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(Quatorze heures trois minutes)
Le Président: À l'ordre!
Nous allons nous recueillir quelques instants.
Veuillez prendre vos places.
Aux affaires courantes, il n'y a pas de déclaration
ministérielle ni de présentation de projets de loi.
Composition de commissions permanentes et
prévisions budgétaires de l'Assemblée
Au dépôt de documents, j'ai le plaisir de déposer le
rapport de la commission de l'Assemblée nationale qui a
siégé ce matin même afin de déterminer la
composition des commissions permanentes de l'Assemblée ainsi qu'un
certain nombre de décisions du Bureau de l'Assemblée nationale
dont les prévisions budgétaires de l'Assemblée pour
l'année financière 1985-1986.
M. le ministre des Affaires culturelles.
Rapport annuel du Musée des beaux-arts
M. Richard: Je voudrais déposer le rapport annuel pour
l'année 1983-1984 du Musée des beaux-arts de Montréal.
Le Président: Rapport déposé. M. le ministre
délégué au Développement et à la Voirie des
régions.
Rapport de l'OPDQ
M. Le May: M. le Président j'ai le plaisir de
présenter le rapport des activités de l'Office de planification
et de développement du Québec pour l'année
financière 1983-1984.
Le Président: Rapport déposé.
Au dépôt de rapport de commissions, M. le Président
de la commission du budget et de l'administration.
Consultation générale sur
l'avant-projet
de loi sur le régime de négociation
dans
les secteurs public et parapublic
M. Lachance: M. le Président j'ai l'honneur de
déposer le rapport de la commission du budget et de l'administration qui
a siégé les 29, 30 et 31 janvier, les 5, 6, 7 février et
le 12 mars 1985 aux fins de procéder à une consultation
générale portant sur l'avant-projet de loi traitant du
régime de négociation des conventions collectives dans les
secteurs public et parapublic.
Le Président: Rapport déposé. Au
dépôt de pétitions, M. le député de
Maskinongé.
Demandes de rejeter le projet de loi 42 et de modifier
la loi actuelle
M. Picotte: Merci, M. le Président. J'ai l'honneur de
déposer l'extrait d'une pétition adressée à
l'Assemblée par 1362 pétitionnaires du Conseil central de
Shawinigan-CSN invoquant les faits suivants: "Nous ne sommes pas d'accord avec
l'abolition de la rente à vie et son remplacement par un montant
forfaitaire ridicule; avec la disparition de l'évaluation de
l'incapacité permanente basée sur la difficulté de se
retrouver un travail rémunérateur à la suite d'une
lésion permanente; avec les restrictions concernant le droit de retour
à son emploi; car la sécurité du revenu n'est pas
assurée jusqu'au moment de se retrouver un emploi; car le choix de son
médecin et le respect de son diagnostic ne sont pas respectés;
car le droit d'en appeler des décisions est limité; avec
l'orientation de ce projet de loi, car la responsabilité des employeurs
n'est pas reconnue et une partie des coûts de la réadaptation est
transférée aux régimes d'assistance sociale telles l'aide
sociale, l'assurance chômage et la Régie des rentes du
Québec qui sont défrayés par l'ensemble de la population.
"Et concluant à ce que l'Assemblée nationale demande au
gouvernement de retirer le projet de loi 42 ou, à défaut, que
l'Assemblée nationale rejette le projet de loi 42."
Je certifie que cet extrait de la pétition est conforme à
l'original et au règlement. Merci, M. le Président.
Une voix: Bravo!
Le Président: Pétition déposée. M. le
député de Berthier.
M. Houde: M. le Président, j'ai l'honneur de
déposer l'extrait d'une pétition adressée à
l'Assemblée nationale par 49 pétitionnaires de l'ATTA Petit
Brandon (Association des travailleurs et des travailleuses accidentés,
indiquant les faits suivants. "Considérant la responsabilité
patronale en matière d'accidents du travail; considérant les
préjudices que doivent subir
quotidiennement les accidentés du travail; considérant
qu'aucun d'entre nous n'est à l'abri de la possibilité de subir
un accident du travail; considérant notre demande d'améliorer la
loi actuelle des accidents du travail; considérant les pressions faites
par le patronat au ministère du Travail pour anéantir les acquis
des travailleurs; "Nous exigeons de l'Assemblée nationale de rejeter
l'idée de la refonte complète de la loi et nous exigeons
l'amélioration de la loi actuelle sur la base de nos revendications; "En
concluant à la revalorisation des salaires durant la compensation;
l'application de l'article 38.4: rente à vie et pourcentage pour
diminution de la capacité de travail, au moins jusqu'à
l'âge de la retraite; au droit de retour au travail et à la
réadaptation sans restriction; droit d'appel - contestation - avec
audition à deux niveaux; au choix absolu du médecin traitant par
l'accidenté et le respect de son diagnostic par la CSST".
Je certifie que cet extrait de la pétition est conforme à
l'original et au règlement. Merci, M. le Président.
Le Président: Pétition déposée. Cela
nous mène à la période de questions. M. le chef de
l'Opposition.
QUESTIONS ORALES DES DÉPUTÉS
La visite de M. Reagan et les
relations commerciales du
Québec avec les États-Unis
M. Levesque (Bonaventure): M. le Président, ma question
s'adresse au premier ministre. Ce fut un événement historique que
cette visite à Québec, en début de semaine, du
président des États-Unis, M. Ronald Reagan. On connaît les
préoccupations des Québécois dans plusieurs domaines
touchant les relations commerciales avec nos voisins du Sud. Par exemple, le
bois de sciage, les pêches, l'amiante, les produits horticoles, les
produits agricoles, tel le porc, pour n'en nommer que quelques-uns. Même
si la participation du gouvernement du Québec n'est apparue à
d'aucuns, somme toute, comme à peine cérémoniale ou
protocolaire, le premier ministre et ses ministres sectoriels ont-ils pu
profiter de cette présence chez nous d'une forte
délégation américaine pour sensibiliser nos visiteurs
à l'importance que nous attachons à ces dossiers?
Le Président: M. le premier ministre.
M. Lévesque (Taillon): M. le Président, il est
évident qu'en soi c'est un événement historique,
même si on abuse un peu du mot "sommet" un peu partout. C'est rarement
dans ces sommets d'une journée, une journée et demie, qu'on
change la face du monde, d'autant plus que je pense qu'il s'agissait, comme on
l'a dit, d'un "shamrock summit", c'est-à-dire une rencontre amicale, qui
tombait comme par hasard le jour de la Saint-Patrice, entre deux Irlandais.
Alors, forcément, il y a eu une atmosphère, tout le monde l'a
constaté, de cordialité, d'amitié, très
réelle d'ailleurs. Il n'y a pas plus vrais amis, je pense, il n'y a pas
plus nord-américains que nous. Il n'y a pas plus vrais amis des
Américains que les Québécois.
Pour ce qui est des retombées il est évident que la ville
et la région de Québec peuvent compter qu'il y aura pas mal - du
moins on peut l'espérer - de comptes rendus assez alléchants pour
au moins alimenter un peu notre industrie touristique dans les mois qui
viennent. Il est évident - je reprends le terme du chef de l'Opposition
- que notre présence était essentiellement protocolaire et
très discrètement protocolaire. C'était une invitation
fédérale au chef du gouvernement des États-Unis et on
s'est contenté du rôle qui, nous semble-t-il, nous allait.
Pour ce qui est de sensibiliser les Américains, parce qu'il y
avait un bon nombre de "secretaries", c'est-à-dire de ministres qui
accompagnaient M. Reagan, je dois dire que les occasions n'ont pas
été très nombreuses. J'ai eu l'occasion, par exemple,
à la table, de discuter un peu avec un "secretary". Pendant, entre
guillemets, le "gala" j'étais à côté de M. Schultz.
On a pu échanger des propos mais, enfin, comme la défense n'est
pas notre première préoccupation - c'est même loin
d'être la première en ce qui me concerne - cela n'a pas
été très loin.
Ce qui m'a frappé, je n'irai pas plus loin, c'est que dans une de
ses interventions le président des États-Unis a noté une
chose que sûrement quelqu'un lui a fait remarquer. C'est cette
espèce d'invasion pacifique de plus en plus frappante, surtout de la
part de jeunes entrepreneurs, de jeunes fonceurs du Québec, que, dit-il
- à partir de la Maison blanche, paraît-il, même de
là c'est visible -on remarque un peu partout aux États-Unis.
Donc, c'est vrai que la nouvelle génération ou les nouvelles
générations d'entrepreneurs, de bâtisseurs
québécois, font leur marque à l'échelle
continentale et même internationale.
J'ai trouvé très heureux que le Président des
États-Unis se donne la peine d'en parler. Au-delà de cela...
Le Président: La conclusion, M. le premier ministre.
M. Lévesque (Taillon): ...je ne crois pas... M. le
Président, j'allais justement dire que, au-delà de cela, je ne
vois pas très bien ce que je pourrais ajouter au chef de
l'Opposition.
Le Président: M. le chef de l'Opposition.
M. Levesque (Bonaventure): M. le Président, le premier
ministre semble regretter qu'il n'y ait pas eu plus d'occasions d'avoir des
échanges. Est-ce qu'il aurait, cependant, décliné
l'invitation de participer personnellement à certaines parties du
programme de la visite, notamment, au déjeuner offert par M. Reagan
ainsi qu'à la cérémonie de départ du
président? Pourrait-il nous éclairer à ce sujet?
Le Président: M. le premier ministre.
M. Lévesque (Taillon): Oui, je vais fournir
l'éclairage complet au chef de l'Opposition. C'est que, quelques jours
avant, d'ailleurs, j'étais convenu, pour parler dans le style, nous
étions convenu, M. Mulroney et moi, que je ne serais pas à ce
lunch, à ce déjeuner, mais que, s'il voulait bien me remplacer,
notre honorable collègue, le vice-premier ministre et leader
parlementaire serait là, ce qui, effectivement, eut lieu. Les raisons,
mais je crois que... M. le Président, je ne voudrais pas déranger
le chef de l'Opposition avec ma brève réponse. Les raisons,
au-delà du fait que je pouvais être admirablement
représenté par le député de Chicoutimi, c'est qu'il
y avait des choses à Montréal, vous savez, les sommets de la
Saint-Patrice n'empêchent pas des problèmes de se poser et il faut
s'en occuper.
Le Président: M. le chef de l'Opposition.
M. Levesque (Bonaventure): II me semble que quelqu'un m'avait
rapporté - ou est-ce que j'ai lu quelque part? - que la raison
officielle serait qu'il y avait des élections au Québec.
M. Lévesque (Taillon): M. le Président, absolument
pas...
Le Président: M. le premier ministre.
M. Lévesque (Taillon): ...mais, plus on réglera de
problèmes, plus les élections viendront bien.
Le Président: M. le député de Nelligan.
M. Lincoln: Une question additionnelle au premier ministre,
complémentaire, oui.
Le Président: En complémentaire, oui.
M. Lincoln: Est-ce que le premier ministre ou le ministre du
Commerce extérieur a profité de la visite des intervenants
américains pour, au moins faire valoir le point de vue du Québec,
soit directement ou soit par l'intermédiaire du ministre
fédéral sur des questions de libre-échange de
première importance aujourd'hui par rapport à l'industrie du porc
et du bois de sciage. On sait qu'il y aura une décision sur l'industrie
du porc, la semaine prochaine et que la loi Weaver sur l'industrie du bois de
sciage est en cours au Congrès.
Le Président: M. le ministre des Relations
internationales.
M. Landry: D'abord, à la première partie de la
question, c'est oui. Moi-même et mes collègues avons essayé
d'utiliser toutes les occasions pour converser avec nos interlocuteurs
américains, soit gouvernementaux, mais il y avait également
beaucoup d'hommes d'affaires et des journalistes.
En ce qui concerne les journalistes, même si le président a
quitté notre territoire, ils sont restés. Un certain nombre
d'entre eux, invités par nos services - et j'ai eu l'occasion d'en
rencontrer ce matin même continuent à approfondir leurs
connaissances du Québec. Mon collègue de l'Industrie et du
Commerce a fait de même avec des gens d'affaires et certains autres dont
le vice-premier ministre et le premier ministre comme il l'a dit
lui-même.
Quant aux deux dossiers auxquels il a fait allusion et qui sont
très sérieux, nous n'avons pas eu l'imprudence d'attendre le
sommet de la Saint-Patrick pour nous en occuper, nous sommes
déjà, depuis de nombreuses semaines, en contact avec le
gouvernement du Canada qui, par la voie de son ambassade et de ses diplomates,
fait valoir la cause canadienne et québécoise dans le cas du porc
en particulier, c'est évident, et dans le cas du bois, c'est
évident.
Je peux dire, jusqu'à ce jour, sans présumer des
décisions définitives des organismes quasi judiciaires
américains, que la menace est moins vive qu'elle l'était il y a
quelques mois. Et au niveau de l'administration, je crois ne pas être
présomptueux de penser que le sommet de Québec devrait
infléchir les choses dans un sens qui nous est favorable. En d'autres
termes, il y a encore un "lumber case" devant nous. Nous croyons que nous nous
en sortirons aussi bien que lors de la première menace.
Le Président: Mme la députée des
Îles-de-la-Madeleine en complémentaire.
Mme Le Blanc-Bantey: En complémentaire au ministre des
Relations internationales, M. le Président. Est-ce que le gouvernement,
compte tenu que le président des États-Unis s'est cru
autorisé à traiter le Québec plutôt de façon
cavalière en endossant le non au référendum, a
réagi à
cet incident ou a-t-il l'intention de réagir dans les plus brefs
délais en exigeant, par les bons offices de M. Mulroney, que M. Reagan
cesse de s'ingérer dans les affaires internes d'un Canada
supposément souverain et que M. Mulroney présente ses excuses au
peuple québécois pour avoir induit le président en erreur
et avoir laissé entendre que tout ce qui restait comme problème
au Québec, c'étaient des problèmes d'ordre gastronomique,
et donc, par conséquent, pour avoir diminué le Québec?
Le Président: M. le ministre des Relations
internationales.
M. Landry: Je partage bien des idées avec la
députée des Îles-de-la-Madeleine, cependant, je n'ai pas eu
son niveau de sensibilité puisque le président des
États-Unis, je crois, n'a pas insulté le Québec en
considérant que le Québec est une province, il en est une. Alors,
il a été rigoureusement conforme à la constitution du
Canada.
Le président des États-Unis a constaté, et encore
là, je pense qu'il ne s'est pas trompé, que les relations entre
Québec et Ottawa ne sont pas dans l'état de crise aiguë
où elles étaient avant le tremblement de terre du 4 septembre
dernier.
Par ailleurs, le président des États-Unis, pas plus que
tout autre - il n'a pas été impoli en disant cela - ne peut
ignorer que l'avenir dure longtemps et que la question québécoise
est en négociation présentement avec le gouvernement du Canada et
que rien ne peut empêcher ou qu'elle se règle à notre
satisfaction ou que la revendication traditionnelle du Québec soit
rebrandie de façon plus vive que jamais.
Le Président: M. le député d'Outremont,
question principale.
La grève à l'usine Domtar de
Lebel-sur-Quévillon
M. Fortier: M. le Président, le 20 novembre dernier, je
soulevais une question très importante en cette Chambre pour la
région de l'Abitibi, le problème économique
extrêmement important, la grève à
Lebel-sur-Quévillon. Cette grève dure maintenant depuis neuf
mois. M. Parizeau, à qui j'avais posé la question, avait dit:
"Cette histoire ne peut durer plus longtemps."
Une voix: Quand?
M. Fortier: C'était le 20 novembre dernier. Cela dure
maintenant depuis neuf mois. M. le Président, on connaît tous la
situation dramatique causée par cette grève: 1200 emplois sont
touchés; une population de 4000 est affectée; 50% des magasins
à Lebel-sur-Quévillon sont fermés; le maire a
démissionné, parce que, semble-t-il, il ne peut plus faire face
à la situation extrêmement dramatique et il y a plusieurs usines
de bois de sciage qui sont affectées dans la région.
Ce problème implique plusieurs ministères: le
ministère de l'Industrie et du Commerce, d'une part, par le fait que le
ministre est le ministre de tutelle de la Société
générale de financement, qui est responsable ou qui répond
de la Société générale de financement et de Domtar
indirectement; le ministre des Forêts qui est impliqué dans la
relance de certaines usines de bois de sciage dont Forex, en particulier, qui
est touchée et le ministre du Travail. (14 h 20)
Le Président: Votre question, M. le
député.
M. Fortier: Compte tenu de cette situation dramatique - je crois
qu'aujourd'hui, c'est la question que nous nous posons ici même à
la période des questions; des gens de Lebel-sur-Quévillon sont
venus visiter certains ministres, ainsi que nous-mêmes - et puisqu'il
s'agit d'un problème extrêmement important et qui touche plusieurs
ministères, j'aimerais poser la question suivante au premier ministre:
Le gouvernement a-t-il une action concertée afin de s'assurer que ce
problème soit résolu dans les meilleurs délais?
Le Président: M. le premier ministre.
M. Lévesque (Taillon): M. le Président, avant que
le député d'Outremont, en toute innocence - je le dis dans le bon
sens du mot - essaie de m'entraîner à confirmer certaines rumeurs
faciles qui veulent que, je ne sais pas par quel appétit
désordonné, je me saisisse de toutes sortes de dossiers par les
temps qui courent, je ferais remarquer que l'ensemble de ce que dit le
député est vrai, et cela prouve à quel point les dossiers
- non pas seulement économiques mais c'est de plus en plus vrai en
économique -deviennent interreliés à un point où
souvent une chatte a de la misère à retrouver ses petits. Mais il
demeure un fait, c'est que le cas précis du conflit à
Lebel-sur-Quévillon -hélas' trop de monde l'avait oublié,
et je m'en excuse au nom de nous tous ici vis-à-vis des gens de
Lebel-sur-Quévillon qui sont avec nous aujourd'hui - est en ce moment
là où il doit être actif, c'est-à-dire au
ministère du Travail. Je demanderais à notre collègue de
vous faire le point de la situation.
Le Président: M. le ministre du Travail,
brièvement.
M. Fréchette: M. le Président, comme la plupart des
collègues, sans doute, sinon
tous les collègues, j'ai eu l'occasion moi aussi ce matin de
rencontrer les représentants des travailleurs de
Lebel-sur-Quévillon avec qui j'ai passé 20 minutes ou une
demi-heure à discuter de la situation. Ils m'ont fait part de
l'état actuel du dossier d'après l'évaluation qu'ils en
font. Ils m'ont également fait part évidemment de leur
désir de voir se régler cette situation dans les meilleurs
délais. Ce que je leur ai indiqué, M. le Président, c'est
que le sous-ministre adjoint aux relations du travail, M. Raymond
Désilets, a pris des dispositions pour convoquer en séance de
conciliation les deux parties, vendredi de cette semaine, à
Montréal. Les gens avec qui j'ai échangé, ce matin, ont
semblé comprendre qu'il fallait de toute évidence que cette
rencontre ait lieu, qu'on en évalue les conclusions. Si,
évidemment, des conclusions heureuses pouvaient mener à une
entente, tant mieux! Si, par ailleurs, cet autre exercice ne devait pas donner
le résultat que tout le monde souhaite, il est évident qu'un
réajustement d'action devra être décidé dans le
dossier.
Le Président: M. le député de Portneuf.
M. Pagé: Une question additionnelle, M. le
Président, au ministre du Travail. Au mois de novembre dernier, comme
suite à des questions posées ici, à l'Assemblée, le
ministre se réjouissait que la conciliation allait bien et que M. Blain
était au dossier. Aujourd'hui, après neuf mois et à la
suite de la question principale posée par mon collègue, le
ministre du Travail se réfère à une rencontre
devant...
Le Président: M. le député, il n'y a pas de
préambule à une question complémentaire, vous le savez
très bien. La question, s'il vous plaît.
M. Pagé: M. le Président, j'arrivais à ma
question. Le ministre du Travail se référant à cette
rencontre de vendredi prochain avec M. Désilets, comment peut-il
expliquer, premièrement, que ni Domtar ni les représentants du
syndicat ne soient au fait et au courant de cette convocation?
Deuxièmement, le ministre du Travail pourrait-il faire part à la
Chambre des communications qu'il a eues avec le ministre de l'Industrie et du
Commerce, responsable finalement de l'actionnaire majoritaire à 45% dans
ce dossier, en regard de la révision des mandats de négociation
à Domtar.
Le Président: M. le ministre du Travail.
M. Fréchette: Oui, M. le Président. Quant à
la première question du député de Portneuf, je lui
signalerai que les conversations que j'ai eues ce matin avec les principaux
intéressés m'ont permis de réaliser qu'effectivement un
défaut de communication entre certaines personnes des mêmes
parties pouvait mener à la conclusion qui faisait que les uns et les
autres prétendaient ne pas avoir été informés. Ce
que je peux dire au député de Portneuf, c'est que des
représentants de l'une et l'autre des deux parties ont été
informés de cette séance de conciliation de vendredi
prochain.
Quant à la deuxième question, il est évident que
depuis que le conflit est là, depuis que la situation est ce qu'elle
est, j'ai eu avec le ministre de l'Industrie et du Commerce des discussions sur
le dossier mais voici un conflit qui a été
déclenché conformément à toutes nos règles
du Code du travail et des autres lois, qui s'est exercé depuis son
début dans la plus stricte légalité. M. le
Président, quitte à me répéter, je dois dire aussi
ici, que notre évaluation est que ce sont les parties elles-mêmes,
dans la mesure où la chose est possible, qui doivent arriver à
trouver une solution.
Le Président: Question supplémentaire, M. le
député d'Abitibi-Est.
M. Bordeleau: M. le Président, ma question additionnelle,
je veux la poser au ministre de l'Industrie et du Commerce, qui est
impliqué, comme il a été soulevé par le
député d'Outremont je pense, par sa responsabilité
auprès de la SGF. Est-ce que le ministre de l'Industrie et du Commerce
pourrait m'assurer qu'il poussera sur la SGF ou qu'il mettra autant de pression
sur la SGF qui s'occupe déjà d'un autre dossier Domtar à
Windsor dans le cas du dossier Lebel-sur-Quévillon même si c'est
une ville plus éloignée mais qui est toute aussi importante?
Le Président: M. le ministre de l'Industrie et du
Commerce.
M. Biron: M. le Président, à plusieurs reprises,
j'ai parlé avec les gens de la Société
générale de financement comme je le fais, mais je leur ai
parlé de ce dossier spécifique en essayant de les inviter
à passer le message nécessaire à Domtar en disant: II y a
des pistes, il y a des avenues de solution qu'au ministère du Travail,
on est en train d'explorer et je voudrais que toutes les parties puissent
collaborer le mieux possible à la solution de ce problème. Je
suis encore en communication constante avec la SGF sur ce dossier
particulier.
Le Président: M. le député de Portneuf,
suivi du député de Sainte-Marie.
M. Pagé: Toujours dans cette veine d'exploration des
pistes, selon le ministre de l'Industrie et du Commerce, le ministre
pourrait-il nous dire clairement et bien
précisément s'il est d'accord avec Domtar lorsque la
compagnie pose comme condition préalable au retour à la
négociation, l'abandon par le syndicat des griefs dûment
gagnés devant toutes les instances?
Le Président: M. le ministre de l'Industrie et du
Commerce.
M. Biron: Vous me permettrez, M. le Président, de dire au
député de Portneuf que cela fait partie de la gestion d'une
société indépendante. Nous ne détenons que 45% du
capital-actions de cette entreprise. Mon rôle consiste non pas à
faire la gestion quotidienne de l'entreprise mais tout simplement à
parler par la Société générale de financement sur
les avenues globales et les solutions globales possibles qu'on pourra apporter
à de tels conflits.
Le Président: M. le député de Sainte-Marie,
en complémentaire.
M. Bisaillon: Une question additionnelle au ministre du Travail.
Compte tenu du fait que des mécanismes de conciliation ont
déjà été tentés, qu'est-ce qui
empêche, à ce stade-ci, le gouvernement de s'impliquer davantage,
par exemple, par le biais d'une médiation spéciale? Est-ce que le
ministre du Travail, compte tenu des règles habituelles en relations du
travail, cautionne la décision des administrateurs qui ont fait circuler
une lettre nommant les individus n'ayant pas accepté un règlement
hors cour malgré qu'ils aient eu gain de cause devant toutes les
instances, à la fois du Tribunal du travail ou de la Cour
supérieure?
Le Président: M. le ministre du Travail.
M. Fréchette: M. le Président, à la
première question du député de Sainte-Marie, j'indiquerai
que, effectivement, à ce stade-ci, au moment où on se parle, rien
n'interdirait qu'un médiateur ou un conciliateur spécial soit
affecté au dossier pour essayer de voir quelle avenue de solution,
encore une fois, pourrait être envisagée.
Cependant, M. le Président, j'ai signalé dans une
réponse antérieure, qu'une rencontre doit se tenir vendredi
prochain. Je l'ai indiqué à mes interlocuteurs ce matin qui ont
semblé comprendre la suite des événements. À la
suite de cette rencontre, c'est le moment privilégié pour
décider des attitudes qu'il faudra prendre. Si l'attitude à
prendre était dans le sens de celle que suggère le
député de Sainte-Marie, il est évident que c'est cette
direction dans laquelle il faudra nous engager.
Quant à l'autre aspect de la question, j'indiquerai simplement au
député de Sainte-Marie que, effectivement, il n'est pas coutume
que l'on s'engage dans des discussions de cette nature quand on discute du
contenu et des dispositions d'une convention collective. Cependant si les deux
parties - ce semble être le cas - à l'égard de l'un ou
l'autre des 29 griefs dont on parle, ont accepté d'engager le dialogue,
il est évident aussi que personne ne peut les empêcher de le
faire.
Le Président: Question complémentaire, M. le
député de Sainte-Marie.
M. Bisaillon: M. le Président, une question très
brève. Est-ce que ce que le ministre vient de nous dire laisse supposer
aussi que ceux qui n'acceptent pas un règlement individuel doivent
être pénalisés aux yeux de la population? Est-ce que le
ministre cautionne le geste de l'administration de publiciser ceux qui n'ont
pas accepté un règlement, malgré un règlement
d'arbitrage, à leur avantage? (14 h 30)
Le Président: M. le ministre du Travail.
M. Fréchette: Je n'ai pas souvenance, M. le
Président, d'avoir parlé de ce que vient de dire le
député de Sainte-Marie ou à des choses qui ressembleraient
à ce qu'il vient de me dire. Ce que j'ai dit, essentiellement, c'est que
des griefs qui ont été auditionnés, pour lesquels des
décisions ont été rendues et qui, de surcroît, ont
été soumis à l'appréciation d'une cour de droit
commun - dans ce cas-ci, la Cour supérieure ne font pas
généralement l'objet de négociations à
l'intérieur de la discussion d'une convention collective, sauf et
excepté si les parties, d'un commun accord, décident de
réévaluer un certain nombre de choses.
Ce que je suis en train de dire, c'est que, dans ce cas-ci, les
informations que je possède me permettent de déclarer que les
parties ont effectivement convenu de réévaluer un certain nombre
de choses.
Le Président: Question principale, M. le
député de Saint-Laurent.
La défense des intérêts du
Québec dans le dossier Canadair
M. Leduc (Saint-Laurent): M. le Président, ma question
s'adresse au ministre de l'Industrie et du Commerce. Nous savons que le
gouvernement fédéral cherche actuellement un acheteur pour
Canadair. Plusieurs noms d'acheteurs ont déjà ciruclé,
dont la compagnie allemande Messerschmitt-Bolkow-Blohm, encore, la compagnie
américaine Beech Aircraft Corporation, filiale de Reytheon au
Massachusetts.
Canadair, on le sait, est le quinzième plus gros employeur au
Québec, avec 4300 travailleurs. De plus, on prévoit que d'ici
à quatre ans, nous aurons besoin à Montréal
seulement, de 7000 ingénieurs techniques et ouvriers
spécialisés dans l'industrie aérospatiale. Après 40
ans d'existence, Canadair a développé une technologie qui place
le Québec au premier rang dans l'industrie aéronautique
canadienne. Les ventes de Canadair pour l'année 1984 se chiffrent
à 230 000 000 $ et la promotion du nouveau Challenger 601 s'amorce
très bien.
Après avoir investi des centaines de millions de dollars dans
Canadair pour développer de nouveaux avions, le Canada ne peut se
permettre de vendre Canadair à n'importe qui pour que, finalement, il
lui arrive exactement le même sort qui est arrivé à
Ménasco, soit de quitter le Québec.
Le Président: Votre question, M. le
député.
M. Leduc (Saint-Laurent): L'acheteur devra donc maintenir
Canadair au Québec et s'engager à développer Canadair au
Québec.
Je voudrais savoir si le gouvernement du Québec entend intervenir
dans le dossier et comment il entend défendre les intérêts
du Québec dans Canadair.
Le Président: M. le ministre de l'Industrie et du
Commerce.
M. Biron: Non seulement nous entendons intervenir dans le
dossier, mais déjà, à deux occasions, personnellement,
j'ai discuté avec le ministre fédéral de l'Expansion
industrielle régionale, M. Stevens, à propos de la vente possible
de Canadair et à propos des entreprises intéressées dans
Canadair.
Nous avons convenu de former un comité de hauts fonctionnaires
qui étudierait les offres des différentes entreprises et qui
ferait des recommandations au gouvernement fédéral, un
comité de hauts fonctionnaires où le Québec est
représenté par le biais du ministère de l'Industrie et du
Commerce.
Au moment où on se parle, le comité de hauts
fonctionnaires cherche les acheteurs possibles, étudie les
différentes offres, mais veut s'assurer de la continuité des
opérations de Canadair à Montréal. Comme citoyens et
contribuables, nous avons investi tellement d'argent dans cette entreprise
qu'il n'est que juste que cette entreprise continue ses activités
à Montréal, quelle que soit l'entreprise ou la firme qui va
l'acheter.
Le Président: En complémentaire, M. le
député de Saint-Laurent.
M. Leduc (Saint-Laurent): Le gouvernement du Québec a-t-il
fait une offre, seul ou en collaboration avec l'entreprise privée,
à la Société de développement du Canada pour se
porter acquéreur ou actionnaire de Canadair?
Le Président: M. le ministre de l'Industrie et du
Commerce.
M. Biron: Non, M. le Président, puisque je pense que
l'Opposition n'est pas plus intéressée que nous, pour le moment,
à ce que l'État québécois, comme gouvernement,
intervienne dans une entreprise lorsque l'État canadien veut la vendre
à l'entreprise privée. Notre alternative, c'est de chercher des
entrepreneurs privés qui sont intéressés à
exploiter l'entreprise telle qu'elle est et en l'améliorant, mais en
l'exploitant à Montréal ou à Saint-Laurent.
Le Président: M. le député de
Saint-Laurent.
M. Leduc (Saint-Laurent): Est-ce que vous avez des acheteurs, des
noms de personnes qui voudraient acquérir cette entreprise? Est-ce que
vous avez actuellement des noms d'acheteurs?
Le Président: M. le ministre de l'Industrie et du
Commerce.
M. Biron: Plusieurs entreprises de taille mondiale se sont
montrées intéressées, mais pour le moment, je
préfère laisser les discussions entre les groupes de hauts
fonctionnaires et ces entreprises.
Le Président: Question principale, M. le
député de Champlain.
L'aide aux agriculteurs victimes de la
sécheresse
M. Gagnon: Merci, M. le Président. Ma question s'adresse
au ministre de l'Agriculture. On se souviendra que l'été 1983 a
été un été particulièrement agréable
pour les villégiateurs, peut-être un peu moins agréable
pour la classe agricole puisque, dans plusieurs régions du
Québec, on a subi des sécheresses qui ont causé
préjudice aux agriculteurs. On se souviendra qu'à ce
moment-là plusieurs rencontres ont été effectuées
auprès du ministre de l'Agriculture, et il y a même eu des
manifestations à mon bureau.
Le ministre de l'Agriculture est venu rencontrer des producteurs chez
nous, en Mauricie, parce que ceux-ci voulaient avoir une aide
supplémentaire. Or, le ministre avait accepté d'appuyer les
producteurs auprès du gouvernement fédéral pour lui
demander de s'impliquer, puisqu'on sait que l'ancien gouvernement
fédéral était plus fort pour donner de l'argent dans
l'Ouest qu'aux producteurs québécois. Le problème semble
être réglé maintenant et je voudrais savoir du ministre de
l'Agriculture pourquoi, alors qu'il a mentionné que ces dommages
devaient être payés à 100% par le gouvernement
fédéral, il a accepté de s'embarquer dans un
programme à frais partagés, dans un premier temps.
Deuxièmement, quand et comment les paiements seront-ils
effectués aux producteurs qui ont été
sinistrés?
Le Président: M. le ministre de l'Agriculture, des
Pêcheries et de l'Alimentation.
M. Garon: M. le Président, à la deuxième
question, disons que les paiements vont commencer très rapidement
puisqu'ils vont toucher tout près de 13 000 personnes...
M. Rivest: Ce sont des votes, celai Ce sont des votes!
M. Garon: On règle les problèmes. Les 7754
assurés vont recevoir 21 127 444 $ et on s'attend que les
non-assurés soient autour de 5000 personnes qui recevront 9 390 300
$.
Maintenant, concernant la première question, disons que
dès ma première rencontre avec le ministre fédéral
à la fin octobre, il m'avait indiqué qu'il voulait payer 50% d'un
montant d'environ 27 000 000 $, c'est-à-dire payer 13 500 000 $. Je lui
ai fait valoir qu'il y avait eu des paiements d'intérêt
considérables de la part du gouvernement du Québec parce que dans
le programme régulier de l'assurance-récolte, le gouvernement
fédéral libéral ne payait pas depuis 1980,
c'est-à-dire que les paiements de 1980, 1981, 1982, 1983 et 1984
n'avaient pas été effectués. Les chiffres, qui sont
d'ailleurs mentionnés dans l'entente que nous avons signée,
indiquent 5 200 000 $ d'intérêt ' que nous avons dû payer.
J'ai mis cela dans la balance. Le ministre fédéral nous a
demandé d'assurer l'administration du programme puisque nous avons la
Régie des assurances agricoles du Québec. J'avais convenu en
principe - cela étant sujet à ratification par le gouvernement,
qui a ratifié - d'assumer des frais d'administration d'environ 1 000 000
$. Maintenant, après que les consultations eurent été
faites, au gouvernement, à l'Union des producteurs agricoles et au
ministère de l'Agriculture, avec les données qui ont
été fournies par le ministère de l'Agriculture et la
Régie des assurances agricoles du Québec, on s'est rendu compte
que les dommages dépassaient le cadre de quatre régions, qu'ils
étaient aussi grands dans d'autres régions pour lesquelles il n'y
avait pas eu de réclamations...
Le Président: Conclusion, M. le ministre.
M. Garon: Une fois que les montants eurent été plus
ou moins réglés, après les discussions entre le
gouvernement fédéral et l'Union des producteurs agricoles, il m'a
semblé qu'il fallait ajouter un montant d'argent pour que les
producteurs assurés ne soient pas moins indemnisés que les
producteurs non assurés. Dans certaines régions, les montants
qu'auraient reçus les producteurs non assurés auraient
été plus importants que les producteurs assurées....
Le Président: Question principale, M. le
député de Papineau.
M. Assad: M. le Président...
M. Dupré: Question complémentaire, M. le
Président.
Le Président: Je m'excuse, M. le député, il
y a une question complémentaire du député de
Saint-Hyacinthe.
M. Dupré: Le ministre pourrait-il me dire quel impact,
direct ou indirect, cela aura sur l'assurance-récolte du
Québec?
Le Président: M. le ministre de l'Agriculture.
M. Garon: M. le Président, les gens diront que j'ai des
chèques dans mes poches, mais je vais vous dire qu'avec les
conservateurs on a réglé, depuis six mois, pour 55 000 000 $ de
problèmes et que cet argent va entrer dans les poches des
Québécois. Je vais vous dire qu'on ne réglait rien dans le
temps des libéraux, alors on ne pouvait pas avoir de chèques dans
nos poches.
Le montant total payé aux assurés en 1983-1984, avec la
contribution des programmes spéciaux qu'on vient d'annoncer, cela veut
dire 70 000 000 $, presque 71 000 000 $, tandis que pour la plus grosse
année de dommages du temps de Robert Bourassa, on a payé 2 150
000 $. C'est 35 fois plus.
Le Président: Question complémentaire, M. le
député de Berthier.
M. Houde: J'aimerais savoir de la part du ministre de
l'Agriculture quand ils vont commencer à être payés et
quand ils auront tous été payés.
Le Président: M. le ministre de l'Agriculture.
M. Garon: Les producteurs assurés n'ont même pas de
demandes à faire parce que nous avons tous les chiffres en banque, dans
l'informatique, à la Régie des assurances agricoles. Cela veut
dire que les chèques vont arriver dès le début d'avril et
les producteurs non assurés ont jusqu'au 31 mars
pour faire leur demande. Donc, aussitôt que leurs demandes sont
entrées, elles sont traitées. Normalement, tous les paiements
devraient être faits au cours du mois d'avril. (14 h 40)
M. Assad: M. le Président.
Le Président: Question principale, M. le
député de Papineau.
