Journal des débats de la Commission de l'aménagement du territoire
Version préliminaire
43e législature, 2e session
(début : 30 septembre 2025)
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Le
mercredi 4 février 2026
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Vol. 48 N° 11
Consultations particulières et auditions publiques sur le projet de loi n° 13, Loi visant à favoriser la sécurité et le sentiment de sécurité de la population et modifiant diverses dispositions
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11 h 30 (version non révisée)
(Onze heures quarante-cinq minutes)
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
bonjour à tous, bienvenue. Et, ayant le quorum, je déclare la séance de la Commission
de l'aménagement du territoire ouverte.
La commission est réunie afin de
poursuivre les consultations particulières et auditions publiques sur le projet
de loi n° 13, Loi visant à favoriser la sécurité et
le sentiment de sécurité de la population et modifiant diverses dispositions.
Est-ce que nous avons des remplaçants, M.
le secrétaire?
Le Secrétaire : Oui, M. le
Président. Mme Lecours (Lotbinière-Frontenac) remplace M. Gagnon
(Jonquière), et Mme Maccarone (Westmount—Saint-Louis) remplace Mme Nichols
(Vaudreuil).
Le Président (M. Schneeberger) : Merci
beaucoup. Alors, ce matin, nous recevons deux groupes. Alors, nous débutons par
l'Association des policières et policiers provinciaux du Québec. Bonjour à vous
quatre. Dans un premier temps, je vous laisse vous présenter à tour de rôle, et
puis... ou, en tout cas, une personne qui vous... qui vous présente le groupe,
et, par la suite, poursuivre directement avec votre mémoire.
M. Roberge (Dominic) : Parfait.
M. le Président, M. le ministre, Mmes et MM. les membres de la commission,
merci de nous donner l'occasion de prendre la parole aujourd'hui, merci pour l'aménagement
du temps ce matin. Je suis Dominic Roberge, président de l'Association des
policières et policiers provinciaux du Québec, l'APPQ. Je suis accompagné
aujourd'hui par mes collègues Rock Soucy, premier vice-président aux affaires
juridiques, ainsi que Jasmin Rainville, vice-président aux relations de
travail. Je suis aussi accompagné de Me Victoria Schettino, du cabinet Gaggino
Avocats, qui agissent à titre de conseiller pour l'APPQ.
D'entrée de jeu, je tiens à mentionner que
notre association appuie la volonté du gouvernement de rehausser le sentiment
de sécurité de la population. C'est un objectif que nous partageons tous. Mais
pour que la sécurité soit... ne soit pas seulement une intention, et qu'on
puisse mesurer son efficacité il faut que les lois qui l'encadrent soient
claires, applicables et alignées avec la réalité du terrain. C'est précisément
l'angle sous lequel nous souhaitons contribuer, de manière constructive, aux
travaux entourant le projet de loi n° 13. Vous allez
trouver... retrouver l'ensemble de nos recommandations détaillées dans un
mémoire que nous avons rédigé et déposé à votre attention.
M. le Président, l'APPQ représente près de
5 800 policières et policiers syndiqués de la Sûreté du Québec. Nos
membres... nos membres appliquent la loi jour et nuit à travers le Québec, dans
les villes, les régions et les communautés éloignées. Ils interviennent souvent
dans l'urgence, là où chaque décision compte. Leur expertise terrain leur
permet d'identifier très concrètement ce qui fonctionne et ce qui pose problème
dans l'application d'une loi.
Aujourd'hui, notre message tient en trois
idées simples, des outils clairement définis pour assurer la protection des
citoyens comme des policiers, de la formation adéquate pour soutenir l'application
de la loi, et, évidemment, toute nouvelle obligation, tout nouveau mandat doit
venir avec les ressources nécessaires si on veut s'assurer de son succès.
Maintenant, au sujet des mesures prévues
concernant les manifestations, dans la loi, favorisant la paix, l'ordre et la
sécurité publique, soyons clairs, le droit de manifester pacifiquement est
fondamental, et nos membres respectent et reconnaissent ce principe. Le projet
de loi n° 13 introduit certains pouvoirs policiers
subjectifs, qui devront s'appuyer sur des principes et des connaissances
juridiques solides. Sur le terrain, l'application d'une loi nécessitant une
évaluation subjective, ça veut dire que les policiers doivent trancher en
quelques secondes, sans critères précis, souvent, sous l'oeil des caméras, des
situations bien complexes. En contexte de manifestation, les policiers peuvent
être appelés à intervenir au cœur d'une foule dense, à se déplacer rapidement
entre les manifestants, dans un environnement mouvant et imprévisible, où la
tension, le bruit...
M. Roberge (Dominic) : ...et
la proximité physique accentue les risques pour la sécurité de tous.
L'évaluation des critères subjectifs, la notion de motif raisonnable, l'évaluation
du risque ne sont que quelques-uns des éléments qui devront être abordés avec
les policières et les policiers du Québec intervenants au cœur ou à proximité
des manifestations. On ne doit pas laisser uniquement la responsabilité aux
tribunaux de définir l'application de nouvelles dispositions. On doit agir en
amont, prévoir et déployer des outils nécessaires à la réussite de ce mandat
par nos membres, c'est-à-dire par de la formation.
Ensuite, nous désirons attirer votre
attention sur un point très concret : la projection d'objets en contexte
de manifestation. Peu importe qu'un objet soit classifié comme dangereux ou
non, lorsqu'il est lancé, il devient un projectile et il peut blesser un
citoyen, un manifestant ou un policier. Nous proposons donc de modifier le
troisième alinéa de l'article 4 de la loi afin d'interdire la projection de
tout objet ou de toute substance en contexte de manifestation. Concrètement,
j'aborderais rapidement avec vous deux situations parmi lesquelles les
policières et les policiers pourraient avoir à intervenir.
D'abord, certains d'entre nous ici nous
retrouvions présents à titre de policiers sur un point de blocage en proximité
d'une manifestation. Comment pourrions-nous faire l'évaluation de motifs
raisonnables de croire qu'un sac contient un objet potentiellement dans la
liste prévue au projet de loi? Comment déterminerions-nous qu'un objet apporté
par un manifestant peut porter atteinte à l'intégrité physique d'une personne?
Ce sont des questions qui peuvent sembler simples et dont les réponses doivent
être nuancées en fonction du contexte de chaque événement. Maintenant,
attardons-nous aux interventions en cours de manifestation. Nous avons
maintenant à intervenir auprès d'un manifestant qui a été identifié et pour
lequel nous avons des motifs raisonnables de croire que son sac contient des
articles, des éléments interdits à l'article 4 de la loi. Comment allons-nous
intervenir? L'intervention policière en contexte de manifestation, c'est
complexe, et tout ça nécessite différentes formations comportant des notions
opérationnelles, légales, d'évaluation du risque, de communication, ainsi que
de santé et sécurité. De plus, nous désirons ajouter que le ministère de la
Sécurité publique devra prévoir les ressources nécessaires afin de permettre
aux organisations policières de communiquer adéquatement aux communautés les
modifications apportées relativement à la tenue des manifestations. Nous devons
maximiser les efforts afin que ces mesures soient connues et respectées, et ce,
dans le but de limiter les interventions et les risques y en découlant.
• (11 h 50) •
Maintenant, concernant les symboles et les
écussons. Certains des mêmes enjeux se posent avec l'encadrement des symboles
et des écussons associés à des groupes criminalisés. Le projet de loi évoque
plusieurs endroits la notion d'un symbole susceptible d'être confondu avec
celui d'un groupe criminel. Cette notion est subjective et crée des zones
grises dans le contexte où l'APPQ considère que la notion de «susceptible
d'être confondu» doit être clairement et objectivement définie afin d'en
circonscrire la portée. Même chose pour l'exception liée au contexte artistique
ou culturel prévu à l'article 7. Lorsqu'un objet est exposé, dans la mesure où
cela est nécessaire, nous tenons à préciser que l'évaluation de la nécessité
artistique d'un symbole ne relève malheureusement pas de l'expertise policière.
Dans ce contexte, l'APPQ recommande de retirer la notion de nécessité de cette
disposition et d'en assurer une application plus claire, cohérente et
prévisible.
De plus, limiter la révision de la liste
des entités criminalisées à une seule fois tous les cinq ans ne reflète pas la
réalité du crime organisé qui s'adapte constamment. Bien qu'un arrêté
ministériel puisse accélérer l'ajout de groupes à la liste, nous craignons que
cela crée certaines incongruités dans son application sur le terrain. L'effet
des lois doit pouvoir évoluer au même rythme que les phénomènes qu'elles
cherchent à encadrer. À ce titre, un enquêteur bien connu de la Sûreté du
Québec, qui est par la suite devenu gestionnaire puis dirigeant, qui a témoigné
devant vous hier, nous disait : Lorsque j'étais enquêteur en crime
organisé, si on veut arrêter des bandits, on doit planifier notre journée avant
qu'ils se lèvent, les suivre pendant qu'ils sont éveillés et écrire nos
rapports pendant qu'ils dorment. C'est avec cette rigueur et cette flexibilité
que nos membres travaillent en matière d'enquête et les dispositions de la loi
devraient permettre cette capacité d'adaptation.
Nous sommes en faveur qu'un organisme
comme le Service du renseignement criminel du Québec puisse conseiller le
ministre sur les groupes à identifier sur cette liste, mais nous croyons aussi
que les critères de l'article 9 de la loi sont une bonne base afin de définir
ces groupes sans nécessairement qu'une liste soit requise. L'équivalent existe
et est appliqué en matière criminelle actuellement. Concrètement, ce que nous
craignons, ce sont les délais dans l'adoption de mise à jour de la liste, et
que nos membres doivent faire des interventions à géométrie variable avec les
membres de ces groupes. Prenons par exemple le cas d'un barrage routier dans
lequel 10 membres d'une bande de motards hors la loi se présentent. Six
d'entre eux portent avec les insignes et les couleurs d'un groupe criminalisé
qui est reconnu sur la liste. Les policiers font l'intervention qui découle des
pouvoirs qui sont attribués en fonction de l'actuel projet de loi, retirent les
vestes ou demandent de retirer les vestes, les gens ont un chandail en dessous,
on retire le chandail, certaines motos portent l'écusson sur le réservoir à
essence, la moto ne peut plus circuler, et, par la suite, on a quatre autres
personnes qui sont dans le même convoi, qui eux, appartiennent...
M. Roberge (Dominic) : …dans
un groupe émergeant qui ont des couleurs abordent leurs réfugiés et, à ce
moment-là, l'intervention policière serait inégale pour un groupe vis-à-vis au
deuxième. On craint aussi le message que s'envoie la population qui constate
cette intervention plutôt inégale.
Enfin, pour assurer une application
efficace de la loi, surtout lorsqu'on élargit les pouvoirs policiers, il faut
prévoir des effectifs nécessaires et une formation adéquate. Des notions
légales et l'évaluation du risque doivent être abordées avec les policières et
les policiers du Québec. Nous savons pertinemment que les premières
interventions en cette matière feront l'objet de contestations judiciaires de
la part du crime organisé. Ces démarches sur plusieurs années traiteront des
aspects subjectifs de la loi. Les notions de symboles susceptibles d'être
confondus nous apparaît nébuleuse. Parlons-nous ici de tous les éléments
vestimentaires avec la mention «Support 81», Support 81 dans lequel 81 fait
référence aux lettres H, A, des Hell's Angels? Si oui, pourquoi ne pas ajouter
la notion de support ou de lien avec une organisation criminelle directement au
projet de loi?
Concernant le registre des délinquants
sexuels, l'APPQ reconnaît l'importance des mesures visant à renforcer la
protection de la population à l'égard des crimes de nature sexuelle,
particulièrement lorsque ceux-ci présentent un risque élevé de récidive. Pour
l'association, le succès de cette mesure repose sur les ressources humaines,
technologiques et financières suffisantes et adéquates, ainsi qu'une marche à
suivre claire et uniforme.
Le projet de loi introduit également de
nouvelles dispositions et obligations en matière de communication d'information
aux victimes. Nous saluons cette mesure tant en ce qui a trait à l'optimisation
et à l'aide à l'assistance qui doit être faite aux victimes ainsi qu'aux
informations qui doivent leur être transmises à la suite de la remise en
liberté d'un suspect. Nous croyons que le cadre législatif doit clairement
établir qu'il s'agit d'une obligation et non pas d'une possibilité, et ce,
applicable à l'ensemble des corps de police du Québec afin d'éviter des
disparités dans l'application des mesures et des inégalités dans le soutien
offert aux victimes selon les territoires. De plus, il apparaît nécessaire de
préciser qui, au sein des organisations policières, serait responsable de la
communication l'information aux victimes, dans un contexte déjà marqué par un
manque d'effectifs et une pression opérationnelle constante, l'ajout de
nouvelles obligations doit impérativement s'accompagner de ressources humaines
et financières adéquates.
En conclusion, pour que le projet de loi
n° 13 renforce réellement le sentiment de sécurité au Québec, il doit
s'appuyer sur trois piliers. Des règles claires et précises des ressources
humaines, matérielles et technologiques suffisantes et une formation policière
adaptée et continue.
Maintenant, dans la mesure où le projet de
loi cherche à renforcer le sentiment de sécurité de la population, il semble
naturel d'ouvrir la réflexion sur la modernisation de la loi P-38
concernant l'intervention auprès des personnes dont l'état mental représente un
danger, et ce, afin de l'adapter aux réalités et aux enjeux actuels de la société.
Notre association porte cet enjeu parce qu'il est important pour nos membres et
pour la population. Notre présence sur la place publique concernant les
interventions en matière de santé mentale fait en sorte que nos membres et nous
sommes interpellés par des familles en détresse. Ces familles, nos membres et
nos partenaires, tant policiers que du milieu de la santé s'attendent à une
actualisation des mesures et des outils en place. L'APPQ demeure pleinement
engagée à faire avancer ce dossier et à participer activement aux discussions à
cet effet.
Merci de l'attention que vous portez à nos
recommandations. Nous sommes disponibles pour répondre à vos questions.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci.
Alors, merci pour votre exposé. Avant de débuter, je dois le consentement pour
dépasser l'heure prévue au niveau de l'horaire et aussi… et on va devoir aussi
écourter un peu nos entretiens avec les groupes. C'est correct? Oui, parfait.
Consentement, parfait. Alors, M. le ministre, vous avez la parole pour
12 min 30 s.
M. Lafrenière : Parfait.
Merci beaucoup. Merci, messieurs, madame. Merci d'être avec nous ce matin.
Beaucoup de points bien amenés, bien ramassés, puis je vais essayer de répondre
de la même façon de… que ce soit aussi clair.
Premièrement, ce qui est important de
rappeler, c'est le nom du projet de loi passe parce que vous faites référence
au sentiment de sécurité. Mais ce n'est pas pour rien qu'on a marqué «sentiment
et sécurité», parce que parfois ça va pas ensemble. Parfois, les gens ne se
sentent pas en sécurité, pourtant ils le sont et vice versa. Ça fait que, ça,
vous l'avez amené dans vos points, c'est important.
Je n'irai pas dans le même ordre que vous,
je m'excuse. Vous avez parlé des patchs, de le définir, nous, ce qu'on a — puis
hier on a eu des bonnes discussions, en passant, avec d'autres… d'autres gens
qui étaient ici — la révision obligatoire aux cinq ans, on mettait ça
comme une… une obligation très minimale, mais je pense que ça va devoir être
alimenté en continu. Si on met le SRCQ, et moi je crois beaucoup à ce que le
SRCQ devienne cette entité avec les connaissances qu'ils ont, qu'ils puissent
l'alimenter de façon… j'étais pour dire en direct, «live», c'est la volonté qu'on
a.
Le ministre doit aviser le groupe qu'il
est visé, mais le ministre n'a pas à approuver la liste, puis c'est là-dessus,
je pense… puis votre question est bonne. Puis hier on a eu une discussion avec
d'autres groupes où on disait : Ce qu'on ne veut pas… parce qu'on fait une
loi, ce n'est pas pour demain, c'est pour des années, on ne voudrait pas
quelqu'un assis dans cette chaise décide un jour que tel groupe, pour des
raisons politiques, il ne veut plus les avoir sur le terrain puis il…
M. Lafrenière : ...décide que
ceux qui ont un macaron ou qui auront telle entité politique vont être
illégale, on ne veut pas ça. D'où l'importance ce soit la SRCQ et la
responsabilité d'aviser ce groupe qu'ils font partie de la liste des personnes
qu'on apprécie moins, bien c'est le ministre qui va faire cette lettre-là pour
enlever... mais il faut trouver la limite entre l'opérationnel et le politique,
ça fait que ça, les points que vous avez amenés sont... sont bons.
M. Roberge (Dominic) : ...sur
cette disposition-là, sur l'aspect... le SRCQ pour avoir un pouvoir pour
déterminer les organisations, on craignait qu'il y ait nécessairement
systématiquement l'obligation de créer une démarche politique ou... qui relève
de l'administration publique puis qui en découle des délais évidement, là. Donc
l'intervention ou la confirmation par le SRCQ, ça nous rassure à ce moment-là.
M. Lafrenière : Moi, je crois
beaucoup à la SRCQ, mais je crois beaucoup à un rôle différent. Ça, ça en fait
partie. Pour pour, c'est du renseignement opérationnel puis je pense qu'on est
rendu là. Mais le fait qu'on en parle et les équipes ont bien entendu ma
volonté, ça fait qu'on va le travailler ensemble là-dessus.
Pour ce qui est de définir, puis là, vous
m'amenez dans une contradiction dans ma tête, d'être plus précis quand on
parlait, puis je vais reprendre votre terme, de «symboles... susceptible — pardon — d'être
confondus», vous avez fait référence au Support 81, la réponse est oui,
c'est ce qu'on veut cibler. Mais là, on connaît... on sait que dans le mot
crime organisé, il y a le mot organisé. Je suis persuadé que si on leur dit que
Support 81 n'est plus permis, bien, je pense qu'ils vont l'écrire d'une autre
façon, ils vont peut-être Support... ou je ne sais pas ce qu'ils vont faire,
mais ils vont nous sortir de quoi d'autre et j'ai comme l'impression que ça va
être comme une game de ping-pong où on va toujours devoir réagir, puis ils vont
continuer d'être créatifs. C'est pour ça qu'on voulait laisser au SRCQ la
capacité, l'intelligence, le renseignement pour remettre sur la liste ce qui
peut être confondu. Quelqu'un pour faire un dessin un jour, il y aurait
d'autres façons de le faire, alors ce n'est pas un non, c'est juste pour vous
dire, je comprends votre point, mais j'ai peur qu'en étant tellement précis, on
vienne se faire avoir à court, à moyen terme par des gens qui ont beaucoup de
créativité.
• (12 heures) •
M. Roberge (Dominic) : On
voulait soulever, de par ce point-là, c'est que si on a déjà des idées, des concepts
en tête, on avait la préoccupation peut-être de les rendre plus explicites dans
le texte du projet de loi pour éviter... parce qu'ici, aujourd'hui, tout le
monde s'entend sur le principe, le SRCQ va s'entendre avec nous sur le
principe. Par contre, on sait qu'ultimement ça va finir avec un débat
juridique. C'est groupe là sont bien représenté, puis les notions du... du
projet de loi, bien qu'on s'entende, ils vont recommencer un nouveau débat
après ça à la Cour sur «susceptible d'être confondu avec», donc on s'est dit
pourquoi pas l'écrire en amont? Mais je comprends votre raisonnement derrière
le texte.
M. Lafrenière : Mais si on
revient à... notre discussion qu'on avait en se disant que c'est la SRCQ qui,
de façon opérationnelle, va mettre à jour la liste, bien, à ce moment-là,
toutes les déclinaisons pourront être rajoutées de leur part aussi.
M. Roberge (Dominic) : Pour
les gros officiels, mais pas pour les références ou pour les éléments qui
pourrait s'apparenter à un des groupes officiels.
M. Lafrenière : Et ça, va
falloir regarder de façon opérationnelle. Est-ce que la SRCQ pourrait mettre ça
à jour? Tu sais, voyant... pour être capable de réagir et non pas aux années ou
aux cinq ans quand un groupe décide d'être créatif puis de changer leur logo
pour des ailes différentes avec un x ou je ne sais pas quoi qu'il puisse le
remettre à jour en direct sur cette fameuse liste-là... On sait où on veut
aller, on sait aussi où on ne veut pas aller. Ça fait que ça, votre point était
important, je voulais le... je voulais le souligner.
Vous avez dit l'importance que ce ne soit
pas... puis là je m'en va d'un article à l'autre là, le «peut» et non... le
«doit» et non le «peut». Tout le monde, nous l'a dit. Ça fait que ça, on l'a
entendu de tout le monde, ce danger-là de laisser la porte ouverte en disant si
ça adonne ou si on a les ressources. Je suis d'accord avec vous sur ce
point-là, là où je ne suis pas sûr, c'est dans... d'aller jusqu'aux détails en
disant qui va devoir aviser. Structure policière différente, je fais référence
à votre structure policière puis à un autre que, moi, j'ai connu, ça serait
peut-être un policier enquêteur puis dans un autre cas, ça serait peut-être un
sergent détective, ça pourrait... J'ai comme peur de le glisser, mais si on met
l'obligation, déjà je pense qu'on sort de ce... La possibilité de «peut», là,
moi aussi, je trouvais ça faible puis je pense qu'avec les collègues hier on
l'a bien entendu celle-là.
M. Roberge (Dominic) : ...préoccupation
était que dans un certain cas, la mention ne soit pas faite à une victime, puis
que, malheureusement, il y arrive un drame, puis qu'avec une enquête publique
du coroner, bien, on vienne pointer que, effectivement, la loi aurait pu
circonscrire davantage ces mesures-là, ça fait que je suis heureux d'apprendre
qu'il y a un consensus sur ce point-là.
M. Lafrenière : Oui,
absolument. Absolument. Pour les manifestations, hier, on a... on a reçu le
SPVQ et plusieurs des règles qu'on vient mettre en place aujourd'hui sont déjà
en place dans la ville de Québec. De surprise, depuis plusieurs années, je
connaissais un petit peu moins leur réalité, alors ils l'ont bien dit hier puis
ça semblait fonctionner bien. Je pense qu'on a avantage de prendre des méthodes
gagnantes, comme ce qui s'est développé au SPVQ. Là, par exemple, quand vous
avez parlé de... On va y aller sur un point bien technique pour ce qui est
lancé, je ne veux pas faire rire personne aujourd'hui, mais vous avez dit que
«tout objet», c'est ça, vous vouliez allez dans le «tout objet» au lieu de
faire référence aux articles un et deux où on disait des objets pouvant faire
des blessures. Est-ce que je me trompe?
M. Roberge (Dominic) : Effectivement,
vous avez raison.
M. Lafrenière : Parce que
quand on a écrit...
12 h (version non révisée)
M. Lafrenière : ...nous
avec... Je reviens. Je suis revenu. Quand on vient avec «avoir en sa possession
sans motif valable un objet ou une substance pouvant servir à porter atteinte à
l'intégrité physique d'une personne», on trouvait, c'était assez clair de
référer à ça, dans le sens, ça peut être tout objet qui peut causer une
blessure, puis on excluait les batailles de balles de neige, les... que c'était
plus socialement accepté peut-être.
M. Roberge (Dominic) : Mais
qui peut causer des blessures et nécessiter une intervention policière. C'est
ça. C'est ça.
M. Lafrenière : ...après ça,
il y a l'intention, il y a la façon de le faire, vous avez raison. Mais vous
comprenez là où je suis...
M. Roberge (Dominic) : En
fait, on se disait : Pourquoi avoir ce débat alors qu'on reconnaît d'emblée
le droit à la manifestation? On... On comprend que des gens dans une
manifestation sont là majoritairement avec un dessein illégitime pour faire
passer un message. Ce qu'on veut éviter, c'est le débordement avec des gens qui
lanceraient des objets qui ne se retrouveraient pas sur la liste et pour
lesquels on aurait à intervenir. Donc, plutôt que de créer une zone grise pour
les manifestants, je peux, je ne peux pas lancer tel, tel objet, vous allez dans
une manifestation, tous... tous vos droits fondamentaux sont reconnus, par
contre, pour une saine gestion de l'événement, on ne lancera pas d'objets, ça
va être clair pour tout le monde.
M. Lafrenière : OK. Je le
prends en considération. Je comprends votre point de vue. C'est intéressant de
le regarder de façon légale par la suite pour être sûr qu'on ne cause pas un
problème pire que ce qu'on veut protéger, là. OK. Je vous comprends.
Pouvoir de fouille, on n'en a pas parlé.
Vous en... Vous ne l'avez pas amené. Je vais vous poser la question :
Est-ce que vous avez réfléchi sur le volet du pouvoir de fouille?
M. Roberge (Dominic) : On a
réfléchi sur le pouvoir du... le volet du pouvoir de fouille. On en arrive
encore au même questionnement ou aux mêmes éléments, où il y a une notion
subjectivité, il y a motif raisonnable de croire, et on va avoir un besoin de
formation pour ces éléments-là. C'est conjuguer le pouvoir attribué par une loi
et le conjuguer avec l'évaluation du risque, l'urgence d'intervenir, la
nécessité d'intervenir. Comment on introduit cette disposition-là dans une...
dans la gestion d'une manifestation, ce n'est pas simple. Le pouvoir est facile
à comprendre, l'outil qui est donné aux policiers est facile à comprendre, par contre,
si on est dans une manifestation où il y a par exemple 5 000 personnes,
le ton monte, la tension monte, puis il y a des gens qu'on identifie à distance
avec des objets potentiellement dans l'article quatre, de la liste du projet de
loi, est-ce que, systématiquement, ça va créer des interventions policières? La
réponse, c'est non. Il y a des évaluations qui vont être faites. C'est juste
pour être certain que tout le monde s'entend sur le dosage de l'intervention
appropriée dans ce cas-là.
M. Lafrenière : Vous avez
raison. Puis ça, hier, quand on a reçu le SPVM qui nous ont parlé du MRO, là,
du mode de rétablissement de l'ordre, c'est une commande qui est passée par une
structure de commandement, et ce n'est pas une initiative d'un policier terrain
qui amènerait avec... Parce qu'encore là on pourrait causer pire que ce qu'on
veut prévenir. Donc, l'arrestation isolée pourrait provoquer pire que ce qu'on
veut prévenir. Ça fait que ce volet-là, on a été rassurés par la présentation
en contexte, je vous dirais, de rétablissement de l'ordre ou de service d'ordre,
ça, ça semblait bon.
Avant de laisser... Il reste combien de
temps, M. le Président? Parce que je veux...
Le Président (M. Schneeberger) : ...
M. Lafrenière : Trois minutes.
Je vais laisser du temps pour ma collègue.
Vous n'en avez pas parlé. On a eu des
groupes qui sont venus hier. Un groupe entre autres qui nous disait que le
registre n'aurait pas nécessairement d'atteinte d'objectifs selon eux. On... On
se fiait beaucoup plus au 810, donc des conditions qui sont données à quelqu'un.
Je ne mettrai pas mes pieds sales dans votre tête, je vais vous laisser me
donner votre appréciation de tout ça, mais je veux savoir si des... Puis
donnez-moi votre opinion.
M. Roberge (Dominic) : De
notre côté, on est à l'aise avec les objectifs visés par le texte du projet de
loi concernant le registre. Il y a déjà plusieurs informations qui circulent
via les médias ou les réseaux sociaux sur certains individus, certaines
situations. On pense que les citoyens, en ayant une prise de conscience et des
informations claires sur une situation donnée, vont être à même de faire une
évaluation du risque dans leur secteur géographique.
M. Lafrenière : ...on sait
très bien qu'au niveau technologique on a des travaux à faire sur le système
qui est en place présentement pour les bases de renseignements policiers.
M. Roberge (Dominic) : Il y a
des défis.
M. Lafrenière : Je vous le
dis, je le sais. Et donc on veut que nos policiers soient équipés avec la bonne
information. Là, on a un enjeu technique et logistique, mais on va... on l'a
considéré, je veux vous rassurer.
M. le Président, je laisserais... (panne
de son) ...de Lotbinière-Frontenac qui avait une question.
Le Président (M. Schneeberger) : Un
petit peu moins de deux minutes. Députée de Lotbinière-Frontenac, c'est à vous.
Mme Lecours
(Lotbinière-Frontenac) : Merci beaucoup. Bonjour. Moi, je... Dans le
cadre de votre travail de policier, est-ce que c'est commun de référer une
victime de violence conjugale à un organisme pouvant lui venir en aide? Et
est-ce que ce serait facilitant puis nécessaire de voir une modification
législative permettant de faire la référence sans le consentement de la
victime?
M. Roberge (Dominic) : Très
bonne question, Mme. Je ne ferai pas semblant que je n'ai pas écouté votre
question hier à la présentation de la Sûreté du Québec, et je vous offre tout
mon support pour les faits que vous avez mentionnés hier. On est très sensibles
à ce type de situation là. Et ce que je vous dirais par rapport aux
dispositions qui sont prévues au projet de loi concernant ces situations-là...
M. Roberge (Dominic) :
...juste pour les situer, les policiers peuvent transmettre à un organisme les
coordonnées d'une personne qui croit être victime de violences conjugales et,
en deuxième étape, transmettre à la victime les coordonnées ou les détails
concernant la remise en liberté d'un citoyen qui serait un suspect dans ce
cas-là.
Le projet de loi vient légitimer, vient
officialiser puis crée une obligation alentour d'une pratique qui est
partiellement en place déjà, tu sais, dans certaines interventions, il y a
des... il y a des communications qui se font entre les policiers qui
interviennent. Par exemple, si vous et moi, on est patrouilleurs puis on
intervient dans nos quarts de soir chez une dame qu'on croit être victime de
violence conjugale, le projet de loi va nous donner la légitimité d'intervenir
puis de faire une communication avec un organisme en particulier. Mais sachez
que dans les interventions, souvent, ce type de communication là se fait de
façon informelle aussi. Donc, on serait très mal à l'aise, vous et moi, de
terminer notre quart de travail, de partir à la maison en disant :
Malheureusement, madame, elle ne peut pas... elle ne veut pas qu'on communique
avec un organisme pour lui venir en aide. On va se croiser les doigts que tout
va bien aller. C'est difficile, des fois, à supporter. Donc, il y a des
communications informelles qui sont faites. Dans certaines situations,
l'organisme va dire : Écoutez, je vais entrer en contact avec la dame, je
vais tenter une approche. Peut-être qu'elle va me dire non aussi, puis on ne
sera pas plus avancés, mais au moins on va avoir tenté quelque chose. Puis dans
certains cas, l'organisme va donner des outils aux policiers, aux policières
pour dire : écoutez, elle ne veut pas nous parler, mais vous avez déjà le
contact avec elle, tendez donc une perche, puis essayez donc d'aller sur tel,
tel argument pour tenter d'ouvrir une communication. Parce que chez les
victimes, il y a un cheminement dans un processus de prise de décision, de
prise de conscience. Ça fait qu'il y a des choses là-dedans qui se font déjà de
façon informelle, et là on vient l'officialiser, le légitimer.
Le Président (M. Schneeberger) :
Merci, merci beaucoup. Nous allons du côté de l'opposition officielle avec la
députée de Westmount—Saint-Louis pour 7 min 52 s.
Mme Maccarone : Merci, M. le
Président, bonjour à vous quatre et un bonjour en particulier à vous, M.
Roberge, quoique depuis votre élection, c'est la première fois que vous venez
témoigner en commission parlementaire. Je trouve que ça va très bien à date.
