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(Quatorze heures cinq minutes)
Le Président: À l'ordre, s'il vous plaît: Un
moment de recueillement! Veuillez vous asseoir!
Condoléances à la famille de M. Jacques
L'Archevêque
Le Président
J'ai le regret de souligner le décès de M. Jacques
L'Archevêque, correspondant de Radio-Canada ici même à
l'Assemblée nationale depuis dix ans. Je pense que M. L'Archevêque
était estimé de tous les membres de cette Assemblée et
jouissait d'une très grande considération de la part de tous les
collègues de la tribune de la presse.
J'exprime mes sincères condoléances à Mme Louise
Turcotte, ainsi qu'à ses deux enfants.
M. le premier ministre.
M. Robert Bourassa
M. Bourassa: M. le Président, je voudrais m'associer
à vos propres condoléances et les exprimer au nom du
gouvernement. Je connaissais M. L'Archevêque depuis quelques
années et j'ai été à même de constater
l'intelligence et la distinction avec lesquelles il accomplissait son
travail.
Journaliste depuis 20 ans, il avait traversé cette période
particulièrement mouvementée de l'histoire du Québec et,
toujours, il a accompli ce travail avec talent et objectivité. C'est
donc une lourde perte pour la tribune de la presse et pour l'Assemblée
nationale et, dans les prochaines heures, je me rendrai personnellement au
salon funéraire exprimer mes condoléances à sa famille et
à ses proches.
Le Président: Merci, M. le premier ministre.
M. le chef de l'Opposition.
M. Pierre-Marc Johnson
M. Johnson (Anjou): M. le Président, je tiens à me
joindre au fait que vous soulignez au nom de l'Opposition et
particulièrement de tous les députés qui ont
siégé ici à l'Assemblée nationale depuis 1977, le
décès de ce remarquable correspondant parlementaire
décédé, comme on le sait, prématurément
à l'âge de 42 ans.
M. L'Archevêque était membre de la salle des nouvelles de
Radio-Canada depuis 1972. Il était correspondant parlementaire depuis
1977. Il a donc passé dix années de sa vie dans ce qu'on appelle,
à l'occasion, ici, le collège, où se côtoient
députés, ministres, attachés politiques, fonctionnaires
et, évidemment, journalistes.
Si cette enceinte, dans ses couloirs, est à l'occasion
qualifiée de collège, sûrement qu'un des collégiens
les plus assidus était Jacques L'Archevêque. On se souviendra du
sérieux avec lequel il couvrait les commissions parlementaires,
notamment celles qui ont porté sur ces grands débats autour de la
question référendaire, des lois en matière linguistique,
des projets de loi 40 et 3 en matière d'éducation. Il avait
toujours le magnétophone en bandoulière à la recherche
d'une déclaration ou, comme il le disait, d'un son pour un de ses
reportages.
Journaliste depuis 20 ans, il était également
passionné de politique. Passionné des questions culturelles,
éducatives, linguistiques et passionné particulièrement
quant à la qualité de l'expression de la langue française
dans son métier, constamment à la recherche du mot juste, de
l'expression heureuse ou du raccourci qui ne trahit pas ou qui trahit le moins
possible. Il croyait également en la nécessité, au niveau
de l'éducation, de faire en sorte que les parents s'impliquent dans
notre système scolaire.
Je sais que sa perte est, pour sa famille et ses enfants et tous ceux
qui l'ont estimé, une douleur cruelle. Je voudrais donc offrir à
tous ses camarades de travail, ceux de Radio-Canada et ceux de la Tribune de la
presse, nos sympathies, car je sais qu'il était apprécié
de ses collègues qui reconnaissaient en lui, non seulement son
acharnement à bien faire les choses et son professionnalisme, mais aussi
sa gentillesse, son sens de l'entraide, ses qualités humaines, son sens
de l'humour aussi, dont il a agrémenté d'ailleurs plusieurs
campagnes électorales auprès du premier ministre et auprès
de celui qui vous parle. Journaliste et homme politique n'ont pas toujours les
mêmes avis sur les mêmes événements, mais, dans les
circonstances douloureuses qui affligent ses collègues et sa famille, je
crois qu'ils partagent la même émotion.
Le Président: Merci, M. le chef de l'Opposition.
Nous allons maintenant procéder aux affaires courantes.
Cet après-midi, il n'y a aucune déclaration
ministérielle.
II n'y a aucune présentation de projets de loi.
Dépôt de documents. M. le ministre
délégué aux Services et Approvisionnements.
Rapport annuel du Bureau de la protection
civile
M. Rocheleau: M. le Président, j'ai le plaisir de
déposer le rapport annuel 1984-1985 du Bureau de la protection civile du
Québec.
Le Président: Document déposé.
Dépôt de rapports de commissions. M. le président de
la commission de l'économie et du travail. Il n'y a aucun
dépôt de rapports de commissions.
Dépôt de pétitions. Nous n'avons reçu...
M. Charbonneau: M. le Président.
Le Président: M. le député de
Verchères.
Étude détaillée du projet de loi
11
M. Charbonneau: J'ai l'honneur de déposer le rapport de la
commission de l'économie et du travail qui a siégé le 7
mai dernier afin de procéder à l'étude
détaillée du projet de loi 11, Loi sur la Coopérative
régionale d'électricité de Saint-Jean-Baptiste-de-RouvilIe
et abrogeant la Loi pour favoriser l'électrification rurale par
l'entremise de coopératives d'électricité.
Ce projet de loi a été adopté avec des amendements,
M. le Président.
Le Président: Dépôt de rapport
exécuté.
Dépôt de pétitions. Je n'ai reçu aucune
pétition dans les délais requis.
Il n'y a aucune intervention portant sur une violation de droit ou de
privilège ou sur un fait personnel, cet après-midi.
Avant de procéder à la période de questions orales,
j'informe tous les membres de cette Assemblée qu'immédiatement
après la période de questions orales, nous devrons
procéder à cinq votes qui ont été reportés.
Nous devrons appeler les députés dans les dix dernières
minutes de la période de questions. Je demanderais la collaboration de
tous, c'est-à-dire que tous demeurent ici même dans l'enceinte de
l'Assemblée.
Période de questions orales. M. le chef de l'Opposition.
QUESTIONS ET RÉPONSES ORALES
L'admissibilité à l'enseignement en
anglais de certains enfants
M. Johnson (Anjou): Oui. M. le Président, jeudi dernier,
le ministre de l'Éducation a déposé à
l'Assemblée nationale le projet de loi 38 sur l'admissibilité
à l'école anglaise de certains enfants. Alors qu'on ne
connaît pas la politique générale du gouvernement à
l'égard de la défense de l'illustration et de la promotion du
fait français, le gouvernement a cependant jugé bon de proposer
une solution au problème des élèves fréquentant
illégalement ou clandestinement, comme on le veut, l'école
anglaise.
Nous aurons l'occasion, lors de l'étude article par article comme
à l'occasion des deuxième et troisième lectures du projet
de loi, de revenir sur ces questions. Mais, en attendant, j'aurais un certain
nombre de questions a poser au premier ministre, comme il s'en doute. Pourquoi
le gouvernement n'a-t-il pas jugé approprié, dans un esprit
d'équité à l'égard de celles et ceux qui ont
respecté la loi et qui ont envoyé leurs enfants à
l'école française tel que le prévoyait la loi 101,
d'exiger des élèves qui sont les sujets ou qui font l'objet de
cette loi qu'ils acquièrent une connaissance vérifiable et
vérifiée de la langue française avant de
bénéficier de cette mesure générale?
Le Président: M. le premier ministre.
M. Bourassa: M. le Président, aux mêmes questions,
les mêmes réponses. Depuis le 11 mars, pour ce qui a trait
à la politique du Parti libéral dans les questions de langue, je
crois que j'ai eu l'occasion à plusieurs reprises de mentionner au chef
de l'Opposition les articles du programme qui expriment cette prise de
position. Quant à sa question plus détaillée aujourd'hui,
je crois que dans le curriculum qui est exigé des étudiants qui
sont diplômés des écoles anglophones il doit y avoir une
connaissance suffisante du français.
Le Président: M. le chef de l'Opposition, question
additionnelle.
M. Johnson (Anjou): M. le Président, pourquoi le
gouvernement a-t-il retenu, comme date limite pour bénéficier de
l'amnistie, le 15 avril 1986 plutôt que la date habituelle qu'on se
serait attendu à y voir, c'est-à-dire le 30 septembre 1985?
Le Président: M. le premier ministre.
M. Bourassa: M. le Président, toutes ces questions auront
réponses à l'occasion du débat. Est-ce que l'Opposition
est à court de questions au point de poser des questions comme
celles-là qui ont trait à un projet de loi? D'après son
attitude à la première lecture, j'ai l'impression qu'elle a
l'intention de passer un certain temps à l'examen de cette question.
Alors, je ne vois pas l'opportunité de poser des questions de
détail aujourd'hui, à la période générale
de
questions. À moins qu'on n'ait aucune question sur les
problèmes qui intéressent le Québec actuellement.
Le Président: M. le chef de l'Opposition. M. le chef de
l'Opposition. Question additionnelle, M. le chef de l'Opposition.
M. Johnson (Anjou): Je crois que la question linguistique
intéresse le Québec en ce moment. La question que j'adresse au
premier ministre n'est pas une question de détail. Elle est la suivante:
Pourquoi le gouvernement a-t-il choisi - il doit y avoir une réponse -
de fixer comme date limite pour bénéficier de l'amnistie le 15
avril 1986 plutôt que le 30 septembre 1985, date normale de la fin des
inscriptions pour une année complète pour l'année scolaire
en cours?
Le Président: M. le premier ministre.
M. Bourassa: Je ne reproche pas au chef de l'Opposition -
j'espère qu'il va me comprendre plus facilement que d'habitude -de poser
des questions sur le problème linguistique. Je lui reproche aujourd'hui
de poser des questions qui concernent l'application pratique et
détaillée d'une loi qui sera discutée dans quelques jours
et je suis obligé d'en conclure qu'il n'y a pas tellement d'autres
questions qui semblent intéresser l'Opposition actuellement. Je dirai au
chef de l'Opposition que pour des raisons pratiques, qui lui seront
données en détail au moment opportun et au moment traditionnel
dans ce genre de débat, il aura toutes les réponses.
Le Président: M. le chef de l'Opposition, question
additionnelle. M. le chef de l'Opposition.
M. Johnson (Anjou): Est-ce que le premier ministre connaît
la réponse à la question que je lui pose?
Le Président: M. le premier ministre.
M. Bourassa: Je connais la réponse, mais c'est à
moi de décider quand nous la donnerons à l'Opposition.
Le Président: M. le chef de l'Opposition, question
additionnelle? Question additionnelle.
M. Johnson (Anjou): Toujours dans la même veine, si le
premier ministre juge bon d'apporter des réponses aux questions,
évidemment, comme c'est son privilège. C'est bien connu. Est-ce
que le premier ministre pourrait en même temps penser à une
réponse qu'il serait susceptible de nous donner éventuellement
à la question suivante:
Pourquoi confier au ministre de l'Éducation dans cette loi un
pouvoir discrétionnaire pour permettre aux enfants d'avoir accès
à l'école anglaise, alors qu'autrement, en vertu de la loi, ils
n'y auraient pas droit, plutôt que de confier cette responsabilité
à la commission d'appel?
Le Président: M. le premier ministre.
M. Bourassa: Je pourrais répondre comme tantôt, sauf
que si le chef de l'Opposition se donne le temps de lire le projet de loi, il
va voir que cette disposition, si ma mémoire est bonne, s'applique sur
recommandation de la commission d'appel.
Le Président: M. le chef de l'Opposition, question
additionnelle.
M. Johnson (Anjou): Cela va.
Le Président: À l'ordre, s'il vous plaît! M.
le député de Verchères, question principale.
Les sujets en litige entre
Ottawa et Québec au sujet
de la formation professionnelle
M. Charbonneau: M. le Président, il y a presque un an
maintenant, en juin 1985, le gouvernement fédéral lançait
un plan d'action intitulé "Planification de l'emploi dans le secteur de
la formation professionnelle". Cela a été suivi durant tout
l'été de négociations parce que le Québec, à
ce moment-là, n'était pas d'accord avec cette approche qui
concurrençait, dédoublait les programmes du Québec. Il y a
eu une entente partielle en septembre 1985 qu'on a appelée "Entente
Canada-Québec sur la planification de l'emploi".
Il demeure trois questions importantes en litige, M. le
Président, et je les présente brièvement. D'abord, la
première, l'intention d'Ottawa de dédoubler et de concurrencer
les programmes et politiques québécoises en regard du recyclage
et de la formation de la main-d'oeuvre concernés par les changements
technologiques et les pénuries d'emplois. La deuxième question en
litige porte sur la volonté fédérale de dédoubler
le réseau de commissions de formation professionnelle du Québec
par la création de comités locaux d'estimation des besoins. Le
troisième problème en litige, c'est la décision
fédérale de couper de plus de 40 % l'enveloppe budgétaire
de formation en institution, qui était de 139 000 000 $ en 1985-1986, et
de développer le secteur privé de la formation professionnelle
avec les fonds présentement alloués aux institutions publiques
d'enseignement.
Ma question, M. le Président, est simple et s'adresse au ministre
de la Main-
d'Oeuvre et de la Sécurité du revenu: Quelle est la
position du gouvernement du Québec sur les trois questions en
litige?
Le Président: M. le ministre de la Main-d'Oeuvre et de la
Sécurité du revenu et ministre du Travail.
M. Paradis (Brome-Missisquoi): M. le Président, dans la
question de la stratégie fédérale concernant l'emploi, il
y avait six programmes qui avaient été mis de l'avant par le
gouvernement fédéral. Celle qui m'a précédé
comme titulaire du ministère de la Main-d'Oeuvre et de la
Sécurité du revenu a signé avec le gouvernement
fédéral quatre volets de ce programme qui en comportait six.
Depuis mon arrivée comme ministre, j'ai refusé de signer les deux
autres pour les mêmes motifs qui animaient celle qui m'a
précédé comme titulaire du ministère.
Je suis présentement en négociation avec Mme MacDonald
quant aux deux volets que vous avez évoqués - vous avez
évoqué trois points, mais ils se recoupent en deux volets sur la
base de la négociation fédérale-provinciale - je suis en
négociation avec Mme MacDonald. Ces négociations progressent de
façon satisfaisante pour le Québec, mais je tiens à
assurer le député que, dans ces négociations, les droits
du Québec seront respectés.
Le Président: M. le député de
Verchères, en additionnelle.
M. Charbonneau: Le ministre pourrait-il être plus
précis qu'il ne l'a été, il y a quelques instants et en
commission parlementaire, à l'étude des crédits de son
ministère? Est-ce que la position du gouvernement du Québec a
changé ou est-elle la même depuis le 2 décembre sur chacun
des trois points?
Le Président: M. le ministre de la Main-d'Oeuvre et de la
Sécurité du revenu. (14 h 20)
M. Paradis (Brome-Missisquoi): La position du gouvernement du
Québec, qui est la position du gouvernement libéral du
Québec, est la même qu'avant la campagne électorale, que
pendant la campagne électorale, qu'au jour de l'élection, que le
lendemain de l'élection et qu'aujourd'hui. Nous n'avons pas
changé de position.
M. Charbonneau: M. le Président...
Le Président: M. le député de
Verchères, en additionnelle.
M. Charbonneau: M. le Président, j'ai déposé
des questions additionnelles pour avoir des réponses plus
précises. Est-ce que le gouvernement...
Le Président: En additionnelle, M. le
député.
M. Charbonneau: ...du Québec... Il faudrait
peut-être que mes collègues gardent leur calme un peu, M. le
Président. Cela fait-il votre affaire "est-ce que"?
Le Président: À l'ordre, s'il vous plaît:
M. Charbonneau: Est-ce que le gouvernement du
Québec...
Le Président: À l'ordre, s'il vous plaît! M.
le député de Verchères, en additionnelle.
M. Charbonneau: ...s'oppose toujours à la volonté
du gouvernement fédéral de mettre en place des comités
locaux d'estimation des besoins? Est-ce que le gouvernement du Québec
s'oppose toujours à la volonté du gouvernement
fédéral de couper de 40 % les fonds prévus à
l'enveloppe budgétaire pour la formation en institution?
Le Président: M. le ministre de la Main-d'Oeuvre et de la
Sécurité du revenu.
M. Paradis (Brome-Missisquoi): Je peux assurer le
député de Verchères que l'approche que nous avons eue tant
dans ces négociations que dans le cadre de d'autres négociations
que nous avons au ministère de la Main-d'Oeuvre et de la
Sécurité du revenu avec le gouvernement fédéral va
dans le sens que nous tenons à tout prix à éviter ce qu'on
appelle les doubles emplois, soit le cas où les contribuables ont
à payer deux fois pour le même service au fédéral et
au provincial, ces querelles et ces guerres inutiles que votre gouvernement a
entretenues pendant de nombreuses années. Donc, nous maintenons - c'est
notre position - que, comme gouvernement québécois, nous sommes
en mesure de donner un service sur le plan de la consultation qui est plus
proche de la population que ce que le gouvernement fédéral
pourrait faire dans ce domaine.
Quant au deuxième volet de votre question, soit si on est
d'accord avec les coupures, non seulement nous ne sommes pas d'accord avec les
coupures, mais nous tentons d'aller chercher davantage.
Le Président: M. le député de
Verchères, en additionnelle, très brièvement.
M. Charbonneau: Une question additionnelle au ministre des
Finances sur le même sujet. Est-ce que le ministre des Finances a
prévu, oui ou non, dans son budget la coupure que le gouvernement
fédéral impute au gouvernement du Québec, dès cette
année, pour la formation professionnelle?
Le Président: M. le ministre des Finances.
M. Levesque: Je n'ai pas compris.
M. Charbonneau: Je vais la répéter, M. le ministre
des Finances.
Le Président: M. le député de
Verchères, si vous voulez répéter votre question?
M. Charbonneau: Est-ce que vous avez prévu dans votre
budget les sommes nécessaires ou éventuellement la coupure que le
gouvernement fédéral a décidé d'imposer au
Québec à l'égard de la formation professionnelle? Une
coupure importante si je peux vous le souligner.
Le Président: M. le ministre des Finances.
M. Levesque: M. le Président, je crois que la question
pourrait être posée au président du Conseil du
trésor.
Le Président: Est-ce que vous maintenez...
M. Charbonneau: Est-ce qu'on peut renvoyer...
Le Président: À l'ordre, s'il vous plaît!
M. Charbonneau: ...la balle au président du Conseil...
Le Président: Â l'ordre, s'il vous plaît!
Voulez-vous adresser la question au président du Conseil du
trésor?
M. Charbonneau: M. le Président, il semble qu'on va faire
le ping-pong. Est-ce que le président du Conseil du trésor
pourrait nous dire si, lui, dans ses prévisions a prévu que le
gouvernement du Québec était pénalisé à
l'égard de la formation professionnelle? Est-ce qu'à cet
égard, dans le budget des dépenses du Québec, on
prévoit ce problème?
Le Président: M. le président du Conseil du
trésor.
M. Gobeil: M. le Président, si vous me permettez, je vais
garder la balle pendant quelques minutes. Les crédits budgétaires
ont été analysés et déposés en fonction des
événements connus à ce moment. Il y a, à
l'intérieur de l'appareil gouvernemental et à l'intérieur
des crédits gouvernementaux, des dispositions qui font que si, pour une
raison ou pour une autre, les faits ne se révèlent pas tels
qu'estimés ou connus au moment de la préparation des budgets on
puisse y remédier. C'est ce que nous ferons, s'il y a un problème
à surmonter à ce moment.
Le Président: M. le député de
Verchères, en additionnelle.
M. Charbonneau: M. le Président, le gouvernement
fédéral nous a annoncé une coupure. Est-ce que le
gouvernement du Québec a accusé le coût et a-t-il mis les
montants nécessaires dans ses crédits pour combler cette coupure?
Et, s'il n'accepte pas cette coupure, a-t-il fait le nécessaire, en
termes budgétaires, pour ne pas prévoir ce que le
fédéral nous enlève parce qu'on est dans une
négociation?
Le Président: M. le président du Conseil du
trésor. À qui s'adresse la question, M. le député
de Verchères?
M. Chevrette: M. le Président, la question s'adresse
à celui qui est capable d'y répondre.
Le Président: M. le député de
Verchères, votre question a été très bien
posée.
Mme la députée de Chicoutimi.
M. Chevrette: ...il n'y a pas de crédit.
Le Président: Mme la députée de Chicoutimi,
en additionnelle ou en principale?
Mme Blackburn: En additionnelle, M. le Président.
Le Président: En additionnelle, Mme la
députée de Chicoutimi.
Mme Blackburn: Ma question s'adresse au ministre de
l'Éducation et de l'Enseignement supérieur. J'aimerais savoir du
ministre s'il est étroitement associé aux négociations en
vue du renouvellement de l'accord fédéral-provincial. De la
même manière, j'aimerais connaître sa position à
l'égard de la proposition du gouvernement fédéral
favorisant les lieux de formation privés au détriment des lieux
de formation dans les collèges et dans les commissions scolaires.
Le Président: M. le ministre de l'Éducation et de
l'Enseignement supérieur.
M. Ryan: M. le Président, le représentant du
gouvernement du Québec à la table de négociation avec le
gouvernement fédéral est mon collègue, le ministre du
Travail, de la Main-d'Oeuvre et de la Sécurité du revenu, mais
les positions que mon collègue défend aux négociations
fédérales-provinciales ont été
arrêtées en étroite consultation avec tous les
ministres
concernés au sein du gouvernement du Québec et j'ai eu
l'occasion de fournir ma contribution, parce que nous avons travaillé
l'affaire étroitement ensemble, les deux ministères. Je peux vous
assurer, par conséquent, que je suis entièrement identifié
avec les positions que nous défendons dans tout le secteur de la
formation professionnelle.
En ce qui touche la réduction des montants devant être
orientés vers le système public d'enseignement au profit de lieux
privés de formation, cela fait partie des représentations qui ont
été faites par le gouvernement du Québec, à savoir
que nous voulons que le gouvernement fédéral maintienne le niveau
de contribution allant vers les institutions publiques. Si le gouvernement
fédéral devait donner suite au projet qui nous a
été présenté, les dangers qui en
découleraient pour le système public seraient très graves
et il faudrait les déplorer et les combattre vivement.
Le Président: M. le chef de l'Opposition, en
additionnelle.
M. Johnson (Anjou): En additionnelle, M. le Président.
Est-ce que le premier ministre pourrait nous dire dans les circonstances,
puisqu'il semble que toutes les décisions passent par son cabinet,
lequel des ministres dans ce dossier a la responsabilité pour fournir ce
type de réponse? Est-ce le ministre délégué aux
Affaires intergouvernementales canadiennes? le ministre de la Main-d'Oeuvre et
de la Sécurité du revenu? le ministre de l'Éducation? le
ministre des Finances? ou le président du Conseil du trésor?
 moins que ce ne soit lui-même?
Le Président: M. le premier ministre.
M. Bourassa: M. le Président, on s'attendait à des
questions sérieuses!... On est obligé de les attendre encore. Le
chef de l'Opposition, pour avoir été ministre responsable aux
Affaires canadiennes, sait fort bien que c'est le genre de dossier où
plusieurs ministres sont nécessairement impliqués. Nous, de notre
côté, on agit avec un esprit très collégial et
très efficace.
Le Président: M. le chef de l'Opposition, en
additionnelle.
M. Chevrette: Mais quand on n'a pas de réponse...
M. Johnson (Anjou): Mais est-ce que le premier ministre pourrait
dire que, au-delà du collège dont il parle, il a sifflé la
fin de la récréation et qu'un ministre peut répondre?
Le Président: M. le premier ministre.
M. Bourassa: M. le Président, l'Opposition essaie
aujourd'hui de déjouer le gouvernement en arrivant avec des questions de
détail sans préavis d'aucune façon. Nous avons quand
même répondu. Je l'ai fait moi-même sur des articles
particuliers d'un projet de loi qui est en discussion. Nous sommes en
négociation avec le gouvernement fédéral. Le chef de
l'Opposition devrait savoir qu'à chaque fois que l'on négocie, on
est quand même obligé de tenir compte des représentations
qu'on va faire. Je ne vois pas pourquoi l'Opposition s'attendrait aujourd'hui
à avoir des réponses finales et définitives sur un dossier
qui est encore en négociation.
Le Président: Mme la députée de Chicoutimi,
en additionnelle.
Mme Blackburn: En additionnelle, M. le Président. Je
voudrais savoir du ministre de l'Éducation si, dans l'hypothèse
où il y a effectivement une coupure de 54 000 000 $ dans l'enveloppe et
compte tenu de sa remarque indiquant que cela aurait des effets dramatiques par
rapport aux collèges et aux commissions scolaires, il a prévu
dans son budget...
M. Gratton: Question de règlement, M. le
Président.
Une voix: C'est une hypothèse...
Le Président: M. le leader du gouvernement, sur une
question de règlement.
M. Gratton: M. le Président, on n'a pas à juger de
la pertinence des questions mais je vous prierais de rappeler à Mme la
députée les dispositions de l'article 77, qui interdisent
à un député de poser une question s'appuyant sur des
hypothèses.
M. Chevrette: M. le Président, sur la question de
règlement.
Le Président: M. le leader de l'Opposition.
M. Chevrette: Je m'excuse, M. le Président, mais il y a
des coupures de 54 000 000 $ qui sont envisagées. L'Opposition a le
droit, comme Opposition, de demander d'où les crédits viendront
concrètement s'ils ne viennent pas du fédéral. Pas un
ministre n'a répondu de l'autre côté de cette Chambre. Si
on veut parler de l'article 77, au moins l'article 79, lui, dit que la
réponse doit se rapprocher des termes mêmes de la question.
Personne ne se lève pour répondre ou encore le premier ministre
s'interroge sur la valeur de nos questions. Si vous ne connaissez pas les
réponses, ayez la modestie et non l'arrogance de dire que vous ne
connaissez pas les
réponses.
M. Bourassa: M. le Président...
Le Président: Est-ce que c'est en réponse à
la question? Sur une question de règlement?
M. Gratton: Non, c'est une réponse...
M. Bourassa: Non, c'est pour répondre... Je ne sais pas si
le leader de l'Opposition a eu des informations privilégiées,
samedi soir, à Joliette... (14 h 30)
Le Président: M. le premier ministre, il ne s'agit pas
d'une question de règlement et je vais accepter la question telle que
posée par Mme la députée de Chicoutimi, à la suite
des deux questions de règlement.
M. Chevrette: M. le Président.
Le Président: M. le leader de l'Opposition.
M. Chevrette: Si le premier ministre s'interroge sur la
veillée de samedi, il peut le demander au député de
Rousseau qui était là.
Le Président: M. le leader de l'Opposition, à
l'ordre, s'il vous plaît! À l'ordre, s'il vous plaît! Tel
que je l'ai fait remarquer - non, excusez-moi, M. le premier ministre - il
n'est pas question de répondre, en aucune façon que ce soit. M.
le leader de l'Opposition, j'ai avisé le premier ministre qu'il ne
s'agissait pas d'une question de règlement; je dois également
vous dire que votre intervention n'en était pas une.
Mme la députée de Chicoutimi, en additionnelle;
brièvement, Mme la députée.
Mme Blackburn: Merci, M. le Président. Le ministre de
l'Éducation peut-il nous dire s'il a prévu combler d'une
manière ou d'une autre le manque à gagner de 54 000 000 $ dans
l'enveloppe de la formation de la main-d'oeuvre?
Le Président: M. le ministre de l'Éducation et
ministre de l'Enseignement supérieur et de la Science.
M. Ryan: La question repose sur une hypothèse qui n'a pas
été à la base des calculs que nous avons faits pour
établir nos prévisions de dépenses pour l'année
1986-1987 dans le secteur de l'éducation.
Le Président: M. le député de Roberval, en
principale.
Le plan de développement
d'Hydro-Québec
M. Gauthier: Merci, M. le Président. Hydro-Québec,
dans le plan de développement qu'elle déposait récemment
devant la commission parlementaire, présentait un scénario de
gestion de l'offre et de la demande d'électricité qui
était susceptible de faire économiser des sommes d'argent aux
Québécois. Hydro-Québec nous disait qu'en
améliorant les équipements déjà existants et en
répartissant mieux l'offre et la demande d'électricité,
elle serait en mesure de retarder la construction de barrages.
Le ministre de l'Énergie et des Ressources déclarait en
commission parlementaire: "La gestion de l'offre et de la demande, on va
l'amoindrir, on va laisser l'offre et la demande s'accroître parce que
cela va permettre la construction d'autres développements. On ne
gérera pas l'offre et la demande de la même façon
qu'Hydro-Québec le demande, on va les laisser augmenter et cela va nous
permettre de construire."
Ma question s'adresse au premier ministre. Je voudrais savoir s'il est
d'accord avec cette déclaration pour le moins surprenante de son
ministre de l'Énergie et des Ressources.
Le Président: M. le premier ministre.
M. Bourassa: M. le Président, le député a
tiré du contexte de la discussion certaines affirmations qui
étaient présentées comme hypothèses. Je crois qu'il
est normal pour le gouvernement, comme pour Hydro-Québec de faire des
choix et d'appliquer, si je puis dire, l'approche
coût-bénéfices. Qu'en coûte-t-il pour
l'économie du Québec, pour les finances du Québec, pour la
lutte au sous-emploi de prendre telle approche plutôt que telle autre? Il
est normal que, dans une commission parlementaire, on débatte de ces
questions et le gouvernement, en concertation avec Hydro-Québec, prendra
les meilleures décisions dans l'intérêt économique
collectif des citoyens du Québec.
Le Président: M. le député de Roberval, en
additionnelle; très brièvement, en additionnelle.
M. Gauthier: M. le Président, ma question additionnelle
s'adresse au ministre de l'Énergie et des Ressources. Je voudrais savoir
de sa part s'il maintient toujours la déclaration qu'il a faite et que
je viens de lire, et qui est manifestement reniée par son chef ou qu'il
essaie de diluer dans un autre contexte.
Le Président: M. le ministre de l'Énergie et des
Ressources.
M. Ciaccia: M. le Président, ce n'est pas tout à
fait correct de la part du député de Roberval de citer hors
contexte ce qu'il vient de citer parce que, si vous lisez ce qui vient avant la
citation, c'est l'une des hypothèses que nous avons soulevées.
Vous m'avez demandé: Acceptez-vous le plan de développement
d'Hydro-Québec? J'ai dit: On est en train d'examiner le plan de
développement d'Hydro-Québec et, à d'autres questions que
vous m'avez posées, j'ai soulevé la possibilité d'examiner
d'autres hypothèses que nous allons demander à
Hydro-Québec. Le P.-D.G. d'Hydro-Québec est tout à fait au
courant des différentes hypothèses, des différents
scénarios puisqu'il a accepté lui-même de les examiner avec
nous. Je crois qu'on a seulement fait notre devoir en soulevant les
différentes hypothèses, les différentes
possibilités et, à la suite de cet examen, le gouvernement, en
concertation avec Hydro-Québec, sera en mesure de donner des
orientations à Hydro-Québec et de prendre les décisions en
conséquence.
Le Président: M. le député de Roberval, en
additionnelle.
M. Gauthier: M. le Président, le ministre ne serait-il pas
en train de nous dire qu'il a déclaré cela parce qu'il est mal
pris avec la déclaration du premier ministre d'exploiter 12 000
mégawatts de puissance supplémentaire dans le Nord du
Québec, alors qu'il sait très bien que la demande réelle
est d'environ 3000 ou 4000 mégawatts?
Le Président: M. le ministre de l'Énergie et des
Ressources... M. le premier ministre.
M. Bourassa: M. le Président, pour faire plaisir au chef
de l'Opposition, je vais répondre à la question du
député de Roberval. Je renvoie encore le député de
Roberval aux documents officiels qui prévoient une demande minimum de
4000 mégawatts de la part de la Nouvelle-Angleterre, jusqu'à 5500
mégawatts, qui peut s'accroître de celle de l'État de New
York et de celle de l'Ontario. Je n'ai pas besoin de rappeler au
député de Roberval les événements qui ont
affecté certaines centrales nucléaires depuis quelques
années ou quelques semaines et que, dans l'ensemble des options qui
s'offrent aux clients potentiels du Québec, que ce soit au sud ou
à l'ouest, l'avantage hydro-électrique est ressorti encore plus,
étant donné ces événements, avec les
conséquences que cela a comportées pour plusieurs pays. Alors, ce
que je dis au député de Roberval, c'est que nous nous fixons cet
objectif. Nous avons par exemple depuis quelques jours une remontée du
prix du pétrole... Oui, M. le Président. Il était à
9 $ il y a quelques semaines, il était à 17 $ hier à New
York. Alors ce sont ces événements, qui fluctuent d'année
en année, qui permettent à un gouvernement
déterminé politiquement de pouvoir remplir des objectifs pour
lesquels il a été élu.
Le Président: M. le député de Roberval, en
additionnelle.
M. Gauthier: M. le Président...
Le Président: M. le ministre de l'Énergie et des
Ressources, vous pourriez revenir en complément. Vous êtes
d'accord, M. le député? Je vous avais déjà reconnu.
Alors, M. le ministre de l'Énergie et des Ressources.
M. Chevrette: Si on était assurés qu'il y aurait
une réponse pertinente cette fois-ci, oui.
Le Président: Alors, M. le ministre de l'Énergie et
des Ressources, brièvement.
M. Ciaccia: Je suis surpris que le député de
Roberval n'ait pas cité la réponse que je lui avais donnée
en commission parlementaire à la même question. Je lui avais dit
qu'à la suite de mes conversations avec les gens de la
Nouvelle-Angleterre, je trouvais que les prévisions du premier ministre
étaient plutôt conservatrices.
Le Président: M. le député de Roberval, en
additionnelle.
M. Gauthier: M. le Président, on sait que le premier
ministre est un conservateur, je voudrais simplement lui demander...
Le Président: M. le député de Roberval, en
additionnelle.
M. Gauthier: Oui, M. le Président, je suis en
additionnelle. Je voudrais demander au premier ministre très
sérieusement: Est-ce qu'il croit sérieusement que son ministre de
l'Énergie et des Ressources n'est pas en train d'essayer de justifier
les 12 000 mégawatts, chiffre dont personne ne se rapproche actuellement
dans le monde de l'énergie au Canada comme aux États-Unis?
Le Président: M. le premier ministre.
M. Bourassa: Le ministre de l'Énergie et des Ressources a
tout le talent et a toute ma confiance pour faire valoir le point de vue du
gouvernement, mais indépendamment des collègues ou du
gouvernement ou du Parti libéral, j'ai reçu l'appui d'hommes
politiques ou d'experts énergétiques comme M. James Schlesinger,
ancien secrétaire à l'Énergie, président du
comité d'Hydro-
Québec, appuyé par Bill Clark, ancien conseiller
très proche du président Reagan, William Simmons, ancien
secrétaire au Trésor et plusieurs autres parmi les hommes
politiques les plus respectés aux États-Unis.
M. Chevrette: Comme vous autres.
M. Bourassa: M. le Président, remercions le ciel qu'un
programme d'un certain parti politique, qui nous aurait valu seize centrales
nucléaires le long du Saint-Laurent, n'ait pas été
appliqué.
Le Président: À l'ordre, s'il vous plaît! Je
m'excuse, M. le premier ministre, je vais reconnaître M. le leader de
l'Opposition sur une question de règlement. M. le leader de
l'Opposition.
M. Chevrette: J'ai une question de règlement, M. le
Président. Je mets au défi le premier ministre, sur une question
de règlement, de déposer les éléments de programme
dont il parle. Il sait très bien que c'est faux, archifaux.
Le Président: Je m'excuse. À l'ordre, s'il vous
plaît! À l'ordre, s'il vous plaît! M. le leader de
l'Opposition, il y a un moyen que prévoit notre code pour un
débat de fin de séance pour pouvoir mettre en contradiction les
affirmations, mais ce n'était pas une question de règlement. De
plus, M. le premier ministre, en conclusion à la question qui vous
était posée, s'il vous plaît! Brièvement, M. le
premier ministre. (14 h 40)
M. Bourassa: M. le Président, je ne sais pas si on assiste
à un autre reniement de la part de nos amis d'en face, mais je crois que
la position avait été clairement exprimée, nous y
siégions à ce moment. Personnellement, je me souviens très
bien de tous ces débats sur le fait que l'énergie
nucléaire était l'énergie de l'espoir pour le Parti
québécois. Elle est devenue l'énergie du désespoir,
comme on le sait.
M. le Président, ce que je veux dire, c'est que le gouvernement
est confiant, à la lumière de tous ces développements,
à la lumière du fait que le taux de croissance de la demande et
en Ontario et au sud du Québec est beaucoup plus élevé que
prévu. On l'estimait à 2,6 %, il va approcher 4 %. En tenant
compte des problèmes des différentes formes d'énergie tant
nucléaire que celle qui provient du charbon, de l'augmentation de la
croissance par rapport à celle qui avait été prévue
et de la sécurité de l'approvisionnement venant du Québec,
je crois qu'on peut rester confiant d'obtenir l'objectif dont je parlais
tantôt.
Le Président: M. le chef de l'Opposition, en
additionnelle.
M. Johnson (Anjou): Le premier ministre ne reconnaîtrait-il
pas, à l'égard des allusions qu'il a faites au nucléaire,
qu'il s'agissait là de l'opinion de l'ancien ministre des Finances qui,
aujourd'hui - et c'était une opinion personnelle - appuie le premier
ministre dans ses efforts de privatisation?
Le Président: M. le premier ministre.
M. Bourassa: Je ne sais pas s'il nous appuie, mais je ne suis pas
sûr qu'il appuie le chef de l'Opposition.
Le Président: À l'ordre, s'il vous plaît! M.
le premier ministre.
M. Bourassa: M. le Président, c'est de
notoriété. Je pourrai, à un autre moment, citer le Journal
des débats avec les dirigeants du Parti québécois
qu'appuyait à ce moment le chef de l'Opposition, puisqu'il a
été membre du parti dès 1973, avons-nous appris
récemment. Je dirai au chef de l'Opposition que les dirigeants du parti
plaidaient constamment le caractère préférentiel de
l'énergie nucléaire, ce que nous avons dénoncé
à un moment où nous étions à peu près les
seuls à le faire. Dieu merci qu'on ne soit pas trompé!
Le Président: M. le député de Taillon, en
principale.
Fermeture de bureaux d'enregistrement
M. Filion: M. le Président, jeudi dernier, le 15 mai, le
ministre de la Justice déposait à la sauvette le projet de loi 88
qui, nous disait-il, permettait la fusion...