La télédétection
aéroportée dans l'Outaouais
M. Assad: Merci, M. le Président. Ma question s'adresse au
ministre de la Science et de la Technologie. À la suite de votre
réponse de jeudi dernier, M. le ministre, concernant le projet de
télédétection aéroportée dans l'Outaouais,
ne trouvez-vous pas que vous êtes en train de sous-estimer l'importance
de cette percée technologique pour le Québec, alors que le
ministère de l'Énergie et des Ressources et les compagnies de
pâtes et papiers au Québec jugent très importante
l'utilisation de cette nouvelle technologie de pointe comme outil pour
l'inventaire de la forêt québécoise?
Le Président: M. le ministre de l'Enseignement
supérieur, de la Science et de la Technologie.
M. Bérubé: Alors ma réponse serait
négative à la question spécifique du député,
M. le Président. Nous ne sous-estimons pas au niveau de l'AQVIR l'apport
technologique du projet qui nous a été soumis. Cependant,
à la suite d'une rencontre qui a eu lieu le 25 février de cette
année où on a discuté sur la base d'études de
rentabilité effectuées pour le compte de l'AQVIR de
manière à pouvoir mieux mesurer la qualité du projet, les
recommandations techniques dont disposaient les représentants de l'AQVIR
étaient en ce sens que le projet pourrait avoir des difficultés
de rentabilité commerciale, du moins à court terme, bien que le
projet sur le plan technique puisse être intéressant. C'est ce qui
a amené à ce moment-là les représentants de l'AQVIR
à suggérer que l'on travaille une proposition peut-être un
peu plus restreinte, de telle sorte qu'elle puisse se rentabiliser plus
rapidement.
Soulignons qu'à la suite de cette intervention, le
président de la société T.O.O. devait écrire
à la direction de l'AQVIR, soulignant plus particulièrement le
problème de la rentabilité, il décrivait à la page
2 de sa lettre: Même si nous sommes convaincus de notre proposition, nous
sommes malheureusement dans l'impossibilité financière de vous en
fournir la preuve, c'est-à-dire une étude indépendante des
marchés accessibles à Qualimage. Donc, il existe un
problème, semble-t-il, d'évaluation.
Quant à la rentabilité commerciale rapide du projet, on me
dit que les représentants de l'AQVIR seraient favorables à une
forme d'aide financière dans la mesure cependant où l'entreprise
pourrait aller chercher ailleurs la balance des fonds qu'il lui manque.
Donc, le problème premier semble être un problème de
rentabilité commerciale évidente et à ma connaissance,
à l'heure actuelle, la société a indiqué à
l'AQVIR qu'elle préparait une proposition un peu mieux resserrée
de manière à pouvoir obtenir plus facilement le financement et
à ce moment-là dès que cette proposition sera soumise,
l'AQVIR fera l'étude.
Le Président: En conclusion. M. le député de
Papineau, en complémentaire.
M. Assad: M. le ministre, vous avez sans doute comme ministre de
la Science et de la Technologie à promouvoir les percées
technologiques ou des nouveaux développements de la technologie. Si vous
prenez le temps de regarder ce dossier-là personnellement avec l'AQVIR,
vous allez voir qu'il y a beaucoup d'autres aspects de ce projet.
Le Président: M. le député, la question s'il
vous plaît!
M. Assad: M. le ministre, la question est: je crois que, vu
l'importance du projet, il y a peut-être les problèmes à
court terme, mais quand on regarde les autres aspects de cette chose-là,
surtout dans l'industrie de la cartographie...
Le Président: Je veux bien vous laisser continuer, mais ce
n'est pas du seul fait que vous m'indiquiez une question et que vous continuiez
vos phrases de manière déclaratoire que vous posiez pour autant
une question. J'aimerais bien que vous arriviez à la question, s'il vous
plaît!
M. Assad: M. le ministre, y aurait-il possibilité qu'un
officier de votre ministère ait une rencontre avec les dirigeants de la
société T.O.O. et AQVIR à Montréal dans les plus
brefs délais pour regarder et être certains que tous les aspects
seront étudiés pour voir si on ne pourra pas garder cette
technologie au Québec?
Le Président: M. le ministre de l'Enseignement
supérieur, de la Science et de la Technologie.
M. Bérubé: Alors, M. le Président,
j'indiquerai un nouvel extrait de la lettre du président, M. Brown, de
la société en question qui indiquait, le 7 mars 1985, donc tout
récemment: Tout au plus, sommes-nous à rédiger une
nouvelle proposition pour une
tranche plus petite du programme de recherche et développement et
qui, par conséquent, requiert un financement moins grand et nous croyons
que l'AQVIR sera en mesure d'approuver cette nouvelle proposition. M. le
Président, si le député, dans son enthousiasme, acceptait,
néanmoins, que la société puisse faire une proposition
modifiée, il sera, à ce moment, possible de l'étudier.
Le Président: M. le député de Papineau.
M. Assad: Pourriez-vous déposer cette lettre de la
compagnie T.O.O.?
Le Président: M. le ministre de l'Enseignement
supérieur, de la Science et de la Technologie.
M. Bérubé: Certainement, M. le Président, je
ne crois pas qu'il s'agisse là d'un renseignement confidentiel. Il
s'agissait simplement d'une réponse au président de l'AQVIR et
cela me fera plaisir de la remettre.
Le Président: Encore faut-il la déposer, M. le
ministre.
M. Bérubé: M. le Président, si vous me
permettez, d'abord, de faire des copies, je la déposerai en temps et
lieu.
Le Président: M. le leader de l'Opposition.
M. Gratton: II me semble, M. le Président, que
l'Assemblée nationale doit avoir des services qui permettraient de faire
des copies sans que le ministre soit obligé de s'absenter lui-même
pour la faire.
Le Président: Je suis heureux que vous le souligniez, M.
le député. Nous sommes en effet équipés,
malgré l'économie de 1 000 000 $ que nous nous apprêtons
à faire dans le domaine, pour photocopier les documents en question. M.
le leader du gouvernement.
M. Bédard: M. le Président, le ministre a fait
cette remarque parce qu'il a annoté la copie qu'il a présentement
en main et je ne pense pas que ce que demande l'Opposition, c'est le
dépôt de la lettre sans les annotations du ministre. De toute
façon, c'est ce que vous aurez.
Le Président: M. le leader de l'Opposition.
M. Gratton: En fait, M. le Président, ce que le
député de Papineau a demandé, c'est en conformité
avec l'article 207 du règlement qui dit que, lorsqu'un ministre cite,
même en partie, un document, tout député peut exiger qu'il
le dépose. Alors, c'est ce qu'on lui demande de faire.
Le Président: M. le ministre.
M. Bérubé: M. le Président, j'ai bel et bien
cité une lettre. Cependant, je déposerai la copie de la lettre et
non pas la copie de mes notes personnelles. À ce moment, M. le
Président, si vous me le permettez, je ferai faire la copie et je
déposerai la lettre à l'Assemblée nationale.
Le Président: Oui, M. le leader de l'Opposition.
M. Gratton: Je lis le libellé de l'article 207: "Lorsqu'un
ministre cite..."
Une voix: Allons! Allons!
M. Gratton: Pardon, M. le député? Vous avez quelque
chose à dire? Bon, merci. Dites-le donc en caucus ce que vous avez
à dire! "Lorsqu'un ministre cite, même en partie, un document,
tout député peut lui demander de le déposer
immédiatement. Le ministre doit s'exécuter, sauf s'il juge que
cela serait contraire à l'intérêt public." Alors, M. le
Président, que je sache, le ministre a cité un extrait d'une
lettre.
Une voix: II a dit que ce n'était pas conforme.
M. Gratton: Nous lui demandons de déposer la lettre,
à moins qu'il nous dise que ce n'est pas d'intérêt public
qu'il dépose le document en question qui est la lettre et non pas... Que
je sache, M. le Président, le ministre n'a pas cité un bout de
ses notes personnelles, mais bien un extrait d'un document que nous voulons le
voir déposer.
Le Président: M. le leader du gouvernement.
M. Bédard: M. le Président, je ne sais pas si c'est
intentionnellement, mais mon collègue, le leader de l'Opposition, semble
fonctionner au ralenti cet après-midi puisque, effectivement, c'est ce
que j'ai dit au leader de l'Opposition. Le ministre avait annoté la
copie à laquelle il s'est référé et je ne crois pas
qu'il soit obligé de déposer ses notes personnelles -
j'espère ne pas être obligé de faire un grand tableau
à l'Opposition pour qu'elle comprenne - ce qui oblige le ministre
à récupérer une copie qui soit sans note personnelle,
à en faire faire des photocopies et la déposer devant les membres
de cette Chambre. C'est ce à quoi s'est engagé le ministre.
Une voix: C'est le règlement ou la
politesse?
M. Bédard: II n'y a pas de quoi faire un plat.
Le Président: Je pense bien que tous les membres de cette
Chambre seront d'accord pour que le ministre dépose - parce que le
règlement dit bien immédiatement -la lettre, mais rien ne
l'oblige, en effet, à déposer ses notes personnelles, mais
à déposer la lettre non seulement dans les meilleurs
délais, mais, si possible, au cours des affaires courantes cet
après-midi même. Je pense que nous nous conformerions, à ce
moment, au sens général du mot "immédiatement".
M. Blank: M. le Président...
Le Président: Oui, M. le député de
Saint-Louis. (14 h 50)
M. Blank: ...je ne veux pas faire appel de votre décision,
je ne veux faire aucune accusation réelle ou imaginée au
ministre, mais le but de cet article, si on suit la tradition parlementaire,
c'est qu'on ne veut pas qu'un document sorte de la Chambre, parce que
déjà, dans l'histoire, on a fait des changements à des
documents, etc. "Immédiatement", c'est maintenant.
Le Président: II est bien possible... Des voix: ...
Le Président: À l'ordre! À l'ordre! Il est
bien possible, M. le député de Saint-Louis, que ce rappel
historique soit exact et je vous fais confiance en la matière.
Seulement, comme il s'agit d'une lettre, il est facilement vérifiable si
la lettre est vraie ou non. M. le ministre souhaite pouvoir photocopier le
document qu'il a sous les yeux. Je pense que lorsque la tradition britannique
s'est implantée dans le parlementarisme, les appareils Xerox
n'existaient pas encore.
Question principale, M. le député de Saguenay.
Une voix: Sûrement. Ils n'existaient pas. Vas-y.
La démolition de l'usine ITT à
Port-Cartier
M. Maltais: Merci, M. le Président. Le 13 mars dernier, la
multinationale ITT informait le gouvernement fédéral et le
gouvernement québécois de son intention de démolir son
usine de Port-Cartier et de son intention aussi de se retirer de l'entente
tripartite qui permettait aux deux gouvernements et à la compagnie de
garder cette usine et de payer les frais d'entretien.
Depuis ce temps, différents ténors ministériels ont
annoncé différentes solutions aussi, même après que
la compagnie lui eut dit clairement qu'elle allait démolir ses
installations. Après, différents intervenants gouvernementaux ont
indiqué que ce n'était pas terminé, que cela allait
peut-être faire ceci, que cela allait peut-être faire cela. Je
pense que la population de Port-Cartier est en droit de savoir de la part du
ministre délégué aux Forêts qui dit vrai, dans un
premier temps.
Le Président: M. le ministre délégué
aux Forêts.
M. Jolivet: M. le Président, effectivement, à la
demande de la compagnie ETT...
Une voix: ...
M. Jolivet: ITT, comme vous le voulez.
Une voix: ETT!
M. Jolivet: ...ITT, il y a eu depuis quelques années des
sommes d'argent qui ont été dépensées, soit
près de 21 000 000 $ par la compagnie avec une demande au niveau de
l'entente fédérale-provinciale. Près de 3 000 000 $
faisaient partie d'une entente se terminant le 31 mars dernier et dans cette
entente, il y avait 200 000 $ qui étaient versés à un
groupe qui devait faire la promotion et aussi, en même temps, avec la
compagnie REXFOR, qui a fait énormément de démarches avec
des compagnies venant de l'extérieur du Québec et aussi à
l'intérieur du Québec, une compagnie finlandaise, une compagnie
norvégienne et un groupe québécois dont tout le monde
connaît le nom, le groupe Lemaire.
Effectivement, la compagnie nous a dit que sa décision
était irrévocable, qu'elle n'avait pas l'intention, même
s'il y avait une entente fédérale-provinciale tripartite avec la
compagnie ITT sur la question, de continuer à maintenir et à
faire en sorte que l'entretien se fasse sur les machineries et les
bâtisses actuelles, de telle sorte que devant ce fait, nous avons pris
acte de la décision qu'elle avait prise. Nous avons cependant
continué nos démarches comme nous l'avons fait jusqu'à
maintenant avec d'autres groupes, comme je le disais tout à l'heure,
qu'ils soient finlandais, norvégiens ou québécois. Le
démantèlement partiel qui est sur un "bracket", comme on dit, de
treize à dix-huit mois fera en sorte que les autres groupes
intéressés ne seront pas mis de côté puisque dans
l'ensemble des machineries qui seront enlevées là-bas, ce sont
des machineries qui ne seront même pas utiles dans le secteur de haute
technologie de pointe qu'on a au niveau d'autres usines qui
sont intéressées et pour lesquelles nous avons,
jusqu'à maintenant, fait des rencontres et avec lesquelles, à la
fois le ministre de l'Énergie et des Ressources pour la question
d'Hydro-Québec, le ministre des Finances pour d'autres projets et
moi-même avons eu des rencontres avec un groupe en particulier.
M. Maltais: Question additionnelle, M. le Président.
Le Président: Je m'excuse, mais la période des
questions est terminée, M. le député, à moins que
nous n'ayez le consentement de la Chambre. L'heure de la fin de la
période des questions est 14 h 54. Nous sommes déjà rendus
à 14 h 55. Venez voir ici, si vous le voulez.
M. le leader parlementaire du gouvernement.
M. Maltais: C'est terminé?
Le Président: Je ne veux pas vous...
M. Maltais: C'est important, M. le Président.
Le Président: Loin de moi d'en douter, M. le
député, mais cela ne relève pas de moi. J'applique le
règlement. Il dit 45 minutes. À moins qu'il n'y ait consentement
unanime, je ne peux vous autoriser à la poser...
Adoption du rapport de la commission de
l'Assemblée nationale
En effet, nous sommes aux motions sans préavis. Tantôt,
j'aurais dû faire adopter le rapport de la commission de
l'Assemblée nationale sur la composition des commissions. Avec votre
permission, nous allons le faire maintenant par une motion du
vice-président de l'Assemblée.
M. Rancourt: M. le Président, je fais motion que le
rapport de la commission de l'Assemblée nationale, que vous avez
déposé, soit adopté.
Le Président: Adopté? Des voix:
Adopté.
Le Président: M. le député de
Sainte-Marie.
M. Bisaillon: M. le Président, une demande de directive
à la suite de l'adoption du rapport de la commission de
l'Assemblée nationale. Au moment où le rapport arrive devant la
Chambre, la commission de l'Assemblée nationale a scruté
l'organisation des commissions parlementaires, les membres de cette Chambre qui
en font partie. Ma question de directive concerne la commission de
l'économie et du travail. Je n'ai pas besoin de rappeler ou d'en refaire
tout l'historique car on connaît les difficultés que cette
commission a actuellement à se nommer un président.
Je sais que cette Assemblée a déjà donné son
consentement pour que, malgré le fait que la commission soit incapable
de siéger, un président de séance dirige les travaux de la
commission sur le projet de loi 42. Je sais que ce consentement est valable
jusqu'à la fin des travaux de la commission sur le projet de loi 42.
Ma question concerne plus particulièrement l'étude des
crédits qui s'en vient. Est-ce que, la commission de l'économie
et du travail ne pouvant siéger pour étudier les crédits,
cela suppose que cela mettrait en cause l'adoption globale des crédits?
Autrement dit, si, partiellement, une commission n'a pas fait l'étude
des crédits -cela serait le cas de la commission de l'économie et
du travail si on n'est pas capable d'en arriver à trouver un
président -est-ce que cela compromet l'adoption de l'ensemble des
crédits à l'Assemblée nationale?
Le Président: II s'agit là d'une question qui
comporte plusieurs "si" et qui, par conséquent, est tout à fait
hypothétique. Vous savez que le président n'a pas la coutume de
donner des réponses à des questions hypothétiques.
M. Bisaillon: M. le Président, c'est parce que je
m'exprime mal...
Le Président: Non, vous vous exprimez très
bien.
M. Bisaillon: Au moment où je pose ma question de
directive, il n'y a pas de président. Il n'y a donc pas de "si". Au
moment où je pose ma question de directive, la commission de
l'économie et du travail ne peut siéger, sauf pour étudier
le projet de loi 42 à partir d'un consentement. Ma question est de
savoir si, éventuellement, d'autres mesures, comme l'adoption des
crédits de façon générale, pouvaient être
empêchées par le fait que la commission de l'économie et du
travail ne siège pas?
Le Président: J'ai déjà indiqué
très clairement que, hormis le projet de loi 42, puisqu'il y avait un
consentement unanime de la Chambre, il fallait que la commission de
l'économie et du travail, toute affaire cessante, se choisisse un
président avant de faire quoi que ce soit d'autre, à moins,
encore une fois, qu'il y ait un consentement de l'Assemblée à cet
égard.
Donc, normalement, j'imagine que la commission de l'économie et
du travail, au
terme de l'étude du projet de loi 42 et peut-être
même avant, sait-on jamais, se choisira un président, ce qui
réglerait la question hypothétique que vous avez soulevée.
Sinon, lorsque nous serons arrivés à l'étude des
crédits, si la question n'est plus hypothétique mais
réelle, nous aurons le plaisir d'y revenir.
M. Bédard: M. le Président, j'allais justement
dire...
Le Président: M. le leader du gouvernement.
M. Bédard: ...au député de Sainte-Marie,
dont la question est très pertinente, que nous n'aurons probablement pas
à nous poser la question ou à répondre à
l'interrogation qu'il a mentionnée tout à l'heure puisque, d'ici
à l'étude des crédits, je suis convaincu qu'un
président sera nommé à la commission de l'économie
et du travail.
Le Président: Bien. Toujours aux motions sans
préavis? M. le ministre des Affaires culturelles.
Félicitations à Mme Pauline Julien M.
Clément Richard
M. Richard: M. le Président, je voudrais solliciter le
consentement des membres de l'Assemblée nationale pour signaler
l'attribution du grand prix de l'Académie Charles-Cros à Mme
Pauline Julien.
Le Président: Y a-t-il consentement à la discussion
d'une telle motion?
Une voix: Certainement.
Le Président: II y a consentement. M. le ministre des
Affaires culturelles.
M. Richard: M. le Président, Mme Pauline Julien s'est vu
décerner, il y a quelques jours, une des plus belles marques de
reconnaissance de son grand talent, puisqu'elle a reçu le grand prix de
l'Académie Charles-Cros.
Ce prix, qui honore un artiste francophone oeuvrant dans le domaine du
disque, souligne chez Mme Julien une carrière exceptionnelle, empreinte
d'une grande qualité d'interprétation, d'une sensibilité
et d'une chaleur qui lui sont propres et, surtout, souligne son rôle
d'ambassadrice de la culture québécoise. (15 heures)
Je souhaiterais donc que l'Assemblée nationale adresse à
Mme Julien des félicitations et des remerciements pour cette
prestigieuse récompense qu'elle s'est méritée et pour
l'honneur qu'elle fait rejaillir sur tout le Québec.
Le Président: M. le député de
Saint-Henri.
M. Roma Hains
M. Hains: M. le Président, quand un ou une artiste de chez
nous réussit à recueillir des lauriers et des grands prix,
surtout à l'étranger, c'est vraiment un sentiment d'enthousiasme
qui anime chacun d'entre nous. C'est cette joie que nous avons ressentie
à l'annonce du grand prix du disque de l'Académie Charles-Cros
décerné à Mme Pauline Julien. C'est son dernier disque,
lancé en janvier dernier, ayant pour titre "Où peut-on vous
toucher", qui lui a valu cette mention au palmarès de l'académie.
Puis-je insinuer, M. le Président, que c'est bien la même question
que se posent nos deux formations actuellement, à l'approche des
élections?
Pour en revenir à notre chanteuse médaillée,
actuellement en tournée européenne, elle a reçu son prix
jeudi dernier au Palais des congrès, à Paris. - Ils n'ont pas ri,
j'ai manqué mon coup!
Une voix: Ils n'écoutent pas, cela ne les intéresse
pas.
M. Hains: Nous nous unissons de tout coeur à son triomphe
car notre formation est fière des réalisations passées
dans le domaine de la culture. Les noms de feu Georges-Émile Lapalme et
de Jean-Paul L'Allier demeurent des phares qui ne cessent d'éclairer le
monde parfois difficile des arts. Notre programme en affaires culturelles sera
rendu public à brève échéance et on y trouvera une
vision sectorielle et globale tout à la fois de l'épanouissement
des arts au Québec et du nouvel essor que l'on veut y imprimer. C'est
donc dans cet esprit de fierté et d'espoir qu'il me fait plaisir, au nom
de notre formation, d'offrir à notre lauréate Pauline Julien nos
plus sincères félicitations et nos meilleurs souhaits pour de
nouveaux triomphes. Puisse notre phalange d'artistes continuer ainsi dans la
voie de l'excellence et puisse notre jeune relève se
révéler au firmament de nos étoiles afin de faire rayonner
chez nous et à l'étranger .les multiples reflets de notre culture
québécoise. Merci.
Le Président: Mme la députée des
Îles-de-la-Madeleine.
Mme Denise Le Blanc-Bantey
Mme Le Blanc-Bantey: M. le Président, c'est avec beaucoup
de plaisir et beaucoup de fierté en tant que femme et en tant que
Québécoise que je m'associe à la motion de
félicitations à Mme Julien faite par le ministre des
Affaires culturelles. Mme Pauline Julien mérite le prix qu'elle a
reçu, mérite l'honneur qui rejaillit en même temps sur le
Québec, comme l'a mentionné le ministre des Affaires culturelles.
Mme Julien, depuis longtemps, est une grande dame, une grande artiste, une
grante artiste engagée qui a profondément marqué les gens
de ma génération tant pour son engagement à la cause
féministe que pour son engagement à la cause patriotique.
Aujourd'hui encore, elle demeure un modèle non seulement pour
nous, les gens de sa génération et de ma
génération, mais elle demeure un modèle pour nos jeunes,
un modèle d'engagement, un modèle de conviction, un modèle
de persévérance qui ne s'est jamais démenti tout au long
de sa carrière et qui n'a jamais cédé non plus à la
facilité ou à l'opportunisme. Non seulement Mme Julien n'a jamais
craint de relever les défis, mais elle continue de les relever. Je crois
qu'elle est l'une de ces artistes qui nous font penser fréquemment
à ce vieux proverbe, elle n'a pas peur elle-même de le faire:
Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage.
En conclusion, nous avons tous l'occasion de souligner à Mme
Julien que nous sommes fiers d'elle, que nous sommes fiers d'elle comme femme,
comme Québécoise et qu'elle est effectivement l'une de nos
meilleures ambassadrices de la culture québécoise. Merci, M. le
Président.
Le Président: M. le député de
Deux-Montagnes.
M. Pierre de Bellefeuille
M. de Bellefeuille: M. le Président, je tiens à
ajouter aussi quelques mots à cet hommage que nous rendons aujourd'hui
à Mme Pauline Julien. Je suis heureux que le ministre des Affaires
culturelles nous ait fait entendre aujourd'hui sa belle voix pour, le premier,
rendre cet hommage à Mme Julien parce que depuis quelque temps il
était un peu muet. On l'avait empêché de parler de salles
de concert mais ce n'était qu'un incident de parcours. Le ministre a
retrouvé la parole et je m'en réjouis.
Je crois qu'il est important de rendre hommage non seulement à
Mme Julien mais à toute une génération de poètes et
de chansonniers qui ont plus fait pour la cause de l'indépendance du
Québec que tous les hommes et toutes les femmes politiques
réunis. Je pense que, comme personnes qui faisons activement de la
politique, nous devons avoir l'humilité de reconnaître que nous
n'avons pas réussi à faire progresser la cause autant que les
poètes et les chansonniers.
On sait que les chansonniers se sont mis à parler d'autre chose.
C'est peut-être parce qu'ils ont cru que le Parti québécois
porterait le flambeau. Effectivement, beaucoup de gens ont laissé au
Parti québécois le soin de porter le flambeau de
l'indépendance. On a vu ce à quoi cela nous a menés, M. le
Président. Que cela ne nous empêche pas de faire comme Mme ma
collègue des Îles-de-la-Madeleine et de proposer, comme
modèle à nos jeunes, Mme Julien qui a soutenu la cause de
l'indépendance du Québec, qui a soutenu beaucoup d'autres causes
et qui a derrière elle et devant elle aussi une carrière
absolument extraordinaire dans l'art qu'elle a choisi. Merci, M. le
Président.
Le Président: En réplique, M. le ministre des
Affaires culturelles.
M. Clément Richard (réplique)
M. Richard: M. le Président, je pense qu'on doit tous
savoir gré à Pauline Julien d'avoir permis que le
député de Saint-Henri nous annonce que le Parti libéral
aura enfin un programme en matière de culture. Je trouve cela
extrêmement intéressant.
Quant à nous, M. le Président, sans vouloir trop
anticiper, je pense que la meilleure façon de remercier Pauline Julien
et tous, les artistes québécois, ce sera par le
dépôt qui sera fait aujourd'hui des crédits du
ministère des Affaires culturelles. Merci, M. le Président.
Le Président: La motion de M. le ministre des Affaires
culturelles est-elle adoptée?
Une voix: Adopté.
Le Président: M. le député de Vachon.
Voeux à la communauté irlandaise M.
David Payne
M. Payne: Merci, M. le Président. Suivant une honorable et
sympathique tradition je me permets de solliciter le consentement de la Chambre
pour que l'Assemblée nationale exprime ses meilleurs voeux à la
communauté irlandaise québécoise deux jours après
la fête de saint Patrick. Je propose donc que cette Assemblée
offre ses meilleurs voeux à toute la communauté irlandaise
québécoise à l'occasion de la fête de saint
Patrick.
Le Président: Y a-t-il consentement à la discussion
d'une telle motion?
Une voix: Yes.
Le Président: M. le député de Vachon.
M. Payne: C'est un honneur et un grand plaisir pour moi, M. le
Président, de souligner cette année, par cette motion, la
contribution énorme et exceptionnelle de la communauté irlandaise
québécoise. On sait d'ailleurs ses origines, souvent. On se
souvient de ses origines tragiques à Grosse-île et ailleurs, ceux
qui sont venus ici chez nous après tant de souffrances pour trouver ici
la fièvre typhoïde et la mort qui suivait à Grosse-Île
pour des milliers de Québécois et Québécoises
d'origine irlandaise.
Je pense qu'il faut souligner la contribution de la
société québécoise en général.
C'était d'ailleurs une tradition qui a trouvé un souvenir
national dans le défilé annuel dans les rues de Montréal.
D'ailleurs, l'année dernière la United Irish Society a
célébré son 160e défilé dans les rues de
Montréal. C'est d'ailleurs le défilé le plus vieux de
l'Amérique du Nord. De même, l'an dernier, la
Société Saint-Patrick de Montréal a
célébré son 150e anniversaire.
I think that we should take this opportunity today, Mr. Speaker, to
thank the Irish community of Montreal and Québec for their contribution
remembering the tragic origins of many of them following the potato famine in
1848. Quite a few Members of this House, in fact, clim back an Irish origin.
And, if in fact quite a few of them have the gift of the Blarney which is often
expressed in this House by the speeches that are made, well, God bless St.
Patrick. (15 h 10)
As far as my own origins are concerned, my grand-parents on my father's
side came from meath in Nevern and my great grand-father used to tell the story
how he was born, apparently on the slopes, the hills of Tara. On my mother's
side, it was really from the county of Kil kenny that she came. Just to make
sure of it, I got in touch with them the other day and they reminded me a few
of the stories of the family from Ireland.
Voilà, M. le Président, deux jours après la
fête nationale, tous les Québécois se réunissent
pour remercier les Irlandais et les féliciter de leur contribution
à la vie culturelle, économique et sociale du Québec.
Merci.
Le Président: The Honourable deputy from Robert
Baldwin.
Des voix: Bravo!
M. John O'Gallagher
M. O'Gallagher: Thank you, Mr. President. Je remercie le
député de Vachon pour ses paroles. M. le Président, la
communauté irlandaise possède des racines très profondes
et très fortes dans la belle province. Les Irlandais étaient
déjà bien établis à Québec et à
Montréal bien avant la triste vague d'immigration provoquée par
la famine des années 1845 à 1848 en Irlande. Ici même,
à Québec, l'histoire écrite nous démontre que des
familles irlandaises étaient établies dans la paroisse de
Saint-Roch avant 1780. Ma propre famille, les O'Neil, du côté de
ma mère, s'est établie à Montréal au début
des années 1800.
La Société Saint-Patrick de Montréal est
très active, même aujourd'hui, avec ses oeuvres tant charitables
que culturelles qui sont bien reconnues par la population de Montréal.
Cette société a été fondée en 1834,
c'est-à-dire qu'elle existe depuis 150 ans. C'est également la
plus vieille société de ce genre à Montréal. Elle
existait même avant la Société Saint-Jean-Baptiste. La
parade de la Saint-Patrick, qui s'est déroulée dimanche à
Montréal devant 250 000 Montréalais, démontre bien sa
popularité. C'était la 161e fois que les Irlandais paradaient
dans les rues de Montréal.
L'histoire de cette communauté est marquée par de grands
personnages dans tous les domaines, que ce soit dans le domaine religieux,
éducatif, scientifique, économique et même politique. Comme
vous le savez, les Irlandais ont toujours été bien
représentés en cette Chambre.
À cette occasion, je ne peux non plus passer sous silence le
"Shamrock sommit" qui a eu lieu ces jours derniers. Là encore, deux
descendants d'Irlandais, le premier ministre du Canada, M. Brian Mulroney, et
le président des États-Unis, M. Ronald Reagan, ont eu une
rencontre mémorable qui portera, j'en suis sûr, de bons fruits
pour notre économie future.
Je ne peux que constater que les Irlandais du Québec sont
vigoureux et toujours prêts à continuer de jouer un rôle
très important dans la vie du Québec.
Des voix: Bravo!
M. O'Gallagher: Mr. President, it is with great pleasure and
pride, in my own name and in the name of my political formation, that I support
the motion of the deputy from Vachon. Merci beaucoup.
Des voix: Bravo!
Le Président: M. le député de
Sainte-Marie.
M. Guy Bisaillon
M. Bisaillon: M. le Président, vous me permettrez
brièvement de m'associer à la motion présentée par
le député de Vachon, en m'excusant, toutefois, de ne pouvoir
révéler des origines lointaines m'associant directement avec les
Irlandais. J'ai cependant eu la possibilité, actuellement dans cette
Chambre, de côtoyer des collègues d'origine irlandaise et
j'en ai conservé le souvenir -surtout de ceux qui y sont passés
et dont je reparlerai tantôt - de gens progressistes et impliqués
dans leur milieu.
Je remarque un certain nombre de collègues dans cette
Assemblée; malheureusement, je ne peux les mentionner par leur nom, le
règlement me l'interdit, mais ils ont des origines irlandaises. Je pense
au député d'Anjou, au député d'Argenteuil, aux
députés qui viennent de nous parler. Ceux à qui je pense
davantage au moment où je vous parle, ce sont ceux qui sont
déjà passés dans cette Assemblée et qui nous ont
quittés. Je pense, entre autres, à des Robert Burns, à des
Louis O'Neill, des gens... Évidemment, on fait toujours
référence à Frank Hanley, c'était il y a 25 ans
mais, plus récemment, un Robert Burns, un Louis O'Neill correspondent
parfaitement à ce que je viens de décrire: des gens progressistes
impliqués dans leur milieu qui ont, avec nos collègues d'en face,
longtemps travaillé à améliorer le sort du
Québec.
Malheureusement, ils ne sont plus parmi nous, probablement parce qu'ils
ont porté le jugement qu'ils pouvaient travailler davantage dans le
milieu et de façon plus progressiste en étant à
l'extérieur.
Je voudrais donc, M. le Président, leur rappeler notre bon
souvenir, m'associer à la résolution du député de
Vachon et souscrire au constat que nous pouvons tous faire quant à la
participation des Irlandais au Québec.
Le Président: M. le député de
Sainte-Anne.
M. Maximilien Polak
M. Polak: Merci, M. le Président. Je voudrais d'abord
m'associer à cette motion. Je voulais dire que le ministre de la Justice
vient de rire un peu du fait que je parle sur cette motion. Je vais lui
répondre et je réponds à tout le monde que je
représente avec fierté et je m'identifie au comté de
Sainte-Anne. C'est dans le comté de Sainte-Anne que se trouvent les
racines de la communauté irlandaise.
I want to read from a message, this year, from the president of the
United Irish Societies of Montreal, Mr. D'Arcy Boyle, who wrote: "Every year,
after a long and a hard winter, thousands of people gather along St. Catherine
Street to celebrate an annual event, the St. Patrick's Day parade. This event
not only serves to honor the cultural heritage of the Irish people, but has
become an expression of friendship and goodwill for all Canadians and
Quebeckers."
I am proud to say, Mr. Chairman, that I was in this parade on Sunday and
that I participated in this event. I am sorry to say and I must say that while
there were messages from the Prime Minister of Canada, from President Reagan of
the United States, from Mayor Drapeau and even from the Mayor of Verdun to the
Irish Society, there was no message at all from any representative of the
Government of Québec. Perhaps the Prime Minister was too busy looking
after the files of his ministers, but I would have liked to see the presence of
an MNA on the part of the Government participating personally in this event.
Thank you.
Le Président: M. le ministre de l'Emploi et de la
Concertation.
M. Robert Dean
M. Dean: M. le Président, il y a un dicton qui se
répète à chaque année autour de la fête de
saint Patrice, bien sûr, d'un air à la fois fier et blagueur,
à savoir qu'au monde il y a deux sortes de personnes: des Irlandais et
des Irlandaises et ceux et celles qui souhaiteraient l'être.
Sans vouloir mettre en doute ou contester ou débattre la
précision scientifique de cette déclaration, il me fait plaisir
de m'associer à la résolution de mon collègue de Vachon.
Comme le peuple québécois, le peuple irlandais est un peuple
petit en nombre, mais grand en qualité d'âme et en rayonnement, un
peuple qui se bat avec acharnement depuis plusieurs centaines d'années
pour assurer la maîtrise de sa terre nationale. C'est un peuple de foi,
un peuple familier avec la pauvreté, issu de la terre, prêt
à travailler fort et dur, mais également capable de rire, de
chanter, de danser et d'influencer les chants et les danses du monde. (15 h
20)
À une certaine époque, ce pays, l'Irlande, a donné
au monde entier ses fils et ses filles, au nom de la foi, comme missionnaires,
et il a ainsi marqué plusieurs pays du monde, mais aussi et
tragiquement, la pauvreté et les vagues de famine ont fait en sorte que
des milliers de fils et de filles d'Irlande ont été
obligés de s'expatrier au Canada, aux États-Unis, au
Québec et dans d'autres pays. De pauvres immigrants qu'ils
étaient au début, qui ne pouvaient que choisir parmi les travaux
-les plus durs, les aciéries, les mines et la construction des chemins
de fer, les descendants de ces immigrants d'Irlande, en faisant preuve de
détermination, de courage, de talent, en sont venus à marquer la
vie économique, sociale, culturelle, sportive, religieuse et politique
de tout notre continent.
C'est dans cette foulée qu'il y a deux jours, ici au
Québec, le président du pays le plus puissant au monde et le
premier ministre du Canada, ont tous deux, lors d'un sommet qu'on baptise le
"sommet de la
Saint-Patrice" ou .le "sommet du trèfle", se réclamant
respectivement de leurs racines irlandaises... L'un des deux s'est même
réclamé de cette descendance en partie en langue
française, ce qui symbolise le fait que les nombreux fils et filles
d'Irlande établis en terre québécoise depuis plusieurs
décennies ont, malgré les différences linguistiques du
départ, su charmer et être charmés par les fils et les
filles du Québec français de façon à fonder des
familles, ce qui a fait en sorte qu'aujourd'hui, nombreux sont les gens du
Québec, ici en Chambre comme dans la population, qui se réclament
d'une descendance franco-irlandaise ou irlandaise tout court.
Je me joins à mes collègues de l'Assemblée
nationale pour souhaiter à tous les Québécois et
Québécoises de souche irlandaise pure, laine, comme on dit, ou de
laine tissée de fils français et irlandais, à la
communauté irlandaise du Québec une bonne fête de la
Saint-Patrice. "To all Quebeckers totally or partly of Irish descent, even if
it is two days late because of the rules of our House, I wish, also in the name
of my colleagues in the National Assembly, a happy St. Patrick's day. And we
express our hommage to the Irish community of Québec for the role it has
played in the development of our Québec's life." Merci, M. le
Président.
Le Président: La motion de M. le député de
Vachon est-elle adoptée?