M. Roberge (Dominic) :
...beaucoup. On va continuer.
Mme Maccarone : Excellent.
J'ai très peu de temps. J'ai sept minutes 30. Alors, moi, je voulais aller
direct au point qu'il me semble est le plus important c'est le manque de
ressources. Vous l'avez soulevé, j'ai posé la question à maintes reprises hier.
On a un projet de loi devant nous, on souhaite le mettre à l'oeuvre qu'on est
pour, qu'on est contre, peu... pet importe, ce serait adopté. Avez-vous les
ressources nécessaires pour mettre ceci à l'oeuvre? Étant donné que moi, ce que
j'entends, il y a un manque d'effectifs, puis là vous avez aussi soulevé
formation, ça fait que je souhaite vous entendre sur ces deux aspects, s'il
vous plaît.
M. Roberge (Dominic) : Notre
position, à l'association, c'est qu'actuellement, pour remplir la mission de la
Sûreté du Québec, il nous manque des ressources financières et humaines. On
vient rajouter des responsabilités, on espère qu'il va y avoir un ajustement
du... de la charge de travail, du fardeau qui est mis sur nos policiers, nos
policières. Mais actuellement, la situation ne convient pas. Les policiers, les
policières à la Sûreté du Québec remplissent le fardeau. Les appels sont
répondus, mais il y a une pression grandissante et qui est répartie sur un
moins grand nombre de membres, qui fait en sorte que oui, on a des besoins.
• (12 h 10) •
Mme Maccarone : Et hier,
j'avais posé la question à la SQ, puis eux, ils nous ont dit que... bien, dans
le fond, les coupures dernièrement qui ont été mises par le gouvernement, il
n'y avait pas de... il n'y avait pas d'impact sur les services. Est-ce que vous
partagez cet avis?
M. Roberge (Dominic) :
J'écoutais la présentation de M. Dubé hier. Je suis obligé juste de dire que
sur cet argument-là, dans les coupures qui ont été faites, il n'y a pas
d'impact direct au niveau du service à la population dans ce qui a été ciblé
comme mesures. Mais il y a des impacts indirects qu'on mesure actuellement.
Pour ne vous nommer que trois éléments que
j'ai en tête, au niveau de l'embauche, on a un ralentissement au niveau de
l'embauche dans nos ressources. Évidemment, annuellement, on a un nombre X de
policiers et de policières qui quittent à la retraite. Depuis quelques mois, habituellement,
on avait des contingents d'environ 32 policiers qui étaient embauchés
mensuellement. On a réduit ça depuis quelques mois à 16. Et là, on nous a
assuré le fait que février et mars allaient être un retour à la normale, sans
garantie par la suite. Pour la suite, j'ai des informations discordantes. Mais
évidemment, quand on sort plus de policiers qu'on en rentre, ça fait en sorte
qu'il y a des unités actuellement qui ont des... on a plus de
100 policiers qui nous manquent dans nos unités actuellement, j'ai des
unités où il manque cinq, six, sept policiers, des maires et des mairesses au
Québec qui paient pour des services dans... conclus avec des ententes pour
lesquelles les effectifs ne sont pas là.
Est-ce que le service est offert? Le
service est offert. Mais vous comprenez que la pression est répartie sur les
autres membres de l'unité qui doivent faire des quarts de travail pour répondre
à ces besoins-là. On a un ralentissement au niveau de la dotation des emplois,
ce qu'on appelle dans notre jargon du chômage structurel. On retarde le
remplacement d'une personne qui quitte. On retarde ensuite le remplacement de la
personne qui va prendre sa place pour créer une cascade jusqu'à l'embauche.
Donc, artificiellement, on crée des vides dans l'organisation et évidemment, il
y a des économies substantielles à faire tout ça, mais sur le terrain,
actuellement, on a des postes, plusieurs postes qui ne sont pas comblés pour
des périodes au-delà de 120 jours...
M. Roberge (Dominic) : ...ça,
c'est emblématique. Cette situation-là s'est déjà présentée à la suite du
départ d'une précédente administration à la Sûreté du Québec, il y a plusieurs
années. Il y a eu un règlement de cette situation-là, mais ça a été très
onéreux, et ça a été des problèmes à gérer pendant de nombreux mois par la
suite pour résorber la situation. La Sûreté du Québec est sensibilisée, ils
veulent régler la situation, mais le constat qu'on fait actuellement, c'est à
ce niveau-là. Donc, il n'y a pas de coupures au niveau du service à la
population, mais il y a un impact.
Mme Maccarone : Je comprends.
M. Roberge (Dominic) : Même
chose au niveau de la formation. J'ai été mis au courant cette semaine d'une
chaîne de courriels à l'effet que la Sûreté du Québec était... faisait une
réflexion au niveau de sa présence récréotouristique sur le territoire du
Québec et que, compte tenu des coupures budgétaires, bien, la formation de
36 patrouilleurs en motoneige qui devait avoir lieu cette année va être...
réduite à deux patrouilleurs. Donc, le service de base est offert. Il n'y a pas
d'enjeu au niveau de la santé-sécurité, mais dans les mandats alentour de la
Sûreté du Québec, il y a des réflexions qui se font et il y a des impacts. On
ne peut pas dire le contraire.
Mme Maccarone : C'est très
clair. Merci beaucoup. Je souhaite... Vous l'avez mentionné dans vos remarques
puis vous l'avez mentionné aussi dans votre conclusion, P-38, on attend une
reforme, on... c'est... ce n'est jamais loin dans mon esprit. Le tragique
meurtre, décès de Maureen Breau. Malheureusement, je ne vous cache pas que nous
sommes rendus février, c'est notre dernière session, le gouvernement n'a
toujours pas déposé un projet de loi en ce qui concerne la réforme dont nous
attendions avec une grande impatience. Si ce n'est pas inclus dans ce projet de
loi, c'est clair, on ne pourra pas faire le débat dans cette législature. Ça
fait qu'on... il va falloir attendre jusqu'à la prochaine législature. Ça fait
que je souhaite vous entendre un peu là-dessus aussi, de l'importance.
M. Roberge (Dominic) :
L'importance de P-38. Vous savez, c'est un dossier très sensible pour nos
membres, notre organisation autant la Sûreté du Québec que l'APPQ. Depuis
plusieurs mois, on s'affaire à rédiger notre position, à parler à des groupes,
parler à des individus. Comme je disais, notre présence sur la place publique
fait en sorte qu'il y a beaucoup de gens qui nous parlent là-dessus. On établit
un consensus avec nos collègues policiers de la Fédération des policiers
municipaux, de la Fraternité des policiers de Montréal, avec l'Association
canadienne des policiers. On est en communication avec l'Association des
médecins psychiatres au Québec. Il y a un large consensus qui se dégage sur la
nécessité de réformer cette partie-là.
Et mon intention en abordant le sujet
aujourd'hui, c'était bien que je sache que les éventuelles réformes relèvent du
ministère de la Santé et des Services sociaux, je voulais quand même
sensibiliser le ministre de la Sécurité publique parce qu'ils sont un acteur
important qui peut avoir des communications avec le ministère de la Santé et
des Services sociaux, parce que, dans la réforme de P-38, il y a un volet
policier très important. Donc, je désire qu'on parle de cet enjeu-là et qu'on
le maintienne sur la place publique.
Mme Maccarone : Je partage
votre préoccupation et j'espère qu'on va pouvoir peut-être trouver de l'espace
dans ce projet de loi pour faire évoluer ce dossier.
Peut-être le temps pour une dernière
question. Je vous ai entendu dans vos remarques, puis vous parlez de
l'article 9. Ça fait que là on parle de tu sais, les vestes antipatch,
etc. Puis vous avez dit : On va leur demander d'enlever leur veste, par
exemple, puis on a aussi peut-être des véhicules et des motos qui vont avoir
des identifiants là-dessus. Je veux savoir pratico-pratique comme ça va
fonctionner, parce que, dans la loi, on ne parle pas nécessairement de retirer
le droit de le porter en public, puis il va y avoir des sanctions. Vous, vous
parlez de leur demander de l'enlever. Alors, comment vous voyez l'application
de cette mesure?
M. Roberge (Dominic) :
L'article 9, c'est une disposition pénale, puis la règle de… Pardon?
Une voix : ...
M. Roberge (Dominic) : C'est
ça, c'est une disposition pénale puis normalement la règle, c'est…
Mme Maccarone : C'est
l'article 6 de section III, l'interdiction d'exposer un objet identifiable. Mon
erreur.
M. Roberge (Dominic) :
L'interdiction de l'exposer.
Mme Maccarone : Oui.
M. Roberge (Dominic) :
Théoriquement, avec une disposition pénale, les policiers et les policières
vont mettre fin à l'infraction. Donc, oui, ils peuvent constater, émettre un
constat d'infraction, mais, théoriquement, ils vont mettre fin à l'infraction.
Donc, pour y parvenir, ils vont demander à personne de retirer leur veste, de
la ranger. Mais concrètement, dans la vraie vie, ça veut dire un barrage
routier où on demande à des gens d'enlever des vestes. Évidemment, il va y
avoir une évaluation du risque dans une run annuelle où il y aura
75 motards, c'est possible qu'il y ait une intervention qui va être
différente. Mais la règle, ça serait de mentionner à la personne qu'elle commet
une infraction et doit mettre fin à l'infraction, c'est-à-dire retirer sa
veste. Et là, qu'est-ce qu'il va arriver en dessous de la veste? On va avoir un
chandail aux couleurs des Hell's Angels, et après ça, on va avoir une boucle de
ceinture aux couleurs des Hell's Angels, avec une moto parce qu'on ne fait pas
référence seulement aux vêtements dans l'article, on fait référence aux objets
qui sont présentés au public. Donc, jusqu'où ça va dans l'application? C'est
des éléments, comme vous dites, où il faut clarifier la possibilité
d'intervention policière.
Mme Maccarone : Mais ce n'est
pas clair pour moi, voilà. Ça fait qu'on va devoir avoir une discussion, parce
que… Merci, vous avez soulevé beaucoup d'éléments, des pouvoirs subjectifs,
puis je partage votre avis, il va falloir mettre des choses qui sont plus
claires. Ce qui m'a vraiment rejoint, c'est quand vous avez dit : Il faut
agir en amont et pas le après, parce que là on met beaucoup de pression sur les
épaules de nos policiers puis il faut vraiment les outiller alors pour qu'ils
puissent faire leur travail.
Le Président (M. Schneeberger) :
Merci beaucoup.
Mme Maccarone : Merci.
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
nous allons du côté… avec la députée de...
Le Président (M. Schneeberger) : ...Sherbrooke
pour 2 min 38 s.
Mme Labrie : Merci, M.
le Président. Bonjour.
Dans votre mémoire, vous mentionnez que ça
prendra des ressources appropriées à propos du registre pour les délinquants
sexuels. J'aimerais vous poser la question par rapport au 810, si vous avez les
ressources pour ça. Pouvez-vous me dire qu'est-ce qui se passe quand il y a un
810 qui est émis — je ne sais pas si c'est comme ça qu'on dit ça — sur
votre territoire? Qu'est-ce qui se passe après puis avez-vous les ressources
pour les faire appliquer?
M. Roberge (Dominic) : En
fait, pour la présentation, pour la gestion des 810, il y a une gestion plutôt
locale qui va se faire dans chaque unité, pour chaque dossier. Les unités
d'enquête vont gérer les 810, les interdictions d'entrer en contact avec
certains dans le cas où qu'ils nous réfèrent des partenaires, des
ex-partenaires. Il y a une gestion locale qui va se faire, tandis que dans le
registre, ce qu'on appréciait dans cette mesure-là, c'est la centralisation des
informations avec une coordination provinciale pour s'assurer qu'il n'y ait pas
de... je dirais, de manquements dans l'application ou dans la rigueur de l'application.
Mme Labrie : Je vous
pose la question, parce qu'on nous a fait valoir que, pour la sécurité réelle
des personnes, la surveillance réelle des 810 aurait plus d'impact possiblement
que le registre. Donc, j'aimerais ça que vous me disiez, dans la vraie vie,
qu'est-ce qui se passe quand il y a un 810 qui est émis?
M. Roberge (Dominic) : Dans
la vraie vie, le 810, c'est une disposition légale, c'est une décision, des
limites qui sont mises à une certaine personne. Par contre, on ne doit pas
rester sous l'impression qu'un 810 génère une surveillance constante et...
Mme Labrie : Vous ne les
avez pas, les ressources pour ça?
M. Roberge (Dominic) : Impossible.
C'est impossible.
Mme Labrie : Ça fait
que, typiquement, qu'est-ce qui se passe? Vous en prenez acte puis vous
attendez qu'on vous appelle pour vous dire qu'il y a eu un bris de...
M. Roberge (Dominic) : Exactement.
Si vous et moi, on travaille dans un bureau d'enquête ensemble, puis on est
avisé que dans un des dossiers sur lesquels on enquête, il y a une personne qui
a obtenu un 810 du tribunal, bien, on va en aviser nos collègues du bureau
d'enquête, on va en aviser les patrouilleurs. Il y a une communication qui va
être faite à tous les gens de l'unité... alimentation au CRPQ pour que, si ces
gens-là sont interceptés ailleurs au Québec, que l'information soit partagée.
Puis, dépendamment de l'intensité de l'événement, je dirais, bien, il va avoir,
oui, à court terme, une surveillance, des communications avec la victime et
tout ça, mais dans le temps où ces mesures-là vont se moduler en fonction du
temps ou de la proximité avec l'événement. Donc, c'est comme ça que ça se
passe, de façon concrète.
• (12 h 20) •
Mme Labrie : Y en a-tu
beaucoup en même temps gérés, par curiosité, dans un...
M. Roberge (Dominic) : Dépendamment
de l'unité, du volume de dossiers, si vous allez dans un poste urbain comme
Drummondville, Valleyfield, et il y en a des... il peut y en avoir des
dizaines, tandis que dans une plus petite MRC, il peut y en avoir un ou parfois
aucun qui sont actifs, là.
Mme Labrie : OK. Et
puis...
M. Roberge (Dominic) :
Souvent, ce sont des dispositions qui sont transitoires au travers d'autres
procédures judiciaires. Donc, le 810 va éventuellement se transformer en
condition, soit de remise en liberté ou de probation si une sentence qui est
prononcée. Donc, ça évolue le 810 au travers de d'autres...
Mme Labrie : Puis c'est
quoi l'ampleur des moyens supplémentaires que ça vous prendra?
Le Président (M. Schneeberger) : On
n'a plus de temps, c'est terminé. On a déjà 20 minutes... 20 secondes
au-dessus.
Alors, nous allons du côté des Îles-de-la-Madeleine.
M. le député, c'est à vous. Deux minutes.
M. Arseneau : Deux minutes.
Merci beaucoup. Est-ce que vous pouvez répondre à la question précédente? Quels
sont les moyens que ça vous prendrait?
M. Roberge (Dominic) : Quels
sont les moyens que ça nous prendrait pour assurer une meilleure surveillance
des 810, si j'ai bien compris la question? C'est des effectifs sur la route,
c'est des patrouilleurs, c'est des gens qui peuvent faire les vérifications,
qui sont soit sur les appels parce qu'évidemment, on ne peut pas assurer une
surveillance constante des 810, mais... Puis dans certains cas plus urgents,
c'est des ressources financières, parce que, si on a une... pardon, si on a une
situation plus critique, bien, il va y avoir de la surveillance un peu plus
constante. Donc, là, on parle de ressources financières pour faire rentrer des
gens qui, eux, ne répondront pas aux appels de base, mais qui sont en surplus
sur une équipe pour s'assurer d'une surveillance.
M. Arseneau : Mais votre
intervention a le mérite de poser les bonnes questions, c'est-à-dire, est-ce
qu'on a les moyens de nos ambitions à maints égards, les moyens financiers, les
moyens, en termes de ressources humaines aussi? Ça traverse un peu l'ensemble
de votre propos et de votre mémoire. Donc, j'aimerais savoir justement, plus
spécifiquement pour le registre, est-ce que c'est ce que vous, enfin, suggérez,
c'est que le registre, c'est bien beau, mais à un moment donné, quelles sont
les ressources qu'on est prêt à y consacrer?
M. Roberge (Dominic) : C'est
exactement ce qu'on souhaite, que les ressources soient proportionnelles à
l'importance du registre qu'on veut implanter et que les ressources surviennent
ou proviennent avec l'implantation du registre pour assurer sa pérennité et son
efficacité.
M. Arseneau : D'accord.
Puis même chose pour la question des services partagés, vous dites : Ça ne
peut pas être perçu comme une mesure d'économie. Est-ce que vous pouvez
expliciter un peu?
M. Roberge (Dominic) : Bien,
au niveau des services partagés, présentement, la Sûreté du Québec en service
supplétif, a fait plus de 1000 interventions auprès des différentes
municipalités du Québec. Dans la présentation de M. Dubé, on parlait de
3000, mais on parle dans ce cas-là des interventions aussi pour le Nord-du-Québec,
dans un plus vaste registre. On va réduire les interventions s'il y a des
ententes entre les municipalités. Par contre, on ne doit pas imaginer que ça va
générer une marge...
M. Roberge (Dominic) : ...de
manœuvres à 100 % des services qui étaient offerts préalablement, là, il
va toujours y avoir des services supplétifs. On ne voudrait pas que ça crée
l'illusion que, tout d'un coup, on génère la marge de manœuvre nécessaire pour
être capables de remplir tous les mandats du projet de loi. Les mandats
supplétifs, souvent, c'est des mandats qui sont effectués en temps
supplémentaire, au-delà des mandats de base. Donc, tout ce que ça va permettre,
c'est une bouffée d'air, à certaines personnes, de passer peut-être la fin de
semaine à la maison, plutôt que de rentrer en temps supplémentaire.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci,
merci beaucoup. Alors, merci pour votre apport à la commission.
Nous allons suspendre quelques instants
afin d'accueillir le prochain groupe.
(Suspension de la séance à 12 h 24)
(Reprise à 12 h 28)
Le Président (M. Schneeberger) :
Alors, nous poursuivons nos audiences avec la Fédération des policiers et
policiers municipaux du Québec. Bonjour à vous trois. Alors, comme tout à
l'heure, vous vous présentez et, par la suite, vous pouvez enchaîner avec votre
présentation. Allez-y.
M. Lemay (François) : Bonjour,
M. le Président. Alors, j'aimerais vous présenter les gens qui m'accompagnent
aujourd'hui : à ma droite, le vice-président exécutif à la Fédération,
M. Martin Fisette, et, à ma gauche, M.... Me Andrew Charbonneau, qui est
le conseiller de la FPMQ avec nous. Alors, Mmes et MM. membres de la
commission, M. le ministre, Mesdames et Messieurs, je vous remercie de nous
recevoir dans le cadre des consultations sur le projet de loi numéro 13, Loi
visant à favoriser la sécurité et le sentiment de sécurité de la population en
modifiant diverses dispositions. Je prends la parole aujourd'hui, au nom de la
Fédération des policiers et policières municipaux du Québec, afin de vous présenter
l'essentiel dans notre mémoire et de formuler nos recommandations.
Permettez-moi d'abord de vous dire que
nous sommes... qui nous sommes et pourquoi nous sommes ici. La Fédération a été
créée en 1965, elle regroupe les associations syndicales de policiers et
policières... et représentant plus de 5 000 policiers et policières.
Nous représentons des services de police municipaux, autochtones et inuits
répartis au sein de 32 corps de police. La fraternité des policiers et
policières de Montréal est également un membre associé. Elle est avec le FPMQ
regroupent... et la FPMQ regroupent environ 10 000 policiers et
policière. D'ailleurs, ce mémoire a été préparé conjointement avec la
fraternité des policiers et policières de Montréal et je salue le président, M. Yves
Francoeur, qui est avec nous autres aujourd'hui. Nos membres œuvrent dans une
réalité extrêmement diverse de petits services d'une vingtaine de policiers
jusqu'à des services de police de plusieurs centaines de policiers. Ils offrent
des services policiers de niveau 1 à 5, selon la loi de police. Cette diversité
est une richesse, elle signifie aussi que les discussions législatives qui
entourent l'organisation policière et le partage des services ont un impact
très concret sur le terrain, sur l'efficacité des interventions et sur la
santé-sécurité de nos membres.
• (12 h 30) •
D'entrée de jeu je veux être clair, la
Fédération reconnaît l'effort du gouvernement de s'attaquer à des enjeux qui
influencent directement le sentiment de sécurité de la population. Sur
plusieurs éléments, notre position est favorable. De façon générale, nous
sommes d'accord avec les intentions du gouvernement. Nous croyons capital de
mieux protéger le public contre certains délinquants sexuels à haut risque de
récidive, de mieux encadrer certaines situations pouvant dégénérer lors de
manifestations, de freiner l'intimidation et la glorification des organisations
criminelles par l'affichage de symboles et d'explorer les mécanismes
d'organisation des services policiers, dont le partage de services et de
création de régies autochtones. Cela dit, nous croyons que le projet de loi
doit être amélioré à certains égards afin d'être plus efficace, mieux balisé et
mieux arrimé à la réalité opérationnelle.
Je viens maintenant à la question de la
divulgation publique. La Fédération appuie le principe d'une divulgation
pouvant être public de renseignements visant certains délinquants sexuels à
risque élevé. Il s'agit d'un objectif de sécurité publique légitime, mais nous
croyons que le projet de loi numéro 13 devrait saisir l'occasion d'élargir sa
divulgation à certains récidivistes en violence conjugale. Nous faisons cette
demande parce que sur le terrain, les policiers constatent de plus en plus
souvent des situations où des agresseurs cumulent des antécédents lourds et le
viol à répétition... ordonnance à la cour et donc ils demeurent des dangers
réels et prévisibles. Notre mémoire évoque notamment le contexte tragique
entourant... le féminicide de Mme Gabie Renaud. Nous rappelons aussi des
constats publics démontrant une hausse marquée des accusations liées au
non-respect d'ordonnance en matière de violence conjugale. Autrement dit, si
l'objectif du projet de loi est d'augmenter le sentiment de sécurité, la
violence conjugale doit être reconnue comme une priorité et intégrée au
mécanisme de divulgation avec des balises strictes, ciblées et fondées sur
l'évaluation du risque.
J'aimerais maintenant aborder les
dispositions concernant les manifestations. La Fédération accueille favorablement
la nouvelle loi visant...
12 h 30 (version non révisée)
M. Lemay (François) : ...favoriser
la paix, l'ordre et la sécurité publique au Québec, notamment parce qu'elle
donne des outils concrets de prévention.
Les manifestations comportent des risques
opérationnels bien connus : effectifs souvent limités, environnement
bruyant et changeant, visibilité réduite et présence possible de groupuscules
cherchant l'affrontement et les vandalismes... et le vandalisme.
Deux éléments méritent d'être soulignés. D'abord,
en ce qui concerne le projet... les objets prohibés, à l'article 4, nous
appuyons l'interdiction d'objets pouvant servir à blesser ou endommager les
biens. Cependant, nous proposons deux ajustements très concrets : premièrement,
ajouter explicitement les termes «pierre», «roche» et «brique», car «morceau de
pavé» est trop imprécis; deuxièmement, ajouter les termes «inflammables» et «incendiaires»
afin de couvrir clairement des objets comme, exemple, le cocktail Molotov. L'objectif
est simple : éviter les zones grises et renforcer la prévention.
Ensuite, la saisie sans mandat. Sur ce
point, la fédération est claire : une amende peut dissuader, mais la
saisie retire le danger immédiatement. En matière de sécurité publique, la
prévention repose sur la capacité d'agir avant que des gestes se produisent.
Je reviens maintenant à la question des
symboles criminels. Nous appuyons l'interdiction d'exposer publiquement des
objets identifiant l'entité à des desseins... à un dessein criminel. Sur le
terrain, ces symboles servent à intimider, à contrôler le territoire, à
banaliser la criminalité. Cependant, les sanctions pécuniaires seules sont
insuffisantes. Nous demandons au gouvernement de rendre plus effectif cet
objectif afin que nos policiers, policières puissent remplir ce mandat avec
autorité. Nous demandons également de clarifier les exceptions en ajoutant
explicitement le contexte policier afin d'éviter toute ambiguïté lors d'activités
de prévention, de sensibilisation ou de renseignement.
Maintenant, un sujet au cœur de notre
mémoire, je souhaite maintenant aborder le partage des services policiers. Oui,
le partage peut être utile, mais, tel qu'il est rédigé, le projet de loi est
trop large et insuffisamment balisé. Nous considérons qu'il est important de rétablir
certains faits sur la mutualisation des services.
Depuis plusieurs années, le modèle des
escouades, les escouades spéciales, on a connu les escouades régionales mixtes
dans le passé, a démontré que les conventions collectives ne sont pas une
embûche à la réalisation de projets entre les services policiers. La véritable
difficulté repose sur un manque d'effectifs et de financement.
Prenons l'exemple des enquêtes. La
majorité, si ce n'est pas la totalité de nos services policiers, constate que
les enquêteurs en place ne suffisent plus à la tâche. Certains dossiers ne sont
tout simplement pas enquêtés par manque de main-d'œuvre. La fédération conçoit
mal comment des ressources peuvent être mutualisées pour en faire plus alors
que chaque policier a atteint sa charge maximale. La mutualisation doit
permettre un accroissement des services dispensés à la population et non
compenser un sous-financement généralisé.
Aussi, nous demandons que des principes
directeurs clairs soient enchâssés dans la loi, comme le maintien des
effectifs, l'interdiction de la sous-traitance déguisée, la protection de l'expertise
interne et le caractère conditionnel du partage. Nous demandons également que
certains services essentiels soient explicites exclus... explicitement exclus
afin de préserver l'autonomie et la responsabilité locale.
Je termine avec les régies de police
autochtones. La fédération salue cette initiative mais insiste sur la mise en
place de deux garanties essentielles : des ententes stables, on parle,
dans notre mémoire, d'une durée minimale de cinq ans jusqu'à une durée maximale
de 10 ans, mais je vous dirais que le 10 ans serait quelque chose qui
ressemblerait à toutes les ententes qu'on voit aussi dans plusieurs services de
police municipaux; et ce mécanisme clair de protection de la sécurité d'emploi
et des conditions de travail. En bref, la carrière d'un policier ne devrait pas
jamais dépendre d'un changement structurel sans filet juridique.
En conclusion, la fédération appuie l'intention
générale du projet n° 13 mais estime que certains
amendements sont nécessaires afin...
M. Lemay (François) : ...assurer
l'efficacité réelle sur le terrain. Comme je viens de l'exposer, nos
recommandations portent sur l'élargissement et la divulgation publique de
certains récidivistes en violence conjugale, un meilleur encadrement des
manifestations par la prévention, l'ajout d'un pouvoir de saisie des symboles
criminels, un encadrement strict du partage de services et une garantie claire
pour les régies de police autochtones.
En vous remerciant de votre écoute, nous
demeurons à votre entière disposition pour répondre à vos questions et fournir
tout complément d'information utile. Merci beaucoup.
Le Président (M. Schneeberger) :
Merci beaucoup pour votre présentation.
Nous débutons une période d'échange avec
le ministre. Vous avez 12 min 30 s, M. le ministre.
M. Lafrenière : Oui, merci
beaucoup, M. le Président. Bonjour, messieurs. Merci d'être là. J'ai quelques
questions pour vous. Vous avez amené des bons détails.
Je vais commencer par la mutualisation,
tiens. Je comprends très bien votre point puis je l'ai dit à plusieurs groupes,
je vais vous le redire ici, parce que je veux que ce soit clair puis que le
message soit entendu, notre but n'est pas de niveler vers le bas, mais pas du
tout. Moi, ce que j'ai en tête, entre autres, c'est la Couronne Nord de
Montréal, on a plusieurs SM, plusieurs services de police municipaux, qui
pourraient ensemble décider d'avoir une escouade, par exemple en matière de
SIJ, enquêteurs collision. Et on sait très bien que deux services de police, un
plus un, ça ne fait pas deux, c'est-à-dire, si j'ai une ressource dans mon
service, vous en avez un dans le vôtre, ça ne veut pas dire qu'ils vont venir
se combler puis se donner un coup de main, chacun va avoir ses réalités. Mais
je comprends bien aussi ce qu'on m'a partagé, puis vous avez fait référence à
des escouades régionales, la crainte, c'est qu'il y ait un perdant là-dedans,
qu'une des deux villes qui, finalement, soit siphonnée... les ressources pour
faire leur réalité à eux puis pour faire les deux municipalités. Ça fait que
ça, je l'ai entendu.
Nous, dans notre tête, c'était clair aussi
que, la gendarmerie, c'était un service de base qui ne pouvait pas être
partagé. Mais est-ce qu'il y a d'autres choses plus spécialisées? C'est là
qu'on arrivait avec cette mutualisation-là. Et je vois beaucoup aussi les
fraudes, tout ce qui est du crime tech, qui coûte très cher, car chacun a ses
propres équipements. Est-ce que les gens sont aussi performants quand on a
quelques cas par année? Bref, c'est un peu là où on allait après avoir entendu
les gens terrain.
• (12 h 40) •
Là où j'ai une question pour vous, c'est
quand on vient sur les patchs. Vous avez dit tantôt que vous aviez besoin de
quelque chose de plus fort puis que l'amende ce n'était peut-être pas le bon
outil. Je suis un peu surpris, parce que je vous dirais quand on va sur le Code
criminel, on connaît les délais, donc, la dissuasion sur le terrain pour le
policier qui dit au monsieur : Tu as mis une patch aujourd'hui, puis
rassure toi, dans un an et demi, on va se revoir. J'aurais peut-être plus de
misère avec ça que la dissuasion sur le terrain en disant c'est comme ça que ça
marche, voici l'infraction. Puis je vous le dis de façon transparente, le but
de ça, c'est au contraire, d'arriver avec une action sur le coup, mais
j'aimerais vous entendre quand vous avez dit ça prendrait quelque chose de plus
fort.
M. Lemay (François) : Oui.
Écoutez, on a eu beaucoup, beaucoup, beaucoup de discussions alentour de ce
sujet-là. Je vous dirais, je vais essayer de plus vous résumer plutôt que de
faire l'étalement de la discussion. Nous, ce qu'on veut s'assurer avec vous,
c'est que le moyen qui sera donné, ce que le législateur donnera, il faut
s'assurer que nos policiers ne vont pas faire rire d'eux dans le cadre
d'intervention. Et là où ce que je veux en venir, vous le savez, on connaît la
différence entre l'utilisation du code de procédure pénale pour nos policiers
sur le terrain, je veux dire, c'est nos pouvoirs, c'est nos pouvoirs... Ce
qu'on ne veut pas... ce qu'on veut s'assurer, c'est que demain matin, on
rentre, on demande, puis là, ils connaissent la game, vous le savez très bien,
nos gens du crime organisé connaissent exactement ce qu'ils peuvent faire, ce
qu'ils ne peuvent pas faire... Et l'outil qu'on veut donner à nos policiers,
c'est de s'assurer. Et j'essaie de résumer ça en quelques instants, c'est
qu'ils ne vont pas jouer la game du CPP, hein? Si l'infraction s'arrête, bien,
je suis obligé de te le redonner. Non, je ne le mettrais pas. 10 minutes
plus tard, il l'a encore. Puis aussitôt que tu lui donnes une amende, tu lui
dis, bien : ton amende sera doublée parce qu'on va demander une
modification de l'amende pour qu'elle soit plus grande. Vous savez ce qu'ils
vont nous répondre? Tu sais, ils nous disent souvent : Je m'en fous, de
ton amende. Alors, ce qu'on veut... ce qu'on veut s'assurer, c'est que dans l'utilisation
de CPP, et a essayé de le voir l'inverse, si vous ne nous avez pas donné un
pouvoir de fouille, c'est parce qu'en vertu du CPP, on n'était pas capable,
sans doute, de l'avoir. Vous avez déjà eu, j'imagine, ces discussions-là et le
pouvoir... et le pouvoir de saisie venait plus du Code criminel par rapport à
l'utilisation, mais c'est vraiment ça qu'il faudrait qu'il arrive, parce que
sinon, les policiers puis les policières vont se rendre, vont donner une
première amende. Vous savez, l'objectif, c'est de lui faire enlever son... de
lui faire enlever ses patchs, puis on ne veut pas... Nos policiers puis nos
policières, ce qu'ils ne veulent pas, c'est faire rire d'eux autres à plusieurs
reprises, trois fois dans la même soirée parce qu'ils y auront été. Là, oui,
vous pouvez nous dire : On peut l'arrêter. Mais aussitôt que, vous savez
que l'infraction est arrêtée, bien on recommence encore. Alors c'est juste, sur
la question, je voulais... ce que je voulais vous amener, le législateur
décidera bien ce qu'il va nous donner, on est à la recherche d'outils à tous
les jours pour réussir à mieux faire notre job. Alors on n'est pas contre, la
seule chose que je vous mets en garde, c'est donnons-nous pas un moyen...
