(Neuf heures quarante minutes)
La Vice-Présidente (Mme Soucy) : Bon
jeudi. Vous pouvez vous asseoir.
Affaires courantes
Déclarations de députés
Nous débutons
nos travaux aux affaires courantes, à la rubrique de déclarations de députés,
et je cède immédiatement la parole à M. le député de Vanier-Les Rivières.
Souligner le 40e anniversaire
d'Entraide-Parents
M. Mario Asselin
M. Asselin : Merci, Mme la
Présidente. C'est avec plaisir, aujourd'hui, que je souligne le
40e anniversaire de l'organisme
Entraide-Parents. Pour l'occasion, je souhaite la bienvenue à Raphaëlle
Harvey-Ste-Croix, DG par intérim, et Isabelle Laforest, intervenante.
Depuis 40 ans, Entraide-Parents oeuvre à
soutenir les parents de la région de Québec afin d'enrichir leur relation avec leurs enfants, et ce, jusqu'à
30 ans. Par le biais de plusieurs activités, Entraide-Parents permet à
ceux qui peuvent vivre certaines
difficultés d'obtenir de l'aide lorsque le besoin se fait sentir. L'organisme
permet donc de renforcer la confiance de ces derniers en leurs
compétences parentales.
J'ai eu la
chance de collaborer avec eux sur plusieurs projets et je suis supercontent de
leur entraide, de leur implication.
Donc, Entraide-Parents est un des nombreux
organismes de Vanier-Les Rivières qui font une réelle différence dans la
vie des usagers. Merci pour votre travail. Je vous souhaite un très bon
40e anniversaire.
La
Vice-Présidente (Mme Soucy) :
Merci, M. le député. Maintenant,
nous poursuivons avec Mme la députée de Notre-Dame-de-Grâce.
Rendre hommage à M. Dino
Mazzone
Mme Désirée McGraw
Mme McGraw : Merci,
Mme la Présidente. Alors, j'aimerais rendre hommage, aujourd'hui, à Dino
Mazzone, qui est avec nous avec sa famille aujourd'hui dans nos
tribunes, un résident de Montréal-Ouest très impliqué dans sa communauté.
Tout au long de sa carrière, M. Mazzone
s'est distingué par son excellence professionnelle, son leadership et son
engagement indéfectible envers sa communauté. Juriste accompli et dirigeant
respecté, il a su mettre son expertise au service de nombreuses organisations
et de causes.
His career reflects a deep
desire to contribute to the common good. Whether as executive director of the Marianopolis Millennium Foundation, his
involvement with Les Grands Ballets canadiens or his work with the Italian... Canadian-Italian
Community Foundation of Québec, M. Mazzone has always stepped up when needed.
Today, I want to pay a
particular attention and tribute to his public service as councillor for the
town of Montréal-Ouest, where he made a lasting difference in championing
several initiatives that improved the community for generations to come.
Je suis fière de lui
reconnaître. Merci pour votre service exceptionnel, M. Mazzone. Bravo!
La
Vice-Présidente (Mme Soucy) :
Merci, Mme la députée.
Maintenant, nous poursuivons avec M. le député de Drummond... Bois-Francs,
pardon.
Remercier le personnel du
réseau de la santé pour le déploiement
du Dossier santé numérique dans le Centre-du-Québec
M. Sébastien Schneeberger
M. Schneeberger : Merci, Mme la
Présidente. Depuis le 9 mai dernier, le Centre-du-Québec fait partie des
régions vitrines pour le déploiement du Dossier santé numérique. Je tiens
aujourd'hui à souligner le travail des gens sur le terrain avec les patients,
qui a permis une transition efficace au profit de milliers de Québécois.
Mon message s'adresse à tout le personnel
médical des différents établissements, au personnel d'assistance, aux
professionnels et techniciens informatiques, ainsi que les responsables du
dossier à la direction du CIUSSS MCQ. Merci à tous, parce que, depuis près d'un
mois, toutes ces personnes s'assurent que la transition se fasse en douceur,
avec un souci d'amélioration continue.
Les
équipes s'adaptent à une nouvelle réalité avec brio, permettant la réalisation
d'une transition nécessaire du papier vers le numérique. Je reconnais la valeur
du travail accompli. Merci de contribuer à l'amélioration du système au
quotidien. Et, sur ce point, je vous souhaite à tous un bel été.
La Vice-Présidente
(Mme Soucy) : Merci, M. le député. Maintenant, je cède la parole
à Mme la députée de Mercier.
Souligner
le 20e anniversaire de la Table de concertation
Autour des familles Grand Plateau
Mme Ruba
Ghazal
Mme Ghazal :
Merci beaucoup, Mme la Présidente. C'est les 20 ans de la Table de
concertation Autour des familles Grand Plateau.
Depuis 2006, tous les
acteurs de la petite enfance unissent leurs forces pour répondre aux besoins
des familles dans mon comté. Cette concertation est une force qui permet de
célébrer à chaque année la fête des familles, de donner un coup de pouce à plus
de 300 enfants du Plateau grâce à l'Opération sac à dos pour que les
enfants puissent avoir une rentrée dans la dignité, de développer le projet l'itinérance
racontée aux enfants, aujourd'hui repris dans plusieurs milieux, ou encore de
livrer des repas à domicile aux familles vulnérables avec le projet
Les Cigognes.
Alors que le
communautaire est à boutte, Mme la Présidente, je tiens à féliciter et à
remercier toutes les personnes qui mettent leur coeur à poursuivre ce travail
essentiel pour nos enfants. Bon 20 ans à Autour des familles Grand
Plateau! Merci beaucoup.
La Vice-Présidente
(Mme Soucy) : Merci, Mme la députée. Maintenant, nous poursuivons
avec M. le député de Gaspé.
Souligner
le 20e anniversaire de la Journée de la Gaspésie
M. Stéphane
Sainte-Croix
M. Sainte-Croix :
Merci, Mme la Présidente. On peut être Gaspésien de naissance, on peut être
Gaspésien d'adoption. On peut même habiter à des centaines de kilomètres de la
péninsule et se sentir profondément lié à ce territoire plus grand que nature.
Depuis maintenant 20 ans,
la Journée de la Gaspésie célèbre ce sentiment d'appartenance, que des milliers
de personnes expriment en portant du bleu. On s'affiche avec fierté pour une
région qui demeure fidèle à ce qui la définit, une région qui crée de la
richesse à partir de ce qu'elle est en transformant ses ressources, en
produisant de l'énergie, en nourrissant le Québec de ses produits de la mer et,
bien sûr, en accueillant la visite à bras ouverts. Une région dont nous pouvons
être fiers, forte de son monde, de son identité et de sa résilience.
Bonne Journée de la
Gaspésie!
La Vice-Présidente
(Mme Soucy) : Merci, M. le député. Maintenant, nous poursuivons
avec Mme la députée de Chomedey.
Souligner
le 60e anniversaire de l'école primaire John F. Kennedy
Mme Sona
Lakhoyan Olivier
Mme Lakhoyan
Olivier : Mme la Présidente, je tiens, aujourd'hui, à souligner le
60e anniversaire de l'école primaire John F. Kennedy de Laval.
Depuis six décennies
maintenant, cette école contribue à l'épanouissement et la réussite de milliers
de jeunes en leur offrant un milieu d'apprentissage stimulant, inclusif et
bienveillant.
For
60 years, John F. Kennedy school has been a place where students learn, grow,
and thrive. Through the dedication of its
teachers, staff, parents, and volunteers, the school has helped shape
generations of young people and foster a strong sense of community. In a
country where French and English are both official languages, John F. Kennedy
school plays an important role in bringing communities together and promoting
respect, inclusion, and mutual understanding.
À
l'occasion de ce 60e anniversaire, je félicite chaleureusement tous ceux
qui ont contribué à son histoire et à son succès.
Happy
60th anniversary to John F. Kennedy school, and best wishes for many more years
of success!
Merci,
Mme la Présidente.
La
Vice-Présidente (Mme Soucy) : Merci, Mme la députée. Maintenant, nous poursuivons avec Mme la députée
de Saint-François.
Rendre hommage à cinq bénévoles de la circonscription de
Saint-François
Mme Geneviève
Hébert
Mme Hébert :
Mme la Présidente, je décerne la Médaille de la députée à cinq bénévoles de ma
circonscription qui insufflent de la vitalité et du dynamisme dans leurs
communautés respectives.
Mme Mélanie
Boisvert est un pilier de l'organisation scoute dans le district de Brompton.
Mme Guylaine
Blouin, ici présente, est une mère athlète convertie en bénévole sportive dans
la MRC de Coaticook.
M. Michel
Montmigny est un bénévole animé par l'amour du sport et de la culture dans
l'arrondissement Fleurimont.
Mme Nancy Robert
et M. Donald Warnholtz, dans les tribunes, sont un couple de
l'arrondissement de Lennoxville pour qui l'engagement est un legs à transmettre
par l'exemple.
Cette année, les
récipiendaires se démarquent par leurs actions exemplaires notamment dans le
sport, la culture et la santé physique. On peut citer comme modèles leurs
parcours excellents.
Enfin, Mme la
Présidente, je veux souligner la présence de Mme Manon Fournier et la
remercier pour ses huit années de service à mes côtés dans Saint-François.
La
Vice-Présidente (Mme Soucy) : Merci, Mme la députée. Maintenant, nous poursuivons avec le... M. le
député d'Arthabaska.
Souligner
le succès de l'entreprise Princecraft
M. Alex
Boissonneault
M. Boissonneault : Merci, Mme la Présidente. Je suis fier de
souligner aujourd'hui le parcours remarquable de l'entreprise
Princecraft, un fleuron de l'économie de L'Érable.
Fondée en 1954 à
Princeville, l'entreprise s'est imposée comme une référence dans l'industrie
nautique grâce à la qualité de ses produits et au savoir-faire de ses employés.
Aujourd'hui, plus de
300 personnes y travaillent, soutenant un écosystème de centaines
d'emplois dans notre région. Princecraft
démontre qu'il est possible de concevoir et de fabriquer ici, au Québec, des
produits d'exception qui rayonnent bien au-delà de nos frontières. Son
engagement envers l'excellence et l'innovation en fait un modèle pour notre secteur manufacturier. Cet engagement a
d'ailleurs été reconnu par l'obtention du prix Bâtisseur de Manufacturiers
Mauricie et Centre-du-Québec en avril dernier.
Je tiens donc à
féliciter toute l'équipe de Princecraft, et en particulier son directeur
général, Jean-Philippe Martin-Dubois, et son directeur des achats, Robert
Bouillon, qui sont avec nous et que je salue. Merci pour votre leadership et
votre contribution exceptionnelle à la prospérité du Québec. Merci.
La
Vice-Présidente (Mme Soucy) : Merci, M. le député. Je suis maintenant prête à céder la parole à M. le député de
Jonquière.
Souligner
le lancement de la campagne de financement Bâtir
pour nourrir de Moisson Saguenay—Lac-Saint-Jean
M. Yannick
Gagnon
M. Gagnon :
Merci, Mme la Présidente. Prendre soin de son monde n'a aucune couleur
politique. L'ensemble des parlementaires ici se lèvent chaque matin, Mme la
Présidente, pour aider. Et c'est exactement ce qui va se passer au Saguenay—Lac-Saint-Jean,
où les élus, les entrepreneurs, les clubs sociaux, la population vont se
mobiliser au nom d'un seul objectif, celui de nourrir davantage.
Moisson Saguenay—Lac-Saint-Jean
lance une campagne majeure pour la construction d'un nouvel entrepôt, la campagne Bâtir pour nourrir. Mme la Présidente,
ça se résume à plus d'espace, plus de nourriture pour aider davantage.
Vous le savez, la
région est tissée serré. Nous allons y arriver.
• (9 h 50) •
La Vice-Présidente (Mme Soucy) : Merci,
M. le député. Maintenant, nous poursuivons avec M. le député de Vachon.
Rendre
hommage à M. Daniel Martin
M. Ian
Lafrenière
M. Lafrenière :
Oui. Merci beaucoup, Mme la Présidente. Le devoir de mémoire, c'est aussi
de souligner, de se rappeler celles et ceux qui ont commis des gestes
héroïques.
Ça nous ramène,
aujourd'hui, le 24 août 1992. M. Daniel Martin est agent de sécurité
à l'Université Concordia. Alors qu'il est au travail, pendant qu'il fait sa
ronde, il découvre des victimes abattues et une autre victime qui est gravement
blessée. Sans hésiter, il porte assistance aux victimes et se retrouve lui-même
pris face au forcené, en plein coeur de la prise d'otages. Il profitera d'un
moment d'inattention où le forcené déposa son arme au sol pour le maîtriser et
le désarmer.
Aujourd'hui, Daniel Martin
est policier au SPVM, où il sert et protège la population. Après 34 ans,
c'est toujours avec beaucoup d'émotion qu'il se remémore ces événements, qui
sont si marquants.
Au nom des Québécois, je souligne ce héros de
l'ombre. Il en va de notre devoir de mémoire de ne jamais oublier. Bravo, Dan,
et merci pour ton service. Merci, Mme la Présidente.
La Vice-Présidente (Mme Soucy) : Merci,
M. le député. Maintenant, nous poursuivons avec M. le député de Chambly.
Souligner la tenue de la 11e édition
de la Course du député
M. Jean-François Roberge
M. Roberge : Mme
la Présidente, le 5 juillet prochain, ce sera la 11e édition de la
Course du député de Chambly.
C'est remarquable de voir toutes les personnes,
tous les groupes qui se mobilisent année après année pour participer à cet
événement familial grand public.
Au cours des 10 premières éditions, on a
remis un total de plus de 100 000 $, 100 000 $ à des
organismes de circonscription. Et depuis plusieurs années ce sont les groupes
sportifs amateurs. Donc, ça permet de payer des inscriptions à des jeunes qui
ne pourraient pas jouer au soccer, au football, à la ringuette, qui ne
pourraient pas faire de la gymnastique ou
alors qui ne pourraient pas participer à des tournois. On rend le sport
accessible à nos jeunes sportifs.
Je veux remercier notre porte-parole depuis le
tout début, le très talentueux et très drôle Philippe Laprise, un grand
Chamblyen. Je remercie la municipalité de Chambly, qui nous accueille à bras
ouverts encore cette année; le club Trifort, organisateur émérite de tout ce
qui se passe. Et c'est un rendez-vous, coursejfr.com.
La
Vice-Présidente (Mme Soucy) :
Merci, M. le député. Maintenant,
je cède la parole à M. le député de Chapleau.
Rendre hommage à M. Pierre
Donais
M. Mathieu Lévesque
M. Lévesque (Chapleau) : Merci,
Mme la Présidente. J'aimerais rendre hommage à un grand artisan des médias en
Outaouais, un homme dont la voix et la rigueur ont accompagné des générations
de citoyens, et j'ai nommé M. Pierre Donais.
Dès l'âge de 16 ans, Pierre Donais consacre
sa vie aux médias. 55 années de radio et de télévision marquées par la
passion, l'authenticité et un profond respect du public. Chef d'antenne à TVA
Gatineau, auparavant à CPAC, animateur à
Rock Détente, journaliste, directeur de l'information, communicateur chevronné,
son parcours impressionne autant par sa longévité que par son
excellence.
Mais, au-delà de la carrière exceptionnelle,
Pierre Donais est surtout un homme de coeur, un communicateur profondément humain, reconnu pour son écoute, sa
bienveillance et sa capacité unique de rapprocher l'information des gens.
Et, même si
le mot «retraite» semble absent de son vocabulaire, puisqu'il poursuit sa
passion avec Espace Donais, Radio Éternité et Gatineau.TV, une
chose demeure certaine, Pierre Donais a laissé une empreinte indélébile dans
notre paysage médiatique et dans le coeur de toute une région.
Merci et bravo pour ces 55 années au
service de notre communauté!
La Vice-Présidente (Mme Soucy) : Merci,
M. le député. Cela met fin à la rubrique de déclarations de députés.
Et je suspends les travaux quelques instants.
(Suspension de la séance à 9 h 54)
(Reprise à 10 h 06)
La Présidente : Bonjour, tout
le monde. Vous êtes nombreux, ce matin. Mmes, MM. les visiteurs, bienvenue. Bienvenue.
Le parlement du Québec, c'est chez vous.
Messieurs dames les députés, nous allons nous
recueillir quelques instants, je vous prie.
Je vous remercie beaucoup. Veuillez vous
asseoir.
Présence du président de la
Chambre des Députés du Grand-Duché de Luxembourg,
M. Claude Wiseler, accompagné d'une délégation de parlementaires et de
l'ambassadeur du Luxembourg, M. JeanClaude Kugener
Alors, j'ai le plaisir de souligner aujourd'hui
la présence, dans les tribunes, du président de la Chambre des Députés du Grand-Duché de Luxembourg,
M. Claude Wiseler. Et il est accompagné d'une délégation de parlementaires
ainsi que de l'ambassadeur du Luxembourg, Son Excellence M. Jean-Claude
Kugener. Il s'agit de la première visite d'une délégation du Luxembourg en sol
québécois. Bienvenue.
Présence du haut-commissaire de la République
gabonaise, M. Alexis Bengone
J'ai
également le plaisir de souligner la présence, dans les tribunes, du
haut-commissaire de la République gabonaise, Son Excellence M. Alexis
Bengone.
Et nous poursuivons
les affaires courantes.
Aujourd'hui, il n'y a
pas de déclarations ministérielles.
Présentation
de projets de loi
À la rubrique
Présentation de projets de loi, M. le leader du gouvernement.
M. Bonnardel :
Mme la Présidente, je vous demande d'appeler l'article a du feuilleton, s'il
vous plaît.
La
Présidente : À l'article a du feuilleton, M. le ministre de la Langue
française présente le projet de loi n° 8, Loi encadrant la langue de l'enseignement en formation professionnelle et
en formation générale des adultes. M.
le ministre.
Projet
de loi n° 8
M. Jean-François
Roberge
M. Roberge : Alors, Mme la Présidente,
il me fait plaisir de présenter le projet de loi n° 8,
Loi encadrant la langue de l'enseignement en formation professionnelle
et en formation générale des adultes.
Ce projet de loi
établit que les services de formation donnés dans le cadre de la formation
professionnelle et de la formation générale des adultes doivent être donnés en
français. Il impose cette exigence aux centres de services scolaires et aux établissements d'enseignement
privés agréés aux fins de subventions relativement aux services éducatifs
qui font l'objet de l'agrément.
Le projet de loi
prévoit que ces services de formation peuvent être donnés en anglais aux
personnes ayant été déclarées admissibles à recevoir l'enseignement en anglais
dans les classes de maternelle et dans les écoles primaires et secondaires
conformément à la Charte de la langue française.
Le
projet de loi interdit de permettre ou de tolérer qu'une personne reçoive ces
services en anglais alors qu'ils ne peuvent lui être donnés dans cette langue.
Il prévoit les sanctions applicables en cas de non-respect de cette
interdiction.
Enfin, le projet de
loi contient des dispositions transitoires.
La
Présidente : Et je reconnais M. le leader de l'opposition officielle.
Je vous écoute.
M. Tanguay : Merci, Mme la Présidente.
Nous souhaitons la tenue de consultations particulières quant à ce projet de loi. Merci.
Mise
aux voix
La Présidente :
Et est-ce que l'Assemblée accepte d'être saisie de ce projet de loi? Adopté.
Dépôt
de documents
À la rubrique Dépôt
de documents, M. le ministre des Finances.
M. Girard
(Groulx) : Mme la Présidente, permettez-moi de déposer le plan
stratégique 2026‑2030 de Loto‑Québec, ainsi que le plan
stratégique 2027‑2029 et le rapport annuel 2026 de la Société québécoise du cannabis. Merci.
La Présidente :
Ces documents sont déposés. M. le leader du gouvernement.
M. Bonnardel : Mme la Présidente, je vous dépose les réponses
aux pétitions déposées le 24 mars par le député de Rosemont et le
25 mars par la députée de Rimouski, ainsi que les réponses aux questions
inscrites au feuilleton le 5 mai par les députés de Taschereau, de Saint-Henri—Sainte-Anne
et de Mille-Îles. Merci.
• (10 h 10) •
La Présidente :
Et ces documents sont déposés.
Pour
ma part, je dépose le deuxième rapport de suivi de la mise en oeuvre des appels
à l'action de la Commission d'enquête
sur les relations entre les Autochtones et certains services publics au
Québec : écoute, réconciliation et progrès, du Protecteur du
citoyen.
Dépôt
de rapports de commissions
Maintenant, à
la rubrique Dépôt de rapports de commissions, M. le président de la Commission de l'aménagement du territoire et
député de Drummond—Bois-Francs.
Auditions
et étude détaillée des projets de loi nos 205 et 201
M. Schneeberger :
Merci, Mme la Présidente. Alors, je dépose le rapport de la Commission de
l'aménagement du territoire qui, le 3 juin 2026, a procédé à l'audition
des intéressés et à l'étude détaillée des projets de loi d'intérêt privé suivants : loi n° 205,
Loi concernant un immeuble situé sur
le territoire de la Ville de Québec,
la commission a adopté le texte de
loi sans amendement; projet de loi n° 201, Loi concernant le Monastère des Ursulines de
Québec, la commission a adopté
le texte de loi avec un amendement.
Mise aux voix des rapports
La Présidente : Ces rapports
sont-ils adoptés? Adopté.
M. le président de la Commission de la santé et
des services sociaux et député de Beauce-Nord.
Consultations particulières
sur le projet de loi n° 23
M. Provençal : Merci, Mme la
Présidente. Je dépose le rapport de la Commission de la santé et des services
sociaux qui, les 6 et 7 mai ainsi que les 2 et 3 juin 2026, a tenu
des auditions publiques dans le cadre de consultations particulières sur le
projet de loi n° 23, Loi visant principalement à mieux accompagner les
personnes dont l'état mental pourrait représenter un risque pour leur propre
sécurité ou celle d'autrui. Merci, Mme la Présidente.
La Présidente : Et ce rapport
est déposé.
Dépôt de pétitions
Maintenant, à la rubrique Dépôt de pétitions, je
reconnais M. le député de Matane-Matapédia.
S'opposer à la fermeture de
bureaux de la protection
de la faune sur le territoire québécois
M. Bérubé : Bonne
Journée de la Gaspésie à toutes et à tous!
Je dépose
l'extrait d'une pétition adressée à l'Assemblée nationale, signée par
2 822 pétitionnaires. Désignation : citoyens et
citoyennes du Québec.
«Les faits invoqués sont les suivants :
«Considérant que le Québec constitue un
territoire d'exception reconnu à l'échelle nationale et internationale pour la
richesse de ses milieux naturels, la diversité de ses activités fauniques,
récréatives et touristiques, ainsi que [...] l'importance de ses écosystèmes;
«Considérant que ces milieux, répartis sur
l'ensemble du territoire québécois, se caractérisent à la fois par leur grande
diversité et leur fragilité, nécessitant une surveillance et une protection
soutenues, notamment en raison de la présence de réserves écologiques, de
réserves fauniques, de parcs nationaux, de zones d'exploitation contrôlée — les
ZEC — et
de nombreux habitats fauniques et sensibles;
«Considérant que les bureaux de la protection de
la faune du Québec jouent un rôle stratégique essentiel en assurant une
présence sur le terrain, une capacité d'intervention rapide et une couverture
efficace des vastes territoires, contribuant ainsi directement à la protection
des ressources naturelles et à la sécurité des usagers;
«Considérant que plusieurs de ces bureaux
traitent un volume important d'interventions et de signalements, témoignant de
leur rôle central dans l'application des lois, la prévention et la gestion des
activités fauniques; «Considérant que des décisions de fermeture,
ou des rumeurs en ce sens, concernant certains de ces bureaux, soulèvent des
préoccupations majeures quant au maintien d'une protection adéquate de la faune,
des habitats naturels et de la sécurité des usagers;
«Et l'intervention réclamée se résume
ainsi :
«Nous, signataires, demandons au gouvernement du
Québec de renoncer à la fermeture des bureaux de la protection de la faune sur
le territoire québécois et de confirmer un maintien et un renforcement des
effectifs et des ressources.»
Je certifie que cet extrait est conforme à
l'original de la pétition.
La Présidente : Cet extrait
de pétition est déposé. Mme la députée de Sainte-Marie—Saint-Jacques.
Réviser l'obligation d'utiliser les titres «madame»
et «monsieur» dans les écoles
Mme Massé : Merci, Mme la
Présidente. Je dépose l'extrait d'une pétition adressée à l'Assemblée
nationale, signée par 719 pétitionnaires. Désignation : citoyens et
citoyennes du Québec.
«Les faits invoqués sont les suivants :
«Considérant que l'école est un milieu de vie
qui doit refléter les valeurs d'inclusion, d'ouverture et de respect véhiculées
par la société actuelle;
«Considérant que les
membres du personnel scolaire sont des modèles significatifs auprès des élèves,
et qu'ils et elles contribuent à façonner un climat empreint de respect,
d'équité et de bienveillance;
«Considérant que le respect authentique ne
repose pas uniquement sur des formes langagières imposées, mais sur la qualité
des relations établies entre élèves et les adultes, la cohérence des
interventions menées et les valeurs prônées au quotidien;
«Considérant que l'imposition des appellations
"madame" et "monsieur" exclut certaines identités de genre,
ce qui ne reflète pas la diversité des réalités vécues aujourd'hui et constitue
un recul en matière d'inclusion;
«Considérant que l'imposition uniforme de ces
pratiques ne tient pas compte de l'autonomie et du jugement professionnels du
personnel scolaire;
«Considérant qu'aucune donnée probante ne
démontre que ces mesures améliorent le respect, le climat scolaire ou les
comportements des élèves;
«Considérant
que l'ajout de sanctions associées à ces obligations risque de transformer une
question relationnelle en enjeu disciplinaire, au détriment du
développement social des élèves;
«Et l'intervention réclamée se résume
ainsi :
«Nous, signataires, demandons au gouvernement du
Québec :
«De revenir sur sa décision d'obliger
l'utilisation des titres dans les écoles; et
«De privilégier des règles de conduite qui
favorisent le développement du respect mutuel et qui sont basées sur des
pratiques inclusives, respectueuses de la diversité et appuyées par des données
probantes plutôt que par des prescriptions uniformes.»
Je certifie que cet extrait est conforme à
l'original de la pétition.
La Présidente : Cet extrait de
pétition est déposé. Je reconnais maintenant M. le député de Gouin.
Rehausser le financement du réseau scolaire public
M. Nadeau-Dubois : Merci,
Mme la Présidente. Alors, je dépose l'extrait d'une pétition adressée à
l'Assemblée nationale, signée par 6 238 pétitionnaires.
Désignation : citoyens et citoyennes du Québec.
«Les faits invoqués sont les suivants :
«Considérant que pour 2026‑2027, le gouvernement
prévoit une hausse des dépenses en éducation inférieure aux coûts réels pour
maintenir les services, ce qui risque de provoquer des compressions
supplémentaires;
«Considérant que les compressions budgétaires
annoncées pour le réseau scolaire public en 2025‑2026 dépassaient 570 millions $
et ont entraîné des réductions de services aux élèves et l'impossibilité de
remplacer du matériel pédagogique essentiel;
«Considérant que seule une forte mobilisation
citoyenne a permis l'obtention d'un recul partiel de ces compressions;
«Considérant qu'il est impossible de procéder à
des compressions sans affecter les services aux élèves et le personnel,
puisqu'environ 80 % des dépenses des centres de services scolaires sont
consacrées à la rémunération;
«Considérant que le déficit de maintien des
actifs immobiliers du réseau scolaire atteint 9,8 milliards $, soit
quatre fois plus que celui du secteur de la santé, que plus de la moitié des
établissements sont vétustes, affectant les conditions d'apprentissage;
«Considérant que le sous-financement en
éducation aggrave la pénurie de personnel et creuse les inégalités entre les
élèves, que le financement constitue un levier indispensable pour assurer un
rééquilibrage de la composition de la classe;
«Et l'intervention réclamée se résume
ainsi :
«Nous, signataires, demandons que le
gouvernement s'engage à :
«Adopter un projet de loi assurant un
financement croissant et prévisible en éducation, couvrant au minimum
l'ensemble des coûts réels pour maintenir le niveau des services;
«Adopter un plan d'urgence de résorption du
déficit de maintien des actifs immobiliers scolaires.»
Je certifie que cet extrait est conforme à
l'original de la pétition.
La Présidente : Cet extrait de
pétition est déposé. À nouveau, M. le député de Gouin.
Cesser le recours à la
sous-traitance en entretien et en
services connexes dans le réseau scolaire
M. Nadeau-Dubois : Merci,
Mme la Présidente. Je dépose l'extrait d'une pétition adressée à l'Assemblée
nationale, signée par 678 pétitionnaires. Désignation :
citoyens et citoyennes du Québec.
«Les faits invoqués sont les suivants :
«Considérant que les centres de services
scolaires et les commissions scolaires doivent assurer des milieux
d'apprentissage sains, sécuritaires et de qualité pour les élèves du Québec;
«Considérant que le personnel de soutien manuel
en régie possède une expertise et une connaissance unique des établissements;
«Considérant que le recours à la sous-traitance
en entretien et en services connexes contribue à la perte de cette expertise, à l'affaiblissement de la capacité à
entretenir les bâtiments à long terme et à l'érosion de la mémoire
organisationnelle;
«Considérant
que cette situation entraîne un alourdissement de la charge de travail, le
personnel devant à la fois accomplir ses tâches et encadrer le travail du
privé, contribuant à l'épuisement professionnel, aux difficultés de rétention
et à la dévalorisation de la profession;
«Considérant que les
économies invoquées sont contredites par les faits, notamment les coûts cachés
liés à la supervision, aux reprises des travaux et aux délais d'intervention;
«Et l'intervention
réclamée se résume ainsi :
«Nous, signataires,
demandons au gouvernement du Québec :
«D'intervenir afin
que cesse le recours à la sous-traitance des services pouvant être assumés par
le personnel en régie interne;
«De favoriser un
modèle fondé sur l'expertise interne, la continuité des services et la
valorisation du personnel de soutien manuel;
«De promouvoir et
d'offrir un incitatif pour le DEP en entretien d'immeubles, qui est proposé
dans plusieurs centres de services scolaire et commissions scolaires du Québec;
«De s'assurer que les
écoles priorisent la qualité et la sécurité des milieux scolaires, plutôt que
l'externalisation systémique des services.»
Je certifie que cet
extrait est conforme à l'original de la pétition.
• (10 h 20) •
La
Présidente : Cet extrait de pétition est déposé.
J'ai reçu une demande
de M. le député de Gouin pour la présentation d'une pétition non conforme. Y
a-t-il consentement pour la... la présentation, dis-je, de cette pétition?
Consentement. M. le député de Gouin.
Rehausser le financement
du réseau scolaire public
M. Nadeau-Dubois : Je dépose l'extrait d'une
pétition adressée à l'Assemblée nationale, signée par 680 pétitionnaires.
Désignation : citoyens et citoyennes du Québec.
«Les faits invoqués
sont les suivants :
«Considérant que pour
2026‑2027, le gouvernement prévoit une hausse des dépenses en éducation
inférieure aux coûts réels pour maintenir les services, ce qui risque de
provoquer des compressions supplémentaires;
«Considérant que les
compressions budgétaires annoncées pour le réseau scolaire public en 2025‑2026 dépassaient 570 millions $ et ont
entraîné des réductions de services aux élèves et l'impossibilité de remplacer
du matériel pédagogique essentiel;
«Considérant
que seule une forte mobilisation citoyenne a permis l'obtention d'un recul
partiel de ces compressions;
«Considérant qu'il
est impossible de procéder à des compressions sans affecter les services aux
élèves et le personnel, puisqu'environ 80 % des dépenses des centres de
services scolaires sont consacrées à la rémunération;
«Considérant que le
déficit de maintien des actifs immobiliers du réseau scolaire atteint
9,8 milliards $, soit quatre fois celui du secteur de la santé, que
plus de la moitié des établissements sont vétustes, affectant les conditions
d'apprentissage;
«Considérant que le
sous-financement en éducation aggrave la pénurie de personnel et creuse les
inégalités entre les élèves, que le
financement constitue un levier indispensable pour assurer un rééquilibrage de
la composition de la classe;
«Et l'intervention
réclamée se résume ainsi :
«Nous, signataires,
demandons que le gouvernement s'engage à :
«Adopter un projet de
loi assurant un financement croissant et prévisible en éducation, couvrant au
minimum l'ensemble des coûts réels pour maintenir le niveau des services;
«Adopter un plan
d'urgence de résorption du déficit de maintien des actifs immobiliers
scolaires.»
Je certifie que cet
extrait est conforme à l'original de la pétition.
La
Présidente : Et cet extrait de pétition est déposé.
Il n'y a pas de réponses
orales aux pétitions ni d'interventions portant sur une question de droit ou de
privilège.
Je vous avise
qu'après la période des questions et réponses orales sera tenu le vote reporté
sur les rapports des commissions qui ont étudié les crédits budgétaires pour
l'exercice financier se terminant le 31 mars 2027.
Questions
et réponses orales
Nous en sommes
maintenant rendus à la période de questions et de réponses orales, et, pour ce
faire, je cède la parole, en question principale, au chef de l'opposition
officielle.
Maintien des emplois dans les entreprises québécoises
M. André
Fortin
M. Fortin : Mme la Présidente, la première ministre nous doit certaines
explications, parce qu'au cours de la dernière année elle a été ministre de
l'Économie, et maintenant elle agit à titre de première ministre, alors le
portrait économique du Québec, bien, c'est
pas mal son bulletin, et, la performance de son gouvernement en matière
économique, disons que c'est plutôt catastrophique.
Au
cours de la dernière année, le Québec a perdu 130 000 emplois à temps
plein. Ça, c'est au net, tous secteurs confondus, 130 000 emplois.
Mais, si on regarde juste les données du secteur public, on a ajouté
39 000 emplois. Alors, pas besoin de vous dire, Mme la Présidente,
que, si on a créé des emplois dans le secteur public puis qu'au net on a quand
même perdu 130 000 emplois à temps plein, c'est que ça ne va vraiment
pas bien dans le secteur privé.
Là, la première
ministre, elle va assurément nous dire : Ah! bien, vous connaissez le
contexte, vous savez ce que les États-Unis sont en train de faire en ce moment.
D'accord, en partie. Sauf que l'Ontario, à qui le gouvernement de la CAQ a tellement aimé se comparer au cours
des dernières années, l'Ontario a ajouté 136 000 emplois à temps plein
au cours de la dernière année, et ça, c'est
en diminuant le nombre dans le secteur public. Au Québec, on a perdu
130 000 emplois; en Ontario, ils ont gagné 130 000 emplois.
Alors, Mme la
Présidente, est-ce que la première ministre, elle peut nous dire pourquoi sous
sa gouverne on perd tant d'emplois?
La
Présidente : La réponse de la première ministre.
Mme Christine
Fréchette
Mme Fréchette :
Oui, merci, Mme la Présidente. Bien, comme le chef parlementaire de
l'opposition officielle le mentionne, on est dans un contexte difficile, il y a
une guerre tarifaire qui est en cours. Et on peut avoir l'impression que c'est
l'Ontario qui est la plus impactée par cette guerre tarifaire là, parce que
c'est le secteur automobile qui est directement touché. Or, au Québec, on est
encore plus touchés que ne l'est l'Ontario, parce qu'au Québec, c'est une
variété de secteurs, une multitude de secteurs qui sont touchés par cette
guerre tarifaire. C'est notamment le secteur de l'aluminium. C'est notamment le secteur de l'acier. C'est notamment le
secteur du bois d'oeuvre. Également les entreprises manufacturières. Donc, c'est plus éclaté. On a
moins conscience de l'impact de cette guerre tarifaire sur le tissu économique
puis industriel, mais les chiffres le démontrent, ça frappe dur.
Alors,
notre gouvernement, on a été les premiers au Canada à développer, déployer des
programmes d'aide pour les entreprises, pour, justement, les aider à traverser
cette crise, cette crise tarifaire, également pour diversifier leurs marchés,
et ça, j'ai fait des missions à la fois à Washington, en France. Et également
j'ai eu une rencontre hier avec l'Alberta pour qu'on puisse augmenter notre
commerce avec l'Ouest canadien. Tout ça, c'est des possibilités de relance de
nos entreprises.
C'est sûr que la
guerre tarifaire, ça impacte directement toutes celles qui exportent, mais ça
impacte aussi l'économie en général, parce qu'il y a des fournisseurs de ces
entreprises-là qui sont aussi touché. Et en ce sens-là on a agi pour réduire le
taux d'imposition des PME. 75 000 PME vont avoir un taux d'imposition
réduit de 3,2 % à 2,2 %. Et ça, ça s'ajoute à une mesure qu'on avait
mise en place en 2021 pour passer de 4 % à 3,2 %, donc c'est un
deuxième tour de roue qu'on fait pour aider nos PME.
La Présidente :
Première complémentaire.
M. André
Fortin
M. Fortin : Mme la Présidente, il y a des... il y a des industries qui
sont affectées par les tarifs américains, là, ça, il n'y a aucun doute
là-dessus, mais la réalité, c'est que le gouvernement de la CAQ n'a rien fait
pour protéger ces industries-là. Prenons, prenons, par exemple, la forêt. On
dirait qu'ils attendent que l'industrie tombe. Que ce soit au Témiscamingue,
que ce soit au Saguenay, que ce soit en Outaouais, que ce soit en Mauricie, que
ce soit ailleurs, les usines ferment, les travailleurs perdent leurs emplois,
puis le gouvernement ne fait absolument rien, en ce moment.
Est-ce que la vision
de la CAQ, là, c'est encore d'attendre que l'industrie ferme, que les usines
ferment, que les travailleurs perdent leurs emplois pour les replacer chez
Hydro-Québec?
La
Présidente : La réponse de la première ministre.
Mme Christine
Fréchette
Mme Fréchette :
Oui, Mme la Présidente, on agit, puis on agit sur plusieurs fronts. Je
rappelais la baisse du taux d'imposition. Ça, c'est une bouffée d'air, c'est
jusqu'à 5 000 $ d'économies par entreprise par année. Donc, ça donne
de l'oxygène à nos entreprises. On a aussi notre plan de développement
énergétique avec Hydro-Québec. Ça, c'est 200 milliards injectés dans
l'économie du Québec. Et c'est déjà commencé, parce qu'on a demandé à Hydro de
devancer puis d'accélérer la mise en oeuvre de son plan de développement. Et
dès l'année passée c'était 6 milliards de plus qui étaient injectés dans l'économie du Québec grâce à Hydro-Québec
puis à notre plan de développement énergétique, qui va nous rendre
encore plus attractifs puis en mesure d'accepter puis d'accueillir des projets
de développement et d'investissement. Et également on a les infrastructures,
grâce à l'entente qu'on a eue...
La Présidente :
Deuxième complémentaire.
M. André
Fortin
M. Fortin : Bon, ma question était sur des emplois en forêt, là, mais je veux que la
première ministre comprenne, là, qu'à chaque fois qu'une usine ferme
c'est des travailleurs qui perdent leurs emplois puis des familles qui
n'arrivent pas à joindre les deux bouts. Mais ce n'est
pas le seul secteur. L'industrie de la construction, au Québec, l'industrie de
la construction a perdu 20 000 emplois depuis le début de l'année. Et,
si on regarde le budget de la CAQ, bien, les mises en chantier, elles vont
continuer à diminuer au cours des prochaines années.
La seule façon qu'ils
réussissent à créer de l'emploi, c'est dans le secteur public. On ne se mettra
pas riches comme ça, au Québec.
La
Présidente : La réponse de la première ministre.
Mme Christine
Fréchette
Mme Fréchette : Oui. Alors, bien, plus particulièrement sur le
secteur du bois, qui... qui est directement affecté, j'en ai d'ailleurs
discuté hier avec l'ambassadeur américain, de ce conflit et des taux, des
tarifs qui sont appliqués sur le bois d'oeuvre québécois depuis des décennies,
il faut le rappeler, c'est un très long conflit.
Alors, du côté du
bois, pour donner de l'oxygène, encore là, aux entreprises, on a aboli la
redevance annuelle qui était en vigueur depuis 2013 pour injecter des
liquidités supplémentaires dans les entreprises, dans les scieries
particulièrement. Et on est... on était, en fait, les seuls à exiger cette
redevance-là, qui maintenant est annulée. Et on ramène aussi les coûts
d'approvisionnement à un niveau comparable à celui de l'Ontario. Puis ça, c'est
un élément que nous demandaient les acteurs du milieu de la forêt depuis
longtemps, et on a agi dans le sens qu'ils souhaitaient.
La
Présidente : Troisième complémentaire.
M. André
Fortin
M. Fortin :
Les acteurs, ils demandaient une réforme du régime forestier, puis ce que... ce
que vous leur avez proposé, dans les propres mots du gouvernement, c'est une
miniréforme. Mais la liste est longue, Mme la Présidente. Que ce soit la forêt,
que ce soit la construction ou que ce soit le jeu vidéo, là, on ne manque pas
d'industries qui ne sont pas appuyées par le gouvernement du Québec. Le jeu
vidéo a perdu 1 000 emplois, 1 000 emplois dans les
derniers six mois, puis ils nous disent qu'il y en a d'autres qui s'en
viennent. Et vous savez qui ils blâment? Ils blâment le gouvernement du Québec,
parce qu'ils ont éliminé le crédit d'impôt au moment où l'industrie en avait le
plus besoin. Ils ont décidé sciemment de nuire à l'industrie.
La
Présidente : Demeurons respectueux. Mme la première ministre.
Mme Christine
Fréchette
Mme Fréchette :
Oui, Mme la Présidente. Je continue sur les actions qu'on a prises dans le
domaine forestier. Alors, on a mis fin aussi
au système d'enchères qui était applicable à une partie des volumes de bois.
Donc, ça, c'est du concret pour les entreprises, pour les scieries. On
accompagne également les entreprises de ce secteur-là pour qu'elles puissent
faire de la conversion, en fait, de la transformation du bois, pas seulement de
la coupure du bois puis de l'exportation au sud de la frontière, alors que l'on
transforme le bois davantage ici et que l'on amène nos petits joueurs à
grandir, à devenir des moyens joueurs, éventuellement de grands joueurs. Ça, ça
fait partie des mesures d'aide. Et également on a permis la construction de
bâtiments de plus grande hauteur en bois. Alors, on est maintenant rendus à
18 étages, si ma mémoire est bonne. Donc, ça, c'est de l'aide également.
La
Présidente : En question principale, je reconnais maintenant le député
de Marguerite-Bourgeoys. On vous écoute.
Productivité
des entreprises québécoises
M. Frédéric
Beauchemin
M. Beauchemin :
Mme la Présidente, quand on regarde la page, là, E.17 du budget du ministre
des Finances, on le voit bien, là, la productivité du Québec recule. Ici, là,
on parle de la productivité de l'ensemble de l'économie, le privé et le public
ensemble, qui sous la CAQ, là, au net, depuis 2022, a reculé de 1 %.
Pendant que le monde avance, la CAQ nous a fait reculer.
La chaire de
productivité du HEC compare... nous compare contre la planète, et on le voit,
là, le Québec a creusé son écart. On est rendus, là, que maintenant les
Québécois gagnent en moyenne 22 $ de moins sur leur paie à cause du manque
de productivité. La CAQ est responsable de ça. Les Québécois le ressentent à
tous les jours. Notre niveau de vie en est affecté, Mme la Présidente.
Le ministre des
Finances est-il d'accord avec ce qu'il a écrit dans son budget, que, depuis
2022, la productivité de notre nation a reculé?
• (10 h 30) •
La
Présidente : La réponse du ministre des Finances.
M. Eric Girard
M. Girard
(Groulx) :
Oui.
Bien, je vais prendre les deux premières interventions d'un coup.
Pour l'emploi, là, en 2025, le Québec a
surperformé l'Ontario et le reste du Canada. La difficulté est depuis le début de l'année 2026, alors après une
surperformance. Et il y a énormément de volatilité dans les statistiques
mensuelles, Mme la Présidente. Alors, demain, on va savoir si le recul que nous
avons eu au mois... au mois d'avril était une aberration statistique ou
un vrai chiffre, parce que c'est un échantillonnage, puis les données
mensuelles des provinces, dans l'emploi, c'est extrêmement volatil. Mais
retenez ça : 2025, le Québec, marché de l'emploi, surperformance.
Pour la productivité, bien, ce que je ne
comprends pas dans la question, c'est que le PIB par habitant du Québec a
surperformé l'Ontario de 5 % depuis 2018. Vous pensez qu'on a fait ça
comment, Mme la Présidente? Avec une surperformance de la productivité,
c'est-à-dire qu'on a eu une meilleure production avec une moins forte
croissance de la population...
La Présidente : En terminant.
M. Girard (Groulx) : ... donc
une meilleure productivité.
La Présidente : Première
complémentaire.
M. Frédéric Beauchemin
M. Beauchemin : Mme la
Présidente, la page E.17 a été écrite par le ministre des Finances
lui-même, et ça le dit clairement. De 2022 à 2025 inclusivement, on a reculé de
1 %. À moins que le ministre s'est trompé dans le dépôt de son budget, là,
mais c'est ses chiffres à lui.
Je répète ma
question. On est vraiment face à un gouvernement qui ne comprend pas la
priorité de la productivité. Est-ce qu'ils sont minimalement
responsables de leur propre échec?
La Présidente : La réponse du
ministre.
M. Eric Girard
M. Girard (Groulx) : Oui, Mme
la Présidente. J'ai deux coachs, là, ici, qui me conseillent. Merci beaucoup.
J'ai l'ancien puis le nouveau, là. Ça va aller.
OK. Alors,
qu'est-ce qui s'est passé en 2022, Mme la Présidente? Bien, c'est-à-dire que
l'inflation a touché 8 %, et là la Banque du Canada a dû hausser
ses taux d'intérêt de façon extrêmement significative, puis ça a donné un frein
sur la croissance. Alors, si on ne tient pas
compte de ce facteur cyclique là, bien là on regarde les chiffres comme ça puis
on tire des conclusions étranges.
Puis après ça il y a eu les feux de forêt, en 2023, qui ont diminué la
production d'électricité.
La Présidente : En terminant.
M. Girard (Groulx) : Alors, il
faut tenir compte du contexte, Mme la Présidente.
La Présidente : Deuxième
complémentaire.
M. Frédéric Beauchemin
M. Beauchemin : Alors, Mme la
Présidente, là, quatre excuses, quatre ans. On va lui en donner pour six ans,
maintenant. La productivité du secteur public a reculé de 9 % depuis 2020.
Ça, ça s'additionne, là, à la mauvaise gestion
caquiste, au gaspillage, aux erreurs. On gère mal. Des scandales à la
Northvolt, à la SAAQclic. Les Québécois paient des taxes, des impôts. La
chaire de productivité de HEC le dit, notre écart de productivité recule.
Est-ce que le ministre des Finances pense que la
chaire se trompe dans sa conclusion?
La Présidente : La réponse du
ministre.
M. Eric Girard
M. Girard (Groulx) : Mme la
Présidente, 2018, surperformance du Québec. PIB par habitant, par rapport au
Canada, par rapport à l'Ontario, je vais arrondir, je vais simplifier, 5 %
de surperformance. Comment on a fait ça, Mme la Présidente? Avec une
surperformance de la productivité, avec une moins forte croissance de la
population. Et pourquoi le député me parle des chiffres, là? Parce qu'il
commence en 2023. Qu'est-ce qu'on a eu en 2023? On a eu une baisse de la productivité parce qu'il y a eu des feux de forêt. La
production d'électricité a diminué. Alors, qu'est-ce que vous voulez, il faut tenir compte du contexte. Et,
lorsqu'on regarde l'ensemble de l'économie, surperformance du Québec.
La Présidente : En question
principale, je reconnais maintenant le député de Nelligan.
Plan
de redressement budgétaire de la
Société de l'assurance automobile
M. Monsef
Derraji
M. Derraji :
Mme la Présidente, après huit ans de gouvernance caquiste, force est de
constater que les Québécoises et les Québécois sont plus endettés que jamais. Et
je ne parle pas seulement de la dette de l'État ou les déficits que tout le
monde connaît.
Ce matin, je veux
vous parler de la dette de la Société de l'assurance automobile du Québec, qui
a explosé sous la CAQ. Quel est le résultat net de huit ans? Quel est le
résultat net des SAAQclic de ce monde? Il est là, Mme la Présidente. 500 millions de plus. Le déficit
cumulé de la SAAQ, en date d'aujourd'hui, il dépasse les
600 millions de dollars.
Mme la Présidente,
après huit ans de mauvaise gestion de la CAQ, la question au ministre,
aujourd'hui, elle est très simple : Quel est son plan, s'il a une seule
idée, pour le temps qu'il lui reste à la tête de ce ministère, de stopper
l'hémorragie et d'arrêter ce déficit qui ne cesse d'augmenter année après
année?
La
Présidente : La réponse du ministre des Transports et de la Mobilité
durable.
M. Benoit
Charette
M. Charette :
Merci, Mme la Présidente. Il n'y a aucun, aucun doute que la Société
d'assurance automobile du Québec a connu des
années difficiles. Le gouvernement a pris des décisions courageuses, qui
s'avéraient nécessaires. Dans le
dossier SAAQclic, notamment, très, très rapidement, on a demandé nous-mêmes une
enquête publique, ce que les libéraux ont refusé de faire pendant des années,
lorsqu'il était question de l'industrie de la... de la construction, notamment.
Et on se souvient
qu'au départ le même collègue qui pose la question aujourd'hui dénonçait la
nomination du juge Gallant. Il disait qu'il était en conflit d'intérêts, que le
rapport allait être biaisé. Et très, très rapidement, très rapidement, on s'en
souvient, il commençait à citer les passages de la commission qui
l'avantageaient, qu'il interprétait très,
très librement. Et curieusement, une fois le rapport déposé, la version qu'a
toujours défendue le gouvernement s'est avérée. On s'est fait mentir. On s'est
fait cacher de l'information. Et curieusement, depuis, plus aucune question de
la part du collègue par rapport à ce que la commission a pu révéler.
Donc, il y a du
chemin qui s'est fait, et nous allons dans la bonne direction avec la SAAQ.
La
Présidente : Première...
Des voix :
...
La Présidente :
Première complémentaire.
M. Monsef
Derraji
M. Derraji :
Heille! ça se voit, que vous êtes sur le bon chemin. Ça, c'est votre
résultat. Je suis obligé de coller les deux tableaux. Ce n'était pas prévu. Ma
première complémentaire était sur la dette, qui est de l'ordre de
1,1 milliard. Du moment que le ministre
a choisi de me répondre autrement, je suis dans l'obligation, Mme la Présidente,
de coller les deux tableaux. Ça, là, c'est votre résultat. Déficit
cumulé de 600 millions, une dette nette de 1,1 milliard.
Pouvez-vous répondre,
maintenant? Quel est votre plan?
La Présidente :
Et, M. le député de Nelligan,
vous vous adressez à la présidente, vous le savez. La réponse du ministre.
M. Benoit
Charette
M. Charette :
Merci, Mme la Présidente. Je vais continuer la mise en contexte, qui
démontre bien l'évolution du côté de
l'assurance... de la Société d'assurance automobile du Québec. Nous avons eu
nos crédits il y a quelques jours tout
juste. Pas une seule question du collègue sur, justement, la commission
Gallant, pas une seule question. J'aurais aimé lui demander :
Finalement, est-ce que la nomination du juge Gallant était avisée? Est-ce que
le rapport lui-même était à la hauteur de ses attentes? Donc, ces questions ont
été complètement, complètement évacuées...
La Présidente : Oui. Attendez, attendez.
M. le leader du gouvernement, quel est votre rappel au règlement, je vous prie?
M. Tanguay : C'est un rappel au
règlement qu'on fait très rarement, mais là il s'applique, c'est 79, là. Il
faut que la réponse ait un lien minimal avec la question. On parle de la
dette, du déficit; il est sur Gallant, là.
La
Présidente : Alors, je vous remercie, M. le leader.
Des voix :
...
La
Présidente : Article 32, je suis debout, et 37, gardez le
silence. Maintenant, je vais trancher. Effectivement, l'article 79, c'est
bien de nous le rappeler. Revenons sur le noeud de la question. Le rappel était
justifié. M. le ministre, poursuivez.
M. Charette :
Je poursuis en disant que la réponse est en lien direct avec la question, c'est
le cheminement de la Société d'assurance automobile du Québec au cours des
dernières années...
La Présidente :
En terminant.
M. Charette :
...avec une amélioration même au niveau des états financiers. On se souvient,
pendant un certain temps...
La
Présidente : Deuxième complémentaire.
M. Monsef
Derraji
M. Derraji : Mme la Présidente, je
pense qu'il est gêné, même si vous l'avez rappelé à l'ordre. La question, elle
est très simple : Quel est son plan pour arrêter l'hémorragie, pour
stopper le déficit cumulé et la dette qui ne cesse d'augmenter?
Je
vais lui donner une deuxième chance pour répondre à la question, Quel est son
plan pour stopper l'hémorragie, stopper le déficit cumulé et arrêter de
nous endetter avec cette société d'État qui est sous sa responsabilité?
• (10 h 40) •
La Présidente :
La réponse du ministre.
M. Benoit
Charette
M. Charette : S'il y a un côté de la
Chambre qui doit être gêné, dans le côté de la Société d'assurance automobile
du Québec, ce n'est certainement pas celui-ci, qui avons tenu un discours
cohérent depuis le début. Je rappelle...
Des voix :
...
La Présidente :
Alors, 32, 37. Vous gardez le
silence. On a écouté la question attentivement, M. le député de Nelligan.
Du côté gouvernemental aussi gardez
le silence, c'est bon pour tout le monde. J'ai écouté la question... M. le
leader du gouvernement, je vous entends un peu trop. S'il vous plaît! Hé! Hé!
Hé! On ne s'interpelle pas! M. le député de Nelligan et monsieur...
Arrêtez! Vous n'avez pas à vous répondre. Ce n'est pas une cour d'école, ici.
Moi, j'aimerais entendre la réponse... la réponse du ministre. On garde
le silence.
M. Charette : Merci, Mme la Présidente. Réponse gênante pour
l'opposition officielle, effectivement. L'attitude de l'opposition
officielle, elle est gênante, dans le dossier de la Société d'assurance
automobile. Non seulement nous avons très,
très rapidement déclenché cette enquête publique, parce qu'effectivement il y
avait des éléments inquiétants, ensuite ils ont décrié et dénigré la
compétence du juge Gallant, pour ensuite interpréter à sa façon certains
passages de la commission, et, depuis que le rapport a été déposé, silence
total, silence radio de la part de l'opposition officielle.
Des voix :
...
La Présidente :
Bon. Silence, tout le monde! C'est bon pour tout le monde, de tous les côtés.
En question
principale, je reconnais maintenant la cheffe du deuxième groupe d'opposition.
Nous l'écoutons.
Position du gouvernement
en matière d'énergies fossiles
Mme Ruba
Ghazal
Mme Ghazal
Merci,
Mme la Présidente. Hier, Danielle Smith, la première ministre de l'Alberta, a
défendu les intérêts de sa province en parlant de corridors et de produits
énergétiques. Évidemment, tout le monde a compris qu'elle est venue vendre son
pétrole et son gaz au Québec.
Danielle Smith a été
très, très claire, mais notre première ministre, elle, continue de souffler le
chaud et le froid sur le gaz et le pétrole. Le manque de transparence de la
première ministre peut nous faire croire au pire, c'est-à-dire un retour dans
le passé avec l'énergie sale des sables bitumineux de l'Alberta.
On
s'en va en campagne électorale. C'est très important pour les Québécois et
Québécoises de savoir c'est quoi, la position de chacun des partis
politiques en matière d'énergies fossiles. Pour Québec solidaire, notre
position, elle est très claire : il est temps de sortir de notre
dépendance aux énergies fossiles. Il faut saisir l'occasion en or qui se
présente devant nous de nous démarquer en ayant aussi une vision claire et
surtout à long terme pour notre économie. L'Alberta, elle, mise sur
son énergie sale. Le Québec doit miser sur son énergie propre. C'est ça, notre
force, au Québec. Pour Québec solidaire, ce n'est ni Alber-bec ni Qué-berta, c'est
le Québec d'abord.
Est-ce que la première
ministre peut faire preuve de transparence et dire clairement aux Québécois si
elle ferme la porte aux énergies fossiles une fois pour toutes? Oui? Oui, elle
ferme la porte, ou, non, elle la laisse ouverte?
La Présidente : La réponse de la
première ministre.
Mme Christine Fréchette
Mme Fréchette : Merci,
Mme la Présidente. Bien, comme vous savez, on a priorisé le développement
énergétique, au Québec, et, dans le
contexte actuel, c'est particulièrement sain, parce qu'on a besoin de ce
développement énergétique, qui est créateur d'emplois, créateur de
retombées pour le Québec. Puis, en ce moment, bien, c'est sûr qu'à l'échelle
internationale tout le monde parle d'énergie, avec la situation qui prévaut, la
hausse du coût de l'essence à la pompe qui a un effet sur à la fois les budgets
des familles, à la fois les entreprises. C'est important qu'on prenne... qu'on
sonde les Québécois puis qu'on prenne acte de leur vision des choses. Mais, d'abord
et avant tout, on va miser sur le développement d'Hydro-Québec, on va doubler
la production énergétique, et ça, ça va générer des investissements de
200 milliards de dollars d'ici 2050. Alors, ça, déjà, c'est central.
Par ailleurs, bien, par rapport au développement
énergétique avec l'Alberta, je dirais qu'il n'y a pas de projet qui est sur la
table, donc ce n'est pas possible de se positionner sur un projet en
particulier. Sur l'idée d'avoir davantage de corridors énergétiques renforcés,
eh bien, ça, ça peut être intéressant, à la fois d'avoir plus d'interconnexions
entre les différents États fédérés du Canada, de telle sorte qu'on puisse avoir
un système plus agile au niveau électrique.
La Présidente : Première
complémentaire.
Mme Ruba Ghazal
Mme Ghazal : On n'a pas pu
assister à la discussion entre les deux premières ministres, ça fait qu'on se demande de quoi il a été question. Moi, je pense
qu'il a été question d'un projet de Marinvest. On sait que les promoteurs
de Marinvest ont appris de GNL Québec,
puis ils ont décidé de faire les choses en catimini en rencontrant depuis un an
plusieurs ministres de la CAQ.
J'aimerais entendre la première ministre me dire
et répondre à la question. Oui ou non, elle ferme la porte ou pas à l'énergie
sale de l'Alberta? Oui ou non?
Une voix : ...
La Présidente : Oui, je vais
reconnaître M. le leader. Quel est votre rappel au règlement?
M. Bonnardel : Je
lui demande de retirer le mot qu'elle sait très bien qui est au lexique.
