Les versions HTML et PDF du texte du Journal des débats ont été produites à l'aide d'un logiciel de reconnaissance de caractères. La version HTML ne contient pas de table des matières. La version officielle demeure l'édition imprimée.
(Dix heures treize minutes)
Le Président (M. Blank): À l'ordre! La commission
des affaires intergou- vernementales se réunit pour l'étude des
crédits 1982-1983 de ce ministère.
Les membres de la commission sont: M. Baril (Rouyn-Noranda); M. Blouin
(Rousseau); M. Fallu (Groulx) qui remplace M. Charbonneau (Verchères);
M. de Bellefeuille (Deux-Montagnes); M. Blais (Terrebonne) qui remplace Mme
Harel (Maisonneuve); M. Kehoe (Chapleau); M. Marx (D'Arcy McGee); M. Morin
(Sauvé); M. Payne (Vachon); M. Rivest (Jean-Talon); M. Rocheleau
(Hull).
Les intervenants sont: M. Beaumier (Nicolet); Mme Harel (Maisonneuve)
qui remplace M. Blais (Terrebonne); M. Bourbeau (Laporte); M. Dauphin
(Marquette); M. Charbonneau (Verchères) qui remplace M. Fallu (Groulx);
M. Gravel (Limoilou); M. Guay (Taschereau); M. Lincoln (Nelligan); M. Ryan
(Argenteuil).
On doit nommer un rapporteur.
M. de Bellefeuille: M. le Président, je propose M.
Blais.
Le Président (M. Blank): M. Blais? Est-ce qu'il a la
compétence?
M. Blais: On peut facilement demander au député de
Jean-Talon, c'est le seul qui pourrait avoir des restrictions mentales.
M. Rivest: Non, M. le Président, j'endosse
complètement la proposition de notre collègue de
Deux-Montagnes.
Le Président (M. Blank): Adopté. C'est le
député de Terrebonne qui est le rapporteur.
M. le ministre.
Exposés généraux M. Jacques-Yvon
Morin
M. Morin: M. le Président, c'est la première fois
que j'ai l'honneur de présenter les crédits du ministère
des Affaires intergouvernementales. C'est en effet depuis seulement quelque
trois mois que je suis entré en fonction et, bien sûr, je n'ai pas
la prétention de connaître tous les détails de chaque
dossier.
Aussi, avons-nous préparé un document de travail dont la
lecture vous aura sans doute largement éclairé sur le sujet de
nos entretiens d'aujourd'hui et de demain. Ce document contient
également des réponses aux questions que l'Opposition a bien
voulu nous faire parvenir dans le cadre de l'étude des crédits.
(10 h 15)
Avant d'aborder quelques commentaires que j'entends faire sur les
relations extérieures du Québec, permettez-moi d'évoquer
le travail si considérable et si essentiel accompli par mon
prédécesseur, M. Claude Morin, à la fois en tant que
sous-ministre, pendant de nombreuses années et, durant les cinq
dernières années, à titre de ministre. Je pense que nous
serons tous d'accord, des deux côtés de la Chambre, pour dire
qu'il a été un ardent défenseur des intérêts
du Québec.
Aujourd'hui plus que jamais, nous nous devons de faire avancer les
droits et les intérêts du Québec. Pour ma part, j'estime
que, dans le contexte où nous nous trouvons actuellement, c'est par une
démarche active sur le plan économique que nous pouvons le mieux
développer la société distincte que constitue le
Québec moderne.
Diagnostiquer correctement et affronter de façon innovatrice la
double crise que nous vivons, c'est-à-dire la crise économique et
celle qui sévit sur le plan national, constitue pour les
Québécois un défi énorme auquel personne ne saurait
se soustraire. Devant ce défi, nous réagirons, bien sûr,
chacun à notre façon, selon la situation économique, selon
l'option politique de chacun, selon également nos idées sur le
rôle de l'État dans la vie individuelle et collective. Ces
différences sont tout à fait normales et saines dans une
société comme la nôtre qui, depuis vingt ans, a connu des
mutations d'une ampleur considérable, des mutations qui auraient pu
bouleverser une société moins stable que la nôtre.
Quant à moi, je suis persuadé que nous relèverons
ce défi, dans la mesure où nous sommes disposés à
nous servir efficacement des outils qui sont à notre portée pour
réaliser notre émancipation nationale, au lieu de nous enliser
dans l'ambiguïté tout à fait désastreuse
qu'entretiennent consciemment ou par naïveté les architectes de la
démission.
Le gouvernement a déjà signifié sa ferme
volonté d'agir sur le plan économique, et cela nonobstant les
contraintes inhérentes au système politique actuel. En un mot,
notre priorité, à l'heure actuelle, est de sortir le
Québec du bourbier dans lequel nous
ont plongés les politiques d'un gouvernement central qui ne sait
plus où il va. C'est pour cette raison que, dès ma nomination au
poste que j'occupe maintenant, j'ai mis l'accent sur la nécessité
d'écrire le plus rapidement possible un chapitre nouveau dans l'histoire
de nos relations extérieures, tant sur le plan international que dans
les rapports entre le Québec et le Canada anglais.
J'estime que c'est par une approche pragmatique, fondée sur la
confiance en soi, sur l'excellence et sur la volonté de nous affirmer
comme peuple que nous assurerons la promotion de nos intérêts,
devenue plus impérieuse que jamais. Ces intérêts nous
dictent une réorientation de notre politique extérieure en vue
d'accroître les échanges avec nos partenaires commerciaux
là où ils se trouvent et l'ouverture de nouvelles voies à
la coopération internationale. C'est ce message, d'ailleurs, que j'ai
transmis lors de mes récentes visites à l'extérieur du
Québec. Aux États-Unis, j'ai évoqué l'importance
pour nous de l'axe Nord-Sud, d'un régionalisme coopératif qui est
dans la nature même des choses, compte tenu de notre situation
géographique, pour ne pas dire géoéconomique.
En France, également, et lors des rencontres avec nos
délégués en Europe, j'ai mis l'accent, non sur une
coopération éphémère mais sur des échanges
durables dont chacun tire son profit. Puis, en Alberta et en Ontario, j'ai
parlé franchement de notre désir d'accroître au maximum nos
relations commerciales dans le respect mutuel de nos perceptions
différentes de l'avenir politique du Canada.
Comme je l'ai déclaré à plusieurs reprises, nous
voulons exporter nos produits et non nos difficultés. Nous laissons au
ministre fédéral aux Affaires québécoises, celui
que le premier ministre du Canada appelait le ministre de rien, le soin
d'étaler ses frustrations à New York. Ces liens avec les
États-Unis sont déjà rentables et je suis persuadé
que la réalisation de la démarche annoncée
récemment entraînera des retombées importantes pour le
Québec.
Dès mon assermentation et plus précisément lors
d'une conférence de presse que j'ai tenue le 19 février dernier,
j'ai exprimé ma conviction que désormais le Québec devrait
intensifier sa politique d'ouverture sur le monde, politique amorcée par
les gouvernements précédents, d'ailleurs. J'ai insisté
également sur la nécessité d'accentuer nos rapports,
surtout dans le domaine économique, avec nos voisins et amis
américains. Ainsi, à titre d'exemple, on se souviendra qu'est
intervenue récemment la signature d'un contrat de vente
d'électricité excédentaire sur une période de
treize ans entre Hydro-Québec et la Power Authority of the State of New
York. Je tiens ici à mentionner le travail considérable accompli
par mon collègue de l'Énergie et des Ressources, M. Yves
Duhaime.
Notons également l'augmentation très significative de
l'utilisation des services de nos délégations par les petites et
moyennes entreprises québécoises et l'accroissement fort
substantiel de leurs exportations vers les États-Unis grâce aux
efforts soutenus de mon collègue de l'Industrie, du Commerce et du
Tourisme, M. Rodrigue Biron, et de l'Office québécois du commerce
extérieur. Il ne se passe pas de semaine que je ne reçoive des
lettres d'industriels ou de commerçants québécois
remerciant le gouvernement des services qu'il met à la disposition des
entrepreneurs par le truchement de l'Office québécois du commerce
extérieur ou de nos délégations aux États-Unis et
en Europe, en particulier, ces délégations qui nous valent -je
pourrais faire état de nombreuses lettres -des félicitations sur
la qualité des services rendus à l'extérieur par le
Québec.
Ces services ont eu des effets très heureux sur les exportations
puisque celles-ci, en 1981, se sont élevées, rien que pour les
États-Unis, à 10 366 000 000 $, une augmentation de 16,3%. Nos
rapports se sont particulièrement développés avec les
États du Nord-Est, les dossiers de l'énergie, de l'environnement,
du commerce et de la coopération ayant donné lieu à des
rencontres entre le premier ministre du Québec et les gouverneurs du
Vermont, des États de New York, du Maine, du Rhode Island et du
Massachussetts. Puisque le cap doit être mis et maintenu sur
l'économie, nous aborderons, au cours des prochains mois, une nouvelle
phase d'élargissement des marchés québécois avec
nos voisins du Sud, en vue de privilégier la mise sur pied de nouveaux
programmes de coopération dans les domaines de l'énergie, de
l'environnement, du commerce et de la technologie de pointe. J'ai l'intention,
en coopération, en concertation, avec mon collègue de
l'Industrie, du Commerce et du Tourisme, à même les ressources du
ministère des Affaires intergouvernementales, de nommer un certain
nombre de conseillers économiques ou d'attachés commerciaux pour
étayer le travail qui est accompli déjà par nos
délégations et nos délégations
générales.
Enfin, une augmentation de nos délégations en Europe
devrait avoir également un effet stimulant sur le volume de nos
exportations. Ces relations économiques ont pour effet
inévitablement d'accroître nos rapports dans d'autres secteurs
d'activité. C'est ainsi que nous avons conclu deux ententes au sujet des
échanges d'étudiants entre les universités du
Québec, d'une part, et le New England Board of Higher Education ainsi
que le California State system, d'autre part.
Enfin, par le biais de la conférence annuelle des gouverneurs de
la Nouvelle-
Angleterre et des premiers ministres de l'Est du Canada, nous
établissons des liens régionaux de plus en plus étroits.
Il s'agit, comme vous pouvez le constater, d'une démarche
concrète, réaliste, fondée sur la reconnaissance de nos
intérêts mutuels. Vous connaissez également l'importance de
nos relations avec la France, confirmées il y a peu de temps par la
visite du premier ministre, M. Pierre Mauroy, et les diverses rencontres entre
ministres sectoriels français et québécois. Ces visites
ministérielles, dont la mienne à Paris, et les échanges
entre nos fonctionnaires respectifs démontrent clairement l'ampleur des
dossiers traités et des programmes de coopération mis en oeuvre,
ainsi que la priorité accordée à la coopération
économique, scientifique et technique. Parmi les nouveaux champs
d'action commune, notons les secteurs des biotechnologies, de la
télématique, des énergies nouvelles, de la technologie
pétrolière marine, de l'agro-alimentaire et des
machines-outils.
Signalons, au chapitre des réalisations de l'année qui
vient de se terminer, la signature, en présence des premiers ministres
Mauroy et Lévesque, d'un accord de vente
d'hydroélectricité de l'ordre de plus de 1 000 000 000 $ entre
Hydro-Québec et la Société Pechiney-Ugine-Kuhlmann, lequel
constituait un élément essentiel du projet de construction d'une
aluminerie sur le site de Bécancour. Nous avons également conclu
une vingtaine d'accords industriels dans le cadre des programmes ACTIM,
ministère des Affaires intergouvernementales, et plusieurs ententes dans
le secteur agro-alimentaire et biotechnologique. L'inauguration du centre
québécois des coopérations industrielles et l'augmentation
fort appréciable des exportations des PME en France sont des
conséquences des activités de promotion commerciale de la
délégation générale du Québec à
Paris. Je n'insisterai pas sur les accords de coopération dans les
domaines du livre, de la télévision, de l'enseignement et de la
documentation pédagogique, certains de ces accords ayant des
retombées proprement économiques.
Au cours de l'année qui vient, les efforts porteront
principalement sur la coparticipation dans le financement d'entreprises, les
transferts technologiques, la recherche d'investissements dans les secteurs
essentiels au développement du Québec, la technologie de pointe,
les expériences visant à l'amélioration de nos politiques
et programmes gouvernementaux, tels que l'aide aux petites et moyennes
entreprises de développement régional et l'aide à
l'exportation.
Ailleurs, en Europe, chez nos principaux partenaires que sont la
Grande-Bretagne, l'Allemagne et l'Italie, l'établissement de relations
économiques privilégiées avec les instances
régionales ont donné d'excellents résultats. De
même, les rencontres fréquentes avec les représentants de
la Commission des communautés européennes ont permis la promotion
des intérêts du Québec dans les dossiers de l'amiante, des
énergies, de la forêt et des pêcheries.
En Belgique, les contacts avec l'exécutif wallon ont
entraîné des échanges avec plusieurs sociétés
d'État et la création du comité permanent
Québec-Wallonie, qui doit se réunir d'ailleurs à la
mi-juin, tandis que la visite récente du président du Conseil
économique flamand, M. Gaston Geens, a donné lieu à
l'élaboration d'un programme de coopération industrielle.
Enfin, en Espagne, le succès de l'entente Québec-Madrid en
matière de santé a permis d'envisager de nouveaux champs de
coopération dans les domaines de la protection de l'environnement, de
l'aménagement du territoire et des énergies nouvelles.
En Amérique latine, nos délégations à Mexico
et à Caracas nous ont par ailleurs permis d'élargir nos relations
avec cette partie du monde où le Québec est de plus en plus
perçu comme un interlocuteur valable et un partenaire sérieux.
Là comme partout ailleurs, nos représentants se sont
employés, de concert avec le ministère de l'Industrie, du
Commerce et du Tourisme, le ministère de l'Agriculture, des
Pêcheries et de l'Alimentation et les ministères à vocation
économique, à la promotion de nos produits, de notre technologie
et de notre économie.
De nouveaux marchés pour les biens et services
québécois devraient s'ouvrir sous peu grâce à la
mise en opération, la mise en oeuvre dis-je, de l'entente
Québec-Mexique en matière de coopération
agro-industrielle, les contacts resserrés avec le Brésil, la
Colombie, Cuba et l'Équateur et l'exploration systématique
menée par les délégations et les organismes
québécois concernés dans les domaines de la foresterie et
des mines au Mexique et au Venezuela.
Plus loin de nous, du côté Asie-Océanie, les
contacts se multiplient et commencent à donner des résultats. La
visite au début avril d'une très importante
délégation d'industriels nippons s'intéressant aux
possiblités d'investissements au Québec aura sûrement
retenu votre attention. De nombreux accords industriels et agro-alimentaires
ont d'ailleurs été signés avec le Japon et l'exportation
québécoise, par exemple, de viande porcine a
considérablement augmenté au cours de la dernière
année. La coopération Québec-Japon porte également
sur l'amiante, la récupération et le recyclage des
déchets, la robotique et les biotechnologies. (10 h 30)
Le gigantesque marché chinois ne saurait nous laisser
indifférents et nous avons
tout intérêt à participer autant que faire se peut
au développement industriel de ce vaste pays dans les secteurs de
l'hydroélectricité et des pâtes et papiers. Nous avons
d'ailleurs reçu récemment une délégation
d'économistes et d'hommes politiques chinois avec laquelle nous avons
évoqué plusieurs dossiers d'intérêt commun.
Enfin, les producteurs ovins du Québec ont pu
bénéficier de l'apport technologique de la
Nouvelle-Zélande, alors que le secteur minier québécois
exportait ses techniques d'exploitation et de gestion au Pakistan.
En Afrique et au Moyen-Orient, nos efforts ont surtout porté sur
le développement de la coopération à caractère
économique, par le biais d'échanges de missions de hauts
fonctionnaires. Ainsi, des programmes de coopération dans les secteurs
de la santé, de la formation professionnelle et des pêches ont
été entrepris avec la Tunisie, alors que l'informatique, la
construction d'infrastructures hôtelières, la formation de cadres
du secteur touristique, la recherche scientifique, la formation universitaire
et la protection des forêts font l'objet de nos discussions avec
l'Algérie. Les contacts se sont poursuivis avec les principaux pays
d'Afrique noire, Israël et les pays arabes, entraînant de nombreux
échanges de cadres supérieurs et d'universitaires.
Il y a quelques années, la France a lancé une idée
généreuse qui consisterait à établir un dialogue
fructueux entre États de l'hémisphère nord et ceux moins
bien nantis du Sud de notre planète. Le Québec ne peut demeurer
indifférent, insensible à tout effort qui serait propre à
améliorer le sort des populations visées par cette idée.
En conséquence, mon ministère participera dans toute la mesure du
possible aux différentes initiatives heureuses qui pourraient se
dégager à l'occasion de rencontres internationales et qui
viseraient à développer des programmes permettant le
rapprochement avec les populations concernées.
En parlant tout à l'heure de nos rapports avec les
États-Unis, j'ai mis l'accent sur l'importance de l'axe Nord-Sud.
Parlons maintenant de nos rapports avec les provinces canadiennes, ce que j'ai
qualifié à l'occasion d'axe Est-Ouest. La philosophie avec
laquelle nous abordons nos relations extérieures, c'est-à-dire en
fonction essentiellement de nos intérêts, s'applique
également à nos rapports avec les gouvernements provinciaux. Mes
récentes visites en Alberta et en Ontario s'inspirent de cette
orientation économique visant à développer davantage nos
échanges commerciaux dans l'intérêt de toutes les parties.
Permettez-moi d'ajouter que, dans les deux cas, nos interlocuteurs ont
apprécié cette démarche essentiellement pragmatique.
C'est à regret que nous devons constater qu'avec le gouvernement
d'Ottawa il en va tout autrement. Les difficultés inhérentes au
système fédéral ont été aggravées par
les tentatives du gouvernement central de mettre sur pied une structure dont le
but ultime est la mise en tutelle de la société
québécoise, particulièrement sur le plan
économique.
Les projets fédéraux d'empiétement sur les
programmes de formation de la main-d'oeuvre, la volonté clairement
exprimée d'imposer des objectifs dits nationaux dans l'enseignement
post-secondaire, le désir avoué d'Ottawa de créer un
ministère fédéral de la culture au service du
multiculturalisme démontrent hors de tout doute les visées
réductrices du gouvernement d'Ottawa, des libéraux
fédéraux, qui tentent de mettre en branle une sorte de solution
finale au problème québécois.
Les projets de développement régional, qui sont de mieux
en mieux connus, sont encore plus préoccupants. Il est clair,
maintenant, qu'Ottawa désire créer une sorte de nouvel empire
bureaucratique doté de coordonnateurs, sorte de proconsuls en
région qui viendraient doubler les services du gouvernement
québécois dans leurs propres sphères de compétence.
C'est en somme la mise en place d'une sorte de gouvernement parallèle
qui vise à se substituer au gouvernement légitime du
Québec. On a tant cherché ce gouvernement parallèle, il y
a quelques années, en 1970, et voilà que maintenant nous le
trouvons dans les agissements du gouvernement d'Ottawa.
Ajoutons à cela les politiques monétaristes du
gouvernement central, l'inflation incontrôlable ou les
aménagements fiscaux qu'il a décrétés en mars
dernier, ajoutons l'offensive actuelle qui tend à nous arracher une
partie de notre territoire au profit d'un couloir hydroélectrique
terre-neuvien, et ajoutons, enfin, la promulgation du Canada Bill, de cette
constitution des autres que le Québec ne reconnaît pas, et nous
avons, je pense, un édifiant tableau de l'offensive que nous subissons
de la part d'un gouvernement fédéral de plus en plus autoritaire,
agissant unilatéralement et sans mandat, qui ne cherche qu'à nous
reléguer au rang de grosse municipalité. Il n'est pas
nécessaire d'être bien malin pour comprendre qu'Ottawa tente
d'utiliser la crise économique pour saper la confiance que nous avons
dans nos propres forces et de présenter la centralisation comme la seule
réponse à la crise.
Le débat sera donc, je pense, inévitablement plus intense
entre la centralisation voulue par les fédéraux et la
souveraineté. Pour dissiper toute équivoque, je n'hésite
pas à dire que nous entendons utiliser tous les moyens légitimes
à notre disposition pour faire valoir auprès des
Québécois tous les avantages de se donner,
enfin, un pays à soi. Je ne peux faire mieux que de citer
l'opinion d'un auteur dont l'objectivité ne saurait être mise en
doute. Dans un volume écrit dans la foulée du
référendum, cet auteur déclare - il s'agit d'une
traduction, puisque l'ouvrage a été publié en anglais - :
"La question de la souveraineté du Québec ne s'envolera pas en
fumée. Bien qu'il soit possible que le Québec ne s'en tire pas
mieux que comme province du Canada, il existe peu de raisons de supposer que la
situation serait pire; il y a même des raisons pratiques qui nous
permettent de supposer qu'elles s'amélioreraient. Vouloir
résoudre la dualité du Canada français et du Canada
anglais à l'intérieur d'une fédération de dix
provinces demeure un objectif insoluble parce que, de fait, il est
foncièrement insoluble. Si, éventuellement, on parvient à
formuler un type de souveraineté pour le Québec et un type
d'association qui a pour effet de vraiment combattre la centralisation, au lieu
de l'accroître, il s'agirait d'une contribution valable à
l'avenir".
Voilà l'opinion d'un écrivain et journaliste fort connu,
Mme Jane Jacobs, qui a connu une carrière tout à fait
distinguée au New York Times avant de s'établir à Toronto,
où elle vit à l'heure actuelle. Son ouvrage a été
qualifié par le Washington Post comme étant - je me permets de
citer - l'analyse la plus claire et la plus objective de la situation
canadienne. Pour ma part, je pense que Mme Jacobs, libre des sentiments
subjectifs qui animent forcément les sympathisants des deux grandes
tendances au Québec, se fait le porte-parole d'un nombre croissant de
Canadiens de langue française et de langue anglaise, surtout issus des
milieux non politiques, qui sont disposés maintenant à analyser
froidement cette question, non en fonction d'une sentimentalité d'un
goût douteux, mais à partir d'une volonté de bâtir un
Canada à la mesure de leurs espoirs pendant que nous, de notre
côté, nous bâtissons au Québec un pays qui
reflète notre façon de voir et de vivre.
Contrairement aux colporteurs d'un Québec fermé sur
lui-même et isolé du reste du monde, nous proposons une
souveraineté d'ouverture, une souveraineté fondée
même sur l'amitié. Il est normal pour les Québécois
qu'ils aient adhéré à l'option souverainiste, il y a
vingt, quinze, dix ans ou encore tout récemment. Il est normal de
vouloir donner une existence juridique à ce pays qui connaît
déjà une existence dans les faits quotidiens. Il est normal aussi
que le Canada anglais puisse se développer de la façon qui lui
convient. Tant et aussi longtemps que j'assumerai les responsabilités
que le premier ministre m'a confiées, je ferai tout en mon pouvoir pour
faire avancer la compréhension de cette problématique et des
solutions que nous proposons.
À mon avis, ni le Québec ni le Canada anglais ne peuvent
se payer le luxe de ce mariage raté. C'est vrai du point de vue
économique comme c'est vrai du point de vue culturel. Le
réalisme, à mon avis, nous invite à en prendre conscience
le plus rapidement possible.
M. le Président, j'en ai terminé de mes remarques
préliminaires et je suis maintenant à la disposition de la
commission pour répondre à toutes les questions qui pourraient
venir à l'esprit de ses membres au sujet des crédits du
ministère des Affaires intergouvernementales. Je vous remercie.
Le Président (M. Blank): M. le ministre, nous allons
donner au porte-parole de l'Opposition l'occasion de faire des remarques
préliminaires.
M. le député de Jean-Talon.
M. Jean-Claude Rivest
M. Rivest: Si le ministre était d'accord, on pourrait
peut-être convenir de faire quelques remarques préliminaires et
poser quelques questions d'ordre général pour ensuite aborder
carrément l'étude des crédits avec les notes et les
explications sur chacun des programmes réservant cependant, tel que je
l'ai mentionné tout à l'heure au ministre, au début de la
séance, une période en fin d'après-midi, peut-être
de cinq à six heures, pour le député de D'Arcy McGee, qui
voudrait discuter avec le ministre l'état actuel du dossier et les vues
du ministère en ce qui concerne la charte constitutionnelle.
M. Morin: J'en conviens tout à fait, M. le
Président.
Le Président (M. Blank): Le député de
Jean-Talon.
M. Rivest: Je voudrais, bien sûr, m'associer au ministre.
Par contre, j'hésite toujours à parler au passé du
prédécesseur du ministre. Il a de ces dons de rebondissement qui
nous incitent à la plus grande prudence. Néanmoins, je veux bien
convenir qu'un des aspects qui ont été soulignés dans la
presse lors du départ de l'ancien ministre, c'est qu'il a
été, c'est peut-être la chose la plus importante que je
retiendrai associé de très près à l'une des
contributions les plus remarquables - il y en a eu plusieurs - de M. Lesage,
qui a été de donner au Québec un ministère qui
à l'époque s'appelait le ministère des Relations
fédérales-provinciales et qui est devenu le ministère des
Affaires intergouvernementales. Il a donné au Québec un
instrument absolument essentiel dans la conduite de négociations,
c'est-à-dire leur caractère systématique, leur
caractère éminemment professionnel au lieu de laisser l'ensemble
des relations
intergouvernementales du Québec à une espèce
d'improvisation ou de dossier ad hoc tel que cela avait traditionnellement
été fait au Québec. Je sais que M. Claude Morin a
été associé dès le départ à cette
volonté de M. Lesage, parce que, ayant eu, comme on le sait, une
carrière à Ottawa, il avait pu, comme ministre
fédéral, se rendre compte que les dossiers du Québec
étaient défendus sans doute de bonne foi avec les moyens du bord,
mais qu'il n'y avait pas au sein du gouvernement du Québec un lieu
où on se préoccupait essentiellement et exclusivement de la
défense des intérêts du Québec dans ses relations
avec le gouvernement fédéral, avec les autres provinces et
éventuellement avec l'étranger. Cette expertise, on le sait,
s'est bâtie avec M. Claude Morin pendant tout le temps où il a
été au ministère des Affaires intergouvernementales, avec
M. Louis Bernard également qui, à cette époque, lui a
donné un appui extrêmement solide, et ensuite tous ceux qui lui
ont succédé. Je n'ai aucune espèce d'hésitation
à reconnaître les mérites du prédécesseur de
l'actuel ministre sur ce plan.
Je voudrais d'abord me réjouir dans un premier temps d'entendre
de la bouche du ministre - et je suis convaincu que c'est chez lui une
conviction profonde qu'il mijotait sans doute depuis fort longtemps avant son
arrivée au ministère qu'il espérait, j'imagine, un jour ou
l'autre - au fond l'expression d'une orientation ferme, convaincue et bien
sentie dans le sens que, pour le Québec, ce que d'autres exprimaient de
la façon suivante en disant que sans doute la base du progrès
social et du progrès culturel du Québec, des
Québécois et des Québécoises, c'est d'abord et
avant tout la dimension économique... Le ministre, depuis son
entrée en fonction - j'ai suivi ses déclarations et je sais que
c'est le cas au niveau du ministère également; je pense que cette
orientation a été communiquée à l'ensemble de ses
collaborateurs - a l'intention, effectivement, dans le domaine des relations
intergouvernementales, de privilégier la dimension économique. Je
demeure convaincu, je partage tout à fait l'avis du ministre, qu'il y a
de ce côté énormément de choses à faire. Non
pas que dans le passé des choses ne se sont pas faites. (10 h 45)
Effectivement, d'ailleurs, on a constaté, dans le tour d'horizon
forcément rapide que le ministre a fait dans son introduction, que
plusieurs des dossiers qu'il a évoqués avaient déjà
été pilotés ou même ouverts par le ministère
des Affaires intergouvernementales. Je retiens de son intervention une
volonté de rendre cette action économique beaucoup plus
systématique et beaucoup plus suivie. En cela, je n'ai aucune
espèce d'hésitation à dire au ministre que nous le suivons
avec le plus grand intérêt dans cette avenue.
Le ministre a souligné à peu près tous les champs
d'action probablement qu'on y reviendra, sauf erreur, parce qu'il n'a presque
pas oublié de mentionner un seul pays de la planète où
nous avions quelque pont d'une grandeur variable. On essaiera de voir
exactement ce dont il s'agit. Je lui signale, dès le départ, que
dans notre action, en particulier au niveau des exportations, je pense qu'il a
insisté là-dessus, il y a deux ambiguïtés au moins
une - cela n'appartient peut-être pas au ministre - que le ministre
aurait intérêt à lever par l'action qu'il mène
à l'extérieur. La première est l'attitude du Québec
face aux investissements étrangers. En fait, j'aimerais l'entendre
là-dessus, parce que j'ai déjà entendu le ministre actuel
au moment où il était dans une autre fonction beaucoup plus
humble, mais néanmoins très efficace, celle de l'Opposition,
tenir des propos sur la recherche des investissements étrangers qui ne
me semblaient pas aussi positifs que ceux qu'il exprime aujourd'hui.
Deuxièmement, j'ai cru comprendre de ses propos que le ministre
mettait surtout la priorité non pas tellement sur les investissements
étrangers, mais sur l'exportation. J'aimerais peut-être que le
ministre nous indique si, au ministère des Affaires
intergouvernementales, on a fait une étude rigoureuse et suivie, parce
qu'on va devoir nécessairement s'inscrire dans ce cadre, de l'ensemble
des accords du Canada, car, forcément, le Québec est partie. Les
accords économiques du Canada avec l'ensemble des pays ou des
régions mêmes qu'il a évoqués. Je sais que ce n'est
pas la perspective du ministre, mais il me semble que, si on veut faire un
examen sérieux des possibilités concrètes, il y a
celle-là - je n'ai aucun doute, quant à moi, que le Québec
peut mener de son propre chef, par sa participation aux organismes
internationaux, par les contacts qu'il peut avoir avec les autorités
politiques des pays, et également par l'action très
concrète que les maisons du Québec peuvent avoir sur ce plan.
Mais il reste qu'il y a des choses également qu'on devrait
peut-être faire ou pouvoir faire en regardant de très près
certaines modalités des accords de coopération économique
qui sont signés entre le Canada et les autres pays et faire, bien
sûr, à l'occasion, les représentations auprès du
gouvernement canadien mais surtout, et je doute qu'on l'ait fait d'une
façon systématique dans le passé, profiter au maximum,
comme gouvernement du Québec, des possibilités qui sont rendues
possibles par ces accords. J'aimerais que, peut-être pas aujourd'hui ou
demain, mais dans un avenir prochain - on verra l'occasion sur le plan
parlementaire ou autrement - on puisse demander au ministère de regarder
cela de très près, parce que je suis convaincu qu'il y a
déjà...
M. Morin: On l'a déjà regardé.
M. Rivest: Oui, j'imagine, alors peut-être qu'on le
pourrait au moment de l'étude des crédits; c'est une chose
également.
Quant aux rapports que le ministre a évoqués avec les
autres provinces canadiennes, cela aussi, c'est très important. Je ne
sais pas si c'est la résurrection de la coopération
interprovinciale qui a connu ses hauts et ses bas au cours des 20
dernières années. Il reste que c'était là aussi, je
pense, une idée chère à M. Lesage au début des
années soixante; à sa première participation à une
conférence fédérale-provinciale, à l'époque,
il a justement avancé cette idée qui n'a jamais connu - je pense
qu'on peut le dire - un suivi vraiment systématique. Il faudrait, M. le
ministre, vous me le permettrez, que l'honorable premier ministre du
Québec qui a qualifié, n'est-ce pas, ses interlocuteurs, que
l'actuel ministre visite avec le plus grand sourire et la plus grande
amabilité, d'une façon un peu forte... J'ai ici quelques extraits
des déclarations du premier ministre; j'espère que le ministre
des Affaires intergouvernementales ne leur dit pas tout ce que le premier
ministre dit sur leur sens de l'honneur, sur le respect de la signature, ce
sont les mêmes personnes.
