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(Dix heures quatorze minutes)
Le Président (M. Desbiens): À l'ordre! La
commission élue permanente des communautés culturelles et de
l'immigration entreprend l'étude des crédits 1982-1983 du
ministère.
Les membres de la commission sont: MM. Sirros (Laurier), Bissonnet
(Jeanne-Mance), Mme Lavoie-Roux (L'Acadie) remplace M. Ciaccia (Mont-Royal), M.
de Bellefeuille (Deux-Montagnes) remplace M. Dean (Prévost), MM. Fallu
(Groulx), Godin (Mercier), Laplante (Bourassa), Paquet (Rosemont), M. Leduc
(Fabre) remplace M. Paré (Shefford), MM. Payne (Vachon), Polak
(Sainte-Anne).
Les intervenants sont: MM. Garon (Verdun), Dauphin (Marquette),
Dupré (Saint-Hyacinthe), Gauthier (Roberval), Hains (Saint-Henri) et
Proulx (Saint-Jean).
Il serait dans l'ordre de nommer un rapporteur s'il vous plaît!
Est-ce qu'il y a une proposition pour un rapporteur?
M. Laplante: M. Payne, Vachon. Il n'est pas laid, il est
jeune.
Le Président (M. Desbiens): M. Payne est nommé
rapporteur.
Mme Lavoie-Roux: C'est un genre de commentaire un peu
déplacé.
Le Président (M. Desbiens): Je comprends que M. Payne
agira comme rapporteur de la commission. Je demanderais au ministre d'ouvrir le
bal.
Exposés préliminaires M. Gérald
Godin
M. Godin: M. le Président, chers collègues, la
commission des communautés culturelles et de l'immigration siège
aujourd'hui afin d'étudier et, j'espère, adopter les
crédits de mon ministère. Afin de faciliter le déroulement
de cette session de travail, nous avons préparé un cahier dont je
crois qu'on peut dire qu'il est non seulement fort complet, mais que vous
l'avez eu assez tôt pour non seulement le lire, mais l'apprendre par
coeur dans certains cas si nécessaire.
Aussi vous comprendrez que je n'ai pas l'intention dans les quelques
mots que je vais vous adresser en début de séance, de reprendre
point par point les éléments qui sont traités dans ce
cahier. Je me contenterai de brosser à grands traits une
rétrospective de l'année qui s'achève et de vous indiquer
quels seront les grands paramètres qui guideront notre action pour
l'année à venir.
Mais, avant de ce faire, vous me permettrez de vous présenter les
collaboratrices et collaborateurs du ministère qui m'accompagnent.
À ma droite immédiate, Mme Juliette Barcelo, sous-ministre; les
sous-ministres adjoints, MM. Roger Prud'homme et Régis Vigneau, M. Jean
Dorion, de mon cabinet, ainsi que M. Joseph Xenopoulos, Me Michel Jarry, du
contentieux du ministère, et M. Enrico Riggi, directeur des
communications, Mme Suzette Gill qui est secrétaire du Conseil
consultatif des communautés culturelles et de l'immigration, MM. Roy,
Lemay et Perron.
L'événement majeur qui aura marqué l'orientation et
la vie du ministère aura certes été, en 1981-1982, la
décision prise par le Conseil des ministres le 30 avril 1981 de
créer le ministère des Communautés culturelles et de
l'Immigration. Par cette décision, le gouvernement a voulu
élargir la vocation de mon ministère. Remarquez toutefois que ce
faisant, il ne faisait que sanctionner, jusque dans son nom, le rôle que
notre ministère devait progressivement jouer et assumer, au cours des
années, à l'endroit des diverses communautés culturelles
présentes au Québec. Peut-être serait-il d'ailleurs plus
juste de parler d'émergence plutôt que de création.
La fonction dite des communautés culturelles avait
été amorcée par le gouvernement qui nous avait
précédés et nous n'avons, en fait, dans la même
continuité, que poursuivi le travail déjà lancé par
d'autres avant nous, ce qui illustre bien, à cet égard, que nous
sommes simplement dans la continuité des gouvernements qui nous ont
précédés.
Il suffit de jeter un oeil attentif sur le passé récent
pour se rendre compte que cette émergence était en quelque sorte
inévitable dans la mesure où elle est le résultat de deux
volontés très fermes: la première, celle des
différentes communautés ethniques qui, depuis plusieurs
années, réclamaient d'avoir au sein de l'État
québécois un interlocuteur et un porte-parole; la
deuxième, celle du gouvernement du Québec d'être plus, et
mieux que quiconque, à l'écoute des communautés
culturelles.
Le ministère des Communautés culturelles et de
l'Immigration est désormais le lieu privilégié
d'élaboration des politiques visant ces communautés, ce qui
permet d'harmoniser la réponse gouvernementale aux attentes de
celles-ci. La loi no 6, sanctionnée le 18 juin 1981, confie, en effet,
à mon ministère la responsabilité de la planification, de
la coordination et de la mise en oeuvre des politiques gouvernementales
relatives à l'épanouissement des communautés culturelles
et à leur entière participation à la vie nationale. C'est
d'ailleurs à ce titre que la responsabilité du plan d'action du
gouvernement du Québec à l'intention de ces communautés de
même que la responsabilité du comité d'implantation de ce
plan d'action m'ont été confiées.
Je rappelle ici que le plan d'action, qui a été rendu
public au début de mars 1981, est constitué d'une série de
mesures qui ont précisément pour objectif de permettre aux
communautés culturelles de maintenir et de développer leur
identité culturelle propre tout en s'assurant une participation accrue
à la vie nationale du Québec. Il convient de préciser que
les responsabilités qui ont été confiées au
ministère à l'égard des communautés culturelles
n'en font pas l'unique intervenant gouvernemental auprès de celles-ci.
Au contraire, et comme en font foi l'esprit du plan d'action et les diverses
mesures qui y sont prévues, le gouvernement privilégie une
implication directe des divers ministères sectoriels selon leur propre
champ de juridiction. Chaque ministère est appelé par le plan
à poursuivre les efforts entrepris afin de s'assurer que les membres des
communautés culturelles connaissent et utilisent les services
gouvernementaux et, le cas échéant, afin d'adapter ces services
aux besoins spécifiques de ces communautés. Ceci a pour effet de
rendre l'ensemble de l'administration publique perméable à la
réalité des communautés culturelles, ce qui permet ainsi
d'éviter une ghettoïsation de ces communautés et de
favoriser la participation de ces dernières aux projets de
développement du Québec. Pour sa part, mon ministère
intervient directement auprès des communautés culturelles dans
les domaines qui lui sont confiés par sa loi constitutive: le maintien
et le développement des cultures d'origine et le rapprochement avec la
communauté francophone. Nous croyons, en effet, que ce sont les
communautés elles-mêmes qui sont les premières responsables
de leur développement et que l'action gouvernementale en cette
matière doit être une action d'appui. C'est pourquoi mon
ministère s'est employé, au cours des récents mois,
à mettre sur pied ou à consolider des programmes d'aide
financière qui permettent de soutenir les initiatives des organismes
communautaires issus des communautés culturelles. Je souligne au passage
qu'un récent travail d'identification de ces organismes nous aura permis
d'en dénombrer près de 1500. Il y a là un dynamisme et un
potentiel d'action que tentent modestement d'appuyer les programmes dont il
sera maintenant question.
Le programme d'aide financière du volet Communautés
culturelles. Je vais d'abord parler de deux programmes qui existent
déjà depuis quelques années. En premier lieu, le programme
des langues ethniques. Ce programme apporte un soutien aux organismes des
communautés culturelles qui mettent sur pied à l'intention des
enfants d'âge scolaire de leur communauté des cours de langue
d'origine. Conformément à ce qui est prévu au plan
d'action à l'intention des communautés culturelles, ce programme
sera amélioré au cours des prochains mois. Des fonctionnaires de
mon ministère ont entrepris des consultations auprès des
organismes partenaires - en fait, un soixantaine d'organismes - afin de
préciser quelle devrait être la nature de ces modifications.
Pour sa part, le programme d'aide aux médias ethniques, un
deuxième programme, appuie les initiatives des communautés
culturelles visant à refléter dans des organes de presse qui leur
sont propres tant les différentes facettes de leur vie au Québec
que leurs préoccupations à l'égard de leurs racines et de
leur pays d'origine. Alors qu'il était encore sous la
responsabilité de mon collègue des Communications, ce programme a
apporté en 1981-1982 un soutien à onze journaux, revues ou
médias des communautés culturelles.
Parallèlement à ces deux programmes qui existaient
déjà, j'ai annoncé récemment l'établissement
de cinq nouveaux programmes, qui viennent compléter la politique d'aide
financière de mon ministère à l'égard des
organismes des communautés culturelles. Deux de ces programmes ont connu
un début de mise en oeuvre dès 1981-1982 pour les derniers six
mois de l'année budgétaire.
Il s'agit d'abord du programme d'aide aux centres communautaires. Ce
programme vise à soutenir les efforts des communautés culturelles
qui souhaitent se doter d'un lieu physique, d'une maison, donc, où
pourront se vivre les démarches d'épanouissement de la culture
d'origine et de rapprochement avec la communauté francophone.
Déjà sept tels centres feront l'objet d'une aide au cours de
l'année fiscale 1981-1982 et 1982-1983.
Par ailleurs, le programme d'aide à des activités des
communautés culturelles veut soutenir diverses initiatives ponctuelles
d'organismes des communautés culturelles. Ces initiatives peuvent avoir
pour objectif de permettre à une communauté culturelle de
vivre sa culture d'origine et de partager celle-ci avec la
communauté francophone. Je pense ici, par exemple, à la
célébration de fêtes traditionnelles, à des
manifestations culturelles, comme la danse ou le théâtre, ou
à l'organisation d'événements spéciaux, comme des
expositions ou des semaines culturelles. Il peut également s'agir de
démarches d'information à l'intention des membres des
communautés culturelles traitant de divers aspects de la
société québécoise, qu'il s'agisse de la tenue de
colloques, de séances d'information ou de la publication d'un bottin des
ressources d'une communauté. Enfin, il peut s'agir également
d'initiatives axées sur le développement d'une solidarité
entre Québécois de diverses origines. Je pense, en particulier,
à des projets d'intervention commune dans des secteurs comme le milieu
du travail ou le milieu scolaire.
Enfin, trois autres programmes seront implantés en 1982-1983. Il
s'agit d'abord du programme d'accès à des locaux et services
communs, qui permettrait à mon ministère d'appuyer le
regroupement d'organismes souhaitant partager leur expérience tout en se
dotant en commun de locaux et de certains services d'appoint. Ce programme vise
surtout à venir en aide à des communautés qui sont trop
petites en nombre pour pouvoir récolter au sein de leurs membres des
montants suffisants pour se payer des centres communautaires comme, par
exemple, on le voit dans le cas des communautés plus importantes, la
communauté grecque, la communauté italienne et d'autres. Ensuite,
autre programme, le programme d'aide au fonctionnement nous permettra de
contribuer au fonctionnement de base de certains organismes jouissant d'une
implantation importante au sein de leur communauté et réalisant
régulièrement des activités de promotion et de
développement de la culture d'origine et de rapprochement avec la
communauté francophone.
Enfin, le programme d'aide à l'innovation servira à
appuyer des projets à caractère expérimental
émanant des communautés culturelles, ce qui permettra à
celles-ci de définir elles-mêmes les domaines dans lesquels elles
souhaitent intervenir, de même que les modalités de ces
interventions. Ce programme d'aide à l'innovation permettra donc au
ministère d'être beaucoup plus souple à l'égard des
demandes qui émanent des communautés que les autres programmes
déjà mentionnés ne nous le permettent, de manière
que nous ne soyons pas prisonniers des normes et des critères trop
stricts qui ne tiendraient pas compte de l'imagination des communautés
à s'inventer de nouvelles formes d'intervention.
Programmes d'aide financière du volet accueil-adaptation. Je
voudrais maintenant toucher les programmes et l'action de mon ministère
auprès des organismes de services à l'accueil et à
l'adaptation des immigrants. Nos interventions en regard de ces programmes ont
consisté à assurer une continuité dans les
activités déjà établies et à consolider les
acquis. De plus, compte tenu des nouveaux programmes à l'intention des
communautés culturelles, les programmes d'aide financière de ce
volet se démarquent clairement, puisque c'est à la
clientèle traditionnelle du ministère qu'ils s'adressent,
c'est-à-dire les immigrants.
Trois programmes d'aide financière se retrouvent dans ce volet:
Programme d'assistance à un programme de services, programme d'aide
à des projets reliés à l'accueil-établissement et
à l'adaptation et programme d'accessibilité à des services
sociaux. Je voudrais souligner ici certaines actions spécifiques que
nous avons engagées au cours de la dernière année.
L'année 1981 était, comme vous le savez, consacrée
aux handicapés. Le ministère s'est impliqué de
façon originale dans le cadre de cette année internationale des
handicapés en apportant son appui à la création de
l'Association multiethnique pour l'intégration des handicapés du
Québec. L'association veut aider, par une information adéquate et
des actions de sensibilisation, ceux qui, dans les communautés
culturelles, ont des handicaps d'ordre physique ou mental à surmonter.
Cet organisme a su, en peu de temps, s'affirmer et rejoindre les personnes
handicapées issues de diverses communautés.
Le dossier des femmes immigrées a également reçu
une attention particulière. La table de concertation sur la femme
immigrante a proposé au ministère la tenue d'un colloque. Cet
événement doit avoir lieu au cours de l'année 1.982. Nous
comptons que ce colloque permettra une discussion ouverte sur la situation de
la femme immigrée et que les conclusions contribueront à orienter
l'action gouvernementale à l'égard de cette clientèle.
Troisième point, l'opération spéciale d'accueil des
réfugiés polonais nous a amenés à nous associer
étroitement à un organisme de cette communauté et à
lui apporter un appui financier spécifique.
Si nous sommes devenus le ministère des Communautés
culturelles en 1981, nous n'avons pas pour autant oublié que nous sommes
aussi demeurés le ministère de l'Immigration. Cette facette de
notre action est bien connue de vous et je ne me perdrai pas en de longues
explications sur notre rôle quant à la sélection des
immigrants qui arrivent chaque année au Québec. Par contre, un
certain nombre d'éléments ne manqueront pas de retenir votre
attention.
Le Québec a accueilli, en 1981, 20 761 ressortissants
étrangers. Cela représente une baisse d'environ 8% par rapport
à l'année
1980. Par ailleurs, ce chiffre correspond à la moyenne des dix
dernières années d'arrivée de nouveaux venus au
Québec. À noter que cette baisse de 8% est proportionnellement
moins importante que celle qui a affecté les entrées pour le
reste du Canada. Dans un cas comme dans l'autre, cela s'explique
essentiellement par le ralentissement important du programme d'accueil des
réfugiés en provenance de l'Asie du Sud-Est. Ce programme n'est
pas complètement terminé et, comme les objectifs que nous nous
étions fixés ont été atteints, il ne s'agit plus
dorénavant que de procéder pour l'essentiel à des
réunifications de famille.
Malgré une baisse très importante du nombre de
réfugiés en provenance d'Indochine, le continent asiatique
détient, pour la troisième année de suite, le premier rang
des continents de dernière résidence des immigrants qui ont
choisi le Québec. En effet, l'Asie compte pour 34% des entrées
totales au Québec en 1981, soit 7093 personnes. Pour cette année,
les parts de l'Europe et de l'Amérique ont été de 30%
chacune. Rappelons pour mémoire que, pour la dernière
décennie, la part relative de l'Europe était de 37%, celle de
l'Amérique, 31%, et celle de l'Asie, 25%.
Il est évidemment beaucoup trop tôt pour conclure que l'on
assiste à un revirement définitif des sources d'immigration au
Québec, mais il me semble important de prendre conscience de ces
nouvelles tendances. Bien entendu, le Québec n'est pas le seul à
vivre ce phénomène. L'Europe a cessé d'être la
principale source d'immigrants. On retrouve diverses explications à ce
phénomène au premier rang desquelles il faut certainement citer
le niveau de vie atteint par les pays européens. D'autre part, l'Europe
reçoit elle-même moins de travailleurs immigrants qu'autrefois et
ce fait illustre bien la compénétration des économies
occidentales. Les importants taux de chômage qui frappent actuellement si
durement le Québec, on les constate également ailleurs en
Amérique du Nord et aussi dans les différents pays de l'Europe de
l'Ouest. En réaction à une période économique
difficile, la totalité des pays occidentaux, à l'exception des
États-Unis et de l'Australie, ont vu diminuer considérablement le
nombre d'immigrants arrivant chez eux. (10 h 30)
Si on regarde d'un peu plus près les statistiques concernant les
entrées d'immigrants au Québec en 1981, on se rend compte que,
après avoir occupé durant les deux dernières années
le premier rang des pays de dernière résidence des immigrants
admis au Québec, le Viêt-nam est passé au second rang pour
l'année 1981 et Haïti se retrouve à la première
place. Il faut savoir que plus de la moitié, en fait, 56% des
Haïtiens admis en 1981, l'ont été en vertu d'un
programme spécial. Il s'agissait de légaliser le statut des
Haïtiens qui étaient déjà au Québec. Ils ont
donc été comptabilisés pour fins de statistiques en 1981,
mais ils étaient entrés au Québec en 1980 ou auparavant.
Les autres pays de dernière résidence ont été, en
1981, par ordre d'importance, la France, le Royaume-Uni, les États-Unis
et le Cambodge.
En ce qui concerne la connaissance du français et de l'anglais,
on peut noter que 30% des nouveaux venus connaissaient le français
seulement, 19% connaissaient l'anglais seulement, 10% connaissaient les deux
langues et 40% ne connaissaient ni le français, ni l'anglais.
Comparativement à l'année précédente, il y a donc
une amélioration importante en 1981 par rapport à 1980 en ce qui
concerne la connaissance du français. Cela s'explique du fait que
Haïti se trouve au premier rang des pays de dernière
résidence. La comparaison de la connaissance des langues officielles
fédérales avec la catégorie d'immigrants indique une nette
concentration d'immigrants de certaines catégories dans les groupes
linguistiques. En effet, les trois cinquièmes des immigrants connaissant
le français seulement appartiennent à la catégorie des
indépendants et 53% des immigrants bilingues font également
partie de la même catégorie des indépendants. Par ailleurs,
64% des immigrants de la catégorie des parents aidés et 83% de
ceux appartenant à la catégorie des réfugiés
n'avaient aucune connaissance du français ou de l'anglais au moment de
leur arrivée au Québec.
Ayant réclamé et obtenu du gouvernement
fédéral des pouvoirs plus étendus en matière
d'immigration, le Québec devra évidemment, dans l'avenir, jouer
un rôle plus grand quant à la détermination des niveaux
d'immigration qu'il juge souhaitables. Ce n'est pas une mince question que de
savoir combien d'immigrants le Québec doit accepter chaque année.
Nul ici ne se permettra de mettre en doute la très grande richesse que
constitue pour la société québécoise dans son
entier la venue parmi nous de milliers de personnes originaires de tous les
continents, appartenant à toutes les races. Tous, vous admettrez avec
moi que cet enrichissement ne se mesure pas uniquement à l'aune des
retombées économiques. Notre société, notre culture
ne seraient pas ce qu'elles sont n'eussent été de ces apports
considérables.
Par ailleurs, le taux de chômage auquel nous avons à faire
face nous oblige à la prudence, à une remise en cause et à
une réflexion qui dépassent les limites et les cadres de mon seul
ministère. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle le gouvernement a
cru bon de confier à un comité sous la responsabilité du
ministre d'État au
Développement social le soin de préparer une politique de
la population et, corollairement, une politique de l'immigration. Vous ne serez
pas surpris d'apprendre que notre ministère participe d'une façon
fort active aux travaux de ce comité. Nous devons collectivement faire
le point sur cette question et je souhaite que les travaux de ce comité
puissent guider la société québécoise dans les
choix qu'elle aura à faire.
Pouvons-nous compter sur l'immigration pour contrecarrer notre faible
taux de natalité? Encore cette année, les naissances ont
été supérieures aux décès. Nous avons donc
eu un accroissement naturel net positif d'environ 52 000 personnes. Il ne faut
pas perdre de vue que cela est dû au nombre relativement important de
femmes actuellement en âge de procréer car le taux de
natalité tel qu'il est actuellement n'est pas suffisant pour assurer la
relève des générations.
Nous l'oublions souvent, mais le Québec n'est pas uniquement une
terre d'accueil des immigrants; c'est aussi, et cela depuis près de 130
ans, une terre d'émigration. L'année 1981 n'aura pas
échappé à ce phénomène centenaire. Les
statistiques dont nous disposons nous indiquent que le Québec a
enregistré un solde migratoire interprovincial négatif en 1981.
En effet, alors que 28 000 personnes venaient vivre au Québec en
provenance des autres provinces, 39 000 Québécois nous quittaient
principalement pour l'Alberta ou la Colombie britannique. Notons au passage que
notre solde migratoire interprovincial ne cesse de s'améliorer depuis
quatre ans. Depuis 1977, nous avons réduit notre déficit de
moitié. Quant aux migrations internationales, il semble bien qu'il soit
entré le même nombre de personnes qu'il en est sorti vers d'autres
pays, soit environ 21 000.
Je ne voudrais pas alourdir inutilement ces quelques notes en les
truffant de statistiques sur l'immigration en 1981. Le cahier que vous avez
sous les yeux en abonde et saura, je crois, répondre à toutes les
questions que vous vous posez sur l'immigration en 1981.
Il ne viendrait à l'idée de personne de nier
l'incomparable richesse, à tous points de vue, social, culturel et
économique, que nous ont apportée les centaines de milliers de
personnes qui ont choisi de quitter leur pays natal pour venir s'installer chez
nous. Le Québec ne serait pas ce qu'il est aujourd'hui sans l'apport
inestimable de ces milliers d'immigrants qui sont venus enrichir notre
patrimoine commun. Le Québec, terre d'accueil et terre d'asile, est le
produit d'un vouloir vivre commun qui habite des gens de toutes origines. Il
n'est donc pas question de tarir ces sources qui nous ont permis de devenir ce
que nous sommes aujourd'hui.
Par ailleurs, la réalité d'aujourd'hui nous force à
nous poser une question, au moment où le Québec vit très
durement la stagnation de l'économie occidentale et au moment où
les taux de chômage sont ce qu'ils sont: Est-ce que le Québec doit
continuer à recevoir autant d'immigrants? Cette question, il faut avoir
le courage de se la poser, même si les réponses ne nous
apparaissent pas évidentes. D'ailleurs, nous ne sommes pas les seuls
à nous la poser. Certains pays, en fait, la très grande
majorité des pays occidentaux, ont déjà formulé une
réponse et mettent en oeuvre une politique qui vise à diminuer le
nombre d'immigrants qu'ils reçoivent chaque année. C'est pour
évaluer notre propre situation le plus adéquatement possible que
le gouvernement a mis en place, sous la responsabilité du ministre
d'État au Développement social, un comité chargé de
faire une étude sur les questions de population et d'immigration dont
j'ai parlé plus haut. Je ne voudrais, en aucun cas, préjuger de
ce que sera la politique gouvernementale à la suite de l'étude
des rapports préparés par ce comité, mais je peux
déjà vous indiquer quelles sont les orientations que j'entends
donner à mon ministère pour l'année en cours.
Nous n'avons jamais compris que notre mandat était de faire venir
au Québec le plus grand nombre d'immigrants possible chaque
année. Le premier critère qui doit nous guider doit être le
bien-être des Québécois et également le
bien-être des nouveaux venus. Il nous faut donc faire attention à
ce que les immigrants que nous sélectionnons ne viennent pas grossir le
rang des Québécois chômeurs en quête d'emplois.
À cette fin, nous viserons à ne sélectionner, dans la
catégorie des indépendants, que des personnes oeuvrant dans des
domaines où il y a pénurie de main-d'oeuvre
compétente.
Évidemment, nous continuerons à recevoir au Québec
des candidates et des candidats dont les compétences et les
qualités professionnelles ne peuvent être qu'un acquis pour le
Québec. Nous porterons également - c'est là une
priorité de mon ministère - une attention tout à fait
particulière, pour cette année et les années suivantes, je
le présume, à cette sous-catégorie des
indépendants, les entrepreneurs investisseurs.
