(Dix heures)
La Vice-Présidente (Mme Soucy) : Bon
mardi. Donc, MM. et Mmes les députés, avant d'entreprendre nos travaux, nous
allons nous recueillir quelques instants.
Je vous remercie. Vous pouvez vous asseoir.
Affaires du jour
Donc, nous débutons nos travaux aux affaires du
jour, et, pour nous dicter nos travaux, je vais céder la parole à M. le leader
du gouvernement.
M. Lévesque (Chapleau) : Oui,
merci beaucoup, Mme la Présidente. Un plaisir de vous retrouver, de même que
les... de retrouver les collègues pour la reprise de nos travaux. Et je vous
demanderais de bien vouloir appeler l'article 8 du feuilleton, s'il vous
plaît.
Projet de loi n° 13
Adoption du principe
La Vice-Présidente (Mme Soucy) :
À l'article 8 du feuilleton, M. le ministre de la Sécurité publique
propose l'adoption du principe du projet de loi n° 13,
Loi visant à favoriser la sécurité et le sentiment de sécurité de la population
et modifiant diverses dispositions.
Donc, M. le ministre de la Sécurité publique, je
vous laisse immédiatement la parole.
M. Ian Lafrenière
M. Lafrenière : Merci beaucoup,
Mme la Présidente. Alors, bonjour, «hello», «kwe», «shé:kon», «wachiya», «ullaakkut». Heureux de vous retrouver
ce matin, chers collègues. Merci d'être là pour le projet de loi n° 13,
un projet de loi qui est important, Mme la Présidente.
Alors, je suis très, très heureux de me lever
aujourd'hui pour proposer l'adoption, avec les collègues, du principe du projet
de loi n° 13. Je veux remercier les membres de la Commission de
l'aménagement du territoire, le président, évidemment, mon adjointe
parlementaire, la députée de Lotbinière-Frontenac, avec qui on a fait de beaux
travaux, puis je remercie les collègues des oppositions aussi.
Vous savez, Mme la Présidente, quand on fait des
consultations, on veut entendre les gens faire des propositions, entendre ce
qu'ils ont à dire. On a entendu des commentaires, des commentaires qui vont
nous aider pour la suite des choses. On va avoir des bonnes réflexions à faire,
des beaux travaux à faire aussi, Mme la Présidente, mais je pense qu'on est à
la bonne place.
Alors, je veux revenir sur les grands principes
du projet de loi n° 13, Mme la Présidente.
Premièrement, le registre des délinquants sexuels, ce qu'on propose... avec un
haut taux de récidive, pardon, ce qu'on propose, c'est la mise sur pied d'un
registre pour les délinquants sexuels avec un taux de récidive. Mme la Présidente,
je l'ai dit aux collègues d'emblée, je n'étais pas sûr au début. J'ai regardé
ce qui s'est fait ailleurs, j'ai regardé... Du côté américain, les
51 États ont un registre. Du côté canadien, on a six provinces qui ont un
registre aussi, beaucoup plus large que ce qu'on propose. Nous, on y va de
façon extrêmement ciblée.
Et ce que des groupes nous ont dit, c'est qu'il
fallait y aller dans une approche... si on y allait, il fallait y aller dans
une approche de test puis de voir comment ça va se passer. Bien entendu,
combien de crimes on pourrait prévenir, c'est impossible à dire, mais on a reçu
beaucoup de commentaires de la part des groupes, puis j'en prends connaissance.
Je vais utiliser ce qu'on a entendu pour la suite de nos travaux puis je veux
vous rassurer là-dessus, Mme la Présidente.
Pour ce qui est des manifestations, on propose
un meilleur encadrement. Ça, on n'a pas eu énormément de commentaires. On parle
aussi d'interdiction de manifester à 50 mètres de la résidence d'un élu,
qu'il soit municipal, provincial ou fédéral. Ça, ça a été assez simple, je vous
dirais, comme commentaires, ce qu'on a reçu là-dessus.
L'autre point important, Mme la Présidente, je
vais vous parler de mutualisation des services, parce que c'est une notion qui
peut sembler un petit peu grise pour les gens, savoir qu'est-ce que ça veut
dire, et, pas plus tard qu'hier, je recevais un maire, justement, d'une
municipalité, qui se demandait comment arriver dans son budget policier, parce
que, vous savez, faire de la police, ça coûte de plus en plus cher, la
criminalité évolue, et la solution qu'on a proposée, c'est que des services
policiers travaillent ensemble, exemple, quelques municipalités, et partagent
des services spécialisés. Là, je ne parle pas de la patrouille de base, je ne
parle pas de la patrouille des gens qui se présente chez vous, Mme la
Présidente, mais je prends pour exemple l'identité judiciaire, les enquêteurs
collision. On pourrait parler de crimes technologiques aussi.
Donc, ça permet à des municipalités de
travailler ensemble, parce que l'équipement coûte très cher. La formation des
policiers coûte très cher aussi. Alors, de mutualiser et de combiner ces
forces-là, c'est une avenue qui nous paraît importante. Les gens sont venus
nous dire d'être prudents, qu'il y ait des ententes qui fassent en sorte qu'il
n'y a pas de municipalité qui soit perdante, dans le fond, que toute l'énergie
soit siphonnée dans une municipalité plutôt qu'une autre.
On l'a entendu. Les gens nous ont aussi demandé de ne pas niveler vers le bas,
donc de s'assurer qu'on a un bon service partout. Alors, ça, je l'ai bien
entendu, puis les collègues l'ont bien entendu aussi.
Il y a le volet
autochtone, qui permet à des conseils de bande, donc, à des communautés de se
regrouper pour faire ce qu'on appelle une régie de police, Mme la Présidente.
Ça, on l'a beaucoup du côté allochtone. Du côté autochtone, c'était impossible.
La loi ne le permettait pas. Là, à la demande des autochtones, on va pouvoir le
faire. Ça, ça a été bien reçu.
Le conseil
d'administration du Bureau de la sécurité privée, je vais passer rapidement sur
ce volet-là, qui est très technique, puis, honnêtement, on n'a eu aucun, aucun
commentaire là-dessus.
La mesure qui est
superimportante, et je sais que ma collègue va en reparler tantôt, c'est les
mesures pour renforcer la voix, la protection des victimes, et ça, Mme la
Présidente, on a eu beaucoup de demandes là-dessus. On a des groupes qui nous
ont parlé de la loi de Clare, je l'ai bien entendu. Vers la fin de nos travaux,
il y a un groupe qui nous a dit : Ça ne devrait pas être enchâssé dans une
autre loi, ça devrait être une loi autoportante, que c'était quelque chose qui
était important, il fallait donner toute l'importance. Ça, Mme la Présidente,
ça m'a... ça a fait partie de mon week-end, je me suis creusé la tête à savoir
qu'est-ce qu'on fait avec ça. Ça fait que je sais qu'il va y avoir des belles
discussions avec les collègues des oppositions, parce qu'on a voulu le faire
dans le passé, des fois, hein, d'aller vite pour aider, et tout ça, puis
finalement on est passés à côté de la track de ce que les gens voulaient. Ça,
je pense qu'il va vraiment falloir réfléchir, continuer de travailler avec ces
groupes-là pour voir qu'est-ce qu'on peut faire, comment on peut aider.
Mais toujours est-il
que, ce que je vous présente aujourd'hui, il y a des mesures importantes pour
les victimes. Premièrement, en cas de violence conjugale — puis,
malheureusement, je le répète aux gens qui nous écoutent, on est rendus à six
féminicides, au Québec, c'est impensable — ce qu'on propose, c'est,
lorsque les policiers vont agir, donc, sur un appel de violence conjugale,
violence intrafamiliale, ils vont donner les coordonnées du suspect à un
organisme qui vient en aide au suspect pour essayer de briser le cercle de la
violence. Oui, il faut agir pour aider les victimes, Mme la Présidente, mais,
si on ne réussit pas à briser le cercle de la violence, on va continuer encore
et on n'aura pas de résultat.
De l'autre côté, la
victime, elle, va être tenue au courant des conditions dans lesquelles le
suspect a été libéré. Il y a des groupes qui
nous ont dit que ça devrait être fait par écrit. Ça aussi, on travaille
là-dessus, Mme la Présidente. Puis ça s'est bien passé, nos travaux, en
passant. On a pu entendre les groupes, ça nous a beaucoup aidés dans notre
réflexion. Mais clairement il faut
mettre les victimes au centre de nos interventions, puis, ça, on l'a bien
entendu, Mme la Présidente.
Le sixième point,
puis c'est un point que j'aime beaucoup, vous le savez, Mme la Présidente,
c'est la lutte au crime organisé. Et, ça, là-dessus, il y a un mot qui est
clair avec ce qu'on vit présentement, puis ma collègue de l'opposition
officielle revient souvent sur cet effet-là, l'extorsion. L'extorsion, les
crimes qui ciblent les commerçants sont à la hausse. Il faut faire quelque
chose. Bien entendu, la loi «anti-patch» ne réglera pas tout, mais ça va
envoyer un message très clair au crime
organisé, parce qu'une des façons de faire de l'intimidation, c'est, entre
autres, quand on porte une effigie criminelle qui vient confirmer que, pour la
porter, on a dû faire un crime. Vous comprenez, Mme la Présidente, la
pression que ça met sur les commerçants qui ne voudraient pas accepter ces
gens-là dans leur commerce. Ça, on l'a
entendu. On serait les premiers au Canada à le faire, à mettre de la pression.
Et je vous confirme que nos collègues du Canada nous regardent en
voulant imiter ce qu'on va faire, puis ça, c'est très positif. Moi, j'en suis très,
très, très heureux, parce qu'on l'a vu,
encore récemment, une vague de présence du crime organisé sur la Côte-Nord,
dans des régions où ça vient... Puis
souvent ils vont aller où il y a de la vulnérabilité. Je le vis beaucoup dans
les communautés autochtones. Alors, en très bonne place, puis je pense
qu'on peut être heureux de dire qu'on va le faire, on va le faire ensemble, et ça, dès... puis, si l'Assemblée décide d'aller de
l'avant dans tout ça, dès ce printemps, dès cet été, on pourrait agir puis enfin
aider les commerçants, parce qu'effectivement c'est des temps qui sont
difficiles pour eux.
Mais là je vais
devoir amener certaines corrections, Mme la Présidente. Depuis quelques
semaines déjà, il y a des chiffres qui circulent, puis c'est normal. Mais là je
pense qu'aujourd'hui c'est un bon moment pour corriger les choses puis amener
certains faits qui sont exacts. Depuis quelques semaines déjà, on parle de
coupures historiques à la Sûreté du Québec, des coupures de 120 millions.
Puis, Mme la Présidente, devant vous, aujourd'hui, je veux vous rassurer devant
mes collègues, ce n'est pas le cas. C'est vrai que la Sûreté du Québec
dépassait son budget de plusieurs millions à chaque année, puis ce qu'on a
demandé, puis, Mme la Présidente, je pense que c'est normal, on a demandé de respecter leur budget. Alors, ils ont fait des
compressions d'environ 15 millions sur un budget de 1,3 milliard.
Alors, oui, ça a amené des
changements, je ne ferai pas à semblant, changements administratifs, ils ont dû
faire certains mouvements, mais, je veux rassurer les gens, ce n'est pas
vrai qu'il y a des postes de police qui ont été fermés. Ce n'est pas vrai qu'il n'y a pas de patrouille la nuit. Vous ne
verrez pas des affiches «Hélicoptère à vendre» sur les hélicoptères de la Sûreté du Québec. Ce n'est pas exact.
Dans nos travaux, il
y avait le responsable du syndicat policier qui s'est fait questionner sur les
coupes historiques, et sa réponse, ça a été de dire que les dernières coupes
historiques à la Sûreté du Québec laissent encore des traces aujourd'hui, Mme la Présidente. Et, ça, pour ceux qui suivent
l'actualité, on remonte en 2015, 2015, où on parlait, à l'époque, de
coupes de 30 millions à la Sûreté du Québec, pas 15, 30, pas sur un budget
de 1,3 milliard, sur un budget de 900 millions. Alors, à l'époque,
Mme la Présidente, le gouvernement en place, le gouvernement libéral, avait
coupé 30 millions sur un budget de
900 millions. Puis je suis persuadé qu'il y avait des raisons, Mme la
Présidente. Ce n'est pas ça, le point. C'est juste qu'aujourd'hui...
puis j'accepte beaucoup de critiques, mais, quand on revient puis on essaie de dire que c'était 120 millions, un, ce n'est
pas exact. Quand on parle de coupes historiques, le responsable du syndicat l'a
dit clairement, ils paient encore le
prix aujourd'hui. Ce que ça a amené, comme effet, ça reste encore aujourd'hui.
Alors, prudence pour l'opposition officielle. Clairement, ça remonte à
l'ère libérale.
• (10 h 10) •
Cette année, on a demandé
à la Sûreté du Québec de rentrer dans son budget, c'est vrai. Mais on n'a pas
fait de coupe historique, puis je viens de vous faire la preuve.
Deuxième point. Pendant nos travaux, il y a les
commerçants qui sont venus nous parler de... ce qui est très vrai, puis ma
collègue de l'opposition officielle en parle souvent, de l'extorsion envers les
commerçants, mais aussi du fait du vol à l'étalage. Et c'était troublant, ce
que notre témoin est venu nous dire. 2 milliards par année qui seraient perdus, qui seraient perdus à cause du vol à
l'étalage. Ce sont des gros chiffres. Et là le témoin est venu nous dire
aussi : Vous savez, partout au
Canada, on utilise la reconnaissance faciale, ça aide beaucoup les commerçants,
puis, au Québec, la législation en place ne nous permet pas de le faire.
Alors, je comprenais ma collègue de se
dire : Bien, voyons donc! Pourquoi on ne le fait pas? Mais, quand on
creuse un peu, on se rend compte qu'en 2020 on a eu la demande de l'opposition
officielle de faire un moratoire sur l'utilisation de la reconnaissance
faciale. Puis, encore là, je ne dis pas que c'est une mauvaise décision,
comprenez-moi bien, ce matin, là. Puis ma
collègue me connaît, elle sait que je n'aime pas ça. Mais c'est parce qu'il
faut rester sur les faits, il faut
travailler pour avancer pour avoir le meilleur projet de loi. Mais de trouver
un coupable, finalement, des fois, on finit par se pointer soi-même,
puis c'est un petit peu ce qui est arrivé pendant la commission.
Puis je tenais à faire ces corrections-là
aujourd'hui, Mme la Présidente, parce que ces paroles-là restent tellement, Mme
la Présidente, que... Récemment, j'étais dans un poste de la Sûreté du Québec,
puis il y a un policier qui est venu me voir en disant : M. le ministre,
vous avez coupé 120 millions dans notre budget. Puis c'est un homme de 39 ans d'expérience. J'ai dit : Tu
n'as sûrement pas fait d'enquête, parce que tu ne t'es pas rendu compte qu'on
n'a pas fermé de poste, qu'il y a encore la patrouille la nuit puis que
vous n'avez pas vendu vos hélicoptères. Ce chiffre percole.
Ça fait que je trouvais ça important de faire la
correction ce matin pour une seule et unique raison. Ce n'est pas que le
ministre a raison ou pas, c'est que ça amène un sentiment d'insécurité au sein
même des forces policières.
Il est vrai cependant qu'il y a du personnel
administratif que leur contrat a été arrêté, qu'il y a eu... ça a amené des
impacts, là. Les coupes de 15 millions, la restriction budgétaire, j'en
suis conscient, amène des impacts administratifs, puis il y a des gens pour qui
ça a changé leur vie. Et, ça, quand on n'est pas en période d'abondance, ça
arrive, Mme la Présidente, puis je ne m'en cache pas. C'est malheureux, mais
c'est vrai. Mais, entre ça puis 120 millions,
entre ça puis fermer des postes de police, entre ça puis dire qu'il n'y a plus
de patrouilles la nuit, c'est tout sauf exact.
Alors, ça, je voulais l'amener ce matin. Je
trouve ça vraiment, vraiment important, parce que ça va nous guider pour la
suite de nos travaux. Parce que les gens reviennent souvent avec ce... avec
ce... cette phrase-là, pardon, cette expression-là qui a été utilisée. Alors,
je voulais vous le dire.
Aujourd'hui, Mme la Présidente, en terminant,
avant de laisser la place à ma collègue, j'aimerais nous inviter, avec les
oppositions, à travailler ensemble pour arriver à un projet de loi qui va être
le meilleur, comme on fait toujours, parce
que, Mme la Présidente, le printemps, l'été vont arriver, les commerçants vont
vivre de la pression avec des visites de groupes de motards criminalisés, il
faut donner les outils pour nos policiers. Il faut aussi permettre aux
victimes, en partant du volet violence conjugale, d'avoir de meilleurs
outils pour les protéger. Puis ce n'est pas la seule... la seule chose qu'on va
faire, Mme la Présidente. Dans les prochaines semaines, vous allez voir des
opérations très claires que je vais annoncer pour faire la lutte au crime
organisé et pour continuer de travailler en matière de violence conjugale.
Alors, ce n'est pas terminé. Moi, j'espère qu'on va travailler ensemble, on va
faire le meilleur projet de loi avec ce qu'on a reçu comme commentaires. Moi,
j'ai beaucoup aimé nos consultations. Je nous invite à continuer dans cette
voie-là puis surtout adopter notre principe du projet de loi aujourd'hui, Mme
la Présidente. Je vous remercie.
La Vice-Présidente (Mme Soucy) : Je
vous remercie, M. le ministre. Maintenant, je cède la parole à Mme la députée
de Westmount—Saint-Louis.
Mme Jennifer Maccarone
Mme Maccarone : Merci beaucoup,
Mme la Présidente. À mon tour d'intervenir sur le projet de loi n° 13, Loi
visant à favoriser la sécurité et le sentiment de sécurité de la population et
modifiant diverses dispositions.
Je remercie
le ministre pour ses remarques. C'est sûr, j'ai écouté avec une grande
attention, parce que, c'est sûr, c'est de la bonne guerre, Mme la
Présidente, c'est sûr, tout le monde peut utiliser les chiffres de la façon
qu'ils le souhaitent, puis, c'est vrai,
c'est le rôle de faire des débats ici, à l'Assemblée nationale. Et je reconnais
ce que le ministre a partagé avec nous aujourd'hui.
Ça reste que moi aussi, je vais avoir
l'intention, à l'intérieur de mon heure, de corriger le tir ou de partager un
autre point de vue, je dirais de cette manière. Parce que le ministre, il sait
que je l'apprécie beaucoup. Je sais que c'est un homme de coeur puis je sais
qu'aussi c'est un homme qui a à coeur la sécurité publique. Alors, j'ai envie
de travailler avec lui. Nous avons déjà travaillé ensemble, et, malgré que nous
ne sommes pas de le même bord de la Chambre, je pense qu'on va pouvoir
continuer à travailler ensemble, parce qu'il y a des éléments, évidemment, qui
ont un impact majeur sur toute la population, et je sais que c'est une
préoccupation dont nous partageons.
C'est vrai, c'étaient des consultations assez
courtes, seulement deux jours pour un projet de loi, on dit, omnibus. Omnibus,
pas parce que c'est un projet de loi qui est épais puis parce que ça amène
plusieurs articles — on
a deux lois qui vont être édictées à
l'intérieur de ce projet de loi — mais
parce que ça modifie plusieurs éléments qui ne sont pas tous
nécessairement reliés. Alors, c'est pour ça qu'on appelle ça un omnibus.
Et c'est dommage que nous n'avons pas eu la
chance d'entendre plus de groupes, des groupes qui seront impactés ou bien des
groupes qui sont là pour la défense des droits de la personne. J'aurais
beaucoup voulu entendre des
juristes, que ce soit le Barreau du
Québec, le Barreau de Montréal, parce que, je comprends, il y a aussi des éléments,
aussi, légals dont nous devons prendre en considération. Ça fait qu'on a
absolument besoin d'avoir le point de vue de nos experts.
Alors, il y a seulement 13 groupes que nous
avons entendus, mais il y a quand même 28 mémoires qui ont été déposés.
Alors, ça démontre que les gens suivent quand même les travaux, des gens qui
sont... peut-être, on penserait qu'ils sont un peu loin de ce que nous faisons
ici, mais qui démontrent aussi... Il y a des éléments... des angles morts dans
ce projet de loi, puis des éléments que j'espère que nous pourrions poursuivre
à adresser lors de l'étape de l'étude détaillée du PL n° 13.
C'est sûr, on a entendu des corps de police, on
a entendu les municipalités, les chercheurs, divers organismes, les syndicats,
ça a été... c'était très varié, mais je répète : Il y avait des groupes
qui manquaient, au moins pour moi, pour être bien armés. Je dis souvent, au
moment qu'on dépose un projet de loi... puis vous m'avez déjà entendu dire, Mme
la Présidente, au moment qu'on le dépose, le projet de loi n'appartient plus au
gouvernement, ça n'appartient pas à l'opposition, au Parti libéral, ce n'est
pas ça, ça appartient à la communauté, ça appartient à la société civile. Et
c'est pour ça que nous avons des consultations, et c'est pour ça que c'est ça,
la démocratie.
Puis c'est vraiment important que nous ayons une
grande écoute aussi des gens qui viennent témoigner aussi, les points de vue
qu'ils partagent avec nous. Alors, je vais régulièrement dans le Greffier,
entre autres, pour lire les commentaires que des citoyens partagent avec nous,
parce que ça aussi, c'est important, de comprendre leur réalité. Il n'y a aucun
projet de loi qu'on adopte ici qui n'aura pas un impact sur chacun des
Québécois. On peut penser que ce n'est pas le cas, mais il y a toujours un
effet, un «ripple effect» qu'il va y avoir, un impact sur tout le monde. Alors,
c'est important que la population nous suive
puis gardent nos... en anglais, je dirais, un «feet next to the fire», mais...
je ne sais pas si ça se traduit en français, mais nos pieds à côté du
feu, mais pour s'assurer qu'on fait les bons gestes, puis qu'on est à l'écoute,
puis qu'on fait preuve aussi d'une ouverture par rapport à leurs
préoccupations.
J'ai dit que c'est un projet de loi qui édicte
deux lois. Ça aussi, c'est quelque chose qu'on ne voit pas trop souvent. Dans
ce qu'il y a ici, le projet de loi n° 13 édicte la loi pour un registre
sur les délinquants sexuels à haut risque de récidive et aussi la loi afin de
favoriser la paix, l'ordre et la sécurité publique au Québec, puis ça modifie,
évidemment, beaucoup d'autres dispositions dans d'autres lois.
Le titre du projet loi, c'est sur... Les gens
questionnent, les gens me posent plein de questions : Qu'est-ce que ça
veut dire, le sentiment de sécurité? Pourquoi ce n'est pas quelque chose qui
est plus concret? J'en suis, je comprends, parce que ce qui donnerait un vrai
sentiment de sécurité, c'est d'avoir plus de policiers, plus d'effectifs, plus
de patrouilles, plus de bras sur le terrain pour accompagner la prévention.
Honnêtement, c'est ça, le nerf de la guerre. Oui,
il y a de la répression, oui, on a besoin d'avoir nos organismes
communautaires, oui, 100 %. Il y a du travail à faire pour faire un accompagnement de nos jeunes parce qu'eux
aussi sont gravement interpelés quand on parle du crime organisé, et il
faut adresser ce fléau.
Entre autres, c'est pour ça que je demande à
maintes reprises au gouvernement de tenir un sommet sur la violence qui va
mettre toutes les parties prenantes autour de la table, même les gens qui
disent : Ah! ça se peut que ça ne m'interpelle pas, mais que tout le monde
soit autour de la table, comme ça, on aura une vision commune de comment nous
pouvons poursuivre pour attaquer ce fléau. J'ose croire que les entreprises,
les corps de police, la SQ, le réseau scolaire, les municipalités, les
organismes communautaires, nos parents, tout le monde a probablement quelque
chose qu'ils peuvent partager avec nous, des idées que, ça se peut, nous
pouvons mettre à l'oeuvre. Puis c'est toujours mieux d'avoir plusieurs têtes au lieu d'avoir juste une ou deux personnes pour
jaser d'un sujet qui interpelle tous les Québécois, la croissance de
violence chez nous. Je suis vraiment préoccupée de ça.
• (10 h 20) •
Alors, quand on parle de sentiments, évidemment,
c'est un titre qui ne soulève pas vraiment, vraiment, je dirais, le désir de dire : Oui, c'est sûr, on va
accomplir quelque chose avec ce projet de loi, parce que les gens souhaitent,
comme je dis encore une fois, le concret. Parce que le nerf de la
guerre, c'est vraiment avoir plus d'effectifs.
Et c'est pour ça que, chaque groupe qui ont
passé en commission parlementaire, j'ai posé la question par rapport à le
budget parce que le budget est essentiel. Et j'entends ce que le ministre, il
dit : Dans le passé, il y avait des coupures. Je comprends. Mais ça reste
que nous sommes arrivés ici en 2026 avec un gouvernement qui nous a livré sept budgets déficitaires. Et, quand ils ont
pris le pouvoir, en 2018, ils ont quand même hérité d'un budget avec un surplus
de 7 milliards. Alors, il n'y a pas d'excuse de parler des coupures,
c'étaient juste des mauvais choix, malheureusement, des choix qui vont avoir un
impact aujourd'hui sur les services publics, qui comprend aussi la sécurité
publique. Et ça me désole parce que, 15 millions, 30 millions,
120 millions, peu importe le montant des coupes au sein de la sécurité
publique, pour moi, en tout cas, c'est du non-sens. Et je comprends que c'est
compliqué, je comprends que c'est des discussions qui ne sont pas faciles à
avoir. Je comprends, mais ça reste que chaque coupure, malgré qu'on dit qu'on
aura... on ne va pas couper des postes de police, va avoir un impact
secondaire, il va y avoir des effets collatéraux.
On a entendu l'association des policiers,
policières du Québec, M. Roberge, qui nous a partagé cette vision, puis on ne peut pas être à l'écoute de ça. On peut
le dire : On va faire de notre mieux avec ce qu'on a, certes. Puis, ça,
j'ai compris de tous les corps de police qui ont passé. Et je les
remercie pour leur dévouement, parce que ça, c'est essentiel. Chaque fois que
nous allons poursuivre avec des modifications puis qu'on dit : Bien, voilà
d'autres outils, voilà d'autres choses qu'on vous donne, voilà une nouvelle...
un registre que, maintenant, on va vouloir mettre à l'oeuvre puis dont vous
serez responsables, bien, on a besoin d'avoir des effectifs. Alors, même si on
dit qu'il y a des coupures en matière d'administration, il y a un effet, il y a
quand même un effet. Puis on sait, tout le monde le sait qu'on ne remplace pas les policiers qui prennent leur
retraite. Alors ça, c'est quelque chose dont nous devons s'attaquer, et ce
n'est pas à l'intérieur d'un projet de loi que nous pouvons faire ça.
Mais je le soulève parce que je sais que c'est une préoccupation.
Et, malgré tout ce que le ministre a partagé avec ses remarques pour l'adoption
du principe, je sais que lui aussi, il doit être préoccupé par ceci. Tout le
monde souhaite ajouter des effectifs pour être en mesure de vraiment pas juste
avoir un sentiment de sécurité, mais d'amener la vraie sécurité pour tous les
Québécois et Québécoises.
Quand on parle...
C'est vrai, c'est un projet de loi qui va mettre en place un registre public
des délinquants sexuels à risque élevé de récidive. Le ministre l'a dit dans
ses remarques, il a dit qu'il n'était pas sûr, lors des auditions, dans les
remarques principales, il a dit qu'il avait un petit malaise au début. Et
j'avoue, je partage, je partage ce malaise. Je comprends que c'est...
politiquement, c'est payant. Je comprends, politiquement, c'est payant. Je
comprends qu'il n'y a personne qui peut dire publiquement que ce n'est pas une
bonne idée. Personne ne peut dire ça, parce que, si on sauve une vie avec ce registre, bien, on a sauvé une vie, puis ça vaut
ça. Mais, à quelque part, encore une fois, je questionne pourquoi c'est
là où on y va, au lieu d'investir l'argent ailleurs.
Je comprends que les
autres provinces ont mis... quelques-unes, pas toutes les provinces,
quelques-unes des provinces ont mis en place ce type de registre. Mais on ne
sait pas si le résultat... les résultats sont probants. Puis ce n'est pas parce qu'il pleut en Alberta ou en
Ontario que nous, on devrait ouvrir nos parapluies ici au Québec. Ça fait que
je comprends qu'on s'inspire d'ailleurs, mais je comprends aussi la nécessité
aussi de gérer le budget ici, au Québec, puis aussi toutes les interventions
qui sont à l'image des Québécois et Québécoises. Alors, il y a des facteurs
très importants de prendre en considération parce qu'il y a des conséquences
multiples quand on parle de ce type de registre. Et, tout le monde l'a dit, il
n'y a vraiment pas de promesse d'efficacité. Puis on l'a entendu à maintes
reprises, même des groupes qui sont là, les maisons qui sont là pour la défense
des femmes qui sont victimes de violence conjugale, ils l'ont dit : On n'a
pas de preuve que ceci va fonctionner. Si j'avais un choix, si je mettais les
priorités en place, bien, ce n'est pas un
registre qui sortirait, pour moi, comme une priorité. Bien, j'en suis, nous
sommes là face à un projet de loi dont, c'est clair, il va falloir qu'on
en débatte, de cette idée à l'intérieur du projet de loi. Puis j'espère que
nous allons vider la question, parce qu'il y a plein de questions, puis, encore
une fois, il y a plein de groupes qui ont soulevé des grandes préoccupations.
Et j'espère que, lors de l'étude détaillée, nous allons trouver le mi-chemin,
les solutions. Je sais que le ministre a écouté, je sais que le ministre a noté
aussi les préoccupations et son équipe qui l'entoure aussi, ça fait qu'en
espérant que nous aurons... que ce soit des amendements ou des ajouts dont nous
pouvons prendre en considération toutes ces préoccupations. Puis les
préoccupations ne sont pas banales, Mme la Présidente, on parle d'un faux
sentiment de sécurité qui peut arriver sur le terrain des victimes ou bien
juste la population en général, parce que ce serait un registre public, donc
tout le monde va pouvoir aller le consulter et sortir ces informations.
Et je sais que vous,
en particulier, Mme la Présidente, vous êtes préoccupée par la cause des
femmes, à la protection des femmes. Puis c'est sûr, c'est important, on ne nie
pas ça, mais ça reste qu'il y a des effets secondaires, que ce soit le faux sentiment de sécurité parce que, là, je vais pouvoir
consulter et je me sens en sécurité parce que je sais qu'il y a un registre qui existe, et le nom de
cette personne, ce délinquant, est inscrit. Mais ce n'est pas un accompagnement
policier, ce n'est pas de la prévention, c'est un registre qui amène
aussi des questions qui ont été soulevées par les groupes qui ont passé et qui
ont dit : Au-delà du faux sentiment de sécurité, est-ce que ça va amener
une certaine culpabilité envers les femmes qui sont victimes parce qu'on va
dire : Bien, ils sont encore victimisés? Puis est-ce que ça va venir pour
dire : Bien, ah, vous aurez dû consulter le registre, comment ça se fait
que vous ne l'avez pas fait? Alors, est-ce
qu'ils vont porter une responsabilité aussi parce que, maintenant, nous aurons
un registre qui sera public, que tout le monde va pouvoir consulter?
Il y a aussi le
risque d'autojustice, le vigilantisme, puis, nous savons tous, ça peut exister.
Alors, ça va être quelque chose pour les policiers à gérer lors de la mise en
oeuvre de ce registre, mais c'est quelque chose que nous devons prendre en
considération.
Alors, les groupes
ont quand même mené des recommandations que j'ai trouvées intéressantes. C'est
clair, ça va prendre de la sensibilisation de la population, le pourquoi, le
comment, qu'est-ce que ça veut dire, qu'est-ce que vous pouvez faire, qu'est-ce
que vous ne devez pas faire, mais cet accompagnement, la sensibilisation, on
sait que ce n'est pas un «catch all», on
sait qu'on ne peut pas sensibiliser tout le monde, ça fait qu'il va toujours y
avoir ce risque-là, et parce qu'on sait aussi que les armes... c'est
facile à procurer des armes. J'amène cette préoccupation de comment nous allons
mettre fin à ceci parce que c'est une grande préoccupation que les gens ont
partagée. Alors, j'ai aussi parlé de le risque de culpabilité des victimes.
Article 18, je
l'ai noté, parce que l'article 18 édicté par l'article... le premier
article du projet de loi n° 13, ça dit l'objectif «est
de permettre à toute personne de prendre les mesures de précaution qu'elle
estime appropriées pour assurer sa sécurité
et celle des proches et qu'elle ne vise d'aucune manière à encourager
l'autojustice à l'égard du délinquant sexuel»,
mais ça permet à toute personne de prendre les mesures de précaution. C'est un
langage, évidemment, qui n'est pas clair, qui va engendrer un peu de
confusion sur le terrain.
Il y a des gens, on
l'a lu dans quelques quelques mémoires, il y a des groupes qui ont partagé les
préoccupations par rapport à le déclin de valeur immobilière lors du
publication d'une adresse, code postal du délinquant : Bien là, c'est dans
mon quartier, est-ce que ça veut dire, la valeur de ma résidence, mon condo va
baisser parce que c'est maintenant catégorisé comme dangereux, parce que j'ai
cette personne qui habite à mon quartier?, malgré qu'on comprend que ce n'est
aucunement ce qui est souhaité avec le registre puis sa mise en oeuvre, encore
une fois, c'est de partager l'information pour protéger les victimes et aussi
protéger les alentours. On ne veut pas avoir des délinquants sexuels que nous savons sont à risque de récidive
à côté d'une école. On ne veut pas ça, on ne les veut pas à côté de nos parcs,
à l'intérieur de nos parcs. Ça fait qu'on voit comment que c'est louable, mais
ça reste que, ça aussi, c'est un effet secondaire, il y a un effet collatéral
lors de la mise en oeuvre.
• (10 h 30) •
L'autre impact
d'effet collatéral qui me préoccupe beaucoup puis que nous avons jasé en
profondeur, c'est l'impact sur les proches des personnes dans le registre, on
parle de... ça se peut, on n'est pas rendu là encore, mais ça se peut que les informations des membres de la famille, de
ses enfants... dans le fond, à cause du nom de la personne et où il habite, bien, juste la reconnaissance de
son nom, des gens vont savoir, bien, ah! bien, ça, c'était l'ancien conjoint, ça,
c'était l'ancien mari de... et, bon, mon Dieu, maintenant, je sais qu'elle
était victime, et elle, elle a trois enfants à sa charge. Ça fait que,
maintenant, les enfants sont aussi mis dans une situation de vulnérabilité
parce que, là, on va pouvoir les identifier. Puis, je comprends, c'est tout sauf
ça que nous souhaitons faire. C'est l'identification des victimes et des
victimes potentielles. Ce n'est pas ça qu'on souhaite, mais ça reste que ça
peut très bien être le cas, et il y a des groupes qui ont soulevé ça aussi.
Il y a aussi la peur
de stigmatisation. Ça fait que, même si ces personnes ne deviennent pas, encore
une fois, des victimes, bien, ils vont quand
même être stigmatisés, parce que les gens, le public, la communauté qui
l'entoure, qui entoure cette victime vont pouvoir savoir qu'elle a été
victime dans le passé. Alors, est-ce que ça amène une certaine stigmatisation,
la façon qu'elle sera traitée? Il faut aussi prendre ça en considération.
Puis les droits,
évidemment, chose que nous n'avons pas entendu des groupes parler, les droits
des personnes ou leurs noms... Les délinquants sexuels, encore une fois, c'est
les gens qui... qui ont passé du temps en prison s'ils ont été trouvés
coupables. Alors, on sait qu'il doit y avoir des conséquences de ça, mais ça
reste que c'est des gens qui ont des droits.
Alors, comment aussi adresser cette préoccupation, le droit à des
renseignements privés? Comment est-ce que nous allons aborder ça? Ça
fait que j'ai hâte à avoir ces échanges pour bien comprendre. Et je livre tout
ce que je vais partager lors de l'étude
détaillée, parce que je comprends le désir de vouloir poursuivre avec
l'adoption de ce projet de loi, dont je suis favorable, mais j'ai plein
de questions. Puis ça, c'en est une, parce qu'on ne veut pas qu'après
l'adoption du projet de loi... que les gens reviennent, puis là ça va être
contesté devant le tribunal. Qu'est-ce que nous pouvons faire pour assurer que
ce ne sera pas le cas? Ça fait que voici d'autres préoccupations.
Et je dis tout ça
aussi, Mme la Présidente, parce que nous savons que la recherche et la
science... On a entendu la criminologue Angy Riendeau qui nous a dit qu'il n'y
a rien qui nous indique qu'un registre va nous aider à l'objectif de mettre fin
à la récidive, rien. Il n'y a pas de preuve de ça. Il n'y a pas de recherche.
