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(Quatorze heures dix minutes)
Le Président: À l'ordre, s'il vous plaît! Un
moment de recueillement. Veuillez vous asseoir.
Nous allons procéder aux affaires courantes. Déclarations
ministérielles.
Présentation de projets de loi, M. le leader du gouvernement.
M. Gratton: M. le Président, je vous prierais d'appeler
l'article d du feuilleton, s'il vous plaît.
Projets de loi 48,50 et 51
Le Président: À l'article d du feuilleton, M. le
ministre responsable de l'application des lois professionnelles présente
le projet de loi portant le numéro 48, Loi modifiant la Loi sur les
comptables agréés. M. le ministre.
M. Claude Ryan
M. Ryan: M. le Président, il me fait plaisir de
déposer le projet de loi 48, Loi modifiant la Loi sur les comptables
agréés.
Également, le projet de loi 50, Loi modifiant la Loi sur les
médecins vétérinaires et, enfin, le projet de loi 51, Loi
modifiant la Loi médicale.
Le Président: Si je comprends bien, plus d'un projet de
loi a été présenté. Trois, M. le ministre?
M. Gratton: M. le Président...
Le Président: M. le leader du gouvernement.
M. Gratton: Excusez-moi, M. le Président. Effectivement,
je pense qu'il s'agit de trois projets de loi dont l'objet est le même,
c'est-à-dire que les notes explicatives sont les mêmes. Il s'agit
des articles d, b et c du feuilleton. Si l'Assemblée y consentait, on
pourrait faire la présentation des trois en même temps.
Le Président: Pour le Journal des débats, je vais
quand même mentionner le titre de chacune des lois: À l'article b,
il s'agissait de la loi portant le numéro 50, Loi modifiant la Loi sur
les médecins vétérinaires. À l'article c du
feuilleton, M. le ministre responsable de l'application des lois
professionnelles présentait le projet de loi portant le numéro
51, Loi modifiant la Loi médicale. Ce sont les trois projets de loi que
le ministre a présentés. Est-ce que l'Assemblée accepte de
se saisir de ces trois projets de loi? M. le chef de l'Opposition. M. le leader
de l'Opposition. Adopté? M. le leader du gouvernement.
M. Gratton: Article j, M. le Président.
Projet de loi 55
Le Président: À l'article j du feuilleton, M. le
ministre de l'Énergie et des Ressources présente le projet de loi
portant le numéro 55, Loi modifiant la Loi sur le ministère de
l'Énergie et des Ressources. M. le ministre.
M. John Ciaccia
M. Ciaccia: M. le Président, ce projet de loi modifie la
Loi sur le ministère de l'Énergie et des Ressources pour
prévoir la constitution du Fonds d'information géographique et
foncière dont l'objet est le financement de biens et de services
concernant notamment la cartographie, la géodésie, la
télédétection, l'arpentage et le cadastre. Ce projet de
loi prévoit également les modes de gestion, de financement et
d'opération de ce fonds.
Le Président: Est-ce que l'Assemblée accepte de se
saisir du projet de loi 55? M. le leader de l'Opposition.
M. Gendron: Oui, M. le Président. Le Président:
Adopté. M. Gendron: Oui.
Le Président: Adopté. M. le leader du gouvernement
est-ce qu'il y a d'autres présentations de projets de loi? Alors nous
allons passer à l'étape du dépôt de documents. M. le
ministre responsable de l'application des lois professionnelles.
Rapport des activités de la CPOAQ
M. Ryan: J'ai l'honneur de déposer le rapport des
activités de la Corporation professionnelle des orthophonistes et
audiologistes du Québec pour l'année 1987-1988.
Le Président: M. le ministre, votre document est
maintenant déposé. M. le ministre des Transports. M. le leader du
gouvernement au nom du ministre des Transports.
États financiers de la Société
québécoise des transports
M. Gratton: Oui, M. le Président. Pour mon collègue
des Transports, je voudrais déposer les états financiers
consolidés de l'exercice terminé le 31 décembre 1987 de la
Société québécoise des transports.
Le Président: Le document de M. le ministre des Transports
est maintenant déposé. Est-ce
qu'il y a d'autres dépôts de documents?
Dépôt de rapports de commissions.
Dépôt de pétitions.
Cet après-midi il n'y aura pas d'intervention portant sur une
question de privilège, une violation de droit ou sur une question de
fait personnel.
Nous allons immédiatement procéder à la
période régulière de questions et de réponses
orales. Je vais reconnaître la première principale à M. le
chef de l'Opposition.
QUESTIONS ET RÉPONSES ORALES
Interprétation du concept de
société distincte
M. Chevrette: Merci, M. le Président. On apprenait la
semaine dernière que, malgré l'éternel optimisme du
premier ministre du Québec, la portée véritable du concept
de société distincte sera bel et bien établi par les
tribunaux. C'est ce que déclarait le premier ministre canadien sur les
ondes de CJMS à peine quelques minutes après la période de
questions en cette Chambre. Or, hier, de passage dans les Cantons de l'Est, le
premier ministre Mulroney indiquait très clairement que le concept de
société distincte incluait la réalité de sa
communauté anglophone, confirmant ainsi l'analyse du comité du
Sénat sur l'accord du lac Meech voulant que "ce concept de
société comprend la langue et la culture des
Québécois francophones, mais aussi celle de la minorité
anglophone." Est-ce que le premier ministre partage cette interprétation
du premier ministre canadien et ne convient-il pas que l'ajout de ce
véritable cheval de Troie à l'intérieur du concept,
pourtant déjà assez mal en point merci, peut contribuer à
affaiblir davantage ce qui en reste?
Une voix: Bravo!
Le Président: M. le premier ministre.
M. Bourassa: M. le Président, est-ce que je pourrais
souligner à mon honorable ami, bien simplement, que je ne reçois
pas beaucoup de questions de nature économique, juste en passant comme
ça.
Une voix:...
M. Bourassa: Mais justement.
Une voix: Quatrième.
M. Bourassa: Quatrième question. Merci, M. le
Président. Je vais être plus rapide dans mes réponses pour
la...
Une voix: C'est leur quatrième priorité.
M. Bourassa: On a toujours su, M. le Président, que
l'économie pour le Parti québécois était la
quatrième priorité.
Des voix: Ha, ha, ha!
M. Bourassa: Pour répondre directement maintenant au chef
de l'Opposition, ce n'est pas toujours facile de commenter des
déclarations qui sont faites. Il y en a plusieurs dizaines qui sont
faites chaque jour dans les différentes tournées des chefs
politiques fédéraux. Je dois répondre, sous toute
réserve du contexte dans lequel cette déclaration s'est faite et
du contenu qu'elle peut représenter. Le premier ministre du Canada a dit
hier que les anglophones faisaient partie de la société
distincte. Dans quel sens? C'est évident que les anglophones paient des
impôts comme tous les contribuables du Québec. Il n'y a pas de
distinction, notamment, également dans le cas du Code civil. Le Code
civil s'applique à tous les Québécois d'origine
francophone, anglophone ou d'autres origines ethniques. Dans ce sens-là,
c'est évident que les anglophones font partie de la
société distincte du Québec.
Le Président: M. le chef de l'Opposition, en
additionnelle.
M. Chevrette: M. le Président, le premier ministre s'est
levé la semaine dernière et se disait très optimiste que
la clause de société distincte primerait tout, primerait la
charte, et il se méfiait des prophètes de malheur, comme le
sénateur Murray, d'une série de bonshommes et de bonnes femmes
qui ont fait des déclarations à savoir que la
société distincte ça ne voulait pas dire grand-chose. Lui,
il a dit: Au contraire, ça veut dire quelque chose. Là, le
premier ministre canadien se réfère aux tribunaux. Et celui du
Québec vient nous dire qu'il est un peu d'accord avec le premier
ministre canadien qui parle de société distincte, mais que
ça comprend les anglophones. Dans quel intérêt, quelle
était sa volonté politique quand il a fait insérer sa
clause de société distincte qui semble ne vouloir rien dire au
reste du Canada? Quel était son objectif? Est-ce que c'était de
protéger la minorité anglaise du Québec ou la
majorité francophone du Québec?
Le Président: M. le premier ministre.
M. Bourassa: M. le Président, ce qui est écrit dans
l'accord du lac Meech, c'est la protection et la promotion du caractère
distinct du Québec. Le chef de l'Opposition arrive cet
après-midi, il cite une manchette de journal. On pourrait disserter
très longtemps là-dessus Je ne puis pas commenter les propos d'un
chef politique fédéral, il y en a constamment et je ne puis pas
les commenter sans avoir le contexte et les implications. Le gouvernement
fédéral, les trois partis au Parlement ont adopté l'accord
du lac Meech. Le chef de l'Opposition revient avec
la question de la charte et de la préséance de la charte
sur le caractère distinct. C'est une tout autre question. J'ai dit que
l'accord tel qu'il est actuellement, sans amendement comme certains
ténors de la politique fédérale le voudraient,
ratifié par huit provinces représentant 95 % de la population,
n'accorde pas préséance à la charte sur la clause de la
société distincte. Donc, dans ce contexte-là, c'est une
nouvelle assurance pour la promotion du caractère distinct du
Québec qui est la seule société à majorité
francophone à l'intérieur de la Fédération
canadienne. Il y a déjà une certaine assurance avec l'article 1
de la charte. L'accord du lac Meech est une nouvelle assurance et, finalement,
il y a la clause "nonobstant" qui est une troisième assurance, si on
peut dire, pour protéger ce caractère distinct. (14 h 20)
Le Président: M. le chef de l'Opposition, en
additionnelle.
M. Chevrette: M. le Président, je pense que le premier
ministre est un jovial iste quant au dossier constitutionnel. Ce n'est
même plus de l'optimisme. Comment le premier ministre du Québec
peut-il parler avec assurance, avec cet optimisme débordant? Il cite
lui-même les trois hypothèses de protection de la
société distincte. Il parle du "nonobstant" et les trois chefs
veulent le voir disparaître. Pour un, c'est un gâchis, l'autre dit
qu'il faut que ça disparaisse et M. Turner a dit: II faut que ça
disparaisse. Les trois chefs présentement dans la course à
l'élection fédérale!
Quant à la clause sur la charte, tout le monde s'entend, à
part lui, pour dire que la charte prime la clause de société
distincte et lui défend mordicus que sa clause sur la
société distincte a un certain sens. Le premier ministre
canadien, qui a signé avec lui, dit que cette clause-là
protège autant les anglophones que les francophones donnant ainsi raison
au comité sénatorial qui disait que ça défendait
autant les minorités des provinces que les majorités.
Qu'est-ce qu'il a obtenu concrètement pour la défense des
droits distinctifs des Québécois francophones?
Une voix: Bravo!
Le Président: M. le premier ministre.
M. Bourassa: II n'y a pas de surprise à ce que les
personnalités politiques mettent en relief le caractère unique de
la société distincte du Québec qui est composée
d'une majorité de francophones et d'une minorité d'anglophones.
Ils en font partie. Si ma mémoire est bonne, vous-même, dans le
préambule de la loi 101 telle qu'amendée...
M. Gratton: M. Godin s'en rappelle.
M. Bourassa: Le député de Mercier se souvient
sûrement de l'amendement apporté à cet égard, pour
faire part que la société québécoise comportait
également une minorité anglophone, dans le préambule de la
Charte de la langue française. Pourquoi ce débat aujourd'hui sur
des vérités de La Palice?
Quant à la protection des francophones et des anglophones dans
l'accord du lac Meech, tout le débat qu'on constate actuellement dans
plusieurs milieux tient au fait que, dans le cas des francophones, on parle non
seulement de protection, mais de promotion du caractère distinct, alors
que dans le cas des minorités, on parle de protection. Le chef de
l'Opposition est bien au courant des reproches de certains opposants à
l'accord du lac Meech selon lesquels, dans le cas des minorités, on ne
parle que de protection, alors que, dans le cas de la majorité
francophone, on ajoute la promotion à la protection. Je crois que c'est
M. Fernand Dumont qui disait à la commission parlementaire sur l'accord
du lac Meech qu'il avait été ému de cette clause donnant
le droit et le devoir au Parlement du Québec de promouvoir le
caractère distinct francophone, à toutes fins utiles, du
Québec.
M. le Président, ce que je dis là est également
confirmé non seulement par le gouvernement actuel, mais par d'autres
gouvernements. Je demanderais au chef de l'Opposition, pour être un peu
plus informé... Je ne le blâme pas. Comme chef de l'Opposition, il
doit s'occuper de tous les dossiers, de tous les ministères, surtout que
son président a refusé l'offre bienveillante que je lui avais
faite de venir ici à cette Assemblée...
M. Gratton: II travaillait à Ottawa. Des voix: Ha,
ha, ha! M. Bourassa: Dommage... Une voix: II travaillait à
Ottawa.
Le Président: En conclusion, M. le premier ministre.
M. Bourassa: M. le Président, on sait que j'avais
souhaité sa présence en cette Chambre pour la qualité des
débats économiques. Je le dis en toute franchise, sans
partisanerie.
Bon, revenons à la question de la société
distincte. Ce que je dis au chef de l'Opposition, c'est que ses recherchistes
pourraient prendre connaissance du rapport de M. Scott, Procureur
général, soumis à l'Assemblée législative de
l'Ontario, examinant en détail tous ces aspects: l'interprétation
par les tribunaux, la question de la protection et de la promotion, le fait que
dans l'accord actuel... C'est le Procureur général de l'Ontario
qui le dit. Je termine là-dessus, M. le Président. Je termine.
J'essaie d'être le plus concis parce que j'attends des questions
économiques du leader. La protection. Le Procureur
général de l'Ontario a dit lui-même qu'il n'y avait
pas préséance de la charte sur la clause de la
société distincte.
Le Président: M. le chef de l'Opposition, en
additionnelle.
M. Chevrette: M. le Président, le premier ministre devrait
commencer par lire les papiers de ses propres recherchistes. Le premier
ministre, qui soutient mordicus dans son argumentation que la clause
spécifique sur ta société distincte a priorité sur
la charte, est contredit par à peu près tout le monde.
J'espère que ses recherchistes lui donnent le contenu de cette
jurisprudence étalée à la fois par les politiciens et par
des constitutionnalistes aguerris et avertis.
Qu'aura le premier ministre pour défendre la
société distincte du Québec si la charte prime la clause
de la société distincte? Qu'aura le premier ministre entre les
mains pour se distinguer des autres communautés si la clause
"nonobstant" disparaît? Il ne restera absolument plus rien, M. le
Président, sauf son optimisme. Il devra admettre a posteriori qu'il
s'est fait avoir. Pourquoi hésite-t-il à ce moment-ci à
faire ce que le premier ministre canadien l'invite à faire à
toutes fins utiles en disant: Nous, les premiers ministres du Québec, de
l'Ontario et du Canada, faisons les lois, c'est à nos tribunaux de les
interpréter. Pourquoi hésite-t-il un instant, à ce
stade-ci, avant que ce soit entériné. Pourquoi hésite-t-il
à aller à la Cour d'appel pour avoir une interprétation
claire, précise et pour donner un sens concret à la
société distincte québécoise?
Le Président: M. le premier ministre.
M. Bourassa: M. le Président, ce que je voudrais dire au
chef de l'Opposition c'est que, si c'est vrai que la clause de la
société distincte est assujettie a la charte, pourquoi donc tous
les opposants veulent-ils un amendement? Pourquoi MM. Trudeau, Chrétien,
tous ceux qui s'opposent au Canada à l'accord du lac Meech, font-ils une
bataille de tous les instants et acharnée pour faire amender la charte
et faire en sorte que la clause de la société distincte soit
assujettie à la charte comme telle? Pourquoi cette bataille si le chef
de l'Opposition a raison comme quoi ce n'est pas le cas? Je pense que la
réponse est évidente, M. le Président.
Pour ce qui a trait à la clause "nonobstant", qui est l'autre
aspect, le chef de l'Opposition prétend que les trois chefs de parti se
sont prononcés contre la clause "nonobstant". J'ai dit, la semaine
dernière, M. le Président, que le premier ministre canadien
aurait probablement l'occasion de préciser sa pensée. Il l'a fait
à l'émission à laquelle faisait référence
tantôt le chef de l'Opposition, à l'émission de M. Proulx
à Radiomutuel, en disant que quand il parlait de gâchis, il
faisait référence au rapatriement unilatéral de la
constitution. Il ne faisait pas référence à la clause
"nonobstant". Il dit que son abolition n'est pas une priorité, mais que
quand il pariait de gâchis, c'est le rapatriement unilatéral de la
constitution auquel il faisait référence. Voilà la
précision du premier ministre du Canada que j'annonçais la
semaine dernière dans ma réponse.
M. le Président, ce que je dis également au chef de
l'Opposition, c'est que M. Broadbent, si je l'ai bien compris, a dit, lundi
soir, qu'il considérait la clause "nonobstant" utile pour
protéger les droits des francophones.
Le Président: M. le député de Lévis,
en principale. M. le député de Lévis, en principale.
L'utilisation des lignosulfonates sur les
routes
M. Garon: M. le Président, l'étude
déposée hier par le ministre de l'Environnement, nous a appris
certaines choses. Je ne sais pas si elle en a appris au ministre des Transports
et au ministre de l'Environnement. D'abord, cette étude
révèle que des applications qui ont été
effectuées au Québec avant 1986 étaient sur des sites
d'essai. Généralement, le ministère des Transports teste
ses produits sur de faibles distances. On parle d'application sur des sections
de routes. Quand le ministère des Transports effectue des
expériences de peinture sur les routes, il n'en applique pas sur 2000
kilomètres, il fait quelques lignes transversales sur la chaussée
comme il y en a actuellement sur le boulevard Laurentien. (14 h 30)
Également, le ministre de l'Environnement a parlé des
paramètres restreints de l'étude du Dr Delisle. Il aurait
avantage à analyser cette étude en comparaison avec celle
effectuée par son ministère en 1986 et qui est en fait une
description des essais réalisés par d'autres chercheurs. Cette
étude reconnaît d'ailleurs, à la page 13: "La
littérature scientifique sur le lignosulfonate montre une grande
différence dans les résultats et sur l'interprétation de
ses effets sur l'environnement. Mason et al. en 1981 font remarquer que les
résultats de toxicité trouvés à l'aide de la
liqueur de sulfite usée ne s'applique pas nécessairement aux
composés de lignosulfonate vendus comme abat-poussière. Les
lignosulfonates modifiés, vendus commercialement sont différents
chimiquement de la liqueur "spent sulfite liquor waste effluent". Cette
explication pourrait expliquer les contradictions apportées sur les
effets environnementaux des lignosulfonates. "
Selon nos informations, ce qu'il y a d'original dans l'étude du
Dr Delisle, c'est que ce dernier a effectué des tests en laboratoire qui
ont été vérifiés par Éco-Recherches Canada
à partir d'échantillons de lignosulfonates pris à la
sortie des camions qui en faisaient l'épandage en
1987.
Ma question au ministre des Transports est la suivante: Comment le
ministre des Transports peut-il expliquer qu'il a imposé à son
ministère des expériences de lignosulfonates sur 1695
kilomètres en 1987 et 1475 kilomètres en 1988, alors que les
expériences passées du ministère des Transports
s'effectuaient sur des distances très minimes? En, 1979, c'était
sur un kilomètre et, en 1983, en Abitibi, c'était sur une section
de route.
Le Président: M. le ministre des Transports.
M. Côté (Charlesbourg): Je ne peux que
répéter ce que j'ai dit au député de Lévis.
Il y a eu des expériences qui ont été menées en
Abitibi par Tembec. Il y a eu des conclusions qui, dans certains cas,
étaient probantes, en particulier venant de ce coin. On a
décidé, pour briser le monopole, de faire en sorte qu'on puisse
mener dans une plus large mesure, l'expérience à l'échelle
de toute la région du Québec-Sud. C'est ce qu'on a fait et,
finalement, les conclusions en 1988 sont différentes de celles de 1987.
Quant à l'étude Delisle à laquelle se réfère
le député de Lévis, je vais laisser répondre mon
collègue, le ministre de l'Environnement.
Le Président: Très brièvement, M. le
ministre de l'Environnement.
M. French: Ce ne peut toujours pas être plus court que la
question!
M. Lincoln: Je suis toujours très bref. Ce que je voudrais
dire au député de Lévis... M. le député de
Lévis, est-ce que vous écoutez? S'il vous plaît! Je vais
vous citer la page 10 du rapport de M. Claude Delisle, le rapport de septembre
1988, la mise à jour du rapport de novembre 1987. Je vais le lire, afin
qu'on finisse un peu ce débat. Je sais que la question vous
intéresse. Vous allez y revenir à tous les jours de
l'année. Je suppose que c'est la seule question qui vous
intéresse, maintenant.
Le Président: À l'ordre, s'il vous plaît!
M. Lincoln: Je cite.
Le Président: Brièvement, M. le ministre.
M. Lincoln: "Les résultats exposés
précédemment semblent indiquer que les épandages de
lignosulfonates ne doivent pas être pratiqués sans discernement.
Ils confirment la nécessité de vérifier et de
contrôler les répercussions environnementales de telle pratique.
Dans cette optique, nous jugeons essentiel de poursuivre des tests de
toxicité sur les différentes composantes des
écosystèmes - ce qui se fait - de suivre spatialement et
temporellement les répercussions environnementales associées
à l'épandage de lignosulfonates - ce qui se fait - de
réaliser une étude comparative des impacts sur l'environnement de
divers abat-poussière" - ce qui, je vous l'ai dit, est dans le programme
1989-1990. Je ne sais pas ce que vous cherchez, sinon des débats
inutiles.
Le Président: M. le député de Lévis,
en additionnelle.
M. Garon: Puisque le ministre de l'Environnement est intervenu...
Pourquoi le ministre de l'Environnement n'a-t-il pas fait effectuer une
étude d'impact sur l'utilisation des lignosulfonates comme
abat-poussière dès qu'il a pris connaissance des conclusions de
l'étude du Dr Delisle - étant donné qu'il savait que le
ministère des Transports faisait cela sur 1695 kilomètres - qui
dit, justement, "de poursuivre des tests de toxicité sur les
différentes composantes des écosystèmes"?
Le Président: M. ministre de l'Environnement.
M. Lincoln: La raison est bien simple. D'abord, la loi ne le
prévoit pas. On n'a pas besoin d'études d'impact.
Deuxièmement, le professeur Delisle lui-même dit qu'il n'a pas
besoin d'études d'impact. Il a dit: "des tests." C'est cela qu'on a
fait. Vous avez même eu le rapport du ministère de l'Environnement
que j'ai déposé hier. Il y a eu deux rapports du ministère
de l'Environnement. Vous les avez lus. Ensuite, on est en train de faire des
tests continus. On fait une programmation spéciale pour l'année
prochaine, en 1989-1990, afin d'évaluer tous les abat-poussière
au Québec conformément à ce que le Dr Delisle
suggère lui-même. Donc, on fait ce que le Dr Delisle
suggère lui-même. Donc, on fait ce que le Dr Delisle demande. Je
ne sais pas ce à quoi vous voulez en venir.
Le Président: M. le député de Lévis,
en additionnelle.
M. Garon: Le ministre des Transports peut-il nous dire si les
barrières qu'il y avait à son ministère, tel qu'il l'a
indiqué en commission parlementaire, et qui empêchaient
l'utilisation des lignosulfonates - c'est lui qui a dit cela en commission
parlementaire le 13 octobre dernier - s'appuyaient sur une étude interne
du ministère des Transports de 1980 qui disait: "Chapitre III,
conclusion 3.1: II nous est cependant difficile de le recommander."
Le Président: M. le ministre des Transports.
M. Côté (Charlesbourg): Oui, M. le Président.
Mais comme il a pu le constater, sur le plan politique, depuis 1980, il y a
bien des choses qui ont évolué, même au ministère
des
Transports.
Le Président: M. le député de Lévis,
en additionnelle.
M. Chevrette: ...la pollution en se donnant l'image...
M. Garon: Considérant les incertitudes qui existaient en
1986 sur les dangers que pouvait représenter l'utilisation des
lignosulfonates - page 13 du rapport déposé le 26 octobre 1988
par le ministre de l'Environnement - qu'est-ce qui a poussé le ministre
des Transports à réaliser des expériences sur une aussi
vaste échelle pendant deux ans?
Le Président: M. le ministre des Transports.
M. Côté (Charlesbourg): M. le Président, ou
le député de Lévis est sourd ou il ne veut pas
comprendre.
Une voix: C'est l'un des deux.
M. Côté (Charlesbourg): C'est clair?
Le Président: A l'ordre! À l'ordre! À
l'ordre, s'il vous plaît!
M. Côté (Charlesbourg): Je l'ai dit: Vous êtes
le député qui, la semaine dernière, vous êtes
levé pour critiquer un monopole de transport d'automobiles exclusivement
réservé aux gens de l'Ontario. Qui défendez-vous lorsque
vous vous levez pour poser ces questions sur le calcium? Défendez-vous
quelqu'un?
Le Président: À l'ordre, s'il vous plaît!
M. Côté (Charlesbourg): Oui. Vous auriez dû le
défendre en 1979, 1980, 1982 et 1984. Dans ce sens-là, si vous
défendez quelqu'un, dites-le maintenant, on saura pourquoi vous posez
les questions.
Des voix: Bravo! Bravo!
Le Président: Je vais reconnaître la
troisième question principale à M. le whip de l'Opposition.
Spéculation sur des terrains
environnant le centre de ski de
Petite-Rivière-Saint-François
M. Brassard: M. le Président, je voudrais poser une
question à caractère économique au premier ministre.
Des voix: Bravo! Bravo!
Le Président: À l'ordre, s'il vous plaît!
À l'ordre, s'il vous plaît!
M. Brassard: Le 20 septembre dernier, on apprenait que des
organisateurs libéraux très bien connus du premier ministre
puisque l'un d'eux, M. Charles Rondeau, est secrétaire de la commission
des finances du parti, se seraient mis en conflit d'intérêts en
spéculant sur des terrains qui environnent le site d'un vaste projet de
station de ski à la Petite-Rivière-Saint-François. Selon
le ministre des Transports d'ailleurs, les bulldozers devaient
déjà être dans la montagne dès le printemps 1988, ce
qui n'est pas le cas. On sait que le premier ministre s'est engagé
à faire toute la lumière sur cette question et sur cette affaire.
Ma première question: Le premier ministre peut-il aujourd'hui nous
confirmer et confirmer à cette Chambre que ses organisateurs
libéraux n'ont en aucun cas bénéficié
d'informations privilégiées pouvant conduire à
différentes spéculations sur les terrains environnant
Petite-Rrvière-Saint-François.
Le Président: M. le premier ministre.
M. Bourassa: M. le Président, je vais faire une confidence
au député de Lac-Saint-Jean, lui qui pose toujours ses questions
d'une façon percutante et, à l'occasion même,
littéraire. Je voudrais lui dire le plus discrètement possible
que celui qui a commandé une étude de faisabilité sur ce
développement est juste devant lui, c'est l'honorable chef de
l'Opposition qui a commandé cette étude en 1982...
Des voix: Ha!
Le Président: À l'ordre! À l'ordre!
M. Bourassa: ...à l'entreprise Roche et
associés.
Le Président: À l'ordre, s'il vous plaît! M.
le premier ministre. (14 h 40)
M. Bourassa: M. le Président, j'ai toujours
souhaité que le député de Lac-Saint-Jean exerce son
rôle d'inquisiteur ou de protecteur de la vertu civique au sein de
l'administration avec la plus grande vigilance, mais je dois constater qu'il
n'a pas beaucoup de boulot, étant donné la transparence et la
qualité de l'administration. La plupart des terrains en question - tout
cela a été dit publiquement, ont été achetés
sous l'administration précédente. En 1979, là, 1 y a des
chiffres qui ont été donnés. En 1974, 1 y a eu une
expropriation qui a été farte, cela fait au-delà de
quatorze ans. La grande majorité des terrains ont été
acquis en 1979 et 1980, I y a environ dix ans, M. le Président. Il ne
faut tout de même pas exagérer! Ce que demande le
député de Lac-Saint-Jean, c'est s'il y a eu des informations
privilégiées en 1979 et 1980 lorsque les terrains ont
été achetés? Bon, M. le Président! Alors, ce que je
dis au député de Lac-Saint-Jean c'est que, malgré toute ma
bonne volonté, c'est
difficile de le prendre au sérieux de la façon dont il
pose les questions. Les informations privilégiées existaient au
moment où lui-même était ministre ou député,
où le chef de l'Opposition était député ou
ministre, puisque c'est le bouillant député de Joliette qui a
lui-même demandé cette étude en 1983.
Le Président: En conclusion, M. le premier ministre.
M. Bourassa: Alors, je veux simplement dire, pour répondre
à la question du député de Lac-Saint-Jean que, s'il parle
d'informations privilégiées en 1979-1980, il doit interroger ses
propres collègues plutôt qu'interroger le gouvernement actuel.
Le Président: M. le whip de l'Opposition en
additionnelle.
M. Brassard: M. le Président, le premier ministre
pourrait-il faire la différence entre des informations sur un projet
hypothétique sur lequel on n'a même pas encore d'étude de
faisabilité - c'était le cas dans le temps - et sur un projet
précis avec des investisseurs précis pouvant être
réalisé dans l'immédiat avec des bulldozers dans la
montagne, selon le ministre des Transports? J'espère que le premier
ministre est capable de faire la différence entre ces deux choses. La
question que je lui pose bien précisément est très claire.
Le premier ministre ne reconnaît-il pas que j'ai raison d'être
vigilant puisque lui-même, en tant que premier ministre du Québec,
a demandé à un service du ministère de la Justice de faire
une enquête approfondie sur les transactions immobilières à
Petite-Rivière-Saint-François, qu'il s'était engagé
à rendre publique? Ma question est très simple. Ce rapport
lavez-vous entre les mains et quand allez vous le rendre public et le
déposer en cette Chambre?
Le Président: M. le premier ministre.
M. Bourassa: M. le Président, je suis ému de cette
expression de solidarité du député de Lac-Saint-Jean. Tous
les deux ensemble nous travaillons à la transparence de l'administration
gouvernementale. Nous avons fait cette demande, comme cela se fait assez
régulièrement lorsqu'il y a possibilité de
spéculation. Si ma mémoire est bonne, vous l'avez fait
vous-même dans le cas du projet Archipel. Vous avez fait exactement ce
qui a été fait par le gouvernement actuel. Vous avez
examiné les possibilités de spéculation. Une
première partie de l'enquête a été
complétée. Je n'ai pas les terrains ici, je pourrai
répondre demain ou la semaine prochaine, ou vous faire parvenir comme
d'habitude, parce que nous entretenons une correspondance assez suivi le
député de Lac-Saint-Jean et moi-même, les demandes
d'informations additionnelles. Nous avons demandé des informations
additionnelles sur un certain nombre de lots ou de terrains. Je crois que la
réponse devrait avoir été reçue ces jours-ci.
Alors, je ferai parvenir les lots en question. Et on n'a aucune objection, M.
le Président, nous l'avons dit, à ce que cette étude soit
rendue publique. Les recherchistes ou les journalistes de Radio-Canada ont pu
prendre connaissance de toutes les informations. Alors, je n'ai aucune
espèce d'objection - ce sont des documents publics à toutes fins
utiles - à ce que le député de Lac-Saint-Jean puisse en
prendre connaissance.
Le Président: M. le whip de l'Opposition, en
additionnelle.
M. Brassard: M. le Président, je n'ai pas objection
à poursuivre une correspondance, des échanges épistolaires
avec le premier ministre, mais dans ce cas bien précis, je lui
demanderais de s'engager à déposer ce rapport - lorsqu'il sera
complété - en Chambre, à l'Assemblée nationale,
pour que tout le monde intéressé par cette question puisse en
prendre connaissance.
Le Président: M. le premier ministre.
M. Bourassa: Je pense que j'ai répondu tantôt. C'est
mon intention de le faire. Je veux quand même vérifier simplement
avec le secrétaire général quelles peuvent être les
implications juridiques d'un tel dépôt. Je n'en vois pas,
étant donné que ce sont des documents publics, mais je pense que
c'est une précaution élémentaire qu'on doit prendre. Cela
m'étonnerait beaucoup que nous ne puissions pas rendre public ce
document. Mais ce que je voudrais signaler, parce qu'il en va de
l'intégrité de plusieurs personnes et que c'est tellement facile
de laisser planer le doute sur des individus, cela s'est fait
fréquemment, je voudrais quand même signaler qu'il s'agit de
terrains achetés il y a dix ans. Je ne voudrais pas qu'on laisse planer
le doute sur l'intégrité de personne alors que, selon toutes les
informations que nous avons obtenues à ce jour, il n'y a aucune
espèce de fondement. Comment voulez-vous qu'une expropriation qui a eu
lieu en 1974, qui a donné lieu à des achats sous l'ancien
gouvernement, il y a environ dix ans, comment voulez-vous sérieusement
et honnêtement parler de spéculation?
Le Président: Je vais reconnaître cet
après-midi la quatrième... M. le whip de l'Opposition en
additionnelle.
M. Brassard: Est-ce que le premier ministre est disposé
maintenant...
Le Président: M. le whip de l'Opposition, en
additionnelle.
M. Brassard: ...à indiquer à cette Chambre
les éléments sur lesquels il s'est appuyé pour
demander une enquête?
Le Président: M. le premier ministre.
M. Bourassa: J'ai répondu tantôt que c'était
une coutume qui existait lorsqu'il y a de grands, d'importants
développements immobiliers qu'il y ait des vérifications qui
soient faites au registre, qu'il y ait des vérifications qui soient
fartes sur le plan immobilier. Vous l'avez fait vous-mêmes. Est-ce que
vous aviez des doutes dans le cas du projet Archipel? Est-ce que vous aviez des
soupçons sur certains de vos collaborateurs ou organisateurs? Pourquoi
l'avez-vous fait dans le cas d'Archipel? On l'a probablement fait pour les
mêmes raisons que vous.
Le Président: En principale? Je vais reconnaître la
quatrième question principale à M. le leader de l'Opposition. M.
le leader de l'Opposition, en quatrième principale.
Grève des étudiants des cégeps et
rencontre avec le ministre
M. Gendron: Le mouvement de grève des étudiants en
faveur d'une réforme du régime d'aide financière
s'amplifie dans les cégeps du Québec. Déjà, une
trentaine d'institutions sont touchées. Les associations
étudiantes vont se réunir à nouveau samedi pour
décider de l'opportunité de déclencher une grève
générale illimitée. On sait par ailleurs que le ministre
de l'Enseignement supérieur et de la Science a rencontré hier
soir les représentants des associations étudiantes universitaires
et non collégiales pour discuter de cette question. Ma question est
très simple. Est-ce que le ministre de l'Enseignement supérieur
et de la Science peut s'engager immédiatement à rencontrer avant
samedi les représentants des étudiants de cégeps
touchés par les grèves, notamment l'ANEQ, de façon
à amorcer un dialogue et possiblement éviter que le conflit ne
prenne des proportions regrettables.
Le Président: M. le ministre de l'Éducation, de
l'Enseignement supérieur et de la Science. M. le ministre.
M. Ryan: Effectivement, M. le Président, j'ai
rencontré hier soir des dirigeants d'associations d'étudiants
universitaires de huit établissements différents qui avaient
choisi d'adopter une ligne de conduite responsable. Avant d'inviter leurs
membres à prendre des décisions, ils sont venus s'informer de la
ligne de conduite du gouvernement. Je les ai reçus dès qu'ils ont
présenté une demande de rencontre. J'ai été
très heureux d'aménager cette rencontre par
l'intermédiaire de mon cabinet. Nous avons passé deux heures
ensemble et ils sont repartis vers leurs associations respectives. Ils auront
en main de nombreux renseignements à communiquer à leurs membres
de manière que ceux-ci puissent prendre des décisions
éclairées. Je les félicite de l'attitude qu'Hs ont prise.
Je ne sais pas quelles recommandations ils présenteront à leurs
membres. C'est leur droit de décider de ces choses, je n'ai rien
à voir là-dedans. Mais au moins, cela s'est fart de
manière responsable et civilisée.
L'ANEQ, le député d'Abitibi-Ouest sait sans doute que je
l'ai rencontrée il y a dix jours. J'ai eu une rencontre avec l'ANEQ qui
a duré deux heures. Nous avons fait le tour de tout le problème.
À la fin de la rencontre, un porte-parole a prétendu
résumer ce qui avait été dit. Dès que j'ai entendu
le début du résumé, je lui ai dit qu'il serait plus
sûr que je le fasse par écrit.
Le Président: En conclusion, M. le ministre.
Des voix:...
M. Ryan: Non, non!
Le Président: En conclusion, M. le ministre. (14 h 50)
M. Ryan: Je lui ai écrit le lendemain pour lui donner un
résumé écrit honnête de ce qui avait
été dit du point de vue du gouvernement. Dans cette lettre, dont
vous avez copie - j'en ai fait distribuer une copie à tous les membres
de la Chambre - ils ont tous les éléments de la position
gouvernementale. Si l'ANEQ veut discuter d'éléments nouveaux, je
n'ai pas d'objection à les rencontrer. Je ne suis pas là
seulement pour recevoir des appels m'indiquant de me présenter à
tel ou tel endroit, à telle ou telle heure. Quand on aura des
éléments sérieux, le téléphone existe, et
s'il y a matière à rencontre, je le ferai avec grand plaisir,
comme c'est toujours mon habitude.
Le Président: M. le leader de l'Opposition, en
additionnelle.
M. Gendron: Est-ce que le ministre ne convient pas que les
étudiants voudraient peut-être qu'il les rencontre moins, mais
qu'il agisse un peu plus? Ce que veulent les étudiants, ce n'est pas de
vous voir énoncer à nouveau vos quatre beaux grands principes.
C'est vous qui avez pris l'engagement qu'il y aurait une réforme des
services de prêts aux étudiants. La question: Ne croyez-vous pas,
M. le ministre, que c'est justement pour ça qu'ils vous laissent voir
qu'ils ne sont pas satisfaits que vous ayez rappelé vos quatre grands
principes dans votre lettre que j'ai reçue et qui est assez longue?
Effectivement, pour un résumé, c'est difficile d'être plus
complet que ça. Est-ce que vous ne convenez pas que tant que ces gens ne
connaîtront pas concrètement les hypothèses sur lesquelles
vous travaillez, si jamais vous travaillez à la réforme,
ça pourrait contribuer à arrêter le mouvement?
Le Président: M. le ministre de l'Éducation, de
l'Enseignement supérieur et de la Science.
M. Ryan: Une chose est sûre, c'est que nous ne pouvons pas
faire connaître une réforme tant que les éléments
essentiels n'en ont pas été arrêtés avec
l'approbation de toutes les instances compétentes du gouvernement. C'est
ce que j'ai dit aux étudiants depuis le début. Si vous vous
donnez la peine de lire toute la correspondance qui a été
échangée sur ce sujet, vous verrez qu'il y a une
continuité irréprochable dans la position du gouvernement depuis
le début. Il y a un point, et je veux le clarifier pour que ce soit net
pour tout le monde. On dit: II avait promis de publier un énoncé
d'orientation à l'été 1988. C'est faux, on m'a
proposé ça comme objectif et j'ai dit: Oui, c'est un objectif
raisonnable et souhaitable. Je ne pouvais pas m'engager à le faire parce
que j'étais trop conscient des contraintes inhérentes à
l'appareil gouvernemental. J'ai dit: On travaillera le plus fort possible. Et
là, je leur ai répété récemment que j'ai des
bonnes raisons de penser que nous pourrons publier cet énoncé
d'ici la fin de 1988. Quand on regarde la manière dont fonctionnent les
échéanciers gouvernementaux, c'est assez convenable, et je n'en
rougis d'aucune manière.