M. Morin: II y en a plusieurs qui ont changé.
M. Rivest: Lesquelles?
M. Morin: Deux provinces ont maintenant un nouveau premier
ministre.
M. Rivest: Je pense à M. Lougheed, à M. Peckford et
à M. Davis, à l'égard duquel vous avez vous-même
tenu des propos... Non?
M. Morin: Lesquels?
M. Rivest: Le premier ministre a dit -j'ai ici une coupure de
journal: "Que le diable les emporte". Alors, j'espère que vous ne leur
avez pas transmis cet anathème que leur a lancé le chef de...
M. Morin: Est-ce que vous connaissez l'attitude que j'ai prise
là-dessus? J'ai dit que, pour faire avancer le développement
économique du Québec, j'étais prêt à
négocier avec le diable!
M. Rivest: Ce ne sont pas eux "le diable". C'est: "Que le diable
les emporte". Eux, ce sont "les"... n'est-ce pas? Ce n'est pas exactement la
même chose. Il s'agissait d'un être de raison qui existait quelque
part - je ne sais où - dans l'expression du premier ministre. Ce que je
veux dire, c'est que, dans ses rapports avec les autres premiers ministres du
Canada, le gouvernement du Québec - et je ne veux pas personnaliser plus
pour le premier ministre que pour d'autres - aurait intérêt
à manifester, au moins dans son langage, un peu plus de maturité
qu'il ne le fait à certaines occasions; c'est la première chose.
Je pense que cela sera une condition essentielle à l'action que le
ministre a entreprise, probablement avec beaucoup de
célérité, pour corriger certains échos qui
étaient sans doute parvenus à nos concitoyens canadiens, premiers
ministres de leur province.
Deuxièmement, en ce qui a trait au gouvernement
fédéral - "le ministre de rien", a dit le premier ministre du
Canada à l'endroit de son ministre, expression qu'a reprise d'une
façon fidèle et docile l'actuel ministre des Affaires
intergouvernementales -je ne pense pas que ce soit la bonne voie. C'est
sûr qu'il y a un contentieux - Dieu sait qu'il y en a un dans le domaine
constitutionnel - dans le domaine de la politique économique et de la
politique monétaire. À court terme, il peut y avoir des moments
d'impatience que l'on comprend et qui sont souvent légitimes, on en
convient volontiers, mais le ministre aura beau faire le tour du monde comme il
l'a fait, il aura beau faire le tour des provinces canadiennes et nous parler
de son axe Nord-Sud, il reste qu'il faudra qu'un jour ou l'autre, dans son
action, il passe par le gouvernement fédéral, qui est une
réalité qui existe. Je l'inviterais également, dans
l'action qu'il entend mener surtout dans le domaine économique, à
regarder le mérite des dossiers lorsqu'on les reprendra un à un.
Les plaintes qu'il formule peuvent se comprendre à l'occasion. Mais je
voudrais que le ministre adopte davantage, comme attitude, quand le
fédéral retarde à développer un dossier ou ne le
fait pas comme on veut, qu'il existe des moyens de communication qui ne sont
pas nécessairement les pétarades d'une conférence de
presse qui satisfait certaines frustations que l'on peut avoir, mais qui ne
fait nullement avancer les dossiers; remarquez que cela s'applique dans les
deux cas. Pour ma part, j'aimerais beaucoup, lorsqu'il existe un
problème, qu'un ministre ou un haut fonctionnaire puisse appeler son
collègue au fédéral pour voir ce qui en est. Je pense que
cela serait beaucoup plus pratique dans les conditions actuelles. Cela m'a un
peu intéressé et ça m'a fait un peu sourire que cet accent
sur le développement par le ministre de la notion du
fédéralisme économique, des échanges entre les
autres provinces, leur importance; je me suis même demandé si,
à un moment ou à un autre de son intervention, le ministre nous
ramenait à la célèbre notion du fédéralisme
rentable, mais je n'ai pas voulu interpréter les propos du ministre dans
cette direction; cela aurait
fait trop plaisir à qui vous savez, mais, quand même elle
est intressante sa nouvelle orientation.
Ensuite, je voudrais demander au ministre, qui a cité
également peut-être qu'il y a un moyen... on avait amorcé
ce que l'on nommait le contentieux des relations
fédérales-provinciales, sans le verbe aussi haut que les
intérêts politiques l'exigeaient, sans qu'on y mette les verbes et
tous les adjectifs, mais au moins l'a b c du contentieux, et je me demande si
le ministre le contentieux probablement est considérable, il l'a
toujours été, d'ailleurs il ne l'est pas simplement avec
Québec, il l'est également avec un nombre d'autres provinces -
étant donné qu'il arrive au ministère, a des vues
là-dessus de façon à rendre périodiquement publique
l'évolution des dossiers pour qu'on puisse les situer également
dans une perspective parce qu'évidemment, ce qui fait le pain quotidien
du ministre des Affaires intergouvernementales, celui-ci comme de ses
prédécesseurs, et sous les autres gouvernements, ce sont les
dossiers qui ne fonctionnement pas, où le Québec ne trouve pas
son compte, mais, pour pouvoir apprécier l'ensemble de la
démarche, il est extrêmement important que les gens puissent
situer un dossier particulier dans la perspective générale. Par
exemple, dans le domaine économique, on peut faire tout un plat de
l'action du gouvernement fédéral sur l'implantation - je ne sais
pas - de Ford en Ontario. Cela est très bien, on peut réciter
cela, ressortir ce vieux dossier mais il faut placer l'intervention du
gouvernement fédéral, par exemple, dans le dossier de Bombardier,
on dit: On n'a pas gagné dans Ford, on a gagné dans Bombardier,
et ensuite chacun est libre de faire... Incidemment, pour Bombardier,
j'espère que le ministère des Affaires intergouvernementales va
appuyer la firme Bombardier dans ses difficultés juridiques qui se
développent dans l'axe Nord-Sud justement. Alors, vous avez une bonne
occasion de déployer et de montrer l'efficacité de votre action
en défendant des intérêts tout à fait
légitimes d'une firme québécoise.
Quant au reste, je réserve la question de l'entente
constitutionnelle, si vous le permettez, dans le rang préliminaire,
à mon collègue de D'Arcy McGee. Je voudrais ajouter ce mot, bien
sûr. Le ministre a parlé de la souverainneté, enfin
à un certain moment, il est venu à l'association, j'ai
l'impression que vous en étiez resté un moment, l'espace d'un
instant, au premier congrès et que vous aviez oublié qu'il y en a
eu un deuxième, mais non, finalement l'association est arrivée
sur la table, parce qu'il semble que ce soit la dernière version de
cette aventure.
Je voudrais vous poser une question très simple, étant
donné que vous l'avez évoquée vous-même dans vos
remarques: Quelle sera la contribution du ministre des Affaires
intergouvernementales et du ministère des Affaires intergouvernementales
à la promotion de cette cause qui vous est très chère et
qui s'appelle la souverainneté politique du Québec avec une forme
d'association qui va être déposée sur la table? Je pense
que, pour être très orthodoxe, je ne voudrais pas me faire
rappeler à l'ordre comme tout un parti l'a été, alors je
vais essayer d'être assez rigoureux. (11 heures)
Deuxièmement, étant donné l'insistance que vous
mettez sur l'axe Nord-Sud par rapport à l'axe Est-Ouest, est-ce que
cette association est toujours... d'abord, le ministère des Affaires
intergouvernementales avait, j'espère, à son corps
défendant, participé par des sondages, par des études -en
fait, pas le ministère comme tel - par une commande qui avait
été placée par un professeur, au niveau de la
définition des termes de l'association économique dans un
célèbre livre blanc. Je ne citerai pas des auteurs très
connus qui ont été félicités par le Washington
Post. Je ne citerai que Mme Lise Bissonnette qui avait dit que, finalement, les
modalités de l'association étaient assez floues, celles
mêmes qui étaient Est-Ouest, et qu'en ce qui concernait l'axe
Nord-Sud de l'association, c'était très squelettique dans la
mesure où on ne parlait que de la question de l'OTAN.
Je ne veux pas vous demander que le ministère participe - je m'y
opposerais plutôt - mais je veux quand même vous fournir l'occasion
d'établir un fait. Étant donné que c'est une option
politique qui est la vôtre, qui est celle d'un parti politique, qui n'est
pas celle d'un gouvernement, dans la mesure où le gouvernement avait mis
cette option de la souveraineté, en 1976, entre parenthèses, donc
il n'avait pas le mandat, je pense, de promouvoir de quelque façon que
ce soit la souveraineté, et étant donné qu'il a fait la
démarche du référendum pour lever cette parenthèse,
si le gouvernement - c'est un geste du gouvernement - avait obtenu un vote
positif à son affaire, je crois qu'à ce moment, il aurait eu -
vous vous en souvenez - le mandat de promouvoir, de négocier même.
Or, il ne l'a pas obtenu. À la dernière campagne
électorale, je pense qu'il n'y a pas eu de nouveau, d'autant plus que
des engagements extrêmement fermes sont maintenant pris face à
l'opinion publique que, pour obtenir ce mandat de promouvoir la
souveraineté assortie d'une association, etc., ce sera l'objet de la
prochaine élection générale au Québec.
Je m'excuse auprès du ministre, je sais que c'est un mot tabou
chez lui, le mot "promouvoir", je ne me souvenais pas, je vais
me recycler, je veux lui demander exactement quelle va être son
attitude. Il a droit à ses opinions et on les respecte,
néanmoins, je voudrais bien savoir ce qu'il fera de sa position de
ministre, enfin, comment il voit l'ensemble de ce problème.
J'ai évoqué quelques questions d'ordre
général. Ensuite, j'ai deux ou trois questions
particulières qui concernent les feuilles jaunes du cahier. Quant
à moi, on pourra commencer, à moins que d'autres collègues
aient des propos à tenir, l'étude des programmes. Je signale, en
terminant, si vous me permettez, M. le ministre, que j'ai été
forcément impressionné par votre connaissance de l'atlas. Vous
nous avez énuméré nombre de pays, de régions du
globe. Je veux bien croire que vous allez vous y rendre, qu'on va avoir des
actions, mais je ne vois rien poindre dans les crédits, dans le domaine
des relations internationales, avec le nombre de pays que vous avez
cités. Peut-être pourriez-vous, avec l'augmentation que les
compressions budgétaires vous ont accordée, tout au plus payer
vos comptes de dépenses, parce que l'augmentation n'est pas très
forte. Si on mène toute cette action, je suppose que c'est en termes de
mandat que vous avez évoqué ces perspectives internationales,
parce qu'on ne retrouve pas beaucoup cela dans les crédits. Sauf erreur,
je crois qu'il y a une augmentation de quelque 6 000 000 $. Comme on le sait,
toutes les augmentations vont aux conventions collectives, sauf dans un geste
tout à fait chevaleresque évidemment - j'en profite pour saluer
les cadres du ministère qui sont gelés, et ma foi, ils ont quand
même bonne mine, en ce lendemain de froidure "parizienne" -. Je voudrais
vous inviter - parce qu'on le fera au moment de l'étude des
crédits - à articuler cela. Vous devriez voir l'air qu'ils ont,
derrière vous, je ne le dirai pas.
M. le ministre, ce sont les questions de départ.
Le Président (M. Blank): M. le ministre. M.
Jacques-Yvan Morin (réplique)
M. Morin: M. le Président, le député de
Jean-Talon a soulevé deux ou trois questions fort intéressantes
au sujet des attitudes, des actions du ministère,
particulièrement dans le domaine économique.
Pour ce qui est des investissements étrangers, il a cru noter une
différence entre les propos que j'aurais tenus au moment où je me
trouvais de l'autre côté de la table, là où il se
trouve maintenant, et aujourd'hui. En réalité, les propos que
j'ai tenus à l'époque portaient surtout sur la
nécessité de diversifier les sources d'investissements.
J'étais, à ce moment, inquiet et je demeure inquiet de la
trop grande domination de l'économie québécoise par des
capitaux en provenance, disons, surtout de l'Amérique du Nord. Il se
souviendra qu'à l'époque, j'avais souvent fait allusion, puisque
j'étais critique financier et critique économique de
l'Opposition, à la nécessité de diversifier les
investissements, les sources des investissements du Québec. Eh bien, je
n'ai pas changé d'idée là-dessus, et même si nous
devons pousser notre commerce avec les États-Unis de manière
vigoureuse, nous devons également en faire autant avec l'Europe et les
autres continents, dans toute la mesure du possible, tandis que, sur le plan
des investissements, nous faisons des efforts considérables pour que
l'autre grande source de capitaux à l'heure actuelle, qui est l'Europe,
investisse au Québec.
C'est dans cet esprit que nous avons fait un tel effort du
côté de l'investissement dans une nouvelle aluminerie de la part
de l'entreprise Pechiney Ugine Kuhlmann. De la même façon, le
député de Jean-Talon se souviendra de l'investissement de
l'entreprise allemande Kunz dans la vallée de la Matapédia. Ces
investissements reflètent justement notre volonté bien
arrêtée de diversifier la source des capitaux. Donc, je n'ai pas
changé d'idée. La seule différence, c'est que, maintenant,
étant du côté gouvernemental, je suis davantage en mesure
d'agir et moins prompt, parce qu'on l'est toujours du côté de
l'Opposition, aux frustrations que cela peut comporter.
Le député de Jean-Talon a également soulevé
la question très importante des accords conclus entre le Canada et
d'autres pays au sujet des échanges commerciaux internationaux. Certains
de ces accords sont très anciens, remontent aux années 1920-1930,
il y en a même dont le Canada a hérité par voie de
succession d'État et qui étaient d'anciens traités
impériaux d'avant, donc, la première guerre mondiale et d'autres
pays.
Nous sommes, aux Affaires intergouvernementales, tout à fait au
fait de ces accords, je crois d'ailleurs qu'ils ont été
recensés systématiquement, et nous tentons d'en tirer le meilleur
parti possible. Je vais donner un ou deux exemples pour bien expliquer aussi
les difficultés auxquelles nous nous heurtons. Est-il besoin d'ajouter
qu'il s'agit tantôt d'accords bilatéraux, dont certains sont forts
anciens, comme je l'ai indiqué, tantôt d'accords
multilatéraux, comme, par exemple, l'accord général sur le
commerce et les tarifs.
Nous avons développé une politique de participation
systématique et maximale à ces accords. Nous ne demandons
qu'à y être associés. C'était déjà, je
pense, la politique qui avait cours au temps des gouvernements qui nous ont
précédés.
Dans le cas d'un accord particulier, qui est celui intervenu entre la
Communauté
économique européenne et le Canada, un accord qui date
d'il y a quelques années maintenant, nous sommes littéralement la
province la plus active. Nous sommes constamment aux talons des
fédéraux pour qu'ils nous associent aux consultations qui ont
lieu à un très haut niveau entre le Canada et la
Communauté économique européenne. Malheureusement, il
arrive qu'on nous invite à des consultations internes, quelquefois
bilatérales, sans pour autant nous donner accès aux
délégations canadiennes dans les réunions
économiques annuelles qui ont lieu dans le cadre de ce traité
intervenu entre la CEE et le Canada. Prenons un exemple tout récent, qui
est celui du Japon. On nous a refusé littéralement l'accès
à ces réunions économiques. Il vous faudra poser cette
question, M. le député - vous demandez pourquoi - aux
fédéraux, mais c'est un fait que, dès que nous tentons
d'avoir accès aux paliers où se négocient les choses, le
gouvernement fédéral nous exclut.
Il veut bien nous consulter sur le plan interne, mais nous ne savons pas
ce qu'il advient par la suite des représentations que nous avons pu
faire. Nous protestons systématiquement devant cette façon de
faire les choses, mais je dois dire que c'est sans grand succès.
Peut-être est-ce que cela rejoint la directive, la préoccupation
exprimée dans la fameuse directive Lumley dont le député
de Jean-Talon aura pris connaissance et qui est toute récente, qui date,
si ma mémoire est bonne, de quelques semaines, du 31 mars plus
exactement.
Je donne lecture d'une traduction de la directive. J'ai le texte
anglais, si elle intéresse les membres de cette commission. Je la lis
textuellement. Je pense que ça reflète le même état
d'esprit et la même démarche à l'endroit du Québec
et même des autres provinces. On a le sentiment, par moments, que le
Québec est particulièrement visé. Le ministre Lumley a
donné l'ordre qu'en aucune circonstance on ne doit inviter ou
directement informer un ministre provincial au sujet d'activités et de
promotions commerciales entreprises par nos bureaux - il s'agit des bureaux
fédéraux, bien sûr - sans avoir reçu son
autorisation préalable. Le ministre considère très
importante cette directive qui vise à assurer que notre initiative et
notre publicité - il s'agit toujours du niveau fédéral -
quant aux événements parrainés par le gouvernement
fédéral ne soient pas exploitées ou
récupérées par les ministres provinciaux.
Donc, exclusion des provinces des activités de promotion
commerciale. Je pense que c'est la même démarche, la même
attitude qui fait que, lorsque nous voulons être associés de
près aux démarches fédérales, on décide tout
simplement de nous en exclure. Je dois, à regret, constater que la
situation n'a pas l'air d'être en voie d'amélioration, mais je
puis assurer le député de Jean-Talon que nous maintenons nos
pressions sur le gouvernement fédéral pour qu'il change
d'attitude et qu'il accepte de nous faire participer pleinement aux
négociations qui se déroulent dans le cadre des accords
internationaux, qu'ils soient multilatéraux ou qu'ils soient
bilatéraux.
M. Rivest: Est-ce que le ministre... M. Morin: Volontiers.
Discussion libre
M. Rivest: On pourra y revenir, si vous voulez, au moment de
l'étude, mais quelle est la nature exacte de cette association, de cette
participation que vous voulez? Est-ce qu'il y a, dans les
représentations que vous avez formulées à vos
interlocuteurs fédéraux, des documents, un dossier
là-dessus où on dit très concrètement: Voici, dans
le cas d'un accord de nature économique, disons multilatéral, il
y a une conférence et on veut être membre de la
délégation canadienne, ou bien on veut être ça...
Dans le cas d'un accord bilatéral, on veut être associé de
telle ou telle manière à telle ou telle étape.
Troisièmement, dans le cas d'une mission, ce sont quand
même des hommes, parce qu'il y a toujours, dans ces questions, le point
de vue gouvernemental, quand il y a un accord qui intéresse des
industriels, etc., le gouvernemental fédéral fait affaire
directement avec un nombre considérable d'institutions - comme les
chambres de commerce - du milieu économique et des milieux syndicaux. Et
parfois, je sais qu'il téléscope le ministère. J'aimerais
que le ministre nous donne davantage de précisions sur la nature exacte
de la participation qui est requise, parce que le ministre comprendra... En
tout cas, la directive est certainement un peu sèche; elle me semble
être plus beaucoup axée sur la publicité que sur le capital
politique que les uns et les autres peuvent avoir. (11 h 15)
Une autre chose aussi, c'est que le Canada a, sur le plan
économique, des intérêts économiques qui sont
divergents, compte tenu des régionalismes sur le plan économique,
et même concurrents à certains moments. Quand il s'agit pour le
gouvernement canadien, où il y aussi cet aspect, de s'exprimer sur le
plan international où il doit faire son job, cela doit être de
faire l'arbitrage de l'ensemble des intérêts. C'est sûr
qu'à certain moment une région y trouve son compte, y trouve
l'autre. Est-ce que vous ne croyez pas, c'est le régime
fédéral, en tout cas on peut le contester ou pas, que sur ce
plan, dans la parole du Canada à l'étranger, celle qui
s'exprime avec les instances, qu'il doit y avoir un certain
caractère d'unicité pour qu'une région ne dise pas telle
chose et telle chose et que les interlocuteurs soient placés devant une
espèce d'exportation de nos difficultés au lieu d'une exportation
de nos biens, avez-vous dit? Est-ce qu'il n'y a pas cette dimension? C'est
discutable, mais cette dimension existe également. Non?
M. Morin: En effet, M. le Président, la question est tout
à fait discutable. Je crois qu'il faut constater que, chaque fois que
nous nous en sommes remis essentiellement au gouvernement fédéral
pour régler certains de nos problèmes, ils ont été
réglés à l'encontre de nos intérêts.
M. Rivest: Bombardier, je pense.
M. Morin: Je ne pense pas à la firme Bombardier, je pense
à de nombreux cas.
M. Rivest: Parce que vous avez dit chaque fois, c'est beaucoup
cela. De nombreux cas, ce l'est moins.
M. Morin: Ils nous en ont assez peu parlé, nous avons
dû entretenir nos propres contacts pour suivre ce dossier.
Malheureusement, ils ne nous parlent pas souvent, qu'ils fassent de mauvais ou
de bons coups.
Je vais vous donner un exemple de ce que cela peut produire à
l'occasion. Récemment, des hommes d'affaires se sont rendus aux
États-Unis. Je mettrai entre parenthèses les noms aussi bien que
les lieux, parce que je ne tiens pas à aggraver encore les incidents qui
peuvent se produire à l'occasion. Ces hommes d'affaires
québécois avaient l'intention d'offrir une concurrence plus
sérieuse sur certains marchés américains pour leurs
produits. Ils se sont fait dire par le consulat canadien dans une ville
américaine: Écoutez, ne venez pas déranger ce qu'on a
réussi à mettre au point. Ne venez pas concurrencer les produits
qui sont en provenance de l'Ontario, parce qu'ils sont déjà
installés ici; si c'est cela que vous cherchez, nous regrettons, nous ne
pourrons pas vous aider beaucoup. Donc, voilà l'appareil
fédéral qui joue à l'encontre des lois de la concurrence.
Il se peut que le produit québécois soit de meilleure
qualité, soit meilleur marché, cela n'a pas d'importance. Cela,
c'est une attitude que nous ne pouvons accepter. Je vous prie de me croire.
D'ailleurs, vous avez occupé dans le passé des postes qui ont pu
vous faire constater des situations comme celles-là à l'occasion,
j'en suis absolument persuadé, parce que ce n'est pas neuf, ce n'est pas
nouveau. Nous en sommes venus à la conclusion qu'on n'est jamais si bien
servi que par soi-même. C'est la raison pour laquelle nous avons
organisé, à grands coups quelquefois, et finalement, le
coût est fort relatif par rapport aux bénéfices qu'on a pu
en tirer, de ces délégations générales et de ces
délégations du Québec à l'étranger, surtout
aux États-Unis et en Europe. Nous ne pouvons malheureusement, je le
constate, c'est bien malheureux à dire, faire confiance aux
fédéraux lorsqu'il s'agit de la défense
systématique des intérêts commerciaux et industriels du
Québec. De temps à autre, peut-être, un coup
d'éclat, de temps à autre un coup de main et, encore, on dirait
par moment qu'il vaut mieux qu'on ne se mêle pas du dossier si on veut
qu'il progresse. Dès que nous tentons d'offrir notre coopération,
de nous entendre, nous avons des difficultés. Il y a des exceptions
à cette règle, mais je dois dire qu'elles sont assez rares.
Voilà ce que j'avais à dire dans un premier temps au
député.
Maintenant peut-être...
M. Rivest: Si vous voulez M. le ministre, on reprendra cela au
moment des affaires canadiennes. Je sais que ce n'est pas facile, je ne doute
pas qu'il y ait des cas comme celui dont le ministre a évoqué. Je
ne doute pas qu'un ministre ontarien pourrait nous dire qu'il s'est
trouvé sur un marché étranger voulant vendre ses produits
de l'Ontario et où le Québec était installé et
qu'on lui aurait dit: II y a déjà des Québécois qui
sont ici, allez ailleurs. Pour apprécier le ministre, pour le suivre
dans la voie où il nous invite à le suivre ou à ne pas le
suivre, je voudrais avoir l'ensemble du tableau. Il y a des cas, des
exceptions, beaucoup de cas, trop de cas, je veux bien croire cela, mais je
voudrais que, lorsque le ministre fait cette affirmation - il y a des services
administratifs au ministère de l'Industrie et au Commerce et du Tourisme
chez lui, au ministère - qu'on ait l'ensemble des difficultés et
surtout qu'on ait le suivi de ce genre de difficultés. On y reviendra,
si vous voulez.
M. Morin: Évidemment, on ne peut juger de ces
difficultés que dans le concret, ce n'est pas dans l'abstrait que se
traitent ces questions-là, c'est dans le concret. Il y a un autre
exemple assez récent: à force d'efforts, on avait obtenu un
contrat pour les machines balayeuses pour nettoyer les rues au Mexique. Le
contrat québécois a été remis en cause par
l'ambassade et, finalement, octroyé à une firme ontarienne. C'est
devant des cas concrets comme cela que les bras nous tombent. On a l'impression
par moments, pour ne rien vous cacher -d'ailleurs, encore une fois, je n'ai pas
l'impression de révéler quelque chose au député de
Jean-Talon - que le gouvernement d'Ottawa et le gouvernement de Toronto sont
les deux faces d'un même Janus et travaillent
de concert essentiellement à défendre les
intérêts de l'Ontario. De temps à autre, il y a une
exception et, encore, on dirait que c'est par distraction.
M. Rivest: Faites attention, vos sérénades avec M.
Davis, s'il vient d'entendre ce que vous venez de dire.
M. Morin: Je regrette, il n'y a pas de sérénade. Le
langage que nous avons tenu à M. Davis est essentiellement un langage
concret et, justement, qui vise à développer le commerce des deux
côtés, mais aussi à ce que le Québec reçoive
moins ce qu'on appelle un "raw deal" de la part de l'Ontario. Par exemple, il y
a certains contrats que l'Ontario a pu octroyer récemment et auxquels
les Québécois n'ont pu avoir accès. Je pourrais donner des
exemples, mais je pense que le député de Jean-Talon les
connaît aussi bien que moi. Le langage que j'ai tenu aux Ontariens est
essentiellement le suivant: Aidez-nous, nous vous aiderons. C'était la
politique du "scratch our back and we will scratch yours". Je pense que c'est
ce langage concret et pragmatique qui est le seul qui leur soit accessible,
qu'ils puissent comprendre. Je ne suis pas allé là-bas pour leur
tenir de grands propos constitutionnels.
M. Rivest: Les Ontariens sont aussi capables
d'élévation que vous.
M. Morin: Je le souhaiterais et la suite le dira mais, pour
l'instant, je pense que le langage que nous devons leur tenir est
essentiellement un langage économique.
M. le Président, pour ce qui est d'autres détails, je
ferai appel à l'occasion, si j'ai le consentement des membres de cette
commission, au sous-ministre qui assure le suivi constant de tous les dossiers.
Je ne sais pas s'il a quelque chose à ajouter sur la question dont nous
débattions, mais je ne voudrais pas qu'il hésite à ajouter
à mes réponses, lorsqu'il estime que c'est important de le
faire.
Je continue mes réponses à l'exposé du
député de Jean-Talon. Il m'entretenait, il y a un instant, de nos
rapports avec les autres provinces. Je voudrais qu'il soit clair que,
récemment, au cours des visites que j'ai eu l'occasion de leur faire, il
leur a été rappelé clairement que nous ne sommes pas
d'accord sur la question constitutionnelle, que nous sommes parfaitement
conscients du fait que, sur des questions fondamentales, nous ne verrons
probablement jamais les choses du même oeil. C'est une
réalité avec laquelle il faut compter. Néanmoins, et en
dépit de ce désaccord fondamental, il est tout à fait
possible de nous entendre sur des questions concrètes et, notamment, sur
des questions économiques. J'ai pu constater, autant en
Alberta qu'en Ontario, qu'on était tout à fait
disposé à aborder les choses de cette façon et à
mettre littérale/Tient les questions constitutionnelles entre
parenthèses pour l'instant, puisque nous ne pouvons pas nous entendre,
quitte à développer les aspects économiques.
Pour ce qui est des rapports du premier ministre avec les autres
premiers ministres, j'ai pu constater qu'il y a de tous les côtés
une volonté de coopération concrète,
particulièrement dans le domaine économique, et le premier
ministre du Québec aura l'occasion de s'entretenir de ces questions avec
ses collègues de l'Est, non seulement les premiers ministres des
provinces de l'Est, mais les gouverneurs des États du Nord-Est aux
États-Unis...
M. Rivest: Est-ce qu'il ira cette fois? La dernière fois,
il les a boycottés.
M. Morin: ... lors de la rencontre qui aura lieu à
Rockport à la fin du mois de juin, plus précisément le 20
juin, je pense. La dernière fois, le gouvernement fédéral
venait d'annoncer son intention de tracer des couloirs hydroélectriques
à travers le Québec et la réunion avait lieu à
Terre-Neuve. Je ne sais pas si le député de Jean-Talon y serait
allé, lui. Il est vrai qu'il est allé à Ottawa,
récemment...
M. Rivest: Je vais partout au Canada. M. Morin: ... pour
célébrer. M. Rivest: Partout au Canada.
M. Morin: Tout dépend des circonstances.
M. Rivest: Imaginez-vous les pauvres Américains qui se
sont vus boycottés; ils étaient là eux autres, les
gouvernants - l'axe Nord-Sud -.
M. Morin: M. le Président, je veux simplement
évoquer le fait que le député de Jean-Talon...
M. Rivest: Je veux que vous ayez de la cohérence.
M. Morin: ... ait pris de la bougeotte même dans des
circonstances où il ferait mieux de rester chez lui, comme le 17 avril,
il est allé à Ottawa célébrer le rapatriement et
les horreurs constitutionnelles dont le Québec a été la
victime à cette occasion.
M. Rivest: Je ne suis pas d'accord avec vous.
M. Morin: Mais, je le constate et...
M. Rivest: Pensez-vous? Je ne suis quand même pas
allé célébrer l'abandon du droit de veto que vous avez
perdu. Je n'ai pas célébré cela.
M. Morin: M. le Président, je veux bien que nous...
M. Rivest: J'ai célébré le rapatriement,
j'ai célébré la charte des droits... On en reparlera cet
après-midi.
M. Morin: Je vois, parce que je...
M. Rivest: II y a des choses que je n'ai pas
célébrées. Je n'ai pas célébré le
fait que ce soit sans le consentement du Québec.
M. Morin: Je m'inscris...
M. Rivest: Par contre, je me suis dit: Comment ce que le... Je
n'ai pas célébré l'accord du 16 avril signé par le
premier ministre; j'étais contre. Cela ne reconnaissait pas la
dualité... Il y a des choses que je n'ai pas
célébrées, il y en a d'autres que j'ai
célébrées. Voyez, c'est complexe.
M. Morin: Oui, je vois cela.
M. Rivest: II ne faut pas simplifier.
M. Morin: J'espère que nous aurons l'occasion, au cours de
l'après-midi, d'examiner cela de plus près, mais je m'inscris
d'ores et déjà en faux, parce que je crois que ce serait grave de
laisser passer la chose, contre cette idée que le droit de veto a
été abandonné. Non seulement nous ne l'avons pas
abandonné, nous l'avons même exercé par décret. La
question est maintenant devant la Cour suprême du Canada.
M. Rivest: Nous l'avons exercé à Victoria. Vous
n'êtes pas venus célébrer avec nous, à Victoria?
M. Morin: Vous savez, que devant la Cour d'appel du
Québec, la seule réponse donnée à l'avis
consultatif a été négative...
M. Rivest: Oui, mais on l'avait exercé.
M. Morin: ... auquel cas il faudrait croire que l'intervention du
député de Jean-Talon arrive un peu tard puisque, selon la Cour
d'appel, nous n'aurions jamais eu un tel droit de veto.
