(Onze heures trente minutes)
Le Président
(M. Rivest) : Alors, bonjour à tous. Ayant constaté le quorum,
je déclare la séance de la Commission
de la culture et de l'éducation ouverte.
La commission
aujourd'hui se réunit afin de poursuivre les consultations particulières et les
auditions publiques sur le projet de loi n° 64,
Loi instituant le Musée national de l'histoire du Québec.
M. le secrétaire, est-ce qu'il y a des
remplacements?
Le Secrétaire : Oui, M. le
Président. Mme Dionne (Rivière-du-Loup—Témiscouata) est remplacée par Mme Poulet
(Laporte) et Mme Ghazal (Mercier) est remplacée par M. Zanetti
(Jean-Lesage).
Auditions (suite)
Le
Président (M. Rivest) : Merci. Nous allons entendre les témoins
suivants : le Syndicat de
professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec et M. Jean
Hébert, en présence.
Je souhaite la bienvenue aux représentants du
syndicat du gouvernement du Québec et je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes pour réaliser
votre exposé, puis nous procéderons à la période d'échange avec les membres
de la commission. Je vous invite à débuter votre exposé.
Syndicat de
professionnelles et professionnels
du gouvernement du Québec (SPGQ)
M. Trudel (Martin) : D'accord. Merci
beaucoup. Donc, Mmes et MM. les députés et députées, membres de la Commission
de la culture et de l'éducation, membres du SPGQ affectés à la bonne marche de
cette commission et des travaux parlementaires en général, bonjour. Je suis
Martin Trudel, troisième vice-président du SPGQ. Je suis accompagné de Mélanie
Robert, conseillère en relations de travail et à la négociation, et de
Jean-François Landry, conseiller politique.
Le SPGQ est
le plus grand syndicat de personnel professionnel du Québec. Il représente plus
de 35 000 spécialistes travaillant
au sein des ministères et organismes de l'État québécois. Parmi ceux-ci, nous
représentons près de 200 professionnelles et professionnels dans
les trois musées nationaux du Québec, soit le Musée de la civilisation du Québec, le Musée d'art contemporain et le Musée national des beaux-arts du Québec. Ces expertes et experts jouent un rôle
crucial dans la préservation, la recherche et la diffusion de notre patrimoine
culturel.
La volonté du SPGQ de réagir au projet de loi n° 64 repose sur le fait que nos membres, en particulier
les 115 professionnels du Musée de la civilisation, détiennent l'expertise
nécessaire et sont stratégiquement placés pour faire connaître l'histoire du
Québec. Leur expertise et leur dévouement ont déjà permis au Musée de la
civilisation de devenir une institution de renommée internationale, reconnue
pour la qualité de ses expositions et de ses collections.
Le projet de loi donne peu de détails sur la
nature du Musée national de l'histoire du Québec. Nous nous interrogeons sur la pertinence de créer un nouveau
musée national avec une structure de gestion indépendante du MCQ, institution
muséale déjà dédiée en grande partie à l'histoire du Québec, d'autant plus que
le projet de loi ne prévoit rien en ce qui concerne un des aspects fondamentaux
des musées, soit les collections. Pourtant, au Québec et ailleurs dans le monde, les institutions qui portent le nom
de musée ont pour mission d'acquérir, de conserver, d'étudier et de mettre en valeur des collections. Le MCQ remplit déjà
cette mission. En effet, il possède des collections riches et variées qui couvrent
l'histoire du Québec et de ses communautés.
En effet, alors que la mission du MCQ vise à
«faire connaître l'histoire et les diverses composantes de notre civilisation,
notamment les cultures matérielle et sociale des occupants du territoire
québécois et celles qui les ont enrichies», celle envisagée par le MNHQ est de
«faire connaître et de promouvoir l'histoire du Québec, sa culture et son
identité distincte ainsi que de témoigner de l'évolution de la nation
québécoise et de l'apport des communautés qui
ont façonné son parcours et son territoire». La création d'un nouveau musée
entraînerait un dédoublement de mission, ce qui pourrait diluer les
ressources et les efforts du MCQ.
Rappelons aussi que le réseau des musées
québécois est déjà fragilisé depuis plusieurs années. Le projet des Espaces
bleus est venu ajouter une pression additionnelle sur les institutions
régionales.
Nous tenons aussi à souligner que le projet
amène des craintes chez nos membres, bien qu'il soit prévu que les conditions
de travail du MCQ suivent, alors qu'il reste beaucoup d'incertitude autour du
projet.
Le MCQ a accumulé, au fil des années, des artéfacts,
des documents et des oeuvres d'art qui témoignent de l'évolution de notre
société. Plutôt que de disperser ces trésors dans une nouvelle institution, il
serait plus judicieux de renforcer et d'enrichir les expositions actuelles du
MCQ, surtout que le projet de loi ne prévoit pas de volet collectionnement pour
le MNHQ.
Bien
que l'emplacement du nouveau musée ne soit prévu que le... dans le projet de
loi, nous savons que l'établissement sera
sur le site du séminaire, situé dans le Vieux-Québec. Cette zone est
déjà desservie par une offre muséale riche
et diversifiée portant sur l'histoire du Québec. Le MCQ et d'autres
institutions culturelles y sont déjà implantés.
Le SPGQ estime que
tant l'utilisation du lieu et les objectifs poursuivis à travers le projet de
loi n° 64 pourraient exister, mais à
l'intérieur de la structure administrative du MCQ. Ce musée a déjà
l'infrastructure, l'expertise et l'expérience nécessaires pour gérer des
expositions et des programmes éducatifs sur l'histoire du Québec. Plutôt que de
créer une nouvelle structure administrative, il serait plus efficient de
renforcer les capacités du MCQ pour qu'il puisse assumer ces nouvelles
responsabilités.
D'autres exemples de
sociétés d'État qui régissent plus... plus d'un musée existent en Amérique du
Nord. Le Musée canadien de l'histoire, à Gatineau, et
le Smithsonian Institution, aux États-Unis, intègrent des musées, des missions
et des bâtiments différents sous une même société d'État. Ces modèles montrent
qu'il est possible de concentrer les efforts de préservation et de diffusion de
l'histoire nationale sans créer de nouvelles entités autonomes.
Dans les années
passées, le MCQ a d'ailleurs eu sous sa responsabilité le Musée de l'Amérique
francophone, le musée Chevalier, le Musée de Place royale, et il gère encore le
centre national d'études et de conservation des collections. Cette expérience prouve que le MCQ est capable de gérer
ces... des collections et des expositions spécifiques tout en maintenant
une cohérence institutionnelle. Il n'est pas nécessaire de créer une structure
autonome pour mettre de l'avant l'histoire du Québec et de la nation... de la
nation québécoise.
Donc, nos conclusions
et recommandations. Le SPGQ invite le gouvernement à considérer la création
d'un nouveau musée et à privilégier le
renforcement... le renforcement du Musée
de la civilisation pour garantir une
gestion efficace et cohérente du patrimoine historique et soumet, à cet
effet, trois recommandations.
La première,
renforcer le MCQ par l'optimisation des ressources et la valorisation de
l'expertise existante. En intégrant
directement la mission souhaitée du MNHQ au sein du MCQ, le dédoublement des
efforts et des ressources serait évité, permettant ainsi une utilisation
plus efficace des fonds publics. Il est essentiel de valoriser et de soutenir
cette expertise plutôt que de la disperser.
Deuxième
recommandation, assurer un financement adéquat des institutions muséales. Les
dernières années ont été difficiles pour les musées. Avant de créer une
nouvelle institution, le gouvernement devrait s'assurer que les musées
existants ont des budgets de fonctionnement et de développement suffisants.
Troisième
recommandation, encadrer correctement la mission. Si le gouvernement va de
l'avant avec la création du MNHQ, le SPGQ recommande de mieux encadrer la
mission de celui-ci par une réelle évaluation des besoins pour éviter les
dédoublements avec le MCQ.
Donc, merci de votre
attention. Ça termine notre intervention.
Le Président (M. Rivest) : Merci.
Merci à vous. Maintenant l'exposé terminé, je vous remercie pour... pour cela. On
va maintenant commencer la période d'échange. M. le ministre, la parole est à
vous. On a 13 min 30 s.
M. Lacombe : Merci beaucoup. Merci, M. le Président. Merci à
vous d'être avec nous aujourd'hui, de vous avoir... de vous être
préparés et de venir nous témoigner de ce que vous pensez, ce que vous pensez
du projet de loi.
Je commencerais
d'abord avec une question, parce qu'on a eu beaucoup, bon, de gens qui sont,
jusqu'à maintenant, venus nous partager leurs points de vue, surtout des
historiens, par exemple, des gens liés aux musées. Donc, est-ce que c'est juste de dire que, dans le cas qui nous occupe,
la position que vous venez défendre aujourd'hui, c'est davantage une
position syndicale, donc la position des membres que vous représentez, plutôt
que comme point de vue muséal sur le... sur le projet de loi?
M. Landry
(Jean-François) : C'est certain qu'on ne rentrera pas dans des débats
d'historiographie et de muséologie. Il y a quand même certains éléments dans
nos recommandations qui viennent toucher des aspects de la... des musées, mais c'est vu de l'expertise de nos
membres, qu'on a consultés pour... pour l'exercice. Mais évidemment on vient représenter une position syndicale par
rapport à... les structures qui sont mises en place, là, par le gouvernement.
M. Lacombe : Donc,
il est davantage question pour vous aujourd'hui de venir nous démontrer, pour
vous, ce qui serait davantage gagnant pour les employés du musée d'un point de
vue de leurs conditions de travail. Puis là je n'entends pas le salaire, là,
mais j'entends leurs conditions d'exercice, leurs conditions d'emploi.
Mme Robert
(Mélanie) : Bien, en fait, c'est des préoccupations qui nous ont été
soumises, là, de la part des membres. Étant donné que le projet de loi a juste
quatre pages, c'est sûr que ça a créé de l'incertitude auprès des membres. Donc,
on les a consultés, là, pour venir ici, effectivement.
M. Lacombe : D'accord.
Sur la mission du Musée national de l'histoire du Québec, et en comparaison
avec celle du Musée de la civilisation, vous nous dites que le Musée de la
civilisation, principalement, s'occupe déjà... Vous avez dit... Je ne veux pas vous mettre des mots dans la bouche,
tantôt, là, mais, si je vous cite un peu librement, vous avez dit :
Il s'occupe déjà de ça majoritairement, là, c'est déjà l'essentiel de sa
mission, au Musée de la civilisation. Vous vous basez sur quoi pour dire ça?
Mme Robert
(Mélanie) : Bien, en fait, il nous a été rapporté qu'il y a
présentement une exposition permanente au musée, puis cette exposition a
la même superficie que le musée que vous voulez déjà créer. Donc, ça, c'était
une information qu'on a... qu'on a eue. Donc, on se base là-dessus.
Jean-François.
M. Landry
(Jean-François) : ...ce n'est pas nécessairement majoritaire, mais il
y a déjà cette mission-là au Musée de la civilisation. Mais...
M. Lacombe : D'accord. Bien, la
nuance est importante, parce que tantôt vous sembliez dire que... et je voulais
juste préciser avec vous, que, le Musée de la civilisation, son principal objet
d'étude, entre... entre guillemets, ou en tout cas sa principale mission, c'est
l'histoire. Je voulais juste clarifier avec vous.
• (11 h 40) •
Mme Robert (Mélanie) : OK. Non, non,
il y a une exposition déjà existante.
M. Landry (Jean-François) : ...de la
civilisation, qui est de faire connaître l'histoire des composantes de notre
civilisation, notamment les cultures matérielle et sociale des occupants du
territoire québécois, on comprend qu'il peut y avoir une distinction entre la
nation québécoise et les occupants du territoire québécois, mais...
M. Lacombe : Bien, il y en a une
grande.
M. Landry
(Jean-François) : Oui, mais ça reste quand même... L'élément
essentiel du Musée de la civilisation tourne autour du Québec.
M. Lacombe : D'accord.
M. Landry (Jean-François) : Donc,
pour nous, la distinction entre les deux missions peut causer problème. Ça a
été abordé par d'autres intervenants préalablement à la commission
parlementaire... dans les premiers jours de la commission, comment est-ce que
les deux institutions vont collaborer, le partage des collections, le partage
des ressources humaines aussi. C'est sûr qu'on l'a mentionné. Il y a des
éléments qui créent des incertitudes chez nos membres.
Ça a été mentionné aussi en commission, l'aspect politique, qu'il ne faudrait pas
y avoir dans le musée. Donc, c'était une des... un des éléments que...
M. Lacombe : Bien, la plupart des
intervenants sont venus nous dire, sur l'aspect politique, si on referme cette
parenthèse-là tout de suite, qu'il n'y avait pas d'inquiétude vraiment.
M. Landry (Jean-François) : Bien,
qu'il n'y avait pas d'inquiétude, mais que c'est quelque chose qu'il faut
prévoir. Donc...
M. Lacombe : Exact. Bien,
c'est-à-dire, c'est, bien sûr, l'idéal à atteindre. C'est ce qu'ils nous
disent. Mais, lorsqu'on leur demande : Pensez-vous qu'on va y arriver,
êtes-vous inquiets?, ils disent : On n'est pas du tout inquiets, on pense que tout est en place pour que
ce soit à un bon bras de distance du politique, comme les autres musées,
d'ailleurs. Est-ce que vous êtes de cet avis-là?
M. Landry
(Jean-François) : Quand ce sera mis en place, je pense... je pense
que oui. Ce n'est pas nécessairement là, l'inquiétude. Nous, ce qu'on
questionne, puis c'est vraiment le coeur de notre préoccupation, c'est :
Est-ce qu'il y a vraiment une nécessité de créer une autre... une autre
structure plutôt que d'utiliser ce qui existe déjà dans le monde muséal, dans
les musées nationaux?
M. Lacombe : Mais, sur l'ingérence
politique, juste pour que ce soit clair dans mon esprit, vous, est-ce que vous
pensez que le musée va être indépendant? Est-ce que c'est quelque chose qui
vous inquiète?
M. Landry (Jean-François) : Pas sur
l'indépendance.
M. Lacombe : D'accord.
M. Landry (Jean-François) : Mais,
si... Juste pour compléter, dans le fond, c'est que les éléments qui ont été
mis de l'avant pour l'instant, c'est parti des Espaces bleus. Là, il y a le
Musée national de l'histoire qui est... qui est mis de l'avant pour le
gouvernement, mais ça n'a pas nécessairement été l'objet d'une consultation
plus large du monde muséal au préalable. Donc, c'était plus là, la
préoccupation d'est-ce qu'on fait les choses dans le bon ordre.
M. Lacombe : La création d'un musée,
vous voulez dire?
M. Landry (Jean-François) : La
création du musée.
M. Lacombe : Effectivement. Mais
vous êtes conscients, j'imagine bien, que le contenu des expositions est
réalisé en vertu de ce qui va être donné comme orientations par le comité
scientifique qui va être mis sur pied par le Musée de la civilisation.
M. Landry (Jean-François) : Oui.
M. Lacombe : Donc,
que ce ne sont pas des... Ce n'est pas le ministère de la Culture, là, qui
réalise ça.
Sur... Bien, je veux juste revenir sur la
mission, parce que ça me fascine un peu, ce débat, quand même, parce que moi,
j'y vois des distinctions importantes. Tantôt, vous avez dit : C'est vrai
qu'il y a une distinction entre la nation québécoise puis l'histoire de la
nation québécoise et l'histoire des occupants, donc, au pluriel, du territoire
québécois, de leurs cultures, donc, au pluriel, matérielles et sociales. Donc,
on comprend qu'on parle davantage d'un musée
de société, donc, qui peut parler de toutes les composantes de la société
québécoise. D'ailleurs, les intervenants de la Fondation Lionel-Groulx
nous disaient qu'il y a une énorme différence entre la société et la nation.
Donc, ça, c'est le Musée de la civilisation. Du côté du Musée national de
l'histoire du Québec, c'est principalement l'histoire de la nation québécoise. Donc, il y a... il y a là une différence qui
est, pour moi, majeure, qui est... qui est donc beaucoup plus que
significative, elle est majeure. Vous ne trouvez pas que c'est suffisant?
M. Landry (Jean-François) : Suffisant
pour créer une autre institution, on ne pense pas. On pense que ça peut se
faire dans le cadre du Musée de la civilisation, parce qu'au même titre que, le
Musée de la civilisation, sa mission, c'est sur la civilisation, notamment le
territoire québécois, le musée de l'histoire, ce qui est prévu, c'est sur la
nation québécoise et les... l'apport des communautés qui l'ont façonnée. Donc,
d'une manière ou d'une autre... Puis on n'est pas les seuls à la mentionner,
cette ambivalence des deux missions, là.
M. Lacombe : Puis c'est vrai que
certains autres intervenants... Puis je n'ai pas fait le pointage, mais je
pense qu'en majorité les gens voient une distinction qui est assez... pardon,
qui est assez marquée. Mais, bon, vous avez répondu à mes questions là-dessus.
J'entends bien vos réponses.
Sur les collections, je veux peut-être vous
donner l'occasion de préciser votre pensée. Qu'est-ce qui vous fait craindre
que le musée ne puisse pas constituer sa propre collection?
M. Landry (Jean-François) : Bien, en
fait, c'était un questionnement par rapport à la mission du Musée de la
civilisation, qui prévoit des éléments de collectionnement, alors que, dans le
Musée national de l'histoire, ce n'est pas prévu dans ce qui a été mentionné,
là, parce que, comme on l'a dit, il y a peu de choses qui sont... qui sont
prévues dans le projet de loi, vu qu'il n'est pas très... pas très long. Mais
c'est correct. Mais il y a eu beaucoup mention,
là, d'un musée à vocation électronique, donc, des collections peut-être
numériques. Donc, on se... on se questionne sur jusqu'à quel point il y
aurait un partage entre ce qui se fait par le Musée de la civilisation puis ce
qui serait fait par le Musée national de l'histoire.
M. Lacombe : Sur, donc, les
collections, mais... En fait, le projet de loi vient instituer le Musée
national de l'histoire du Québec, mais c'est un projet de loi qui modifie la
Loi sur les musées nationaux pour faire exister le Musée national de l'histoire du Québec. Et la Loi sur les musées
nationaux prévoit déjà, et c'est à l'article 22.2, que... si je ne m'abuse, que les musées nationaux... En fait,
«un musée doit adopter une politique générale de gestion des collections
qui regroupe notamment :
«1° les axes de développement retenus pour ses
collections», etc.
Donc, ça, est-ce que ça vous rassure? C'est déjà
prévu à la loi.
M. Landry (Jean-François) : A
priori, ça pourrait rassurer. On n'a pas regardé cet élément-là en particulier
dans la modification de la loi.
M. Trudel (Martin) : On peut vous
dire que c'était une préoccupation des membres, que ce musée-là puisse avoir
des collections. On n'était pas certains.
M. Lacombe : D'accord. Bien, en
fait, donc, ça me permet de vous faire la précision, là. On crée le Musée
national de l'histoire du Québec, qui devient, donc, un musée national dans la
loi, et la loi, elle prévoit déjà que tous les musées nationaux ont... ont
cette responsabilité même de se doter d'une politique puis de... bon, pour
gérer leurs collections. Et, à l'intérieur
même du projet de loi, on l'écrit, je pense que j'ai ça ici, peut-être pour
vous rassurer un peu plus encore, donc, 24.1, à l'alinéa 3° :
«3° d'assurer une présence du Québec dans le
réseau international des manifestations muséologiques par des acquisitions, des
expositions et d'autres activités d'animation.»
Donc, on
parle aussi d'acquisitions dans notre projet de loi, là, ce qu'on vient... ce
qu'on propose pour modifier la Loi sur les musées nationaux. On propose aussi,
là, l'acquisition. Ça fait que je vous... je vous le mentionne.
Qu'est-ce qui inquiète vos membres dans le
transfert qui pourrait être fait? Est-ce... est-ce que ça, c'est une inquiétude
marquée?
Mme Robert (Mélanie) : Oui, c'est
une inquiétude, parce que les membres qui seraient transférés, en fait, c'est
ceux qui avaient été engagés, des occasionnels, pour les Espaces bleus. Donc,
ils se demandent, tu sais, leurs postes, qu'est-ce qui va arriver, qu'est-ce
qu'ils vont faire. Ce n'est pas précisé, évidemment, dans la loi, là, mais
c'est sûr que c'est des grandes préoccupations, l'incertitude. Déjà qu'ils
avaient un statut, tu sais, d'occasionnel, là, ce n'était pas des... Donc,
c'est sûr que ça, ça les... ça les inquiète. On comprend qu'il y a un deux ans
pour créer le musée, mais, après, qu'est-ce qu'il va y avoir? Tu sais, c'est
de... C'est ça qui les inquiète vraiment, là, à savoir après aussi.
