population ne nous paie pas ici pour travailler pour les
représenter et agir tel que vous le faites présentement,
messieurs, mesdames de l'Opposition. J'espère que vous allez revenir
plus rapidement à quelque chose de concret.
Je vois ici quelques collègues de l'Opposition qui ont
déjà été maires. Est-ce que vous pensez que votre
population dans vos municipalités aurait accepté que vous
agissiez comme cela lorsque vous étiez au conseil municipal? Je ne pense
pas cela. Ils auraient dit: Agissez, passez à l'action ou bien "clairez
la place". Les gens de l'autre côté, s'ils veulent aspirer un jour
à être du côté du gouvernement, qu'ils agissent de
façon beaucoup plus positive. C'est cela que la population attend d'eux
et c'est de cette façon qu'ils vont avoir l'estime de la population,
bien plus que de la façon dont vous vous comportez
présentement.
Je ne les implore pas parce que je n'ai pas à implorer ces gens,
mais je fais appel à leur bon sens pour qu'ils reviennent à
quelque chose de beaucoup plus positif et que, finalement, ils acquiescent
après avoir fait leur baratin, et nous disent: d'accord, on y va. On a
fait ce qu'on avait à faire. On a dit ce qu'on avait à dire. On
ne perd pas notre temps à parler de 56 patentes qui sont
différentes du principe du projet de loi 6. J'espère que ces
propos seront entendus et qu'on va être capable de passer à autre
chose un peu plus loin au cours de cette journée. Merci.
Le Vice-Président (M. Jolivet): M. le député
de Papineau.
M. Mark Assad
M. Assad: Après avoir écouté notre
collègue ici, je voudrais dire que le ministre et les
députés ministériels voudraient nous inonder avec une
rivière de mots dans laquelle il n'y a pas une goutte de logique. Quand
on regarde le projet de loi, c'est tellement évident! Justement, il y a
quelques semaines j'étais avec le conseil municipal de
Saint-Rémy-d'Amherst et dans cette municipalité ils ont un grand
lac. Le problème c'est que depuis des années ils n'ont pas pu
nettoyer le lac, c'est-à-dire qu'il y avait des gens qui avaient des
égouts qui entraient dans le lac. Ils sont intéressés
à avoir de l'aide, à procéder à l'assainissement
des eaux. Ils ne sont certainement pas intéressés à
nettoyer leurs cours d'eau et les rives. Ils sont plutôt
intéressés à avoir l'aide du gouvernement et à
mettre fin à la pollution de ce lac dans leur municipalité. On
pourrait parler de plusieurs. J'en ai 35 municipalités dans le coin.
Essentiellement, il me semble que c'est logique. On a des
problèmes de pollution de nos cours d'eau et de nos rivières au
Québec. Comment voulez-vous, d'après le projet de loi 6, demander
aux municipalités de s'engager davantage sur le plan financier à
nettoyer les rives des cours d'eau quand il y a une pollution qui descend dans
nos rivières à plusieurs endroits. La première chose
à faire c'est de mettre fin à la pollution dans nos
rivières et dans nos cours d'eau.
Combien d'exemples pourrait-on donner? Dans notre région, chez
nous, dans la région de l'Outaouais, les municipalités ont fait
de grands sacrifices. On a conçu notre plan d'épuration dans la
municipalité de Templeton qui est maintenant regroupée dans la
CRO. Ce plan d'épuration a coûté des centaines de millions
de dollars. Avec le temps, vu qu'on a arrêté la pollution de la
rivière des Outaouais et le reste, cela va se nettoyer.
Des rapports d'experts nous disent que quand ils terminent la pollution
dans les cours d'eau, la nature prend ses moyens et après un nombre
d'années, la pollution accumulée graduellement ça part.
Imaginez-vous, dans notre région, au lieu d'avoir eu un plan
d'épuration, si on était embarqué dans un programme comme
ils proposent dans le projet de loi 6 et on aurait nettoyé les rives et
les cours d'eau. Ce n'est pas logique. En l'espace de quelque temps, on serait
rendu au même point.
Essentiellement, le projet de loi 6 est présenté
peut-être dix ans avant son temps dans le sens où, avant de
pouvoir nettoyer ou arrêter la pollution, on devrait nettoyer les rives
et les cours d'eau. Si on regarde le télégramme de l'organisme
FAPEL, ces gens sont surpris de ne pas avoir été
consultés. Cela fait des années et des années que ces gens
sont impliqués dans l'assainissement des eaux. Ils veulent
évidemment améliorer l'environnement. Il faudrait tenir compte de
leur point de vue. Ils trouvent qu'il faut, premièrement - c'est
logique; dites-le moi si ce n'est pas logique - mettre fin à la
pollution. Combien de municipalités dans vos comtés n'ont pas ce
problème? L'égout arrive directement dans la rivière,
comme c'est le cas chez nous. Évidemment, depuis deux ans, à
quelques reprises, elles ont eu la visite du ministère de
l'Environnement. Les gens de l'Environnement veulent commencer des
négociations avec quelques municipalités de mon coin pour
l'assainissement des eaux.
Les seules municipalités de ma région qui ont des
problèmes de pollution sont la municipalité de Papineauville, de
Thurso. Évidemment, c'était logique que ces municipalités
se soient engagées dans ce programme pour mettre fin à la
pollution, c'est-à-dire d'avoir des usines d'épuration afin que
les eaux usées soient traitées avant de se rendre dans les
rivières. Mais vous arrivez ici avec un projet de loi qui demande
aux municipalités de se lancer davantage dans des
dépenses. À quoi est-ce que cela va servir? Qu'a-t-on à
faire dans le moment vu que les coûts sont énormes et que c'est
une nécessité absolue d'arrêter la pollution? C'est assez
difficile de comprendre comment on peut présenter un projet de loi
à ce moment-ci et, comme mes collègues l'ont mentionné,
mettre la charrue devant les boeufs. Il me semble qu'avec un peu de
consultation et un peu de logique, les différents conseils municipaux
vont vous dire: Notre premier objectif, c'est de nettoyer, c'est-à-dire
d'empêcher la pollution de nos rivières. Mais vous arrivez avec
cela... Je suis convaincu que si vous venez dans ma région, dans les
municipalités du comté de Papineau et que vous pressentez les
maires des municipalités ou les conseils et que vous leur dites: Nous
avons un programme et on veut nettoyer les rives, ils vous diront: Au lieu de
nettoyer les rives, on va arrêter la pollution.
Je regarde votre programme d'assainissement dont vous parlez depuis des
années. On a annoncé dans le discours d'ouverture du premier
ministre qu'il y aurait 3 600 000 000 $ de dépensés dans ce
programme pour l'assainissement des eaux. On reconnaît que c'est une
priorité, mais, jusqu'ici, combien a été
dépensé sur le budget total qui était prévu depuis
1978? Le budget total était de 4 700 000 000 $. On a
dépensé, à ce jour, 1 100 000 000 $. À ce montant,
on inclut les usines d'épuration comme celles de la Communauté
régionale de l'Outaouais, de la Communauté urbaine de
Québec et de la Communauté urbaine de Montréal.
Par votre programme d'assainissement des eaux, si on regarde les
chiffres, cela va prendre, comme mon collègue de Laprairie l'a
mentionné, au moins neuf ans avant d'avoir terminé
l'assainissement des eaux. À ce moment-là, les
municipalités ne seront-elles pas trop endettées? Si elles ne
sont pas trop endettées, probablement que le projet de loi 6 va
être une possibilité. Ce n'est certainement pas une
possibilité à l'heure actuelle, loin de là.
M. le Président, l'organisme FAPEL a une inquiétude. Il
demande d'être consulté. Il me semble que l'ancien ministre
responsable de l'environnement s'est vanté, les années
passées, de la contribution des organismes à but non lucratif. Il
a dit qu'il considérait la totalité de la population comme des
inspecteurs pour l'environnement. Mais pourquoi ne pas consulter ces
inspecteurs à l'heure actuelle? Il y a des organismes par excellence. Il
y aurait moyen de le faire et je suis sûr, M. le Président, qu'au
lieu de devancer le projet de loi 6, cela ne prendra pas de temps à se
rendre compte que la totalité de ceux qui sont concernés dans les
municipalités, s'ils sont obligés d'investir dans
l'environnement, pour améliorer l'environnement dans leurs
municipalités, ils sont certainement intéressés à
mettre fin à la pollution. C'est le problème de l'heure et c'est
l'évidence même. (17 h 30)
Donc, quand j'écoute les députés
ministériels, on ne parle pas de cela. Est-ce qu'on n'est pas d'accord
sur le fait que la première chose qu'on voudrait faire - il y a la
pollution industrielle qu'on connaît; il faut que ce soit nettoyé
- mais est-ce qu'on peut arriver et demander à la population pendant un
certain nombre d'années de contribuer, par les taxes, évidemment,
littéralement des milliards de dollars? Et quand on regarde des
rapports, il y en a qui disent que le projet avancé par le gouvernement,
4,7% plus la contribution des municipalités, cela représente
environ 6 000 000 $, mais on sait qu'avec le temps, les frais augmentent et
finalement, le projet va coûter combien? 10 000 000 000 $ ou 11 000 000
000 $. C'est un endettement considérable. Je vois que mon
collègue, le député est d'accord. Cela me fait
plaisir.
Une voix: Le député de Terrebonne.
Motion de report
M. Assad: Le député de Terrebonne. Finalement, M.
le Président, si je regarde tous les arguments de mon collègue,
le député de Laprairie, je pense qu'à ce moment-ci, je
désire présenter la motion de report suivante qui se lit: "Que la
motion en discussion soit amendée en retranchant le mot "maintenant" et
en ajoutant à la fin les mots "dans trois mois"." Si vous voulez, M. le
Président, je vais la déposer.
Le Vice-Président (M. Jolivet): Certainement. Je dois vous
interrompre dès ce moment-ci puisqu'en vertu de l'article 203 sur un
débat restreint, nous devons partager le temps entre les formations
politiques en tenant compte des députés indépendants qui
veulent intervenir dans le débat. Je pourrais vous suggérer pour
le moment de commencer le débat pour que les leaders puissent se
rencontrer et qu'on puisse ensuite déterminer le temps, mais de
façon générale, jusqu'à maintenant, c'est un
partage 50-50 du temps. De chacun des temps de chacune des formations
politiques est prélevé un temps de cinq minutes pour un
indépendant qui veut parler. Je suis prêt à commencer
à partir de maintenant les deux heures de débat prévues
pour ce débat restreint. Avez-vous l'intention d'intervenir ou si c'est
une autre personne de votre formation qui intervient?
M. Rocheleau: Question de règlement, M. le
Président.
Le Vice-Président (M. Jolivet): Oui, M. le
député de Hull.
M. Rocheleau: Je pense que l'intervention que vous venez de
faire, c'est en vertu de l'article 203. Est-ce qu'il n'y aurait pas lieu, au
préalable, que les leaders s'entendent sur le temps à partager et
est-ce qu'on ne pourrait pas attendre que cette entente se fasse avant de
commencer le débat sur la motion de report?
Le Vice-Président (M. Jolivet): C'est ce que je venais de
vous dire en vous disant que normalement, jusqu'à maintenant, l'ensemble
des débats était partagé de cette façon-là,
mais pour ne pas perdre de temps à l'Assemblée nationale, ce que
j'étais prêt à faire, c'est de permettre aux leaders de
s'entendre sur le partage du temps et me le faire parvenir de telle sorte que
je puisse vous le donner, tout en permettant de commencer à partir de
maintenant les deux heures prévues avec une première intervention
qui, elle, sera dans le temps prévu et réparti entre les leaders.
D'accord? Donc, c'est le député de Pontiac qui commencerait le
débat? Allez, M. le député de Pontiac.
M. Robert Middlemiss
M. Middlemiss: Merci, M. le Président. Cela me fait
plaisir de prendre la parole sur la motion de report. Une des raisons
principales, c'est que nous avons vécu, nous, dans l'Outaouais, tout
récemment, un geste posé par le ministre des Affaires municipales
qui, à la suite du rapport de la commission Robidas qui étudiait
la délimitation des MRC, le choix des régions et qui a soumis un
rapport... Je sais que le ministre des Affaires municipales est arrivé
tout récemment dans son travail, mais il est parti tout croche. Il est
parti tout croche en lisant un rapport. Il est arrivé à la course
deux jours après le dépôt du rapport et il décide:
II va y avoir un référendum sur une des recommandations du
rapport Robidas pour créer une ville avec Hull, Aylmer et Gatineau.
Quand je vois un geste comme ça, cela me démontre que dans ce cas
précis; le ministre n'a pas pris le temps de consulter les
premières personnes concernées, soit, premièrement, le
maire de chacune de ces trois municipalités ainsi que les maires des
autres municipalités qui faisaient partie de la CRO. Donc, un geste de
ce genre ne m'inspire pas tellement confiance.
Tout récemment, ce même ministre a dû revenir dans la
région à la suite des réactions des maires des trois
municipalités pour nous dire: Messieurs, je viens de constater que les
maires n'en veulent pas. Donc, il ne sert à rien de procéder
à un référendum qui aurait coûté 250 000 $ ou
300 000 $, lorsqu'on sait déjà que les gens n'en veulent pas.
Pour un ministre qui fait un tel geste, on va utiliser l'expression
qu'un chat échaudé a peur de l'eau froide. De plus, FAPEL, un
organisme qui travaille dans le domaine de l'environnement depuis des
années, depuis quinze ans a envoyé un télégramme au
ministre de l'Environnement, hier, lui disant: Cela fait des années
qu'on travaille dans ce domaine-là. Je vais en lire des passages pour
démontrer son inquiétude. Je crois que cet organisme sera un
organisme parmi d'autres qui sont impliqués dans le domaine de
l'environnement et qui devraient être entendus dans une commission
parlementaire pour qu'on puisse réellement faire un encadrement pour
établir le fait que oui, on veut protéger l'environnement. Mais
de quelle façon les municipalités peuvent-elles y participer? De
quelle façon? Quel genre de programme va-t-on présenter pour que
tout cela s'encadre bien?
J'aurais une autre raison. Souvent, de ce côté-là,
lorsqu'une loi est adoptée et que quelque chose va mal, on nous met dans
la face: Vous avez voté pour. Vous avez voté pour le principe. Je
pense qu'on a appris notre leçon. Il y a aussi une autre raison. C'est
que, les trois mois vous donneraient peut-être une chance de faire un
consensus pour que vous participiez plus en cette Chambre aux débats.
Vous êtes combien là? Il y en a plusieurs qui sont entrés
en cette Chambre depuis la motion de report. Où étiez-vous avant?
Où étiez-vous? Je pense qu'il y a certainement un manque
d'intérêt de ce côté-là. C'est peut-être
juste ça. Ce serait une bonne chose que vous puissiez tous, chacun de
vous, prendre connaissance du projet de loi qui est devant nous, que vous
puissiez aussi participer. Il y a très peu de participation de votre
part. Ce serait une raison de plus pour le report de ce projet de loi afin que
tout le monde puisse y participer.
Je parlais de FAPEL qui a fait parvenir un télégramme au
ministre. Je pense que c'est un organisme qui devrait être entendu. Ils
ont quinze ans d'implication dans l'environnement et cela leur donne
certainement une expérience que d'autres regroupements n'ont
peut-être pas. Ils nous disent: Le projet de loi 6, préparé
sans aucune consultation, nous paraît donc un sérieux recul. Cela
fait quinze ans qu'on demande à ces gens-là de faire leur travail
et ils disent que c'est un sérieux recul. Il faut s'assurer que l'on
donne aux municipalités, que l'on donne à la population du
Québec un projet de loi sur l'environnement qui va assurer que les rives
des rivières seront nettoyées à la suite de
l'assainissement des eaux. Je pense que c'est ce qu'on recherche tous. Mais il
faut toujours commencer par la base et aller
consulter les gens du milieu. Il y a d'autres organismes, j'en suis
certain, qui aimeraient se faire entendre. Il y a tout ce problème.
Même notre porte-parole des Affaires municipales a posé des
questions au ministre de l'Environnement. Quelle réponse a-t-on
reçue? Ah! On va respecter les lois. Quelles lois? (17 h 40)
Même FAPEL disait qu'elle aurait préféré que
le gouvernement, au lieu de présenter le projet de loi 6 adopte
plutôt un règlement-cadre qui se fait toujours attendre sur la
protection des rives et du littoral. Est-ce qu'on ne devrait pas commencer,
premièrement, avec cela? C'est ce que nous voulons, attendre trois mois
pour nous donner une chance de faire la consultation voulue. Est-ce que les
maires des différentes municipalités n'aimeraient pas savoir
quelle sorte de programme c'est, quels seront les coûts, quel sera le
partage des coûts? Je pense que c'est quelque chose de ce genre qui
pourrait être extrêmement utile, qui permettrait au ministre des
Affaires municipales de nous présenter un projet de loi qui pourrait
être accepté des deux côtés de la Chambre, mais un
projet de loi qui collerait à la réalité, à ce que
les gens veulent. Je pense que c'est cela, notre rôle.
À tout bout de champ aujourd'hui, on nous a accusés
d'être négatifs. Ce n'est pas cela, nous avons un devoir et nous
voulons nous assurer que lorsqu'on aura décidé qu'un projet de
loi aura une permanence, ce ne sera pas un projet de loi qui va nous obliger
dans quelque temps à revenir pour faire des changements. Passons donc
à la consultation. On a eu des expériences dans le passé.
Parlons de la loi 43, qu'est-il survenu? On s'est opposé à la loi
43, elle a été adoptée mais où en est-elle
aujourd'hui? On a un projet de loi 94 qui est mis au rancard. Pourquoi? Parce
que la population n'en veut pas. On a tenté de dire au gouvernement que
la population n'en voulait pas.
Parlons d'un projet de loi qui est en commission. Cela a pris deux ans
avant d'obtenir un projet de loi qui pouvait peut-être coller à la
réalité. Pourquoi cela a-t-il pris tellement de temps? Pourquoi
cet entêtement? Nous voulons être positifs, nous voulons aider; il
y a des gens qui sont préoccupés par ces choses. Nous voulons
tous un meilleur environnement, nous voulons tous pouvoir
bénéficier de lacs et de rivières propres dans chacun de
nos comtés, mais assurons-nous que lorsqu'on adoptera un projet de loi,
que ce projet de loi colle à la réalité, que ce sera un
projet de loi dont les municipalités voudront, qu'elles pourront
utiliser en temps opportun.
En terminant, j'espère que le ministre des Affaires municipales,
qui vient de vivre une expérience assez mauvaise... Je crois que sa
décision dans l'Outaouais était peut-être de bonne
foi...
Une voix: Elle ne l'était pas.
M. Middlemiss: Elle l'était peut-être, je lui donne
le bénéfice du doute. Il était peut-être de bonne
foi, mais il a agi peut-être un peu trop vite, il n'a pas consulté
avant d'agir. Pour éviter que cela se présente encore, je lui
suggère, je lui demande d'accéder à cette requête
afin qu'on puisse entendre tous les gens intéressés dans le
milieu. Par le fait même, on sera certainement assuré d'avoir un
projet de loi plus acceptable que celui-là. Merci, M. le
Président.
Le Vice-Président (M. Jolivet): Avant de procéder
à l'audition de la prochaine personne, qui serait le ministre des
Affaires municipales qui interviendra sur la motion de report, le temps est
calculé 50-50, tenant compte qu'une personne indépendante peut
participer à ce débat. Il est prévu 5 minutes d'un
côté et 5 minutes de l'autre. Le temps utilisé par une
formation sera final, c'est-à-dire que si on ne le prend pas tout, on ne
le prend pas tout.
M. le leader du gouvernement.
M. Bertrand: Merci, M. le Président. Il y aurait
consentement pour que ce soir, au moment du vote qui, normalement, sera pris
sur la motion de report, il n'y ait pas de vote enregistré ni de vote
à main levée, mais simplement une adoption ou un rejet sur
division.
Le Vice-Président (M. Jolivet): D'accord.
La parole est au ministre des Affaires municipales.
M. Alain Marcoux
M. Marcoux: Cette motion de report me rappelle l'habitude
libérale, spécialement durant le premier mandat de 1976 à
1981, alors que, sur l'ensemble des projets de loi importants de ce
gouvernement, on décidait de présenter des motions de report. Ce
n'était pas le temps d'agir dans le domaine de l'assurance-automobile,
il fallait continuer d'étudier...
Une voix: Une vieille cassette.
M. Marcoux: Oui. Le député de l'Opposition dit que
c'est "une vieille cassette". Votre motion de report est une vieille cassette,
en effet, ça fait partie de la tradition du Parti libéral qui
nous dit d'agir mais qui, en même temps fait l'essentiel de ses efforts
pour retarder les travaux de cette Chambre. C'était utilisé
durant notre premier mandat de façon
régulière. Pour l'assurance-automobile, ça faisait
sept ou huit ans qu'on étudiait le problème. Il y a eu des
commissions d'études au temps des libéraux parce que
c'était la spécialité, du temps des libéraux, les
commissions d'études.
Lorsque le temps est venu d'agir dans le cas de l'assurance-automobile,
les libéraux ont proposé une motion de report disant que la
solution au problème pouvait attendre.
Quand est arrivée la protection du territoire agricole, qu'ils
avaient étudiée durant des années, la même
stratégie du Parti libéral: motion de report, il fallait encore
étudier le problème du zonage agricole, regarder toutes sortes de
solutions, consulter encore. En fait, la tradition du Parti libéral du
Québec est: étudions, étudions, ne décidons rien.
Demandons au gouvernement d'agir mais essayons de bloquer son action de
façon régulière.
La Loi sur la santé et la sécurité du travail, la
loi 17. On était tous conscients des problèmes des
accidentés du travail, des mesures qu'il fallait prendre, des efforts
qu'il fallait faire, impliquer les travailleurs, les syndicats et le patronat
dans la lutte contre les accidents du travail. Encore là, motion de
report pour nous empêcher d'agir.
Sur la fiscalité municipale, supposément que la
réforme proposée par le gouvernement n'avait pas
été suffisamment étudiée, qu'il n'y avait pas eu
suffisamment de consultation. Encore là il y avait eu une motion de
report de la part de l'Opposition libérale. Tout ceci dans une intention
évidente de paralyser l'action administrative, l'action
législative pour pouvoir dire par la suite que les problèmes
n'avaient pas été réglés, que le gouvernement
n'avait pas agi.
Nous voici à cette session où la même
stratégie recommence à nouveau, même cassette - exactement
comme le terme du député de l'Opposition l'indique - avec le
projet de loi 42. Ça fait déjà cinq ou six ans que le
problème de l'indemnisation des maladies professionnelles, des
lésions professionnelles est étudié à la fois par
la Commission de la santé et de la sécurité du travail,
par les syndicats, par le patronat. Toutes les solutions ont été
examinées. Le gouvernement arrive avec un projet de loi et le Parti
libéral souhaite qu'on reporte les solutions, qu'on continue
d'étudier, qu'on continue d'analyser.
C'est la même technique aujourd'hui, alors qu'on nous dit que le
gouvernement doit faire porter l'essentiel de ses efforts sur le
développement économique. Voilà un projet de loi qui a
pour but de faciliter la mise en oeuvre d'un nouveau programme du
ministère de l'Environnement pour améliorer les berges, les
rives, pour faire en sorte que des travaux se fassent, pour que, en même
temps que nous assainissons les eaux du Québec, nous facilitions
l'accès à ces eaux, à ces rives, à ces espaces
bleus pour l'ensemble de la population du Québec. Et voici qu'on nous
arrive avec une motion dilatoire, traditionnelle pour le Parti libéral,
une motion de report en nous disant qu'il faudrait davantage étudier,
analyser, écouter, consulter mais surtout ne pas agir.
Ce même Parti libéral qui reproche au gouvernement son
inaction propose lui-même une mesure, par cette proposition de report,
qui est une mesure dilatoire, une mesure pour retarder l'action du
gouvernement.
M. le Président, je ne veux pas interpréter cette motion
comme étant contre ce projet de loi spécifiquement puisque ce
projet de loi a simplement pour but de donner de nouveaux pouvoirs aux
municipalités pour leur permettre de bénéficier pleinement
d'un programme d'investissements qui sera présenté par mon
collègue de l'Environnement dans les semaines qui viennent. L'intention
est claire et nette. L'opposition du Parti libéral a dit: II y a eu une
certaine crise au sein du gouvernement. Ce que le Parti libéral veut,
c'est que le 21 décembre on puisse dire aux Québécois:
Vous voyez, il y a eu seulement trois lois, quatre lois ou cinq lois
d'adoptées par ce gouvernement durant la session, depuis qu'elle est
ouverte, à la mi-octobre. Évidemment, en passant sous silence le
fait qu'il y a eu un discours d'ouverture, donc un certain nombre de semaines
consacrées à la réplique au discours d'ouverture. On veut
invoquer l'absence d'action du gouvernement dans le domaine de
l'économie en général et dans différents secteurs
en particulier. Mais c'est le Parti libéral lui-même, par ses
propositions de report de discussion ou d'adoption de projets de loi, qui veut
faire la preuve que nous n'avons pas adopté de loi.
C'est un cercle vicieux. En somme, c'est pour pouvoir faire une belle
conférence de presse le 22 décembre où le chef de
l'Oppositon libérale dira: Vous voyez, ce gouvernement-là a
été inactif; il ne s'est pas occupé d'économie; il
n'a pas travaillé; il a passé son temps à s'occuper des
problèmes internes du Parti québécois et à
régler une crise gouvernementale; vous voyez, il n'y a pas eu de
nouveaux programmes d'action de mis en oeuvre, il n'y a pas eu de nouvelles
lois de mises en oeuvre pour répondre aux besoins des
Québécois. Mais le chef de l'Opposition se gardera bien de dire:
Nous avons été coupables en partie de cette situation puisque
nous avons voulu retarder l'adoption des projets de loi,
particulièrement le projet de loi 6 qui est un projet de loi qui va
permettre des investissements dans le domaine économique, des
investissements considérables, auxquels le gouvernement va participer
financièrement avec les municipalités. (17 h 50)
En somme, au lieu de se prononcer sur
le contenu du projet de loi, on fait des procès d'intention sur
le programme à venir et qui va en découler, un programme qui va
faciliter et inciter les municipalités du Québec à faire
des investissements pour rendre les cours d'eau accessibles, pour
améliorer les cours d'eau, pour rendre les rives et les berges du
Québec accessibles à nos concitoyens. C'est un programme qui, en
toute logique, est le prolongement du programme d'assainissement des eaux du
Québec. On a décrié, dans certains discours, le programme
d'assainissement des eaux du Québec en disant que les investissements
qu'il devait entraîner ont été retardés. C'est vrai.
Le ministre de l'Environnement lui-même a reconnu qu'il y avait des
problèmes administratifs au sein du ministère de l'Environnement
dans les années passées, que les relations entre le
ministère de l'Environnement et la Société
québécoise d'assainissement des eaux n'étaient pas ce
qu'on pourrait dire au beau fixe durant un certain nombre d'années. Mais
c'est justement depuis que le nouveau ministre de l'Environnement est
là, depuis un an ou un an et demi, depuis deux ans. Il s'est
employé à régler ces problèmes de juridiction entre
la Société québécoise d'assainissement des eaux et
le ministère de l'Environnement, à régler les
problèmes administratifs internes, les décisions et les prises de
position du ministère de l'Environnement. De plus, il a convaincu le
Conseil des ministres d'augmenter la part des subventions du Québec au
programme d'assainissement des eaux de 80% à 90% lors du plan de relance
de l'économie du Québec, à l'automne 1983, adopté
à Compton par un Conseil des ministres spécial. Nous avons
adopté différentes mesures au sein de la Société
québécoise de l'assainissement des eaux en lui donnant des
responsabilités accrues, un pouvoir d'intervention accru. Au sein du
ministère de l'Environnement, nous avons fait des changements pour faire
en sorte que les rôles de la Société
québécoise d'assainissement des eaux du ministère de
l'Environnement soient bien définis.
Quand l'Opposition nous informe, nous dit que le rythme des
investissements dans l'assainissement des eaux au Québec n'est pas aussi
rapide que le gouvernement l'aurait souhaité, l'avait demandé,
l'avait indiqué, nous partageons entièrement son point de vue. Ce
qu'ils ne disent pas, c'est que depuis un an et demi il y a eu des efforts
considérables pour changer cet état de choses. Cela a
considérablement changé le rythme de signatures des ententes
entre les municipalités et le ministère de l'Environnement, entre
les municipalités et la Société québécoise
de l'assainissement des eaux qui est habilitée à réaliser
les travaux au nom des municipalités. Ce rythme s'est
considérablement accru depuis un an. Le rythme d'investissements qui est
prévu durant la prochaine année est considérablement
augmenté par rapport aux années 1979, 1980, 1981, 1982. Mais
c'est précisément ce que craignent les libéraux. Ils se
disent et on l'a senti dans différents discours, entre autres le
député de Mont-Royal et d'autres députés, ce qu'ils
craignent, c'est que des investissements soient faits d'ici à la
prochaine élection. En somme, pour s'assurer de mieux arriver au
pouvoir, le Parti libéral veut bloquer des projets de loi, des
programmes qui risqueraient d'accélérer les investissements
publics au Québec ou les investissements privés.
Dans ce cas-ci, il s'agit d'investissements publics. Leur
stratégie et leur volonté ont été clairement
énoncées par plusieurs députés du Parti
libéral. Il ne faut pas que ce projet de loi soit adopté
rapidement. Il ne faut pas que le nouveau programme du ministère de
l'Environnement soit adopté rapidement. Il ne faut pas que l'aspect de
ce programme qui touche la région de Montréal, à travers
Archipel, au niveau de l'aménagement et de la protection des berges,
soit adopté et mis en oeuvre rapidement parce qu'il risquerait qu'il y
ait du monde qui travaille l'an prochain. Il se peut que l'an prochain soit une
année électorale. Cela serait donc mauvais pour le Parti
libéral si les Québécois travaillaient et s'il y avait des
emplois créés, des emplois publics et privés
créés durant les prochains mois.
Le Parti libéral ne pourrait pas dire, la situation
économique s'améliorant, la situation des investissements publics
- des municipalités et du gouvernement - s'améliorant comme
l'ensemble de l'économie, il ne pourrait pas dire: Le gouvernement n'a
pas fait son travail pour essayer d'accentuer la relance économique.
C'est le langage clair que le Parti libéral veut tenir, et il est
prêt à tous les moyens, jusqu'à friser l'indécence,
parce que, sur le principe de ce projet de loi, sur ce qui est contenu dans la
quinzaine d'articles de ce projet de loi, je n'ai entendu aucun commentaire
négatif.
Il n'y a eu aucune critique sur le contenu du projet de loi, aucune. On
a trouvé le tour de dire qu'on va voter contre ce projet de loi, de
proposer le report de son adoption sans qu'un élément de critique
sur le contenu du projet de loi n'ait été fait par le Parti
libéral. C'est évident que le jupon dépasse la robe; c'est
évident que les intentions du Parti libéral ont été
davantage révélées par d'autres députés que
le député de Laprairie qui a indiqué qu'on craignait que,
dans l'année 1985, il y ait une accélération des
programmes, des investissements dans le domaine de l'assainissement des eaux.
Je pense que les nouvelles vont démentir leur volonté. La
réalité, c'est que dès le printemps prochain, etpour les deux, trois, quatre ou cinq prochaines années, les
investissements vont s'accélérer considérablement dans
l'assainissement des eaux au Québec à la suite de tous les
efforts qui auront été faits par les municipalités du
Québec, par le ministère de l'Environnement et par la
Société québécoise d'assainissement des eaux.
Le résultat normal de ces efforts collectifs d'investissements de
4 700 000 000 $ pour assainir nos eaux c'est de rendre ces eaux accessibles aux
Québécois et de consacrer quelque dizaines de millions,
comparés aux 4 700 000 000 $, pour aménager ces rives, ces berges
et faire en sorte que les cours d'eau soient utilisés de la façon
la plus rationnelle, d'aménager ces espaces bleus.
Alors, qu'est-ce qu'il y a? Quelles sont les véritables
intentions, en somme, du Parti libéral en proposant cette motion de
report? C'est évident qu'on veut nous reprocher de ne pas avoir
légiféré dans le domaine économique, de ne pas
avoir agi dans le domaine économique, de ne pas avoir agi en
concertation avec le monde municipal. On n'a pas indiqué aujourd'hui que
le monde municipal avait été consulté, que la table
Québec-municipalités avait été consultée.
L'objet du projet de loi, c'est quoi? C'est de donner de nouveaux pouvoirs aux
municipalités. Nous avons consulté la table
Québec-municipalités. Les deux unions municipales du
Québec, l'Union des municipalités du Québec et l'Union des
municipalités régionales de comté se sont dites d'accord
avec les intentions du projet de loi. Nous les avons consultées à
la table Québec-municipalités. Ce dont le Parti libéral
parle, c'est du programme, du contenu du programme, des critères de
subventions qui ne sont relatifs au contenu de ce projet de loi. En somme,
"visa le noir, tua le blanc", parce qu'on veut connaître
immédiatement le contenu du programme.
Le ministre de l'Environnement a tout le loisir de continuer ses
consultations à l'intérieur du gouvernement, des autres
collègues impliqués, du Conseil du trésor, du Conseil des
ministres et des autres groupes qu'il veut consulter. Ce travail se poursuit.