M. Lemay (François) : ...ce
qui va faire qu'ultimement, ça va nous amener une confrontation puis les
policiers ils ne veulent pas finir deuxième, ils veulent faire appliquer une
loi. Alors, je... vraiment, je mets en garde qu'on n'arrive pas très
rapidement, un peu, à ce niveau-là puis c'est un peu le message aux noms des
policiers puis des policières qu'on veut vous passer par rapport à cette
situation-là.
M. Lafrenière : Parfait.
Bien, ça me permet de passer notre message qui est justement on ne veut pas
donner un outil pas de dents, vous comprenez? Un outil qui paraît bien puis ce
que j'entends des policiers sur le terrain, c'est qu'ils essaient de convaincre
la personne de l'enlever en disant : Ce serait bien gentil, s'il vous
plaît. Écoutes, ils perdre la face solidement. Donc, cet outil-là, on voulait
que ce soit dissuasif sur le coup. Au final, ce qu'on veut, nous, c'est quoi?
C'est ramener un équilibre. Présentement, le crime organisé, les gens qui font
partie de ces groupes-là, s'affiche, même si ça confirme devant tout le monde qu'ils
ont commis des crimes, ils démontrent à la société, eux autres, ils n'en ont
rien à faire, ça fait qu'on veut tenter de ramener l'équilibre, mais j'ai bien
pris vos points en note.
Tantôt, quand on a parlé du registre, vous
avez parlé aussi des besoins d'agir en matière de violence conjugale et ça, je
saluais mes collègues de QS qui nous ont parlé de la loi de Clare, qu'on
connaissait, qu'on n'avait pas regardé au tout début. Présentement, on
l'étudie. On regarde de quelle façon ça pourrait s'y prêter, qui est un outil
de plus. Et pourquoi je vous parle de ça? Parce que quand on a regardé le
registre, on a commencé... parce qu'il y a une volumétrie dans tout ça. Puis au
Québec, on va se le dire, si on décide comme assemblée d'avoir le registre, ce
sera une première. Ça n'a jamais été fait de ce type-là, un registre public. On
voulait commencer tranquillement pour voir aussi les failles, les faiblesses ou
les bons coups dans tout ça. Pour les violences conjugales, la volumétrie était
beaucoup plus élevée, ça fait que ce n'est pas un entre-deux. La loi de Clare
pourrait nous aider, on regarde de quelle façon les policiers, non pas peuvent,
mais doivent transmettre l'information et tout ça, en passant, dans le temps,
je l'ai dit hier, de façon réglementaire, on va le mettre en application, mais
on comprend qu'il va y avoir une phase de formation, d'adaptation, de publicité
aussi, pour que les gens sachent à quoi s'en tenir et je vous dirais que la loi
de Clare, puis je veux souligner l'apport, là, ça, on le regarde.
Autre point important qui a été mentionné
tantôt, je veux vous rassurer, pour P-38, c'est réellement une réalité, vous
savez qu'il y a eu un changement gouvernemental, mais on sait très bien qu'on
doit changer. Et, moi, j'ai rencontré une association de proches, de personnes
qui vivent avec des troubles de santé mentale, qui nous disaient : Agissez
puis arrêtez de voir ça comme le droit des personnes malades, c'est le droit
d'avoir des traitements aussi. Puis nous, comme famille, là, on lève la main en
disant : on n'est plus capable, là. Puis ils ont le droit d'avoir des
droits puis des.... des traitements, pardon, puis la personne n'est peut-être
pas en position de prendre cette décision-là. Ça fait que je veux vous dire,
c'est un message aussi qui a percolé, puis effectivement ça a amené des drames
horribles. Je voulais vous rassurer, puis... je vais-tu me faire chicaner
bientôt? Je ne suis pas pire?
Une voix : ...
M. Lafrenière : Mon Dieu.
L'autre point, je voulais vous rassurer aussi parce qu'on a parlé du registre
puis des ressources qui allaient avec ça. Les ressources ont été calculées, on
parle de huit effectifs à temps complet, là, huit ETC, un budget de
1,4 million par année. Ça aussi, c'est dans une phase réglementaire, c'est-à-dire
que si on l'adopte ici, par la suite, avant la mise en place, on va voir
quelles seront les procédures puis comment l'appliquer. Ça fait que ça, je veux
vous rassurer.
Bien entendu, vous savez que j'ai deux
chapeaux, ça fait que c'est sûr que je revenir sur le volet des régies de
police autochtone. C'est une demande qu'on a eue, entre autres, je ne suis pas
sûr que vous couvrez ces communautés-là, mais bref, communautés innues
Pakuashipi-Unamen Shipu, qui veulent combiner leurs forces, ils
veulent avoir une police autochtone, c'est ce qu'on veut créer, et j'ai la même
chose du côté algonquin, il y a des rencontres qui vont avoir lieu lundi, ils
veulent aussi avoir une régionalisation de la police. Vous représentez des
sûretés municipales, des fois qui sont plus petites un peu, on peut s'imaginer
que quand tu es quelques patrouilleurs, tu es douze patrouilleurs à Pakuashipi,
tu interviens dans une communauté de 250-300 personnes, la régionalisation
va permettre aux gens d'avoir accès à des fois d'autres fonctions, à changer de
territoire de patrouille aussi, à être plus attractif. Puis là, vous avez parlé
d'ententes, vous avez parlé : Comment garder notre monde s'il n'y a pas
d'entente sur cinq-dix ans? Hier, on se l'est fait partager par l'Association des
chefs de police autochtone, par le PNQL aussi, on le sait. Vous savez que c'est
des ententes tripartites. Ça met une pression terrible parce qu'ils apprennent
quelques semaines avant la fin de leur budget, si oui ou non ils n'ont pas...
Ça fait que j'en suis très conscient. C'est sur notre liste, ce sur quoi on
travaille. Mais l'enjeu, vous comprenez que c'est un... puis ceux qui ne savent
pas comment ça fonctionne, là, 52 % du budget est payé par le fédéral,
48 % par le provincial. Nous, nos ententes avancent, là, mais on va
travailler beaucoup là-dessus avec un très bon collègue au fédéral pour que ça
fonctionne, pour qu'on donne un peu plus de prévisibilité, on le sait, on le
comprend.
Mais sur la Régie de police, je pense
qu'au final, c'est de permettre, puis hier je l'ai dit, parce que j'ai rassuré
des gens, là, c'est de leur permettre, s'ils le veulent, d'avoir une régie. On
n'a aucune volonté de mettre ça mur-à-mur, absolument pas. Puis on ne veut pas
retourner dans l'ancien modèle où est-ce... ou est-ce qu'il y avait une seule
police autochtone pour la grandeur du Québec. Ça a causé un grand détachement
entre les réalités terrain et les opérations, on ne veut pas aller là, mais pas
du tout. Ça fait que ça, je voulais vous rassurer. C'est bon pour vous?
M. Lemay (François) : Ça va.
Bien, écoutez, il y a plusieurs... on a abordé trois sujets. Alors, écoutez,
juste pour nos... Andrew est négociateur dans un des dossiers, donc qu'on...
les gens ici...
M. Lemay (François) : ...connaissent
très bien le sujet sur lequel on vient de parler. Un, on a... qui sont
plusieurs services regroupés. Donc, on connaît aussi... on connaît les deux,
les avantages, les désavantages. La seule chose, je pense, qui était
importante, c'est de mettre en lumière ce qu'on ne voulait pas aussi atteindre,
puis mettre des bases aussi, tout simplement. Donc, on n'est... on n'est pas
fermés à ça, parce qu'on a aussi un modèle mis en commun, on a des modèles qui
sont plus... calqués sur leurs communautés. Alors, sur ce sujet-là, on comprend
très bien que ce n'était pas des fusions forcées, là, on n'est pas... on n'est
pas là-dedans, mais on connaît les avantages et les désavantages de chacun qui
seraient là.
Nous... La seule chose que j'aimerais
apporter, terrain, quand on parle... lorsqu'on parle concernant les
multirécidivistes... Vous savez, les policiers puis les policières se rendent
sur des appels et rencontrent les gens, hein, souvent, les victimes, et le
suspect est là. On a accès à de l'information policière. Nous, là, on sait, là,
que cette personne-là, là... Si je pouvais dire à la dame : Ramasse ton
stock puis quitte cette maison-là au plus vite possible... On les... on fait
face à ça.
Alors, on regardait puis on a écouté hier,
on a pris le temps d'écouter les gens qui se sont présentés ici. Entre les
avantages puis certains désavantages... Ce n'est pas vrai que tout est parfait,
là, il n'y a rien de parfait dans la vie, mais tu essayes de faire la donne
entre ce qui est parfait puis ce qui serait mieux. Mais nous on ne veut pas se
retrouver dans une situation où ce que la personne aurait pu, et pensons à la
dame que je mentionnais tout à l'heure, bien, cette dame-là, si elle aurait pu
avoir l'information, peut-être qu'elle aurait pris ses choses. Si on peut juste
éviter un décès, on aura fait ce qu'on avait à faire ou, en tout cas, le
législateur a fait ce qu'il avait à faire. Puis nous, on sera en mesure de
faire ce qu'il y a à faire. On pourra dire à nos gens : Bien allez
consulter le registre. On pourra au moins dire ça, parce qu'aujourd'hui on se
présente à des endroits puis on sait que l'individu, parce que majoritairement,
on se retrouve dans une situation, est ultradangereux. On ne peut même pas le
dire à la dame. Alors, comme être humain, là, je peux vous dire qu'on a le goût
de lui dire, on aimerait la prendre puis lui dire tout ce qu'on... ce qu'on
pourrait, mais on ne peut pas le faire. Alors comment ça se ferait ça? Est-ce
que c'est... est-ce que les gens pourraient valider avec un service de police?
Lançons pleins d'idées, je laisse au législateur la façon de le faire, parce
qu'hier on a entendu aussi ce qui pourrait être négatif par rapport à ça, mais,
nous, ce qu'on vient vous dire, c'est je pense qu'on a besoin d'un outil
additionnel pour sauver des vies et on se retrouve avec de l'information qu'on
a, qu'on ne peut pas la divulguer et, bien, une vie, c'est une vie de trop. Ça
fait qu'on part de là pour essayer de vous donner, sur le terrain, comment
souvent, on se retrouve face à ces gens-là.
• (12 h 50) •
M. Lafrenière : On va
utiliser la loi de Clare. Ce que vous mentionnez, en notion d'urgence,
l'article 109 vous donne des outils aussi un peu. Et, avec le registre, il
n'y aura pas de solution pour ça, il va y en avoir plusieurs. Merci.
Le Président (M. Schneeberger) :
Merci beaucoup. Nous allons voir du côté de l'opposition officielle avec la
députée de Westmount—Saint-Louis, 9 min 22.
Mme Maccarone : Merci, M. le
Président. Bonjour à vous trois. Un plaisir de vous avoir, encore une fois, en
commission parlementaire. Merci beaucoup aussi pour votre mémoire puis votre
témoignage. Moi aussi, j'ai des questions par rapport à la mutualisation, mais
je veux parler quand même, en débutant, avec le manque de ressources. On a
entendu M. Roberge qui a fait un témoignage très éloquent en ce qui concerne
les effectifs pour la SQ. Puis on sait que, quand on parle de policiers
municipaux, on a eu des demandes de Montréal, Laval, Québec, Saguenay. On a dit
oui à Montréal, on a dit oui à Laval, on a dit non à Québec, on a dit non à
Saguenay. Puis c'est vous qui sont là, vous êtes très présents en ce qui
concerne la lutte contre la criminalité, que ce soit le crime organisé ou
autres. Ça fait que moi, je souhaite savoir est-ce que vous avez ce que vous
avez besoin pour lutter, puis là on vous met encore plus de responsabilités
avec ce projet de loi, qu'il y a des ressources qui sont nécessaires et
importantes, mais ça amène quand même à une lourdeur de plus pour nos
policiers.
M. Lemay (François) : Je vais
prendre les choses différemment. Je vais essayer de vous répondre un peu de
façon... en tout cas, structurée, un peu comment on le voit, OK. Ça fait des années
qu'on parle de financement, donc, on n'est pas tous à la même place. On parlait
de... mutualisation...
Mme Maccarone : Vous aussi,
vous avez de la misère à dire ce mot-là.
M. Lemay (François) : Oui, et
où est-ce que je veux en venir, c'est que, vous savez, il y a des services de
police qui vont se dire : Bien, moi, si j'appelle les services supplétifs
de la Sûreté du Québec, ça me coûte... tandis que, si je fais une entente avec
mon... un service à côté, bien là, je paie 100 % de cette entente-là,
parce que...
M. Lemay (François) : ...des
effectifs, là. Alors, souvent, le financement a un impact sur les décisions, de
la façon... Ce n'est pas l'efficacité de la décision qu'on va prendre, mais la
question de financement vient prendre toute la place par rapport à des
objectifs.
Puis, tout à l'heure, vous parliez de
certains dossiers. Oui, certains dossiers ont eu du financement, ce que les
autres services municipaux n'ont pas eu, et, bon, bien, ils se sont revirés
puis ils ont dit : Bon, bien, si je ne peux pas avoir de financement, je
vais demander d'avoir des effectifs de la Sûreté du Québec pour venir nous
appuyer. Bien, on sait très bien, là, vous avez entendu M. Roberge, je l'ai
entendu, on est très conscients qu'eux aussi ont besoin d'effectifs, mais nous
aussi, on fait face, dans plusieurs services, à des «case load» totalement
remplis. Et là il y a des choix stratégiques, au niveau des enquêtes, qui se
font.
Alors, nous, ce qu'on voulait s'assurer,
c'est que la mise en commun de services ne se fera pas aux dépens... Parce que,
si, déjà, tu es à 100 % puis que tu es à 120 % de ta capacité
d'enquêter, bien, à chaque effectif que tu perds, tu viens encore de réduire.
Et, oui, je comprends qu'ils vont faire du travail, parce que, tu sais, le
crime... plusieurs crimes, ça n'a pas de frontière. Alors, c'est des choix
difficiles.
Donc, on revient toujours au financement
de notre capacité d'être... d'arriver au bon chiffre pour être capables... De
toute façon, tu as des effectifs si tu as du financement, et tout le monde voit
ce qui se passe actuellement, en termes d'économie, au Québec. Alors, oui, il y
a un ralentissement, puis, oui, il y a plusieurs services que l'embauche,
présentement, va être freinée puis faire des économies sur le fait que les gens
partent à la retraite. Alors, on se retrouve tous dans la même situation où
est-ce qu'il va falloir faire plus avec moins, actuellement.
Donc, on comprend, parce que notre
objectif c'est de livrer la marchandise puis de faire le travail qu'on a à
faire en matière de sécurité publique. Puis tout le monde a cette volonté-là,
au niveau des policiers et des policières, mais, en même temps, on voit
clairement...
Mme Maccarone : ...aussi, en
passant, là.
M. Lemay (François) : ...on
voit clairement ce qui se passe. Donc, on arrive, hein, on arrive...Oui, j'ai
entendu les réponses des directions de services, mais, en même temps, eux, ils
gèrent un budget. Nous, de notre côté, on voit les besoins, on voit le terrain,
par rapport aux besoins, puis on essaie de forcer pour s'assurer d'avoir les
bons effectifs. Alors, c'est pour ça que vous voyez comme des réponses
différentes par rapport à hier et aujourd'hui, par rapport aux effectifs, où en
on a besoin.
Mme Maccarone : Oui, je comprends.
Puis vous faites bien de souligner la présence de l'ADPQ parce que j'ai une
question pour vous. Vous me faites penser, lors de leur présentation, et c'est
aussi, il me semble, écrit dans leur mémoire, ils parlaient de les disparités
entre des conventions collectives. Ça fait que moi, ce que je souhaite savoir,
étant donné que je pense la crainte, c'est qu'on n'a pas de balises
suffisantes... puis j'entends le ministre qui prend un engagement... Parce que
ce n'est pas ça qui est souhaité, c'est qu'on va y avoir des coupures ailleurs
ou qu'on ne va pas remplacer des services, en termes de mutualisation.
Qu'est-ce qui nous manque pour modifier ce projet de loi, pour assurer que nous
avons ces balises? Vous avez un avocat avec vous, je ne sais pas... ça nous
prend... puis pas trop longtemps, là, parce qu'il me reste comme... je ne sais
pas combien de minutes, mais j'ai une autre question...
4 min 30 s. Je vous donne comme deux minutes.
M. Lemay (François) : ...tu
sais, c'est pour ça qu'on y a peu répondu aujourd'hui en disant : Nous
dans le contexte, on ne pense pas que c'est les conventions collectives qui a
fait empêcher les escouades d'avancer. On a eu des superbeaux résultats avec
ça. Et les conventions, c'était aussi... chacun des services avait ses
conventions. C'est pour ça qu'on vous a donné l'heure juste en disant : Ce
qu'on a vécu sur le terrain, c'était le manque d'effectifs, le manque de
financement. Puis là, les gens reprenaient leurs effectifs, les ramenaient au
service. C'est ça qu'on a vécu, en termes de négociation avec nos employeurs,
pour les... pour, souvent, le démantèlement d'unités... c'était ça, la
situation, ce n'était pas une problématique de convention collective. Alors,
pour répondre rapidement, c'est ça.
Mme Maccarone : Merci. Moi
aussi, je veux soulever la question du P-38, tu sais, qui... la notion de
dangerosité pour soi-même ou pour autrui en raison d'un état de santé mentale.
Pour ceux qui ne savent pas c'est quoi, le P-38. Encore une fois, je le soulève
parce qu'évidemment on veut éviter un autre drame comme nous avons vécu avec la
sergente Maureen Breau. Et on sait qu'il y a eu quand même une consultation et
qu'on attend depuis maintenant très longtemps d'avoir ce réforme. Et j'entends
aussi le ministre qui fait mention qu'évidemment on reconnaît l'importance,
mais ça reste que ça ne fait pas partie de ce projet de loi.
Et je réitère encore une fois qu'on est en
fin de session, on est en fin de législation, ça veut dire qu'il va falloir
qu'on attende jusqu'à la prochaine législature puis ça veut dire que ça nous
amène probablement à 2027, ça fait qu'on va avoir beaucoup plus de temps où nos
policiers ne sont pas protégés...
Mme Maccarone : ...et les
personnes concernées que nous avons entendues. J'aimerais que vous utilisiez le
reste de votre temps pour exprimer l'importance d'avoir cette mesure de la loi
Brian qui pourrait être améliorée, changée en ce qui concerne la réforme pour
la P-38.
M. Lemay (François) : Bien,
je vous dirais que des P-38, les policiers puis les policières en vivent à tous
les jours, encore aujourd'hui. En plus de protéger les policiers puis les
policières, c'est aussi protéger la population, puis c'est peut-être le début
de cette personne-là qui peut être soignée. Alors, même si ça sera fait dans le
contexte... J'ai entendu Dominic, tout à l'heure, en parler, on va travailler
conjointement, les associations syndicales avec la Fraternité des policiers de
Montréal pour avoir... être capable enligner sur une voie où ce qu'on veut
amener ce dossier-là. C'est primordial de trouver des solutions pour encore
plus aider les gens qui ont besoin d'aide. Alors, en espérant qu'il y aura un
dépôt de projet de loi, puis il y aura ces discussions-là qui seront faites
avant la fin. Maintenant, vous savez qu'on n'a pas le contrôle sur le
législateur, mais soyez assurés qu'en attendant, ce qu'on essaie de notre côté,
c'est de faire le meilleur avec les outils qu'on a.
Vous avez entendu, dans d'autres
commissions parlementaires, on vous a parlé de formation. Alors, la formation
vient aussi... On connaît des choses qu'on pourrait s'améliorer au niveau des
services de police, encore là, ça vient au niveau de la formation. Est-ce que
la formation, on en a comme on en veut? La réponse, vous la savez très bien,
c'est : On n'est... on n'est pas là, là. On n'a pas atteint cet
objectif-là, entre les capacités puis le besoin, parce qu'on... plus qu'on va
pratiquer, plus qu'on aura de la formation, meilleurs qu'on sera. Et la
perfection, ça n'existe pas. Mais on sait une chose, c'est que plus que tu
pratiques, puis plus que tu es sensibilisé aux meilleures pratiques, bien, tu
vas avoir les meilleures pratiques.
Mme Maccarone : Je comprends.
Je pense que... je ne sais pas si les gens comprennent vraiment chaque fois
qu'on parle de formation, puis c'est louable, tout le monde veut ça, c'est
vraiment le nerf de la guerre. Mais chaque fois qu'on demande aux policiers
d'aller suivre une formation, ça veut dire qu'il faut que ce soit libéré de
leur emploi. On a déjà une surcharge de temps supplémentaire, ça fait qu'on a
un manque d'effectifs, ça fait que ce n'est pas facile. Puis là, quand on parle
de policiers municipaux, on parle aussi de lourdeur financière sur nos villes,
qui n'ont pas nécessairement les ressources pour suivre cet alignement qui,
encore une fois, est nécessaire, comme vous venez de dire. Je pense qu'il me
reste peut-être le temps de poser une dernière question, non?
Le Président (M. Schneeberger) :
Cinq secondes.
• (13 heures) •
Mme Maccarone : Ah! Cinq
secondes, OK, mais moi je voulais savoir plus par rapport à la protection
pour... Vous avez acheté des choses comme des roches, etc. Mais ce n'est pas
une liste complète. Ça fait que comment est-ce qu'on peut avoir... On ajoute du
stock, mais c'est à l'infini là.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci.
Oui, merci beaucoup. Il n'y a plus de temps. Alors, nous allons du côté de la
députée de Sherbrooke pour un trois minutes et huit.
Mme Labrie : Merci. J'ai bien
entendu votre cri du cœur sur le... la difficulté de rencontrer des victimes
puis de ne pas pouvoir leur dire le danger que vous suspectez qu'elles...
qu'elles pourraient connaître. Vous suggérez d'élargir aux récidivistes en
violence conjugale, le registre. Est-ce que vous avez des suggestions de
balises qui pourraient être utilisées? Parce que je comprends la préoccupation
du ministre de ne pas... au niveau de la volumétrie, là. Pour que le comité
chargé du registre évalue le dossier avant de l'inscrire, ce serait quoi, les
balises qu'on... qu'on devrait se fixer?
M. Lemay (François) : Je vous
dirais, Mme la députée, nous, de notre côté, ce qu'on venait dire, c'est on
essayait d'amener sur le terrain, comment on le vit. Maintenant, je laisse
totalement au législateur comment il l'amènera. Et, lorsqu'ils l'amèneront, on
aura des discussions sur comment on le perçoit par rapport à la façon qu'on se
comporte sur le terrain. Alors, c'est plus dans cet ordre-là, je pense, qu'il
faut que ça soit mené, qu'amené avec des suggestions. C'est pour ça que, tout à
l'heure, je disais : Tu sais, est-ce que la validation vient avec le
registre complètement sur les réseaux connus sur un site? Est-ce que ça vient
en passant par une autre façon de valider, mais une possibilité de valider? Ça,
on... je... À ce moment ici, on laisse au législateur le pouvoir de nous
présenter des solutions.
On est très conscients que d'amener un
registre puis de l'amener sur le terrain, puis de l'incorporer, ce n'est pas
demain matin que ça va se faire. Parce que j'entendais le ministre le dire, il
faut le ramener aux services. Après ça, préparer les formations. Il y a tout un
travail pour l'amener. Mais nous, ce qu'on voulait dire, c'est : lançons
un message clair par rapport à ce projet de loi là, de l'inclure et on inclura
par la suite. De toute façon, souvent ça marche de façon réglementaire. Il y
aura des échanges sur comment l'amener sur le terrain. Mais l'objectif, moi,
je... écoutez, on... on essayait de faire les plus puis les moins. On a
entendu, hier, les gens qui sont venus dire : Bien, voici, il peut y avoir
ça qui... je l'entends, mais comment on fait pour sauver une vie additionnelle?
On s'est tous dit : Il ne faut plus que ça arrive...
13 h (version non révisée)
M. Lemay (François) : ...que
ça arrive. Il va en arriver encore. C'est extrêmement triste. Mais
minimalement, si on fait quelque chose qui permet juste d'en sauver une, bien,
on aura fait quelque chose parce que, moi, c'est toujours... C'est un peu comme
ça qu'on le perçoit, c'est : Est-ce qu'on a fait quelque chose ou on reste
dans une position actuelle?
Mme Labrie : Je pense qu'on
se dit la même chose ici. Donc, j'entends que, même si ce n'était pas dans la
première phase de déploiement du registre, vous, vous nous appelez à ce que ça
fasse partie des phases subséquentes puis qu'on le prévoit déjà, là, dans le
projet de loi.
M. Lemay (François) : Exactement
ce qu'on vous disait.
Mme Labrie : Parfait. Bien,
ça clarifie. Merci beaucoup.
M. Lemay (François) : Merci.
Le Président (M. Schneeberger) : ...merci
pour votre précieux apport à la commission.
Nous allons suspendre jusqu'à 15 heures.
Merci. Bon dîner à tous.
(Suspension de la séance à 13 h 04)
14 h 30 (version non révisée)
(Reprise à 15 h 02)
Le Président (M. Schneeberger) :
Alors, bon après-midi à tous. La Commission de l'aménagement du territoire
reprend ses travaux. Alors, je vous rappelle que nous poursuivons les
consultations particulières et auditions publiques sur le projet de loi n° 13,
Loi visant à favoriser la sécurité et le sentiment de sécurité de la population
et modifiant diverses dispositions. Alors, cet après-midi, nous recevons
plusieurs groupes et le premier qui est le Conseil canadien du commerce de
détail. Alors... alors, bonjour à vous deux. Je vous invite à vous présenter et
par la suite enchaîner avec votre présentation.
M. Rochette (Michel) : Merci,
M. le Président. Mesdames, Messieurs les membres de la commission, merci de
nous recevoir dans le cadre de l'étude du projet de loi 13. juste le fait
de nous recevoir, c'est déjà un grand gain et c'est très apprécié...
15 h (version non révisée)
M. Rochette (Michel) : ...mon
nom est Michel Rochette, je suis le président pour le Québec du CCCD. Je suis
accompagné de Francis Mailly qui est vice-président aux affaires publiques chez
nous. Le Conseil canadien représente près de 18 000 commerces au Québec,
65 000 à travers le pays. On regroupe tous les types de détaillants, des
grandes bannières aux magasins à rayon en passant par les chaînes spécialisées
et les commerces indépendants, les établissements de restauration rapide,
également, et les boutiques en ligne. Et on est aussi la seule voix des
distributeurs alimentaires et des épiceries. Et les membres du CCCD répondent
aux besoins les plus essentiels de la population, comme se vêtir, se nourrir,
se loger.
Même si les secteurs d'activités sont très
vastes et diversifiés, les détaillants se rejoignent sur la question du crime
au détail et du phénomène grandissant de la violence. C'est pourquoi on est
extrêmement heureux que le projet de loi 13, donc, qui vise la sécurité
des personnes, des travailleurs et des citoyens, et qu'il le place au centre de
son propos. La sécurité est un pilier essentiel du vivre ensemble, de la
vitalité... de la vitalité économique, pardon, et de la confiance du public.
Cela dit, nous croyons qu'une réalité
majeure, aujourd'hui bien documentée n'est pas suffisamment prise en compte
dans l'architecture du projet de loi 13, la montée rapide et structurée du
crime organisé dans le commerce au détail. Ce n'est pas un phénomène marginal.
Ce n'est pas non plus un enjeu qui est secondaire ou conjoncturel. Il s'agit
désormais d'un enjeu central de sécurité publique qui touche quotidiennement
des milliers d'employés, de consommateurs et de commerces partout à travers le
Québec.
Pendant longtemps, le crime au détail a
été perçu comme une succession de gestes individuels opportunistes, souvent
mineurs, à une personne qui cache un produit dans un manteau, un acte isolé,
sans organisation. Mais cette réalité, cette perception, en réalité, elle n'est
pas du tout fidèle à ce qu'on voit sur le terrain. Les détaillants font
désormais face à des réseaux criminels organisés, structurés, mobiles et
flexibles, des réseaux qui ciblent des produits, des commerces, des secteurs et
des moments clés. Ils exploitent les failles du système, notamment la lourdeur
des procédures, les difficultés à assurer un suivi des récidivistes, le manque
de ressources policières dédiées et les problèmes d'interopérabilité de leurs
systèmes.
Dans une étude qu'on a menée avec le Loss Prevention
Research Council, les pertes liées au crime au détail atteignent maintenant 9 milliards de
dollars sur une base annuelle, 2 milliards au Québec. Ces montants ont
doublé en cinq ans et ça témoigne d'un phénomène qui est structuré, et
récurant, et en forte croissance. Le crime au détail est devenu maintenant un
véritable modèle d'affaires criminel, un modèle qui repose sur la rapidité, et la
flexibilité et la facilité de revente des produits. Mais ce phénomène... bien,
écoutez, moins le phénomène est pris en charge, vous comprenez que plus... plus
les réseaux s'organisent et se consolident. En d'autres mots, le crime au
détail devient une pépinière du crime organisé et de nouveaux réseaux émergent
et prennent de l'ampleur à tous les jours.
Selon cette même étude, 95 % des
détaillants sondés ont dit que le crime organisé constitue aujourd'hui leur
principale préoccupation et 76 % ont observé une hausse marquée des
incidents violents. C'est un des aspects qui distingue d'ailleurs le plus la
situation d'aujourd'hui à celle d'il y a quelques années. C'est la hausse de la
violence. Les vols de type «grab and dash», les menaces verbales, les
agressions physiques et parfois même la présence d'armes sont de plus en plus
fréquents. Les employés de commerce ne sont ni formés ni mandatés pour
interagir et ne peuvent certainement pas se substituer aux forces policières. Et
leur demander de le faire, évidemment, ça reviendrait à les exposer à des
risques importants, ce qu'on n'est pas... ce qu'on ne veut absolument pas
faire.