Le Président: M. le leader de l'Opposition, en
additionnelle.
M. Gendron: Au moment où il a pris l'engagement de faire
une réforme, le ministre ne connaissait-il pas la façon dont
fonctionnent effectivement les échéanciers gouvernementaux? En
conséquence, parce que vous le saviez, vous saviez très bien
qu'il était important de rapidement jeter les bases d'un
aménagement nouveau de la réforme des prêts
étudiants, c'est à ça que vous vous êtes
engagé, et je ne vois pas en quoi, à moins, encore une fois...
C'est là ma question: Dans le fond, le ministre n'a-t-il pas, encore une
fois, concrètement l'intention de laisser échapper l'engagement
qu'il a pris avant la prochaine élection?
Le Président: M. le ministre de l'Éducation, de
l'Enseignement supérieur et de la Science.
M. Ryan: En matière d'échéancier, je vais
rappeler brièvement les faits au député d'Abitibi-Ouest.
Pendant la première année de notre mandat, nous avons dû
consacrer l'essentiel de notre énergie à remettre de l'ordre dans
le fouillis administratif que vous nous aviez laissé. Vous en convenez.
Au terme de cette première année, j'avais rencontré des
représentants de l'ANEQ et je leur ai dit: On va entreprendre
sérieusement le travail, mais je vous préviens d'avance, c'est un
travail d'une couple d'années. Regardez, c'est exactement ce qui se
passe. Il n'y a pas de malentendu, sauf celui que certains veulent créer
artificiellement.
Le Président: M. le leader de l'Opposition, en
additionnelle.
M. Gendron: Non, tout va bien...
Le Président: Si vous me permettez... À l'ordre,
s'il vous plaît! Je vais reconnaître la cinquième principale
à M. le député d'Anjou. M. le député
d'Anjou.
Nouvelles orientations à l'Office
franco-québécois pour la jeunesse
M. Larouche: M. le Président, ma question va
intéresser aussi les jeunes, elle s'adresse au ministre des Affaires
internationales et concerne l'Office franco-québécois pour la
jeunesse. On sait que le rôle de cet office est de promouvoir des projets
communs, autant au niveau éducatif que culturel, en favorisant des
échanges entre les jeunes du Québec et ceux de la France.
Historiquement, la création d'un tel organisme a contribué
à consolider le rôle du Québec sur la scène
internationale. De plus, son mandat a permis aux jeunes Québécois
de faire preuve d'initiative et d'audace en vue d'une ouverture plus grande sur
le monde. Le ministre des Affaires internationales nous indiquait
récemment qu'il proposerait de nouvelles orientations à l'Office
franco-québécois pour la jeunesse. Peut-il nous indiquer quels
sont les avantages de ces nouvelles orientations et nous renseigner sur leur
portée pour l'avenir?
Le Président: M. le ministre délégué
aux Affaires internationales. M. le ministre.
M. Vallerand: M. le Président, j'aimerais tout d'abord
féliciter le nouveau député d'Anjou pour sa question. Cela
souligne son intérêt pour la chose internationale et la
défense des dossiers des jeunes. Comme nouveau député,
c'est vraiment exemplaire.
Il a été écrit récemment que je voulais
dépoussiérer l'Office franco-québécois pour la
jeunesse. J'aimerais dire tout d'abord que je n'ai jamais utilisé ce
terme parce que je suis très respectueux des personnes qui ont
oeuvré à l'office depuis plus de 20 ans maintenant et très
respectueux également de ses résultats. L'intention, M. le
Président, convenue avec mon collègue, M. Bambuck de France, est
de tenter, disons, d'actualiser la mission de l'Office
franco-québécois pour la jeunesse, non pas de la remettre en
question, mais strictement de l'actualiser en fonction des impératifs
d'aujourd'hui. Et, deuxièmement, d'examiner quelles sont les ressources
additionnelles qu'on pourrait engager pour assurer plus ou moins la
pérennité d'une coopération France-Québec qui a
donné des résultats plus que satisfaisants. Merci.
Le Président: Je vais reconnaître une
question principale à M. le député de Bertrand. M.
le député de Bertrand.
Ouverture des établissements commerciaux le
dimanche
M. Parent (Bertrand): M. le Président, il y a à
peine 48 heures, dans cette Chambre, le ministre de l'Industrie et du Commerce
refusait d'informer l'Assemblée sur sa solution-miracle concernant les
heures d'affaires et ce, pas avant une semaine, sort avant qu'elle soit soumise
au Conseil des ministres. Pourtant, il y a quelques heures, le miracle a
été étalé au grand jour et la solution du ministre
- malgré un très large consensus de fermer le dimanche - est
à l'effet d'ouvrir le dimanche. Comment le ministre de l'Industrie et du
Commerce peut-il présenter à la population du Québec une
solution qui va à rencontre du consensus général?
Le Président: M. le ministre de l'Industrie et du
Commerce. M. le ministre.
M. MacDonald: II est évident, M. le Président,
qu'il y a différentes interprétations de ce que peut être
un consensus général. Et je crois que dans la recherche d'une
solution à un problème difficile, un problème où
nous avons établi dès le départ qu'il était
impossible de satisfaire tous les intervenants, qu'il était
également impossible de revenir 20 ans en arrière par des
fermetures totales de services dont a besoin une population qui a changé
son mode de vie ou d'aller, sans par contre céder, à une
libéralisation globale à laquelle la population de la province de
Québec n'est pas encore prête non plus et ne désire pas
voir imposer, il y avait et il y a un juste milieu. Et c'est dans ce sens que
nous avons proposé une solution qui ne se veut pas finale et où
il peut y avoir certaines modifications apportées et une solution qui,
si j'ose croire les commentaires que nous avons reçus verbalement et qui
ont été signifiés publiquement par certains aujourd'hui et
hier, rencontre, il semblerait, un consensus très
généralisé dans plusieurs milieux.
Le Président: M. le député de Bertrand, en
additionnelle.
M. Parent (Bertrand): M. le Président, le ministre
s'était engagé à consulter toutes les parties. Ne
trouve-t-il pas que les principaux intéressés qui sont les
travailleurs et les travailleuses du Québec qui sont impliqués
dans ces modifications importantes... Est-ce que ces travailleurs-là ont
été consultés et est-ce qu'ils sont d'accord avec la
proposition du ministre actuellement?
Le Président: M. le ministre de l'Industrie et du
Commerce.
M. MacDonald: Nous avons consulté des représentants
de travailleurs syndiqués et de travailleurs non syndiqués de
plus d'une centrale et à plus d'une reprise et je crois que nous aurons
encore des conversations avec eux avant la fin de la semaine et avant que le
dossier soit présenté au Conseil des ministres mercredi
prochain.
J'ai dit qu'il était évident que certaines organisations
de travailleurs qui représentent des nombres qu'on peut appeler
imposants mais qui sont peut-être moins imposants mis en relation avec la
totalité des travailleurs de ce secteur, avaient déjà
formulé leur position et je ne m'attendais pas qu'ils sautent de joie et
d'euphorie à la recommanation de la situation. (15 heures)
Le Président: M. le député de Bertrand, en
additionnelle.
M. Parent (Bertrand): Comment le ministre peut-il
prétendre satisfaire la plupart des intervenants quand on sait que 88 %
des détaillants qui sont des propriétaires d'entreprises
touchées par cette modification sont contre l'ouverture le dimanche, que
l'ensemble des travailleurs et des travailleuses du Québec sont contre?
Quel groupe favorise-t-il exactement en allant vers la solution d'ouvrir le
dimanche, même s'il annonce que c'est une solution dite partielle,
c'est-à-dire d'ouvrir six heures le dimanche? Comment le ministre
peut-il penser proposer une telle solution à l'ensemble des
Québécois en tranchant à moitié, en ouvrant la
moitié de la journée?
Le Président: M. le ministre de l'Industrie et du
Commerce.
M. MacDonald: La formation à laquelle vous appartenez a
peut-être été habituée aux solutions extrêmes.
Dans cette situation, je l'ai mentionné, il n'y avait pas de place pour
les solutions extrêmes. En deuxième lieu, si vous voulez voir s'il
y a représentativité chez ceux qui se prononceront sur le
dossier, il y a encore des groupes d'employeurs, il y a des groupes
d'employés, il y a des associations, par exemple l'Association des
détaillants en alimentation, qui représentent un très
grand nombre d'employeurs, qui ont encore à se prononcer. Je pense qu'il
y aurait lieu, vous comme moi, d'attendre leur réflexion publique sur le
sujet qui devrait normalement arriver aujourd'hui ou demain.
Le Président: Je vais reconnaître M le chef de
l'Opposition, en additionnelle.
M. Chevrette: Oui, M. le Président J écoutais le
ministre la semaine dernière dire qu'avant de prendre une
décision, ce qui importait pour lui, c'était de connaître
l'opinion des travailleurs. Il n'a pas entendu aucune opinion de travailleurs.
Il n'a pas convoqué de commission parlementaire pour permettre aux
travailleurs de s'expliquer. Il
n'a pas donné toutes les implications sur les normes minimales du
travail. Comment se fait-il, s'il y a autant de transparence qu'il y en a de ce
côté-là, que vous ne demandiez pas au moins aux
travailleurs de venir s'exprimer devant la commission parlementaire?
Le Président: M. le ministre de l'Industrie et du
Commerce.
M. MacDonald: II est évident que le chef de l'Opposition
n'a pas écouté les réponses que j'ai données aux
premières questions du député de Bertrand. J'ai
rencontré, je vous l'ai mentionné, des représentants des
grandes centrales. J'ai rencontré des représentants
d'unités syndicales. J'ai rencontré également des
employés d'entreprises qui n'étaient pas syndiqués. Et je
les ai rencontrés à plus d'une reprise. J'ai reçu leurs
représentations. Je leur ai présenté ce qui pouvait
être une fourchette de solutions recherchant un moyen terme. M. le chef
de l'Opposition, nous les avons rencontrés et nous allons encore les
rencontrer avant que nous finalisions une représentation au Conseil des
ministres.
Le Président: M. le député de
Jonquière, en principale.
Fermeture de l'usine Alcan à
Jonquière
M. Dufour: Merci, M. le Président. Selon le Centre de
main-d'oeuvre du Canada, il y a eu, entre 1985 et 1987, 866 pertes d'emplois
à Alcan de Jonquière, occasionnées par la rationalisation
des opérations et l'augmentation de la productivité. Lors du
forum sur la survie du béluga à Tadoussac, le ministre de
l'Environnement a déclaré, et je cite: "II n'est pas question
qu'Alcan poursuive ses activités à son usine de Jonquière
lorsque l'aluminerie non polluante de Laterrière sera en
opération." Cette déclaration a semé la consternation chez
les gens de Jonquière et de la région à l'annonce de la
fermeture de onze salles de cuves, ce qui occasionnera une perte additionnelle
de 1500 emplois industriels. Par sa déclaration, le ministre de
l'Environnement confirme sa responsabilité directe dans la fermeture des
salles de cuves sans égard aux travailleurs. Ma question s'adresse au
ministre de l'Environnement. Puisque ces pertes d'emplois étaient
connues et prévisibles depuis 1985, est-ce que je pourrais savoir ce que
le ministre de l'Environnement a fait pour que son gouvernement crée de
nouveaux emplois de façon à pallier cette importante perte
d'emplois à Jonquière?
Le Président: M. le ministre de l'Environnement.
M. Lincoln: Ce que j'ai annoncé, M. le Président,
c'est exactement ce qu'Alcan elle-même a dit. Alcan bâtit une
nouvelle usine pour remplacer l'usine de Jonquière. Et nous insistons
pour que la nouvelle usine soit l'usine de production principale d'Alcan dans
la région. Cette usine sera une usine non polluante. On ne peut pas
continuer avec une usine qui continue à polluer au degré que
l'usine d'Alcan le fait aujourd'hui. Je pense que c'est reconnu par les
dirigeants d'Alcan qui étaient présents lorsque j'ai parlé
là-bas. J'ai parlé à certains d'entre eux qui m'ont dit
qu'ils avaient accepté ce que j'avais dit avec beaucoup d'ouverture. Ils
étaient là, le Dr Kelly entre autres, qui s'occupe des questions
d'environnement chez Alcan.
Le Président: M. le député de
Jonquière, en additionnelle.
M. Dufour: Je pense qu'Alcan est capable de faire ses messages
toute seule. Si c'est vrai, pourquoi le président de la
Fédération des syndicats du secteur de l'aluminium a-t-il pris la
peine de vous envoyer une lettre de 17 pages avec des annexes pour vous
expliquer ce qui se produisait dans cette question-là? Pourquoi Alcan
est-elle obligée de faire des mises au point concernant votre
déclaration parce qu'elle n'a jamais parlé de onze salles de
cuves? Ce n'est jamais ce qu'elle a dit. Quelle réponse ferez-vous
à M. Lévis Desgagnés, le président de la
Fédération des syndicats du secteur de l'aluminium?
Le Président: M. le ministre de l'Environnement.
M. Lincoln: Le président du syndicat m'a écrit. Je
vais examiner la lettre et je vais lui répondre à lui. Je ne vous
dirai certainement pas la réponse que je ferai au syndicat. Je la lui
ferai. C'est lui qui m'a écrit, il ne vous a pas écrit à
vous. S'il vous écrit, vous lui répondrez. Il m'a écrit et
je lui répondrai. C'est tout.
Le Président: M. le député de
Jonquière, en additionnelle.
M. Dufour: Par les déclarations que le ministre vient de
faire, est-ce qu'il ne reconnaît pas qu'en plus d'admettre qu'il a une
grande langue, il est irresponsable?
Une voix: Bravo!
Le Président: M. le ministre de l'Environnement.
M. Lincoln: La réponse est très clairement non. Je
laisserai le public du Québec juger. Je crois que le public du
Québec jugera.
Une voix: Cela s'en vient bien.
Le Président: Je vais maintenant reconnaître une
principale à Mme la députée de Johnson.
M. Chevrette: On va le retourner à l'île
Maurice.
Le Président: Mme la députée de Johnson.
Abus à l'endroit des personnes
âgées dans les centres d'accueil
Mme Juneau: Merci beaucoup, M. le Président.
L'enquête menée l'hiver dernier par le comité des abus
à l'endroit des personnes âgées a démontré
avec clarté le nombre d'injustices, de sévices et de
négligences dont sont victimes de nombreuses personnes
âgées en perte d'autonomie.
Cette enquête a permis, entre autres, de mettre en lumière
les besoins des centres d'accueil qui, faute de ressources suffisantes, en
viennent à utiliser des procédés ultimes tels le gavage
systématique des bénéficiaires, le lavage au boyau
d'arrosage ainsi que l'utilisation d'appareil de contention qui ont
déjà causé la mon! de certains
bénéficiaires.
Aujourd'hui, on apprend que la situation est toujours la même.
C'est encore la médecine de guerre que la ministre pratique aujourd'hui,
sembJe-t-il. Est-ce que la ministre peut nous dire, dans un premier temps,
à quel moment elle décidera d'agir afin que les abus cessent
à l'endroit des personnes âgées?
Une voix: Bravo!
Le Président: Mme la ministre de la Santé et des
Services sociaux.
Mme Lavoie-Roux: M. le Président, il est évident
que la députée de Johnson se réfère à un
article paru dans le journal aujourd'hui au sujet du Centre d'accueil
Denis-Benjamin-Viger, parce que c'est à l'égard de ce centre
d'accueil qu'on fait état de tous ces problèmes dont elle a
parlé. Je voudrais d'abord rappeler à Mme la
députée de Johnson que nous sommes conscients des
problèmes d'alourdissement de clientèles et des problèmes
que le personnel peut rencontrer dans les centres d'accueil. C'est à
cause de cette conscience très vive que nous avons accepté l'an
dernier de consentir, comme gouvernement, sur une période de trois ans,
70 000 000 $ pour les personnes âgées dont les deux tiers vont
à l'alourdissement des clientèles dans les centres d'accueil et
le reste aux services de maintien à domicile.
Je pense que c'est là quelque chose d'important. Il reste encore
des besoins à combler mais je pense qu'on peut déjà dire
aujourd'hui qu'un bon nombre d'établissements qui connaissaient des
difficultés très sérieuses ont vu leur situation
s'améliorer, parce que cette année on a distribué 23 000
000 $, l'an prochain il y en aura 21 000 000 $ et, par la suite, la
différence.
M. le Président, je suis tout aussi sensible que la
députée de Johnson aux problèmes que connaissent nos
personnes âgées et je pense que ces gestes que le gouvernement a
posés vont dans ce sens-là. Je pourrais ajouter bien d'autres
mesures à l'égard des personnes âgées mais ma
réponse serait trop longue.
Le Président: Mme la députée de Johnson, en
additionnelle.
Mme Juneau: M. le Président, le printemps dernier je
parlais de la résidence de l'Estrie et aujourd'hui c'est un autre cas.
Cela veut dire que rien n'a été fait jusqu'à maintenant
pour les personnes âgées.
Une voix: C'est ça! C'est ça!
Mme Juneau: J'imagine qu'il y a eu le rapport du comité
des abus. Est-ce que la ministre peut nous informer si elle a reçu ce
rapport et est-elle en mesure de nous dire quels sont les plans de son
ministère pour que de telles choses ne se produisent plus? (15 h 10)
Le Président: Mme la ministre de la Santé et des
Services sociaux.
Mme Lavoie-Roux: M. le Président, la députée
de Johnson affirme avec beaucoup de véhémence et de conviction.
Je ne veux pas mettre en doute son indignation. Si elle appelle rien un montant
de 70 000 000 $ qui sera versé aux centres d'accueil justement pour
pallier progressivement les difficultés auxquelles elle a fart allusion,
je n'ai pas d'autre réponse à lui donner.
Je pourrais ajouter, comme je me proposais de le faire tout à
l'heure, que nous avons aussi ajouté un grand nombre d'unités de
gériatrie qui sont aussi des services pour les personnes
âgées, des places en centres de jour et des équipes mobiles
de psychogériatrie.
Pour répondre à sa deuxième question concernant le
rapport lui-même, je dois lui dire qu'il ne m'a pas été
remis sous sa forme finale et que je l'attends d'ici peu.
Le Président: Mme la députée de Johnson, en
additionnelle.
Mme Juneau: M. le Président, pendant que le gouvernement
du Parti québécois était au pouvoir, il a construit 69
centres d'accueil et il y en a eu six depuis 1985. Est-ce que la ministre
pourrait nous dire si, en plus de ça, en plus des six centres d'accueil
qu'elle a mis sur pied depuis décembre 1985, il y a eu une augmentation
des effectifs préposés aux personnes âgées?
Le Président: Mme la ministre de la Santé et des
Services sociaux.
Mme Lavoie-Roux: Assurément, M. le Président,
depuis que nous sommes à la direction du gouvernement, je peux dire
à la députée que
des effectifs ont été ajoutés dans les centres
d'accueil, cela va de soi; et il y en a qui ont été
ajoutés ailleurs pour les personnes âgées.
Évidemment, le parti d'en face fait état, et avec raison,
de centres d'accueil qu'il a construits. Mais il faut bien dire qu'il en avait
diminué la construction à la fin de son mandat parce qu'il avait
justement décidé, comme orientation gouvernementale, qu'il ne
fallait pas tout mettre dans la brique et le ciment et qu'il fallait aussi en
mettre dans le maintien à domicile. Il me fait plaisir de dire à
la députée de Johnson, si elle veut d'autres chiffres, que nous
avons augmenté de 48 % les montants versés au maintien à
domicile depuis 1986. Ils sont passés de 80 000 000 $ à 119 000
000 $. Ce sont, là aussi, des gestes très concrets, Mme la
députée.
Le Président: Je vais maintenant reconnaître, en
principale, M. le leader adjoint de l'Opposition.
Modifications à la Loi sur les
forêts
M. Jolivet: M. le Président, en décembre ' 1986, le
ministre délégué aux Forêts faisait adopter la Loi
sur les forêts. On se souvient que cette loi entrera pleinement en
vigueur en avril 1990. L'Opposition officielle avait mentionné, à
l'époque de son adoption, les trous qui existaient dans la loi, mais
elle avait donné son accord de principe. Un an et demi après
l'adoption et à mi-chemin dans le processus d'implantation, le ministre
a-t-il l'intention, comme on lui en avait fait mention à
l'époque, de combler ces trous en déposant ici, à
l'Assemblée nationale, un projet de loi en conséquence?
Le Président: M. le ministre délégué
aux Forêts.
M. Côté (Rivière-du-Loup): M. le
Président, j'aimerais bien que le député de Laviolette
m'indique de quels trous il parle parce que je ne les ai pas identifiés
avec sa question.
Le Président: M. le leader adjoint de l'Opposition.
M. Jolivet: M. le Président, la question est bien simple.
J'ai demandé au ministre si, oui ou non, il a l'intention de
déposer un projet de loi à l'Assemblée nationale pour
combler les difficultés qu'ont éprouvées en particulier
les cultivateurs qui veulent construire des bâtisses avec du bois public,
comme cela existait avant. C'est un des trous que je peux lui citer en
exemple.
Le Président: M. le ministre délégué
aux Forêts.
M. Côté (Rivière-du-Loup): Ah, M. le
Président! Cela se précise un petit peu. J'ai l'intention de
déposer des amendements à la Loi sur les forêts pour faire
suite aux représentations que nous avons eues de toutes les parties et
de façon à améliorer la loi adoptée par cette
Assemblée.
Le Président: Une dernière additionnelle, M. le
leader adjoint de l'Opposition.
M. Jolivet: Oui, M. le Président. Est-ce que le ministre
peut confirmer qu'il a présenté un mémoire ou qu'il a
l'intention de présenter un mémoire au Conseil des ministres dans
lequel on retrouverait environ 69 amendements à la loi, qu'à lui
seul l'article 61 propose 31 modifications, et qu'on retrouvera au total, dans
le projet de loi qu'il a l'intention de déposer, environ 125
modifications à la loi actuelle. Comme il l'a dit dans le mémoire
au Conseil des ministres, est-ce que ce sont des amendements techniques?
Le Président: M. le ministre délégué
aux Forêts.
M. Côté (Rivière-du-Loup): M. le
Président, je pense que la prochaine fois j'inviterai le
député de Laviolette à assister à nos
comités de gestion au ministère.
Le Président: Sil vous plaît! M. le ministre, vous
avez la parole.
M. Côté (Rivière-du-Loup): II pourra
peut-être contribuer d'une façon plus positive à toutes ces
corrections que nous proposons. C'est sûr que ce sont en grande partie
des ajustements techniques. Principalement, nous voulons aussi modifier les
articles de loi concernant les érablières parce qu'on veut donner
l'opportunité aux personnes physiques de pouvoir exploiter et diriger
des érablières.
Le Président: Fin de la période
régulière de questions et réponses orales.
M. le leader du gouvernement, je pense qu'il y a eu consentement
sur...
M. Gratton: Oui. M. le Président, j'ai obtenu le
consentement du leader de l'Opposition pour que Mme la ministre de la
Santé et des Services sociaux puisse apporter un complément de
réponse, ou une réponse en fait, à une question qui avait
été posée, dont on avait pris avis et dont il a
été question la semaine dernière.
M. Jolivet: M. le Président.
Le Président: Je vais reconnaître Mme la ministre de
la Santé et des Services sociaux. Après la réponse de Mme
la ministre, je vais accorder une question additionnelle à Mme la
députée de Johnson. Mme la ministre de la Santé et
des Services sociaux.
Réponse différée
Centres de jour réclamés sur la rive sud
de Québec
Mme Lavoie-Roux: M. le Président, le 14 juin dernier,
alors que j'étais absente de l'Assemblée nationale, la
députée de Johnson intervenait à la suite d'un article qui
paraissait dans Le Soleil et selon lequel il y aurait des besoins pour
cinq centres de jour. Je voudrais d'abord corriger une interprétation
que, soit la députée de Johnson ou Le Soleil, je ne sais
pas lequel des deux, avait donnée à ce moment-là, à
savoir que chaque groupe de 1500 personnes âgées de 65 ans et plus
requérait un centre de jour. Il n'y a pas de telle norme
édictée par le ministère qui soit de cet ordre puisque,
pour avoir un centre de jour, et comme dans les régions
éloignées il peut y avoir de très petits regroupements, il
faut qu'il y ait dans une région un minimum de 1500 personnes
âgées, ce qui ne veut pas dire que pour chaque groupe de 1500
personnes âgées du Québec, on aurait besoin d'un centre de
jour parce qu'à ce moment, il nous en faudrait 433 au Québec
alors qu'il y en a présentement 107.
Quant a la situation de la rive sud qu'elle soulevait, d'une
façon plus particulière, il existe un centre de jour, soit celui
du Chanoine-Audet. Cette ressource a un budget de 180 000 $ de fonctionnement
et accueille 125 personnes, ce qui, du point de vue budgétaire, le situe
au-dessus de la moyenne des budgets des centres de jour qui sont de l'ordre de
150 000 $.
Pour avoir accès à des services en centre de jour, il
existe une liste d'attente d'environ 30 à 35 personnes. Je dois dire
à la députée de Johnson que cette chose sera prise en
considération mais que nous attendons également les
représentations du conseil régional de la région de
Québec qui, selon les premières données que nous avons, ne
nous a pas indiqué comme priorité d'ajouter un centre de jour
pour ces personnes.
Le Président: Je vais accorder une question additionnelle
à Mme la députée de Johnson.
Mme Juneau: M. le Président, pour l'affirmation des 1500
personnes, j'avais pris ça dans la politique du ministère des
Affaires sociales telle qu'énoncée à la page 7 du document
"Implantation d'un centre de jour dans la région 03" qui stipule qu'un
centre de jour se justifie dans la mesure où se retrouvent sur un
territoire d'un rayon de 20 kilomètres une densité de population
âgée de plus de 1500 personnes.
La question est: La ministre a-t-elle pris connaissance de la
décision du colloque socio-économique des MRC Desjardins-Chutes
de la Chaudière qui se tenait en fin de semaine dernière au
cégep de Lévis-Lauzon de "prioriser" ce projet parmi les dix
projets prioritaires de la région? Ne croit-elle pas que cela
reflète les besoins réels des gens de cette région?
Le Président: Mme la ministre de la Santé et des
Services sociaux.
Mme Lavoie-Roux: M. le Président, je pense que la
députée de Johnson fait allusion aux demandes qui
émaneraient de la région du Bas-du-Fleuve en relation avec le
sommet socio-économique qui doit être tenu à la fin de
décembre ou quelque part en décembre. (15 h 20)
Écoutez, c'est un ensemble de demandes qui vont venir de la
région du Bas-du-Fleuve. Je suis convaincue que ce n'est pas la seule et
que dans cet ensemble de demandes, nous tiendrons compte de priorités
avec les citoyens et ceux qui se sont impliqués dans ce
sommet-là. À ce moment-ci, je ne saurais répondre à
une demande particulière reliée à l'ensemble du sommet
socio-économique. Si la députée sait comment fonctionnent
ces sommets socio-économiques, c'est au moment de la rencontre que nous
ferons connaître les décisions.
Le Président: Mme la députée de Johnson,
c'est maintenant terminé. La période de questions est
terminée.
Cet après-midi, il n'y a pas de vote reporté.
Motions sans préavis. Il n'y a pas de motion sans
préavis.
Je vais reconnaître M. le leader adjoint du gouvernement, à
l'étape des avis touchant les travaux des commissions.
Avis touchant les travaux des commissions
M. Lefebvre: J'avise cette Assemblée qu'aujourd'hui,
après les affaires courantes jusqu'à 17 heures, de même que
le mardi 1er novembre, de 10 heures à 12 heures, à la salle du
Conseil législatif, la sous-commission des institutions poursuivra sa
consultation générale sur l'avant-projet de loi intitulé
Loi portant réforme au Code civil du Québec du droit des
obligations.
M. le Président, j'ai le goût d'indiquer tout de suite au
leader adjoint de l'Opposition que. si on pouvait procéder à
l'adoption du principe du projet de loi 107, cet après-midi, on pourrait
dès demain déférer le projet de loi en question pour
étude détaillée à la commission des
institutions.
Le Président: Y a-t-il d'autres avis concernant les
travaux des commissions, M. le leader adjoint?
Renseignements concernant les travaux de l'Assemblée. M. le
leader de l'Opposition.
Renseignements sur les travaux de
l'Assemblée
J'ai deux avis à transmettre aux membres de cette
Assemblée. Dans un premier temps, j'informe les députés
que l'interpellation prévue pour le vendredi 4 novembre 1988 portera sur
le document intitulé Plan d'action 1988-1998. Le transport dans la
région de Montréal. M. le député de Lévis
s'adressera alors à M. le ministre des Transports.
Dans un deuxième temps, l'interpellation de demain, le 28 octobre
1988, portera sur la situation du transport ambulancier au Québec. Elle
sera présentée par M. le chef de l'Opposition officielle et
s'adressera à M. le ministre délégué à la
Famille, à la Santé et aux Services sociaux.
Y a-t-il d'autres renseignements concernant les travaux de cette
Assemblée? Ceci met fin aux affaires courantes.
Nous allons maintenant procéder aux affaires du jour. M. le
leader adjoint du gouvernement.
M. Lefebvre: M. le Président, je vous demanderais
d'appeler l'article 9 du feuilleton.
Projet de loi 107
Reprise du débat sur l'adoption du
principe
Le Président: À l'article 9 au feuilleton, il
s'agit de la reprise du débat sur la motion proposant l'adoption du
principe du projet de loi 107, Loi sur l'instruction publique, débat
ajourné le 25 octobre par M. le député de Laviolette. Je
vais reconnaître immédiatement le premier des intervenants sur
cette motion proposant l'adoption du principe du projet de loi 107. M. le
député de Laviolette, vous avez maintenant la parole.
M. Jean-Pierre Jolivet
M. Jolivet: Merci, M. le Président. C'est avec beaucoup de
plaisir que j'interviens sur l'étude du principe de ce projet de loi,
compte tenu de l'ensemble des discussions que nous avons connues au
Québec sur la transformation de cette Loi sur l'instruction publique,
loi que l'on dit actuellement, et depuis fort longtemps aussi,
désuète et qu'il faut absolument corriger. C'est avec joie que je
le fais parce qu'il me semble que je ne peux, comme député qui a
oeuvré pendant nombre d'années dans le secteur de l'enseignement,
passer outre à donner ma voix à cet important projet de loi et
à dire ce que ressentent les gens de mon milieu face à la loi
proposée par le ministre de l'Éducation.
Vous le savez très bien, c'est un projet que notre porte-parole,
le député d'Abitibi-Ouest, a qualifié de projet de loi qui
demeure inacceptable. Le ministre que nous avons actuellement comme ministre de
l'Éducation est une personne qui a cherché et qui continue de
chercher, dit-il, le consensus. Il aime parler souvent de position consensuelle
permettant à ce moment-là des débats moins difficiles dans
la société et permettant à l'ensemble des intervenants du
milieu de faire valoir leur point de vue.
Lorsque j'étais le porte-parole de l'Opposition en ce qui
concernait l'enseignement primaire et secondaire, le ministre nous disait
toujours qu'il rêvait et qu'il souhaitait une réforme en
profondeur de la Loi sur l'instruction publique. Le ministre, à cette
époque, avait amené, petit projet de loi par petit projet de loi,
des amendements dits mineurs au projet de loi sur l'instruction publique. Cette
fois-ci, c'est l'ensemble de la loi qui est regardé à
nouveau.
Il y a eu des consultations avec tous ceux qui ont voulu faire valoir
leurs points de vue sur les amendements qui étaient proposés par
le projet de loi. J'ai assisté, comme député, à
quelques-unes de ces rencontres parce qu'il y avait des dossiers qui
m'intéressaient davantage. J'ai eu l'occasion de questionner moi aussi
les parents qui ont des enfants présentant certains problèmes
d'adaptation scolaire ou certaines difficultés d'apprentissage. Des
parents sont venus nous dire que, pour eux, le projet de loi tel qu'il
était n'était pas acceptable et qu'il fallait de nombreux
amendements.
Le ministre a écouté, comme les membres de l'Opposition
d'ailleurs - ma collègue, la députée de Chicoutimi, ayant
assisté à l'ensemble de ces discussions - les recommandations qui
étaient faites par des associations, par des groupes et par des
individus. On se retrouve avec un projet de loi qui va regrouper de nombreux
amendements. Je dois dire qu'il y a quelque chose qui m'inquiète. Le
ministre vient nous proposer des centaines d'amendements. Le ministre dira: II
y en a quelques-uns qui sont techniques, mais il y en a quelques-uns qui,
malheureusement, auraient dû être plus profonds, plus responsables
de la part de ce ministre et qui auraient amené des changements majeurs
au projet de loi.
Le ministre, au moment où on se parle, n'a pas encore
déposé les amendements, malgré son habituelle coutume de
déposer au porte-parole de l'Opposition les amendements à ses
projets de loi. Je parle en connaissance de cause ayant été son
critique pendant quelques années. Cependant, au moment où on se
parle, nous savons qu'il y aura des amendements. Nous n'en connaissons la
teneur générale que par le discours que le ministre a
prononcé en présentant l'adoption du principe de ce projet de
loi. Nous savons qu'il y aura, à ce moment-là, par rapport au
projet de loi qui nous est proposé, des amendements qui devront
être analysés correctement.
Le ministre, dans les circonstances, aurait dû envisager la
possibilité de réécrire son projet de loi, au lieu de
faire, comme on va être obligé de le faire s'il continue dans la
même voie, une
commission parlementaire sur le projet de loi quant à son
principe et aux amendements que dans notre langage parlementaire on appelle,
dans certains cas, des papillons. Nous allons nous retrouver à aller
chercher, à l'intérieur du projet de loi, les liens qui devront
être faits avec les amendements proposés. C'est un travail de
titan. C'est un travail qu'on a appelé, dans l'histoire, un travail de
moine, de gens qui devront être méticuleux, surtout M. le
Président - et vous le savez très bien - à l'époque
où nous nous retrouverons, c'est-à-dire au mois de
décembre, lors de la période de session intensive.
Il me semble que le ministre aurait dû prendre un peu plus de
temps. Ce n'est pas quelques mois de plus ou de moins dans un dossier aussi
important qu'un changement majeur qu'il veut apporter à la Loi sur
l'instruction publique... Il faut prendre le temps de bien faire son devoir et
ses travaux. J'aimerais rappeler à la population que ce même
ministre nous avait déjà présenté ici à
l'Assemblée nationale un projet de loi sur la commission scolaire du
Nouveau-Québec qui avait pour but d'intégrer tout le secteur de
la Baie James dans la commission scolaire qui existait légalement, donc
le secteur de la Baie James où le ministre était responsable, en
vertu de la loi, de l'enseignement dans le secteur. On se souviendra que le
ministre a présenté un projet de loi de quatre articles.
N'eût été la vigilance du député d'Ungava et
de moi-même, comme porte-parole de l'Opposition... (15 h 30)
Nous aurions pu dire: Quatre articles, ce n'est pas beaucoup, c'est
facile à adopter, cela ne demande pas grand-chose. Mais on s'est
aperçu qu'il fallait remanier, à la suite d'une demande de
l'Opposition de tenir une consultation particulière avec la commission
scolaire à qui on avait demandé des renseignements et son
opinion. Il a fallu reprendre le projet de loi. Quatre articles! Le ministre a
réécrit le projet de loi et on en a fait ce qu'on appelle une
réimpression. Les huit articles du projet de loi réimprimé
ne contenaient aucun des quatre articles du projet de loi qui était
devant nous. Et, avec notre accord, parce que cela profitait à
l'ensemble de la population scolaire du coin et de la commission scolaire, nous
avons accepté que le ministre outrepasse les obligations contenues dans
la Loi sur l'Assemblée nationale quant à la présentation
d'un projet de loi.
Donc, je vous le dis, de ces quatre articles, nous avons devant nous un
projet de loi d'environ 500 articles. D'après les renseignements que
nous avons, près de 400 articles seront amendés, 400 amendements.
Vous vous imaginez! Si nous voulons, comme députés de
l'Assemblée nationale, faire un travail consciencieux et prendre le
temps qu'il faut... Le ministre dira: Écoutez, cela fait assez longtemps
qu'on attend cela, le monde est tanné d'en parler, le monde est
fatigué d'en parler, on veut régler cela au plus vite. Vous le
savez, M. le Président, dans le projet de loi qui est devant nous, le
ministre prend, comme je l'explique souvent, des pans de murs de la loi 3 qui,
dans le temps, avait été jugée inconstitutionnelle
à cause d'une de ses parties.
L'ensemble de la loi était bon, il y avait un large consensus
dans la population, mais il y avait une partie qui faisait défaut, celle
qui concernait les commissions scolaires de Montréal et de Québec
qui sont, semble-t-il... Dans le cas de Montréal, c'est assuré;
dans le cas de Québec, c'est par extension. On parlait même de
commissions scolaires agrandies au fil des années, donc de droits
constitutionnels prévus par l'article 93 de l'Acte de l'Amérique
du Nord britannique. Mais cela touchait la Loi sur l'instruction publique quant
à ce caractère confessionnel que nous retrouvons actuellement
dans ce projet de loi. Nous voulons, par le projet de loi qui est devant nous,
enlever ces entraves et y arriver par le principe de commissions scolaires
linguistiques. Et l'Opposition - c'est dans le projet de loi 3 adopté
alors qu'elle était au gouvernement - est en plein d'accord avec le
ministre.
Afin de me faire une idée sur ce que pensent les commissions
scolaires, j'ai eu l'occasion de rencontrer trois commissions scolaires de mon
territoire qui se sont regroupées: la commission scolaire du
Haut-Saint-Maurice, la commission scolaire de Grand'Mère et la
commission scolaire de Normandie. La première, celle du
Haut-Saint-Maurice est une commission scolaire intégrée, primaire
et secondaire, alors que les deux autres sont de niveau primaire. Leurs
représentants m'ont dit - cela a paru dans le journal chez nous: Les
commmissions scolaires du comté de Laviolette en ont contre l'esprit
centralisateur des projets de loi 106 et 107.
Le projet de loi que nous avons devant nous à la suite des
propositions faites par le ministre de l'Éducation, est devenu un projet
de loi très centralisateur. Le ministre de l'Éducation va
chercher des pouvoirs qu'il n'a pas actuellement en vertu de la loi. Il y a
certains pouvoirs sur lesquels on pourrait dire: Oui, M. le ministre, vous avez
raison, nous sommes d'accord, et, sur d'autres: Non, M. le ministre, nous ne
sommes pas d'accord. Nous allons avoir devant nous presque autant d'amendements
qu'il y a d'articles dans le projet de loi actuellement en discussion. Le
ministre va nous dire: Écoutez, M. le député, vous avez
une drôle d'idée, je fais une commission parlementaire pour
entendre les gens, j'apporte des amendements qui font suite aux discussions que
nous avons eues en commission parlementaire et vous venez me critiquer. Ce
n'est pas de cela que je parle. Ce que je dis, c'est que le ministre, par les
amendements qui nous sont présentés, ne change rien de l'esprit
centralisateur qu'il veut se donner. Le ministre en arrive finalement à
sembler donner raison à certains groupes mais quand on le regarde bien
à fond, on s'aperçoit finalement que ce qu'il nous apporte n'est
pas, malheureusement, suffisant
pour combler les attentes des différents groupes qui se sont
présentés devant nous.