Il va continuer de se poursuivre, mais ce n'est pas ce qui est en jeu dans ce
projet. Ce qui est en jeu dans ce projet de loi, ce sont des pouvoirs
habilitants donnés aux municipalités et à la
Société québécoise d'assainissement des eaux pour
réaliser certains types de travaux au nom des municipalités comme
elle peut réaliser actuellement des travaux pour l'assainissement des
eaux.
Vous voyez le portrait, M. le Président. Il est clair qu'entre ce
qu'on dit du côté du Parti libéral et les véritables
intentions derrière cette motion dilatoire, il y a un écart
considérable. Je pense que l'attitude du
Parti libéral face à ce projet de loi - le projet de loi
lui-même - qui n'a suscité aucune critique du monde municipal par
rapport au fond ou aux principes qui sont dans ce projet de loi, trahit
véritablement leurs véritables interventions.
Je m'excuse, M. le Président. Vous me faites signe qu'il est 18
heures, mais j'aurai probablement l'occasion à la reprise de continuer
cette illustration des diversions dans lesquelles le Parti libéral veut
nous entraîner pour éviter que le gouvernement agisse et pour lui
permettre de dire que le gouvernement a été inactif. C'est
véritablement très clair, comme de l'eau de roche. C'est de l'eau
assainie que nous voyons. Nous pourrons très bien voir les roches au
fond de l'eau dans cette attitude du Parti libéral.
Le Vice-Président (M. Jolivet): Donc, je crois comprendre,
M. le ministre, que vous continuerez votre intervention à 20 heures?
M. Marcoux: Oui.
Le Vice-Président (M. Jolivet): Donc, je suspends et le
ministre aura encore le droit de parole.
(Suspension de la séance à 18 heures)
(Reprise à 20 h 1)
Le Vice-Président (M. Rancourt): À l'ordre, s'il
vous plaît!
Veuillez prendre place.
M. le leader adjoint du gouvernement.
M. Blouin: M. le Président, nous poursuivons donc le
débat sur la mise en valeur du milieu aquatique et la parole est au
ministre des Affaires municipales.
Le Vice-Président (M. Rancourt): Avant de donner la parole
au ministre des Affaires municipales, je tiens à préciser que
nous sommes, bien sûr, sur l'adoption du principe, mais il y a aussi une
motion de report et nous sommes actuellement en discussion sur la motion de
report. Je donne le décompte du temps à ce moment-ci: il reste 51
minutes au Parti libéral et 45 minutes au gouvernement.
M. le ministre des Affaires municipales.
M. Marcoux: Cette motion de report ne repose en fait sur aucune
protestation véritable de différents groupes de notre
société par rapport au contenu du projet de loi. On a vu que les
arguments invoqués par le Parti libéral du Québec
étaient largement improvisés, pour employer un mot très
doux pour décrire le type d'arguments qui ont été
invoqués pour le report de l'adoption de ce projet de loi 6 permettant
aux municipalités
de rendre accessibles les eaux du Québec à l'ensemble de
la population. On a invoqué toutes sortes d'arguments qui n'ont aucun
rapport avec le projet de loi ou qui sont un signe de la méfiance
traditionnelle que certains élus du Parti libéral ont eu à
l'égard du monde municipal dans le passé.
Par exemple, le député de Mont-Royal a laissé
entendre qu'il fallait se prononcer contre ce projet de loi parce que le
gouvernement voulait réaliser en sourdine le projet
hydroélectrique de l'archipel de Montréal. Il a même
annoncé ce que nos études ne nous ont pas encore dit, ce qu'on ne
sait pas, que le coût de ce projet est de 1 000 000 000 $. Cela me fait
penser au projet de la baie James où, avant même de savoir quelle
rivière on aménagerait, l'ancien premier ministre du
Québec, M. Bourassa, avait annoncé qu'on aménagerait les
trois rivières du sud de la baie James alors que c'est la rivière
La Grande, au nord, qu'on a aménagée en premier, ce qui
démontre bien l'attitude traditionnelle du Parti libéral de faire
des promesses, d'avancer des choses sans que les études soient faites,
alors que l'attitude du gouvernement du Québec face au projet Archipel a
été de distinguer les sujets.
Une partie du projet Archipel concerne la volonté du gouvernement
de faire un parc national qui va rendre disponibles à la population de
Montréal et des régions avoisinantes à la fois des espaces
verts et des espaces bleus, c'est-à-dire les berges, les rives et
certaines îles de cet archipel qui est très important. Personne,
sauf le député de Mont-Royal, ne voit dans ce projet de loi une
façon déguisée de réaliser un aspect
hydroélectrique du projet Archipel. Comme si, en recevant de nouveaux
pouvoirs habilitants, les municipalités allaient en profiter pour
construire des centrales hydroélectriques, comme si c'était une
responsabilité municipale.
Ce projet de loi veut donner de nouvelles responsabilités, de
nouveaux pouvoirs habilitants aux municipalités. Il n'a jamais
été dans notre intention de donner aux municipalités des
pouvoirs qui pourraient les habiliter à construire des centrales
hydroélectriques en vertu de ce projet.
En somme, le député de Mont-Royal, qui ne connaissait
probablement pas le projet de loi, en a profité pour passer son message
classique sur l'aspect hydroélectrique du projet Archipel qui est
actuellement à l'étude au sein du gouvernement du Québec
et pour lequel il n'y a aucune décision finale prise. Nous poursuivons
les consultations et Hydro-Québec poursuit ses études. Le fait
que nous étudiions, fatigue l'Opposition.
Le député de Mont-Royal a dit: "Jusqu'à maintenant,
on a investi 44 000 000 $ dans les études." Si 44 000 000 $
d'investissements dans les études nous permettent d'épargner des
centaines de millions ou d'investir à la bonne place des centaines de
millions, soit dans le projet Archipel, dans sa dimension d'amélioration
du milieu aquatique ou d'accessibilité aquatique ou
éventuellement dans la réalisation d'un projet
hydroélectrique, je préfère qu'on étudie pour 44
000 000 $ sous tous ses aspects un projet que lui-même évalue
à 1 000 000 000 $ plutôt que faire comme Bourassa, d'annoncer
qu'on va aménager les trois rivières du sud de la baie James et,
après les études faites, constater que c'est celle de la
rivière La Grande qui était au nord de ces trois rivières
qu'on aménagerait. C'était la méthode de gestion du Parti
libéral, d'annoncer des choses sans avoir fait les études. Nous
pensons que c'est normal de faire des études avant de prendre des
décisions.
Au sujet de l'aspect du parc national Archipel, les études ont
été faites de façon très longue. Il y a eu des
consultations avec le monde municipal et le gouvernement est prêt
à passer à l'action. Il était manifeste, dans ce
cas-là cet après-midi, qu'on voulait empêcher le
gouvernement de passer à l'action.
Ne sachant quoi dire, le même député de Mont-Royal a
dit que ce projet de loi va permettre aux producteurs agricoles de faire
n'importe quel ouvrage de drainage et d'endiguement. Comme si les
municipalités avaient des activités agricoles ou projetaient de
se lancer elles-mêmes dans le drainage à la place des cultivateurs
eux-mêmes. Comme si les municipalités rêvaient de construire
un beau réseau d'aboiteaux un peu tout partout. Ce n'est pas du tout le
cas, ce n'est pas du tout la volonté du gouvernement, ce n'est pas du
tout ce qu'il y a dans ce projet de loi. Encore une fois, on faisait la preuve
manifeste qu'on n'avait pas lu le projet de loi et que c'est à toute
autre fin qu'on a proposé cette motion visant à retarder de trois
mois l'étude du projet de loi parce qu'on veut retarder
l'activité législative de ce gouvernement. On veut absolument
empêcher ce gouvernement de passer à l'action et de faire en sorte
que les municipalités réalisent des travaux
bénéfiques pour leurs citoyens.
À court d'arguments, on est même allé dire - c'est
le député de Laprairie - qu'on voulait récupérer de
façon détournée - vous voyez le méchant
gouvernement - les surplus accumulés des municipalités. Comme si
les municipalités, avec ce projet de loi, étaient obligées
de réaliser des travaux alors que c'est un programme qui va leur
être offert et pour lequel le gouvernement va subventionner une large
partie de ces travaux. Elles adhéreront volontairement à ce
programme comme, actuellement, elles peuvent adhérer volontairement
à, je dirais,
la phase qui précède ce programme, le programme
d'assainissement des eaux. Aucune municipalité au Québec n'a
été obligée de s'embarquer dans le programme
d'assainissement des eaux. De plus, aucune municipalité du Québec
ne sera obligée de s'embarquer dans un programme d'accessibilité
et d'amélioration du milieu aquatique. Lorsqu'on dit qu'on veut
s'approprier les surplus accumulés ou récupérer les
surplus accumulés des municipalités, il n'en est rien, M. le
Président, puisque les municipalités pourront adhérer
volontairement au programme, que le gouvernement subventionnera une large
partie des travaux que les municipalités voudront bien faire et que,
dans cet esprit, nous procédons avec le monde municipal comme dans le
cas du programme de revitalisation des centres-villes, de
Corvée-habitation, et des autres programmes de création
d'emplois, que ce soient les stages en milieu de travail ou les travaux
communautaires. Les municipalités peuvent adhérer parfaitement
librement à ces travaux.
Le député de Huntingdon a dit qu'il faudrait
peut-être 30 ans pour réaliser le programme d'assainissement des
eaux. C'est à peu près à la mesure de vision du Parti
libéral, 30 ans pour réaliser des choses que nous souhaitons
réaliser en une dizaine d'années. Ces 30 ans, en parlant de la
réalisation de ce programme comme le programme d'assainissement des
eaux, c'est peut-être la dimension de temps que se donne le Parti
libéral pour arriver au pouvoir au Québec et réaliser ce
qu'il prétend pouvoir réaliser. Disons qu'en ce qui nous
concerne, au gouvernement, nous sommes prêts à agir
immédiatement. Nous n'avons pas l'intention d'attendre 30 ans ou
d'allonger sur une période de 30 ans le programme d'assainissement des
eaux, parce que nous pensons que c'est actuellement que les
Québécois sont sensibles à cette question de
l'assainissement des eaux, de la dépollution des rivières, des
lacs, des cours d'eau, et de l'amélioration de l'environnement.
C'est très symbolique que cette vision de 30 ans de la dimension
du Parti libéral. D'ailleurs, ce matin, on lisait dans le journal que le
député d'un comté de la rive sud de Montréal disait
qu'il voulait créer 500 000 emplois au Québec sur 20 ans; 25 000
emplois par année. Il s'en crée à peu près le
double actuellement au Québec chaque année. La vision du Parti
libéral, c'est 500 000 emplois sur 20 ans, 25 000 par année. Il
propose de réduire la création d'emplois qui se fait actuellement
même durant la crise. C'est la dimension du Parti libéral. 30 ans
pour le programme d'assainissement des eaux alors que l'objectif actuel du
gouvernement est d'une dizaine d'années; 20 ans pour créer 500
000 emplois au Québec, c'est la vision du Parti libéral. (20 h
10)
À entendre ces chiffres, à entendre cette perspective,
cette vision d'avenir du Parti libéral, on voit très bien qu'il
est résolu à attendre de très longues périodes
avant d'assumer des responsabilités gouvernementales. Si toutefois il
devait les assumer, il se donne une perspective tellement vague: créer
500 000 emplois en 20 ans, réaliser en 30 ans un programme
d'assainissement des eaux que le gouvernement actuel veut réaliser en
une dizaine d'années. En somme pour être sûr de ne pas se
tromper, il dit: On va réaliser moins que tout le monde veut
réaliser. Comme cela, on sera sûr de dépasser nos
objectifs. C'est une méthode de gestion, une méthode de
gouvernement, mais je pense que les Québécois l'ont
rejetée dans le passé et qu'ils la rejetteront dans l'avenir.
On nous dit également qu'on veut faire des travaux sur des berges
qui seront polluées par la suite par les eaux situées en aval,
comme s'il n'y avait aucune coordination entre les deux programmes. Le
député de Mont-Royal nous a dit: Je voudrais bien aller dans la
rivière des Prairies, ma maison est située sur le bord de la
rivière des Prairies, mais il va falloir que je me fasse accompagner de
mon médecin, parce que je vais me baigner dans des eaux brunes, nous
proposant ainsi d'attendre - peut-être lui aussi - dix ou quinze ans pour
mettre en oeuvre ce programme d'accessibilité au milieu aquatique. Le
président de la Communauté urbaine de Montréal, M. Des
Marais, a indiqué qu'il était convaincu et s'engageait à
ce que, dans deux ans, il aille se baigner dans l'est de Montréal, dans
la rivière des Prairies. Il était convaincu qu'avec les efforts
que la Communauté urbaine de Montréal avait faits et était
en train de faire l'assainissement des eaux, en collaboration avec le
gouvernement du Québec qui en assume la très large partie des
coûts, dans deux ans, il pourrait se baigner avec le premier ministre du
Québec dans la rivière des Prairies et que cette eau serait
acceptable. Encore là, le député de Mont-Royal parle d'une
perspective très lointaine où les eaux du Québec,
particulièrement les eaux de l'archipel de Montréal seront
assainies. C'est la vision d'avenir du Parti libéral.
Nous, nous préférons agir. Nous avons agi depuis des
années. Actuellement, nous investissons pour assainir les eaux de la
rive nord - toute la rivière des Prairies - de Montréal. Dans
deux ans, le président de la Communauté urbaine de
Montréal, M. Des Marais, va se baigner dans la rivière des
Prairies. Mais ce que nous voulons préparer, c'est pour l'avenir. Pour
que M. Des Marais puisse aller se baigner, il faut rendre les endroits
accessibles à la baignade. Il faut
ouvrir des espaces aux citoyens de Montréal pour qu'ils puissent
avoir accès à la rivière des Prairies. C'est de la
prévision: Plutôt que de régler les problèmes dans
cinq ans, dix ans, alors que nous savons qu'une large partie des
Montréalais pourront avoir accès à leurs espaces verts,
à leurs espaces bleus dans à peine quelques années,
déjà, nous voulons offrir un programme de subventions pour
permettre aux communautés urbaines, pour permettre aux
municipalités du Québec d'aménager leurs rives,
d'aménager leurs berges et de faire en sorte que les citoyens puissent
bénéficier de ces espaces bleus.
Le député de Mont-Royal laisse entendre, dans sa remarque,
qu'il n'y a pas de coordination. Au contraire, j'ai bien indiqué, ce
matin, que ce que nous avons fait d'abord, fut de créer un
ministère de l'Environnement, de doter le Québec de lois
protégeant l'environnement et de règlements; première
phase. Deuxième phase, un vaste programme d'assainissement des eaux et,
comme ce programme est en marche et va de mieux en mieux depuis une quinzaine
de mois, qu'il produit des effets de plus en plus importants, que les
municipalités s'y inscrivent de plus en plus, que les dépenses
sur le terrain vont augmenter considérablement durant la prochaine
année, on a dit: Maintenant, c'est le temps de penser à la
troisième phase.
La troisième phase, c'est de rendre accessibles ces eaux
dépolluées, ces eaux assainies. C'est de rendre accessibles ces
berges, ces bords des rivières, ces rives à l'ensemble de la
population. Vous voyez qu'il y a une parfaite logique et une parfaite
cohérence dans l'attitude du gouvernement. À l'inverse,
l'attitude du Parti libéral nous propose de retarder l'adoption de ce
projet de loi, espérant ainsi retarder la mise en oeuvre du programme
d'amélioration et d'accessibilité au milieu aquatique en bloquant
ce projet de loi, en retardant son adoption. C'est eux qui nous
entraîneraient dans une absence de coordination, dans une absence de
prévoyance, de planification. Au contraire, nous disons
immédiatement au monde municipal: Planifiez l'accessibilité au
milieu aquatique comme, depuis des années, nous avons planifié
ensemble et nous sommes en train de mettre en oeuvre les programmes
d'assainissement des eaux. Voilà la cohérence. Voilà la
coordination. Voilà la prévention.
On nous laisse entendre, d'autre part, que cela va être l'anarchie
dans le milieu municipal, qu'on va réaliser toutes sortes de travaux qui
vont briser l'environnement plutôt que l'aménager, comme si la Loi
sur la protection de l'environnement, comme si la loi sur la mise en valeur de
la faune étaient abolies. Les autres lois du Québec qui sont
administrées par le ministère du Loisir, de la Chasse et de la
Pêche, par le ministère de l'Environnement vont s'appliquer
à ces travaux. Les règlements de contrôle
intérimaire dans lesquels les municipalités régionales de
comté ont intégré des normes gouvernementales très
strictes pour la protection du milieu des rives, de nos eaux, de l'ensemble des
terrains du Québec, ces lois, ces règlements, ces normes
administratives vont continuer de s'appliquer. Ce ne sera pas l'anarchie. Il ne
s'agit pas d'autoriser n'importe quelle sorte de projet. D'ailleurs, c'est le
ministère de l'Environnement lui-même qui va étudier les
projets, qui va les accepter ou les refuser. Le ministère de
l'Environnement va évidemment accepter des projets qui seront conformes
à ses lois, à ses règlements et qui respecteront la
volonté de citoyens.
M. le Président, après avoir entendu les discours de
l'Opposition et après avoir relevé, comme je viens de le faire,
certains des arguments qui ont été évoqués pour
retarder l'adoption de ce projet de loi ou ne pas l'adopter, on voit
très bien que les intentions véritables touchent directement ce
que le député de Laprairie avait abordé dans son discours
de deuxième lecture en disant: Le gouvernement veut réaliser des
choses durant l'année 1985, parce que c'est une année
électorale. Il faut donc empêcher le gouvernement de
réaliser des choses. C'est clair. C'était cela son discours;
c'était celui de ses collègues, cet après-midi. On ne veut
pas que des choses se réalisent, parce que, si les
Québécois travaillaient davantage en 1985, ils seraient
peut-être plus satisfaits de la situation sociale, de la situation
économique et ils ne seraient pas portés à voter pour le
Parti libéral.
Or, en toute logique, le Parti libéral dit: Retardons l'adoption
des projets de loi, surtout les projets de loi économiques, retardons
l'étude des programmes, faisons de l'obstruction, proposons des motions
de report des projets de loi, etc. On va paralyser, d'une part, les travaux de
l'Assemblée nationale. En paralysant les travaux de l'Assemblée
nationale, les projets et les programmes qui doivent en découler, ne
seront pas mis en oeuvre et nous pourrons dire aux Québécois, en
1985, au moment des élections: Vous voyez, ce gouvernement n'a rien fait
pour la protection de l'environnement. Il a investi des millions de dollars
pour assainir les eaux dans certains secteurs, mais vous ne pouvez même
pas y avoir accès. Quelle logique dans l'action du gouvernement! Mais il
ne dira pas que c'est lui qui a retardé la réalisation de ces
travaux.
M. le Président, ce que propose ce projet de loi est bien simple,
et je n'ai pas entendu un argument contre les principes de ce qui est contenu
dans le projet de loi. Même le député de Laprairie
indiquait que le monde municipal était contre. Encore tantôt, je
lisais une lettre du président de l'UMRCQ,
M. Asselin, qui y indiquait que sur le projet de loi tel que
rédigé, il était d'accord pour que ces pouvoirs
habilitants dans le projet de loi soient donnés aux
municipalités. Bien sûr, il souhaitait une chose
supplémentaire et j'ai indiqué dans mon discours de
deuxième lecture que je ne partageais pas son point de vue. Il demandait
que les municipalités régionales de comté puissent faire
leurs travaux elles-mêmes, faire les investissements elles-mêmes.
J'ai indiqué très clairement dans mon discours de deuxième
lecture que je ne pouvais partager ce point de vue puisque le programme
d'assainissement est réalisé actuellement par les
municipalités sans anarchie. Ce sont elles qui décident. Ce sont
elles qui coordonnent les travaux avec l'aide de la Société
québécoise d'assainissement des eaux et du ministère de
l'Environnement. (20 h 20)
J'ai indiqué que comme ce programme d'accessibilité et
d'amélioration du milieu aquatique est un prolongement du programme
d'assainissement des eaux, il était logique qu'il soit
réalisé par les mêmes intervenants, les mêmes
maîtres d'oeuvre. Or, les maîtres d'oeuvre du programme
d'assainissement des eaux, ce sont les municipalités du Québec;
en toute logique, le nouveau programme d'amélioration,
d'accessibilité au milieu aquatique devrait, doit être
réalisé par les mêmes intervenants, soit les
communautés urbaines déjà habilitées en ce sens,
soit les municipalités déjà habilitées en ce
sens.
En somme, ne découvrant pas d'opposition à ces pouvoirs
habilitants que nous voulons donner aux municipalités, on dit: Voici, on
va s'attaquer au programme qui devrait être mis en oeuvre dans quelques
semaines et que l'on ne connaît pas, en préjugeant que ce
programme devrait être contradictoire avec toute l'action du
ministère de l'Environnement depuis des années. À cet
égard, mon collègue et moi-même avons donné toutes
les assurances nécessaires aux représentations qui ont
été faites par un groupe, FAPEL qui est très importante
dans l'histoire du Québec par rapport à la protection de nos lacs
et rivières, à l'aménagement de ces lacs et
rivières, des bordures de ces lacs, des rives de ces lacs et
rivières et de ces étendues d'eau. Nous avons donné toutes
les assurances que ce serait fait dans le plus grand respect des autres
règles du ministère de l'Environnement, des règlements de
contrôle intérimaire, en somme, que toutes les procédures
normales seraient prises pour ne pas détruire l'environnement.
L'objectif de ce programme sera de l'améliorer.
Ce qu'on fait, c'est s'attaquer à un programme qui n'est pas en
vigueur et dont on préjuge qu'il irait contre les objectifs les plus
importants du ministère de l'Environnement et du gouvernement actuel par
rapport à la protection de l'environnement et à
l'amélioration de la qualité de la vie. On invente des arguments
qui ne tiennent pas debout, qui ne sont pas reliés au contenu du projet
de loi pour pouvoir simplement retarder les travaux de la Chambre, cela me
paraît évident. C'est l'attitude qu'a essayé d'adopter
depuis quelques semaines le Parti libéral en cette Chambre afin que le
chef de l'Opposition, dans sa conférence de presse du 22 décembre
prochain, faisant le bilan de la première partie de cette session,
puisse dire: Vous voyez, il n'y a pas eu beaucoup de projets de loi
d'acceptés, surtout, il n'y a pas eu beaucoup de projets de loi
acceptés dans le secteur économique parce que le gouvernement
était occupé à autre chose, aux débats qui
l'animent actuellement sur la plate-forme constitutionnelle, sur son programme,
et il n'a pas pris le temps de s'occuper des véritables dossiers
économiques qui préoccupent nos concitoyens. Il n'a pas pris le
temps de s'occuper des dossiers sur la qualité de la vie.
J'entendais - mais on l'entend moins depuis quelques semaines - la
députée de Chomedey dire qu'il fallait se doter d'une charte de
la qualité de la vie, d'une charte de la qualité de
l'environnement. Plutôt que de donner une charte dans ce secteur, ce que
le gouvernement du Québec a décidé, c'est de passer
à l'action et de passer à l'action en coordination avec te monde
municipal dans ce domaine.
Évidemment, au lieu d'appuyer cet effort du gouvernement, parce
que l'on craint que cela donne des résultats, parce que l'on craint que
les milieux sensibles à la qualité de la vie et à la
qualité de l'environnement embarquent avec le gouvernement dans ce
programme, l'on craint que le monde municipal se joigne également
à ce programme, entre autres, pour la réalisation du programme
Archipel - le parc national Archipel, entre autres - pour la
concrétisation de ce programme dans l'ensemble du Québec
où il y a des rives et des lacs qui doivent être accessibles
à nos concitoyens, au Parti libéral, on décide de dire: Ce
qu'il faudrait aux Québécois, c'est une Charte de la
qualité de la vie.
Alors que nous proposons des mesures législatives
concrètes afin de donner des pouvoirs précis au monde municipal,
parce que nous voulons, d'ici à quelques semaines, offrir à ce
même monde un programme de subventions précis afin de
réaliser des travaux de façon très concrète, ce que
l'on nous propose, du côté du Parti libéral, c'est de
rédiger... Je ne sais pas combien cela prendrait de temps, un an, un an
et demi ou deux ans; probablement, selon leur habitude, il faudrait qu'ils
étudient cinq, six ou sept ans; pour le zonage agricole, ils ont
étudié dix ans, ils n'accouchaient pas. Pour
l'assurance automobile, ils ont étudié six ou sept ans et
ils n'accouchaient pas parce qu'il y avait des conflits
d'intérêts. On l'a très bien vu, on touche aux dossiers de
l'environnement.
Mme la députée de Chomedey, après avoir
parlé dans de beaux mots d'une charte de la qualité de la vie et
de l'environnement au Québec, lorsqu'elle a été
confrontée à un dossier précis, celui de Noranda, a dit:
Ne bougez pas, attendons, étudions, analysons. Le gouvernement du
Québec, lui, n'a pas dit: On va mettre un comité d'étude
sur pied, un comité d'analyse plus un autre comité d'étude
pour contredire le premier et après, quand les pluies acides auront
suffisamment détruit nos lacs et nos rivières, là, on
décidera peut-être. Non, ce n'est pas ce que l'on s'est dit. On a
dit: II y a un problème précis, un problème grave. On a
décidé de normes, on a rencontré la compagnie, on a dit:
Voici les normes auxquelles vous devez vous astreindre. Au lieu
d'étudier et d'analyser, on est passé à l'action.
Vous voyez les contradictions du Parti libéral. On parle de faire
une charte de la qualité de la vie, de la qualité de
l'environnement au Québec mais lorsqu'il est question d'un dossier comme
Noranda, un dossier très important par rapport à la protection de
l'environnement, là, on dit: Ne bougez pas, continuez d'étudier,
continuez d'analyser, alors que le monde est prêt à passer
à l'action. Ce que nous voulons être dans les mois qui viennent,
comme nous l'avons été dans le passé, c'est un
gouvernement à l'action. N'en déplaise au Parti libéral,
qui souhaite pouvoir faire un bilan plus noir du gouvernement actuel, nous
avons décidé de passer à l'action. Nous avons
décidé de donner les moyens aux municipalités du
Québec de réaliser des choses précises, des projets
concrets.
D'ailleurs, pour vous montrer que ce programme répond à
l'attente de nos concitoyens, le député - c'est le
vice-président de l'Assemblée nationale, mais ce n'est pas
à ce titre-là qu'il m'en parlait - de Saint-François me
montrait ce matin le plan déjà fait par Sherbrooke pour
aménager les rives de la rivière Magog qui passe à travers
Sherbrooke. Déjà, le plan est fait; déjà, ils sont
prêts à passer à l'action. Ils attendent un coup de pouce
du gouvernement. Ils attendent ce programme d'amélioration du milieu
aquatique. Leur programme est fait. Et c'est comme ça dans combien de
municipalités au Québec, dans combien de communautés
urbaines? Les plans sont déjà faits.
Je l'ai vu dans le programme de revitalisation des centres-villes.
Pourquoi ce programme de revitalisation des centres-villes fonctionne-t-il si
bien? C'est que partout au Québec, depuis quatre, cinq ou six ans, en
particulier avec les SIDAC, se sont développés des projets
d'amélioration des centres-villes. Quand le ministère des
Affaires municipales est arrivé avec son programme ReviCentre, de
revitalisation des centres-villes au printemps dernier, les
municipalités se sont immédiatement embarquées. Elles ont
souscrit de façon massive à ce programme et, chaque jour, j'ai
des collègues qui me demandent: Est-ce que le programme de
revitalisation des centres-villes pour ma municipalité sera
accepté bientôt? Il y a des maires qui appellent constamment au
ministère des Affaires municipales pour faire en sorte que leur projet
soit accepté rapidement, parce qu'ils ont hâte de passer à
l'action.
Je sais et nous savons, au gouvernement, que c'est la même chose
par rapport à l'aménagement des berges et des rives. Combien de
groupes de citoyens, combien de municipalités ont déjà
prêts des plans d'action, des plans d'aménagement des rives et des
berges des eaux du Québec? Tout ce qu'ils demandent, c'est un programme
de subventions qui les encourage à le faire et à passer à
l'action immédiatement. Tout ce qu'ils demandent, c'est que la
Société québécoise d'assainissement des eaux, qui
peut réaliser et réalise en fait actuellement des travaux
d'assainissement des eaux, puisse également réaliser ces travaux
au nom des municipalités et, en partie, à la charge de ces
municipalités.
En somme, le monde municipal est prêt, le ministère de
l'Environnement est prêt, le ministère des Affaires municipales
est prêt, les défenseurs de l'environnement sur leur territoire
sont prêts. Il n'y a qu'un seul groupe ici qui n'est pas prêt,
c'est le Parti libéral du Québec, à son habitude, M. le
Président.
Le Vice-Président (M. Rancourt): M. le
député de Hull. (20 h 30)
M. Gilles Rocheleau
M. Rocheleau: M. le Président, j'aurais cru entendre du
ministre des Affaires municipales, de la pertinence du débat,
c'est-à-dire de la motion de report que le Parti libéral a
déposée en cette Chambre en fin d'après-midi, une motion
qui demande, à toutes fins utiles, de retarder de trois mois l'adoption
de ce projet de loi. Pourquoi retarder de trois mois l'adoption de ce projet de
loi? C'est pour permettre à ceux et celles qui ont demandé
d'être entendus de pouvoir être consultés et d'examiner avec
eux l'ensemble des discussions que nous pourrions et que nous souhaiterions
entendre.
M. le Président, j'ai écouté avec beaucoup
d'attention ce que le ministre des Affaires municipales a mentionné au
cours
des 45 minutes qu'il a utilisées dans une mesure qui est
répartie entre les deux formations politiques, c'est-à-dire un
débat de deux heures. Le ministre des Affaires municipales accuse le
Parti libéral de vouloir bloquer le projet de loi 6 par une mesure de
report. Le ministre des Affaires municipales accusait notre formation politique
d'avoir pris cette habitude dans le passé. J'aimerais rappeler au
ministre des Affaires municipales qu'il est vrai que le Parti libéral a
déjà présenté, en cette Chambre, certaines motions
de report de certains projets de loi. J'aimerais qu'on fasse un peu
l'historique de certaines motions de report que nous avons proposées
à cette Chambre dans le but de faire comprendre au gouvernement
l'importance de consulter les intervenants du milieu afin de pouvoir bonifier
un projet de loi qui était à l'étude en cette Chambre.
Nous avions présenté une motion de report en ce qui
concerne la loi 37 sur la fusion forcée de Baie-Comeau et de Hauterive.
On sait qu'au mois de juin 1982, le présent gouvernement approuvait
cette loi afin d'améliorer le climat social entre ces deux
municipalités, c'est-à-dire par une fusion. On sait
qu'après deux ans, le climat social continue d'être
perturbé et les problèmes ne sont pas résolus pour autant.
Il y a plutôt un plus grand nombre de problèmes aujourd'hui qu'il
y en avait avant.
Quand on parle de motion de report, on pourrait rappeler à
l'ex-ministre des Affaires municipales, maintenant devenu député
indépendant, le député de Labelle, le fameux projet de loi
38 sur les subventions aux municipalités en provenance du gouvernement
fédéral pour lesquelles ce gouvernement ne tolérait aucune
ingérence de la part du gouvernement fédéral, dans les
juridictions provinciales. Nous avions souligné qu'à ce
moment-là, il existait déjà dans la Loi sur les Affaires
intergouvernementales des prévisions dans le but d'éviter des
subventions en provenance du fédéral sans pour autant qu'il y ait
un accord au préalable. Mais le gouvernement a voulu procéder et
procéder, M. le Président, et il s'est enlisé au point
d'être obligé de retirer son projet de loi. Encore là, s'il
avait écouté l'Opposition officielle, il aurait probablement
été plus conscient de ses responsabilités et, au lieu de
perturber l'ensemble du monde municipal à ce moment-là, il aurait
compris davantage les besoins des municipalités.
Quand le ministre des Affaires municipales est venu nous dire
tantôt qu'il veut accorder de nouveaux pouvoirs aux municipalités
et qu'il veut favoriser la mise en valeur du milieu aquatique en donnant de
nouveaux pouvoirs à ces mêmes municipalités, je trouve
curieux l'attitude de ce même gouvernement aujourd'hui à
l'égard des municipalités quand, il y a à peine un an, on
habillait l'ensemble des maires et conseillers du Québec en culottes
courtes.
M. le Président, je comprends mal l'attitude du ministre quand il
dit que l'Opposition officielle veut tout simplement, par cette motion de
report, retarder ou bloquer l'adoption de ce projet de loi.
Je voudrais rappeler aussi au ministre des Affaires municipales,
l'ex-ministre du Revenu alors qu'il déposait en cette Chambre la loi 43
sur les pourboires, qu'on n'a pas soumis de motion de report. On se pose la
question aujourd'hui à savoir si on n'aurait pas dû soumettre une
motion de report dans le but de faire comprendre au gouvernement qu'il
était en train d'imposer une mauvaise loi qui touchait un ensemble
important de nos travailleurs et travailleuses au Québec,
c'est-à-dire de petits salariés. On sait depuis ce temps que ce
même gouvernement n'a pas pu appliquer la loi 43. Bien plus, on a
déposé le projet de loi 94 qui doit modifier la loi 43 qui n'a
jamais pu être appliquée à cause de son caractère
arbitraire.
C'est le même ministre, aujourd'hui, qui nous propose le projet de
loi 6 et qui souhaiterait nous faire comprendre et faire comprendre à
l'ensemble de la population du Québec que c'est pour le
bénéfice de chacune de ces municipalités d'avoir des
pouvoirs additionnels.