Le Président: À l'ordre, s'il vous plaît!
M. Filion: ...de certaines divisions d'enregistrement. Or,
après examen de ce projet de loi, il s'avère que l'adoption de
cette loi impliquerait la fermeture de dix bureaux d'enregistrement, soit ceux
de Nicolet et de Saint-François dans le comté de Nicolet, de
l'île d'Orléans et de Château-Richer dans le comté de
Montmorency, de Ham-Sud dans le comté de Richmond, de Saint-Liboire dans
le comté de Saint-Hyacinthe, de Coteau-Landing dans le comté de
Vaudreuil et de Saint-Jean et de Napierville dans votre comté, M. le
Président.
Le ministre de la Justice peut-il dire à cette Chambre quel est
le montant exact des économies qu'il entend réaliser par la
fermeture de ces dix bureaux d'enregistrement?
Le Président: M. le ministre de la Justice.
M. Marx: M. le Président, malheureusement, le
député de Taillon n'était pas ici il y a quelques
années. Mon prédécesseur, le ministre de la Justice,
était plus gourmand: il a voulu fermer 36 bureaux d'enregistrement qui
n'étaient pas en ordre. En ce qui concerne ces fermetures, il s'agit
d'économies de centaines de milliers de dollars par année.
Le Président: En additionnelle, M. le député
de Taillon.
M. Filion: Ma question additionnelle, M. le Président, a
deux volets. Premièrement, est-ce que le ministre a
procédé à des consultations auprès de la Chambre
des notaires, du Barreau, de l'Union des municipalités régionales
de comté, de l'UMQ, l'Ordre des arpenteurs-géomètres et de
tous les organismes qui vivent cette réalité des bureaux
d'enregistrement? Deuxièmement, quels sont les critères qui ont
amené le ministre à fermer ou à déposer un projet
de loi qui entraînera la fermeture de certains bureaux d'enregistrement
tout en laissant d'autres bureaux d'enregistrement dans des comtés,
notamment... Je termine.
M. Gratton: Une question de règlement, M. le
Président.
Le Président: Sur une question de règlement, M. le
leader du gouvernement.
M. Gratton: M. le Président, l'article 75 de notre
règlement est clair. Les questions doivent porter sur des affaires
d'intérêt public, ayant un caractère d'actualité ou
d'urgence, qui relèvent d'un ministre ou du gouvernement.
Le député a posé une question tantôt à
savoir si le projet de loi était adopté. Or, c'est justement pour
que l'Assemblée nationale en soit saisie, l'étudie, l'adopte ou
le rejette qu'on a fait la présentation du projet de loi.
M. le Président, est-ce qu'on ne pourrait pas attendre le moment
de l'étude du projet de loi pour poser des questions de détail de
ce genre? Autrement, on va faire ici, lors de la période de questions,
l'étude détaillée des projets de loi qui doit se faire en
commission parlementaire. Il me semble que ce n'est pas acceptable.
Le Président: M. le leader de l'Opposition.
M. Chevrette: Sur la question de règlement, M. le
Président, vous aurez remarqué que l'Opposition, la semaine
dernière, a demandé à plusieurs reprises au leader du
gouvernement: M. le leader, entendez-vous consulter les corps publics ou la
population sur tel projet de loi? Les réponses ont
systématiquement été: Non. Donc, on doit, comme
Opposition, jouer notre rôle, poser des questions pour savoir où
veut aller le gouvernement dans ses cachettes vis-à-vis de l'opinion
publique.
Des voix: Voilà! Voilà!
Le Président: Je rends immédiatement ma
décision. En vertu de l'article 75 du règlement, il s'agit bien
d'une question portant sur des affaires d'intérêt public ayant un
caractère d'actualité ou d'urgence.
Maintenant, j'aimerais que vous concluiez rapidement, M. le
député de Taillon. Vous avez dépassé le temps qui
vous était accordé pour votre question additionnelle.
Allez-y.
M. Filion: Ma question additionnelle était: Quels sont les
critères qui ont présidé aux décisions soumises au
Conseil des ministres? Deuxièmement, est-ce que le ministre a
consulté les organismes dont j'ai fait mention tantôt?
Le Président: M. le ministre de la Justice.
M. Marx: M. le Président, je vais compléter mes
réponses en commission parlementaire, mais je peux dire tout de suite
que le ministère a fait des consultations. Deuxièmement,
concernant les critères, il y a au moins deux critères qui sont
très importants: la distance et la rentabilité du bureau
d'enregistrement.
Le Président; M. le député de
Jonquière.
M. Dufour: M. le Président, est-ce que le ministre de la
Justice entend convoquer une commission parlementaire avant l'adoption du
projet de loi 88?
Le Président: M. le ministre de la Justice.
M. Marx: Je pense que le député s'est trompé
de numéro de projet de loi, je pense que c'est 82... C'est 88?
Des voix: Ah! Ah! Ah!
M. Filion: C'est son projet de loi!
M. Marx: Le député de Taillon a commencé par
parler du projet de loi 82, mais, de toute façon, la commission
parlementaire va étudier ce projet de loi article par article, comme on
le fait pour tout projet de loi.
Le Président: M. le député de
Jonquière, en additionnelle.
M. Dufour: Est-ce que le ministre de la Justice est conscient que
pour plusieurs municipalités c'est à peu près le seul
service gouvernemental qui existe dans leur milieu? Est-ce que le ministre va
revenir sur sa décision et tenir une commission parlementaire pour la
population, pour les municipalités concernées?
Le Président: M. le ministre de la Justice.
M. Marx: M. le Président, tout le monde aura les
mêmes services. Il y aura un bureau d'enregistrement pour recevoir tous
ceux qui veulent consulter les documents ou en enregistrer. Il pourrait arriver
qu'il soit nécessaire d'aller trois milles, deux milles ou cinq milles
plus loin, mais les services ne seront pas coupés, pas du tout.
Le Président: M. le député de Lafontaine, en
principale.
Pollution à Rivière-des-Prairies
M. Gobé: Merci, M. le Président. Nous avons pris
connaissance, en fin de semaine -et j'ai été à même
de le constater dès ce matin - d'un cas de pollution très grave
dans la région de Rivière-des-Prairies. Il s'agit du
déversement d'une quantité très importante de goudron.
C'est un acte de pollution extrêmement grave au niveau de l'impact
écologique et environnemental. C'est inacceptable, de par la nature
même du délit et par les conséquences que cela va
entraîner.
Ma question s'adresse au ministre de l'Environnement. Le ministre
pourrait-il nous faire part, d'abord, s'il est au courant de ce cas de
pollution, et ensuite, s'il est au courant du coût de la facture à
payer à cause de cette situation créée par des gens
irresponsables dans la région de Rivière-des-Prairies?
Le Président: M. le ministre de l'Environnement.
M. Lincoln: M. le Président, je remercie le
député de sa question. J'aurais pensé qu'elle aurait
été posée par les membres de l'Opposition,
considérant l'envergure de la pollution. On parle de plusieurs milliers
de mètres carrés de pollution par du goudron et des
hydrocarbures. En effet, le ministère de l'Environnement a
été saisi de cela lorsque la police de la CUM a averti Urgence
Environnement, à la fin d'avril, qu'il y avait un dépôt de
pollution dont on ne connaissait pas la source. Le ministère a fait
enquête sur les lieux le même jour. Par la suite, des
prélèvements ont été envoyés au laboratoire,
et je peux certifier au député et aux gens de l'endroit qu'il n'y
a aucune atteinte à la santé, que la nappe est stable. Depuis, la
ville de Montréal, qui s'est portée acquéreure du terrain
il y a quelques semaines, a commencé à travailler le cas. La
firme Sanivan est allée faire une expertise sur les lieux. Cela
coûtera entre 250 000 $ et 500 000 $ pour décontaminer les lieux
et les travaux se feront en quelques jours. (14 h 50)
Le Président: En additionnelle, M. le député
de Lafontaine.
M. Gobé: Est-ce que le ministre de l'Environnement peut
nous dire ce qu'il entend faire pour éviter que ce genre de situation ne
se reproduise et que nous ne nous retrouvions encore une fois devant le fait
accompli?
Le Président: M. le ministre de l'Environnement.
M. Lincoln: Malheureusement, M. le Président, je ne peux
pas donner de réponse catégorique au député. C'est
impossible de retracer des pollutions pareilles, quand les gens viennent
déposer des produits durant la nuit. En tout cas, on a donné avis
aux deux propriétaires précédents, ceux de la ville de
Montréal... La police de la CUM est en train de faire enquête sur
les lieux. Le ministère de l'Environnement va s'assurer que, dans des
cas pareils, on prenne toutes les mesures que la loi nous offre pour poursuivre
les contrevenants. Merci.
Le Président: M. le député de Duplessis, en
principale.
La fermeture de Schefferville
M. Perron: Merci, M. le Président. À la suite de la
pétition générale qui est actuellement en circulation
à Schefferville où on confirme qu'il n'y a eu aucune consultation
avec la population et ses organismes, sinon quelques conseillers municipaux, et
qui réclame un moratoire sur la loi 67 quant à son adoption ainsi
qu'une commission parlementaire, est-ce que le ministre persiste à
maintenir son affirmation et celle de son chef, à savoir qu'il y a eu
consultations à Schefferville? Demeure-t-il convaincu qu'une commission
parlementaire ne doit pas avoir lieu pour entendre les mémoires des
instances concernées?
Le Président: M. le ministre des Affaires municipales et
responsable de l'Habitation.
M. Bourbeau: M. le Président, en ce qui concerne les
consultations relatives à la question de Schefferville, j'ai dit en
cette Chambre à plusieurs reprises qu'il y a eu
beaucoup de consultations. Il y en a eu avec les autorités
municipales - le député le sait - il y en a eu avec des groupes
de citoyens, au bureau du ministère à Québec en
présence de M. Alain Méthot, qui déclarait
représenter les citoyens de Schefferville autres que les citoyens
représentés par le conseil municipal. Il y a eu des consultations
avec les Amérindiens, avec la compagnie Iron Ore, avec le gouvernement
fédéral. Bref, il faut quand même réaliser qu'il n'y
a que 250 habitants à Schefferville et que, lorsqu'on a consulté
comme on l'a fait, il ne reste plus grand monde qui n'a pas été
consulté.
D'autre part, en ce qui concerne la commission parlementaire, je ne
comprends pas la question du député. Il y a déjà eu
une commission parlementaire l'an dernier. Elle s'est même
déplacée et s'est rendue à Schefferville. Peut-on avoir
une meilleure commission parlementaire qu'une commission itinérante?
Le Président: En additionnelle, M. le député
de Duplessis.
M. Perron: Est-ce que le ministre des Affaires municipales est
conscient que la commission parlementaire qui a eu lieu en 1983 ne portait pas
sur la fermeture, mais sur ce qu'il y avait à maintenir à
Schefferville, contrairement au projet de loi qu'il a déposé la
semaine dernière à l'Assemblée nationale?
Le Président: M. le ministre des Affaires municipales et
responsable de l'Habitation.
M. Bourbeau: M. le Président, on revient au fond de la
question. Tout ce que je pourrais dire sur la question de la fermeture de
Schefferville... Permettez-moi de vous citer un extrait du journal Le Devoir du
14 mai - ce n'est pas tellement vieux -sous la signature d'Albert Juneau, qui
dit que Schefferville a effectivement cessé de vivre il y a quatre ans
quand la compagnie Iron Ore a interrompu définitivement ses
activités d'exploitation. Il dit ceci: "Jusqu'où Québec
pouvait-il continuer à subventionner la survie de Schefferville sachant
que les revenus allaient sensiblement diminuer?" Je peux citer également
un éditorial du journal La Presse: "Le véritable cauchemar de
Schefferville avait commencé en 1982."
Une voix: Avec les péquistes.
Le Président: À l'ordre, s'il vous plaît!
M. Bourbeau: "C'est probablement à cette époque que
le gouvernement québécois aurait dû prendre la
décision politique de fermer définitivement la ville vouée
à une mort lente, mais certaine, car la sagesse la plus
élémentaire voudrait que, dans ce genre de situation, on essaie
de diminuer les risques financiers en gardant les coûts de liquidation le
plus bas possible."
M. le Président, ce sont deux éditoriaux parmi plusieurs.
Je pense que le député a sa réponse.
Le Président: M. le député de Duplessis, en
additionnelle.
M. Perron: Comme le ministre ne sait pas ce qu'il dit et
qu'il...
Des voix: Oh! Oh! Oh!
Le Président: En additionnelle, M. le député
de Duplessis.
M. Perron: Compte tenu de ce que vient de dire le ministre...
Le Président: C'est une dernière question
additionnelle et j'aimerais l'entendre, s'il vous plaît!
M. le député de Duplessis.
M. Perron: Est-ce que le ministre des Affaires municipales peut
informer les membres de cette Chambre et la population de Schefferville pour
leur dire s'il se rendra lui-même à Schefferville pour
écouter le monde "en vie"?
Le Président: M. le ministre des Affaires municipales et
délégué à l'Habitation.
À l'ordre, s'il vous plaît! À l'ordre, s'il vous
plaît! À l'ordre, s'il vous plaît!
M. le ministre des Affaires municipales et délégué
à l'Habitation.
M. Bourbeau: M. le Président, j'ai envie de dire au
député que peut-être que je ne sais pas ce que je dis, mais
au moins je sais ce que je lis parce que je lisais les éditoriaux des
journaux.
En ce qui concerne la consultation ou la venue à Schefferville,
je peux déclarer au député qu'aussi récemment qu'il
y a une semaine, le sous-ministre adjoint au ministère des Affaires
municipales, M. Jean-Paul Arsenault, spécialiste du dossier...
Le Président: À l'ordre, s'il vous plaît!
À l'ordre!
M. Bourbeau: ...s'est rendu lui-même à
Schefferville. Il a consulté non seulement le conseil municipal mais la
population. Il a pris l'ensemble des doléances des gens et a fait
rapport au ministre.
Une voix: Très bien!
Le Président: Fin de la période de questions.
Aux affaires courantes, vote reporté.
Est-ce que les membres de cette Assemblée sont prêts
à procéder au vote? Nous allons attendre quelques minutes.
Est-ce que les membres de cette Assemblée sont prêts
à procéder au vote sur la première motion?
Que tous et chacun veuillent bien regagner leur siège s'il vous
plaît!
Mme la députée! Messieurs! Que tous et chacun regagnent
leur siège!
Mise aux voix des motions de censure
présentées par l'Opposition au
cours
du débat sur le discours sur le budget
Je vais maintenant faire lecture de la première motion de censure
du député de Lévis: "Que cette Assemblée
blâme sévèrement le gouvernement du Parti libéral
pour avoir trompé la population en mettant en place des politiques
contraires à ses engagements électoraux, par la multiplication
des taxes à la consommation, notamment les taxes sur l'essence, taxes
sur l'huile à chauffage; pour avoir élaboré un budget
antifamilial au détriment de la famille moyenne, des plus
démunis, des mères de famille et de leurs enfants, des jeunes et
des femmes; pour avoir camouflé ses compressions budgétaires et
ses tarifications de services et avoir manipulé les chiffres à
son avantage au détriment des renseignements auxquels le peuple
québécois a droit; pour avoir établi une politique de
liquidation des principaux moyens d'intervention de l'État du
Québec sur l'économie; pour avoir vidé les coffres de
sociétés d'État et d'organismes publics et pour se
préparer à vider les coffres de ceux et celles qui ne l'ont pas
encore été; et pour avoir établi un budget de teneur de
livres sans perspective économique qui résultera en une
diminution de la création d'emplois au Québec en 1986."
Une voix: Adopté.
Le Président: Que ceux et celles qui sont pour ladite
motion veuillent bien se lever!
Le Secrétaire adjoint: MM. Johnson (Anjou), Chevrette
(Joliette)...
Des voix: ...
Le Président: À l'ordre, s'il vous plaît!
Une voix: N'avez-vous pas oublié quelque chose dans la
motion, M. le Président?
Le Secrétaire adjoint: M. Chevrette (Joliette)...
Une voix: ...
Le Président: Sur une question de règlement?
Le Secrétaire adjoint: M. Perron (Duplessis)...
M. Gratton: Oui. M. le Président, il me semble que vous
avez oublié un mot en faisant la lecture de la motion.
Une voix: Le vote est commencé.
M. Gratton: II y a un mot qui manque.
Une voix: Question de règlement.
Le Président: Je pense, M. le leader du gouvernement, que
l'essentiel est là. J'avais déjà appelé le vote. Il
y a trois personnes qui ont déjà voté. Alors, je
pense...
M. Gratton: M. le Président, le libellé de la
motion...
Une voix: Le mot?
Le Président: Je pense que je l'ai lue et
entièrement, M. le leader du gouvernement.
M. Chevrette: Voulez-vous la relire au complet?
Des voix: Ah! Ah! Ah!
Une voix: Tout cela pour un mot.
Le Président: Je pense que tout est là. J'ai lu
attentivement toute la motion. Si, par erreur, j'ai oublié entre
guillemets... Mais je voudrais qu'on continue à procéder au vote
tel qu'appelé.
Une voix: L'Opposition...
Une voix: Vous avez oublié le mot "et cetera", M. le
Président.
Des voix: Ah! Ah! Ah!
Le Président: Messieurs, si vous voulez
procéder.
Le Secrétaire adjoint: II est debout, je vais le
renommer.
Une voix: Oui.
Le Secrétaire adjoint: M. Perron (Duplessis), Mme
Blackburn (Chicoutimi), MM. Jolivet (Laviolette), Garon (Lévis),
Rochefort (Gouin)...
Des voix: ...
Le Président: À l'ordre, s'il vous plaît!
Une voix: II y a plus d'absents chez vous.
Le Secrétaire adjoint: M. Charbonneau
(Verchères), Mme Juneau (Johnson), MM. Gendron (Abitibi-Ouest),
Brassard (Lac-Saint-Jean), Filion (Taillon), Gauthier (Roberval), Godin
(Mercier), Mme Vermette (Marie-Victorin), MM. Paré (Shefford), Claveau
(Ungava), Boulerice (Saint-Jacques), Dufour (Jonquière), Parent
(Bertrand), Mme Harel (Maisonneuve), M. Oesbiens (Dubuc).
Le Président: Que ceux et celles qui sont contre ladite
motion veuillent bien se lever! (15 heures)
Le Secrétaire adjoint: MM. Bourassa (Saint-Laurent),
Gratton (Gatineau), Saintonge (Laprairie), Marx (D'Arcy McGee), Pagé
(Portneuf), Levesque (Bonaventure), Mme Bacon (Chomedey), M. Ryan (Argenteuil),
Mme Lavoie-Roux (L'Acadie), MM. Bourbeau (Laporte), Paradis (Brome-Missisquoi),
Côté (Rivière-du-Loup), Dutil (Beauce-Sud), Mmes
Gagnon-Tremblay (Saint-François), Robic (Bourassa), MM. Vallerand
(Crémazie), Lincoln (Nelligan), French (Westmount), Côté
(Charlesbourg), Ciaccia (Mont-Royal), Johnson (Vaudreuil-Soulanges),
Vallières (Richmond), Picotte (Maskinongé), Rocheleau (Hull),
Gobeil (Verdun), Mme Bégin (Bellechasse), MM. Cusano (Viau), Dauphin
(Marquette), Maltais (Saguenay), Philibert (Trois-Rivières), Lefebvre
(Frontenac), Scowen (Notre-Dame-de-Grâce), Sirros (Laurier), Doyon
(Louis-Hébert), Maciocia (Viger), Middlemiss (Pontiac), Beau-din
(Gaspé), Cannon (La Peltrie), Chagnon (Saint-Louis), Paradis
(Matapédia), Mme Pelchat (Vachon), MM. Rivard (Rosemont), Polak
(Sainte-Anne), Assad (Papineau), Audet (Beauce-Nord), Baril
(Rouyn-Noranda-Témiscamingue), Bélanger (Laval-des-Rapides),
Bélisle (Mille-Îles), Mme Hovington (Matane), M. Séguin
(Montmorency), Mmes Trépanier (Dorion), Bélanger
(Mégantic-Compton), MM. Fortin (Marguerite-Bourgeoys), Parent
(Sauvé), Gervais (L'Assomption), Trudel (Bourget), Mme Bleau (Groulx),
MM. Bradet (Charlevoix), Brouillette (Champlain), Camden (Lotbinière),
Després (Limoilou), Farrah (Iles-de-la-Madeleine), Forget
(Prévost), Gardner (Arthabaska), Gauvin (Montmagny-L'Islet), Gobé
(Lafontaine), Hamel (Sherbrooke), Laporte (Sainte-Marie), Dubois (Huntingdon),
Hains (Saint-Henri), Houde (Berthier), Kehoe (Chapleau), Mme Legault
(Deux-Montagnes), MM. Hétu (Labelle), Joly (Fabre), Khelfa (Richelieu),
Marcil (Beauharnois), Messier (Saint-Hyacinthe), Poulin (Chauveau), Richard
(Nicolet), Tremblay (Rimouski), Tremblay (Iberville), Thérien
(Rousseau), Théorêt (Vimont), Saint-Roch (Drummond).
Le Secrétaire: Pour: 22
Contre: 85
Abstentions: 0
Le Président: La motion est rejetée.
Nous allons attendre quelques secondes seulement avant de
procéder sur la deuxième motion du chef de l'Opposition. Est-ce
que les membres de cette Assemblée sont prêts à
procéder au vote? Je vais vous faire lecture maintenant de la
deuxième motion: "Que cette Assemblée blâme
sévèrement le gouvernement pour le caractère partisan de
son discours sur le budget 1986-1987, discours qui démontre son
ignorance totale des besoins des jeunes, sa grande négligence à
l'égard du développement des régions, son
incapacité à mettre en oeuvre les consensus nécessaires
à la redéfinition du rôle de l'État et son absence
d'orientation politique en matière économique, sociale et
culturelle."
Que ceux et celles qui sont en faveur de ladite motion veuillent bien se
lever.
Des voix: Même vote.
Le Président: C'est bien. Il y a consentement. Même
vote. Motion rejetée.
Nous allons maintenant procéder à la mise aux voix...
Est-ce qu'il y a d'autres députés? On peut permettre aux
députés d'entrer. Nous sommes entre deux votes.
Mise aux voix de la motion du ministre des
Finances
Nous allons maintenant procéder à l'adoption de la motion
du ministre des Finances proposant que l'Assemblée approuve la politique
budgétaire du gouvernement. Que ceux et celles qui sont pour ladite
motion veuillent bien se lever! M. le leader du gouvernement.
M. Gratton: Pourrais-je suggérer qu'on prenne le
même vote, mais à l'inverse, en ajoutant à l'appui de la
motion le nom du député de Jeanne-Mance?
Le Président: Vote inversé, c'est bien ce que vous
avez demandé? La motion est adoptée. En plus, j'aimerais qu'on
enregistre le vote de M. le député de Jeanne-Mance.
Une voix: Et de Vanier.
Le Président: Et de Vanier? M. le député de
Vanier. Il faudrait peut-être appeler... Est-ce qu'on peut interpeller
les deux députés, s'il vous plaît?
Le Secrétaire adjoint: M. Bissonnet (Jeanne-Mance) et M.
Lemieux (Vanier).
Mise aux voix de la motion proposant
l'adoption des rapports des commissions
qui ont étudié les
crédits
Le Président: Que ceux et celles qui étaient pour
veuillent bien se lever, comme d'habitude! Nous allons maintenant
procéder au vote d'une quatrième motion. Je mets maintenant aux
voix la motion proposant l'adoption des rapports des commissions qui ont
étudié les crédits budgétaires pour l'année
financière 1986-1987. Que ceux et celles qui sont pour... Même
vote?
Des voix: Même vote.
Projet de loi 63 Adoption du principe et
adoption
Le Président: Motion adoptée.
Enfin, M. le ministre des Finances propose le projet de loi 63, Loi no 3
sur les crédits 1986-1987, propose également que
l'Assemblée nationale en soit saisie, en propose également
l'adoption du principe et propose l'adoption de ce projet de loi. La motion
est-elle adoptée?
M. Chevrette: Adopté sur division.
Le Président: Adopté.
Motion sans préavis. Il n'y a aucune motion sans
préavis.
Avis touchant les travaux des commissions.
M. le leader du gouvernement.
Avis touchant les travaux des commissions
M. Gratton: M. le Président, je voudrais aviser cette
Assemblée qu'aujourd'hui, après les affaires courantes,
jusqu'à 18 heures et de 20 heures à 22 heures, à la salle
Louis-Hippolyte-Lafontaine, la commission des institutions poursuivra
l'étude détaillée du projet de loi 12, Loi sur les
règlements.
Le Président: J'informe les membres de cette
Assemblée que j'ai un avis à vous faire concernant les travaux
des commissions. La commission de la culture procédera à des
auditions publiques, le mercredi 21 mai 1986, à la salle du Conseil
législatif de l'Hôtel du Parlement, de 10 heures à 13
heures, après les affaires courantes jusqu'à 18 heures et de 20
heures à 22 heures également, la même journée.
Est-ce qu'il y a d'autres avis touchant les travaux des commissions, M. le
leader du gouvernement? Renseignements sur les travaux de l'Assemblée,
M. le leader de l'Opposition. Affaires du jour, M. le leader du
gouvernement.
M. Gratton: Je vous prierais d'appeler l'article 17 du
feuilleton, s'il vous plaît! (15 h 10)
Le Président: Je vais attendre quelques secondes. Les
députés qui veulent se retirer immédiatement, nous allons
procéder aux affaires du jour. À l'ordre, s'il vous plaît!
Que chacun regagne son siège.
Projet de loi 61 Adoption du principe
Nous allons procéder maintenant aux affaires du jour. À
l'article 17 du feuilleton, M. le ministre des Communications propose
l'adoption du principe de la Loi modifiant la Loi sur la Société
de radiotélévision du Québec. M. le ministre des
Communications. À l'ordre, s'il vous plaît! M. le ministre des
Communications, vous avez la parole.
M. Richard French
M. French: C'est bien relatif, M. le Président, mais je
vous remercie. Dans l'étape de prise en considération du projet
de loi 61 sur Radio-Québec...
Le Président: Si vous me permettez, M. le ministre des
Communications. À l'ordre, s'il vous plaît! Nous avons maintenant
commencé les affaires du jour. J'aimerais entendre M. le ministre des
Communications. M. le ministre des Communications.
M. French: ...j'ai l'intention d'exposer en quatre temps les
quatre éléments qui me paraissent les plus pertinents pour une
évaluation de la démarche que le gouvernement a entreprise
vis-à-vis de ce poste de télévision éducative et
culturelle.
Dans un premier temps, j'aimerais me référer à
l'arrière-plan aux événements qui nous amènent au
point où l'on se trouve aujourd'hui, l'étude du projet de
loi.
Dans un deuxième temps, j'aimerais traiter de quelques points
centraux de ce qu'est Radio-Québec en 1986, soit son rôle, sa
programmation, sa structure et son administration.
Dans un troisième temps, je traiterai du projet de loi proprement
dit, c'est-à-dire quelles sont les grandes lignes du projet de loi?
Dans un quatrième temps, je ferai quelques mises au point quant
aux débats publics auxquels on a eu droit et auxquels on aura droit dans
les semaines à venir et plus particulièrement aux
réactions qui se sont manifestées ici et là parmi nos amis
d'en face, entre autres, devant nos intentions et nos aspirations pour
Radio-Québec.
Pour commencer, M. le Président, on sait que lorsque le nouveau
gouvernement a eu l'occasion pour la première fois de regarder les
livres du gouvernement, d'évaluer la situation financière du
gouvernement, on a appris quelque chose
d'assez important. On a appris quelque chose qui nous a forcés de
prendre des décisions dans toute une série de domaines,
décisions qu'on aurait voulu évaluer plus longtemps,
décisions qu'on aurait, dans le meilleur des mondes, voulu discuter plus
longtemps, mais on n'y pouvait rien, puisque, malgré toutes les
assurances qu'on a eues du gouvernement sortant...
M. le Président, est-ce que je peux vous inviter à
demander à la galerie de nous permettre de parler tranquillement et ne
pas avoir les conversations qui ont lieu actuellement sur ce plan?
Le Président: D'accord, M. le ministre des Communications,
excusez-moi. Je demanderais aux gens des galeries, s'il vous plaît, de
cesser toute conversation, sinon, on devra procéder à votre
expulsion. Les gens peuvent assister aux débats dans les galeries; ils
doivent demeurer assis et garder le silence. M. le ministre.
Dans les galeries, s'il vous plaît, en haut, je vous demanderais
de garder le silence.
M. le ministre, la parole est à vous.
M. French: On sait, M. le Président, que malgré les
rumeurs qui couraient l'automne dernier, malgré les...
M. le Président, excusez-moi, mais il est effectivement un peu
difficile de procéder lorsqu'il y a une conversation qui a lieu juste
à l'extérieur des...
Le Président: D'accord, M. le ministre. J'aviserai d'une
chose ici, c'est que c'est hors de ma vision. Je suis caché par
l'horloge du Parlement. Je vais suspendre votre droit de parole quelques
secondes et nous allons suspendre les travaux quelques instants pour
régler ce problème immédiatement. Nous suspendons quelques
minutes.
(Suspension de la séance à 15 h 14) (Reprise à 15 h
15)
Le Vice-Président: À l'ordre, s'il vous
plaît! Nous pouvons maintenant reprendre nos débats. Je constate
que la porte est maintenant fermée. Les gens qui étaient en
discussion à la sortie ont maintenant quitté les lieux. Je vous
cède à nouveau la parole, M. le ministre.
M. Garon: Les libéraux sont partis.
M. French: Merci, M. le Président. Malgré les
rumeurs qui couraient l'été et l'automne derniers, malgré
les discussions faites dans les journaux selon lesquelles le gouvernement se
trouvait dans une situation financière encore plus difficile que la
situation financière prévue au moment du budget le printemps
dernier, malgré l'assurance fournie par le ministre des Finances du
gouvernement précédent qu'il n'y avait pas de problème,
que les revenus du gouvernement étaient ceux qu'on prévoyait, que
le contrôle des finances publiques était efficace, qu'il n'y avait
donc pas un important manque a gagner dans le trésor du gouvernement, on
s'est retrouvé, le lendemain des élections, avec une situation
budgétaire extrêmement difficile qui ne nous a pas permis de faire
les études, les évaluations et les discussions nécessaires
parce qu'il fallait passer rapidement à l'action.
Effectivement, il fallait passer rapidement à l'action pour les
raisons clairement expliquées à tous les Québécois
dans le document "L'urgence d'un redressement", déposé et rendu
public par le ministre des Finances, le 5 mars 1986. À partir de cette
analyse, à partir des discussions qui ont eu lieu à
l'intérieur du gouvernement, il était évident qu'on ne
pouvait pas continuer de fonctionner avec les plans budgétaires
prévus pour cette année-là et pour la présente
année, plans qu'avait bâtis le gouvernement
précédent. Pourquoi? Parce qu'il y avait un manque à
gagner dans les prévisions du gouvernement par rapport à la
performance des revenus et des dépenses publiques de 1 000 000 000 $
à 1 500 000 000 $.
Il fallait donc procéder rapidement aux compressions
budgétaires. Il fallait identifier un certain nombre de places à
l'intérieur des enveloppes budgétaires gouvernementales où
on pouvait faire des économies. Il fallait que la somme de ces
économies soit assez importante par rapport à la situation que je
viens de décrire. Ce n'est pas tous les jours qu'on est capable d'aller
chercher les centaines de millions de dollars nécessaires dans les
différents programmes de l'État. Mais qu'est-ce que vous voulez?
Tous les programmes gouvernementaux ont été scrutés de
façon rapide. Tous les ministères et organismes de l'État
ont été étudiés, pour aboutir où? Pour
aboutir à toute une série de compressions budgétaires
détaillées dans le budget et dans le cahier des crédits
qui ont été déposés respectivement par le ministre
des Finances et par le président du Conseil du trésor depuis ce
temps.
Ce n'est pas de gaieté de coeur que l'on constate qu'un des
organismes visés dans ce nécessaire exercice d'économie
est Radio-Québec, mais ce n'est pas le seul. C'est loin d'être le
seul. Ce n'est même pas l'organisme gouvernemental dont le budget a
été le plus coupé. Ce n'est même pas le pire cas de
compressions budgétaires de l'appareil gouvernemental. Le
ministère des Relations internationales a vu son budget comprimé
de 18,6 %. Le ministère du Loisir, de la Chasse et de la Pêche a
vu son budget coupé de
12,3 %. Le ministère du Tourisme a vu son budget coupé de
10 % à 11 % et avec les autres organismes du gouvernement, avec les
ministères du gouvernement, Radio-Québec a aussi
été appelé à faire sa part. Effectivement,
l'importance de la compression budgétaire de Radio-Québec, en
fonction d'année financière, est d'environ 13,3 %. Personne ne
veut minimiser l'importance de cette compression. Personne ne veut dire que
c'est une petite affaire, personne ne veut dire que c'est facile. Mais
quelques-uns disent, Mme la Présidente, que c'est faisable, et cela,
sans que les téléspectateurs québécois n'en
ressentent les conséquences, et on va en faire la
démonstration.
Les compressions se font en fonction d'années financières
du gouvernement sur deux ans. Puisqu'on sait, et je pense que vous le savez Mme
la Présidente, que l'année financière de
Radio-Québec n'est pas la même que celle du gouvernement, il y
aurait une compression de 4 300 000 $ pour l'année financière du
gouvernement 1986-1987 et il y aurait une deuxième compression
budgétaire pour l'année financière du gouvernement en
1987-1988 de 3 000 000 $. Le total est donc, pour les années
financières du gouvernement, de 7 300 000 $, ce qui a un impact sur
l'année financière en cours de Radio-Québec de 8 000 000
$, donc 13,3 % du budget de Radio-Québec.
Très rapidement, après que j'ai appris la
nécessité de ces compressions budgétaires à
l'endroit de Radio-Québec, après que le Conseil des ministres,
dans toute une série de compressions budgétaires, eut
identifié, entre autres, Radio-Québec comme candidat pour faire
une contribution pour rectifier la situation financière inacceptable de
l'État du Québec, je me suis rendu au conseil d'administration de
Radio-Québec, le 21 mars dernier, il y a deux mois, et j'ai eu
l'occasion, à ce moment-là, d'expliquer au conseil
d'administration que deux critères semblaient primordiaux quant à
l'application des compressions budgétaires à Radio-Québec.
D'abord, pour respecter, entre autres, les engagements que Radio-Québec
a entrepris vis-à-vis des deux organismes réglementaires qui en
sont responsables, soit le CRTC et la Régie des services publics, pour
respecter implicitement ses engagements, il fallait que les revenus autonomes
de Radio-Québec, et plus particulièrement ses revenus
publicitaires, soient alloués à la programmation.
Deuxièmement, il fallait appliquer les compressions budgétaires
surtout en protégeant la programmation de Radio-Québec et en
s'attaquant aux autres dépenses et structures de
Radio-Québec.
Il me semblait très clairement défendable et très
légitime - il me semble toujours que c'est le cas - de demander à
un poste de télévision de protéger l'essentiel de son
mandat, l'essentiel de sa raison d'être et l'objectif essentiel des
dépenses publiques dans le domaine de la télévision, soit
la programmation. Donc, on a décidé que, d'abord et avant tout,
c'était le produit sur l'écran qui devait primer dans
l'évaluation des endroits possibles où appliquer les compressions
budgétaires en question.
Le conseil d'administration a formé un groupe de travail pour le
conseiller sur la façon dont les compressions budgétaires
devraient être appliquées. Ce groupe de travail était
composé de trois employés de Radio-Québec de la maison
mère à Montréal et de trois employés de
Radio-Québec des bureaux régionaux. Mais ce groupe de travail n'a
pu s'entendre sur une hypothèse de solution et c'est donc
essentiellement devant deux recommandations ou deux grandes possibilités
que s'est trouvé le conseil d'administration de Radio-Québec
dès sa réunion suivante qui a été tenue le 11
avril.
À cette réunion, il y a eu un vote adoptant
l'hypothèse de solution qui a été mise de l'avant par les
neuf présidents des comités régionaux de
Radio-Québec; c'est donc une hypothèse de solution que l'on peut
appeler régionale, si vous voulez. Le vote a été de neuf
représentants régionaux pour, huit autres membres du conseil
d'administration, y compris quelques-uns qui n'habitent pas Montréal,
contre, deux abstentions et deux absences. Donc, on peut dire qu'une
hypothèse de solution a été entérinée par le
conseil d'administration.
Mais pourquoi le gouvernement a-t-il été obligé
d'intervenir à ce moment-là? C'est parce que d'après
l'analyse qu'en faisait le président-directeur général de
Radio-Québec, nommé à ce poste, soit dit en passant, par
le gouvernement précédent, et d'après des gens les plus
qualifiés pour conseiller le ministre à ce sujet,
l'hypothèse de solution adoptée par le conseil d'administration
à la suite du vote du 11 avril ne respectait pas les critères que
le gouvernement a invité, a suggéré et a demandé au
conseil d'administration de respecter dans l'application des compressions
budgétaires.
Dans les mots du président-directeur général de
Radio-Québec devant la commission de la culture, lors de l'étude
des crédits du ministère des Communications et devant un certain
nombre de nos amis d'en face et un certain nombre de membres du
côté ministériel du gouvernement, "l'hypothèse de
solution retenue à cette occasion aurait - je le cite - des effets
désastreux sur la programmation de Radio-Québec." Je cite
toujours: "Le conseil d'administration se trouvait dans une impasse.
L'hypothèse de solution retenue par le conseil d'administration à
ce moment-là était inapplicable", pour encore citer le
président-directeur général de Radio-Québec.
Maintenant, pourquoi aurait-il dit cela? Est-ce parce qu'il a une
animosité profonde envers les régions du Québec? Est-ce
parce qu'il croit que tout doit être décidé à
Montréal? Est-ce que c'est une personne de mauvaise foi et un
manipulateur de chiffres, comme la députée de Johnson l'en a
accusé lors de la commission de la culture? Je ne pense pas, Mme la
Présidente.
Je pense que c'est un homme qui tient à ce que l'essentiel de la
mission de Radio-Québec, à ce que l'essentiel de sa raison
d'être soit respecté. Je pense que c'est un homme qui tient
à ce que Radio-Québec produise sur l'écran, pour tous les
Québécois et toutes les Québécoises, le meilleur
produit possible. Il a conseillé le ministre et, par son entremise, le
gouvernement, à savoir qu'il n'était pas possible d'imposer les
compressions budgétaires de la façon dont les membres
régionaux du conseil d'administration voulaient le faire. Encore faut-il
mentionner que ces compressions budgétaires, si elles étaient
appliquées de la façon proposée par le conseil
d'administration le 11 avril, auraient des effets désastreux sur la
programmation. Elles étaient inapplicables. C'était l'impasse au
conseil d'administration.