M. Rivest: Comment avons-nous pu l'exercer en 1971?
M. Morin: Comment aurions-nous pu l'abandonner?
M. Rivest: Parce que nous étions crédibles...
M. Morin: M. le Président...
M. Rivest: ... sur le plan canadien. Vous ne l'êtes pas
parce que vous êtes souverainistes.
Le Président (M. Blank): Gentlemen. Un à la
fois!
M. Morin: Je pense, M. le Président...
M. Rivest: C'est tout cela qui est le fond du
problème.
M. Morin: ... que les personnes qui ont à enregistrer ces
débats auront quelques difficultés si nous continuons à
parler en même temps.
M. Rivest: Oui, c'est vrai, je m'excuse, M. le ministre.
M. Morin: Donc, je reprends l'exposé... M. Rivest:
Je ne le ferai plus.
M. Morin: ... je reprends mes commentaires sur l'exposé du
député de Jean-Talon. En ce qui concerne les rapports
économiques avec le gouvernement fédéral, il y a une chose
qui me gêne beaucoup à l'heure actuelle et je veux en faire
état devant la commission. Je pense, d'ailleurs, que, des deux
côtés de cette table, nous serons d'accord pour dire que le
comportement de certains ministres fédéraux, de rien ou de
quelque chose, à l'heure actuelle, est extrêmement nuisible au
Québec. La façon dont M. Joyal a déblatéré
contre le Québec, à New York, encore ces jours derniers, est
vraiment fort nuisible aux intérêts québécois et je
pense que c'est absolument inexcusable. Sous prétexte d'affaiblir le
gouvernement du Québec, M. Joyal, de fait, affaiblit tout le
Québec. Je pense que cela doit être dénoncé. De
même M. De Bané, qui dénonce le Québec sur la
scène internationale, nous fait un tort considérable, par ses
sorties, que nous passons notre temps à réparer par la suite,
heureusement avec un certain succès, parce que leur
crédibilité commence à en prendre pour son rhume.
Néanmoins, je trouve ce comportement absolument inacceptable et je
tenais à le dire ce matin parce que je pense que ce souci...
M. Rivest: Oui, me permettez-vous quand même?
M. Morin: ... est partagé de l'autre côté de
la salle.
M. Rivest: Oui, et il s'étend même aux propos du
ministre Landry, à Paris, qui a diminué le Canada et qui a
exporté nos difficultés; est-ce que vous teniez le même
langage?
M. Morin: M. le Président, c'est purement une question de
style. Sur le fond...
M. Rivest: Deux poids, deux mesures, allez-y, mettez M. Landry
dans le paquet!
M. Morin: Sur le fond, je pense que...
M. Rivest: Allez-y! Allez-y! Ne vous gênez pas.
M. Morin: ... l'effet des propos de mon collègue n'a pas
été de jeter le discrédit sur l'économie
canadienne, sûrement pas!
M. Rivest: Sur le pays. Il n'avait pas à aller faire
cela.
M. Morin: M. le Président, c'est cela dont il s'agit. Nous
parlons de choses concrètes, nous ne parlons pas d'abstractions ou de
symboles, nous parlons de choses concrètes, comme l'économie et
les échanges.
M. Rivest: Hélas! M. Landry est concret.
M. Morin: Dans le cas tout à fait récent du
ministre de rien, je pense que ces allusions, absolument fausses, à la
faillite ou je ne sais trop quel mot il a utilisé à l'endroit des
finances québécoises, des propos qui, vous le savez et nous le
savons encore davantage depuis le discours sur le budget d'hier...
M. Rivest: C'est ce que Moody's a dit.
M. Morin: ... des propos qui sont faux et destinés
à tromper. Je pense que ces propos doivent être
dénoncés de la plus belle façon et je suis heureux de
constater que le député de Jean-Talon n'est pas plus heureux de
cela que je ne puis l'être. (11 h 30)
Enfin, il y avait - si ma mémoire est bonne - une question qui
portait sur l'attitude du gouvernement en ce qui concerne la
souveraineté-association. Je voudrais dire au député de
Jean-Talon qu'elle n'est pas mise en veilleuse, elle n'a jamais
été mise en veilleuse. Nous avons pris un engagement durant notre
premier mandat; l'engagement était de tenir un référendum,
ce n'était pas de n'en point parler. Nous avons, au cours du second
mandat et au cours de l'élection qui a mené à ce second
mandat, pris l'engagement de ne pas tenir de référendum durant le
second mandat, mais nous n'avons jamais pris l'engagement de n'en point parler.
Au contraire, nous avons annoncé au dernier congrès du Parti
québécois qu'il y aurait une élection, que la prochaine
élection porterait principalement sur cette question, ce qui est tout le
contraire. Nous allons, bien sûr, en parler et cette question va rebondir
davantage en son temps.
Le rôle du ministère dans cette affaire, c'est de fournir
essentiellement des données techniques au besoin...
M. Rivest: Pour étayer la thèse de la
souveraineté.
M. Morin: Mais pour étayer la
souveraineté-association, pour étudier ses aspects concrets, oui,
pour savoir quelles conséquences cela comporte pour le Québec et
étudier tous les aspects de la chose.
M. Rivest: Jamais!
M. Morin: Et notamment sur le plan économique. Je pense
que nous manquerions à notre devoir si nous n'étudiions pas ces
aspects techniques. Bien sûr, la réalisation de la
souveraineté-association est la tâche, est une affaire politique
qui relève de la compétence à la fois du gouvernement et
du parti. Parce que le gouvernement, figurez-vous, a été
élu sur un programme qui était celui du Parti
québécois. Je n'ai pas de leçon de sciences politiques
à donner au député de Jean-Talon, qui a fait en son temps
de brillantes études de droit et de sciences politiques, et qui sait
très bien que les gouvernements sont élus sur des programmes
qu'ils s'engagent à réaliser. Nous avons donc pris des
engagements dans notre programme et nous allons tenter de les réaliser
le plus objectivement possible. Voilà ce que j'avais à dire.
M. Rivest: Une dernière remarque à mon ancien
professeur; à l'époque, il me notait très haut, je dois le
dire.
M. Morin: C'est un fait, mais ce n'était malheureusement
pas le cas de tous ses collègues de l'Opposition.
M. Rivest: Vous en avez eu d'autres?
M. Morin: Mais je dois constater qu'effectivement... Bien oui,
cet après-midi, je pense que si le député de D'Arcy McGee
vient m'interroger, ce sera encore une dialogue entre vieilles
connaissances.
M. Rivest: Ce sera une revanche dans son cas, puisque vous l'avez
déjà interrogé à l'université.
M. Morin: Je pensais que vous alliez dire: Puisque vous lui avez
déjà donné de si basses notes, quand il était
à l'université.
M. Rivest: II y a une chose que je veux vous demander. Je reviens
sur une dernière affirmation et on pourra ensuite passer aux
crédits en ce qui me concerne.
Dans l'action économique du ministre, l'exportation, enfin la
diversification des investissements, les délégués
commerciaux -je pense que c'est ainsi que le ministre les a appelés,
qu'il a l'intention d'ajouter aux maisons du Québec - la question des
emprunts - il a parlé un peu de la situation financière dans un
contexte particulier - que le Québec fait, la loi du ministère
des Affaires intergouvernementales sur l'action économique, il existe -
parce que vous allez avoir, enfin vous devez l'avoir, je veux simplement
l'évoquer - le même problème que tous les gouvernements
ont. Je veux dire que les ministères sectoriels, particulièrement
dans le domaine économique, sont toujours extrêmement sceptiques
sur les actions des ministères des "affaires étrangères"
et intergouvernementales, et ils cherchent toujours à aller
allégrement mener leurs petites opérations extérieures en
essayant autant que faire se peut d'éviter les littéraires,
disent-ils, qui travaillent et oeuvrent dans les cercles des affaires
étrangères ou des affaires intergouvernementales.
Sur ce plan, étant donné la volonté assez claire
que vous avez de mener sur le plan canadien ainsi que sur le plan international
une action d'ordre économique, j'ai cru comprendre que vous étiez
sensible à la question par les coups de chapeau que vous envoyez
allégrement dans vos notes d'ouverture à vos collègues de
ministères à vocation économique...
M. Morin: De manière très justifiée.
M. Rivest: Je vois que vous les courtisez, sachant probablement
que vous aurez à faire face au type de difficultés que
j'évoque. Je voudrais savoir si cela va au niveau de la loi, ou si vous
avez une structure ministérielle, de manière qu'à un
moment donné vous ne vous retrouviez pas avec un ministère du
type de celui de l'Industrie et du Commerce, qui est rendu, pour des fins
analogues à celles que quelqu'un... Est-ce que là-dessus, cette
cohérence va être maintenue?
M. Morin: M. le Président, le député de
Jean-Talon, comme les autres membres de cette commission, sait sûrement
que le rôle premier du ministère des Affaires
intergouvernementales est un rôle de coordination de toutes les relations
extérieures du Québec, soit avec l'étranger, soit avec les
autres provinces. Cela dicte à mon ministère une conduite qui
vise à la concertation, à la coordination constante de nos
efforts avec ceux des autres ministères.
Les efforts que nous faisons à l'étranger,
particulièrement dans le domaine commercial, dans le domaine
économique, se font en commun, soit avec le ministère de
l'Industrie, du Commerce et du Tourisme, soit avec l'Office
québécois du commerce extérieur, qui relève de mon
collègue M. Biron, soit encore avec le ministère de
l'Énergie et des Ressources, soit encore avec d'autres
ministères, et également, à l'occasion, en concertation
avec les sociétés d'État; un exemple tout récent
est le cas de la SNA, la Société nationale de l'amiante. C'est la
raison pour laquelle, avant chacun de mes déplacements à
l'étranger ou dans les provinces canadiennes, je tiens à
m'entretenir de mes démarches avec les collègues. J'ai
rencontré, depuis que je suis en fonction, à diverses reprises,
mon collègue de l'Énergie et des Ressources, notamment au sujet
du contrat que vous savez, avec PASNY, mais aussi à d'autres sujets.
C'est également dans cet esprit que j'ai rencontré mon
collègue de l'Industrie et du Commerce et mon collègue au
Développement économique, dans un souci de coordination
constante. Je dirais même que, dans les sorties que j'ai pu effectuer
à l'étranger ou en Alberta ou en Ontario, mon rôle a
été essentiellement celui d'un éclaireur. Je serai suivi
dans la plupart des cas, une fois que nous avons repris les dossiers, et
après les avoir déblayés, de mes collègues
sectoriels qui, eux, iront concrétiser les ouvertures qui m'ont
été faites ou que j'ai pu faire aux collègues
internationaux ou provinciaux. Ce que je fais essentiellement, et je suis
souvent accompagné de fonctionnaires sectoriels dans ces
démarches - c'était le cas en Ontario, c'était le cas en
Alberta notamment, c'était même le cas à l'étranger
- c'est d'ouvrir des portes, par lesquelles s'engouffrent le plus rapidement et
le plus massivement possible les collègues sectoriels. De plus, nous
avons dans chacune de nos délégations des conseillers
économiques ou des attachés commerciaux qui viennent des autres
ministères, et surtout du ministère de l'Industrie, du Commerce
et du Tourisme, qui sont affectés par les Affaires intergouvernementales
sous l'autorité du délégué général,
lequel relève des Affaires intergouvernementales, mais qui travaille
évidemment en coopération très étroite avec
l'Office québécois du commerce extérieur et avec le MICT.
Donc, c'est une démarche qui est constante, et je dirais même
quotidienne, en définitive, orchestrée pour que tous nos efforts
tendent dans la même direction. Je donne parfaitement raison au
député de Jean-Talon. Dans tous les pays, c'est un
problème que celui de concerter les efforts de ministères
qui sont quelquefois assez jaloux les uns des autres et de l'image qu'ils
projettent à l'étranger.
J'ajouterai - ce n'est un secret pour personne - que ces
difficultés sont énormes au niveau fédéral et que
c'est l'une des raisons pour lesquelles on a tellement de difficulté
à obtenir des résultats; il y a des chicanes entre
ministères, surtout avec les changements qui sont intervenus
récemment entre le MEER et le MEIR. Tout cela ne fait souvent que
retarder des décisions pendant qu'on tente d'arbitrer les querelles.
Au Québec, je puis vous dire que, depuis que je suis là,
je l'ai fait dans l'esprit d'ouverture la plus totale possible, et cela semble
jusqu'ici donner des résultats intéressants.
M. Rivest: Compte tenu de la définition de tâche,
qui est quand même assez précise, que le ministre s'est
fixée dans le cadre de la loi avec ses collègues, que fera-t-il
dans la vie, le futur ministre du commerce extérieur du Québec
dont le premier ministre a parlé?
M. Morin: Oui. Écoutez, cela, c'est une question que vous
devriez adresser au premier ministre puisque c'est à ce niveau que le
projet est en gestation. Il ne m'appartient pas, je pense qu'on en...
M. Rivest: J'ai l'intention d'être malin - sans malice - et
de dire que la poussée économique du nouveau ministre des
Affaires intergouvernementales m'apparaît une application pratique de la
théorie du premier occupant.
M. Morin: M. le Président. Il faudrait croire que les
besoins de concertation vont être aussi considérables à
l'avenir qu'ils l'ont été jusqu'à présent, parce
que les premiers occupants, il y en a plusieurs. À l'heure actuelle,
tous les ministres travaillent dans ce secteur. C'est peut-être là
qu'est l'explication, je ne sais pas si elle donnera satisfaction au
député de Jean-Talon, mais nous avons reçu une consigne du
premier ministre du Québec, à tous ses ministres, y compris au
ministre des affaires intergouvernementales, de pousser sur les rapports
économiques avec les autres provinces et avec l'étranger...
M. Rivest: C'est dans le message inaugural. Le ministre, le
pauvre ministre du commerce extérieur, quand il arrivera, quand
l'éclaireur aura éclairé tout ce qu'il y a à
l'échelle de la planète et qu'il y aura des ministres sectoriels
qui seront jaloux de leurs priorités, que fera-t-il ce pauvre homme, ou
cette pauvre femme?
M. Morin: II y a énormément de place sur la
planète, M. le Président. Le député faisait
allusion à nos périples géographiques, mais il n'ignore
pas que nous n'avons fait que commencer à gratter les
possibilités qui s'offrent à la surface du globe.
M. Rivest: Je n'en suis pas là-dessus, j'en suis à
la définition du mandat de ce futur ministre, qui n'est même pas
nommé, d'ailleurs.
M. Morin: Mais oui...
M. Rivest: Je vous le souhaite. Moi, à mon avis, vous
devriez avoir les deux.
M. Morin: Le député ne m'en voudra pas de ne pas
donner mon avis sur la question. J'invite le député de Jean-Talon
à écrire une lettre bien rédigée au premier
ministre...
M. Rivest: Je ne pense pas que cela vous aiderait.
M. Morin: Néanmoins, je l'invite à le faire.
M. Rivest: Si vous ne voulez pas l'être, je peux le
faire.
M. Morin: Je l'invite à le faire.
M. Rivest: Je voudrais bien... Je le ferais peut-être.
M. Morin: Si c'était bien raisonné, si
c'était bien motivé, cela pourrait peut-être
constituer...
M. Rivest: Enfin, je vais le lui demander, aux crédits de
la présidence du conseil, vous allez voir. Je vous dirai ce qu'il m'a
répondu.
M. Morin: Je pense que ce serait une question fort
intéressante.
M. Rivest: Bon, l'autre...
M. Morin: II ne m'appartient pas de la trancher.
M. Rivest: L'autre aspect, c'est que, par exemple, sur le plan
économique, sur le plan financier, tout cela, vis-à-vis du
rôle du ministère dans les choses qui comptent sur le plan
économique, sur le plan financier, les emprunts, quand les gens de New
York ont affaire au ministre des Finances - Moody's, paraît-il,
communique depuis l'automne dernier assez régulièrement avec le
ministre des Finances, ce qui nous coûte cher à la pompe - le
ministère des Affaires intergouvernementales ne doit pas être
souvent dans le coup et dans le développement de l'axe Nord-Sud.
Je trouve que c'est très important. Non, oui?
M. Morin: M. le Président, le député de
Jean-Talon a fait allusion à un problème qu'il connaît
sûrement très bien puisqu'il a été placé, a
un certain moment, il y a quelques années, dans un poste d'observation
d'où il pouvait constater que les liens étaient parfois
difficultueux entre certains ministères.
Cependant, j'ai pensé aborder cette question dans un esprit
nouveau et je m'en suis entretenu, pour ne faire aucun secret, avec le ministre
des Finances pour que nous arrivions à nous concerter. Des efforts
avaient déjà été faits, d'ailleurs, avant que
j'arrive - il ne faudrait pas donner au député de Jean-Talon
l'impression que j'ai découvert le problème ou que je suis le
seul à avoir des solutions - mais nous avons convenu, par exemple, que
le délégué général, les
délégués généraux - et notamment le
délégué général à New York -
donneront désormais tout l'appui possible aux émissaires du
ministère des Finances qui, constamment, sont appelés, semaine
après semaine, à aller négocier des emprunts sur le
marché américain. (11 h 45)
Cependant j'en ai convenu, bien volontiers, nous ne pouvons à
vrai dire nous ingérer dans des discussions dont le caractère est
et doit demeurer secret, de toute évidence, dans ce domaine des
emprunts, où le moindre petit écart d'une fraction de 1% peut
coûter des millions au gouvernement québécois et aux
Québécois eux-mêmes. Il est bon que les tractations soient
tenues le plus secrètes possible. Donc, nous n'exigeons pas d'être
tenus au courant de tous les détails techniques, mais nous sommes
là pour appuyer à New-York, à Londres, à
Düsseldorf, à Bruxelles les émissaires de mon
collègue le ministre des Finances. Nous avons un rôle, qui,
jusqu'ici, a été important et on nous a demandé
d'être plus actifs encore et nous allons l'être. Nous allons tenter
de régler ce problème, qui d'ailleurs, n'est pas
réservé au seul gouvernement québécois. Je pense
qu'on le trouve au niveau fédéral, on le trouve dans les autres
provinces, dans la plupart des États, à cause du caractère
nécessairement confidentiel des tractations financières.
M. Rivest: Je signale au ministre que cela s'applique au
ministère des Finances et il y a également d'autres institutions
très importantes au Québec, des sociétés
d'État, on pense évidemment à Hydro-Québec et
à une foule d'autres, où le ministère mène une
action. C'est que, si vous voulez développer des rapports, dites-vous,
j'essaie de voir la cohérence. Il y a aussi les communautés
urbaines et tout ce monde, souvent, c'est le ministère des Finances, qui
se fait faire le coup, il y a beaucoup de monde au Québec qui voyage
allégrement dans le domaine. Ma préoccupation reste la suivante:
c'est bien joli de convenir au niveau du ministère des Affaires
intergouvernementales que l'on doit, comme vous l'avez dit, diversifier les
investissements ou les actions économiques du Québec à
l'étranger et on y a sans doute intérêt, mais, quand
arrivent ces gros morceaux, supposons par exemple, que vous décidiez de
renforcer les liens économiques avec l'Europe, vous pouvez faire une
brillante conférence pour avoir dans l'exercice de vos fonctions les
contacts les mieux sentis avec les milieux économiques, mais quand
arrive la chose concrète, que ça se fasse complètement en
dehors, admettons que ça se fasse aux États-Unis, parce que
Hydro-Québec, non seulement sur le plan financier, sur le plan des
achats, sur le plan des contrats, sur le plan de l'expertise, ça, ce
serait le ministère de l'Industrie et Commerce qui va en décider,
votre difficulté, compte tenu des orientations que vous allez donner,
c'est que vous aurez beau situer ça, les forces, les traditions, les
contacts et les liens qui se sont tissés entre certaines institutions de
nature gouvernementale ou paragouvernementale sont à ce point forts que
je doute, à moins que vous n'ayez vraiment un appui solide du premier
ministre et du Conseil des ministres, que vous réussissiez à
étayer vos changements au niveau des perspectives dans les rapports
économiques du Québec avec l'étranger. Vous allez causer,
mais les choses vont se faire, je doute que vous ayez effectivement dans la
loi, sauf la possibilité de signer les ententes, je pense, qui est
conférée par la loi du ministère, vraiment les pouvoirs
solides pour modifier au besoin les échanges ou les rapports
économiques et financiers du Québec avec l'étranger.
M. Morin: M. le Président, le député de
Jean-Talon sera peut-être heureux de savoir qu'il y a eu
récemment, parce que nos délégations en Europe en
particulier, sont mieux équipées qu'auparavant, des changements
à ce chapitre. Je parle surtout de l'Europe, parce que le
problème demeure entier ou presque aux États-Unis, puisque, comme
chacun sait, Hydro-Québec fait ses propres emprunts, a ses
réseaux aux États-Unis. Nous sommes cependant en mesure d'aider,
nous avons à l'occasion, rendu des services et nous avons trouvé
un modus vivendi avec Hydro-Québec, nous avons établi une
certaine complémentarité.
Vous savez d'autre part, pour m'en tenir au plan technique, que les
emprunts ont été exclus de l'application de la loi créant
le ministère. C'est peut-être une lacune sur laquelle il faudra un
jour se pencher, mais, en attendant, nous avons tenté
d'améliorer
les choses sur le plan concret. Le député de Jean-Talon
sera donc heureux de savoir qu'en Europe les municipalités et les
communautés urbaines passent par nous parce que nous avons des services
et que nous sommes à même d'établir des contacts. L'un des
exemples les plus récents que me signalait le sous-ministre, M. Normand,
c'est celui de la Communauté urbaine de Québec qui,
récemment, est passée par notre délégation
générale à Bruxelles pour effectuer un emprunt...
M. Rivest: II fut un temps où elle ne passait même
pas par le ministère des Finances.
M. Morin: Exact. C'est possible, il y a déjà
quelques années de cela. Maintenant elle est passée par notre
délégation générale à Bruxelles pour avoir
accès à la Credit Bank...
M. Rivest: Très bien.
M. Morin: ... pour un emprunt assez important. Donc, il y a
amélioration dans les faits et, bien sûr, nous voyons à ce
que constamment nous ayons le personnel apte à aider. Si nous n'avions
pas sur place des gens compétents, forcément, on pourrait
s'attendre qu'on passe à côté de nous. C'est parce que nous
sommes de plus en plus sensibles, dans nos délégations et aux
Affaires intergouvernementales, aux questions économiques et
financières que nous sommes en mesure de faire davantage respecter notre
rôle de coordination.
M. Rivest: Une dernière remarque, parce que je veux au
moins l'enregistrer, c'est mon désaccord total avec ce que le ministre a
dit antérieurement sur l'utilisation des services du ministère
des Affaires intergouvernementales pour étayer, développer ou
articuler la thèse du Parti québécois au titre de la
souveraineté-association.
M. Morin: M. le Président, je dois m'inscrire en faux
contre cette attitude, une attitude essentiellement politique...
M. Rivest: Non, de principe.
M. Morin: ... qui tend je pense... Laissez-moi vous
répondre. À l'époque où le député de
Jean-Talon faisait partie des cercles gouvernementaux et que le gouvernement
auquel il était associé de très près
préconisait le renouvellement soi-disant du fédéralisme,
tentait par tous les moyens légitimes, j'imagine, d'améliorer le
système, d'obtenir un statut particulier pour le Québec, que
sais-je d'autre, à cette époque, je pense qu'il admettra que le
ministère des
Affaires intergouvernementales a fait des études
considérables sur les hypothèses de renouvellement du
fédéralisme.
M. Rivest: Oui.
M. Morin: II a fait des études techniques. D'ailleurs,
à l'époque, j'en ai eu entre les mains qui avaient
été rendues publiques et, depuis lors, j'en ai vu qui n'avaient
pas été rendues publiques et qui sont d'un très grand
intérêt, il n'y a aucune raison pour laquelle le gouvernement ne
pourrait pas faire étudier, sur le plan technique, toutes les
hypothèses concernant l'avenir du Québec, toutes les
hypothèses d'un renouvellement constitutionnel ou d'association
quelconque, de marché commun ou de projet de libre circulation des
personnes, des biens et des capitaux. Ce sont des questions techniques. Il est
de l'intérêt de la population québécoise de faire
étudier ces questions. En ce qui me concerne, je veux que le
député de Jean-Talon sache que ces études seront faites et
seront bien faites...
M. Rivest: À même...
M. Morin: ... pour éclairer le gouvernement
légitime des Québécois sur les options qu'il propose au
choix des Québécois. Je n'admets pas l'attitude du
député de Jean-Talon, qui me paraît être une attitude
purement tactique ou stratégique. Je pense qu'elle n'est fondée
ni en droit, ni en aucune façon.
M. Rivest: Je pense que nous ne tomberons sûrement pas
d'accord sur cela. Je tiens simplement à ajouter ceci. Je suis
effectivement en complet désaccord, comme je l'ai indiqué, sur
l'utilisation des fonds publics ou des membres de la fonction publique, pendant
les heures de travail, pour quelque étalement ou développement de
la thèse de la souveraineté-association que ce soit. Il est vrai,
et le ministre a parfaitement raison de le dire, qu'avant 1976 le
ministère des Affaires intergouvernementales et les fonctionnaires ont
participé au développement ou, enfin, à des travaux sur le
fédéralisme renouvelé, non renouvelé ou non
renouvelable, je ne sais trop, peu importe, pour la raison très simple
que la population du Québec, puisque c'est elle, au fond, qui est
maîtresse de ce genre de choses, en 1960, 1962, 1966, 1970 et 1973, avait
élu un gouvernement ou des gouvernements qui avaient la thèse du
renouvellement du fédéralisme. C'était le geste que la
population avait posé. Alors, pourquoi le ministre dit-il que c'est
purement tactique? Ce n'est vraiment pas tactique.
C'est une question de principe et à mon avis, selon mon
interprétation, à la
lecture que j'en ai faite - et je pense que c'est la lecture que la
population elle-même a faite - en 1976, la thèse de la
souveraineté a été mise entre parenthèses
jusqu'à ce que le référendum se tienne. Cela est tellement
vrai que, dans le mandat du Parti québécois, à
l'époque - je pense que c'est à cette époque - on a
développé la thèse suivante: d'ici à ce que le
référendum se tienne - je pense que je ne fais pas d'erreur - on
introduisait la thèse de la défense de l'autonomie; dans les
textes des congrès, on avait parlé de la notion.
Donc, à ce moment-là, on acceptait de jouer le jeu du
renouvellement de la fédération canadienne jusqu'à ce
qu'un référendum se tienne. La preuve qu'on n'avait pas le mandat
de se servir de l'Etat, des fonds publics ou des employés de la fonction
publique pour promouvoir la thèse, la preuve qu'on n'avait pas le
mandat, c'est qu'au référendum on a demandé un mandat de
négocier, etc. C'est un fait - on peut le regretter ou s'en
réjouir, selon les convictions que l'on a de l'avenir du Québec -
que la population du Québec a refusé ce mandat.
Donc, au lendemain du référendum, on s'est retrouvé
dans la situation ante, c'est-à-dire qu'on est revenu à 1976 et
on continuait. J'ajoute, comme autre argument qu'au lendemain du
référendum - c'est à ce point exact - le premier ministre
lui-même et son gouvernement ont dit: À la prochaine, etc. C'est
bien légitime, ils ont le droit d'avoir leur opinion, très bien.
Tout le gouvernement du Québec s'est inscrit dans une démarche de
renouvellement de la fédération canadienne. C'était le
premier ministre du Québec. Des travaux ont été
demandés à l'époque, et Dieu sait que les gens du
ministère ont travaillé d'une façon extrêmement
intense sur le dossier du renouvellement, qui était le dossier du
gouvernement du Québec.
Or, à la dernière campagne électorale, toute la
sémantique péquiste peut m'échapper, mais de toute
façon - quelle était la thèse officielle, M. le
Président, je ne le vous demanderai pas à vous? -certainement que
le 13 avril, dans le mandat qui a été demandé, la
population du Québec n'a pas formellement été
invitée à se dédire sur le refus d'octroyer au
gouvernement du Québec un mandat dans les termes de la
souveraineté. Aboutissement ultime, il a été dit, je
pense, lors du premier ou du deuxième congrès du Parti
québécois... M. le Président, quand? Vous allez
changer-Une voix: ...
M. Rivest: II a été dit que cette question, comme
l'a dit le ministre tout à l'heure, sera décidée d'une
façon principale à l'élection prochaine.
Donc, M. le Président, j'en conclus qu'il y a une
différence, que l'argument du ministre est complètement
différent. Mon opinion personnelle et celle, je pense,
révélée par les sondages et même le
référendum, en fait la conjoncture politique, c'est qu'au moment
où on se parle il n'y a manifestement pas, au sein de l'opinion publique
québécoise - et c'est elle qu'il s'agit de respecter
là-dedans, c'est pour cela que j'en fais une question de principe, c'est
la règle de la majorité que je demande de respecter - dans le
mandat du gouvernement actuel, du ministre, non plus que dans celui du premier
ministre et de ses collègues, quelque mandat. (12 heures)
La population n'a jamais donné le mandat à ce gouvernement
de promouvoir la thèse de la souveraineté. La thèse de la
souveraineté-association, c'est une chose qui appartient d'une
façon tout à fait légitime au Parti
québécois et à ses militants. Eux, ils ont la
responsabilité de développer cette chose, mais certainement pas
à même l'argent d'une majorité de Québécois
qui est contre. C'est la règle de la démocratie qui vous
empêche de faire cela. J'ajoute, comme autre élément - je
vais vous poser une question tout à l'heure là-dessus et je le
dis sans égard aux fonctionnaires, en particulier, du ministère -
que je suis complètement contre le fait - parce qu'il s'agit à
mon avis d'une question politique, la question de la souveraineté, la
question de l'avenir du Québec, c'est une question éminemment
politique - qu'on utilise, dans la conjoncture du mandat que je viens
d'expliquer, les fonctionnaires à cela.
Les fonctionnaires doivent respecter les orientations politiques du
gouvernement, les engagements électoraux du gouvernement, les
éléments du programme du gouvernement, les orientations sur le
plan économique, sur le plan social, sur le plan culturel; à
cela, il n'y a aucun doute. Ce qui concerne l'administration publique, cela, le
fonctionnaire, sur le plan de l'éthique, doit le faire, bien le faire et
doit le faire même si c'est contre ses convictions personnelles; il doit
le faire avec toute la loyauté et tout le dévouement dont il est
capable, et je pense que l'immense majorité des fonctionnaires le font,
quel que soit le gouvernement. Mais, quand il s'agit d'une question politique
comme celle-là, c'est drôlement différent. Cela peut aller
très loin. Il n'y a pas seulement le ministère des Affaires
intergouvernementales, il pourrait y avoir des collègues du ministre,
dans le domaine de l'agriculture, dans le domaine des affaires sociales, dans
le domaine des affaires culturelles, qui demanderaient à leurs hauts
fonctionnaires, aux "définissants", au fond, dans la fonction publique,
de préparer des lois, de faire des études, de prendre de
l'argent pour étudier les conséquences ou
l'étalement de la thèse de la souveraineté dans le domaine
agricole, etc.
L'aboutissement de cela... Dieu sait que je suis contre cela. Cela
aussi, c'est un acquis de M. Lesage, l'indépendance politique de la
fonction publique, c'est une valeur première de la fonction publique.
C'est l'une des choses qu'on s'est donnée au Québec et qui est la
plus importante.
Le ministre pourra être en désaccord avec moi, je ne lui
contesterai pas ce droit, mais je lui dis tout de suite que, sur cet aspect il
y a un désaccord tout à fait fondamental et que nous aurons, au
fil des jours et des semaines, des discussions si le ministre donne suite
à son intention et place des commandes de cet ordre à son
ministère ou si d'autres de ses collègues le font. Qu'ils le
demandent à leurs attachés politiques ou que le premier ministre
le demande à ses collaborateurs du bureau du premier ministre qui sont
des attachés politiques. Et Dieu sait qu'il y en a des attachés
politiques, c'est dans un rapport de deux contre un, par rapport à 1976.