Je pense que dans cette motion de report, il faut comprendre un point
légitime pour ceux qui aimeraient ou qui voudraient se faire entendre.
On sait pertinemment qu'un télégramme a été
adressé au ministre de l'Environnement. On aurait pu prétendre
que cela relevait davantage de l'Environnement que des Affaires municipales. On
a reçu un télégramme de la Fédération des
associations pour la protection de l'environnement des lacs, la FAPEL. Ces gens
s'occupent effectivement de l'environnement, des lacs, de l'aménagement.
Ils le font d'une façon tout à fait bénévole et
cela, depuis au-delà d'une quinzaine d'années. On n'a même
pas eu la décence de consulter cet organisme. On n'a même pas eu
la décence de consulter les municipalités, plus
particulièrement les principales associations. On a dit qu'on avait
discuté à la table Québec-municipalités, comme on
peut discuter du hockey, du beau temps ou du baseball. Mais on n'a jamais dit
qu'on allait présenter à cette session un projet de loi qui
devait tenir compte plus particulièrement du milieu aquatique. Je pense
qu'il est important que ce gouvernement comprenne qu'avec la
crédibilité qui lui reste, les gens du Québec sont
soucieux du fait que des projets de lois semblables, il faut peut-être
qu'ils soient mûris davantage avant d'être déposés et
acceptés par cette Chambre.
Quand on détient à peine 23% de popularité et qu'on
ne représente plus l'ensemble des aspirations du Québec, je
pense qu'il est difficile pour un gouvernement d'adopter des lois
semblables, des lois qui paraissent tout à fait insignifiantes quand on
examine le contenu. Une loi qu'on retrouve à l'intérieur
d'à peine une page... Nous avons quand même demandé que
cette loi soit reportée pour trois mois afin de permettre aux
associations, aux organismes du milieu, aux intervenants de se faire entendre
dans le but de bonifier davantage la loi. Il y a un élément
drôlement important que le ministre des Affaires municipales semble
omettre dans son discours et que le ministre de l'Environnement semble omettre
aussi, c'est la question de l'environnement. Quand on se glorifie du
côté ministériel, quand on se pète les babines un
peu en se disant les rois de l'environnement, on pourrait se poser de
sérieuses questions.
L'Environnement, vous savez, ce n'est pas le Parti
québécois qui a inventé cela. Ce n'est pas le Parti
québécois, non plus, qui a inventé les programmes
d'assainissement des eaux au Québec. Ce n'est sûrement pas le
Parti québécois qui, depuis 1976, a mis beaucoup d'actions de ce
côté-là.
Dans cette motion de report, nous avons tout simplement demandé
au gouvernement de reporter le projet de loi de trois mois, une période
de trois mois dans le but de leur permettre d'axer davantage les
priorités au Québec sur l'assainissement des eaux avant
d'apporter les correctifs aux berges, avant d'apporter des aménagements
récréatifs de la forme que pourrait prendre éventuellement
le parc national Archipel dont on nous parle, à tort et à
travers, où on fait de la promotion, du marketing dans le but de tenter
de revaloriser le Parti québécois et plus particulièrement
son chef, M. René Lévesque, qui se trouve dans l'eau bouillante
actuellement. (20 h 40)
Si on examine un peu l'aspect de l'environnement au Québec, si on
accepte aussi le fait qu'il faut à tout prix assainir les eaux de nos
rivières, si on accepte aussi le fait qu'en 1980, l'ex-ministre des
Finances, M. Jacques Parizeau, qui nous a quittés, il y a à peu
près une semaine, parce que lui non plus n'a plus confiance en ce
gouvernement, annonçait, au congrès de l'Union des
municipalités, un programme qui devait toucher plus
particulièrement l'assainissement des eaux dans tout le territoire du
Québec, un programme de 6 000 000 000 $... On sait que cela a
été reconfirmé, mais d'une façon peut-être un
peu moins élaborée par le ministre de l'Environnement et dans un
programme qui devait contenir des dépenses totales d'environ 4 700 000
000 $. On sait qu'aujourd'hui, il y a effectivement 1 100 000 000 $
réellement dépensés au niveau de l'assainissement des
eaux, au niveau d'usines d'épuration qui ont été
construites, des infrastructures qui ont été parachevées
et que certains de ces équipements sont actuellement en fonction. C'est
un programme de 6 000 000 000 $ qui avait été annoncé en
1980 et à compter d'aujourd'hui, il y a 1 100 000 000 $ de
dépensés. Il nous reste au-delà de 3 600 000 000 $
à dépenser. Ces dépenses se font au rythme d'environ 200
000 000 $, 300 000 000 $ par année. On en a encore au moins pour dix ans
avant de penser d'avoir complété en partie l'assainissement de
nos rivières, de nos cours d'eau.
Le gouvernement nous arrive avec d'autres projets de loi qui tiennent
compte du milieu aquatique, qui tiennent compte de l'aménagement des
berges, qui tiennent compte de l'aménagement de parcs
récréatifs. Notre collègue de Mont-Royal, cet
après-midi, nous parlait de la différence dans les couleurs de
l'eau. Il nous parlait, entre autres, du lac Saint-Louis et de l'eau brune. On
pourrait se poser énormément de questions sur l'ensemble de nos
rivières qui sont actuellement polluées et pour lesquelles le
gouvernement voudrait préparer des programmes non pas d'assainissement
des eaux, mais d'aménagement de parcs en bordure, de nettoyage de
berges. Comment peut-on penser d'atteler la charrue devant le boeuf à
toutes fins utiles. C'est qu'on commence à reculons pour justement
essayer de faire miroiter à la population du Québec des
réalisations. Cela ne paraît pas assez quand on fait de
l'assainissement des eaux.
Cela donne des beaux contrats à plusieurs firmes
d'ingénieurs-conseils et autres, mais cela ne paraît pas
visuellement. Par ceci, on tente de faire un peu de fardage et on semble
vouloir développer avec certaines municipalités et y consacrer
certaines sommes d'argent importantes. Pour nous, quand on parle de la
qualité de la vie, quand on parle d'une charte de la qualité de
la vie, comme Mme la députée de Chomedey l'a, à plusieurs
reprises, énoncé, c'est qu'on doit commencer par le commencement.
On doit se doter d'une qualité de vie qui commence par l'utilisation de
nos équipements, qui passe en partie par l'épuration de nos eaux
et par l'assainissement de nos rivières. C'est important de commencer
par le commencement: purifier nos eaux et, après cela, aménager
les berges et y construire des équipements récréatifs afin
de permettre aux citoyens une utilisation rationnelle de cet ensemble
récréatif.
Or, aujourd'hui, on semble repousser l'assainissement et on vient nous
parler de l'aménagement des berges et de l'aspect
récréatif, afin que les gens puissent les utiliser sans
nécessairement pouvoir s'y baigner avant une période de dix ans.
Dépenser de l'argent pour nettoyer les berges, alors que l'eau continue
d'être
polluée et qu'elle continue de polluer les berges, c'est
pratiquement le monde à l'envers. Je pense que notre formation politique
ne peut tout simplement pas permettre l'adoption d'un projet de loi semblable
qui, pour autant, ne change absolument rien au travail que les
municipalités font actuellement, aux pouvoirs que détiennent
actuellement les municipalités et les communautés urbaines et
régionales.
M. le Président, je serais beaucoup plus enclin à demander
à ce même gouvernement, qui dit se préoccuper autant de
l'environnement qu'il semble vouloir nous en faire accroire, comment il se
fait... Je prends la région de l'Outaouais par exemple. Actuellement et
depuis trois ans, la ville de Gatineau tente par tous les moyens, de se doter
d'un dépotoir, afin d'y déposer les ordures
ménagères. Ce dépotoir pourrait desservir l'ensemble du
territoire d'une ville relativement importante. Le ministère de
l'Environnement est d'accord avec un site qui a été retenu par la
ville de Gatineau. Par contre, l'Office de la protection du territoire agricole
est contre le site proposé. Comment peut-on penser, aujourd'hui, nous
parachuter des projets de loi l'un après l'autre alors que, dans ce
même gouvernement, les ministères ne viennent même pas
à bout de s'entendre l'un avec l'autre? Il faudrait penser à
avoir un peu plus de cohésion, à être un peu plus
concordant d'un ministère à l'autre et comprendre davantage les
lois qui existent déjà et les règlements qui en sont
issus.
Si nous avons demandé cette motion de report, je le
répète, c'est afin de tenter de faire comprendre au ministre
l'importance non pas de réétudier, non pas de réexaminer,
non pas de brasser tout cela, parce que, comme vous le savez, des
études, il y en a d'autres qui en ont fait... Il y en a des rapports,
des demandes. Les municipalités ont fait de nombreuses demandes au cours
des dernières années, mais ce qui est choquant pour ces
municipalités... Le ministre des Affaires municipales ne semble pas
encore aujourd'hui, même s'il y a eu deux ou trois ministres depuis une
couple d'années aux Affaires municipales, comprendre que le milieu
municipal, c'est un gouvernement local, c'est un gouvernement qui est
près des besoins des citoyens, c'est un gouvernement qui demande
d'être consulté, parce que c'est ce même gouvernement qui
doit, après, appliquer les lois et les règlements qui en
découlent. On ignore ces mêmes gouvernements locaux, on ne les
consulte pas. (20 h 50)
En plus de ces gouvernements locaux, il y a des personnes qui se
prêtent bénévolement à la qualité de la vie,
à l'environnement et on évite de les consulter, encore une fois.
C'est la raison pour laquelle nous, de l'Opposition, demandons que le gou-
vernement reporte ce projet de loi, permette cette consultation et une fois
cette consultation terminée, une fois que les municipalités
auront pu peut-être apporter certains éléments permettant
de bonifier davantage ce projet de loi, nous serons en mesure de le
réexaminer, de passer à la commission parlementaire et
d'étudier article par article ce même projet de loi. Pourquoi
toujours bousculer les choses, pour arriver toujours à adopter des
projets de loi qui sont de toute façon contestés par la suite?
Pourquoi ne pas prendre le temps nécessaire afin de réellement
adopter au Québec des lois et des règlements à la mesure
des citoyens et citoyennes du Québec? Pourquoi faut-il toujours faire de
l'invention, nous arriver avec des programmes, avec des lois ou avec certains
règlements qui ne sont pas à la mesure de nos citoyens? Est-ce
que ce même gouvernement n'a pas encore compris aujourd'hui pourquoi il
est rendu si creux, pourquoi il est devenu si impopulaire? C'est parce que le
niveau de crédibilité n'est plus là. Les citoyens et
citoyennes du Québec n'ont tout simplement plus confiance dans ce
gouvernement et une des raisons fondamentales pour lesquelles ils n'ont plus
confiance, c'est parce que ce même gouvernement a toujours voulu passer
à côté de la "track", tenté d'imposer ses
volontés à lui, à la population du Québec, alors
qu'on devrait davantage respecter ce que les gens, les citoyens et citoyennes
du Québec demandent. En terminant, M. le Président, je souhaite
énormément que le ministre puisse reconsidérer le fait que
cette motion de report a une importance capitale pour ceux qui souhaiteraient
pouvoir apporter une contribution dans le sens qu'ils veulent être
consultés, qu'ils ont des éléments à faire valoir,
des suggestions à faire valoir qui pourraient tout simplement bonifier
ce projet de loi. Là-dessus, je vous remercie, M. le
Président.
Le Vice-Président (M. Rancourt): M. le
député de Laprairie.
M. Jean-Pierre Saintonge
M. Saintonge: Je comprends, M. le Président, qu'on ne
respecte pas la règle de l'alternance dans ce débat. Alors, je
vais parler immédiatement. J'avais compris qu'étant donné
qu'on a présenté la motion, on aurait dû finalement
respecter l'alternance. On ne le fait pas. Cela ne me dérange pas. On va
parler quand même du projet de loi.
Une voix: ...
M. Saintonge: Je n'étais pas à ma place,
précisément. C'était parce que j'attendais que le
ministériel se lève.
M. le Président, j'ai entendu le ministre des Affaires
municipales qui n'a rien compris au débat, absolument rien de rien. J'ai
parlé ce matin sur le projet de loi en question pendant un bout de
temps. L'Opposition a présenté une motion de report pour reporter
à trois mois l'étude de ce projet de loi afin, effectivement,
d'entendre les gens concernés. Je prendrai à témoin ici
les paroles mêmes du premier ministre lors du message inaugural. Le
premier ministre du Québec mentionnait la question du programme
d'assainissement des eaux et principalement la mise en valeur du milieu
aquatique, justement la mise en valeur de toutes ces eaux qui sont
déjà ou seront très bientôt
dépolluées, disait-il. Ce matin, au cours de mon intervention qui
a duré environ une heure, je me suis appliqué à
démontrer la fumisterie de dire que les eaux du Québec sont
dépolluées. Les statistiques les plus optimistes, les
vérifications que j'ai pu faire au cours des deux derniers jours me
disent que les eaux dépolluées au Québec sont environ de
11% à 13%. C'est à peu près la moyenne qu'on donne au
Québec des eaux dépolluées.
Quand le premier ministre mentionne dans le message inaugural qu'elles
sont déjà ou seront très bientôt
dépolluées, je dis, M. le Président, que c'est de la
fumisterie. Quand le ministre de l'Environnement dans le même discours en
réponse au message inaugural, dans son intervention, vient nous dire
qu'au Québec, un programme de dix ans présenté par son
prédécesseur en est rendu à 80% de réalisation,
c'est de la fumisterie. Il est clair, dans des chiffres confirmés par le
ministre de l'Environnement, par le directeur de la SQAE, la
Société québécoise de l'assainissement des eaux et
repris par les journalistes à la suite de conférences de presse,
que les travaux réalisés actuellement totalisent 1 100 000 000 $
sur un objectif global de 4 700 000 000 $ pour le gouvernement. On sait que le
programme d'assainissement des eaux, au bas mot, c'est reconnu, coûtera 6
000 000 000 $ et on parle, dans certains cas, de 11 000 000 000 $. Les
chiffres, on ne sait plus où ils s'en vont. On ne peut pas les
arrêter effectivement actuellement.
Le ministre des Affaires municipales a parlé tantôt
là-dessus; il ne semble pas avoir suivi les débats, il n'a pas
suivi le congrès, le colloque de l'UMQ sur l'assainissement des
eaux.
L'ancien ministre du Loisir, de la Chasse et de la Pêche,
maintenant ministre des Affaires sociales, disait cet après-midi que les
gens le demandent. "Dans le cadre de mon mandat au Loisir, à la Chasse
et à la Pêche, je me suis promené partout. Tout le monde
demande cela." Je vous dirai, M. le Président, comme porte-parole de
l'Opposi- tion aux Affaires municipales, que j'ai passé un des
très beaux samedis du mois de septembre, sinon le plus beau samedi du
mois de septembre, au Reine-Élizabeth, au colloque de l'UMQ. Je ne l'ai
pas regretté parce que je n'ai pas perdu mon temps, d'une part, et
même s'il faisait beau à l'extérieur, cela a
été très instructif à l'intérieur. Mais je
vous dirai que je n'y ai pas vu l'ancien ministre du Loisir, de la Chasse et de
la Pêche, maintenant ministre des Affaires sociales. Je n'y ai pas vu
grand monde du gouvernement, je vous le dis honnêtement.
J'ai écouté les intervenants, je suis allé dans les
ateliers et les municipalités se posent des questions. Je vous lis
brièvement un extrait de ce qu'un journaliste rapportait sur la
conférence de presse du président de l'UMQ: "M. Corbeil a
invité le gouvernement à faire des municipalités de
véritables partenaires dans son programme de dépollution puisque
ce sont elles qui devront défrayer les coûts d'exploitation des
installations que construira le gouvernement. Le programme tel qu'il est
conçu actuellement relègue les instances locales au rang de
maîtres d'oeuvre de solutions élaborées ailleurs." On ne
peut pas être plus clair que celai "C'est le ministère qui a le
dernier mot. Bien sûr, les élus sont consultés mais,
souvent, on ne fait pas confiance à leur jugement, de dénoncer
Jean Corbeil pour qui cette méfiance est une cause directe de la lenteur
d'application du programme". Jean Corbeil, ce n'est pas le dernier venu sur la
scène municipale, c'est le président de l'Union des
municipalités du Québec qui regroupe 85% environ de la population
des municipalités du Québec, 85% de l'évaluation des
municipalités du Québec. Ce n'est pas le dernier venu.
Il demande quoi, comme président: Qu'on leur fasse confiance et
qu'on dise aux municipalités où on s'en va. C'est cela, M. le
Président, on ne sait pas où on s'en va et les
municipalités veulent le savoir. L'Opposition, dans le débat,
prend ses responsabilités dans ce sens. Nous disons au gouvernement:
Vous avez un projet de loi qui vise l'accomplissement de certains travaux
d'aménagement des rives, des cours d'eau et des terrains en bordure, des
travaux de régularisation des niveaux d'eau. C'est à peu
près cela, le projet de loi. Ce n'est peut-être pas bien sorcier,
ce n'est peut-être pas bien long, y a rien là! Bien non, il n'y a
rien là! II n'y a rien là:
Je reviens au premier ministre, il n'y a rien là. On a dit que
les municipalités veulent la confiance, elles veulent participer au
débat, elles veulent savoir ce qui se passe là-dedans et
où on s'en va dans l'assainissement. Le programme que l'on propose
actuellement, le projet de loi 6, c'est l'instauration d'un programme - M.
le
Président, figurez-vous cela - de l'environnement. C'est le
ministère des Affaires municipales qui vient là. Pourquoi? Parce
que le ministère de l'Environnement n'est pas prêt, il ne sait pas
où il s'en va. On lui a posé des questions à la
période des questions avant-hier, aujourd'hui, il a fait une
intervention. Qu'est-ce qu'il nous a dit, le ministre de l'Environnement?
Une voix: Rien!
M. Saintonge: II ne savait pas de quel montant il était
question, il ne savait pas combien on demanderait aux municipalités de
mettre là-dedans, il ne savait pas trop la teneur des travaux, où
il s'en allait exactement. C'est général. On ne sait pas quoi.
C'est cela que nous voulons savoir. Nous sommes devant un projet de loi et nous
voulons savoir à quoi cela va rimer demain matin. C'est le premier
point.
Le premier ministre avait dit, lui: "Ce n'est pas d'hier qu'il existe
une forte demande pour un tel programme." À ce moment-là, on
parlait d'un programme de mise en valeur du milieu aquatique. "Dans certains
bassins versants, des organismes sans but lucratif ont commencé à
susciter des projets et à sensibiliser la population aux pertes
qu'engendre l'impossibilité d'utiliser l'eau à des fins
multiples, notamment, dans le bassin de la rivière
Saint-François, dans ceux de la Jacques-Cartier et de l'Assomption". (21
heures)
Le premier ministre n'a jamais dit si vrai. Quand je regarde cela, il y
a un organisme, pour quiconque s'occupe de l'assainissement des eaux, qui
s'occupe d'environnement, qui s'occupe de protection des espaces d'eau, des
espaces bleus, qui s'occupe de la protection des rives, qui tout de suite,
tombe sur le bout des lèvres des gens, c'est FAPEL. Mais qu'est-ce que
FAPEL a demandé? On semble faire un bel état de FAPEL
là-dessus: organisme sans but lucratif. Ça représente 650
associations et il y a seulement 150 000 membres. Ce n'est pas grand monde,
ça. 150 000 membres qui, pour la majorité, sont des
villégiateurs qui sont en bordure des lacs et des rivières au
Québec. Qu'est-ce que FAPEL demande? Ce n'est pas compliqué. Ils
ont envoyé un télégramme adressé à M. Adrien
Ouellette, qui a été envoyé à tous les
députés de l'Assemblée nationale aussi. J'en ai
reçu copie et il y en a de mes confrères qui n'en ont pas
reçu. Probablement que du côté ministériel,
malheureusement ils sont peut-être arrivés en retard, il y a eu
des problèmes au CNCP hier. Les télégrammes ne sont pas
partis comme du monde, aujourd'hui ce n'est peut-être pas arrivé.
Ça vaut la peine de lire le télégramme.
Je rappelle que c'est FAPEL qui représente la
Fédération des associations pour la protection de l'environnement
des lacs. Je l'ai mentionné tantôt, je ne veux pas me tromper,
c'est 150 000 membres et c'est 650 associations et ça dit ce qui suit:
"M. Adrien Ouellette. Je viens tout juste de prendre connaissance du projet de
loi 6 modifiant diverses dispositions législatives pour favoriser la
mise en valeur du milieu aquatique. Quoique ce projet ait été
déposé par le ministre des Affaires municipales, c'est vers celui
qui a pour mission de protéger l'environnement que FAPEL se tourne pour
obtenir les explications qui s'imposent. Le projet de loi modifie le Code
municipal en ajoutant un nouvel article qui accorde à toute corporation
locale le pouvoir de faire modifier ou abroger les règlements pour
ordonner des travaux d'aménagement du lit incluant les rives et des
terrains en bordure des rives, des lacs et des cours d'eau municipaux ou autres
situés sur son territoire et des travaux de régularisation de
leur niveau dans le but d'améliorer la qualité du milieu
aquatique et de favoriser l'accès à ce milieu. "FAPEL a
contribué à faire adopter des règlements pour la
protection des rives et du littoral dans la plupart des MRC et
municipalités du Québec. "Nos associations - 650 associations
-ont mis 15 ans d'efforts - ce sont des associations sans but lucratif -
à sensibiliser les citoyens du Québec sur l'importance de
conserver les rives et le littoral de nos lacs et cours d'eau ainsi que les
plaines d'inondation. Des milliers de villégiateurs organisent
annuellement un vaste programme de renaturalisation des rives dans la plupart
des régions touristiques du Québec. "Le projet de loi 6
préparé sans aucune consultation, nous apparaît donc un
sérieux recul. En utilisant le vague prétexte de favoriser la
mise en valeur du milieu aquatique on risque d'annuler les efforts de milliers
de citoyens et d'ouvrir une porte facile à tous les promoteurs
désireux de modifier à leur façon les rives et le littoral
des lacs et cours d'eau. "FAPEL aurait préféré que le
gouvernement adopte plutôt le règlement-cadre qui se fait toujours
attendre sur la protection des rives et du littoral. "En attendant des
précisions de votre part sur la véritable nature et les
conséquences du projet de loi 6, j'espère que vous prendrez
toutes les mesures qui s'imposent pour qu'il ne franchisse pas l'étape
finale à l'Asssemblée nationale."
Ça, M. le Président, ce n'était pas adressé
à l'Opposition pour qu'on s'oppose d'une façon ridicule au projet
de loi comme le ministre semble le dire. C'était adressé au
ministre de l'Environnement qui a pour mission de protéger
l'environnement. C'est ça.
Si on regarde le projet de loi 6 comme tel, il donne des pouvoirs aux
villes. On n'a rien contre ça, dans le fond. Les débats qu'on a
soulevés à l'Assemblée nationale depuis trois ans et demi
que je suis député, avec l'équipe qui nous soutient et
principalement le député de Hull en est un ici au niveau des
affaires municipales, on n'a jamais fait de débat farfelu.
Je prends à témoin ici que le ministre des Affaires
municipales vient de nous dire: On vient de finir deux projets de loi, le
projet de loi 2 entre autres et le projet de loi 4. Le projet de loi 2 avec
plus de 300 articles et on a passé à travers d'une façon
sérieuse. On a mérité les félicitations du ministre
là-dessus. La même chose pour le projet de loi 4.
Antérieurement on a fait le même travail du mieux qu'on
pouvait. Il y a un projet de loi depuis que je suis porte-parole des Affaires
municipales sur lequel on a fait une motion de report, c'est le projet de loi
38 l'an dernier, à peu près dans la même période. Le
débat a commencé exactement le 6 décembre, dans une
journée comme demain soir. On a fait une motion de report. On nous a
tenu? jusqu'à 9 h 55 un matin, une autre journée jusqu'à 9
h 55 aussi, on a fait le tour du cadran deux fois. Le projet de loi a
été bloqué parce qu'on voulait représenter les
intérêts des municipalités et des citoyens du
Québec.
On était tellement faux là-dedans, M. le Président,
que le gouvernement n'a pas pu adopter le projet de loi 38, même
malgré une motion de clôture. C'est-y assez fort! Le chef de
l'Opposition, M. Gérard D. Levesque, me disait: Je n'ai jamais vu cela
en 27 ans, depuis que je suis à l'Assemblée nationale, qu'on
fasse une motion de clôture pour un projet de loi et qu'on ne l'adopte
pas. Mais on a fait notre travail. Vous allez me dire qu'il était mal
fait au niveau des ministériels, mais tellement mal fait qu'ils n'ont
pas eu le courage de revenir avec lui parce que le monde municipal leur a dit
carrément ce qu'il pensait et, grâce au travail de l'Opposition,
on a réussi à faire reculer le ministre à l'époque.
Mais ce n'est pas lui qui a reculé, il a été
dégommé. C'est un autre qui a reculé. Ils n'ont pas eu le
choix. Et, finalement, au bénéfice de qui? Des
municipalités du Québec.
C'est ce qu'on veut, M. le Président. Ce n'est pas de paralyser
les travaux de la Chambre. C'est quand même assez ridicule de faire une
affirmation comme celle-là. Nos nouvelles règles, de
procédure nous permettent un débat restreint de deux heures sur
une motion de report, deux heures de débat pour dire au gouvernement que
des associations comme FAPEL, sans but lucratif, veulent que le projet de loi
soit reporté. Pourquoi? Pour venir en commission parlementaire, avant
l'adoption du principe, dire ce qu'elles ont à dire là-dessus,
venir démontrer, elles qui travaillent depuis quinze ans
bénévolement dans ce secteur, les dangers qu'elles entrevoient.
Les membres ne connaissent pas cela. Ce sont les seuls qui s'en occupent depuis
quinze ans. Le gouvernement n'a pas de politique là-dessus, pas de
politique de protection des rives. FAPEL demande au gouvernement, depuis des
années, une politique là-dessus, une loi-cadre. On n'en met pas
du tout. Qu'est-ce qu'on fait? On fait un beau petit projet de loi 6, on donne
des pouvoirs aux municipalités, sans entourage, sans limite
précise, sans savoir où on s'en va.
Bien, crime, c'est important ça! Un cours d'eau, ce n'est pas
restreint à une municipalité ou à une ville. Qu'est-ce
qu'on fait dans l'ensemble? On a besoin d'une certaine uniformité. On a
besoin de respecter des règles précises. C'était tellement
vrai que, cet après-midi, ce matin même, le ministre de
l'Environnement l'a dit dans son discours. Ah! il l'a reconnu! Mais qu'est-ce
qu'il fait avec cela? Il n'en fait pas de loi-cadre, pas du tout. Il ne veut
pas entendre la FAPEL qui veut venir lui dire les problèmes qu'elle a
connus depuis quinze ans pour faire respecter l'accès aux rives et pour
que les citoyens aient un accès valable aux rives, ce qui va permettre
justement la mise en valeur du milieu aquatique. Ce n'est pas important
ça, M. le Président.
On parle d'accessibilité aux rives. Il y a autre chose. Cet
après-midi, dans son discours, le ministre a dit justement qu'il
faudrait faire bien attention, au niveau du projet de loi en question,
concernant les travaux que le projet de loi pourrait amener avec une politique
que lui-même va élaborer et nous présenter. Le ministre de
l'Environnement a parlé d'encadrement forestier pour les cours d'eau et
les lacs. Cela m'a quasiment fait tomber de ma chaise. Je n'en revenais pas. Le
député de Nelligan, cet après-midi, en a parlé et
je vais en reparler un petit peu, juste un peu.
Effectivement, en 1980 - je vais prendre les dates exactes - le ministre
de l'Environnement, à l'époque, M. Léger, avait
demandé un avis...
Une voix: "put-put".
M. Saintonge: ...au Conseil consultatif de l'environnement sur
une politique d'encadrement forestier des lacs et des cours d'eau du
Québec. Je lis ce que M. L'Heureux, le président, a
répondu à M. le ministre, Adrien Ouellette, le 13 décembre
1982: "Vous remarquerez que notre étude a conduit à vous proposer
une politique à double volet concernant, d'une part, l'encadrement
général à l'échelle du bassin de drainage des plans
d'eau et, d'autre part, l'encadrement immédiat ou riverain autour
des lacs et le long des cours d'eau, croyant qu'une politique
gouvernementale à ce sujet est devenue nécessaire. Nous
espérons que le présent document vous sera utile pour
définir cette politique ainsi que le rôle que le ministère
de l'Environnement devrait exercer dans son application." C'était le 13
décembre 1982. Si je sais assez bien calculer, cela fait deux ans, deux
ans moins sept ou huit jours.
Une voix: Deux ans. Il n'a rien fait.
M. Saintonge: Qu'est-ce qui est arrivé de la politique
d'encadrement forestier des cours d'eau? Absolument rien. Si on demande le
report du projet de loi pour qu'on examine les représentations de la
FAPEL sur l'accessibilité aux rives, la protection des rives et
également le plan d'encadrement forestier des rives et des cours d'eau,
peut-être qu'il pourrait réfléchir. On lui demande trois
mois. Pourquoi trois mois? On reprend la session en mars. On va arrêter
en décembre. Peut-être que le ministre de l'Environnement pourrait
réfléchir à ces deux politiques-cadres et arriver avec une
politique déterminée au début du mois de mars prochain
pour proposer justement son fameux plan ultérieurement et que cela
respecte des normes précises qui vont s'appliquer à tout le
monde, un peu partout, et des normes qui seront salutaires pour l'ensemble de
l'environnement. C'est cela qu'on veut. Ce n'est pas sorcier. Ce n'est pas de
bloquer le projet de loi. Ce n'est pas d'empêcher le gouvernement d'agir,
loin de là. C'est pour le bénéfice de l'ensemble des
citoyens du Québec que, de ce bord-là, on dit protéger.
(21 h 10)
Le ministre de l'Environnement, au lieu de se promener et de se
péter les bretelles avec les programmes qui ont été
signés pour l'assainissement des eaux, et dire partout qu'ils sont bien
beaux, bien fins, qu'ils ont réalisé tout l'assainissement des
eaux - 11% à 13% des cours d'eau, 1 100 000 000 $, ce n'est même
pas 20% de l'objectif à réaliser. Là-dessus, sur 1 100 000
000 $, je l'ai dit ce matin, il y avait 700 000 000 $ qui étaient
déjà engagés avant qu'ils arrivent avec leur fameux
programme. Est-ce assez fort! Gros succès! Quand je dis 700 000 000 $,
les chiffres... Cela dépend de ce qu'on prend comme chiffres. À
des endroits, on parle de 800 000 000 $, ce qui veut dire que, grosso modo, les
travaux réalisés dans le fameux programme d'assainissement des
eaux qu'on nous vante tant, c'est quoi? C'est 325 000 000 $ à peu
près. Je suis généreux, je dis 400 000 000 $. Je ne me
formalise pas avec des chiffres. Je prends les plus gros en faveur du
gouvernement. Ce n'est pas sérieux.
Qu'on vienne à ce moment-ci, je vous demande... M. le
Président, on demande au ministre des Affaires municipales de retarder
son projet de loi de trois mois et d'y aller avec ses politiques, tel que le
milieu le lui demande.
Dans le projet de loi, on n'a pas de raison de s'opposer à rien.
Une autre affaire dans le projet de loi qui cause de sérieux
problèmes, des interrogations sérieuses, non seulement à
la FAPEL, mais à d'autres organismes qui s'occupent d'environnement. On
dit, dans le projet de loi, que les municipalités pourront faire des
travaux de régularisation de leur niveau... Chacune des
municipalités du Québec pourra faire cela. Les communautés
urbaines, la Communauté régionale de l'Outaouais pourront le
faire aussi. Faire sa propre politique de travaux de régularisation,
cela n'a pas d'allure. Cela prend une politique-cadre, cela aussi. Ce n'est pas
tout le monde qui décide de faire les travaux qu'ils veulent au niveau
de la régularisation des eaux. Il y a du monde à droite et
à gauche d'un cours d'eau. Il n'y a pas juste une ville qui est
là; il y a une ville à gauche et une ville à droite, en
amont et en aval. Il faut que les gens s'accordent au niveau des bassins pour
voir comment cela fonctionne.
Aux États-Unis, il y a un peu d'avancement par rapport à
nous. Il y a ce qu'on appelle des "Basin Commissions", des commissions de
bassins. On identifie un secteur donné où une commission
gère les interventions sur les rives, sur les encadrements forestiers,
au niveau des travaux de régularisation des eaux. Ce n'est pas
compliqué. On demande au gouvernement qui est informé de cela
depuis des années de mettre au point des lois-cadres avant de faire
appliquer la réglementation par des municipalités.
Ce n'est pas qu'on ne fait pas confiance aux municipalités, mais
on ne peut pas imposer aux 1600 municipalités du Québec d'avoir
la même expertise, une expertise aussi poussée là-dessus.
C'est là qu'est vraiment le rôle du ministère de
l'Environnement pour protéger l'environnement, protéger les
citoyens du Québec et leur assurer l'accessibilité aux rives.
C'est son rôle. Dans ce cadre, j'espère que le ministre pourra
reconsidérer sa décision. Il ne reste peut-être pas grand
temps pour y penser d'ici la fin du débat sur la motion de report. Quand
même, j'espère qu'il aura le temps d'y réfléchir. Je
me demande comment il va faire parce qu'il est parti. Où est-il parti?
Si on veut respecter la FAPEL, on devrait écouter ses recommandations.