Des voix: Adopté.
Le Président: Adopté. M. le leader du
gouvernement.
M. Bédard: M. le Président, avec le consentement
des membres de cette Assemblée, je voudrais déposer
immédiatement la lettre, tel que promis par le ministre de
l'Enseignement supérieur, de la Science et de la Technologie.
Le Président: Document déposé. M. le leader
du gouvernement, toujours.
Mandat à la commission de l'économie et
du travail
Étude de la proposition tarifaire
d'Hydro-Québec
M. Bédard: M. le Président, en vertu de l'article
142, je fais motion pour que la commission de l'économie et du travail
se réunisse le mardi 26 mars à la salle du Conseil
législatif, afin de procéder à l'étude de la
proposition tarifaire d'Hydro-Québec pour l'année 1985. Je
propose qu'aux fins de l'exécution de ce mandat, la commission entende
la direction d'Hydro-Québec et que le ministre de l'Énergie et
des Ressources soit membre de la commission pour la durée de ce
mandat.
Également, M. le Président, je crois que la Chambre n'aura
pas d'objection à ce que la commission de l'économie et du
travail exécute ce mandat malgré la vacance à la
présidence de cette commission.
Le Président: II y a deux choses. Il y a d'abord la motion
afin que la commission de l'économie et du travail procède
à l'étude de la proposition tarifaire d'Hydro-Québec.
Cette motion est-elle adoptée?
Une voix: Adopté.
Le Président: Indépendamment de la deuxième
question qui touche la présidence?
Une voix: Adopté.
Le Président: Adopté. Quant à savoir comment
procéder pour le faire, effectivement, il faut que la commission ait un
président. À moins d'avoir le consentement unanime de la Chambre,
il faudrait donc, au préalable, que cette commission ait choisi son
président.
M. Bédard: M. le Président, j'ai
présumé et c'est pourquoi j'ai dit que, malgré le fait que
le président ne soit pas nommé, j'espère obtenir le
consentement des membres de cette Assemblée pour que la commission
siège, même si le président n'est pas élu, comme
c'est le cas de la reconduction du genre d'entente que nous avons sur le projet
de loi 42. J'ai pressenti mes collègues, tant de l'Opposition que du
groupe des indépendants qui semblaient d'accord, en termes de
consentement.
Le Président: M. le leader de l'Opposition.
M. Gratton: Oui, M. le Président. Je confirme qu'en ce qui
concerne l'Opposition, nous accordons notre consentement avec d'autant plus
d'empressement que ce sera le député d'Outremont,
vice-président de la commission, qui, si je ne m'abuse, présidera
les travaux à moins évidemment que le gouvernement ne
déniche cet être rare qui pourrait être élu
président de la commission.
Le Président: M. le député de
Sainte-Marie.
M. Bisaillon: M. le Président, il est évident
qu'après les discussions qu'on a eues, nous aussi, de notre
côté, consentons à ce que les travaux se fassent avec un
président d'assemblée. Je veux seulement indiquer, M. le
Président, que nous le faisons parce que c'est une journée et que
l'étude qui est en
cause dure une journée. Mais c'est qu'il ne faudrait pas que ce
soit indéfiniment de cette façon. Sur le projet de loi 42, on
pensait bien que cela ne durerait que trois ou quatre semaines, mais cela s'est
prolongé beaucoup plus longtemps, de sorte que, à mesure qu'on
ajoute des consentements, on évite aussi la solution du problème
de façon permanente quant au choix d'un président de
commission.
Le Président: II y a donc consentement à ce que la
commission soit présidée pour ce mandat d'une journée par
le vice-président de la commission.
Des voix: Consentement.
Le Président: Bien, il y a consentement.
Aux avis touchant les travaux des commissions, M. le leader du
gouvernement.
M. Bédard: M. le Président, cet après-midi,
après...
M. Gratton: Le leader du gouvernement me permettrait-il, avant
qu'on ne passe aux avis, de lui demander s'il est de son intention de
déposer les crédits et, si oui, à quel moment.
Le Président: Au début des...
M. Bédard: Cela vient dans l'ordre du jour, tout de suite
après les avis touchant les travaux des commissions.
Le Président: ...des affaires du jour. M. le leader, aux
avis...
Avis touchant les travaux des commissions
M. Bédard: M. le Président, les avis, à la
salle du Conseil législatif, la commission de l'économie et du
travail va poursuivre l'étude détaillée du projet de loi
42, Loi sur les accidents de travail et les maladies professionnelles. De 20
à 22 heures, ce soir, à la salle 81, la commission de
l'agriculture, des pêcheries et de l'alimentation poursuivra
l'étude détaillée du projet de loi 1, Loi sur la
Société du Parc des expositions agro-alimentaires. À la
salle 91, la commission de l'aménagement et des équipements
poursuivra l'étude détaillée du projet de loi 6, Loi
modifiant diverses dispositions législatives pour favoriser la mise en
valeur du milieu aquatique. À la salle du Conseil législatif, de
20 à 22 heures toujours, ce soir, la commission de l'économie et
du travail poursuivra l'étude détaillée du projet de loi
42, Loi sur les accidents du travail et les maladies professionnelles.
Demain, de 10 à 13 heures, demain matin, à la salle 81, la
commission de l'agriculture, des pêcheries et de l'alimentation
poursuivra l'étude détaillée du projet de loi 1, Loi sur
la Société du Parc des expositions agro-alimentaires. La
commission de l'économie et du travail va continuer l'étude du
projet de loi 42, Loi concernant les accidents de travail et les maladies
professionnelles et à la salle du Conseil législatif, la
commission de l'aménagement et des équipements procédera
à une consultation particulière sur le projet de loi 13, Loi sur
les parcs nationaux. Ce sont, M. le Président, les avis que nous avons
à donner pourle moment.
Le Président: D'autre part, après les affaires
courantes d'aujourd'hui, à la salle 91, la commission de
l'aménagement et des équipements fera la vérification des
engagements financiers tandis qu'à la salle 81, la commission des
institutions, elle, se choisira un président.
Aux renseignements sur les travaux de l'Assemblée. Ceci nous
mène donc aux affaires du jour, M. le ministre des Finances.
Dépôt des crédits pour
l'année 1985-1986
M. Duhaime: M. le Président, un message de son honneur le
lieutenant-gouverneur signé de sa main.
Le Président: Veuillez vous lever s'il vous
plaît!
L'honorable lieutenant-gouverneur de la province de Québec
transmet à l'Assemblée nationale les crédits pour
l'année financière se terminant le 31 mars 1986,
conformément aux dispositions de l'article 54 de l'Acte de
l'Amérique du Nord britannique 1867 et recommande ces crédits
à la considération de l'Assemblée.
M. le ministre des Finances. (15 h 30)
M. Duhaime: M. le Président, permettez-moi de
déposer les crédits pour l'année 1985-1986.
Le Président: Document déposé. M. le leader
parlementaire du gouvernement.
M. Bédard: M. le Président, je voudrais informer
mes collègues que le jeudi 21 mars - 1985, naturellement - je proposerai
que l'Assemblée se transforme en commission plénière pour
procéder à l'étude des crédits provisoires,
conformément à l'article 272 de nos règles de
procédure. Également, M. le Président, je vous demande de
reconnaître le ministre des Finances, conformément à
l'article 256 des règles de procédure, afin qu'il présente
le projet de loi 30, loi no 1 sur les crédits 1985-1986.
Le Président: M. le ministre des
Finances.
Présentation et adoption du projet de loi
30
M. Yves Duhaime
M. Duhaime: M. le Président, je voudrais présenter
le projet de loi 30, loi no 1 sur les crédits 1985-1986. Ce projet de
loi a pour objet d'autoriser le gouvernement à payer sur le fonds
consolidé du revenu une somme de 177 549 500 $ représentant un
douzième des crédits du programme "Prestations d'aide sociale" du
ministère de la Main-d'Oeuvre et de la Sécurité du revenu
et un quart des crédits du programme "Sécurité du revenu
des chasseurs et piégeurs cris" du même ministère. Cette
somme apparaît au budget des dépenses du Québec pour
l'année financière 1985-1986. Je propose donc l'adoption du
principe, l'étude détaillée, la prise en
considération du rapport et finalement, l'adoption de ce projet de loi.
Merci, M. le Président.
Le Président: II me faudrait à cet égard le
consentement de la Chambre, M. le leader parlementaire du gouvernement,
puisque...
M. Bédard: Je demande le consentement de la Chambre.
Le Président: ...il faut d'abord normalement
étudier le quart des crédits avant d'adopter un projet de loi qui
en découle, alors qu'à l'heure actuelle, on fait pour une partie
du quart des crédits une démarche inverse. S'il y a consentement
de la Chambre, il n'y a pas de problème.
M. Bédard: Consentement.
Le Président: Donc, le projet de loi 30 est
présenté. Toutes les étapes sont franchies et il est
adopté. Adopté?
Des voix: Adopté.
Motion proposant que l'Assemblée reconnaisse
les droits des autochtones
Le Président: Adopté. Cela va? Ce qui nous
mène à la motion de M. le premier ministre portant sur la
reconnaissance des droits des autochtones: "Que cette Assemblée
reconnaisse l'existence au Québec des nations abénaquise,
algonquine, attikamek, crie, huronne, micmaque, mohawk, montagnaise, naskapie
et inuit; reconnaisse leurs droits ancestraux existants et les droits inscrits
dans les conventions de la Baie James et du Nord québécois et du
Nord-Est québécois; considère que ces conventions, de
même que toute autre convention ou entente future de même nature,
ont valeur de traités; souscrive à la démarche que le
gouvernement a engagée avec les autochtones afin de mieux
reconnaître et préciser leurs droits, cette démarche
s'appuyant à la fois sur la légitimité historique et sur
l'importance pour la société québécoise
d'établir avec les autochtones des rapports harmonieux fondés sur
le respect des droits et la confiance mutuelle." M. le premier ministre.
Je m'excuse, M. le premier ministre. J'avais oublié la
deuxième partie. Je m'excuse. On avait terminé une page un peu
brièvement.
Et donc, "Presse le gouvernement de poursuivre les négociations
avec les nations autochtones en se fondant, sans s'y limiter, sur les quinze
principes qu'il a approuvés le 9 février 1983 en réponse
aux propositions qui lui ont été transmises le 30 novembre 1982
et à conclure avec les nations qui le désirent ou l'une ou
l'autre des bandes qui les constituent des ententes leur assurant l'exercice:
a) du droit à l'autonomie au sein du Québec; b) du droit à
leur culture, leur langue, leurs traditions; c) du droit de posséder et
de contrôler des terres; d) du droit de chasser, pêcher,
piéger, récolter et participer à la gestion des ressources
fauniques; e) du droit de participer au développement économique
du Québec et d'en bénéficier, de façon à
leur permettre de se développer en tant que nations distinctes ayant
leur identité propre et exerçant leurs droits au sein du
Québec; déclare que les droits des autochtones s'appliquent
également aux hommes et aux femmes; affirme sa volonté de
protéger dans ses lois fondamentales les droits inscrits dans les
ententes conclues avec les nations autochtones du Québec et convienne
que soit établi un forum parlementaire permanent permettant aux
autochtones de faire connaître leurs droits, leurs aspirations et leurs
besoins."
Cette fois-ci, je vous cède la parole, M. le premier
ministre.
M. René Lévesque
M. Lévesque (Taillon): Merci, M. le Président. Je
dirai d'abord que cette motion est d'actualité puisque, au tout
début d'avril, les onze gouvernements du Canada doivent se réunir
de nouveau pour la troisième fois, si j'ai bonne mémoire, en
conférence plénière à Ottawa avec nos
interlocuteurs des nations inuit et amérindienne de tout le pays.
D'ailleurs, le fait que cette motion soit d'actualité est
souligné par un autre fait qui est, sauf erreur, quand votre serviteur
aura terminé son intervention et que le député de
Mont-Royal, je crois, aura donné la réplique, qu'au moins
probablement une bonne demi-douzaine de nos collègues de chaque
côté de la Chambre entendent participer à ce qui, je
l'espère, ne sera pas tellement un débat qu'une occasion
de connaître mieux nos concitoyens et nos concitoyennes des peuples
autochtones.
Or, il y a plus d'un an déjà, en novembre 1983, une
commission de cette Assemblée recevait des représentants de
toutes les nations autochtones du Québec. Durant trois jours, leurs
leaders, leurs porte-parole en tout cas, sont venus nous entretenir des droits,
des besoins et des aspirations de leurs peuples. Cet échange a permis au
gouvernement de préciser un peu la politique qu'il entendait suivre
à l'égard des nations autochtones. C'est alors qu'on proposa que
cette Assemblée se prononce au moins - il y a des choses additionnelles
qui viendront bientôt, je l'espère - sur certains
éléments de cette politique.
En fait, nous nous trouvions là au terme d'une première
démarche entreprise par notre gouvernement depuis son premier mandat
pour renouveler très sérieusement le dialogue avec nos
concitoyens du peuple inuit et des nations amérindiennes,
c'est-à-dire neuf nations regroupant 34 000 Amérindiens, 5700
Inuit habitant les 14 villages du Nouveau-Québec et environ 20 000
Métis et Indiens sans statut. J'ai bien dit, en vue de renouveler le
dialogue parce que, de toute nécessité, on ne pouvait
décemment pas se contenter du fait que toute la politique du
gouvernement du Québec soit exclusivement et tout entière
contenue dans deux contrats. Il ne s'agit pas d'évaluer ces contrats.
Cela a été quand même des étapes extrêmement
importantes mais tout ne peut pas être dans deux contrats qu'on appelle
la Convention de la Baie James et du Nord québécois; celle du 11
novembre 1975 et la convention, en quelque sorte complémentaire, qui
s'appelle la Convention du Nord-Est québécois de 1978.
À partir de là, puisqu'il s'agit d'aller plus loin, on me
permettra un bref survol des huit ou neuf dernières années en ce
qui concerne spécifiquement nos relations avec les peuples autochtones
du Québec.
Il est vite devenu évident, il faut le souligner dès
l'abord, que les conventions signées pour le Nord
québécois ne pouvaient constituer toute la politique
québécoise à l'égard des descendants des premiers
occupants de notre sol. Ainsi, dès 1976, les Montagnais et les Mohawks
rencontraient déjà le ministre responsable du bureau de
coordination de l'entente pour faire état des difficultés qu'ils
éprouvaient dans leur contact avec l'appareil gouvernemental.
Évidemment, cela arrive à tout le monde mais ils ont
frappé ce noeud-là dès le début. Puis, les Naskapis
du Labrador, je dis bien du Labrador, s'adressent eux aussi au ministre des
Richesses naturelles et demandent à négocier.
Entre-temps, la Direction générale du
Nouveau-Québec, comme on l'appelait à l'époque,
s'interroge, c'est normal, sur son rôle et sur son mandat. La Convention
de la Baie James et du Nord québécois, ayant
définitivement organisé le territoire et demandé aux
ministères québécois d'y exercer leur juridiction, cet
organisme, c'est-à-dire l'ancienne Direction générale du
Nouveau-Québec, qui était vouée à notre
présence dans le Grand-Nord depuis son apparition en 1963 - c'est un
souvenir personnel parce que c'était au moment où, dans le
gouvernement libéral de M. Lesage, à l'époque, j'avais eu
à participer à la mise sur pied de cette direction
générale en 1963, il y a donc 22 ans; ce n'est pas d'hier quand
même que le gouvernement du Québec a commencé à
tâcher tant bien que mal de jeter un pont par-dessus tant de
générations d'oubli et d'ignorance mutuels - après ces
signatures de conventions, etc., vers la fin des années soixante-dix, se
voyait confiné dans un rôle de soutien logistique. Comprenant
alors la nécessité de se doter d'une politique plus globale
à l'égard des autochtones, le gouvernement en est donc venu
à créer, en janvier 1978, le Secrétariat des
activités gouvernementales en milieux amérindien et inuit, que
l'on connaît de plus en plus, dans l'administration publique et
très certainement dans le Grand-Nord, sous le nom de SAGMAI. (15 h
40)
Du même coup, on abolissait l'ancienne Direction
générale du Nouveau-Québec ainsi que le bureau de
coordination de l'entente et tout cela était confié au nouveau
secrétariat. Le SAGMAI donc, depuis lors, a la responsabilité,
entre autres, et je cite: "d'assurer la coordination et la cohérence des
interventions gouvernementales et para-gouvernementales en milieu autochtone,
d'élaborer, de concert avec les intéressés, la politique
d'ensemble de l'État québécois devant s'appliquer en
milieu amérindien et inuit et de fournir au milieu autochtone une
information générale pertinente, aussi bien à nous, sur
nos concitoyens autochtones qu'à nos concitoyens autochtones, bien
sûr, sur la réalité québécoise".
Avec la création de ce secrétariat, SAGMAI, on a aussi
demandé aux principaux ministères du Québec de se doter
d'un minimum de structures internes qui soient adéquates pour participer
à l'élaboration des politiques, pour administrer les
différents programmes s'adressant aux autochtones et aussi être en
mesure de transiger avec eux. Selon les ministères et les programmes,
ces structures, évidemment, seraient plus ou moins
élaborées. Pour certains, il s'agira de créer un poste de
coordonnateur aux Affaires amérindiennes et inuit mais, pour d'autres,
il faudra, il a fallu et il faut encore créer des services complets
allant jusqu'à une dizaine d'employés. Les structures en place et
la
volonté politique clairement affirmée, la période
de 1978-1983 aura donc permis la mise en place de politiques sectorielles
à l'égard des autochtones, politiques encadrées par de
grands principes généraux approuvés par le
gouvernement.
C'est en fait la politique québécoise du
développement culturel, on s'en souviendra, qui fut rendue publique
cette même année, en 1978, qui devait donner le coup d'envoi
à la nouvelle approche du Québec à l'égard des
autochones. On y retrouvait en effet une reconnaissance formelle de l'existence
d'une culture propre à chaque nation autochtone ainsi que pour chaque
personne une reconnaissance de pleins droits en tant qu'individu, qu'ils
soient, comme on le dit dans le jargon, statues ou non, Inuit ou
Métis.
Enfin, ce livre blanc sur la culture édictait quelques principes
qui sont toujours d'actualité. En voici deux: Premièrement, il
appartient aux autochtones eux-mêmes de définir leur avenir
collectif et d'inventer les institutions, les stratégies qui conviennent
à leur propre développement et puis, tout en conservant leur
autonomie, et je cite, "les autochtones doivent pouvoir compter sur l'appui de
l'État du Québec".
Toujours en 1978, en juin, ayant l'occasion de m'adresser aux membres
des centres d'amitié autochtone de tout le Canada, qui étaient
réunis en congrès à Montréal, j'indiquais aussi
trois autres prémisses qui viendront sous-tendre par la suite les
activités du gouvernement. Je me permets de me citer moi-même, M.
le Président: "Plus que toute autre, les minorités autochtones
méritent notre considération. Leur appartenance aux nations
amérindiennes et inuit qui furent les premières à habiter
ce pays et à le mettre en valeur au profit de l'homme, pose à la
société québécoise dans son ensemble des exigences
certaines, parfois une reconnaissance de droits particuliers, toujours un droit
strict à bénéficier en plénitude des services
offerts à la population en général. Davantage encore
peut-être les populations autochtones doivent pouvoir compter sur la
normalisation de leurs relations avec l'ensemble de la société
québécoise."
Sur la base des différentes prémisses mentionnées
auparavant, pas mal de gestes seront dès lors posés par le
gouvernement et ses ministères pour concrétiser la volonté
politique exprimée et traduire en gestes précis ce qui peut ne
sembler à certains que de vagues principes.
D'abord, la définition même d'autochtone. Cette
définition - on s'en rend compte chaque fois qu'on se rencontre à
Ottawa à l'échelle de tout le Canada - cela a été
et c'est encore pas mal plus compliqué qu'il n'y paraît parce que
c'est sous-tendu par tout un agrégat d'histoires, de nuances qui se
contredisent les unes les autres. C'est pourquoi, dès 1978, notre
gouvernement commençait par se démarquer de la notion
fédérale d'Indien. Excusez-moi, M. le Président.
En 1980, nous réitérions publiquement cette politique en
assurant spécifiquement: "Les femmes indiennes du Québec,
qu'elles soient ou non inscrites en vertu de la Loi sur les Indiens et,
particulièrement, celles qui ont perdu ou qui perdront leur statut par
suite de leur mariage avec un non Indien, que le gouvernement du Québec
les reconnaît toujours comme Indiennes du fait de leur ascendance et de
leur appartenance au milieu amérindien." On sait que, encore en ce
moment et cela va probablement rebondir d'une certaine façon, à
moins que ce ne soit remis encore aux calendes grecques, le mois prochain, le
problème pourrait ressurgir parce que, dans certains coins du Canada,
qu'on n'a pas à juger, cette perte de statut, non seulement des femmes
indiennes qui sont mariées avec des non Indiens mais des enfants issus
de ces mariages, c'est encore un fait. Ici au Québec, pour autant que
notre juridiction le permettait, dès 1980, nous l'avons
éliminé de nos textes cette espèce de discrimination
invraisemblable et nous espérons qu'un jour ce sera vrai partout.
C'est alors, après ce début de rectification que nous
avons effectué, que furent aussi modifiés les différents
décrets exemptant les Indiens du paiement des taxes sur la vente au
détail, le téléphone, l'électricité et les
télécommunications, de même que de l'impôt sur le
revenu.
La définition d'Indien est alors modifiée pour inclure
toute personne d'ascendance indienne résidant sur une réserve ou,
lorsqu'il s'agit de l'impôt sur le revenu, qui gagne son revenu sur la
réserve. Cela peut paraître à certains peut-être
beaucoup, un peu beaucoup, mais si on tient compte de quelques siècles
d'histoire et du fait que, même s'il n'était pas occupé,
sauf intermittemment, par des bandes ou des nations qui se promenaient sur le
territoire, c'était leur pays et que, ce pays, nous le partageons
maintenant et que, par conséquent, ce sont quand même des droits
historiques à certaines modifications de nos règlements, je crois
que tout le monde comprendra qu'on n'a rien exagéré en
concédant ce que je viens de dire.
Au rayon - si j'ose l'expression - de ce qu'on peut appeler
l'héritage collectif de nos concitoyens autochtones, sur ce
plan-là, le Québec, bien sûr, reconnaît d'abord les
droits historiques de chasse et de pêche. Il l'a fait d'abord
explicitement pour les Indiens attikamek et montagnais et, par la suite,
implicitement pour tous les autochtones, soit en signant des ententes avec les
bandes micmaques, par exemple, de Maria et de
Restigouche en Gaspésie, soit en s'imposant un moratoire sur des
infractions commises par certains groupes en matière de chasse et de
pêche.
Nous espérons aussi pouvoir, à très court terme,
conclure d'autres ententes dans ce domaine avec les Hurons et les
Abénakis. Cette reconnaissance incitera, par ailleurs, le
ministère du Loisir, de la Chasse et de la Pêche, conjointement
avec le SAGMAI, le secrétariat de coordination dont je parlais tout
à l'heure, à établir dès 1979 une proposition
gouvernementale en matière de chasse et de pêche pour tous les
autochtones du Québec, et ce, abstraction faite de toute
négociation portant sur des revendications globales.
Toujours en ce qui concerne ces droits particuliers, il faut signaler
l'extension à tous les autochtones du Québec qui résident
sur des réserves, bien sûr, des exemptions de taxes qui, en 1978,
ne s'appliquaient qu'à la vente au détail.
À l'instigation des Mohawks, la bande en particulier de la nation
mohawk qui habite l'endroit qu'on appelait naguère Caughnawaga, qui
s'appelle aujourd'hui Kahnawake dans leur langue, le gouvernement acceptera
aussi d'étendre cette exemption aux taxes sur le
téléphone, l'électricité et les
télécommunications.
Il faut rappeler d'ailleurs que les Indiens cris avaient
déjà obtenu les premiers de telles exemptions dans le cadre des
négociations de la Convention de la Baie James et du Nord
québécois 1975-1976. Donc, ce n'est pas d'hier. Par ailleurs, des
discussions sont en cours actuellement entre les autochtones et le
ministère du Revenu relativement, j'ose à peine le dire, à
la taxe sur l'essence. (15 h 50)
Enfin, pour terminer ce survol si l'on veut, le préambule de la
Charte de la langue française édicté une chose qui tombe
sous le sens et qui se lit comme suit: "L'Assemblée nationale
reconnaît aux Amérindiens et aux Inuit du Québec,
descendants des premiers habitants du pays, le droit qu'ils ont de maintenir et
de développer leur langue et leur culture d'origine." D'ailleurs, on
peut dire que cela a été quelque peu confirmé à
l'échelle internationale par nul autre qu'un grand visiteur qui, on s'en
souviendra, est resté chez nous plus longtemps qu'un sommet d'une
journée, Sa Sainteté, le pape Jean-Paul II. En septembre dernier,
je me contente de ce passage, le pape Jean-Paul II disait ceci -je crois que
c'était à Sainte-Anne-de-Beaupré au moment de sa visite
à un rassemblement amérindien - que je cite: "Avec raison, vous
voulez contrôler votre avenir, préserver vos
caractéristiques culturelles, mettre en place un système scolaire
qui respecte vos langues propres. Le Synode des évêques sur la
justice dans le monde de 1971 proclamait que, dans la collaboration mutuelle,
chaque peuple devait être le principal artisan de son progrès
économique et social et aussi que chaque peuple devait prendre part
à la réalisation du bien commun universel comme membre actif et
responsable de la société humaine. C'est dans cette optique que
vous devez être les artisans de votre avenir en toute liberté et
responsabilité." J'avoue qu'en entendant cela, je l'appréciais
comme perspective non seulement pour nos concitoyens amérindiens et
inuit, mais pour bien d'autres aussi, on le comprendra.
Donc, ce que j'ai lu il y a un instant est déjà reconnu
comme principe dans la Charte de la langue française. Cela dit, il est
bien entendu - ai-je besoin de l'ajouter -qu'au-delà de ces
reconnaissances collectives, chacun et chacune de ces citoyens à part
entière ont un droit minimal aux mêmes services que l'ensemble de
la population. C'est dans cette perspective que l'action gouvernementale a
surtout porté sur l'identification des principaux programmes
gouvernementaux qui devaient s'appliquer aux autochtones pour s'assurer qu'il
n'existait pas de règles administratives ou juridiques - ou des
irritants, comme on dit couramment -qui auraient pour effet de les rendre
inadmissibles. Ces efforts, concentrés surtout aux ministères des
Affaires sociales et de l'Éducation, ont permis de vérifier
qu'effectivement les autochtones pouvaient bénéficier de
programmes tels que ceux de l'assurance-hospitalisation, de
l'assurance-maladie, qui a d'ailleurs fait l'objet d'une campagne publicitaire
particulière dans les milieux du Nord et aussi, bien sûr, des
services sociaux et des services éducatifs.
Une recherche effectuée par le SAGMAI révèle qu'en
1982 - on voit le chemin parcouru et on voit le chemin qui reste à
parcourir - au moment où ces efforts commençaient vraiment
à s'amplifier, 51% de la population autochtone du Québec voyait
ses services éducatifs, au primaire et au secondaire,
défrayés par le Québec. Ce pourcentage grimpe à 67%
lorsqu'il s'agit des soins de santé de première ligne, comme on
dit couramment, c'est-à-dire ceux des CLSC et des CSS, et à 100%,
maintenant, pour les soins de santé de deuxième ligne,
c'est-à-dire les centres hospitaliers. Donc, quand même,
d'énormes étapes ont été franchies.
J'ajoute qu'il faut signaler la reconnaissance des réserves. Ce
n'est pas un mot particulièrement attrayant. Cela veut dire ghetto,
d'une certaine façon, mais c'est le seul morceau qui, officiellement,
est resté aux nations et aux peuples amérindiens. Signalons que
les réserves sont maintenant reconnues au même titre que les
municipalités dans la détermination des subventions du
ministère du Loisir, de la Chasse et de la Pêche, surtout en
matière de loisirs. Évidemment, dans la foulée de la
Convention de la Baie James et du Nord québécois, on s'est
aperçu, par ailleurs, que bon nombre de nos programmes ou de nos
services devaient être adaptés pour tenir compte à la fois
des besoins spécifiques et des cultures particulières auxquels
ces programmes ou services s'adressaient. C'est comme cela que des ententes
entre le réseau des affaires sociales, les bandes et le ministère
des Affaires indiennes et du Nord canadien interviennent à peu
près chaque année à ce titre.
En éducation, une entente générale avec le
fédéral couvre le cas, par exemple, des enfants qui
fréquentent le réseau scolaire québécois et les
expériences particulières de certaines bandes en matière
scolaire ou éducative, si l'on veut, de façon plus
générale, sont encouragées de plus en plus.
Dans différents ministères tels les Communications, le
Travail, la Main-d'Oeuvre et la Sécurité du revenu, les Affaires
culturelles et la Justice, d'autres programmes qui sont ainsi
"particularisés", entre guillemets, pour les autochtones seront mis sur
pied, on est à pied d'oeuvre là-dessus. C'est comme cela qu'on
parlera de radio communautaire sur les réserves, de comités de
formation de la main-d'oeuvre - Dieu sait qu'ils en ont besoin, comme partout
ailleurs - d'agents de main-d'oeuvre autochtones, de patrimoine autochtone bien
sûr, de police amérindienne, où on sait que des
expériences ont déjà été menées, et
aussi de conseillers parajudi-ciaires, parce que l'inextricabilité
fréquente de nos lois, Dieu sait que pour les Blancs ce n'est pas un
cadeau non plus, alors on imagine que comme cela ne correspond pas du tout la
plupart du temps à certaines traditions ancestrales qui peuvent
rejoindre la justice d'une autre façon, eh bien, des conseillers
parajudiciaires, ce n'est sûrement pas de trop.
Tout cela est allé déjà jusqu'à faire
adopter une loi spéciale, on s'en souviendra, sauf erreur l'an dernier,
pour permettre la construction d'un hôpital tout près de la
région métropolitaine de Montréal entièrement
dirigé par les autochtones, c'est-à-dire les Mohawks sur le
territoire de Kahnawake.
Un autre élément de la politique actuelle provient de
l'affirmation maintes fois répétée par le gouvernement que
la réserve indienne est et demeurera - puisque c'est tout ce qui leur a
été laissé - un pôle de développement et
d'épanouissement de la culture autochtone. Sans un territoire
précis où se retrouver chez soi et se développer, toute
culture est éventuellement menacée à plus ou moins
longue échéance. Les cultures autochtones ne font pas exception
à cette loi universelle. Il demeure donc primordial que la
société québécoise non seulement accepte la
réalité des réserves que nous n'avons pas faite, que
l'histoire a faite sans nous mais convienne que ces territoires sont essentiels
à la survie des peuples autochtones.
Afin de faciliter concrètement cette nouvelle approche, le
gouvernement du Québec adoptait le 21 décembre 1982 une politique
précise de création et d'agrandissement des réserves
indiennes sur les terres publiques situées au Québec, donc
propriété québécoise. Bien sûr, on ne peut
aller très loin. L'intégrité de notre territoire, c'est
fondamental, mais il ne s'agit pas non plus de laisser se "ghettoïser"
inutilement ou bêtement des gens qui ont quand même droit aux coins
de terre qui leur appartiennent.
Enfin, en marge de tout ce que je viens d'évoquer et qui
s'applique à l'ensemble de la communauté autochtone, le
Québec a accepté de négocier avec les Indiens, très
spécifiquement avec les Indiens attikamek et montagnais, une entente
globale. Dans les faits, les négociations ne sont pas encore
véritablement engagées, parce qu'il y a des problèmes
ponctuels, de nombreux prérequis qui sont imposés, cela se
comprend, par le Conseil attikamek montagnais lui-même.
Puis il y a la révision de la Loi fédérale sur les
Indiens et l'enchâssement possible - pour employer un terme que
reconnaîtra le député d'Argenteuil - de droits
définis des autochtones dans la constitution fédérale.
Tout cela, c'est autant de facteurs qui font hésiter les chefs de bande
et les dirigeants du Conseil attikamek montagnais à se commettre
dès maintenant dans des discussions globales qui seraient
tripartites.
Sur ce, M. le Président, avant de terminer, je reviens à
la motion elle-même. C'est le 9 février 1983 que le Conseil des
ministres adoptait quinze principes en réponse à une demande
précise des autochtones québécois. Ces principes sont
appelés à constituer - avec le contenu de cette motion
elle-même que la présidence a lue tout à l'heure et dont je
vous fais grâce - le fondement de toutes les nouvelles politiques du
gouvernement à l'égard des autochtones. Ce texte constitue donc
une occasion d'officialiser et de faire connaître en même temps la
politique actuelle du Québec à l'égard des nations
autochtones. (16 heures)
En adoptant cette motion, l'Assemblée nationale, peut-être
surtout, se trouvera à inviter de façon pressante le
gouvernement, ses ministères et organismes et toute la
société québécoise, tous tant que nous sommes,
à désormais un peu mieux connaître et à toujours
tenir . compte des droits des autochtones du Québec en tout cas et
à agir dans le respect de ces droits.
Par ailleurs, c'est dans quelques jours -je l'ai dit tout à
l'heure - que se tiendra à Ottawa la troisième conférence
des premiers ministres portant sur les questions constitutionnelles
intéressant les autochtones.
Dois-je rappeler que le Québec a accepté de participer
à ces rencontres, à la demande expresse des nations autochtones
et à titre de gouvernement qui, depuis des années maintenant, a
tâché d'agir aussi bien que possible dans ce domaine.
Évidemment, le processus de consultation - je suis sûr que
nos amis d'en face le rappelleront; ils n'auront pas tort - a permis à
certaines nations autochtones de nous indiquer leur désaccord sur l'un
ou sur l'autre des termes de cette motion. Ces nations craignaient d'abord que
l'adoption de la présente motion - si elle était intervenue en
1984, l'an dernier - puisse avoir pour effet de freiner et même
d'empêcher une reconnaissance plus exhaustive de leurs droits au niveau
pancanadien. Le piètre résultat -je crois que tout le monde en a
été témoin de loin au moins - de la conférence
constitutionnelle de 1984 ne permet plus de retenir cette objection.
D'autre part, ces mêmes interlocuteurs autochtones craignaient que
l'adoption d'une motion n'empêche, de ce côté-ci,
c'est-à-dire au Québec, la poursuite de ce dialogue entre nous
qui est engagé depuis plusieurs années, qui a fait les pas quand
même importants que je viens de résumer et que peut-être on
risquerait d'en fixer unilatéralement les limites avec un texte.
Quiconque se donnera la peine de lire ce texte qu'est la motion devant nous ne
pourra que constater que tel n'est pas le cas, absolument pas. Le gouvernement
reconnaît volontiers que cette motion ne correspond pas à toutes
les attentes des leaders des nations autochtones et qu'il y encore place pour
la discussion.
En fait, la motion indique donc là où le gouvernement du
Québec en est rendu dans sa réflexion sur les droits des
autochtones, tout en assurant que le dialogue n'est pas fermé, qu'il
peut s'élargir et que, nécessairement, il devra se poursuivre.
Notre politique demeure donc volontairement, M. le Président,
plutôt une politique d'accueil et d'ouverture qu'une politique
interventionniste qui voudrait forcer le changement des institutions et des
mentalités. Elle sous-entend donc la pleine reconnaissance des droits
des nations autochtones, incluant le droit à leur autonomie politique.
Elle privilégie la conclusion d'ententes, parce qu'il s'agit là
d'un mécanisme simple, souple et sûr; un mécanisme simple,
parce que nous sommes convaincus que, par un bon dialogue, de bonne foi, et une
certaine dose de courage parfois, des ententes mutuellement acceptables dans
tous les domaines de l'activité humaine peuvent être facilement
conclues entre nous; un mécanisme souple aussi, parce que ces ententes
peuvent être globales, comme celles conclues avec les Cris, les Naskapis
et les Inuit du Québec ou encore, sectorielles, comme celle qui a
été signée avec les Mohawks de Kahnawake, il y a
près d'un an maintenant; souple encore, parce que aisément
modifiable, lorsque les parties y consentent, et ce sans qu'il soit
nécessaire de faire intervenir des tiers; un mécanisme sûr
enfin, parce que ces ententes ne peuvent être modifiées
unilatéralement. Elles acquièrent ainsi un caractère
définitif et en quelque sorte sacré qui, dans notre
système juridique, à tout le moins, est reconnu par les tribunaux
et susceptible de sanction.
D'aucuns diront que cette voie que nous privilégions n'est pas
vraiment nouvelle. Bien sûr, on n'invente pas la roue. Ce qui est nouveau
tout de même, c'est la volonté clairement exprimée par le
gouvernement -je l'espère de l'Assemblée nationale bientôt
-d'accepter de négocier et de conclure des ententes avec toutes les
nations, tous les peuples autochtones du Québec sans qu'il leur soit
demandé d'établir ou de prouver, par des recherches de
bénédictins, jusqu'à l'alpha et l'oméga de leurs
droits. Ces droits étant déjà reconnus, nous voulons, par
des ententes, répondre aux besoins réels des communautés
autochtones et convenir avec elles, en toute égalité, des
modalités qui leur permettront d'exercer leurs droits, sans
interférence indue de notre part.