La
Présidente : Alors, à
cet égard, j'ai écouté très attentivement. Le mot «catimini» est au lexique,
mais, cependant, j'ai écouté attentivement ce qu'elle disait, elle
parlait de promoteurs qui faisaient des choses en catimini et non des membres du gouvernement. Alors, à cet égard... Mais
je vous rappelle qu'on ne peut pas prétendre et on ne peut pas dire que
quelqu'un ici fait quelque chose en catimini. Maintenant... Vous avez compris.
Maintenant, j'aimerais entendre la réponse de la première ministre.
Mme Christine Fréchette
Mme Fréchette : Oui, Mme la
Présidente. Bien, on est tous d'accord à l'effet qu'il faut produire davantage d'électricité propre. Ça, c'est au coeur de notre
stratégie. Et on a Hydro-Québec qui nous permet de remplir cet objectif-là,
notamment avec l'hydroélectricité mais également avec le solaire, qui prend une
ampleur considérable au Québec, tout comme
l'éolien. Il y a un potentiel énorme, notamment en Gaspésie, Bas-Saint-Laurent, dans d'autres régions du Québec aussi, puis on mise là-dessus
parce que ça s'inscrit dans la transition énergétique et parce que ça génère
des retombées importantes.
Pour tout développement énergétique, il va être
essentiel de respecter trois choses : d'une part, les lois, les normes environnementales, ça, c'est non
négociable, également qu'il y ait une acceptabilité sociale par rapport aux
projets qui seront regardés et également des retombées importantes pour
le Québec.
La Présidente : Deuxième
complémentaire.
Mme Ruba Ghazal
Mme Ghazal : La première
ministre de l'Alberta, quand elle est venue ici, elle n'est pas venue parler de
notre hydroélectricité, elle est venue parler de son énergie à elle. Ce qu'elle
veut, c'est qu'il y ait des projets de pipeline pour transporter leur pétrole
et gaz sale de l'Alberta. C'est ça qu'elle est venue parler à la première
ministre.
Maintenant,
moi, quand j'écoute attentivement notre première ministre, ce qu'elle dit,
c'est oui à des projets de pipeline, oui s'il y a des projets de
pipeline. Donc, elle ouvre la porte aux projets de pipeline.
Est-ce que j'ai bien
entendu, elle ouvre la porte à des projets de pipeline? J'aimerais ça qu'elle
soit claire et transparente.
La Présidente : La réponse de
la première ministre.
Mme Christine Fréchette
Mme Fréchette : Oui, Mme la
Présidente. Bien, écoutez, je... je répète le fait qu'il n'y a pas de projet
sur la table. Donc, il n'y a pas de projet
qui a été avancé, il n'y a pas de projet qui est à l'étude, en analyse, point.
Je veux dire, je ne vais pas en
inventer un pour essayer de laisser croire qu'il y a un potentiel de ce côté
qui a été discuté. Il n'y a pas de projet sur la table.
Alors, nous, ce que... ce dans quoi on s'avance,
c'est le développement d'Hydro-Québec, notre plan costaud pour doubler la production énergétique, relancer
encore davantage la production d'énergie verte. On est déjà à 99 % de
production d'énergie verte.
Et par ailleurs on veut réduire notre dépendance
au pétrole, parce que, il faut le rappeler, là, pour l'essentiel, nos chaînes
d'approvisionnement, là, elles... nos industries, elles s'approvisionnent
d'énergies qui à plus de 50 % sont comblées par des importations
d'hydrocarbures de l'Ouest canadien puis des États-Unis.
La Présidente : En question
principale... Vous poursuivez, Mme la cheffe? Mme la cheffe du deuxième groupe
d'opposition.
Extension du moratoire sur les évictions
Mme Ruba Ghazal
Mme Ghazal : Pour les projets de pipeline, la première
ministre peut s'assumer et dire : Oui, nous ouvrons la porte.
Maintenant, je veux lui parler d'un autre sujet
qui préoccupe les Québécois. Après huit ans de gouvernement caquiste, on fait
face à une situation sans précédent, Mme la Présidente. Il y a des gens qui
sont au bas de l'échelle, qui travaillent à
temps plein, mais qui perdent leur logement et qui se trouvent à la rue, en ce
moment. C'est ce qu'on a vu ce matin dans un dossier très important et
crève-coeur de La Presse. Ça me choque tellement qu'on en soit là, Mme
la Présidente. Près du quart des itinérants
sont dans la rue parce qu'ils ont perdu leur logement. Les locataires, en ce
moment, sont extrêmement inquiets. Ils ont besoin de solutions rapides
maintenant.
J'ai une solution et une suggestion très simple
qui ne coûtera rien aux finances publiques, pour la première ministre, ce serait de prolonger le moratoire sur
les évictions, qui prend fin l'année prochaine. La première ministre a une opportunité
en or ici d'aider les locataires puis de prévenir l'itinérance. C'est possible
de le faire rapidement.
Là, la première ministre, je ne veux pas qu'elle
se lève puis qu'elle me réponde tout le bilan, tout ce que la CAQ a fait, parce
que les solutions qui sont mises en place... elle a le droit de le faire, mais
les solutions qui sont mises en place n'ont
pas réglé la crise du logement, on le voit, les gens sont à la rue parce qu'ils
perdent leur logement. C'est une solution simple que je lui propose. En
2024, la crise du logement battait son plein, et c'est pour ça que le
gouvernement a mis en place le moratoire. Aujourd'hui, la crise du logement est
encore très présente et très importante.
Est-ce qu'elle accepte la main tendue de Québec
solidaire et est-ce qu'elle accepte de prolonger le moratoire sur les
évictions?
La Présidente : La réponse de la
première ministre.
Mme Christine Fréchette
Mme Fréchette : Oui, Mme la
Présidente. C'est vrai que ce qu'on a lu ce matin, hein, c'est déchirant, parce
que c'est des personnes qui sont touchées au
coeur de leur vie, qui se retrouvent à la rue alors qu'ils avaient une situation
stable, qu'ils avaient une situation adéquate.
Et ça, cet
enjeu-là, je l'ai vu partout au Québec. On avait l'habitude de voir ça dans
Montréal, la zone métropolitaine, à la limite, mais là partout en région
on voit également ce phénomène d'itinérance qui prend de l'ampleur, qui
concerne de plus en plus de gens qui autrefois avaient un logement. Et ce qu'on
voit, c'est qu'il y a énormément d'itinérants économiques, donc des gens qui
ont eu un appartement jusqu'à récemment et qui se retrouvent à la rue parce
que, n'arrivant plus à boucler la boucle, boucler le budget à la fin du mois,
se retrouvent dans cette situation-là.
Et notre rôle, c'est de les aider, les aider de
différentes manières. Et une des manières qu'on a de les aider, bien, c'est qu'aujourd'hui, notamment, il y a le
versement spécial pour le crédit d'impôt solidarité, qui est réalisé aujourd'hui.
Ça va donner un petit coup de pouce à ceux
qui en ont bien besoin. Mais également on fait des interventions en lien avec
l'itinérance. Bon, j'ai nommé notre... notre
ministre responsable des programmes sociaux, des services sociaux également
ministre responsable de l'itinérance, parce qu'on a besoin d'agir sur plusieurs
fronts, et il y a un 28 millions de dollars qu'on a dégagé récemment pour des programmes à la fois en prévention,
prévention de l'itinérance, donc intervention avant même que les gens ne se retrouvent à la rue, et
également aider les gens qui sont aux prises avec des enjeux de toxicomanie.
Et pour ce qui est de la prévention de
l'itinérance je reviendrai tout à l'heure, parce que c'est une mesure qui est
intéressante, qui... qui empêche les personnes de se retrouver à la rue. Donc,
on est vraiment en amont du problème, et ça nous permet
d'éviter qu'il y ait des gens qui se retrouvent à la rue. En fait, c'est...
lorsqu'une personne est menacée d'expulsion de son appartement, on intervient.
• (10 h 50) •
La Présidente : Première
complémentaire.
Mme Ruba Ghazal
Mme Ghazal : Mme la Présidente,
les gens perdent leur logement, ils n'ont pas de logement. Puis en ce moment la
première ministre, elle a une opportunité de les aider. «On est en réflexion
pour la suite des choses, pour poursuivre ce moratoire pour une période prolongée.
Effectivement, cette protection est nécessaire pour les gens en situation de vulnérabilité.» Savez-vous, Mme la
Présidente, qui a dit ça? C'est la ministre de l'Habitation. Je suis tellement
d'accord avec elle. On peut rapidement, en ce moment, aider les gens, qu'ils
arrêtent de se faire mettre à la rue.
Est-ce
qu'elle accepte? On a une motion, là, est-ce qu'elle accepte qu'on vote pour
cette motion-là pour prolonger le moratoire, pour aider...
La Présidente : La réponse de la
première ministre.
Mme Christine Fréchette
Mme Fréchette : Oui, Mme la
Présidente. Bien, c'est exactement ce dont je parlais, là, éviter que les gens
se retrouvent à la rue, avec le programme qu'on a mis en place, qui concerne
dans un premier temps, là, Québec, Montréal et puis l'Outaouais, en fait Gatineau.
Donc, un programme très important qui nous permet d'agir en amont.
Pour ce qui est du moratoire, bien, on va
attendre de voir les résultats de ce moratoire, parce que, si ça donne les
résultats escomptés, bien, on analysera les résultats, on verra s'il y a lieu
de prolonger ça, d'étendre ça. Mais pour l'instant on est en test de cette...
cette orientation-là.
Et sachons qu'on a retiré
4 000 personnes de la rue, l'année passée, 4 000 personnes.
Notre objectif cette année, c'est d'en retirer 5 000. Donc, on est en
action et on permet aux gens de retrouver leur situation...
La Présidente : Deuxième
complémentaire.
Mme Ruba Ghazal
Mme Ghazal : Mme la Présidente,
on en retire, mais il y en a encore qui s'ajoutent, c'est un trou sans fond. En 2024, cette... ce moratoire a été mis en place
parce qu'il y avait des gens qui se retrouvaient à la rue à cause de la crise
du logement. Aujourd'hui, en 2026, la crise continue, et les gens se font
encore mettre dans la rue, puis ils se retrouvent dans la rue parce qu'ils
n'ont plus de toit sur la tête. Donc, qu'est-ce qui a changé? Pourquoi mettre
fin au moratoire? Il se termine très, très bientôt.
Est-ce
qu'elle accepte de prolonger le moratoire? C'est la seule chose qu'elle peut
faire pour aider les gens et éviter...
La Présidente : La réponse de la
première ministre.
Mme Christine Fréchette
Mme Fréchette : Oui, Mme la
Présidente. Concernant le moratoire, c'est une mesure importante, là, qu'on a
mise en place en 2024, mais il reste encore du temps, il reste encore un an à
cet... à cet engagement-là. Alors, ce qu'on veut voir, c'est les résultats de
ce moratoire, avant de décider de la suite. Mais c'est une mesure parmi
d'autres. Comme je le disais, on intervient à la fois sur l'aide financière aux
personnes en situation d'itinérance, sur l'accompagnement, aussi, pour celles
qui ont des enjeux de toxicomanie ou des enjeux de santé mentale. Et on agit
aussi sur l'offre de logement, parce qu'ultimement, là, pourquoi il y a un
déséquilibre comme ça au niveau des prix? Bien, c'est parce qu'il n'y a pas assez de logements qui ont été
construits, des logements abordables. Et on est en action pour augmenter le
nombre de logements abordables qui sont construits, et ça, ça va rétablir
l'équilibre.
La Présidente : En question
principale, je reconnais maintenant le député de Laurier-Dorion.
Extension du moratoire sur les évictions
M. Andrés Fontecilla
M. Fontecilla : Les
résultats du moratoire sur les évictions sont très clairs, Mme la Présidente,
c'est des milliers de locataires vulnérables, souvent des aînés, qui ne
sont pas à la rue en ce moment, là.
Lors de l'étude des crédits en habitation, la
ministre nous a affirmé que le moratoire sur les évictions était, et je cite, «une protection nécessaire pour les gens
dans des situations de vulnérabilité». Fin de citation. Elle nous a également dit que le prolongement de cette interdiction
était à l'étude par son ministère. La session parlementaire achève, Mme la
Présidente, il nous reste six jours, et, si on veut prolonger le moratoire,
c'est maintenant qu'il faut le faire.
Si
la ministre... la ministre de l'Habitation veut laisser un legs positif à
son... à son passage très court au ministère, pourrait-elle poser un dernier
geste, et protéger les locataires, et prolonger le moratoire sur les évictions?
La
Présidente : La réponse de la ministre responsable de l'Habitation.
Mme Karine
Boivin Roy
Mme Boivin
Roy : Merci beaucoup, Mme la Présidente. Alors, j'apprécie la question
du collègue, également de la cheffe de la
deuxième opposition. Alors, vous parlez d'une main tendue que vous nous offrez.
Bien, effectivement, cette main tendue, vous l'avez offerte, et on l'a
acceptée, puisqu'aujourd'hui il y a une très bonne nouvelle. Vous le savez
qu'avec le projet de loi n° 20 il y avait des préoccupations au niveau des
coopératives d'habitation, il y avait des inquiétudes qui nous avaient été
soulevées. Vous savez qu'on a rencontré les partenaires du milieu, les groupes
concernés, les représentants du secteur de l'habitation. On vous a aussi
rencontrés pour entendre...
La Présidente :
...je vous rappelle que vous vous
adressez à la présidence pour vous adresser au député. Poursuivez.
Mme Boivin
Roy : Alors, on a également... dans tous les groupes rencontrés, on a
également rencontré l'opposition pour entendre leurs préoccupations, entendre
leurs recommandations. Alors, on a entendu tout ce que les groupes nous avaient... avaient à nous dire. Les
consultations particulières, comme vous vous souvenez, Mme la Présidente,
avaient eu lieu le 26 et le 31 mars dernier. 13 groupes avaient été
entendus, des mémoires avaient été déposés. Ça précède, évidemment, mon arrivée
en poste, d'où le fait que dès mon arrivée en poste on a... on a étudié les
tenants et aboutissants du projet de loi n° 20. En marge de ça, on a
rencontré tous les groupes dont je vous fais l'énumération. Et on a constaté
qu'il y avait...
La Présidente :
En terminant.
Mme Boivin
Roy : ...qu'on devait poursuivre le travail, qu'on devait ajuster
l'approche. Et je reviendrai...
La
Présidente : Première complémentaire.
M. Andrés
Fontecilla
M. Fontecilla :
Bien, on va féliciter la ministre d'avoir écouté les critiques, d'avoir
entendu la mobilisation des coopératives d'habitation et retiré le PL n° 20.
Maintenant, ce n'est
pas suffisant. Le moratoire sur les évictions va prendre fin le
6 juin 2027. Ça veut dire que les locataires vont commencer à
recevoir des avis d'éviction à partir de cet automne, Mme la Présidente, pour les
évictions le 1er juillet 2027.
Est-ce
que la ministre va agir maintenant? C'est le temps. Est-ce qu'elle va... elle
va poser un dernier geste pour protéger les locataires?
La Présidente : La réponse de la ministre.
Mme Karine
Boivin Roy
Mme Boivin
Roy : Merci au collègue de
reconnaître le travail qui a été fait par le gouvernement. Effectivement,
on a reconnu le rôle essentiel que les
coopératives d'habitation jouent au Québec. Donc, on cherche différentes
solutions à la crise de l'abordabilité. Évidemment, j'ai déjà fait part,
dans le passé, que c'est un bouquet de mesures, et le modèle des coopératives
fait partie de la solution. C'est un modèle de mixité sociale et de cohésion
sociale qui existe au Québec depuis
60 ans. Évidemment, c'est un modèle qui est stable, où la mixité sociale
est encouragée. Évidemment, la participation citoyenne aussi l'est.
Donc, le gouvernement le reconnaît.
Et vous comprenez
qu'il y a quand même des préoccupations du Vérificateur général qu'on devra
adresser, c'est pourquoi il y a des... En tout cas, je reviendrai en
complémentaire.
La
Présidente : Deuxième complémentaire.
M. Andrés
Fontecilla
M. Fontecilla :
Revenons au moratoire sur les évictions, Mme la Présidente. Les avis
d'éviction, je le répète, vont commencer à partir de cet automne. On n'a pas un
an, là, on a seulement quelques... quelques mois. On s'en va en élection, on ne va pas siéger. C'est le temps,
maintenant, avant la fin de la session, de poser un geste pour protéger les
locataires vulnérables.
Est-ce que la
ministre va finalement imposer un moratoire, prolonger le moratoire sur les
évictions?
La Présidente : La réponse de la
ministre.
Mme Karine
Boivin Roy
Mme Boivin Roy : Si vous me
permettez de terminer ma phrase, Mme la Présidente, je disais qu'il y a
des dispositions du projet de loi n° 20
sur lesquelles nous avons consensus, et ces dispositions-là seront étudiées
dans le cadre du projet de loi n° 22.
Maintenant,
on avance avec pragmatisme, je pense que c'est ce que ça démontre. Ce qui
fonctionne, on le protège. Ce qui
doit être amélioré, on le bonifie. Et, justement, vous avez tout à fait raison
quand vous dites qu'il y avait nécessité d'un moratoire à l'époque. C'est ce qu'on a mis en place. On a écouté et
on a remarqué les problématiques sur le terrain. Ce moratoire-là est en
vigueur jusqu'au 6 juin 2027. On est même allés plus loin que ça, Mme
la Présidente, on a mis en place le projet de loi n° 65 pour élargir la
protection aux aînés vulnérables, et ça fait qu'aujourd'hui, bien il y a
60 000 ménages aînés de plus qui sont...
La Présidente : En question
principale, je reconnais maintenant le chef du troisième groupe d'opposition.
Position du gouvernement en matière d'immigration
et de protection de la langue française
M. Paul St-Pierre
Plamondon
M. St-Pierre Plamondon : Mme la
Présidente, sous la CAQ, le Québec a vécu le pire déclin du français de toute son histoire. Au moment du dépôt de la loi
n° 96, il y a quatre ans, le Parti
québécois et de nombreux experts
avaient sonné l'alarme sur le fait que cette loi ne freinerait jamais le
déclin du français, et, fidèle à son habitude, la CAQ avait préféré mettre l'emphase sur les communications en
nous disant que c'était un moment historique et que le Parti québécois exagérait. Or, ce qui aura été historique, ce n'est pas cette loi de la
CAQ, mais c'est malheureusement la vitesse à laquelle le français aura
reculé.
Hier, quelques
années plus tard, le Commissaire à la
langue française confirmait exactement
ce que le Parti québécois disait à l'époque : la loi n° 96 ne suffit pas à inverser le
déclin de l'usage du français au Québec. La première ministre a également
choisi de ne pas entendre les nombreux avertissements sur le fait que sa propre
politique migratoire allait grandement contribuer au déclin du français.
Et là-dessus, dans le rapport précédent du commissaire, il disait qu'il en coûterait 13 milliards si on voulait
franciser tous les temporaires sur le territoire, présentement, au Québec.
Donc, sur ce sujet, le commissaire
propose aussi les mêmes solutions que le Parti québécois, tant sur le
système d'immigration que sur la francisation.
Ma question
est simple : Est-ce que la première ministre peut prendre la
responsabilité de ses propres politiques et reconnaître que sous la CAQ
le Québec vit le déclin du français le plus rapide et le plus important de
toute son histoire?
• (11 heures) •
La Présidente : La réponse de la
première ministre.
Mme Christine Fréchette
Mme Fréchette : Oui, Mme la
Présidente. C'est clair qu'il y a urgence d'agir en lien avec le français, puis
c'est ce qu'on a fait. On a cumulé les
mesures, au fil des dernières années. Puis encore ce matin, ce matin, on
présente un projet de loi pour que l'enseignement dans la formation
professionnelle et également l'enseignement aux adultes soit délivré en français. C'est des milliers, des
dizaines de milliers de personnes qui vont être diplômées en français, dorénavant,
grâce à cette mesure-là.
Et ça, ça vient s'ajouter à toute une série de
mesures, et je pense notamment à la loi n° 96, la loi n° 96 qui a été, en fait, la plus grande réforme de la Charte de la langue française. Et qu'a fait le PQ par rapport à la loi
n° 96? Bien, il a voté contre.
Alors, qu'on ne vienne pas nous dire qu'on n'a pas agi dans le bon sens. Le Parti québécois a voté contre. Alors, nous, on agit, et on le fait encore
aujourd'hui.
Par rapport aux programmes d'immigration, c'est
sous ma gouverne qu'ont été intégrées les exigences de connaissance en
français, à la fois pour les programmes d'immigration permanente, tout comme
l'immigration temporaire. C'est du jamais-vu. Le Parti québécois, quand ils
étaient au pouvoir, ils ne l'ont pas fait. Nous, on agit. Et on l'a fait de manière modulée, aussi, suivant les
exigences qui sont requises, mais tout le monde devra apprendre le français.
Des voix : ...
La Présidente : Pas de bravo.
Première complémentaire.
M. Paul St-Pierre
Plamondon
M. St-Pierre Plamondon : Donc,
la première ministre ne prend pas la responsabilité du fait que, comme l'avait
indiqué le Parti québécois, la loi n° 96 était insuffisante.
Est-ce qu'elle prend la responsabilité de sa
grande annonce, en 2023, lorsqu'elle disait qu'elle allait exiger un français
de niveau 4 aux travailleurs temporaires? Parce qu'au lieu de l'appliquer
immédiatement qu'est-ce qu'elle a fait, la première ministre? Elle a signé un
règlement comme quoi ça allait s'appliquer uniquement cinq ans plus tard, en 2028. Agir pour freiner le déclin du français orchestré
par la CAQ elle-même, c'est tellement urgent que ça peut attendre cinq ans,
avec la première ministre.
La
Présidente : La réponse de la première ministre.
Mme Christine
Fréchette
Mme Fréchette :
Oui, Mme la Présidente. Je me... je me souviens très, très bien de la
réaction des députés du Parti québécois lorsque j'ai annoncé que le niveau 4 était
exigé pour des personnes immigrantes. Ils ont ridiculisé la chose. Ils ont indiqué qu'il s'agissait de savoir
commander une bière en français pour passer le niveau 4. Or, ça prend deux
ans, étudier pour aspirer au niveau 4 en français, deux ans.
Alors,
votre attitude, ça vient ridiculiser les efforts que font les personnes
immigrantes, tout comme les enseignants, d'ailleurs, qui leur enseignent
le français pour pouvoir mieux s'intégrer dans la population québécoise. Nous,
on agit.
Des voix : ...
La
Présidente : Un, pas de bravo. Deux, vous vous adressez à la
présidence. On garde le silence. Et j'aimerais maintenant entendre la deuxième
complémentaire.
M. Paul
St-Pierre Plamondon
M. St-Pierre
Plamondon : Donc, la première ministre ne prend pas la responsabilité
et ne dit pas un traître mot du fait que sa mesure ne s'applique pas avant
2028.
Donc, c'est quoi,
huit ans de CAQ au pouvoir? Un déclin du français historique comme langue du
travail, comme langue dans l'espace public, comme langue parlée à la maison,
comme langue de consommation culturelle, un déclin historique sur la langue
d'accueil dans les commerces et dans les études supérieures. Notre langue
décline à une vitesse inédite, et c'est l'oeuvre de la CAQ.
La première ministre
peut-elle prendre la responsabilité?
La
Présidente : La réponse de la première ministre.
Mme Christine
Fréchette
Mme Fréchette :
Oui, Mme la Présidente. J'aimerais entendre le chef du Parti québécois sur
la loi n° 96. Qu'est-ce qu'il a contre la loi n° 96, hein? Qu'est-ce
qui explique qu'ils ont voté contre et que maintenant ils se font présumément
des grands défenseurs de la langue française?
Quand ça compte
vraiment, là, le PQ n'est plus là, le PQ regarde ailleurs, parce qu'en fait il
mise tous ses efforts sur le grand soir, le
référendum. C'est tout ça qui devrait supposément régler l'ensemble des
problèmes au Québec. Nous, on agit. On agit à court terme, à moyen terme, à
long terme pour relancer la croissance du français, l'apprentissage du
français par les personnes immigrantes, également par des anglophones au Québec,
puisque les cours de francisation sont maintenant également disponibles pour les
anglophones établis au Québec.
La
Présidente : Je vous avise que nous avons maintenant une question d'un
député indépendant. Et les droits et privilèges des députés indépendants sont
protégés, vous aurez vos trois questions. Alors, en question principale, je
reconnais maintenant le député de Saint-Jérôme.
Projet
de loi visant à assurer la représentation effective des électeurs
M. Youri
Chassin
M. Chassin : Merci, Mme la Présidente. Ma dernière question en cette Chambre porte
sur ce qui nous rassemble, parce que, peu importent nos orientations
politiques, tous ici nous sommes attachés à la démocratie, tous ici nous avons
rêvé la politique comme quelque chose de grand afin de servir quelque chose
comme un grand peuple, et tous ici nous avons prononcé le même serment, que je
serai loyal envers le peuple du Québec, que j'exercerai mes fonctions de député
avec honnêteté et justice dans le respect de la Constitution du Québec.
La valeur d'un
serment se vérifie quand c'est difficile à tenir. Et, avec le projet de loi n° 3
sur la carte électorale, Mme la Présidente, en contravention avec les
institutions, c'est exactement ce que le gouvernement fait, il atteint à la
Constitution du Québec.
Est-ce que mes
collègues vont respecter leur serment?
La
Présidente : Alors, la réponse...
Des voix :
...
La Présidente : On garde le
silence. La réponse du ministre responsable des Institutions...
Des voix : ...
La
Présidente : Oui, M.
le leader du gouvernement, je vais vous écouter. Alors, quel est votre rappel
au règlement?
M. Bonnardel :
Est-ce que le député indépendant est en train de mettre en doute le serment
des élus ici, là? Vraiment, là? Mme la
Présidente, c'est assez grave, ce que le député indépendant vient de dire. Je
pense, pour l'ensemble des élus de l'Assemblée nationale, j'aimerais ça
qu'il rectifie ses propos ou qu'il les retire.
Des voix : ...
La Présidente :
Attendez. Je vais trancher, maintenant. Je vous rappelle que nous sommes tous
et toutes, ici, de bonne foi, que nous avons tous et toutes prêté serment et
que nous travaillons de bonne foi.
Il y avait une
question. Maintenant, j'aimerais entendre la réponse, qui pourrait nous
permettre de comprendre la question, peut-être. Alors, la réponse...
Des voix :
...
La
Présidente : Non,
attention, je viens de vous dire quelque chose de sérieux. La réponse du
ministre responsable des Institutions... ministre responsable des
Institutions démocratiques.
M. Jean-François
Roberge
M. Roberge : Merci, Mme la Présidente.
Ce n'est pas toujours facile à suivre. D'ailleurs, il faut lire dans l'article
de journal de ce matin sa citation un peu particulière. Je ne la répéterai pas.
Mme la Présidente, ce
n'est pas tous les jours qu'il y a une initiative transpartisane avec un projet
de loi travaillé par l'ensemble des quatre
formations politiques reconnues à l'Assemblée nationale, un travail de longue
haleine, sur plusieurs mois, avec une
coconstruction, des principes fondamentaux, démocratiques pour assurer une
juste représentation, respecter le
principe de la représentativité effective, travailler sur une refonte des
critères, des critères avec lesquels travaille ensuite la Commission de
la représentation électorale, s'entendre sur un mécanisme. Ce n'est pas tous
les jours. C'est un grand geste
démocratique, dont je ne suis pas fier, dont nous sommes fiers. C'est un projet
de loi déposé au «nous», de manière transpartisane. J'invite le député
de Saint-Jérôme à le lire avec bonne foi.
Des
voix : ...
La
Présidente : Vous connaissez le règlement. Vous connaissez le
règlement, c'est une période de questions, il n'y a pas lieu d'applaudir. Je
veux entendre des arguments. Une personne a le droit de parole ici, on garde le
silence, j'aimerais entendre la première complémentaire du député de
Saint-Jérôme.
M. Youri
Chassin
M. Chassin : Le mécanisme de révision indépendant de la carte
électorale, c'est un héritage dont on devrait être
fiers, de Robert Bourassa, en 1971, suivi de d'autres. Et les commissaires
indépendants ont mené, à terme, huit réformes, en 1980, en 1985, en
1988, en 1992, en 2001, en 2011, en 2017 et maintenant.
Est-ce qu'on peut
respecter la carte électorale qui a été publiée en janvier?
La
Présidente : La réponse du ministre.
M. Jean-François
Roberge
M. Roberge :
Mme la Présidente, un élément. D'abord, que toutes les formations
politiques travaillent de concert, je pense que c'est quand même quelque chose
de spécial. De dire que le projet de loi édicte une carte qui vient à
100 % des travaux de la commission de la carte électorale... Je le
précise, 100 % des 127 comtés prévus dans le projet de loi dont on parle sont issus des travaux de la
commission de la carte électorale. D'accord?
12 comtés sont sur la base de territoires avec lesquels nous vivons en ce
moment. Est-ce qu'il y a quelqu'un ici qui n'est pas légitime? Je ne
pense pas. Et 115 viennent des travaux tout récents. J'invite mon
collègue à lire le projet de loi avec bonne foi.
• (11 h 10) •
La
Présidente : Deuxième complémentaire.
M. Youri
Chassin
M. Chassin : Je pense, Mme la Présidente, qu'on peut présumer de la bonne foi des
collègues, et je veux présumer aussi de la bonne foi de tous.
Est-ce
que... Si le ministre, comme il l'a dit, veut faire une carte Frankenstein en
unissant deux cartes du DGE, est-ce qu'au moins il peut entendre en
consultations le DGE et la Commission de représentation électorale, s'il va de
l'avant avec son projet de loi?
La
Présidente : La réponse du ministre.
M. Jean-François
Roberge
M. Roberge :
Mme la Présidente, c'est quand même quelque chose quand un député sur 125
prétend posséder la vérité, alors que
124 autres députés issus de quatre formations politiques... et aussi
plusieurs indépendants qui ne doivent rien
à personne et qui sont d'ex-membres de ces formations politiques, qui
disent : Ceci est un travail rigoureux, ceci est un travail
transpartisan, ceci est un travail qui nous permet de préserver des
circonscriptions qui pourraient disparaître à cause de critères qui sont
obsolètes, tout en se projetant vers l'avant avec un travail sérieux de
révision. J'invite mon collègue à lire le projet de loi avec sérieux et bonne
foi.
La
Présidente : Alors, voilà. Cela met fin à cette période de questions
et de réponses orales.
Demeurez... demeurez
en place, dis-je, pour la tenue du vote reporté. Et, pour ce faire, je vais
céder la place à la première vice-présidente — et elle apparaît — première vice-présidente de l'Assemblée. Merci,
tout le monde, pour votre attention. Merci, Simon.
Votes
reportés
Rapports des commissions qui ont étudié les crédits
pour l'année financière 2026‑2027
La Vice-Présidente
(Mme Soucy) : Donc, comme annoncé précédemment, nous allons
maintenant procéder au vote reporté sur les
rapports des commissions qui ont étudié les crédits budgétaires pour l'exercice
financier se terminant le 31 mars 2027.
Le vote est
maintenant ouvert.
Le vote est terminé.
Mme la secrétaire générale, pour le résultat du vote.
La
Secrétaire : Pour : 65
Contre : 34
Abstentions :
1
La Vice-Présidente
(Mme Soucy) : Donc, les rapports des commissions qui ont étudié
les crédits budgétaires pour l'exercice financier se terminant le 31 mars
2027 sont adoptés.
Projet de loi n° 7
Présentation,
adoption du principe et adoption
Je comprends qu'il y
a consentement pour procéder immédiatement à la présentation et à l'adoption du
projet de loi sur les crédits. Il y a consentement? Donc, en conséquence, Mme
la ministre responsable de l'Administration gouvernementale et de l'Efficacité
de l'État et présidente du Conseil du trésor propose que l'Assemblée soit
saisie du projet de loi n° 7, Loi n° 2 sur les crédits, 2026-2027, qu'elle
en adopte le principe et qu'elle adopte le projet de loi proprement dit.
Mise aux voix
Le vote est
maintenant ouvert.
...terminé. Mme la
secrétaire générale, pour le résultat du vote.
La
Secrétaire : Pour : 65
Contre : 34
Abstentions :
1
La Vice-Présidente
(Mme Soucy) : Donc, la motion est adoptée. En conséquence, le
projet de loi n° 7, Loi n° 2
sur les crédits, 2026-2027, est adopté.
Motions
sans préavis
Nous
allons poursuivre à la rubrique Motions sans préavis. En fonction de nos règles
et de l'ordre de présentation des
motions sans préavis, je reconnais maintenant un membre du deuxième groupe
d'opposition. M. le député de Laurier-Dorion.
M. Fontecilla :
Merci, Mme la Présidente. Je sollicite le consentement de cette Assemblée pour
présenter la motion suivante conjointement
avec la députée de Mille-Îles, la députée de Terrebonne, la députée de Laporte
et le député de Rosemont :
«Que l'Assemblée nationale rappelle qu'elle a
adopté en juin 2024 un moratoire sur certaines évictions afin de protéger les
locataires durant la crise du logement;
«Qu'elle constate que plusieurs ménages peinent
toujours à se reloger à un coût abordable et que les conditions du marché
locatif demeurent préoccupantes dans plusieurs régions du Québec;
«Qu'elle rappelle que la ministre responsable de
l'Habitation a reconnu que "la crise d'abordabilité, elle est en cours
présentement" et que "c'est très difficile pour les gens";
«Qu'elle
souligne que les locataires ont besoin de prévisibilité et de paix d'esprit
quant au maintien de cette protection;
«Qu'en conséquence elle demande au gouvernement
d'annoncer dès maintenant son intention de prolonger le moratoire sur les
évictions prévu à la Loi limitant le droit d'éviction des locateurs et
renforçant la protection des locataires aînés.» Merci.
La
Vice-Présidente (Mme Soucy) : Merci, M. le député. Est-ce qu'il y a consentement pour débattre de
cette motion? Mme la leader adjointe du gouvernement.
Mme LeBel : Il n'y a pas de
consentement, Mme la Présidente.
La
Vice-Présidente (Mme Soucy) : Comme il n'y a pas de consentement, nous allons poursuivre avec un
membre du troisième groupe d'opposition. M. le député de Jean-Talon, à
vous la parole.
M. Paradis : Je sollicite le consentement des membres de cette
Assemblée afin de présenter, conjointement avec les députés de
Taschereau et de Rosemont, la motion suivante :
«Que
l'Assemblée nationale prenne acte que l'agrandissement de l'hôpital de
l'Enfant-Jésus regroupera la majorité des activités médicales
actuellement offertes à l'Hôtel-Dieu de Québec;
«Qu'elle
reconnaisse que l'Hôtel-Dieu de Québec constitue un important levier
économique, social et communautaire pour le Vieux-Québec et les
quartiers centraux;
«Qu'elle
déplore l'absence de rencontres, depuis 2020, entre le comité de travail sur
l'avenir du site de l'Hôtel-Dieu de Québec et les représentants du
CIUSSS de la Capitale-Nationale; et
«Qu'enfin, l'Assemblée nationale demande à la
ministre de la Santé et à Santé Québec de reprendre le dialogue avec les organisations représentant les citoyens
et les acteurs du milieu afin d'assurer le maintien d'une vocation médicale
au site de l'Hôtel-Dieu de Québec.»
La
Vice-Présidente (Mme Soucy) : Merci, M. le député. Est-ce qu'il y a consentement... Est-ce qu'il y a
consentement pour débattre de cette motion? Mme la leader adjointe du
gouvernement.
Mme LeBel : Il n'y a pas de
consentement, Mme la Présidente.
La Vice-Présidente (Mme Soucy) :
Comme il n'y a pas de consentement, je suis maintenant prête à entendre un
membre du groupe formant le gouvernement. M. le ministre responsable des
Relations avec les Premières Nations et les Inuit.
Souligner le cinquième
anniversaire de la mise en oeuvre de la Loi
autorisant la communication de renseignements personnels
aux familles d'enfants autochtones disparus ou décédés
à la suite d'une admission en établissement
M. Lafrenière : Merci, Mme la
Présidente. J'aimerais souligner la présence, dans les tribunes, du comité de
suivi de la loi 79 de l'organisme Awacak de même que des membres de la
Direction du soutien aux familles, du SRPNI, qui sont avec nous aujourd'hui,
Mme la Présidente.
Alors, Mme la Présidente, je sollicite le
consentement de cette Assemblée afin de présenter la motion suivante conjointement avec les députés de l'Acadie, de
Jean-Lesage, de Jean-Talon, de Laporte, de Rosemont et de Saint-Jérôme :
«Que l'Assemblée nationale souligne les 5 ans de
mise en oeuvre de la Loi autorisant la communication de renseignements personnels aux familles d'enfants autochtones disparus ou
décédés à la suite d'une admission en établissement;
«Qu'elle reconnaisse les traumatismes reliés à
la perte d'un enfant pour les familles autochtones qui n'ont jamais eu de
réponse;
«Qu'elle rende hommage à ces familles pour leur
force, leur résilience et la confiance qu'elles ont accordée à l'organisme
Awacak — Petits
êtres de lumière et à la Direction de soutien aux familles [au] Secrétariat aux
relations avec les Premières Nations et les Inuit;
«Qu'elle souligne le travail exceptionnel de ces
deux organisations qui guident les familles dans leur quête de vérité vers la
guérison depuis aujourd'hui 5 ans;
«Qu'enfin elle observe une minute de silence à
la mémoire des enfants disparus ou décédés à la suite d'une admission en
établissement», Mme la Présidente.
(Applaudissements)
La
Vice-Présidente (Mme Soucy) : Merci, M. le ministre. Merci,
M. le ministre. Est-ce qu'il y a consentement pour débattre de cette motion? Mme la leader
adjoint du gouvernement.
Mme LeBel : Oui, Mme la
Présidente. Il y a consentement pour un débat de deux minutes de rigueur par
intervenant, et ce, dans l'ordre suivant : le ministre responsable des
Relations avec les Premières Nations et les Inuit, le député d'Acadie, le
député de Jean-Lesage et le député de Jean-Talon.
• (11 h 20) •
La Vice-Présidente (Mme Soucy) : Merci.
Donc, il y a consentement pour qu'il y ait quatre interventions et pour que la durée des interventions soit limitée à
deux minutes et j'applique le temps strictement. Donc, est-ce qu'il y a consentement?
Oui. Donc, M. le ministre, à vous la parole.
M. Ian Lafrenière
M. Lafrenière : Merci, Mme la
Présidente. Bonjour, «hello», «kwe», «shé:kon», «wachiya»,
«ullaakkut».
Mme la Présidente,
aujourd'hui, on souligne cinq ans de mise en oeuvre de la loi n° 79, une loi qui permet l'accès
aux dossiers médicaux de personnes autochtones décédées pour les familles à la
recherche de vérité. Pour atteindre ce résultat, il y a beaucoup de
travail accompli, des personnes de coeur qui sont à l'oeuvre à chaque jour, et
je veux souligner leur présence aujourd'hui.
Cette réalité
avait été relevée au grand jour par un reportage d'Anne Panasuk en 2015.
Elle est, par la suite, devenue notre conseillère spéciale.
C'est grâce au courage de celles et ceux qui ont
pris parole que nous avons pu aller de l'avant. Il a fallu notre arrivée au
pouvoir, avec l'aide de la collègue de Mirabel, qui avait déposé un premier
projet de loi, pour qu'on agisse là-dedans, Mme la Présidente. Nous avons
déposé et nous avons, ensemble, dans cette Assemblée, fait la loi n° 79. Et aujourd'hui nous avons créé la Direction du
soutien aux familles, au sein du secrétariat, et nous avons commencé un partenariat avec un organisme autochtone qui
s'appelle Awacak. Et nous en sommes très fiers, de travailler avec eux et
elles.
C'est un enjeu qui est profondément humain et
émotionnel. C'est pourquoi que dès le début de l'approche ça a été
transpartisan, Mme la Présidente, on a travaillé ensemble. D'ailleurs, avec les
partis d'opposition, on se déplace en communauté pour déposer les rapports.
En date d'aujourd'hui, Mme la Présidente, ce
n'est pas avec beaucoup de fierté que je vais vous dire qu'on accompagne 142 familles à la recherche de
239 enfants. J'étais présent à la première rencontre de partage
d'information avec une famille, Mme la Présidente, et de voir cette
famille se faire transmettre l'information qu'elle attendait depuis des années, être enfin soulagée d'avoir eu
l'information, et de les voir vivre leur deuil quelques minutes plus tard, ça a
été extrêmement déchirant. C'est ce
que ces femmes et ces hommes vivent au quotidien en aidant les familles, Mme la
Présidente.
Notre engagement dans cette Assemblée, c'est de
s'assurer, de s'assurer que les Québécois connaissent cette partie sombre de
l'histoire, de ne jamais oublier ce qui... ce qui est arrivé dans le passé. Et
d'ailleurs, Mme la Présidente, avec les
oppositions, dans quelques instants, on va tenir un événement de commémoration
pour les cinq ans de la loi n° 79. Merci
beaucoup pour tout le travail qui a été accompli. Merci, Mme la Présidente.
La Vice-Présidente (Mme Soucy) : Merci,
M. le ministre. Maintenant, nous poursuivons avec l'intervention de M. le
député de l'Acadie.
M. André Albert Morin
M. Morin : Merci, Mme la
Présidente. Nous commémorons cinq ans de mise en oeuvre de la Loi autorisant la
communication de renseignements personnels aux familles d'enfants autochtones
disparus ou décédés à la suite d'une admission en établissement. Cette loi vise
à faciliter le partage des renseignements afin d'aider les familles à trouver
des enfants. Dans le cadre de cette loi, un comité de suivi transpartisan
accompagne les travaux de la Direction du
soutien aux familles, et du secrétariat des Premières Nations, et d'Awacak, qui
aident ces familles. Bravo à toutes ces personnes qui travaillent avec
énormément de rigueur. Merci au ministre qui est toujours présent.
Aider et soutenir les familles demande beaucoup
de courage, d'écoute, car les travaux sont difficiles, en premier lieu, pour les familles qui doivent
revivre ces tragédies. Imaginez, on vous enlève votre enfant, il est placé dans
une école résidentielle, et, dans un grand nombre de cas, vous ne le reverrez
jamais. Vous allez à l'hôpital pour accoucher, on vous dit que votre
enfant est mort à la naissance, vous ne le verrez pas.
Depuis cinq ans, ce sont 129 demandes
présentées, à la recherche de 239 enfants. Chaque année, un rapport est déposé à l'Assemblée nationale, mais il est
également déposé en communauté. Cette année, nous étions à Mashteuiatsh, et c'est à cet endroit que le dernier pensionnat au Québec a fermé ses
portes, en 1991. Pas 1800, 1991. La communauté a conservé le bâtiment et
a transformé l'école pour les enfants de la communauté, un choix difficile,
mais parfois des ténèbres peut surgir l'espoir.
Nous avons
eu, lors de cette rencontre, un témoignage d'un membre du comité,
M. Niquay, qui a été à l'école, et qui nous a livré un témoignage
dans l'endroit même où il avait subi des sévices.
Nous avons un devoir de mémoire. Jamais nous
n'oublierons.
La Vice-Présidente
(Mme Soucy) : Merci, M. le député. Maintenant, je suis prête à
céder la parole à M. le député de Jean-Lesage.
M. Sol
Zanetti
M. Zanetti : Merci, Mme la Présidente.
«Kwe.» Je salue les familles qui ont fait la route depuis leur communauté. Vous
qui cherchez à faire la lumière sur la disparition de votre enfant, votre
frère, votre soeur, votre nièce, neveu, votre tante, votre oncle, sachez que nous sommes de tout coeur avec vous et
que nous continuerons de marcher à vos côtés pour trouver la vérité et
honorer la mémoire de vos enfants.
Je salue les
incroyables membres d'Awacak — Petits
êtres de lumière, Françoise, Viviane, Pierre-Paul, et aussi Florence et Julie,
de la Direction du soutien aux familles, ces personnes qui vont à la rencontre
des familles, reçoivent leurs histoires, recherchent la vérité, fouillent les
archives et accueillent les proches. Cinq ans plus tard, ce sont les mêmes personnes engagées qui reçoivent
les témoignages les plus durs et continuent leur travail exceptionnel avec
brio. Merci à vous.
J'aimerais souligner
ce travail titanesque... que ce travail titanesque s'est fait en collaboration.
On a travaillé avec les familles, le gouvernement a travaillé avec les
oppositions. Cette loi n'est pas parfaite, mais c'est le fruit d'un travail de collaboration, du travail législatif et
de l'accompagnement, et les moyens qui ont suivi témoignent de l'importance
de cette collaboration. Et, quand on collabore, ça donne de bien meilleurs
résultats. Ici, le projet de loi nous permet de chercher la vérité sur plus de 221 histoires d'enfants arrachés,
enlevés à leurs familles, qui ne sont pas revenus à la maison.
On a amorcé cette
quête de la vérité, un début de guérison pour vous, les familles. J'aimerais
aussi souligner le travail des lanceurs
d'alerte comme Anne Panasuk. Sans les journalistes qui se sont saisis de ces
témoignages, de ces injustices, on
n'aurait jamais marché dans ce chemin-là. Si tout a été possible, tout ça a été
possible, c'est malheureusement à cause du racisme systémique, un
système colonial violent pour ceux et celles qui en paient les frais. Nous
avons une responsabilité, comme parlementaires
québécois, de faire la lumière sur la vérité et celle qu'on a cachée dans nos
hôpitaux, dans nos cimetières. Ce sont 221 enfants disparus...
La Vice-Présidente
(Mme Soucy) : Monsieur... M. le député...
M. Zanetti :
...
La
Vice-Présidente (Mme Soucy) : M. le député, nous avons voté pour un deux minutes de rigueur, je dois
être équitable envers tout le monde.
Je vous remercie, M. le député. Maintenant, nous poursuivons avec M. le député
de Jean-Talon. S'il vous plaît, soyez attentifs, M. le
député de Jean-Talon va prendre la parole. Merci.
M. Paradis : 15383Imaginez.
Votre enfant est malade, peut-être une pneumonie. Vous allez à l'hôpital, votre
enfant est admis, puis il disparaît pour de bon ou pendant des décennies. Ce n'est
malheureusement pas de la fiction, ça s'est passé au Québec.
Il y a cinq ans, la
Loi autorisant la communication de renseignements personnels aux familles
d'enfants autochtones disparus ou décédés à la suite d'une admission en
établissement a initié une démarche qui permet enfin de prendre peu à peu la mesure des traumatismes qui ont été subis par
tellement de familles autochtones et qui, jusque-là, passaient sous
silence. Cette loi est une étape sur le chemin de la réconciliation et de la
guérison, une démarche qui fait appel au devoir de mémoire et qui repose sur
les principes de vérité, de justice, de réparation et de non-répétition.
La vérité, c'est
celle des enfants autochtones disparus ou décédés. Il faut entendre leurs voix,
se rappeler du destin qu'ils ont eu et imaginer celui qu'ils auraient eu s'ils
n'avaient pas été arrachés à leurs familles. La vérité, c'est aussi celle du
courage et de la résilience de leurs familles. Cette vérité doit être connue et
partagée. Nous commençons à peine à ouvrir les yeux et à délier les langues.
Les tragédies qu'ont vécues les familles autochtones ont trop longtemps été
ignorées. Pour reprendre les mots de sagesse que j'ai entendus de
M. Niquay, le 24 avril à Mashteuiatsh : «La quête de vérité des familles, des communautés et de tout
le Québec est nécessaire pour passer de l'ombre de la méfiance à la
lumière de la confiance.»
La démarche qui a été
entreprise pour redonner l'accès aux informations concernant les proches
disparus est le début d'un long chemin pour
enfin accueillir les souffrances des familles avec une dignité qui leur a trop
longtemps été refusée. Je suis fier
de représenter ma formation politique au sein du comité transpartisan de suivi
de la loi et de contribuer aux efforts de réparation et de
réconciliation entre nos nations.
• (11 h 30) •
En terminant,
j'aimerais saluer le travail de l'association Awacak — Petits êtres de
lumière et de la Direction du soutien aux familles, qui accompagnent
présentement 142 familles à la recherche de 239 enfants. Que leur
quête de vérité mène à la justice et à la réparation.
Mise
aux voix
La Vice-Présidente
(Mme Soucy) : Merci, M. le député. Cette motion est-elle adoptée?
Des voix :
Adopté.
La Vice-Présidente (Mme Soucy) : Motion
adoptée. Je vous invite à vous lever et à observer une minute de silence.
• (11 h 31 — 11
h 32) •
La Vice-Présidente
(Mme Soucy) : Je vous remercie. Vous pouvez vous asseoir.
Donc, nous allons
poursuivre avec un membre du groupe formant l'opposition officielle. Mme la
députée de D'Arcy-McGee.
Souligner la Semaine québécoise des personnes handicapées
Mme Prass :
Merci, Mme la Présidente. Je sollicite le consentement de cette Assemblée
afin de présenter la motion suivante conjointement avec le leader du
deuxième groupe d'opposition, le député des Îles-de-la-Madeleine, la
députée de Laporte et le député de Rosemont :
«Que
l'Assemblée nationale souligne la Semaine québécoise des personnes handicapées,
qui se tient du 1er au 7 juin, et réaffirme son engagement envers
l'inclusion, la pleine participation sociale et le respect de la dignité des
personnes vivant avec un handicap;
«Qu'elle reconnaisse
comme étant polyhandicapée toute personne présentant un déficit moteur grave
issu d'un dysfonctionnement cérébral précoce, entraînant une mobilité
extrêmement réduite et une restriction considérable de l'autonomie, associé à une déficience intellectuelle sévère ou profonde,
auxquels s'ajoutent fréquemment des comorbidités;
«Qu'elle reconnaisse
que la somme de ces conditions génère une situation d'extrême vulnérabilité
physique, psychique et sociale, nécessitant des services particuliers,
spécialisés, essentiels, continus et adaptés à la complexité et à l'évolution
de leurs besoins;
«Qu'elle assure
l'accès à une offre de services équitable, sécuritaire et adéquatement financée
afin de répondre aux besoins cliniques, sociaux et éducatifs;
«Finalement, qu'elle
demande au gouvernement de mettre en place rapidement des mesures structurantes
afin de permettre le développement et le maintien d'une offre de services et
d'une expertise spécialisée pour les personnes polyhandicapées.»
Merci, Mme la
Présidente.
La Vice-Présidente
(Mme Soucy) : Merci, Mme la députée. Est-ce qu'il y a
consentement pour débattre de cette motion? Mme la leader adjointe du
gouvernement.
Mme Lachance :
...
Mise
aux voix
La Vice-Présidente
(Mme Soucy) : Donc, cette motion est-elle adoptée?
Une voix : ...
La
Vice-Présidente (Mme Soucy) : Oui. Donc, nous avons une demande de vote électronique. Le vote est
maintenant ouvert.
Le vote est
maintenant terminé. Mme la secrétaire générale, pour le résultat du vote.
La
Secrétaire : Pour : 89
Contre :
0
Abstentions :
0
La
Vice-Présidente (Mme Soucy) : Donc, cette motion est adoptée. M. le leader de l'opposition
officielle, vous aviez une demande à nous faire?
M. Tanguay :
Oui. Merci beaucoup, Mme la Présidente. Nous aimerions vous demander, s'il vous
plaît, d'envoyer copie de la motion aux
organismes suivants : au Centre Philou, à la Confédération des organismes
de personnes handicapées du Québec, au Regroupement des activistes pour
l'inclusion au Québec, à la Fédération québécoise de l'autisme et à la Société
québécoise de la déficience intellectuelle. Merci.
La Vice-Présidente
(Mme Soucy) : Merci. Ce sera fait.
Donc, nous
poursuivons avec la motion de Mme la députée de Laporte.
Souligner le travail essentiel
du personnel politique, des équipes des
députés et de l'ensemble du personnel de l'Assemblée nationale
Mme Poulet :
Oui. Merci, Mme la Présidente. Alors, je sollicite le consentement de cette
Assemblée afin de présenter la motion
suivante conjointement avec le whip en chef du gouvernement, la députée de Westmount—Saint-Louis, la députée de Verdun, la députée de Rimouski,
le député de Rosemont, le député d'Abitibi-Est, Saint-Jérôme, et la députée de Chomedey :
«Que l'Assemblée
nationale souligne le travail essentiel du personnel politique, des équipes des
députés et de l'ensemble du personnel de l'Assemblée nationale qui assurent
chaque jour le soutien aux travaux parlementaires, la préparation des dossiers,
l'analyse et la recherche, la coordination des activités parlementaires,
l'accompagnement des députés dans l'exercice
de leurs fonctions, ainsi que le soutien administratif et institutionnel
nécessaire au bon fonctionnement de l'Assemblée nationale;
«Qu'elle
reconnaisse que ce travail, bien que souvent discret et moins visible pour les
citoyens, est indispensable à la qualité des débats, à l'élaboration des
politiques publiques, à la rigueur des décisions et à la solidité des
institutions démocratiques;
«Qu'elle rappelle que
l'activité parlementaire, les décisions et les avancées législatives reposent
sur un effort collectif où chaque contribution, qu'elle soit visible ou moins
visible, participe à l'atteinte des objectifs de l'institution;
«Qu'elle souligne que
cet engagement quotidien contribue directement à la rigueur des travaux de
l'Assemblée, à la proximité des élus avec les citoyens et à la confiance envers
nos institutions démocratiques;
«Qu'elle
reconnaisse également le professionnalisme, le dévouement et le sens du service
public dont font preuve ces personnes dans l'exercice quotidien de leurs
responsabilités;
«Qu'enfin,
l'Assemblée nationale témoigne de sa reconnaissance envers ces personnes pour
leur contribution essentielle au fonctionnement de la démocratie québécoise,
notamment au cours de la 43e législature.»
(Applaudissements)
La Vice-Présidente (Mme Soucy) : Merci,
Mme la députée. Merci, Mme la députée. Est-ce qu'il y a consentement
pour débattre de cette motion? Mme la leader adjointe du gouvernement.
Mme LeBel : Il y a consentement, sans
débat. On va vous demander un vote... un vote sur celle-là, Mme la Présidente.
Mise
aux voix
La Vice-Présidente (Mme Soucy) : Donc,
nous avons une demande de vote électronique. Le vote est maintenant
ouvert.
Le vote est
maintenant terminé. Mme la secrétaire générale, pour le résultat du vote.
La
Secrétaire : Pour : 86
Contre :
0
Abstentions :
0
La Vice-Présidente
(Mme Soucy) : Donc, cette motion est adoptée.
Avis
touchant les travaux des commissions
Nous poursuivons
maintenant à la rubrique Avis touchant les travaux des commissions. Mme la
leader adjointe du gouvernement, à vous la parole.
Mme LeBel :
Oui. Pour vous.
Donc, la Commission
des institutions poursuivra l'étude détaillée du projet de loi n° 1, Loi
constitutionnelle de 2025 sur le Québec, aujourd'hui, après les affaires
courantes jusqu'à 13 heures, de 15 heures à 18 heures et de
19 h 30 à 22 h 30, à la salle Pauline-Marois.
La Commission des
finances publiques poursuivra, quant à elle, l'étude détaillée du projet de loi
n° 5, Loi visant à accélérer l'octroi des autorisations requises pour la
réalisation des projets prioritaires et d'envergure nationale, aujourd'hui, après les affaires courantes jusqu'à
13 heures et de 15 heures à 18 heures, à la salle Louis-Hippolyte-La Fontaine, et
de 19 h 30 à 22 h 30, à la salle Marie-Claire-Kirkland.
La Commission de
l'agriculture, des pêcheries, de l'énergie et des ressources naturelles poursuivra
les consultations particulières et les auditions publiques sur le projet de loi
n° 17, Loi modifiant principalement la Loi sur le stockage
de gaz naturel et sur les conduites de gaz naturel et de pétrole aux fins
d'encadrer les réservoirs souterrains et certaines conduites, aujourd'hui, après les avis touchant les travaux des
commissions jusqu'à 12 h 50 et de 14 h 45 à
17 h 10, à la salle Marie-Claire-Kirkland.
Merci, Mme la
Présidente.
• (11 h 40) •
La Vice-Présidente
(Mme Soucy) : Merci. Est-ce qu'il y a consentement pour déroger
de l'article 143.1 du règlement concernant l'horaire des travaux des
commissions? Consentement.
Donc, pour ma part,
je vous avise que la Commission de l'administration publique se réunira en
séance de travail aujourd'hui, après les affaires courantes jusqu'à
13 heures, à la salle Louis-Joseph-Papineau, afin de procéder à l'examen de
rapports annuels de gestion.
Renseignements
sur les travaux de l'Assemblée
Avis de sanction du projet
de loi n° 7
Nous sommes
maintenant à la rubrique Renseignements sur les travaux de l'Assemblée. Je vous
informe qu'il y aura sanction du projet de loi n° 7, Loi n° 2 sur les crédits, 2026-2027, aujourd'hui, à
12 h 30, au bureau de Son Honneur la lieutenante-gouverneure.
Affaires du jour
Affaires prioritaires
Reprise du débat sur la motion de la première
ministre proposant que
l'Assemblée approuve la politique générale du gouvernement
et sur les motions formulant un grief
La période des affaires courantes étant
terminée, nous allons maintenant procéder aux affaires du jour. Et, pour ce
faire, Mme la leader adjointe du gouvernement, je... Aux affaires prioritaires.
Donc, aux affaires prioritaires, à l'article 1 du feuilleton, l'Assemblée
reprend le débat ajourné le 3 juin 2026 sur le discours d'ouverture et sur
la motion de Mme la première ministre proposant que l'Assemblée approuve la
politique générale du gouvernement ainsi que sur
les motions de grief présentées par M. le chef de l'opposition officielle, Mme
la cheffe du deuxième groupe d'opposition, M. le député de Marquette, Mme la députée de Verdun, Mme la députée de Bourassa-Sauvé, Mme la députée de Mont-Royal—Outremont, M. le député de l'Acadie, M. le député de
Laurier-Dorion, M. le député de Jacques-Cartier, M. le député de Jean-Lesage,
M. le député de Marguerite-Bourgeoys, M. le député de Jean-Talon, Mme la
députée de Jeanne-Mance—Viger,
Mme la députée de Sainte-Marie—Saint-Jacques,
Mme la députée de Notre-Dame-de-Grâce, et M.
le député de Maurice-Richard, et M. le député de La Pinière, Mme la
députée de Westmount—Saint-Louis, M. le député d'Arthabaska, M. le député de Taschereau, Mme la
députée des Mille-Îles et Mme la députée de Chicoutimi.
Avant de donner la parole au prochain
intervenant, je vous informe que 14 h 29 min 12 s ont
été utilisées dans le cadre de ce débat. La répartition du temps de parole
restant est la suivante : 7 h 50 min 10 s au
groupe parlementaire formant le gouvernement,
49 min 26 s au groupe parlementaire formant l'opposition
officielle, 22 min 45 s au deuxième groupe d'opposition,
28 min 27 s au troisième groupe d'opposition et 60 minutes
au représentant du gouvernement pour sa réplique.