À tout le moins, advenant le cas que la motion de report soit
refusée dans les trois prochains mois, j'espère au moins une
chose, c'est que le ministre des Affaires municipales pourra, selon ce qu'il
nous a déclaré en cette Chambre, inviter la FAPEL avant
l'étude article par article du
projet de loi pour qu'elle vienne lui faire part de ses
représentations.
Le ministre nous a dit en Chambre, hier - le 4 décembre à
11 h 45 - "Si j'ai des représentations qui me sont faites, à
savoir que des opinions peuvent être émises sur la loi ou sur les
amendements qui sont apportés au Code municipal, à la Loi sur les
cités et villes, aux lois des communautés urbaines, je veux bien
recevoir ces représentations, peut-être après la
deuxième lecture ou recevoir les mémoires qui pourraient
m'être présentés." J'ose espérer que,
vis-à-vis du genre d'engagement que le ministre a pris, vis-à-vis
la demande que la FAPEL a présentée et vis-à-vis d'un
minimum de respect qu'on devrait avoir pour un organisme sans but lucratif qui,
depuis plus de quinze ans, travaille à la protection du milieu aquatique
au Québec, on pourra au, minimum, recevoir la FAPEL et que cela pourra
s'appliquer également à d'autres groupes qui le désirent
avant l'étude article par article du projet de loi en commission
parlementaire.
Il n'est pas question pour l'Opposition d'avoir joué un jeu dans
ce débat. Il n'est pas question pour l'Opposition de dire simplement: On
va reporter les solutions du gouvernement; on va s'amuser. S'il y en a qui
s'amusent, ce n'est pas du côté de l'Opposition, c'est du
côté des ministériels, principalement...
Une voix: C'est ça.
M. Saintonge: ...le ministre des Affaires municipales et le
ministre de l'Environnement.
Une voix: Oui, monsieur, oui. C'est vrai.
Une voix: C'est épouvantable.
Une voix: II a entièrement raison.
M. Saintonge: Là-dessus, en plus de cela, dans le
débat qui nous occupe sur le projet de loi 6, il y a un autre
phénomène. Le ministre nous dit que l'accord des deux unions
à la table Québec-municipalités... Je ne suis pas
présent malheureusement à la table
Québec-municipalités, mais j'aimerais être un petit oiseau
pour être là des fois, je vous assure de cela. Pour une raison -
un jour qui ne sera pas loin, M. le ministre... Le gouvernement actuel, c'est
le gouvernement champion de la consultation et de la concertation. C'est dans
les mots, mais dans les faits, ce n'est pas une grosse réussite.
À la table de Québec-municipalités, par exemple, dans le
cadre du projet de loi 6, suivant des informations que j'ai obtenues vaguement,
on présente un projet de loi. On n'a pas vu le texte du projet de loi.
C'est un principe. On donne des pouvoirs habilitants aux municipalités
pour faire des travaux sur le bord des rives, des cours d'eau, etc.
Régularisation. Les municipalités n'ont pas dit non, mais elles
n'ont jamais vu le projet de loi comme tel rédigé, cependant.
Elles ont discuté du principe en gros présenté dans le
cadre d'une réunion formelle. Il y a une différence entre dire
que c'est de la concertation et de la consultation et dire aux gens: On veut
préparer quelque chose. On veut présenter un tel projet de loi
dans à peu près tel ordre. Entre l'idée
générale, globalement, et le texte final, il y a des marges. Dans
ce cas, il y en a eu. Il faudrait peut-être que les unions puissent avoir
le temps de se prononcer là-dessus. Ce ne serait peut-être pas
mauvais.
Je vous dirai une chose là-dessus. On parle de travaux sur le
bord des rives. La loi 125 a fait en sorte que les municipalités doivent
prendre des résolutions pour l'adoption des schémas
d'aménagement. Ces résolutions ont déjà
été adoptées par les municipalités. Une fois les
résolutions adoptées, il y a un processus qui entre en vigueur
qu'on appelle le contrôle intérimaire. Ce n'est pas
compliqué. Cela gèle les actions dans certains cas sur le
territoire des municipalités au niveau d'une MRC. Au niveau du
contrôle intérimaire, j'ai des documents qui émanent du
ministère. Il est quand même bien clair que sur une bande de dix
mètres en bordure d'un cours d'eau ou d'un lac ou sur une bande de
quinze mètres en bordure d'un cours d'eau ou d'un lac selon le
pourcentage de l'inclinaison de la pente ou de la hauteur du talus - qu'est-ce
qui arrive dans ce cas - aucun ouvrage n'est permis. C'est ce que ça dit
dans le règlement de contrôle intérimaire. C'est
imposé par qui? Par le ministère.
Dans certains cas, même si les municipalités avaient voulu
des dispositions différentes, on clenchait. C'est ça ou bien
c'est le gel absolu. C'est respecté. C'est dans les règlements de
contrôle intérimaire. On veut faire des travaux sur le bord des
cours d'eau, des lacs. Il va falloir passer à travers cela. Il va
falloir passer à travers un règlement de contrôle
intérimaire qui défend cela, d'une part. Ce sont les
municipalités qui sont maîtres d'oeuvre des travaux. Je suis
pleinement d'accord là-dessus. C'est un problème. Il faudrait
voir comment va s'arrimer cette affaire dans la situation présente.
C'est peut-être cela qu'il serait bon de regarder avec les
représentants municipaux. C'est peut-être cela qu'il serait bon de
regarder avec FAPEL qui oeuvre avec les municipalités depuis plus de
quinze ans pour adopter des règlements de protection des rives.
Qu'est-ce que le ministre dit? Pas besoin de cela, nous autres, on marche.
Pourquoi veut-on marcher? Je l'ai dit ce
matin. Le ministre y a fait allusion ce soir. Je le
répète. C'est un ballon électoral. On est
pressé.
Ce n'est pas qu'on ne veut pas que le gouvernement dépense de
l'argent. S'il veut dépenser de l'argent dans l'assainissement des eaux,
on a besoin d'argent. Il y a des villes qui en ont rnauditement besoin, excusez
l'expression, mais c'est ça. Pourquoi en ont-elles besoin tant que cela?
Elles ne sont pas en état de réaliser justement l'assainissement
des eaux parce que le ministère des Affaires municipales, au niveau de
l'analyse financière des règlements d'emprunt, à moins
qu'une municipalité s'embarque dans l'assainissement des eaux, donne des
avis sur l'opportunité pour les municipalités de s'engager dans
la mise en oeuvre d'un projet d'assainissement des eaux, compte tenu de leur
situation financière. Dans ces cas, on dit aux municipalités,
Sawyerville, c'est un exemple: vous n'avez pas assez d'argent, votre
capacité financière ne vous le permet pas. Ce qu'on dit, du
côté de l'Opposition, dans le projet de loi en question:
Considérant que l'assainissement des eaux est fort peu
réalisé au Québec, 11% à 13% au maximum,
considérant que des municipalités ne savent pas les coûts
que tout le programme va engendrer, même celles qui ont signé des
protocoles d'entente, se demandent où elles s'en vont,
considérant aussi que des municipalités n'ont même pas
l'argent suffisant, au niveau du ministère on leur dit: Vous voulez
aller là-dedans, vous ne pourrez pas y aller, vous n'avez pas l'argent
nécessaire. (21 h 20)
Au lieu de lancer des millions d'un bord et de l'autre, 170 000 000 $
pour l'accès aux rives alors que l'eau n'est pas
dépolluée, on dit: Mettez-le dans l'assainissement des eaux.
C'est ça qu'on vous dit. Au lieu de mettre 44 000 000 $ dans
l'étude de faisabilité d'Archipel, au lieu de vouloir pousser
Archipel malgré que le milieu ne soit pas intéressé dans
certains cas - et c'est clair, on ne veut pas de barrage
hydroélectrique. On va en faire un quand même. Cela coûte
environ 1 000 000 000 $. Ce n'est pas grave, on va le faire. On va
préparer des rapports d'intention là-dessus et on va essayer de
convaincre les gens. C'est la concertation du gouvernement et la
consultation.
J'étais présent à la table de consultation, en
1982, concernant le projet Archipel. Le projet de loi 6 va permettre de faire
des travaux dans le parc Archipel. Qu'on ne me dise pas le contraire. Le
député de Mont-Royal l'a dit ce matin; FAPEL l'a dit ainsi que
les gens de l'environnement. Tout le monde sait cela à Montréal.
Ce n'est pas un problème, on vise cela dans le projet de loi. Qu'est-ce
qu'on a dit, en 1982, au ministre délégué à
l'Aménagement et au
Développement régional? On lui a dit: Vous voulez faire
Archipel. On n'a rien contre cela. L'Opposition n'a rien contre cela, mais
faites donc l'assainissement avant.
Une voix: C'est cela.
M. Saintonge: La première étape, c'est
l'assainissement des eaux. C'est beau de faire l'aménagement des rives,
le bord de l'eau et tout cela, mais si on est dans l'eau polluée, cela
fonctionne mal, cela ne va pas. C'est cela qu'on demande, que le
ministère y réfléchisse sérieusement, que le
ministre des Affaires municipales et aussi son collègue de
l'Environnement y pensent sérieusement. Le travail qu'on veut, c'est que
le gouvernement réfléchisse pendant trois mois, qu'il fasse ses
devoirs pendant trois mois afin d'y penser comme il le faut et qu'il
prépare un projet de loi qui va "s'arrimer". Je termine dans deux
secondes. Avant d'arriver avec un projet de loi de cet ordre, on devrait, au
minimum, faire en sorte que ceux qui adhéreront au programme que ce
projet de loi va instaurer, prévoient que l'assainissement des eaux est
réalisé, peut-être pas dans sa totalité, mais dans
une grande proportion. C'est ce qui est important; c'est cela qui compte pour
les municipalités; c'est cela qui compte pour l'ensemble des citoyens du
Québec afin d'assurer justement un accès aux rives valable.
J'espère que la motion de report à trois mois sera
adoptée.
Le Vice-Président (M. Jolivet): M. le
député, s'il vous plaît!
M. Saintonge: M. le Président, je termine avec cela.
J'espère que le ministre va y penser et l'accepter justement dans le
respect de l'ensemble des gens du Québec et pour un meilleur
assainissement et une meilleure qualité de vie. Merci.
Des voix: Bravo!
Le Vice-Président (M. Jolivet): M. le député
de Rousseau et leader adjoint du gouvernement dans les derniers seize minutes
qui restent.
Je m'excuse, M. le député, avant que vous ne commenciez,
j'ai, à ma gauche, une question de règlement de la part du whip
adjoint de l'Opposition.
M. Picotte: Merci, M. le Président. Je viens de vous
entendre dire que ce sont les derniers seize minutes. Vu qu'il y a dix minutes
de consacrées aux indépendants qui ne sont pas ici et qu'il y
aurait possibilité du partage du temps de ces dix minutes qui
restent...
Une voix: C'est parfait.
M. Picotte: ...je demande la permission d'utiliser les cinq
minutes qui peuvent nous être dévolues.
Une voix: ...
Le Vice-Président (M. Jolivet): Non, je vais le
régler rapidement. Je n'ai pas besoin d'aucune façon de...
Une voix: ...
Le Vice-Président (M. Jolivet): Je m'excuse, M. le
député, mais nous avions tenu compte de notre décompte. Au
moment où je vous parle, il restait 26 minutes au député
de Laprairie. Au moment où il a pris la parole, il était 20 h
55.
Une voix: ...
Le Vice-Président (M. Jolivet): Non, d'ailleurs, vous avez
largement dépassé. Sur les 26 minutes qui restaient, M. le
député de Laprairie en a pris 28. En conséquence, le temps
est...
Une voix: Alors, il en reste.
Le Vice-Président (M. Jolivet): Non, il ne reste aucun
temps.
Une voix: ...
Le Vice-Président (M. Jolivet): Non, vous n'avez pas saisi
la façon dont j'ai donné le compte ce soir à...
Une voix: ...
Le Vice-Président (M. Jolivet): II était environ...
Un instant! je vais vous donner l'heure exacte. Il était 17 h 35. Ce que
j'ai dit, c'est qu'il y avait 60 minutes de chaque côté, mais,
s'il y avait des indépendants, nous diminuerions sur votre temps une
durée de 10 minutes. Comme il n'y a aucun indépendant qui a
demandé le droit de parole, aucune diminution n'a été
faite et vous avez eu droit à vos 60 minutes. Donc, le
député de Rousseau prend les 16 dernières minutes. M. le
député.
M. Picotte: M. le Président, je vous remercie de
l'explication. Je dois vous mentionner que ce n'est pas l'explication qu'on m'a
donnée il y a quelques minutes.
Le Vice-Président (M. Jolivet): Je pense qu'il y a
peut-être eu un malentendu. La façon dont je l'avais
expliqué, c'est qu'il y avait une banque possible de 10 minutes pour les
membres indépendants. Comme ils ne l'ont pas utilisée, on l'a
compté sur votre temps. M. le député de Rousseau. M.
René Blouin
M. Blouin: Maintenant que le député de
Maskinongé a bien compris ce problème complexe, je vous avoue que
je n'étais pas sûr de prendre la parole, mais, après ce
qu'a dit le député de Laprairie, je ne peux résister
à une brève réplique qui nous permettra peut-être de
situer les choses dans une perspective un peu plus juste.
M. Saintonge: Question de règlement, M. le
Président.
M. Blouin: M. le Président...
M. Saintonge: Question de règlement là-dessus, M.
le Président.
Le Vice-Président (M. Jolivet): Je m'excuse, je...
Une voix: Une directive.
Le Vice-Président (M. Jolivet): Oui.
Une voix: Est-ce que je dois comprendre...
Le Vice-Président (M. Jolivet): Oui, oui. Juste un
instant! On n'embarquera pas dans... Bon! Je n'entrerai dans aucun débat
contradictoire. Ce n'est pas la place ici. Vous m'avez dit "une demande de
directive". J'aimerais l'entendre.
M. Saintonge: Oui. M. le Président, je peux comprendre
qu'on soit dans un débat restreint - je comprends cela - de deux heures,
partage de temps avec respect de la règle de l'alternance, ce qui a
été convenu entre les partis au départ. Le
député de Rousseau vient nous dire qu'il a un droit de
réplique. Je peux comprendre qu'il ait un droit de réplique dans
ce débat et...
Des voix: Oh!
M. Saintonge: Bon! M. le Président, à ce
moment-là, dans le cas présent, puisque j'ai dû parler
après un de mes confrères sans que les ministériels
veuillent intervenir, est-ce que je comprends que leur temps est
périmé?
Le Vice-Président (M. Jolivet): Non. Un instant! On ne
s'amusera en aucune façon, M. le député. Je vous avais dit
- et vous étiez venu à mon siège ici - qu'il y avait un
partage de temps 50-50. Je l'ai dit à la suite d'une discussion avec les
leaders qui a eu lieu ici et à partir de cela, qu'on emploie les termes
que l'on voudra pour dire qu'on a un droit de réplique, il n'en existe
pas, de
droit de réplique. La seule chose, c'est que je constate une
toute dernière décision à rendre; il reste seize minutes
du côté ministériel. Je n'ai pas, comme président,
à déterminer de quelle façon doivent parler les gens et
à ce moment-là...
Une voix: ...
Le Vice-Président (M. Jolivet): Non, je n'ai pas à
regarder. Il y a un partage de temps X à chacun. Donc, le
député de Rousseau, s'il peut maintenant commencer, je lui laisse
la parole.
M. Blouin: M. le Président, le député de
Laprairie est bien chatouilleux. Il a lui-même répliqué au
ministre. Alors, moi, je réplique au député de Laprairie
et, s'il préfère que j'utilise une autre expression, je peux le
faire. Je vais commenter, donc, son intervention. Il ne soulèvera pas de
question additionnelle.
Ce qui m'apparaît fatiguer le député de Laprairie...
Je ne suis pas sûr que ce soit lui, vraiment, que cela fatigue. Je ne
suis pas sûr non plus que cette intention vienne de lui, parce que le
député de Laprairie qui, habituellement, est un homme - je dois
lui rendre cet hommage - de dossier, a très certainement aujourd'hui
fait preuve d'une pauvreté d'argumentation qui est rare dans son cas.
Donc, je présume que la commande est venue d'ailleurs et je
présume également, un peu comme l'a dit le ministre des Affaires
municipales, que ce qui fatigue l'Opposition libérale au moment
où nous nous parlons, ce sont des manchettes qui ressemblent à
celle-ci: "Le Québec bat la marche de la reprise économique." Ou
encore une autre comme celle-là: "La reprise économique du
Québec est...
M. Rocheleau: M. le Président, question de
règlement.
Le Vice-Président (M. Jolivet): Oh! S'il vous plaît!
S'il vous plaît! Je voudrais savoir de quel article du règlement
vous parlez, M. le député de Hull.
M. Rocheleau: L'article 204, M. le Président.
Le Vice-Président (M. Jolivet): Je vais donc le
vérifier tout de suite, M. le député. Oh non, M. le... Un
instant! Un instant! Vous dites: "Tout discours doit porter sur le sujet en
discussion." Ce que je sais, ce qui est en discussion, c'est une motion de
report à trois mois et l'argumentation qu'on a employée de part
et d'autre jusqu'à maintenant, dans une motion de report, est
très large. Ce n'est pas la première fois que nous en avons une,
mais je n'accepterai pas d'interruption pour le plaisir d'interrompre.
M. le député de Rousseau.
M. Blouin: Voilà!
M. Rocheleau: M. le Président, je m'excuse!
Le Vice-Président (M. Jolivet): M. le député
de Rousseau.
M. Blouin: Alors, M. le Président...
M. Rocheleau: Question de règlement, M. le
Président.
Le Vice-Président (M. Jolivet): M. le député
de Rousseau.
M. Blouin: Alors, M. le Président, compte tenu...
M. Rocheleau: Question de règlement, M. le
Président.
Le Vice-Président (M. Jolivet): Je m'excuse, M. le
député de Rousseau. M. le député de Hull, quel
article du règlement?
M. Rocheleau: En vertu de l'article 204.
Le Vice-Président (M. Jolivet): J'ai donné
ma...
M. Rocheleau: Vous m'avez dit que c'était la pertinence du
débat.
Le Vice-Président (M. Jolivet): J'ai compris, M. le
député. J'ai donné ma réponse. J'ai dit que dans
une question de report, jusqu'à maintenant... Ce n'est pas la
première fois que j'ai à présider les débats
à l'Assemblée nationale; je sais qu'au niveau du débat sur
un report l'argumentation qui est apportée de part et d'autre est
souvent très large.
M. le député de Rousseau.
M. Blouin: M. le Président, ils sont d'une
nervosité incroyable. Je vais donc répéter que je
m'explique, moi, de cette façon, cette motion de report qui a
été amenée par le député de Papineau, par le
fait que comme ils constatent... Et ils n'ont pas arrêté de parler
de situation électorale. Ils sont obsédés par
l'électoralisme. Je constate donc que les bonnes nouvelles
économiques... Et c'est pour cela qu'ils insistent beaucoup sur les
problèmes qu'il y a à l'intérieur du Parti
québécois actuellement, parce qu'ils tentent ainsi de faire
oublier la réalité économique qui, elle, est fort
encourageante pour l'ensemble du Québec. Ils tentent de faire oublier,
par exemple, que le
Québec a connu une augmentation de ses investissements
manufacturiers d'au-delà de 40% cette année, alors que l'Ontario,
elle, n'a connu qu'une augmentation de 5%. C'est parfaitement encourageant pour
l'économie du Québec et c'est parfaitement inquiétant,
inversement, pour l'Opposition libérale.
Devant une situation pareille, qu'ont-ils fait, M. le Président?
Ce n'est pas le député de Laprairie qui a fait cela. J'en suis
à peu près sûr. J'imagine qu'ils sont allés voir le
chef du Parti libéral, M. Robert Bourassa, et qu'ils lui ont dit:
Robert...
Une voix: II est dans quel bottin? (21 h 30)
Une voix: Où cela?
M. Blouin: Ils l'ont trouvé, ils ont son numéro
personnel. Ils ont dit: Robert, ça va mal parce que ça va bien.
Alors, Robert leur a donné la clé de son succès, ce qu'il
considère comme étant la clé de son succès, il leur
a dit: Je vais vous donner un conseil, je vais vous donner la stratégie
que vous devez suivre, et qui est celle que je suis depuis maintenant deux ans,
ne faites rien.
Une voix: Cachez-vous!
M. Blouin: Alors, ils ont raccroché l'appareil, se sont
présentés à l'Assemblée nationale, se sont
levés et ont dit: M. le Président, on est en train
d'étudier un projet de loi, on arrête tout cela et on le reprendra
dans trois mois. Qu'est-ce qu'on fait? On ne fait rien. Voilà la
stratégie de l'Opposition libérale: ne rien faire. Quand on leur
demande quel est leur programme, ce qu'ils veulent faire à
l'égard de l'économie du Québec, à l'égard
de l'avenir économique du Québec, ils n'ont rien à dire.
Lorsque nous sommes en train de tenir des débats qui font
débloquer des secteurs économiques importants, qu'est-ce qu'ils
font? Ils tentent effectivement de bloquer ces débats, de ne rien faire,
de ne rien dire.
J'ai l'impression que le chef Robert Bourassa est en train, au moment
où nous essayons de décontaminer les cours d'eau, j'ai
l'impression que le chef du Parti libéral est un peu en train de
contaminer le député de Laprairie. En fait, ce qui fatigue le
député de Laprairie, c'est que le programme d'assainissement des
eaux au Québec fonctionne, il marche! Voilà ce qui fatigue
l'Opposition libérale.
J'ai entendu le député de Laprairie essayer d'expliquer,
de déchirer son veston pour expliquer que l'assainissement des eaux au
Québec, ça ne marchait pas. J'invite le député de
Laprairie, comme il a dit qu'il assistait à beaucoup de congrès,
à venir visiter les rives des cours d'eau dans mon secteur, uniquement
dans le comté que je représente à l'Assemblée
nationale et il se rendra compte que les municipalités qui longent les
cours d'eau dans notre région sont des municipalités qui
profitent au maximum des programmes gouvernementaux d'assainissement des
eaux.
Une voix: Combien?
M. Blouin: Ce ne sont pas que des signatures de protocole...
Une voix: Combien?
M. Blouin: ...ce sont des constructions d'usines
d'épuration, des constructions de réseaux pour capter les eaux
usées auxquelles nous sommes en train d'assister, ce sont des
investissements de millions, de millions et de millions de dollars pour des
petites municipalités dans notre secteur qui sont subventionnées
à 90% par le gouvernement du Québec, ce sont ces travaux qui sont
actuellement en cours dans nos secteurs. Le député de Laprairie
soutient que ça ne marche pas, qu'il ne se fait rien; je soutiens, quant
à moi, que c'est le député de Laprairie qui ne marche pas
assez. C'est lui qui ne va pas voir ce qui se passe sur le terrain et c'est lui
qui est un peu, je présume, obnubilé par le chef du Parti
libéral qui, lui, croit que rien ne va et dont la stratégie est
de ne rien faire à l'égard de tout ce qui peut se trouver autour
de lui.
Une voix: ...
M. Blouin: Mais plus que cela, M. le Président...
Le Vice-Président (M. Jolivet): M. le député
de Rousseau, je vais vous interrompre. Je n'aime pas le faire, mais souvent on
parle de libertés individuelles et l'une des premières est de
laisser parler l'individu qui a la parole. M. le député de
Rousseau.
Une voix: Bien oui!
Le Vice-Président (M. Jolivet): S'il vous plaît!
Une voix: Middlemiss.
Une voix: That is enough!
M. Blouin: Merci...
Le Vice-Président (M. Jolivet): S'il vous plaît!
Une voix: M. le Président...
M. Blouin: Merci, M. le Président.
M. Middlemiss: M. le Président...
Le Vice-Président (M. Jolivet): S'il vous plaît!
M. Middlemiss: Vous l'avez entendu, M. le Président.
Le Vice-Président (M. Jolivet): S'il vous plaît! Je
n'ai rien entendu, ni d'une part ni d'autre part.
Une voix: Moi, je l'ai entendu d'ici, M. le Président.
Le Vice-Président (M. Jolivet): Vous avez le droit de
l'entendre. Moi, je vais vous dire que je n'ai rien entendu. M. le
député de Rousseau.
M. Blouin: Même le député de Pontiac, qui est
d'une proverbiale gaieté et d'un calme reconnu, est en train de
s'énerver lui aussi. Mais qu'est-ce qu'ils ont, M. le Président?
Qu'est-ce qui se passe, ce soir? Je leur répète, contrairement
à ce que dit le député de Laprairie, que l'Union des
municipalités régionales de comté du Québec, que
l'Union des municipalités du Québec elles-mêmes sont
d'accord avec le principe de ce projet de loi.
Une voix: Elles l'ont lu.
M. Blouin: Elles ont certaines divergences sur la façon de
l'appliquer, dépendamment de ce qu'elles représentent comme union
et c'est cela qui est normal.
M. Saintonge: Question de privilège.
M. Blouin: Non, non. Je vous ai très bien entendu, M. le
député de Laprairie.
M. Saintonge: Question de privilège, M. le
Président.
Le Vice-Président (M. Jolivet): II n'y a pas de question
de privilège, M. le député, vous le savez très
bien. M. le député, vous savez très bien que vous ne
pouvez pas faire de façon indirecte ce qu'il n'est pas permis de faire
directement. Je vous dis qu'il n'y a pas de question de privilège. Que
vous ayez des opinions, j'en conviens. Que le député de Rousseau
ait des opinions, j'en conviens.
M. Saintonge: Question de privilège. On a attaqué
mes droits, M. le Président.
Des voix: Ah! Ah! Ah!
Le Vice-Président (M. Jolivet): M. le
député, depuis quelque temps à l'Assemblée
nationale, il y a une jurisprudence assez forte sur la question de
privilège. Je ne l'accepte pas.
M. le député de Rousseau.
M. Blouin: Bon! Merci, M. le Président. Une voix:
Tu peux mentir.
M. Blouin: Je poursuis en disant que contrairement à ce
qu'a dit le député de Laprairie, l'Union des municipalités
du Québec, de même que l'Union des municipalités
régionales de comté du Québec sont d'accord avec les
principes de ce projet de loi. Elles demandent au gouvernement d'aller de
l'avant avec ce projet de loi. Pourquoi demandent-elles d'aller de l'avant et
pourquoi le critique en Affaires municipales de l'Opposition demande-t-il de
cesser ce débat? Je ne le comprends pas très bien, M. le
Président.
L'objectif de ce projet de loi est justement d'élargir les
pouvoirs des municipalités, de faire en sorte qu'elles aient davantage
d'autonomie.
Je l'ai entendu à quelques reprises claironner à
l'égard de l'autonomie municipale, de la responsabilisation des
municipalités et des élus locaux. C'est ce que nous sommes en
train de faire. Voilà pourquoi les unions approuvent le projet de loi
qui est présenté par le gouvernement. Et le critique
libéral est obligé - je ne sais par qui, je ne sais à
cause de quoi mais je m'en doute, je l'ai expliqué au début - de
se lever et de faire des discours qui n'ont pratiquement pas d'arguments. Il se
promène à gauche et à droite, il essaie d'étirer le
temps le plus possible parce que c'est ce qu'on lui a demandé de
faire.
Une autre incohérence a été présentée
par le député de Laprairie. Il prétend que
l'épuration des eaux au Québec, ça prendra encore des
décennies avant de se réaliser et qu'il ne faut pas entreprendre
dans les mois qui viennent l'aménagement des berges des cours d'eau.
D'autre part, le Parti libéral demande le report de ce projet de loi
pour trois mois. Mais dans trois mois, M. le Président, qu'y aura-t-il
de changé à l'égard de l'argument que nous
développe le Parti libéral? Il n'y aura pas des décennies
d'écoulées dans trois mois. Il propose cependant que nous
reprenions ce débat dans trois mois. On voit très bien que les
arguments ne tiennent pas debout.
D'autre part, ce qu'il faut savoir aussi, c'est que ce projet de loi
permettra à court terme de débloquer des dizaines et des dizaines
de millions de dollars pour supporter le programme d'assainissement des eaux
qui a été lancé par le gouvernement du Québec et
qui marche très fort. C'est ça qui fait mal au Parti
libéral. C'est la reprise économique au Québec qui leur
fait mal. Ils ont peur des conséquences politiques de la reprise
économique au Québec. Ils ont peur aussi des conséquences
politiques de l'épuration des eaux au Québec, de la
qualité de la vie qui en est d'autant améliorée pour
l'élément aussi fondamental et aussi premier qu'est
l'eau.
Ce que le Parti libéral est en train de faire, c'est d'essayer de
mettre un frein au programme d'épuration des eaux qui engagera 4 500 000
000 $ de la part du gouvernement du Québec. C'est d'essayer de mettre un
frein au programme d'aménagement des berges qui, lui aussi, injectera
dans l'économie du Québec des dizaines et des dizaines de
millions de dollars et qui fera travailler particulièrement la
main-d'oeuvre qui n'attend que cela, de se mettre au travail. C'est ça
aussi qui fait mal au Parti libéral. C'est de voir que le chômage
au Québec par rapport à l'ensemble canadien, diminue sans
arrêt. C'est dur, ça aussi, pour le Parti libéral.
Moi, ce que je leur dis, c'est qu'en suivant la stratégie de leur
chef, M. Robert Bourassa, qui est celle de ne rien faire, de ne rien dire et de
faire le mort, ils se trompent. Quant à nous, nous ne ferons pas le mort
parce que ce projet de loi permet de passer à l'action, non seulement
pour le gouvernement mais également pour les municipalités, pour
les entrepreneurs, pour les travailleurs et les travailleuses du Québec
qui seront impliqués dans ces projets très importants.
Non, nous ne ferons pas le mort. Non, nous ne reporterons pas ni de
trois mois, ni de dix ans, ni de quinze ans la qualité de la vie au
Québec et nous allons procéder. Merci, M. le
Président.
Des voix: Bravo! Bravo! Bravo!
Le Vice-Président (M. Jolivet): Si je me fie à ce
qui avait été décidé...
S'il vous plaît! VI. le ministre, s'il vous plaît!
M. Saintonge: Lequel? Lequel? Lequel? Nommez-le! (21 h 40)
Le Vice-Président (M. Jolivet): Je m'excuse, M. le
député de Laprairie, je n'ai nommé personne. J'ai fait
attention de ne nommer personne. J'ai dit: "de part et d'autre". Je pose la
question suivante: selon l'entente qui est intervenue à 17 h 44, la
motion de report est...
Une voix: ...
Le Vice-Président (M. Jolivet): ...rejetée sur
division.
Une voix: Oui.
Le Vice-Président (M. Jolivet): C'est ce que j'ai
compris.
M. le leader adjoint du gouvernement.
Une voix: Sur division, adopté.
Le Vice-Président (M. Jolivet): La prochaine personne qui
va parler maintenant, puisque la motion est rejetée sur division, c'est
M. le député de Berthier.
Reprise de débat sur l'adoption du
principe
M. Albert Houde
M. Houde: Merci, M. le Président. Le député
qui m'a précédé, le député de Rousseau, il
serait peut-être bon qu'il regarde dans sa région quand on voit
qu'il y a deux ans, il s'est dépensé des milliers de dollars pour
dépolluer une rivière quand, à peu près un mille ou
deux milles plus haut, ça sortait gros comme ça dans les tuyaux
et ils dépolluaient la rivière en bas. Il serait mieux d'aller
voir chez lui ce qui se passe. Ce serait bien plus rentable pour lui. Il serait
exempt de parler de n'importe qui après.
Une voix: ...
M. Houde: Dans ton coin.
M. le Président, il y a plusieurs années que le dossier
des affaires municipales relié au secteur de l'environnement fait
vedette dans l'actualité québécoise. Il semble que tous
les intervenants s'entendent sur un objectif commun, soit celui
d'améliorer la qualité de vie de l'environnement
québécois. Cette qualité de vie doit, à son tour,
s'inscrire dans une relation à trois dimensions: le sol, l'air et l'eau.
De plus, cette relation ne relève pas uniquement de facteurs
essentiellement techniques, mais d'abord et avant tout de consensus global
autour des objectifs sectoriels devant être atteints, d'une part, et sur
l'unanimité des intervenants régionaux et nationaux parmi tous
les groupes directement ou indirectement intéressés à la
question environnementale. C'est ainsi que le Québec a dû
accélérer ses programmes d'investissements à
l'épuration des eaux dans des domaines aussi bien agricole et industriel
que domestique pour rattraper le retard accumulé depuis les 10 ou 20
dernières années.
Contrairement aux prétentions du gouvernement actuel, le
programme d'assainissement des eaux date de bien avant l'arrivée du
Parti québécois au pouvoir. Ce n'est pas vous qui avez
inventé les boutons à quatre trous. Pour rafraîchir des
mémoires, je me contenterai d'inviter le ministre de l'Environnement
à s'en rapporter la liste des signatures de protocoles d'entente qui
devaient dater d'avant 1976. Une lecture rapide de ces documents nous forcent
à constater que des projets d'envergure ont été
signés, notamment en ce qui a trait à la Communauté
urbaine de Montréal. Et si, on réfère aux sources soient
les
montants de signatures de protocoles d'entente, on se rendra compte
qu'il s'agit là de chiffres non négligeables.