Cette réalité ne touche pas seulement les
entreprises et leurs employés, elle a aussi un impact directement sur le
sentiment de sécurité de la population, qui est pourtant au cœur même de ce
projet de loi. Une étude également menée par Cadeul, cette fois, au... tout au
long de l'année 2004... 2024, auprès de 10 000 répondants, a révélé
que 37 % des gens affirment avoir été témoins de leurs yeux d'un vol au
cours des mois précédents dans un commerce. Lorsqu'un citoyen sur trois est
exposé directement à des gestes criminels dans les lieux du quotidien, on ne
peut plus prétendre qu'il ne s'agit pas d'un enjeu de sécurité publique. Et c'est
une banalisation de gestes criminels, dans le fond, qui vient... qui vient...
qui contribue à normaliser l'insécurité, a modifié les comportements des gens
et a miné la confiance dans des espaces qui, normalement, devraient être
pleinement sécuritaires.
De nombreux policiers reconnaissent eux-mêmes
l'ampleur du phénomène, reconnaissent que le crime organisé est de plus en plus
présent. Mais ils reconnaissent aussi ne pas disposer des effectifs et des
ressources nécessaires pour y répondre de manière efficace. Mais malgré tout,
lorsque des ressources peuvent être mobilisées et que des opérations ciblées
sont menées en... en collaboration avec les détaillants, les résultats sont...
sont... sont immédiats. On organise par exemple des opérations de type blitz qu'on
organise... qu'on coordonne, pardon, avec différents corps de police, ici, au
Québec et ailleurs au pays. Et ça a permis de démontrer, évidemment, des... une
efficacité qu'on... sur le terrain. De façon... de façon ponctuelle, ce qu'on
fait, c'est qu'au cours de quelques journées, dans quelques villes et à
certains moments, on coordonne des opérations où les effectifs policiers et les
détaillants coordonnent leurs efforts et partagent l'information. Et ces
quelques opérations ponctuelles ont permis de sensibiliser des détaillants, de
procéder à des arrestations et d'envoyer un signal au réseau criminalisé. Sur
une période de...
M. Rochette (Michel) :
...mois. Ces quelques opérations, au Québec et au Canada, ont permis
l'arrestation de 2 000 personnes et la saisie de 120 armes. Ces
résultats démontrent l'ampleur du phénomène et illustrent également que,
lorsque les efforts sont coordonnés et ciblés, ça donne des résultats.
Cependant, ce sont des initiatives qui demeurent ponctuelles, qui dépendent
largement de la disponibilité des effectifs sur le terrain, et ça ne s'inscrit
pas dans une stratégie, évidemment, qui est globale. Il y a quelques angles
morts qui sont propres au Québec, certains méritent d'être nommés clairement.
Vous le savez sûrement, depuis septembre
2024, le Québec interdit l'utilisation de technologies de reconnaissance qui
permettent d'identifier spécifiquement des récidivistes, à moins d'obtenir leur
consentement préalable pour utiliser leur image afin de ler interpeller. Ça ne
fonctionne pas bien dans les faits, ça revient à demander la permission de les
arrêter. Ce paradoxe est d'autant plus frappant qu'il s'ajoute un autre
décalage avec le reste du pays, car, ailleurs, les commerçants disposent d'un
levier juridique clair qu'on appelle communément le «trespass», qui permet
d'interdire formellement l'accès à un établissement à un récidiviste. Ce
mécanisme facilite ensuite l'intervention policière en cas de non-respect et,
au Québec, ce levier n'existe pas. Pris ensemble, ces deux mesures, donc,
l'ensemble d'outils technologiques et l'absence de régime de «trespass» créent
une situation où les moyens les plus simples, pour agir contre la récidive, ne
sont pas permis ou sont volontairement absents.
Cette situation est amplifiée par des
problèmes d'interopérabilité entre les différents systèmes informatiques et de
signalement propres à chaque corps de police et à chaque région. Un simple
signalement d'un récidiviste devient lourd et complexe au point d'apparaître
inutile pour certains détaillants. Et, sans surprise, on nous indique souvent,
une façon claire que c'est au Québec que les détaillants sont les moins
nombreux à souligne... à signaler les crimes dont ils sont victimes.
L'interopérabilité des systèmes constitue un facteur clé de succès pour...
contrer, au moins, cette sous-représentation des données officielles au Québec.
Dans certaines provinces, le crime au détail est désormais reconnu
explicitement comme un enjeu de sécurité publique. Des groupes de travail
permanents ont été mis en place, qui réunit à la fois des corps de police, les
ministères, procureurs de la couronne, les représentants du commerce au détail.
• (15 h 10) •
Au niveau fédéral, le projet de
loi C-14, qui constitue également un signal clair, politique et fort, qui
reconnaît le crime au détail comme un facteur aggravant, confirme que le
phénomène ne peut plus être traité comme un simple irritant économique. On
donne plus de pouvoir, dans ce projet de loi là, à la GRC, mais on renforce les
règles contre les récidivistes. Au Québec, malgré les efforts locaux et la
bonne volonté des acteurs, il n'existe toujours pas présentement de gouvernance
structurée et permanente dédiée au crime au détail. Et le projet de la presse
représente donc une occasion stratégique de combler le retard.
Le Conseil canadien ne demande pas des
mesures symboliques, ce qu'on demande, c'est des leviers concrets, réalistes et
proportionnés à l'ampleur du phénomène... Vous le voyez, dans notre mémoire,
nous recommandons, entre autres, de reconnaître explicitement le crime au
détail comme un enjeu de sécurité publique — reconnaître un problème,
c'est déjà un bon début — de mettre en place une gouvernance
structurée et durable dédiée à cet enjeu, de soutenir et de pérenniser les
opérations policières en place et d'améliorer le partage d'informations et, encore
une fois, l'interopérabilité entre les acteurs concernés. En d'autres mots,
face au crime organisé, il faut être structuré, on ne peut plus être un paradis
des récidivistes.
En conclusion, le projet de loi n° 13 constitue un pas dans la bonne direction. Toutefois,
si on laissait de côté la réalité du crime organisé au détail, ça risquerait
évidemment de passer à côté d'un enjeu qui est devenu maintenant
incontournable. Le crime organisé ne disparaît pas, parce qu'on ne le nomme
pas, mais lorsqu'on ne s'en occupe pas suffisamment, il s'organise, se
structure et prend de l'ampleur. Le Québec a aujourd'hui l'occasion d'envoyer
un signal clair, la sécurité des commerces, des employés, des citoyens est une
priorité réelle et assumée. Alors, on vous invite, évidemment, à lire notre
mémoire pour aller plus loin. Évidemment, nous, on souhaite être un partenaire
constructif pour y parvenir, et je vous remercie.
Le Président (M. Schneeberger) :
Merci beaucoup pour votre présentation. Nous débutons une période d'échange
avec le ministre. Vous avez 16 min 30 s, maximum.
M. Lafrenière : Oui, merci
beaucoup, M. le Président. Bonjour à vous deux. Très heureux de vous voir
aujourd'hui. Il y a certaines personnes qui nous écoutent à la maison, ils
doivent se dire : Mais qu'est-ce que le Conseil du commerce de détail
vient faire ici, dans le projet de loi n° 13? Et vous
l'avez très bien expliqué dès le départ, parce qu'effectivement les gens ont
tendance à sous-estimer l'impact que ça a dans la vie des gens. Je vais vous
avouer, quand j'ai présenté... quand j'ai donné mon... ma volonté d'aller là,
juste avant Noël, certains disaient : Oui, mais, tu sais, le crime
organisé, ça ne touche pas tout le monde. Là, vous venez de nous dire que ça
touche les commerçants, donc, ça a un impact réel dans notre vie au quotidien.
Vous avez parlé des impacts, 2 milliards par année. Quand on regarde ce
que les commerçants vivent comme pertes, vous évaluez ça à combien de pour
cent? C'est quoi, le pourcentage qui peut jouer justement dans la facture de ce
qu'on paie au quotidien, parce qu'on sait que ça coûte de plus en plus cher? Ce
serait quoi, la partie qu'on pourrait attribuer à la perte par le vol, exemple?
M. Rochette (Michel) : On a
une étude détaillée qu'on a mentionnée dans notre mémoire, d'ailleurs, on
pourra vous la faire parvenir également, mais il y a des liens, là, dans la
version qui vous a été envoyée...
M. Rochette (Michel) : ...grosso
modo, ça représente l'équivalent d'environ 2 % de la valeur des produits
qui sont perdus de façon générale. Maintenant, dans certains types de... en
fait, parce que tous les secteurs du commerce au détail sont visés, mais, dans
certains cas, ça va jusqu'à 20 % de la valeur des produits. Alors, dans
certains cas, on dépasse la rentabilité du commerce lui-même.
M. Mailly (Francis) : Même
20 % du chiffre d'affaires de certains commerces. Donc, c'est pour ça
qu'il y a des commerces qui ne deviennent littéralement plus rentables. Puis
juste pour...
M. Lafrenière : De ce que
j'allais dire, ça peut amener jusqu'à la fermeture d'un commerce.
M. Rochette (Michel) : Absolument,
puis ils sont... Puis rappelons que, dans ce cas-ci, on parle des pertes, mais
ça ne compte pas évidemment les coûts, les coûts d'assurance, les coûts en
technologie, les coûts en gardien de sécurité, les coûts en pertes de clients,
parce qu'on le rappelle, dans les... On ne le mentionne pas, mais dans les...
Quand on demande aux gens, les 10 000 répondants à travers le Canada, voire
37 % des gens qui ont vu un vol, on leur demande, dans ces gens-là qui en
ont vu, quel est votre comportement. La moitié ont indiqué qu'ils allaient
changer, dans certains... de commerce, changer leur comportement, donc quitter.
Le commerçant, en plus, va perdre des clients.
Donc, les pertes sont nombreuses, sans
compter que, dans les employés, qui eux vivent et le voient, le vol, il y en a
beaucoup qui ne reviennent pas ou qui demeurent... même, il y a de
l'accompagnement dans certains cas, mais voir des gens entrer dans un commerce
de façon violente ou juste voler, sachant qu'on ne peut pas leur demander
d'agir, ça laisse des traces et des séquelles.
M. Lafrenière : Le bloc
d'échange qu'on va avoir ensemble, je vais le séparer en deux, je vais
commencer par la partie vol à l'étalage, puis ce n'est pas parce que c'est
moindre que le deuxième volet, juste vous le dire très clair, par la suite on
parlera d'extorsion, d'intimidation que les commerçants peuvent vivre.
Je veux vous dire que le vol à l'étalage,
puis je... malheureusement, des fois, c'est très sous-estimé. Et je peux vous
faire le parallèle avec les vols de véhicules qu'on a eu à Montréal pendant une
période de temps, je peux vous parler des fraudes présentement.
Parlant de sondages, voilà trois semaines,
il y a un sondage qui est sorti où les Canadiens disaient, quatre personnes sur
cinq, avoir déjà vécu une tentative de fraude. Pourquoi je vous mets tout ça
dans le même amalgame en parlant du crime organisé? C'est que c'est la source
de financement numéro un pour ces… pour ces groupes-là. Pourquoi? Parce que
c'est sous-estimé, comme... comme gravité et deuxièmement, c'est facilement
accessible. On le voit dans certains commerces du centre-ville, où les gens
rentrent rapidement, prennent des effets puis se sauvent en toute impunité, en se
disant : De toute façon, ils ne courront pas après moi.
Ça sous-entend le deuxième volet, vous
allez me voir arriver comme un... comme un camion un peu sur celle-là, c'est le
recel. Et, bien entendu, si... c'est une roue, hein, s'il y a du vol comme ça,
c'est qu'il y a une capacité d'aller revendre par la suite. Puis je ne veux pas
vous mettre sur «on the spot», en bon français, là, mais le fait qu'on puisse
vendre, ce n'est pas seulement sur les Marketplace de ce monde, il y a
malheureusement des commerçants qui s'impliquent là-dedans. Est-ce que c'est
une réalité que vous connaissez un peu?
M. Rochette (Michel) : Bien,
parmi les raisons qui fait qu'il y a une explosion depuis cinq ans, là, où on a
vu doubler la valeur… la valeur des… des pertes, c'est d'abord oui, effectivement,
il n'y a jamais eu autant de facilité de revente, notamment en ligne. C'est
vrai avec les Marketplace parce que ce n'est pas… c'est non négligeable quand
on voit plusieurs produits d'un même… d'une même… plusieurs quantités d'un même
c'est le même produit encore emballé à neuf, vendu ça, des fois ça envoie un
signal. Mais…, mais tous les autres types de commerces qu'on connaît déjà qui
parfois récupèrent des produits, que ce soit sciemment ou non, mais tout ça
fait partie du problème du même problème. En d'autres mots, si les gens volent,
c'est parce qu'ils savent qu'ils sont capables de revendre, et… et encore une
fois, c'est pour ça qu'on a besoin de partager l'information, c'est pour ça
qu'on a besoin de... On nous a présenté souvent des moments où le commerçant X,
il connaît et reconnaît le voleur, le commerçant Y, il le voit, mais à quatre
rues de là ou un du village de là, il n'y a pas tout le temps de partage
d'informations, d'où l'idée qu'il faut que les gens se parlent. Nous, on le
fait à travers notre organisation. On parle à beaucoup de corps de police, on
organise des blitz. Mais la trame de fond, c'est qu'il y manque de
communication. Et si on avait une capacité plus grande de partager une
information, on serait davantage capables de démanteler certains réseaux. Mais
tout ça fait partie d'un même problème, c'est le partage d'informations.
M. Lafrenière : Merci. Puis,
aujourd'hui, on parle de lutte au crime organisé parce qu'il faut la commencer
quelque part, puis ramener l'équilibre. J'utilise souvent cette expression-là.
Mais ce que vous vivez qui est bien spécifique, puis je vous fais l'annonce
aujourd'hui, je pense qu'on va faire la même approche qu'on a fait le PL
n° 13, c'est-à-dire d'être capables de s'asseoir ensemble, d'entendre vos
réalités, de mettre des gens de différents milieux autour de la table pour
dire : Sortons les meilleures idées au lieu d'y aller dans l'à-peu-près.
Puis vous savez, ce qu'on présente aujourd'hui plus de 200 à 300 textos, courriels
qu'on a reçus de gens qui nous ont sorti des idées. Un groupe de six experts
qui ont fait le tri pour qu'on arrive ici. Je vous propose peut-être la même
démarche en vous disant, puis je veux baisser les attentes, là, je vais être
plate, ça ne se réglera pas dans les prochaines semaines, je voudrais commencer
à travailler là-dessus parce que c'est un problème qui est assez large, puis je
pense qu'on va juste dans une partie de ça. On va peut être échapper une belle…
une belle occasion, mais moi, j'embarque dans cette… dans cette possibilité-là
de travailler ensemble puis surtout, surtout, sortir des idées en dehors de la
boîte, puis c'est ça qu'on a fait récemment.
M. Rochette (Michel) : Absolument,
puis c'est de la musique à nos oreilles. Puis, à travers toutes les discussions
qu'on a au Québec et ailleurs au pays, on n'en revient pas souvent de voir à
quel point les groupes organisés sont structurés, créatifs, malheureusement,
puis de plus en plus flexibles et rapides. Donc ça prend vraiment une approche
comme ça où justement en acceptant nous-mêmes de sortir un peu en dehors de la
boîte puis de réfléchir mieux qu'eux essentiellement.
M. Lafrenière : Oui, dans la
traçabilité des produits.
M. Rochette (Michel) : Aussi.
M. Lafrenière : Moi, j'ai eu
une démonstration tout récemment à Montréal où, je ne nommerai pas la
compagnie...
M. Lafrenière : ...et je dis à
Montréal, qui, avec leur outil, était capable de détecter leurs produits qu'ils
avaient vendus... avait vendu avec les étiquettes, au travers les murs, étaient
capables de dire : À tel endroit, il y a 50 de mes produits qui sont
présents. C'est assez fou, à quel point la technologie a avancé.
Je pense qu'on pourrait... J'appelle ça le
partage de bonnes pratiques, mais je reviens encore là-dessus, moi, j'aimerais
bien, si on peut le tenter. Et avec ma collègue de l'opposition, on a fait la
même chose, sachez-le, la semaine passée, vendredi dernier, on a rencontré des
gens qui étaient dans le monde des restaurants et des bars, parce que ça, c'est
le deuxième volet que je vais vous parler tantôt, de l'intimidation, de
l'extorsion, et quoi de mieux que d'être assis autour de la même table, de se
dire les vraies choses, puis c'est ce qu'on a vécu. Alors, bref, je vous... je
vous l'offre là-dessus parce que, clairement, le crime organisé, vous l'avez
dit, ils s'organisent, ils s'ajustent quand ils voient qu'on a détecté leurs
façons de faire, mais là c'est très, très, très présent, alors, sur ce
volet-là, je vous tends la main.
Deuxième volet qui est un petit peu plus
précis dans ce qu'on fait aujourd'hui, c'est la présence du crime organisé, la
présence des groupes criminels sur le territoire et qui s'affiche. Ma
prétention, ce que plusieurs des personnes sont venus me dire aujourd'hui et
hier, c'est qu'en portant un écusson qui fait référence à un groupe
criminalisé, et clairement, s'ils le portent, c'est parce qu'ils ont commis un
crime, mais c'est une force... c'est une forme d'intimidation... de l'extorsion
ou placer leur vendeur ou dire : Voici comment ça va marcher dans ton
club, c'est nous autres qui est sur place. J'aimerais ça vous entendre sur ce
volet-là, si c'est un volet que vous connaissez.
M. Rochette (Michel) : La
particularité du vol — tu compléteras, Francis — la
particularité du vol de notre... du côté des détaillants, c'est la discrétion,
dans certains cas, ça nous aiderait presque de savoir qui ils sont, mais
c'est... c'est le fait qu'ils se fondent... Dans le cas du vol à l'étalage,
c'est qu'ils se fondent dans la foule, dans la masse. Ils arrivent avec des
complices. Quand on regarde à travers ce qu'on voyait sur des images vidéo, ce
sont... aucune apparence de criminalité, hein, ça semble être simplement des
consommateurs en famille, en groupe... ou des gens qui n'ont pas l'air de se
connaître, en réalité, qui se connaissent, ou dans une même ligne d'attente. Il
y a trois complices là-dedans, puis un dérange les autres clients à l'arrière
pendant... pendant qu'un s'occupe du caissier. Parce qu'à tout niveau, c'est
aussi... Parce que, quand on parle du vol, il y a également la fraude, il y a
également les cartes... les cartes... les fameuses cartes-cadeaux.
• (15 h 20) •
Les stratagèmes sont énormes, on ne fera
pas l'étalage aujourd'hui, mais on en a vu beaucoup, puis effectivement ils...
d'originalité. Le problème qu'on vit, c'est surtout la discrétion dans notre
cas à nous. Ça fait qu'on est moins directement lié à la question d'extorsion
qui est davantage propre aux restaurateurs et davantage aux bars, qui sont
moins présents, évidemment, dans... Mais, dans le cas des commerces qui vendent
des produits, des biens, c'est davantage la discrétion qui caractérise les gens
qui effectuent...
M. Lafrenière : Je vais vous
tendre la main une deuxième fois... parce que tant mieux si vous dites que vos
commerçants de détail le vivent moins, mais je vais vous dire la même chose, je
dis à l'Association des hôteliers que j'ai rencontrée récemment :
Malheureusement, vous n'êtes pas à l'abri, il y a de l'argent à faire. Ça fait
que ce que je vous dis, peut-être, il y a un volet sensibilisation de vos
membres surtout qu'ils se sentent, qu'ils se sentent à l'aise de nous
contacter. Vous savez où il y a de l'argent, ils vont s'organiser, hein, c'est
très clair. Puis oui, on parle de bars, de restaurants, mais rapidement on a vu
qu'ils ont changé aussi. Ils sont allés dans des endroits de villégiature. Ils
sont allés dans les vendeurs... les endroits où on vendait des véhicules. Moi,
j'ai connu une époque à Montréal, puis j'ai des collègues de Montréal dans le
fond de la salle, où c'était les pizzerias, mais ils s'ajustent.
Ça fait que ce que je veux dire, il me
semble, ce serait... ce serait à propos de sensibiliser puis surtout d'ouvrir
pour que... Parce que ce qu'on a vécu, ce qu'on s'est fait dire vendredi
dernier, il y a comme un cercle vicieux où les gens n'osent pas porter plainte,
parfois, parce qu'ils ont peur que ce soit connu. Ça fait que, bref, il y a un
petit engrenage à casser.
M. Rochette (Michel) :
...puis on l'a mentionné également, le fait d'envoyer un signal, déjà d'envoyer
un signal à l'effet que ça devienne une priorité, c'est déjà un message qu'on
envoie à la fois à tous ceux qui sont sur le terrain et qui le subissent. Les
gens victimes d'extorsion, souvent, la peur de... la peur de divulguer, la peur
de dénoncer, c'est probablement, probablement, la première cause qui les
empêche de parler. Ça fait que ce n'est pas... peut-être pas les premiers à
lever la main pour dire : Écoutez, j'en suis victime, d'autant plus que,
s'ils n'ont pas l'impression qu'il y a des efforts qui seront suffisants, je
les imagine mal lever la main s'ils ne sentent pas qu'ils seront protégés.
Alors, déjà qu'au Québec on dénonce moins,
pas parce qu'on ne veut pas le dénoncer, mais parce que, dans ce qu'on entend,
c'est que souvent les gens ont l'impression qu'il n'y a rien qui va être fait
pour les aider. Ça doit être encore plus vrai dans le cas des victimes
d'extorsion. Alors, si le gouvernement... Puis je crois que le projet de loi
l'envoie, le signal, qu'on veut en faire une priorité, à mon avis, ce n'est
qu'un bon signal qu'on envoie, qui va aider, à mon avis, de tout le monde. Dans
le cas où les criminels sont trop peu visibles ou trop visibles, dans tous les
cas, ça va aider ceux qui y vivent, qui les reçoivent, en fait, qui en sont les
victimes, bien, à lever la main puis à oser dénoncer, ce qui va aider. Encore
une fois, le partage d'information passe du fait qu'il doit sentir que ça va
faire une différence.
M. Lafrenière : Puis, quand
vous parlez de victimes, parce qu'on a eu cette discussion-là, quand il est
arrivé des épisodes où des pierres tombales avaient été vues avec un signal...
avec un logo d'un groupe criminalisé, puis les proches des victimes réagissant,
en disant : Écoute, en plein visage, voici ce qu'ils nous font, je ne vous
demande pas de réagir, mais pour un commerçant qui vit ces ces
problématiques-là où son commerce est en danger, parce qu'il perd beaucoup
d'argent, ce doit être assez frustrant de savoir que ces personnes-là...
M. Lafrenière : ...de
mauvaises intentions se promènent au vu et au su de tout le monde. Mais
c'est... je ne veux même pas vous faire réagir là-dessus. L'autre point, cependant,
j'aimerais vous rassurer, parce qu'on a parlé avec d'autres groupes... Parce
que quand on regarde notre projet de loi au niveau des patchs, on vient dire
qu'il est impossible de le porter ou de le laisser... de l'exhiber. Juste
mettre ça clair. Le but n'étant pas d'accuser des commerçants, en disant :
Dans votre commerce, si vous avez permis à un individu portant un écusson de
rentrer dans votre commerce et d'être là, dans le fond, on ne transférera pas
le fardeau sur le commerçant. Et ça, ce n'est pas notre volonté, mais pas du
tout. Vous ne l'avez pas dit, mais je vous... j'y vais de façon préventive. Ce
n'est pas le but.
Ce qu'on cible cependant, puis ça, vous
avez des membres de... qui font ce genre de commerce là, qui se promènent avec
des camions, vendant des objets à l'effigie de groupes criminalisés. Je vous
confirme que c'est ce qu'on cible. Mais si quelqu'un se présente dans un de vos
commerces avec un écusson, vous ne serez pas accusé parce que vous l'avez
laissé rester là. Ce n'est pas ça du tout, du tout. On ne transfère pas la
chaleur sur les commerçants, mais clairement, si un magasin X qui vend des
souvenirs, puis il a décidé, dans son étalage, de vendre un support 81, puis je
donne cet exemple-là. Il y en a bien d'autres. Mais oui, ça, ça ne passera pas.
M. le Président, je sais que j'ai mon collègue de Côte-du-Sudqui voulait poser
une question. Puis je peux vous revenir par la suite.
Le Président (M. Schneeberger) :
...député de Côte-Sud, vous avez la parole. Il reste quatre minutes.
M. Rivest : Merci. Dans votre
présentation, vous avez parlé d'autres endroits au Canada, voire dans le monde,
qui avaient des éléments législatifs qui pouvaient aider. Pouvez-vous nous en
dire plus? Qu'est-ce qui pourrait être réalisé?
M. Mailly (Francis) : ...là-dessus,
je vous remercie beaucoup, mais des provinces qui font mieux que les autres,
là?
M. Rivest : ...
M. Mailly (Francis) : ...les
modèles, oui, oui, les modèles. Bien, écoutez ça, chose certaine, pour ce qui
est du... On appelle le taskforce, la cellule de travail au Manitoba. Là, c'est
vraiment qui se rencontre sur une base récurrente, aux deux ou trois mois, avec
des gens de la justice, avec des gens de la sécurité publique, avec différents
corps de police, avec des détaillants, avec des universitaires, qui, justement,
le but c'est de faire tomber certaines barrières et que tout le monde
s'entendent, se comprennent sur le carré de sable que tout le monde peut aller.
Parce que, là, ce qu'on entend souvent, c'est qu'on n'ose pas agir, on n'ose
pas partager l'information, on ne sait pas nécessairement comment faire, parce
qu'il n'y a pas interopérabilité, mais aussi parce que les détaillants... Je
vais reprendre une expression, des fois ont peur d'avoir peur, ont peur de
partager l'information entre des corps de police avec certains, jusqu'où je
peux aller, etc. Donc, ce genre de taskforce qui est en place permet de
résoudre beaucoup de problématiques en ce qui a trait aux communications. Donc,
ça, c'est un exemple.
M. Rochette (Michel) : ...d'autres
provinces qui ont fait aussi beaucoup, comme l'Ontario, comme l'Alberta.
M. Mailly (Francis) : Bien, en
Ontario, là, effectivement, en Ontario, présentement, ils mettent en place
justement une équipe dédiée spéciale dans le grand Toronto. Bien là, ce n'est
pas finalisé, mais les démarches sont en cours justement pour qu'il y ait des
ressources spécifiques pour cet enjeu-là, parce qu'il faut... il faut revenir à
l'essentiel. Puis comme disait Michel tantôt, on n'est plus où il y a cinq ans,
on n'est plus où il y a 10 ans. On prend toujours l'exemple du jeune qui
vole un produit de façon banale, anecdotique, c'est une chose, mais vu
l'organisation, la structuration, on est définitivement ailleurs, ça fait que
ça prend des nouvelles façons de penser. Il faut penser à l'extérieur de la
boîte justement pour être capables d'être efficaces auprès de ces groupes-là.
M. Rivest : Je pense que
l'ouverture de notre collègue ministre, là, aujourd'hui peut être intéressante
pour vous.
M. Rochette (Michel) : Tout à
fait.
M. Rivest : Puis vous
représentez combien déjà de détaillants...
M. Rochette (Michel) : Au
Québec, on représente 18 000 commerces, à travers le pays, 65 000.
M. Rivest : Merci.
M. Mailly (Francis) : Puis les
bannières de beaucoup secteurs, de la mode, l'alimentaire, etc. Merci.
Le Président (M. Schneeberger) :
Oui. Il reste deux minutes.
M. Lafrenière : ...le temps
est compté. C'est superintéressant comme échange. J'en parlais à l'équipe, en
passant, je vous écoutais d'une oreille, mais je parlais à l'équipe, parce que
je veux vraiment que ça aboutisse. J'aime bien les choses concrètes. Ça fait
que vous allez être invités plus tôt que tard.
Je vais repartir sur un autre volet aussi
parce que vous avez parlé beaucoup du vol recel en ligne. Je veux vous dire
qu'on en est conscients. On a parlé ce matin avec d'autres groupes de la
mutualisation des services de police pour être capable de faire face à tout ce
qui s'appelle crime technologique, parce que c'est un enjeu réel. Et quand on a
fait la commission spéciale sur l'exploitation sexuelle des mineurs, on a
demandé au fédéral de nous aider avec la définition de lieu. Je vais partir
dans quelque chose de bien technique. Vous allez voir où je m'en vais. On a
demandé de changer la définition de lieu pour qu'on soit capables d'accuser
sans savoir où ça s'est produit exactement, en déterminant le lieu comme un
lieu virtuel.
Pourquoi je parle de ça pour vous? C'est
qu'après ça quand on se retrouve avec des gens qui vendent sur un site X sans
savoir où ils résident, sans savoir où c'est arrivé physiquement. Mais ça nous
cause un enjeu, puis c'est là qu'on n'est pas à la même vitesse que certains
groupes criminalisés. Je veux vous dire qu'on le sait. Je veux vous dire qu'on
travaille avec nos collègues du fédéral pour faire des changements. Puis il y a
beaucoup d'ouverture récemment, entre autres, que dans les... dans les
commerces, surtout dans les restaurants, bars, quand il y a des incendies qui
sont allumés par des jeunes, qui sont utilisés, qui sont des jeunes soldats,
qui travaillent par... pour des groupes criminalisés, qui vont allumer un feu,
les sentences, et ça, le fédéral nous l'a confirmé, ils veulent augmenter les
sentences des gens qui vont commander ces crimes-là, qui vont souvent dire aux
jeunes : de toute façon, tu es un mineur, tu n'auras pas une grosse
sentence. Bien, la même chose s'applique à vos commerces, qu'ils vont envoyer
parfois les jeunes aller faire la sale besogne sur le terrain en disant : De
toute façon, même si tu te fais attraper, vol à l'étalage mineur, tu n'auras
pas grand-chose...
M. Lafrenière : …ça fait que
juste vous dire qu'on en est conscients. Alors, je termine en vous disant on va
se revoir très, très, très bientôt. Merci de votre témoignage aujourd'hui, je
trouvais ça très éclairant, puis ça nous rappelle à quel point ça a des vrais
effets pour le monde terrain, nos… nos réseaux criminels, à quel point ils
peuvent avoir un effet sur nous. Merci à vous deux. Merci.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci.
Alors, nous allons du côté de l'opposition officielle et j'entends la députée
de Westmount—Saint-Louis pour 12 min 23 s.
Mme Maccarone : Merci, M. le
Président. Bonjour M. Rochette, M. Mailly. Je suis vraiment contente que vous
ayez accepté notre invitation de venir témoigner en commission. Je pense que
c'était fort instructif. Et en vous entendant faire votre plaidoyer et de lire
votre mémoire, j'ai vraiment l'impression qu'il y a un angle mort dans le
projet de loi. Ça fait que je suis contente, c'est rassurant d'entendre le
ministre dire qu'il est préoccupé aussi. Mais nous sommes face à un projet de
loi actuellement que nous pouvons modifier, puis tout se fait avec le
consentement aussi. Ça fait que chaque fois que j'entends que ce n'est pas
possible à cause du code législatif ou quelque chose comme ça, je donne déjà
mon consentement, je le dis publiquement, de faire des modifications à ce
projet de loi.
Puis évidemment, je sais que… Suite aux
échanges, je sais que vous représentez beaucoup de commerçants, vous avez
beaucoup de partenaires. Mais si je comprends bien, il y a un impact néfaste,
en particulier sur le centre-ville de Montréal, dont… où je suis la députée.