Je suis
maintenant prête à céder la parole au prochain... à la prochaine intervenante.
Mme la députée de Robert-Baldwin, à vous la parole.
Mme Brigitte B. Garceau
Mme Garceau : Merci
beaucoup, Mme la Présidente. Donc, à mon tour de faire mon intervention en ce
qui a trait à ma réplique sur le discours inaugural de la première
ministre.
Comme nous avons pu constater dans les dernières
semaines, à l'exception de l'élection d'une nouvelle première ministre, il n'y
a absolument rien qui a changé soit dans les pratiques ni dans les prises de
mauvaises décisions d'un gouvernement en fin
de régime. Je dirais même, Mme la Présidente, que la situation est pire. En
raison de la campagne électorale imminente, la première ministre a déjà
commencé à annoncer des mesures qui dépassent le 250 millions de
dollars réservés... qui étaient réservés par le ministre des Finances et
qui n'aura pas vraiment d'impact tangible pour la majorité des Québécoises et
des Québécois, et ce, Mme la Présidente, il faut le mentionner. Un septième
budget consécutif déficitaire, un déficit record, l'année dernière, de
14 milliards de dollars et maintenant un déficit qui est non
seulement près de 10 milliards de dollars, mais aussi la dette qui a
augmenté à 11 milliards de dollars et qui a fait l'objet, comme nous
le savons, d'une décote historique. Comme mon collègue le député de Nelligan a
mentionné, décote, déficit, dette historique, c'est ça, le legs de la CAQ après
presque huit ans au pouvoir.
Et, malgré les crises qui demeurent, Mme la
Présidente, dans tous les secteurs de services publics, que ce soit en santé,
en services sociaux, en éducation, en logement, en itinérance, en sécurité
alimentaire, et j'en passe, il n'y a rien
dans ce discours qui nous donne grand espoir que la situation va s'améliorer
dans un futur rapproché puisqu'il y a un manque, un grand manque de
vision et d'ambition. Et, malgré les nombreux obstacles et défis dont fait face
les citoyens de ma circonscription et les Québécoises et les Québécois au
quotidien, tels que l'augmentation du coût de la vie, l'augmentation des
loyers, l'augmentation de la violence faite aux femmes et aux filles,
l'augmentation de l'itinérance, augmentation en santé mentale, pénurie de
logements, pénurie de médecins et d'enseignants dans nos écoles, manque d'accès
aux soins de santé et manque de ressources en services sociaux, des hôpitaux en
décrépitude et plus d'un cinquième des installations hébergeant des enfants
sous la protection de la jeunesse qui sont et demeurent en état de vétusté
important, le ministre des Finances a jugé raisonnable, dans ce dernier budget,
de prévoir cette réserve de 1,3 milliard de
dollars en cinq ans à l'attention du prochain premier ministre ou de la
prochaine première ministre afin de lui permettre d'annoncer des
nouvelles mesures.
Et maintenant, Mme la Présidente, on voit
pourquoi, pourquoi la réserve était si élevée, parce qu'on voit déjà que la première ministre est en train d'empiéter
sur la prochaine tranche de la réserve afin, vraiment, de mettre en oeuvre
des mesures purement électoralistes comme les fameux chèques de 500 $, en
2022, distribués à ceux et celles qui gagnaient tout près
de 100 000 $, et ce, malgré aussi, Mme la Présidente, et il faut le
souligner, parce que c'est quand même assez exceptionnel, le courriel du ministre
des Finances du 2 mai 2026 destiné à la première ministre en ce qui a
trait à son rythme des dépenses qui continue, et je le cite, Mme la
Présidente : «Je me dois de souligner que je suis inquiet — et
ça, c'est le ministre des Finances qui est inquiet — du
nombre d'annonces considérées par notre gouvernement depuis votre élection, qui dépassent la marge de
manoeuvre de 250 millions.» C'est insultant, Mme la Présidente. C'est
vraiment toute une claque dans la face des
contribuables. C'est un manque de respect envers celles et ceux qui
travaillent à tous les jours et n'arrivent pas à joindre les deux bouts.
Et, en tant que porte-parole en matière de
condition féminine, c'est aussi hautement insultant pour les femmes, les
organismes communautaires, les intervenantes et les directrices des maisons
d'aide et d'hébergement qui travaillent sans relâche au quotidien pour soutenir
les victimes de violence conjugale. Malgré les cris du coeur de milliers de femmes au Québec, incluant la manifestation devant
l'Assemblée nationale organisée par le Regroupement des maisons pour
femmes victimes de violence conjugale, malgré les féminicides records dans les
dernières années et évidemment 10 féminicides au début de cette année, du
jamais-vu, Mme la Présidente, le financement prévu au budget de la CAQ est loin de rencontrer, très loin de rencontrer le
rehaussement réclamé et nécessaire afin de rencontrer l'augmentation des besoins
des victimes et de leurs enfants.
Malheureusement, les victimes vont continuer
d'être refusées de l'hébergement faute de places, et les vies de ces victimes
demeureront en péril. Les listes d'attente pour les services externes vont
continuer de se prolonger, et des victimes,
des jeunes femmes, et filles, et leurs proches ou amis ne pourront pas
consulter les intervenantes dans un délai raisonnable afin d'obtenir des
conseils requis dans le but de soutenir et aider leurs proches, les victimes.
Le filet de sécurité pour ces femmes, Mme la Présidente, va demeurer brisé
parce que la CAQ n'a pas eu la volonté politique de prioriser une vision globale en ce qui a trait à la lutte contre la
violence faite aux femmes au Québec. Rien n'a été prévu, dans ce dernier
budget, pour ouvrir de nouvelles maisons afin d'accueillir les femmes et les
enfants qui ont besoin d'hébergement ni pour bonifier le financement des quatre
maisons actuellement en démarrage.
• (11 h 50) •
Et la situation, Mme la Présidente, est pire
pour les maisons de deuxième étape puisque l'investissement moyen de
3,3 millions de dollars prévu au budget couvre moins de 15 % des
besoins financiers réels de ces maisons et échoue à répondre aux réalités du
terrain. Il y a aussi une incohérence totale qui demeure entre la
reconnaissance de l'existence d'une crise en violence conjugale et le manque de
nouvelles constructions pour héberger toutes les victimes, toutes les femmes qui en ont besoin. Le dernier budget n'a
même pas prévu aucun programme de financement dédié à la construction ou
à la relocalisation des maisons de deuxième étape, tel que demandé par les
regroupements de maisons. La CAQ a échoué
depuis huit ans à prévoir et à mettre en oeuvre une vision globale pour
réellement soutenir et protéger les victimes de violence conjugale.
Je salue l'intention du gouvernement de vouloir
compléter le déploiement des tribunaux spécialisés en matière de violence
conjugale et violence sexuelle. Les données en ce qui a trait à l'augmentation
de la violence sexuelle faite aux femmes et
aux filles sont alarmantes. Cependant, il faut se dire les vraies choses, notre
système judiciaire est sous-financé, et les procureurs du DPCP, qui sont
là pour assurer que les recours des femmes qui sont victimes soient entendus, soient adjugés, ces procureurs sont surchargés.
Avec le manque de ressources disponibles pour assurer le soutien aux victimes,
un financement adéquat doit être au rendez-vous avec l'ouverture de ces
nouveaux tribunaux.
Et je tiens, Mme la Présidente, parce que c'est
hautement important, de citer quelques passages du mémoire prébudgétaire de l'Association des procureurs aux
poursuites criminelles et pénales, qui confirme que ça fait depuis 2022 que
l'APPCP informe le gouvernement de la situation alarmante sur le terrain et que
le sous-financement chronique du DPCP a un impact réel sur l'efficacité du
système de justice. Et je cite, Mme la Présidente, quelques passages : «Aujourd'hui, en 2026, faute d'intervention, la
situation dénoncée depuis plusieurs années continue de se détériorer. Les derniers
sondages et constats de terrain montrent clairement que le sous-financement
chronique du DPCP a un impact réel sur
l'efficacité du système judiciaire. Les résultats sont clairs. Les procureurs
sont confrontés à une surcharge importante de dossiers, alors que les ressources humaines disponibles demeurent
insuffisantes pour répondre à l'augmentation soutenue du volume et à la complexité des causes. Cette
pression soutenue nuit à leur capacité de remplir pleinement leurs objectifs
et se reflète également dans l'opinion publique, où une proportion croissante
de citoyennes et citoyens expriment une perte de confiance envers le système de
justice.»
Et là parlons des tribunaux spécialisés et
l'accompagnement qui est tellement nécessaire durant un processus judiciaire lorsqu'on parle de victimes de violence
conjugale et d'agression sexuelle. Et je cite le mémoire : «L'accompagnement des victimes et des
témoins constitue un élément central de la mission de la poursuite criminelle
et pénale. Or, les ressources actuellement disponibles ne permettent pas
toujours d'assurer un soutien adéquat tout au long du processus judiciaire.
Selon les constats recueillis, près d'un tiers des procureurs estiment que les
victimes et les témoins ne sont pas
accompagnés de manière suffisante lors de leur passage dans le système judiciaire
québécois. Cette réalité s'explique notamment par le manque de temps
dont disposent les procureurs. 64 % d'entre eux affirment ne pas pouvoir
consacrer le temps nécessaire aux victimes
et aux témoins, ce qui limite la qualité de l'accompagnement offert. Cette
situation est préoccupante, particulièrement dans les dossiers
sensibles, où une présence accrue et un suivi rigoureux sont essentiels pour maintenir la confiance envers le système de
justice. Les contraintes liées au manque de ressources ont également des effets
tangibles sur les décisions rendues dans les dossiers criminels et pénaux.
Selon les constats recueillis, 44 % des procureurs indiquent devoir
souvent accepter ou négocier un règlement ou une peine moindre en raison des
ressources insuffisantes.»
Et, en ce qui a trait en matière, Mme la
Présidente, de violence conjugale et sexuelle, je cite ce qui suit, en ce qui
concerne leurs dossiers : «Les dossiers de violence conjugale et sexuelle requièrent
une attention particulière, tant en raison de leur complexité que de la vulnérabilité accrue des victimes
qui sont impliquées. Les tribunaux spécialisés ont été mis en place afin de
répondre à ces réalités et de favoriser une approche plus humaine axée sur
l'accompagnement et la continuité des interventions. Toutefois, sans un
financement adéquat, les principes mêmes qui sous-tendent ces tribunaux
s'effritent.
«Les ressources actuellement disponibles ne
permettent pas toujours aux procureurs de rencontrer les victimes en personne dès les premières étapes d'un
processus judiciaire, notamment même avant le dépôt d'accusations, ni d'assurer
les suivis nécessaires par la suite. Cette limitation nuit à la qualité de
l'accompagnement offert et complique l'établissement d'un lien de confiance essentiel au bon
déroulement des procédures. Par ailleurs, l'absence de continuité dans
l'attribution des dossiers lorsqu'un même dossier est pris en charge par
plusieurs procureurs successivement fragilise l'approche centrée sur la victime
et alourdit inutilement le parcours judiciaire.
«Les effets de cette insuffisance de ressources
sont désormais bien documentés et se traduisent par des impacts sur les décisions et le fonctionnement du système
de justice.» Je cite, Mme la Présidente : «44 % des procureurs
confirment avoir déjà renoncé à autoriser des poursuites criminelles ou
avoir abandonné des poursuites en cours en raison d'un manque de ressources, et cette proportion atteint près de 55 % chez
les procureurs oeuvrant dans des tribunaux spécialisés en matière conjugale et
sexuelle. 40 % indiquent que leurs décisions d'aller de l'avant avec un
dossier sont influencées par les ressources disponibles, une proportion
qui s'élève à près de 50 % dans les tribunaux spécialisés, et près de
60 % des procureurs estiment que le
nombre de procureurs expérimentés est insuffisant pour traiter adéquatement les
dossiers complexes.»
C'est une situation alarmante, Mme la
Présidente, en ce qui a trait au système judiciaire, particulièrement les
tribunaux spécialisés en matière de violence sexuelle, en violence conjugale,
parce qu'on est en train de prévenir des féminicides, on est en train aussi de
prévenir d'autres tragédies. Et c'est sûr que les recours des victimes doivent
être entendus devant les tribunaux. C'est la
moindre des choses. Et, Mme la Présidente, c'est pour ça que je le mentionne
depuis longtemps, maintenant, qu'il
faut arrêter de travailler en silo en violence conjugale, en violence sexuelle,
et il faut mettre des mesures
concrètes, des mesures avec une vision globale de tous les enjeux en lien avec
une lutte contre la violence faite aux femmes et aux filles afin de
mettre en oeuvre des mesures concrètes pour améliorer la protection, la
sécurité, la confiance, des ressources de soutien et d'hébergement et la
représentation juridique des femmes victimes de violence.
• (12 heures) •
Le message de la première ministre lors de son
discours d'ouverture, qu'elle était pour prioriser la lutte contre la violence
faite aux femmes, était bel et bien entendu. Elle nous l'a mentionné, les
féminicides, il faut que ça cesse. Mais, vous savez, Mme la Présidente, ça
fait... avec grand respect pour la première ministre, ça fait des années qu'on dit : Il faut que ça cesse. Après chaque
féminicide qui est annoncé, on lance toujours le message : Pas une de
plus. Là, on a atteint, cette année, un record de 10 féminicides.
Et, honnêtement, la raison pour laquelle on a... On a eu le dépôt du projet de
loi n° 4, qu'on est en train d'étudier, malheureusement, dans les deux
dernières semaines de cette législature, la
loi de Clare, qui va faire en sorte que des personnes à risque, puis je vais
mentionner des victimes de violence conjugale, vont pouvoir faire des demandes de renseignements afin d'obtenir des
détails en ce qui a trait à leurs partenaires intimes, est-ce qu'il y a des
antécédents judiciaires en ce qui a trait à la violence ou d'autres
renseignements qui seraient hautement pertinents, que ce soit divulgué à
la... à la victime.
Et je tiens
aujourd'hui à remercier la soeur de Gabie Renaud, qui, malheureusement, a été
une victime d'un féminicide l'année dernière, Mme Rachel Renaud,
Mme Nancy Boucher et toutes les intervenantes, les directrices des maisons
d'hébergement, les femmes qui travaillent au
quotidien en ce qui a trait à la lutte contre la violence, qui défendent les
droits des femmes. C'est grâce à leurs gestes, leurs paroles, leur
détermination, leur grande mobilisation et leur indignation, leur indignation
que, finalement, le projet de loi n° 4 a été déposé.
Et c'est vraiment regrettable, Mme la
Présidente, que ça ait pris tant d'années pour déposer ce projet de loi là, compte tenu de l'augmentation fulgurante des
dossiers en violence conjugale, particulièrement depuis la pandémie, et aussi
dans nos écoles en ce qui a trait aux filles, les agressions sexuelles. Il y a
une augmentation, dans les dernières années, importante.
Et comment se fait-il que ce gouvernement,
qui... En 2020, un rapport de Rebâtir la confiance avait prévu qu'on
devait regarder la possibilité ici, au Québec, d'adopter ce mécanisme de type
de loi de Clare afin de protéger les femmes
victimes de violence conjugale et d'agression sexuelle. Et comment se fait-il
qu'en 2020 on a décidé de prendre cette recommandation, on l'a mise dans une
stratégie intégrée en 2022, et ça a pris un autre deux ans pour faire l'analyse,
une évaluation? Il y a eu un comité interministériel sous la gouverne du
ministère de la Sécurité interne pour faire une évaluation afin de déterminer, bien, ici, au Québec, dans notre corpus
législatif, est-ce qu'on peut adopter ce genre de loi? Et la réponse a été : Oui, ça va être une
loi, on va pouvoir créer ici, au Québec, une loi d'exception à la loi sur la
protection des... à la loi sur l'accès à l'information.
Ce rapport,
Mme la Présidente, a été rédigé, signé au mois d'août 2024. Au mois d'août
2024, le gouvernement savait qu'on
pouvait aller de l'avant avec une loi de Clare. Comment se fait-il que ça a
pris 21 mois, Mme la Présidente, et d'autres féminicides? C'est
vraiment regrettable qu'on n'a pas décidé, on n'a pas vu qu'il y avait une
urgence d'agir, puis qu'on avait les outils pour faire quelque chose, et que ça
a pris, comme j'ai mentionné, cette grande mobilisation pour que le
gouvernement agisse sur un projet de loi hautement important.
Mme la Présidente, et je vais... je vais
terminer sur cet aspect parce que ça fait... Les maisons d'hébergement, les intervenantes, c'est ces femmes qui, au
quotidien, protègent les femmes, leur permettent de se reconstruire suite à des
incidents de violence conjugale, et malheureusement, les
125 maisons ici, au Québec, ont été sous-financées. Ils n'ont pas reçu un sou de plus dans les trois
dernières... dans les derniers budgets, entre 2023 et 2025. Et,
malheureusement, même dans ce budget les revendications de toutes les
maisons n'ont pas été complètement acceptées, parce que, pour les maisons de deuxième étape, l'augmentation des revenus
représente environ 15 % de leurs besoins, et 50 % pour les maisons d'aide et d'hébergement. Et donc,
lorsqu'on va avoir... Et on a eu la Sûreté
du Québec, qui a parlé du fait qu'on pourrait avoir 10 000 demandes de
renseignements, suite à l'adoption de la loi n° 4. C'est sûr qu'en ce
moment, nous n'avons pas la capacité pour héberger même 10 % sur ce
10 000 là.
Et donc c'est sûr, Mme la Présidente, qu'avec
cette loi j'espère que le financement va être au rendez-vous, parce que... afin que cette loi soit efficace,
afin que nous puissions protéger et sécuriser les femmes qui sont dans des
situations de violence conjugale.
Afin de prévenir et d'éviter un autre féminicide, il va falloir que le
financement soit au rendez-vous pour ces organismes.
Je ne sais pas, Mme la Présidente, en termes de
temps...
La
Vice-Présidente (Mme Soucy) :
Vous avez... Vous avez
49 min 26 s encore pour votre groupe parlementaire.
Mme Garceau : OK. Ça fait que
je vais terminer, à ce moment-ci, parce qu'on m'avait parlé d'un
25 minutes.
La Vice-Présidente (Mme Soucy) :
...25 minutes.
Mme Garceau : C'est ça. C'est
pour ça. Merci beaucoup.
La Vice-Présidente (Mme Soucy) : C'est
terminé? OK. Merci. Merci, Mme la députée.
Maintenant,
je souhaite céder la parole à la prochaine intervenante. Mme la députée de
Terrebonne, à vous la parole.
Mme Catherine Gentilcore
Mme Gentilcore : Merci, Mme la
Présidente. Donc, c'est avec beaucoup de sérieux et aussi avec la force de mes
convictions que je prends la parole aujourd'hui pour répondre à mon tour au
discours d'ouverture de la nouvelle première ministre.
Évidemment, en écoutant ses promesses, il y a
une réalité qui, pour moi, est frappante : le gouvernement qui est devant nous n'a pas changé d'un poil, on
assiste simplement à un jeu de chaises musicales autour de la table du Conseil des
ministres. C'est la même équipe, la
même mentalité et la même façon de faire qui guident la CAQ maintenant depuis
2018. Ça fait huit ans que les
Québécoises, les Québécois voient ce gouvernement gaspiller l'argent public,
huit ans d'une gestion catastrophique
où on dépense sans compter, où l'argent durement gagné par les contribuables
est géré avec un manque de rigueur flagrant et criant.
Donc, entrons tout de suite dans le vif du
sujet, parlons-en, du caractère dépensier de ce gouvernement. En fait, actuellement, au rythme où la première ministre
dépense l'argent des Québécoises et des Québécois, il y a clairement de
quoi s'inquiéter. Et je comprends les Québécois de s'inquiéter, on le sait déjà
que la première ministre a consciemment dépassé l'enveloppe de
250 millions de dollars que lui avait prévu... qu'avait prévue pour
elle le ministre des Finances au dernier budget.
Tout ça,
c'est sans compter les nouvelles annonces interventionnistes du ministre de
l'Économie, qui représentent pas moins de 232 millions de dollars,
simplement dans son premier mois comme ministre de l'Économie. Donc, le
ministre des Finances l'a lui-même dit très clairement, les Québécois sont
intelligents et les Québécois savent compter. Il n'aurait pas pu mieux dire,
Mme la Présidente. Et ensuite, évidemment, bon, il s'est fait taper sur les
doigts parce que le courriel a été divulgué dans les médias. Puis il a... il a
essayé tant bien que mal, ensuite de ça, de remettre la pâte à dents dans le tube pour protéger, bon, l'image de
son parti et de la première ministre, mais on a tous compris qu'il... qu'il avait de vraies réticences et de vraies craintes,
en fait, face à ces nouvelles dépenses là, qui sont faites par la première
ministre.
• (12 h 10) •
J'aimerais d'ailleurs parler de l'économiste en
chef du Mouvement Desjardins lui-même, Jimmy Jean, qui... et celui du groupe d'iA... d'iA Groupe financier,
Sébastien Mc Mahon. Eux aussi ont exprimé des craintes et des inquiétudes
très claires face aux nouvelles dépenses qui s'accumulent de la part de la
nouvelle première ministre. M. Jean a dit, et je le cite : «La seule conclusion que l'on puisse tirer est qu'il
s'agit d'une conjoncture budgétaire inappropriée pour des mesures non
structurantes et réparties à l'ensemble des tranches de revenus sur une base
permanente. Le ministre des Finances avait fait la chose appropriée en fixant
une limite responsable pour des mesures additionnelles. À l'heure où les
agences de notation distribuent des décotes, il est préoccupant de constater
déjà un potentiel dépassement, surtout pour
des initiatives qui n'auront à peu près pas de portée à moyen terme.» Donc, ça,
c'est vraiment, donc, le spécialiste, là, de chez Desjardins qui a tenu ces propos-là. Sébastien Mc Mahon,
quant à lui, économiste en chef d'iA Groupe financier, a dit que, non,
on n'a pas la marge de manoeuvre pour faire ces dépenses-là. Donc, clairement,
à l'avis des spécialistes, on a un
gouvernement qui ne respecte pas l'argent des contribuables, qui ne respectent
pas non plus notre capacité de payer, et c'est extrêmement préoccupant.
Et, ces constats-là, Mme la Présidente, ils sont
tout à fait cohérents avec le bilan des huit dernières années du gouvernement,
qui, quand on regarde ça, là, de manière objective, ont été marquées par une
dilapidation étendue des fonds publics, par
exemple, dans le projet SAAQclic, le bar ouvert des subventions aux grandes
entreprises, particulièrement les
entreprises étrangères comme, bon, la plus connue, Northvolt
et, plus récemment, Nemaska Lithium, qu'on suit de très près, évidemment.
C'est du
jamais-vu en matière de frénésie dépensière. Et la CAQ aura dépensé, je le
rappelle, 18 milliards de dollars en subventions. Et, juste
dans le Fonds de développement économique, Mme la Présidente, on est rendus à
au-dessus de 6,4 milliards de dollars de pertes
uniquement dans le... dans le Fonds de développement économique. C'est de
l'argent que les Québécois ne retrouveront jamais. Comment on peut justifier
les 6,4 milliards de pertes accumulées en
sept ans dans le Fonds de développement économique? Un fonds... Le Fonds de
développement économique, ça devrait être,
et là permettez-moi de lire la définition officielle sur le site du
gouvernement, «le véhicule privilégié par le gouvernement pour effectuer
des interventions structurantes au bénéfice du développement économique du
Québec». Mais, Mme la Présidente, si la
doctrine économique de la CAQ, avec son bar ouvert de subventions aux
entreprises choisies au pif, là, par les ministres... si c'était si
efficace que ça, pourquoi le Québec a-t-il enregistré l'une des pires
croissances du PIB par habitant de tout l'Occident sous leur gouvernement?
Quand on regarde la performance économique du Québec sous la CAQ, on constate
que l'augmentation du PIB réel par habitant n'a été que de 4,9 % en 2018
et 2025, ce qui représente une moyenne de 0,7 % par an. Cette
performance-là se classe parmi les plus faibles en Occident. Donc, à la CAQ, on
est fiers d'avoir battu la croissance économique d'un pays, le Canada, qui se
situe pratiquement au dernier rang de tous les
pays en matière d'augmentation du niveau de vie dans la dernière décennie et
qui a même vu son niveau de vie reculer depuis 2018, notamment en raison
de ce que la Banque Nationale a qualifié de piège démographique.
Donc, quand on prend le Québec et qu'on le
compare aux autres pays de l'OCDE, notre croissance du niveau de vie, depuis
l'arrivée au pouvoir de la CAQ, est littéralement tout au bas de la liste. Nous
sommes parmi les endroits en Occident où la
croissance du niveau de vie a été le plus faible. Et je ne peux pas concevoir
que la CAQ, après huit ans au pouvoir, se vante de ça, est fière de ce
bilan-là. Donc, la comparaison avec l'Ontario et le Canada, c'est bel et bien
la seule comparaison, à travers tout l'Occident, qu'ils ont pu trouver pour les
avantager. C'est gênant. Je pense qu'au Québec
on mérite d'avoir plus d'ambition, que ça, soit l'ambition d'essayer de faire
mieux que les cancres dans le reste du monde.
Autre question que je soulève, Mme la
Présidente : Comment la première ministre explique les nombreux fiascos
financiers qu'elle a elle-même défendus sur toutes les tribunes et cette
manie-là de favoriser la grande entreprise étrangère au détriment de nos PME
québécoises, nos entreprises d'ici, alors que plusieurs partis d'opposition
mettaient le gouvernement en garde de ne pas
jouer au casino avec l'argent des contribuables? Donc, je vais répéter la liste,
qu'on a souvent entendue, mais ça mérite qu'on la répète, la liste des
fiascos financiers sous la CAQ. Évidemment, en haut de la liste, les 710 millions engloutis dans Northvolt,
un échec total. Ensuite de ça, 227 millions dans Lion Électrique.
55 millions dans Flying Whales.
365 millions dans Recyclage Carbone Varennes. 84 millions dans
Enerkem. 100 millions dans Polycor. Et là il y a Nemaska Lithium, le dernier... le dernier fiasco, on attend de
voir ce qui se passe ça, projet dans lequel on a englouti jusqu'ici 1,2
milliard de dollars, malgré les avertissements qui avaient été émis par le
ministère des Ressources naturelles, comme on l'a appris, là, dans le plus
récent rapport de la Commissaire au développement durable.
Donc, pour Nemaska, on va se pencher un peu sur
ce cas-là parce qu'il est tout récent. La première ministre n'a que son gouvernement et elle-même à blâmer. À
l'époque, alors qu'elle était superministre de l'Économie, la première
ministre a injecté 150 millions de dollars de plus dans la compagnie
en 2025, et son remplaçant, celui qui l'a succédé pendant la course à la chefferie, le député de Trois-Rivières, et qui l'a par ailleurs appuyé pendant la course à la chefferie,
et je le salue, a ajouté plus de 200 millions supplémentaires en février
dernier dans Nemaska Lithium.
Donc, la doctrine économique de Pierre
Fitzgibbon, du député de L'Assomption, ancien premier ministre, et de la
première ministre actuelle, c'est la même chose. On fait la même chose. Pour
citer ce qu'avait dit l'actuel ministre de l'Économie lors de la course à la
chefferie, donc le député de Lévis, il avait dit : «La CAQ, c'est rendu le
parti des subventions aux grandes entreprises étrangères.» Donc, avec la
première ministre, c'est quatre trente-sous pour une piasse, le bar ouvert des
subventions et la fixation pour les pelletées de terre et le coupage de ruban.
Et le ministre de l'Économie a essayé, dans les dernières semaines, de réécrire
l'histoire, de se dissocier de ce mouvement-là. Il a promis de la prudence et
un changement d'air. Il essaie de nous faire croire que les erreurs du passé
appartiennent uniquement au député de L'Assomption, ancien premier ministre, et à Pierre Fitzgibbon. Mais l'héritage et le
bilan de la première ministre, alors qu'elle était elle-même
superministre de l'Économie, qu'est-ce qu'on en fait, Mme la Présidente?
Je tiens à rappeler que la première ministre a
personnellement défendu Northvolt à de nombreuses reprises, arguant qu'il
s'agissait d'un montage financier novateur, d'un investissement habile et
prudent, que les risques étaient calculés et
qu'elle avait protégé l'argent des Québécois d'une manière innovante. Le
résultat, c'est que les fonds publics ont été engloutis dans la faillite
de l'entreprise, le projet est abandonné au Québec et le terrain ne vaut
presque plus rien. Mais il y a pire, pendant
son court mandat à l'économie, la première ministre a pigé sans gêne dans les
poches des contribuables en dépensant en moyenne plus que Pierre
Fitzgibbon, son prédécesseur, soit 267 millions en moyenne, par mois, en subventions. Elle a notamment ajouté
675 millions de dollars dans Nemaska
Lithium, j'en parlais tout à l'heure.
Ça, c'est le prochain éléphant blanc caquiste, on peut en convenir. Puis
ce n'est pas étonnant, parce que son parti, je le répète, a accumulé
6,4 milliards de dollars de pertes dans le Fonds de développement
économique. Ça, c'est sans compter que près
de 130 000 Québécois ont perdu leur emploi sous la CAQ et que
plus d'une vingtaine d'usines ont fermé leurs portes depuis son entrée
en... ont fermé leurs portes depuis son entrée en poste comme ministre de
l'Économie en 2024. Donc, le député de L'Assomption, ancien premier ministre, et la première ministre ont tous deux joué au
casino avec l'argent durement gagné des Québécois. Et ce n'est pas un
exercice de relations publiques pour blanchir leur bilan économique désastreux
qui va changer les choses. Les Québécois sont intelligents et les Québécois
savent compter.
Et, même si
l'actuel ministre d'Économie, lui, dénonçait cet hiver une CAQ devenue le parti
de la grande entreprise, et j'en parlais tout à l'heure, et promettait de
mettre fin à cet interventionnisme tous azimuts, bien, il s'est transformé
aujourd'hui en un défenseur de cette doctrine-là. Il l'applique lui-même en
multipliant les annonces de subventions depuis
sa nomination à l'Économie. Donc, encore une fois, rien n'a changé. C'est le
même bilan, la même CAQ, la même équipe. Je sais, je les reconnais, je
suis assise devant eux tous les jours.
• (12 h 20) •
Au sujet de ce bilan-là,
j'aimerais partager les principaux constats de l'analyse que le chroniqueur et
économiste Francis Gosselin a écrits dans le Journal de Montréal au
début du mois d'avril. Il nous dit que, sur le plan de l'économie, jusqu'à la
toute fin, le gouvernement s'est entêté dans une vision dépassée, où l'État
veut tout décider, tout gérer et tout diriger. M. Gosselin écrit qu'il
faut tirer trois leçons, à son avis, des années Legault à la tête du
gouvernement de la CAQ. La première, c'est que personne ne peut comprendre et
prévoir les millions de décisions quotidiennes
qui font fonctionner une économie. La deuxième, c'est l'importance de la
transparence, donc des mécanismes clairs de reddition de comptes et des
analystes... des analyses de risques rigoureuses, et qu'on écoute les experts.
La troisième, c'est de s'occuper des vraies
priorités : éducation, santé, infrastructures, la réduction du fardeau
réglementaire et fiscal pour les PME.
Francis Gosselin termine en écrivant que la vision économique de François
Legault repose sur un mauvais
diagnostic et une mauvaise compréhension du rôle de l'État. Donc, ça, c'est
pour le diagnostic, Mme la Présidente.
Maintenant,
passons à la vision du Parti québécois. Alors, je pense que ça commence à être
connu, au Parti québécois, on ne
croit pas au bar ouvert de subventions aux grandes entreprises. Je pense qu'on
a été clairs là-dedans. On veut sabrer considérablement dans le bar des
subventions, d'une part, on veut fermer le Fonds de développement économique,
qui est rendu à 6,4 milliards de pertes
dans les dernières années, et on veut procéder à une baisse historique du
fardeau fiscal des entreprises. On
veut mettre fin à un modèle économique qui est inefficace. On veut redonner de
l'oxygène à l'ensemble de nos
petites... — pardon? — de nos petites et moyennes entreprises d'ici. Sous
la CAQ, les subventions aux entreprises ont augmenté de 67 %, donc
pour atteindre environ 8 milliards de dollars par année. Ce modèle-là
a entraîné des échecs qui ont été très
coûteux pour le portefeuille des Québécoises et des Québécois. On veut donc
mettre fin à ce modèle-là en réduisant les subventions ciblées qui ne
profitent qu'à 8 % des entreprises, parce qu'en ce moment l'ensemble de
nos entreprises au Québec, de nos PME également, paient des taxes et impôts, et
seulement 8 % d'entre elles reçoivent du
soutien des... du gouvernement à travers des subventions données au hasard et
au pif, selon l'instinct, en fait, des ministres en place. Donc, on
souhaite procéder à une réduction historique, je disais, du fardeau fiscal des
PME pour que 100 % de ces entreprises-là, de nos PME, puissent en
bénéficier.
Le rôle de l'État, ce n'est pas de choisir des
gagnants, c'est de créer un environnement d'affaires qui permet à toutes nos
PME de réussir, de prospérer et de se développer. Donc, on veut sortir d'un
modèle qui nous a amenés dans le mur en matière de croissance économique et de
croissance de la productivité. C'est d'ailleurs largement documenté, hein,
le... par le centre de productivité des HEC Montréal que les dernières années,
marquées par l'octroi massif de subventions, n'ont pas donné de résultat au
niveau de la productivité. Donc, ça me semble clair qu'il faut changer
d'approche. En créant cet environnement-là, hautement compétitif sur le plan
fiscal, on va aussi être en mesure d'attirer des capitaux et des
investissements. On est convaincus que la meilleure façon d'assurer la sécurité
économique du Québec, dans un monde instable dont on ne contrôle pas toutes les
variables, c'est de contrôler et d'agir sur celles que l'on peut. Et ça, c'est
l'environnement d'affaires. Donc, il faut vraiment faire du Québec un endroit
où il est facile d'investir, de créer de la richesse et d'entreprendre. Ce
n'est pas le cas en ce moment au Québec, Mme la Présidente.
Donc, on a une équipe, au Parti québécois, qui
croit profondément en l'entrepreneuriat, et on pense que, pour soutenir les entrepreneurs québécois, l'État doit
se tasser du chemin et laisser travailler les entrepreneurs. Ça veut aussi dire
tout faire pour que l'État redevienne un agent facilitateur plutôt qu'un organe
qui met des bâtons dans les roues. Ça passe par des allègements réglementaires substantiels et administratifs
également. Donc, ce dont on a besoin, Mme la Présidente, c'est moins de
subventions inefficaces, plus de liberté d'agir pour nos PME et de créer la
richesse d'ici.
Motion formulant un grief
C'est pourquoi, Mme la Présidente, je souhaite
déposer la motion de grief suivante :
«Que l'Assemblée nationale blâme le gouvernement
de la CAQ pour sa politique économique interventionniste inefficace».
Merci, Mme la Présidente.
La Vice-Présidente (Mme Soucy) :
Merci. Votre motion est déposée sous réserve de sa recevabilité. Merci pour
votre intervention, Mme la députée.
Maintenant, nous poursuivons avec l'intervention
de M. le député de LaFontaine.
M. Marc Tanguay
M. Tanguay : Merci beaucoup,
Mme la Présidente. J'aimerais rebondir sur l'intervention de ma collègue du
Parti québécois, de Terrebonne, je pense, c'est le comté de Terrebonne,
lorsqu'elle plaide avec vigueur l'importance, pour
le gouvernement caquiste actuel, de faire sauter les barrières. Si la
séparation, ce n'est pas une grosse barrière à l'économie, je ne sais
pas c'est quoi. Et je serais curieux de savoir : Qu'en pensent nos
dirigeantes et nos dirigeants de PME? On
a-tu besoin de ça, une grosse barrière autour du Québec, un mur? On va
dire : Bien non, heille, un Québec séparé, on négocierait tous des
ententes. Bien oui, avec la force économique du Canada, le marché canadien, on
est en pleine négociation face à Donald Trump puis le gouvernement américain
pour l'ACEUM, puis je vous dis que ça demande des efforts, des mois, de la
stratégie. Avec tous les avantages stratégiques et économiques qui viennent
se... se compléter au sein de la fédération
canadienne, comment que le Québec séparé pourrait faire peur à Donald Trump?
Puis comment que le Québec séparé pourrait tirer son épingle du jeu?
Puis comment que nos PME, dans un Québec séparé, aimeraient bien ça, eux
autres, dire : Bien, on a rajouté une frontière, puis non seulement vous
nous avez rajouté une frontière, puis on n'a pas d'entente, puis c'est
l'instabilité économique due à votre instabilité politique, mais vous mettez dans nos poches la
piasse québécoise? Nos PME ont-tu besoin de ça, une belle grosse barrière
péquiste, séparatiste autour du Québec, avec, dans nos poches, dans nos
comptes de banque, la piastre québécoise? Je ne sais pas elle serait à
l'effigie de qui, la piastre québécoise.
Alors, une fois que j'ai dit ça, Mme la
Présidente, puis je ne vous demande pas de me dire combien vous pensez que ça
vaudrait en dollars canadiens, ça, une piastre québécoise, une fois que j'ai
dit ça, on va aller maintenant sur le bilan du mauvais gouvernement caquiste,
huit ans de gouvernement caquiste, puis j'aimerais... Je vais vous voler mon punch tout de suite. J'ai deux citations lucides
d'une ex-ministre, vice-première ministre et de l'actuel ministre de
l'Économie.
Alors,
citation lucide, l'heure... puisque l'heure est au bilan, citation lucide de
l'ex-vice-première ministre, la députée, actuellement, de Louis-Hébert, qui, en
septembre 2023, nous lançait un cri du coeur tout à fait réaliste lorsqu'elle
disait, et je la cite : «Les gens, ils nous appellent pour dire qu'ils
n'ont pas de place en garderie, qu'ils n'ont pas de médecin de famille, que leur école fait dur, puis qu'il
manque de place, puis qu'il y a du trafic sur la route, puis que l'épicerie
coûte cher. C'est ça qu'ils nous
disent.» Fin de la citation. Quel cri du coeur lucide, de septembre 2023, de
l'ex-vice-première ministre, l'actuelle députée de Louis-Hébert.
C'est ça, la
situation, encore une fois, aujourd'hui, et ça, rappelez-vous, Mme la
Présidente, c'était après cinq ans de mauvais gouvernement caquiste.
Dans les trois dernières années, qu'est-ce qui s'est passé? Les services sont
au plus mal, Mme la Présidente. J'aurai
l'occasion, si le temps me le permet, de donner des cas bien précis qu'on n'a
pas les services, des cas bien précis, entre autres, de cette dame,
hier, dont on a interpelé... dont la situation... la réalité avec laquelle on a
interpelé la première ministre et la ministre de la Santé, il n'y avait aucune
réponse, une dame de 71 ans qui a eu le
cancer de l'ovaire et qui... on lui a dit : Hourra! vous êtes inscrite à
un GMF. Bien, en deux ans, Mme la Présidente, elle n'a pas été capable jamais
de voir un médecin dans ce GMF là. Il a fallu qu'elle aille ailleurs.
Savez-vous comment qu'elle en a eu un,
médecin, elle en a vu un? Ils lui ont dit : Bien faites 8-1-1 puis essayez
de... mettez-vous en ligne puis essayez d'avoir un rendez-vous.
Donc, toutes les lettres, là, les
500 000 lettres, là, qui s'envoient, là : Vous avez un médecin
de famille, là, non seulement c'est mal
géré, Mme la Présidente... Parce qu'on l'a soulevé cette semaine encore, il y a
du monde qui ont reçu des lettres,
qui sont en CHSLD. Ils n'ont pas besoin de médecin, ils n'ont pas besoin... Ils
sont déjà couverts, eux autres, mais il y a un mari qui a reçu une
lettre pour sa femme décédée. Alors, c'est dans le 500 000. Puis, même si
vous recevez une lettre comme notre dame
d'hier, de 71 ans, avec le cancer, qui a eu un cancer de l'ovaire, bien,
en deux ans, elle le dénonce : Mon GMF a beau être à
30 minutes de chez moi porte à porte, je n'ai jamais été capable, en deux
ans, de les avoir.
Moi, j'ai eu un cas... j'ai en tête... j'allais
le nommer, je ne le nommerai pas, mais je lui ai parlé au téléphone, un
monsieur puis une dame que ma collègue de Jeanne-Mance—Viger, je suis certain
qu'elle la connaît, m'a appelé pour me dire : Écoutez, M. Tanguay, ça n'a
pas de bon sens, ça n'a pas de bon sens, ma femme, il faut qu'elle se fasse renouveler sa prescription, puis elle va voir le
pharmacien, puis le pharmacien lui dit : Madame, oui, je le sais. Les gens
qui sont dans les... avancés, 70 ans, là, avancés dans leur
70e année, il lui dit : Mais vous devez, madame, avoir un renouvellement par un médecin. Puis il a
renouvelé, il a renouvelé, puis, à un
moment donné, il s'est fait
dire : Là, c'est trois mois puis c'est fini, mais le monsieur, pour
sa dame, m'a appelé. Le désarroi, vous auriez dû voir ça, le désarroi. Puis ce qu'on lui a dit, bien, le pharmacien lui a
dit : Écoutez, je suis désolé de vous dire ça, mais allez à l'urgence,
vous allez avoir un, médecin. Voir si ça a de l'allure, ils ont payé des
taxes toute leur vie, ces gens-là, ils demandent une seule chose, un service
essentiel.
La première
mission de l'État, là, la première mission de l'État, c'est de s'occuper de
notre monde puis, au premier titre, de la santé et et du... et des
services sociaux. C'est ça, s'occuper de notre monde. Bien, la CAQ a
lamentablement échoué. Je pourrais vous parler, parce que j'ai été porte-parole
en santé, des listes d'attente en oncologie, les gens qui ont le cancer, qui devraient être vus dans la
semaine, puis qui n'ont pas été vus après deux mois, puis qui ne savent pas
quand ils vont être... quand ils vont être
vus, Mme la Présidente. Vous en avez, vous aussi, vous l'avez vu. Cette dame,
là, qui est sortie publiquement il y
a un mois et demi, qui avait le cancer du sein, si je me rappelle bien, puis
qui, elle aussi, faisait face à un délai qui allait au-delà de deux
mois, puis qui disait : Je ne suis pas capable de voir... Puis là le
cancer grandit à ce moment-là.
• (12 h 30) •
Ça, c'est un exemple patent de l'échec à donner
les services, puis pourquoi, Mme la Présidente, pourquoi? Parce qu'ils ont mal géré. Ils ont gaspillé. Ils
se sont bien, bien, bien éparpillés, ils ont gaspillé, puis les cas sont
nombreux. Vous allez dire : Ah! chez nous, avec SAAQclic... Bien,
SAAQclic, c'est des centaines de millions de dollars qui ont été gaspillés en pure perte, Mme la Présidente.
Puis la Vérificatrice générale du Québec disait qu'à terme ça va être beaucoup
plus que 1,2 milliard de dollars que ça va coûter, imaginez-vous
donc, pour un système informatique pour renouveler nos permis puis payer nos plaques de char.
Imaginez-vous, 1,2 milliard de dollars. Il faut-tu être pas bon, Mme
la Présidente!
Northvolt également. Je me rappelle de
l'ex-premier ministre, le sourire fendu jusqu'aux oreilles, avec Justin Trudeau, il annonçait Northvolt, toi,
chose. On ne connaît rien, nous autres, de l'opposition officielle. Vous êtes
donc bien rétrogrades! Nous autres, c'est la filière batterie. Je voyais
un Pierre Fitzgibbon bras dessus, bras dessous avec l'ex-premier ministre puis
Justin Trudeau, les sourires. Heille! Le premier ministre se comparait à Robert Bourassa.
C'était sa Baie James. Une chance que la Baie James n'a pas fait patate de
même, Mme la Présidente, parce que vous ne
me verriez pas. Il n'y aurait pas d'écran, il n'y aurait pas d'électricité ici
si la Baie James avait été gérée par l'ex-premier ministre, qui disait que Northvolt, lui, c'était
sa Baie James. Puis il disait : C'est pour ça que je fais de la politique,
pour des annonces comme ça que je fais de la politique. Je le cite au
texte, Mme la Présidente.
Bien,
Northvolt, là, dès le jour 1, on a dit : OK, c'est gros, mais on
avait énormément de questions. Laissez faire, laissez faire, vous ne
connaissez rien là-dedans, vous êtes rétrogrades, vous êtes contre la filière
batterie, vous êtes contre
l'avenir. On n'était pas contre l'avenir, on était pour le présent, pour savoir
c'est quoi qu'on a signé, Mme la Présidente. Puis, en ce sens-là, force
est de constater que cette belle grosse balloune là de Northvolt, elle a
explosé en plein vol. Puis c'était écrit dans le ciel. C'était écrit dans le
ciel. Parce que les questions, là... Puis on nous disait : Vous posez des
questions, vous remettez ça en question, mais vous allez voir, à la fin, il va
falloir que vous ravaliez vos paroles. On
aurait aimé mieux ravaler nos paroles, Mme la Présidente, que de payer la
facture. Puis les Québécoises et Québécois vont la payer, la facture,
puis pendant longtemps, malheureusement, pendant longtemps.
Sous la CAQ, sous la CAQ, figurez-vous donc ça,
là... Sous des gouvernements libéraux, la cote de crédit du Québec a changé
cinq fois, puis, dans les cinq cas, c'était une hausse de la cote de crédit du
Québec, c'était une amélioration. Entre autres, en 2019, je pense, j'y vais de
mémoire, pour DBRS, en 2019, le Québec avait une meilleure cote de crédit que
l'Ontario. Ça, c'était le fruit des années de M. Philippe Couillard, avec
rigueur, qui avait bien géré les finances publiques jusqu'en 2018. Pouf! On a
eu notre bulletin, qui était une hausse. Cinq hausses libérales, jamais, jamais
de décote.
Sous le gouvernement de la CAQ, pendant huit
ans, il y a eu une modification de la cote de crédit. Ça a été une décote, pas
plus tard que l'an passé, une décote, Mme la Présidente. Pourquoi? À force de
gaspiller, gaspiller, s'éparpiller. Puis on n'a même pas les services. Ce
serait une chose de s'entêter puis de loader ça sur la carte de crédit, au
moins, si on voyait les services. Mais tellement dépenser, ne pas avoir les
services... On a eu des déficits records. Ils auront rajouté sur la dette du
Québec plus de 100 milliards de dollars. Plus de 100 milliards de
dollars ajoutés sur la dette du Québec. Puis conjuguez ça avec le fait qu'ils
ont coupé de 40 % les transferts au Fonds des générations pour essayer de
payer l'épicerie, là.
Puis le ministre des Finances qui a averti, qui
a averti la première ministre, pas plus tard que le 2 mai, Mme la
Présidente, il y a un mois, le ministre des Finances écrit un courriel à la
première ministre... En passant, sa première réaction face à ce courriel-là, ça
a été de dire : Bien, je déclenche une enquête. Comment ça qu'il a été
coulé, ce courriel-là? Ce n'était pas supposé être rendu public. Bien, Thomas
Gerbet, il l'a eu, le courriel, puis il n'a pas été contesté. Le ministre des Finances disait, il y a un mois, à la vice...
à la première ministre, je le cite : «Je me dois de souligner que
je suis inquiet — ah! — du
nombre d'annonces considérées par notre gouvernement depuis votre élection.» Je
vous dis que ça n'a pas été long qu'il l'a rappelée à l'ordre. Elle venait
d'être élue le 14 avril. 2 mai, ça ne faisait pas trois semaines.
«Les Québécois connaissent l'état des finances publiques — oui — et
souhaitent une première ministre responsable qui ne dépense pas à tout vent
comme son prédécesseur était perçu.» Fin de la citation. Ça, on n'était jamais
supposés avoir copie de ce courriel-là. Mais, il y a un mois, c'est le ministre
des Finances qui a écrit ça à la vice-première... à la première ministre.
Mme la Présidente, ça ne s'invente pas. Il y
avait un cri de lucidité d'un courriel directement du ministre à sa première
ministre, lui disant : Arrêtez, arrêtez, je suis inquiet. Il avait mis,
pour le lendemain de la course à la chefferie de la CAQ, une cagnotte de
250 millions pour pouvoir faire des promesses jusqu'aux élections. Ça n'a
pas été long, Mme la Présidente, là, que le 250 millions, il a pris le
bord. Puis lui, il voyait passer, là, les projets, parce que ça n'a pas pris trois semaines, entre le 14 avril
puis le 2 mai, qu'il envoie le courriel, parce que probablement que, déjà
là, il disait : Ça y est, le 250 millions, on est rendus bien
au-delà de ça.
Alors, ce ne sera pas 336 millions, Mme la
Présidente, ça va être plus de 600 millions de dollars en annonces,
600 millions de dollars en annonces électoralistes, ce qui fait dire,
entre autres, à Antoine Robitaille : Elle me fait penser à Justin Trudeau,
qui essayait de se remonter parce qu'il était à terre dans les sondages, quand
il a annoncé qu'il n'y avait plus de TPS sur les sapins de Noël dans le mois de
décembre. Ça a-tu changé nos vies, ça, Mme la Présidente? Puis, on l'a mentionné, quelqu'un qui paie moins
cher ses cachous dans sa BMW, ça ne changera pas sa vie, ça, Mme la Présidente. Quelqu'un qui a reçu un chèque en mars
2022, année électorale, de 500 $, alors qu'il gagnait 100 000 $,
là, ça n'a pas changé sa vie, ça. Mais ça a changé la vie des finances
publiques, parce que cette mesure-là, en mars 2022, a coûté au fonds... au
trésor public 3,5 milliards de dollars, 3,5 milliards de
dollars. Il y avait de l'argent à dépenser. Pourquoi ne pas l'avoir dépensé aux
plus vulnérables? Pourquoi avoir prévu également un programme de soutien
récurrent? Le communautaire à boutte, ils auraient pu aider notre monde sur le
terrain, Le communautaire à boutte, Mme la Présidente.
Premier chèque, 500 $,
«gone with the wind», en mars 2022. Mais là, wo! les élections s'en
venaient, en automne 2022. Ils ont
dit : Comment on pourrait faire pour se faire élire? Un autre chèque en
décembre. Promesse : Si on est élus, on va vous envoyer un autre
chèque de 400 $ à 600 $ pour les 95 000 $, qui gagnent
95 000 $, salaire annuel, et moins par année. Ça, ça n'a pas coûté
3,5 milliards, ça a coûté 3,2 milliards de dollars. Il fait un
chèque, l'envoie, c'est fini, ciao, bye. 3,5
plus 3,2, 6,7 milliards de dollars qu'ils ont flaubés, permettez-moi
l'expression, de façon non récurrente.
Je questionnais l'ancien premier ministre,
l'ex-premier ministre. Je disais : Ça n'a pas de bon sens. Puis il
dit : Ah! ils ne connaissent pas ça,
eux autres, les libéraux, ils ne connaissent pas ça, eux autres, les finances
publiques, ce n'est pas une dépense
récurrente, ça fait que ça ne vient pas affecter la dette. Bien, dans votre
cash-flow, comme gestionnaires de fonds publics, Mme la Présidente, ça
fait tout un trou que de l'argent qu'on n'a pas. Puis, de l'argent, encore une
fois, s'il y avait 6,7 milliards de dollars à investir, ils auraient
pu l'investir à coût moindre, mais directement aux plus vulnérables, qui en arrachent, Mme la Présidente. Puis là les services
publics, face à ça, les services publics ne sont pas plus donnés.
Honnêtement, la décote, là, la décote, ça aura
été la marque de commerce de ce gouvernement-là, ça aura été et ce sera
l'étiquette qu'on va donner à ce mauvais gouvernement là. Ils auront été le
gouvernement de la décote et de la perte de
l'accès aux services. Il n'y a pas un service, il n'y a pas un service public — puis
je mets au défi à tous les jours celles
et ceux avec qui on en parle — qui
va mieux aujourd'hui que... sous la CAQ, Mme la Présidente, des promesses qui
ont été faites et des ressources qui ne sont
pas là. On le condamne. Et l'actuelle première ministre, qui a gagné sa course
à la chefferie, qui a fait en sorte que nous, on n'a pas
siégé pendant trois semaines et qui a fait en sorte que le ministre des
Finances a remis 250 millions de côté pour faire la course à la chefferie,
bien, ne changera rien à ce triste bilan là. C'est
la même administration. Elle était là, la première ministre, dans les quatre
dernières années. C'est son bilan. C'est exactement sa même équipe. On
entend beaucoup de collègues qui ne se représenteront pas. On ne voit pas
qu'une équipe est en train de se bâtir. Et
ce sera la CAQ... Et les Québécoises et Québécois, puis c'est correct, Mme la
Présidente, c'est bien correct, ils
auront essayé ça, la CAQ. Puis, la CAQ? Oui, puis, la CAQ? La CAQ, c'est fini,
là, Mme la Présidente. C'est cyclique, c'est cyclique.
Alors,
que reste-t-il maintenant? Quelles sont les options? Les options, Mme la
Présidente, c'est d'entendre la collègue de Terrebonne, du Parti
québécois, nous dire : Heille! il faut éliminer les barrières, puis le
gouvernement du Parti québécois, le cas échéant, aiderait notre économie. Bien,
voyons donc! On l'a, en début d'intervention, mentionné, que ce n'est pas avec le Parti québécois, en
montant la plus grande barrière qu'est la séparation, qu'on va aider nos PME.
Ce n'est pas avec le Parti québécois, qui, dans l'entente quant à l'avenir
énergétique du Québec, Terre-Neuve-et-Labrador...
Et, quand on entend le chef du Parti québécois dire : Bien, moi, cette
entente-là, je te déchirerais ça, c'est épouvantable, il n'y aurait pas d'entente... Pardon? On parle d'une entente majeure
pour s'assurer d'un approvisionnement en électricité avec Terre-Neuve.
Il faut que le gouvernement livre ça, là.
• (12 h 40) •
Le premier ministre,
il est allé vite également quand il a dit : Hourra! j'ai une entente. Ce
n'est toujours pas signé, mais, pour nous,
libéraux, c'est important. Le chef, pendant ce temps-là, du Parti québécois
promet que, s'il est élu, il va déchirer ça, puis il n'y en aura pas,
d'entente avec Terre-Neuve. Allo! Ça, l'énergie rime avec économie, et on ne peut pas s'asseoir là-dessus, parce qu'en 2041,
Mme la Présidente... On n'a pas vraiment... on n'a pas vraiment le choix,
pas du tout, de s'entendre avec Terre-Neuve.
Alors, l'option lors
des prochaines élections, ce sera clairement entre le Parti québécois, la
séparation, la piasse québécoise, les chicanes, les chicanes, se diviser entre
nous... Ah! ce n'est pas vrai, Mme la Présidente, qu'on va remplacer huit ans
de caquisme pour se rajouter un quatre ans péquiste. Voyons donc, Mme la
Présidente! Ça rime, ça rime, caquiste,
péquiste, puis ça rime aussi quand on entend l'option du Oui. L'actuel ministre
de la Culture a dit : S'il y a un référendum, moi, je vote oui.
Deux choses. J'ai hâte de le voir faire campagne dans Papineau, de un, et, de
deux, si d'aventure c'est un gouvernement du
Parti québécois puis qu'il manquait deux députés, là, hein, le
collègue, là, de Papineau, ministre de la Culture, il dirait : Bien
oui, comptez-moi, «count me in» pour le Oui. Bravo! Alors, c'est une question qui
va être importante.
Nous, ici, au Parti
libéral du Québec, là, il n'y a personne qui peut avoir le début du
commencement d'un doute qu'on va tous être,
le cas échéant... Mais on va faire en sorte que ça n'arrive pas. Ce serait un
non. Les Québécois ont le droit de
savoir. Alors, les candidats du Parti
québécois, c'est clair, c'est oui.
Tous les candidats et candidates de la CAQ devront dire si c'est oui ou
c'est non.
Une fois que je vous
ai dit ça, Mme la Présidente, nous, on va faire campagne avec notre chef Charles
Milliard, qui vient du monde de l'économie, qui connaît le Québec, qui a fait
plusieurs tournées du Québec partout, des régions, des femmes et des hommes qui
signent des chèques de paie, puis qui sont là pour bâtir leurs entreprises,
puis qui font montre de leurs défis, et nous, Mme la Présidente, au Parti
libéral du Québec, sous le leadership de Charles Milliard, nous aurons un plan
complet pour l'économie. Il n'y a personne au Québec, qu'on soit pour ou contre
le Parti libéral, il n'y a personne au Québec qui peut remettre en question une
qualité que nous avons, c'est d'être capables de bien gérer avec rigueur. Il n'y
a pas personne qui peut nous contester la rigueur comme qualité. C'est dans
notre ADN. Le gaspillage, Mme la Présidente, sous le gouvernement du Parti
libéral du Québec, là, il n'y en avait pas. Ça, c'est clair.
Alors, un plan
complet sous Charles Milliard quant à l'économie, gérer les finances publiques
avec rigueur pour mettre l'humain au coeur de la mission fondamentale du
Québec, pas juste boucler un budget puis faire balancer ça pour le fun, là,
mais de donner les services, de s'occuper de notre monde, d'avoir autre chose
que, comme, un adulte, comme satisfaction, dans les classes d'école, d'avoir
accès à de vrais professionnels de la santé en temps opportun, de véritables
prises en charge, s'assurer de la qualité de l'enseignement de notre français
sur les bancs d'école — l'avenir
du français est aujourd'hui assis dans les bancs d'école primaire, secondaire
et au cégep, Mme la Présidente — s'assurer,
donc, que le français soit bien enseigné, que les nouveaux arrivants puissent
avoir accès à des cours de français, que nos entreprises, nos PME
puissent être également soutenues, aidées, pas pénalisées puis persécutées, Mme
la Présidente, mais faire en sorte qu'ils puissent avoir, entre autres, des
logiciels en français. Puis ça, c'est la grande idée, c'est la grande force, le
socle de l'action d'un Robert Bourassa, Robert Bourassa, qui disait que la
force économique du Québec est la première, est la garante fondamentale de
l'avenir de notre langue, de notre culture, de s'occuper de notre monde.
Alors,
c'est ça, Mme la Présidente. Lors des prochaines élections, oubliez ça, la CAQ.