En rapport plus directement avec les projets annoncés par le
gouvernement dans le cadre de la présente loi, l'Opposition officielle
avait déjà fait connaître son opinion sur trois sujets
précis qui avaient, comme dénominateur commun, que les gestes et
attitudes du gouvernement constituaient une sorte de fuite en avant. Cette
fuite en avant signifie plus précisément que sans s'opposer aux
projets globaux de l'un ou de l'autre des projets, le Parti libéral du
Québec doutait de la démarche entreprise par le gouvernement dans
chacun des cas en ce sens que cette dernière nous semblait inversement
entreprise par rapport aux projets initiaux.
C'est ainsi que, dans le cas du dossier Archipel, l'Opposition
officielle avançait l'opinion, le 23 octobre dernier, que sans remettre
en cause le bien-fondé du projet, il nous apparaissait singulier que le
gouvernement veuille bien procéder à l'aménagement de ce
plan d'eau à des fins récréatives avant même de
contrôler la montée des eaux.
Quant au programme d'assainissement des eaux, nous soulignions alors que
l'écart entre les sommes d'argent issues des protocoles d'entente et les
travaux effectivement réalisés s'était élargi au
cours des deux dernières années financières. Ces montants
ou, plus précisément, cet écart est passé de 1 100
000 000 $ à 2 400 000 000 $. Ces écarts entre le nombre de
signatures de protocoles d'entente intervenu entre le ministère de
l'Environnement, d'une part, et les municipalités, d'autre part, ne sont
pas le fruit du hasard. En effet, l'Opposition officielle a déjà
prévenu le gouvernement et plus spécialement le ministre de
l'Environnement que si des correctifs importants tant au niveau de la technique
utilisée des programmes en cours aussi bien qu'au niveau de l'attitude
gouvernementale, vis-à-vis du processus des décisions en de
telles matières, ne changeaient pas, des problèmes surviendraient
en cours de route.
À cet égard, ma collègue, la députée
du comté de Chomedey, porte-parole en matière d'environnement,
avait longuement exposé, le 18 mai dernier, la nature des
problèmes à venir. Ici, on se réfère au Journal des
débats du 18 mai 1984. On trouvera l'essentiel de son argumentation
à la page 412, où on peut lire ce qui suit: Dans le discours sur
le budget prononcé par le ministre des Finances en mars 1983, on avait
fixé comme objectif pour l'année financière 1983-1984 des
investissements de l'ordre de 328 000 000 $. Or, une compilation
révèle que les dépenses en immobilisations pour
l'année 1983-1984 atteindraient quelque 150 000 000 $. Cette compilation
incluait celle effectuée par les communautés urbaines, la
Société québécoise d'assainissement des eaux, les
municipalités et celle reliée aux études. Cette
différence entre les objectifs et les investissements
réalisés fait en sorte que le gouvernement n'avait même pas
atteint 50% de son objectif. En rapport avec l'année financière
1984-1985, cette compilation indiquait un montant prévisionnel
d'immobilisations de l'ordre de 422 600 000 $. Un tel écart entre ces
deux années s'expliquait par le fait que les investissements non
réalisés par rapport aux objectifs de l'année 1983-1984
avaient été fixés comme objectifs additionnels pour
l'année 1984-1985.
Du côté des municipalités, le ministre de
l'Environnement n'a toujours pas, à ce jour, répondu à une
des préoccupations de l'Union des municipalités du Québec.
Même son projet dit d'accélération n'arrive pas à
enlever des craintes aux municipalités. Même subventionnés
à 90%, les projets d'épuration entraînent des
dépenses énormes pour les municipalités qui doivent
assumer la totalité des coûts d'exploitation des usines. On
alléguait dans le milieu municipal que ces derniers pouvaient
représenter la moitié du coût global du projet sur une
période de 20 ans.
À cet argument, le ministre de l'Environnement avait
répondu aux membres de l'Union des municipalités réunis en
congrès que la population québécoise était
prête, elle, à assumer les coûts d'assainissement. Mais le
ministre de l'Environnement s'est bien gardé de nous dire jusqu'à
quel point cette population était prête à défrayer
le coût qui devrait se répercuter au cours des prochaines
années sur le compte de taxes.
Bien sûr, on doit convenir que l'évolution des comptes de
taxes devrait être une préoccupation majeure des
législateurs au cours des prochaines années pour se rendre compte
si, oui ou non, les édiles municipaux s'inquiétaient à
juste raison de l'ensemble des coûts d'exploitation des usines pour les
années à venir.
En parlant de ces écarts entre les montants issus des signatures
des protocoles d'entente et ceux des travaux effectivement
réalisés, le ministre de l'Environnement n'a toujours pas
répondu à la députée de Chomedey qui, le 23 octobre
dernier, lui demandait de confirmer la rumeur voulant que, depuis les cinq
premiers mois de la présente année financière, un montant
de 90 000 000 $ en travaux réalisés n'avait même pas
été atteint.
Deuxième partie, M. le Président. En ce qui a trait au
projet global de l'aménagement des berges et du nettoyage des rives,
l'Opposition officielle se demande si, là encore, le gouvernement ne
procède pas à l'envers. Nous avons déjà
expliqué à
cette Chambre que l'opération de dépollution ne pouvait se
limiter au seul nettoyage des rives, mais devait passer par
l'élimination réelle des sources de pollution.
Nous avons également mis en garde les jeunes qui s'impliqueront
dans ce projet pour qu'ils mettent la préoccupation environnementale
au-dessus de toute partisanerie politique et se méfient des tentatives
de récupération politique auxquelles le gouvernement pourrait
s'adonner. (21 h 50)
À première vue, ce vaste projet apparaît fantastique
dans la mesure où la majorité des travaux en vue de nettoyer les
rives seraient réalisés par un grand nombre de jeunes
Québécois et Québécoises tout aussi soucieux que
l'ensemble de la population d'améliorer notre qualité de vie au
Québec. Mis à part le fait que le gouvernement veuille
procéder à l'inverse dans toute cette opération, nous
demeurons convaincus que l'objectif demeure en soi valable à court et
à moyen terme. Mais le thème de la qualité de vie ne
vaut-il pas la peine d'être plutôt analysé et entrevu dans
une portée à long terme, en ce sens que les travaux
réalisés maintenant ne seraient pas réduits à
néant d'ici quelques années parce que les causes réelles
de la pollution n'auraient pas été enrayées? Quant au
processus lui-même de cette vaste opération, le ministre de
l'Environnement devrait nous fournir quelques explications quant au cheminement
du dossier lui-même et ce, depuis la présentation du projet
conçu par les jeunes eux-mêmes.
En fait, j'aimerais bien que le ministre de l'Environnement fasse le
point sur un certain nombre d'imprécisions concernant l'opération
de nettoyage de l'environnement territorial. Nous savons que les responsables
et concepteurs du projet ont déjà effectué un certain
nombre de démarches: visites auprès de municipalités; plan
d'action pour le transport, la sécurité, la mobilisation et la
formation de jeunes; mise en place d'un centre de documentation et d'un service
de presse; implantation des équipes de travail permanentes dans au moins
sept régions et l'appui de plusieurs organismes à ce projet
d'ensemble.
Parallèlement à ces démarches, les milieux
gouvernementaux ont senti le besoin d'exprimer un certain nombre de
réserves sur cesdites démarches. C'est ainsi que le
président du Conseil du trésor, bien qu'ayant un
préjugé favorable pour le projet, gardait plusieurs
réserves quant à son opération. Il semblait
s'inquiéter de l'ampleur du projet et avouait qu'il aimerait que le
projet soit davantage fondé sur le bénévolat de
professeurs et de chefs scouts qui feraient office d'encadrement non
rémunéré. Une fois de plus, le président du Conseil
du trésor obéissait à des principes budgétaires en
vertu desquels la meilleure économie des fonds publics consisterait
à recruter le plus de bénévoles possible au profit d'une
cause commune.
Il faut aussi rappeler que le ministre avait été
invité à siéger au sein du conseil d'administration de cet
organisme, mais - je cite le Devoir du 24 octobre 1984 - "il va sans dire que
ce dernier - en parlant du ministre Michel Clair, ministre d'en face - a
gentiment décliné l'invitation de siéger sur le conseil
d'administration d'ONET." À cet appel au bénévolat, les
responsables d'ONET ont vivement réagi en souhaitant des
améliorations, mais non un changement de cap sur l'ensemble des
objectifs. De plus, les responsables signalaient au gouvernement qu'ils
n'avaient pas l'intention de recruter des vidangeurs gratuits du gouvernement
du Québec.
De toute évidence, le gouvernement du Québec a
délibérément choisi d'enrober le projet des jeunes en leur
faisant savoir, par le biais d'un membre du cabinet du ministre de
l'Environnement, qu'il désirait voir ce programme inscrit au programme
d'assainissement du ministère. À ce sujet, l'attaché de
presse du ministre avait clairement déclaré dans des termes aussi
techniques que nébuleux, dans le Devoir du 24 octobre 1984: "II s'agira
toutefois, selon l'attaché de presse de M. Ouellette (ministre de
l'Environnement) d'un programme lourd, c'est-à-dire de ceux qui se
calculent généralement en dizaines de millions de dollars."
L'attaché de presse du ministre poursuivait: II s'agirait d'un
"programme permanent visant à préparer les rives des
rivières en voie de dépollution."
C'est précisément là que le problème demeure
entier. Comment concevoir de façon logique que les rives et berges
seront l'objet d'un travail terminé alors que les causes directes de la
pollution n'ont pas été enrayées? C'est là que nous
disons que le procédé inverse devrait être effectué,
à savoir l'élimination des pollutions à leur source
même.
En ce qui a trait aux intentions louables du premier ministre transmises
dans son discours d'ouverture du 16 octobre dernier, il nous parle d'un rythme
de mise en oeuvre du programme d'assainissement des eaux qui s'est
dramatiquement accéléré. Je dirais que, sur ce point, le
premier ministre ne s'est pas enquis des informations nécessaires, car
les écarts entre le protocole d'entente signé avec les
municipalités et les travaux effectivement réalisés lui
auraient fait dire exactement le contraire, soit que la mise en marche du
programme d'assainissement des eaux s'est dramatiquement retardée depuis
sa mise en oeuvre.
J'avoue, M. le Président, qu'à la
lumière des expériences entamées par le
présent gouvernement sur des projets aussi grandioses et ambitieux une
certaine méfiance est née quant à leur réalisation
et aux possibilités réelles du gouvernement actuel. S'ilfallait que le programme d'amélioration des rives suive le
même processus que celui de l'assainissement des eaux, je trouverais cela
dommage pour l'ensemble des jeunes qui ont à coeur la réalisation
d'objectifs visant à améliorer notre qualité de vie.
Imaginez un instant que les mêmes retards de réalisation
surviennent en cours d'année et que l'opération nettoyage
effectuée de façon spontanée en 1985 par le biais d'une
mobilisation des jeunes soit réduite à néant quelques
années plus tard parce que les causes réelles de la pollution
demeureraient toujours présentes. J'imagine alors la déception et
la désillusion des jeunes, lesquelles pourraient être semblables
à celle de la cause de l'indépendance du Québec
visionnée par le Parti québécois. Je dis qu'une telle
déception constituerait une honte et un non-respect à
l'égard des milliers de jeunes qui se seraient aventurés dans une
démarche marquée au coin de l'improvisation et de
l'artificiel.
Je dis également que la préoccupation des jeunes
Québécois vaut la peine d'être prise au sérieux et
qu'il revient à l'État de voir à ce que leurs efforts
soient canalisés en fonction d'intérêts collectifs, bien
sûr, mais également en fonction des préoccupations
individuelles des jeunes qui seront mobilisés pour un tel projet.
Je ne saurais terminer mon intervention sans souligner le
bien-fondé d'un tel projet, dans la mesure où il s'inscrira dans
une portée à moyen et à long termes en regard de nos
préoccupations proprement axées sur l'amélioration de la
qualité de vie. Cette dernière passe par l'assainissement et
l'embellissement des rives des lacs et des cours d'eau du Québec, mais
nous devons savoir que cette vaste opération doit s'enclencher dans un
processus technique complet, mais à la fois cohérent.
J'aimerais mieux que le gouvernement nous annonce aujourd'hui que
certains retards pourraient être accusés quant à la
réalisation des travaux, parce que, dira-t-on, les études de
faisabilité et d'aiguillonnage des objectifs ne sont pas tout à
fait terminées. Imaginez qu'on a pris plusieurs années à
étudier le projet Archipel quant à sa faisabilité
technique; alors, nous serions prêts à accuser quelques mois de
retard quant à la faisabilité du nettoyage des rives et des
berges pour savoir si les objectifs de tous et chacun des partenaires
impliqués dans ce projet concordent de façon harmonieuse.
Quant à la relation à établir entre le
gouvernement, d'une part, et les municipalités, d'autre part, nous
souhaitons qu'elle se fasse dans un contexte également de
cohérence. Nous sommes d'avis qu'au préalable les
municipalités doivent être consultées de façon
régulière et honnête afin qu'une concertation efficace
puisse déboucher sur les ententes souhaitées de part et d'autre
et ce, au nom de l'intérêt de tous les contribuables
québécois.
Dans le cadre du programme d'assainissement des eaux, par exemple, on
aurait dû procéder à une telle concertation avant de tordre
le bras des municipalités pour leur faire signer coûte que
coûte les ententes sur les travaux d'assainissement. Par la suite, les
municipalités auraient pu dresser un portrait de la situation
financière future en fonction de l'évolution du budget au
chapitre des revenus et des dépenses. Nous aurions alors pu savoir si,
oui ou non, les préoccupations des municipalités vis-à-vis
du coût d'exploitation des usines d'épuration étaient
fondées. Tout cela pour vous dire, M. le Président, qu'une telle
concertation devrait être effectuée dans le cadre des projets
soumis par le gouvernement.
Le programme d'assainissement des eaux commence à peine à
donner des fruits concrets au niveau de la réalisation des travaux et
voilà qu'on nous propose d'autres projets d'envergure dont nous sommes
incapables ici aujourd'hui d'évaluer les coûts matériels
pour les prochaines années. Voilà bien où mènent
l'irréalisme et l'improvisation de l'action gouvernementale en
matière municipale et d'aménagement. (22 heures)
Comme nous le voyons, M. le Président, au fur et à mesure
qu'évolue le débat sur le projet de loi, des réserves de
plus en plus évidentes semblent poindre à l'horizon quant
à la faisabilité des projets ainsi soumis au législateur
car nous estimons que le gouvernement doit, au préalable, étudier
ces dossiers à fond et spécialement au niveau de la concertation
entre le gouvernement et les municipalités avant d'embarquer toute la
population québécoise dans des projets dont les objectifs
demeurent quand même valables à court et à moyen terme.
Nous ne voudrions pas, de notre côté, que ces objectifs se
diluent en cours de route et que la population du Québec regrette dans
quatre, cinq ou six ans d'ici des orientations prises et adoptées
à l'Assemblée nationale dans un domaine aussi vital pour les
générations présentes et futures. L'enjeu demeure
énorme et c'est au nom de l'amélioration de la qualité de
vie que l'Opposition se battra dans le cadre de ce projet de loi. Merci, M. le
Président.
Le Vice-Président (M. Jolivet): M. le député
de Saint-Laurent.
M. Germain Leduc M. Leduc (Saint-Laurent): Merci, M. le
Président. Nous en sommes à étudier le projet de
loi 6, Loi modifiant diverses dispositions législatives pour favoriser
la mise en valeur du milieu aquatique. Le projet de loi 6 modifie le Code
municipal, la Loi sur les cités et villes, la Loi sur la
Communauté régionale de l'Outaouais, la Loi sur la
Communauté urbaine de Montréal et la Loi sur la Communauté
urbaine de Québec afin de permettre à ces organismes et à
ces municipalités d'adopter des règlements pour améliorer
la qualité du milieu aquatique et ce, tant pour les rives que pour
l'accès à l'eau même. Nous supposons, bien sûr, qu'il
y aura amendement dans le même sens à la charte spéciale de
la ville de Montréal et à la charte spéciale de la ville
de Québec.
En fait, le projet de loi 6 se résume à quatorze articles.
C'est un projet de loi très court. Il établit dans ses grandes
lignes que toute corporation locale, que toute ville, toute cité, toute
communauté régionale -cela concerne surtout la Communauté
régionale de l'Outaouais - et toute communauté urbaine peut, dans
le but d'améliorer la qualité du milieu aquatique et de favoriser
l'accès à ce milieu, faire modifier ou abroger des
règlements. En fait, on permet à ces organismes d'adopter des
règlements, "pour ordonner des travaux d'aménagement du lit,
incluant les rives, et des terrains en bordure des rives des lacs et des cours
d'eau municipaux ou autres situés sur son territoire et des travaux de
régularisation de leur niveau." Donc, cela concerne les plans d'eau.
De prime abord, ce projet de loi est peu discutable. Il est même
désirable. On ne peut pas contester, je pense, le fait de donner
certains pouvoirs, de permettre à ces organismes d'adopter des
règlements pour favoriser le développement de l'environnement
dans ces milieux. Ce sont véritablement des pouvoirs qu'on donne aux
municipalités. Là-dessus, on est d'accord avec le projet de loi.
Ce projet de loi, en fait, est le prolongement maintenant du discours
d'ouverture du premier ministre qui proposait alors la mise en valeur du milieu
aquatique. Par la même occasion, le premier ministre nous
annonçait triomphalement - il faut se rappeler le discours d'ouverture -
que le programme d'assainissement des eaux était pratiquement
terminé ou, à tout le moins, très avancé. Il suffit
de relire certains paragraphes du discours d'ouverture du premier ministre pour
s'apercevoir comment ce premier ministre rêve en couleur assez souvent.
Il dit: "Or, le rythme de mise en oeuvre de ce programme s'est dramatiquement
accéléré. Sur le total estimatif du coût du
programme, de 4 700 000 000 $, les conventions déjà
signées avec les municipalités s'élèvent à 3
500 000 000 $. Il est donc grand temps, de dire le premier ministre, de passer
à la mise en valeur de toutes ces eaux qui sont déjà ou
seront très bientôt dépolluées." Je reviendrai un
peu plus tard sur cette déclaration, surtout pour établir qu'il y
a une très grande marge entre les désirs ou les rêves du
premier ministre et la réalité tout court.
En principe, tous sont d'accord, en particulier, les gens de la
région de Montréal, avec le parc national Archipel proposé
par le premier ministre. C'est être pour la vertu et contre le mal. Tous
sont d'accord avec le premier ministre pour redonner nos rives et nos cours
d'eau aux citoyens. Tous sont surtout d'accord avec le premier ministre pour en
faire profiter principalement les plus démunis, ceux-là
même qui ne peuvent s'offrir des week-ends à la campagne et encore
moins des vacances en dehors de l'archipel.
Nous voulons, disait le premier ministre, redonner le goût et la
possibilité aux gens de la métropole, de la région de
Montréal, de retourner à l'eau comme ils avaient l'habitude de le
faire dans les années cinquante. Le 26 octobre dernier, le premier
ministre nous annonçait qu'avec 170 000 000 $ son gouvernement entendait
aménager un parc national, soit le parc national Archipel. On devrait y
retrouver 400 kilomètres carrés d'eau, 3 lacs, 3 rivières,
325 îles, 25 rapides et 1000 kilomètres de rives. Autrement dit,
le milieu naturel et urbain visé est celui qui s'étend - celui
auquel le premier ministre se référait - des barrages Carillon et
Beauharnois jusqu'à Repentigny, avant les îles de Sorel. Donc, un
projet absolument gigantesque. Un aménagement de cette ampleur pour 170
000 000 $, c'est toute une aubaine, à mon sens, c'est tout un tour de
force; à moins que ce ne soit que de la poudre jetée aux yeux des
électeurs qui seront appelés à voter d'ici quelques
mois.
Une preuve supplémentaire nous démontre que ce projet de
loi est de la simple fumisterie. Il ne sert à rien de nettoyer les rives
si les eaux elles-mêmes ne sont pas assainies. C'est ce que nous propose
le gouvernement avec ce projet de loi 6, de donner accès aux rives sans
être assuré d'aucune façon de pouvoir s'y baigner et sans
être assuré qu'elles demeureront propres, les eaux n'étant
d'aucune façon assainies.
La priorité est pourtant simple: nous devons contrôler et
assainir les eaux avant d'aménager un parc, faute de quoi ce sont des
fonds qui seront jetés à l'eau. C'est 170 000 000 $ qui seront
gaspillés. À ce jour, on évalue que seulement le quart,
soit 1 100 000 000 $, des dépenses prévues pour l'assainissement
des eaux a été engagé sur un total prévu de 4 700
000 000 $. Pour Montréal, Québec et l'Outaouais, il manque
toujours 1 000 000 000 $; pour les autres régions, il manque 2 800 000
000 $. À ce
rythme, on peut prévoir que le programme d'assainissement des
eaux se terminera vers l'an 2000, plus justement en 1999. Encore 15 ans
d'attente, c'est-à-dire 15 ans pendant lesquels les
Québécois iront sur les nouvelles rives, bien sûr
nettoyées, de l'archipel sans pouvoir y rien faire, sans pouvoir s'y
baigner. Cela fait des vacances à la ville qui ne sont pas tellement
originales, bien sûr, pour les gagne-petit, ceux qui étaient
mentionnés par le premier ministre.
Toujours dans son discours d'ouverture, le premier ministre affirmait:
"Le programme d'assainissement des eaux, de même que la diminution de la
pollution des sources industrielles et agricoles est une condition sine qua non
préalable à cette réappropriation." Ces propos sont en
contradiction flagrante, à mon sens, avec le projet Archipel
annoncé par le premier ministre le 26 octobre dernier. Dans ce projet,
on va de l'avant avec l'aménagement d'un parc national sans
considération des échéances des programmes
d'assainissement des eaux, ce qui faisait dire à Jean-Claude Leclerc,
éditorialiste au Devoir: "Si Québec a des fonds à
consacrer à l'aménagement d'espaces de loisir, on devrait les
consacrer non pas à un parc national mythique - qui fait partie des
mythes - mais à la correction de diverses pollutions qui ont rendu
Montréal et ses environs largement impropres à la vie urbaine."
(22 h 10)
Jusqu'à présent, on ne peut pas dire que le présent
gouvernement a fait preuve de tellement de volonté politique devant les
questions de pollution environnementale. Il fait bien quelques pressions
relativement à la question des pluies acides, mais le dossier de la
Noranda Mines traîne toujours. Deuxièmement, le gouvernement vient
tout juste, après huit ans de pouvoir, d'annoncer une politique sur les
déchets toxiques. Cela fait pourtant plusieurs années qu'on parle
de cette pollution industrielle. Enfin, il y a toute la question de l'essence
et du plomb dont on attend toujours des énoncés de politique de
la part de ce gouvernement et ce, sans parler des hésitations
péquistes à prendre le virage en remplaçant les arrosages
chimiques de nos forêts par la BT.
L'environnement, ça commence par toutes ces questions, toutes ces
priorités. Ce sont des préalables. Il faut, bien sûr, que
le discours s'accorde avec les actes et j'ai l'impression très nette que
nous avons droit à un discours, mais les actes, les gestes tangibles,
nous n'en voyons aucunement.
Si on passe immédiatement au programme de mise en valeur du
milieu aquatique, ce travail sera réduit à néant d'ici 5,
10 ou 15 ans si le milieu marin n'est pas lui-même assaini. C'est une
évidence, M. le Président. Tout, donc, sera à refaire.
A-t-on les moyens de se payer pareilles dépenses? On parle de 170 000
000 $ pour aménager le parc Archipel. On est dans les milliards quand il
s'agit d'assainissement. Je pense qu'on devrait être en droit d'exiger de
ce gouvernement qu'il soit cohérent quand il parle de
dépenser des millions et surtout des milliards. Logiquement, il faut
qu'un bassin hydrographique soit complètement épuré et
assaini avant de commencer à nettoyer les rives, à mettre en
valeur le milieu aquatique, parce que nous parlons ici d'eau.
Concernant, justement, l'aménagement des berges,
l'aménagement des rives, la régularisation des eaux, comment le
gouvernement prévoit-il que, dans un même bassin ou tronçon
hydrographique, il y ait un programme continu, une logique dans cet
aménagement seulement en répartissant un pouvoir
réglementaire à travers plusieurs municipalités se
trouvant le long du plan d'eau? À titre d'exemple, prenons deux
municipalités situées l'une à côté de
l'autre. Dans la première, on vient d'affecter certaines sommes à
l'assainissement des eaux et à l'aménagement des berges, des
rives, et, la seconde, en raison de ses priorités budgétaires ou
en raison de son incapacité budgétaire, refuse ce programme pour
l'instant. Comment pourra-t-on régulariser le niveau de l'eau sans le
consentement de tous les intervenants de l'amont à l'aval? Quel genre
d'assainissement des eaux, quel genre de parc national morcelé
aurons-nous alors? Il ne sert à rien d'épurer les eaux devant une
municipalité si la suivante salit les siennes et, bien sûr, salit
les autres.
Il ne sert à rien de nous présenter un projet Archipel si
le gouvernement ne peut assurer sa réalisation sur l'ensemble des
municipalités concernées. Il faut donc avoir le consentement, le
consensus de toutes les municipalités, comme je le disais tantôt,
à partir de Carillon, de Beauharnois jusqu'aux îles de Sorel. Sans
ça, à mon sens, on ne pourra pas nettoyer les eaux, on ne pourra
pas régulariser le niveau des eaux, c'est l'évidence
même.
À cet égard, permettez-moi de noter que le respect de la
liberté et de l'autonomie des municipalités est ici primordial.
Mais encore faudrait-il être un peu plus cohérent. Qu'on ne nous
annonce pas alors un parc national, mais qu'on nous parle de la
possibilité - parce qu'à mon sens, ici on est dans le possible,
on n'est pas dans la réalisation, on n'est nullement rendu à
cette étape - d'un parc national.
Il se pose aussi un autre problème. Avec le projet de loi 6, une
municipalité peut faire des travaux sur ses immeubles de même que
sur les immeubles privés avec, bien sûr, l'accord du
propriétaire de l'immeuble privé. Cependant, il revient - le
projet de loi le stipule - au propriétaire d'entretenir l'immeuble qui
aura été
aménagé, à défaut de quoi la
municipalité se voit conférer le pouvoir de faire effectuer les
travaux d'entretien aux frais du propriétaire.
Que se passera-t-il si le propriétaire n'est pas en parfait
accord concernant les travaux à exécuter? La municipalité,
dès lors, a-t-elle le pouvoir de se rendre jusqu'à
l'expropriation? On suppose que le propriétaire refuse. Que se
passera-t-il si le propriétaire n'a nullement les moyens d'effectuer les
travaux d'entretien? Il peut s'agir de travaux très dispendieux. On
parle de travaux le long des berges. On parle d'immobilisation. Cet aspect nous
semble très dangereux, très risqué. Il est normal que la
municipalité souhaite voir entretenir les travaux d'aménagement
qu'elle a effectués sur une propriété privée, mais
- c'est là la question - est-ce que cet entretien devrait se faire au
détriment des droits du propriétaire et au détriment de la
propriété privée?
Personnellement, je ne le crois pas. Il me semble que le projet de loi
devrait spécifier qu'avant que le propriétaire accepte les
premiers travaux d'aménagement de son immeuble, donc avant son accord
avec la municipalité, les conditions de l'entente devraient être
établies d'une façon très claire de même que les
obligations du propriétaire qui devraient, bien sûr, suivre
ensuite l'entente.
De plus, on devrait spécifier que les critères
établis pour les travaux d'entretien soient reliés
nécessairement à la propriété privée. La
municipalité, à mon sens, ne doit pas faire de travaux
d'entretien dont les coûts reviendraient au propriétaire si ces
travaux ressemblent plus à de l'amélioration ou à un
nouvel aménagement qu'à de l'entretien. Je l'ai dit tantôt,
il s'agirait dans certains cas de travaux très dispendieux qui ne
pourraient être assumés par un propriétaire
privé.
Pour résumer, M. le Président, je crois que le projet de
loi 6 manque de rigueur sur trois points particuliers: d'abord, le droit
à la propriété privée; ensuite, les charges
financières supplémentaires demandées aux
municipalités et, enfin, les critères de financement des travaux
d'aménagement et d'entretien.
Enfin, je me dois de relier le projet de loi 6 au projet Archipel et,
à cet égard, je me dois de noter une limite fondamentale au
projet de parc national. On n'embellit pas des rives si les cours d'eau
eux-mêmes ne sont pas assainis. Le travail sera à reprendre
définitivement dans les quelques années qui suivront. On ne
pourra aménager les plans d'eau d'Archipel avant le contrôle,
d'abord, de la montée des eaux et, ensuite, de leur assainissement.
Prétendre le contraire, c'est de l'aberration. Sans ces
prérequis, ces conditions préalables, c'est berner les citoyens,
surtout ceux que le premier ministre qualifiait de gagne-petit, c'est les
berner que de leur parler du grand et merveilleux parc national Archipel.
Merci, M. le Président.
M. Rocheleau: M. le Président, question de
règlement, s'il vous plaît!
Le Vice-Président (M. Rancourt): M. le
député de Hull, question de règlement.
M. Rocheleau: M. le Président, j'aimerais qu'on fasse le
compte pour le quorum, s'il vous plaît, en vertu de l'article 36.
Le Vice-Président (M. Rancourt): Bien sûr, nous
allons vérifier le quorum. Nous savons que nous avons plusieurs
commissions parlementaires en fonction actuellement. Il manque effectivement
de... Un instant. Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit, neuf, dix,
onze. Nous avons quorum. M. le député de Marie-Victorin. (22 h
20)
M. Guy Pratt
M. Pratt: M. le Président, c'est avec intérêt
que j'ai suivi les diverses interventions qui se sont succédé
depuis qu'on a présenté à cette Assemblée le projet
de loi 6, Loi modifiant diverses dispositions législatives pour
favoriser la mise en valeur du milieu aquatique. Cette loi nous avait
été annoncée dans le discours d'ouverture du premier
ministre. On comptait le présenter au cours de la présente
session.
Ce projet de loi, à mon sens, est très court; il comporte
quatorze articles. Je l'ai épluché très
sérieusement et il comporte des motifs très louables. C'est un
projet ambitieux, mais c'est un projet qui s'inscrit au nombre des
dépenses somptuaires car nous avons à être réalistes
et ce qui frappe tout d'abord, c'est que, d'un côté comme de
l'autre de la Chambre ou si on fait une consultation dans tout le
Québec, tout le monde est favorable à ce qu'on continue ce
travail de dépollution de nos rivières et de nos lacs. C'est une
priorité.
Je pense que le travail qui a été amorcé depuis un
certain nombre d'années doit être entretenu et amplifié et
on doit à tout prix concentrer nos efforts sur cet objectif: d'abord et
avant tout, dépolluer nos lacs et nos rivières. Ce
prérequis, le premier ministre lui-même le disait dans son
discours d'ouverture, est le suivant: "Le programme d'assainissement des eaux,
de même que la diminution de la pollution de sources industrielle et
agricole, est une condition préalable à cette
réappropriation. Or, le rythme de mise en oeuvre de ce programme s'est
dramatiquement accéléré; sur le total
estimatif du coût de programme de 4 700 000 000 $, les conventions
déjà signées avec les municipalités
s'élèvent à 3 500 000 000 $. Il est donc grand temps de
passer à la mise en valeur de toutes ces eaux qui sont
déjà ou seront très bientôt
dépolluées."
Je pense que, dans la logique des choses, on doit concentrer nos efforts
là-dessus. Comme ce sont des projets très dispendieux, il faut y
aller par étapes. Qu'on essaie de mettre en valeur ce patrimoine que
nous avons et qui est constitué de nos cours d'eau, de nos
rivières. Malheureusement, c'est franchement très
déplorable que dans la région - j'habite la région
métropolitaine -on ne puisse pas avoir accès à des cours
d'eau, et l'eau n'est point bleue. C'est malheureux de le dire, mais je pense
qu'il en est de même dans toute la région.
Ce qui est important, c'est d'abord de penser à assainir nos
rivières et nos lacs avant de penser à aménager les
berges, les rives, le littoral de nos rivières. La question qu'on se
pose, c'est: Combien cela va-t-il coûter? Quels sont les moyens
financiers du gouvernement? Quand on pose des interrogations de cette nature,
ce n'est pas parce qu'on est négatif, ce n'est pas pour bloquer des
projets, mais pour mettre des impératifs là où il faut en
mettre. On dit: II faut commencer par le commencement, il s'agit d'assainir nos
cours d'eau et ensuite on pourra, dans un autre temps, penser à
aménager les rives. Quand je fais appel au réalisme, si on
regarde les sommes consenties dans ces projets, on découvre -comme le
cite le premier ministre - que le montant total consacré à cela
pour une dizaine d'années est de 4 700 000 000 $. On sait que,
jusqu'à maintenant, selon les chiffres qui nous sont produits, il y a 1
100 000 000 $ de consacrés à cela. Là-dessus, il y a 700
000 000 $ pour les seules communautés urbaines de Montréal, de
Québec de même que la Communauté régionale de
l'Outaouais.
Ces trois groupements à eux seuls prennent les trois quarts des
montants réalisés à ce jour. Cela veut dire
qu'après six ans il y a 1 100 000 000 $ de réalisés et
qu'il y a quand même des conventions de signées, au prix
d'aujourd'hui, pour 3 600 000 000 $. Cela veut dire que ces conventions sont
signées, mais à des coûts d'aujourd'hui. C'est loin
d'être réalisé. Ce n'est pas complété. Cela
va commander des coûts additionnels que devront assumer et le
gouvernement et les municipalités concernées. Je pense bien qu'il
faut, dans tout cela aussi, penser que c'est simplement pour les installations,
le prix des infrastructures. Vous avez aussi l'entretien. Il reviendra aux
municipalités après coup de payer pour l'entretien de ces
installations et je pense bien que, si on fait la somme de tout cela, on ne
doit pas parler de 4 700 000 000 $ ni de 6 000 000 000 $, si on ajoute la part
de chacune des villes, mais on doit presque doubler ce montant si on veut avoir
une idée exacte de ce que pourra coûter l'ensemble de ces
travaux.