Présentement, si c'est adopté, OK, ils vont travailler, des petites fourmis qui
vont travailler, mais c'est après.
M.
Lacombe : Oui. Puis d'ailleurs ils font de l'excellent travail. Et,
pour cette raison-là, moi, je pense qu'ils ne devraient pas avoir d'inquiétude,
parce que, justement, ces gens travaillent sur les expositions, travaillent sur
le futur Musée national de l'histoire du Québec, qui pourra aller de l'avant si
le projet de loi était adopté, mais on aura besoin d'eux, on aura besoin d'eux
par la suite, parce qu'on devra faire des embauches. Puis d'ailleurs le projet
de loi le stipule bien, là, qu'il pourra y
avoir un transfert. Donc, est-ce que ce serait... Est-ce que ce n'est pas
plutôt rassurant, même, à l'inverse,
de dire : Ces gens qui ont un emploi qui est un peu plus précaire en ce
moment, il y a eu l'incertitude entourant les Espaces bleus, et là
maintenant on leur dit : On a... on a ce projet, évidemment, on souhaite
qu'il aille de l'avant avec l'adoption du projet de loi, et au terme duquel
vous allez pouvoir être embauchés parce que le projet de loi indique bien qu'il pourra y avoir des transferts... du transfert
de personnel? Est-ce que ce n'est pas plutôt rassurant?
Mme Robert
(Mélanie) : Bien, je suis contente de vous entendre, si vous le dites
comme ça. Ce n'est pas comme ça que c'est écrit dans la loi. Donc, c'est sûr
que ça peut mener à du positif pour eux, mais n'empêche que ça crée des
incertitudes. Ils vont sûrement nous écouter aujourd'hui, donc...
M. Trudel
(Martin) : ...
Mme Robert
(Mélanie) : C'est ça.
M. Trudel
(Martin) : ...les 35 vont pouvoir continuer dans le nouveau musée
d'histoire national.
Mme Robert
(Mélanie) : Oui, c'est ça. Parce que vous savez qu'il y a présentement
35... environ 35...
M. Lacombe : Oui,
37.
Mme Robert
(Mélanie) : ...37... 35, 37, mais il y en a deux qui sont...
M. Lacombe : Oui.
Bien, moi, on me dit... Je ne suis pas un expert des relations de travail,
là...
Mme Robert
(Mélanie) : Non, c'est moi.
M. Lacombe : ...comme
vous, c'est ça, c'est vous puis c'est... c'est M. Nolin, mais on me dit
que les... pour les employés occasionnels, il n'y a pas... il n'y a pas de stress,
c'est un transfert. Les gens vont continuer de travailler automatiquement. Et
donc ça, c'est une bonne nouvelle.
Mme Robert (Mélanie) : Puis les statuts vont
changer? Est-ce que vous... Parce que, là, ils sont occasionnels. Moi,
je veux savoir...
M. Lacombe : Ah!
bien là, je ne m'obstinerai pas sur les...
Une voix : ...
• (11 h 50) •
Mme Robert
(Mélanie) : C'est ça.
M. Lacombe : Je
ne peux pas...
Mme Robert
(Mélanie) : Vous ne pouvez pas vous avancer.
M. Lacombe : Oui.
Là, je ne m'aventurerai pas sur ce terrain-là, parce que vous avez
l'avantage... vous avez l'avantage, puis je ne voudrais pas vous induire en
erreur.
Mais moi, je dirais
que ça complète un peu les questions que j'avais à la suite de votre exposé.
Mais il nous reste combien de temps, M. le Président?
Le Président (M.
Rivest) : ...
M. Lacombe : Deux
minutes. Si mes collègues n'ont pas de question, je vous permettrais peut-être,
avec les deux minutes restantes, de... si vous avez un point que vous n'avez
pas eu le temps d'aborder, si vous voulez réagir à quelque chose que j'ai moi-même abordé. Sinon, on peut passer au
prochain... à la prochaine intervenante. Je la donnerais au député de
Jean-Lesage à la place. Il en a beaucoup moins que vous.
Le Président (M.
Rivest) : Est-ce que... est-ce que ça vous convient ou ça...
Une voix : ...
Le Président (M. Rivest) : OK.
Parfait. Alors, merci, M. le ministre. Ça va vous rajouter... Vous aviez trois
minutes et quelques, je vais vous le
confirmer, trois minutes. Vous en auriez cinq, 5 min 48 s, pour
être précis. Alors, bien, merci, M. le ministre. Je vais céder maintenant la
parole à la députée de l'opposition officielle, la députée de Robert-Baldwin.
Mme Garceau :
Bonjour. Merci d'être ici. Un témoignage hautement pertinent, compte tenu
que vous n'êtes pas les seuls. Il y en a eu quand même plusieurs, groupes qui
ont les mêmes préoccupations que vous en ce qui a trait au dédoublement de
mission. Et même on pourrait aller plus loin. Je comprends, dans votre mémoire,
là, que vous avez parlé de la préoccupation
que cela pourrait diminuer les ressources et les efforts du Musée de la
civilisation. On a la Pre Christine Bernier, que nous allons entendre cet
après-midi, qui va même peut-être plus loin, que peut-être que ça
pourrait vampiriser le Musée de la civilisation. Donc, je voulais vous entendre
un petit peu plus là-dessus.
Et,
en termes des préoccupations des professionnels que vous représentez, il y en a
115 au musée, donc, peut-être élaborer sur toutes les préoccupations.
M. Landry
(Jean-François) : Si je peux y aller sur la vampirisation, c'est...
bien, un des éléments qu'on a amenés, par exemple, dans notre mémoire, c'est
l'offre muséale qui est déjà présente, très présente dans la... dans le
Vieux-Québec. Il y a déjà beaucoup d'institutions autres que des musées aussi
qui sont... qui sont présentes. Puis évidemment, quand les gens ont à se
présenter, à visiter des musées, bien, ils font des choix.
Nous, ce qu'on... ce
qu'on mentionne, puis c'est un peu une logique avec laquelle on revient dans
différentes recommandations, pas juste ici dans le PL 64, c'est :
Pourquoi créer des nouvelles structures, alors que ça peut se faire dans le
mode existant? On faisait exactement la même recommandation la semaine dernière
au PL 61 sur la création de Mobilité Infra Québec. Donc, il y a un peu
cette logique-là de dire : Est-ce que c'est une bonne utilisation des fonds publics de créer des structures? Ça va
prendre plus de temps encore pour mettre en place les expositions parce qu'il
va falloir mettre en place un conseil d'administration, une nouvelle
organisation, alors que les professionnels qui travaillent sur les expositions
sont déjà présents actuellement au Musée de la civilisation.
Donc, pour nous, il y
aurait moyen de donner des orientations gouvernementales pour mettre de l'avant
la nation québécoise. Ça pourrait être un volet du Musée de la civilisation qui
serait... qui serait mis en place. On donne des exemples, par exemple, le
Smithsonian, à Washington, le Musée canadien de l'histoire, à Ottawa, où c'est
un musée, mais qui a différents... différents volets. Le Musée de la
civilisation a déjà fonctionné aussi dans ce modèle-là avec d'autres...
d'autres organisations. Donc, c'est quelque chose qui existe déjà. Pour nous,
ce serait plus simple. Ce serait une meilleure utilisation des fonds publics et
du temps aussi pour prendre l'expertise des professionnels qui sont déjà là,
donc, plutôt que d'avoir une période d'incertitude — même si on sait qu'ils
vont être transférés avec les conditions de
travail qui sont prévues actuellement au musée, bien, ça va quand même amener
de l'incertitude — alors
que ce serait possible de le faire dans les moyens actuels.
Mme Robert
(Mélanie) : ...à votre question aussi, sur les préoccupations, il y
avait aussi le fait de mettre à terme dans deux ans, à l'adoption de la loi.
Donc, on trouvait... bien, «on»... les membres trouvaient, en fait, que ça
mettait de la pression sur eux pour un livrable dans une courte durée, là.
C'était une préoccupation qui nous a été soumise par ailleurs.
Mme Garceau :
Est-ce qu'il y a une préoccupation également, puisqu'on est dans le
sujet... Ce n'est pas... On n'a pas vraiment précisé. C'est l'article 11,
je crois, là, au niveau du transfert du personnel. Je comprends pour ceux qui étaient attitrés, là, au niveau des
Espaces bleus, mais, d'autres membres du personnel du Musée de la civilisation,
est-ce qu'il y a une inquiétude qui... qu'on
pourrait les... qu'ils pourraient être imposés de travailler au nouveau musée?
Est-ce que c'est une inquiétude de transfert peut-être imposé qu'ils vont
devoir... Non?
Mme Robert (Mélanie) : Je ne pense pas que... Tu
sais, je ne suis pas le... je ne suis pas le MCQ non plus, là, mais je pense
qu'il y aurait des discussions entre l'employeur et moi, là, s'il y avait...
S'ils imposaient, là, des transferts comme ça, je pense qu'il y aurait
des discussions à y avoir. Ce n'est pas dans le projet de loi non plus, puis je
n'ai pas eu... Je n'ai pas ces préoccupations-là aujourd'hui.
M. Trudel
(Martin) : ...que ce soit au choix des membres et que ce ne soit pas
imposé.
Mme Robert
(Mélanie) : ...des discussions avec l'employeur, là.
Mme Garceau :
Non, c'est pour ça, parce que c'est... C'est peut-être dans le détail,
lorsqu'on sera rendus là, au niveau de cette... de cette disposition
particulière.
Mme Robert
(Mélanie) : Tout à fait.
Mme Garceau :
Je comprends que vous représentez quand même, là, 35 000 membres.
Je voulais savoir, est-ce qu'il y a eu écho, vous en avez touché un peu, en ce
qui a trait à l'impact de la création d'un nouveau musée, surtout dans la ville de Québec, puisqu'il y a le
Musée de la civilisation? Est-ce qu'ils peuvent coexister, deux musées
qui vont sensiblement avoir la même mission, et ça, c'est l'histoire du Québec?
Mme
Robert (Mélanie) : Bien, ce qu'on vient faire ici, c'est de vous dire
qu'il y aurait peut-être un dédoublement de la mission. Donc, ça va de soi que
la... S'il y a des changements au projet de loi, ça pourrait plus cohabiter,
d'une certaine façon, là, mais... Jean-François.
M. Trudel
(Martin) : ...on sent qu'il y a... il y a une saturation du nombre de
musées possible que les gens vont... vont fréquenter. Si on voit... Pour aller
au Musée de la civilisation, il y a plusieurs types d'expositions. Donc, on y va puis on va voir différents... Mais on...
Je pense que, dans les habitudes des touristes ou Québécois, ça se pourrait
que le choix, ce ne soit pas nécessairement
fait pour les plus petits musées comme ceci. Puis je pense qu'il y a certains
musées, justement, que ça va peut-être moins bien à cause de ça, là, à cause
qu'il y a une trop grande offre.
M. Landry
(Jean-François) : ...compléter, ce qui nous a été rapporté en termes
de besoin muséal pour la région Québec, ce serait plus un musée des sciences,
donc, qu'on ne retrouve pas dans la région de Québec. Je pense qu'il y a
d'autres intervenants qui l'ont... qui l'ont mentionné aussi lors de la
commission. Donc, c'est cet élément-là qui nous a été ramené en termes d'offre
muséale, là.
Mme Garceau :
Je vais vous poser la question puisque vous avez touché un peu en termes de
la pertinence et le pourquoi, et c'est suite
à l'annonce qu'on a mis un terme... le ministre a mis un terme aux Espaces
bleus : Est-ce que, pour vous, le choix d'un musée de l'histoire,
c'est un choix politique et non de nécessité?
Des voix :
...
Mme Garceau :
Non, je pose la question.
Mme Robert
(Mélanie) : ...les membres. On a... on a avancé nos préoccupations. On
n'a pas dit qu'on était nécessairement contre. Tu sais, on a des
recommandations, on dit la meilleure façon qu'on pense que ça pourrait être
viable, mais je ne pense pas que notre mandat ici, c'est de s'avancer sur le
politique.
M. Landry
(Jean-François) : ...c'est que ce qui a... ce qui aurait probablement
dû être fait, c'est une consultation préalable à l'annonce pour vraiment
répondre aux besoins.
Mme Garceau :
OK. Et une consultation préalable... Et j'étais pour... J'arrivais là, parce
qu'il y a d'autres groupes qui en ont mentionné en termes de déterminer les
besoins dans l'écosystème muséal ici, au Québec, les besoins de créer un autre
musée de cette envergure dans la ville de Québec, surtout lorsque nous savons
très bien que plusieurs musées régionaux sont sous-financés. Est-ce que vous
avez écho des musées régionaux en termes de leurs inquiétudes?
M. Landry
(Jean-François) : Bien, ce qui nous a été rapporté par... C'est sûr
que nous, on représente les membres des musées nationaux, donc, pas des musées
régionaux. Par contre, le financement des musées au Québec en général, là,
c'est une préoccupation du milieu depuis de nombreuses années. Donc, c'est sûr
que, quand il y a une nouvelle institution qui arrive, bien là, il y a des
préoccupations sur où va aller le financement, que ce soit par les autres
musées nationaux ou par les musées régionaux. Donc, c'est sûr qu'il y a des
préoccupations à ce niveau-là.
On le mentionne
aussi, là, dans nos recommandations, de se questionner à savoir, bien, si...
est-ce qu'on ne devrait pas assurer au
préalable un bon financement des institutions qui existent, actuelles, avant
d'en créer une autre, pour s'assurer
que ce soit pertinent. Parce qu'on pourrait se retrouver avec la création d'un
musée national de l'histoire qui est
très beau sur papier, mais que, dans les faits, pourrait être une coquille
presque vide si le financement ne suit pas.
• (12 heures) •
Mme Garceau :
Et donc, d'après vous et à la lecture de votre mémoire, votre recommandation,
ce serait de pas mal intégrer la mission
dans la... la mission du nouveau musée à l'intérieur de la mission du Musée de
la civilisation, que vous avez les
experts, vous avez les professionnels, vous pouvez rencontrer les exigences, si
je peux dire, ou l'objectif de cette mission.
Mme Robert
(Mélanie) : Oui, puis on a la superficie aussi, comme on l'a dit au
début. C'est ce qui est revenu, là, de nos membres, de dire : Bien, on l'a
ici. Puis ils ont la structure, ils ont la volonté aussi de le faire, puis,
dans le transfert, on a le personnel pour le faire. Donc...
M. Landry
(Jean-François) : La gestion administrative est déjà là, donc...
Mme Garceau :
Dites-moi, en termes de la consultation nationale, qu'est-ce que vous auriez
aimé voir en termes de consultation, en termes de différents acteurs du milieu.
Est-ce qu'il y a quelque chose en spécifique que vous auriez... vous auriez
aimé?
Mme Robert
(Mélanie) : ...si les membres nous disent qu'il y avait peut-être une
place pour un musée des sciences, peut-être que c'est ça qui aurait ressorti de
la consultation, mais c'est... On est dans le peut-être, là, mais...
M. Landry (Jean-François) :
...besoins.
M. Trudel
(Martin) : Les besoins.
M. Landry (Jean-François) : ...dans
la consultation, bien, je pense, l'ensemble des intervenants du réseau muséal, tant les gens en région, qui ont déjà vécu
des préoccupations avec l'annonce des Espaces bleus, finalement, qui ont été
retirés... Là, on a l'annonce d'un musée national qui va être à Québec, avec un
volet numérique, mais ce qui vient jouer dans l'offre muséale de la
région, la région de Québec.
Puis évidemment c'est un aspect, là, qu'on
n'aborde pas de notre côté, là, sur les préoccupations des Premiers Peuples, donc, qui sont moins dans les préoccupations du niveau des relations
de travail et de la représentation de nos membres, mais ça doit faire
partie des consultations qui devraient avoir lieu si ça devait se faire.
Mme Garceau : OK. Je comprends que
M. le ministre mise beaucoup d'avoir une exposition permanente sur l'histoire
du Québec. Ça, vous pourriez le faire au Musée de la civilisation.
M. Trudel
(Martin) : ...c'est qu'il y
a une exposition qui n'est pas permanente mais semi-permanente pour... d'environ
10... 10 années. C'est quelque chose qui se fait déjà, là, au Musée de la civilisation,
en effet.
Mme Garceau : OK. Merci.
Le
Président (M. Rivest) :
Merci. Nous allons... Maintenant, je laisse la parole au député du deuxième
groupe d'opposition, le député de Jean-Lesage, pour une période de
5 min 24 s.
M. Zanetti : Merci, M. le Président.
Merci beaucoup pour votre présentation, votre mémoire.
Je voudrais avoir votre point de vue à la fois
de relations de travail, mais il y a souvent quelque chose de politique dans
les relations de travail, là, par rapport à l'indépendance du nouveau musée ou
même l'indépendance du Musée de la civilisation, là, parce qu'essentiellement
ils vont avoir le même type de rapport au gouvernement. Puis ce qui nous a été
souligné par beaucoup d'intervenants jusqu'ici, c'est : OK, si on est pour
faire non pas juste un musée d'histoire, mais un musée de mémoire où on
commémore puis où on fait un récit national pour générer la fierté, bien, ça va
être important que ce ne soit pas instrumentalisé par les gouvernements
successifs, là, peu importe le gouvernement, qu'aucun gouvernement ne puisse
s'ingérer là-dedans. Vous voyez où je veux en venir.
Puis là, bien, le mode de nomination, par
exemple, du premier conseil d'administration, la première direction générale,
en gros, c'est le gouvernement qui va nommer ces gens-là, puis ça va donner le
coup d'aller à tout ça, puis, après ça, ça va être... les remplacements seront
faits selon les lois établies déjà, comme pour les autres musées. Mais je ne
prends pas pour acquis qu'il n'y a pas de problème avec la loi actuelle sur les
nominations, là.
Mais, en ne prenant rien pour acquis par rapport
à ça, vous, est-ce que vous avez eu des échos de vos membres par rapport à ça,
c'est-à-dire la... Est-ce qu'ils ont... Est-ce qu'ils sentent que les institutions,
à l'heure actuelle, ont l'indépendance nécessaire pour pouvoir faire un contenu
qui n'est pas instrumentalisé politiquement par aucun gouvernement?
Mme Robert (Mélanie) : Je réponds.
Ce n'est pas venu jusqu'à mes oreilles, en fait, non. Déjà, le musée, le mandat
du présent directeur est à échéance, là, sous peu. Donc, ils vont le renommer,
puis il va y avoir aussi... Si l'autre musée
est créé, bien, ils vont nommer aussi, mais ce n'est pas des préoccupations
qu'on a eues à cet effet-là, non.
M. Trudel (Martin) : Je pourrais
ajouter que c'est une préoccupation générale pour nos membres qu'on représente,
des professionnels, entre autres, de la fonction publique, qu'ils puissent être
autonomes, qu'ils puissent être indépendants de ce qui... des décisions
politiques. Donc, oui, ce serait une préoccupation générale aussi pour les
employés des musées.
M. Zanetti : OK. Mais, si jamais...
Bon, évidemment, là, vous venez aujourd'hui en commission, mais, après ça, des communications sont possibles tout
le temps après. S'il y a des... parmi vos membres, des gens qui ont des
suggestions particulières par rapport à ça, parce que ça va être l'occasion
d'ouvrir ce pan-là de la loi aussi, peut-être de
faire des amendements, proposer des choses pour améliorer, même, l'état des
lois actuelles puis aussi la façon dont est formulé l'actuel projet de loi, moi, je serais très intéressé, en tout
cas, d'avoir ça. Ça fait que n'hésitez pas à nous écrire.
Mme Robert (Mélanie) : Sur la
nomination, vous voulez dire?
M.
Zanetti : Oui, la façon dont c'est nommé. Est-ce que la
façon dont sont nommés, bien, les CA et les directions générales, ça assure
l'indépendance nécessaire à un musée pour accomplir une mission de façon non
partisane? Ce serait ma question pour le futur.
Mme Robert (Mélanie) : Pour le
futur. OK. On va la prendre en note.
M. Zanetti : Super. Puis, bon, pour
l'encadrement de la mission, j'entends ce que vous dites, là, puis vous n'êtes
pas les seuls à dire ça, il peut y avoir un recoupement. Évidemment, si,
mettons, tout ça avait découlé d'une espèce
d'enquête où on dresse le portrait général de l'état des musées au Québec puis
de leur mission, bien là, on aurait... mais là on essaie d'insérer ça dans quelque chose.