Voilà pourquoi le gouvernement, représentant les
actionnaires de Radio-Québec, tous les citoyens et citoyennes du
Québec, a décidé que le moment était venu d'ajuster
les structures et l'organisation de Radio-Québec afin que les
compressions budgétaires ne soient pas imposées en
préservant les emplois et les structures et en coupant dans la
programmation, qui est la principale raison d'être de
Radio-Québec.
À ce moment-là, pour mieux comprendre la démarche
suivante, il faut bien se poser la question à savoir ce qu'est
Radio-Québec, ce qu'est, en 1986, cette institution. Je vais parler de
son rôle, je vais parler de sa programmation, je vais parler de sa
structure et de son administration.
Le rôle de Radio-Québec. C'est une télévision
éducative et culturelle. Il y a une nuance qui est souvent
oubliée. Ce mariage entre l'éducatif et le culturel est important
puisque Radio-Québec n'est pas simplement un véhicule pour
l'éducation formelle; Radio-Québec a un volet éducatif
important. Radio-Québec a la responsabilité, surtout aux heures
du jour, de transmettre aux Québécois et aux
Québécoises l'instruction, l'éducation dans le sens formel
du terme. (15 h 30)
Mais Radio-Québec a également un autre mandat, un mandat
un peu plus grand, un mandat qui doit s'exercer surtout pendant les heures de
grande écoute, le soir entre 18 heures et 23 heures. C'est le rôle
éducatif au sens large. C'est la culture, c'est l'histoire, c'est le
cinéma. C'est tout ce qui est enrichissant, c'est tout ce qui ouvre les
horizons des gens.
Si on veut bien comprendre quelle est la différence, on peut se
comparer aux meilleures télévisions éducatives du pays,
par exemple TV Ontario, par exemple le Knowledge Network dans l'Ouest canadien.
TV Ontario a une part du marché, en Ontario, de l'ordre de 2 %.
Radio-Québec a une part du marché de l'ordre de 8 % à 9 %.
Là, il y a toute la différence au monde. Plus tard, j'expliquerai
plus précisément pourquoi c'est important. Ce qu'il faut saisir
pour le moment, c'est que ce n'est pas uniquement l'éducation au sens
étroit, c'est l'éducation et la culture au sens large. C'est une
autre présence télévisuelle pour la masse des
Québécois et des Québécoises qui veulent un choix
intelligent et stimulant.
La programmation et la performance de Radio-Québec. En suivant le
dossier depuis quelques années, de l'autre côté et de ce
côté-ci, j'ai constaté qu'il y a deux types de critiques
qui sont faites à l'endroit de Radio-Québec et que toutes les
deux sont figées dans le passé. Il y a ceux qui critiquent
aujourd'hui ce que Radio-Québec a été il y a cinq ou dix
ans et il y a ceux qui disent que Radio-Québec n'est plus aujourd'hui ce
qu'elle a déjà été il y a cinq ou dix ans. Je
m'explique. Les deux caricatures de Radio-Québec. La première,
c'est que Radio-Québec est un refuge de la gauche, de tout ce qui est
granola, de tout ce qui est faussement communautaire, orienté vers le
peuple, etc. C'est une critique qui vient du centre droit ou de la droite. M.
le Président, c'est clair que c'est une caricature à partir de
quelques accidents de parcours. C'est saisir un certain aspect de la
réalité québécoise et de la radio
québécoise et l'ériger en image complète de ce
qu'est Radio-Québec, parce que, Radio-Québec, ce n'est pas cela
en 1985-1986. En 1985-1986, on sait que c'est maintenant la mode, on peut
critiquer un certain nombre d'institutions nationales; c'est à la mode.
Lorsque Radio-Québec avait besoin d'être critiquée pour ce
qu'elle était il y a dix ans peut-être, pas un mot, parce que ce
n'était pas l'époque où on avait le droit de critiquer ces
institutions. Mais ce n'est pas plus intelligent de critiquer maintenant ce que
Radio-Québec a déjà été que ce ne
l'était de ne pas la critiquer à l'époque, alors qu'elle
avait peut-être plus de problèmes de cet ordre.
L'autre caricature, c'est de dire que Radio-Québec est en train
de devenir une vulgaire télévision commerciale comme les autres,
qu'elle s'éloigne de son mandat et concurrence illégitimement les
télédiffuseurs privés. C'est la chasse aux cotes
d'écoute, à l'exclusion de tout autre critère. Ce n'est
donc plus la télévision éducative et originale qu'on
voulait. C'est maintenant la chasse gardée des réfugiés du
secteur privé qui ne demandent pas mieux que de la retourner
à
une institution du secteur privé. Encore complètement,
encore très largement faux comme image de Radio-Québec!
Radio-Québec se situe donc dans ce milieu controversé
où, tant la droite que la gauche trouve des choses pas correctes
à Radio-Québec; tant la droite que la gauche se satisfait d'un
certain nombre de stéréotypes et de caricatures comme analyse ou
diagnostic, sans examiner en détail ce que c'est. Radio-Québec
est un actif important pour la société québécoise.
Elle est de plus en plus aimée par de plus en plus de
Québécois et de Québécoises. Si je prends quelques
exemples d'émissions, vous allez comprendre tout de suite pourquoi
Radio-Québec est importante, pourquoi elle est appréciée
et pourquoi, dans l'essentiel, on ne peut pas la critiquer, d'une part,
d'être trop à gauche, trop engagée socialement
indûment, trop activiste et justement un abri de personnages militant de
façon illégitime? D'autre part, c'est faux de dire que c'est une
télévision vulgairement commerciale comme les autres. Les deux
sont faux.
Si je vous disais, M. le Président, que Droit de parole, en
automne 1985, avait un auditoire moyen de 369 000 personnes; Télé
service, 263 000 personnes; Parler pour parler, 200 000 personnes;
Retraite-Action, à peu près 200 000 personnes.
Radio-Québec remplit un créneau, a déniché une
place respectable, légitime, qui doit grandir, dans le marché
télévisuel, mais une place qui, en soi, justifie l'investissement
que nous faisons, à mon sens, comme collectivité dans
l'institution. Ce qui fait que Radio-Québec joue un rôle important
et sérieux dans le paysage télévisuel, si important et si
sérieux qu'elle est devenue, depuis trois ou quatre ans, d'ailleurs
essentiellement depuis que le P.-D.G qui est là actuellement a pris une
place importante à Radio-Québec, qui commence à attirer la
critique d'un certain nombre de personnes, d'un certain nombre d'institutions,
qui craignent quelque peu, pour toutes sortes de raisons, que
Radio-Québec commence à justifier sa programmation seulement sans
idéologie, sans intentions gouvernementales très précises,
mais beaucoup plus par la réaction des téléspectateurs
eux-mêmes.
Radio-Québec a donc la mesure la plus pertinente de la part de
marché, a donc une part de marché de 8 % à 9 % des
téléspectateurs francophones québécois entre 18
heures et 24 heures le soir, ce qui est très légitime et
très respectable, M. le Président.
On a parlé de son rôle, de sa programmation et de sa
performance. Il vaut peut-être la peine de parler de sa structure et de
son administration. En regardant, comme je devais le faire à la suite de
l'impasse dans laquelle Radio-Québec s'est trouvée, les
structures de l'administration de
Radio-Québec, je me suis vite rendu compte que le réalisme
d'une certaine époque avait conduit, depuis 1979, à une
excroissance des structures administratives de la société. C'est
ainsi qu'on se retrouve en 1986 avec la situation suivante: un conseil
d'administration de 21 membres, qui serait même susceptible, en vertu de
la loi, d'en compter un maximum de 23. Il faut comparer les oranges avec les
oranges, M. le Président. Quelles sont les autres oranges dans le
verger? La télévision éducative ou la
télévision, c'est la Société Radio-Canada qui a
quinze membres dans son conseil d'administration, c'est
Télé-Métropole qui en a onze, c'est TV Ontario qui en a
treize, c'est Access Network d'Alberta qui en a quatorze, c'est Knowledge
Network de la Colombie britannique qui en a onze. Un conseil d'administration
de 21 personnes, ce n'est pas un conseil d'administration, c'est un
"pâwâ"! Ce n'est pas sérieux comme organisme de prise de
décisions, ce n'est pas sérieux comme institution de
contrôle d'une entreprise aussi importante que Radio-Québec.
Le député d'Abitibi-Ouest m'a posé une question qui
me semble, à la réflexion, fort pertinente. Il m'a dit: Combien
de personnes avez-vous dans votre Conseil des ministres? Il y a effectivement
25 ou 26 membres au Conseil des ministres. Tout de suite, on se rend compte de
la différence, l'optique péquiste par rapport à l'optique
du Parti libéral du Québec, quant au conseil d'administration des
sociétés d'État, quant au fonctionnement de
Radio-Québec.
Un Conseil des ministres est un lieu politique. Il prend des
décisions dans une foule de secteurs de la main-d'oeuvre, de la PME, de
l'énergie, des relations avec les communautés culturelles, toute
une série de responsabilités extrêmement complexes et
difficiles. D'autre part, il se doit de représenter et d'intégrer
toutes les tendances différentes, politiques et idéologiques, les
différences de sexe, les différences linguistiques, les
différences religieuses qui régnent dans la
société. (15 h 40)
Effectivement, nos amis d'en face, peut-être le Parti
libéral avec eux, en 1978-1979, ont voulu reproduire cela dans le
conseil d'administration de Radio-Québec. Voici le noeud, voici le noyau
d'un des problèmes fondamentaux de Radio-Québec en 1986. Au
Conseil des ministres, on fait la politique, on fait l'arbitrage, on fait la
négociation. Au conseil d'administration de Radio-Québec, on
recrée ces tensions-là, on essaie d'avoir un lieu où on
peut troquer ceci pour cela, où on peut faire de la politique au sens
large, où on peut faire de la négociation, où on peut
faire état de ses états d'âme aux journaux, ce qui se fait
régulièrement avec les membres du conseil d'administration de
Radio-Québec depuis cinq
ou six ans.
Ce n'est pas, M. le Président, dans la vision du gouvernement
actuel, en reproduisant les tensions politiques québécoises
à l'intérieur d'un conseil d'administration de
Radio-Québec qu'on va nous apporter une qualité de
télévision supérieure. Nous nous refusons maintenant,
forts de l'expérience des cinq, six ou sept dernières
années, à essayer ce genre d'expérience. Nous
décidons qu'une société d'État qui s'appelle
Radio-Québec doit avoir une structure de prise de décision
semblable à celle d'autres sociétés d'État, que
cette société d'État doit avoir le moyen de participer et
de contrôler les permanents de la société, que cette
société d'État ne doit pas avoir un conseil
d'administration qui soit si nombreux qu'il ne permette pas les discussions. Il
y a plus de discussions en coulisse qu'il n'y en a au conseil d'administration.
Il y a plus de négociations, plus de tiraillements, plus de tensions
à l'endroit de la population du Québec qu'il n'y en a qui sont
résolus et réglés à l'intérieur du conseil
d'administration. Donc, on s'interroge sur la pertinence de ce genre de
structure.
Viennent s'ajouter à cette structure les neuf comités
régionaux de Radio-Québec qui regroupent un total de 63 membres.
Aucun autre organisme canadien de radiodiffusion ne comporte une telle
structure. Encore par comparaison, les membres des comités
régionaux sont plus nombreux que les employés permanents de
Radio-Québec en région, de qui relèvent les
activités. Au cours de l'exercice financier 1985-1986, les 63 membres
des conseils régionaux de Radio-Québec ont administré un
budget global de l'ordre de 8 000 000 $ par rapport à celui de 53 000
000 $ confié aux 21 administrateurs de la société.
En conclusion, sur le rôle, la programmation, la structure et
l'administration de Radio-Québec, d'abord, il faut, dans le contexte du
rôle, éviter le morcellement des forces de Radio-Québec. Il
faut garder et préserver la capacité de Radio-Québec,
d'accomplir sa mission primordiale, télévision éducative
et culturelle, et de se tailler une place face à la
télévision américaine, face à la
télévision anglo-canadienne, face à la
télévision de langue française de divertissement, face aux
émissions américaines doublées en français. Pour ce
faire, je répète qu'il faut concentrer nos forces, il faut
préserver une qualité et des valeurs de production susceptibles
d'attirer les téléspectateurs.
Quelqu'un pourrait me dire, M. le Président: Quelle est
l'importance des chiffres? Quelle est l'importance de l'auditoire? Je ne veux
pas, même un seul instant, laisser planer le doute que l'objectif de
Radio-Québec, c'est d'aller chercher le plus grand nombre de
téléspectateurs possible. C'est clair que ce serait de la
prostitution. Je ne pense pas que c'est ce que Radio-Québec fait
aujourd'hui et je ne le tolérerai pas à l'avenir. Par contre, je
ne peux pas non plus dire à ce moment-là que, peu importe
l'auditoire qu'attirent les émissions de Radio-Québec, tout va
bien, qu'on est prêts à financer en ignorant les auditoires de
Radio-Québec. Ce n'est pas possible, M. le Président. Il y a cinq
ou six ans, cela a été une part de marché de 2 %.
C'était 2 % du marché télévisuel
québécois qui était occupé par Radio-Québec.
Maintenant, c'est 8 % ou 9 %. Il faut quand même constater qu'il y a une
amélioration importante, énorme. La seule façon de la
constater, c'est d'évaluer, par rapport à la programmation de
Radio-Québec, les auditoires qui sont attirés par cette
programmation.
Le marché télévisuel au Québec va devenir
extrêmement compétitif, encore plus compétitif qu'il ne
l'est aujourd'hui, surtout avec l'arrivée sur le marché
québécois, en septembre ou octobre de cette année, d'une
nouvelle chaîne qui s'appelle Quatre-Saisons. On se doit de
préserver la capacité de Radio-Québec de s'adresser
à un grand auditoire, à une tranche importante de la population
du Québec, avec une programmation qui l'attire, avec une programmation
intelligente et stimulante.
Donc, Radio-Québec existe non pas pour le gouvernement, non pas
pour les employés de Radio-Québec, non pas pour son conseil
d'administration, non pas pour ses états-majors. Radio-Québec
existe pour les téléspectateurs. Il faut préserver d'abord
cette capacité de faire une programmation attrayante.
Étant aux prises avec les compressions budgétaires, il
faut faire ces compressions là où elles touchent le moins la
programmation. Pour ce faire, entre autres, on évalue, d'une part, les
structures de Radio-Québec; d'autre part, on évalue la
programmation de Radio-Québec pour identifier les parties de cette
programmation qui réussissent le moins bien à attirer l'attention
des Québécois et des Québécoises.
Où en est la mission régionale dans tout cela?
L'expérience que nous avons acquise depuis l'officialisation
législative de la régionalisation en 1979 démontre - je
pense que c'est très important, M. le Président - que
Radio-Québec n'a jamais disposé, ne dispose pas et ne disposerait
jamais des budgets nécessaires pour entretenir une programmation
régionale diffusée dans neuf régions différentes du
Québec qui serait significative et qui attirerait une proportion
importante des auditoires dans ces neuf régions respectivement.
Le plan de développement envisagé
lorsqu'on a greffé la mission régionale à la
mission centrale de Radio-Québec en 1979... Soit dit entre
parenthèses, M. le Président, souvent on pense que la
régionalisation faisait partie intégrante dès le
début de Radio-Québec. Ce n'est pas le cas. Le mandat
régional a été ajouté en 1979. Je ne dis pas qu'on
a pris la mauvaise décision à ce moment. Mais, avec
l'expérience, je peux dire qu'on a fait quelques erreurs.
Le plan de développement, en 1979, envisageait, pour remplir le
mandat régional, un budget de Radio-Québec, en 1986, de l'ordre
de 160 000 000 $ par année. Or, tant le gouvernement
précédent que le gouvernement actuel n'ont pu trouver des
montants d'argent de cet ordre pour Radio-Québec. Encore une fois, le
plan, en 1979, était, pour 1986, un budget de 160 000 000 $ pour
accomplir le mandat régional. Or, le budget, en 1986, est de l'ordre de
50 000 000 $ à 60 000 000 $. Il y a un petit montant de 100 000 000 $
qui nous manque par rapport aux ambitions qu'on avait tous pour
Radio-Québec il y a six ou sept ans.
Il est facile donc, dans un tel contexte, de comprendre pourquoi aucun
autre téléviseur, aucun radiodiffuseur dans le domaine
éducatif ou autre ne s'est prêté à la
régionalisation de sa programmation et pourquoi même le
réseau PBS, qui est peut-être la Cadillac de la
télévision éducative au monde, au moins en Amérique
du Nord, connaît des problèmes importants de création quant
à la programmation au niveau des États américains dans
lesquels sont localisés les différents postes de ce réseau
PBS.
Quel est le résultat de ce manque à gagner? Quel est le
résultat de ce petit montant de 100 000 000 $, cette petite enveloppe de
100 000 000 $ qui manque? Si on regarde les auditoires qui sont attirés
par la programmation régionale diffusée en région et qu'on
les compare avec les coûts dont il est question pour cette
présence et cette programmation régionale, on se rend compte
qu'il coûte environ onze fois plus cher d'atteindre les
téléspectateurs en Mauricie avec la programmation de la Mauricie
que cela ne coûte d'atteindre le même téléspectateur
avec la programmation faite à Radio-Québec, à
Montréal. Les gens dans les régions préfèrent
regarder ce qui vient de la maison mère, ce qui produit l'image
caricaturale que nous offrent les critiques, ce qui est fait à
Montréal, plutôt que de regarder ce qui est fait dans leur propre
région. (15 h 50)
Voilà le tendon d'Achille de tous les arguments, à savoir
que la programmation régionale se révèle essentielle, que
la diffusion en neuf régions différentes est critique, vitale,
fait l'originalité de Radio-Québec. Si cette programmation est si
importante, pourquoi est-ce toujours le cas que les Québécois,
où qu'ils vivent, où qu'ils résident,
préfèrent regarder le produit fait à partir de la maison
mère plutôt que la programmation faite dans leur propre
région? Il en coûte 98 $ pour une heure d'émission
diffusée régionalement et il en coûte 9 $ pour la
même heure d'écoute, dans la même région, à
partir d'une programmation diffusée sur le réseau et produite
probablement à partir de la maison mère.
On nous dit: Non, non, mais c'est notre originalité, c'est notre
spécificité, c'est ce qui fait qu'on est différent. Je
comprends qu'on est différent, je comprends! Je ne suis pas sûr,
cependant, que ce soit exactement le genre de différence qu'on
recherche. Si on veut être original - en investissant beaucoup pour
accomplir très peu, on est original - en se leurrant sur la
possibilité éventuelle de faire une télévision
sérieuse dans les régions, de la façon dont on
procède actuellement, on peut continuer et se dire: C'est notre
spécificité, c'est notre originalité, on en est bien
fier.
Ce n'est pas une démarche que nous avons l'intention
d'entreprendre. Ce n'est pas la démarche que nous avons l'intention
d'entreprendrel Vous dites que c'est un calcul comptable. On nous dit qu'il ne
fallait pas se baser sur les chiffres, que c'est trop sec. Il y a un certain
nombre de personnes qui n'aiment pas les chiffres naturellement. Cela leur
prend à peu près une septième année et elles ne
veulent rien savoir des chiffres. Cela empêche l'argument, cela
empêche les grandes envolées oratoires, cela empêche toutes
sortes de rêves d'avoir cours. Regardons donc les chiffres et on va voir
très facilement que l'échange nécessaire et que
l'évaluation essentielle de l'efficacité de Radio-Québec
nous amènent à -croire qu'il serait beaucoup plus important de
préserver la programmation qui attire 200 000, 300 000, 400 000
personnes à partir de la maison mère que la programmation faite
en régions qui atteint 2000, 3000, 5000, 8000 personnes.
On regrette d'être obligé de porter ce jugement, on n'aime
pas cela. On ne trouve pas que c'est parce que les gens dans les régions
sont de mauvaises personnes. On ne trouve pas que c'est parce que les artisans
de Radio-Québec en régions ne sont pas corrects, ne sont pas
talentueux. On est obligé de se poser la question: Est-ce que le
contribuable en a pour son argent avec cette structure, avec ces
dépenses, avec cette philosophie? Et notre décision et notre
réponse, fort de l'appui et de la conversation qu'on a eue avec les
Québécois en novembre et décembre 1985, c'est non. Chaque
fois qu'on verra une partie de l'héritage qu'on a reçu de nos
amis d'en face et qu'on en conclura que le contribuable n'en a pas pour son
argent, on va prendre la même décision.
On va s'expliquer, on va prendre nos responsabilités face
à ce genre de discussion.
Encore une fois, ce n'est pas la faute des employés de
Radio-Québec en régions. Ils n'ont jamais eu les ressources
financières nécessaires pour faire convenablement leur travail.
Ils n'ont jamais eu le bassin de population dont ils avaient besoin pour
attirer des auditoires importants. Cela est clair. C'est par son dessein
original qu'elle est condamnée, conjugué à la situation
financière du gouvernement du Québec depuis cinq à six
ans, qu'elle est condamnée à une relative inefficacité. Ce
n'est pas le coût de l'heure de télévision qui compte,
c'est le coût de l'heure de télévision
écoutée, regardée, qui compte. C'est cela qu'on a
évalué. Ce n'est pas l'efficience, c'est l'efficacité. Ce
n'est pas de produire une heure de télévision à un
coût relativement bas - parce que dans les régions les gens ont
fait des miracles - c'est de produire une heure de télévision qui
va être regardée à un coût relativement bas, qui est
critique, qui est la clé de tout.
Le projet de loi. En évaluant ce qu'on devait faire face à
cette impasse au conseil d'administration, en se demandant ce qui serait le
plus juste et le plus raisonnable dans le contexte socio-culturel dans lequel
Radio-Québec évolue, des besoins réels à
satisfaire, de la nécessité d'offrir à certaines
régions relativement peu pourvues une autre télévision
locale, outre la question de la rémunération des administrateurs
et l'échéance de l'exercice financier, les modifications
législatives proposées dans le projet de loi visent à
permettre la réforme suivante.
D'abord la réforme du conseil d'administration. Le nombre de
membres du conseil passe de 21 à treize. Au moins cinq de ces treize
administrateurs devront provenir de l'extérieur de la région de
Montréal et un membre devra représenter le milieu de
l'éducation. Je m'empresse de souligner qu'il y aura, toute proportion
gardée, la même représentation des régions au sein
du conseil que dans le conseil actuel. Il y en aurait cinq sur treize, il y en
a actuellement neuf sur 21.
Deuxième volet du projet de loi et de la réforme en
général: la suppression des émissions produites
exclusivement pour diffusion régionale. Le nombre de régions, le
coût des liaisons par satellite et les dimensions restreintes de
l'auditoire rendent prohibitif ce genre de production devant l'ampleur des
compressions budgétaires nécessaires. Son maintien compromettrait
la programmation destinée à l'ensemble du réseau. Il faut
souligner que la suppression de la diffusion en détachement
régional était aussi un aspect de la solution des
représentants régionaux, de l'hypothèse de solution que
les représentants régionaux ont offerte au conseil
d'administration de Radio-Québec.
Donc, la suppression de la programmation régionale
diffusée en régions exclusivement n'est pas la résultante
du projet de loi, mais au contraire l'une des causes déterminantes. Il
importe d'ajouter que la suppression de la diffusion en régions
n'entraîne en aucune façon la disparition de la contribution des
régions à la programmation régionale sur le réseau
national. Le reflet régional de la programmation serait donc
préservé et son rayonnement accru, puisque dorénavant, les
productions régionales seraient diffusées sur tout le
réseau.
Le téléspectateur québécois va avoir
accès à autant d'émissions sur les thèmes
régionaux qu'actuellement. Je répète, M. le
Président, on n'aurait pas la diffusion dans neuf régions
différentes de neuf émissions régionalisées par
chacun des neuf centres périphériques, on aurait cependant au
total, pour l'ensemble des téléspectateurs
québécois, autant d'émissions sur les thèmes
régionaux qu'actuellement.
Un fonds de 3 000 000 $ sera constitué pour la production
d'émissions dont une bonne partie sera réalisée par des
producteurs indépendants en régions. Radio-Québec
m'informe que de ces 3 000 000 $, on recommandera que 2 000 000 $ soient
alloués à une programmation qui viendrait de toutes les
régions du Québec sur divers sujets et avec une forte
participation des producteurs indépendants, et que, d'autre part, 1 000
000 $ seraient alloués pour une émission d'information
régionale. Encore une fois, les topos pourraient être
conçus en région et faites par les producteurs
indépendants ou par les équipes volantes de Radio-Québec.
C'est toujours le cas d'ailleurs que la capacité technique de production
de Radio-Québec réside largement à Montréal.
Troisième volet du projet de loi: la suppression des
comités régionaux. La disparition de la programmation
diffusée en détachement régional entraîne
logiquement et nécessairement l'abolition des comités
régionaux. Ces comités avaient été formés
essentiellement d'après l'article 19.1 de la loi constitutive pour - je
cite la loi -"établir la programmation régionale en
régions" et pour "assurer la gestion des ressources humaines et
matérielles affectées à la programmation et à la
production d'émissions pour cette région." Je cesse la citation.
Encore une fois, il y a plus de membres des comités régionaux que
d'employés permanents de Radio-Québec en régions. Une
structure aussi lourde et complexe n'a pas sa place, compte tenu des ressources
qui se sont révélées disponibles aux régions et
compte tenu du nombre de téléspectateurs rejoints par les
émissions régionales.
(16 heures)
Le quatrième volet du projet de loi concerne la réforme
des bureaux régionaux. Compte tenu de l'ampleur des compressions
budgétaires et du principe de la primauté de la programmation sur
les structures, les bureaux régionaux doivent être
réorganisés quant à leur nombre et quant à leur
objet. On a donc annoncé la fermeture de quatre bureaux
régionaux, ceux de Hull, Sherbrooke, Trois-Rivières et
Québec, et le maintien des bureaux de Sept-Îles, Saint-Omer,
Rimouski, Alma et Val-d'Or. Cette solution permet à Radio-Québec
de continuer à offrir à son auditoire une présence et une
sensibilité régionales à partir des régions
où, généralement, la production régionale des
affiliés de Radio-Québec et de TVA est inférieure à
celle des régions du centre du Québec et à partir de
régions que, peut-être pour des raisons géographiques,
l'ensemble des Québécois a moins l'occasion de visiter, moins
l'occasion de fréquenter et d'apprécier.
Il n'est bien sûr pas exclu que, dans le fonds de production
régionale de 3 000 000 $, il y ait de la production à partir des
régions où les bureaux de Radio-Québec auront
été fermés. Cependant, il ne sera pas question d'une
enveloppe spécifique par région; c'est absolument contre la
prémisse originale qui est de permettre aux gens de proposer
spontanément, à l'intérieur de l'enveloppe totale de 3 000
000 $, des sujets. Et ce sont les propositions les plus pertinentes et les plus
intéressantes qui vont être retenues.
Le volet final des compressions budgétaires, qui va de pair avec
le projet de loi, c'est le resserrement de l'effectif à Montréal.
La maison mère de Montréal sera également touchée
par les compressions budgétaires. Il y aura resserrement de son effectif
dans une perspective d'économie et d'accroissement de la
productivité. Ces mesures permettront à la société
Radio-Québec d'effectuer les compressions budgétaires
demandées. Ces compressions se traduiront par des coupures de 4 600 000
$ au budget national et de 3 400 000 $ au budget régional. On sait que
les pertes d'emplois permanents, qui devraient se situer dans l'ordre d'une
centaine, se partagent à peu près également entre
les régions et Montréal.
M. le Président, je veux conclure par quelques commentaires
modestes mais importants, je crois, sur les réactions qu'on a pu
déceler à ce jour aux réformes qui sont annoncées.
Je ferai quelques mises au point par rapport à ce que nos amis d'en face
ont dit et vont dire de cette réforme. D'abord, je donnerai une
appréciation de l'ampleur réelle du projet de loi, son ampleur
réelle vis-à-vis de la programmation, du mandat essentiel de
Radio-Québec et des compressions budgétaires dont il est
question.
La réforme contenue dans le projet de loi affecte les structures
qui produisent des émissions qui atteignent moins de 2 % de l'auditoire
total de Radio-Québec. On ne peut répéter trop souvent ce
fait primordial et brutal. Ce n'est pas 2 % des Québécois, ce
n'est pas 2 % des téléspectateurs du Québec, c'est 2 % des
téléspectateurs de Radio-Québec qui sont affectés
par les réformes contenues dans le projet de loi. C'est une série
d'émissions d'une demi-heure à une heure par semaine et cela,
selon les régions. Je ne veux pas gêner les gens, mais prenons
à titre d'exemple, la cote d'écoute d'une émission dans
une des quatre régions fermées. C'est nul. Les données
sont inférieures au nombre de publications. La cote d'écoute
à une autre place, 2,2 %; la part du marché, 5,5 %. Dans d'autres
bureaux régionaux fermés: cote d'écoute,
I % et 1,5 %; part du marché, 2 % et 3 %. Encore une fois, les
gens de ces régions préfèrent regarder ce qui est produit
à Montréal par Radio-Québec que ce qui est produit dans
leur propre région par Radio-Québec.
Élimination de 63 postes aux comités régionaux dont
on n'a plus besoin puisqu'il n'y aura plus de programmation en
détachement régional. Là, on verra les angoisses, les
déchirements, les regrets, les malheurs, la catastrophe; ce sont des
termes qui seront servis comme arguments et on les verra dans toutes les
officines de nos amis d'en face et de leurs amis en région. C'est de
bonne guerre, mais qu'en est-il réellement? Si vous voulez avoir une
comparaison importante, regardez en France.
II y a eu des problèmes dans le domaine audiovisuel en France, il
y a eu des problèmes dans le domaine télévisuel en France
et le gouvernement Chirac annonce carrément la privatisation de TF1.
Ici, on fait une modeste compression budgétaire, significative mais
modeste, de 13 %.
Le projet de loi n'affecte rien de ce qui est fondamental à
Radio-Québec. Les télévisions existent pour les
téléspectateurs, non pas pour les structures, non pas pour les
officines de nos amis d'en face en région, non pas pour l'échange
de nominations aux comités régionaux d'un endroit à
l'autre.
Si vous me permettez, M. le Président, on a perdu du temps avec
un problème et je ne peux croire que je suis obligé de terminer
à 16 h 10.
Le Vice-Président: M. le ministre, je regrette infiniment.
Vous avez commencé à 15 h 9, en fait, et nous avons perdu environ
une ou deux minutes. Disons que pour votre conclusion, on vous laisse encore
cinq minutes. D'accord?
M. French: M. le Président, je terminerai rapidement. On
attaque, dans
l'esprit de nos amis d'en face, une de leurs vaches sacrées. Ils
vont nous laisser croire que c'est une atteinte extrêmement
sérieuse aux régions, une atteinte extrêmement
sérieuse à une institution qu'ils appellent originale, à
la spécificité d'un service télévisuel. Or, il est
clair que c'était rendu nécessaire par suite d'une
évaluation froide et sérieuse de l'efficacité, de la
productivité, de l'essentiel du mandat de Radio-Québec.
Je ne suis pas le premier ministre des Communications qui y ait
pensé. Il y a deux ans, mon précédesseur, fidèle
péquiste qu'il était, a laissé savoir que lui aussi
pensait qu'il était nécessaire de faire des changements à
Radio-Québec. Lui aussi pensait qu'il y avait des moyens plus efficaces
que ceux que Radio-Québec prenait à l'époque. Lui aussi
voulait faire des changements importants à Radio-Québec. D'une
part, il a dit qu'une modification à la loi de Radio-Québec
n'était pas du tout à écarter. Comme il le disait à
l'époque: Si Radio-Québec était à refaire
aujourd'hui, je ne pense pas que le modèle qui existe en ce moment
serait le modèle qu'on mettrait sur pied. Oui, M. le Président,
nous changeons le modèle parce que nous prenons nos
responsabilités à l'Assemblée nationale, permettant
à tout le monde de dire ce qu'il veut.
Deuxièmement, lorsque mon prédécesseur a eu
l'occasion de faire des changements importants à Radio-Québec et
qu'il a été confronté à un conseil d'administration
qui n'était pas d'accord avec lui, il a carrément remplacé
dix membres de ce conseil d'administration. C'est sûr qu'il y avait,
parmi ces membres; des gens dont les mandats étaient échus. Je ne
dis pas que c'était illégitime de remplacer ces membres, en
aucune manière je n'ai dit que c'était illégitime. On n'a
pas critiqué ce geste à l'époque et on ne le critique pas
maintenant. C'est exactement ce que nous faisons lorsque le conseil
d'administration ne respecte pas les critères que le gouvernement l'a
invité à respecter dans l'application des compressions
budgétaires.
Nous le faisons avec chaque société d'État qui
démontre que son conseil d'administration n'est pas conscient des enjeux
de la même façon que le gouvernement. Nous allons procéder
ouvertement, comme on l'a fait, en invitant tout le monde à faire ses
commentaires. (16 h 10)
Nous n'hésiterons pas parce que nous savons que l'essentiel de
nos responsabilités s'exerce à l'endroit des
téléspectateurs québécois. Brièvement,
lorsqu'on demande une commission parlementaire, on n'écarte pas la
possibilité d'une commission parlementaire en temps et lieu sur
l'ensemble des orientations de Radio-Québec, mais nous n'avons
aucunement l'intention d'avoir des audiences publiques sur le projet de loi,
parce que nous devons absolument adopter ce projet de loi au cours de la
présente session à cause des exigences financières qu'on
ne peut pas éviter.
Un projet de loi qui affecte 2 % des téléspectateurs de
Radio-Québec, un projet de loi qui fait une restructuration plus que
nécessaire dans la prise de décision, un projet de loi qui
réduit effectivement le nombre de nominations gouvernementales, c'est en
plein dans la ligne du gouvernement, dans sa volonté d'effectuer des
réformes pour rendre plus efficace l'appareil de l'État, ce qu'on
a fait avec Radio-Québec. Ce n'est pas à la dernière
partie de l'héritage structurel qu'on a hérité de nos
prédécesseurs qu'on va toucher. Chaque fois qu'on verra que les
contribuables n'en ont pas pour leur argent, on n'hésitera pas, on va
agir.
Une voix: Bravo!
Le Vice-Président: Je cède maintenant la parole
à Mme la députée de Johnson.
Mme Carmen Juneau
Mme Juneau: M. le Président, avant qu'on aborde la prise
en considération du projet de loi 61, j'aimerais rappeler la motion de
blâme présentée par le chef de l'Opposition à
l'Assemblée nationale, que les gens du gouvernement libéral ont
rejetée, vous en êtes conscient. J'appliquerais cette motion non
seulement au discours sur le budget telle que le chef de l'Opposition l'a
transmise, mais, si je vous relis cette motion de blâme, je pense qu'elle
s'applique aussi aux coupures qu'on s'apprête à faire à
Radio-Québec.
Cette motion de blâme, dis-je, se lisait comme suit: "Que cette
Assemblée blâme sévèrement le gouvernement pour le
caractère partisan de son discours sur le budget 1986-1987, qui
démontre son ignorance totale des besoins des jeunes..." C'est quoi, la
vocation de Radio-Québec, sinon une vocation éducationnelle et
culturelle qui s'adresse à nos jeunes comme à nos moins jeunes?
Cela disait aussi la grande négligence du gouvernement à
l'égard du développement des régions. C'est quoi,
Radio-Québec? Qu'est-ce que le ministre s'apprête à faire?
C'est couper nos régions. La motion disait aussi l'incapacité du
gouvernement à mettre en oeuvre le consensus nécessaire à
la redéfinition du rôle de l'État. Il y a eu, il y aura et
il y a actuellement plusieurs personnes qui interviennent pour
Radio-Québec; c'est loin d'être un consensus. Et son absence
d'orientation politique en matière économique, sociale,
culturelle, et j'ajouterais éducationnelle. C'est ce que la motion
de
blâme disait. Moi, j'applique cette motion de blâme à
ce qu'on s'apprête à faire à la société
Radio-Québec.
Le ministre s'est levé tout à l'heure en disant: Je vais
diviser mon intervention en quatre points. Je vais vous parler des
événements qui m'ont amené à démanteler
Radio-Québec. Il a dit aussi: Deuxièmement, je vais vous parler
de Radio-Québec 1986, son râle, sa structure, son organisation. Il
a dit, dans un troisième temps: Les grandes lignes de
Radio-Québec, je vais vous en parler tout à l'heure.
Quatrièmement, je ferai la mise au point sur tout ce qui s'est dit,
écrit, et toutes les personnes qui sont intervenues, soit en commission
parlementaire sur les crédits, soit à l'interpellation, soit dans
les médias écrits et parlés, la mise au point sur tout ce
qui s'est dit.
S'il existe autant de personnes qui sont intervenues, qui ont
protesté énergiquement pour sauvegarder Radio-Québec,
c'est qu'elles croyaient, dans le fin fond de leur coeur, que
Radio-Québec était une société importante, une
société qui avait sa place ici au Québec et dans chacune
de nos neuf régions du Québec. C'est pour cela que tant de gens
sont intervenus, M. le Président.
Le ministre dit aussi: On n'a pas le choix, il faut couper 8 000 000 $
dans Radio-Québec sur un budget de 61 000 000 $. Ce doit être pour
cela qu'il l'a appelée la loi "61", parce qu'il y avait 61 000 000 $
dans Radio-Québec! Il a dit: On ne peut pas passer autrement, donc, il
faut faire cette coupure; et Radio-Québec n'est pas la
société la plus touchée. Il a énuméré
plusieurs sociétés du Québec. Il a dit: Elles sont plus
touchées que la société Radio-Québec à qui
on demande une coupure de 13,5 %. Il a dit aussi: Est-ce faisable? M. le
Président, si le conseil d'administration qui était
habilité à voter a pris la décision d'appliquer la
coupure, il faut croire qu'ils avaient songé en tout état de
cause que c'était faisable, qu'ils pourraient vivre avec cela si,
éventuellement, le ministre ne pouvait faire autrement.