Puis, la CAQ, on l'a essayée. Ce sera entre le Parti québécois, la
séparation, lever les frontières, lever un mur, des frontières, la piasse
québécoise, la chicane... On ne remplacera pas huit ans de caquisme par un
quatre ans de péquisme. Ce sera entre le Parti québécois ou le Parti libéral du
Québec, qui va faire en sorte d'avoir un plan pour stimuler notre économie,
pour faire en sorte que l'on puisse avoir,
partout dans nos régions, des femmes et des hommes qui bâtissent le Québec, qui
contribuent à la société, faire en sorte qu'on ait une immigration ordonnée,
que les gens soient réellement bienvenus, soient également... aient les
services de francisation, régler, entre autres, la crise du logement, qui a été
niée pendant des années par ce gouvernement-là, créer une économie forte, créer
de la richesse, gérer avec rigueur puis donner les services, de grâce. Le
Québec d'abord, ce sera ça sous le leadership de Charles Milliard. Et vous
entendrez bien, Mme la Présidente, le soir
du 5 octobre 2026, à peu près, quoi, vers 20 h 55, à Radio-Canada, où on entendra, après que tous les débats auront eu lieu, la personne qui animera à ce moment-là nous
annoncer : Bien, si la tendance se maintient, le prochain gouvernement
sera un gouvernement libéral majoritaire, Mme la Présidente.
La
Vice-Présidente (Mme Soucy) : Alors...
Une voix :
...
La Vice-Présidente
(Mme Soucy) : Oui, allez-y, monsieur.
Motion formulant un grief
M. Tanguay :
«Que l'Assemblée nationale blâme sévèrement le gouvernement caquiste pour son
incapacité à bien gérer les finances publiques et à offrir les services
essentiels aux Québécois en temps opportun, notamment en ce qui a trait à la
conversion de 56 000 places en service de garde non subventionnées
promise en 2022.»
Merci, Mme la
Présidente.
La Vice-Présidente
(Mme Soucy) : Merci. Donc, vous savez que votre grief est déposé
sous réserve de sa recevabilité. Merci pour votre intervention.
Maintenant, est-ce
qu'il y a d'autres interventions? Oui, M. le député des Îles-de-la-Madeleine,
je vous cède la parole.
M. Joël Arseneau
M. Arseneau :
Merci beaucoup, Mme la Présidente. Aujourd'hui, je me lève dans le cadre du
débat ou de la réplique au discours
d'ouverture de la nouvelle première ministre. C'est une nouvelle première
ministre, oui, mais ce n'est pas un
nouveau gouvernement, à l'évidence. Ce gouvernement est au pouvoir depuis
maintenant huit ans, et, après huit ans, force est de constater qu'il est à
bout de souffle, en fin de régime, en fin de mandat. Aux Îles-de-la-Madeleine, on dirait qu'il est sur les
«pu yinque», parce qu'on voit devant nous un gouvernement qui arrive en fin de
vie utile, un gouvernement qui n'a pas de direction claire, sauf celle
de la prochaine campagne électorale, et surtout un gouvernement qui n'a pas
appris de ses erreurs.
La meilleure
démonstration, c'est probablement le Dossier santé numérique. Alors que les
Québécoises et les Québécois attendent toujours les conclusions complètes de ce
qu'on a pu tirer, là, comme leçons du fiasco SAAQclic, voilà qu'on s'apprête à
commettre les mêmes erreurs dans le Dossier de santé numérique, par exemple. Et
on voit, là, le bras de fer entre le ministère de la Cybersécurité et du
Numérique et Santé Québec, ou le ministère de la Santé, ou encore la question de la protection des données.
On sait qu'actuellement, là, il faut tendre et agir en matière de souveraineté numérique,
et pourtant nos données sont à risque présentement pour les 18 à 24 prochains
mois, les données de la santé des
Québécoises, des Québécois, les données de nos jeunes, de nos enfants. En fait,
ça a une valeur extrêmement importante pour les firmes internationales,
mais c'est à nos dépens. Il faut agir. Il faut se protéger en conséquence.
Le gouvernement, qui
aussi agit dans la précipitation, et ça, c'est... L'improvisation peut avoir
des résultats extrêmement importants. Un pas
en avant, deux pas en arrière. C'est ce qu'on a fait en matière de langue
française, c'est ce qu'on a fait en matière d'environnement, c'est ce
qu'on a fait en matière d'économie également. Malheureusement, avec les mêmes
solutions, on se retrouve à avoir, Mme la Présidente, les mêmes résultats.
Les
Québécois, ce qu'ils demandent, là, ce sont des politiques publiques
structurantes. Ils ne demandent pas, là, des mégaprojets ou... des
mégaprojets, si on prend, encore une fois, l'exemple des nouvelles technologies
ou de la transition numérique. On veut savoir où on s'en va, combien ça va
coûter puis éviter les dépassements de coûts, éviter la dépendance envers les entreprises
internationales. On en est loin. On est loin du compte à cet égard. On veut
surtout des services qui fonctionnent.
Encore ce matin, si
on veut voir là où est appliqué le nouveau Dossier santé numérique, on ne
connaît pas les listes d'attente... en fait,
le temps d'attente dans les urgences dans les deux régions, celles du... de la
Mauricie et du Centre-du-Québec et du Nord-de-l'Île-de-Montréal. Le
système, malheureusement, a encore des bogues. Il y a même des médecins
spécialistes qui ne sont pas payés, qui veulent prendre leur retraite de façon
prématurée ou quitter pour d'autres régions, voire d'autres juridictions.
On n'avance pas, Mme
la Présidente, on recule. Et on veut, donc, des résultats. Les gens au Québec
veulent tourner la page, veulent un
changement, et ce n'est pas ce qu'on a retrouvé dans le discours d'ouverture de
la première ministre.
• (12 h 50) •
Depuis des années,
les décisions se prennent de façon de plus en plus centralisée, de plus en plus
loin des communautés, des régions. On consulte moins les gens qui vivent la
réalité du terrain, que ce soit dans les ministères, que ce soit, par exemple, dans le domaine de la santé et des services
sociaux, où on a créé cette structure, Santé
Québec, qui est de plus en
plus éloignée de la réalité du terrain. Les gens nous appellent pour nous
dire : Quelle est la porte d'entrée pour faire valoir mes prérogatives,
pour faire valoir les problèmes et les enjeux du quotidien, parce que j'ai
aussi des solutions à proposer? Malheureusement, on ne sait pas par quelle voix
se faire entendre, parce qu'on a pris une distance beaucoup trop grande par
rapport aux décideurs, les «top guns» qu'on a mis en place dans une structure
qui n'en finit plus de grossir et de coûter,
évidemment, beaucoup trop cher aux contribuables, alors que l'argent
n'est pas investi dans les services et dans l'accès aux soins de santé
et aux services sociaux.
Les solutions mur à
mur, on le dit, on le répète depuis des années, il faut en sortir. Les réalités
sont plurielles à travers les régions du Québec et pourtant elles ne sont pas
écoutées, ces solutions qui viennent du terrain.
Je prendrais l'exemple du transport. On a un
enjeu de transport interurbain, un enjeu de transport collectif. Ce qu'on a eu
comme solution à la Coalition avenir Québec, ça a été de couper les ailes du
transport collectif, de retrancher 200 millions au
budget qui était distribué à travers les différentes sociétés, et agences, et
régies, alors qu'on était en plein développement et qu'on était loin, évidemment,
d'un service de transport en commun applicable ou observable dans les villes.
Mais, tout de même, il faut donner les moyens des ambitions aux régions.
C'est la même chose en ce qui concerne les
déplacements, les déplacements en matière de transport aérien également. Oui,
il y a un programme qui a été mis en place, il y a des réformes qui ont été
également adoptées, avec pour résultat que, oui, il y a de plus en plus de gens
qui voyagent, mais est-ce que ce sont les gens des régions qui en bénéficient?
On peut calculer facilement, à l'heure actuelle, qu'entre l'ancien programme et
le nouveau programme les coûts pour les
billets d'avion vers les régions, vers les Îles-de-la-Madeleine, plus
spécifiquement, ont augmenté de 50 %. Alors, c'est ça, la réforme.
C'est le résultat de la réforme de l'an dernier en matière de transport aérien.
Il faut y voir.
On a parlé des infrastructures depuis plusieurs
semaines, des infrastructures qui sont vieillissantes, face au syndrome de la
coupure du ruban. Est-ce que le Québec a encore les moyens de parler et encore
moins d'investir dans quelque chose comme un troisième lien dans la région de
Québec, alors que les infrastructures actuelles en matière de transport ou en
matière de santé, par exemple, croulent littéralement sur le poids des... sous
le poids des années? Les projets qui sont structurants, aujourd'hui, sont des
projets de maintien des actifs, et pourtant les... on n'avance pas dans ce...
dans ce domaine-là. Il suffit de regarder les derniers rapports. Depuis huit
ans, depuis que la CAQ est au pouvoir, la proportion de routes en bon état est
passée de 65 % à 45 %. C'est majeur. C'est un déficit
d'investissement qui nous rattrape, oui, mais qui va rattraper encore davantage
les générations qui nous suivent.
Évidemment, je parlais du transport collectif
dans les régions, que dire du transport... du transport urbain, du transport en
commun, où, là aussi, qu'on parle du métro de Montréal, qui croule, là, sous le
poids des investissements à faire... Mais on a aussi les autobus qui doivent
être renouvelés. On doit constater, là, Mme la Présidente, que le parc
automobile des autobus, à travers les différentes villes du Québec, il est
vieillissant. Parfois, on a 10, 12, 15 ans d'utilisation de ces
autobus-là. Et la production prend plusieurs années, mais actuellement il n'y a
pas de budget pour commander de ces autobus-là parce qu'on a réduit la part
gouvernementale au financement des sociétés de transport urbain. On pourrait imaginer qu'un équilibre soit
essentiellement au tiers, tiers, tiers : le tiers par les usagers, le
tiers par les villes ou les sociétés de transport, le tiers par le
gouvernement. La part du gouvernement a été réduite ces dernières années, ce qui pose un réel problème pour
atteindre les objectifs qu'on s'était donnés à travers la politique de
développement durable ou... non, pas de développement durable, mais de
mobilité durable, Mme la Présidente.
Et cette politique-là, où est-elle maintenant?
On n'en parle plus. Il y a un comité de suivi qui doit, justement, conseiller
le ministre pour permettre d'arriver avec une nouvelle mouture. On l'attend
depuis trois ans, cette nouvelle mouture de la politique de mobilité durable.
On peut douter de l'intérêt du gouvernement à adopter un nouveau plan d'action. La politique, elle demeure, mais une
politique sans plan d'action, sans financement, sans investissement,
évidemment, ça ne permet pas d'avancer, ça ne permet pas d'aller plus
loin, ça ne permet pas d'améliorer le bien-être de la population, alors qu'évidemment c'est une question... Il y a une
question de coût là-dedans. Le coût de la vie augmente, et le transport
en compose une large part. Et le transport
en auto solo est extrêmement coûteux. Il faut développer des services de
transport en commun, des transports
collectifs dans l'ensemble du Québec. Et, à ce chapitre-là, Mme la Présidente,
on recule encore une fois.
Une absence de vision qui est observable auprès
du gouvernement, c'est aussi dans le domaine maritime. La voie du Saint-Laurent,
on en parlait hier avec le 90e anniversaire des armateurs du Québec, eh
bien, c'est une richesse économique, environnementale et stratégique
exceptionnelle. Et pourtant il n'y a pas un sou qui a été investi dans la Stratégie maritime du Québec depuis son
renouvellement. Comment peut-on imaginer qu'on va avancer si on ne peut pas contribuer
au développement à cet égard?
Les communautés maritimes attendent. Je pense à
Matane, par exemple. On nous a dit, lors de l'étude des crédits, que ce projet-là était sur le sommet de la pile. Il y a des
rencontres qui se tiennent ces jours-ci, Mme la Présidente. On espère que ça débloque, parce que les montants
sont importants à investir et ils sont structurants, surtout. Et, à défaut de
les investir, bien, c'est un recul
incommensurable qu'on va subir, il faut l'éviter à tout prix, des pertes
d'emploi, là, qu'on pourrait imaginer, qui dépassent le millier
d'emplois liés, justement, au port de Matane uniquement.
On parle
souvent également d'occupation du territoire, mais, pour occuper le territoire,
il faut pouvoir s'y déplacer, il faut pouvoir y obtenir des services.
Puis là je vais parler un peu des services de santé. Comment se fait-il qu'en
2026 on a encore une difficulté à permettre aux familles, permettre aux femmes
enceintes d'avoir un suivi de grossesse, de pouvoir accoucher en toute sécurité
avec tous les services? Mais, non, il n'y a pas une journée qui se passe sans
qu'on ait une manchette qui nous annonce la fermeture d'un service
d'obstétrique à Sainte-Anne-des-Monts. C'est dans le Témiscouata, c'est en... plus loin, à Gaspé. Ça peut être également
sur la Côte-Nord, jusqu'à Saint-Eustache, Lac-Mégantic. À un moment donné, depuis trois ans, on réclame qu'un comité
spécial soit mis en place pour trouver des solutions. Et, à mon point de vue,
c'est l'un des plus grands échecs de Santé Québec, puisqu'on devait avoir un
seul employeur, une façon plus structurée de voir les enjeux criants du
système, puis avoir une approche globale qui nous permette, justement, de
répartir les services publics, et particulièrement en santé, et éviter les
déserts médicaux. C'est ce qu'aurait pu apporter Santé Québec. Même là, c'est
un échec évident, parce qu'encore aujourd'hui le service, là, d'obstétrique à
Lac-Mégantic est toujours fermé. On parle du mois d'octobre prochain.
Bref, on a de nombreux éléments sur lesquels, je
pense, il faut s'interroger quant au legs de ce gouvernement.
Motion formulant un grief
Et, puisqu'il me manque de temps, je vais y
aller, Mme la Présidente, avec une motion de grief. Est-ce que je peux la lire
maintenant? La motion de grief est la suivante :
«Que
l'Assemblée nationale blâme sévèrement le gouvernement caquiste de n'avoir mis
en place aucune solution structurante pour réduire le temps d'attente des
Québécois — et
des Québécoises — à
l'urgence et d'avoir plutôt proposé des solutions cosmétiques, comme des
projets pilotes de salles d'attente virtuelles dans les urgences.»
Merci, Mme la
Présidente.
La Vice-Présidente
(Mme Soucy) : Merci, M. le député. Est-ce qu'il y a d'autres
interventions? Monsieur, juste avant de terminer, juste vous préciser que votre
motion est déposée sur réserve de sa recevabilité, bien entendu.
Donc, est-ce qu'il y
a d'autres interventions? Comme il n'y a pas d'autre intervention, je vous...
Bien oui, vous êtes debout. Est-ce que vous avez une question ou je peux
poursuivre? Parce que le...
M. Charette :
Simplement, pour la suite de nos travaux, Mme la Présidente, je vous
demanderais un vote... un vote électronique, pardon, et de le reporter à la
prochaine période des affaires courantes.
La Vice-Présidente
(Mme Soucy) : Donc, je vais mettre aux voix, premièrement, avant
de nous demander le vote électronique, je vais juste procéder.
Donc, je vous informe
que les motions formulant un grief présentées dans le cadre de ce débat sont...
sont toutes recevables.
Conformément à l'article 50.1
de notre règlement, nous allons maintenant procéder aux votes sur les motions
formulant un grief présentées dans le cadre de ce débat ainsi que sur la motion
de Mme la première ministre proposant que l'Assemblée approuve la politique
générale du gouvernement.
Et
je dois d'abord mettre aux voix la motion formulant un grief, donc, présentée
par le chef de l'opposition officielle, qui se lit... qui se lit comme
suit :
«Que l'Assemblée
nationale blâme sévèrement le gouvernement caquiste pour l'absence de résultats
concrets, la dilution de ses engagements envers les Québécois et la
présentation d'une vision recyclée inadaptée aux défis d'aujourd'hui.»
Donc, cette motion
est-elle adoptée?
• (13 heures) •
Une voix : ...
La Vice-Présidente (Mme Soucy) : Donc,
il y a une demande de vote électronique par le leader de l'opposition
officielle. M. le leader adjoint du gouvernement, vous aviez... vous êtes
debout.
M. Charette :
Et nous demandons le report à la prochaine période des affaires courantes,
Mme la Présidente.
Votes reportés
La Vice-Présidente
(Mme Soucy) : Donc, conformément à la demande du leader adjoint
du gouvernement, les votes sur les motions formulant un grief et sur la motion
de Mme la première ministre seront tenus à la période des affaires courantes de
demain.
Compte tenu de
l'heure, je vous informe que je suspends...
Une voix : ...
La Vice-Présidente (Mme Soucy) : Juste
un instant, là. Oui? Parce que, là, il est 13 heures, alors il faut...
Est-ce qu'il y a... Là, je veux juste... Est-ce que, M. le leader
adjoint, vous voulez prendre la parole pour quelque chose ou je termine ça là?
M. Charette :
...de demander le report qui a été consenti. Merci.
La Vice-Présidente
(Mme Soucy) : C'est correct.
Nous suspendons les
travaux jusqu'à 15 heures.
(Suspension de la séance à 13
h 01)
(Reprise à 15 h 01)
La Vice-Présidente
(Mme D'Amours) : Bonjour, chers collègues. Veuillez prendre place,
s'il vous plaît.
Des voix :
...
La Vice-Présidente
(Mme D'Amours) : C'est débuté, messieurs, on a débuté nos travaux.
Donc, s'il vous
plaît, Mme la leader adjointe du gouvernement, pour la suite de nos travaux,
s'il vous plaît.
Mme LeBel : Merci de faire la discipline, Mme la Présidente,
c'est apprécié. Alors, je vous demande... Et on va... on va la respecter
de notre côté, ici.
Donc, Mme la Présidente, je vous demande
d'appeler l'article 3 du feuilleton, s'il vous plaît.
Projet de loi n° 3
Adoption du principe
La Vice-Présidente (Mme D'Amours) :
Merci. À l'article 3 du feuilleton, M. le ministre responsable des... Institutions, pardon, démocratiques propose
l'adoption du principe du projet de loi n° 3, Loi visant à
assurer la représentation effective des électeurs.
Y a-t-il des interventions? Oui, M. le député de
Gaspé, la parole est à vous.
M. Stéphane Sainte-Croix
M. Sainte-Croix : Merci,
Mme la Présidente. J'aimerais d'abord vous souhaiter une très agréable Journée
de la Gaspésie, qui... — merci,
merci, merci — qui,
croyez-le ou non, fête son 20e anniversaire cette année. Donc, félicitations
pour l'initiative et bonne journée à tous les Gaspésiens et Gaspésiennes de
partout sur la planète.
Mme la Présidente, le projet de loi n° 3 est essentiel pour assurer la représentation de
l'ensemble des électeurs de notre province. Il faut avoir une carte électorale
adaptée à la diversité des réalités régionales. C'est un enjeu qui touche au
fondement même de notre démocratie, Mme la Présidente. Nous sommes contents,
très heureux de travailler avec tous les groupes parlementaires sur ce projet
de loi, dans un esprit collaboratif, et j'ajouterais même constructif.
Avec les critères actuels sur lesquels la
Commission de la représentation électorale doit se baser, la dernière révision de la carte électorale crée deux
comtés : Bellefeuille dans Laurentides-Lanaudière et
Marie-Lacoste-Gérin-Lajoie dans l'Estrie—Centre-du-Québec. Cependant, pour
maintenir 125 circonscriptions, la dernière carte de la commission fait aussi disparaître deux comtés en Gaspésie et
sur l'île de Montréal. La restriction d'un maximum de 125 comtés et les
critères actuels de délimitation de la carte limitent la capacité de la
commission à agir pour bien représenter tous les électeurs. Pas de problème si
les critères actuels amènent la création de deux nouveaux comtés pour avoir une
meilleure représentation, mais il ne faut
pas, non, il ne faut pas sacrifier les comtés en Gaspésie et à Montréal. Nous
sommes tous soucieux d'assurer une représentation juste de l'ensemble
des électrices et des électeurs.
Notre volonté est celle d'avoir une carte
électorale qui reflète la place de l'ensemble des régions du Québec dans notre
démocratie. Concrètement, le projet de loi n° 3 vise
à sauvegarder le nombre et la délimitation actuelle des circonscriptions de la
péninsule gaspésienne et de l'île de Montréal. Pour cela, le projet de loi
porte le nombre total de circonscriptions à 127. Ce sont
12 circonscriptions dont la délimitation provient de l'ancienne carte,
quatre en Gaspésie et au Bas-Saint-Laurent,
huit sur l'île de Montréal. Pour le reste du Québec, il permet l'entrée en
vigueur du reste de la délimitation établie par la commission.
Le projet de loi prévoit également trouver une
solution pérenne, Mme la Présidente, à l'enjeu du redécoupage de la carte. Pour
ce faire, nous allons mettre sur pied un comité indépendant sur la représentation
électorale. Ledit comité serait composé de trois membres, Mme la
Présidente : un juge retraité de la Cour du Québec, un ancien député de
l'Assemblée nationale et un expert en matière de représentation électorale. Le
mandat du comité serait de réviser les critères et le processus de délimitation
prévus à la Loi électorale et de revoir la composition et le mandat de la Commission
de la représentation électorale. Il devra formuler des recommandations pour
doter la CRE d'un cadre moderne, pour redécouper la carte, qui lui donne tous
les outils pour faire son travail.
Je conclurai, Mme la Présidente, en affirmant
que nous sommes sur la bonne voie pour protéger nos régions, d'autant plus que
ce projet de loi découle d'une démarche transpartisane, faut-il le préciser.
J'invite tous les députés de l'Assemblée nationale à adopter le projet de loi n° 3,
Loi visant à assurer la représentation effective des électeurs. C'est nul autre
que l'équilibre de la représentation démocratique qui est en jeu. Je vous
remercie, Mme la Présidente.
La
Vice-Présidente (Mme D'Amours) :
Merci beaucoup, M. le député. Je
cède maintenant la parole à M. le député de LaFontaine.
M. Marc Tanguay
M. Tanguay : Merci beaucoup,
Mme la Présidente. Alors, je salue mon collègue, qui représente bien sa région
dans ce débat du projet de loi n° 3, qui vise à faire avancer le Québec.
Puis je pense que nos interventions vont être complémentaires. Et je ferai
miens, donc, les propos qu'il a tenus. Je les fais miens puis je vais ajouter peut-être
deux, trois aspects. Puis je pense que tous les collègues, parce que c'est une
coconstruction, le collègue de Québec solidaire puis du Parti québécois vont en
rajouter également, puis vous allez avoir l'ensemble du tableau.
Moi, Mme la
Présidente, je siège ici depuis 2012 puis je n'ai jamais vu ça, sur la carte
électorale, une quasi-unanimité à ce point-là. On ne viendra pas accuser
la CAQ, le Parti libéral, QS puis le Parti québécois de forger une carte qui va
venir favoriser leurs intérêts partisans. On
n'a pas les mêmes intérêts partisans, puis le fait que les quatre, on soit là,
main dans la main avec les autres collègues, sauf exception, indépendants,
démontre que ça, Mme la Présidente, ce n'est aucunement pour des intérêts partisans, parce que ça n'aurait jamais
vécu une minute, cette affaire-là, puis ça fait des mois et des mois.
Il y avait eu une première
tentative, qui s'est ramassée en Cour suprême puis... Mme la Présidente, pour
s'opposer à ce projet de loi n° 3 là. Là, il faut comprendre la décision
de la Cour d'appel, il faut comprendre la décision de la Cour suprême, puis il faut comprendre ce qu'est l'État de droit,
et puis il faut comprendre ce que veut dire l'indépendance d'une
institution. Ce qu'on fait, puis je fais suite aux propos de mon collègue de la
CAQ, ce qu'on fait, c'est qu'on fait avancer
le Québec. Il était prévu, pour avoir une meilleure représentativité de la
région Laurentides-Lanaudière... Ils ont eu plus d'électeurs, il fallait leur donner un comté de plus. Parfait. Il
fallait donner un comté de plus également à Centre-du-Québec, dans le
bout de Drummondville, il fallait leur donner un comté de plus. Parfait. Pour
ce faire, là, on pénalisait la Gaspésie puis l'est de Montréal, on leur
enlevait leur comté.
Là, ce qu'on
fait, Mme la Présidente, c'est «win-win», «win-win», on ajoute deux comtés. Ce
n'est-tu pas beau, ça? Ce n'est pas nous qui avons fait au Crayola la
carte électorale. On reprend les délimitations qui tenaient la route sur les
dernières élections et pour 115 comtés sur la nouvelle carte électorale.
Autrement dit, c'est statu quo, Montréal, statu quo, Gaspésie, et on vient
revisiter les critères qui, soit dit en passant, quand on lit les jugements,
puis qu'on les comprend, puis qu'on comprend
la notion d'État de droit... parce que, quand on me plaide l'État de droit, on
ne peut pas accepter ça. Je
comprends, mais je ne vois pas le rapport, Mme la Présidente, là. Malgré mon
bac en sciences politiques puis mon bac en droit, je ne vois pas le rapport de
l'État de droit, là. On me sortira Rousseau là-dessus, là, De l'esprit des
lois, là.
Alors, ce qu'on fait, Mme la Présidente, c'est
qu'on respecte les délimitations qui ont déjà été faites par le passé. On ajoute deux comtés, tout le monde est
content, et, enfin, on révise les critères. Saviez-vous qu'il a été mentionné
à la Cour suprême que la loi québécoise est celle pour laquelle les critères
sont les plus flous? La Cour suprême l'a affirmé dans les délibérations. Alors,
quand on dit respecter... quand on dit deux choses, il faudrait que ça respecte
la délimitation, mais il faudrait que ça respecte une communauté naturelle.
Bien, la CRE, là, qui est le Directeur général des élections puis deux citoyens... La CRE, là, c'est le directeur
général des élections puis deux citoyens. Alors, quand on me dit :
Heille! le Directeur général des élections puis la CRE, les deux sont contre
ça... Je ferme la parenthèse.
• (15 h 10) •
Alors, une
fois que j'ai dit ça, la CRE, elle, je pense qu'ils sont de bonne foi. Ils ont
déjà déterminé des cartes électorales en toute indépendance. On maintient leurs
travaux puis on va venir préciser ce qui est tout à fait flou, Mme la
Présidente. Et peut-être que, d'aventure, avec le comité auquel faisait mention
mon collègue, peut-être que le comité va
dire : Bien, ce serait peut-être bon d'ajouter, comme considérant, le
kilométrage carré de ce que représente une circonscription, parce que
l'urbain puis ce qui est en région, ce n'est pas la même réalité.
Alors, on
fait avancer le Québec, Mme la Présidente, puis je suis... honnêtement, là, je
suis fier de nous collectivement puis je suis confiant qu'on va y
arriver. Et tout le monde a le droit de cité ici, à cette Assemblée nationale,
mais il faut quand même arriver avec des arguments qui tiennent la route. Puis,
de grâce, parlez-moi pas ici, Mme la Présidente, collègues, là, de l'État de droit, parce que ça n'a pas rapport, puis
parlez-moi pas de respecter l'indépendance de la CRE. On la respecte, on
la galvanise puis on fait en sorte que, de façon transpartisane, on fait
avancer le Québec. Bien, c'est ça, une fois
de temps en temps, qu'on est capables de faire ici, à l'Assemblée nationale,
faire avancer le Québec de façon quasi unanime, puis je pense qu'on va y
arriver. Merci, Mme la Présidente.
La
Vice-Présidente (Mme D'Amours) :
Merci beaucoup, M. le député. Je
cède maintenant la parole à M. le député de Jean-Talon.
M. Pascal Paradis
M. Paradis : Merci, Mme la
Présidente. J'aimerais joindre ma voix à celle de mon collègue de Gaspé et de
mon collègue de LaFontaine pour commencer par souligner l'aspect transpartisan,
qui est un des beaux aspects de ce projet de loi qu'on a devant nous, qui est
le projet de loi qui vise à assurer la représentation effective des électeurs.
Nous nous sommes réunis pour le travailler ensemble, pour le présenter ensemble
et pour le faire adopter ensemble. Je vous le dis, Mme la Présidente, moi, ça
fait à peu près deux ans et demi que je suis député, c'est un des plus bels
exercices auquel j'ai participé. Au départ, mon collègue de LaFontaine vient
de le dire, il a fallu qu'on mette de l'huile dans les engrenages parce que les
intérêts partisans électoraux de la Coalition avenir Québec, du Parti libéral
du Québec, de Québec solidaire, du Parti québécois sont complètement
différents. Et on s'est entendus pour les mettre complètement de côté,
complètement. On s'est dit : Là, il faut faire la bonne chose dans
l'intérêt supérieur du Québec. Et on a travaillé. Une fois que ça a été établi,
nous avons travaillé avec ce seul objectif en tête. Nous l'avons fait avec
ouverture, avec transparence. On a regardé les décisions des tribunaux, on a
regardé tout ce qu'on avait à faire, on a regardé les travaux de la CRE, du Directeur
général des élections, et on est arrivés avec une solution qui est la plus
raisonnée, et la plus raisonnable, et qui fait en sorte que personne n'est
perdant au Québec, personne, qu'on préserve les intérêts de la Gaspésie et
qu'on préserve les intérêts de l'est de Montréal, tout en reconnaissant les
changements démocratiques... démographiques
qui font en sorte que les Laurentides et que le Centre-du-Québec ont besoin
aussi d'une représentation différente.
C'est très important de le dire, parce qu'il y a
eu toutes sortes d'adjectifs qui ont été utilisés pour qualifier notre travail. Notre travail fait en sorte que nous
n'avons délimité aucune circonscription. Il n'y a personne qui a pris des
ciseaux ou un crayon puis qui s'est mis à dessiner des circonscriptions.
Aux États-Unis, on appelle ça le «gerrymandering». Il n'y en a eu aucun. Nous
avons pris 12 circonscriptions délimitées par le Directeur général des
élections en fonction des travaux de la CRE, qui étaient jugés comme
parfaitement légitimes, parfaitement respectueux de l'État de droit jusqu'à il
y a quelques semaines. On a pris celles-là pour préserver les intérêts des
citoyens de la Gaspésie et des citoyens de l'est de Montréal. Pour le reste,
c'est 115 circonscriptions qui ont été délimitées par le DGE, par le Directeur général des élections, et la CRE en fonction,
donc, de sa nouvelle carte électorale. Résultat des courses, les
127 circonscriptions déterminées par le projet de loi devant nous ont été
délimitées par le Directeur général des élections et par la commission, par la
CRE.
Pourquoi on utilise, dans le cas de
12 circonscriptions, celle qui était légitime jusqu'à il y a quelques
semaines et qui est toujours parfaitement légitime? C'est parce que les
circonscriptions ont été délimitées en fonction de critères qui sont obsolètes,
qui datent d'il y a très longtemps et qui doivent être révisés. Et ça, ça fait
l'unanimité. Il n'y a personne... on n'a entendu personne dire le contraire.
Même le Directeur général des élections du Québec, dans ses dernières
communications, a dit : Je conviens que les députés peuvent revoir les
délimitations des circonscriptions. C'est notre rôle. La loi actuelle, la Loi
électorale actuelle, elle a été votée démocratiquement par les députés de
l'Assemblée nationale. Donc, ça, c'est notre rôle, et on a vu ce que les
tribunaux ont dit, et on s'est placés dans cette perspective-là. Il y a un
exercice qui est structurant pour l'avenir. Il va y avoir un comité, qui a été
décrit par mon collègue tout à l'heure, qui va être mis en place pour revoir
les critères. D'ici ce temps-là, pourquoi on laisserait des citoyens de la
Gaspésie et de l'est de Montréal perdre au change parce que leurs
circonscriptions ont été revues en fonction
de ces critères obsolètes? On s'est dit : Il faut préserver les droits.
Et, à la fin, personne n'y perd, je le réitère, et je le réitère aussi que ça
répond aux critères qui ont été identifiés par les tribunaux dans ces... dans
leurs récentes décisions.
Si on ne fait pas ça, qu'est-ce qui va se
passer? Il va y avoir des circonscriptions qui vont disparaître, qui ne
reviendront jamais. Ça ne revient pas, des circonscriptions. Il n'y en a pas,
dans notre histoire, des cas où il y a une circonscription qui disparaît, puis
là, pouf, du jour au lendemain, on la fait réapparaître. Et il y a des gens de
la Gaspésie et de l'est de l'île de Montréal qui sont venus s'adresser à nous
cette semaine, et j'espère qu'ils ont été entendus par tous les députés de l'Assemblée nationale, qui sont venus nous expliquer
à quel point il va y avoir des pertes irrémédiables pour les gens de la
Gaspésie et les gens de l'est de Montréal, si on ne fait pas ce qui est indiqué
dans le projet de loi, c'est-à-dire de préserver leurs intérêts, le temps qu'il
y ait des nouveaux critères qui soient déterminés.
Entendons les gens de la Gaspésie et de l'est de
l'île de Montréal, entendons les gens, à travers le Québec, qui disent : C'est important d'avoir une juste
représentation, et que cette juste représentation, elle soit déterminée en
fonction de critères modernes. Alors, je nous vois unis, je suis fier de
ce travail transpartisan. Mon collègue l'a dit, mais c'est les moments où on se
sent le plus fiers d'être députés, quand on travaille ensemble dans l'intérêt
supérieur du Québec. J'invite tous les députés, tous les députés de cette
Assemblée, à respecter cette belle manifestation de démocratie et à appuyer le
projet de loi n° 3 pour qu'il soit adopté d'ici la
fin de cette session. Merci, Mme la Présidente.
La
Vice-Présidente (Mme D'Amours) :
Merci beaucoup, M. le député. Je
cède maintenant la parole à M. le député de Saint-Jérôme.
M. Youri Chassin
M. Chassin : Merci, Mme la Présidente. Alors, que d'enthousiasme, c'est
un sujet qui fait débat, mais, en toute honnêteté, je suis conscient que mon
point de vue est très minoritaire. En même temps, ça me permet, dans cette
adoption de principe, de pouvoir peut-être l'expliquer davantage. Parce que
c'est vrai qu'il y a des très bons points, puis
j'en ai entendu plusieurs, et que je suis prêt à reconnaître. Il y a aussi des
points d'inquiétude, et puis c'est ceux-là qui, moi, me portent à, disons,
lever un sourcil, à tout le moins, puis à y réfléchir, puis j'invite mes
collègues à faire de même. Peut être saurai-je les convaincre, Mme la
Présidente, peut-être pas.
Est-ce que, dans un processus de délimitation de
la carte électorale, qui est réalisé de manière indépendante... Pourquoi? Bien, essentiellement, parce qu'avant
que ce soit fait de manière indépendante, bien, c'étaient les élus eux-mêmes,
hein, qui délimitaient les comtés. Il y avait beaucoup d'exceptions, le Québec
faisait vraiment piètre figure. On s'est dit :
Si... Puis ça s'est passé un peu graduellement, là, au fil du temps, quoique,
personnellement, j'aurais tendance à dire qu'en 1971, avec Robert Bourassa, ça a peut-être été un moment charnière pour la carte électorale, mais,
après ça, il y a eu un ministre, M. Bédard,
qui a été instrumental aussi pour donner la structure qu'elle a à la Commission
de représentation électorale. Mais toute la réflexion était de dire...
puis pas juste parce que c'était partisan, parce que c'était un peu les joueurs
qui arbitraient le match.
• (15 h 20) •
Notre légitimité, comme députés, étant
directement issue de la carte électorale, bien, évidemment, de la confier à un organisme indépendant, d'avoir un travail
très rigoureux qui se fait et qui, dans la pratique, représente plein de petites
décisions sur, justement, qu'est-ce qui est une communauté d'identité,
qu'est-ce qui, selon l'histoire ou la géographie, pourrait justifier qu'on réunisse, dans une même circonscription, tel
coin ou tel coin, mais peut-être moins tel autre... parce qu'il y a des
différences, puis il y a une diversité dans le territoire québécois.
Il y a des distances aussi, il y a des nombres
importants d'électeurs à certains endroits, parce que, ça aussi, je pense que c'est important de s'en souvenir. Mais
cette équité du pouvoir électoral, d'avoir, évidemment, le plus possible, pas
de manière absolue, mais le plus possible pour chaque citoyen, environ le même
pouvoir électoral, à une exception près,
hein, parce qu'on a quand même une exception importante qui est enchâssée dans
la loi et qui concerne les Îles-de-la-Madeleine,
avec la réalité insulaire... Alors, évidemment, je vois le collègue des Îles-de-la-Madeleine,
et puis moi, je comprends que... parce qu'ils
ont aussi... leur réalité est très particulière. Bien, effectivement, ils ont
peut-être des votes plus, comment
dirais-je... plus concentrés dans chaque personne, mais, en même temps, ça fait
partie de leur réalité, puis moi, je pense que ça peut se justifier.
Et j'en profite, avec le collègue de Gaspé, pour
souhaiter une très joyeuse Journée de la Gaspésie à tous les Gaspésiens et
Gaspésiennes. Parce que, bien que je comprenne leur colère à mon endroit, qui
vient essentiellement de la surprise... en fait, ils
étaient étonnés qu'on n'adopte pas un projet de loi qui apparaissait,
justement, transpartisan et consensuel. Bien, peut-être qu'on leur a fait des
promesses ou qu'on leur a dit que c'était réglé alors que ça ne l'était pas tout
à fait. Mais, à coup sûr, je pense qu'en Gaspésie il y a des éléments à faire
valoir et que de revoir les critères, de
revoir ceux qu'on a enchâssés dans la Loi
électorale, on va s'entendre. Et ça,
effectivement, je pense que le député de LaFontaine le disait, c'est
unanime, on peut revoir ces critères-là. Est-ce qu'on sera d'accord, après? On
peut certainement en discuter.
Mon point, et c'est
ça, principalement, Mme la Présidente, c'est qu'on s'est dotés d'une loi, d'un
processus, et ce processus, il a été suivi
et il a abouti. Il a abouti à un résultat qui ne fait pas l'affaire de tout le
monde, mais il a abouti. C'est donc très difficile et, à mon avis,
impossible de défendre la légitimité d'une intervention postrésultat, alors que
l'indépendance du processus a été maintenue. Le moment de révision de la loi,
le moment de révision des critères, notre rôle parlementaire, comme députés, il
intervient à un moment précis dans le temps, et ce n'est certainement pas... Puis là, évidemment, on a vu la réaction du Directeur général des élections et la Commission
de la représentation électorale. Effectivement,
le Directeur général des élections siège aussi à la tête de la Commission de la
représentation électorale, je concède tout à
fait le point au collègue de LaFontaine, mais il a réagi en tant qu'institution qui doit
préparer les élections et qui s'en inquiétait à moins de quatre mois du
déclenchement des élections. Et ça, c'était début mai, Mme la Présidente, on
est début juin. Dans la loi, on parle que la carte électorale doit être publiée
au moins six mois avant la tenue des élections. On n'est pas à six mois de la
tenue des élections, Mme la Présidente, on est à moins de trois mois du
déclenchement des élections. Il y a des partis politiques qui ne savent pas s'ils
doivent... s'ils doivent organiser ou non certaines investitures. C'est quand
même un peu particulier. À quelques séances de la fin de la législature, moi,
je trouve ça autrement plus inquiétant.
Et, si on se dit
qu'on respecte l'indépendance de la Commission de représentation électorale...
Puis là je suis peut-être dans l'article par article, Mme la Présidente, vous
m'en pardonnerez, si jamais c'est le cas, mais clairement, dans le projet de loi, qu'est-ce que dit
l'article 1, ça vaut la peine. On y mentionne, et c'est comme ça que c'est
présenté :
«Chapitre I. Liste
des circonscriptions électorales.
«1.
Une liste des circonscriptions électorales mise à jour conformément à ce qui
suit doit être publiée par la Commission de la représentation...»
«Doit»,
donc c'est une obligation. C'est une obligation que le Parlement ferait à la
Commission de la représentation électorale pour lui dire : Voici la
carte que vous devez publier. Il n'y a plus aucune indépendance, aucune
indépendance à la Commission de la représentation électorale, si on fait ça,
Mme la Présidente. Et on ne les a pas entendus. On est à l'adoption de principe, il n'y en a pas eu, de
consultations particulières. On n'a pas entendu le Directeur général des
élections, on n'a pas entendu les deux autres membres de la Commission
de la représentation électorale.
Est-ce que c'est
troublant? Moi, je pense que oui. Est-ce que c'est d'autant plus troublant...
Puis je ne veux pas excuser personne, laver de tout soupçon tout le monde ou...
mais, à la fin, que ce soit transpartisan, qu'il y ait quatre partis qui soient
d'accord, à la fin, c'est quand même le gouvernement et le ministre responsable
des Institutions démocratiques qui porte le projet de loi et qui, donc, fait
face aux conséquences. Ce serait la première fois depuis plus de 50 ans, Mme la Présidente, qu'une élection
serait tenue sur la base d'une carte électorale délimitée par une loi des élus.
Je suis désolé, mais là, il y a quand
même un précédent, un précédent difficile à accepter pour quiconque se dit que, fondamentalement,
la démocratie libérale, dans... non pas le sens partisan, mais dans le sens
philosophique, fondamentalement, la démocratie libérale, ce n'est pas
une question seulement de vote, ce n'est pas seulement une question d'avoir des
délibérations ici ou d'avoir, même, la liberté d'expression. C'est aussi un
respect des institutions et une certaine culture de la démocratie, de la participation, du respect de tout un chacun dans
ses opinions. C'est aussi un respect des institutions et des processus.
Il y a... Alors, le
collègue de LaFontaine pourra certainement nous en parler, si jamais il a
l'expression en tête, mais il y a une expression latine, à tel point que c'est
ancien comme principe, qui explique que nul n'est au-dessus des lois. Eh bien,
quand on parle de «nul n'est au-dessus des lois», Mme la Présidente, c'est
parce qu'on demande à tout le monde de les respecter, en grande partie...
La Vice-Présidente
(Mme D'Amours) : Un instant, M. le député. Question de règlement, Mme
la leader?
Mme LeBel :
Absolument, Mme la Présidente. Article 35. Attaquer la conduite de
124 députés, imputer des motifs indignes à 124 députés. Je pense qu'à
un moment donné, quand on commence à prétendre que le législateur, ici, que
nous sommes collectivement, ne respecte pas les lois, c'est une limite à ne pas
dépasser en cette Chambre, Mme la Présidente.
La Vice-Présidente
(Mme D'Amours) : Merci, Mme la leader. Effectivement, M. le député de Saint-Jérôme,
je vous demande de faire attention à vos propos, s'il vous plaît. Veuillez
continuer.
M. Chassin : Bien sûr, Mme la Présidente. Alors, vous comprendrez que je
n'ai pas nécessairement de leader à côté de moi pour prendre la parole sur
l'appel au règlement, mais ce n'est pas du tout ce que je prétends, au
contraire. Au contraire, en fait, j'en
appelle même à la réflexion de tous mes collègues sur ce qu'on est en train de
faire avec l'adoption de principe. Puis c'est vraiment une réflexion que
je partage avec vous, là, en toute transparence, en toute amitié, en tout
respect, parce que ça m'inquiète si on le faisait.
Mais à la fin, je pense,
puis c'est pour ça qu'on fait cette analyse-là et ce débat-là, je pense qu'il
est bon de voir cette perspective-là puis, à
la limite, de ne pas y adhérer, puis de voter pour le projet de loi n° 3,
puis de dire : Bien, le principe, nous, on en est satisfaits.
Peut-être me trompais-je, peut-être que je n'ai pas la bonne interprétation,
c'est bien possible, mais mon interprétation, Mme la Présidente, c'est que
c'est particulièrement inquiétant si, contrairement, par exemple, à ce que... puis toute la philosophie des
Lumières, Mme la Présidente, je ne vous apprends rien, mais c'était
justement cette espèce de méfiance envers une espèce de pouvoir au-dessus des
lois.
• (15 h 30) •
Donc, le «nul
n'est au-dessus des lois», c'était une façon de dire que tant le peuple, que
ses dirigeants, qu'à, la limite, les législateurs, n'est-ce pas, doivent
respecter la loi. Et, si cette loi est de l'Assemblée nationale, eh bien, ça ne
veut pas dire que l'Assemblée nationale ne
doit pas la respecter. Moi, j'en appelle à tous mes collègues pour dire :
Cette loi, on peut la changer, on peut l'amender, on peut y introduire
de nouveaux critères, on peut certainement mandater un comité pour avoir cette
réflexion, mais au bon moment. Comme les Chinois le disent, «timing is
everything».
Alors, vous comprendrez, Mme la Présidente, que,
dans une perspective où on demande... Puis je pense que c'est particulièrement
sain, là. C'est... On l'a dit, là-dessus, on peut dire même qu'il y a une
certaine unanimité ou, en tout cas, un grand
consensus sur la partie fondamentale de ce qu'on est en train de faire. Le
socle de notre propre démocratie, il repose en partie sur cette
indépendance du Directeur général des élections, sur la carte électorale, puis
c'est pour ça qu'on trouve que c'est très, très important. Alors, j'en suis. Je
trouve que c'est très, très important.
Je trouve que c'est risqué, pour ma part. Je
préfère le dire haut et fort et le partager avec mes collègues. Parce que, dans
le fond, si on intervient maintenant, alors que la carte électorale pour la
prochaine élection, elle devrait être connue... En fait, c'est celle qui a été
publiée le 14 janvier dernier, à moins que le gouvernement, par exemple,
ne demande la dissolution de la Chambre, et qu'on parte en élection avant le
14 juillet. À ce moment-là, et le député de Jean-Talon a tout à fait
raison... mais, à ce moment-là, c'est encore la carte électorale de la dernière
élection qui s'applique. Malgré toutes les évolutions démographiques, malgré les
débalancements entre circonscriptions électorales, ce serait quand même
celle-là qui s'appliquerait, sachant qu'elle devrait éventuellement être
remplacée. Mais c'est une question de date.
Il faut, à un moment donné, fixer une limite. J'espère qu'on n'aura pas
d'élections anticipées, surtout pas pour cette raison, Mme la
Présidente. Ceci étant, après le 14 juillet, et donc fin août,
normalement, quand les élections seront déclenchées,
on se retrouve avec une carte électorale à 125 comtés qui a été déterminée
dans le cadre d'une loi dont les critères peuvent être éventuellement
révisés après la prochaine élection. Ça, pour moi, c'est fondamental.
Et je suis persuadé, Mme la Présidente, que, si
on avait entendu le Directeur général des élections... Ce n'est pas pour rien que cet avant-midi j'ai posé la
question au ministre responsable des Institutions démocratiques : Est-ce
qu'on s'engage à inviter le directeur général des élections à réagir?
Bon, évidemment, on se comprend, ça n'a pas été le cas. Je pense qu'on l'aurait
entendu dire : Je m'inquiétais déjà, à moins de quatre mois du
déclenchement des élections, de la faisabilité de tout ça. Puis rappelons-nous
que l'article 30 de la Loi électorale lui demande aussi non seulement de
publier une carte électorale, mais de faire sa publicité, de la faire
connaître. Bien, ce n'est pas un exercice qui est facile à faire quand on est
encore en train de discuter ici de l'adoption de principe d'une loi comme le
projet de loi n° 3. À un moment donné, il va peut-être devoir même siffler
la fin de la récréation en disant : Moi, je vais de l'avant avec ce qu'on
a là, là, parce qu'à un moment donné il faut que je m'organise.
Puis la Commission de la représentation
électorale, ce sont des gens qui, depuis Robert Bourassa, mais par la suite aussi sous René Lévesque, ont reçu ce
mandat, ont reçu cette indépendance, font leur travail. Évidemment, ils l'ont
dit, ils nous l'ont dit pas plus tard que ce lundi dans une lettre
ouverte : Une carte, bien que dessinée selon effectivement le
travail de la commission, à deux moments différents, dans deux cartes
différentes qui sont finalement réunies puis un peu cousues ensemble en
espérant que ça prenne puis que la greffe soit bonne, bien, cette carte un peu
Frankenstein n'est pas un reflet juste ou équitable entre les électeurs de
l'application des critères actuels. Et ça, je pense que ça devrait aussi nous
sonner une cloche. Si on nous dit ça, ça veut dire que, bien qu'on ait fait les
efforts, puis là je comprends, là, de la part de toutes les parties prenantes
du projet de loi n° 3, bien qu'on ait fait des
efforts pour que ce soit le moins dommageable possible, pour avoir le moins de
mouvements ou de variations, dus au projet de loi, possibles, tout en
préservant des comtés qui auraient disparu autrement — on
peut comprendre — bien,
malgré tout, c'est comme si on cherchait à répondre au jugement de la cour,
alors que la cour ne commande pas, puis tant la Cour d'appel que la Cour suprême, là... C'est fascinant à lire, Mme la
Présidente. Les cours ne commandent pas à l'Assemblée nationale, aux
parlementaires de faire leurs devoirs. Ils utilisent une grille d'analyse pour
dire : Est-ce que vous avez respecté
tel critère, tel critère, tel critère? Est-ce que vous auriez pu faire
différemment? Ils ne demandent pas, pour le futur, de faire ceci, de faire cela, ils disent : Ça
n'a pour nous que cette valeur de test pour dire qu'à la fin la loi n° 59 a été déclarée inconstitutionnelle.
Bon, évidemment, vous comprendrez, Mme la
Présidente, que, compte tenu de l'enthousiasme que je sens chez mes collègues pour préserver ces deux
circonscriptions puis aller avec une carte électorale qui serait adoptée par
les élus, bien, d'abord, je m'en inquiète, mais c'est leur droit. Moi, à
ce principe où on n'a pas eu de consultation, je les invite à la prudence et je
les invite au bon moment pour faire le travail qui est requis des
parlementaires, parce que ça, c'est vraiment
un débat politique, que de choisir des critères pour tracer, délimiter une
carte électorale de manière indépendante, et, ce débat politique, on
peut l'avoir, en temps et en heures, quand ce sera approprié, et ça, c'est
après les élections du 5 octobre 2026 selon la carte électorale délimitée
par la Commission de la représentation électorale et parue à la Gazette
officielle en janvier dernier. Merci, Mme la Présidente.
La
Vice-Présidente (Mme D'Amours) : Merci, M. le député. Y a-t-il d'autres interventions? Je cède
maintenant la parole à Mme la députée de Rimouski.
Mme Maïté
Blanchette Vézina
Mme Blanchette
Vézina : Merci, Mme la Présidente. C'est un moment important, puis je
pense que ce que le collègue de Saint-Jérôme mentionnait est important aussi.
Donc, je fais miens les commentaires qu'il a faits depuis une vingtaine de minutes. Je l'ai dit, je l'ai
répété sur différentes tribunes, la carte électorale, c'est beau de se draper
dans la vertu et de dire qu'on fait
ça de manière transpartisane, mais est-ce que c'est notre rôle, comme
parlementaires, de tracer les limites, les contours d'une carte dans une
démocratie saine? La réponse à ça, c'est non. Et c'est pour ça qu'on s'est
dotés d'une commission de représentation électorale qui est indépendante.
Dans le contexte où
on voit des comtés disparaître en Gaspésie, tout le monde en Chambre, ici, a
appuyé et voté pour protéger le poids politique de la Gaspésie, et je suis
toujours en accord avec ça, et on va continuer d'être en accord avec ça de
protéger le poids politique des régions. Mais le gouvernement a tardé,
malheureusement, a essayé un projet de loi
qui n'est pas constitutionnel, donc la cour est venue nous dire : Non, ce
n'est pas votre rôle. Et aujourd'hui le gouvernement dépose un projet de
loi, on débat sur le principe d'un projet de loi où, encore, le ministre vient jouer
dans la carte électorale, le gouvernement
vient jouer dans la carte électorale alors que ce n'est pas le rôle des
parlementaires de le faire.
Le
pouvoir que les parlementaires ont, par contre, c'est de pouvoir désigner des
statuts d'exception. Et malheureusement ce n'est pas fait, dans le
projet de loi n° 3. Alors, si le gouvernement
souhaite agir pour protéger réellement les comtés de la Gaspésie en attendant
de revoir les critères, il peut accorder un statut d'exception, comme il le fait pour les Îles-de-la-Madeleine, il peut
le faire pour la Gaspésie. Et c'est d'ailleurs pour ça que nous avons déposé...
j'ai déposé un projet de loi qui
permet de protéger les comtés de la Gaspésie réellement et qui se limite à ça.
Il se limite à ça, Mme la Présidente, parce que c'est important, dans
notre démocratie, de ne pas tripoter une carte...
• (15 h 40) •
La Vice-Présidente (Mme D'Amours) : Un instant, Mme la députée. Mme la leader, votre
règlement, s'il vous plaît.
Mme LeBel : Oui. Bien, je respecte le fait que ma collègue a
le droit de s'exprimer, mais là parler de jouer, de jouer, de tripoter,
je pense qu'après trois ça suffit, Mme la Présidente.
La
Vice-Présidente (Mme D'Amours) : Mme la députée, veuillez poursuivre, mais avec... Je vous demande de
faire attention à vos propos, s'il vous plaît.
Mme Blanchette Vézina : D'accord,
Mme la Présidente. Je pense qu'il faut faire attention. On a un rôle important,
comme parlementaires, et ce n'est pas notre rôle que de venir tracer une carte.
Et le DGE, le Directeur général des
élections, nous l'a très bien dit, la Commission de la représentation
électorale aussi, la cour est venue nous dire la même chose, je pense qu'il
faut entendre ce qu'on nous dit. C'est notre rôle, comme parlementaires, il
faut prendre le temps de bien faire les choses, entendre les parties prenantes,
et, malheureusement, dans ce gouvernement, en ce moment, on essaie de
précipiter des projets de loi alors qu'il reste peu de temps et que le
gouvernement a préféré proroger la session de trois semaines.
On nous dit
maintenant qu'il est minuit moins une. Effectivement. Malheureusement, j'ai
envie de vous dire. Il n'y a pas de protection, dans le projet de loi n° 3, pour la Gaspésie, réellement. Il
y a une carte électorale, tracée par un ministre et des partis d'opposition qui
ont des intérêts, où on est venu également venir protéger le comté d'Anjou—Louis-Riel.
Sur quelle base? Je me questionne.
La Vice-Présidente (Mme D'Amours) : Mme
la députée, là, vous prêtez des intentions. Je vais vous demander de
faire attention, de retirer ce que vous venez dire, parce que c'est vraiment
des intentions que vous prêtez, et ce n'est pas admissible ici. Alors, je vous
demande de retirer ce que vous venez de dire.
Mme Blanchette
Vézina : Je retire. Je retire, Mme la Présidente
La Vice-Présidente
(Mme D'Amours) : Merci. Et poursuivez, s'il vous plaît. Et faites
vraiment attention à vos propos.
Mme Blanchette Vézina : Je
comprends. Dans le projet de loi n° 3, il y a aussi la protection d'Anjou—Louis-Riel, et, en ce moment, je pense que ça détourne le débat. Le débat était pour
protéger le poids politique des régions et revoir les critères de la
carte. À mon avis, le gouvernement aurait dû s'en tenir à ça, s'en tenir à
protéger le poids politique de la Gaspésie en donnant un statut d'exception aux
deux comtés de la Gaspésie. Ce n'est pas ce qui est dans le projet de loi n° 3. Et, malheureusement, à ce qu'on
entend, puis j'espère que je me trompe, bien, on n'aura pas la possibilité d'entendre le Directeur général des élections,
ni la Commission de la représentation électorale, ni d'autres parties
prenantes. Alors, comment voulez-vous, Mme la Présidente, qu'on puisse
bien faire notre travail si on n'a pas l'occasion de pouvoir entendre les personnes directement concernées et ceux qui
peuvent nous mentionner les impacts d'agir sur... avec une telle loi?
Alors, moi, ce que je
vous propose, c'est d'avancer avec une révision des critères. C'est important,
c'est important pour le poids politique des régions. Ça, c'est prévu dans le
projet de loi, et j'en suis, je pense qu'il faut revoir les critères qui permettent de délimiter une carte électorale dans un
contexte comme on le vit aujourd'hui, dans un Québec où il y a une
concentration de la population dans certaines régions. Mais, si on souhaite
habiter notre Québec, pouvoir continuer d'avoir une représentation qui est
juste, bien, il faut revoir ces critères objectifs.
Et donc, si le
gouvernement et les partis d'opposition souhaitent revoir ces critères, nous
collaborerons et je collaborerai en ce sens-là. Mais limitons-nous à notre rôle
et exerçons notre pouvoir avec... de manière judicieuse. C'est ce que... c'est
ce que je mentionne et ce que je souhaite mentionner aujourd'hui. Merci, Mme la
Présidente.
La Vice-Présidente (Mme D'Amours) : Merci,
Mme la députée. Y a-t-il d'autres interventions?
Mise aux voix
Donc, le principe du projet de loi numéro n° 3, Loi visant à assurer la représentation effective des
électeurs, est-il adopté?
Des voix : Adopté.
La Vice-Présidente (Mme D'Amours) :
Mme la leader du gouvernement.
Une voix : ...
La Vice-Présidente
(Mme D'Amours) : Il est déjà adopté. Donc, Mme la leader du
gouvernement, s'il vous plaît.
Mme LeBel : Oui, c'est à moi?
Merci. Mme la...
Des voix : ...
La Vice-Présidente (Mme D'Amours) : Un
instant. Adopté sur division, je vais le faire marquer, adopté sur division
pour la table.
Donc, Mme la leader, veuillez poursuivre.
Renvoi à la Commission des institutions
Mme LeBel : Mme la Présidente,
conformément à l'article 243 de notre règlement, je fais motion afin que
le projet de loi n° 3,
Loi visant à assurer la
représentation effective des électeurs,
soit déféré à la Commission des
institutions pour son étude détaillée
et que le ministre responsable des Institutions démocratiques soit membre de
ladite commission pour la durée du mandat.
Mise aux voix
La Vice-Présidente (Mme D'Amours) : Est-ce
que cette motion est adoptée? Adopté.
Mme la leader du gouvernement, pour la suite de
nos travaux, s'il vous plaît.
Mme LeBel : Merci, Mme la
Présidente. Je vous demande d'appeler l'article 4 du feuilleton, s'il vous
plaît.
Projet de loi n° 4
Adoption du principe
La Vice-Présidente (Mme D'Amours) :
À l'article 4 du feuilleton, M. le ministre de la Sécurité intérieure
propose l'adoption du principe du projet de loi n° 4, Loi sur la communication de renseignements aux
fins de protection contre la violence d'un partenaire intime et modifiant
diverses dispositions législatives.
M. le ministre, la parole est à vous.
M. Ian Lafrenière
M. Lafrenière : Merci beaucoup,
Mme la Présidente. Alors, très heureux de me lever aujourd'hui pour proposer
l'adoption, à mes collègues, du principe du projet de la loi n° 4.
On a entendu le nom de la loi de Clare, la loi de Gabie Renaud, donc on sait
très bien à quoi on fait référence. Et je veux commencer par remercier les
membres de la Commission de l'aménagement du territoire, le président,
évidemment, mon adjointe parlementaire, la députée de Lotbinière-Frontenac,
pour les travaux qu'on a réussi à faire, des travaux, je vous dirais même,
transpartisans qu'on a réussi à faire ensemble. Et ça a été fort agréable. On a
fait deux jours de consultations, Mme la Présidente, et je vous dirais, moi, dans mon cas, puis je pense que je
peux me permettre de dire dans le cas des collègues aussi, là, notre pensée
a cheminé. On a entendu des groupes qui ont
amené des points vraiment intéressants, qui nous ont permis de grandir dans
tout ça. Alors, oui, ça a été deux journées, mais deux journées qui nous ont
permis de grandir. 14 groupes qui sont venus nous voir, qui sont venus
nous présenter leurs réflexions, on a reçu plusieurs mémoires.