En privilégiant la conclusion de telles ententes, le
Québec n'entend pas pour autant nier le fait des relations
particulières qui, historiquement et constitutionnellement, lient les
peuples autochtones à la couronne au titre fédéral. Cette
protection qui leur est propre ne devrait pas cependant les empêcher de
transiger avec le Québec et, d'ailleurs, ils ne le font pas non plus ou
de moins en moins. Plusieurs nations ont déjà indiqué
publiquement qu'il ne saurait être question pour elles de passer d'une
tutelle fédérale à une tutelle québécoise
et, sur ce point, elles ont l'appui le plus complet du gouvernement. Mais,
d'autre part, en fonction de l'évidence même, le gouvernement
croit fermement, et bon nombre de nos concitoyens autochtones sont de plus plus
du même avis, que les nations autochtones peuvent et doivent exercer
leurs activités politiques, culturelles, sociales, économiques
sur des territoires qui ne peuvent être que partie de l'ensemble
territorial québécois. Il s'agit d'une réalité
géopolitique à laquelle nul ne peut rien. Il n'est plus possible
pour nous, et encore moins souhaitable, de continuer à agir comme si les
autochtones et leurs territoires n'existaient pas chez nous. Au minimum, il
nous faut établir des relations de bon voisinage, de coexistence
harmonieuse et, pour notre part, mettre fin à un type de
développement du territoire québécois qui ne prendrait pas
en considération les droits, les intérêts et le mode de vie
de ces peuples. D'ailleurs, cela a été vécu par un
gouvernement qui nous a précédés en ce qui concerne, on
s'en
souvient, LG 2 et le développement du Grand-Nord. Pour ce faire,
il faut donc nécessairement, obligatoirement, et au-delà de toute
savante considération juridique, poursuivre et, lorsque ce n'est pas
déjà fait, engager un dialogue vraiment fructueux.
En terminant, on me permettra, M. le Président, de proposer,
conformément à plusieurs recommandations qu'on a reçues
depuis le dépôt de la présente motion, que le mot bande,
qui est très courant mais pas partout chez nos concitoyens
amérindiens, soit remplacé par le mot communauté, au
cinquième paragraphe de la motion. Ce nouveau terme, qui est tout
simplement plus englobant que le précédent, est également
plus respectueux de la diversité des nations autochtones et convient
mieux, en particulier, lorsqu'on s'adresse aux Inuit. Il pourrait aussi
permettre, le cas échéant, de conclure des ententes avec une
communauté autochtone composée d'un groupe d'Indiens important,
mais qui seraient sans statut ou hors réserve, et on sait qu'il y en a
plusieurs milliers chez nous.
Sur ce, M. le Président, je n'ai pas à reproposer cette
motion, mais j'espère que l'ensemble de l'Assemblée nationale
surtout, il est très réconfortant de savoir qu'un bon nombre de
nos collègues des deux côtés de la Chambre entendent
participer à cette discussion qui, j'espère, ne sera pas trop un
débat - soulignera par cette motion l'importance que nous accordons
à cette question. Merci.
Le Vice-Président (M. Rancourt): M. le
député de Mont-Royal.
M. John Ciaccia
M. Ciaccia: Merci, M. le Président. Nous discutons
aujourd'hui une résolution portant sur les autochtones et leurs droits,
résolution qui a été présentée par le
premier ministre du Québec. Comme l'a souligné le premier
ministre, c'est un sujet d'actualité parce que, prochainement, il y aura
une conférence constitutionnelle pour discuter des droits des
autochtones et pour essayer de reconnaître dans la constitution
canadienne des droits additionnels à ceux qui ont déjà
été reconnus par l'accord constitutionnel de 1982 et l'amendement
en 1983.
Historiquement - je crois que personne ne va le nier - nous n'avons pas
toujours rendu justice aux autochtones. Ils ont eu des problèmes de
reconnaissance de leurs droits, ils ont eu des problèmes
économiques, des problèmes sociaux; ils ont eu des
problèmes avec des ententes qui avaient été
signées, avec les traités originellement signés avec les
différentes tribus, les différentes bandes indiennes qui n'ont
pas toujours été respectés par les différents
ordres de gouvernement à travers le Canada. On pourrait dire que c'est
seulement de peine et de misère qu'ils ont pu obtenir certaines
concessions, certaines reconnaissances de leurs droits légitimes.
C'étaient des reconnaissances qu'ils demandaient non pas pour le
principe d'avoir une reconnaissance de droit, non pas pour enlever des droits
aux autres, mais seulement pour répondre vraiment à leurs
besoins, à leurs aspirations et de façon à résoudre
les problèmes qui existent, qui existaient et qui continuent d'exister
dans les différentes communautés indiennes dans tout le Canada.
(16 h 10)
Nous avons une occasion aujourd'hui, à la veille de la
conférence constitutionnelle, qui est presque sans
précédent, d'aider le peuple autochtone dans sa démarche
pour obtenir la reconnaissance de ses droits et pour répondre à
ses aspirations. Nous devons nous poser la question: Est-ce que nous profitons
de cette occasion? Est-ce que le gouvernement répond aux
représentations qui lui ont été faites par les
autochtones? Est-ce que la présente résolution va aider les
autochtones dans la prochaine conférence constitutionnelle?
Rappelons certains faits. En 1982, il y a eu un accord constitutionnel
qui a reconnu certains droits aux autochtones. La constitution canadienne se
réfère aux droits existants des aborigènes et à
leurs traités et inclut dans la reconnaissance de ces droits les
Métis du Canada qui, jusqu'à cette époque, n'avaient pas
été reconnus comme ayant des droits, comme étant Indiens.
Cependant, les Indiens, les autochtones n'étaient pas satisfaits de cet
aspect, de cette reconnaissance parce qu'elle ne précisait pas
exactement, elle n'allait pas assez loin pour répondre aux vraies
aspirations, aux besoins des autochtones.
Il faut se placer, M. le Président, dans la position, dans la
situation où ce peuple se trouve. Quand il demande une reconnaissance de
ses droits, il faut voir historiquement ce que nous avons fait, comment la
société a traité ces gens. Quand ils font certaines
représentations, il faut les interpréter à la
lumière de l'histoire et à lumière de ce qui est
arrivé à ces peuples. Ils n'étaient pas satisfaits de
cette reconnaissance - quoique c'était plus que ce qu'ils avaient eu
avant -et ils ont fait des démarches pour obtenir du gouvernement
fédéral et des différents gouvernements provinciaux une
reconnaissance plus adéquate de leurs revendications. Au mois de
novembre 1982, ils ont présenté au gouvernement du Québec
quinze points sur lesquels ils voulaient négocier avec le gouvernement.
Le gouvernement leur a répondu le 10 février 1983. Il a
donné une réponse aux quinze points qui avaient été
soulevés par les autochtones et, au mois de mars 1983, il y a eu une
autre conférence constitutionnelle où on a apporté un
amendement à la constitution pour accorder
d'autres reconnaissances, d'autres droits aux autochtones. Les
représentants des autochtones étaient présents à
cette conférence, ainsi que les représentants du gouvernement du
Québec à titre d'observateurs.
Au mois de novembre 1983, après la conférence, les
autochtones ont répondu au gouvernement, lui ont envoyé une
lettre pour expliciter les demandes qu'ils avaient faites et pour
répondre à la lettre du premier ministre du gouvernement du
Québec du 10 février 1983 qui, d'une certaine façon,
limitait assez sévèrement les réclamations que les
autochtones faisaient. Subséquemment, seulement pour faire la
continuation de la chronologie des événements, il y a eu une
commission parlementaire au mois de novembre 1983, et les différents
groupes d'autochtones du Québec et même d'en dehors du
Québec sont venus devant la commission pour faire des
représentations, pour nous présenter leur position et pour nous
faire part de certaines positions qu'ils adoptaient, non seulement pour leurs
réclamations, mais aussi quant à leurs besoins
économiques, leurs besoins sociaux qui existaient dans leur
communauté.
À la suite de cette commission parlementaire, le premier ministre
s'est engagé à déposer à l'Assemblée
nationale une résolution qui devait répondre à certaines
représentations que les autochtones lui avaient faites. Cette
résolution a été préparée mais n'a pas
été présentée à l'Assemblée nationale
parce qu'il y avait certains problèmes concernant le libellé avec
les autochtones. Voici qu'au mois de décembre 1984, le premier ministre
a déposé à l'Assemblée nationale le texte de la
motion qui est devant nous.
Avant de discuter sur le fond de la motion, je voudrais, en premier
lieu, porter à l'attention des membres de l'Assemblée nationale
les représentations faites par les autochtones auprès du
gouvernement.
Au mois de novembre 1982, ils avaient fait parvenir au gouvernement une
liste des réclamations sur lesquelles ils voulaient négocier avec
le gouvernement. Les autochtones ont porté à l'attention du
gouvernement certains principes généraux et certains points
spécifiques. Premièrement, ils veulent l'enchâssement des
droits qui leur seront accordés dans la constitution canadienne. Il faut
comprendre pourquoi ils demandent cela.
C'est qu'il y a eu des ententes et des traités dans le
passé qui n'ont pas été respectés. Même si le
premier ministre dit qu'on ne peut pas ne pas respecter unilatéralement
une entente, le fait est qu'historiquement c'est arrivé. La protection
demandée par les autochtones est pour éviter
précisément ces dérogations unilatérales aux
ententes, qu'elles soient du gouvernement fédéral ou qu'elles
soient du gouvernement d'une province. Ils veulent enchâsser les droits
qui leur seront accordés dans la constitution.
Deuxièmement, ils ont demandé que le gouvernement du
Québec participe au processus constitutionnel. Je crois que, le
Québec étant un des partenaires majeurs de la
fédération canadienne, l'appui du Québec aux autochtones
dans les réclamations et les représentations qu'ils font serait
un appui d'une importance majeure, si cet appui répond aux demandes des
autochtones. Nous étudierons tantôt le contenu de la motion pour
voir vraiment si elle répond aux aspirations et aux
représentations faites au gouvernement par les autochtones.
Troisièmement, je trouve cela un peu ironique que ce soient les
autochtones qui viennent dire au gouvernement qu'il faut avoir un droit de veto
dans la constitution, droit de veto que le gouvernement a laissé aller
dans ses négociations. Les autochtones expliquent pourquoi un droit de
veto est important. Ils disent que si un droit est accordé par le
gouvernement fédéral et par les autres provinces dans la
constitution, ils ne veulent pas que le gouvernement du Québec ou le
gouvernement d'une autre province ait un droit de retrait. C'est-à-dire
que le gouvernement d'une province puisse dire qu'il va se retirer et qu'il
n'acceptera pas ce droit dans la constitution. Ils soulignent que la seule
protection qu'ils peuvent avoir est le droit de veto. Il y a aussi une
protection dans le sens que si une autre province voulait faire un changement
aux droits des autochtones, si le gouvernement fédéral voulait
apporter un changement à un droit qui existe déjà, ils
voudraient l'appui du Québec pour exercer ce droit de veto afin qu'il
n'y ait pas de changement aux droits déjà acquis. Ils ont alors
demandé au gouvernement d'insister sur le recouvrement du droit de veto.
Ils ont souligné aussi qu'il était insatisfaisant pour eux
d'avoir seulement le droit de retrait qui est présentement
accordé aux provinces dans la constitution canadienne. (16 h 20)
Ils ont demandé également que le Québec confirme
l'accord de 1983. En 1983, certains droits ont été
accordés par un amendement à la constitution. Puisque le
Québec n'a pas signé l'accord constitutionnel, les autochtones
ont demandé au gouvernement, dans leur résolution, de dire qu'il
se conformerait aux droits qui leur ont été accordés par
l'amendement de 1983 afin qu'ils aient les mêmes droits ici que ceux
accordés dans l'entente de la constitution canadienne. Finalement, les
Indiens, les autochtones, les Inuit ont souligné au gouvernement
l'importance qu'ils attachent au lien fédéral; c'est une
protection pour eux. Ils ont un lien, des programmes avec ce
qu'ils appellent la Couronne fédérale et ils ne veulent
pas briser ce lien qu'ils considèrent comme une protection
additionnelle. Ils ne veulent pas que leurs droits soient
éparpillés à travers les dix provinces canadiennes,
à la merci de l'une ou l'autre des provinces. Ils veulent cette
reconnaissance, ils veulent la reconnaissance de ce lien, que ce soit
accepté par le Québec.
Ils veulent aussi, ils ont demandé, en tant que principe
général, que les possibilités d'ententes signées
avec le Québec soient reconnues comme des traités au sens de la
constitution canadienne. Autrement dit, si, par exemple, les Montagnais en
venaient à conclure une entente avec le Québec, ils voudraient
que cette entente soit un traité au sens de la constitution canadienne
et qu'elle soit enchâssée dans la constitution afin qu'un
gouvernement, le fédéral ou le provincial, ne puisse la changer
unilatéralement, par une loi subséquente... Même s'il y a
une entente, les ententes entre un gouvernement et une communauté
autochtone peuvent être changées, amendées par une loi
subséquente. Un Parlement ne peut lier un Parlement subséquent,
à moins que les droits soient enchâssés dans la
constitution. Et c'est pour cette raison qu'ils veulent cette garantie.
D'ailleurs, le livre beige du Parti libéral avait répondu
aux demandes des autochtones, il avait reconnu l'importance d'enchâsser
dans la constitution canadienne certains droits fondamentaux afin que ces
peuples ne soient pas à la merci d'un gouvernement ou d'un autre, qu'une
fois leurs droits reconnus, ils soient garantis dans la constitution et
respectés par tous les Parlements ou gouvernements
subséquents.
C'est l'approche globale, les principes généraux que les
autochtones ont demandés au gouvernement du Québec:
enchâssement dans la constitution, participation au processus
constitutionnel, insatisfaction avec le droit de retrait, conformité et
application de l'accord de 1983 et que toute entente soit reconnue comme
traité.
En termes de points plus spécifiques, ils ont porté
à notre attention les points qu'ils avaient soulignés et qu'ils
considèrent importants: premièrement, le droit à
l'autodétermination des peuples autochtones. Maintenant,
"autodétermination" est un terme qui n'est pas défini, qui n'a
pas été défini dans les représentations qu'ils ont
faites. Qu'il suffise de dire que "autodétermination" veut dire plus que
les droits d'une municipalité et moins que les droits d'un État
souverain. C'est une question de négociation de ce concept. Le principe
de se gouverner eux-mêmes, je crois, a même été
accepté par le premier ministre en commission parlementaire. Il a dit
que c'est la voie de l'avenir pour les peuples autochtones. Le ministre de la
Justice fédérale s'est même dit prêt à
accorder l'autonomie politique aux Indiens et aux autochtones. Nous y
reviendrons quant au libellé de ce droit tel qu'inclus dans la
résolution que nous débattons aujourd'hui.
Deuxièmement, les autochtones ont souligné au gouvernement
que tout droit qui serait accordé devrait l'être de façon
qu'il puisse être mis en application. On reconnaît le droit
à la culture, on reconnaît le droit aux coutumes, mais il faut que
ce droit soit traduit par des mesures spécifiques et concrètes.
Cela ne pouvait pas se limiter strictement à des
généralités.
Troisièmement, M. le Président, quand on parle du droit
à leur identité, à leur culture, à leur langue,
à leurs coutumes et à leurs traditions, il faut qu'on explicite
exactement, de façon un peu plus claire qu'on semble l'avoir fait dans
le passé, la façon dont ces droits seront mis en application et
sur lesquels les autochtones pourront se fier.
Ils ont demandé des droits territoriaux, le droit à des
terres. C'est un droit qui leur est toujours cher. Ils l'ont toujours
demandé de façon qu'il soit respecté et non pas comme dans
le passé où on allouait des terres aux Indiens et ensuite, quand
on avait besoin de ces terres ou de ces territoires, on procédait par
voie d'expropriation afin de leur enlever ou de les changer. Les Indiens ont
demandé une protection en ce qui concerne les droits territoriaux.
Ils demandent aussi une reconnaissance de leurs institutions. Que ce
soit des institutions d'éducation, des institutions dans le domaine
social, ils demandent que le gouvernement reconnaisse ces droits dans la
constitution. Or, M. le Président, est-ce que la résolution
répond aux représentations qui ont été faites par
les autochtones au gouvernement du Québec?
Je voudrais prendre certains points de cette résolution et voir
exactement si elle se conforme au discours que le premier ministre vient de
nous livrer, si elle inclut vraiment une reconnaissance de droits plus que ceux
qui existent aujourd'hui; si elle inclut les engagements du gouvernement du
Québec en ce qui concerne la conférence constitutionnelle, en ce
qui concerne la constitution canadienne, en ce qui concerne l'accord de
1983.
Examinons brièvement les termes de la résolution et voyons
la réaction que les autochtones ont eue face à cette
résolution. On commence en disant: "Le député de Taillon
propose que cette Assemblée reconnaisse l'existence au Québec des
nations abénaquise, algonquine, attikamek, crie, huronne, etc."
Franchement, qu'est-ce qu'on ajoute en disant qu'on reconnaît leur
existence? Est-ce que cela veut dire que si vous ne reconnaissez pas leur
existence, elles
cesseront d'exister? Qu'est-ce que le premier ministre dirait dans ses
pourparlers avec le gouvernement fédéral pour reconnaître
la spécificité du Québec, d'avoir une reconnaissance des
francophones du Québec au Canada si le gouvernement
fédéral disait: on reconnaît l'existence des francophones
au Québec. On reconnaît l'existence du Québec.
Ce ne sont pas seulement des mots, M. le Président, c'est quelque
chose à quoi les autochtones tiennent. Si vous examinez la
résolution qui avait été préparée par le
bureau du premier ministre en 1983, ce n'est pas ce qu'elle disait. Elle
reconnaissait les nations. C'était une reconnaissance formelle des
nations qui sont inscrites ici. Je me demande pourquoi ce changement entre la
résolution de décembre 1983 et celle-ci. Ce sont des
représentations qui ont été faites au gouvernement, qui
ont été portées à l'attention du premier ministre.
C'est la première remarque que les autochtones ont faite sur la
résolution.
Deuxièmement, on reconnaît les droits ancestraux existants
et les droits inscrits dans les conventions de la Baie James, du Nord
québécois et du Nord-Est québécois. Franchement, M.
le Président, cette reconnaissance n'ajoute absolument rien à ce
qui existe aujourd'hui. Premièrement, il n'y a pas de définition
des droits ancestraux existants. C'est déjà reconnu dans la
constitution canadienne. (16 h 30)
Deuxièmement, reconnaître, aujourd'hui, les droits inscrits
dans la Convention de la Baie James et du Nord québécois, c'est
un peu tard, parce que cela a déjà été fait
à cette Assemblée nationale par une loi formelle déclarant
une reconnaissance de ces droits et parce que cette loi a été
adoptée à l'Assemblée nationale à la suite de la
signature de la Convention de la Baie James et du Nord québécois.
En reconnaissant les droits inscrits dans la Convention de la Baie James, je ne
pense pas qu'on ajoute quelque chose à la situation existante. Ces
droits ont déjà été reconnus non seulement par le
Québec mais également par le gouvernement fédéral
qui, lui aussi, a adopté une loi spécifique sur la reconnaissance
de ces droits.
Troisièmement, on dit que cette Assemblée considère
que cette convention -c'est-à-dire l'entente de la Baie James - de
même que toute autre convention ou entente future de même nature
ont valeur de traité. Pour avoir valeur de traité au sens que les
Indiens le veulent, il faut que cela ait une valeur de traité au sens de
la constitution canadienne. Autrement, si c'est seulement un traité
entre le gouvernement du Québec et les Indiens, cela ne sera pas
enchâssé dans la constitution canadienne et cela ne
protégera pas les autochtones sous les Parlements subséquents.
C'est vrai que le premier ministre peut dire qu'il n'a aucune intention de ne
pas respecter les droits qui sont accordés, mais je suis certain que
d'autres premiers ministres, que d'autres représentants ont dit la
même chose aux Indiens dans le passé et, parce qu'ils ont eu de
pénibles expériences, ces derniers demandent que ces droits
soient enchâssés dans la constitution pour leur protection.
On continue avec la résolution du député de Taillon
qui se lit comme suit: "Que cette Assemblée presse le gouvernement de
poursuivre les négociations avec les nations autochtones en se fondant -
ici, on ajoute "sans s'y limiter" - sur les quinze principes qu'il a
approuvés le 9 février 1983 en réponse aux propositions
qui lui ont été transmises le 30 novembre..." Cet aspect de la
résolution limite sévèrement les négociations
futures entre les autochtones et le gouvernement du Québec. Le
gouvernement du Québec dit aux autochtones: Ce que vous m'avez
présenté au mois de novembre 1982, je n'accepte pas de le
négocier. Je vais seulement négocier ce que j'ai
décidé de négocier le 10 février.
Ce n'est pas une façon de négocier de bonne foi. Vous
limitez à l'avance le processus des négociations. Il me semble
que le gouvernement ne se lierait pas d'accepter tous les points que les
autochtones ont portés à son attention en acceptant de
négocier ces points. Je crois que de lier les autochtones à
l'avance, de les limiter à l'avance, ce n'est pas juste pour eux et cela
va lier l'Assemblée nationale et un gouvernement subséquent. Si
cette résolution est adoptée, lorsque les autochtones viendront
négocier leurs droits, ils vont se faire dire: On ne peut pas
négocier telle ou telle chose, parce que la résolution de
l'Assemblée nationale n'accepte pas cela. Elle accepte seulement les
points explicités dans la lettre du 10 février 1983. C'est une
restriction inutile et inacceptable pour les autochtones. Non seulement, c'est
inacceptable en termes de négociation, mais cela peut compromettre
sérieusement la position des autochtones à la conférence
constitutionnelle. Eux, ils veulent négocier sur leurs quinze points.
Ils ne veulent pas se faire dire par le gouvernement du Québec: Vous
n'allez pas négocier sur ces points; vous allez négocier sur ce
que nous décidons qui sera négociable. Ce n'est pas une
façon d'avoir une ouverture d'esprit et de permettre une
négociation équitable et ouverte.
Lisons maintenant les sous-paragraphes a) à e) de la
résolution: Pour assurer l'exercice "a) du droit à l'autonomie au
sein du Québec..." Moi, je pourrais dire qu'une municipalité a
une autonomie au sein du Québec; que, moi, j'ai une autonomie au sein du
Québec; que vous en avez une; que les membres de cette Chambre en ont
une; que Canadien Pacifique a une autonomie au sein
du Québec. Pourvu qu'on observe les lois du Québec, nous
sommes tous autonomes au Québec. Est-ce que cela veut dire une autonomie
politique? Est-ce que cela veut dire que si on accepte le droit à
l'autonomie au sein du Québec on va réduire la définition
de l'autonomie politique que le gouvernement fédéral est
prêt à accorder aux Indiens? Regardons les propos de M. Crosbie
qui dit qu'il est prêt à reconnaître une autonomie
politique, mais que cela comporte un risque, le risque de provoquer une
réaction négative des provinces. Est-ce que nous l'avons, ici, la
réaction négative? Est-ce que c'est cela l'interprétation
qu'on va donner durant la conférence constitutionnelle aux "mots
à l'autonomie au sein du Québec?"
Deuxièmement, on parle du droit à leur culture, leur
langue, leurs traditions. Même le premier ministre a souligné que
dans la Charte de la langue française on avait déjà cette
reconnaissance. Alors qu'est-ce que nous ajoutons en l'incluant ainsi, à
moins qu'on explicite davantage ou à moins qu'on explicite que ces
droits seront enchâssés dans la constitution? Là on irait
au-delà de ce qui existe. Mais dire seulement qu'on va assurer
l'exercice de leur droit à leur culture, leur langue et leurs
traditions, sans expliciter ou mentionner que cela sera inclus dans la
constitution canadienne, on n'ajoute rien du tout à ce qui existe
aujourd'hui. Alors c'est une clause qui est vraiment vide de sens et qui
n'ajoute rien aux lois qui existent présentement.
On veut leur assurer le droit de posséder et de contrôler
des terres. M. le Président, je pense que vous avez ce droit, j'ai ce
droit, les corporations, les sociétés au Québec ont ce
droit. Ce n'est pas quelque chose qu'on ajoute. Qu'on explicite ce que cela
veut dire. Est-ce qu'on veut seulement donner l'apparence que oui, on va
accepter, on va donner aux Indiens le droit de contrôler leurs terres
sans dire vraiment, allant un peu plus loin, de quelle façon, comment le
faire? Est-ce que ce sont des droits qui seront reconnus en dehors des droits
existants? Est-ce que tous ces droits seront assujettis aux droits qui existent
au Québec? Ce droit ne devrait-il pas être spécifiquement
inclus et enchâssé dans la constitution? Les Indiens n'ont
qu'à nous montrer le "St. Lawrence seaway", la voie maritime. C'est une
expropriation des terres indiennes qu'ils n'ont pas acceptée, que le
gouvernement avait le droit de faire. Si ce droit avait été
inclus comme protection dans une charte de droits on n'aurait pas pu faire cela
sans le consentement des Indiens.
Ce ne sont pas seulement des paroles et des arguments farfelus. Ce sont
des faits vécus. Ce sont des situations que ces gens ont vécues.
C'est pour cela qu'ils demandent au gouvernement son appui et des garanties un
peu plus étendues que celles qui existent maintenant.
On veut leur donner le droit de chasser, pêcher, piéger,
récolter et participer à la gestion des ressources fauniques.
Tous les Québécois ont le droit de chasser, de piéger, de
récolter... Payez votre permis et vous aurez ce droit. Est-ce que c'est
cela? On va beaucoup au-delà de cela dans la convention de la Baie
James. Ceci n'arrive même pas à exprimer au moins certains
principes fondamentaux qui ont déjà été
acceptés. On recule. C'est totalement insatisfaisant.
Quand on leur donne le droit de participer à la gestion des
ressources fauniques, l'exemple qu'on nous donne c'est la tragédie des
caribous. Ce sont tous des droits dans l'entente de la Baie James qui n'ont pas
été respectés. Les Cris et les Inuit ont
déjà ce droit de participer à la gestion des ressources
fauniques. Ce droit n'a pas été respecté. Mon
collègue, le député de Charlesbourg, parlera plus
longuement sur la tragédie des caribous, sur les problèmes que
cela comporte au niveau de l'administration, au niveau de la gestion, au niveau
du consentement, au niveau de la coordination, au niveau de la participation
des autochtones. Vous savez, quand on arrive aujourd'hui et qu'on leur dit:
Vous allez participer à la gestion des ressources fauniques et quand, de
l'autre côté, on n'applique pas l'entente de la Baie James et
qu'on refuse même une enquête pour savoir ce qui s'est produit, je
pense que les Indiens ont le droit de s'interroger un peu non seulement sur le
libellé, mais vraiment peut-être même sur l'intention et la
bonne volonté du gouvernement. (16 h 40)
Finalement, on leur donne le droit de participer au développement
économique du Québec et d'en bénéficier.
Dernièrement, une entente a été signée entre le
gouvernement fédéral, le gouvernement du Québec favorisant
le développement régional dans différentes régions
du Québec. Les autochtones ont écrit au premier ministre et lui
ont demandé d'être inclus dans cette entente, parce que, s'il y a
une communauté, un secteur de la population qui a besoin de
bénéficier du développement économique, lorsqu'on
parle de 80% à 90% dans certaines réserves indiennes, dans
certaines communautés indiennes, c'est certainement elle. C'est une
nécessité, ce n'est pas un luxe. Le gouvernement a refusé
catégoriquement d'inclure les autochtones dans cette entente avec le
gouvernement fédéral.
De dire aujourd'hui: Nous allons vous assurer le droit de participer au
développement économique du Québec et d'en
bénéficier, c'est vraiment, à la lumière de ce qui
vient de se produire il y a quelques mois, un peu douteux.
On déclare, par exemple, que les droits des autochtones
s'appliquent également aux hommes et aux femmes. Je crois que les
autochtones ont remercié le premier ministre en commission parlementaire
pour cet appui, mais ils soulignent une chose: que c'est bien beau de
déclarer que ces droits s'appliquent aux hommes et aux femmes, mais que
le Québec n'a pas la juridiction de les faire appliquer. Le
Québec a juridiction sur tous les autres éléments et
où le Québec a juridiction, c'est vague, général et
ce n'est pas explicite, alors qu'où il n'a pas juridiction, soit la
question d'appliquer les droits des autochtones aux hommes et aux femmes, il se
déclare favorable. C'est le gouvernement fédéral seul qui
peut mettre en vigueur cette clause. C'est là l'importance encore une
fois d'enchâsser ces droits dans la constitution canadienne. Si le
gouvernement du Québec appuyait les autochtones et disait: Oui, tous ces
droits que vous demandez seront dans la constitution canadienne, ce serait un
appui, cela amènerait une pression sur le gouvernement. Mais seulement
dire: Nous, au Québec, nous reconnaissons l'égalité des
femmes autochtones, en principe, cela en est un bon et c'est un commencement,
mais c'est quelque chose qui ne peut pas être dans les lois
actuelles.
La résolution continue. On affirme sa volonté,
c'est-à-dire la volonté de l'Assemblée nationale, de
protéger dans ses lois fondamentales les droits inscrits dans les
ententes conclues avec les nations autochtones du Québec. Que
voulez-vous dire par vos lois fondamentales? Donnez-vous une définition?
Une loi fondamentale n'est pas différente d'une autre, parce que, par
une simple majorité de l'Assemblée nationale, une loi
fondamentale peut être amendée et changée. Je pense que les
enseignants et les membres des secteurs public et parapublic savent ce qu'est
une loi fondamentale, parce que, lorsque la loi 105 a été
adoptée ici, on a fait exclusion de la Charte des droits et
libertés de la personne. La Charte des droits et libertés de la
personne, c'est une loi fondamentale, mais par simple majorité ici, on
peut décider qu'elle ne s'applique pas. Lorsque le premier ministre ou
l'Assemblée veut protéger dans une loi fondamentale les droits
des autochtones, c'est une déclaration, une affirmation
complètement vide de sens.
Je voudrais porter à votre attention, M. le Président -
ceci est important - qu'au mois de décembre 1983, le gouvernement avait
- j'en ai ici copie - préparé une résolution. Dans cette
résolution, premièrement, ce n'était pas la reconnaissance
de l'existence, mais on reconnaissait les nations. C'était une
reconnaissance formelle. Juridiquement, je pense que ce serait difficile
d'avoir des effets assez concrets, mais, moralement et en termes de
fierté de ces nations, c'est important pour elles qu'il y ait une
reconnaissance formelle. Je demande au gouvernement pourquoi il en a exclu
l'existence dans la présente résolution.
Il y avait un autre aspect dans la résolution de l'année
dernière. Je vais la lire. "L'Assemblée nationale souscrit
à l'engagement solennel pris par le premier ministre que le
Québec participe, ainsi qu'il l'a fait jusqu'à ce jour, à
toutes les conférences constitutionnelles qui intéressent
directement les autochtones et auxquelles les autochtones du Québec
désirent qu'il participe." Il y avait un engagement formel du premier
ministre, du gouvernement, de participer aux conférences
constitutionnelles. Pourquoi le gouvernement n'inclut-il pas cet engagement
formel dans la présente résolution? Je voudrais que le
gouvernement explique pourquoi il recule dans les engagements qu'il
était prêt à prendre il y a un an et pourquoi, aujourd'hui,
on le voit enlever des résolutions et des engagements que les
autochtones avaient demandés parce que, pour eux, c'était
important.
Si on a l'appui d'une province comme le Québec qui est un
partenaire majeur, si le Québec appuie les autochtones, c'est une aide
additionnelle et c'est tout ce qu'ils demandent. Ils voudraient que cette
reconnaissance formelle soit incluse dans la résolution.
Il y avait une autre référence dans la résolution
antérieure qui se rapportait au gouvernement fédéral. Elle
se rapportait spécifiquement au maintien des relations
particulières avec le Parlement et le gouvernement
fédéral. Je ne veux pas faire d'ironie, mais à ce
moment-là, quand le gouvernement n'avait pas pris le virage
fédéraliste, il incluait une reconnaissance du gouvernement
fédéral et, aujourd'hui, avec ce virage profédéral,
il veut l'exclure. Je me demande quel est le raisonnement. Pourquoi, si
spécialement on devient de plus en plus fédéraliste, de ne
pas inclure dans les résolutions une référence au lien
entre les autochtones, l'importance de ce lien pour les autochtones entre le
gouvernement fédéral et le peuple autochtone?
Un autre aspect. Dans la résolution de l'année
dernière, le gouvernement s'engageait à négocier non
seulement sur ses positions à lui, il s'engageait à
négocier sur les demandes faites par les autochtones et les
réponses du gouvernement. C'est logique. C'est acceptable. Les
autochtones font des demandes, le gouvernement répond et dit: Dans les
négociations, nous allons discuter le tout. Cela ne veut pas dire que le
gouvernement accepte tout ce que les autochtones ont demandé, mais au
moins il accepte d'en discuter. Cela était dans la résolution de
décembre 1983, mais ce n'est pas inclus dans la résolution
d'aujourd'hui.
M. le Président, que devons-nous conclure des propos du premier
ministre, de la résolution qui est devant nous, des
représentations qui ont été faites par les autochtones?
Premièrement, la résolution limite le cadre pour les
négociations futures. Je ne crois pas qu'il soit nécessaire de
faire cela. On veut créer des relations avec les autochtones, c'est
tellement difficile pour eux d'obtenir quelque chose de concret. Les
négociations sont tellement difficiles, les concessions qu'on leur a
accordées n'ont pas été faciles à obtenir. Si vous
limitez encore d'avance, avant même de vous asseoir avec eux, comment
pouvez-vous créer un climat de confiance? Premièrement, vous
limitez le cadre des négociations et c'est inacceptable. Il est vrai que
la résolution dit: "et sans limiter", mais cela est votre propre
décision, vous pourrez la limiter. Je vois les ministériels qui
me font un signe que la résolution va plus loin. Non! Non! La
décision de limiter ou non est la vôtre. Les autochtones disent:
Ce n'est pas cela qu'on veut. On ne veut pas que ce soit à vous de
limiter nos négociations. On veut que vous incluiez, comme vous l'avez
fait l'année dernière, que vous allez négocier sur nos
propositions et les vôtres.
Deuxièmement, la résolution ne parle pas
d'éléments essentiels pour les autochtones dans le domaine de
l'éducation. Je ne vois rien ici qui parle des institutions qui sont
nécessaires... Quand vous parlez de la langue, de la culture, des
traditions, il y a des institutions, dans le domaine de l'éducation,
dans le domaine social, qui exigent et qui demandent qu'on tienne compte de ces
éléments, la résolution devrait en être le reflet.
La résolution va beaucoup moins loin que l'entente de la Baie James qui
a cette reconnaissance. Elle parle d'institutions, de commissions scolaires,
d'institutions sociales, d'infrastructure. Il y a toute une gamme de services
qui sont gérés par les autochtones eux-mêmes. Si vous avez
une résolution aujourd'hui qui amoindrit cela, le risque est que demain
ils se fassent répondre par vous que les négociations sont
limitées, sont réduites et ne vont pas dans le sens qu'ils
veulent. (16 h 50)
Le point important, c'est que la motion n'enchâsse pas ces droits
dans la constitution canadienne, et oubliez de discuter ou de reconnaître
les droits des autochtones si vous ne les incluez pas dans la constitution
canadienne. C'est une contradiction pour eux. Ils ne le feront pas. Il va
falloir que vous vous engagiez d'avance à ce que les droits qui sont
reconnus... Libre à vous de négocier, d'en venir à une
entente, mais une fois que ces droits seront reconnus, les droits fondamentaux,
ils devront être inclus dans la constitution, parce que dans le
passé ils ont eu trop d'expériences amères en se faisant
concéder des droits, en se faisant concéder des terres, en se
faisant concéder toutes sortes de choses qui n'ont pas été
respectées. L'enchâssement dans la constitution canadienne est la
seule façon pour eux d'avoir au moins un genre de protection pour les
Parlements, pour les Assemblées nationales à venir, qui ne
pourront pas changer sans passer au moins par un processus qui est plus que le
processus ordinaire et qui va demander la participation de beaucoup plus de
gens et possiblement même la leur.
Le premier ministre s'était engagé à ce que cette
motion reflète l'accord constitutionnel de 1983. Il y a au moins un
endroit, à part tous les autres, où cela n'est pas
reflété. Quand vous dites que vous reconnaissez l'existence, vous
ne nommez pas les Métis. Les Métis ne sont pas reconnus dans
votre motion. Or, dans l'accord de 1983, c'était un pas majeur, un pas
en avant que le gouvernement fédéral a franchi, parce que ces
gens, on les appelle les Indiens sans statut. Pour une raison ou pour une
autre, à la suite des lois que nous avons adoptées, non pas des
lois qu'ils ont adoptées, nous avons décidé au cours des
années qu'une telle personne ne serait pas un Indien. Savez-vous, on
avait des primes pour empêcher les gens d'être Indiens. On leur
disait: Vous n'avez pas le droit de voter. Si vous voulez voter, par exemple,
on va vous donner le droit de voter, mais vous allez perdre votre statut
d'Indien. On essayait d'acheter des votes ou d'acheter un statut comme les
autres Canadiens en leur enlevant le statut d'Indien. Finalement, en 1983, on a
reconnu que tous ces gens, même s'ils avaient perdu leur statut par des
lois qui avaient été adoptées par le gouvernement
fédéral, ces gens-là seraient reconnus comme Indiens. Le
premier ministre s'est engagé en commission parlementaire à
accorder les mêmes droits. Cette motion ne le fait pas.