Alors, vous me permettez, juste pour 30 secondes, d'interpeller les gens qui
nous écoutent : Si vous êtes victimes de ce crime, si le crime au détail,
c'est une préoccupation pour vous, j'espère que vous allez communiquer avec
moi, parce que moi aussi je suis préoccupée, et il me fera plaisir de
travailler avec vous à côté de vos côtés pour mettre fin à ce fléau.
Excusez-moi, petit… petit à côté.
Moi je souhaite savoir. Il me semble que
quand quelque chose comme ça arrive, un crime, vous appelez la police. Qu'est
ce qui arrive?
• (15 h 30) •
M. Rochefort (Marc) : Bien,
tout d'abord, c'est un des problèmes qui… que vous… bien, qui a été mentionné à
plusieurs reprises, d'abord le manque de ressources ou le manque d'effectifs parce
que les tables sont pleines. Vous savez le nombre d'appels qu'il y a par jour
au 911 juste pour l'île de Montréal à quel point c'est colossal. Alors, leur
table est pleine. Le premier problème est là. Donc souvent, ça arrive qu'un
commerçant va appeler, la police ne peut pas se présenter. Même si vous avez un
gardien de sécurité qui interpelle un individu et tout ce qu'ils peuvent faire,
c'est appeler la police, et si la police ne se présente pas, ils n'ont pas le
choix que de le relâcher. Le gardien n'est pas un policier, les employés encore
moins. Si la police ne se présente pas, on ne peut rien faire. Alors, le
premier problème est là.
De deux, c'est la question des… des
informations évidemment qui circulent mal entre les corps de police. Donc,
souvent, les commerçants, eux, connaissent des informations qu'ils ont de la
misère à partager, puis alors c'est un enjeu de base.
Puis l'autre problème de fond… de fond, on
en a parlé un peu plus tôt, c'est la question des… du système de justice
lui-même. Alors, quand un policier interpelle un individu et l'amène devant un
juge, et que la personne en ressort presque immédiatement avec un dossier
vierge, vous comprenez que c'est très déstabilisant pour le policier qui perd
un temps fou, qui a l'impression que son travail n'est pas valorisé, ne sert à rien,
puis ça déstabilise en fait tout le système.
Donc, manque d'effectifs, et les gestes
posés souvent tombent à… tombent à l'eau, donc d'où l'idée qu'on fait des
blitz, et c'est pour ça qu'on a commencé et qu'on l'a fait au Québec à quelques
reprises et on continue à le faire avec des corps de police déjà prévenus, dans
des secteurs prévus. Les détaillants sont déjà prévenus. Alors, s'ils
appellent, les policiers sont déjà à la portée, la couronne est prévenue et on
réussit. Mais ce sont des opérations extrêmement intéressantes, mais ce sont
des gouttes d'eau dans le phénomène, mais au moins, ça permet de sensibiliser
et d'envoyer un signal que ce n'est pas impuni. Mais c'est ce qu'il faut
pérenniser évidemment. Ça fait que le premier problème est si on peut régler la
question des ressources, mais je comprends que budgétairement, c'est un enjeu présentement.
Mais il y a quand même besoin… on a besoin de leur donner, mot d'ordre, des
ressources et de s'assurer que le système de justice va suivre. Encore une
fois, on le fait avec les blitz, mais ce n'est pas suffisant. C'est un bon coup
et ça montre que tout le monde est capable de mettre l'épaule à la roue, mais
il faut faire davantage.
Mme Maccarone : Oui, en
effet, le désengagement des policiers, on en parle, c'est vrai, c'est un vrai
enjeu. Je remarque que nous avons le président et le vice-président de la fédération
des policiers et policières de Montréal qui sont avec nous aujourd'hui. J'ose
croire que M. Francoeur puis… ils ont quand même une grande écoute par
rapport à les recommandations que vous vous faites aujourd'hui parce que… Dans
le fond, je ne comprends pas pourquoi qu'on n'en fait pas plus de blitz. Quand
vous parlez de 2 milliards de dollars de vols, on fait le calcul rapidement,
c'est 200 millions de dollars en TVQ dont la province est en manque. Et
juste en parlant de ce projet de loi, on peut faire un méchant gros registre
avec 200 millions de dollars, on peut faire beaucoup de formation de
nos policiers, qui peuvent être libérés pour suivre une formation. Les coupures
de la SQ, on n'a pas à s'inquiéter pour ça. Les policiers autochtones qui
souhaitent être identifiés comme essentiels, mais ça paie pour ça au moins pour
deux ans. Subventionner les organismes communautaires qui travaillent pour la
réinsertion sociale. 200 millions de dollars, je pense que nous devons se
préoccuper de ça puis on ne peut pas attendre.
15 h 30 (version non révisée)
Mme Maccarone : ...encore une
fois, je réitère que c'est le moment en or, présentement, de s'attaquer, parce
qu'on fait face à un déficit, encore une fois, historique. Ça fait sept ans de
déficit, alors je pense qu'on devrait préoccuper de ça, parce que, si on peut
faire 200... 200 millions de dollars, je lève ma main pour... pour aider.
Je souhaite parler un peu des
récidivistes. Vous l'avez touché un peu puis vous avez parlé par rapport...
dans vos remarques puis aussi avec les échanges avec le ministre. Mais je
trouve très intéressant de savoir que les commerçants n'ont pas droit, mettons,
d'afficher. Le bandit qui rentre puis qui fait le vol, malgré qu'on sait que c'est
cette personne. Pouvez-vous expliquer un peu l'impact... Récidiviste, je sais
que ce n'est pas juste ça, mais, dans le fond, de dire que nous sommes un
paradis des récidivistes, c'est triste. Les éléments plus clés que nous devons mettre
à l'oeuvre.
M. Rochette (Michel) : Bien,
on l'a noté, puis, vous le savez, ça fait l'actualité. Puis effectivement, depuis
septembre 2024, au Québec, on n'a plus le droit d'utiliser les caméras de
reconnaissance qui permettaient de reconnaître les récidivistes lorsqu'ils
entrent dans un commerce. On ne peut pas demander à des gardiens de sécurité de
se promener avec des photos sur eux, puis commencer à regarder chacun des
consommateurs, évidemment. C'est un problème majeur, majeur, le fait qu'on ne
puisse pas utiliser une technologie qui permet de retrouver des gens qui sont
déjà des voleurs qu'on connaît déjà, qui sont déjà fichés, qui ont déjà commis
des crimes, le fait qu'ailleurs on puisse le faire, mais pas au Québec. On
comprend qu'il faut l'encadrer, on comprend qu'il faut... le normer, parce qu'il
est hors de question de négocier, de laisser le caractère privé des images des
gens, puis tout le monde a droit à cet univers de discrétion. N'empêche que, lorsqu'on
sait que ce sont des criminels, lorsqu'on sait que ce sont les voleurs, qu'on a
déjà leurs noms, qui sont déjà fichés, ça devrait être normal de pouvoir être
capable d'identifier, au moins, de prévenir le problème. On ne peut pas au
Québec. Donc il y a certainement matière à élargir certaines portées de
la compréhension des lois actuelles qui sont encadrées par la commission d'accès
à l'information. Il y a de l'espace pour le faire, en tout cas, ailleurs, ils
ont un espace qui est permis, puis également, bien, il y a d'autres moyens de...
On a le droit de mettre une photo devant un commerce, en passant, la seule
chose, c'est que le commerçant, en tout cas, d'une photo, il peut se faire
poursuivre par la personne qui pourrait dire : Ce n'est pas moi, je n'ai
pas commis... Mais il a le droit de le faire, tu sais, c'est une... c'est une
propriété privée. Alors, vous avez le droit aussi de décider qui peut entrer
dans votre commerce, si vous sentez que vous avez un enjeu de problème.
Mais la question de la technologie, pour
nous, est centrale, parce que c'est nouveau. Et alors que le phénomène est en
croissance marquée par des gens qui sont plus organisés que nous, le fait qu'on
se retire le droit d'avoir la technologie pour, au moins, reconnaître les
récidivistes, vous comprenez que c'est un non-sens, et on ne le répétera jamais
assez, on a une capacité, je crois, de faire... de faire une différence à ce
niveau-là. Puis, pour l'instant, ce n'est pas possible, mais je suis certain qu'on
va finir par trouver le moyen de le faire.
Mme Maccarone : Vous êtes
également préoccupés par la croissance de violence itinérance, peut-être, vous
pouvez toucher un peu là-dessus.
M. Rochette (Michel) : Bien,
puis on l'a abordé dans notre mémoire, évidemment, on en est conscient, à
Montréal puis dans certaines régions, que l'itinérance fait partie... fait
partie de l'équation. Il y en a qui sont instrumentalisés, qui sont des gens
vulnérables et qui se font comme... autant des jeunes que d'autres, qui se font...
qui se font demander de faire ces... les crimes à la place des autres. Ça, c'est
une réalité qui est vraie. La violence elle-même, on l'a vu, et c'est peut-être
le plus gros signal d'alarme qu'on a reçu avec la montée du crime, c'est, d'abord,
plus ils sont structurés, moins les gens veulent se faire arrêter, hein? Quand
ils sont dans des groupes organisés, ils ne veulent pas se faire arrêter. Puis
on le voit sur les images qu'on a vues, c'est des armes, c'est des poings, c'est
des bâtons, c'est de la violence physique. Les gens ne veulent pas se faire
attraper. On est loin, encore une fois, de la personne qui met simplement un
produit dans un manteau, on est vraiment avec des gens qui... structurés, avec
des gens dans leur équipe, puis, s'il y en a un qui se fait attraper, ils sont
une gang à venir le défendre, puis...
Alors tout ça est un problème majeur et,
dans certains cas, ça a dérapé solidement. Puis je comprends les détaillants
aussi de ne pas oser tout le temps lever la main pour dire : Voici ce qui
est arrivé dans mon commerce, vous comprenez l'impact que ça peut avoir sur ses
affaires. Donc, tout ça est un cercle vicieux. Donc, croissance des crimes
organisés, croissance, évidemment, des cas de violence, pression beaucoup plus
forte sur les commerçants eux-mêmes qui ont plus que jamais besoin d'aide et de
soutien, ne serait-ce que même pour les travailleurs qui travaillent dans les
commerces puis qui sont sans moyens. Alors... Puis tout ça représente des coûts
énormes, des coûts sociaux, des coûts économiques, puis des coûts, sur, en
fait, sur la société, au sens large.
Puis tantôt vous parliez des coûts
financiers, même là aussi, au-delà des taxes impayées, c'est aussi la
rentabilité des commerces et le prix des produits qui est à la hausse, tout ça
fait partie de l'équation également. Donc, je crois que les commerçants, ils sont
nombreux au Québec, qui aimeraient beaucoup, puis c'est ce que le projet de loi
pourrait envoyer dans son mode final, envoyer un signal que tout ça, on en est désormais
pleinement conscients, et on vous a entendus. Ce serait déjà un très bien
signal à leur envoyer.
Mme Maccarone : C'est ça, les
assurances sont plus élevées. Il faut payer pour la sécurité. Ça fait qu'il
faut engager des agents...
M. Rochette (Michel) : Mais
il y a beaucoup de formation qu'on fait sur la disposition des commerces, parce
qu'il y a aussi des bonnes pratiques à mettre en place, disposer des produits les
plus coûteux à l'arrière des magasins, barrer certaines étagères, avoir des
caméras, des caméras normales, ne serait-ce que de visibilité. Tout ça fait
partie...
M. Rochette (Michel) : ...de
la façon de gérer un magasin. Dans certains cas, les présentoirs, bien, les
produits, dans le cas par exemple, de bijoutiers, bien, être plus prudents, ne
mettre pas tous les produits, évidemment, devant l'étalage dépendant des types
de protection vis-à-vis la... Mais tout ça fait partie de bonnes pratiques pour
lesquelles il y a beaucoup... Là aussi, ça se développe beaucoup, mais ça a des
coûts. Ça coûte cher, et, encore là aussi, ils ont des besoins. En Alberta...
pas en Alberta, mais au Manitoba, ils viennent de mettre en place une aide
financière de temps pour certaines technologies quand les détaillants veulent
s'équiper pour justement mieux s'équiper contre le crime. Ce n'est pas ce qu'on
demande, mais il y a déjà ce genre de gestes là dans nos provinces, là.
Mme Maccarone : En parlant,
excusez-moi... En parlant des autres provinces, vous l'avez touché un peu,
j'aimerais savoir peut-être les statistiques, parce qu'on dit que c'est en
croissance, ça fait que, mettons, pouvez-vous nous éclaircir un peu, cinq
dernières années, 10 dernières années puis avec les autres provinces où
est-ce qu'on se loge? Parce qu'on sait déjà qu'on a des retards, puis on doit
corriger ça, mais, eux, est-ce qu'ils sont à la baisse suite aux interventions
qu'ils mettent en place comme «trespass», comme les «task forces», comme les
autres... les autres éléments qu'eux ils sont en train de...
M. Rochette (Michel) : ...je
ne pense pas qu'on ait ce niveau-là d'information, là. Nous, notre étude était
pancanadienne, qui touchait les commerçants de partout au pays, mais on va
pérenniser cette étude-là qu'on va rééditer à chaque année, donc, avec des données
nouvelles, ça fait que, ça va nous permettre... C'est la première étude qu'on
faisait, là, qu'on a dévoilée en 2025, basée sur toutes les données récupérées
en 2024. Donc, c'était nouveau. Donc, on aura davantage d'informations et les
groupes organisés... en fait, pas les groupes organisés, mais les structures
organisées des provinces, ça va certainement porter fruit puis on aura
certainement les moyens d'avoir davantage de résultats, mais c'est une bonne
question. Mais assurément, encore une fois, le partage d'informations, on sait
que ça aide. Et le fait qu'il se développe davantage dans d'autres provinces,
des groupes, justement, structurés, ce que le ministre aussi propose de faire,
c'est sûr que ça envoie un bon signal, tu sais. Ça permet encore une fois de...
• (15 h 40) •
Mme Maccarone : Les gens
disent que je pose des bonnes questions. C'est bon. Ça fait enfler le cerveau.
Bien, merci, honnêtement, à n'importe quel
moment, quand ces données sont disponibles, je pense que ce serait vraiment
important pour tous les membres de la commission de recevoir une copie, parce
qu'il faut comprendre ce que nous sommes en train d'attaquer pour être en
mesure de mettre des... des solutions en place, ça fait que... Peut-être juste
le temps pour une dernière question, j'ai comme peut-être 30 secondes.
Reconnaître explicitement le crime au détail comme un enjeu, est-ce que ça, il
faut que ce soit à l'intérieur d'un cadre législatif? Ça fait partie d'une loi?
Qu'est-ce qu'ils font dans les autres provinces?
M. Mailly (Francis) : Au
Canada, au Canada, dans le projet de loi C-14, c'est clairement
explicitement dit que, s'il y a de la récidive, le détail en fait partie
pour... à augmenter les peines, par exemple, ça, c'est un bel exemple. Mais le
but, le message d'aujourd'hui, c'est de dire : Ça a évolué, le crime au
détail, donc, il faut que ce soit considéré. Il ne faut plus qu'on pense
uniquement à la simple anecdote, aux simples bouteilles mises dans son manteau,
c'est que c'est structuré, donc, ça doit être inclus dans les mesures qui sont
en place, donc...
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
nous donnons la parole à la députée de Sherbrooke pour
4 min 8 s.
Mme Labrie : Merci, M. le
Président.
Vous me corrigerez si j'ai mal compris,
mais dans vos échanges tout à l'heure avec le ministre, j'ai cru comprendre que
vous disiez que certains commerçants avaient parfois peur de partager de
l'information sur ce qui s'était passé auprès de la police. Puis je peux
comprendre que parfois ils ne veulent pas que ça circule dans l'espace public
pour ne pas faire peur à leur clientèle puis tout ça, mais j'aimerais
comprendre pourquoi il y a des craintes de partager de l'information sur des
crimes comme ça auprès de la police.
M. Mailly (Francis) : ...la
police, mais aussi auprès... entre eux. Des fois, c'est un excellent moyen de
prévenir de savoir que, dans tel quartier, etc., il y a telle personne qui
revient. Mais là, si je partage l'information, je l'ai prise avec telle caméra
à tel moment, j'y vais avec tel détail, est-ce que j'ai le droit, jusqu'où je
peux aller? Le carré de sable demeure toujours à définir, là.
M. Rochette (Michel) : ...le
niveau de... Le partage, d'abord, c'est... en fait, la question est surtout
d'ordre légal. D'abord, légalement, est-ce que j'ai le droit de partager
l'information qui concerne des individus? Déjà, le fait que les caméras de
reconnaissance faciale de récidivistes au Québec, là, pour des gens qui sont
déjà fichés est illégal, vous comprenez que, si vous commencez à... D'ailleurs,
vous comprenez que le cadre est très serré. Puis il y a aussi la question de
l'intervention. Puis ça arrive, on se l'est fait dire, que ça peut arriver
parfois, que certains patrouilleurs vont dire : Écoutez, voulez-vous vraiment
porter plainte, voulez-vous vraiment envoyer le signal? Parce qu'on sait qu'il
y a un long processus. Ça va être coûteux. Probablement que la personne va
revenir, et on a vu des cas des gens qui reviennent dans les magasins pour se
venger.
Mme Labrie : OK. Donc, la
crainte, c'est plus haut niveau de la légalité de partager des images des
caméras avec des... avec des commerces du voisinage, mais il y a aussi des
policiers qui découragent de porter plainte.
M. Rochette (Michel) : On en
a vu, c'est-à-dire, dans certains cas, on se les fait dire. Mais tout ça est
aussi vrai que chacune des réalités de chaque commerçant, parce que nous, on
reçoit l'information qu'on reçoit, celles qu'on ne reçoit pas, on ne la connaît
pas. Nous, on maximise, on a beaucoup de réunions de travail avec nos
détaillants, des rencontres d'état mensuel avec un grand groupe de détaillants,
qui n'arrête pas de grandir, des rencontres similaires à travers le Canada,
dans chaque province également, donc, on permet à tout le monde de partager
l'information. Il y a des groupes policiers qui faisaient déjà ça avec certains
commerçants. Je crois qu'on a permis de sensibiliser davantage de commerçants à
l'obligation d'aider, de donner de l'information, de partager, mais toujours encore
une fois... puis c'est vrai, que le cadre légal est un peu plus complexe au
Québec et ça peut jouer, tout à fait.
Mme Labrie : Est-ce que c'est
parce qu'ils n'ont pas les ressources au niveau policier pour faire ces
enquêtes-là qu'ils vous disent...
Mme Labrie : ...de toute
façon, ça ne donnera pas grand-chose de le faire ou...
M. Rochette (Michel) : Bien,
d'abord, je pense qu'à Montréal, puis M. Lafrenière le sait mieux que nous, je
pense... c'est 4000 appels au 9-1-1 par jour. C'est des... c'est des... c'est
des chiffres qui sont astronomiques, hein? vous comprenez que dans le flot est
plein, la table est pleine. Quand il y a des cas de violence, par contre, la
police vient, mais ce n'est pas dans tous les cas ou même au bon moment, et
puis c'est dénoncé. Donc, le... d'abord, puis, même quand on fait des blitz,
souvent c'est des... c'est de la rémunération additionnelle qui doit être
versée, c'est des policiers qui doivent faire autre chose que leur travail.
Tout ça fait... a des coûts. Alors, on... oui, avoir davantage d'effectifs,
davantage de ressources, davantage de mots d'ordre, puis d'avoir l'assurance
aussi que le système de justice va suivre et qu'on ne va pas prendre des
policiers qu'on sort de leur affaire pour aller attendre devant un tribunal où
la personne va juste repartir avec un dossier vierge. Tout ça fait partie d'un
même tout, là, d'un même... d'une même équation.
M. Mailly (Francis) : On est
conscients que les ressources aussi sont globalement limitées. On ne peut pas
être en compétition avec d'autres types de crime non plus, là, là n'est pas la
question. Mais là, ce qu'on se dit, c'est que, dans notre cas en particulier,
autant repenser peut-être les enjeux technologiques qui n'étaient pas là
auparavant, qui peuvent donner des leviers, qui peuvent aider grandement
tout... quand c'est bien balisé, mais aussi les enjeux de partage
d'informations, donc de jusqu'où on peut aller, de revoir la réglementation.
Que ce soit clair pour tout le monde juste... jusqu'où on peut aller avec ces
enjeux-là de partage d'informations, parce que ça a grandement évolué. Donc,
ça, c'est des gestes qui peuvent se faire relativement... facilement, façon de
parler, mais...
M. Rochette (Michel) : Bien,
quelques exemples qui nous ont... qui nous ont été donnés, dans quelques villes
canadiennes, il est possible lors d'un signalement de simplement envoyer
l'image vidéo. Dans certains cas, ce n'est pas... au Québec, non, il faut que
le... il faut que l'inspecteur vienne, il faut que le patrouilleur vienne, il
faut qu'il remplisse lui-même la déposition. Ailleurs, dans certaines villes,
il est possible d'envoyer simplement la vidéo et ça fait déjà le travail.
Alors, tu sais, il y a des moyens parfois qui permettent de sauver des
effectifs... de sauver des coûts puis de bénéficier la technologie. Tout à
fait.
Mme Labrie : Bien, j'entends
qu'il y avait de l'ouverture de toute façon pour un chantier de réflexion.
Merci de nous avoir sensibilisés à cet enjeu-là. Merci.
Le Président (M. Schneeberger) :
Alors, merci à vous deux pour l'apport à la commission. Nous allons suspendre
quelques instants.
(Suspension de la séance à 15 h 45)
(Reprise à 15 h 54)
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
nous reprenons les travaux. Nous recevons maintenant le Regroupement des
maisons pour femmes victimes de violence conjugale. Alors, bonjour... Nous
sommes en visioconférence. Pardon, il fallait que je le nomme. Alors, bonjour à
vous trois. Alors, vous présenter à tour de rôle, et puis, par la suite, la
personne qui va présenter le mémoire, vous pouvez y aller directement.
Mme Riendeau (Louise) : Parfait.
Bonjour, je suis Louise Riendeau. Je suis coresponsable des dossiers politiques
au regroupement.
Mme Houle (Annie) : Bonjour.
Annie Houle, je suis codirectrice d'une maison d'hébergement, la Maison La
Nacelle, mais membre du conseil d'administration du regroupement.
Mme Barrette (Karine) :
Bonjour. Karine Barrette, je suis avocate et chargée de projet au sein du
Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale.
Mme Riendeau (Louise) :
Alors, c'est moi qui vais présenter, puis, après, on pourra, toutes les trois,
répondre aux questions. Écoutez, merci de nous entendre cet après-midi.
D'entrée de jeu, on veut souligner la volonté d'améliorer la sécurité et le
sentiment de sécurité des victimes de violence conjugale qu'on retrouve dans le
projet de loi n° 13, mais, cet après-midi, on va vous
faire des suggestions pour peut-être aller encore un peu plus loin dans cette
direction-là.
Le projet de loi vise à favoriser la
référence et l'offre de services pour les auteurs de violence conjugale. Cette
mesure est inspirée par l'expérience du service de police Richelieu—Saint-Laurent,
mais qui a aussi un volet qui permet de contacter les victimes. En effet,
contacter les victimes, leur dire que des services existent, les référer de
façon personnalisée est, selon nous, aussi important que le faire pour leurs
conjoints. Pour ce faire, des protocoles de... référence, pardon, existent
depuis plusieurs années au Québec, mais maintenant certains ont été abandonnés,
d'autres sont parfois échus ou à géométrie variable. Certaines victimes ne
savent toujours pas que des ressources pourraient les informer et les soutenir.
Dans le cas des victimes de violence
conjugale, cette référence ne peut toutefois pas être faite sans leur
consentement, comme le propose le projet de loi pour les auteurs. Il est
primordial qu'elles puissent indiquer à quel moment, par quels moyens on pourra
les rejoindre de façon sécuritaire. Mais, pour faciliter la référence, pour
permettre que ça puisse se faire par téléphone, comme ça se fait actuellement
avec certains services de police, on pense qu'il faut permettre que... d'aller
chercher un consentement verbal de la victime, où elle va nous donner les
informations nécessaires, ça évitera qu'on soit obligés d'utiliser le bon vieux
télécopieur, comme ça a été fait pendant plusieurs années. Donc, on propose un
article en ce sens, d'introduire un nouvel article, là, dans la loi pour
permettre... pour faciliter cette référence-là.
Et, dans... dans le projet de loi, on
parle d'organismes désignés. Pour ce qui est des victimes, on propose que les
maisons d'aide et d'hébergement soient des organismes désignés, comme elles le
sont déjà pour la résiliation du bail ou pour d'autres mesures, là, en droit
civil. Et on recommande que cette mesure-là soit évaluée afin d'en mesurer le
succès et les impacts, et d'apporter les correctifs, si nécessaire, et de voir
si ça a des impacts aussi sur la capacité de répondre à la demande.
Le projet de loi vise aussi à favoriser
une meilleure information aux victimes sur les conditions de remise en liberté
imposées aux contrevenants lorsque la police les libère sous promesse de
comparaître. En matière de violence conjugale, vous vous en doutez sans doute,
ces... ces conditions-là contiennent généralement des clauses d'interdiction de
communiquer ou d'interdiction d'approcher la victime. À l'heure actuelle, il y
a plusieurs services de police qui hésitent à communiquer ces informations-là
aux victimes. D'autres le font verbalement. Certains ont trouvé des façons de
le faire par écrit. Or, comment une victime peut-elle trouver les moyens de
signaler un bris de condition qui met en péril sa sécurité si elle ne connaît
pas ces conditions-là ou si elle ne s'en rappelle pas? Il faut souligner qu'au
moment où ça se passe les...
Mme Riendeau (Louise) : ...victimes
sont souvent sous le choc, certaines ont vécu des traumatismes craniocérébraux
qui les empêchent de bien se souvenir des choses. Donc, la question de l'écrit
est importante. Alors, nous, on pense que non seulement il faut permettre aux
services de police de transmettre cette information-là par écrit, mais on doit
leur demander... les obliger à le faire, en fait, et à le faire dans des délais
rapides pour que les victimes puissent effectivement se protéger.
Le projet de loi parle d'infractions qui
ont un impact sur la sécurité physique et psychique, c'est déjà un bon pas,
mais on craint que ce ne soit trop limitatif, que, par exemple, des méfaits ou
de la cruauté envers des animaux, qui est souvent utilisée pour menacer les
victimes, passent sous le radar et ne soient pas considérés. Donc, on pense
qu'il faudrait amender le projet de loi pour parler de toutes les infractions
qui peuvent exister en contexte de violence conjugale.
Autre élément, le projet de loi vise à
donner le droit aux victimes d'aller lire leur déclaration écrite lors des
audiences de la Commission des libérations conditionnelles. C'est un nouveau
droit qu'on veut leur donner. Elles pouvaient déjà faire des représentations
écrites. Je pense que c'est une bonne chose. Mais notre expertise nous dicte de
signaler que ça peut aussi être porteur de danger. La violence conjugale, ça
reste actif pendant longtemps. Ni une séparation ni une détention ne font que
ça s'arrête nécessairement. Et, pour certaines victimes, aller rapporter des
faits, du harcèlement qui continue, des menaces qu'elles ont reçues pendant la
détention devant le contrevenant et devant son avocat pourrait effectivement
être risqué. Donc, on pense que, si on veut octroyer ce droit-là, la Commission
des libérations conditionnelles devrait se doter de mécanismes pour évaluer les
risques à la sécurité que pourraient avoir ces représentations-là et aussi pour
accompagner et soutenir les victimes dans la préparation des déclarations de
façon à minimiser les risques.
• (16 heures) •
Par ailleurs, on nous rapporte souvent que
certains documents qui devraient faire partie du dossier des services
correctionnels, notamment la déclaration de la victime faite au tribunal sur
les conséquences du crime, ne suivent pas toujours. C'est parfois scellé au
greffe du tribunal. Donc, on pense qu'il devrait y avoir des discussions entre
le ministère de la Sécurité publique et le ministère de la Justice pour
s'assurer que les commissaires aient accès à toute l'information.
Et on a aussi pensé un peu au-delà du
projet de loi. Ces dernières années, le ministère de la Sécurité publique s'est
doté de belles mesures qui visent à améliorer la sécurité des victimes de
violence conjugale. On pense à l'évaluation du contrevenant en matière de
violence conjugale à l'étape de la mise en liberté, à la possibilité d'utiliser
le bracelet antirapprochement à cette étape-là, à la proposition d'un suivi qui
peut être fait. Or, une grande partie des conjoints violents n'ont pas accès à
ces mesures-là parce qu'ils sont remis en liberté par la police avec une
promesse de comparaître. Et, souvent, on sent que les policiers se sentent dans
l'obligation de procéder à la remise de liberté en raison du principe de
retenue qui est dans le Code criminel. Ils ne semblent pas toujours conscients
que la... les risques pour la sécurité de la victime constituent un motif
d'intérêt public qui leur permettrait de le garder détenu jusqu'à la
comparution. Alors, le regroupement croit qu'il faudrait vraiment insérer cet
élément-là dans la formation des policiers pour les aider à détecter ces
éléments-là, pour les documenter, être capables de défendre des décisions,
justement, de garder détenu jusqu'à la comparution, et qu'une directive dans le
guide de pratique policière pourrait servir de rappel fort utile dans ce
sens-là.
Le projet... Il y a un projet de loi
actuellement à l'étude à Ottawa, le projet de loi C-14, qui, justement, traite
de cette question-là et veut amender le Code criminel. Mais je pense que, même
sans l'amendement du Code criminel, on pourrait aller plus loin au Québec. Mais
on pense que le ministère de la Sécurité publique et le ministère de la Justice
devraient faire... si ce n'est pas déjà fait, devraient faire connaître leur
appui au ministre de la Justice du Canada pour cette mesure-là.
Quand on... Si on revient à l'évaluation
des contrevenants à l'étape de la mise en liberté, elle est actuellement
volontaire, et on entend souvent que des avocats de la défense déconseillent à
leurs... à leurs clients de participer à cette évaluation-là.
Il y a un autre projet de loi, celui-là
privé, C-225, qui est aussi à l'étude à Ottawa, qui... qui propose de donner le
pouvoir au juge d'imposer une telle évaluation. Là encore...
16 h (version non révisée)
Mme Riendeau (Louise) : ...on
pense que le Québec devrait faire connaître son appui à cette mesure-là pour
favoriser plus d'évaluations.
Finalement, en ce qui concerne l'information
des victimes de violence conjugale sur les risques associés à leurs partenaires,
on croit que le Québec devrait se doter d'une loi telle la loi de Clare. Le
modèle de la Saskatchewan nous semble fort intéressant, et, si ce projet de loi
là était élaboré en collaboration avec les associations de victimes comme la
nôtre, on pourrait certainement arriver à des bons résultats et éviter des
effets pervers qu'on a pu voir dans d'autres juridictions, là, sur les
victimes. Alors, ça fait le tour des recommandations qu'on souhaitait vous
présenter cet après-midi.
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
merci beaucoup. Alors, nous allons débuter une période d'échange avec M. le
ministre. Vous avez 16 min 30 s.
M. Lafrenière : Merci
beaucoup, M. le Président. Bonjour, mesdames. Merci infiniment. Vraiment
content de vous entendre. Il y a un grand pan de notre projet de loi qui est un
projet de loi omnibus. Donc, vous comprenez qu'il y a des... comme dirait ma
grande fille, il y a des choses qui n'ont pas rapport là-dedans, mais on essaie
de régler plusieurs choses avec le même projet de loi. Et quand je dis régler
plusieurs choses, c'est une problématique qui est majeure, quand on parle de la
violence, des crimes qui sont faits en contexte de violence conjugale... mais
je me corrige tout de suite en disant «violence entre partenaires intimes».