Et c'est un projet de loi qui est extrêmement
important, c'est un outil supplémentaire pour aider à la protection des
partenaires intimes. Puis, Mme la Présidente, tout le long de nos travaux, on a
répété à plusieurs reprises que ce n'était pas... on ne
voulait pas créer non plus un faux sentiment de sécurité, Mme la Présidente,
parce qu'en aucun cas on a dit que ce projet de loi là, cet outil-là
permettrait d'arriver avec un risque zéro. La réponse, c'est non. Ça ne réglera
pas tout, mais c'est un outil supplémentaire
à ce qu'on a déjà mis en place, les bracelets anti-rapprochement, la
prévention, même, dans le projet de loi n° 13
qu'on a fait ensemble. On a permis à des policiers qu'ils agissent, qu'ils
se... rentrent dans un domicile même s'il n'y a pas de crime qui a été commis,
ils peuvent référer l'homme violent à un organisme qui vient en aide à ces
hommes-là. Et, malgré le fait que je doutais de l'efficacité de la mesure, Mme
la Présidente, 70 % des hommes qui ont
reçu cette offre d'aide l'ont acceptée. Alors, ça, c'est de la prévention pure.
Bref, il y a plusieurs mesures qui ont été mises en place. Aujourd'hui,
on en rajoute une, et c'est ce que je propose à mes collègues.
Il y a eu certaines préoccupations qu'on a
entendues, c'est normal, je pense que c'est pour ça qu'on fait des
consultations, d'entendre les groupes puis d'entendre des visions qui sont différentes.
Et le PL n° 4, ce qu'il vise, là, c'est la
transmission de renseignements sur les antécédents de violence d'un partenaire
intime pour permettre à une personne de prendre une décision éclairée sur sa
relation. Il prévoit qu'une personne pourra faire la demande via un formulaire en ligne. Et ça, Mme la Présidente, on
en a parlé beaucoup dans nos consultations, le but du formulaire en ligne, c'est
de donner accès à tout le monde, peu importe le moment. Et Mme la Présidente,
j'étais content d'entendre l'Association des directeurs de police du Québec, la
Sûreté du Québec, la police de Québec prendre l'engagement que, si une personne
se présentait dans un de leur poste de police, il ne serait pas référé chez eux
en disant : Va à la maison le compléter. Ce n'est pas l'essence, ce n'est
pas du tout ce qu'on veut envoyer comme message. Alors, peu importe le moment, que ce soit avec un organisme, que ce
soit avec, exemple, les centres d'amitié autochtones ou à la maison, dans
le confort de son foyer, les personnes vont pouvoir compléter leur demande en
ligne. C'est ce qu'on voulait.
On veut
s'assurer cependant que le service soit uniforme au Québec. Nos partenaires de
l'Ontario l'ont tenté dans une approche différente, alors, ils ont
laissé le soin à chacun des services de police d'établir comment ça
fonctionnerait, le modus operandi, et ils ont retiré leur projet pour le
redéposer. Pourquoi? Parce que, justement, le danger, c'est que c'était
disparate, Mme la Présidente, et ce n'est pas l'approche qu'on va avoir au
Québec. On veut, que vous soyez à Tasiujaq, à Val-d'Or, à Montréal ou à
Longueuil, que vous ayez le même service. Alors, ça, c'est important pour nous,
Mme la Présidente.
Pour faire une demande, Mme la Présidente, il y
a deux notions importantes qu'on a... qu'on a discutées beaucoup pendant nos travaux. Un, c'est la notion de partenaire intime,
et c'est une définition qu'on a voulue très large, c'était volontaire.
On l'a demandé aux groupes qui sont venus nous voir, les gens étaient à l'aise
avec la définition qui est très large. Parce
que, Mme la Présidente, on ne voulait pas arriver à dire à quelqu'un :
Vous savez, en 2026, si vous ne demeurez pas ensemble, vous n'êtes pas
des partenaires intimes. Vous comprenez, de mettre des conditions, ça aurait bloqué
l'accès, puis ce n'est pas ce qu'on voulait. Donc, définition très large.
Cependant, le deuxième élément qui est
important, c'est que vous devez vous considérer comme une personne à risque. Et
je le mentionne, Mme la Présidente, parce que, ce qu'on ne veut pas non plus...
Puis on a mis... on propose des... j'allais pour dire des répercussions pour
les gens qui feraient des demandes qui seraient farfelues. On ne veut pas non
plus qu'une personne aille sur Tinder puis fasse une demande, par la suite, en
disant : Cette personne-là, je l'ai
vue, puis je vais faire quatre, cinq demandes pour voir lesquels de ces
candidats-là seraient de bonnes personnes ou pas. On ne voudrait pas non
plus, Mme la Présidente, qu'une émission de téléréalité fasse passer leurs
candidats dans la banque pour être sûr qu'ils n'ont pas d'antécédents
judiciaires. On ne veut pas ça, Mme la Présidente. Puis, à l'inverse, on ne
veut pas non plus qu'une personne qui est un partenaire intime qui se sent à
risque se dise : Si je n'ai pas eu de retour de la Sûreté du Québec... Si la Sûreté
du Québec me dit que, finalement, il
n'a pas d'antécédents judiciaires, ça ne veut pas dire que la relation ne sera pas toxique pour
autant. Alors ça, pour nous, c'est un message qu'on a passé à plusieurs
reprises.
• (15 h 50) •
Il y a certains faits qui sont importants de
rapporter ici, Mme la Présidente, et je vais commencer par la capacité
financière de la Sûreté du Québec. Parce que vous savez que l'organisme qui a
été choisi pour recevoir... pour faire l'enquête, pour demander aux autres
services policiers ce qu'ils ont sur l'individu, c'est la Sûreté du Québec. Et
on a déjà prévu, Mme la Présidente, puis je l'ai dit à maintes reprises, mais
je veux rassurer tout le monde, 23 ressources, 23 ETC pour la Sûreté du
Québec. Pour la première année seulement, on a évalué à 5,2 millions, donc
une partie à la Sûreté du Québec, une partie pour les organismes qui vont
transmettre l'information aux partenaires intimes, parce que ce n'est
pas la police qui va remettre cette information-là, ce sont des organismes qui
sont spécialisés, qui viennent en aide aux personnes en situation à risque
comme ça, qui vont le faire. Ça fait que ça, c'est important. Sur cinq ans,
c'est 27,6 millions. Il y a des gens qui étaient inquiets, puis je veux
les rassurer aujourd'hui.
Pour ce qui
est du délai de traitement, j'ai entendu certains points, on se disait... puis
ma collègue de la deuxième opposition
l'a amené, puis c'est avec justesse, en se disant : On ne veut pas non
plus que les femmes, les personnes à risque s'assoient à la maison en se
disant : Je vais avoir un appel d'une journée à l'autre. Il faut leur
donner une expectative de temps. Ça, on l'a
bien compris, on y travaille. Cependant, à l'autre extrême, ce qu'on ne veut
pas, c'est venir dire, dans un cadre très, très, très serré, je dis
n'importe quoi : Vous avez 20 jours pour y répondre. On ne voudrait
pas brusquer les choses, on veut s'assurer que le travail soit bien fait. Et
ça, ce qu'on s'est dit, Mme la Présidente... puis, vous allez voir, plus tôt je
vais y revenir, là, mais l'aspect réglementaire va être tellement important. On
va venir établir en combien de temps on va le faire, ça va être quoi, les
bonnes pratiques pour rassurer les gens qui nous font une demande, puis, d'un
autre côté, donner toute l'information, de ne pas... excusez l'expression, ne
pas botcher, pas couper les coins ronds en disant : On a 30 jours
pour le faire. Ça ne sera pas évident.
Ça ne sera pas évident, Mme la Présidente, parce
que, d'un autre côté, quand on regarde le nombre de demandes qu'on a évalué, on a évalué à 10 000. Et
10 000, Mme la Présidente, c'est un chiffre qui est ambitieux. Pourquoi?
Quand je regarde l'Alberta, dans les dernières années, c'est en moyenne
372 demandes qu'ils recevaient.
Alors, ce qu'on a décidé
de faire pour ne pas arriver avec une mauvaise surprise, Mme la Présidente, où
on recevrait beaucoup de demandes puis on n'aurait pas la capacité d'y
répondre, on s'est dit : Allons-y avec un chiffre très ambitieux,
10 000, voyons comment ça va se passer, puis on sera capables de se
réajuster par la suite. Et, presque tous les
groupes qu'on a vus en consultations, Mme la Présidente, ce que j'ai offert,
puis les collègues m'ont taquiné en parlant de barbecue pendant l'été,
mais c'est de rencontrer ces groupes-là pendant l'été, de travailler avec les
groupes pour développer l'aspect
réglementaire, parce que, vous comprenez, on fait ça rapidement, puis les
oppositions travaillent très bien avec nous, on fait un projet de loi
quand même assez rapidement, mais on se dit : Pour l'application, comme le
diable est dans les détails, on va y aller de façon réglementaire. Et, avec les
groupes qu'on a rencontrés, on a dit : Assoyons-nous
ensemble pendant l'été pour le développer ensemble, pour le coconstruire. Puis
ça, je vous dirais, Mme la Présidente, ça a été... ça a été bien
accepté.
Alors, je veux de nouveau dire merci aux
collègues, merci pour les travaux. Moi, ça s'est très bien déroulé. Les
questions étaient bonnes, pertinentes, ça nous a permis d'avancer. Moi, au
début, Mme la Présidente, je voyais d'un bon oeil la possibilité pour une
tierce personne de faire une demande. Et, je vous dirais, plus les travaux ont
avancé... puis je vois ma collègue qui opine du bonnet, plus les travaux ont
avancé, plus on s'est dit : C'est peut-être une bonne mauvaise idée ou une mauvaise bonne idée, qualifiez-la comme
vous voulez. Je n'étais vraiment pas sûr que c'était une bonne idée, Mme
la Présidente, parce que ce que les groupes spécialisés sont venus nous dire,
c'est : Quelle belle façon d'enlever l'«empowerment», l'empouvoirement des
femmes! Quelle belle façon d'aller rompre les liens avec le tissu familial, avec les gens qu'il y a autour, qui s'est déjà
très fragilisé! Ça fait que ça a été... Ce que j'essaie de vous dire, Mme la Présidente, c'est que nos deux
journées de consultations ont été fort utiles. Ça nous a permis de grandir
là-dedans. J'invite mes collègues des
oppositions à poursuivre les travaux pour ce qui s'en vient dans l'article par
article. Et je sais que, pour le bien
des partenaires intimes, on a souvent dit le nom... le mot «femmes», mais des
partenaires intimes, parce que ça s'applique à tout le monde, on va y
arriver.
Et je vais terminer en vous disant, Mme la
Présidente, que les hommes ont un rôle à jouer, ont un rôle à jouer dans la... dans ce dossier-là. On l'a dit dans le
projet de loi n° 13 qu'on a travaillé ensemble. Il y a un organisme
qui est venu nous voir, qui s'appelle À coeur d'homme, qui l'a dit aussi.
Les hommes ont un rôle à jouer si on veut briser ce cercle de la violence.
Alors, voilà.
Je nous invite à poursuivre les travaux. Et je remercie mes collègues des
oppositions, Mme la Présidente.
La
Vice-Présidente (Mme D'Amours) : Merci beaucoup, M. le ministre. Je cède maintenant la parole à Mme la
députée de Westmount—Saint-Louis.
Mme Jennifer Maccarone
Mme Maccarone : Merci, Mme la
Présidente. À mon tour de prendre la parole au nom de l'opposition officielle en ce qui concerne le projet de loi n° 4 — c'est
vrai, le titre est long — Loi
sur la communication de renseignements aux
fins de protection contre la violence d'un partenaire intime et modifiant
diverses dispositions législatives,
communément appelée soit la loi de Clare ou la loi de Gabie Renaud.
D'emblée, je réitère que, même avant qu'on
termine les travaux en ce qui concerne l'adoption du principe, on a
l'intention, de toute évidence, Mme la Présidente, de voter en faveur de
l'adoption du principe comme opposition officielle.
Et je... moi aussi, je souhaite dire les remerciements aux équipes qui nous
entourent. On sait que c'est un sujet souvent sensible, pas facile à
aborder, et j'ai de la chance d'être accompagnée par la députée de Robert-Baldwin,
qui a une expérience extraordinaire en ce
qui concerne ce sujet des femmes victimes de violence conjugale. Elle est une
avocate aussi aguerrie, qui a gagné des prix, entre autres. Alors, je
pense qu'on a de la chance d'avoir... Puis la raison que je soulève, c'est parce qu'encore une fois, souvent,
les projets de loi sont techniques, puis je pense qu'on a de la chance d'avoir
des gens très compétents avec une expérience spécialisée, entre autres comme le
ministre, qui est un ancien policier. Je pense que ça nous aide à avancer
rapidement, rondement, parce qu'on accélère avec une expertise. C'est vraiment
spécifique et, je dirais peut-être, des fois, c'est hors norme. Alors, je pense
que les citoyens qui nous écoutent devront être
rassurés, parce qu'on a des gens autour de la table qui n'ont non seulement à
coeur le sujet, mais aussi mènent... amènent un bagage qui nous aide à
avancer ensemble.
Et je dis ça parce que je l'ai dit, que, c'est
vrai, c'est un projet de loi sensible, mais c'est important qu'on procède avec ce projet de loi, parce que le Québec
ne peut plus rester les... les bras croisés alors que des femmes tombent sous
les coups de partenaires qui ont un passé violent, parfois connu par les
policiers, mais malheureusement, qu'elles n'avaient pas accès à cette
information. On ne peut plus tolérer ça. Et on l'a entendu à maintes reprises
des gens de la société civile. On a entendu ici, en Chambre... On a jasé
longuement de ça quand on était en train de faire l'étude détaillée du projet de loi n° 13, où on a tendu
la main au ministre. On a dit qu'on n'aura plus... on aura voulu... on ne
voulait pas attendre. Parce que c'est vrai, on est rendus à la fin de la
session puis on... quand on va commencer l'étude détaillée demain, j'ose
croire, il va nous rester quatre jours et demi. Et, oui, on va travailler très
tôt le matin jusqu'à très tard le soir, mais il va nous rester quatre jours et demi. Et je crois dans la bonne
foi de tout le monde qui siège dans cette commission, mais chaque fois
qu'on dépose une pièce législative, vous m'avez déjà entendu dire, Mme la
Présidente, ça appartient à la population. Ça n'appartient pas au gouvernement,
ça n'appartient pas aux oppositions, ça appartient vraiment à la population.
Alors, je pense que c'est très important qu'on prend en considération ce que
nous avons entendu lors des consultations, les mémoires que nous avons reçus
aussi par la suite, la recherche que nous avons eue. Et je sais, parce que j'ai déjà passé du temps en commission avec le
ministre, on va avoir des échanges qui vont être constructifs. Et aussi,
si nous pouvons bonifier le projet de loi et avancer ensemble, je crois qu'on
pourra le faire.
C'est important, encore
une fois, parce que, permettant les femmes d'avoir accès aux renseignements,
c'est le nerf de la guerre. L'accès à
l'information, c'est le pouvoir, puis c'est le pouvoir pour changer une vie.
Et, dans le fond, c'est ça, le projet de loi n° 4, si je peux
l'encapsuler dans une phrase. C'est... c'est vraiment ça. Mais nous devons
examiner le projet de loi avec rigueur, parce qu'on ne souhaite pas adopter un
projet de loi qui va être bon sur papier, mais qu'on ne pourra pas le mettre en vigueur. Parce que, oui, il y a quand même
des éléments dont nous devons creuser, dont nous devons en faire débat,
je vais les soulever dans les prochaines minutes quand je vais élaborer un peu
sur le projet de loi, mais, dans le fond, on
ne veut pas juste un droit de papier. Je dirais de cette manière. Je pense que
les victimes potentielles et les
partenaires intimes méritent quelque chose que nous pourrons actuellement
adopter et mettre en place, parce qu'on a une urgence à répondre à les féminicides ici, dans notre province,
malheureusement. Malheureusement, qu'on parle de ça, mais nous sommes
rendus là.
Alors, je suis contente qu'on s'inspire, le
projet de loi Clare, qui a été adopté en Angleterre en 2009 suite au meurtre de Clare Wood par son ex-conjoint, en
2009, dont on sait qu'il y avait des antécédents judiciaires et aussi du bagage
violent. Peut-être, si Clare savait d'avance, on aurait pu sauver une vie.
C'est le but de ce projet de loi. C'est d'être en mesure de sauver une vie. Et
c'est vrai, il y a plusieurs provinces qui ont déjà poursuivi avec ce type de
projet loi, leur propre loi de Clare. Dans les autres provinces, on le voit en
Saskatchewan, le ministre l'a mentionné, en Ontario, on a fait un aller et un
retour, ça fait qu'on est toujours dans peut-être une zone grise, mais ils ont
la volonté de poursuivre. On l'a vu à
Terre-Neuve-Labrador, Alberta, Manitoba. Alors, on sait qu'il y a des avancées,
ça fait qu'on a la responsabilité, je pense, ici, au Québec aussi, de
poursuivi les autres provinces. Parce qu'il faut... il faut briser le cycle de
violence en permettant aux victimes potentielles, aux partenaires intimes
d'avoir accès à l'information, je répète, l'information, c'est un moyen de se
protéger, alors je pense que c'est important, puis de se protéger avant que ce
soit trop tard. C'est une loi-cadre, et une loi-cadre, ça veut dire que, dans
le fond, on n'aura pas beaucoup d'éléments dans cette loi qui vont pouvoir être mis en vigueur. C'est une
loi-cadre dont la majorité de tout ce qui sera adopté, entre guillemets, va se
faire par le biais d'un règlement.
• (16 heures) •
Vous savez sans doute, Mme la Présidente, c'est
toujours une inquiétude, surtout pour les oppositions, quand nous poursuivons
avec des règlements, parce que nous ne faisions pas partie de la garde
rapprochée des membres du gouvernement. Ça fait qu'il y a toujours une
inquiétude, parce que je pense que c'est important de creuser ça va être quoi, les orientations du gouvernement. Je suis
contente de savoir qu'on va avoir des consultations étoffées, mais je dois
le soulever, parce que, c'est sûr, adopter
une loi un peu carte blanche dans la noirceur, c'est inquiétant. Mais on
comprend aussi la complexité puis on comprend la nécessité d'aller en
consultation puis de parler avec les groupes puis les spécialistes pendant que
nous sommes en train d'élaborer et étoffer les éléments de la loi avant de la
mettre en vigueur. Alors, je comprends, mais je le soulève.
Ce projet de loi, on l'a dit, ça ne va pas
régler tout. C'est une maille de plus. C'est un autre élément que nous allons
pouvoir mettre entre les mains des victimes potentielles, le droit de demander.
Et toute personne qui se considère à risque peut, via un formulaire
standardisé, que ce soit en ligne ou autre... va pouvoir faire une demande.
C'est intéressant. Je vais quand même aborder quelques éléments, parce que je
sais qu'ils sont d'un grand intérêt, surtout pour
les citoyens de Westmount—Saint-Louis, mais aussi pour les gens qui nous écoutent. L'accessibilité, pour les
mineurs 14 ans et plus, je trouve que ça, c'est un aspect très
intéressant, parce que les mineurs, 14 ans et plus, vont pouvoir procéder
avec cette demande d'information. Alors, on va avoir une accessibilité. Mais
évidemment, il faut prendre en considération, ce n'est pas mineur envers
mineur, parce que, de toute évidence, il faut protéger... Je pense que tout le monde sont conscients de la loi, pour protéger les
mineurs, on ne va pas dévoiler l'information d'un mineur envers un autre
mineur. Mais, mettons, ça peut arriver, un
mineur qui est en relation avec quelqu'un majeur, là, ces cas-là, on va pouvoir
les informer, s'ils sont à risque, par le biais de l'information triée par la
SQ.
Alors, ça, c'est l'autre élément, parce que ce
qui est proposé, c'est une centralisation de documentation puis de recherche
par la Sûreté du Québec. Puis ça, c'est, dans le fond, pour éviter la loterie
de code postal, parce que ce n'est pas tous les policiers municipaux qui sont
en mesure de travailler aussi... de mesures étoffées. Ça fait que je suis
contente d'entendre ça. Alors, on va centraliser les recherches, et ils vont
travailler, évidemment, avec les banques de données
des... policières et correctionnelles, le CRPQ. Ça fait que de la manière... Ce
qu'on comprend, à moins qu'on a des modifications, on n'a pas commencé
l'étude détaillée, de la manière que ça va fonctionner, c'est, mettons, un
partenaire intime place une demande, il peut
aller au poste de quartier, il peut le faire en ligne, il peut faire avec un
accompagnateur par le biais d'un
organisme communautaire, par exemple. Pendant qu'ils font ça, les policiers
locaux, municipaux, bien, ils vont faire une recherche préliminaire. Alors,
on commence déjà avec : Quelle information sera prioritaire? Quelle
information devons-nous garder? Quelle information devons-nous écarter? Ça
fonctionne des deux bords. Par exemple, quelqu'un
que ça fait 25 ans depuis qu'ils ont... ils ont commis un crime, puis la
peine est terminée, et on n'a rien vu depuis ce temps-là. C'est une
réflexion que nous devons avoir, et ça, ça va faire partie d'un règlement.
Donc, nous devons établir sont quoi, les
consignes, sont quoi, les éléments, comment allons-nous prioriser, comment
allons-nous faire ce choix. Ça fait qu'il y a un choix préliminaire qui
va être envoyé à la SQ. Ça fait qu'ils vont faire une demande centralisée. Et
ça n'arrête pas uniquement au CRPQ, on va aussi avoir de l'information par le
biais des appels 9-1-1. Aussi, ça se peut qu'ils vont pouvoir faire des demandes dans autre base de données. Ça
fait que ça va être une recherche étoffée et complète.
C'est un modèle hybride, et je l'appelle un
modèle hybride, parce que les groupes, dans le fond, ils l'ont soulevé à quelque
part... parce que l'information ne
sera pas remise sur une feuille de papier, mais ça va être communiqué par un organisme
désigné. On ne sait pas ça va être quel organisme désigné, encore une fois,
mais on a entendu, lors des auditions, que ce
n'est pas tous les partenaires intimes, victimes potentielles, les personnes
qui vont demander de l'information, qui vont être confortables à avoir
un policier qui va les accompagner pour partager cette information. Il y a beaucoup de gens qui ont ce malaise, et même, encore, si
c'est un policier qui est homme au lieu de femme, ça fait qu'on ajoute une
complexité.
Alors, ça aussi, je
salue, comme les organismes communautaires en commission, lors des auditions,
et dans tous les mémoires, les gens ont dit
que ça, c'est bénéfique, on comprend, puis c'est bien. Et on peut, je pense,
oser croire que ça se peut que ça va être un CAVAC, par exemple, ou bien
une maison d'hébergement afin d'assurer le soutien psychologique immédiat lors
de la divulgation de cette information. Évidemment, il faut poser des questions
de sont quoi les critères d'un organisme
pour être en mesure d'être nommé ou désigné. Cet organisme a une expertise
spécialisée, compétence clinique, une autonomie fonctionnelle, les
femmes autochtones Québec qui nous demanderaient surtout d'avoir un aspect de
sécurisation culturelle parce qu'ils ont des besoins très spécifiques, la
capacité de favoriser aussi, peut-être, un continuum de services, parce que ce
n'est pas ponctuel, il va y avoir un après.
Alors, je dirais que,
dans le fond, c'est une avancée puis aussi une avancée quand on parle de la
définition de partenaire intime. Je trouve aussi que c'est une avancée, puis
c'est bien pensé parce que c'est large. Et on l'a entendu, c'est large pour
s'assurer qu'on n'a pas d'exclusion, je le dirais de cette manière. On peut
donner des exemples, comme le ministre a
dit, si, mettons, on n'habite pas ensemble, mais je pense que c'est bien
d'avoir cette définition large parce que ça inclut aussi les relations
actuelles et passées. Alors, de reconnaître les... une période postséparation
aussi, je trouve que c'est bénéfique puis c'est bien, parce que le futur est
souvent imprévisible. Alors, d'avoir cette largesse, on évite, vraiment, des
critères d'exclusion, ça fait que je trouve que c'est bien.
On a entendu aussi en
commission... sache qu'il y a des gens qui nous ont partagé ce point de vue,
des fois, ils pensaient peut-être on avait besoin de restreindre à cause d'une
définition trop large. Je comprends, mais je pense qu'on devrait miser, plutôt, sur la définition, personnellement. On va
en jaser lors de l'étude détaillée, de quelque chose plus large pour
s'assurer que nous avons la possibilité de capturer tout le monde. Parce que la
définition est large, mais aussi c'est complexe comme situation. Ce n'est pas
juste les demandes, ce n'est pas juste les partenaires intimes qui sont
peut-être victimes de violence conjugale, il y a aussi le contrôle coercitif.
Et j'ose croire que ma collègue, elle va parler
de ça en détail. Et ce n'est pas tous les rapports d'événement qui vont
comprendre ces éléments. Ça fait que d'avoir une définition large est
important.
Je mentionne aussi...
La raison que je mentionne aussi le contrôle coercitif, parce que souvent ce
n'est pas criminalisé. On sait que le
gouvernement fédéral sont en train de travailler là-dessus, mais, à date, ce
n'est toujours pas criminalisé. Alors, c'est un aspect qui est manquant
pour nous, aujourd'hui, pour les victimes potentielles, que ça se peut qu'il ne
fera pas partie des demandes qui vont être faites. Alors, il faut quand même le
soulever, et je vais aller plus loin dans,
un peu, les faiblesses qu'on voit à l'intérieur du projet de loi n° 4, mais c'est important de capturer, le plus possible, les
informations qu'on va déterminer prioritaires.
• (16 h 10) •
L'autre chose que je
trouve est importante, c'est le respect de l'autonomie, le respect de
l'autonomie de la femme ou le partenaire intime. On ne pourra jamais reprocher
une femme d'être restée dans la relation après avoir reçu de l'information. Ça, c'est l'article 12, Mme
la Présidente. Souvent, on s'est dit : Il faut faire très attention que
nous ne sommes pas en train de
revictimiser des victimes. Et, des fois, quand on dit, mettons, ils peuvent
être persécutés eux-mêmes ou elles-mêmes parce que... Bien, ils sont
conscients, ils ont l'information. Ça fait qu'est-ce qu'on peut les poursuivre par la suite? Mais là on vient de le mettre dans
ce projet de loi, l'article 12, qui va écarter cette possibilité. Ça fait
que je trouve que c'est une avancée importante.
Ça reste qu'il y a
quand même... je dirais, je ne veux pas... je ne veux pas nécessairement
appeler ça des faiblesses, mais peut-être des angles morts. Je dis «les angles
morts» parce que, c'est vrai, nous sommes rendus à la fin de cette législature
et non juste la fin de cette session. On a travaillé en amont avec le
gouvernement après le dépôt, même avant le dépôt du projet de loi, pour parler
un peu des orientations, après le dépôt du projet de loi pour discuter un peu
comment le gouvernement voyait le déploiement de ce projet de loi, la mise en
oeuvre et aussi pour entendre les préoccupations
des groupes, aussi de nous entendre comme groupes des oppositions, quelles sont
nos préoccupations, répondre à nos questions. Ça fait qu'on a fait
beaucoup de travail préalable pour être en mesure d'avancer le plus rapidement
possible, mais ça reste qu'après les auditions... et, oui, parce qu'on a lu les
mémoires, on a toujours d'autres questions. Ça fait que, je dirais, on a encore
peut-être des angles morts que nous devons adresser.
Comme
le mur de réalité, je pense que je pourrais aussi dire, parce qu'on a entendu
de plusieurs personnes, c'est le manque de ressources. Et je comprends... j'ai
lu le mémoire déposé auprès du Conseil des ministres et je comprends que
le gouvernement prévoit un volume d'à peu près 10 000 demandes la
première année. Et, pour y répondre, ils vont accorder
27,6 millions de dollars sur cinq ans, 23 effectifs pour la SQ
et aussi des effectifs au sein des intervenants. Mais qu'en est-il du
reste? Puis c'est ça que nous avons entendu beaucoup en commission parlementaire,
Mme la Présidente, un cri d'alarme en ce qui
concerne les ressources et le budget plus long terme, mais le budget aussi
d'aujourd'hui. C'est bien qu'on pense de bonifier puis d'aider la SQ pour les
travaux supplémentaires qu'eux, ils vont avoir, mais rien n'est prévu
pour bonifier le financement à la mission des maisons d'hébergement. Et ils
l'ont soulevé à maintes reprises, les groupes
qui ont témoigné en commission, puis c'est eux qui vont... qui devront absorber
le surplus de demandes découlant de ces 10 000 demandes
annuelles. Alors, je pense que c'est un pensez-y-bien.
Évidemment, ça ne
fait pas partie d'un règlement, parce qu'on ne discute pas du budget lors de la
législation, mais, sans un réinvestissement
massif dans le continuum de services, j'ai peur que le projet de loi n° 4
va manquer son coup. Il faut vraiment penser plus long terme, plus
global, parce que, la responsabilité de la protection des victimes, on ne veut
pas que ça tombe seul sur les épaules des femmes, des partenaires intimes. Ils
vont avoir besoin d'avoir un encadrement puis un accompagnement. Alors, sache
qu'on vous a entendus, et je partage la préoccupation.
C'est important aussi
d'adresser la préoccupation que beaucoup de femmes ont soulevée, quand on parle
de la voix des femmes, mais en lien avec les ressources qui devront être
bonifiées, et de reconnaître que souvent, la situation, même
juste actuellement, n'est pas facile. Quand on dit que le Regroupement des
maisons pour femmes victimes de violence conjugale et l'Alliance M2 nous
disent que les maisons sont pleines à 96 %, savoir que l'on est en danger
ne sert rien si on a nulle part où fuir, c'est clair. Je pense que le
financement communautaire est important. Et là, avec l'adoption éventuelle, on
espère, du projet de loi n° 4, on est en train de donner une autre
nouvelle mission aux organismes communautaires, mais, sans le financement
récurrent et suffisant pour l'accompagnement à longue durée, bien, je crains
des bris de service et je pense qu'eux aussi. Alors, c'est important de le
mentionner.
Je n'irai pas trop en détail ou donner des
exemples, parce que je souhaite entendre ma collègue la députée de Robert-Baldwin,
qui va parler beaucoup de le piège à la DPJ. Je veux juste le soulever, parce
que c'est sans doute un des points les plus sensibles qui ont été soulevés lors
des auditions. Si une mère, par exemple, demande des renseignements et que la
divulgation révèle qu'il y a un risque pour l'enfant, l'intervenante pourra
avoir une obligation de signalement
automatique à la DPJ. Il faut adresser ceci, parce que plusieurs groupes
craignent qu'avec cette éventualité, bien, on va avoir des victimes
potentielles, des partenaires intimes qui ne vont pas faire la demande
d'information pour les antécédents, parce qu'ils vont avoir la crainte ou la
peur qu'aussitôt que l'information est dévoilée, bien, quelqu'un va enlever mes
enfants. Et je sais que ma collègue, elle a beaucoup d'exemples dont elle va
soulever. Ça fait que les femmes vont certainement renoncer à s'informer, et
c'est exactement le contraire de ce que nous souhaitons accomplir avec le
projet de loi n° 4. Alors, j'espère que vont... on va
vider la question puis qu'ensemble, lors de l'étude détaillée, nous allons
trouver une solution, parce que ça va être important.
Il y a aussi le risque de faux sentiment de
sécurité. On a beaucoup entendu les groupes nous parler de ça, et tout le monde
a posé des questions aussi, auprès des groupes, de comment nous devons
s'attaquer à ceci. Ça me désole qu'on n'a pas entendu le Conseil du statut de
la femme en commission parlementaire, mais sache que j'ai pris le soin de lire
leur mémoire, puis il nous rappelle que 46 % des auteurs de meurtres
conjugaux n'avaient aucun antécédent judiciaire. Alors, le faux sentiment de
sécurité, il faut se préoccuper, parce qu'une recherche négative, ce n'est pas
un certificat de non-dangerosité.
Il faut impérativement que les règlements
obligent une rencontre, une divulgation puis, je répète encore, un règlement. Parce
que ça, en fait, je sais que ça fait partie de la deuxième étape, la
phase II du projet de loi n° 4, que ça en fait partie. Comment allons-nous traiter le
négatif quand on n'a pas d'information? Parce qu'il y a beaucoup
d'informations. Entre autres, le contrôle coercitif, peut-être qu'il n'en fera
pas partie. Comment allons-nous partager cette information pour s'assurer que les
victimes potentielles, les partenaires intimes, ont entre leurs mains ou qu'ils
entendent l'information nécessaire pour leur propre protection? Parce qu'en...
l'absence de renseignements policiers, ce
n'est pas une absence de risque. Alors, c'est un élément que nous devons
adresser lors du prochaine étape, quand nous allons être à l'étape de
l'étude détaillée.
On a aussi entendu parler, la dernière journée
de nos auditions... Et je remercie le chercheur — c'est quoi, son nom, Brigitte? — Simon
Lapierre, qui nous ont aidés beaucoup à aller profondément, comme, les
chercheurs, ils font, dans tous les détails spécifiques dans ce projet de loi.
Puis il a soulevé la préoccupation pour les sanctions contre les victimes, parce que, oui, ça existe. Le projet de
loi prévoit des amendes allant jusqu'à peut-être 30 000 $ pour une
victime qui rendrait l'information
publique, ce qui risque de l'isoler de les proches. On comprend, la protection
des renseignements personnels est très importante, j'en suis, mais il
faut se mettre dans la posture et la position d'une victime potentielle, le
partenaire intime qui va recevoir cette information.
Souvent, je comprends... Puis je comprends que
ce n'est pas l'orientation du gouvernement, je vais dire ça d'emblée, mais il me semble que nous avons un
ajustement que nous devons aborder pour bonifier le projet de loi, pour
éviter que nous ne sommes pas en train de revictimiser les personnes qui font
cette demande. Parce qu'ils vont avoir la possibilité de parler avec les
spécialistes, les gens qui oeuvrent dans le domaine de santé et services
sociaux. Mais je ne sais pas si vous êtes comme moi, Mme la Présidente, mais,
si on a quelque chose à partager puis on a besoin de jaser, c'est avec ma mère, mes amis, les personnes... ma soeur, les
personnes avec qui je suis le plus proche que je souhaite avoir cette
discussion. Si la loi est adoptée dans sa mouture actuelle, avec ses articles
actuels, bien, ça veut dire que ces femmes vont être en contravention de la loi
et, ça se peut, ils pourront être assujettis à des sanctions pénales. Ça fait que je comprends que peut-être ça va être
difficile de décerner, mais la crainte que j'ai, c'est que la personne qui a des
antécédents judiciaires, qui a un passé violent, ça se peut qu'il va utiliser
ces articles contre le partenaire intime. Donc, on veut éviter toutes les portes d'entrée pour les personnes d'encore
une fois victimiser les femmes. Ça fait qu'on a des éléments à modifier.
• (16 h 20) •
Puis ça me fait penser aussi, puis on l'a
entendu, mais il faut vraiment changer le «mindset» de pourquoi la femme ne
quitte pas, pourquoi elle ne quitte pas. Il faut arrêter de poser cette
question. Ce n'est pas la question à poser. Il faut... responsabilité, les
personnes qui sont victimes de violence conjugale, il faut respecter leur
rythme, il faut respecter leur bien-être puis il faut respecter la façon
qu'elles souhaitent traiter leur propre situation. Ce n'est pas parce qu'ils
ont reçu de l'information que nous, on peut questionner : Ah! bien là, maintenant,
elle le sait, pourquoi qu'elle ne quitte
pas? Toute la famille sait pourquoi qu'elle ne quitte pas. Il faut arrêter de
poser cette question. Ce n'est pas une question que nous devons poser.
Nous devons assurer qu'au moment qu'elle décide de quitter on a les ressources
qui sont là pour l'accueillir. Ça, c'est la question, puis ça, c'est notre
devoir puis notre responsabilité.
Il y a aussi quelques autres éléments avant que
je termine... l'a clarifié en commission, et le ministre l'a adressé un peu,
c'est vrai, le rôle de tiers. On a beaucoup entendu parler des groupes, puis je
pense que tout le monde était un peu surpris
par rapport le rôle de tiers, parce que le projet de loi va dans une direction
où on parle, le rôle de tiers... Par exemple, si moi, je souhaite, je
pourrais faire une demande d'information par rapport à le copain de ma fille,
par exemple, mais ma fille doit consentir, et c'est ma fille qui va recevoir
cette information. Ça fait que le rôle de tiers, ça peut être vous qui faites cette demande
pour un ami, mais il faut que l'ami consente que le policier poursuit avec
l'enquête de l'information, et c'est elle qui va recevoir cette
information. Mais on a beaucoup entendu qu'on a la possibilité, si nous
faisions ça, de briser des liens de
confiance que les victimes potentielles, les partenaires intimes, ils ont déjà,
ce lien de confiance qui est déjà fragile, parce que, souvent, c'est des
personnes fragiles... Mais, si on brise... on brise ce lien de confiance, parce que la personne va assumer une
responsabilité, dont la femme ou la personne n'est pas prête à assumer
elle-même, encore une fois, on revient à la question de... on n'est pas
à la bonne place en termes de question. Il faut avoir les ressources
nécessaires pour elle quand elle décide de quitter. Et on pense vraiment, ce
qu'on a entendu en commission, c'est que
nous devons respecter l'autonomie de la personne et responsabilité...
responsabiliser les personnes qui souhaitent faire ces demandes.
Dans le fond, le regroupement des maisons
s'inquiète vraiment de cette possibilité qu'un proche va faire une demande sans
consentement, ça serve seulement à faire la pression sur la victime, et ce
n'est pas ça que nous souhaitons faire, puis ce n'est pas l'orientation ou le
sens de ce projet de loi. Je pense que le but, c'était de bien faire, puis
d'élargir, puis de s'assurer qu'on peut
capturer le plus possible les victimes potentielles, mais il me semble que ça,
c'est un élément dont nous devons, encore une fois, creuser, faire un
débat, et voir ce que nous pouvons faire pour écouter les groupes qui sont
venus témoigner, et trouver un juste milieu.
L'échéancier
aussi, on a beaucoup entendu parler de l'échéancier. C'est-tu 10 jours,
20 jours, 45 jours? Qu'est-ce qu'on fait, si on est la
personne qui est en attente d'avoir l'information? Parce que, chaque jour qui
découle, bien, c'est une autre journée où ça se peut que ma vie est à risque.
Il va falloir qu'on jase de ça. Il va falloir qu'on parle de c'est quoi, un
délai minimum, c'est quoi, un échéancier maximum, parce que ça va être un défi.
Ça va être un défi, surtout pour la SQ, parce que, lors de l'adoption, on
espère, de ce projet de loi, ce serait le septième projet de loi qu'on adopte
ici, à l'Assemblée nationale, où on donne l'obligation à la SQ de faire des
vérifications d'antécédents, des absences d'empêchement.
On leur demande de le faire quand c'est un service de garde éducatif à
l'enfance, pour ceux qui oeuvrent dedans, on leur demande de le faire pour ceux
qui oeuvrent au sein du réseau scolaire, on leur demande de le faire
pour le réseau sportif.
Ça fait qu'il
y a beaucoup de demandes. Et ils l'ont déjà soulevé, l'année passée, quand on
parlait de qu'est-ce que nous devons faire en ce qui concerne l'application
puis la vérification des antécédents pour les services de garde éducatifs à
l'enfance... et nous avons dit : On ne sait pas si on serait capables de
faire ça, on ne sait pas si nous avons les
moyens, premièrement, puis on ne sait pas si on pourrait respecter les
échéanciers. Puis il y a des coûts aussi associés avec ça. Ça fait que ce n'est pas juste d'ajouter
des ressources, que je salue, entre autres, c'est de le pérenniser, mais aussi
c'est tout le travail de recherche, parce que ça prend des heures pour chaque
demande.
Alors, il va falloir qu'on est lucides, en ce
qui concerne cette question puis comment nous allons mettre ça à l'oeuvre, parce que ce n'est pas parce que ça
manque, la volonté. Je pense qu'il
faut juste être réaliste, transparent
aussi avec la population, parce qu'aussitôt qu'on adopte une loi, on
crée des attentes de la population puis de la société civile. Si le projet de loi n° 23 sera adopté, Mme la
Présidente, c'est un autre aspect, une autre demande de la SQ de faire des vérifications des antécédents judiciaires puis
des absences d'empêchement. Ça fait qu'on va ajouter une huitième loi, une huitième demande. Déjà, ils sont surchargés.
Alors, ils ont toute mon admiration, mais il va falloir qu'on jase de ça.
On a aussi entendu les groupes qui parlaient de
la protection des intervenants, parce que le CAVAC a soulevé l'obligation de
détruire les renseignements après 60 jours, qui est louable, qui est
important. On souhaite protéger les victimes et l'information privilégiée des
personnes, mais ça reste que c'est un empêchement pour eux, tu annules le
dossier professionnel. Alors, ils nous recommandent qu'on s'inspire de ce qui a
été fait pour le Tribunal spécialisé en matière de violence sexuelle et
violence conjugale.
Alors, je vais travailler avec ma collègue pour
trouver cet entre-deux, pour s'assurer qu'eux, ils sont protégés, mais aussi
qu'on respecte l'article 8 de la loi qui prévoit cette destruction après
le 60 jours, parce que la solution, je pense,
consiste d'adopter une règle qui permet à détruire la donnée nominative
policière, tout en autorisant la conservation d'un résumé de l'intervention clinique. Alors, j'espère que le
gouvernement aura une ouverture pour ce type d'amendement.
Je souhaite rapidement parler de les voix de
ceux qui sont venus témoigner. J'ai été très touchée par l'audition de Femmes
autochtones Québec. Elles ont dénoncé, quand même, leur exclusion des
consultations préalables de la construction de ce projet de loi. Et ils disent
souvent que, tu sais, la SQ ne peut pas être le seul pivot de confiance pour les femmes autochtones, ils ont besoin d'avoir une
réelle sécurisation culturelle. Ils demandent une consultation. Ils demandent
aussi qu'on laisse mourir au feuilleton le projet de loi, je comprends, mais
ils demandent une coconstruction. J'espère que, quand nous allons
procéder ou que le gouvernement va procéder avec les consultations pour les
règlements, qu'ils ont... qu'ils feront
partie de cette discussion, parce que, c'est vrai, leurs besoins sont très
spécifiques. C'est spécialisé, les besoins qu'elles ont dans les
communautés souvent isolées. On a des fractures numériques, des barrières
linguistiques que nous devons prendre en considération, puis c'est des
obstacles réels. Vous étiez auparavant ministre des Affaires autochtones, alors
vous le savez très bien, Mme la Présidente, sans la sécurisation culturelle
inscrite dans la loi, il me semble qu'on va
adopter un mécanisme qui va être inaccessible pour les femmes les plus
vulnérables. Alors, encore une fois,
j'espère que c'est une avancée que nous pourrons aborder ensemble, puis c'était
juste... aujourd'hui, il me semble, que le Protecteur du citoyen nous a aussi sensibilisés de cette réalité puis
la situation, puis il faut mieux consulter, coconstruire la législation
au bénéfice des victimes et leurs familles.
En conclusion, Mme la Présidente, je souhaite
réitérer qu'on appuie le projet de loi n° 4. On
appuie l'adoption, on souhaite continuer à faire le travail ensemble, parce que
chaque vie sauvée, ce n'est pas juste une action, mais nous serons complices
vraiment dans une adoption d'une loi la plus étoffée possible. On ne veut pas
une loi symbolique, certes, ce n'est pas ça
qu'on souhaite, mais on souhaite avoir un outil qui va réellement sauver des
vies. Alors, ça fait partie de nos orientations, de la façon que nous
allons travailler. On va se battre pour s'assurer que c'est un projet de loi
qui est accompagné par des ressources, parce que nous
savons que les ressources, c'est vraiment le nerf de la guerre quand on parle
d'ajouter ce type de possibilité pour les femmes de dénoncer puis d'avoir de
l'information, parce que le droit de savoir devrait être accompagné du pouvoir
d'agir. Le droit de savoir devrait être accompagné par le pouvoir d'agir, je
pense que ça mérite d'être répété, sinon on n'ira vraiment pas loin avec un
projet de loi comme le projet de loi n° 4. Puis les femmes méritent mieux, notre société mérite mieux, et
j'ai hâte à coconstruire avec le gouvernement pour les prochaines étapes.
Merci.
• (16 h 30) •
La Vice-Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup, Mme la députée. Je cède maintenant la parole à Mme la députée de Sherbrooke.
Mme Christine Labrie
Mme Labrie : Merci
beaucoup, Mme la Présidente. C'est vraiment un bonheur pour moi de terminer mon
mandat, mon dernier mandat en politique avec ce projet de loi, pour
plusieurs raisons.
D'abord, parce que c'est un... c'était une
recommandation de Rebâtir la confiance d'adopter un dispositif ici, au
Québec, inspiré de la loi de Clare. Puis d'ailleurs je vois l'actuelle ministre
de l'Éducation, qui avait participé à la mise
en place des travaux de Rebâtir la confiance, puis je veux en profiter
pour la remercier parce qu'il y avait beaucoup de recommandations,
là-dedans, très porteuses. Puis certaines ont été mises en oeuvre, certaines
sont en train de l'être, certaines ne le sont
pas encore. J'espère que les prochains parlementaires vont veiller à ce que les
90... les 190 recommandations le soient.
Le projet de loi qu'on étudie en ce moment,
c'est un outil de plus qu'on veut donner aux personnes à risque pour prendre
des décisions éclairées. Évidemment, ça ne fera pas de miracle, il n'y a
personne ici qui pense ça, ça a été dit par
les collègues, mais on ne peut pas se priver d'aucun outil pour protéger les
femmes. Donc, ce projet de loi là, il est très, très important.
Et j'apprécie particulièrement de vivre une
expérience encore de travail collaboratif avec les collègues sur ce projet de
loi, collaboration entre les partis, mais aussi avec la société civile, qui est
très impliquée dans le processus. C'était...
c'était une demande de longue date de plusieurs acteurs. J'ai dit que ça
figurait dans le rapport Rebâtir la confiance, qui a été
déposé il y a plus de cinq ans déjà, mais aussi il y a, notamment, les proches
de Gabie Renaud qui se sont beaucoup mobilisés dans les derniers mois pour
faire pression sur les acteurs politiques pour qu'on s'inspire de la loi de Clare et qu'on agisse ici pour donner davantage
d'outils aux victimes de violence. Je veux les remercier. Je le sais, que
c'est terrible, là, le deuil qu'ils ont eu à vivre, de perdre une personne
qu'ils aiment dans des circonstances aussi violentes,
et puis évidemment il n'y a jamais rien qui va réparer ça, mais j'espère que la
réponse politique qu'ils ont en ce moment à leur mobilisation va être un
baume sur la douleur qu'ils ont subie.
Je veux remercier tous les groupes qui ont
travaillé rapidement pour nous alimenter comme parlementaires pour faire un
meilleur projet de loi. On les a entendus cette semaine. Le ministre en a
parlé. C'est vrai que ça nous a fait beaucoup réfléchir. Moi-même, au départ,
j'étais plutôt en faveur de permettre aux tiers, aux personnes proches d'une personne à risque de pouvoir faire une
demande d'antécédents, mais j'ai été convaincue par les groupes qu'on a
entendus en auditions que ce n'était pas ça, la voie à suivre, finalement, pour
permettre aux personnes qui s'inquiètent d'agir sur la situation puis de
soutenir la personne à risque. Donc, merci d'être venus nous sensibiliser à ces
enjeux-là. Puis, clairement, ça fait évoluer la position de tout le monde
là-dessus, puis on va en tenir compte.
Je remercie le ministre, qui est lui-même très,
très à l'écoute pour faire le meilleur projet de loi possible. D'ailleurs, il a pris l'engagement, pendant les
consultations, d'inviter un très grand nombre d'organismes à participer au
processus réglementaire. En fait, tous les organismes qui en ont fait la
demande ont été invités à participer. Et puis c'est absolument essentiel, parce
que chaque détail de ce règlement-là va être très, très, très important, et
puis on ne peut pas se priver de leur expertise. Donc, moi, j'étais rassurée de
voir que le ministre répondait à leur main tendue puis acceptait qu'ils participent au processus. Nous, comme... comme
élus dans l'opposition, habituellement, on ne participe pas au processus
réglementaire, mais de savoir que les personnes qui ont l'expertise de le faire
vont être invitées à collaborer pour que chaque détail soit bien choisi,
c'est très, très rassurant.
Ensuite, le projet de loi qu'on fait, il est
très important, mais, la manière dont on est en train de le faire, je pense que
c'est tout aussi important. Puis c'est un exemple à suivre. Donc, j'espère
qu'il y aura plus souvent de la collaboration comme ça. Moi, j'aurais aimé en
voir plus souvent. On en profite quand ça passe, mais je pense que ça fait des résultats puis des politiques publiques
qui sont meilleurs, des règlements, des lois qui sont meilleurs. Donc, je lance
l'invitation à tous ceux, finalement, qui n'ont jamais eu l'opportunité,
peut-être, comme ministres, de faire des projets de loi comme ça, vous devriez l'essayer. Vous devriez l'essayer, parce
que, de toute évidence, on est plus fiers du résultat de notre travail.
Moi, je suis fière du travail qu'on est en train de faire avec les collègues en
ce moment sur ce projet de loi là. Puis je pense que c'est ça que les citoyens
attendent de nous aussi comme élus. Ils veulent nous voir travailler ensemble
pour régler des problèmes sociaux comme celui-là, comme il y en a tant
d'autres.
Puis les citoyens attendent aussi de nous qu'on
donne les moyens aux victimes de pouvoir mettre fin à une relation, de pouvoir
partir en sécurité d'une relation où il y a de la violence. Et, là-dessus, il y
a encore un défi qui est très, très grand.
Les données sont très claires depuis longtemps. Elles nous ont été rappelées
encore cette semaine. Chaque année, en fait, il y a une femme sur deux
qui demande de l'hébergement qui ne réussit pas à en avoir au moment où elle
fait la demande. C'est une demande sur deux, à SOS violence conjugale, là,
qu'ils ne sont pas capables de répondre à
chaque jour. Donc, même... Et ça, c'est pour les services d'hébergement, mais,
même pour les services externes, dans les organismes en violence
conjugale, il y a des listes d'attente parfois de plusieurs semaines.
Donc, moi, je m'attends à
ce qu'il y ait des investissements majeurs, parce que le projet de loi qu'on
fait, il est important, mais il va générer aussi de la demande, notamment au
moment où la personne va recevoir la divulgation d'antécédents. Qu'il y en ait
eu ou pas, il va falloir qu'elle soit accompagnée, cette personne-là, d'une
personne, d'une ressource sur le terrain, là, d'une intervenante, parce que, si
la personne se sent à risque, même s'ils n'ont pas trouvé des antécédents, ça se peut qu'elle ait à prendre
des décisions pour sa relation quand même, ça se peut qu'elle ait besoin
d'aide pour un plan de sortie puis ça se peut qu'elle ait besoin d'hébergement
ou de services externes. Donc, ça va prendre des investissements majeurs pour
augmenter le nombre de ressources, à la fois matérielles puis humaines, pour
soutenir les victimes de violence. Je sais qu'il y a déjà des fonds prévus pour
soutenir la SQ, pour soutenir l'organisme désigné dans l'implantation du projet
de loi, ça, c'est l'effet direct du projet de loi, ça a été prévu par le
gouvernement, puis c'est tant mieux, mais il
n'y a pas de somme prévue pour tout ce qui est effet collatéral du projet de
loi, donc, toutes les retombées, là, indirectes sur les ressources sur
le terrain. Ça va en prendre aussi.
Quelques autres améliorations que j'espère voir
dans le projet de loi. D'abord, un délai de réponse pour les personnes qui font
une demande. Je pense que c'est important que les personnes sachent à quoi
s'attendre. Quand on fait une demande pour ça, on veut savoir : Ça va-tu
prendre trois jours avant que j'aie une réponse, ça va-tu prendre trois
semaines? Quand on se sent à risque, on veut avoir une idée, là, de combien de
temps ça va prendre. Puis tout à l'heure
j'ai entendu le ministre mentionner que ce serait peut-être fait par règlement
de prévoir ce délai-là. Moi, je n'ai pas de problème à ce que ce soit fait par
règlement, mais il va falloir que ce soit précisé quelque part. Il va falloir
qu'il y ait un délai sur lequel on peut s'accrocher, là, pour placer les
attentes au bon endroit.
Ça va prendre
aussi un suivi détaillé de la mise en oeuvre de la loi, parce qu'on veut savoir
c'est quoi, les effets, finalement. Puis ça nous a été dit à plusieurs
reprises qu'ailleurs dans le monde où ils ont mis en place des dispositifs
comme ça ils ont très peu documenté les effets, en fait, donc c'est difficile
de savoir à quel point ça marche et comment améliorer ça, c'est quoi, les
retombées. Et je pense que nous, si on est responsables, on devrait le faire.
On devrait prendre la peine de documenter qui fait... qui fait les demandes,
dans quel type de situation, quel type de suivis sont nécessaires après auprès
de ces personnes-là, quel type de ressources sont utilisées. Je pense que, si
on ne fait pas ça, on se... on ne se donne
pas la capacité de vérifier si ça sert à quelque chose, cette loi-là, et de
l'améliorer non plus. Donc, ça va m'apparaître très, très important
qu'il y ait un bilan qui soit fait, peut-être après un an ou deux d'entrée en
vigueur de la loi, pour documenter vraiment comment ça se passe sur le terrain,
pour s'assurer qu'on puisse faire les ajustements nécessaires. Puis, bien sûr, j'entends le ministre souvent dire :
On veut faire les ajustements au fur et à mesure. Certainement, il faut faire les ajustements au fur et à mesure,
c'est l'idéal, mais il faut aussi documenter. Il faut permettre qu'il y ait de
la recherche qui puisse se faire là-dessus pour évaluer les retombées. C'est...
c'est beaucoup trop important pour juste adopter ça, là, en laissant ça aller
sans faire le suivi.
Aussi, je
vais me permettre d'interpeler mes... Ah oui! Un délai pour l'entrée en vigueur
de la loi parce que, bon, en ce
moment, ce n'est pas prévu. C'est certain que ça va prendre du temps, faire
entrer ça en vigueur. On veut que ce soit bien fait. Moi, ça, je le comprends
très, très bien. Ça nous prend un délai qui va nous permettre de faire les
choses comme il faut mais qui va aussi nous obliger à les faire. Donc
là, il y a potentiellement, on ne le sait pas, un changement de gouvernement
dans les prochains mois. Moi, je veux m'assurer que, peu importe qui sera le
gouvernement, ça va rester une priorité. Et, pour s'assurer de ça, il faut que
la loi prévoie un délai maximal d'entrée en vigueur pour s'assurer que le travail continue d'être fait, malgré qu'il va y
avoir, là, plusieurs mois, là, de... consacrés à un changement de... si ce
n'est pas de gouvernement, au minimum, de composition de l'Assemblée
nationale et du Conseil des ministres. Donc, ce temps-là, on ne doit pas le
perdre. Il faut que ça continue d'aller de l'avant.
• (16 h 40) •
Puis finalement je vais me permettre
d'interpeler aussi mes collègues qui vont continuer à faire de la politique
pour un prochain mandat, parce qu'on a entendu beaucoup de choses concernant la
manière dont la DPJ traite les victimes de violence conjugale, et ça nécessite
des interventions urgentes. Là, on est à quelques jours de la fin de la session, mais ça nécessite un suivi, assurément.
On nous a dit que les femmes victimes de violence conjugale avaient souvent
encore plus peur de la DPJ que de la police. On nous a dit que ça pourrait
peut-être les empêcher d'aller faire une demande de vérification d'antécédents,
parce qu'elles pourraient craindre qu'un signalement soit fait et que ça ait
des conséquences négatives sur elles, comme
de perdre la garde de leurs enfants. C'est extrêmement préoccupant. Puis moi,
je sais, pour avoir entendu ça tellement
souvent de la part de tellement de victimes, que, parfois, la peur de perdre la
garde de leurs enfants, bien, ça les empêche de porter plainte ou même juste de
parler de la violence subie. Donc, ça, c'est un enjeu. Puis ça a l'air très, très farfelu, là, de dire ça comme ça. On
se dit : Bien, voyons, une femme qui a vécu de la violence, ce
n'est pas de sa faute, elle ne devrait pas perdre ses enfants pour ça. Mais moi,
je ne les compte plus, là, moi, je ne les
compte plus, les victimes de violence qui sont venues me raconter ça, qui ont
écrit à mon bureau, qui ont appelé, des femmes qui vivent énormément de
détresse, qui, après avoir vécu de la violence, se sont retrouvées à vivre le
fait que ça se retourne contre elles parce que l'ancien conjoint plaide
l'aliénation parentale puis utilise le fait qu'elles ont dénoncé la violence contre elles, puis finalement elles
les perdent, leurs enfants. J'en ai vu, des femmes perdre, même, la garde
complète de leurs enfants à cause de ça. Donc, ce n'est pas des craintes
qui sont... qui sont injustifiées. Elles sont légitimes, ces craintes-là, parce
que ça existe, ces histoires-là, puis ce n'est même pas rare. Donc, il faut
prendre soin de ça.
D'ailleurs, c'était aussi une recommandation du
rapport Rebâtir la confiance d'aller modifier le Code civil pour mieux prendre en compte l'intérêt de l'enfant
quand il y avait de la violence conjugale. On se rend compte que... Là, on
essaie d'agir pour prévenir avec la loi Gabie Renaud qu'on met en place, puis
ça... ça nous rattrape, hein, finalement, le
fait que, la DPJ, de la façon dont ils interviennent quand il y a de la
violence conjugale, ce n'est pas toujours adéquat puis ça empêche les femmes, finalement, d'aller
chercher de l'aide, d'utiliser les outils qui sont à leur disposition. Bien, il
va falloir agir là-dessus.
Moi, j'en ai déposé un
récemment, un projet de loi, précisément, qui fait ça. Le temps nous est compté
en ce moment, donc je ne sais pas s'il va pouvoir aller de l'avant. Bon, mon
idéal, ce serait qu'on réussisse à intégrer un article ou deux dans notre
projet de loi actuel, là, pour pouvoir régler ça, mais, si ce n'est pas le cas,
le plus tôt sera le mieux, parce qu'en
attendant, là, en ce moment, il y en a, des victimes de violence qui ne le
disent pas, qui ne portent pas plainte ou qui retirent, même, leurs
plaintes, parfois à la recommandation de leurs avocats ou de leurs intervenants
de la DPJ, parce qu'elles savent que ça les
met à risque de perdre la garde de leurs enfants, et moi, je ne peux pas
supporter ça.