Puis je pense que ça répond à un besoin, mettons... Ça fait quelque chose
de plus que le Musée de la civilisation, mais, en même temps, il y a des choses que ça a
l'air de faire qui sont exactement pareilles. Donc, j'entends la
question du recoupement.
Vous, est-ce que... Bon, puis vous proposez
de... dans le fond, que le nouveau musée soit un peu inféodé au Musée de la civilisation, en soit une partie pour éviter qu'il y ait des
dédoublements de mission. Est-ce que c'est ce que je comprends?
Puis, si, mettons, le gouvernement ne va pas...
mettons qu'on avait un plan B, si le gouvernement ne va pas dans cette voie-là,
est-ce que vous auriez une proposition de modification de la mission?
Faudrait-il modifier la mission du nouveau musée ou la mission du Musée de la
civilisation actuelle, selon l'écho de vos membres?
M. Landry (Jean-François) : Ce
serait probablement plus simple de modifier la mission du Musée national de
l'histoire, comme on le dit, les deux missions étant assez semblables malgré
les différences.
Puis c'est toujours là qu'on revient, c'est la
pertinence de se doter d'une autre structure, un autre conseil
d'administration, alors qu'il y a une institution qui existe depuis de nombreuses
années. Puis là c'est peut-être une préoccupation
qui pourrait être répondue, de dire : Bien, est-ce qu'une organisation qui
a son conseil d'administration, qui a une expérience de plus de
40 ans...
Le Président (M. Rivest) : En
terminant.
M. Landry (Jean-François) : ...est
plus indépendante qu'un nouveau musée qui doit faire sa place avec un nouveau
DG? Ça pourrait être une préoccupation.
Le Président (M. Rivest) : Je vous
remercie. Je vous remercie de votre contribution à nos travaux.
La commission suspend quelques instants afin
qu'on puisse accueillir les prochains témoins. Merci à chacun d'entre vous.
(Suspension de la séance à 12 h 08)
(Reprise à 12 h 11)
La
Présidente (Mme Poulet) : Alors, bonjour à tous. On reprend nos travaux en
compagnie de M. Jean Hébert et Mme Nathalie Gravel. Alors, je
vous rappelle que vous avez 10 minutes pour votre exposé. Par la suite,
nous allons procéder à une période d'échange avec les membres de la commission.
Alors, allez-y, on vous écoute.
Regroupement des
géographes du Québec (RGQ)
M. Hébert
(Jean) : Merci, Mme la Présidente. M. le ministre, Mmes, MM.
les députés, je suis invité à titre personnel officiellement, mais je
représente aussi le Regroupement des géographes du Québec. J'en ai été le
vice-président jusqu'à tout récemment.
Donc, on... Le Regroupement des géographes du
Québec remercie la Commission de la culture pour cette invitation à partager notre réflexion concernant le projet de loi n° 64 portant... création du Musée
national de l'histoire du Québec. Donc, nous sommes très heureux d'avoir
cette opportunité.
Donc, je suis Jean Hébert et je représente notre
association à la commission. Je suis accompagné par Mme Nathalie Gravel,
qui est professeure agrégée de géographie à l'Université Laval et présidente
sortante de l'Association canadienne des géographes, à laquelle le RGQ est rattaché. Notre présidente, Mme Chantal
Déry, aurait aimé être avec nous aujourd'hui, mais elle ne pouvait se
libérer, donc, la présidente du RGQ.
Le RGQ a été
créé en 1962 à l'instigation de professeurs de géographie de l'Université Laval
et de l'Université de Montréal.
Donc, il existe depuis une soixantaine d'années sous différentes appellations.
Il a comme mission de défendre les intérêts des géographes québécois puis de
favoriser les échanges entre les professionnels, les chercheurs, les
enseignants, les professeurs, les diplômés, les employeurs et la société dans
son ensemble.
Donc, le RGQ a comme objectifs spécifiques de
faire la promotion de l'enseignement, de la recherche et de la pratique
professionnelle de la géographie au Québec, de défendre les intérêts des
géographes du Québec et de contribuer aux débats publics sur des enjeux de
société d'intérêt pour les géographes du Québec. C'est ce qu'on fait, en fait,
aujourd'hui avec vous.
Donc, les géographes sont présents dans de
multiples sphères de la société, et cela déborde largement les domaines de l'enseignement ou de la cartographie
auxquels nous les associons généralement. De nombreux géographes
oeuvrent en aménagement du territoire, en gestion de l'environnement, en
développement régional, en planification des transports, en tourisme ou encore
en développement international.
Je me permets
d'illustrer mon parcours personnel aussi pour montrer ces différentes facettes,
là. Je suis géographe depuis toujours, ayant été séduit par cette
discipline dès mes études secondaires. J'ai fait mes études collégiales en géographie, c'était possible à l'époque sous cette
appellation-là, et j'ai poursuivi à l'université, toujours en géographie,
en me spécialisant en gestion de
l'environnement et développement international lors de mes études graduées.
J'ai fait carrière à Hydro-Québec
pendant 30 ans pour réaliser des études d'impact sur l'environnement de
leurs projets internationaux
et québécois. Je dirige maintenant deux associations professionnelles qui font
la promotion de l'évaluation environnementale au Québec et en
francophonie, soit l'Association québécoise pour l'évaluation d'impacts et le
secrétariat international francophone en évaluation environnementale. Je suis
également membre additionnel au Bureau
d'audiences publiques sur l'environnement du Québec. Donc, vous voyez que la géographie et être géographe
permet de faire bien des choses. Nous en sommes fiers.
Donc, nous saluons d'entrée de jeu l'initiative
du gouvernement du Québec de créer le Musée national de l'histoire du Québec.
Il s'agira d'un lieu important qui permettra aux Québécois et aux Québécoises
de mieux se connaître et d'être fiers de
leur parcours et de leur nation. Toutefois, nous croyons que cette initiative
serait incomplète si la dimension
géographique n'y était pas ajoutée. Les caractéristiques du territoire
national, son climat, ses ressources naturelles,
sa population, les types d'occupation humaine, ses particularités régionales
sont autant d'éléments de nature géographique parmi d'autres qui
façonnent aussi l'identité et la fierté d'une nation.
La géographie permet aux citoyens et citoyennes
de connaître leur quartier, leur ville, leur région et leur pays. La géographie
est cette discipline qui nous permet de connaître notre territoire et de le
comprendre. Elle permet aussi de savoir comment aménager et développer ce
territoire harmonieusement en protégeant son environnement et son patrimoine.
Donc, à toutes les échelles, le territoire du Québec donne à voir ce qu'est le
Québec et à comprendre qui nous sommes. Chaque territoire a son histoire et sa
géographie. Chaque région du Québec a aussi une histoire et une géographie qui
méritent notre attention.
Comme le
disait le géographe Roger Brunet, «la terre habitée est l'objet de la
géographie. Tous les jours, l'humanité produit du territoire. La
géographie a le mandat de mémoire et d'intelligence de la terre habitée.»
Rappelons que Samuel de Champlain, qui est une
figure historique emblématique au Québec, était aussi un grand géographe et cartographe. C'était le
géographe du roi. Cela illustre déjà ce mariage entre l'histoire et la
géographie qui est cher aux Québécois et Québécoises.
Donc, sans
géographie, il n'y a pas d'histoire. C'est l'espace et le temps propres à la
destinée humaine. Ainsi, pour qu'il y ait une histoire, il y a d'abord un lieu
physique, un espace, un territoire qui a été modelé dans un temps hors
de l'échelle humaine ou encore par des événements environnementaux ou un espace
travaillé par les humains dans lequel une
histoire se crée, évolue, se transforme, se complexifie et rayonne. Donc, par
exemple, lorsque l'on fait des
fouilles archéologiques, il est nécessaire de connaître le site, soit la
géographie physique et la géographie humaine, pour que l'histoire se
dévoile par la suite, ou encore le choix de localisation des lieux de traite,
des bourgades qui ont évolué en villes ou en
métropoles ou qui ont périclité s'explique au départ par des choix
géographiques. Donc, la géographie peut ajouter à cette compréhension
des lieux qui manque à l'histoire du Québec.
Les lieux géographiques conditionnent les modes
d'appropriation et d'utilisation du sol québécois, de même que tout ce qui concerne les échanges commerciaux,
financiers, culturels et autres. La localisation et le rôle des frontières connues
et reconnues ou non avec nos voisins états-uniens ou canadiens expliquent aussi
l'histoire du Québec et les relations que
nous avons tissées. Donc, la géographie modèle l'histoire par sa physiographie
et son évolution, sa richesse et son âpreté.
Les changements appartenant au domaine de la
géographie, comme les changements climatiques qu'on vit en ce moment ou les
impacts environnementaux qu'on peut remarquer, expliquent les modes
d'appropriation des lieux par les humains, et puis, modélisés dans un avenir
rapproché, on tente d'expliquer les changements que nous devons faire dans nos
modes d'appropriation des lieux pour mieux cohabiter.
Donc, les outils et les méthodes propres à la
géographie, avec ses analyses du territoire à différentes échelles et les
systèmes d'information géographique qui compilent et mettent en relation des
sources d'information diverses, sont incontournables. On a l'exemple de
l'évolution de la production de la vigne au Québec, qui est de plus en plus
possible avec l'augmentation des degrés-jour. C'est donc un exemple des
modifications de l'occupation du territoire associées aux changements
climatiques.
Donc,
l'histoire et la géographie sont des jumelles indissociables et complémentaires
d'une meilleure compréhension des
actions qui ont été posées, qui se posent et qui se poseront, et des
développements de modes de vie qui évoluent, et qui sont adaptés pour le
Québec, et qui parfois sont copiés à travers le monde. Nous avons juste à
penser au développement de l'urbanisme souterrain propre à Montréal, par
exemple, en raison du climat, qui est visité par plusieurs délégations
internationales qui veulent aussi développer des systèmes de métro.
La description et la compilation des paysages,
un point fort de l'expertise géographique, illustrent aussi ce mariage entre l'histoire et la géographie. On n'a
qu'à penser à l'astroblème de Charlevoix et son empreinte paysagère, qui
est un bon exemple. Le développement d'un Club Med dans Charlevoix en est un
autre. Le développement hydroélectrique et du Nord avec tous les changements
opérés sur la géographie physique et humaine des lieux en est un autre,
merveilleusement analysé par le concept de nordicité qui est éminemment
géographique.
Donc, nous avons quelques recommandations à
faire pour bonifier le projet de loi n° 64. Vous vous en doutez, on aura
compris que le futur Musée national de l'histoire du Québec ne peut donc
exister sans la géographie. Donc, insuffler
de la géographie au musée... au futur musée va de soi. Il faut rappeler cette
vérité que la géographie est pertinente et utile.
Donc, en regard du projet de loi proposé, nous
avons deux recommandations en particulier : modifier le nom du futur musée
par Musée national de l'histoire et de la géographie du Québec. On aurait pu
dire aussi Musée national de la géographie
et de l'histoire. On n'a pas osé aller jusque-là. Ça pourrait être le Musée
national du Québec aussi, tout
simplement. Et, au chapitre III, alinéa 8, on souhaite que la
géographie du Québec soit ajoutée aux compétences et expériences exigées
pour les membres du futur conseil d'administration du musée.
• (12 h 20) •
De manière générale, donc, nous
souhaitons que soient associés des géographes aux comités de réflexion mis en place ainsi que d'associer des géographes à la
conception des collections du musée. Il y a plus d'une centaine de personnes, membres
du RGQ et amoureux de la géographie qui ont d'ailleurs signé une pétition en
appui à nos recommandations.
Donc, l'histoire et
la géographie ont toujours été intrinsèquement associées dans l'enseignement et
comme outils de connaissance de soi. C'est le cas au secondaire avec
l'enseignement de l'univers social, par exemple. Donc, le nouveau musée
national de l'histoire et de la géographie viendrait appuyer cet enseignement
et serait un outil d'apprentissage pour les
élèves et étudiants du Québec. Comme l'écrivait récemment le géographe Rodolphe
De Koninck, mieux connaître son pays, mieux fréquenter son histoire et sa
géographie par des moyens autres que ceux de l'éducation scolaire, qui
pourrait contester la valeur de tels objectifs?
Il y a aussi le fait
que la géographie du Québec est mal connue par ses citoyens, d'autant plus que
la grande majorité de la population occupe une faible superficie de son
territoire. La population qui est majoritairement urbaine connaît mal la
ruralité du Québec. Le territoire du Québec est grand, et nous en sommes fiers,
mais il est méconnu. Il fait partie de notre ADN sur les plans imaginaire,
culturel, historique et économique, mais ses contours sont flous.
Le Musée de la
civilisation du Québec, qui sera le maître d'oeuvre de ce projet, dispose déjà
d'une collection très riche à mettre en valeur non seulement sur le plan
historique, mais également géographique. Il y a eu déjà, à la fin des années 2000, une excellente
exposition intitulée Territoires — Le
Québec : habitat, ressources et imaginaire, qui est
un excellent exemple. Plus récemment, le Musée de la civilisation a aussi
collaboré avec les géographes de l'Université Laval pour la mise en
oeuvre de la nouvelle exposition Le Québec, autrement dit. Or, cette
exposition, qui fait une bonne place au territoire, ne néglige pas de
solliciter la géographie et la cartographie. Cela se fait en parallèle à la
production d'un nouvel atlas du Québec qui pourrait ainsi trouver un nouveau
lieu de diffusion.
La Présidente (Mme
Poulet) : Merci, M. Hébert. Je m'excuse de vous interrompre.
Merci pour votre exposé. On va procéder avec
la période d'échange avec la partie gouvernementale. M. le ministre, vous avez
une période de 14 minutes.
M. Lacombe : Merci beaucoup, Mme la Présidente. Inquiétez-vous
pas, ça nous fait toujours ça à l'Assemblée nationale. On se fait
toujours couper, souvent en plein coeur de notre élan, au salon bleu,
maintenant le salon rouge. C'est rare qu'on a le temps de dire tout ce qu'on
veut dire.
Merci beaucoup d'être
là. Merci de vous être préparés. Peut-être d'entrée de jeu, juste pour mettre
la table, nommer l'évidence. Je comprends que vous êtes en faveur du projet de
loi, de façon générale.
M. Hébert
(Jean) : Oui, oui, oui, tout à fait.
M. Lacombe : Donc, vous trouvez que l'idée d'avoir un musée
national de l'histoire du Québec, dont le coeur serait l'histoire de la
nation québécoise, pour vous, ça va de soi, c'est souhaitable.
M. Hébert (Jean) : Oui, oui, oui, tout à
fait. Vous aurez compris qu'on souhaite que la géographie devienne une dimension
de la...
M. Lacombe : Bien
sûr.
M. Hébert (Jean) : ...du projet. Et, à
travers la géographie aussi, ça peut permettre aussi à d'autres habitants du
Québec aussi d'y trouver leur place également, même si le focus sera sur la
nation québécoise, on comprend ça.
M. Lacombe : Oui.
Vous souhaitez même qu'on inscrive «géographie» dans le... dans le nom du
musée.
M. Hébert
(Jean) : Oui.
M. Lacombe : Donc,
rien de moins.
M. Hébert
(Jean) : Rien de moins.
M. Lacombe : Bien, c'est tout à votre honneur de défendre votre
profession. Puis je comprends que vous êtes tombé en amour très jeune
avec cette profession. D'ailleurs, c'est remarquable.
En fait, j'ai envie
de dire : Est-ce que ce n'est pas intrinsèquement lié, de toute façon?
C'est-à-dire, l'histoire du Québec, l'histoire de la nation québécoise, elle
est liée à son territoire, elle est liée au Saint-Laurent, elle est liée à la
façon dont le territoire... — quel serait le bon mot, est construit? — pas
aménagé, mais, en tout cas, la façon dont il existe...
M. Hébert
(Jean) : Développé, vécu.
M. Lacombe : ...dont il est développé sur le territoire
québécois, donc. Est-ce que ce n'est pas déjà intrinsèquement lié, donc,
de facto?
M. Hébert (Jean) : Bien,
vous avez donné d'excellents exemples, effectivement, pour expliquer que c'est
lié, mais, à notre point de vue, ça
mérite d'être souligné, d'être relevé, donc, d'être indiqué formellement que la
géographie est une dimension de cette démonstration-là. Elle est
complémentaire à celle de l'histoire aussi.
M. Lacombe : Oui.
Parce que, sur la prémisse de base, moi, je suis tout à fait d'accord avec
vous, c'est lié, puis évidemment, bon, je pense qu'on ne peut pas dire le
contraire.
C'est certain que, là
où je me pose la question... Par exemple, on pourrait aussi nommer ce musée
Musée national de l'histoire et de la culture du Québec, parce que la culture
québécoise, elle est intrinsèquement liée aussi à l'évolution de la nation. On pourrait nommer d'autres disciplines ou, en
tout cas, d'autres perspectives. Si on met la... Comment expliquer qu'on mettrait la géographie... puis je le dis
vraiment respectueusement, là, je me pose la question, comment expliquer
qu'on mettrait la géographie sur un piédestal, alors que, par exemple,
l'économie, le commerce des fourrures, donc, par exemple, ça fait partie de
notre histoire? Bon, on mettrait la géographie en haut, la culture, même chose.
Est-ce qu'«histoire», justement, ce n'est pas une bonne façon d'englober tout
ça?
Mme Gravel
(Nathalie) : Bien, si je peux me permettre, il y a une partie de la
réponse qui réside dans le fait que la
discipline qu'est l'histoire utilise une perspective temporelle. Et puis la
géographie, c'est une perspective spatiale qui est très complémentaire,
mais les historiens ne vont pas nécessairement mettre de l'avant la perspective
spatiale de facto. Donc, il faut un peu leur
rappeler pour connecter l'histoire avec le territoire, parce que c'est facile
de parler de personnages historiques et de leurs vies, comment ils ont
eu un impact, sans nécessairement faire des liens avec le territoire. Et les outils propres d'analyse de la
géographie incluent notamment les échelles d'analyse spatiale, donc, de
pouvoir faire des liens entre le local et le global en passant par les échelles
régionale et nationale.
Donc, ici, c'est fort
intéressant. C'est vraiment l'outil d'analyse par excellence des géographes qui
pourrait être mis au service des différentes expositions du musée.
M. Lacombe : Ah! bien, c'est intéressant. Je... Parfois, on a
le même objectif, mais on a peut-être des moyens différents d'y arriver.
Je vous pose la question : Est-ce qu'un moyen d'arriver à ça... et je ne
suis pas un expert en histoire ni en géographie, donc je reste prudent, mais
est-ce qu'un moyen d'arriver à ça, qui me semble louable, ce ne serait pas de s'assurer que, sur les comités
scientifiques, parce que c'est là où se décide le contenu des expositions, ce
n'est pas avec le titre du musée, ce n'est pas le conseil d'administration, ce
n'est pas le PDG non plus, c'est le comité scientifique qui travaille
sur la conception des expositions lorsqu'on en crée une nouvelle... Est-ce que
ce serait une bonne façon d'atteindre cet
objectif-là, de s'assurer que, lorsqu'on crée un comité scientifique, on ait
une préoccupation pour la géographie, pour avoir quelqu'un qui
représente cette discipline?
M. Hébert
(Jean) : Oui, oui, oui, tout à fait. C'est ce qu'on a, d'ailleurs,
dans le mémoire, là, non seulement que, sur
le conseil d'administration, il y ait un géographe, par exemple, mais, dans les
comités scientifiques, qu'il y en ait aussi.
Puis ce que je n'ai pas eu le temps d'illustrer, c'est différents exemples
aussi. J'ai parlé du Musée de la civilisation, qui, avec deux expositions, une plus ancienne,
mais une qui est en cours, la toute nouvelle, Le Québec, autrement dit...
Il y a eu une collaboration de géographes aussi. Donc, on sent que le Musée
de la civilisation a cette ouverture-là, cet intérêt aussi envers la
géographie. Ça s'est reflété dans plusieurs des expositions qu'ils ont faites.
M. Lacombe : C'est
une bonne nouvelle. Donc, vous ne prêchez pas dans le désert.
M. Hébert (Jean) :
Non, non, non, ils ont vraiment cette ouverture-là. Puis il y a d'autres
exemples aussi de musées nationaux ailleurs
dans le monde, en Irlande ou en Écosse, au Danemark aussi, que j'illustre dans
le mémoire, qui ont explicitement
aussi intégré la géographie dans leurs collections. Donc... Et on croit que
c'est un atout. Même de le mettre dans le nom, ça pourrait attirer
davantage de visiteurs.