Très bien, c'est tout à fait légitime. Mais, que les
fonctionnaires soient placés dans des conditions où ils doivent
se prêter à cela, il me semble, sur le plan des principes, que ce
n'est pas acceptable. Nous l'avons contesté dans le passé lorsque
la chose s'est faite et nous entendons bien continuer de le faire tant et aussi
longtemps que le gouvernement, par voie d'élection ou de
référendum, ne se fera pas donner par la majorité des
Québécois - c'est sur cette question qu'il doit prendre sa
légitimité - le mandat légitime et démocratique de
sortir le Québec de l'ensemble fédéral canadien.
M. Morin: M. le Président, les propos du
député de Jean-Talon ne m'étonnent pas, ce n'est
d'ailleurs pas la première fois qu'il les tient. Ils ne m'impressionnent
pas davantage aujourd'hui que par le passé. D'abord, dans l'esquisse
historique qu'il a dressée sous nos yeux, il a passé sous silence
des étapes fort importantes qui tendent à démontrer que la
question de la souveraineté est à l'ordre du jour au
Québec depuis, des années. Ce n'est pas une nouvelle question.
Par exemple, il aurait pu ajouter que le regretté M. Daniel Johnson
s'était fait donner mandat, avait été élu sur le
thème de l'égalité ou de l'indépendance. Il ne
faudrait donc pas oublier que, dès 1966, cette question était
dans l'air et qu'il a été élu là-dessus. De plus,
je pense que la population connaît très bien notre option; elle
nous a réélus en toute connaissance de cause avec notre
programme, ce n'est pas comme si on avait caché le programme sous le
boisseau, ce n'est pas comme si la population était ignorante, la
population connaît les objectifs du gouvernement. J'imagine qu'elle
aurait pu - si l'Opposition avait pu offrir des garanties de son
côté, des garanties de sérieux, et d'efficacité, de
compétence - au contraire, faire confiance au programme, au fameux livre
beige, par exemple; ça n'a pas été le cas.
Si je suis le raisonnement du député de Jean-Talon, il
faudrait que j'interdise aux fonctionnaires du ministère des Affaires
intergouvernementales d'étudier les dossiers du style de ceux qu'on
trouve dans le livre beige; j'essaie de pousser le raisonnement du
député de Jean-Talon jusqu'à ses conséquences
absurdes, et il en a des conséquences absurdes. Il faudrait donc que je
refuse de faire faire à l'occasion des études sur le
renouvellement du fédéralisme sous prétexte que la
population a désavoué l'Opposition dans son livre beige; alors,
on voit que ça ne mène nulle part, que c'est une pure abstraction
que le député de Jean-Talon est en train de développer
sous nos yeux, et que son objectif tactique a toujours été le
même d'ailleurs, et c'est de bonne guerre, ça fait partie des
règles du jeu, soit essentiellement de tenter de désarmer le
gouvernement du Québec devant son avenir et devant les questions que
soulève cet avenir.
Tout gouvernement a pour mandat général de défendre
les intérêts de la population qui l'a élu, ça fait
partie de l'intérêt général de cette population qui
nous a réélus - je tiens à le dire - en toute connaissance
de cause, c'est-à-dire en connaissant très bien notre programme.
Même si nous avons décidé de remettre à plus tard,
de faire la prochaine élection sur la souveraineté-association et
de ne pas soulever la question dans l'intervalle, la population sait
très bien que notre objectif demeure le même et que nous n'avons
pas changé sur ce point fondamental.
Donc, M. le Président, je pense que ça fait partie de
notre mandat général, et bien sûr, je ne demanderai pas
à mes fonctionnaires de faire des travaux purement politiques, je leur
demanderai de faire des travaux techniques à l'occasion et cela, ils
sont parfaitement capables de le faire.
Le Président (M. Blank): M. le député de
Terrebonne.
M. Blais: Merci, M. le Président. Je sais que cela fait
partie du personnage du député de Jean-Talon, qui veut jouer les
vierges offensées du côté démocratique quand on
parle de promouvoir la souveraineté en tant que gouvernement. Cependant,
sous des dessous de pudeur démocratique, j'aimerais bien expliquer qu'au
référendum nous avons reçu un non de la population, mais
un non à négocier la souveraineté et aussi l'association
avec le reste du Canada; cependant, la population, lors de ce
référendum, ne nous a pas enlevé le mandat de promouvoir
la
souveraineté, ni l'association, de quel que façon que ce
soit.
Le Parti québécois, dans sa philosophie, dans son
idéologie, sous-tend, c'est sa raison de vivre, la souveraineté
et l'association avec le reste du Canada ou avec tous les autres pays du monde
ou avec d'autres pays du monde si le Canada ne veut pas, a-t-on dit au dernier
congrès. Nous avons le mandat en tant qu'élus, en tant que
représentants, de promouvoir la souveraineté et je ne crois pas
que ses propos un peu jansénistes du côté
démocratique nous empêcheront de le faire. Il est beaucoup plus
sévère pour nous qui respectons à la lettre les mandats
que la population nous donne, qu'il ne l'est pour celui qui a reçu son
non à Ottawa et qui a fait tout le contraire de ce que le mandat du non
lui donnait, en enlevant à l'Assemblée nationale et au
Québec une série de privilèges, de droits, et de
prérogatives que nous avions, et celui-là n'avait pas le mandat
de le faire, la population lui avait dit non, et vous semblez tout heureux et
tout joyeux. Vous n'en parlez pas et vous êtes penauds, peines, et
chagrins quand vous nous regardez, de notre côté, qui, avec des
balbutiements très timides, essayons de promouvoir la
souveraineté qui est l'idéal de chaque nation. Je vous remercie,
M. le Président.
Le Président (M. Blank): M. le député de
Jean-Talon.
M. Rivest: Je ne veux pas m'éterniser. Le seul
élément additionnel, à la lecture - je ne sais pas si
j'interprète mal le ministre -cela voudrait dire qu'après
l'élection du 13 avril, la situation a changé par rapport
à ce qu'elle était le soir du 20 mai 1980. Autrement dit,
l'élection du 13 avril aurait donné un quelconque mandat au
gouvernement actuel de promouvoir la souveraineté. Cela
m'inquiète un peu.
M. Morin: Nous l'avons toujours eu, puisque nous avons
été élus sur un programme que le député de
Jean-Talon connaît très bien...
M. Rivest: C'était, entre parenthèses, la
question.
M. Morin: Nous n'avons pas été élus sur le
livre beige. Nous avons été élus sur le programme du Parti
québécois. Ce programme ne fait aucun secret de notre intention
de favoriser la souveraineté-association. C'est en vertu de cela que
nous pensons avoir ce mandat général.
M. Rivest: Oui, quant à moi...
M. Morin: D'ailleurs, le député de Terrebonne vient
de le dire de manière très éloquente. Nous
considérons que la population ne nous a pas enlevé ce mandat.
Même si on pouvait s'aventurer dans les aspects démocratiques du
raisonnement du député de Jean-Talon, il faudrait tout de
même constater qu'il y a 40% de la population qui a des droits aussi.
M. Rivest: C'est la majorité, en démocratie.
M. Morin: La minorité a des droits aussi. Le
député de Jean-Talon le sait très bien.
M. Rivest: Oui.
M. Morin: Je ne veux pas m'aventurer dans cet argument parce que
je sais qu'il n'est pas même nécessaire pour régler le cas
dont nous saisit le député de Jean-Talon.
M. Rivest: C'était une remarque, je ne continuerai pas moi
non plus.
M. Morin: Je ne veux pas non plus m'étendre. Je pense que
le député...,
M. Rivest: Je pense que c'est clair de la part de
l'Opposition.
M. Morin: ... mon collègue, aurait pu le faire longuement.
Si on veut se mettre à jeter des pierres dans les jardins, il va falloir
que vous regardiez du côté d'Ottawa ce qui s'est passé et
la façon dont on tente de battre en brèche les pouvoirs, les
droits, les intérêts du Québec, sans jamais avoir
reçu le moindre mandat de ce faire. Si vous avez des reproches à
faire...
M. Rivest: Nous sommes à l'étude des Affaires
intergouvernementales.
M. Morin: ... et des analyses subtiles à faire, je
suggère que vous regardiez de ce côté.
M. Rivest: Très bien. On en voit, je dois vous l'avouer.
La seule remarque additionnelle que je veux faire, c'est que je garde mes
positions tout à fait solidement parce que je trouve qu'elles sont
saines et justes. J'ajoute que s'il y a quelque chose de changé depuis
le référendum par le mandat général du 13 avril
1981, vous devenez hérétiques, M. le ministre et M. le
député de Terrebonne. Si j'ai bien lu les journaux, au
deuxième congrès, vous avez fait tout un plat en disant qu'une
pluralité de sièges ne changeait rien, que ce qu'il fallait,
c'était une pluralité de votes. Or, vous n'avez même pas eu
une pluralité de votes à l'élection du 13 avril. Donc, la
situation reste absolument la même qu'au lendemain du
référendum, et la même que celle qui existait avant. Vous
n'avez pas le mandat de vous servir des
fonds publics et des experts de la fonction publique pour promouvoir la
thèse de la souveraineté. Vous avez cependant - je suis d'accord
là-dessus avec le député de Terrebonne et le ministre
également - le droit tout à fait légitime de respecter la
minorité ou de l'augmenter - c'est, bien sûr, votre ambition - au
moyen des services du Parti québécois pour étayer votre
thèse. En tout cas, on peut discuter des heures durant, je n'ai pas
l'intention de le faire, mais je trouve que ce n'est pas correct.
Le Président (M. Blank): D'autres questions sur le
même sujet?
M. Rivest: Non.
Affaires canadiennes
Le Président (M. Blank): J'appelle le programme 1,
Affaires canadiennes. Voilà, on retourne au Canada.
M. Morin: M. le Président, je ne sais pas s'il est
nécessaire que je présente le programme des affaires
canadiennes...
M. Rivest: M. le ministre...
M. Morin: Peut-être serait-il plus simple que nous passions
immédiatement aux questions que les députés pourraient
avoir.
M. Rivest: Juste avant d'aborder l'étude du programme, on
prend le cahier, cela va être plus pratique - il est très bien
fait d'ailleurs, je félicite le ministre et ses collaborateurs...
M. Morin: Je transmets vos remerciements à tous ceux qui
ont travaillé à ce cahier, ils sont nombreux.
M. Rivest: Juste avant d'étudier le programme Affaires
canadiennes, j'ai quelques questions générales sur les
crédits. Aux affaires internationales - peut-être qu'on pourra y
revenir - on parle de l'augmentation de 6,1% - on parle du taux de change
évidemment - et ce qui m'intriguait, c'était la non-reconduction
des crédits alloués lors du budget supplémentaire pour des
dépenses relatives aux activités de l'ACDI. Quelles
activités n'ont pas été reconduites et pourquoi? (12 h
15)
M. Morin: Le député de Jean-Talon sait que nous
avons eu quelques difficultés avec l'ACDI. Il se souviendra, on y a fait
allusion dans la presse il y a quelque temps, que peu à peu l'ACDI
tendait à enlever au Québec les maîtrises d'oeuvre et
à donner des contrats directement à l'entreprise privée ou
encore à des enseignants québécois auxquels elle faisait
appel directement.
Cela a donné, dans certains cas, des résultats assez
étonnants. Notamment, dans un cas qui m'est resté accroché
dans l'esprit, le résultat est qu'une société de Colombie
britannique, une société anglophone s'est ramassée avec un
contrat en Afrique francophone. Ce qui a beaucoup étonné, je n'ai
pas besoin de vous le dire, non seulement les États africains mais
d'autres pays.
De plus, certains contrats ou certaines ententes que nous avions avec
l'ACDI, notamment en ce qui concerne l'hôtellerie en Côte-d'Ivoire
et un autre contrat au sujet du Centre pédagogique régional au
Maroc se terminent maintenant, viennent à échéance. Donc,
si on tient compte à la fois de l'impact de la fin de ces contrats, du
fait que l'ACDI a tendance à nous enlever les maîtrises d'oeuvre
et que, de surcroît, par exemple au Zaïre, certains contrats sont
également terminés, les montants requis pour nos activités
convenues avec l'ACDI sont diminués cette année de façon
assez importante.
M. Rivest: Une autre question sur les crédits. À
Ressources financières du ministère, je vois une augmentation de
3 550 000 $, c'est sensiblement cela, à la page 7 du cahier des
crédits...
M. Morin: Nous revenons...
M. Rivest: Oui, c'est cela. C'est avant les affaires canadiennes
proprement dites.
M. Morin: Nous revenons aux affaires...
M. Rivest: Ce sont les considérations
générales sur le budget.
M. Morin: À la page 7, donc, nous sommes dans les
crédits affectés au personnel du ministère.
M. Rivest: Oui. C'est cela. Ressources financières. Je
voudrais savoir si ces chiffres...
M. Morin: Vous voulez dire les...
M. Rivest: ... tiennent compte de la participation volontaire des
cadres et de tout le monde à l'opération sauvetage de la mauvaise
gestion du ministre des Finances. Avez-vous une idée de ce que cela va
coûter à vos fonctionnaires l'alchimie du ministre Parizeau au
niveau des finances publiques?
M. Morin: M. le Président.
M. Rivest: Bien, selon les périodes, on revient, on
respecte un temps, on ne respecte pas un autre. Je voudrais avoir les chiffres
précis parce que l'augmentation de
3 000 000 $ peut être la participation de nos amis de la fonction
publique à l'effort des Québécois et des
Québécoises pour boucher les trous du ministre des Finances.
M. Morin: M. le Président, je mets entre
parenthèses les allusions plus politiques qu'autre chose, les allusions
malveillantes du député de Jean-Talon concernant le budget. Nous
avons prévu, tout simplement, dans les chiffres qui se trouvent à
la page 7, une augmentation de 12,4% des crédits par rapport à
ceux de l'an dernier, et, en ce qui concerne les prévisions
budgétaires du ministère lui-même, une augmentation de 7,3%
par rapport aux crédits de l'an dernier.
Eh bien, les chiffres reflètent, si vous voulez, les traitements
actuels, tenant compte des conventions collectives. Or, on sait que le
gouvernement a choisi de respecter les conventions collectives jusqu'à
la date de leur expiration.
Une voix: ...
M. Morin: C'est un choix qui a été fait et je ne
pense pas que le député de Jean-Talon puisse nous en tenir
rigueur.
M. Rivest: Oui, je vais vous en tenir rigueur. J'ai des
nouvelles.
M. Morin: Un tel défenseur du respect de la signature! Le
gouvernement a bien voulu respecter sa signature et ces chiffres ont
été établis sur la base des conventions actuelles.
Si...
M. Rivest: Oui, mais la période - je m'excuse
auprès du ministre - il y a une période où la signature
n'existe plus. Pour qu'on se comprenne bien, ce que je veux avoir comme
conséquence, c'est ceci. Une convention collective commence et finit
à une date déterminée. Dans mon monde -mais je sais que
vous vivez parfois dans un monde un peu différent - lorsque...
M. Morin: Dieu merci!
M. Rivest: ... une convention collective...
M. Blais: M. le Président, question de règlement,
s'il vous plaît! J'ai l'impression que le député de
Jean-Talon est complètement antiréglementaire. Nous parlons des
crédits des Affaires intergouvernementales, à ce que je sache, ce
n'est pas ce ministre qui signe les conventions collectives.
M. Rivest: Mais je cherche à savoir combien il va rester
des 3 500 000 $...
M. Blais: II y a beaucoup de choses que vous devriez chercher
à savoir, surtout les règlements d'une commission parlementaire,
M. le député de Jean-Talon.
M. Rivest: Cela n'a rien à voir avec
l'indépendance.
Le Président (M. Blank): Cela va tellement bien...
M. Rivest: Alors, lorsque la convention collective expirera, le
31 décembre 1982, d'après moi, dans mon livre, tel que je lis le
Code du travail, les conditions restent les mêmes jusqu'à ce
qu'une autre négociation les modifie et, après ça, on les
rattrape généralement à la hausse mais là,
ça risque d'être à la baisse. Enfin, c'est le monde
à l'envers, mais c'est fait comme ça. Les crédits que vous
nous demandez se prolongent jusqu'au 31 mars 1983. Je vous demande de me dire
de combien vos crédits seront diminués, compte tenu du budget,
parce qu'il y aura diminution puisque, du 31 décembre 1982 au 31 mars
1983, il va y avoir gel, perte, diminution. On ne sait pas trop ce qui va
arriver mais, de toute façon, ça n'ira pas bien. Cela va affecter
vos crédits, vous comprenez ce que je veux dire, les taux d'augmentation
de 14% que vous m'avez signalés. À part ça, au
ministère des Affaires intergouvernementales, à moins que je ne
fasse erreur, le nombre de cadres est peut-être supérieur, je ne
sais pas. D'ailleurs, ceux qui ont des contrats à l'étranger,
ceux qui ont eu la chance de négocier des contrats, sont-ils
gelés?
M. Morin: M. le Président, si le député
m'avait laissé le loisir de terminer ma réponse, il aurait
déjà en main les éléments qui lui manquent. J'ai
indiqué que les chiffres sont ceux des traitements actuels, tenant
compte des conventions actuelles et prolongeant les chiffres qui sont
prévus dans ces conventions. Il peut se produire bien des choses d'ici
au 31 décembre 1982; c'est la raison pour laquelle il est impossible de
mesurer en chiffres exacts, ni même en pourcentage, l'effet des mesures
qui vont faire l'objet d'une loi spéciale. Pourquoi? Parce que l'entente
va demeurer possible entre le gouvernement et les syndicats qui oeuvrent dans
le secteur public. Le ministre des Finances l'a dit clairement hier et je
m'étonne un peu que le député de Jean-Talon ne l'ait pas
entendu. Il est vrai que, par moments, il causait avec ses voisins et se tenait
même debout. Il aurait dû être rappelé à
l'ordre par le ministre des Finances lui-même.
M. Rivest: C'est la seule chose qui n'est pas taxée, par
le ministre des Finances, d'être rappelé à l'ordre, il faut
en profiter.
M. Morin: Je vois, en tout cas, qu'il écoutait assez peu
ce qui se disait, parce que le ministre a été très clair.
Cette loi laissera ouverte la possibilité d'une entente a intervenir
entre les syndicats et...
M. Rivest: Pour les cadres, il y a gel
décrété, il n'y a pas d'entente. C'est ça, ma
question.
M. Morin: II est impossible de prévoir exactement, tant
que le ministre des Finances n'aura pas annoncé les chiffres.
M. Rivest: Combien y a-t-il de cadres au ministère?
M. Morin: Ce doit être à peu près 80;
d'ailleurs, il y a un tableau quelque part dans l'ouvrage que nous avons sous
les yeux. On va essayer de trouver la page exacte. À la page 14, non
loin de la page où nous étions il y a un instant, le
député va trouver un tableau qui lui donne le détail de
tous les fonctionnaires aux affaires canadiennes, aux relations
fédérales-provinciales, etc.
M. Rivest: 82 cadres.
M. Morin: 82 cadres, 158 professionnels; les techniciens, le
personnel, etc., 192, pour un total de 432, ce qui, par rapport à l'an
dernier, représente une baisse de trois unités.
M. Rivest: Très bien. Une petite question de détail
parce que cela pourra peut-être l'intéresser. Le salaire du
délégué à Bruxelles ne sera pas gelé, il a
un contrat. Chanceux! Il a signé avant.
M. Morin: II est prévu, je ne sais pas si le
député a lu le contrat...
M. Rivest: Oui, oui.
M. Morin: ... de son ancien collègue, M. L'Allier...
M. Rivest: Un très bon délégué
d'ailleurs, je tiens à vous féliciter.
M. Morin: Un excellent délégué...
M. Rivest: C'est vrai, je tiens à vous
féliciter.
M. Morin: ... qui fait un très bon travail. Je pense que
c'est une des très belles nominations qui ont été
effectuées récemment...
M. Rivest: Oui.
M. Morin: ... par le gouvernement. D'ailleurs, je ferai remarquer
au député de Jean-Talon que l'ancien ministre a posé un
geste, je ne sais pas si, lui, il le poserait advenant que, par exemple, je le
nomme délégué du Québec quelque part.
M. Rivest: J'ai compris que, pour être nommé
délégué à Paris ou à Bruxelles, il faut
avoir été au moins une fois candidat libéral
défait. La chose ne m'est jamais arrivée.
M. Morin: Cela pourrait bien survenir! Le cas
échéant, compte tenu des talents du député, il se
pourrait, c'est une pure hypothèse naturellement, que le
député soit intéressé un jour à devenir
représentant du Québec à Tombouctou ou ailleurs. Advenant
ce cas, je ne sais pas si le député de Jean-Talon serait
prêt à renoncer à la moitié de sa pension, comme l'a
fait l'ancien ministre M. L'Allier.
M. Rivest: Non, je n'ai rien contre cela.
M. Morin: D'accord, mais c'est tout de même un geste
important dans la situation où nous nous trouvons.
M. Rivest: Je n'en ai pas contre le contrat, je ne vise pas M.
L'Allier plus qu'un autre, mais je sais qu'il y a une pratique qui n'est pas
une mauvaise pratique à mon avis. D'ailleurs, vous savez...
M. Morin: L'augmentation qui est prévue pour M. L'Allier,
parce qu'il a droit lui aussi comme les autres à une augmentation, sera
égale à celle de la moyenne des administrateurs de classe 1. Si
les administrateurs de classe 1 sont plafonnés, quoi qu'il leur arrive,
surviendra également à M. L'Allier. Donc, lui aussi devra
éventuellement faire sa part, comme le député de
Jean-Talon, d'ailleurs, pour rétablir les finances du Québec.
M. Rivest: Vous devriez voir la tête que mon gérant
de banque fait quand ...
D'accord, cela va. En tout cas, vous ne le savez pas, bon, très
bien. Non, c'est difficile à dire.
M. Morin: On ne peut pas mesurer tant que le ministre des
Finances...
M. Rivest: ... mais, quand même...
M. Morin: ... n'aura pas donné les détails. Tant
que nous n'aurons pas le projet de loi, qui n'a pas été encore
entériné par le Conseil des ministres, tant que nous n'aurons pas
tous ces détails...
M. Rivest: ... parce que cela s'applique aussi. Oui c'est
cela.
M. Morin: ... on ne pourra pas répondre à la
question.
M. Rivest: ... non seulement au ministère. Est-ce que les
fonctionnaires de l'Office franco-québécois sont
comptabilisés dans les effectifs du ministère ou si c'est
à l'intérieur de l'entente?
M. Morin: Je pense qu'ils sont à l'extérieur,
étant donné qu'il s'agit d'un organisme autonome. Je ne pense pas
qu'ils soient comptabilisés. Effectivement, vérification faite,
ils ne le sont point.
M. Rivest: Combien y a-t-il de cadres là?
M. Morin: Ils n'ont pas de statut dans la fonction publique,
comme le député de Jean-Talon le sait.
M. Rivest: D'accord. J'ai une question que le ministre va
aimer.
M. Morin: Je me méfie toujours.
M. Morin: J'en ai deux en fait. Il faut que je les passe
maintenant. Je trouve que le ministre, qui est un bon garçon à
bien des égards, a un cabinet ministériel qui coûte deux
fois ce que coûtait le cabinet de l'ancien ministre.
M. Morin: Je ne pense pas.
M. Rivest: Non, j'ai fait l'addition. Je trouve cela un peu
curieux. Évidemment vous arrivez, il faut que vous soyez mieux
entouré, dans le sens le plus noble du terme, mais il y a beaucoup de
monde, il y a beaucoup plus de monde que sous l'ancien ministre...
M. Morin: II y a un peu plus de monde. M. Rivest: II
n'était pas frugal. M. Morin: Je n'ai pas les listes.
M. Rivest: Non, pour les salaires, cela va très bien; je
trouve d'ailleurs qu'ils sont mal payés, étant donné que
j'ai déjà exercé des fonctions analogues.
M. Morin: Je suis heureux de l'entendre et surtout...
M. Rivest: C'est un point de vue très
intéressé.
M. Morin: ... j'entends derrière moi des rires
approbateurs. Mais pour ce qui est du nombre...
M. Rivest: J'ai calculé, mon addition, c'est 161 000 $. Il
y en avait six avec M. Claude Morin. Avec le nouveau M. Morin, c'est 9.
M. Morin: II n'y en a pas tellement plus, M. le
Président.
M. Rivest: Oui, mais ils coûtent cher, c'est le double,
c'est un rapport...
M. Morin: II y en avait six..
M. Rivest: ... de 16 contre 32. (12 h 30)
M. Morin: Oui, mais ce sont des salaires comparables. Si le
député s'est attaché à regarder de
près...
M. Rivest: À moins que j'aie mal additionné.
M. Morin: Par exemple, le chef de cabinet, c'est à peu
près du même ordre et ainsi de suite. Certains des membres de mon
cabinet ont une longue expérience de la vie et des choses, il a fallu
naturellement en tenir compte. En définitive, si le député
compare les deux listes, dans un cas, il y en a six, dans l'autre cas, neuf;
c'est tout simplement que j'ai voulu étoffer davantage le cabinet. C'est
un choix qui est parfaitement loisible au ministre, surtout s'il reste à
l'intérieur du montant qui lui est alloué. Alors, je vous signale
que nous sommes à l'intérieur des montants qui me sont
alloués pour le cas où vous ne l'auriez pas remarqué.
M. Rivest: Mais vous auriez pu faire votre part pour les finances
publiques et vous en tenir à ce que l'ancien ministre avait. Est-ce
qu'il y a plus d'ouvrage à faire?
M. Morin: C'est du même ordre.
M. Rivest: Non, il avait 161 000 $, d'après mon addition
toujours, 291,16 $...
M. Morin: Je m'excuse, mais est-ce que le député a
remarqué que dans le cas de la liste du personnel de mon
prédécesseur, les salaires sont au 1er janvier 1981, tandis que
dans la liste de mon personnel, ils sont au 1er avril 1982, c'est-à-dire
un an et quatre mois plus tard...
M. Rivest: II n'y a pas de gel? M. Morin: Comment?
M. Rivest: Le gel qui s'applique à tout le monde, cela
n'existe pas pour eux?
M. Morin: Ce sont des salaires qui datent du mois d'avril, qui
datent souvent du
mois de février même.
M. Rivest: Oui, mais le rapport de 2 à 1, c'est pas mal.
Je ne veux pas en faire tout un plat, mais vous en avez probablement besoin,
peut-être que l'ancien, compte tenu de son expérience...
M. Morin: Je m'excuse, mais le gel dont il est question dans la
bouche du député de Jean-Talon ne s'appliquera que le 1er juillet
prochain et il s'appliquera... J'aimerais que le député
m'écoute...
M. Rivest: Excusez-moi.
M. Morin: Le gel, quand il interviendra, s'appliquera à
tout le monde, il n'y a pas de passe-droit, il n'y a pas d'exception. Quant aux
traitements, je voudrais qu'il me dise lequel de ces traitements lui
paraît exagéré?
M. Rivest: Aucun, c'est le nombre qui m'apparaît
peut-être un peu exagéré.
M. Morin: C'est mon choix.
M. Rivest: ... je pose la question.
M. Morin: C'est mon choix.
M. Rivest: Remarquez que vous avez le droit dans le cadre des
enveloppes qui sont allouées, parfaitement, sauf que je
préférais l'attitude très modeste et
réservée de l'ancien ministre. Enfin, c'est une question de
choix, vous êtes parfaitement libre de l'exercer, je ne vous en fais pas
grief. Là où peut-être je vous ferais grief et j'ai une
autre question avant qu'on arrive à autre chose, ce sont vos bureaux.
J'ai visité les bureaux de l'ancien ministre à plusieurs
reprises, j'ai trouvé cela très convenable. Je n'ai pas
très bien compris que cette arrivée du ministre avec ses
nouvelles orientations bousculent les murs et...
Une voix: Une dernière question...
M. Rivest: Je veux savoir combien a coûté cette
opération?
M. Morin: Oui.
M. Rivest: 25 000 $, selon ce que j'ai entendu.
M. Morin: M. le Président, il y a eu une remarquable
petite méchanceté qui est parue dans un journal; je me demande
d'où elle venait, parce que c'était un mensonge
éhonté. On disait que nous avions dépensé 25 000 $
pour faire ces aménagements. La dépense nette pour le
gouvernement a été de 509,65 $ pour les matériaux, parce
qu'il a fallu évidemment faire quelques aménagements et en
particulier enlever une cloison. Mais, le reste a été fait par
des travailleurs qui sont à l'emploi constant du gouvernement, s'ils
avaient fait...
M. Rivest: II faut comptabiliser cela dans le coût.
M. Morin: Alors, si on veut le comptabiliser, ce serait de moins
de 3000 $, mais j'estime qu'en coût...
M. Rivest: Avez-vous changé le mobilier, tout cela?
M. Morin: Non, nous n'avons pas changé le mobilier, nous
avons pigé dans la réserve du ministère pour, je pense,
deux sofas et trois fauteuils, mais c'était du mobilier qui était
déjà la propriété du gouvernement.
M. Rivest: Ce montant comprendrait quoi? Est-ce que vous avez les
chiffres précis?
M. Morin: Oui.
M. Rivest: L'aménagement du bureau du ministre, le temps
500 $ plus 3000 $ en temps horaire, enfin est-ce cela que cela vaut?
M. Morin: Mon bureau proprement dit n'a rien coûté,
parce que je l'ai pris tel quel. J'ai pris le bureau de mon
prédécesseur tel quel. Une cloison a été
enlevée pour donner un peu plus d'espace.
M. Rivest: Est-ce qu'il n'y a pas des services du
ministère qui ont été obligés de
déménager? Il faut aussi entrer cela dans le compte.
M. Morin: II y a le service du protocole qui était
très à l'étroit et qui, je pense, devait tôt ou tard
être réaménagé dans un...
M. Rivest: II faut compter cela aussi.
M. Morin: ... espace libre qui est l'ancienne infirmerie.
M. Rivest: Le protocole à l'infirmerie, cela
m'étonne de votre part.
M. Morin: Le député sait très bien ce que je
veux dire. Alors...
M. Rivest: Je pensais que ça allait être l'âge
d'or du protocole avec le nouveau ministre!
M. Morin: Les travaux d'aménagement, pour le service du
protocole, ont amené un coût net de 1189,18 $.
M. Rivest: Donc, d'où vient le chiffre qui a
été mentionné dans le journal?
M. Morin: J'aimerais bien le savoir. Peut-être que le
député de Jean-Talon pourrait m'éclairer, je ne sais
pas.
M. Rivest: Non.
M. Morin: J'aimerais bien le savoir. Cela pourrait venir de
certaines personnes qui ne voulaient sûrement pas du bien ni au ministre
ni au gouvernement.
M. Rivest: Ou qui voulaient peut-être du bien aux fonds
publics.
M. Morin: Peu importe, maintenant que le député de
Jean-Talon...
M. Rivest: Alors, le total, je veux l'avoir.
M. Morin: Un instant!
M. Rivest: Pas de problème!
M. Morin: Maintenant que vous me donnez l'occasion donc de
rectifier les choses, vous voyez que les chiffres sont fort modestes et que
nous avons pu nous tirer d'affaire sans entraîner de grandes
dépenses pour le gouvernement. De plus - et c'est là que
peut-être vous allez être intéressé, M. le
député de Jean-Talon - nous avons réaménagé
nos bureaux à Montréal qui coûtaient très cher.