M. le Président, le premier ministre s'était engagé
à déposer une motion dont il disait, à la page B-9451 de
la commission parlementaire: "Bien sûr, cela inclurait tous les points
majeurs en substance, en tout cas, de l'accord de 1983." C'était un
engagement formel du premier ministre. Plus loin, il dit: "Une chose aussi
à laquelle on s'est engagé -je vais le répéter en
terminant, je cite le premier ministre en commission parlementaire - c'est
qu'on va continuer à participer, j'espère, utilement aux
conférences fédérales-provinciales et offrir par ce
mécanisme aux porte-parole des autochtones du Québec qui
désirent le faire de venir avec nous pour s'y exprimer librement."
On voudrait que la motion reflète non seulement l'engagement du
premier ministre à son siège mais que la motion reflète
cet engagement solennel de la même façon que
la motion qui avait été préparée en 1983 le
faisait.
On va en venir à la consultation. Le premier ministre avait
ajouté, en parlant des droits des femmes autochtones: "Mais là
aussi, là-dessus aussi - c'est-à-dire la clause
d'égalité - il y aura des consultations, si vous le voulez bien,
pour qu'on voie si on peut s'entendre." Autrement dit, le premier ministre
disait qu'il allait consulter, avant de déposer la motion à
l'Assemblée nationale, les différents groupes d'autochtones pour
s'assurer qu'il y ait un consensus sur le contenu. C'est possible d'avoir un
consensus sur le contenu de la motion sans donner d'avance ou accorder d'avance
tout ce qu'on veut ou doit faire dans les négociations mais avoir au
moins certains principes fondamentaux, une base sur laquelle les gens peuvent
travailler ensemble. Les autochtones ont demandé de rencontrer le
premier ministre, quand ils ont vu cette première motion. Ils n'ont pas
pu le rencontrer. Ce qu'ils ont fait, c'est que, le 15 janvier, ils ont
envoyé un télégramme au premier ministre, au sujet de
cette dernière résolution. C'était un
télégramme de Makivik Corporation, des Inuit, et avec
l'approbation du grand chef des Cris, Ted Moses. Il dit: "The resolution you
have presented to the Assemblée nationale, without our collaboration, is
a revised version of the draft resolution you have discussed with us in
December 1983. In a telex dated December 14th, 1983, we indicated to you our
basic position".
Ils disent que la résolution semble être une modification
de la résolution de décembre. Ils ont eux-mêmes
indiqué leur position au gouvernement. La position qu'ils ont
indiquée comporte tous les faits que je viens de porter à votre
attention, soit l'enchâssement de leurs droits dans la constitution, la
question de l'autonomie politique et tous les points qu'on vient de discuter.
Ils disent: "We also seek your assurance - ils le demandent au premier ministre
- that no resolution concerning our rights or affecting us will be tabled by
your government without our consent". La traduction dit: Nous demandons votre
assurance pour qu'aucune résolution concernant nos droits ou qui nous
affecte soit déposée ou acceptée par votre gouvernement,
sans notre consentement.
Quand j'entendais le premier ministre...
Avis de débat de fin de séance
Le Vice-Président (M. Rancourt): Je m'excuse auprès
de vous, M. le député de Mont-Royal. Comme l'indique notre
règlement, la présidence a reçu un avis qui se lit comme
suit: "M. le Président, je ne suis pas satisfait des réponses
obtenues du ministre du Travail aux questions que je soulevais aujourd'hui
concernant le conflit de Domtar à Lebel-Sur-Quévillon. En
conséquence, je désire me prévaloir des dispositions des
articles 300 et suivants pour obtenir un débat de fin de séance".
C'est signé: "Le député de Sainte-Marie". Notre
règlement exige que cet avis soit lu avant 17 heures de la même
journée. Donc, il vous reste encore dix minutes, M. le
député de Mont-Royal.
Reprise du débat sur la motion du premier
ministre
M. John Ciaccia (suite)
M. Ciaccia: M. le Président, je comprends que vous
appliquiez le règlement, car votre devoir l'exige. Les Inuit demandent
de ne pas accepter une motion à moins qu'eux-mêmes y participent.
Ils n'acceptent pas cette résolution. Non seulement les Inuit, mais les
Cris... Je pourrais vous lire la liste de tous ceux qui ont envoyé des
télégrammes. J'ai même reçu un appel
téléphonique, hier soir, des représentants de Kahnawake,
me disant: "M. Ciaccia, nous voulons que le Parti libéral s'oppose
à la motion qui a été déposée. Nous ne
voulons pas qu'elle soit acceptée".
Quand j'entends le premier ministre nous dire: Je présume que le
député de Mont-Royal et les députés libéraux
ne feront pas un débat pour contester la motion, mais seulement pour
discuter plus en profondeur la position et les droits des autochtones, c'est
presque embarrassant. Évidemment, le premier ministre n'en parle pas
à ses conseillers. Évidemment, le premier ministre n'a pas lu les
télégrammes qu'il a reçus. Évidemment, le premier
ministre n'a pas lu les lettres qu'il a reçues, entre autres, une lettre
des Micmacs de la réserve de Maria, dans le comté de Bonaventure,
soit le comté de notre chef parlementaire et chef de l'Opposition. J'ai
des lettres des Naskapis. J'ai des lettres des représentants de
plusieurs autres groupes autochtones du Québec. Très
catégoriquement, ils disent que cette résolution ne doit pas
être adoptée ici. (17 heures)
J'invite maintenant le premier ministre à relire les
débats de la commission parlementaire de 1983. Je voudrais lui en citer
quelques extraits. Il dit: "Cela m'amène à observer que le temps
semble bien révolu où on pouvait croire suffisant
d'établir sous l'impulsion de la générosité ou
parfois même d'un certain accès de mauvaise conscience historique
des programmes qui puissent répondre tant bien que mal quelque peu
à leurs besoins. Ce sont des droits qu'il s'agit dorénavant de
reconnaître". Oui, M. le premier ministre, vous avez raison. C'est pour
cela que cette résolution est inadéquate.
Je continue à la page 9212: "II faudrait aussi reconnaître
des droits fondés à la fois sur la légitimité
historique et sur notre décision d'établir avec les autochtones
une relation d'égal à égal fondée sur la
dignité et sur la confiance." Si vous voulez la confiance, consultez,
n'essayez pas d'adopter une résolution qui doit leur donner des droits
quand ils vous disent: Cela ne nous donne pas de droits, cela ne nous aide pas,
cela va nous causer des préjudices. S'il vous plaît, n'acceptez
pas cette résolution, ne l'adoptez pas, consultez avec nous.
Je continue la citation du premier ministre à la commission
parlementaire: "La détermination des droits des autochtones et
l'établissement de politiques susceptibles de répondre à
leurs besoins ne peuvent se faire qu'en pleine connaissance de leur point de
vue et de leurs priorités." C'est le premier ministre qui parle. Je
suggérerais très respectueusement que le premier ministre
applique les principes qu'il a rendus publics, qu'il a énoncés
devant les autochtones qui étaient devant lui en commission
parlementaire, et qu'il retire cette résolution.
Un document a attiré mon attention, un document interne du Bureau
de coordination des activités en milieux amérindien et inuit, et
se lit comme suit, à la page 56: "Le Québec a assuré les
autochtones qu'il entendait faire adopter une résolution par
l'Assemblée nationale qui préciserait que le Québec
reconnaît cet accord tout comme il l'avait signé -
c'est-à-dire l'accord constitutionnel. Cette résolution de
l'Assemblée nationale devait être adoptée avant la fin de
l'année 1983 mais, à cause de désaccords entre les parties
autochtones quant au texte de cette résolution, il fut impossible de le
faire. Ce sera repris au cours de l'année 1984." Bien, c'est très
révélateur. La résolution de 1983 allait encore plus loin:
ce n'était pas acceptable. Comme ce n'était pas acceptable en
1983, ce n'est pas acceptable maintenant.
En conclusion, la raison pour laquelle ce n'est pas acceptable. Le
premier ministre parle à l'occasion d'une conférence
constitutionnelle. C'est justement pour cela que cette résolution n'est
pas acceptable: "La présente résolution ne reflète pas les
représentations que les autochtones ont adressées au
gouvernement; elle ne reflète même pas les engagements pris par le
premier ministre. Elle omet de façon spécifique les
références à des éléments aussi essentiels
que le gouvernement fédéral, la constitution canadienne,
l'enchâssement des droits des autochtones dans la constitution,
éléments qui sont d'importance capitale pour les autochtones et
sans lesquels toute reconnaissance et protection de leurs droits sont vide de
sens. Comme cette résolution est très limitative, son adoption
restreindrait et affaiblirait considérablement la position des
autochtones lors de la prochaine conférence constitutionnelle d'avril
sur les droits des autochtones selon l'amendement constitutionnel de 1983.
Le gouvernement du Québec avait une occasion unique,
particulièrement à la veille des pourparlers constitutionnels sur
les droits des autochtones, d'essayer de faire prévaloir ces droits, de
fournir un exemple et de jouer un rôle de leader comme partenaire majeur
dans la fédération canadienne en indiquant la voie à
suivre et en aidant les autochtones à obtenir la reconnaissance de leurs
droits dans tout le Canada. Je déplore le fait que le Québec ait
choisi de ne pas assumer ce rôle. C'est une situation qui est assez
triste pour les autochtones. Mais si le gouvernement du Québec ne peut
accorder une reconnaissance adéquate des droits des autochtones, s'il
refuse de montrer la voie, d'accord avec le gouvernement fédéral
et les autres provinces, en aidant les autochtones, tout au moins, qu'il ne
vienne pas leur porter préjudice dans leur démarche en vue
d'obtenir ces droits auprès du gouvernement fédéral.
Le premier ministre devrait, en toute décence, retirer cette
résolution qui ne peut que nuire aux autochtones dans les jours à
venir et qui desservirait leurs intérêts. Si le premier ministre
persiste à faire adopter la présente résolution, je pense
que ce serait très disgracieux envers les autochtones.
Ils vous demandent, par des télégrammes, par des lettres,
de retirer la résolution. Ils ne veulent pas que vous compromettiez
leurs droits à la veille de la conférence constitutionnelle. Si
le premier ministre est vraiment sincère - s'il a été
sincère à la commission parlementaire quand il parle des droits
des autochtones, la meilleure faveur qu'il pourrait leur faire maintenant
serait de retirer la résolution.
Nous recommandons premièrement de retirer cette
résolution; deuxièmement, de rencontrer les autochtones
après la conférence constitutionnelle et de vous entendre sur un
libellé qui sera acceptable à toutes les parties parce que c'est
seulement de cette façon que vous pourrez leur donner confiance et avoir
des relations harmonieuses avec notre premier peuple, relations qui sont
tellement importantes. Merci, M. le Président.
Une voix: Bravo!
Le Vice-Président (M. Brouillet): Mme la
députée des Îles-de-la-Madeleine.
Mme Denise Le Blanc-Bantey
Mme Le Blanc-Bantey: Merci, M. le Président.
J'interviendrai très brièvement pour dire que, quant à
nous, nous sommes heureux que le gouvernement amène cette
motion devant l'Assemblée nationale. Ayant écouté
attentivement le député porte-parole de l'Opposition officielle,
je vous avouerai qu'il ne m'a pas convaincue, bien au contraire, que cette
motion devait être retirée.
Comme d'autres, je veux bien admettre qu'elle est probablement
imparfaite, mais il me semble que tout geste que peut poser le gouvernement
pour corriger les injustices à l'endroit des autochtones est un pas dans
la bonne direction.
Au-delà des déclarations de principe assurant aux nations
en question divers droits fondamentaux, vous ne serez pas surpris et surprises
d'entendre que je suis particulièrement heureuse de constater la
volonté du gouvernement à ce que ces droits s'appliquent
également aux hommes et aux femmes. Il est vrai, et le
député de Mont-Royal l'a très bien explicité, que
le gouvernement du Québec n'a pas la juridiction permettant de redonner
aux femmes qui ont perdu leur statut, le statut d'indiennes. Vous savez, M. le
Président, que si, par exemple, un Indien se marie avec une blanche il
ne perd pas son statut, ni ses enfants, mais, par ailleurs, si c'est une femme
qui se marie avec un blanc, elle perd son statut d'indienne, ses
privilèges ainsi que ses descendants.
C'est un principe complètement odieux, une discrimination
complètement odieuse qui auraient dû être bannie depuis
longtemps de la législation canadienne qui, effectivement, pourrait
régler le problème. On sait aussi qu'il y avait, avant que
l'ancien gouvernement canadien n'aille en élection, un projet de loi
devant le Parlement canadien qui a été, si ma mémoire est
bonne, bloqué d'ailleurs par un député conservateur. On
sait, par ailleurs, qu'une ministre du gouvernement canadien annonçait
récemment, à l'occasion de la Journée internationale de la
femme, qu'ils avaient l'intention de revenir devant le Parlement canadien avec
ce projet de loi. Je pense donc que cette motion pourrait justement
rafraîchir la mémoire aux élus canadiens et faire en sorte
qu'ils se hâtent de revenir devant le Parlement canadien afin d'adopter
le projet de loi qui permettrait une véritable égalité
juridique entre les femmes et les hommes autochtones.
J'espère d'ailleurs que le gouvernement du Québec
profitera de cette motion à l'Assemblée nationale pour rappeler
formellement au gouvernement canadien ce projet de loi qui traîne
toujours et qui devrait, surtout à l'occasion de la décennie des
femmes, être adopté le plus rapidement possible.
J'espère que l'appui du Québec, par cette motion - selon
les informations que j'en ai, les femmes autochtones sont très heureuses
de voir cette motion devant l'Assemblée nationale - contribuera à
aider les femmes autochtones dans leurs revendications sur le principe
d'égalité lors de leur participation à la prochaine
conférence constitutionnelle qui se tiendra les 2 et 3 avril
prochain.
Je n'ai pas envie de détailler davantage, sinon de noter avec
satisfaction la décision qui a été prise d'établir
un forum parlementaire permettant aux autochtones de faire connaître
leurs aspirations et leurs besoins. (17 h 10)
Je conclus en disant que je ne vous surprendrai donc pas si, ayant
expliqué pourquoi je tiens à ce que cette motion soit
adoptée ici à l'Assemblée nationale, je voterai pour la
motion du gouvernement.
Le Vice-Président (M. Brouillet): M. le ministre
délégué aux Relations avec les citoyens.
M. Élie Fallu
M. Fallu: M. le Président, vous me permettrez de ne pas
être saisi d'étonnement en entendant le député de
Mont-Royal. Je ne savais pas trop à quel titre il parlait.
Était-ce à titre de membre du Parti libéral?
Était-ce à titre de sous-ministre aux Affaires indiennes et du
Nord canadien ou à titre d'ancien négociateur des ententes de la
Baie James? C'est un peu mêlé, tout cela. De surcroît, il y
a même des choses qu'il mêlait, semble-t-il, je ne voudrais pas
dire délibérément, mais du moins qu'il mêlait
considérablement. Après l'avoir entendu, je dois refaire, un peu
à l'envers, le discours que j'avais préparé. Donc,
j'arrive immédiatement à cette motion et, notamment, à la
caricature qu'en a faite le député de Mont-Royal.
Il y a tout juste une semaine, j'étais à Toronto pour la
préparation de cette conférence constitutionnelle. Ayant
apporté à tout hasard une photocopie de cette motion
déjà déposée sur la table de notre
secrétaire général depuis le 4 décembre dernier, il
m'est arrivé de la faire connaître dans les dernières
minutes de la conférence. Tout le monde s'en est emparé, disant,
à gauche et à droite et, notamment, chez les représentants
des peuples amérindiens et inuit, qu'une telle motion
enchâssée dans une constitution canadienne ferait fort bien leur
affaire car, justement, ce qu'ils visent en premier lieu, c'est de faire
reconnaître ce droit à leur propre existence. Pourrais-je vous
dire qu'il était un peu lourd de participer à une telle rencontre
alors qu'il était question de l'enchâssement dans la constitution
du Canada de la reconnaissance de l'existence des peuples, et qu'au même
moment je savais fort bien que l'existence de mon peuple n'était pas
enchâssée dans
cette constitution, quant à elle. J'aurais bien aimé
également, à titre de Québécois, qu'on puisse me
reconnaître ce droit à l'autonomie. Pour le député
de Mont-Royal, puisqu'il n'arrive pas à comprendre les mots, qu'il aille
plutôt voir la version anglaise de cette motion. Cela s'appelle "The
right of self-government within Québec".
Permettez-moi, maintenant, de préciser ma pensée sur ces
énormités que j'ai entendues et d'y répondre
brièvement. Au premier paragraphe, on demande que cette Assemblée
reconnaisse l'existence au Québec des nations... reconnaisse l'existence
des nations... M. le Président, vous savez fort bien que la nation
abénaquise a à peine quelques dizaines de descendants,
hélas! Dans le passé, sans doute, et très certainement, la
présence des Blancs en Amérique du Nord en est la cause.
Néanmoins, en si petit nombre soit-elle, que l'Assemblée,
aujourd'hui, reconnaisse solennellement l'existence de la nation
abénaquise, c'est une motion qui vaudrait la peine aussi d'être
adoptée par toutes les Législatures des provinces et, notamment,
par celle du Canada. Je vous jure qu'il y a des gens qui seraient heureux sur
ce demi-continent.
Le député de Mont-Royal, comme cela, en faisant la
version, je dirais sa version de la motion, interprète et
interprète son interprétation pour lui faire dire à peu
près n'importe quoi. C'est ainsi que sur la base de la réponse du
premier ministre, non seulement du premier ministre mais du gouvernement le 9
février 1983, il stipule dans un premier temps que le gouvernement, dans
ses négociations, va se limiter à la simple réponse en
quinze points du 9 février 1983.
Puis-je lui rappeler que dans la motion, il y est bien dit "sans s'y
limiter", c'est-à-dire sans se limiter aux réponses et donc en
tenant compte également des questions et deuxièmement, je lui
demande de prendre la parole du premier ministre qui, tout à l'heure,
dans la présentation de la motion, a bien dit que ces réponses,
qui étaient à tous égards suggérées par des
questions préalables, n'étaient pas limitatives.
Enfin, et là je n'en prends qu'un seul au hasard. Je l'ai
trouvé tellement grossier que je me sens l'obligation de le relever ici
en cette Chambre. On nous dit: Mais qu'est-ce donc que de reconnaître le
droit de chasser, de piéger, de récolter et de participer
à la gestion des ressources fauniques puisque,
précisément, vous n'avez qu'à vous prendre un permis de
chasse ou de pêche? Quant aux cueilleurs vous pouvez aller cueillir sur
les terres publiques. Ou encore, parce que les nations cries, naskapies et
inuit ont déjà ces reconnaissances. Mais, M. le Président,
le député de Mont-Royal ignore très certainement que la
nation huronne ou la nation abénaquise, comme nation, n'a pas beaucoup
de territoire sur lequel chasser, piéger, pêcher, récolter,
etc, c'est-à-dire développer leurs cultures, développer
leurs traditions. Il est manifeste que le député de Mont-Royal -
M. le Président, vous m'excusez de le dire aussi brutalement - est de
mauvaise foi.
Rappelons maintenant la position du Québec dans ce débat.
Je referai tout à l'heure un peu d'historique mais ce débat
récent, ce débat constitutionnel, c'est-à-dire
l'année 1981, 1982, 1983. Après que le gouvernement eût
indiqué qu'il ne participerait pas au rapatriement de la constitution,
après que cette Assemblée, à l'exception du
député de Mont-Royal, j'en conviens, eût
déterminé les conditions minimales pour l'entrée du
Québec dans la constitution canadienne, le gouvernement du Québec
s'est engagé, à la demande des peuples autochtones du
Québec, à participer avec eux aux conférences
fédérales-provinciales sur la constitution, leur laissant
même son siège pour pouvoir s'exprimer comme nation à
l'intérieur du Québec à ces conférences
fédérales-provinciales. Ils jouissent pleinement de ce
siège pour dire au Canada et en ligne directe, sans passer par la voie
des élus de cette Assemblée, sans passer par moi-même
à l'occasion, par le ministre de la Justice ou par le premier ministre
lui-même, pour dire à l'ensemble du Canada leurs attentes. C'est
infiniment plus que ce que les autres provinces permettent aux peuples
autochtones qui vivent chez eux. (17 h 20)
Non seulement peuvent-ils s'y exprimer, ils peuvent encore faire des
propositions et jamais le Québec n'a tenté d'encadrer leurs
discours. Ils sont libres à cette table. Ils jouissent
déjà de leur autonomie. Le député de Mont-Royal
semble l'oublier. Qu'en est-il de cette demande d'enchâssement dans la
constitution? Il est vrai que certains peuples autochtones nous ont fait et
nous font encore cette représentation. Peut-on dire, en contrepartie que
le moment - c'est un jugement politique que je pose sur l'évolution de
ces négociations - n'est pas encore venu d'un enchâssement? Il est
maintenant manifeste que la prochaine conférence ne dégagera pas
le consensus majoritaire prévu dans les règlements d'amendement
de la constitution canadienne pour que l'enchâssement des droits des
peuples autochtones se fasse à très courte
échéance. La devise au Canada est plutôt, par les temps qui
courent: "Let's talking". On connaît déjà une
première échéance. C'est celle des 2 et 3 avril prochain,
mais, déjà, un autre rendez-vous constitutionnel est inscrit dans
la constitution, en avril 1987, c'est-à-dire dans deux ans.
D'ici là, il peut se passer un certain nombre de choses ou encore
il peut ne rien se passer. Il peut se passer un certain nombre de choses pour
nous, nation
québécoise, c'est-à-dire la reconnaissance de - je
vais reprendre le texte même de la motion - la reconnaissance de
l'existence du Québec comme nation, comme peuple, ce qui permettrait
alors, avec les autres conditions que l'on connaît déjà et
qui seront débattues d'ailleurs incessamment avec le
fédéral, aux peuples autochtones eux-mêmes de voir
inscrire, enchâsser dans la constitution canandienne leur propre
reconnaissance à l'existence. Ou encore il peut ne rien se passer, ne
rien se passer pour nous nation québécoise et ne rien se passer
pour eux peuples autochtones du Québec ou peuples autochtones du Canada,
car j'ai personnellement le sentiment que le dossier de la reconnaissance des
droits n'avance pas très rapidement sur le continent
nord-américain, notamment au nord du 45e parallèle. Une province
a peur évidemment que cela lui coûte cher; l'autre craint d'avoir
à concéder des terres; l'autre craint d'avoir à
reconnaître l'ensemble de ce qui s'appelle actuellement les
réserves, les territoires des réserves; les autres craignent,
étant donné l'absence de traité ou des traités
infiniment flous, d'avoir à reconnaître des communautés qui
actuellement n'ont pas d'existence juridique, devrais-je dire. Il n'y a que
très peu de provinces qui se sont vraiment ouvertes au problème
autochtone au Canada.
Mon troisième propos, M. le Président, et je reviens au
Québec, en enchaînant sur ce que je disais des autres provinces et
du Canada lui-même. Nous nous sommes, je dirais, habitués,
familiarisés avec le fait que les nations autochtones soient parmi nous
à cette Assemblée nationale. Plus de 20 lois ont
été ratifiées, en tout unanimité avec elles, en
toute reconnaissance de leur autonomie, car si elles ont choisi, ici ou
là, de vivre en commission scolaire ou en municipalité, c'est
qu'elles l'ont choisi. Quand le député de Mont-Royal voulait nous
inciter tout à l'heure à inscrire les formes de gouvernement que
devrait revêtir cette autonomie, je ne comprends plus son discours. Car
il voudrait qu'on inscrive dans une telle motion où on reconnaît
le droit à l'autonomie, le type d'institutions qu'elles voudraient se
donner alors qu'il veut leur imposer. C'est une contradiction absolument
parfaite!
Plus de 20 lois ont été adoptées ici, en cette
Assemblée, et je ne saurais compter combien de lois ont
été votées en cette Assemblée avec un article
exclusif, c'est-à-dire qui permet aux nations, notamment celles avec
lesquelles nous avons des traités, d'appliquer chez elles la loi. Ce fut
le cas, à ma connaissance, de la loi 3 portant sur l'enseignement
primaire et secondaire, quelques heures à peine avant notre
départ des fêtes, selon laquelle les peuples avec lesquels nous
avons des traités peuvent appliquer la loi à leur propre rythme,
à leur propre convenance, ou ne pas l'appliquer du tout. Il en est de
même - le premier ministre l'a rappelé tout à l'heure - de
la Charte de la langue française. Plus de 20 lois! Combien de
commissions parlementaires! Combien de rencontres! Les peuples autochtones
n'ont jamais fait partie autant de notre vie collective que depuis peu, que
depuis, devrais-je dire, une dizaine d'années tout au plus et, tout au
plus vraiment, depuis 1963.
L'exemple du Québec est connu dans le Canada. Il est connu des
peuples autochtones hors Québec et il est respecté car ce que le
Québec a fait, c'est que, voulant lui-même comme peuple,
être respecté, il a commencé par respecter les nations qui
vivent sur notre territoire. Enfin, je ne voudrais pas reprendre cet historique
absolument extraordinaire que le premier ministre a tout à l'heure
dressé devant nous. Il était émouvant de l'entendre, lui
qui n'est pas historien, mais lui qui a fait l'histoire à travers
plusieurs gouvernements. Rappelez-vous 1963, la création de la Direction
générale du Nouveau-Québec et puis, égrenées
au fil des ans les ententes qui se sont passées, notamment la
première entente en 1968 avec le gouvernement fédéral.
Rappelez-vous la négociation, les tout premiers traités de 1974
que, d'ailleurs, notre collègue de Mont-Royal avaient pilotés et,
je dois le dire, bien pilotés dans le sens de l'autonomie interne des
Amérindiens et des Inuit.
Ensuite, il faut passer à très grands traits tout ce que
notre société a fait en termes de reconnaissance, d'abord,
devrais-je dire, en termes de réflexion avant même cette
reconnaissance. Rappelons-nous ces programmes des partis, y compris le mien,
qui ont eu des ratés à quelques occasions. Rappelons le programme
du Parti québécois, celui de 1984, le dernier, qui dit
expressément que ces négociations se fonderont sur la
reconnaissance du droit de ces peuples à disposer d'eux-mêmes. (17
h 30)
Rappelons, évidemment, que le Parti libéral n'a pas de
programme. Il a un programme, mais qui est totalement muet sur la question des
nations amérindiennes et autochtones. C'est à ce point d'ailleurs
que le député de Mont-Royal, pour pouvoir faire allusion à
la réflexion de son parti, a dû revenir au livre blême, au
livre beige de jadis, qu'ils ont eux-mêmes renié, parce que dans
leur nouveau programme, ils ont oublié - et pourtant, il vient tout
juste d'être fait, il y a quinze jours ou trois semaines - qu'il existait
au Québec des nations amérindiennes et inuit. Et alors,
lorsqu'ils se lèvent en Chambre, sur quoi s'appuient-ils pour parler?
Ils n'ont pas de réflexion. La réflexion a maintenant subi,
à mon avis, un progrès majeur au Québec car il fallait
consolider la pensée des Blancs. Il fallait inverser
l'histoire. Il y a à peine 20 ou 30 ans, s'il avait fallu
proclamer le droit à l'autonomie des peuples, s'il avait fallu
simplement dire que dans cette société, nous reconnaissons
l'existence au Québec de nations... On les appelait encore à
l'époque les sauvages et les Esquimaux, ce qui n'était pas
très flatteur.
M. le Président, le geste que nous posons aujourd'hui est un
geste de dignité. Nous reconnaissons l'existence de peuples. Si le Parti
libéral, qui n'a pas de programme, ne veut pas reconnaître
l'existence de ces peuples, il va à la déchéance, lui qui,
de toute façon, ne reconnaît même pas, semble-t-il,
l'existence du peuple québécois.
Le Vice-Président (M. Brouillet): M. le
député de Nelligan.
M. Clifford Lincoln
M. Lincoln: Je constate, M. le Président, les
applaudissements à retardement qu'a reçus le ministre de la
concertation avec les citoyens. J'oublie exactement le titre, le ministre
délégué aux Relations avec les citoyens. Il semble depuis
qu'il est devenu le ministre délégué aux Relations avec
les citoyens qu'il est devenu plus amer qu'il ne l'a jamais été.
En fait, je ne l'ai jamais connu aussi amer, disant au sujet de mon
collègue de Mont-Royal qu'il a dit des énormités, qu'il a
fait une caricature des faits, qu'il était de mauvaise foi, lui, mon
collègue de Mont-Royal qui a été lui-même
l'instrument... Si, aujourd'hui, les peuples autochtones ont la Convention de
la Baie James, c'est à cause de lui. Le ministre
délégué aux Relations avec les citoyens, est-ce qu'il
pourrait comparer sa crédibilité avec celle du
député de Mont-Royal quand il s'agit des peuples autochtones du
Québec? Est-ce qu'il le peut aujourd'hui? Je recommande au ministre
délégué aux Relations avec les citoyens de faire le
demi-quart du travail qu'a fait le député de Mont-Royal
auprès des peuples autochtones. Si, par exemple, il avait assisté
à une réunion avec les peuples autochtones pour voir comment les
représentants de ces peuples traitent le député de
Mont-Royal, peut-être que le ministre n'aurait pas dit ce qu'il appelle
lui-même des énormités.
En fait, le ministre a lui-même commencé son discours...
Comme discours, il a été prononcé à l'envers. Oui,
c'est justement cela. Il était bien à l'envers, son discours,
parce que vous imputez au député de Mont-Royal de la mauvaise
foi, semblant dire que c'est lui qui a inventé toutes ces choses, que la
résolution du gouvernement du Québec est appuyée, dans son
ensemble, dans son esprit, dans sa lettre, par les peuples autochtones. Mais
vous savez très bien, comme l'a cité le député de
Mont-Royal, que le premier ministre lui-même a reçu des
quantités de lettres de toutes les bandes d'Indiens et du peuple inuit
refusant la motion, lui demandant de la retirer. Qui a écrit ces
lettres? Est-ce que ces lettres sont des inventions du député de
Mont-Royal? Est-ce que c'est lui qui a fabriqué ces lettres? Est-ce que,
pour vous rafraîchir la mémoire, il faudrait vous citer de nouveau
les lettres, celle qui est adressée à l'Honorable René
Lévesque, par le peuple inuit: "The resolution you have presented to the
Assemblée nationale without our collaboration is a revised version of
the draft resolution you discussed with us in December 1983. The contents of
the draft resolution your officials have explained to us do not meet the
commitment you made to us at the parliamentary commission hearings, in Quebec
city, on November the 22nd, 1983. Therefore, we are opposed to a resolution
being tabled at this time. "We also seek your assurance that no resolution
concerning our rights or affecting us will be tabled by your government,
without our consent. It is essential that the contents of any resolution, which
directly affects us or our future, be discussed with an approved by us prior to
its tabling? "The resolution which has been presented to the Assemblée
nationale does not meet our approval for the following reasons", M. le
ministre. Ils citent cinq raisons principales. Ils disent: "In our view, an in
depth meeting between you and our respective representatives, is essential if
further progress is to be made on an appropriate resolution. Kindly inform us
when you can meet with us in the near future. Furthermore, we are requesting
that you withdraw the resolution currently tabled in the Assemblée
nationale so that we may proceed with, the discussions in an open and equitable
manner."
M. le ministre, est-ce que c'est le député de Mont-Royal
qui a écrit ce télégramme? Est-ce le député
de Mont-Royal qui a écrit toutes les lettres et tous les
télégrammes au premier ministre? qui refuse que cette
résolution soit mise à l'ordre du jour, sans consultation
préalable, sans que les peuples autochtones eux-mêmes soient
d'accord là-dessus?
Cela me rappelle le genre de lois et de résolutions que l'on
faisait anciennement. On faisait des résolutions et des lois pour les
minorités, pour les handicapés, pour les malades, pour les
accidentés du travail, sans jamais les consulter. C'est pourquoi on
avait tellement de mauvaises lois. Mais depuis, la société a
évolué. Quand on présente des lois pour les
accidentés du travail ou pour les handicapés ou pour les gens les
plus démunis de notre société ou pour n'importe quel
groupe de notre société, que ce soit pour les riches ou pour les
pauvres ou pour les
travailleurs ou pour les patrons, on commence par leur en parler, me
semble-t-il. On commence par avoir leur collaboration. On commence par savoir
ce qu'ils en pensent eux-mêmes. On ne fait pas sur leur tête des
résolutions dont ils ne veulent pas eux-mêmes.
La moindre décence, la moindre politesse envers ces peuples, qui
ont été, depuis de nombreuses générations,
certainement les précurseurs de tous les Canadiens et de tous les
Québécois, c'est justement de leur en parler avant de faire des
résolutions qui sont censées décider de leur sort.
Là, on n'a fait aucune consultation. On n'a rien fait.
Il faut voir combien de contradictions se trouvent dans la
résolution du premier ministre et dans tous les documents qui ont
d'abord été déposés. C'est la contradiction la plus
fondamentale parce que, ce que veulent les autochtones
précisément, c'est d'avoir une reconnaissance de leurs droits
dans la constitution canadienne. Ils le disent clairement dans toutes les
lettres qu'ils ont écrites au premier ministre et dans les deux
principales lettres. Ce qu'ils veulent, c'est une reconnaissance de leurs
droits dans la constitution canadienne. Or, comment le Québec peut-il
arranger une reconnaissance de leurs droits dans la constitution canadienne,
quand le Québec ne veut pas la reconnaître lui-même?
En fait, l'ironie du sort veut bien que, dans la lettre du premier
ministre du 10 février 1983 où il dit bien clairement: "Les
engagements qu'elles impliquent et les politiques qu'elles annoncent ou
confirment -parlant des lettres que lui avaient envoyées les peuples
autochtones - se tiennent par eux-mêmes, sans égard aux
décisions ou résultats des conférences et discussions
convoquées dans le cadre d'une constitution dont le Québec n'a
pas accepté la validité". Comment peut-on se rendre aux
requêtes des groupes autochtones qui veulent justement que cette
reconnaissance de leurs droits soit faite dans la constitution canadienne? Le
mieux que pourrait faire le Québec à ce stade, c'est de dire,
puisqu'il y aura des discussions par rapport à la constitution
canadienne au début d'avril. Attendons le début d'avril pour que
ces discussions se fassent. Mais si, à ce moment-là, au fil de
ces discussions, on demandait au Québec d'appuyer une position
quelconque par une résolution sur laquelle les peuples autochtones sont
d'accord, alors, là, c'est le genre de logique, c'est le genre de
situation que nous accepterions.
Mais de dire d'avance que nous allons adopter une résolution qui
ne veut rien dire par rapport à la requête principale des peuples
autochtones de faire reconnaître leurs droits dans la constitution
canadienne, à quoi cette résolution sert-elle? Or, cette
résolution, comme l'a souligné mon collègue de Mont-Royal,
n'apporte rien de nouveau dans le dossier. (17 h 40)
Nous disons ici que, pour les nations qui le désirent ou l'une ou
l'autre des bandes qui les constituent, on va faire des ententes leur assurant
l'exercice du droit à l'autonomie au sein du Québec. J'entendais
le ministre dire: Voyez la version anglaise qui parle de "self-government" et
vous saurez ce que veut dire l'autonomie. Mais le ministre, lui, a
peut-être plus de science que le ministre de la Justice
fédéral responsable de ce dossier. Il dit lui-même que la
question de l'autonomie doit être précisée. Il ne sait
même pas ce que cela veut dire, la question n'a pas été
définie.
Je cite le ministre fédéral. Il parle d'institutions
gouvernementales autonomes dont la portée est à définir.
Il dit que ce qu'il cherche, c'est un système instituant pour les Cris
et les Naskapis du Québec un système de gouvernement
essentiellement conçu par ceux-ci. Il dit: "D'une manière
générale, le gouvernement d'Ottawa propose de reconnaître
dans la constitution le droit des peuples autochtones à des institutions
gouvernementales autonomes et d'entamer des négociations avec les
provinces et les autochtones afin d'en préciser la portée."
C'est dire que toute la portée de la question de l'autonomie doit
être reconnue et que les autochtones ne veulent pas de situations
où on pourrait restreindre les droits qu'ils pourraient vouloir discuter
durant la conférence constitutionnelle qui va se tenir en avril. Il me
semble que c'est presque insultant de voir qu'ici on donne des droits à
des peuples qui les ont déjà. Pourquoi, par exemple, donnerait-on
tous ces droits que ces peuples ont déjà comme tous les citoyens
du Québec: le droit à la culture, à la langue et à
la tradition; le droit de posséder et de contrôler des terres; le
droit de chasser, de pêcher, de piéger, de récolter et de
participer à la gestion des ressources fauniques; le droit de participer
au développement économique du Québec et d'en
bénéficier.