M. Lacombe : Je comprends. Je comprends. Puis je fais même un
pas de plus. Je ne sais pas si vous allez être d'accord avec moi, mais
là on parle du caractère scientifique de la chose, c'est-à-dire s'assurer que,
lorsqu'on présente l'évolution historique de la nation québécoise, on le fasse
en prenant en compte la façon dont ça s'est fait sur le territoire, de quelle
façon le territoire — est-ce
que je résume bien ça? — a
influencé le cours des événements.
Mais, si je fais un pas de plus, j'ai envie de
dire : Est-ce que... est-ce que, même, le territoire québécois, ce n'est
pas, pour beaucoup de Québécois dans chacune de nos régions, une source de
fierté, puis qu'on devrait, justement... Je pense au Saguenay—Lac-Saint-Jean,
où il y a des paysages absolument incroyables, à Charlevoix, à la Gaspésie. Je
pense aux montagnes, en Outaouais, qui sont absolument magnifiques en automne,
c'est incroyable. Je pense, évidemment, au
majestueux fleuve Saint-Laurent, qui traverse le Québec, au Grand Nord.
Est-ce que, pour vous, mettre ça en
valeur, même peut-être avec des expositions spécifiquement dédiées aux paysages
ou au territoire... Est-ce que vous pensez que c'est une façon de
stimuler cette fierté-là envers notre territoire?
M. Hébert
(Jean) : Oui, tout à fait. Ça va tout à fait dans le sens de ce qu'on
prêche.
M. Lacombe : Oui,
hein? Je sens votre...
M. Hébert (Jean) : Oui, oui. Puis on
est heureux de constater que, déjà, on sent qu'on vous a peut-être bien
sensibilisé à la chose.
M. Lacombe : Bien,
c'est parce qu'honnêtement c'est quelque chose à quoi on a déjà pensé quand on pensait à qu'est-ce qu'on pourrait retrouver.
Parce qu'évidemment, bon, ce n'est pas moi qui va dessiner les expositions,
mais il y aura une grande expo sur un
parcours historique, là, sur l'histoire de la nation québécoise. Ça, c'est
entendu. Et là je comprends ce que vous nous avez dit. Vous souhaitez que la
géographie, tout ça, soit dans la lorgnette. Mais il y a des expositions aussi qui seront temporaires, et là on
peut penser, par exemple, à une exposition sur le fleuve Saint-Laurent,
on peut penser à une exposition sur les plus beaux paysages québécois, on peut
penser à une exposition sur le Nord, on
peut... ou sur la nordicité, vous l'avez évoqué tantôt. Donc, ça, est-ce que ce
sont des avenues qui sont intéressantes?
• (12 h 30) •
Mme Gravel (Nathalie) : Oui, bien,
tout à fait, là. Ça reflète ce qu'on avait déjà pensé. Et les thèmes que vous
suggérez pourraient devenir des thèmes transversaux, dans les expositions, qui
rallieraient à la fois la science, la technologie, les nouvelles... les
innovations technologiques qui ont... qui ont eu lieu, notamment, avec le Musée
de la civilisation et le Département de géographie de l'Université Laval. Il y
a eu une collaboration qui a permis de mettre en place une carte permettant aux
non-voyants de saisir le territoire. Donc, ça, c'est des innovations
technologiques qui ont eu lieu.
Donc, ici, ça
viendrait chercher un peu la composante... le musée des sciences qui a
peut-être été laissé de côté. Donc, on pourrait peut-être aller la retrouver de
ce côté-là et puis ramener aussi les arts, donc, comment les paysages de
Charlevoix, par exemple, invitent à des
représentations artistiques. Déjà, il y a... c'est tout un rassemblement
d'artistes qui se retrouvent. Donc, on peut faire des liens. Ça peut devenir
multidisciplinaire.
M.
Lacombe : Super. Bien, je trouve que c'est une discussion
vraiment très intéressante. Puis je vais céder ma place à des collègues,
je pense, qui ont des questions pour vous.
La Présidente (Mme Poulet) : Oui,
bien sûr. Alors, le député de Richelieu, allez-y.
M. Émond : Oui. Merci beaucoup, Mme
la Présidente. Merci pour votre présence. Un témoignage et une participation
très intéressants. Et j'ai senti dans votre introduction une passion pour un de
vos prédécesseurs, le célèbre cartographe Champlain, hein, si je ne m'abuse,
sous Henri IV, je pense.
Et, dites-moi, je ne veux pas vous entendre...
je ne voudrais pas vous imposer de voir de quelle manière vous voudriez lier l'histoire et la géographie, mais
vous avez cité des musées dans les pays nordiques qui le font. De quelle
manière ils ont abordé le côté, peut-être, scientifique de la géographie avec
les notions historiques?
M. Hébert (Jean) : Oui.
J'ai quelques exemples qui sont présentés dans le mémoire. Je ne suis pas
muséologue non plus, là, ce n'est pas ma spécialité, mais je peux donner
quelques exemples. Il y a le musée national de l'Irlande, par exemple, qui a un
pavillon complet qui est dédié à l'histoire naturelle du pays, géologie,
zoologie, hydrographie. Dans son pavillon dédié à l'archéologie, la géographie
est omniprésente par l'entremise d'un recours systématique aux outils cartographiques pour illustrer les
expositions. À Belfast, il y a un autre musée aussi, en Irlande du Nord, qui a été mis sur pied par un géographe, qui fait en
sorte que les... à l'échelle de l'histoire du musée, l'héritage géographique
est bien présent, et il y a aussi une aile qui est dédiée à l'histoire
naturelle de la région.
Donc, il y a,
à l'intérieur d'un certain nombre de musées... Il y a un autre exemple à
Édimbourg, à Copenhague aussi, c'est le fait de faire ressortir la
géographie physique aussi, qui ressort peut-être moins spontanément dans un
musée sur l'histoire, où il peut y avoir une dimension de géographie humaine
qui va transpirer. Donc, d'avoir la géographie aussi comme objectif, ça permet
de couvrir la dimension physique, là, géographie physique du territoire puis ça permet aussi de mettre de l'avant les
outils cartographiques, qui sont le propre de la géographie aussi. Puis il y a
beaucoup d'innovations ces dernières années en cartographie avec les avancées
de la géomatique, et on peut utiliser des images satellitaires. Enfin, on peut
utiliser différentes innovations, virtuelles ou non, pour illustrer notre
propos.
M. Émond : La notion physique de la
géographie, comme vous venez de le dire, M. le ministre a dit, avec raison, qu'il peut y avoir là une manière d'animer
ou de dévoiler le sentiment de fierté d'habitation de notre territoire, qui a été découvert, là, pour... M. le ministre a
cité la région du Lac-Saint-Jean, mais plusieurs régions à travers notre...
la nation québécoise qui peuvent susciter de la fierté. Je pense que les
collègues, on a tous une fierté régionale des comtés respectifs que l'on
représente. Je vous remercie beaucoup pour votre passage. C'était très
intéressant. Merci, Mme la Présidente.
La
Présidente (Mme Poulet) : Parfait. Alors, est-ce qu'il y a d'autres
interventions du côté gouvernemental? Il reste 1 min 24 s. Non? Parfait. Alors, Mme la députée de Robert-Baldwin, vous avez... c'est votre temps de parole pour une période de
14 minutes.
Mme Garceau : Ok. Merci beaucoup,
Mme la Présidente. Bonjour à vous. Fort intéressant. Merci pour cette
présentation. C'est sûr que ça fait en sorte que ça nous fait penser à d'autres
éléments, en termes de composantes, qu'on pourrait ajouter, si je peux dire,
dans la... une trame chronologique de grands repères en termes de l'histoire du
Québec.
Je voulais vous entendre particulièrement sur...
Parce qu'on sait l'histoire, géographie intrinsèquement liées. Parce que je vous entends sur la question de, oui,
il pourrait y avoir des expositions sur différents sujets surtout liés à nos régions,
différentes perspectives, mais, lorsqu'on regarde l'histoire du Québec, la
trame chronologique, là, on parle de la grande trame chronologique, comment voyez-vous votre rôle en
termes de la... si je peux dire, de... du récit historique, l'idée de la
géographie intégrée dans le récit historique du Québec?
M. Hébert (Jean) : Comme je le
disais, je ne suis pas muséologue, là, ce n'est pas ma spécialité, mais la
géographie peut apporter des éléments de compréhension aux différentes
échelles. Vous avez mentionné l'échelle régionale, où le... L'initiative des
Espaces bleus était très intéressante aussi, et ça aurait permis de mieux
connaître les régions du Québec à cette échelle-là.
Et vous faites allusion à l'échelle nationale,
là, québécoise, qui en est une autre aussi, puis la géographie peut être très
constructive aussi pour ça. Donc, on peut penser à l'importance du fleuve
Saint-Laurent, ça a été mentionné par le ministre, à la façon dont les
établissements humains se sont concentrés le long de certains grands cours
d'eau, comme le fleuve et d'autres... d'autres rivières, l'importance de
certaines ressources naturelles aussi qui ont guidé le développement du Québec et aussi sa colonisation, si je peux dire,
son... l'établissement de la population. Donc, il y a... il y a constamment un lien à faire entre la... les
caractéristiques du milieu dans lequel les gens s'établissent, les ressources
naturelles qui s'y trouvent aussi et la trame historique qu'on peut essayer de
comprendre à travers ça. Donc, ça se fait à l'échelle nationale, ça se fait à
l'échelle régionale aussi.
Et on espère aussi, ce n'est peut-être pas dit
nommément dans le mémoire, mais que... les efforts qui avaient pu être mettre... mis pour les Espaces bleus, par
exemple, que ça puisse être récupéré, rentabilisé aussi à travers ce qui sera
présenté au musée national de l'histoire et de la géographie du Québec, qui
pourrait mettre de l'avant l'échelle régionale aussi et la lecture qu'on peut
faire des éléments qui s'y trouvent, là.
Mme
Garceau : Mais il pourrait y avoir des expositions
temporelles spécifiques liées, même, aux 17 régions du Québec, et
d'intégrer l'aspect géographique.
M. Hébert
(Jean) : Chacun va vouloir avoir sa... son exposition, là,
chaque région, si on commence avec certaines, puis effectivement elles
le méritent toutes.
Mme Garceau : Parlez-moi un peu de
votre collaboration avec le Musée de la civilisation concernant, là, que vous
avez fait deux expositions, et surtout la dernière, juste pour voir cette
collaboration et l'intégration de la géographie dans l'exposition.
M. Hébert (Jean) : Moi, je n'ai pas
personnellement participé, là, à ces expositions-là. J'ai bien apprécié la
première, à laquelle je faisais référence, là, qui a été faite dans les
années... au début des années 2000. Il y en a une toute récente qui... que
je n'ai pas vue encore, et je compte sur mon passage à Québec ces jours-ci pour
aller la voir, justement. Mais des
collègues, là, de l'Université Laval ont contribué à ça. Peut-être que Nathalie... Mme
Gravel peut vous en dire plus, là.
Mme Gravel (Nathalie) : Oui, bien,
je n'en ai pas la responsabilité moi-même, mais j'ai su que ça avait donné
plusieurs fruits, donc, dont celui d'un atlas numérique sur le Québec, et c'est
une autre manière de présenter le territoire.
Et il y a, de plus, comme je le disais, là, des... une cartographie qui est
faite à l'exclusivité pour les non-voyants. Donc, ça, c'est une
innovation technologique aussi.
Donc, c'est une collaboration qui dure depuis un
certain nombre d'années, là, qui est assez prolifique. Très souvent, là, les
professeurs de géographie sont appelés par le musée... le Musée de la
civilisation pour collaborer.
• (12 h 40) •
Puis il y a une autre échelle que j'aimerais
ajouter à celle qui dépasse l'échelle régionale. Ce serait aussi l'échelle internationale, comment le Québec se
reflète à l'échelle internationale, comment il brille, comment il a hébergé
aussi des événements importants. Très peu
savent que ça a été le site de création de l'Organisation des États Américains
en 1948 dans la ville de Québec. En 2001, on a reçu le Sommet des Amériques
aussi. Tout ça, c'est des moments qui nous
ont permis de nous connecter à l'espace international et qu'on doit mettre de
l'avant. C'est une des fiertés qu'on doit retrouver, là, de ces
différentes manifestations, là, qui ont eu lieu sur notre territoire et qui
nous connectent avec le reste du monde d'une manière où on a fait une grande
contribution. La même chose avec la FAO, l'organisation internationale des Nations
unies pour l'agriculture et
l'alimentation. Donc, elle a... elle a débuté ici en 1945, je crois, donc,
aussi le siège de... à la ville de Québec, et il y a une pancarte qui nous le
rappelle dans le Vieux-Québec, d'ailleurs, et aussi
à l'Arboretum du Domaine de Maizerets. Donc, il y a... il y a plusieurs lieux
comme ça qui nous permettraient... Quand on regarde l'histoire des
lieux, on peut découvrir après ça les liens à différentes échelles, jusqu'à,
même, à l'échelle internationale.
Mme Garceau : Encore très
intéressant. Merci beaucoup. Mais contente d'apprendre qu'il y a quand même
cette belle collaboration avec le Musée de la civilisation. Est-ce que vous
savez s'il y a d'autres projets qui s'en viennent où il va y avoir cette
collaboration entre l'histoire et la géographie?
M. Hébert (Jean) : On peut... on peut
penser que le futur musée serait une opportunité de le faire. Déjà, les gens du
Musée de la civilisation m'ont contacté, il y a quelques jours, là, pour me
présenter un peu le travail qu'ils avaient fait jusqu'à maintenant, là, pour
élaborer ce futur projet. Et donc on sent un intérêt, là. Puis on ne sait pas
où est-ce que ça nous mènera, mais notre
message principal, c'est de s'assurer que la géographie sera présente, là. Ça,
c'est sûr.
Mme
Garceau : Bien, je vois, d'après votre mémoire, que vous voulez avoir
une place, une place importante au sein du nouveau musée en termes de non
seulement cette collaboration d'intégration de la géographie, mais aussi
d'avoir... d'être sur le CA et sur le comité scientifique.
M. Hébert
(Jean) : Oui, effectivement. On pense que l'importance de la
discipline, enfin, pour toutes les raisons qu'on a évoquées, là, justifie qu'il
y ait des géographes, là, vraiment, qui soient présents dans ce grand projet,
alors que ce n'est pas nommément indiqué, là, dans le projet de loi tel
qu'on... tel qu'on le connaît, là, pour l'instant.
Mme Garceau :
J'ai... À la page 6, vous parlez des peuples autochtones et une porte
d'entrée liée à la géographie. Je voulais juste vous entendre un petit peu plus
à ce sujet.
Mme Gravel
(Nathalie) : Bien, la géographie permet d'avoir un regard pluriel et
de considérer tous ceux qui ont... qui ont contribué à la construction du
territoire comme on le connaît aujourd'hui. Et, si on peut l'apprécier dans son ensemble avec la belle nature qu'on a encore
sur notre territoire, c'est en grande partie dû aux Premières Nations, qui l'ont si bien protégé et préservé pendant...
pendant des millénaires. Donc, je pense qu'on a... on a reçu en héritage
ce territoire-là et puis on doit être reconnaissants envers les Premières
Nations. Et donc je pense que c'est tout naturel de les inviter pour
représenter leur vision et de montrer qu'on a progressé, et dans un geste de
réconciliation aussi. Et la réconciliation
avec les peuples autochtones ne se fait pas que dans les belles paroles, mais
dans les actions aussi. Donc, on doit
les inviter autour de la table pour qu'ils se sentent présents, qu'ils puissent
opiner, qu'ils puissent nous dire comment ils voient leurs territoires.
Et c'est très riche pour nous dans un... comme société, alors qu'on est à
envisager la construction de la résilience devant les changements climatiques.
On peut en apprendre
beaucoup de la sagesse des peuples autochtones, de leur connexion à la nature,
et s'en inspirer, comme certains pays ont
fait dans les Andes, par exemple, avec les nouvelles constitutions du côté de
la Bolivie, de l'Équateur, où il y a une reconnaissance des droits de la
nature, reconnaissance de la terre mère. C'est par là que... Si on peut
envisager les changements climatiques et construire une résilience, c'est... il
y en a plusieurs qui sont d'accord pour dire
que c'est par là qu'on doit... qu'on doit aller. Donc, je pense que de s'ouvrir
en ayant un regard pluriel, on peut apprendre beaucoup. Et puis le musée
de l'histoire, ce n'est pas seulement de regarder... de se regarder le nombril, de regarder le passé, mais aussi comment
on envisage le futur et l'avenir pour construire une société meilleure.
Mme Garceau :
Donc, pour vous, les peuples autochtones, Premières Nations ont quand même un
rôle assez important à jouer dans ce nouveau musée.
Mme Gravel
(Nathalie) : Oui, tout à fait, oui.
M. Hébert
(Jean) : Ce qu'on... ce qu'on suggère... On comprend que le Musée
national de l'histoire du Québec est dédié à
la nation québécoise, et c'est bien aussi, mais il faut... il faut se rappeler
que les nations autochtones ont leurs musées, plusieurs nations
autochtones ont leurs propres musées, par ailleurs, aussi, au Québec. Mais ce qu'on suggère, c'est que la géographie... À
travers la géographie, si elle est bien présente dans les collections du futur
musée, on peut en apprendre plus, la nation québécoise peut en apprendre plus
sur son... sur son pays, sur son territoire à travers le regard des autochtones
aussi, qui ont un regard distinct, complémentaire de leur rapport au territoire
aussi. Donc, ça pourrait être une... C'est dans ce sens-là qu'on dit que c'est
une porte d'entrée, ça pourrait permettre aux autochtones... sans que le musée
porte sur les nations autochtones. On comprend bien que ce n'est pas le but de
ce nouveau musée, mais c'est de les... d'intégrer leurs regards, leurs modes de
vie, leurs façons d'occuper le territoire pour nous permettre, pour permettre à
la nation québécoise de mieux connaître ce territoire, le territoire qui est partagé avec ces nations-là aussi. Donc, ça
vient enrichir les différents regards qu'on peut porter sur notre territoire. C'est
dans ce sens-là, là.
Mme Garceau :
Est-ce que vous avez eu, dans des projets, des collaborations avec les
Premières Nations à ce sujet-là pour certaines des expositions?
M. Hébert
(Jean) : Non. Bien, je ne suis pas actif dans le milieu muséal, là,
comme je le disais, donc je ne peux pas évoquer d'exemple, mais, dans le cadre
de ma carrière à Hydro-Québec, ce fut pratique courante, là. Tu sais, dans le cadre des études d'impact que l'on
fait pour les futurs projets, il y a toujours un partenariat avec les nations
autochtones, qui peuvent être impliquées dans les futurs projets qui s'en
viennent, là. Donc, c'est dans la culture de l'entreprise,
c'est dans les pratiques habituelles de travailler étroitement... Donc, j'ai eu
d'excellentes expériences dans ce sens-là. Mais, pour ce qui est
d'expériences muséales, là, je ne pourrais pas vous en dire plus.
Mme Gravel (Nathalie) : Bien, de plus en plus, dans les projets
universitaires, quand ça concerne la gouvernance, on essaie de
diversifier, là, les invités autour de la table, là, puis de voir une
représentation, finalement, de tous les habitants du territoire. Donc, je pense
que ce serait bien de refléter ces tendances-là.
Mme Garceau :
Merci beaucoup.
La Présidente (Mme
Poulet) : Merci beaucoup, Mme Gravel, M. Hébert. Alors, merci
beaucoup de votre contribution à la commission.
La commission suspend ses travaux jusqu'à
14 heures.
(Suspension de la séance à 12 h 48)
(Reprise à 14 h 05)
La Présidente (Mme Poulet) : Alors,
bonjour à tous. La Commission de la culture et de l'éducation reprend ses
travaux.
Nous poursuivons les consultations particulières
et auditions publiques sur le projet de loi n° 64, loi instituant le musée
national de l'histoire et du Québec.
Alors, cet
après-midi, nous allons recevoir les témoins suivants : Pre Christine
Bernier, la Société du patrimoine
politique du Québec et
Pr Ollivier Hubert, conjointement avec le Groupe d'étude sur le colonialisme québécois.
Alors, bonjour, Mme Bernier. Je vous
rappelle que vous avez 10 minutes, et par la suite on va pouvoir faire les
échanges avec les membres de la commission. Alors, allez-y, on vous écoute.
Mme Christine Bernier
Mme
Bernier (Christine) : Oui, merci. Alors donc, je me présente très brièvement,
Christine Bernier, je suis professeure
au Département d'histoire de l'art, de cinéma et des médias audiovisuels et je
suis directrice du programme de muséologie à l'Université de Montréal.
Alors, sans plus tarder, je débute.