Il n'y a rien. Il n'y a aucune data probante qui nous explique que ça, ça va
être le cas. Ça fait qu'il n'y a rien de concret.
Alors, c'est une
mesure dont l'efficacité n'a pas été démontrée, ça fait que d'où la
préoccupation. Puis là je parle tant sur le plan de sécurité pour la communauté
qu'en lien avec les réductions de violence sexuelle. Ça fait que, les deux
bords, on n'a pas vu une réduction des cas. Ça fait qu'on n'a pas vu un... le
résultat que ça, là, ça, ça a bien fonctionné,
que ce soit aux États-Unis, que ce soit dans les autres provinces qui l'ont mis
à l'oeuvre. Alors, on questionne pourquoi. Puis, encore une fois, je
répète qu'il y a quand même les droits de la personne. Il y a la Charte
canadienne des droits et libertés dont nous devons prendre en considération. Ça
fait que j'ai hâte d'entendre les résultats de ceci.
Je continue sur le
registre, Mme la Présidente, parce qu'on sait que 80 % des agressions
sexuelles sont faites par une personne que nous connaissons. Ça fait que ce
n'est pas n'importe qui dans la rue. Alors, même si nous aurons un registre
avec le nom de M. Lafrenière qui est inscrit dans ce registre, ça reste
que ce n'est pas Mme Maccarone, qui n'a jamais été victime, qui pourrait
être victimisée encore, parce qu'on sait que, majoritairement, huit cas sur 10,
on connaît... la victime connaît son agresseur. Alors, je comprends le besoin
de vouloir protéger la population, mais ça reste que nous savons... En la
majorité des cas, c'est la victime dont nous devons protéger puis pas
nécessairement les gens qui sont autour, parce qu'on sait, selon les
statistiques, le 80 %, ce n'est pas juste n'importe qui dans la rue qui va
devenir votre agresseur.
Mais, cela étant dit,
encore une fois, je répète, je vois l'angle que le gouvernement souhaite
aborder avec le registre. Je comprends le
but, qui est louable, de protéger les victimes, mais il y a des questions que
nous devons soulever puis dont nous avons besoin d'avoir des réponses,
parce que, quand on parle du budget, et, oui, on a parlé des coupures à la SQ,
que ce soit 15 millions, il y a quand même 6,7 millions qui sera mis
à l'intérieur pour la mise en oeuvre de ce registre. C'est 6,7 millions.
C'est beaucoup d'argent. C'est de l'argent que nous aurons pu utiliser pour
avoir plus d'effectifs, pour outiller encore mieux nos policiers. Mais le nerf
de la guerre, c'est d'avoir plus de bras. Alors, je ne sais pas combien il y a
de policiers que nous pouvons engager avec 6,7 millions de dollars,
mais ça reste que c'est un investissement important.
Puis il y a des
attentes qui vont être très élevées, de la population, envers nos policiers,
mais les policiers, il faut le dire, Mme la Présidente, ils ne peuvent pas
surveiller 24 heures sur 24, sept jours sur sept. C'est... Les attentes
sont énormes quand on a ce type de registre qui sera en place. Il va y avoir
des attentes de la population. Alors, comment est-ce que les policiers vont
rejoindre ces attentes? Ce n'est pas clair pour moi parce que je sais qu'il y a
des préoccupations en ce qui concerne le nombre d'effectifs puis les gens qui
vont pouvoir rejoindre cette attente.
Mais c'est important
d'agir auprès des délinquants sexuels. On le sait. Puis c'est... Encore une
fois, je répète, je sais que ce n'est pas
populaire de dire : Bien, peut-être que ce n'est pas une bonne idée, ce
n'est pas très politique, ce n'est peut-être pas une bonne idée, mais je
crois fondamentalement que nous devons vraiment agir à la base. J'en suis. Un
registre s'en vient. Je vais faire tout mon possible, comme membre de
l'opposition officielle, de bonifier le projet de loi pour adresser toutes ces
préoccupations parce qu'ils sont importants. Puis je ne dis pas ça comme membre
de l'opposition officielle. Je dis ça comme membre de la communauté en général.
Je pense qu'il y a des choses dont nous devons creuser.
Mais nous ne sommes
pas en train d'investir à la base, agir à la base, puis ça, c'est la
réinsertion sociale. Là, on sait, nous avons
des statistiques que... On a des résultats. Ça fonctionne, cet accompagnement,
mais malheureusement le gouvernement a annoncé qu'ils vont arrêter le
financement de ces organismes qui travaillent arrache-pied pour faire ces
accompagnements qui ne doivent vraiment pas être faciles. Je ne peux même pas
imaginer un accompagnement d'une personne qui était déjà désignée coupable, un
délinquant sexuel à haut risque de récidive. Ça doit... La formation,
l'accompagnement pour aider cette personne à se réhabiliter le plus possible
pour se réinsérer dans notre société, ça ne doit vraiment pas être facile, mais
encore moins facile quand on n'a plus les moyens.
Ça fait qu'ils vont
maintenant être financés avec l'argent des détenus, parce que les détenus ont
quand même l'argent dans le compte de banque, mais ce n'est pas clair, comment
que ça, ça va avoir lieu, combien d'argent. Puis ils sont vraiment inquiets,
vraiment, vraiment inquiets. Puis il y a plusieurs groupes qui ont dénoncé
ceci, et j'ai plein de lettres de groupes aussi qui nous demandent au secours,
de l'aide, parce qu'on ne veut pas échapper quelqu'un, parce qu'encore une
fois, comme... On ne peut pas échapper une victime, ce serait impensable, mais,
une personne dont nous pouvons aider, qui ne
sera plus un récidiviste, bien, ça aussi, il me semble, nous ne pouvons pas
échapper cette personne, parce que cette personne va se retrouver
dans... dans notre société. On ne peut pas la garder en prison pour le restant
de ses jours si ce n'est pas ça, sa peine. Alors, à un moment donné, ils vont
être sur la place publique avec tout le monde.
Ça fait que, si nous pouvons faire cet accompagnement au-delà
d'un registre pour leur aider, bien, il me semble que ce serait la chose
à faire. Puis on aurait aussi des experts qui vont faire l'accompagnement de ce
délinquant qui est considéré à haut risque.
Alors, ils vont pouvoir signaler, parce que l'accompagnement est en place. Mais
ce n'est pas là où nous sommes en
train de faire nos investissements. Ce n'est pas à la base. Ça fait que je suis
préoccupée de ça.
• (10 h 40) •
Puis je dis ça aussi parce qu'il ne faut pas
oublier non plus qu'il y a des services, des registres qui existent déjà. On
sait qu'il y a un registre qui existe au niveau national. Il y a des groupes
qui l'ont soulevé. Il y a des groupes qui ont parlé beaucoup de l'accès à l'information,
comment que nous pouvons partager l'information. Mais on sait... On ne sait
même pas si ça fonctionne, mais nous sommes en train de mettre en place un
autre registre. Mais on a un registre national. Ça fait qu'au lieu d'évaluer...
Si ça fonctionne puis si nous pouvons le bonifier, peut-être, ça coûterait
moins cher. Comment ça se fait que les
policiers municipaux n'ont pas accès à ce registre? Pourquoi que c'est
uniquement la SQ? Comment pouvons-nous avoir un meilleur échange
d'information? Est-ce que c'est quelque chose qui a été évalué? Il me semble
que non. Bien, encore une fois, il me semble que c'est un élément qui est
vraiment important, parce qu'avant d'aller
vers l'avant avec quelque chose qui soulève beaucoup de questionnements, bien,
on a déjà quelque chose qui existe.
Ça fait que, peut-être, nous pouvons aller plus
au fond de la question pour voir s'il y a quelque chose que nous pouvons faire,
parce que, c'est vrai, il y a beaucoup trop de féminicides. Un féminicide,
c'est un de trop, puis nous sommes rendus à six. Et ma collègue de Robert-Baldwin
a déchiré... elle déchire sa chemise sans arrêt quand on parle de ce sujet.
Elle a ça vraiment à coeur. Elle va sur toutes les tribunes pour parler de ça,
ma collègue aussi la députée de D'Arcy-McGee. Elles ont fait la motion de
mercredi, la semaine passée, pour parler des besoins puis l'effet sur les
femmes. Alors, oui, nous devons tous être préoccupés de ça. C'est très
important.
Et c'est pour ça que, oui, il y a eu des groupes
qui ont passé et qui nous ont parlé de... est-ce que nous pouvons bonifier,
modifier ce projet de loi... ou il y a une déception parce qu'il n'y avait pas
la loi de Clare qui était incorporée. Puis la loi de Clare, bien, c'est sûr,
c'est un registre qui permet les victimes d'avoir accès à les antécédents
judiciaires de leurs agresseurs, qui est
important, parce que, l'histoire de ce qui est arrivé en Angleterre avec Clare,
bien, on ne veut pas répéter cette histoire ici. Et, oui, nous sommes
déjà rendus à six féminicides déjà, ça fait que... Qu'est-ce que nous pouvons
faire pour aider les femmes qui sont déjà victimes, de s'assurer que leurs vies
sont protégées? Parce qu'ils dénoncent, parce qu'ils lèvent la main, parce
qu'ils disent : Au secours, là, j'ai un problème, il revient.
Et on a des
bracelets de rapprochement. Et je souhaite dire au gouvernement bravo, parce
que ça, c'est une mesure qui, je sais, est importante. Ça fait qu'ils sont
allés vers l'avant avec ceci. Ça fait que c'est un bon geste, c'est un bon
départ, mais je comprends aussi les préoccupations. Et, c'est vrai, on a
entendu : Est-ce que nous pouvons l'incorporer? Je pense qu'il y a une
solution pour ceci, pas à l'intérieur du registre actuel mais un registre à
part. Je comprends, mais, encore une fois... Parce qu'on souhaite que les
victimes ont accès à l'information de leurs agresseurs pour s'assurer... comme
les conditions de libération lors de la sortie de prison, après qu'ils ont
complété leur peine ou quand c'est à deux tiers de leur peine. Ça, c'est un
autre sujet. Ils vont être équipés, parce qu'ils vont avoir l'information.
Mais la grande question, c'est : Même si on
fait ça pour les victimes de violence conjugale ou les victimes avec leurs
agresseurs, les délinquants sexuels, est-ce qu'il faut que ce soit public ou
est-ce que nous pouvons penser qu'on peut
penser à mettre quelque chose privé où l'information peut passer aux victimes?
Est-ce que c'est un mi-chemin? Est-ce que c'est un moyen pour s'assurer
que les victimes ont l'information, qui est nécessaire pour leur sécurité, pour
leur bien-être aussi? Mais aussi ça adresse
autres préoccupations que j'ai déjà soulevées au début de mon intervention. Ça
fait que je pense que c'est important, encore une fois, qu'on vide la question
par rapport à ceci, parce qu'il faut coordonner, il me semble, il faut
coordonner toutes les informations. Ça va être important.
Puis, quand j'ai parlé de les conditions de
libération, ça, c'est autre chose, parce que, quand on parle du registre
actuellement dans la loi, on parle d'uniquement les personnes qui ont terminé
leur peine. C'est seulement eux. Leur nom va paraître sur un registre, mais on
sait qu'il y a beaucoup, beaucoup de délinquants qui sortent du milieu carcéral
à avoir terminé deux tiers de leur peine, mais les deux tiers ne feront pas
partie du registre. Alors, encore une fois, je questionne.
Puis je comprends que ça peut être complexe,
parce que cette personne va avoir un accompagnement, alors, ça nécessite des
questions qui doivent être répondues en ce qui concerne aussi les droits puis
l'accompagnement, mais ça reste qu'il me
semble que ça, c'est quelque chose dont nous devons modifier, jaser lors de
l'étude détaillée. Parce qu'il y a des groupes qui ont dit : Il n'y
a quand même pas de sens quand on parle de ça, parce que, deux tiers versus la
peine entière, ça reste que c'est quand même un délinquant sexuel. Alors, il va
falloir que nous nous en préoccupons, de ceci, que ce soit par le biais d'un
registre chez nous, ou le registre national, ou bien l'information qu'on
partage avec les victimes. Deux tiers, peine entière, il faut se préoccuper,
parce que ça reste que c'est un délinquant.
Les patchs, Mme la
Présidente, c'est vrai que c'est un élément intéressant. Puis je sais que, pour
le ministre, c'est quelque chose qui est
d'une grande importance, et c'est clair que les policiers sont contents. Alors,
je vois comment on peut avoir un impact positif. Puis ils ont besoin
d'être outillés. Alors, j'ai des... je suis favorable, mais, encore une fois, j'ai des questions, encore une fois, pour la mise en
oeuvre de cette nouvelle mesure, parce que ça leur donne un pouvoir
d'interpeler un criminel. On donne toujours l'exemple de si des policiers
rentrent dans un bar où on a plusieurs Hell's qui portent leurs vestes. Comment
ils vont agir? Pratico-pratique, ça a l'air de quoi? On a entendu des groupes
de policiers qui ont dit : On va leur demander d'enlever les vestes, mais
ce n'est pas ça que ça dit dans la loi. Dans le fond, si on rentre, puis vous portez votre veste en public, si vous
portez une patch en public, bien là, vous aurez une sanction pécuniaire.
Alors, ce n'est pas une question de l'enlever. Ça fait qu'on va avoir des
sanctions. C'est clair, je pense, en tout cas j'espère, que, l'effet positif de
ça, ça va diminuer les risques pour les commerçants, parce que ça doit être
épeurant aussi d'avoir un gang de crime organisé qui rentre chez vous, dans
votre commerce. Alors, ça aussi, je vois d'un
très bon oeil, mais est-ce que donner une contravention, ça va changer les
choses? Ça fait que j'ai hâte à mieux entendre la vision du ministre
là-dessus.
On a entendu aussi
les policiers municipaux qui ont dit... bien, ils ont peur d'être ridiculisés,
parce qu'on va faire ça, puis les gens vont
rire d'eux. Je sais que la réalité pour le SPVM, pour le SPAL, pour les
policiers de Laval est totalement différente, mais je comprends leurs
préoccupations. Ça fait que j'ose croire qu'on va avoir des explications, donc,
nous allons mieux comprendre la vision du ministre pour la mise en oeuvre,
parce qu'on ne veut pas non plus avoir des récidivistes de billets de
contravention non plus. Ce n'est pas ça qu'on veut. On ne veut pas qu'on donne
des contraventions puis, disons : Oui, donne-moi-z-en, donne-moi-z-en, je
n'ai jamais l'intention de payer.
Ça augmente en termes
de le montant pénal, mais j'ai déjà entendu... Lors des auditions, les gens
nous ont demandé : Pourquoi ne pas aller pour saisir des biens? Ça fait
qu'est-ce que ça, c'est quelque chose que nous pouvons discuter? On a aussi
entendu le SPVQ, qui ont dit : Ça ne règle pas tout parce que ce n'est pas
juste sur la personne, des fois, c'est à
l'extérieur, le commerce, que ce soit un drapeau... Ça fait que je crois que
ça, c'est quelque chose dont nous pouvons s'attaquer par le biais d'un
amendement, parce que ça va au-delà de juste ce qui est porté sur la personne.
Il ne faut pas leur donner les moyens. Si
nous allons aller vers l'avant à attaquer ces patchs, bien, il va falloir qu'on
creuse, puis qu'on s'assure qu'en faisant... en adoptant ce projet de
loi toutes les questions ont été adressées, puis qu'on ne leur donne pas une marge de manoeuvre d'aller
au-delà de ceci. Ça fait qu'on a entendu les... le questionnement en ce qui
concerne l'extérieur du commerce ou à l'intérieur du commerce. Ça fait que j'ai
hâte de voir qu'est-ce qui arrive avec ça.
Je sais que c'est important quand on parle, mettons, Hell's Angels, Support 81,
parce qu'eux, ils vendaient leurs biens, puis évidemment on veut mettre
fin à ça. On ne veut pas qu'ils profitent de leurs patchs, parce qu'on sait que
c'est le crime organisé. Ça fait que ça, c'est important.
Puis ça, encore une
fois, je salue l'intervention puis la mise en oeuvre de cet élément à
l'intérieur du projet de loi, mais on n'a pas entendu les groupes, les
juristes, qui nous disent : Comment allons-nous le mettre vers l'avant?
Parce que c'est quand même une marque de commerce, Hell's Angels, au niveau
fédéral. Alors, même mon collègue le député
d'Acadie, qui est l'ancien procureur en chef pour Canada, m'a posé la
question : Comment allons-nous poursuivre avec ceci? Est-ce que vous allez être accompagnés? Est-ce que les gens
ont dit : Oui, voilà, nous pouvons faire ça parce que... ou le
contraire?
Mais on n'a pas
entendu les groupes qui pouvons nous armer avec l'information dont nous avons
besoin pour s'assurer que «we're bulletproof», puis c'est ça que nous avons
besoin avec un tel geste puis les éléments à l'intérieur du projet de loi dont
on va s'attaquer aux patchs, parce que, les contestations constitutionnelles,
bien, on n'en veut pas. On veut... C'est
gaspiller de l'argent du public. On ne veut pas ça. On ne veut pas être... On
veut s'assurer qu'on n'est pas attaquables. Tu sais, il faut être béton
quand nous allons poursuivre avec ceci. Ça fait que j'espère que le ministre va
aussi expliquer la vision de ceci puis comment
ce sera le cas, parce qu'on ne souhaite pas que la loi soit contestée. Ce
serait un gaspillage d'argent et du temps.
• (10 h 50) •
C'est un projet de
loi aussi qui adresse les manifestations puis c'est très important. Puis, tout
le monde le dit, on doit respecter le droit de manifester. Il n'y a personne
qui souhaite mettre fin à ceci. On comprend l'importance. C'est un exercice de
liberté d'expression qui est profond. La réunion pacifique, c'est le mot... le
mot-clé, je dirais, protégé par la charte canadienne et la charte québécoise.
Ça fait qu'on prend ça au sérieux, puis c'est très important. Mais le projet de
loi n° 13 édicte la mise en oeuvre de la loi
favorisant la paix, l'ordre et la sécurité publique au Québec, et ça introduit
plusieurs dispositions pénales face aux manifestants qui ne vont pas respecter
des éléments dans ce projet de loi, comme par exemple une interdiction de
manifester à moins de 50 mètres d'une résidence d'un élu. Là, on ne sait
pas si c'est la résidence principale, secondaire. On sait qu'il y a eu beaucoup
de cas à travers les années, même à l'intérieur de cette législature, des
collègues, des ministres, le premier ministre qui été victime des manifestants qui sont allés à sa résidence. Alors, malgré que
je comprends que ça ne fait pas le bonheur de tout le monde, je pense que
c'est important aussi de respecter les droits de tout le monde.
Et ce n'est pas la
majorité des manifestants dont nous sommes en train de parler. On comprend
qu'il y a plein de manifestants qui souhaitent
s'exprimer, qui souhaitent se faire entendre, qui sont pacifiques, ça va bien.
Mais il y a des gens qui se greffent à eux. Il y a des... les
malfaisants qui se greffent à eux, qui causent le vandalisme, qui brisent les fenêtres, qui vont aller vers l'avant avec des
actes de violence. On comprend que ce n'est pas tout le monde, mais
malheureusement, parce que nous avons ça, il faut adresser plus large.
Alors, je salue les
interventions du gouvernement en ce qui concerne ceci, parce que les policiers
ont besoin d'avoir des trucs pour agir. Ça fait que ça, ça va leur donner quand
même des outils de pouvoir agir lors des manifestations, comme par exemple, s'il
y a quelqu'un qui a une balle de pool à l'intérieur de leur coton ouaté, bien,
ils vont pouvoir arrêter cette personne puis ils vont pouvoir fouiller. Puis,
ça aussi, je comprends que ça ne fait pas le bonheur de tout le monde, mais
c'est de croire raisonnablement qu'il y a quelque chose dont ils se soucient
que quelqu'un va agir avec une méfiance.
Alors, je pense que c'est un avantage puis je pense que c'est une avancée
importante, parce qu'on ne veut avoir aucun objet dangereux.
Mais ce qui constitue un
objet dangereux, bien, ça aussi, il faut peut-être l'encadrer, parce qu'on a
entendu que ce n'est pas clair. Ce n'est pas une liste exhaustive. On parle
d'une brique, mais une brique, ça veut dire quoi? Est-ce que ça comprend une
roche? Est-ce que ça... On ne peut pas avoir une liste exhaustive, mais est-ce
qu'un «notamment», ça peut... ça peut rejoindre les besoins? Probablement que
non, parce qu'on sait que... Dans le Code civil, ce n'est pas assez encadré,
puis on ne souhaite pas avoir une interprétation de tout le monde sur la place
publique, mais ça reste qu'on comprend que les policiers sont contents de ça
parce que ça leur donne un outil. Mais ils souhaitent peut-être avoir plus de
pouvoir d'agir, ça fait qu'on va probablement en débattre lors de l'étude
détaillée.
Il y a aussi la liste des entités à dessein
criminel que... comme, mettons, Arab Power, etc., Hell's Angels, que le gouvernement... Le ministre, présentement, dans
la loi, c'est lui qui est en... qui est responsable de qui sera dans la liste.
La mise en oeuvre, la mise à jour
actuellement, c'est écrit que c'est cinq ans, mais là il y a du monde qui
ont dit : Peut-être, ça devrait être trois ans. Il y a des
policiers qui ont dit que nous, nous aimerions partager notre point de vue puis
alimenter la liste aussi, de ne pas attendre
à cinq ans ou après le ministre, parce qu'on souhaite aussi avoir le plus
possible la neutralité de l'État envers ceci. Ça fait que, si je
comprends bien, je pense que le ministre avait une écoute attentive à ces préoccupations
pour assurer que ce ne serait pas trop large en termes d'interprétation, mais
aussi probablement que nous pouvons la
modifier pour rejoindre les préoccupations des groupes puis les recommandations
qu'ils ont partagées avec nous en ce qui concerne la bonification de ces
éléments du projet de loi.
On a parlé du crime organisé dans le commerce au
détail. Ça fait que j'étais vraiment contente d'avoir ces groupes qui ont passé, parce qu'on n'en parle pas
beaucoup, on n'en parle pas assez. Oui, c'est vrai, je suis très préoccupée
par l'extorsion, puis ce serait le prochain sujet dont je vais aborder, Mme la
Présidente. Ce n'est actuellement pas dans le projet de loi. Alors, est-ce que
c'est un angle mort? On sait qu'à travers le Canada c'est 9 milliards de
vols, dont les commerçants canadiens sont en train de... de vivre avec. Puis,
au Québec, c'est 2 milliards. 2 milliards, c'est... juste en TVQ, c'est 200 millions de dollars
que l'État ne récupère pas à cause des vols. Ça fait qu'il me semble qu'avec
tout ce montant d'argent il y a plein de choses que nous pouvons faire.
Je ne vais pas faire la liste de toutes les choses, mais, au-delà d'ajouter des
effectifs policiers, ça reste qu'il y a plein de choses dont nous pouvons
investir cet argent-là encore. Juste à
l'intérieur de ce projet de loi, au-delà d'un registre, bien, on peut faire
l'accompagnement de nos organismes communautaires, qui ont absolument
besoin du renfort. Parce que ça affecte les épiceries, ça affecte les magasins.
Et je ne peux même pas imaginer la façon que ça
fonctionne. Ils ont essayé de nous expliquer un peu comment ça fonctionne,
comment ils volent, admettons, des... des cartes-cadeaux. Bien, je dis :
Les cartes-cadeaux, comment ça se fait?
Parce qu'il faut quand même aller à un registre, puis il doit l'activer. Oui,
mais c'est la distraction. Ça fait qu'on va avoir une personne qui va
dire : Oui, oui, oui, puis une autre personne qui va leur donner, ils vont
les activer, puis finalement il va dire : Bien non, laisse tomber, puis
ils vont faire un switch des cartes. Écoute, ils sont créatifs.
Alors, je pense que nous, nous avons une responsabilité
aussi d'agir, alors, d'où l'importance... Je comprends la reconnaissance
faciale. Et, oui, c'est vrai, ce que le ministre a dit. Dans le passé, il y
avait des demandes de moratoire parce qu'il y avait des préoccupations par
rapport à le racisme qui peut être engendré avec un tel outil. Mais, il me
semble, quand on parle de cet élément à l'intérieur de ce projet de loi, on
évolue. On est en train de discuter, encore une fois : Est-ce que,
maintenant que c'est plusieurs années plus tard... que nous pouvons, encore une
fois, vider la question, trouver des
solutions? Parce qu'actuellement la raison qu'on soulève ceci, c'est parce que
les commerçants n'ont pas droit. Dans les autres provinces canadiennes,
ils ont le droit d'avoir un registre où on peut voir la face du délinquant ou
la personne qui vient voler. Ça fait que c'est connu. Mais, chez nous, ils
n'ont pas droit parce que cette personne doit donner son accord d'avoir sa face
publiée à l'intérieur du commerce. Ça fait que c'est... c'est un peu du
non-sens.
Je n'ai pas participé dans les autres débats à
l'époque, mais il me semble que c'est quelque chose que nous devons discuter
pour voir s'il y a des éléments d'ouverture à l'intérieur de ce projet de loi
pour rejoindre ces attentes, parce que, oui, quand on parle d'un omnibus, c'est
l'occasion de le faire. Nous sommes dans la dernière session dans cette législature. Il me semble qu'on n'aura pas
un autre projet de loi pour la sécurité publique. Alors, c'est une occasion
en or d'adresser toutes les préoccupations qui ont été soulevées pour nous en
commission parlementaire ou bien par le biais des mémoires ou des lettres que
nous avons reçus. Alors, c'est un élément qui est important.
La mutualisation, qui veut dire : On va
partager des services entre les corps de police, c'est vrai, c'est une bonne
chose, parce que ce qu'on souhaite, c'est d'utiliser tous les experts pour
attaquer à tous les fléaux que nous avons en ce qui concerne sécurité publique.
Mais, c'est vrai, il y a des préoccupations qui ont été soulevées,
comme... Nous avons besoin d'avoir des ententes. On ne souhaite pas avoir
des municipalités qui vont être perdantes parce qu'il y en a... ceux qui sont
plus organisés, avec plus d'effectifs, avec plus d'expertise que d'autres.
Et aussi l'autre préoccupation que les gens ont
soulevée, les policiers ont soulevée, c'est, si nous faisions ceci, qui est un
geste important, puis c'est ça qu'on souhaite, bien, on ne souhaite pas que ça
va amener des compressions budgétaires non plus, parce que, là, on vient de
dire : Bien là, parce que vous faites ça ensemble, vous n'avez plus besoin
d'avoir cette ressource. Ça fait que, ça aussi, on veut éviter ça comme un
effet secondaire de cette idée d'une mutualisation. Alors, il faut garder un
oeil pour ceci.
L'extorsion, l'extorsion, c'est vrai, c'est...
c'est un fléau. C'est quelque chose qui me préoccupe depuis plusieurs mois. Et
je souhaite utiliser au moins une minute de mon temps pour remercier le
ministre de son ouverture. Le ministre, il
est venu à ma rencontre. Il a rencontré mes citoyens. On a jasé de ceci. Il a
fait preuve d'une grande ouverture. Et, oui, nous allons travailler ensemble
pour s'attaquer à ceci, il y a un plan de match, et je suis très
reconnaissante, parce qu'il va y avoir un impact non seulement sur Westmount—Saint-Louis,
c'est le centre-ville de Montréal... Oui, c'est vrai, c'est un très bon geste.
Alors, je suis vraiment contente de ça. Ce n'est pas tout. On a dit, lors d'une
rencontre, qu'on est des adversaires, mais on n'est pas des ennemis. Puis,
c'est sûr, on peut être en désaccord, mais il y a des éléments dont nous
pouvons avoir... qui vont nous rassembler pour aller à la protection de nos
citoyens, parce que l'extorsion, c'est un fléau
inexplicable, Mme la Présidente. C'est des commerçants où leurs renseignements
personnels se retrouvent dans un registre public des entreprises. Alors, c'est
très facile pour le crime organisé de les retracer chez eux. J'en connais où, écoute, ils se sont fait tirer sur leurs maisons
pendant que les enfants sont à la maison. C'est épeurant.
• (11 heures) •
Mais ce n'est pas
juste ça. On... Il n'y a pas un jour qui passe où on n'entend pas une histoire
d'extorsion, où il y avait un feu qui était amené dans un commerce, un cocktail
Molotov, où on va faire du vandalisme ou des menaces. Ils ont peur, c'est
normal, puis ils ont peur de dénoncer aussi. Puis c'est lucide d'avoir cette
réaction. Alors, ça prend du courage de dénoncer. Mais de le faire, ça veut
dire : Il va y avoir des effets collatéraux aussi de ceci, parce que ce
n'est pas juste le geste en matière de sécurité publique, c'est aussi les
assurances, parce que les assurances sont affectées, sont affectées, dans le
sens que les assureurs... soit que les montants vont augmenter ou bien les
assureurs ne souhaitent plus leur assurer parce que ça coûte trop cher. Mais il
ne peut pas... il ne peut pas y avoir un commerce, il ne peut pas y avoir un
bar ou un restaurant qui est ouvert sans être assuré, surtout si on sait qu'ils
peuvent être victimes d'un acte criminel par le biais d'un crime... par le
biais du crime organisé. Alors, ça va être important, parce qu'il y a aussi l'impact
sur les voisins. Puis ce n'est pas juste les bars et les restaurants, c'est
aussi... c'est aussi, mettons, les nettoyeurs à sec, c'est aussi les
dépanneurs, c'est aussi les chaînes de restaurants, c'est aussi les
concessionnaires de véhicules, c'est un fléau qui est trop répandu. Alors, je
suis vraiment contente qu'il y ait un plan qui est en train de se mettre
ensemble pour s'attaquer à ceci puis j'ai grand espoir qu'on va avoir un grand
succès. Ça fait que c'est vraiment une bonne chose parce qu'il faut... il faut
agir rapidement. Puis, c'est sûr, le ministre, il le sait déjà, je souhaite
aborder un amendement, dans ce projet de loi, qui va protéger les
renseignements personnels lors du registre des entreprises pour que ça devienne
privé, parce qu'à la base ça, c'est une... le minimum que nous pouvons faire en
matière législative, parce que le fédéral aussi a un rôle à jouer, mais je
pense que ce serait une avancée importante pour les commerçants.
Polices autochtones,
c'est aussi un autre élément. On touche sur tous les sujets, mais, les polices
autochtones, c'est un projet de loi qui parle de la mise en oeuvre d'une régie
de police autochtone, c'est la reconnaissance de ces policiers. Alors, ça
aussi, c'est bienvenu. Puis ce qu'on souhaite, je comprends le désir du
gouvernement puis leur orientation, c'est pour
assurer qu'ils ont les moyens d'agir puis ils peuvent s'organiser, parce
qu'actuellement c'est la SQ qui va aller à la rencontre puis
l'accompagnement, puis ça se peut que ça va toujours être le cas. Mais
actuellement, chaque fois qu'on fait appel à la SQ pour faire de
l'accompagnement sur des réserves ou des bandes, bien, la SQ ne sont pas
financés pour ça. Ça fait que ça se peut, c'est normal, on va être en excédent
budgétaire parce que chaque fois qu'on fait un appel, bien, on n'est pas
financé, puis ça veut dire qu'on n'a pas des effectifs qui vont aller à la
protection ailleurs. Cela étant dit, c'est
un geste qui est bienvenu. Il me semble que ça fait très longtemps, depuis
qu'ils ont cette demande.
Mais
ils ont partagé, lors des auditions, qu'ils ont besoin d'avoir la définition
d'«essentiel». Il y a des négociations qui se font avec le gouvernement
fédéral, et, c'est clair, il va falloir, encore une fois, qu'on vide la
question. La définition d'«essentiel», ça leur amène des pouvoirs
législatifs, ça amène un accompagnement, plus de pouvoir, mais il y a des coûts, il y a des coûts associés à ça, et je ne
connais pas tous les coûts. Ce serait bien, encore une fois, d'avoir ces informations
avant de décider que c'est un non, avant de ne pas amender le projet de loi. Ce
serait bien de bien comprendre le fondé de la demande, c'est quoi,
l'investissement nécessaire pour cette année et pour les années successives.
Alors, je trouve intéressant, parce que
c'est le sous-financement, encore une fois, de ces corps de police, puis ça va
être important de leur... de leur équiper.
Je suis rendue à la
conclusion, Mme la Présidente, mais, avant d'y aller, je veux parler un peu des
angles morts, parce qu'il y a des angles
morts dans ce projet de loi. J'ai déjà adressé les angles morts en ce qui
concerne les commerces de détail, mais il y a aussi le P-38. Le P-38, on
ne l'a pas adressé dans ce projet de loi. Le P-38, c'est où on évalue la
dangerosité d'une personne, où les policiers peuvent agir pour la ramener
contre leur gré à l'hôpital.
Tout le monde s'en
souvient, de le décès tragique de Maureen Breau, et on souhaite à tout prix de
mettre fin à ceci. Avec l'ancien ministre, nous avons adopté le projet de loi
n° 66, la loi de Maureen, qui parle de partage de l'information, mais on ne parle toujours pas de la réforme du P-38. Puis
on sait qu'il y avait un comité, on sait qu'il y a eu une analyse, on sait
qu'il y a des documents qui ont été produits puis qu'on sait que tout le monde
souhaite poursuivre avec une mise en oeuvre puis une actualisation de
cette loi, mais ce n'est pas adressé dans ce projet de loi, puis ça aurait été
une occasion en or. Je répète, on est dans la dernière session de cette
législature, on aura très peu de temps, lors du dépôt d'un projet de loi, même
si c'est cette semaine, de l'adopter d'ici la fin de la session, parce que
c'est sensible. Mais il y a des éléments que nous pouvons aborder à l'intérieur
de ce projet de loi, même si c'est juste un départ,
avant de poursuivre avec le vrai débat, où ma collègue la députée de D'Arcy-McGee va mener avec beaucoup de doigté, parce qu'on parle des droits
des personnes qui souffrent des problèmes de santé mentale. Mais on peut penser
qu'on a un élément que nous pouvons adresser à l'intérieur de ce projet de loi,
mais c'est manquant.
La FADOQ,
intéressant, nous ont envoyé une lettre puis ils ont dit que ce qui manque
aussi dans ce projet de loi, c'est la prévention, sensibilisation pour nos
aînés en ce qui concerne, mettons, les transactions immobilières. On a entendu,
dernièrement, il y a des aînés qui ont été victimes des fraudeurs. On a des
aînés qui sont victimes des fraudeurs, que
ce soit par téléphone, par Internet, et ça, c'est quelque chose qu'ils auront
voulu qu'on adresse à l'intérieur de ce projet de loi. Je n'avais pas
pensé à ça avant de lire leur lettre, alors je trouve ça intéressant, mais
c'est vrai, c'est un autre angle mort.
Et, autre angle mort,
parce qu'il ne faut pas oublier, le titre de ce projet de loi, c'est le
«sentiment de sécurité», il y a aussi le
0,05. Tu sais, le 0,05, mon collègue le député de Nelligan avait... il a déposé
un projet de loi où on peut parler non seulement de le sentiment de
sécurité de la population, mais c'est très concrètement la sécurité de la
population. Bien, ça aussi, on aurait pu l'aborder dans ce projet de loi, mais
ça n'en fait pas... puis c'est un omnibus, on aurait pu aller vers l'avant avec
ceci. Tu sais, c'est sûr, je comprends que l'argent, c'est le nerf de la
guerre...
La Vice-Présidente
(Mme Soucy) : Oui, M. le ministre.
Une voix : ...
La
Vice-Présidente (Mme Soucy) :
Oui. Pouvez-vous le faire tout de
suite après son intervention, M. le ministre? Je peux vous laisser la
parole immédiatement après l'intervention. Allez-y, Mme la députée.
Mme Maccarone : Alors, on sait
que l'argent, c'est vraiment le nerf de la guerre puis c'est très important. On
sait qu'à l'intérieur de ce projet de loi, malgré tous les bons gestes qui sont
dedans, puis, encore une fois, je répète, on est favorables à l'adoption du
principe de ce projet de loi puis on a hâte à poursuivre à l'étude détaillée,
ça ne nous amène pas plus d'effectifs, ça ne nous amène pas plus de policiers.
Ça nous fait poser énormément de questions, puis il faut... il faut vraiment
vider la question.
On a des villes qui ont demandé au gouvernement
de leur aider en matière de sécurité publique. On avait de l'argent pour
Montréal, on avait un peu de l'argent pour Laval, malgré que ça a été considéré
vraiment pas assez, parce que, c'est sûr, la vie d'un Lavallois ne vaut pas
moins d'un Montréalais, mais la ville de Québec avait quand même fait des
demandes, puis ils ont répété leurs demandes, et répété leurs demandes, puis ça
reste que c'est toujours une demande non
répondue, par le maire Marchand, et ça a été confirmé par le SPVQ lors de leur
passage en auditions. Il y a Saguenay, il y a Sept-Îles, il y a beaucoup
de gens qui demandent du renfort et de l'aide.