Pour certaines commissions scolaires... Et là, je rapporte les
faits des commissions scolaires de chez nous. On dit que le projet de loi 107
nie le pouvoir local et signifie la mainmise du ministère de
l'Éducation sur les commissions scolaires. Là, il y a des gens
qui disent: C'est moi qui, comme commissaire d'école dans mon milieu,
aurai à vivre avec les décisions que j'ai prises. C'est moi qui
suis élu par la population. Il me semble que c'est moi qui doive subir
les conséquences de mes gestes. Mais quand le ministre veut instaurer de
nouveaux mécanismes pour permettre à des gens d'ester - je
répète toujours, ce sont les commissions scolaires qui parlent -
contre des commissaires ou contre des directeurs d'école, la personne
dit: Je trouve que ça n'a pas de bon sens. On parle d'éducation
des adultes dans les documents présentés par les commissions
scolaires de chez nous. Que disent les commissions scolaires par rapport au
projet de loi? Elles disent: Encore une fois, on se retrouve avec deux
gestionnaires sur le même territoire. Qu'est-ce que cela va apporter
comme conséquence? Cela va créer de la confusion. Les gens ne
sauront plus à qui s'adresser.
Qu'est-ce qu'on dit encore? On dit: On s'est battus pour avoir une
enveloppe globale afin de mieux répondre aux besoins du milieu et
d'établir des priorités. Avec l'article 43.7 - selon les
commissions scolaires de chez nous - si le ministre accorde une subvention pour
des dictionnaires et si la commission scolaire, pour les besoins de son milieu,
décide d'acheter des grammaires, c'est bien de valeur la subvention
disparaît. Les commissions scolaires n'ont plus d'autonomie à ce
niveau.
On dit que le ministre est un grand centralisateur. Les commissions
scolaires disent que le projet de loi augmente les pouvoirs du gouvernement et
du ministre de l'Éducation. Comment se fait-il que personne n'a l'air de
voir, comme disent les gens de chez nous, le ministre s'en aller avec son grand
traîneau? Tous les ministères ont l'air de tenir leur promesse de
décentralisation alors que lui, dans le projet de loi, dit, toujours
d'après les commissions scolaires de chez nous: Donnez-moi tous les
pouvoirs. Je n'ai que ça à faire m'occuper d'éducation et
je vais m'en occuper. Inquiétez-vous pas! Ce qui est caricaturé
par les gens de chez nous.
Le ministre a dit: Je réponds à toutes les lettres. Je les
lis toutes. Je prends tous les appels téléphoniques. Je suis
capable, comme ministre de l'Éducation, de m'occuper de tout. Les gens
disent: Voyons, qui va exprimer les besoins majoritaires du milieu et quel
rôle jouera la commission scolaire? Les gens ont l'impression que le
ministre veut centraliser, prendre des pouvoirs et, enfin, faire en sorte que
les commissions scolaires telles qu'on les connaît actuellement, avec les
pouvoirs d'autonomie qu'elles possèdent, disparaissent du portrait parce
que c'est tranquillement pas vite, comme on dit, que le ministre va aller
chercher des pouvoirs au détriment des commissions scolaires. Et
l'exemple donné par les gens de mon milieu, c'est: Une vingtaine
d'articles de son projet de loi commencent par les mots "autorise le ministre"
ou "le ministre peut" et pour être sûr d'être capable
d'intervenir dans le dossier partout où il le veut, il menace même
de mettre les commissions scolaires en tutelle.
Les gens disent que les commissions scolaires doivent avoir les
capacités d'être vraiment autonomes et de répondre de leurs
actes auprès des électeurs qui les élisent, auprès
des électeurs qui leur donnent le pouvoir d'agir dans le milieu avec la
plus grande autonomie. (15 h 40)
Je ne parlerai pas ici de l'autre partie qui restera une décision
d'un autre projet de loi, mais j'en fais mention parce que les gens de mon
milieu en ont fait mention. C'est toute la question de la taxation du montant
de 0,25 $ par 100 $ d'évaluation ou de 6 %. Un autre débat aura
lieu sur cette question. Ce qui est à rejeter de ce projet de loi, ce
sont les effets que le ministre aura sur l'ensemble du système de
l'éducation par son pouvoir de grand centralisateur. C'est un danger -
je parle de ce ministre, je parle des autres ministres à venir - qu'on
accorde trop de pouvoirs au ministre et qu'on en enlève aux commissions
scolaires qui ont à vivre dans le milieu les effets de ces lois.
Donc, dans le contexte actuel, comme membres de l'Opposition, ce projet
de loi demeure, à nos yeux comme aux yeux des commissions scolaires,
toujours inacceptable. Nous devons avoir plus de temps, M. le Président,
pour en faire l'examen le plus minutieux. Nous devons être capables,
comme membres de l'Opposition, comme les députés du
côté ministériel, d'avoir le plus de temps possible pour
examiner davantage ce projet de loi. Si le ministre a besoin de plus de temps,
nous sommes prêts à lui en accorder. Si le ministre veut
réécrire son projet de loi et dire: Écoutez, ce n'est pas
urgent et essentiel, compte tenu de tous les débats qu'il y a eu dans
l'ensemble du Québec sur le système d'éducation, de
l'adopter pour les fêtes, que, d'ici à Noël, le projet de loi
soit adopté... Si le ministre était conscient des besoins, il
accepterait facilement, M. le Président, qu'un délai soit
accordé à l'étude de ce projet de loi. Qu'on prenne le
temps nécessaire pour ce faire.
Motion de report
C'est pourquoi, M. le Président, compte tenu de tout ce que je
viens de vous dire, conformément à l'article 240 de nos
règles de procédure, je proposerais un amendement à la
motion qui est devant nous à l'effet d'adopter le principe du projet de
loi tel que présenté. Donc, l'amendement que je propose est le
suivant. C'est un amendement visant à reporter de six mois
l'adoption du principe de ce projet de loi. Je vous remercie, M. le
Président.
Le Président: Je remercie M. le leader adjoint de
l'Opposition.
Alors, tel que le prévoit l'article 240, premier et
deuxième paragraphe, de notre règlement, votre motion est
recevable.
Je vais suspendre les travaux de cette Assemblée pour
répartir le temps du débat restreint sur la motion de report
présentée par M. le député de Laviolerte.
Les travaux de cette Assemblée sont maintenant suspendus pour
quelques minutes.
(Suspension de la séance à 15 h 43)
(Reprisée 15 h 47)
Le Président: II y a eu entente, en vertu de l'article
240, concernant le partage du temps pour le débat restreint sur la
motion de report présentée par M. le député de
Laviolette.
Dans un premier temps, chacun des intervenants n'aura aucune limite de
temps. Le partage des deux heures se fera moitié-moitié et si une
formation politique n'utilise pas l'heure qui lui est allouée, l'autre
formation pourra l'utiliser.
Sur la motion de report je vais reconnaître M. le ministre de
l'Éducation, de l'Enseignement supérieur et de la Science.
Vous avez la parole, M. le ministre.
M. Claude Ryan
M. Ryan: Je m'excuse, M. le Président, il y a longtemps
que je n'avais pas été témoin d'une mesure dilatoire de la
sorte en Chambre. Je croyais qu'on donnait au moins au parrain de la motion de
report la chance de présenter son point de vue pour qu'on puisse ensuite
lui répondre. Il me fait grandement plaisir de prendre cette question au
pied levé et d'établir pourquoi cette motion de report est sans
le moindre fondement et comment elle pourrait entraîner des
conséquences regrettables s'il fallait céder à un
mouvement aussi léger.
Tout d'abord, regardons l'échéancier de nos travaux. Il y
a longtemps que l'on parle de moderniser la Loi sur l'instruction publique. De
nombreux gouvernements s'y sont essayés avant ce jour. Les tentatives
que l'on a mises de l'avant dans le passé ont toutes
échoué pour toutes sortes de raisons et surtout parce que
certaines questions n'avaient pas été suffisamment mûries.
On se souvient tous que sous le gouvernement précédent, on
l'avait fait adopter à la vapeur et on est surpris du rythme ralenti que
voudraient épouser aujourd'hui les porte-parote du Parti
québécois, parce que dans le temps ils ne voyaient même pas
les lumières rouges au coin des rues. Ils étaient tellement
pressés de faire adopter leur projet de loi 3 qu'ils avaient
invoqué la clôture alors que nous en étions à peine
à l'étude de l'article 20 du projet de loi qui en comportait
à peu près 650.
On leur demandait de procéder à un rythme normal et au
bout de quelques jours à peine de commission parlementaire, je pense que
c'était quatre ou cinq jours de commission parlementaire - imaginez,
quatre ou cinq jours pour un projet de loi de 650 articles - ils avaient dit:
Nous n'avons pas le temps, nous sommes pressés, il y a une diligence qui
doit se diriger en toute hâte vers la Cour supérieure, laquelle,
quand elle a pris connaissance du paquet, a trouvé qu'il était
complètement irrecevable et l'avait renvoyé à qui de droit
en disant: II est à rejeter de a jusqu'à z, in toto, dans sa
totalité.
Je comprends qu'ils soient devenus un peu plus réservés
maintenant mais là, je pense qu'ils abusent. Avant même d'avoir
étudié le projet ils voudraient qu'on reporte l'affaire de six
mois. Voici ce que ça donnerait. Je pense que c'est important qu'on le
dise clairement. Si nous reportions le projet de loi de six mois, ça
veut dire que nous n'en ferions point l'étude avant le mois de mars
prochain parce que les travaux sessionnels, après l'ajournement des
fêtes, reprendront le deuxième mardi de mars suivant les
règlements de la Chambre. À ce moment-là, nous n'aurons
pas le temps de mettre cette loi-là en pratique avant la prochaine
élection générale dont le premier ministre a
déjà dit publiquement à plusieurs reprises que normalement
elle pourrait avoir lieu vers la fin de l'année 1989,
c'est-à-dire à peu près quatre ans après
l'élection. Il l'a dit à plusieurs reprises, il l'a dit au
dernier conseil général du Parti libéral.
Évidemment il est entièrement libre de ses décisions,
mais, comme on le connaît, il ne sera pas trop tenté de faire cinq
ans comme vous avez essayé de faire.
Des voix: Ha, ha, ha!
M. Ryan: C'est vrai qu'il vous a donné un délai
hier. Mais c'était simplement pour vous déculpabiliser un petit
peu parce que, dans le passé, il n'a pas prêché par
attentisme en ces matières.
Si nous allions suivre cette suggestion fort mauvaise, nous prendrions
le risque que tout ce travail de bénédictin que nous avons
accompli avec les conseillers du ministère et les organismes
intéressés à la chose scolaire prenne le chemin du panier.
Et je pense que nous n'avons pas le droit de faire ça. Il faut bien se
rendre compte qu'adopter cette motion paraît bien en soi. Un projet d'une
telle envergure n'est jamais complètement mûr. On peut toujours
trouver des points qui, en mûrissant davantage, pourraient se
prêter à des solutions plus complètement satisfaisantes,
c'est vrai, mais il faut prendre la balance des avantages et des
inconvénients et, dans ce cas-ci, du côté des
inconvénients, c'est
la perte pure et simple de tout le travail qui a été fait
et, du côté des avantages, je pense qu'on connaît tous les
avantages nombreux qui découleront du projet de loi.
Il y en a pour les adultes, par exemple, qui se voient accorder des
gains importants en matière d'accessibilité aux services
éducatifs. Ce n'est pas une mince affaire. Quand nous pensons que le
Québec compte au moins 300 000 personnes qui peuvent être
considérées comme des analphabètes fonctionnels,
c'est-à-dire des personnes qui sont obligées de fonctionner sans
être capables de se servir de l'écriture, sans être capables
d'écrire le français et de lire normalement ou encore l'anglais,
parce qu'il y a un bon nombre d'analphabètes également du
côté anglophone. Avec le projet de loi, on donne à ces
personnes une chance beaucoup plus solide d'avoir accès à des
cours de formation qui leur permettront d'accéder à une formation
de niveau primaire ou secondaire. Est-ce qu'on va attendre?
Pour les élèves en difficulté d'adaptation et
d'apprentissage et les élèves handicapés, le projet de loi
comporte des avantages très importants. Je vais citer un article bien
simplement. On dit, dans le chapitre consacré à l'école,
que chaque élève handicapé ou en difficulté
d'adaptation ou d'apprentissage aura droit à un plan d'intervention
personnel, un plan d'intervention pour lui, pour cet
élève-là. Le directeur d'école aura l'obligation
d'adopter ce plan, mais, avant de l'adopter, il devra consulter le conseil
d'orientation et les parents. C'est nouveau. Vous n'avez rien actuellement,
aucune obligation actuellement pour l'école de donner un plan
d'intervention propre à l'élève handicapé ou en
difficulté d'adaptation et d'apprentissage.
Si nous adoptons le projet de loi maintenant, nous comptons qu'il y a
des chances très raisonnables de pouvoir le mettre en vigueur dès
l'été de 1989. En suivant les mauvais conseils de l'Opposition,
on dirait... Savez-vous combien on a d'élèves handicapés
ou en difficulté d'adaptation et d'apprentissage dans nos écoles
aujourd'hui? C'est peut-être bon de rappeler ces chiffres-là
aussi. C'est rendu qu'il y en a au-delà de 100 000, M. le
Président, qui sont actuellement à la merci de décisions
qui peuvent être prises sans qu'il y ait des normes claires
établies à leur sujet. Là, nous nous disons que nous
allons donner un petit coup de main à ces enfants-là. Leurs
parents se plaignent. Que de fois nous entendons les parents de ces
élèves nous dire: On ne peut pas être entendus. On voudrait
participer aux décisions de la commission scolaire qui regardent nos
élèves en difficulté d'adaptation et d'apprentissage.
Dans le projet de loi, nous prévoyons la création
obligatoire - je n'ai pas honte de le dire, M. le député de
Laviolette; c'est une contrainte nouvelle pour les commissions scolaires mais
qui est justifiée par l'expérience des dernières
années - d'un comité consultatif pour les élèves en
difficulté d'adaptation ou d'appren- tissage, les élèves
handicapés. Voulez-vous attendre encore indéfiniment pour qu'on
ait ça? Allez demander aux parents de ces enfants si ça presse ou
non. Vous n'étiez pas en commission. Vous y avez été
quelque peu. Vous vous souvenez de la journée magnifique que nous avons
passée avec les représentants de ces associations. Que nous
ont-ils dit, M. le député de Laviolette? Ils nous ont dit:
Dépêchez-vous et "do not miss the target", ne manquez pas le
point. Ils nous l'ont dit très fortement.
Le député de Laviolette et le député
d'Abitibi-Ouest sont très au courant de ces choses. Que de fois vous
aurez entendu, comme moi, dans vos pérégrinations à
travers le Québec, les gens vous dire: C'est vrai, le ministère
de l'Éducation, vous donnez de l'argent aux commissions scolaires pour
les EDAA, pour les élèves en difficulté d'adaptation et
d'apprentissage, mais on a l'impression qu'ils ne s'en servent pas toujours
pour ces fins. On ne va pas jusque dans les détails, contrairement aux
légendes que l'Opposition s'emploie très injustement et
très regret-tablement à répandre au sujet du ministre
actuel de l'Éducation. C'est lui qui a donné aux commissions
scolaires, il y a deux ans, des nouvelles règles budgétaires qui
leur accordent une marge de souplesse beaucoup plus grande dans l'allocation
des ressources qui leur sont attribuées par le ministre de
l'Éducation.
Dans le projet de loi, nous introduisons une disposition en vertu de
laquelle, quand elle présentera son budget et son rapport financier, la
commission scolaire devra indiquer avec clarté les ressources qui auront
été réservées pour les élèves en
difficulté d'adaptation et d'apprentissage, pour les
élèves handicapés. Ce sont des éléments
importants. Ce ne sont pas des éléments au sujet desquels on peut
se contenter de spéculer dans les salons ou de dire: On va aller
à la partie de baseball, on en reparlera dans six mois. C'est plus
pressé que ça. Ce n'est pas pour rien qu'on fait ces choses.
C'est parce qu'il y a des problèmes très réels.
Un autre point que je mentionne. Le député d'Abitibi-Ouest
évoquait dans son discours l'autre jour la décision que nous
avons prise de ne pas poursuivre les procédures judiciaires autour de la
loi 3. Hé oui! Nous ne pouvions pas défendre cette loi parce que
nous ne pouvions pas l'accepter dans certaines de ses dispositions. La
disposition qui était centrale dans toute la procédure
instituée devant les tribunaux par les protestants, c'était la
disposition relative au pouvoir que la loi 3 donnait au ministre, soit de
pouvoir tripoter les frontières des commissions scolaires
confessionnelles sur l'île de Montréal.
Vous savez ce que vous faisiez avec la loi 3. Vous les rameniez au
territoire qui existait pour la ville de Montréal en 1867. C'est
ça que vous faisiez. C'est une des choses les plus hypocrites que j'aie
vues dans ma vie de parlementaire. Ça paraissait bien. Officiellement,
on maintenait les commissions scolaires confession-
nelles mais, de facto, en pratique, on ramenait la CECM au
quadrilatère qui va de Atwater, l'avenue des Pins, la rue Fullum et le
bord du fleuve. Il n'y a plus de monde de ce côté. Vous ne
connaissez pas beaucoup Montréal ni l'un ni l'autre, mais il n'y a
presque plus de monde de ce côté. Ce sont tous des bureaux du
gouvernement et des commerces. C'est ça que vous lui donniez comme
territoire. C'était ça votre respect pour les valeurs religieuses
des citoyens qui croient aux commissions scolaires confessionnelles.
Vous auriez voulu que j'aille défendre ça devant les
tribunaux. Les gens me connaissent pour être un peu plus sérieux
que ça. Je n'étais honnêtement pas capable d'aller
défendre devant la Cour d'appel et devant la Cour suprême du
Canada une thèse aussi stupide, aussi arbitraire. C'est pour ça
que nous n'y sommes pas allés.
Il y avait un autre point dans votre loi 3. Cela fait longtemps qu'on ne
s'est pas expliqués là-dessus. C'est bon de se rappeler des
souvenirs. Vous nous en donnez d'ailleurs le temps cet après-midi.
Une voix:...
(16 heures)
M. Ryan: Maintenant que ça dure seulement deux heures,
c'est moins dangereux.
Un autre point. Vous savez ce que vous faisiez, n'est-ce pas? Vous
créiez les commissions scolaires linguistiques, vous charcutiez des
territoires des commissions scolaires confessionnelles. Prenons le cas,
à Montréal où vous disiez à la CECM: Vous autres,
vous vous en allez dans votre petit ghetto - dont j'ai parlé
tantôt - et, pour le reste, on sort notre beau couteau d'argent, nous
autres, notre couteau gouvernemental, on va vous tripoter ça, une
commission scolaire ici, une frontière là et une frontière
là. Les protestants et les confessionnels qui tenaient à
conserver leurs privilèges historiques - on peut avoir l'opinion qu'on
voudra là-dessus. Je ne suis pas de leur avis sur toute la ligne, loin
de là - ont dit: Cela n'a pas de bon sens, ils vont nous charcuter et,
après ça, on aura un jugement dans trois ou quatre ans qui
viendra peut-être nous dire que nous aurons raison après que nous
aurons été dépossédés de nos biens.
C'est ça qui a scandalisé le juge Brossard de la Cour
supérieure. Il a dit: Je ne peux pas laisser faire une affaire comme
celle-là. Cela va tout être réglé pour des
générations à venir quand la Cour suprême arrivera
avec un jugement qu'on ne peut pas prévoir. Il a dit: On va
arrêter ça tout de suite ces folies-là. On va mettre la
hache là-dedans. Il a dit: C'est toute votre patente qu'il faut mettre
de côté. On ne pouvait pas procéder à la
défense d'une loi comme celle-là. Si vous nous aviez
écouté en commission parlementaire, à l'époque, et
sur le parquet du salon bleu à l'Assemblée nationale, vous auriez
corrigé ces choses tout de suite dans la loi. Mais vous
n'écoutiez pas. Je ne parle pas pour le député
d'Abitibi-Ouest, il était fort silencieux à ce moment-là.
Ce sont d'autres qui occupaient les sièges de responsabilité.
Ceux-là n'écoutaient pas. On avait beau leur faire la
démonstration en blanc sur noir, ïs ne voulaient rien entendre.
Alors, nous autres, nous avons dit: Adoptons une loi sérieuse et
responsable qui ne va pas au-delà du connu en matière judiciaire.
Arrangeons-la de telle manière que certains articles seront
référés aux tribunaux pour interprétation, tandis
que tous les autres pourront s'appliquer dans les meilleurs délais. J'ai
insisté tout au long de la préparation du projet de loi, M. le
Président, pour que le texte soit conçu et aménagé
de telle manière qu'à peu près 90 % de l'ensemble de la
loi pourra s'appliquer dans les douze ou quinze mois qui suivront son adoption
par l'Assemblée nationale, tandis que les articles constitutionnellement
litigieux seront référés aux tribunaux pour
interprétation.
Je vais même plus loin. J'ai dit aux commissions scolaires
protestantes en commission parlementaire: Nous sommes prêts à
discuter avec vous de la liste des articles qui seraient
référés aux tribunaux. Ils ont dit, à mon
agréable étonnement: Nous saisissons la perche que vous nous
tendez, nous sommes intéressés à négocier cette
question avec vous en retour d'un engagement moral ou politique à ne pas
faire de guérilla judiciaire autour des autres articles pendant que le
référé se poursuivra devant la Cour d'appel et,
éventuellement, devant la Cour suprême. Nous sommes entrés
en négociation avec eux par la suite. Et il me fait plaisir de dire
aujourd'hui que même si les négociations ne sont pas
terminées, elles vont très bien.
L'autre jour, je disais au président de la
Fédération des commissions scolaires catholiques du Québec
que, s'ils veulent participer à cet exercice, ils sont les bienvenus
également. Toute personne, tout groupe qui veut soumettre des
suggestions au gouvernement quant à cette liste d'articles du projet de
loi 107 qui seraient référés aux tribunaux pour
interprétation, nous sommes prêts à discuter avec eux. Nous
sommes prêts à entendre leurs représentations. Nous n'avons
pas d'idée fermée là-dessus. Nous ne voulons pas de
contestation frivole. Nous ne voulons pas, sous prétexte de fausse
orthodoxie, que tout soit remis en question. Des choses sérieuses, des
choses de fond, c'est très important qu'on les clarifie. Nous sommes
prêts à le faire en concertation avec tout le monde. Pour
ça, il faut que ça commence.
Nous avons discuté - c'est bon que je vous raconte ces
choses-là parce qu'on n'a pas souvent l'occasion de les dire - entre
nous si ça n'aurait pas été mieux d'envoyer des questions
directement à la Cour d'appel sans procéder par
législation d'abord. Nous avons été obligés de
conclure que ça ne serait pas sérieux parce qu'il faudrait
envoyer des questions théoriques et qu'on ne saurait pas comment ces
questions et leurs réponses viendraient s'emboîter
éventuelle-
ment dans un texte législatif aussi monumental que celui-ci, qui
va comporter pas moins de 600 articles. On a fart comme le gouvernement de
l'Ontario a fait à propos des écoles confessionnelles. L'Ontario
a légiféré, il y a trois ans à peu près,
pour autoriser le gouvernement à verser des subsides aux écoles
confessionnelles pour les dixième, onzième et douzième
années du cours secondaire qui avaient toujours été
privées de subventions gouvernementales pour les écoles
séparées, catholiques.
Après avoir adopté leur loi, ils l'ont
référée à la Cour suprême, à la Cour
d'appel de l'Ontario pour commencer qui s'appelle la Cour suprême en
Ontario, et, ensuite, à la Cour suprême du Canada. Ils ont
légiféré d'abord de manière que le tribunal ait une
idée claire de ce que voulait faire le législateur. La Cour
suprême s'est prononcée. Elle leur a dit: Vous avez le droit de
faire ce que vous voulez faire. Votre loi est acceptable. Depuis ce
temps-là, on a une situation en Ontario qui fonctionne très bien.
Cela n'a pas pris une éternité, cela a pris trois ans. On sait
à quoi s'en tenir, on a une chose claire.
Nous proposons à l'Assemblée nationale de
légiférer de manière raisonnable et de manière
tellement raisonnable que certains articles ne seraient pas appliqués
tant que les tribunaux ne se seraient pas prononcés à leur sujet.
Encore une fois, il faut que cela commence quelque part. Si on va perdre encore
six mois et un an, avec tout le processus électoral qui s'en vient,
mettez deux ans de perte de temps, à ce moment-là, on perdra
encore deux ans dans ce processus nécessaire. Je me dis: On n'a pas le
droit de faire cela. Je pense qu'on n'a pas le droit, en législateurs
sérieux, d'agir de la sorte.
J'ajouterai une autre chose. Là, je veux rendre a César ce
qui appartient à César, être juste pour tout le monde.
Déjà, de nombreuses générations de
législateurs québécois ont apporté leur pierre
à la construction de cet édifice législatif. Des
gouvernements libéraux antérieurs s'y sont essayés. Le
gouvernement péquiste qui nous a précédés, avait
fait un travail considérable, d'abord avec le projet de loi 40 et
ensuite avec le projet de loi 3 qui était devenu la loi 3,
déclarée par la suite inconstitutionnelle et radiée de nos
statuts par cette Assemblée nationale il y a quelques mois à
peine.
Nous avons travaillé, je veux vous en assurer, avec beaucoup de
sérieux. Depuis trois ans, M. le Président, avec mes
collaborateurs du ministère de l'Éducation, à qui je veux
rendre hommage aujourd'hui, avec le contentieux du ministère, que le
député d'Abitibi-Ouest connaît bien, les hauts
fonctionnaires du ministère, les associations du milieu éducatif,
autant la Fédération des commissions scolaires catholiques que
l'Association des commissions scolaires protestantes, l'Association
générale des directeurs généraux de commissions
scolaires, l'Association des cadres scolaires du Québec et les syndicats
d'enseignants, etc., nous avons travaillé d'arra-che-pied pour mettre au
point un texte qui permettrait de moderniser cette loi, de la clarifier, de
l'adapter aux besoins d'aujourd'hui, sans créer de solution
artificielle, sans imposer de carcan là où la
réalité ne le suggère point ou encore là où
les textes constitutionnels ne nous y autorisaient point. C'est le fruit de
tout ce travail qu'on trouve dans le projet de loi 107.
Je vais prendre les chapitres un après l'autre, très
brièvement parce que nous aurons l'occasion d'en discuter abondamment.
Il y a le premier chapitre qui traite des droits des principaux intervenants
dans l'école, les droits de l'élève, les droits de
l'enseignant ainsi que ses devoirs, les droits et devoirs du directeur
d'école, les droits des parents, etc. On a tellement discuté de
ces choses que je ne pense pas que d'attendre apporterait quelque clarification
utile que ce soit. Je pense que nous sommes arrivés à une
synthèse qui est bonne pour l'époque qui s'ouvre devant nous,
pour les quelques prochaines années. Je ne prétends pas que cela
réglera le problème pour toujours, mais pour les quelques
prochaines années, je pense que nous avons quantité
d'améliorations fort intéressantes.
En ce qui touche la commission scolaire, il y a longtemps qu'on se
plaignait de trouver dans la Loi sur l'instruction publique, de manière
éparse, un petit peu partout dans la loi, des dispositions traitant des
pouvoirs et des attributions des commissions scolaires. Nous les avons
regroupées sous une forme claire, nous les avons redéfinies avec
netteté, de manière que lorsqu'on parlera des commissions
scolaires, on saura exactement ce qu'il en est dans la loi.
Nous avons fait la même chose avec les pouvoirs et les
attributions du gouvernement et du ministre de l'Éducation. Franchement,
après avoir discuté chacun des articles de ce projet de loi, des
fois à dix, quinze et vingt reprises, avec mes collaborateurs, je
défie l'Opposition de sortir de cette espèce de logomachie dans
laquelle elle a commencé à s'enfermer pour en venir à des
choses précises. C'est bien beau de parler du pouvoir centralisateur du
ministre de l'Éducation, mais où trouvez-vous ce pouvoir dans le
projet de loi 107 et dans les améliorations que nous avons pris
l'engagement d'y apporter? (16 h 10)
Je comprends le député d'Abitibi-Ouest quand il nous dit:
Vous nous dites que vous allez amender l'article qui vous donnait un pouvoir de
suspendre une décision d'une commission scolaire pendant que vous
instituez une enquête, mais je n'ai pas vu cet article. Il y a du vrai
dans votre position, M. le député d'Abitibi-Ouest, mais je pense
que vous devez reconnaître que le ministre de l'Éducation a une
parole. Quand il dit, dans son texte d'ouverture du débat sur le
principe du projet de loi, que ce pouvoir suspensif qui était
accordé au ministre dans la version originelle du projet de loi est
aboli par le gouvernement, qu'H
sera l'objet d'un amendement précis dont vous prendrez
connaissance ces jours prochains, je pense bien que vous pouvez le croire sur
parole. Je pense qu'il n'y a pas de danger.
Quand le ministre vous dit que le projet de loi, dans sa version
originelle, imposait de trop lourdes obligations aux commissions scolaires en
matière de réglementation et qu'on allège
considérablement dans les amendements que nous apporterons, cette
obligation qui leur était faite de procéder par
réglementation plutôt que par résolution... Il est bien
plus simple d'adopter une résolution pour dire comment on va faire une
chose que d'adopter un règlement; je pense que nous le comprenons tous
facilement. Dans bien des endroits, if y en aura au moins sept, huit ou dix.
Cette obligation qui était faite aux commissions scolaires de
procéder par voie de réglementation sera transformée, pour
une plus grande souplesse, en une simple obligation de procéder par voie
de résolution. C'est très bien, je n'ai pas d'objection à
cela du tout.
Il y avait un autre point, mais je ne sais pas si c'est l'exemple que
vous avez à l'esprit. On a parlé beaucoup d'intégration
scolaire depuis quelques années, d'intégration des enseignements
primaire et secondaire. Quatre commissions scolaires sont venues à mon
bureau pour me dire: M. le ministre, dans notre région, nous voulons
faire notre intégration des enseignements primaire et secondaire, mais
nous sommes quatre commissions scolaires prises dans la commission scolaire
régionale et il y en a une qui ne veut pas nous permettre de le faire.
La députée de Deux-Montagnes est ici et elle me regarde avec un
intérêt particulier. Elle sait très bien à quoi je
veux faire allusion parce que c'est le cas de sa région. Je ne sais pas
si le député de la région du Cap-de-la-Madeleine et les
députés de la région trifluvienne ou mauricienne sont avec
nous aujourd'hui, mais ils pourraient nous dire la même chose. Si la
députée de la région de La Pocatière, la
députée de Kamouraska, était ici, elle nous dirait la
même chose et le député de Montmagny-L'Islet
également. Il y en a encore un bon nombre dans le Québec.
Pourquoi cela ne peut-il pas se régler? C'est parce que en vertu de la
loi actuelle, il faut que les commissions scolaires intéressées
se soient entendues sur un mode de disposition des actifs et des passifs de la
commission scolaire régionale. S'il n'y a pas d'entente entre elles, il
n'y a pas d'intégration depuis que la loi 3 a été
invalidée par les tribunaux. L'ancien ministre se rappelle des
ajustements qu'il a été obligé de faire, à
l'époque.
Avec le projet de loi 107, nous venons régler ce problème.
Nous disons. Lorsque ce sera seulement une question de disposition des actifs
et des passifs, il y a un ministre à Québec, il n'est pas
là pour jouer le rôle d'une statue, il n'est pas là
seulement pour présider à des inaugurations ou pour couper des
rubans, il est là pour voir au bien concret du système d'en-
seignement, il va trancher le problème. Savez-vous qu'alors que la
fédération protestait, parmi les commissions scolaires qui sont
dans le bain, qui ont le problème, il y en a plusieurs qui m'ont
écrit et qui m'ont dit: Ne lâchez pas sur ce point, c'est
très important pour nous. Pour celles qui ont fait leur
intégration et qui voguent allègrement en ayant la direction de
leur enseignement, à la fois primaire et secondaire, il n'y a pas de
problème. Mais pour celles qui ne l'ont pas fait - et il y en a encore
une vingtaine de commissions régionales, cela veut dire au moins une
soixantaine de commissions scolaires - elles ne sont pas capables actuellement
de faire leur intégration à cause de facteurs comme ceux dont
j'ai parlé.
Est-ce que l'idée de l'Opposition c'est que cela ne presse pas et
qu'on peut continuer de laisser pourrir cela tranquillement? C'est ce qui
arriverait si on acceptait le report. Et, ne l'oublions pas encore une fois, le
report, ce n'est pas six mois. Une loi majeure comme celle-ci, on n'adopte pas
cela six mois avant une élection. Il faut avoir les pieds à
terre. On sait tous comment cela fonctionne. Il y a trop de facteurs qui
viennent énerver un Parlement et un gouvernement dans les mois qui
précèdent immédiatement une élection et on ne va
pas faire une affaire comme celle-là. Et quand un gouvernement le fait,
il le fait généralement avec les conséquences qu'on
connaît. Il n'en est pas question. Moi-même, si cela devait
être reporté au printemps, je demanderais au gouvernement de
reporter cela après la prochaine élection, ce sera plus
sérieux de cette manière.
Si c'est cela que l'Opposition veut, si elle veut dire aux commissions
scolaires qui souffrent des préjudices très sérieux en
raison de l'état actuel de la loi là-dessus, qu'elle le leur dise
franchement. Qu'elle leur dise: Nous, on veut gagner des points pour la
galerie, mais le bien concret de l'éducation et des commissions
scolaires, ça passe après. Si c'est ça qu'est
l'Opposition, encore une fois, je pense que nous devrions le savoir
clairement.
Un autre point qui est important. Actuellement, la loi n'est pas claire
là-dessus. Quelles sont les obligations des commissions scolaires en ce
qui touche les services qu'elles doivent fournir aux élèves
handicapés ou aux élèves en difficulté d'adaptation
et d'apprentissage? Nous ne le savons pas clairement. Dans le texte de la loi,
à l'article 413, il y a une disposition qui dit que le gouvernement
pourra adopter un règlement définissant les services qui doivent
être fournis aux élèves en difficulté d'adaptation
et d'apprentissage par le gouvernement. Et ça, c'est une garantie
considérable. Est-ce qu'on va attendre jusqu'aux calendes grecques pour
faire ça? Il me semble que c'est maintenant qu'on doit se brancher. Le
projet est clair. Si le projet n'était pas clair, M. le
Président, je comprendrais. Mais c'est parfaitement clair. Tout le monde
sait ce que nous voulons faire.
En matière d'éducation des adultes, tout ce qui est fourni
aux adultes actuellement est fourni en vertu d'un petit alinéa de
l'article 189 de la Loi sur l'instruction publique qui dit: "Les commissions
scolaires ont, entre autres responsabilités, celle de fournir des
services éducatifs aux adultes." C'est tout ce qu'on a dans l'actuelle
Loi sur l'instruction publique concernant les adultes. Savez-vous combien il y
a d'adultes qui fréquentent des cours dans les commissions scolaires de
nos jours? Cette année, ça doit graviter autour de 400 000 en
tout, M. le Président. Est-ce qu'on va continuer de diriger ça
avec un paragraphe de trois lignes? Ce n'est pas sérieux. On a
prévu dans le projet de loi que le gouvernement devra, d'ici deux ans,
adopter un régime pédagogique propre pour les adultes. Et, en
attendant, on donne au ministre, sous l'autorité du gouvernement, le
mandat de procéder chaque année à l'émission d'une
instruction en bonne et due forme qui tiendra lieu de régime
pédagogique pendant cette période de transition. Est-ce qu'on va
renvoyer tout ça aux calendes grecques pour le plaisir d'occuper les
loisirs de l'Opposition?
Je ne pense pas qu'on puisse faire une chose comme celle-là. Je
ne pense pas qu'on puisse faire un affront comme celui-là à tous
ceux qui ont travaillé depuis des années pour faire une place
sérieuse à l'éducation des adultes dans la structure de
notre système d'enseignement. On franchit des pas très importants
ici. Et je ne comprends pas. Franchement, j'essaie de comprendre et je n'arrive
pas à comprendre.
J'espère, M. le Président, que la Chambre se rendra compte
que nous sommes en face d'une immense supercherie intellectuelle. Mmes et MM.
les députés, vous avez devant vous un texte que le gouvernement
vous invite à considérer sérieusement. On a le temps de
l'examiner. Il n'y a pas de précipitation. Grâce à un
très heureux agencement des travaux de la Chambre, nous pouvons
entreprendre l'étude du projet de loi dès le début des
travaux. C'est bien rare qu'on entreprend l'étude d'un projet de fond
dès le début d'une session. D'habitude, ça traîne
pendant deux, trois, quatre semaines avant qu'on se mette au travail
sérieux. Vous le savez. Il y a toutes sortes de "partages" qui se font.
Mais là, cela a été prévu par les stratèges
du gouvernement et je remercie le leader en particulier, le
député de Gatineau, de son excellente collaboration dans ce
dossier. Il avait été prévu qu'on se mettrait au travail
tout de suite. On fait le débat sur le principe. Ensuite, on aura
plusieurs semaines, au besoin - j'espère que ça sera moins long -
pour l'étude du texte article par article.
Nous ne voulons rien précipiter. C'est ma priorité majeure
pour tout l'automne. Tout l'automne, je serai à la disposition des
députés pour que nous travaillions consciencieusement. Et nous
aurons, par conséquent, tout le temps voulu. Nous ne prétendons
pas à la perfection. Nous écouterons les arguments de
l'Opposition en commission avec tout le respect nécessaire. J'ai entendu
le député de Laviolette un jour me faire un reproche. Il me place
toujours dans un dilemme impossible. Si on n'accueille pas ses suggestions, il
dit qu'on n'écoute pas. Si on les accueille, il dit qu'on était
mal préparé, que le projet de loi était tellement
imparfait qu'on avait besoin de ses idées pour le bonifier. On accepte
la leçon. On préfère recevoir une leçon
d'humilité que d'avoir raison.
Des voix: Ha, ha, ha!
(16 h 20)
M. Ryan: Mais vous aurez tout le temps voulu en commission pour
faire valoir vos points de vue. Je vous vois vous agiter à propos des
options professionnelles, par exemple. Soyez sérieux. Il n'y a rien
là-dedans. Vous savez très bien, M. le député
d'Abitibi-Ouest, qu'en 1988, il faut qu'il y ait une carte des enseignements
professionnels dans tout le Québec et que tes décisions
concernant cette carte soient prises finalement par le ministre de
l'Éducation sous l'autorité du gouvernement, cela va de soi.
Donnez-moi dans la Loi actuelle sur l'instruction publique un passage qui
accorde ce pouvoir au ministre de l'Éducation. Cherchez-le dans la Loi
sur le ministère de l'Éducation, vous ne le trouverez point. S'il
arrivait qu'une commission scolaire frustrée de certaines
décisions prises par le ministre veuille contester celles-ci devant les
tribunaux, il y aurait un vacuum qui pourrait être très
dangereux.
La même chose s'applique pour les centres d'éducation des
adultes. C'est le ministre qui décide chaque année de la liste
des commissions scolaires qui seront autorisées à dispenser
l'éducation des adultes sur leur territoire. Actuellement, sur 213
commissions scolaires, il y en a 80 qui sont autorisées par une
décision du ministre à dispenser, cette année,
l'éducation des adultes sur leur territoire. Imaginez que la commission
scolaire voisine dirait: J'ai le droit, d'après l'article 189 de la Loi
sur l'instruction publique, de fournir ces services, je réclame le droit
de les fournir et je réclame les subventions qui doivent les
accompagner. La base sur laquelle nous pouvons défendre le gouvernement
devant les tribunaux est très fragile. Là, nous renforçons
la base, ce qui se fait dans la pratique. Et ça, je pense devoir le
souligner avec un peu d'insistance sans verser dans la jactance.