En 1981-1982, les immigrants appartenant à cette catégorie
ont investi au Québec 60 000 000 $, ce qui a permis de créer 650
emplois. Ces résultats constituent une amélioration
appréciable par rapport à l'année
précédente, notamment en ce qui concerne la création
d'emplois. Nous allons prendre toutes les mesures. Des discussions ont eu lieu
avec le gouvernement fédéral à cet effet afin que les
dossiers des candidats entrepreneurs investisseurs qui répondent
à nos critères soient étudiés dans des
délais beaucoup plus courts au Québec.
Présentement, 300 000 000 $, c'est le montant dont les candidats
à l'immigration au Québec ont fait part à nos dix bureaux
dans le monde. Nous suivons de très près ces dossiers et nous
verrons à ce que, si les délais peuvent être
réduits, cela soit fait. S'il appartient au Québec de les
réduire, nous le ferons. S'il appartient au fédéral de le
faire, nous prendrons des mesures pour que cela soit fait.
En vous tenant ces propos, je n'ai voulu être ni pessimiste ni
optimiste. La réalité, en ce domaine comme en bien d'autres, est
notre meilleure conseillère. Je crois qu'en attendant une reprise de la
situation économique du Québec, il nous faudra être prudent
quant à la détermination du nombre d'immigrants que nous voulons
accueillir chaque année. Bien entendu, il n'est pas question de diminuer
le nombre des personnes qui pourraient souhaiter venir au Québec
rejoindre leur famille, comme il n'est pas question, d'ailleurs, d'abandonner
nos responsabilités internationales en matière d'accueil de
réfugiés et de personnes en détresse. Il s'agit
plutôt d'adapter notre générosité à nos
moyens.
Par ailleurs, nous continuerons de recruter la main-d'oeuvre
compétente qui nous manque, particulièrement dans les domaines
où leur absence créerait de véritables goulots
d'étranglement et serait néfaste au développement de la
main-d'oeuvre québécoise. Nous porterons également nos
efforts particulièrement du côté des entrepreneurs
investisseurs, tant nous croyons que la venue de ces personnes, dont la
réussite financière est le témoignage de leur esprit
d'entreprise, ne pourra qu'être bénéfique à
l'ensemble de la population. Merci.
Le Président (M. Desbiens): M. le député de
Laurier, vos commentaires préliminaires.
M. Christos Sirros
M. Sirros: Merci, M. le Président. J'aimerais commencer en
saluant de nouveau le ministre, car on a eu l'occasion, ces jours derniers, de
se voir de plus en plus. J'aimerais dire, M. le Président, que les
occasions qu'on a de discuter de la question de l'immigration et des
communautés culturelles, même si parfois elles peuvent être
difficiles, en quelque sorte, pour l'un ou l'autre, ça ne peut que faire
avancer un peu la cause de l'intégration des membres des
communautés culturelles à la vie québécoise et
canadienne.
Comme nouveau porte-parole de l'Opposition en matière
d'immigration et des communautés culturelles, j'aimerais aussi dire que
j'apprécie, d'abord, la documentation qu'on a reçue. Elle est
encore très bien préparée cette année. Je voudrais
faire juste une petite suggestion pour l'année prochaine. S'il y avait
une petite table des matières au début, ça aiderait
à se retrouver dans ça.
Ayant dit ceci et comme, finalement, notre rôle, comme Opposition,
est de faire ressortir les carences et les faiblesses du gouvernement, je crois
que personne ne m'en voudra si je me penche, sans trop de préambule, sur
le dossier qui me concerne. Étant donné le temps qui nous est
alloué, je me limiterai à quelques remarques d'ordre
général pour qu'on puisse disposer d'un peu plus de temps pour
questionner le ministre sur les activités de son ministère, ainsi
que sur les crédits demandés. Merci. C'est rapide.
M. Godin: C'était la table des matières, M. le
Président, pour les fins du journal des Débats.
Mme Lavoie-Roux: On n'a jamais eu un service aussi rapide du
gouvernement.
M. Sirros: Jamais.
M. Godin: On innove dans tout, nous autres.
M. Sirros: C'est peut-être un exemple de ce que je veux
dire aussi. J'éprouve, M. le Président, des sentiments divers
quand je songe aux activités du ministère des Communautés
culturelles et de l'Immigration D'une part, on a l'impression que des gestes se
posent en faveur de l'avancement de cette cause de l'intégration
à laquelle je faisais allusion tout à l'heure. D'autre part, avec
le temps - et ça fait maintenant près d'un an que le
ministère de l'Immigration a été rebaptisé pour
devenir le ministère des Communautés culturelles et de
l'Immigration - on a commencé à se poser de sérieuses
questions quant à la sincérité du gouvernement à
faire avancer cette cause de façon réelle, ainsi que sur le
respect que montre le gouvernement face à ce que vivent
réellement les membres des communautés culturelles. Je dis bien
du gouvernement et j'ajouterais peut-être du parti ministériel et
non du ministre comme tel parce que ce qui importe, au fond, ce n'est pas ce
que le ministre dit, mais bien ce que son gouvernement fait.
Le ministre peut bien être une personne bien aimable qui
apprécie son travail, qui l'aime, une personne qui démontre une
ouverture personnelle - et je n'ai pas de raison de voir autrement le ministre
actuel -mais il reste que ces choses ont peu de valeur réelle lorsque
vient le temps de faire la part des choses. On se rend compte qu'il s'agit,
comme pourraient dire les Anglais, peut-être, "a good apple in a bad
bunch". Mais même si on envoie le ministre chez les
Grecs pour leur apprendre les danses carrées et qu'il en revient,
lui, en dansant le sirtaki et même plus, des fois, en parlant le grec,
ça ne change absolument rien à la réalité que
connaissent les immigrants et les communautés culturelles.
J'aimerais ici me référer au changement de nom - que le
ministre a lui même tout à l'heure décrit comme
l'événement majeur, finalement, dans ce dossier - qu'a subi le
ministère de l'Immigration l'an passé, pour illustrer ce que je
veux dire de façon un peu plus précise. En ajoutant de
façon explicite l'élément Communautés culturelles
au nom du ministère de l'Immigration et en le mettant avant
l'élément Immigration dans l'appellation du ministère,
finalement le gouvernement a voulu donner plus de visibilité à
cet élément qu'il n'en avait auparavant.
Comme le ministre le disait tout à l'heure aussi, le
ministère de l'Immigration faisait auparavant, finalement, beaucoup
d'actions qui ressemblait à ce que le ministère fait
actuellement, donc, agissait déjà sur l'élément des
communautés culturelles. L'année passée, on l'a reconnu de
façon plus explicite et le ministère a commencé à
s'organiser en conséquence. On a même vu des changements dans
l'organigramme qu'on pourrait peut-être regarder tout à l'heure.
Le ministère a commencé à prendre les apparences, je dis
bien, d'un ministère d'État qui aurait son mot à dire sur
une multitude de sujets touchant ces communautés: l'éducation,
les services sociaux, les communications, la fonction publique, etc. En plus,
le ministère augmentait sa visibilité dans plusieurs des
communautés culturelles en multipliant ce que j'appelle les
mini-subventions pour créer ainsi l'impression que tout ce qui touchait
les communautés culturelles pouvait être traité par le
nouveau ministère des Communautés culturelles et de
l'Immigration. Cette impression est à la fois fausse et rend,
finalement, un mauvais service aux communautés culturelles. Elle est
fausse parce que le ministère n'est pas un ministère
d'État et qu'il n'a aucun droit de regard sur ce que font les autres
ministères, finalement. Il s'agit d'un ministère sectoriel qui
est, il faut le dire, impuissant devant les priorités des autres
ministères.
Comme je le disais tout à l'heure, ce n'est qu'avec le temps
qu'on peut voir les fissures qui commencent à apparaître dans
cette belle vitrine qu'a décorée le gouvernement l'an
passé. J'irai même plus loin en disant que peut-être on
devrait songer à saisir l'Office de la protection du consommateur du cas
du ministère des Communautés culturelles et de l'Immigration. Je
dis ceci parce qu'il me semble qu'il pourrait s'agir d'un cas de fausse
publicité en quelque sorte. On a créé des attentes dont on
était en mesure, dès le début, de savoir qu'on serait,
incapable de les livrer. Si on vend un produit qu'on ne peut fournir parce
qu'il n'existe tout simplement pas, n'est-ce pas là une entrave
sérieuse à la notion de sincérité que tout citoyen
est en droit d'attendre de son gouvernement? N'est-ce pas là un certain
parallèle avec ce qu'on pourrait appeler les vendeurs de rêves?
(10 h 45)
Permettez-moi de citer au moins quelques exemples de ce que je veux
dire. Mais avant de le faire, j'aimerais dire que je sympathise beaucoup avec
le ministre actuel dans ce qui doit quand même être une situation
difficile pour lui. Construire des châteaux dans le sable, finalement,
est un exercice qui donne une satisfaction très
éphémère. Une fois les vagues arrivées, les
châteaux disparaissent. Dans un an, on a effectivement vu quelques
châteaux disparaître. On a vu, par exemple, des classes d'accueil,
de prématernelle disparaître sous les vagues de ce que le
président du Conseil du trésor appelle des compressions aveugles.
Le ministre des Communautés culturelles n'a pu rien faire parce qu'il
n'était pas en mesure de protéger ce programme fort bien
accueilli d'abord par les communautés culturelles et fortement
significatif et efficace pour l'intégration à la vie francophone
tellement souhaitée par tous.
C'est un programme qui donnait vraiment l'occasion aux enfants, en
provenance des communautés culturelles, de s'intégrer de
façon réelle, quotidienne, à la vie
québécoise francophone, ce qui leur permettait aussi de
s'intégrer au système scolaire francophone. Il faut
reconnaître qu'un grand nombre arrivent à l'école en ne
parlant pas le français. Ils avaient besoin d'une attention
particulière pour pouvoir faire face aux exigences de leur vie scolaire
d'égal à égal, si vous voulez. Voilà une mesure qui
est disparue. Cela correspondait à un besoin réel, cela
contribuait drôlement à l'avancement de l'intégration
réelle et c'est disparu du jour au lendemain sans que le ministre des
Communautés culturelles puisse faire quoi que ce soit.
Pour revenir à quelque chose de plus récent, le
ministère des Affaires sociales, dans ses directives aux
établissements du réseau concernant les coupures, indique, par
exemple, cette année que le seul service parapublic destiné
spécifiquement aux immigrants, le SAVI, le Service d'aide aux voyageurs
immigrants, doit subir une "compression", entre guillemets, allant
jusqu'à 50% bien au-delà des compressions dans les autres service
du CSSMM. Encore une fois, le ministère des Communautés
culturelles et de l'Immigration restera muet non pas parce qu'il souhaite, lui
aussi, voir la disparition de ce service - je suis convaincu qu'il
apprécie
le travail que le service fait - mais parce qu'il ne peut rien
faire.
Le ministre était bien fier aussi de l'émission
Planète, à Radio-Québec. Il citait comme exemple des
gestes posés par ce gouvernement pour rapprocher les différents
éléments de la population québécoise. Je me demande
s'il est aussi fier de la décision du ministère des
Communications d'abolir ou de retirer des ondes l'émission
Planète. Je suis certain qu'il ne l'est pas, mais lié par la
solidarité ministérielle et dépourvu d'un droit de regard,
que peut-il vraiment faire?
En terminant, parce que je veux, comme je le disais tout à
l'heure, être bref pour nous donner le temps de regarder des
crédits spécifiques, je veux dire que les membres des
communautés culturelles vivent avec tous les concitoyens du
Québec des moments difficiles à l'heure actuelle sur le plan
économique et sur le plan social. On connaît les
difficultés que nous vivons. Une grande part de la responsabilité
de ces problèmes est directement imputable aux actions gouvernementales,
mais les vrais problèmes que vivent ces gens, finalement, ne sont
guère touchés, encore moins réglés, par les
interventions que peut faire le ministère de l'Immigration. Le
gouvernement a été incapable de résoudre les
problèmes que connaissent les Québécois et a même
contribué à empirer la situation dans plusieurs domaines. La
situation n'est pas différente pour les immigrants et les membres des
communautés culturelles. Les vrais problèmes restent
intraités.
Cela me fait un peu penser aux malades d'un hôpital à qui
on apporte des fleurs. C'est un geste très humanitaire, mais cela ne
guérit pas le malade ni la maladie. Quand celui qui devrait traiter la
maladie est incapable de le faire et qu'à la place il apporte des
fleurs, le geste perd toute sa signification à la longue. C'est ce qui
est en train d'arriver, je le crains, à ce gouvernement et aux fleurs
qu'il présente aux communautés culturelles; on les
apprécie, je suis certain que les gens disent "merci", mais à la
longue, les gens veulent avoir des solutions à des problèmes qui
sont réels et très vivement ressentis par tout le monde, y
compris les membres des communautés culturelles. C'est ce que j'avais
à dire. Merci.
Le Président (M. Desbiens): M. le ministre.
M. Gérald Godin
M. Godin: Oui, quelques commentaires. D'abord, j'ai oublié
de mentionner, au début, à quel point je me réjouis de
voir que le député de Laurier est devenu le porte-parole de son
parti en matière d'immigration et de communautés culturelles.
D'autre part, quant aux remarques qu'il a faites touchant d'autres
ministères que le mien, il a tout le loisir, en tant qu'intervenant, de
poser ses questions au ministre responsable. Je dirai là-dessus que les
coupures totales ont été de 1 000 000 000 $ l'an dernier et qu'il
n'était pas question pour le gouvernement de préserver quelque
sanctuaire que ce soit dans les coupures. Je pense que le fait que tout le
monde soit frappé est une preuve de l'égalité entre chacun
des citoyens du Québec.
M. Sirros: Sauf que, parfois, nous ne sommes pas tous
frappés de la même manière, comme l'exemple que je citais
sur...
M. Godin: Je vous répète, sur ces questions, que le
meilleur moyen est encore de poser la question au ministre responsable.
Mme Lavoie-Roux: Vous avez des responsabilités à
l'intérieur du cabinet, M. le ministre.
M. Godin: II s'agit ici, Mme la députée de
L'Acadie, d'étudier les crédits du ministère des
Communautés culturelles et de l'Immigration. Il ne s'agit pas pour
moi...
Mme Lavoie-Roux: ... aussi.
M. Godin: ... de défendre les crédits que le MLCP
il consacre aux communautés culturelles, que l'Éducation consacre
aux communautés culturelles. Je voudrais mentionner, par exemple, les
nombreuses écoles des communautés culturelles. Pour les
écoles juives, budget de 10 000 000 $, augmenté chaque
année depuis que nous sommes au pouvoir, passent de 3 000 000 $ à
10 000 000 $; dans le domaine des écoles grecques également, la
commission scolaire Socrate existe depuis fort longtemps, depuis 1909, et elle
continue. Dans chacun des ministères, aux Affaires sociales, aux
Communications aussi, il existe des programmes qui illustrent bien ce que je
disais dans mes remarques préliminaires, soit que l'ensemble des
ministères qui touchent la culture, les affaires sociales ou
l'éducation est sensibilisé, à la réalité
des communautés culturelles. Il ne s'agissait pas pour le gouvernement,
non plus, de faire échapper quelque service que ce soit aux
compressions. À cet égard, vous m'avez dit que vous poserez les
questions à chacun des ministres; vous le ferez, mais je peux vous dire
que les budgets dont j'ai parlé, en général, ont
été augmentés pour dépasser l'inflation. Je pense,
entre autres, aux programmes que j'ai mentionnés, les écoles
grecques de la commission scolaire Socrate, ainsi que les écoles juives,
et, bientôt, des écoles arméniennes, des écoles
arabes s'ajouteront à celles qui existent déjà. Donc,
même s'il y a
des coupures faites dans d'autres ministères, comme il y en a
chez nous aussi, il reste que l'intention du gouvernement est claire et nette.
La diversité culturelle sera respectée par chacun des
ministères concernés.
Le Président (M. Desbiens): M. le député de
Laurier.
Discussion générale
M. Sirros: M. le Président, j'aimerais revenir un peu
à cela, parce que finalement ce qu'on dit de notre côté,
c'est qu'en changeant simplement le nom du ministère et en le laissant
comme ministère sectoriel - ce qui d'ailleurs va à l'encontre
même des voeux du parti que représente le ministre -le ministre
crée une situation où finalement il n'est pas capable de faire
face comme ministère aux attentes et aux problèmes vécus
par les membres des communautés culturelles parce que, effectivement,
son ministère doit se limiter à intervenir dans des choses qui ne
touchent pas les vrais problèmes, les inconvénients causés
par des décisions prises ailleurs, comme les problèmes que
reconnaissent les gens en ce qui concerne la dispensation des services sociaux,
les garderies où il y a des demandes auxquelles le gouvernement ne peut
pas faire face. Pas seulement parce qu'il n'a pas l'argent pour le faire - on
le reconnaît, après six ans, c'est clair qu'il y a un manque
d'argent important - mais aussi parce que, finalement, les autres
ministères ont d'autres priorités, et les besoins, les
priorités, ou la sensibilisation qui peut exister pour les dossiers
touchant les membres des communautés culturelles viennent
nécessairement - pas parce que les gens sont méchants - bien en
arrière de toutes les autres choses.
Le ministère de l'Immigration et des Communautés
culturelles, comme je le disais, peut bien se promener chez les
communautés culturelles, dans les endroits où se rassemblent ces
gens et dire tout ce qu'il peut faire dans son propre ministère. Il
reste qu'une fois qu'il quitte, les gens font face aux mêmes
problèmes. Les gens ne voient rien qui soit amélioré. Ils
se sentent peut-être bien de recevoir la visite du ministre et un petit
cadeau ici et là, mais les problèmes restent. On ne pourra pas
voir la solution ou l'amorce de la solution de ce problème aussi
longtemps que le ministère demeurera un ministère sectoriel, que
le gouvernement ne prendra pas une décision qui démontrerait
clairement sa volonté de ne pas "ghettoïser", finalement, les
communautés culturelles en donnant d'autres responsabilités au
ministère des Communautés culturelles et de l'Immigration, lui
permettant d'avoir un certain droit de regard sur les actions entreprises par
d'autres ministères, que ce soient le ministère des
Communications, des Affaires sociales, de l'Éducation ou autre.
Le Président (M. Desbiens): M. le ministre.
M. Godin: D'abord, deux choses quant au SAVI. Mon
ministère, conformément à ce que vous émettez comme
voeu, a pris contact avec le CSSMM pour, justement, obtenir une révision
à la hausse des coupures et il semblerait que les coupures seront
ramenées à 10% seulement, ce qui veut dire deux permanents de
moins au SAVI. Par conséquent, quand vous affirmez qu'il s'agit de
"window dressing" - ce n'est pas le mot que vous avez utilisé, mais
c'est ce que ça voulait dire - je pense qu'il y a mille exemples
d'interventions de mon ministère ou de moi-même auprès du
ministère des Communications, du ministère du Loisir, de la
Chasse et de la Pêche, du ministère des Affaires sociales, du
ministère de l'Éducation pour que, précisément, les
programmes répondent mieux aux attentes et aux besoins des gens.
Quand vous dites, M. le député de Laurier, que le ministre
se promène et distribue des cadeaux un peu partout, des bonbons, je
pense que vous montrez beaucoup de mépris non seulement à
l'égard du gouvernement, mais à l'égard des
communautés elles-mêmes puisque ces demandes sont formulées
par elles, les programmes que nous avons mis en application répondent
à des demandes formulées par les communautés; ils ont
été tricotés une maille venant du gouvernement et une
maille venant des communautés. Quand vous dites que ce sont des cadeaux,
vous montrez du mépris pour les besoins des communautés. Je ne
pense pas que vous oseriez dire ça en face des communautés
elles-mêmes en ma présence car vous auriez, sur place, la
réaction des communautés qui ne traitent pas ça de cadeaux
ni de bonbons, mais qui disent: Voilà que le gouvernement montre qu'il
veut que nous gardions notre langue et notre culture. Si vous voulez faire la
commission sur ce terrain, je le regretterai beaucoup, personnellement.
Le Président (M. Desbiens): M. le député de
Laurier.
M. Sirros: Je pense qu'on aura l'occasion de se rencontrer dans
certains milieux, on pourrait échanger devant d'autres gens et on verra
ce qu'on verra à ce moment-là. Quand je dis qu'il s'agit de
cadeaux, je veux dire qu'il s'agit effectivement de programmes mis sur pied
pour répondre à certaines activités qui peuvent être
organisées dans les communautés culturelles. Je reviens
simplement en disant que personne ne va
refuser une subvention. Parlons très franchement, personne ne va
dire qu'on ne veut pas quelque chose qui existe si on peut l'avoir, c'est
clair. Ce que je dis simplement, c'est ceci: Si, effectivement, le gouvernement
voulait agir davantage pour avancer la cause de l'intégration des
immigrants et des communautés culturelles, il donnerait, d'une part,
plus de pouvoirs au ministère des Communautés culturelles et de
l'Immigration en changeant un peu ses responsabilités, en créant
un ministère d'État comme, d'ailleurs, je le souligne à
nouveau, le dit votre programme, ce que vous ne mettez pas en application.
Deuxièmement, vous ne prenez pas, par exemple - on peut revenir
plus tard à d'autres éléments - des décisions qui,
finalement... Comme je l'ai dit tout à l'heure, le ministère
lui-même, concernant les COFI, par exemple, diminue
l'accessibilité et même la qualité de l'enseignement du
français aux nouveaux venus au Québec. Finalement, si on ne
règle pas le problème dès le début, on sera
toujours pris avec des problèmes qu'on connaît à l'heure
actuelle -ou qu'on a connus - dix ans, quinze ans plus tard.
Le Président (M. Desbiens): M. le ministre.
M. Godin: Est-ce que vous me posez une question sur les COFI ou
si vous lancez cela par-dessus la jambe.
M. Sirros: Je demande ça comme ça parce qu'on peut
revenir sur les COFI un peu plus tard.
M. Godin: Si vous voulez parler des COFI, je peux vous en parler
parce que je suis ferré là-dessus comme sur le reste.
Mme Lavoie-Roux: ...
M. Godin: Mme la députée de L'Acadie, sur les COFI,
disons les choses telles qu'elles sont, la liste d'attente des étudiants
dans les COFI est, en moyenne, de 14 personnes par mois. Il est arrivé
un mois ou deux, à la fin de l'année financière, où
la liste d'attente a augmenté à 150. N'importe quel
administrateur public - vous avez été dans un CLSC, vous le savez
- base ses dépenses, son budget de l'année sur la moyenne de
l'année et non pas sur le sommet de l'année, non pas sur le mois,
disons, où il y a le plus grand nombre de gens qui attendent. (11
heures)
Le ministère serait stupide de se dire, en début
d'année, qu'il est possible que nous ayons une pointe de 150 personnes
en attente un mois et, par conséquent, nous allons planifier notre
année sur 150. Nous aurions des profs payés à ne rien
faire. Nous aurions des occasionnels payés à ne rien faire et
vous seriez les premiers, dans l'Opposition, à reprocher au gouvernement
de dépenser dans des choses inutiles.
Par conséquent, comme nous sommes sous l'oeil critique de
l'Opposition et des citoyens qui paient des taxes, nous basons nos
activités moyennes, nous basons notre budget sur l'activité
moyenne de l'année telle qu'évaluée. D'ailleurs,
l'évaluation a été juste puisque la liste d'attente
était de quatorze. C'est la première chose que je veux vous dire
sur la question des COFI.
Si, en cours d'année, nous nous rendons compte que le nombre de
personnes en attente pour s'inscrire aux cours... Je répète que
personne ne s'est vu refuser l'entrée aux COFI, contrairement à
ce qui a été écrit dans les journaux et à ce que
vous pensez peut-être, à la suite d'une lecture superficielle de
ces mêmes journaux. Personne n'a été refusé. Le
résultat concret, c'est que le délai a été un peu
plus long que normalement à cause de cette courbe subitement
augmentée en fin d'année fiscale, premièrement.