Avec la croissance de violence que nous voyons
actuellement sur la place publique, il faut... il faut vraiment prioriser, et
ça faisait partie... lors du discours inaugural du premier ministre, c'était
parmi les priorités. Alors, si c'est une vraie priorité... Je comprends qu'on a
eu un comité de sages puis qu'on a parlé d'avoir des idées à coût nul, mais, si on doit penser à des investissements, si c'est
une vraie priorité, bien, nous devons aussi équiper les forces de l'ordre
d'agir.
Alors, je répète, Mme la Présidente, malgré que
je sais que c'est critique, j'ai un grand respect pour le travail qui a été
entamé. Je sais que le ministre a à coeur la sécurité publique. Moi aussi,
alors, j'ai hâte à poursuivre avec les débats
pour bonifier ce projet de loi, et j'ai hâte aussi, Mme la Présidente,
d'entendre qu'est-ce qui doit être corrigé, parce que, encore une fois,
des fois c'est une question de perspective, mais il y a plein de choses que
nous pouvons faire pour modifier un projet de loi, et il y a plein d'éléments
que nous pouvons aborder, et il y a des façons de faire. Alors, j'ai hâte de
poursuivre à la prochaine étape. Merci beaucoup.
La Vice-Présidente (Mme Soucy) : Je
vous remercie, Mme la députée. M. le ministre, vous m'aviez demandé la parole
pour faire une brève explication pour des propos, alors je vous laisse la
parole.
M. Lafrenière : Ça va être une
lecture rapide, Mme la Présidente. Je vous lis le titre du projet de loi n° 13 :
Loi visant à favoriser la sécurité et le
sentiment de sécurité de la population et modifiant diverses dispositions. Ça faisait deux fois qu'il y avait une
référence en disant que c'était juste le sentiment de sécurité. Je veux vous
rassurer, c'est le sentiment et la sécurité, Mme la Présidente. Merci.
• (11 h 10) •
La
Vice-Présidente (Mme Soucy) :
Merci, M. le ministre. Donc, nous
poursuivons. Mme la députée de Sherbrooke, à vous la parole.
Mme Christine Labrie
Mme Labrie : Merci beaucoup,
Mme la Présidente. C'est un projet de loi qui touche de nombreux sujets, ma
collègue vient d'en faire l'étalage.
Je veux commencer par prendre la parole à propos
du registre qui figure dans ce projet de loi. Je comprends l'intention du
ministre, là, de protéger les citoyens face à des délinquants sexuels qui n'ont
pas pu être réhabilités et qui doivent quand même être remis en liberté malgré
un risque élevé de récidive. Je vais être honnête, moi, au départ, je ne
comprenais pas pourquoi le ministre avait ciblé spécifiquement les délinquants
sexuels, puis j'avais tendance à privilégier... ou à avoir de l'intérêt pour
que le registre couvre aussi les personnes à risque de récidive en violence
conjugale, qui est un fléau. Mais, à la lumière des consultations, je dois vous
dire que ma pensée a vraiment beaucoup évolué là-dessus, puis, à ce stade-ci,
moi, je pense que le registre est une fausse bonne idée et qu'on ne devrait pas
aller de l'avant avec ça, d'un point de vue législatif. Le ministre lui-même
l'a dit, à plusieurs reprises, qu'il avait, dans le passé, des réticences par
rapport à un registre public comme celui-là, je pense qu'il avait
potentiellement de bonnes intuitions qui mériteraient d'être suivies.
D'abord, effectivement, les effets sur la
prévention ne sont pas démontrés. Ça a été démontré par la recherche qu'il n'y a pas d'effet sur le risque de récidive,
quand même une recherche qui regroupait plusieurs centaines de milliers de personnes suivies dans des registres, là, en
Amérique du Nord. Donc, pas d'effet sur les risques de récidive, mais quand
même, plusieurs effets collatéraux,
notamment la revictimisation des victimes, la question des proches des
agresseurs, aussi, qui n'ont rien à voir là-dedans, mais qui pourraient
se retrouver ciblés. Et moi, je dois vous dire que là où j'ai basculé au niveau
de ma position, c'est quand il a été question de l'effet de stigmatisation des
agresseurs, qui augmente le risque de récidive. Moi, j'étais hésitante et, à
partir de ce moment-là, j'ai commencé à être convaincue que c'était une
mauvaise idée. Les experts sont venus nous dire, sans aucune ambiguïté, que le
fait, par exemple, d'avoir de la difficulté à
se trouver un logement et à le garder, le fait d'avoir de la difficulté à se
trouver un emploi et à le garder, l'isolement, c'est des facteurs de
risque qui favorisent la récidive. Et, on va se le dire, c'est assez clair que
l'effet de se retrouver dans un registre public, ça a clairement ce résultat-là, de rendre beaucoup
plus compliqué de maintenir un logement, d'en trouver un, même chose
pour l'emploi, même chose pour l'isolement.
Donc, il me semble clair que de figurer dans un
registre comme ça, si ça réunit des conditions qui favorisent le risque de
récidive, on est tout à fait loin de l'objectif. Puis, moi, l'objectif, avec le
ministre, je le partage, j'avais de l'intérêt pour ça, mais, à partir du moment
où on nous dit qu'on crée des conditions où on augmente le risque de récidive
des personnes qui se retrouvent dans le registre, je pense qu'on n'est pas sur
la bonne piste de solution, sans compter que,
effectivement ça a été mentionné par ma collègue, la vaste majorité des
agressions sexuelles sont commises par une personne qui est très connue
de la victime, donc le registre viendrait nourrir un stéréotype voulant que les
agressions sexuelles sont commises par des
étrangers. Ça a un effet contre-productif pour la prévention, malheureusement.
Donc, si on ajoute à ça tout le potentiel de créer des situations qui ont un
effet d'augmenter le risque de récidive pour les
délinquants sexuels, je pense qu'il vaut mieux laisser tomber l'idée d'un
registre public. Puis les services policiers ont mentionné clairement
leur besoin d'avoir eux-mêmes accès à un registre qui serait plus efficace que
ce qu'il y a en ce moment, ça, je l'ai
entendu. Par contre, je ne vois pas la nécessité qu'il soit public. Donc, il y
a clairement un besoin, là, de s'assurer que le registre est fonctionnel,
qu'ils y ont tous accès, ce qui ne semble pas du tout être le cas en ce moment,
malheureusement, là, pour le registre qui
est en place. Je pense que ça, c'est un problème à régler, assurément, bien
avant de mettre en place un régime public.
Donc, moi, je recommande, à ce stade-ci, qu'on
retire tout ce qui concerne le registre du projet de loi, que le ministre
consacre plutôt les fonds qui étaient prévus pour ça, parce qu'il y en avait,
quand mêm, à l'amélioration du registre interne des policiers, parce que c'est
un besoin qui a été quand même nommé clairement, puis à l'augmentation aussi du
financement puis de la réhabilitation en milieu carcéral, parce que ça nous a
été nommé et que c'est déficient, à vrai
dire, la réhabilitation, puis c'est un moment où on doit agir, le moment où ces
personnes-là sont incarcérées. En ce moment, il n'y en a pratiquement pas, de
réhabilitation qui se fait, et c'est un problème. D'ailleurs, le financement
pour ça a été diminué alors qu'il y en avait déjà à peine. Donc, moi, je
pense que c'est là qu'on devrait agir. Je... c'est ça, j'incite le ministre à remettre en question, là, le projet du ministre,
parce que ses objectifs, on peut probablement les atteindre autrement et
mieux encore qu'avec un registre public.
Je l'incite à poursuivre sa réflexion par
rapport à la loi de Clare. J'ai entendu qu'il était ambivalent à l'idée de l'inclure dans ce projet de loi ci, plutôt que de
faire un projet de loi à part, qu'il hésitait entre les deux. Moi, je l'encourage
vivement à aller de l'avant dans le cadre de ce projet de loi ci. On connaît
tous, ici, la conjoncture, on est en fin de législature,
c'est très clair que, quand on va inclure, éventuellement, dans une loi, des
articles inspirés, là, de la loi de Clare pour soutenir les victimes, ça
va prendre un certain temps à mettre en place, ça va prendre plusieurs mois avant
que ça puisse entrer en vigueur, puis que ce soit effectif, puis que ça fasse
une réelle différence. Je pense qu'on ne peut pas se permettre de perdre peut-être
une année. Si on ne va pas de l'avant avant l'été, donc le plus tôt possible,
dans le cadre de ce projet de loi ci, ça pourrait prendre beaucoup de temps
avant qu'un prochain gouvernement puisse étudier un projet de loi là-dessus, puis, si on nous calcule encore peut-être...
peut-être un an avant que ça puisse entrer en vigueur, ça commence à nous
retarder beaucoup. Donc, moi, j'encourage le ministre à l'inclure dans le
projet de loi qui est à l'étude.
On parle de quoi ici avec la loi de Clare?
Essentiellement, deux choses : le droit de demander l'accès aux
antécédents judiciaires, donc toute personne qui craint pour sa sécurité ou
celle d'un proche pourrait demander à la police
si un partenaire actuel ou potentiel a des antécédents de violence ou d'abus,
comportement coercitif, harcèlement, condamnation
ou toute information policière pertinente à cet effet-là; et aussi le droit
d'être informé, sans consentement, par la police. Donc, la police
pourrait même, sans se le faire demander, divulguer à une personne qu'elle est
en danger si elle dispose d'informations pertinentes sur les antécédents
violents d'un partenaire.
C'est deux dispositions qui existent déjà
ailleurs. On nous a notamment fait état de la Saskatchewan, où c'est très, très
utile. On nous a suggéré de s'inspirer de ce qui a été fait en Saskatchewan
là-dessus. Ça permettrait vraiment de répondre au cri du coeur des victimes qui
veulent être mieux informées quand elles sont dans une relation avec quelqu'un.
Puis les policiers eux-mêmes ont lancé un cri du coeur important, quand même,
en auditions. Ils nous ont partagé, là, que ça leur brise le coeur, parfois,
d'intervenir dans une situation d'appel, par exemple, pour de la violence, de savoir que la femme qui est là est en danger si
elle reste dans cette relation-là, parce qu'eux connaissent les antécédents
de la personne qui est là, savent que c'est un récidiviste, et ne pas avoir le
droit de lui dire qu'elle est en danger dans cette
relation-là, eux-mêmes, ça les dérange. Ils ont mentionné avoir le besoin de
pouvoir dire aux personnes quand ils sentent qu'elle est en danger.
Donc, j'encourage vraiment le ministre à aller
de l'avant avec ça. On est déjà à six féminicides, on est encore dans les premières
semaines de l'année. On a la responsabilité de poser tous les gestes qui
peuvent réduire les risques pour les femmes. Puis évidemment ce n'est pas un
seul geste qui va éliminer les risques de féminicides, ça en prend plusieurs.
Il y en a déjà dans le projet de loi, d'ailleurs, notamment le référencement
des hommes violents aux organismes spécialisés pour les accompagner là-dedans,
notamment le fait de signaler aux victimes quand un agresseur est remis en
liberté. C'est des bonnes dispositions, mais celle de la loi de Clare viendrait
vraiment faire une différence majeure dans la vie de milliers de femmes. Puis
moi, je ne veux pas qu'on attende pour inscrire ça dans une loi, surtout que le ministre le sait, que ça va être long avant
que ça puisse entrer en vigueur. Donc, moi, c'était la raison pour laquelle
j'en appelle à ce qu'on procède maintenant. Peut-être que, si on le fait
maintenant, dans un an, ça pourra être en vigueur, alors que, si on ne le fait
pas maintenant, dans un an, on n'aura même pas de projet de loi pour ça.
Donc, voilà, après, il y a d'autres volets, évidemment,
dans le projet de loi. Concernant le volet qui touche les manifestations, nous,
c'est sûr qu'on a plusieurs questions par rapport à ça, là. On accueille
positivement l'interdiction de manifester à proximité des résidences des élus,
l'interdiction d'avoir en sa possession des objets qui pourraient poser des
risques pour le public aussi, mais c'est sûr qu'on a des craintes sur les
effets de... le risque de profilage qu'il pourrait y
avoir en lien avec ça. Tout est vraiment dans l'application de ça, qu'il n'y
ait pas d'abus. Donc, il faut bien baliser les modalités. On va avoir
l'occasion d'en discuter à l'étude détaillée du projet de loi.
On est aussi d'accord
avec la volonté d'interdire aux groupes criminels d'afficher leurs couleurs. Ça
crée des situations d'intimidation, là, au sein de la population. On a parlé
des commerçants. Dans les communautés autochtones, ça a été nommé aussi. Donc,
c'est un problème qu'on peut régler. Ça va être important de définir clairement
c'est quoi, un groupe criminalisé, pour
éviter qu'il y ait des dérapages politiques. Je pense que le ministre est déjà
sensible à ça. Il nous a laissé
entendre qu'il avait l'intention de se baser sur le SRCQ pour cette liste-là.
Ça semble la meilleure option, là, à privilégier pour éviter les dérapages.
• (11 h 20) •
Finalement, on
accueille aussi positivement la possibilité de mutualiser les services entre
corps policiers et la possibilité pour les corps de police autochtones de créer
une régie. Par contre, on invite aussi le ministre à donner suite à la demande
des groupes autochtones de reconnaître officiellement que leurs services
policiers sont des services essentiels. J'ai
cru comprendre que c'est une demande, là, de très longue date. C'est d'ailleurs
appuyé par le Protecteur du citoyen, qui nous a écrit à cet effet.
Donc, comme le
ministre de la Sécurité publique est aussi ministre des Affaires autochtones,
il est bien placé pour donner suite à ça. Ce n'est peut-être pas dans le cadre
de ce projet de loi que ce sera le meilleur endroit, mais clairement c'est une
demande urgente. Puis certains ont fait valoir que les groupes criminels
choisissent de mettre leur énergie aux endroits où ils sentent qu'il y a plus
de fragilité dans le système, et, de toute évidence, quand on ne donne pas les moyens à certains corps de police, ça
devient des endroits plus fragiles, donc plus exposés à la criminalité. Donc, on
peut agir là-dessus.
Donc, comme j'ai
nommé, il y a plusieurs éléments dans le projet de loi avec lesquels on est d'accord,
j'en ai nommé... j'en ai déjà nommé
plusieurs, donc on va voter en faveur du principe, mais je réitère quand même
qu'on a une réserve importante, là, sur le registre. Pour moi, ça
devrait être retiré. Ce n'est pas prudent de mettre ça là. Il n'y a aucun... On n'a aucune certitude qu'il y aurait un
effet sur la prévention, mais on a une certitude qu'il peut y avoir des effets
collatéraux dérangeants pour les victimes et aussi pour augmenter, même,
le risque de récidive des personnes qui se retrouvent
sur la liste, et ça, pour moi, ça incite à s'abstenir de créer un registre qui
serait public. Le registre pour les corps policiers, il reste important
qu'il soit fonctionnel. Donc, voilà. Merci beaucoup, Mme la Présidente.
La Vice-Présidente (Mme Soucy) : Merci
beaucoup, Mme la députée. Merci, Mme la députée. Maintenant, nous poursuivons
avec une prochaine intervenante. Mme la députée de Lotbinière-Frontenac.
Mme Isabelle Lecours
Mme Lecours
(Lotbinière-Frontenac) : Merci, Mme la Présidente. Si nous sommes
réunis aujourd'hui, c'est pour franchir une
étape décisive vers un Québec plus sûr, plus juste et plus cohérent. Le projet
de loi n° 13 n'est pas une idée abstraite ni une posture, il est la réponse
concrète à des urgences bien réelles. Mon intervention d'aujourd'hui s'appuie sur
la réalité du terrain et sur les contributions directes des organismes qui,
chaque jour, tiennent la ligne de front. Je parle
ici des différents corps de police, qui sont venus échanger avec nous, et je
pense aussi au Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence
conjugale, au Conseil du statut de la
femme et au Protecteur du citoyen, qui ont déposé des mémoires à notre
attention.
Dans tout État digne
de ce nom, la première obligation est de protéger celles et ceux qui subissent
de la violence. C'est le sens de deux
avancées majeures du PL n° 13 visant à renforcer la protection des victimes,
notamment en violence conjugale. Le projet de loi n° 13 propose
d'ajuster la Loi sur le système correctionnel du Québec afin d'offrir à une
victime la possibilité de s'exprimer devant la commission des libérations
conditionnelles dans un environnement sécuritaire lors des audiences concernant
son agresseur. Jusqu'à maintenant, le témoignage devait être soumis par écrit
et était simplement lu par la commission. Cette nouvelle approche aidera la
commission des libérations conditionnelles à rendre une décision mieux
informée.
Il ne s'agit
toutefois pas d'une obligation. Si une victime préfère ne pas utiliser cette
possibilité, elle conserve le droit de transmettre son témoignage par écrit.
Ultimement, on souhaite lui assurer que sa voix aura réellement été entendue et
intégrée au processus décisionnel de la commission, sans pour autant la forcer à
revivre un traumatisme en l'exposant à son agresseur. D'ailleurs, le Conseil du
statut de la femme appuie cette mesure, y voyant un gain concret pour les
victimes de violence conjugale ou sexuelle qui veulent faire entendre leur voix
à distance et en sécurité.
Le projet de loi
permet aussi aux policiers d'informer une victime des conditions imposées lors
de la remise en liberté d'un suspect avant sa comparution. Cela offre non
seulement à la victime l'accès aux conditions, mais aussi... mais lui donne également la possibilité de prendre
des mesures nécessaires et d'aviser les policiers de tout manquement.
En matière de
violence conjugale, le projet de loi autorise les services policiers à échanger
avec des organismes d'aide afin de leur
transmettre certains renseignements concernant un suspect. Cette mesure vise à
assurer une meilleure coordination et à renforcer la prise en charge des
suspects.
Dans le cadre du
rapport Rebâtir la confiance, on rappelait l'importance d'offrir des
services adaptés aux auteurs de violence et d'agir en amont afin de mieux
répondre aux besoins des personnes victimes. Les services qui permettent aux
auteurs de violence d'entreprendre une démarche de responsabilisation et de
changement contribuent aussi à réduire les risques que des... que les
comportements violents se poursuivent. C'est également un moyen concret de
renforcer la sécurité de la personne victime ainsi que celle de ses enfants.
Un projet pilote a
d'ailleurs été réalisé auprès de... 75 % des hommes rejoints ont accepté
de participer à une première intervention avec un intervenant. Cette mesure
d'accompagnement doit être considérée comme une mesure de prévention qu'elle offre aux personnes contrevenantes à l'aide...
l'aide nécessaire pour amorcer un changement durable.
Mme la Présidente, je suis fière de ce projet de
loi. Ça s'inscrit directement dans notre volonté de renforcer la sécurité des Québécois.
Je vous invite donc à l'appuyer pour les victimes, pour les familles, pour le
Québec. Merci.
La Vice-Présidente (Mme Soucy) : Je
vous remercie, Mme la députée. Est-ce qu'il y a d'autres interventions?
Mise aux voix
Comme il n'y a pas d'autre intervention, le
principe du projet de loi n° 13, Loi visant à
favoriser la sécurité et le sentiment de sécurité de la population et modifiant
diverses dispositions, est-il adopté?
Des voix : Adopté.
La Vice-Présidente (Mme Soucy) :
Adopté. M. le leader adjoint du gouvernement.
Renvoi à la Commission de l'aménagement du territoire
M. Lévesque (Chapleau) : Oui,
merci, Mme la Présidente. Et donc, conformément à l'article 243 de notre
règlement, je fais motion afin que le projet de loi n° 13,
la Loi visant à favoriser la sécurité et le sentiment de sécurité de la
population et modifiant diverses dispositions, soit déféré à la Commission de
l'aménagement du territoire pour son étude
détaillée et que le ministre de la Sécurité publique soit membre de ladite
commission pour la durée du mandat.
Mise aux voix
La Vice-Présidente (Mme Soucy) : Merci.
Cette motion est-elle adoptée?
Des voix : Adopté.
La Vice-Présidente (Mme Soucy) :
Adopté. M. le leader adjoint du gouvernement.
M. Lévesque
(Chapleau) : Oui. Merci beaucoup, Mme la Présidente. Je vous
demanderais de bien vouloir appeler l'article 11 du feuilleton,
s'il vous plaît.
Projet de loi n° 19
Adoption du principe
La Vice-Présidente (Mme Soucy) : Merci.
Alors, à l'article 11 du feuilleton, Mme la ministre de la Santé propose
l'adoption du principe du projet de loi n° 19, Loi visant notamment
l'amélioration de l'accès aux services médicaux et la prise en charge médicale
de la population.
Y a-t-il des interventions? Mme la députée de
Châteauguay, à vous la parole.
Mme Catherine Blouin
Mme Blouin : Bonaventure. Merci
beaucoup, Mme la Présidente.
La
Vice-Présidente (Mme Soucy) :
Bonaventure. Je m'excuse.
Désolée, je vous... des fois je vous mélange, alors, désolée. Mme la
députée de Bonaventure, je vous cède la parole.
Mme Blouin : Aucun souci. Vous
n'êtes pas la seule, Mme la Présidente. Merci beaucoup.
Alors, on a déposé le projet de loi n° 19, Loi
visant notamment l'amélioration de l'accès aux services médicaux et la prise en
charge médicale de la population, pour assurer à
l'ensemble de la population du Québec, et prioritairement aux personnes les
plus vulnérables, un meilleur accès aux soins de santé.
Le projet de loi va permettre de concrétiser les
gains obtenus pour les Québécois et pour les Québécoises dans l'entente conclue
avec la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec, la FMOQ, en décembre
dernier. Et, Mme la Présidente, tout ça, on le fait pour les patients.
Chaque mesure qu'on inscrit dans la loi vise la
même chose : améliorer l'accès aux soins et la prise en charge, en priorité pour les personnes les plus
vulnérables. Alors, l'objectif demeure que 500 000 personnes de plus,
dont 180 000 vulnérables, soient prises en charge d'ici le 30 juin
prochain pour améliorer concrètement l'accès aux soins. Et déjà il y a plus de
78 000 Québécois qui ont reçu une lettre confirmant leur prise en
charge.
On change aussi le mode de rémunération des
médecins en introduisant la capitation pour favoriser l'affiliation et la prise
en charge en mettant de l'avant la participation de l'ensemble des professionnels
de la santé. Alors, c'est un changement majeur qui va
contribuer à améliorer l'accès aux soins pour l'ensemble des Québécois et pas
seulement pour les personnes nouvellement prises en charge. Il y a aussi un
comité de suivi, coprésidé par le gouvernement et par la FMOQ, qui est mis en
place pour assurer le succès de l'entente et le respect des engagements de part
et d'autre. Des indicateurs clairs demeurent et permettront de mesurer l'accès
et la performance. Il s'agit d'un gain important pour notre gouvernement et
aussi pour les Québécois.
Les mesures suivantes sont également
maintenues : l'élaboration de plans de couverture pour assurer l'offre de
soins, l'habilitation de la ministre à établir des programmes visant à
favoriser la pratique en groupe de la médecine de famille et spécialisée, le
renforcement de l'encadrement des frais accessoires, des forfaits et des
abonnements avec obligation de fournir une
facture détaillée, l'ajout des pharmacies communautaires dans les lieux visés
par l'interdiction de recours à la main-d'oeuvre indépendante, la
permission accordée aux établissements de solliciter des dons auprès de leurs
usagers et usagères au bénéfice de leurs fondations.
Alors, tout ça, en conclusion, Mme la
Présidente, c'est un projet de loi que nous avons déposé et qui s'inscrit dans
une démarche plus large pour améliorer l'accès aux soins, tant en première
ligne qu'en médecine spécialisée. En travaillant
sur la continuité des services et la collaboration interprofessionnelle, nous
nous donnons les moyens de prendre en charge l'ensemble de la
population. Alors, merci beaucoup, Mme la Présidente.
• (11 h 30) •
La Vice-Présidente (Mme Soucy) : Merci
beaucoup, Mme la députée de Bonaventure et également adjointe parlementaire de
la ministre de la Santé. Donc, nous allons poursuivre avec Mme la députée de
D'Arcy-McGee.
Mme Elisabeth Prass
Mme Prass : Merci, Mme la
Présidente. Donc, aujourd'hui, nous sommes là pour l'adoption de principe du
projet de loi n° 19, Loi visant notamment l'amélioration de l'accès aux
services médicaux et la prise en charge médicale de la population, un projet de
loi qui s'inscrit dans une longue série de projets de loi déposés par le gouvernement
de la CAQ qui ne changent rien, au bout de la ligne, pour ce qui est de la
disponibilité des services sociaux, que ce soit la loi n° 15,
qui a créé Santé Québec, le projet de loi n° 106, le
projet de loi n° 2, qui a été bâillonné par le
gouvernement, ensuite suspendu. Bien, aujourd'hui, on se retrouve avec un
projet de loi n° 19, projet de loi qui est tout à
fait le contraire de la loi n° 2, qui a été bâillonnée par ce
gouvernement et ensuite suspendue, une loi que... et nous étions la seule
formation politique, après l'adoption du projet de loi n° 2,
pour demander que ce soit suspendu et qu'on recommence, qu'on s'assoie à la
table et qu'on négocie exactement ce que le gouvernement a été forcé de faire,
et c'est ce qu'on voit aujourd'hui avec le résultat du projet de loi n° 19.
D'entrée de jeu, permettez-moi de le dire
clairement, ce débat n'est pas un débat sur les intentions du gouvernement mais
un débat sur les résultats attendus et surtout sur les leviers concrets, parce
que ce que nous avons vu dans les dernières années avec le gouvernement de la
CAQ en matière de santé, c'est que les intentions sont bonnes, mais les
résultats ne sont pas à l'heure. Donc, avant d'entamer l'adoption du projet de
loi n° 19, il faut parler de la réalité que vivent les Québécois et les
Québécoises sur le terrain aujourd'hui. Et, dans toutes les régions du Québec,
les constats sont les mêmes, des familles... les constats sont les mêmes en
matière de santé et services sociaux, des familles en attente pendant des mois,
parfois des années, pour accéder à un psychologue ou à un psychiatre. En
attendant, ils voient les membres de leur famille en détresse et ne savent pas
comment les aider. Et ils ont fait la bonne chose, ils ont soit ramassé le
téléphone, ils se sont soit présentés chez un médecin pour dire : J'ai
besoin d'aide, j'ai besoin de voir un psychologue. Et la réponse du réseau de
la santé : On va vous mettre sur une liste d'attente puis on vous
appellera quand il y aura quelqu'un de disponible.
Les enfants avec des besoins particuliers qui
attendent un travailleur social, un éducateur spécialisé ou une orthophoniste.
Nous savons que le ministre précédent des Services sociaux a créé le programme
Agir tôt pour aller dépister nos jeunes de zéro à cinq ans. Le dépistage
se fait, il y a plus de 30 000 jeunes qui ont été dépistés, mais les
services ne suivent pas. Les listes d'attente pour un orthophoniste, surtout
dépendamment de la région dans laquelle on
se retrouve, peuvent durer des mois, des fois des années, et le programme que
le ministre avait mis en place, Agir tôt, plusieurs professionnels
aujourd'hui y réfèrent comme «agir tard», des personnes en détresse
psychologique qui se font répondre : Il n'y a pas de services... de
services disponibles maintenant. Donc, la détresse ne choisit pas quand il y
aura des services qui vont être disponibles pour aider à les traiter, la
détresse est là, elle a besoin d'être répondue tout de suite, ce que notre réseau de santé ne fait pas présentement, et des
organismes communautaires qui absorbent la pression faute d'alternatives publiques suffisantes qui
n'en peuvent plus. Et, pendant ce temps-là, Mme la Présidente, le gouvernement de
la CAQ multiplie les projets de loi, sans ne jamais augmenter l'offre réelle
des services sociaux.
On a vu le projet de loi n° 15, qui a créé Services
Québec, Services Québec qui a unanimement décidé de couper des heures de chèques emploi-service à des familles avec des
personnes handicapées, des jeunes enfants handicapés. J'ai interrogé la
ministre à plusieurs reprises dans cette Chambre à propos de ces coupures. Elle
nous a dit que ce n'était pas elle qui a décidé de faire ces coupures, c'est Santé
Québec qui a décidé, et donc elle ne va pas répondre parce que ce n'était pas
une décision qu'elle a prise. Mais, entre-temps, toutes ces familles qui ont vu
leurs heures coupées du quart, de moitié, des parents qui sont brûlés, qui ne
savent plus où se tourner, bien, ils ne peuvent pas se tourner vers Santé
Québec ni la ministre non plus parce que chacun prend des décisions sans parler
à l'autre et on s'en lave les mains.
Le projet de loi n° 19, comme les projets
de loi caquistes qui l'ont précédé en santé, parle de réorganisation,
d'harmonisation, de coordination et de simplification, mais nulle part, et je
dis nulle part dans le projet de loi, on ne trouve des mesures structurantes
pour former davantage de professionnels en services sociaux, pour recruter et
retenir plus de psychologues et psychiatres dans le
réseau public, pour augmenter l'accès aux travailleurs et travailleuses sociaux
ou pour réduire concrètement les listes d'attente. On change la manière de
gérer la pénurie sans jamais s'attaquer à la pénurie elle-même. Les projets de
loi de ce gouvernement en matière de santé ont fait plus de mal à la population
que de bien : La loi n° 15, qui a créé le monstre qui est Santé
Québec, en centralisant, en enlevant la flexibilité au réseau sur le terrain et
qui prend des décisions qu'ensuite le ministre de la Santé décrie; la loi
n° 2, qui a forcé l'ancien ministre des Services sociaux à démissionner et
qui a coûté combien de médecins au Québec qui ont quitté ou pris leur retraite
active.
Justement, ce matin, il y avait un article qui a
paru qu'au Nouveau-Brunswick il y a 24 permis pour des médecins québécois qui ont été émis dans les
derniers mois, 24 médecins, juste au Nouveau-Brunswick, que nous avons
perdus, 24 médecins qui représentent à peu près 1 500 patients
chacun. Donc, clairement, même si le gouvernement a renversé sa décision sur la
loi n° 2, le mal est fait, et on va le ressentir
davantage.
Mme la
Présidente, on peut réorganiser un système autant qu'on veut, on peut
fusionner, centraliser, décentraliser, rebaptiser, mais le nombre de
professionnels demeure le même et les résultats, eux, demeurent inchangés. On
ne réduit pas la détresse psychologique avec
des organigrammes et on n'aide pas une famille en crise avec une réforme
administrative. Ce que les Québécois
et Québécoises demandent, ce sont des services de qualité et non des services
en santé de fast-food. Il faut que le
gouvernement prône la qualité des services plutôt que la quantité. Et le projet
de loi s'inscrit malheureusement dans une logique déjà bien connue sous
ce gouvernement : on promet une amélioration de l'accès, on adopte une réforme, on annonce des changements
organisationnels, et, sur le terrain, les détails... les délais restent les
mêmes. Les projets de loi successifs en santé n'entraînent aucune...
n'ont entraîné aucune augmentation significative de l'offre des services
sociaux. Les services sociaux, c'est toujours le parent pauvre et les
populations de personnes vulnérables le ressentent au quotidien.
De plus, il y a un groupe de patients, dans le
projet de loi n° 19, qui semble complètement oublié : les personnes
vivant avec des maladies chroniques. On parle de 180 000 personnes
vulnérables, mais clairement on ne prend pas en compte ces personnes-là. Parce que, comme la collègue vient de dire,
oui, il va y avoir 500 000 rendez-vous
qui vont être disponibles pour
les Québécois et Québécoises, mais un rendez-vous, ce n'est pas une prise en
charge. Et une personne qui a une maladie
chronique, ce n'est pas simplement aller au médecin et vérifier si tout va
bien. C'est avoir un médecin, c'est avoir des spécialistes, c'est avoir,
par exemple, si c'est le diabète, une nutritionniste. Il y a plusieurs
personnes, dans le réseau de la santé, qui
sont impliquées dans le suivi de cette personne-là et il n'y a rien, dans le
projet de loi n° 19, qui ferait en sorte que ces services seront
offerts. Un rendez-vous n'est pas une prise en charge. Alors, ne vous laissez
pas emporter par ce que le gouvernement essaie de mettre de l'avant, parce que
ce n'est pas factuellement vrai. Donc, qu'est-ce que le projet de loi offre
concrètement? Une garantie de suivi continu? Non. Aucune amélioration tangible
de l'accès aux professionnels non médicaux non plus.
Et,
justement, parlons des personnes vivant en situation de handicap, les personnes
parmi les plus vulnérables dans notre société. Et pour vous parler de l'état du
réseau de la santé actuel, je voudrais citer l'exemple de M. Normand
Meunier, M. Meunier, parce qu'il incarne tragiquement ce qui arrive quand
le système échoue. Normand Meunier était tétraplégique, il dépendait
entièrement du réseau pour les soins spécialisés adaptés et continus. Or, selon
le rapport du coroner, M. Meunier a été laissé pendant 96 heures sur
une civière non thérapeutique, quatre jours sans surface adaptée, sans suivi
adéquat. Les plaies de pression qui ont développé, par la suite, n'ont pas
apparu par hasard, elles sont le résultat de
retards, de manque d'équipements, de manque de formation et de défaillance
systémique. Tragiquement, M. Meunier a demandé pour l'aide médicale
à mourir, suite aux plaies qu'il a développées à l'hôpital. Cette situation
était tout à fait évitable. L'aide médicale à mourir ne devrait pas être une
alternative aux soins qui ne sont pas donnés.
• (11 h 40) •
Le rapport du coroner parle de défaillance
majeure à chaque étape de la prise en charge de M. Meunier, pas à une
étape, mais à chaque étape. Le coroner a formulé 31 recommandations sur la
formation du personnel, sur l'accès aux
équipements spécialisés, sur la prise en charge des patients blessés
médullaires et sur la fluidité des soins. Ce rapport demande des soins
adaptés humains et continus. Et pourtant, dans le projet de loi n° 19 et
les autres projets de loi en matière de santé de la CAQ, ces enjeux-là sont
pratiquement absents. Dans toutes les réformes en santé de la CAQ, les services sociaux demeurent systématiquement
relégués au second plan. On parle beaucoup de médecins, d'infrastructures
et de gouvernance hospitalière, mais très peu du patient, de la santé mentale,
des services psychosociaux, du soutien aux familles et de la prévention. Un
système de santé qui néglige les services sociaux se condamne à l'échec.
Quand le gouvernement de la CAQ a déposé son
projet de loi n° 15 pour centraliser davantage et
enlever la flexibilité aux organismes sur le
terrain, ils n'ont même pas pu prétendre que les services sociaux étaient assez
importants pour que ce soit nommé Santé et services sociaux Québec,
c'est Santé Québec. Par contre, le ministère... le ministre de la Santé... la ministre de la Santé, c'est la
ministre de la Santé et des Services sociaux. Les CISSS et les CIUSSS sont des
centres intégrés de santé et de services sociaux. Mais, en créant Santé Québec,
le gouvernement a clairement montré, démontré que son intérêt ou la
priorité pour les services sociaux n'était pas au rendez-vous. Déjà, on voyait
que ça allait mal... ça allait mal tourner pour les personnes qui dépendent sur
les services sociaux. Et, derrière l'absence de mesures concrètes, il y a des
conséquences bien réelles : des parents qui sont épuisés et brûlés parce
que le chèque emploi-service qui leur a été offert pour s'occuper de leurs
bien-aimés qui vivent en situation de handicap ont été coupés, des personnes
vulnérables et des jeunes avec des enjeux de santé mentale qui se retrouvent
aux urgences faute de services.
Donc, on a le courage de demander de l'aide, on
se fait dire : On va vous mettre sur une liste d'attente, mais la détresse
n'attend pas, et ces personnes et ces jeunes-là doivent se tourner vers les
hôpitaux et les urgences pour recevoir un traitement dans des délais
nécessaires. Des travailleurs du réseau qui sont à bout de souffle et ne se
sentent pas appréciés, qui systématiquement nous parlent
des conditions de travail qui ne les valorisent pas. Quand les services sociaux
sont insuffisants, ce sont les urgences, les écoles qui absorbent la pression.
Si le gouvernement voulait réellement améliorer
l'accès aux services sociaux, le projet de loi n° 19 aurait dû inclure un
plan clair d'augmentation du nombre de professionnels, des mesures de rétention
pour le personnel psychosocial, des incitatifs pour travailler dans le réseau
public, une reconnaissance réelle de l'expertise en services sociaux et des
cibles mesurables pour... d'amélioration de l'accès.