C'est un choix politique. Le ministre des Communications, tout le
gouvernement libéral et chacun des membres de l'Assemblée
nationale ont une journée ou une autre à faire des choix
politiques. Vous savez aussi bien que moi, M. le Président, que les
choix politiques que nous faisons quotidiennement ne sont pas toujours ceux
qu'on souhaiterait faire. C'est bien sûr. Le ministre a fait un choix. Il
n'a pas donné la chance de dire quoi que ce soit, il a fait un choix. Le
ministre n'a pas à se retrancher derrière des décisions,
il doit dire que c'est lui qui a l'autorité pour déterminer qu'il
y a une coupure de 8 000 000 $. C'est son ministère, cela le regarde,
lui. Donc, il ne faut pas qu'il passe son temps à se cacher
derrière le P.-D.G. ou derrière telle ou telle autre
décision. C'est lui qui a pris la décision. Le choix politique,
M. le ministre, c'est vous qui l'avez fait, et, si vous vous trompez, c'est
vous qui allez payer pour.
Le ministre a parlé tout à l'heure d'une décision
qui s'était prise au conseil d'administration. Cela fait plusieurs fois
que le ministre - je ne sais pas s'il le fait en toute connaissance de cause -
parle de la décision du Conseil des ministres. Il ne dit que ce qu'il
veut bien dire. Il y a eu une décision prise au conseil d'administration
mais il y a eu, en fait, deux décisions. La première pour
déterminer si on conservait les régions et la station
montréalaise, en tant que telles, qui a sorti avec un vote de 11
à 8, M. le Président. Le ministre oublie toujours de dire que
cela s'était terminé par un vote de 11 à 8 pour conserver
les neuf régions existantes. Cela est clair, net et précis. Mais
le ministre dit que la décision a été très
serrée. Cela a fini 9 à 8 et les régions n'ont pas
été capables d'amener personne de leur bord pour voter pour la
décision. C'est vrai que le deuxième vote a été de
9 à 8, plus deux abstentions, plus des personnes qui avaient dû
quitter au moment où cette décision s'est prise. C'est vrai que
cela s'est terminé 9 à 8, mais c'est encore majoritaire à
ce moment-là. C'est encore majoritaire du fait que la décision
d'accepter la coupure du ministre devait être absorbée à la
fois par les régions et par la station montréalaise. (16 h
20)
Si vous vous souvenez bien, le résultat du vote, de la motion,
était: 6/4 pour la station montréalaise et 1/6 absorbé par
les régions. Donc, M. le ministre, c'était faisable. Vous avez
dit tout à l'heure que vous ne saviez pas si c'était faisable.
C'était faisable. On vous l'avait démontré. Qui mieux, M.
le ministre, que des personnes qui sont habilitées à voter, en
vertu d'une loi dûment votée ici à l'Assemblée
nationale et pour laquelle votre gouvernement a voté, pouvaient
démontrer ce qui est faisable ou non? Est-ce que vous croyez, depuis le
peu de temps - je m'excuse de vous dire cela -que vous êtes ministre des
Communications, que vous êtes plus habilité à le faire que
les membres du conseil d'administration qui sont là depuis des
années? Ne croyez-vous pas que ces personnes-là sont en mesure de
savoir si, oui ou non, la coupure est faisable?
Je pense que ce sont des gens qui travaillaient et qui ont toujours
travaillé sérieusement, M. le ministre. Avant qu'arrive
l'idée de compresser de 13 500 000 $ ou de 8 000 000 $, comme vous
voulez, personne ne disait que ces gens-là n'avaient aucune
autorité pour voter. Personne.
M. le ministre, le conseil d'administration dont vous avez dit tout
à l'heure qu'il y avait beaucoup trop de gens,
que c'était, si je me souviens bien de vos termes tout à
l'heure... J'ai pris quelques notes, vous avez dit que c'était un
"pâwâ". Je me demande si...
Une voix: Caughnawagien.
Mme Juneau: Je me demande, M. le ministre, quand vous dites que
vous êtes 26 ou 27 ministres à prendre des décisions sur
l'ensemble de la situation du Québec concernant tous et chacun, si c'est
aussi un "pâwâ", parce que ce sont 26 ou 27 personnes, M. le
ministre. Je pense que si c'est bon pour un conseil d'administration qui
s'appelle le conseil d'administration de Radio-Québec, cela doit
être aussi bon pour d'autres conseils ou comités qui sont, sinon
plus gros, au moins l'équivalent.
Vous avez dit tout à l'heure que Radio-Québec
n'était pas la plus touchée dans les décisions du
gouvernement, mais c'est au moins 8 000 000 $ et vous avez admis tout à
l'heure, M. le ministre, que c'était une coupure importante quand on
considère que le fonctionnement et l'ensemble des subventions que
Radio-Québec a pour travailler étaient de 61 000 000 $. Le
ministre peut bien nous citer les relations internationales et signaler que les
coupures ont atteint un secteur de façon encore plus draconienne que
Radio-Québec, mais il s'agit d'un choix politique, M. le ministre, qui
résisterait tout aussi mal aux interrogations que le choix de sabrer
dans le budget de Radio-Québec.
Pourquoi le ministre éprouve-t-il le besoin de se comparer avec
le pire? Le choix politique du gouvernement libéral et du ministre des
Communications en est un que nous n'avons pas fait et que nous n'aurions jamais
fait. Je vais vous citer des chiffres. Le budget 1979-1980 de
Radio-Québec était de 34 400 000 $ lorsque le gouvernement du
Parti québécois était au pouvoir. En 1980-1981, le budget
de Radio-Québec est monté à 38 200 000 $. En 1981-1982, le
budget de Radio-Québec était rendu à 47 100 000 $. En
1982-1983, 52 100 000 $. J'espère que le ministre m'écoute. En
1983-1984, le budget de Radio-Québec est monté à 54 800
000 $. En 1984-1985, 58 000 000 $ et, en 1985-1986, 61 500 000 $. Jamais notre
gouvernement ne s'est permis ce que vous vous permettez aujourd'hui, parce
qu'on croyait à Radio-Québec, parce que Radio-Québec, dans
nos régions respectives, occupe une fonction importante.
La disparition, M. le ministre, de quatre de nos stations
régionales ne correspond pas uniquement a l'urgence de réduire
des dépenses. Cette excuse est bien trop facile. Comme le soulignait
Michel Pomerleau dans un article paru samedi dernier dans le quotidien Le
Soleil, c'est en même temps l'indice que le gouvernement ne
reconnaît plus le caractère indispensable de la mission
régionale de Radio-Québec telle qu'elle a été
assumée depuis sa mise en vigueur en 1979.
Pour le gouvernement, Radio-Québec est un gadget de luxe que l'on
s'est donné en période d'abondance. Le ministre a parlé de
l'abondance tout à l'heure. C'est en tout cas ce que laisse croire, le
choix politique que fait le ministre. On se rappellera que la direction avait
ordonné le maintien des structures régionales en imposant un
partage équitable dans tout le réseau des coupures de 8 000 000 $
décrétées par le président du Conseil du
trésor, M. Gobeil. La solution du député de Westmount,
ministre titulaire des Communications et responsable de Radio-Québec
auprès du cabinet, demeure l'élimination des bureaux
régionaux avec leur équipe de production.
Je dirai aussi au ministre qu'à cor et à cri tout le monde
a revendiqué du fait que vous et votre équipe aviez promis, en
campagne électorale, de conserver le statu quo et de tenir une
commission parlementaire pour décider de l'avenir de
Radio-Québec. Tout le monde, aujourd'hui, M. le ministre, s'attend que
vous preniez vos responsabilités. Tout le monde, sans exception. Il
n'est pas inutile de le rappeler puisque l'étude des crédits du
ministère des Communications et une interpellation faite au ministre le
9 mai n'ont pas suffi pour qu'une explication soit donnée.
M. le ministre, j'ai un telbec ici qui vient de 16 groupes, dont
l'Institut canadien des adultes, 16 organismes sociaux qui demandent au
gouvernement de ne pas agir de façon unilatérale dans le dossier
de Radio-Québec et de s'en tenir à la promesse électorale.
En plus de tout ce que vous savez et tout ce que nous savons, vous devez tenir
vos promesses, établir un moratoire sur la question des coupures et
tenir une commission parlementaire publique pour débattre à fond
de l'orientation de Radio-Québec. Ne pensez-vous pas, M. le ministre,
qu'en ayant ces éclairages importants de la part de tous ceux et celles
qui sont touchés par ce qui se passe à Radio-Québec, cela
vous aiderait à prendre une décision beaucoup plus
équitable pour nos régions?
Le gouvernement ne peut modifier sans consultation le mandat de cette
télévision qui nous appartient, qui appartient au public
québécois. Tous ces orgagnismes, tous ceux qui sont intervenus
estiment que les propos du ministre des Communications selon lesquels le
gouvernement s'apprêterait à modifier unilatéralement la
loi sur Radio-Québec pour changer la composition du conseil
d'administration, sont contraires à toutes les pratiques passées
qui ont jalonné l'histoire de Radio-Québec, soit les
débats publics. (16 h 30)
Ces organismes, M. le ministre, et nous tous trouvons pour le moins
inusité qu'un gouvernement en désaccord avec une décision
d'un conseil d'administration de Radio-Québec, à savoir de
maintenir les structures régionales, malgré les coupures, se
propose de changer la composition de ce même conseil d'administration
pour arriver à ses fins. Cela est déjà fait, j'ai eu ce
télégramme, ce telbec le 30 avril. Cette façon de faire
est sans conteste antidémocratique. J'espère que le ministre sait
ce que veut dire antidémocratique. Radio-Québec est un organisme
autonome. Radio-Québec est presque entièrement financée
par le public. Le mandat éducatif et régional de
Radio-Québec vient de l'expression d'une volonté collective
largement exprimée et constamment réaffirmée depuis
1976.
L'orientation de Radio-Québec a toujours fait l'objet de
débats publics, M. le ministre, dont le dernier remonte à moins
d'un an. La population de toutes les régions du Québec
démontre actuellement qu'elle tient aux structures régionales de
Radio-Québec. Même les députés libéraux ont
emboîté le pas dans certains coins, ceux qui ont compris ce que
cela veut dire que de couper les régions, mais il y en a qui n'ont pas
compris, malheureusement. La presse québécoise a fait largement
écho à l'expression de ce consensus collectif. Le Parti
libéral, je vous le rappelle, avait lui-même fait la promesse
électorale de geler le budget de Radio-Québec et d'obtenir une
commission parlementaire publique sur l'orientation de cet organisme.
Ces seize groupes, c'est l'Association des médias écrits
communautaires du Québec, l'Association nationale des
téléspectateurs, l'Association des réalisateurs et
réalisatrices de films du Québec, le Centre de pastorale en
milieu ouvrier, le Comité social centre-sud, la Fédération
nationale des associations de consommateurs du Québec, la
Fédération des femmes, la Fédération des
Associations de familles monoparentales du Québec, l'Institut canadien
d'éducation des adultes, la Ligue des droits et libertés, le
Mouvement d'éducation populaire et d'action communautaire du
Québec, le Regroupement des groupes populaires en alphabétisation
du Québec, le Regroupement pour la défense de la
télévision publique, le Syndicat des employés de
production du Québec et de L'Acadie, Radio-Canada, le Syndicat canadien
de la fonction publique, le Syndicat des journalistes de Radio-Canada.
Voilà, M. le ministre!
En plus de ces seize groupes, il y a aussi eu des organismes qui ont
appuyé les stations régionales de Radio-Québec. Sur la
Côte-Nord, on a eu 149 organismes; dans le centre du Québec, 143;
en Abitibi-Témiscamingue, 88 organismes ont appuyé, M. le
ministre, le geste de conserver Radio-
Québec en tant que tel; le Bas-Saint-Laurent, 35 associations; la
Gaspésie, 65; l'Outaouais, 47; l'Estrie, 57; le Saguenay, 15, et, au
moment où j'ai ramassé ces chiffres, je n'avais pas le chiffre de
la station régionale de Québec. Je pense qu'il est entré,
je vais l'avoir.
On a aussi eu des pétitions, qui ne sont pas encore
déposées, mais qui vont l'être bientôt, je
l'espère, qui venaient d'un peu partout des régions du
Québec. Toutes ces personnes sont touchées par le geste que vous
voulez poser. La mission régionale de Radio-Québec,
consacrée en 1979 par le projet de loi 5, avait été
décidée en commission parlementaire. J'aimerais bien que le
ministre se souvienne que le Parti libéral avait voté pour la
commission parlementaire, pour entendre tous ceux et celles qui voulaient venir
s'exprimer au nom de la société Radio-Québec et au nom de
nos régions. Je me souviens, pour avoir relu tout ce qui s'était
passé, que le Parti libéral avait fait des pieds et des mains
pour que d'autres organismes, d'autres associations, d'autres personnes et
même la Régie des services publics viennent se faire entendre
à la commission. Nous avons accepté parce que nous croyions,
à l'époque, et nous croyons toujours que la meilleure
façon d'être éclairés et de prendre les bonnes
décisions, c'est de pouvoir entendre ceux et celles qui sont
impliqués dans la société, ceux et celles qui souhaitent
que cette société demeure ce qu'elle est, c'est-à-dire une
société éducationnelle, une société
culturelle et une société aussi régionale.
Le projet de loi 61, M. le ministre, je vous le rappelle, annihile la
vocation régionale de Radio-Québec et se permet de le faire
unilatéralement. Vous avez fait un choix et vous l'avez fait sans le
consentement de l'ensemble des régions du Québec, sans le
consentement de notre formation politique et sans le consentement du conseil
d'administration qui était habilité à prendre les
décisions. Vous avez pris cette décision unilatéralement.
Pourquoi le gouvernement a-t-il peur de venir en commission parlementaire pour
écouter ceux et celles qui ont de quoi à dire? Si,
éventuellement, il croit que ce qu'il a fait est bien, il n'a pas
d'inquiétudes à ce moment à venir en commission
parlementaire. Pourquoi donc, M. le ministre avez-vous peur d'entendre en
audience publique les personnes qui ont quelque chose à dire? Cette
idée de commission parlementaire n'est pourtant pas tombée des
nues. Elle émane d'une de vos promesses électorales. Une, entre
autres, que vous ne tiendrez pas comme toutes les autres qui ne seront pas
tenues. Comment justifier ce brusque changement de cap? Avant de couper, cela
prend un bilan. Avant de couper, vous êtes tenu d'informer le public.
Vous êtes tenu d'informer tous ceux et
celles qui veulent que Radio-Québec demeure ce qu'elle est. Le
fait que les coupures ne seront perceptibles que pour une infime proportion de
téléspectateurs au dire du ministre n'est pas une justification.
Le ministre a souligné que la tenue d'une commission parlementaire
n'était pas exclue pour les années futures. Pour l'instant,
dit-il, il se doit de rendre les coupures effectives. Nous ne pouvons que voter
contre un tel projet de loi et inscrire notre dissidence vis-à-vis de
cette logique pour le moins douteuse.
M. le ministre, vous avez pris une décision sans consultation. Le
ministre n'a consulté personne. La décision qu'il a prise en
catimini en est une, cependant, de grande importance. Vous commencez à
vous rendre compte de la gravité du geste que vous avez posé.
Vous commencez à vous en rendre compte, parce que, tous et chacun, on
vous le dit sur toutes les notes de la gamme. Vous commencez à vous en
rendre compte parce que tous les journaux en ont fait état, et d'autant
plus nos journaux régionaux qui sont très conscients aussi de ce
qui se passe chez nous. (16 h 40)
Le gouvernement fait disparaître quatre stations régionales
et anéantit du revers de la main les comités régionaux. Ce
n'est pas important, les comités régionaux, cela ne coûte
rien, mais on n'en veut pas, on ne veut rien savoir d'eux; de toute
façon, ils n'ont rien à dire. Ce n'est pas ce qu'on pense chez
nous. Chez nous, en Estrie, le comité que vous venez de décimer,
comme celui de Québec, comme celui de l'Outaouais, comme celui du centre
du Québec, avait des choses à dire et des choses
régionales à dire.
Quelle garantie avons-nous quant au sort des autres stations
régionales qui sont en sursis? Est-ce que Radio-Québec est
vouée à la disparition totale? Dites-le, si c'est votre
arrière-pensée de faire disparaître complètement
Radio-Québec. La mission régionale de Radio-Québec
n'était pas qu'accessoire, elle était une mission de coeur, avec
des gens de nos régions. À ce titre, vous devriez écouter
tous les intervenants qui ont des choses à dire.
Qu'en est-il du permis de radiodiffusion de Radio-Québec qui a
été renouvelé en juillet dernier par le CRTC? La
décision du CRTC prévoyait que Radio-Québec doive, au
préalable, soumettre au conseil d'administration pour approbation tout
changement envisagé dans l'orientation de sa programmation. Comment le
ministre ose-t-il s'y soustraire? Il n'a pourtant pas l'assurance que le CRTC
acceptera le changement de structures qu'il envisage, changement qui
influencera inévitablement la programmation de Radio-Québec.
On avait plaidé devant le CRTC, ne l'oublions pas, qu'un
même nombre d'heures d'émissions régionales continueraient
d'être produites. Ce n'est pas ce qui va se passer. Les seules
émissions qui seront produites en région seront pensées
à Montréal. Est-ce que c'est cela, le permis qui a
été donné à Radio-Québec par le CRTC? Je
voudrais vous lire la décision du CRTC. "Radio-Québec a
également fait part de son intention de demeurer une
télévision régionalisée. Cette
régionalisation a connu un développement important depuis le
dernier renouvellement de la licence et le territoire québécois
est maintenant divisé en neuf régions, chacune dotée d'un
comité permanent élu, d'un budget et d'un personnel distinct et
doté de moyens de production d'émissions. Ainsi, durant la saison
1983-1984, les régions ont diffusé, selon Radio-Québec,
448 heures d'émissions locales détachées du réseau.
Pour l'avenir, Radio-Québec a fait part des trois principales
conclusions auxquelles elle en est venue après les discussions sur le
sujet au cours des derniers mois, soit que le même nombre d'heures
d'émissions régionales destinées à être vues
en détachement régional continueraient d'être produites,
que les régions feraient de plus en plus de productions
interrégionales destinées à être vues dans plus
d'une région et que les régions devraient de plus en plus
produire des émissions pour diffusion sur l'ensemble du réseau."
Voilà ce que le CRTC disait, M. le ministre.
M. le ministre, allez-vous nous faire croire que la décision que
vous venez de prendre ne sera pas à l'encontre du permis octroyé
par le CRTC à Radio-Québec? Il dit neuf régions et vous
dites cinq. Il dit 448 heures de production régionale. Est-ce que vous
êtes sûr qu'avec la décision que vous avez prise, vous allez
pouvoir retourner devant le CRTC et avoir sa bénédiction comme
cela? Il faut le voir. M. le ministre, du point de vue de ma formation
politique, du point de vue de tous les intervenants qui croient en
Radio-Québec, vous n'avez pas le droit, je dis bien vous n'avez pas le
droit d'adopter cette loi aussi rapidement sans les consultations qui
s'imposent. Derrière la décision prise se dessine la destruction
de la vocation régionale de Radio-Québec, la destruction de
"L'autre télévision". On ne veut que la comparer aux stations
existantes.
M. le ministre, un compromis a été mis sur la table le 11
avril dernier. Le conseil d'administration en venait à un compromis qui
a purement et simplement été écarté par vous. Vous
avez fait un choix antidémocratique. Vous avez dit dans votre
conférence de presse et dans le projet de loi: Le nombre des membres du
conseil d'administration passera de 21 qu'il était à 13. Au moins
cinq de ces treize administrateurs devront provenir de l'extérieur de la
région montréalaise et un
membre devra représenter le milieu de l'éducation. Je me
pose sérieusement la question: Quels critères
d'admissiblité allez-vous exiger de ces cinq membres qui seront
dorénavant nommés par le gouvernement? Est-ce que ces cinq
membres devront, selon les critères du ministre, être membres du
Parti libéral? Je me pose la question. Est-ce que ces cinq membres
viendront des cinq régions qui demeurent en place? C'est une autre
question qu'il faut se poser. Est-ce que ces cinq membres iront s'asseoir au
conseil d'administration en "yes men" ou en "Westmount" pour dire exactement ce
que le ministre veut qu'on entende? Est-ce que c'est ce que vous souhaitez que
les cinq membres du conseil d'administration de Radio-Québec qui seront
nommés par vous fassent à Radio-Québec? Est-ce que ce sont
des hommes ou des femmes de paille que vous voulez, M. le ministre? Il y avait
des comités régionaux dont chaque président faisait partie
du conseil d'administration. Ils étaient dûment nommés par
des gens des régions et devaient représenter les neuf
régions du Québec. Le projet de loi n'est présenté
que pour s'assurer qu'une telle situation ne se reproduise plus. Je reprendrai
la phrase qui a été dite en commission parlementaire par mon
collègue d'Abitibi-Ouest: Le ministre veut se débarrasser des
fatigants. À la place du député, j'aurais honte de dire
une chose comme celle-là. Il a dit: Oui, c'est cela, on veut se
débarrasser des fatigants...
Une voix: Le député de Laurier.
Mme Juneau: Le député de Laurier. M. le
député, si vos électeurs entendaient cela, je ne pense pas
qu'ils trouveraient cela drôle. Vous voulez vous débarrasser des
fatigants, non? (16 h 50)
M. Sirros: Non, je ne peux pas... n'importe quoi.
Une voix: II n'y a pas de question de règlement, de toute
façon.
Mme Juneau: Je ne pense pas que les présidents
régionaux qui faisaient partie du conseil d'administration
étaient des fatigants. S'ils étaient fatigants aux yeux du
ministre, c'est que cela le dérangeait parce que ces gens-là
parlaient en termes de régions. Nous nous demandons, bien sûr,
quelle conception a le gouvernement de la démocratie. Il déclare,
d'une part, que, comme unique actionnaire de la société, il n'est
pas obligé d'accepter toutes les recommandations qui lui sont faites par
les administrateurs. C'est vrai. Il soutient, d'autre part, par la voix du
ministre des Communications, qu'il interviendra chaque fois - et je dis bien,
M. le ministre - qu'il le jugera nécessaire. Où est la
démocratie dans tout cela? M. French: Ici.
Mme Juneau: Non, M. le ministre, la démocratie, c'est tout
ce qui se passe au Québec, dans toutes les associations, dans tous les
comités, chez tous les gens qui ont un travail ou un devoir à
accomplir. Ou ils sont autonomes, ou ils ne le sont pas. Le gouvernement s'est
prononcé contre les régions et pour la station
montréalaise. D'ailleurs, le remaniement du conseil d'administration
réduisant la représentation régionale laisse
déjà entrevoir la place importante que pourront y prendre les
préoccupations montréalaises.
Qu'en est-il du Québec, des régions? La solution qu'avait
acceptée le conseil d'administration ne mérite-t-elle pas que
l'on s'y attarde, M. le ministre, que l'on y réfléchisse? Elle
aurait pu, par exemple, être à la base de la commission
parlementaire promise. Cette solution a d'ailleurs été
écartée sous prétexte qu'elle favoriserait les structures
plutôt que la programmation. Les directeurs régionaux soutiennent
cependant le contraire, M. le ministre, et, à mon point de vue, la
qualité de ces directeurs régionaux est indiscutable. Une
commission parlementaire n'aurait-elle pas été le meilleur forum
pour débattre de la question?
Dans son intervention, tout à l'heure, le ministre a parlé
d'un fonds spécial de 3 000 000 $. Je me demande et beaucoup de gens se
demandent si ce n'est pas un cadeau de Grec. Le 8 mai dernier, M. le ministre,
vous annonciez en conférence de presse que 3 000 000 $ seraient
consacrés à la production régionale. Qu'est-ce que cela
signifie, M. le ministre? Vous avez dit tout à l'heure qu'il y avait eu
en dernier lieu une entente de 2 000 000 $ pour une production
indépendante et de 1 000 000 $ pour de l'information régionale,
à peu près. J'ai hâte de voir si cela se
concrétisera. Pourquoi donner un cadeau de 3 000 000 $ quand vous dites
que vous êtes obligé de couper 8 000 000 $? Pourquoi ne pas
conserver les quatre régions que vous avez abolies d'un revers de la
main, qui coûtaient environ 3 000 000 $? Tout le monde se pose des
questions, M. le ministre. J'espère que vous aurez de bonnes
réponses à nous donner. Pourquoi donner 3 000 000 $ d'une main et
les reprendre de l'autre? On se pose aussi cette question. Nous savons en effet
que la fermeture de nos quatre stations régionales coûte environ 3
000 000 $. Le ministre ne nous a jamais donné de garanties relativement
à ce cadeau de Grec. Sera-t-il récurrent, M. le ministre? Est-ce
que, chaque année, il y aura 3 000 000 $ pour aider les productions
indépendantes, pour essayer de conserver ce qui nous reste? Vous ne
l'avez pas dit. Je me souviens qu'à l'interpellation
vous avez dit: Je ne peux pas prévoir l'avenir, peut-être
qu'on va me couper. S'ils me coupent, on va couper. Vous ne le saviez pasl Nous
non plus, nous ne le savons pas, mais nous aimerions le savoir.
Nous ignorons également de quelle façon ces sommes seront
articulées. Vous l'avez dit grosso modo, mais on aimerait en savoir
davantage. Nous aurions su tout cela en commission parlementaire, M. le
ministre. On aurait peut-être pu vous donner des idées aussi sur
la façon de les répartir. Cela ne fait pas mal d'entendre les
idées des autres. Cela donne un éclairage nouveau. Cela aide.
J'ai l'impression que le gouvernement du Parti libéral est un
gouvernement antirégional. Je ne suis pas la seule. Je ne suis pas la
seule, parce qu'il y a beaucoup de gens de ma région et des
régions de mes collègues qui en ont parlé. Depuis son
accession au pouvoir, le Parti libéral a pris plusieurs décisions
démontrant un préjugé nettement défavorable
vis-à-vis du développement régional. Le ministre sait-il
que, dans nos régions il y a plusieurs programmations régionales
qui sont d'une extrême importance et qui reflètent vraiment ce
qu'on vit en régions? Je ne sais pas si le ministre a eu le temps de
feuilleter la production régionale. Je ne le sais pas. S'il a eu le
temps, il n'en a pas fait état. C'est vrai que, pour lui, les
régions n'ont pas une grande importance. Mais, moi, je l'ai
feuilletée attentivement, M. le ministre, et je me suis rendu compte
qu'à Radio-Québec, dans Abitibi-Témiscamingue, ils ont un
programme dans la production autonome qui s'appelle "Cité des jeunes" et
qui dure 60 minutes. C'est une émission traitant des
réalités de la jeunesse telles qu'elles se vivent en
Abitibi-Témiscamingue. Est-ce que le P.-D.G. vous a dit qu'il pourrait
en faire autant à la station montréalaise? Il y a aussi, dans la
production autonome d'Abitibi-Témiscamingue, "Les femmes en
Abitibi-Témiscamingue". Je me demande comment le P.-D.G. va s'exprimer
au nom des femmes d'Abitibi-Témiscamingue. Il y a aussi, dans la
région d'Abitibi-Témiscamingue, le centenaire du
Témiscamingue. J'ai hâte de voir comment cela va se fêter
à Montréal!
Radio-Québec du Bas-Saint-Laurent. Êtes-vous conscient
qu'il y a eu, non seulement de la production autonome, mais qu'il y a eu une
coproduction qui s'appelait "Les décideurs de l'an 2000"? Une fiction
mettant en lumière le dynamisme, la valeur et l'optimisme des jeunes
engagés dans le Bas-Saint-Laurent. C'est cela. Est-ce que le ministre
est conscient aussi - j'en ai noté juste quelques-uns parce que cela
aurait pris toute mon heure pour énumérer cela - que, dans le
centre du Québec, il y avait une émission qui durait 60 minutes
et qui s'appelait "Au rythme du monde". C'était un reportage sur le
festival mondial du folklore de Drummondville. Je ne sais pas si le P.-D.G. va
dire que cela danse de la même façon à Montréal!
Comment va-t-il faire pour faire une production autonome à
Montréal pour représenter le rythme du monde à
Drummondville? J'ai hâte de voir cela.
Dans le centre du Québec, M. le ministre, étiez-vous au
courant qu'il y avait une émission qui durait six fois 30 minutes et qui
s'appelait "Le peuplement en Mauricie", documentaire sur les vagues du
peuplement en Mauricie et au Québec? Cela va "flyer" venant de
Montréal!
Radio-Québec, Côte-Nord, M. le ministre. Saviez-vous qu'il
y avait une émission qui s'appelait "Côté et vacances"? Six
épisodes de 30 minutes, voyages touristiques à travers les plus
beaux sites de la Côte-Nord. Et Dieu sait qu'il y a des beaux sites sur
la Côte-Nord. Est-ce que vous étiez conscient que cette
émission de production autonome existait sur la Côte-Nord? Je ne
suis pas sûre, M. le ministre, que votre entourage vous ait fait part de
tout cela. Je suis sûre que, si vous l'aviez su, vous n'auriez jamais
fait ce que vous avez fait. Je suis sûre de cela. (17 heures)
M. le ministre, il y a aussi - ah oui! il faut que je vous parle de cela
- une émission extrêmement importante, typiquement de la
Côte-Nord, qui s'appelle "Le tannage de la peau de caribou selon la
méthode traditionnelle des Montagnais". J'ai hâte de voir comment
les Montréalais font cela!
Radio-Québec de l'Estrie, chez nous, M. le ministre. Huit
émissions de 30 minutes chacune, et je peux vous en parler. J'aimerais
commencer mon heure; je pourrais vous parler juste de l'Estrie,
évidemment, le portrait socio-économique des Cantons de l'Est.
C'est chez nous, les Cantons de l'Est, M. le ministre. On a eu une autre
émission extrêmement suivie et aimée du public de l'Estrie
qui s'appelle "Images de l'Estrie", qui est la connaissance de la
région, de nos huit comtés en Estrie. M. le ministre, je suis
sûre qu'à Montréal ils ne pourraient pas décrire ce
que moi je vis et comment je vis dans la région de l'Estrie. Ils ne
pourraient pas définir non plus ce qui se passe en
Abitibi-Témiscamingue. Ils ne pourraient pas non plus définir
exactement ce qui se passe sur la Côte-Nord. C'est faux, M. le ministre.
Ils ne vivent pas là, ils ne comprennent pas la façon dont on vit
là-bas.
Dans la région GaspésieÎles-de-la-Madeleine,
est-ce que le ministre sait qu'il y avait une émission qui s'appelait
"Contour économique d'une région éloignée", une
émission montrant comment s'articule l'économie de la
Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine, plus spécifiquement
l'économie de chacune des MRC de cette région? Est-ce
que Montréal sait comment cela se passe en Gaspésie? Vous
regardez l'heure, mais il me reste jusqu'à 17 h 10, M. le ministre.
Une voix: Bon travail; cela va bien.
Une voix: Elle va prendre son heure.
Mme Juneau: II y avait aussi, dans la région
GaspésieÎles-de-la-Madeleine, "Terminus, Cité des
jeunes". L'exil est-il la seule solution envisageable pour combattre le
chômage chronique des jeunes Gaspésiens? En Gaspésie, ce
n'est pas Montréal. En Gaspésie, c'est autre chose.
Une voix: Ce n'est pas Westmount.
Mme Juneau: Ce n'est pas Westmount non plus. C'est autre
chose.
Une voix: C'est encore moins Crémazie.
Mme Juneau: Radio-Québec dans l'Outaouais, "Bloc-notes";
51 émissions de 30 minutes. Est-ce qu'on rejette cela du revers de la
main? Un magazine d'information régionale sur l'Outaouais.
Radio-Québec de Québec, "Action-débat",
animation-débat sur des sujets chauds de l'actualité
québécoise, la version été 86 était
prête. M. le ministre, je ne crois pas que la station montréalaise
puisse définir exactement ce qui se passe dans nos régions. Je ne
le crois vraiment pas. Au SaguenayLac-Saint-Jean, "Une université
en région". Mon collègue en a parlé en prenant l'exemple
de l'Université du Québec à Chicoutimi. Le dossier nous
situe sur l'importance vitale d'une université en région.
Montréal, tout le monde le sait, je n'ai rien contre Montréal et
je respecte les gens de Montréal, mais je pense que les gens de
Montréal ne peuvent pas savoir ce qu'on veut, ce qu'on souhaite et
comment on vit dans chacune de nos régions. C'est cela que je dis.
M. le ministre, vous avez abandonné volontairement, sciemment,
des mécanismes de concertation régionale et c'est là votre
erreur. Des millions en coupures dans les services offerts à la
population des régions, c'est ce qu'on a constaté lors de
l'étude des crédits. Vous en aviez toute une panoplie: fermeture
de bureaux d'enregistrement, fermeture de prisons, absence de consultation dans
la prise de décision concernant la ville de Schefferville, on en a
parlé à maintes et maintes reprises ici en Chambre. Maintenant,
c'est au tour de Radio-Québec. La formation politique que je
représente ne laissera pas une telle chose se produire. Aucun
député libéral n'a osé prendre la défense
des régions. Aucun. Ils se sont dits d'accord pour couper. À
Québec, pas une personne de l'autre côté n'est intervenue
pour défendre Radio-Québec. Ils sont pourtant 16
députés.
On en a un, le ministre, pardon, le député de
Lévis.
Une voix: L'ex.
Mme Juneau: Oui, mais il devrait être encore là. Je
pense qu'il serait meilleur.
Dans l'Outaouais, le député de Hull se dit satisfait de
savoir qu'il sera toujours possible de capter des émissions de
Radio-Québec. Il ne comprend rien. Est-ce que seule la fermeture pure et
simple de Radio-Québec le fera réagir? Peut-être qu'il va
être bien content parce qu'il ne comprend pas.
En Estrie, le président du caucus libéral se dit lui aussi
rassuré - lui non plus ne comprend rien - puisque les antennes
resteront. Imaginez qu'il n'a pas fait un gros calcul pour en arriver
là. Les antennes vont rester là. Ce n'est pas grave de couper la
région de l'Estrie.
Aucun, je dis bien, aucun député libéral des
régions n'était présent lors de l'interpellation faite au
ministre le 9 mai. Je parle des députés dont les quatre
régions ont été coupées. Il y en avait quelques-uns
qui sont membres de la commission mais aucun des régions coupées
n'était là. Il y avait certainement la députée de
Matane qui n'a plus rien à craindre parce que vous lui avez dit que vous
conserviez sa région. À la commission parlementaire, elle avait
"shooté" dans votre but mais là, elle a viré sa "puck" de
bord puis elle "shoot" dans le but de l'étranger parce que vous lui avez
laissé sa station. Vous souvenez-vous de ce qu'elle vous avait dit au
sujet de la sation de Saint-Omer? Elle était presque à genoux.
Mais vous la lui avez laissée. C'est pour cela qu'elle ne dit plus rien.
Vous l'avez achetée.
Ce sera sans doute bientôt mon verdict. Mon verdict aussi est
partagé par la presse, la presse régionale, bien sûr, parce
que c'est nous qui sommes les plus touchés. Et on a des coupures de
presse ici qui disent... M. le ministre, je pense que vous... En tout cas, si
vous ne les avez pas lues, vous auriez dû le faire. Cela vous aurait
peut-être fait sonner des petites cloches... Je lisais, M. le ministre,
dans le Quotidien, en date du 7 mai: "Le plan French-Girard n'est qu'une
illusion destinée à préparer le
démantèlement de Radio-Québec et sa réorganisation
sous l'autorité unique du siège social." C'était le 7 mai
dans le Quotidien. Je suis sûre que le ministre a lu le titre. Je ne le
dirai pas, M. le ministre, je vais vous laisser le lire. Radio-Québec
subira la "westmountisation". Ce n'est pas moi qui l'ai dit. C'est le Quotidien
et c'est M. Bertrand Tremblay.
Dans le Quotidien du 10 mai, on dit que le ministre French se montre
méprisant à l'égard des régions. Je ne vous le
lirai pas, je n'aurai pas le temps parce que mon heure achève... Je n'ai
pas le temps mais vous
auriez dû, par exemple...
Une voix: Mon heure de droit de parole.
Mme Juneau: Mon heure de droit de parole, je dis bien. Mon heure
de droit de parole achève. Je n'aurai pas le temps de vous lire tout ce
que M. Tremblay a dit le 10 mai. Mais je suis d'accord pour le déposer,
M. le ministre, si vous ne l'avez pas lu. Je pense que ce serait important que
vous jetiez un coup d'oeil là-dessus.
Il y a aussi le Nouvelliste: "A-t-on besoin de Radio-Québec?" Il
dit, pour conclure: - rien qu'une couple de phrases -"Maintenant que le coup de
hache est commencé dans les régions, à quand l'abattage
complet de l'arbre central de Radio-Québec? C'est une question de
temps". C'est Claude Masson qui a dit cela. On a la Tribune aussi: "L'avenir va
démontrer que le ministre French s'est grandement trompé". (17 h
10)
Tout ceci s'explique facilement. C'est parce que vous avez refusé
d'aller en commission parlementaire, de tenir des audiences publiques pour
écouter ce que les gens avaient à dire. Vous avez refusé
carrément d'entendre ce que tout le monde avait à dire et qui
vous aurait évité sûrement tout ce que vous allez vivre, ce
que vous avez vécu, et nous, de notre formation politique, on va
s'opposer énergiquement, comme tous ceux et celles qui croient en
l'avenir de Radio-Québec et de toutes ses régions.
Motion de report
Je terminerai par une motion de report qui se lit comme suit: Je
déplore donc que le gouvernement refuse que les parlementaires puissent
procéder à une consultation générale afin que nous
puissions entendre les personnes et les groupes intéressés.
En vertu de l'article 240, je propose d'amender la motion principale en
retranchant le mot "maintenant" et d'ajouter à la fin les mots "dans six
mois". Je vous remercie.
Le Vice-Président: Très bien. Cette motion de
report est recevable en vertu de notre règlement. Je dois
immédiatement aviser la Chambre que cette motion de report fera l'objet
d'un débat restreint d'une durée maximale de deux heures.
À la suite d'une rencontre avec les leaders des deux partis, je vais
informer ultérieurement l'Assemblée de la répartition de
ces deux heures. Pour le moment, sur la motion de report, je reconnais le whip
en chef de l'Opposition, le député de Lac-Saint-Jean.
M. Jacques Brassard
M. Brassard: Merci. Je pense que voilà une motion de
report tout à fait pertinente dans les circonstances. J'essaierai
très rapidement de convaincre le gouvernement et le ministre de la
nécessité de convoquer une commission parlementaire sur la
question, de façon à entendre tous les intervenants, et c'est
l'objet de la motion de report. C'est pourquoi on demande de reporter à
six mois l'étude du principe de ce projet de loi pour justement
permettre aux intervenants de se faire entendre sur la question. C'est la
raison majeure de cette motion de report.