Nous sommes le premier gouvernement qui ait institué une
véritable carte des enseignements professionnels dans tout le
Québec. Nous l'avons fait dans la discrétion. Il n'y a pas eu de
vantardise là-dessus, et tout. Faites le tour des commissions scolaires
dans tout le Québec aujourd'hui. Nous avons fait le partage, mais il a
fallu que le ministre tranche, en définitive, au moins une couple de
centaines de cas. Nous avons demandé d'abord aux commissions scolaires
de s'entendre entre elles et de s'entendre avec les directions
régionales du ministère. C'est la
procédure que nous suivions. Je tiens à dire au
député que, dans les amendements que nous présenterons, il
y en aura un qui prévoira cette procédure de consultation et
même de concertation au préalable entre les commissions scolaires
intéressées. Mais, au bout du compte, il faut bien qu'on dise
clairement: Le ministre décidera des endroits où ça va se
faire et des subventions qui devront accompagner ces décisions. C'est
ça qu'on fait dans le projet de loi.
Franchement, à part ça, il n'y a pas de choses majeures.
J'entendais ce matin un résumé d'une intervention du
président de la Fédération des commissions scolaires
catholiques. Je pense que le député d'Abitibi-Ouest l'a
rencontré. Il est allé fourbir ses armes auprès de lui
hier ou avant-hier, d'après des échos qui me sont parvenus. Je
respecte sa liberté de rencontre, je la respecte entièrement.
Mais vous savez comme moi que la Fédération des commissions
scolaires catholiques, en théorie, défend une position qui,
à mon point de vue, n'a pas de fondement réel. Ils voudraient
qu'on opère une vaste redistribution des pouvoirs dans le domaine de
l'éducation. J'ai demandé à M. Légaré, en
commission parlementaire: Pour l'amour du ciel, donnez-moi une liste de ces
pouvoirs-là dont vous pensez sérieusement qu'ils devraient
être transférés du ministre de l'Éducation et du
gouvernement aux commissions scolaires. Demandez à vos membres qui
étaient présents à la commission parlementaire la
réponse que nous avons eue. Oui, vous la donnerez tantôt. Vous
nous direz ceux que vous approuvez là-dedans et ceux que vous
désapprouvez. Ce sera intéressant de connaître le fond de
votre pensée pour voir si elle a évolué depuis la loi 3.
Parce qu'au point de vue des pouvoirs du gouvernement, je vous assure qu'entre
la loi 3 et le projet de loi 107, les différences ne sont pas
énormes.
Les différences, je les ai mentionnées. Vous ne parliez
pas des options professionnelles à ce moment-là, et je vous
comprends parce que vous n'en aviez pas, vous n'en parliez pas de
manière à clarifier l'autorité du ministre, et vous
n'aviez pas vécu le problème. On n'était pas rendu au
point qu'il fallait faire une nouvelle carte des enseignements professionnels.
Je ne vous en fais pas reproche, mais, aujourd'hui, si vous l'aviez vécu
comme nous, je pense que vous comprendriez sans difficulté. Eux, ils
rêvent d'un âge qui n'est plus possible aujourd'hui. Je l'ai
demandé aux directeurs généraux des commissions scolaires:
Donnez-nous une liste des choses. Ils sont venus me rencontrer après la
commission parlementaire. On a pris la liste qu'ils avaient, on l'a
examinée point par point, et, à peu près tout ce qui
était raisonnable, on l'a accepté et ça fera partie des
amendements.
D'autres points. Prenez sur les enseignements professionnels, ils nous
disent tous, quand on parie sérieusement, quand on ne fait pas de grands
discours pour la galerie: Au fond, vous avez raison mais on n'aime pas
ça. Au bout de la ligne, il faut bien écrire dans la loi ce qui
est juste et vrai et non pas simplement ce qui fera plaisir à
l'interlocuteur. On le dit clairement et personne n'a apporté le moindre
argument pour mettre en doute le bien-fondé de ces choses-là
jusqu'à maintenant. Il nous parle de la taxation. Il dit: Vous ne
réglez pas le problème de la taxation. Je vais vous en parier un
petit peu du problème de la taxation, ça vaut la peine.
En 1979, j'étais dans cette Chambre lorsque l'Assemblée
nationale a adopté la fameuse loi 57 grâce à une
majorité péquiste. Nous, du Parti libéral, nous avons
voté contre ce projet de loi à l'époque. Le
député d'Abitibi-Ouest a voté pour, le
député de Laviolette a voté pour. Le député
de Jonquière n'était pas ici à l'époque mais il
aurait voté pour s'il avait été ici parce que ça
favorisait les municipalités au détriment des commissions
scolaires qui n'avaient pas été consultées dans le
processus. On les a écrasées littéralement à ce
moment-là. Nous les avons défendues à l'époque.
Mais c'est de là qu'origine la situation actuelle. Le
député de Jonquière a défendu cette
position-là pendant longtemps et je pense qu'il la défend encore
aujourd'hui. Je pense que, si on l'écoutait, il nous dirait que les
petits 6 % qui restent, il serait prêt à venir les chercher aussi.
En tout cas, si vous ne le dites pas, vos confrères des
municipalités le disent. C'est la position de l'Union des
municipalités, c'est bon qu'on le sache clairement.
Actuellement, d'un point de vue politique, H n'est pas possible de
procéder à des changements importants en matière de
taxation scolaire et municipale parce qu'il n'y a pas du tout de consensus de
ce côté-là. Vous autres mêmes avez agi de la
manière dont vous avez agi en 1979. Nous autres, observant le climat
politique, causant avec les représentants des pouvoirs municipaux, nous
considérons que le temps n'est pas mûr pour des modifications de
ce point de vue-là. Je l'ai dit en toutes lettres à M.
Légaré et à ses collègues. Je leur ai dit: Si vous
voulez toucher à l'impôt foncier, j'ai sondé le terrain et
je vais vous faire une confidence. Quand nous avons formé le
gouvernement ri y avait mon collègue, le député de
Laporte, qui venait d'être nommé ministre des Affaires
municipales. Je lui ai dit, un petit peu candidement: Cher collègue, si
vous vouliez, une question qu'on pourrait aborder serait le partage de la
fiscalité scolaire et municipale. Je trouve qu'elle n'est pas
satisfaisante. Mon collègue m'a dit: M. Ryan, dès que vous
entrerez dans l'épaisseur du problème, vous vous rendrez compte
que, politiquement, ce n'est pas un problème qu'on peut aborder
maintenant. Je pense qu'il avait raison. Il m'a toujours dit qu'il avait
l'esprit ouvert là-dessus, et le ministre actuel des Affaires
municipales également, mais c'est une question qui ne donne pas lieu
à un consensus fonctionnel pour le moment.
J'ai demandé aux dirigeants de la Fédération des
commissions scolaires: Vous qui n'êtes pas satisfaits, si nous ne pouvons
pas toucher à
l'impôt foncier, indiquez-moi une autre source de revenu fiscal
que nous pourrions divertir au profit des commissions scolaires et avec
rationalité. Savez-vous qu'on la cherche encore? Il ne peut pas
être question de l'impôt sur le revenu. Il en a été
question pour les municipalités, de l'impôt sur le revenu. On
trouve qu'on a déjà assez de payer de l'impôt sur le revenu
à Québec et à Ottawa, je ne pense pas que personne soit
intéressé à payer un impôt sur le revenu au
municipal et, en quatrième lieu, au scolaire en plus.
La taxe de vente, finalement. Le partage de cette taxe doit être
fait par le gouvernement pour l'ensemble du Québec parce que si on
allait donner la taxe de vente uniquement aux municipalités, par exemple
celles qui ont de gros centres commerciaux sur leur territoire et de gros gros
commerces, s'enrichiraient, s'engraisseraient aux dépens des autres,
ça n'aurait pas d'allure. Il faut bien qu'un certain partage soit fait
par l'autorité centrale.
Alors, quelle source fiscale pouvez-vous identifier avec clarté
qui permettrait de corriger la situation présente qui n'est pas
satisfaisante objectivement? Je le dis avec toute la clarté dont je peux
être capable, il n'y en a pas pour le moment. La Fédération
des commissions scolaires travaille de son côté. Elle a des
travaux de recherche engagés. Nous avons engagé des travaux au
gouvernement également. Au ministère des Finances, au Conseil du
trésor, au ministère de l'Éducation nous poursuivons
l'étude de ces questions et nous sommes très ouverts.
Il faut voir les conséquences. Je vais vous donner seulement un
exemple. Actuellement, les commissions scolaires sont autorisées
à percevoir le plus bas des deux montants - je pense que les membres de
cette Chambre sont familiers avec cette question-là - soit une taxe
foncière qui représentera 6 % de leurs dépenses
admissibles pour fins de subventions, soit une taxe foncière qui
représentera 0,25 $ par 100 $ d'évaluation. C'est le plus bas des
deux. La loi est formulée de telle manière qu'il faut la lire
trois fois. Quand on est un profane en matière de fiscalité, on
ne comprend pas du premier coup. Quand on la lit attentivement, on
s'aperçoit que ça veut dire que c'est le plus bas des deux
montants. (16 h 30)
Des gens m'ont demandé: Pourquoi ne mettez-vous pas le libre
choix entre les deux montants plutôt que seulement le plus bas des deux
montants? Il y a des commissions scolaires qui taxent seulement à 0,10 $
du 100 $ d'évaluation, mais qui sont déjà rendues aux 6 %
de dépenses admissibles. Si elles pouvaient aller jusqu'à 0,25 $,
imaginez la différence que cela ferait pour elles. C'est très
intéressant en théorie, mais, en pratique, savez-vous ce que
ça représente comme implication financière? Il y a
peut-être 200 000 000 $ qui sont impliqués dans une chose comme
celle-là. 200 000 000 $. Est-ce que le gouvernement peut prendre 200 000
000 $ et dire aux municipalités: Restez assises tranquilles. On va
transférer ça dans l'autre caisse. Non. Vous-mêmes ne
l'auriez pas fait. Vous avez fait le contraire d'ailleurs, et vous êtes
bien mal placés pour faire la leçon là-dessus.
Je vous dis que c'est impossible, quoique mon penchant serait fortement
pour un ajustement de ce côté-là. Nous travaillons
loyalement et je ne suis pas en mesure, comme porte-parole du gouvernement en
matière d'éducation, de dire qu'on peut aller plus loin qu'on le
fait actuellement. C'est clair. L'Opposition pourra faire toutes les
dissertations qu'elle voudra, elle sait très bien dans le fond
d'elle-même, comme nous, qu'elle ne pourra pas bouger d'un pouce
là-dessus dans l'avenir prévisible. Si on ne peut pas dans un
avenir prévisible, cela veut dire qu'attendre six mois ne changerait
absolument rien là-dessus; on ne serait pas plus avancés qu'on ne
l'est actuellement. Autant le dire franchement; autant le reconnaître
loyalement.
Savez-vous qu'il y a une chose que je trouve intéressante
à ce sujet-là? Il y a des commissions scolaires qui, au lieu de
se lamenter toujours, comme c'est malheureusement la tendance dans un certain
nombre d'organismes chez nous, pas seulement dans le monde scolaire,
d'ailleurs, qui agissent. Dans mon comté, il y a une commission scolaire
protestante, la commission scolaire protestante Laurentian qui dessert un vaste
territoire. Savez-vous que cela fait deux fois qu'elle fait un
référendum pour augmenter ses 6 %?
Une voix: La Tuque.
M. Ryan: Pardon? La Tuque l'a fait, mais la commission scolaire
Laurentian, à deux reprises, a gagné son
référendum. Elle a gagné son... Pardon?
Une voix: Un effort des contribuables.
M. Ryan: Oui, oui, c'est ça. Son taux d'évaluation.
Son taux de taxation sur les 100 $ d'évaluation était à
0,08 $ et elle l'a porté à 0,10 $: aujourd'hui, je pense qu'il
est rendu à 0,12 $ ou 0,14 $. Elle est passée à deux
reprises par un référendum parce que la loi l'y oblige. Mais, si
un nombre croissant de commissions scolaires décident de prendre leur
affaire en main et d'y aller en référendum, peut-être
vont-elles faire tomber l'obligation du référendum à force
de prouver qu'elles sont capables de le gagner. Il y en a qui sont assis
là et qui ne bougent pas du tout. Il faudrait que tout leur tombe du
ciel. Ce n'est pas bon. Cela ne sert à rien. Cela a été
fait comme ça et nous n'avons pas l'intention de l'enlever dans l'avenir
prévisible.
Autre raison de ne pas accéder à la suggestion
plutôt légère de l'Opposition. Elle a été
faite d'ailleurs sur un ton assez détaché. J'ai remarqué
qu'il n'y avait pas beaucoup de passion
dans la manière dont elle a été
présentée tantôt, et je l'ai vivement
apprécié. J'ai cru que c'était un exercice
académique auquel on nous invitait et nous le faisons dans le même
esprit. J'espère que nous pourrons entreprendre sans délai la
deuxième phase de notre débat sur le principe du projet de loi,
que nous pourrons le terminer dans un délai raisonnable, après
que tous ceux qui ont à s'exprimer là-dessus l'auront fait, et je
reconnais le droit absolu de chaque député de s'exprimer sur un
projet de loi, surtout sur un projet de loi de cette importance. Au terme de ce
débat de principe, j'ose espérer que nous pourrons entreprendre
ensemble, dans un esprit de collaboration, l'étude du projet de loi
article par article.
Je voudrais donner une dernière indication au leader de
l'Opposition qui est devenu, pour ma plus grande satisfaction, porte-parole de
sa formation en matière d'éducation et d'enseignement
supérieur, et lui donner l'assurance que nous mettrons à sa
disposition, dès la fin de nos travaux sur le principe du projet de loi,
le texte des principales propositions d'amendement afin qu'il puisse en prendre
connaissance avant que nous entreprenions les travaux en commission
parlementaire. J'indiquais l'autre jour au leader de l'Opposition que je
n'avais pas pu le faire jusqu'à maintenant parce que je devais passer
l'étape du Comité de législation. Vous savez, au
gouvernement, ce n'est pas tout d'avoir des beaux projets, il faut passer par
toutes sortes d'étapes. Un projet de loi comme celui-ci, j'ai dû
d'abord le soumettre au Comité des affaires culturelles et sociales.
Là, c'était un petit peu moins difficile pour moi parce que j'ai
l'honneur d'être le président du comité et cela me donne un
petit avantage. J'ai dû le soumettre au Conseil du trésor
où l'on ne fait aucune acception de personnes ou de titres et où
l'on traite tout le monde avec une dureté exemplaire. Il a fallu que je
négocie plusieurs articles du projet de loi avec toute la fermeté
dont nous étions capables de part et d'autre.
Ensuite, il faut passer au cabinet. Il faut passer également au
Comité de législation. La dernière étape
était le Comité de législation, pour les amendements, et
je suis heureux d'informer la Chambre que nous avons franchi cette étape
ce matin. Grâce à une collaboration exemplaire du Comité de
législation que préside maintenant le député de
Jean-Talon et ministre de la Justice et des Affaires intergouvernementales,
nous avons disposé de toutes les difficultés qui pouvaient
subsister et nous serons prêts, par conséquent, dès que le
débat sur le principe sera terminé ou à peu près
vers ce temps-là, à communiquer les amendements aux
députés intéressés de manière qu'ils en
aient connaissance avant que nous entreprenions... Là, je dis bien les
principaux amendements parce qu'il y a un grand nombre d'amendements où
ce sont des questions de français. Vous savez, quand on se met à
vouloir écrire en bon français...
Je me rappelle, quand j'étais journaliste, M. le
Président, si j'avais un peu de temps devant moi, c'était la pire
affaire qui pouvait m'arriver parce que je recommençais le premier et le
dernier paragraphe dix fois pour être sûr qu'il n'y avait
absolument aucune scorie qui s'était glissée dans mon texte.
C'est la même chose quand on légifère. Chaque fois qu'il
nous reste du temps, on le passe a être perfectionniste et à
vouloir aller jusqu'au fin fond de la perfection. Parfois, on finit par rendre
obscur ce qui était clair à l'origine.
Ici, M. le Président, je répète cet engagement.
Nous mettrons à la disposition des députés tous les
amendements importants et les autres, les amendements de pure forme ou de pure
concordance, nous les distribuerons au fur et à mesure pour ne pas semer
de confusion. Je pense que les journaux l'ont bien compris ces jours derniers,
il n'y aura pas d'amendement majeur qui change l'esprit du projet de loi ou qui
le détourne des fins annoncées dans le projet de loi. Il y a
beaucoup d'assouplissement, beaucoup d'adaptation pour tenir compte des points
de vue que nous avons entendus, mais pas d'abandon, pas de renonciation, pas de
trahison, pas de démission surtout, mais une continuité dans
l'action. Sur ces grandes questions, une fois qu'on a fait son lit, on ne
recommence pas toutes les semaines.
Je pense que tout est réuni pour qu'on puisse faire un travail
législatif très sérieux. J'espère que quand nous
aurons disposé de cette motion de report, nous pourrons reprendre le
débat de principe et ensuite aller vers l'étude en commission
parlementaire pour pouvoir livrer à la population
québécoise, d'ici la fin de l'année 1988, une loi de
l'instruction publique plus claire, plus moderne, plus cohérente, mieux
adaptée aux réalités d'aujourd'hui. Merci.
Le Président: Je remercie M. le ministre de
l'Éducation, de l'Enseignement supérieur et de la Science. Je
vais maintenant céder la parole à M. le député
d'Abitibi-Ouest, leader de l'Opposition officielle, sur la même motion de
report présentée par M. le député de Laviolette. M.
le député d'Abitibi-Ouest.
M. François Gendron
M. Gendron: Oui, M. le Président. Je veux d'abord vous
remercier d'avoir mentionné à ceux qui nous écoutent et
aux parlementaires présents que j'ai l'intention de prendre la parole
sur la motion de report parce que, normalement, c'est ce à quoi nous
sommes conviés alors que le ministre a refait un deuxième
discours sur le principe du projet de loi 107 qu'on a discuté mardi
dernier.
Ses premières questions ont été: Pourquoi
l'Opposition arrive-t-elle aujourd'hui avec une motion de report? Il a
même employé l'expression à deux reprises "motion dite
dilatoire" Pour ceux
qui ne sont pas familiers avec ces choses, motion dilatoire, cela veut
dire que... D'ailleurs, il a même dit que nous voulions nous amuser.
Je tiens à signaler, M. le Président, que si on a fait une
motion de report, d'abord c'est parce qu'elle est prévue au
règlement, premièrement.
Une voix:...
M. Gendron: Oui. Si on a un règlement de la Chambre qui
permet que l'Opposition ait des droits, il y a une méchante
différence entre faire accroire à la population qu'une motion de
report, c'est pour s'amuser et pour perdre du temps, alors que c'est une motion
qui est prescrite dans notre règlement depuis des années, selon
les usages et coutumes, qui est à l'article 240. Il dit: On a le droit
de faire une motion de report quand il y a des motifs valables de la faire.
Oui, M. le Président, il y avait des motifs de faire une motion
de report. Que voulez-vous? Le ministre a un projet de loi - et il nous l'a
répété à satiété - longuement
travaillé, personne n'en disconvient. Il a parlé d'un projet de
loi sur lequel beaucoup d'intervenants avaient travaillé. On n'en
disconvient pas. Que voulez-vous? Il rafraîchit peut-être la plus
vieille loi du Québec qui est la Loi sur l'instruction publique,
vieillotte, archaïque, inappropriée. On en convient. On a quand
même été neuf ans au gouvernement. On a eu le livre vert,
un livre blanc, le projet de loi 40, les projets de loi 3, 19, 29, et je
m'arrête là, uniquement pour illustrer d'abord que ce n'est pas le
ministre de l'Éducation actuel qui a inventé la
nécessité de rafraîchir une loi en éducation, ce qui
permettrait qu'elle soit plus adaptée, qu'elle soit plus conforme
à cette nouvelle réalité de 1988. (16 h 40)
Donc, je vais reprendre des faussetés et des choses où il
n'y a pas moyen de suivre le ministre de l'Éducation. Règle
générale, on est capable de le suivre assez facilement. Mais il y
a des affaires qui n'ont pas de bon sens. On va essayer de corriger ces choses.
On va expliquer pourquoi une motion de report. C'est quoi les principes sur
lesquels on s'appuie pour prétendre qu'il y a lieu de reporter le projet
de loi 107. Pour ceux qui nous suivent, 107 veut dire une loi modifiant la Loi
sur l'instruction publique concernant une réforme dans le domaine de
l'éducation.
Ce n'est pas compliqué, tout le monde qui a vu a dit: Le produit
fini, M. le ministre, nous, on n'en veut pas. Ce n'est pas compliqué. On
n'a pas besoin de faire des histoires pendant des heures. J'entendais
tantôt le ministre dire: Écoutez, ils n'ont pas compris, vous
allez voir que quand on va se parler longuement de ça, quand on va leur
réexpliquer... Et ça doit être vrai parce qu'il a senti le
besoin de faire un deuxième discours. À peu près ce qu'il
avait dit dans son premier discours, il l'a repris.
Ce n'est pas ça le débat. Ce n'est pas ça que les
citoyens et les citoyennes du Québec veulent. Ce n'est pas ça que
les concernés en éducation réclament. Les concernés
en éducation réclament d'abord de connaître les amendements
que le ministre a indiqué qu'il produirait. Je sais qu'ils sont
nombreux, et ce n'est pas parce qu'il nous fait une analogie à la fin de
son discours sur toute la valeur intrinsèque du beau français et
des efforts qu'on peut faire pour corriger les textes. À force d'en
faire, ils sont tellement beaux qu'on ne veut plus les voir. C'est probablement
de ça qu'il parle dans sa loi 107.
Moi, M. le Président, ce que j'indique, c'est que les
intervenants en éducation prétendent, et je vais l'illustrer,
c'est pour ça la raison d'une motion de report, que, dans la forme
actuelle du projet de loi 107, ce n'est pas un projet de loi souhaitable
actuellement. Je n'ai jamais dit qu'if n'y avait pas d'efforts de faits. Je
n'ai jamais dit que les gens n'avaient pas travaillé sur ce projet de
loi. Et là, à un moment donné, le ministre de
l'Éducation ajoutait: J'ai hâte que ces gens nous disent, en
parlant de nous, en quoi ce projet est centralisateur. Cela donnerait quoi, M.
le Président, de dire ça au ministre? Ce n'est pas moi le
problème. Le problème, c'est tous ceux que ça concerne sur
le terrain. C'est tous ceux que ça concerne, les agents éducatifs
de l'éducation.
C'est tous ces gens-là que le ministre aurait mérite
à convaincre. Il aurait été bien plus éloquent s'il
avait fait un discours pour nous dire en quoi le projet de loi 107 n'est pas un
projet de loi centralisateur. En quoi le projet de loi 107 corrige, pallie les
inconvénients, les difficultés soulevées par tous les
groupes éducatifs. C'est lui qui a besoin d'aller convaincre. Ce n'est
pas moi qui ai besoin d'aller convaincre, M. le Président. C'est le
ministre de l'Éducation qui a fait des audiences en commission
parlementaire. C'est le ministre de l'Éducation qui s'est fait dire par
tout le monde: Votre "bebelle", même si elle porte sur un beau sujet -
c'est vrai, l'éducation, c'est un sujet extraordinaire - même si
elle porte sur des choses qui sont requises et nécessaires...
Le ministre me disait: Écoutez, M. Gendron, M. le
député d'Abitibi-Ouest, est-ce à dire que vous
n'êtes pas d'accord qu'il y a des améliorations à certains
égards dans le projet de loi 107? Je n'ai jamais dit ça. Bien oui
qu'il y a des améliorations. Cela fait 25 ans qu'on en apporte à
la vieille Loi sur l'instruction publique. Mais ceux pour qui on fait ces
améliorations, ils sont venus dire en commission parlementaire: M. le
ministre, nous ne croyons pas que, dans sa forme actuelle, c'est quelque chose
qui doive être retenu. Je vais juste vous en citer un exemple. Je vais
revenir. Écoutez, quand des intervenants disent ceci, écoutez
bien ça: Le projet de loi 107 dans son état actuel ne nous semble
pas devoir être appuyé, non pas qu'une refonte de la Loi sur
l'instruction publique soit inutile, loin de là, on est tous d'accord
là-dessus, mais une telle
refonte doit permettre de régler des problèmes
réels, et d'abord les plus importants. Écoutez bien la phrase
suivante: Le projet de loi 107 ne répond pas à cet objectif et,
par conséquent, il est, au mieux, inutile et, au pire, nuisible. Ce
n'est pas celui qui vous parle qui porte ce jugement. Je lisais un commentaire
général de la Centrale de l'enseignement du Québec. Pas
vrai. Je m'excuse, M. le Président, je lisais bien un commentaire de
l'Alliance des professeurs de Montréal, membre de la Centrale de
l'enseignement du Québec mais j'aime bien citer les choses telles
qu'elles nous sont rapportées.
Si des gens qui sont dans le milieu de l'éducation concluent que
le projet de loi, au mieux, est inutile, ce serait le mieux qui pourrait nous
arriver et, au pire, qu'il est nuisible, on va se faire accroire que nous, si
on demande une motion de report, c'est pour amuser la galerie, c'est parce
qu'on a un autre discours à faire? Je m'en passerais, M. le
Président, ce n'est pas parce que j'ai un autre discours à faire.
Je l'ai dit et je vais le redire: Dans l'Opposition, on doit refléter
des courants de société, des courants de pensée qui ne
sont pas pris en compte par ces potentats du pouvoir, bien assis sur la
vérité révélée. Quand bien même tout
le monde leur dirait: Ce projet de loi ne fait pas notre affaire, le ministre
nous dit: Faites-moi confiance - c'est ce qu'il m'a répété
aujourd'hui -écoutez, M. Gendron, vous savez que je suis un bon
garçon, faites-moi confiance et vous allez voir que les amendements vont
tomber. C'est cela, une motion de report. Pourquoi ne les a-t-il pas fait
tomber avant de commencer l'étude du principe? Savez-vous ce que c'est
de dire oui à quelque chose? Cela doit, pour la plupart d'entre vous, en
tout cas. Adopter un principe de projet de loi en éducation, quand on
sait que sur le principe il y a des questions fondamentales de partage de
pouvoirs, de niveaux de responsabilités, de respect de
l'élève, de moyens accrus pour que les actes pédagogiques
soient évalués, qu'ils soient plus significatifs, que des
mandataires de la responsabilité de l'éducation puissent exercer
leurs responsabilités convenablement, c'est tout cela qu'on retrouve
dans le projet de loi 107.
Le ministre nous demande, à nous parlementaires: Prononcez-vous
sur le principe du projet de loi 107 et après cela, je vous montrerai
tout ce qui est essentiel. Je vous montrerai tout ce que je veux apporter comme
corrections sur des questions de fond. Je l'entendais et je l'écoutais
très religieusement, j'aime ça l'écouter religieusement.
Comme si les modifications qu'il veut au système d'éducation
étaient majeures et que le projet de loi 107 donnait suite à une
série d'arguments qui ont été constamment
répétés pour bonifier, pour permettre effectivement que
nous ayons une loi qui corresponde mieux à la réalité.
J'en suis, je suis complètement d'accord avec cela.
Comment se fait-il que jusqu'à présent il n'ait pas
réussi à convaincre les principaux intervenants concernés
par l'éducation? Comment se fait-il qu'il ne comprenne pas qu'avant de
dire oui à un principe, parfois il faut avoir une meilleure vision des
modalités d'application du principe? Il y a des modalités
majeures dans un projet de loi aussi important, à conséquences
aussi majeures sur des administrés de toute nature, que ce soit les
commissions scolaires, les parents ou les élèves. Dans ce
sens-là, si les concernés nous rappellent qu'il y aurait lieu de
prendre connaissance des amendements pour ajuster notre position de principe,
il me semble que si nous reflétons un courant de pensée, si on
reflète une Opposition qui tient compte des indications qu'elle
reçoit de son électorat, on n'aurait pas d'autre alternative que
de dire au ministre: On va au moins utiliser un des articles du projet de loi
qui est à notre disposition. Pas pour reporter le débat de fond.
Le débat de fond, je n'ai pas peur de le faire, M. le Président.
Je suis prêt à le faire en n'importe quel temps. Et surtout pas
quand le ministre nous arrive avec des arguments aussi difficiles à
comprendre. Je le cite encore, il dit ceci: On n'adopte pas une loi majeure,
prête - écoutez bien cela parce que, dix minutes avant, il nous
avait dit pendant quinze minutes que s'il y avait une loi qui était
à point, qui avait été alimentée de toutes sortes
de discussions, d'échanges, et c'est vrai, je suis d'accord
là-dessus, donc, le ministre nous convainc pendant quinze minutes, le
projet de loi 107, on est prêt à agir, on est prêt à
faire quelque chose, je ne disconviens pas de cela, je continue ma phrase - on
n'adopte pas une loi majeure prête sur laquelle on a largement
discuté depuis des années, sur laquelle des formations politiques
différentes se sont penchées et que nous, nous avons
terminée - en parlant d'eux, dans les récentes semaines, et
là je finis ma phrase - on n'adopte pas cela six mois avant une
élection. (16 h 50)
En vertu de quoi? Quel est ce principe? Il prend une heure pour nous
dire: C'est prêt, c'est mûr, cela a été
discuté, les intervenants ont été consultés, c'est
un loi majeure pour laquelle toutes les étapes ont été
franchies. Si c'est exact que toutes les étapes ont été
franchies, en vertu de quel raisonnement une législation importante,
mais qu'on discute depuis des années, ne pourrait pas être
adoptée par un Parlement six mois avant une période
électorale? Je ne suis pas capable de trouver la logique. En vertu de
quel principe? À part cela, si le gouvernement était
sérieux, dans la perspective où on aurait affaire à une
majorité un peu moins subordonnée à la règle
ministérielle qui, de temps en temps, écouterait quelques
arguments ce ne sont même pas les miens, je véhicule les arguments
des organismes qui nous ont consultés - s'il décidait que cela a
du bon sens, il pourrait dire: On va laisser les intervenants prendre
connaissance des amendements...
Le ministre est correct. Il nous dit: J'ai fini mes devoirs,
j'achève mes devoirs, j'ai franchi une dernière étape au
Comité de législation, je pense que c'est beau, je vais vous
montrer cela. M. le Président, je suis intéressé à
voir cela, je vous jure que je vais les lire attentivement et il sait que je
vais lire attentivement les amendements qu'il va me donner. Il le sait. Mais je
serais intéressé également à ce que les groupes, au
lieu de m'appeler comme hier et avant-hier en essayant de me convaincre que ce
projet de loi, dans sa forme actuelle, n'a pas de bon sens, me parlent des
amendements finaux et, sur la base d'une connaissance des amendements
déposés par le ministre, disent à celui qui vous parle: M.
Gendron, nous croyons que ce projet de loi, dans la nouvelle forme que le
ministre vient de lui donner, nous convient, répond à des
objectifs communs. Par la suite, on ira, en commission parlementaire, ajuster
des perceptions.
Parfois, il y a des nuances fortes. Il y a des nuances fines, mais il y
a des nuances fortes. Une nuance forte sur l'éducation des adultes, une
nuance forte sur une définition davantage précise des droits de
l'élève dans un projet de loi aussi majeur que celui-là,
personnellement, cela ne m'empêchera pas de contrevenir à
l'adoption du principe. Et je suis convaincu que ce sera la même chose
pour ma formation politique. Mais je n'ai pas cela comme outil, je n'ai pas
cela comme réflexion au moment où je vous parle. Je n'ai pas les
instruments normaux d'une Opposition efficace qui fait son travail pour porter
un jugement, aujourd'hui. On me signale que les intervenants éducatifs
veulent que ce projet de loi soit adopté, et c'est cela, le sens de la
motion de report. C'est cela qu'on veut dire par une motion de report.
On fait les gorges chaudes sur le délai, sur les six mois.
Pensez-vous que c'est moi qui ai inventé cela, M. le Président?
Depuis que le Parlement existe, il y a un règlement qui dit qu'on est
obligé de mettre six mois autrement il y a des dangers que la
proposition soit considérée irrecevable. Traditionnellement, pour
toutes sortes de raisons, on a un calendrier fixe et on sait qu'on fonctionne
à deux sessions par année, c'est-à-dire deux
périodes consacrées par règlement, le troisième
mardi de mars et le deuxième mardi d'octobre, si ma mémoire est
fidèle. En conséquence, il faut y aller de six mois en six mois
pour adopter des lois puisqu'une partie de la session se termine en juin et que
celle-ci va se terminer en décembre. Dans mon esprit, tout le monde sait
ce que cela veut dire. La motion de report, cela veut dire... Je prends le
temps de l'expliquer un peu. Le projet de loi 107, j'en ai parlé et je
vais y revenir. Là, on est sur la motion de report. C'est simple, la
motion de report, c'est juste un signal au gouvernement pour lui dire: Cela ne
vous tenterait-il pas de faire connaître d'abord les amendements majeurs
aux groupes concernés, aux intervenants éducatifs
concernés, de recueillir leurs réflexions et leurs commentaires
rapidement sur cette nouvelle compréhension et cette nouvelle
information qui seraient communiquées? Ensuite, on travaillera. Quant au
travail qu'on a à faire de part et d'autre, je suis capable de
m'acquitter de mes responsabilités. Je suis convaincu que le ministre
est capable, lui aussi. On fera le débat et on verra comment
procéder, mais je n'ai pas les outils.
La motion de report, aujourd'hui, ce n'est pas compliqué. C'est
très simple, ce n'est pas pour parler des avantages du projet de loi
107, pour dire que c'est un progrès par rapport à ce qui
existait, ce n'est pas pour dire qu'il y a des avantages au chapitre de
l'éducation des adultes et qu'il y a des précisions qui
n'existaient pas et qu'on offre. Comme je l'ai mentionné, c'est
uniquement et fondamentalement pour signaler au gouvernement actuel qu'entre la
lecture qu'il fait du degré d'assentiment - pas populaire, c'est un
mauvais terme - des intervenants concernés, eu égard à la
connaissance et à la compréhension qu'ils ont de ce projet de loi
par rapport aux éléments qu'ils ont reçus.
M. le ministre disait tantôt: J'ai eu vent que M. Gendron
aurait peut-être bien rencontré M. Légaré. Oui, je
l'ai rencontré. Comme je l'ai toujours fait dans mes critiques d'un
secteur donné. Il faut rencontrer les intervenants concernés.
Comment voulez-vous qu'on soit critique et parler toujours pour et au nom de sa
propre personne? Cela n'a jamais été mon genre de parler pour et
au nom de ma propre personne. Je parle pour et au nom des intervenants que je
côtoie, des intervenants qui représentent quelque chose en termes
de responsabilités. Et j'ai rencontré M. Légaré. Je
lui ai posé une question très claire. Vous, M.
Légaré, est-ce que vous avez une connaissance assez
précise des amendements proposés par le ministre? Sa
réponse a été: Non. Il n'a pas dit: Je n'aime pas le
ministre. Il n'a pas fait un discours sur d'autres affaires. Il m'a
parlé de ce dont on devait parier. Je répète la question.
Est-ce que vous, M. Légaré comme président de la
Fédération des commissions scolaires, vous avez une connaissance
assez précise des amendements que le ministre a annoncé à
plusieurs reprises qu'il déposerait qui vous permettrait de me dire que
le projet de loi 107, dans la forme que vous connaissez, compte tenu des
échanges que vous avez avec le ministre, vous agrée, vous
convient?
Sa réponse a été: M. Gendron, comme vous, j'ai pris
connaissance rapidement - parce que au moment où je l'ai fait, il
n'avait pas pu prendre connaissance à fond du discours de
présentation du ministre de l'Éducation - mais à la
lumière de ce que j'ai pu voir, il y a là des engagements du
ministre qui nous agréent, parce que je vais être honnête.
Oui, mais le président de la Fédération des commissions
scolaires a dit: II y a là des engagements du ministre de
l'Éducation qui nous agréent et qui sont consécutifs
à des choses qu'on a revendiquées en commission parlemen-
taire. Il s'est empressé d'ajouter: On va continuer à
analyser le texte du ministre. On va essayer d'avoir le plus rapidement
possible les amendements qu'il propose et on va regarder ça lors d'une
réunion importante de nos instances en fin de semaine. Voilà une
autre raison pour laquelle il y a une motion de report, Mme la
Présidente. Une motion de report est pour permettre justement que ces
gens-là puissent prendre connaissance des amendements
proposés.
Je voudrais cependant insister davantage sur ce que les gens nous disent
globalement. Combien le ministre a essayé de nous faire porter la
responsabilité de lui faire la démonstration qu'il n'y a pas de
centralisation là-dedans! Je lui ai indiqué tantôt que,
personnellement, je ne jouerais pas à cela. Ce que je vais indiquer
à cette Chambre, ce sont beaucoup plus les indications que les
intervenants me donnent. Je donne un exemple ici de l'Association des
commissions scolaires catholiques d'Abitibi-Témiscamingue. "M. le
ministre... Ils ont écrit ça à M. Ryan mais copie au
député d'Abitibi-Ouest. Ils parlent du projet dont on discute et
pour lequel je demande un report. "... Celui-ci ne correspond pas à nos
attentes et aux attentes des intervenants du milieu scolaire et ne vise pas
à améliorer le système public d'enseignement. " C'est un
gros jugement. D'après eux, le projet de loi 107... On n'est pas juste
dans les pouvoirs du ministre et des commissions scolaires. On est quand
même un regroupement de commissions scolaires d'une région.
D'accord, c'est une région dite "éloignée", selon
certains. D'accord, c'est une région qui ne compte pas beaucoup dans
l'esprit des libéraux à voir leur attitude générale
dans toutes sortes de dossiers. On le voit avec les actions
accréditives. Qu'est-ce que vous voulez? Nous avions remis cette
région-là sur la "map" avec un taux de chômage sans
précédent. Il sont en train de la remettre, encore là,
dans des créneaux de chômage de 25 % à 30 %...
Une voix: Sans précédent.
M. Gendron:... parce qu'ils ont déboîté les
actions accréditives. Mais là, ils continuaient. Mme la
Présidente, j'espère que le ministre est attentif à ce
petit bout-là "... et ne vise même pas à améliorer
le système public d'enseignement. " C'est un jugement
sévère. Là, ils ajoutent, par exemple: "S'il était
adopté dans sa forme actuelle - ils parlent toujours du projet de loi
107 - il aurait pour effet d'augmenter la mainmise de l'État sur la
gestion des écoles publiques. Il brimerait aussi toute initiative de la
part des gestionnaires et des employés qui travaillent dans les
commissions scolaires. " (17 heures)
M. le ministre me dit: Cela ne se peut pas. Cela n'a pas de bon
sens. Je le vois ici en Chambre. Supposons que vous ayez raison, M. le
ministre, est-ce que vous n'admettez pas au moins que ça serait plus
intéressant de vous donner éventuellement raison au moins en
ayant l'assurance d'avoir l'ensemble des éléments qui nous
permettraient à nous de nous faire un jugement et,
éventuellement, de dire à ces gens-là, parce que je leur
ai déjà parlé, que je leur parte
régulièrement: Moi, il m'apparaît que, sur la base des
amendements que le ministre m'a donnés, vous n'avez pas raison? Je n'ai
pas d'objection à aller dire ça à mon monde. Il
m'apparaît que, sur la base de l'ensemble des amendements apportés
par le ministre de l'Éducation, prétendre qu'il s'agit là
d'une initiative qui ne vise même pas à améliorer le
système de l'éducation public au Québec, c'est trop fort.
C'en est une raison concrète pourquoi je demande une motion de report.
Ce n'est pas nous autres qui avons des problèmes avec ce projet de loi,
c'est le gouvernement. Dans ce sens-là, si on n'avait pas affaire,
encore là, à une majorité silencieuse, anonyme, ces
gens-là diraient: II a peut-être raison.