Et justement, à cet égard des conditions de
travail, Mme la Présidente, hier, j'ai reçu une lettre de l'APTS du
Centre-Ouest de Montréal, qui couvre le territoire dont je suis députée, et je
vais vous citer la lettre :
«Nous souhaitons vous interpeler afin de
dénoncer les manquements persistants au sein du réseau de la santé et des
services sociaux.
«Durant la période des fêtes, nous avons pris le
temps de consulter nos membres. Nous leur avons posé une question simple mais
essentielle : Quels sont vos souhaits pour améliorer le réseau de la santé
et des services sociaux et vos conditions de travail? Les réponses reçues,
nombreuses et convergentes, brossent un portrait préoccupant de la réalité
vécue sur le terrain.
«D'abord, une revendication revient avec
force : la reconnaissance concrète du travail accompli. L'engagement du
personnel ne peut se limiter à des applaudissements symboliques. Il doit se
traduire par des conditions de travail et de rémunération adéquates.
«Nos membres soulignent également un manque
criant de valorisation du travail psychosocial, trop souvent relégué au second
plan par rapport à la santé physique. Le travail en santé mentale et en
psychosocial doit être valorisé autant que la santé physique. Nous travaillons
avec l'humain, pas avec des chiffres.
«En santé mentale, notamment, la pression
exercée pour produire des statistiques et voir toujours plus de personnes au
détriment de la qualité des soins est vécue comme une négociation du caractère
profondément humain de leur travail. La surcharge de travail, combinée à des
coupures répétées et à une lourdeur administrative grandissante, a des effets
directs sur la santé physique et psychologique du personnel.
«Les demandes
sont claires : des charges de travail réalistes, des équipes complètes,
des ressources informatiques adéquates, des échéanciers raisonnables et
un environnement de travail qui prend réellement soin de celles et ceux qui
portent le réseau à bout de bras. L'innovation ne devrait pas vouloir dire
faire plus avec moins.
«Cette lettre se veut une offre de dialogue,
mais aussi un signal clair. Le personnel est à bout de souffle. Il est urgent
de recentrer les priorités sur la qualité des services, la stabilité des
équipes et la reconnaissance du travail humain qui se fait chaque jour dans le
réseau de la santé et des services sociaux.»
Lorsqu'on prend un pas de recul, lorsqu'on
regarde ce projet de loi dans son ensemble mais aussi dans la continuité des
réformes adoptées par le gouvernement de la CAQ depuis plusieurs années, une
chose saute aux yeux : on réorganise, on centralise, on renomme, mais on
n'augmente pas l'offre de services en matière de services sociaux.
Permettez-moi d'être claire, le principal angle
mort de ce projet de loi, comme tant d'autres de la CAQ, ce sont les services
sociaux. On parle beaucoup de médecins, on parle beaucoup d'accès aux médecins,
on parle beaucoup de performance du réseau hospitalier, mais la santé, ce n'est
pas seulement le médical. La santé, c'est aussi, et de plus en plus, la santé
mentale, le soutien psychosocial, l'accompagnement des familles, la prévention
et l'intervention précoce. Or, le projet de
loi n° 19 ne contient aucune mesure structurante pour augmenter l'offre
des services sociaux. Aucune cible chiffrée, aucun plan de recrutement,
aucune stratégie de rétention, aucun engagement budgétaire clair.
Il y a deux semaines, des psychiatres ont
dénoncé le manque de nouveaux postes et le refus de Santé Québec de leur en offrir malgré les besoins criants. Ils
craignent de ne plus être en mesure de desservir adéquatement les populations
les plus vulnérables.
Le CHU m'a
demandé, au printemps dernier, l'ajout de trois postes de psychiatres, une
requête qui a été refusée. Cette demande s'inscrivait dans le cadre du plan
d'effectifs médicaux 2026-2028 adopté par Québec pour fixer le
nombre de postes autorisés par spécialités médicales pour ces trois années.
Dans la plus récente version, dévoilée en novembre dernier, seulement deux
nouveaux postes ont été accordés en psychiatrie adulte pour l'ensemble de la
province. C'est décevant et très préoccupant. On a une situation très critique
avec des besoins qui explosent actuellement et pour lesquels on n'aura pas les
effectifs médicaux pour y répondre.
Le chef de
département de psychiatrie au CIUSSS de la Capitale-Nationale avait également
demandé quatre postes en psychiatrie
adulte, dont deux destinés à couvrir les besoins en itinérance et en
toxicomanie. Elle n'en a obtenu aucun.
On voit, Mme la Présidente, que les services
sociaux, malheureusement, ne sont pas au rendez-vous dans les projets de loi que présente le gouvernement, des
services sociaux qui font en sorte que nos personnes les plus vulnérables, ceux
qui vivent une détresse psychologique, ceux qui ont... ceux qui vivent avec une
situation de handicap, ne sont pas prises au sérieux, et le gouvernement n'est
pas là pour répondre à leur réalité.
Le projet de loi n° 19 ne propose pas de
changement de structure, mais il ne propose aucune réponse réelle à la pénurie
de services sociaux qui mine notre réseau. Il ne crée pas de services. Il ne
garantit pas plus d'accès. Il ne répond pas aux besoins criants de la
population. À l'étape de l'adoption du principe, il y a... il est de notre
devoir de le dire clairement, réformer sans investir dans l'humain ou le
patient, ce n'est pas réformer, c'est déplacer le problème, et tant que ce
gouvernement refusera de mettre les services sociaux au coeur de ses réformes
en santé, les Québécoises et Québécois continueront d'attendre.
L'opposition officielle reconnaît qu'il faut améliorer
le fonctionnement du réseau, mais améliorer un système ne signifie pas
uniquement le réorganiser. Tant que le gouvernement refusera de s'attaquer à la
question centrale de l'offre des services
sociaux, les réformes resteront incomplètes, les promesses resteront théoriques
et les citoyens continueront d'attendre. Le projet de loi n° 19,
dans sa forme actuelle, est une réforme administrative de plus dans un réseau
qui a surtout besoin de ressources humaines, de services
accessibles et d'une vision qui place le patient et les services sociaux au
coeur du système de santé. Suite à l'adoption par bâillon du projet de loi n° 2, nous sommes la seule formation qui a demandé qu'il
soit suspendu, et aujourd'hui nous débattons d'un projet de loi qui répond à
cette réalité-là, qui a été suspendue, qui a été renversée.
Donc, ma formation politique votera en faveur de
ce projet de loi, mais il reste encore beaucoup d'éléments à débattre, parce
que, nous, ce qu'on veut, c'est que le patient soit celui qui est... qui est
considéré, dans tous ces projets de loi, et que les services sociaux ne
soient... soient plus qu'un oubli. Merci, Mme la Présidente.
La Vice-Présidente (Mme Soucy) :
Je vous remercie, Mme la députée. Est-ce qu'il y a d'autres
intervenants? Comme il n'y a pas d'autre intervenant, le principe
du projet de loi n° 19, loi visant notamment l'amélioration de l'accès aux
services sociaux et la prise en charge médicale de la population, est-il
adopté?
Des voix : Adopté.
La Vice-Présidente (Mme Soucy) :
Adopté. M. le leader adjoint du gouvernement.
M. Lévesque (Chapleau) : Mme la
Présidente, je crois qu'il y aura d'autres intervenants. On va suspendre
quelques moments, s'il vous plaît.
La Vice-Présidente (Mme Soucy) : Est-ce
qu'il y a consentement? Puisque j'avais déjà... Est-ce qu'il y a consentement?
Oui.
Donc, nous allons suspendre quelques instants.
(Suspension de la séance à 11 h 50)
(Reprise à 11 h 53)
La Vice-Présidente (Mme Soucy) :
Donc, je comprends qu'un groupe parlementaire voulait intervenir sur le
projet de loi n° 19. Étant donné que j'avais déjà... on avait déjà fait
l'adoption du principe, je demande le consentement pour que nous puissions
accepter que le député de Saint-Henri—Sainte-Anne puisse intervenir. Est-ce qu'il y a
consentement sur ça? Consentement. Je vous laisse la parole, M. le député.
M. Guillaume Cliche-Rivard
M. Cliche-Rivard : Merci
beaucoup, Mme la Présidente. Donc, effectivement, vous venez de le dire,
adoption de principe, projet de loi n° 19, projet de loi déposé la semaine
dernière, là, dans la foulée de ce qu'on a appelé, là, à l'époque, à la
dernière session, le projet de loi n° 2, qui, par ailleurs, avait été
amendé, là, à la toute fin de la dernière session, reporté d'application à la
fin février. Et c'est ce projet de loi là, le n° 19, là, qui va aller
baliser, du moins, une partie, là, de ce
qui... de ce qui est l'entente entre le gouvernement et la FMOQ. On est à
obtenir ou à attendre des détails, là, quant à la FMSQ.
On y reviendra dans les prochaines heures, dans
les prochains jours, on l'espère, mais là, véritablement, effectivement, on se
souvient, là, on débattait ici, après le bâillon du gouvernement sur le PL n° 2,
à la toute fin, là, in extremis, là, le dernier vendredi de la dernière
session, dans une procédure un, deux, trois, là, expéditive, on adoptait le
projet de loi qui allait abroger une partie substantielle de la loi n° 2,
à ce moment-là, qui allait en suspendre une partie aussi pour ramener le tout à
la fin février mais qui en abrogeait une grande partie. Et là on voit la
deuxième partie de ces modifications-là. Le gouvernement a effectivement déposé
ce projet de loi là la semaine dernière, et là on va venir à modifier une deuxième fois ce qui a été modifié et reporté
en décembre dernier puis on va l'étudier en détail, Mme la Présidente.
Quand même un projet de loi important, un projet
de loi qui va viser des portées législatives modificatives sur la loi, mais
tout n'est pas dans la loi, on va y référer tout à l'heure, là, mais il y a
plusieurs choses qui vont être par règlement. Il y a d'autres choses qui ne
nécessitent pas de modification législative et qui sont directement dans les
ententes. Donc, on possède une partie, là, du casse-tête, pas tout l'ensemble
des pièces du puzzle, Mme la Présidente, mais on fera avec ce qu'on a, puis on
aura des consultations particulières demain, et on pourra poser des questions
substantives aux groupes. Par ailleurs, on aura aussi l'étude détaillée assez
rapidement, ce jeudi, pour essayer, le plus rapidement possible, en toute
collaboration, de faire du mieux possible avec le projet de loi.
Si on recule un petit peu, Mme la Présidente,
quand même, tout ça pour ça, ça mérite d'être mentionné, et ça a été mentionné
à plusieurs reprises au courant des derniers mois, suivant un psychodrame
absolument abracadabrant, là, où, finalement, les unes de journaux se sont
succédé, là, jour après jour, sur des cliniques qui menaçaient de fermer, sur
des patients qui perdaient des soins de santé, sur du personnel médical qui
désertait, qui décidait d'aller faire leurs carrières, leurs vies ailleurs, à
cause d'un bâillon imposé, là, sans nécessité absolue, parce qu'on voit
aujourd'hui que la négociation a permis un règlement.
Force est de
constater que le gouvernement s'est trompé sur toute la ligne et que
l'ex-ministre de la Santé n'avait directement pas la bonne approche pour
obtenir gain de cause, pour obtenir un consensus qui permettrait aux Québécois et aux Québécoises d'aller de l'avant. Et, pendant
plusieurs années, là, le mal qui a été fait au système ces derniers mois va
coûter cher à la population québécoise puis aux Québécois. Il a coûté cher au gouvernement
aussi. Deux ministres ont démissionné, dans ce scandale-là, malheureusement, et
une députée aussi a décidé d'aller rejoindre les
rangs des indépendants. Beaucoup de Québécois et de Québécoises ont vécu ces
mois-là avec beaucoup d'anxiété. Et, fort malheureusement, on est à même
de se demander, aujourd'hui : Tout ça pour ça, vraiment?, alors qu'une
version négociée du projet de loi est possible. La démonstration est telle que
le projet de loi n° 19, négocié avec la FMOQ, est déposé la semaine
dernière et qu'il y avait moyen de s'entendre. Alors, véritablement, pourquoi
prendre cette voie-là? Pourquoi allumer des feux? Pourquoi faire un tel combat
tout l'automne alors que, finalement, il y avait les moyens de s'entendre?
Par contre, dans le
projet de loi n° 19, il y a des choses qui ne sont pas claires. Ce qui
n'est pas clair, ce sont les garanties pour les patients. La présidente du
Conseil du trésor l'a dit en entrevue, très récemment, le gouvernement n'a aucune garantie. Les patients non plus. Alors,
oui, c'est vrai qu'on souhaite inscrire des gens sur une liste, les patients
vulnérables, 180 000 d'entre eux, jusqu'à 500 000 patients
orphelins non inscrits, mais avec quelles garanties? Il n'y en a point, de l'admission même de la présidente
du Conseil du trésor. Alors, la question se pose. Qu'est-ce que les gagnants...
Qu'est-ce que les patients gagnent aujourd'hui véritablement?
L'accès à une liste
d'attente ou à une liste d'inscription peut être une chose intéressante, encore
faut-il que les services soient disponibles, Mme la Présidente. Quelqu'un
qui... à qui on lui dit : Très bien, tu es maintenant enregistré sur la
liste du GMF X, si cette personne-là ayant besoin de soins appelle audit GMF et
que celui-ci n'a pas de service ou de
disponibilité à lui offrir, on n'est pas bien, bien plus avancés, Mme la
Présidente. Alors, où sont les garanties de service?
Dans les derniers
jours, notamment dans Le Devoir, c'est un débat qui brûle entre le
gouvernement et les spécialistes, à
savoir : Est-ce que l'inscription garantit nécessairement un soin, un
accès aux soins ou est-ce que, véritablement, il ne s'agit pas là, tout
simplement, de transférer des gens d'une colonne à l'autre, d'inscrits à non
inscrits, sans nécessairement avoir l'assurance, pour les patients, les
patientes du Québec, que les services seront là et qu'ils seront au rendez-vous? Alors, des belles intentions.
Espérons très clairement obtenir la collaboration de toutes et de tous pour que
l'ensemble des Québécois ait davantage de
soins. N'empêche que, du propre aveu de la présidente du Conseil du trésor, des
garanties, il n'y en a point.
Ce qui n'est pas
clair, Mme la Présidente, non plus, c'est comment on va identifier les patients
vulnérables. Ce qui n'est pas clair non plus, c'est comment on va s'assurer de
mettre les 500 000 patients sur la liste. Ce qui n'est pas clair non
plus, c'est comment... ou combien de médecins vont être rémunérés partiellement
par capitation et comment, si on ne le sait pas, parce que ça aussi le
gouvernement ne le sait pas, il y aurait des exceptions pour ceux qui sont à la
retraite ou pour d'autres. Tous des 10 000 omni ne seront pas visés
par la procédure de paiement partiel par capitation. Alors, si on ne sait pas combien de médecins vont participer au dit
régime, comment peut-on prétendre, dans les considérants dudit projet de
loi, qu'on vise à inscrire 500 000 personnes, si on ne sait pas,
finalement, combien de médecins vont participer au programme? Alors, belles
intentions, nous en convenons, Mme la Présidente, mais j'y reviens : Où
sont les garanties pour les Québécois et les Québécoises? Où sont les garanties
pour les patients, les patientes du Québec?
• (12 heures) •
Et, Mme la
Présidente, avec la FMSQ, où est-ce qu'on est rendus? Très bonne entente... ou,
en tout cas, très agréable de revoir le gouvernement être capable de négocier
et d'arriver à une entente avec la FMOQ. Qu'en est-il des spécialistes? Poser la question, c'est y répondre.
Pour l'instant, bien qu'on voie leur bonification... leurs salaires bonifiés,
dans l'article 124, là, l'article 15 du projet de loi, qu'en est-il
véritablement...
La Vice-Présidente
(Mme Soucy) : Oui, merci, M. le député. Je voulais juste... Là,
votre intervention, vous l'avez terminée, donc je vais... Je veux juste vous
redemander, pour que ce soit très clair pour tout le monde, le consentement pour faire comme si la mise aux voix
n'avait pas eu lieu. Je l'ai eu tantôt. Donc, je vais remettre aux voix,
donc, le principe...
Une voix :
...
La Vice-Présidente
(Mme Soucy) : Non? Il va y avoir d'autres interventions un peu
plus tard? Donc, parfait.
Donc, à ce moment-là,
je vais suspendre les travaux jusqu'à 13 h 40.
(Suspension de la séance à
12 h 01)
(Reprise à 13 h 40)
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Alors, bonjour à toutes, bonjour à tous. Prenez
place, nous allons débuter nos travaux.
Affaires courantes
Déclarations de députés
Nous sommes à la
rubrique Déclarations des députés, et, sans plus tarder, je reconnais Mme la
députée de Bonaventure.
Souligner
le 170e anniversaire de la compagnie Brunet
Mme Catherine Blouin
Mme Blouin :
Merci beaucoup, M. le Président. Alors, aujourd'hui, je veux souligner un
moment bien significatif, entre autres, pour
les représentants des pharmacies Brunet, que je salue d'ailleurs, dans nos
tribunes, puisqu'on célèbre les 170 ans de l'enseigne Brunet.
Depuis sa fondation
en 1855, le réseau Brunet fait preuve d'une approche humaine et de proximité
avec ses 195 pharmaciens propriétaires affiliés.
Cette
entreprise incarne bien les valeurs de l'innovation et la qualité du service
offert aux patients et aux clients que nous retrouvons dans nos
pharmacies québécoises.
De la plus ancienne
pharmacie du Québec à un réseau solide et en santé de quelque
140 succursales affiliées, l'entreprise connaît un succès qui a traversé
le temps. Alors que le rôle des pharmaciens continue d'évoluer, Brunet renforce
ses liens avec les communautés qu'elle dessert à titre de référence en santé de
première ligne.
Alors,
je tiens à souligner le travail des pharmaciens propriétaires Brunet ainsi que
toutes leurs équipes, qui se dévouent quotidiennement
au bien-être de la population québécoise, Alors, toutes mes félicitations.
Merci beaucoup, M. le Président.
Le
Vice-Président
(M. Benjamin) : Merci, Mme la députée de Bonaventure. La parole
revient maintenant à Mme la députée de Mille-Îles.
Souligner le
15e anniversaire de Mieux-Naître à Laval
Mme Virginie Dufour
Mme Dufour :
Merci beaucoup, M. le Président. Alors, c'est avec beaucoup de fierté que
je prends la parole aujourd'hui pour souligner le 15e anniversaire de
Mieux-Naître à Laval, un organisme incontournable pour les familles lavalloises
et qui est situé dans ma circonscription de Mille-Îles.
Depuis sa fondation,
Mieux-Naître accompagne les parents en offrant un milieu de vie chaleureux, du
soutien et des services spécialisés en périnatalité. Ayant moi-même été
confrontée, il y a 16 ans, à l'absence d'une maison de naissance à Laval,
je mesure toute l'importance de la mission de cet organisme.
Mieux-Naître
voit grand pour l'avenir et vise désormais la construction d'une maison de
naissance et l'accès aux services des sages-femmes localement. Je rappelle par
ailleurs que Laval est une des seules régions qui n'a toujours pas accès à ces
services.
Je termine en
soulignant le travail de très longue haleine de Mme Lysane Grégoire, la
fondatrice et la directrice générale, ainsi qu'à toute son équipe pour leur
précieux engagement.
Longue vie à
Mieux-Naître à Laval!
Le Vice-Président (M. Benjamin) : Merci,
Mme la députée des Mille-Îles. Et je reconnais maintenant Mme la députée
de Labelle.
Souligner l'inauguration du
Centre d'interprétation du territoire
d'Amherst et du monument Le Gardien du souvenir
Mme Chantale Jeannotte
Mme Jeannotte :
Merci, M. le Président. Comme vous le savez, l'histoire et le patrimoine me
tiennent à coeur, tout comme de nombreux citoyens du comté de Labelle.
L'automne dernier, la
municipalité d'Amherst a inauguré le Centre d'interprétation du territoire, le
CITA, et le monument qu'on appelle Le Gardien du souvenir.
Quatre
thèmes sont proposés : la reconnaissance des Premières Nations, la
colonisation, l'exploitation forestière, le drame de la silicose et le
monument Le Gardien du souvenir, qui rend hommage aux mineurs
victimes de la silicose et aux familles marquées par cette tragédie dans les
années 30 et 40.
Eh
bien, je tiens à saluer le leadership du maire, Jean-Guy Galipeau, et tous ceux
et celles qui l'ont supporté, car, grâce à la mobilisation du milieu et
le leadership du maire, la concrétisation de ces deux projets sont
remarquables.
Merci et bravo à
toutes celles et ceux qui perpétuent la mémoire de notre histoire locale et
régionale.
Le Vice-Président (M. Benjamin) : Merci,
Mme la députée de Labelle. Et je cède maintenant la parole à Mme la députée
de Verdun.
Demander le rétablissement du
Programme de l'expérience québécoise
Mme Alejandra Zaga Mendez
Mme Zaga
Mendez : Merci, M. le Président. À Verdun, il n'y a pas un jour où je
ne reçois pas de témoignage des conséquences
de l'abolition du Programme d'expérience québécoise, le PEQ, de la part des
professeurs d'université, des infirmières, des éducatrices, des
intervenants, tout le monde nous écrit en détresse.
Des personnes, des
familles ici depuis cinq à huit ans, ils nous disent qu'ils se trouvent
déjà dans un vide administratif colossal et que tout leur avenir est suspendu.
Ceci a un effet direct sur les services à la population, je parle du travail
des organismes communautaires, comme Harmonie Richelieu et Toujours ensemble,
un effet sur nos CPE, nos CLSC, nos PME. Tout
le monde me dit qu'un membre de leur équipe, un travailleur, risque de quitter
le Québec si on ne fait rien. C'est la contribution directe à notre
tissu social et notre économie qui est compromise.
Tout ce qu'on demande, c'est de l'empathie et de
la cohérence, rétablir le PEQ rapidement pour toutes les personnes à qui le
Québec a fait une promesse d'accueil, dire clairement à ceux et celles qui sont
déjà ici, déjà intégrés au Québec, bien : Vous êtes chez vous.
Le
Vice-Président (M. Benjamin) : Merci, Mme la députée de
Verdun. Au tour, maintenant, de Mme la députée de Saint-Hyacinthe.
Souligner la Semaine scoute
Mme Chantal Soucy
Mme Soucy : Merci, M. le
Président. À l'approche de la Semaine scoute, du 16 au 22 février, qui se
déroulera sous le thème Le scoutisme, une
fierté qui nous unit!, je salue l'apport précieux du scoutisme francophone
à Saint-Hyacinthe.
Les scouts MaScoutains et scouts Défi offrent
aux jeunes une alternative aux écrans, M. le Président, et, aux parents, une
petite pause du fameux «encore cinq minutes».
Le scoutisme
transmet le respect, la discipline et l'entraide et forme des jeunes confiants,
responsables et engagés. Ces apprentissages resteront tout au long de
leur parcours de vie.
Derrière chaque activité, de nombreux bénévoles donnent temps et
coeur pour bâtir un vrai milieu de vie.
Merci à tous ceux et celles qui font vivre le
scoutisme chez nous. Vous êtes importants pour nos jeunes, et je vous remercie.
Le Vice-Président (M. Benjamin) : Je
reconnais maintenant Mme la députée des Plaines.
Souligner le Mois de l'histoire des Noirs
Mme Lucie Lecours
Mme Lecours (Les Plaines) : Merci
beaucoup, M. le Président. En ce Mois de l'histoire des Noirs, je souhaite
souligner l'apport inestimable des personnes noires à notre société.
On parle souvent d'histoire au passé. Pourtant,
elle s'inscrit et s'écrit encore chaque jour grâce à des femmes et des hommes
engagés qui font une réelle différence autour d'elles, autour d'eux.
Le Regroupement de la communauté noire de
Lanaudière, bien ancré dans ma circonscription, en est un bel exemple. Par son soutien aux familles et aux
personnes plus vulnérables, il place l'entraide au coeur de ses actions. Il
appuie des entrepreneurs, encourage
l'achat local et crée sans cesse des occasions de se rassembler dans un esprit
de vivre-ensemble. Ce regroupement cultive ainsi une solidarité qui
élève toute la collectivité.
C'est aussi cela, le Mois de l'histoire des
Noirs, reconnaître un leadership bien vivant ici et maintenant.
Le Vice-Président (M. Benjamin) : Merci,
Mme la députée des Plaines. Je reconnais maintenant M. le député d'Abitibi-Est.
Rendre hommage à M. Alain Rioux
M. Pierre Dufour
M. Dufour : M. le Président, ce
n'est pas tous les jours que l'on a la possibilité de souligner les
réalisations d'un ami ici, en ce lieu.
Toutefois,
vendredi dernier, mon grand complice du hockey mineur de Val-d'Or,
M. Alain Rioux, a eu le privilège d'être intronisé au Temple
de la renommée George Chartrand. Sous la responsabilité du Club Kiwanis de
Val-d'Or, cette distinction a pour mandat de reconnaître le travail des
bénévoles dans le milieu valdorien qui contribuent de façon exceptionnelle au
développement du sport. Instauré en 1983, Alain est devenu le 86e membre
honoré et ainsi a rejoint notre groupe d'élus.
Ayant débuté ses implications dès l'âge de
12 ans, Alain s'est particulièrement impliqué dans toutes les sphères du
milieu du hockey et aussi comme pilote à moto pour accompagner la sécurité des
cyclistes lors des tours cyclistes tels que le Tour de l'Abitibi.
Alain, en
l'honneur de la mémoire de George Chartrand, il serait fier de te dire sa
célèbre citation. «Fifty-fifty», Alain. Merci.
Le
Vice-Président (M. Benjamin) : Merci, M. le député
d'Abitibi-Est. Et je reconnais maintenant M. le député de Côte-du-Sud.
Souligner
le 50e anniversaire de l'Alliance chorale du Québec
M. Mathieu Rivest
M. Rivest :
Merci, M. le Président. C'est avec beaucoup de reconnaissance que je souligne
le 50e anniversaire de l'Alliance chorale du Québec, un pilier vibrant de
notre vie culturelle.
L'alliance unit des
voix, des générations et des régions autour d'une passion commune, le chant
choral, qui nourrit notre identité collective, enrichit nos communautés et fait
rayonner la culture québécoise. En tribune avec nous Mmes Louise Rousseau
et Diane Chevrier. À travers ses événements, ses formations, sa mission
d'accompagnement, l'alliance a su faire
croître un réseau inclusif où l'expression artistique trouve écho dans chaque
voix et dans chaque coeur.
En cette année de
festivités, nous célébrons non seulement le passé, mais aussi des activités à
venir de milliers de choristes et bénévoles qui font vivre cette tradition avec
créativité et passion.
Je salue quatre
ensembles vocaux de la Côte-du-Sud, le Choeur Amisol, le Groupe vocal
Mouv'Anse, la Troupe Hallélou et le Choeur Joly, qui sera en prestation le
14 février prochain, où je serai président d'honneur d'une soirée plein
d'amour. Merci, M. le Président.
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Merci, M. le député de Côte-du-Sud. Et je
reconnais maintenant Mme la députée d'Anjou—Louis-Riel.
Souligner la Semaine scoute
Mme Karine Boivin Roy
Mme Boivin Roy : Merci, M. le Président.
Dans ma circonscription, nous avons la chance de compter sur la présence et
l'engagement de deux groupes scouts, soit le 150e groupe scout
Notre-Dame-d'Anjou et le 140e groupe scout de Mercier-Ouest.
Ces groupes
participent activement à la vie communautaire d'Anjou—Louis-Riel, que ce soit par
leur contribution notable lors d'activités de bénévolat, comme la Guignolée, ou
encore par leur présence enthousiaste lors d'événements locaux qui nous
rassemblent.
Ces
groupes célébreront bientôt la Semaine scoute, organisée par l'Association des
Scouts du Canada, ayant lieu du 16 au 22 février prochain et sous
la thématique Le scoutisme, une fierté qui nous unit!.
Je tiens donc à
profiter de cette occasion pour souligner le travail remarquable des bénévoles
qui donnent généreusement de leur temps à accompagner et inspirer les jeunes de
notre communauté, à leur permettre de faire des apprentissages et de mettre en
pratique leurs valeurs et, ultimement, de faire... en faire d'eux des citoyens
à part entière et bien engagés. Merci beaucoup, M. le Président.
• (13 h 50) •
Le Vice-Président (M. Benjamin) : Merci,
Mme la députée d'Anjou—Louis-Riel.
Et je cède maintenant la parole à M. le député de Chapleau.
Souligner le
30e anniversaire de Parkinson Outaouais
M. Mathieu Lévesque
M. Lévesque
(Chapleau) : Merci, M. le Président. Aujourd'hui, j'aimerais souligner
le 30e anniversaire de Parkinson Outaouais, un organisme important qui,
depuis trois décennies, accompagne les personnes vivant avec la maladie de
Parkinson et leurs proches aidants dans Chapleau, à Gatineau, en Outaouais.
La maladie de
Parkinson est une maladie chronique, évolutive et encore trop souvent méconnue.
Elle transforme lentement le quotidien, affectant le mouvement, la parole,
l'équilibre, mais aussi l'énergie, le sommeil et parfois même la pensée.
Derrière ces symptômes se trouvent des femmes et des hommes courageux qui
continuent d'avancer malgré les défis, ainsi que des proches aidants, dont
l'engagement est inestimable.
Parkinson Outaouais
est un lieu d'information, de soutien et d'espoir. L'organisme brise
l'isolement, favorise l'entraide, encourage l'activité physique adaptée,
soutient la recherche et offre aux personnes malades des outils concrets pour
améliorer leur qualité de vie.
Je tiens à saluer le
travail remarquable de toute l'équipe des bénévoles, des professionnels, des
partenaires, des donateurs. Et je dis merci à Parkinson Outaouais pour ses
30 années de solidarité, de résilience et d'espoir.
Bon
30e anniversaire!
Le Vice-Président (M. Benjamin) : Merci,
M. le député de Chapleau. Et la parole revient maintenant à Mme la
députée de Laviolette—Saint-Maurice.
Rendre hommage à
M. Louis-Georges Déry
Mme Marie-Louise Tardif
Mme Tardif : 70 ans après
avoir vendu son premier pain et après avoir acheté et opéré plusieurs
boulangeries, M. Louis-Georges Déry a vendu, il y a quelques mois, Le
P'tit Boulanger et La Fournée, situées à Shawinigan.
De Saint-Séverin à
Shawinigan en passant par les Îles-de-la-Madeleine, il en aura brassé, de la
farine et des affaires. Sa recette gagnante, c'est le travail. Homme
infatigable, déterminé, accueillant, ambitieux, audacieux, avec un sens des affaires presque inné, ce sont ses
enfants qui l'ont convaincu de vendre pendant qu'il est encore en bonne santé
et que ses entreprises sont aussi en bonne santé financière.
Qu'à cela
ne tienne, les nouveaux propriétaires le savent et l'acceptent, M. Déry
s'investit encore dans Le P'tit Boulanger, puisque sa porte de cuisine
ouvre directement dans la boulangerie.
Au doyen des
boulangers du monde, comme il se nomme, je lui souhaite une très belle retraite
occupée et en santé.
Le Vice-Président (M. Benjamin) : Merci,
Mme la députée de Laviolette—Saint-Maurice.
Bonne retraite à vous aussi, monsieur.
La prochaine déclaration revient à Mme la
députée de Notre-Dame-de-Grâce.
Rendre hommage à Mme Andréa Maria Laizner
Mme Désirée McGraw
Mme McGraw : Merci, M. le
Président. J'ai le privilège de souligner aujourd'hui la remarquable carrière
de plus de 50 ans d'une grande infirmière qui a servi au Centre
universitaire de santé de McGill dans mon comté. On a avec nous ici, dans nos
tribunes, aujourd'hui, Mme Andréa Maria Laizner, avec nous.
Throughout her career, Miss
Laizner has always placed the human being at the heart of her practice. At the
MUHC, she promoted evidence-based practice and mentored generations of health
care professionals. She embodies the vision
of mentorship that is not just about teaching skills but about inspiring
confidence and compassion. Her leadership, her generosity, and her
dedication to evidence-based care have shaped countless careers and improved
countless lives.
Ses nombreuses
distinctions, dont le prix Florence, recherche, et le prix d'excellence en
éducation, témoignent de la grande portée de son travail. Même à la retraite,
elle poursuit son engagement auprès de McGill.
En terminant,
je remercie chaleureusement Mme Laizner pour son dévouement exemplaire.
Elle est une fierté pour notre communauté. Merci.
Le Vice-Président (M. Benjamin) : Merci,
Mme la députée de Notre-Dame-de-Grâce. Alors, voilà qui met fin à la rubrique
Déclarations de députés.
Nous allons suspendre les travaux quelques instants.
(Suspension de la séance à 13 h 55)
(Reprise à 14 h 09)
La Présidente : Bonjour, tout
le monde. Vous êtes nombreux, aujourd'hui. Messieurs dames, bienvenue. Le
parlement du Québec, c'est chez vous.
Mmes, MM. les députés, nous allons nous
recueillir quelques instants.
Je vous remercie beaucoup. Veuillez vous
asseoir.
Présence
de membres du Cercle des ex-parlementaires
de l'Assemblée nationale du Québec
J'ai le plaisir
de souligner aujourd'hui la présence, dans les tribunes, de membres du Cercle
des ex-parlementaires de l'Assemblée nationale du Québec : M. Normand
Jutras, président du cercle et ancien député de Drummond, Mme Marie Malavoy, ancienne députée de
Sherbrooke, M. Guy Ouellette, ancien député de Chomedey,
et Mme Carole Théberge, ancienne députée de Lévis.
Et nous poursuivons les affaires courantes.
Aujourd'hui, il n'y a pas de déclarations
ministérielles ni présentation de projets de loi.
Dépôt
de documents
À la rubrique Dépôt de documents, M. le ministre
de la Sécurité publique.
M. Lafrenière : Oui. Merci, Mme
la Présidente. Permettez-moi de déposer le plan stratégique 2022-2027
modifié du Tribunal administratif de la déontologie policière. Merci.
• (14 h 10) •
La Présidente : Ce document
est déposé. M. le leader du gouvernement.
M. Jolin-Barrette : Oui.
Bonjour, Mme la Présidente. Je dépose les réponses aux pétitions déposées le
12 novembre 2025 par la députée de Rimouski, le 3 décembre 2025 par
la députée de Westmount—Saint-Louis
et le 10 décembre 2025 par le député de Saint-Henri—Sainte-Anne.
La
Présidente : Et ces documents sont déposés.
Pour ma part, je
dépose les textes de loi adoptés ainsi que le rapport du mandat d'initiative
déposé par les membres de la 32e législature du Forum étudiant.
Enfin, j'ai reçu
préavis d'une motion qui sera inscrite dans le feuilleton de demain aux
affaires inscrites par les députés de l'opposition. Et, conformément à
l'article 97.1 du règlement, je dépose copie du texte de ce préavis.
Dépôt de rapports de commissions
À la rubrique Dépôt
de rapports de commissions, M. le président de la Commission de l'économie et
du travail et député de Maskinongé.
Consultations particulières sur le projet de loi n° 11
M. Allaire :
Merci, Mme la Présidente. Je dépose le rapport de la Commission de
l'économie et du travail qui, les 3, 4,
5 février 2026, a tenu des auditions publiques dans le cadre de
consultations particulières sur le projet de loi n° 11,
Loi modifiant diverses dispositions principalement aux fins d'allègement
du fardeau réglementaire et administratif. Merci, Mme la Présidente.
La
Présidente : Ce rapport est déposé. M. le président de la Commission
des finances publiques et député de Blainville.
Étude détaillée du projet de loi n° 111
M. Laframboise :
Mme la Présidente, je dépose le rapport de la Commission des finances publiques
qui, le 11 décembre 2025 et le 5 février 2026, a procédé à l'étude
détaillée du projet de loi n° 111, Loi modernisant la Loi sur les coopératives et modifiant d'autres
dispositions. La commission a adopté
le texte du projet de loi avec des amendements.
La
Présidente : Ce rapport est déposé. Mme la présidente de la Commission
des relations avec les citoyens et députée des Plaines.
Consultations particulières sur le projet de loi n° 9
Mme Lecours
(Les Plaines) : Merci beaucoup, Mme la Présidente. Alors, j'ai le
bonheur, pour ne pas dire le privilège de
déposer le rapport de la Commission des relations avec les citoyens qui, les 3,
4, 5 et 10 février 2026, a tenu des auditions publiques dans le
cadre des consultations particulières sur le projet de loi n° 9,
Loi sur le renforcement de la laïcité au Québec.
La
Présidente : Et ce rapport est déposé.
Dépôt de pétitions
À la rubrique Dépôt
de pétitions, M. le député de Jean-Lesage.