Deuxièmement, revenons à ce que vous avez repris, les
cadeaux. Je trouve presque indécent... Si vous regardez la liste des
subventions que nous avons accordées... Quand nous donnons, par exemple,
une subvention à la maison d'Haïti qui rend des services
énormes aux Haïtiens de Montréal, si c'est un cadeau que de
permettre à une communauté d'avoir une adresse où elle se
présente et où elle peut obtenir des services, je pense que vous
avez une notion du cadeau qui ne correspond nullement à la
définition qu'en donneraient les Haïtiens eux-mêmes. C'est la
même chose pour l'Association des travailleurs grecs qui est
située sur Park Avenue et que vous connaissez très bien. Mais
vous, vous en parlez. Vous dites que ce sont des cadeaux. Je vous dis que c'est
une aide gouvernementale qui correspond aux demandes récoltées
dans la communauté et qui correspond à des besoins réels
de chacune des communautés. Vous pouvez bien traiter cela de bouquet de
fleurs, mais sept centres communautaires qui verront le jour à
Montréal au cours de l'année 1982-1983, si vous appelez cela des
bouquets de fleurs, ce seront des fleurs de béton et qui vont durer plus
longtemps que vous, M. le député de Laurier.
M. Sirros: M. le Président.
Le Président (M. Desbiens): M. le député de
Sainte-Anne avait demandé la parole.
M. Sirros: Je veux juste...
Le Président (M. Desbiens): M. le député de
Laurier.
M. Sirros: Quand je faisais référence aux cadeaux,
je faisais surtout référence aux 150 000 $ qui ont
été distribués en des montants variant entre 200 $, 1000 $
et 2000 $ pour l'organisation d'événements spécifiques
qui, finalement, sont des activités valables en quelque sorte. Je ne
mets pas en doute l'apport que peuvent apporter ces événements
quant au rapprochement des communautés, l'apprentissage ou
l'échange culturel qu'il peut y avoir à travers ces
choses-là. Je dis simplement - je le répète -que, quand on
regarde cela de façon globale par rapport aux actions du gouvernement
dans d'autres domaines également, il faut bien se poser la question,
à savoir si, vraiment, cela solutionne les problèmes des
immigrants et des communautés culturelles. C'est ce que je fais.
Le Président (M. Desbiens): M. le ministre.
M. Godin: Alors, parlons des 150 000 $, M. le Président.
Effectivement, il y a un programme chez nous qui est doté de 150 000 $
pour permettre des célébrations. Prenons le cas de la fête
de Christophe Colomb organisée par la communauté italienne. La
communauté italienne estime qu'elle doit célébrer cette
personne comme les Québécois fêtent saint Jean-Baptiste ou
les Grecs fêtent Kolokotronis et autres personnages historiques. Elle
demande des subventions de 400 $ et nous lui donnons 400 $. Les Irlandais
demandent 7000 $ pour célébrer la Saint-Patrice et nous leur
donnons 7000 $ pour célébrer la Saint-Patrice. C'est compris dans
les 150 000 $ dont vous parlez. Par conséquent, vous priveriez...
M. Sirros: M. le ministre.
M. Godin: M. le député de Laurier, laissez-moi
terminer, nous sommes ici pour trois heures. Vous priveriez ces
communautés de la joie de se réunir sous prétexte qu'on ne
donne pas de cadeaux. Mais que sont les cadeaux pour vous? Est-ce que c'est le
montant...
M. Sirros: M. le ministre.
M. Godin: ... qui détermine que c'est un cadeau? Si c'est
200 $, c'est un cadeau. Si c'est 200 000 $, ce n'est pas un cadeau. Je vous dis
que cela correspond à des besoins exprimés, peut-être des
besoins de fêter, de célébrer, et pourquoi pas?
M. Sirros: Je répète que je...
M. Godin: À cette même fête de la
Saint-Patrice, le député de Sainte-Anne était
présent, le ministère était très heureux de
contribuer, je dirais, à un pauvre montant de 7000 $ à cette
fête qui a attiré 200 000 personnes. C'est peut-être un
cadeau, mais je dis que ce n'est pas la totalité du budget du
ministère puisque le budget du ministère est de 24 000 000 $ et
que vous parlez de 150 000 $. Donc, je me rends compte qu'au fur et à
mesure que nous avançons dans l'étude de cette question, vous
réduisez considérablement vos propos. Maintenant, vous parlez
d'un modeste 150 000 $ qui sont peut-être des cadeaux. Mais ce sont des
cadeaux pour fêter, pour célébrer les racines de chacun des
groupes.
M. Sirros: Je n'ai jamais dit que c'était mauvais de faire
des cadeaux.
M. Godin: Alors je n'ai aucune honte à distribuer cet
argent-là.
M. Sirros: En plus, j'ai dit que personne ne refusera ça.
J'ai pourtant dit aussi, au tout début, qu'il s'agit finalement de ce
que je peux appeler "a good apple in a bad bunch". Vous faites bien votre
travail, je vous félicite.
Une voix: Pas trop.
M. Sirros: Pas trop? On me dit qu'il ne faut pas trop vous
féliciter. Globalement, quand on regarde aussi, de façon plus
étendue, les actions gouvernementales en général, je
maintiens finalement que les vrais problèmes ne sont pas touchés
et ça demeure, en quelque sorte, du "window dressing".
M. Godin: Je récuse ce que vous dites, mais on peut se
récuser mutuellement pendant des heures, donc, on est peut-être
mieux de passer à un autre chapitre.
Le Président (M. Desbiens): C'est ça. M. le
député de Sainte-Anne.
M. Polak: Merci, M. le Président. Je ne voudrais pas faire
le débat sur la subvention, mais je voulais juste rectifier quelque
chose dans l'esprit du ministre. Je pense qu'il a mal compris ce que le
député de Laurier vient de dire quand il a choisi le mot
"cadeau", parce qu'il s'agit vraiment d'une subvention.
Quant à nous, on est entièrement en faveur de ce
système-là. D'ailleurs, je dois vous dire que, pour la
première fois, j'ai constaté que la petite communauté
hollandaise, dont je suis originaire, a reçu 1000 $ pour un festival
d'art que je connais bien. Je pense que ce système de subvention est
merveilleux et je crois...
Une voix: C'est la bisbille dans l'Opposition. C'est
excellent.
M. Polak: Non, je ne contredis aucunement le député
de Laurier, mais j'ai l'impression que le ministre est très habile et
qu'il va distribuer plus tard ce qui a été mentionné. Je
voudrais qu'on dise: Mais regardez donc deux ou trois pages plus loin parce que
là, on va rectifier la situation. C'est juste une question que je
voulais rectifier.
Dans une matière tout à fait différente, M. le
ministre, j'ai étudié la brique qu'on a devant nous et j'ai
toujours peur, quand je vois ça, de la lourdeur de l'appareil
gouvernemental. Je me pose la question à savoir si, avec toutes ces
positions, ces gros salaires qu'on paie à la population, il y a une
manière de mesurer -je sais que c'est très difficile à
votre ministère - la productivité de l'effectif. Est-ce qu'il y a
un système d'évaluation? Par exemple, on a des
représentants dans différents pays, d'une manière assez
continuelle. Est-ce qu'on prend la peine de dire: Est-ce que ça vaut la
peine d'avoir deux ou trois personnes à telle et telle place?
Peut-être qu'il vaudrait mieux couper un poste et le mettre ailleurs.
Est-ce qu'il existe un tel système d'évaluation?
Deuxièmement, j'ai l'impression que très souvent le
ministère a un programme où il y a un manque de
coopération avec d'autres organismes. Je vais donner comme exemple le
problème des Haïtiens. Je me rappelle que quand j'étais au
conseil scolaire de l'Ile de Montréal comme membre de l'exécutif,
on a pris ce dossier des Haïtiens en main, au point de vue scolaire, parce
qu'il y avait d'énormes problèmes. Il y a un effort de fait, au
CSIM, pour étudier ça. Est-ce que le ministère dit: Nous
sommes au courant de cet effort fait par un autre organisme tout à fait
différent et on ne double pas l'effort? Est-ce qu'il y a un
système de coordination pour qu'on essaie de trouver quel autre
programme existe dans d'autres communautés? On peut avoir dans la
communauté grecque, par exemple, des gens qui font, de manière
totalement volontaire, une certaine analyse des problèmes, que le
ministère fait en même temps. Donc, est-ce qu'il existe au
ministère quelqu'un qui essaie de déterminer ce qui se fait
ailleurs, et est-ce qu'on peut avoir de la coordination pour ne pas avoir un
redoublement d'efforts?
Ma troisième question touche l'effectif. Je suis à la page
de l'effectif. Il est écrit, au nombre de postes: Excluant les 16 postes
au cabinet du ministre. Je demande ce que font ces 16 personnes. Est-ce
qu'elles travaillent sur le plan politique ou pour orienter complètement
les services envers les communautés culturelles? Je ne veux pas savoir
pour les 16 personnes, je veux juste savoir, grosso modo, s'il y en a 10 qui
travaillent sur le plan politique et peut-être partisan, ou est-ce que
ces personnes sont là pour rendre service aux communautés
culturelles? Ce sont mes trois questions.
Le Président (M. Desbiens): M. le ministre.
M. Godin: D'abord, je dois dire, sur votre première
question, qu'il y a 150 000 candidats à l'immigration au Québec
dans nos bureaux dans le monde. Il y a 150 000 dossiers actifs, par
conséquent, que nos agents étudient, analysent et acheminent,
pour la partie qui relève du fédéral, à nos
partenaires fédéraux.
Maintenant, juste un exemple. Vous me parlez de la performance et de la
productivité. Il y a 20 agents québécois de l'immigration
à l'étranger et il y a 250 agents fédéraux pour le
même territoire, le monde. Nous devrions avoir, au total, 16% des agents
fédéraux et nous n'en avons que 8% en chiffres; donc, nous avons
la moitié moins d'agents que le fédéral pour une
performance - je l'ai mentionné tout à l'heure - fort respectable
quant au nombre de personnes que nous accueillons chaque année.
Par ailleurs, cette performance ou cette productivité fait
l'objet d'une révision chaque année. C'est ainsi, par exemple,
qu'au-delà de nos postes permanents, qui sont Lisbonne, Paris, Rome,
Bruxelles, Hong Kong, Haïti, Mexico, nous avons des postes temporaires qui
répondent à des besoins temporaires. Par exemple, à
Bangkok, pour s'occuper des réfugiés laotiens, cambodgiens et
vietnamiens dans les camps de Thaïlande, nous avons eu un bureau
temporaire qui a été doté, à une certaine
période, de plus d'agents; cette année, à cause de la
baisse, comme je l'ai mentionné dans mes remarques, nous allons fermer
un poste à Bangkok pour répondre à la diminution des
demandes ou des candidatures.
Donc, je ne dis pas que c'est parfait, mais ce que je peux vous dire,
preuves à l'appui, c'est que nous suivons le nombre de dossiers dans
chacun des bureaux. Par exemple, nous constatons - notre bureau de Rome dessert
Tel-Aviv en Israël - que depuis quelques années, le nombre de
candidats israéliens à l'immigration vers le Québec est
passé de 200 à 600. Donc, quand nous aurons atteint un seuil de
rentabilité qui justifierait l'investissement des frais d'un bureau
à Tel-Aviv, il est possible, si la demande se maintient et continue
à augmenter, que nous déplacions de Rome à Tel-Aviv sur
une base permanente un agent d'immigration. Donc, avec un budget limité,
au fond, 20 000 000 $ ou 24 000 000 $ par année, nous jouons du piano et
nous envoyons nos agents là où il y a des demandes.
C'est tellement vrai que nous avons, à partir de certains
bureaux, des agents qui rayonnent dans plusieurs pays du monde. De
Rome, nous rayonnons vers Beyrouth, au Liban, nous rayonnons vers
Tel-Aviv, nous rayonnons vers la Grèce. Cela coûte moins cher
d'avoir un bureau et de payer des billets d'avion et une chambre d'hôtel
une semaine ou quelques jours dans une ville. Les candidats s'adressent
à l'ambassade canadienne et nous nous servons de l'ambassade canadienne
comme d'une boîte aux lettres pour nos candidats à l'immigration
parce que nous estimons que ça coûte moins cher. C'est le
système que nous appliquons chez nous et, pour l'instant, nous en sommes
fort satisfaits.
D'autre part, vous parliez de coordination entre divers
ministères ou organismes. Je peux vous dire qu'il y a une coordination,
je dirais, sur une base permanente avec le ministère de
l'Éducation du Québec. Par exemple, une demande est parvenue au
ministère de l'Éducation du Québec pour que les
hellénophones de Laval puissent avoir une école grecque
séparée ou indépendante de la commission scolaire locale.
Nous sommes dans le dossier aussi et nous avons des échanges
réguliers avec le ministère là-dessus.
Il y a aussi la question de l'équivalence des diplômes.
Pour un candidat qui vient de la Hollande et qui serait avocat ou notaire,
l'équivalence du diplôme est faite conjointement par le
ministère de l'Éducation et par le ministère de
l'Immigration. Donc, cela existe entre ministères et il y a d'autres
ministères que je ne nommerai pas. Avec les organismes non
gouvernementaux, il y a, à Montréal, une table de concertation
des organismes gouvernementaux et bénévoles qui s'occupent de
l'aide aux immigrants et nous, nous sommes partie à cette table. (11 h
15)
Des exemples précis de ce que nous avons fait: J'ai visité
l'école Émile-Nelligan; la direction de l'école m'a
appris, pour la première année depuis que l'école existe,
que 30% des étudiants étaient des
Néo-Québécois ou des descendants des communautés
culturelles et qu'il y avait certains problèmes entre les groupes. Le
lendemain, nous avons envoyé une équipe du ministère
rencontrer la direction de l'école, mettre au point avec la direction de
l'école un programme d'échange entre les étudiants de
manière que l'intégration, qui est un phénomène
nouveau à la CECM, comme vous le savez, se fasse sans douleur et sans
tension. Donc, avec une école - je ne nomme pas tout le ministère
-par la CECM, nous avons mis au point un programme. Avec le service de police
et la direction municipale d'une ville de la région de Montréal,
nous avons également mis au point un programme de manière
à faire diminuer les tensions qui existaient entre deux
communautés culturelles. Nous avons donc fourni une animation, une
connaissance du milieu, une expertise à cette communauté,
à la direction de la police locale et à la direction de la
municipalité locale. Nous tentons, à chaque fois qu'un
problème se présente, d'intervenir et de mettre au service...
c'est sans budget supplémentaire, c'est à partir des services que
nous avons sur une base permanente au ministère.
Nous avons en plus, avec notre partenaire fédéral dans le
dossier, car nous sommes un des ministères au Québec qui a un
mandat à partager avec le fédéral, des échanges
avec la Commission d'emploi et d'immigration du Canada qui est l'autre source
d'appui et de soutien financier qui existe à la portée des
communautés culturelles et de leurs organismes pour justement
répondre aux besoins qui existent et donner des services dans la langue
des gens, des citoyens de ces communautés culturelles. Avec le
Secrétariat d'État aussi qui est un autre partenaire en plus
d'Immigration et Main-d'Oeuvre du Canada, nous avons des échanges et
nous avons même une coordination dans la distribution de nos subventions.
Nous faisons des analyses conjointes de chaque groupe, en certains cas; je
parle des groupes importants qui ont des subventions importantes et qui rendent
des services importants. Nous nous coordonnons avec nos partenaires
fédéraux pour que les groupes ne jouent pas un gouvernement
contre l'autre, mais qu'au fond, nous rendions ensemble les meilleurs services
possible aux citoyens visés, qui sont les objets des services en
question.
Je ne sais si cela répond à toutes vos questions. Non, les
16 postes du cabinet. Les postes du cabinet sont tous voués aux
questions de communautés culturelles. M. Joseph Xenopoulos s'occupe en
particulier, à temps plein, de la communauté grecque de
Montréal, pour tout ce qui touche les questions d'immigration, pour tout
ce qui touche les questions relatives aux programmes des communautés
culturelles. M. Fernando Sibilla s'occupe de ce que nous appelons les cas
spéciaux, c'est-à-dire les cas de détresse à
Montréal, les cas qui nous viennent des députés. Vous
savez aussi bien que moi que, des deux côtés de la Chambre,
presque tous les députés ont dans leur comté des familles
néo-canadiennes ou néoquébécoises qui veulent faire
venir au Québec des parents, des enfants, des cousins ou des membres de
la famille, M. Sibilla s'occupe de ces cas. M. Dorion s'occupe des contacts
avec la presse ethnique qui, comme vous le savez, est presque aussi
considérable que la presse française et anglaise à
Montréal.
Je pourrais vous décrire en détail tout ce que les gens de
mon cabinet font, mais leur mandat, leur tâche est de garder le contact,
d'être des antennes dans chacune des communautés, d'informer le
ministre sur
ce qui se passe dans chacune des communautés. Au-delà de
ces fonctions, chacun d'entre eux a sous sa responsabilité quatre ou
cinq groupes culturels, quatre ou cinq communautés culturelles, quatre
ou cinq groupes ethniques. M. Sibilla, par conséquent, en plus des cas
spéciaux, va s'occuper également de la communauté
indienne, des Indes, et de la communauté haïtienne. Chaque membre
du cabinet a sous son chapeau, si vous voulez, sous son parapluie, quatre ou
cinq communautés, et il participe, quand je ne peux pas y aller, aux
réunions, aux assemblées. Il répond aux invitations et il
informe le ministère et le ministre de ce qui se passe dans chacune des
communautés au fur et à mesure que la situation se
développe.
M. Sirros: Je voudrais poser une question...
Le Président (M. Desbiens): Oui, trois autres intervenants
ont demandé la parole. Est-ce que c'est sur un point précis?
M. Sirros: Oui, c'est sur le même point, concernant quelque
chose qu'on vient de soulever.
Le Président (M. Desbiens): D'accord.
M. Sirros: Le ministre, en décrivant des personnes de son
cabinet, a nommé uniquement une personne qui s'occupe à temps
plein d'une communauté en particulier, la communauté grecque.
Est-ce que c'est parce que la communauté grecque a des problèmes
plus graves que d'autres? Comment se fait-il qu'il y ait une personne à
temps plein uniquement pour la communauté grecque comme telle?
M. Godin: Je vais vous le dire bien franchement, c'est parce
que...
M. Sirros: ... pas avec...
M. Godin: Je vais vous dire quelle est la perspective de cette
situation.
M. Sirros: Vous permettez un instant? M. Godin: Oui,
certainement.
M. Sirros: Si je pose la question, c'est qu'il me semble qu'il
doit y avoir beaucoup d'autres groupes, à l'heure actuelle, des nouveaux
arrivés, des réfugiés, etc., qui vivent probablement des
problèmes plus aigus, plus graves qu'une communauté qui est ici
depuis une vingtaine d'années et qui, plus ou moins, commence à
se stabiliser.
M. Godin: II y a une continuité, une perspective globale,
si vous voulez. Il y avait, à mon cabinet, M. Mimmo Forte, qui
était chargé presque à temps plein de la communauté
italienne et qui a maintenant quitté le cabinet parce que nous avons
suffisamment de données, de contacts, de renseignements dans le cours
normal du fonctionnement du cabinet pour nous passer de ses services. M.
Xénopoulos avait été engagé au même titre que
les autres pour s'occuper de plusieurs dossiers, mais, comme si la
communauté grecque avait été un peu
négligée, oubliée par les gouvernements
précédents, on s'est rendu compte à l'épreuve, M.
le député de Laurier, que la communauté grecque avait plus
de besoins que nous ne l'avions imaginé. C'est ainsi que, pour
répondre au "case-load", tout simplement, comme on dit dans un CLSC, M.
Xénopoulos s'occupe à peu près à 70% de cas qui
viennent de la communauté grecque, que ce soit pour des HLM, que ce soit
pour des problèmes d'accidents du travail, que ce soit pour des
problèmes d'hospitalisation, et il leur parle dans leur langue. Si
jamais le "case-load" diminuait, M. Xénopoulos se verrait confier
d'autres tâches qui compléteront les 30% qu'il consacre
déjà à d'autres aspects de son travail.
Nous cherchons présentement une personne de langue portugaise
pour permettre au ministère de connaître mieux la
communauté portugaise, qui a également été
négligée par les gouvernements précédents, et au
sujet de laquelle nous n'avons pas suffisamment, au ministère, de
renseignements et de données. C'est un peu selon le même
modèle que Bangkok, dont je vous parlais tout à l'heure. Nous
avons plus de gens à Bangkok parce que le "case-load" augmente et nous
avons également, au sein du ministère, des gens dont les
fonctions se modifient suivant les besoins, suivant l'importance des demandes
qui nous parviennent.
Mme Lavoie-Roux: Sur la même ligne, est-ce que le ministre
peut nous dire s'il y a d'autres communautés à qui une personne
est assignée d'une façon particulière?
M. Godin: D'accord.
Mme Lavoie-Roux: Est-ce qu'il y a d'autres communautés que
la communauté grecque?
M. Godin: Pour l'instant, non.
Mme Lavoie-Roux: C'est fort intéressant, mais je peux vous
dire que la communauté haïtienne a au moins et beaucoup plus de
problèmes que la communauté grecque. Il y a un
intérêt particulier de la part du ministre pour la
communauté grecque.
M. Godin: Mme la députée de L'Acadie...
Mme Lavoie-Roux: Quand même!
M. Godin: Je voudrais d'abord m'étonner que vous vous
étonniez que je m'occupe des citoyens de l'île de Montréal,
qu'ils soient grecs ou autres.
Mme Lavoie-Roux: Particulièrement les Grecs.
M. Godin: Si vous comparez les subventions versées aux
organisations haïtiennes d'accueil aux immigrants, vous constaterez...
Mme Lavoie-Roux: Je ne veux pas engager un débat, M. le
ministre.
M. Godin: Écoutez...
Mme Lavoie-Roux: Je vous ai demandé s'il y avait quelqu'un
pour la communauté haïtienne, vous m'avez dit non. C'est la
réponse que je voulais.
M. Godin: Est-ce que je peux vous donner une réponse
rationnelle, Mme la députée de L'Acadie, ou si tout ce qui vous
intéresse, c'est d'essayer de me prendre en défaut?
Mme Lavoie-Roux: Je n'essaie pas de vous prendre en
défaut, je vous ai demandé un fait, vous m'avez
répondu.
M. Godin: Je vous réponds avec deux faits.
Mme Lavoie-Roux: D'accord.
M. Godin: Je vous réponds qu'effectivement, il y a eu,
à une époque, quelqu'un qui s'occupait majoritairement de la
communauté italienne; que, présentement, Il y a quelqu'un qui
s'occupe majoritairement, à 70%, de la communauté grecque; que
nous aurons, dans quelques semaines, parce que nous faisons une consultation
dans la communauté pour savoir quel candidat elle souhaite que nous
prenions, quelqu'un qui s'occupera de la communauté portugaise. Cela
fait trois communautés importantes, les trois plus importantes,
d'ailleurs, au Québec, après la communauté anglaise, qui
s'occupent de problèmes précis. Si vous n'avez pas, sur le
terrain, une antenne qui fait la récolte des besoins, on ne les
connaît pas et on ne peut pas faire des politiques comme on le
souhaite.
Par ailleurs, la communauté haïtienne, grâce à
M. Claude Dejean que vous connaissez, donne aux Haïtiens des services
d'accueil aux immigrants, d'orientation vers les divers ministères
provinciaux et fédéraux qui sont subventionnés largement
par le gouvernement et cela remplace quelqu'un qui soit Haïtien au sein du
cabinet. Donc, il n'y a pas une formule unique, Mme la députée de
L'Acadie.
Mme Lavoie-Roux: Cela répond, M. le Président.
M. Godin: D'accord?
Le Président (M. Desbiens): M. le député de
Vachon.
M. Payne: Merci, M. le Président. Ce qui m'étonne,
c'est que l'Opposition, qui semble intéressée par les vraies
préoccupations des communautés culturelles, tout en voulant
beaucoup discuter la formation du cabinet politique du ministre, oublie, en
réalité, que c'est le premier ministre, avec son
prédécesseur, qui a vraiment fait des efforts pour faire
représenter les communautés culturelles au sein de son propre
cabinet politique. D'ailleurs, c'est quelque chose qui ne relève pas de
la Loi sur la fonction publique. Donc, le ministre a un plein pouvoir
discrétionnaire et c'est quelque chose qu'à titre de membre de
cette commission j'aimerais bien souligner et applaudir. C'est quelque chose
qui est apprécié énormément par les
communautés culturelles. C'est quelque chose qu'on devrait soutenir et
encourager.