Il semble que ce projet parte d'une bonne
intention, puisqu'il s'agirait de développer la fierté. Évidemment, cet
objectif ne sera atteint que si ce futur musée est un succès au plan de la
fréquentation et surtout s'il jouit de la reconnaissance du réseau muséal
international.
Malheureusement, quand on lit la revue de presse — c'est
plus d'une vingtaine d'articles dans mon cas — on constate que ce projet de musée présente un sérieux problème
d'acceptabilité sociale. C'est important, je crois, de prendre acte de
cette levée de boucliers. Je cite ici le titre d'un article du journal Le Monde
dans son édition internationale du 22 juin : «À peine dévoilé, il
suscite déjà la controverse.» Fin de la citation.
Je retiendrai maintenant deux facteurs de risque
d'échec de ce projet, tant au plan culturel que sociétal et muséologique.
L'article 24.2 donne un premier axe des
fonctions du futur musée, que j'ai comparé avec celui du Musée de la
civilisation, l'acronyme étant le MCQ, donc, que j'ai comparé avec le MCQ en le
divisant en trois segments. Je cite :
Musée de la civilisation, «faire connaître l'histoire et les diverses
composantes de notre civilisation», futur musée, «faire connaître et
[...] promouvoir l'histoire du Québec»; MCQ, «notamment les cultures matérielle
et sociale», futur musée, «sa culture et son
identité distincte»; MCQ, «des occupants du territoire québécois [de même que]
celles qui les ont enrichies», futur musée, «ainsi que [...] témoigner
de l'évolution de la nation québécoise et de l'apport des communautés qui ont
façonné son parcours et son territoire.» Fin de la citation.
Ces phrases, elles montrent qu'il s'agit là de
simples variations sur un même énoncé de base et qu'il y a un dédoublement évident dans les fonctions muséales.
Ce futur musée, le petit frère, comme l'appellent les professionnels du
MCQ, a donc un gros problème d'identité.
Il y a une
deuxième source d'inquiétude. On se demande si le petit frère va vampiriser le
MCQ. Les professionnels du Musée de la civilisation doivent travailler très
fort à la réalisation de l'exposition inaugurale qui est prévue pour le
printemps 2026, ce qui est très, très tôt, et cela avec des chargés de
projet pour le numérique et avec des objets de la collection du MCQ.
Je ne doute pas ici, vraiment pas de la
compétence des employés du MCQ, un musée qui a produit d'excellentes
expositions tant au plan scientifique qu'au niveau populaire. Cependant, on se
demande ce qu'il en est pour la suite de ce musée d'histoire qui se voudrait
national. La question se pose, car, selon le projet de loi, le deuxième axe des
fonctions du futur musée stipule qu'il assurera une présence du Québec dans le
réseau muséal international, entre autres
par des acquisitions. Fort bien, cela est en effet une fonction classique d'un
véritable musée national, et d'ailleurs des trois musées d'État du
Québec, mais surgit alors le problème du budget de fonctionnement, car des objets, même acquis par donation, par don,
exigent un traitement avec du personnel compétent, des archivistes, des
restaurateurs, etc., ainsi que des espaces d'entreposage. Il est donc à prévoir
que ce seront malheureusement les ressources du MCQ qui seront utilisées. En effet,
l'article 11 du projet de loi stipule que certains employés du MCQ
deviendront des employés du futur musée d'histoire.
• (14 h 10) •
Avec ces constats, je peux faire trois
recommandations. Premièrement, si le ministère veut absolument une gouvernance
indépendante du MCQ, ce futur musée d'histoire pourrait être un OSBL, un
organisme sans but lucratif, et s'appeler le
Centre d'exposition de l'histoire du Québec, car il n'a pas de collection,
comme les centres d'exposition, et son
installation est déjà prévue dans le pavillon Camille-Roy du Séminaire de
Québec, soit l'édifice du défunt Espace bleu de Québec. Avec ce titre de centre
d'exposition, moins pompeux que celui de musée national, il aurait un budget
modeste, des ambitions moins arrogantes,
surtout aux yeux des musées régionaux, qui crient famine, et il serait sans nul
doute mieux accueilli.
Deuxièmement, une autre
possibilité, et qui est de loin préférable à mon avis, est fondée sur le fait
que ce futur musée d'histoire, qui n'a ni
employé ni objet de collection, agit déjà comme un satellite du MCQ, dont
il reprend l'énoncé de mission
presque mot à mot et dont il dépend entièrement pour son exposition inaugurale.
Il se présenterait donc comme un pavillon supplémentaire du Musée de la
civilisation, qui pourrait être inauguré en grande pompe, ça va de soi.
Troisièmement, enfin, je considère qu'un musée
qui se veut national, j'insiste, se doit d'avoir dès sa fondation une vision à très long terme, une stature, avec un budget de
fonctionnement conséquent, et il ne doit surtout pas compter sur la
vampirisation d'un musée d'État déjà existant simplement parce que ce musée
fonctionne très bien. On lui souhaite pour
le futur, d'ailleurs. Pour que cette entreprise s'avère un succès, elle doit
prendre la forme d'un nouveau pavillon du MCQ. Je le pense sincèrement.
Nous avons
déjà trois musées d'État au Québec, ils ont une belle histoire et de beaux
succès, et je recommande que le ministère en prenne soin, de ces trois
musées, et davantage, avant d'en créer un autre à la hâte. Je vous remercie de
votre écoute.
La
Présidente (Mme Poulet) : Merci beaucoup, Mme Bernier. Alors, on va
débuter les échanges avec le ministre pour une période de
16 min 30 s.
M. Lacombe : Merci. Merci beaucoup,
Mme la Présidente. Merci à vous de vous être prêtée à l'exercice. Comme je dis
à tout ceux qui viennent, je sais que ça vous demande de la préparation, et
c'est toujours apprécié, même si nos opinions sont parfois divergentes. Mais c'est
très, très apprécié que vous soyez là.
Je saute tout de suite dans le vif du sujet, la
question du... et tantôt vous l'avez disséquée, n'est-ce pas, la mission du
Musée de la civilisation, celle du musée... que nous proposons pour le Musée
national de l'histoire du Québec. C'est au coeur des discussions qu'on a. Ça
revient assez souvent. Pour moi, il y a... il y a une distinction qui est
majeure, quand même, dans les... Même si les mots peuvent se ressembler, le
sens qu'ils ont est important aussi.
Le Musée de la civilisation est un musée de
société. Le musée national d'histoire sera un musée d'histoire. Le Musée de la
civilisation, c'est un musée, donc, de société qui a un regard... bon, un
regard qui est différent qu'un regard historique, ce qu'aurait le Musée
national de l'histoire du Québec. Donc, prenons l'exposition actuellement sur
le Québec au Musée de la civilisation. Elle n'a pas été conçue dans une
perspective historique, elle a été conçue dans
une perspective sociétale davantage. Donc... Et le Musée de la civilisation
s'intéresse à beaucoup d'autres choses que
l'histoire en tant que telle. Et ce qu'on souhaite, avec le Musée national de
l'histoire du Québec, c'est de s'intéresser à la nation québécoise, à
son histoire. Est-ce que, selon vous, ce n'est pas une distinction qui est
assez importante?
Mme
Bernier (Christine) : À mon avis, il s'agit d'une distinction qui est
minime. Quand on parle... S'il y avait... S'il s'agissait d'un musée d'histoire
à Trois-Pistoles, oui, il pourrait y avoir des ressemblances, des similitudes.
Si on parle d'un musée national du Québec...
Vous n'avez qu'à comparer, par exemple, avec les deux autres musées d'État.
Quand on regarde les trois musées qui sont des sociétés d'État, que nous avons
déjà, on voit très bien, en lisant les axes de la mission de chacun de ces
musées, qu'ils sont très différents et parfaitement complémentaires. La
mission, l'énoncé de mission du Musée d'art contemporain de Montréal ne ressemble absolument pas à celui du Musée national des beaux-arts du Québec,
et, conséquemment, les acquisitions pour leurs collections sont très
différentes.
M. Lacombe : Vous avez un collègue
qui est venu... Bien, c'est intéressant comme discussion. Vous avez un collègue
qui est venu, si ma mémoire ne me trompe pas, je pense que c'est hier, nous
dire que c'était une bonne nouvelle parce
que, selon lui, il nous manque deux musées nationaux au Québec pour compléter
l'offre, si on regarde ce qui se passe sur la scène internationale. Il
nous parlait, donc, de ce musée national d'histoire que nous proposons, et le dernier, selon lui... la dernière étape pour
compléter le réseau, selon lui, ce serait éventuellement de se doter d'un musée
scientifique, un musée de science. Et donc, pour lui, avoir un musée de société
comme le Musée de la civilisation, avoir un
musée d'histoire, avoir un musée de science, ça venait former un tout qui est
cohérent. Et il nous dit que c'est ce qui se fait sur la scène
internationale. Vous, vous êtes en désaccord avec ça.
Mme Bernier (Christine) : Non, je ne
suis pas en désaccord avec ça, pas du tout. C'est parfait dans un monde idéal.
Comme nous connaissons bien la situation budgétaire des musées au Québec, donc
là, je parle de tous les musées, les musées
en région, des musées à Montréal, donc, tous les musées autres que les trois
musées d'État, quand on connaît la situation budgétaire des musées...
C'est certain qu'on peut rêver à connaître, au Québec, un ensemble de plusieurs
musées d'État. C'est vrai qu'un musée des sciences... Un musée national des
sciences, c'est vrai qu'il n'y en a pas.
Mais encore faut-il que le financement de fonctionnement soit là. Autrement,
autrement, face à ces bons voeux, je ne peux qu'acquiescer.
M. Lacombe : Oui. C'est Yves
Bergeron qui est venu nous dire ça. Mais c'est intéressant, ce que vous nous dites. Si je comprends bien, ce que vous nous
dites, c'est... Le projet que nous proposons, dans un monde idéal, sur le fond,
donc, c'est un projet qui est légitime, c'est un projet qui est... qui est bon,
mais vous dites : Dans le contexte budgétaire actuel, on ne peut pas se le
payer.
Mme Bernier (Christine) : Ce n'est
pas ce que je dis. Ce que je dis, c'est que, dans le contexte actuel, les
prémisses de sa mise en oeuvre prennent la forme d'une vampirisation du Musée
de la civilisation. Donc, si le musée n'est pas encore
né, mais qu'il est déjà en train de phagocyter un autre musée qui est reconnu
pour bien fonctionner... Le Musée de la
civilisation a une très bonne réputation. Maintenant, bon, avec les départs,
les annonces de démission, on espère que tout continuera à bien aller
dans ce musée.
M. Lacombe : Oui.
Bien, vous savez, juste peut-être pour clarifier, parce que c'est important,
là, ce à quoi vous faites référence, ce sont des employés qui ont été ajoutés à
l'équipe du Musée de la civilisation spécifiquement pour travailler sur le projet d'Espace bleu et, maintenant, sur le
projet de Musée national de l'histoire du Québec. Donc, ce ne sont pas des
employés du Musée de la civilisation qui étaient là avant qu'on va transférer.
On ne dépouillera pas le musée, c'est-à-dire
qu'il va y avoir le même nombre d'ETC, comme on appelle dans le jargon
gouvernemental, donc, d'employés...
d'équivalents à temps complet qu'avant la mise sur pied du Musée national de
l'histoire du Québec. Donc, les
employés qu'on a embauchés expressément pour ça, évidemment, on va pouvoir les
transférer, mais sinon on ne dépouillera pas le musée. Donc, une partie
de votre argumentaire était basée là-dessus. Est-ce que ça change un peu votre
perspective?
• (14 h 20) •
Mme Bernier
(Christine) : Mon argumentaire supposait que ce qui doit être évité...
Puisque le Musée de la civilisation travaille déjà à l'exposition inaugurale,
bon, on est à cette étape de l'expo inaugurale, puisque c'est le Musée de la
civilisation, oui, il peut y avoir des ressources supplémentaires, bon, des
chargés de projet. Ce n'est pas sur une équipe de chargés de projet, même s'ils
sont très nombreux, qu'on fonde un musée national.
M. Lacombe : Ils
sont 35.
Mme Bernier
(Christine) : Bien oui, c'est ça, c'est une armée de chargés de
projet, mais ce n'est pas avec des chargés
de projet... Quand, par exemple, le directeur général donne sa démission, quand
le directeur des collections donne sa
démission... Il y a quand même des piliers qui méritent d'être soutenus et
encouragés de la part du ministère. Il y a quand même beaucoup de
démissions.
M. Lacombe : Oui,
tout à fait, mais là est-ce que vous faites un lien entre la mise sur pied d'un
musée national d'histoire du Québec et le
départ du PDG du Musée de la civilisation? Ce serait un peu hasardeux de lui
prêter cette intention-là, je pense.
Mme Bernier
(Christine) : Non, non, non, je ne fais aucun lien de cause à effet,
là, mais les personnes ne sont plus là. C'est un simple constat, là, ce n'est
rien qu'un fait. C'est...
M. Lacombe : Oui.
Non, c'est vrai qu'il y a eu du mouvement. On ne peut pas empêcher un coeur
d'aimer. Donc, il y a des gens qui souhaitaient relever des défis ailleurs,
puis on les a... Et, dans l'autre cas, c'est un départ à la retraite? C'est un
départ à la retraite. Je parlais de Stéphan quand je parlais... On ne peut pas
empêcher un coeur d'aimer l'art contemporain.
Mme Bernier
(Christine) : Oui.
M. Lacombe : D'accord.
Je vous avoue que ce n'est pas... ce n'est pas nécessairement très clair, par
contre, dans mon esprit, et je le dis respectueusement, parce que... Quand je
vous parle d'Yves Bergeron qui dit : Bien, on peut tout à fait, et il faut
avoir un musée de société et un musée d'histoire, et en plus de ça, idéalement,
il faudrait ajouter un musée des sciences,
quand je vous parle de ça, vous dites : Oui, effectivement, mais on n'a
pas vraiment, en ce moment, un contexte budgétaire, les sommes pour être
capables de tout bien faire, donc, continuons de faire ce qu'on fait bien, puis, dans un monde idéal, ce
serait le fun, mais attendons plus tard. C'est à peu près ce que vous me dites.
Mais là, après ça, vous me dites : Non,
il y aurait quand même une vampirisation. Je ne suis pas certain de vous
suivre. Dans un monde idéal, est-ce que ça en prend un ou ça n'en prend
pas, un musée d'histoire?
Mme Bernier
(Christine) : Bien, dans un monde idéal, ça prend de la planification,
premièrement. Donc, oui, mon collègue de
l'UQAM présente très bien le monde idéal, le contexte idéal, mais qui doit être
planifié, pas pour... pas pour une ouverture en 2026.
M. Lacombe : Je
comprends. D'accord. Je comprends votre point de vue. Ensuite, j'aimerais
savoir, quand vous parlez... Il me reste combien de temps, Mme la Présidente?
La Présidente (Mme
Poulet) : ...
M. Lacombe : Quand vous parlez de trop de concurrence, je vous
avoue que ça me fait sursauter un peu. Quand on parle de vampirisation
du Musée de la civilisation, quand on parle de concurrence... Je regarde, par
exemple... Vous me direz que la population,
elle est différente, mais je regarde Montréal, qui a une abondante offre
muséale, et je pense qu'aujourd'hui on ne voudrait pas fermer
d'institutions, parce qu'on trouve qu'elles sont complémentaires, parce
qu'elles participent aussi à un certain réseau qui intéresse les gens à venir
visiter Montréal.
Est-ce
que ce ne serait pas la même chose à Québec, c'est-à-dire, ajouter un musée,
est-ce qu'à la fin ce n'est pas une bonne
nouvelle et que ça ne rend pas Québec encore plus intéressante pour les
touristes, qui seraient plus
nombreux, et donc le visiteur disponible, je ne sais pas si je peux utiliser
cette expression-là, serait... serait plus nombreux?
Mme Bernier (Christine) : OK. Je vais vous répondre
en deux temps. Premièrement, je n'ai pas utilisé le terme «concurrence».
Donc, je ne peux pas...
M. Lacombe : Vous
avez... vous avez effectivement parlé de vampirisation, donc...
Mme Bernier
(Christine) : Oui, oui, oui, mais pas de concurrence. Mais, puisque
vous parlez... C'est vous qui parlez de
concurrence. Puisque vous en parlez et qu'on... que vous mentionnez la
situation des musées à Montréal, l'agrandissement du Musée McCord
s'éternise, le retour à la Place des arts du Musée d'art contemporain
s'éternise. Ce ne sont pas des situations enviables. Je suis désolée de parler
encore de budget, mais c'est quand même... Toute la durée de la fermeture du Musée d'art contemporain, c'est l'absence d'un
musée et c'est l'absence d'un musée d'État. Dans un centre d'achats, il
ne peut pas accomplir correctement sa mission, on s'entend.
M. Lacombe : On
est d'accord, on est d'accord.
Mme Bernier
(Christine) : On est d'accord, hein? Je pense que... Bon. Donc,
il faut... il faut en prendre soin. Le Musée
national des beaux-arts du Québec a
un gros chantier, là, avec l'Espace Riopelle. Bon. Donc, j'ai... je crains
que cette idée d'un nouveau musée détourne l'attention de musées qui ont déjà
besoin d'aide, qui ont besoin...
M. Lacombe : Nos
musées nationaux, vous parlez?
Mme Bernier
(Christine) : Oui, exclusivement. Les autres ne sont pas totalement
sous votre responsabilité. La situation des musées nationaux, évidemment, c'est
directement rattaché au ministère, et donc...
M. Lacombe : Je
comprends. D'accord. Bien, on a... Je termine peut-être juste là-dessus en
disant : Vous venez aussi de citer
plusieurs exemples qui démontrent qu'on investit dans nos musées nationaux avec
l'Espace Riopelle, par exemple, avec l'agrandissement, la modernisation,
certains diront la transformation du Musée d'art contemporain aussi à Montréal,
dont on a finalisé et bouclé le budget, donc, je veux quand même peut-être vous
rassurer sur le fait qu'on n'abandonnera
pas... et le Musée de la civilisation, qui va... qui va très bien, qui est
très... qui est très populaire puis qui offre de très belles expositions
aussi.
Je voulais aussi vous
demander peut-être une clarification. Quand vous dites qu'il n'y a pas
d'acceptabilité sociale, est-ce qu'on peut vraiment dire ça? Parce que moi,
depuis que j'entends les témoins qui viennent nous voir depuis le début... On
est en consultations sur le projet de loi. Les gens les plus concernés, les
plus interpelés par ce projet viennent nous voir, et je vous dirais que,
jusqu'à présent... bon, je n'ai pas fait le compte exact, mais la très grande
majorité des gens nous disent... nous dit que c'est un projet qui doit aller de
l'avant. Ils nous font des recommandations puis ils font part de quelques
désaccords sur la façon, par exemple, de présenter les contenus, mais ils sont d'accord avec le fond du projet. Est-ce
que se baser, respectueusement, là, sur une revue de presse pour déterminer
l'acceptabilité sociale, ce n'est pas un peu hasardeux?
Mme Bernier
(Christine) : Ce n'est pas hasardeux, puisque vous avez fait une
conférence de presse. Ça sert à quelque chose. Donc, vous aviez fait une
conférence de presse pour qu'il y ait de l'information qui soit diffusée, qu'il
y ait des opinions qui se forment, et le résultat, puis c'est ce que... Quand
je parle d'acceptabilité sociale, dans tout ce que j'ai lu, puis c'est plus
d'une vingtaine d'articles, tout le monde est contre, quelles que soient les
positions éditoriales des journaux. C'est une réception qui est... une
réception qui est négative.
M. Lacombe : Oui. Bien, moi, je ne suis pas... je ne suis pas
responsable de... je ne suis pas responsable de ce que les journalistes
écrivent, mais ce que je vous dis, c'est : Depuis le début de la
consultation, il faudrait faire le compte exact, mais, je vous dirais,
je ne pense pas me tromper, là, en disant que la très grande majorité... à tout
le moins la majorité, sinon la très grande
majorité des gens nous disent : Oui, sur le fond, on est d'accord avec
l'idée, mais, bon, après, voici, dans
la façon de le faire, on n'est pas d'accord sur telle ou telle chose, il
faudrait préciser ceci ou cela.
Mme Bernier
(Christine) : Ça, malheureusement, je ne peux pas répondre à ça parce
que je ne suis pas à votre place puis je n'ai pas entendu les autres auditions.