Abroger la Loi visant notamment à renforcer la
laïcité dans le réseau de l'éducation
M. Zanetti : Merci, Mme la Présidente.
Alors, je dépose l'extrait d'une pétition adressée à l'Assemblée nationale,
signée par 4 980 pétitionnaires. Désignation : citoyens et
citoyennes du Québec.
«Les faits invoqués
sont les suivants :
«Considérant que le
gouvernement du Québec a adopté le projet de loi n° 94, Loi visant
notamment à renforcer la laïcité dans le réseau de l'éducation et modifiant
diverses dispositions législatives, qui prévoit notamment de restreindre
l'expression de signes ou de pratiques religieuses;
«Considérant que ces
nouvelles restrictions pourraient porter atteinte à la liberté de religion, qui
est protégée par la Charte des droits et libertés de la personne;
«Considérant que ces
mesures pourraient limiter l'accès à l'emploi pour des personnes qualifiées;
«Considérant que
plusieurs organismes de défense des droits ont exprimé leur inquiétude face à
l'impact des restrictions sur les droits de la personne;
«Considérant que la
laïcité vise à ce que tous les citoyens, peu importe leur religion, soient
égaux;
«Considérant
que la cohésion sociale et l'inclusion constituent des valeurs importantes de
la société québécoise;
«Et
l'intervention réclamée se résume ainsi :
«Nous, signataires,
demandons au gouvernement du Québec d'abroger le projet de loi n° 94
récemment adopté et entré en vigueur, qui renforce les restrictions prévues par
la loi n° 21, Loi sur la laïcité de l'État.»
Je certifie que cet
extrait est conforme à l'original de la pétition.
La Présidente : Cet extrait de
pétition est déposé. M. le député de Saint-Henri—Sainte-Anne.
Garantir l'accès universel sans
frais supplémentaires
pour le soutien à domicile
M. Cliche-Rivard : Merci, Mme la Présidente.
Je dépose l'extrait d'une pétition adressée à l'Assemblée nationale,
signée par 3 219 pétitionnaires. Désignation : citoyens et
citoyennes du Québec.
«Les faits invoqués
sont les suivants :
«Considérant que les
consultations gouvernementales concernant les orientations de la prochaine
politique de soutien à domicile n'étaient pas publiques;
«Considérant qu'à
l'heure actuelle, le gouvernement ne répond qu'à environ 10 % des besoins
réels en soutien à domicile;
«Considérant que les
orientations de la prochaine politique de soutien à domicile du gouvernement
actuel facilitent le recours au secteur privé dans la prestation des soins et
services de santé;
«Considérant que le
gouvernement envisage la possibilité d'imposer une contribution financière aux
usagers et usagères;
«Considérant que l'intégration
d'une approche préventive de proximité en soutien à domicile est nécessaire pour s'adapter au vieillissement de la population
pour mieux répondre aux besoins des usagers et usagères et pour réduire
les dépenses en hébergement;
«Considérant les
recommandations [et] la Prise de position collective sur la nouvelle politique
SAD de la Clinique communautaire de Pointe-Saint-Charles et de ses collaborateurs;
«Et l'intervention
réclamée se résume ainsi :
«Nous,
signataires, demandons au gouvernement du Québec de garantir l'accès universel
sans frais supplémentaires pour le
soutien à domicile et de miser sur des services et des soins humains dans
lesquels les usagers et usagères participent à leur organisation.»
Je certifie que cet
extrait est conforme à l'original de la pétition.
La
Présidente : Cet extrait de pétition est déposé.
Et j'ai reçu une
demande de M. le député de Saint-Henri—Sainte-Anne pour la présentation d'une pétition
non conforme. Y a-t-il consentement pour la
présentation de cette pétition? Consentement. M. le député de Saint-Henri—Sainte-Anne.
M. Cliche-Rivard : Merci, Mme la Présidente.
Je dépose l'extrait d'une pétition adressée à l'Assemblée nationale, signée
par 518 pétitionnaires. Désignation : citoyens et citoyennes du
Québec.
«Les faits invoqués
sont les suivants :
«Considérant que les
consultations gouvernementales concernant les orientations de la prochaine
politique de soutien à domicile n'étaient pas publiques;
«Considérant
qu'à l'heure actuelle, le
gouvernement ne répond qu'à environ 10 % des besoins réels en soutien à
domicile;
«Considérant que les
orientations de la prochaine politique de soutien à domicile du gouvernement
actuel facilitent le recours au secteur privé dans la prestation des soins et
[des] services de santé;
«Considérant que le
gouvernement envisage la possibilité d'imposer une contribution financière aux
usagers et usagères;
«Considérant que
l'intégration d'une approche préventive de proximité en soutien à domicile est
nécessaire pour s'adapter au vieillissement
de la population pour mieux répondre aux besoins des usagers et usagères et
[de] réduire les dépenses en hébergement;
«Considérant les
recommandations de la Prise de position collective sur la nouvelle politique
SAD de la Clinique communautaire de Pointe-Saint-Charles et de ses collaborateurs;
«Et l'intervention
réclamée se résume ainsi :
«Nous,
signataires, demandons au gouvernement du Québec de garantir l'accès universel
sans frais supplémentaires pour [les soins] à domicile et de miser sur des
services et des soins humains dans lesquels les usagers et usagères
participent à leur organisation.»
Je certifie que cet
extrait est conforme à l'original de la pétition.
La
Présidente : Et cet extrait de pétition est déposé.
Il n'y a pas de
réponses orales aux pétitions ni d'interventions portant sur une violation de
droit ou de privilège.
Questions et réponses orales
Nous en sommes
maintenant rendus à la période de questions et de réponses orales, et, pour ce
faire, je cède la parole, en question principale, au chef de l'opposition
officielle.
Accès
à un médecin de famille
M. Marc Tanguay
M. Tanguay :
Mme la Présidente, la semaine passée, la CAQ a déposé, en santé, un autre
projet de loi, le projet de loi n° 19.
L'objectif : que 500 000 Québécois soient pris en charge par un
médecin de famille au 30 juin 2026, dont 180 000 patients
vulnérables.
Le
4 février dernier, la ministre était de passage à Patrice Roy.
Question : «Mme la ministre, est-ce que ces personnes auront un médecin de
famille?» Réponse : «En fait, c'est l'esprit de l'entente. C'est ce
qu'on souhaite.» Question : «Est-ce que
c'est prévu que les vulnérables seront désormais suivis par un médecin dans une
clinique?» Réponse : «Ce n'est pas écrit comme ça, mais c'est
sous-jacent.» Fin de la citation.
Or,
la veille, devant, toujours, ce même Patrice Roy, le Dr Amyot, de la FMOQ,
disait, et je le cite : «Les médecins de famille s'engagent à fournir un
rendez-vous médical pour chacun de ces patients. Si on atteint l'objectif de
500 000, ce sera 500 000 rendez-vous médicaux.» Il termine de
façon très claire, le Dr Amyot : «Ce sera 500 000 rendez-vous
dans l'année.»
La ministre, Mme la
Présidente, peut-elle aujourd'hui donner l'heure juste? Reconnaît-elle que,
pour ces 500 000 Québécois, l'entente prévoit 500 000 rendez-vous
avec un médecin et non une prise en charge? Peut-elle répondre clairement?
La
Présidente : La réponse de la ministre de la Santé.
Mme Sonia Bélanger
Mme Bélanger :
Oui, Mme la Présidente. Oui, effectivement, j'ai eu l'occasion de faire une
série d'entrevues, la semaine dernière, qui,
donc, m'ont permis d'expliquer le processus dans lequel on embarque avec la loi
n° 19. Mme la Présidente, très heureuse
d'avoir déposé cette loi, qui va faire une différence pour les Québécois puis
les Québécoises. Puis, contrairement au
Parti libéral, nous, on ne travaille pas dans le passé, Mme la Présidente. On
travaille dans l'ici, dans l'immédiat et dans le futur. Et on veut
changer le système de santé, Mme la Présidente, et il faut changer notre façon
de penser l'accès aux services médicaux, Mme la Présidente.
Alors, actuellement,
il y a 7,2 millions de Québécois, Québécoises qui ont accès à un service
de première ligne, soit à un GMF ou à une IPS. Il faut considérer ça, Mme la
Présidente. Alors, c'est important. 7,2 millions de Québécois, Québécoises
qui ont accès à un médecin de famille. Notre engagement avec cette loi, c'est
que, d'ici le 30 juin de cette année, il y ait 500 000 personnes
qui soient affiliées à un GMF ou à un médecin de famille, selon leurs besoins.
• (14 h 20) •
La Présidente :
...complémentaire.
M. Marc Tanguay
M. Tanguay :
Mme la Présidente, en tout respect, vous l'avez vu, la ministre ne répond
pas à la question. Clairement, à Patrice Roy, elle dirait... elle disait :
C'est l'esprit de l'entente, on le souhaite, c'est sous-jacent. Et le Dr Amyot, de la FMOQ, le dit, les médecins de
famille s'engagent à fournir un rendez-vous médical pour chacun de ces
patients. 500 000 Québécois, 500 000 rendez-vous. Vous en avez
un chaque.
Reconnaît-elle,
donc, que ces 500 000 Québécois auront droit à un seul rendez-vous?
Peut-elle parler clairement?
La
Présidente : La réponse de la ministre.
Mme Sonia Bélanger
Mme Bélanger :
Mme la Présidente, honnêtement, pensez-vous, là, qu'on fait un projet de
loi pour créer 500 000 rendez-vous?
Franchement! Bien, je pense que vous n'avez pas bien compris l'essence de la
loi, puis on va pouvoir en discuter...
Des voix :
...
La Présidente : Attention, attention, attention! Ça commence à déraper vite. Alors, on
s'adresse à la présidente. On n'interpelle pas les collègues des deux côtés de
la Chambre. Et, de ce côté-ci, vous gardez le silence. Je veux entendre
la réponse. Mme la ministre, poursuivez.
Mme Bélanger :
Oui, bien, Mme la Présidente, je veux quand même continuer. Cette loi ne vise
pas à mettre en place un système de rendez-vous, là, ce n'est pas ça, l'essence
de la loi. Cette loi, elle vise à améliorer l'accès aux services de première
ligne par un professionnel, que ce soit un médecin, mais ça pourrait être aussi
un IPS, ça pourrait être une physiothérapeute, ça pourrait être un pharmacien,
au besoin. Mme la Présidente, c'est ça que les Québécois ont besoin. C'est ça
qu'on est en train de faire. Puis on a le courage de faire ce changement. Puis
on devrait se réjouir d'avoir une entente avec la FMOQ, Mme la Présidente.
La Présidente :
Deuxième complémentaire.
M. Marc Tanguay
M. Tanguay : Mme la Présidente, la CAQ nous a habitués à avoir
des ententes puis ne pas savoir ce qu'ils signaient, mais, je pense, la
ministre sait très bien ce qu'elle a signé, parce que le Dr Amyot, qui
représente la FMOQ et les médecins de
famille, l'a dit : Nous, notre interprétation, c'est que c'est
500 000 Québécois, 500 000 rendez-vous, puis après ça
c'est tout. Et l'entente est sur une base volontaire.
Et,
quand la ministre, à Patrice Roy, parlait de l'esprit, allons donc parler de la
lettre de la loi et de l'entente, qui disent que c'est
500 000 rendez-vous. Qu'elle parle clairement.
La Présidente :
La réponse de la ministre.
Mme Sonia Bélanger
Mme Bélanger :
Mme la Présidente, j'essaie d'avoir des propos clairs, mais je pense que, de
l'autre côté, on ne veut pas comprendre ce que j'explique. C'est plutôt ça, Mme
la Présidente, la nuance que je veux apporter.
Alors, il faut se
réjouir, on a une entente avec la FMOQ, on a une entente de collaboration. On a
mis en place une cellule pour s'assurer que, d'ici le 30 juin, il y ait
500 000 Québécois, Québécoises qui soient affiliés. Ça ne veut pas
dire un rendez-vous nécessairement, ça veut dire être affilié. Donc, certaines
personnes, dont... dont 180 000, les personnes les plus vulnérables,
auront accès à un médecin de famille. Au moment où on se parle, Mme la
Présidente, c'est 78 000 personnes qui ont reçu une lettre. Alors,
moi, je...
La Présidente :
Troisième complémentaire.
M. Marc Tanguay
M. Tanguay :
Mme la Présidente, la ministre peut bien essayer de nous faire accroire quoi
que ce soit d'autre, c'est 500 000 rendez-vous, Mme la Présidente.
La Présidente :
M. le leader du gouvernement, quel est votre rappel au règlement, je vous prie?
M. Jolin-Barrette :
Mme la Présidente, on doit prendre la parole des membres de cette Chambre. Si le
député de LaFontaine...
La Présidente :
Et vous avez raison, M. le leader du gouvernement, il faut prendre la parole.
Alors, vous ne pouvez refuser d'accepter la parole. Je vous invite à
poursuivre. Il vous reste 21 secondes, chef.
M. Tanguay :
Mme la Présidente, c'est clair, 500 000 Québécois, un rendez-vous,
500 000 rendez-vous. C'est l'approche
CAA-Québec de la CAQ, Mme la Présidente. Au moins, CAA, on a le droit, par
année, à quatre remorquages. Bien, la
santé, avec la CAQ, c'est un rendez-vous par patient, puis, le reste, là, il
n'y a pas d'engagement. Ils n'ont pas livré. Quel échec!
La Présidente :
La réponse de la ministre.
Mme Sonia Bélanger
Mme Bélanger : Mme la Présidente, je pense que ce n'est pas sa
meilleure réponse, là. On est comme dans un show, on est dans un show...
Des voix :
...
La Présidente :
Attention! S'il vous plaît! Article 32. Vous gardez le silence. Je veux
entendre la réponse. Je vais vous nommer. La réponse de la ministre.
Mme Bélanger : Mme la Présidente, moi, je continue d'être
positive. Puis on va faire une différence, Mme la Présidente, on va faire une
différence parce qu'on travaille avec les médecins, parce qu'on va améliorer le
fonctionnement des GMF, Mme la Présidente,
parce qu'on va mettre en évidence les IPS, au Québec. Est-ce que vous avez fait
ça quand vous étiez là? Non.
Alors, nous, Mme la
Présidente, on travaille vers l'avenir puis on va faire en sorte qu'au Québec
notre système de santé soit parmi les meilleurs au monde, Mme la Présidente.
Des voix :
...
La
Présidente :
Article 32. M. le leader de l'opposition officielle, je vous ai entendu
très fort. Je vous rappelle qu'on s'adresse à la présidence. Et maintenant une
seule personne a le droit de parole, et je reconnais le député de Pontiac. On
vous écoute.
Listes
d'attente en chirurgie
M. André Fortin
M. Fortin :
Mme la Présidente, il y a toujours un beau spin politique, il y a toujours une
belle ligne média, mais la réalité, là,
c'est que le patient, il comprend qu'il n'a pas les services dont il a besoin,
avec la CAQ, et il comprend que c'est toujours des promesses rompues.
Hier,
Santé Québec nous a dit que sa plus grande réalisation, à date, c'était d'avoir
fait passer la liste d'attente en chirurgie
pour les patients qui attendent depuis plus d'un an de 8 000 à
5 000 personnes. Le problème, Mme la Présidente, c'est que 5 000 personnes, c'est le
double de l'objectif que s'était fixé la CAQ, le double de ce qu'ils
devraient... de ce qu'ils devaient accomplir pas en 2026, en 2024, Mme
la Présidente. Juste à Québec, il y a trois fois plus de patients que ce que la CAQ avait promis sur cette liste-là.
En Mauricie, il y a six fois plus de patients que ce que la CAQ avait promis
sur cette liste-là. La seule différence, Mme
la Présidente, c'est qu'avant on était habitués aux spins politiques du
ministre. Maintenant, c'est Santé Québec qui fait le travail.
Est-ce
que la ministre peut simplement admettre que ce que les chiffres disent, c'est
que les patients n'en ont pas pour leur argent?
La Présidente :
La réponse de la ministre de la Santé.
Mme Sonia Bélanger
Mme Bélanger :
Mme la Présidente, on a fait des changements majeurs dans notre système de santé,
comme gouvernement, d'abord avec le plan santé, puis, par la suite, avec la
création de Santé Québec. Ça faisait des années, des décennies, Mme la Présidente, qu'on avait différents rapports de
recommandations, tous les partis politiques qui ont été au pouvoir
avaient ces recommandations-là de séparer la gestion, les opérations des
orientations. Bien, on a eu le courage de le faire, comme gouvernement.
Alors, Mme la
Présidente, on a fait aussi un travail important, puis je veux saluer mon
prédécesseur, notamment par les agences
privées, qui étaient rendues présentes en trop grand nombre dans nos
établissements, Mme la Présidente. Au moment où on se parle, la grande majorité
des établissements ont réussi à se départir du personnel des agences privées,
ces gens-là ont obtenu des postes dans le système de santé, pour assurer de la
stabilisation. On a investi comme jamais dans le système de santé.
Là, on a une entente
avec la FMOQ, Mme la Présidente, puis on va réussir à faire en sorte que les
Québécois, Québécoises aient accès à un médecin de famille ou à un
professionnel en fonction de leurs besoins de santé, Mme la Présidente.
La
Présidente : Première complémentaire.
M. André Fortin
M. Fortin : La question était sur les listes d'attente en chirurgie,
mais ça va, Mme la Présidente. Je reviens. Leur plus grande réalisation, selon
Santé Québec, c'est la diminution du nombre de gens qui étaient sur la liste
d'attente en chirurgie depuis plus d'un an. Bon, ça devrait être zéro, ce chiffre-là,
il ne devrait jamais y avoir personne sur cette liste-là, mais, pour parler de cette
diminution, est-ce qu'elle peut nous dire combien de gens ne sont plus sur la
liste parce qu'ils sont décédés en attente sur la liste? Combien de gens n'ont
plus besoin de leur chirurgie parce que leur condition
s'est tellement détériorée que ce n'est plus médicalement possible? Combien de
gens se sont tannés, sont allés au privé puis ont payé de leurs poches?
La
Présidente : La réponse de la ministre.
Mme Sonia Bélanger
Mme Bélanger :
Mme la Présidente, c'est des propos, là, franchement, qui sont inquiétants,
inquiétants. Et, vraiment, là, la liste
d'attente en chirurgie, elle a diminué. Elle a diminué de 50 %, Mme la
Présidente. Notre objectif, là, c'est vraiment d'arriver à faire en
sorte que les patients soient opérés à l'intérieur d'un an selon certaines
conditions, à l'intérieur de six mois pour d'autres conditions et à l'intérieur
de quelques semaines lorsqu'on a un cancer. C'est ça, notre objectif, Mme la
Présidente.
Puis il faut se
réjouir de ce qui se passe dans les établissements, au Québec, au niveau des
blocs opératoires, actuellement. Puis on va travailler avec les cliniques
médicales spécialisées, et ça va être un service public. Donc, pour la personne
qui se fait opérer soit à l'hôpital ou en clinique médicale...
La
Présidente : Deuxième complémentaire.
M. André Fortin
M. Fortin : Mme la Présidente, personne ne devrait avoir à attendre un
an pour sa chirurgie. La CAQ s'y est prise par trois fois. Ils ont fait des
promesses de diminuer la liste, et le dernier objectif qu'ils se sont donné,
c'est qu'il y ait 2 500 personnes sur la liste en date de 2024. Il y
a le double de ça aujourd'hui. Mais c'est correct. C'est normal, à la CAQ, de
ne pas remplir ses engagements. 90 minutes à l'urgence? C'est 7 h 7 min à
Gatineau en ce moment. Médecins de famille pour tous? Il y a moins de gens qui
ont un médecin de famille. Promesses rompues par-dessus promesses rompues,
par-dessus promesses rompues.
La Présidente : La réponse de la ministre.
Mme Sonia Bélanger
Mme Bélanger : Mme
la Présidente, nos listes d'attente en chirurgie s'améliorent. Il y a plus
d'accès à un médecin de famille qu'il y avait il y a 10 ans, il y a quatre
ans, Mme la Présidente. C'est ça, la réalité. Les données dans les salles d'urgence
se sont quand même améliorées.
Il faut continuer de travailler, et c'est ça
qu'on est en train de faire. Oui, c'est exact, il faut le regarder, le tableau
de bord, il faut être capable de le comprendre puis il faut arrêter de
l'interpréter. Il faut regarder les chiffres pour
ce qu'ils sont. Alors, on va continuer de travailler avec nos médecins
spécialistes, notamment, pour nos blocs opératoires. C'est ce qu'on est
en train de faire aussi, stabiliser nos équipes dans les différents blocs
opératoires un peu partout au Québec, Mme la Présidente.
Je pense qu'il faut être fiers, il faut être
fiers de notre système de santé, puis il faut continuer de l'améliorer, mais
c'est tellement négatif...
• (14 h 30) •
La Présidente : En question
principale, je reconnais maintenant la députée de Jeanne-Mance—Viger.
Coût des maisons des aînés
Mme Filomena
Rotiroti
Mme Rotiroti : Merci, Mme la
Présidente. Après huit ans au pouvoir, la CAQ refuse de dévoiler le bilan d'un
engagement électoral phare, la construction des maisons des aînés, des maisons
qui ont coûté 2,8 milliards de dollars, et ça, c'est juste pour la
construction, pas pour les services, pas pour les soins, juste pour le béton.
Un récent bilan du projet a été préparé par la Société
québécoise des infrastructures, bilan qu'elle a présenté à son conseil
d'administration en décembre dernier. Nous avons demandé d'obtenir la
présentation, et on a reçu un document presque entièrement caviardé. Regardez
ça, comment c'est beau. C'est des pages et des pages noires, noires comme ça.
Sur la transparence, on repassera. Qu'est-ce que le gouvernement refuse de nous
dire?
Mme la Présidente, la facture caquiste,
c'est tous les Québécois qui vont la payer. À quelques semaines du départ du
premier ministre, il a l'obligation de leur rendre des comptes.
J'ose espérer que le ministre responsable des
Infrastructures, lui, a eu la version non caviardée. Est-ce qu'il peut la
déposer maintenant?
La Présidente : La réponse du
ministre responsable des Infrastructures.
M. Benoit Charette
M. Charette : Merci, Mme la
Présidente. Merci à la collègue pour la question. Les maisons des aînés, c'est
une réelle innovation qui a été mise en place par notre gouvernement. On est
tous conscients de l'état de vétusté des CHSLD, on est tous conscients des
besoins importants en maintien d'actif et on est tous conscients aussi que nos
aînés méritent un milieu de vie, parce que c'est de ça dont il est question, de
qualité. Donc, l'innovation, il faut la saluer.
Au cours des dernières années, mes collègues qui
se sont succédé, au niveau des Aînés, ont multiplié des ouvertures. On parle de
plusieurs maisons des aînés qui ne sont pas des projets théoriques mais des
projets qui sont bel et bien non seulement
construits, mais qui sont accessibles dans plusieurs régions. Donc, plutôt que
de critiquer l'initiative, saluons-la. Et surtout saluons le fait que
nos aînés qui en bénéficient se retrouvent dans des milieux plus intéressants.
On reproche le coût de certains de ces
projets-là. Il faut savoir que certains de ces projets ont été construits dans
des milieux patrimoniaux, donc c'est venu gonfler la facture. Mais, au niveau
de la SQI, au niveau des Infrastructures, on a passé une commande très claire à
Santé Québec : s'assurer que les prochains projets soient à des coûts plus
raisonnables...
La Présidente : Première
complémentaire. Et, pour ce faire, je reconnais la députée de La Pinière.
Mme Linda Caron
Mme Caron : Mme la Présidente, que
les prochains projets soient... soient moins coûteux, il y en a déjà 43 sur 46
de construits, ça ne va pas bien. Vraiment, vraiment, ça ne va pas bien...
Des voix : ...
La Présidente : Alors, je
vais vous rappeler l'article 32. Respect du décorum, respect du décorum,
gardez le silence. J'aimerais entendre la question de la députée. Poursuivez,
madame.
Mme Caron : Ce n'est pas 43 maisons avec des nouvelles
places, c'est des gens qui étaient dans des CHSLD qui ont été changés de place
ou des gens qui étaient dans... dans des RPA obligées de fermer. Alors, ce ne
sont pas tous...
Des voix : ...
La
Présidente : S'il vous plaît, Mme la députée. Qu'est-ce que
vous n'avez pas compris la première fois? Article 32. Respect du décorum,
gardez le silence. Et c'est bon des deux côtés de la Chambre. Mme la députée.
Mme Caron :
Ça a été une perte de contrôle des finances, ce projet-là. C'était 400 000 $
par chambre, c'est rendu à plus de 1 million. Je peux comprendre,
3 000 aînés sont encore sur la...
La
Présidente : La réponse de la ministre de la Santé, qui est aussi
responsable des Aînés et des Proches aidants. On vous écoute.
Mme Sonia Bélanger
Mme Bélanger :
Oui. Mme la Présidente, on a fait vraiment une très grande différence dans
le réseau de soins de longue durée au Québec, et puis je pense que, là aussi,
43 maisons qui sont livrées, des maisons des aînés, qui nous permettent de
changer le modèle de soins de longue durée au Québec, les gens qui sont là sont
contents d'y être, les proches aidants sont contents, les employés aussi. On
s'est dotés d'infrastructures qui, donc, permettent de donner des soins et des services dans la dignité. On est
loin, Mme la Présidente, des patates en poudre, hein, des patates en poudre et
des bains à la débarbouillette, mesdames et messieurs, de Gaétan Barrette. On
est très, très loin de ça, Mme la Présidente.
Des voix :
...
La Présidente :
On retrouve le silence. Deuxième complémentaire.
Mme Linda Caron
Mme Caron :
Ça devait être le chantier d'une génération, mais c'est devenu
incontrôlable. Plus la CAQ engloutit de l'argent dans ces maisons qui coûtent
les yeux de la tête, moins elle répond aux besoins des aînés. Je le répète, je
le disais tantôt, 3 000 aînés qui attendent toujours une place, puis
les familles sont en détresse, sans parler des 5 500 qui attendent une
place en RI.
Est-ce que, vraiment,
la ministre est fière de ce bilan en hébergement pour les aînés, qui attendent
encore?
La
Présidente : La réponse du ministre responsable des Infrastructures.
M. Benoit Charette
M. Charette :
Mme la Présidente, 43 sur 46, c'est une moyenne de 93 %. Je ne
présume rien pour ma collègue, mais à l'école, personnellement, je n'avais pas
toujours cette moyenne-là, mes parents auraient été très, très heureux si ça
avait été le cas, bien qu'ils demeurent, je pense, fiers de leur fils, mais,
somme toute, je n'ai pas toujours eu 93 % de moyenne. C'est plus
qu'honorable, arrêtons de dénigrer ce projet-là.
Et, non, ce n'est pas
que du remplacement de places existantes. Dans bon nombre de régions, ce sont
des places nouvelles, et dans bon nombre de
régions ça venait pallier à un problème de déficit d'entretien important, et
surtout avec des délais de construction jamais vus, bien plus rapides
que la construction...
La
Présidente : En question principale, je reconnais maintenant la cheffe
du deuxième groupe d'opposition.
Financement des maisons
d'hébergement pour
les femmes victimes de violence conjugale
Mme Ruba Ghazal
Mme Ghazal :
Merci, Mme la Présidente. Ce matin, j'étais dehors, devant l'Assemblée
nationale, avec mes collègues la députée de Terrebonne et la députée de Robert-Baldwin
pour soutenir les 53 maisons d'hébergement pour femmes victimes de violence conjugale. Les intervenantes sont ici avec
nous aujourd'hui et elles nous lancent un cri du coeur : Assez de
féminicides, assez de violence faite envers les femmes!
L'année est à peine
commencée, Mme la Présidente, puis il y a déjà six féminicides. Ces
féminicides, c'est le résultat d'un échec collectif. Derrière chaque féminicide
se cachent des milliers de femmes survivantes et d'enfants qui sont, eux aussi,
victimes et qui comptent sur nous.
En ce moment, il y a
une femme sur deux qui prend son courage à deux mains pour appeler à l'aide, et
elle se fait dire qu'il n'y a pas de place,
faute d'hébergement, faute de financement pour les places. C'est totalement
inacceptable. C'est même irresponsable, Mme la Présidente. C'est comme
dire à ces femmes : Bien, retournez chez... dans votre milieu violent,
retournez dans les bras de votre bourreau. Moi, je n'accepte pas ça.
Le regroupement des
maisons d'hébergement nous a remis des recommandations, j'ai remis une boîte
pleine à la ministre de la Condition féminine pour qu'elle la remette à chacun
des députés, ici, de la CAQ. L'une d'elles, c'est d'investir 50,2 millions
de dollars pour sauver la vie des femmes.
Est-ce que le gouvernement
de la CAQ s'engage à investir les 50,2 millions de dollars pour que la
septième femme reste encore en vie?
La Présidente : La réponse de
la ministre responsable de la Condition féminine.
Mme Caroline Proulx
Mme Proulx : Merci, Mme la
Présidente. Oui, beaucoup de féminicides depuis le début de l'année. Ce n'est pas sans des investissements records, Mme la
Présidente, qu'on essaie de contrer ce phénomène-là, qui est très complexe,
qu'on ne peut pas résumer à travers une réponse de 1 min 15 s,
Mme la Présidente.
On a travaillé extrêmement fort, depuis notre
arrivée au gouvernement, justement, pour conduire... construire, pardon, ces
maisons de première et de deuxième étape, un engagement gouvernemental qui a
été fait par l'ensemble de mes prédécesseures qui ont été responsables de la
condition féminine. Les maisons de deuxième étape, les maisons de première
étape, je les ai visitées, Mme la Présidente.
Maintenant,
j'aurais apprécié que la collègue de Québec solidaire puisse m'envoyer à
l'avance les 53 recommandations
du groupe des femmes. Je pense qu'un travail de collaboration entre Québec
solidaire et nous aurait été bienvenu, de pouvoir avoir à l'avance, donc... Elle
savait qu'elle allait rencontrer ces groupes de femmes là.
Nous, on continue le travail, Mme la Présidente.
Je reviendrai avec la complémentaire pour parler de tout l'accomplissement qu'on a fait en termes de
construction de maisons d'hébergement pour les femmes violentées ainsi que
leurs enfants, Mme la Présidente.
La Présidente : Première
complémentaire.
Mme Ruba Ghazal
Mme Ghazal : ...préciser que je
viens juste de les avoir, moi aussi. Et j'ai travaillé en collaboration aussi
avec la députée de Saint-Hyacinthe puis les autres députés.
La ministre nous dresse le bilan de la CAQ. Moi,
j'ai un autre bilan à lui faire. Depuis 2020, 70 femmes ont été tuées, des centaines d'enfants orphelins,
marqués à vie, des milliers de femmes qui subissent la violence conjugale et qui
vivent dans la peur d'être la prochaine victime.
Ma question est très, très claire, très simple.
Bien sûr, il n'y a pas de solution miracle. Est-ce qu'elle s'engage à ce qu'il
y ait un investissement pour les maisons d'hébergement pour femmes victimes de
violence conjugale?
La Présidente : Et il ne
s'agit pas d'un tableau didactique, Mme la cheffe. La réponse de la ministre.
Mme Caroline Proulx
Mme Proulx : Merci, Mme la
Présidente. Bien, on est totalement engagés à venir aider les femmes, Mme la
Présidente. Il ne faudrait surtout pas laisser croire qu'il n'y a pas
d'engagement de la part du gouvernement du Québec à venir soutenir les femmes
qui sont victimes de violence conjugale partout sur le territoire.
On a eu une commission transpartisane. Il y a eu
un rapport qui a été déposé la semaine dernière, d'ailleurs, Mme la Présidente.
On disait qu'on avait plus de 182 des 190 recommandations qui sont
partiellement ou entièrement traitées par notre gouvernement. Il reste encore
beaucoup d'ouvrage à faire, et on va continuer de faire cet ouvrage-là, entre
autres avec les tribunaux spécialisés, les bracelets antirapprochement, qui ont
été présentés par mes collègues prédécesseures, qui aident la vie des femmes.
• (14 h 40) •
La Présidente : Deuxième
complémentaire.
Mme Ruba Ghazal
Mme Ghazal : Mme la Présidente,
ma question est très, très claire et très simple. Il y a une recommandation qui
dit qu'il faut qu'on investisse, que le gouvernement investisse
50,2 millions de dollars dans les maisons pour... d'hébergement pour
femmes victimes de violence conjugale pour qu'il n'y ait pas aucune femme qui
appelle puis qu'on lui dise qu'il n'y a pas de place, il n'y a pas assez de
ressources.
J'aimerais, moi, et les intervenantes ici, qu'on
entende l'engagement de la ministre. Il y a un budget qui s'en vient. Est-ce
qu'elle accepte, oui ou non?
La Présidente : La réponse de
la ministre.
Mme Caroline Proulx
Mme Proulx : Oui.
Madame, avant que les femmes se ramassent — merci — en
maison d'hébergement, il y a toutes sortes de mesures d'intervention qui
ont été mises en place par notre gouvernement, entre autres les cellules
d'intervention rapide. La co-porte-parole de Québec solidaire parlait des
femmes et des enfants, c'est tout à fait juste. Ces cellules d'intervention rapides là, avec des
procureurs, des policiers, sont sur le terrain pour relocaliser rapidement ces
femmes-là.
Alors, il y a
tout plein de mesures en amont et parallèles aux maisons d'hébergement de
première et de seconde étape qui ont été mises en place. Cette
formule-là semble avoir un bon effet.
Maintenant, on fait nos représentations auprès
du ministre des Finances. Le ministre des Finances présentera un budget quelque
part... quelque part.
La Présidente : En question
principale, je reconnais maintenant le député de Jean-Lesage. On vous écoute.
Subventions accordées à evenko et Live Nation
M. Sol Zanetti
M. Zanetti : Merci, Mme la
Présidente. Je n'irai pas par quatre chemins, ce qu'on apprend sur Live Nation
et evenko, ces derniers temps, ça relève de choix politiques qui affaiblissent
la culture québécoise.
Le gouvernement est en train de financer à coups
de millions chaque année l'impérialisme culturel américain, qui s'accapare de
plus en plus nos salles de spectacles. Pendant que nos artistes arrivent
difficilement, pendant que nos petits festivals s'arrachent des subventions
insuffisantes, donner 15 millions par année à une entreprise tentaculaire
états-unienne qui est poursuivie aux États-Unis pour pratiques monopolistiques,
ça n'a aucun bon sens.
La solution est pourtant simple : il faut
revoir les critères d'attribution de ces subventions pour empêcher que Live
Nation puisse utiliser des stratégies légales pour mettre la main sur notre
argent.
J'ai envoyé une lettre, vendredi, au ministre de
la Culture, à la ministre du Tourisme pour leur demander de le faire. Le ministre de la Culture a dit : On
ne le fera pas. J'aimerais comprendre pourquoi. Pourquoi le ministre
refuse-t-il de revoir les critères et pourquoi insiste-t-il pour donner
l'argent des Québécois aux...
La Présidente : La réponse de la
ministre du Tourisme.
Mme Amélie Dionne
Mme Dionne : Merci,
Mme la Présidente. C'est un plaisir de me lever aujourd'hui pour manifester
toute l'importance de l'industrie touristique pour le Québec.
Vous savez,
mon rôle, en tant que ministre du Tourisme, c'est de générer de la devise
étrangère, de l'argent neuf, des visiteurs internationaux qui viennent
dépenser au Québec. On souhaite augmenter nos objectifs. Présentement, c'est 4,4 milliards de devises étrangères qui
entrent au Québec. Vous savez, l'industrie touristique, c'est le quatrième
secteur d'exportation au Québec. C'est 24 000 entreprises
partout au Québec, 420 000 emplois et 18 milliards de dépenses
touristiques.
Donc, on a eu une hausse, cet été, Mme la
Présidente, pendant la période estivale, une hausse de 6,4 %. Donc, pour y
arriver, bien entendu, on utilise différents moyens. On a une entente avec, justement,
l'Alliance de l'industrie touristique pour faire la promotion de notre
industrie, de notre destination à l'international. On finance également des
grands événements sportifs comme la formule 1, qui est le plus grand événement
touristique au Canada, dont 60 % des spectateurs proviennent de
l'extérieur du Québec.
Et j'aurai la chance, Mme la Présidente, de
revenir pour une complémentaire pour vous parler de l'importance de nos
festivals et événements au Québec, tant à Montréal que dans l'ensemble de nos
régions.
La Présidente : Première
complémentaire.
M. Sol Zanetti
M. Zanetti : Donc, finalement,
si je comprends la ministre du Tourisme, donner des millions aux milliardaires
américains, c'est une bonne idée. Mais le tourisme, vous savez, ça ne se passe
pas juste à Montréal. Qu'est-ce que vous
dites aux gens qui font le Festival de la chanson de Tadoussac, par exemple,
festival de Petite-Vallée, qui, eux autres, en arrachent? Puis c'est des
OBNL. Puis eux autres aussi, ils amènent du tourisme partout au Québec. Ces
gens-là en arrachent avec ces subventions-là.