Pour ma part, j'ai une préoccupation et je pense que c'est
peut-être plus important que les questions posées par l'Opposition
en ce qui concerne les subventions ou, ce qu'appelle le député de
Laurier, les cadeaux. Ma question touche un autre problème. Elle touche
la fonction publique, le plan d'action, le principe du droit à
l'égalité d'accès, l'égalité d'emploi dans
la fonction publique. Au même moment où nous avons une diminution
- je pense qu'on est maintenant à 2%; c'est-à-dire que le taux
d'attrition est d'à peu près 2% dans la fonction publique -nous
avons un principe de gouvernement bien encadré. C'est encore un
défi et quelque chose d'appréciable en ce qui concerne le
gouvernement actuel. Le principe était bien écrit dans le livre
blanc, ou plutôt dans le plan d'action, là où c'est
écrit: "Le gouvernement du Québec s'engage à encourager et
à soutenir, de façon positive et dynamique, les efforts faits par
des citoyens et des résidents permanents membres des communautés
culturelles pour obtenir des postes au sein de la fonction publique."
La question est très simple, mais elle exige une réponse
très difficile. Comment peut-on concilier le principe avec la situation
actuelle, là où le taux d'attrition est de 2%? Je vois que vous
avez fait des démarches
incroyables et fort louables au sein de votre cabinet politique, mais
c'est une question collective que je pose. Comment peut-on vraiment essayer de
concilier ces deux réalités?
Le Président (M. Desbiens): M. le ministre.
M. Godin: Ce qu'il faut dire, c'est que la politique
gouvernementale qui a consisté à réduire la fonction
publique est une chose temporaire, tandis que la politique gouvernementale qui
consiste, sur une période relativement courte, à augmenter au
sein du gouvernement le nombre de citoyens du Québec originaires de
communautés culturelles est une politique qui sera permanente
jusqu'à ce que l'objectif soit atteint, d'une part.
Deuxièmement, malgré l'attrition de 2%, il reste que
l'État québécois va engager, cette année - donc,
une année très faible, très modeste pour ce qui concerne
la création d'emplois - entre 2500 et 3000 nouveaux fonctionnaires.
C'est à même ces 2500 à 3000 nouveaux fonctionnaires que la
politique, quand elle sera préparée par le CIPACC et par la
fonction publique, commencera à s'appliquer. C'est le premier point sur
la question de l'attrition.
Le deuxième aspect de la question, c'est que, chaque
année, le Conseil des ministres nomme, au sein d'une multitude de
commissions gouvernementales, paragouvernementales et
périgouvernementales, des représentants désignés
par lui. Je me suis donné la tâche, au sein du Conseil des
ministres, de voir à ce qu'il y ait, dans chacun des organismes
gouvernementaux, un nombre de citoyens du Québec originaires d'une
communauté culturelle qui aille dans le sens de la politique
déjà adoptée par le gouvernement d'augmenter leur
proportionnalité au sein de la fonction publique. (11 h 30)
Troisièmement, dans le domaine du parapublic et du
péripublic, nous tentons de procéder - ce n'est pas facile -
à une évaluation du nombre de personnes qui sont
précisément des citoyens nés dans les communautés
culturelles, de manière à avoir un portrait complet et global de
toute la question. À cet égard, cette étude n'est pas
terminée, je la rendrai publique dès qu'elle le sera. Nous
voulons voir d'où nous partons. Les chiffres que nous avons eus de 2,7%
datent de 1979, ne s'appliquent qu'à la fonction publique, n'ont tenu
compte d'aucune façon du parapublic et du péripublic.
Hydro-Québec, par exemple, ne fait pas partie de ces
statistiques-là et nous voulons avoir un portrait complet afin de
pouvoir dire aux communautés culturelles: Voici d'où nous partons
et voici ce vers quoi nous nous en allons.
À cet égard, la décision du gouvernement a
été prise après 114 ans d'existence du gouvernement du
Québec. Nous en sommes, d'après les statistiques officielles,
à 2,7%, donc, la performance des partis et des gouvernements qui nous
ont précédés n'a rien pour les rendre fiers d'eux. Ce qui
nous distingue d'eux, c'est que nous avons décidé de publier un
plan d'action, de consacrer de l'énergie, des fonds et surtout des gens
qui travaillent à temps plein pour trouver des solutions qui s'inspirent
des meilleurs exemples américains ou autres dans le domaine de ce qu'on
appelle "affirmative action" ou discrimination positive.
J'ai toute confiance que, malgré le taux d'attrition,
malgré la politique gouvernementale, nous aurons, dans les délais
prévus, une augmentation significative du nombre de citoyens du
Québec nés dans les communautés culturelles qui seront
intégrés à la fonction publique, parapublique et
péripublique.
Le Président (M. Desbiens): Vous n'aviez pas
terminé, M. le député de Vachon?
M. Payne: Oui, brièvement. Je pense qu'il faut souligner
que le gouvernement a fait des efforts extraordinaires en ce qui concerne
l'accès à la fonction publique, par exemple. Dans le plan
d'action même, c'est le gouvernement actuel, si je ne m'abuse, qui a
vraiment fait enlever le besoin pour une personne d'avoir une connaissance
suffisante de la langue française préalablement à sa
demande. On a changé cette stipulation dans le plan d'action.
Maintenant, quelqu'un peut, à toutes fins utiles, passer son examen pour
entrer dans la fonction publique en français ou en anglais, quitte
à montrer plus tard, à l'intérieur de six mois, au moyen
d'un examen, une connaissance minimale. Cela évite le dilemme
créé par la situation où quelqu'un qui n'avait pas
d'expérience ne pouvait pas avoir d'emploi. Il n'avait pas d'emploi
parce qu'il n'avait pas d'expérience, c'est-à-dire que quelqu'un
qui n'avait pas une connaissance suffisante de la langue française ne
pouvait pas avoir d'emploi, et n'ayant pas d'emploi, il ne pouvait pas vraiment
avoir une connaissance suffisante du français.
On a éliminé ce dilemme créé dans le
passé et j'en félicite particulièrement notre ministre
actuel.
En ce qui concerne les nominations, je vais être très bref,
je sais que ça gêne beaucoup l'Opposition...
M. Sirros: ... mais il nous reste à peu près une
heure et demie.
M. Payne: Je me félicite aussi du fait qu'il y a plus de
nominations de non-
francophones au sein des commissions et organismes gouvernementaux qu'il
n'y en avait dans le passé. N'est-ce pas vrai, M. le ministre?
M. Godin: Oui, c'est vrai, mais juste avant de redonner la parole
à l'Opposition, je voudrais ajouter une chose "for the record", comme on
dit. La loi 50, la loi qui gouverne la fonction publique, a été
amendée au mois de juin dernier pour permettre justement que les
programmes de redressement pour les trois groupes que vous connaissez
très bien, handicapés, femmes et communautés culturelles,
soient intégrés à la loi et soient permis par la loi.
Deuxièmement, à la fonction publique, présentement,
il se fait un travail pour rédiger les règlements qui
faciliteront l'accès, l'entrée des citoyens émanant des
communautés culturelles au sein de la fonction publique du
Québec.
Le Président (M. Desbiens): Vous avez parlé du
temps déjà écoulé; il nous reste environ 1 h 30. Je
vous laissais aller parce que je considérais qu'il y avait une
espèce d'entente tacite selon laquelle ce qui était maintenant
discuté permettrait d'accélérer les travaux plus tard. Si
vous voulez qu'on revienne à une procédure plus stricte, c'est
possible.
Mme la députée de L'Acadie, vous avez la parole.
Mme Lavoie-Roux: Moi, je veux entrer dans le budget parce que,
sans cela, on n'y entrera jamais.
Le Président (M. Desbiens): Sur le budget. J'appelle le
programme 1, élément 1.
Mme Lavoie-Roux: M. le Président, je vais m'abstenir de
faire des remarques au député de Vachon qui est toujours, ici, le
haut-parleur du gouvernement. On n'est pas ici pour louanger le gouvernement,
de toute façon. Je voudrais seulement faire une rectification. Cela fait
deux fois qu'il dit -il l'a déjà dit en Chambre - que le
gouvernement a été le premier à enlever l'obligation d'une
connaissance suffisante du français pour avoir un emploi dans la
fonction publique.
Il faut vraiment avoir de la facilité à dévier les
faits. Il était présent lors de l'étude de la loi 101,
alors que nous avons fait une bataille pour justement faire valoir ce point de
vue, que c'était injuste, l'obligation d'avoir une connaissance
suffisante du français pour entrer dans la fonction publique, parce
qu'elle risquait fort d'être discriminatoire à l'endroit des gens
qui ne connaissaient pas le français, qui ne connaissaient ni le
français, ni l'anglais quant à cela. Nous avons été
battus lorsque nous avons présenté des amendements pour que des
dispositions soient mises dans les règlements afin d'éviter cette
discrimination. En Chambre, le député de Vachon est venu faire
les louanges du gouvernement là-dessus alors qu'après cinq ans il
a montré un peu -je ne sais pas si on peut appeler cela du repentir - de
bon sens. Je pense que cela suffit, je pourrais le ramasser sur deux ou trois
autres choses qu'il a dites.
Ce que je veux demander au ministre, M. le Président, plus
exactement...
Une voix: Cela vous gêne beaucoup?
Mme Lavoie-Roux: Cela ne me gêne pas du tout. Je pense que
la vérité a ses droits, même si ça vient du
député de Vachon.
Le Président (M. Desbiens): À l'ordre, s'il vous
plaît! Programme 1, élément 1. Mme la députée
de L'Acadie.
Mme Lavoie-Roux: C'est une question touchant le budget, M. le
Président. Premièrement - je ne voudrais pas une longue
réponse - je voudrais qu'on me donne le pourcentage de femmes cadres,
cadres intermédiaires et professionnelles dans votre ministère.
Deuxièmement, sans doute que votre ministère a fait ce calcul; on
constate une augmentation, une croissance du budget de 8,5%; on sait que
l'inflation sera de l'ordre de 10%; on sait que les salaires et avantages
sociaux vont chercher quelque chose dans l'ordre de 16% à 17%. Compte
tenu de votre masse salariale, quelle est l'augmentation nette qui va en
services directs à la clientèle ou au développement de
programmes? Si votre masse salariale est de 60% ou 50% - je l'ignore - les 8%
au point de vue des services directs à la clientèle, cela veut
dire des compressions de quel ordre?
M. Godin: Pour la première question, je n'ai pas les
chiffres avec moi, mais nous allons vous préparer ces renseignements et
vous les recevrez le plus tôt possible.
Mme Lavoie-Roux: C'est pour cela que je ne demande pas une
réponse tout de suite.
M. Godin: Quant à la deuxième question que vous
posez, c'est une question technique et je m'informe auprès de ma
sous-ministre.
Mme Lavoie-Roux: C'est parce que les 8,5% ne sont pas nets en
termes de services directs à la clientèle. Il y a une grosse
partie qui est absorbée - je ne sais pas quel est le pourcentage -
à l'intérieur du ministère de l'Immigration.
M. Godin: En fait, la principale coupure
- je vais vous donner la ventilation à l'aide de mes
fonctionnaires - a été faite dans le domaine des cours de
français à temps partiel, entendons-nous bien, parce que - je
l'ai dit un peu plus tôt - le nombre d'immigrants venant d'Asie du
Sud-Est est en train de se tarir, si vous voulez. J'ai dit que c'étaient
eux qui ne parlaient ni français ni anglais, donc c'étaient eux
qui en avaient le plus besoin.
Deuxièmement, nous avons modifié la grille de
sélection de manière à accueillir plus de francophones,
donc des gens qui ont moins besoin d'aller dans les COFI. Donc, à partir
de la baisse relative de ce groupe d'immigrants, à partir du total
diminué de 20 000 à 18 000, pour l'année qui commence,
d'immigrants de toute origine et de tous les pays du monde, nous avons
estimé que nous pouvions nous permettre une réduction de tant de
millions de dollars. C'est là que la grosse réduction s'est fait
sentir, si vous voulez.
Par ailleurs, dans l'ensemble des autres services, il y a eu une
légère augmentation. Donc, le seul service qui est réduit
est celui des cours à temps partiel et légèrement celui
des cours à temps plein parce que nous avons évalué - je
dis bien évalué - que nos besoins seraient de cet ordre pour
l'année en cours. Est-ce que ça répond à votre
question?
Mme Lavoie-Roux: Cela répond en partie. Par exemple, ceux
qui prodiguent les cours ou qui donnent les cours, c'est de la masse
salariale.
M. Godin: Masse salariale indexée, etc.
Mme Lavoie-Roux: Les 8,5% sont pris dans l'ensemble, mais,
à certains endroits, vos dépenses peuvent aller...
M. Godin: Plus que 8%.
Mme Lavoie-Roux: ... chercher entre 16% et 17%. Cela se
répercute sur les 8,5%, généraux.
M. Godin: Oui.
Mme Lavoie-Roux: En fait, ce n'est peut-être pas une
augmentation de 8,5% finalement.
M. Godin: Vous avez raison, mais dans le cas des cours de
français, la majeure partie des coûts, ce sont les salaires.
Mme Lavoie-Roux: Le personnel a été mis à
pied.
M. Godin: II y a des occasionnels, effectivement, qui ont
été mis à pied ou qui ont une charge de cours moins lourde
cette année que l'année passée, mais qui est quand
même supérieure à celle qu'ils avaient il y a deux ans. Je
poursuis. Il y a également eu dans la politique des 2% de
réduction par année, effectivement, une coupure de 2% des
effectifs permanents par attrition, voyez-vous?
Mme Lavoie-Roux: Dans l'effectif permanent, vous diminuez de deux
dans le livre des crédits. Évidemment, il y a du temps partiel et
il y a du temporaire.
M. Godin: C'est ça.
Mme Lavoie-Roux: Pour les permanents, on passe - je vais le
trouver - de 436 à 434, ce sont les partiels qui diminuent de 130
à 109.
M. Godin: C'est parce que nous avons obtenu des postes de plus
pour les communautés culturelles et les ententes de
sécurité sociale. On a réduit de neuf...
Mme Lavoie-Roux: Puis vous avez réaugmenté.
M. Godin: Pour d'autres programmes. C'était auparavant
dans un autre ministère, le ministère des Affaires sociales;
c'est maintenant rendu chez nous. Il y a des équipes qui ont
été ajoutées au ministère pour administrer les
ententes de sécurité sociale avec certains pays, la Grèce,
l'Italie.
Mme Lavoie-Roux: Qui étaient à la
Sécurité du revenu. Ils ne sont pas passés au Travail, ils
sont passés chez vous.
M. Godin: Est-ce que ça répond à votre
question parce que je veux être très précis?
Mme Lavoie-Roux: Je ne sais pas encore globalement ce que les
8,5% représentent. Je ne pense pas que ce soit une augmentation.
M. Godin: C'est-à-dire qu'il y a eu coupure dans la
quantité d'occasionnels à l'enseignement dans les COFI, d'accord?
Il y a eu réduction du nombre d'employés permanents et il y a eu
augmentation de la partie communautés culturelles, d'accord? Est-ce que
ça répond à votre question? C'est parce qu'on est ici pour
vous informer.
Mme Lavoie-Roux: Je reviendrai.
Le Président (M. Desbiens): M. le député de
Fabre.
M. Leduc: Ma question a trait au niveau d'immigration pour 1982.
On parle pour 1982 d'une entrée de 16 000 à 18 000
ressortissants, dont 3200 réfugiés, 2000
venant de l'Asie, 1000 de l'Europe de l'Est, 100 de l'Afrique et 100 de
l'Amérique du Sud, de l'Amérique latine. D'abord, c'est une
baisse par rapport à l'an dernier. Est-ce pour des raisons
budgétaires, d'une part, qu'il y a une baisse du niveau d'immigration
pour 1982? Deuxième question: Quelle est la liberté du
Québec dans la fixation des quotas? Est-ce que ces chiffres sont
modifiables suivant la conjoncture? Ma dernières question: Pourquoi un
quota de 100 pour l'Amérique latine, l'Amérique du Sud, alors que
ce secteur du continent américain connaît un niveau de
répression très actif, surtout en Amérique centrale, et
compte tenu qu'en 1981 on a quand même admis beaucoup plus de
réfugiés, enfin plus que 100 en tout cas? Je pense que ça
tourne autour de 300 à 400 réfugiés de l'Amérique
latine qui ont été introduits au Québec en 1981. Ce sont
mes questions.
Le Président (M. Desbiens): M. le ministre. (11 h 45)
M. Godin: M. le Président, il s'agit de chiffres qui ne
sont pas des quotas de quelque manière qu'on veuille définir le
mot quota. C'est ainsi, par exemple, que, dans les crédits de l'an
dernier, nous n'avions presque rien prévu pour l'Europe de l'Est et que
la situation en Pologne nous a amenés à accueillir plusieurs
centaines de personnes. Donc, ce ne sont pas des chiffres qui correspondent
à des objectifs que le ministère se donne, mais ce sont des
chiffres approximatifs qui peuvent être modifiés. La colonne
Amérique latine peut être augmentée selon les besoins. La
colonne Europe de l'Est peut augmenter ou diminuer suivant les besoins. On ne
peut jamais prévoir au début de l'année
précisément combien il y en aura, mais je peux vous dire que nous
avions un temporaire à Mexico pour précisément les cas
salvadoriens, entre autres, et les cas d'autres réfugiés de ces
pays. Nous l'avons rendu permanent, il y a environ un an, parce qu'il y avait
une liste d'attente plus longue que prévue des réfugiés en
provenance du Salvador. Il sera encore là en fonction cette
année, parce que nous n'envisageons pas une diminution significative de
candidats.
Par ailleurs, il faut bien dire que le statut de réfugié
est décerné par le Canada et non par le Québec et que si
le Canada décide que les gens du Salvador ne sont pas des
réfugiés, comme il l'a fait, le Québec n'a pas les mains
libres pour en accueillir autant qu'il le souhaiterait. Je n'ai pas besoin
d'évoquer l'attitude du Québec par rapport aux Polonais qui
fuyaient la Pologne, qui descendaient du bateau Stephan Bathory, qui voulaient
voir leur cas traité ici comme un cas de détresse, comme un cas
de réfugié et auxquels le Canada disait: Retournez en Pologne.
Retournez à Vienne. Retournez en
Europe. Faites votre demande comme si vous étiez des immigrants
réguliers. Faites votre demande en dehors du pays et nous vous
accepterons. Nous avons échangé quelques lettres assez - dois-je
dire viriles, Mme la députée de L'Acadie? - vives avec notre
collègue, M. Axworthy, qui a consenti sous la pression publique,
d'ailleurs, sous la pression du ministère, la pression de quelques
députés polonais à la Chambre des communes à
Ottawa, de tous les partis et c'est à la suite de ces pressions que le
Canada a changé un peu d'attitude. Nous ne pouvons pas, nous,
déterminer en début d'année, de façon
précise, combien de personnes nous pourrons accueillir de quelque
continent dans la mesure où nous n'avons pas encore la capacité
de pouvoir le faire.
Par ailleurs, je reçois ici une note. Oui, il y a un grand nombre
de Salvadoriens que nous accueillons qui sont comptabilisés comme
indépendants, donc, qui ne sont pas vus comme réfugiés.
Ils sont, dans certains cas, à Montréal. Ils obtiennent leur
certificat de sélection du Québec. Ils se trouvent un emploi. Ce
sont des Salvadoriens qui ont quitté leur pays pour des raisons
politiques ou autres et qui sont traités ici comme des immigrants
indépendants et non pas comme des réfugiés. Donc, il faut
calculer 300 Salvadoriens qui ont été reçus comme
indépendants au-delà de ceux qui sont reçus comme
réfugiés. D'accord? Donc, on trouve des réfugiés,
au sens où vous l'entendriez, au sens où tout le monde ici
l'entendrait, ventilés dans les quatre grandes familles
d'immigrants.
M, Leduc: Si je comprends bien, le statut de
réfugié est accordé à cause de pressions pour les
Polonais qui fuient leur pays, mais présentement, on n'a pas le statut
de réfugié pour les gens de l'Amérique du Sud.
M. Godin: C'est-à-dire, entendons-nous bien, le
fédéral n'a pas non plus donné un statut de
réfugié, mais d'exilé économique ou volontaire aux
Polonais. Il y a des échanges constants hebdomadaires avec le
fédéral pour des cas précis, des Coptes, par exemple, qui
sont victimes... ou des gens de la religion baha'i en Iran. Donc, dans
plusieurs pays du monde où il y a des groupes minoritaires
opprimés, le fédéral parfois va consentir le statut de
réfugié, parfois, il ne le consentira pas, mais dans un grand
nombre de cas, même sans un tel statut, nous les acceptons, le
fédéral et nous.
Le Président (M. Desbiens): M. le député de
Laurier.
M. Sirros: M. le Président, on pourrait peut-être
commencer à regarder de façon plus spécifique les
crédits comme tels. Il
nous reste environ une heure vingt minutes. Si on pouvait s'en tenir un
peu plus de ce côté-ci...
Le Président (M. Desbiens): J'avais eu une demande de M.
le député de Bourassa. Je ne sais pas si c'est du
général.
M. Laplante: ... le sujet, je poserai la question.
Comité d'implantation du plan d'action
Le Président (M. Desbiens): Cela entrera dans le programme
ou l'élément? Oui, d'accord. On va appeler
l'élément 1. M. le député de Laurier.
M. Sirros: Oui, l'élément 1 concerne le CIPACC, si
je ne m'abuse, et finalement le plan d'action, en quelque sorte, ce qui nous
permet de reprendre un peu ce que disait le député de Vachon tout
à l'heure, ce qui en quelque sorte a été une très
bonne illustration de ce que je disais dans ma déclaration d'ouverture,
dans le sens que là où le ministre a un pouvoir
discrétionnaire, oui, on a vu des choses, mais comme action
gouvernementale, j'aimerais citer ce que disait la ministre, Mme Denise
LeBlanc-Bantey: "Budget cuts are expected to prevent Quebec from realizing its
goals of raising minority representation in the civil service to 9,5% from the
current 2,7% by 1987." Donc, dans les faits, c'est bien d'avoir des choses bien
écrites, etc., pour pouvoir en Chambre ou ailleurs se promener avec le
petit livre. Dans la réalité - c'est ce que je soulevais tout
à l'heure - qu'est-ce qui arrive? Absolument rien. Non seulement cela,
c'est ce que j'appellerais un peu de la fausse représentation, dans le
sens qu'on peut se promener en disant qu'il y a des choses qu'on va faire, mais
quand arrive le temps de les faire, on se dit finalement qu'on ne les fera pas,
qu'on va les retarder. Le président du CIPACC disait que cela pourrait
retarder de trois ou quatre ans. Vu le temps que cela va prendre, il n'y aura
peut-être plus personne d'entre nous qui sera ici, M. le ministre.
Pour regarder un peu plus spécifiquement le fonctionnement du
CIPACC comme tel, il y a un montant de 417 000 $ à peu
près...
M. Godin: 422 000 $.
M. Sirros: ... 422 000 $ qui était alloué au
fonctionnement du CIPACC. Pourriez-vous ventiler un peu plus, de façon
un peu plus détaillée, justifier ce montant qui me semble quand
même assez important, presque un demi-million de dollars pour un
comité qui finalement ne sera pas en mesure de produire quoi que ce
soit, selon les déclarations ministérielles?
M. Godin: Là-dessus, M. le Président, je dirais que
la majeure partie consiste en salaires, et le reste, c'est le loyer et divers
services reliés au fonctionnement du bureau, papeterie,
téléphone, etc. En gros, ce sont les salaires et le loyer des
personnes, le loyer du bureau.
M. Sirros: Vous disiez tout à l'heure que vous êtes
quand même confiant qu'à l'intérieur de
l'échéancier prévu les objectifs seraient atteints. Votre
collègue dit exactement le contraire. Qui croit-on?