Donnons au moins la chance aux intervenants du milieu de
l'éducation d'apprécier les amendements proposés,
d'apprécier toutes les intentions, dans certains cas, pieuses et, dans
d'autres cas, je pense, objectives et honnêtes du ministre de
l'Education, de les traduire et de les concrétiser dans un projet de
loi, de les traduire et de les concrétiser dans des intentions
législatives. Quand on est rendu où on est rendu, Mme la
Présidente, on ne devrait pas à l'étape encore d'un livre
vert ou d'un livre blanc... On n'est plus au livre vert et au livre blanc. On
est à l'étape d'adopter un projet de loi majeur qui va moderniser
toute la base, l'assise fondamentale du système éducatif
québécois, et on va faire ça sans disposer de quelque 250,
peut-être même 300, amendements.
Le ministre dit: Ce sera presque tous des virgules. Soit, je ne serais
pas gêné de les montrer. Si c'est ça, qu'il les montre les
virgules. Il me semble que, dans son discours de deuxième lecture, le
ministre a quand même laissé voir qu'il y aurait quelques
amendements majeurs. Le ministre a quand même laissé voir dans son
discours que, quand vous avez dit en commission: Telle affaire, ce ne sera plus
telle autre affaire. Il a quand même aussi dit ce que j'ai, à
plusieurs reprises, cité et que je veux reprendre à nouveau -
c'est le ministre qui parle: "Moi, j'ai examiné tout ça, j'ai
examiné toutes les critiques, mais je crois qu'il n'y a pas lieu de
modifier les dispositions du projet de loi traitant des pouvoirs ou du partage
des pouvoirs. " S'il réussit à convaincre les principaux
intervenants éducatifs, ça va me faire plaisir.
Je voudrais, à ce sujet, donner quelques autres indications pour
dire pourquoi il nous apparaît important de continuer à
prétendre à la justification de la motion de report. Je fais une
citation de la Fédération des commissions scolaires:
"Après avoir analysé le contenu du projet de loi 107 et la
portée des articles qu'il contient, on en vient à la conclusion
qu'il ne
répond pas aux objectifs d'amélioration de la Loi sur
l'instruction publique et, incidemment, du système public
d'enseignement. Loin d'amorcer le virage nécessaire à
l'égard de l'hypercentralisa-tion, il aurait pour effet d'accentuer la
mainmise sur la gestion des écoles." Là, il y a toute une
théorie de la fédération, selon laquelle le projet de loi
107 tend à centraliser davantage le système public d'enseignement
et témoigne d'un sentiment de méfiance de l'État à
l'endroit de ses partenaires. Ces gens-là ajoutaient: "II doit
être révisé en profondeur et s'appuyer sur des
prémisses de responsabilisation des commissions scolaires et des
écoles. Il doit respecter davantage les acquis des
Québécois en démocratie scolaire et prévoir des
moyens pour stimuler l'exercice."
Croyez-vous, Mme la Présidente, que, lorsque les intervenants
auront pris connaissance des amendements déposés sur les
questions fondamentales, ces gens-là vont maintenir le jugement que je
viens d'évoquer? Peut-être que non. Je le dis comme je le pense.
Peut-être que non. Sauf que, sur un projet de loi d'aussi grande
envergure, sur un projet de loi aussi majeur pour l'avenir de
l'éducation au Québec, il me semble que ce n'est pas
démagogique, ce n'est pas irresponsable, comme vous l'avez dit, ce n'est
pas de s'amuser que de dire: On veut attirer l'attention des parlementaires et
du ministre pour s'assurer qu'on n'ira pas faire un exercice article par
article sur un projet de loi de cette envergure sans que le principe ait
été adopté mais qu'on sache ce qu'on a adopté lors
de l'adoption du principe d'un projet de loi de cette envergure-là. Il
n'y a pas 25 façons, Mme la Présidente, de savoir ce qu'on a
adopté sur un principe s'il nous manque des éléments
essentiels que le ministre s'est engagé à nous fournir plus tard.
Cela fait plusieurs fois que je vois en cette Chambre des projets de loi qui
ont dû être réécrits. Dans le fond, la logique de
l'Opposition s'expliquerait même d'exiger une réécriture de
ce projet de loi. Et réécrire un projet de loi ça ne veut
pas dire recommencer tous les devoirs, ça veut dire justement que,
compte tenu de l'évolution des mentalités, de l'évolution
des échanges et également de l'évolution de certaines
réflexions que des agents éducatifs peuvent faire, il aurait
été important de dire: Oui, on va refaçonner le projet de
loi et on va le déposer.
Expliquer à la population pourquoi le ministre ne fait pas
ça, ça ne donne pas grand-chose parce que c'est de la
mécanique de procédures, ce sont des affaires qui concernent
beaucoup plus les parlementaires. C'est pour ça que rapidement, comme
critique de l'Opposition, je n'ai pas privilégié cette option
parce que j'aime mieux travailler sur le fond des choses que sur les
modalités. Mais aujourd'hui, ce n'est pas parce qu'on n'a pas
privilégié cette option qu'on ne se sent pas tout a fait
justifié de dire: Oui, on demande de reporter de quelques mois parce que
ça donnerait l'occasion à tous les intervenants
d'apprécier à nouveau les modifications et un petit peu ce que
j'appellerais le concept dans lequel le ministre s'est tant affairé pour
traduire le projet de loi 107, qui est un concept beaucoup trop axé sur
une centralisation abusive.
Je continue avec d'autres prétentions d'intervenants
concernés qui nous disent aussi: Proposez donc une motion de report.
L'Association des commissions scolaires protestantes du Québec a dit: On
s'oppose parce que plusieurs articles du projet de loi sont
anticonstitutionnels, parce qu'on n'accepte pas la philosophie qui sous-tend le
projet de loi, une philosophie de centralisation excessive et abusive. Ce n'est
pas mince, ça, Mme la Présidente. Les directeurs
généraux des commissions scolaires, des gens collés
à la réalité du milieu de l'éducation depuis des
années, disent: On s'oppose fermement à cette accumulation des
pouvoirs du gouvernement et du ministre. On juge impertinent que le ministre
prenne l'occasion du projet de loi pour augmenter ses pouvoirs
réglementaires et par là son emprise sur le système
scolaire. L'Association des cadres scolaires, appréciation
générale: Bien que nous soyons d'accord avec les objectifs
poursuivis par les auteurs du projet - on devrait dire l'auteur du projet -
nous croyons que les ambiguïtés, les omissions, les défauts,
les manques dont nous avons fait état dans notre mémoire risquent
précisément de compromettre le succès de l'entreprise
éducative du Québec. Ils ne disent pas quelques lacunes, et pour
reprendre l'expression d'un de leurs collègues, ils ne disent pas qu'il
n'y a qu'un malaise. C'est un de leurs collègues qui s'exprimait comme
ça. Il y a plus qu'un malaise dans le problème, il y a bien des
affaires qui ne marchent pas là-dedans et le ministre a laissé
voir qu'il corrigerait tout ça dans les amendements. On veut les voir,
on veut en prendre connaissance, on veut que les concernés voient
l'ensemble des éléments d'un projet de loi aussi important pour
l'avenir de l'éducation au Québec. Et voir l'ensemble des
éléments importants, c'est ça, Mme la Présidente,
faire un travail efficace et logique. C'est ça faire un travail
responsable de parlementaires sérieux. (17 h 10)
Avant de dire: Donne-moi le principe et je vais aller le chambouler en
commission. Donne-moi le principe et ensuite en commission parlementaire je
ferai bien ce que je voudrai parce qu'on sait qu'après avoir
consacré le principe si le ministre décide de ne pas donner suite
fondamentalement à des orientations qui ont un lien direct avec le
principe, il a ce qu'il lui faut pour faire ce qu'il veut. Ce n'est pas
très tentant quand on sait à qui on a affaire dans ce
dossier-là et quelle conception il a, combien il est ministre de
l'Éducation. Selon sa conception, c'est majeur qu'il soit ministre de
l'Éducation et on n'a rien contre ça, mais, je le
répète, on ne peut pas parler des deux côtés de la
bouche.
C'est impossible. Il faut se rappeler que, dans l'Opposition, le
même ministre avait mentionné son désaccord avec plusieurs
projets de loi ou réformes en éducation, sous prétexte
qu'ils étaient coiffés d'un esprit trop axé sur une
centralisation abusive. C'était le même ministre, et on aura
l'occasion de le citer abondamment sur presque chaque article en commission
parlementaire.
Si j'étais le seul à avoir ces craintes, je dirais
rapidement, Mme la Présidente: Adopté. Il n'y aurait pas eu de
motion de report. Nous aurions rapidement donné notre point de vue sur
le projet de loi 107 et nous serions rapidement allés en commission
parlementaire. Nous y aurions peut-être passé quelques minutes au
début, mais nous serions peut-être déjà rendus
à l'article 250 ou 300. Ce n'est pas ça la réalité
de ce projet de loi. Elle est beaucoup plus complexe que ça.
L'Association des institutions d'enseignement secondaire nous le dit: "Le
projet de loi 107 accentue cette méfiance de l'État à
l'endroit des partenaires". À propos du projet de loi 3 du
précédent gouvernement contre lequel ces gens-là ont
voté complètement et massivement, le ministre dit, aujourd'hui:
Nous autres, on a voté contre parce que j'interprète subtilement
que vous auriez joué différemment du couteau pour découper
le territoire. Soit! Supposons que ce soit exact pensez-vous que cela
requérait l'acharnement que ces gens-là ont eu pour
déblatérer et pour descendre le projet de loi 3 qui reprenait
fondamentalement plus d'objectifs, qui se rapportait idéalement à
un projet éducatif, qui tenait compte de l'évolution. La CEQ,
entre autres, vous le disait lors de sa comparution en commission
parlementaire. Elle disait: "M. le ministre, H semble urgent qu'à un
moment donné, un ministre de l'Éducation puisse faire un projet
de loi qui corrige le problème des structures pour la région
métropolitaine11 - et je la cite seulement un petit bout -
"Aussi, sommes-nous extrêmement déçus par le projet de loi
107 qui implante des structures linguistiques dans le Québec, sauf
là où de telles structures sont nécessaires." Vous avez
bien compris: Sauf là où c'est nécessaire, là
où, depuis une vingtaine d'années, une restructuration est
réclamée, attendue, souhaitée et préconisée
par tous les organismes gouvernementaux, toutes les commissions
d'enquête, tous les comités d'étude qui ont
travaillé sur cette question. Nous savons que les opposants à une
telle restructuration ont une seule arme puissante à leur disposition
pour des fédéralistes: l'article 93 de l'Acte de
l'Amérique du Nord britannique. Cela signifie-t-il que le gouvernement
du Québec se résigne à laisser les structures scolaires
montréalaises durer et perdurer ad vitam aeternam? Il ne faudrait pas.
Mais, pourtant, c'est la réalité et je pense qu'il est important
de souligner cet argument.
Le ministre parle des conséquences catastrophiques pour les
adultes. Un autre élément. Il parle des conséquences
catastrophiques pour les adultes, pour les élèves
handicapés, d'un délai dans l'adoption du projet de loi.
Pourtant, tous ces avantages, toutes ces améliorations et même
davantage se retrouvaient dans le projet de loi 3. Imaginez, le même
ministre nous faisait un beau discours tantôt en disant: Cela n'a pas de
bon sens, M. le député d'Abitibi-Ouest et critique de
l'Opposition officielle, vous allez éliminer des avantages
conséquentiels pour l'éducation des adultes, pour les
élèves handicapés et une série d'autres
articles.
Quand on regarde ce qui était écrit à ce chapitre,
pour les mêmes clientèles, dans le projet de loi 3 comparé
au projet de loi 107, comme par hasard, tous les intervenants viennent nous
dire que, là-dessus, seulement sur ces deux éléments, il y
a un recul, un recul majeur, qu'y y a moins de garanties, moins d'avantages que
ce qu'on retrouvait dans le projet de loi 3. Ce n'est pas pour permettre
à ces gens-là de reculer, de ne pas avoir les
bénéfices qu'on retrouvait dans ces lois. Si le ministre avait
suivi les procédures, les nombreuses dispositions favorables aux
adultes, aux élèves handicapés s'appliqueraient
déjà. Si le ministre avait dit: Écoutez, au lieu de
rejeter globalement du revers de la main la loi 3, si on avait appliqué
des dispositions concrètes du projet de loi 3, on vivrait
déjà des choses qui auraient permis d'améliorer la
situation de l'éducation des adultes, qui auraient permis
d'améliorer la situation des handicapés, qui auraient permis
d'améliorer les services de garde parce qu'il y en aurait dans les
commissions scolaires du Québec, obligatoires. C'est important. Je ne
peux pas encore là avoir des beaux discours féministes et ne pas
permettre que des gens exercent un choix libre d'aller sur le marché du
travail dans le domaine de l'éducation et avoir les facilités
connexes qui permettent de le faire convenablement.
Comme je l'ai mentionné, ils ont littéralement
utilisé à peu près tous les moyens inimaginables, incluant
ceux du règlement, incluant tous ceux qu'on pourrait interpréter
que le règlement pouvait leur donner comme occasions en Chambre et en
commission. Nous, nous allons faire une motion de report qui, comme nous le
savons, va durer deux heures, qu'on va voter avec une majorité
écrasante parce qu'on a une majorité, comme je l'ai dit
tantôt, neutre, silencieuse, anonyme et quand leur dieu a parlé,
la vérité a parlé et, en conséquence, il faut aller
dans le même sens que Dieu le Père. C'est ça qui va nous
arriver vers 17 h 45, 17 h 50. On le sait. On sait, Mme la Présidente,
que c'est ça qui va arriver. On le savait avant même de
commencer.
On savait, par exemple, qu'il était important d'expliquer
à la population que, dans le présent cas, on est loin de ne pas
être largement appuyés par une multitude d'intervenants
éducatifs qui nous disent qu'effectivement le ministre de
l'Éducation, dans le présent cas, aurait sûrement avantage
à s'assurer que les gens
concernés puissent prendre connaissance le plus rapidement
possible des amendements et qu'on aille travailler sur le fond même de la
loi. Je suis convaincu que si les amendements que le ministre entend
déposer vont dans le sens d'une véritable réforme majeure
de l'actuelle loi 107 qui permette d'abord de placer tout ce débat dans
une perspective moins centralisatrice, dans une perspective de plus grande
souplesse, avec plus d'ouverture, les commissions scolaires du Québec
qui veulent prendre des initiatives en éducation pourraient le faire
avec les outils qu'elles réclament, avec des moyens concrets. Elles
pourront avoir effectivement la capacité d'offrir des services
d'enseignement pas juste à nos étudiants du primaire et du
secondaire, pas juste à des élèves en difficulté,
pas juste à des handicapés, mais également à toute
cette modernité que nous vivons comme société, d'offrir
à de plus en plus de jeunes qui veulent parfaire leurs études par
le biais du service d'éducation des adultes, elles pourront le faire
avec des enveloppes ouvertes, avec des budgets ouverts, avec des programmes
adaptés à la réalité de leur milieu. En
conséquence, ces commissions scolaires adultes auraient au moins la
garantie qu'à un moment donné, elles pourront offrir un projet
particulier qui corresponde davantage à ce qu'elles sont dans leur
milieu.
Si le projet de loi 107 proposé, avec les amendements
proposés, va dans ce sens, j'ai l'impression, M. le ministre, Mme la
Présidente, qu'on va s'acquitter de nos responsabilités. Les
agents éducatifs vont nous indiquer que le projet de loi 107 leur
convient et, en conséquence, à ce moment-là, nous serons
possiblement tout à fait d'accord pour travailler à cette
nécessaire bonification d'avoir enfin une loi dite de l'instruction ou
du ministère de l'Éducation, même si je sais que ce n'est
pas exact dans le sens qu'actuellement on ne modifie pas la loi du
ministère. Mais je sais que les gens comprennent ça, une
loi-cadre, une loi maîtresse sur laquelle on a pu effectivement apporter
moult modifications qui permettraient de tenir compte de révolution de
la réalité et d'une offre plus grande que les commissions
scolaires dispensent véritablement ce qui est requis. (17 h 20)
Voilà les commentaires que je voulais faire pour laisser
l'occasion à un de mes collègues de s'exprimer quelques minutes,
tantôt, sur la motion de report. Je pense, Mme la Présidente, que
le gouvernement aurait avantage à agréer la motion de report de
l'Opposition. Tout le monde ne s'en sortirait que mieux. En aucune
façon, il n'est exact de prétendre qu'en se comportant ainsi, on
échapperait à nos responsabilités de donner suite
éventuellement à l'adoption finale d'un projet de loi dans le
milieu de l'éducation qui améliorerait la situation. Si, un jour,
on a un projet de loi offrant les garanties que c'est ce qu'il va faire, il
aura la collaboration de l'Opposition.
La Vice-Présidente: Merci, M. le député
d'Abitbi-Ouest. M. le député de Sauvé, en vous rappelant,
M. le député, qu'il reste à votre formation dix
minutes.
M. Marcel Parent
M. Parent (Sauvé): Merci, Mme la Présidente. C'est
avec un peu de surprise que j'entendais tout à l'heure le
député de Laviolette déposer devant l'Assemblée
nationale une motion de report du projet de loi 107. Lui, un enseignant de
carrière, un éducateur, qui a reconnu depuis des années
que la Loi sur l'instruction publique devait être refaite, d'être
réactualisée afin de répondre aux besoins de la population
d'aujourd'hui. Après avoir été un des artisans du projet
de loi 40, du projet de loi 3, après avoir été un des
principaux acteurs dans tout ce dossier d'amélioration de la Loi sur
l'instruction publique, il nous demande aujourd'hui de reporter ce projet de
loi.
Ce projet de loi, il faut le réaliser, retient les meilleurs
éléments que l'on a retrouvés dans le projet de loi 40. Un
projet de loi qui met l'emphase sur la place de l'école à
l'intérieur de notre système d'éducation. Un projet de loi
qui resitue les commissions scolaires. Un projet de loi qui donne enfin aux
parents une place valable à l'intérieur de notre système
d'éducation. Un projet de loi qui retient aussi les meilleurs
éléments du projet de loi 3. Et le projet de loi 3 et le projet
de loi 40 émanaient d'où? Ils émanaient de nos amis d'en
face au moment où ils étaient au pouvoir. Aujourd'hui, un
ministre de l'Éducation sérieux, un ministre de
l'Éducation qui a vécu, lui aussi, tout ce processus, tout ce
cheminement, a le courage de présenter à l'Assemblée
nationale un projet de loi refait, un projet de loi amélioré des
meilleurs éléments du 40, des meilleurs éléments du
3 et des éléments voulus par la population d'aujourd'hui, et on
nous demande de retarder ça!
Eh bien, Mme la Présidente, je ne vous apprends rien quand je
vous dis que tous les organismes impliqués dans le domaine de
l'éducation depuis plusieurs années ont reconnu la
nécessité de rajeunir le projet de loi, d'en rationaliser les
structures, de l'adapter aux consensus sociaux issus des 20 dernières
années. Et on nous demande de le reporter encore. Je me demande
où est le sérieux de l'Opposition dans cette demande, dans ce
dépôt de motion de report? Il est malheureux de constater souvent
que les femmes et les hommes politiques utilisent des mesures dilatoires
à des fins politiques, afin de satisfaire leurs propres ambitions
politiques. Mme la Présidente, une attitude positive, une attitude
valable de la part de l'Opposition aurait été de discuter du
principe du projet de loi, d'en discuter honnêtement, de façon
à informer la population de leurs inquiétudes, et de venir en
discuter d'une façon honnête les articles en commission
parlementaire de l'éducation qui va
siéger d'ici quelques semaines.
Cela aurait été ce qu'un gouvernement, ce qu'une
population aurait été en droit d'attendre d'un parti de
l'Opposition positif, qui critique une loi pour l'améliorer, non pas un
parti qui présente une motion de report pour essayer de noyer le
poisson, pour essayer de dire: Enfin, votre projet de loi, voyez-vous, on va le
faire reporter, on va se venger pour ce qui est arrivé au projet de loi
40 et à la loi 3. Bien non! Il est trop tard, ce projet de loi 107
répond aux aspirations et aux inquiétudes de l'ensemble de la
population du Québec face au dossier de l'éducation. Pour la
première fois, il est cohérent. Pour la première fois, il
répond aux grandes interrogations de la population: la place des
commissions scolaires, l'avènement de structures linguistiques, le
respect de l'article 93 et la place des enseignants et des commissions
scolaires.
Voilà, Mme la Présidente, le temps étant
limité, je ne vais pas m'éterniser, mais je veux vous dire qu'en
tant que député et membre de l'Assemblée nationale, tous
mes collègues du côté ministériel et moi-même
allons voter contre cette motion de report.
La Vice-Présidente: Merci, M. le député de
Sauvé. M. le député de Jonquière.
M. Francis Dufour
M. Dufour: Merci, Mme la Présidente. Ce n'est pas
drôle de parler, sachant d'avance que la motion qu'on présente,
dans l'esprit du ministre et de la part du gouvernement... Il ne veut
déjà plus en entendre et il a décidé qu'il
"bulldozerait" l'Opposition. Malgré tout, on a entendu parler des
initiés, des gens qui connaissent très bien le domaine scolaire.
Moi qui ai surtout oeuvré dans le domaine municipal, c'est
évident que je vais parler sur ce projet de loi.
J'entendais le collègue qui m'a précédé, le
député de Sauvé, qui est adjoint parlementaire du ministre
de l'enseignement. Je vous dis qu'on n'est pas sorti du bois. On parle d'une
Opposition officielle, une Opposition officielle positive. Je pense bien, je me
doute que le député de Sauvé fait partie du comité
qu'on appelle le comité des 125. Ce n'est pas surprenant, parce qu'il
voudrait être son propre critique. Il est certain qu'il ne se tromperait
pas. Là, on est rendu que le député de Sauvé est en
train de vouloir chambouler les règles du parlementarisme en disant que
la position qu'on veut avoir, c'est celle qu'on veut bien se donner et qu'on
choisit de se donner et cette Opposition devra être là pour
améliorer. Voyons! Ce n'est pas sérieux. Un homme de son
âge devrait au moins comprendre que l'Opposition est là pour faire
respecter non pas nécessairement les droits de l'Opposition, mais les
droits du public qui subit les lois que le Parlement adopte. De ce
côté-là, je pense que c'est une grande leçon de
démocratie que le député de Sauvé pourrait prendre
et j'espère que le ministre de l'Éducation va prendre un peu en
considération ce que j'ai à dire concernant cette demande de
report.
Lorsqu'on parle du projet de loi 107, c'est un projet de loi important:
579 articles. Il est important, non seulement par la grosseur du projet ou par
le nombre d'articles, mais surtout parce qu'il touche l'ensemble des
éducateurs, des commissions scolaires et tout le réseau scolaire,
les parents et les enfants, donc un projet de loi qui touche l'ensemble de la
population du Québec. Ce projet de loi est tellement important qu'il
vient à la suite d'autres projets de loi qui ont été
adoptés, qui ont fait que le gouvernement actuel, qui a
été dans l'Opposition, a amené beaucoup de changements,
d'améliorations possiblement, mais beaucoup de changements, et surtout,
il a sûrement abusé, à certains moments, de ses droits de
parole pour essayer de les rapetisser ou de les éliminer
complètement.
La première responsabilité d'un ministre, à mes
yeux, c'est d'abord de s'entendre avec ses propres intervenants,
c'est-à-dire tous ceux et celles avec qui il a à négocier.
Qui sont ces négociateurs pour le ministre de l'enseignement? Ce sont
évidemment les commissions scolaires, les parents et aussi les
élèves qui sont représentés par ces mêmes
parents dont un certain nombre, par beaucoup de mémoires, sont venus
dire qu'ils étaient complètement en désaccord avec le
projet de loi 107 tel que présenté.
J'ai eu l'occasion, il n'y a pas tellement longtemps, avec certains de
mes collègues, de rencontrer la Fédération des commissions
scolaires locales ou régionales du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Ils nous ont
dit carrément et clairement que le projet de loi tel que
présenté était inacceptable. Le président de la
Fédération des commissions scolaires du Québec est venu
dire, chez nous, au Cercle de presse et dans des conférences de presse,
que le projet de loi 107 était inacceptable dans sa forme et dans sa
teneur actuelles et que, non seulement il n'était pas de nature à
améliorer le système actuel, mais, de plus, qu'il était de
nature à centraliser d'un façon excessive les pouvoirs entre les
mains du ministre, quels que bons qu'ils soient. (17 h 30)
Ce n'est pas une façon - je pense que tout le monde serait dans
l'erreur et juste le ministre pourrait avoir raison - de dire: Vous savez, je
suis plein de bonne volonté, je suis une bonne personne, je connais
cela, faites-moi confiance. Et, dans le même tour de main, le même
ministre met tellement d'embûches et d'obstacles dans son projet de loi
que lui-même prouve qu'il n'a pas confiance aux gens pour qui ce projet
de loi est fait. Il s'agit de lire les articles. À tout bout de champ,
le projet de loi fait que le ministre de l'Enseignement supérieur et de
la Science finit par prendre des pourvoirs qui, s'il avait confiance,
pourraient être confiés à ces intervenants. Il ne fait pas
confiance, mais, en retour,
il demande la confiance. La confiance, c'est quelque chose qu'on inspire
et qu'on gagne. Et pour que quelqu'un ait confiance en nous, il faut au moins
qu'on ait confiance aux autres. Cela me semble un échange très
normal. Mais ce n'est pas ce qu'on vit dans ce projet de loi. Ce n'est pas ce
qu'on vit et ce n'est pas ce qu'on vivra. Pourquoi? Parce qu'à travers
le cheminement, il y a un certain nombre d'amendements qui nous sont
amenés par le ministre de l'Enseignement supérieur et de la
Science à savoir qu'il va corriger... Et ces amendements, ce n'est pas
peu dire. D'après ce qu'on en sait, il y aura plus de 250 modifications
qui seront apportées au projet de loi. 250 modifications, c'est la
moitié.
Je comprends que depuis un certain nombre d'années, depuis le
début du mandat de ce gouvernement, on dise: II faut
légiférer moins et mieux. Ce n'est pas un record, c'est une bonne
moyenne. Il nous est annoncé que 50 % des articles subiront des
changements. On n'a pas encore les modifications entre les mains et le ministre
dit: Faites-nous confiance, on va arranger cela. J'ai toujours pensé que
pour quelqu'un qui a la rationalité du ministre, ce ne serait pas trop
demander que d'exiger de réécrire le projet de loi pour qu'on
puisse vraiment le comprendre et le soumettre aux intervenants.
Lors d'une commission parlementaire, on sait comment cela se passe, on a
vécu des commissions parlementaires. J'ai vu un projet de loi de treize
articles qui a fini par atterrir avec 53 ou 54 articles.
Légiférer mieux et moins? Mon oeil! Ce n'est pas ainsi qu'on va
en arriver à ce que les gens comprennent. J'étais convaincu que
le projet de loi était tellement bien pensé... J'ai
écouté religieusement le ministre de l'Enseignement
supérieur et de la Science parler du projet de loi. Il a même
parlé du projet de loi 106. Cela va m'obliger à déborder
pour, au moins, répondre en partie à certaines affirmations qu'il
a faites. Si on regarde ce qui s'est passé, ce même ministre a
pris sur lui d'essayer de nous convaincre que son projet de loi était
bon, bien pensé, et, d'un même souffle, qu'il a eu tellement de
consultations qu'il est obligé de faire 200 amendements, qu'il nous les
confiera, tout à l'heure ou un de ces prochains jours, pour que
l'Opposition puisse en prendre connaissance. Ce n'est pas seulement
l'Opposition qui est concernée par ce projet de loi. Il est
évident que vous à qui je m'adresse, vous comprenez cela. Il est
clair que le nombre d'amendements pourrait amener des gens à dire: Oui,
cela a du bon sens. Mais ce n'est pas seulement à l'Opposition
officielle qu'il faut le faire comprendre. Il faut le faire comprendre aux
intervenants.
Je vous ai dit tout à l'heure, au début de mon laïus,
qu'il faut soumettre aux intervenants les amendements qu'on propose pour qu'on
puisse aussi les écouter. En commission parlementaire, des
mémoires ont été présentés. On pourrait les
prendre l'un après l'autre, il y en a beaucoup. Cela concerne l'ensemble
des commissions scolaires du territoire. Cela comprend les intervenants et les
parents. On a entendu un grand nombre d'intervenants qui, majoritairement et
unanimement, dénoncent le projet de loi 107 parce qu'ils
considèrent que le ministre s'approprie des pouvoirs trop grands.
Qu'est-ce qu'on demande comme Opposition? On demande le report et cela me
semble raisonnable. Cela me semble raisonnable, si c'est un projet aussi
important qu'on veut bien le dire, si c'est un projet important que les gens
vont se donner. C'est un outil. Le ministre l'a confirmé encore. Il est
prêt à consacrer tout l'automne à ce projet de loi. Cela
confirme l'importance du projet de loi et on n'aura pas le temps de
l'écrire et de consulter à nouveau.
Vous savez, il faut vivre avec un projet de loi qu'on accepte,
même rapidement. Et, à mes yeux, il y a certainement une
étape qu'on est en train de sauter. On n'a pas voulu écrire de
livre blanc, on a dit qu'on légiférerait moins. Mais
légiférer moins avec un projet de 579 articles qui seront
amendés par 250 amendements et plus... Je me pose des questions à
savoir si vraiment ce n'était pas juste une stratégie du ministre
de l'Éducation pour mieux faire accepter son projet. On va mettre en
masse des choses. C'est ce qu'il nous a dit tout à l'heure. Ce sont ses
propres paroles: Vous savez, ça fait tellement longtemps qu'on en parle.
Cela fait tellement longtemps qu'on discute avec nos intervenants qu'on sait
à peu près tout ce qu'ils veulent. Nous sommes corrects. Nous
sommes au-dessus de la mêlée. On peut se séparer de
ça et on va apporter des amendements que vous ne pourrez pas faire
autrement qu'accepter. C'est le gros bon sens qui vous parle. C'est nous qui
vous disons: Acceptez-le.
Il faut que l'Opposition soit positive. Il faut dire comme le
gouvernement. Il faut être d'accord avec eux sur tous les projets de loi.
Quand on sait que ce n'est pas le propre du gouvernement d'en face et que ce
n'est pas ce qui le distinguait lorsqu'il était dans l'Opposition. Au
contraire, j'ai cru comprendre et j'ai vu - même comme spectateur au
champ - que le gouvernement actuellement devant nous et qui était
l'Opposition anciennement a pris des attitudes souvent démagogiques et
surtout restrictives, restreignantes et abusant du temps pour pouvoir faire
avancer ou bloquer des projets qui, à leur face même,
étaient des bons projets. Ils ne se sont pas gênés aussi
pour aller à l'extérieur pour se créer des réseaux
de contestation et de protestation. Du jour au lendemain, ils sont devant nous
et ils sont parfaits. C'est surprenant. C'est estomaquant et, en même
temps, je pense que c'est inacceptable. C'est un projet qui touche des
réseaux importants. L'éducation est un réseau important.
Il faut prendre le temps. Des fois, le temps est le meilleur guérisseur
et aussi, des fois, on fait des meilleures réalisations quand on prend
le temps de le faire et qu'on réfléchit comme il faut. Et surtout
quand on
consulte. Une consultation ne se fait pas entre deux portes. Cela ne se
fait pas d'un premier coup. Il faut s'assurer que ce qu'on fait est bien fait.
Il faut bien faire ses devoirs.
Je suis réellement estomaqué de l'attitude du ministre de
l'Éducation, de l'Enseignement supérieur et de la Science qui
était reconnu pour sa grande rigueur lorsqu'il écrivait. Il a dit
tout à l'heure: Quand j'avais du temps, je me corrigeais moi-même.
Là, il n'accepte plus cela. C'est gênant. Imaginez-vous que le
ministre va nous arriver avec un projet de loi avec autant d'amendements.
Est-ce que ça veut dire que ce n'était pas réfléchi
davance? Stratégie ou manque de réflexion? Je m'interroge
vraiment. Alors l'Opposition dit au ministre: Acceptez donc le gros bon sens.
Acceptez donc de reporter de six mois cet important projet, ce qui permettra,
pas seulement à l'Opposition - l'Opposition c'est un
élément - mais à l'ensemble des éléments,
des gens concernés du milieu de mieux assimiler ce qu'il y a de contenu
dans ce projet de loi et en même temps leur permettra sûrement de
donner de meilleurs avis et permettra aussi, lorsque la loi sera
adoptée, de mieux agir ou de mieux l'accepter. Ce n'est pas souvent
qu'on a des projets de loi où des intervenants demandent de
rencontrer... Dans notre région en tout cas et je pense que c'est un peu
partout, c'est rare que les gens viennent nous demander: Vous savez, on veut
vous rencontrer comme caucus régional parce qu'il y a des choses qu'on
ne trouve pas correctes.
Notre collègue du parti au pouvoir qui est de la même
région, de Roberval, le futur ministre, avait été
invité à la même assemblée que nous. Il n'a pas
assisté. C'est curieux. Je n'ai pas l'impression que je vais l'entendre
parler sur ce projet de loi. Vous savez, dans les régions, on s'est
donné un élément gouvernemental pour mieux défendre
les intérêts des régions, selon la version libérale.
Mais, que je sache, j'ai l'impression qu'on va avoir une voix muette; elle ne
défendra pas nécessairement ces projets, elle ne défendra
pas les intérêts du milieu. ( 17 h 40)
Je voudrais aussi, avant de terminer, relever une affirmation. Cela
m'oblige à déborder un peu sur la loi 106, Mme la
Présidente. D'avance, je m'en excuse, mais on a laissé aller le
ministre sur le projet 106. Il a parlé de taxation et d'effort fiscal.
Il nous a donné l'exemple de son comté, une commission scolaire
anglophone qui, deux fois, a dépassé les barèmes permis
par la loi, 6 %, les dépenses, ou les 0, 25 $. Mais il nous a
parié d'une commission scolaire anglophone ou allophone. Et, moi, j'ai
demandé tout à l'heure: Parlez-nous donc de l'effort fiscal, bien
oui, dans le cadre de la commission scolaire. Au point de vue local, c'est
l'ensemble de l'effort fiscal des contribuables. Donc, il m'informe
actuellement que ces personnes paient 0, 40 $ par 100 $ au point de vue
municipal. Il reste encore que ce sont probablement, même sans les
connaître, des gens assez bien nantis. Que je sache, les commissions
scolaires ne sont pas les moins dépourvues.
Quand je regarde ce qui se passe chez nous, ces gens-là sont
capables de se payer des services. Ils le font. Je les félicite. Les
lois sont permissives. On leur permet de le faire. Mais c'est un mauvais
exemple, et on ne devrait jamais parler d'une exception semblable. Si on parle
des commissions scolaires qui existent au Québec, il faut parler de
l'ensemble. La plupart des municipalités ont des taxes scolaires
importantes, et ce n'est pas pour rien que les commissions scolaires ne veulent
pas aller en référendum pour demander des augmentations d'effort
fiscal du contribuable. C'est ça la vraie raison. Le ministre nous dit
en même temps: Donnez-nous des formules pour que les commissions
scolaires puissent se taxer. Excusez-moi, mais j'en ai une formule; il n'y en a
pas d'autres.
L'éducation, c'est un problème qui touche l'ensemble de la
population. C'est un problème de gouvernement. Ce n'est pas un
problème de fardeau fiscal sur le contribuable ni sur la
propriété. Ce n'est pas là qu'on va trouver les
ressources. Il faut que les commissions scolaires veuillent bien s'administrer.
Il va falloir qu'on comprenne ça un jour. Ce n'est pas sur la
propriété. Ce n'est pas un service qu'on peut rattacher à
la propriété même si, depuis toujours, c'était le
système qu'on avait pour faire payer nos gens.
En terminant, Mme la Présidente, je pense que la demande de
l'Opposition est raisonnable. Quand j'examine le projet de loi 107 et qu'on
parle de décentralisation, il s'agit de regarder certains articles
où on dit: Le gouvernement désignera le premier directeur
général de la nouvelle commission scolaire; le ministre peut
refuser d'adresser une plainte relative à un enseignant; le ministre
pourra statuer sur les différends relatifs à la
répartition des droits et obligations d'une commission scolaire; le
ministre pourra procéder unilatéralement à la
répartition des droits et obligations; le ministre pourra, de
façon discrétionnaire, libérer une commission scolaire de
toute une partie de ses fonctions; le ministre acquiert un pouvoir
discrétionnaire; le ministre pourra préciser le mandat du
vérificateur; le ministre pourra répartir selon son bon vouloir,
le ministre établit les conditions.
Ne pensez-vous pas que tout ce que je viens de dire ça ne
s'apparente pas à un centralisateur, Mme la Présidente? Ce sont
des idées centralisatrices et les commissions scolaires ont le droit de
s'y opposer. Et je pense que, nous, on... Vous savez, pendant longtemps, le
ministre de l'Éducation, anciennement, on pariait de lui en disant:
C'est la main de Dieu. Aujourd'hui, quand je regarde le programme qu'on a
devant nous, je pense qu'il se prend pour Dieu le Père.
M. Jolivet: C'est vrai.
M. Dufour: Merci, Mme la Présidente. Une Voix:
Bravol
La Vice-Présidente: Merci, M. le député de
Jonquière.
M. le député de Sherbrooke, il vous reste quatre
minutes.
M. André J.Hamel
M. Hamel; Merci, Mme la Présidente. Même
brièvement, je suis très heureux de parler sur cette motion de
report. Je dois vous dire que j'ai été estomaqué
d'entendre tantôt le leader de l'Opposition officielle invoquer comme
motif sur cette motion de report que c'était prévu au
règlement. Il me semble qu'une Opposition officielle qui veut jouer un
rôle positif et constructif devrait s'appuyer sur des motifs beaucoup
plus sérieux que de dire que c'est prévu au règlement.
Il me semble que ce projet de loi 107...
M. Gendron: Question de règlement.
La Vice-Présidente: Question de règlement.
M. Gendron: Je veux bien qu'on soit d'une liberté presque
totale pour discourir sur une motion de report mais jamais, jamais je n'ai
affirmé ce que le député de Sherbrooke vient d'affirmer.
Lorsque j'ai dit que je m'appuyais sur un article du règlement pour la
motion de report c'est en invoquant que nous ne faisions pas ça pour
perdre notre temps et que c'était faux de prétendre que
c'était une motion dilatoire. C'est là-dessus que j'ai
expliqué que je m'appuyais sur un article du règlement de la
Chambre pour argumenter que ce n'était pas dilatoire parce que
c'était prévu au règlement. Jamais ce que le
député de Sherbrooke vient de dire... Il ne connaît pas la
différence.
La Vice-Présidente: M. le député
d'Abitibi-Ouest je vous rappelle l'article 212. Si vous prétendez que
vos propos ont été mal interprétés vous pourrez
toujours revenir à la fin du discours.
Là-dessus je vais reconnaître M. le député de
Sherbrooke.
M. Hamel: Merci, Mme la Présidente. Je considère
donc que le projet de loi 107 est un projet de loi extrêmement important
pour tout le secteur de l'éducation. C'est un projet de loi attendu et
qui répond aux attentes de la population. Vous savez, lorsqu'une
commission parlementaire dure près de cinq semaines et qu'on entend plus
d'une centaine d'organismes, on peut dire qu'on a fait un véritable
travail de consultation et de démocratie parlementaire.
En somme, Mme la Présidente, le projet de loi 107 ne fait que
donner une base légale à une situation générale qui
existe déjà dans presque tous les faits. Le projet de loi 107
apporte un équilibre plus équitable entre la répartition
des pouvoirs et responsabilités du ministre de l'Éducation et des
commissions scolaires.
Étant donné les motifs inacceptables mentionnés par
l'Opposition, je voterai évidemment contre cette motion. Merci.