«Ça fait mal», dit le président de
Petite-Vallée. «C'est comme dire que notre culture n'est pas si importante que
ça», dit la présidente du festival de Tadoussac. Qu'est-ce que la ministre leur
répond?
La
Présidente : Et je vous rappelle que vous vous adressez, M. le
député, aussi à la présidente. La réponse de la ministre.
Mme Amélie Dionne
Mme Dionne : Merci,
Mme la Présidente. Écoutez, je ne peux pas être plus sensible, je suis une
députée régionaliste, une ministre
régionaliste, responsable de la région du Bas-Saint-Laurent, de la Gaspésie, des Îles-de-la-Madeleine.
Donc, vous savez, on inclut un soutien dans
l'offre de festivals. Vous savez, c'est 300 événements partout à travers le Québec que notre ministère finance.
Donc, dire que Live Nation et evenko ont le monopole, on parle de six événements sur 50 événements à Montréal, et
nous, on parle de 300 événements qui sont financés partout au Québec.
Alors, les associations touristiques régionales pourront vous le dire, le
soutien, il est pour tout le monde.
Vous savez, Mme la
Présidente, les six principaux événements touristiques majeurs au Québec génèrent
plus de 30 millions de dollars en moyenne, puis on parle du Festival
western de Saint-Tite, le Carnaval de Québec, auquel j'ai assisté...
La Présidente :
Deuxième complémentaire.
M. Sol Zanetti
M. Zanetti :
Bon, je suis insatisfait de la réponse.
Des voix :
...
La
Présidente : Attendez, M. le député. Je suis debout. Quand je suis
debout, la bonne...
Des voix :
...
La Présidente :
S'il vous plaît! Quand je suis debout, la bonne nouvelle, les chronomètres
arrêtent, vous ne perdez pas une seconde. Je vous rappelle l'article 32. Gardez
le silence, tout le monde, j'aimerais entendre la question du député. Alors, M.
le député, vous avez 25 secondes, on vous écoute.
M. Zanetti :
...nous dit : On est formidables, on génère, là, des retombées
économiques, c'est formidable. Mais Live Nation, là, ils ont-tu besoin de
l'argent des Québécoises, des Québécois? Est-ce que... Est-ce que la ministre,
là, a regardé leurs livres? Ces festivals-là, là, ils sont-tu en déficit?
Est-ce que, là, s'ils n'ont pas l'argent durement gagné des Québécoises et des
Québécois, ils vont partir, puis il n'y aura plus de festival à Montréal?
C'est-tu ça qu'elle dit, la ministre de...
La Présidente :
La réponse du ministre de la Culture et des Communications.
M. Mathieu Lacombe
M. Lacombe :
Merci, Mme la Présidente. En fait, je serais curieux d'entendre le député
de Jean-Lesage sur les festivals qu'on finance, par exemple, au ministère de la
Culture, par le biais de la SODEC. Donc, parlons du Festival international de jazz ou des Francos, à Montréal.
Est-ce que notre collègue nous suggère de couper ces subventions-là? Parce
que c'est ce qu'il nous dit aujourd'hui. Moi, je suis en désaccord avec ça. Ce
sont des festivals qui sont organisés par Spectra, une entreprise qui est
québécoise, de fait et de droit. Si le collègue a un problème avec ça, qu'il se
lève, aujourd'hui, qu'il nous le dise.
Maintenant, je
comprends que, dans l'écosystème au complet, ça peut susciter des questions. Ce
sont des modèles d'affaires qui sont compliqués. Ce sont des modèles d'affaires
où, effectivement, parfois il y a, comme dans ce
cas-ci, une participation financière d'une entreprise américaine, Live Nation.
On va s'asseoir avec le milieu, il nous a tendu la main, on va
travailler ensemble.
La Présidente :
En question principale, je reconnais maintenant le député de Saint-Henri—Sainte-Anne.
Abolition du Programme de
l'expérience québécoise
M. Guillaume
Cliche-Rivard
M. Cliche-Rivard :
Mme la Présidente, dans le dossier du PEQ, on pensait que le ministre de
l'Immigration ne pouvait pas être plus isolé, élus municipaux, syndicats,
milieux collégial et universitaire, milieux des affaires, et j'en passe, on
pensait qu'il ne pouvait pas être plus isolé, et on se trompait. Il y a
quelques minutes, c'est sa collègue, la candidate qu'il appuie pour devenir
première ministre, qui vient de changer de position. Elle désavoue complètement
son ministre et annonce qu'elle va réinstaurer le PEQ pour deux ans. Je
lis : «Si je suis élue cheffe de la CAQ et que je deviens première
ministre, je m'engage à réactiver le PEQ pour une durée de deux ans afin
d'accorder une clause de droits acquis à
ceux et celles qui étaient au Québec au moment de la fermeture du PEQ.» Le
député de Lévis réclamait cette
clause-là depuis quelques jours. Il ne reste plus donc personne à convaincre,
sauf le ministre de l'Immigration lui-même.
Dans le dossier du
PEQ, le ministre de l'Immigration est-il d'accord avec lui-même ou avec sa
future cheffe?
La Présidente :
La réponse du ministre de l'Immigration, de la Francisation et de
l'Intégration.
M. Jean-François Roberge
M. Roberge : Merci, Mme la Présidente. Donc, d'abord, on va
rétablir quelques faits, par rapport à mon collègue. Les gens qui
arrivent sur le territoire québécois, arrivés en fonction d'un permis
d'étudiant étranger, d'un permis de travailleur étranger temporaire ou du permis PMI
du gouvernement fédéral, ils n'arrivaient pas grâce au PEQ. Les dossiers qui
ont été traités, qui ont été déposés dans l'ancien programme ont été traités
dans l'ancien programme. C'est la définition d'une clause grand-père.
Je vois dans les médias que plusieurs personnes
parlent de ce qui s'est passé dans l'ancien programme, mais souvent on oublie
le volet étudiant, parce qu'il y a le PEQ travailleurs, mais il y a le PEQ,
aussi, diplômés. Et, dans ce volet-là, le PEQ diplômés, il n'y a pas d'exigence
de travail avant d'obtenir son certificat de sélection de Québec, je tiens à le mentionner. Voilà pourquoi j'explique
que le Programme de sélection des
travailleurs qualifiés est un programme
supérieur. Il ne s'agit pas de dire que l'ancien programme avait tous les
défauts du monde, mais le nouveau programme empêche que les personnes qui sont
dans des secteurs moins prioritaires passent devant les personnes qui sont dans
un secteur prioritaire. Nous, on pense qu'il faut prioriser, qu'il faut prendre
soin de nos...
La Présidente : Première
complémentaire.
M. Guillaume Cliche-Rivard
M. Cliche-Rivard : Mme la
Présidente, la question est pourtant claire. Il y a un conflit de visions
manifeste entre la candidate que le ministre de l'Iimmigration appuie à la
chefferie, candidate au poste de première ministre qu'il appuie, et ce qu'il explique, et ce qu'il soutient
depuis des mois maintenant, au point tel où, dans son message, elle dit qu'elle
a besoin de deux ans pour rétablir la confiance et mettre en place
graduellement une réforme durable. Elle désavoue le ministre.
Qui va-t-il suivre? Lui-même ou sa future
cheffe?
• (14 h 50) •
La Présidente : La réponse du
ministre.
M. Jean-François Roberge
M. Roberge : Mme la Présidente,
mon collègue adore les débats qu'il y a à l'interne dans le cadre de la course
à la chefferie. Grand bien lui fasse. On a des débats, on s'intéresse à
l'immigration, et on implante un programme dont il ne parle jamais, il parle
tout le temps de l'ancien programme. Mais j'aimerais ça entendre le député de Saint-Henri—Sainte-Anne
parler du principe qui dit qu'il faut régionaliser l'immigration, il faut
arrêter d'attirer des immigrants à Montréal
puis, après ça, espérer de les convaincre d'aller s'installer en région. Je ne
l'ai jamais entendu parler de ça. Je ne l'ai jamais entendu parler du principe
que, premier arrivé, premier servi, bien, on peut comprendre que ça a un
certain sens, de respecter l'ordre d'arrivée, mais que les secteurs
prioritaires devraient être, il me semble, priorisés. Il est-tu d'accord avec
ça?
La Présidente : Deuxième
complémentaire.
M. Guillaume Cliche-Rivard
M. Cliche-Rivard : Mme la
Présidente, ce n'est pas moi qui m'intéresse aux débats internes de l'autre
côté, c'est des milliers d'orphelins et
d'orphelines du PEQ qui souhaitent avoir une réponse de la part du ministre de
l'Immigration.
Va-t-il, oui
ou non, faire comme sa candidate aspirante première ministre ou va-t-il continuer
seul à s'entêter et refuser de donner la clause de droits acquis et de
réinstaurer le PEQ? On attend une réponse claire, s'il vous plaît.
La Présidente : La réponse du
ministre.
M. Jean-François Roberge
M. Roberge : Mme la Présidente,
mon collègue fait comme si c'était mutuellement exclusif. Soit tu étais...
Des voix : ...
M. Roberge : Bien oui. Ce n'est
pas si drôle que ça. Comme si c'était mutuellement...
Des voix : ...
La
Présidente : ...M. le ministre. Attendez, M. le
ministre. S'il vous plaît, gardez le silence. J'aimerais entendre la
réponse. Allez-y, M. le ministre.
M. Roberge : Soit tu étais
éligible à l'ancien programme, soit tu es éligible au nouveau. Sauf que
quelqu'un qui est arrivé sur le territoire
québécois il y a deux ans, qui cumule une expérience de travail, qui a un
niveau de français intermédiaire ou supérieur peut appliquer dans le nouveau Programme de sélection des travailleurs qualifiés. Il peut être sélectionné. Il peut même passer
plus vite, encore plus vite s'il a un niveau de français plus élevé, parce
qu'on a un niveau de français de base, mais plus ton français est élevé, plus
tu as de points dans le PSTQ. On n'a pas ça dans le PEQ. Tu peux obtenir plus de points aussi si tu
t'installes en région. On n'a pas ça dans le PEQ. Donc, ce serait peut-être
intéressant que nos collègues...
La
Présidente : En question principale, je reconnais maintenant le chef
du troisième groupe d'opposition.
Orientations gouvernementales
en matière d'immigration
M. Paul St-Pierre
Plamondon
M. St-Pierre
Plamondon : Mme la Présidente, coup de théâtre, la députée de
Sanguinet revient à ses vieilles habitudes et veut réactiver le PEQ pour ceux
et celles qui étaient présents sur le territoire du Québec au moment de la
fermeture du programme. C'est donc un désaveu complet de son ministre de
l'Immigration, qui pourtant l'appuie dans sa
course à la chefferie de la CAQ, mais c'est aussi un désaveu complet du premier
ministre, qui vient tout juste de dire en mêlée de presse qu'on ne
pouvait absolument pas permettre à 350 000 travailleurs temporaires
d'obtenir la résidence permanente,
commentaire qui visait, à ce moment-là, le député de Lévis, qui se promettait
d'aller là. Donc, on a vraiment hâte d'entendre son opinion sur la députée de
Sanguinet, qui vient d'épouser à la lettre les programmes du Parti libéral
et de Québec solidaire.
Le ministre de
l'Immigration lui-même nous disait, la semaine dernière, que, si on ouvrait le
PEQ à tout le monde, ce serait entre 250 000 et 300 000 personnes.
Je rappelle que le premier ministre, lui, dit 350 000 aujourd'hui. On voit
déjà, Mme la Présidente, le genre de leadership auquel on peut s'attendre de la
part de la députée de Sanguinet, à l'image
de la CAQ depuis sept ans, c'est-à-dire une formation qui dit une chose pour
faire exactement son contraire à peine
quelques jours plus tard. Et c'est exactement pour ça que les Québécois ont
perdu confiance envers ce gouvernement.
Comment le ministre
de l'Immigration explique-t-il que la candidate à la chefferie, qu'il appuie, vient
de défaire tout ce qu'il a mis en place au cours des derniers mois?
La
Présidente : La réponse du ministre de l'Immigration, de la
Francisation et de l'Intégration.
M. Jean-François Roberge
M. Roberge :
Mme la Présidente, d'abord, il faut démontrer une sensibilité pour les
personnes. Peu importe, là, qu'ils soient dans l'ancien programme ou dans le
nouveau programme, ce sont des personnes qui sont sur le territoire québécois,
qui occupent un emploi, qui rendent des services et, j'espère, qui ont appris
le français ou qui sont en train de l'apprendre. Donc, ça, cette question-là,
elle est réglée.
Ensuite, est-ce que
ces personnes-là vont passer par l'ancien programme ou plutôt vont passer par
le nouveau programme pour s'établir au Québec de manière durable? C'est la
question que les gens se posent.
Ce que je précise,
c'est que le nouveau programme est supérieur à l'ancien à bien des égards. Avec
le nouveau programme, on est capables de régionaliser de manière beaucoup plus
efficace, on est capables de donner des points, je le répète, en favorisant une
immigration qui est plus jeune, bien qu'on puisse être sélectionné à 35, à 45,
à 55 ans, il faut faire attention de ne pas faire peur aux gens, puis...
mais on donne plus de points pour les gens qui ont un plus jeune âge. On donne
plus de points pour des gens qui ont un niveau de français plus élevé. À partir
de niveau 7, on est éligibles, mais, si on atteint le... le niveau 8,
le niveau 9, le niveau 10, on a davantage de points. Il me semble que
c'est une bonne idée. Et on donne plus de
points pour les gens qui sont en région et dans le secteur manufacturier,
notamment. Il me semble que c'est une bonne façon de déployer...
La Présidente :
Première complémentaire.
M. Paul St-Pierre
Plamondon
M. St-Pierre
Plamondon : Mme la Présidente, combien de fois avons-nous entendu la
CAQ, ici, nous expliquer et nous confirmer avec des chiffres que cette
augmentation importante des seuils d'immigration temporaire avait eu un impact
déterminant sur la crise du logement, l'accès aux services, le recul du
français? Pas plus tard qu'il y a 30 minutes, le premier ministre le
rappelait en mêlée de presse.
Qui faut-il croire, à
la CAQ?
La Présidente :
La réponse du ministre.
M. Jean-François Roberge
M. Roberge :
Bien, il y a peut-être un point sur lequel on est d'accord, c'est sur le
fait qu'Ottawa a un rôle à jouer là-dedans, parce qu'il y a des gens qui sont
arrivés ici sur des programmes québécois, c'est vrai, d'autres qui sont arrivés via le programme PMI, pour lequel on n'a
rien eu à dire, et ça, on a un enjeu, ce sont des gens qui sont arrivés, qui
sont sur le territoire québécois notamment, aussi, à cause de la perte de
contrôle du gouvernement fédéral sur ses frontières.
Maintenant, les gens
qui sont en région, qui travaillent dans une entreprise ont souvent des permis
de travail qui arrivent à échéance. Est-ce
que mon collègue est d'accord avec moi pour qu'on dise à Ottawa qu'il doit
jouer son rôle et renouveler les permis de travail de ces travailleurs?
La
Présidente : Deuxième complémentaire.
M. Paul St-Pierre
Plamondon
M. St-Pierre
Plamondon : ...encore une fois, le ministre de l'Immigration contredit
la députée de Sanguinet. Il dit, à juste titre : Ottawa a fait perdre à ce
gouvernement le contrôle des temporaires en partie, en grande partie, mais ce
que propose la députée de Sanguinet, c'est que tous ces temporaires d'origine
fédérale, du programme fédéral, sont appelés à devenir des permanents via le
PEQ. C'est l'inverse de ce qu'il nous dit depuis des semaines. Et c'est
typiquement la CAQ, dire une chose, faire exactement son contraire. Et la
confiance n'est pas là.
La
Présidente : La réponse du ministre.
M. Jean-François Roberge
M. Roberge :
Mme la Présidente, je pense que ce qu'il faut faire, c'est analyser au cas
par cas chacun de ces dossiers-là. Ces personnes, parfois, veulent retourner
chez elles, sont ici de manière temporaire, sont venues pour étudier dans le
but de retourner dans leur pays, sont venues pour travailler dans... souvent,
dans le but d'envoyer de l'argent dans leur
pays, dans une famille qui éprouve des difficultés financières, et d'autres
veulent s'installer durablement. Une fois qu'ils sont sur le territoire
québécois, ont-ils un emploi? Sont-elles capables, ces personnes-là, de garder
l'emploi dans le temps? Sont-elles capables d'acquérir un niveau de français
intermédiaire et avancé, et même encore plus? Si oui, eh bien, il faut
qu'Ottawa renouvelle les permis de travail de ces personnes-là, qu'on trouve
un...
La
Présidente : En terminant.
M. Roberge :
...qu'on leur trouve un chemin vers la résidence permanente, avec le
meilleur programme possible.
La
Présidente : En question principale, je reconnais maintenant le député
de Jean-Talon.
Position du gouvernement
concernant le projet de TES Canada
M. Pascal Paradis
M. Paradis :
C'est encore la levée de boucliers des élus dans la région de la Mauricie
face au projet de TES Canada, après des référendums qui l'ont unanimement
rejeté.
Voici une lettre qui
a été déposée hier au conseil municipal du village de Grandes-Piles, et je me
permets de lire un paragraphe au complet, vu la gravité des faits allégués, je
cite : «Après avoir pris connaissance de la revue des activités
participatives de TES Mauricie à la suite du dépôt de l'étude d'impact en
environnement, nous sommes en mesure
d'affirmer que la phrase "la municipalité reviendra avec sa position,
tandis que la mairesse a exprimé son intérêt pour davantage d'éoliennes" du document en question fait état d'une
affirmation mensongère et nous soutenons formellement que la mairesse n'a jamais exprimé son intérêt
pour davantage d'éoliennes. Également, les membres du conseil municipal de
Grandes-Piles présents à cette rencontre ne se sont jamais prononcés en ce
sens.» Affirmation mensongère.
Est-ce que le
ministre continue à appuyer sans réserve ce projet?
La
Présidente : La réponse du ministre de l'Économie, de l'Innovation et
de l'Énergie.
M. Jean Boulet
M. Boulet :
...merci, Mme la Présidente. Évidemment, on connaît le projet TES, c'est un
projet qui est entièrement privé. Il y a eu des demandes d'énergie, de blocs d'énergie,
ça a été analysé par le ministère de l'Économie, Innovation et Énergie
conformément aux critères applicables, en tenant compte des retombées, en
tenant compte des indicateurs, pour que ce soit bénéfique. On le sait, à quel
point on a besoin d'une diversité de sources d'énergie pour répondre à nos
besoins et atteindre nos objectifs de décarbonation. Il y a des emplois. L'acceptabilité
sociale, je reviens sur ce que je disais au
début, c'est un projet privé, la compagnie a un défi d'accroître l'acceptabilité
sociale. Et, à ce stade-ci, c'est le dossier, c'est l'état de situation
qu'on peut partager avec le collègue.
La
Présidente : Première complémentaire.
M. Pascal Paradis
M. Paradis :
Alors, appui inconditionnel. L'avant-dernière fois que j'ai posé la
question ici, la députée de Sanguinet a dit : «C'est un excellent projet,
qui a fait l'objet de différentes discussions avec les élus locaux.» Réponse
des élus locaux, je cite : Ces discussions n'ont jamais eu lieu.
Référendum à Sainte-Thècle,
Saint-Tite, Saint-Luc-de-Vincennes, Saint-Maurice : de 69 % à
92 % d'opposition. Le ministre
délégué à l'Économie a dit : Ah! nous, on ne snobera pas les gens
d'affaires, on va continuer à être à leurs côtés.
C'est quoi,
l'acceptabilité sociale, pour le ministre de l'Énergie?
• (15 heures) •
La
Présidente : La réponse du ministre.
M. Jean Boulet
M. Boulet :
Bien, encore une fois, Mme la Présidente, l'acceptabilité sociale, ça
relève de la compétence d'une compagnie privée. Il y a eu effectivement des
rencontres. Moi, j'ai eu des échanges. L'acceptabilité sociale, ça peut
évoluer. Je sais qu'il y a eu des consultations de nature référendaire dans
certaines municipalités. Il y a un besoin de pédagogie additionnelle, et ce devoir-là,
il relève essentiellement de la compagnie TES. Merci, Mme la Présidente.
La
Présidente : Deuxième complémentaire.
M. Pascal Paradis
M. Paradis :
Ce projet, c'est le modèle, il a été cité en modèle par ce gouvernement,
par Pierre Fitzgibbon et par la députée de Sanguinet, qui a dit que c'est un
excellent projet. La compagnie met des informations mensongères dans ses
documents officiels pour faire approuver le projet. Jusqu'à quel niveau,
jusqu'à quel sous-sol d'acceptabilité sociale ce gouvernement va descendre?
Nous,
en tout cas, on écoute les gens de la région qui disent non à ce projet, il
n'est pas acceptable. Quand est-ce que le ministre de l'Énergie va
entendre raison?
La
Présidente : La réponse du ministre.
M. Jean
Boulet
M. Boulet :
Merci, Mme la Présidente. Le ministre de l'Énergie entend raison. Il y aura
d'ailleurs un BAPE qui va s'amorcer
incessamment. Il y a un respect total des processus réglementaires. Et ce
projet-là va aller de l'avant en respectant les critères, en respectant
les impacts environnementaux et aussi l'acceptabilité sociale. C'est un dossier
qui est évolutif. Il n'y a pas d'appui inconditionnel, Mme la Présidente.
Merci.
La
Présidente : Et, en question principale, je reconnais maintenant la
députée de Robert-Baldwin.
Mesures pour contrer la
violence conjugale
Mme Brigitte
B. Garceau
Mme Garceau :
...la stratégie du gouvernement en matière de violence conjugale repose sur
le rapport Rebâtir de 2020, un rapport qui n'a pas été actualisé malgré
une réalité sur le terrain qui a radicalement changé, six féminicides depuis le
début de l'année, c'est du jamais-vu au Québec, pendant que la violence
conjugale explose, que les demandes d'aide et d'hébergement sont passées de
25 000 à 60 000 et que les revenus en hébergement sont passés de
50 % à 67 % dans certaines régions. Et, malgré notre interpellation,
notre motion du mercredi et les cris du coeur des maisons d'hébergement,
incluant ceux de la manifestation de ce midi, le gouvernement nous ressort la
même cassette : On a investi, on a une
stratégie. Mais la stratégie date depuis six ans, elle ne reflète pas la
réalité sur le terrain. Et, de plus, il y a eu zéro rehaussement du budget des maisons d'hébergement depuis trois
ans. C'est comme ça qu'on protège les femmes, les victimes de violence
conjugale?
La
Présidente : La réponse de la ministre responsable de la Condition
féminine.
Mme Caroline
Proulx
Mme Proulx :
On parle des femmes qui sont violentées. Puis essayez de demeurer dignes, Mme
la Présidente. On a fait énormément d'efforts, et de croire que le gouvernement
du Québec pourrait être de quelque façon que ce soit responsable de
féminicides, c'est... c'est irresponsable, Mme la Présidente c'est irresponsable.
Maintenant...
Des voix : ...
La
Présidente : Oui, M. le leader de l'opposition officielle, je vais
vous reconnaître. Quel est votre rappel au règlement?
M. Derraji :
Mme la Présidente, Mme la Présidente, elle prête à ma collègue des
intentions. Ce n'est pas ce qu'elle a dit. Voilà.
Des voix : ...
La Présidente : Excusez, je suis
debout. Merci, M. le leader du gouvernement. On va terminer cette période de
questions — je
vous remercie infiniment — dans
le plus grand respect. On parle ici d'un sujet...
Des voix : ...
La Présidente : ... — s'il
vous plaît! — très
délicat. Alors, demeurons respectueux, tout le monde.
Mme Proulx : Effectivement,
c'est bien de le souligner, madame, on parle d'un sujet qui est extrêmement
délicat.
On a fait nos représentations auprès du ministre
des Finances. C'est un enjeu qui est très important pour notre gouvernement. Je
le répète, c'est pas moins de 1 milliard de dollars. On va suivre ça
de très près, Mme la Présidente.
La Présidente : Voilà. Cela met fin
à cette période de questions et de réponses orales.
Motions sans préavis
Comme il n'y a pas de votes reportés, nous
allons passer à la rubrique Motions sans préavis, et, pour ce faire, je cède la
place au troisième vice-président de l'Assemblée nationale. Merci beaucoup.
Bonne fin de journée.
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Alors, à la rubrique des motions sans préavis, en fonction de nos règles et
de l'ordre de présentation des motions sans préavis, je reconnais le chef du
troisième groupe d'opposition.
M. St-Pierre
Plamondon : Merci, M. le Président. Je sollicite le
consentement des membres de cette Assemblée afin de présenter, conjointement
avec le ministre responsable de la Laïcité et les députés d'Abitibi-Est,
Rosemont, Rimouski, Saint-Laurent et Laporte, la motion suivante :
«Que l'Assemblée nationale réitère que le
rapatriement unilatéral de la constitution en 1982 a été imposé au Québec sans
son consentement et qu'elle n'adhère pas à la Loi constitutionnelle de 1982;
«Qu'elle affirme que la disposition de
souveraineté parlementaire est un outil constitutionnel qui permet de se
soustraire ponctuellement de la Loi constitutionnelle illégitime de 1982 et de
préserver les choix démocratiques de l'Assemblée nationale;
«Qu'elle rappelle que cette disposition a été
utilisée 72 fois par le Parlement du Québec depuis l'adoption de la Loi
constitutionnelle de 1982, soit 42 fois par des gouvernements du Parti
libéral du Québec, 19 fois par des gouvernements du Parti québécois et
11 fois par le gouvernement de la Coalition Avenir Québec;
«Qu'elle réaffirme la continuité du droit de
recourir à la disposition de souveraineté parlementaire du Québec.»
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Y a-t-il consentement pour débattre de cette motion? Il n'y a pas de
consentement. Et...
Des voix : ...
Le Vice-Président (M. Benjamin) : S'il
vous plaît! Nous poursuivons. La prochaine motion... la prochaine motion
revient au gouvernement, et je reconnais Mme la députée de Saint-Hyacinthe.
Mme Soucy : Merci, monsieur...
Des voix : ...
Le Vice-Président (M. Benjamin) : Attendez
un moment. S'il vous plaît!
Souligner l'importance de la lutte contre la
violence
conjugale et la violence faite aux femmes
Mme Soucy : ...de cette
Assemblée afin de présenter la motion suivante conjointement avec la députée de
Robert-Baldwin, la cheffe du deuxième groupe d'opposition, la députée de Terrebonne,
le député d'Abitibi-Est, la députée de Rimouski, la députée de Saint-Laurent,
le député de Saint-Jérôme, la députée de Laporte, le député de Rosemont et la
députée de Chomedey :
«Que l'Assemblée nationale déplore que, depuis
le début de l'année, six femmes [ont] perdu la vie aux mains de leur
conjoint ou ex-conjoint dans un contexte de violence conjugale et souligne
l'importance de continuer d'agir avec détermination pour prévenir toute forme
de violence envers les femmes;
«Qu'elle rappelle que, parmi les suspects de ces
six féminicides, plusieurs avaient des antécédents en matière de violence
conjugale;
«Qu'elle réaffirme que la violence conjugale et
les féminicides sont inacceptables et que la sécurité des femmes et des enfants
doit demeurer une priorité collective;
«Qu'elle enjoigne les
hommes [à] demander de l'aide pour ne jamais verser dans la violence;
«Qu'elle réitère qu'aucune femme ni aucun enfant
ne devrait vivre dans la peur parce qu'elles sont des femmes ou des filles;
«Qu'elle reconnaisse que derrière chaque
féminicide se cachent des milliers de femmes survivantes et d'enfants
covictimes qui comptent sur nous;
«Qu'elle souligne que chaque féminicide rappelle
l'importance de poursuivre nos efforts pour protéger les femmes et les enfants
vivant dans un contexte de violence;
«Qu'elle reconnaisse le rôle essentiel des
maisons d'aide et d'hébergement et des organismes spécialisés dans la
protection, l'accompagnement des survivantes et de leurs enfants;
«Qu'elle salue la mobilisation des intervenantes
et intervenants partout au Québec, notamment celles présentes aujourd'hui dans
nos tribunes, et les remercie pour leur engagement;
«[Enfin
qu'elle] prenne acte des recommandations présentées aujourd'hui par les
représentantes des 53 maisons d'aide et d'hébergement présentes ici
à l'Assemblée nationale.»
Merci, M. le Président.
(Applaudissements)
Le Vice-Président (M. Benjamin) : Y
a-t-il consentement pour débattre de cette motion?
Une voix : ...
Le Vice-Président (M. Benjamin) : Il
y a consentement, sans débat.
Mise aux voix
Cette motion est-elle adoptée? Adopté.
La prochaine motion revient à l'opposition
officielle, et je reconnais M. le leader de l'opposition officielle.
• (15 h 10) •
M. Derraji : Merci, M. le
Président. Je sollicite le consentement de cette Assemblée afin de présenter la
motion suivante conjointement avec le leader
du deuxième groupe d'opposition, la députée de Saint-Laurent, la députée de Laporte et la députée de Chomedey :
«Que l'Assemblée nationale prenne acte des
nombreux experts ayant publiquement mis en doute l'exactitude des données avancées par le ministre de
l'Immigration, de la Francisation et de l'Intégration pour défendre son refus
d'octroyer une clause de droits acquis dans le dossier de l'abolition du
Programme de l'expérience québécoise;
«Qu'enfin, elle rappelle que la diffusion
d'informations exactes par le gouvernement caquiste est essentielle au maintien
de la confiance de la population.»
Merci, M. le Président.
Le Vice-Président (M. Benjamin) : Y
a-t-il consentement pour débattre de cette motion?
Une voix : ...
Le Vice-Président (M. Benjamin) : Il
n'y a pas de consentement.
Et la prochaine motion revient au deuxième
groupe d'opposition, et je reconnais Mme la députée de Verdun.
Mme Zaga Mendez : Merci, M. le
Président. Je sollicite le consentement de cette Assemblée pour présenter la
motion suivante conjointement avec le député de Jean-Talon et le député de Rosemont :
«Que
l'Assemblée nationale dénonce l'ingérence politique ayant mené à l'autorisation
accordée à l'entreprise Domtar par le ministère des Ressources
naturelles et des Forêts, en contradiction avec l'avis de ses propres experts
et en contournant les règles en vigueur;
«Qu'elle condamne le fait que cette décision ait
été prise au bénéfice d'une multinationale, au mépris des obligations de
consultation des Premières Nations;
«Qu'elle reconnaisse que cette affaire soulève
de graves questions quant au respect de l'intérêt public;
«Qu'enfin elle exige que le gouvernement du
Québec fasse toute la lumière sur les mécanismes ayant permis le contournement
des règles et rende publiques les interventions politiques ayant mené à
l'octroi de cette autorisation.»
Le Vice-Président (M. Benjamin) : Y
a-t-il consentement pour débattre de cette motion?
Une voix : ...
Le Vice-Président (M. Benjamin) : Il
n'y a pas de consentement.
Nous sommes toujours à la rubrique des motions
sans préavis. Une motion sans préavis ayant déjà été présentée par le groupe
parlementaire formant le gouvernement, je demande s'il y a consentement pour
permettre la lecture d'une autre motion sans préavis. Consentement. M. le leader
adjoint du gouvernement.
Entériner
le mandat de procéder à des consultations
particulières sur le projet de loi n° 19
M. Lévesque
(Chapleau) : M. le Président, je demande le consentement pour déroger
à l'article 84.1 de notre règlement afin de déposer une motion rétroactive
de consultations particulières donnant suite à une entente entre les leaders,
le député d'Abitibi-Ouest, la députée de Rimouski, le député de Saint-Jérôme,
le député de Taillon, la députée de Laporte,
le député de La Prairie, le député de Dubuc, la députée de Saint-Laurent, la députée de Chomedey
et le député de Rosemont.
Je fais motion,
conformément à l'article 146 du règlement de l'Assemblée nationale,
afin :
«Que l'Assemblée
nationale entérine le mandat donné à la Commission de la santé et des services
sociaux, dans le cadre de l'étude du projet
de loi n° 19, [la] Loi visant notamment l'amélioration de l'accès aux
services médicaux, de procéder à des consultations particulières et de
tenir des auditions publiques le mercredi 11 février 2026, de
15 h 50 à 18 h 35;
«Qu'à cette fin, la
Commission entende les personnes et organismes suivants : Santé Québec, Médecins
québécois pour le régime public, Conseil pour la protection des malades, le
Regroupement provincial des comités des usagers;
«Qu'une période de
12 minutes soit prévue pour les remarques préliminaires, répartie de la
manière suivante : 6 minutes pour le [...] gouvernement,
3 minutes 36 secondes pour l'opposition officielle, 1 minute
12 secondes au deuxième groupe d'opposition, 1 minute
12 secondes pour le député indépendant;
«Que la durée
maximale de l'exposé de Santé Québec et de Médecins québécois pour le régime
public soit de 10 minutes et l'échange avec les membres de la Commission
soit d'une durée maximale de 35 minutes partagées ainsi : 17 minutes 30 secondes pour le groupe
parlementaire formant le gouvernement, 10 minutes 30 secondes pour
l'opposition officielle,
3 minutes 30 secondes pour le deuxième groupe d'opposition,
3 minutes 30 secondes pour le député indépendant;
«Que la durée
maximale de l'exposé du Conseil pour la protection des malades et pour le
Regroupement provincial des comités des usagers soit de 8 minutes et
l'échange avec les membres de la Commission soit d'une durée maximale de 22 minutes partagées ainsi :
11 minutes pour le [...] gouvernement, 6 minutes 36 secondes
pour l'opposition officielle,
2 minutes 12 secondes pour le deuxième groupe d'opposition et
2 minutes 12 secondes pour le député indépendant;
«Que la ministre de
la Santé soit membre de ladite commission pour la durée du mandat.»
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Merci, M. le leader adjoint du gouvernement. Y
a-t-il consentement pour déroger à l'article 230 du règlement, considérant
que le débat sur l'adoption du principe n'est pas terminé?
Des voix : Consentement.
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Consentement. Y a-t-il consentement pour débattre
de cette motion?
Une voix :
...
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Consentement, sans débat.
Mise
aux voix
Cette motion est-elle
adoptée? Adopté.
Des voix :
Adopté.
Avis
touchant les travaux des commissions
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Adopté. M. le leader adjoint du gouvernement.
M. Lévesque
(Chapleau) : Oui. Merci beaucoup, M. le Président.
Et donc j'avise cette
Assemblée que la Commission des institutions va poursuivre les consultations
générales et les auditions publiques sur le projet de loi n° 1,
la Loi constitutionnelle de 2025 sur le Québec, aujourd'hui, après les
avis touchant les travaux des commissions jusqu'à 18 h 45, à la salle
Louis-Joseph-Papineau;
La Commission des
relations avec les citoyens va entreprendre les consultations particulières et
les auditions publiques sur le projet de loi n° 12,
la Loi instituant la prestation de services de garde éducatifs à l'enfance par
les personnes reconnues à titre de responsables d'un service de garde éducatif
en communauté, aujourd'hui, après les avis touchant les travaux des commissions
jusqu'à 17 h 55, à la salle Louis-Hippolyte-La Fontaine;
La Commission de la
santé et des services sociaux va poursuivre les consultations particulières et
les auditions publiques sur le projet de loi n° 15,
la Loi modifiant le Code des professions et autres dispositions principalement
afin d'alléger les processus réglementaires du système professionnel et
d'élargir certaines pratiques professionnelles dans le domaine de la santé et
des services sociaux, aujourd'hui, après les avis touchant
les travaux des commissions jusqu'à 19 h 20, à la salle Marie-Claire-Kirkland;
La Commission des finances publiques va
poursuivre les consultations particulières et les auditions publiques sur le
projet de loi n° 5, la Loi visant à accélérer
l'octroi des autorisations requises pour la réalisation des projets prioritaires et d'envergure nationale, aujourd'hui, après
les avis touchant les travaux des commissions jusqu'à 18 h 30, à la salle
Pauline-Marois.
Le
Vice-Président (M. Benjamin) : Merci, M. le leader
adjoint du gouvernement. Nous sommes bien, dois-je le préciser, à la
rubrique des avis touchant les travaux des commissions. Y a-t-il consentement
pour déroger à l'article 143 du règlement concernant l'horaire des travaux
des commissions? Consentement.
Renseignements sur les travaux
de l'Assemblée
À la rubrique
Renseignements sur les travaux de l'Assemblée, je vous informe que demain, lors
des affaires inscrites par les
députés de l'opposition, sera débattue la motion inscrite par M. le député de Matane-Matapédia. Cette motion se lit comme suit :
«Que
l'Assemblée nationale dénonce le mauvais bilan du gouvernement caquiste pour la
région du Saguenay—Lac-Saint-Jean
après deux mandats au pouvoir.»