Quand on est dans des sommes aussi considérables, simplement pour
dépolluer nos cours d'eau, je me dis, à ce moment: Que reste-t-il
pour des projets que je dis somptuaires? Cela est simplement dans un domaine.
Quand on sait qu'on a besoin, pour tout gouvernement, de sommes... Quand on
voit, dans un domaine qui me préoccupe, en particulier le monde des
hôpitaux, quand je vois dans les hôpitaux les urgences
surpeuplées, quand je vois toutes les difficultés que nous avons
dans les centres d'accueil, dans les centres pour handicapés et que nous
essayons de débloquer des fonds pour avoir du personnel pour travailler
là-dedans, alors les gens nous disent: Comment se fait-il que vous
n'ayez pas d'argent pour nous aider, pour aider notre hôpital, pour
améliorer les soins à donner à la population, pour
moderniser l'équipement qui est devenu désuet et vétuste?
Vous n'avez pas d'argent pour cela et vous avez de l'argent pour d'autres
projets.
À ce moment, on leur dit: C'est sûr que, dans la gestion
des affaires, il faut essayer d'équilibrer ces sommes, on ne peut pas
tout donner à l'éducation, on ne peut pas tout donner aux
affaires sociales, on ne peut pas tout donner non plus au monde municipal. Il
s'agit de faire une répartition la plus équitable possible de
l'assiette fiscale, ce que le gouvernement a à redistribuer dans ses
différents ministères. Je pense qu'on doit aller à
l'essentiel et non pas aller à des dépenses excessives. C'est
pour cela que le projet qu'on nous présente aujourd'hui, je le trouve
évidemment louable d'un côté, mais ambitieux et dans les
circonstances irréaliste. C'est pour cela que je me dis: On n'a pas le
droit d'opter pour un projet comme celui-là dans l'immédiat alors
qu'on n'en connaît pas aussi les modalités d'application. (22 h
30)
Je remarque aussi qu'on fait grand état de l'assainissement des
eaux au Québec. C'est sûr qu'on veut protéger
l'environnement, mais je pense qu'actuellement ce qui gâte
l'environnement, c'est cette prolifération de pancartes, de panneaux
publicitaires sur lesquels on parle justement d'assainissement: le gouvernement
à l'oeuvre. Dans ma région, on se bute, on se heurte à des
panneaux un peu partout, même si on est loin des cours d'eau. Si on
regarde cela, on annonce que le gouvernement donne tant et qu'il y a une
subvention de tant pour les villes.
Je pense qu'il faudrait se rappeler que le gouvernement paie 90% de ces
travaux, à
la condition qu'ils soient réalisés et terminés -
c'est ce que veut dire "réalisés" - à la fin de mars 1986.
Cela veut dire qu'il va falloir hâter justement ces travaux pour que ces
villes puissent profiter de ces 90% que le gouvernement est prêt à
verser aux municipalités. Je pense que, ce qu'on appelle ces primes
d'accélération, il faut y voir de près, parce qu'elles
sont conditionnelles à la réalisation complète de ces
travaux. Il ne faut pas penser qu'une fois ces travaux terminés on est
quitte et que le gouvernement va terminer de payer et que, surtout, les villes
auront terminé de payer, parce qu'il va y avoir une note à payer
quelque part.
Celui qui s'inquiète de cela, c'est le président de
l'Union des municipalités, M. le maire Corbeil de la ville d'Anjou, qui
disait très clairement: Le jour n'est pas loin où chaque
Québécois devra acquitter, par une contribution directe, le
coût de l'assainissement de ses eaux usées. M. Corbeil convie
justement le gouvernement et les municipalités à commencer
à sensibiliser la population aux avantages de l'assainissement, s'ils ne
veulent pas faire face à une forte opposition au moment de
présenter la facture aux contribuables. On prévoit justement
qu'après coup les contribuables auront à payer un montant pouvant
être de 50 $ par mois - c'est l'approximation qu'on donne -comme on paie
d'autres services, comme on paie le câble, si on veut l'avoir. Dans ce
cas-ci, tout le monde sera obligé de contribuer à cela.
Comme je vous le dis, c'est un programme ambitieux, mais je pense qu'il
faut concentrer nos efforts sur cette deuxième phase, qui est celle de
l'assainissement des eaux. Cela va demander beaucoup d'investissements. Il faut
regarder cela avec sérieux, avec prudence. C'est à cause de cela
que je convie le gouvernement à agir avec prudence dans ses projets et
à essayer de mettre de l'avant la politique qui a été
annoncée en 1978, justement, afin que de plus en plus de villes puissent
se doter d'équipements pour assainir les eaux, qu'on continue comme cela
afin qu'un jour on puisse réaliser ce grand rêve que non seulement
le premier ministre peut entretenir, mais tous les Québécois,
celui d'avoir une eau bleue, une eau qui soit vraiment attirante. C'est ce
qu'on veut. D'un côté de la Chambre comme de l'autre, on veut
cela, mais on met d'abord et avant tout l'accent sur le projet d'assainissement
des eaux. Lorqu'on aura réglé tout cela, là, on pourra
peut-être penser à l'aménagement des rives. Merci, M. le
Président.
Le Vice-Président (M. Jolivet): M. le député
de Chambly.
M. Luc Tremblay
M. Tremblay: Merci, M. le Président. C'est avec beaucoup
d'enthousiasme et de plaisir que je parle ce soir sur ce projet de loi qui vise
à compléter notre grand défi national, celui du nettoyage
de nos cours d'eau. Vous comprendrez, M. le Président, par mes propos,
pourquoi c'est avec autant d'enthousiasme et de plaisir que je parle ce soir
sur ce projet de loi.
Il arrive que je suis né sur les bords du Richelieu, dans la
belle ville de Chambly où, comme vous le savez, un beau bassin, un lac
s'y trouve à peine à quinze milles de Montréal, où
durant toute ma jeunesse j'ai eu le grand plaisir et le privilège
d'utiliser cette eau, qui était propre à l'époque afin de
pratiquer différents sports tel que la baignade, où petit gars,
avec mes copains...
Une voix: Et mes copines.
M. Tremblay: ...et mes copines aussi, évidemment, nous
avions le plaisir de profiter de cette eau propre deux fois et à
certaines occasions, trois fois par jour. Il nous suffisait à cette
époque - on n'avait pas besoin de piscine municipale, nous, à
Chambly - de mettre notre maillot de bain sous nos pantalons, de partir en
vélo et à toute occasion, une fois un peu fatigués de nos
jeux, on faisait une petite baignade. Ce fut comme cela tout le temps, quand ce
n'était pas pour profiter de cette eau aussi, de cette eau propre, pour
pêcher. Que voilà un passe-temps extraordinaire pour les jeunes,
sain, à l'air pur, face à une nature extraordinaire, ayant comme
panorama la belle montagne de Saint-Hilaire! Certains diront en badinant: C'est
de là que tu trouves tes belles joues roses. Bien, M. le
Président, c'est évident que lorsqu'on a eu la chance et le
plaisir de pouvoir utiliser de tels équipements, cela donne une
meilleure santé. Mais il n'y avait pas seulement la baignade et la
pêche. Il y avait aussi de nombreux citoyens, moins nombreux
qu'aujourd'hui, mais quand même assez nombreux à cette
époque, qui utilisaient le bassin de Chambly pour se promener en bateau,
en chaloupe et en canot.
Nous en profitions aussi pour partir en chaloupe ou en canot et aller
nous amuser dans les îles des Rapides. À cette époque, tout
ce bel équipement était propre et ne représentait aucun
danger. De plus, la population étant moins grande, nous avions la
possibilité d'avoir accès au bassin de Chambly, puisque, ayant
moins de constructions, il y avait nécessairement des terrains qui nous
permettaient d'y aller.
Malheureusement, notre génération - et on ne peut pas
mettre le blâme sur personne d'autre - a pollué ce magnifique
équipement. Je vous ferais humblement remarquer qu'à
l'époque on n'avait pas à inciter les citoyens du
Québec à passer leurs vacances chez nous, à rester ici.
C'était tout naturel puisqu'il y avait de la place et des
équipements pour se baigner, pour pratiquer les sports
d'été. Je suis certain - je vois le député de
Richelieu qui est ici et qui est lui aussi au bord de la rivière
Richelieu... Il a connu aussi ce beau temps de la rivière Richelieu et
je suis certain que, comme moi, il voudrait revoir un jour - et le plus
tôt possible - la possibilité d'utilisation de cette richesse.
Notre génération est responsable de cette pollution de
différentes façons, un peu par négligence, par
inconscience et parce qu'à l'époque, c'était normal de
jeter à la rivière un peu de déchets parce qu'il y en
avait moins; il y avait plus de fermes, mais elles étaient moins
grosses. Donc, le purin restait sur la terre. On le réutilisait. Il
était en moins grande quantité. Il n'y avait pas, à cette
époque, de porcherie de 10 000 porcs. Cela était impensable. Il y
avait, dans chacune des fermes, je me rappelle, trois ou quatre porcs qu'on
engrassait pour les manger. (22 h 40)
Une voix: Quatre ou cinq vaches.
M. Tremblay: À l'occasion, plus de quatre ou cinq vaches.
Mais quand même, on comptait un nombre raisonnable d'animaux par ferme -
des poules - et on réutilisait ces purins. Mais l'agriculture s'est
industrialisée et cela nous amène aussi des résidus qui
polluent nos rivières.
À cause de l'industrialisation de l'agriculture, il y a eu
nécessairement l'utilisation plus fréquente, plus massive
d'engrais chimiques qui, avec le drainage agricole, descendent plus rapidement
la rivière quand ils sont utilisés en trop grande
quantité. Bien sûr aussi, il y a l'augmentation du nombre de
citoyens. À l'époque, Chambly - je ne voudrais quand même
pas remonter à l'antiquité, je ne suis pas si vieux que cela -
comptait 3000 ou 3500 de population; aujourd'hui, c'est une ville de 12 000 de
population. Il y avait beaucoup moins de résidences d'été,
de résidences secondaires sur les rives du Richelieu. Toutes ces
résidences créent une pollution.
Il y avait aussi nos habitudes hygiéniques. M. le
Président, je ne ferai pas de cachette à personne en disant qu'il
y a quarante ans au Québec, on prenait notre bain une fois par semaine,
besoin pas besoin! Maintenant, on utilise la douche deux fois par jour dans
certains cas et le savon que l'on utilise, tout cela contribue à polluer
nos eaux.
Un autre facteur de pollution a été -et vous serez
d'accord avec moi, M. le Président, j'en suis certain - les industries
qui sont venues s'installer; elles étaient polluantes. Des gens - et
nous sommes très heureux de les avoir chez nous - par ignorance,
à cette époque, ont eu la possibilité de renvoyer leurs
déchets dans nos rivières.
Il y a eu aussi une augmentation du nombre d'utilisateurs de nos espaces
bleus, de nos rivières, plus de bateaux, plus de personnes qui, il faut
bien l'admettre, étaient souvent les premiers pollueurs de nos
rivières. Combien de fois avons-nous vu les gens d'un bateau vider leur
cendrier dans l'eau, déposer des sacs d'ordures, jeter des canettes de
bière ou de cola et des bouteilles dans l'eau? Par ignorance, parce
qu'ils ne comprenaient pas que ce geste répété
journalièrement par plusieurs personnes contribuait à faire en
sorte que nos rivières ne sont plus utilisables maintenant.
Des gens, encore une fois par ignorance, ont jeté
littéralement des meubles, de la ferraille sur les rives de nos
rivières parce que, peu nombreux, ça ne les dérangeait pas
tellement de prendre un coin de la rivière et de jeter leurs
déchets et leur ferraille près de chez eux. Avec le
résultat que je passais, il y a quelques années, devant mon parc
d'amusement de jeunesse, le bassin de Chambly et que je voyais une affiche qui
disait: Défense de se baigner. L'eau est trop polluée, les
jeunes, la population ne peuvent plus utiliser cette eau-là.
Des plongeurs sous-marins, par exemple - on sait combien il y a de
personnes qui apprécient ce sport - peuvent difficilement se voir, voir
en avant d'eux dans ce qui devrait être notre patrimoine le mieux
protégé. C'est pour ça que dès 1975, au moment
où j'étais candidat dans une élection municipale à
Chambly, comme conseiller, je m'étais engagé à mettre tout
en oeuvre pour que, tout au moins, la ville, les citoyens ne se servent plus de
la rivière comme d'un égout à ciel ouvert. J'ai poursuivi
cet engagement au moment où, en 1981, j'ai eu le grand plaisir
d'être candidat du Parti québécois dans le comté de
Chambly. Vous comprendrez que c'est pour moi, aujourd'hui, une deuxième
phase de la réalisation d'un engagement électoral qui
était d'épurer les eaux de la rivière Richelieu.
On en a fait du chemin depuis le début de notre sensibilisation
au problème de la pollution. Il y a eu des règlements pour les
agriculteurs qui ne peuvent plus maintenant épandre le purin de porc et
d'autres fumiers inconsidérément. Ils doivent posséder
suffisamment de terrain pour le nombre de porcs qu'ils ont. Nous sommes, depuis
déjà quelques années, en contact constant avec les
industries afin qu'elles s'équipent d'usine d'épuration de leurs
eaux usées et qu'elles ne rejettent plus à la rivière
leurs déchets
industriels.
Il y a eu le programme d'assainissement des eaux qui est très
avancé. On ne réalise pas assez combien ce programme-là
est avancé. Une très forte proportion de la population du
Québec présentement est soit desservie par une usine
d'épuration ou soit en voie de construire son propre système afin
de remettre à la rivière des eaux propres.
Tout ça, toutes ces considérations, tous ces
problèmes, M. le Président, ont fait que les jeunes sont plus
sensibilisés que les plus âgés à ces
problèmes et à ce que l'on manque par la négligence qu'on
a eue dans le passé. Le programme qui est devant nous aujourd'hui vise
non pas à nettoyer l'eau elle-même, mais il vise à nettoyer
les rives de tout ce qui y traîne: bouteilles, bois, ferrailles qui ont
été laissés là durant toutes ces années. Il
vise aussi à permettre à des gens, aux municipalités entre
autres, de prévoir des descentes, des accès à la
rivière, afin que les citoyens, une fois que ces eaux seront
utilisables, puissent y avoir accès. Tout ceci par
l'intermédiaire des municipalités qui sont certainement les mieux
placées pour organiser, pour planifier tous ces travaux qui
s'imposent.
J'ai ouï-dire, M. le Président, que l'Opposition trouve que
c'est un projet de loi qui vient à l'approche des élections.
C'est vrai que les élections vont venir dans un an ou dans quinze mois.
Mais devons-nous, parce qu'il y a une élection qui s'en vient, ne pas
faire des choses qui s'imposent? Ce serait du plus pur ridicule d'attendre
après les élections pour faire des choses qui s'imposent.
Premièrement, cela irait à l'encontre du bien commun et,
deuxièmement, quelle sorte de parti politique serions-nous de remettre
après les élections des choses que les citoyens attendent depuis
longtemps? Je peux l'affirmer sans gêne, c'est là une
volonté populaire évidente et je ne connais pas de citoyen qui ne
désire pas que ces travaux soient effectués le plus rapidement
possible. On a le devoir de redonner à nos enfants les espaces bleus que
nous avons connus et que nous avons pollués. On a le devoir de le
réaliser le plus vite possible.
Je suis certain que, ce soir, tous les citoyens du comté de
Chambly sont avec moi pour appuyer ce projet de loi qui est emballant et qui
est enthousiasmant. Merci, M. le Président. (22 h 50)
Le Président: M. le député de
Notre-Dame-de-Grâce.
M. Reed Scowen
M. Scowen: Regardez, M. le Président. Vous vous demandez
peut-être pourquoi on est ici ce soir, à cette heure-ci, pour ne
pas accepter un petit projet de loi sur l'environnement et je vais essayer de
vous l'expliquer. Il y a deux raisons, mais, avant de vous les donner, je veux
que ce soit clair de quoi on parle. C'est un projet de loi qui touche les
municipalités surtout, et on peut le résumer en deux mots. Le
premier article dit que "toute corporation locale peut, dans le but
d'améliorer la qualité du milieu aquatique et de favoriser
l'accès à ce milieu, faire, modifier ou abroger des
règlements." Un peu plus loin dans le texte, on lit que "la
Société québécoise d'assainissement des eaux a le
droit de financer ces travaux d'aménagement". C'est tout. C'est le
projet de loi. On donne le droit aux municipalités de faire des
règlements pour aménager les rives, les cours d'eau et on donne
à la Société québécoise d'assainissement des
eaux le droit de financer ces projets. À première vue, ce n'est
pas une grosse affaire et c'est difficile de s'opposer.
Comme je l'ai dit, il y a deux raisons pour lesquelles on s'oppose:
l'une touche la tête et l'autre, un peu les tripes. Je vais vous
expliquer les deux. Premièrement, il faut accepter le fait que nous
sommes devant un autre projet de loi qui est une loi de zonage. Le
Québec est déjà assez zoné. Nous avons le zonage
municipal, le zonage québécois provincial, le zonage agricole.
Les Québécois qui, aujourd'hui, ont des propriétés
de toutes sortes, des terres, sont assez assujettis à toutes sortes de
réglementations. C'est effectivement un autre projet de loi de zonage
que nous avons devant nous ce soir. C'est un zonage qui, en soi, n'est pas
mauvais. Je pense qu'on peut dire que c'est une bonne idée que celle
d'avoir l'eau, les rivières et les lacs du Québec
organisés d'une façon qui soit agréable pour la
population. Tout le monde sait qu'il reste un grand bout de chemin à
faire pour réaliser cela.
Votre collègue, le député de Saint-François,
m'a donné, il y a quelques minutes, un projet d'aménagement des
rivières Magog et Saint-François, un endroit que je connais
très bien. C'est un projet très intéressant pour
aménager la rivière Magog et, en principe, c'est bon. Le
problème, c'est que la rivière Magog est tributaire de la
rivière Saint-François. Près de la rivière
Saint-François, il y a non seulement Sherbrooke, la ville dont il est
question dans ce projet, mais il y a, en amont, la ville d'East Angus et, en
aval, la ville de Windsor. Je pense qu'on peut se permettre de poser des
questions à savoir si c'est une bonne idée de permettre aux trois
villes d'avoir chacune son propre projet de réglementation de zonage
complètement différent l'un de l'autre, quand les trois villes
sont intimement liées par cette rivière, quand la pollution de
l'une est, essentiellement et inévitablement, partie de la pollution de
l'autre. Est-ce qu'on
a le droit de poser la question de savoir si le gouvernement provincial
lui-même ne doit pas établir au moins quelques normes minimales
pour que ces règlements soient coordonnés? C'est une question qui
n'a pas été posée jusqu'à maintenant. Est-ce qu'il
a été proposé qu'on fasse une commission parlementaire
pour écouter le monde pour savoir si on doit uniformiser un peu ces
affaires? Est-ce qu'on n'est pas capable de réaliser qu'une
rivière c'est quelque chose qui a pour effet inévitablement que
les politiques d'une ville peuvent avoir des retombées sur une autre? Je
cite simplement une association très importante qui est tout à
fait d'accord avec nous autres. Il s'agit de la Fédération des
associations pour la protection de l'environnement des lacs, FAPEL. Elle vous a
écrit - pas vous, M. le Président, mais le gouvernement - elle
s'oppose à ce que ce projet de loi soit adopté. Elle dit: En
utilisant le vague prétexte de favoriser la mise en valeur du milieu
aquatique, on risque d'annuler les efforts de milliers de citoyens et d'ouvrir
une porte facile à tous les promoteurs désireux de modifier
à leur façon les rives et le littoral des lacs et des cours
d'eau.
La FAPEL aurait préféré que le gouvernement adopte
plutôt le règlement cadre qui se fait toujours attendre sur la
protection des rives et du littoral. Elle termine ce mémoire
envoyé au premier ministre en disant: En attendant des précisions
de votre part, on attend que vous preniez toutes les mesures qui s'imposent
pour que le projet de loi 6 ne franchisse pas l'étape finale à
l'Assemblée nationale.
Voici une organisation responsable qui a d'autres idées sur les
moyens de fairs quelque chose qui est voulu par tout le monde et que vous avez
absolument refusé d'écouter.
Je vais parler plus loin dans cette direction, mais j'espère que
vous accepterez que notre geste, notre motion de report, notre débat ce
soir n'est pas irresponsable en soi. Nous voulons qu'avant qu'on donne à
chaque municipalité au Québec le droit de réglementer dans
un domaine aussi important que cela, de créer un autre système de
zonage, de réglementation qui va contrôler entre autres choses la
valeur des propriétés privées dans ces villes qu'au moins
on ait l'occasion ici à l'Assemblée nationale d'écouter
les intéressés. Vous l'avez refusé. Est-ce que c'est
clair? Je pense que, pour la première raison seulement, il serait
justifié de s'opposer à l'adoption de ce projet de loi.
Il y a une deuxième raison et je dois admettre que c'est une
raison qui frappe surtout l'Opposition officielle dans ses tripes. Je pense
qu'on peut dire que ce projet de loi est la goutte qui déborde du vase,
et c'est dû à la mauvaise gestion du gouvernement péquiste
dans le domaine de la protection de l'environnement depuis huit ans. Ce que
vous êtes en train de faire, M. le Président, c'est de donner un
autre pouvoir, de créer une autre responsabilité dans le domaine
de la protection de l'environnement où les pouvoirs et les
responsabilités déjà existants sont pitoyablement loin
d'être compris ou réalisés. C'est un peu comme si vous
sortiez de votre maison le matin et que vous étiez complètement
entouré de neige et que, plutôt que d'enlever la neige, vous
alliez à la quincaillerie acheter de l'engrais pour la pelouse qui
n'apparaît qu'en été. Oui, il faut de l'engrais pour la
pelouse, mais la priorité no 1 aujourd'hui ce n'est pas cela, c'est
d'enlever la neige.
Aujourd'hui, nous sommes exactement devant la même situation. Le
gouvernement a proposé, il y a huit ans maintenant, un projet important
d'assainissement des eaux au Québec. On peut dire, parce que c'est dit
par tout le monde, que ce projet est très important et qu'il est un
élément essentiel. Avant de penser à l'aménagement
des rives, avant de commencer à créer des parcs des deux
côtés des rivières du Québec, il faut que l'eau dans
les rivières soit propre. Pour avoir de l'eau propre, il faut
l'assainissement des eaux. Ce projet d'assainissement des eaux, qui est
beaucoup plus important et beaucoup plus coûteux, est à peine
amorcé, c'est un échec épouvantable. (23 heures)
Avant de parler du problème, M. le Président, je voudrais
vous rappeler un document que j'aime beaucoup lire, très souvent, et
c'est le programme officiel du Parti québécois de 1977. J'ai la
version de 1980 devant moi, mais c'est essentiellement la même chose. Ce
sont de beaux rêves. Je ne parlerai pas ce soir de l'article 1, chapitre
I, qui est, comme on le sait tous, un échec total, je parlerai du
chapitre IX, le chapitre sur l'environnement. S'il y a des péquistes
aujourd'hui, des gens qui ont supporté le Parti québécois
en 1976 parce qu'ils partageaient ses rêves d'une meilleure
société, s'ils ont raison aujourd'hui d'être
déçus, quant à moi, c'est autant en fonction du chapitre
IX et de l'échec total de votre parti dans le domaine de
l'amélioration de notre environnement. Pour moi, c'est aussi important
que l'échec total devant lequel vous vous trouvez en ce qui concerne le
chapitre I qui est l'indépendance du Québec.
Permettez-moi de vous donner des exemples. Je cite M. Raymond Demers, le
président de l'Association québécoise des techniques de
l'eau, qui nous informe que le Québec accuse un retard de vingt ans par
rapport à l'Ontario et aux États-Unis dans le domaine de
l'épuration des eaux. Vingt ans! Dans vingt ans, en l'an 2000 et quelque
chose - je ne suis pas capable de compter jusque-là - nous serons
là où nos voisins sont aujourd'hui. M. Demers nous informe -
il
n'était pas péquiste, M. Demers qu'aujourd'hui, au
Québec, 19 familles sur 20 rejettent encore leurs eaux usées dans
les cours d'eau sans aucun traitement. Il nous informe que dans les seules
régions de Québec et de Montréal, plus de 2 500 000 000 de
litres d'eaux usées sont déversés quotidiennement dans le
fleuve Saint-Laurent. Juste environ 2 500 000 000 de litres d'eaux
usées!
Vous souvenez-vous du programme du Parti québécois? La
pollution de l'eau engendrée par l'ensemble du secteur industriel au
Québec équivaut à celle produite par environ 40 000 000 de
personnes. C'est la situation qui existait lorsque vous avez été
portés au pouvoir, en 1976. Vous avez proposé à la
population, par l'intermédiaire du ministre Léger, à
l'époque - un ministre très léger - un programme de 4 700
000 000 $ pour l'assainissement des eaux. Maintenant, sept ans plus tard, on se
retrouve avec à peine 25% de ces sommes versées ou
engagées et la grande majorité des sommes versées l'est
dans les villes de Montréal et de Québec. Nous nous retrouvons
avec à peine 200 de nos 750 municipalités déjà
engagées dans un programme d'assainissement des eaux, nous nous
retrouvons devant une histoire, devant une bataille stérile de mauvaise
administration, de manque de coordination, de manque d'information, toutes les
qualités de mauvaise gestion que l'on reconnaît au Parti
québécois dans les autres domaines, qui sont effectivement sa
marque de commerce et qui sont là, jour après jour, dans
l'échec total de l'assainissement des eaux au Québec.
Finalement, le premier ministre, frustré, a mis à pied le
ministre. Il a dit: C'est un incompétent. Il l'avait remis sur les
arrière-bans. Il est revenu tout récemment dans une autre
fonction pour les raisons que l'on connaît tous, mais la situation ne
s'est pas améliorée depuis.
On se retrouve aujourd'hui devant une situation que nous avons
soulignée jour après jour en cette Chambre: l'échec total
d'un programme qui était important. Je répète. Je pense
que quand on a lu le projet de loi 6, qui proposait de commencer une autre
étape dans l'amélioration de l'environnement et quand on sait que
ni les municipalités, ni le gouvernement provincial, ni les
organisations qui étaient mises en place pour faire la coordination
entre les deux, avaient même à peine amorcé le premier, la
plus grande des tâches, on est devenu frustré. J'espère que
vous pouvez comprendre pourquoi.
Qu'est-ce qu'on doit faire? Je suis persuadé qu'il n'y a pas de
solution immédiate mais nous sommes persuadés que, devant la
situation, il est essentiel qu'on se remette au travail dans la question
d'assainissement des eaux avant de commencer sur l'autre affaire.
Je vais terminer en revenant à ce programme du Parti
québécois parce que je trouve que c'est dans ce document qu'on
trouve le coeur du problème. Je veux vous rappeler quelques
éléments de ce programme de l'amélioration de
l'environnement: "Créer par législation un véritable droit
de l'environnement permettant aux individus et aux groupes de personnes de
prendre action contre tout pollueur. "Taxer les industries polluantes qui ne
peuvent disposer de techniques appropriées de dépollution et
verser ces revenus à une institution de recherche qui va mettre au point
des techniques appropriées. "Réglementer les déchets
solides en favorisant le recyclage. - Tous ces gestes restent à faire.
"Réglementer la pollution par le bruit. "Réglementation de la
pollution par radiation. "Réglementer la pollution visuelle en
normalisant les affichages et toute forme de publicité commerciale de
façon à protéger l'esthétique de l'environnement et
le patrimoine québécois.
Et j'en passe. Deux pages de promesses, de beaux rêves fondus
comme la neige au printemps devant l'incompétence des ministres qui ont
été nommés à ce poste par le premier ministre,
devant l'incompétence du gouvernement en général, pendant
huit ans, devant son incapacité de travailler d'une façon
fraternelle avec les municipalités, devant l'incompréhension des
problèmes réels qui existent dans la création d'un vrai
programme de contrôle de l'environnement. Tout ça fait partie de
notre raisonnement quand on s'oppose de la façon la plus vigoureuse
possible à ce projet de loi. Donc, deux raisons: une raison qui est une
raison de raison, de tête, parce qu'il n'y a pas de consultations, parce
que c'est un autre programme de zonage mal pensé et sans aucune
consultation. Deuxièmement, une raison qui touche l'incompétence,
démontrée une autre fois, de l'administration de votre
gouvernement dont les objectifs sont bons, mais dont les moyens sont
pitoyables. Merci beaucoup.
Le Président: M. le député de Pontiac.
M. Robert Middlemiss
M. Middlemiss: Merci, M. le Président. C'est avec plaisir
que je participe au débat sur le principe du projet de loi 16, Loi
modifiant diverses dispositions législatives pour favoriser la mise en
valeur du milieu aquatique. En soi, en regardant le projet de loi qui contient
quatorze articles, il semble ne pas y avoir rien de tellement important. Comme
le disait le député de Bellechasse plus tôt aujourd'hui, il
n'y a rien là, il n'y a rien dans ce projet de loi.
En apparence, il n'y a peut-être rien dans le projet de loi. Pour
nous, de ce côté-ci, toute mesure qui vise à assainir les
rives et le milieu aquatique est valable, mais il y a des étapes
à franchir, des objectifs à respecter avant de s'avancer dans un
tel programme. (23 h 10)
On fait état du nombre de milliards, 4 700 000 000 $ dans
l'assainissement des eaux, dont 1 100 000 000 $ ont été
dépensés. Il y a 850 000 000 $ qui ont été
dépensés pour les deux communautés urbaines ainsi que la
Communauté régionale de l'Outaouais. Donc, très peu a
été fait par ce programme à l'extérieur des
communautés. Même le premier ministre disait, dans le discours
d'ouverture, que le deuxième grand projet des 12 à 18 prochains
mois, ce sera l'amélioration de la qualité de l'environnement au
moyen d'un vaste programme de mise en valeur du milieu aquatique. Cela fait
déjà six ans que le programme de huit ans est en marche. On a
réussi à dépenser 1 100 000 000 $. Combien d'argent
pouvons-nous dépenser d'ici 12 à 18 mois dans ce domaine?
Dans ce même discours d'ouverture, le premier ministre disait:
"Autant nous nous sommes mis à dédaigner nos rivières et
nos lacs pollués, autant nous y revenons vite dès que la couleur
et l'odeur de l'eau redeviennent naturelles." Mais c'est exactement cela qu'on
dit, M. le Président. Mettons les efforts nécessaires à
dépolluer nos lacs et nos rivières et, ensuite, il sera temps de
dépenser l'argent nécessaire pour les rives. Le premier ministre
a lui-même dit qu'on dédaigne les rivières. On
aménage les rives de la rivière, mais on laisse la rivière
ou le lac pollué. Le premier ministre lui-même l'a dit, il y a un
dédain pour ces choses-là. Cela ne sert à rien de mettre
la charrue devant les boeufs. Dans l'Outaouais, cela fait à peine deux
ans que nous avons notre usine d'épuration des eaux usées. Mais,
dans le passé, ils avaient cru bon de construire un parc. Oui, un parc a
été construit il y a environ huit ans. Malheureusement, ce parc
n'a pas été utilisé à sa pleine valeur. On a
investi de l'argent et, malheureusement, les gens n'en ont pas
bénéficié. Ils vont en bénéficier
peut-être dans un an ou deux parce qu'on a réussi à
compléter l'usine d'épuration des eaux usées dans
l'Outaouais.
Je pense qu'un projet de ce genre aurait pu attendre, parce qu'on a
certainement d'autres priorités. Il y a certainement d'autres choses au
Québec qui sont importantes pour lesquelles on aurait pu dépenser
cet argent. C'est certain, on veut tenter de les ramener avec lui, le
gouvernement veut avoir les municipalités. Il veut les avoir de son
côté. Il a vécu, il y a un an, l'expérience du
projet de loi 38, un projet de loi dont les municipalités ne voulaient
pas et que le gouvernement insistait pour avoir. Maintenant, il faut
démontrer des gestes. C'est certain, lorsqu'on approche les
municipalités...
J'ai été conseiller municipal pendant neuf ans et, lorsque
le gouvernement arrive et nous offre une responsabilité, des pouvoirs et
des subventions, c'est assez difficile... Les gens disent: D'autres
municipalités les ont acceptés. Que faites-vous, vous autres?
Pourquoi ne les acceptez-vous pas? Avec des pressions de ce genre, je crois
que, souvent, peut-être les priorités sont changées. Ce
n'est peut-être pas normal, mais les priorités changent. Je dis
qu'il y a certaines priorités qui sont plus grandes.
Concentrons nos efforts à réussir à assainir les
rivières du Québec, les lacs du Québec, ensuite je pense
que le tout va se placer. Comme disait, cet après-midi, notre
porte-parole, le député de Laprairie, on constate un peu partout
que des piscines ont été construites, partout. Pourquoi? Parce
que, malheureusement, nos lacs et nos rivières ne nous permettent plus
de les utiliser à plein. Une fois que ces lacs et ces rivières
seront dépollués, cela vaudra certainement la peine
d'aménager les berges et les rives des rivières. C'est sûr
et certain que cela aura du sens à ce moment-là.