L'intégration des bureaux de mon cabinet, à Montréal, avec
ceux des fonctionnaires du ministère, qui est en voie d'être
effectuée, permet de libérer une superficie de 218 mètres
carrés dont le coût de location annuel totalise 25 825,65 $...
M. Rivest: C'est peut-être là, la
différence.
M. Morin: ... selon les chiffres qui nous sont fournis. Donc, non
seulement le coût qui a été effectué pour les
changements dans mes propres locaux et dans ceux du protocole sont-ils
très peu élevés, puisqu'ils sont de 509,65 $ et de 1189,18
$, dépenses non récurrentes, mais encore nous
récupérons chaque année, à cause des
réaménagements que j'ai fait effectuer à Montréal,
25 825,65 $. J'invite d'ailleurs le député de Jean-Talon à
visiter les nouveaux locaux du protocole, il pourra voir que cela ne ressemble
plus du tout à une infirmerie. S'il se sent malade, il devra s'adresser
ailleurs.
Le Président (M. Blank): Sur ce carton, peut-être
qu'on peut...
M. Rivest: Oui, on peut...
M. Morin: Volontiers.
M. Rivest: ... mais la seule chose, ... Bon, j'ai perdu ce que
j'avais à dire. Avec son infirmerie, il m'a fait perdre ce que je
voulais dire.
M. Morin: Vous aurez tout le temps d'y
réfléchir.
Une voix: Est-ce que vous vous sentez malade?
M. Rivest: La seule réserve - je ne m'en souviens pas,
mais je vais le retrouver cet après-midi - il me semble que les 25 000 $
étaient sortis quelque part, à la commission des engagements
financiers. Je n'en suis pas sûr.
Le Président (M. Blank): La commission de...
M. Morin: Sûrement pas, non. M. Rivest: Non? M.
Morin: Non, non.
Le Président (M. Blank): La commission des affaires
intergouvernementales ajourne ses travaux sine die.
(Suspension de la séance à 12 h 38)
(Reprise de la séance à 16 h 34)
Le Président (M. Blank): La commission des affaires
intergouvernementales réunie pour l'étude des crédits
budgétaires pour l'année 1982-1983 reprend ses travaux. Nous
sommes rendus au programme no 1.
M. Rivest: Juste une dernière question sur le cabinet du
ministre; je la pose par acquis de conscience étant donné
l'intérêt que nous pouvons avoir pour la personne. Mme Jocelyne
Ouellette est dans votre cabinet?
M. Morin: C'est exact.
M. Rivest: Qu'est-ce qu'elle fait? Elle est en poste à
Ottawa, m'a-t-on dit?
M. Morin: Oui, elle est en poste au bureau d'Ottawa. Elle est
rattachée à mon cabinet parce que nous estimons qu'il s'agit
d'une tâche politique. C'est la raison pour laquelle, après avoir
été au bureau du premier ministre, elle fait maintenant partie de
mon cabinet. Donc, elle travaille dans ce bureau que nous avons établi
à Ottawa pour nous tenir en contact étroit avec les
réalités outaouaises.
M. Rivest: C'est curieux. Selon ma conception du bureau d'Ottawa,
je pense que ce serait plus normal - je n'en fais pas tout un drame -
étant donné les informations... La présence de
représentants du Québec à Ottawa, dans le cadre d'un
bureau, il me semble que cela ressort normalement des fonctions dévolues
aux fonctionnaires. Je trouve cela... Est-ce qu'elle est seule là-bas
dans le bureau? Non?
M. Morin: Pour l'instant, elle est seule, effectivement; il y a
aussi une secrétaire. Comme membre de mon cabinet, elle est seule
effectivement. Je conviens avec le député qu'un jour ou l'autre
il faudra songer à une représentation d'abord plus
étoffée; ensuite, sûrement avec des fonctionnaires, mais le
moment n'est pas venu. Il faudrait d'abord être sûr que...
M. Rivest: Ce serait un concours à ce
moment-là.
M. Morin: Ce serait selon les procédures habituelles du
ministère.
M. Rivest: Cela m'inquiète un peu parce que les
fonctionnaires, lorsqu'il y a un concours à ce niveau, la personne qui
passe par le biais d'un cabinet politique... Vous pouvez bien faire ce que vous
voulez avec vos attachés politiques, j'en conviens volontiers, mais
quand on ouvre un poste dans la fonction publique, il faut qu'il y ait
égalité de chances absolue pour tous les fonctionnaires qui
veulent postuler. C'est un peu comme la technique qu'on adopte avec les
occasionnels, et Dieu sait que les représentants des fonctionnaires, les
syndicats de professionnels et de cadres protestent énormément
contre cette pratique. On fait occuper une fonction par une personne comme
"occasionnelle" pendant un certain temps, ensuite on ouvre un concours et,
évidemment, la personne qui a occupé la fonction est
avantagée par rapport aux autres dans la mesure où elle
connaît le quotidien. Mais là, c'est une nouvelle technique.
M. Morin: Non, ce n'est pas...
M. Rivest: On fait occuper des postes par des membres des
cabinets politiques et, éventuellement, on fera un concours pour donner
accès...
M. Morin: Non, pas du tout.
M. Rivest: Je vous prédis qui va gagner, s'il y a un
concours.
M. Morin: J'espère que ce serait un peu à l'image
de ce que nous avons tenté de faire, ce serait à l'effet de
nommer une femme puisque nous avons pratiqué une certaine discrimination
positive, en l'occurrence.
M. Rivest: Le ministre ne doit quand même pas servir
à n'importe quoi.
M. Morin: Non. Effectivement, c'est tout à fait nouveau,
ce bureau, et nous avons pensé qu'à ses débuts, en
particulier, il serait hautement politique, d'autant plus que la personne dont
nous parlons a une longue expérience de l'Outaouais; elle connaît
bien les problèmes de l'Outaouais et elle est chargée
également des problèmes de l'Outaouais, en particulier.
M. Rivest: Enfin, je sais qu'en votre temps vous auriez fait tout
un plat, je ne reprendrai pas ce genre de discours que vous avez fait à
l'occasion sur certaines nominations que l'ancienne administration avait
faites. Je trouve cela saugrenu comme procédé, je tenais à
vous le signaler.
M. Morin: Absolument pas, c'est tout simplement un choix que j'ai
fait, je suis libre de nommer les adjoints politiques que je veux nommer; c'est
sur la masse qui m'est octroyée et je suis libre, comme le
député le sait fort bien, de nommer ces personnes là
où elles peuvent être le plus utile. Éventuellement, quand
les temps seront mûrs, il y aura effectivement un bureau plus
étoffé à Ottawa, mais ce moment-là n'est pas venu,
je ne sais pas quand il viendra, j'espère que ce sera le plus tôt
possible.
M. Rivest: Enfin, comme je suis bon garçon, je
n'insisterai pas, mais je pourrais citer des phrases que vous avez dites -
vous, au sens collectif du terme - au moment où vous étiez dans
l'Opposition. Pour des collègues qui avaient subi un revers
électoral, on trouvait des planques de cette nature.
M. Morin: Ce n'est pas le cas, j'ai recherché avant tout
l'efficacité et l'expérience.
M. Rivest: Je suis contre cela, ce n'est pas normal que la
personne chargée d'établir les liens entre le gouvernement du
Québec et le gouvernement fédéral sur place, à
Ottawa, soit membre d'un cabinet politique, ce n'est pas normal.
M. Morin: Je m'excuse, elle n'est pas chargée d'assurer
les liens entre le gouvernement fédéral...
M. Rivest: Qu'est-ce qu'elle fait?
M. Morin: ... et le gouvernement
québécois. Si c'était le cas, je pense
qu'effectivement le bureau prendrait...
M. Rivest: Qu'est-ce qu'elle y fait?
M. Morin: ... une tournure beaucoup plus gouvernementale. Elle
lie des rapports avec les personnes là-bas qui peuvent avoir quelque
intérêt pour le Québec, elle nous renseigne surtout sur les
projets de loi qui sont déposés; nous avons quelquefois beaucoup
de difficulté à les obtenir. Bref, elle nous renseigne sur tout
ce qui se passe à Ottawa et qui peut être d'intérêt
pour le Québec. Voilà! Mais, ce n'est pas la même chose que
des rapports officiels avec le gouvernement fédéral.
M. Rivest: Un fonctionnaire ne pourrait-il pas faire cela, lire
des projets de loi, lire des rapports fédéraux? Cela ne se fait
pas.
M. Morin: J'ai estimé qu'il convenait, jusqu'à
nouvel ordre, qu'un membre de mon cabinet effectue ce travail, puisque la
tâche me paraît hautement politique.
M. Kehoe: Quelles qualifications a-t-elle pour remplir le
poste.
M. Morin: Elle en a de très nombreuses, M. le
député.
M. Kehoe: Comme?
M. Morin: D'abord, la première, d'avoir été
membre du gouvernement.
M. Kehoe: Le Parti québécois. M. Morin: Oui,
bien sûr.
M. Kehoe: D'accord, plutôt cela que membre du
gouvernement.
M. Morin: Mais elle a été membre du gouvernement et
elle a une expérience considérable de cette région, la
région de l'Outaouais, puisqu'elle suit également les questions
de l'Outaouais du point de vue intergouvernemental.
M. Kehoe: Est-ce que sa tâche est limitée à
ce qui se passe dans l'Outaouais ou est-ce que c'est à l'étendue
de la province? Quelle est sa tâche exacte? Vous l'avez mentionné,
n'importe qui aurait pu remplir ce poste.
M. Morin: Pas n'importe qui, justement. Par exemple, je ne vous
aurais pas envoyé, M. le député.
M. Kehoe: Je suis d'accord, je n'irais pas non plus.
M. Morin: Je pense que vous n'auriez pas beaucoup
d'intérêt pour la tâche non plus.
M. Kehoe: D'accord. Je ne suis pas pour le Parti
québécois, c'est pour cela...
M. Rivest: Quand vous dites qu'elle suit la question... Attention
à vos expressions! Vous dites qu'elle suit le dossier de la
région de la capitale nationale pour le gouvernement du Québec.
Donc, c'est plus politique.
M. Morin: Non, j'ai dit...
M. Rivest: Elle ne fait pas que lire des rapports. Elle pourrait
les lire à Québec, franchement! Il existe la poste royale, vous
savez.
M. Morin: Oui, mais il n'y a personne sur place, jusqu'à
nouvel ordre, qui puisse nous documenter sur les projets de loi du gouvernement
fédéral en ce qui concerne le Québec.
M. Rivest: Franchement!
M. Morin: Nous avons quelquefois - cela vous paraîtra assez
extraordinaire - de la difficulté à obtenir les projets de loi
fédéraux.
M. Rivest: Voyons! M. Kehoe: Voyons! M. Morin: Mais
oui!
Le Président (M. Blank): M. le député de
Terrebonne.
M. Morin: Cela paraît extraordinaire, mais c'est bien
ainsi.
M. Rivest: Cela coûte quelque 40 000 $ par
année.
M. Blais: M. le député de Jean-Talon, s'il vous
plaît, je ne vous ai pas interrompu, si vous voulez être assez
gentil de me laisser dire quelques phrases.
M. Rivest: Oui, sûrement.
M. Blais: Vous êtes très aimable. Vous êtes
victime de votre bonté. Je trouve un peu curieux qu'on s'acharne
à vouloir trouver, dans le poste d'attaché politique que Mme
Ouellette occupe à Ottawa, toutes sortes de zones nébuleuses,
soit du côté du talent ou du côté de la
représentativité ou du côté des tâches. On ne
s'est pas posé les mêmes questions, on a été
beaucoup plus "fair-play" et "gentleman" lorsqu'on a parlé
de la nomination à Bruxelles de M. L'Allier, ancien ministre
libéral des Affaires culturelles.
M. Rivest: Jamais je n'aurais posé cette question, parce
que M. L'Allier est un fonctionnaire de carrière.
M. Blais: M. Rivest...
M. Rivest: II a signé un contrat que j'endosse pleinement,
c'est complètement différent.
M. Blais: ... j'étais à joindre deux poutres de
soutènement à un raisonnement rationnel. Vous avez enlevé
le rivet trop vite. Laissez-moi aller un peu! Je trouve curieux que vous vous
acharnassiez contre quelqu'un. Ce n'est pas la peste que d'être membre du
Parti québécois. Sachez une chose: 60% des francophones ont
voté pour le Parti québécois. Vous avez donc six chances
sur dix, dans une nomination, que ce soit quelqu'un qui ait plus ou moins de
chance d'être membre du Parti québécois. Je trouve que
c'est s'acharner que de penser que les gens du Parti québécois
ont la peste.
M. Rivest: Ce n'est pas cela le point. Elle remplit manifestement
des fonctions qui, à mon avis... Lorsqu'on est sérieux et qu'on
se situe dans une perspective de relation de gouvernement à
gouvernement, on ne nomme pas un attaché politique dont l'essence -c'est
bien légitime, je ne le conteste pas -est de véhiculer
l'orientation d'un parti politique, les intérêts d'un parti
politique, qui sont tout à fait légitimes, on ne nomme pas ce
genre d'attaché politique comme représentant auprès d'un
gouvernement avec qui on fait affaires de gouvernement à gouvernement.
On nomme un fonctionnaire de carrière. Encore là, c'est pour
protéger ce qui me tient à coeur, je l'ai dit: je ne vise pas Mme
Ouellette plus qu'un autre, peu importe Mme Ouellette. C'est que je trouve que
la fonction publique est une chose et la politique en est une autre. Là,
il y a une confusion dans les genres qui est inadmissible.
M. Morin: Non, justement il n'y a pas de confusion et c'est ce
que j'ai voulu éviter. C'est un rôle essentiellement politique.
Donc, je ne pouvais pas en toute conscience demander à un
fonctionnaire...
M. Rivest: Qu'est-ce que vous entendez par rôle
politique?
M. Morin: Tout simplement, que ce n'est pas un rôle
administratif. Elle est membre de mon cabinet.
M. Rivest: Bon...
(16 h 45)
M. Morin: J'ai le droit de l'envoyer où je veux. Cela
s'adonne qu'elle est allée à Ottawa parce qu'elle est de la
région, qu'elle connaît bien cette région et qu'elle
connaît bien le gouvernement fédéral et toutes les
arcanes...
M. Rivest: Et après ça, vous...
M. Morin: ... du gouvernement fédéral. Je le
répète au député pour qu'il comprenne bien: elle
n'a pas de rapport institutionnel avec le gouvernement canadien, c'est clair.
Je voudrais ajouter simplement qu'elle fait rapport au cabinet et non pas au
sous-ministre ou au gouvernement.
M. Rivest: Au cabinet.
M. Morin: À moi, elle fait rapport à son ministre
directement. Elle fait partie de mon cabinet.
M. Rivest: Oui, ça, je le sais. Je comprends tout
ça, mais je vous dis que ça n'a pas sa place. Le cabinet
politique, c'est pour aider le ministre là où il travaille. Le
ministre peut travailler à Montréal ou à Québec, il
n'a pas sa place auprès d'un autre gouvernement.
M. Morin: Je m'excuse, mais.
M. Rivest: Nommez donc un fonctionnaire qui pourra regarder -
vous me dites les tares - les projets de loi, lire les rapports du gouvernement
fédéral, suivre la législation, les débats à
la Chambre des communes, etc. Pourquoi ne pas nommer un attaché
politique à Paris, pour voir ce qui se passe ou partout? Pourquoi ne pas
faire ça? C'est complètement dénaturer la fonction.
M. Morin: C'est légèrement...
M. Rivest: Vous avez des délégués à
Toronto, la maison du Québec. Quand François Lebrun était
à Toronto, il n'était pas un attaché politique. Il suivait
la législation; ça fait partie du job normal d'un
représentant du Québec auprès d'un autre gouvernement. Ce
ne sont pas des attachés politiques. Je ne veux pas exagérer.
M. Morin: M. le Président, je ne dis pas que ça ne
viendra pas un jour, mais d'abord, ce serait passablement plus coûteux
parce qu'il faudrait établir tout un bureau et les fonctionnaires et le
reste. Cela va venir, cela viendra en temps et lieu quand nous aurons...
M. Rivest: Avez-vous quelqu'un auprès... M. Morin:
... et au moment où la
situation sera mûre pour établir des rapports vraiment
institutionnels suivis avec le gouvernement fédéral.
M. Rivest: Cela a existé. Il y a eu un fonctionnaire qui
s'appelait M. François Morissette, dans les années soixante-dix,
qui était à Ottawa, qui faisait exactement ça, qui
était attaché auprès du secrétariat des
conférences et qui était un fonctionnaire dûment
qualifié. Il informait le ministre des Affaires intergouvernementales de
tout ce qui se passait et puis, il avait suivi la filière normale de
l'administration publique, québécoise, qui est différente
du PQ. C'est ça le point, purement et simplement.
Le Président (M. Blank): M. le député de
Chapleau.
M. Rivest: Ne me dites pas que ça n'a pas
existé!
M. Kehoe: Vous avez insinué, dans vos réponses, que
c'est parce que Mme Ouellette connaît bien les problèmes dans la
région de l'Outaouais. Je vous pose la question: Est-ce qu'elle est
là pour tenter d'aider à solutionner des problèmes entre
le fédéral et le provincial, concernant la région de
l'Outaouais? Est-ce que cela fait partie de ses tâches de faire avancer
les dossiers? Parce que, effectivement, la critique... Je suis
député de la région de la capitale nationale, de
l'Outaouais, et c'est une des critiques que nous avons dans mon comté,
une des choses dont j'entends parler le plus souvent au conseil municipal de la
ville de Gatineau: les dossiers concernant la NCC, concernant le gouvernement
fédéral, sur plusieurs sujets, ça n'avance à rien.
Depuis que les péquistes sont au pouvoir, en 1976, rien ne s'est fait.
Je vous pose la question: Est-ce que ça fait partie de ses tâches
d'avancer... Parce que, effectivement, la critique qu'on a adressée
à Mme Ouellette lorsqu'elle était ministre, c'était
justement le but qu'elle recherchait, à savoir la confrontation avec le
fédéral plutôt que de tenter de régler des dossiers.
Donc, vous envoyez quelqu'un pour représenter la province, pour tenter
de régler ses problèmes quand on sait d'avance quelle est son
idée.
M. Morin: M. le Président, puisque le député
fait allusion au dossier de l'Outaouais et le fait en insinuant que rien ne
s'est fait, que rien ne peut aboutir, si j'ai bien compris son intervention,
vous me permettrez de lui apprendre qu'au moins trois ou quatre dossiers
importants sont en marche dans cette région, sur le plan
intergouvernemental.
M. Kehoe: Lesquels?
M. Morin: Par exemple, il est question - vous le savez
peut-être - de la construction d'un musée de l'homme. Depuis
février 1982, c'est tout récent, le gouvernement
fédéral a annoncé la construction d'un musée
national - comme ils disent - de l'homme, du côté hullois.
M. Kehoe: C'est prévu depuis combien d'années?
M. Morin: Peut-être l'ont-ils annoncé à
plusieurs reprises.
M. Kehoe: Non, non. L'annonce officielle, ça fait à
peu près une dizaine d'années, par exemple; est-ce que le choix
était fait?
M. Morin: Je ne dis pas que ça ne fait pas plusieurs fois
que ces gens l'annoncent, c'est possible, je vous dis simplement que ce dossier
n'est pas clos et qu'il n'est pas bloqué de notre côté, en
tout cas. Qu'ils l'annoncent de temps à autre, en grande pompe, cette
fois-ci, à ce qu'on me dit...
M. Kehoe: Mais le provincial, qu'a-t-il à faire avec
ça?
M. Morin: Bien, tout simplement, parce qu'il a des
terrains...
M. Kehoe: Mais oui, mais...
M. Morin: ... qui intéressent les
fédéraux.
M. Kehoe: ... le fédéral s'il est
déjà propriétaire de ce terrain en question.
M. Morin: Je pense qu'il faut tout de même que je donne
quelques petits détails sur ce dossier. Il est à noter que c'est
un projet qui va éventuellement exiger probablement des interventions du
gouvernement du Québec, par exemple, du point de vue du site. C'est un
site qui avait été réservé par la ville de Hull
qui, vous le savez, tombe sous la compétence du gouvernement du
Québec et, tôt ou tard, bien sûr, il va falloir que le
gouvernement du Québec se penche sur ce dossier. Nous n'avons pas du
tout l'intention, d'ailleurs, de le décourager; au contraire, je pense
que cela serait un acquis pour la région. On voit bien que le dossier
peut progresser et que le député a tout à fait tort de
penser qu'on voudrait essayer de bloquer une chose comme cela, par exemple.
Un autre exemple, le fameux parc dit linéaire de Hull, c'est un
autre dossier que le député connaît sûrement. C'est
le 20 février 1981 que ce dossier a été
réglé, alors que l'entente était signée entre la
Commission de la capitale nationale et le gouvernement du Québec. Donc,
là encore, je
suis obligé de dire au député que dans les faits il
y a eu progrès là aussi et que ce parc pourra donc être
réalisé.
Il y a aussi d'autres questions. Si je dois m'étendre sur la
question, c'est pour faire la démonstration que le député
a tort de nous dire qu'il ne se fait rien; c'est faux. Effectivement, il s'est
fait pas mal de choses et, lors d'une rencontre récente entre les
membres de la Commission administrative de l'Outaouais que vous connaissez
sûrement et ceux de la Commission de la capitale nationale, ceux-ci
auraient fait part a leurs correspondants de quelques projets d'investissements
majeurs qui pourraient avoir lieu à long terme dans la région.
Nous avons pu comprendre que le gouvernement fédéral serait
intéressé à développer le site de l'île
Victoria. C'est encore un autre projet qui est dans l'air depuis un certain
temps, cette île étant située au centre de la
rivière Outaouais. Nous n'avons pas plus de détails pour
l'instant, mais, là encore, ce sont des projets que nous favoriserons si
tant est qu'ils sont à l'avantage de la région et des
Québécois qui habitent l'Outaouais.
M. Kehoe: Je pose une question, M. le ministre. Depuis 1976 que
vous êtes au pouvoir, avez-vous négocié des nouvelles
ententes pour des nouveaux projets dans la région de l'Outaouais? Vous
en avez mentionné deux.
M. Morin: Je viens de mentionner le parc linéaire.
M. Kehoe: Cela fait longtemps, cela a commencé bien avant
cela.
M. Morin: Je voudrais bien que vous me disiez combien d'accords
avaient été signés auparavant. Il me semble que le
gouvernement de l'époque - le député de Jean-Talon s'en
rappellera - a lui aussi eu des difficultés avec le gouvernement
fédéral et la Commission de la capitale dite nationale à
l'époque. Il ne s'est pas réglé beaucoup de dossiers. Il y
avait souvent une ambiance contentieuse entre les deux niveaux de
gouvernement.
M. Rivest: Oui, mais non politisée.
M. Morin: L'ambiance n'est pas davantage politisée
aujourd'hui.
M. Rivest: Bien, c'est ce que vous avez marqué dans votre
livre de crédits. Je l'ai noté.
M. Morin: À quel propos?
M. Rivest: "II devient inévitable que les relations
intergouvernementales soient fortement conflictuelles et
politisées."
M. Morin: Nous parlons surtout du domaine constitutionnel.
M. Rivest: Non, non. D'autre part, ce sont les relations
intergouvernementales, ce n'est pas la constitution cela.
M. Morin: Oui mais pour ce qui concerne l'Outaouais, plus
particulièrement, je viens de donner un ou deux exemples qui
démontrent que, pour des questions bien concrètes, il est
possible de travailler ensemble.
M. Kehoe: Ce sont deux exemples que vous avez donnés. Je
note deux cas: le boulevard La Vérendrye et la route 50. Le gouvernement
fédéral y a mis de l'argent depuis des années, il paie 50%
de ces deux projets et ces sommes sont à la disposition de la province.
On a appris récemment que les travaux de la route 50, de Hull à
Masson, ne seront pas complétés avant 1984 et que les travaux sur
le boulevard La Vérendrye, qui est dans le comté de Chapleau, ne
seront pas commmencés avant 1983. Est-ce que cela veut dire que Mme
Ouellette a fait avancer ces deux dossiers?
M. Morin: Mme Ouellette travaille non pas pour le
ministère des Transports, mais pour le ministère des Affaires
intergouvernementales.
M. Kehoe: Non, non, je suis d'accord.
M. Morin: Le dossier auquel vous faites allusion ne relève
pas de ma compétence. Si vous voulez avoir une réponse, je crains
bien qu'il faille vous adresser à mon collègue, le ministre des
Transports.
M. Kehoe: Pourquoi, M. le ministre, dites-vous qu'elle est
là parce qu'elle connaît bien les problèmes de la
région. Si elle connaît les problèmes de la région
et que cela n'avance pas, que fait-elle là pour la région?
M. Morin: J'ai dit clairement tout à l'heure qu'elle
travaillait du point de vue des Affaires intergouvernementales, pas du point de
vue des affaires qui intéressent le ministère des Transports ou
un autre ministère.
M. Kehoe: Mais elle connaît bien les problèmes.
M. Morin: Elle ne fait pas partie du cabinet du ministère
des Transports, elle fait partie du cabinet du ministère des Affaires
intergouvernementales. Ce n'est pas la même chose.
M. Kehoe: Sa nomination, ce n'est pas parce qu'elle connaît
bien les problèmes de la région de l'Outaouais,
nécessairement. C'est sa connaissance générale des
problèmes de toute la province.
M. Morin: Oui, mais en particulier des problèmes de
l'Outaouais et des questions intergouvernementales, puisqu'elle a
été mêlée pendant de nombreuses années
à ces questions.
M. Rivest: Je conclus ce chapitre. Enfin, cela a permis de voir
un peu l'état des dossiers de l'Outaouais en vous disant le plus
simplement possible, à mon avis, que ce n'est pas normal qu'un
attaché politique nécessairement partisan s'occupe des
activités ou surveille les activités du gouvernement
fédéral, pas plus qu'il ne serait normal qu'un attaché
politique devienne délégué auprès du gouvernement
de l'Ontario, de quelque autre province ou même d'un pays
étranger.
M. Morin: Ce pourrait être le cas. Je ne dis pas que ce
soit nécessaire, nous avons une excellente délégation
à Toronto qui fait bien son travail. Nous avons aussi d'autres
excellentes...
M. Rivest: Ce sont des fonctionnaires de carrière, je suis
d'accord avec cela.
M. Morin: Je m'excuse, M. le député. Nous avons
d'autres excellentes délégations à l'étranger ou
ailleurs au pays. Donc, une solution comme celle-là ne s'impose pas,
mais je pourrais avoir besoin dans les rapports intergouvernementaux avec le
gouvernement de l'Ontario d'une présence politique à Toronto. Je
n'exclus pas que je le fasse, peut-être temporairement, peut-être
pour une période prolongée. Cela pourrait très bien
être nécessaire si je convenais, par exemple, avec mon
collègue des affaires intergouvernementales là-bas, que nous
ayons un rapport politique plus étroit. Cela pourrait arriver, je ne
veux pas l'exclure.
M. Rivest: C'est épouvantable à entendre. Puisque
vous en êtes à... J'espère en tout cas que vous allez
modérer vos instincts ou vos réflexes de politisation à
outrance. Êtes-vous à ce point insécure pour être
entouré d'un cabinet politique et un fonctionnaire ne peut pas vous
informer, parce que cela prend quelqu'un de politique? Allons donc! comme vous
dites souvent.
M. Morin: Est-ce que le premier ministre Bourassa était
insécure, parce qu'il vous avait comme conseiller politique?
M. Rivest: Absolument pas, au contraire.
M. Morin: Est-ce que j'ai l'air insécure, M. le
Président?
M. Rivest: Je ne faisais pas du travail qui relevait du
ministère. À ce moment-là, pourquoi avoir des
fonctionnaires de carrière?
M. Morin: Je me suis posé la question longtemps en vous
voyant dans le cabinet du premier ministre.
M. Rivest: Je n'étais pas fonctionnaire. M. Morin:
C'est cela, exactement.
M. Rivest: Je ne trouve pas, le ministre peut...
M. Morin: Vous avez été vous-mêmes membre du
personnel politique.
M. Rivest: Oui et puis?
M. Morin: Vous savez très bien...
M. Rivest: Dans les rapports...
M. Morin: ... en quoi cela consiste.
M. Rivest: ... avec les gouvernements canadiens ou
étrangers, vous lancez comme cela, en badinant j'espère, que ce
serait peut-être correct si on nommait l'ex-candidat défait du PQ
à gauche et à droite, même pas dans la fonction publique.
Pensez-vous qu'un fonctionnaire qui s'intéresse au domaine des relations
fédérales-provinciales, qui fait carrière
là-dedans, ne serait pas intéressé dans son plan de
carrière, à un moment donné, à être en poste
à Ottawa, à acquérir l'expérience de la capitale du
pays pour essayer d'aider le gouvernement. C'est ce qu'il s'agit de
défendre. Si tous les emplois qui sont peut-être plus
intéressants ou plus dynamiques au coeur de l'action sont exclus pour
les fonctionnaires et qu'on parachute des gens qui sont bien vus ou de
l'entourage du ministre, vous allez...
Une voix: S'il n'est pas péquiste, il va être
quoi?
M. Rivest: II sera libéral, créditiste ou je ne
sais pas quoi. Peu importe, je m'en fous. Ce que je veux, c'est que dans les
rapports du gouvernement du Québec avec le gouvernement
fédéral, comme avec les autres gouvernements, cela se fasse de
gouvernement à gouvernement et quand on descend à un niveau
inférieur au niveau ministériel, que cela se fasse au niveau des
fonctionnaires. C'est de cette façon qu'on va éviter cette
espèce de politisation de part et d'autre qui fait qu'au niveau
fédéral et au niveau du Québec en particulier, chaque
dossier devient un drame politique. Je pense
que ce serait l'intérêt de l'ensemble des citoyens d'avoir
des gens qui vont regarder le mérite des questions. La politique, de
grâce, laissez donc cela aux ministres et aux politiciens et laissez
l'administration jouer son rôle. C'est tout ce que je vous demande.
M. Morin: M. le Président, je ne voudrais pas que le
député de Jean-Talon insinue que nous n'avons pas de rapport de
gouvernement à gouvernement, avec le gouvernement fédéral.
Ce n'est pas le cas, nous avons des rapports quotidiens avec le gouvernement
fédéral. Nous avons des conférences
fédérales-provinciales, des conférences interprovinciales
constamment. Il sait bien qu'il y a des rapports de gouvernement à
gouvernement. Pour ce qui est des attachés politiques, lui-même en
a été un, j'imagine que son plaidoyer pourrait lui être
retourné. (17 heures)
M. Rivest: Je n'étais pas en poste à Ottawa.
M. Morin: On se souviendra...,
M. Rivest: Le problème, c'est cela.
M. Morin: ... par exemple, qu'il y a des attachés
politiques qui sont à Montréal; il y en a d'autres à
Québec, la majorité est à Québec. On se souviendra
aussi qu'il arrive à l'occasion que le gouvernement
fédéral fasse appel, lui aussi, à des gens de
l'extérieur pour des besognes hautement politiques.
M. Rivest: Ce ne sont pas des gens de l'extérieur, c'est
une personne qui est dans votre cabinet et payée à même les
fonds publics.
M. Morin: Est-ce que le député pourrait me donner
des détails sur le statut exact de M. Kirby?
M. Rivest: M. Kirby est membre du Conseil privé.
M. Morin: II l'est maintenant...
M. Rivest: II est le secrétaire général du
Conseil privé, comme M. Gordon Robinson auparavant.
M. Morin: Mais au moment où il a fait les travaux...
M. Rivest: Comme M. Louis Bernard, comme, enfin, un paquet de
monde.
M. Morin: Non, non. Au moment où il a fait les premiers
travaux constitutionnels.