C'est sûr que tous ces droits qui faisaient partie de la lettre
principale du 30 novembre 1982, que les peuples autochtones du Québec
avaient envoyée au premier ministre, se situaient par rapport à
une question très précise. Ce n'était pas des droits que
ces peuples demandaient comme citoyens québécois; eux, comme
citoyens québécois, ont déjà ces droits. Ce qu'ils
demandaient, c'est vraiment ceci: Que nous appuyons la reconnaissance
constitutionnelle spécifique d'au moins ces droits, la reconnaissance
constitutionnelle spécifique. Tous les droits qui étaient
demandés dedans étaient des droits qu'ils voulaient faire
enchâsser dans la constitution canadienne et
non pas des droits qu'ils voulaient que l'Assemblée nationale du
Québec confirme. Ils les ont déjà.
En fait, c'aurait été un peu ironique que nous donnions
toutes sortes de droits au Québec que nous pouvons retirer ensuite
à notre gré. Je voudrais citer, par exemple, la charte des droits
du Québec. À l'occasion des décrets qui ont
été imposés aux travailleurs, on a décidé
que la charte québécoise des droits ne faisait pas l'affaire
parce qu'on ne pouvait imposer des décrets aux travailleurs. On va la
suspendre pour le moment. Ce fut la loi 105, la loi 111 et on a suspendu la
charte des droits du Québec. Quelle est la garantie que cette charte ne
sera pas suspendue si, par cette résolution, nous donnons des droits aux
peuples autochtones que nous pourrons retirer à notre gré?
L'autre jour, j'entendais les déclarations du ministre des
Communautés culturelles au sujet de la loi 101, parce qu'il y a eu un
jugement en Cour supérieure du Québec disant que la charte des
droits du Québec était en conflit avec certaines dispositions de
la loi 101 et que la charte des droits du Québec ne permettait pas ces
dispositions. Le ministre disait: S'il y a un conflit entre la charte des
droits du Québec et certaines dispositions de la loi 101, nous allons
faire en sorte que la loi 101 ne soit pas sous l'égide de la charte des
droits. Nous allons faire en sorte de contourner la charte des droits du
Québec quand il s'agit de la loi 101.
Si on peut contourner la charte des droits du Québec lorsqu'il
s'agit de la loi 101, pourquoi ne la contournerions-nous pas en donnant toutes
sortes de droits aux peuples autochtones qu'on pourrait retirer bon gré
mal gré si le Parti québécois ou le gouvernement
décidait que ça faisait l'affaire?
En fait, est-ce que le premier ministre peut nous expliquer ce que cette
résolution apporte aux autochtones par rapport à la discussion
constitutionnelle qui s'amorcera bientôt? En fait, il est sûr
qu'une question fondamentale soulignée par les autochtones dans leur
réponse au premier ministre - je cherche la référence, la
seconde lettre des autochtones - faisait référence à cette
question constitutionnelle que nous avons mentionnée en Chambre à
plusieurs reprises.
Les autochtones veulent un veto sur tout changement dans la constitution
qui pourrait les affecter. Ils soulignent ici, dans leur lettre du 1er novembre
1983 à M. Lévesque: "Nous sommes d'avis que les provinces ne
doivent pas être autorisées à exercer le droit de retrait
lorsqu'il s'agit de modifications constitutionnelles touchant directement les
peuples autochtones et que le consentement de ceux d'entre eux qui sont
intéressés doit être obtenu au préalable."
Pourtant, quand nous avons discuté la question essentielle d'un
veto politique pour le Québec sur des changements fondamentaux à
la constitution canadienne, on s'est fait dire ici en Chambre par le premier
ministre et le ministre des Affaires canadiennes que toute question du droit de
retrait du Québec est tout à fait une question superficielle.
J'oublie le mot exact mais cela voulait dire que ça ne valait rien et
qu'un droit de retrait était de beaucoup supérieur. Pourtant, les
autochtones nous disent: si, par exemple, nous acceptons toute formule de droit
de retrait, à ce moment-là nous pourrions retirer aux peuples
autochtones des droits que nous leur avons donnés pour les raisons d'un
gouvernement à l'autre.
Nous parlons de la question des liens entre le gouvernement
fédéral et les peuples autochtones. Dans toute leur
correspondance, les peuples autochtones soulignent des relations
spéciales et privilégiées avec le gouvernement
fédéral qui remontent bien avant la constitution canadienne, qui
datent du temps où le Canada faisait partie de l'Empire britannique et
qui ont continué de façon légale, politique, de
façon traditionnelle et historique avec le gouvernement canadien. Les
peuples autochtones ne veulent aucune ingérence dans ces droits
privilégiés qui pourrait restreindre leurs droits par quelque
motion provinciale que ce soit qui n'ait pas leur accord spécifique. Il
me semble que c'est simple. Il me semble que ces peuples ont le droit de
demander qu'on les entende non seulement ici à une commission
parlementaire qui écoute leurs doléances et leurs soucis et qui,
comme ils le soulignent eux-mêmes dans leur télégramme au
premier ministre, ne tienne pas compte de certains d'entre eux. Ensuite, ils
disent qu'une consultation, cela ne veut pas dire une commission parlementaire
officielle qui est, bien souvent, quelque chose de tout à fait
superficiel. Ils veulent une collaboration directe. Ils veulent une entente.
Ils veulent une consultation préalable avant que le gouvernement du
Québec dépose quoi que ce soit ici qui pourrait, directement ou
indirectement, entraver de quelque façon que ce soit les discussions
qu'ils auront avec le gouvernement fédéral avec lequel ils
considèrent qu'ils ont des relations tout à fait
privilégiées. C'est clair dans toutes leurs discussions.
J'ai entendu le ministre qui m'a précédé se flatter
du fait que, dans le programme du Parti québécois, on reconnaisse
l'autodétermination des peuples autochtones. Naturellement, il en a
profité pour dire que, dans le nouveau programme du Parti
libéral, il n'y a rien concernant les autochtones. Mon collègue a
souligné que, dans les livres beige et rouge du Parti libéral,
qui sont toujours une partie de notre programme tant qu'ils n'ont pas
été amendés,
il y a des références très spécifiques aux
droits des peuples autochtones. Le programme que nous avons
déposé récemment est un programme qui met à jour
toutes les politiques du Parti libéral et qui se dit axé sur les
questions économiques parce qu'on veut mettre l'accent sur les
investissements et la création d'emplois. On ne veut pas resituer des
positions sur les peuples autochtones qui ont déjà
été situées par le parti. Mais la différence entre
le Parti libéral et le Parti québécois, c'est que, quoi
qui soit écrit, nous, on a un parti qui reste fédéraliste,
qui a toujours été pour les droits des autochtones. Vous, vous
avez un parti qui change de bord. C'est un programme élastique que vous
n'avez jamais suivi, du reste. Un jour, vous êtes indépendants, le
lendemain, vous êtes fédéralistes, le lendemain, vous
êtes pour l'association avec le Canada et le jour suivant, vous changez.
Du jour au lendemain, vous avez renié vos sources. C'est pourquoi il y a
huit députés indépendants qui siègent et je ne sais
plus combien de ministres vous ont quittés. Et, maintenant, vous avez le
culot de nous parler de votre programme, un programme élastique que vous
n'avez jamais suivi, un programme qui ne veut rien dire. À quoi cela
sert-il d'avoir quelque chose d'écrit qu'on ne suit pas? À quoi
cela sert-il d'avoir une charte des droits québécois quand vous
dites que, si cela ne fait pas votre affaire, vous allez la contourner?
Une voix: Pas de conscience!
M. Lincoln: C'est cela que le ministre... Vous pouvez avoir
toutes sortes de beaux écrits. On a dit toutes sortes de belles choses
dans le programme du Parti québécois qui n'ont jamais
été suivies. C'est pourquoi les peuples autochtones ne veulent
pas vous suivre, aujourd'hui, dans votre démarche de motion, parce que
c'est un autre bout de papier qui est fait avec des tendances
électorales, pour aider votre petite démarche électorale,
en attendant que vous puissiez dire: On est pour les peuples autochtones, on
est pour les anglophones, on est pour les minorités, on est pour tout le
monde à la fois, sans être pour personne. Votre programme ne vaut
rien. Vous l'avez renié vous-mêmes. S'il n'y a rien de
spécifique à ce sujet dans notre programme, au moins on a une
ligne de conduite tout a fait stable qui n'a jamais varié avec les
années.
En tout cas, je m'associe au voeu des peuples autochtones pour que cette
motion qui ne veut rien dire, cette résolution factice du premier
ministre soit retirée parce qu'elle n'aide en rien à la cause des
autochtones.
Le Vice-Président (M. Brouillet): M. le
député de Deux-Montagnes.
M. de Bellefeuille: M. le Président, vu l'heure tardive,
est-ce que je pourrais proposer l'ajournement du débat et nous nous
retrouverons à 20 heures?
Le Vice-Président (M. Brouillet): II reste six minutes. Il
ne faudrait pas créer des précédents. Nous avons
accepté pour trois minutes l'autre jour.
Des voix: Consentement.
M. de Bellefeuille: Avec le consentement.
Le Vice-Président (M. Brouillet): Je m'en remets aux
membres de cette Assemblée.
M. Blouin: M. le Président.
Le Vice-Président (M. Brouillet): M. le leader adjoint du
gouvernement.
M. Blouin: Pour permettre effectivement au député
de Deux-Montagnes d'y aller de son intervention tout d'un trait, comme il ne
reste que quelque cinq minutes, nous acceptons effectivement de suspendre nos
travaux jusqu'à 20 heures.
Le Vice-Président (M. Brouillet): Alors les travaux sont
suspendus jusqu'à 20 heures ce soir.
Il y aura sanction du projet de loi 30 au bureau du
lieutenant-gouverneur, à 17 h 30.
(Suspension de la séance à 17 h 54)
(Reprise à 20 h 1)
Le Vice-Président (M. Rancourt): À l'ordre, s'il
vous plaît! Veuillez vous asseoir.
Nous allons poursuivre le débat sur la motion du premier ministre
portant sur la reconnaissance des droits des autochtones. M. le
député de Deux-Montagnes.
M. Pierre de Bellefeuille
M. de Bellefeuille: Merci, M. le Président. Parmi les
électeurs du comté de Deux-Montagnes, je représente ici la
population qui habite sur les terres indiennes d'Oka. Je voudrais ce soir, dans
le cadre de ce débat, faire mon possible pour la représenter
dignement et pour représenter le point de vue non seulement de la
population de l'ensemble du comté de Deux-Montagnes, mais plus
particulièrement le point de vue de ces autochtones, Amérindiens
et Métis qui habitent à Oka.
Je crois que cette motion que le
premier ministre nous présente constitue une étape
importante dans les rapports entre les premiers occupants du pays et ceux qui
sont venus conquérir et prendre possession du territoire qui est
aujourd'hui le Canada et le Québec. C'est une étape importante en
ce sens que chaque geste que nous faisons, nous qui représentons
l'ensemble de la population, donc majoritairement les non-autochtones, pour
favoriser un rapprochement est en soi important.
J'ai suivi avec attention le débat, cet après-midi. J'ai
particulièrement apprécié la présentation que le
premier ministre a faite de sa motion. J'ai suivi ensuite les propos des
députés de Mont-Royal, de Groulx et de Nelligan. Sans vouloir
leur faire des reproches, parce qu'ils ont droit comme moi d'intervenir dans le
sens qui leur convient, je voudrais vous dire en toute franchise, M. le
Président, que j'ai décelé dans ces trois interventions,
particulièrement dans celle du député de Mont-Royal et
dans celle du député de Groulx, ministre
délégué aux Relations avec les citoyens, ce qui me
semblait être une partisanerie excessive.
J'entendais le député de Mont-Royal parler comme si cette
motion n'avait absolument rien de bon, comme si aucun aspect de cette motion ne
pourrait mériter qu'il l'appuie. J'entendais le ministre
délégué aux Relations avec les citoyens dénoncer
avec véhémence le Parti libéral en prétendant - il
s'est repris, il a d'abord prétendu que ce parti n'avait pas de
programme, ensuite il a dit: Oui, il a un programme - que ce programme
était insuffisant. C'est peut-être vrai. Je suis le premier
à croire, M. le Président, que le programme du Parti
libéral ne sera pas le fondement du Québec de demain, mais de
là à limiter nos interventions à ce genre de
dénonciation partisane, je pense qu'il y a un pas et que cette
partisanerie excessive est à déplorer.
On n'a pas besoin de réfléchir longtemps pour se rendre
compte que toute notre histoire politique au Québec a comporté
cette tentation de la partisanerie excessive. C'est, je le crains, pour nous
qui sommes en politique, un moyen facile de faire diversion. Je songe au
débat de jeudi dernier sur une motion de censure dans laquelle un
ministre, en particulier le ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et
de l'Alimentation, qui nous impressionne toujours par sa faconde, a fait une
intervention remarquable, tout à fait brillante, mais une intervention
énormément partisane, une intervention qui consistait à
dire: Eux, de l'autre côté, ne sont pas bons parce qu'ils sont des
libéraux et nous, parce qu'on est péquistes, sommes parfaits. Il
a conclu en disant: Laissons le Parti québécois continuer son
oeuvre. Ce n'était pas très original. Il a emprunté le
slogan que les plus anciens parmi nous se rappellent, le slogan de Duplessis:
Laissons Duplessis continuer ou terminer son oeuvre.
Mais avant qu'on me dise que je ne parle pas de la motion, M. le
Président, je vais dire une fois de plus que je déplore les
excès de partisanerie. Je crois que ce Parlement serait bien meilleur si
nous disions tous plus librement ce que nous pensons, des deux
côtés de la Chambre. Qu'un ministériel formule une critique
par rapport à une motion ou à un projet du gouvernement ou qu'un
député de l'Opposition reconnaisse qu'il y a des aspects valables
dans quelque chose qui vient du gouvernement, cela apporterait, je crois, plus
d'harmonie et plus de fécondité à nos débats que
ces affrontements très partisans et très stériles.
Pour être conséquent, pour être cohérent, M.
le Président, je voudrais vous dire que je vais m'abstenir, quant
à moi, puisque maintenant je n'ai guère à consulter avant
de décider quelle attitude je vais prendre. J'ai bien l'intention
d'éviter le piège puisque je siège à votre gauche,
donc parmi les députés de l'Opposition, pas l'Opposition
officielle, mais quand même, une Opposition. J'ai bien l'intention
d'éviter le piège qui consisterait à m'opposer
systématiquement à tout ce que propose le gouvernement et, ce
soir, je veux appuyer cette motion.
Je crois que cette motion, comme je l'ai dit, représente une
étape importante pour favoriser ce rapprochement entre les autochtones
et les autres Québécois parce que, M. le Président, nous
ne pouvons pas nous le cacher, il y a une très vieille méfiance
réciproque, une méfiance réciproque centenaire,
littéralement centenaire. Dans notre imagerie populaire, celle qu'on
trouve, par exemple, dans les manuels scolaires - je ne suis pas sûr si
on trouve encore cela dans les manuels scolaires, mais on l'y trouvait il y a
très peu d'années - nous avions une certaine façon de
représenter les autochtones qui était injurieuse. Nous insistions
sur des faits historiques comme le massacre de Lachine, comme le martyre des
pères Brébeuf et Lalemant et nous utilisions, il n'y a pas si
longtemps - il y a peut-être encore des Québécois qui
l'utilisent - le mot "sauvages". Nous traitions les Amérindiens de
sauvages et c'était écrit en toutes lettres dans les manuels
scolaires. Cet esprit de discrimination était inculqué aux
enfants dès l'âge scolaire, il n'y a pas si longtemps, et je ne
suis pas certain que ce soit terminé.
Ce dont nous ne tenions pas compte dans ces stéréotypes
contre les autochtones et en particulier les Amérindiens, c'est le fait
que les Français en terre québécoise qui, à
l'époque, s'appelait le Canada, étaient des envahisseurs qui,
sans vergogne, ont violé le territoire, ont violé les droits des
occupants, se sont approprié ce territoire. Il faut se rappeler que, par
exemple, le gouverneur
Denonville, en 1687, avait été un innovateur d'une
façon de faire la guerre qui a été stigmatisée
depuis dans d'autres guerres plus récentes, ce qu'on appelle aujourd'hui
la terre brûlée. Denonville envahissait des villages iroquois et
il brûlait tout, récoltes et habitations. Il chassait la
population et faisait en sorte que cette population ne puisse revenir dans ses
établissements qui avaient été mis à sac.
Denonville ou l'intendant de Denonville avait fait prisonnier près d'une
centaine d'Iroquois et les avait amenés en France comme
galériens. C'est à la suite de ces exactions que le massacre de
Lachine a eu lieu, parce que les Amérindiens ont voulu chercher
vengeance. (20 h 10)
Nos manuels d'histoire nous disaient qu'il y avait eu le massacre de
Lachine mais ils ne nous disaient pas que c'était la riposte des
Amérindiens à des exactions commises par les Français, des
exactions d'une très grande cruauté. Il ne faut donc pas
s'étonner que, pour les Amérindiens, nous avons souvent des
langues de bois, nous, les Blancs, les visages pâles, nous avons souvent
des langues de bois ou des langues fourchues. Dans leur esprit, nous tenons un
double langage. Nous trahissons. Je ne veux pas faire allusion à des
situations politiques actuelles, M. le Président, je vais me contenter,
à ce moment-ci, de rester dans le cadre de ce très bref rappel
historique.
Je disais donc que cette motion représente une étape
importante dans l'établissement d'une confiance. Après cette
méfiance séculaire, l'essentiel est de rétablir la
confiance; c'est vraiment l'essentiel. La motion est une étape dans
cette voie. Comme l'a dit le premier ministre cet après-midi, nous
devrions mieux connaître les autochtones afin d'être plus en mesure
de reconnaître leurs droits et de les respecter.
J'en viens au contenu de la motion. Je constate que les droits
territoriaux des autochtones n'y sont pas vraiment définis. Je sais que
c'est peut-être l'aspect le plus complexe, le plus difficile parmi les
revendications des autochtones. Le premier ministre a parlé de la
reconnaissance des réserves et je crois qu'il a reconnu que c'est
insuffisant, que la notion même de réserve a quelque chose
d'indigne qu'il faudra remplacer par autre chose. Je partage tout à fait
son point de vue.
La question des droits territoriaux, il me semble, ne progresse pas
rapidement. Je pense qu'il sera utile, au cours des discussions qui
continueront entre les autochtones et les autorités gouvernementales, de
chercher à faire progresser cette notion des droits territoriaux qui, il
me semble, est mal définie comme est mal définie aussi la notion
du droit à l'autonomie des autochtones au sein du Québec. Si on a
l'esprit ouvert, si on veut vraiment reconnaître les droits des
autochtones, on doit reconnaître ce droit à l'autonomie au sein du
Québec. La phrase reste vague, M. le Président. Les moyens de
reconnaître cette autonomie ne sont pas précisés. Je crois
que, dans les étapes à venir, il y a un travail essentiel
à faire dans ce domaine-là.
Aussi, vous aurez noté comme moi que, dans la motion, on invite
cette Assemblée à convenir que soit établi un forum
parlementaire permanent permettant aux autochtones de faire connaître
leurs droits, leurs aspirations et leurs besoins. Je suis tout à fait
d'accord, mais je crois que nous conviendrons tous que ce forum parlementaire
permanent ne doit pas se limiter aux formules déjà connues: par
exemple, la commission parlementaire qui se réunie et qui entend des
groupes qui viennent présenter les mémoires. Je crois que pour ce
genre de question, cette méthode crée une situation
d'inégalité qui ne convient pas. Inégalité entre
les parlementaires qui siègent dans leurs fauteuils et les gens qui
viennent leur présenter des mémoires, en quelque sorte par la
grâce des parlementaires qui consentent à entendre, qui consentent
à écouter, qui consentent, selon l'expression qu'on emploie
souvent, a se pencher sur le problème depuis leur hauteur de
parlementaires.
Je pense qu'il sera important de chercher d'autres formules qui mettent
les représentants des autochtones sur une base de véritable
égalité avec les représentants soit de l'Assemblée
nationale, soit du gouvernement, soit des deux à la fois. Autrement,
nous risquons d'avoir un dialogue de sourd, nous risquons d'écouter et
de ne pas pouvoir vraiment aller au fond des choses à cause de
l'inégalité qui est créée par la situation
classique de commission parlementaire.
Avec ces quelques réflexions, M. le Président, je voudrais
mentionner deux points avant de reprendre ma banquette. Le premier, c'est que,
comme le premier ministre lui-même l'a signalé, de même que
le député de Mont-Royal et le député de Nelligan,
nous devons en ces matières composer avec les lois
fédérales. Cet après-midi, Mme la députée
des Îles-de-la-Madeleine évoquait la situation qui est faite aux
Amérindiennes qui épousent des blancs et qui, de ce seul fait,
perdent leurs droits, perdent leur reconnaissance de citoyennes
amérindiennes. Cela, c'est le résultat de la vieille loi
fédérale sur les Indiens. Je sais qu'à Ottawa, on se
propose de modifier cela, mais le fait demeure qu'en toutes ces
matières, le Québec n'est pas premier de cordée, le
Québec doit tenir compte du fait que la responsabilité
première incombe au gouvernement fédéral. Je vous avoue
qu'à mon avis cela est très gênant. Je
préférerais
que le Québec puisse seul s'occuper de ces questions, sans avoir
à tenir compte d'un autre palier de gouvernement qui a à tenir
compte, lui, principalement, de situations ailleurs au Canada. Autrement dit,
vous l'aurez compris, M. le Président, je préférerais que
le Québec soit indépendant pour être libre de traiter
directement avec la population autochtone et en venir à un accord sans
avoir à tenir compte de cet autre partenaire gênant qui a le gros
bout du bâton en ces matières.
Mon deuxième point, vous l'aurez deviné, M. le
Président, c'est pour dire que j'ai l'intention de voter pour cette
excellente motion du premier ministre.
M. Brassard: M. le Président.
Le Vice-Président (M. Rancourt): M. le ministre du Loisir,
de la Chasse et de la Pêche.
M. Jacques Brassard
M. Brassard: Merci, M. le Président. Dans la foulée
de la déclaration du premier ministre du Québec sur la motion
portant sur la reconnaissance des droits des autochtones, je voudrais indiquer
à l'Assemblée nationale les orientations que j'entends donner au
ministère du Loisir, de la Chasse et de la Pêche afin d'assurer
aux descendants des premiers habitants de ce pays le respect des engagements du
gouvernement, plus particulièrement, on le comprendra, dans le domaine
de la faune.
Cette démarche du gouvernement s'insère bien dans les
orientations données par l'importante conférence internationale
de droit constitutionnel qui s'est tenue tout récemment à
Québec et où on a traité plus particulièrement des
droits des minorités. C'est à cette occasion, entre autres, que
le secrétaire général des Nations Unies a livré un
message qui a eu des résonances à double titre au niveau des
Québécois, soit d'abord à titre de minorité
francophone en Amérique du Nord et également à titre de
majorité au Québec qui vise à faire tous les efforts
requis pour assurer un traitement juste et équitable aux
minorités autochtones.
Il est bien évident que ce partage juste et équitable des
ressources fauniques du Québec entre l'ensemble des
Québécois, tout en reconnaissant des droits ancestraux à
certains d'entre eux, soit les autochtones, ne peut se faire sans
difficultés, qui pourront toutefois être aplanies par un respect
commun des aspirations des uns et des autres.
Dans l'optique d'une politique d'accueil et d'ouverture mise de l'avant
par le premier ministre, je m'en voudrais de ne pas mentionner ici les actions
que le ministère du Loisir, de la Chasse et de la Pêche a
réalisées dans ce sens au cours des récentes
années. Ces actions ont toujours été guidées par
l'objectif d'un partage équitable des ressources fauniques entre
l'ensemble des utilisateurs, tout en reconnaissant aux autochtones certains
droits spécifiques. (20 h 20)
II faut en premier lieu mentionner que la Loi sur la conservation et la
mise en valeur de la faune, qui a été adoptée en
décembre 1983, et les règlements qui en découlent
contiennent des dispositions spéciales visant à protéger
les droits des peuples autochtones. Entre autres, au niveau des plans de
gestion de la pêche, la répartition de la ressource halieutique
place en deuxième priorité la pêche à des fins
d'alimentation après avoir assuré le maintien des stocks
reproducteurs, donc la conservation de la ressource elle-même.
Ce droit pouvant s'appliquer plus spécifiquement aux autochtones
a été reconnu dans une modification apportée par la suite
aux règlements de pêche du Québec. Dans ce cadre juridique
des permis de pêche au saumon sont délivrés annuellement
aux communautés montagnaises de la Côte-Nord et aux
communautés micmaques de la Gaspésie. Il existe également
une entente similaire pour permettre à la communauté de
Restigouche la pêche au saumon dans un secteur de l'estuaire de la
rivière Restigouche. Le ministère du Loisir, de la Chasse et de
la Pêche a voulu également faire participer les autochtones
à la gestion de la faune, plus particulièrement des ressources
halieutiques.
Sur la rivière Cascapédia les autochtones font partie
à 50% du conseil d'administration de l'organisme agréé qui
est responsable de la délégation de gestion de cette
rivière. De même, l'organisme accrédité pour la mise
en valeur de la rivière des Escoumins comprend des représentants
de la communauté montagnaise. Ceux-ci, en collaboration avec des
représentants des associations locales et des municipalités,
voient à la mise en place des moyens requis pour assurer une meilleure
gestion de la ressource en cette rivière.
Le ministère a signé une entente permettant à la
communauté de Natashquan de gérer la ressource saumon à
l'intérieur des 42 premiers kilomètres de cette rivière.
Cette gestion prévoit une utilisation, pour des fins d'alimentation,
d'une part, et pour des fins de pêche sportive, d'autre part. Il s'agit
donc, dans ce deuxième cas, en ce qui concerne la pêche sportive,
d'une pourvoirie gérée par une communauté
amérindienne, mais ouverte à l'ensemble de la population
québécoise.
De plus, les résidents non autochtones ont obtenu la
possibilité de pêcher sur une base quotidienne et sans frais dans
un secteur défini de la rivière Natashquan.
Enfin, on ne peut passer sous silence la Convention de la Baie James et
du Nord québécois, de même que la Convention du Nord-Est
québécois dont les droits sont confirmés officiellement
par la motion actuellement étudiée par cette Assemblée.
Ces actes officiels témoignent, je pense, que la bonne foi des parties
en cause peut apporter des solutions.
Je suis assuré que cette bonne volonté de tous les
intervenants continuera à se manifester et nous permettra d'en venir,
avec toutes les nations autochtones, à des ententes satisfaisantes,
suivant les principes que je vous présente aujourd'hui.
En effet, M. le Président, il nous faut bien reconnaître
que, malgré tous les efforts valables mentionnés
précédemment, les revendications des autochtones dans le domaine
de la faune n'ont pas toutes obtenu de réponse. Convenons-en. Nos
efforts s'attaqueront maintenant à la satisfaction de ces
revendications, et ceci à l'intérieur du cadre défini par
la motion actuellement débattue devant cette Chambre et également
des quinze principes approuvés par le gouvernement en février
1983.
Comme l'a mentionné aujourd'hui le premier ministre, les
autochtones ne peuvent pas non plus nier qu'une autre société
tout aussi riche cuiturellement et socialement que la leur s'affirme et se
développe autour d'eux. Les ententes que nous voulons conclure avec les
communautés autochtones devront toutefois causer le minimum
d'inconvénients aux autres utilisateurs des ressources fauniques,
attendu que les droits des uns doivent toujours, dans leur exercice, tenir
compte des droits des autres.
Je veux, M. le Président, informer aujourd'hui l'Assemblée
nationale des orientations que mon ministère entend suivre dans cette
démarche. Nous continuerons donc à négocier avec chaque
nation et, dans certains cas spécifiques, avec chaque communauté
des ententes selon les principes de la motion actuellement à
l'étude devant cette Assemblée. Les quinze principes
approuvés par le gouvernement en février 1983 guideront
également notre action. Je me permets de vous rappeler ici ce principe
concernant la faune: "Les nations autochtones peuvent exercer sur des
territoires dont elles ont ou auront convenu avec les gouvernements des droits
de chasse, de pêche de piégeage, de cueillette de fruits, de
récoltes fauniques et de troc entre elles. Dans la mesure du possible,
la désignation de ces territoires doit tenir compte de leur occupation
traditionnelle et de leurs besoins. Les modalités d'exercice de ces
droits doivent être définies dans des ententes
particulières avec chaque nation." C'est un des principes qui fait
partie des quinze principes révélés et rendus publics en
février 1983.
À cette occasion, le gouvernement avait également
affirmé que les nations autochtones ont le droit de participer au
développement économique de la société
québécoise. À cette fin, le gouvernement se dit prêt
à leur reconnaître le droit d'exploitation à leur
bénéfice, dans le cadre des lois du Québec, des ressources
renouvelables soit dans le cas spécifique qui nous intéresse: la
faune.
C'est dans ce cadre, M. le Président, que le ministère du
Loisir, de la Chasse et de la Pêche entend négocier, dans le
respect des compétences de ses partenaires gouvernementaux et
municipaux, avec les autochtones, la gestion des ressources fauniques sur
certains territoires selon l'un ou l'autre des deux types suivants de
concession: le premier type de concession envisagé assurera aux
autochtones un maximum d'autonomie dans la gestion des ressources fauniques sur
des territoires spécifiques. Il s'agit de concessions
réservées uniquement - je dis bien uniquement - à
l'utilisation des autochtones qui auront tous les droits d'usage et
d'exploitation des ressources fauniques.
La responsabilité gouvernementale de la conservation des
ressources fauniques, responsabilité qu'on ne saurait ignorer, nous
amènera à préparer, en collaboration avec les autochtones
concernés, les plans d'aménagement et la réglementation
spécifique à ces territoires. Une fois sanctionnés par le
gouvernement du Québec, ces plans d'aménagement et
règlements seront gérés par les autochtones
eux-mêmes.
Voilà pour le premier type de concession. Le deuxième type
de concession se fera principalement en fonction d'un autre principe
énoncé le 9 février 1983, à savoir que les nations
autochtones ont le droit de participer au développement
économique de la société québécoise.
À l'intérieur de modes de gestion déjà reconnus et
utilisés sur l'ensemble du territoire québécois, soit les
pourvoiries ou les sociétés de gestion, le ministère du
Loisir, de la Chasse et de la Pêche pourra examiner la concession de
certains territoires, sous responsabilité autochtone, mais pour
utilisation à la fois par ceux-ci et par les autres citoyens du
Québec. Les nations autochtones en retireront donc des
bénéfices pécuniaires, assurant ainsi leur participation
au développement du Québec au même titre que l'ensemble des
Québécois.
Je citais préalablement les cas des rivières
Cascapédia, des Escoumins et Natashquan où déjà,
actuellement, la gestion des ressources fauniques est assurée en tout ou
en partie par des nations autochtones.
À l'intérieur de ces territoires, on peut entrevoir que
des ententes spécifiques permettront aux autochtones une utilisation
-pour eux-mêmes - des ressources fauniques,
différentes de celle imposée à l'ensemble des
Québécois par la réglementation de mon
ministère.
L'importance de l'étendue spatiale de ces deux types de
concession devra évidemment tenir compte, en premier lieu, des besoins
d'alimentation des autochtones. Elle devra également permettre aux
autochtones la pratique de leurs coutumes ancestrales, de même que leur
assurer le contact avec la nature, tellement significatif pour les
héritiers des premiers habitants de ce pays.
Il faudra également tenir compte dans la définition de
l'étendue de la superficie des concessions. Et c'est là que le
dialogue est le plus important. Il faudra également tenir compte des
besoins de l'ensemble des utilisateurs des ressources fauniques. (20 h 30)
II apparaît également évident que l'étendue,
la superficie du premier type de concession devra être plus restreinte
que celle que l'on pourra envisager dans l'autre cas. Ceci, en fonction du plus
grand caractère d'exclusivité du premier type de concession. Afin
de permettre la mise en place de ces deux types de territoire, nous entendons
revoir, en collaboration avec les nations autochtones, l'ensemble de la
réglementation s'appliquant à l'exploitation faunique sur ces
territoires. Cette révision qui devra encore ici tenir compte de
l'objectif global de la conservation des ressources fauniques implique un
travail important - on en conviendra - et de longue haleine.
J'espère donc, M. le Président, que cette proposition
présentée devant l'Assemblée nationale sera entendue par
les nations autochtones du Québec et pourra trouver dans les meilleurs
délais ses applications concrètes. En effet, l'ensemble du
processus devra se dérouler dans un effort conjoint des
représentants des nations autochtones concernées et du
ministère du Loisir, de la Chasse et de la Pêche et tenir compte
des négociations plus globales entre le gouvernement du Québec et
les autochtones. Cet effort conjoint nous permettra de bien identifier les
besoins spécifiques des autochtones et les contraintes de tous les
intervenants. En dehors des zones qui seront définies conjointement, en
dehors des territoires qui leur seront assignés, soit exclusivement ou
pour des fins de gestion, les autochtones devront continuer à respecter
les lois et règlements qui s'appliquent à l'ensemble des
Québécois dans leur activité d'utilisation de la faune. En
effet, les besoins essentiels des autochtones ayant été
assurés par les concessions des deux types dont je viens de parler,
mentionnés précédemment, on se doit en toute justice
d'exiger que, sur les autres territoires, les autochtones se conforment aux
lois du Québec, lois qui visent en premier lieu, dans le cas de la
faune, à assurer la conservation des ressources fauniques et à en
permettre une utilisation équitable pour l'ensemble des
Québécois. Conscients également, M. le Président,
de l'implication du gouvernement fédéral dans la reconnaissance
des droits fondamentaux des autochtones, nous entendons faire participer aussi
ce palier de gouvernement à la recherche de solutions respectueuses des
principes mentionnés plus haut.
Voilà, M. le Président, la route que le ministère
du Loisir, de la Chasse et de la Pêche entend suivre afin de
reconnaître les droits des autochtones en matière de faune. Nous
réalisons pleinement que certaines embûches se présenteront
tout au long de ce processus de négociation. Nous comptons toutefois sur
la bonne volonté de tous pour assurer le succès de cette
opération. En effet, comme l'a déjà rappelé
à plusieurs reprises le premier ministre, ce qui est nouveau dans la
position du Québec, c'est la volonté clairement exprimée
du gouvernement d'accepter de négocier et de conclure des ententes avec
toutes et chacune des nations autochtones du Québec. Nous sommes
conscients quant à nous que ces nations autochtones prendront une
position identique qui nous permettra d'accélérer un processus
dans lequel nous sommes déjà engagés. Je vous remercie, M.
le Président.
Le Vice-Président (M. Rancourt): M. le
député de Saguenay.
M. Ghislain Maltais
M. Maltais: Merci, M. le Président. C'est un peu avec
émotion que j'interviens aujourd'hui sur la motion du premier ministre
sur les droits des autochtones. J'ai le privilège de représenter
deux communautés montagnaises qui résident dans mon comté,
soit celles de Bersimis et Les Escoumins dont vient de parler le ministre du
Loisir, de la Chasse et de la Pêche.
La nation montagnaise fait partie intégrante de l'histoire de la
Côte-Nord, particulièrement celle du comté de Saguenay. Son
apport tant sur le plan économique que sur le plan culturel et social
est un atout majeur du climat de bonne entente qui existe entre les deux
peuples.
M. le Président, permettez-moi historiquement de vous situer le
comté de Saguenay qui commence dans le fjord de la rivière
Saguenay et qui s'étend aux Îlets Caribou près de
Port-Cartier. Au cours des 50 dernières années, la
pénétration du développement économique à
l'intérieur de cet immense territoire, qui avait été,
jusqu'au cours des années quarante, un vaste territoire de chasse et de
pêche, ce territoire se rétrécit. Que l'on pense seulement
à l'aménagement des rivières
Bersimis, Outardes, Manicouagan, aux exploitations forestières
des compagnies qui se spécialisent dans la coupe du bois à
papier, du bois à pâte et du bois de sciage.
La pénétration économique ne s'est pas faite sans
un bouleversement profond à l'intérieur des nations autochtones.
Le progrès, faut-il le rappeler, se fait toujours au détriment de
quelqu'un. L'écologie a été transformée
radicalement et les méthodes de vie ancestrales des autochtones en ont
pris un bon coup. Il aurait donc fallu à ce peuple s'adapter plus
rapidement que nous à l'avènement du progrès
économique; eux qui n'avaient pas été partie prenante dans
ce développement, il est normal que leur adaptation ait
été un peu plus lente.
Dans la foulée de cette recherche constante de
prospérité, combien de fois, et presque toujours sans nous en
rendre compte, avons-nous regardé ces gens comme des épines dans
notre progression? Dans bien des cas on les a qualifiés
"d'empêcheurs de tourner en rond", sans jamais prendre le temps de mieux
les écouter pour mieux les comprendre.