Il y a d'autres problèmes aussi. Je pense qu'on peut tous se
leurrer, mais, du côté technique, c'est très bien
d'assainir les rivières. Lorsqu'on assainit les rivières, on fait
l'interception de tous les égouts domestiques qui se rendent à la
rivière. Mais il y a aussi dans certaines municipalités, des
égouts combinés où l'eau pluviale se déverse. Il y
a aussi dans des endroits l'égout pluvial tel quel. Je dois dire que,
dans la ville d'Ottawa, il y a au moins seize ans que ces gens ont
réussi à compléter leur usine d'épuration des eaux
usées et même jusqu'à l'été dernier, lorsque
des averses... Malheureusement, les plages auxquelles on s'attendrait... C'est
cela qu'on veut faire, on veut nettoyer nos plages, nos rives. Après de
grosses averses, on s'aperçoit que la rivière est polluée.
Je crois qu'il y a énormément de travail à faire. Avant
d'aménager les berges et les rives, on devrait peut-être s'assurer
que l'argent nécessaire pour traiter les eaux pluviales est
disponible.
Je crois aussi que, d'un côté, on veut mousser
l'économie à tout prix. On dit qu'on voudrait augmenter la
construction; on voudrait faire ceci; on voudrait faire cela. Mais il y a des
conséquences à ces gestes. Je pense qu'en voulant... C'est
certainement bon de vouloir mousser la construction, de construire plus
d'habitations pour créer de l'emploi, mais cela devient une autre source
de pollution. Est-ce qu'on ne devrait pas s'assurer que toutes les
municipalités vont assainir, vont traiter les eaux usées
avant
d'aller dépenser des budgets pour l'aménagement des rives?
On le fera en temps et lieu. Je pense qu'il y a des priorités et qu'il
ne faut pas les oublier.
Plusieurs de mes collègues ont attiré l'attention à
l'Assemblée nationale aujourd'hui sur le fait que la FAPEL - des gens
qui sont impliqués dans le domaine de l'environnement depuis nombre
d'années -trouve un peu anormal qu'à ce stade-ci on
présente le projet de loi 6 pour aménager les rives. Ces
personnes auraient préféré que le gouvernement adopte
plutôt le règlement-cadre qui se fait toujours attendre sur la
protection des rives et du littoral. Qu'on fasse un projet d'ensemble. Qu'on
s'assure de tous les aspects de l'assainissement des eaux pour que la
qualité de vie, pour qu'on ait un environnement et que cela soit fait de
façon coordonnée. Commençons par la base. Souvent - et je
comprends le gouvernement qui, de ce temps-ci, a énormément de
problèmes - la fin justifie les moyens.
Aujourd'hui, quelques-uns de mes confrères ont mentionné
que c'était une tactique politique. D'autres, de l'autre
côté, ont dit: Ah! ce n'est pas vrai; c'est qu'ils ne voudraient
pas qu'on dépense de l'argent avant les élections. Ce ne sont pas
des paroles des gens de notre côté. Ce sont les paroles du premier
ministre qui dit que ces projets prennent de 12 à 13 mois. Et d'ici les
mêmes 12 à 18 mois dont le premier ministre nous a parlé,
il y aura une élection. Est-ce que cela ne nous donne pas des raisons de
soupçonner que ça fait partie de cela?
Lorsque c'est seulement la fin qui justifie les moyens, on s'assure de
prendre tous les moyens. Je l'ai mentionné tout à l'heure: la
fin, c'est qu'il y aura une élection d'ici 12 ou 18 mois. Il y a les
municipalités qui ont été maltraitées l'an
passé, mais qui ont démontré, elles qui forment le
gouvernement le plus près de la populaton, qu'elles avaient certainement
des choses à dire sur le projet de loi 38; tellement que le gouvernement
a reculé, tellement que le ministre des Affaires municipales a dû
être changé. Mais il faut tenter de raccommoder ces
choses-là. Il faudrait certainement, comme on dit en anglais, "mend the
fences" avant l'élection. Il faudrait que cela marche très bien
pour s'assurer qu'on n'ait pas les municipalités sur notre dos. On leur
offre de nouveaux pouvoirs. Certainement, personne ne refuse de prendre de
nouveaux pouvoirs, et avec raison. Combien cela va-t-il coûter? Je suis
convaincu que les maires sont prêts à accepter les pouvoirs, mais
ils aimeraient bien savoir - je dis les maires, mais il y a les conseils
municipaux - combien cela va coûter, quelle va être la
participation du gouvernement. Une fois qu'ils auront établi ces choses,
eux pourront de leur côté établir leurs
priorités.
(23 h 20)
D'un côté, le gouvernement voudrait dire maintenant qu'il y
a certaines municipalités qui ont réussi à assainir leurs
cours d'eau. Elles seraient prêtes certainement à passer au stade
de nettoyer et d'améliorer les rives. Est-ce que ce sont ces
municipalités qui, réellement, pourraient en
bénéficier? D'un autre côté, dans le programme
d'assainissement des eaux usées, on dit qu'il y a eu un
intérêt soudain. La raison de cet intérêt, n'est-ce
pas un fait que le gouvernement dans la relance, voulant créer des
travaux parce que malheureusement notre économie était à
terre, a dit: On va faire la relance. Pour cette relance, ils ont offert, au
lieu d'une participation de 66 2/3% des coûts, 90% jusqu'en 1986. Donc,
ce n'est pas étonnant que tous les gens, toutes les municipalités
aient voulu en prendre avantage et on ne peut pas les en blâmer.
Mais après 1986, où va-t-on? Est-ce que ça va
être 50%? Est-ce que ça va être 80%? On verra. Regardez
pourquoi. Pour que le gouvernement puisse redorer son blason. On va jusqu'en
mars 1986 à 90%. Qu'est-ce qui arrive aux autres municipalités
qui, présentement, auraient besoin de ces choses, mais dont la situation
financière ne le leur permet pas? Qu'est-ce qui arrive à ces
gens? Est-ce qu'on va les traiter différemment? Est-ce qu'on va prendre
de l'argent qui aurait pu être dépensé pour assainir les
eaux, ce qui est le plus important, pour le dépenser dans d'autres
endroits pour améliorer les rives?
Je pense qu'il faut établir les priorités. Est-ce que la
priorité n'est pas d'assainir tous les cours d'eau, les lacs de la
province de Québec? Par la suite, si on a de l'argent, on passera
à cette phase. C'est un peu comme quelqu'un qui s'achète une
Cadillac et, parce qu'il n'a pas suffisamment d'argent pour mettre de
l'essence, il est obligé de la stationner. Dans un contexte comme
celui-là, la personne est bien mieux de s'acheter une Volkswagen, y
mettre de l'essence et l'utiliser pour son but. Cela est certain. C'est un peu
ça qu'il faudrait faire. Il ne faudrait pas avoir des idées de
grandeur et, surtout, dans cette période qu'on vient de vivre,
certainement que vous êtes obligés de changer votre attitude et
tenter de montrer aux gens que, oui, vous avez changé.
C'est cela. Pourquoi cela vous prend-il tellement de temps pour
comprendre ce que la population veut? Je pense que présentement, dans la
crise qu'on vit, on vient d'admettre que, tout d'un coup, on ne peut plus
parler d'indépendance. Le peuple n'en veut pas. On a tenté
pendant huit ans de lui faire avaler cette pilule. Maintenant que les gens n'en
veulent pas et que l'élection est sous peu, là, on est prêt
à changer. Je pense qu'il en est grandement temps. On peut nous accuser
de vouloir
retarder les travaux et ainsi de suite; ce n'est pas cela. C'est qu'il
est bien important qu'on considère tout, tout prendre en
considération et ne pas s'embarquer dans une galère à la
dérive qui ne nous mène nulle part. Je pense que c'est bien beau
de vouloir accaparer la popularité, mais ce n'est pas rendre un service
à quelqu'un que d'encourager les municipalités à
adhérer à des programmes lorsqu'elles pourraient, un peu plus
tard, le regretter.
M. le Président, il y a énormément d'autres
raisons. On parlait des priorités. On n'est pas contre les objectifs de
la préservation du milieu, mais on est contre les moyens que le
gouvernement prend pour y parvenir. Avant de nettoyer une rive, il faut
s'assurer que le milieu est assaini. Actuellement, on assiste à une
opération de maquillage, de fardage, en lançant un programme de
mise en valeur du milieu aquatique avant que le programme d'assainissement des
eaux soit terminé. Logiquement, il faut qu'un bassin hydrographique soit
complètement épuré, assaini avant de commencer à
nettoyer les rives, à mettre en valeur le milieu aquatique.
Il y a la régularisation des eaux, l'aménagement des
rives. M. le Président, régulariser les eaux d'une
rivière, cela peut affecter plus d'une municipalité; cela peut en
affecter trois ou quatre selon le nombre de municipalités en amont et en
aval, ou pour d'autres raisons, mais quel est le genre de modalités? Que
comprennent ces choses, M. le Président? Ce sont des choses qui
devraient être expliquées afin que tous les gens sachent pourquoi
ils adhèrent à ce genre de programme. Si cela prend le
consentement de plusieurs municipalités, sera-t-on obligé de
créer une autre structure pour s'assurer que les municipalités
concernées s'entendent sur la procédure, sur les effets. Si on
avait commencé... On a créé des communautés
urbaines, des communautés régionales. Pourquoi? Parce que
certaines municipalités s'occupaient de leurs problèmes, mais
elles ne regardaient pas largement les effets sur les municipalités
adjacentes.
Donc, M. le Président, en terminant, j'espère que le temps
qu'on a pris pour tenter de faire comprendre au gouvernement que le projet de
loi, en soi, n'est pas, à ce moment, un projet de loi qui assure
réellement qu'on va réussir avec le programme d'assainissement et
le nettoyage des rives et des berges des rivières. Merci, M. le
Président.
Une voix: Bravo!
Le Président: Mme la députée de
Mégantic-Compton.
Mme Madeleine Bélanger
Mme Bélanger: Merci, M. le Président. Il me fait
plaisir de participer, avec mes collègues libéraux, au
débat sur le projet de loi 6, Loi modifiant diverses dispositions
législatives pour favoriser la mise en valeur du milieu aquatique. Ce
projet de loi est important, puisqu'il touche l'environnement et, plus
particulièrement, la qualité du milieu aquatique.
C'est un sujet très sérieux de nos jours, puisque notre
environnement est devenu de plus en plus pollué par diverses substances
et produits et qu'il devient primordial de renaturaliser nos lacs, nos rives et
nos cours d'eau. Nous avons donc la responsabilité de nous assurer que
notre environnement soit bien protégé et que les
mécanismes que l'on voudrait mettre de l'avant soient les meilleurs.
Le projet de loi 6 contient deux objectifs principaux, soit celui de
permettre aux municipalités, de même qu'aux communautés
urbaines et régionales, d'exécuter des travaux pour
améliorer la qualité du milieu aquatique, que ce soient les zones
riveraines ou l'accès à l'eau, et confier à la
Société québécoise d'assainissement des eaux le
pouvoir de financer ces travaux, ce qui est une suite du programme
d'assainissement des eaux.
Quoique ce projet de loi ait été déposé par
le ministre des Affaires municipales, c'est le ministre de l'Environnement qui
doit nous donner certaines explications. Mais, tout d'abord, il faudrait
rappeler à cette Chambre que c'est le premier ministre, lors de son
discours d'ouverture du mois d'octobre dernier, qui a lancé ce projet.
Au dire du premier ministre, c'est le deuxième grand projet des
prochains 12 ou 18 mois. Le gouvernement vise donc beaucoup sur ce projet de
loi. (23 h 30)
Quant à nous de l'Opposition, nous avons toujours défendu
avec acharnement la qualité de l'environnement et de la vie. Les
interventions de ma collègue de Chomedey en sont la preuve.
Certes, toute cette mesure qui vise à assainir les rives et le
milieu aquatique est valable, mais pour autant que certaines étapes
soient franchies.
Il y a aussi des objectifs à respecter avant de s'avancer dans un
tel programme. L'Opposition n'est donc pas contre les moyens que le
gouvernement prend pour y parvenir. Mais nous croyons que celui-ci inverse le
procédé. Je crois qu'avant de nettoyer une rive il faut s'assurer
que le milieu soit bien assaini. Or, actuellement on assiste à une
opération de fardage en laissant un programme de mise en valeur du
milieu aquatique avant que le programme d'assainissement des eaux soit
terminé. On
inverse les rôles. À mon avis, il faut qu'un bassin
hydrographique soit complètement épuré, assaini avant de
commencer à nettoyer les rives et à mettre en valeur le milieu
aquatique. C'est la simple logique.
Le gouvernement doit savoir que si l'on passe immédiatement au
programme de mise en valeur du milieu aquatique, le travail sera réduit
à néant dans cinq ou dix ans si le milieu n'est pas assaini. On
devra donc dans l'avenir tout refaire.
Par ailleurs, en ce qui concerne le programme d'assainissement des eaux,
même si le premier ministre et le ministre de l'Environnement avancent le
chiffre de 3 500 000 000 $ il nous faut bien comprendre que ce montant
représente les conventions signées, mais en réalité
il faut parler de 1 100 000 000 $ seulement pour les travaux
exécutés. Au rythme d'exécution des travaux, il faut
penser en termes de plusieurs années avant de voir les eaux du
Québec assainies. Ce volet est très important avant de penser
à revaloriser le milieu aquatique. Je me demande sérieusement si
le ministre de l'Environnement fut consulté avant de faire
présenter ce projet de loi par le ministre des Affaires municipales.
Ce projet de loi vise à émettre un pouvoir
réglementaire aux municipalités pour mettre en valeur le milieu
aquatique. Je me demande s'il y a une politique globale pour chapeauter tout
cela.
Je veux rappeler au ministre que la Fédération des
associations pour la protection de l'environnement des lacs, un organisme
regroupant 650 associations, a déjà contribué dans le
passé à faire adopter des règlements pour la protection
des rives et du littoral dans la plupart des MRC et municipalités du
Québec. Est-ce que le ministre les a consultées avant de
déposer le projet de loi 6? Non, je ne crois pas. C'est une insulte pour
cette fédération qui a mis quinze ans d'effort pour sensibiliser
les citoyens du Québec sur l'importance de conserver les rives et le
littoral de nos lacs et cours d'eau. Personnellement, j'ai beaucoup de respect
pour cette fédération qui a toujours oeuvré pour
protéger l'environnement. Pourquoi le ministre ne l'a-t-il pas
consulté?
La dépollution de l'eau est un travail collectif qui
nécessite la participation de tous les intervenants, que ce soit pour
améliorer la qualité du milieu aquatique ou pour assainir les
eaux. D'ailleurs l'Union des municipalités du Québec, par la voix
de son président, M. Jean Corbeil, le dit clairement. On incite le
gouvernement à faire des municipalités de véritables
partenaires dans le programme de dépollution puisque ce sont elles qui
devront défrayer les coûts d'exploitation des installations que
construira le gouvernement. Selon M. Corbeil, et je cite: "Le programme tel
qu'il est conçu actuellement relègue les instances locales au
rang de maîtres d'oeuvre de solutions élaborées ailleurs.
C'est le ministre qui a le dernier mot."
M. le Président, la Fédération des associations
pour la protection de l'environnement des lacs demande la même chose au
ministre de l'Environnement. J'ai l'impression que le gouvernement ne veut plus
écouter personne. Il nous lance des chiffres de 3 500 000 000 $ de
conventions signées. Il faudrait savoir quelle somme est rendue à
la phase 2 du programme d'assainissement des eaux. On devra attendre encore de
nombreuses années avant que ce vaste programme d'assainissement des eaux
soit complété. Aujourd'hui, le gouvernement veut nous faire
adopter un projet de loi pour la mise en valeur du milieu aquatique.
Je vous répète, M. le Président, qu'avant de
nettoyer une rive il faut assurer que le milieu soit assaini. Mais le
gouvernement ne comprend pas cela. Il inverse le procédé. Je
trouve cela inconcevable et illogique. Nous avons un gouvernement qui agit
à l'envers, M. le Président.
Le gouvernement doit être conscient des conséquences
négatives de ce projet de loi. La priorité est maintenant dans
l'assainissement des eaux; qu'on finisse avec ce programme avant de penser
à un autre programme. Mon collègue, le député de
Laprairie, a bien démontré à cette Chambre la voie
à suivre. J'invite donc le gouvernement à agir avec plus de
clairvoyance. Je suis sûre que les Québécois ont hâte
de voir leurs rivières et leurs lacs dépollués. C'est
notre devoir de s'assurer que notre environnement est bien
protégé. La qualité de notre vie en dépend.
Nous, du Parti libéral, sommes bien conscients des
problèmes environnementaux et de leur importance. Nous ne sommes pas
contre les objectifs globaux de la préservation et de la protection du
milieu, mais nous nous opposons aux moyens et aux orientations que le
gouvernement prend pour y parvenir. J'espère que le gouvernement est
conscient des impacts négatifs du projet de loi 6. Je l'invite donc
à agir avec prudence et lucidité. Merci, M. le
Président.
Le Vice-Président (M. Rancourt): II n'y a aucun autre
intervenant? M. le député de Hull.
M. Gilles Rocheleau
M. Rocheleau: Merci, M. le Président. Nous sommes
intervenus il y a quelques instants, demandant au gouvernement de
considérer la possibilité d'une motion de report sur le projet de
loi 6. Le gouvernement n'a pas jugé opportun d'écouter
l'Opposition qui représente la grande majorité de la population
du Québec et, plus
particulièrement, des organismes intéressés au
niveau de l'assainissement des eaux et au niveau de l'environnement. Je trouve
d'autant plus surprenant, M. le Président, que ce projet de loi soit
tout simplement parrainé par le ministre des Affaires municipales, alors
qu'il traite davantage d'environnement, qu'il traite davantage d'assainissement
ou même d'aménagement des berges. (23 h 40)
Ce qui me préoccupe le plus, M. le Président, à
l'intérieur du projet de loi 6... Si on retourne au discours d'ouverture
que présentait en cette Chambre le premier ministre du Québec, M.
René Lévesque, le 16 octobre 1984, on peut se poser de
sérieuses questions sur les allégations du premier ministre,
d'une part. On sait que, dernièrement, il change d'idée comme il
change de chemise, mais j'avais l'impression que le premier ministre du
Québec connaissait davantage ses dossiers. Je m'aperçois
aujourd'hui, à la lecture de son discours d'ouverture... Je me
permettrai d'en lire quelques lignes, à la page 17, qui touchent la mise
en valeur du milieu aquatique. Le premier ministre, M. René
Lévesque, dit: "Le deuxième grand projet des prochains 12
à 18 mois, ce sera l'amélioration de la qualité de
l'environnement au moyen d'un vaste programme de mise en valeur du milieu
aquatique. Car, d'une manière générale, la qualité
de l'environnement dépend en bonne partie de la qualité de l'eau
et des zones riveraines, et de leur utilisation à multiples usages.
C'est dans l'eau que la pollution se remarque le plus vite et que la
dépollution se voit aussi le plus rapidement. Autant nous nous sommes
mis à dédaigner nos rivières et nos lacs pollués,
autant nous y revenons vite dès que la couleur et l'odeur de l'eau
redeviennent naturelles. Nombre d'expériences locales le prouvent
déjà."
M. le Président, c'est un extrait du discours d'ouverture du
premier ministre du Québec, M. René Lévesque, le 16
octobre 1984. Si on se reporte au projet Archipel et à l'étude de
faisabilité, au rapport d'avancement des travaux qui a été
déposé au Conseil des ministres en avril 1984, quelques mois
avant la préparation du discours d'ouverture du premier ministre du
Québec, on peut lire, à la page 67... Je tiens à noter
que, dans le discours d'ouverture, on parle d'un grand projet, de la mise en
valeur du milieu aquatique pour les 12 à 18 prochains mois. Le premier
ministre nous mentionnait que, d'ici deux ans, il allait se baigner dans les
eaux pures et assainies du Québec, dans l'archipel.
Une voix: C'est Pierre Des Marais qui a dit ça.
M. Rocheleau: Oui. Je ne sais pas si
Pierre Des Marais et le premier ministre doivent aller se baigner
ensemble, mais il n'en demeure pas moins que, dans l'étude de
faisabilité - ce document a été déposé par
le ministre délégué à l'Aménagement et au
Développement régional, le responsable du dossier Archipel - on
peut lire, à la page 67: "Toutefois, certains affluents encore
pollués, particulièrement ceux des lacs des Deux-Montagnes et
Saint-Louis, et, de façon plus locale, ceux du petit bassin de Laprairie
risquent de jouer un rôle critique réduisant ou retardant
l'amélioration attendue. "Par ailleurs, des études seront
nécessaires à chacun des sites de plage éventuels pour
établir la perspective de rétablissement de l'usage de l'eau pour
la baignade. Présentement, en regard de l'évolution
prévisible de la qualité générale de l'eau, le
rétablissement de cet usage ne peut être garanti pour aucun site
à l'intérieur d'un plan d'action de cinq ans."
Je trouve quand même assez surprenant que l'on vienne confirmer,
à l'intérieur d'un document remis au Conseil des ministres, que
certains de ces bassins ne pourront être utilisés avant cinq ans
et que le premier ministre propose déjà de se baigner d'ici deux
ans. C'est un signe que même le premier ministre du Québec est
complètement décroché, déconnecté des
principaux dossiers auxquels certains de ses ministres ont semblé
s'intéresser au cours des dernières années.
Plus particulièrement, ce sont uniquement des projets, une
espèce de fardage pour démontrer que ce gouvernement voudrait
tenter de comptabiliser quelques milliers de jobs créés ou un
potentiel de jobs à créer avec des projets pour lesquels on n'est
même pas encore sûr d'aller de l'avant et pour lesquels on n'est
même pas assuré avant le mois de décembre 1985, mois auquel
nous aurons les derniers rapports au niveau de la faisabilité du projet
hydroélectrique Archipel et on pense déjà y investir plus
de 1 200 000 000 $.
M. le Président, étant donné que le ministre de
l'Environnement est parmi nous ce soir et doit, dans les prochaines minutes,
possiblement, nous indiquer de quelle façon son ministère a
l'intention de poursuivre cette aventure pour laquelle ce gouvernement semble
vouloir se créditer aujourd'hui par la présentation de son projet
de loi 6, je voudrais poser certaines questions au ministre de
l'Environnement.
M. le Président, avant d'adopter de nouveaux projets de loi en ce
qui concerne l'aménagement et le nettoyage des berges, la construction
d'équipements récréatifs, de parcs et autres, j'aimerais
savoir de la part du ministre, qui a pratiquement avoué, en commission
parlementaire, que le résultat obtenu jusqu'à aujourd'hui, en ce
qui concerne l'assainissement de eaux, était un
constat d'échec...
J'aimerais poursuivre, M. le Président, et mentionner au ministre
de l'Environnement qu'en 1980 le ministre des Finances, M. Parizeau, à
un congrès de l'Union des municipalités, annonçait un
programme de l'ordre de 6 000 000 000 $ pour assainir les eaux au
Québec. M. le Président, jusqu'à ajourd'hui, il y en a
pour 1 100 000 000 $ en réalisation. Il y a des engagements pour 3 600
000 000 $. Quand on parle d'engagements, ce sont des signatures d'accords entre
certaines municipalités et le gouvernement pour poursuivre un programme
d'assainissement des eaux.
M. le Président, on en a encore pour au moins dix ans avant de
pouvoir réellement dire qu'au Québec on a progressé au
niveau de l'assainissement des eaux. On a à peine, actuellement,
aujourd'hui, de 11% à 13% de nos eaux qui sont dépolluées.
Dans le rapport du projet Archipel, je voudrais noter, à la planche 1,
à la fin du rapport, la qualité moyennement mauvaise ou mauvaise
de certains de nos cours d'eau. Quand on examine cette planche, M. le
Président, on peut constater que la plupart des tributaires qui se
déversent soit dans le lac Saint-Louis ou dans le bassin de Laprairie
sont tous des tributaires qui connaissent une qualité moyennement
mauvaise ou très mauvaise des eaux.
Je me pose la question, M. le Président, à savoir comment
ou pourquoi le ministre de l'Environnement ne procède pas dans les plus
brefs délais à dépolluer certaines de ces rivières,
comme la rivière Saint-Régis, la rivière
Châteauguay, le canal Lachine, entre autres, la rivière
Saint-Jacques. Et on pourrait continuer car tous les tributaires qui se
déversent dans le bassin de Laprairie ou dans le lac Saint-Louis sont
des tributaires qui connaissent un facteur de pollution très
avancé. (23 h 50)
Pourquoi et de quelle façon le ministre de l'Environnement
pourrait-il nous informer à savoir qu'aujourd'hui on devrait mettre
toute l'action vers l'assainissement des eaux plutôt que de penser dans
l'immédiat à continuer à endetter nos
municipalités, de par leur participation à des programmes comme
le parc Archipel. Les municipalités devront y participer, où les
municipalités devront en faire l'entretien, la gestion et
l'utilisation.
Est-ce que le ministre pourrait nous informer aussi à savoir si
l'attitude de son gouvernement, sur les modalités de financement des
programmes d'assainissement des eaux au Québec, a été ou
sera modifiée? Dans l'ensemble des contrats qui sont donnés
actuellement ou qui ont été donnés, dans l'ensemble des
équipements, en ce qui concerne l'épuration des eaux ou
l'assainissement des eaux, les collecteurs, les usines d'assainissement ou les
usines de transformation, est-ce encore aujourd'hui un fait que les
municipalités doivent financer pour et au nom du gouvernement, à
même leurs propres crédits, les emprunts devant défrayer le
coût de ces usines et de ces collecteurs et, par le fait même, en
hypothéquant leur pouvoir d'emprunt au bénéfice du
gouvernement du Québec?
Nous l'avons vécu dans l'Outaouais québécois, alors
qu'une usine d'épuration a été construite et a
été inaugurée en 1982, si je ne m'abuse, usine qui avait
été amorcée en 1974 sous le gouvernement de Robert
Bourassa. Cette usine devait coûter quelque 45 000 000 $. C'est une des
premières usines de la sorte au Québec. Cela s'est terminé
par un coût de plus de 160 000 000 $, auquel le gouvernement du
Québec participait d'une façon importante, le gouvernement
fédéral aussi et la communauté régionale pour un
montant équivalant à 20% du coût, plafonné à
20 000 000 $. Par contre, la communauté régionale a dû
financer la totalité de l'excédent pour et au nom du gouvernement
du Québec et le gouvernement du Québec lui rembourse annuellement
les coûts de financement sur le capital et sur les intérêts.
Il n'en demeure pas nains que la communauté doit emprunter pour et au
nom du gouvernement. Elle doit utiliser, à toutes fins utiles, son
crédit. Ceci nous a été confirmé par les maisons
d'actuaires-conseils: effectivement, les municipalités qui entreprennent
des programmes semblables utilisent leur crédit ou leurs
possibilités d'emprunt pour des projets semblables.
Est-ce que le gouvernement, aujourd'hui, plutôt que de nous
présenter de nouveaux projets de loi, pour lesquels, remarquez, on n'a
pas une objection fatale, fondée pour dire qu'on est contre à
tout coup... Mais nous sommes contre l'adoption d'un tel projet de loi, parce
que, encore une fois, les municipalités, entre autres l'Union des
municipalités du Québec, n'ont malheureusement pas pris
connaissance de ce projet de loi avant son dépôt.
C'est-à-dire qu'avant son dépôt on aurait pu quand
même... On nous dit qu'on a consulté sur le principe, mais on
aurait pu penser à inviter en commission parlementaire ces unions pour
faire valoir leurs opinions. On aurait pu, entre autres, consulter un organisme
envers lequel je considère que le gouvernement commet une certaine
indécence aujourd'hui. C'est la Fédération des
associations pour la protection de l'environnement des lacs, FAPEL, qui
regroupe au-delà de 650 associations et au-delà de 150 000
membres. Le ministre de l'Environnement semble complètement oublier que
ces gens-là ont été actifs dans le milieu au cours des
quinze dernières années et, encore une fois, ne semble pas se
préoccuper de les consulter.
Pour toutes ces raisons, M. le Président, nous nous posons de
sérieuses questions. C'est une espèce de fardage. On dirait qu'on
veut tout simplement placer au palmarès des réalisations de ce
gouvernement des projets, des programmes et remplir les lignes blanches,
simplement pour, dans un proche avenir, lors d'une élection possible ou
probable, pouvoir dire aux Québécois et aux
Québécoises: Regardez ce que le gouvernement du Québec, le
gouvernement péquiste, le gouvernement indépendantiste a fait
pour l'environnement au Québec.
M. le Président, moi, je constate aujourd'hui que ce gouvernement
a fait au niveau de l'environnement un échec complet et total;
qu'aujourd'hui, à l'heure où on se parle, ce gouvernement qui
devait en 1980, au congrès de l'Union des municipalités, investir
6 000 000 000 $ pour l'assainissement des eaux, qu'aujourd'hui, en 1984,
à la veille de 1985, on constate qu'au niveau des réalisations on
en est rendu à 1 100 000 000 $.
M. le Président, on en est même en dessous de 20% des
engagements que nous avions prévus dans le temps. Quand on examine la
façon dont on progresse aujourd'hui... On se souviendra de l'adoption,
en décembre 1983, du projet de loi 45 où on adoptait des mesures
tout à fait particulières afin de permettre à des
municipalités d'octroyer des contrats pour la construction d'usines
d'épuration, contrats clé en main, sans soumission, uniquement
par proposition devant être, au préalable, acceptée par le
ministre. Même là, on n'a plus à traverser toutes les
étapes de soumission, de préparation de plans et devis et tout,
on demande une proposition.
Encore là, M. le Président, on constate qu'on n'a pas les
résultats que nous escomptions. J'ose souhaiter que le ministère
de l'Environnement comme le ministère des Affaires municipales fassent
plus que des. belles paroles et des beaux projets sur papier, mais se
consacrent davantage à des réalisations. Merci, M. le
Président.
Le Vice-Président (M. Rancourt): M. le
député de Brome-Missisquoi.
M. Pierre-J. Paradis
M. Paradis: M. le Président, à minuit, le 6
décembre, on penserait qu'un projet de loi qui ne comporte que quelques
articles finalement - quatorze articles - et qui s'intitule Loi modifiant
diverses dispositions législatives pour favoriser la mise en valeur du
milieu aquatique, recevrait une approbation rapide des deux côtés
de la Chambre.
Qui n'est pas pour cette vertu, qui est la mise en valeur de notre
milieu aquatique, de cette richesse, de ce patrimoine qui nous appartient tous,
qu'est notre milieu aquatique? Pourquoi l'Opposition, de ce
côté-ci de la Chambre, pourquoi le porte-parole de l'Opposition
sur ce projet de loi, le député de Laprairie, s'acharne-t-il
à tenter de passer des messages au ministre de l'Environnement?
M. le ministre de l'Environnement, je vais tenter de vous
répéter, avant votre réplique, quelques-uns des arguments
que l'Opposition vous a présentés. Je vous demanderais, au cours
de votre réplique, de tenter de répondre à ces arguments,
parce que ce qui ne fonctionne pas dans votre discours, dans votre projet de
loi, ce n'est pas tellement votre crédibilité personnelle, comme
député de Beauce-Nord, c'est la crédibilité de ce
gouvernement. (minuit)
Le projet de loi nous est présenté dans quel contexte?
Dans le contexte du discours d'ouverture du premier ministre. Vous vous en
souvenez, il y a à peine quelques semaines, en cette Chambre, le premier
ministre du Québec, à l'ouverture de la session, dans son
discours d'ouverture, nous a parlé de trois sujets. Le premier sujet:
place aux jeunes. Des programmes d'emploi pour les jeunes. Il y a encore un peu
plus de chômeurs et d'assistés sociaux chez les jeunes aujourd'hui
qu'il n'y en avait au début de la session. Il n'y a rien qui est mis en
oeuvre par le gouvernement et il n'y a rien qui sera mis en oeuvre dans un
délai qu'on peut voir, dans un avenir prévisible. Le
deuxième élément de ce discours d'ouverture: les espaces
bleus. Favoriser la mise en valeur du milieu aquatique. Ce projet de loi vient
justifier le discours et la rhétorique du premier ministre. Vous vous
rappelez sans doute, M. le Président, le troisième
élément: le beau défi du fédéral.
Mais sur chacun de ces éléments, quelle est la
crédibilité de nos amis d'en face? Je vais laisser de
côté, parce que ce n'est pas l'objet de la discussion ce soir, les
problèmes internes constitutionnels du Parti québécois. Je
vais laisser de côté - cela me fait encore davantage mal au coeur
de le laisser de côté parce que ce n'est pas le cadre de notre
débat et que vous me rappelleriez à la pertinence - l'inaction du
gouvernement pour créer des emplois permanents et valorisants pour nos
jeunes.
Je vais traiter de ces quatorze articles, pas individuellement, mais
dans leur ensemble. Au niveau des notes explicatives, le ministre de
l'Environnement nous dit: "Ce projet de loi a pour objet de permettre aux
municipalités et aux communautés urbaines ou régionales
d'exécuter des travaux afin d'améliorer la qualité du
milieu aquatique sur leur territoire et de favoriser l'accès à ce
milieu." Bien oui, M. le Président, on veut cela nous de ce
côté de la Chambre. Il y a même des gens de l'autre
côté qui veulent
cela aussi. Mais qu'est-ce qui cloche? M. le Président, vous
conviendrez avec moi que c'est agréable d'avoir accès à un
lac, à une rivière lorsqu'on peut retrouver dans ce lac et dans
cette rivière de l'eau propre.