M. Lacombe : D'accord.
Bon, bien, je dépose ceci pour... peut-être pour considération. Jusqu'à
maintenant, en tout cas, le fond du projet ne semble pas avoir tant
d'opposition que ça, même que ce matin, si vous avez lu la revue de presse, les Premières Nations nous disent
qu'ils souhaitent donner une chance au musée. Donc, eux-mêmes, sur le fond,
disent : Bien, tu sais, on... il y aurait... il y aurait possibilité de
trouver un moyen d'entente. Je le dépose ici pour considération.
Puis la... Peut-être
la dernière question, parce qu'il me reste peu de temps...
La Présidente (Mme Poulet) : 1 min 10 s.
M. Lacombe : ...1 min 10 s,
puis je vais... je vais terminer là-dessus, vous dites... Ça m'a fait sursauter
tantôt. Vous parlez du Musée national de
l'histoire du Québec. Vous dites : On devrait plutôt faire un pavillon ou
un espace de diffusion et, vous
dites, avec une ambition moins arrogante. Là, je suis allé lire la définition
exacte du mot «arrogance» dans le dictionnaire. C'est... Ce n'est pas
particulièrement tendre. Qu'est-ce que... Donc, vous sous-entendez quoi en
utilisant ce mot-là par rapport au MNHQ?
• (14 h 30) •
Mme Bernier (Christine) : Bien, si
ça s'appelle un centre d'exposition, par exemple... Pour des musées en région qui
crient famine, c'est sûr que «musée national», ça fait arrogant. «Centre
d'exposition», bien, ça fait plus... C'est mot à mot ce que j'ai écrit.
M. Lacombe : D'accord. Parce
qu'«arrogance», c'est quand même «insolence méprisante ou agressive». Je trouvais que le mot était peut-être chargé pour
parler d'un projet qui, somme toute, est assez... ne fait pas l'unanimité,
mais qui semble créer quand même un certain consensus, si je m'en tiens aux
propos qu'on a recueillis ici.
Mme Bernier (Christine) : Grand bien
vous en fasse.
M. Lacombe : D'accord. Merci
beaucoup.
La
Présidente (Mme Poulet) : Alors, c'est tout le temps qu'il nous reste.
Alors, on va poursuivre les discussions avec la députée de Robert-Baldwin
pour une période de 12 min 23 s.
Mme
Garceau : Merci, Mme la Présidente. Bonjour,
Mme Bernier. Merci beaucoup pour votre mémoire et votre témoignage
fort intéressant aujourd'hui.
Peut-être
avec... Il va y avoir une divergence, peut-être, d'opinions au sujet des... de
la majorité, ou une grande majorité, ou une majorité concernant toute la
question qu'on est pour ou contre.
C'est sûr et certain qu'il y a plusieurs groupes
qui ont soulevé la même préoccupation que vous concernant le dédoublement de
mission. Ça, on est clairs là-dessus. Et donc... Et, en raison de la définition
de la mission...
Et vous avez
touché à un aspect fort important, toute la question du problème
d'acceptabilité sociale, qui découle aussi des... comme vous avez dit — moi,
je l'appelle le cri du coeur des musées régionaux — le sous-financement des musées régionaux. Et on
l'entend parler, là, depuis longtemps. Et là vous mentionnez en ce qui a
trait... les besoins des musées d'État, des... également des musées
nationaux.
Je vais vous poser la question d'une certaine
façon, parce qu'il y a certains groupes qui sont venus nous parler d'une
consultation, une consultation qu'il aurait fallu, peut-être, même, avant le
dépôt du projet de loi, avoir une
consultation pour vraiment déterminer les vrais besoins, les vrais besoins dans
le secteur muséal du Québec. Est-ce que vous êtes d'accord avec cette
proposition qu'on aurait dû faire une consultation?
Mme Bernier (Christine) : C'eut été
une bonne idée.
Mme
Garceau : OK. Pour déterminer... Et donc on aurait pu
peut-être venir... On aurait pu satisfaire peut-être cette question
d'acceptabilité sociale et aussi de voir les vrais besoins des musées à travers
le Québec en termes de décider : Est-ce qu'on a besoin d'un autre
musée national sur l'histoire du Québec, qui vient rejoindre la mission du
Musée de la civilisation, ou est-ce qu'on pourrait, d'ailleurs, bonifier? Parce
qu'il y a quand même une enveloppe budgétaire très intéressante au niveau du
ministère concernant... c'étaient les Espaces bleus, et là on l'a mis dans ce nouveau musée. Est-ce qu'on ne pourrait pas
utiliser ces fonds-là pour bonifier, évidemment, ou aider financièrement
les musées régionaux? Donc, vous seriez d'accord avec ce genre de processus.
Mme Bernier (Christine) : Ça
pourrait être une possibilité, en effet.
Mme
Garceau : Dites-moi, Mme Bernier, parce que vous avez quand
même utilisé un verbe très, très important, «vampiriser»... C'est la
première fois, là, que je le vois dans les mémoires. Est-ce que vous pourriez
expliquer? Parce qu'à l'appui de ça vous avez parlé de l'exposition inaugurale
qui va avoir lieu au printemps 2026 au Musée de la civilisation. Est-ce
que vous pourriez nous donner peut-être des détails à ce sujet-là?
Mme
Bernier (Christine) : Bien,
je ne suis pas une employée, une professionnelle du Musée de la civilisation. Les
employés du musée seraient mieux placés que moi pour vous donner des détails
concernant cette exposition inaugurale. Ce que je sais, c'est ce que tout le
monde sait : ça va avoir lieu en 2026, il y a plusieurs chargés de projet qui sont engagés, particulièrement pour le
numérique, des oeuvres de la collection du MCQ seront utilisées pour cette
exposition inaugurale, puis le personnel du Musée de la civilisation est en train
d'y travailler.
Mme
Garceau : OK. Et peut-être nous parler un petit peu plus de
votre idée concernant ce centre d'exposition de l'histoire. Comment vous
voyez ce centre?
Mme Bernier (Christine) : Bien, en
fait, ça pourrait être la même chose. C'est juste que le terme de musée national et la stature de ce projet de musée...
Quand on lit le projet de loi, quand on utilise l'information dont on dispose, ça n'a pas la
stature de musée national. Un centre d'exposition n'a pas de collection, fonctionne
avec des plus petits budgets. En fait, ce que ça annonce, ça ressemble
davantage à un centre d'exposition.
Un musée, par définition puis historiquement,
c'est fondé sur une collection. On ne commence jamais avec un bâtiment qu'on va appeler musée, puis ensuite
on cherche des objets à mettre à l'intérieur. C'est le contraire qui se produit.
On a d'abord une collection puis on a d'abord des objets, puis ensuite on
construit. Donc... Puis, si l'espace est déjà là, bien, ça peut être un centre
d'exposition, puis il n'est pas nécessaire d'avoir de collection. Puis tout le
personnel spécialisé qui doit prendre soin d'une collection, les espaces
d'entreposage, c'est beaucoup de travail. C'est une grosse entreprise, un musée
national, puis même un musée tout court.
Donc, je me
disais : Bon, bien, oui, ça ressemble un peu à un centre d'exposition.
Bien... Puis, en même temps, bien, ce centre d'exposition ressemble
tellement au Musée de la civilisation du Québec que je...
Mme Garceau : Il n'y aurait pas...
Oui.
Mme Bernier (Christine) : Ça se
ressemble tellement.
Mme Garceau : Oui, oui, je... Non,
je vous comprends. Je vous comprends entièrement.
Mme Bernier (Christine) : J'ai beau
être spécialiste...
Mme Garceau : Moi, je trouve qu'il y
a un élément... Bon, vous aviez mentionné avec le ministre l'élément de la
concurrence. C'est le ministre qui l'avait soulevé. Je trouve qu'il y a un
élément de concurrence ici, là, entre la création du nouveau musée et si on va,
évidemment, avec cette question de collection. Il va y avoir, évidemment, une concurrence là-dessus, n'est-ce pas, entre les
deux musées si on va de l'avant avec le projet, et il y a une création d'un musée
national de l'histoire.
Mme Bernier (Christine) : Il faudra
que les deux directeurs généraux s'entendent très, très, très bien.
Mme Garceau : Il va falloir qu'il y
ait une collaboration.
Mme Bernier (Christine) : Plus que
ça.
Mme Garceau : Qu'est-ce que vous
voulez dire, plus que ça? Juste pour que...
Mme Bernier (Christine) : Bien,
c'est comme... Il y a... il y a une telle fusion entre... tel que le décrit le
projet de loi, que le musée d'histoire empruntera des objets de la collection
du Musée de la civilisation puis... C'est sûr
que les musées se prêtent des objets. Ça fait partie de leur fonctionnement,
les prêts. On emprunte, on prête. Ça va. Mais, s'il y en a un qui n'a
pas de collection au point de départ, bien, le musée qui est prêteur en fait
beaucoup avant. Il y a une grande dépendance du musée d'histoire face au Musée
de la civilisation.
Mme Garceau : Oui, et que le Musée
de la civilisation a déjà ses professionnels, ses experts qui pourraient très
bien faire le travail, parce que... Juste pour que vous soyez au courant, je ne
sais pas si vous avez écouté les groupes de cet avant-midi, mais on avait le
syndicat des... de professionnels... des professionnels du gouvernement du
Québec, qui représente les 115 professionnels du Musée de la civilisation,
qui sont venus nous dire carrément que, la
mission du nouveau musée, on pourrait très bien l'intégrer dans la mission du
Musée de la civilisation : On a les experts, on a les
professionnels, on peut très bien faire l'exposition, tel que demandé par le
ministre, donc, même pas un pavillon. On va même plus loin, Mme Bernier.
Juste pour que vous soyez au courant, on va plus loin qu'un pavillon, d'avoir
un musée, un nouveau musée dans le Grand Séminaire. Ce serait d'intégrer dans
l'emplacement du Musée de la civilisation la
mission du nouveau musée. Est-ce que ça, vous seriez d'accord? Est-ce que vous
êtes contre? Est-ce que vous pourriez le voir?
• (14 h 40) •
Mme Bernier (Christine) : Bien, ça,
c'est... Non seulement je suis d'accord, mais je pense que ce serait facilement
réalisable.
Mme Garceau : Merci beaucoup. Je
n'ai pas d'autre question. Merci beaucoup.
Mme Bernier (Christine) : Je vous en
prie.
La Présidente (Mme Poulet) : Merci.
Alors, je cède la parole au député de Jean-Lesage pour une période de
4 min 8 s.
M. Zanetti : Merci, Mme la
Présidente. Merci beaucoup. C'est vraiment intéressant.
Je voulais vous poser une question. Je vais
droit au but vu que j'ai moins de temps. Mais, par rapport à la... au temps que
ça prend pour mettre sur pied un tel musée national, vous évoquiez, là, que
2026, printemps 2026 pour l'ouverture, c'est assez optimiste ou, en tout
cas, ambitieux. Selon vous, ça prendrait combien de temps, disons, pour monter ça, quelque chose qui a cette ampleur-là? Pour faire
les choses comme il faut, ça prendrait des délais qui ressemblent à quoi, à peu
près, mettons?
Mme Bernier
(Christine) : Bien, entre le moment où l'idée est lancée par un
gouvernement puis le moment où on peut inaugurer le musée, bien, il peut
facilement se passer huit ans. Bien, le centre Beaubourg, ça a pris
deux présidents de la France entre le moment où il y a un premier qui a
énoncé le voeu puis l'autre qui a fait l'inauguration.
M. Zanetti : Il
peut se passer beaucoup d'élections en huit ans. Je fais des jokes.
Excusez. OK.
Mme Bernier
(Christine) : Ça, je ne m'y connais pas.
M. Zanetti : Ah oui? Habituellement deux. Bon. Puis c'est...
Bien, ma question ici est un peu connexe à ça, là. C'est... Une des choses qui me préoccupe par
rapport à ça, puis je voudrais avoir votre point de vue là-dessus, ça a été
soulevé par d'autres personnes aussi,
c'est... Disons, étant donné que ça va être un musée qui fait de l'histoire et
aussi de la mémoire, de la commémoration et qui a pour but de promouvoir
l'identité québécoise et la fierté, et tout ça, évidemment, il y a des gens qui disent : Bien, il faut que ce soit
très indépendant de n'importe quel gouvernement, il faut qu'il y ait une
indépendance là-dedans.
Dans
le mécanisme de nomination, par exemple, de la direction générale ou du CA,
bon, les premières... la première direction,
le premier CA seront nommés par le gouvernement. Ensuite, ce sera nommé comme
par la loi sur les musées.
Mais
je voudrais savoir : Selon vous, est-ce que... même actuellement, là, en
ce moment, est-ce que les musées comme le Musée de la civilisation ont
une indépendance suffisante des gouvernements pour faire un travail de façon indépendante ou est-ce que tout le monde se sent
un peu : Si je fais ça, peut-être que ça ne plaira pas, puis ça se peut
que je ne reste pas longtemps à la
direction générale, ou sur le CA, ou... Est-ce que vous avez déjà entendu ce
genre de crainte là dans l'écosystème muséal québécois?
Mme Bernier
(Christine) : Premièrement, un musée qui est une société d'État n'est
jamais totalement, indépendamment... n'est jamais totalement indépendant du
gouvernement. Ça, c'est... c'est impossible. Ce n'est pas un musée d'État, sinon. Puis même les musées qui
ne sont pas des musées d'État ont une dépendance d'ordre économique.
Bien là, ils ont besoin du gouvernement pour le financement. Mais les décisions
du gouvernement peuvent avoir un impact sur les musées d'État. Ce n'est pas une
chose anormale.
M. Zanetti : OK.
Puis est-ce que, selon vous, dans le cadre d'un musée, par exemple, national de
l'histoire... est-ce qu'il y a des
mécanismes qu'on... qui pourraient être mis en place ou peut-être que, dans
d'autres pays, ils mettent en place pour maximiser l'indépendance,
disons, même si elle est toujours relative?
Mme Bernier
(Christine) : Ça, ça sort de mon champ d'expertise.
M. Zanetti : OK.
Je... Bien...
Mme Bernier
(Christine) : Non...
M. Zanetti : C'est
bien correct. Je vous remercie infiniment.
Mme Bernier
(Christine) : Je vous en prie.
La Présidente (Mme
Poulet) : Alors, je vous remercie, Mme Bernier, pour votre
contribution aux travaux.
Je suspends les
travaux quelques instants afin que l'on puisse accueillir le prochain groupe.
(Suspension de la séance à
14 h 45)
(Reprise à 14 h 47)
La Présidente (Mme Poulet) : Alors,
on reprend nos travaux et on accueille la Société du patrimoine politique du
Québec avec Mme Manon Blanchet,
Alain Lavigne et M. Dave Turcotte. Alors, je vous rappelle que vous
disposez de 10 minutes pour votre exposé. Par la suite, on va
procéder aux échanges avec les membres de la commission. Alors, allez-y, on
vous écoute.
Société du patrimoine politique du Québec (SOPPOQ)
Mme Blanchet
(Manon) : Merci beaucoup, Mme la Présidente. M. le ministre, Mmes, MM.
les députés, bonjour à toutes et à tous. La
SOPPOQ, la Société du patrimoine politique du Québec, vous... désire vous
remercier pour l'invitation qu'elle a
reçue pour participer à cette commission parlementaire dans le cadre des
consultations publiques sur le projet de loi n° 64 et pourra,
justement... On pourra vous transmettre nos commentaires et recommandations.
Mon
nom est Manon Blanchet. Je suis vice-présidente de la SOPPOQ et ex-députée de
Crémazie. Je suis accompagnée à ma gauche de M. Alain Lavigne, également
vice-président de la SOPPOQ et professeur titulaire au Département d'information et de communication de l'Université Laval, et à ma droite de M. Dave Turcotte, administrateur de la SOPPOQ
et ex-député de Saint-Jean.
La Société du
patrimoine politique du Québec est un OBNL qui a été créé en novembre 2001
à l'initiative de Marcel Masse, un ancien ministre dans les gouvernements
québécois et canadien.
La
SOPPOQ est un organisme non partisan à vocation culturelle dont la mission
consiste à mettre en valeur le patrimoine politique par ses actions de
conscientisation, d'animation, de commémoration et de diffusion des
connaissances.
Notre vision,
c'est... ce serait que les Québécoises et les Québécois aient une... sachent
qu'ils ont une histoire politique riche et unique. La connaissance et la
préservation de leur patrimoine politique sont des éléments essentiels à leur
perpétuation citoyenne.
Les Québécoises et
les Québécois doivent donc unir leurs efforts afin de préserver et enrichir
leur patrimoine politique et en assurer la
plus grande diffusion possible, notamment auprès des générations futures...
Pardon. Je vais laisser maintenant la parole à mon collègue M. Lavigne.
M. Lavigne
(Alain) : Merci de nous accueillir cet après-midi, chers Présidente,
ministres et députés.
Comme
on a dit la mission de la SOPPOQ, on va peut-être passer aux parties
recommandations. On a trois
recommandations. Je vais vous en présenter deux, et mon collègue Dave Turcotte
va poursuivre avec la troisième. Je crois comprendre que vous n'avez pas
le mémoire, vous n'avez... Bon, on va essayer d'être un peu plus didactiques,
peut-être, dans la présentation, même si on est un peu succincts dans le temps.
En fait, nous, vous
avez entendu notre mission, on ne peut pas être contre la création d'un musée
national. Ce qu'on veut vous dire aujourd'hui, c'est que, dans les fonctions
telles que présentées, bien, on aimerait bien que soit précisée un peu
l'histoire politique. Je pense que ça fait partie de notre patrimoine. C'est ce
qui nous anime. On est tous des
administrateurs bénévoles. D'ailleurs, la SOPPOQ n'a pas de permanence. On est
tous des bénévoles. On fait des choses depuis plusieurs années à notre
échelle. Et je pense qu'on... Comme je vous dis, on est d'accord avec le projet
de loi. On aimerait que la fonction, à ce moment-là, de... peut-être, dans le
sens de la protection, la promotion du
patrimoine politique devrait y figurer. Si ce n'est pas dans le projet, au
moins d'y penser, de l'avoir dans l'horizon, parce qu'on n'est pas le
seul patrimoine, je dirais, aussi au niveau québécois.
• (14 h 50) •
Et, au cours des
dernières années, dans nos travaux, entre autres, pour le plan directeur, on
s'est aperçus qu'il n'y avait pas vraiment de définition bien arrêtée de ce
qu'est le patrimoine politique, et on y a travaillé. Vous... Elle est assez longue, la définition. Je ne la lirai
pas au complet, mais je vais aller à la fin. Le préambule est relativement
long, mais vous allez voir qu'elle est porteuse et très ouverte. On
n'est pas juste dans les artéfacts et, je dirais, l'histoire institutionnelle
liée, je dirais, à des personnages. «La spécificité patrimoniale d'un objet,
d'une oeuvre, d'un site, d'un événement ou
d'un personnage marquant tient à la signification que lui reconnaît une
communauté ou l'État. Fondé sur
l'histoire et la mémoire, le patrimoine politique est non seulement en lien
avec le passé, mais il interagit avec le présent et le futur.»
Donc,
il faut voir ce type de patrimoine là comme étant un patrimoine intéressant à
avoir, je dirais, dans vos travaux en
tant que législateurs. Donc, c'est peut-être... On voulait vous présenter cette
définition-là pour soutenir un peu notre recommandation, qu'on soit un
peu dans vos intentions puis qu'on aille un petit peu plus... d'avoir cette
sensibilité-là par rapport au patrimoine politique.
Notre
deuxième recommandation irait dans le sens qu'on possède un patrimoine
politique riche, diversifié, marqué par des luttes pour la démocratie,
des mouvements sociaux ou des figures politiques importantes et des événements
déterminants qui ont façonné notre identité — et je pense qu'on est tout à
fait dans le musée national d'histoire — et ses institutions. Pourtant, je trouve qu'au Québec on manque peut-être
des occasions de se le rappeler. C'est peut-être parce qu'on est... on est tous
un peu... Par rapport à cette histoire-là, comme parlementaires, vous êtes...
vous la vivez et vous en... Vous
faites partie... Vous serez dans le patrimoine, vous contribuez, mais je pense
que, quand on est dedans, on oublie qu'on est un acteur important. Donc,
je pense que... Puis actuellement, dans le réseau, dans les musées, c'est
dispersé, souvent sous-estimé, pas mis en valeur tant que ça. Donc, je pense
qu'il serait peut-être intéressant, c'est une
belle occasion, de fédérer les forces autour d'un projet ambitieux, puis on
vous suggère la création d'un réseau de préservation et de mise en
valeur du patrimoine politique québécois, qui pourrait être rattaché à la mission,
je dirais, de ce que vous... du projet de loi, là, de l'institution qui est en
voie d'être créée.