M. Godin: Ma collègue ne dit pas exactement le contraire.
Ma collègue de la Fonction publique dit que cela prendra peut-être
plus de temps que cela en aurait pris si nous avions été en
pleine période d'expansion budgétaire, comme on l'était
à l'époque de la récréation du gouvernement
précédent. Je ne désespère pas de convaincre ma
collègue, comme d'ailleurs mes collègues du Conseil des
ministres, d'obtenir d'eux... Si jamais je constatais - je ne l'ai pas encore
constaté, M. le député de Laurier - de leur part une
volonté de freiner cette politique, c'est mon mandat et je vais le
réaliser. Je serai jugé sur ma performance, pour reprendre
l'expression d'un collègue tout à l'heure. Si, après les
trois ans ou les six ans d'existence du CIPACC, les résultats ne sont
pas satisfaisants, je serai jugé sur mes actes. Personnellement, mes
engagements sont clairs et nets. Je prendrai les moyens pour que le
ministère de la Fonction publique... D'ailleurs, je le
répète, je n'ai aucune raison de douter de sa bonne
volonté, ma collègue réalisera les objectifs visés
et prévus.
M. Sirros: Je ne comprends pas comment ce n'est pas le contraire.
Si vous vous dites que vous allez respecter les objectifs à
l'intérieur de l'échéancier et que votre collègue
dit que non, ce ne sera pas à l'intérieur de
l'échéancier, c'est un peu contradictoire, mais, comme vous le
dites, le temps arrangera les choses.
M. Godin: M. le Président, c'est comme dans n'importe quel
groupe humain. Il y a des discussions dans votre parti au sujet de certains
objectifs, j'en suis certain. Qui est responsable des victoires partielles?
Est-ce le parti ou est-ce le chef? On en discute chez vous. Chez nous, il y a
des discussions aussi sur des questions comme celle-là. En fin de
compte, on essaiera de s'entendre et de livrer la marchandise promise. On sera
jugé sur les résultats et non pas sur des titres de journaux,
surtout de la Gazette, d'ailleurs.
Le Président (M. Desbiens): Sur le
même élément.
M. Sirros: Encore sur le CIPACC, en 1981-1982, sur les
dépenses totales de 192 200 $, il y a 5400 $ qui ont été
utilisés pour les fins de transport. Cette année, on
prévoit 48 800 $...
M. Godin: Vous êtes à quel élément?
M. Sirros: À l'élément 1.
Le Président (M. Desbiens): À
l'élément 1.
M. Sirros: Cette année, on prévoit 48 800 $ pour le
transport. Je comprends que le comité a été mis sur pied
au mois d'octobre ou de novembre, si je ne m'abuse, ou annoncé, en tout
cas, à ce moment-là, ce qui représente à peu
près la moitié de l'année, mais on passe de 5400 $
à 48 800 $ au transport; est-ce qu'il prévoit faire des
voyages?
M. Godin: Sur cette question, nous avons prévu,
effectivement, quelque 20 000 $ et les membres du CIPACC, soucieux de maintenir
les dépenses gouvernementales au plus bas niveau, voyagent en autobus
entre Québec et Montréal, et non pas en avion ou autrement.
D'autre part, nous avons maintenu les prévisions de 1982-1983 en
fonction des mêmes paramètres qu'en 1981-1982 et nous
présumons qu'ils appliqueront les mêmes règles de
restriction qu'ils s'imposent à eux-mêmes.
D'autre part, il n'est pas exclu que le CIPACC se rende l'an prochain
aux États-Unis et à Ottawa pour vérifier sur place la
manière dont le gouvernement fédéral s'y est pris pour
appliquer sa politique de "affirmative action" à l'égard des
Canadiens français dans la fonction publique. Il n'est pas exclu non
plus qu'il se rende à Washinqton pour voir comment ces mêmes
programmes sont appliqués, pour éviter que se
répètent au Québec certaines erreurs qui ont
été faites dans ces pays. On se souviendra de l'affaire Bakkie
que vous connaissez sûrement, où une personne, qui avait
été refusée à l'inscription d'une université
parce qu'elle n'était pas membre d'une communauté culturelle, a
porté plainte et la Cour suprême a décrété
qu'elle avait été injustement traitée. Donc, pour
éviter ce genre de problème et de situation au Québec,
j'ai invité moi-même le CIPACC, le comité, à
s'enquérir auprès des gouvernements qui ont déjà de
tels programmes de la manière de parvenir à l'objectif. Donc, il
n'est pas exclu qu'il voyage à l'extérieur du Québec.
M. Sirros: Comme il n'est pas exclu que, finalement,
l'échéancier ne soit pas atteint. Dans le comité et son
fonctionnement, globalement, il y a une augmentation de 2,6% pour les
occasionnels. Pour le CIPACC, il s'agit d'une augmentation de 566,5% pour les
occasionnels. En même temps, le nombre d'occasionnels est de quatre.
Est-ce que vous pouvez détailler un peu les salaires et les fonctions
des gens qui travaillent pour le CIPACC, les quatre personnes qui sont
là?
M. Godin: Pendant qu'on me sort ces chiffres, je voudrais donner
une réponse à Mme la députée de L'Acadie. Au total,
au ministère, sur 428 employés, il y a 53% de femmes, 227 femmes
et 221 hommes.
Mme Lavoie-Roux: Ce que je veux, c'est la ventilation de
cela.
M. Godin: Qu'entendez-vous? Est-ce qu'il y a des genres de femmes
et des genres d'hommes à l'intérieur...
Mme Lavoie-Roux: Non, mais, vous savez, il y a plus de femmes que
d'hommes dans la fonction publique, mais si elles sont toutes
secrétaires...
M. Godin: Vous voulez savoir à quel niveau elles sont.
Mme Lavoie-Roux: Oui. Cela, je n'avais pas besoin de le
demander.
M. Godin: D'accord. Cadres incluant les sous-ministres, 9%.
Mme Lavoie-Roux: Ce sont les cadres supérieurs.
M. Godin: Oui. Professionnels, 29,7%. Enseignants, 53,7%.
Mme Lavoie-Roux: Oui, là aussi.
M. Godin: Quoi, là aussi? Ce ne sont quand même pas
des emplois...
Mme Lavoie-Roux: Non, mais ce que je veux dire, c'est que c'est
traditionnel qu'il y a plus de femmes dans l'enseignement.
M. Godin: Sur 27 techniciens, 62,9% de femmes. Là, cela va
confirmer vos préjugés à l'égard du gouvernement,
employés de bureaux, 115, 88,7% de femmes.
Mme Lavoie-Roux: Bon.
M. Godin: Ah! vous êtes contente! Vous dites "bon", c'est
curieux.
Mme Lavoie-Roux: Quelle a été l'évolution,
à l'égard des cadres, de la place
des femmes dans les quatre dernières années?
M. Godin: II n'y en avait pas et il y en a deux.
Mme Lavoie-Roux: II n'y en avait pas et il y en a deux. Ce sont
ces deux personnes qui constituent les 9%.
M. Godin: Oui, voilà.
Mme Lavoie-Roux: Cadres et...
M. Godin: Oui. (12 heures)
Mme Lavoie-Roux: Je pose la question parce que, chaque
année, à l'occasion de la fête des femmes, on a toujours
une publicité répétée, de nouveaux slogans, etc.
Sans vouloir être malicieuse, ça vient confirmer la
difficulté qui s'étendra également, je pense, aux groupes
culturels et aux groupes des handicapés, tout ce processus de
l'intégration, alors que c'est, évidemment, plus facile pour les
femmes que pour les groupes culturels et les handicapés d'avoir leur
part, enfin, une part raisonnable dans la fonction publique. Quand on voit
l'évolution extrêmement lente des femmes au niveau de la fonction
publique supérieure, c'est très mince. Je suis sûre que
cela ne vient pas de préjugé du ministre - je suis prête
à lui concéder cela - mais c'est un processus qui est très
difficile. Je pense que le ministre conviendra avec moi que 2%, même dans
les cadres supérieurs de son ministère... Il y a peut-être
un effort à faire là et il y a peut-être plus de pouvoir
qui peut s'exercer là qu'ailleurs. Je ne le sais pas, mais c'est
possible. Enfin, plus de pouvoir, plus d'influence, ce serait plus juste.
M. Godin: Je note avec beaucoup de sympathie votre suggestion et
je vais poursuivre dans la voie où je me suis engagé, perge quod
coepisti.
Mme Lavoie-Roux: Merci pour la réponse.
M. Godin: Maintenant, j'ai la réponse à la question
du député de Laurier, si je ne m'abuse.
Le Président (M. Desbiens): M. le député de
Laurier.
M. Sirros: Ce qui m'avait frappé, c'est qu'il y a un
montant pour les traitements de 18 700 $, d'autres rémunérations
pour 269 300 $ et, au bas, employé permanent, 1, et employés
à temps partiel, 3.
M. Godin: II y a trois employés occasionnels, des
secrétaires. Pouvez-vous me donner la réponse, Mme la
sous-ministre?Dans les chiffres, je ne suis pas un expert.
Dans les traitements réguliers, il y a cinq membres nommés
par le gouvernement au CIPACC. Il y a quatre traitements réguliers,
puisqu'il y a un membre fonctionnaire qui est prêté par le Conseil
exécutif et dont le traitement est payé par le Conseil
exécutif. Alors, c'est le salaire de quatre membres du CIPACC. Chez les
occasionnels, c'est le salaire des secrétaires qui sont engagées
sur une base occasionnelle seulement puisque le CIPACC est créé
pour un temps limité.
Ce qui vous a inquiété, c'est les 566% d'augmentation, si
j'ai bien compris.
M. Sirros: Non. Ce qui m'inquiète, c'est que je vois,
à traitements, 18 700 $; autres rémunérations, 269 000 $.
Cela fait un total d'à peu près 278 000 $ pour quatre
personnes.
M. Godin: Oui.
M. Sirros: Ce qui me semble exorbitant.
M. Godin: Le président a un salaire de 50 000 $ environ.
Il y a trois membres qui ont un salaire moyen de 38 500 $. Ce qui fait les
quatre non-permanents du CIPACC. Le cinquième membre étant de la
fonction publique, il émarge au budget du Conseil exécutif.
M. Sirros: Pouvez-vous me répéter cela?
M. Godin: Le président a un salaire annuel d'environ 50
000 $. Les trois membres qui émanent des communautés culturelles
ont un salaire moyen de 38 500 $ et ce sont les quatre personnes qui sont
payées par le CIPACC, à même le budget du CIPACC. La
cinquième personne étant un membre de la fonction publique, tel
que le décret gouvernemental le stipulait, elle n'émarge pas au
budget du CIPACC.
M. Sirros: Est-il possible d'avoir les salaires des
employés permanents autres que les membres du CIPACC?
M. Godin: Certainement. Les salaires des employés
permanents du CIPACC?
M. Sirros: Oui. Il y a un employé permanent et trois
employés à temps partiel, n'est-ce pas?
M. Godin: II n'y a personne de permanent au CIPACC. Ce sont tous
des occasionnels. Il n'y a personne qui a un contrat de plus de trois ans.
M. Sirros: En tout cas, ce qui est
marqué ici, c'est: Employé permanent, 1.
M. Godin: Oui, mais c'est le fonctionnaire.
M. Sirros: C'est le fonctionnaire. Donc, il n'est pas...
M. Godin: Si je ne me trompe pas. Les salaires des membres du
CIPACC sont inscrits dans la colonne "occasionnels". Aucun d'entre eux n'est un
permanent de la fonction publique. Il n'y a personne dans le budget du CIPACC
qui est un permanent.
M. Sirros: D'accord.
M. Godin: Le seul permanent de la fonction publique qui est au
CIPACC est payé par le Conseil exécutif puisqu'il est
détaché du Conseil exécutif au CIPACC. D'accord?
Donc, vous avez un pourcentage d'occasionnels avec peu
d'équivalence ailleurs parce que ce sont tous des occasionnels. Ils ne
sont là que pour trois ans et à ce titre-là ils sont
occasionnels. Le président, M. Chambers, est un occasionnel aux termes
de la loi. Il y a une secrétaire - 18,7 à la page... je ne sais
pas si vous avez le même renseignement que nous sous les yeux - au
CIPACC, qui est une permanente de la fonction publique, qui est
détachée par son ministère et qui est payée par le
CIPACC. Cela va?
M. Sirros: D'accord, je pense que ça va.
Mme Lavoie-Roux: II y a cinq personnes, comme personnel.
M. Godin: II y a cinq membres: un cadre fonctionnaire et quatre
secrétaires occasionnelles.
Le Président (M. Desbiens): Est-ce que
l'élément 1 est adopté?
M. Sirros: Non.
M. Godin: II y a un secrétaire - pardon, Mme la
députée de L'Acadie - qui est détaché du
ministère au CIPACC et payé par le ministère.
D'accord?
Mme Lavoie-Roux: À propos de l'augmentation, il y a
probablement eu une indexation des salaires, et l'autre, c'était
l'augmentation du personnel pour compléter la formation du CIPACC. Il y
a une augmentation du côté du transport. C'est annualisé,
d'accord, l'annualisation.
M. Godin: II y a eu quelques mois seulement, pour certains
d'entre eux, et une année complète pour cette année. C'est
ce qui explique cette balloune de 556 ou 566.
Mme Lavoie-Roux: C'est ça.
M. Sirros: II y avait, l'année passée, des
crédits périmés de 23%, à cet
élément-là. D'un autre côté, l'augmentation
du budget prévu pour 1982-1983 est de l'ordre de 69% par rapport aux 250
000 $ qui étaient originairement prévus. Pourriez-vous...
M. Godin: C'est pour l'année complète.
M. Sirros: Oui, mais on a fonctionné pendant la
moitié de l'année à peu près, l'année
passée.
M. Godin: Non, pas tout à fait. M. Sirros: Pas tout
à fait?
M. Godin: Un membre a été nommé avant avril,
donc, qui a été payé pour l'année complète,
et les autres membres sont entrés en fonction, dans certains cas, plus
tard dans l'année, et dans d'autres cas, aux mois de juillet,
août, septembre. Donc, ceci explique...
M. Sirros: 23% de crédits périmés.
M. Godin: Voilà! C'est ce qui explique qu'il y a des
variations considérables entre le nombre de semaines travaillées
par chacun des cinq membres. Aucun d'entre eux n'a travaillé le
même nombre de semaines dans l'année. Donc, pour avoir une
idée précise, c'est l'annualisation qui est vraiment
significative.
M. Sirros: D'accord. J'aimerais maintenant demander un peu de
précisions sur l'application du plan d'action. Selon
l'échéancier, à la page 66, d'avril jusqu'à mars
1982, on était censé avoir terminé la coordination et la
mise en oeuvre des programmes. Si on se réfère au programme dont
il est question - je pense qu'il se trouve à la page 58, première
série - est-ce que vous pourriez nous dire où en sont rendues ces
choses-là? Finalement, est-ce que cette phase-là est
terminée effectivement?
M. Godin: Le CIPACC doit d'abord me remettre son premier rapport
en octobre 1982, premièrement. Deuxièmement, le CIPACC s'est
réuni régulièrement pour regarder le plan d'action,
regarder s'il correspond aux besoins. À la suite de cette phase, si vous
voulez, d'évaluation du plan d'action, il y a deux recommandations qui
viennent du CIPACC. La première consiste à ajouter des
ministères aux comités interministériels de la fonction
publique,
ministères qui n'avaient pas été couverts par le
livre blanc et que le CIPACC estimait devoir être là.
Deuxièmement, le CIPACC a recommandé qu'un comité de
coordination soit mis sur pied de manière que chacun des
ministères concernés soit présent au sein de
l'activité du CIPACC. La troisième décision, qui, elle,
émane de moi et de ma collègue de la fonction publique: le
comité interministériel de la fonction publique ne sera pas
présidé par le président du CIPACC, mais par le
sous-ministre de la Fonction publique, de manière que le
ministère qui est responsable d'une des parties essentielles du CIPACC
soit celui qui administre la partie du plan d'action et qui voit à sa
réalisation, à son implantation.
M. Sirros: Mais n'est-ce pas là en quelque sorte un
affaiblissement de l'impact que peut avoir le CIPACC
M. Godin: C'est-à-dire que j'ai passé plusieurs
semaines avec ma collègue, Mme LeBlanc-Bantey, et avec les membres du
CIPACC à analyser la situation et il nous est apparu que le plan
d'action, tel que rendu public, serait mieux servi si c'était la
fonction publique, surveillée par le CIPACC, qui appliquait la partie du
plan d'action qui touche la fonction publique, plutôt que le CIPACC
lui-même qui n'a pas les moyens, si vous voulez, ni les techniques pour
voir à ce que ce soit réalisé.
Nous avons donc préféré concevoir le CIPACC comme
le chien de garde du CIFP, enfin de la fonction publique, plutôt que
comme étant à la fois juge et partie. Si le CIPACC préside
le comité de la fonction publique, comment pourra-t-il critiquer le
comité de la fonction publique si, après un an, le CIPACC se rend
compte qu'il ne fonctionne pas?
M. Sirros: C'est mieux, pourtant, de pouvoir agir que de
critiquer...
M. Godin: Oui, mais dans la mesure où le
comité...
M. Sirros: ... dans cette situation.
M. Godin: Enfin, je me suis rallié à cette solution
parce que mon expérience personnelle me portait à croire que le
CIFP, enfin le comité de la fonction publique, surveillé par le
CIPACC et par le ministre responsable du CIPACC, aurait plus d'incitation
à travailler de cette manière. Enfin, l'avenir nous dira si on a
été sage.
Par ailleurs, j'ai pris cette décision personnellement, en accord
avec ma collègue LeBlanc-Bantey, la ministre de la Fonction publique,
parce que j'avais constaté à plusieurs reprises dans deux autres
domaines - la place faite aux femmes, donc l'égalité, et les
handicapés - sa volonté d'agir rapidement, de modifier la loi 50,
d'adopter la loi 12, de rendre publics des programmes, des politiques qui
permettent au public de constater sur place, preuves à l'appui, s'il y a
une volonté ou pas. Donc, je ne m'inquiétais nullement de la
volonté de ma collègue de voir à mettre en oeuvre ce plan
d'action.
M. Sirros: D'accord. Concernant également l'Office de
recrutement et de sélection du personnel qui normalement, si on remonte
dans le temps, devrait avoir mis sur pied une série de programmes quant
à la sélection...
M. Godin: Pouvez-vous me répéter la question?
M. Sirros: Oui. On dit que l'Office de recrutement et de
sélection du personnel devrait sensibiliser les comités culturels
aux mécanismes d'attraction en dispensant une information
appropriée, en fournissant les renseignements sur les carrières,
en rendant conformes à la présente politique ses avis de
concours, ses offres de services, ses instruments de sélection. Est-ce
fait?
M. Godin: Pas encore. Le ministère de la Fonction publique
travaille présentement précisément à mettre en
place l'application de ce plan de redressement, comme il l'a fait d'ailleurs
pour les femmes et pour les handicapés. Nous suivons de très
près, aussi bien au CIPACC que moi personnellement, la performance du
ministère à cet égard. Je n'ai pas constaté
à venir jusqu'à maintenant de volonté de freiner
l'application de cette politique.
M. Sirros: Vous avez également mentionné, lors
d'une autre rencontre qu'on a eue, qu'il y avait des ministères avec
lesquels vous aviez un peu plus de difficulté quant à
l'application du plan d'action. Est-ce que vous pourriez les nommer, s'il vous
plaît? Vous avez mentionné, lors d'un autre échange qu'on a
eu, il y a deux semaines à peu près, qu'il y avait des
ministères avec lesquels, effectivement, c'était un peu plus
difficile de travailler quant à l'application du plan d'action. À
ce moment-là, je n'ai pas eu l'occasion de demander plus de
précision; je le fais maintenant.
M. Godin: Je dois vous dire que tout changement de
mentalité - je vais vous répondre en termes philosophiques, parce
que je ne veux pas dévoiler de secret ici - ne se fait pas du jour au
lendemain. Mme la députée de L'Acadie l'a bien souligné
tout à l'heure dans le domaine de l'égalité des chances
aux femmes. Mon ministère, qui prétend prêcher par
l'exemple, compte une
surreprésentation de femmes au niveau des secrétaires. Je
souhaite qu'il y ait une égalité là aussi le plus
tôt possible. Cela ne se fait pas du jour au lendemain, M. le
député de Laurier. Il s'agit de vérifier au fur et
à mesure au fond la volonté politique, d'une part, du
gouvernement et, deuxièmement, la volonté politique des ministres
responsables de toute cette question. (12 h 15)
Je pense, entre autres, que les ministères qui sont les plus
près de ces questions, sont le ministère de l'Éducation,
le ministère des Affaires sociales et le ministère des
Communications. Aux Affaires sociales, je vous donne un seul exemple, nous
avons une entente, MAS-MCCI, c'est-à-dire mon ministère et celui
de M. Johnson, aux termes de laquelle nous subventionnons, dans cinq CLSC, cinq
permanents qui sont choisis par les communautés culturelles, qui sont
subventionnés par nous et qui sont rattachés à un CLSC de
manière à servir la clientèle dans la langue de son choix.
Donc, je n'ai pas constaté qu'il y avait de la mauvaise volonté
dans aucun ministère. Je ne vous dis pas que c'est le paradis partout,
je ne vous dis pas que nous sommes sur un lit de pétales de roses, mais
je vous dis que la volonté est là et que sans accuser personne
publiquement, je vais continuer à frapper aux portes où cela
résiste.
Mme Lavoie-Roux: Sur ce point-là, est-ce que vous avez
fait un relevé - c'est dans la même veine - est-ce que vous avez
fait un relevé, par exemple - j'avais posé la question, je ne
sais pas si c'est ici ou aux Affaires sociales, l'an dernier, et on
n'était pas capable de me répondre - du personnel à
l'intérieur des établissements, que ce soit des
établissements de santé ou que ce soit des institutions scolaires
ou secondaires ou post-secondaires, au niveau du secrétariat, des postes
d'enseignants, personnel de soutien, du côté français, de
la proportion ou du pourcentage de personnel venant des communautés
ethniques? Cela a été un gros facteur d'intégration dans
la communauté anglaise des communautés culturelles.
M. Godin: Avant de répondre à votre question, je
reviens sur la question que vous posiez quant à l'empressement de la
fonction publique à réagir au plan d'action. Le ministère
vient de nommer une sous-ministre madame - une sous-ministre adjointe,
chargée des trois programmes de redressement à cet effet, il y a
quelques semaines, Mme Lejeune. Sa tâche consiste,
précisément et exclusivement, à s'occuper de ces trois
programmes. Maintenant, est-ce que votre question porte sur le personnel ou sur
les enfants?
Mme Lavoie-Roux: Sur le personnel.
M. Godin: Sur le personnel. Une personne a été
engagée comme occasionnelle à mon cabinet, Mme Louise Varagnolo
qui fait partie des 17 personnes mentionnées par M. le
député de Sainte-Anne mais qui n'était là que pour
quelques mois. Sa tâche consistait à dresser cette espèce
d'inventaire. Je vous avoue que la participation n'a pas été
celle que j'avais souhaitée. Dans plusieurs institutions, la
participation a été totale et les chiffres que j'ai - qui sont
malheureusement partiels, je pourrai vous en faire une copie si vous voulez -
sont plutôt impressionnants. Mais, je n'ai pu avoir les chiffres de
l'ensemble, de sorte que ce ne sera que partiel. Les raisons invoquées
par certaines institutions pour ne pas donner les chiffres, c'était que
ça aurait violé les droits et libertés de la personne.
Alors, on se camoufle derrière de grands principes pour refuser de dire
à l'État combien de femmes, par exemple, il y a dans une
institution, combien il y a, également, de membres qui viennent des
communautés culturelles ou combien de handicapés. Comment
voulez-vous que nous puissions vraiment mesurer l'évolution de la
situation face à de telles attitudes? Nous avons un problème
à régler, nous tenterons de le régler d'autre
manière.
Mme Lavoie-Roux: Je n'ai pas eu l'occasion de le dire au
ministre, parce que souvent on oublie à quelle commission on dit telle
chose, mais je sais qu'il y a de la résistance, par exemple, à
tous les niveaux. Je ne parle plus du gouvernement, de la fonction publique, je
parle des établissements, parce que je me souviens de l'avoir
vécue. À part l'influence que vous voulez exercer au niveau de la
fonction publique, il faudrait peut-être que ce CIPACC s'intéresse
aussi aux institutions et aux établissements.