M. Rivest: II était membre du Conseil privé.
M. Morin: Êtes-vous sûr de cela? M. Rivest: Je
le pense. M. Morin: Non, non, je...
M. Marx: On ne veut pas suivre les mauvais exemples, de toute
façon.
M. Rivest: En tout cas, je ne veux pas... Nous sommes rendus dans
les affaires canadiennes. Cela nous a permis d'entrer là-dedans sur le
pied de la politisation.
Le Président (M. Blank): Le programme no 1.
M. Rivest: Oui. Dans les affaires canadiennes - je sais que vous
vous intéressez beaucoup à l'économique - d'abord,
j'aimerais que vous me parliez des difficultés que vous avez avec FIRA.
En avez-vous? Pour les fins du journal des Débats et de certains
collègues qui ont des regards interrogatifs, c'est le tamisage des
investissements étrangers au Canada.
M. Morin: Nous avons eu quelques difficultés, mais c'est
surtout le ministère de l'Industrie, du Commerce et du Tourisme qui a eu
ces difficultés avec l'agence de tamisage. Difficultés,
c'est-à-dire divergences quant à l'opportunité d'admettre
telle ou telle société étrangère désirant
investir au Québec. Nous pensons qu'à diverses reprises -mais je
devrai m'en remettre à mon collègue du ministère de
l'Industrie, du Commerce et du Tourisme pour donner des détails - cette
agence s'est montrée indûment restrictive à l'endroit
d'entreprises, notamment françaises ou américaines, qui
désiraient investir au Québec.
M. Rivest: Entre autres, avez-vous des exemples concrets?
M. Morin: C'est là que je préférerais m'en
remettre à mon collègue du ministère de l'Industrie, du
Commerce et du Tourisme.
M. Rivest: Je trouve cela absolument suave dans votre bouche. Je
me souviens de l'étude des crédits, lorsque vous aviez
semoncé le ministre de l'époque, M. Gérard D. Levesque,
qui donnait ce genre de réponse. Vous aviez fait tout un plat en disant:
Mais alors, le ministre des Affaires intergouvernementales, vous ne connaissez
rien. Vous ne vous intéressez à rien, ce sont les
ministères sectoriels qui mènent.
M. Morin: Je voudrais bien que vous...
M. Rivest: Et tout ce beau discours que vous nous avez fait ce
matin sur les nouvelles orientations. Au fond, vous allez à
la surface de tous les dossiers; d'ailleurs, votre dernière
incursion dans le domaine de l'agriculture, qui vous a valu une lettre du
ministre Whelan, vous incite à la prudence, j'imagine.
M. Morin: À laquelle je vais répondre d'ailleurs,
comme vous le pensez bien.
M. Rivest: Oui. Alors, donc vous n'êtes pas au courant.
Vous savez que vous êtes contre certains aspects de l'agence de tamisage.
Quelles sont les orientations que le gouvernement ou que le ministère
des Affaires intergouvernementales favorise? Est-ce que des communications avec
FIRA ont été possibles? Est-ce qu'il y a moyen d'avoir des
documents? Il s'agit de la question des investissements. C'est important, dans
le contexte économique. Vous vous êtes donné une vocation
économique, alors, j'essaie d'épouser l'orientation du ministre
pour voir ce qui se cache derrière les mots, et pour l'instant, je n'ai
rien trouvé.
M. Morin: M. le Président, j'ai aussi dit, en long et en
large, ce matin que, dans cet effort d'orienter les objectifs du
ministère vers l'économie, nous travaillons en étroite
concertation avec les autres ministères. Le député l'a
même remarqué lorsqu'il a commenté mes propos ce matin.
Voilà des dossiers que nous traitons avec le ministère de
l'Industrie, du Commerce et du Tourisme et ce sont eux, les principaux
responsables de ces dossiers. C'est tout simplement dans le respect de la
compétence de mon collègue que je vous invite à lui poser
des questions là-dessus si le coeur vous en dit.
M. Rivest: Si vous les traitez, j'imagine que vous en avez
connaissance. Je vous demande - je ne vous demande pas le détail, telle
firme devait s'établir à tel endroit, nous avons eu tel type de
représentation - quelles sont vos orientations générales,
comme responsable du ministère des Affaires intergouvernementales. Vous
vous promenez dans tous les azimuts; par exemple, vous êtes allé
aux États-Unis parler d'énergie, tripler - votre collègue
vous a dit que de tripler, c'était peut-être un peu fort, vous
aviez fait une petite erreur - les exportations d'énergie. C'est ce que
vous aviez dit ou quelque chose comme cela.
M. Morin: Non, je m'excuse M. le Président.
M. Rivest: J'essaie de voir...
M. Morin: Non, non, je m'excuse. Un instant. C'était
inexact; je n'avais jamais utilisé cette expression.
M. Rivest: Ah bon! Parfait.
M. Morin: C'est un journaliste qui s'est fondé sur les
calculs qui paraissaient dans un article du Devoir, à la fin du mois de
décembre, et qui a extrapolé, mais ce n'était pas de moi,
c'était un commentaire du journaliste.
M. Rivest: En parlant de FIRA, je cherche à voir... Tiens,
on pourrait développer une autre question: Le virage technologique de
votre collègue, le ministre d'État au développement
économique, assez célèbre...
M. Morin: Vous avez pu constater à la lecture,
peut-être n'avez-vous pas eu le temps...
M. Rivest: Je m'en suis fait un devoir.
M. Morin: Alors, vous aurez constaté que justement le
rôle des délégations dans l'expansion du commerce
extérieur du Québec est fortement souligné dans ce
document.
M. Rivest: Voilà un exemple concret, mais il y a un paquet
de choses dans le livre de votre collègue qui mettent en cause le
gouvernement fédéral. Il y a un acte de foi dans le marché
commun canadien qui semble d'ailleurs assez contredire l'axe nord-sud, parce
que c'est plutôt une valorisation de l'axe est-ouest.
Quel est le plan d'action du ministère des Affaires
intergouvernementales pour mettre en oeuvre les propositions qui ont
été adoptées par l'ensemble du Conseil des ministre? Vous,
comme ministère des Affaires intergouvernementales, j'imagine que vous
en avez pris connaissance, j'imagine que vous avez des vues. Je veux avoir le
plan d'action, savoir ce que ça va changer concrètement au cours
de la prochaine année.
M. Morin: Non seulement l'avons-nous lu, mais nous avons
été consultés et nous avons participé à la
rédaction du document.
M. Rivest: Très bien.
M. Morin: Parce que le prolongement extérieur des
compétences du Québec est tout à fait essentiel si on veut
réussir un virage technologique comme celui-là. D'ailleurs, le
ministère d'État au Développement économique
lui-même a dû consulter d'autres ministères sectoriels
également avant de rédiger ce rapport, ce livre blanc. Par
exemple, il a consulté celui de l'Industrie, du Commerce et du Tourisme;
il a consulté celui de l'Énergie et des Ressources, et il nous a
consultés. Nous avons même eu des rencontres à
plusieurs
pour établir les priorités qui se dégagent de ce
livre blanc. Par exemple, lorsque j'étais ministre d'État au
Développement scientifique j'ai également à ce titre
contribué aux propos qui parlent, par exemple, des biotechnologies, et
à titre de ministre des Affaires intergouvernementales maintenant je
m'intéresse aux accords avec l'étranger portant sur les
biotechnologies, lesquelles font l'objet, vous le savez, de projets. Nous avons
d'ailleurs convenu que le ministère des Affaires intergouvernementales
nommerait, dans le cadre de la délégation du Québec
à Paris, un conseiller en technologie et en développement
qui...
M. Rivest: Je m'excuse auprès du ministre, Paris on va y
venir à l'autre programme. Là, je vous retiens à Ottawa.
Dans l'ensemble du document - enfin je ne veux pas qu'on reprenne toutes les
choses -par exemple, on parle de l'aérospatial, on parle du transport en
commun, du "off shore", de la construction navale, des secteurs primaires, des
pâtes et papiers, de la pêche, enfin de tout. Ce document existe.
Plusieurs éléments de ce document pour la réalisation, et
cela a été noté par tous les observateurs,
nécessitent la collaboration du gouvernement fédéral;
deuxièmement, pour rendre très actifs les dossiers de
coopération entre le gouvernement fédéral et celui des
provinces.
Si vous ne l'avez pas en ce moment, peut-être ne l'avez-vous pas
parce que le livre est assez récent. Je vous demande si, en cours
d'année vous allez, comme ministre des Affaires intergouvernementales,
indiquer à vos interlocuteurs, parce que c'est important, dans la mesure
où vous avez cette responsabilité-là et que maintenant
vous êtes devenu le ministre des Affaires intergouvernementales devenu un
ministre économique. J'espère que vous allez avoir un plan
d'action et j'essaie d'avoir les éléments de ce plan d'action.
Voilà, dans le domaine, par exemple, de l'aérospatial, de la
construction d'avions, le fédéral a tel titre d'intervention,
nous prévilégions plutôt tel type, nous avons tel type
d'usines, mon collègue de l'Industrie et du Commerce fait telle chose,
et moi - en parlant de vous comme porte-parole du ministère des Affaires
intergouvernementales - je rencontre mes interlocuteurs fédéraux
et je leur dis: Voilà, c'est cela. Au lieu d'attendre que les dossiers
se développent ou qu'un ministre fédéral ou
québécois s'enfarge dans les fleurs du tapis et qu'on fasse tout
un drame politique, je voudrais que vous soyez sérieux dans la... Vous
l'êtes sans doute, mais je voudrais sentir que vous l'êtes en ayant
des politiques de relations intergouvernementales dans le domaine
économique qui soient visibles; la visibilité à ce jour je
ne l'ai pas vue...
M. Morin: M. le Président, je veux d'abord
répéter ce que j'ai dit il y a un instant, que le
ministère des Affaires intergouvernementales a été
associé à la rédaction...
M. Rivest: Je sais tout cela.
M. Morin: C'est important que vous le sachiez et que vous en
teniez compte parce que cela définit automatiquement le rôle que
nous serons appelés à jouer. Nous ne sommes pas pour autant un
ministère à vocation économique. Nous sommes un
ministère qui a des préoccupations globales, y compris la
dimension économique. Ce n'est pas la même chose.
M. Rivest: On tombe d'un cran. J'ai lu toutes vos
déclarations depuis le début. J'avais l'impression que...
M. Morin: Non, nous traitons de tous les aspects des Affaires
intergouvernementales, y compris la dimension économique. Par exemple,
lors des missions que j'ai été appelé à effectuer
à l'extérieur du Québec, en Alberta, en Ontario, il a
été justement question de certains aspects de ce livre, des
projets qui sont ébauchés pour le développement
économique du Québec. Par exemple, en Alberta, j'ai
rencontré un certain nombre de dirigeants d'entreprises et de
fonctionnaires de cette province, nous avons ensemble discuté de ce que
pourraient être les liens économiques, du développement des
liens économiques entre l'Alberta et le Québec. C'est l'aspect,
si vous voulez, intergouvernemental.
Je ne suis pas seul dans ces dossiers. Il y avait des fonctionnaires de
l'Industrie et du Commerce qui m'accompagnaient. Il y avait des hommes
d'affaires qui m'accompagnaient. Par exemple, si je ne m'abuse, le
vice-président de la Société générale de
financement et le président de Marine Industrie faisaient partie de la
petite délégation qui est allée en Alberta. J'ai
rencontré de la sorte, en leur compagnie, les responsables des
pétrolières, les compagnies pétrolières
indépendantes, les membres de l'IPAC, les membres de la CPA,
c'est-à-dire les sociétés majeures dans le domaine du
pétrole. J'ai rencontré les membre de la société
Dome, j'ai rencontré ceux de la société
Pétro-Canada, de même qu'un certain nombre de ministres albertains
qui s'intéressent non seulement aux affaires intergouvernementales, mais
aux affaires économiques, par exemple, M. Johnston et M. Planche.
Nous avons discuté de la meilleure façon d'amorcer les
rapports économiques, de développer les rapports
économiques entre le Québec et l'Alberta. Comment pouvait-on
favoriser, par exemple, les investissements de part et d'autre? Comment
pouvait-on faire que la SGF et que Marine Industrie puissent
bénéficier des retombées de certains contrats
découlant des projets de l'Alberta dans le domaine du pétrole ou
dans l'exploration de la mer de Beaufort et de tous les instruments et les
équipements spéciaux dont ils auront besoin pour mener à
bien ce développement.
Pour ce qui est des aspects techniques, ce sont mes collègues qui
vont poursuivre le travail. Je ne suis pas ministre de l'Industrie et du
Commerce, de sorte que M. Biron, mon collègue, va maintenant aller en
Alberta avec une délégation de fonctionnaires plus
étoffée que la mienne pour aller plus loin, pour examiner les
aspects techniques de ces échanges. Voilà comment cela se
passe.
M. Rivest: Je comprends.
M. Morin: Je suis heureux de voir que vous comprenez.
M. Rivest: Lorsque le ministre des Affaires intergouvernementales
participe à une conférence fédérale-provinciale
dans quelque domaine que ce soit, il a un agenda, il a souvent un document
d'introduction, il a des notes précises, il a des choses précises
à dire. Vous m'avez semblé vouloir - c'est très
légitime - développer, comme ministre des Affaires
intergouvernementales les rapports avec... Je regarde, par exemple, en Ontario
où il a été question de transport urbain, d'avions pour
combattre les incendies, de Nordair, de Bombardier, de la politique d'achat,
d'émissions de télévision. Ce que je vous demande - il
faut, pour pouvoir apprécier votre action, parce que c'est bien beau
votre voyage, vous pouvez causer comme cela à gauche et à droite
- ou bien les ministres sectoriels pourraient...
M. Morin: Causer à gauche et à droite, avec les
responsables politiques là-bas...
M. Rivest: Oui, c'est cela.
M. Morin: ... cela n'a évidemment aucune espèce
d'importance aux yeux du député de Jean-Talon.
M. Rivest: Je veux en juger, justement. Je veux que l'opinion
publique puisse en juger. Qu'est-ce que vous avez à dire? Quels sont les
mandats? Quelles sont les propositions que vous faites, ou est-ce que
simplement, comme cela se produit très souvent, non seulement vous, mais
tout le monde - je me suis moi-même livré à cet exercice -
on cause comme cela d'avions, de ceci et de cela, sans avoir de mandat. Quand
vous vous rendez dans les autres provinces, cela crée une impression.
Cela réussit, et c'est très bon, mais je veux voir si vous avez
des mandats précis de vos collègues sectoriels pour dire, dans le
domaine des avions: En Ontario, pour combattre les feux de forêts, il y a
tels besoins, je vais leur offrir... (17 h 15)
Je veux savoir quels sont vos mandats précis. Je ne vous demande
pas toutes les réalisations, mais les mandats précis que vous
avez quand vous vous promenez en Alberta ou aux États-Unis. Quand je dis
"vous vous promenez", ce n'est pas dans un sens péjoratif, je
considère que c'est votre fonction, mais quels sont les mandats que vos
collègues sectoriels vous donnent? C'est ce que je veux savoir.
M. Morin: Tout d'abord, comme le député ne l'ignore
pas, j'ai le mandat, en tant que ministre des Affaires intergouvernementales,
de coordonner toutes les relations extérieures du Québec, y
compris les relations économiques mais pas seulement les relations
économiques, également les relations culturelles, dans le domaine
social, etc. Avant de me rendre, par exemple, aux États-Unis ou encore
en Alberta, je rencontre mes collègues pour faire le tour des
problèmes qu'ils ont.
Ensemble, nous décidons, par exemple, que je serai
accompagné d'un de leurs fonctionnaires pour qu'il puisse me tenir au
courant des problèmes concrets de ce secteur. Lorsque je me rends
à l'étranger ou encore en Alberta, dans une province canadienne,
je rencontre évidemment, généralement, le premier ministre
et le ministre des Affaires intergouvernementales et, quelquefois, aussi des
ministres sectoriels. Nous revoyons après l'ensemble des rapports. Ce
sont des occasions de coordonner l'ensemble de nos rapports et de faire la
synthèse de tous les échanges dans tous les domaines. Ensuite,
nous convenons qu'il y a lieu de mettre l'accent sur ceci ou sur cela. Ce sont
les fonctionnaires qui interviennent, et, plus tard, éventuellement le
ministre lui-même viendra approfondir les dossiers avec son
collègue sectoriel de l'Alberta. J'ai pris l'Alberta comme exemple parce
que c'est comme ça que ça s'est passé effectivement.
M. Rivest: Vous comprenez ce que je veux dire. Mais comment
voulez-vous qu'on apprécie le changement de direction que vous dites
vouloir donner au ministère des Affaires intergouvernementales quand
finalement, lorsqu'on vous pose une question concrète, vous nous dites:
Ce n'est pas moi, ce sont les ministres sectoriels?
M. Morin: Je n'ai pas dit ça. J'ai dit exactement le
contraire.
M. Rivest: Prenons un exemple simple.
Vous avez, en Ontario, parlé de la vente à l'Ontario
d'avions québécois pour combattre les feux de forêt. Je
prends cet exemple très concret. Je veux savoir comment un ministre des
Affaires intergouvernementales, ça fonctionne dans la nouvelle version
par rapport à ce qui se faisait avant. C'est pour apprécier votre
changement d'orientation; je veux voir si c'est vrai.
M. Morin: Oui. D'abord, il faudrait que vous puissiez interroger
aussi mon prédécesseur parce que lui aussi avait des
préoccupations d'ordre économique.
M. Rivest: ...
M. Morin: II ne faut pas tenter de donner l'impression que j'ai
inventé le Pérou.
M. Rivest: C'est l'impression que j'ai recueillie en vous voyant
aller depuis quelque temps.
M. Morin: Tant mieux. Je ne demande pas mieux que d'impressionner
le député de Jean-Talon.
M. Rivest: Un journaliste a dit: Le nouveau ministre des Affaires
intergouvernementales voulait bien montrer que Québec ne boude plus dans
son coin et que sur la Grande-Allée, à Québec, on a
d'autres cassettes à faire entendre que celles... Là on parle du
refrain. Pour être très franc avec le ministre, je veux bien
croire à ses bonnes intentions mais je pense que ça prendra - je
ne veux pas être injuste pour le ministre, il arrive au ministère
- un certain temps avant que l'on puisse constater vraiment s'il y a des choses
nouvelles. Il y a un document qui a été donné, Le
changement technologique. Sur l'énergie, Grand Dieu!, ce que vous
êtes allé faire, le ministre de l'Énergie aurait
très bien pu le faire. Je cherche à voir ce que vous allez faire
exactement, ce que avez à offrir. Le transport urbain à Toronto,
de quoi avez-vous parlé?
M. Morin: Je tente d'expliquer depuis tout à l'heure au
député que le rôle du ministre des Affaires
intergouvernementales, c'est de se soucier de l'ensemble des rapports du
gouvernement du Québec avec les autres gouvernements, la dimension
économique étant à l'heure actuelle dominante en raison de
toutes les circonstances que nous connaissons. Quand je vais dans une autre
province ou quand je vais à l'étranger, mais prenons le cas de
l'Alberta, puisque c'est effectivement comme cela que cela s'est passé,
j'ai l'occasion, à un niveau qui est plus élevé sans
doute, d'entretenir, par exemple, le ministre des Affaires
intergouvernementales de cette province ou encore le premier ministre de cette
province de nos préoccupations économiques. Vous savez comme moi
qu'avoir l'occasion de sensibiliser le premier ministre d'une province à
des problèmes qui ne connaissent pas de solution et qui devraient en
connaître une, cela peut faire avancer les dossiers. Effectivement, c'est
sans doute ce qui va se produire. C'est le coup de pouce, souvent, au niveau du
premier ministre ou du ministre des Affaires intergouvernementales qui peut
faire évoluer les dossiers proprement économiques. C'est cela la
fonction du ministre des Affaires intergouvernementales. Ce n'est pas d'aller
négocier le détail des accords, parce que ce serait trop
considérable comme travail, c'est d'aller voir, d'examiner avec les
collègues, avec les homologues dans les autres gouvernements la
façon de faire débloquer un ensemble de dossiers ou, si vous
voulez, de redonner un nouvel élan à la coopération
économique. C'était cela le but, et je crois avoir atteint ce
but, soit dit en passant.
M. Rivest: Cela réduit à des proportions beaucoup
plus humbles les...
M. Morin: On me signale un exemple très concret. Cette
fois, cela se passait en Ontario. Il y a un dossier qui est embourbé
depuis des mois, si ce n'est davantage, au niveau inférieur de
gouvernement et qui porte sur les CL-215, des avions qui, vous le savez, sont
fabriqués à Montréal et qui servent à
éteindre les incendies de forêt. Il fallait que ce dossier soit
porté plus haut pour que vienne l'impulsion ou le coup de pouce qui
puisse débloquer ce dossier. Effectivement, je crois que nous allons
obtenir des résultats parce que justement j'ai apporté ce dossier
avec d'autres à un niveau supérieur. C'était la
tâche que je m'étais donnée.
M. Rivest: Vous êtes en quelque sorte la locomotive?
M. Morin: Vous savez, dans un train comme celui d'un
gouvernement, il peut y avoir plusieurs locomotives.
M. Marx: Puis-je juste poser une question, M. le
Président? Je remplace quelqu'un.
Le Président (M. Blank): Vous avez droit aux
mêmes...
M. Marx: Même si je ne remplace pas, je n'ai pas le droit
de vote. Je ne pense pas que cela va nous aider, de ce câté, le
droit de vote, aujourd'hui, de toute façon. Le ministre a dit plus
tôt qu'il n'a pas inventé le Pérou; peut-être que
c'est vrai. Il a dit que son homologue, qui était ministre des
Affaires intergouvernementales avant lui, s'occupait aussi de l'aspect
économique.
M. Morin: Bien sûr.
Exportations
M. Marx: II a été là pendant plus de cinq
ans. Qu'a-t-il réalisé sur le plan économique? On voit
dans les journaux que la France fait plus d'affaires avec l'Ouest du Canada
qu'avec le Québec. Je représente mon parti aux crédits
depuis trois ans maintenant, et je n'ai jamais compris ce que le ministre des
Affaires intergouvernementales qui vous a précédé a fait
dans le domaine économique. Il n'a rien fait. Toutes les autres
provinces nous dépassent dans le dossier économique à
l'étranger.
M. Morin: C'est absolument inexact, ce que vous venez de dire
là, M. le député. Je pense que vous auriez
intérêt à vous documenter avant de faire des affirmations
comme celles-là.
M. Marx: En voilà une.
M. Morin: Non.
M. Marx: En voilà une.
M. Morin: Justement, justement, voilà un article qui peut
littéralement fausser le débat et vous donner une idée
inexacte. Le cas de l'Ontario est assez spécial, en ce qui concerne les
exportations vers la France, tout simplement parce qu'il y a un nombre
considérable de ports de l'Ontario qui servent à l'exportation en
réalité des produits de l'Ouest et qui, parce que mis à
bord d'un cargo sur les Grands Lacs, sont "chargés", comme on dit,
à l'Ontario. Mais en réalité, la production
québécoise exportée vers la France est beaucoup plus
diversifiée et c'est surtout, vous le savez, des produits finis et
semi-ouvrés. Tandis que ce qui est exporté de l'Ontario et de
l'Ouest, c'est souvent des matières premières.
En plus de cela, un aspect qui est particulièrement vexant pour
les Québécois, c'est le fait que sur les 348 000 000 $ que
l'Ontario exporte vers la France, il y a également à peu
près 200 000 000 $ qui viennent de Chalk River, du fait que le
gouvernement fédéral a concentré toute l'industrie
nucléaire depuis des années dans l'Ontario. Le principal
establishment nucléaire est dans l'Ontario. Comme il y a des rapports
sur le plan des produits entre le plomb radioactif, le cobalt, l'eau lourde, le
radium, le thorium, le thallium et ainsi de suite, et comme la France
achète de ces produits, ils viennent presque tous de Chalk River. C'est
ce qui explique ces chiffres, les deux facteurs que j'ai donnés. En
réalité, le Québec exporte beaucoup plus en France que
l'Ontario et surtout des produits ouvrés et semi-ouvrés.
M. Marx: Le ministre peut-il nous donner la liste des
exportations de toutes les provinces, y compris le Québec, vers la
France, et nous donner aussi en même temps le montant des investissements
de la France au Québec et dans les autres provinces?
M. Morin: Si le député veut me donner quelques
heures, je...
M. Marx: Même jusqu'à demain.
M. Morin: ... peux certainement lui sortir ces chiffres. Demain
ou après-demain, sûrement, parce que dans la mesure où il y
a des recherches à effectuer et où je dois consulter mes
collègues de l'Industrie et du Commerce pour avoir des chiffres
précis et détaillés, il faudra attendre quand même
un peu.
M. Marx: Si c'est vous qui vous occupez des relations
intergouvernementales sur le plan économique, vous devez avoir ces
chiffres dans votre...
M. Morin: J'ai les chiffres généraux.
M. Marx: ... ministère. Donnez-nous quelque chose et je
vais contacter la journaliste Francine Osborne de la Presse pour lui dire que
son article est tellement inexact qu'elle devrait vous contacter avant
d'écrire un tel article.
M. Morin: Je pense, oui, qu'elle aurait eu intérêt
à se documenter...
M. Marx: Elle a tort, c'est cela.
M. Morin: ... comme il faut. Elle a vu des chiffres bruts et
parce qu'elle ne sait pas...
M. Marx: Le problème avec ce gouvernement, c'est qu'on ne
peut jamais rien avoir au sujet des chiffres et des documents. On demande
à chacun des ministres, on n'a jamais rien, c'est vrai cela.
M. Morin: Si vous désirez avoir des chiffres sur le
commerce, ils sont d'ailleurs publics dans la plupart des cas. On peut
très bien vous envoyer l'annuaire du gouvernement et d'autres
publications qui vous documenteront là-dessus. Mais cela n'a jamais
été votre fort jusqu'ici, M. le député,
permettez-moi de le dire sans méchanceté, de vous
intéresser aux questions économiques.
M. Marx: Vous non plus.
M. Morin: Ah! si.
M. Marx: Vous non plus.
M. Rivest: Sur ce plan, vous vous ressemblez.
M. Morin: M. le Président, il faudra que le
député D'Arcy McGee se tourne vers son collègue de droite
pour qu'il sache qu'au moment où j'étais dans l'Opposition,
c'était une de mes tâches...
M. Rivest: Mon Dieu!
M. Morin: ... que j'avais à m'entretenir assez
fréquemment avec...
M. Marx: Mais le ministre...
M. Morin: ... son chef de l'époque.
M. Rivest: II le faisait tellement bien que...
M. Marx: Je vais apprendre quelque chose au ministre. Avant de
faire mon droit j'ai été dix ans dans les affaires. Donc, je me
suis toujours intéressé aux affaires économiques.
M. Morin: C'est tant mieux. J'essaierai de donner des chiffres au
député si cela l'intéresse vraiment.
M. Marx: Oui, cela m'intéresse vraiment.
M. Morin: S'il veut ces chiffres...
M. Marx: Parce qu'on pose cette question chaque année, et
on n'a jamais eu de réponse...
M. Morin: On peut vous donner ces chiffres, parce que nous les
avons. Les chiffres globaux, bien sûr, du commerce extérieur du
Québec, nous avons cela.
M. Marx: Et des investissements aussi au Québec et dans
les autres provinces...
M. Morin: Les investissements...
M. Marx: ... pour voir si nos gars font du travail
économique ou du travail politique au Japon, en France, ici et
là.
M. Morin: Maintenant, M. le Président, nous avons des
chiffres, mais ils sont parfois approximatifs, parce que, comme le gouvernement
n'a pas le doigt dans tout et comme il existe beaucoup d'entreprises
privées qui font des affaires, on n'est pas toujours au courant de tous
les investissements qui ont lieu. On en connaît certains, parce qu'ils
passent parfois par les délégations générales ou
encore les conseillers économiques ou les attachés commerciaux,
mais souvent c'est d'entreprise, à entreprise et là le
gouvernement n'a pas à être au courant de tous les détails.
Il faut faire la part du privé et du public.
M. Rivest: M. le ministre, si vous me le permettez... Je remercie
mon collègue, vous avez donné une excellente introduction au
prochain programme que nous examinerons.
Je vais essayer de saisir la différence fondamentale qui a
entraîné l'arrivée du ministre dans le domaine
économique au niveau du ministère des Affaires
intergouvernementales; je m'aperçois que c'est la continuité, et
je la comprends comme cela. (17 h 30)
M. Morin: II y a beaucoup de continuité dans le
renouveau.
M. Rivest: D'autant plus que l'ancien ministre...
M. Morin: Ou de renouveau dans la continuité.
M. Rivest: ... en quittant ses fonctions avait dit qu'il
demeurait disponible pour le nouveau ministre pour fins de consultation;
j'espère que vous l'avez consulté depuis.
M. Morin: Effectivement, nous sommes restés,
évidemment, comme vous vous en doutez bien...
M. Rivest: Très bons amis.
M. Morin: ... très bons amis. Il m'arrive effectivement de
causer de toutes ces choses avec lui, forcément à cause de...
M. Rivest: Avec avantage, cela, je peux...
M. Morin: ... l'expérience considérable...
M. Rivest: Bien, c'est cela.
M. Morin: ... qu'il a accumulée.
M. Rivest: Énorme.
M. Morin: Énorme.
Relations avec les autres provinces
M. Rivest: Pour continuer sur les affaires canadiennes,
concernant les dossiers relatifs aux relations intergouvernementales au pays,
d'une part, je voudrais connaître les principaux dossiers qui vont
intéresser, en cours d'année, le ministère des
Affaires
intergouvernementales, d'abord, avec les autres provinces canadiennes;
les dossiers majeurs, je ne veux pas avoir... Quelles sont les priorités
des dossiers que vous allez traiter - là, je ne parle pas au niveau
fédéral - avec les autres provinces canadiennes?
M. Morin: Oui, très volontiers, M. le Président,
puisque, comme vous le savez, nous en faisons état dans le document que
j'ai remis à l'ensemble des députés, dont j'espère
le député de Jean-Talon a pris connaissance.
M. Rivest: Je l'ai lu, mais je n'en ai pas trouvé
beaucoup.
M. Morin: M. le Président, nous avons fait état
d'un certain nombre de dossiers que...
M. Rivest: Pas au niveau fédéral, au niveau
interprovincial.
M. Morin: Au niveau interprovincial, il s'agit, d'abord et avant
tout, comme je l'ai signalé à plusieurs reprises récemment
à l'occasion de ma mission en Alberta et en Ontario, de
développer les rapports économiques entre ces entités et
nous.
M. Rivest: Je sais, mais de quel ordre?
M. Morin: Peut-être aussi de nous concerter devant
certaines politiques économiques du niveau fédéral. Par
exemple, nous avons convenu que la façon dont le gouvernement
fédéral veut imposer des conditions dites nationales, des
standards dits nationaux, dans le domaine de l'enseignement supérieur ou
encore dans le domaine de la santé, que ces intrusions
fédérales sont inacceptables, non seulement pour le
Québec, mais pour d'autres provinces. Nous avons eu également
l'occasion de parler d'un meilleur équilibre entre les exportations, par
exemple, de l'Ontario vers le Québec et de celles du Québec vers
l'Ontario...
M. Rivest: Comme...
M. Morin: ... parce que, à l'heure actuelle, par exemple,
l'Ontario nous vend pour 8 000 000 000 $ et nous lui vendons pour environ 8 000
000 000 $.
M. Rivest: Quelles sont les mesures concrètes que vous
avez évoquées avec votre collègue ontarien?
M. Morin: Justement, j'ai fait allusion -je ne veux pas entrer
dans tous les détails parce que certains d'entre eux...