Donc, dans ce
sens-là, on estime qu'il serait important d'élargir — je
vais aussi dans le projet de loi — la liste des partenaires, parce
qu'actuellement, dans le projet de loi, vous avez, comme partenaires, le
réseau... le réseau québécois des musées, qui est... qui est incontournable,
mais nous, on aimerait peut-être vous donner la perspective que ça peut être plus large que ça pour la
diffusion ou l'écoute des différents acteurs, les sociétés d'histoire, de
généalogie, des fondations privées,
des passionnés de patrimoine. Les municipalités peuvent être aussi des lieux de
diffusion, mais des lieux d'écoute et de transfert d'information. Puis
nous, on est beaucoup là-dedans depuis quelques années. On n'est pas juste Québec et Montréal. On va dans les
régions, on va dans des bibliothèques, on diffuse, donc, d'abord, cette...
Et le patrimoine, il est là aussi dans l'histoire de certains parlementaires,
dans leurs régions, etc.
Qu'est-ce que je peux
ajouter sur cette deuxième recommandation? Je ne veux pas brûler tout le temps
de... Bref, pensons aux institutions que je
viens... qui existent, là, et qui sont présentes, qui peuvent aussi participer
et aider, puis il y a
aussi de penser à des nouvelles initiatives, d'enrichir notre mémoire
collective par des expositions thématiques, transversales, itinérantes dans les régions. Québec, oui, Montréal, oui,
mais je pense qu'on a cette vision-là pour la diffusion du patrimoine
politique. Merci.
M.
Turcotte (Dave) : Bien, pour pouvoir réaliser... C'est très ambitieux,
le Musée national de l'histoire, puis on considère que c'est vraiment une belle
chose parce que ça peut donner une impulsion au Québec, j'expliquerai un peu
plus en détail pourquoi, mais ça prend les ressources, les ressources, bien
entendu, financières, et on considère qu'il
ne faut pas que ça se fasse au détriment des initiatives déjà en place. Il y a
déjà des initiatives de patrimoine, patrimoine politique dans les musées
régionaux, dans les sociétés d'histoire, dans les municipalités. Il y a le
programme de commémoration des anniversaires qui vient d'être lancé, il y aura,
on le voit, des fois, des projets par rapport au patrimoine politique dans ce genre d'enveloppe là, mais il ne faut pas
que l'argent, qui est déjà difficile en culture... bien, que le musée
national prenne ce qui se... Il faut additionner.
Et, pour ce faire,
nous considérons qu'il y a un modèle qui existe, qui est le modèle américain
avec les musées d'État, les «state museums»,
qui fonctionne très bien. Pratiquement chaque État américain a un «state
museum», un musée d'État. Et, dans ces musées-là, on voit une diversité
d'expositions, mais aussi une diversité de partenariats, de collaborations entre les différentes agences
gouvernementales, l'équivalent de... mettons, de la SÉPAQ... pas... ou de Parcs
Canada, bien, aux États-Unis, mais aussi avec différentes organisations, des
fondations privées, etc., et ils traitent de différents aspects, oui, bien entendu, l'écologie, la technologie,
etc., mais la place de l'histoire et de l'histoire politique a une place importante dans ces musées-là,
souvent, même, associés en proximité géographique avec l'équivalent des parlements,
là, des capitoles américains.
Dans le mémoire,
lorsque vous l'aurez, vous pourrez regarder, on a fait une courte liste
d'exemples d'expositions qui ont été présentées dans différents musées, entre
autres le musée de New York, une exposition sur le droit de vote des femmes, le musée de la Caroline du Sud, une
exposition sur la reconstitution en lien avec la guerre civile, le musée
d'histoire de l'Ohio, une exposition sur la présidence américaine et son
évolution dans le temps. Donc, la place
qu'occupe le patrimoine politique, l'histoire politique dans ces musées-là est
quand même assez importante.
On
considère que ce modèle-là pourrait être un exemple pour le Québec puis
on se questionne... Avec tous ces partenariats-là, ce réseau-là qui se fait au
Québec, on se dit : On est capables, nous-mêmes, au Québec, avec le Musée
national de l'histoire, d'appliquer ce modèle-là et de faire valoir notre
histoire nationale.
La Présidente (Mme
Poulet) : Parfait. Bien, merci beaucoup pour votre exposé. Alors, on
va commencer les échanges avec le ministre pour une période de
16 min 30 s.
M. Lacombe : Merci
beaucoup, Mme la Présidente. Donc, si je comprends bien... Bien, merci,
d'abord, de vous prêter à l'exercice. C'est apprécié. Merci d'avoir pris le
temps de préparer un mémoire. On me dit qu'il y a eu un petit inconvénient,
mais que vous l'aviez bien transmis. Donc, ça nous est envoyé à l'instant.
Donc, on en prendra connaissance plus en détail.
Mais donc, sur le
fond, je comprends que vous êtes d'accord avec le projet. Qu'est-ce que vous
répondez, peut-être juste pour mettre la table, à ceux qui nous disent qu'on
n'a pas besoin de ce musée parce qu'on a déjà un musée de société, pas d'histoire, mais de société qui s'intéresse
notamment à l'histoire des gens qui peuplent le territoire québécois et
que, donc, ce n'est pas nécessaire d'avoir un musée d'histoire qui va
s'intéresser principalement à la nation québécoise?
M. Turcotte (Dave) : Bien, vous comprendrez
que, pour notre part, notre demande principale, c'est d'ajouter le patrimoine
politique dans la mission du Musée national de l'histoire. Donc, on serait bien
mal vus de dire que ce n'est pas une bonne idée de créer le Musée
national de l'histoire, parce que notre organisation a pour mission de
promouvoir l'histoire nationale dans le patrimoine politique.
Et il y a aussi un
enjeu d'espace au Québec, un espace de... Il y a une limitation des espaces
disponibles pour des expositions ou pour des projets de valorisation de notre
patrimoine. Il y a des musées régionaux, mais ça... il y a une limite, là, dans
la capacité de présenter des expositions dans une année. Même le Musée de la
civilisation a le même enjeu aussi, le fait que les expositions coûtent de plus
en plus cher. Souvent, on présente les expositions sur une période plus longue,
donc il y a moins d'expositions, à terme, qui sont présentées.
Donc, d'avoir un lieu
supplémentaire de diffusion dans la Capitale-Nationale, mais qui pourrait avoir
des partenariats, des liens avec des musées régionaux, des sociétés d'histoire,
que des expositions présentées à Québec pourraient être par la suite présentées
en région, et des expositions régionales qui pourraient aussi être présentées à
Québec, ça... c'est ça, notre réseau qu'on pense. Au fond, c'est qu'il ne faut
pas... Ce n'est pas un ou l'autre, c'est un et l'autre, qui font ensemble un
tout.
M. Lacombe : Donc,
c'est votre réponse à ceux qui... Je trouve que c'est une bonne réponse. Donc,
je la note. Je pourrai la citer. Ensuite, peut-être sur... voyons, où est-ce
que je m'en allais, sur...
Une voix : ...
M. Lacombe :
Non, pas la commémoration, je vais... je vais y revenir, mais... En fait, je
vais rebondir sur ce que vous étiez en train
de dire. Le musée que nous... que nous avons en tête aurait une grande
exposition sur l'histoire du Québec,
donc, d'un point de vue historique et non pas sociétal, et il y aurait,
évidemment, des expositions temporaires, puis là, évidemment, le musée,
bon, va travailler sur ces expositions-là. Est-ce que... Ce que je comprends,
c'est que vous plaidez pour qu'il y ait, par exemple, ponctuellement, des
expositions qui s'intéressent à... Évidemment... Parce qu'évidemment que, la politique, il va en être question tout au long du
grand parcours historique du Québec, c'est sûr.
• (15 heures) •
D'ailleurs,
M. Bouchard, qui est venu témoigner, et ça, je trouvais que c'était assez
intéressant, nous disait : L'histoire,
l'histoire du Québec, c'est l'histoire de combats, les Québécois sont des
combattants. Est-ce que c'est le mot exact qu'il a utilisé? Je pense que
oui. Oui. Donc, nécessairement, un combat, c'est politique. Donc... donc, ça,
ça...
Et je pense que c'est une évidence, mais est-ce que
ce que vous voulez aussi dire, c'est : C'est important, par exemple, dans des expositions temporaires, qu'on
s'intéresse à tel ou tel premier ministre qui a marqué... qui a marqué le Québec ou à telle ou telle lutte, par exemple,
pour le droit de vote des femmes, pour... pour, je ne sais pas, la naissance des
CPE, pour... etc., etc.? Est-ce que c'est ce que vous avez en tête?
M.
Turcotte (Dave) : La SOPPOQ, lorsque vous pourrez consulter notre
mémoire, là, vous allez voir qu'on a eu quelques projets dans les dernières années, dont une exposition qui a
été présentée ici, à l'Assemblée nationale, qui, là, sera présentée prochainement à L'Assomption, sur Jacques Parizeau, sur son... en lien avec son 30e anniversaire
d'élection, qui était il y a quelques jours, mais en lien avec la Révolution
tranquille, D'architecte de la Révolution tranquille à premier ministre du
Québec. Donc, on traite des gouvernements Lesage, des gouvernements de
Daniel Johnson, de Jean-Jacques Bertrand, de
René Lévesque, le gouvernement de M. Parizeau. On a fait
aussi une exposition sur Félix-Gabriel Marchand,
malheureusement moins connu, qui était un grand premier ministre, le premier à
mourir en fonction, mais surtout son
héritage. Puis la Révolution tranquille, c'est beaucoup Félix-Gabriel Marchand,
parce qu'à l'époque les principales demandes, la création du ministère
de l'Éducation, c'était Félix-Gabriel Marchand en 1900, là, et même avant.
Donc, tout ça pour dire que nous, on
considère... Oui, on répond oui à la question, mais il n'est... Puis, dans le modèle américain, on a... J'ai dû écourter un
peu à cause du temps, mais, aux États-Unis, il y a une culture incroyable, là,
des musées présidentiels. À partir de Hoover jusqu'à tout récemment, les présidents
ont leurs musées avec une bibliothèque présidentielle où on collectionne
les archives, les artéfacts, etc., les maisons natales de ces présidents-là,
etc.
Au Québec,
malheureusement, il n'y a seulement que trois lieux, et
prochainement, peut-être, un quatrième premier ministre qu'on peut
visiter un lieu physique...
M. Lacombe : Le quatrième, vous
parlez de René Lévesque?
M. Turcotte (Dave) : Oui, exact.
M. Lacombe : Ça va arriver, ça va
arriver.
M.
Turcotte (Dave) : Mais là, en ce moment, il y a l'Espace
René-Lévesque, qui est quand même une très belle initiative, mais...
M. Lacombe : Je vous confirme que ça
va arriver.
M. Turcotte (Dave) : Honoré Mercier,
sa maison natale, Paul Sauvé, sa maison à Saint-Eustache, et Joly de
Lotbinière, son domaine... Ce n'est pas normal qu'au Québec on ne puisse pas
visiter.
Et, dans le mémoire, on mentionne que ça
pourrait être aussi une initiative du gouvernement. La maison de Daniel Johnson, à Saint-Pie, a été vendue durant
la pandémie pour une bouchée de pain. Il y a quand même un premier ministre
qui a habité là et deux autres premiers ministres qui sont nés dans cette
maison-là. De pouvoir l'acheter pour une
bouchée de pain, comme gouvernement, et d'y créer un centre d'interprétation
sur l'histoire de la famille Johnson, qui est une famille importante
dans l'histoire politique du Québec, mais aussi au-delà de la politique, parce
que la politique, ce n'est pas de la partisanerie nécessairement, c'est des
grandes réalisations, c'est des grands moments de l'histoire... Quand vous parlez des CPE... Je pourrais vous parler de
la... de la langue française, je pourrais vous parler de différents
enjeux. Donc, de pouvoir, par l'entremise d'une maison ou d'un... là, dans le
cas du Musée national de l'histoire, une
exposition sur un premier ministre, pouvoir aborder quel était le Québec à
cette époque-là, etc., en lien avec la politique, nous, on trouve ça
inspirant.
M.
Lacombe : Bien, je trouve ça
inspirant aussi. Je trouve que c'est... ce sont de très belles pistes de
réflexion sur ce que pourrait... Parce qu'évidemment un musée, c'est... c'est
vivant, ça peut... ça peut évoluer, ça peut nous faire des propositions
aussi, lorsqu'il voit le jour, pour être, justement, capable d'évoluer puis de
grandir. Donc, je trouve que c'est intéressant.
Là où
j'allais tantôt, et ça m'était sorti de la tête, il y a aussi des gens qui nous
disent ou, en tout cas, qui laissent entendre, pas nécessairement ici,
mais aussi dans l'espace public, que de créer un musée qui s'intéressera à
l'histoire de la nation québécoise, c'est instrumentaliser, en quelque sorte,
une institution, c'est poser un geste politique qui est sous-entendu partisan.
Qu'est-ce que vous pensez de ça?
M. Lavigne
(Alain) : ...l'exemple des
musées nationaux aux États-Unis, bien, je pense que ça montre qu'il y a des... On peut le ramener à l'État, là. Est-ce que
l'État peut parler de sa culture, de sa façon de se... d'être, de son histoire,
ses étapes par rapport au parlementarisme? Donc, je pense qu'on peut faire ça
au Québec, là, en tant que nation, là. Je ne veux pas entrer dans le débat.
Parce que nous, on est des passionnés. On ne fait pas de la politique, là. Vous
comprendrez...
M. Lacombe : Vous n'avez pas envie
de marcher sur une pelure de banane aujourd'hui, c'est ça?
M.
Lavigne (Alain) : Et... Bien, en fait, c'est peut-être une...
M. Lacombe :
Vous voulez passer une bonne fin de journée.
M. Lavigne (Alain) : ...une espèce de prudence, là, mais on n'a pas une posture d'experts.
On est des passionnés de l'histoire.
On essaie de la faire vivre, l'histoire politique, de la faire vivre en tant
que bénévoles. Nous, on n'a pas à prendre ces positions-là que vous écoutez,
puis je pense que, là-dessus, vous comprenez qu'on ne se commet pas trop,
là, mais...
M. Lacombe :
Moi, je suis tout à fait compréhensif. Je pose des questions et je respecte vos
réponses.
M. Lavigne
(Alain) : Mais nous... Oui,
mais nous, on... Je dirais que ça nous anime, l'histoire. L'histoire politique
du Québec nous anime, et je pense que notre contribution, à la SOPPOQ, c'est de
voir... Oui, les expositions, c'est une
façon de diffuser, mais on fait de plus en plus aussi de conférences. Lors de
l'année Lévesque, du 100e anniversaire, on a fait une conférence qui s'appelait René Lévesque : le plaisir
d'en collectionner les traces. Et on a fait cette conférence-là à New Carlisle, parce que c'est là
qu'il... qu'il a grandi et où il est né, on l'a faite à Québec et à Montréal.
On trouvait que c'était une formule...
Une voix :
...
M.
Lavigne (Alain) : ...au Musée de la civilisation, à Québec, ici, avec, effectivement, un
partenariat avec le musée. Donc, ça peut être des conférences.
On peut animer
autrement l'histoire politique. Le musée, moi, je le vois comme dans ses
fonctions. C'est pour ça que je vous disais
que peut-être qu'il y a une fonction qu'il faudrait peut-être voir, là, pour
pointer notre histoire politique, mais il y a beaucoup de façons de la
décliner puis il y a déjà des partenaires qui existent partout. Il s'agit d'animer et de donner un mandat, d'une certaine
manière, pour que... pour qu'il y ait une institution qui coordonne tout ça.
M. Lacombe :
Non, mais je comprends. Oui, oui.
M. Lavigne
(Alain) : J'avoue que ce n'est pas simple.
M. Lacombe : Non, mais je comprends, mais c'est... On dirait que, pour moi, c'est
une évidence. On dirait que, pour
moi, quand on parle de l'histoire de la nation québécoise, je suis... je
suis... je trouve que M. Bouchard l'a résumé avec... bien, avec beaucoup de justesse, c'est les combats, c'est
comment un peuple arrive à se doter d'une nation comme... comme elle est
aujourd'hui. C'est à travers tous ces combats. Puis nécessairement les combats
sont politiques, puis effectivement on
n'entend pas nécessairement par là politique partisane. Quand on parle du droit
de vote des femmes, c'est un combat qui est éminemment... qui a été
éminemment politique, qui n'était pas... Bon, je ne pense pas qu'on peut dire que c'était de la partisanerie. Donc,
pour moi, c'est... c'est comme si c'est... c'est indissociable, c'est certain,
c'est comme... Mais je comprends, en même temps, que vous êtes ici pour nous
rappeler que c'est important puis qu'il faut... il faut axer là-dessus.
Peut-être une
dernière question sur la commémoration. Et ça, c'est large, la commémoration,
mais on a peu cette culture de commémoration au Québec. Et moi, je m'en désole,
parce que je trouve que, tout comme c'est utile d'avoir un musée national de
l'histoire pour savoir comment la nation s'est construite, d'où on part, ça a
été quoi, les grands combats, parfois, on
apprend beaucoup du passé, ça nous évite de refaire des erreurs ou ça nous
inspire de nouveaux combats pour
l'avenir, je trouve qu'on fait plus ou moins de commémorations. On a... on a
commencé, là. On s'est dotés d'une première... d'une première stratégie, tout
ça, mais c'est encore, je dirais, de façon générale, plutôt désordonné.
Est-ce
que vous trouvez que le Musée
national de l'histoire du Québec
pourrait jouer un rôle dans la coordination, dans la réflexion, dans la
mise sur pied d'un cadre, peut-être, pour réfléchir la façon de mener des
commémorations dignes d'une nation comme... comme le Québec?
M. Turcotte (Dave) : ...un enjeu, quand je parle
de la disponibilité des espaces, bien, d'avoir un espace supplémentaire
qui est quand même signifiant, là. Le Musée national de l'histoire, on s'entend
que ce ne sera pas dans un cabanon, là. Donc, il y aura un grand espace...
M. Lacombe : 1 800 mètres
carrés.
M. Turcotte (Dave) : ...différents espaces
d'exposition. Donc, lors des différentes commémorations, il pourrait
soit y avoir des activités ou des expositions en lien.
Et
ce n'est pas parce qu'on n'a pas d'histoire au Québec. On en a... On a une très
belle histoire, une grande histoire, puis on a des moments importants à
se rappeler. Puis souvent, c'est ça, quand il y a des initiatives citoyennes...
Je vous donne un exemple, justement, Félix-Gabriel Marchand, j'en parle
beaucoup, là, mais, l'année prochaine, c'est son
125e anniversaire de décès. C'est le premier premier ministre du Québec à
mourir en fonction. Là, j'essayais de voir, est-ce qu'on peut faire quelque chose? Mais là je me heurte à des portes
de musées qui me disent : Bien, notre... notre programmation est
complète.
• (15 h 10) •
M. Lacombe : Parce
qu'il n'y a pas eu de planification.
M. Turcotte (Dave) : Exact. Puis là,
des fois, c'est... c'est pour ça que...
M.
Lacombe : Et c'est... et c'est exactement ma question,
c'est : Est-ce que vous êtes d'accord qu'il faut planifier ça? Et
est-ce que vous pensez que le MNHQ pourrait jouer un rôle?
M.
Turcotte (Dave) : C'est l'idée... c'est l'idée de mon collègue
M. Lavigne, qui a présenté, dans la... dans la... dans ce qu'on
voit comme un réseau, de pouvoir mettre autour, dans... pas nécessairement une
table physique, là, mais que les musées, les
sociétés d'histoire, de généalogie, parce que, des fois, on les oublie, mais ils sont
des acteurs importants, là, dans les
communautés... Les municipalités, avec les services des loisirs,
des cultures, font de plus en plus, dans
la... dans l'histoire aussi, des activités de patrimoine, les fondations
privées, bon, Fondation Lionel-Groulx, mais il y en a d'autres.
Puis il y a les amateurs. Souvent, les citoyens,
là, comme nous, on est des passionnés puis on... M. Lavigne et moi, on est des grands collectionneurs de notre
patrimoine, mais on a un rôle à jouer. On peut... Il y a des musées qui nous
interpellent pour nous... pour prêter des objets, etc., même l'Assemblée
nationale. M. Lavigne, une bonne partie de sa collection est donnée à l'Assemblée nationale, à la bibliothèque.
Moi, la bibliothèque me contacte à quelques occasions pour avoir des
pièces. L'exposition sur les femmes, j'ai une ou deux pièces qui sont là. Donc,
c'est... c'est... On a un rôle à jouer, et
ça nous ferait plaisir de le faire davantage. Puis là je parle pour nous, mais
c'est... je suis certain qu'il y a plein de collectionneurs au Québec.