M. Godin: Oui, je suis totalement d'accord avec vous. Je peux
vous dire qu'il y a presque un an, en fait, j'ai passé cette commande
à quelqu'un qui a fait ça à temps plein pendant plusieurs
mois. Je vous enverrai une copie de ce que j'ai. C'est malheureusement
incomplet. Il y a une université, que je ne nommerai pas, qui a
refusé de nous donner tous renseignements à cet égard,
mais nous avons trouvé un autre moyen pour obtenir les mêmes
renseignements. Quelqu'un va récolter toute la liste des profs de chacun
des départements, nous allons faire nous-mêmes cette
évaluation puisque l'université refuse de collaborer. Mais nous
voulons que parapublic, péripublic et public soient inventoriés
afin de savoir d'où nous partons et où nous allons. Même
sans collaboration, il va falloir qu'on y parvienne quand même.
Le Président (M. Desbiens): M. le député de
Vachon.
M. Payne: Chaque nouvel organisme a besoin de se faire
connaître. Ma question, M. le ministre, serait: Est-ce que, selon vous,
il y a suffisamment de sensibilisation auprès d'autres ministères
et au sein des communautés culturelles? J'ai eu un certain "feedback" ou
rétroaction à savoir qu'ils aimeraient bien savoir de quoi il
s'agit au niveau du contenu de ses politiques et également par rapport
à sa manière d'opérer. Je pense qu'il y a eu un premier
dépliant ou quelque chose comme ça qui a été
publié au cours de l'année. Selon vous, jusqu'à
maintenant, est-ce qu'il se fait connaître suffisamment?
M. Godin: Ce que je dois dire, c'est qu'il y a un groupe de
citoyens qui émanent de plusieurs communautés culturelles et qui
de leur propre initiative se sont formés en organisme qui s'appelle SIPA
qui a convoqué le CIPACC pour lui poser les questions que vous vous
posez vous-même. Le CIPACC n'a jamais refusé, à ma
connaissance en tout cas, de rencontrer ni un groupe, ni même un citoyen
ou une citoyenne qui voulait lui poser des questions sur son fonctionnement.
Pour être presque chaque fin de semaine en contact avec des
communautés culturelles, je pense que la plupart des communautés
connaissent l'existence du CIPACC et en tout temps il leur suffirait de
contacter le CIPACC pour en savoir plus. Pour répondre
précisément à votre question, je m'estime satisfait de la
manière dont le CIPACC s'acquitte de sa tâche qui est d'informer
les communautés de son mandat et de son fonctionnement.
M. Payne: Ma préoccupation, en réalité, va
plutôt vers les autres ministères au niveau de la fonction
publique, à savoir si les fonctionnaires sont suffisamment
renseignés sur son existence, d'une part et, d'autre part, sur son
contenu.
M. Godin: Si j'en juge par les décisions prises par ces
ministères et, entre autres, par la Fonction publique qui est le
principal partenaire de cette politique, les décisions qui ont
été prises depuis quelques mois m'amènent à
conclure que le ministère est sensibilisé et veut produire des
résultats.
M. Payne: Merci beaucoup.
Le Président (M. Desbiens): Est-ce que
l'élément 1 est adopté?
M. Sirros: Non, encore quelques questions.
Le Président (M. Desbiens): M. le député de
Laurier.
Les tests linguistiques
M. Sinus: Tout à l'heure, le ministre a presque
avoué qu'il y a eu une discrimination qui s'est faite pendant des
années concernant les tests linguistiques pour la fonction publique,
entre autres, parce qu'il y en a d'autres aussi. Pourrait-il nous dire si,
à l'heure actuelle, l'Office de la langue française a
effectivement changé ces tests-là? Est-ce que l'Office de la
langue française prépare des modifications majeures face à
sa politique de tests linguistiques? Est-ce que finalement vous allez adopter
la suggestion que...
M. Godin: Cela relève d'un autre ministère, d'un
autre ministre, comme vous le savez, cher collègue de Laurier. Mais je
peux vous dire que, puisque j'ai été interrogé
publiquement là-dessus, j'ai pris une position publique que vous
connaissez. D'après mes contacts, mes échanges avec M. Camille
Laurin, il se fait présentement des travaux, des études quant
à cette question des tests linguistiques. Ma position est qu'un citoyen
du Québec ou une citoyenne du Québec qui a réussi un
examen de français dans le système scolaire anglais ne devrait
pas être soumis, par la suite, à un test de l'Office de la langue
française. Mais c'est une opinion personnelle et je ne peux
présumer de l'avenir.
M. Sirros: C'est uniquement une position personnelle, ça
ne reflète pas une politique gouvernementale.
M. Godin: Pas encore.
M. Sirros: C'est votre position à vous. Vous travaillez
là-dessus.
M. Godin: Comme vous sur autre chose.
Le Président (M. Desbiens): Sur le même sujet, M. le
député de Vachon.
M. Payne: À titre d'information pour le
député de Laurier, pour avoir accès à la fonction
publique, un candidat potentiel n'a pas besoin de passer un test de l'Office de
la langue française. La confusion du député de
Laurier...
Mme Lavoie-Roux: II n'y a pas de confusion M. le
député, on peut vous référer au journal des
Débats.
M. Payne: Dans le passé, il était obligatoire pour
chaque candidat, M. le député de Laurier...
Le Président (M. Desbiens): Je crois
qu'on s'éloigne de l'élément 1. M. le
député de Vachon, si vous voulez conclure rapidement.
M. Payne: Oui, très rapidement. Dans le passé,
c'était obligatoire pour chaque candidat de passer l'examen en
français; avec le plan d'action, ce n'est plus nécessaire, il
peut répondre aux questions en anglais. Il ne faut pas confondre
à l'Office de la langue française les 39 professions et les
exigences de la fonction publique que nous avons modifiées d'une
façon très positive pour aider les communautés
culturelles.
M. Sirros: Est-ce qu'effectivement cette politique est en oeuvre
à l'heure actuelle? Est-ce que c'est vrai qu'à l'heure actuelle
un candidat à la fonction publique n'a pas à subir son examen en
français avant d'avoir accès à l'emploi?
M. Godin: Je ne pourrais répondre à cette question,
je vous le dis bien franchement maintenant. Je m'engage à obtenir la
réponse...
M. Sirros: Parce que finalement, le député de
Vachon nous dit qu'effectivement ce n'est plus requis et je vous demande de
confirmer ou d'infirmer.
M. Godin: II peut passer ses examens en anglais, cela, c'est une
chose que je sais. Je vous répète, M. le député,
que cela ne relève pas tout à fait de l'élément 1
de mes crédits, mais nonobstant - comme on dit à Ottawa - ce
fait, je vais m'enquérir et répondre à cette question par
écrit le plus tôt possible.
Le Président (M. Desbiens): Mme la députée
de L'Acadie.
Mme Lavoie-Roux: M. le Président, le ministre a dit tout
à l'heure, il l'a fait de bonne foi, et a laissé entendre que ce
n'était pas tout à fait de sa responsabilité et que
ça relevait de l'Office de la langue française; mais, dans votre
bouquin "Autant de façons d'être Québécois", vous
dites: "L'Office de la langue française a la responsabilité de
concevoir et administrer les tests linguistiques que les candidats doivent
réussir avant d'obtenir une permanence." Cela relève bien de
votre ministère, c'est écrit dans un bouquin de votre
ministère.
M. Godin: CIPACC relève bien de mon ministère.
Mme Lavoie-Roux: Cela aussi, c'est publié par votre
ministère?
M. Godin: Oui, oui.
Mme Lavoie-Roux: Bon. Voici la question précise que je
veux poser. Vous avez répondu partiellement au député de
Laurier en disant: J'ai fait connaître ma question publiquement et je
pense que si quelqu'un réussit ses examens scolaires au Québec,
il devrait être exempté des tests d'aptitude en français.
Tous les immigrants ne seront pas passés par le système scolaire
du Québec, il va y avoir ceux qui n'y sont pas passés et qui vont
devoir se soumettre à des tests. On sait à l'heure actuelle que
même le Conseil de la langue française les a
dénoncés comme étant discriminatoires. À l'heure
actuelle, ceux qui sont passés, non pas nécessairement dans la
fonction publique, cela peut être dans le parapublic ou la plupart dans
les hôpitaux... est-ce que le gouvernement a pris une décision
quant à un moratoire possible sur l'administration des tests tels qu'ils
existent actuellement, puisque la preuve semble avoir été faite,
non pas par des libéraux mais par le Conseil de la langue
française qu'ils peuvent créer ou causer de la discrimination?
Est-ce votre responsabilité vis-à-vis de ces gens?
M. Godin: Oui, d'accord. Posons le problème dans sa vraie
dimension. Je pense qu'une politique de "affirmative action" ne doit pas
être appliquée au détriment de la clientèle. Par
conséquent, le premier mandat du gouvernement du Québec, c'est de
voir à ce que ses services publics dans le domaine hospitalier,
Mme...
Mme Lavoie-Roux: ... Lavoie-Roux.
M. Godin: ... j'aimerais bien vous répondre de telle
manière que ça vous fasse plaisir, mais comme vous avez dit tout
à l'heure que la vérité a ses droits. Il n'y a pas de
faits isolés dans la nature, tous...
Mme Lavoie-Roux: ... ce que vous dites.
M. Godin: Pourquoi opinez-vous du bonnet, comme on dit...
Mme Lavoie-Roux: Pourquoi pas?
M. Godin: ... de façon réprobative. Ce que je veux
vous dire, c'est qu'effectivement, le premier objectif de la Loi 101 est de
faire en sorte que dans les institutions publiques, et surtout celles de la
santé, tous les patients soient traités en français, dans
leur langue; si ce sont des Anglais, en anglais. Si on se rend compte... il y a
déjà eu des amendements faits aux tests. Je peux vous dire que
mon ministère a prêté un professeur pour adopter des tests
à la réalité, qui est celle de mon ministère, des
communautés culturelles et que les travaux se poursuivent, de
manière que cette
docimologie, pour employer un terme savant que j'ai appris il y a
quelques jours, donne justice à tous les candidats tout en garantissant
au gouvernement que les gens pourront parler en français aux patients
français dans les hôpitaux et dans les établissements de
santé. Ce sont les deux objectifs que nous poursuivons.
L'équilibre, je vous le dis bien, entre les deux réalités,
n'est pas facile à trouver. C'est un peu la quadrature du cercle dans
certains cas, mais nous travaillons là-dessus, il y a eu des changements
et il y en aura d'autres. (12 h 30)
Mme Lavoie-Roux: M. le Président, on est d'accord avec le
ministre et avec le gouvernement que la population puisse être servie en
français dans les institutions publiques. Là-dessus, on n'a pas
à se chicaner. Je pense que l'objet premier des tests était
d'assurer cela.
Mais à l'heure actuelle, au moment où on se parle, les
tests ont été évalués comme étant
discriminatoires à l'endroit de certaines personnes qui, n'étant
pas francophones, évidemment, tombent dans les communautés
culturelles, qu'elles soient anglophones ou qu'elles soient autre chose. Vous
me dites qu'on a envoyé quelqu'un pour réviser, peut-être
occasionnellement, les tests. Mais à l'heure actuelle il se produit des
choses qui, selon l'information publique qu'on en a, seraient discriminatoires.
Est-ce que le ministre a l'intention d'intervenir immédiatement pour
corriger, pas pour qu'il y ait peut-être dix autres cas contre lesquels
on va faire de la discrimination entre-temps?
M. Godin: Mme la députée de L'Acadie, je vous dis
que déjà, des spécialistes de mon ministère
travaillent avec l'Office de la langue française pour vérifier si
les accusations portées sont fondées ou non. Si nous nous rendons
compte à l'épreuve que ces critiques contre les tests sont
fondées, je ferai des pressions sur le ministre responsable de l'office
pour qu'ils soient modifiés.
Mme Lavoie-Roux: Dans combien de temps prévoyez-vous que
vous allez avoir la réponse à votre question?
M. Godin: Dès que je l'aurai, vous en serez
prévenue.
Mme Lavoie-Roux: Ce n'est pas suffisant. Est-ce que ce sera dans
six mois, dans un an, dans 15 jours?
M. Godin: Je vous répète que dès que j'aurai
ces réponses, je vous donnerai les réponses et mes conclusions
face à ces réponses.
Mme Lavoie-Roux: Merci.
M. Godin: Le professeur qui a été
prêté est à l'office jusqu'au 30 juin. Donc, il me fera
rapport après son mandat. À ce moment, je saurai mieux à
quoi m'en tenir personnellement.
Mme Lavoie-Roux: Entre-temps, que des personnes soient
éliminées sur une base qui pourrait être discriminatoire,
cela n'inquiète pas le ministre?
M. Godin: Cela m'inquiète mais c'est un gouvernement ici,
ce n'est pas une "binerie". Nous devons baser nos décisions sur des
études sérieuses et non pas sur le cas de quatre personnes qui,
ayant échoué aux examens, disent que les examens sont injustes.
Parce que si...
Mme Lavoie-Roux: C'est le conseil qui s'est prononcé, je
ne parle pas des quatre personnes.
M. Godin: ... D'accord. Mais l'avis du conseil fait
présentement l'objet d'une évaluation aussi, au ministère
de l'Éducation et à l'Office de la langue française. J'ai
quelqu'un dans mon ministère qui a été prêté
à l'office pour vérifier si le point que vous soulevez
précisément pourrait mener à une discrimination contre
défaveur des gens qui ne sont pas passés par les systèmes
d'enseignement anglais ou français du Québec. Dès que nous
aurons les renseignements, nous interviendrons. Je me répète, ce
n'est pas en deux heures, ce n'est pas en deux jours, ce n'est même pas
en deux semaines que nous allons régler cette question. Si vous regardez
les chiffres des gens qui ont réussi les tests, vous constatez qu'il y
en a beaucoup plus qui les réussissent qu'il n'y en a qui
échouent. Mais si, à chaque fois qu'il y a des échecs, pas
seulement à l'Office de la langue française mais dans le
système d'enseignement, ceux qui ont échoué s'estimaient
lésés et qu'il fallait réviser tous les examens, ce serait
injuste pour ceux qui ont réussi peut-être aussi.
Ce que je veux vous dire, c'est que nous regardons sérieusement
ces tests et que dès que nous serons en mesure de prendre une
décision, de savoir exactement si c'est discriminatoire ou non, nous le
ferons.
Mme Lavoie-Roux: M. le Président, tout ce que je peux
exprimer, c'est que j'ose espérer qu'il y aura d'autres services que le
ministère de l'Immigration qui pourront agir un peu plus rapidement
parce que si on doit attendre jusqu'à la fin de juin, que là un
rapport sera soumis au ministre et qu'après cela ira probablement au
Conseil des ministres et je ne sais où, cela veut dire qu'on peut
laisser la situation se perpétuer peut-être au moins jusqu'au mois
de
septembre. C'est tout, je n'ai pas autre chose à ajouter.
M. Godin: Pour compléter, madame, ce que je peux vous dire
c'est qu'il y a déjà eu des assouplissements aux tests à
la suite de certaines critiques fondées, je le répète,
d'une part; d'autre part, mon ministère donne gratuitement des cours de
français aux personnes qui veulent réussir ces tests. Aux
infirmières en particulier. Nous avons constaté que, je ne dis
pas tous, mais que l'immense majorité de celles qui suivent ces cours
réussissent les tests et que deux ou trois de celles qui ont fait les
manchettes des journaux s'étaient inscrites aux cours et n'en avaient
suivi que 20%. Par conséquent, vous avez assez d'expérience dans
le domaine de l'enseignement pour savoir qu'il y a des élèves qui
échouent par leur faute et qui en mettent la responsabilité sur
d'autres. C'est ce qui s'est passé dans certains cas. Donc, ne partons
pas en peur trop vite, avant d'avoir tous les faits.
Mme Lavoie-Roux: Écoutez, vous avez quand même des
adultes qui sont professionnels. Vous dites qu'ils se sont inscrits à
des cours du soir ou à des cours de fin de semaine. Ce n'est
peut-être pas la possibilité de tous de s'y inscrire et on sait
fort bien que le taux de persévérance aux cours des adultes est
très bas dans tout le domaine de l'éducation des adultes. Je
pense qu'il ne faut pas s'en scandaliser. C'est une mesure objective qu'il faut
avoir. Il y a des gens qui ont plus de talent et plus d'aptitudes pour les
langues que d'autres. Enfin, on pourrait faire entrer une foule de
considérations mais, ce qui me préoccupe, c'est que la mesure
soit objective, ne discrimine pas et ne pénalise pas inutilement les
gens. C'est cela qui est important.
M. Godin: Je suis tout à fait d'accord avec vous. Dans ces
matières, je ne suis pas un expert, vous l'êtes peut-être.
Je vais plutôt me fier aux experts qu'à qui que ce soit d'autre, y
compris mes propres préjugés favorables à l'égard
des victimes. Si tel est le cas dans...
Le Président (M. Desbiens): Est-ce que
l'élément 1 est adopté?
M. Sirros: Étant donné les hésitations qu'on
a quant à la possibilité du CIPACC de réaliser son mandat,
ce sera sur division.
Le Président (M. Desbiens): Adopté sur
division.
Est-ce que l'élément 2 est adopté?
M. Sirros: Non.
Le Président (M. Desbiens): M. le député de
Laurier.
Communautés culturelles
M. Sirros: Le budget total pour l'élément 2 est de
1 300 000 $. La subvention pour les communautés culturelles
s'élève à 957 500 $. Il y a à peu près deux
mois, je me rappelle d'un communiqué de presse qui parlait de 2 000 000
$ pour six nouveaux programmes. Le député de Vachon, lors d'une
rencontre qu'on a eue à l'occasion d'une soirée de danse, a
annoncé publiquement que le ministère injectait 2 000 000 $
nouveaux pour les communautés culturelles. Est-ce que je peux tirer la
conclusion que le député de Vachon devrait s'excuser, d'une part,
et que le communiqué de presse n'était pas tout à fait
exact?
M. Godin: M. le Président, je pense qu'il faut bien dire
que les communiqués de presse ne tiennent pas compte des
éléments comme tels. Les communiqués de presse ne portent
pas sur l'élément 2 ou l'élément 1, mais regroupent
l'élément 2 et l'élément 1. Donc, quand on disait
que nous consacrions 2 000 000 $ aux communautés culturelles, cela
incluait le CIPACC pour la tâche et l'égalité des
communautés culturelles avec la majorité des citoyens du
Québec et également 1 300 000 $; ce qui est compris à
l'élément 2, les communautés culturelles proprement dites,
selon la définition du Trésor, mais les deux ont
été jumelés.
M. Sirros: II faut que je vous dise que cela me
déçoit un peu, dans le sens que je suis certain que le ministre
et le ministère sont capables de préparer des communiqués
de presse qui reflètent bien la réalité, quant aux
subventions accordées aux communautés culturelles. On parlait de
six programmes nouveaux, on ne faisait pas mention du CIPACC à
l'intérieur de cela. On a affiché, à côté de
cela, le chiffre 2 000 000 $; on se promène publiquement, par
après, pour annoncer qu'il y aura des subventions de 2 000 000 $.
Maintenant, vous me dites que cela ne tient pas compte de certains facteurs. Si
le communiqué de presse ne peut pas tenir compte de cela, les
députés le peuvent.
M. Godin: De plus, M. le député, une chose que je
tiens à ajouter que le communiqué faisait état de
l'année de calendrier et non pas de l'année financière. Le
ministère a été créé en avril, le
Trésor a approuvé sa partie de budget quelques mois plus tard et
ce n'est que depuis quelques mois que nous pouvons dire, effectivement, qu'il y
a 2 000 000 $ de plus à la disposition des communautés
culturelles pour l'année 1982 jusqu'en avril 1983. C'est ainsi, par
exemple, que le centre communautaire
de la communauté hellénique bénéficiera,
cette année, de 200 000 $, dont 100 000 $ pour le budget 1981-1982 et
100 000 $ pour le budget 1982-1983. Mais, dans un communiqué, M. le
député de Laurier, on n'est pas pour entrer dans la plomberie du
trésor. Au total, effectivement, au moment où je l'ai
annoncé, on avait débloqué 2 000 000 $ pour les
communautés culturelles.
M. Sirros: Là encore, c'est un bon exemple pour donner de
fausses impressions, parce que, finalement, le montant annualisé n'est
pas de 2 000 000 $. Il s'agit d'un montant annualisé avec lequel le
ministère peut travailler. Autrement, vous ne pouvez pas continuer tout
le temps à ajouter des mois à l'intérieur de vos budgets
quand les mois ne sont plus là. Vous avez un budget pour douze mois.
C'est sur cette base, je crois, que doit se faire une diffusion réelle
des chiffres.
M. Godin: Je pense que nous aurions dû faire - le
député de Laurier a raison - une conférence de presse et
annoncer un budget de 400 000 $, faire une autre conférence de presse et
annoncer 1 600 000 $; donc, deux conférences de presse pour annoncer 2
000 000 $. On a préféré regrouper une mini-année
budgétaire et une autre complète et annoncer 2 000 000 $ au total
pour les nouvelles sommes pour les communautés, entre le moment
où le ministère a été créé et le
moment où le trésor a autorisé la deuxième partie
du budget. Vous posez une question de communication. Je ne pense pas que les
communautés culturelles se soient préoccupées des
années financières et budgétaires. Vous pouvez
l'être en tant que député...
M. Sirros: Je maintiens mes réserves face à
cela.
M. Godin: ... et membre d'une commission parlementaire, mais je
ne m'excuse pas de ce regroupement, dans la mesure où je n'ai fait
qu'une conférence de presse pour annoncer le montant des 18 mois.
Le Président (M. Desbiens): M. le député de
Vachon.
M. Payne: Question de privilège, M. le
Président.
Le Président (M. Desbiens): II n'y a pas de question de
privilège dans une commission, M. le député de Vachon,
mais si vous avez une intervention.
M. Payne: Lorsqu'un député prend la parole, il est
libre de discuter les politiques du gouvernement. Cependant, le
député devrait être en mesure de savoir qu'un
député ne peut pas et ne fait pas d'annonce au nom du
gouvernement; cependant, il peut faire la ventilation des budgets, c'est ce qui
a été fait dans le cadre d'une discussion où il
était présent.
Le Président (M. Desbiens): Est-ce que
l'élément no 2 est adopté?
M. Sirros: Juste une question avant de passer à
l'adoption. L'an dernier, une question avait été posée au
ministre, à savoir si les anglophones devaient être
considérés comme une communauté culturelle à part.
Le ministre répondait qu'il n'avait pas d'idée fixe
là-dessus. Est-ce que son cheminement a évolué depuis ce
temps?
M. Godin: J'en suis au même point pour la raison suivante.
C'est que, si la communauté irlandaise s'adresse à nous pour
obtenir une subvention en vue de célébrer sa fête
nationale, nous allons l'accueillir comme étant une communauté
culturelle dans la mesure où notre loi constitutive dit que la
tâche du ministère est de maintenir et développer les
cultures d'origine. D'accord? Donc, je répète ce que j'ai dit. Il
appartient à la communauté anglaise de déterminer
elle-même si elle vient chez nous pour telle activité ou si, pour
telle autre, elle va ailleurs, mais cela exclurait que mon ministère
finance le théâtre du Centaure, financé par les Affaires
culturelles, dans la mesure où le programme existant couvre ces
activités. Je vous avoue bien franchement que c'est plutôt
pragmatique comme attitude et je ne m'enfargerai pas dans les fleurs du tapis
ni dans les normes de critères pour des montants de cette envergure.
M. Sirros: D'accord.
Mme Lavoie-Roux: Cela a quand même d'autres
répercussions sur le plan de Radio-Québec, pour donner un
exemple, selon que vous la considérez communauté culturelle ou
pas; dans d'autres ministères, cela a d'autres implications.
M. Godin: On peut souhaiter - peut-être que vous ne le
souhaitez pas plus que moi -que le monde soit coupé au couteau, mais
cela n'existe malheureusement pas, il y aura toujours des cas
frontières, des zones grises. Je pense qu'il appartient au
ministère d'être assez souple pour répondre à ces
problèmes. J'ai eu une demande du CASA, qui est un regroupement
anglophone de la Gaspésie, qui voulait organiser un colloque sur les
problèmes dans le domaine de l'éducation dans la Gaspésie.