Affaires du jour
La période
des affaires courantes étant terminée, nous allons maintenant passer aux
affaires du jour. M. le leader adjoint du gouvernement.
M. Lévesque
(Chapleau) : Merci, M. le
Président. Je vous demanderais de bien vouloir appeler l'article 11 du
feuilleton, s'il vous plaît.
Projet de loi n° 19
Reprise du débat sur
l'adoption du principe
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
À l'article 11 du feuilleton, l'Assemblée reprend le débat ajourné plus
tôt aujourd'hui sur l'adoption du principe du projet de loi n° 19, Loi
visant notamment l'amélioration de l'accès aux services médicaux et la prise en
charge médicale de la population.
Y a-t-il des interventions? Je reconnais M. le
député des Îles-de-la-Madeleine.
M. Joël Arseneau
M. Arseneau : Merci beaucoup,
M. le Président. Alors, c'est avec un grand plaisir que je vais me prononcer sur ce nouveau projet de loi, le projet de loi
n° 19, Loi visant notamment
l'amélioration de l'accès aux services médicaux et la prise en charge
médicale de la population. Et je me propose... je propose
de vous entretenir notamment de l'échec du gouvernement en la matière depuis un
an.
Écoutez, M. le Président, il faut quand même
prendre la mesure de l'échec du gouvernement et de la perte de temps
incommensurable depuis un an, dans le dossier de la rémunération des médecins,
certes, mais surtout de l'amélioration de l'accès aux soins de santé pour
toutes les Québécoises et tous les Québécois. Ce projet de loi vient en quelque
sorte abroger tous les précédents déposés d'abord au mois de mai, souvenez-vous
du projet de loi n° 106, mais également le projet de loi n° 2, adopté
sous bâillon au mois d'octobre dernier, avec des mesures, on se souviendra, qui
étaient absolument inapplicables, mais également extrêmement autoritaires et
contre-productives, avec un projet de loi
que le ministre lui-même n'arrivait pas à expliquer. Visiblement, il n'arrivait
pas à convaincre, puisque lui-même ne pouvait pas démontrer comment on
pourrait mettre en oeuvre ledit projet.
Souvenez-vous des soirées de webinaires où les
gens sortaient de ces rencontres plus confus que jamais, avec les réponses
qu'ils avaient pu obtenir lors de ces soirées, qui devaient servir
essentiellement à expliquer comment ce projet de loi là pouvait être mis en oeuvre.
Le gouvernement, au fil des jours et des semaines, s'est rendu compte de
l'erreur absolument incroyable qu'il avait commise.
• (15 h 20) •
Pour terminer la session, l'automne dernier, le
dernier jour de la session, il a donc déposé un autre projet de loi, le projet
de loi n° 16, le 12 décembre dernier, qui venait abroger
78 articles sur les 214 du projet de loi n° 2. Donc, on venait déjà
d'amputer le projet de loi de tout ce qu'il y avait de plus odieux sur le plan
législatif, mais sur le plan également de la liberté de penser et d'agir ici,
au Québec, là, en visant spécifiquement les médecins. C'était un pas,
évidemment, dans la bonne direction, mais, au même moment, on apprenait que le
gouvernement avait conclu une entente avec la Fédération des médecins
omnipraticiens, entente qui devait être mise en oeuvre par le dépôt d'un autre
projet de loi, un quatrième en l'espace de 10 mois, le projet de loi
n° 19, qu'on a eu le plaisir de découvrir la semaine dernière, mardi
passé, et que le gouvernement veut absolument, évidemment, faire adopter d'ici
le 27 février prochain, parce que c'est le délai qu'il s'est donné dans
l'adoption du projet de loi n° 16, le 12 décembre dernier.
Donc, on doit nécessairement y arriver, et même,
encore une fois, on doit faire des acrobaties sur le plan législatif, parce que
nous sommes aujourd'hui à discuter du principe d'un projet de loi qui n'a pas
été soumis à la consultation des parties prenantes, à la consultation des
citoyens, ce qui est encore une fois un autre accroc aux règles habituelles.
Les consultations particulières, normalement, se tiennent avant que l'on soit
convoqués, comme députés, à débattre justement du
principe du projet de loi. Il est de coutume que nous puissions entendre les
citoyennes et les citoyens du Québec se prononcer sur le dépôt d'un projet de
loi, sur le libellé initial, pour avoir une diversité de points de vue qui nous
permettent donc d'avoir un débat qui est encore plus, je dirais, approfondi,
une analyse qui est plus fine et une
compréhension de ce que ce projet de loi là peut... pourrait amener de bon, ou
de plus difficile, ou compromettant. Parce que les citoyens et les
usagers du système de santé, dans le cas présent, ou encore les médecins,
peuvent avoir un point de vue à apporter qui est extrêmement important pour les
législateurs. Et donc, avant de se prononcer sur le projet de loi, sur son principe, nous devons normalement tenir ces
consultations-là, qui auront lieu, M. le Président, demain, et en format
raccourci, s'il vous plaît. On nous a donné trois heures pour pouvoir entendre
le point de vue de la société civile, des
parties prenantes sur un projet de loi qui est la conséquence, là, des actes
législatifs manqués du gouvernement depuis 10 mois.
Et, pendant ces 10 derniers mois, est-ce
qu'on a amélioré l'accès aux... aux soins de santé? Est-ce qu'on a des
perspectives de modifier la rémunération, le mode de rémunération des médecins
pour pouvoir favoriser une plus grande interdisciplinarité, pour en avoir
davantage pour notre argent comme contribuables et surtout comme usagers du
système de santé, pouvoir compter sur un système qui est en première ligne, une
capacité de traiter, d'accueillir, de soigner
les Québécoises et les Québécois en temps opportun? Eh bien, évidemment, on aura
perdu un an dans ces débats stériles, dans une espèce de psychodrame qui
a été lancé non seulement par le ministre de la Santé démissionnaire, mais
également par le premier ministre, aujourd'hui démissionnaire, lorsqu'il a
lancé que ça allait brasser.
Alors, est-ce que ça a brassé dans le milieu de
la santé pour les médecins? Définitivement. Est-ce que ça a brassé dans le système de santé, qui doit livrer
des services et des soins aux Québécoises et aux Québécois? Bien entendu,
que ça a affecté la prestation de soins et le niveau d'anxiété non seulement
des professionnels de la santé, mais également de toutes les patientes et de
tous les patients, et particulièrement dans les régions frontalières : je
pense à l'Outaouais, je pense également au Bas-Saint-Laurent, là où les gens ont dit : Bien, écoutez, si c'est comme ça... les
médecins ont dit : Si c'est comme ça qu'on veut nous traiter, eh bien, on
va songer à aller ailleurs. Et malheureusement plusieurs n'ont pas
attendu que le gouvernement se rende compte de son erreur et ont déjà quitté.
Encore hier, il y avait une manchette à l'effet que... je crois que c'est une
demi-douzaine ou huit médecins avaient signé avec la province voisine du Nouveau-Brunswick, et ce, sans compter, évidemment, les gens de la région de Montréal ou
de l'Outaouais qui, eux aussi, ont décidé de passer à l'Ouest pour
pratiquer la médecine.
Et le résultat, il est clair. Il est clair dans
les statistiques que nous fournit le gouvernement lui-même dans la prise en
charge. On voit qu'aujourd'hui on a moins de Québécoises et de Québécois qui
ont accès à un professionnel de la santé, qui ont accès à un médecin.
Globalement, on est toujours à 1 million, 1,2 million Québécois qui
sont en attente et qui ne peuvent pas
espérer, à l'heure actuelle, avec le projet de loi n° 19, voir des
résultats de façon concrète pour l'ensemble des Québécoises et des
Québécois.
Souvenez-vous, la promesse phare de la Coalition
avenir Québec en 2018, c'était un médecin pour chaque Québécoise et chaque
Québécois. Et aujourd'hui c'est 1,2 million de personnes au Québec qui
sont en attente d'un médecin. Alors, comment illustrer de façon plus éclatante
l'échec gouvernemental? Mais, évidemment, on a modifié, on a tronqué cet engagement électoral formel pour dire qu'on allait
quand même pouvoir avoir accès à des soins de santé en temps utile, à un
médecin, à un professionnel de la santé, grâce, magie, magie, à l'implantation
d'une affiliation ou... collective, une affiliation à un milieu de soins, une
prise en charge collective. C'est ce qui était indiqué dans le projet de loi
n° 106 de mai dernier. C'est ce qu'ont ramené... qu'on a ramené dans le projet
de loi n° 2, qui, lui, allait encore plus fort, avec
des pénalités salariales puis ensuite une compensation pour la prise en charge
qui était ensuite rajoutée, essentiellement, le retour de l'argent qu'on avait
été piger dans la masse salariale des médecins, si les objectifs étaient
atteints, tout ça dans un modèle absolument difficile à expliquer, à
comprendre, et surtout inapplicable.
Cela étant, aujourd'hui, le projet de loi
n° 19, j'ai parlé d'un quatrième projet de loi en 10 mois, mais ce
n'est pas... On n'est pas au bout de nos surprises, M. le Président. On se
donne un nouveau rendez-vous ici même pour débattre du projet... du prochain
projet, qui pourra porter le n° 21, 22, 24, on ne le
sait pas encore, pour régler le dossier des médecins spécialistes, qui, lui
aussi, nécessairement, devrait passer par une nouvelle pièce législative. Donc,
on pourra compléter le quintette de projets de loi qui auront permis à la
Coalition avenir Québec, au gouvernement, mais aussi au Québec tout entier, de
faire du surplace pendant une belle longue période de 11 mois. Tout ça
pour ça.
M. le Président, je fais un peu d'humour, mais
en fait la situation, elle est tragique. Elle est tragique pour l'ensemble des
usagers du système de santé, qui se désespèrent de pouvoir avoir des services
pour lesquels ils sont en droit de s'attendre, donc, et pour lesquels ils
paient évidemment leurs taxes et leurs impôts. Et, à l'heure actuelle, dans le
projet de loi n° 19, M. le Président, outre faire un recul absolument
spectaculaire sur tous les projets de loi précédents et sur toutes les
intentions et les engagements qui avaient été manifestés par le gouvernement,
on ne voit pas nécessairement de gain, d'avancée, de perspective qui puisse
nous donner espoir que le système de santé s'améliore, que l'accès à un médecin
ou à un professionnel soit véritablement, là, au bout, là, de cet arc-en-ciel qu'a
dessiné le gouvernement au cours des derniers mois à travers ses différents
projets de loi.
En réalité, il n'y a aucune obligation de la
part des médecins de livrer la marchandise. On va... On a décidé, au
gouvernement, d'utiliser la bonne vieille méthode qui était justement tout ce
que le premier ministre disait ne pas vouloir faire, c'est-à-dire augmenter la
rémunération, ajouter des primes dans l'espoir d'avoir un meilleur rendement de
la part des médecins et une prise en charge beaucoup plus grande. Eh bien,
c'est exactement ce qu'il a fait en mettant sur
la table 75 millions, en disant : Bien, si jamais la chose vous
intéresse, il y aura la possibilité d'avoir des primes si vous arrivez,
d'ici le mois de juin 2026, à prendre en charge 500 000 patients.
500 000 personnes, là, c'est moins de la moitié de ceux qui actuellement
sont sur ces listes-là.
• (15 h 30) •
Donc,
c'est l'objectif que se donne le gouvernement à l'heure actuelle. Son standard
n'en finit plus d'être réduit pour tenter d'aller chercher un semblant de
victoire, un semblant de gain ou d'amélioration dans la prestation des soins de
santé ici, au Québec. 500 000 Québécoises et Québécois, et, sur les
200 000 patients dits vulnérables, bien,
on a décidé que, si, dans cette entente avec les médecins omnipraticiens... si
on pouvait en inscrire 180 000, là, ce serait une réussite. Moi, j'ai bien hâte de voir, d'ailleurs, qui sont
les 20 000 heureux élus vulnérables, patients vulnérables, qui
seront mis de côté.
Mais, au-delà de cet
objectif, dont on sait qu'il n'est pas coercitif, soit, mais qu'il n'est pas
non plus, disons, impératif dans l'entente, et on peut se demander ce qu'il
adviendra au mois de juin prochain, mais, évidemment, en juin prochain,
personne ne sera là pour en débattre. Visiblement, la 43e... la
43e législature aura pris fin, et le débat sera maintenant tourné vers l'alternative au gouvernement de la CAQ en
fonction du calendrier électoral qui nous mène en octobre prochain, et
c'est bien malheureux, parce que je pense qu'il faudrait pouvoir conclure et
pouvoir demander des comptes au gouvernement sur la possibilité ou non que l'on
atteigne l'objectif qui est fixé dans l'entente.
Mais de quel type de
prise en charge parle-t-on lorsqu'il est question d'un demi-million de personnes
qui auront accès à un médecin dans cette entente-là? Lorsqu'on regarde le
texte, on ne peut pas conclure qu'il y aura une prise en charge effective et
que ces gens-là, qui attendent un médecin, seront effectivement pris en charge.
Et, quand on entend les propos et l'interprétation des porte-parole de la Fédération
des médecins omnipraticiens du Québec, en fait, on a l'explication de cette
entente, l'interprétation de l'entente, qui n'a pas été démentie par le
gouvernement, à l'effet que cette prise en charge là n'en est pas une, M. le
Président. Il ne s'agit pas d'un statut qui est octroyé aux personnes
vulnérables ou non qui veulent avoir un médecin de famille et qui, justement,
soient prises en charge, il s'agit simplement, dans les yeux de la FMOQ, dans
leur interprétation et vraisemblablement dans l'entente qui a été signée, de
l'ouverture de plages horaires pour des rendez-vous. M. le Président, je ne
sais pas si vous réalisez l'ampleur du recul par rapport aux objectifs, aux
intentions et aux engagements du gouvernement lorsqu'on arrive à débattre d'un projet de loi où il n'y aura vraisemblablement
aucune amélioration quand il est question de la prise en charge ou de l'accès à
un médecin de famille à travers ce projet de loi là, à travers cette entente
qui est mise en oeuvre dans le projet de loi.
Et je ne parle même
pas de la question du mode de rémunération. À travers le projet de loi, on nous
a fait croire, en le présentant, qu'un nouveau mode de rémunération était
convenu, qu'on le mettrait en place et que le projet de loi était la fin de
l'histoire pour la capitation, M. le Président. Mais non. Tout ce volet reste
encore à négocier avec la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec.
Alors, c'est une boîte noire. On souhaite que les négociations se tiennent, on souhaite qu'elles aboutissent,
mais ce ne sont que des souhaits, M. le Président, des voeux pieux. Et ce n'est
pas ce que le gouvernement devait faire, visiblement.
Si on avait procédé
autrement il y a un an, en mettant en place un processus par étapes, rationnel,
qu'on s'était donné un horizon réaliste...
On a vu que les modes de rémunération avaient été modifiés dans des
juridictions canadiennes voisines, comme en Ontario, comme en
Colombie-Britannique, où, sur une période de quelques années, en Ontario, sur cinq ans, on pouvait véritablement modifier le
système, le mode de rémunération et surtout se donner une perspective
d'améliorer la prise en charge, mais surtout le... l'accueil et la prestation
de soins de première ligne pour l'ensemble des
Québécoises et des Québécois. Évidemment, ce n'est pas le chemin qui a été
choisi par le gouvernement et c'est bien malheureux.
Alors, je terminerai,
M. le Président, en mentionnons... en mentionnant, plutôt, qu'il y avait
quelque chose de révélateur hier dans le dépôt d'un nouveau rapport par la Commissaire
à la santé et au bien-être, qui nous disait, essentiellement, que le système de
santé, au Québec, dans ses deux grands constats, là, était on ne peut plus
vulnérable, voire menacé dans sa pérennité, pour toutes sortes de
raisons : manque de personnel, manque de ressources, manque de lits. Moi,
j'ajouterais manque de vision, manque de courage politique, manque de décisions
et d'un plan de match qui soit réaliste, qui soit concerté, mais qui soit aussi
déterminé à véritablement mettre en oeuvre non pas une réforme, mais une
transformation qui soit axée, par exemple, sur la première ligne, sur les soins
de proximité, sur des portes d'entrée qu'on pourrait identifier comme étant les
CLSC, sur la confiance qu'on pourrait offrir, donner à tous ces acteurs de la
santé de terrain. Non seulement un système de santé qui soit concentré sur
l'accès aux médecins, mais sur l'accès aux soins, le bon professionnel au bon
moment. Et ça, ça a été complètement évacué dans la vision de la Coalition avenir Québec ces dernières années et c'est extrêmement
malheureux, avec, pour résultat que... non seulement aux yeux de la Commissaire à la santé et au bien-être, le système de santé, sa pérennité peut être
menacée, mais, également, le grand constat qu'on fait, c'est par rapport — et on
y revient toujours — à
l'accès aux soins de santé. On nous dit aujourd'hui,
et c'est comme un constat qui est admis de tous, que les soins et services de
santé, et je cite, «sont globalement peu accessibles en temps opportun
pour les Québécoises et les Québécois». Alors, la question qu'on peut se
poser : Est-ce que le projet de loi n° 19 qui est devant nous
aujourd'hui nous permettra de modifier, d'altérer, de transformer ce constat de
la Commissaire à la santé et au bien-être de quelque façon que ce soit? Notre
réponse, à l'heure actuelle, c'est non.
Donc, sur le principe
du projet de loi, qui vient confirmer le recul total de la Coalition avenir
Québec sur ses ambitions d'améliorer l'accès au système de santé, qui vient
confirmer que le plan santé de la CAQ a complètement déraillé au cours de la dernière année, et je n'ai pas fait le bilan
complet parce qu'on manque de temps puis parce que ce n'est pas l'objet du
projet de loi, bien, évidemment, M. le Président, je suis obligé de vous dire
que, sur le principe, nous ne pouvons pas apporter notre appui au projet
de loi n° 19. Merci, M. le Président.
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Merci, M. le député des Îles-de-la-Madeleine. Et,
pour, toujours, sur le débat sur l'adoption du principe du projet de loi
n° 19, je reconnais maintenant M. le député de Pontiac.
M. André Fortin
M. Fortin : Merci, M. le Président. Le collègue des... le collègue des Îles-de-la-Madeleine
m'a fait rire à quelques reprises dans son intervention. Les gens des Îles-de-la-Madeleine
sont toujours colorés, toujours imagés, mais, dans ce cas-ci, c'est plus
l'histoire qu'il a racontée qui, disons, fait sourciller plusieurs.
Mais, avant d'arriver
à la saga qui nous a menés au projet de loi n° 19, je dois dire, M. le
Président, qu'on va prendre une approche différente de celle du Parti québécois.
Nous, on va appuyer le principe du projet de loi n° 19. On va aider le gouvernement à reculer. C'est essentiellement
ça, le projet de loi n° 19. Alors, nous, on va être conséquents
avec nous-mêmes. On a décrié la version précédente, la loi n° 2,
et, aujourd'hui, le gouvernement nous présente un projet de loi qui vient
essentiellement abroger la moitié des mesures dans le projet de loi n° 2, la moitié des mesures avec lesquelles on n'était pas
d'accord. Alors, on va aider le gouvernement à reculer, on va voter en faveur
du projet de loi n° 19 dans son principe. Mais c'est ça qu'il fait, le
projet de loi n° 19, M. le Président, il abroge 99 articles. Et ça, c'est en plus des 78 articles qui avaient
déjà été abrogés par le projet de loi n° 16, qu'on a adopté il
y a quelques mois. 99 articles, M. le Président, c'est 42 % du
projet de loi, parti, fini. En fait, 42 % de la loi éliminée, on n'en veut
plus.
• (15 h 40) •
Mais là où le député
des Îles-de-la-Madeleine m'a fait rire aussi, c'est quand il fait référence à
toute la saga créée autour de la loi n° 2. C'est
vrai, sauf que je lui rappelle que sa propre formation politique va aussi créer
tout un enjeu avec les médecins. Sa formation politique, le Parti québécois, a
déjà déclaré, M. le Président, qu'ils veulent s'attaquer, d'entrée de jeu,
c'est la première idée que, moi, j'ai entendu en matière de santé de la part du
Parti québécois, à l'incorporation des médecins. Débat légitime, M. le
Président, on peut avoir ce débat-là, mais, s'il pense que ça va mener à autre
chose qu'un débat sur l'administratif, qu'un débat sur la rémunération des
médecins encore et que le patient va, encore une fois, se trouver bien, bien
loin dans les priorités de la formation politique, M. le Président, je suis obligé de lui dire qu'il se lance dans un
chantier qui va nous mener à des situations comme celles qu'il vient de décrier,
encore une fois.
Moi, M. le Président,
je pense que c'est utile de regarder le projet de loi n° 19 dans le
contexte dans lequel il s'inscrit. Il s'inscrit dans un contexte où le
gouvernement du Québec a pris l'argent des contribuables pour dire,
essentiellement... pour demander, et ça, c'est une bonne chose, pour demander
aux plus grands experts au Québec en matière de première ligne comment s'y
prendre, qu'est-ce qu'on devrait faire. Et ces gens-là, contre rémunération de
quelques centaines de milliers de dollars, M. le Président, ils ont pondu un
rapport, un rapport étoffé, vous en voyez l'épaisseur, M. le Président, Soutenir
l'élaboration d'une première politique gouvernementale de soins et services de
première ligne au Québec. Experts mandatés : Élise Boulanger, Mylaine
Breton et Antoine Groulx. Et, M. le Président, qu'est-ce qu'ils ont dit? Est-ce
qu'ils ont recommandé le projet de loi n° 106? Bien non, M. le Président.
Est-ce qu'ils ont recommandé la loi n° 2? Bien non,
M. le Président.
Voici certaines de
leurs... En fait, voici l'ensemble de leurs recommandations, parce que ce
qu'ils nous ont donné ici, c'est le chemin à suivre, c'est une autoroute vers
des meilleurs services, M. le Président. C'est ça qu'ils nous ont offert. Et ils le disent eux-mêmes, ces
recommandations sont indissociables, alors il faut les prendre dans son
entièreté. On ne peut pas aller faire le fameux «pick and choose», hein?
On ne peut pas prendre la première, laisser la deuxième, prendre la troisième.
Ce sont des recommandations qui, lorsque prises ensemble, bien, proposent une
clé de réussite au gouvernement du Québec pour offrir aux patients, à ceux qui,
désespérément, essaient par tous les moyens, depuis plusieurs années, d'obtenir
des services de base, des services de première ligne.
Tout d'abord,
élaborer une stratégie de développement des ressources humaines en soins de
première ligne de façon à augmenter la capacité des équipes et des réseaux
locaux de services à répondre aux besoins de la population à l'intérieur du
système public. Ça, M. le Président, là, ça, c'était au coeur de tous les
débats qu'on a eus en santé ici, au cours des dernières années. Il n'y a pas
une fois, pas une, où je me suis levé ici pour parler de santé dans le cadre
d'un débat parlementaire comme ça sans dire au gouvernement : Ça prend une
stratégie en matière de ressources humaines, une
stratégie globale. C'est ce qu'ils viennent dire : Élaborer une stratégie
de développement des ressources humaines en soins de première ligne.
Combien d'infirmières en première ligne est-ce qu'on va avoir besoin au cours
des cinq, 10 prochaines années? Combien de travailleurs sociaux? Combien
de physiothérapeutes? Combien de nutritionnistes? Combien de gens oeuvrant dans
la première ligne à l'intérieur de nos RLS est-ce qu'on a besoin? Et comment
est-ce qu'on va arriver à convaincre ces
gens-là de venir au Québec, d'entamer des études dans ces milieux-là, d'offrir
des soins à la population, M. le Président?
Recommandation n° 2 :
maintenir l'inscription à un médecin de famille ou une IPS au sein d'une équipe
interprofessionnelle, sans égard aux caractéristiques sociodémographiques et
cliniques des usagers comme assise de l'accès universel des soins de première ligne
de qualité. Alors là, M. le Président, quand on nous dit, au
gouvernement : Ils vont être pris en charge par une clinique, ce n'est pas
ce qui est demandé par les experts, M. le Président. Maintenir l'inscription à
un médecin de famille ou à une IPS.
Recommandation 3 :
mettre en place une gouvernance de proximité des soins de première ligne
alignée avec la responsabilité populationnelle et articulée de façon cohérente
avec tous les échelons du système de santé et de services sociaux, afin d'assurer
aux soins de première ligne les leviers d'action nécessaires pour organiser et
adapter les services en fonction de la
population et des orientations provinciales. Là, M. le Président, est-ce que
vous avez vu quelque chose dans l'un
ou l'autre des nombreux projets de loi nommés tout à l'heure où il y a une
cohérence avec tous les échelons du
système de santé et de services sociaux? Moi, je n'ai pas vu ça, M. le
Président, nulle part dans les nombreux projets de loi.
Investir dans la
production... Recommandation 4 : investir dans la production du
savoir en soins de première ligne pour le
déploiement d'un réel système de santé apprenant. Une infrastructure de données
accessible et agile, M. le Président, on est loin de ça au Québec.
Recommandation 5 :
assurer un financement public spécifique aux soins de première ligne cohérent
avec les orientations annoncées et revoir la contractualisation des milieux
cliniques recevant ces fonds publics. Avez-vous entendu parler de ça en quelque
part? Je sais que vous suivez nos travaux avec assiduité, M. le Président, même
quand vous n'êtes pas assis dans cette chaise-là, avez-vous entendu, en quelque
part, quelqu'un parler du financement public des
soins de première ligne, que ce soit dans le cadre du projet de loi
n° 106, de la loi n° 2, du projet de loi n° 19, du projet
de loi n° 16? Pas du tout, M. le Président.
Recommandation 6 : suivre au niveau
populationnel l'atteinte des orientations annoncées par un ensemble de mesures
de résultats ayant un grand potentiel de valeur ajoutée pour la population en
fonction du quintuple objectif.
M. le Président, je pourrais continuer comme ça,
mais je pense que vous comprenez l'essence de mon propos. C'est-à-dire qu'on a
pris les meilleurs experts au Québec et qu'on leur a demandé comment procéder.
On les a... On leur a donné du temps pour élaborer un rapport et on a fait exactement
le contraire de ce qu'ils nous ont dit. Ça, c'est l'approche de la CAQ :
on va prendre l'argent du public, on va le donner aux experts puis on ne fera
absolument rien de ce qu'ils nous disent parce qu'on a des impératifs
politiques.
Bon, bien, parlons-en, de leurs impératifs
politiques, M. le Président. Ils ont commencé avec le projet de loi n° 106,
et je dis «projet de loi», M. le Président, parce que vous vous souvenez de ce
qui est arrivé au projet de loi n° 106. On a eu des consultations où
à peu près tout le monde, à peu près chacun des intervenants qui est venu en
commission parlementaire nous a dit : Ça ne tient pas la route, votre
affaire, ça ne marchera pas, c'est contre-productif, ça va avoir des effets
néfastes.
Vous vous souvenez, M. le Président, du Collège
des médecins, le Collège des médecins qui appelait... qui appelait, qui nommait l'approche gouvernementale
comme de la médecine fast-food? Pourquoi il disait ça, M. le Président? Et
là je vais me permettre d'utiliser les propos qui avaient été avancés par le
GMF de Vaudreuil. Je l'ai déjà fait dans cette
Chambre. Je vais le refaire aujourd'hui parce que les trois intervenantes du
GMF de Vaudreuil étaient particulièrement pointues dans leurs critiques. Ce qu'elles nous disaient, les trois
médecins, c'est qu'essentiellement le projet de loi n° 106 leur demandait
de mettre de côté toute la recherche qu'elles faisaient. Le projet de loi
n° 106 leur demandait de mettre de côté tout l'enseignement qu'elles
faisaient. Il va falloir que vous m'expliquiez, M. le Président, comment on va
former la relève s'il n'y a pas d'enseignement en médecine au Québec.
Le projet de loi n° 106 leur demandait de
mettre de côté les soins palliatifs. Je ne sais pas, vous, M. le Président, mais, le jour où je vais quitter ce monde, le
faire dans un contexte de soins palliatifs de qualité, avec les meilleurs
experts, ça m'apparaît... ça m'apparaît souhaitable, M. le Président.
Le projet de loi n° 106 leur demandait de
mettre de côté tout ce qu'ils faisaient en matière de soins à domicile. Bien
oui, on n'a pas besoin de ça, les soins à domicile au Québec. Ce que les
médecins du GMF de Vaudreuil nous ont dit
essentiellement, c'est que le projet de loi n° 106 leur demandait de faire
de la médecine à la chaîne. Parce que, si, dans leur GMF, quelqu'un
décidait de faire une activité autre que de voir patient après patient après
patient, bien, elles seraient collectivement pénalisées financièrement. C'est
ça qu'elles nous ont dit.
• (15 h 50) •
Le projet de loi n° 106, il allait plus
loin que ça, M. le Président. Il y a d'autres choses là-dedans. Mais, quand le
Collège des médecins... Le Collège des médecins, là, ce n'est pas la Fédération
des médecins omnipraticiens, ce n'est pas la Fédération des médecins spécialistes,
ce n'est pas ce que le gouvernement de la CAQ aime appeler les syndicats de
médecins, le Collège des médecins, il est là parce qu'il a une mission de
protection du public. Et le Collège des médecins a regardé le gouvernement de
la CAQ dans les yeux et leur a dit : Ce que vous êtes en train de faire,
c'est de la médecine fast-food, c'est de la médecine à la chaîne, avec une
qualité de soins diminuée, avec d'autres aspects de la pratique médicale qui
sont mis de côté, qui sont dévalorisés.
La Dre Sarah-Émilie Giraldeau-Bélanger, qui est
médecin de famille, M. le Président, m'a quand même fait rire avec la citation
suivante : «En 2025, je pense que tout le monde sait que le fast-food,
c'est mauvais pour la santé. Bien, la médecine fast-food, c'est aussi mauvais
pour la santé, puis on ne va pas se faire forcer de vous en servir.» Ça, c'est
une médecin qui pensait à ses patients et qui s'est dit essentiellement :
Ce n'est pas vrai que le gouvernement va me dire que je peux juste passer cinq
minutes, sept minutes avec vous autres, moi, je veux offrir une qualité de
soins à mes patients, moi, je pense qu'il y
a une valeur ajoutée à faire de l'enseignement, à faire de la recherche, à
faire des soins palliatifs, à aller travailler en CHSLD, à faire des
soins à domicile.
Ce que la Dre Giraldeau-Bélanger a dit au
ministre de la Santé de l'époque, au premier ministre puis à tous les députés
de la CAQ, c'est que ce n'est pas la façon dont on veut pratiquer la médecine
au Québec, mais, savez-vous quoi, M. le
Président, ce n'est pas la façon non plus dont les patients veulent être
traités au Québec. D'avoir de la médecine qui met la qualité de côté en
valorisant seulement la quantité, c'est dangereux, M. le Président, mais ça,
c'était l'approche préconisée par le gouvernement actuel.
La fédération des médecins... la Fédération
médicale étudiante du Québec, pardon, M. le Président, je vais les citer aussi,
voici ce qu'ils avaient dit de l'approche gouvernementale : «Le projet de
loi n° 106 prévoit que tous les Québécois soient affiliés de force à un
milieu de pratique sans tenir compte des capacités réelles des professionnels à
prendre en charge ces patients. Cette demande revient à imposer l'impossible.
Le patient sera peut-être affilié à un milieu,
mais seulement sur papier. Il ne pourra pas voir un médecin lorsqu'il en aura
besoin car celui-ci croulera sous un nombre de patients dépassant la
capacité d'accueil de son milieu.»
M. le Président, vous comprenez, vous comprenez
ce que ça veut dire. Essentiellement, ça veut dire que le gouvernement, dans
son objectif d'inscrire tout le monde... Et là on peut bien hocher de la tête
négativement, là, du côté du gouvernement,
l'affaire, c'est que le projet de loi n° 19 vient donner raison à ces
gens-là, mais ce que le projet de loi
n° 106 disait, c'est : Vous allez inscrire tout le monde, que vous
soyez capables de les voir, que vous ayez la possibilité... que vous ayez des plages
horaires ou non, tout le monde va être inscrit. Mais personne ne va être
capable d'être vu, c'est à peu près ça, le constat qui avait été fait
par les étudiants en médecine, M. le Président.
Je vous en donne un
autre exemple, la Dre Pascale Breault. «Je suis inquiète pour mes patients», a
déclaré la Dre Pascale Breault. «S'il faut que je double le nombre de patients
que je vois demain matin, bien, ça conduit à une médecine de mauvaise qualité.
On s'en va vers une médecine fast-food.»
Ça, M. le Président,
c'est des médecins qui aimeraient ça, en donner davantage à leurs patients, qui
aimeraient ça, pouvoir s'assurer que leurs patients sont vus et reçoivent les
soins nécessaires dans un délai acceptable, mais, pour ce faire, M. le
Président, ce qu'à peu près tout le monde qui est venu en commission
parlementaire nous a dit à l'époque, c'est que ça prend un engagement mutuel.
C'est-à-dire, qu'est-ce que le gouvernement propose pour donner les moyens à ces cliniques-là de voir leurs patients, de
traiter leurs patients, tous les nouveaux patients qu'ils doivent prendre en
charge? Est-ce qu'on va leur offrir des psychologues supplémentaires?
Est-ce qu'on va leur offrir des travailleurs sociaux supplémentaires? Est-ce
qu'on va leur offrir des IPS, des infirmières praticiennes spécialisées,
supplémentaires? Non, M. le Président. Le gouvernement prenait sa responsabilité,
soigner les Québécois, leur offrir un accès, et la mettait... il prenait cette
responsabilité-là et la mettait uniquement sur les épaules d'un groupe de
professionnels en leur disant : Bien,
moi, je ne vous aide pas, hein, moi, je ne veux pas... je ne vais pas assurer
qu'il y a d'autres types de professionnels à vos côtés pour que le
patient soit bien orienté, pour que les cas de santé mentale, qui sont une
grande partie du travail des médecins de famille aujourd'hui, bien, puissent
avoir d'autres types de professionnels à l'intérieur de la même clinique. Il
n'y avait pas ça. Il n'y avait rien de ça. Il n'y avait pas d'engagement
mutuel. Il n'y avait pas de responsabilisation de la part du gouvernement. Il
n'y avait qu'un transfert de responsabilités. Et moi, je le prends comme ça, M. le Président. Moi, je paie mes
impôts, là, et les gens de ma circonscription vont vous dire la même affaire, on paie
nos impôts au gouvernement pour que celui-là nous offre des services. Et, dans
ce cas-ci, le gouvernement prenait sa responsabilité d'offrir des services et
la mettait carrément sur un groupe de professionnels.
Et ça, M. le
Président, il faut se souvenir du contexte, hein, du contexte du projet de loi n° 106, où l'attitude du
gouvernement, notamment du premier ministre, était particulièrement peu
aidante, disons. En fait, à chaque fois que le premier ministre prenait
la parole, c'était pour mettre de l'huile sur le feu, M. le Président. Écoutez
bien cet...
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : M. le leader adjoint du gouvernement.
M. Lévesque (Chapleau) : Ce
sont des propos blessants qu'on prête au premier ministre. On doit prendre la
parole, ici.
Le Vice-Président (M. Benjamin) : Écoutez,
je demande au député de Pontiac de poursuivre. Donc, je comprends que c'est...
vous soyez... vous vous sentez mal à l'aise, mais, cependant, c'est des
critiques du gouvernement qui peuvent se faire normalement. Poursuivez,
M. le député de Pontiac.
M. Fortin : Merci, M. le Président. C'est vrai que je pourrais être
plus doux avec le premier ministre, et il a pris une approche très différente
que le député de Chapleau. Au moins, le premier ministre, il parlait du sujet.
Parce que moi, j'ai suivi les médias dans ma région, en Outaouais, lors des
manifestations, j'ai suivi les médias pendant toute la saga du projet de loi n° 106, de la loi n° 2, et jamais je n'ai entendu le député de Chapleau intervenir. Alors, je
ne peux pas dire que lui a mis de l'huile sur le feu, M. le Président.
Écoutez bien cet
article. Je vais le lire avec vous, M. le Président, et je reviens aux propos
du Collège des médecins : «Le Collège
des médecins et le premier ministre se colletaillent.» C'est bien, de se
colletailler avec quelqu'un qui a la protection du public en tête
d'abord et avant tout comme mandat. «Le Collège des médecins lance cet
avertissement : lier la rémunération des médecins à l'atteinte
d'indicateurs de performance serait tout simplement dangereux pour le patient.» Un groupe, un ordre professionnel qui a la
responsabilité de protection des patients venait dire que c'était
dangereux pour le patient.