Des voix: Bravo!
La Vice-Présidente: Merci, M. le député de
Sherbrooke. Ceci met donc fin au débat concernant la motion de report
présentée par M. le député de Laviolette qui a pour
but de reporter de six mois l'adoption du principe du projet de loi 107, Loi
sur l'instruction publique.
Compte tenu que le débat est terminé je vais donc mettre
aux voix ladite motion.
M. Gendron: Vote nominal, Mme la Présidente.
La Vice-Présidente: Qu'on appelle les
députés! (17 h 49-17 h 52)
La Vice-Présidente: Veuillez de regagner vos
sièges, s'il vous plaît.
MM. les whips, êtes-vous prêts? MM. et Mmes les
députés!
Êtes-vous prêts, MM. les whips?
Une voix: Oui, on est prêts.
La Vice-Présidente: Je vais donc maintenant mettre aux
voix la motion du député de Laviolette qui se lit ainsi: "Que la
motion en discussion soit amendée en retranchant le mot "maintenant" et
en ajoutant, à la fin, les mots "dans six mois".
Que les députés favorables à ladite motion
veuillent bien se lever!
Le Secrétaire adjoint: MM. Chevrette (Joliette), Gendron
(Abitibi-Ouest), Jolivet (Laviolette), Brassard (Lac-Saint-Jean), Desbiens
(Du-buc), Godin (Mercier), Mme Vermette (Marie-Vic-torin), MM. Boulerice
(Saint-Jacques), Claveau (Ungava), Dufour (Jonquière), Parent
(Bertrand), Mme Harel (Maisonneuve).
La Vice-Présidente: Que ceux et celles qui sont contre
ladite motion veuillent bien se lever!
Le Secrétaire adjoint: MM. Gratton (Gati-neau), Ryan
(Argenteuil), Rivard (Rosemont), Mmes Gagnon-Tremblay (Saint-François),
Robic (Bourassa), MM. Vallières (Richmond), Cusano (Viau), Dauphin
(Marquette), Lefebvre (Frontenac), Mme Dougherty (Jacques-Cartier), M. Sir-ros
(Laurier), Mme Trépanier (Dorion), MM. Maciocia (Viger), Cannon (La
Peltrie), Lemire (Saint-Maurice), Polak (Sainte-Anne), Kehoe (Chapleau),
Gervais (L'Assomption), Després (Li-
moilou), Camden (Lotbinière), Bradet (Charlevoix), Parent
(Sauvé), Hamel (Sherbrooke), Forget (Prévost), Gardner
(Arthabaska), Gauvin (Montmagny-L'Islet), Gobé (Lafontaine), Larouche
(Anjou), Bissonnet (Jeanne-Mance), Hains (Saint-Henri), Audet (Beauce-Nord),
Hétu (Labelle), Joly (Fabre), Khelfa (Richelieu), Messier
(Saint-Hyacinthe), Poulin (Chauveau), Mme Legault (Deux-Montagnes), MM. Richard
(Nicolet), Saint-Roch (Drummond), Mme Hovington (Matane).
La Vice-Présidente: Que ceux et celles qui s'abstiennent
veuillent bien se lever!
Le Secrétaire: Pour: 12
Contre: 40
Abstentions: 0
La Vice-Présidente: La motion est donc rejetée.
Compte tenu de l'heure, nous allons donc... M. le député
de Mercier.
M. Godin: Suspension, Mme la Présidente.
La Vice-Présidente: Est-ce que cette motion est
adoptée?
Des voix: Adopté.
La Vice-Présidente: Adopté. Compte tenu de l'heure,
nous allons donc suspendre nos travaux jusqu'à 20 heures ce soir.
(Suspension de la séance à 17 h 56)
(Reprise à 20 h 2)
La Vice-Présidente: À l'ordre, s'il vous
plaît! Veuillez vous asseoir. Nous allons reprendre le débat sur
l'adoption du principe du projet de loi 107, Loi sur l'instruction publique. Je
suis prête à reconnaître le prochain intervenant, M. le
député de Mercier.
Reprise du débat sur l'adoption du principe M.
Gérald Godin
M. Godin: Mme la Présidente, merci de me donner la parole.
Merci, messieurs. Je pense qu'on a devant nous un projet de loi
extrêmement important dans la mesure où il modernise
l'éducation au Québec en faisant disparaître les
commissions basées sur la religion, ce qui est un souvenir du
passé, dans la mesure même où les pays civilisés ont
renoncé à ces distinctions religieuses pour en venir maintenant
à des distinctions plus culturelles, c'est-à-dire la langue ou la
culture d'origine.
Il est curieux de voir que la Confédération canadienne
elle-même a empêché le Québec, lors de la loi 3
proposée par notre gouvernement à l'époque, de moderniser
le système d'enseignement au Québec au nom du BNA Act qui, lui,
reconnaissait les commissions scolaires basées uniquement sur les
religions. Il est donc temps que nous passions à l'époque moderne
dans le domaine de l'éducation et que nous utilisions la langue que
parlent les enfants et leurs parents comme critère d'appartenance
à une commission plutôt qu'à une autre. D'autant plus que
cela ferait disparaître l'ambiguïté qui existe dans les
commissions scolaires protestantes où on crée des écoles
françaises pour réduire le passage des élèves de
nationalité autre que canadienne anglaise ou québécoise
française, pour aller chercher de nouveaux étudiants qui viennent
des communautés culturelles. Cette ambiguïté qui ne laisse
d'inquiéter les Québécois et les Québcoises avec de
telles lois pourrait disparaître. Sauf qu'allons plus loin et
demandons-nous si le projet de loi va vraiment jusqu'au terme de ce qu'il
souhaite faire, c'est-à-dire abolir les commissions scolaires
basées sur la religion et en faire des commissions scolaires
linguistiques.
À l'observation de la loi, on se rend compte qu'il n'en est rien.
En effet, le ministre, pour plaire à tout le monde et à son
père, comme disait la fable bien connue de La Fontaine a
décidé qu'il y aurait encore des commissions scolaires
catholiques à Montréal, franco-catholiques, anglo-catholiques et,
également, sous le parapluie du Protestant School Board, des
écoles anglaises catholiques et anglaises protestantes. Il invente une
nouvelle notion qui est la commission scolaire pour les écoles neutres.
Sauf que comme dit le président des commissions scolaires, M. Gabriel
Légaré, aucune commission n'est présentement prête
à ouvrir une telle école neutre. Donc, le projet de loi a
été bâclé, improvisé, et fait sans
consultation aucune avec les commissions scolaires et leurs porte-parole.
De plus, ce qui est encore plus dangereux et plus grave dans la
tradition de ce ministre, ce projet de loi vise à établir des
normes uniformes pour l'ensemble du Québec, alors que chacun sait que
chaque région a sa personnalité à celle et qu'il serait
important que les commissions scolaires reflètent la
réalité des régions.
Il est sûr, par exemple, qu'il n'y aura pas d'école de
pêche dans le Lac-Saint-Jean, mais peut-être qu'un cours de
fromager serait souhaitable dans la mesure où le Lac-Saint-Jean est une
région qui produit les meilleurs Cheddar du Québec, et
probablement même du monde. Si les concours tenus chaque année en
Angleterre ont quelque valeur, les Cheddar de Saint-Prime et ceux d'en face,
les Cheddar Saint-Laurent, sont les meilleurs au monde d'après les
experts européens. Donc, pourquoi ne pas avoir dans les commissions
scolaires de la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean un cours portant sur
le fromage et l'art du fromager, alors que le projet de loi actuel du ministre
voudrait que le ministre décide de tout pour l'ensemble du
Québec, impose donc des normes dites nationales, même si le
mot
lui répugne profondément, des normes universelles et
uniques pour l'ensemble du Québec, ce qui va à rencontre de la
réalité sociale, cuturelle et historique de chacune de ces
régions?
Donc, Mme la Présidente, nous sommes contre le principe de ce
projet de loi, dans la mesure où il est jacobin dans sa conception
même, c'est-à-dire qu'il centralise tous les pouvoirs à
Québec et donne au ministre des pouvoirs qui nous semblent exorbitants,
en plus de ne pas régler la question fondamentale des commissions
scolaires linguistiques. Il y a deux langues au Québec, le
français et l'anglais, et le ministre fait l'ignorant en créant
des commissions scolaires qui ne sont ni françaises ni anglaises mais
neutres, de peur de toucher aux droits acquis de nos communautés
anglaises à Montréal et françaises hors Montréal.
Pour plaire à tout le monde, il invente des commissions scolaires qui ne
correspondent à aucune réalité vécue au
Québec, des commissions scolaires neutres, et il ne touche pas à
la réalité des commissions scolaires que nous connaissons tous,
le Protestant School Board of Montreal et la CECM, la commission catholique,
parce qu'il n'a pas assez consulté ou analysé en profondeur la
réalité sociale de ces parties du Québec.
Donc, l'objectif louable au départ des commissions scolaires non
religieuses a été abandonné en cours de route pour des
raisons mystérieuses qui tiennent de la petite politique que le ministre
n'est pourtant pas habitué à pratiquer de façon si
intensive.
Surtout, ce projet de loi centralise entre les mains du ministre et du
ministère à Québec tous les pouvoirs, de telle
manière qu'on va niveler et faire disparaître les
réalités régionales alors que chaque région aurait
peut-être besoin d'avoir son curriculum à elle afin de mieux
répondre aux besoins réels de la région. Nous savons
maintenant - l'expérience a été faite dans le domaine du
développement régional - que les régions sont mieux
placées que quiconque pour savoir ce qu'il leur faut, ce qu'il leur est
souhaitable d'avoir et en quoi elles excellent.
Pour toutes ces raisons, Mme la Présidente, nous devons voter
contre ce projet de loi et souhaiter que le ministre refasse ses devoirs, nous
apporte une masse de papillons ou d'amendements de manière que la
nouvelle version du projet de loi révisé soit à la hauteur
de ce que ce projet de loi prétend régler comme problème
au Québec. Merci beaucoup, Mme la Présidente.
La Vice-Présidente: Merci, M. le député de
Mercier. M. le député de Charlevoix.
M. Daniel Bradet
M. Bradet: Merci, Mme la Présidente. Le projet d'une
révision substantielle de l'actuelle Loi sur l'instruction publique est
à l'ordre du jour depuis de nombreuses années. Ce n'est pas une
entreprise facile. Il n'y a qu'à se reporter au contenu des
mémoires déjà rendus publics pour s'en rendre compte. En
effet, tous les intervenants reconnaissent le principe même d'une
révision en profondeur de la loi actuelle. Celle-ci doit, le plus
tôt possible, être restructurée, simplifiée,
clarifiée et modernisée. Cette révision s'impose non
seulement parce que certains changements de fond sont nécessaires, mais
aussi afin que les parents, les citoyens, les enseignants, tous les
intervenants du monde scolaire puissent consulter la loi de base relative
à l'instruction publique avec plus de facilité, plus
d'intérêt. La démocratie, ce n'est pas seulement des
structures et des modes de fonctionnement, mais aussi des lois limpides et
cohérentes que tout citoyen motivé doit pouvoir consulter et qui
sont susceptibles de le guider dans son engagement social.
Considérés de ce point de vue, les projets de loi 106 et 107
paraissent aller dans la bonne direction. (20 h 10)
Tous sont également convaincus que la révision en cours,
telle qu'engagée, doit être menée à terme et selon
l'échéancier prévu. Au cours des débats
antérieurs, n'oublions pas que de larges consensus ont
déjà été atteints. Certes, sur certains points, on
peut juger qu'il est opportun de rectifier le tir et, sur d'autres, de mieux
circonscrire la cible. Cependant, dans les circonstances actuelles, ce serait
une erreur monumentale que de vouloir tout recommencer ou de profiter de
l'occasion pour retourner à ses premières idées,
indépendamment des oppositions qu'elles suscitent.
Dans le projet de loi 107, l'école se voit reconnaître
comme une entité propre au sein de la commission scolaire.
L'école demeure toutefois rattachée à la commission
scolaire de qui elle tient son acte constitutif, son personnel, ses ressources
financières et matérielles. L'école fonctionne sous
l'autorité d'un directeur d'école nommé par la commission
scolaire et relevant lui-même du directeur général de la
commission scolaire. La nouvelle loi prévoit le maintien des pouvoirs
déjà dévolus aux commissions scolaires et précise
de manière beaucoup plus concrète le rôle des commissions
scolaires en matière d'enseignement primaire et secondaire.
Des articles de la loi abordent, dans un premier temps, les fonctions
générales avant de toucher aux fonctions reliées aux
services éducatifs, aux services à la communauté, aux
ressources humaines, aux ressources matérielles, aux ressources
financières et au transport des élèves.
En vertu du projet de loi sur l'instruction publique, les commissions
scolaires seront, à l'avenir, aménagées suivant la langue
plutôt que suivant la religion. La dimension morale et religieuse de
l'enseignement dispensé dans les écoles primaires et secondaires
sera assuré principalement par l'école, laquelle pourra, suivant
la volonté exprimée par les parents et la commission scolaire,
être reconnue ou non comme
confessionnelle, catholique ou protestante par le comité
catholique ou le comité protestant du Conseil supérieur de
l'éducation.
Tout en se voyant confier des responsabilités importantes en
matière religieuse et morale, la commission scolaire sera, à
l'avenir, aménagée suivant le critère linguistique
plutôt que suivant le critère de la confessionnalité. Le
gouvernement demeure cependant profondément respectueux des valeurs
religieuses, surtout de celles que véhiculent les religions catholique
et protestante, lesquelles ont joué un rôle très important
dans l'histoire du Québec. Il a d'ailleurs vu à assurer de
manière plus ferme le respect de ces valeurs de l'éducation en
approuvant officiellement en décembre dernier les nouveaux
règlements des comités catholiques et protestants du Conseil
supérieur de l'éducation qui visent à promouvoir une
qualité plus grande et un vécu religieux plus fort dans
l'enseignement.
Mais le moment est venu, aux yeux du gouvernement, d'établir au
Québec des commissions scolaires à caractère linguistique
plutôt que confessionnel de manière à assurer à tous
les Québécois et Québécoises, sans égard
à leur affiliation religieuse, un pied d'égalité où
ils pourront bénéficier des services éducatifs garantis
par la loi et participer à la gestion des affaires scolaires.
Mme la Présidente, on pourrait se demander pourquoi un tel
changement. C'est parce qu'il nous apparaît beaucoup plus conforme
à la réalité du Québec moderne. Dans le
Québec de 1867, on était soit catholique, soit protestant. Ces
deux catégories suffisaient à regrouper à peu près
toute la population, d'où le mode ingénieux à
l'époque retenu pour l'organisation des commissions scolaires à
l'intention des groupes formant la majorité de la population, les
commissions scolaires dissidentes à l'intention de la minorité
religieuse. Mais ces distinctions qui présidèrent à
l'organisation de notre système scolaire, il y a plus de 100 ans, n'ont
plus de nos jours la même clarté, n'ont plus la même force,
la même vigueur. Le nombre de personnes de religion autre que catholique
ou protestante n'a cessé d'augmenter. À l'intérieur
même des communautés, il s'est également produit une
évolution très importante à la suite de laquelle bien des
choses qui étaient claires autrefois le sont beaucoup moins
aujourd'hui.
N'est-ce pas la vocation même des commissions scolaires que de
regrouper et de servir la population, et non pas seulement une catégorie
de concitoyens. Si nous voulons regarder la vérité en face et
convenir qu'un système public d'enseignement doit exister pour toute la
population, offrir des services appropriés et favoriser la participation
de tous les citoyens, sur un pied d'égalité, à
l'administration de la chose scolaire, nous conviendrons sans hésiter
que la formule des commissions scolaires linguistiques est celle qui peut le
mieux convenir au Québec d'aujour- d'hui et de demain.
Donc, Mme la Présidente, adapter la structure des commissions
scolaires aux besoins des années quatre-vingt-dix, ce n'est pas renoncer
à la supposée prépondérance de la religion
catholique, ce n'est pas éliminer le privilège d'une
majorité de noms. C'est mieux répondre aux besoins de tous les
Québécois. La réforme ne fait d'ailleurs pas
disparaître l'aspect confessionnel puisque les écoles garderont
toujours la possibilité de se faire reconnaître comme
confessionnelles. Cela obligera les parents d'un territoire donné
à réfléchir sur le genre d'école qu'ils
préfèrent et à donner des orientations précises
à cette école.
Dans le projet de loi, Mme la Présidente, un
élément important et nouveau est apparu: le conseil
d'orientation. Selon l'article 36 du projet de loi, chaque école
possédera désormais son projet éducatif. Celui-ci
comprendra essentiellement les orientations propres à l'école
déterminées par le conseil d'orientation et les mesures
adoptées par le directeur de l'école pour en assurer la
réalisation et l'évaluation. Plus loin, l'article 78
réaffirme que c'est bien le conseil d'orientation qui va
déterminer les orientations propres à l'école, et
l'article 45, que c'est le directeur de l'école qui va adopter des
mesures visant spécifiquement à assurer la réalisation et
l'évaluation de ces orientations.
Mme la Présidente, ce conseil d'orientation, qui sera
composé de parents, d'enseignants, d'un représentant des
professionnels et du personnel de soutien, d'élèves du
deuxième cycle élus par leurs pairs, sera chargé de
l'élaboration des orientations propres à l'école.
L'élaboration de ces orientations devra aussi se faire dans le respect
du régime pédagogique, des programmes d'études, des
politiques et des règlements propres à la commission
scolaire.
Toutes ces mesures devraient permettre à tous les intervenants de
l'école de jouer un rôle plus significatif dans le fonctionnement
du système scolaire. Il est probable que ces conseils d'orientation
réunissant parents, enseignants et même étudiants soient
vraiment utiles pour créer un esprit de participation à
l'école. Leurs pouvoirs seront évidemment limités et
certains les jugeront insuffisants. Pourtant, ils représentent un
élément nouveau dans une institution où les
mentalités doivent évoluer avant les structures.
Mme la Présidente, l'actuel projet de loi prévoit aussi
une participation accrue des parents à la vie scolaire. Au sein de
l'école, les parents détiendront au moins la moitié des
postes du conseil d'orientation nouvellement créé qui se voit
attribuer des pouvoirs décisionnels et de nombreux pouvoirs de
consultation et de recommandation. La commission scolaire pourra même
décider de déléguer certains de ses pouvoirs au conseil
d'orientation. Toujours dans les écoles, le projet de loi prévoit
que les parents pourront décider de former un comité
d'école. L'école sera
en outre tenue de consulter les parents sur plusieurs matières
telles les règles de conduite pour les élèves et les
autres usages de l'école ou encore le choix des activités
éducatives non comprises dans les programmes d'études.
Dans les commissions scolaires, les formes de participation seront
multiples. La commission scolaire devra s'entourer d'un comité de
parents dont le rôle consultatif sera élargi. À titre
d'exemple, le comité de parents devra être consulté sur la
division, l'annexion, la fusion ou le changement des limites territoriales de
la commission scolaire. Les parents seront également consultés au
sujet du plan de répartition et de destination des immeubles de la
commission scolaire, sur les modalités d'application du régime
pédagogique, sur les règles de répartition des ressources
financières entre les écoles, sur le calendrier scolaire et
autres.
Un rôle plus important sera également réservé
aux parents au conseil des commissaires. Les commissaires choisis par le
comité de parents pour siéger au sein de la commission scolaire
se verront attribuer les mêmes pouvoirs, droits et obligations que les
commissaires élus au suffrage universel.
Les parents d'élèves appartenant à la
minorité linguistique pourront être représentés au
sein de la commission scolaire. Ils auront aussi un représentant parmi
les commissaires, là où le nombre de la minorité
linguistique le justifie.
Mme la Présidente, je suis heureux de constater la place
réservée aux parents dans le projet de loi. Les parents sont les
premiers éducateurs des enfants. Ils contribuent à leur
développement. Lorsque les enfants atteignent l'âge scolaire, ils
partagent alors la responsabilité de leur éducation avec
l'école. Certes, l'apparition de ce partenaire bouleverse nos habitudes.
Nous devons redéfinir notre éducation en fonction de cette
réalité, de notre perception, de nos atteintes, de nos aptitudes
et de notre disponibilité. (20 h 20)
Bien sûr, l'implication des parents varie d'un parent à
l'autre, certains contribuant au bon déroulement des activités de
l'école, d'autres voulant participer à des activités
éducatives et culturelles qui contribuent à
l'épanouissement intellectuel des enfants. Les parents ont un rôle
important en éducation. En conséquence, leur place doit y
être omniprésente et forte. Peu importent l'ampleur et le lieu de
leur implication, tous les parents veulent oeuvrer pour le mieux-être de
leurs enfants et cela, en collaboration avec les intervenants en milieu
scolaire.
J'aimerais maintenant, Mme la Présidente, parler un peu des
comités d'école. Historiquement, de tels comités existent
depuis une quinzaine d'années dans toutes les régions du
Québec. On parle même d'une vingtaine d'années dans
certains cas. Les comités d'école ont notamment permis à
des dizaines et des dizaines de parents dans tous les milieux, de se
familiariser avec la complexité du système scolaire et d'en mieux
saisir autant les lignes de force que les problèmes et les limites. Sur
un plan plus large, l'action des comités d'école a aussi
amené l'école à s'ouvrir davantage aux
préoccupations, aux attentes et aux besoins de la communauté. Peu
à peu, les comités d'école sont donc devenus, pour tous
les agents de l'école, le lieu privilégié, voire unique,
où se discute ce qui intéresse au plus haut point les parents, ce
qui relève plus spécifiquement de leur compétence. Forts
de ces bilans, Mme la Présidente, tous sont d'avis que les
comités d'écoles doivent demeurer un rouage obligatoire à
l'intérieur de toute école. Ces organismes de participation des
parents sont trop importants pour être abandonnés aux aléas
des rapports de force, des modes et des humeurs qui existent à tel ou
tel moment ou dans tel ou tel lieu. Pour l'avenir prévisible, on doit
les considérer comme une composante essentielle et stable de
l'école.
Pour la première fois dans l'histoire de notre
législation, les enseignants se voient consacrer un chapitre traitant de
leurs droits et de leurs devoirs. La loi 3 avait abordé ce sujet, mais
à peu près uniquement sous l'angle de certains droits qu'elle
reconnaissait aux enseignants. Elle n'avait pratiquement pas traité de
leurs devoirs. Une fois qu'on a tout dit sur les parents, les commissaires, les
directions d'école, il faut se rendre compte, Mme la Présidente,
que l'enseignant est en contact quotidien avec l'élève. C'est
avec lui que se déroule, dans la classe, l'essentiel de
l'expérience pédagodique. Dès qu'on traite de ce sujet, il
faut le faire avec honnêteté. Il ne faut pas craindre de parler
des droits et des obligations des enseignants. Le gouvernement le fait avec
d'autant plus d'aisance dans le projet de loi 107, qu'il s'est employé
depuis le début de son mandat à traiter les enseignants comme des
partenaires responsables et qu'il entend continuer a le faire. L'enseignant se
voit reconnaître une légitime autonomie dans l'exercice de son
activité professionnelle. Il aura notamment le droit d'arrêter les
modalités d'intervention pédagogique qu'il juge opportunes
suivant les besoins de ses élèves et les objectifs fixés
pour chaque groupe d'élèves.
Mme la Présidente, un mot maintenant sur le partage des pouvoirs.
Ce partage général se doit d'être sain et efficace. Le
projet de loi 107 ne le remet pas en cause. Comme le disait le ministre, il est
vrai que le projet de loi 107 confère au ministre de l'Éducation
et au gouvernement un certain nombre de pouvoirs que l'on ne retrouve pas dans
la loi actuelle sur l'instruction publique. Mais la plupart de ces pouvoirs
supposément nouveaux sont déjà existants dans la
réglementation et la pratique courante. Ainsi, le projet de loi attribue
au ministre de l'Éducation plusieurs pouvoirs qui étaient
définis à ce jour dans les régimes pédagogiques
plutôt que dans la
loi. Quant au pouvoir nouveau, celui d'établir les listes des
spécialités professionnelles qu'une commission scolaire est
autorisée à dispenser, il faut voir lors de
l'établissement de la carte des options professionnelles comment, dans
les régions, l'esprit de clocher a été attisé,
combien il y a eu un "free for all" là-dessus pour se rendre compte de
la nécessité d'un tel pouvoir, un pouvoir qui se doit
d'être inscrit clairement dans la loi.
Quant à celui d'établir la liste des commissions scolaires
qui pourront organiser des services éducatifs, Mme la Présidente,
on compte actuellement, sur les 213 commissions scolaires, 82 qui donnent des
services en éducation aux adultes. Bien sûr, nous ne
possédons pas les moyens pour que l'ensemble des services
d'éducation aux adultes soient donnés dans chacune des
commissions scolaires. Il faut donc que, sur une base régionale, on en
vienne à une efficacité en misant d'abord sur la concertation
entre les commissions scolaires afin d'établir ces services, mais en
bout de piste, il est important qu'il puisse y avoir une décision du
ministre afin que les dossiers se règlent le plus rapidement
possible.
Quant au pouvoir de financement ou de contrôle, le pouvoir relatif
au contrôle exercé par le ministre, dans l'état actuel,
quand on voit que 92 % des revenus des commissions scolaires viennent de
subventions directes, on n'a pas à s'offusquer. Je pense qu'il est
nécessaire que des indications précises soient fournies quant
à leur destination et qu'il y ait des contrôles efficaces
exercés quant à leur utilisation.
En terminant, Mme la Présidente, j'aimerais profiter de
l'occasion qui m'est offerte pour remercier l'ensemble des intervenants
scolaires du Québec qui ont à coeur, comme nous, la
qualité de l'enseignement de nos institutions et qui l'ont
exprimé spécialement lors des auditions publiques de la
commission de l'éducation sur les projets de loi 106 et 107. Je voudrais
remercier plus particulièrement les intervenants de ma région,
parents, étudiants, commissions scolaires, celle du Gouffre, celle de
Laure-Conan, celle de la Côte-de-Beaupré, avec lesquels j'ai pu
discuter et approfondir chacun des éléments du projet de loi.
L'actuel gouvernement s'était donné comme mandat premier
d'améliorer la qualité de l'enseignement au Québec, de
revaloriser le rôle de l'enseignant, d'intégrer les parents dans
le processus scolaire et de maximiser la qualité de ses rapports avec
les commissions scolaires. Je serai donc fier, en tant que membre de la
commission de l'éducation et en tant qu'ex-enseignant, de voter le plus
tôt possible l'adoption du projet de loi 107 et je vous remercie.
La Vice-Présidente: Merci, M. le député de
Charlevoix. M. le député de Jonquière.
M. Francis Dufour
M. Dufour: Merci, Mme la Présidente. Pour la
deuxième fois, aujourd'hui, j'ai le plaisir d'intervenir sur le projet
de loi 107. La première fois c'était sur la motion de report qui,
malheureusement, a été battue ou refusée par le
gouvernement, puisqu'on demandait au ministre, en d'autres mots, de refaire ses
devoirs, ce qu'H n'a pas accepté, profitant de la majorité en
Chambre. Ce n'est pas parce que les arguments de l'Opposition n'étaient
pas valables, mais parce que le ministre avait décidé de se
boucher les oreilles. Il n'a pas écouté. Ce n'est pas la
première fois. On commence à s'habituer. Le gouvernement est
souvent sourd et muet. C'est une façon comme une autre d'administrer,
cela va plus vite et on peut passer ce qu'on veut, le plus rapidement
possible.
Je pense que c'est une philosophie. On appelle cela un gouvernement
pragmatique, un gouvernement qui n'a pas de vision globale de ce qui se passe
dans la société du Québec. On s'en rend compte parce que,
de plus en plus, il y a des fils qu'on n'est plus capable d'attacher. Je
pourrais énumérer un certain nombre de projets actuellement
où les choses sont dans le paysage et où le gouvernement va avoir
de la difficulté à attacher les fils parce que, justement, H ne
veut pas prendre position.
Dans la question qui nous intéresse, le projet de loi 107, en
gros, c'est vraiment la bataille de la centralisation contre la
décentralisation. Ce n'est pas la première fois que le
problème scolaire revient à la surface. Ce n'est pas la
première fois qu'on en discute. Plus particulièrement, depuis
1978, de nombreux intervenants se sont fait entendre concernant la
décentralisation ou la volonté des commissions scolaires de
reprendre le pouvoir.
Il faut se rappeler, Mme la Présidente, qu'en 1960 ou en 1964,
lorsque le ministère de l'Éducation a été mis sur
pied, le gouvernement, dans sa réforme, dans une grande réforme,
a été obligé et était obligé
nécessairement de centraliser pour pouvoir mettre de l'ordre dans la
bâtisse ou dans le système éducationnel au Québec.
C'est ce qui a été fait et je pense, avec raison. Mais en 1988,
il est peut-être temps qu'on retourne aux sources, à savoir qui
sont les vrais responsables de l'éducation au Québec. On peut
bien dire que le gouvernement du Québec, par la constitution, a le
pouvoir fondamental de s'occuper de l'éducation, mais on le fait au nom
des parents. On ne le fait pas en fonction de ses propres desiderata ou de son
propre plaisir, on le fait en fonction des personnes, surtout des enfants, et
en fonction des parents. Ces parents, dans notre système scolaire, au
Québec, ce sont des commissaires qui jouent ce rôle. En partie,
les commissaires sont des personnes élues. Qu'est-ce qu'elles demandent,
ces personnes, fondamentalement? C'est le pouvoir de se gouverner et de pouvoir
faire des choix concer-
nant précisément l'éducation de leurs enfants.
(20h30)
Qu'est-ce que vient faire le projet de loi? Cela est unanime, ce n'est
pas une invention de l'esprit, ni un positionnement spontané, c'est que
les nombreux intervenants ont fini par apprendre que le pouvoir qu'on a, si on
veut le conserver, il faut aussi qu'on puisse l'exercer. D'une part, on dit aux
commissaires d'écoles: Vous savez, on a l'intention d'augmenter votre
rémunération parce que vous avez un travail important à
faire dans notre société. Ce que vous faites est fondamental,
c'est important, on veut reconnaître votre mérite. Le ministre de
l'Éducation, de la Science et de la Technologie et de l'Enseignement
supérieur, je l'ai écouté à quelques reprises, veut
valoriser les commissaires d'écoles. Comment? Est-ce qu'on valorise
quelqu'un parce qu'on lui donne une grosse paie ou parce qu'on lui donne des
responsabilités? J'ai toujours compris que la paie est importante, mais
ce n'est pas suffisant. Il faut aussi que les personnes puissent jouer un
rôle.
Le ministre, par son projet de loi... Les participants sont unanimes,
ils disent: Vous êtes en train d'enlever tous les pouvoirs que les
commissaires pourraient exercer dans leur milieu. Quand on dit cela, on ne
s'appuie pas seulement sur des amis de l'Opposition, il s'agit de lire les
éditorialistes. Je pourrais en nommer quelques-uns comme Jean-Guy Dubuc
qui dit: Les commissions scolaires vont finalement retenir si peu de pouvoirs
qu'il ne faudra pas être surpris de ne voir qu'une poignée de gens
intéressés à y participer ou même à voter
pour des représentants fantômes. On le sait, le problème
des commissions scolaires quand vient le temps des élections. On s'est
toujours interrogé et tout le monde était démonté.
On a fait des recherches scientifiques pour savoir pourquoi les gens n'allaient
pas voter aux élections scolaires. Ce n'est pas compliqué, ils
n'ont pas de pouvoirs ou les petits pouvoirs qu'ils ont sont si peu importants
et n'ont tellement pas d'influence sur l'action des commissions scolaires que
les gens disent: Ce n'est pas important. Ce n'est pas un
phénomène local, c'est un phénomène qui concerne
tout le Québec.
Ce n'est pas un ami du parti, en tout cas je ne le reconnais pas comme
tel, Jean-Guy Dubuc, ce n'est pas souvent qu'il a des mots tendres pour
l'Opposition. Là, il se faisait l'interprète, probablement comme
observateur, de l'ensemble de la population et de l'ensemble des intervenants.
Normand Girard répète à peu près les mêmes
choses concernant les pouvoirs que le ministre veut s'approprier. C'est ainsi
dans tous les journaux. Tous les éditorialistes nous disent que la
réforme scolaire a pour but de renforcer les pouvoirs du ministre. Il
faut se rappeler que le gouvernement qui est actuellement au pouvoir a fait
partie de l'Opposition pendant un certain temps, mais pas assez longtemps
malheureusement. Et lorsque le parti au pouvoir voulait apporter des
réformes qu'on croyait bénéfiques dans le temps, il se
faisait fort de démolir avec toutes sortes d'arguments, avec des
contre-arguments si l'on veut, toutes les réformes qui ont
été proposées. Cela a été le cas au point de
vue scolaire. J'ai entendu à plusieurs reprises les libéraux
dénoncer les réformes préconisées par le
gouvernement du Parti québécois. C'est un exemple qui peut se
répéter et qu'on peut répéter dans d'autres
domaines. On l'a fait dans le domaine scolaire et on l'a fait dans d'autres
lois. Et le plus curieux c'est que dans les domaines où le Parti
québécois a pris position, après qu'ils aient pris le
pouvoir ils ont trouvé que c'étaient de bonnes lois. Je peux en
citer en exemple, vous avez seulement à regarder le régime
d'assurance-maladie dont des ministres ont dit carrément que
c'était une très bonne loi. Pourtant, Dieu sait si on avait fait
des "filibusters" pour la contrecarrer!
Donc, le domaine scolaire, c'est un domaine important. C'est un domaine
qui touche l'ensemble de la population du Québec et nos plus riches
éléments du Québec, bien sûr. Quand on parle de
l'avenir de nos jeunes, il est important qu'on se penche là-dessus et
qu'on regarde comme il faut ce qu'on devrait faire. Parce que le ministre de
l'Enseignement supérieur et de la Science a décidé que
c'était important de l'adopter tout de suite, il nous a dit: Je ne peux
pas attendre une période électorale, on ne peut pas
légiférer en période électorale. C'est une bonne
confession. Je ne sais pas s'il peut se donner l'absolution tout seul. Mais
à mon avis, qu'il y ait une période électorale ou non,
qu'on aille vers une élection ou non, je pense qu'on est élus
pour légiférer et que le législateur ne devrait pas avoir
peur de mettre ses culottes et de prendre ses décisions ou, pour
d'autres, de mettre sa robe, bien sûr.
Il faut que le législateur légifère, mais qu'est-ce
qui nous dit qu'à partir de maintenant, depuis dix ans, depuis 1978
selon le mémoire sur l'instruction publique présenté en
commission parlementaire par fa Fédération des commissions
scolaires catholiques... Depuis 1978, on fait des études et on essaie
d'arriver avec un projet de loi vigoureux, intéressant et surtout
tourné vers l'ensemble du monde scolaire. On nous a
présenté un projet de loi de 579 articles. Le ministre nous a dit
que ce projet de loi était bien sassé, bien structuré et,
en même temps, tellement visible, tellement prêt qu'il est
allé en commission parlementaire. Malheureusement, il n'a pas
reçu l'aval des gens pour lesquels on avait préparé le
projet de loi. Il est obligé, d'admettre carrément qu'il faut
qu'il refasse ses devoirs. Il va déposer au-delà de 200
amendements. Ce n'est pas peu dire, 200 amendements et plus pour un projet de
loi de 579 articles! Et on a le front de venir nous dire que c'est un projet de
loi bien pensé, bien réfléchi et sur lequel on a entendu
tout le monde parler et s'exprimer.
Je pense que ce n'est pas comme ça qu'on
doit légiférer. On ne doit pas avoir peur d'aller sur le
terrain voir les intervenants et de leur parler de ce qui se passe. On ne l'a
pas fait et on ne veut pas le faire. On voudrait bien passer sur le corps de
l'Opposition. Quand on fera l'étude article par article, on profitera de
sa majorité pour adopter la loi qu'on voudra et les articles qu'on
voudra. Même avec tout le respect que je dois au ministre de
l'Éducation, je dois vous dire que pour une personne qui veut qu'on lui
accorde confiance, en disant: Écoutez un peu, on va faire une couple de
papillons, une couple de cent amendements et plus, vous devriez accepter
ça comme de l'argent comptant. On va vous écouter et on va vous
donner satisfaction... Mais qu'est-ce que les intervenants du milieu font
entre-temps? Il a été un temps où on appelait ça
des papillons, maintenant on appelle ça des amendements. 200 amendements
et plus.
Je dis que c'est presque la tordeuse des bourgeons. Il faudrait
peut-être trouver une méthode pour tuer ça dans l'oeuf.
Cela ne se peut pas, apporter autant d'amendements à une loi. Ce n'est
pas une façon de légiférer. Et ce n'est pas la
première fois que ça arrive, malheureusement. On veut se targuer
devant toute la population. On dit: On est bons, on est fins et on fait une
bonne job. Bien oui. On veut adopter moins de lois. On va
légiférer mieux. C'est pour rire ce qu'on dit là. On rit
du monde en pleine face. Cela ne se peut pas qu'on puisse dire à du
monde qu'on fait de meilleures choses que les autres quand on se rend compte
que les projets de loi sont tous à refaire. Ce n'est pas de même
qu'on doit légiférer. Si on a attendu dix ou vingt ans, pourquoi
n'est-on pas capable d'attendre six mois supplémentaires pour pouvoir le
raffiner et amener tous les amendements possibles? À moins qu'on ne
reconnaisse que ce projet de loi n'est pas plus Important qu'il ne le faut.
Le ministre nous dit: Faites-moi confiance, mais H ne fait confiance
à personne. Regardons ce qu'il y a dans le projet de loi. Ce n'est pas
une marque de confiance. Tous les intervenants nous disent que c'est une loi
centralisatrice, que c'est une loi qui va redonner au ministre toutes les
décisions. C'est évident qu'il y a des choses qui sont bonnes
dans le projet de loi. Et je pense bien que dans tout ce qui s'est passé
ici depuis trois ans, on a corrigé, on a amélioré des
choses. Des fois, on les a empirées. L'Opposition a été
régulièrement positive et je peux vous citer un certain nombre de
dossiers. Je pourrais prouver qu'H y a un certain nombre de dossiers où
l'Opposition a fait son travail et où elle l'a fait comme il faut. Mais
dans ce projet de loi, comment, comme Opposition, peut-on faire notre travail
quand, au moment où l'on se parle, on n'a pas encore en main les
papillons? On ne sait même pas encore quels changements seront
apportés.
Dieu sait que ce n'est pas facile de légiférer.
Déjà au départ, quand on regarde des projets de loi, c'est
difficile. Même s'ils sont bien écrits et qu'il n'y a pas de
papillons ou de changements, il faut être bien sûr que les articles
veulent bien dire ce qu'ils disent et pas trop, parce que le législateur
n'est pas supposé parler pour ne rien dire. Mais quand on regarde un
projet de loi où on nous arrive avec des amendements qui nous passent
chaque bord des oreilles, on pourrait accoucher de petits monstres. Ce n'est
pas ça. C'est tellement difficile aujourd'hui d'enfanter qu'il faudrait
en faire un correct parce qu'on n'aura peut-être pas la chance de se
reprendre. Le ministre qui est là n'aura peut-être pas la chance
de se reprendre s'il fait un mauvais accouchement.
Le projet de loi 107 est un projet fondamental. On ne dit pas que tout
est faux dans le projet de loi. On ne dit pas que tout n'est pas bon dans le
projet de loi. On dit: Pourquoi ne devrait-on pas réfléchir plus
longtemps? Pourquoi ne devrait-on pas consulter? Pourquoi n'accepterait-on pas
d'aller vers les commissaires et les commissions scolaires pour leur donner les
pouvoirs qui les intéressent, qui vont faire une meilleure
éducation et donner une meilleure instruction à nos enfants?