J'ai alors accordé une subvention de 1200 $, je pense, à ce
groupe. Mon ministère a accordé récemment une
subvention au journal The Township Sun, un journal anglais. Nous avons
estimé qu'il s'agissait là d'une communauté culturelle, la
communauté culturelle des Cantons de l'Est, qui avait besoin d'un coup
de main pour son journal, et nous l'avons fait. Mais je dirais que c'est du cas
par cas, c'est du pièce à pièce. Je n'ai pas de normes
très précises par rapport à la communauté
anglophone. À quel moment est-elle communauté culturelle?
À quel moment est-elle peuple fondateur du Québec? C'est presque
elle qui le décide, au fond. (12 h 45)
Mme Lavoie-Roux: Ce n'était pas au ministre de
l'Immigration que je faisais cette remarque-là. C'est plutôt du
côté des autres ministères où on ne semble pas
être fixé quant à savoir si on leur donne un appui. Parce
que ce sont des anglophones, on ne leur en donne pas. Je pense que,
peut-être, personne n'est fixé à l'intérieur du
gouvernement ou peut-être dans la communauté "at large" - pour
parler français, en général - sur le rôle qu'on leur
voit jouer ou sur la façon dont on les reconnaît. Il y a de la
confusion, c'est cela que je veux dire, parce qu'il n'y a pas les mêmes
normes selon les ministères.
M. Godin: Ce que nous faisons pour être bien certains qu'il
n'y a pas d'injustice, nous vérifions bien que telle communauté
n'a pas frappé à deux portes pour créer de la confusion,
justement, et si un ministère finance une communauté pour telle
activité, nous, on ne la financera pas.
Le Président (M. Desbiens): Est-ce que
l'élément 2 est adopté? Oui, M. le député de
Laurier.
M. Sirros: Une autre question, M. le Président. Dans la
ventilation des contrats accordés de moins de 25 000 $, il y a un
élément: Mme Henriette Landreault a analysé la
publicité gouvernementale québécoise et
fédérale dans les journaux ethniques. Deux questions: d'abord,
comment cela se fait-il que cela a été fait à travers le
ministère des Communautés culturelles et non pas des
Communications, peut-être? Deuxièmement, est-ce qu'on peut avoir
copie de l'analyse?
M. Godin: Certainement. En fait, il est arrivé à
plusieurs reprises, dans les conférences de presse que nous avons
données, que nous avons été l'objet de critiques de
plusieurs rédacteurs de journaux ou de propriétaires de journaux
qui disaient: Le Québec - enfin, ils reprenaient un peu votre discours -
fait du "window dressing", enfin, il prétend qu'il nous aime; il nous
donne quelques bonbons, quelques "candies", et il pense qu'on les aime. C'est
faux, le gouvernement du Québec ne nous donne rien, etc.
M. Sirros: Les gens des communautés culturelles disent la
même chose.
M. Godin: Donc, j'ai pris sur moi de confier à quelqu'un
le soin d'évaluer la totalité des budgets de tous les
ministères, y compris le mien, et la répartition entre divers
médias ethniques par comparaison avec les budgets du
fédéral parce que le gouvernement fédéral
était cité comme l'exemple à suivre. On s'est rendu compte
-je vous donnerai copie du document - que le gouvernement du Québec,
avec tous ses ministères, distribuait plus d'argent en publicité
aux médias ethniques que le fédéral et que certains
journaux qui prétendaient n'avoir rien eu - pour répondre
à cette accusation-là - avaient obtenu une part raisonnable et,
disons, équitable du budget global du gouvernement. Mais je vous
enverrai copie de cela, effectivement.
Le Président (M. Desbiens): Est-ce que
l'élément 2 est adopté?
M. Sirros: Adopté.
Le Président (M. Desbiens): Est-ce que
l'élément 3 est adopté?
M. Sirros: Je me rends compte qu'il est une heure moins dix; on
avait dit qu'on terminerait à une heure. Est-ce qu'on pourrait
dépasser un peu pour terminer?
M. Godin: On peut s'entendre sur une heure où on pourrait
terminer, à une heure et quart.
M. Sirros: Je pense que, dans ces délais-là, on
aura terminé, vers une heure trente. Même peut-être un peu
avant.
M. Godin: Une heure et demie, cela va. En tout cas, en ce qui me
concerne, une heure et demie, cela va. Je demande l'avis de mes
collègues, ce sont eux qui décident.
Une voix: Moi, j'ai une réunion.
Mme Lavoie-Roux: II y une autre possibilité, c'est qu'on
demande au leader de nous ramener à un autre moment pour
compléter.
M. Godin: Pas de problème.
Le Président (M. Desbiens): Je ne sais pas, là.
Évidemment, il y a une enveloppe de trois heures. Maintenant...
M. Laplante: Je proposerais qu'on s'entende sur une heure et
demie, si tout le monde est d'accord.
Le Président (M. Desbiens): Les travaux de
l'Assemblée reprennent à 15 heures cet après-midi. Alors,
il y a consentement pour 13 h 30, d'accord.
M. Sirros: Si on finit avant, tant mieux.
Recrutement et sélection des immigrants
Dans l'élément 3, le mandat du service aux immigrants
entrepreneurs, et investisseurs, a été en quelque sorte beaucoup
mieux défini. Toutefois, il me semble que ce service avait pour mandat
l'année dernière de favoriser l'implantation des immigrants qui
avaient l'intention de créer ou d'acquérir une entreprise au
Québec. Dorénavant, le mandat est plus circonscrit; il consiste
à promouvoir la venue de candidats ayant le capital et
l'expérience appropriés dans les secteurs que le Québec a
décidé de développer en priorité.
Alors, quels sont, d'une part, les secteurs que le Québec
considère comme prioritaires? Et qu'est-ce qui explique qu'en apparence,
en tout cas, il y un genre de rétrécissement en quelque sorte de
la possibilité que les gens puissent venir ici avec du capital pour
investir?
M. Godin: Oui. C'est-à-dire que ce n'est pas un
rétrécissement, l'un n'empêche pas l'autre. J'entends par
là que quelqu'un qui le voudrait pourrait investir dans un secteur mou.
Nous avons eu un cas récent dans la région de Sherbrooke
où un investisseur a décidé d'investir dans la production
de "jeans" - comment dit-on cela en français? Du denim, voilà -
de pantalons en denim et, malgré que le marché des
vêtements de denim ou du textile n'est pas très bon, cette
personne-là a insisté et on se rend compte aujourd'hui que c'est
un succès commercial; 250 emplois ont été
créés par cette entreprise d'un immigrant investisseur.
Nous avons des missions d'agents d'immigration qui vont dans divers pays
du monde. Ils partent d'ici avec le mandat de rechercher des gens dans des
secteurs décrits dans Bâtir le Québec comme étant
prioritaires pour le développement industriel du Québec. Je
pense, entre autres, à ce qu'on appelle aux États-Unis le
"silicone valley", c'est-à-dire tout ce qui est électronique.
C'est un secteur dans lequel le Québec est un peu en retard, pour ne pas
dire beaucoup. Donc, nous recommandons à nos agents de rechercher
d'abord ce genre d'investissements, mais l'un n'empêche pas l'autre. Si
une personne a l'intention d'investir au Québec dans quelque domaine que
ce soit, nous l'accueillons à bras ouverts et nous lui facilitons les
choses.
Dans le domaine agricole, par exemple, il y a deux nouvelles cultures
que nous tentons de développer à l'aide d'immigrants
investisseurs, la vigne, pour produire du vin vraiment d'ici, qui ne sera
sûrement pas aussi bon que le Retsina, mais enfin...
M. Sirros: Sûrement!
M. Godin: ... et également une nouvelle technique qui
consisterait à produire des fraises pendant six mois. La saison des
fraises au Québec est extrêmement courte, mais des agriculteurs
français ont mis au point des méthodes de culture de fraises ou
des variétés de fraises qui ne produisent pas seulement pendant
une courte période au mois de juin, mais pendant six mois. Nous
travaillons en étroite collaboration avec le ministère de
l'Agriculture dans ce domaine pour que ces investissements soient faits.
Également, un autre projet agricole, c'est une cerisaie, comme dans
Tchekhov, c'est-à-dire une production de cerises.
M. Sirros: Ah bon!
M. Godin: Les gens disent depuis longtemps: II n'y a plus de
cerises au Québec. Nous allons donc produire des cerises au
Québec, si cet investissement se réalise. Nous avons
également un projet agricole toujours, les plantes d'intérieur.
Le Québec importe beaucoup de ces plantes d'intérieur et nous
voudrions les produire ici.
Dans le domaine industriel proprement dit, il y a l'informatique et les
machineries numériques. Je ne sais rien de ce que cela veut dire, ce
sont des notes qui me parviennent.
Nous travaillons donc en collaboration étroite pour encourager
l'investissement dans ces secteurs, mais rien n'empêche quelqu'un qui
veut investir dans un secteur déjà en plein développement
au Québec de le faire; l'un n'empêche pas l'autre.
M. Sirros: Avez-vous aussi des liaisons ou des ententes avec le
gouvernement fédéral à travers des programmes qu'il peut
avoir pour susciter l'investissement au Québec?
M. Godin: Justement, votre question tombe bien; vous lisez dans
mon esprit. Nous sommes présentement en train d'évaluer,
justement, de vérifier sur le total des investissements faits par des
immigrants au Canada, la part du Québec. Si le Québec a sa juste
part, nous allons nous en réjouir; si le Québec n'a pas sa juste
part, nous allons contacter nos collègues à Ottawa pour leur
poser des questions. Dès que ces travaux seront terminés, il me
fera plaisir aussi de vous tenir au courant de cela, mais ce n'est que cette
année, en fait, que nous nous penchons sur une ventilation de ces
chiffres, parce que c'est cette année, dans le cadre
de Bâtir le Québec II qui s'en vient, que nous avons
décidé de mettre l'accent sur les immigrants investisseurs. Comme
je vous l'ai dit dans mes remarques préliminaires, il y a
présentement des gens qui sont prêts à investir 300 000 000
$ au Québec, dans nos bureaux de l'immigration à
l'étranger, et nous allons faire en sorte qu'ils aient des
réponses, des évaluations, que le processus de sélection
se fasse le plus tôt possible de manière qu'on puisse les avoir au
moment où la crise au Québec frappe durement.
Le Président (M. Desbiens): M. le député de
Bourassa, sur le même sujet.
M. Laplante: Comment se fait la compétition avec le Canada
et les autres provinces pour ces entrepreneurs investisseurs, quand vous pouvez
détecter que vous pouvez avoir une immigration d'un individu qui veut
investir? Des voyages sont-ils payés pour les amener ici?
M. Godin: Oui, le gouvernement fédéral a des
missions qui parcourent le monde et on a constaté que, dans les pays qui
avaient été visités par les agents du
fédéral, il y avait eu une récolte d'investissements
très importants. Cela nous a incités à faire comme eux et
à envoyer des missions nous-mêmes dans certains pays producteurs
d'immigrants investisseurs, si vous voulez. Je pense entre autres à
l'Allemagne de l'Ouest. Nous avons soumis, ces jours-ci, au Conseil du
trésor, un projet pour débloquer des fonds supplémentaires
au fonds de suppléance pour multiplier le nombre de missions dans des
pays prometteurs. Je pense entre autres à Taiwan, je pense à
certains pays d'Europe où on constate, à partir des chiffres du
fédéral, qu'il y a un potentiel d'investissements au
Québec. Mais, entre provinces, il y a, disons, une saine
compétition pour attirer les gens chez soi plutôt qu'ailleurs.
Mais c'est l'immigrant investisseur qui décide, qui analyse le
marché et qui, par exemple, évalue les programmes de soutien ou
d'aide à l'emploi des ministères de l'Agriculture ou de
l'Industrie et du Commerce. En dernière analyse, on est en honnête
compétition avec nos provinces voisines pour les attirer ici.
M. Laplante: Est-ce que vous payez les voyages de ces
gens-là pour venir sur place pour voir le degré d'investissement
qu'ils peuvent faire?
M. Godin: Non.
M. Laplante: On parle souvent d'une mentalité ou
peut-être d'une éducation à faire au Québec sur le
nouvel arrivant ou l'immigrant au Québec; on dit souventefois qu'il
prend les emplois déjà existants des Québécois.
Vous avez déclaré, à un moment donné, que chaque
nouvel arrivant au Québec pouvait créer "une job" et demie par
l'investissement qu'il faisait; est-ce que ça tient encore, même
dans le temps de crise qu'on connaît?
M. Godin: De plus en plus, même qu'on s'est rendu compte
que ceux qui n'étaient ni investisseurs ni indépendants, les
réfugiés, par conséquent, du Vietnam, les plus
démunis des immigrants que l'on peut recruter, même eux
étaient créateurs d'emplois au Québec, étaient
créateurs d'une activité économique. Donc, ça ne
fait que confirmer que l'immigration est, au-delà des aspects
humanitaires, au-delà des aspects de solidarité, au-delà
des aspects culturels, d'un seul point de vue économique, un actif pour
toute société.
Le Président (M. Desbiens): Merci. Est-ce que
l'élément 3... Oui, M. le député de Laurier.
M. Sirros: Vous avez mentionné tout à l'heure que
vous êtes en train de faire une comparaison entre le pourcentage
d'investissements faits au Québec et celui pour le reste du Canada, etc.
Je constate que vous avez déjà quelques chiffres sur ça
dans le livre que vous avez préparé. Je constate aussi qu'en 1981
il n'y a pas de chiffres disponibles. Mais il semble y avoir une baisse
continuelle, plus ou moins, si je ne me trompe pas, je vois 9 300 000 $ nets
qui ont été apportés au Québec, un pourcentage de
9,3% par rapport au Canada en 1980; cela a déjà été
de 29%, cela a déjà été de 11%, de 16%, de 25%,
probablement qu'il y a certaines variations qui s'expliquent par la venue d'une
ou deux personnes avec une somme importante. Si on soustrait ces
choses-là, on se trouverait peut-être à avoir une moyenne
de - je marche au pif, comme ça - de 16% à 17%. Est-ce qu'il y a
quelque chose en particulier qui pourrait expliquer la chute?
M. Godin: Tout dépend des secteurs. Je pense que les
secteurs d'activité les plus dynamiques pour les immigrants, depuis
quelques années au Québec, ont été le domaine
agricole. Nous avons procédé à cette étude, dont je
parlais tout à l'heure, de la part du Québec dans les fonds
investis par les immigrants dans la part canadienne, précisément
parce que nous voulions connaître les causes de ces variations
d'année en année. Dès que ces travaux seront
terminés, M. le député de Laurier, il me fera plaisir de
vous les transmettre. Mais vous avez raison de dire qu'une année un gros
investissement peut se faire qui modifie considérablement la moyenne ou
la courbe. Ce que je peux vous dire, c'est que nous nous sommes donné
comme priorité, cette
année au ministère, de faire des missions dans un plus
grand nombre de pays, de récolter dans un plus grand nombre de pays le
plus grand nombre d'immigrants investisseurs possible. (13 heures)
Par ailleurs on me dit ici - comme il arrive souvent en
comptabilité - qu'en cours d'une décennie, comme les
critères d'évaluation changent... C'est-à-dire que si vous
considérez comme investisseur quelqu'un qui investit plus que 5 000 000
$ et comme non-investisseur quelqu'un qui investit moins de 5 000 000 $,
à partir de telle année, il y a une chute statistique mais en
fait il y a une raison pour laquelle il y a cette chute qui ne correspond pas.
Les problèmes qu'on a, c'est que nous considérons immigrant
investisseur, selon les mêmes critères que dans le passé,
le fédéral a changé il y a quelques années, donc ce
sera plus difficile de s'ajuster. Mais on aura deux courbes, l'une avec les
anciens critères, l'autre avec les nouveaux critères de
manière qu'on puisse vraiment comparer des fruits avec des fruits et des
lapins avec des lapins et non pas des lapins avec des chevaux.
Le Président (M. Laplante): élément 3,
adopté?
M. Sirros: Dernière question, M. le Président.
À l'heure actuelle, je pense qu'il y a trois fichiers constitués
au ministère de l'Immigration, l'immigration permanente, temporaire et
évaluation des candidats. Est-ce que l'information contenue
là-dedans serait éventuellement disponible aux citoyens en vertu
d'une éventuelle loi sur l'accès à l'information?
M. Godin: Je ne crois pas que ce soit accessible aux citoyens. En
général ce serait vraisemblablement possible de donner à
la personne qui est l'objet des renseignements... Oui, je pense que l'esprit de
la loi serait précisément cela c'est-à-dire de permettre
à une personne qui est l'objet d'un rapport de savoir ce que contient le
rapport et de le corriger preuve en main si nécessaire.
M. Sirros: Dernière chose.
M. Godin: Je vous avoue qu'au ministère, la
réflexion là-dessus n'est pas très avancée, c'est
une idée neuve en ce qui me concerne mais nous notons et on pourra voir,
au fil des mois, de quelle manière concrètement on peut le faire
et on vous tiendra au courant dès que la loi sur l'accès à
l'information sera adoptée en Chambre.
M. Sirros: Est-ce qu'il y a aussi un fichier de type information
policière ou si c'est quelque chose que vous laissez au
fédéral?
M. Godin: En fait, il y a deux domaines qui sont sous la
responsabilité du gouvernement fédéral: le statut de
réfugié qui n'est pas un domaine à proprement parler mais
qui relève d'eux, mais les deux domaines sont les questions de
santé et les questions policières. Seul le fédéral
ayant le statut international dans ces domaines-là, c'est lui qui
contacte les policiers de chacun des pays d'origine de nos immigrants pour voir
s'il les accepte ou non.
M. Sirros: La Sûreté du Québec n'intervient
pas, ne constitue pas de dossier.
M. Godin: Non.
Le Président (M. Laplante): Élément 3
adopté, élément 4?
Mme la députée de L'Acadie.
Mme Lavoie-Roux: Je remercie mon collègue de Laurier,
comme je dois quitter, il y a seulement trois petites questions que je voudrais
poser. D'abord, à l'égard des COFI, est-ce que vous avez
abordé une formule mixte d'initiation à la langue
française par le truchement du travail ou si c'est toujours strictement
dans le COFI lui-même, c'est-à-dire une formule mixte
d'intégration au travail et d'initiation linguistique? Cela avait
été un souhait exprimé par un bon nombre de
représentants, je ne vous donnerai pas de statistiques mais enfin.
M. Godin: Ce que nous faisons, qui ressemble peut-être un
peu à ce que vous souhaitez c'est que nous avons des cours sur mesure.
Nous avons la formation professionnelle des adultes, programme mixte
fédéral-provincial, au terme duquel tout immigrant qui ne parle
pas français a droit à des cours gratuits de français
payés par le fédéral et par le Québec dans nos
COFI. Pour répondre à des besoins spécifiques -parce que
les cours se donnent de 9 heures à 17 heures et les gens travaillent de
9 heures à 17 heures - nous avons en plus cette formule un peu plus
souple de cours de français sur mesure. Nous récoltons un nombre
suffisamment important de candidats aux cours de français en milieu de
travail, dans un quartier, dans une paroisse, elles ou ils - ce sont des femmes
la plupart du temps - se regroupent et déterminent les heures qui leur
conviennent. Nous nous rendons au lieu du travail, au lieu de la réunion
au sous-sol de l'église, paroisse, cuisine, etc., et nous donnons nos
cours de français au moment qui leur convient et à l'endroit qui
leur convient; c'est pourquoi nous les appelons cours sur mesure. Je ne sais
pas si ça répond un peu à l'objectif visé?
Mme Lavoie-Roux: Je pense que la
deuxième formule que vous décrivez est certainement une
bonne initiative. Il y avait aussi la possibilité de travailler.
Là, à ce moment-ci, il faut qu'ils entrent au COFI et, ensuite,
ils vont sur le marché du travail, alors que les gens auraient
souhaité souvent une formule mixte.
M. Godin: ... qui leur permettrait de... Il y a une
expérience pilote - une seule, remarquez bien - qui s'est faite à
Montréal dans les cours de couture, où les gens suivaient
à la fois des cours de couture et des cours de français. Par
ailleurs, une partie du problème vient du fait que le gouvernement
fédéral - je ne dis pas que c'est sa faute, ce sont ses
règles à lui et nous nous en satisfaisons - exige que ce soient
des cours de français à temps plein; ça veut dire que
c'est de 9 heures à 17 heures.
Mme Lavoie-Roux: II faudrait que ce soit négocié
avec le gouvernement fédéral.
M. Godin: Oui, voilà. Rien n'est exclus. Nous avons
d'ailleurs des rencontres conjointes, prévues entre l'administration
québécoise et l'administration fédérale, sur ces
questions et je dois dire en toute honnêteté que la collaboration
du fédéral dans ces domaines est excellente.
Mme Lavoie-Roux: Dans ce premier projet pilote, il est trop
tôt pour évaluer si c'est une formule souhaitable, il semble que
vous le fassiez dans le contexte. Est-ce que c'est une formule souhaitable? En
fait, tout le monde pensait que ce serait souhaitable, mais peut-être que
l'expérience va prouver que ce ne l'est pas.
M. Godin: Cette expérience, me dit-on, a été
concluante et nous avons l'intention... M. Prudhomme, le sous-ministre adjoint
pourrait répondre là-dessus. Je présume que si
c'était concluant on l'arrêterait, comme dans bien des cas?
Oui, mais c'était fort intéressant. Il y a certains
problèmes à l'intérieur de cela sur le plan juridique
également avec certains employeurs; on doit les couvrir par des mesures,
les accidents du travail etc., qu'il faut surmonter également. Il y a
des expériences en cours, c'est en marche.
Mme Lavoie-Roux: Cela semble être une bonne
expérience.
M. Godin: L'expérience a été faite aussi
avec des groupes de parrainage et de réfugiés qui faisaient une
initiation; on amenait les gens visiter les usines.
Mme Lavoie-Roux: Bon, parfait. En tout cas, on pense dans cette
direction. Vous avez mentionné, dans vos notes préliminaires, que
vous vous étiez penchés sur le problème des femmes
immigrées. Je sais qu'il y a déjà eu des études de
faites au ministère des Communautés culturelles et de
l'Immigration, ce n'est pas la première fois qu'on se penche sur cela;
est-ce qu'il y a moyen d'avoir la documentation qui existe au ministère
des Communautés culturelles et de l'Immigration? Si vous en avez une
plus récente, une étude, dont celle à laquelle vous
semblez faire allusion, si j'ai bien compris...
M. Godin: Avec plaisir. En fait, nous avons donné un coup
de main financier à une organisation qui va organiser un colloque sur la
situation de la femme immigrante. En plus, on vient de vous remettre un
document qui s'appelle: "Entre femmes".
Mme Lavoie-Roux: ... des ressources.
M. Godin: Oui, ça répond à un besoin qu'on
avait identifié précisément à la suite des contacts
ou des rencontres avec les regroupements de femmes immigrantes mais, la
réflexion n'étant pas terminée, le colloque aura lieu dans
quelques mois, dans quelques semaines, un colloque sur les femmes immigrantes
au cours duquel on va sûrement nous faire d'autres suggestions,
lesquelles nous permettront de raffiner encore plus nos politiques et de
modifier nos règlements, nos lois, nos cours pour répondre
à leurs besoins.
Mme Lavoie-Roux: Est-ce qu'il existe une littérature au
ministère là-dessus? Sur les problèmes des femmes
immigrantes?
M. Godin: Oui. Effectivement, c'est un sujet qui n'est
peut-être pas central, mais qui est quasi central dans
l'interprétation du ministère. Je pourrai vous faire tenir tout
ce que nous avons là-dessus. En plus, nous sommes présentement
à travailler sur toute la question des travailleurs et travailleuses
domestiques, ces personnes qui détiennent des visas temporaires comme
travailleuses domestiques et qui, souvent, sont les victimes d'exploitation.