Nous sommes en face d'une décision fondamentale, prise concernant
Radio-Québec par le gouvernement, mais qui a été prise
sans aucune consultation, décision brutale, décision que je
qualifierais d'impérialiste, sans même permettre aux
intéressés de se faire entendre sur le sujet. Décision
prise contre l'avis même du conseil d'administration de
Radio-Québec. Décision prise contre les comités
régionaux de Radio-Québec. Décision prise contre les
intervenants nombreux en régions qui réclament de se faire
entendre sur la question. Il est encore temps - je m'adresse au ministre - je
pense, de tenter à tout le moins de ramener le ministre à la
raison sur cette question, d'essayer de réveiller son sens
démocratique. Il me semble qu'alors qu'il était dans l'Opposition
il se comportait en parfait démocrate. On ne peut pas qualifier son
comportement actuel de démocratique. Cette motion de report pourra
peut-être lui permettre de se ressaisir et de retrouver son sens
démocratique.
Pourquoi ce refus farouche du ministre d'entendre les intervenants sur
la question? C'est réclamé à grands cris par tous ceux qui
s'intéressent à ce sujet, par tous ceux qui s'intéressent
à l'avenir de Radio-Québec. On réclame une commission
parlementaire pour pouvoir se faire entendre, faire entendre son point de vue
au ministre et au gouvernement du Québec. Cette motion de report, M. le
Président, c'est l'occasion aussi de permettre au Parti libéral
du Québec de respecter sa promesse. C'est l'occasion pour le Parti
libéral de respecter son engagement durant la campagne électorale
concernant Radio-Québec. On veut bien lui rendre ce service. On se
comporte en Opposition positive. On veut rendre service au Parti libéral
et on veut lui donner l'occasion de remplir sa promesse, de remplir son
engagement. Quelle était cette promesse? D'abord, le Parti
libéral s'est engagé à un gel des crédits. Ce n'est
pas ce qu'on fait. On est en train de mettre en branle un processus de
compressions budgétaires considérable de 8 000 000 $ à
Radio-Québec. Donc, ce premier volet, on ne le respecte pas. On a
décidé de ne pas respecter le premier volet
de la promesse.
Le deuxième volet de la promesse électorale faite pendant
la campagne électorale par le Parti libéral, c'était de
tenir une commission parlementaire sur l'avenir de Radio-Québec. C'est
ce qu'on demande. Voilà au moins une promesse réalisable. Il s'en
est fait beaucoup de promesses. Il s'en est fait beaucoup de promesses par le
Parti libéral pendant la campagne électorale, des promesses
insensées, absurdes, farfelues, irréalisables et
irréalistes. Celle-là, au moins, elle a ce caractère
d'être réalisable, faisable, c'est possible, c'est simple de
convoquer une commission parlementaire, celle sur la culture, et de demander
aux intéressés de venir témoigner devant les
parlementaires. C'est une promesse réalisable. Pourquoi le Parti
libéral refuse-t-il de respecter cet engagement faisable, cet engagement
réalisable? On vous donne une chance, M. le ministre. On donne une
chance au gouvernement. La chance de respecter pour le moins cet
engagement.
En 1979, qand nous avons modifié de façon fondamentale la
vocation de Radio-Québec par des changements substantiels à la
loi sur Radio-Québec nous avons convoqué une commission
parlementaire avant même l'étude de la loi et nous avons
demandé aux intervenants de venir témoigner sur ce sujet. C'est
à partir de là, à partir de ces témoignages,
à partir d'un consensus qui s'est dégagé, que nous avons
procédé à la modification de la loi sur
Radio-Québec. Nous avons mofidié de façon substantielle
-on le reconnaît - la vocation et le mandat de Radio-Québec.
Pourquoi ne pas faire la même chose en cette occasion? Pourquoi le Parti
libéral ne procède-t-il pas de la même façon
puisqu'il affecte gravement et substantiellement la vocation et le mandat de
Radio-Québec et, donc, son avenir aussi? Pourquoi ne pas procéder
comme on l'a fait? C'est le processus le plus démocratique possible.
Convoquez une commission parlementaire, demandez aux intervenants de se faire
entendre et, ensuite, prenez une décision et débattez d'un virage
possible de Radio-Québec et d'une modification de sa vocation.
M. le Président, en terminant, je vous dirai que ce gouvernement
se caractérise par deux vices fondamentaux. Il est affligé de
deux vices fondamentaux. C'est d'abord un gouvernement anti-régions.
Cela ne fait pas longtemps qu'il est au pouvoir mais déjà c'est
très manifeste, c'est très caractéristique de ce
gouvernement. C'est un gouvernement anti-régions. C'est un gouvernement
qui n'a aucune préoccupation de développement régional et
qui n'a aucune sensibilité à l'égard des attentes et des
aspirations des régions. Cela m'apparaît l'évidence. Cela a
été reconnu justement par l'éditorialiste du Quotidien au
SaguenayLac-Saint-Jean, M. Bertrand Tremblay, qui disait dans un de ses
éditoriaux, et je cite: "La mentalité centralisatrice du nouveau
gouvernement québécois devient plus nocive aux régions que
ne l'était celle d'Ottawa à l'endroit des provinces aux
périodes les plus sombres de notre histoire politique." C'est un premier
vice fondamental de ce gouvernement. Il est anti-régions. (17 h 20)
Le deuxième vice aussi fondamental de ce gouvernement qui s'est
manifesté très rapidement aussi c'est que c'est un gouvernement
anti-consultation. Il craint toute forme de consultation et il s'oppose
à toute forme de consultation et il repousse toute demande de
consultation. On en a fait l'expérience la semaine dernière en
demandant à plusieurs reprises, sur des projets de loi importants, une
consultation par le biais des commissions parlementaires. On s'est buté
constamment à un refus systématique de la part de ce
gouvernement: un gouvernement anti-régions et un gouvernement
anti-consultation. Cela m'apparaît maintenant l'évidence.
On veut bien, cependant, comme Opposition, donner la chance à ce
gouvernement de se ressaisir et d'essayer, à tout le moins, de se
débarrasser de ses vices fondamentaux qui l'affligent depuis qu'il est
au pouvoir, afin de retrouver son sens démocratique et d'accepter la
motion de report présentée par ma collègue de Johnson, de
façon à convoquer une commission parlementaire pour
étudier en long et en large les tenants et les aboutissants de cette
décision majeure, de ce virage fondamental que le ministre est en train
de faire faire à Radio-Québec. Merci.
Des voix: Bravo!
Le Vice-Président: Je dois immédiatement vous
informer qu'à la suite d'une réunion avec les leaders il a
été convenu que le débat de deux heures sera
réparti également entre les deux formations politiques. Donc, une
heure pour l'Opposition et une heure pour le gouvernement, au maximum.
Je reconnais maintenant le leader adjoint de l'Opposition.
M. François Gendron
M. Gendron: M. le Président, je pense qu'il est
très important que nous puissions faire valoir à cette Chambre
pourquoi nous, de ce côté-ci de la Chambre, membres de
l'Opposition, sommes convaincus que nous avons tous les motifs légitimes
pour demander à cette Chambre d'accepter la motion de report
présentée par ma collègue, la députée de
Johnson.
D'abord - je pense qu'il est important
d'y revenir - pourquoi reporter? Je pense que c'est très
clairement un choix politique. Il faut arrêter de masquer la
vérité. Dans cette décision, il est clair comme de l'eau
de roche que le ministre des Communications a effectué une coupure
importante à la suite de l'exercice d'un choix politique, comme il est
normal, quand on a la responsabilité de diriger les choses de
l'État, d'exercer des choix politiques. Ce qui est moins normal,
cependant - c'est pourquoi nous sommes d'accord avec la motion de report -
c'est que ces choix politiques se fassent toujours en vase clos, en vase
restreint, en catimini, en petits groupes, de temps en temps
bénévoles, de temps en temps payés, peu importe la
formule, et qu'on n'ait pas le courage d'exposer les véritables motifs
qui permettraient à la population d'apprécier si, effectivement,
notre prétention est exacte.
Nous avons la prétention très claire qu'il s'agit
carrément d'une volonté politique de ce gouvernement d'affaiblir
Radio-Québec, de fermer graduellement Radio-Québec, parce que
cela ne l'intéresse pas que Radio-Québec fasse la promotion du
Québec et des régions du Québec. Cela ne l'a jamais
intéressé, et il n'aime pas entendre une boîte -
disaient-ils, quand ils étaient de ce côté-ci - faire la
promotion du Québec, faire la promotion de l'autonomie du Québec,
de sa force, de sa valeur. Il n'aime pas la présence des régions
à l'intérieur d'une télévision qui, normalement,
dans sa conception même, avait un mandat tout à fait
différent de celui des télévisions traditionnelles. On
n'accepte pas que, sous prétexte qu'on doive effectuer des coupures, on
fasse un choix politique qui a des conséquences beaucoup plus graves que
strictement l'aspect financier ou la coupure de 8 000 000 $.
Le ministre n'a pas le droit de se retrancher derrière une
décision prise par un Conseil du trésor implacable, mais que
lui-même a décidé de faire assumer par une
télévision soi-disant différente des autres, une
décision qui affecte clairement les régions. Il en est
responsable et il a l'obligation, comme ministre, d'assumer entièrement
et pleinement ses responsabilités. Son obligation, c'est effectivement
de rencontrer les intervenants et de faire valoir l'ensemble des motifs qui
l'ont guidé dans cette décision que nous déplorons.
Radio-Québec est l'un des secteurs les plus touchés.
Même si on se faisait expliquer qu'il y en a d'autres qui sont
touchés, un choix politique, ce n'est pas par comparaison qu'on doit le
justifier, c'est par débat, par discussion, par échanges
fondamentaux sur les principes qui l'ont guidé dans cette
décision. Le choix politique du gouvernement libéral et du
ministre des Communications en est un que nous n'avons pas fait et que nous
n'aurions pas fait. La disparition de quatre stations régionales ne
correspond pas unique- ment à l'urgence de réduire les
dépenses, c'est une excuse trop facile que nous n'acceptons pas. Comme
le soulignait Michel Pomerleau dans un article paru samedi dernier dans le
quotidien Le Soleil, "C'est en même temps l'indice que le gouvernement ne
reconnaît plus le caractère indispensable de la mission
régionale de Radio-Québec telle qu'elle a été
assumée depuis sa mise en application en 1979."
Donc, c'est un choix politique et il n'est pas partagé uniquement
par celui qui vous parle. Il est partagé par d'autres intervenants.
Nous, on dit: S'ils veulent faire des choix politiques fondamentaux, c'est leur
droit le plus strict, mais ils le feront au vu et au su de tout le monde et non
pas en catimini. Ils vont convoquer les intéressés et on va en
discuter. Comme je le mentionnais, c'est partagé par d'autres. Yvon
Charbonneau, de la Centrale de l'enseignement du Québec, disait, dans un
télégramme qu'il expédiait à M. Bourassa et
également au ministre des Communications: "Le gouvernement a pleinement
le droit de réviser périodiquement la programmation et les
orientations de Radio-Québec mais à condition que ceci se fasse -
écoutez bien cela, M. le ministre des Communications - à la
lumière du jour, pas sous la pression de certains lobbies, pas sous la
pression de partisanerie politique aveugle où on a toujours eu
l'impression que c'étaient des boîtes qu'il fallait
éliminer parce qu'elles véhiculaient un message qui va à
l'encontre de votre philosophie de rapetisser le plus possible l'État du
Québec dans toutes ses dimensions..." Et on assiste à cela tous
les jours. On a l'impression que ces gens-là voudraient qu'à la
fin de leur mandat - en souhaitant qu'il soit le plus court possible en ce qui
me concerne - il reste tellement peu du Québec d'aujourd'hui! On aura
tout liquidé, tout privatisé, tout vendu. Les colonnes vont
peut-être s'équilibrer mais il me semble qu'un État a une
autre responsabilité que strictement la préoccupation des
colonnes. C'est mon premier argument pour lequel ce projet de loi doit
être reporté.
Le deuxième argument pour lequel il est urgent d'être
d'accord avec la motion de report, c'est que ces gens-là nous content
des menteries. Ils nous racontent toutes sortes de choses par rapport à
la campagne électorale. Rappelez-vous qu'on avait pris un engagement
formel, qu'une commission parlementaire avait été promise pendant
la campagne électorale - pas par nous - que le Parti libéral
avait promis de geler le budget alloué à Radio-Québec et
de tenir une commission parlementaire pour décider de son avenir.
Qu'est-ce qu'on a fait? Il ne s'est pas occupé de cela du tout
après qu'il a été élu. Ce n'est pas la
première fois que ces gens-là font de beaux discours. Moi, je
me souviens - on dirait que tous ces députés ne se le
rappellent pas - lorsque la vice-première ministre, toujours en
l'absence du premier ministre actuel qui, lui, est obligé de se faire
élire trois ou quatre fois avant de passer... Même dans une vague,
il faut le faire! Même dans une vague libérale, le premier
ministre du Québec n'a même pas réussi à se faire
élire dans son comté mais, après trois "shots", il est
passé.
Ce qu'on entend, c'est que ces gens-là disent, par
l'intermédiaire du discours de la vice-première ministre: Nous,
nous allons être des gens de parole, parce que la parole donnée,
c'est important. Premier accroc fondamental: Non, la Raffinerie de sucre du
Québec ne fermerait pas. Elle est fermée, c'est fini, c'est
réglé. La preuve: il y a un projet de loi qui va venir consacrer
cela. Donc, pour des gens qui avaient pris l'engagement... Parole
donnée, disaient-ils, parole donnée, nous, on va respecter cela.
C'est ce qu'on a entendu dans le discours de la vice-première ministre.
Qu'ont-ils pris comme engagement à propos de ce que nous discutons? Oui,
il va y avoir une commission parlementaire avant de sabrer dans la philosophie
de Radio-Québec. La mission régionale de Radio-Québec,
c'est important. On ne jouera pas avec cela sans mettre les intervenants dans
le coup. Qu'ont-ils fait? Ils ont décidé. Au diable leur
engagement, au diable le fait qu'on modifie les structures, on modifie la loi.
La preuve? Le projet de loi qui est présenté et pour lequel on
fait une motion de report, c'est parce que, dans la présentation
même du projet de loi on altère à ce point le principe
même de la loi qu'on nous demande d'adopter un nouveau projet de loi qui
modifie la loi de Radio-Québec. Même si ces gens-là en
avaient pris un engagement, aujourd'hui, on fait fi de cet engagement. Une
promesse plutôt qu'une autre, ce n'est pas grave. Mon collègue, le
député de Lac-Saint-Jean, l'a très bien illustré.
On a assisté à toutes sortes de promesses farfelues,
inimaginables, avec des coûts fantasmagoriques, des coûts qui n'ont
pas un brin d'allure pour des gens qui sont censés avoir quelques
notions des finances publiques. Ils en ont fait une qui ne coûte pas
cher, qui aurait du bon sens: venir entendre les gens... On peut se partager
l'heure comme on l'entend dans l'Opposition. Non? D'accord, il me reste trois
ou quatre minutes. Je vais terminer.
Le Vice-Président: Je regrette. Oui, simplement pour
mettre les choses au point, M. le leader adjoint. Selon la conférence
des leaders, on doit respecter strictement le règlement. Comme nous
sommes à discuter d'une motion de forme, c'est dix minutes par
intervenant.
M. Gendron: Donc, comme il y a eu parole donnée, je vais
la respecter. Une voix: Parole donnée.
M. Gendron: Parole donnée de ce côté-ci de la
Chambre, c'est important, M. le Président. Alors, on va respecter les
engagements. Sur ce point, je pourrais continuer davantage. Mais, comme je n'ai
pas le temps, je veux toucher quand même durant quelques minutes le
troisième point, à savoir pourquoi il me semble fondamental
d'accepter la motion de report. J'en étais à la commission
parlementaire non tenue et à l'absence de consultation auprès des
intervenants. Tous les intervenants concernés n'ont pas
été consultés. (17 h 30)
Le troisième point qui m'apparaît aussi très
fondamental est le suivant: il s'agit, M. le Président, d'une
modification du mandat d'une loi. Ce n'est pas une mince affaire parce que,
pour ceux qui ne le sauraient pas, le mandat de Radio-Québec comportait
trois volets: un volet télévision éducative, un volet
régionalisation et un volet télévision
différente.
Êtes-vous au courant qu'avec la décision du ministre des
Communications, pour deux volets sur trois très importants, donc pour
les deux tiers de la raison d'être de Radio-Québec, radio
d'État différente des autres, on "scrape" cela du revers de la
main, sans débat public, en, catimini, en disant: Moi, comme ministre -
c'est le ministre des Communications qui parle - j'ai évalué que
j'avais une coupure par la tête; il faut que je l'exerce et j'ai
décidé de l'exercer comme cela même si tout le monde
convient que, par sa décision, le ministre des Communications vient
"scraper" le mandat dit de régionalisation et le mandat d'une
télévision différente? On fait cela - ce ne sera pas long,
M. le Président - après quinze années d'existence.
Radio-Québec demeurera une télévision
éducative, mais elle deviendra de moins en moins
régionalisée et de moins en moins différente des autres
stations de télévision. Être différent et plus
régionalisé, c'est fondamental, c'est pour cela qu'on a
créé Radio-Québec. Et vous pensez que, de ce
côté-ci de la Chambre, on va accepter cela facilement, sans qu'il
y ait de débat de fond, sans que les intervenants aient l'occasion de
s'exprimer là-dessus et puissent venir dire au ministre des
Communications qu'il a bien mal géré sa coupure? C'est pourquoi
on demande aux collègues d'en face d'accepter de reporter l'étude
du projet de loi en deuxième lecture. C'est pour permettre au moins aux
intervenants intéressés de venir partager leur point de vue.
Peut-être qu'alors le ministre aura assez d'éclairage et n'aura
pas cette déclaration malheureuse: Ce n'est pas parce qu'un conseil
d'administration a pris une
décision que moi, comme ministre des Communications, même
si la loi l'a créé pour cela, je peux décider du revers de
la main... Nous voulons qu'il y ait un débat là-dessus et c'est
pourquoi on appuiera avec toutes les mains qu'on a la motion de report, M. le
Président.
Le Vice-Président: Je cède maintenant la parole au
ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation.
M. Michel Pagé
M. Pagé: Merci, M. le Président. Je dois dire qu'il
n'était pas prévu que j'intervienne sur cette motion pour deux
motifs. Tout d'abord, je dois vous exprimer notre surprise de constater que
l'Opposition dépose une telle motion à ce moment-ci. Dans un
deuxième temps, si j'interviens, c'est que je ne m'attendais jamais,
mais jamais, à entendre de tels commentaires, de tels propos de la part
des députés de l'Opposition et notamment de l'honorable
collègue du comté d'Abitibi-Ouest.
Adopter cette motion purement dilatoire aurait pour objectif de gagner
du temps. Je les entendais tout à l'heure dire à cette honorable
Assemblée que cela permettrait aux élus de se convier à un
exercice en commission parlementaire. Ce que vous nous demandez s'inscrit
pleinement dans le genre de démarches auxquelles l'Opposition a
convié la population du Québec pendant neuf ans. Je me rappelle,
M. le Président, et vous vous le rappelez très bien vous aussi,
ces grandes séances de consultation, ces sommets économiques
visant à la concertation. Une équipe qui a créé
trop de faux espoirs au Québec, une équipe qui a
été jugée en regard de la qualité de son
administration, une équipe qui a été jugée par les
gestes qu'elle a posés et qui, au soir du 2 décembre 1985, a
reçu un verdict clairement exprimé de la part de la population,
une équipe qui n'avait plus la confiance des citoyennes et des citoyens
du Québec.
Notre gouvernement est très préoccupé par un
impératif auquel il a à faire face, corriger les devoirs mal
faits, les orientations non fondées, illégitimes dans plusieurs
cas, qui ont été prises par le précédent
gouvernement. C'était impensable, inacceptable pour notre
société d'accepter un déficit aussi important. On
était convié à un déficit de 4 500 000 000 $, cela
ne pouvait plus continuer.
Je reviens donc à la motion...
Le Vice-Président: Un instant: M. le leader de
l'Opposition.
M. Chevrette: Question de règlement, M. le
Président.
Le Vice-Président: Oui.
M. Chevrette: Je pense que j'y ai droit... Vous savez
pertinemment qu'on en est sur une motion explicite. On doit approuver si c'est
important ou non de faire une motion de report à ce stade-ci. Le
député de Portneuf et ministre de l'Agriculture n'a absolument
pas traité du fond de la question depuis le début.
Le Vice-Président: D'accord. Je vais céder de
nouveau la parole au ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de
l'Alimentation pour poursuivre effectivement le débat sur la question de
la motion de report. M. le ministre.
M. Pagé: M. le Président, si l'honorable
député d'Abitibi-Ouest a pu parler de la raffinerie de sucre, je
peux très certainement aborder des dossiers comme ceux-là moi
aussi. Vous savez, notre gouvernement est préoccupé par les
problèmes graves et épineux de la santé financière
du Québec, et nous avons dû poser des gestes concrets, comme
gouvernement, dès le lendemain de notre élection et dès le
lendemain de la formation du cabinet. Nous sommes en train de mettre en vigueur
ce à quoi nous avons convié nos concitoyennes et nos concitoyens.
Révision du rôle de l'État, révision de tout
l'aspect des réglementations qui viennent toucher directement la vie des
citoyennes et des citoyens. Révision budgétaire. La façon
de dépenser l'argent de celles et ceux qui nous écoutent
actuellement. M. le Président...
Bien oui, c'est une question de report à trois mois! Vous parlez
de parole donnée! Vous savez, je voyais le député
d'Abitibi-Ouest qui donnait l'exemple de la raffinerie de sucre. C'est un cas
où nous avons respecté nos engagements. Au cours de la campagne
électorale, on a clairement indiqué qu'on mettrait un
comité sur pied. Dès le lendemain, pas trois jours après,
le vendredi 13 décembre 1985, le ministre de l'Agriculture, au Conseil
des ministres, demandait à ses collègues de former
l'équipe interministérielle qui a étudié l'ensemble
de la question. Là aussi, on a constaté, comme gouvernement, que
vous aviez mal fait vos devoirs. Alors qu'il y avait 13 000 000 $ dans le fonds
de réserve, cela a conduit à 115 000 000 $ d'engagements
gouvernementaux, et j'ai dû recommander, avec mon collègue le
ministre délégué aux Finances, des gestes concrets et
particuliers qui ont été posés et qui sont d'ailleurs
entérinés par le projet de loi qu'on a déposé.
M. le Président, la société Radio-Québec a
joué un rôle très intéressant, très actif et
très important au chapitre de la diffusion et des communications au
Québec. Cependant, mon collègue, l'honorable ministre
des Communications, se devait de revoir certains mandats exercés,
certains aspects des activités, notamment au niveau des régions.
Nous sommes fiers du travail que notre collègue a effectué. Notre
collègue s'est convié à un exercice très rigoureux,
à des efforts qui auraient dû être posés par le
précédent gouvernement. Je comprends, M. le Président,
qu'on n'avait pas de gouvernement à Québec depuis le mois de juin
1985. Tout le monde s'est lancé à la chefferie,
évidemment! Des questions comme celle-là, vous le savez
pertinemment, vous aviez la problématique sur la table du Conseil des
ministres bien avant l'élection. Vous vous êtes conviés
à l'inertie, à l'irresponsabilité et au laisser-aller,
commun dénominateur des actions du précédent gouvernement
du Parti québécois. Vous avez laissé courir. Vous avez
payé pour cela. Pas assez, à mon goût! Vous avez
payé pour cela. Mais si, aujourd'hui, vous êtes sur les banquettes
de l'Opposition, c'est parce que vous n'aviez plus la confiance de la
population. Et des dossiers comme ceux-là auraient dû être
rigoureusement analysés. La situation à Radio-Québec
commandait des actions précises et particulières qui sont
consignées au projet de loi 61 que je n'aborderai évidemment pas,
parce que le leader de l'Opposition va se dépêcher de se lever
pour me rappeler à l'ordre, mais c'est essentiellement ce que je voulais
vous dire aujourd'hui, M. le Président.
Le ministre des Communications a corrigé les devoirs du
précédent gouvernement. Cette action s'inscrit clairement dans
une volonté de notre gouvernement de mieux administrer les taxes et les
impôts payés par nos concitoyennes et nos concitoyens. Cette
action veut directement faire plus, faire encore mieux, et, dans certains cas,
ceux et celles qui accompagnent le gouvernement dans la diffusion des services
sont conviés à davantage d'excellence et davantage... En fait, ce
n'est pas compliqué, on doit faire plus, on doit faire mieux et, dans
certains cas, avec moins. (17 h 40)
M. le Président, adopter cette motion, ce serait se convier
à ce que le précédent gouvernement faisait. Convoquer des
commissions parlementaires, ça, on en a vu. C'est ma treizième
année à l'Assemblée nationale. J'ai siégé
neuf ans dans l'Opposition et j'en ai vu des commissions parlementaires
convoquées par le Parti québécois qui formait le
gouvernement, des commissions parlementaires où tout était
décidé d'avance, des commissions parlementaires où la
consultation, c'était pour la forme, c'était pour que les
députés dans les régions puissent émettre des
communiqués, c'était pour tenter de se donner une image de
soi-disant transparence. Nous, on a corrigé votre devoir; on a
analysé sérieusement la question. Le ministre des
Communications a fait, comme on dit, son job. Nous sommes maintenant
prêts à agir dans ce dossier et c'est pourquoi le projet de loi a
été déposé. Ce serait tout à fait
inapproprié, inopportun, je dirais même irresponsable d'adopter
cette motion, mais venant du PQ, cela ne me surprend pas.
Le Vice-Président: Je reconnais maintenant le leader de
l'Opposition.
M. Guy Chevrette
M. Chevrette: M. le Président, je comprends que le
député de Portneuf arrive. Il doit parler, pour venir à la
rescousse du ministre des Communications, pendant dix minutes, pour ne rien
dire. Adopter une telle motion, M. le Président, c'est d'abord permettre
au Parti libéral, pour une fois, de tenir ses promesses et ses
engagements. C'est vous qui, durant les campagnes électorales, avez dit:
II y aura une commission parlementaire et il n'y aura pas de ponction dans le
budget d'Hydro-Québec...
M. Pagé: Question de règlement.
M. Chevrette: Radio-Québec, je m'excuse.
Le Vice-Président: Question de règlement, M. le
ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation.
M. Pagé: Oui, M. le Président. Je dois invoquer le
règlement. On ne peut accepter que le leader de l'Opposition dise des
choses non fondées. Le développement régional, on
vient...
Le Vice-Président: Un instant! Une voix: Question
d'opinion.
Une voix: Nos engagements électoraux, on les...
Le Vice-Président: Ce n'était pas une question de
règlement sur le point précis. Je retourne la parole au leader de
l'Opposition.
M. Chevrette: M. le Président, c'est donc pour permettre
au Parti libéral de tenir ses engagements qui étaient de tenir
une commission parlementaire et de ne pas faire de ponction avant d'avoir
écouté les gens. Ce n'est pas ce que le ministre fait. Il va
à l'encontre de son engagement électoral tout comme son chef. Il
n'aura plus de crédibilité, lui non plus, dans pas grand temps.
Son chef est obligé, durant la campagne électorale, de prendre
l'engagement de respecter ses engagements. Quand on a confiance au peuple et
qu'on croit que le peuple croit en nous, on n'a pas à prendre
l'engagement de
respecter nos engagements, M. le Président. Les gens nous croient
sur parole.
Ce sont eux qui ont pris l'engagement formel de respecter les citoyens
des régions du Québec, de tenir une commission parlementaire afin
que les gens puissent s'exprimer. Depuis quinze jours ou trois semaines, vous
aurez remarqué que, chaque fois qu'on déposait un projet de loi
en cette Chambre, je demandais au leader du gouvernement: Allez-vous consulter
les gens? Il nous répondait: Non, c'est fait. C'est fait comme à
Schefferville, avec son "chum" du conseil municipal et deux ou trois rouges du
coin. Mais consulter le monde, consulter les comités de citoyens au lieu
de les voir manifester devant le parlement, qu'ils viennent s'exprimer à
nos tables prévues par ce même Parlement, ce n'est pas cela, leur
stratégie. C'est de soulever les gens. Eux autres, cela leur plaît
d'avoir des pancartes devant le parlement. C'est ça, cette formation
politique qui est sur le point encore de dégrader le climat social
québécois.
Je continuerai, M. le Président. Si on fait cette motion
précisément cet après-midi, c'est pour permettre au Parti
libéral de se montrer à la population québécoise
respectueuse des centres de décision qu'ils ont obtenus par voie
législative. C'est cela Radio-Québec. On leur a donné, par
voie législative, et ce Parlement-ci leur a donné par voie
législative un instrument de développement culturel et social.
Dieu sait si dans une région comme Hull, dans la région de
l'Estrie, on a besoin de cet outil de développement culturel et social.
Le ministre dit non. Les régionaux ont parlé mais qu'est-ce que
c'est? Je comprends, ils ne connaissent pas cela, des régions. Je vois
le ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation qui
arrive spontanément, en tout désespoir de cause - il n'avait pas
lu la loi - venir essayer de défendre son concitoyen, M. le
Président.
M. Pagé: M. le Président, question de
privilège.
Le Vice-Président: M. le ministre de l'Agriculture, des
Pêcheries et de l'Alimentation.
M. Pagé: M. le Président, le député
de Joliette ne peut m'imputer de tels motifs. Cela est "unfair". On a lu la loi
et on est prêt à suivre le débat...
Le Vice-Président: D'accord. Je donne la parole au whip...
Pas au whip mais au leader de l'Opposition, excusez-moi. En vous ramenant aussi
à la pertinence du débat. M. le leader de l'Opposition.
M. Chevrette: J'aimerais vous entendre sur la non-pertinence de
mes propos, M. le Président.
Le Vice-Président: Monsieur, je n'ai pas mentionné
que vous ne respectiez pas la pertinence du débat. Je dis simplement que
je vous recède la parole pour vous écouter pendant vos dix
minutes sur la motion de report. Simplement là-dessus. Si j'ai à
vous rappeler à l'ordre au sujet de la pertinence du débat, je
devrai me lever et le faire. Mais je ne l'ai fait aucunement. Simplement, je
vous cède la parole sur la motion qui est actuellement en discussion,
soit la motion de report du projet de loi 61.
M. Chevrette: M. le Président, je répète
donc ce que je disais avant d'être interrompu. Je disais que les postes
de Radio-Québec dans nos régions sont des instruments de
développement culturel et social. Ce n'est pas parce que The Gazette, la
semaine dernière, trouvait mirobolant, trouvait ingénieux le
ministre des Communications d'avoir fait cette ponction. Quand le journal The
Gazette se permet de féliciter un ministre parce qu'il fait des
ponctions dans un instrument de développement culturel et social, je ne
la trouve pas drôle pour la majorité francophone
québécoise, M. le Président. Non, M. le
Président.
M. le Président, cette motion vise précisément
à démontrer à ce Parti libéral que nous avons en
face de nous qu'il existe des régions au Québec. On a
amputé 13 500 000 $ dans le Fonds de développement
régional. Pas les 10 000 000 $ dont le ministre de l'Agriculture, des
Pêcheries et de l'Alimentation parlait tantôt. Il le sait
très bien. Par rapport aux crédits 1985-1986, c'est un montant de
13 000 000 $ de moins. On se fout des régions du Québec. Plus
d'instrument de développement social et culturel! Ce n'est pas grave.
Qu'est-ce que cela fait au Lac-Saint-Jean? Ce sont des gens qui ne lisent pas
assez, M. le Président. C'est cela la région du Lac-Saint-Jean
pour le Parti libéral. C'est quoi, les gens de l'Estrie? Ce n'est pas
grave. Il n'y en a pas un qui est ministre dans ce coin sauf une petite "job"
ici et là. Ce n'est pas grave. On peut casser.
On regardait les bureaux d'enregistrement aujourd'hui. Partout où
il y a des gros ministres, soyez sans crainte, ils ne les ont pas perdus. Mais
les autres, ils ont tous perdu leur bureau d'enregistrement. Cela gouverne
à l'oreille. On leur donne l'occasion de respecter leur engagement
politique de la campagne électorale qui était d'écouter le
monde du milieu, lui dire comment on pouvait transformer... On pouvait, bien
sûr, améliorer la situation mais qu'on ne vienne pas dire que
Radio-Québec n'était pas un instrument de développement
social et culturel, un instrument éducatif de premier
ordre au Québec. Ceux qui s'y attaquent sont des gens,
précisément, qui ne croient pas à l'identité
régionale, qui ne croient pas au développement régional et
qui, pourtant, au sommet économique de Hull, il y a à peine une
semaine et demie, quinze jours, c'étaient quasiment comme des petits
chiens-chiens l'un après l'autre. Ils sont tous allés dire leur
petit mot pour se montrer devant la caméra.
Ils ridiculisaient le sommet économique tantôt, il y a
à peine cinq minutes, dans cette Chambre. M. le Président, trop,
c'est trop. Les gens du Québec vont savoir de quel bois se chauffe cette
formation politique qui a promis la lune et qui, après cela, renie sa
parole n'importe quand. Le ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de
l'Alimentation vient de se lever en cette Chambre pour dire qu'il avait
respecté son engagement dans la raffinerie de sucre. Ce n'est pas des
farces, c'est marqué textuellement: "pour que la raffinerie demeure en
opération", pas fermée. Le Parti libéral ne peut pas
fermer cela parce qu'il est pour l'emploi et pas pour le chômage, et il
vient se lever pour dire qu'il a respecté son engagement.
Le ministre des Communications dit qu'il a respecté son
engagement. Le premier ministre dit qu'il respecte ses engagements. Ces gens
ont un problème, c'est la mémoire. Ils ont un grave
problème de mémoire. Ils ne se rappellent pas ce qu'ils ont dit,
mais le peuple québécois... On est chargé, comme
Opposition, de rappeler ici ce que vous avez dit. Quant à nous, soyez
assurés qu'on va vous répéter très souvent vos
engagements pris correctement qui ont fait rêver certains coins du
Québec et qui créent de la déception et de la frustration
maintenant que les élections sont passées. Ce ne sera pas
toujours la faute de l'ancien gouvernement. Vos propres décisions, vos
choix politiques, vous n'essaierez pas de les faire porter par ce
côté-ci de la Chambre. C'est vous qui avez été
élus, c'est vous qui devez prendre des décisions. Vous n'avez pas
à projeter sur la formation politique que nous sommes vos
décisions politiques. Votre lune de miel achève
déjà. Il y a déjà eu plus de monde devant le
parlement en cinq mois qu'il y en a eu pendant neuf ans sous le régime
du Parti québécois.
Imaginez-vous qu'on est obligé de faire venir la
Sûreté du Québec au sous-sol quand il y a une manifestation
de quelque petite garderie au Québec. C'est le Parti libéral qui
se camoufle dans le "bunker", qui se cache, qui a peur de parler au monde. Ces
gens ont peur de parler au monde. J'ai hâte de voir dans les
comtés, les gens de la Mauricie, les gens de l'Estrie répondre
à leurs concitoyens qui demandent: Pourquoi posez-vous tel geste,
pourquoi nous enlevez-vous tel instrument? Pourquoi fermez-vous tel type de
bureau qui nous donne un service adéquat?
Ces gens feront comme leur chef dans les années 1970-1976, ils se
camoufleront au "bunker", ils sortiront par le toit pour prendre
l'hélicoptère et se transporter d'un endroit à un autre.
C'est du monde qui a peur de faire face aux citoyens du Québec et de les
entendre. (17 h 50)
Pourtant, c'est là l'instrument privilégié qu'on a
dans cette Chambre, les commissions parlementaires, pour permettre à des
citoyens démocratiquement, sans violence, avec le calme qu'on leur
connaît de venir s'exprimer sur des dossiers, alors que le ministre des
Communications dit: Fier de l'appui de "The Gazette", on est prêt
à mettre la hache dans n'importe quoi en disant aux citoyens des
régions qui siégeaient au conseil d'administration: Vous autres,
vous êtes trop, vous autres, vous n'avez pas d'idée, on est
capable de régler cela autrement. Oui, monsieur, des
bénévoles à 400 $ par jour penseront dorénavant
à la place des conseils d'administration M. le Président! Des
comités de l'extérieur, Provigo, Provipop et Provigain, pas de
problème. On a des comités qui siègent et c'est cela qui
remplace les commissions parlementaires. C'est le comité
géré par Provigo qui va décider de l'avenir de
Radio-Québec. Quel comité - Provipop celui-là,
probablement - décidera des bureaux d'enregistrement? C'est probablement
celui de la banque - je ne sais pas lequel - qui décidera de l'avenir de
l'éducation au Québec. Il me semble qu'il y a des élus de
ce côté de la Chambre. Levez-vous ceux qui viennent des
régions et dites-le donc ce que représente Radio-Québec
pour vos concitoyens. Êtes-vous pour ou êtes-vous contre? C'est le
temps de parler au lieu de vous asseoir purement et simplement dans vos
fauteuils et d'applaudir quelqu'un qui vient spontanément porter main
forte à un ministre en détresse. Essayez de faire voir que vous
représentez dignement vos concitoyens. Cela veut dire se lever et dire
ce qu'on pense et non pas s'asseoir purement et simplement, béatement,
et ne pas être capable de dire: Oui, on y tient à cet instrument
de développement social et culturel.
Le Vice-Président: M. le leader du gouvernement.
M. Gratton: M. le Président, sur une question de
règlement. Je n'ai pas voulu interrompre mon honorable collègue,
le leader de l'Opposition. Serait-il d'accord qu'une des façons
d'éliminer la violence verbale serait peut-être de respecter
l'article 35, quatrièmement, qui défend à un
député qui a la parole de s'adresser directement à des
membres de l'Assemblée?
Le Vice-Présidents D'accord. Effectivement, M. le leader
du gouvernement je dois rappeler l'article 35, quatrièmement, où
on dit que le député qui a la parole ne peut s'adresser
directement à un autre député. Je vais appliquer cela
d'une façon plus rigoureuse si demande m'en est faite. Je rappellerai au
leader de l'Opposition qu'il a pris à partie les députés
du gouvernement.
M. Chevrette: ...faudrait penser à tous les autres de
l'autre côté!