M. Rivest: Non, mais donnez-en quelques-uns.
M. Morin: Eh bien...
M. Rivest: Jusqu'à maintenant, vous n'avez pas
été avare de détails.
M. Morin: J'ai mentionné il y a un instant - le
député m'écoutait, il m'a semblé en tout cas
-...
M. Rivest: Ah! oui.
M. Morin: ... la question des CL-215. Cela peut
éventuellement représenter des exportations considérables
parce que le prix de ces appareils est important. Nous traitons
également avec l'Ontario des questions de dépollution.
M. Rivest: Excusez-moi... M. Morin: Par exemple de...
M. Rivest: ... c'est parce que... M. le ministre, je m'excuse,
j'aimerais esssayer de voir un peu l'envergure de tout cela. Vous avez
mentionné les exportations, pour rétablir au fond la balance
commerciale -appelons-la comme cela -...
M. Morin: Bien! Disons...
M. Rivest: ... entre le Québec et l'Ontario. Mais
là, vous m'avez dit juste les deux... De quel autre dossier
désirez-vous traiter?
M. Morin: Disons l'équilibrer davantage. M. Rivest:
C'est cela, oui, davantage. M. Morin: Bon, parce que... M.
Rivest: Pas la même...
M. Morin: ... effectivement, il conviendrait que l'Ontario
achète davantage.
M. Rivest: De quel autre dossier dans le domaine des
exportations?
M. Morin: Par exemple, les achats que pratiquent les grands
magasins de l'Ontario au Québec, par le truchement de notre
délégation générale. Nous avons convenu que notre
délégation générale redoublerait ses efforts pour
que les produits québécois de toute nature
pénètrent davantage sur le marché ontarien. Bon!
Évidemment, ce ne sont pas toujours, à l'unité, des ventes
qui représentent un chiffre aussi considérable que dans le cas
d'un CL-215. Mais il faut avoir l'oeil au petit commerce aussi, qui peut
être très important pour le progrès de nos
exportations.
M. Rivest: Vous n'avez pas pensé aux biens culturels?
M. Morin: Dans le cas de ma rencontre avec les Franco-Ontariens,
si, il en a été question parce que, effectivement, l'existence de
francophones en Ontario, en Acadie, représente une occasion
d'échanges culturels importants, y compris d'échanges de produits
culturels. Il en a été question à cette
occasion-là.
M. Rivest: Dans le monde agricole, est-ce que vous aviez des
propositions à faire à vos collègues? Par exemple, dans
l'industrie laitière, on sait que le Québec produit 60% du
marché au pays; le marché de l'Ontario, pour le lait ainsi que
pour les produits laitiers, s'y prêterait. Est-ce que vous en avez
parlé? Je ne veux pas tyranniser le ministre, mais je voudrais qu'il ait
un plan. Il nous parle des exportations et je lui arrache à la
pièce les éléments de dossier. Il me semble que si vous
vous êtes rendu à Toronto pour proposer à nos
collègues ontariens, à nos concitoyens ontariens, des
modalités de mieux articuler les intérêts
économiques réciproques des deux provinces, vous devez être
arrivé avec un plan précis: Voici, nous vous achetons ceci, cela,
et nous vendons ceci, cela, il y a moyen de modifier. Là, j'essaie
d'obtenir des choses concrètes et vous ne m'en dites pas.
M. Morin: Je m'excuse, mais, au niveau où nous nous
situons, il ne pouvait être question que de quelques grands dossiers qui
paraissent parfois bloqués. J'ai fait allusion déjà au
CL-215, il y a un autre dossier délicat, il y en a qui sont
délicats sur lesquels je ne pourrai sûrement pas m'étendre
bien longuement et je pense que le député de Jean-Talon
comprendra pourquoi.
Mais prenons le dossier des wagons de métro de Toronto.
Voilà un dossier au sujet duquel le Québec a des doléances
à exprimer depuis longtemps. Un premier contrat, si ma mémoire
est bonne, remontant à quelques années, lequel est donné
à une entreprise ontarienne sans appel d'offres, alors qu'une entreprise
québécoise que je n'ai pas à nommer - elle est d'ailleurs
assez dans l'actualité comme cela - aurait pu être en mesure de
soumissionner et peut-être même de remporter ce contrat-là;
on l'avait octroyé sans appel d'offres. J'avais des
représentations à faire, au nom du gouvernement du Québec,
au niveau le plus élevé possible, pour expliquer que ces
pratiques ne nous paraissent pas conformes à des échanges qui
seraient améliorés entre le Québec et l'Ontario.
M. Rivest: Je vois.
M. Morin: Deuxième et, par la suite, autre exemple - je ne
veux pas entrer non plus dans les détails parce qu'encore une fois,
c'est un peu délicat et je ne veux pas aggraver la situation, je veux
essayer de l'améliorer - une seconde fois, une entreprise
québécoise - deux ans plus tard, je crois, ou trois ans plus tard
- est habilitée à faire des offres mais, au dernier moment, on ne
tient pas compte de ces offres et on lui préfère, de toute
façon, d'autorité une société ontarienne.
Voilà encore un procédé qui n'est pas favorable à
l'existence de bons rapports de nature économique entre le Québec
et l'Ontario.
M. Rivest: Ce que...
M. Morin: Est-ce que cela vous suffit comme exemple ou en
voulez-vous encore beaucoup comme cela, parce qu'il y en a beaucoup comme
cela.
M. Rivest: Non. Vous en avez un. Ce que je veux...
M. Morin: Bon Dieu! Je ne veux pas non plus entrer dans tous les
détails, mais il y aurait aussi l'affaire de Propair, il y a
Régionair, il y a Québecair et Nordair; je ne veux pas entrer
dans tous les détails parce que c'est un peu délicat.
M. Rivest: Quand vous nous dites que vous voulez
développer en priorité, sans exclure les autres dimensions, la
dimension économique et que c'est dans l'intérêt du
Québec, on en convient volontiers. Ce que je veux - enfin, vous ferez
bien ce que vous voudrez, mais c'est ce que je souhaiterais -c'est que, comme
ministre des Affaires integouvernementales, à l'occasion des
crédits de cette année ou l'an prochain - cette année, il
me semble que ce ne sera pas possible, mais l'an prochain ou en cours
d'année, le ministère des Affaires intergouvernementales pourrait
le faire - on rende publics quelque part peut-être à l'occasion
d'une conférence de presse que vous pourriez donner - vous pourriez
poser un geste à votre convenance - d'une façon la plus
complète possible, les objectifs économiques du Québec en
regard du marché économique canadien, donc des documents sur les
échanges existant entre les provinces ou les régions du pays. On
dirait alors: Voici, le ministère des Affaires intergouvernementales est
l'éclaireur ou, enfin, le porte-parole premier au niveau qu'il est. Je
suis bien conscient que c'est une des dimensions du rôle que le ministre
a évoqué, étant donné le niveau auquel il se situe
dans ces rapports.
Il y a, deuxièmement, les possibilités fournies par les
ministères sectoriels, les possibilités offertes au
Québec, les efforts
de vos collègues sectoriels que vous inviteriez. Je pense que
c'est votre rôle également d'animer les ministères à
vocation économique pour leur dire cela. Je voudrais qu'on puisse
retrouver, d'une façon cohérente et systématique, quelque
chose qui serait comme un commencement - je ne blâme pas les personnes en
place antérieurement - de politique économique du Québec,
en termes d'exportation, d'investissement et de tout ce qu'on voudra, de
recherche, etc., vers l'extérieur, que ce soient les autres provinces
canadiennes ou même sur le plan... On n'a jamais ces
éléments.
Je termine là-dessus, parce que nos délais, franchement...
Sans cela, on prend un dossier selon l'actualité, parce que c'est
d'actualité, et on tombe facilement dans le contentieux
fédéral-provincial, etc., alors que je suis convaincu - c'est ce
que j'avais compris des déclarations du ministre - qu'il y a
effectivement beaucoup de choses à faire et que le ministère des
Affaires intergouvernementales peut rendre au Québec et aux
ministères sectoriels des services extrêmement utiles. J'avais
compris que c'était la conception du ministre et je l'endossais. Ce que
je demande, au niveau des crédits, c'est qu'on ait quelque chose de
substantiel pour voir où le ministre se dirige, ce qu'il apporte dans
ses bagages, ce qu'il a à offrir, et qu'il fasse toute l'expertise
à l'intérieur du gouvernement du Québec pour qu'on puisse
suivre l'évolution d'une politique de commerce extérieur du
Québec avec les autres provinces. C'est cela que je voudrais. Je ne sais
pas si c'est possible.
M. Morin: M. le Président, je ne suis pas loin de partager
les vues du député de Jean-Talon. Je me contenterai de deux
commentaires. Le premier est que si je suis chargé de la coordination de
toutes les relations extérieures du Québec, aussi bien
culturelles que sociales, qu'économiques, que politiques, il revient
d'abord et avant tout au ministre d'État au Développement
économique d'établir les politiques économiques du
Québec.
M. Rivest: Du Québec, très bien.
M. Morin: Dans la mesure où ces politiques ont des
prolongements à l'extérieur, c'est là que je puis
être utile et c'est de cette façon que j'ai effectivement compris
mon rôle...
M. Rivest: C'est cela.
M. Morin: ... et la démarche que nous avons faite en
commun en vue de rédiger les pages de certains chapitres de cet
ouvrage.
La deuxième observation est que je n'entends pas, ce faisant, me
substituer à mes collègues. Je n'entends pas prendre leur place.
Je coordonne l'ensemble par rapport à l'extérieur. Donc, c'est
à la fois une place importante, mais aussi modeste. Je n'ai pas la
prétention d'épuiser les questions du développement
économique, du développement culturel. Il y a des ministres
d'État pour cela. C'est en coordination et en coopération avec
eux qu'on peut faire avancer les dossiers. C'est comme cela que j'ai
conçu mon rôle. Si c'est également la conception que s'en
fait le député de Jean-Talon, nous voyons les choses du
même oeil.
M. Rivest: Pour préciser ce que je voulais dire, prenez,
par exemple, un élément de politique économique important
qui a été réalisé sous le patronage du ministre
d'État auquel tous les ministres sectoriels... C'est la politique
économique pour le Québec dans cinq ou dix ans. C'est très
important comme orientation. Votre rôle, comme ministre des Affaires
intergouvernementales, c'est d'abord d'aller expliquer aux ministres
étrangers l'ensemble des grandes lignes de cela. C'est votre premier
rôle. Votre deuxième rôle, c'est de prendre à travers
cela - parce qu'il y a des choses qui concernent uniquement les questions de
politique économique interne -de découvrir et de valoriser,
à l'intérieur de ce document, les possibilités qui peuvent
être offertes au Québec à l'étranger. Je voudrais
que vous produisiez une politique qui prendra la forme d'un document avec des
objectifs, enfin des moyens, etc., pour que vos interlocuteurs étrangers
sachent ce que le Québec a à offrir; ayant eu telles choses, on
peut, à ce moment, amorcer un échange. Nous, ici, au niveau de
l'Assemblée nationale, nous pourrons apprécier votre action
beaucoup mieux qu'en allant gloser sur quelques dossiers au fil des semaines.
C'est ce que je veux.
M. Morin: Je vais donner au député un exemple
concret de ce qui peut être fait pour faire avancer à
l'étranger les intérêts du Québec et, en
particulier, un ouvrage comme celui qu'il avait entre les mains et dont je
constate qu'il lui accorde beaucoup d'importance, comme on doit le faire, je
pense. Le jour même de la parution de ce document - je pense que
c'était la première fois que cela se faisait - il y a eu
convocation du corps consulaire, donc, des consuls étrangers
présents à Montréal qui sont chargés des
intérêts commerciaux et économiques de leur pays à
Québec, à Montréal, et souvent dans l'ensemble du
Québec. Le corps consulaire a été convoqué le jour
même de sa parution pour être informé du contenu de ce
rapport. Voilà un geste concret et je vous assure que la réaction
a été excellente, d'ailleurs. (17 h 45)
M. Marx: C'est du PR, ça ne donne rien.
M. Morin: Qu'est-ce que vous voulez dire?
M. Marx: Cela veut dire que ce n'est pas un projet, c'est une
brochure.
M. Morin: Et vous voulez nous faire croire que vous avez
été dix ans dans les affaires, vous?
M. Marx: Le ministre Landry publie chaque année un truc
comme ça. C'est du PR. Il n'y a rien dedans. Il n'y a rien de
réalisé. C'est Bâtir le Québec, phase 2. Cela ne
veut rien dire, ça.
M. Morin: Je vois que le député de Jean-Talon a
quelques hésitations sur l'intervention...
M. de Bellefeuille: La bisbille dans les rangs de
l'Opposition.
M. Rivest: Je suis toujours d'accord avec mes collègues.
Néanmoins...
M. Morin: Le seul commentaire que je me permettrai, M. le
Président, c'est que le député de D'Arcy McGee sera sans
doute plus à l'aise dans les débats entourant les droits de
l'homme, tout à l'heure, que dans le dossier économique.
M. Marx: Vous y serez mal à l'aise.
M. Morin: C'est ce qu'on va voir. Je voudrais également
vous souligner que, le lendemain même de la parution de cet ouvrage, qui
est la phase 2 de Bâtir le Québec, le président de
l'exécutif flamand, M. Geens, a été vraiment ravi de
pouvoir en prendre connaissance. Son premier commentaire, après l'avoir
parcouru grosso modo, a été: II faut que, dans la région
économique flamande nous fassions un exercice de synthèse comme
celui-là.
Bon, voilà qui peut faire connaître les objectifs
économiques du Québec, les possibilités du Québec.
Je vais vous donner un autre exemple, encore plus concret, mais puisque vous
avez ouvert ce chapitre je pense qu'on fait aussi bien, pour
l'édification du député de D'Arcy McGee qui n'y
connaît rien, de donner quelques détails.
Récemment, nous avons traduit en chinois le Répertoire des
produits fabriqués au Québec.
M. Rivest: M. le Président, je ne voudrais pas interrompre
le ministre, mais je ne suis pas en chinois. Je suis dans la section
canadienne. Je n'ai rien contre les Chinois qui vivent au Canada mais,
là, vous êtes rendu avec les Flamands...
M. Morin: Je m'excuse.
M. Rivest: La première chose que vous devriez faire, je
vais vous le dire.
M. Morin: D'abord, des généralités, puis,
quand on essaie d'entrer dans les détails et de vous - donner des
actions concrètes que nous avons posées, ça ne fait plus
l'affaire.
M. Marx: Voici, c'est Bâtir le Québec, phase 2. Dans
la phase 1, l'économie a chuté au Québec.
M. Morin: Je regrette. La phase 1 s'est terminée il y a
plus d'un an, alors que l'économie n'avait pas encore commencé
à chuter et la phase 1 a été réalisée. Ce
n'est pas à moi de défendre mon collègue, il le ferait
mieux que je ne saurais le faire. La phase 1 a été
réalisée à plus de 90% des choses qui étaient
annoncées.
Une voix: Oh!
M. Morin: C'est un fait. Et il faudrait que vous connaissiez
l'affaire...
M. Rivest: Franchement, je ne veux pas entrer là-dedans.
Cela a donné une perte, d'après le ministre des Finances, de 150
000 emplois, la phase 1. J'espère que la phase 2 sera un peu mieux.
M. Morin: Cela dépendra.
M. Rivest: Peu importe, ce n'est pas le débat.
Le Président (M. Blank): Les affaires canadiennes.
À l'ordre, messieurs!
M. Rivest: Je retiens de nos échanges qui ont viré
au chinois, à un moment donné... Heureusement qu'on ne s'est pas
rendu là.
M. Morin: Mais je n'ai pas eu le temps de finir ça.
M. Rivest: On y reviendra aux affaires internationales, M. le
ministre, parce que je voudrais terminer la phase canadienne.
M. Marx: Juste une question, sur la phase canadienne. Vous dites
que vous allez dans d'autres provinces, comme on dit en anglais, donner des
"incentives" aux autres d'importer du Québec, pour que le Québec,
vende dans d'autres provinces. C'est ça?
M. Morin: Pour qu'il profite des retombées de grands
projets comme ceux de la mer de Beaufort; je donne ça à titre
d'exemple.
M. Marx: Je pense que tout ça, ce
n'est pas une question de sympathie parce que vous avez fait
votre...
M. Morin: Ce n'est pas une question de sympathie.
M. Marx: ... cour avec le ministre en Alberta, en Colombie
britannique. C'est une question d'argent. C'est comme les caisses populaires,
qui disent: Parlons d'argent.
M. Morin: Comment avez-vous deviné ça?
M. Marx: Je pense que c'est difficile dans tout ce que vous avez
dit. Ce n'était pas facile de deviner tout ça mais, finalement,
j'ai compris que c'était ça.
Donc, quand le fédéral est intervenu dans le contrat que
Bombardier a eu de la ville de New York, le fédéral a
donné des "incentives" à la ville de New York d'acheter de
Bombardier. C'est ça, c'est très bien. J'aimerais savoir - parce
que je vous ai donné un exemple - quels sont les "incentives" que vous
donnez à d'autres pour acheter au Québec? Est-ce que c'est une
question de sentiment? Ou est-ce une question...
M. Morin: Est-ce que le député est au courant de
l'existence d'un certain nombre d'organismes publics qui favorisent les
exportations? Est-ce qu'il connaît la Société de
développement industriel et ses programmes destinés aux
exportations? Il n'a pas l'air d'être très au courant.
M. Rivest: C'est un réalisation libérale!
M. Marx: Oui, c'est cela. Vous avez fait des voyages, j'aimerais
que vous nous donniez des exemples où vous avez donné des
encouragements quelconques pour qu'on achète au Québec, qu'on
favorise des retombées, etc. Donnez-moi des exemples. Vous avez fait une
tournée. Donnez-moi trois exemples, disons, ce n'est pas beaucoup.
M. Morin: Je vais vous donner un ou deux exemples, parce qu'il y
a aussi des dossiers qui ne sont pas rendus publics et qui ne le seront que si
jamais les projets aboutissent.
M. Marx: On veut parler des projets qui aboutissent; quand ils
n'aboutissent pas, ce n'est pas intéressant.
M. Morin: Par exemple, j'étais accompagné en
Alberta du vice-président de la SGF, une société publique
québécoise qui recherche l'occasion de faire des investissements.
SGF, cela veut dire la Société générale de
financement, M. le député.
M. Marx: On connaît cela!
M. Morin: Vous connaissez?
M. Rivest: Une réalisation libérale.
M. Morin: À l'époque, oui.
M. Rivest: Comme la SDI, comme à peu près tout ce
qui existe.
M. Morin: Bien sûr. Vous devriez dire cela à votre
collègue. Il n'a pas l'air de savoir que cela existe.
M. Marx: Non, mais qu'est-ce qu'on a fait?
M. Morin: La SGF est donc venue et avait plusieurs dossiers. Je
n'entrerai pas dans le détail, je l'ai dit, parce que certains de ces
projets aboutiront ou n'aboutiront pas. Pour dix projets qu'on met sur la
table, il y en a deux ou trois qui aboutissent.
M. Marx: Parlez d'un projet qui aboutit. De deux.
M. Morin: Donc. M. Marx: Réaboutit.
M. Morin: Le député a été dans les
affaires, prétend-il, il sait très bien que ces choses prennent
le temps qu'il faut.
M. Marx: Ce n'est pas en m'insultant qu'on va nous donner la
réponse.
M. Morin: II y a à peine deux semaines que nous y
étions et il faut laisser le temps aux gens de s'entendre.
M. Marx: Trois exemples depuis que vous êtes au pouvoir,
les péquistes, depuis que vous êtes au pouvoir, vous avez dit que
vous n'avez pas inventé le Pérou, donnez-nous des exemples depuis
novembre 1976 de projets avec d'autres provinces que vous avez
réalisés, où vous avez pratiqué l'incitation et
où cela a marché. Donnez-nous en dix, cela fait seulement 1 1/2
par année.
M. Morin: Je m'engage à donner une liste au
député parce qu'il y en a. Je vais consulter mes collègues
économiques pour être sûr de donner toutes les bonnes
réponses, mais il y en a.
Le Président (M. Blank): Le député de
Terrebonne a une question, une réponse ou une remarque, je ne sais
quoi.
M. Blais: Je m'excuse. Il arrive ceci... M. Marx: II n'en
connaît pas un par
coeur. Il y a quelque chose qui marche pas.
M. Blais: M. le Président, bien sûr, on demande au
ministre des Affaires intergouvernementales de quelle façon on essaie de
faire passer nos politiques dans les autres provinces, nos politiques
économiques sur lesquelles Le virage technologique est un document de
première importance. Cependant, c'est doublement difficile pour le Parti
québécois de les faire connaître parce qu'il y a deux
mouvements. Il y a des gens qui, par partisanerie, oublient de penser à
la promotion québécoise et passent leur temps à dire, soit
dans les journaux ou à l'extérieur, je parle du Parti
libéral, les incertitudes de ceux qui sont au pouvoir du
côté du développement économique. De plus, par
"québécophobie", on a quelqu'un comme M. Joyal qui va à
New York pour nous piler sur la tête et nous sommes obligés de
travailler doublement pour dire que les représentants
fédéraux ont souvent menti et pour dire aussi que nous, nous
avons raison avec nos documents. Alors, ne nous en demandez pas trop! Sinon
d'essayer de faire tout ce que l'on peut malgré les bois que vous mettez
continuellement de votre côté dans les roues, aidés par vos
serviteurs d'Ottawa.
M. Marx: Mais c'est très simple, quand le gouvernement
fédéral fait des interventions, c'est public. On sait ce qui est
arrivé avec Bombardier. On sait ce qui est arrivé dans d'autres
dossiers. Ici on demande au gouvernement qui est au pouvoir depuis novembre
1976 de nous fournir des exemples. On nous dit: On va consulter nos
fonctionnaires, on ne connaît pas, on ne sait pas, on a fait la liste.
Mais cela va leur prendre six semaines avant de nous fournir une liste.
M. Morin: Je fournirai une liste au député, mais il
y a des exemples qu'on pourrait lui donner maintenant. Tout ce dont je me
souciais, c'était de ne pas éterniser non plus les débats
de la commission, étant donné que je savais par ailleurs que le
député voulait faire une contribution sans doute remarquable sur
la question des droits de l'homme. Comme le temps passe, j'ai essayé
d'être le plus bref possible.
M. Marx: Je suis prêt à faire une intervention
remarquable dans le domaine économique.
M. Morin: Jusqu'ici, cela n'a pas été le cas.
M. Marx: Cela n'a pas réussi, mais je suis prêt
à continuer dans ce domaine, ce n'est pas nécessaire de passer
à...
M. Morin: Je peux, par exemple, vous donner des indications. Par
exemple, tout récemment, Marine Industrie, qui était
également du voyage - soit dit en passant, le président de Marine
était là - s'est vu octroyer un contrat - et cela vient
d'être rendu public, je pense - de 23 000 000 $ pour la construction d'un
navire sismique. C'est un contrat considérable...
M. Marx: Comment avez-vous aidé Marine Industrie à
avoir ce contrat? Concrètement?
M. Morin: ...
M. Marx: Pas avec des lunchs, des dîners, des cocktails,
mais, concrètement, dites-moi ce que vous avez fait.
M. Morin: Comment pensez-vous que ces choses se font
concrètement? Il faut en parler aux intéressés; ensuite,
il faut que les hommes d'affaires interviennent. En l'occurrence, on me signale
que le rôle du Bureau du Québec à Edmonton a
été déterminant dans ce dossier.
M. Marx: Qu'est-ce que le bureau a fait?
M. Morin: J'imagine qu'il a mis en contact les
intéressés. Vous savez, cela se fait.
M. Marx: Oui, ensuite?
M. Morin: Vous entendez dire, par exemple à Edmonton, que
telle société veut, pour ses fins d'exploration
pétrolière ou minière, faire construire tel type
d'équipement. Automatiquement, le rôle du
délégué et de son personnel économique est tout de
suite de signaler aux entreprises québécoises qui fabriquent ce
genre d'équipement la possibilité de soumissionner pour ce
contrat ou de faire valoir leur expertise. Je veux bien décrire tout le
processus, je n'ai pas d'objection. Évidemment, un de mes
collègues...
M. Marx: Produisez le document...
M. Morin: Si vous vouliez me laisser l'occasion de vous
répondre, M. le député, ce serait plus facile. Je veux
bien décrire tout le processus, mais c'est comme cela que cela commence
et c'est le rôle de nos délégations générales
et du ministère des Affaires intergouvernementales, par le truchement de
ses délégations générales, de signaler aux
entrepreneurs québécois, aux industries
québécoises, les occasions de faire des affaires en Alberta, en
Ontario et ailleurs. Si nous n'avions pas ces délégations,
souvent, nous raterions des occasions par simple ignorance de ce qui se
passe.
M. Marx: À part de signaler, qu'est-ce qu'on fait?
M. Morin: Une fois que c'est signalé, nous pouvons faire
appel à un programme APEX - le député sait peut-être
ou ne sait peut-être pas de quoi il s'agit - dans le cadre de l'Office
québécois du commerce extérieur, pour permettre à
un représentant d'une affaire, d'une entreprise québécoise
de se transporter à l'étranger ou en Alberta pour prendre contact
avec le marché éventuel, l'acheteur éventuel ou celui qui
veut offir un contrat. C'est encore notre délégation qui va
recevoir l'industriel québécois ou le commerçant
québécois, qui va lui faire rencontrer la personne
intéressée là-bas et qui va amener les
intéressés si possible, à s'entendre.
Peut-être que cela soulève toute la question. Je ne sais
pas si c'est ce que le député a à l'esprit, la question de
la rentabilité des délégations à...
M. Marx: On va y revenir. M. Rivest: Je suis encore
ici.
M. Morin: ... l'étranger. Oui, j'ai bien vu cela. J'ai
bien vu que vous n'alliez pas...
Le Président (M. Blank): Est-ce encore les affaires
canadiennes?
M. Morin: Je vois que le député...
M. Rivest: Je vais poser quelques questions simples.
M. Morin: D'abord, est-ce que... M. Rivest: Bon!
M. Morin: Je voudrais d'abord répondre correctement
à la question du député de D'Arcy McGee.
M. Marx: Je sais qu'on n'a pas assez de temps pour
répondre ce soir. Donc, je vais attendre la liste que vous avez
déjà promise et je vais vous écrire, si je ne suis pas
satisfait.
M. Rivest: M. le ministre...
M. Morin: II y a aussi autre chose. Je voudrais donner un autre
exemple.
M. Rivest: Attendez, vous en avez donné assez, je trouve.
Le député est satisfait, n'en donnez pas plus.
M. Marx: En attendant la liste.
M. Rivest: N'en donnez pas plus que le client n'en demande. Je
vais poser quelques questions simples et j'attends des réponses de
courte durée.
Premièrement, est-ce que vous allez, avec les autre provinces,
publier ou indiquer d'une façon ou d'une autre, de façon
concrète, la situation du Québec dans ses échanges avec
les autres provinces et les perspectives, à partir des politiques
économiques définies par le Québec pour ses fins propres,
pour mener une action qu'on puisse évaluer? Il ne s'agit pas de nommer
des dossiers sectoriels, mais des perspectives. J'aimerais bien que le
ministère songe à faire ce genre de choses. Sans doute qu'il y a
beaucoup de données dans les services du ministère, j'aimerais
bien qu'on puisse avoir un document qui nous indique - comme vous le faites au
niveau de la coopération franco-québécoise avec tous les
programmes, on a une vue d'ensemble qui nous permet d'apprécier - il me
semble que cela n'existe pas une stratégie, en quelque sorte, de
l'action économique du ministère des Affaires
intergouvernementales avec les autres ministères. (18 heures)
M. Morin: II existe déjà - je viens d'en faire
état dans ma réponse au collègue du député
de Jean-Talon - des politiques sectorielles et aussi des politiques s'adressant
à tel pays...
M. Rivest: Non, non, je parle à l'échelle
canadienne.
M. Morin: ... des objectifs...
M. Rivest: Je parle à l'échelle canadienne.
M. Morin: Vous voulez dire à l'endroit des autres
provinces?
M. Rivest: Oui, c'est cela. Je pense qu'il serait important que
vous le fassiez ou, enfin, qu'on puisse avoir accès au document, si tant
est qu'il existe. D'accord?
M. Morin: Je pense que nous le pourrions, mais pas seuls.
M. Rivest: Non, non.
M. Morin: Avec la collaboration du ministère de
l'Industrie, du Commerce et du Tourisme, je pense qu'il serait possible
d'établir...
M. Rivest: Très bien.
M. Morin: ... les grands objectifs et les grands moyens
employés. D'ailleurs, je viens d'en donner des exemples au
député.
M. Rivest: Deux, mais j'ai été quelque peu distrait
je dois l'avouer, pendant cet
échange. Deuxième question. Dans le domaine
interprovincial, y a-t-il, en dehors du domaine économique, des
conférences ou des points de rencontre avec les autres gouvernements des
provinces, qui peuvent être significatifs en cours d'année, que
vous prévoyez?
M. Morin: Dans le domaine économique?
M. Rivest: Non, non, je parle dans un domaine autre que
l'économie. Vous avez mentionné tantôt une concertation au
sujet des programmes de santé, etc., l'enseignement postsecondaire.
Est-ce que dans le domaine des communications au niveau de... Est-ce qu'il y a
des choses que vous voulez développer ou bien si les institutions
continuent?
M. Morin: Par exemple, le ministre des Communications est
rentré avant-hier, je pense, d'une conférence
fédérale-provinciale sur la télévision à
péage.
M. Rivest: Ce n'est pas cela ma question. Est-ce que vous allez
lancer, dans d'autres domaines économiques, des rapports, des
programmes, amorcer des échanges avec les autres provinces? J'essaie de
voir les éléments de votre politique interprovinciale.
M. Morin: Oui, mais...
M. Rivest: Donnez-moi des éléments. Si vous n'en '
avez pas, dites-moi: Je n'en ai pas.
M. Morin: M. le Président, ce n'est pas si simple, si
simpliste, devrais-je dire, que semble le vouloir le député de
Jean-Talon. Nous avons déjà à l'endroit des autres
provinces des politiques qui sont souvent mises en oeuvre par nos
délégations générales, des politiques suivies pour
développer des contacts non seulement économiques, mais culturels
et sociaux avec les autres provinces. En ce moment, l'accent est sur
l'économie, je n'ai pas besoin d'expliquer au député
pourquoi. Bon! Est-ce que nous pouvons rendre publics tous ces documents? Cela,
c'est une autre affaire, c'est ce que je vais examiner avec le ministère
de l'Industrie, du Commerce et du Tourisme pour voir...
M. Rivest: Parlez-nous des orientations, c'est cela que je
veux.
M. Morin: ... ce qu'on peut mettre à la disposition des
députés.
M. Rivest: Les éléments de politique, d'accord? Je
veux cela. Deuxièmement, passons au niveau fédéral
où sont les méchants, paraît-il...
M. Morin: Quels méchants?
M. Rivest: Je ne sais pas. Le député de Oh! mon
Dieu, il est disparu! Terrebonne...
M. Marx: II ne pourra pas parler pour le ministre!
M. Rivest: Au niveau fédéral, je vous ai
parlé dans mes remarques d'introduction de ce qu'on appelle le
contentieux fédéral-provincial, c'est-à-dire les dossiers
qui sont en marche avec le gouvernement fédéral, qui sont remis
à jour et qui évoluent, etc. Ce que je veux avoir, ce sont des
éléments pour pouvoir apprécier les actions ponctuelles du
ministre. Est-ce que vous pouvez nous remettre ce document?
M. Morin: Non, M. le Président. Nous pouvons certainement
répondre dans une large mesure aux questions qui nous sont posées
par les députés, mais, puisque lui-même a été
de très près attaché à un gouvernement
antérieur, il sait très bien que les dossiers contentieux sont
souvent délicats.