Les solutions que nous proposons à cet égard, c'est qu'il y ait
un contrat type de travail qui soit signé par la candidate avec son
employeur avant même de quitter son pays d'origine et que ce contrat
fasse l'objet d'une surveillance de la part du ministère, de la part du
ministère, de la part du gouvernement ou de la part de la commission des
normes minimales du travail. Parce que les travailleuses domestiques ont
été exclues des lois et règlements qui relèvent de
la commission. Donc, une réflexion est en cours là-dessus, des
contacts sont maintenus avec la commission et le ministère du Travail,
de la Main-d'Oeuvre et de la Sécurité du revenu du
Québec.
Mme Lavoie-Roux: Deux autres petites questions. Je vais me
limiter à une, je vais laisser les Haïtiens au député
de Laurier parce que je pense...
M. Godin: Juste en terminant, Mme la député de
L'Acadie. Nous subventionnons aussi, en plus, des organisations de femmes
immigrantes comme telles. Vous avez la liste dans vos notes.
Mme Lavoie-Roux: D'accord. Je voudrais revenir, parce que je
pense que cela doit faire partie du programme de l'adaptation des immigrants,
sur les classes d'accueil.
On a éliminé le préscolaire. Est-ce que vous faites
un suivi ou est-ce que vous allez faire un suivi? Parce que c'est simplement
l'an prochain que les enfants vont arriver à l'école avec
uniquement une année de maternelle. Du point de vue de leur adaptation,
des difficultés que cela a créées, vous ne pouvez pas me
donner les réponses maintenant, mais je pense que c'est un
problème qu'on devrait suivre de très près. Je
regretterais que, l'an prochain, on arrive à l'étude des
crédits au mois de mai et qu'on nous dise: On n'a pas commencé,
ça va être juste l'année prochaine. Je vous passe la
commande tout de suite parce que je trouve cela extrêmement
important.
M. Godin: Non seulement il y a un suivi, Mme la
députée de L'Acadie, sur la question que vous posez sur les
classes d'accueil, etc., mais il y a un phénomène nouveau qui
n'avait pas été prévu. C'est qu'un grand nombre de parents
de l'île de Montréal qui ont droit d'envoyer leurs enfants
à l'école anglaise les envoient à l'école
française pour que leurs enfants soient en position de mieux
s'intégrer, tout en ne perdant pas les droits pour les
générations futures d'envoyer leurs enfants à
l'école anglaise; donc, ils font les deux. Avec le résultat que
vous avez un gonflement inattendu du nombre d'enfants des communautés
culturelles dans certaines écoles, dans mon comté en particulier
et ailleurs aussi.
Je ne dis pas qu'il y a des contacts organiques, si vous voulez, mais,
chaque fois que nous avons été saisis d'un problème de ce
type, des gens de chez nous, pédagogues ou autres, ont été
vus, ont vu la direction des écoles en question et ont travaillé
à des solutions. Également, ils ont été
informés par la CECM de mesures particulières qui étaient
appliquées dans ces écoles, de manière à
éviter que les nouveaux venus retardent le déroulement normal de
l'ensemble de la classe. Donc, il y a - sans aller jusqu'à dire qu'il y
a un programme général là-dessus -une sensibilisation au
ministère sur cette question, mais indépendamment de la question
que vous posez. Quant à la question que vous posez, nous allons tenter
d'obtenir du ministère de l'Éducation du Québec des
renseignements sur cette question, d'autant plus qu'elle est reliée
à notre clientèle.
Mme Lavoie-Roux: Parce que c'est extrêmement important, je
veux bien qu'à un moment donné, on prenne des mesures
spéciales parce que les enfants sont... Enfin, le problème que
vous avez soulevé, c'est très bon. Mais il ne faudrait pas, parce
qu'on a supprimé la maternelle - peut-être que cela ne causera pas
d'inconvénient, c'est pour cela que je vous demande la réponse -
que cela apporte qu'éventuellement, en première et
deuxième année, on se trouve à remarginaliser des enfants
parce qu'ils auront besoin de toutes sortes de mesures d'appoint. Je pense que
c'est là le problème de fond. Il y a un monsieur en
arrière qui veut répondre.
M. Godin: Sur ce point, ce dont je peux vous assurer, c'est
qu'à la CECM, chez nous et au ministère de l'Éducation -
mais je ne peux parler pour l'instant que de la CECM avec laquelle nous avons
des contacts suivis - la CECM a mis sur pied, si mes renseignements sont bons,
des équipes qui réfléchissent à ces questions et
qui, je l'espère, trouveront des solutions aux problèmes quand
ils se poseront.
Mme Lavoie-Roux: C'est parce qu'on ne peut pas attendre trois
ans. Parce que l'endroit critique, c'est la première année, quand
un enfant commence à faire ses apprentissages. Si vraiment cela cause un
retard, c'est un cercle vicieux. J'arrête là, je voulais vous
signaler le problème.
Le dernier cas, ce sont les Haïtiens. Pourquoi, tout à
l'heure avez-vous pensé que c'était pour être
méchante à votre endroit?Je pense, à mon point
de vue, que toutes ces choses ont une mesure subjective, je suis prête
à vous le concéder. Les problèmes d'adaptation des jeunes
Haïtiens, des Haïtiens, du point de vue du marché du travail,
sont encore plus pénibles pour eux, peut-être, que pour d'autres
groupes, quoique, là-dessus, je n'aie pas de donnée. On se
prépare des problèmes sociaux considérables,
particulièrement au niveau de l'adaptation scolaire, enfin, tout ce qui
s'ensuit. Je voudrais simplement savoir, très brièvement, quelles
sont les mesures particulières que vous prenez à l'endroit de ces
groupes. Cela fait plusieurs années qu'ils sont ici. On parlait
tantôt d'Émile-Nelligan. Philippe-Aubert-de-Gaspé avait une
population haïtienne importante. Elle a peut-être
déménagé, parce qu'elle se transporte d'école en
école. Compte tenu qu'ils sont redevenus - je l'ai regardé
très rapidement - je pense, le premier groupe quant au nombre
d'immigrants en 1981-1982 et qu'il y a de fortes chances que cela
continue, compte tenu de la diminution de l'immigration asiatique, je pense que
cela demande une attention particulière. Autant je veux
reconnaître les mérites de M. Dejean, que je connais et que je
sais fort intéressé aux communautés haïtiennes...
Vous savez qu'il y a beaucoup de groupes d'Haïtiens à part cela.
Ils ne sont pas tous sous le même chapeau non plus. Vous devez le savoir
autant que moi. Cela complique peut-être aussi des approches plus
générales que vous voudriez avoir. Je ne vous en dis pas plus
long; vous devez connaître les problèmes mieux que moi, mais cela
fait cinq ans que le les soulève, non pas ici, mais au ministère
de l'Éducation, parce que j'en avais hérité à la
CECM où cela commençait à se dessiner. Je viendrai vous
demander la réponse l'an prochain.
M. Godin: Sur ce point précis, Mme la
députée de L'Acadie, dans votre cahier, à la lettre Q du
deuxième chapitre, vous avez "revenus prévus, ententes avec le
fédéral", dans la troisième colonne 1982-1983, vous avez
un astérisque qui réfère au projet de francisation des
Haïtiens. Nous sommes présentement en négociation avec le
fédéral pour bénéficier d'un programme
spécial de formation professionnelle des adultes pour enseigner le
français à temps plein aux Haïtiens et cela inclurait
même un programme d'alphabétisation. Le fédéral
avait donc constaté comme vous et comme nous certains problèmes
spécifiques à la communauté haïtienne et nous tentons
d'évaluer le nombre de personnes qu'il faudrait couvrir de
manière à déterminer le budget le plus tôt possible
et à rendre ce service le plus tôt possible. D'autre part, il y a
également une table de concertation sur les problèmes des
Haïtiens, sur la question haïtienne à laquelle participent des
représentants des deux ministères et également les
représentants de la communauté haïtienne.
Vous constaterez, dans la liste des subventions aux organismes et
groupes d'accueil et d'adaptation, que les organismes haïtiens sont parmi
ceux que nous soutenons le plus sérieusement, parce que, comme vous,
nous croyons qu'il faut prévoir l'avenir dès maintenant et tenter
dès maintenant de désamorcer des tensions ou des conflits qui
peuvent survenir.
Il y a donc un chapelet de mesures. J'y ajoute le cours
d'alphabétisation à la CECM, le cours de français à
temps plein, le cours de français à temps partiel et
également des contacts avec les municipalités où il y a
des concentrations de manière qu'on puisse identifier les
problèmes avec les municipalités et les conseils de ville et
trouver des solutions.
Il y a également concertation avec le ministère de
l'Éducation du Québec pour qu'à l'intérieur des
écoles, à l'intérieur des classes, il y ait des mesures
spéciales, si nécessaire.
Je termine en vous disant, en réponse à votre question,
que la communauté noire anglophone fait aussi l'objet de nos
préoccupations particulières. Nous avons rencontré ces
gens récemment et il aura bientôt quelqu'un qui sera au cabinet
à temps plein, pendant le nombre de mois qu'il faudra, pour jouer
à leur endroit le même rôle que d'autres membres du cabinet,
c'est-à-dire identifier le mieux possible les problèmes et
informer le ministère et le ministre des meilleures solutions à
prendre. Cette personne s'appelle M. Stanley Aleong. Il sera confirmé
bientôt au cabinet. Il y a donc une série de mesures qui sont en
cours présentement qui répondent à votre question.
Mme Lavoie-Roux: Merci.
Le Président (M. Desbiens): M. le député de
Bourassa.
M. Laplante: Je ne m'étendrai pas non plus sur le
problème haïtien. J'ai parlé longuement avec M. le ministre
des problèmes des communautés haïtiennes. Vous aviez
à peu près dit ce que vous venez d'énoncer, M. le
ministre. Le problème de l'adaptation scolaire, vous y avez
touché, mais ce que je désirerais, c'est d'avoir un programme
spécial. Il faudrait faire une enquête vis-à-vis des
écoles, surtout du nord, de Saint-Léonard, de
Montréal-Nord, du quartier Saint-Michel, où il y a trois grosses
concentrations, actuellement, de communautés haïtiennes, pour voir
où va l'adaptation scolaire et essayer de travailler ensemble pour faire
adapter un programme entre le ministère de l'Éducation et le
ministère de l'Immigration.
Il y a aussi le problème des travailleurs. C'est que,
actuellement, près de 30% de la communauté haïtienne est en
chômage - j'avoue très honnêtement que ça me fait
peur - dans les trois endroits que je vous ai nommés. Je ne voudrais pas
qu'il s'élève ici, au Québec, de ghetto vis-à-vis
d'un groupe culturel. J'ai peur que cela se produise si notre gouvernement,
avec l'aide du fédéral aussi là-dedans - j'insiste
là-dessus - ne peut pas développer des politiques pour essayer de
faire une intégration. Le plus tôt sera le mieux avec cette
communauté-là. Je veux revenir surtout au travailleur immigrant
en usine. Lors de la dernière étude des crédits, vous
aviez annoncé qu'il y aurait des inspecteurs dans les usines pour voir
le comportement de l'employeur face au travailleur immigrant. J'aimerais savoir
où c'est rendu, ça. C'est ma dernière question.
M. Godin: D'accord. Au-delà des renseignements que nous
pouvons obtenir là-dessus de la part de l'Union des travailleurs
immigrants du Québec que nous subventionnons, de la CSN que nous
subventionnons, de la FTQ que nous subventionnons pour les services qu'ils
rendent au travailleur immigrant et qui nous informent
régulièrement de ce qui se passe, au-delà de ces
renseignements-là qui viennent au ministère, il y a, à la
Commission des normes minimales du travail, des enquêteurs, des
inspecteurs dont c'est le mandat, la mission et la tâche de voir à
ce qu'il n'y ait pas d'exploitation. Je n'ai pas d'autres renseignements
là-dessus que le fait que ça existe. Maintenant, je peux
m'informer et voir quel travail ils font, combien de cas ils identifient,
quelles mesures ils ont adoptées pour régler ces
problèmes-là et vous faire rapport là-dessus, à
moins que vous posiez la question, en Chambre, à mon collègue du
Travail, de la Main-d'Oeuvre et de la Sécurité du revenu.
M. Laplante: Je vais vous laisser la recherche, M. le ministre,
mais ça serait intéressant de le savoir, de faire le point
là-dessus.
M. Godin: D'accord, parfaitement d'accord.
Le Président (M. Desbiens): Est-ce que
l'élément 4 est adopté?
M. Sirros: Non, M. le Président.
Le Président (M. Desbiens): M. le député de
Laurier.
M. Sirros: Pour les quelques minutes qui nous restent, j'aimerais
qu'on parle un peu des COFI, finalement, parce qu'on a l'inquiétude, en
tout cas, que tranquillement les COFI sont en voie de disparaître. On
tire cette conclusion de deux choses. D'une part, dans le plan d'action, il n'y
a absolument rien qui indique aucune intention de maintenir les COFI;
deuxièmement, on parle de la possibilité de transférer aux
commissions scolaires l'enseignement du français ou d'instituer dans les
commissions scolaires des classes pour le français. J'aimerais entendre
de la part du ministre, M. le Président, qu'on est absolument dans
l'erreur, que les COFI sont là pour rester et qu'il n'y a aucune
intention de diminuer de façon substantielle les COFI et les services
qu'ils dispensent, même s'il le fait déjà.
M. Godin: Même si...
M. Sirros: Il y a cette année, déjà, vous
l'avez admis, une diminution dans les cours à temps partiel et il a
peut-être le cas du COFI Saint-Charles dont on pourrait discuter. Mais
j'aimerais, de façon générale, vous entendre dire que nous
sommes dans l'erreur, que les COFI sont là pour rester.
M. Godin: Alors, les COFI sont là pour rester, M. le
député de Laurier. Je le dis avec plaisir parce que les
renseignements que j'ai des élèves adultes des COFI, c'est que
bien des personnes, après avoir suivi des cours à
différents endroits, dans des écoles privées ou dans des
commissions scolaires et maintenant aux COFI, estiment que nous avons un des
meilleurs corps enseignants qu'ils puissent imaginer, d'une part. D'autre part,
ce que nous avons et qui est irremplaçable, ce sont les cours de
français sur mesure. Je pense que la petite taille du ministère,
la petite taille de nos écoles qui sont des COFI, explique
peut-être que les choses vont relativement bien pour ce qui touche
à l'enseignement du français.
Maintenant, j'ajoute - et là, je vous révèle des
secrets du ministère - qu'il y a une réflexion chez nous au
ministère sur ce que nous appelons le droit au français. Nous
voulons que le gouvernement du Québec, dans la mesure où il
adopte la loi 101, dans la mesure où il réfléchit sur la
francisation du Québec, permette à tout citoyen du Québec
qui veut apprendre le français de le faire gratuitement, de le faire aux
moments, aux heures et aux lieux qui lui conviennent. Notre réflexion
là-dessus n'est pas terminée mais l'objectif est celui que je
vous ai décrit. Dès que notre réflexion sera
terminée, nous déposerons certainement un document incitant le
gouvernement dans son ensemble, aussi bien le ministère de la
Main-d'Oeuvre, le ministère de l'Éducation que le
ministère chez nous, à doter le Québec de tous les moyens
pour qu'une personne qui veut apprendre le français le puisse le plus
tôt possible. Cela n'est pas pour demain matin, je vous le dis, c'est la
prospective que nous faisons par rapport à la francisation des gens au
Québec.
Pour revenir au quotidien, il n'est pas question de fermer les COFI, il
n'est pas question non plus de réduire le nombre de COFI, il est
question de faire en sorte qu'il y ait une liste d'attente qui ne soit pas trop
longue dans les COFI. Si, en cours d'année, on se rendait compte que la
liste d'attente s'allonge, c'est ce que j'ai dit publiquement l'autre jour,
rien ne nous interdit d'aller au fonds de suppléance, cette
espèce de banque de caisses pop que le ministère a en cours
d'année, pour obtenir des crédits supplémentaires et
obtenir que des professeurs occasionnels soient engagés par le
ministère pour répondre à la demande telle qu'elle se
présentera.
M. Sirros: Vous avez aussi dit qu'il y a effectivement eu
coupures dans les cours à
temps partiel, si je ne me trompe pas. Je fais l'hypothèse que
les gens qui optent pour ces cours sont des gens qui finalement sont
déjà sur le marché du travail, qui optent pour des cours
à temps partiel étant donné leur horaire, etc. Par ces
décisions, est-ce qu'on ne condamne pas, en quelque sorte, ces
gens-là? Est-ce qu'on ne va pas exactement à l'encontre de
l'objectif que vous venez de citer que vous voulez avoir pour tout le monde
dans ce secteur-là? Évidemment, les gens qui sont sur le
marché du travail, parce qu'il faut qu'ils vivent, qui ne parlent pas le
français, qui sont des nouveaux arrivés finalement, on leur
soustrait l'occasion d'apprendre le français. Ce que je disais tout
à l'heure c'était que si on n'agit pas sur ce plan dès
l'arrivée des personnes, les trois premières années, dans
dix ou quinze ans on va se ramasser encore avec des situations où les
gens seront exclus, en quelque sorte, du "main stream", si vous voulez.
M. Godin: Vous avez parfaitement raison de poser le
problème dans ces termes-là. Je vous ferai remarquer que les COFI
n'existent que depuis quelques années au Québec et que les cours
sur mesure existent depuis encore moins de temps. Mais, grâce à
ces cours, grâce aux ententes que nous avons avec les commissions
scolaires dans les régions où il n'y a pas une concentration
suffisante d'immigrants pour justifier un COFI - parce que nous avons
également avec dix commissions scolaires dans le Québec des
ententes de francisation sous l'empire du programme de formation
professionnelle des adultes - nous sommes convaincus, d'après le nombre
de personnes que nous touchons chaque année, que le problème que
vous posez va se résoudre.
Mais je dois vous dire par ailleurs que mon ministère, comme tous
les autres, a dû subir des coupures. Je me suis battu
littéralement, verbalement évidemment, pour que les coupures
soient les plus faibles possible. Le ministère a eu à les subir
mais, si nous nous rendions compte que les coupures risquent de nous remettre
dans le même cercle vicieux que vous décrivez, comptez sur moi
pour convaincre mes collègues du Conseil du trésor et du Conseil
des ministres de réviser à la hausse les budgets.
M. Sirros: Pourriez-vous aussi faire le point sur la situation
exacte dans le COFI Saint-Charles?
M. Godin: Saint-Charles, il y a eu une liste d'attente de 150
personnes pour les deux derniers mois de l'année. Il y avait une moyenne
de 14 personnes en liste d'attente au cours de l'année, certains mois
c'est 0, d'autres mois c'est 23, la moyenne c'est 14. Alors, nous estimons que
14 personnes en attente pour des cours qui commencent un mois plus tard, ce
n'est pas la fin du monde et nous pouvons vivre avec ça. Ce qui s'est
passé c'est qu'au COFI Saint-Charles, la liste d'attente de 150
personnes a été présentée comme un problème
permanent, tandis que c'est un problème temporaire. (13 h 30)
Deuxièmement, un certain nombre de professeurs ont convaincu
leurs élèves que des gens étaient refusés au cours
de français au COFI alors qu'en fait ce qui se passait, c'est qu'ils
étaient reportés d'un mois. Alors que dans les commissions
scolaires, c'est à tous les six mois que les inscriptions se font, chez
nous cela dure un mois seulement. Il y a eu - peut-on imputer cela à des
négociations syndicales qui sont proches - la création d'une
espèce de climat préparatoire à un affrontement. Les
faits, si on les regarde comme il faut, c'est que la moyenne d'attente c'est de
14, personne n'est refusé, au pire, cela prend un mois avant d'avoir
accès à des cours. C'est la réalité.
M. Sirros: Vous dites finalement que ce n'est pas vrai que le
nombre de classes au COFI Saint-Charles va aller de 32 à 18, que ce
n'est pas vrai que le nombre d'heures d'instruction passe de 20 à 16 par
semaine.
M. Godin: Tout ça est vrai. M. Sirros: Les
deux?
M. Godin: Tout ça est vrai. Mais le résultat
concret, M. le député de Laurier, c'est qu'au pire les gens vont
attendre un délai d'un mois avant de s'inscrire à des cours,
c'est ce qui va se passer, au pire. Si nous nous rendons compte que les 150
personnes dans la liste d'attente deviennent un phénomène
permanent, nous allons réviser notre décision à la
hausse.
M. Sirros: Est-ce qu'il y a quelque chose qui vous fait croire
qu'il y aura une moins grande demande pour ces cours? Si vous passez de 32
à 18...
M. Godin: Les dix mois passés.
M. Sirros: Les dix mois passés. Cela veut dire qu'il n'y a
pas suffisamment de demandes pour maintenir les 32 classes?
M. Godin: Non. C'est-à-dire que nos dix mois passés
nous montrent que non.
M. Sirros: Alors, d'accord.
M. Godin: S'il appert dans l'avenir que ça se justifie,
oui. Mais il y a une autre chose que je dois vous dire, c'est que le nombre
d'inscriptions va augmenter. Nous allons pouvoir accueillir avec moins
d'argent
un plus grand nombre de personnes.
M. Sirros: Oui, parce que vous diminuez finalement la
qualité de l'enseignement.
M. Godin: Parce qu'on diminue le nombre d'heures. Est-ce que
ça équivaut à diminuer la qualité de
l'enseignement? Je vous laisse juge, je n'en suis pas convaincu. D'autre part,
ils peuvent se réinscrire autant de fois qu'ils veulent à ces
cours. Donc, nous devons vivre avec des coupures, ce n'est facile pour
personne, nous tentons de faire pour le mieux avec ces coupures en
réaménageant les paramètres de manière à
pouvoir accueillir dans un COFI plus de gens dans une année avec moins
d'argent.
M. Sirros: Ici, la diminution est passée de 8
degrés à 5 degrés.
M. Godin: C'est temporaire. M. Sirros: Expliquée
par?
M. Godin: Expliquée par le fait qu'on monte à 150
personnes en liste d'attente et que si ça rebaisse nous allons garder le
même nombre de permanents, autant d'occasionnels que possible et remonter
à 8 niveaux.
M. Sirros: D'accord.
Le Président (M. Desbiens): Alors, est-ce que
l'élément 4 est adopté?
M. Sirros: Adopté, sur division, M. le
Président.
Le Président (M. Desbiens): Adopté, sur
division.
Est-ce que l'élément 5 est adopté?
M. Sirros: À l'élément 5, il y aurait juste
une très brève question.
Le Président (M. Desbiens): M. le député de
Laurier.
M. Sirros: Vous passez beaucoup de voeux et de messages dans les
journaux, 11 427 $.
M. Godin: Oui, M. le député de Laurier. Je vais
vous donner un exemple précis: La fête nationale Ethniki Eorti que
vous connaissez bien et que nous avons célébrée ensemble,
nous mettons un placard d'annonce dans quatre journaux grecs. Vous savez aussi
bien que moi que si on n'en oubliait un, il y aurait une émeute; donc
nous préférons les couvrir tous, d'une part. D'autre part, ce
qu'il faut dire aussi, il ne faut pas charrier non plus, c'est qu'une grande
partie du montant a été dépensée à annoncer
des cours de français dans les COFI, les cours sur mesure, ce ne sont
pas uniquement des..
M. Sirros: Je pense que je parlais uniquement des voeux et les
messages du ministre.
M. Godin: Sur les voeux et des messages du ministre,
effectivement, il y en a beaucoup en réponse aux porte-parole de la
presse ethniques qui se plaignaient que le ministère ou le ministre
fêtait avec les Grecs, ne fêtait pas avec les Arméniens, ne
fêtait pas avec les Arabes. Donc, pour que tout le monde soit content,
nous avons décidé de marquer chacune des fêtes nationales
des communautés qui ont des journaux et des médias au
Québec. Je suis sûr que si jamais vous me succédez, vous en
ferez autant.
Le Président (M. Desbiens): Est-ce que
l'élément 5 est adopté?
M. Sirros: Adopté, M. le Président
Le Président (M. Desbiens): Les crédits du
ministère des Communautés culturelles et de l'Immigration
sont-ils adoptés?
M. Sirros: Adopté.
Le Président (M. Desbiens): Adopté. Alors, je
demande au rapporteur de faire rapport à l'Assemblée nationale
dans les plus brefs délais et je remercie chacun des membres de la
commission, des participants.
La commission élue permanente des communautés culturelles
et de l'immigration ajourne ses travaux sine die.
(Fin de la séance à 13 h 36)