C'est ça, en fait, le problème fondamental que les commissaires
d'école soulèvent. Quand bien même on voudrait et
essaierait de dire: on va vous revaloriser avec des montants d'argent qu'on va
vous donner de plus pour administrer... (20 h 40)
II y a des façons de faire mourir du monde, c'est de ne pas leur
donner du travail ou de leur en donner trop. Il devrait y avoir un juste milieu
et, là, on ne le trouve pas. On le leur enlève et on dit: Payez
plus. Ces gens-là vont avoir des problèmes de conscience. Ils
vont dire: Qu'est-ce qu'on fait là? Ce n'est pas parce qu'on est bien
payé qu'on est valorisé, c'est parce qu'on a une
responsabilité à remplir et je pense que le monde municipal, de
ce côté-là, est un exemple d'un travail que le gouvernement
a fait pour valoriser les institutions locales. Je pense que le gouvernement
actuel pourrait prendre l'exemple du gouvernement précédent,
vouloir valoriser ses partenaires, se servir de ses partenaires pour faire une
meilleure gestion. Ce n'est pas en centralisant dans les mains d'une personne
qu'on peut réussir à mieux gérer le Québec. Il y a
des domaines où on pourra dire: Cela ne dérange pas, mais je ne
suis pas sûr, c'est-à-dire que je suis sûr et non je ne suis
pas sûr, je suis sûr qu'en le faisant dans le domaine scolaire, on
fait une erreur monumentale.
C'est bien beau de décider, mais il faut au moins avoir les
moyens de le faire pour décider. Comment pourrait-on expliquer qu'une
personne pourrait décider mieux que l'ensemble des intervenants ou que
l'ensemble des commissions scolaires dispersées un peu partout sur le
territoire? Qui sait mieux les besoins locaux que les personnes locales?
À moins qu'on prétende être Dieu le Père. Si on
parle des gens en place, les personnes les plus habilitées à
rendre service
à la population, ce sont les gens qui sont dans le milieu. Si on
veut centraliser de la manière dont on le fait, je pense qu'il faudrait
se poser une question supplémentaire: Est-ce que le ministre n'a pas le
courage d'enlever les commissions scolaires pour tout s'approprier? À ce
moment-là, on n'aura qu'à nommer des personnes en place et dire:
Faites le travail. Cela ne vous dérange pas, et un fonctionnaire,
ça fonctionne dans le milieu et dans le cadre qu'on lui donne.
C'est fatigant d'avoir affaire à des élus et c'est
peut-être pour ça que le ministre se garde tellement de pouvoirs.
Il veut que les élus aient le moins de choses à dire. Si on
encadre bien notre problème ou nos organisations, les gens vont avoir
moins de choses à dire et, à ce moment-là, c'est plus
facile à administrer et... Dans le fond, on fait par en arrière
ce qu'on aurait dû faire visière levée. J'appelle ça
presque de l'hypocrisie. Ce n'est pas comme ça qu'on travaille. En tout
cas, je pense avoir été, depuis de nombreuses années, au
service de la population et avoir travaillé avec les gens. Il y a des
temps pour décider, mais il y a des temps aussi pour discuter et il y a
des temps pour faire des consensus, et on ne retrouve pas ça,
malheureusement, dans ce projet de loi.
J'ai eu l'occasion de rencontrer les commissaires d'écoles de
notre milieu avec certains collègues de la région du
Saguenay-Lac-Saint-Jean. Ils nous ont présenté un certain nombre
de doléances. Ils nous ont dit ce qu'ils n'aiment pas. Je ne pense pas
que les commissions scolaires du Saguenay-Lac-Saint-Jean... - Malheureusement,
c'est une constatation qu'on fait assez souvent, c'est que les gens qui sont en
poste assez régulièrement ne partagent pas nécessairement
les mêmes idées. Je ne sais pas, ce ne sont pas des sympathisants
naturels de l'Opposition. On ne peut pas les identifier comme des
péquistes. On ne les identifie pas comme ça et c'est vrai
même dans le domaine municipal. Cela veut dire à ce
moment-là...
Une voix: II y en a des péquistes.
M. Dufour: J'espère qu'il y aura des gens qui pourront
intervenir et pourront parler de leur formation. Je pourrais peut-être
leur parler de leur programme tout à l'heure. Je disais que ces
gens-là qui ne sont pas nécessairement très près du
Parti québécois sont obligés de venir nous dire: Cela ne
marche pas. Vous savez, on fait confiance au gouvernement qu'il y a là,
mais on ne peut plus lui faire confiance parce que le ministre ne nous fait pas
confiance, il ne veut pas nous donner de pouvoirs. Alors, le ministre ne nous
fait pas confiance et on est obligé de... Le président de la
Fédération des commissions scolaires était aussi dans la
région du Saguenay-Lac-Saint-Jean la semaine dernière et lui
aussi s'est montré carrément en désaccord avec le projet
de loi 107. Est-ce possible que tous les intervenants aient tort et que le
ministre de l'Éducation soit le seul qui ait le pas? J'ai
déjà vu ça une fois. Voyant passer une parade
d'armée, il y en avait un qui avait le pas pas pareil comme les autres,
quelqu'un a dit: Regardez, le seul qui a le pas, c'est mon garçon. Il ne
marchait pas du même pas que les autres. Quand les autres, c'était
à gauche, lui c'était à droite.
Le ministre de l'Éducation est en train de nous faire la preuve
qu'il n'y a que lui qui a le pas. Lui qui est tellement discipliné, il
aurait dû faire de l'armée. Là, on aurait compris.
Malheureusement, mon temps s'écoule et j'aurais aimé qu'on entre
dans le coeur du sujet comme tel parce que je pense que la
décentralisation et la centralisation, c'est vraiment le fond du
problème. C'est ça qu'on doit vraiment toucher. Les commissaires
d'écoles nous disent que le projet de loi 107 nie le pouvoir local et
signifie la mainmise du ministère de l'Éducation sur les
commissions scolaires. Ce ne sont pas des enfants d'école, ça. On
peut bien dire qu'ils travaillent dans les écoles, mais ce ne sont pas
des enfants d'école. Les commissaires d'école sont des adultes.
Ces gens, que je sache, veulent travailler pour améliorer
l'éducation au Québec. Ils veulent être des partenaires du
gouvernement. Pourtant, le projet de loi leur nie ce devoir et cette
obligation. Bien sûr! Et le projet de loi augmente les pouvoirs du
ministre. Et on refuse aux commissaires, qui sont dûment élus,
l'ensemble des responsabilités pour lesquelles ils ont été
élus.
Si on ne veut pas reconnaître des responsabilités aux
commissaires d'école, j'aurais un conseil à donner au ministre de
l'Éducation: Qu'il ait le courage de faire disparaître les
commissions scolaires. On va aussi loin que ça, on va être aussi
radical que ça. Sans ça, c'est qu'on nie la démocratie
comme telle. On se donne des partenaires, on fait élire du monde. Mais
on donne un simulacre de démocratie. Ce n'est pas comme ça qu'on
va faire avancer l'éducation et qu'on va amener des intervenants et
qu'on va faire participer les gens pour bâtir un meilleur Québec.
Il faut que les intervenants soient d'abord et avant tout des partenaires. Pour
être des partenaires, c'est facile, il faut reconnaître qu'ils ont
certains pouvoirs.
On est rendu actuellement - c'est ce qu'on entend dire
régulièrement - que les conseils d'administration des
hôpitaux ont plus de pouvoirs. Pourtant, ils ne vont pas chercher une
"cenne" nulle part. Tout l'argent vient du gouvernement. Ces gens ont plus de
pouvoirs que les commissaires d'école. C'est inacceptable. Je pense
qu'à ce moment-là, pour nous, pour ma formation bien sûr,
il est difficilement acceptable que le ministre de l'Éducation, qui
demande à tout le monde de lui faire confiance, n'ait pu
démontrer plus fortement que lui-même - et c'est important - a la
confiance de ses intervenants et qu'en même temps il veut leur donner des
responsabilités.
Ce n'est pas en accaparant tous les pou-
voirs... Et je l'ai vu dans des cas où ça prend parfois du
temps pour prendre des décisions. Mais je pense que les commissions
scolaires, au lieu d'avancer, avec ce projet de loi, sont condamnées
à reculer et probablement à devenir des gens beaucoup moins
convaincus et moins convaincants dans leur propre milieu. Merci, Mme la
Présidente.
La Vice-Présidente: Merci, M. le député de
Jonquière. M. le député d'Ungava.
M. Christian Claveau
M. Claveau: Merci, Mme la Présidente. Nous voilà
donc en train d'étudier le projet de loi 107 en deuxième lecture
qui vient remplacer l'actuelle Loi sur l'instruction publique afin, selon les
notes explicatives, "de lui donner une structure nouvelle et plus
cohérente, de la moderniser et de la rationaliser". Voilà, Mme la
Présidente, les voeux que le ministre formule au moment de nous arriver
en cette Chambre avec le projet de loi 107.
Comme vient très bien de le décrire mon collègue,
le député de Jonquière, il semble y avoir un
problème quelque part et H y a effectivement un problème quelque
part dans la machine ou dans l'esprit du ministre, sinon dans la machine
administrative du ministère. C'est au moins dans l'esprit du ministre
qu'il y a un problème que nous devons absolument percer ce soir si nous
voulons avoir un projet de loi qui se tienne.
Mme la Présidente, j'ai eu dernièrement l'occasion,
à l'instar de l'ensemble de mes collègues de l'Assemblée
nationale, de rencontrer des représentants du monde scolaire dans mon
milieu. À moins que je ne m'abuse, il n'y a pas un seul
député ici en cette Chambre qui n'a pas été
visité par les intervenants du monde scolaire dans leur milieu pour
exprimer leurs craintes, leur désaccord face au projet de loi
actuel.
Une voix: Non, il y en a qui n'ont pas été
rencontrés.
M. Claveau: Bien s'il y en a qui n'ont pas été
rencontrés, je suppose qu'ils vont l'être prochainement.
La Vice-Présidente: À l'ordre! À l'ordre!
À l'ordre!
M. Claveau: Ou probablement que c'est parce qu'ils n'ont pas
suffisamment de poids et que la population l'a compris. Alors, ils ne sont pas
allés les voir.
En ce qui me concerne, j'ai été rencontré par le
monde scolaire dans mon milieu. Je sais que mon collègue, le
député d'Abitibi, a été rencontré, mon
collègue, le député de Lac-Saint-Jean, a été
rencontré, mon collègue de Jonquière, ma collègue
de Marie-Victorin, enfin, l'ensemble des intervenants qui peuvent avoir du
poids en cette Chambre et non pas uniquement repéter ce que dit le
ministre, ont été rencontrés. Probablement que si les
intervenants scolaires du milieu des élus libéraux en cette
Chambre n'ont pas été rencontrés, c'est parce qu'ils se
sont dit que ça ne sert à rien d'aller les voir, qu'ils vont dire
la même chose que le ministre en Chambre de toute façon. (20 h
50)
Mais, nous, nous avons été rencontrés. Qu'a dit le
monde scolaire? Qu'ont dit les représentants de nos commissions
scolaires? Que me disait la présidente de la Fédération
des commissions scolaires de l'Abitibi-Témiscamingue? Elle disait: On ne
comprend plus rien. On avait quelqu'un qui s'est présenté en
campagne électorale en donnant une image, en portant l'auréole
d'un futur ministre de l'Éducation responsable et on se retrouve devant
un patroneux de la pire espèce. Les preuves en ont été
faites, Mme la Présidente.
La Vice-Présidente: À l'ordre, MM. les
députés. On en est présentement à l'intervention du
député d'Ungava. M. le député d'Ungava, je vous
demanderais cependant de faire attention un peu à votre langage. Il y a
des termes qui sont plus ou moins antiparlementaires. Sur cela, vous pouvez
poursuivre.
M. Claveau: Plus ou moins, Mme la Présidente, c'est
peut-être moins que plus, alors c'est parlementaire. Mme la
Présidente, écoutez, quand on m'a parlé, quand les gens du
monde scolaire de mon milieu m'ont parlé du projet de loi 106, ils ont
dit: II y a quelques points sur lesquels nous sommes en profond
désaccord et que nous voulons discuter avec vous pour que vous fassiez
des représentations auprès du ministre. On a établi une
liste de cinq ou six points d'importance que nous aurons d'ailleurs l'occasion
de discuter le moment venu. Mais quand on est arrivé au projet de loi
107, ils m'ont pris le projet de loi comme cela entre les mains, Mme la
Présidente, ils l'ont tiré sur le bureau et ils ont dit: Cela,
c'est pour la poubelle.
C'est comme cela que ça s'est passé lors de la rencontre
que j'ai eue avec les intervenants scolaires de mon milieu en présence
de la présidente de la Fédération des commissions
scolaires de l'Abitibi-Témiscamingue. Pourquoi? Parce que le milieu
scolaire ne se reconnaît plus là-dedans. Et ce n'est pas
surprenant que le milieu scolaire ne se reconnaisse plus là-dedans, Mme
la Présidente. Si on regarde la façon dont le ministre a
travaillé depuis presque trois ans maintenant qu'il est ministre de
l'Éducation, ce n'est pas la première fois qu'il mêle un
peu le monde scolaire dans son fonctionnement. Et là, maintenant, il
arrive devant un projet de loi qui, lui, finit de concrétiser le
côté plutôt ambigu et brumeux du ministre.
Quelques exemples, Mme la Présidente, et je
pense qu'il faut les souligner ici ce soir. Ils vont probablement nous
permettre de comprendre comment le ministre en est arrivé à
pondre un projet de loi où il se donne tous les pouvoirs dans le monde
scolaire.
On va prendre seulement les exemples de ce que le ministre a fait ici en
cette Chambre, ce à quoi vous avez tous participé depuis trois
ans. Vous vous rappelez, le ministre nous a fait passer une nuit blanche ici
pour voter une loi spéciale sur le transport scolaire. Une grève
dans le transport scolaire qui relevait du domaine privé. Une entreprise
privée qui s'est vue obligée par une loi spéciale de
retourner au travail avec des conditions de travail fixées par le
ministre. Cela, ce n'est pas de l'ingérence, non, hein?
Des voix: ...la responsabilité...
M. Claveau: Responsabilité en vertu de quoi? On a
essayé. On a demandé au ministre en vertu de quelle loi il
pouvait faire des choses semblables. Pouvoir d'État, loi
suprême.
La Vice-Présidente: À l'ordre, à
l'ordre.
M. Claveau: II n'a jamais été capable de nous dire
ce qui lui permettait de le faire mais il l'a fait. Le ministre s'est
empressé au tout début de son mandat, c'est probablement
d'ailleurs la seule promesse électorale qu'il aura
concrétisée ou qu'il aura respectée dans tout son mandat,
d'amnistier les élèves qui étaient illégalement
inscrits à l'école anglaise. Cela pressait. Cela pressait de
faire cela, par exemple. Encore là, au détriment du
fonctionnement des commissions scolaires qui ne comprenaient plus rien. Elles
ont dit: Oui, mais nous autres, on a des élèves. Il y a des
poursuites entreprises. Il y a toutes les choses. Il y a la loi 101 qui nous
dit qu'il faut agir de telle façon. Le ministre dit: Moi, je n'y touche
pas à la loi 101 mais j'amnistie, bon, au détriment des
intervenants dans le milieu.
Deuxième exemple. Il aurait probablement été plus
opportun pour le ministre à ce moment-là de se préoccuper
du sort de la loi 3 qui avait été rendue inconstitutionnelle par
un jugement de la Cour supérieure en juin 1985. Cela ne pressait pas de
régler le problème de la loi 3 et d'aller en Cour suprême,
ce qu'il aurait pu faire pour faire trancher une fois pour toutes. Cela ne
pressait pas. Il va probablement me dire: Cela coûtait trop cher d'aller
en Cour suprême. Parallèlement à cela, il y avait son
collègue, le ministre de la Justice qui, lui, finançait les
avocats d'Alliance Québec pour aller se battre contre la loi 101. Et le
ministre en même temps était en train, en cette Chambre, de faire
adopter une loi qui allait aussi à rencontre de la loi 101 et à
rencontre des intervenants du monde scolaire pour amnistier les
élèves inscrits illégalement dans les écoles
anglaises. On commence à comprendre un certain nombre de choses. Donc,
cela pressait beaucoup plus que de s'assurer que la loi 3 était
véritablement anticonstitutionnelle. Il n'est jamais allé en
appel là-dessus. Il ne s'est jamais rendu en Cour suprême. Il a
dit: Je vais plutôt en pondre une loi à mon goût quand le
moment sera venu. Cela ne presse pas. Je vais commencer par régler le
problème des illégaux.
On se souviendra que le ministre est même allé, de
façon discrétionnaire, jusqu'à financer des groupes de
parents qui voulaient aller en cour à rencontre de décisions de
leurs commissaires de leur propre commission scolaire. Le ministre a fait
ça. Financer des parents pour se battre contre leur commission
scolaire...
M. Ryan: Question de règlement.
La Vice-Présidente: Question de règlement, M. le
ministre.
M. Ryan: Le député pourrait-il nommer le groupe de
parents en question et la commission scolaire dont il parle?
La Vice-Présidente: M. le député, vous
pouvez continuer sur votre intervention.
M. Claveau: Je pourrai... La Vice-Présidente:
À l'ordre!
M. Claveau: ...fournir les informations au ministre en temps et
lieu. Je prends avis de la question, Mme la Présidente.
M. Ryan: Mme la Présidente, question de
règlement.
La Vice-Présidente: Question de règlement?
M. Ryan: Question de règlement. S'il ne sait même
pas de quoi il parle, pourriez-vous le rappeler à la pertinence, s'il
vous plaît.
La Vice-Présidente: Je demanderais un peu la collaboration
de la Chambre. Nous sommes présentement à écouter
l'intervention du député d'Ungava et j'aimerais bien le
comprendre. M. le député d'Ungava, nous en sommes
présentement à l'étude du projet de loi 107 et j'aimerais
bien que vous en discutiez. M. le député d'Ungava.
M. Claveau: Mme la Présidente, sur le projet de loi 107,
je suis en train d'expliquer comment le ministre en est arrivé à
nous présenter un projet de loi centralisateur qui ne respecte pas les
volontés du milieu. Si on veut se comprendre, on va faire les
démarches. Si le ministre croit que je ne sais pas de quoi je parle, lui
sait de quoi je parle.
Une voix: Cela fait mal. Cela fait mal.
M. Claveau: On se souviendra d'une autre
décision centralisatrice unilatérale du ministre qui a
autorisé le collège Marie-Victorin à jouer dans les
inscriptions d'étudiants à temps plein dans les cours d'anglais,
ce qui permettait de modifier les grilles d'inscription. D'ailleurs, le
ministre a commandé une enquête là-dessus. Elle est sur son
bureau depuis quelque temps déjà. Qu'attend-il pour la rendre
publique? Tout ça pour vous dire, Mme la Présidente, que ce sont
des comportements auxquels les commissions scolaires se sont habituées
depuis trois ans. Finalement, elles sont plus ou moins surprises de voir le
ministre arriver avec un projet de loi extrêmement centralisateur
où il se garde tous les pouvoirs. Il va décider lui-même,
unilatéralement, des commissions scolaires qui pourront offrir des cours
de perfectionnement ou des cours adaptés à certains groupes
d'étudiants en difficulté ou autre. C'est lui qui se donne un
pouvoir unilatéral pour ça.
Les comportements du ministre ne surprennent plus le monde scolaire.
Vous savez, il s'y est habitués tranquillement depuis trois ans. Mais
ça déplaît profondément. Ces gens viennent nous voir
pour dire: Écoutez un peu, essayez de faire comprendre quelque chose au
ministre de l'Éducation. Eh bien, on a beau essayer, le ministre semble
ne pas vouloir comprendre. Il semble croire qu'il a tout le monde avec lui. Si
le ministre a tout le monde avec lui comment se fait-il qu'il y ait tellement
de contestation autour de son projet de loi? Bon! Ce n'est toujours pas
sorcier. Il n'est pas le seul à avoir raison. Comment le ministre
peut-il faire la sourde oreille aux critiques qu'il y a contre son projet de
loi? Après toutes les consultations qu'il a eues, les rapports de
commissions, tous les mémoires qui ont été
déposés, les gens qu'il a entendus, il dit encore: On est
d'accord.
Voyons donc! Ce ne sont pas les échos qu'on a dans nos
comtés et ce ne sont pas les échos que l'ensemble de la
population du Québec fait parvenir au ministre. On ne comprend pas son
acharnement à vouloir tout centraliser et à penser qu'il est
lui-même, de son siège, de son poste de député et de
ministre, plus intelligent et plus fin que l'ensemble des intervenants
scolaires au Québec. C'est ça que la population ne comprend plus,
Mme la Présidente. Elle ne comprend pas comment il se fait qu'un homme
qui semblait si ouvert, qui en avait tant à promettre en campagne
électorale maintenant qu'il occupe un siège de ministre, est
assis sur son pouvoir comme un avare sur ses sous et qu'il ne veut pas
bouger.
C'est le problème. C'est ça que les
Québécois ne comprennent plus dans le comportement du ministre.
Qu'est-ce qui l'amène à être autant épris de son
pouvoir et de sa digne personne qu'il ne peut plus écouter les
intervenants du monde scolaire? Qu'est-ce qui l'amène à penser
qu'il est le seul à pouvoir prendre des décisions? C'est
ça que l'on veut essayer de comprendre. C'est ce que le ministre ne nous
a jamais expliqué. Le ministre a été plutôt vague
là-dessus. Vous savez, Mme la Présidente, le ministre n'est pas
seul dans cette lignée. En agissant de cette façon, le ministre
agit comme plusieurs de ses collègues ont déjà fait dans
les mois qui ont précédé, depuis 1986. (21 heures)
On se souviendra, par exemple, quand le ministre
délégué aux Forêts a présenté sa Loi
sur les forêts, un plagiat du livre blanc de 1985, il a essayé de
faire à sa façon le livre blanc en oubliant les principaux
articles, évidemment, pour se retrouver avec un projet de loi qui est
encore contesté aujourd'hui. On a questionné le ministre en
Chambre, aujourd'hui, et il ne savait pas quoi répondre. Est-ce qu'il va
le modifier ou est-ce qu'il ne le modifiera pas? On ne le sait pas. Un
plagiat!
En commission parlementaire, le ministre délégué
aux Forêts a dû refaire ses devoirs au complet, recommencer son
projet de loi une deuxième fois parce qu'il n'avait pas compris le livre
blanc. Son collègue des Mines a fait exactement la même chose
l'année dernière. Il a fallu qu'il nous présente deux
projets de loi avant de réussir à faire un minimum de consensus.
On se retrouve, aujourd'hui, devant...
La Vice-Présidente: À l'ordre!
M. Claveau: ...un ministre de l'Éducation qui avait un
projet de loi 3 entre les mains, un projet de loi qui était
adopté, qui avait été contesté en cour pour des
raisons, d'ailleurs, auxquelles l'actuel ministre a largement
prêté son concours à l'époque.
La Vice-Présidente: A l'ordre!
M. Claveau: Au lieu d'aller en appel sur la contestation, le
ministre a dit: Je suis bien plus fin, je vais vous faire un projet de loi.
Vous allez voir que j'ai du bras et de la poigne. Qu'est-ce qu'il fait? Il
présente un premier projet de loi et il s'en va en commission
parlementaire. Il est démoli par tout le monde. Au lieu de faire un
plagiat de deuxième qualité du projet de loi 3, il aurait
été mieux de le reprendre et de le réétudier
à fond. Il a essayé de le plagier tant bien que mal. Il s'est
retrouvé en commission parlementaire devant une levée de
boucliers de l'ensemble des Québécois impliqués dans le
domaine de l'éducation et qui ont dit: M. le ministre, vous n'avez rien
compris.
Là, il se retrouve devant l'obligation d'amener au-delà de
250 amendements. Ce ne sont pas des "peanuts", Mme la Présidente: au
moins 250 amendements; on ne connaît pas le nombre et probablement qu'il
n'a pas eu le temps de les compter lui-même, il y en a tellement. Il
devra refaire son devoir à l'instar de ses collègues qui, comme
lui, n'ont pas compris qu'Us auraient mieux fait de commencer par
écouter la population et de faire un cheminement logique au
lieu de vouloir s'asseoir sur un pouvoir omnipotent qui leur vient
d'où? on ne le sait pas. Ces gens-là s'imaginent que parce que
pour une raison historique qui sera probablement éclaircie un jour, ils
ont une majorité écrasante en Chambre, ils peuvent faire
n'importe quoi. Ils s'asseoient dessus et ils nous arrivent avec des projets de
loi qui sont contestés à la volée par tout le monde.
Combien de fois le ministre des Affaires municipales a fait la même
chose? Mon collègue, le député de Jonquière, est
bien placé pour en parler, il a été obligé de
réécrire des projets de loi entiers à la place du ministre
des Affaires municipales pour lui permettre de sauver sa peau.
M. Dufour: La loi 88.
M. Claveau: La loi 88, que mon collègue, le
député de Jonquière, a refaite au complet en commission
parlementaire, ce qui a permis au ministre des Affaires municipales de se
sauver un tant soit peu la figure devant l'ensemble du monde municipal.
Là, on se retrouve devant le même contexte. Donc, qu'est-ce que le
ministre fait là? Son projet de loi 107, avec lequel nous sommes en
profond désaccord, entre autres quant aux modalités de
centralisation, à tous les pouvoirs que se donne le ministre, c'est la
même chose qui s'est faite antérieurement dans son gouvernement.
Il est à l'image de son gouvernement. Il est à l'image de ce
gouvernement qui, malheureusement, doit gouverner le Québec pour
quelques mois encore.
Des voix: Ha, ha, ha!
M. Claveau: Ils peuvent bien en rire, Mme la
Présidente.
La Vice-Présidente: À l'ordre!
M. Claveau: Rira bien qui rira le dernier. Vous allez voir que ce
n'est pas en faisant comme cela que vous allez vous attirer des sympathies
à la longue. Ce ne sont pas les calembours du premier ministre qui vont
finir par sauver éternellement votre peau.
Il y a un problème fondamental au niveau du comportement de ce
gouvernement et le ministre de l'Éducation en est un exemple parfait.
C'est pour cela que, quoi qu'on dise, quoi qu'on fasse, quelles que soient les
interventions des gens du milieu qui sont directement impliqués dans le
monde de l'éducation, le ministre nous regarde avec un sourire
béat qui fait rire l'ensemble - excusez, Mme la Présidente, je
vais retenir mon mot - et qui fait en sorte, finalement, de vouloir se donner
une image qui n'est pas nécessairement celle qu'il devrait se donner
s'il était un ministre responsable, un ministre qui prenait
véritablement en considération les intérêts du monde
scolaire plutôt que de penser à s'asseoir sur son propre
pouvoir.
On pourrait parler longtemps des différents aspects du projet de
loi. J'ai l'impression qu'on aura la chance, en commission parlementaire, de
reprendre le ministre à maintes reprises sur un certain nombre de
choses, mais, sérieusement, on a des questions à lui poser, toute
la question de l'accessibilité aux services éducatifs,
dénoncée par la grande majorité des intervenants du
milieu.
Le ministre dit: Les intervenants n'ont rien compris, j'ai la
vérité. S'ils n'ont pas compris, c'est probablement parce qu'il
va falloir les changer, je ne sais pas si c'est ce que le ministre veut faire.
Qu'est-ce qu'il va faire avec ces pauvres intervenants dans le milieu scolaire
qui, semble-t-il, n'ont rien compris depuis des années? On dirait qu'il
y a juste le ministre qui comprend. La participation des parents aux
différents comités et au conseil des commissaires? Les parents,
M. le ministre, souhaitent le maintien des comités d'école
actuels comme ils sont. Vous n'avez pas compris cela? Je ne sais pas quel genre
de dessin il va falloir vous faire pour vous le faire comprendre, parce que
c'est ce qu'ils vous répètent depuis des mois et des mois. Le
rôle des enseignants, les interventions des syndicats n'ont pas encore
été assez claires, qui veulent que soit précisé le
rôle de l'enseignant dans le nouveau modèle scolaire du ministre?
Ils veulent une reconnaissance plus formelle de leur autonomie professionnelle,
ce que le ministre se refuse à leur donner en les intégrant dans
une nouvelle structure plus ou moins floue où ils ne savent pas
où ils vont se situer. Les interventions là-dessus ne sont pas
encore assez claires?
Enfin, le problème des structures scolaires. Oui, nous croyons
qu'il est temps, au Québec, d'avoir des structures scolaires sur une
base linguistique et non plus confessionnelle, comme on l'a vécu
historiquement. Mais il n'y a quand même pas toujours unanimité
là-dessus. On se souvient que le ministre n'a pas toujours
été de cet avis. Je ne sais pas si une intervention du saint
Esprit l'a fait changer d'idée en chemin, mais il n'a pas toujours
été de cet avis, on s'en souviendra, il y a quelques
années.
La Vice-Présidente: À l'ordre, s'il vous
plaît!
M. Claveau: II y a plein de documents, il y a plein
d'informations, qui ont été transmis au ministre à tous
les niveaux, qui auraient dû lui permettre de comprendre
l'intérêt du monde scolaire, les positions et les orientations
préconisées par les intervenants des milieux scolaires, ce qui
aurait fait en sorte que nous ne serions pas ici ce soir à discuter ou
à essayer de convaincre le ministre sur un projet de loi qui n'est pas
conforme aux voeux du milieu. Comme l'a si bien dit mon collègue de
Jonquière, probablement que, pour le ministre, l'intérêt,
les voeux du milieu, les souhaits des intervenants les
plus impliqués directement dans chacune des régions du
Québec ne valent pas grand-chose à ses yeux. De toute
façon, si ce n'est pas le cas, si le ministre prétend qu'il prend
en considération les intérêts de chaque milieu, il faudrait
qu'une fois pour toutes, il se décide vraiment à prendre le temps
de les écouter, et pas uniquement les regarder béatement pendant
qu'il parte en pensant à autre chose.
Mme la Présidente, c'est le message que voulais laisser.
J'espère que le ministre aura pour le moins l'honnêteté
intellectuelle d'écouter réellement ce que les gens du milieu
scolaire ont à dire parce que, dans l'ensemble, ils sont contre le
projet de loi 107.
La Vice-Présidente: Merci, M. le député
d'Ungava. M. le député d'Arthabaska.
M. Laurier Gardner
M. Gardner: Merci, Mme la Présidente. À entendre
parler le député d'Ungava, il semble que, parce qu'on est
député ministériel, on ne fait que s'asseoir sur ses
lauriers.
Des voix: Oh! Oh!
M. Gardner: II a attendu que les gens des commissions scolaires
viennent le voir. Eh bien, je dois lui dire que, moi, je n'ai pas attendu
qu'ils viennent me voir, je suis allé les voir. Mais je ne m'en suis pas
tenu seulement aux commissions scolaires, je suis allé dans le milieu
scolaire. Et le milieu scolaire, ce n'est pas que les commissions scolaires,
c'est aussi les écoles, je vous le rappelle. Le député de
Mercier parlait du bon fromage. Imaginez! Qu'est-ce que cela vient faire dans
tout cela? Moi aussi, j'en ai, du bon fromage, dans les Bois-Francs. Le
député de Jonquière a parlé, pendant la
soirée, de la parade. (21 h 10)
Une voix: Oui.
M. Gardner: Oui! Il nous a dit qu'on n'avait pas le pas. Bien, M.
le député de Jonquière qui m'écoutez
peut-être encore à la télévision, il y a 5 % qui
font la parade, 20 % qui regardent la parade et 75 % qui ne savent pas qu'il y
a une parade. Vous êtes peut-être de ceux qui ne savent pas qu'il y
a une parade, parce que vous avez l'air d'être encore en 1985. Nous
sommes rendus en 1988, et je suis heureux de participer au débat sur le
projet de loi 107. Pourquoi suis-je heureux de cela? Parce que je suis un
enseignant de carrière. J'ai enseigné 19 ans dans cinq
écoles différentes. Et je sais un peu ce qui se passe dans les
écoles parce que je suis aussi, n'en déplaise au
député d'Ungava qui n'a participé à aucune des
auditions publiques - je suis membre de la commission de l'éducation et,
à ce titre, j'ai pu suivre et même influencer chacune des
étapes préparatoires à ce projet de loi, y compris la
longue audience publique de six semaines où près de 100 groupes -
je crois que c'est 98 exactement - que j'ai écoutés et
questionnés... Vous me permettrez de mentionner aussi - j'allais
l'oublier - l'arrogance du député d'Abitibi-Ouest. C'est bien
ça?
Une voix: Oui.
M. Gardner: Ouest. M. le député d'Abitibi-Ouest
dans son discours, le nouveau porte-parole de l'Opposition officielle qui
n'était pas là lors des audiences publiques, ou bien s'est
fié aux rapports qui ont été donnés par tous les
groupes qui se sont présentés sans les discussions qui ont suivi
chacun des rapports, ou bien à s'est fié à l'ancienne
porte-parole, la députée de Chicoutimi. De toute façon, il
s'est trompé. Et c'est ce qui a permis cette arrogance que nous avons
connue mardi dernier.
Je suis aussi heureux de participer à cette étude parce
qu'il s'agit d'un changement majeur à la bonne vieille Loi sur
l'instruction publique. Changement majeur? Oui, mais qui ne nécessitera
pas une opération 55. Changement majeur? Oui, mais qui ne provoquera pas
une révolution tranquille quoi qu'en dise l'Opposition officielle.
Je veux vous donner quelques commentaires sur ce projet de loi à
l'étape de son adoption de principe, commentaires qui pourront
être précisés lors de l'étude article par article
parce que je vais y participer moi à cette étude-là. Pour
les nostalgiques de la loi 3, j'aimerais préciser quelque chose. Je l'ai
mentionné un petit peu tout à l'heure. Le 2 décembre 1985,
il y a eu un changement de gouvernement et quelques jours plus tard nous
connaissions le nouveau ministre de l'Éducation, le député
d'Argenteuil, qui a décidé, à la suite d'un jugement de la
Cour supérieure disant que la loi 3 était inconstitutionnelle, de
faire un nouveau projet de loi. C'était son droit. Voilà pour les
nostalgiques de la loi 3.
Toute mutation crée des difficultés et exige des
changements d'attitude. On a l'habitude d'inscrire lors des travaux publics.
Excusez-nous, le progrès ça dérange. Eh bien oui,
excusez-nous! La loi 107, ça va déranger. Mais quand on
dérange en vue d'une situation meilleure, on accepte volontiers ces
dérangements et on participe au grand ménage. Nous sommes
à l'étape du grand ménage. Les tables sont
renversées. Les rideaux sont enlevés. Le téléphone
est caché sous les couvertures et on repeint. On repeint la Loi sur
l'instruction publique. La seule différence c'est que le grand
ménage dans le système d'éducation cela prend bien plus
que quelques semaines. Quand il y va de la structure de l'éducation pour
les 50 prochaines années, on peut s'y attarder. Pas de doute que ce
ménage est sérieux. Et j'aimerais citer un prêtre que j'ai
rencontré justement à l'occasion d'une rencontre avec la
commission scolaire de Victoriaville en fin de semaine. Une demande de la
commission
scolaire, je suis allé chez eux à leur invitation. M.
Jacques Lemay disait à tous ceux qui étaient là et je le
cite: "II n'y a pas lieu de se surprendre que, dans la conjoncture
présente, on remette en question les structures, les programmes, les
orientations culturelles et les finalités de l'école." Fin de la
citation.
Permettre la formation de commissions scolaires linguistiques
plutôt que confessionnelles, voilà l'objectif principal de ce
projet de loi. Dans le comté que j'ai le privilège de
représenter, c'est-à-dire le beau comté d'Arthabaska,
francophone à 99 % et à un pourcentage aussi fort
d'allégeance catholique, cela ne changera pas grand-chose. Je suppose
que, tant à la commission scolaire Jean-Rivard de Plessisville
qu'à la commission scolaire Prince-Daveluy de Princeville, celle de
vïctoriaville et celle de Warwick, on demandera qu'elles soient reconnues
comme catholiques. On demandera et on obtiendra ce titre. Je suppose que dans
chacune des écoles des quatre commissions scolaires, on
présentera des projets éducatifs basés sur des valeurs
morales et on demandera et obtiendra des écoles catholiques.
J'aimerais plutôt m'attarder sur ce fameux projet éducatif.
Je sais pertinemment que, déjà, on se prépare. J'ai ici un
document qui dit ceci: II faut se préparer à ce fameux projet
éducatif catholique. Il faut voir à tous ces problèmes
causés probablement par le projet. Par exemple, la préparation
insuffisante des personnes responsables, l'attention apportée
principalement à la réussite scolaire, la distance psychologique
entre éducateurs et élèves, les antagonismes entre les
éducateurs, la discipline imposée de l'extérieur sans la
participation convaincue des élèves, les rapports purement
formels ou les tensions avec certaines familles non impliquées dans le
projet éducatif, le désintéressement et la fermeture aux
problèmes de la société et l'enseignement religieux
routinier. Imaginez! Tous ces problèmes-là, déjà,
il y a des commissions scolaires qui s'y préparent. Finie l'ère
de la facilité pour les parents.
Jusqu'à maintenant, les parents ne se posaient pas trop de
questions. L'enseignement était religieux dans des écoles
à caractère confessionnel. Une fois par année, les parents
avaient à faire un choix entre l'enseignement religieux ou
l'enseignement moral quand le choix n'était pas déjà fait
par l'enfant. J'invite les parents du comté d'Arthabaska comme de tout
le Québec: Prenez donc vos responsabilités à 100 %. C'est
vous les grands responsables de l'éducation de vos enfants, comme le
disait si bien le député de Charlevoix, tout à
l'heure.
Je suis de nature optimiste. Les parents vont prendre leur rôle au
sérieux et vont être heureux de participer à
l'énoncé du projet éducatif comme au suivi de ce projet,
comme à la concrétisation de ce projet. Ils vivront dans
l'école par le comité d'école qui est obligatoire et le
conseil d'orientation tout aussi obligatoire.
Vous me direz que la participation des parents est utopique à
cause des expériences passées et de l'éclatement de la
famille. Je ne suis pas d'accord. Par le passé, les parents ont
quitté les comités consultatifs, sans conséquence et je
les ai compris parce qu'ils étaient justement consultatifs et sans
conséquence. Quand les parents verront les fonctions du conseil
d'orientation et celles du comité d'école, ils vont certainement
s'impliquer. Les parents vivent, dans plusieurs cas, trop de cas a mon avis,
des années difficiles quant à leur vie de couple. Les familles
d'autrefois, vous vous en souvenez, comptaient deux parents avec plus de deux
enfants, les familles d'aujourd'hui, deux enfants avec plus de deux parents.
Mais qui oserait affirmer en cette Chambre comme a l'extérieur de la
Chambre, que dans les familles monoparentales, on ne s'occupe pas de
l'éducation des enfants? Je veux leur rendre cet hommage. La mère
seule, avec toutes les difficultés de la vie moderne, s'implique
déjà dans l'éducation de ses enfants et elle s'impliquera
davantage dans le comité d'école et le conseil d'orientation.