Donc, j'interpelle le gouvernement pour qu'on
agisse maintenant. Je voyais tout à l'heure la ministre de la Condition
féminine qui était ici, qui assistait au débat. J'espère qu'elle... qu'elle est
sensible à ça. Puis, si ce n'est pas maintenant, bien, j'interpelle les élus
qui seront là, n'importe quelle formation politique qui va vouloir donner
suite, finalement, à cette proposition-là, qui était dans le rapport Rebâtir
la confiance, de modifier le Code civil pour tenir compte de l'intérêt de l'enfant. Quand on fait ça, on aide les victimes
de violence conjugale à dénoncer en toute confiance, que ça ne va pas se
retourner contre elles pour la garde de leurs enfants. Donc, c'est une mesure
qui protège les enfants, qui protège leurs parents victimes aussi. Ce serait
vraiment essentiel. C'est une mesure qui est à coût nul aussi, hein? On sait
que c'est difficile de tout faire ce qui devrait être fait, comme État, mais en
particulier pour protéger les femmes victimes
de violence, mais ça, c'est une mesure qui est à coût nul. Et donc on ne
devrait se passer d'absolument aucune mesure qui est à coût nul pour
protéger les victimes de violence. Merci, Mme la Présidente.
La
Vice-Présidente (Mme D'Amours) :
...Mme la députée. Est-ce qu'il y a d'autres interventions? Mme la
députée de Terrebonne, la parole est à vous. Merci.
Mme Catherine Gentilcore
Mme Gentilcore : Merci, Mme la
Présidente. Donc, je prends à mon tour la parole aujourd'hui pour... sur
l'adoption du principe du projet de loi n° 4, le projet de loi Gabie
Renaud. Évidemment, je l'ai déjà dit, mais je le répète, nous sommes en faveur de l'adoption de ce projet de loi. C'est
un projet de loi qui est important, qui va permettre à une personne qui ressent un risque face à son...
à son partenaire intime de faire une demande de renseignements à son
sujet, au sujet de ses antécédents.
Je tiens vraiment à remercier du fond du coeur
l'ensemble des groupes qui sont venus nous parler pendant les deux jours
bien remplis de consultations. C'était fort éclairant. Et déjà, en deux jours,
on était tous étonnés de voir à quel point
notre mentalité avait déjà évolué puis à quel point ça venait déjà influencer
notre façon de penser puis que ça allait diriger les travaux pour la suite.
Donc, vraiment, merci à ces groupes-là. Ça a été fort intéressant de les
recevoir et de les entendre.
Donc, le
premier constat qui ressort pour moi dans ces consultations-là, c'est que, si
le projet de loi, évidemment, est un
pas dans la bonne direction... Ma collègue l'a dit tout à l'heure, on ne peut
pas se passer d'un outil comme celui-là. On va tous les prendre. On les veut tous. On accumule les mesures. Mais,
malgré ça, ce ne sera pas suffisant pour protéger adéquatement les femmes de la
violence conjugale et sexuelle. Donc, oui, c'est important d'informer les
femmes, mais elles ont surtout besoin
que les conditions soient réunies pour qu'elles puissent, le moment venu, être
protégées et accompagnées alors qu'elles devront échapper à une
situation de violence. C'est ça que je retiens principalement. Ça a été
mentionné à plusieurs reprises lors des
consultations particulières et des auditions avec les groupes. Autrement dit,
lorsqu'une femme est prête à prendre certaines décisions pour se
protéger après la rencontre de divulgation des renseignements, là, qui lui seront transmis au sujet de son partenaire
intime, bien, il faut que les ressources soient là puis soient disponibles pour
elle, pour qu'elle puisse prendre cette porte de sortie là et qu'elle puisse
agir au moment qui sera opportun pour elle.
Donc, pour
s'assurer de ça, bien, je reviens au fameux financement de nos organismes
communautaires, Mme la Présidente,
donc, comme les CALACS, les centres pour femmes, les maisons d'hébergement, les
organismes d'aide aussi aux hommes qui ont des comportements violents.
C'est vraiment le travail de tous ces acteurs-là, là, qui fait en sorte qu'on
puisse aider ces femmes-là. Leur travail est essentiel. Puis, pour les aider,
bien, on doit assurer le financement de leurs organismes à la mission. Au lieu
d'exiger une lourde reddition de comptes pour un ensemble de demandes pour des projets spécifiques, il faut ramener le
financement à la mission de ces organismes-là pour assurer aussi une meilleure
autonomie de leur mission puis assurer qu'ils puissent prendre les décisions
par eux-mêmes. C'est eux qui connaissent le
terrain et c'est eux qui savent... elles, en fait, je devrais dire, c'est elles
qui savent le mieux comment investir le terrain puis comment soutenir
les femmes qui sont victimes de violence. Donc, il faut laisser à ces
organismes-là le temps et la liberté aussi d'accomplir leur mission première,
qui n'est pas de remplir de la paperasse, qui n'est pas de faire de la
reddition de comptes. Leur mission première, c'est d'aider les femmes et
d'aider la population.
Maintenant, bon, évidemment, bien qu'on soit en
faveur de l'adoption du principe de ce projet de loi là puis qu'on soit en faveur de ce projet de loi là tout
court, il y a quand même des sujets sur lesquels on va devoir et sur lesquels
on veut avoir des discussions riches avec les collègues, évidemment, mais avec
le ministre de la Sécurité intérieure aussi,
évidemment. Et je le sais déjà très sensible à ces enjeux-là que je vais
nommer, mais c'est important de les nommer quand même pour jeter les
bases sur les discussions qu'on va avoir, là, dans les prochains jours, je
pense bien.
Donc, tout d'abord, la protection de la
jeunesse. Donc, je sais que ma collègue de Robert-Baldwin va en parler
davantage tout à l'heure, mais je veux quand même le soulever, il y a plusieurs
groupes qui s'inquiètent du fait que, lorsque les femmes vont envoyer une
demande de renseignements à la Sûreté du Québec via le formulaire en ligne, par
exemple, bien, les policiers vont être tenus peut-être de faire des
signalements à la protection de la jeunesse si le témoignage de la femme ou si les informations qui sont données dans ce
formulaire-là démontrent qu'il y aurait danger pour leurs enfants. Donc,
ça, déjà, c'est vraiment... On est très sensibles à ça, parce que ce qu'on veut
avant tout, c'est que les
femmes se sentent en sécurité et qu'elles se sentent pleinement libres,
justement, de remplir le formulaire et de recevoir de l'aide, donc, qu'elles sentent qu'elles ne sont pas menacées
d'aucune façon par le fait de demander de l'aide. Donc, ça, c'est une...
c'est une... un sujet qui sera sans doute abordé assez longuement.
L'association
L'R, L'R des centres de femmes, nous a d'ailleurs rappelé que plusieurs femmes
craignent la DPJ, selon leur milieu, selon où elles... leur vécu
également. Elles craignent la DPJ. Elles craignent également les policiers. Ce sont deux critères desquels il faut tenir
compte dans l'élaboration de ce mécanisme de protection. Donc, il faut avoir
des discussions là-dessus pour voir comment on peut s'assurer que les personnes
qui remplissent le formulaire soient au courant,
en tout cas, de manière très claire, des cas de figure dans lesquels leur
demande pourrait mener à un signalement, le cas échéant. Donc, c'est vraiment un côté qui, pour moi, est très
sensible et qu'il va falloir aborder avec beaucoup de doigté.
Ensuite
de ça, on a énormément discuté aussi du moment où ces informations-là seraient
divulguées. On se rappelle qu'après l'envoi du formulaire à la SQ les
policiers vont collecter les renseignements. Donc, les policiers de la SQ
collectent ces renseignements-là dans les différentes bases de données, auprès
des autres corps policiers également, peut-être auprès de la DPJ, ça dépend des
règlements qu'on va mettre en place dans le cadre de ce projet de loi là. Mais donc, dès qu'un formulaire est transmis, il y a
cette étape-là de colliger l'information. Ensuite de ça, la SQ transmet ces informations-là
à un organisme désigné, donc, soit un organisme centralisé ou peut-être des
organismes par régions. C'est un autre sujet dont il faudra discuter. Et c'est
cet organisme-là qui va organiser une rencontre avec la personne à risque pour
lui communiquer verbalement les renseignements qui ont été collectés au sujet
de son partenaire intime. Et cette rencontre-là, c'est un moment qui peut être
très délicat parce que, quand on apprend certaines choses, même si on s'y est préparé, ça peut avoir un impact
majeur émotivement, évidemment, sur ce qu'on vit. Ça veut dire qu'il faut
qu'on puisse donner aux personnes à risque un accès aux ressources d'aide
immédiatement si elles en ont besoin. Il faut prévoir l'après dès qu'on reçoit
le formulaire. Il faut que tout soit prévu puis qu'on ait accès à ces
ressources-là.
Vous savez qu'en ce
moment, partout au Québec, on a de la difficulté à répondre à la demande. Il y
a plusieurs femmes qui doivent attendre, qui
ont des délais... qui font face à des délais qui sont importants. Le CALACS,
dans ma région, à Terrebonne, les
femmes ont quelques rencontres, tu sais, de survie, là, qui sont vraiment dans
l'urgence, puis après ça elles doivent attendre jusqu'à un an pour
avoir, des fois, un vrai suivi puis rentrer dans un vrai processus.
• (16 h 50) •
Donc, c'est important
de s'assurer que nos ressources soient là, soient disponibles. Si on donne des
outils à une femme pour qu'elle puisse
prendre des décisions concernant sa sécurité et sa santé, il faut, après ça,
qu'on ait tout ce qu'il faut pour l'accompagner. Donc, ça implique aussi
qu'il y ait une coordination efficace entre cet organisme-là qui va être désigné et les maisons d'hébergement. Dans
la situation actuelle, avec le manque de places, le risque, c'est qu'on n'arrive
pas à offrir aux personnes l'aide dont ils ont besoin. Comme je dis, en ce
moment, une femme sur deux qui se pointe dans une maison d'hébergement ne peut
pas avoir de place dans une maison d'hébergement. Donc, qu'est-ce qu'on fait, là? La femme, elle est prête, elle a
ces renseignements-là, elle veut quitter, mais elle ne peut pas quitter. Elle
est prise dans sa situation. Qu'est-ce qu'on fait avec ça?
Il a aussi été
discuté de la possibilité qu'un policier soit présent pendant cette
rencontre-là, donc, pendant la divulgation,
là, des renseignements. Il y a plusieurs groupes qui nous ont dit que, si
c'était demandé par la femme, on pourrait l'évaluer. Donc, il va falloir discuter de ça aussi. Mais il n'y a pas
une entente... Ce n'est pas unanime, là, auprès de toutes les parties.
Donc, il faudra discuter de ça.
Ensuite de ça, une
des rencontres qui, à mon avis, était la plus intéressante pendant les
consultations particulières, c'était la rencontre avec un organisme qui
s'appelle À coeur d'homme. Donc, c'était la première présence de cet
organisme-là à l'Assemblée nationale dans le cadre d'une commission. Et ce sont
des femmes qui accompagnent, en fait, les
hommes qui ont eu des comportements violents et qui veulent aller chercher de
l'aide. Donc, il regroupe, en fait, 32 organismes communautaires
autonomes qui viennent en aide à ces hommes-là. Et les représentantes du
groupe, à juste titre, nous ont partagé
leurs inquiétudes par rapport au risque de surstigmatisation de ces hommes-là à
certains... dans certaines circonstances.
Par
exemple, s'il y a des renseignements qui sont transmis par rapport à un
incident qui a eu lieu plusieurs années ou plusieurs décennies
auparavant, il faut se poser la question : Est-ce qu'il doit y avoir un
certain ordre de grandeur par rapport à la
durée dans le temps, là? Donc, à quel moment est-ce que les faits ont eu lieu?
Puis est-ce que ça vaut la... Est-ce que ça mérite... Est-ce que c'est
un renseignement nécessaire, en fait, qui devrait être transmis à la personne à
risque? C'est des questions qui font... qu'il faut se poser, parce que ça prend
un portrait global. Si on a juste des renseignements qu'on collige auprès de la
SQ, puis qu'on voit juste les méfaits, par exemple, ou les événements qui sont
arrivés, puis qu'on n'a pas de contexte, puis qu'on ne sait pas l'aide que
l'homme est allé chercher, puis qu'on ne sait
pas ce qu'il a vécu depuis ce temps-là, mettons que c'était il y a 25 ans,
bien, il faut quand même se poser des questions, à savoir où est
l'équilibre dans... dans tout ça — pardon,
mon micro. Donc, ça, j'ai trouvé ça extrêmement intéressant.
Le Barreau du Québec,
pour sa part, nous a dit qu'une interprétation... Bon, parfait. Ça, c'est beau.
Autre préoccupation
très importante, le faux sentiment de sécurité. Puis mes collègues en ont tous
parlé, là. Je pense que c'est toute une considération qu'on a absolument à
coeur. C'est le risque que, s'il n'y a aucun renseignement sur le partenaire
intime qui est transmis lors de la rencontre de divulgation, la personne à
risque pourrait se sentir en sécurité. Et
ça, évidemment, ce n'est pas vrai, parce que ce n'est qu'un seul élément. Je le
disais tout à l'heure, c'est un outil parmi d'autres pour protéger les
femmes. Donc, évidemment, même si un partenaire intime n'a pas d'antécédents en matière de violence, il peut quand même
représenter un danger. Donc, ça ne doit pas être le seul critère sur lequel la
femme se base pour prendre sa décision. Il
n'y a aucun renseignement qui peut prédire ou exclure un passage à l'acte. Les antécédents
judiciaires et criminels ne permettent pas de statuer d'un niveau de risque.
Donc, les rencontres de divulgation seront des
moments très sensibles et importants. Il ne suffit pas juste de transmettre des
renseignements comme ça. Il faut faire sens de ces renseignements-là. Il faut
raconter une histoire. Il faut être capable de les faire
parler, de les interpréter pour vraiment accompagner au mieux les personnes à risque
qui les recevront. On peut s'attendre à ce que ce soient des moments aussi
pendant lesquels les personnes témoignent de leur
détresse. Il y a toutes sortes de réactions qui pourraient arriver. Pour
certaines personnes, la transmission du formulaire et la rencontre de
divulgation seront une porte d'entrée vers les ressources d'accompagnement.
Donc, évidemment, il faudra que les
intervenantes de l'organisme soient bien formées pour mener ces rencontres-là
qui vont être très sensibles.
Finalement, autre sujet dont mes collègues ont
parlé également, les personnes tierces. Puis moi aussi, j'ai cheminé beaucoup
pendant ces deux journées-là, puis c'est un des sujets sur lequel j'ai le plus
cheminé. Au départ, je me disais : Il
faut que le plus de personnes possible puissent remplir le formulaire. Plus on
est d'alliés, plus on est à vouloir protéger les femmes, mieux ça va se
passer. Puis finalement on s'est rendu compte, au fur et à mesure qu'on
rencontrait les groupes, que c'est
complètement le contraire, que les femmes doivent y aller à leur... à leur
rythme puis qu'elles doivent... qu'on doit préserver à tout prix le
cercle proche autour de ces femmes-là. Il faut que les amis, les parents, les
soeurs gardent un lien de confiance absolue avec ces personnes à risque là. Et
le fait de faire une demande et le fait de pousser un petit peu la chose puis d'aller à un rythme qui serait trop rapide
pour la personne à risque, bien, ça pourrait compromettre, en fait, la
sécurité de la femme. Et ça, c'est... c'est, évidemment, un regard que je
n'avais pas du tout et qui m'a fait... beaucoup fait réfléchir. Donc, on aura
une grande discussion à avoir là-dessus. Il y a certains groupes qui pensaient que c'était une bonne chose,
d'autres qui pensent que ce n'est vraiment pas une bonne chose. Donc, on aura à
réfléchir là-dessus.
Donc, bon, c'est une des questions qui va être
tranchée, d'ailleurs, par règlement. Tel que le prévoit l'article 3, les critères et les conditions qu'une demande de
renseignements devra respecter pour être traitée vont aussi être déterminés
par règlement. C'est également le cas des
exigences que vont devoir respecter les personnes de l'organisme désigné pour
être habilitées à faire les rencontres de divulgation de renseignements. Donc,
c'est... évidemment, ce sont des aspects essentiels, là, qui seront déterminés
par règlement.
Le ministre
s'est engagé auprès de nous et, en fait, à tous les groupes, il va organiser un
barbecue, Mme la Présidente. Je vous le dis, il a invité tout le monde au
barbecue cet été. J'ai de grandes attentes, d'ailleurs, quant à la qualité de
la nourriture que le ministre va nous présenter. Mais il a vraiment invité tous
les groupes à participer à l'idéation puis à la réflexion autour du
développement de ces règlements-là. Donc, on s'attend à ce qu'ils soient écrits
en consultation avec les groupes, tout comme le choix de l'organisme qui va
être chargé... qui aura la très grande responsabilité, en fait, de faire les
rencontres de divulgation.
Donc, je le réitère, ce projet de loi là, c'est
un vrai pas dans la bonne direction, c'est un nouvel outil. On s'en réjouit.
Tout le monde est d'accord. Il y a plusieurs questions importantes qui vont
relever de sa mise en oeuvre. Donc, il va falloir donner les ressources
nécessaires, évidemment, à la SQ, évidemment, à l'organisme identifié pour que
les demandes puissent être traitées dans des délais rapides. Il va évidemment
falloir également faire connaître le mécanisme et le rendre le plus accessible
possible. Il faut aussi, et ça, c'est un défi qui est plus global, que les
ressources soient en place, comme je le disais, pour les femmes qui auront
besoin d'aide à la suite de la rencontre de divulgation, mais qui aussi
seraient prêtes à quitter un milieu violent ou un conjoint violent.
Et, pour terminer, de façon plus large, sur la
violence conjugale, il y a un changement de mentalité à opérer dans notre
société. On en a parlé aussi, d'une campagne nationale d'importance pour
combattre la violence qui est faite aux femmes. Donc, développer des campagnes
de sensibilisation, évidemment, d'information gouvernementales sur les
violences qui sont faites aux femmes et aux filles, mais aussi leurs
manifestations ou leurs conséquences aussi, et surtout des ressources
disponibles pour les victimes, mais aussi pour ceux qui ont des comportements
violents ou qui sentent qu'ils pourraient avoir des comportements violents, de
vraiment prendre le problème à la source. Il faut réfléchir... réfléchir de
nouveau au rôle de l'école et de l'éducation auprès de nos garçons, entre
autres, pas seulement auprès de nos filles, évidemment. Ça peut impliquer
d'améliorer certains programmes éducatifs, mais aussi d'être extrêmement
prompts à agir pour réprimander le partage d'images intimes, par exemple, qui,
maintenant, peuvent être générées avec l'intelligence artificielle. C'est un
fléau. Ça m'inquiète énormément, le cyberharcèlement qui se poursuit et qui
augmente, et toutes les formes de menace ou de harcèlement qui ont lieu en
ligne ou en personne.
Donc, Mme la Présidente, c'est avec un grand
plaisir que je vais poursuivre les travaux autour de ce projet de loi, qui est
très important pour moi et pour mon parti. Et je vous remercie.
La
Vice-Présidente (Mme D'Amours) :
Merci beaucoup, Mme la députée. Est-ce
qu'il y a d'autres interventions? Oui, Mme la députée de Robert-Baldwin,
la parole est à vous.
Mme Brigitte B. Garceau
Mme Garceau : Merci beaucoup, Mme la Présidente. Donc, à mon
tour de faire mon intervention sur l'adoption du principe du projet de
loi n° 4, un projet de loi qui est attendu depuis longtemps, on va se le
dire, Mme la Présidente, un projet de loi qui vise à protéger les femmes
victimes de violence conjugale et d'agression sexuelle, qui vise à prévenir des
féminicides, et, nous espérons, un projet de loi qui va sauver des vies.
Tel que mentionné par ma collègue la députée de Westmount—Saint-Louis,
notre porte-parole en matière de sécurité publique, nous allons voter en faveur
de ce projet de loi en termes du principe. Et je suis fière de l'accompagner
dans tout ce processus législatif, et aussi nos collègues de l'opposition, les
députées de Terrebonne et de Sherbrooke également. Nous avons toutes à coeur la
protection des femmes et des enfants, et comment améliorer cette sécurité. Et
donc j'ai très hâte de continuer nos échanges lors de l'étude détaillée.
• (17 heures) •
Cela dit, Mme la
Présidente, il est décevant, et je crois qu'il faut le dénoncer à ce stade-ci,
que le projet de loi n° 4 fut déposé seulement le 13 mai dernier.
Et là nous nous retrouvons, devant... dans les deux dernières semaines de cette législature, à faire tout le travail qui
s'impose en tant que parlementaires et législateurs, d'autant plus qu'il y a eu
peu de temps pour que les groupes et les organismes communautaires visés et
interpelés par ce projet de loi... En termes de la préparation de leurs
mémoires pour les fins des consultations particulières, il y a eu peu de temps.
Et le ministre de la Sécurité interne l'a mentionné lors de ses remarques préliminaires,
il l'a dit, nous sommes dans un sprint. Et, oui, on est dans un sprint, mais
c'est regrettable que le gouvernement nous ait mis dans ce sprint-là, parce
qu'on a retardé le dépôt du projet de loi et on l'a retardé nonobstant
l'urgence d'agir, nonobstant l'augmentation fulgurante de la violence conjugale
dans les dernières années, nonobstant le nombre record de féminicides ici, au
Québec, dans les dernières années et aussi, évidemment, un nombre record cette
année, qui a débuté en janvier, 10 féminicides, et c'est du jamais-vu, et
la majorité des auteurs des féminicides étaient des récidivistes.
Donc, comment se fait-il que le gouvernement n'a
pas agi plus tôt? D'ailleurs, l'adoption des mécanismes de type loi de Clare,
comme celle adoptée au Royaume-Uni en 2014 suivant le féminicide de Clare Wood,
une femme qui a été tuée par son conjoint, tel que mentionné par ma collègue de
Sherbrooke, faisait partie des recommandations de Rebâtir la confiance,
faisait partie du rapport qui a été déposé en 2020. Et la possibilité d'adopter
cette loi au Québec a fait, même, l'objet
d'une évaluation étoffée réalisée par le comité interministériel, lequel
rapport date du mois d'août 2024 et lequel rapport nous a été transmis,
à l'opposition officielle, suite aux crédits de cette année, suite à notre
demande. Ce rapport confirme que nous
pouvons adopter, dans notre corpus législatif québécois, un mécanisme de type
loi de Clare en créant une loi d'exception à la loi sur l'accès à
l'information. Mais le gouvernement a agi 21 mois plus tard, c'est quand
même hautement décevant.
Et je crois qu'il faut le mentionner, je sais
que ma collègue de Sherbrooke l'a dit, mais ce projet de loi a vu le jour dans cette Chambre en raison du courage, la
détermination et la grande persévérance et mobilisation de la soeur de Gabie Renaud, malheureusement une victime d'un féminicide. C'était tragique. Mais
c'est Rachel Renaud, Mme Nancy Boucher et toutes les maisons
d'hébergement, les intervenantes, les représentantes, les femmes qui défendent
les droits des femmes à tous les jours, les parents, les proches, les amis de
victimes de violence conjugale et des féminicides, c'est grâce à eux, c'est
grâce à leur parole, leurs gestes et l'indignation qu'on se retrouve
aujourd'hui avec ce projet de loi. Et donc
je tiens à les remercier, parce que c'est un projet de loi qui va prévenir
d'autres féminicides et d'autres tragédies.
Je tiens, Mme la Présidente, à remercier les
15 groupes qui ont participé aux consultations particulières cette
semaine, lundi et mardi, il faut le dire, et tous ceux qui ont également
transmis des mémoires, des mémoires étoffés et hautement pertinents, compte
tenu des enjeux soulevés dans ce projet de loi. Vos analyses, vos propositions
ont grandement contribué à nos échanges et ont nourri notre réflexion
collective.
Je tiens aussi à remercier, Mme la Présidente,
les représentants des Premières Nations et des Inuits qui sont venus en
commission parlementaire mardi, je sais que ma collègue de Westmount—Saint-Louis
l'a mentionné, mais Mme Marjolaine Étienne, la présidente de Femmes
autochtones du Québec; le chef de l'Assemblée des Premières Nations de Québec-Labrador, Francis
Verreault-Paul; M. Pierre Simard, le directeur général de l'Association
des directeurs de police des Premières Nations et Inuit du Québec;
Mme Marjolaine Sioui, directrice générale, Commission de la santé et services sociaux des Premières Nations
Québec-Labrador; et Nadia Robertson, qui est du Conseil des femmes élues
de l'APNQL. Et je le mentionne, Mme la Présidente, parce qu'ils ont déposé un
mémoire conjoint et leur présence en commission parlementaire nous a tous et
toutes énormément touchés. C'était... Le message était important. Sachez que
vous avez été entendus. Les femmes et les filles autochtones sont parmi les
populations les plus touchées par la violence entre
partenaires intimes, et il faut entreprendre une démarche de coconstruction
afin d'adopter un projet de loi qui est... qui reflète votre réalité
culturelle, géographique et institutionnelle. Et je sais que le ministre a pris
cet engagement de travailler avec tous les
groupes qui sont venus en commission parlementaire, en coconstruction, pour
assurer que ces femmes et ces filles soient protégées.
Je ne peux pas passer sous silence que ce fut
également la première participation de SOS violence conjugale en commission parlementaire, il faut le dire,
parce que leur travail au quotidien auprès des victimes de violence conjugale,
auprès des victimes d'agressions sexuelles, les enfants, les adolescents,
leurs... les interventions en ce qui a trait aux proches des victimes, elles font un travail exceptionnel au quotidien.
Leur capacité à documenter les réalités sur le terrain et leur
engagement constant pour améliorer les services ont permis d'ancrer nos
discussions dans des enjeux concrets et urgents, et je tiens sincèrement à les
remercier.
L'objectif principal, tel que mentionné par mes
collègues, Mme la Présidente, vise à permettre à une personne à risque, définie
comme étant une personne qui a des préoccupations concernant le risque qu'un
partenaire intime peut présenter pour sa
sécurité ou celle de son enfant, à obtenir la communication de renseignements,
tels que les antécédents judiciaires, sur leur partenaire intime afin de
prévenir la violence conjugale, familiale et sexuelle.
Le projet de
loi, tel que mentionné par mes collègues, a aussi... il y a une définition
large de... du partenaire intime, et ça, c'est très, très important,
compte tenu des enjeux liés à la violence conjugale et le contrôle coercitif.
Le projet de loi prévoit qu'une personne à
risque pourra faire la demande de renseignements elle-même ou par une tierce
personne avec son consentement. Un mineur de 14 ans et plus pourra
également présenter une demande de renseignements
seul ou consentir à ce qu'une personne la présente en son nom. La demande sera
transmise, Mme la Présidente, en ligne à la Sûreté du Québec. Il y a une
possibilité d'être assisté par un membre d'un corps de police ou un membre qui
travaille au sein d'un organisme qui offre des services de prévention, d'aide
et de soutien aux victimes de violence conjugale et d'agression sexuelle. La
recherche et l'analyse des données et des renseignements sur le partenaire
intime seront centralisés à la Sûreté du Québec, et c'est la SQ qui
communiquera les renseignements à un organisme désigné — et
ça, ça va être un élément très important du projet de loi — qui
va être identifié comme étant l'organisme désigné, mais
c'est l'organisme désigné qui sera responsable de transmettre des
renseignements ou, tel que mentionné, le manque de renseignements à la personne
à risque. Et cette communication de renseignements sera verbale, l'objectif étant que la personne à risque prenne une décision
libre et éclairée quant à sa relation avec le partenaire intime et que les mesures
pour assurer sa sécurité et celle, aussi, de son enfant soient déterminées,
incluant des scénarios de protection.
L'objectif visé par ce projet de loi, Mme la
Présidente, est fondamental. Cependant, tel que mentionné par mes collègues, il y a quand même des éléments
importants qui demeurent à être définis. Ils seront élaborés dans des
règlements, par voie réglementaire. On parle, à titre d'exemple, des
catégories de personnes qui pourront faire une demande de renseignements,
l'étendue des renseignements qui seront accessibles et divulgués à la personne
à risque, quels critères et conditions
seront utilisés dans l'élaboration du formulaire de demande afin d'obtenir les
renseignements et ceux liés aussi, Mme la Présidente — et
ça, ça va être quelque chose qu'on va avoir beaucoup de discussions — en ce
qui a trait aux motifs de refus de divulguer des renseignements. Il y a aussi
tous les enjeux liés à l'analyse, qu'on a discutés, des renseignements, quelles données seront déterminées nécessaires,
pertinentes avant qu'elles soient divulguées à la personne à risque.
• (17 h 10) •
D'autres enjeux importants ont été soulevés par
les groupes et... qui ont participé, évidemment, aux consultations
particulières cette semaine, mais également dans les mémoires que nous avons
reçus, tels que le Conseil du statut de la
femme, tel que... Je vais mentionner
quelques exemples, Mme la Présidente. La communication proactive des corps de police à une personne à risque,
quelle sera la formation que les corps policiers devront suivre, que ce soit
pour la transmission des renseignements, mais également en ce qui a
trait à l'analyse des données et des renseignements? Et qu'est-ce qu'on va transmettre à la personne à risque? Et également,
lorsqu'il n'y a aucun renseignement à divulguer... et ça, ça va être un
élément très important, Mme la Présidente, parce que ça ne veut pas dire, tel
que ma collègue a mentionné, que la personne
à risque n'est pas en danger, parce qu'il ne faut pas oublier que 80 % des
dossiers en violence conjugale ne sont pas judiciarisés, et ça... d'où
vient l'importance de l'accompagnement des intervenantes des maisons
d'hébergement, et les CAVAC, et d'autres pour assurer de mettre un filet de
sécurité, si nécessaire, en ce qui a trait à ces personnes.
Il y a aussi toute la question soulevée de la
destruction des renseignements dans un délai de 60 jours, qui ne serait pas, peut-être, compatible avec des
exigences des ordres professionnels.
Ça, on va le regarder. Mais
où il va y avoir beaucoup de
discussions, Mme la Présidente, compte tenu des groupes qui sont venus en
consultations et aussi les mémoires, mais également mon expérience, je
vais le mentionner tel... comme ça, en tant que porte-parole en matière de
protection de la jeunesse, on ne veut pas que l'article 10, et ça a été
dénoncé par plusieurs groupes, qui fait en sorte qu'une femme à risque, une personne à risque qui dépose une
demande de renseignements où les informations qui vont être divulguées à la femme
ultérieurement... s'il y a des éléments particulièrement en ce qui a trait à
l'article 38 de la Loi sur la protection de la jeunesse, l'exposition de
l'enfant à la violence conjugale, qui va faire en sorte qu'il y a une
obligation légale, la CDPDJ l'a mentionné lors des consultations particulières,
policiers, intervenants, professionnels devra... devront faire le signalement.
Et c'est là où il faut prendre un pas de recul,
il faut avoir une franche discussion, il faut avoir... il faut voir tous les
éléments liés à cet article-là, parce que nous le savons déjà, Mme la
Présidente, qu'il y a des femmes, au Québec, qui sont victimes de violence
conjugale, qui ont des enfants et qui ne dénoncent pas la violence, qui ne
prennent pas de recours judiciaires par crainte de perdre leurs enfants en
raison de la DPJ, en raison des rapports de la DPJ, en raison du manque de
formation des intervenantes de la DPJ, et ça, c'est un enjeu très important. On
a trop de femmes qui ont perdu la garde de leurs enfants, et on a même eu le
Réseau des femmes qui sont venues en commission parlementaire nous dire, puis
on a tous comme... on a réagi, que les femmes qu'elles reçoivent dans leurs
centres, puis il y en a environ 79 au
Québec, le mentionnent, on a plus peur de la DPJ que la police. On est rendus
là au Québec. Et donc on ne veut pas
qu'un article qui est supposé de venir protéger les femmes de leurs partenaires
intimes... et on veut prévenir des incidents de violence, on veut
prévenir des féminicides, et que, là, en raison d'un article dans ce projet de
loi, il y a des femmes qui vont dire : J'ai trop peur, j'ai trop peur de
faire une demande parce qu'on va faire un signalement puis on va enlever mes enfants. Donc, ça, Mme la
Présidente, je sais que ça va faire partie d'une grande discussion lors de
nos... de l'étude détaillée.
Et donc une
chose également — il
me reste quelques minutes — est
certaine, et tous les groupes l'ont mentionné, incluant la Sûreté du
Québec, l'efficacité de la mise en oeuvre de ce projet de loi va reposer sur
l'accompagnement, l'accompagnement par les personnes à risque par l'organisme
désigné, mais également les organismes spécialisés en violence conjugale,
spécialisés en agression sexuelle, tels que les maisons d'aide et
d'hébergement, les maisons de deuxième
étape, les CAVAC et d'autres. Il va y avoir l'organisme désigné, mais,
lorsqu'on va donner les renseignements à une femme, et une femme doit...
la personne à risque doit prendre une décision, est-ce que je quitte mon
partenaire intime, et surtout avec des
enfants, les ressources vont devoir être au rendez-vous pour l'accompagner. Et
on a, en ce moment, au Québec... SOS violence conjugale l'a mentionné,
les maisons d'hébergement l'ont mentionné, les regroupements, il y a un grand
manque d'hébergement au Québec. Une femme sur deux se fait refuser de
l'hébergement, au Québec, qui est victime de violence conjugale. On appelle SOS
violence conjugale, Mme Claudine Thibodeau l'a mentionné, malheureusement, une fois sur deux, il faut
dire : Rappelez-nous le lendemain. Et ça, c'est un grand défi, je le
dénonce depuis longtemps.
Et ce n'est pas comme si, Mme la Présidente, on
n'a pas les outils pour rectifier le tir. Il y a un rapport, en ce moment, qui est... un projet de rapport, c'est
avec le ministère des Services sociaux, c'est avec le ministre, où tout le monde
a contribué, les maisons d'hébergement, SOS violence conjugale, avec des
données en ce qui a trait au manque de places au Québec. SOS violence
conjugale, la situation, maintenant, est tellement critique, Mme la Présidente,
il y a eu
10 000 refus d'hébergement l'année passée, que, là, SOS violence
conjugale sont en train d'émettre des rapports trimestriels pour
démontrer aux élus, aux décideurs : voici qu'est-ce qui se passe, en
termes de refus en hébergement, au Québec.
Est-ce qu'on peut, s'il vous plaît, banquette
gouvernementale... SOS violence conjugale, c'est un appel, il faut absolument, Mme la Présidente, déposer ce rapport,
il faut un plan d'action afin de construire plus d'unités, parce que, là,
si on va avoir 10 000 demandes — 10 000 demandes,
c'est ça qui est prévu après l'adoption du projet de loi n° 4 — comment
est-ce qu'on va héberger même 10 % sur ce 10 000 là? Et donc, si on
veut avoir un projet de loi qui va réellement protéger les femmes et qui ne
sera pas juste un geste symbolique, les ressources financières en hébergement
et aussi en intervention, il faut qu'elles soient au rendez-vous, Mme la
Présidente, ou on n'aura pas l'effet, on ne pourra pas prévenir les tragédies.
Merci beaucoup.
• (17 h 20) •
La
Vice-Présidente (Mme D'Amours) : ...Mme la députée. Je cède maintenant la parole à la cheffe du deuxième
groupe d'opposition.
Mme Ruba Ghazal
Mme Ghazal : Merci beaucoup,
Mme la Présidente. Je suis vraiment très fière de me lever pour parler et
prendre la parole pour l'adoption du projet de loi de loi n° 4, qui est la
loi Gabie Renaud. Je suis vraiment très fière qu'on
en soit rendus là pour protéger les femmes. C'est un moment très, très
important pour faire une avancée, une mesure de plus, pour protéger les
femmes, pour prévenir les féminicides. Je veux aussi saluer le travail
extraordinaire de ma collègue la députée de Sherbrooke,
qui est sur cette commission-là, qui travaille en collaboration avec les autres
élus des autres formations politiques pour faire avancer ce projet de
loi là, qui est très important. Ça nous montre à quel point il y a des sujets sur lesquels on peut s'entendre
et sur lesquels on peut avancer de manière transpartisane, et les Québécois
se réjouissent à chaque fois qu'on est capables de faire ça.
Je veux parler un peu du contexte de cette
loi-là, ce qui fait qu'on est rendus là aujourd'hui. Je me souviens comme si
c'était hier de la journée où Gabie Renaud est décédée. Elle est... elle a été
tuée aux mains de son conjoint, qui avait un lourd passé d'antécédents en
matière de violence conjugale, puis je m'en rappelle, j'avais fait une entrevue
ce jour-là ou les jours qui ont suivi et
j'avais dit : Sincèrement, cet homme-là, sa place aurait été en prison, on
aurait pu sauver cette femme-là, on aurait pu sauver Gabie Renaud de la
mort. Je veux aussi parler du courage inouï de la famille de Gabie Renaud, particulièrement de sa soeur,
parce qu'elle a pris beaucoup la parole, et c'est elle qui, malgré sa peine...
elle a pris son courage à deux mains, elle est allée dans les médias, elle a
parlé d'à quel point elle n'en revient pas comment il y a autant de femmes qui
tombent aux mains de leurs conjoints dans un contexte de violence conjugale, puis elle voulait faire de la mort de sa soeur un
combat pour prévenir les féminicides, pour que ce soit vrai, qu'il n'y en ait
pas une de plus. Et c'est là qu'elle a organisé une marche à Saint-Jérôme. Je
me rappelle, quand je l'ai entendue, tout de
suite, j'ai mis ça à mon agenda et je me suis rendue à cette marche-là. Il y
avait des centaines de personnes. L'émotion était palpable, les enfants
de Gabie Renaud étaient présents, c'était un moment incroyable. Je suis allée
voir la soeur de Gabie, je ne la connaissais pas, Rachel Renaud, je l'ai prise
dans mes bras. C'était un moment d'une grande émotion. J'en parle et j'ai la
chair de poule. Et je me suis dit : Où est-ce que... Qu'est-ce qu'on va faire
pour la prochaine fois? Qu'est-ce qu'on peut faire? Et je suis restée beaucoup
en contact avec Rachel Renaud pour voir qu'est-ce qu'on peut faire, comment est-ce que je peux faire pour
l'aider, qu'est-ce que les autres élus aussi peuvent faire pour l'aider dans
toutes ses démarches pour prévenir les féminicides. Puis
malheureusement, depuis ce temps-là, il y a eu d'autres féminicides, puis
aujourd'hui on est rendus à 10, même peut-être 11 maintenant, féminicides et on
est en train de dépasser le triste record de féminicides de l'année passée.
Je me rappelle, en décembre 2025, j'étais dans
un point de presse que j'avais organisé avec d'autres femmes de regroupements
de maisons d'hébergement, il y avait aussi Nancy Boucher qui est une femme...
une survivante d'un féminicide, qui a été la conjointe, pendant de nombreuses
années, de celui qui a tué Gabie Renaud, et elle connaissait aussi Gabie
Renaud, puis elle voyait, puis elle avait déjà lancé des signaux d'alarme par
rapport à la dangerosité de cet homme-là puis qu'il devait se trouver en prison
et non pas à l'extérieur en train de faire subir autant de violence à ses différentes conjointes, notamment à Gabie Renaud.
Puis elle a été ici, à l'Assemblée nationale, pour cette conférence de presse. Et je me rappelle, j'ai eu l'idée : On
devrait avoir une loi Gabie Renaud, puis c'est comme ça que je l'ai nommée,
Gabie Renaud, puis je trouvais que c'était
important pour nous assurer que les femmes aient de l'information. Puis j'ai eu
cette idée-là de la loi Gabie Renaud en lisant un article de la journaliste
Rima Elkouri, qui parle d'une manière admirable et extrêmement
pertinente des violences conjugales, et elle avait parlé de la loi de Clare.
C'est là la première fois que j'en ai
entendu parler, puis j'ai fait quelques recherches pour en savoir plus, puis je
me suis dit : Pourquoi est-ce qu'on ne ferait
pas la même chose ici, au Québec, en l'appelant du nom d'une femme québécoise,
loi Gabie Renaud, pour garder son nom en notre mémoire?
Je veux remercier la première ministre d'avoir
attrapé cette main tendue, cet appel, cette mobilisation des... évidemment, de
ma formation politique, mais aussi et surtout des familles des femmes qui sont
décédées, qui prennent la parole, qui parlent. Il y en a d'autres qui sont
éplorées, pour qui c'est très, très difficile. Et je veux remercier la première
ministre d'avoir accepté de mettre en place cette loi-là puis qu'on soit...
même à la toute fin de la législature, qu'on soit en train de l'étudier, puis
qu'on soit rendus aujourd'hui au principe, et qu'on travaille en collaboration
pour protéger les femmes. C'est un moment
très, très important. Le message que ça envoie, c'est qu'il n'y a pas de ligne
de parti quand il s'agit de sauver les femmes.
J'appelle, comme je vous le dis, ce projet de
loi Gabie Renaud, mais il pourrait aussi porter les noms de toutes les femmes
victimes de féminicide, et il y en a beaucoup, il y en a plusieurs. J'ai une
pensée, d'ailleurs, très particulière pour nos soeurs
autochtones et inuites qui sont tristement surreprésentées parmi les victimes
de violence conjugale au Québec. Je me
rappelle d'elles et je nous invite à ne jamais, jamais les oublier. Il faut
commencer à coconstruire nos projets de loi avec les Premières Nations et les
Inuits, et ça, c'est aussi un pas très, très important pour protéger les
femmes.
La lutte contre les violences conjugales, c'est
un enjeu de société. Parce que, souvent, on a l'impression que ce sont les
femmes qui doivent se lever, porter la voix pour protéger les femmes et que ça
repose sur leurs épaules, mais c'est un enjeu de société, Mme la Présidente.
Puis moi, je l'ai vu, lors de la mobilisation citoyenne, qui a été
extraordinaire, j'ai senti un consensus incroyable pour dire : On ne veut pas
de féminicides ici, au Québec, on doit protéger les femmes, quand on voit
partout à travers le monde des reculs de leurs droits.
J'ai lancé aussi un appel, il y a quelques
semaines, pour demander à ce qu'il y ait une loi Gabie Renaud. Il y a eu une
vidéo avec des femmes de tous les horizons qui ont dit : On a besoin d'une loi
Gabie Renaud, il faut une loi Gabie Renaud. Et j'avais aussi lancé un appel où
j'ai interpelé la première ministre quand elle était... quand elle a été élue
par la CAQ pour devenir première ministre. En même pas une... l'espace d'une
fin de semaine, des hommes, des femmes, des
jeunes, des moins jeunes, 600 personnalités publiques qui ont signé puis
qui ont dit : Il faut qu'on ait des gestes très clairs, des gestes forts
pour avancer dans le chemin vers l'égalité entre les femmes et les hommes,
parce que ce n'est pas terminé. Et, moi, ça me réjouit de vivre au Québec puis
qu'on soit cette société où il y a cette unanimité, ce consensus puis ce moment, ces moments importants, symboliques qui sont
forts, où est-ce qu'on peut faire avancer la cause des femmes.
Cette loi est essentielle parce qu'elle permet
aux femmes de se protéger d'un danger, surtout quand elles l'ignorent, parce
que, on le sait, l'information, c'est le pouvoir, c'est le pouvoir de décider,
le pouvoir de se protéger. L'information, c'est fondamental, c'est important.
Les
féminicides sont évitables, mais ça ne prend pas juste une mesure, ça en prend
plusieurs. Donc, la loi, cette loi, le projet de loi, encore... qui n'est pas
encore une loi, mais qui va devenir une loi Gabie Renaud lorsqu'elle sera
adoptée ici, c'est une mesure de prévention importante pour contrer les
féminicides, mais c'est largement, largement insuffisant.
Le moment charnière pour une femme victime de
violence conjugale, c'est le moment où est-ce qu'elle décide de quitter un
conjoint violent. Donc, si les femmes n'ont pas les moyens de quitter un foyer
violent, elles sont à risque. Elles pourraient avoir l'information, mais, si
elles ne peuvent pas, après ça, être accompagnées pour pouvoir le quitter en toute sécurité, bien, on ne sera pas plus
avancés, malheureusement. En ce moment, ça a été décrié, puis il faut répéter et
le répéter, il y a une femme sur deux qui se fait dire qu'il n'y a pas de place
en maison d'hébergement pour elle, lorsqu'elles appellent SOS violence
conjugale. Donc, sans ressources financières, sans ressources humaines
suffisantes, bien, cette loi rate la cible, ce projet de loi raterait la cible.
Il va falloir sortir de l'argent. Il va falloir qu'il y ait du financement à la hauteur des défis et... parce qu'il n'y a pas
d'économies à faire pour protéger la vie des femmes.
Les femmes, donc, doivent être accompagnées, et
pour ça, il faut augmenter le financement et les places et les ressources en
maison d'hébergement, c'est essentiel. La première ministre doit augmenter le
financement. Elle, elle a dit, dans son engagement lors de la course à la
chefferie à la CAQ puis aussi plus tard lors de son discours inaugural, qu'elle
s'engage à ce qu'il y ait 50 ressources temps complet. C'est totalement
insuffisant. On ne pourrait pas protéger les
femmes si c'est seulement 50, il y a une unanimité là-dessus auprès des maisons
d'hébergement, ça en prendrait 150. C'est une ressource temps plein par
maison d'hébergement, si on veut faire le travail puis accompagner les femmes,
parce que, on le sait, puis ça a été mentionné, il va y avoir plus de femmes
qui vont appeler. Et c'est une bonne nouvelle, c'est une bonne chose,
l'information que les femmes vont avoir puis... l'action, elles vont se mettre
en action encore plus. Mais, pour ça, après,
il ne faut pas les lâcher en cours de chemin, il faut continuer à les
accompagner, et ça, ça prend des ressources, Mme la Présidente, donc
c'est urgent, le financement.
Bien que je
sois très optimiste, hein, vu qu'on travaille de façon non partisane...
transpartisane et en collaboration, je suis très optimiste pour l'adoption de
ce projet de loi, mais c'est important de toujours rester vigilants. C'est
essentiel de faire appel à l'expertise des spécialistes sur le terrain,
qui savent mieux que quiconque c'est quoi, les mesures et les ajustements qui
vont être nécessaires. Il y a eu des consultations. Les consultations
particulières sont terminées. Il y a des
gens qui sont venus en commission parlementaire dire c'est quoi, les choses
dont on doit faire attention. Il va y avoir des règlements qui vont être
adoptés. On n'aura pas le temps, d'ici la fin, là, de la législature, de les
adopter, ça va être le rôle d'un prochain gouvernement.
C'est sûr que Québec solidaire s'engage... un
gouvernement de Québec solidaire s'engage à s'assurer de mettre en place toutes les mesures et les mécanismes pour
rendre accessible le tout à toutes les femmes, mais surtout aux femmes
les plus marginalisées ou qui vivent dans la pauvreté, qui n'ont pas toutes les
ressources, même si on met en place cette loi-là, qui n'ont pas les ressources
après ça pour... de pouvoir bénéficier des bienfaits de cette loi-là. Donc, ça,
il va falloir faire très, très attention à
ça et à toutes les lumières rouges qui ont été mentionnées, notamment par
rapport au... à la peur des femmes qu'il y ait un signalement à la DPJ.
C'est important de protéger les enfants. Le rôle de la DPJ est important. Mais
il y a tout un travail aussi qu'il va falloir faire et dont il faut tenir
compte... de cette peur-là, réelle, qui existe, pour que ça ne devienne pas un
frein pour les femmes d'appeler, puis de s'informer, puis de pouvoir se mettre en action. Ça fait que ça prend les ressources, mais
ça prend aussi plus d'accompagnement, puis ça prend aussi plus de
support, et de s'assurer d'écouter les experts du terrain, puis de tenir en
compte, dans les règlements d'un prochain gouvernement, de ce qu'ils nous ont
mentionné puis les lumières rouges qu'ils nous ont allumées.
• (17 h 30) •
En terminant, je veux revenir à Gabie et au
courage de sa famille et de sa soeur Rachel Renaud. Sa prise de parole a été
essentielle pour faire changer les choses. Moi, je suis certaine qu'en ce
moment je ne serais pas en train de parler
de ce projet de loi là si Gabie et d'autres ne se sont pas levées. Elle n'est
pas la seule. Je pense notamment au père de Joanie Imbeault, elle aussi
tuée dans un contexte de violence conjugale il y a près d'un an, M. Yves
Imbeault. Cette loi-là aurait pu s'appeler aussi Joanie
Imbeault. Elle aurait pu porter le nom de toutes ces femmes-là. Merci encore une fois à Nancy Boucher, à Ingrid Falaise,
à toutes les femmes qui se sont tenues debout et qui ont pris la parole pour
demander une loi Gabie Renaud, votre prise de parole sauve des vies. Elle nous
a mis, nous les élus, en action pour travailler ensemble, main dans la main,
dans la collaboration, pour protéger les femmes.
Chaque loi adoptée, Mme la Présidente, chaque
ressource ouverte, chaque femme informée de ses droits, bien, c'est une vie qui
peut être sauvée, c'est un enfant qui grandira auprès de sa mère, c'est une
famille épargnée du deuil. Alors, oui, le
chemin est encore long. Il est encore long pour la protection des femmes, il
est encore long pour l'égalité entre les femmes et les hommes, mais il
ne faut surtout pas lâcher. Et, si je regarde où on est aujourd'hui, c'est
parce qu'il y a un Québec qui se lève puis qui a dit... qui dit : Non, au
Québec, on ne veut pas qu'il y ait de recule pour les femmes, on veut que les femmes soient protégées, qu'elles
soient dans des relations saines qui les protègent, on veut protéger les femmes, on veut protéger aussi les filles, nos
filles, et, pour ça, il faut mobiliser tout le monde, les hommes, les femmes,
tout le monde.
Et donc c'est pour elles, pour celles qui sont
encore en vie, pour celles qui n'ont pas encore trouvé la porte de sortie,
qu'on doit continuer sans relâche. Je suis encore une fois extrêmement fière
que, tout le monde, on travaille ensemble pour faire cette avancée qui est,
oui, insuffisante, mais quand même très, très, très importante, et j'ai hâte à l'adoption de cette loi, ce projet de loi là qui
va devenir une loi, la loi Gabie Renaud. Merci beaucoup, Mme la Présidente.
La
Vice-Présidente (Mme D'Amours) : Merci beaucoup, Mme la
députée... Mme la cheffe du deuxième groupe d'opposition, pardon. Je
cède maintenant la parole à M. le député de Saint-Jérôme.
M. Youri Chassin
M. Chassin : Merci, Mme la Présidente. Alors, à mon tour de m'exprimer sur
un projet de loi, en fait, sur le principe d'un projet de loi qui était
attendu. Puis d'ailleurs je salue la députée de Mercier, qui est venue à
Saint-Jérôme, effectivement, manifester à un moment où, je le dis comme je le
pense, il y a toutes sortes d'histoires d'horreur dans les journaux.
Mais celle-là, elle a touché une corde sensible.
Et, non seulement elle a touché une corde sensible par l'horreur de la
situation, par la difficulté d'imaginer ce que c'est pour Rachel Renaud, qui
dit que sa soeur était son univers, deux
soeurs qui ont vécu aussi une situation de perte de parents jeunes et qui,
malheureusement, dans cette situation-là, Gabie Renaud laissait de
jeunes enfants derrière elle. Et sa soeur s'est prononcée publiquement avec un
courage remarquable.
Et je pense que, devant cette situation-là, il y
a quelque chose qui a résonné, Mme la Présidente, je ne sais pas quoi
exactement, mais il y avait un sentiment d'injustice, d'impuissance aussi, je
dirais, qui faisait qu'on se sentait comme
un peu, peut-être, tous tétanisés à Saint-Jérôme. Puis le fait que Rachel
Renaud ait organisé un rassemblement, ça a fait du bien, mais ça nous a aussi
permis de réfléchir. Puis évidemment, bien, vous comprendrez que, dans un rassemblement
comme ça, on... comme député, on y assiste, mais on n'est pas là pour prendre
le «spotlight», comme on dit, parce que c'était vraiment pour sa soeur que
Rachel Renaud a organisé cette marche-là. Et d'ailleurs, il y a une une amie,
en fait, de Gabie Renaud, qui s'est exprimé
aussi à cette occasion-là et qui disait que Gabie avait l'habitude de marcher.
Quand elle se sentait submergée, quand elle se sentait anxieuse, elle
sortait puis elle allait le marcher, et donc que c'était un bel hommage que de
marcher pour elle.
Puis il y a quelque chose de très dynamique
aussi dans la marche, c'est-à-dire qu'on fait quelque chose, on parcourt des rues, on parle entre nous. Et puis,
bien, dans un esprit peut-être très transpartisan, on se retrouve aussi parfois,
entre collègues élus de l'Assemblée nationale, à marcher ensemble pour la même
cause, puis il y a quelque chose d'un peu fondamental dans cet... dans cet
appel-là de sa soeur, Rachel, et de Nancy Boucher aussi, à l'action qui faisait
qu'on avait le sentiment qu'il était peut-être temps d'essayer quelque chose.
Puis on l'a entendu. Alors, moi, j'ai... vous comprendrez, Mme la
Présidente, que je m'exprime en toute authenticité, mais que je n'ai pas pu
participer aux consultations particulières. À un moment donné, on ne peut pas
être partout. J'ai entendu les interventions de mes collègues, qui, clairement,
ont cheminé, ont entendu toutes sortes de points de vue. Et c'est très
particulier, parce qu'on tombe dans le
détail, puis je pense, en même temps, qu'il y a quelque chose d'un peu
réjouissant dans cette volonté d'agir, parce qu'on ne pense pas que
c'est parfait, on pense qu'il est temps de se doter de nouveaux outils.
Puis je pense qu'on est capables aussi, avec un
certain encadrement... parce que c'est ça aussi, hein, une loi, c'est un cadre
très, très général, je pense qu'on est capables de se donner un cadre minimal
pour encadrer ce que sera ce dévoilement des antécédents et comment ça peut se
passer, comment l'accompagnement peut être réalisé aussi, puis se permettre
aussi de faire confiance à des acteurs terrain, que ce soient les forces de
l'ordre, que ce soient les groupes communautaires qui sont sur le terrain, qui
font ce travail-là et qui ont probablement besoin de cette latitude-là pour
agir, tout simplement. On veut permettre ce type d'action.
Moi, je pense qu'il y a certainement une belle
piste là et puis je crois que c'est un superbe hommage à la prise de parole de
Rachel Renaud et des amis de Gabie Renaud. Je suis tout à fait touché, et... je
le suis encore, mais tout à fait plein de gratitude, en fait, envers le
ministre qui a fait cheminer, dans l'appareil, ce projet de loi là puis qui a
proposé quelque chose d'assez concret et bien étoffé. Alors, je suis sûr que
mes collègues seront, en commission parlementaire, à même de bonifier le projet
de loi, mais, à la fin, on va essayer quelque chose puis on va se donner les
outils pour qu'il n'y en ait pas une de plus, Mme la Présidente. Merci.
La Vice-Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup, M. le député. Y a-t-il d'autres interventions?
Mise
aux voix
S'il n'y a pas
d'autre intervention, le principe du projet de loi n° 4, Loi sur la
communication de renseignements aux fins de
protection contre la violence d'un partenaire intime et modifiant diverses
dispositions législatives, est-il
adopté?
Des voix :
Adopté.
La Vice-Présidente
(Mme D'Amours) : Adopté. Mme la leader adjointe, s'il vous plaît.
Renvoi à la Commission de
l'aménagement du territoire
Mme LeBel :
Merci, Mme la Présidente. Alors, conformément à l'article 243 de notre
règlement, je fais motion afin que le projet
de loi n° 14, Loi
sur la communication de renseignements aux fins de protection contre la violence
d'un partenaire intime et modifiant diverses dispositions législatives, soit
déféré à la Commission de l'aménagement du territoire pour son étude détaillée et que le ministre de la
Sécurité intérieure soit membre de ladite commission pour la durée du
mandat.
Mise aux voix
17847
15399
La
Vice-Présidente (Mme D'Amours) : Merci. Est-ce que cette motion est
adoptée?
Des voix :
Adopté.
La
Vice-Présidente (Mme D'Amours) : Adopté. Mme la leader adjointe du gouvernement, pour la suite de nos
travaux, s'il vous plaît.
Une voix :
...
La Vice-Présidente
(Mme D'Amours) : Veuillez... Allez-y.
Mme LeBel :
...si j'ai dit 14, je voulais dire 4. Donc, je vais dire 4 à nouveau. Merci.
La Vice-Présidente
(Mme D'Amours) : Merci beaucoup, Mme la députée, pour cette précision.
Pour la suite de nos
travaux, s'il vous plaît, Mme la leader.
Mme LeBel :
Alors, Mme la Présidente, je vous demande d'appeler l'article 8 du
feuilleton.
Projet de loi n° 22
Adoption du principe
La Vice-Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
À l'article 8 du feuilleton, M. le ministre des Affaires municipales
propose l'adoption du principe du projet de loi n° 22, Loi bonifiant les
pouvoirs d'intervention des municipalités et modifiant d'autres dispositions
législatives.
Et je cède maintenant
la parole à M. le ministre.
M. Samuel Poulin
M. Poulin :
Merci beaucoup, Mme la Présidente. C'est un plaisir de vous retrouver en
cette fin de journée de session intensive
pour, effectivement, adopter le principe du projet de loi n° 22,
qui est un omnibus pour les municipalités au Québec. Vous me permettrez,
tout d'abord, de saluer le travail de ma prédécesseure, la députée de Louis-Hébert, qui a bâti ce projet de loi au cours des dernières
semaines et des derniers mois, projet de loi fort important, qui concerne aussi
le citoyen dans son quotidien, notamment en ce qui a trait à la double taxe de
bienvenue lorsqu'on rachète une maison avec quelqu'un, que nous étions
propriétaires, divers allègements réglementaires au niveau des règlements
d'emprunt, notamment, mais aussi, et ça, j'en suis très fier, Mme la
Présidente, des amendements que nous déposerons au cours des prochaines heures
dans le cadre de ce projet loi n° 22.
• (17 h 40) •
Alors, j'ai été nommé
le 21 avril dernier. Nous nous sommes mis au travail, nous avons consulté
le milieu municipal à nouveau, et je n'ai pas pu dire oui à tout le monde, avec
le temps que nous avions, mais, quand même, il y aura des amendements fort importants à l'intérieur de ce projet de loi
là. Au même moment, nous en avons fait allusion avec notre nouvelle
première ministre lors des assises de l'Union des municipalités du Québec,
politique d'allègement réglementaire, le
deux pour un, notre intention d'abolir un règlement, le 245.1, qui est un
allègement réglementaire fort important, et notre volonté, évidemment, Mme la
Présidente, de venir encore une fois alléger la vie de nos municipalités,
qui, on le sait, sont très importantes et qui ont un rôle important à jouer à
travers le Québec, plus de 1 100 municipalités. Alors, nous ferons le
tout très prochainement.