Le Vice-Président: D'accord. À ce sujet, je
rappellerai au leader de l'Opposition comme au leader du gouvernement qu'il y a
un règlement à appliquer dans cette Chambre. Si on me demande de
l'appliquer rigoureusement, je le ferai. Dans les circonstances, il faut quand
même se rappeler d'une chose. Le règlement, s'il est
appliqué à la lettre, sera appliqué à la lettre
pour tout le monde. Vous savez fort bien qu'en plusieurs occasions, il y a une
certaine tolérance et une certaine latitude qui sont accordées
dans l'application du règlement. C'est ce qu'on maintient d'une
façon traditionnelle en cette Chambre. Si vous demandez au
président qui est à son fauteuil d'appliquer rigoureusement le
règlement en toutes circonstances, le président le fera suivant
ce que la loi lui demande et suivant ce que le règlement lui demande. Je
reconnais maintenant le député de Roberval.
Une voix: Bravo!
M. Michel Gauthier
M. Gauthier: M. le Président, il ne reste que quelques
minutes de discussion avant l'ajournement de six heures. J'aimerais simplement
vous dire que je tenais à parler sur cette motion de report pour une
raison bien simple. Cette motion m'apparaît essentielle et fondamentale -
et je suis heureux de voir que le leader du gouvernement est ici en Chambre
pour écouter ce qu'on a dire sur cela - parce que le ministre des
Communications est en train de donner, encore une fois, comme l'a
démontré très bien la députée de Johnson,
porte-parole officiel en matière de communications et responsable du
dossier de Radio-Québec pour notre formation politique, le coup
définitif à la régionalisation de Radio-Québec.
C'est bien sûr que ce ne sont probablement pas les citoyens de Westmount
qui vont protester vigoureusement contre la fermeture en régions de
Radio-Québec. Ce ne sont pas les citoyens de Westmount ou de certains
comtés de Montréal qui vont protester énergiquement contre
le ministre, puisque celui-ci décide à toutes fins utiles
d'enlever le droit au chapitre aux régions du Québec, d'enlever
aux régions du Québec la possibilité d'utiliser un
instrument précieux qui fait maintenant partie de l'acquis culturel des
dernières années, un instrument qui a toujours été
respecté par les gouvernements pour la simple et bonne raison que cet
instrument répondait de façon adéquate aux aspirations des
régions et qu'il permettait, il faut bien le dire, aux gens des
régions de produire des choses et de diffuser ces choses sur le
réseau national ou sur le réseau local. C'est un instrument qu'on
avait voulu régional parce qu'on voulait que chacune des régions
du Québec, même si elles étaient éloignées du
centre de décision, puisse avoir droit au chapitre.
M. le Président, ce projet de loi que le ministre parraine, c'est
la mort de la régionalisation, c'est un coup de hache absolument sans
pitié dans une institution culturellement essentielle pour les
Québécoises et les Québécois, une institution
tellement importante qu'on aurait voulu que le ministre fasse un effort de
créativité et aile chercher les quelques millions ailleurs, dans
d'autres secteurs, qu'à Radio-Québec.
Radio-Québec est, selon nous, une institution à
privilégier. Plus encore, ce coup de hache, cette mise à mort
à laquelle on assiste se fera, il faut bien le dire - et c'est triste -
sans aucune espèce de consultation des régions. Cette mise
à mort se fait sans en avoir pris la peine, comme ministre d'un
gouvernement qui vient de se faire élire, qui était
supposé écouter la population, qui était supposé
véhiculer les préoccupations de l'ensemble de la
collectivité québécoise. Ils se sont fait élire
sous ces représentations, bien sûr, de fausses
représentations, on doit maintenant le constater. Ce gouvernement n'ira
même pas consulter les régions.
Pourquoi y a-t-il des commissions parlementaires? Pourquoi notre
règlement prévoit-il un mécanisme de commission
parlementaire permettant à des gens de venir témoigner sur des
sujets importants? C'est parce que les gouvernements, dans le passé, ont
eu le souci de vérifier auprès des citoyens, avant que ne se
prennent des orientations aussi fondamentales, entre autres sur le plan
culturel, afin de permettre aux gens de se faire entendre, de faire valoir des
points de vue, et non seulement de les balayer du revers de la main comme le
ministre tente de le faire avec ce projet de loi.
Il nous apparaît essentiel - nous appuyons la
députée de Johnson dans cette motion - de consulter les
régions, et le message vaut, on vous le dit tout de suite, pour
l'ensemble des décisions anti-régionales que vous avez prises et
que vous avez l'intention de continuer à prendre. Il nous semble qu'il y
a des députés dans cette Chambre qui représentent des
régions. Il nous semble qu'ils devraient être un peu
énergiques dans leurs revendications auprès
de leur ministre, auprès du leader du gouvernement afin d'exiger
que les gens de chez eux qui les ont élus, qui ont mis en eux leur
confiance aient la chance de s'exprimer. Les problèmes régionaux
pour ce gouvernement - c'est bien triste de le dire à la place de ses
députés qui n'ouvrent jamais la bouche sur ce sujet - cela ne les
intéresse pas. Les comités de bénévoles, il n'y a
pas de gens des régions qui en font partie, ce sont des gens de
Montréal qui règlent cela. Ce sont eux qui prennent les
décisions pour les citoyens du Québec comme si, à
Montréal, on avait toujours la bonne perception de ce que les gens des
régions pensent.
Le Fonds de développement régional -on en a parlé
tout à l'heure - a été coupé. Cela a
été la première chose coupée. Radio-Québec,
maintenant. On coupe Radio-Québec dans les régions sans aucune
espèce de regret de l'autre côté, les universités,
PAIRA, programme qui aide les petites municipalités dans les
régions. Toutes ces décisions sont prises toujours avec le
même but, celui de minimiser l'importance des régions et des gens
qui prennent des décisions ailleurs que dans la capitale, ailleurs
qu'à Québec. On les élimine complètement et il nous
paraît qu'il faut absolument que le ministre revienne sur sa
décision, remette en question sa coupure de 8 000 000 $ à
Radio-Québec qui entraîne une chose comme celle qu'il veut passer
dans son projet de loi. Au moins qu'il écoute les intervenants
régionaux, parce que, de temps en temps, cela pourrait peut-être
vous servir, messieurs les députés, messieurs les ministres,
d'être un peu plus è l'écoute des régionaux
plutôt que de ridiculiser les exercices de concertation et de
consultation qui ont été faits, que le ministre de l'Agriculture
ridiculisait tout à l'heure.
Je vois le député de Saguenay qui opine du bonnet. Il
devrait comprendre, lui qui représente une région
éloignée, le devoir qui lui est imparti d'obliger les ministres
et son gouvernement à écouter les régions. Tout a l'heure,
M. le député, vous n'aurez pas assez de personnel dans votre
bureau de comté pour vous faire entendre de ministres
déconnectés de la réalité et à la remorque
de comités bidons, de comités bénévoles qui
viennent de Montréal et jamais de la Gaspésie, du Lac-Saint-Jean,
de l'Abitibi et d'ailleurs. M. le ministre, vous devriez y penser et vous
devriez appuyer cette motion de report et convoquer une fois pour toutes une
commission parlementaire, parce qu'il me semble que, le 2 décembre
dernier, les citoyens, du Québec n'ont pas voté pour ne plus
jamais avoir le droit de parler et d'exprimer leur point de vue devant ce
Parlement.
Le Vice-Président: M. le leader adjoint de
l'Opposition.
M. Gendron: M. le Président, je demande l'ajournement du
débat.
Le Vice-Président: D'accord. Puisqu'il est maintenant 18
heures, nous allons suspendre nos travaux qui reprendront ce soir à 20
heures.
(Suspension de la séance à 18 heures)
(Reprise à 20 h 3)
La Vice-Présidente: À l'ordre, s'il vous
plaît!
Veuillez reprendre vos places! Nous allons reprendre le
débat.
M. le leader adjoint du gouvernement.
M. Lefebvre: Mme la Présidente, je vous demanderais
d'appeler l'article 17 pour la continuation du débat sur la motion de
report.
La Vice-Présidente: Nous allons donc reprendre le
débat sur la motion de report concernant le projet de loi 61, Loi
modifiant la Loi sur la Société de radiotélévision
du Québec.
M. le député de Laviolette.
M. Jean-Pierre Jolivet
M. Jolivet: Merci, Mme la Présidente. J'aurais le
goût de dire à ceux qui nous écoutent Ici à
l'Assemblée, à vous-même, d'ailleurs, Mme la
Présidente, et à ceux qui nous regardent et qui nous
écoutent à la télévision: S'il vous plaît,
n'ajustez pas votre appareil! Radio-Québec n'a pas encore
arrêté dans vos régions, mais il y a de fortes chances que,
si le Parti libéral continue comme il a l'intention de le faire,
malheureusement, des gens ne puissent pas capter les émissions de
Radio-Québec au niveau régional. Dans ce contexte, Mme la
Présidente, vous comprendrez très bien que je suis en complet
accord avec ma collègue de Johnson qui a demandé au ministre des
Communications de reporter de quelques mois l'étude de ce projet de loi
pour permettre à des personnes de venir se faire entendre en commission
parlementaire.
J'ai souvent eu l'occasion, lorsque j'étais à votre
siège, Mme la Présidente, d'entendre les députés du
Parti libéral qui étaient dans l'Opposition, en particulier le
député de Westmount qui, avec sa façon de nous
présenter les choses, nous disait: M. le Président, nous venons
de formuler un amendement qui a pour but de demander au gouvernement d'entendre
en commission parlementaire les gens qui sont aptes à nous donner des
conseils pour améliorer le projet
de loi et, pour ce faire, nous vous demandons de reporter de six mois
l'étude de ce projet de loi.
Il est évident que, si on prenait le temps de rencontrer des
gens, alors qu'on a fait, pendant la compagne électorale, de la part du
Parti libéral, la promesse de ne jamais, en aucune façon, changer
la loi de Radio-Québec sans d'abord entendre en commission parlementaire
les personnes intéressées, nous n'aurions pas besoin aujourd'hui,
par l'intermédiaire de ma collègue, la députée de
Johnson, de présenter une telle motion. On aurait aussi, pendant les six
mois qui viennent, la possibilité d'entendre en commission parlementaire
les gens de ma région en particulier. Cela permettrait au
député de Nicolet, qui est le président du caucus des
députés de la région MauricieBois-Francs, de la
région 04 comme on l'appelle, de venir nous dire pourquoi, comme
président, il est pour ou contre la décision du gouvernement de
fermer la station régionale de Trois-Rivières. De venir nous
dire, comme président du caucus, personnellement comme
député de Nicolet en même temps, les raisons qui militent
en faveur de la fermeture de Radio-Québec dans la région 04. Cela
permettrait au député de Drummond, un homme que j'estime
beaucoup, qui n'a pas eu l'occasion de parler beaucoup en cette Chambre, mais
avec qui on a eu l'occasion de parler en dehors de cette Chambre, qui a un bon
jugement, de venir nous dire pourquoi il est d'accord ou non avec la
décision du ministre des Communications de fermer la station
régionale de Trois-Rivières.
Cela permettrait au député d'Arthabaska, un enseignant
comme moi qui a l'air d'avoir un bon jugement, je l'ai vu à la
commission parlementaire de l'éducation, de me dire pourquoi il est
d'accord ou non avec la décision du ministre de fermer la station
régionale de Trois-Rivières. Cela permettrait au
député de Trois-Rivières, dans son propre comté, de
venir s'expliquer sur les raisons qui ont motivé sa décision
qu'il a annoncée publiquement de demander la fermeture de
Radio-Québec à Trois-Rivières. Peut-être qu'il
changerait d'idée et qu'il dirait: Ce n'est pas une vengeance politique,
que la tête du directeur général de Trois-Rivières,
M. Lessard, ne vaut pas 900 000 $ comme il le disait. Il pourrait
peut-être nous dire que la population mérite plus que cette
coupure apportée dans la région de Trois-Rivières qui, par
des comités régionaux, a fait en sorte que la vie de la
région de la station de Trois-Rivières soit celle qu'on a
connue.
Cela permettrait, bien entendu, au député de Champlain de
venir nous dire en cette Chambre pourquoi il demande, au nom de ses
concitoyens, la fermeture d'une station à Trois-Rivières quand on
sait toujours la difficulté qu'il y a eu entre la ville de
Trois-Rivières et celle du Cap-de-la-Madeleine parce que lorsque les
gens de Trois-Rivières prennent pour des choses, les gens du
Cap-de-la-Madeleine prennent pour l'inverse, et vice versa, pourquoi il est
d'accord avec le député de Trois-Rivières pour trouver que
cela n'a pas d'importance, qu'il faut que la station de Trois-Rivières
ferme.
Cela permettrait au député de Shawinigan, du comté
de Saint-Maurice, de venir nous dire ici en cette Chambre les raisons qui
militent en faveur de la disparition de Radio-Québec à
Trois-Rivières, surtout que le comité qui a travaillé
régionalement avec les gens de la station a fait des choses
extraordinaires. Vous imaginez, Mme la Présidente, les gens de la radio,
CHLN, les gens du quotidien Le Nouvelliste, dans la région de
Trois-Rivières, les gens de CKTM-TV, une télévision
publique, avec les gens de Radio-Québec, d'être vraiment capables
de faire équipe ensemble sur un sujet donné à
l'émission régionale appelée Contact, où une
personne pouvait aller parler de ce qui se passait chez elle. Hier
après-midi, à 14 h 30, sur le réseau, à
Trois-Rivières, on entendait justement dans le cas de Carbure Shawinigan
- je suis sûr que le député de Saint-Maurice a
écouté l'émission - le syndicaliste reconnu dans le coin
qui est venu parler des problèmes de Carbure pour faire en sorte que les
gens de la région se reconnaissent dans des problèmes qui
existent chez eux, et qui, en même temps, peuvent être reproduits
au niveau national. (20 h 10)
Cela m'a permis comme député, seul député de
la région pour le moment pour le Parti québécois, d'aller
à cette émission Contact et de donner mon opinion sur ce qui se
passait. Cela permettra aux députés de Trois-Rivières, de
Champlain, de Drummond et de tous les autres comtés de ma région
de venir dire devant des gens de la radio, de la télévision, des
journaux... C'est une émission qui a des effets non seulement à
la télévision de Radio-Québec, mais à la station de
radio CHLN et dans le journal Le Nouvelliste, puisque l'émission qui est
faite, dans bien des cas, est amenée par l'intermédiaire d'une
conception régionale pour les besoins de la région.
Cela ferait aussi en même temps en sorte que les gens de la
région ou d'ailleurs au Québec, viennent dire à cette
commission parlementaire à M. le ministre: S'il vous plaît! Ce
n'est pas ce que vous nous avez dit pendant la campagne électorale comme
parti; ce n'est pas l'engagement que vous avez pris, M. le ministre. Pourquoi
refusez-vous? Avez-vous peur de nous rencontrer? Avez-vous peur que nous vous
amenions à changer d'idée? Est-ce que vous êtes telle-
ment pris par le président du Conseil du trésor qui vous a
obligé à une coupure budgétaire que vous êtes
obligé de le faire de cette façon? Vous allez venir dire aux gens
la façon dont vous envisagez pour l'avenir la nouvelle loi de
Radio-Québec qui ferait en sorte que les cinq représentants
venant des régions ne seraient pas nécessairement les gens des
régions qui resteront, ni même des régions qui vont partir.
Vous allez nous dire comment une personne à Montréal, dans une
organisation, avec une idée des gens de Montréal, sera capable de
venir nous parler de la région de la Mauricie, de la région de
l'Estrie, d'un peu partout au Québec, autrement que par la formule du
folklore.
Mme la députée de Chicoutimi, ma voisine en cette Chambre,
avait dit à la commission du vendredi où notre collègue,
la députée de Johnson, vous avait demandé de surseoir
à votre décision et de maintenir le statu quo, vous vous en
souvenez, elle a dit: II y a des gens qui considèrent encore la
région du SaguenayLac-Saint-Jean comme une région
folklorique à cause de certaines choses, prenons le bleuet, par exemple.
Dans la région chez nous, c'est le canot. Les gens vont penser que c'est
la vie de la Mauricie, le canot. Cela a bien changé. C'est sûr
qu'on est une région touristique, une région qui a une
appartenance à une rivière qui s'appelle la rivière
Saint-Maurice. Mais, d'un autre côté, comment une personne de
Montréal pourrait-elle venir conceptualiser nos idées
régionales comme les gens de l'émission Contact dans la
région de Trois-Rivières ont réussi à le faire
jusqu'à maintenant?
Le ministre pourrait se faire dire que ce n'est pas une question de
marketing, que ce n'est pas la question de savoir si on a une plus grosse ou
une moins grosse cote d'écoute qui est importante. C'est le
résultat de ce que l'on donne. Parce que le ministre apporte des
arguments, lesquels sont les arguments du ministre du Conseil du
trésor.
Mais lui, comme ministre des Communications, lui qui doit faire vivre
les régions, ce n'est pas de cela qu'il doit parler. Il doit parler de
ce que les gens dans le milieu ont forgé, malgré les
difficultés, parce que cela n'a pas toujours été facile,
ce qu'ils ont forgé dans la région comme telle. Les gens auraient
l'occasion de le lui dire. Mais nonl Le ministre reste insensible à nos
appels. Il dit: Écoutez, j'ai pris ma décision. Le conseil
d'administration a pris une décision. Cette décision du conseil
d'administration ne me plaît pas, je vais donc changer le conseil
d'administration de Radio-Québec. Puis il dit: Je le fais, comme vous
l'avez fait. Un instant! Souvenez-vous, M. le ministre - les gens pourraient
vous le dire - que quand le Parti québécois a fait les
changements au conseil d'administration c'est parce que les mandats
étaient échus et qu'il était normal de faire les
changements de personnes dont les mandats étaient échus, soit en
les conservant, parce qu'il y en a qui sont restés, ou en les changeant
par d'autres.
C'est évident que M. le ministre ne fait pas la même
chose... Et les gens voudraient vous le dire. Les gens voudraient se permettre
de vous le dire comme il faut pour essayer de vous convaincre de changer votre
idée et de dire que ce sont les régions dont vous semblez...
Peut-être l'agglomération de Montréal, comme vous le dites.
Même si la région de Montréal est très importante,
quant à moi, il y a les autres régions qui, aussi, sont
importantes. Vous semblez rejeter les régions. Et c'est cela que les
régions veulent vous dire.
Les régions veulent vous dire qu'effectivement elles ont besoin
de Radio-Québec pour continuer ce qu'elles ont fait jusqu'à
maintenant et faire en sorte que nous ayons, au niveau national, une
répercussion faite régionalement de la vie de la région
avec les mentalités de la région et non pas avec des choses
dictées d'en haut. Mme la Présidente, c'est donc dans ce sens que
je vais appuyer de toutes mes forces la motion de notre collègue, la
députée de Johnson. Merci.
La Vice-Présidente: Merci, M. le député de
Laviolette. M. le député de Verchères.
M. Jean-Pierre Charbonneau
M. Charbonneau: Merci. Contrairement à mon collègue
de Laviolette, je ne suis pas ce qu'on pourrait appeler un député
régional. Je suis considéré comme un député
de la grande région métropolitaine de Montréal, tout au
moins à l'égard du problème qui nous intéresse
actuellement. Sur bien d'autres questions, la région que je
représente à l'Assemblée nationale, la
Montérégie, la rive sud de Montréal, pour ceux qui ne
sauraient pas encore qu'on a changé de nom dans notre région...
C'est une région qui, à l'égard de la question de
Radio-Québec, est dans le sillage de la région
métropolitaine, sauf qu'en suivant l'actualité au cours des
dernières semaines, en regardant la revue de presse quotidienne que les
députés reçoivent à l'Assemblée nationale,
j'ai été étonné de constater l'importance que l'on
accordait à cette question dans une multitude de régions du
Québec. Je ne suis pas surpris des interventions de mes collègues
des différentes régions et je le suis encore moins depuis qu'on
m'a demandé de m'occuper comme député de l'Opposition,
d'être un peu, pas le porte-parole, mais disons le relais entre
l'Opposition et une région du Québec où il n'y a pas de
député de l'Opposition, c'est-à-dire l'Outaouais, une des
régions d'ailleurs qui est affectée par les coupures que le
ministre nous a annoncées et qui sont
prévues dans le projet de loi.
En regardant cette situation, on ne peut pas s'empêcher de
s'étonner de l'intérêt et des préoccupations qui
sont manifestés par différents groupes de la population dans
plusieurs régions du Québec. On peut se demander pourquoi et,
quand on fouille un peu la question, on se rend compte que, malgré le
fait que le ministre a tenté cet après-midi de diminuer
l'importance des activités de Radio-Québec en citant les cotes
d'écoute, on se rend compte que, dans chacune des régions
touchées, les gens considèrent Radio-Québec comme une
institution qui leur appartient, un outil de développement culturel
important, une institution qui s'est progressivement enracinée dans la
vie de leur collectivité, de leur milieu respectif, un instrument qui
leur a permis de faire des expériences de développement culturel
et de connaissance. La production télévisée demande toute
une série d'apprentissages que dans les régions on n'était
pas capable de faire avant la venue, avant l'implantation de
Radio-Québec. Aujourd'hui, les gens ont appris à manipuler un
instrument culturel important, sinon l'instrument culturel le plus important
à notre époque de médias électroniques,
c'est-à-dire la télévision. Les gens ont appris à
utiliser cet instrument et ont appris à aimer l'utiliser. Ils ont
découvert l'importance, dans leur milieu, de cet instrument de
développement culturel. Ils ont découvert aussi, Mme la
Présidente, comment cet instrument qu'est la télévision,
malgré de faibles cotes d'écoute dans certains cas, pouvait avoir
une influence considérable dans un milieu donné. Là, dans
le fond, ils se surprennent, non seulement de la décision du
gouvernement, mais de son obstination à ne pas respecter sa parole. Ce
gouvernement se promenait il y a à peine quelques mois dans les
différentes régions intéressées et prenait
l'engagement qu'on ne toucherait pas sans consultation à cette
institution qu'est Radio-Québec. Que vaut la parole du Parti
libéral, Mme la Présidente? Que vaut la parole des candidats du
Parti libéral? Est-ce qu'elle vaut ce qu'elle prétend valoir ou
si, dans les faits, elle ne vaut pas grand-chose parce que, sur cette question
comme sur une multitude d'autres questions depuis cinq mois, la parole n'a pas
été suivie des actes correspondants?
On a entendu un ministre qui n'avait pas l'air de connaître
très bien le sujet dont il parlait cet après-midi, le ministre de
l'Agriculture, venir nous indiquer, comme étant un exemple de parole
respectée, le dossier de la Raffinerie de sucre du Québec. Vous
allez me demander quelle est la pertinence par rapport à la question
qu'on étudie actuellement? La pertinence est que ce ministre est venu
prouver que, non seulement dans le cas de Radio-Québec, mais dans
d'autres cas, le gouvernement avait une parole et la respectait, était
fidèle à ses engagements. (20 h 20)
Je peux vous dire comme principal responsable de ce dossier de la
raffinerie de sucre, parce que c'est dans mon comté que cette entreprise
est située, que le gouvernement n'a pas respecté sa parole. Je
défie le ministre des Communications, le ministre de l'Agriculture, le
premier ministre, le ministre de l'Éducation, la ministre de la
Santé et des Services sociaux, de venir à Saint-Hilaire, à
Beloeil, dans la vallée du Richelieu et prétendre que le
gouvernement libéral respecte sa parole à l'égard, par
exemple, du dossier de la raffinerie de sucre. Je suis obligé de
reconnaître que c'est maintenant la même réaction dans les
régions du Québec qui sont affectées par la
décision du gouvernement à l'égard de Radio-Québec.
Des gens ont cru à la parole des députés de l'Opposition,
à l'époque, des gens ont cru à la parole des candidats
libéraux. Des gens ont cru à la parole du nouveau premier
ministre, Robert Bourassa. Des gens y ont cru fermement, sincèrement. Et
ils ont voté pour eux également. Ils ont porté au pouvoir
99 députés.
Ce que vous faites aujourd'hui, c'est l'une des choses les plus odieuses
qu'on puisse faire en politique: se comporter avec cynisme lorsqu'on a le
pouvoir par rapport à ce qu'on disait lorsqu'on était dans
l'Opposition et, finalement, dévaluer sa parole. Dire aux gens:
Écoutez, on va vous dire n'importe quoi; ce qui nous importe à
nous, c'est de prendre le pouvoir. Une fois qu'on aura le pouvoir, on fera bien
ce qu'on voudra. C'est ce que le Parti libéral fait.
Depuis cinq mois, dans une multitude de dossiers importants comme celui
de la Raffinerie de sucre du Québec, celui de Radio-Québec, le
gouvernement renie ses engagements, renie sa parole, se comporte avec cynisme
face à ce qu'il disait à la population et refuse ce qui est le
bon sens même quand on veut gouverner non pas en vase clos, mais dans une
société démocratique ouverte, en consultant les gens, en
donnant l'occasion aux gens de se faire entendre et en donnant l'occasion aux
gens de dire à un gouvernement, à un ministre: Non, on n'est pas
d'accord. On pense que votre décision n'est pas correcte. On est dans
une situation démocratique, on vous a élus, mais on vous demande
de tenir compte de nos besoins et de nos préoccupations.
C'est ce qu'on demande au ministre des Communications et c'est pour cela
que je vais appuyer sans réserve la motion qui a été
présentée par ma collègue, la députée de
Johnson.
La Vice-Présidente: Merci, M. le député
de Verchères. M. le député d'Ungava. M.
Christian Claveau
M. Claveau: Merci, Mme la Présidente. Comme nos
collègues d'en face qui forment provisoirement le gouvernement du
Québec aiment a se référer fréquemment et, je
dirais, sans discrétion, au gouvernement fédéral ainsi
qu'au gouvernement ontarien, ils seront sûrement contents de voir que je
me référerai à certains articles parus dans le Droit
d'Ottawa afin d'appuyer ma démarche envers la motion de report de ma
collègue de Johnson.
Je commencerai par une petite citation parue dans le Droit d'Ottawa en
date du 9 mai 1986 sous la rubrique "Rocheleau se dit solidaire". On y lit: "Le
député-ministre libéral de Hull, M. Gilles Rocheleau, se
dit solidaire de la décision gouvernementale d'abolir
Radio-Québec-Outaouais bien qu'il n'ait pas été partie
lui-même de la prise de décision." Voilà la
déclaration de Ponce Pilate, Mme la Présidente. On s'en lave les
mains. Je suis d'accord mais je n'ai pas été partie prenante, ce
n'est pas ma faute. Voilà ce que dit le député ministre de
la région de Hull. J'aimerais bien, en ce qui me concerne, en tout cas,
avoir l'occasion d'entendre ses électeurs se prononcer en commission
parlementaire sur cet acte de piraterie envers sa population. J'aimerais cela.
Je demande au ministre des Communications de bien vouloir aller en commission
parlementaire pour que la population et les électeurs du comté de
Hull, ceux qui ont élu le député-ministre Rocheleau,
puissent se prononcer sur la déclaration de leur élu, de leur
représentant du peuple.
Dans le même journal, en date du 10 mai, il y a encore certaines
citations intéressantes. On intitule: "Radio-Québec, les
dernières émissions régionales le 20 mai 1986." Et je lis:
"Les gens de l'Outaouais cesseront de voir les choses autrement, du moins
à la télévision, mardi le 20 mai à 19 h 59." Il est
20 h 25, Mme la Présidente, le glas est en train de sonner actuellement
à Hull en ce qui concerne les émissions régionales de
Radio-Québec-Outaouais. Cela mériterait, à toutes fins
utiles, une minute de silence, Mme la Présidente. "Ce sera - je continue
à lire - la dernière minute de diffusion de l'émission
"Bloc-notes", actuellement en ondes, provenant du bureau régional de
Radio-Québec". Et voilà, Mme la Présidente, de quelle
façon on traite le régionalisme au sein du gouvernement du Parti
libéral. Voilà de quelle façon on respecte aussi les
engagements qui ont été pris en campagne électorale et sur
lesquels ma collègue et amie du comté de Johnson s'est
prononcée cet après-midi lorsqu'on a parlé, entre autres,
d'une commission parlementaire sur l'avenir de Radio-Québec qui avait
été bel et bien promise dans tout le Québec durant la
campagne électorale. Il en a été question même dans
le comté d'Ungava, imaginez-vous. Je ne peux pas croire qu'il n'en a pas
été question à Québec et à Montréal
non plus puisque je le savais dans l'Ungava.
Par contre, dans le même article du Droit, en date du 10 mai 1986,
donc samedi dernier, on dit à la fin de l'article: "Dans le Pontiac, les
bonnes nouvelles." Il faut croire qu'on n'est pas en Cadillac, Mme la
Présidente. Et on peut lire: "Ainsi, la radio communautaire de Pontiac,
à Fort-Coulonge, vient de recevoir deux subventions
fédérales - notons bien, fédérales - totalisant
près de 34 000 $. Est-il possible de croire ou de faire croire à
nos populations que c'est par le biais de télévisions
communautaires avec des subventions fédérales que l'on va sauver
la culture, que l'on va diffuser ce que l'on est comme Québécois
et Québécoises? Est-il possible de s'imaginer que le Parti
libéral va se retirer des régions en termes de radiodiffusion
pour laisser la place aux télévisions communautaires qui, certes,
sont très bonnes et ont leur place - d'ailleurs, on y reviendra tout
à l'heure - mais sont subventionnées par le
fédéral? Est-ce qu'on laisse notre culture encore une fois entre
les mains des Anglais?"
Des voix: Non!
M. Claveau: On peut se poser la question, Mme la
Présidente. La question est ouverte et il serait probablement
intéressant d'entendre...
La Vice-Présidente: M. le député d'Ungava,
s'il vous plaît! Je vous rappellerais à l'ordre.
C'est l'intervention du député d'Ungava et j'aimerais que
vous l'entendiez. Merci. M. le député d'Ungava, veuillez
continuer!
M. Claveau: Mme la Présidente, je ne m'attaque pas
à la communauté anglophone. Je n'ai jamais voulu m'attaquer
à la communauté anglophone, que je respecte en tant que
communauté et en tant qu'entité, mais je prétends que
c'est à nous, Québécois francophones, de défendre
nos intérêts, les intérêts de ce que nous sommes et
non pas de les laisser entre les mains d'une autre entité ethnique.
C'est cela le problème, Mme la Présidente.
Par contre, je voudrais aussi faire référence, en
terminant, à un autre article qui vient du Quotidien, au
SaguenayLac-Saint-Jean - c'est plus régional, peut-être que
le ministre ne l'a pas consulté - dans lequel on parle de la valeur, de
l'importance de la participation de Radio-Québec régionale au
SaguenayLac-Saint-Jean dans la
télévision communautaire. Ah! Voilà où
Radio-Québec prend toute sa place: au niveau de la
télévision communautaire au SaguenayLac-Saint-Jean. Je cite
entre autres: En plus du soutien logistique apporté à tous les
participants dans le cadre d'un concours - dont Radio-Québec est
à l'origine - Radio-Québec, au SaguenayLac-Saint-Jean,
décernera des bourses aux télévisions communautaires et
aux individus qui se classeront dans les trois premières positions.
Lancé le 25 novembre 1985, ce concours aura permis aux
télévisions communautaires de Chapais, Alma,
Notre-Dame-de-la-Doré, Normandin, ainsi que Lac-Bouchette et
Saint-Félicien, de démontrer leur capacité... (20 h
30)
La Vice-Présidente: M. le député d'Ungava,
est-ce que vous pourriez conclure, s'il vous plaît? Votre temps est
écoulé.
M. Claveau: Je conclus, Mme la Présidente. ...d'une
durée moyenne de quatre à cinq minutes sur le thème de la
paix. Il serait probablement intéressant aussi d'entendre les
télévisions communautaires se prononcer en commission
parlementaire sur l'importance de garder Radio-Québec en
régions.
C'est là-dessus que je vous fais part de mon appui à la
motion de report présentée par ma collègue de Johnson.
La Vice-Présidente: Merci, M. le député
d'Ungava.
M. le ministre des Communications.
M. Richard French
M. French: Merci, Mme la Présidente. La motion de report
qui est devant nous amène un certain nombre de considérations.
Par la voix de nos amis d'en face, les changements proposés dans le
projet de loi sont-ils fondamentaux? Le changement, la réforme à
Radio-Québec se fait en catimini; je reprends les termes que je viens
d'entendre. Est-ce différent par rapport à ce que le Parti
québécois a fait il y a deux ans, lorsque le conseil
d'administration de Radio-Québec ne voulait pas appuyer la
démarche du gouvernement dans le domaine de la publicité?
Finalement, est-ce convenable d'avoir des audiences publiques? Y a-t-il
besoin d'audiences publiques? D'abord, on a eu droit à toute une
série de revendications, on a eu droit à des citations de
journaux à droite et à gauche, on a entendu l'évocation de
l'unanimité qui règne supposément sur cette question, le
seul bris d'unanimité ayant été, paraît-il, si on se
fie à l'Opposition, uniquement la Gazette avec tout ce que cela comporte
comme véhicule, comme message pas très subtil de la part du
leader parlementaire de l'Opposition, lui qui s'inquiète lorsque la
Gazette nous appuie, s'inquiète pour les intérêts - je le
cite - de la majorité francophone parce que la Gazette est d'accord avec
le gouvernement sur sa décision dans le domaine de Radio-Québec.
On sait ce que cela veut dire, M. le Président; le message est
clair.
On va faire référence à une autre série de
porte-parole dans ce domaine, à une autre série
d'autorités dans ce domaine pour compléter l'éducation du
leader parlementaire de l'Opposition à ce sujet. Il va peut-être
voir que ce n'est pas uniquement la Gazette qui s'occupe de cette question. Ce
n'est pas uniquement la Gazette qui appuie les démarches du gouvernement
dans ce domaine. Il n'y a pas d'unanimité là-dessus, pas la
prétendue unanimité en tout cas qu'on a entendue,
artificiellement créée par les voix de nos amis d'en face.
D'abord, est-ce fondamental? Laissons faire la Gazette. On va parler de
la Presse. On va parler de Jean-Guy Dubuc, éditorialiste de la Presse.
Est-ce fondamental les changements que nous faisons? Voici ce que Jean-Guy
Dubuc dit: "En coupant dans le budget de Radio-Québec, certains peuvent
prétendre que le gouvernement renie sa mission de protecteur de la loi
culturelle nationaliste." C'est exactement ce qu'on vient de se faire dire.
"Ridicules, - Jean-Guy Dubuc, de la Presse; ce n'est pas le ministre qui parle
- les excroissances régionales de Radio-Québec servent bien le
symbole de la présence de la télévision
québécoise à la grandeur de la province, mais elles
n'ajoutent rien d'essentiel ni même d'important à une
programmation déjà assez diversifiée pour satisfaire des
goûts divers. Ce n'est pas vrai qu'on a besoin de productions
régionales pour respecter toutes les régions, surtout celles qui
sont déjà convenablement desservies par Radio-Québec et le
réseau TVA. Faut-il toujours tout répéter, tout doubler,
tout multiplier par deux ou par trois pour entretenir ce symbole de
présence?" Ce n'est pas le ministre qui parle; ce n'est pas le
gouvernement qui parle; c'est Jean-Guy Dubuc, éditorialiste de la
Presse, le très francophone quotidien La Presse. Ce n'est pas la
Gazette.
Est-ce fait en catimini? Est-ce fait en secret? Est-ce fait par les
voies indirectes? Est-ce fait de façon sournoise? Non, M. le
Président. Je vais faire une autre citation, d'un autre journal, pas
anglophone non plus, de notoriété assez connue des deux
côtés de la Chambre. Il s'agit du Devoir, publiant un article de
Gilles Lesage. Qu'est-ce qu'il dit au sujet de la façon dont les
changements sont faits et proposés? Je cite Gilles Lesage: "Chose
certaine, on ne peut reprocher au ministre des Communications de manquer de
franchise et de transparence. Ce qu'il fait, il le fait au grand jour, il le
fait au vu et au su de tous les intéressés. Il pousse
même
l'outrecuidance jusqu'à présenter un projet de loi qui
permettra aux députés péquistes de se lancer dans des
flots d'éloquence, peut-être aussi de mener une obstruction
à outrance." C'est ce qu'on voit ce soir, M. le Président. C'est
Gilles Lesage dans le très francophone Devoir.
Qu'est-ce qui est arrivé il y a deux ans lorsque vous avez eu
besoin de faire des changements à Radio-Québec? Qu'est-ce qui est
arrivé? Qu'est-ce que vous avez fait? Qu'est-ce que vous avez fait
très exactement? Je vous cite encore une fois une autorité digne
de foi puisque francophone, encore la Presse. C'est quoi? C'est le
président du conseil d'administration à l'époque. Vous
vouliez faire passer de la publicité à Radio-Québec. Le
conseil d'administration n'était pas d'accord. Qu'est-ce que vous avez
fait? Vous n'êtes pas venus devant l'Assemblée nationale, devant
le Parlement de tous les Québécois pour faire des propositions
comme on fait. Vous avez procédé en remplaçant les membres
du conseil d'administration, ce qui était votre droit. On ne vous a pas
critiqués, on ne vous critique pas aujourd'hui, mais on critique, par
exemple, l'hypocrisie. Vous prétendez que ce que vous avez fait il y a
deux ans n'est pas la même chose que ce que nous faisons aujourd'hui,
mais c'est exactement la même chose, et je vais vous expliquer
pourquoi.
Titre de la Presse, paroles de la présidente du conseil
d'administration de Radio-Québec à l'époque: "Le
gouvernement entend éliminer les gêneurs de Radio-Québec."
Si ce n'est pas la même chose que ce qu'on fait, je ne sais pas ce que
c'est. Ce sont les paroles mêmes de la présidente du conseil
d'administration de Radio-Québec de l'époque que vous aviez
nommée, soit dit en passant, exactement comme vous avez nommé
l'actuel président-directeur général de
Radio-Québec, qui est le principal conseiller du ministre dans le
dossier. "La présidente du conseil d'administration de
Radio-Québec, Mme Lise Goyette -je cite la Presse - est persuadée
que le gouvernement québécois ne renouvellera pas le mandat de
cinq membres du conseil qui se sont opposés à l'arrivée de
la publicité conventionnelle à l'autre télévision."
C'est ce que vous avez fait et c'était votre droit. Mais ne venez pas
nous dire aujourd'hui que ce que vous avez fait il y a deux ans est
fondamentalement différent de ce qu'on fait aujourd'hui, à moins
que vous n'avouiez que la différence essentielle, c'est que nous venons
devant le Parlement pour proposer cela devant tout le monde, devant les
caméras et nous le faisons au grand jour.
Finalement, Mme la Présidente, est-ce convenable à une
commission parlementaire? Il y a une espèce de mélange dans
l'esprit de nos amis d'en face qui est persistant dans le dossier dont on
parle. C'est qu'ils n'ont pas compris la différence entre la
démocratie représentative à partir d'une élection
qui implique tous les citoyens et toutes les citoyennes du Québec et la
démocratie directe qui fonctionne à partir d'une espèce de
circonstance d'une communauté politique de quelques dizaines de milliers
de personnes, comme l'Athènes de la Grèce ancienne, Mme la
Présidente.