Je vais vous faire maintenant un aveu, et je n'en ai pas entendu
tellement parler ce soir, c'est une vérité de La Palice, j'allais
dire de la police: le système scolaire est là pour
l'élève. Il ne faut surtout pas l'oublier. Le projet de loi 107
n'est pas là pour faire plaisir aux commissions scolaires, ni pour faire
plaisir aux directeurs d'école, ni pour faire plaisir aux mouvements
d'école neutre ou à tout autre mouvement, ni pour faire plaisir
à l'Opposition officielle, ni pour faire plaisir au député
d'Arthabaska, ni pour faire plaisir au ministre de l'Éducation. Le
projet de loi 107 est là pour l'élève. De Charlemagne au
député d'Argenteuil, et même après le
député d'Argenteuil, le système scolaire doit être
basé sur l'élève. Plusieurs dispositions, dans le projet
de loi précisent ce travail. Je n'en citerai que trois concernant
l'élève. Toute personne âgée de cinq ans et plus a
droit aux services éducatifs jusqu'à la fin de l'année
scolaire au cours de laquelle il atteint l'âge de 18 ans, ou 21 ans dans
le cas d'une personne handicapée. L'élève catholique a
droit a des services d'animation pastorale et l'élève protestant
à des services d'animation religieuse. Troisièmement,
l'obligation de fréquentation scolaire est portée de quinze
à seize ans. Il n'y a pas un député de l'Opposition qui a
mentionné ça encore et, pourtant, c'est très heureux qu'il
en soit ainsi. (21 h 20)
Ceux et celles qui sont les plus près des élèves,
c'est-à-dire les enseignants et les enseignantes, se voient
reconnaître des droits et devoirs. On nous a fait le reproche en
commission parlementaire du trop grand nombre de devoirs versus le nombre de
droits. Avec les amendements suggérés par le ministre de
l'Éducation, je peux affirmer, comme enseignant en congé sans
traitement, que je pourrais bien vivre avec ces droits et devoirs si un jour
j'avais à
retourner enseigner. Les complications, les gens de la CEQ vont
l'admettre autant que moi, viennent plutôt des règles
budgétaires, des dispositions des conventions collectives et
possiblement aussi du vieillissement des enseignants. Je ne sais pas si vous le
savez, mais actuellement, l'âge moyen des enseignants est de 43,6
années. Cela veut dire qu'entre un jeune de 14 ans et son enseignant, il
y a une différence d'âge de presque 30 ans ou plus. C'est
là un problème qu'on oublie trop souvent.
Les précisions de la loi sur l'enseignant... J'aimerais le
préciser ici ce soir, l'enseignant se voit reconnaître le droit de
diriger la conduite des groupes d'élèves qui lui sont
confiés, le droit de prendre les modalités d'intervention
pédagogique répondant aux besoins et objectifs des groupes qui
lui sont confiés, le droit de choisir les instruments requis pour
l'évaluation de ses élèves, le droit de refuser, pour
motif de liberté de conscience, de dispenser l'enseignement moral et
religieux d'une confession. Mais il est aussi du devoir de l'enseignant de
contribuer à la formation intellectuelle et au développement
intégral de la personnalité de chaque élève qui lui
est confié. Cela me fait plaisir de voir ça. De collaborer
à développer chez chaque élève qui lui est
confié le goût d'apprendre, de prendre les moyens
appropriés pour développer chez ses élèves le
respect des droits de la personne, d'agir de manière juste et impartiale
avec chacun de ses élèves, de cultiver chez l'élève
la qualité de la langue parlée et écrite - J'aurais
aimé entendre les péquistes parler de ça - de prendre les
mesures appropriées pour atteindre et conserver un haut degré de
compétence professionnelle, de respecter le projet éducatif et
les dispositions qui régissent l'école.
L'enseignant est même consulté pour le choix des manuels
scolaires utilisés dans l'école, pour rétablissement des
plans d'intervention auprès des élèves en
difficulté d'adaptation et d'apprentissage qui leur sont confiés.
L'enseignant est même représenté par au moins deux membres
du corps enseignant au sein du conseil d'orientation. Les enseignants doivent
être consultés sur l'exercice des fonctions de la commission
scolaire qui sont reliées aux services éducatifs. Voilà
pour les enseignants. Je pense qu'il est bon de se le rappeler.
La grande critique des commissions scolaires concernait les pouvoirs
accordés au ministre par rapport à ceux accordés aux
commissions scolaires et ceux accordés aux différents
comités d'école. Les modifications annoncées mardi par le
ministre de l'Éducation et député d'Argenteuil devraient
satisfaire les commissions scolaires. Je ne ferai que citer trois modifications
apportées par le ministre. Je les relève de son discours. Le
droit de vote que la version originelle du projet de loi accordait aux
représentants des parents de la table des commissaires sera
retiré; le pouvoir que se voyait attribuer le ministre de suspendre
l'application d'une décision d'une commission scolaire ayant
donné lieu à une enquête est aboli. Le pouvoir d'ester en
justice que la version originelle du projet de loi 107 accordait à
divers organismes tels le conseil d'orientation et le comité
d'école est aboli. L'obligation de procéder par voie de
réglementation qui était faite à différents
endroits à la commission scolaire sera considérablement
allégée. Avec tout ça, les commissions scolaires vont
certainement être heureuses.
En conclusion, Mme la Présidente, après trois ans au
service de toute la population du comté d'Arthabaska, après trois
ans de participation à l'amélioration des lois au Québec,
je veux vous faire cette petite confidence, ne le dites pas aux autres: Toute
loi doit viser le juste milieu. Comme législateur, je me dois
d'éviter les extrêmes pour voir le juste milieu. Je veux
féliciter tous ceux et celles qui sont venus en commission parlementaire
nous dire leurs préoccupations et Dieu sait s'il y en avait de toutes
sortes. Je me souviens que le matin, on me disait que j'étais trop
catholique; l'après-midi, on me disait que je n'étais pas assez
catholique et le soir, on me disait que j'étais trop protestant. J'ai
passé par toutes sortes de transes.
Je dois vous dire qu'à la suite de tout cela, le ministre de
l'Éducation est en mesure aujourd'hui de présenter une loi qui
est vraiment le juste milieu qui doit être le reflet de la
société québécoise actuelle. Nous en sommes rendus
à l'étape du juste milieu, à l'étape de la
concrétisation du projet de loi. Nous sommes là pour voter
l'adoption du principe et nous serons là pour l'étude article par
article. J'invite les députés de l'Opposition à venir
s'asseoir en face de nous pour discuter, lorsque le temps sera venu de
l'étude article par article. Peut-être qu'on n'entendra pas autant
de mauvaises choses que celles qu'on a entendues tout à l'heure. Je les
invite donc. Nous serons là pour le plus grand bien des
élèves de nos écoles québécoises. Je
rappelle en terminant à tous les intervenants possibles, y compris ceux
de l'Opposition: Ayez toujours en tête le bien des élèves
jeunes et adultes du Québec. Merci, Mme la Présidente.
La Vice-Présidente: Merci, M. le député
d'Arthabaska. Je vais maintenant reconnaître Mme la députée
de Marie-Victorin.
Mme Cécile Vermette
Mme Vermette: Je vous remercie, Mme la Présidente. Il me
fait plaisir, ce soir, de pouvoir apporter, moi aussi, mes commentaires par
rapport au projet de loi 107, projet de loi qui a été
décrié par la majorité des gens, soit par mémoires,
soit par consultations et soit aussi parce qu'ils sont venus dans nos bureaux
porter leur doléances en nous disant qu'il était inacceptable que
ce projet de loi puisse être passé dans notre Assemblée
nationale dans la forme dans laquelle il est présenté
actuellement.
Mme la Présidente, j'ai été très surprise
lorsque les gens sont venus à mon bureau me porter leurs documents en me
disant: Nous vous supplions, essayez de faire comprendre au ministre que son
projet de loi ne peut passer dans sa forme actuelle parce qu'il ne tient compte
d'aucune des recommandations que lui ont formulées soit les commissions
scolaires, soit les comités de parents, soit même les parents qui
ont des enfants ayant un handicap d'ordre intellectuel ou physique. Tous ces
gens-là ont émis des réserves par rapport au projet de loi
107 parce que ce projet de loi n'apporte pas les solutions aux problèmes
dans lesquels le système scolaire est plongé à l'heure
actueile. C'est un projet de loi qui n'apporte en tout et partout qu'un
régime centralisateur de la part du ministre et qui, ma foi, diminue et
dilue les pouvoirs des commissions scolaires, qui empêche et qui met en
contradiction quelquefois les parents, les enseignants et les commissions
scolaires. Ce qui veut dire et ce qui me porte à dire aussi, Mme la
Présidente, que c'est la philosophie du Parti libéral,
c'est-à-dire diviser pour régner.
Ils sont bien partis dans ce cheminement, en fait, parce que leur seule
façon de faire les choses, c'est de mettre les gens en présence
et leur dire: Écoutez, maintenant que vous êtes assis tous
ensemble, trouvez les solutions, nous, on vous donne une
bénédiction lorsque vous aurez trouvé une solution. Dieu
sait, Mme la Présidente, que c'est une façon pour un gouvernement
de se décharger de ses responsabilités et de se délester
aussi des charges qui lui incombent, parce qu'ils occupent le gouvernement
à l'heure actuelle et parce que c'est leur responsabilité de
trouver des solutions aux problèmes de notre société
moderne, dite contemporaine. Mais à regarder ce gouvernement aller, Mme
la Présidente, j'ai l'impression que nous ne sommes pas dans une
société dite contemporaine, nous sommes plutôt au style
qu'on appelle le style rétro, le beau style des années soixante,
des années cinquante, en fait, Mme la Présidente, comme si nous
étions en vase clos à l'heure actuelle. Alors qu'au contraire ou
de plus en plus, on parle de donner des pouvoirs aux gens qui sont en cause,
c'est-à-dire soit les commissions scolaires, soit les comités de
parents, soit les enseignants, c'est le ministre qui reprend ces pouvoirs. Et
Dieu sait que cette formule est désuète à l'heure actuelle
lorsqu'on regarde les différentes tendances, et ce, dans tous les
gouvernements, que ce soit au niveau au Canada ou que ce soit au niveau
international.
Comme nous sommes à l'heure de l'internationalisme, j'aurais cru
justement que nous aurions pu suivre le pas et que nous aurions pu, nous aussi,
nous vanter d'être à l'avant-garde des différentes
réformes. Mais, encore aujourd'hui, nous devons admettre,
malheureusement, que nous ne pourrons pas suivre le rythme de l'an 2000. Nous
ne pourrons pas parce que nous avons cette nostalgie de ce gouvernement de
remettre en place les politiques de leur gouvernement lorsqu'ils ont perdu le
pouvoir en 1976. Et c'est cette nostalgie, ces remèdes et cette
médecine des années soixante et soixante-dix qu'ils essaient de
nous imposer à l'heure actuelle en laissant croire que ce sont des
formules renouvelées, des formules modernes, adaptées à
l'évolution de notre société québécoise
moderne. (21 h 30)
C'est dommage, parce que le public n'est pas dupe. C'est dommage, par
contre, justement pour ces élèves auprès desquels le
député de Laurier n'arrêtait pas de se faire valoir le
défenseur en disant que tout ce qui devait actuellement nous
sensibiliser, c'était justement de prendre en considération ces
élèves. Si nous voulons le bien des élèves, c'est
de faire' en sorte justement que les projets de loi que nos gouvernements
adoptent à l'heure actuelle, sur lesquels ce gouvernement du Parti
libéral se penche à l'heure actuelle, reflètent les voeux
des personnes concernées parce que c'est la seule façon de vivre
en harmonie.
J'ai peine à croire que dans des systèmes imposés,
les gens se sentent heureux, se sentent confiants de travailler en harmonie. Je
ne crois pas que nous allons atteindre l'objectif pour lequel le
député de Laurier se faisait tant valoir. À regarder le
projet de loi, nous avons presque l'impression que c'est un projet de loi fait
sur mesure pour un ministre qui s'imagine qu'il sera éternellement
ministre de l'Éducation. Qu'ad-viendra-t-il lorsque le ministre actuel
ne sera plus titulaire du ministère de l'Éducation? Ce ne sont
pas tous les ministres qui ont un calepin noir et qui ont une mémoire
légendaire, qui se souviennent qui fait quoi et qui peut nommer qui
à la place qu'ils désirent. Il y aura certaines fois certains
fonctionnaires qui pourront aller de l'arbitraire, à l'arbitraire d'un
autre calepin qui ne sera probablement pas le calepin noir mais qui, tout de
même, démontrera une certaine règle d'arbitraire.
Actuellement, on essaie de nous faire croire que nous sommes dans le
juste milieu. Le juste milieu de quoi, Mme la Présidente? Le juste
milieu de la vertu? Le monde vertu vous appartient-il? Cela me fait rire, Mme
la Présidente, parce que je n'ai jamais entendu dire aussi souvent
depuis que ce gouvernement est là que c'est pire qu'à
l'époque de Duplessis. On arrive presque à un régime
totalitaire où déjà les jeux sont faits d'avance,
où déjà toutes les nominations sont imposées
d'avance. On essaie de nous faire accroire à cette clarté et
à cette transparence. Lorsqu'on regarde le projet de loi, ce qu'on peut
soupçonner c'est qu'évidemment nous allons revenir à ces
nominations dites, finalement, politiques beaucoup plus que des nominations qui
correspondent réellement au choix des gens en cause. Il n'y aura plus
place, justement, pour la spontanéité.
M. Ryan: Question de règlement.
La Vice-Présidente: Question de règlement, M. le
ministre.
M. Ryan: Est-ce que je pourrais demander à la
députée de Marie-Victorin où elle a trouvé cela
dans le projet de loi le pouvoir arbitraire de faire des nominations?
La Vice-Présidente: M. le ministre, je voudrais rappeler
qu'en vertu des règlements de notre Chambre, les questions ne se posent
qu'après l'intervention. En vertu des articles 210 et 211, vous pourrez
revenir par la suite, M. le ministre. Mme la députée de
Marie-Victorin, vous pouvez poursuivre.
Mme Vermette: Oui, Mme la Présidente. Je faisais
référence à un certain calepin noir qui n'est plus
insoupçonné des milieux des commissions scolaires et d'autres
milieux. Je pense que le ministre se retrouve très facilement.
La Vice-Présidente: Mme la députée, vous
pouvez poursuivre.
Mme Vermette: Merci, Mme la Présidente. Comme le ministre
veut toujours nous prouver, il a toujours réponse à ces
questions. Mais c'est presque un soliloque avec ce ministre, en fait. Il se
fait les réponses et les dialogues. Mais c'est formidable. Vous voyez,
c'est de cette façon qu'on veut gérer le Québec. En fait,
on dit aux gens: On va vous consulter pour la forme mais les réponses,
ne vous en faites pas, c'est à nous qu'elles appartiennent. C'est ce que
nous dénonçons ici ce soir justement en disant que c'est
insoutenable, de telles activités, pour un gouvernement qui se dit
responsable, un gouvernement qui n'arrête pas de se targuer justement de
cette transparence concernant la façon de procéder et de faire.
Ce gouvernement qui n'arrête pas de se dire qu'eux sont capables de faire
beaucoup mieux que tous les autres et que depuis qu'ils sont au pouvoir,
maintenant tout le monde peut dormir sur ses deux oreilles parce que justement
ils prennent en main les commandes. Oui, Mme la Présidente, ils ont
donné un somnifère à notre population avec toutes leurs
sucreries, avec l'emballage finalement avec lequel ils savent si bien mettre la
main, avec toutes ces couleurs phosphorescentes, qui font en sorte que les gens
sont éblouis par tant de belles paroles et de belles promesses. Ils
oublient, justement, les vraies raisons, les motifs fondamentaux pour lesquels
nous devons travailler ici. Ce n'est pas pour des intérêts
personnels mais, comme le faisait si bien remarquer le député de
Laurier, dans le cas qui nous concerne, justement pour les enfants. Les
enfants, c'est l'avenir. On ne peut pas se permettre de jouer avec l'avenir. Il
faut être sérieux lorsqu'on parle de l'avenir. Je pense que nous
aurions dû davantage écouter les recommandations de l'ensemble des
groupes qui sont venus. J'aimerais faire remarquer au ministre...
Écoutez, nous n'avons pas eu connaissance des groupes qui semblaient
d'accord avec les propositions du ministre, qui semblaient d'accord avec les
propositions de son projet de loi 107.
J'ai un document de référence qui a été
préparé par un comité de la commission scolaire
Jacques-Cartier. Il dénonce fortement le projet de loi 107 tel que
formulé; H y trouve plein d'impairs, parce que, justement, le projet de
loi 107 dépouille les commissions scolaires de leurs fonctions. Le
comité relève, dans ce projet de loi 107, que l'administration
courante est confiée au directeur général et non plus au
comité exécutif qui, d'ailleurs, devient facultatif. Lorsque le
ministre ne prend pas lui-même les commandes et la direction des
orientations, lorsqu'il ne s'ingère pas dans la gestion courante des
commissions scolaires, eh bien, on trouve d'autres mécanismes pour,
encore une fois, brouiller les cartes et enlever des pouvoirs à ceux
qui, antérieurement, les exerçaient, les utilisaient. On remet
tout cela à ceux qui n'étaient pas habilités à
exercer certains pouvoirs, en pensant qu'ils vont, d'une façon magique,
s'adapter à ces changements, que ce sera la grande harmonie et que tout
le monde y trouvera son compte. Tout cela, c'est pour favoriser, encore une
fois, bien sûr, nos enfants. Quand on est à bout de
références et d'arguments, eh bien, on peut sortir 'que tout se
passe pour le bien-être de nos enfants".
C'est facile d'agir de la sorte, mais il faudrait avoir du concret
à certains moments. Il faudrait avoir peut-être de l'égard
aussi, d'une façon concrète, pour les gens que l'on veut servir.
Il ne faudrait pas être seulement les chevaliers des temps modernes, il
faudrait peut-être aussi apporter des faits concrets. La volonté
du ministre, comment va-t-elle se traduire dans la réalité?
Est-ce que ce qu'on veut, c'est améliorer notre service
d'éducation ou bien si c'est se faire plaisir à soi, en tant que
ministre, pour mieux contrôler finalement les faits et gestes du
système d'éducation? Voilà des questions qu'il faudrait
peut-être se poser plutôt que de faire croire que ce que nous
voulons, c'est le mieux-être de nos enfants.
Mme la Présidente, si nous regardons le projet de loi 107, je
dois tristement vous avouer que les réponses restent en suspens.
À l'heure actuelle, tout ce que l'on s'est fait dire, tout ce que l'on
entend, tout ce que l'on a écrit concernant le projet de loi, c'est que
les commissions scolaires sont dépouillées de leurs fonctions et
que le projet de loi 107 occasionnera de plus en plus de frais administratifs
parce qu'il y aura de plus en plus de règlements et que ceux-ci devront
être publiés dans les "gazettes".
Je pourrais vous demander, juste comme exemple, combien coûtera
cette nouvelle réforme pour répondre aux exigences du ministre?
Vous savez qu'il y aura de nombreux avis publics et d'autres obligations
administratives qui seront imposées par le projet de loi 107 aux
commis-
sions scolaires. Elles ne sont vraiment pas à négliger.
Par exemple, un avis public très modeste, de 10 centimètres sur
105 centimètres - ce n'est pas vraiment très grand, vous me
direz, dans un journal de quartier coûte environ 300 $. Pour le
Journal de Montréal, cela peut coûter environ 800 $. On
peut compter seize articles dans le projet de loi 107 qui nécessitent
des règlements, donc des avis publics. Plusieurs d'entre eux devront
être un petit peu plus grand que de 10 x 5; donc, vous pouvez voir les
coûts que va engendrer cette réforme seulement sur le plan de la
publicité. (21 h 40)
Encore une fois, qui devra assumer tous ces frais? Sûrement pas le
ministre. Ce seront nous, les parents, les contribuables, encore une fois, par
le biais des commissions scolaires, bien sûr, qui devrons nous trouver
des mécanismes de financement. Encore là, on leur renvoie la
balle. On dit: Nous, on fait des réformes et vous, trouvez les moyens de
vous financer. C'est cela, la responsabilité du gouvernement
libéral à l'heure actuelle. Et on veut nous faire accroire que
ces gens sont soucieux du bien commun. Le bien commun, pour autant qu'ils
n'aient pas à en défrayer la facture, pour autant qu'ils mettent
en présence des gens pour mieux se crêper le chignon et pour
autant finalement, qu'on trouve toujours un coupable. C'est la notion du bien
commun de ce gouvernement.
J'ose dire en cette Chambre que, déjà, nous entendons la
population gronder. Nous n'avons qu'à regarder les marches qui se sont
faites il n'y a pas si longtemps en ce qui concerne la réforme de l'aide
sociale. Je n'avais jamais vu autant de gens descendre dans la rue. Et, ma foi,
les propos qu'on y tenait n'étaient pas si élo-gieux à
votre endroit. Si je peux oser rapporter certains propos, on disait que vos
réformes ou vos changements ministériels, c'étaient un
navet pour un radis. Donc, on ne peut pas dire que les gens ont des
éloges et une admiration sans bornes pour les gens qui composent votre
gouvernement.
Allez voir ce qui se passe chez les jeunes. Eux aussi, ils sont dans la
rue. Ils avaient cru, ils avaient mis leurs espoirs en la personne du ministre
de l'Éducation, mais, là aussi, quelle grande déception!
On s'aperçoit qu'on est toujours prêt à les écouter
pour autant que cela demeure passif, pour autant qu'il n'y a pas d'action
concrète à mettre à exécution. Mais c'est facile de
gouverner de cette façon. Bien sûr que c'est facile! Tout le monde
aimerait bien gouverner de cette façon, laissant croire aux gens: Oui,
attendez, nous allons vous consulter et, après les consultations, il ne
faut pas aller trop vite, nous ferons une contre-consultation pour
vérifier si nous avons bien compris et, une fois que nous aurons
vérifié si nous avons bien compris, nous allons faire une
consultation plus restreinte cette fois pour vraiment cerner la vraie
pensée, le noeud du problème, tant et aussi longtemps qu'on
n'arrivera pas à trouver vraiment la couleur qu'on voudra bien laisser
paraître sur les projets de loi.
Lorsqu'on arrive en cette Chambre avec des projets de loi pleins de
trous, qu'on n'arrête pas de refaire et de recommencer... 250 amendements
cette fois-ci, Mme la Présidente, est-ce un gouvernement responsable? Un
gouvernement qui se dit défenseur du bien commun nous arrive ici
irresponsable. Et plus nous prenons de temps, plus nous étudions,
combien en coûte-t-il à la population? La population qu'on
n'arrête pas de consulter sur tout à l'heure actuelle se sent de
plus en plus le dindon de la farce parce que jamais elle ne s'y retrouve dans
les projets de loi.
Aujourd'hui, on se demande pourquoi les gens sont si
démotivés, pourquoi les gens ne croient plus en la politique,
pourquoi les gens ne croient plus en nous, les parlementaires. C'est à
l'usure qu'on a la population, avec des projets de loi qui ne répondent
en rien aux voeux et aux aspirations de la population et parce qu'on est
toujours en train de reprendre nos devoirs parce qu'il n'y a que des trous dans
les projets de loi mal faits, imprécis et qui demandent toujours qu'on
recommence les exercices. La population est fatiguée, Mme la
Présidente, d'être consultée pour qu'on mette sous le
boisseau chaque fois. Et qu'on arrête une fois pour toutes de dire
à cette population que ce qu'on veut, c'est son bien commun. Il faudrait
réellement dénoncer l'imposteur et le dire très haut, et
dire qu'à l'heure actuelle, on consulte pour la forme parce que c'est
nécessaire dans nos institutions démocratiques de consulter. Mais
quand au fond, allez vous faire voir, tout le monde en prend pour son rhume,
et, à l'heure actuelle, je comprends que la population puisse se
désintéresser de la politique. Je comprends aussi pourquoi la
population quand on lui demande pour qui elle veut voter: Non, oui... 75 % de
la population ne voit pas passer la parade parce qu'il manque des acteurs dans
la parade et que ce gouvernement, qui se targue du bien commun, n'a que des
intérêts particuliers à défendre. Merci, Mme la
Présidente.
La Vice-Présidente: Merci, Mme la députée de
Marie-Victorin. M. le député d'Arthabaska sur une question de
règlement.
M. Gardner: Mme la Présidente, à trois ou quatre
reprises Mme la députée de Marie-Victorin m'a appelé le
député de Laurier. J'aimerais préciser qu'il y a un
député de Laurier, mais que ce n'est pas moi. J'aimerais bien
ça que ça s'appelle le comté de Laurier. Wilfrid Laurier a
vécu chez nous, mais ce n'est pas le député de
Laurier...
La Vice-Présidente: Cela étant dit, M. le
député d'Arthabaska, je vais maintenant reconnaître le
prochain intervenant. M. le député de
Lévis.
M. Jean Garon
M. Garon: Mme la Présidente, je dois dire qu'étant
député depuis 1976, c'est la première fois en douze ans
comme député que j'ai senti les commissions scolaires aussi
inquiètes. Elles ont demandé à me rencontrer et je suis
allé passer une soirée avec chacune des commissions scolaires.
Et, dans un comté où les commissions scolaires sont en
progression et où le nombre d'enfants augmente - c'est un des rares
comtés au Québec, pas le seul mais un des rares, celui sans doute
où le nombre d'enfants augmente le plus - ce qui m'a frappé... Je
ne veux pas parler contre le ministre. Je pense que le ministre est victime de
ses qualités. C'est un travaillant. Il aime le travail et il n'a pas
résisté à la tentation de vouloir en faire trop tout seul.
Je ne pense pas que le ministre soit de mauvaise foi. Je pense bien qu'il est
de bonne foi. Mais j'ai remarqué beaucoup d'inquiétude de la part
des commissions scolaires et des partenaires concernant le projet de loi, parce
que tous le trouvent trop centralisateur.
Ce projet de loi brise une harmonie qui a été
établie au cours de nombreuses années entre la commission
scolaire, les parents et les enseignants. Je me rappelle que. quand j'ai
été élu, en 1976, la première fois que j'ai
rencontré les commissions scolaires, j'ai été surpris de
voir à quel point il n'y avait pas beaucoup de parents qui
étaient membres des commissions scolaires. C'étaient des gens
plus âgés dont les enfants étaient élevés,
qui n'étaient pas de mauvaise foi, mais je pense bien qu'ils avaient un
regard intéressé sur les taxes qu'ils pouvaient avoir à
payer. J'ai remarqué, en peu de temps, que les commissions scolaires
étaient formées de parents, de femmes d'une trentaine
d'années qui avaient de jeunes enfants et qui étaient
intéressées par la commission scolaire parce qu'elles avaient des
enfants à la commission scolaire, à la commission scolaire de mon
comté, et qu'elles voulaient de plus en plus participer au projet
d'éducation et s'impliquer dans le projet d'éducation de leurs
enfants.
Ce qui m'a frappé dans ce projet de loi, et j'ai
été surpris un peu... Je pense bien que le ministre, c'est
quelqu'un qui aime l'éducation. Je pense bien qu'il veut laisser un
héritage important. Je pense bien qu'H est préoccupé par
la qualité du français et par un certain nombre de choses qu'il a
mentionnées. Je pense que les gens ne mettent pas en doute sa bonne
volonté et ses bonnes intentions, mais ils ont le sentiment vraiment
d'être laissés pour compte et de se retrouver devant un projet de
loi trop paternaliste où l'autonomie locale va être
diminuée considérablement et où il y aura de plus en plus
de contrôle, de plus en plus de réglementation et de plus en plus
d'ingérence du ministère sur des décisions locales. J'ai
passé des soirées où on a discuté tranquillement et
ça m'a frappé à quel point c'est ça qui
inquiétait les gens. Il y a aussi des mesures qui m'ont vraiment
surpris, des mesures qui prévoient des possibilités de poursuite
entre des comités par rapport à la commission scolaire,
uniquement sur le plan du fonctionnement, et qui m'apparaissaient anormales.
(21 h 50)
Quand je pense, par exemple, que le ministre de la Justice a voulu
former, au niveau du droit international, des arbitrages pour hâter les
décisions entre gens d'affaires en formant un tribunal international. Je
ne dis pas qu'H a été utilisé beaucoup, mais l'intention
est de cet ordre-là. Que le projet de loi prévoie toutes sortes
de mécanismes qui vont faire en sorte que des comités pourront
aller ester en justice, ça ne m'apparaît pas opérationnel
sur le pian de l'administration et eux non plus n'ont pas compris parce qu'ils
ont dit: Sur le plan du fonctionnement... D'abord, quand on va devant les
tribunaux, ça prend du temps. Il y aura, à ce moment-là,
un climat qui ne sera pas bon à l'intérieur de la commission
scolaire. Je ne veux pas dire que les gens sont toujours d'accord. Je me fais
un devoir, parce que j'ai de jeunes enfants, d'aller aux réunions. Quand
je n'y vais pas, c'est mon épouse qui y va et qui me raconte ce qui
s'est passé.
Récemment, par exemple, H y a eu un problème de transport
scolaire. Il y a eu des réunions dans toute la commission scolaire. J'ai
assisté aux réunions. Les gens ne sont pas toujours d'accord,
mais ils veulent pouvoir décider et discuter entre eux comment ça
va fonctionner. J'ai été assez impressionné même par
la façon dont les gens voulaient le faire. Ils ont participé
à ces débats-là, les problèmes n'ont pas tous
été réglés, mais disons qu'ils ont
été réglés à 75 %. Je suis à peu
près dans le secteur où les gens étaient le plus
mécontents et ils sont restés mécontents parce que cela
n'a pas été réglé dans mon coin
complètement. Mais sur le plan local, les gens se sont rencontrés
et ont pris des décisions. La commission scolaire des
Chutes-de-la-Chaudière, à la fin du mois de novembre, organise
une journée, une soirée, pour que tous les parents puissent les
rencontrer et disent ce qu'ils pensent qui marche et ce qu'ils pensent qui ne
marche pas pour essayer d'améliorer les choses. J'ai eu le sentiment
véritablement en regardant le projet de loi...
Je vais essayer d'indiquer, parce que le temps n'est pas très
long, quelques points qu'ils m'ont soulignés. Ils ont le sentiment
très net qu'il n'y a pas beaucoup de leurs décisions qui ne
pourront pas être révisées par le ministère.
Ils ont également le sentiment que la loi ne tient pas compte,
par exemple, de certaines commissions scolaires qui sont encore importantes. On
les oblige à réunir le conseil d'administration au complet alors
qu'un comité exécutif pourrait fonctionner. Je pense, par
exemple, à des commissions scolaires comme les Chutes-de-
la-Chaudière ou Pointe-Lévis. Ce sont de grosses
commissions scolaires. Un comité exécutif devrait pouvoir
régler un certain nombre de questions selon un règlement de
régie interne qui serait prévu mais pour ce qui est des grandes
décisions, le conseil d'administration devrait pouvoir fonctionner. Un
comité exécutif devrait aussi pouvoir décider, surtout
dans les commissions scolaires qui sont plus considérables. Quand je
regarde, après avoir rencontré les représentants des
commissions scolaires, par exemple, les points qui leur ont paru trop
centralisateurs, les nouveaux pouvoirs du ministre sont exorbitants et placent
souvent la commission scolaire en situation de tutelle permanente.
Je pense qu'il y eut un temps au Québec où ce
n'était pas anormal qu'il y ait plus de tutelle parce que c'est souvent
le gouvernement qui faisait avancer les choses. Mais aujourd'hui, quand on
rencontre les membres d'un conseil d'administration de commission scolaire, on
rencontre des gens renseignés, des gens qui ont une formation assez
poussée. Ce sont souvent des spécialistes de plusieurs questions
qui se retrouvent dans ces commissions scolaires ou encore, des mères de
famille qui ont une expérience de l'éducation des enfants, de
sorte que l'ensemble est formé de gens de bon sens. J'en ai
été frappé chaque fois.
C'est la même chose pour les comités de parents. Ce sont
des gens qui s'impliquent, qui mettent du temps et qui ont a coeur le bien de
leurs enfants.
À mon avis, un point aurait pu apparaître relativement
à la protection. C'est peut-être un genre de protecteur - on a un
Protecteur du citoyen - de l'élève. J'ai vu certains cas, par
exemple, où des parents auraient voulu tel genre de décision,
mais qui ne l'avaient pas même s'ils voulaient le bien d'un enfant qui
avait des problèmes. Ils pensaient avoir un mot plus important à
dire parce que l'enfant avait des problèmes. Ils auraient voulu que ce
ne soit pas discuté seulement par des fonctionnaires, mais que ce soit
la commission scolaire ou le ministère. Ils voulaient aussi
suggérer certaines choses étant donné qu'ils
étaient quand même les parents et, dans certains cas, les parents
d'enfants qui ont des problèmes. Ils auraient voulu essayer autre chose
pour que l'enfant puisse s'en tirer mieux dans la vie.
La crainte, c'est d'être sous une forme de tutelle. On dit:
Désormais, le ministre pourra empêcher une commission scolaire
d'offrir des cours aux adultes. On doit fonctionner de plus en plus dans une
formation continue et les cours aux adultes, surtout avec l'intégration,
avec le secondaire, c'est une appréhension. Organiser certains cours en
formation professionnelle, fournir des services particuliers aux
élèves handicapés ou admettre dans ces écoles des
élèves de moins de cinq ans, même si la commission scolaire
utilise ses propres ressources pour répondre à des besoins voulus
par la population de son territoire...
Je comprends que les lois ont un caractère général,
mais il y a des cas exceptionnels. J'en ai vu encore récemment. Il y a
des parents qui sont venus me voir. Je vous dirai, Mme la Présidente,
que je n'ai jamais vu depuis un an autant de parents venir à mon bureau
et essayer de régler les problèmes qui, avant, se
réglaient différemment et aujourd'hui leur semblent insolubles.
Je dois vous dire que, depuis un an, je pense avoir eu plus de parents à
mon bureau pour essayer de régler des problèmes d'enfants
handicapés, d'enfants doués, d'enfants qui ont des
problèmes d'adaptation à l'école, que je n'en ai jamais eu
auparavant. Je me dis: II y a sûrement quelque chose qui ne va pas pour
qu'il y en ait autant qui viennent au bureau du député comme si
cela était un recours. Le député ne peut pas intervenir
dans l'administration comme il le veut. Il ne peut pas arriver dans les
commissions scolaires... Cela doit se passer comme cela en ce qui concerne le
ministère.
Je pense que la solution, un genre de protecteur de
l'élève ou un genre de protecteur... Il y en a un à
l'Université Laval. Récemment, justement, quelqu'un venait me
voir, je l'avais référé. Je lui ai dit: Allez donc
là, je pense que... H m'a rappelé un mois après et il m'a
dit: Mon problème est réglé. Je suis content, mon
problème est réglé. Le protecteur du citoyen de
l'Université Laval avait trouvé une solution au problème
de la personne.
On dit: Deuxièmement, le ministre pourra suspendre l'application
d'une décision prise de façon légitime et légale
par les représentants élus de la population à la
commission scolaire. Désormais, le ministre pourra sans autre forme de
procès annuler ou diminuer le montant d'une subvention destinée
à fournir les services éducatifs à la population. Ces
pouvoirs accrus sont vraiment ce qui gêne le plus les gens que j'ai
rencontrés dans les commissions scolaires de mon comté. On dit:
La centralisation des décisions amène la commission scolaire
à se limiter à l'administration des normes des fonctionnaires
plutôt que de prendre des décisions qui tiennent compte des
besoins des citoyens. La centralisation des décisions reflète la
méfiance du gouvernement envers les personnes choisies par la population
pour gérer les commissions scolaires.
Le gouvernement actuel s'est fait élire en promettant
d'éliminer plusieurs normes ou règlements qui alourdissent le
processus décisionnel et qui obligent les employés des
commissions scolaires à perdre beaucoup de temps à
répondre aux demandes des fonctionnaires. C'est pourquoi les
gouvernements locaux scolaires doivent être revalorisés et
responsabilisés par un transfert de pouvoirs du ministère de
l'Éducation vers les commissions scolaires. Le point qui m'a
frappé le plus, je lisais celui d'une commission scolaire, j'aurais pu
lire celui d'une autre commission scolaire. Il y en a encore plus long. Le
point dans lequel on nous dit, je vous donne seulement
un exemple: Que l'expression "fonctions" utilisée dans le projet
de loi lorsqu'il s'agit d'une commission scolaire soit remplacée par
l'expression "pouvoirs", comme on parle des pouvoirs du ministre. On ne parle
pas des fonctions du ministre.
Cela montre à quel point il y a un sentiment de méfiance.
Moi, je suis convaincu que le ministre n'est pas de mauvaise foi. Je ne pense
pas que le ministre de l'Éducation veuille laisser un héritage
épouvantable. Au contraire. Moi, je pense qu'il est victime de son
zèle. Il veut trop bien faire et il n'échappe pas à son
tempérament. Je ne dis pas qu'il est de mauvaise foi. Il
n'échappe pas à son tempérament de vouloir contrôler
un peu. On est plusieurs comme ça, à parfois vouloir surveiller
plus qu'on ne devrait le faire. Je m'inclus dans le nombre, si vous voulez,
ça peut faire plaisir au leader du gouvernement. Je veux dire qu'il faut
résister à ça parce que aujourd'hui, quand on parle de
gens qui sont renseignés, on parle de gens qui sont...
La Vice-Présidente: M. le député de
Lévis, je m'excuse. Compte tenu de l'heure, j'aurais besoin du
consentement de cette Chambre pour que vous puissiez continuer votre
intervention. Je vous avise qu'il reste sept minutes. Y a-t-il
consentement?
Des voix: Consentement.
La Vice-Présidente: II y a consentement, M. le
député de Lévis.
M. Garon: En terminant, je vais simplement dire au ministre qu'en
même temps aussi, il serait important qu'il dépose ses amendements
rapidement pour que les gens puissent les voir, parce que si ça arrive
article par article, au fond, ça va être une loi de
députés entre eux. Mais ça touche tellement les gens ce
projet de loi, c'est tellement important, je pense que c'est fondamental qu'il
serait bon que les amendements soient connus avant que la commission
parlementaire commence pour que les députés puissent consulter
les gens de leur milieu et dire: Que pensez-vous de ça? Tant mieux si,
sur un certain nombre de mesures, les gens disent: Les amendements sont
corrects. Il restera à débattre les points sur lesquels il n'y
aura pas de consensus.
Je fais appel au ministre parce que je pense que c'est important pour
notre population. On est un territoire qui a actuellement à peu
près le plus bas taux de natalité au monde, qui a le plus haut
taux de suicide chez les jeunes, ça doit être parce qu'on a des
problèmes.
J'ai l'impression que si on avait moins de problèmes, on aurait
un taux de natalité plus élevé, on n'aurait pas de suicide
des jeunes en si grand nombre. C'est pourquoi je pense qu'il serait important
de faire en sorte qu'on essaie d'établir le climat le plus harmonieux
possible entre les parents qui ont encore le goût et le courage d'avoir
des enfants, les enseignants qui vieillissent malgré eux parce que,
ayant de moins en moins d'enfants, c'est difficile de remplacer les professeurs
par de nouveaux enseignants, alors que le nombre diminue, et par des gens dans
les commissions scolaires qui s'impliquent, qui veulent pouvoir jouer un
rôle, mais en jouant un rôle ne pas toujours se sentir
surveillés par un ministère tatillon qui veut tout
contrôler, tout régir et tout décider.
C'est pour cela, Mme la Présidente, que je demanderais au
ministre d'aller un peu dans le sens de ce que l'Opposition a dit parce qu'on a
déjà dit qu'on était un parti de professeurs, bien, il y a
des avantages à être un parti de professeurs, il y a plus de gens
qui ont vécu dans le domaine de l'éducation et qui sont
intéressés par ces questions. Je vous remercie.
La Vice-Présidente: Merci, M. le député de
Lévis. M. le leader du gouvernement.
M. Gratton: Alors, Mme la Présidente, je proposerais
l'ajournement du débat.
La Vice-Présidente: Compte tenu de l'heure, nous allons
ajourner le débat à mardi prochain, 14 heures.
(Fin de la séance à 22 h 2)