Alors, je le comprends, surtout avec ce qui est arrivé récemment, lorsqu'on
voit les chiffres alarmants du nombre de féminicides qu'on a vécus cette année.
Il est clair qu'on a fait déjà beaucoup de choses, vous l'avez mentionné tout à
l'heure, merci, tout ce qui a été fait, puis il y a encore du travail à faire.
Je vais commencer par la loi de Clare
parce que vous l'avez approchée. On a eu des échanges avec les oppositions, qui
nous proposaient cette voie-là. On y travaille présentement, on le regarde. Et
je vous dis déjà, ce n'est pas un non, là, ç fait qu'on le regarde, la loi de
Clare, c'est intéressant. Ça voudrait dire d'ajouter certains articles à notre
projet de loi, mais comme les oppositions travaillent avec nous d'une façon où
on cherche la meilleure solution, j'ai espoir qu'on pourrait y arriver. Parce
que, oui, effectivement, ça viendrait peut-être bonifier notre projet de loi un
peu, mais, au final, on veut que ça passe, on ne veut pas... puis en toute
transparence, on ne veut pas vous rencontrer, vous consulter puis, au final, on
dise : Bien, c'était bien le fun, mais on reviendra dans un autre mandat.
Je pense que tout le monde est animé par la même volonté d'arriver à un
résultat. Ça fait que ça, on va le regarder, je trouve ça intéressant.
Là, le néophyte en moi va vous poser
certaines questions parce qu'hier on a rencontré le CAVAC, ça a été fort
intéressant aussi, puis j'aimerais voir... Puis je ne vous demande pas un exposé,
là, ça fait que... je veux juste deux, trois éléments, parce que vous avez
amené des points... Quand vous avez dit de quelle façon l'information est
transmise, où ce n'est pas nécessairement un automatisme, c'est quoi, le lien
avec le CAVAC? Comment ça fonctionne, pour vous, avec le CAVAC lorsqu'il y a un
référencement qui est fait? Parce que vous avez demandé d'être un organisme
désigné, mais le référencement, juste m'aider un petit peu à comprendre ce
volet-là, s'il vous plaît.
Mme Riendeau (Louise) : Bien,
écoutez, je pense qu'il y a deux choses différentes, il y a des référencements
qui sont faits par les services de police, directement aux maisons d'hébergement,
OK, parce qu'elles sont des organismes spécialisés, parce qu'elles sont là 24 heures
par jour. Il y a aussi des agents des CAVAC qui sont responsables de la
référence policière, qui sont dans les bureaux des services de police, qui ont
accès aux rapports d'événements et qui, au besoin, pourraient référer à une
maison, mais ce qu'on entend, ces dernières années, c'est que ces personnes-là
sont débordées.
Et tu sais, au départ, si un crime avait
lieu, par exemple, le vendredi, bien il faut que le supérieur du policier, qui
va être là le lundi, probablement, révise le rapport d'événement avant de le
rendre disponible à l'agent du CAVAC, qui, de toute façon, travaille du lundi
au vendredi. Donc, la victime, il y a eu une intervention policière le vendredi,
et elle n'aura peut-être pas de retour d'appel avant le lundi, le mardi. Ça, c'était
au début. Maintenant, ce qu'on voit, c'est que les délais sont beaucoup plus
longs. Il y a vraiment une surcharge de travail au niveau des agents de
référence policière et d'autre personnel, là, des CAVAC, à qui on a donné
beaucoup de mandats ces dernières années.
Donc, c'est pour ça que nous, on favorise
ce qui est aussi des références directes aux maisons d'aide et d'hébergement,
pour qu'on puisse rapidement faire connaître à la victime les services qui
existent. Je vous parlais du service à Saint-Laurent... Richelieu,
Saint-Laurent. Eux, ils ont, comme les CAVAC, une intervenante qui est au poste
de police, qui peut avoir accès aux rapports d'événement et qui, donc, peut
rappeler rapidement la victime, lui parler du programme IVAC, qui va lui parler
des services comme... qui peuvent permettre... des services d'alarme, et
ensuite lui dire : Il y a des services qui existent dans...
Mme Riendeau (Louise) : ...les
maisons : Êtes-vous intéressée?, et la référer. Ce n'est pas de ça tout à
fait qu'on parle. On pense qu'il peut y avoir de la référence sans qu'il y ait
quelqu'un nécessairement dans les postes de police. Et c'est... c'est ce qu'on
fait par exemple avec la sûreté, là. On s'est entendu qu'ils pouvaient
téléphoner pour mettre en contact la victime tout de suite avec une
intervenante de maison. Et, à ce moment-là, on lui offre des services, on voit
si elle est intéressée ou pas.
M. Lafrenière : Et ça, dans
cette logique-là, est-ce que ça se fait avec ou sans le consentement de la
victime? Comment vous voyez ça?
Mme Riendeau (Louise) : C'est
un consentement verbal parce qu'en fait on demande à la victime.
M. Lafrenière : C'est ça.
Mais on demande quand même un consentement. OK. Comme policier, le policier sur
les lieux d'intervention, dit : Mme... Puis, encore là, tu sais, tantôt,
vous avez... vous avez illustré quelque chose de très clair. C'est quand on
arrive dans ce contexte-là, on s'entend, là, ce n'est pas des situations où les
gens sont assis puis qui attendent. C'est une situation qui est très tendue.
Alors, de demander le consentement, si on peut transférer ses coordonnées à un
organisme... Et, de ce que j'ai compris tantôt aussi, vous avez ajouté le fait
de demander aussi de quelle façon que c'est la... c'est plus sécuritaire et
plus simple de la joindre. Est-ce que... Puis, je pense, c'est le CAVAC qui
nous le disait. Est-ce qu'on laisse un message sur la boîte vocale ou pas?
Est-ce que c'est sécuritaire? Bref, c'est ce genre de questions là,
périphériques, un peu, là.
Mme Riendeau (Louise) : Absolument.
Il faut le demander : Quand on peut vous rejoindre, est-ce qu'il y a un
meilleur moment, est-ce qu'effectivement on peut laisser un message ou est-ce
que ça risque d'être risqué pour vous? Et... après ça, les intervenantes
donnent suite, là, en tenant compte, là, de la volonté de la femme.
M. Lafrenière : OK. Comme
vous avez parlé du projet pilote Richelieu-Saint-Laurent, on parle aussi du
référencement pour les suspects, donc, pour briser le cercle de la violence.
J'ai bien aimé que vous l'ayez mentionné parce que, des fois, quand on parle de
ça, les gens ont... comme l'impression, on veut mettre plus d'énergie sur le
suspect que la victime. Mais on s'entend qu'au final c'est pour la victime. Il
faut casser ce cercle-là un jour. Je suis content de vous entendre. Et, pour
vous, donc, ce qu'on vient d'ajouter dans notre projet de loi, de faire un
référencement pour les suspects, pour commencer à travailler avec eux... Puis,
écoutez, les chiffres qu'on a pour Richelieu-Saint-Laurent, ça a été un bon
taux de succès. Donc, vous croyez que c'est... ce qu'on fait dans un projet de
loi, de le mettre... sortir du projet pilote puis d'y aller pour la province,
pour vous, c'est un... c'est un bon plan?
• (16 h 10) •
Mme Riendeau (Louise) : Bien,
moi, je pense qu'il faut... il faut s'assurer qu'on le fait avec des organismes
qui travaillent en responsabilisation. Le ministère travaille actuellement sur
un cadre de référence, là, pour ces organisations-là. Et je reviendrais vous
dire : Je pense qu'il faut faire les deux références rapidement parce
qu'on a des contrevenants qui, parfois, vont utiliser faussement ce qu'ils ont
cru entendre dans le groupe pour conjoints violents en disant : Écoute, on
m'a dit que je n'étais pas violent, on m'a dit ceci, on me dit cela. Alors,
c'est important que la victime sache qu'elle peut avoir de l'aide pour
elle-même puis qu'elle peut vérifier les choses.
M. Lafrenière : OK. Merci.
Question bien technique aussi. Vous avez dit, pour les... pour la transmission
des conditions de libération, de ce qu'on appelle les conditions polices...
Donc, on s'entend, la dame... là, je continue le schème de ce qu'on vient de se
dire. Normalement, on est sur place, on donne du référencement à la dame en lui
demandant quelle est la meilleure façon, et tout ça, on part avec le suspect.
Il ne reste pas détenu. Puis je reviendrai sur votre aparté que vous avez
faite, là, pour C-225. Il ne reste pas détenu. Je comprends votre point. Je
pense qu'on va avoir beau débat aussi au niveau juridique là-dessus. Mais,
votre point, il est bon. Mais admettons qu'on libère dans 12, 13, 14 h,
là, les conditions que vous dites, vous avez suggéré de les donner par écrit.
Puis c'est bien pratico-pratique, ma question, là, parce que je me creuse la
tête : De quelle façon vous voyez ça? C'est d'aller revoir la victime où
elle est rendue, de la retrouver pour aller lui porter ça? Parce que c'est...
en tout cas c'est assez rare qu'il est libéré sur le site. Normalement, on va
l'amener au poste puis on va le libérer de là. J'essaie juste... Puis peut-être
ma question est bien technique, là, mais je suis mal fait, j'essaie vraiment de
trouver une solution pour pouvoir... avant de demander de le faire, être sûr
que ça se fasse bien.
Mme Barrette (Karine) : Oui.
Je vais y aller pour celle-là, si vous me permettez. Donc, les différents corps
policiers qui le font le font dans différentes approches. Il y en a qui vont
utiliser une copie carbone pour le remettre à la victime, il y en a qui ont
d'autres types de formulaires. Il y en a qui vont aller le porter au début d'un
shift, à la fin du shift. Il y en a qui vont laisser l'enveloppe au poste de
police à l'attention de la victime pour qu'elle puisse venir le récupérer.
Donc, il y a vraiment eu différents protocoles. Il y en a que ça a été par
courriel, que ça a été envoyé aussi. Donc, les modes de transmission,
l'important c'est que ce soit par écrit, d'une part, pour que ce soit aussi
facilement transmissible à, par exemple, un avocat qui les accompagne dans un dossier
de droit de la famille qui a besoin de connaître c'est quoi les conditions pour
ne pas créer d'incohérence avec une ordonnance de sauvegarde, donc des
démarches d'urgence en droit de la famille. Mais c'est aussi pour permettre,
comme ma collègue Mme Riendeau l'indiquait, de permettre de comprendre quand
est-ce qu'il y a un bris. Donc, parfois, il y a des situations à haut risque
homicidaire et des situations où M. se présente...
Mme Barrette (Karine) : ...au
domicile et il dit : Oui, oui, j'ai le droit, je veux voir les enfants,
j'ai le droit dans ce contexte-là et Mme n'est pas en mesure de savoir si,
effectivement, c'est permis ou pas permis. Parce qu'elle n'a pas les
conditions. Des fois, c'est donné verbalement, les conditions or, de retenir tout
ça dans un état de situation de choc, comme l'évoquait ma collègue, c'est
difficile. Et quand on sait que près de 92 % des victimes de violences
conjugales qui ont subi de la violence physique vont avoir subi un traumatisme
craniocérébral, ça veut dire qu'il y en a beaucoup d'entre elles qui vont avoir
de la difficulté à retenir l'information. Quand on pense que 50 % d'entre
elles environ ont subi un étranglement aussi dans le parcours, ça laisse des
lésions et donc de... pour elles, d'exiger qu'elles retiennent toute
l'information qui est transmise verbalement, c'est vraiment un enjeu sur le
terrain. Alors, difficile pour elles de rapporter les bris et, comme on sait,
malheureusement, il ne peut pas y avoir un policier, une policière, 24/7 à côté
d'elle quand le suspect est libéré. Donc, pour elle, de rapporter un bris,
c'est vraiment essentiel de l'avoir par écrit. Donc, oui, c'est faisable, oui,
il y a des organisations policières qui le faisaient, qui avaient des moyens
variés pour le transmettre par écrit.
M. Lafrenière : Parfait,
puis, je veux juste être bien clair, là, je suis 100 % d'accord avec vous
de l'avoir par écrit. Écoutez, on a tous déjà cité un rendez-vous, que ce soit
médical ou quoi que ce soit, puis on est revenu à la maison en se disant :
Qu'est-ce qu'il m'a déjà dit, je ne m'en rappelle plus. Parce qu'on est dans un
moment de stress, ça fait que je suis totalement d'accord avec vous. Moi
c'était plutôt dans le comment puis, si vous permettez, par la suite on fera un
suivi ensemble, on pourra se parler, on pourrait écrire que de privilégier par
écrit puis encore là... moi, le danger c'est tout le temps de mettre une
condition qu'on n'est pas capable d'accomplir puis je trouve ça... je trouve ça
mauvais. Dans certains cas de retourner voir la victime, est-ce que c'est bon?
Si elle s'est relocalisée... Peu importe, j'aimerais ça qu'on ait cette
discussion-là qui est très technique. Mais vous voyez que je suis d'accord avec
vous, c'est juste dans le technique, comment on s'y rend.
Il y a une de mes collègues qui a une
question, mais avant de passer à sa question, moi, j'en ai une, parce que tous
les groupes, puis c'est vraiment à l'unanimité, nous on dit le danger, excusez
l'expression, de mettre le singe sur les épaules des victimes en disant c'est à
vous autres de vous protéger ou... Vous comprenez? D'inverser le fardeau. Puis
je l'entends puis ce n'est tellement pas ce qu'on veut ici, c'est clair, mais
je l'entends beaucoup, beaucoup. Puis tout ce qu'on va faire va amener ça :
un registre, même la loi de Clare, si on ne l'a pas dit ou s'ils ne l'ont pas
entendu, ça veut dire que la personne est correcte. Je pense qu'il va falloir
trouver le juste milieu dans tout ça. Ça va faire partie, j'imagine, de
campagne, d'éducation, il va y avoir plusieurs volets à ça, mais je veux vous
entendre là-dessus, si vous avez des idées. Parce que ce n'est pas pour rien
que tous les groupes l'ont dit, mais, moi, je l'entends bien, là, puis c'est la
dernière chose qu'on veut faire, ça fait qu'il y a-tu, soit des choses à faire
ou des choses à ne pas faire?
Mme Riendeau (Louise) : Bien,
moi, je pense qu'une des choses à faire, c'est vraiment que l'ensemble des
professionnels — bon, là ici, on parle peut-être plus des policiers,
des gens des services correctionnels, des commissions — aient vraiment
un pas d'avance sur les victimes. On doit être davantage qu'elles responsable
de vérifier s'il y a des enjeux de sécurité, de les conseiller, de les informer
sur ce qu'on... ce qu'on fait et... vous parlez de la loi de Clare, c'est
pour... Moi, je ne sais pas si je trouve ça intéressant de dire on va rajouter
des articles dans la présente loi parce que je pense qu'il faut faire les
choses vraiment correctement, il faut... Puis c'est pour ça qu'on proposait qu'on
soit associé à ça, il ne faut pas qu'une loi qui devrait donner de
l'information se retourne contre les victimes. Il ne faudrait pas, par exemple,
que la direction de la protection de la jeunesse dise à une mère : Tu n'as
pas protégé ton enfant parce que tu n'es pas allée vérifier si monsieur avait
des antécédents ou tu as su que monsieur avait des antécédents et tu n'es pas
parti. Ça fait qu'il ne faut pas... il faut baliser les choses correctement
pour que cette loi-là soit protectrice et ne serve pas à le faire. Donc, je
pense qu'il faut... il faut vraiment aller au fond de ces réflexions-là et
s'assurer que les professionnels sont bien formés et sont capables de prendre
les mesures conséquentes.
M. Lafrenière : Parfait. Je
vous invite à réfléchir à tout ça, parce que ce que vous me dites, je
l'entends. Puis, là, on va dire les choses pratico-pratiques, ça n'arrivera pas
dans le présent mandat. Alors, s'il y a des choses qu'on peut faire
présentement pour donner... Puis, je vous le dis encore, j'ai beaucoup
l'approche de petits pas, mais c'est parce que je suis dans le
pratico-pratique, on peut se dire attendons la perfection plus loin, mais
j'aimerais quand même qu'on continue la discussion ensemble, que vous
puissiez... les gens de mon équipe vont vous contacter en vous disant ce n'est
pas que ce n'est pas intéressant, moi, je suis prêt à faire un pas, mais en
toute transparence, je ne vous vendrai pas une voiture, là, je ne vous dirais
pas que c'est vrai que ça va arriver, si on se dit qu'on doit faire un autre
projet de loi, puis les collègues qui sont ici autour de la table le savent, ça
n'arrivera pas à court terme. Alors, regardons ensemble regardons ensemble ce
qu'on est capable de faire comme pas.
Puis, le dernier point important aussi que
vous avez dit tout à l'heure, quand on parlait, là, de la possibilité pour les
victimes d'aller témoigner, là, dans le système correctionnel. Juste vous dire
que ce qui est écrit clairement, c'est une personne victime qui en fait la
demande. Ça fait qu'en aucun temps on veut forcer la personne à venir
témoigner, mais, encore là, il y a des groupes qui nous ont dit ça devrait être
l'inverse, ça devrait être automatique, à moins qu'ils ne veuillent pas...
Bref, je pense...
M. Lafrenière : ...c'est des
points techniques qu'on peut regarder ensemble, parce qu'au final, ce qu'on
veut, c'est d'aider les gens que vous représentez. Alors merci, et j'ai ma
collègue d'Abitibi...
Le Président (M. Schneeberger) :
Ouest.
M. Lafrenière : Ouest.
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
oui, alors, Mme la députée... d'Abitibi-Ouest, à vous.
Mme Blais : Bonjour,
mesdames, merci d'être présentes. Vous savez, vous apportez un baume à ces
femmes qui souffrent, à ces femmes qui sont victimes de violence conjugale. Ma
question, elle est très simple : On parle beaucoup de violence physique,
mais on oublie souvent la violence psychologique. Alors, quelles sont les
ressources que vous pouvez offrir à ces femmes-là et comment on peut détecter
une violence psychologique?
Mme Riendeau (Louise) : Bien,
bonjour, Mme Blais, je suis contente de vous voir cet après-midi. En fait, la
majorité des femmes qui demandent des services en maison d'hébergement, même
pour un hébergement, ont comme premier motif de demande la violence
psychologique. Et je vous dirais que nous, on milite beaucoup, vous êtes sans
doute au courant, pour la création d'une infraction de contrôle coercitif, puis
il y a un projet de loi qui a été déposé par le gouvernement, le projet de loi
C-16, qui vise enfin à créer cette infraction-là, qui, justement, permettrait
au tribunal, à la police, au tribunal, d'intervenir dans des situations pour
lesquelles ils ne peuvent pas intervenir à l'heure actuelle, ça fait que quand
il y a de la surveillance, quand il y a... Bon, le harcèlement, on peut déjà
intervenir, mais du blâme, de la privation de ressources, plein d'éléments
qu'on entre, au fond, dans la violence psychologique, et avec les femmes, on
travaille de la même façon, au fond, que la violence soit physique ou
psychologique, peut-être qu'Annie pourrait en parler. En fait, souvent, les
conjoints ont réussi à les convaincre que c'était de leur faute si elles
étaient victimes, qu'elles ne pourraient pas trouver d'aide vraiment, donc il
faut travailler à défaire ça et à leur permettre de reprendre le pouvoir sur sa
vie, mais peut-être qu'Annie veut rajouter quelque chose là-dessus.
• (16 h 20) •
Mme Houle (Annie) En fait, Mme
Riendeau a fait un très bon topo, là, très général de notre travail... vraiment
un travail d'identifier, de déresponsabiliser, de comprendre et pour pouvoir se
mettre au cœur de ses décisions et de reprendre le pouvoir sur sa vie à partir
de différentes façons, dans toutes les sphères, parce que la violence conjugale
a plusieurs masques, a plusieurs visages, dans son contrôle coercitif, donc, et
avec des partenaires, aussi, pour les besoins un peu plus spécifiques.
Le Président (M. Schneeberger) :
Merci beaucoup...
Mme Barrette (Karine) : Si je
peux me permettre... ah.
Le Président (M. Schneeberger) : C'est...
Oui, c'est tout le temps qu'on avait, mais... à moins que vous les laissiez
poursuivre?
Mme Maccarone : ...puis après
ça, on peut lui donner la parole.
Le Président (M. Schneeberger) : Parfait.
Alors, je vais donner la parole à la députée de Westmount—Saint-Louis. À vous.
Mme Maccarone : Et vous
pouvez continuer votre réponse.
Mme Barrette (Karine) : Oui,
il n'y a pas de problème, je vais aller rapidement. En fait, malheureusement,
ce n'est pas toutes les... les victimes de violence conjugale qui vont avoir la
chance de passer en premier lieu par les ressources. Et donc, c'est pour ça,
aussi, que la formation en milieu policier, la sensibilisation des policiers, policières
qui, parfois, peuvent être les premiers à intervenir dans ces circonstances-là,
même en l'absence de violence physique, dans certaines situations, ils vont
vraiment venir jouer un rôle de... d'ambassadeur, aussi, pour faire connaître
les autres formes de violence, donc, toutes les manifestations de contrôle
coercitif. Puis aujourd'hui, justement, j'étais dans une organisation policière
pour faire des présentations de l'actualisation de connaissances sur le
contrôle coercitif, et donc, ça peut être une façon, aussi, de venir travailler
à faire connaître ce que vous évoquiez, donc, les autres formes de violence,
donc les autres manifestations et de ce qu'elles peuvent subir. Merci.
Mme Maccarone : C'est...
merci beaucoup. C'est... J'ai des questions par rapport à la formation, mais
avant de procéder à cette question, je voulais mieux comprendre la réalité de
ce moment, parce que c'est quand même inquiétant, on parle de six féminicides,
puis là, on est en février. Pouvez-vous dresser un portrait de votre réalité,
la réalité de la violence sur le terrain?
Mme Riendeau (Louise) : Bien,
écoutez, on a six féminicides, un certain nombre d'entre eux étaient en
contexte de séparation. La séparation, c'est un des moments les plus dangereux,
les plus critiques. Et justement, nous, on dit : Il faut que les femmes
soient informées et qu'elles puissent travailler avec des ressources
spécialisées pour mettre en place un filet de sécurité. Les situations les plus
dangereuses, là, c'est une victime de violence conjugale qui dit à son
conjoint : Je vais te quitter, et qui continue à vivre avec lui parce
qu'elle n'a pas de logement, parce qu'elle ne sait pas où aller, ou, etc. C'est
ce qui est le plus explosif, et cette violence-là peut perdurer aussi après la
séparation. Donc, c'est là que c'est important que des professionnels soient
associés, puissent conseiller la femme sur...
Mme Riendeau (Louise) : ...les
façons sécuritaires de quitter, sur quelles sont ses options, qu'est-ce qui
peut exister, est-ce qu'il y a lieu de porter plainte ou pas, tout ça. Donc,
c'est... c'est... c'est vraiment ça. On pense qu'il faut que... Souvent, on
pense que, pour aller dans une maison d'hébergement, bien, d'abord il faut y
aller, alors qu'on peut avoir accès à des services de consultation et
d'accompagnement sans être hébergé si on a d'autres options. Puis, souvent, on
pense que la violence conjugale, c'est de la violence physique. Alors, il faut
faire reconnaître que les autres formes de violence ou de contrôle, qui sont souvent
plus subtiles, sont tout aussi dangereuses. Il y a une étude anglaise qui avait
montré que, dans plus de 90 % des homicides en contexte conjugal, il y
avait du contrôle coercitif avant. C'est pour ça qu'on milite, nous, tout
autant pour que ça devienne une infraction.
Mme Maccarone : C'est...
C'est estomaquant d'entendre la réalité sur le terrain. J'ai envie de vous
demander quels sont les besoins actuels. Je comprends, il y a des éléments de
ce projet de loi qui vont vous aider, puis je salue l'initiative, mais, si je
me base sur les interventions de ma collègue de Robert-Baldwin, qui est
actuellement en Chambre en train de débattre la motion de mercredi à cause de
la hausse alarmante des violences faites aux femmes puis aussi qu'on a un manque
d'hébergement, elle dresse un portrait particulièrement grave pour les femmes,
mettons, à Montréal, mais peut-être vous pouvez nous... éclaircir en ce qui
sont les besoins actuels sur le terrain.
Mme Riendeau (Louise) : Bien,
actuellement, il y a besoin d'avoir plus de personnel dans les maisons d'aide
et d'hébergement pour être capable d'accompagner plus de femmes en service
externe et d'accompagner plus de femmes et d'enfants qui sont hébergés. Donc,
ça, c'est... c'est un besoin qui est criant, pour lequel on peut apporter des
solutions assez rapidement s'il y a des ressources financières.
Autre besoin, c'est effectivement... il y
a certaines régions... il y a un travail qui a été fait avec le ministère de la
Santé et des Services sociaux, qui n'a pas encore abouti à des recommandations,
qui nous dit que, dans certaines régions, Montréal au premier chef,
l'Outaouais, Laval, Montérégie, Lanaudière, Capitale-Nationale, il faudrait des
places supplémentaires en maisons d'hébergement. Mais faire sortir des maisons
de terre, ça prend quelques années. Donc, il faut... on ne peut pas continuer
d'attendre avant. Il y a eu des pas de faits dans les dernières années, mais ce
n'est pas suffisant. Et, si on regarde aux... des besoins actuels et à venir,
il faut... il faut regarder en avant. SOS violence conjugale nous dit que, dans
moins de 50 % des demandes pour un hébergement qu'elles reçoivent, elles
ne sont pas capables de trouver une ressource dans une région proche pour une
femme.
Mme Maccarone : 50 %
de...
Mme Barrette (Karine) : Si je
peux me permettre, je peux juste ajouter, dans la même foulée des besoins, si
vous me permettez, pour travailler, depuis quatre ans maintenant, très près du
milieu policier aussi, on parlait de la détection, hein, donc des
manifestations de contrôle coercitif, il y a une expertise sur le terrain qui
s'est développée grâce justement au... à la création de postes au sein des
organisations policières, de postes VC, là, donc de postes en violence
conjugale. Et puis on peut le voir sur le terrain, à quel point il y a une
expertise précieuse qui s'est développée pour la détection, le savoir-être
auprès des victimes, l'accompagnement, et tout ça. Et donc on espère vraiment
que ces postes-là, le financement qui vient à échéance le 31 mars, donc, soient
renouvelés aussi dans ce cadre-là, pour ne pas perdre cette expertise qu'on est
à même de constater, là, la plus-value auprès des victimes, notamment dans le
cadre de quand il y a l'absence de violence physique, entre autres, là.
Mme Maccarone : Parlons-en,
de la formation. Je sais que vous touchez un peu dans votre mémoire des
recommandations. Là, on parle de le contrôle coercitif, mais, Mme Riendeau,
vous avez aussi parlé de le guide que nous pouvons modifier. Parce que, je
comprends, on a des aspects dont nous sommes en attente au niveau fédéral,
mais, quand on parle le principe de retenue, je serais curieuse de vous
entendre. Quelles sont les étapes qui nous manquent dans la formation
policière? Puis... Parce que, je comprends, on a fait des avancées, puis ça,
c'est formidable, mais il doit y avoir des éléments dont nous avons encore
besoin.
Mme Riendeau (Louise) : Tu
veux-tu y aller, Karine, ou tu veux...
Mme Barrette (Karine) : Bien,
je vais y aller, si vous me permettez. En fait, au niveau du principe de
retenue, il y a eu un changement, donc, en... autour de 2019, avec le projet...
le... la loi C-75, qui met de l'avant, donc, puis ça a été intégré au Code
criminel, l'idée qu'on doit remettre en liberté le plus rapidement possible,
aux conditions les moins sévères possibles, en fait, les gens. Puis, bon, il
existe quand même des motifs d'intérêt public de détenir, donc, où on ne remet
pas la personne en liberté s'il y a des motifs raisonnables de croire que c'est
nécessaire dans...
Mme Barrette (Karine) : ...intérêt
public de la détenir, notamment pour empêcher que l'infraction se poursuive, ou
se répète, ou qu'une... une autre infraction soit commise, ou encore pour
assurer la sécurité de la victime ou des témoins de l'infraction. C'est juste
qu'il y a eu justement ce principe de retenue, donc on doit vraiment favoriser
la remise en liberté. Or, sur le terrain, on voit des situations à haut risque
homicidaire, on voit des situations par exemple où il y a eu étranglement et
que le suspect donc est libéré avec promesse de comparaître notamment. Ou
encore où il y a des multiples bris de conditions. Donc, libéré encore une fois
avec promesse de comparaître. On parle par exemple des situations où il y a trois,
quatre bris de condition et qui sont libérés même par sommation. Donc, alors
qu'on le sait, un bris, c'est un facteur de risque homicidaire dans la
situation, c'est un moment où le suspect, l'individu, ne respecte pas les
limites qui sont imposées par le système, par la victime. Alors, il y a
malheureusement une espèce de sentiment ou d'incompréhension sur : OK.
Bien, on me dit que je dois remettre en liberté autant que possible, le plus
rapidement possible, aux conditions les moins sévères possible, mais, de
l'autre côté, j'ai des motifs d'intérêt public. Donc, des fois, il y a un
sentiment, un malaise par rapport à ça, ça fait que oui, il y aurait du travail
certainement à faire dans le cadre des formations policières, des rappels, des
rafraîchissements sur les motifs d'intérêt public. Et donc de faire la part des
choses parce qu'on voit des situations sur le terrain qui sont très... très
dangereuses. Des fois, il y a des cellules d'action concertée qui sont mises en
place, des menaces de mort et, malgré tout, ça va être libéré, promesse de
comparaître. Donc, il y a vraiment des situations préoccupantes qu'on entend
sur le terrain. Et, des fois, ce n'est pas que les policiers ne perçoivent pas
nécessairement le danger, c'est qu'ils craignent... dans le fond, ils sont
guidés par ce principe-là qui est venu un peu changer la dynamique, qui
apparaît dans le Code criminel. Donc, on espère effectivement que C-14 avec
cette espèce de... de clarification sur la... le principe de retenue vienne un
peu rééquilibrer les choses et vienne peut-être leur... leur permettre de
dire : Ah non, attends minute, je vais vraiment effectivement me reposer,
donc, sur les motifs d'intérêt public. Et comme c'est précisé dans le projet de
loi C-14, au niveau fédéral, c'est de dire : Le principe de retenue
n'exige pas la remise en liberté. Donc, on doit s'en remettre aux... aux motifs
d'intérêt public, là, qui sont précisés dans le Code criminel. Je ne sais pas
si, Louise, tu veux ajouter.
• (16 h 30) •
Mme Riendeau (Louise) : Bien,
moi, je te dirais aussi qu'il doit y avoir une conversation avec le DPCP, parce
que, des fois, les policiers disent : J'appelle au bureau des
services-conseil puis je me fais dire qu'il faut que je le libère. Mais, en
même temps, du côté des procureurs, on nous dit : Bien, des fois, les
policiers avaient des motifs, mais ils ne les ont pas exposés. Donc, on leur a
dit : Bien, tu n'as pas de motif, libère-le. Ça fait que je pense qu'il y
a un travail, là, conjoint à faire et de formation pour dire comment on peut
documenter ça.