Cette cohabitation ne peut se faire sans des prémises absolues,
c'est-à-dire le respect intégral des peuples mis en cause, une
compréhension mutuelle des droits respectifs et, surtout, ne pas prendre
l'arbitraire comme méthode de conciliation. Tout à l'heure,
j'entendais le ministre du Tourisme, de la Chasse et de la Pêche vanter
d'une façon exceptionnelle et avec éloquence la cogestion de la
rivière à saumon des Escoumins. Faut-il faire un retour dans le
passé, quand même assez récent, dans les années
quatre-vingt, pour se rappeler que son prédécesseur et le mien,
comme député de Saguenay, avait trouvé la très
bonne idée, avec la virtuosité qu'on lui connaissait à
l'époque, de régler la guerre du saumon à coups de fusil?
Alors qu'on a plus ou moins reporté dans le temps un massacre moderne,
aujourd'hui, on vient vanter la façon dont on traite les autochtones.
Tant et aussi longtemps que l'arbitraire sera un moyen de règlement des
conflits, on ne pourra jamais parler d'attitude positive. Pourtant, ces gens,
sans s'en rendre compte et aux yeux de tous, ne faisaient que faire respecter
leurs droits, qui sont aujourd'hui dans la résolution du premier
ministre.
Heureusement, le temps s'est chargé de remplacer les hommes, mais
les attitudes du présent gouvernement, est-ce dans des voeux pieux qu'on
va les reconnaître ou bien dans des actions concrètes? Parmi les
15 points contenus dans la résolution du premier ministre,
malheureusement, on ne peut retrouver ces garanties sur lesquelles les
autochtones insistent continuellement. Il serait utopique de faire croire
à une population qui depuis des semaines et des semaines demande au
bureau du premier ministre de retirer cette motion, puisqu'elle ne
répond pas à leurs aspirations... Non seulement elle ne
répond pas à leurs aspirations, mais elle met en danger leurs
futures négociations avec le gouvernement fédéral. Ils
prient instamment le premier ministre du Québec d'insister pour que
leurs droits soient enchâssés dans la constitution canadienne
alors que le premier ministre refuse dans sa motion de représenter les
autochtones du Québec à l'intérieur de la
Confédération canadienne.
L'impression que l'on veut donner de se faire une belle jambe en temps
de négociation vis-à-vis de la population, cela fait de beaux
titres dans les journaux mais, dans le concret, je pense que ça ne titre
pas grand-chose. Enclencher un véritable processus de
négociation, c'est bien plus que des mots et des énoncés,
c'est du concret, c'est de faire face à la vérité, c'est
aussi sortir du corridor des paramètres jugés comme
prérequis avant toute négociation valable et c'est
précisément ce que les nations autochtones demandent au premier
ministre. (20 h 40)
L'ouverture que l'on doit faire vis-à-vis les gens qui existaient
et qui vivent au Québec depuis des centaines d'années, depuis
beaucoup plus longtemps que nous. Ils doivent entreprendre avec le gouvernement
québécois une notion qui les conduira avant toute chose à
une négociation valable, ouverte, nouvelle, tracée sur la voie de
la raison, basée sur des réalités quotidiennes, qui
doivent vivre continuellement avec les deux peuples sans enchevêtrer les
droits d'aucuns mais permettre à tous de les affirmer, non pas dans des
voeux mais dans le concret.
Cet après-midi j'avais le privilège d'écouter
l'honorable ministre délégué aux Relations avec les
citoyens et député de Groulx. M. le Président, je pense
que le gouvernement fait fausse route lorsqu'il envoie à la nation
autochtone pareil interlocuteur. Si la guerre de cent ans n'avait pas eu lieu,
c'est sûr qu'avec le discours du ministre délégué
aux Relations avec les citoyens, il l'aurait déclenchée. Tout
simplement parce que le ministre, qui est membre de l'Exécutif du
Québec, fait un discours en cette Chambre sans être au courant des
problèmes réels des Indiens, des communautés autochtones.
Il se demandait encore, alors qu'il était en plein discours d'appui,
quels étaient les droits et ce que voulaient les communautés
autochtones. Tout simplement pour lui rappeler que s'il avait assisté
à la commission parlementaire d'octobre 1983, il aurait pu voir quels
étaient les droits, quelles étaient les demandes des
communautés attikamek et montagnaise que j'ai le privilège de
représenter.
Je cite ces communautés: "Nos droits
se résument à ce qui suit: que les Attikamek et les
Montagnais aient un territoire clairement identifié, sur lequel ils
vivaient des millénaires avant que nous n'arrivions. Ce territoire, dont
vous vous êtes emparés au fur et à mesure du temps, nous ne
vous l'aurions jamais cédé. Vous avez essayé d'imposer vos
lois et vos principes jusqu'à y inverser les rôles. Par
conséquent, nous exigeons comme principe fondamental que vous
reconnaissiez que ces territoires nous appartiennent et qu'ils sont sous notre
juridiction. "Nous considérons que toutes les exploitations et
appropriations que vous avez pratiquées sur ces territoires ont
été faites sans autorisation de notre part et que cela demande
une réparation. "Que, dans l'avenir, des ententes seront
nécessaires entre votre société et la nôtre à
déterminer l'utilisation."
Voilà, M. le Président, les principes
généraux qui guident les revendications des communautés
attikamek et montagnaise. Le principal reproche qu'on adressait à cette
période au gouvernement du Québec c'était: "En effet,
comment expliquez-vous le fait que vous vous dites prêts à
reconnaître nos droits dans les lois du Québec, alors que votre
gouvernement bloque le processus des conférences constitutionnelles qui
doit inscrire nos droits dans la constitution canadienne?"
Je pense que le député de Groulx et ministre
délégué aux Relations avec les citoyens aurait avantage
à lire les mémoires et les revendications des communautés
autochtones au Québec avant d'affirmer des choses tout à fait
farfelues, des choses qui sont sujettes à détériorer un
climat que l'on veut créer, un climat de confiance.
Faut-il se rappeler qu'en novembre 1983, les autochtones, à
l'occasion de la commission parlementaire, faisaient remarquer au premier
ministre qu'il avait pris certains engagements. Il s'était engagé
à présenter une résolution à l'Assemblée
nationale, résolution qu'on retrouve aujourd'hui. Il faut rappeler
également que, dans l'entente constitutionnelle et les amendements de
1983, il y a eu reconnaissance de certains droits des autochtones. On y a aussi
reconnu l'obligation de tenir d'autres conférences constitutionnelles
comme celle d'avril 1985, et ce, jusqu'en 1987, pour répondre aux
revendications et aux représentations des autochtones. Ceux-ci avaient
demandé l'appui du gouvernement et sa participation aux
conférences constitutionnelles. Le premier ministre s'était
engagé à y participer dans un premier projet de
résolution. Malheureusement, il l'a laissé tomber. De plus, les
autochtones ont demandé l'appui du premier ministre pour endosser
l'inclusion de leurs droits dans la constitution canadienne.
Le premier ministre n'a pas voulu s'engager à les défendre
dans cette voie.
Le gouvernement propose de poursuivre les négociations en se
fondant sur ses contre-propositions à lui, faites en février
1983, plutôt que sur celles des autochtones et sur leurs
contre-propositions. On ne devrait pas exclure des négociations les
revendications des autochtones. D'ailleurs, cela avait été
accepté dans une première résolution
préparée au bureau du premier ministre qui, malheureusement, n'a
pas abouti à l'Assemblée nationale.
Depuis 1983, il a été décidé qu'il y aurait
des conférences constitutionnelles sur les droits des autochtones dans
le but d'en arriver à la reconnaissance des droits qui seraient
enchâssés dans la constitution du Canada. Pour arriver à ce
but, les autochtones ont besoin de l'appui des provinces, du gouvernement du
Québec et de l'Assemblée nationale du Québec. Le
gouvernement du Québec doit s'engager formellement et
irrévocablement à participer d'une façon constructive et
positive aux conférences constitutionnelles, ce à quoi il se
refuse présentement. Le ministre des Affaires canadiennes a
assisté, à titre d'observateur, à la récente
conférence constitutionnelle sur les droits des autochtones, et ces
derniers ont trouvé cela nettement insuffisant puisqu'ils étaient
considérés comme citoyens canadiens et qu'ils n'étaient
pas partie prenante, alors qu'on négociait, dans la constitution
canadienne, l'enchâssement de leurs droits. Imaginez que le Québec
avait trouvé comme solution tout à fait extraordinaire
d'être observateur. Lorsqu'on observe la façon dont on sera
traité, souvent on est traité de la façon dont on les a
regardés. La reconnaissance des droits des autochtones, pour avoir un
plein effet, ne doit pas être à la merci d'un Parlement provincial
ou fédéral. Elle doit être enchâssée dans la
constitution de notre propre pays. L'Assemblée nationale du
Québec avec ses pouvoirs doit endosser cette demande des
autochtones.
Il y a des contradictions flagrantes entre les énoncés de
principe contenus dans la résolution et les actes du gouvernement.
À titre d'exemple, comment concilier la reconnaissance - comme le disait
si bien le ministre du Loisir, de la Chasse et de la Pêche - dans la
résolution du droit de chasse et pêche, du droit de
récolter et de participer à la gestion des ressources fauniques
avec des gestes que le gouvernement a posés dans la tragédie des
caribous, alors qu'il n'a pas eu le front, qu'il n'a pas eu le courage de
demander une enquête publique? Comment le premier ministre pourrait-il
expliquer ce soir, devant l'Assemblée nationale, les gestes posés
par son ex-ministre du Loisir, de la Chasse et de
la Pêche et ex-député de Saguenay alors qu'il a
littéralement matraqué à Restigouche et aux Escoumins,
lors de la guerre du saumon, geste qui avait été qualifié
à l'époque, par l'ensemble de la population du Québec, de
sauvage et de barbare?
Des voix: Bravo!
M. Maltais: Comment concilier l'énoncé du
gouvernement sur le fait d'assurer aux autochtones le droit de participer au
développement économique et d'en bénéficier, avec
le refus d'inclure, dans l'entente-cadre du développement
économique régional entre le gouvernement fédéral
et le gouvernement du Québec, des programmes spécifiques aux
autochtones? Leurres et mensonges qu'on vient de nous répéter
depuis 16 heures cet après-midi. (20 h 50)
De plus, les groupes de travail des peuples autochtones du Québec
ont insisté et ont répété à mille reprises,
auprès du bureau du premier ministre pour que tout changement à
la procédure de modification de la constitution ne puisse être
effectué qu'avec la participation active de l'Assemblée nationale
et non pas par un petit cercle restreint dans un hôtel ou dans un
corridor d'hôtel, de la même façon que le premier ministre,
le gouvernement actuel a négocié nos droits lors de la
réunion sur la constitution canadienne en 1982.
Les peuples autochtones ont le droit, et c'est un droit, de faire partie
intégrante du pays auquel nous avons nous-mêmes établi des
frontières. Ils ont droit au chapitre et c'est un devoir pour l'ensemble
des citoyens québécois de participer à son
élaboration.
M. le Président, en terminant et en conclusion, j'aimerais au
moins que l'Assemblée nationale ait la décence, à la
veille d'une conférence constitutionnelle, de ne pas nuire aux
autochtones, puisqu'on se refuse à les aider, en présentant la
motion actuelle du premier ministre. Je lui demande intensément de la
retirer jusqu'à ce que des négociations constitutionnelles avec
les peuples autochtones du Québec soient conclues avec le gouvernement
fédéral. Merci.
Le Vice-Président (M. Rancourt): M. le
député de Duplessis.
M. Denis Perron
M. Perron: Merci, M. le Président. L'occasion qui m'est
donnée ce soir d'exposer certaines situations en rapport avec les
Blancs, les Amérindiens et les autochtones et en même temps de
démontrer mon accord face à la motion du premier ministre et
aussi de parler d'entente permanente qui pourrait être envisagée
plutôt que d'entente ad hoc va sûrement me permettre de deviser
quelque peu sur la question qui nous touche de près.
Cette motion du premier ministre, portant sur la reconnaissance des
droits des autochtones, est pour moi une motion fondamentale que nous nous
devions d'accepter à l'Assemblée nationale comme principe de base
aux négociations éventuelles d'une part et, d'autre part, pour
établir nos positions autant face aux peuples autochtones que face
à la population du Québec ainsi que face au gouvernement
fédéral.
M. le Président, à entendre le député de
Mont-Royal, la motion telle que présentée par le premier ministre
ne représente rien. La motion elle-même n'a pas de contenu.
Plusieurs points sont de juridiction fédérale. Il n'y a rien sur
l'éducation. Il y a beaucoup de gens du Parti libéral, donc de
cette députation libérale, qui ont complètement
oublié qu'une partie de la motion elle-même touche des
déclarations de principe en quinze points qui avaient été
faites par le premier ministre lui-même lors de la commission
parlementaire.
Dans la motion, on presse le gouvernement de poursuivre les
négociations avec les nations autochtones en se fondant, sans s'y
limiter - je répète, sans s'y limiter - sur les quinze principes
qu'il a approuvés le 9 février 1983 en réponse aux quinze
propositions qui lui ont été transmises le 30 novembre 1982 par
les peuples autochtones et à conclure avec les nations qui le
désirent ou l'une ou l'autre des bandes qui les constituent des ententes
leur assurant l'exercice, 1° du droit à l'autonomie au sein du
Québec, ce que nous ont d'ailleurs refusé les amis d'en face,
c'est-à-dire le gouvernement Trudeau en 1982; 2° du droit à
leur culture, leur langue, leurs traditions; 3 du droit de posséder et
de contrôler des terres; 4 du droit de chasser, pêcher,
piéger, récolter et participer à la gestion des ressources
fauniques et, 5 , du droit de participer au développement
économique du Québec et même d'en
bénéficier.
M. le Président, le député de Mont-Royal parlait,
quelque temps avant le souper, de la question de l'éducation, mais je
trouve drôle qu'on se refuse de parler des quinze principes qui ont
été dévoilés par M. Lévesque lors d'une
commission parlementaire en février 1983. Dans un des quinze points
mentionnés, si je me reporte au septième principe, on mentionne
exactement et textuellement ceci: "Les nations autochtones ont le droit d'avoir
et de contrôler, dans le cadre d'ententes avec le gouvernement, des
institutions qui correspondent à leurs besoins dans les domaines de la
culture, de l'éducation, de la langue, de la santé, des services
sociaux et du développement économique." Je me demande la raison
pour laquelle les gens d'en face ne parlent
strictement que de la motion, ne parlent strictement que du point
constitutionnel et pourquoi ils se refusent totalement à parler des
quinze points qui furent mentionnés en février 1983 par le
premier ministre du Québec. On se refuse d'en parler.
Pourtant, si on inclut les quinze principes de février 1983
à la motion que nous avons devant nous, elle est tout de même
assez complète. Cette Assemblée nationale se devra, à mon
sens, d'adopter cette motion, et j'invite le Parti libéral à
voter de façon telle que celle-ci soit unanime.
Je me pose de sérieuses questions face aux dires du
député de Mont-Royal, puisqu'il a lui-même, en 1974-1975,
négocié avec les Cris et les Inuit et que les mêmes
principes sont actuellement contenus dans les ententes qu'il a lui-même
contribué à faire signer. Le gouvernement actuel a adopté
plusieurs lois à l'Assemblée nationale pour rendre conforme cette
entente, et je me demande pourquoi il se refuserait d'endosser cette motion. Je
me demande aussi pourquoi le Parti libéral lui-même refuserait
d'endosser cette motion du premier ministre. Cette motion elle-même, si
on y inclut les quinze points, établit des paramètres
généraux à l'intérieur desquels nous pourrons
définitivement clarifier des situations actuellement aberrantes.
M. le Président, on n'a qu'à se reporter à il y a
plusieurs centaines d'années pour savoir, par exemple, ce qu'il y avait
comme territoire, comme définition des territoires
québécois et autochtones, en 1763, lors de la proclamation
royale. On peut se reporter à l'Acte de Québec de 1774. On peut
se reporter aussi à l'Acte constitutionnel de 1791. On peut aussi
ajouter l'Acte confédératif de 1867, un traité en 1898 et
le traité de 1912, mais je défie qui que ce soit en cette Chambre
et qui que ce soit à l'extérieur de cette Assemblée
nationale d'y comprendre quoi que ce soit ou de vraiment établir
concrètement les juridictions que peuvent avoir le gouvernement
fédéral, le gouvernement du Québec, ainsi que les peuples
autochtones eux-mêmes. C'est pratiquement impossible, et je pense qu'il y
a une raison fondamentale pour laquelle il faut d'abord adopter cette motion.
Par la suite, il faudra négocier avec les peuples concernés, qui
sont les autochtones, pour en arriver à avoir des ententes
concrètes afin de savoir où tout le monde s'en va, afin
d'empêcher que les imbroglios se maintiennent d'année en
année. (21 heures)
Je suis bien placé pour vous parler, par exemple, de la question
de rivières à saumon. Dans le comté de Duplessis, il y a
une rivière qui s'appelle la rivière Moisie, une des plus belles
rivières à saumon au monde sinon la plus belle, mais compte tenu
des imbroglios qu'il y a dans nos lois, dans nos traités et dans les
actes antérieurs, rien n'étant clair, nous devons, chaque
année, signer des ententes ad hoc sur certaines rivières à
saumon, sur certains droits que voudraient avoir les Indiens, et qu'on leur
reconnaît dans un certain sens, mais pour rendre les choses
légales, il faut signer des ententes ad hoc. Ce qui se fait, par
exemple, dans le cas de la rivière Moisie; ce qui se fait dans le cas de
la Bersimis, ce qui se fait aussi dans le cas de la rivière Natashquan;
ce qui se fait dans le cas de la Restigouche; ce qui se fait dans le cas de la
Matapédia et ce qui est en train de se faire et de se négocier au
moment où on se parle pour certaines rivières de la
Côte-Nord et du reste du Québec, toujours, dans le cadre des
rivières à saumon.
M. le Président, actuellement, nous avons des ententes qui
existent: l'entente de la Baie James et du Nord québécois qui
inclut les Cris et les Inuit et, bien sûr, il y a eu en 1978 l'entente
qui a été signée avec les Naskapis de Schefferville. Tout
cela pour vous dire que, compte tenu, qu'une entente était signée
entre les parties, qu'il y a eu d'autres lois par la suite, beaucoup de points,
et même la grande majorité des points en litige ont
été clarifiés dans le cas de ces trois nations. Il reste
toujours six nations au Québec où il n'y a pas d'entente et cette
motion vise surtout ces six nations.
Il ne faut pas oublier que lorsqu'on parle de ces nations en question au
Québec, on peut se référer, par exemple, à la
nation abénaquise, à la nation algonquine, la nation attikamek,
la nation crie, les nations huronne, micmaque, mohawk, montagnaise, naskapie et
inuit. Mais il y a tout de même six nations qui, actuellement, ne peuvent
profiter d'ententes et où on procède régulièrement
par des ententes ad hoc, par des contrats signés après
négociation, mais sur des points très spécifiques. Quant
à moi, je crois nécessaire que cette Assemblée nationale
procède dans les plus brefs délais à l'adoption de cette
motion.
Si on se reporte aux principes qui furent mentionnés lors de la
déclaration du premier ministre en février 1983, il y en a tout
de même qui valent la peine d'être énumérés.
Lorsqu'on mentionne, par exemple, au point no 5 que les nations autochtones ont
le droit de participer au développement économique de la
société québécoise et que le gouvernement est
prêt à leur reconnaître également le droit
d'exploiter, à leur bénéfice, dans le cadre des lois du
Québec, les ressources renouvelables et non renouvelables des terres qui
leur sont attribuées.
Un autre point a été mentionné par le
député de Deux-Montagnes et aussi par la députée
des Îles-de-la-Madeleine. Compte tenu que chez la population blanche, on
respecte les femmes, qu'on respecte aussi les
hommes dans nos lois, dans nos droits, je crois fermement qu'il faut que
ce gouvernement endosse d'abord le principe de la reconnaissance des droits aux
autochtones par le Québec, que ce soit reconnu aux hommes et aussi, bien
entendu, aux femmes. Il est bien entendu que c'est le gouvernement
fédéral qui a juridiction sur cette question, mais cependant on
ne peut se refuser, comme Assemblée nationale, d'adopter un principe
général comme celui-là pour pousser les
négociations entre le gouvernement fédéral et les
provinces pour que les femmes puissent être reconnues comme telles. Et
pourquoi pas, M. le Président?
Nous avons au point no 11 un autre article qui est tout de même
très important. Il mentionne que le Québec est prêt
à considérer que les droits existants issus de la proclamation
royale du 7 octobre 1763 concernant les nations autochtones puissent être
explicitement reconnus dans ses lois. Mais tout cela, M. le Président,
va devoir permettre des négociations, la signature d'ententes et, par la
suite, l'adoption de lois dans cette Assemblée nationale.
En terminant, la plus grande espérance que j'ai, c'est de voir
que dans les prochains mois, on pourra avancer au niveau des
négociations et, de plus, que nous puissions signer aussi dans les
prochains mois des ententes concrètes avec les nations autochtones et,
par la suite, procéder à la législation
générale pour permettre l'application de tous les droits des
autochtones au Québec. Merci, M. le Président.
Le Vice-Président (M. Brouillet): M. le
député de D'Arcy McGee.
M. Herbert Marx
M. Marx: Merci, M. le Président. Les peuples autochtones
veulent avoir des droits qui sont garantis dans la constitution. Ils veulent
que leurs droits soient enchâssés dans la constitution. Ils
veulent que leurs droits soient hors de la portée du Parlement
fédéral ou d'une Législature provinciale afin qu'il soit
impossible, soit pour le Parlement fédéral, soit pour une
Législature provinciale, de diminuer ces droits. J'aimerais parler
seulement sur ce point, sur le point qui touche l'enchâssement des droits
des peuples autochtones dans la constitution.
Il va sans dire que, quand un droit est enchâssé dans la
constitution, la protection est plus efficace que si ce droit se trouve
seulement dans une loi ordinaire. Les Assemblées nationales changent.
Les Parlements changent. Les parlementaires changent. Si les droits sont
seulement dans les lois, les lois peuvent être changées
facilement. Cependant, les droits qui sont enchâssés dans une
constitution restent. Les Parlements peuvent changer. Les Assemblées
nationales peuvent changer, mais les droits dans la constitution restent. Pour
comprendre la demande des peuples autochtones, il faut remonter à la
Confédération. Il faut remonter à la Loi constitutionnelle
de 1867. Notons que la Loi constitutionnelle de 1867 n'était pas
seulement la constitution du Canada. C'était aussi la constitution du
Québec parce que, dans cette loi, on avait constitué la province
de Québec et la province de l'Ontario. Avant 1867, bien sûr, il
n'y avait pas de province de l'Ontario; il n'y avait pas de province de
Québec. Il y avait la province du Canada qui englobait ces deux
provinces.
En 1867, dans la constitution, on a protégé trois
collectivités, trois peuples différents, si vous voulez, M. le
Président. On a voulu protéger les Anglais, les Français
et les peuples autochtones. On a voulu protéger les individus en tant
que membres d'un groupe, en tant que membres d'une collectivité, en tant
que membres d'un peuple. On a voulu donner une protection spéciale aux
Canadiens anglais, aux Canadiens français et aux peuples autochtones
contre les abus d'une majorité, soit une majorité au Parlement
fédéral, soit une majorité dans une Législature
provinciale. La protection de certains droits des Français et certains
droits des Anglais se trouve aux articles 93 et 133 de la constitution qui
protègent les droits linguistiques et les droits scolaires. Pour les
autochtones, on a donné une compétence exclusive au Parlement
fédéral en espérant que les autochtones auraient un
traitement plus juste si les provinces ne pouvaient pas légiférer
en ce qui concerne ces peuples. Cette compétence fédérale
se trouve à l'article 91, paragraphe 24 de la Loi constitutionnelle de
1867. (21 h 10)
Examinons premièrement les droits des Canadiens anglais et des
Canadiens français. J'aimerais, sur cette question, parler seulement des
droits linguistiques. J'ai déjà mentionné l'article 133 de
la constitution. L'article 133 encadre les droits linguistiques des Canadiens
anglais et des Canadiens français et prévoit qu'on peut utiliser
soit la langue française, soit la langue anglaise devant les cours au
Québec ou devant les cours fédérales et au Parlement
fédéral et à l'Assemblée nationale.
On a aussi prévu dans la loi du Manitoba que les Manitobains
auraient les mêmes droits, c'est-à-dire que dans la constitution
du Canada on a prévu des droits linguistiques au profit des Canadiens
anglais et des Canadiens français au niveau fédéral et
dans les provinces du Manitoba et du Québec. Ce sont des droits assez
limités, mais ces droits avaient une certaine
importance à l'époque parce que, en 1867, nous avions
très peu d'institutions. Les institutions les plus importantes
étaient, bien sûr, les Législatures provinciales et le
Parlement fédéral, de même que les cours de justice.
On n'avait pas, par exemple, de tribunaux administratifs comme on en a
aujourd'hui. On n'avait pas d'offices, de commissions, de régies et
ainsi de suite. Donc, on a protégé les droits linguistiques dans
les deux institutions les plus importantes à l'époque. Cependant,
la province du Manitoba a adopté une loi en 1890 pour prévoir que
cette province était une province unilingue. Un siècle plus tard,
les francophones du Manitoba ont fait valoir leurs droits linguistiques qui
sont inscrits dans la constitution canadienne, c'est-à-dire qu'ils
avaient la protection de leurs droits enchâssés dans la
constitution du Canada. Même chose pour les anglophones du Québec
parce que quand le gouvernement actuel a adopté la loi 101
prévoyant l'unilinguisme à l'Assemblée nationale et devant
les cours de justice dans certains cas, la Cour suprême a
interprété l'article 133 de la constitution comme
protégeant les droits des anglophones du Québec dans ces deux
institutions et, donc, les articles en question de la loi 101 étaient
jugés inconstitutionnels.
Notons que la Loi constitutionnelle de 1982 a affermi ces droits
linguistiques au Canada. Par exemple, on a affermi, on a élargi les
droits linguistiques protégés par la constitution en ce qui
concerne le gouvernement fédéral et on a aussi
protégé les droits linguistiques des Français et des
Anglais au Nouveau-Brunswick et c'est dans la constitution.
Aujourd'hui, tout le monde au Québec demande à l'Ontario
d'accepter l'article 133 de la constitution pour que cet article s'applique en
Ontario comme il s'applique au Québec. On veut que les droits des
francophones en Ontario soient enchâssés dans la constitution.
Pourquoi? Parce que quand c'est enchâssé dans la constitution, on
est sûr que les droits sont protégés. En passant, on pourra
noter que la clause "nonobstant" dans la constitution canadienne, dans la
charte canadienne, ne s'applique pas en ce qui concerne les droits
linguistiques. Les droits linguistiques sont enchâssés,
intouchables, sauf par amendement constitutionnel. Et on demande à
l'Ontario d'enchâsser les droits des francophones même si
aujourd'hui l'Ontario a reconnu certains droits linguistiques aux francophones,
mais ce n'est pas assez. Ce n'est pas assez que ces droits soient
encadrés dans une loi. On veut qu'ils soient enchâssés dans
la constitution. Si on réclame ce droit d'enchâssement pour les
Franco-Ontariens, pourquoi ne pas prévoir la même chose pour nos
peuples autochtones?
Je passe maintenant aux problèmes des peuples autochtones. La
constitution de 1867 a prévu une compétence exclusive au
Parlement fédéral en ce qui concerne les autochtones. L'article
91, paragraphe 24, de la constitution stipule que "sont sous la
compétence fédérale les Indiens et les terres
réservées aux Indiens." Notons que les cours ont
interprété le mot "Indiens" comme englobant aussi les Inuit. On a
pensé que ce serait une façon de protéger les droits des
peuples autochtones, mais c'est vraiment difficile de parler d'une protection
de ces peuples par le biais de cet article de la constitution.
Je me souviens, M. le Président, qu'en 1868, par exemple, le
Parlement fédéral a adopté "The Indian Act". Le titre de
la version française démontre bien ce qu'on a pensé des
peuples autochtones parce que le titre, dans la version française, c'est
"l'Acte des Sauvages". Je pense que le traducteur a bien saisi la façon
de penser et les voeux des législateurs de l'époque.
Dans cette loi, c'est le Parlement fédéral qui
définit lui-même l'objet de sa compétence,
c'est-à-dire que le Parlement peut faire de la discrimination contre
certains Indiens, peut définir qui est Indien. Par exemple, le Parlement
fédéral a défini qui est Indien. Ainsi, dans la Loi sur
les Indiens, une femme blanche qui épouse un Indien acquiert le statut
d'Indienne, mais une femme indienne qui épouse un homme blanc perd son
statut d'Indienne. C'est le Parlement fédéral qui définit
sa propre compétence en décidant qui est Indien.
Je ne veux pas aborder tous les problèmes qui sont assez
complexes en ce qui concerne l'interprétation de l'article 91,
paragraphe 24, de la constitution. Il suffit de noter que c'est difficile de
parler d'une vraie protection des droits des peuples autochtones dans la
constitution telle que rédigée en 1867.
Étant donné cette insuffisance dans la Loi
constitutionnelle de 1982, l'article 35 édicte: Les droits existants
ancestraux ou issus de traités des peuples autochtones du Canada sont
reconnus et confirmés. Dans la présente loi, peuples autochtones
du Canada s'étend notamment à des Indiens, des Inuit et des
Métis du Canada.
De plus, l'article 37 de la Loi constitutionnelle de 1982 prévoit
qu'il y aurait une conférence constitutionnelle où on discuterait
notamment de la détermination et de la définition des droits des
peuples autochtones à inscrire dans la constitution du Canada. C'est de
cela qu'on parle aujourd'hui. C'est la prochaine conférence
constitutionnelle qui aura lieu en avril 1985.
Au coeur de ce débat est cette question de l'enchâssement
des droits des autochtones. Les droits qui ne sont pas enchâssés
dans la constitution ne seront peut-être pas respectés.
(21 h 20)
La Charte québécoise des droits et libertés
contient, bien sûr, la protection de nos droits fondamentaux et de nos
libertés, mais cette charte contient une clause de dérogation,
c'est-à-dire que l'Assemblée nationale pourrait passer outre
à la Charte québécoise des droits et libertés de la
personne. Nous avons fait cela onze fois. Onze fois, l'Assemblée
nationale a passé outre à la Charte québécoise des
droits et libertés de la personne.
Par exemple, prenons la loi 111 que ce gouvernement a
déposé il y a deux ans et qui a forcé le retour au travail
des enseignants. Par une clause de dérogation, la Charte
québécoise des droits et libertés de la personne ne s'est
pas appliquée à la loi 111. Donc, les enseignants n'ont pas
bénéficié des droits et libertés de la personne
prévus dans la charte québécoise. De plus, dans cette loi
111, l'Assemblée nationale, à la demande du gouvernement -c'est
le gouvernement qui a des votes - a aussi écarté l'application de
la Charte canadienne des droits et libertés, a écarté
l'article 2 qui protège les droits fondamentaux, a écarté
les articles 7 à 14 qui protègent les garanties juridiques et a
même écarté l'article 15 qui protège le droit
à l'égalité qui n'était même pas en vigueur
à cette époque.
Ce n'est pas assez d'avoir des droits dans les lois ordinaires. Si on a
des droits dans la constitution, ces droits ne peuvent pas être
touchés par un Parlement ou par une Assemblée nationale. Cela
prend une procédure spéciale, cela prend un amendement
spécial. Je pense que cela est d'une grande importance, surtout pour les
peuples autochtones.
Personnellement, je suis contre les clauses de dérogation qu'on
trouve, par exemple, dans la charte québécoise ou dans la charte
canadienne. Dans le livre beige du Parti libéral du Québec, nous
avons demandé qu'on enchâsse des droits fondamentaux et nous
n'avons pas prévu une clause de dérogation. À mon avis, il
faut abroger ces clauses de dérogation dans nos chartes
québécoise et canadienne.
Aux États-Unis, ils ont un Bill of Rights, ils ont leur propre
charte et il n'y a pas de clause de dérogation. Le congrès
américain ne peut pas passer outre à la charte américaine.
Une législature étatique ne peut pas passer outre à la
charte américaine. On a des droits ou on n'en a pas. Si on a des droits,
il faut qu'ils soient enchâssés et qu'ils soient intouchables par
une législature provinciale ou par le Parlement fédéral,
comme c'est le cas aux États-Unis.
Dans la résolution présentée à la Chambre
aujourd'hui, le premier ministre propose - et je le cite - "Que
l'Assemblée nationale affirme sa volonté de protéger dans
ses lois fondamentales les droits inscrits dans les ententes conclues avec les
nations autochtones du Québec." C'est quoi, une loi fondamentale au
Québec? Si une loi fondamentale au Québec, c'est la Charte
québécoise des droits et libertés, l'Assemblée
nationale pourrait toujours passer outre à cette loi fondamentale. C'est
insuffisant de protéger les droits ancestraux des autochtones dans une
simple loi. Il faut que cela soit enchâssé dans la constitution.
Si c'est dans une simple loi, même si on appelle cela une loi
fondamentale du Québec, les 61 députés péquistes
qui siègent aujourd'hui à l'Assemblée nationale pourraient
passer outre à cette loi fondamentale, pourraient amender cette loi
fondamentale. Ce ne serait pas la même chose si ces droits étaient
enchâssés dans la constitution. Il serait impossible de passer
outre à des droits enchâssés d'une telle façon.
Il semble que toutes les provinces et le Parlement fédéral
soient d'accord pour inscrire dans la constitution les droits des peuples
autochtones. Il ne faut pas, comme notre porte-parole, le député
de Mont-Royal, l'a souligné, adopter la résolution telle que
présentée par le premier ministre parce que le texte de cette
résolution va avoir l'effet de diminuer les revendications des peuples
autochtones.
Il me semble, M. le Président, que cette résolution ne
reflète pas les voeux du peuple du Québec. Je pense que le peuple
du Québec est beaucoup plus généreux et beaucoup plus
respectueux des droits des autochtones que le gouvernement actuellement en
place. Je pense que pour respecter vraiment la générosité
du peuple du Québec, pour respecter vraiment les voeux des
Québécois, il faut qu'on modifie la résolution pour
prévoir qu'on est d'accord avec l'enchâssement des droits des
peuples autochtones dans la constitution. C'est la seule façon -
j'insiste - c'est la seule façon de vraiment protéger les droits
des autochtones. C'est la seule façon de dire: Vous avez des droits et
ce sera impossible pour nous ici à l'Assemblée nationale dans un
an, dans deux ans ou dans cinq ans, de diminuer vos droits, de vous les
enlever.
Je ne comprends pas comment le gouvernement actuel pourrait être
contre l'enchâssement de ces droits des peuples autochtones étant
donné que, dans toutes les autres provinces et au niveau
fédéral, tout le monde est pour l'enchâssement de ces
droits.
Enfin, M. le Président, j'aimerais demander au premier ministre
de considérer à nouveau cette résolution et
peut-être apporter des modifications dans le sens proposé par le
député de Mont-Royal. Merci.
Le Vice-Président (M. Brouillet): M. le
député de Châteauguay.
M. Roland Dussault
M. Dussault: Merci, M. le Président. C'est avec un vif
plaisir que je prends la parole brièvement aujourd'hui à
l'Assemblée nationale sur la motion du premier ministre
québécois portant sur la reconnaissance des droits des
autochtones.
Étant un député représentant d'une
circonscription électorale qui a, en son centre, une réserve
amérindienne - il s'agit des Mohawks de Kahnawake - on ne sera pas
surpris de ce que j'aie tenu à m'adresser à cette
Assemblée à cette occasion. Le débat que nous continuons
aujourd'hui d'une certaine façon puisqu'il avait été
amorcé, à toutes fins utiles, en commission parlementaire, il y a
de cela plusieurs mois, par l'audition des points de vue des autochtones
eux-mêmes, ce débat donc s'imposait de lui-même depuis
très longtemps.
Peut-être même devrait-on admettre que notre peuple a un peu
tardé à faire la preuve de sa capacité à
reconnaître l'existence, et les droits qui en découlent
forcément, de ceux qui nous ont précédé en cette
terre d'Amérique. Rien ne nous forçait, bien sûr, à
faire cet effort pour les nations amérindiennes qui vivent en territoire
hors Québec, mais il s'imposait qu'un jour cet effort se
concrétise dans un cheminement de l'Assemblée nationale qui a le
devoir de parler au nom de tous les Québécois.
Sans que cette action de notre Assemblée se veuille totalement
réparatrice de certains manquements à l'égard de nos
prédécesseurs en terre québécoise - ce nom, M. le
Président, n'est-il pas significativement d'origine amérindienne
- on peut admettre qu'elle pourrait prendre quelque peu l'allure d'une action
réparatrice. (21 h 30)
Bien sûr, on ne peut refaire l'histoire, comme nous nous plaisons
souvent à nous le redire, mais on peut tenter d'en redresser les effets
les moins satisfaisants. M. le Président, en 1534, en 1608, quand nos
ancêtres découvreurs ont mis les pieds sur cette terre qu'on a
baptisée Nouvelle-France, il y avait une présence humaine
articulée sur le plan culturel et social, une présence faite
d'humains aux habitudes et au mode de vie propres à chacun des
regroupements ou à chacune des communautés. Si certaines de ces
communautés se caractérisaient par un certain
sédentarisme, d'autres relativement plus nombreuses avaient tendance
à se déplacer sur le territoire qui était le leur,
naturellement. La présence des Blancs, comme ils nous appellent
très souvent, et toute la place qu'elle a prise avec le temps a surtout
eu un impact sur ces dernières, puisqu'on les a, et pas toujours
subtilement, M. le Président, invitées à se fixer quelque
part de façon définitive. Sont donc nées les
réserves et ce qu'il y a de conséquences.