Et
nous aurons, évidemment, le plaisir de travailler en commission parlementaire
avec les différentes oppositions. Je vois la porte-parole des affaires
municipales, du côté de l'opposition officielle, avec qui nous pourrons
travailler à faire cheminer ce projet de loi là, parce qu'il y a des
éléments importants, notamment en ce qui a trait au logement abordable. Je
pense au projet de loi de l'hippodrome Namur, du côté de Montréal, qui... on
souhaite qu'il puisse aller de l'avant rapidement. Ça fait partie de ce projet
de loi. Je vous parlais de la taxe de bienvenue, tout à l'heure, je vous
parlais des allègements au niveau des règlements d'emprunt. Il y a certains
ajustements aussi pour faciliter la vie municipale, au niveau des nominations
de différents employés. Alors, on va quand même de l'avant avec différentes mesures qui, je sais, peuvent faire la différence.
Également, Mme la Présidente, je vous parlais tout à l'heure de la taxe de bienvenue, lorsqu'on reçoit un héritage, ma
prédécesseure avait annoncé son intention d'aller de l'avant à ce niveau-là.
Donc, c'est bien le cas, je peux rassurer tout le monde à ce niveau-là.
Alors, nous
sommes au travail, Mme la Présidente. Je souhaite que la Chambre, évidemment,
puisse adopter ce projet de loi là,
ultimement avant la fin de la session parlementaire, vendredi prochain. Alors,
je m'arrête ici pour qu'on se mette au travail. Merci, Mme la
Présidente.
La
Vice-Présidente (Mme D'Amours) :
Merci, monsieur... Merci,
M. le ministre. Je cède maintenant la parole à Mme la députée de Vaudreuil.
Mme Marie-Claude Nichols
Mme Nichols : Oui. Merci, Mme
la Présidente. Il me fait plaisir de prendre la parole suite à la courte
allocution du... je vais dire le nouveau
ministre des Affaires municipales. Bien sûr, on n'ira pas au travail dans la
prochaine demi-heure, M. le ministre,
on n'ira pas à l'étude détaillée dans la prochaine demi-heure, mais je
comprends, je comprends l'objectif, là,
de mon collègue ministre des Affaires municipales, et je vous dis, Mme la
Présidente, que notre intérêt est aussi là de faire avancer le projet de
loi n° 22 quand même assez rapidement, donc il y
aura certainement une collaboration.
Je le rappelle, le projet de loi n° 22 est un... un omnibus municipal. Donc, pour ceux qui
nous écoutent, un projet de loi omnibus,
c'est un projet de loi où on touche quand même un peu à tout dans le milieu
municipal. Puis, quand on est en fin de législature comme présentement,
bien, vous comprendrez qu'il y a des... des détails très importants à adopter
rapidement, justement, pour que le monde municipal... qu'il y ait des projets
qui voient le jour, qu'il y ait des... En fait, ce projet de loi là a
inévitablement, là, des solutions pour le milieu municipal. Et je le dis parce
que c'est, oui... c'est... oui, c'est... ça
a été présenté par l'ancienne ministre, là, des Affaires municipales, ça a été
présenté le 25 mars 2026 ici, à
l'Assemblée nationale, le projet de loi n° 22,
mais c'est quand même des idées qui émanent du monde municipal. Donc, moi, j'accorde une grande importance, comme
ancienne mairesse, ancienne préfète et maintenant porte-parole aux affaires
municipales, j'accorde une grande importance et aussi une grande crédibilité...
C'est important de le dire, le monde municipal,
c'est des partenaires. Ce sont des partenaires qui ont été reconnus par un
gouvernement libéral en... entre 2014, 2018, là, autour de 2015. Ce sont des
partenaires, ce sont des gens qui sont crédibles, ce sont des gens qui sont
élus, les maires, les mairesses, les conseillers municipaux, les préfets, les préfètes, ce sont des gens qui sont élus, tout
comme nous. Donc, les gens leur font déjà confiance, ils ont une certaine
crédibilité, ils connaissent leur milieu. Donc, ils sont venus en... ils sont
venus en commission parlementaire nous parler. Puis quand ils nous soumettent,
via soit des associations comme l'Union des municipalités du Québec ou la Fédération
québécoise des municipalités... quand ils nous soumettent des propositions, des
amendements, quand ils nous soumettent des
idées, bien, je pense qu'il faut vraiment prendre ça très au sérieux. Puis,
comme je dis, c'est des partenaires, il faut aller de l'avant, il faut
les écouter puis il faut s'asseoir avec eux puis voir comment on peut...
comment on peut dérouler le... je ne vais pas dire le tapis rouge, là, mais
comment on peut, en fait, s'entendre, justement. Parce que ceux qui en
bénéficient, c'est aussi les mêmes personnes, c'est les... c'est les citoyens
et les citoyennes du Québec qui vont... qui vont en bénéficier.
Donc, c'est un projet de loi qui a fait l'objet
des consultations particulières le 6 et 7 mai dernier. Il y a eu 29 mémoires de déposés, il y a eu pas loin de
300 correspondances qui ont été déposées et il y a eu seulement six
groupes qui ont été entendus en auditions... en auditions. Il aurait sûrement
été pertinent d'en entendre un... d'en entendre un peu plus, surtout que, ce matin, on a eu un
briefing... je vais dire «un briefing», là, mais... je vais utiliser le terme
anglais, là, mais on a eu un briefing sur, entre autres, là, les
amendements à venir dans le projet de loi n° 22, et je pense qu'il aurait été pertinent, là, peut-être, d'entendre plus de
gens dans ce... dans ce projet de loi là, mais je comprends aussi le ministre
qui veut aller de l'avant puis on veut se dépêcher avant la... avant la fin de
la session. Puis, comme je l'ai dit, bien, on va
collaborer, on va collaborer évidemment dans ce sens-là parce que nous avons
une inclinaison favorable pour la majorité des objectifs de ce projet de loi parce qu'il donne des outils aux
municipalités pour entre autres... on en parle tellement, là, développer
du logement, améliorer les infrastructures municipales. On le sait, Mme la
Présidente, on en met de plus en plus dans la cour des municipalités, juste pour
nommer, récemment, l'itinérance, la construction, la construction de logements.
Les infrastructures sont en décrépitude, on l'entend.
Le
ministre... J'ai assisté, là, tout comme la ministre, là, récemment, aux
assises de l'UMQ et aussi à l'Assemblée des MRC la semaine dernière, là,
organisée par la FQM, et le message est clair, là. Dans la salle, à l'Union des
municipalités, là, aux assises, là, il n'y
avait pas loin de 1 700 élus dans la salle. Le message était clair,
là : On veut être des partenaires puis on a besoin d'un coup de
main, entre autres, relativement aux infrastructures, les infrastructures en eau. Arrêtez d'en mettre dans notre cour. Si
vous en mettez dans notre cour, bien, assurez-vous que, tu sais, les enveloppes
suivent, assurez-vous qu'on est capables de financer ces projets-là. C'était
très, très, très clair sur les besoins... les besoins qui ont été soulevés par
les municipalités.
J'ai été mairesse, ça fait quand même
un petit bout. Bien, j'ai envie de vous dire que le rôle des municipalités a beaucoup changé au fil des années. Avant, on
disait que les municipalités, bien, ça gérait... ça gérait la collecte des
déchets, les aqueducs puis les nids de poule, bien qu'ils gèrent encore
tout ça, ils en ont encore plus. Je ne sais pas si les gens... si les gens s'en
rendent compte, mais je trouve que le monde municipal, nos élus municipaux, on
les voit d'ailleurs qu'ils jouent un rôle de plus en plus important. On les
voit dans les journaux, on voit, ils font des sorties importantes. On voit qu'ils veulent structurer, qu'ils ont à
coeur leur municipalité. Donc, je pense qu'il faut en tenir compte évidemment.
Et ils sont... on le voit, ils sont en première ligne partout. Ils sont en
première ligne dans la crise du logement, ils sont en... la première ligne pour l'adaptation climatique, le développement
économique, l'aménagement du territoire. Il y a eu deux inondations, là,
des inondations majeures 2017, 2019. Qui on voyait de l'avant? En fait,
les citoyens qui ils vont voir? Ils ont une
inondation, là, ils ne vont pas toujours voir leurs députés en premier. Au
contraire, je dirais qu'ils vont voir leurs élus municipaux. Qui met des
mesures d'urgence rapidement pour les aider? Ce sont les élus municipaux. Donc,
ils ont un rôle... ils ont un rôle très, très, très important.
Puis évidemment,
bien, ce qu'ils soulèvent, c'est qu'ils ont besoin de plus de souplesse. Nos
élus municipaux ont besoin de plus de
souplesse, moins de lourdeurs administratives. Ça aussi, on l'a beaucoup
entendu, Mme la Présidente, lors des
assises de l'UMQ, mais aussi à l'Assemblée des MRC la semaine dernière. Et je
pense que le projet de loi n° 22 est une occasion justement pour
répondre à ces demandes-là. Le ministre des Affaires municipales le sait, il a
été ministre avant, où il avait pris en
charge justement l'allègement réglementaire, mais, Mme la Présidente, il y a eu
six projets de loi, là, d'allègement
réglementaire. Puis je pense que, là, il va falloir en remettre un peu plus
pour aider nos municipalités relativement aux allègements réglementaires
puis...
• (17 h 50) •
D'ailleurs, sur ce
point-là, puis je le dis parce que ça m'embête, ça m'embête parce que... parce
que j'ai l'impression que, des fois, la main
droite ne parle pas à la main gauche, puis je le dis... vraiment, là, je le dis
sans préjudice, je ne veux pas... je ne veux pas nécessairement froisser
une personne en particulier, là, sauf que, quand on parle d'allègements, bien,
il faut que les babines suivent... il faut que les bottines suivent les
babines, hein, comme on dit, pas le contraire, là, mais... Ça fait que, cette
semaine, il est sorti... entre autres, là, il y a un courriel qui est sorti, on
parlait de... je vais vous le dire, Mme la Présidente, on parlait, entre
autres, là... tous les contrats dans les municipalités en bas de
5 000 $ et moins vont devoir se soumettre à la... à la loi à partir
du premier 1er juin 2026, à la loi sur la francisation. C'est énorme pour
nos municipalités. C'est un alourdissement administratif important. Puis
d'ailleurs, là, ils sont sortis, là. C'est depuis le 1er juin, là, qu'on
le sait, là, même le président de la FQM, M. Demers, disait... disait
récemment que ça n'a pas de bon sens, que même l'achat d'une pelle ou d'un
dîner au restaurant va maintenant devoir être épié méticuleusement par les
municipalités pour respecter la Charte de la langue française.
Les municipalités le
disent, là, c'est important, la langue française, tout le monde est d'accord
avec la langue française, mais là c'est comme une petite étape qui va avoir une
lourdeur et des conséquences importantes pour les municipalités. Donc, cette
contrainte-là, là, elle existait déjà au sein de la loi 101, mais elle a
été élargie aux transactions de moins de
5 000 $. Le ministère de la Langue française a fait part de cet
élargissement-là par courriel aux municipalités cette semaine. C'est une
mesure de trop. C'est une mesure qui vient rajouter un fardeau sur les épaules
des villes. Puis je pense que, comme il le disait : Défendre la langue
française, ça va de soi. Les municipalités, les différentes entreprises y
participent puis ça leur convient, là. Les municipalités, j'allais dire, sont
dociles, là, mais je n'aime pas ça, utiliser
ce mot-là, mais les municipalités, là, conviennent, puis ils s'adaptent
toujours, mais là c'est peut-être la petite, la petite goutte de trop,
parce que cette obligation de vérification sur des montants qui peuvent être de
5 $ ou 10 $, là, c'est exagéré,
là, Mme la Présidente. Alors, surtout dans une période, comme je dis, on parle
d'allègements, de redditions de comptes, le ministre est au courant.
Même le ministre le disait, à l'UMQ : Deux pour un. On va essayer, à
chaque fois qu'on va vous rajouter un fardeau, on va essayer de vous en enlever
deux. Je le cherche ici, qu'est-ce qui se passe avec ça, parce que je ne vois pas où on l'enlève, ce fardeau, là. Je
vous dirais au contraire, au contraire, c'est une nouvelle reddition de
comptes.
Puis je pense que le
projet de loi n° 22, bien, c'est peut-être
l'occasion d'en parler puis c'est peut-être l'occasion de, justement, demander
au ministre qu'il parle à son collègue puis... puis qu'il y ait une révision
sur... sur ce point-là, sur ce point-là en particulier, parce que ça va être
une vérification qui va devoir être faite systématiquement avant la conclusion d'un contrat à exécution
instantanée, comme, par exemple, l'achat d'un... l'achat d'un débouche drain,
d'une pelle, d'un repas, d'une réservation d'une chambre d'hôtel. Je vous le
dis, Mme la Présidente, c'est... c'est incroyable. Puis je ne l'ai pas sous...
je ne l'ai pas sous les yeux. Ah! oui, je l'ai. L'UMQ a fait un super bon travail.
Ils nous ont envoyés, entre autres... ils
nous ont fait un tableau avec les ressources requises pour compenser la fin de
cet... la fin... Bien, en fait, ce qu'ils ont fait, ils ont fait un échantillon
dans six grandes municipalités, six municipalités de grande
taille : Gatineau, Laval, Lévis, Longueuil, Montréal, Québec. Et la... Ça
va prendre une mobilisation d'au moins 40 équivalents temps complet, qui
va générer des coûts annuels minimaux de 2,8 millions de dollars
juste à cause de cette modification-là. C'est vraiment énorme, là, je vous le
dis, ça a un... ça a un impact important. Ça fait que je pense que c'est quelque chose qu'on pourrait prévoir,
entre autres, dans le projet de loi n° 22 ou, du moins, qu'on
pourrait demander au ministre de parler à son collègue pour essayer de
suspendre... suspendre cette partie-là.
Le reste du projet de
loi n° 22, Mme la Présidente, comme je le disais,
c'est... c'est important. Il y a le projet GALOPH
à Montréal, où on parle de 10 000 à 12 000 logements, là, qui
sont en attente. On parle aussi des recommandations de l'UMQ, la FQM, en
lien avec la LAU, un besoin de signification où c'était une signification qui
était redondante, qui était jusqu'à trois
fois, on venait signifier trois fois la même personne, c'était une
signification qui était coûteuse. Ça, ça en est, de l'allègement
réglementaire. Donc, ça, moi, je le dis, il n'est pas dans le projet de loi,
mais j'ai parlé au ministre des Affaires municipales, et je comprends qu'il y
aura soit un amendement de notre côté, il y a vraiment, de notre côté, une
volonté d'y apporter un amendement, sinon le ministre pourra le faire.
Il y a la taxe de
bienvenue, évidemment, la taxe de bienvenue pour les conjoints, là, qu'on parle
de, peut-être, étirer jusqu'à cinq ans.
C'est peut-être beaucoup, cinq ans, peut-être que trois ans, là, dans les
consultations particulières, on a... on a sondé, on a pris la température de
l'eau, et, entre trois et cinq ans, ça pourrait avoir de l'allure, relativement
à la possibilité, parce que ça va être un amendement que le ministre nous a dit
qui serait déposé, là, de l'étirer jusqu'aux héritages. Là, j'ai... Quand on a
demandé aux groupes qui sont venus en commission parlementaire, bien, on comprenait qu'il n'y avait pas un grand appétit
des municipalités pour élargir beaucoup ce congé de taxe, de taxe de bienvenue.
Mais vous comprendrez, Mme la Présidente, qu'il y a des cas, il y a des
cas où ça devra... ça devra, évidemment, s'appliquer. Ici, ce que je comprenais, c'est que, le droit de mutation, il y
avait... il était pour y avoir un ajout au... dans les cas d'héritage, on va ajouter les frères, les soeurs, ça existe
déjà pour les parents, pour les conjoints, mais qu'ici on va ajouter les
frères, les soeurs.
Il y aura aussi des mesures diverses, donc, des
petits ajustements relativement à des avances pour des soutiens pour des
conseillers municipaux. Ça, ça va, c'est des demandes... c'est des demandes du
monde municipal.
Là où on aura, évidemment, beaucoup de
questions, ce sera, entre autres, les amendements qui vont introduire des
mesures qui étaient dans le projet de loi n° 20, le projet de loi
n° 20 qui était un projet de loi en habitation, en lien avec le Tribunal
administratif du logement. Comme je dis, c'est un projet de loi omnibus, hein,
ça fait que, des fois, ça vient de... ça
vient d'un peu partout, mais je comprends que c'est des mesures diverses qui
sont quand même importantes pour, entre autres, là, permettre de la
conciliation dans des dossiers où ça sauverait peut-être une audition si les
parties pouvaient s'entendre avant. La même chose pour éviter des fermetures
automatiques de dossiers après 45 jours si les pièces ne sont pas là.
Donc, des dossiers qui pourraient peut-être permettre au TAL, au Tribunal
administratif du logement, là, de rouler ou,
en fait, d'alléger, d'alléger certaines... d'alléger les journées, disons-le
comme ça, parce que, des fois, ce n'est pas toujours évident au Tribunal
administratif du logement.
Alors, voilà, plusieurs, plusieurs dispositions
diverses qui seront, évidemment... qui seront, évidemment, étudiées lors du
projet de loi, du projet de loi n° 22, mais, Mme la Présidente, comme je
le disais, le monde municipal demande depuis longtemps davantage de
flexibilité, et je pense que c'est ce qu'on doit viser dans le projet de loi
n° 22. Plusieurs dispositions répondent à cette demande-là. Alors, on va
retrousser les manches puis on va travailler afin que ce projet de loi roule et
soit adopté, évidemment, si le gouvernement le veut bien, avant la fin de la
présente session parlementaire. Voilà. Merci beaucoup, Mme la Présidente.
La
Vice-Présidente (Mme D'Amours) : Merci beaucoup, Mme la députée. Est-ce qu'il y a d'autres interventions?
Oui, Mme la leader adjointe du gouvernement.
Mme LeBel : En toute équité,
compte tenu que le deuxième groupe d'opposition nous avait signalé l'intention
d'avoir un intervenant, je vais vous suggérer de suspendre et de reprendre sur
le même projet de loi, au retour, pour leur permettre d'intervenir.
La Vice-Présidente (Mme D'Amours) : Donc,
compte tenu de l'heure, les travaux sont suspendus jusqu'à...
19 h 30, pardon. Merci.
(Suspension de la séance à 17 h 59)
(Reprise à 19 h 30)
La Vice-Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Veuillez vous asseoir. Veuillez prendre place. Merci.
L'Assemblée poursuit le débat sur l'adoption du
principe du projet de loi n° 22, Loi bonifiant les pouvoirs d'intervention
des municipalités et modifiant d'autres dispositions législatives.
Est-ce qu'il y a d'autres interventions? Oui, M.
le député de Laurier-Dorion.
M. Andrés Fontecilla
M. Fontecilla : Merci, Mme la
Présidente. Donc, le projet de loi n° 22, bonifiant les pouvoirs
d'intervention des municipalités et
modifiant d'autres dispositions législatives, vient faire plusieurs ajustements
techniques aux différentes lois qui
affectent les municipalités, notamment pour leur donner plus de pouvoirs et
plus de flexibilité dans leurs opérations. C'est un pas en avant qu'on salue, Mme la Présidente, et on offre au
gouvernement notre pleine collaboration en ce sens. Pourquoi?
Nous considérons que ce projet de loi tombe à
point alors que l'Union des municipalités du Québec vient de présenter le
rapport Marceau—Jérôme-Forget
sur les finances des municipalités, qui sonne l'alarme sur les capacités des
villes à entretenir et développer leurs infrastructures. Ce sont des constats
qui vont devoir alimenter nos réflexions sur le long terme, mais qui pourront
également nourrir le projet de loi n° 22 afin de venir dès maintenant
appuyer les municipalités dans cet
effort-là, notamment en augmentant la flexibilité de leurs leviers fiscaux ou
en fermant certaines brèches dans la Loi sur les droits de mutation.
La ministre... le ministre, pardon, a déjà
annoncé son intention de bonifier le projet de loi avec plusieurs amendements. On salue cette ouverture-là et on
espère pouvoir travailler avec lui afin de répondre à certaines demandes bien
concrètes et spécifiques des municipalités.
En
effet, les villes du Québec font face à des défis majeurs. Elles sont au
premier rang pour faire face à la crise de l'itinérance, par exemple, et pour
s'adapter aux changements climatiques, en plus d'avoir la responsabilité de la
plupart des infrastructures que nous utilisons au quotidien. Donc, ce sont de
lourdes responsabilités qui impliquent beaucoup, beaucoup de... un poids, un
poids financier important. Il faut absolument saluer leur... il faut absolument
leur donner les moyens de faire face à ces
défis, et le projet de loi n° 22 nous donne l'opportunité de travailler
dans ce sens.
Donc, ce projet de
loi nous rappelle aussi, cependant, l'importance de travailler en partenariat
avec les villes en ce qui les concerne. En effet, 350 villes, villages et
municipalités régionales de comté, les MRC, nous ont écrit pour demander le retrait, par exemple, de l'article 245.1
de la Loi sur l'aménagement et l'urbanisme, qui représente un fardeau
administratif lourd, redondant et inutile pour diffuser de l'information qui
est déjà publique. On comprend que le ministre a déjà prévu déposer un
amendement dans ce sens, mais on aurait pu résoudre ce problème en amont en
ayant une communication plus directe, plus
complète avec les municipalités quant à leurs attentes et leurs besoins avant
de déposer le projet de loi.
L'Union des
municipalités du Québec et la Fédération québécoise des municipalités nous ont
également signalé leurs inquiétudes quant à l'extension des droits de mutation,
la fameuse taxe de bienvenue, entre propriétaires indivises. On partage l'objectif du gouvernement d'éviter la
surtaxe inutile dans des cas particuliers comme de divorce. L'on partage
également l'inquiétude des municipalités face à une approche aussi large pour
régler ce problème, qui va affecter leurs revenus sans avoir été chiffré et qui
pourrait facilement mener à des abus.
L'Union des
municipalités du Québec et la Fédération québécoise des municipalités nous ont
proposé des solutions, et ça vaut la peine
de regarder attentivement, et je suis sûr qu'on va... qu'on pourrait trouver
une voie de passage en commission, mais, encore une fois, c'est dommage
de devoir réparer les pots cassés.
Sinon, un mot sur le
logement, Mme la Présidente. Le projet de loi n° 22 ouvre la Loi sur le
Tribunal administratif du logement, le TAL, et le gouvernement a annoncé son
intention d'introduire des éléments du PL n° 20 concernant le TAL. On
prévoit notamment simplifier les modalités de dépôt et d'éléments de preuve,
introduire des restrictions sur les
demandeurs quérulents et mettre en place un mécanisme de médiation obligatoire.
On va certainement étudier ces options, mais il va falloir également
avancer avec prudence dans l'ensemble de ces dossiers.
Le Tribunal
administratif du logement, comme vous le savez, Mme la Présidente, traite, par
exemple, majoritairement des dossiers où il existe un rapport de force très
inégal entre locateurs et locataires. Il est fort possible, par exemple, qu'une
médiation reproduise ce rapport inégal, surtout lorsqu'on met en présence un
propriétaire qui a déjà un statut social
plus valorisé et... bien, parce qu'il est détenteur de... en soi d'une ou de
plusieurs propriétés et qu'il possède des données essentielles que le
locataire n'a pas, et on va mettre en rapport un... par un processus de
médiation, on va le mettre en rapport avec un particulier, un locataire qui
peut être vulnérable, un aîné, une personne en situation de handicap, etc.
Donc, il y a une inégalité des statuts dans cette relation-là. Toute mesure de
médiation doit donc être évaluée afin de s'assurer que cette médiation, cette
éventuelle médiation, si jamais c'est adopté... et, par conséquent, le système
de justice ne serve pas à renforcer ce déséquilibre au détriment des
locataires. Oui à la médiation au Tribunal administratif du logement, Mme la
Présidente, mais pas pour sacrifier les droits de certains... de certains
locataires.
Le projet de loi
n° 22 permettra également à Montréal et à l'organisation sans but... sans
but lucratif GALOPH d'aller de l'avant avec le développement du quartier
Namur-Hippodrome. Ça, c'est un vieux projet, un grand site qui permettra le développement de milliers d'unités de
logement et, nous l'espérons, d'une bonne partie, une bonne proportion qui va être... qui vont... ce seront des logements,
des logements sociaux ou communautaires. Donc, c'est un projet qu'on salue, que Montréal en particulier avait... on en
a grandement besoin, parce qu'il va... il va, encore une fois, permettre de développer
plus de logement, en particulier du logement social et communautaire.
Encore une fois, on
invite le gouvernement à la prudence dans l'étude de ces articles-là.
Plusieurs... quelques élus municipaux et acteurs du milieu ont soulevé des
inquiétudes quant à la gouvernance de cette organisation sans but lucratif et
veulent s'assurer, avec raison, que des mécanismes robustes soient mis en place
pour s'assurer que ces développements se fassent dans l'intérêt des citoyennes
et citoyens de Montréal. Une partie de ce travail devra revenir à la ville de
Montréal, mais on doit également s'assurer, en tant que législateurs, de ne pas
signer un chèque en blanc sur les développements d'un futur quartier entier
sans s'assurer que la transparence et la reddition de comptes ne soient au
rendez-vous.
• (19 h 40) •
Tant qu'à travailler
sur le logement, Mme la Présidente, on a également l'opportunité, dans ce
projet de loi, d'en faire plus pour
s'assurer que toutes les Québécoises et tous les Québécois aient accès à un
toit accessible financièrement et digne. Par exemple, en consultations
particulières, l'organisme Cohabitat Québec est venu nous expliquer comment le
droit de mutation n'est pas adapté à leur modèle de coopérative des
propriétaires. J'ai dit : Coudon, on parle souvent, de ce temps-ci, des coopératives d'habitation,
mais figurez-vous, Mme la Présidente, qu'un nouveau modèle qui est en train
de surgir, c'est des coopératives de propriétaires. C'est la question de :
les droits de mutation constituent un frein additionnel
au développement de ce modèle original qui favorise l'accès à la propriété, qui
est un objectif, on croit le savoir, également partagé par la nouvelle
première ministre du Québec.
On espère donc être
en mesure de travailler avec le ministre responsable afin de revoir le cadre
légal et permettre au modèle novateur de
coopératives des propriétaires de se développer. Et je vous rappelle, Mme la
Présidente, que le modèle de coopératives... des coopératives de
propriétaires, ça permet un accès plus facile à la propriété parce que les
propriétés qui sont vendues avec ces modèles-là sont moins chères parce que le
foncier est possédé de façon collective, et,
finalement, de façon très schématique, ce que l'acheteur est en train d'acheter,
ce n'est pas le foncier, c'est seulement le construit. Donc, ça coûte
beaucoup moins cher d'avoir accès à la propriété.
D'autre part, ce projet est la dernière
opportunité qu'on a pour prolonger le moratoire sur les évictions qui a été mis
en place en 2024 justement en tant que réponse à la crise du logement afin
d'éviter l'éviction des locataires à travers les
mécanismes de la rénovation, dans le temps on parlait de la rénoviction, donc
en vertu de l'article 1959 pour la...
des évictions en vue d'agrandir et... de subdiviser, agrandir ou changer la
vocation d'une unité locative. Et on s'est rendu compte qu'il y avait
beaucoup... C'est devenu un stratagème, finalement, pour mettre à la porte des
locataires qui payaient des loyers plutôt bas.
Il faut le rappeler, Mme la Présidente, nous
sommes en pleine crise du logement, tout comme en 2024, il y a deux ans, et il est nécessaire de prendre chaque
opportunité d'agir pour s'assurer que les Québécoises et les Québécois qui
sont des locataires puissent se loger et se maintenir dans leur logement.
Donc, on le
sait, Mme la Présidente, malgré la hausse des taux d'inoccupation moyens, les
logements réellement abordables, ceux du premier quartile, restent
complètement pleins, c'est-à-dire qu'il y a très peu d'appartements dans la
couche d'unités locatives, là, qui sont les moins chères, celles qui sont les
plus recherchées. Par contre, plus vous montez dans l'échelle, plus vous
allez... vous allez dans le haut de gamme, plus vous allez retrouver un taux de
vacance, un taux de disponibilité
d'appartements vides qui est important. Donc, on n'a pas de difficulté à se
trouver un appartement aujourd'hui un peu partout à travers le Québec à
2 500 $, 3 000 $ pour un trois et demie, pour un quatre et
demie, mais allez donc trouver un trois et demie pour 800 $, par exemple,
à Montréal, c'est pratiquement impossible aujourd'hui, Mme la Présidente.
Donc, ce moratoire, il vient faire quelque chose
de très simple, il empêche, les évictions, encore une fois, pour agrandissement, pour subdivision ou pour
changement d'affectation. Ce qu'on vient dire, avec ce moratoire, c'est que...
c'est de réaffirmer que le droit, pour un ménage, à garder son logis en toute
paix... paix d'esprit est plus important que le droit d'un propriétaire
d'agrandir l'appartement pour le louer à un prix très élevé ou le revendre en
condominium.
Et je vous rappelle également, Mme la
Présidente, que la crise du logement a un lien direct avec le phénomène de
l'itinérance qu'on voit apparaître et se multiplier un peu partout à travers le
Québec non seulement dans les grandes villes, mais aussi dans les villes de
taille moyenne et même, j'en ai entendu parler, dans les petites localités.
Donc, pour vous donner un exemple, il y a... en
2022, on a fait un recensement de la population itinérante à Montréal, c'est pour vous donner un indice, et on
constate que presque un quart de la population en situation d'itinérance
était devenue itinérante à la suite d'une éviction pour différentes raisons.
Donc, il est important, il est essentiel, si l'on veut, à la fois travailler à
régler la crise du logement et, en même temps, éviter que... d'alimenter la
crise de l'itinérance au Québec, de fermer toutes les brèches concernant les
évictions. C'est la moindre des choses de garder ces garde-fous en place alors
que des milliers de ménages ont de la difficulté à trouver un logement.
Donc, malheureusement, Mme la Présidente, les
personnes qui perdent leur logement à la suite d'une éviction, souvent des
personnes seules à faibles ou à très faibles revenus, une fois que leur loyer,
que leur logement a été perdu, n'ont plus aucune chance de retrouver un autre
logement au même prix, parce qu'on sait qu'encore une fois le taux de vacance
pour les loyers les moins chers, ceux qui logent les locataires qui, autrement,
seraient en situation d'itinérance, est extrêmement bas.
Donc, fermer toutes les possibilités d'évincer
des locataires est devenue une nécessité absolue si l'on veut éviter l'amplification de l'itinérance dans toutes
les régions du Québec et, plus largement, si l'on veut limiter les dégâts de la
crise du logement.
Oui, il reste un an avant la fin du moratoire,
va-t-on me rétorquer, mais celui-ci se termine le 6 juin 2027, d'ici un an à peu près, donc avant le 1er juillet.
Comme vous le savez, c'est la date à laquelle prend fin la plupart des baux
locatifs au Québec. Cela veut dire que le jour du déménagement qui arrive dans
quelques semaines pourrait être le dernier avant que cette protection ne saute et qu'on doive faire face à une reprise de
plus belle des évictions de la part des spéculateurs. Donc, les
locataires pourraient recommencer à recevoir des avis d'éviction dès cet
automne. Parce que, vous savez, Mme la Présidente, pour... un avis d'éviction
doit être envoyé six mois avant la fin du bail, là. Si le bail finit le 1er juillet
d'une année donnée, bien, ça doit être...
les avis d'éviction doivent impérativement, pour qu'ils soient... qu'ils aient
une valeur légale, doivent partir impérativement avant le 31 décembre
de l'année d'avant.
Donc, faites le calcul, Mme la Présidente, on
achève cette session-ci, on ne va pas siéger jusqu'à on ne sait pas trop quand, il y a le processus électoral qui s'en
vient, les élections le 5 octobre, on ne sait pas quand est-ce que le
prochain gouvernement va convoquer l'Assemblée, on ne connaît pas non
plus ses priorités. Donc, ce serait un legs important de l'actuel ministre de
l'Habitation de sécuriser la situation des milliers de locataires qui
pourraient être menacés par l'appétit
insatiable, faut-il le dire, de certains spéculateurs qui n'hésitent pas à
mettre des gens à la porte pour simplement augmenter les loyers.
Donc, les locataires vont commencer à... vont
commencer certainement, sachant que la date limite, c'est le 7 juin
prochain, à recevoir, au mois de décembre déjà, des avis d'éviction en vertu...
pour agrandir, subdiviser ou changer de vocation un appartement. Donc, il est
important d'envoyer un message très clair à ces gens-là qu'il n'est pas possible de procéder à des évictions, et ça va
tranquilliser, ça va assurer à des milliers de locataires, j'en suis sûr, quant
à la... à leur droit d'occupation d'une unité locative.
Le gouvernement a bloqué la motion qu'on a
déposée dans ce sens ce matin, qui était appuyée par d'autres partis
d'opposition, mais j'espère vivement qu'on aura l'occasion de discuter de cette
possibilité-là à tête reposée, et non pas
dans le cadre d'une motion quotidienne où tout doit être décidé très
rapidement, et que le gouvernement se montrera ouvert à la possibilité
de mieux protéger les locataires par une prolongation immédiatement d'ici la
fin de la session, en tout cas, de
moratoires des évictions, tel qu'il a déjà fait en 2024. Ce serait seulement
une récidive dans le bon sens du terme, Mme la Présidente.
• (19 h 50) •
Donc, de façon générale, nous considérons le
projet de loi n° 22 de façon très... très positive, et nous considérons
qu'il y a là également des opportunités de la dernière chance pour le
gouvernement de la CAQ de procéder à des améliorations
concrètes pour des milliers de ménages et pour aider les municipalités dans
leurs tâches... dans les tâches et le mandat qu'ils ont. Merci beaucoup, Mme la
Présidente.
La Vice-Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup, M. le député. Y a-t-il d'autres interventions?
Mise aux voix
Le principe
du projet de loi n° 22, Loi
bonifiant les pouvoirs d'intervention des municipalités et modifiant d'autres
dispositions législatives, est-il adopté?
Des voix : Adopté.
La Vice-Présidente (Mme D'Amours) :
Adopté. Mme la leader adjointe du gouvernement, s'il vous plaît.
Renvoi à la Commission des transports et de
l'environnement
Mme LeBel : Merci,
Mme la Présidente. Donc, conformément à l'article 243 de notre règlement,
je fais motion afin que le projet de
loi n° 22, Loi
bonifiant les pouvoirs d'intervention des municipalités et modifiant d'autres dispositions
législatives, soit déféré à la Commission des transports et de l'environnement
pour son étude détaillée et que le ministre des Affaires municipales soit
membre de ladite commission pour la durée du mandat.
Mise aux voix
La Vice-Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Est-ce que cette motion est adoptée?
Des voix : Adopté.
La Vice-Présidente (Mme D'Amours) :
Adopté. Mme la leader adjointe, pour la suite de nos travaux.
Mme LeBel : Oui. Merci, Mme la
Présidente. Alors, je vais vous demander d'appeler l'article 10 du
feuilleton, s'il vous plaît.
Projet de loi n° 24
Adoption du principe
La
Vice-Présidente (Mme D'Amours) :
À l'article... à l'article,
pardon, 10 du feuilleton, M. le ministre de la Justice propose l'adoption
du principe du projet de loi n° 24, Loi protégeant le consommateur contre
l'utilisation trompeuse ou frauduleuse de l'identité ou de l'image d'une
personne.
Est-ce qu'il y a des interventions? S'il n'y a
pas d'intervention... Oui, Mme la députée?
Une voix : ...
La Vice-Présidente (Mme D'Amours) : Bon,
s'il n'y a pas d'intervention, on peut poursuivre.
Une voix : ...
La
Vice-Présidente (Mme D'Amours) : Donc, madame, est-ce que vous voulez intervenir sur le projet de
loi n° 24? Donc, madame, vous avez la parole. Mme la députée de La
Pinière, la parole est à vous.
Mme Linda Caron
Mme Caron : Merci, Mme la
Présidente. Alors, ça me fait plaisir d'intervenir sur l'adoption du principe
du projet de loi n° 24,
Loi protégeant le consommateur contre
l'utilisation trompeuse ou frauduleuse de l'identité ou de l'image d'une
personne.
Alors, ce projet de loi a pour principal
objectif de protéger les consommateurs contre les représentations impliquant
l'utilisation de l'identité ou de l'image d'une personne sans son consentement,
et, pour ce faire, le projet de loi interdit d'utiliser l'identité ou l'image
d'une personne sans son consentement pour faire une représentation à un
consommateur, et le projet de loi interdit aussi de permettre que soit utilisée
l'identité ou l'image d'une personne dans un tel contexte.
Vous aurez probablement reconnu, Mme la
Présidente, ce qui est arrivé à Mme Marie-Claude Barrette et à d'autres
personnalités qui ont été victimes de l'utilisation de leur identité ou de leur
image sans leur consentement. L'image de Mme Barrette avait été utilisée,
mise en scène, en fait, à son insu, avec imitation de sa voix, pour vendre des
produits miracles, pour annoncer des produits miracles qu'elle n'avait jamais endossés.
Elle n'était pas au courant de cette manigance, je dirais. Et même, son image a été utilisée pour
vendre des investissements mirobolants, évidemment, qu'elle n'appuyait
pas du tout. Et, en raison de sa notoriété et de sa crédibilité, il y a de nombreuses
personnes qui sont tombées dans le panneau,
qui ont acheté les produits en question ou qui ont fait les investissements et
qui ont perdu des milliers, sinon des dizaines de milliers de dollars.
Alors, vous aurez
compris, Mme la Présidente, qu'à l'ère de l'intelligence artificielle, c'est de
plus en plus facile de reproduire l'image et la voix d'une personne et de faire
une mise en scène qui peut facilement leurrer les consommateurs, les membres du
public, vu l'apparente véracité de la mise en scène.
Alors, durant les
consultations sur ce projet de loi, nous avons entendu le témoignage de Mme Barrette,
je vais y revenir un petit peu plus tard. Ce que le projet de loi vient faire
aussi, c'est de donner des pouvoirs d'ordonnance au président de l'office de la
protection des consommateurs pour qu'il puisse faire arrêter rapidement une
fausse annonce, par exemple, une fausse publicité qui... une fausse mise en
scène qui roule sur un média quelconque. Et, dans les cas où la publicité ou la
mise en scène serait en lien avec des... en fait, constituerait ou inclurait
des agissements qui touchent à des lois de nature financière, à ce moment-là,
c'est le PDG de l'Autorité des marchés financiers qui aurait le pouvoir, qui
pourrait utiliser le pouvoir d'ordonnance du président de l'Office de la
protection du consommateur.
Le projet de loi,
finalement, bien, prévoit des contraventions aux nouvelles obligations et puis
peut entraîner l'imposition, l'application de sanctions pénales ou
administratives pécuniaires. Alors, c'est certain, Mme la Présidente, que nous
reconnaissons la nécessité d'agir contre l'utilisation trompeuse et frauduleuse
de l'identité, de l'image, de la voix d'une
personne sans son consentement à des fins commerciales ou à toute autre fin en
fait, puis il va de soi qu'à l'heure des hypertrucages, des fausses
publicités, des arnaques en ligne les consommateurs doivent aussi être mieux
protégés. Donc, il faut protéger les
personnes qui sont victimes de l'utilisation de leur image, de leur voix, mais
aussi les consommateurs qui se font leurrer finalement.
Alors, le projet de
loi n° 24 va dans la bonne direction, c'est-à-dire de faire cesser le plus
rapidement possible ces pratiques interdites pour tenter d'éviter que des
citoyens soient floués.
Nous avons reçu,
durant les consultations, quatre groupes. Le premier, c'était Option
Consommateurs, qui nous a rappelé qu'en 2024
le Centre antifraude du Canada avait rapporté que la fraude à l'investissement
trouve souvent son point d'entrée sur les médias sociaux et avait
engendré 310,6 millions de dollars de pertes, ce qui surpassait tout autre type de fraude. Et, en 2025, ça atteignait
700 millions. Et il faut se rappeler que seulement de 5 % à 10 %
des cas de fraude sont dénoncés. Alors, vous imaginez le marché, entre
guillemets, qui existe pour les fraudeurs.
Le mémoire d'Option
Consommateurs nous rappelait aussi qu'un article de Reuters indiquait que
Facebook projetait que 10 % de ses revenus en 2024, soit
16 milliards de dollars, proviendraient d'annonces liées à des
escroqueries ou à des produits interdits. Alors, on ne peut pas dire que
Facebook et d'autres médias sociaux ne savent pas
que leur plateforme est utilisée pour ça quand Facebook prévoyait que 10 %
de ses revenus, en 2024, viendraient de ce genre d'escroquerie,
finalement, sur son réseau.
Alors, Option
Consommateurs a fait quelques recommandations, dont clarifier la portée de
l'interdiction d'utiliser de façon trompeuse l'image d'une personne et puis
élargir aussi la responsabilisation des plateformes numériques face aux
activités frauduleuses qu'elles facilitent. Et ça, je pense que c'est
important, puisque je viens de vous dire que Facebook prévoyait avoir...
recevoir 10 % de ses revenus d'escroqueries qui passent sur son réseau. Il
faut que les... il faut que les plateformes
numériques soient responsabilisées dans ça, puisque ça passe en bonne partie
par eux.
Et il y a Option
Consommateurs qui travaille, comme vous le savez, Mme la Présidente, sur
le terrain avec les gens qui ont des
difficultés. Le nombre d'appels pour ce genre de... pour les fraudes, on
parle... ont doublé en deux ans, et puis la majorité était... la
majorité des gens avait été fraudée par quelque chose qui était sur une
plateforme numérique. Alors, je pense que c'est une recommandation importante
qu'a faite Option Consommateurs, d'élargir la responsabilisation des
plateformes numériques face aux activités frauduleuses qu'elles facilitent. Ce
n'est pas dans le projet de loi, mais j'ose espérer qu'on pourra... qu'on
pourra amender le projet de loi durant l'étude détaillée pour en tenir compte.
Je vous disais tout à
l'heure que Mme Marie-Claude Barrette était venue aussi en commission.
Donc, elle a témoigné en duo avec M. Sylvain Paquette, de pointages.ca.
Monsieur... Bon, Mme Barrette nous a fait un témoignage, comme elle est...
elle a déjà fait ailleurs publiquement, pour expliquer à quel... à quel point
c'était difficile et, en fin de compte,
l'utilisation de son image, c'est quelque chose qui ne finit jamais parce qu'il
y a toujours quelque chose qui pope un peu... un peu partout. Puis elle
rencontre souvent des gens qui lui en veulent parce qu'ils disaient :
Bien, toi, tu as dû en faire, de
l'argent avec les produits que j'ai achetés, alors qu'elle n'a jamais touché,
évidemment, un sou de ça. Puis elle leur dit : Ce n'est pas moi.
C'était mon image, mais ce n'est pas moi, je n'ai jamais consenti à ça. Alors,
c'était un mémoire... un témoignage assez... assez convaincant.
• (20 heures) •
Et la personne qui
l'accompagnait, M. Paquette, lui, est l'auteur d'un mémoire d'une
quarantaine de pages qu'il nous avait déposé à l'avance des consultations, je
l'ai lu au complet. Et c'est très éclairant sur ce qui se passe réellement dans
ce domaine-là. En fait, son mémoire fait un exposé de long en large pour
montrer que les stratagèmes contemporains d'usurpation d'identité reposent sur
une logique structurée qui est comparable à une chaîne de production, et chaque
étape de ce processus-là est spécialisée, optimisée et interconnectée.
Spécialisée parce que la première étape, c'est la collecte de données, la
fabrication de faux et l'exploitation financière. Et ce qu'ils nous disaient, c'est : Ne pensez pas que les données sont protégées.
Quand il y a des fuites comme il y en a eu au Québec et ailleurs dans le
monde, ces données se retrouvent... se retrouvent sur le «dark Web», et c'est
de là que ces organisations structurées vont chercher ces données et, avec
l'intelligence artificielle, font des recoupements avec les activités des
particuliers sur les réseaux sociaux ou ailleurs et finissent par avoir,
finalement, toute l'information que vous n'avez jamais fournie. Alors, c'est
vraiment un fléau auquel il faut s'attaquer.
Pourquoi chaque étape du
processus est optimisée? Bien, parce que c'est automatisé, avec des outils qui
sont technologiquement avancés, et chaque étape est interconnectée parce que ce
sont des réseaux criminels organisés et parfois transnationaux qui structurent le
tout et nous amènent que l'accès aux données personnelles, c'est devenu,
aujourd'hui, une commodité.
Dans ces recommandations, la première, je ne
sais pas... j'avoue que je ne sais pas si c'est possible de la mettre... de la mettre en oeuvre à grand déploiement,
mais ce qu'ils proposaient, c'était l'immatriculation obligatoire des
sites Web au Registraire des entreprises du Québec pour les sites Web auxquels
les Québécois ont accès. Ils proposaient d'avoir un mécanisme de renversement
du fardeau de la preuve, je vais y revenir un petit peu plus tard, et puis de renforcer l'encadrement des plateformes de
transfert de fonds. Alors, tout à l'heure, je vous disais qu'il y a les plateformes
numériques, les médias sociaux qui... où se passent ces annonces, et ces
leurres, finalement, mais il y a aussi des plateformes où les fonds transitent.
Alors, ils proposaient de renforcer, donc, l'encadrement de ces plateformes-là.
Et ce qu'ils nous disaient aussi, en gros,
c'était que les États doivent adopter un cadre législatif et des outils de
régulation pour mieux répondre à une criminalité qui est désormais
transnationale, mobile et technologiquement avancée. Ils nous disaient tout à
fait clairement que ce serait difficile pour n'importe quel état de rester à
l'affût et de tout prévoir, mais, certainement, il faut qu'on puisse agir
plus... de manière beaucoup plus renforcée qu'on le fait à l'heure actuelle.
Ils nous disaient aussi de... en fait, ils nous
mettaient en garde contre la segmentation des responsabilités entre différents acteurs, institutions financières,
agences de crédit, plateformes technologiques puis organismes de régulation.
Parce que, si les responsabilités sont segmentées, bien, ça vient fragmenter
les interventions et ça ralentit la prise en charge des dossiers. Et, quand
on... quand ils nous parlaient de renverser le fardeau de la preuve, en fait,
c'est que le traitement qui est réservé aux victimes, à la suite d'un cas
d'usurpation d'identité, c'est très préoccupant et c'est quelque chose qui occupe
toute la vie, Mme Barrette nous l'a bien dit, et ça fait en sorte que la
victime est dans une position où elle est présumée responsable jusqu'à
démonstration du contraire. Donc, si sa cote de crédit est affectée, sa
réputation est affectée à cause de l'utilisation de... cette utilisation
trompeuse de son image, bien, il faut qu'elle prouve qu'elle n'a jamais
consenti à ça. Comment prouver quelque chose qui n'est jamais arrivé? C'est pas
mal plus difficile que de prouver quelque chose qu'on a déjà fait. Alors, à
chacune des étapes, c'est toujours de recommencer. Et, comme ce n'est pas quelque chose qui est structuré encore, ça
devient... ça devient quasi impossible. Alors, c'est pour ça que, pour
ce cas précis, ils proposaient de renverser le fardeau de la preuve pour qu'il
y ait une équité procédurale.
L'Union des artistes aussi est venue nous... est
venue nous rencontrer et a déposé un mémoire. L'Union des artistes recommandait
de clarifier la portée des ordonnances, les ordonnances, là, que le président
de l'option... pas l'option, pardon, mais l'Office de la protection des
consommateurs aura pour faire arrêter une fausse publicité, par exemple. Alors, ce que l'Union des artistes
aimerait, c'est que l'exercice de ce pouvoir puisse clairement viser le retrait
des contenus frauduleux là où ils demeurent accessibles, les canaux et
mécanismes qui permettent leur circulation continue et la prévention de leur
remise en ligne, de leur rediffusion sur une forme... sous une forme similaire.
Donc, pour pas que l'ordonnance... on va
dire, on enlève... vous devez enlever cette fausse publicité puis que le
lendemain on en mette une qui est presque identique. Alors, c'était la
première recommandation de l'Union des artistes.
L'Union des artistes aussi propose de renforcer
la notion de consentement dans un contexte d'intelligence artificielle. Parce
que, pour les artistes, c'est une question qui est particulièrement sensible,
parce que plusieurs d'entre eux ont consenti, dans le passé, à des usages
précis et limités de leur image ou de leur voix, mais sans jamais envisager des utilisations qui seraient générées,
transformées ou automatisées par des outils d'intelligence artificielle. Alors,
l'Union des artistes recommande que l'application du projet de loi permette de
s'assurer que le consentement invoqué soit clair, spécifique et lié à
l'usage concret en cause, qu'il soit actuel et pertinent au regard des
technologies utilisées et qu'il soit suffisamment explicite pour qu'éviter
qu'un consentement ancien, général ou ambigu serve à justifier des usages que
la personne concernée n'a jamais acceptés.
Et leur troisième recommandation, c'était
d'assurer la clarté du parcours pour les personnes touchées en recommandant... En fait, quand on parle du
parcours par les personnes touchées, ça vient rejoindre la recommandation de
M. Paquet aussi, c'est-à-dire qu'il y
ait un accompagnement dans les démarches, parce que... je vous parlais de
renverser le fardeau de la preuve, parce que la personne comme qui
serait dans le cas, par exemple, de Mme Barrette, est obligée d'essayer de
prouver à chaque étape qu'elle n'a jamais consenti à ces choses-là, qu'elle
n'est pas coupable de ça, que ce n'est pas
elle qui a fait la fraude... Alors, pour être capable de faire toutes ces
démarches à toutes les étapes, bien, ça prendrait un accompagnement, ça
prendrait un point d'entrée unique où la personne peut être... peut être
accompagnée pour pas que ce soit quelque chose qui occupe ses jours et ses
nuits pendant des années.
Enfin, on a aussi eu... entendu le Pr Sébastien
Gambs, professeur de l'UQAM et titulaire d'une chaire de recherche sur
l'éthique des données et... désolée, j'oublie le reste de son titre. Mais ce
qu'il nous... ce qu'il proposait, c'était
de... ce qu'il nous recommandait, c'était de protéger les oeuvres spécifiques,
mais aussi le style, donc le style vocal, le style graphique d'une
personne, par exemple, avec la voix ou avec le style de chanson, par exemple.
Bien, de... si on recrée, par intelligence artificielle, un style semblable
avec la même voix, on peut penser que c'est l'artiste original qui a fait une
chanson. Donc, il nous proposait de s'assurer qu'on protégeait non seulement
les oeuvres, mais aussi le style vocal ou graphique de la personne.
• (20 h 10) •
Et il nous posait... il posait une question
intéressante, parce que je vous disais que le projet de loi prévoit un pouvoir d'ordonnance au président de l'Office de
protection du consommateur, et lui, il demandait pourquoi ce ne serait
pas la Commission d'accès à l'information qui aurait ce pouvoir-là, étant donné
que le projet, le projet... la loi 25 sur... comprend les images dans les
données personnelles. Alors, puisqu'ils ont déjà une connaissance de toute la
question des renseignements personnels, des données
personnelles et que les images y sont comprises, il posait la question :
Pourquoi ça ne serait pas... ça ne relèverait pas de la Commission d'accès à
l'information plutôt que de l'Office de protection
des consommateurs? Et, dans un cas comme dans l'autre, s'assurer qu'on clarifie
les responsabilités de l'office et... ou de la commission puis aussi de
l'AMF.
Et lui aussi
prévoyait une porte d'entrée ou un guichet unique avec des mécanismes de
coordination entre l'OPC et l'AMF ou bien la
CAI et l'AMF, parce qu'encore une fois il y a plusieurs étapes qu'une personne
qui est victime de l'utilisation trompeuse de son identité doit faire...
Ce que fait, ce que vient faire le projet de loi... le pouvoir d'ordonnance
pour arrêter, stopper la diffusion d'une fausse publicité, c'est une étape,
après ça il y en a plein d'autres, et toutes
ces démarches-là reposent sur les épaules de la personne victime de
l'utilisation trompeuse de son image et de son identité.
Alors, si le projet
de loi veut vraiment aider les personnes qui sont dans cette situation-là, il y
aurait lieu d'avoir un mécanisme unique où la personne peut aller, et puis
toutes les autres étapes s'enchaînent, puis la personne peut être accompagnée
là-dedans. Parce que, quand ça arrive, là, à l'heure actuelle, les gens ne
savent pas où aller, ils vont à la police, qui ne peut rien faire, leur banque,
bien, il y a des données là, mais ils ne peuvent pas... ou il y a des choses
qui ne peuvent pas accéder. C'est vraiment
catastrophique. Et puis, bon, ils doivent rétablir leur réputation, des fois,
je le disais tout à l'heure, rétablir leur cote de crédit, recouvrer des
pertes financières puis se battre constamment pour prouver qu'elles n'avaient
pas donné leur consentement, puis le projet de loi est muet sur ces démarches.
Alors, ce serait bien de les inclure. Et ce serait bien aussi, comme je le
disais tout à l'heure, de responsabiliser les plateformes qui diffusent ces
mises en scène et les plateformes, aussi, de transferts de fonds où transitent
les flux financiers qui sont liés à ces... à ces arnaques, à ces fraudes.
Alors, voilà. Donc,
ça fait le tour de ce que je voulais vous dire, Mme la Présidente, sur le...
pour le principe du projet de loi n° 24. Et nous allons voter en faveur du
principe du projet de loi. Merci.
La Vice-Présidente
(Mme D'Amours) : Merci beaucoup, Mme la députée. Maintenant, je cède
la parole à Mme la députée de Roberval.
Mme Nancy Guillemette
Mme Guillemette :
Merci, Mme la Présidente. C'est un plaisir pour moi de prendre la parole ce
soir à l'occasion du débat sur l'adoption du
principe du projet de loi n° 24, la Loi protégeant le consommateur contre l'utilisation trompeuse ou
frauduleuse de l'identité ou de l'image d'une personne.
Au
cours des dernières semaines, nous avons eu l'occasion d'entendre divers
groupes en consultations particulières. Plusieurs nous ont dit avoir
poussé un soupir de soulagement lorsque le projet a été déposé. C'est dire à
quel point, lorsque notre image, notre
identité ou notre voix est utilisée sans notre consentement, avec l'objectif de
flouer les gens, ça peut être terriblement stressant.
Les
victimes d'usurpation d'identité vont jusqu'à s'enlever la vie. C'est ce que
nous a partagé Marie-Claude Barrette lors de son passage en
commission parlementaire. Elle-même a été victime d'usurpation et milite
aujourd'hui en faveur d'une loi plus sévère en la matière. Donc, c'est
justement ce que nous allons faire via le projet de loi 24.
En effet, le projet
de loi prévoit une alliance entre l'Office de la protection du consommateur et
l'Autorité des marchés financiers pour permettre une intervention plus efficace
et plus concertée contre l'usurpation d'image ou d'identité. Elle prévoit aussi
la création d'un nouveau pouvoir d'ordonnance pour les présidents de l'OPC et
de l'AMF. La création d'un pouvoir d'ordonnance a d'ailleurs été saluée par
plusieurs groupes en consultations particulières, dont Option Consommateurs et
l'Union des artistes.
Qu'est-ce que ça
implique, ce nouveau pouvoir d'ordonnance? Tant que le président de l'OPC...
Tant le président de l'OPC que le président de l'AMF pourront ordonner, tout
comme le ferait un tribunal, à une personne ou à une entreprise que cesse
l'utilisation d'image d'une personne sans son consentement, par exemple, dans
une fausse publicité. On simplifie... Ici,
on vient simplifier le processus pour les victimes d'usurpation d'identité afin
que soit retirée une publicité trompeuse. On évite aussi que le futur
consommateur ne tombe dans le piège des fraudes. Et, finalement, on
évite potentiellement un processus judiciaire long et coûteux aux victimes
d'usurpation d'identité : tant la personne dont l'identité a été usurpée que le consommateur floué pourra porter
plainte à l'Office de la protection du consommateur.
Dans un cas où une
plainte concernerait une fraude à la cryptomonnaie, l'OPC fera directement le
pont avec l'AMF et vice et versa. L'idée est vraiment d'avoir une action
concertée et d'éviter que le citoyen ne doit jouer du ping-pong en passant
d'une organisation à l'autre. Dans les cas où l'ordonnance ne serait pas
respectée, elle pourrait alors être déposée à la Cour supérieure et le
contrevenant se retrouverait ainsi en outrage au tribunal. Or, l'outrage au
tribunal est une infraction très grave qui peut ultimement se traduire par une
peine d'emprisonnement.
Vous l'avez probablement
remarqué, avec l'avènement de l'intelligence artificielle, nous voyons de plus
en plus d'hypertrucages et ceux-ci sont de plus en plus crédibles et
convaincants. Donc, lorsqu'on voit une personnalité publique en qui on a confiance et qu'on admire nous proposer soit une
crème amincissante, soit un placement financier ou un remède miracle, ce n'est
pas surprenant que le réflexe, bien, c'est d'y croire, hein? C'est humain, Mme
la Présidente. Les tactiques malhonnêtes des fraudeurs pour appâter les
citoyens ont beaucoup évolué avec les années. Il est temps que les mesures de
protection évoluent aussi.
Pour toutes ces
raisons, j'enjoins les collègues à voter en faveur du principe de loi afin de
doter le Québec de meilleurs outils pour lutter contre ce fléau. Merci, Mme la
Présidente.
La Vice-Présidente (Mme D'Amours) : Merci,
Mme la députée. Est-ce qu'il y a d'autres interventions?
Mise aux voix
Le principe
du projet de loi n° 24, Loi
protégeant le consommateur contre l'utilisation trompeuse ou frauduleuse
de l'identité ou de l'image d'une personne, est-il adopté?
Des voix : Adopté.
La Vice-Présidente (Mme D'Amours) : Adopté.
Mme la leader adjoint du gouvernement, s'il vous plaît.
Renvoi à la Commission des relations avec les citoyens
Mme LeBel : Merci beaucoup, Mme
la Présidente. Donc, conformément à l'article 243 de notre règlement, je
fais motion afin que le projet de loi 24, Loi protégeant le consommateur
contre l'utilisation trompeuse ou frauduleuse de l'identité ou de l'image d'une
personne, soit déféré à la Commission des relations avec les citoyens pour son
étude détaillée et que le ministre de la Justice soit membre de ladite
commission pour la durée du mandat.
Mise aux voix
La Vice-Présidente (Mme D'Amours) : Est-ce
que cette motion est adoptée?