On a fait une élection. On a parlé aux
Québécois. Ils nous ont dit: Arrêtez-nous cela, cette folie
de dépenses, d'inefficacité et de gaspillage dans le gouvernement
du Québec. Ici, en regardant les livres du gouvernement il y a trois
mois, on s'est rendu compte qu'ils avaient absolument raison. Ils avaient
tellement raison qu'il fallait procéder très rapidement aux
aménagements financiers nécessaires.
Comme je vous l'ai déjà dit dans mon discours de
deuxième lecture, on aurait aimé prendre plus de temps. La
ministre de la Santé et des Services sociaux aurait aimé prendre
plus de temps dans l'évaluation des compressions budgétaires
nécessitées dans ce domaine. Le ministre de l'Éducation et
de l'Enseignement supérieur et de la Science aurait aimé prendre
plus de temps pour fignoler les compressions budgétaires qu'il avait
à faire. On n'avait pas le choix, ni l'un ni l'autre. On a
procédé. On ne regrette pas d'avoir procédé. On n'a
pas honte de ce qu'on a fait. On va le faire encore plusieurs fois si
nécessaire. On va prendre nos responsabilités. On n'a pas honte
de venir devant vous, présenter nos compressions budgétaires. On
va continuer à le faire. On va continuer à faire une
évaluation chaque fois que nous aurons des indices que les contribuables
n'en ont pas pour leur argent.
On croit très sérieusement, chiffres à l'appui, que
dans la structure actuelle de Radio-Québec les contribuables n'en ont
pas pour leur argent. Radio-Québec existe pour les
téléspectateurs. Les téléspectateurs ne regardent
pas ce qui est produit en région par Radio-Québec et
diffusé en région par Radio-Québec, non pas parce que ce
n'est pas bon essentiellement, mais parce que le bassin de population dans les
régions respectives est trop petit pour justifier le niveau de
dépenses qui est nécessaire pour soutenir une
télévision sérieuse en région.
Vous n'avez pas donné à ces régions les moyens
nécessaires pour faire de la télévision sérieuse en
régions. Nous n'avons pas non plus les moyens de le faire. Donc,
j'essaie d'être honnête, et avec les régions et avec tous
les contribuables québécois et avec tous les
téléspectateurs, et je dis: Nous faisons les changements en
fonction d'une évaluation d'efficacité qui passe d'abord par
l'ampleur de l'auditoire qui est attiré par la programmation qui vient
de la maison mère à Montréal et par la programmation qui
vient des bureaux régionaux.
(20 h 40)
Enfin, il n'y aura pas d'audiences publiques parce que les changements
que nous effectuons à partir de ce projet de loi n'affectent que 2 % de
l'auditoire de Radio-Québec. On aura une commission parlementaire
lorsque ce sera nécessaire de parler des autres 98 % de l'auditoire. A
ce moment, les feux ne seront pas tous braqués sur cette petite fraction
de l'auditoire. Lorsqu'on pourra parler des orientations
générales, d'accord. Pour le moment, nous n'avons pas l'intention
de nous faire prendre de cette façon.
On ne parle pas de 2 % des Québécois. On ne parle
même pas de 2 % de tous les téléspectateurs. On parle de 2
% de tous les téléspectateurs qui syntonisent
Radio-Québec. C'est cela la clientèle dont on n'a pas tellement
entendu parler de Radio-Québec en région. C'est cela la
clientèle et on regrette, avec ce genre de rapport
coûts-bénéfices, avec ce genre d'évaluation de ce
qu'ont les contribuables pour leur argent, on n'a pas le choix, on va
procéder et on n'a pas honte de le faire.
Mme Juneau: Mme la Présidente, question de directive, s'il
vous plaît.
La Vice-Présidente: Mme la députée de
Johnson.
Mme Juneau: Voulez-vous me dire quel article du règlement
je pourrais utiliser pour corriger certaines choses que le ministre vient de
dire qui ne sont pas exactes?
La Vice-Présidente: L'article 212, madame.
Mme Juneau: Article 212? Article 212, Mme la Présidente.
Le ministre a dit tout à l'heure dans son intervention que le
gouvernement précédent avait fait de même avec le conseil
d'administration, ce qui est faux. Les mandats étaient échus et
on n'a pas procédé par loi pour changer le conseil
d'administration de Radio-Québec...
M. French: Question de règlement, Mme la
Présidente. Question de règlement.
La Vice-Présidente: Excusez-moi, Mme la
députée de Johnson, question de règlement, M. le ministre
des Communications.
M. French: Est-ce que le règlement va permettre un droit
de réplique également sur ce débat improvisé qui
est en train d'avoir lieu?
La Vice-Présidente: M. le ministre des Communications, je
regrette, mais en vertu de l'article 212, il est bien spécifié
que tout député, si ses propos ont été mal compris,
peut intervenir à la suite d'une intervention. Or, M. le ministre des
Communications, vous avez fait une intervention et la députée de
Johnson s'est prévalue de l'article 212 pour faire une correction
à vos propos. En vertu dudit article, il n'est pas
spécifié que vous avez un droit de réplique à
l'article 212. Donc, ma décision...
M. Lefebvre: Mme la Présidente...
La Vice-Présidente: Oui, M. le leader adjoint du
gouvernement.
M. Lefebvre: ...sur la question de règlement
soulevée par le ministre. Il faut être très prudent
lorsqu'on parle de l'article 212 qui mentionne au paragraphe 2 que le
député "doit donner ses explications immédiatement
après l'intervention qui les suscite. Elles ne doivent apporter aucun
élément nouveau à la discussion, ni susciter de
débat." Si vous permettez, Mme la Présidente, au
député d'intervenir en vertu de l'article 212, cette intervention
doit se limiter strictement aux propos qui auraient été, selon
elle, mal interprétés par le ministre et non pas susciter de
nouveau débat. Le paragraphe 2 de l'article 212 est très
très précis là-dessus.
La Vice-Présidente: Je reconnais à la
députée de Johnson le droit d'intervenir a la suite des propos du
ministre des Communications, mais je tiens à rappeler à Mme la
députée de Johnson que ses explications ne doivent pas susciter
aucun débat et ne doivent apporter aucun élément nouveau.
Donc, Mme la députée, si vous...
Mme Juneau: Mon intervention n'était pas du tout dans le
sens de susciter un débat. Je voulais simplement mettre les choses au
point sur ce que le ministre venait de dire. Ce qu'il avait dit, c'était
qu'il y a deux ans notre formation politique qui était le gouvernement
d'alors avait changé le conseil d'administration parce qu'il
n'était pas satisfait. C'est faux.
M. Lefebvre: Mme la Présidente, sur la même question
de règlement.
La Vice-Présidente: Question de règlement, M. le
leader adjoint du gouvernement.
M. Lefebvre: Si Mme la députée veut intervenir en
vertu de l'article 212, elle doit de façon très précise
vous dire: J'ai dit telle chose et le ministre a repris mes propos de
façon mensongère ou erronée. Elle doit vous
préciser ce qui n'est pas exact dans ce qui a été dit par
l'intervenant qui l'a suivie. C'est cela ne pas susciter de débat et
c'est cela, également, ne pas apporter d'élément nouveau
à la discussion.
La Vice-Présidente: Bon, les interventions ont
été faites de part et d'autre. Nous allons maintenant mettre aux
voix la motion de report qui se lit de la façon suivante: "Que le mot
"maintenant" soit remplacé par les mots "dans six mois", et, pour plus
de précision, je pense qu'il serait bon de relire la motion principale
qui se lit comme suit: M. le ministre des Communications propose maintenant
l'adoption du principe du projet de loi 61. La motion de report et ses
corrections devraient se lire ainsi: "M. le ministre des Communications propose
dans six mois l'adoption du principe du projet de loi 61." Nous allons...
M. Lefebvre: Mme la Présidente.
La Vice-Présidente: Oui, M. le leader adjoint du
gouvernement.
M. Lefebvre: Je vous demande de reporter le vote à demain
matin, dix heures.
La Vice-Présidente: Vote reporté à demain
matin, dix heures. M. le leader adjoint du gouvernement, oui.
M. Lefebvre: Je demanderais à Mme la Présidente
d'appeler l'article 70 du feuilleton.
La Vice-Présidente: Vote reporté aux affaires
courantes.
Projet de loi 2 Reprise du débat sur
l'adoption
Nous allons donc reprendre le débat ajourné le 15 mai 1986
concernant le projet de loi 2, Loi modifiant diverses lois fiscales et d'autres
dispositions législatives. M. le député de
Lévis.
M. Jean Garon (suite)
M. Garon: Mme la Présidente, le hasard bien fait les
choses, puisque j'ai eu tout d'abord 26 minutes jeudi soir dernier et que j'ai
34 minutes additionnelles ce soir. J'ai constaté à quel point
certaines personnes se posent des questions sur ce qui s'est passé au
point de vue des finances du Québec depuis six mois. Il faut se rappeler
essentiellement, Mme la Présidente, qu'il y a eu d'abord le
dépôt d'un livre blanc sur la fiscalité, qui a
été rendu public au mois de janvier 1985. Mais, comme tout livre
blanc -j'en dirai un mot tout à l'heure pour indiquer ce qui
était envisagé comme discussion au moment du dépôt
de ce livre blanc, au mois de janvier 1985 - un livre blanc est un ensemble de
mesures qu'on trouve colligées dans un document assez volumineux. Le
livre blanc sur la fiscalité des particuliers, à des fins
d'analyses et de discussions... et je lirai les communiqués qui ont
été rendus publics par le ministre des Finances, M. Duhaime, au
mois de janvier 1985. Ce document avait été préparé
au cours des années antérieures sous la direction d'un autre
ministre des Finances, M. Parizeau, et il a été
présenté à la population comme un document de consultation
où il y avait différentes options.
Le discours sur le budget du 23 avril 1985 du ministre des Finances du
temps, M. Duhaime, présentait un certain nombre de mesures. Aujourd'hui,
un grand nombre de ces mesures se trouvent dans le projet de loi 2, mais qui a
été modifié en cours de route par de nombreux amendements
en commission parlementaire et aussi par certaines actions gouvernementales qui
sont venues dénaturer ce projet de loi. J'en dirai les raisons et
j'indiquerai pourquoi l'Opposition, qui a voté pour le principe du
projet de loi en deuxième lecture, ne peut plus voter pour en
troisième lecture parce qu'il a été dénaturé
par des gens du gouvernement.
De plus, le budget du 18 décembre 1985 vient changer
l'équilibre de la fiscalité au Québec et le discours du 5
mars 1986 du ministre des Finances vient dire ce qu'il entend faire et parler
de la situation. Le 25 mars 1986, il y a eu dépôt des
crédits par le ministre des Finances, mais conjointement avec le
président du Conseil du trésor, et finalement le budget du 1er
mai 1986 est venu mettre la "cerise sur le sundae". C'est une façon de
parler, j'ai une autre expression que j'emploie en dehors de la Chambre pour
qualifier ce genre de document qui vient dénaturer l'ensemble des
choses. C'est pourquoi nous nous trouvons devant un projet de loi qui faisait
partie d'un équilibre, mais qui, aujourd'hui, à cause des mesures
qui ont été adoptées depuis le 18 décembre dernier,
ne fait plus partie d'un équilibre. Ce qui fait que le gouvernement
actuel a fait en sorte de détaxer les gens les plus fortunés, de
donner des privilèges aux gens les plus fortunés, en même
temps qu'il taxait d'une façon dure et impitoyable, par
différents moyens, les gens les moins fortunés et la famille
moyenne. (20 h 50)
Qu'il s'agisse de taxes indirectes, de tarifs sur les services, de taxes
à la consommation, quand on additionne toutes ces mesures, la balance,
qui serait censée être en équilibre, penche en faveur des
gens fortunés au détriment des gens moins fortunés. C'est
pourquoi l'Opposition ne peut plus voter pour un projet de loi qui, lorsqu'on
regarde l'ensemble des mesures budgétaires où il y avait au
départ, au moment du dépôt de ce projet de loi, des mesures
très bonnes mais qui ont été modifiées parce que
l'équilibre d'ensemble est modifié et parce que certaine
dispositions
servent à légaliser des choses comme la taxe sur le tabac,
des actions illégales et irrégulières qui ont
été posées au cours du mois de février, entre
autres... J'aurai l'occasion de revenir là-dessus.
J'aimerais partir du livre blanc sur la fiscalité pour nous
placer vraiment dans le contexte. C'est pourquoi on peut dire que plusieurs de
ces mesures, intrinsèquement, peuvent être de bonnes mesures mais
que, dans leur ensemble, elles constituent un ensemble
déséquilibré en faveur des gens fortunés au
détriment des gens moins fortunés ou de la famille moyenne. Vous
savez, les gens découvriront cela petit à petit. Lorsque j'ai
commencé à dire cela, au point de départ, au nom de
l'Opposition, puisque c'était la position de l'Opposition, on
était un peu seuls. On remarquait que les chroniqueurs vedettes du
journal La Presse pouvaient se sentir bien en nous critiquant. Mais on remarque
qu'aujourd'hui, nous sommes de moins en moins seuls, et plus le temps va
passer, plus les gens du gouvernement vont se sentir seuls avec leurs
chroniqueurs. Pourquoi? Parce que le déséquilibre a
été créé et qu'il y en a qui ont analysé le
budget de façon superficielle.
Si on examine l'ensemble des dispositions budgétaires prises par
ce gouvernement depuis le 18 décembre 1985, on se trouve face à
un déséquilibre fondamental, structurel, qui est placé
dans toute l'économie fiscale du gouvernement, soit dans les
impôts, les tarifs, les taxes indirectes, les taxes à la
consommation, les tarifs sur les services. Cet ensemble fait que les gens qui
n'ont pas d'argent vont payer. Ceux qui n'ont pas beaucoup d'argent vont payer;
ceux qui en ont beaucoup vont payer moins. De là le
déséquilibre qu'on trouve dans cet ensemble. Pourquoi? Le premier
ministre aura beau faire des sophismes. On a l'impression qu'il se replace dans
la Grèce antique - on en parlait tout à l'heure - pour devenir le
père du sophisme. Sauf que si on regarde l'ensemble...
Je vais en profiter pour lire quelques communiqués, quelques
pages seulement d'une déclaration du ministre des Finances de janvier
1985: "Livre blanc sur la fiscalité des particuliers, faits saillants.
L'allégement des impôts dans le but de favoriser le
développement économique, l'autonomie financière des
individus, l'incitation au travail et le recul de la pauvreté sont les
quatre grands thèmes du livre blanc sur la fiscalité des
particuliers publié aujourd'hui à Québec par le ministre
des Finances, M. Yves Duhaime. Le projet propose un réaménagement
complet du régime de taxation et des programmes sociaux qui s'adressent
aux particuliers. Ce réaménagement touche l'ensemble des citoyens
du Québec, des plus démunis aux mieux nantis. La charpente de la
réforme. Le livre blanc propose à la société
québécoise un choix entre trois options dont chacune permet
d'atteindre à divers degrés les objectifs du gouvernement..."
Cela ne veut pas dire un fouillis indescriptible dans toutes ces mesures mais
"...dont chacune permet d'atteindre à divers degrés les objectifs
du gouvernement. Cependant, celui-ci favorise a priori la deuxième
option qui constitue un moyen d'atteindre les buts fixés sans toutefois
remettre en cause les grandes orientations du régime fiscal actuel.
Malgré certaines différences fondamentales..." Vous remarquerez
qu'il dit: Le gouvernement favorise plus la deuxième option. Vous allez
voir ce qu'on retrouve ensuite. On va voir que le gouvernement actuel a
pigé, surtout dans la troisième option, les parties qui
défavorisaient les gens les moins fortunés. "...Malgré
certaines différences fondamentales, les trois options comprennent
toutefois un ensemble de mesures communes en matière de taxation et de
transfert aux particuliers. En outre, en matière de taxation,
réduction de l'impôt sur le revenu pour l'ensemble des
contribuables, introduction d'un nouveau système de crédits de
taxes foncières et de crédits de taxes de vente pour les
travailleurs à faible revenu, augmentation importante de la
déduction pour frais de garde à l'égard des enfants
d'âge préscolaire - elle passerait de 2000 $ à 3120 $ - et
possibilité de réclamation par le conjoint ayant le revenu le
plus élevé. Égalisation de l'exemption personnelle de base
et de l'exemption de conjoint, extension de l'exemption de conjoint au conjoint
de fait, couples non mariés; introduction d'une nouvelle exemption pour
les personnes habitant seules un logement; possibilité d'introduction
d'une exemption pour enfants à charge de moins de 16 ans en remplacement
des allocations familiales du Québec à l'égard des enfants
de moins de 16 ans et de l'allocation de disponibilité versée
à la mère pour les enfants âgés de 2 à 5 ans;
introduction d'une nouvelle exemption pour le premier enfant de famille
monoparentale en remplacement de l'actuelle exemption d'équivalent de
personne mariée; augmentation de la déduction
générale pour frais reliés à l'emploi de 3 %
à 6 % du revenu, maximum 750 $; augmentation importante de l'exemption
pour enfants à charge de plus de 21 ans encore aux études ou
atteints d'un handicap. "En matière de programmes sociaux, pour les
personnes aptes au travail, création d'un programme de garantie de
revenu intégrant les différents programmes sociaux qui leur sont
actuellement offerts, soit l'aide sociale, le supplément au revenu de
travail, les subventions pour la garde d'enfants, etc.; possibilité pour
les bénéficiaires de programmes de garantie de revenu d'augmenter
le niveau de leurs prestations en participant à des activités
favorisant la
réinsertion au marché du travail, travaux communautaires,
stages en industrie, retour à l'école, mesures qui ont
été mises en application; amélioration de l'actuel
complément de supplément au revenu de travail pour les
travailleurs à faible revenu afin de leur permettre de conserver une
plus large, une plus grande partie de leur revenu d'emploi lorsqu'ils
réintègrent le marché du travail; extension du programme
aux personnes âgées de moins de 30 ans; maintien de l'actuel
programme d'aide sociale pour les personnes inaptes au travail, mais
possibilité également pour ces personnes d'adhérer au
nouveau programme de garantie de revenu si tel est leur choix;
possibilité de prise en compte du revenu des parents dans le calcul de
la prestation versée aux bénéficiaires de garantie de
revenu âgés de 18 à 20 ans. "Pour éviter que les
personnes bénéficiaires de transferts sociaux paient des
impôts et que les transferts soient versés aux personnes autonomes
financièrement, chacune des options de la réforme propose aussi
les mesures suivantes: Introduction d'une réduction forfaitaire
d'impôt destinée à augmenter le revenu à partir
duquel le contribuable devient imposable. Par exemple, si l'option 2 est
retenue, un couple n'aura plus à payer les premiers 530 $ d'impôt
qui seraient autrement exigibles. Application d'un taux uniforme d'indexation
aux exemptions personnelles et aux prestations sociales. "Les trois grandes
options. L'option 1 favorise le statu quo en matière de programmes
sociaux. Cette option préconise un niveau élevé de
prestations sociales pour tous les bénéficiaires sans
égard à leur disponibilité pour participer à des
programmes favorisant leur insertion au marché du travail. L'option 2
favorise davantage l'incitation au travail en ne garantissant le niveau actuel
de prestations sociales qu'à ceux qui se déclarent disponibles
pour participer à des activités favorisant leur retour au
travail. Ces deux premières options impliquent une baisse à peu
près similaire des impôts. À titre d'exemple, l'option 1
signifierait une baisse des impôts de 738 $ pour une famille de deux
enfants de 6 à 11 ans et dont le chef gagne 30 000 $, comparativement
à 763 $ pour la deuxième option. L'option 3 permet d'aller plus
loin dans la poursuite de l'incitation au travail et de l'efficacité
économique. Cette option préconise l'élargissement des
taxes à la consommation, à l'ensemble des biens de consommation
à l'exception de l'alimentation, des médicaments prescrits et des
services professionnels, pour financer une réduction plus importante des
impôts sur le revenu. La baisse d'impôt serait, dans ce cas, de
1201 $ pour le contribuable servant d'exemple dans le précédent
paragraphe. "En contrepartie toutefois, ce même contribuable à
revenu moyen devrait débourser 459 $ de plus en taxes à la
consommation. Un programme de remboursement de la taxe de vente assure
toutefois les travailleurs à faible revenu qu'ils ne paieraient pas de
taxe de vente à l'égard de leurs biens essentiels. "Coûts
et bénéfices de la réforme. Chacune des options
représente, à terme, une diminution des entrées de fonds
d'environ 600 000 000 $ pour le gouvernement. À ce montant s'ajoute une
somme variant entre 170 000 000 $ et 275 000 000 $ que constitue la
participation fédérale au financement des nouveaux programmes de
garantie de revenu. Au terme de la réforme, l'ensemble des
ménages québécois verra donc augmenter son revenu
disponible ou diminuer son fardeau fiscal de 770 000 000 $ à 875 000 000
$ par rapport à ce qu'il est actuellement. "La réforme aura pour
effet de relever considérablement le seuil d'imposition,
c'est-à-dire le niveau de revenu à partir duquel le contribuable
devient imposable. Â titre d'exemple, un contribuable marié ayant
deux enfants qui paie actuellement des impôts lorsque son revenu
dépasse 11 900 $ n'en paiera pas tant que son revenu n'aura pas atteint
entre 16 000 $ et 19 000 $, selon l'option retenue. Comme la réforme
préconise une réduction d'impôt, la réalisation -
écoutez bien - de la réforme sera entièrement
financée par la croissance de l'économie et non pas par une
augmentation subséquente du fardeau fiscal." (21 heures)
C'est la déclaration du ministre des Finances du mois de janvier.
Il va plus loin puisqu'il mentionne - je vais vous faire grâce d'un
ensemble de données techniques ou de chiffres parce que je vois que mon
temps passe - comment va se faire l'implantation de la réforme.
"L'implantation de la réforme, un choix de société. Le
livre blanc présenté par le ministre des Finances du
Québec, M. Yves Duhaime, propose de nombreuses options aux
Québécois et Québécoises. Les décisions
à prendre sont importantes et leurs répercussions
s'étaleront sur de nombreuses années à venir, si bien
qu'il s'agit virtuellement d'un choix qui devra être
entériné par l'ensemble de la société. Le ministre
des Finances entreprendra une tournée d'information à travers le
Québec qui débouchera sur une commission parlementaire publique
de consultation. Les choix qui auront été faits pourront
s'appliquer de façon graduelle. Une réforme complète du
système de taxation et de transferts ne peut s'appliquer du jour au
lendemain. D'abord, ce n'est que graduellement que le gouvernement peut
dégager la marge de manoeuvre requise, 600 000 000 $,
c'est-à-dire à mesure que la croissance économique
produira les ressources
nécessaires à la réalisation de la réforme
sans augmentation du fardeau fiscal. "Il faut souligner que le processus de
réforme des transferts est déjà amorcé avec
l'introduction des trois programmes destinés à inciter au travail
les jeunes assistés sociaux de moins de 30 ans inclus dans le plan de
relance. Le gouvernement devra analyser en profondeur l'impact de ces
programmes avant de les étendre à l'ensemble des
bénéficiaires. Il faut donc s'attendre que la mise en place de la
réforme s'amorce dans un premier temps par un ensemble de mesures
touchant le régime de taxation. Quant à la réforme des
transferts, elle serait poursuivie dans la foulée de la mise en place
des programmes de relèvement et selon l'évolution des conditions
d'emploi sur le marché du travail."
Je ne veux pas être plus long, Mme la Présidente. Je veux
dire simplement, quand on se réfère à la réforme de
la fiscalité, au livre blanc sur la fiscalité, qu'il s'agissait
de grandes options qui devraient être discutées pour en arriver
à des choix mais non pas d'un "pigrassage" de mesures
incohérentes qui font que l'équilibre est brisé en faveur
d'un groupe de la société, les plus fortunés au
détriment des moins fortunés.
C'est cela qui a été la réalisation du gouvernement
actuel par un ensemble de mesures qui font que l'ensemble n'a plus de bon sens.
Chacune des parties peut être discutée, chacune des mesures, dans
un régime fiscal, peut être bonne ou mauvaise. Il peut arriver que
même un ensemble de bonnes mesures, dans un tout incohérent, rende
le tout incohérent parce que la balance penche toujours du même
côté. C'est pourquoi, dans ces mesures...
Je vais vous donner un exemple. Quand le ministre des Finances de
l'époque, M. Parizeau, a mis en place le Régime
d'épargne-actions, il en a rendu possible l'application à des
actions où il n'y avait aucun risque. Il y en a qui disaient à ce
moment-là que c'était rendre faciles certains investissements
à ceux qui étaient capables d'investir. L'objectif poursuivi, et
c'est pourquoi il y avait une limitation à ce moment-là à
tant par année, c'était de rendre possibles les investissements
pour des gens qui n'étaient pas habitués à investir pour
qu'ils commencent à prendre du capital-actions dans des compagnies
où il n'y avait à peu près aucun risque, mais pour qu'un
ensemble de population puisse faire ces investissements.
Au cours des années, ayant considéré que le
Régime d'épargne-actions avait accompli une partie de son oeuvre,
à partir du budget d'avril 1985 le régime a été
rendu plus restrictif pour faire en sorte que les mesures s'appliquent
davantage à des actions qui auraient un effet sur l'économie.
L'aspect éducatif du Régime d'épargne- actions
était considéré avoir accompli, en partie du moins, son
oeuvre. Il fallait maintenant le rendre davantage incitatif sur le plan du
développement économique. C'est pourquoi, quand on regarde cette
mesure qui se combine avec des niveaux d'impôt, cela faisait un certain
équilibre. On voit en même temps qu'on ajoute au discours sur le
budget du ministre des Finances du 1er mai 1986 un ensemble de mesures qui ont
pour effet de privilégier encore davantage les gens qui
bénéficient déjà de mesures importantes... Par
exemple, quand on ajoute le gain en capital de 500 000 $, il y a un ensemble de
mesures qui privilégient les gens plus fortunés. Et quand en
même temps on réduit, on fait disparaître une
déduction de 500 $ sur l'épargne des petits épargnants, on
crée un déséquilibre parce que, dans notre
société, l'équilibre qu'il y avait est rompu en faveur de
gens fortunés.
On sait qu'il y a des gens de 50 ans, de 55 ans, des veuves, des gens
qui, à un certain âge, ne peuvent plus prendre certains risques
qu'ils prenaient avant. Les quelques milliers de dollars pour lesquels ils
pouvaient jouir d'une déduction d'intérêt de 1000 $,
l'exemption est réduite à 500 $. C'est mesquin. La preuve, c'est
que le ministre des Finances essaie de se racheter, essaie de nous vendre son
explication en disant: Quand la mesure a été mise en place au
début des années soixante-dix, les taux d'intérêt
étaient à 16 %. Les taux d'intérêt n'étaient
pas à 16 %, ils étaient entre 8 % et 10 %. À ce
moment-là, nous disait-il, on voulait protéger 6250 $. Mais, si
on voulait protéger les 6250 $ de 1974 en 1986, il aurait fallu
augmenter l'exemption sur 15 000 $. Pour avoir aujourd'hui les 6200 $ de 1974,
avec les taux d'inflation qu'on a connus - le capital a plus que doublé,
deux fois et demie le montant de 1974 - il aurait fallu appliquer la mesure
pour les petits épargnants, non pas sur 6250 $, mais sur 15 000 $. Au
lieu de réduire l'exemption de 1000 $ à 500 $, il aurait fallu
augmenter l'exemption pour protéger les petits épargnants du
même montant. Je suis persuadé que le président du Conseil
du trésor ici présent sait que, pour protéger ces
montants, ces mesures étaient nécessaires, mais le gouvernement a
fait un choix. Le choix qu'il a fait, il l'a fait en faveur des gens plus
fortunés. Pourquoi? Parce que le régime d'épargne-actions
touche 120 000 personnes au Québec. Les régimes
enregistrés d'épargne-retraite touchent 600 000 personnes, mais
les mesures pour les petits épargnants touchent 1 500 000 contribuables,
dont 1 000 000 ont moins de 25 000 $ de revenus. Cela veut dire que la mesure
la plus ignoble qui ait été adoptée par le budget du 1er
mai 1986, c'est d'avoir touché, d'avoir pénalisé les
petits épargnants.
Le problème aussi, c'est de tout
mélanger, de tout mélanger un ensemble de mesures qui fait
que le tout devient absurde, que le système n'a plus de sens. Qu'on soit
d'accord ou qu'on ne soit pas d'accord avec les différentes mesures du
livre blanc, on peut ne pas être d'accord, comme on peut être
d'accord avec la comptabilité préconisée par le
Vérificateur général qui a pour effet de rendre moins
claires certaines choses, notamment les paiements d'Hydro-Québec qui
sont indiqués dans les revenus du gouvernement du Québec, alors
qu'ils ne sont pas payés. C'est évident qu'on complique les
choses pour les rendre moins évidentes. Il s'agit essentiellement d'un
budget qui va donner des avantages à ceux qui sont plus fortunés
et la loi 2 va faire partie de cet ensemble parce que le tout devient
incohérent. Des gens qui, normalement, devaient être
avantagés par l'ensemble des mesures, aujourd'hui, à cause du
budget du 18 décembre 1985 et à cause du budget du 1er mai 1986,
vont être dans une situation différente.
Un autre point, c'est que, souvent, le gouvernement actuel agit comme
s'il était obligé d'agir, comme si, à 99, ils
n'étaient pas assez nombreux pour former le gouvernement, comme s'il y
avait une seule mesure qu'ils étaient obligés d'adopter. La
preuve, c'est qu'ils ont fait des changements concernant la taxe sur les
assurances, pas autant qu'ils l'avaient dit, mais ils ont fait des changements
dans la loi concernant la taxe sur les assurances. Ils n'en ont pas fait sur
les assurances générales, ils en ont fait seulement sur une
partie, l'assurance-vie, l'assurance-vie individuelle. Encore là, cela
favorise les gens plus fortunés. Mais ils n'ont rien touché en ce
qui regarde l'assurance-groupe qui favorise surtout les travailleurs. Ils
maintiennent la taxe sur l'assurance-groupe et ils font disparattre la taxe sur
les assurances individuelles, et ils accusent l'ancien gouvernement comme s'ils
n'étaient pas au pouvoir depuis le 13 décembre 1985. (21 h
10)
Les gens qui nous entendent aujourd'hui sont sûrement incapables
de comprendre comment il se fait qu'un gouvernement de 99 députés
contre 23 se ferait mener encore par les 23 qui sont dans l'Opposition. Comme
si c'étaient les 23 députés de l'Opposition qui formaient
encore le gouvernement alors que tout le monde sait que le gouvernement est
formé par les 99 députés qui sont au pouvoir, sauf qu'il
est possible que le gouvernement de 99 ne soit pas plus fort que le
gouvernement de 1973 à 1976, à 102. Les gens s'étaient
rendu compte que le gouvernement de 1973 à 1976, à 102, ne se
considérait pas assez fort pour avoir un mandat. Vous comprenez qu'il y
a eu des élections en 1976. Les gens ont dit: Cela n'a pas de bon sens.
S'ils ne sont pas capables de diriger à 102, on est aussi bien de
changer de gouvernement.
Ils ont fait un nouvel essai. Le peuple québécois a
toujours eu bon coeur. Il s'est dit: Cela fait longtemps qu'ils sont dans
l'Opposition. Donnons-leur donc une autre chance. Mais il constate de plus en
plus, chaque jour, que ces gens qui trouvaient la taxe sur l'essence
épouvantable l'ont gelée au plafond, que ces gens qui trouvaient
la taxe sur le tabac épouvantable, la taxe sur la bière
épouvantable, toutes les taxes qui touchaient le consommateur
épouvantables, ont été les plus grands "taxeux" qu'on n'a
jamais connus au Québec en taxant tout ce qui bougeait au Québec,
à partir de l'huile à chauffage.
Qui aurait pensé que des gens auraient l'âme assez basse
pour taxer l'huile à chauffage des pauvres? Pourquoi? Parce que le
premier ministre veut vendre de l'électricité puis qu'il a voulu
augmenter les taxes sur l'électricité à 5,4 %. Il ne
pouvait pas laisser l'huile à chauffage compétitrice. Alors,
qu'est-ce qu'il s'est dit? Il s'est dit: Je vais jouer un tour aux
contribuables, aux acheteurs. Je vais augmenter la taxe sur
l'électricité de 5,4 % mais, en même temps, je vais
augmenter le gaz, la taxe sur le gaz et la taxe sur l'huile de 9 %, de sorte
que l'électricité restera concurrentielle par rapport à
l'huile à chauffage, par rapport au gaz.
Sauf qu'il a oublié une chose, parce qu'il n'est pas près
de ces gens. Il a oublié que les gens qui chauffent à l'huile
à chauffage sont des gens qui n'ont pas toujours des revenus aussi
élevés que ceux qui ont eu l'argent pour se mettre à la
biénergie. Vous êtes en train de voir actuellement... Je
rencontrais beaucoup de personnes ce matin qui me disaient: Si cela continue,
on va se mettre au chauffage au bois pour être moins dépendents du
gouvernement. On pourra toujours aller bûcher notre bols
nous-mêmes. Pourquoi? Parce qu'on ne peut pas faire ces changements comme
on le fait sans que les gens puissent se fier jamais au gouvernement.
C'est à un point tel que j'entendais le ministre de la Justice ce
matin qui, pour justifier la fermeture de 10 bureaux d'enregistrement, nous
disait qu'il y avait eu une proposition pour en fermer 30 dans le temps du
gouvernement du Parti québécois, sauf qu'on a été
obligés de lui rappeler que nous avions refusé la proposition
parce qu'on trouvait que les 30 bureaux d'enregistrement étaient
justifiés et qu'on ne les fermerait pas.
Quand le gouvernement prend une décision... et le rôle d'un
gouvernement, c'est de décider. C'est là son rôle. Pourquoi
on élit des gens? Parce que les gens qui sont élus sont là
pour décider. Autrement, est-ce qu'on va laisser la bureaucratie sur le
pilote automatique? Quand le ministre de la
Justice, ce matin, trouvait comme excuse de dire: J'ai augmenté
10 bureaux d'enregistrement et le gouvernement antérieur en avait
bloqué 30. Puis? C'est cela gouverner. C'est de dire, en sorte, que j'ai
30 bureaux d'enregistrement là où c'est nécessaire et de
les maintenir.
Si le député de Beauce-Sud, Beauce-Nord, par exemple,
avait fait davantage son ouvrage, il se serait occupé de sa prison
à Saint-Joseph avec les gens qui savent que cette prison est
nécessaire, alors qu'elle abrite 70 détenus avec 32 cellules
alors que la prison de Bonaventure, avec 63 places, avait seulement 28
prisonniers; alors on se demande comment il se fait que la prison de
New-Carlisle a été maintenue alors qu'elle était deux fois
moins occupée, à peu près à 40 % occupée,
comparée à la prison de Saint-Joseph.
Je ne veux pas dire qu'on aurait dû fermer la prison de
New-Carlisle mais je dis qu'on aurait dû laisser la prison de
Saint-Joseph ouverte parce que l'ensemble de la population coopérait
avec cette prison. Même ici, je vois le député de
Saint-Georges qui n'a pu être solidaire des gens de la Beauce et qui n'a
pas voulu appuyer ce projet non plus, de sorte que quand il arrive qu'un
dossier légitime d'une population n'est pas appuyé, bien, il
arrive ce qui est arrivé.
Mme la Présidente, nous devrons voter contre ce projet de loi 2
en troisième lecture. On était d'accord sur le principe. Mais la
nature du projet a changé parce qu'il propose des taxes que les
libéraux ont condamnées lors de l'élection. Ils se sont
fait élire en promettant d'abolir la taxe sur le pétrole, sur
l'essence, en promettant d'abolir la taxe sur les assurances et qu'ils
maintiennent par ce projet de loi des taxes qu'ils ont promis d'abolir. Nous ne
voulons pas leur donner le prétexte... et pour vous montrer à
quel point ils seront coupables de leur propre turpitude, c'est qu'ils voteront
eux-mêmes ces taxes à la population alors qu'ils ont
été élus pour les abolir, car les dispositions ne
présentent plus le même équilibre à la suite des
mesures prises à l'occasion du budget puisque, aujourd'hui, deux autres
budgets ont été adoptés, celui du 18 décembre 1985
et celui du 1er mai 1986. Â ce moment, l'équilibre qu'il y avait
avec l'ensemble de la fiscalité du temps est rompu. En tenant compte, en
plus, du crédit du ministre responsable du Conseil du trésor, il
est rompu en faveur des gens fortunés au détriment des gens moins
fortunés, soit de la famille moyenne.
En plus, il comporte des dispositions qui ont pour effet de vouloir
légaliser des taxes illégales parce que utilisées avant
leur adoption, puisque des mesures du projet de loi ont été
appliquées avant leur adoption par le ministre du Revenu alors qu'elles
n'ont jamais été contenues dans aucun discours sur le budget. Ces
mesures, ce sont les mesures des trois taxes, pour 250 000 000 $,
adoptées par le ministre du Revenu le 29 janvier par arrêté
ministériel et publiées à la Gazette officielle du 5
février 1986. Il s'agit de la taxe sur la bière, de la taxe sur
le tabac et de la taxe sur l'essence, contrairement à tout ce qu'avait
dit le gouvernement actuel.
Enfin, à la dernière minute, se servant de sa
majorité parlementaire en commission, le ministre du Revenu a
proposé en fin de commission, sans avertissement, un amendement pour
abolir la clause "nonobstant" du projet de loi alors que, semble-t-il, le
ministre du Revenu mettait le gouvernement devant un fait accompli pour la
deuxième fois. S'il faut en croire le ministre du Revenu ou le premier
ministre, le premier ministre pensait que c'était un fonctionnaire qui
avait fait adopter les taxes de 250 000 000 $ au début de février
et c'est le ministre du Revenu qui avait signé un document. Si on en
croit le premier ministre, cela veut dire qu'il a mis le gouvernement devant un
fait accompli, mais il semble que le gouvernement en soit fort aise.
En plus, lorsqu'il a retiré en commission parlementaire, par un
amendement, la clause "nonobstant" le 26 février 1986, il le faisait
avant que la décision soit prise par le Conseil des ministres le 5 mars
1986. Encore une fois, le ministre du Revenu avait mis devant un fait accompli
le gouvernement du Parti libéral en enlevant une clause qui
protégeait la Charte des droits et libertés de la personne du
Québec, en l'abrogeant de son propre chef, à moins que ce qui
semble être le cas dans la chronologie des faits n'ait été
fait différemment et qu'on nous ait fait croire le contraire.