Mme Maccarone : Mais c'est
noté. Je trouve très intéressant modifier le guide de pratique, discuter avec
le DPCP. Puis, je questionne si peut-être il n'y a pas un élément de l'École
nationale de police, commencer tout de suite avant même qu'ils commencent à
pratiquer pour qu'ils comprennent la réalité sur le terrain puis ce que vous
êtes en train d'évoquer. Je ne sais pas si c'est quelque chose que vous faites
déjà, ça se peut, puis c'est juste moi qui n'est pas au courant, mais je dirais
que c'est peut-être une autre recommandation dont nous pouvons en discuter.
Mme Houle (Annie) : Si vous
le permettez, je me permettrais d'ajouter que, considérant au niveau des
victimes, de... de dénoncer, toujours remis en liberté, dénoncé, re mis en
liberté, ça... ça vient donner une brèche aussi dans la confiance : Mais
pourquoi je dénonce si, de toute façon, je suis remise en danger, et, en plus,
il est encore plus fâché parce qu'il est remis... il a été réarrêté. Ça fait
que c'est aussi une escalade, là, pour elle qui embarque et aussi une perte de
confiance dans le moyen de la justice.
Mme Maccarone : Non, je
comprends. Là, on a parlé évidemment de communication. J'ai bien compris, puis
vous n'êtes pas les seules, les policiers doit et non peut informer les
victimes, c'est très clair. Puis, vous parlez aussi... on parle de le... les
témoignages devant la commission de libération puis on comprend que c'est
optionnel et non obligatoire. Mais l'accompagnement des femmes qui décide de
poursuivre avec... avec cette possibilité?
Mme Riendeau (Louise) : Oui.
Bien, écoutez, on a... on a des victimes qui, pas toujours conscientes des
risques que ça peut comporter, peuvent dire : Écoutez, là, vous avez un
portrait de lui, mais vous n'avez pas toute l'image, moi je vais aller vous la
donner, toute l'image. Et, ce faisant, le faire verbalement, effectivement,
devant... devant le contrevenant, s'il n'y a pas eu un travail de fait avec
elles pour évaluer est ce que ça comporte des risques, comment on peut formuler
ça, moi, ce qu'on me dit, c'est qu'au fédéral, où cette mesure-là existe déjà,
il y a beaucoup d'énergie mise par les gens de la... des libérations
conditionnelles du Canada pour accompagner les victimes, pour justement
travailler les déclarations, pour s'assurer qu'elles ne seront pas davantage à
risque en le faisant. Donc, c'est pour ça qu'on dit...
16 h 30 (version non révisée)
Mme Riendeau (Louise) : ...écoutez,
c'est un droit qu'on donne aux victimes qui vont le souhaiter, mais je pense
que, si on veut que ce droit-là soit effectif, il faut effectivement que la
commission se dote de moyens pour qu'on évalue, effectivement. Parce que ce que
les femmes peuvent vouloir aller dire... c'est, effectivement, donner tout le
portrait, aller parler de la violence qui s'est poursuivie pendant la
détention. Donc, ça peut être des éléments assez explosifs où un contrevenant
va faire un plus un égale deux : elle est venue témoigner, je ne suis pas
libéré, donc elle va payer pour après. Donc, c'est pour ça qu'on se dit :
Il faut que la commission évalue les risques, accompagne les victimes, les
soutienne dans cette démarche-là si elles souhaitent le faire.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci
beaucoup. Alors, le temps était déjà dépassé, mais je vous ai laissée dans
votre envolée. C'est important, je pense. Nous allons du côté de la députée de
Sherbrooke pour 4 min 8 s.
Mme Labrie : Merci, M. le
Président. Bonjour. J'aimerais ça, vous entendre sur le registre. On a entendu
beaucoup de choses sur le registre, depuis hier, certains enthousiastes, d'autres
moins, qui trouvaient ça même inutile. D'autres nous ont suggéré d'inclure les
récidivistes en matière de violence conjugale dans ce registre. Donc, j'aimerais
vous entendre là-dessus, s'il vous plaît.
Mme Riendeau (Louise) : Écoutez,
on n'a pas beaucoup pris position sur le registre. On n'en parle pas dans notre
mémoire. On avait vu qu'il était davantage sur des contrevenants en matière de
violence sexuelle. Bien sûr, les victimes de violence conjugale sont victimes
aussi de violence sexuelle. Tout comme d'autres victimes, c'est une violence qu'elles
dénoncent moins que d'autres. On regardait les conditions en disant : OK,
c'est des gens qui ont terminé leur peine de prison, qui sont encore jugés
dangereux, etc., et on se disait : Combien de personnes ça va viser? Est-ce
utile?
C'est pour ça que nous, on s'est plus
tournés vers la loi de Clare en disant : Bien, si on avait un mécanisme
qui permet à une victime d'aller s'informer s'il y a des risques par rapport à
un contrevenant, dans les cas violence conjugale, ce serait peut-être quelque
chose qui serait plus approprié que la notion de registre, là. Puis,
effectivement, comme on le dit dans notre mémoire, le modèle qui existe en
Saskatchewan nous semblait intéressant, c'est dans les... Dans cette province-là,
c'est à la fois le droit de demander et le droit de savoir. Donc, des policiers
qui peuvent informer aussi une victime. La victime est accompagnée, ça fait
partie, là... on parlera avec le bureau du ministre, mais c'est important que
la victime soit accompagnée au moment où elle a cette information-là pour être
sûr qu'elle comprend toute l'information et que, tout de suite, on est capables,
avec une ressource spécialisée, de mettre en place un filet de sécurité, quelle
que soit la décision qu'elle prendra par rapport à poursuivre la relation ou
mettre fin à la relation avec le contrevenant. Donc, ça nous semblait plus
utile et plus encadrant d'avoir la loi de Clare que d'inscrire le contrevenant
dans un registre.
Puis, par rapport aux récidivistes, bien, ma
collègue a parlé des bris de condition. Je pense qu'il faut le considérer. Quand
on a un bris de condition, je pense qu'on ne devrait pas remettre en liberté
quelqu'un sur sommation de comparaître, parce que, vraiment, c'est quelqu'un
qui nous dit qu'il n'est pas prêt à respecter des conditions. Donc, il faut
faire une meilleure évaluation de ces situations-là. Donc, je pense qu'il faut
agir en amont et non pas juste mettre quelqu'un sur une liste.
Mme Labrie : Puis la raison
pour laquelle vous nous recommandez spécifiquement le modèle de la
Saskatchewan, c'est parce qu'il y a les deux volets, c'est ça, c'est la
différence...
Mme Riendeau (Louise) : C'est
parce qu'il y a les deux volets, parce qu'il y a l'accompagnement des victimes
et parce qu'il y a aussi des mesures qui empêchent que des organisations
blâment les victimes, en utilisant cette loi-là. Par exemple, tu sais, comme
dans... je donnais l'exemple, tantôt, on ne voudrait pas qu'une victime qui n'est
pas allée demander ou qui, étant allée demander et ayant eu de l'information,
soit blâmée par la DPJ pour ne pas avoir protégé ses enfants ou qu'on dise :
Tu n'es pas allée demander, bien, tu es responsable d'avoir été violentée, tu
sais. Ça fait que je pense qu'il faut s'assurer qu'on balise ça comme il faut.
Ce n'est pas juste un accès à l'information, dont on a besoin, mais c'est un
filet de sécurité puis une protection contre des effets pervers.
Mme Labrie : C'est certain qu'on
ne voudrait pas, personne, ici... je regarde mes collègues, que ça ait l'effet collatéral
d'affecter des décisions de la protection de la jeunesse, là, c'est certain.
Puis ça fait...
Mme Labrie : ...plusieurs
années que c'est en vigueur en Saskatchewan, ces modalités-là?
Mme Riendeau (Louise) : Quelques
années, mais je ne pourrais pas vous dire, là, combien, là.
Mme Labrie : Ça fait que la
pratique nous a permis de voir, là, déjà, qu'on évitait ces écueils-là?
Mme Riendeau (Louise) : Oui,
puis nous, on a eu l'occasion de discuter, là, avec nos vis-à-vis de l'association
provinciale des maisons en Saskatchewan, qui était très satisfaite. Puis,
contrairement à d'autres modèles, par exemple, comme l'Alberta, où ça avait
l'air de moins fonctionner, en Saskatchewan, ça semblait bien fonctionner.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci.
Merci beaucoup. Alors, c'est déjà la fin. Alors, merci beaucoup pour votre
apport à la commission. Je vous souhaite une belle fin d'après-midi. Bon retour
à la maison.
Et nous suspendant quelques instants.
(Suspension de la séance à 16 h 39)
(Reprise à 16 h 42)
Le Président (M. Schneeberger) :
Alors, bonjour, nous reprenons les travaux. Je vous souhaite la bienvenue.
Alors, vous représentez l'Association des services de réhabilitation sociale du
Québec, mais je sais que parmi vous, vous avez aussi d'autres organisations en
lien. Alors, je vous laisse vous présenter à tour de rôle et, par la suite,
enchaîner avec votre présentation.
Mme Boxéro (Luana) : Merci,
M. le Président. Bonjour à tous. Donc, je suis Luana Boxéro, directrice
générale de l'Association des services de réhabilitation sociale du Québec. Je
vais laisser mes collègues se présenter.
Mme Leduc (Stéphanie) : Bonjour.
Stéphanie Leduc, je suis la directrice générale du RIMAS qui est le regroupement
des intervenants en matière d'agression sexuelle. Donc, on travaille auprès des
professionnels qui, eux, travaillent auprès des délinquants sexuels au Québec.
M. Couture (Mathieu) : Bonjour,
je m'appelle Mathieu Couture, je suis psychologue et responsable du
développement des pratiques pour le RIMAS.
Mme Pouliot (Catherine) : Donc,
bonjour, Catherine Pouliot, je suis sexologue et psychothérapeute. Je suis
aussi la directrice générale du CIVAS Montérégie, qui est un centre
d'intervention spécialisé, évaluation, intervention en psychothérapie auprès
des délinquants sexuels, et chargée de cours à...
Mme Pouliot (Catherine) : ...notamment
en délinquance sexuelle.
Mme Boxéro (Luana) : Donc,
pour débuter, en fait, on voulait déjà vous partagez, bien, l'objectif commun
qu'on a, c'est vraiment de protéger les victimes et de renforcer la sécurité
réelle de la population. En fait, nous nous sommes positionnés, comme vous
l'avez vu dans notre mémoire, sur la partie du projet de loi qui touche spécifiquement
le registre public des délinquants sexuels. Notre position est assez ferme et
elle est guidée par des données scientifiques, l'expérience terrain et un
esprit de collaboration. Donc, je souhaitais aussi ajouter, avant de commencer,
qu'on trouvait vraiment importante la préoccupation du ministère des
délinquants sexuels. On souhaite, on souhaite, par notre présentation, vous
démontrer que le registre n'est pas forcément le bon moyen de s'occuper de
renforcer la sécurité publique par ce moyen-là. Puis c'est ce qu'on veut
vous... vous démontrez. Donc, en fait, vous avez compris que l'ASRSQ
était, donc, avec le RIMAS aujourd'hui et on rassemble des expertises qui sont
complémentaires en recherche, en intervention spécialisée auprès des
délinquants sexuels et, aussi, en réhabilitation auprès des personnes
judiciarisées en général. Donc, le RIMAS mobilise plus de 275 acteurs et
actrices du milieu de lutte contre les violences sexuelles et l'ASRSQ regroupe
80 OBNL qui accompagnent plus de 35 000 personnes judiciarisées
chaque année. Donc, c'est à partir de cette expertise et de ce contact direct
avec les réalités terrain que nous affirmons : La sécurité publique
durable doit reposer sur des mesures probantes qui réduisent réellement le
risque de récidive.
Mme Leduc (Stéphanie) : Donc,
on a trois principaux constats qui se sont dégagés de l'analyse de ce projet de
loi. Donc, un... le premier constat, c'est que la divulgation publique n'a pas
démontré d'efficacité pour réduire la récidive sexuelle. Donc, il y a un
consensus à ce niveau-là.
Deuxième constat : Donc, le projet de
loi affirme que l'objet est de permettre à toute personne de prendre les...
précautions qu'elle estime appropriées pour assurer sa sécurité et celle de ses
proches. Donc, cela déplace implicitement le fardeau de la prévention vers la
population, alors que la responsabilité première de la sécurité publique
demeure celle de l'État. Donc... Puis j'ai entendu, tout à l'heure, là,
justement, M. le ministre dire qu'il y a eu... On n'est pas les seuls à dire
qu'il y a comme un transfert, là, de responsabilité, qui est dénoté.
Troisième constat : Donc, pendant
qu'on met en place une mesure hautement symbolique, on détourne des ressources
humaines, financières et institutionnelles de ce qui réduit réellement le
risque. Donc, ce qui réduit réellement le risque, c'est l'intervention
spécialisée et l'encadrement structuré. Donc, il est important de
préciser : Notre position ne s'inscrit pas dans une opposition
idéologique. En sécurité publique, lorsqu'une mesure vise la protection de la
population, son efficacité réelle doit pouvoir être démontrée. Donc, sinon, on
remplace une réponse préventive par une réponse symbolique, ce qui est
particulièrement préoccupant en matière de violences sexuelles. Donc, nous vous
adressons deux demandes. Premièrement, de retirer les dispositions de
divulgation publique qui se sont avérées inefficaces et de réinvestir
prioritairement dans l'intervention spécialisée et l'encadrement intensif des
profils à risque élevé, donc via les structures qui sont déjà en place.
Maintenant, je vais céder la parole à Mathieu Couture, notre responsable du
développement des pratiques, pour qu'il puisse résumer ce que dit la science.
M. Couture (Mathieu) : Merci.
Donc en clinique, l'intention ne suffit pas. On doit choisir des interventions
qui fonctionnent. Quand une mesure est présentée comme un levier de protection,
on doit pouvoir démontrer qu'elle réduit le risque réel. Ça, c'est vraiment
important de comprendre que c'est notre motivation première quand on intervient
en délinquance sexuelle, c'est de réduire le risque de récidive pour réduire,
là, les nouvelles victimes, évidemment, ce qu'on ne souhaite pas avoir.
Donc, c'est le cas du traitement
spécialisé, qui réduit le risque de récidive d'au moins 33 % pour les
délinquants sexuels, selon une étude récente d'une grande qualité. On parle ici
d'un traitement ayant une intensité qui correspond au niveau de risque de
l'individu et qui cible les bons facteurs criminogènes, c'est-à-dire les
facteurs qui sont associés réellement au risque de récidive. À l'inverse, les
données synthétisées dans nos mémoires convergent : Les registres et
notifications publiques ne réduisent pas le risque de récidives sexuelles. Des
analyses de grande ampleur, et je me permets une petite parenthèse pour
informer qu'on parle d'une étude qui regroupe près de
500 000 délinquants sexuels qui ont pu être séparés en deux
groupes : Ceux qui recevaient, qui étaient exposés aux...
M. Couture (Mathieu) : ...et
ceux qui n'y étaient pas exposés. Donc, avec ce type d'études là, on obtient
des taux comparables de récidive sexuelle chez les deux groupes, donc chez les
gens qui ont été exposés au registre public et chez ceux qui ne l'ont pas été.
Les études sur ce thème-là sont unanimes
et je peux vous dire que c'est très rare dans notre domaine d'avoir des études
qui sont aussi consensuelles. Donc, si l'objectif premier est la prévention de
récidive sexuelle, la divulgation publique ne répond pas à cet objectif. Si
l'objectif est de dissuader les individus qui seraient tentés de commettre leur
premier délit sexuel, là aussi, les études démontrent clairement que la
divulgation publique ne réduit pas le nombre de nouveaux délits sexuels. Cet
objectif n'est donc pas atteint non plus.
Enfin, on entend parfois que le registre
aiderait à la résolution rapide des enquêtes. Or, la Cour suprême du Canada, dans
le dossier de la Reine contre... souligne qu'il n'y a pas de données démontrant
que les registres contribuent à résoudre plus rapidement les enquêtes. Cette
réalité est appuyée par un expert de renommée internationale, M. Carl
Hansen, qui a témoigné d'ailleurs à la Cour suprême dans ce même dossier.
Donc, si on veut réduire le nombre de
victimes, la prévention se joue dans l'accès rapide à des services spécialisés
et intensifs, particulièrement pour les individus à risque élevé. C'est là que
la science montre un potentiel d'impact et non dans la diffusion publique
d'informations personnelles. Je cède la parole à Luana.
• (16 h 50) •
Mme Boxéro (Luana) : Maintenant,
si on se positionne du point de vue de la réhabilitation et de la sécurité
durable, ce qui réduit le risque, ce sont des facteurs de protection. Donc,
lesquels? Les facteurs de protection, ça va être la stabilité résidentielle,
l'emploi, les liens sociaux, l'accès aux services. À l'inverse, l'isolement et
la marginalisation augmentent le risque de récidive. Concrètement, sur le
terrain, l'exposition publique peut entraîner des ruptures de logement, des
pertes d'emploi et des déplacements constants des personnes. Or, ce sont
précisément des éléments qui fragilisent la stabilité et compliquent la gestion
du risque plutôt que de la renforcer. Donc, elle complexifie aussi le travail
des équipes sur le terrain, donc augmentation des situations de crise,
interventions plus difficiles, enjeux de sécurité pour les intervenants, et ce,
sans ressources additionnelles. Et il faut penser aussi aux proches, aux victimes
collatérales qui sont des personnes innocentes. Donc, la littérature et
l'expérience terrain documentent les impacts collatéraux importants sur les
familles et les enfants, notamment la stigmatisation, l'intimidation,
l'instabilité sociale.
Enfin, cette mesure transfère
indirectement sur le réseau communautaire la gestion de ces effets, alors que
nous n'en contrôlant ni les paramètres, ni la diffusion, ni la réaction du
public. On demande aux organismes d'absorber les conséquences d'une mesure dont
l'efficacité n'est pas démontrée au lieu de renforcer ce qui existe déjà et qui
protège réellement. Nous ne venons pas seulement dire non, nous voulons
travailler avec le ministère pour des solutions responsables, réalistes et
probantes. Je laisse la parole à Catherine.
Mme Pouliot (Catherine) : En
fait, ce qu'on ce qu'on propose, c'est trois leviers concrets. Le premier est
d'améliorer l'accès rapide aux programmes d'intervention spécialisés, surtout
pour les profils à haut risque, de renforcer l'encadrement intensif dans la
communauté par de la surveillance et de l'encadrement plutôt que par la
stigmatisation publique, d'optimiser la concertation et le partage
d'informations, notamment entre les services policiers, correctionnels, les
différentes ressources spécialisées, sans nécessairement avoir cette
divulgation qui est publique.
Et je tiens, pour conclure, à insister sur
un point qui m'apparaît important, sur un angle mort qui est à considérer,
c'est que la divulgation publique n'a pas nécessairement juste des impacts sur
la personne inscrite qui a commis des infractions, mais aussi des impacts
importants sur les proches, les conjoints et les enfants de ces individus-là ou
les beaux enfants de ces individus-là, qui, eux, n'ont rien fait, qui ont été accusés
de rien, mais qui, pourtant, se retrouvent exposés, et la recherche le démontre
bien, qu'ils se voient... parfois, ils sont même considérés comme des complices
de l'individu. Donc, ce qui amène stigmatisation et parfois même des menaces.
Donc, on ne peut pas, au nom d'une
sécurité illusoire, accepter un mécanisme étatique qui crée des victimes
collatérales, faire porter à des familles innocentes... le poids d'une sanction
publique, c'est étendre la peine au-delà du tribunal et fragiliser des enfants déjà
vulnérables par leur statut d'enfant. Donc, une politique publique qui protège
réellement ne peut en aucun cas produire ce type de dommages périphériques et
encore moins les ignorer. C'est aussi la logique retenue dans d'autres champs
où l'on a compris que la vigilance citoyenne ne remplace pas nécessairement les
dispositifs coordonnés. Donc, ici, c'est une occasion pour le Québec de
consolider un modèle fondé sur l'expertise, la concertation...
Mme Pouliot (Catherine) :
...concertation et la responsabilité d'État plutôt que d'adopter une mesure
symbolique dont l'efficacité n'est pas démontrée.
Donc, pour terminer, pour nous, c'est
important que vous compreniez qu'on partage l'objectif de protéger les
victimes, mais la divulgation publique telle que proposée actuellement n'a pas
démontré d'effet sur la récidive et, en fait, risque de créer un faux sentiment
de sécurité en transférant la responsabilité qui relève de l'État vers les
personnes victimes ou les victimes potentielles. En fait, ce que la recherche
nous dit, c'est que ça crée un effet paradoxal, ça augmente le sentiment
d'insécurité. Donc, nous, ce qu'on demande, c'est le retrait de cette mesure et
le réinvestissement dans l'intervention spécialisée et l'encadrement structuré
des personnes à risque élevé. Évidemment, on vous invite à voir ces
recommandations-là, pas comme un frein à l'action, mais comme un appel à une
action plus cohérente, efficace, plus responsable, à la hauteur de la gravité
des violences sexuelles et des attentes bien évidemment légitimes des personnes
victimes. Et on vous invite évidemment à consulter les mémoires déposées par le
RIMAS et l'ASRSQ également. Donc c'est ce qui conclut, là.
M. Schneeberger : Merci
beaucoup pour votre présentation. Nous débutons une période d'échange avec M.
le ministre. Vous avez 15 minutes.
M. Lafrenière : Oui, merci
beaucoup, M. le Président. Bonjour à vous, Mesdames, Monsieur. Merci infiniment
d'être avec nous aujourd'hui. Vous amenez votre éclairage puis vos connaissances,
on apprécie beaucoup.
Je veux juste commencer par peut-être une
petite entrée en la matière en disant : Vous avez parlé de ce que je vais
appeler en bon français le shaming puis je ne crois pas à ça, moi, non
plus en passant. Quand on a fait la commission spéciale sur l'exploitation
sexuelle des mineurs, il y a des gens qui nous suggéraient d'aller vers cette
approche-là puis on l'avait refusée en disant : Ce n'est pas là qu'on
voulait aller. Quand que les gens nous ont demandé... quand je dis les gens,
les citoyens nous ont parlé d'avoir des registres, c'était très, très large au
début, et je l'avais... je l'avais exprimée à mes collègues des oppositions,
j'avais un certain malaise, j'ai pris du temps à regarder ce qui se passait
ailleurs en me disant il faut commencer quelque part. Si on fait quelque chose,
il faut commencer très petit, parce que certains des points que vous avez
amenés, que je partage.
Cependant, là, je veux vous entendre
là-dessus, je me... en faisant nos recherches, on se rend compte qu'on est
la... il y a six provinces qui l'ont fait, on a 51 États américains, vous
dites que dans tous les cas, ça n'a pas... ça n'a pas amené vraiment de
réduction. Ma première question pour vous, parce qu'un autre des points qu'on
regarde comme commission depuis hier, c'est la loi de Clare, donc de
transmettre des informations aux victimes potentielles, puis, encore là, il y a
toujours la tentation de dire qu'on leur transfère la responsabilité puis il
faut être prudent là-dedans, mais est-ce qu'il y a des études qui ont été
faites, à savoir combien de cas ont pu être prévenus par la loi de Clare, par
exemple?
M. Couture (Mathieu) : Je
dois avouer que la loi de Clare, j'ai appris son existence tout à l'heure, donc
je suis aux faits d'absolument aucune étude par rapport à ça.
Mme Leduc (Stéphanie) : ...que
je pourrais ajouter, c'est qu'il faut être très... il faut faire bien attention
quand on essaie de comparer la violence conjugale où un partenaire intime et la
violence sexuelle, c'est deux mondes complètement différents, donc un et
l'autre peut s'inspirer des pratiques d'un autre et l'autre, mais on ne peut
pas faire de copier-coller. Juste, par exemple, tu sais, dans le cas de
violences conjugales, on connaît... on connaît l'agresseur, tu sais, on... il y
a un lien qui est plus facile dans le cas de la violence sexuelle, oui, dans
la, je dirais, là, je ne veux pas me tromper, là, mais autour de 90 % les
victimes vont connaître l'agresseur, mais il reste que ce n'est pas des
personnes avec qui nécessairement il y avait un lien conjugal, etc. Ça fait que
la loi de Clare pourrait peut-être plus difficilement s'appliquer, là, dans un
contexte de violence sexuelle. Mais ce serait à voir. Ça fait que, comme
Mathieur dit, on ne s'est pas encore penché sur ces possibilités-là, mais il
est... il est clair, et ce n'est pas un jeu de mots, mais il est clair que pour
les victimes, il faut leur donner le droit et la possibilité de s'informer
davantage, d'être en mesure d'obtenir des réponses sur quand il sort, où il
s'en va, qu'est-ce qu'il fait, etc. Ça fait que ça, c'est la victime directe.
En violences sexuelles, c'est assez rare et, là, peut-être que mes collègues
vont pouvoir endosser ça avec une statistique, mais c'est plutôt rare qu'un
agresseur va ré-agresser la même victime. Donc, c'est... en contexte de
violence conjugale, on va voir plus souvent la récidive sur la même victime.
Aussi, en violences sexuelles, on le voit beaucoup, beaucoup moins. Donc... Ça
fait qu'il y a des... ça fait qu'il y a des similarités, mais... avec la
violence conjugale, mais il ne faut vraiment pas aller dans un comparatif, là,
à 100 %.
M. Lafrenière : OK. Non, sans
tomber dans un comparatif à 100 %, ce n'était pas ça le but, c'est parce
que vous parlez de prévention. Je vous dirais, cependant, ça, un point sur
lequel je ne suis pas d'accord avec vous, en violence conjugale intrafamiliale,
on a vécu un cas à Saint-Jérôme où une personne est passée à l'acte puis la
nouvelle conjointe disait... bien, l'ex-conjointe a tenté de la contacter, de
lui donner de l'information, ça fait que, bref, ce n'était pas pour comparer,
c'était juste, j'essayais de voir, parce que je... Personnellement, j'ai
toujours trouvé ça très difficile de mettre un chiffre sur de la prévention, de
dire qu'on a pu prévenir tant de cas, c'est extrêmement difficile. Je comprends
que votre...
M. Lafrenière : ...l'analyse,
elle est forte, elle est basée sur 500 000 cas. Je le comprends. Je
le comprends bien, mais je veux revenir sur notre but qui est visé. Un, je
crois beaucoup en réinsertion. Puis, comme j'ai lu vos papiers, vous
dites : Est-ce que ça va être facile d'aider ces personnes à se réinsérer?
Bien, je partage votre... votre drapeau jaune foncé, rouge écarlate.
Moi, j'ai vécu le cas de Karla Homolka.
Quand elle est revenue à Montréal, on a dû la déplacer à deux reprises parce
que les gens étaient rendus dans une course contre elle. Puis ça, la police
n'avait jamais partagé les informations, mais les médias sociaux s'en sont chargés
rapidement.
Aujourd'hui, ce qu'on propose, nous, c'est
des cas que j'appellerais des cas qui sont assez limités. Nous autres, on est
évalué dans la volumétrie de 100, 125 cas, qui étaient pour être soumis à
un comité de cinq... Puis là ça va... J'ai dit de cinq personnes, mais ça va
peut-être être six ou sept, parce qu'il y a des... des services qui nous ont
dit : On devrait rajouter des... des groupes invités aussi. Et, de ce
chiffre là, avec les règlements qu'on mettra en place, il va rester combien? La
moitié, moins de la moitié. On verra. Je n'essaie pas de vous dire que c'est un
petit chiffre puis ce n'est pas important. Ce n'est pas ça que je veux vous
dire, j'essaie de vous partager mon schème dans tout ça, en se disant :
Mon but, c'est vraiment de commencer petit parce que plusieurs des points que
vous avez dit que je partage.
Ma question, par exemple, puis c'est
là-dessus que j'ai été très sensible : Une fois que la personne a purgé sa
peine, une fois que la société n'a plus vraiment d'emprise sur cette
personne-là... Parce que vous avez parlé... la prévention, je suis totalement
d'accord, puis, en passant, ce n'est pas l'un ou l'autre, ça peut être un et
l'autre, puis juste corriger, par exemple, vous parlez de 6,5 millions, je
ne sais pas d'où vient votre chiffre, mais ce n'est pas 6,5 millions.
Une voix : ...
• (17 heures) •
M. Lafrenière : OK. C'est
1,4 million, mais ça ne veut pas dire que c'est... Je veux juste qu'on
soit clairs, parce que, des fois, on part avec un chiffre, puis ça... ça suit,
là, c'est un... 1,4 million à terme, c'est-à-dire une fois qu'on aura fait nos
devoirs. Puis, on prévoit peut-être une année, là, avant même de mettre ça en
place. Puis, c'est huit effectifs, puis c'est des sous, puis c'est des gens en passant,
je ne le nie pas, mais ce n'est pas 6,5. Je voulais juste vous le partager.
Mais je reviens à base. Une fois qu'on a
tout dit ça, puis la personne a fini de purger son temps, comme société, je
faisais l'image du filet, je n'ai plus vraiment grand-chose. Bien que ce soit
une mesure imparfaite, puis je suis ouvert si vous avez d'autres idées, c'est
un peu là-dessus qu'on s'est... on s'est basé, en disant... Puis, j'ai été
surpris de voir qu'il y avait tant de provinces, en passant, au Canada qui faisaient
la même chose, moi, je pensais que c'était vraiment un... un style américain.
Puis, le premier style qui avait été mis en place, c'était à New York puis
c'était très mauvais, très, très, très mauvais. Là, on va ailleurs. Ça fait que
j'aimerais vous entendre. Une fois, là... Puis, ce n'est pas de mettre la
pression sur les victimes, vraiment pas. Puis, vous savez, dans ce qu'on met en
place, on ne veut pas stigmatiser, on ne va pas mettre l'adresse. Il y en a qui
ont proposé l'adresse, jamais on ne va aller là. On ne veut pas des... des
vigiles, on ne veut pas que des gens courent après les suspects dans la rue. Ce
n'est pas ce qu'on veut. Mais honnêtement, comme vous êtes des spécialistes, je
me demande, une fois que ces gens-là ont purgé tout leur temps, puis on n'a
plus rien... Puis, même, tantôt vous parliez de... de... je vais reprendre
votre terme, par exemple, les traitements, traitement des suspects, mais, à
partir du moment qu'on a... des... des condamnés, pardon, pas suspects, mais
une fois que cette personne-là a purgé sa peine, est-ce qu'une personne qui
refuse ces traitements-là, on va avoir un haut de succès avec eux? C'est
beaucoup de questions dans la même, là, mais... Je me présente en vous
disant : On fait quoi?
Mme Leduc (Stéphanie) : Oui.
Bien, en... en fait, c'est sûr que, tu sais, puis il ne faut pas se cacher,
vous parliez, là, qu'au bout de la ligne, puis c'était aussi les chiffres qu'on
était arrivé, 100, 125 personnes, là, qui pourraient être référées au
comité, donc, annuellement. Puis, on ne le sait pas trop, là, tout dépendant
des critères, là, de ceux qui seraient gardés, que le comité référait, là, pour
la divulgation publique, mais c'est clair que c'est... pour... c'est que très
peu. C'est-à-dire que le 1,4 million dont vous parlez, pour
60 personnes, hypothétiquement, là, 60 personnes, ça... ça fait cher
de la personne. Avec 1,4 million avec... puis... ça fait cher de la
personne avec une mesure inefficace. Donc, oui, pour la... la population, on
peut avoir un sentiment de sécurité et on... mais ce n'est pas de la sécurité,
c'est un sentiment de sécurité, mais qui amène aussi des... un sentiment
d'insécurité. Le 1,4 million, c'est clair qu'on pourrait faire des choses
beaucoup plus intéressantes pour des... des cas où il y a une marge de... de...
pas de manœuvre, mais une... de marge de succès supplémentaire. Les personnes,
les 60 personnes dont on parle, là, ils ont fait tout leur temps, ils
n'ont pas été collaborants, ils n'ont pas fait de suivi, honnêtement, tu sais,
c'est... Je pense qu'on va... on pourrait réussir à en réchapper quelques-uns
pour qu'ils aillent en suivi, mais... mais... mais je pense que cet argent-là
pourrait être mieux investi pour des... des... de la clientèle qui est plus
motivée à obtenir des services, pour avoir de ces services-là. Moi, je pense
que pour 1,4 million pour 60 personnes, c'est beaucoup d'argent. Au
bout de la ligne... Puis, avec un taux déjà, et là on pourra... on pourra me
corriger, mais le taux de récidive d'un délinquant sexuel, même s'il est à haut
risque, il se situe...