M. Rivest: Le problème que j'ai, c'est qu'à
l'époque...
M. Morin: II sait aussi que le seul fait de s'étendre trop
longuement sur certains de ces problèmes les aggrave au lieu de les
résoudre.
M. Rivest: Oui, mais c'est qu'à l'époque vous le
demandiez, je me suis dit que peut-être vous...
M. Morin: Oui, je posais des questions précises. Je n'ai
jamais demandé à qui que ce soit de déposer tous les
dossiers.
M. Rivest: Oh! Grand Dieu! Grand Dieu! Si nous avons lancé
ce glossaire qui change évidemment tous les jours, vous faisiez grand
état du fait que nous gardions ce document secret, et patati et patata
et voilà!
M. Morin: Ah! Il s'agissait d'un document, si ma mémoire
est bonne, de politique générale. Non pas d'un glossaire des
problèmes comme vous dites, mais d'un document de politique
générale qui aurait été rédigé
à l'époque par l'ancien ministre, M. Cloutier, et qu'il refusait
de rendre public.
M. Rivest: Non, c'est par l'ancien sous-ministre, M. Arthur
Tremblay, devenu sénateur d'ailleurs.
M. Morin: Non, mais, d'après le souvenir que j'en ai,
c'était à l'époque du ministre Cloutier.
M. Rivest: Bon! Vous l'aviez demandé à ce
moment-là. Quelle raison aviez-vous de le demander...
M. Morin: II l'avait refusé.
M. Rivest: ...et, aujourd'hui, de me le refuser?
M. Morin: Parce que c'était un document d'orientation
générale qui avait été fait au sein du
ministère.
M. Rivest: Vous n'en avez pas? Vous n'avez pas d'orientations
générales au ministère, hein?
M. Morin: Nous en avons, mais elles n'ont pas fait l'objet d'un
document d'ensemble.
M. Marx: Lorsque nous étions au pouvoir, nous n'avions pas
une loi sur l'accès à l'information. Vous êtes en train
d'adopter une telle loi sur l'accès à l'information. Faites
preuve de bonne foi.
M. Rivest: En tout cas... J'ai noté avec satisfaction que
les comptes économiques, d'après votre collègue, le
ministre d'État, avaient eu comme résultat que, dans le "give and
take" fédéral-provincial, il a eu un surplus de 4 000 000 000 $,
n'est-ce pas? Votre collègue, le ministre d'État, a rendu public,
il y a quelques semaines un document selon lequel le Québec a eu un
surplus de 4 000 000 000 $ dans ses échanges. Ce document émanait
du Bureau de la statistique.
M. Morin: Ses échanges avec qui?
M. Rivest: Avec le gouvernement fédéral.
M. Morin: Des échanges de quelle nature?
M. Rivest: Nous aurions payé en taxes et impôts 4
000 000 000 $ de moins que nous n'avions reçu du gouvernement
fédéral.
M. Morin: C'est possible, effectivement, je me souviens d'avoir
lu cela comme le député.
M. Rivest: Et vous n'en avez pas fait état. Vous devriez,
comme ministre, faire valoir les bons points comme les mauvais points, parce
que, sans cela, vous devenez partisan et politisé comme vous le dites
dans votre document. Vous savez que la population a le droit d'entendre le
ministre des Affaires intergouvernementales se réjouir. Car si, l'an
prochain ou une autre année, je ne sais plus pour quelle année
c'était, si c'était négatif, vous allez monter sur vos
grands chevaux et
Dieu sait qu'ils sont hauts.
M. Morin: Parfaitement. M. le Président, le
député sait très bien que cette situation est passablement
conjoncturelle, elle est due en grande partie à la situation
pétrolière qui est appelée à changer assez
radicalement au cours des années qui viennent, sinon des mois qui
viennent, avec l'augmentation du prix du pétrole en provenance de
l'Alberta. Cette situation n'est pas faite pour durer et je pense qu'à
long terme nous avons été perdants, je crois que la
démonstration n'a pas à être refaite une fois de plus.
M. Rivest: Non, cela n'est pas réglé.
M. Morin: Le député considère
peut-être que ce n'est pas réglé, nous non plus d'ailleurs.
Nous considérons cela comme un contentieux qui est loin d'être
réglé; si c'est cela que le député veut dire, nous
sommes d'accord.
M. Rivest: Est-ce que vous avez fait, au niveau
fédéral, des représentations particulières sur la
restructuration ou échangé des idées précises sur
la restructuration dans le domaine économique, qui a une importance
très grande? Je pense au MEIR et à tous ces regroupements. Est-ce
que cela cause des problèmes particuliers d'arrimage au niveau des
politiques, des priorités québécoises d'ordre
économique avec celles qui sont définies ou qui peuvent
l'être par le gouvernement fédéral?
M. Morin: Ce qui est préoccupant à l'heure
actuelle, c'est la tentative du gouvernement fédéral de
créer dans chaque région du Canada un système de
financement du développement qui était unilatéral et
dirigé essentiellement par les fédéraux sans tenir compte
des provinces.
On sait que, jusqu'à ces dernières années, le
gouvernement fédéral avait utilisé le truchement des
accords de développement économique, qui permettait de financer
certains grands travaux, certains grands projets du Québec comme des
autres provinces, mais dont le Québec avait l'initiative. Il semble bien
que le gouvernement fédéral abandonne maintenant de façon
définitive cette démarche définie depuis une dizaine
d'années en vertu de laquelle le pays était divisé en cinq
grandes régions. On appelait cela, vous vous en souviendrez, les
ententes cadres. D'ailleurs, le Québec en a fait largement
l'utilisation, puisque, depuis quelques années, il est allé
chercher des montants infiniment plus considérables que tous ceux qui
avaient été obtenus précédemment, non pas seulement
en raison de l'inflation; ces chiffres triplent et quadruplent ce qui avait
été obtenu
auparavant.
M. Rivest: Donc, cela marche, le système
fédéral.
M. Morin: Nous avons toujours dit que le développement
économique du Québec pourrait être infiniment
supérieur à ce qu'il est, si nous avions la maîtrise de nos
principaux leviers économiques; mais, à l'intérieur du
système canadien et ce de façon très pragmatique, en
attendant que les Québécois décident de se donner le
régime que nous leur proposons, il faut que cela marche, il faut une
démarche très pragmatique, très concrète. C'est
celle-là que nous avons eue depuis le début.
Mais il semble bien justement que le gouvernement fédéral,
maintenant animé par des objectifs qui nous paraissent plus politiques
que strictement économiques, a décidé d'étendre
lui-même sa présence physique dans les régions et les
sous-régions de façon à être plus visible, comme
disent les documents fédéraux, plus visible des agents
économiques et de toute la population.
M. Rivest: Cela est assez légitime.
M. Morin: C'est légitime dans la mesure où il y a
concertation et dans la mesure où le gouvernement fédéral
tient compte des priorités économiques définies par le
milieu et notamment par le gouvernement québécois. Or, ce n'est
plus le cas. Il semble bien que cette démarche va être
entièrement unilatérale, que vont être nommés dans
les diverses régions des soi-disant coordinateurs, des directeurs de
projets, lesquels vont appliquer les politiques fédérales sans se
référer aux autorités des régions où, en
l'occurrence, le Québec constitue une région à lui tout
seul.
M. Rivest: Vous craignez qu'ils ne se réfèrent
pas...
M. Morin: Non, il semble bien que ce soit cela, parce que le
gouvernement fédéral n'a pas daigné informer les provinces
des détails de ce plan. Il est en train de le mettre en application
déjà au Nouveau-Brunswick et en Nouvelle-Écosse, qui sont
des provinces plus vulnérables sur le plan économique que
d'autres.
M. Rivest: Elles peuvent se défendre. M. Morin: Je
pense que c'est un fait.
M. Rivest: Oui, mais elles sont capables de défendre leurs
intérêts comme nous. Cette espèce de paternalisme que vous
aviez à l'endroit de l'Ontario tantôt et des provinces maritimes,
elles sont capables de défendre leurs intérêts comme
nous.
M. Morin: II n'y a là aucun parternalisme. C'est tout
simplement le fait que le député de Jean-Talon sait fort bien que
les provinces maritimes sont...
M. Rivest: Elles sacrifient...
M. Morin: ... infiniment plus à la merci du pouvoir
fédéral que l'Ontario ou les provinces de l'Ouest. Si le
député ne sait pas cela, il devrait retourner faire ses
classes.
M. Rivest: Avec les professeurs qu'on a eus!
M. Morin: De son côté, le gouvernement du
Québec a protesté et a dénoncé l'illogisme et
l'inefficacité des structures qui vont être
créées.
M. Rivest: Là-dessus, d'une façon
précise.
M. Morin: II a demandé... Je m'excuse, est-ce que c'est
possible quand même que je puisse terminer pour une fois ce que j'ai
commencé?
M. Rivest: D'accord. Allez-y!
M. Morin: II a demandé au gouvernement d'Ottawa de se
concerter avec lui, de tenir compte de ses priorités comme il l'a fait
depuis quelques années dans un système d'ententes-cadres qui
fonctionnait raisonnablement bien et de tenir compte des priorités des
provinces qui, elles, sont beaucoup mieux placées pour assurer le
développement de leurs régions. Du côté des agents
économiques eux-mêmes, je pense qu'on craint aussi
l'arrivée de ces nouvelles structures qui vont brouiller tout ce qui
existe, créer des conflits là où il n'y en a pas et, de la
sorte, non pas aider mais ralentir le développement économique
des régions.
M. Rivest: Est-ce que vous pourriez nous faire parvenir les
échanges de correspondance, enfin les documents dont vous diposez et
dans lesquels le gouvernement du Québec a fait état des
préoccupations que vous venez d'évoquer?
M. Morin: Cela a surtout été dans des documents -
je m'étonne un peu que le député ne les connaisse pas -
rendus publics à l'occasion de la conférence sur
l'économie du mois de février de cette année, la fameuse
conférence fédérale-provinciale...
M. Rivest: Oui, mais, depuis ce temps... M. Morin: ...
où on a déposé... La
situation n'a guère évolué depuis ce temps, parce
que le gouvernement fédéral a persisté...
M. Rivest: Donc, il n'y a pas eu de contact du gouvernement du
Québec depuis ce temps?
M. Morin: II y en a eu certainement au niveau des
fonctionnaires.
M. Rivest: Qu'est-ce que vous avez dit? Quel mandat avaient les
fonctionnaires?
M. Morin: L'essentiel des attitudes du Québec se trouve
dans ces documents que je remettrai au député, parce qu'ils sont
publics et qu'il peut en prendre connaissance, comme son voisin. Pour ce qui
est des autres démarches, elles ne sont pas toutes publiques. Je pense,
étant donné le caractère fort délicat de ces
questions, que je devrais me référer à ce qui a
été rendu public pour le mettre à la disposition du
député. Je suis prêt à le faire. Il n'a
peut-être pas eu ces documents, il serait tout à fait excusable,
parce que ces documents n'étaient pas destinés à une
circulation restreinte, mais ils ont été remis avant tout aux
gens qui étaient à la conférence. D'ici deux ou trois
jours, je m'engage à remettre aux députés les documents du
Québec remis à cette conférence et dans lesquels nous
faisons état de nos attitudes à l'endroit des projets
fédéraux. Je pense qu'il existe également des documents
publics fédéraux, mais qui n'entrent pas dans le détail,
parce que les agents fédéraux n'ont pas daigné rendre
publics tous les détails de leur tentative de mettre la main sur le
développement de région du Québec et des autres
régions canadiennes.
M. Rivest: Enfin, il y aurait bien d'autres questions, mais j'ai
noté les dossiers qui vous préoccupaient. Je vais parler
rapidement, hélas, de la section des relations internationales.
Le Président (M. Blank): Programme 1, adopté.
Programme 2?
M. Rivest: Adopté. Depuis deux ans -je le dis comme cela
en vrac, compte tenu du temps...
Le Président (M. Blank): Quelle est l'intention de la
commission?
M. Rivest: On peut continuer encore une dizaine de minutes? Je
pourrais régler...
M. Morin: Je m'inquiète un peu de la brillante
intervention appréhendée du député de D'Arcy McGee
sur les droits de l'homme, les droits de la personne.
M. Marx: Et la brillante défense qu'on attend du ministre,
qui a déjà écrit que le Canada devait avoir une charte
enchâssée... (18 h 15)
M. Rivest: M. le ministre, si on pouvait convenir - nous avions
essayé et le débat s'est éternisé - de terminer ce
soir, pour éviter une séance demain, cela m'arrangerait, parce
que j'ai les crédits du ministère du Travail qui se poursuivent
demain matin.
M. Morin: Sauf que, M. le Président, nous ne pouvons pas
prolonger indûment...
M. Rivest: Non, c'est ça...
M. Morin: ...parce que plusieurs d'entre nous ont d'autres
engagements ce soir.
M. Rivest: Moi aussi d'ailleurs, je dois être à la
Chambre de commerce à 7 heures.
M. Morin: Je veux bien siéger encore un quart d'heure, et
même jusqu'à 6 h 30. Je n'aurais pas d'objection, mais,
au-delà, il vaudrait peut-être mieux se réunir à
nouveau.
M. Marx: La semaine prochaine peut-être, car, cette
semaine...
M. Morin: C'est impossible la semaine prochaine.
M. Rivest: Non moi, je peux finir très rapidement. En ce
qui concerne l'Office franco-québécois, j'ai noté
exactement ce qu'il y avait. Dites-moi, en deux mots, s'il y a des
modifications à la nature des programmes de l'Office
franco-québécois qui vous apparaissent significatives?
M. Morin: Très rapidement. Nous avons et le
député pourra en prendre connaissance dans le document au passage
3 consacré à l'Office franco-québécois
décidé, lors de la dernière réunion du conseil, de
mettre l'accent... J'essayais de vous donner une raison, mais je vois que vous
n'écoutiez pas.
M. Rivest: J'essaie de gagner du temps par la fin.
M. Morin: M. le Président, nous avons
décidé, lors de la dernière rencontre du conseil
d'administration de l'Office, à laquelle participait évidemment
Mme Avis, la coprésidente, et qui a eu lieu à Chicoutimi
récemment, de tenter de mieux équilibrer la présence par
exemple, des femmes parmi les personnes échangées. Nous avons
également décidé et je tente d'être bref au point
quasiment...
M. Rivest: D'être injuste.
M. Morin: ...de donner seulement une partie de réponse et
d'être injuste pour l'Office et son secrétaire
général, M. Tétreault, qui est présent, nous avons
décidé, dis-je, de mettre l'accent pour l'année 1983,
puisque nous planifions un an d'avance, sur l'échange de jeunes
travailleurs.
M. Rivest: Bien, on en avait discuté l'an dernier.
M. Morin: II en avait déjà été
question, ça n'avait pas pu se concrétiser à
l'époque, mais maintenant, c'est un fait. L'office a reçu
instruction de mettre l'accent sur les échanges de jeunes travailleurs.
Je ne sais pas s'il y a encore un ou deux autres points qu'il y aurait
lieu...
M. Rivest: Le volume des échanges suit-il son rythme?
M. Morin: II se maintient exactement. Nous n'avons pas
jugé opportun de l'augmenter, étant donné les coûts,
mais, avec des budgets qui connaissent une croissance très restreinte,
par exemple une croissance de l'ordre de 6%, 5,9%, nous avons réussi
néanmoins, par une administration plus stricte, à conserver le
nombre d'échanges de l'an dernier. Vous avez des chiffres
là-dessus.
M. Rivest: Oui, oui.
M. Morin: Vous avez pu les voir, peut-être. Il s'agit de
1400 échanges, grosso modo.
M. Rivest: De part et d'autre: l'envoi et l'accueil.
M. Morin: Dans les deux sens.
M. Rivest: Très bien. Enfin il y aurait tellement de
choses à dire sur les relations internationales mais, au cours des
dernières années, mon collègue de Saint-Laurent, M.
Forget, moi-même et d'autres, nous nous étions battus assez
souvent. On l'a même évoqué tout à l'heure, au sujet
des maisons du Québec à l'étranger, de leur action; cela a
permis d'ailleurs déjà au ministre de nous indiquer la nature des
opérations qui pouvaient comporter, à l'occasion, des
dîners. On nous avait remis un certain bilan, je pense que c'était
à l'époque M. Richard Pouliot qui était en charge, le
sous-ministre s'en souvient sans doute, et on avait demandé d'obtenir
annuellement, pour chacune des maisons du Québec - il s'agissait des
délégations ou même des maisons - un bilan non seulement
descriptif, mais une évaluation des actions, dans la mesure où
ça peut se faire, parce qu'il y a beaucoup d'impondérables
évidemment, des activités normales des maisons du Québec,
une évaluation de l'ensemble de ces maisons et délégations
du Québec, je dis bien, de manière que...
M. Morin: Oui.
M. Rivest: ... l'on en puisse juger effectivement. Vous avez
fermé celle de Dallas au Texas, c'est cela? Ainsi nous pourrions
évaluer si le ministère - quand je dis nous, c'est l'opinion
publique - est justifié de laisser une maison du Québec à
tel endroit et d'en ouvrir une autre à un autre endroit. À cela,
il peut y avoir toutes sortes de raison d'ordre économique, politique et
autre, dans le meilleur sens du terme. Je me rappelle, pour la Maison du
Québec au Japon entre autres, un document qui nous avait
été transmis à la commission l'an dernier ou il y a deux
ans et qui donnait vraiment l'abc. On avait convenu - et je pense que le
sous-ministre se le rappellera -que le ministère ferait peut-être
un effort particulier pour le demander et l'exiger... Je fais cette demande
parce que, strictement sur le plan de l'administration de la présence du
Québec, je pense qu'on doit faire une évaluation du rendement et
même de la performance de nos maisons du Québec de manière
à juger si c'est le bon endroit, deuxièmement si les montants
qu'on y investit sont effectivement bien investis et, troisièmement, de
manière à justifier si le personnel qui y travaille est
adéquat ou pas, au lieu d'avoir quelques drames qui surviennent au fil
du quotidien. J'aimerais bien, très brièvement, dans la mesure
où je dois aller très rapidement, vous renouveler cette demande
en espérant qu'on puisse en voir la concrétisation.
M. Morin: M. le Président, le député a bonne
mémoire et effectivement, dans la foulée de ce qui avait
été dit l'année dernière, un mandat a
été donné à l'ENAP d'établir une grille
d'analyse. C'est qu'on s'est aperçu que ce n'était pas si simple
d'évaluer une délégation générale et les
résultats qu'elle peut apporter sur le plan économique ou sur le
plan du rayonnement culturel; ce sont des choses difficiles à chiffrer.
Cette grille d'analyse nous permettra donc, nous l'espérons en tout cas,
d'arriver à une évaluation assez précise des
résultats obtenus par nos délégations ou nos bureaux.
Deuxièmement, nous avons convenu récemment de créer
ce que j'appellerais un inspectorat, c'est-à dire que nous allons
demander à une ou deux personnes qui ont eu une longue expérience
de la vie de délégué et de l'administration d'une
délégation de visiter chacune de nos délégations
avec pleins pouvoirs de se renseigner sur tous les aspects de
l'administration et des rapports qu'entretiennent ces
délégations avec le pays d'accueil. Cet inspectorat, nous venons
de le créer et, je pense que ce n'est pas un secret, on peut annoncer
déjà que, par exemple, l'une des personnes chargées
d'effectuer cette tâche sera M. Deschamps, ancien
délégué général à Paris et à
Bruxelles. Il y aura aussi M. Chapdelaine, que le député
connaît bien, je pense, qui sera chargé, lui, plus
particulièrement, de Mexico et de Düsseldorf. M. Deschamps ayant
été à Londres la semaine dernière, je crois qu'il
doit faire aussi d'autres délégations par la suite.
M. Rivest: Pour la grille au niveau de l'ENAP, je pense que les
travaux sont assez complexes...
M. Morin: C'est assez complexe.
M. Rivest: ... qu'ils progressent et qu'en cours d'année,
probablement, on aura cette grille. En fait, les demandes que nous avions
formulées et auxquelles l'ancien ministre était très
sensible...
M. Morin: Oui.
M. Rivest: Cela évite de lancer après cela dans
l'opinion publique des choses qui arrivent et qui font porter un jugement qui
risque d'être injuste.
M. Morin: En plus de cela, je n'ai pas voulu que nous attendions
d'avoir tous ces instruments subtils et raffinés pour commencer à
parler des résultats obtenus par nos délégations, de sorte
que le rapport annuel de cette année, qui va paraître au cours des
semaines qui viennent, va être très explicite sur les
résultats obtenus par nos délégations.
M. Rivest: Bon!
M. Morin: Je crois qu'on peut se féliciter de l'existence
de ces délégations. Si on ne les avait pas, il faudrait les
inventer aujourd'hui, étant donné la difficulté que nous
avons d'obtenir des services convenables de la part des consulats...
M. Marx: ... On n'aurait pas osé les inventer avant que le
Québec soit...
M. Morin: Je ne pense pas, la plus ancienne
délégation a été créée, il y a cent
ans, à Paris, par le Québec.
Une voix: Justement.
M. Rivest: Concernant la coopération
franco-québécoise...
Une voix: II n'a pas parlé de...
M. Marx: C'est moins, une inexactitude...
M. Rivest: Quant à la coopération
franco-québécoise, j'en traite avec un égard qui me
déplaît, vu les contraintes où nous sommes. Il en a
été beaucoup question, avec les accords, la visite du premier
ministre de France et tout ça. J'avais demandé, qu'elle ait plus
de publicité. Cela m'apparaît important, et je suis convaincu que
peut-être le ministre y sera sensible. Je connais quand même,
l'ayant fréquentée d'assez près pendant un certain nombre
d'années, la coopération, ses mérites, ses
démérites, ses faiblesses plutôt. C'est une des choses que
j'avais reprochée, pour être très franc avec vous, à
votre prédécesseur, je pense à bon droit. Je trouve que le
ministre des Affaires intergouvernementales, face à l'opinion publique
québécoise en ce qui a trait à la coopération, ou
disons le ministère, s'il est vrai qu'il y a des programmes
d'information qui existent au service des communications du ministère et
qui font beaucoup de travail en région, a des problèmes et qu'un
des problèmes de la coopération franco-québécoise
au Québec, telle qu'elle est perçue par l'opinion publique, c'est
que le ministre des Affaires intergouvemementales n'a pas - je ne fais pas de
personnalité au sujet de votre prédécesseur, mais je le
dis -suffisamment parlé au Québec même de ce qu'est la
coopération franco-québécoise et de ce qu'elle comporte,
de ce qu'elle recouvre dans tous les domaines et de ce qu'elle peut signifier
dans tous ces domaines: le domaine culturel, le domaine de la langue, le
domaine technique, le domaine industriel, etc.
Je sais qu'il existe un nombre assez considérable de
publications, de bilans, que le ministre évoque. Je connais celles que
le ministre évoque. Mais ce problème de la coopération
franco-québécoise face à l'opinion publique, est de nature
politique. Je voudrais donc que le ministre des Affaires intergouvernementales
prenne sur lui d'appuyer en quelque sorte ces publications qui évoquent
ce que signifie la coopération, et qu'à l'échelle du
Québec, il profite des tribunes et les sollicite pour s'expliquer aux
Québécois toutes les fois qu'il en aura l'occasion, parce que
c'est le ministre des Affaires intergouvernementales qui en est le responsable
et le premier responsable devant l'opinion publique. Il doit y avoir une
valorisation de la coopération franco-québécoise
auprès de l'opinion publique au Québec et j'inviterais le
ministre à relire l'invitation que je faisais à son
prédécesseur, lors des crédits l'an dernier, et de
vraiment trouver le temps d'aller au Québec et de montrer aux
Québécois, aux jeunes, aux personnes âgées, aux
travailleurs, aux
étudiants, non pas surtout dans les milieux étudiants,
mais dans les milieux de travailleurs, la signification parfois et très
souvent concrète que la coopération
franco-québécoise peut avoir pour les gens d'ici, pour le
progrès et le développement même... Au lieu de valoriser
uniquement les mégaprojets comme récemment, enfin il en faut et
Dieu sait qu'il en faut, je pense qu'il y a des choses très importantes
sur le plan technique, sur le plan des PME. C'est le rôle du ministre et
je l'inviterais en tout cas à en tenir compte.
M. Morin: M. le Président, je suis pleinement d'accord
avec le député de Jean-Talon et je n'ai pas attendu son
invitation pour me mettre en route. Bien que je ne sois là que depuis
trois mois et que j'aie passé une bonne partie de ce temps à
l'étranger, j'ai déjà eu une ou deux occasions,
plutôt deux, de profiter de tribunes qui m'étaient offertes, par
Québec-France et par les Hautes Études commerciales, lors d'un
colloque sur les échanges entre la France et le Québec, pour
faire valoir l'importance de ces échanges. C'est d'ailleurs mon
intention de continuer à le faire le plus possible. Effectivement, je
suis persuadé que ces échanges sont essentiels au Québec,
comme il l'est sûrement lui-même. S'il n'était pas
persuadé de la chose, il n'adopterait pas l'attitude extrêmement
constructive qu'il vient d'adopter.
D'ailleurs, est-il besoin d'ajouter que, dans la situation
économique actuelle, la meilleure façon de bien persuader les
Québécois de l'importance de cette coopération, c'est
justement de souligner son caractère de plus en plus économique
et technique. Vous aurez remarqué qu'au cours de la visite
récente de M. Mauroy, ce caractère de plus en plus
économique et technologique de la coopération a été
souligné à plusieurs reprises. On peut même dire que cela a
été la note dominante de la mission Mauroy au Québec. (18
h 30)
M. Rivest: Cela a toujours été la
préoccupation des premiers ministres. Je voudrais que ce ne soit pas
juste au fil des invitations ou des occasions. Je voudrais que le ministre se
convainque - et il comprend ce que je veux dire - de la nécessité
de convaincre les Québécois de la valeur de la
coopération. S'il ne le fait pas, toutes les actions, enfin pas toutes,
mais un très grand nombre d'actions qui seront menées dans ce
domaine feront toujours l'objet de contestations ou enfin d'un certain
scepticisme qui existe depuis fort longtemps pour toutes sortes de raisons
historiques, politiques ou autres.
M. Morin: Je partage entièrement le souci du
député de Jean-Talon, M. le Président. Je ne sais si vous
voudrez ajourner les travaux maintenant, mais ce serait certainement une note
tout à fait affirmative sur laquelle nous pourrions terminer ces
travaux.
M. Rivest: Le problème c'est qu'il y a la charte.
M. Marx: M. le Président, le ministre m'a invité
à faire la discussion sur la charte. Je suis prêt à revenir
demain matin à 10 heures, comme c'est prévu. J'aimerais
suggérer au ministre que c'est...
M. Morin: Je m'excuse, M. le Président, mais nous avions
une entente, le député de Jean-Talon et moi. Je ne sais pas si le
député était au courant. Il ne semble pas avoir
été au courant de cela. Mais le député de
Jean-Talon et moi-même avions réservé une place au
député; il m'avait indiqué son intention de terminer
à 6 heures ce soir. Alors, ce qui s'est produit, c'est que, sur la foi
de ce que vous aviez dit, les collaborateurs qui m'entourent ont pris des
rendez-vous en disant: Nous retrouvons une journée que nous pouvons
consacrer à l'administration et aux affaires du Québec.
M. Marx: C'est exactement ce que je voulais toucher, M. le
ministre. Étant donné votre grande expérience dans le
domaine des droits de la personne, je ne pense pas que ce soit
nécessaire d'avoir vos fonctionnaires à ce sujet demain. Je pense
que ce pourrait être juste vous et moi, cela ferait un excellent
débat. Je pense que ce n'est pas nécessaire d'avoir l'assistance
des fonctionnaires qui s'occupent des relations Québec-France, des
relations Québec Edmonton pour discuter les droits de la personne.
Étant donné votre grande expertise, deux heures sur cette
question, cela ferait du bien. Peut-être qu'on comprendra la position du
gouvernement.
Le Président (M. Blank): J'ai une question. Est-ce que
c'est dans notre domaine?
M. Morin: Je suis prêt à continuer encore un peu
si...
M. Rivest: À moins que vous conveniez...
Évidemment, je ne veux pas abuser...
M. Marx: Demain matin. Quel est le problème?
M. Rivest: Ce qui s'est produit, c'est que la période des
questions a duré...
M. Marx: M. le ministre...
M. Rivest: ... jusqu'à 16 h 30, ensuite nous avons
discuté longuement d'un certain sujet, si bien qu'on est un peu
coYncé. En ce qui me concerne, le ministre a évoqué le
fait qu'on avait, a toutes fins utiles, convenu de disposer des crédits
aujourd'hui. Moi, demain matin, je suis pris avec un autre dossier.
M. Morin: II faut que nous ayons quorum, de toute façon,
pour faire siéger la commission.
M. Marx: Si le quorum n'est pas demandé, il y a quorum. Un
quorum c'est quatre, nous sommes quatre ici.
Une voix: ...
M. Marx: Est-ce que le ministre trouve une excuse pour ne pas
venir demain matin? Est-ce qu'il a peur d'un tel débat?
M. Morin: Ce n'est pas cela. C'est parce que le
député de Jean-Talon nous avait donné à entendre
autre chose et voilà que vous revenez là-dessus maintenant. Je
veux bien faire ce débat immédiatement. Peut-être qu'en une
demi-heure nous pourrions liquider l'affaire. À ce moment-là,
ceux qui ont fait des arrangements à la suite de la déclaration
du député de Jean-Talon ne seraient pas gênés.
M. Rivest: Cela me gêne un peu, parce que j'en avais
convenu, sur la question de la charte, de prendre à peu près...
Enfin, on avait parlé d'une demi-heure ou quelque chose comme cela.
M. Marx: On ne peut pas faire un débat en 20 minutes.
Mais, si le ministre est prêt à revenir demain, j'ai des
rendez-vous que je vais annuler pour faire le débat que le ministre
souhaite; il n'a pas besoin de ses fonctionnaires pour l'aider dans cette
affaire.
M. Morin: Je m'excuse, M. le député, mais ce
que...
M. Rivest: Me voilà rendu au centre de la table, je suis
entre vous deux.
M. Morin: M. le Président, je voudrais simplement dire que
nous avions fait une entente ce matin...
Le Président (M. Blank): Je sais, j'étais partie
à l'entente.
M. Morin: ... et je m'en tiens à cette entente. De toute
façon, nous allons participer tous les deux, le député et
moi, au débat en Chambre sur la question.
M. Marx: Je n'aurai pas l'occasion de vous poser des questions et
d'avoir des réponses claires.
M. Rivest: ...
M. Marx: On ne peut pas avoir d'autres ministres, y compris le
ministre de la Justice. Vous êtes le seul au gouvernement qui comprenne
vraiment ce problème, donc on aimerait vous poser des questions.
M. Rivest: Le ministre va faiblir. M. Morin: "Flattery
will get you".
M. Marx: "Flattery will get you everywhere".
M. Morin: "Flattery will get you nowhere".
M. le Président, je regrette, mais nous avions fait une
entente.
M. Rivest: M. le Président, je suis un peu
embarrassé, parce que c'est exact, on avait convenu de cela avec le
ministre.
Le Président (M. Blank): C'est vrai, c'est l'accord.
M. de Beliefeuille: On adopte les crédits, M. le
Président?
M. Marx: On va revenir l'an prochain.
Adoption des programmes
Le Président (M. Blank): Les programmes 1, 2, 3 et 4 sont
adoptés. Les crédits du ministère des Affaires
intergouvernementales sont adoptés et la commission ajourne ses travaux
sine die.
(Fin de la séance à 18 h 36)