Des voix : Adopté.
La Vice-Présidente (Mme D'Amours) : Adopté.
Pour la suite de nos travaux, Mme la leader
adjointe.
Mme LeBel : Oui, Mme la
Présidente. Donc, je vais vous demander d'appeler l'article 9 du
feuilleton.
Projet de loi n° 23
Adoption du principe
La Vice-Présidente (Mme D'Amours) : À
l'article 9 du feuilleton, Mme la ministre de la Santé propose l'adoption
du principe du projet de loi n° 23, Loi visant principalement à mieux
accompagner les personnes dont l'état mental pourrait représenter un risque
pour leur propre sécurité ou celle d'autrui.
Y a-t-il consentement pour déroger à l'article 236
du règlement, prévoyant que le débat sur l'adoption du principe du projet de
loi est inscrit aux affaires du jour de la séance suivant soit sa présentation
soit le rapport de la commission? Consentement.
Y a-t-il des interventions? Oui, M. le député
de...
Une voix : ...
La Vice-Présidente (Mme D'Amours) : Jonquière.
Avec plaisir. Je vous donne la parole.
M. Yannick Gagnon
M. Gagnon : Bonjour, Mme la
Présidente. Mme la Présidente, j'ai l'honneur aujourd'hui particulièrement, au
nom de la ministre, de prendre la parole pour proposer l'adoption du principe
du projet de loi n° 23, bien entendu, qui vise à mieux accompagner les personnes dont l'état mental pourrait
représenter un risque pour leur propre sécurité et, bien sûr, celle d'autrui.
Dans
un premier temps, je me dois de remercier l'ensemble... l'ensemble des groupes,
des experts, des partenaires, ainsi que les citoyens qui ont, bien entendu,
contribué aux consultations particulières. Leurs interventions, il faut le
souligner, ont été claires, constructives et surtout profondément ancrées dans
la réalité du terrain. Ça a été des consultations qu'on ne peut pas nier, qu'on
a été dans l'émotion et que le sentiment d'empathie, bien entendu, nous a tous
envahis. Ces recommandations nourrissent nos réflexions collectives sur un
sujet, comme j'ai pu le constater à travers les échanges, où est-ce que
l'ensemble des parlementaires, l'ensemble des équipes ministérielles,
l'ensemble des gens qui ont assisté aux consultations, bref, l'ensemble nous tiennent
tous et toutes à coeur.
• (20 h 20) •
Mme la Présidente, ce soir, ce projet de loi
s'inscrit dans une vision et une volonté d'affirmer, de transformer en
profondeur les manières de prévenir, d'intervenir et de protéger les personnes,
tout en s'assurant le respect des droits des personnes concernées, dans la
perspective, bien entendu, de bâtir un système plus humain, plus rigoureux pour
le Québec. Il s'agit donc d'une responsabilité qui nous appartient tous, une
responsabilité collective, et j'ai pu constater à quel point cette réforme est
nécessaire. Et j'insiste sur le mot «nécessaire», Mme la Présidente.
La loi actuelle sur la protection des personnes
dont l'état mental présente un danger pour elles-mêmes et pour autrui, connue,
bien entendu, sous le nom de P-38, n'a pas été modernisée en profondeur depuis
près de 30 ans. Or, il faut se le dire, les réalités, eux, ont changé et notre compréhension de
la santé mentale a considérablement évolué. Les familles, les proches,
les intervenantes et les intervenants nous le disent très souvent, avec le
cadre législatif actuel nous intervenons trop souvent trop tard.
Derrière chaque histoire, je pense que, quand je
parle qu'on est dans l'émotion et dans l'empathie, on a eu des témoignages très
forts en commission et également on avait une ministre qui a été sur le
terrain, alors, qui était capable d'avoir des échanges en profondeur. Alors,
chaque... derrière chaque histoire, il y avait des personnes, des familles qui
se sentaient démunies et qui ne lançaient rien de moins qu'un appel à l'aide.
Ceci témoigne que rien n'est plus souvent... rien n'est plus difficile ou plus
souffrant que de voir un proche qui ne va pas... qui ne va pas bien et que les
familles, les proches se sentent impuissants pour donner de l'aide. Alors, ce
projet de loi constitue une étape d'évolution importante. Il vise à nous doter
d'une approche plus préventive, plus humaine, plus cohérente et aussi, et il
faut le marteler, et aussi mieux coordonner, mobilisant à la fois la santé, mobilisant
à la fois les services sociaux, la sécurité publique, et il faut mentionner
aussi la justice. Je tiens, d'ailleurs, à souligner la collaboration
essentielle de mon collègue à la Justice dans l'élaboration de ce projet de
loi.
Mme la Présidente, nous partons d'un constat
clair. Le critère actuel limite notre capacité d'intervenir à temps et surtout
au bon moment et nous oblige à attendre et à observer la situation se dégrader
avant d'agir. Et cela, c'est ce qu'on fait dans le PL 23. Cela, on doit le
changer. Le projet de loi n° 23 propose un changement fondamental.
Dans un premier temps, le projet 23 permet
d'intervenir dès que la santé ou la sécurité d'une personne ou celle d'autrui est compromise. Par la suite, le projet
de loi veut favoriser une intervention préventive plutôt que strictement
réactive, clarifier et améliorer la collaboration entre les acteurs concernés
sur le terrain. Nous poursuivons donc, Mme la Présidente, un double
objectif : intervenir plus tôt, mieux protéger et toujours, toujours
respecter les droits des personnes.
Pour y parvenir, le projet de loi propose
plusieurs changements concrets, que je vais énumérer. En premier lieu, un
élargissement ciblé des mesures. Mesurer et encadrer des critères
d'intervention. Une meilleure concertation, je le mentionne, entre le réseau de
la santé, les services sociaux, les policiers et le système judiciaire. L'aide
juridique universelle pour les personnes visées par une demande touchant son
intégrité. Une simplification du parcours judiciaire permettant aussi de mettre
fin à la fragmentation des instances auxquelles une personne concernée peut
être confrontée actuellement. Une meilleure coordination lors des interventions
de crise, notamment lorsque vient le moment d'amener une personne vers un
établissement ciblé. Le soutien systématique des policiers... systématique par
les policiers avec un intervenant social, afin d'assurer une intervention plus
humaine et adaptée dans les premières minutes. Le projet de loi prévoit
également un renforcement des services de première ligne, bien entendu, pour
soutenir les personnes vivant avec une altération de leur état mental et leurs
proches aidants. Une implication accrue des familles et des proches au sein du processus simplifié, notamment lors
d'interventions de crise et du parcours de mise sous garde et la reconnaissance
de l'autodétermination des personnes par l'introduction d'un régime spécifique.
Mme la Présidente, au coeur de cette réforme, il
y a une priorité : accompagner et soutenir les personnes lorsqu'elles ne vont pas bien et dans le but, dans
le but littéralement de sauver des vies, et on l'a entendu en consultation.
L'importance d'intervenir au bon moment, Mme la Présidente, permet d'éviter que
les situations ne dégénèrent et d'offrir un accompagnement plus humain, plus
juste et de meilleure efficacité. Pour cela, nous ne pouvons plus
maintenir le cadre législatif actuel qui ne reflète plus les réalités
d'aujourd'hui. Je le mentionne, près de 30 ans qu'on n'avait pas touché au
PL 23. Pour cela, nous ne pouvons plus venir...
En terminant, Mme la Présidente, je tiens à
faire une importante précision. Avec ce projet de loi, nous voulons bâtir un
cadre durable, un cadre sécuritaire, juste et équilibré pour protéger
adéquatement les personnes en situation de vulnérabilité ainsi que le public.
D'ici à ce qu'on entame l'étude article par article du projet de loi 23,
j'invite mes collègues parlementaires à voter en faveur de son adoption de
principe. Mme la Présidente, au nom de la ministre et en mon nom, je vous
remercie.
La
Vice-Présidente (Mme D'Amours) :
Merci beaucoup, M. le député. Je
cède maintenant la parole à Mme la députée de D'Arcy-McGee.
Mme Elisabeth Prass
Mme Prass : Merci, Mme la
Présidente. Donc, nous sommes ici ce soir pour l'adoption de principe du projet
de loi 23, Loi visant principalement à mieux accompagner les personnes
dont l'état mental pourrait représenter un risque pour leur propre sécurité ou
celle d'autrui.
Je voudrais
commencer par remercier tous ceux qui ont participé aux consultations et qui
ont déposé des mémoires, ça permet de nous alimenter pour notre travail. Et
évidemment il y avait des opinions divergentes, mais important de reconnaître
ces différentes réalités, justement, pour prendre les bonnes décisions et poser
les bonnes questions.
Donc, d'entrée de jeu, je souhaite souligner le
caractère profondément délicat du débat que nous avons, parce qu'au coeur de ce projet de loi il n'y a pas
simplement des dispositions juridiques, il y a des personnes, des êtres humains,
des personnes qui vivent avec un trouble mental sévère, des personnes qui, à
certains moments de leur vie, peuvent perdre
contact avec la réalité et, bien entendu, il y a également les droits
fondamentaux qui sont protégés par nos chartes. Car, lorsqu'on parle de
garde en établissement de soins imposée ou de restriction de la liberté
individuelle, nous parlons d'un des pouvoirs
les plus importants qu'un État peut exercer sur une personne. C'est pourquoi ce
débat mérite toute notre attention et tout le temps qu'il faut pour
vider toute cette question.
Suite au décès tragique de la sergente Maureen
Breau, en 2023, il y a eu plusieurs appels pour une réforme de... Et je vais y
référer, au projet de loi 23, comme le P-38, c'est communément connu sous
ce nom-là. Donc, suite au décès tragique de la sergente
Maureen Breau, le coroner avait déposé un rapport avec plusieurs
recommandations, justement, pour revoir le P-38. Et, comme l'a mentionné le
collègue, c'est quand même une loi qui date depuis presque 30 ans, depuis 29 ans. Donc, dans le
cadre de nos consultations, jusqu'à présent, nous avons reçu 64... 67 mémoires,
plutôt, qui démontre de l'importance et de l'intérêt de la part du
public de vouloir s'assurer que nous faisons les choses de la bonne façon et
aussi de nous partager leurs préoccupations et leurs recommandations.
Et ce qui... ce qui
est un petit peu malheureux, dans tout ça, c'est... le ministre des Services
sociaux avait entamé la réforme en 2023, quand il avait mandaté l'institut pour
la justice et le droit de faire une évaluation de la loi qui était déjà en
place et de faire un recueil, de voir ce qui se faisait dans les autres
provinces et également de recueillir des mémoires pour sa réflexion qui aurait
été... qui a produit un rapport final qui a été déposé en décembre 2025. Comme
je l'ai mentionné, on parle d'enjeux très délicats ici, on parle d'humains, on
parle des suspensions des droits de la personne, et le gouvernement a attendu
jusqu'au 24 mars pour déposer ce projet de loi, même s'il avait... il
avait le rapport final entre ses mains depuis décembre 2025, et ensuite avec
une prorogation que le gouvernement a décidé d'imposer. Bien, nous nous
retrouvons avec moins de cinq jours pour faire l'étude détaillée d'un projet de
loi avec 73 articles. Et je mentionne que nous avons reçu 91 pages
d'amendements cet après-midi, ce qui fait en sorte que ça nous donne peu de
temps de vraiment ventiler et vider des questions importantes sur des enjeux
très importants.
• (20 h 30) •
On n'a toujours pas
reçu le mémoire du Conseil des ministres. Et, je vous avoue, Mme la Présidente,
c'est la première fois que j'entends parler d'un projet de loi où le mémoire
n'est pas disponible et soumis aux différents parlementaires, parce que c'est un
élément important pour nous permettre de bien faire notre travail également et
de poser les bonnes questions. Donc, nous
sommes déçus de ne le pas avoir reçu et on trouve ça quand même assez
particulier.
On
parle du P-38 comme une mesure exceptionnelle. Par contre, il y a quand
même 20 000 applications par année du P-38. Au Québec, nous l'avons
entendu lors des consultations, nous avons le plus haut taux de personnes
reconnues non criminellement responsables et... entre autres, la raison de
vouloir une réforme du P-38.
Donc, l'élément
central, disons, ou le plus grand changement de ce qui est proposé par le
gouvernement dans le projet de loi 23, c'est une nouvelle définition de
c'est quoi, la dangerosité. Donc, présentement, dans le P-38, on le définit
comme un danger grave et immédiat, mais, avec le projet de loi, on va modifier
la notion de dangerosité pour être définie
comme une situation où il existe un danger. Donc, on comprend que c'est surtout
les policiers qui vont être ceux qui vont avoir une première interaction
lors d'une période d'inaptitude d'une personne avec des enjeux de santé mentale
sévères.
Et on veut s'assurer,
justement, que les policiers ont toute la formation nécessaire pour prendre les
bonnes décisions, parce qu'une personne qui a des enjeux de santé mentale, une
personne qui est en situation d'itinérance, une personne avec une déficience
intellectuelle, un trouble du spectre de l'autisme, une personne aînée qui a
des enjeux cognitifs, ça peut... Il faut
vraiment pouvoir faire la distinction, quand une personne souffre d'enjeux de
santé mentale et, par exemple, pas
une personne qui est sous l'effet de la drogue, parce qu'on sait qu'il peut y
avoir certains délires. Alors, nous, on veut s'assurer que tous les policiers
vont avoir une formation qui va leur permettre de poser les bonnes questions,
de connaître c'est quoi, les éléments qu'ils
doivent repérer pour s'assurer que la personne avec laquelle ils parlent, pour
laquelle ils veulent appliquer un P-38 est bien en crise de santé mentale et
n'est pas, comme j'ai dit, par exemple, ivre, sous l'effet de la drogue, ou a
un enjeu cognitif. Et ce qu'on a réalisé récemment, justement, lors des
crédits, la semaine dernière, c'est que, sur
les 6 000 agents de la SQ, il y en a uniquement 411 qui ont été
formés l'année dernière en matière de
santé mentale. Donc, on a énormément de chemin à faire. Et, avec la
modification de la définition de dangerosité, il est encore plus important que les policiers aient
cette formation, non seulement pour prendre les bonnes décisions mais aussi
pour se protéger dans une situation où il y aurait un danger à leur sécurité.
Et les consultations
parlementaires nous ont démontré que les préoccupations sont nombreuses et
sérieuses. Hier, nous avons eu un groupe d'avocats
qui défendent les personnes en situation d'itinérance, qui ont, justement,
soulevé cette préoccupation. Leur crainte, c'est qu'une personne en
situation d'itinérance, qui n'est pas organisée, etc., pourrait être arrêtée
par un policier en se disant : Bien, vous êtes en situation de crise, en
matière de santé mentale, mais en vérité ce
n'est pas les faits, la nature de leur comportement n'est pas... n'est pas de
matière de santé mentale, mais plutôt leur environnement, leur réalité.
Et le gouvernement
nous dit qu'avec ces définitions, justement, ils veulent pouvoir intervenir
plus tôt et ne pas attendre qu'une personne soit vraiment en délire ou un
danger pour elle-même ou pour les autres avant de pouvoir agir. Et donc on
comprend bien l'esprit de cela et nous sommes d'accord, mais plusieurs
intervenants nous demandent pour... si on veut vraiment faire intervenir plus
tôt, bien, il faudrait offrir des services en matière de santé mentale aux
personnes au moment qu'ils le demandent, au moment qu'ils en ont besoin. Parce
qu'une personne qui a le courage de lever la main et dire : Moi, j'ai
besoin d'avoir des ressources en matière de santé mentale et qui se fait
dire : Pas de problème, vous allez être mis sur une liste d'attente, on va
vous rappeler dans six mois, huit mois, un an, bien, on comprend qu'entre-temps
il peut y avoir une dégradation de l'état de la personne, justement, qui va les
mener à avoir une crise et ensuite mener à
ce qu'il y ait un P-38 et à être appliqué. Mais, si on peut
leur donner des services de première ligne dans un délai raisonnable,
quand ils le demandent, bien, c'est ça, vraiment, faire de la prévention.
Donc,
plusieurs groupes ont exprimé une inquiétude concernant le déplacement du seuil
d'intervention, justement, parce qu'ils ont une crainte qu'en élargissant la
définition, bien, il va y avoir plus de P-38. Par contre, on a entendu,
de la part de l'association des médecins en psychiatrie, qu'eux, ils
s'attendent, avec le temps, que l'application du P-38 soit réduit, et je vais
je vais y revenir plus tard, avec un nouvel élément qui est présenté dans le
projet de loi, les directives psychiatriques anticipées, qui ferait en sorte
qu'une personne peut déjà décrire les services... les traitements qu'ils veulent recevoir s'ils sont en situation, comme
c'est défini, en situation où il existait un danger. Donc, ça, il y a eu... on
a eu des arguments des deux côtés lors des consultations à cet égard.
Les proches craignent que
le seuil... et, comme j'ai dit, il y a des contradictions, dépendamment de quel
côté on a siégé lors des consultations. Mais, autant que certains organismes
ont exprimé une inquiétude concernant le nouveau seuil qui serait trop large,
bien, les proches, eux, ce qu'ils nous disent, c'est qu'actuellement le seuil
est parfois trop élevé. Et, justement, quand ils voient que leurs proches ne va
pas bien, mais qu'ils ne sont pas au point où ils sont devenus un danger, soit pour eux-mêmes ou pour autrui, qu'ils ne sont
pas capables d'avoir l'application d'un P-38. Donc, on comprend qu'il y
a différentes réalités. Et les groupes de défense des droits qui nous disent
qu'il ne faut pas élargir la définition de dangerosité parce qu'ils ont peur
d'une augmentation de l'application. Donc, selon le point de vue des différents
groupes, des différents intervenants lors des consultations, on voit,
justement... Puis ça, c'est juste un exemple
de... pour démontrer à quel point ce projet de loi est sensible et qu'il y a
des opinions qui divergent. Donc, il faut vraiment essayer de trouver un
juste milieu.
Également, lors des consultations, plusieurs
groupes nous ont dit que le projet de loi créerait de nouveaux mécanismes
d'intervention, mais une question demeure : Est-ce que nous risquons de
demander à la loi de compenser les faiblesses du réseau, qui n'offre pas les
services à temps et quand il le faut? Une personne qui a accès rapidement à un
psychiatre, à un suivi psychosocial, à une équipe de suivi intensif dans le
milieu et à un logement adapté est beaucoup moins susceptible de se retrouver
dans une situation de crise nécessitant l'intervention des tribunaux. Si nous voulons véritablement prévenir les crises, comme
j'ai dit, il faudrait investir davantage dans la prévention et pour que les ressources
de première ligne soient davantage disponibles, et ce, à travers la province,
dans toutes les régions.
J'ai
mentionné les proches et les familles, et nous avons vraiment été touchés par
le témoignage de Mme Péloquin, qui était là avec le groupe CAP santé
mentale et qui nous a parlé du tragique décès de son fils Gabriel. Je
pense que ça nous a fait réaliser à quel
point la réalité des proches a un effet immense sur la famille, sur ce qui les
entoure, et que les familles veulent évidemment pouvoir aider leurs
bien-aimés et jouer un rôle dans leur bien-être, bien-être en matière de santé
mentale. Nous savons que notre... Et je voudrais... je voudrais lire une
citation que nous avons entendue de la part des familles, qui nous disent : «Nous savons que notre proche est en train
de se détériorer, mais nous devons attendre qu'il devienne un danger immédiat avant que le système puisse
intervenir. Une situation très difficile pour des familles qui doivent
témoigner et voir leur bien-aimé, de jour en jour, se détériorer, sans
pouvoir prendre acte.»
Et les familles sont parmi les mieux placées
pour savoir quand ça va bien, quand ça ne va pas bien. On se voit tous les jours, on connaît notre caractère. On
sait quand ça ne file pas, on le voit dans le visage de notre proche. On peut
leur poser des questions, on reconnaît certains signes. Ça fait qu'il faudrait
quand même qu'ils aient un rôle à jouer dans,
par exemple, le déclenchement potentiel d'un P-38 ou en matière d'avoir un rôle
à jouer dans les traitements que leurs bien-aimés vont recevoir, justement,
pour être... les accompagner, pour être là avec eux quand la personne qui reçoit
les traitements le veuille. Ils nous ont rappelé que les familles sont souvent
les premiers à constater la détérioration de l'état mental d'un proche qui sont
souvent ceux qui vivent les conséquences au quotidien. Pourtant, les familles
nous disent également qu'elles se sentent fréquemment exclues du processus,
qu'il faudrait donc examiner attentivement comment le projet de loi reconnaît
le rôle des proches, tout en respectant l'autonomie de la personne concernée.
• (20 h 40) •
J'ai mentionné plus tôt un élément innovateur,
quand même, intéressant dans le projet de loi, qui est nouveau, c'est les
directives psychiatriques anticipées qui se sont beaucoup inspirées de ce qui a
été fait dans l'aide médicale à mourir pour
les demandes d'aide médicale à mourir anticipée. Les directives, c'est le choix
de la personne, s'ils veulent... s'ils veulent les faire ou non, donc, encore
une fois, on n'impose rien, on n'impose pas ça à la personne. Et plusieurs
ont... et plusieurs ont dit que, bien, ça pourrait diminuer le recours au P-38,
parce que, justement, plutôt que de devoir appliquer un P-38 si une personne a
des directives psychiatriques anticipées, bien, une fois qu'ils sont en... une
fois qu'ils sont... je recherche la
définition... ils sont en situation où il existe un danger, bien, ils pourront
recevoir les traitements qu'ils auront préalablement choisis. Donc, ils
vont être amenés pour recevoir ces traitements-là plutôt que d'avoir
l'application d'un P-38. Par contre, avec les directives anticipées, si la
personne, au moment de recevoir les services, les refuse, donc là ils ne
peuvent plus être effectués. Par contre, dans la situation dans laquelle on discute
aujourd'hui d'une personne qui est en... qui est une... qui est en situation où
il existe un danger, si elle refuse les traitements qu'elle a ordonné, de
l'ordre... pour les directives anticipées, il y aura quand même un P-38 qui se
pourrait être appliqué, parce que, si on
juge que la personne est un danger ou une situation où il existe un danger,
bien, le réseau de la santé va devoir agir. Donc, c'est des questions
que nous avons et que nous allons aborder lors de l'étude détaillée.
Un élément nouveau également dans le projet de
loi, c'est la mise en place d'un mécanisme de concertation entre les acteurs,
justement pour que tout le monde puisse se parler, une entente de cadre
national.
Également, la gratuité de l'aide... de l'aide
juridique que pas mal tout le monde autour, lors des consultations et dans les mémoires ont salué, pour que,
justement, ces personnes-là aient accès tout de suite à de l'aide juridique et
ne pas devoir s'en priver d'une représentation juridique parce qu'ils
n'ont pas les moyens.
Également, nouvel élément du projet de loi,
c'est un nouveau tribunal au Tribunal administratif du Québec, qui viendrait
remplacer les deux demandes qui doivent être faites maintenant pour une garde
provisoire et une garde temporaire de la part de deux différents... cours
différents. Par contre, évidemment, on a bien des questions. Est-ce qu'il va y
avoir assez d'effectifs? Quels sont les délais pour qu'une personne soit vue
par cet... ce nouveau tribunal? Parce qu'on
ne veut pas rajouter à ce qu'une personne ait à attendre contre leur gré, juste
pour avoir un jugement qui dit : OK, cette personne-là a besoin
d'avoir plus de services ou une évaluation psychiatrique. Donc, on veut
s'assurer que les effectifs et les délais sont... bien, que les délais sont
raisonnables.
Ce qu'on veut
éviter, évidemment, c'est la question du phénomène des portes tournantes dont
on a entendu parler, donc, beaucoup
parler. Et, comme je l'ai mentionné plus tôt, il y a eu
20 000 applications du P-38 l'an dernier, mais ce n'était pas
pour 20 000 individus différents. Certains individus vont se
retrouver plusieurs fois dans un hôpital ou un institut psychiatrique au cours de l'année en...
avec l'application du P-38. Donc, on veut éviter le phénomène des portes
tournantes. Et, pour ce faire, entre autres, tel que j'ai mentionné plus tôt,
on parlait des personnes en situation d'itinérance. Mais, si une personne en situation d'itinérance a
l'application d'un P-38, lors de sa sortie, quand son plan d'accompagnement
est en train d'être rédigé, on veut s'assurer qu'ils ne retourneront pas dans
la rue s'ils ne veulent pas. S'ils veulent qu'on leur trouve un logement, que
ce soit un logement de transition, que ce soit un lit dans une résidence
intermédiaire en matière de santé mentale, il est absolument nécessaire qu'une
personne qui sort de l'hôpital suite à un P-38 ne se retrouve pas en situation
d'itinérance s'ils veulent être logés. Parce que, on se comprend, c'est un
milieu qui est désorganisé, leur dire : Bien, revenez dans deux semaines,
puis vous... votre rendez-vous va être à 3 heures, puis on s'attend à ce
que vous vous soyez là. Ce n'est pas réaliste. Et, si on ne veut pas,
justement, que la personne retourne en
situation où un P-38 va être appliqué encore une fois, il faut éviter de les
remettre dans la situation dans laquelle ils se retrouvent, justement,
qui a fait en sorte qu'un P-38 doit être appliqué. Et les personnes en
situation d'itinérance ont besoin... on le sait tous, la solution, c'est de
leur offrir un logement, d'autant plus quand c'est une personne qui est en
train de souffrir en matière de santé mentale et qu'on ne veut pas qu'il se
retrouve dans la rue, désorganisé.
Plusieurs organisations et individus nous ont
parlé du manque de ressources criant et que, malheureusement, c'est ça qui
amène souvent à l'application d'un P-38. Le projet de loi 23 parle
beaucoup d'intervention, il parle beaucoup de coordination, il parle beaucoup
de mécanismes, mais les groupes entendus nous ont également parlé de services
qui manquent, car intervenir plus tôt suppose qu'il existe quelque chose à
offrir après l'intervention. Plusieurs groupes ont essentiellement dit :
On modifie la loi, mais on ne règle pas le manque de ressources. On a entendu
des pénuries de psychiatres, des listes d'attente, des difficultés d'accès aux
psychologues, des équipes de suivi intensif insuffisantes, des pénuries en
logement supervisé, des pénuries de places en ressource intermédiaire, qui ne
sont pas suffisants. Et, justement, cette année, lors des crédits en matière de
services sociaux, nous avons remarqué qu'il y a presque 1 000 lits de
moins en résidences intermédiaires en matière de santé mentale qui en avaient
l'an passé. Donc, on se demande si on élargit la définition de dangerosité, mais,
en même temps, on est en train de réduire le nombre de lits en matière de santé
mentale qui seraient disponibles pour ces personnes lors de leur sortie. Il y a
une certaine incohérence puis il y a du travail à faire de ce côté-là.
Une intervention plus rapide n'a pas de sens si
elle n'est pas suivie d'un accompagnement adéquat. Une loi qui ne remplace une
loi ne remplacera jamais un psychiatre, un psychologue, un travailleur social
ou une équipe de suivi intensif dans le milieu. Une fois que la personne sort
de l'hôpital, ils ont leur plan d'accompagnement, il faut que ce soit en
continu parce qu'une personne qui a des enjeux de santé mentale peut très bien
aller pendant des années, peut très bien aller pendant des mois, mais, à un
moment donné, ça ne va plus. Ça fait qu'on veut s'assurer que le suivi se fasse
de façon continue, justement, pour que la personne ne se retrouve pas de
nouveau dans une situation où ils vont se retrouver en... sous le P-38.
Donc, si le gouvernement veut réellement
prévenir les crises, il devrait investir autant dans les services que dans les
mécanismes législatifs. Dans le dernier budget, on a vu qu'il y a
104 millions de dollars qui ont été mis de côté pour les cinq
prochaines années pour l'application de la réforme du P-38, mais, malheureusement,
on comprend que la moitié de cela va aller
vers la justice pour l'établissement du nouveau tribunal au TAQ. 104 millions
sur cinq ans, ce serait à peine pour offrir davantage de services en
première ligne en matière de santé mentale. Donc, si on veut vraiment
s'attaquer à cet enjeu et faire de la prévention, il faudrait un investissement
davantage. Et, de savoir que plus de la moitié du budget qui a été mis de côté
pour la réforme du P-38 va aller au ministère de la Justice, on a une certaine déception
à cet égard également. Parce qu'aucune loi, aussi bien rédigée soit-elle, ne
peut remplacer un système qui dispose de ressources suffisantes.
Donc, nous avons plusieurs questions. Nous
allons entamer, demain, l'étude détaillée, je le répète, nous avons quatre
jours pour passer à travers 73 articles, 91 pages d'amendements, un
sujet très délicat et très sensible parce qu'on parle des droits de la personne. Donc, il reste beaucoup, beaucoup de
questions à poser. Comment garantir que les droits fondamentaux
demeurent protégés? Quels seront les mécanismes de révision et de surveillance?
Comment éviter les interventions excessives? Comment assurer une représentation
adéquate des personnes visées? Comment protéger les renseignements personnels?
Comment soutenir davantage les familles? Comment garantir l'accès aux services
en amont et en aval? Comment s'assurer que
cette réforme ne repose pas uniquement sur davantage de coercition, mais aussi
sur davantage de soins. Voilà les questions
auxquelles nous devrions répondre. Également, combien de nouvelles ressources
communautaires seront financées pour accompagner cette réforme? Combien de
nouvelles équipes de suivi intensif seront
créées? Comment les proches seront-ils davantage impliqués dans le processus clinique?
Quels mécanismes indépendants de surveillance seront mis en place pour
encadrer le partage de l'information?
En conclusion, Mme la Présidente, ce dont on a
réellement besoin, c'est des services en amont et en aval pour, justement,
éviter que les personnes se dégradent et doivent être imposées des P-38. On a
besoin de plus de services de première ligne pour que les gens qui ont le
courage de demander de l'aide n'aient pas à attendre des mois. Avoir accès aux
services quand on a besoin, c'est ce qui fait toute la différence. Plus
d'argent pour les organismes communautaires qui soutiennent et accompagnent ces
personnes en amont et en aval, plus d'argent pour les solutions alternatives en
matière de santé mentale. Nous avons dernièrement vu un projet qui a été lancé
à Sherbrooke avec une navette mobile qui
va... donc, les services ou les traitements, plutôt, en matière de santé
mentale, on va chez la personne. Parce que ça se peut que la personne soit désorganisée, ça se peut que la personne va
manquer ses rendez-vous, ça fait qu'on se rend chez eux, justement, pour
s'assurer qu'ils reçoivent les services dont ils ont besoin. L'hospitalisation
à domicile également est une alternative qui peut être utile, mais il faudrait,
à tout le moins, que ce soit disponible à travers la province, dans toutes les
régions.
• (20 h 50) •
Plusieurs groupes entendus
en commission ont rappelé que les personnes vivant avec un trouble mental grave
sont beaucoup plus souvent victimes de violence, de discrimination ou d'exclusion
qu'elles ne le sont les auteurs. Ils craignent que les débats entourant la
dangerosité fassent... fassent croire au public que la maladie mentale et
violence sont synonymes, et ce n'est pas du
tout le cas et c'est ce qu'on veut éviter comme compréhension. Autrement dit,
protéger les droits des personnes vivant avec un trouble mental et
protéger la sécurité de ce public ne sont pas des objectifs incompatibles, ce
sont deux objectifs qui doivent avancer ensemble. Les personnes vivant avec des
troubles mentaux méritent notre compassion.
Elles méritent des soins, elles méritent du soutien, elles méritent le respect
de leurs droits. Et la société a le devoir d'intervenir lorsqu'une
personne est réellement en danger.
C'est dans cet esprit à la fois ouvert et
vigilant que nous appuyons l'adoption du principe du projet de loi 23, afin de poursuivre l'examen de l'étude article par
article. Mais, Mme la Présidente, nous ne sommes pas devant un projet de
loi ordinaire. Nous sommes devant un projet de loi qui nous demande de trouver
un équilibre en deux valeurs fondamentales : la protection des personnes
vulnérables et la protection de leurs droits. Pour notre part, nous croyons que le statu quo comporte des lacunes réelles.
Nous croyons également que plusieurs questions demeurent sans réponse,
et c'est précisément pour cette raison que nous appuierons l'adoption, non
parce que nous considérons le texte parfait, mais parce que cet appui ne... cet
appui ne constitue pas un chèque en blanc. Nous voulons faire le travail et
nous voulons le faire avec tout le temps que ça nécessite. Encore une fois, on
parle de questions fondamentales et des droits de la personne. Mais, parce que
nous croyons qu'il mérite un examen rigoureux, article par article, afin de
nous assurer qu'on voulons mieux protéger
les personnes en situation de crise, nous ne compromettons jamais les droits
fondamentaux qui appartient à tous les Québécois. Voilà le travail qui
nous attend lors de l'étude détaillée. Et c'est dans cet esprit de
collaboration mais aussi de vigilance que nous poursuivrons nos travaux. Merci,
Mme la Présidente.
La
Vice-Présidente (Mme D'Amours) :
Merci beaucoup, Mme la députée.
Est-ce qu'il y a d'autres interventions? M. le député de Laurier-Dorion,
la parole est à vous.
M. Andrés Fontecilla
M. Fontecilla : Merci,
Mme la Présidente. Donc, nous sommes ici pour traiter du principe... l'adoption
du principe du projet de loi 23, Loi visant principalement à
mieux... à vivre... à mieux accompagner les personnes dont l'état mental
pourrait représenter un risque pour leur propre sécurité ou celle d'autrui.
Le projet de
loi 23, Mme la Présidente, touche un enjeu très, très important, certes,
mais aussi extrêmement délicat et
sensible. Il s'agit, en somme, de la réforme de la loi P-38, qui a déjà
été annoncée il y a... il y a... qui a déjà été adoptée il y a quelques décennies et qui nécessite une
importante réforme, parce qu'il y a beaucoup, beaucoup de différents
secteurs qui la critiquent.
P-38 permet
notamment l'hospitalisation forcée des personnes dont l'état mental présente un
danger pour elles-mêmes ou pour autrui. Les changements proposés sont
multiples, mais les deux principaux changements sont les suivants.
Premièrement, le critère d'intervention est
modifié afin de procéder à l'hospitalisation forcée d'une personne. Il passe d'un critère d'intervention en cas de danger
grave et immédiat à celui, beaucoup plus large et flou, d'une intervention pour
les personnes présentant une altération de leur état mental lorsqu'elles se
trouvent dans une situation où la sécurité de soi ou d'autrui est compromise.
Donc,
deuxièmement, le type... les deux types de garde actuellement en vigueur sont
fusionnés, faisant augmenter les délais durant lesquels les personnes
sous garde est gardée sans accompagnement ou représentation juridique et sans
que la garde ne soit ordonnée par un tribunal.
Donc, étant
donné son objet, ce projet de loi soulève plusieurs enjeux fondamentaux sur les
plans éthiques, judiciaires et sociaux. Il va... Il est important de
souligner, Mme la Présidente, que P-38 est une loi d'exception, donc, qui
permet de passer outre les protections fondamentales des droits d'une personne
pour procéder de façon forcée, par exemple, à l'hospitalisation d'une personne,
ce qui est une mesure extrêmement grave dans un État de droit tel que... tel
que le nôtre. Donc, d'où la nécessité de discuter de façon approfondie des
tenants et aboutissants de cette réforme-là.
Le projet de loi 23 oppose aussi des
principes louables, mais qui sont difficiles à concilier, d'où la difficulté
supplémentaire qui se présente devant nous. D'un côté, la dégradation de la
santé mentale est une épreuve extrêmement éprouvante et difficile pour une
personne ainsi que pour ses proches. L'hospitalisation, en effet, et
l'hospitalisation forcée, peut, dans plusieurs cas, aider à améliorer l'état
d'un d'une personne et peut-être à sauver des vies.
Ici, Mme la
Présidente, c'est important de signaler l'éventualité d'un danger pour autrui
parce qu'on ne le sait pas, un état mental altéré ne conduit pas
nécessairement à des actes... à des actes malheureux envers d'autres personnes,
d'où toute la difficulté de faire la nuance et de prendre la bonne décision.
Les crises de l'état... de l'état mental d'une personne posent souvent des
dangers, oui, graves pour la sécurité de la personne en elle-même, ça, c'est certain,
et, des fois, on craint pour la sécurité de celles et ceux qui les subissent,
ou encore pour les proches et pour leurs familles.
On peut penser, par exemple, à un cas très
connu, à l'histoire de la famille de la présidente de la Fédération des travailleurs
du Québec, Mme Magali Picard, et je me permets de la nommer, car elle
s'est exprimée publiquement sur sa situation et a livré un vibrant plaidoyer
sur cet enjeu. Atteint de schizophrénie et ne prenant pas sa médication
prescrite, le fils du conjoint de Mme Picard a malheureusement battu à
mort le propriétaire de la maison dans laquelle il habitait sous peu. Son
entourage avait préalablement essayé de l'amener à l'hôpital à plusieurs
reprises parce qu'ils craignaient son état
mental. Le plaidoyer de Mme Picard est clair, elle veut que les personnes
prises... aux prises avec de graves problèmes de santé mentale puissent
bénéficier d'une garde préventive et d'un protocole de soins contraignants
avant qu'un événement tragique ne survienne. Et je la cite : «Pourquoi on
ne peut pas traiter ces personnes-là pour donner une vie
normale et les protéger d'elles-mêmes et de la société?» Fin de citation.
Voilà, madame, un cas très spécifique qui montre toute la détresse, en tout
cas, des proches, des personnes vivant une crise de la santé mentale. Mais, en même temps, nous avons tout plein de
témoignages de personnes qui ont subi des hospitalisations forcées contre leur gré et qui nous démontrent aussi la détresse
et la souffrance vécue par ces personnes qui ont vu leurs droits fondamentaux
violés, non seulement par une garde forcée,
une hospitalisation forcée, mais aussi par une médication qui a été imposée à leur
personne.
On le sait, l'hospitalisation forcée est une
atteinte claire et évidente aux droits fondamentaux de l'individu. On force une
personne, sans son consentement, à être médicamentée et surveillée. On détient
cette personne-là plusieurs jours si... sans accès à des ressources
judiciaires. Et, si le PL 23 est adopté, on va allonger ces... cette
période où la personne ne pourra... ne pourra pas avoir accès à des ressources
judiciaires. Le risque de dérive et de discrimination envers certains types de population dans son application sont aussi
importants. On nous a parlé, par exemple, des risques que cela comporte pour les personnes aînées qui
sont victimes de démence, par exemple, ou d'autres troubles du même du même type, ou encore les populations... les
membres des populations autochtones qui ont une longue histoire d'internements forcés,
pas besoin d'en faire une... un exposé ici, on connaît cette histoire tragique
dans nos sociétés. Donc, il y a une réelle possibilité de traitement
différencié envers certains secteurs de la population.
• (21 heures) •
Surtout, Mme
la Présidente, l'hospitalisation forcée peut briser les liens de confiance de
la personne hospitalisée envers ses proches et envers le système de santé, ce
qui peut rendre plus ardu ce traitement par la suite. On a entendu, en
commission, le témoignage d'une... de la mère d'une personne qui a été
hospitalisée de force suite à la dénonciation de sa mère. Il a été très clair,
ça a été un passage émouvant en commission, il a été clair, son fils lui a dit,
suite à cette hospitalisation : Maman, si tu fais... tu refais encore une
fois cette... tu me dénonces encore une fois, tu ne me reverras plus jamais dans ta vie, là. Donc, voilà une des
conséquences que ces dénonciations peut... peut susciter. Et ça peut... Et je reviens
sur la question du lien de confiance entre une personne et le système de santé.
Vous savez, Mme la Présidente, surtout en
santé mentale, il est primordial de construire, de cimenter et de sauvegarder
une confiance entre le thérapeute et son
patient. Si ce lien de confiance est brisé en termes... dans une relation
d'aide concernant la santé mentale, il est très, très difficile d'être
en mesure d'aider une personne.
Donc, chacun de ces problèmes ne doit... ne doit
pas être pris à la légère. C'est pourquoi il est absolument nécessaire de ne pas agir de façon précipitée et
de prendre le temps d'évaluer cet enjeu sérieusement et de façon réfléchie.
Il faut faire preuve d'une prudence extrême dans ce genre de matière.
Malheureusement, plusieurs éléments laissent craindre que l'actuel projet de
loi ne réponde pas de la façon appropriée à ces différents problèmes et que son
adoption soit... rapide et précipitée ne puisse pas nous permettre de faire le
débat de fond que cette thématique-là exige.
Premièrement, le... pour faire un petit peu
l'historique, Mme la Présidente, déjà, en 2003, l'ancien ministre des Services sociaux avait mandaté un organisme
d'experts, l'Institut québécois de réforme du droit et de la justice, pour
faire l'état des lieux et rédiger des recommandations au sujet de P-38.
La démarche fut rigoureuse. Ils ont organisé un forum regroupant 125 participants concernés, des experts, etc., des
enquêtes individuelles menées auprès des 70 acteurs du milieu, 37 mémoires
furent déposés, et le rapport, sorti le 17 décembre dernier, comporte
35 recommandations.
Le constat général de l'Institut québécois de
réforme du droit et de la justice est que la majorité, et là je cite le rapport, «la majorité des difficultés observées
tiennent moins à la loi elle-même — la
loi actuelle de P-38 — qu'au
manque de services et de ressources consacrées au soutien social et à
l'accompagnement en santé mentale». Fin de citation. Or, malheureusement, le projet
de la ministre de la Santé ne retient que 14 recommandations et va à
l'encontre des deux recommandations
principales du rapport : le maintien du caractère exceptionnel de
l'application de P-38 et du critère de
dangerosité immédiat. Il semble donc prématuré d'adopter si rapidement un
projet de loi qui tient si peu en compte des recommandations de
l'organisme mandaté pour réfléchir sur cet enjeu.
Deuxièmement, Mme la Présidente, de nombreux
groupes consultés ont exprimé d'importantes réserves face à la mouture actuelle
du projet de loi. Des drapeaux rouges ont été levés à la fois par les acteurs
sur le terrain et par les garde-fous institutionnels dont le Québec s'est doté.
Le Protecteur du citoyen, par exemple, craint notamment que la modification du
critère de dangerosité, qui est l'élément central de ce projet de loi là,
impacte négativement, ce que j'avais dit au tout début de mon intervention, les
personnes aînées présentant un trouble neurocognitif ou encore les Premières
Nations et les Inuits.
La Commission des droits de la personne et de la
jeunesse craint aussi que l'augmentation des risques... craint aussi
l'augmentation de risques de discrimination envers les personnes marginalisées.
L'Institut québécois de la réforme du droit et
de la justice nous a aussi mentionné que le projet allait à l'encontre de la littérature scientifique et des normes
internationales, qui prônent la diminution des mesures coercitives en matière
de santé mentale. Cela me paraît important, Mme la Présidente, parce que le
Québec, bien qu'étant une société exceptionnelle, bien, s'inscrit dans... doit s'inscrire quand même
dans... dans le sens de la science et des tendances internationales dans le
traitement de la santé mentale, et la
tendance, en ce moment, et ce que nous recommandent des organisations
internationales, c'est d'adopter plutôt des approches qui diminuent
l'élément coercitif et augmentent le niveau d'intervention basé sur la
confiance avec les personnes.
De plus,
plusieurs organismes du terrain, comme ReprésentACTION, le Regroupement des
ressources alternatives en santé mentale du Québec, l'Escouade 24/7 du
Bas-Saint-Laurent, qui fait un travail remarquable en termes d'intervention
auprès des personnes en situation de crise, et l'organisme Médecins du monde
nous ont sensibilisés à l'efficacité des méthodes d'intervention non
coercitive, et ce, malgré leur sous-financement.
Entendons-nous, Mme la Présidente, il n'y a pas
de solution miracle ici. Des situations de crise où est-ce qu'il va falloir
appliquer une hospitalisation forcée, il y en aura toujours et ça va continuer
à exister, même dans le meilleur des mondes. Mais, à travers le temps, on a aussi mis de l'avant d'autres
types d'interventions qu'on va qualifier d'alternatifs, et qui ont fait leurs preuves aujourd'hui même au
Québec, je vous ai parlé de l'Escouade 24/7 du Bas-Saint-Laurent, là,
et qui mériteraient d'être exploités et utilisés davantage un peu partout au
Québec.
Des réserves aussi sont aussi présentes chez les
groupes qui appuient le projet de loi. Le Collège des médecins, par exemple, note
l'approche coercitive... biomédicale du projet de loi, alors que les ressources
communautaires sont sous-financées. Ce n'est qu'un exemple parmi d'autres.
Ces nombreuses réserves témoignent de l'ampleur
de la réflexion qu'il faut mener sur le sujet, et de l'ampleur du... comment dire, de la... de la délicatesse de
cette... de cette situation-là sur laquelle il faut intervenir, et de
l'importance de demeurer prudent avant d'implanter des changements
légaux qui vont perdurer à travers... à travers le temps. Ce que nous sommes en
train de faire aujourd'hui va avoir des répercussions pendant plusieurs années,
d'où la nécessité peut-être aussi de soulever la nécessité d'effectuer une
évaluation constante et permanente de ce... de l'application de ce projet de
loi, parce qu'il nous manque, d'après ce que nous avons pu observer lors des
consultations, il nous manque des données.
Par exemple,
faites tout simplement une recherche sur... Mme la Présidente, sur le nombre
d'hospitalisations forcées au Québec depuis... depuis 2020, mettons, sur
un modèle x, y, z de l'intelligence artificielle. Ils vont vous donner des
données très partielles, souvent, d'une année à une autre. Donc, on manque
d'information, mais ce qu'on... il semble y
avoir une unanimité, c'est que le Québec est le champion des hospitalisations
forcées à travers le Canada. Et on pourrait se poser la question pourquoi c'était... pourquoi ce nombre si élevé
d'hospitalisations forcées comparé à d'autres juridictions canadiennes.
Troisièmement, Mme la Présidente, plusieurs des
impacts du projet de loi sont encore difficiles à évaluer. Par exemple, on ne sait notamment pas si la formule
actuelle du projet de loi aura comme conséquence d'engorger le système et d'aggraver l'accès aux soins pour les personnes
souffrant de santé mentale. Nous faisons face ici, madame, à une sorte de paradoxe. On nous dit qu'avec le projet... le
projet de loi, ça va être... vise notamment à diminuer les hospitalisations,
mais, en même temps dans le texte, ça va être plus facile de faire des
hospitalisations, des hospitalisations forcées.
Donc, nous allons fouiller de... nous allons
aller en profondeur de ce qui nous semble être un paradoxe pour voir qu'est-ce qu'on... qu'est-ce qu'on poursuit.
Est-ce qu'on poursuit davantage d'hospitalisations forcées pour obtenir plus de
sécurité ou on cherche plutôt à diminuer le nombre d'hospitalisations afin
d'explorer peut-être d'autres... d'autres avenues?
• (21 h 10) •
Le Collège des médecins et le Protecteur du
citoyen craignent que, oui, il y aura davantage d'hospitalisations et... mais, par contre, l'Association des médecins
psychiatres pense que non. Et donc, vous voyez, là, même parmi les experts,
parmi les experts, il y a des dissensions. On n'est pas tous d'accord sur les
mêmes... le même sujet.
Mais, dans tout cela, aucune démonstration ne
nous a été présentée jusqu'à présent par le gouvernement pour illustrer l'efficacité des mesures proposées et
trancher entre ces différentes options, et nous espérons que l'étude détaillée
du projet de loi n° 23 nous permettra d'entendre les démonstrations du...
de la part de la ministre concernant ces thèmes qui sont si sensibles. Ici encore, on constate qu'il semble prématuré
d'aller de l'avant sans comprendre les conséquences exactes de la loi
que nous adopterons.
Il y a aussi, Mme la Présidente, des débats
d'ordre juridique, parce que ce n'est pas... la P-38, ça concerne un aspect clinique, à tout le moins, un aspect
clinique, donc le traitement par des cliniciens de l'état de santé... de l'état
de la santé mentale d'une personne, mais aussi des aspects juridiques
qui sont excessivement importants, là. Et le projet de loi propose ce qui semble une bonne idée d'emblée, c'est-à-dire
réunir dans une seule et unique instance judiciaire les traitements... l'ensemble des traitements, des
procédures concernant l'hospitalisation fermée, soit la garde et l'autorisation
des soins ou d'évaluation psychiatrique. Le gouvernement choisit la voie
d'aller...
Grosso modo, Mme la Présidente, il y a trois
instances juridiques qui sont concernées ici : la Cour supérieure, la Cour
du Québec et le Tribunal administratif du Québec, le TAQ, qui traite plus
particulièrement des litiges entre les citoyens et les institutions de l'État.
Et le gouvernement a décidé de confier... créer une nouvelle instance, au sein
du Tribunal administratif du Québec, le TAQ, pour traiter l'ensemble de ces
procédures-là. Et on s'est posé des questions. Là, il faudrait rentrer dans des
débats qui, nous espérons... pouvoir être en mesure de faire en étude
détaillée, là, sur le bien-fondé de confier à une instance hors le système
judiciaire, le TAQ, alors qu'il y a des sujets, par exemple, l'administration
des soins, qui constitue un acte invasif par excellence et qui va à l'encontre
des droits fondamentaux d'une personne,
d'administration de soins non consentis, évidemment, là, qui sont, en général,
traités par la Cour supérieure, qui donne plus de... qui a une
robustesse accrue en termes de protection des droits fondamentaux.
À la base, je ne suis pas contre que ça aille à
un tribunal à un autre, ils sont tous très compétents dans leur domaine, mais
il faudrait avoir des discussions approfondies sur le bien-fondé d'aller... de
confier cette tâche-là à un tribunal ou à un autre.
Malgré tout cela, Mme la Présidente, il demeure
que, pour nous, le gouvernement semble vouloir agir de façon précipitée dans ce
domaine si sensible. Aujourd'hui même, il vient de déposer 81 pages
d'amendements, et nous sommes en train d'analyser les 81 pages
d'amendements parce que nous ne les avons reçus que ce matin, et... mais il
semble d'emblée que les principaux points de friction n'ont pas fait l'objet de
modifications majeures.
La ministre semble avoir entendu certains
groupes mais ignoré plusieurs autres considérations qui ont été apportées lors
de consultations particulières, notamment celles relatives aux droits
fondamentaux, au caractère et au maintien du
caractère exceptionnel de la P-38 et aux risques de discrimination ou de
dérapage. C'est pourquoi, Mme la Présidente, en considérant l'ensemble
de ces facteurs, nous... nous ne pouvons voter en faveur de... pour l'instant,
de ce projet de loi.
En
ce moment, actuellement, nous ne disposons que de peu de temps pour étudier ce
projet de loi fondamental. Une semaine au maximum, c'est tout ce que nous
avons. Étant donné l'échéancier très serré, il nous semble impossible d'adopter
un projet et... de loi de façon rigoureuse et avec un traitement qui reflète
une réflexion sérieuse et approfondie sur un sujet aussi complexe, aussi
délicat.
Toutefois,
Mme la Présidente, nous restons ouverts, nous restons ouverts à toutes les
suggestions, les amendements apportés par la partie gouvernementale, et
nous tendons la main à la ministre dans ce sens. Nous restons prêts à avoir étudié les amendements qu'ils pourraient apporter
au projet de loi afin de répondre aux inquiétudes exprimées sur le terrain.
Donc, nous sommes
ouverts à la collaboration et à travailler sérieusement en commission, parce
que, nous sommes d'accord, une réforme de l'application actuelle de la P-38 est
nécessaire, et il le faut, parce que les personnes affectées par les enjeux de santé mentale, les familles et les proches,
ainsi que les personnes marginalisées qui pourraient vivre des problèmes,
problématiques, sont... méritent, méritent une étude d'un projet de loi avec
beaucoup de prudence et de précautions. Merci, Mme la Présidente.
La Vice-Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup, M. le député. Est-ce qu'il y a d'autres interventions? Oui,
Mme la ministre, la parole est à vous.
Mme Sonia Bélanger
Mme Bélanger : Oui. Alors, Mme la Présidente, très contente
d'être ici ce soir pour marquer une étape importante dans le cheminement d'un projet de loi important,
le projet de loi n° 23. Et j'en profite pour remercier mes collègues,
que j'ai écoutés attentivement.
La
Loi sur la protection des personnes n'a pas été modifiée ou mise à jour depuis
plus de 25 ans. Il est important, voire primordial de procéder à une
modernisation avec le projet de loi afin que nous puissions permettre à nos
intervenants cliniques de mieux aider les individus qui, malheureusement,
vivent des moments difficiles, tout en ayant des considérations pour les
droits et libertés de ces personnes.
C'est
un sujet... un sujet sensible, on le comprend, mais, en tant que société
moderne, le Québec est bienveillant. Le Québec a à coeur la santé
physique, mais aussi la santé mentale des personnes. Et nous devons donc
poursuivre nos travaux dans ce sens-là.
Depuis notre arrivée
au gouvernement, nous avons fourni des efforts considérables pour améliorer
l'accès aux soins en santé mentale. Il reste encore du travail à faire, bien
sûr. On a fait un grand travail pour revaloriser la première ligne en mettant en place un mécanisme d'accès en
santé mentale qui permet de coordonner les soins dès les premiers signes
de détresse. Notre souhait principal est maintenant d'améliorer l'accès aux
soins pour les gens qui ont besoin d'aide et qui ont besoin d'aide dans des
situations d'urgence. Et nous devons continuer, donc, à soutenir ces
personnes-là.
La loi actuelle,
adoptée en 1997, nous forçait trop souvent à attendre qu'une tragédie soit sur
le point de se produire avant de pouvoir intervenir pour aider une personne en
détresse. Le critère de danger grave et immédiat était devenu trop restrictif
et purement réactif. Il laissait les familles et les intervenants impuissants
devant la détérioration de l'état de santé d'un proche. Nous avons entendu
beaucoup de proches aidants. Nous avons aussi entendu des usagers, des
personnes qui sont venues nous expliquer ce qu'ils avaient vécu.
Avec ce projet de
loi, nous passons d'une logique de constat de crise à une logique de
bienveillance et de prévention. Nous introduisons la notion de compromission de
la santé ou de la sécurité, qui va nous permettre d'agir de façon proactive. Mes collègues ont donné des
exemples de certains événements malheureux qui se sont terminés de façon
tragique parce que la loi, qui n'a pas été révisée depuis 25 ans, était
difficile à comprendre en termes de concepts pour les intervenants.
Alors, notre
objectif, soyons clairs, Mme la Présidente, n'est pas d'hospitaliser plus de
gens. Ce n'est pas ça, l'objectif. Notre objectif est d'intervenir plus tôt
pour éviter que l'état de santé d'une personne ne se détériore de façon irréparable. Et, je tiens à le dire clairement,
cette modernisation s'accompagne de garanties sans précédent pour protéger
la dignité et les droits des personnes
vulnérables. Nous transformons une loi de sécurité en une loi de soins et de
dignité.
• (21 h 20) •
Et, bien sûr, il faut
préserver le caractère exceptionnel de cette loi. Ça a été mentionné à
plusieurs reprises par les groupes que nous avons rencontrés. Nous avons
notamment pris connaissance d'un rapport extrêmement important, le rapport de
l'Institut québécois de réforme du droit et de la justice qui a été déposé en
décembre 2025.
Cet institut a fait
un travail exceptionnel pendant plus de deux ans. Ils ont fait des entrevues
individuelles, des entrevues de groupe. Ils
ont consulté des dizaines et des dizaines de mémoires. Ils ont organisé un
événement, un forum. Alors... Ils ont regardé quelles étaient les meilleures
pratiques partout dans le monde. Alors, nous avons un rapport qui est
solide. Et ça, c'est sans compter tous les mémoires des professionnels, mais
aussi des groupes d'usagers. On a pris le temps d'en analyser les constats et
les recommandations. D'ailleurs, pour le rapport de l'IQRDJ, la grande majorité
des recommandations sont tenues en compte dans notre projet de loi.
Depuis ma nomination,
j'ai rencontré plusieurs groupes concernés par la LPP, des intervenants du
réseau de la santé, des proches, des groupes
de défense des droits des usagers ainsi que des personnes qui ont vécu, comme
je le disais tantôt, cette situation.
Alors,
le statu quo n'est plus possible. Il faut moderniser cette loi, aller de
l'avant pour mieux accompagner les personnes, agir en prévention, agir à
faire en sorte que nos programmes en santé mentale soient encore plus
développés. Il faut éviter à tout prix
d'aller vers l'hospitalisation forcée, mais, lorsque c'est requis, il faut le
faire avec compétence, avec bienveillance et dans une optique d'aider la
personne à se réhabiliter le plus rapidement possible pour qu'elle puisse
retourner dans son milieu et qu'elle soit bien accompagnée.
Et je termine en
remerciant aussi mon collègue le député... le ministre responsable des Services
sociaux, qui avait enclenché ces travaux
avant l'automne 2025. J'ai pris le relais lorsque j'ai été nommée ministre
des Services sociaux. Et je le remercie parce qu'il a ouvert la
voie pour ce projet de loi, et donc j'ai pris le relais. Puis je veux remercier
mes collègues pour les bons échanges que nous avons eus à ce jour. Je vous
remercie, Mme la Présidente.
La
Vice-Présidente (Mme D'Amours) : Merci beaucoup, Mme la ministre. Est-ce qu'il y a d'autres
interventions?
Mise aux voix
Le principe du projet de loi n° 23, Loi
visant principalement à mieux accompagner les personnes dont l'état mental
pourrait représenter un risque pour leur propre sécurité ou celle d'autrui,
est-il adopté?
Des voix : Adopté.
Des voix : Sur division.
La Vice-Présidente (Mme D'Amours) : Sur
division. Mme la leader adjointe, s'il vous plaît, pour la suite de nos
travaux.
Renvoi à la Commission de la santé et des services sociaux
Mme LeBel : Merci, Mme la
Présidente. Donc, conformément à l'article 243 de notre règlement, je fais
motion afin que le projet de loi n° 23, Loi visant principalement à mieux
accompagner les personnes dont l'état mental pourrait représenter un risque
pour leur propre sécurité ou celle d'autrui, soit déféré à la Commission de
santé et de services sociaux pour son étude détaillée et que la ministre de la
Santé soit membre de ladite commission pour la durée du mandat.
Mise aux voix
La Vice-Présidente (Mme D'Amours) :
Est-ce que cette motion est adoptée?
Des voix : Adopté.
La Vice-Présidente (Mme D'Amours) :
Adopté. Donc, Mme la leader, pour la suite de nos travaux.
Mme LeBel : Compte
tenu, madame... Mme la Présidente, je vais vous demander d'ajourner nos travaux
à demain, 5 juin, 9 h 40.
Ajournement
La Vice-Présidente (Mme D'Amours) : En
conséquence, nous ajournons nos travaux à demain, vendredi 5 juin 2026, à
9 h 40. Bonsoir, tout le monde.
(Fin de la séance à 21
h
24)