17 h (version non révisée)
Mme Leduc (Stéphanie) : ...à
peu près à combien?
M. Couture (Mathieu) : Autour
de 30 %.
Mme Leduc (Stéphanie) : Ça
fait que ça veut dire que les niveaux de risque de récidive... ceux qui sont
situés à élevé, vont récidiver, là, à la hauteur de 30 %, sans traitement,
rien. Vas-y, Mathieu.
M. Couture (Mathieu) : Précision
importante, on parle de 30 % sur cinq ans, et là on est, évidemment, la
très... la plus haute catégorie, là, de risque de récidive.
M. Lafrenière : Mais, croyez-moi,
loin de moi d'essayer d'arriver dans une approche de chiffres, parce que les gens
qui vont nous écouter, leur réponse, elle va être très différente de ça, hein? Si
vous me dites : Ce n'est pas grave, c'est juste quelques personnes, je
sais que ce n'est pas ce que vous voulez dire, là, mais vous comprenez le
danger.
Mme Leduc (Stéphanie) : Absolument.
M. Lafrenière : Je ne veux pas
embarquer là-dessus, et, en passant, le 6,5, c'était sur cinq ans. Ça fait qu'on
ne fera pas de guerre de chiffres, là c'est 1,4 par année, peu importe.
C'est pour ça que je vous disais tantôt :
Ce n'est pas un ou l'autre. Je ne veux pas qu'on arrive avec un choix, en se
disant : Est-ce qu'on met ça à la fin ou on y va plutôt avec ceux qui
écoutent plus? Moi, ce que j'ai en tête, là, comme policier, pour l'avoir vécu,
c'est une personne que tu fais appeler par le correctionnel, qui dit :
Lui, il ressort sur la... là, il a dit carrément que, dès qu'il sort, ce qu'il
veut faire, c'est... puis je ne donnerai pas tous les détails devant tout le
monde, c'est de s'assurer d'en violeur une d'une façon qui est incroyable. Puis,
comme système, je suis obligé de dire : Bonne chance. C'est là-dessus, que
comme communauté, tu sais, comme société, on se dit : OK, est-ce qu'il y a
un filet?
Puis je vous le dis, quand on me l'a
présenté, la première fois, j'étais vraiment dans un malaise, et j'ai avancé
dans ma réflexion en regardant ce qui se faisait ailleurs, puis je pense que
dans tout, vous êtes les mieux placés. Ce n'est pas vrai qu'il y a une mesure
qui règle tout, sinon, on ne serait pas ici, ce serait fait. Vous auriez demandé
de budget, puis vous l'auriez eu, puis on n'en parlerait plus. Vous comprenez? Le
point 4, si vous me dites que vous sauvez les 600 personnes qui... ce n'est pas
vrai, là, ça va prendre plusieurs mesures. Celle-là, moi, dans ma vision des
choses, ce n'est pas une clientèle... Vous avez raison, c'est... J'étais pour
dire «produits de niche», ce sont quelques personnes, c'est vrai, mais, quand
les gens voulaient même rajouter, nous dire : ...violence conjugale, vers
d'autres crimes, il y a de l'appétit pour d'autres choses, vous comprenez mon
malaise en disant : Attention! Attention! Parce que, oui, on va
stigmatiser. Non, on ne sera plus capables de les réhabiliter puis il y a plein
d'effets pervers.
Alors, je ne vous demande pas de choisir
entre deux mesures puis je ne vous demande surtout pas de qualifier combien ça
coûte par personne. Je pense que c'est un débat où on ne gagnera pas. J'essaie
de voir, est-ce qu'il y a d'autres idées, puis je suis prêt à les entendre pour
faire en sorte que ces personnes-là, avec qui, l'État, on... absolument rien pour
ces personnes-là. Mais on se fait dire par du monde qui connaît ça parce qu'ils
travaillent au quotidien avec eux : Ce gars-là, quand il rembarque sur
l'asphalte, clairement, il va agresser quelqu'un, puis, à un moment donné, dire :
Écoute, ça coûtait un petit peu trop cher, puis c'était... je ne serai pas
capable de répondre ça, je ne serai pas à l'aise avec mes deux filles à la
maison, je ne serai pas capable de dire ça, mais j'imagine qu'on a d'autres
alternatives.
Mme Pouliot (Catherine) : Bien,
en fait, si... permettre, on n'est pas contre le registre, hein, parce que je
pense qu'en fait le registre est utile pour les policiers. Ça fait qu'effectivement
ces cas-là doivent être facilement ciblés par... puis ça va peut-être... ça va
peut-être aller aussi avec un investissement dans les équipes policières pour
la surveillance de ces individus-là, c'est évident. On n'est pas contre, parce
que la réalité, c'est qu'il y a certains individus qui sont... que la seule
chose qui va marcher, c'est de les contraindre, les encadrer, avec un
encadrement... évidemment, là, je ne parle pas d'un encadrement thérapeutique,
mais d'un encadrement probablement policier. Ça fait que c'est des mesures,
effectivement, qui peuvent être efficaces pour ces individus-là. C'est le côté
public, en fait, qui nous... qui nous interpelle.
Mme Boxéro (Luana) : ...j'aimerais
faire la distinction, comme vous disiez, les victimes... tu sais, la
divulgation des informations aux victimes versus à la population totale. La
population totale ne va pas forcément être victime, et le filet de sécurité...
Ce qu'on veut démontrer ici, c'est que, bien, il n'y a pas de filet de sécurité
avec ce... avec ce projet-là. Puis la divulgation aux victimes, c'est différent
de la divulgation à la population entière, c'est ça aussi qu'il faut peut-être
distinguer.
M. Lafrenière : ...totalement
raison, puis là c'est là qu'on revient à... entre violence conjugale et
violence sexuelle. Dans le cas qu'on parle présentement, je ne vois pas comment
prévenir des victimes potentielles, comme c'étaient des gens... puis on jase,
là, qui l'avaient commis en série, exemple, puis qui nous disent ce qu'ils
veulent matérialiser. Mais dans le cas que je disais tout à l'heure, où cette
personne-là dit qu'une fois sur l'asphalte il veut en recommettre un, comme
service policier, je mets des ressources 24 heures par jour pendant
quelques jours, jusqu'à la limite de ce que je peux faire, bien que ce ne soit
pas un système parfait.
Puis l'autre point qui nous a convaincus
aussi en regardant ce qui se faisait ailleurs, c'est que, quand on diffuse le
modus operandi, c'est-à-dire qu'on dit à la population comment la personne se...
un petit peu... Puis là je vais faire un parallèle douteux, là, puis on l'a
fait tantôt, mais, exemple, dans les cas de fraude où il y a l'éducation
populaire, en disant... pas nécessairement pour cette personne-là, mais voici
comment il s'y prenait, puis défaire le mythe que les gens sont enlevés de leurs
sous-sols puis agressés. Il y a toutes sortes de façons qu'ils sont pris puis
il y a des gens qui vont aller dans des résidences pour offrir des services de
rénovation, tout ce que vous voulez, pour en profiter pour entrer. Encore là,
je vous donne cet exemple-là. Bien que ce soit imparfait, est-ce que vous croyez
que ça peut avoir un impact sans transférer la responsabilité sur la victime? Depuis
tantôt, on se le dit.
Mme Pouliot (Catherine) : En
fait...
Mme Pouliot (Catherine) : ...oui,
je comprends l'information comme adulte, mais, quand on sait qu'il y a une
bonne partie des victimes qui sont mineures, ce n'est pas nécessairement de
l'information que ces mineurs-là vont avoir, donc je vois mal comment ils
peuvent se prémunir contre une personne en particulier. Je suis d'accord avec
le fait qu'on doit... on doit investir auprès des enfants pour effectivement
les amener à mieux connaître les agressions sexuelles de façon générale pour
qu'ils puissent s'en prémunir. Mais, quand on connaît le mode opératoire, qu'il
y a de la manipulation, du «grooming», que j'ai en anglais, mais, bref, tout ce
qui se met en place pour que ces gens-là arrivent à leurs fins... je pense que
ces gens-là, s'ils souhaitent récidiver, ils vont être capables d'y arriver
puis ils vont être capables de trouver des victimes vulnérables dont les
parents, peut-être, n'auront pas informé, et tout ça. Je ne pense pas que cette
information-là va être nécessairement relayée aux victimes potentielles.
M. Lafrenière : Vous faites
le lien entre victimes et victimes mineures ou enfants. Il y en a, c'est vrai.
Il y a les personnes vulnérables. On peut penser aux personnes aînées aussi. On
l'a vu dans certaines résidences où il y a des multirécidivistes qui ont agi
et, encore là, on se demande est-ce que de parler du modus operandi... Puis,
comme je vous dis, je suis... tous les arguments que vous amenez, non seulement
je les... je les entends, mais je les comprends. Je reviens avec l'autre
approche où on dit : On met plusieurs mesures en place. Puis, en passant,
depuis le début de nos travaux, on a toujours dit : Peu importe ce qu'on
présente, il n'y a pas une mesure qui règle tout, c'est faux, c'est faux. On le
sait très bien. La prévention donne un coup de main. Si ce n'est que ça, on
n'aurait pas de policiers. Ça fait que c'est sûr que ça prend plusieurs
mesures. Celle-là s'ajoute. Et je comprends très bien quand vous dites de
s'assurer d'avoir des ressources...
• (17 h 10) •
Le Président (M. Schneeberger) :
En terminant.
M. Lafrenière : ...mon lien
tranquillement. Dans un autre article qu'on n'a pas parlé ici, on parle de
s'assurer des... que les suspects de violence conjugale, donc les hommes
violents, aient accès à des ressources. On est d'accord avec la prévention. Ça
fait que je voulais juste vous rassurer. J'entends votre point. On n'est pas
juste d'une vision. Merci d'avoir été là aujourd'hui, merci.
Le Président (M. Schneeberger) : Nous
allons du côté de l'opposition officielle avec la députée de Westmount—Saint-Louis
pour 12 minutes 23.
Mme Maccarone : Merci, M. le
Président. Bonjour. Un plaisir de vous avoir avec nous aujourd'hui. Bienvenue
chez vous. Merci pour les mémoires et merci aussi pour vos témoignages.
Je veux reprendre un peu les discussions
que vous avez eues avec le ministre en parlant un peu de budget. Combien est-ce
que vous avez été coupés dernièrement de budget?
Mme Boxéro (Luana) : ...je
n'ai pas les chiffres...
Mme Maccarone : Ah! moi, je
l'ai, au cas où.
Mme Boxéro (Luana) : Comment?
Pardon?
Mme Maccarone : Moi, j'ai un
chiffre, au cas où, si vous ne l'avez pas.
Mme Boxéro (Luana) : Ah!
bien, allez-y, parce que les chiffres, ce n'est vraiment pas mon fort, là,
donc...
Mme Maccarone : OK. Ça a été
annoncé en décembre, la fin de financement des programmes spécialisés en
réinsertion sociale dans les établissements de détention et ce chiffre-là
s'élève à 1,4 million... 1,5 million de dollars. Puis c'est le
ministre qui avait annoncé qu'il ne financerait pas les programmes cette année,
puis au lieu d'être moitié-moitié entre les établissements du Québec, on va
venir à 100 % des fonds des établissements de détention, ça fait que le
fond des détenus.
Mme Boxéro (Luana) : ...à
notre coupure, oui, mais, exact, comme des coupures en maison de transition,
comme des coupures en...
Mme Maccarone : Oui, en effet,
mais c'est ça, c'est une d'une grande préoccupation, puis j'ai écouté avec une
grande attention les échanges que vous avez eus, puis ce n'est pas une question
de banaliser, parce que si avec le registre on peut sauver une vie, on sauve
une vie. Ça fait que c'est très important. Mais en vous écoutant, puis c'est
6,7 millions sur cinq ans, ça fait qu'on parle de 1,3 pour les trois
premières années, puis 1,4 sur les deux... les deux années subséquentes pour
corriger les chiffres que j'ai partagés hier aussi. Tout ça, qu'est-ce que vous
pouvez faire avec cet argent? Parce que là, on parle de mettre un registre en
place, puis on a entendu la criminologue, Angy Riendeau hier qui nous a dit que
ce registre, c'est comme un échec du système. Puis si, mettons, on vous redonnait
ce financement, 1,4; 1,4; 1,3; 1,3; ce serait pérenne pour cinq ans, qu'est-ce
que vous pouvez faire avec cet argent?
Mme Leduc (Stéphanie) : Bien,
oui, vas-y, puis je terminerai.
M. Couture (Mathieu) : ...puis
tu pourras y aller après. On a confectionné un rapport pour le compte du MLSS
en 2023 qui faisait un portrait très détaillé des services spécialisés au
Québec puis on voyait dans ce rapport-là que, bien, d'abord, le manque
d'employés par organisation tournait autour de deux en moyenne sur environ
18 organisations. Donc, on a... il y avait un manque à gagner significatif
puis on avait des délais d'attente aussi qui tournaient autour de 6 à
9 mois. Là, on parle de délais d'attente pour qu'un délinquant sexuel
puisse bénéficier d'un traitement. Ça, c'est des délais qui sont inacceptables,
mais le manque de ressources humaines et financières qui sont injectées
actuellement nous amène...
M. Couture (Mathieu) : ...nous
amène à ne pas pouvoir agir comme on pourrait agir au niveau de l'intervention.
Mme Leduc (Stéphanie) : ...pour
contextualiser tout ça, parce que des fois c'est des informations que, je
dirais, la population générale connaît moins, à peu près... je dirais, autour
de 75 % des délinquants sexuels au Québec vont avoir un... c'est-à-dire,
ils vont avoir un suivi en communauté. Donc, ce qu'il faut comprendre au
Québec, c'est que les suivis spécialisés en délinquance sexuelle ne sont pas
assurés par les centres de détention, que ce soit au fédéral ou au provincial.
Au Québec, on a... on a la prison de Percé qui a un programme qui voit, tu
sais, un nombre, tu sais, restreint de personnes volontaires qui veulent aller
dans un... dans ce programme spécialisé là. Sinon, c'est une fois qu'ils sont
en communauté qu'ils vont venir chercher les services, et, pour la plupart, ce
sont des organismes communautaires spécialisés. Il y a neuf organismes
communautaires spécialisés plus deux institutions où ils ont des programmes
spécialisés en délinquance sexuelle, donc à Pinel, à Montréal, et à l'Institut
universitaire en santé mentale à Québec. Donc, il y a 11 organisations au
Québec qui vont offrir des services spécialisés dans un cadre
psychothérapeutique. Il y a d'autres organisations qui vont en offrir et... on
va parler davantage de psychoéducation, si on veut. Je vous fais ça très
simplement.
Donc, ce qu'on peut se dire, c'est que
c'est le milieu communautaire qui soutient le suivi spécialisé en... en
délinquance sexuelle de tous les délinquants sexuels au Québec. Donc, quand
on... Mathieu parlait de ce rapport-là qu'on a émis au ministère de la Santé,
on... il y a un sous-financement flagrant pour tout assurer ces suivis-là, et
on a fait un calcul, puis, je vous dirais, c'est un calcul approximatif, moyen,
là, parce qu'on n'a pas un trajet... une trajectoire unique pour chaque
délinquant sexuel, mais, mettons, la trajectoire générale, ça coûte en
moyenne... le délinquant sexuel va coûter en moyenne autour de 8 250 $
pour son suivi, qui comprend deux étapes, une étape qu'on appelle un programme
de sensibilisation, donc, c'est une dizaine de rencontres à peu près, là. Donc,
ce programme-là peut être donné en milieu fermé, donc en détention, par nos
organisations communautaires qui ont... qui étaient avant des programmes qui
étaient achetés par le ministère de la Sécurité publique et maintenant c'est
transféré au fonds que j'appelle toujours le fonds des détenus, là, mais...
donc... et par la suite le suivi clinique qui dure presque une année avec le
délinquant sexuel, c'est les organismes communautaires en milieu ouvert qui
vont le donner, et donc c'est financé généralement par le Programme de soutien
aux organismes communautaires en mission globale, alors... Puis on... puis
on... tu sais, sans... On va le dire de cette façon-là, notre cause, notre
cause qui est d'aller travailler à la source du problème, donc l'auteur de
violence sexuelle, ne fait pas brailler grand monde, hein, donc la
diversification de nos revenus est plutôt difficile. Donc, nécessairement,
c'est l'État qui va financer la plupart des interventions qui vont être faites,
là, au Québec auprès des délinquants sexuels.
Alors, on fait beaucoup, beaucoup avec
peu. On est en manque de ressources, ça, c'est clair, donc... Ça fait que c'est
un peu le topo, là, je dirais, là, des services spécialisés en délinquance
sexuelle au Québec. Donc, des fois, les gens peuvent penser que tout se passe
en détention, et là ils n'ont rien suivant la détention, ça fait que... quand
ils sortent, mais il ne se passe rien en détention. Même au fédéral, ils ont un
programme qui est comme généralisé pour l'ensemble des délinquants et il y a
quatre rencontres supplémentaires pour les délinquants sexuels, donc... ça fait
que c'est... On ne parle pas d'un programme spécialisé, alors... ça fait qu'il
faut... Puis c'est ces programmes spécialisés là qui sont fondés sur les
données probantes qui sont efficaces. Donc, c'est là-dessus qu'il faudrait
miser. Ça fait que, quand on demande qu'est-ce qu'on pourrait faire avec
l'argent, bien, justement, c'est d'investir dans ces programmes-là, d'investir
dans les ressources humaines qui sont nécessaires pour les déployer. Donc, ça,
ça été prouvé, efficace. Donc, selon nous, c'est ce qu'il faut... c'est là où
il faut aller.
Mme Maccarone : Merci pour ce
plaidoyer, pour la démonstration que ce que vous faites, c'est vrai que ça, ça
va améliorer la sécurité de la population en comparaison avec ce que vous
dites. Puis je souhaite vous féliciter, M. Couture, pour l'article que vous
avez écrit dans Le Devoir, où vous partagez aussi vos préoccupations en ce qui
concerne le registre. Ça fait que ce n'est pas une première fois dont vous
dénoncez ce type de mesure.
M. Couture (Mathieu) : Non,
effectivement. Puis les arguments qui étaient nommés à cette époque étaient
essentiellement les mêmes.
Mme Maccarone : Voilà. OK, ça
fait qu'il n'y a pas grand-chose qui a changé. Moi, je souhaite vous entendre
en ce qui concerne la notion de public privé. Alors, vous venez d'avoir des
échanges en ce qui concerne...
Mme Maccarone : ...les
informations... Je ne sais pas si vous êtes au courant, mais il y a déjà un
registre fédéral qui existe. Alors, ce que vous évoquez en termes de partage
d'information, vous n'êtes pas les seuls. Je sais que vous êtes ici depuis
quelques jours, puis vous entendez, puis vous écoutez toutes les interventions
des groupes. Alors... Puis, encore une fois, je cite Mme Riendeau, hier,
qui nous a dit : Est-ce qu'on peut au moins évaluer qu'est-ce qui existe
pour voir si ça fonctionne et peut-être mettre l'emphase sur un registre pour
donner l'accès aux policiers? Parce que les policiers, 100 %, ils ont
besoin d'avoir accès à cette information. Mais vous me faites vraiment
réfléchir en ce qui concerne le registre public puis les informations avec les
effets collatéraux sur les familles que vous venez de mentionner. Ce n'est pas
juste les... ce n'est pas juste les détenus qui vont être sortis dont leurs
informations vont être publiques, mais c'est leur famille. Mais les enfants,
les enfants, de le soulever, ça me fait vraiment réfléchir, c'est une grande
inquiétude parce que'on met mon nom... ou pas mon nom, on va mettre le nom du
ministre, puis, voilà, c'est... lui, il a des jeunes enfants qui habitent à la
maison où la victime habite aussi, mais on ne pourra pas protéger les données
de ces enfants si c'est tout public. Ça fait que, là, ils sont encore
victimisés.
Ça me fait vraiment réfléchir. Je ne sais
pas s'il y a une solution pour ça, à part de dire que ça peut être privé, mais
c'est vrai qu'il faut quand même partager ces informations avec les victimes. Ça
fait que, est-ce qu'il y a une autre solution? Parce qu'on parle vraiment de
l'importance de partager les conditions de libération avec les victimes. Est-ce
qu'il y a une solution pour ça, peut-être par l'entremise de ce que vous
faites? Parce que, protéger les victimes, c'est primordial.
• (17 h 20) •
Mme Leduc (Stéphanie) : C'est
le... bien, je pense, c'est le cœur des interventions, là, donc c'est le cœur
de... tu sais, on travaille quotidiennement pour protéger les victimes. Quand
on parle de prévention, intervenir auprès d'un délinquant sexuel, c'est de
prévenir qu'il y ait une récidive, ça fait que c'est une forme de prévention. Ça
fait que, oui, c'est de l'intervention, mais c'est de la prévention. Alors,
c'est clair que la victime est toujours au cœur de nos préoccupations, puis, tu
sais, on va être, je dirais, en faveur, là, que les victimes aient accès aux
données données qui peuvent avoir un impact sur elles, mais les victimes, ce
n'est pas la population. La population, même si on les informe qu'il y a un
délinquant sexuel avec tel modus operandi qui s'installe près de chez eux, on
ne les équipe aucunement pour savoir quoi faire. Qu'est-ce que je fais? Je
barre mes portes? Je barricade? Je déménage? J'alerte mes enfants? C'est quoi,
les mesures qui sont applicables pour mieux se protéger des délinquants sexuels
à plus haut risque? Donc, pour l'instant, le projet de loi ne semblait pas
démontrer ou proposer des façons d'outiller la population pour se prémunir de
moyens pour se protéger.
Donc, c'est pour ça qu'on dit que ça donne
un sentiment d'insécurité. Donc, ça... c'est un faux sentiment de sécurité
parce que c'est inefficace, mais ça provoque d'un autre côté un sentiment d'insécurité
parce qu'on dit : Qu'est-ce que je fais? Puis, comme parent de jeunes
enfants ou de plus vieux, on se dit : Bien, qu'est-ce qu'on fait avec eux
autres? Ça fait que c'est inquiétant.
Mme Maccarone : ...avec
l'expertise que vous amenez ici aujourd'hui. Comment est-ce qu'on fait
l'évaluation de risque de récidive de quelqu'un? Ça se fait comment?
M. Couture (Mathieu) : Bien,
l'évaluation standard, on recourt à des outils d'évaluation du risque qui sont
reconnus. Sans rentrer dans les détails, là, il y a certains, des... standards
qu'on appelle, là, dans le domaine, et puis on évalue l'individu, on fait une
entrevue exhaustive de son cheminement, on regarde différents facteurs qui sont
associés à son risque de récidive puis on conclut à la catégorie de risques. On
est-tu dans un risque très faible, sous la moyenne, dans la moyenne, au-dessus
de la moyenne ou bien au-dessus de la moyenne?
Mme Maccarone : Ça, cette
information, est-ce que c'est partagé avec les policiers, l'analyse que vous
faites?
M. Couture (Mathieu) : Est-ce
que c'est partagé avec les policiers? Bien, c'est dans les dossiers, du moins.
Il n'y a probablement pas de mécanisme direct pour informer les policiers, mais
ça pourrait peut-être exister.
Mme Maccarone : Bien, il
semble que ce serait important de partager cette information. Quand on parle du
partage de l'information, bien, ce que vous venez d'évoquer comme analyse du
dossier de la personne concernée, ce serait peut-être un outil très utile.
Mme Leduc (Stéphanie) : ...en
début de processus pour éclairer le juge, à savoir : Est-ce qu'il présente
une problématique sexuelle? Si oui, laquelle puis c'est quoi, les
recommandations? Et certaines fois en détention, ça va être refait, cette
évaluation du risque là. Donc, ce n'est pas juste une fois qu'on l'a fait, elle
peut changer.
Mme Boxéro (Luana) : Puis
dans notre...
Le Président (M. Schneeberger) : Merci
beaucoup. Non, mais là, j'étire...
Le Président (M. Schneeberger) : ...déjà
40 secondes, là, à un moment, je... Il faut... il faut que j'arrête. On va
passer avec la députée de Sherbrooke pour 4 min 8 s
Mme Labrie : Merci. J'ai été
un peu surprise de vous entendre dire qu'il n'y avait pas grand-chose, en fait,
qui se faisait en prison pour la réhabilitation, parce que... Est ce qu'il y a
des raisons qui justifient ça? Par exemple, ce n'est pas le bon endroit pour
que ce soit efficace. J'aimerais comprendre, en fait, je m'attendrais à ce que
ce soit le bon moment pour soutenir une personne dans sa réhabilitation.
Mme Boxéro (Luana) : ...simplement,
il n'y... Ah, bien, je vous laisserai compléter, mais il n'y a pas les moyens,
comme vous disait Stéphanie, c'est vraiment les organismes communautaires qui
vont se déplacer puis qui vont proposer des programmes en détention dans la
majorité des cas, et on n'a pas les moyens, tu sais, c'était financé par le
ministère de la Sécurité publique, qui a délégué à... au fond, des détenus,
mais... Il n'y a pas assez de moyens, je pense, pour développer davantage de
programmes et mettre à profit, justement, ce temps qui est passé par le détenu
pour qu'il sorte avec des outils, pour qu'il sorte avec, justement, avec des
personnes en communauté qui vont pouvoir les aider, en fait. Et c'est par ce
cheminement-là qu'il pourrait avoir les bonnes ressources à sa sortie, tout de
suite, pour aller voir les bonnes personnes. Mais c'est une bonne question.
Mme Labrie : ...évidemment,
mis à profit, ce temps là, en ce moment, pour la réhabilitation, si on veut
réduire, là, les risques de récidive, c'est une piste d'action. Puis vous avez
mentionné, tout à l'heure, que si le registre était public, ça pouvait
augmenter les risques de récidive parce que ça peut créer de l'isolement puis
de la marginalisation. C'est comme le contraire de l'objectif visé, ça fait que
j'aimerais ça vous entendre un peu plus là-dessus.
M. Couture (Mathieu) : Si on
prend les outils de risques de récidive que je parlais tantôt, il y a beaucoup
de facteurs de risque qui touchent à la sphère sociale, les relations intimes,
l'isolement, le réseau social, l'emploi, capacité à avoir et maintenir un
emploi, quand on est un délinquant sexuel fiché dans un registre public, ça
devient extrêmement difficile. Donc, si on fait la cotation de l'ensemble de
ces facteurs-là, on risque de voir une détérioration dans les premières années
après la libération, donc assister à une augmentation insidieuse du risque de
récidive, alors qu'évidemment, ce qu'on veut, c'est... c'est une diminution du
risque. Donc, dans ce sens-là, non seulement les registres sont inefficaces et
ne diminuent pas le risque de récidive, mais effectivement, dans certains cas,
on peut penser qu'il va y avoir un effet paradoxal d'augmentation du risque.
Mme Labrie : Puis ça, vous le
déduisez des connaissances des facteurs de risque, ou c'est quelque chose qui a
aussi été démontré dans l'enquête dont vous nous parliez, là, de 500 000?
M. Couture (Mathieu) : Je
n'ai pas, au fait, des études qui ont... tu sais, spécifiquement quantifié cet
effet-là, mais quand on regarde facteur pas facteur, comment... l'impact que ça
va avoir sur les facteurs, on s'attend à ce qu'il y ait, effectivement, une
augmentation de la présence des facteurs de risque de récidive, donc une
augmentation du risque de récidive.
Mme Labrie : OK, donc on
viendrait peut-être accentuer un problème.
M. Couture (Mathieu) :
On
pourrait. Oui.
Mme Labrie : OK. Il me reste
une minute, mais c'est comme s'il y a tellement d'affaires dont je voudrais
discuter avec vous. Donc, moi, j'ai l'impression, en vous entendant, que si on
a de l'argent à investir pour diminuer les risques de récidive, il faut
l'investir pendant que les gens sont encore en prison, là, c'est le moment où
on peut encore intervenir, puis ils sont disponibles pour le faire, c'est ça?
M. Couture (Mathieu) : ...en
prison, puis dans les mécanismes, peut être, de référencement par la suite, et
dans les organismes communautaires spécialisés, essentiellement, qui vont...
qui vont offrir les services parce que les services doivent continuer, surtout
quand on parle de gens qui sont à risque élevé, là.
Mme Labrie : Donc, après la
sortie, aussi.
M. Couture (Mathieu) : Après
la sortie, absolument.
Mme Labrie : Mais c'est qu'on
ne peut pas les y obliger, après la sortie.
M. Couture (Mathieu) : Ça
peut être inscrit dans les conditions. Oui, vas-y.
Mme Pouliot (Catherine) : Je
m'en allais dire : L'obligation est importante parce qu'on parle quand
même d'une population qui est peu motivée, souvent, à travailler. Ça fait que
pour nous, c'est un outil essentiel, l'obligation, parce que ça expose ces
gens-là à venir en traitement puis à y voir, éventuellement, les bénéfices.
Donc, éventuellement, cette motivation-là peut devenir quelque chose d'un peu
plus intrinsèque que juste une obligation, mais ça fait partie, quand même, des
leviers... des leviers intéressants, j'ai envie de dire, là, pour faire un
traitement, là.
Mme Labrie : Puis, est-ce que
c'est quelque chose qui peut être fait quand la personne a atteint la fin de sa
peine, qu'elle est libérée? On peut quand même même imposer ce genre de
conditions là?
Mme Pouliot (Catherine) : Bien,
en fait, au provincial, les gens vont être assujettis à une probation dans
laquelle ils vont se voir imposer un suivi. Au fédéral, c'est différent, il n'y
a pas cette mesure là, sauf quelques exceptions, là, mais il n'y a pas cette
mesure là, obligatoire, puis au fédéral, il n'y a aucune référence qui se fait
non plus, dans les centres de traitements spécialisés. Donc, quand l'individu a
fini, à moins qu'il soit très, très, très motivé, mais là on est peut-être pas
dans ceux qui sont visés, à risque très élevé, qui ne font rien, là, mais ces
gens là, ils terminent, c'est complété, il n'y a rien.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci.
Merci beaucoup, c'est tout le temps...
Le Président (M. Schneeberger) : ...qu'on
n'avait. Alors, je vous remercie pour votre apport à la commission.
Et, avant de conclure, je procède aussi au
dépôt des mémoires des personnes et des organismes qui n'ont pas été entendus
aux... aux auditions publiques, pardon.
La commission ayant accompli son mandat,
ajourne ses travaux sine die. Alors, merci beaucoup. Bon retour à la maison. Et
puis on se revoit bientôt. Voilà.
(Fin de la séance à 17 h 29)