Enfin, les négociations constitutionnelles ne sont pas
amorcées. On a fait disparaître la clause "nonobstant" de ce
projet de loi. Le professeur Léon Dion, qui a été
nommé conseiller par le gouvernement du Parti libéral, a
donné sa démission parce qu'il ne voulait pas être complice
d'un tel affaiblissement du Québec, alors que personne ne le demandait
au gouvernement actuel, on enlevait la position qui mettait en force la Charte
des droits et libertés de la personne du Québec dans les
différents projets de loi. C'est un peu comme à Fontenoy, les
Français qui avaient dit: Tirez les premiers, messieurs les Anglais. Et
de fait ils ont tiré et ils ont perdu la bataille aussi. Ce qui est
arrivé, c'est qu'ils n'ont pas osé faire tirer les
Français en premier dans un grand acte de chevalerie et vous savez,
quand on fait la bataille, il faut surtout gagner la bataille avant de faire
des actes de chevalerie.
L'histoire se souvient de ceux qui ont
gagné la bataille plutôt que de ceux qui ont porté
les plus beaux panaches. Dans l'espèce, le gouvernement du
Québec, en se privant de la clause "nonobstant", se prive d'une arme
importante dans la bataille constitutionnelle qui s'amorce, à tel point
que son principal conseiller n'a pas voulu en rester complice. Pour ces
différentes raisons, l'Opposition, qui était pour le projet de
loi au point de départ au point de vue des principes, parce qu'il a
été dénaturé depuis son dépôt a
l'Assemblée nationale au mois de décembre, ne pourra plus voter
pour ce projet de loi en troisième lecture, malgré qu'un grand
nombre de dispositions soient intéressantes, soient bonnes, mais
l'équilibre d'ensemble est rompu par les différentes mesures qui
ont été adoptées par le gouvernement du Parti
libéral depuis son dépôt à l'Assemblée
nationale au mois de décembre dernier, Mme la Présidente. Je vous
remercie. (21 h 20)
La Vice-Présidente: Merci, M. le député de
Lévis. M. le député de Limoilou.
M. Michel Després
M. Després: Mme la Présidente, étant membre
de la commission parlementaire qui était chargée de faire
l'étude du projet de loi 2, Loi modifiant les diverses lois fiscales et
d'autres dispositions législatives, qui a été vivement
débattu, j'avoue avoir été très surpris du fait que
le débat ait porté presque exclusivement sur les aspects
techniques du projet de loi et que l'Opposition se soit surtout acharnée
sur la question de la hausse des taxes sur le tabac et les carburants. Taxes
que le député de Lévis, bien décidé à
jouer son rôle de membre de la loyale Opposition de Sa Majesté,
s'est empressé de déclarer illégales, Mme la
Présidente. Mais il était dans l'erreur. Il faut dire que le
député de Lévis a la mémoire bien courte.
Cependant, ce n'est pas la première fois qu'il a la mémoire
courte. Tout le monde se rappelle que pendant une semaine le postier de la
couronne, l'ancien ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de
l'Alimentation, s'était promené avec un chèque de 11 500
000 $ dans ses poches. Ce montant représentait à l'époque
une partie des versements fédéraux au chapitre de
l'assurance-récolte. Cette étourderie a fait perdre près
de 25 000 $ en intérêts au Trésor québécois.
Avec des erreurs comme celle-là, on ne doit pas s'étonner
d'apprendre qu'après neuf ans les péquistes aient réussi
à quintupler la dette accumulée de tous les gouvernements qui se
sont succédé au Québec depuis la
Confédération.
Mais là où les trous de mémoire du
député de Lévis deviennent critiques, Mme la
Présidente, c'est quand il déclare que la taxe sur le tabac est
illégale. En effet, cette taxe que le gouvernement libéral
appliquait le 5 février dernier était prévue dans le
discours sur le budget de l'ex-ministre des Finances, Yves Duhaime, du 23 avril
1985. L'histoire de cette taxe comporte quatre étapes. La
première, on la retrouve dans le budget Duhaime. Dans ce budget, on nous
disait que la taxe devait passer de 55 % à 60 % du prix des cigarettes
et on avait aussi annoncé que, dorénavant, on effectuerait le
calcul à partir du prix d'un paquet de cigarettes au lieu de celui de la
cartouche. La deuxième étape, c'est que la hausse de 0,25 $ sur
le paquet devait rapporter la somme de 133 000 000 $ supplémentaires, ce
qui devait porter les revenus de cette taxe sur le tabac à 530 000 000
$. Mais ce qu'il ne faut pas oublier, Mme la Présidente, c'est que dans
la synthèse des opérations du premier trimestre, le ministre des
Finances, à l'époque, en août 1985, maintenait ses
prévisions de 530 000 000 $. Mais, au deuxième trimestre, on a
une surprise. C'est là que débute la troisième
étape. On ne parle plus de 530 000 000 $, mais on parle de 548 000 000 $
qui seront récoltés par cette taxe péquiste. Cette
nouvelle synthèse est publiée en pleine campagne
électorale au mois de novembre. Donc, la question est: D'où vient
cette augmentation de 18 000 000 $ dans les recettes tirées de la taxe
sur le tabac que prévoyait l'ancien ministre des Finances? La
réponse est simple, Mme la Présidente. C'est que le
ministère s'attendait à une nouvelle enquête sur le prix
des cigarettes, possiblement en janvier, et à une hausse de taxe pour
février. C'est donc dire, et c'est notre dernière étape,
Mme la Présidente, que la hausse de taxe sur les cigarettes se
retrouvait noir sur blanc dans les documents du ministère des Finances,
bien avant la victoire électorale du Parti libéral du 2
décembre dernier. C'est donc dire que c'est une taxe
péquiste.
Ainsi, à la veille de la campagne électorale, dans un
geste qui en dit long sur l'honnêteté du gouvernement
précédent, les péquistes ont décidé de
reporter l'application de la hausse de taxe au mois de janvier, après
les élections. Oui, parce que lé gouvernement péquiste,
bercé par ses illusions, espérait reprendre le pouvoir en
décembre et ainsi appliquer sa taxe un peu plus tard, une fois
élu et en sécurité pour quatre ans. Heureusement, la
population du Québec n'a pas été dupe et a élu un
gouvernement responsable pour l'administrer. Ainsi, lorsque nous avons pris le
pouvoir, notre gouvernement n'avait pas le choix d'appliquer cette taxe
prévue par l'ancien ministre des Finances, M. Yves Duhaime. Nous nous
retrouvions devant un fait accompli. Nous avions les mains et les pieds
liés, parce que avoir éliminé cette taxe aurait rendu
encore plus critique l'état dans lequel se
retrouvaient les finances publiques à la suite des neuf ans
d'administration péquiste. Espérons que la population aura plus
de mémoire que le député de Lévis, parce que 27 800
000 000 $ de déficit après avoir été
gouverné par un gouvernement comme celui du Parti
québécois, c'est un gros luxe qu'on n'a pas les moyens de se
payer tellement souvent dans un siècle.
Notre gouvernement, quant à lui, s'est engagé devant la
population à mettre de l'ordre dans les finances publiques du
Québec et à tout mettre en oeuvre afin d'assurer une relance
économique véritable et une baisse du chômage. D'ailleurs,
le récent budget présenté par le ministre des Finances est
une première étape vers le redressement économique promis
par les libéraux, tout cela parce que notre gouvernement entend
respecter ses engagements. Peut-on en dire autant de l'Opposition qui, elle,
refuse d'assumer la paternité de cette taxe sur le tabac et les
carburants qu'elle avait prévue avant le 2 décembre dernier?
Comment expliquer que, compte tenu du fait que nous savons tous que cette taxe
avait été prévue par l'ancien gouvernement
péquiste, nous ayons eu à faire face à une obstruction
systématique de sa part tant en commission parlementaire que durant le
débat en Chambre? Maintenant qu'ils sont dans l'Opposition, les
députés du Parti québécois se lavent les mains des
dispositions et des hausses de taxes qu'ils ont votées, alors qu'ils
étaient au pouvoir. Dites-vous que, lorsqu'on doit se laver les mains,
c'est parce qu'elles sont sales.
L'attitude de l'Opposition envers ce projet de loi est inacceptable,
particulièrement la conduite du député de Lévis.
J'avoue avoir été très surpris de sa performance lors de
l'étude du projet de loi 2. Avec son habileté pour les
envolées oratoires, pour la voltige lexicale, avec son art de lancer des
pointes et jonger avec les chiffres, j'avais plutôt l'impression
d'être dans un cirque qu'en commission parlementaire.
Les chiens aboient, la caravane passe, et notre gouvernement entend bien
sortir les finances du Québec de l'impasse afin d'assurer une
prospérité économique aux Québécois et aux
Québécoises. Le parti libéral est le parti de la saine
administration et, un des plus beaux exemples de ce fait, c'est que, par
l'intervention du ministre des Finances et du président du Conseil du
trésor, cette année, pour la première fois depuis six ans,
notre déficit sera inférieur à 2 900 000 000 $.
Je me demande encore comment l'adoption de cette loi, qui vient de leur
gouvernement, prévue dans leur budget, soit contestée par leur
propre formation politique. C'est sûrement parce que l'Opposition manque
de sujets sur lesquels critiquer notre propre administration publique pour
critiquer sa propre administration. Je serais très heureux de voir le
projet de loi 2 adopté le plus rapidement possible. Merci.
Une voix: Bravo!
La Vice-Présidente: Merci, M. le député de
Limoilou. M. le député de Jonquière. (21 h 30)
M. Francis Dufour
M. Dufour: Mme la Présidente, à entendre parler le
parti au pouvoir, il semble que la vérité soit juste d'un
côté et qu'en même temps, si on veut avoir de bons discours
et la vérité, il faut que cela vienne du parti au pouvoir, ce qui
me semble aberrant dans un système parlementaire comportant une
Opposition et un parti au pouvoir. Lorsque j'entends les honorables
députés parler de déficit, il faudrait peut-être
s'entendre pour savoir ce que cela veut dire, le déficit. Cela me frappe
toujours parce que je pense bien que l'Opposition n'a pas de leçon
à recevoir pour ce qu'elle a fait lorsqu'elle était au pouvoir
par rapport à ce qu'il y avait aussi en 1976, c'est-à-dire un
gouvernement qui a été remplacé et qui, lui aussi, a
laissé des déficits importants.
Par exemple, pour l'administration courante, il y avait 800 000 000 $ de
déficit. Dans la caisse de retraite, il y avait 1 000 000 000 $ de
déficit. Dans les commissions scolaires et le réseau hospitalier,
il y avait 500 000 000 $ de déficit non couvert. Il y avait celui des
Olympiques à ce moment-là qui dépassait le 1 000 000 000
$. Donc 2 500 000 000 $. Je pense bien que, lorsque le Parti libéral
actuel s'attaque au Parti québécois malgré qu'il ait dit
publiquement que jamais, jamais il ne se servirait de l'état des
finances pour s'attaquer au gouvernement qui était en place-Ce qu'on
entend depuis cinq mois, c'est que le Parti québécois pourrait se
penser encore au pouvoir tel que disait mon collègue de Lévis, M.
Garon. Quand on regarde ce qui se passe, c'est évident que la loi 2,
dans ses principes, dans son essence même, semblait présenter des
éléments intéressants. Mais on se rend compte qu'un
gouvernement avec une majorité écrasante se comporte, comme des
propriétaires, comme des gens irresponsables, à mon sens, par
rapport aux lois qu'on a à adopter. On a juste à regarder les
périodes de questions qui se passent ici tous les jours. On escamote la
vérité, on est mieux de lire les journaux, c'est comme cela qu'on
apprend les vérités du gouvernement en place. Il est
habitué d'administrer en cachette, et je pense que cela est un
problème fondamental. Lorsqu'on regarde de quelle façon la
commission parle-
mentaire a été tenue et la façon dont on a
répondu aux questions de l'Opposition officielle, on se rend compte
encore que ce gouvernement s'est comporté d'une façon arrogante,
s'est comporté comme si l'Opposition était embarrassante. C'est
évident que l'Opposition est embarassante pour un parti au pouvoir, mais
encore faut-il respecter au moins le choix de la population. Je pense que, pour
notre part, ce qu'on essaie de faire, c'est de travailler avec le gouvernement
en place même si ce n'est pas lui qu'on a choisi, mais c'est de
travailler pour essayer de bonifier les lois.
Où le bât blesse par rapport à la loi 2, c'est
évident que ce sont les taxes, la façon dont on a taxé et
la façon aussi dont on l'a annoncé. On a voulu faire passer, sur
le dos du gouvernement du Parti québécois, les trois taxes qui
nous ont été imposées lors de la lecture du projet de loi
2. D'abord, on nous a avertis que c'était probablement un fonctionnaire
qui avait décidé, dans sa sagesse, d'augmenter la taxe sur
l'essence, sur le tabac. Je pense qu'à ce moment-là... Ce n'est
pas n'importe qui, c'est le premier ministre qui annonce cela, et il
était bien surpris, et, surtout, il venait d'avoir deux journées
d'étude spéciales avec le Conseil des ministres et il vient
d'apprendre, en même temps que tout le monde, qu'il y a eu une
augmentation et que c'est probablement un fonctionnaire qui a
décidé cela. Lorsqu'on pose la question: Comment cela peut-il
arriver? Est-ce que vraiment, c'est automatique? De quelle façon
procède-t-on normalement pour augmenter des taxes? À ce
moment-là, le ministre du Revenu est venu corriger son chef en disant:
Un instant, ce n'est pas un fonctionnaire, j'ai signé les taxes. Mais
quand? Et c'est là. Quand a-t-on décidé d'augmenter ces
taxes? Quand a-t-on décidé de faire l'étude de cette taxe
ascenseur ou quand a-t-on fait l'enquête pour savoir comment on pourrait
taxer? Cela a été décrété à partir du
milieu de janvier. Donc, le 29 janvier, on a imposé les taxes, et,
à ce moment-là, c'est vraiment une taxe libérale et non
pas une taxe péquiste. Quand on gouverne à 99
députés contre 23 dans l'Opposition, c'est difficile de faire
accroire à une population qui semble actuellement assez tranquille par
rapport à ce qui se passe au gouvernement, c'est assez difficile de
faire accroire à ces gens bien pensants que c'est encore le Parti
québécois qui décide pour les 99 qui sont en place. Si
c'était cela être prêt pour administrer, pour exercer le
pouvoir, je me dis: Mission non accomplie! Je pense que c'est une faillite
complète.
Je pense aussi que, tant que le gouvernement n'acceptera pas de vivre et
de prendre ses propres responsabilités, on aura un gouvernement
invisible, un gouvernement qui sera administré pour escamoter les
vérités. Quand on regarde, à part cela, comment ces taxes
ont été décrétées, c'est évidemment
à un très mauvais moment, parce qu'on avait étudié
les finances et cela allait mal. Tout le monde savait, au Québec, que
les finances du Québec n'étaient pas parfaites, qu'il y avait des
problèmes. Pendant quelques années, on a eu des problèmes
à rationaliser les dépenses; la même chose que ce que le
parti au pouvoir fait actuellement parce qu'on n'a rien à leur apprendre
là-dessus. Ils y vont peut-être d'une façon un peu plus
sauvage, d'une façon un peu plus raide peut-être, ils allument des
feux un peu partout et Dieu seul connaît la réponse. Le premier
ministre parle souvent du bon Dieu, il le prend à témoin de
certaines de ses actions mais attention! ces choses-là fonctionnent
aussi ailleurs. Des fois, on a la mémoire longue. Il y a des gens qui
regardent ce qui se passe, qui regardent les feux allumés un peu partout
au Québec. On s'attaque à peu près à l'ensemble de
la population, surtout aux faibles et aux démunis: les personnes
âgées, les étudiants, les assistés sociaux, les
femmes au foyer...
Une voix: ...
M. Dufour: Oui, aussi. La santé, les orphelins, les
veuves, les agonisants, à peu près tout le monde, personne n'y
échappe. C'est un gouvernement qu'on appelle un gouvernement sans coeur,
un gouvernement qui n'a pas de perspective économique, un gouvernement
qui ne regarde même pas plus loin quelle est la responsabilité
d'un gouvernement. Le Québec, ce n'est pas l'Ontario. Si un gouvernement
n'avait qu'à comptabiliser des chiffres, je pense qu'il ne serait pas
digne de s'appeler un gouvernement, à mon sens. Comme
Québécois, notre objectif est au moins de se servir des
institutions pour servir l'ensemble de la population et, surtout, la
majorité de la population qui, assez souvent, n'est pas
représentée, ou est représentée par des gens
démunis et faibles dans le sens qu'ils ont besoin de leurs institutions,
au point de vue financier, pour les aider.
En fait, c'est un peu tout cela que le projet de loi 2 nous rappelle.
Est-ce que c'était important de savoir si c'était prévu ou
non? On entend souvent dire: Oui, le gouvernement avait prévu des
revenus de tant. Il avait prévu, il n'avait pas prévu. Ce n'est
pas important parce que, lorsqu'un gouvernement est responsable et
décide d'exercer son pouvoir, il a le droit de décider, de
conserver, d'augmenter, de soustraire et d'additionner. À mon sens,
depuis cinq mois, ce gouvernement nous a appris à couper et a augmenter
les taxes. Je pense qu'on est en train de battre un record: 600 000 000 $ dans
à peu près cinq mois, je pense que l'élève a
dépassé le professeur, et
rapidement.
Lorsqu'on se rend compte, en plus, de quelle façon le
gouvernement en place essaie - c'est l'impression que cela nous donne - de
diminuer les Québécois dans leur essence même, de les
diminuer dans la façon dont le gouvernement fédéral
enlève la clause "nonobstant" qui était la seule garantie que le
gouvernement avait de négocier... C'est tellement vrai que cette clause
nous affaiblit qu'il s'agit de regarder dans le dernier discours sur le budget,
à la page 14, la sortie de l'honorable ministre des Finances sur le
fédéral lorsqu'il parle d'augmenter le fardeau fiscal des
entreprises québécoises. C'est le plus beau discours
indépendantiste qu'on n'ait jamais eu. Quand le Parti
québécois faisait ce discours-là, on faisait des gorges
chaudes dans l'Opposition.
Je vous invite à relire d'une façon très froide ce
que le ministre des Finances a dit d'Ottawa. Lorsqu'on enlève la clause
"nonobstant", on vient de dire à Ottawa: Venez décider pour nous.
Nous autres, on va vous faire confiance. Il s'agissait de regarder ce qui se
passait quand nous étions au pouvoir. On nous disait: Vous êtes de
mauvais négociateurs, vous n'êtes pas bons pour aller chercher des
sommes importantes. Jamais, ou très rarement, l'Opposition n'appuyait le
parti au pouvoir parce qu'on disait: Vous ne pouvez pas être de bons
négociateurs, vous êtes des indépendantistes, des
séparatistes. Depuis que ce gouvernement est en place, on ne sent pas
beaucoup d'efforts du fédéral pour apporter des changements, pour
amener des montants supplémentaires pour régler les
problèmes du Québec. Au contraire, on est obligé de sortir
les poings. On va être obligé de crier très fort et dire:
On va se venger sur nos entreprises puisque... (21 h 40)
La Vice-Présidente: M. le député de
Jonquière, est-ce que vous pourriez conclure, s'il vous plaît?
M. Dufour: ...on dit, dans un même temps: Nous, on ne peut
pas donner à nos entreprises ces montants d'argent parce qu'on ne les a
pas. Donc, on va punir puisque le fédéral ne nous l'accorde pas.
En parlant de négociation, je pense que les preuves sont à venir
sur ce que ce gouvernement a dans le corps pour négocier au nom du
Québec, également pour améliorer la constitution et
surtout pour apporter une signature à la constitution.
Mme la Présidente, en conclusion, je peux vous affirmer que je
voterai, peut-être pas avec plaisir, parce que ce n'est jamais avec
plaisir qu'on fait de l'opposition, contre la loi 2 puisqu'elle n'atteint pas
les objectifs qui, à mon sens, seraient à la satisfaction des
Québécois et des Québécoises.
La Vice-Présidente: Merci, M. le député de
Jonquière.
M. le député de Bertrand.
M. Jean-Guy Parent
M. Parent (Bertrand): Merci, Mme la Présidente. À
écouter les propos du député de Limoilou et ceux d'autres
députés du c6té gouvernemental qui sont intervenus sur le
projet de loi 2, je pense qu'on peut se demander parfois, lorsqu'on est assis
à la maison, qui dit vrai et comment il se fait que, rendu à la
mi-mai 1986, on soit encore à débattre un projet de loi qui
aurait dû être approuvé il y a longtemps. Je vais tenter au
cours des prochaines minutes d'éclaircir un peu la situation.
D'abord, je dois vous dire, Mme la Présidente, que c'était
ma première commission parlementaire lorsqu'on a étudié le
projet de loi 2. De prime abord, ce projet de loi, qui compte quelque 230
articles, devait être une activité qui devait se dérouler
en quelques jours et très bien se passer puisque, comme l'ont
mentionné le député de Limoilou et d'autres
députés, c'est un projet de loi qui avait été
préparé par l'ancien gouvernement, par les hauts fonctionnaires.
Donc, à toutes fins utiles, le projet de loi devenait un projet de loi
d'harmonisation du dernier budget Duhaime d'avril 1985.
Cependant, il faut comprendre là-dedans qu'essentiellement deux
points majeurs ont amené ce débat et font que, ce 20 mai 1986, on
se retrouve dans un imbroglio. Ces deux points sont essentiellement l'article
29 du projet de loi 2 qui mentionnait ou décrétait la taxe sur le
tabac que nous avons qualifiée de taxe illégale et la clause
"nonobstant" qui est venue en fin de commission. Pourquoi dit-on que la taxe
sur le tabac est illégale et pourquoi peut-on affirmer encore
aujourd'hui que le ministre du Revenu a procédé incorrectement en
décrétant cette taxe? Essentiellement, Mme la Présidente,
il est vrai que, dans le budget Duhaime, on avait prévu le principe de
l'augmentation de la taxe. Cependant, le 18 décembre 1985, il y a eu un
discours sur le budget et l'actuel ministre des Finances, M. Levesque, n'a fait
aucunement mention dans ce discours d'augmentation de la taxe sur le tabac. Or,
un ministre du Revenu ne peut déclencher, déclarer, autoriser ou
décréter une augmentation de la taxe sur les cigarettes, d'autant
plus que le schème de référence concernant le paquet de 25
cigarettes et la cartouche de 200 cigarettes était changé. Vous
me direz que c'est un détail technique, sauf que c'est un détail
drôlement important qui a créé un imbroglio. À
partir du député de Lévis, les autres membres de la
commission, nous avons fortement décrié cette situation. Nous
l'avons fait
en commission parlementaire et nous avons demandé au ministre du
Revenu de nous fournir les avis juridiques confirmant la légalité
ou l'illégalité d'un tel geste.
Dans un premier temps, et je m'en souviens très bien parce que,
lorsque la première demande a été faite par le
député de Lévis en commission parlementaire, en
février dernier, le ministre du Revenu nous avait dit alors, Mme la
Présidente: Oui, pas de problème, je vais vous fournir les avis
dans les prochaines heures, et, sur avis de ses principaux collaborateurs, il
est revenu le lendemain matin pour nous confirmer qu'il n'était pas
question de déposer d'avis juridique de quelque façon que ce
soit. J'ai trouvé cela quelque peu renversant, voire inadmissible.
D'ailleurs, j'aimerais rappeler les propos d'un réputé
journaliste auquel on a fait abondamment référence ces derniers
jours à propos de mon collègue de Lévis, Alain Dubuc.
J'aimerais le citer dans la Presse du 13 février 1986. Cela portait
essentiellement comme grand titre: "Bourassa et les taxes: puni par où
il a péché." Je citerai rapidement: "Le premier ministre Robert
Bourassa maîtrise si bien l'art de la cachotterie et des
demi-vérités que, parfois, on ne le croit pas, même quand
il fait preuve de la plus grande franchise." Et on débite tout ce qui
s'est passé à propos de cette fameuse loi, de cette cachotterie
dont il a été fait mention et qu'on a essayé d'abrier par
la suite.
Peu importe, on peut se battre longtemps pour savoir qui dit vrai, sauf
que de la façon dont on a procédé dans cette loi 2, de la
façon dont le ministre du Revenu a procédé, je pense que
c'est un outrage à l'Assemblée nationale et aux droits et
privilèges des membres de cette Assemblée. En toute conviction,
Mme la Présidente, même les députés du gouvernement,
s'ils ont bien saisi l'essence de ce qui s'est passé, ne devraient pas
voter en faveur de cette loi de par ce détail technique qui fait en
sorte qu'on a outrepassé des droits.
J'ai pesonnellement beaucoup trop de respect pour la démocratie,
pour l'Assemblée nationale, pour les gens qui nous ont élus, pour
procéder de cette façon. Je pense que, si le pouvoir
exécutif - parce que dans ce cas-là c'est un pouvoir
exécutif qui comme tel s'est exécuté - a
préséance sur le pouvoir législatif, à ce moment,
Mme la Présidente, je me demande ce qu'on fait ici. Si un ministre peut
décréter comme il l'a fait, sans au préalable avoir les
déclarations ministérielles du ministre des Finances, si le
ministre du Revenu a procédé de cette façon, en
entérinant cette loi, nous allons entériner un geste
illégal.
Je pense que toute la lumière n'a pas été faite
là-dessus. On n'y reviendra jamais trop, sauf que l'Assemblée
nationale ne peut pas, correctement, voter pour ce projet de loi. C'est dans ce
sens que je devrai moi aussi m'inscrire en faux et voter contre. J'ai la
profonde conviction que, de la façon dont on a procédé
pour décréter cette taxe, on a outrepassé nos droits.
C'est quand même très grave, puisqu'une commission parlementaire
est là pour faire la lumière, pour discuter en long et en large
et, lorsqu'on arrive au niveau de l'Assemblée nationale et que,
finalement, les deux parties puissent avoir trouvé un terrain
d'entente... Cela n'a jamais été possible de le faire dans ce
cas, parce que je pense et je dois l'avouer, parce que j'ai vécu, depuis
ce temps, d'autres commissions parlementaires, on n'a pas eu la collaboration
du ministre responsable, le ministre porteur de la loi 2, le ministre du
Revenu. Je trouve cela vraiment dommage et je pense qu'il s'est
littéralement payé la tête des gens de la commission. Je
pense que cela ne mène nulle part de cette façon et je me dois,
aujourd'hui, de décrire cette situation à l'Assemblée
nationale afin que l'ensemble des Québécois et des
Québécoises sachent un peu ce qui se passe dans l'enceinte et
dans nos murs. Moi aussi, je devrai, en conclusion, m'inscrire en faux, voter
contre cette loi à cause de toutes ces procédures dont je n'ai
touché qu'un aspect, malheureusement, à cause du temps qui nous
est alloué. Je vous remercie.
La Vice-Présidente: Merci, M. le député de
Bertrand. M. le député de Verchères.
M. Jean-Pierre Charbonneau
M. Charbonneau: Merci. Mon collègue de Bertrand vient
d'illustrer avec à propos une des principales raisons pour laquelle le
Parti québécois, ici à l'Assemblée nationale, va
voter contre une loi qui au départ avait été
préparée par notre gouvernement. Sauf que, dans la loi 2,
à nul endroit le gouvernement n'avait prévu de taxer en utilisant
un artifice et en faisant en sorte que finalement on taxe d'une façon
indirecte et camouflée. Cette attitude du gouvernement d'utiliser une
espèce d'artifice, de cacher finalement ses intentions et surtout ses
actions, ce n'est pas, on l'a constaté au cours des dernières
semaines, un cas particulier. Ce n'est pas arrivé une seule fois que le
gouvernement n'a pas eu le courage de ses décisions et de ses
convictions et qu'il ait choisi de camoufler un peu finalement les choix
politiques, les décisions qu'il avait accepté de prendre. (21 h
50)
Dans le dossier de l'aide sociale où le gouvernement, dans le
budget qu'il nous a présenté, le budget des dépenses et le
budget des revenus, mais le budget des dépenses, nous a annoncé
une coupure de 31 000 000 $ à l'égard du pouvoir d'achat des
assistés sociaux, coupures budgétaires qui
affectent directement le pouvoir d'achat des gens, qui affectent
directement leur revenu familial et personnel, le gouvernement s'est
comporté de la même façon et a tenté de faire croire
qu'il s'agissait là d'une compression budgétaire de type
administratif et que les gens n'étaient pas affectés dans leurs
revenus. En fait, ils étaient directement affectés.
Les commentateurs qui ont eu à regarder l'attitude du
gouvernement dans ce dossier ont été tous unanimes à
constater que le gouvernement là aussi avait joué à la
cachotterie et au camouflage. Il n'avait pas eu le courage de ses
décisions et avait tenté de berner les plus démunis de
notre société en leur faisant croire qu'ils n'étaient pas
touchés par une mesure qui leur coûtait au total 31 000 000 $. La
moitié de toutes les compressions budgétaires que le gouvernement
a décidé de faire dans le budget de l'année
financière en cours n'ont pas été
révélée au public, aux journalistes, aux
députés de l'Assemblée nationale. Quand on gouverne, on
assume ses choix, on les explique et on en porte les conséquences. On
n'essaie pas de diluer ses responsabilités et de diluer ses choix pour
que les gens ne s'y retrouvent pas en se disant: Ils se trouveront bien
à un moment donné quand ils seront affectés plus
directement, quand la mesure les touchera de front, là, on leur
expliquera, mais, en attendant, ils ne sont pas obligés de savoir.
Mme la Présidente, ce comportement est inacceptable. Ce
comportement était inacceptable à l'égard des tarifs que
le gouvernement a décidé d'imposer. C'est un montant de 75 000
000 $ que le gouvernement va imposer. Le tarif des services gouvernementaux:
pas une précision dans le discours sur le budget, Mme la
Présidente. Pas une. Est-ce qu'on est d'accord avec cette façon
de diriger les affaires publiques et de gouverner le Québec?
De ce côté-ci de l'Assemblée nationale, on peut nous
faire bien des reproches, mais un des reproches qu'on ne peut pas nous faire,
c'est que pendant neuf ans où on a été à la
tête du gouvernement du Québec on n'a pas eu à
déplorer ce genre d'attitude de notre côté. On prenait des
décisions pas toujours faciles, pas toujours populaires, mais on
assumait nos choix politiques et nos responsabilités. On ne tentait pas
de faire accroire aux gens qu'on ne les affectait pas quand on les affectait.
On ne tentait pas de leur dissimuler la vérité. On ne tentait pas
de leur dissimuler le résultat réel de nos actions et de nos
décisions politiques.
Mme la Présidente, on a devant nous un gouvernement qui n'a pas
le courage de ses convictions, qui n'a pas le courage de ses décisions.
On voudrait aujourd'hui que nous approuvions un projet de loi qui, entre
autres, a permis à ce gouvernement de décréter une taxe en
n'utilisant même pas la procédure légale permise, en
n'ayant pas le courage de son choix politique, en utilisant un
arrêté en conseil qui n'est pas une décision qui peut
être discutée à l'Assemblée nationale, en utilisant
un arrêté en conseil qui a été par la suite rendu
public à la Gazette officielle.
À part les initiés, Mme la Présidente -vous
êtes une jeune députée - je ne sais pas si vous avez eu
l'occasion de lire la Gazette officielle, mais je ferais le pari que vous ne
l'avez pas lue comme probablement la majorité des nouveaux
députés n'a pas eu l'occasion de prendre connaissance de la
Gazette officielle. Je peux vous dire que la majorité des citoyens ne
sait même pas ce qu'est la Gazette officielle. Or, un gouvernement qui
utilise la Gazette officielle pour annoncer une décision
budgétaire de l'importance d'une taxe à la consommation est un
gouvernement qui n'a pas le courage de ses décisions politiques, qui n'a
pas le courage de faire face à l'électorat et de lui dire
après trois mois de son arrivée au pouvoir: Voici, nous avons
décidé, contrairement à ce qu'on vous disait pendant la
campagne électorale, de vous taxer plus. Contrairement à ce qu'on
a dit pendant des années, à l'époque où on
était dans l'Opposition, nous allons maintenant augmenter une taxe
à la consommation. Mais parce que c'était tellement
incohérent par rapport à leurs discours politiques, par rapport
à leurs engagements électoraux, parce que c'était
tellement odieux uniquement trois mois après les élections, parce
que c'était gênant, Mme la Présidente, on
préfère utiliser un artifice qui fait en sorte qu'on n'est pas
obligé, pense-t-on, qu'on peut s'éviter le fardeau de venir
discuter de l'augmentation de la taxe à l'Assemblée nationale.
C'est la raison pour laquelle fondamentalement nous allons voter contre cette
loi que nous avons à l'origine présentée au budget de l'an
dernier.
Une autre raison, et c'est la deuxième, à notre avis, qui
milite en faveur du choix que nous allons faire de voter contre ce projet de
loi, c'est la décision du gouvernement de retirer du projet de loi
initial une clause qui était une protection dans la négociation
constitutionnelle. À notre avis, cette décision est une
décision fondamentale avec laquelle nous sommes en profond
désaccord. Il y a eu, à cause de cette décision, la
démission du principal conseiller constitutionnel du gouvernement. Ce
n'est pas rien que le principal conseiller constitutionnel du gouvernement,
choisi à grands renforts de publicité - on en a fait largement
état, on a utilisé la réputation du professeur Léon
Dion pour se vanter du fait qu'on allait chercher les meilleures
compétences du Québec... Cette compétence
se dit, pas longtemps après son engagement, que cela n'avait pas
de bon sens, que ce gouvernement se comportait comme un amateur et, plus grave,
se comportait comme un incompétent qui mettait en cause et en danger la
position de négociation du Québec.
Une voix: C'est cela.
Une voix: Bravo!
M. Charbonneau: On voudrait que, de ce côté-ci de la
Chambre, on avalise cette décision.
Une voix: Jamais!
M. Charbonneau: Jamais, Mme la Présidente, on n'acceptera
que le gouvernement du Québec se place en position de faiblesse parce
que des gens ne connaissent pas leurs dossiers, parce que des gens sont
incompétents en matière de négociation, des gens qui nous
faisaient des leçons de négociation et dont le premier geste de
négociation a été de se mettre en position de faiblesse et
de dire au gouvernement fédéral: Éocutez, l'un des atouts
dans notre jeu, on vous le donne; on ne négocie même pas, on vous
le donne. On part la négociation en vous faisant un cadeau. Imaginez si
c'est une bonne attitude de négociation! C'est la seconde raison pour
laquelle nous allons voter contre ce projet de loi, un projet de loi qui, dans
le cas du camouflage, nous indique, quand on regarde l'ensemble des
décisions que le gouvernement a prises depuis cinq mois, que cette
attitude de camoufflage est une attitude généralisée de la
part du gouvernement. Lorsqu'on regarde la façon dont le gouvernement
négocie en matière constitutionnelle, on se rend compte que les
gestes qu'il pose depuis qu'il est en fonction, ce sont des gestes qui
affaiblissent notre pouvoir de négociation. Autant ce choix d'abandon de
la clause "nonobstant" est un choix qui place le Québec en position de
faiblesse en termes de négociation, autant le même
constitutionnaliste, engagé par le gouvernement et démissionnaire
maintenant, vient de dire, il y a à peine quelques jours, aux membres du
gouvernement et à l'opinion publique: Le gouvernement vient de commettre
une autre imprudence grave en surestimant l'importance du préambule
constitutionnel, en surestimant et en limitant la protection de
l'identité nationale québécoise, du caractère
distinct de cette...
La Vice-Présidente: Silence!
M. Charbonneau: ...société, de ce peuple...
La Vice-Présidente: À l'ordre, s'il vous
plaît! Je demanderais au député de
Verchères de s'en tenir à la loi modifiant diverses lois
fiscales et, en vertu de notre code, M. le député de
Verchères, il est bien spécifié que le discours doit
porter sur le sujet. Or, le sujet présentement, c'est la loi modifiant
diverses lois fiscales. Je vous demanderais, M. le député de
Verchères, de vous en...
M. Charbonneau: Mme la Présidente, c'est exactement ce que
je vais faire. Je vais vous rappeler qu'on discute du projet de loi 2 qui
abolit la clause "nonobstant". Or, l'abolition de la clause "nonobstant" est un
geste de mauvais négociateur et, ce que je vous disais à propos
d'un autre geste de mauvais négociateur, c'est que nous allons voter,
parce que ce n'est pas une erreur de parcours de la part du gouvernement
d'être un mauvais négociateur, il semble que ce soit l'attitude
qu'on ait décidé d'adopter. Voilà la raison pour laquelle
j'ai pris l'autre exemple qui a fait bondir quelques députés
libéraux. Mme la Présidente, le deuxième exemple
était pour vous illustrer à vous et à ceux qui nous
écoutent, et aux collègues d'en face, que nous avons devant nous
un gouvernement qui ne sait pas négocier et, chaque fois qu'il pose un
geste de négociation constitutionnelle depuis cinq mois, c'est un geste
qui affaiblit la position du Québec.
Sur ce, Mme la Présidente, je vais demander l'ajournement du
débat.
La Vice-Présidente: Merci, M. le député de
Verchères.
M. le leader adjoint du gouvernement.
M. Lefebvre: Mme la Présidente, avant qu'on ajourne,
est-ce que vous pourriez... Tout à l'heure, vous avez reporté le
vote sur la motion de report à demain. Est-ce que vous pourriez
spécifier de façon très claire que le vote est
reporté à demain matin, lors des travaux des affaires du jour? Je
dois vous dire que j'ai le consentement de l'Opposition sur cette motion.
La Vice-Présidente: Il y a consentement de
l'Opposition?
Une voix: Oui.
La Vice-Présidente: Donc, les travaux sont reportés
à demain matin, 10 heures, aux affaires du jour.
M. Lefebvre: C'est le vote sur la motion de report qui est
reporté à demain matin 10 heures. Merci.
La Vice-Présidente: Le vote sur la motion de report est
donc reporté à demain matin 10 heures aux affaires du jour.
M. Jolivet: Mme la Présidente...
La Vice-Présidente: Oui, M. le député de
Laviolette.
M. Jolivet: ...je voudrais demander l'ajournement du
débat, étant donné que j'aurai l'occasion de prendre la
parole lorsque vous reprendrez le débat sur cette motion.
La Vice-Présidente: Le débat est donc
ajourné à demain 10 heures.
(Fin de la séance à 22 h 2)