Ce n'est pas la première fois que le sujet fait l'objet de
débat dans cette enceinte. J'ai été élu pour la
première fois député de Brome-Missisquoi en novembre 1980.
J'ai assisté - parce que c'est un sujet qui me tenait
profondément à coeur - à la première commission
parlementaire sur les crédits du ministère de l'Environnement qui
a suivi. J'ai retrouvé, dans le Journal des débats du 3 juin 1981
- cela fait déjà quelques années, vous en conviendrez
commission permanente de la protection de l'environnement, étude des
crédits du ministère de l'Environnement. Là, je dois
admettre qu'il y a un député péquiste qui a posé au
ministre de l'époque, le député de Lafontaine, des
questions très pertinentes quant à l'épuration des eaux.
Il est allé même un peu plus loin, parce qu'il croyait tellement,
lui, au Parti québécois - lui, il venait d'être élu,
c'était frais, frais son élection - il croyait tellement à
ce programme politique qu'il avait déjà prévu que les gens
de son comté pourraient aller se baigner. Il était
déjà là en 1981.
C'est dommage qu'il ne soit pas ici ce soir, mais je vais citer le
Journal des débats et on va tous le reconnaître. Il s'agit du
député de Chambly qui représente un comté sur les
rives de la magnifique rivière Richelieu. M. Tremblay, le 3 juin 1981,
lui aussi, c'était ses premiers crédits permanents, lui aussi, il
s'intéressait à ce qu'on dépollue la rivière
Richelieu, il s'intéressait à ce que ses gens retrouvent
l'accès aux rives. Il disait quoi, le député de Chambly?
Je cite du Journal des débats: "M. Tremblay - c'est marqué, M. le
Président -M. le Président, sans prendre trop de temps pour en
laisser à l'Opposition - il venait d'arriver, il était poli - ma
préoccupation porte surtout sur la dépollution de la
rivière Richelieu. Je pense - c'est le député de Chambly
qui parle - que cela ne surprendra personne que je pose des questions
là-dessus étant donné que six des sept
municipalités de mon comté baignent sur les rives de cette
merveilleuse rivière."
Là, Mme Lavoie-Roux intervient: "Ces gens se baignent dans la
rivière?"
M. Tremblay continue: "Pas encore". Ils se baignaient autrefois,
mais maintenant ils ne se baignent plus. J'aimerais que le ministre nous brosse
un rapide bilan de la situation. Je sais, par exemple, qu'il y a des travaux
entrepris en ce qui concerne la dépollution d'un affluent de la
rivière Richelieu, soit la rivière des Hurons. Je pense qu'il y a
aussi des travaux entrepris en haut de la rivière, près du lac
Champlain. J'aimerais aussi avoir l'échéancier qui est
prévu, ainsi que les montants du budget de 1981-1982 qui seront
dépensés dans la phase III.
Là, on va entendre la réponse du ministre. C'est toujours
une question de crédibilité dans ces cas-là. On est en
1981 et le ministre de l'Environnement, le député de Lafontaine
à l'époque - je salue, d'ailleurs, l'entrée du
député de Chambly en cette Chambre - M. Léger
répond au député de Chambly ce qui suit: "Je pense que le
député me parle du bassin de la rivière Richelieu. Je
pense bien que c'est une des rivières les plus belles au Québec."
Vous allez comprendre pourquoi je me souvenais tellement de cet
élément, M. le Président. "Nous avons, au programme de la
dépollution, les municipalités de Bedford, Dunham, Lacolle,
Sainte-Julie, Stanbridge-Station." On est bien le 3 juin 1981 et c'est le
ministre de l'Environnement du gouvernement péquiste qui parle.
"Bedford, c'est pour un montant de 2 300 000 $; Dunham, pour 375 000 $;
Lacolle, pour 800 000 $; il y a Sainte-Julie qui vient de signer une entente.
Je n'ai pas le montant ici. Standbridge-Station, pour 500 000 $. Des
études préparatoires sont en cours pour les municipalités
de Bedford, Dunham, Lacolle, Stanbridge. Sainte-Julie, c'est signé.
"Pour la rivière des Hurons - c'est toujours la réponse, parce
que le député de Chambly veut que son monde se baigne dans la
rivière Richelieu, il a hâte; il vient d'être élu et
il croit au PQ - vous avez la ville de Marieville qui a signé avec le
gouvernement, il y a un mois ou deux (en 1981). Ce sont celles qui sont au
programme. Nous envisageons d'ajouter les municipalités en aval de ces
municipalités pour nous rapprocher de plus en plus de la
municipalité dont le député est le représentant."
Il est en haut du Richelieu, à Chambly. Là, on est à
Dunham, M. le Président, et en 1981.
M. le ministre me dit que l'eau coule vers l'aval. Je suis content de
constater qu'il n'a pas perdu le sens de l'orientation complètement.
Mais elle coule encore bien polluée, par exemple.
"Nécessairement, il va falloir terminer les municipalités en
amont de façon que, quand on arrivera chez vous ce qui est en amont sera
fait." L'autre ministre avait la même politique et la même
fiabilité, vous allez voir cela. "Nous ne ferons pas uniquement de
l'assainissement sans en retrouver l'usage, parce que nous n'aurons pas
terminé ce qui est en amont. Pour la rivière des Hurons, les
municipalités qui sont dans la programmation: Marieville,
Sainte-Angèle-de-Monnoir, Saint-Jean-Baptiste-de-Rouville et
Sainte-Madeleine."
Le député de Chambly s'impatientait. Il se voyait à
l'autre bout du programme et il voulait savoir quand ce serait
dépollué chez lui pour enfin pouvoir bénéficier
de
l'aménagement de rives, le projet de loi qui nousconcerne. Là, il reprend la parole. "J'aurais unequestion
additionnelle. J'aimerais connaître du ministre
l'échéancier prévu pour la phase III du projet." Et le
ministre de répondre, le 3 juin 1981. "Pour la phase III, c'est une
révision des municipalités qui doivent être incluses dans
cette phase. Cela va être étudié dans la revue de programme
de fin d'année et la décision devrait être prise au
début de janvier 1982."
Ce bon député de Chambly, fort rassuré par les
propos de son ministre, se tut, certain que les gens de son comté
allaient se baigner dans la magnifique rivière Richelieu avant les
prochaines élections générales au Québec et que,
par conséquent, il serait réélu dans son comté.
Qu'en est-il maintenant en 1984? Où en est rendu leprogramme d'assainissement? Là, le ministre dit au
député de Chambly: Tu vas pouvoir dire à ton monde qu'on a
un projet de loi pour aménager les rives pour qu'ils aillent se baigner
dans l'eau. Mais le député de Chambly, je le connais, il n'ira
pas se baigner dans de l'eau sale de même, ni son monde.
M. le Président, où en est l'assainissement des eaux de la
rivière aux Brochets? Où en est cette rivière? Parce que,
pour que le député de Chambly et ses gens sur le Richelieu
puissent aller se baigner dans la rivière Richelieu, il faut commencer
par la rivière aux Brochets qui se jette dans le lac Champlain et le lac
Champlain dans le Richelieu par la suite. Je tiendrais à dire au
ministre qu'il n'a même pas encore commencé à faire quelque
chose de valable sur la rivière aux Brochets. Quand est-ce que ce pauvre
député de Chambly va obtenir satisfaction? Est-ce que, pour le
ministre, ce n'est pasimportant, ce bassin d'eau que
représentent la rivière aux Brochets et le lac Champlain? (0 h
10)
Savez-vous c'est quoi le lac Champlain, la mer de Champlain? Un des plus
grands lacs intérieurs. Un lac qui est situé à quelque 45
milles de Montréal, qui peut desservir une population de près de
3 000 000. Mais qu'est-ce que vous avez fait pour assainir l'eau du lac
Champlain? Vous me répondrez - parce que c'est ce que vous allez
répondre que ça va se faire bientôt il y a des pancartes!
J'en ai vu, des pancartes, dans mon comté; et avec ce programme, vous
allez pouvoir doubler vos pancartes, vous pourrez en mettre à
côté, en arrière ou de travers avec la pancarte que vous
avez déjà posée, la pancarte d'aménagement des
rives. Et vous pensez que c'est avec ça que vous allez gagner les
élections!
Le député de Chambly sera obligé d'expliquer
à son monde que ce n'est pas demain qu'on va se baigner dans le
Richelieu parce que la rivière... Vous, vous ne l'avez pas dit, vous me
faites signe que vous ne l'avez pas dit, mais le ministre qui vous a
précédé, c'était un bon ministre péquiste,
lui aussi. Il est encore au cabinet, d'ailleurs, et la solidarité
ministérielle vous obligera à dire que ce qu'il a dit est vrai.
Mais le pauvre député de Chambly sera obligé de dire
à son monde qu'il s'est trompé, qu'il s'est fait berner, qu'il
s'est fait avoir. Tout ce qu'il pourra dire à son monde, c'est: À
la place d'aller vous baigner, installez-vous sur le bord de la rivière
et regardez donc la belle pancarte d'assainissement des eaux qu'on vient de
planter. Regardez donc, si on adopte le projet de loi, la belle pancarte pour
l'aménagement des rives qu'on vient de vous planter. Est-ce qu'on n'a
pas un bon gouvernement? Est-ce qu'on ne vous en a pas planté assez de
pancartes?
M. le ministre, vous venez d'un comté rural, semi-rural.
Généralement, on peut dire des Beaucerons, également, que
ce sont des gens qui ont les deux pieds sur la terre, qui fonctionnent avec ce
qu'on appelle le GBS, le gros bon sens. Est-ce que vous pensez, comme ministre
de l'Environnement, qu'on doit commencer par aménager les rives, les
berges, permettre aux gens d'y avoir accès et, après ça,
épurer l'eau? Ou, avec le GBS beauceron qui devrait vous
caractériser, est-ce que ce ne serait pas plus sage d'investir
l'ensemble des énergies disponibles sur le plan gouvernemental dans
l'épuration des eaux et, après ça, une fois que l'eau est
propre, de donner les accès?
Si vous me dites que le GBS beauceron est inversé, je ne pourrai
pas vous en tenir rigueur, je vais demander à vos électeurs de
juger ça. Mais lorsque les Beaucerons voient un des leurs qui met la
charrue devant les boeufs, ils ont l'habitude de le souligner et ils pourraient
peut-être vous le souligner à l'occasion des prochaines
élections générales.
M. le ministre, j'aimerais que les travaux soient rendus au stade
où je pourrais unir ma voix à la vôtre pour qu'on l'adopte,
fiers d'avoir dépollué la rivière aux Brochets, fiers
d'avoir dépollué le lac Champlain, la baie Missisquoi, fiers
d'avoir dépollué le Richelieu au moins jusqu'au comté de
mon ami, le député de Chambly, qui s'y est
intéressé dès 1981, fiers de toutes ces
réalisations, fiers de constater que l'eau qu'on y retrouve est une eau
pure, une eau claire, une eau saine. Je serais fier qu'on passe à
l'étape suivante.
Mais est-ce que vous me demandez sérieusement, ce soir, comme
législateur, de faire croire à ma population qui voit cette eau,
à la population du comté d'Iberville où sont situés
le lac Champlain et la baie Missisquoi, qu'on est rendu au stade de
l'aménagement des rives, qu'on a fini de dépolluer? Est-ce que
vous voulez qu'on fasse croire ça aux gens? On va rire de nous,
comme parlementaires. Si, de l'autre côté de la Chambre,
c'est votre but et que vous voulez essayer de camoufler ça avec vos
pancartes, ce sont vos problèmes, mais ne nous demandez pas, de ce
côté-ci de la Chambre, un imprimatur sur une situation tellement
inversée.
M. le ministre, je vous invite à venir dans le comté de
Brome-Missisquoi. On partira ensemble du lac Selby, on descendra la
rivière aux Brochets en passant par Frelighsburg, Strandbridge-East, on
arrivera à Bedford où on va retrouver une municipalité qui
a un système d'égouts, mais où les égouts se
jettent directement à la rivière. Et on continuera
tranquillement, en suivant la rivière, jusqu'à Stanbridge-Station
où on va trouver une usine d'épuration, M. le ministre, mais
là on va trouver un tuyau qui est brisé, avant d'entrer dans
l'usine, qui suit un petit canal et qui fait le tour à
l'extérieur de l'usine et qui s'en va dans ce qu'on appelle le ruisseau
des Castors jusque dans la rivière aux Brochets, à deux milles de
ce qu'on appelle la gueule de la rivière qui se jette dans le lac
Champlain.
On va regarder cela ensemble. À Stanbridge-Station, vous avez une
usine et vous n'êtes même pas capables de la faire fonctionner.
Elle est bâtie, elle est construite, le tuyau est cassé, cela fait
le tour et directement à la rivière aux Brochets, directement
dans le lac Champlain, directement dans le Richelieu, chez mon ami le
député de Chambly. Cela n'a pas de bon sens, M. le ministre. Et
on va passer par Notre-Dame-de-Stranbridge, par Saint-Pierre-de-Véronne
et on va arriver à Venise-en-Québec.
Si on réussit à trouver des eaux propres là-dedans
où il y a des endroits où on peut aménager des berges et
des rives, cela va me faire plaisir de voter pour votre projet de loi parce que
c'est là qu'on va être rendu, on va être rendu à
cette étape. Si on trouve que la priorité, l'ensemble de nos
énergies, l'ensemble de nos efforts devraient être
consacrés à terminer ce qui avance lentement, ce qui a
été annoncé en 1978 par votre prédécesseur,
si on réussit à s'appliquer à terminer cela, je vous dirai
tout simplement qu'à ce moment vous pourrez compter sur le
député de Brome-Missisquoi pour appuyer votre projet de loi, pour
appuyer votre motion et même, si vous le désirez, à la
condition qu'il n'y en ait pas trop, pour vous aider à planter les
pancartes, parce que c'est peut-être cela qui est le plus essentiel dans
ce qu'on nous présente aujourd'hui. Je suis prêt à faire
cela, mais à partir du moment où on aura retrouvé des eaux
pures dans la région, où on aura réalisé cette
étape. Mais, tant qu'on n'aura pas fait cela, on ne peut pas vous
suivre, la charrue devant les boeufs. Merci, M. le Président.
Le Vice-Président (M. Jolivet): M. le ministre de
l'Environnement, dans votre droit de réplique.
M. Adrien Ouellette (réplique)
M. Ouellette: Merci, M. le Président. Je dois dire que
j'ai passé quelques heures aujourd'hui à écouter les
discours qui ont été prononcés par nos collègues de
l'Opposition. J'ai rarement vu autant de discours aussi vides de sens que ceux
qu'il m'a été donné d'entendre aujourd'hui. J'y ai
retrouvé, bien sûr, des contradictions et, pour prendre la peine
de les relever, il faudrait y consacrer une nuit entière. Je vais m'en
abstenir, vous me comprendrez. J'y ai vu de nombreuses digressions, des
dérapages, du coq-à-l'âne, de la démagogie, certains
allaient même jusqu'au mensonge, ou encore de l'ignorance crasse.
Je m'étonnais, chaque fois que quelqu'un prenait la parole, des
propos qu'il tenait tellement cela ne colle pas à la
réalité. Je prendrai juste un exemple parce que je n'ai quand
même pas le temps de relever toutes ces affirmations absolument sans
fondement. Je m'adresserai, par exemple, au député de
Notre-Dame-de-Grâce qui, lui, a touché trois points. Il a
commencé par nous parler de zonage. Il a expliqué qu'au
Québec on avait été victime d'un zonage abusif. Il a
mentionné le zonage municipal; à ma connaissance, ce n'est pas le
Parti québécois qui a inventé cela, c'est une mesure qui
existe depuis quelques décennies, et Dieu soit loué qu'elle
existe, sinon ce ne serait pas vivable dans nos municipalités.
Ensuite, il a enchaîné avec le zonage agricole et il a fait
ressortir certains aspects négatifs du zonage agricole. J'aimerais lui
rappeler que, si le zonage agricole avait été fait à
l'époque de Jean Lesage, le Québec aurait été
drôlement mieux développé qu'il ne l'a été
depuis 25 ans et on ne passerait pas notre temps à corriger les erreurs
parce qu'à l'époque on n'a pas pensé à planifier le
développement au Québec. Nous sommes victimes de ces
résultats et nous sommes tenus de consacrer des sommes d'argent
pharamineuses pour corriger des erreurs qui sont essentiellement reliées
à l'absence de zonage agricole, qui aurait dû intervenir quelque
part autour de 1960, mais les libéraux ne s'en sont pas
occupés.
Après cela, il nous a parlé de neige, d'engrais qu'on
déposerait sur la neige et, la neige allant fondre au printemps, cela
pourrait engraisser la pelouse. Ce qu'il voulait dire par là, si j'ai
bien compris, c'est que le programme qui sera annoncé quelque part
à la mi-janvier, qui relèvera du ministère de
l'Environnement, vient trop tôt. C'est à peu près,
d'ailleurs, la ligne qui a été suivie par la plupart des
intervenants du côté des libéraux.
(0 h 20)
Je reviens donc au premier point du député, quant au
zonage. Je ne sais pas où il a pris cela. Je ne sais pas du tout quel
mot, dans le projet de loi qui est en discussion aujourd'hui, a pu lui faire
penser qu'il était question de zonage. Je veux le rassurer, il n'y a pas
de zonage là-dedans, absolument pas. C'est un programme qui permettra au
citoyen désireux d'améliorer les rives des cours d'eau sur le
territoire de sa municipalité de le faire avec l'aide de l'État
et conformément à la réglementation et aux lois qui sont
actuellement en vigueur au Québec, dans le respect le plus total des
juridictions municipales.
Il n'est pas question de zonage là-dedans. Donc, il est
allé chercher cela quelque part dans les nuages pour se donner quelque
chose à dire, parce qu'il n'avait vraiment pas grand-chose à
dire. Généralement, quand on n'a rien à dire, on ne dit
rien, ou bien, lorsqu'on doit parler, parce que le parti le commande, à
l'intérieur d'un "filibuster", on dit n'importe quoi, parce qu'il faut
dire quelque chose. Je pense que le député de
Notre-Dame-de-Grâce a plutôt obéi à cette consigne du
parti.
Le deuxième point qui a été relevé par
à peu près tout le monde est celui-ci: on reproche au
gouvernement et à M. Lévesque, le premier ministre, d'avoir mis
dans le discours d'ouverture un projet qui serait offert au monde municipal
pour aménager les rives. Là, on s'est attaché à
démontrer que c'était aberrant, absurde, illogique, irrationnel,
niaiseux, stupide et, enfin, tous les qualificatifs y ont passé.
C'est peut-être là-dessus qu'il faudrait s'attarder, tout
en piquant une petite pointe sur le programme d'assainissement des eaux qui,
finalement, a fait l'objet de la majorité des propos qui ont
été tenus par l'Opposition aujourd'hui.
Il fut un temps, effectivement, où le programme d'assainissement
des eaux ne fonctionnait pas très bien, du moins pas au rythme où
nous aurions souhaité le voir fonctionner. Cela a duré quelques
années, deux ans, le temps de roder le système, d'habituer les
municipalités à s'intéresser à l'assainissement des
eaux et de mettre en oeuvre tout ce qui est contenu à l'intérieur
de ce programme. Mais, au bout de deux ans, tout a changé. Aujourd'hui,
le programme d'assainissement des eaux connaît une vogue sans
précédent.
Là, l'Opposition s'ingénie à dire: Mais est-ce
possible que les Québécois puissent espérer un jour,
très prochainement, dans un an ou deux ans, se baigner dans les eaux de
nos cours d'eau si pollués? Nous sommes, disent-ils, vingt ans en retard
sur l'Ontario et c'est la faute des vilains péquistes. C'est ce qu'ils
disent. Aie! un instant, dirai-je; cela n'a pas de sens que l'Opposition dise
de telles choses. Sont-ils ignorants ou font-ils semblant de l'être? Je
pense que c'est le temps qu'on éclaire un peu leur lanterne.
En 1960, figurez-vous, le gouvernement fédéral offrait aux
dix provinces du Canada un programme d'assainissement des eaux usées
municipales et le fédéral, à ce moment-là, payait
16 2/3% de la facture. Les municipalités devaient emprunter la
totalité et le fédéral assumait 16 2/3% de la facture.
Ce programme a existé entre 1960 et 1978. De 1960 jusqu'à
1966, le gouvernement libéral de Jean Lesage. De 1970 jusqu'à
1976, le gouvernement libéral de Robert Bourassa. Aucun de ces deux
gouvernements libéraux du Québec n'a profité du programme
fédéral. Les neuf autres provinces canadiennes et l'Ontario en
tête en ont profité abondamment. Ce qui veut dire que, lorsque le
Parti québécois a pris le pouvoir en 1976, le Québec
n'avait pas profité du programme fédéral, sauf pour les
communautés urbaines de Québec, de Montréal et la CRO, la
Communauté régionale de l'Outaouais.
Nous étions donc, au moment où nous avons pris le pouvoir,
une bonne dizaine, je dirais même une bonne quinzaine et peut-être
même une bonne vingtaine d'années en retard, parce que les deux
gouvernements libéraux n'avaient pas amené les
municipalités à profiter du programme fédéral.
Donc, en 1976, nous sommes vingt ans en arrière des autres.
L'Ontario est déjà, à ce moment-là, rendu à
85% de l'épuration de ses eaux usées; Québec, 3% ou 4%. Ce
n'est pas le Parti québécois, cela. Ce sont les gouvernements
libéraux qui nous ont précédés.
Aujourd'hui, on voudrait qu'on rattrape en cinq ou six ans les vingt
années de retard accumulé par les gouvernements Bourassa et
Lesage. Je regrette, on ne peut quand même pas faire de miracle et faire
des travaux de façon rétroactive. Il a donc fallu prendre le
Québec dans l'état où il était en 1977 et le faire
cheminer le plus rapidement possible pour atteindre les niveaux qui sont
déjà dans les autres provinces canadiennes. C'est ce que mon
prédécesseur, M. Léger, a fait en 1978, lorsqu'il a
annoncé son programme. M. Léger parlait de 4 500 000 000 $ au
niveau de l'assainissement des eaux usées municipales. Les
libéraux se moquaient de lui, en disant: Cela n'a pas de sens, 4 500 000
000 $, où va-t-il trouver l'argent? Il en donne plus que le client n'en
veut. Cela ne se réalisera jamais. Pourtant, six ans après,
où en sommes-nous? Eh bien, nous avons à ce jour 3 700 000 000 $
d'engagés dans le programme d'assainissement des eaux et, bientôt,
3 800 000 000 $. Il y a déjà environ 1 160 000 000 $ de
dépensés, travaux réalisés, factures payées.
Il y a déjà
261 municipalités d'inscrites et il y a donc soit des
études préparatoires, soit des plans et devis, soit des travaux -
donc des contrats octroyés - en train de se réaliser sur le
territoire de chacune de ces 261 municipalités, incluant bien sûr
les trois communautés.
À un point tel que, si nous mettions fin ce soir au programme
d'assainissement des eaux et qu'on laissait les dossiers enclenchés se
réaliser au cours des trois prochaines années, nous aurions
déjà atteint 75% de la dépollution des eaux usées.
Nous serions à peine 10% derrière l'Ontario. Ceci voudrait dire
qu'en l'espace de six ans nous avons fait le rattrapage de 75% du chemin
à poursuivre, ce qui nous permet de dire qu'au rythme de 400 000 000 $,
500 000 000 $ et 600 000 000 $ par année - contrairement à ce
qu'un député mentionnait cet après-midi, 200 000 000 $,
300 000 000 $ ou 400 000 000 $; cela va être beaucoup plus que cela -
nous aurons atteint très exactement les objectifs que M. Léger
avait annoncés en 1978 et ce, dans le temps imparti, c'est-à-dire
les dix années prévues au moment de l'annonce du programme.
Mais, les libéraux vont plus loin que cela. Ils nous disent:
C'est absurde de penser à nettoyer des rives, à les
régénérer, à les reboiser ou à les doter
d'équipement d'accessibilité en toute sécurité tant
et aussi longtemps que l'eau ne sera pas dépolluée. Est-ce
possible de raisonner ainsi? Si on extrapolait un peu ce qui a
été dit par les gens de l'Opposition, on en viendrait à la
conclusion que quiconque pense que c'est faisable de reboiser des rives, de les
nettoyer, c'est-à-dire de les soulager de certains pneus, de certaines
carcasses d'automobile, de certains réfrigérateurs qui ont
été abandonnés là ou de toutes sortes de
détritus, eh bien, pour penser qu'on puisse faire cela, il faut
être imbécile. Je peux leur donner des exemples qui vont les
gêner parce que c'est très facile d'accuser d'imbéciles
tous ceux qui, globalement, pensent comme cela.
J'ai ici un document qui a été préparé par
des citoyens de la région de l'Estrie. En particulier, vous me
permettrez de souligner que les gens de l'Estrie sont les gens qui, à
mon point de vue, sont les plus préoccupés par la qualité
de l'environnement. Chaque fois que je me rends dans cette région, je
découvre des gens, des groupes, des municipalités, des
associations qui ne font que me parler de l'accessibilité aux rives.
J'ai donc en main un document qui s'appelle "Aménagement des
rivières Magog et Saint-François". C'est l'aménagement des
rives et c'est le comité CHARM de la ville de Sherbrooke. Si on applique
les propos de l'Opposition à ces gens-là, ce sont tous des
niaiseux, des pas fins, des imbéciles. Cela a été dit par
à peu près tout le monde ici.
Eh bien, moi, j'en connais quelques-uns là-dedans. Je connais un
dénommé Roger Gingues, qui est un type que je respecte au plus
haut point. Il est le président du comité CHARM. Il travaille
avec acharnement pour que les rives des rivières Saint-François
et Magog se fassent dans les plus brefs délais. M. Gingues est le fils
d'un ancien député libéral, on peut donc deviner ses
allégeances, et j'imagine que ce monsieur-là n'est pas
très fier de son Parti libéral aujourd'hui, dans la mesure
où il a écouté quelques-uns de vos discours, parce que M.
Gingues n'est pas un imbécile ni un idiot. Au contraire, c'est un type
qui se préoccupe de la qualité de la vie et qui a
travaillé avec acharnement avec une foule d'individus et de groupes de
Sherbrooke pour en venir à mettre sur pied ce projet qui pourra
être réalisé grâce au programme
d'accessibilité aux rives. (0 h 30)
Le deuxième nom, c'est M. Raymond Demers. Pour ceux qui
s'intéressent le moindrement à l'environnement, le nom de Raymond
Demers évoque une foule de choses: c'est le président de
l'année de l'eau, c'est le président sortant, enfin il a
été président, l'an dernier, de l'Association
québécoise des techniques de l'eau; c'est un ingénieur
reconnu pour sa grande préoccupation environnementale et, croyez-moi,
c'est loin d'être un imbécile ou un rêveur; au contraire,
c'est un type qui a remarquablement les pieds à terre. Il est un peu
comme les gars de la Beauce, selon le député de Brome-Missisquoi,
il a vraiment les deux pieds à terre et il se sert toujours de son gros
bon sens.
Je pourrais continuer la liste des gens qui sont là et vous
démontrer que ces gens souhaitaient la venue de ce programme et que le
gouvernement consacre des sommes d'argent pour leur permettre de
réaliser des choses auxquelles ils tiennent depuis de fort nombreuses
années. Est-il nécessaire d'attendre que l'eau de la
rivière Chaudière soit complètement H2O avant
de débarrasser ses rives de tout ce qu'on y retrouve accumulé au
cours du dernier siècle? Je peux vous donner juste un petit exemple. Au
cours de l'été, huit détenus de la prison de
Saint-Joseph-de-Beauce ont consenti à travailler
bénévolement au nettoyage du lit et des rives de la
rivière Chaudière, sur une longueur de dix milles. En un seul
endroit, ils ont sorti des eaux de la rivière Chaudière 4000
pneus d'automobile; je n'exagère pas, c'est vérifiable n'importe
quand. Fallait-il attendre que les eaux soient bleues pour les soulager
d'autant de vieux pneus d'automobile?
Je voyais ici, en circulant sur le boulevard Champlain, des jeunes qui
ont profité d'un programme fédéral,
Environnement 2000; ils se sont donné
comme mission de nettoyer les rives du Saint-Laurent et la falaise. On
voyait là des carcasses d'automobile, de vieux
réfrigérateurs, de vieux lits en métal, toutes sortes de
saloperies qui ont été accumulées là par l'action
quotidienne des citoyens au cours du dernier siècle. Faut-il attendre
que les Grands Lacs soient complètement dépollués avant de
nettoyer les rives du Saint-Laurent, à la hauteur de Québec?
Voyons donc, où allez-vous chercher cela? C'est du charriage comme ce
n'est pas possible.
Vous avez devant vous un projet de loi qui va permettre aux
municipalités d'entreprendre des travaux de nettoyage, de
régénération, de reboisement et de mise en place
d'équipements légers d'accessibilité à l'eau et qui
peut être élargie jusqu'à la mise en place d'un certain
nombre d'équipements visant à constituer de mini-parcs, et c'est
souhaité par la population depuis des années. C'est
réalisable avant même que le programme d'assainissement des eaux
ne soit terminé dans son application. Va-t-on attendre 1988 avant de
nettoyer les rives? Où avez-vous pris cette idée
complètement farfelue? Voyons donc, cela n'a pas de sens et c'est
pourtant ce que vous avez soutenu toute la journée.
Si j'étais un militant ou un membre de groupes qui se
préoccupent d'environnement, je vous enverrais un
télégramme de protestations à l'endroit des propos que
vous avez tenus contre ce programme, qui fait l'objet des plus profonds
désirs de milliers, voire même de dizaines de milliers de
Québécois.
Tout à l'heure, je vous disais que, dans les Cantons de l'Est ou
dans l'Estrie, on retrouvait un esprit remarquablement important, qui vise
justement cette forme de qualité de vie, qui passe par l'assainissement
des eaux et l'aménagement des rives. Cela n'est pas tombé du
ciel. C'est qu'il y a dans ce milieu des gens, des pionniers qui travaillent
à l'éducation populaire et à l'information depuis des
années et des années. Il y a un homme qui est connu de
façon particulière dans ce secteur du Québec pour son
ardeur et pour sa ténacité dans ce domaine. Je n'ai qu'à
donner son nom et je suis certain que des milliers de gens de l'Estrie vont le
reconnaître. Il s'agit du Dr André Allaire, qui a travaillé
à mettre sur pied un organisme qui s'appelle le Comité
d'assainissement du bassin de la rivière Saint-François.
Aujourd'hui même, le Dr Allaire m'écrivait une lettre. Je
ne la lirai pas au complet parce que ce serait vraiment trop long, mais je vais
vous lire des extraits de la fin de cette lettre, qui font qu'il porte un
jugement sur ce programme. Il dit ceci, c'est le Dr Allaire qui parle: "Ayant
pris connaissance des grandes lignes du programme d'amélioration des
rives, lequel favorise certains travaux de mise en valeur des berges et du
milieu aquatique, nous nous disons emballés - ah, voilà un gars
qui s'y connaît! - de voir concrétiser l'idée que nous
avions ou que nous avions ou que nous annoncions - c'est eux - le 18 août
dernier lors de notre journée d'animation sur l'assainissement, la
protection et l'aménagement du milieu aquatique. "À cet
égard, nous félicitons et remercions le premier ministre, M.
René Lévesque, dans une lettre datée du 22 novembre
dernier, d'avoir cité le dynamisme des organismes du bassin de la
rivière Saint-François et d'avoir considéré la mise
en valeur du milieu aquatique dans son discours d'ouverture. Ce programme
d'amélioration des rives s'inscrit parfaitement dans nos objectifs de
récupération des usages des lacs et des rivières du bassin
de la rivière Saint-François et, de ce fait, nous vous
encourageons à persévérer dans vos démarches afin
de mettre en oeuvre ce programme. "Je vous assure, M. le ministre, de notre
appui le plus complet et de notre entière collaboration."
Vous essaierez, MM. et Mmes de l'Opposition, d'aller convaincre le Dr
Allaire et ses "supporteurs" que vous avez raison d'essayer de refouler ce
programme. Il ne comprendra qu'une chose, c'est que, là-dedans comme
dans tout ce qui s'appelle matière environnementale, l'Opposition n'est
bonne qu'à renvoyer aux calendes grecques les décisions qui
feront, parce qu'on les prendra malgré vous, que notre environnement
sera de qualité supérieure et que la qualité de la vie des
Québécois et des Québécoises s'en trouvera
nécessairement améliorée. Merci, M. le
Président.
Le Vice-Président (M. Jolivet): Est-ce que le principe du
projet de loi 6, Loi modifiant diverses dispositions législatives pour
favoriser la mise en valeur du milieu aquatique, est adopté?
Une voix: À l'unanimité.
M. Blouin: M. le Président, conformément à
l'article 216, nous allons reporter ce vote à demain, à la fin de
la période des affaires courantes.
Le Vice-Président (M. Jolivet): Adopté. M. le
leader adjoint.
M. Blouin: Sur ce, puisqu'il est 0 h 40, nous allons ajourner nos
travaux à demain matin, 10 heures.
Le Vice-Président (M. Jolivet): Cette motion est
adoptée. Donc, ajournement à ce matin, 10 heures.
(Fin de la séance à 0 h 37)