«Cette recherche de
volumétrie se ferait au détriment du temps passé avec les patients, ce qui
nuirait à la qualité des soins, en particulier pour les populations
vulnérables. Le président du collège — le Dr Gaudreault, qu'on
connaît tous — a
déclaré en commission parlementaire qu'il craignait notamment que des médecins
ratent des diagnostics.» Et il a demandé au gouvernement, il a demandé au premier
ministre, il a demandé au ministre de la Santé, il a demandé aux députés de la
CAQ qui répétaient ces messages-là dans leurs circonscriptions de «cesser
immédiatement le dénigrement de la profession médicale». Ça, ce sont les propos
du président du Collège des médecins. Je ne sais pas, M. le Président, si vous
avez eu la chance de côtoyer le Dr Gaudreault, c'est quelqu'un qui mesure
chacun de ses mots, c'est un homme posé et réfléchi. Alors, pour qu'il dise
qu'il y a dénigrement de la profession médicale, de la part du gouvernement, et qu'il demande d'immédiatement
cesser cette pratique, c'est parce que le gouvernement est allé trop loin.
Mais, vous savez
quoi, M. le Président, le premier ministre, lui, faisait comme si de rien
n'était. Lui, il disait : Bien voyons! Tout ce qu'on fait, c'est changer
le mode de rémunération. Il revenait toujours à ça, M. le Président, hein, il
nous disait : Ah! il y a d'autres provinces qui ont changé le mode de
rémunération pour mettre en partie... une partie en fonction de la prise en
charge. Pourquoi les autres seraient capables, puis nous, on n'est pas
capables? Il nous disait : C'est clair que, si on ne change pas la
recette, bien, les résultats ne vont pas changer.
• (16 heures) •
M. le Président, le
problème avec cette affirmation-là, c'est que tout le monde était d'accord sur
le mode de rémunération, il n'y a personne qui s'opposait à ça, pas les
méchants syndicats de médecins, pas les partis d'opposition. Moi, je n'ai entendu personne, tout au long de ce
débat-là, dire qu'il tenait mordicus au mode de rémunération actuel, personne.
Le gouvernement a pris une porte qui était bien ouverte et il a choisi d'y
enfoncer son épaule comme s'il voulait défoncer la porte, M. le Président.
Alors,
le premier ministre peut nous dire aujourd'hui que son nouveau projet de loi,
comme les versions précédentes, c'est des projets de loi qui sont
révolutionnaires. C'est des projets de loi qui osent s'attaquer à ce qu'aucun
gouvernement avant le sien n'a osé faire. M. le Président, tout le monde est
d'accord. Tout le monde est d'accord. Alors, se targuer aujourd'hui d'être un
grand innovateur, un premier ministre très courageux, c'est un peu fort de
café, M. le Président. Tout le monde était d'accord.
Mais là où le
gouvernement est allé plus loin que ce que tous les gouvernements précédents
ont osé faire, c'est qu'ils ont essentiellement dit : Si vous voulez voir
les médecins un vendredi, aller les trouver, ils sont sur les terrains de golf.
Ils ont traité les médecins, ouvertement, de paresseux. Ils n'avaient aucune
gêne, M. le Président, lorsque venait le temps de faire ce que le
Dr Gaudreault considère du dénigrement de la profession médicale.
Mais le projet de loi
n° 106, il allait quand même plus loin que ça, hein? Vous souvenez des
fameux codes de couleurs. Vous n'êtes plus un patient, vous êtes une pastille.
C'est le gouvernement, dans sa tour à bureaux, à Québec, qui va décider quelle
couleur de pastille vous êtes. Ce n'est pas votre médecin, ce n'est pas votre
professionnel de la santé, c'est le gouvernement qui va décider.
Demandez-vous
pas, M. le Président, pourquoi les groupes sortaient un après l'autre, après
l'autre. Demandez-vous pourquoi les
doyens des facultés de médecine, des quatre facultés de médecine, sont venus en
commission parlementaire pour dire que ça n'avait aucun sens, cette
affaire-là. Demandez-vous pas pourquoi les GMF sont venus dire ça.
Demandez-vous pas pourquoi les représentants des fédérations de médecins sont
venus dire ça. Demandez-vous pas pourquoi le Collège des médecins est venu dire
ça, que ce projet de loi là ne tenait pas la route. Mais, pourtant, pendant ce
temps là, à la CAQ, tout était beau, tout était rose, tout le monde suivait le
chef, tout le monde suivait le ministre de la
Santé. C'est par là qu'on s'en va. Dénigrement des médecins, des cibles qui
n'ont aucune espèce de bon sens, des pastilles pour des patients, mais
tout le monde, tout le monde va être pris en charge, M. le Président. C'est ce
qu'on essayait de faire accroire à la population.
Après
ça, M. le Président, on s'est rendu compte que, oui, finalement, le projet de
loi n° 106, il n'est peut-être... oui, ce n'est peut-être pas la
meilleure approche, on va déposer la loi n° 2,
ce qui est aujourd'hui la loi n° 2. Et là à peu
près tout le monde a compris au Québec, à peu près tout le monde a compris,
incluant les médecins, l'impact que ça aurait. Et c'est là que vous avez vu, M.
le Président... en fait, ils ont vu l'impact que ça aurait et ils ont vu à quel
point le gouvernement était prêt à aller loin pour qu'il ne puisse pas y avoir
de débat public. Souvenez-vous, M. le Président, on a dit, au moment du dépôt
de la loi n° 2, que, si trois médecins se
parlaient puis ils planifiaient leur retraite en même temps, bien ça, ce serait
interdit au Québec. Ça ne pourrait pas avoir lieu. Si vous êtes un couple, deux
médecins, puis que vous avez un ami, puis vous planifiez votre retraite, puis
vous dites : Ah! on devrait peut-être partir vers le mois de juin, là, ça,
là, M. le Président, c'est des gens qui seraient en défaut de la loi. C'est ce
qu'on a dit au gouvernement de la CAQ. Ils sont allés loin dans leur projet de
loi, ils sont allés très loin.
Et souvenez-vous ce
que ça a créé. Doug Ford s'est mis à appeler les médecins du Québec en
disant : Venez chez nous; nous autres, on va vous valoriser. La première
ministre du Nouveau-Brunswick, elle, a fait des conférences de presse pour dire
aux médecins du Québec : Nous, on va vous donner des bonnes conditions de
travail, on va vous respecter. Le Manitoba a
fait des séances sur l'Internet, ce que le gouvernement appelle des webinaires,
là, le gouvernement du Manitoba a fait des webinaires destinés aux médecins du
Québec pour les attirer. Pensez-vous deux secondes, M. le Président, que
ces trois provinces-là... que le premier ministre de l'Ontario se donnerait le
trouble lui-même de prendre le téléphone puis d'appeler un à la fois les
médecins du Québec si ce n'était pas pour porter fruit? Pensez-vous que le
gouvernement du Manitoba, c'est loin, le Manitoba, pensez-vous que le
gouvernement du Manitoba prendrait le temps d'organiser des webinaires pour des
médecins du Québec s'il n'y en avait pas d'intéressés à partir puis à aller
vers cette province-là? Le député des Îles en a parlé tantôt. Encore
aujourd'hui, on apprend qu'il y a des médecins qui quittent pour ces provinces-là. Des médecins, cette semaine, dans les
nouvelles, qui ont confirmé qu'ils s'en allaient au Nouveau-Brunswick.
Et moi, je dois dire
une chose. La semaine dernière, on a posé une question au gouvernement de la
CAQ, à savoir : Pouvez-vous nous dire
combien de gens ont perdu leur médecin de famille parce que le médecin a choisi
de prendre une retraite prématurée dans le contexte... dans le contexte
de la loi n° 2 ou a choisi d'aller s'expatrier en
Ontario, au Nouveau-Brunswick ou ailleurs? Et le premier ministre nous dit bien
ouvertement : Zéro, il n'y en a pas, personne n'a perdu son médecin.
M. le Président, M.
le Président, demandez au député de Chapleau combien de gens lui ont écrit dans
sa boîte courriel, parce qu'il reçoit les mêmes courriels que moi, en
Outaouais, là, combien de gens lui ont écrit dans sa boîte courriel pour lui
dire qu'ils ont perdu leur médecin. Ce n'est pas zéro. Combien de gens il
croise dans la rue, combien de gens il croise dans les événements, dans notre
région, qui lui ont dit que leur médecin est parti en Ontario? Ce n'est pas zéro, M. le Président, il y en a beaucoup. En
fait, selon le CISSS de l'Outaouais, il y en a 15 000, 15 000, juste
dans ma région, M. le Président. Parce qu'en date d'aujourd'hui il y a
25 médecins de famille qui ont quitté et il y a neuf spécialistes
qui ont quitté.
Ça a peut-être... Je
comprends, M. le Président, que vous êtes député dans une grande ville, neuf
médecins spécialistes, ça n'a peut-être pas l'air de grand-chose. Mais, pour
une région de 400 000 personnes, c'est énorme, perdre neuf
spécialistes, perdre 25 médecins de famille, énorme. Puis pas n'importe
quels spécialistes, on a perdu des sommités. Ils ne sont pas juste partis en
catimini, là. Ils se sont exprimés sur la place publique, ils ont dit qu'ils n'avaient
jamais été insultés comme ça, qu'ils n'avaient jamais vu un gouvernement agir
de la sorte.
Mais, encore là, M.
le Président, à travers tout ça, à travers les manifestations publiques, à
travers les médecins qui annonçaient leur départ, les députés de la CAQ qui
sont ici, ils ont tous tenu la ligne du gouvernement qu'on avait besoin du
bâton, on avait besoin des pénalités, on avait besoin de faire en sorte, M. le
Président, que, si un médecin à Gaspé n'atteignait pas ses objectifs de prise
en charge, que le médecin à Gatineau serait pénalisé. Ils ont tous dit ça.
Demandez-moi,
M. le Président, demandez... En fait, je vais la revirer de bord. Demandez au
député de Chauveau aujourd'hui s'il aimerait ça que sa rémunération à lui soit
basée sur le fait que moi, je retourne mes courriels ou non. C'est à peu près ça qu'on demandait aux médecins. Il n'a aucun
contrôle là-dessus. Il peut bien venir me voir tous les jours, là, en
avant de mon bureau, puis dire : Réponds donc à tes courriels, j'aimerais
ça que tu répondes à tes courriels. Ça ne lui tentera plus de travailler avec
moi si sa rémunération, à un moment donné, elle est basée sur quelque chose
qu'il ne contrôle pas et que je ne fais pas. Ça ne lui tentera pas. Bien, c'est
ça que le gouvernement demandait aux
médecins : Vous n'avez aucun contrôle sur ce que le médecin à Gaspé il
fait, mais votre rémunération va être affectée par sa performance.
Voyons, M. le Président! Il n'y a pas une entreprise privée qui marche de même
non plus, là. À un moment donné, si tu veux avoir des objectifs, il faut que tu
aies un contrôle là-dessus.
Là, M. le Président,
je vous rappelle le contexte, encore une fois, d'un premier ministre, pas
n'importe qui, là, pas n'importe quel
député, pas un porte-parole d'opposition, pas n'importe quel ministre, le
premier ministre, qui répétait continuellement :
On ne lâchera pas, on va aller jusqu'au bout, ça va brasser, vous allez voir.
Le premier ministre du Québec qui avait cette attitude-là.
• (16 h 10) •
Et là on arrive au
projet de loi n° 19. En fait, pas vrai, M. le Président. Il y avait le
projet de loi n° 16, hein? On a commencé avec le
rapport des experts. On l'a mis de côté, on n'a pas fait ça. On est allé au
projet de loi n° 106. On l'a mis de côté parce qu'il était écrit tout croche.
On est revenu avec la loi n° 2, qui était écrit moins
croche, mais qui allait plus loin que le projet de loi n° 106. Là, on a
des manifestations partout, des médecins qui disent qu'ils vont quitter. Là, on a le ministre délégué à la Santé
qui nous dit : Oui, moi, je suis médecin, puis, non, ça ne marche pas, je
préfère siéger comme indépendant, je préfère quitter ma formation
politique. Et on a des députés, du côté de la Coalition avenir Québec, qui
commencent à faire la même chose, la députée de Laporte, qui a quitté le caucus
gouvernemental, entre autres, à cause de la loi n° 2.
Là,
M. le Président, on arrive à un moment d'éveil au gouvernement. On se
dit : Oui, peut-être qu'effectivement la loi n° 2, elle va un
petit peu trop loin. Donc là, on arrive avec le projet de loi n° 16,
projet de loi n° 16 qui vient essentiellement enlever, comme on l'a
dit tantôt, 78 articles. Il abroge 78 articles, et là c'est
essentiellement les articles liberticides,
hein? Le fait que moi puis mon collègue médecin, on se parle, on planifie notre
retraite, heille, on achète-tu un condo en Floride, on va aller jouer au
golf à notre retraite, c'est-tu permis, c'est-tu pas permis, on peut-tu se
parler, on peut-tu se coordonner, le
gouvernement se dit : OK, bien, ça, on va enlever ça, quand même,
peut-être un peu fort de café.
Et
là on apprend, M. le Président, une entente avec la Fédération des médecins
omnipraticiens. Le gouvernement arrive à une entente avec la FMOQ. Là,
ce n'est pas la loi n° 2 qui va s'appliquer, là, c'est autre chose. La loi
n° 2 disait : Tout le monde va être pris en charge. L'entente, elle
ne dit pas ça, M. le Président. La loi n° 2, elle disait : Il va y
avoir des pénalités importantes. On en parlait tantôt, pénalité — pour
le député de Chauveau — si
moi, je ne respecte pas mes engagements. Il n'y a plus ça. OK, donc, là, c'est
le début d'un recul, M. le Président.
Mais là le projet de
loi n° 19, là, quand on en lit les détails, c'est qu'il fait exactement le
contraire, M. le Président, de ce qui était prévu dans la loi n° 2,
exactement le contraire bout pour bout, et, au gouvernement... écoutez bien ça, au gouvernement de la CAQ, la ministre de
la Santé d'aujourd'hui, elle nous dit essentiellement : Bien, loi n° 2,
elle était très bonne, il y avait juste un problème de communication. Puis elle
nous dit, en même temps : La loi n° 19, elle est très bonne. Ça
ne marche pas, ça, M. le Président.
Moi, je vois... du
côté du gouvernement, là, je vois deux personnes qui sont conséquentes
là-dedans. En fait, pas nécessairement du côté du gouvernement, il faut que je
regarde du côté des indépendants. Le ministre de la Santé, je ne suis pas
d'accord avec lui sur toute la ligne, je ne suis pas d'accord avec lui, mais il
a quitté son caucus parce que lui, il croyait
à la loi n° 2. Lui, il croyait à l'approche du bâton. La loi n° 2,
c'était le bâton, loi n° 19, c'est la carotte. On ne peut pas
penser que les deux, c'est des bonnes approches, c'est un ou c'est l'autre. Le
ministre de la Santé nous a dit : Moi,
je croyais à ça, je voulais avoir une prise en charge pour tous les Québécois,
c'est les moyens que je voulais utiliser. Le gouvernement fait
volte-face : Ce n'est pas ça que je veux, je vais aller siéger comme
indépendant. Il a tenu la même ligne tout le long, c'est cohérent, pas
d'accord, mais c'est cohérent.
Il y a le député de
Lévis, M. le Président, le député de Lévis qui a appuyé la loi n° 2 à
l'époque, mais aujourd'hui il appuie la loi n° 19. Alors, vous allez me
dire : Bien, comment il peut faire ça? Ça ne marche pas. Vous me dites, depuis tantôt, M. le député, qu'on ne
peut pas faire les deux. Effectivement, mais le député de Lévis, c'est le seul que
j'ai entendu dire au gouvernement que la loi n° 2, elle allait trop loin.
L'ensemble des
députés de la CAQ ont défendu la loi n° 2 dans leurs circonscriptions. Il
y en a beaucoup qui ont dit qu'ils ne l'avaient pas comprise. Il y en a qui ont
dit qu'ils ne l'avaient pas lue. Je comprends qu'on a été forcés à voter sur cette loi-là tard dans le milieu de la
nuit par bâillon, mais, quand même, ils ont voté pour une loi qu'ils n'avaient
pas lue, M. le Président, mais ils ont tous
quand même suivi la ligne du gouvernement. Malgré les manifestations, malgré
les médecins qui quittaient, ils ont tous suivi la ligne du gouvernement.
Et, aujourd'hui, ils
continuent de suivre la ligne du gouvernement. Ils continuent de dire : La
loi n° 2, c'était une bien bonne loi, on avait besoin du bâton, il fallait
les mettre au pas, c'étaient des paresseux qui sont au golf le vendredi. Moi,
je n'ai pas entendu personne dire le contraire des propos du premier
ministre : La loi n° 2, c'était une bonne loi, on avait besoin de ça,
mais la loi n° 19, c'est une bonne loi, puis on
a besoin de ça. La loi n° 19 fait le contraire de ce que la loi n° 2
faisait. Vous ne pouvez pas... Ils ne peuvent pas, M. le Président, dire que
les deux lois se tiennent. C'est un choix
qu'ils doivent faire. Je comprends qu'aujourd'hui, là, ils disent que la loi
n° 19, c'est bon pour le Québec, c'est ça qui va améliorer les
choses, c'est là qu'il faut aller, mais ça, c'est la carotte. L'autre, c'était
le bâton. Il faut choisir, M. le Président.
Dans le projet de loi n° 19, le
gouvernement nous dit qu'il va y avoir une prise en charge de
500 000 Québécois, dont
180 000 vulnérables. Hein? Des patients vulnérables, par exemple, M.
le Président, c'est les patients qui ont plusieurs conditions, des patients, peut-être, qui ont le
diabète, des patients qui ont des conditions qui les rendent physiquement, là, vulnérables
à la maladie. Eux nous disent que ça va être une prise en charge.
Prise en charge, je ne sais pas ce que ça veut
dire pour vous, là, mais une prise en charge médicale, pour moi puis, je pense, pour la grosse majorité du monde,
ça veut essentiellement dire que tu as accès à un médecin, que ce médecin-là
peut t'envoyer faire des tests, qu'il va t'aider avec ton suivi, hein, il va
avoir tes résultats de test, il va te référer à un spécialiste, au besoin. Tu
es pris en charge. Ce n'est pas moi qui est obligé de me battre pour
50 000 tests différents puis 50 000 affaires différentes.
J'ai un professionnel qui m'est attitré et qui, normalement, dans un contexte
où tout fonctionne, fait en sorte d'agir comme point de départ pour tous les
autres services dont je peux avoir besoin. C'est
lui qui m'envoie pour mon CT scan, c'est lui qui m'envoie pour la prise de
sang, c'est lui qui me donne mes résultats de tests.
Le gouvernement promet une prise en charge à
500 000 Québécois, mais le Dr Amyot, celui qui a négocié avec le
gouvernement, lui, il dit : Attends, attendez une minute, là,
500 000 prises en charge, nous, ce à quoi on s'est engagés, c'est de
fournir un rendez-vous médical pour chacun de ces patients, alors, si on
atteint l'objectif de 500 000, ça va être 500 000 rendez-vous
médicaux. Alors là, je demande, là, si c'est possible. Parce que c'est à peu
près impossible d'avoir une réponse de la ministre de la Santé là-dessus. Je
demande aux 20 députés caquistes, là, qui sont dans la salle ici
aujourd'hui, là, M. le Président, d'aller voir avec la ministre de la Santé
puis d'essayer de trouver une réponse. Est-ce que ça veut dire que ces gens-là
vont être pris en charge, est-ce qu'ils vont avoir un point de départ pour tous leurs besoins médicaux, ou est-ce que ça
veut dire qu'ils vont avoir un rendez-vous en moyenne? Parce qu'un
rendez-vous pour une personne vulnérable, M. le Président, là, ça ne va pas
bien, bien loin. Un rendez-vous pour une personne
vulnérable, c'est aux deux mois, peut-être aux trois mois. C'est ce dont ils
ont besoin. Ce sont des patients vulnérables. Puis ça, ce n'est pas moi
qui l'invente, M. le Président. Ça, c'est les normes mises de l'avant en
moyenne pour la prise en charge, la vraie prise en charge d'un patient comme celui-là.
Alors, est-ce que c'est
500 000 rendez-vous dans l'année, comme le dit le Dr Amyot, de
la fédération des médecins, celui qui a
négocié avec le gouvernement, ou est-ce que c'est 500 000 prises en
charge comme le dit la ministre de la Santé? Parce que ça, c'est deux
affaires complètement différentes.
Et, si le gouvernement pense qu'il peut se
rendre à travers la session parlementaire, à travers l'été, à travers la
campagne électorale sans être clair, honnête, transparent avec la population,
c'est un mauvais calcul, M. le Président. Parce que vous savez ce que le
gouvernement fait, aujourd'hui, hein? Le gouvernement, il nous dit : Ah!
bien, avec tous ces nouveaux patients là pris en charge, il y a maintenant
7,2 millions de Québécois qui sont pris en charge, puis on va augmenter, ils sont en train d'être pris en
charge, on va se rendre à, quoi, 7,5, 7,6 millions. La réalité, M. le
Président, c'est que ces gens-là, ils doivent passer par le GAP. Puis je
ne sais pas si vous avez essayé dernièrement de passer par le GAP, là, mais ce
n'est pas l'affaire la plus simple au monde. Appelle, essaie d'avoir la ligne,
peut-être ça va marcher, peut-être ça ne marchera pas. Ils vont te rappeler, en
théorie, en 48 heures, peut-être en 72. Ils vont te rappeler. Là, ils vont
te dire : Bien, peut-être tu peux avoir un rendez-vous, peut-être tu ne
peux pas en avoir, ça dépend de ta condition. Peut-être tu files mieux,
peut-être ça va mieux, puis tu n'en as pas besoin, M. le Président, ou
peut-être que ça ne te tente pas d'attendre un autre deux, trois semaines pour
avoir un rendez-vous. En fait, quand le GAP va te rappeler, tu as trois
chances. Si tu ne réponds pas au téléphone après trois fois, hein, si tu
travailles, par exemple, bien, oublie ça, il faut que tu recommences à zéro. Ce
n'est pas un accès privilégié, ça, M. le Président. C'est Les
12 travaux d'Astérix.
• (16 h 20) •
Et l'idée du GAP, là, peut-être qu'elle était
bien bonne. Quand ils ont développé ça au Bas-Saint-Laurent pour une clientèle
bien précise, peut-être que ça pouvait marcher, mais l'ex-ministre de la Santé,
lui, au moins, avait la transparence de dire : Le GAP, c'est une mesure
temporaire.
Là, aujourd'hui, ce n'est plus ça, ce n'est plus
une mesure temporaire. Là, aujourd'hui, pour le gouvernement, on compte les
gens qui sont inscrits au GAP comme ayant le même accès que quelqu'un qui a un
médecin de famille. Voyons, M. le Président! Ce n'est pas la même affaire.
C'est deux affaires complètement différentes.
La réalité, M. le Président, c'est que le
1er octobre 2018, quand ces gens-là sont arrivés au pouvoir, il y
avait 6 393 647 personnes avec un médecin de famille au Québec,
6 393 647. Ça, c'est leurs données à eux. C'est les données publiques
qu'ils mettent sur les sites d'information du gouvernement. Ils disent
qu'aujourd'hui, en fait, qu'il y a quelques semaines, M. le Président, c'est
5 994 332. Moi, ma fille est... M. le Président, est en quatrième
année, là, puis on fait les «plus grands que», «plus petits que», hein, quand
on fait les devoirs. Bien, je vous annonce que 6 393 647, c'est plus
grand que 5 994 332. Il y a plus de gens qui avaient un médecin de
famille avant qu'ils arrivent au pouvoir.
Il y en a 400 000 de moins aujourd'hui, des
Québécois qui ont un médecin de famille, 400 000 de moins. Ça, ça va avec
les autres promesses en santé de la Coalition avenir Québec, hein? Le
90 minutes à l'urgence, bien, à l'Hôpital de Gatineau, représenté par mon
collègue de Chapleau, à l'Hôpital de Gatineau aujourd'hui, il y a
7 h 7 min d'attente. 90 minutes,
c'est la promesse, 7 h 7 min, c'est la réalité. C'est le même
gouvernement qui avait promis un médecin de famille pour tous les Québécois lorsqu'ils sont arrivés au pouvoir.
Puis après ça ils nous ont... Ah! il y a eu la pandémie, ce n'est pas de
notre faute, il y a eu la pandémie. Ah! Bien sûr. Mais ils avaient promis un
médecin de famille pour tous les Québécois.
Là, la pandémie, ça fait quand même six ans, M.
le Président, hein, que ça a commencé, et, aujourd'hui, il y a
400 000 Québécois de moins qui ont un médecin de famille, qui ont
cette réelle prise en charge, là.
M. le Président, on va... sur le projet de loi
n° 19, je vous l'ai dit tantôt, qu'on allait voter en faveur du principe, mais ce que le député des Îles a dit, c'est
vrai : on fait les choses à l'envers en ce moment. Là, on nous demande de
nous prononcer sur le principe du projet de loi sans entendre ce que les
groupes ont à dire. Mais savez-vous ce qui est intéressant,
M. le Président? C'est que les groupes, ils n'ont plus rien à dire. Ils ne
veulent plus venir en commission parlementaire. Ils sont tellement tannés des
va-et-vient du gouvernement, d'un gouvernement qui n'a pas de vision, qui y va vire le vent vire la poche, M. le
Président, au gré du vent, comme vous voulez. À chaque fois qu'ils sentent que
l'opinion publique pourrait changer une petite affaire, bien, ils changent
d'idée. C'est ça, le gouvernement de la CAQ.
Alors là, les
intervenants, là, on leur demande de venir en commission parlementaire pour ce
projet de loi là, ça ne leur tente même pas, ça ne leur tente pas. Le Collège
des médecins, il ne viendra pas en commission parlementaire sur ce projet-là.
Les fédérations de médecins ne viendront pas en commission parlementaire sur ce
projet de loi là. La Fédération médicale étudiante du Québec ne viendra pas.
Les Médecins québécois pour un régime public ne seront pas entendus en
commission parlementaire. Mais, pire, M. le Président, Santé Québec, Santé
Québec refuse de venir en commission parlementaire sur ce projet de loi là.
Vous savez pourquoi? Parce que Santé Québec avait refusé de se prononcer sur la
loi n° 2, ils avaient refusé de dire s'ils pensaient
que c'est une bonne loi, s'ils pensaient que c'était pour les aider. Hein,
quand tous les médecins disaient, un après l'autre, là : Bien, moi, je
vais peut-être aller voir au Nouveau-Brunswick, moi, je vais peut-être aller
voir en Ontario. Heille! J'ai eu l'appel de Doug Ford, je suis allé au
webinaire du Manitoba, je vais peut-être prendre ma retraite, Santé Québec
avait dit : Ouf! Vu que je n'ai rien de bon à dire, je vais peut-être ne
rien dire.
Mais, encore là, M.
le Président, Santé Québec ne sera pas en commission parlementaire, Santé
Québec qui, honnêtement, dans d'autres
dossiers, M. le Président prend la part du gouvernement. Ça ne leur dérange pas
d'avoir les mêmes arguments que le gouvernement, mais, dans ce dossier-ci, ils
ne veulent pas venir nous dire quel va être l'impact de ce projet de loi
là sur l'accès aux Québécois, ce qui est leur job, l'accès aux Québécois.
Là, M. le Président,
je vous ai dit depuis tantôt qu'on va aider le gouvernement à réparer les pots
cassés, sauf qu'il y a encore la question des spécialistes. Bien malin soit
celui qui peut nous dire ce qui va se passer avec les spécialistes. En fait,
bien malin soit celui qui peut nous dire ce qui va se passer avec les médecins
omnipraticiens, parce qu'on ne sait toujours pas si c'est de la vraie prise en
charge ou si c'est juste des rendez-vous. Mais, pour les spécialistes, on est encore plus dans le néant. Et
on est dans le néant, M. le Président, malgré le fait qu'il y a
140 000 personnes qui attendent une chirurgie au Québec. On
est dans le néant malgré le fait qu'il y a 900 000 Québécois qui
attendent pour voir un spécialiste.
900 000, c'est un Québécois sur 10, ça, qui attend pour voir un
spécialiste. Et la plupart de ces gens-là, M. le Président, sont hors
délai médicalement acceptable, ça veut dire que ça fait trop longtemps, pour
leur condition médicale, ça fait trop longtemps qu'ils attendent pour voir un
spécialiste.
Alors là, on veut
bien aider le gouvernement à réparer les pots cassés, mais on aimerait aussi
savoir ce qui s'en vient, c'est quoi, la
suite des choses, qu'est-ce qui va se passer pour l'après, comment on va
assurer aux 900 000 Québécois qu'ils vont être capables de voir un spécialiste, comment on va assurer
aux 140 000 Québécois en attente d'une chirurgie qu'ils ont peut-être
une chance de l'avoir, comment on peut leur dire : Non, non, attendez,
n'allez pas au privé, ne dépensez pas votre argent durement gagné, il y
a peut-être une chance que vous ayez votre chirurgie prochainement.
Et,
vous savez quoi, M. le Président, moi, j'encourage le gouvernement à regarder
son projet de loi. Cette fois-ci, j'encourage les députés de la CAQ à
lire le projet de loi. C'est facile, le projet de loi, il fait juste abroger
des articles. Mais il en reste quelques-uns. Et, dans un des articles qui
restent, bien, c'est le 208. Vous savez ce qu'il fait, l'article 208? Il permet, essentiellement, au gouvernement de
dire : Malgré la négociation, c'est nous autres qui décide pareil.
Alors, ça vaut quoi, la négociation, dans ce contexte-là? C'est quoi l'intérêt
des parties à négocier si le gouvernement ne peut pas être pris sur parole, si
on ne peut pas se fier que ce qu'on négocie, c'est ce qui va être appliqué?
Alors, j'encourage quand même, M. le
Président, le gouvernement à revoir, disons, cette orientation qui est
maintenue. Peut-être qu'au lieu de 99 articles abrogés, peut-être
qu'on devrait se rendre à 100, hein, on peut arrondir vers le haut, faire un
beau chiffre rond, ce serait peut-être plus productif.
M. le Président, là,
ça fait huit ans que le gouvernement de la CAQ est au pouvoir. Pendant les...
Mais on approche du huit ans. Pendant les
six premières années, on a, pour toutes sortes de raisons, là, pelleté par en
avant, M. le Président. Et là on se retrouve... on s'est retrouvés, dans
les deux dernières années, avec un ministre de la Santé qui nous a dit :
La clé de la chose, la clé pour tout débloquer — après six ans, là — la
clé pour tout débloquer, c'est la négociation avec les spécialistes et les
omnis. Oubliez, M. le Président, qu'il y en a déjà eu d'autres, négociations,
dans les six premières années avec les
spécialistes et les omnis. Aujourd'hui, la clé pour tout débloquer en santé,
pour donner un accès aux patients, pour que les gens pensent qu'ils en
ont pour leur argent, c'est la négociation avec les médecins. Ils ont mis tous
leurs oeufs dans ce panier-là, M. le Président. Et le panier, malheureusement,
il n'a pas tenu, et là on se retrouve avec un beau gâchis.
• (16 h 30) •
On a eu le rapport
des experts, on a eu le projet de loi n° 106, on a eu la loi n° 2, on a eu les médecins qui ont quitté, on en a eu qui
sont allés à leur retraite. Là, on se retrouve avec un projet de loi, le 16,
qu'on a adopté ici pour enlever des mesures liberticides. Là, on se retrouve
avec le projet de loi n° 19, M. le Président. Ils ne savent pas ce qu'ils
veulent! Ils n'ont aucune idée comment améliorer les choses, mais c'est ça, la
clé. La ministre de la Santé nous a dit : C'est ça, la clé, c'est la
négociation avec les médecins qui va tout faire déboucher, qui va tout faire
débloquer. Bien, si c'est ça, la clé, on
aurait dû avoir une idée d'où s'en aller. On aurait dû savoir si on tournait à
gauche ou à droite, si on avançait ou on reculait. Mais là on a tout
fait en même temps, des projets de loi qui se contredisent, de la... du
dénigrement de la profession médicale sur la place publique, des départs de
médecins, une population qui ne comprend pas où on s'en va et, encore
aujourd'hui, un flou total, un flou total sur ce qui a été négocié avec les
médecins et ce que ça veut dire pour l'accès aux patients. Une fédération des
médecins qui dit une chose puis une ministre de la Santé qui en dit une autre,
on est là, M. le Président.
Mais
j'aimerais ça vous dire que l'approche de la CAQ, en santé, est différente de
l'approche de la CAQ en d'autres matières, mais ce n'est pas ça qui se
passe aujourd'hui. On a un gouvernement qui, aujourd'hui, là, se contredit continuellement. L'exemple du PEQ, aujourd'hui, c'est le
meilleur exemple. On a des candidats à la chefferie, à la Coalition avenir
Québec, qui semblent penser que celui qui va gagner, c'est celui qui va renier
l'héritage caquiste le plus. On a un
ministre de l'Immigration qui est pris entre son premier ministre et sa
candidate à la chefferie. On n'a aucune vision claire d'où on s'en va,
aucune. Et le dossier de la santé, M. le Président, c'est le meilleur
exemple : avance, recule, tourne à droite, tourne à gauche. Mais tout ce
qu'on a fait, c'est bon, tout ce qu'on a fait, c'est fantastique. Ça ne tient
pas la route. Moi, j'aimerais ça savoir l'opinion des députés ici présents, là,
à savoir est-ce qu'ils croient au projet de loi n° 2,
est-ce qu'ils croient à l'approche du bâton ou est-ce qu'ils croient au projet
de loi n° 19, est-ce qu'ils croient à l'approche de la carotte. Ça ne
peut pas être les deux, M. le Président, ils ne peuvent pas tenir cette
ligne-là.
Mais, à la base, et j'y reviens en terminant, M.
le Président, la base, là, pour la suite... Parce que nous, on va appuyer le
principe du projet de loi n° 19, mais on va demander, lors de la
commission parlementaire, on va demander des réels engagements de la part du
gouvernement pour savoir comment il pense que ça va améliorer le sort des
patients. Le flou qu'entretient en ce moment la ministre de la Santé, voulu ou
non, nous, on pense que c'est voulu, M. le Président, mais, voulu ou non,
le flou à savoir que 500 000 patients vont être pris en charge, on va
exiger une tarification là-dessus, tout comme on va exiger de savoir ce qui
s'en vient avec les spécialistes, pour les patients, pour les 900 000 qui
attendent la consultation, pour les 142 000 qui attendent leurs
chirurgies, pour tous ceux qui ne sont même pas rendus à attendre la
consultation, en ce moment. C'est ce qu'on demande au gouvernement de la CAQ. Je
comprends que c'est beaucoup leur demander, après huit ans, d'avoir une
direction claire alors qu'ils sont... qu'ils s'éparpillent
dans toutes les directions, mais c'est comme ça qu'on va s'y prendre pour la
suite du débat, M. le Président, pour savoir ce que ça veut dire pour
les patients. Je vous remercie.
Le Vice-Président (M. Benjamin) : Merci,
M. le député de Pontiac. Est-ce qu'il y a d'autres interventions?
Mise aux voix
Alors, s'il n'y a pas d'autre intervention, le
principe du projet de loi n° 19, Loi visant notamment l'amélioration de
l'accès aux services médicaux et la prise en charge médicale de la population,
est-il adopté?
Des voix : Adopté.
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Adopté. M. le leader adjoint du gouvernement.
Renvoi à la Commission de la santé et des services sociaux
M. Lévesque
(Chapleau) : Oui, merci
beaucoup, M. le Président. Et donc, conformément à l'article 243 de notre
règlement, je fais motion afin que le projet de loi n° 19, la Loi visant
notamment l'amélioration de l'accès aux services médicaux, soit déféré à la
Commission de la santé et des services sociaux pour son étude détaillée et que
la ministre de la Santé soit membre de ladite commission pour la durée
du mandat.
Mise aux voix
Le Vice-Président (M. Benjamin) : Cette
motion est-elle adoptée?
Des voix : Adopté.
Le Vice-Président (M. Benjamin) : Adopté.
M. le leader adjoint du gouvernement.
Ajournement
M. Lévesque
(Chapleau) : Oui, merci beaucoup, M. le Président. Je vous
demanderais de bien vouloir suspendre nos travaux jusqu'à la tenue des
débats de fin de séance, s'il y a lieu.
Le
Vice-Président (M. Benjamin) : Il n'y a pas de débat de
fin de séance, M. le leader adjoint du gouvernement.
Une
voix : ...
Le Vice-Président (M. Benjamin) : Cette
motion est-elle adoptée?
Des voix : Adopté.
Le
Vice-Président (M. Benjamin) : En conséquence, nous ajournons nos travaux au
mercredi 11 février 2026, à 9 h 40.
(Fin de la séance à 16 h 36)