Bien sûr, nous vivons tous plus ou moins dans une réserve.
Nous sommes quand même forcés d'admettre que les nôtres sont
plus faciles à assumer que celles qui leur furent imposées. Sur
cette seule facette de leur histoire, on peut déjà faire reposer
l'obligation de reconnaître un principe, c'est-à-dire celui que
les nations autochtones doivent avoir le droit à l'autonomie sur les
terres qui leur sont attribuées ainsi qu'au contrôle des
institutions sur ces mêmes terres.
La motion du premier ministre s'y attelle, M. le Président. Je
pense qu'il faut l'admettre. Les Québécois pourraient-ils
sérieusement leur reconnaître moins que le minimum qu'ils exigent
pour eux-mêmes depuis plusieurs générations? La
réponse s'impose d'évidence, c'est non. Il me semble que la
motion que nous sommes à débattre leur reconnaît ce
minimum. Si nous voulons garder notre renommée de peuple
généreux à l'égard de nos visiteurs et de nos amis,
il faut que nous nous montrions capables de reconnaître plus que ce
minimum.
Je pense que nous pouvons nous réjouir de ce que la motion du
premier ministre nous amène à reconnaître plus que ce
minimum et qu'elle fait preuve d'ouverture et de
générosité. Je remets en question les avancés du
député de D'Arcy McGee tout à l'heure. Notre peuple est
généreux, et la motion du premier ministre fait
transparaître cette générosité.
De plus, M. le Président, il m'apparaît que cette motion
aurait pu être jugée incomplète si elle n'avait pas
identifié tous les droits qui peuvent être exercés par les
autochtones et visant, selon les mots mêmes de la motion, "à leur
permettre de se développer en tant que nations distinctes ayant leur
identité propre et exerçant leurs droits au sein du
Québec". Ces droits sont ceux qui méritent vraiment d'être
l'objet d'une entente entre les autochtones et les Québécois. Il
s'agit du droit à l'autonomie au sein du Québec, du droit
à leur culture, leur langue, leurs traditions, du droit de
posséder et de contrôler des terres, du droit de chasser,
pêcher, piéger, récolter et participer à la gestion
des ressources fauniques et, en dernier lieu, du droit de participer au
développement économique du Québec et d'en
bénéficier.
Ce qui me plaît par-dessus tout dans cette motion, c'est qu'elle
se termine par une ouverture très appropriée, il me semble,
à la création d'un forum parlementaire permanent où des
représentants des nations autochtones pourront faire valoir leurs
droits, leurs aspirations et leurs besoins. C'est sans doute à dessein
d'ailleurs que l'expression "forum parlementaire" a été retenue.
Elle dit bien ce qu'elle veut évoquer, mais elle ne présume pas
de la forme que prendra ce forum, ni de sa composition, laissant en cela
aux premiers intéressés, les autochtones, le soin
d'approfondir la question.
M. le Président, dans un autre ordre d'idées, je voudrais
dire que si la reconnaissance des droits qui découlera de l'adoption
peut paraître théorique et peut-être même de
préoccupation très concrète pour ne pas dire terre
à terre, il n'en est cependant rien pour celui qui, comme
député, doit constater quasi quotidiennement les
conséquences des difficultés à pouvoir s'entendre entre
communautés nationales sur des objets qui mettent en cause
l'organisation pratique de services aux citoyens. J'ai à l'esprit le cas
précis d'un projet d'autoroute dans le Sud-Ouest du Québec, ma
région, où pendant des années le projet a
été retardé et a même dû être
modifié substantiellement dans son hypothèse de base parce qu'il
n'y avait pas consentement des Mohawks pour laisser passer l'autoroute dans la
réserve de Kahnawake, alors que la perception de l'administration
était qu'il serait possible d'imposer un tel projet à la nation
mohawk.
Situation analogue, M. le Président, pour le projet d'une voie
préférentielle pour autobus du Sud-Ouest vers Montréal via
le pont Mercier. Projet qui a dû être retardé pendant
plusieurs mois parce qu'il y avait obligation d'assurer une surveillance
policière sur cette voie préférentielle, surveillance
qu'on n'arrivait pas à attribuer à un quelconque corps policier
puisque cela se passait sur les terres de la réserve et amenait un
problème de juridiction en relation avec les aspirations bien plus qu'en
relation avec la constitution.
Aussi, M. le Président, la motion débattue aujourd'hui me
donne d'autres raisons, celles-là plus personnelles de me
réjouir. Il me semble qu'elle m'offre, ainsi qu'à la population
de mon comté et du Sud-Ouest, un renouvellement du contexte en termes de
légitimité, qui permettra de mieux encadrer notre relation
mutuelle, de mieux fixer les règles qui devraient régir cette
relation et de mieux asseoir le dialogue nécessaire sur un respect
réciproque, un respect fondé sur la connaissance de l'autre et de
ses aspirations.
Dans notre enthousiasme, M. le Président, il faudra cependant
rester réalistes, reconnaître les droits des nations autochtones,
et, malgré toute la bonne volonté dont on voudrait faire preuve,
ce n'est pas une tâche facile. La difficulté vient principalement
du fait qu'au-delà de la question des juridictions en cause, toutes les
nations qui sont concernées ne sont pas rendues au même point
quant à leur évolution et quant aux moyens qu'elles jugent
nécessaires de prendre pour assurer leur épanouissement comme
nations autochtones. De ce fait, elles n'ont pas identifié les
mêmes exigences, et on le comprend. La solution la plus raisonnable
à ce genre de situation ne saurait être dans la recherche du plus
bas dénominateur commun ni dans l'imposition de devoirs relatifs
à des droits que certaines nations ne jugent pas utiles de revendiquer
avec beaucoup d'énergie.
Si les droits reconnus dans la motion du premier ministre, de même
que les principes qui ont mené à la reconnaissance de ces droits,
m'apparaissent acceptables, il m'apparaît aussi, cependant, que cette
motion ne pourra jamais constituer un point d'arrivée définitif
pour toutes les nations autochtones. Je pense, par exemple, à la nation
mohawk de Kahnawake, d'Oka ou de Saint-Régis. Cette nation mohawk saura
sans doute apprécier l'effort consenti par les Québécois
pour leur reconnaître les droits les plus libres possible de contrainte
pour leur fonctionnement national. Elle trouvera très tôt
l'occasion de nous rappeler qu'entre les droits reconnus par les autres et ceux
qu'elle se reconnaît elle-même, il y a une marge qu'on ne saura
jamais oublier, M. le Président, qu'il ne faudra jamais oublier.
Il m'est arrivé suffisamment souvent d'être en situation
d'entendre leur point de vue à ce sujet. Je sais, M. le
Président, qu'aucun encadrement de notre part, comme de la part du
pouvoir fédéral, ne semble acceptable aux yeux des dirigeants de
la réserve. Il faut aussi se rappeler, M. le Président, que c'est
sans doute une réalité avec laquelle il faudra que nous
apprenions même à vivre. Il est cependant permis d'espérer
qu'ils accepteront d'utiliser le forum parlementaire prévu à la
fin de la motion pour nous faire connaître les raisons qui les animent.
Dans leur cas, comme dans celui de toutes les autres nations autochtones, je me
réjouis du chemin maintenant parcouru qui nous a menés à
cette motion en débat. J'invite donc, M. le Président, mes
collègues de l'Assemblée nationale à adopter unanimement
cette motion. Merci, M. le Président.
Le Vice-Président (M. Brouillet): M. le
député de Sainte-Anne. (21 h 40)
M. Maximilien Polak
M. Polak: Merci, M. le Président. Je n'avais pas
l'intention au début d'intervenir sur cette motion du premier ministre,
mais je suis ici depuis cet après-midi, alors que le premier ministre a
présenté ses arguments. J'ai écouté notre
porte-parole, les porte-parole de ceux qui représentent les deux partis
et je dois vous dire, M. le Président, que je suis étonné
en écoutant le parti ministériel. C'est la raison pour laquelle
j'interviens, simplement sur une question de justice naturelle, de simple bon
sens.
Quand j'entends le député de
Châteauguay parler des droits des autochtones: voici ce qu'on va
donner aux autochtones, ce qu'ils n'ont jamais eu et nous, le gouvernement, on
va les protéger -est-ce qu'il réalise - il doit le savoir
très bien - que dans son comté de Châteauguay, il y a un
groupe très bien connu, la bande des Mohawks? Ils ont appelé le
député de Mont-Royal, hier encore, pour lui dire: S'il vous
plaît, M. le député, voulez-vous faire tout votre possible
pour dire à l'Assemblée nationale, au premier ministre du
Québec, qu'on ne veut rien savoir de cela? On est contre. Vous
êtes en train de disposer des droits des gens. Vous ne les avez pas
consultés. Ils ne veulent rien savoir de vos idées, de vos bonnes
intentions. Ce ne sont pas vos bonnes intentions du tout. Ils protestent. Le
député de Châteauguay parlait ici avant moi, des
autochtones dans son comté. Ils le lui ont dit clairement.
Peut-être qu'il n'a pas écouté. Le député de
Mont-Royal a écouté. Ils ne veulent rien savoir.
M. le Président, je me rappelle, il y a quelques mois, six ou
neuf mois, on parlait d'un hôpital, également dans le comté
de Châteauguay, justement pour les Mohawks. Je les ai avertis dans le
temps. Je leur ai dit: Soyez prudents. Quand le gouvernement vous donne un
hôpital, soyez bien certains que vous aurez un hôpital.
C'était exactement la même bande de Mohawks qui, dans le temps, ne
voulaient rien savoir parce qu'ils avaient peur de ces promesses du
gouvernement qui sont de fausses promesses, des promesses vides.
Je me demandais quelle est la véritable intention du premier
ministre en présentant cette motion cet après-midi. Est-ce que
c'est lui qui est soudainement devenu le protecteur des autochtones? Quelle en
est la raison? Je demandais cela honnêtement à notre porte-parole,
le député de Mont-Royal. Il m'a dit: Maximilien, vraiment, je ne
comprends pas. Moi, ce que je sais, je me rappelle très bien qu'en 1974,
c'était lui, le député de Mont-Royal qui était le
représentant officiel autorisé pour négocier une entente,
justement avec les autochtones. Et c'est la fameuse entente de la Baie James.
Quand le député de Duplessis a dit tout à l'heure: Voici,
on donne au moins dans la motion les mêmes droits et même plus que
dans l'entente de la Baie James, le député de Mont-Royal m'a dit
- et je suis content qu'il me l'ait dit - je veux justement rétablir ce
point - ce n'est pas vrai. C'est faux. Soit que le député de
Duplessis ne connaisse pas ce fait, soit qu'il soit en train de fabriquer
quelque chose qui n'existe pas.
Dans la motion, le gouvernement offre même moins aux autochtones
que ce que le député de Mont-Royal avait déjà
obtenu dans la fameuse entente de 1974. Et je m'explique. Quand on lit la
résolution du premier ministre, qu'est-ce qu'il y a? Il dit: On offre
aux autochtones a) le droit à l'autonomie au sein du Québec.
Qu'est-ce que cela veut dire, ce mot "autonomie"? Est-ce que cela veut dire
l'autonomie politique comme le Parti québécois? Ils sont toujours
les défenseurs d'une autonomie politique, le "self destination". On va
déterminer notre propre destin. Quand on parle de cela, le gouvernement
dit: Ah! Il ne faut pas aller trop loin. Il faut toujours réaliser que
nous sommes le gouvernement officiel du Québec. Les autochtones ont tout
de même une position sur le plan constitutionnel interne de la province,
un peu inférieure et avec le mot autonomie, cela n'a pas exactement le
même sens qu'ils ont pour leurs propres desseins.
M. le Président, ils offrent des droits à la culture,
à la langue et aux traditions. Le premier ministre offre dans sa motion
le droit de posséder et de contrôler les terres. Rien de nouveau.
Tout cela existait. Comme le député de Mont-Royal l'a bien
indiqué, il y a des choses qu'on ne trouve pas dans la motion mais qui
existaient déjà dans l'entente de 1974, telles que des
commissions scolaires cries, par exemple. C'est important. Les Cris ont
gagné ce point. Il faut réaliser que c'est un autre groupe, ce
sont les Cris qui ont protesté, qui ont envoyé des
télégrammes. Cet après-midi, le député de
Mont-Royal a lu ces télégrammes provenant de tous ces groupements
d'autochtones qui demandent: S'il vous plaît, ne nous rendez pas la
grande faveur de votre motion, on ne veut rien savoir; on n'a pas besoin de
votre protection, on fait mieux et on n'a rien à y voir.
Savez-vous pourquoi, M. le Président? Parce que tout le monde
sait qu'au mois d'avril 1985, dans à peu près un mois d'ici, il y
aura une conférence fédérale avec tous ces autochtones du
Canada, y inclus ceux qui résident au Québec, justement pour
parler de ces problèmes et essayer de trouver une solution, pour
incorporer leurs droits dans la constitution canadienne. Nous, ici, au mois de
mars, nous arrivons avec une motion qui peut affaiblir la position des
autochtones lors des négociations qui s'en viennent un peu plus tard, en
avril, avec le gouvernement fédéral. Pourquoi?
Il y a des droits tels que, par exemple, les commissions scolaires, les
services de santé. C'est important pour les autochtones. Ils l'ont
indiqué au député de Mont-Royal. Où, demandent-ils,
trouvons-nous dans la résolution le droit aux services de santé,
nos droits aux services de santé, à notre manière, ceux
qu'on connaît? Nulle part. Cela existait, par exemple, dans l'entente de
1974 qui a été conclue par le député de Mont-Royal
au nom du gouvernement du temps.
Par exemple, ce n'est pas seulement sur les services de santé
qu'ils se posent des
questions, sur les services sociaux aussi. On sait de nos jours ce que
veulent dire les services sociaux. C'est un concept qui est large. Eux, ils
veulent savoir, à leur manière, les autochtones, quels sont les
services sociaux? Trouvez-moi donc le texte de votre fameuse résolution,
M. le premier ministre, où on aura ces droits? Vous donnez moins dans
cette résolution que le député de Mont-Royal avait obtenu
dans le temps, en 1974.
Le député de Duplessis a dit tout à l'heure: Ils
auront plus. Je ne veux pas dire que c'est un mensonge, parce que je ne peux
pas l'accuser d'être menteur, mais je peux dire tout de même que
c'est erroné ou que peut-être il n'a pas dit la
vérité.
Autres exemples. Ils ont parlé des droits au service de la
police. C'est important pour les autochtones, le service de police. Ils
demandent: Trouvez, dans votre fameuse résolution, M. le premier
ministre, les droits au service de notre police, à notre manière,
selon notre style, selon notre façon de vivre, selon nos coutumes? On ne
les retrouve pas non plus mais cela existait dans l'entente de la Baie James de
1974.
Ils ont parlé de l'administration de la justice, les autochtones;
l'administration de la justice à leur manière, selon leurs
propres concepts, ceux auxquels ils sont habitués et non pas toujours
selon nos concepts à nous. Ils se retrouvaient dans l'entente de 1974.
Trouvons-nous, ont-ils demandé, dans cette fameuse motion du
gouvernement présentée par le premier ministre, l'application de
la justice pour notre protection, à notre manière, afin que nous
puissions agir, comme vous le dites, d'une manière autonome?
Dans sa résolution, le premier ministre dit: Vous aurez droit
à l'autonomie au sein du Québec. Qu'est-ce que cela veut dire?
C'est bien vague. Est-ce que cela veut dire qu'ils n'ont pas droit à des
commissions scolaires à eux? qu'ils n'ont pas droit aux services de
santé à eux? qu'ils n'ont pas droit à des services sociaux
à eux? qu'ils n'ont pas droit à une police à eux? qu'ils
ne peuvent faire l'administration de la justice comme ils la connaissent,
à eux et pour eux? Est-ce que le mot "autonomie" veut dire tout
cela?
C'est bien beau pour les députés ministériels. Le
député de Duplessis doit le savoir mieux que moi parce que, dans
le comté de Sainte-Anne, il n'y a pas d'autochtones. Je suis intervenu
sur une simple question de justice naturelle, une question
d'équité. J'ai écouté les débats depuis cet
après-midi et je me demandais quelle en est la raison? Est-ce qu'on est
ici pour remplir le temps? Est-ce que le premier ministre n'a rien de mieux
à faire que de présenter cette motion pour faire un peu de bruit
et démontrer qu'il est bon pour les autochtones? (21 h 50)
Ils ont répondu massivement, ils ont presque tous dit, et je
cite: "Les nations abénaquise, algonquine, attikamek, crie, huronne,
micmaque..." Je me rappelle très bien, le député a
parlé de ça tout à l'heure. Il y a deux ans vous vous
rappelez, M. le Président, la grande guerre avec les bateaux de guerre,
les navires, les fusils contre les Micmacs, la Surêté du
Québec, le ministre du temps, le ministre Stop Lessard... Je me rappelle
qu'à un moment donné, il y avait des protestations contre la
fusion de deux villes, etc. Ils sont même venus avec une petite toilette.
On a pris une photo, etc. Je me rappelle, c'étaient les Micmacs, le
grand gouvernement du Québec contre ce groupe-là. C'était
pour protéger les droits des autochtones.
Le député de Châteauguay parlait tout à
l'heure des Mohawks. Je voudrais lui dire d'aller faire un petit tour justement
dans son comté pour voir les Mohawks et leur demander ce qu'ils en
pensent... Ils ont téléphoné au député de
Mont-Royal hier pour dire: S'il vous plaît! arrêtez ça,
bloquez ça. On n'a pas besoin de vos cadeaux. Il y a une expression, un
"cadeau arabe". Je n'aime pas les expressions un peu racistes parce qu'un
cadeau arabe ce n'est pas un beau cadeau, mais tout de même, c'est un
cadeau qu'on ne veut pas avoir. On ne veut pas avoir votre cadeau
péquiste. C'est un cadeau bien emballé et il ne se trouve rien
dedans. On ouvre le paquet, on a des rubans et, en dedans, c'est vide.
Ça, c'est votre cadeau. Eux, ils sont intelligents. Les autochtones
disent: on aime mieux ne pas toucher à cette boîte-là,
cette boîte péquiste avec les beaux rubans autour, le premier
ministre qui est là et qui dit: Savez-vous, je comprends bien, je veux
vous aider, je vais parler pour vous autres. Ils disent: On aime mieux ne pas y
toucher. On ne veut rien savoir parce que vous nous donnez moins dans cette
résolution que ce que le député de Mont-Royal a obtenu en
1974. On n'a pas besoin de ça. À part cela, on va négocier
en avril, dans un mois. Nous, les autochtones, on va négocier à
Ottawa avec le gouvernement fédéral. Au moins, on veut y aller
avec des mains moins liées, on veut parler de nos problèmes, on
veut parler de nos commissions scolaires, de nos services de santé, de
nos services sociaux, de nos services de police, de notre administration de la
justice. On n'a pas besoin de votre résolution pour nous lier les mains.
C'est ça qu'ils vous demandent. Pourquoi n'écoutez-vous pas, une
fois pour toutes, justement ceux qui sont impliqués? Vous êtes en
train de disposer de quelqu'un que vous n'avez même pas
consulté.
Cet après-midi, le député de Mont-Royal a
simplement demandé deux choses. Il a dit: S'il vous plaît!
monsieur le gouvernement, voulez-vous arrêter vos procédures,
suspendre votre motion et, au
moins, attendre l'issue de la conférence 1985. On n'a rien
à perdre, on est là pour protéger nos autochtones. Si
c'est vrai que vous avez tellement d'intérêt dans la protection
des autochtones, faites-leur une faveur. Ne faites rien, attendez donc le
résultat de la conférence d'avril 1985 et ensuite on verra.
Deuxièmement, il a dit - deuxième suggestion - ensuite on
va - le gouvernement les rencontrer. Rencontrez donc les autochtones d'une
manière impartiale, d'une manière objective et honnête, pas
pour faire de la petite politique pour essayer d'avoir les autochtones avec
vous ou pour devenir soudainement le défenseur des droits des
minorités. Eux ne vous croient pas et je ne vous crois pas non plus.
C'est pour ça que j'interviens, M. le Président, parce que c'est
étonnant. Je ne connais pas le dossier. Quand j'ai vu ça, j'ai
dit: Qu'est-ce qui se passe, qu'est-ce qu'il y a là-dedans? Vous
n'êtes pas honnêtes intellectuellement, c'est une
malhonnêteté intellectuelle. Je ne comprends pas.
Oui, M. le Président, quand l'assistant du leader parlementaire
se lève, l'ancien acteur qu'on a bien connu, avec de beaux cheveux gris,
il faut bien comprendre une chose. Eux, les autochtones ne veulent rien savoir.
Ils vous ont dit, y compris vous, M. l'assistant du leader: On n'y touche pas.
On n'a pas besoin de vos cadeaux, on ne veut rien savoir de cela. S'il vous
plaît, foutez-nous la paix! Pourquoi faire cette motion?
Présentez-nous donc une motion, ce soir par exemple, pour
résoudre le problème de l'emploi chez les jeunes. Cela, ce serait
intéressant. Une motion pour régler les problèmes
d'économie et de chômage. Pas cela. Comment se fait-il qu'on parle
soudainement du problème des autochtones? Soudainement, on arrive avec
la solution...
Lorsque le député de Mont-Royal, qui connaît
très bien le dossier, qui connaît le dossier mieux que le premier
ministre, qui connaît le dossier mieux que n'importe lequel d'entre vous,
y inclus les députés de Châteauguay et de Duplessis, parce
qu'il a vécu avec ces problèmes, nous a parlé - je ne
révèle pas de secrets du caucus - il nous a dit: J'ai besoin de
volontaires parce qu'il y a quelque chose d'incroyable qui se passe. Moi,
j'étais là et je n'ai pas réagi. Mais il avait raison. Je
comprends maintenant de quoi il s'agit. On est en train, comme on dit en
anglais "to pull the wool over the eyes". C'est ce que vous êtes en train
de faire et je suis content que le député de Mont-Royal soit
intervenu et ait trouvé des volontaires pour répondre à
chacun de vous. Le député de Duplessis et celui de
Châteauguay, qui ont tout de même une population autochtone dans
leur comté, viennent nous raconter des histoires qui ne sont pas vraies.
Ils le savent. Ils. n'ont qu'à vérifier auprès de leur
propre population autochtone et ils vont savoir que ce n'est pas vrai. C'est
honteux de parler comme cela. Ce sont les raisons pour lesquelles je suis
intervenu. D'autres vont intervenir après moi. Ils vont peut-être
être mieux préparés que moi. Moi, je parle du simple
principe de justice normale, humaine, en me fondant sur ce que le
député de Mont-Royal m'a donné comme documentation. Le
texte de 1974 existe. Il y a déjà des traités qui sont
signés. Il y a des lois qui existent. Arrêtez donc de faire des
motions et de nous donner des cadeaux bien enrubannés mais sans contenu.
Je vous remercie.
Des voix: Bravo!
Débat de fin de séance
Le Vice-Président (M. Brouillet): Nous allons maintenant
assister à un débat de fin de séance afin de poursuivre
l'étude d'un sujet soulevé cet après-midi lors de la
période de questions par le député de Sainte-Marie. M. le
député de Sainte-Marie a un droit de parole de cinq minutes, M.
le ministre du Travail, un droit de parole de cinq minutes et le
député a un droit de réplique de deux minutes. M. le
député de Sainte-Marie.
Le conflit à l'usine Domtar de
Lebel-sur-Quévillon
M. Guy Bisaillon
M. Bisaillon: Je remercie mon collègue de Deux-Montagnes.
M. le Président, cet après-midi, à la période de
questions, j'ai posé une question au ministre du Travail sur le conflit
qui sévit à la compagnie Domtar, à
Lebel-sur-Quévillon. Je ne suis pas satisfait de la réponse que
le ministre m'a donnée. Ce que je cherchais à savoir,
c'était pourquoi le ministre du Travail s'entêtait à
continuer une expérience de conciliation qui, jusqu'à maintenant,
n'a rien donné. Ma question était pour faire préciser au
ministre du Travail le fait que le gouvernement s'engage dans une
médiation spéciale et, au-delà de cela, que l'Un des
principaux actionnaires de cette compagnie, qui est le gouvernement, s'implique
dans le conflit de travail vécu actuellement.
Rappelons rapidement en quoi consiste ce conflit. Depuis neuf mois, les
travailleurs sont en grève, 350 travailleurs sont en grève. Par
le fait de ce conflit de travail, 850 personnes de la région, de la
municipalité, sont aussi sans emploi. Tout le conflit a pris naissance
par une action unilatérale de la compagnie qui a procédé
à des mises à pied et à des mouvements de personnel. Le
syndicat est allé en grief sur les décisions unilatérales
de la compagnie. Le tribunal
d'arbitrage a donné raison au syndicat. La compagnie est
allée en Cour supérieure avec un bref d'évocation. La Cour
supérieure a donné raison au syndicat. Au même moment le
syndicat s'est adressé au commissaire du travail prétendant que
dans les mouvements de personnel il y avait eu discrimination. Le commissaire
du travail a donné raison aux travailleurs. La compagnie est
allée en appel devant le Tribunal du travail. Le Tribunal du travail a
jugé la cause et a donné raison aux travailleurs.
Pendant toute cette période la compagnie s'est
réfugiée derrière une seule position: n'appliquons pas les
sentences arbitrales. Admettez à l'avance que vous n'endosserez pas les
sentences arbitrales et nous accepterons par la suite de négocier. Cet
après-midi le ministre a prétendu que les parties
s'étaient entendues pour régler un certain nombre de ces
dossiers. Quant à moi je prétends que les parties ne pouvaient
pas s'entendre sur cet élément. Le syndicat est placé, lui
aussi, devant une sentence arbitrale qui doit être appliquée
à des individus. Seuls les individus pourraient accepter un
règlement avec la compagnie, ce qui a été fait dans un
certain nombre de cas. Restent un certain nombre de dossiers en suspens. Les
individus demandent l'application de la sentence arbitrale. C'est leur droit le
plus strict, le droit que nos lois et que les tribunaux ont prévu, leur
ont accordé et leur ont reconnu. (22 heures)
Devant ces faits la compagnie, le 6 mars 1985, et c'est un autre aspect
de ma question, a envoyé une lettre à l'ensemble de la population
de Lebel-sur-Quévillon pour, nommément, indiquer que si le
conflit se poursuivait c'était dû à neuf travailleurs qui
n'acceptaient pas un règlement individuel avec la compagnie. Quant
à moi, je dis que cette procédure utilisée par la
compagnie est condamnable, que le gouvernement qui est le principal actionnaire
de cette compagnie devrait réagir à des procédures
utilisées par la compagnie Domtar à
Lebel-sur-Quévillon.
Au-delà de cela des rencontres de conciliation ayant eu lieu, la
compagnie ayant toujours maintenu une position identique: Abandonnez d'abord et
avant tout le résultat des sentences arbitrales, nous négocierons
après. Avant les négociations, pendant les négociations,
avant la conciliation, pendant la conciliation. Ceci s'étant
déjà produit, que peut espérer le ministre d'une
rencontre, vendredi prochain, de conciliation sous le même fonctionnement
que celui qui a déjà été prévu?
Ma question au ministre, M. le Président: Est-il prêt ce
soir à prendre l'engagement d'éviter à tout prix que, lors
de la rencontre de vendredi, la question des griefs et des sentences arbitrales
soit discutée? Le ministre, aujourd'hui, est-il prêt à
prendre l'engagement de discuter vendredi devant le conciliateur et de forcer
la compagnie à discuter vendredi devant le conciliateur le fond du
litige et le fond des clauses de convention qui régleraient le conflit?
Le ministre, aujourd'hui, est-il prêt à prendre l'engagement, si
la rencontre de vendredi ne donne pas de résultat, de s'engager dans une
médiation spéciale? Le ministre, aujourd'hui, est-il prêt
à prendre l'engagement de forcer le gouvernement, principal actionnaire
de cette compagnie qui n'hésite pas lorsqu'il s'agit de donner des
subventions à intervenir dans l'entreprise privée, à
intervenir directement dans les affaires de Domtar à
Lebel-sur-Quévillon et à forcer une discussion véritable
de la négociation et à amener un règlement de la
convention collective?
Le Vice-Président (M. Brouillet): M. le ministre du
Travail.
M. Raynald Fréchette
M. Fréchette: M. le Président, le temps qui nous
est alloué à l'intérieur de la procédure
prévue pour un semblable débat ne permet évidemment pas
d'aller dans le détail de l'une et l'autre des questions qu'a
soulevées le député de Sainte-Marie. J'essaierai de
cerner, aussi rapidement que c'est possible de le faire, ce que je
considère, à ce stade-ci, comme étant les principaux
points soulevés par le député de Sainte-Marie.
Je lui dirai d'abord, comme première observation, qu'il
m'apparaît un peu spécial, pour ne pas dire irrégulier, que
l'on entreprenne de demander, à toutes fins utiles, à des gens
qui détiennent ou qui ont en main une sentence arbitrale qui leur donne
raison sur un grief qu'ils ont déposé, laquelle sentence
arbitrale a été, comme l'a dit le député de
Sainte-Marie, confirmée devant les tribunaux de droit commum, devant
tous les autres tribunaux qui ont juridiction pour se prononcer
là-dessus, je trouve effectivement cette procédure un peu
spéciale, sinon irrégulière encore une fois, que
d'insister pour que l'on se désiste, à toutes fins utiles, d'un
jugement qui a été rendu par les instances appropriées
à le rendre.
D'autre part, M. le Président, je n'ai pas à ma
disposition, et le gouvenement n'a pas à sa disposition non plus,
quelque moyen que ce soit pour empêcher que, dans des cas où il
pourrait y avoir un consentement de part et d'autre, une semblable situation
puisse se produire. D'ailleurs, on va tous convenir qu'elle s'est effectivement
produite. Au début, lorsqu'on a commencé à discuter de
cette sitution, il y avait - le député de Sainte-Marie le sait -
29 griefs dont il était question. Au moment où l'on se parle, si
mes
informations sont exactes, il en resterait neuf et neuf pour lesquels
les syndiqués impliqués ne sont pas ni disposés ni
prêts à inscrire un désistement, ce avec quoi, quant
à moi, je vous le dis comme je le pense, je suis tout à fait
d'accord, lorsqu'on a en main une décision de cette nature.
Deuxièmement, M. le Président, le député de
Sainte-Marie fait référence à la possiblité qu'une
intervention puisse être faite après avoir considéré
le résultat que pourrait donner ou ne pas donner la rencontre de
vendredi. Il est fort clair que si, effectivement, cette rencontre ne
débouchait pas sur ou bien un règlement ou alors des espoirs d'un
règlement qui pourrait intervenir dans les heures ou dans les jours qui
suivraient une semblable rencontre, il faudra, de toute évidence, que
celui qui est responsable d'un semblable dossier au gouvernement du
Québec prenne les dispositions pour modifier le processus de la
négociation qui a prévalu jusqu'à maintenant. Quelle
tournure ou quelle allure cela pourrait-il prendre? Ce pourrait être
effectivement de la nature d'une conciliation spéciale. Ce pourrait
être également de la nature d'une médiation
spéciale, mais pour arriver à déterminer ce genre de
situation, M. le Président, il faudra voir encore une fois, il me
semble, quels seront les résultats d'une semblable rencontre.
Dans le courant de la journée, M. le Président, on a fait
référence à la possibilité que l'une des parties ne
soit pas présente à l'invitation qui a été faite de
se retrouver autour d'une table de négociation vendredi prochain. Si
telle devait être la situation, il faudra évidemment
considérer la démarche de vendredi comme étant un
échec par rapport à l'objectif qui est visé et, dans de
semblables circonstances, il faudra aussi prendre l'une ou l'autre des
dispositions dont on vient de parler.
Maintenant, M. le Président, l'autre question que me soumet le
député de Sainte-Marie, c'est la suivante: Le ministre, ce soir,
peut-il prendre l'engagement qu'à cette rencontre de vendredi, il ne
sera pas question des griefs dont on parle depuis un bon moment? Je voudrais
bien prendre un semblable engagement si j'avais le pouvoir de le faire.
À supposer que je prenne l'engagement de demander au responsable du
dossier au ministère du Travail de faire en sorte qu'on ne discute pas
de ces griefs, mais que, par ailleurs, l'une ou l'autre ou l'une et l'autre des
deux parties souhaiterait que la discussion se fasse là-dessus, le
député de Sainte-Marie va convenir qu'à cet égard,
en tout cas, il m'est absolument impossible de prendre un engagement de la
nature de celui dont il me parle. Premièrement, parce que je n'en ai pas
le pouvoir par la loi ou par la réglementation et, deuxièmement,
parce que je ne suis pas sûr que les parties elles-mêmes n'aient
pas effectivement le désir de soulever la question, ne serait-ce que
pour y référer et essayer d'identifier le genre de solution qui
pourrait convenir pour vaincre cette difficulté qui empêche
effectivement que la négociation s'enclenche, se fasse et se termine sur
les autres points qui sont actuellement en discussion. Il est également
clair, M. le Président, que ce dossier, qui fait référence
à un conflit de travail qui dure maintenant depuis bientôt dix
mois...
Le Vice-Président (M. Brouillet): M. le ministre, si vous
voulez conclure. Il vous reste... Votre temps est écoulé. S il
vous plaît!
M. Fréchette: Oui, je conclus, M. le Président. Je
vous signalerai qu'autant celui qui vous parle que le gouvernement, que le
député d'Abitibi-Est, qui s'est impliqué dans le dossier
à de très nombreuses reprises depuis que le conflit est en cours,
toutes ces personnes ont à coeur qu'une solution soit trouvée
dans les meilleurs délais. Sur certaines parties de l'intervention du
député de Sainte-Marie, je réitère que je suis
disposé à faire un certain bout de chemin dans le sens qu'il me
suggère.
Le Vice-Président (M. Brouillet): M. le
député de Sainte-Marie.
M. Guy Bisaillon (réplique)
M. Bisaillon: M. le Président, je prends bonne note non
seulement des bonnes intentions que le ministre vient de nous exprimer, mais
aussi de la fermeté avec laquelle il l'a fait. À titre indicatif,
je pourrais peut-être lui suggérer un certain nombre de mesures
qui pourraient être prises. L'utilisation, par exemple, de l'ex-chef de
cabinet du premier ministre - il a l'habitude de mater cela, lui, des
sociétés qui appartiennent à l'État - l'utilisation
d'une commission parlementaire. On a déjà utilisé cela
ici, au Parlement, pour des entreprises privées. Je me souviens, par
exemple, d'une commission parlementaire sur le conflit du Soleil. Là, le
gouvernement n'était pas du tout actionnaire. Je me demande ce qui
empêcherait, par exemple, la tenue, si la réunion de vendredi ne
donnait pas de résultat, d'une commission parlementaire. Au-delà
de cela, j'indique qu'au conseil d'administration de cette entreprise il y a
huit représentants de la Société générale de
financement ou de la Caisse de dépôt. Cela se change, des
administrateurs et quand cela se nomme, des administrateurs, cela se donne des
mandats aussi. Il me semble que ce sont toutes des pistes que le ministre
pourrait explorer. À tout événement, j'espérerais
que le ministre nous donne dès mardi des
résultats sur la rencontre de vendredi.
Je sais bien qu'il ne peut pas de lui-même donner des directives
aux parties mais il pourrait au moins demander à son conciliateur qu'il
exige des parties que les parties qui sont convoquées pour parler d'une
convention collective s'en tiennent à la convention collective, ce qui
s'appelle négocier de bonne foi, et non pas mettre des préalables
à la négociation.
Je vous indique aussi, M. le Président, que j'apprécierais
fort que le Parlement prenne un peu ce dossier en main. Des ordres du
Parlement, cela peut avoir des effets aussi. On utilise les ordres du Parlement
allègrement lorsqu'il s'agit de mater les travailleurs ou de les
pénaliser, pourquoi ne s'en servirait-on pas à l'occasion pour
leur rendre justice et pour mater les employeurs?
Le Vice-Président (M. Brouillet): M. le leader du
gouvernement.
M. Blouin: M. le Président, ce débat étant
maintenant terminé, je signale pour le bénéfice de nos
collègues et également ceux et celles qui suivent nos travaux,
que demain, à compter de dix heures, nous reprendrons le débat
sur la motion du premier ministre. Selon les articles 98 à 100, c'est le
député de Vachon qui aura la parole. Par la suite, si le temps
nous le permet, nous poursuivrons le débat sur le Code civil du
Québec.
Le Vice-Président (M. Brouillet): Sur ce, nous ajournons
nos travaux à demain, dix heures.
(Fin de la séance à 22 h 13)