M. Lacombe : Bien oui. On va avoir
une collection à bâtir, donc on garde vos coordonnées.
M. Lavigne (Alain) : ...j'ajouterais
que... Bien, si on va au projet de loi, Loi sur les musées nationaux,
l'article 1, 24.2, là, 2°... Bon, je ne suis pas très habile avec vos
façons de numéroter, mais c'est à la page 3. Et il y a trois éléments, là,
dans les fonctions, et moi, j'en verrais bien... Pour libeller un peu de
façon... je dirais, plus dans vos travaux,
là, je verrais bien un élément qui s'ajouterait, «d'animer un réseau de
préservation et de mise en valeur du patrimoine politique». C'est ça
qu'on pourrait peut-être confier directement au nouveau musée...
M. Lacombe : Je comprends bien, je
comprends bien.
M. Lavigne (Alain) : ... d'avoir ce
mandat-là, mais dans une optique de réseau. Et là nous, on... C'est des spécialistes, là. Vous avez reçu les gens des
musées. Eux feront et penseront aux commémorations, et tout ça. On leur
donnera des idées. Et nous, on est là pour contribuer aussi.
M. Lacombe : Tout à fait.
M. Lavigne (Alain) : On est un OBNL,
et on va être actifs, et on fait partie du réseau, là.
M.
Lacombe : Bien, c'est clair que, si le projet de loi est...
est adopté, ça deviendra, ce musée, nécessairement un pôle aussi où il y
aura une expertise en matière d'histoire nationale du Québec.
M. Lavigne (Alain) : Effectivement.
M. Lacombe : Et je... Et vous êtes
plusieurs intervenants à qui je pose la question. Vous êtes nombreux à dire
que, oui, le... ce futur musée devrait jouer ce rôle pour planifier, pour
réfléchir, parce que c'est sûr que, quand on planifie un événement la veille,
c'est plus difficile d'avoir quelque chose qui se tient. Quand on planifie cinq
ans d'avance, on peut faire des liens aussi intéressants avec la fête
nationale, avec... avec la ville d'origine de tel ou tel personnage qui va
fêter un anniversaire. On peut réfléchir à l'avance à un lieu qui pourrait être
renommé en son honneur avec la commission de la toponymie. On pourrait avoir
un... disons, un plan stratégique en commémoration qui ferait consensus, qui
serait appuyé sur des bases scientifiques, qui serait rassembleur. Donc, je
comprends que vous êtes d'accord avec ce...
Des voix : Oui, oui.
M. Lacombe : D'accord. Merci. Merci
beaucoup.
La
Présidente (Mme Poulet) : Merci. Alors, on va poursuivre les discussions
avec la députée de Robert-Baldwin
pour une période de 12 min 23 s.
Mme
Garceau : Merci, Mme la Présidente. Merci à vous d'être ici
aujourd'hui. Fort intéressant, votre témoignage. J'ai bien hâte de lire votre
mémoire. C'est évident que, dans notre histoire, l'histoire du Québec, le
patrimoine politique en fait partie.
C'est juste une question maintenant de comment, si on peut dire, raconter toute
l'histoire avec ses composantes, mais... Et donc il y a une
reconnaissance, c'est sûr et certain.
Maintenant, il y a un
enjeu qui a été soulevé par plusieurs groupes concernant, un, les finances,
budgets de fonctionnement. Et, probablement, vous êtes très bien au courant
des... du sous-financement des musées régionaux. Et donc il y a tout cet aspect de préoccupations en termes de... Bien
là, on est en train de créer un nouveau musée, mais là, dans
l'écosystème muséal au Québec, il y a des problèmes de financement.
Et il y a l'autre aspect aussi que... le Musée
de la civilisation. Et, si on regarde l'article 24.2 du nouveau projet de
loi, avec la création du nouveau musée, il y a un dédoublement de mission entre
les deux. Et on a même eu le syndicat de
professionnels, qui représente les 115 membres professionnels du Musée de
la civilisation, venir nous dire qu'on pourrait très bien intégrer dans
la structure du Musée de la civilisation la mission du nouveau musée national.
Nous avons les experts, les professionnels. On en a fait, des expositions
concernant l'histoire du Québec.
Et, je vous
entends, en termes de... la création du nouveau musée, bien, ce serait un autre
emplacement, un autre lieu pour faire nos expositions. C'est... Il y a
un équilibre, je crois, entre les deux.
Donc, je voulais juste vous entendre là-dessus,
au sujet des... du manque de ressources, la création d'un nouveau musée et, de votre côté... Parce que tout
l'aspect de la commémoration, patrimoine politique, c'est très important.
Ça fait partie de notre histoire. Il faut le mettre... Il faut le souligner à
travers la nation. Donc, je voulais juste vous entendre là-dessus.
M.
Turcotte (Dave) : Je comprends qu'il y a... Une bonne partie de
votre intervention porte sur les ressources financières. Notre
recommandation 3 de notre mémoire traite essentiellement de cet aspect-là.
Nous considérons qu'il est important de ne
pas soustraire à ce qui se fait déjà pour financer le Musée national de
l'histoire, qui est nouveau. Nous, on
considère qu'il faut additionner. Ce que le Musée national de l'histoire
coûtera devra être additionné et non pas soustrait aux musées régionaux,
ou au Musée de la civilisation, ou à d'autres initiatives qui se fait dans...
en matière d'histoire et de patrimoine,
parce que, là, ce... finalement, ce serait contre-productif. Je ne pense pas
que ce serait avantageux pour réaliser la mission ambitieuse qui... que
le musée national pourrait... pourrait avoir et aura, si le projet de loi est adopté. Donc, nous, on considère qu'il ne faut pas
que ça se fasse au détriment des ressources financières qui sont déjà faméliques
dans plusieurs... plusieurs organisations.
Mais c'est pour ça qu'on dit que, s'il y a une
addition d'énergies et de ressources, on pourra en faire plus. Si les musées régionaux sont dans le coup, les
sociétés d'histoire, les fondations privées, les municipalités, etc., si tout
le monde se met autour de ce
projet-là... Il ne faut pas que ce soit vu comme le musée national qui descend
et qui pourrait imposer certaines visions dans les régions, dans les
communautés, mais il faudrait que ce soit dans les deux sens, qu'aussi les
communautés puissent soumettre. On a fait une belle exposition dans notre coin,
on considère que c'est important, bien, on l'amène au Musée national de
l'histoire.
Puis je comprends qu'il va y avoir des
spécialistes, puis il va y avoir des historiens, puis il va y avoir des gens qui vont regarder ça, puis ce n'est pas... certainement
pas à nous de juger de ça. Nous, on lance des idées, là, puis une
vision. Après ça, il y aura des gens qui ont... qui ont comme travail, qui ont
les études, la compétence de pouvoir analyser
ça au mieux et au mérite. Mais pourquoi que le Musée national de l'histoire
n'aurait pas, à un moment donné, une
exposition sur l'histoire de Charlevoix ou sur la Gaspésie, là? Donc, c'est
très possible. Ça fait partie de l'histoire nationale. Nos régions font
aussi partie du Québec.
Mme Garceau : Oui, et je ne dis pas
le contraire...
M. Turcotte (Dave) : Je n'ai pas dit
ça non plus.
Mme Garceau : ...dans le sens que...
Et c'est ça, je crois, les préoccupations en ce moment. Ce n'est pas... C'est
vraiment lié, le... en termes d'aujourd'hui, où nous sommes financièrement et
les besoins actuels des musées régionaux.
Et, au lieu de mettre de l'argent dans la création d'un nouveau musée, est-ce
qu'on ne peut pas au moins satisfaire les besoins des autres afin que
vous puissiez intégrer différentes composantes du patrimoine politique?
Et surtout... J'adore l'idée, quand on regarde
les figures marquantes de notre histoire et on peut faire des expositions dans différents musées régionaux, d'où
peut-être la personne est née. Ça peut vraiment ajouter à la vitalité
culturelle, mais aussi bonifier les musées, la visibilité des musées régionaux.
C'est juste l'aspect de... est-ce que c'est vraiment le moment, actuellement,
de créer un nouveau musée lorsqu'il y a des besoins criants dans nos musées
régionaux? Et donc c'est... c'est de tenter de voir avec vous, parce que je
trouve tout à fait louable qu'est-ce que vous voulez,
et vous êtes passionnés, et on le voit, et on le ressent, et c'est sûr et
certain que, dans les musées régionaux, ce serait important d'intégrer
ce patrimoine politique.
• (15 h 20) •
M. Lavigne (Alain) : En fait, on est
souvent en contact avec les musées régionaux, mais on s'aperçoit que, là aussi,
les ressources manquent et qu'on n'a pas nécessairement de place pour parler de
l'histoire politique tant que ça, parce que c'est toujours des petites
organisations qui ont de la difficulté, je dirais, à fonctionner et qui ont
leurs limites d'espace, et tout ça. Mais nous, on croit que la création d'un
musée national, c'est une occasion en or. Si on a des ambitions, je pense que
les ressources viennent un peu avec, là. Je pense que c'est vous qui... Vous
soulevez la question, mais vous avez les
réponses, là. Mais moi, je vous dirais, on ne veut pas monopoliser l'enveloppe
budgétaire du nouveau musée juste en histoire politique, là. On veut juste
avoir un peu plus d'espace aussi et de possibilités.
Et là la création d'un réseau, l'animation d'un
réseau par des acteurs qui sont déjà en présence, c'est plus de l'ordre de la
coordination puis de trouver les bons espaces puis le bon lieu. Ce n'est
peut-être pas à Québec, ce n'est peut-être pas à Montréal. Cette fois-là, on le
fait là, puis c'est un peu cette logique-là. Je sais qu'il y a des coûts à ça, mais c'est... Nous, on
est là pour dire qu'on est... on croit au patrimoine politique, puis je pense
qu'il faut se donner un peu les moyens de nos ambitions. Mais je pense
que... On ne veut pas... c'est quoi, l'expression... déshabiller Jacques pour
habiller Pierre, là. Je pense que c'est...
Mme Garceau :
Bien non, mais c'est bien, parce que vous alimentez nos discussions puis
notre réflexion, évidemment, parce que c'est important de voir aussi votre
expérience en ce qui a trait, là, à faire des expositions concernant différentes composantes du patrimoine
politique dans des musées régionaux. Donc, je comprends que... manque
d'espace, mais aussi manque de ressources pour les faire.
Est-ce
que vous pouvez... Est-ce que vous avez des exemples où vous vouliez faire une
exposition en particulier et, en raison d'un manque de ressources, vous
ne pouvez... vous ne pourriez pas le faire?
M. Turcotte (Dave) : Nous, on est une
organisation qui est essentiellement, là, financée... En toute transparence, on
sollicite les soutiens à l'action bénévole des 125 députés de l'Assemblée
nationale, là. C'est essentiellement ça, notre budget. Et, quand on a certains projets, on va chercher de l'argent,
mais on n'a pas des... il n'y a pas plusieurs... il n'y a pas beaucoup
de zéros à nos montants de budget, là. On essaie de faire beaucoup avec peu.
On
a réussi à faire, selon nous, une très belle exposition sur Jacques Parizeau.
Celle de Félix-Gabriel Marchand, c'est un bel exemple. C'était une
exposition qui avait été faite initialement par le Musée du Haut-Richelieu,
dans mon coin de pays, qu'on a fait un partenariat avec eux, qu'on a... La
Société du patrimoine politique l'a bonifiée avec
des nouveaux panneaux, avec une nouvelle mouture qui a été aussi présentée ici,
à l'Assemblée nationale, pendant une période de temps. Et par la suite
elle est revenue dans la région de Saint-Jean, a été présentée dans un hôtel de
ville, à Saint-Valentin, à la frontière
américaine, parce que M. Marchand, à l'époque, sa circonscription se rendait
là, après ça, dans une bibliothèque, dans un... la ville de Saint-Jean,
puis au Musée du Fort Saint-Jean, qui est sur le site du collège royal militaire, donc en lien avec la
défense nationale, parce que M. Marchand a aussi... il y a eu un aspect
militaire.
Donc, c'est ça, on
essaie de faire des partenariats avec différentes organisations. Là, notre
exposition sur Jacques Parizeau sera présentée cet automne dans... à la salle
de théâtre Hector-Charland, dans L'Assomption, dans la circonscription de
M. Parizeau, après avoir été présentée ici. On est en pourparlers pour
qu'elle soit présentée à Montréal. Donc, c'est ça qu'on souhaite.
Oui, on a... Notre
problème, c'est qu'on se réveille quasiment la nuit pour avoir des nouvelles
idées, là, de promouvoir notre patrimoine,
ça fait qu'on pourrait vous en nommer plusieurs, exemples, mais ce n'est pas
nécessairement parce qu'on s'est fait dire non. C'est parce qu'à un
moment donné il y a aussi une question de temps. On est des bénévoles. On a des
emplois aussi en dehors. On n'a pas d'employé. On ne souhaite pas
nécessairement en avoir un nécessairement, là, mais...
Nous, au fond, ce
qu'on souhaite, c'est que le Musée national de l'histoire... S'il y a une
collaboration entre les partenaires, bien, qu'une organisation comme la SOPPOQ,
mais aussi comme une fondation privée, comme une municipalité... qui se met ensemble, qui a un projet en particulier de
commémoration... On a beaucoup parlé des premiers ministres, mais ça
peut être aussi de ministres ou de femmes importantes dans notre histoire
politique, là.
Mme Garceau :
Très important.
M. Turcotte (Dave) :
Très important, très important. Donc, c'est pour ça qu'on considère que
tout ça, là, c'est... on additionne. Mais la recommandation 3 de notre
mémoire est claire, il ne faut pas prendre, pour financer le Musée national de l'histoire, de l'argent qui est
déjà dédié à nos musées régionaux puis aux autres organisations qui se fait
déjà. Il faut additionner. Puis ça, on fait confiance aux parlementaires pour
faire ce travail-là de surveillance du gouvernement. On l'a déjà été dans le
passé, ça fait qu'on sait que vous êtes capables.
Mme Garceau :
J'ai encore du temps?
La Présidente (Mme
Poulet) : Il vous reste... Oui, c'est terminé, 10 secondes.
Alors, je cède maintenant...
Mme Garceau :
Ah! 10 secondes. Bien, merci beaucoup.
M. Turcotte
(Dave) : Merci.
La Présidente (Mme Poulet) : Alors,
je cède maintenant la parole au député de Jean-Lesage pour une période
de 4 min 8 s.
M. Zanetti : Merci beaucoup. Merci. Bon, beaucoup de sujets ont
été abordés. Je pense que vous avez pu, disons, dire ce que vous aviez à
dire sur ces sujets-là.
Je vous amènerais sur
un sujet, disons, plus général, là, qui est celui de la... de la mission. En
fait, comment... comment, pour ce musée-là, accomplir sa mission de susciter de
l'unité nationale, tu sais, puis une fierté nationale? Comment est-ce que, dans votre expérience puis dans votre... vos
réflexions de passionnés du patrimoine, comme vous décrivez, là... bien,
comment est-ce que vous pensez qu'on doit faire ça pour réussir?
M. Lavigne (Alain) : En fait, nous,
on amène souvent le patrimoine politique par des artéfacts, là, qui font réagir
des gens qui ne sont peut-être pas tant que ça intéressés à l'histoire, mais on
a tellement des bonnes histoires à raconter autour de
l'artéfact et de... et d'amener une explication historique. C'est souvent dans
la manière de le faire, mais on s'aperçoit
qu'on peut rejoindre des publics qu'on pense plus difficiles. Bien, moi, je
pense toujours aux jeunes, là. Je
suis un... J'enseigne, puis ce n'est pas toujours simple de voir les nouvelles
générations qui arrivent et de s'adapter, mais je suis toujours étonné
de voir que ça marche encore, parce qu'on livre des choses pertinentes.
Et je pense que, quand on parle puis... de
l'histoire politique via peut-être des expositions, des objets signifiants,
etc., je pense qu'on suscite la fierté. Nos histoires, nos événements, ce n'est
pas juste les personnages, là. Ça peut être
un moment historique qui est... qui est relaté, qu'on a oublié, puis on ramène.
Les gens sont sensibles, là. Donc, je pense qu'il faut nourrir ça.
Puis notre message, je pense, c'est de dire,
bien, il y a... il y a peut-être une belle occasion là pour voir que, dans
notre histoire nationale, il y a notre histoire politique, l'histoire des
grands événements, des grands personnages, mais aussi des oubliés de
l'histoire, là. Je pense qu'il y a toutes sortes d'angles, les femmes en
politique. C'est... Pour moi, c'est les classiques, d'une certaine manière,
mais il y a plein d'angles pour aborder l'histoire politique.
Et on s'aperçoit que les gens sont là pour
écouter. Il s'agit de trouver les bonnes tribunes, être... être chez eux, dans leurs milieux, parler. Combien de fois
qu'on... qu'on est allés dans des régions, puis moi, je commence mes conférences :
Qui était votre député sous Duplessis, là? Je montre une affiche, pas beaucoup
qui s'en souviennent, mais là il a fait deux mandats, trois mandats, puis il
a... puis là ça devient fascinant.
Puis
évidemment, moi, c'est une façon... Moi, mon... Je dirais que, dans mes
projets, je suis plus sur l'histoire de la communication électorale.
C'est ce qui m'a rallié un peu à la SOPPOQ et à la com que j'enseigne, là. Les
relations publiques, c'est... C'est assez fascinant, notre histoire de la
communication électorale et que... Je réussis à démontrer que, sous Duplessis,
c'est... c'est le début du marketing au Québec, là. La mise en marché, ça
commence en 1948, selon moi. J'ai une
conférence à Saint-Romuald en fin de semaine, là, et... Mais les gens sont
fascinés de voir que, sous Duplessis,
qu'on a un peu étiqueté plutôt, je dirais, plus grande noirceur, qu'il y avait
une modernité de la com et de la mise
en marché. Ça, c'est... Tout le monde... Mais moi, je reste dans cet angle-là.
Vous avez vu que je ne vais pas trop sur le terrain de l'interprétation
politique, là.
Mais, vous voyez, quand on fait la
démonstration, on aborde des choses sous un angle de projection... qu'on lie
avec les députés locaux leur histoire, ce qui était le milieu, la connexion, la
fierté, elle vient rapidement.
M.
Zanetti : Bon, là, vous avez suscité ma curiosité par
rapport à votre conférence et vos objets de patrimoine de communication politique. J'ai une petite
question de curiosité. Juste en terminant, selon vous, quelle est votre époque
préférée pour les pancartes électorales?
Mme Blanchet (Manon) : ...j'imagine,
a ses pour et ses contre, là. Je ne sais pas, la...
M. Zanetti : C'est dur à dire.
Mme Blanchet (Manon) : C'est pas mal
difficile parce qu'il y a des thématiques qui sont prises à chaque campagne
électorale, et ce, tous partis confondus. Mais savoir...
La Présidente (Mme Poulet) : ...
M. Lavigne (Alain) : On pourrait
continuer en privé.
La Présidente (Mme Poulet) : Je vous
remercie, tous les trois, pour votre contribution à la commission.
Alors, je suspends les travaux quelques instants
afin d'accueillir le prochain groupe.
(Suspension de la séance à 15 h 30)
(Reprise à 15 h 34)
La
Présidente (Mme Poulet) : Alors, on reprend nos travaux. Nous accueillons
M. Arsenault, Mme Choquette et M. Dansereau, ainsi que M. Hubert. Alors, merci de votre
présence à cette commission. Vous avez 10 minutes, et par la suite
on va avoir une période d'échange. Alors, allez-y, on vous écoute.
Groupe d'étude sur le
colonialisme québécois (GECQ)
M. Hubert (Ollivier) : Parfait.
Merci beaucoup de l'invitation. On tenait à vous remercier en premier lieu.
Nous intervenons à titre d'experte et d'experts
en histoire de la colonisation au Québec inscrivant leurs recherches dans un domaine d'étude très dynamique
à l'échelle internationale qui est l'histoire des colonies de peuplement,
dont le Québec est un exemple parmi d'autres.
La colonisation est un phénomène historique
majeur et complexe de l'histoire de l'humanité. Le colonialisme de peuplement est une variante de cet ensemble. Il
concerne les sociétés où le processus de colonisation, d'abord piloté par
les métropoles, a ensuite été dirigé par des gouvernements coloniaux puis
nationaux. Dans les colonies de peuplement, les colons venus d'outre-mer et
leurs descendants entrent en concurrence, notamment territoriale, avec les peuples qui y vivent
depuis des milliers d'années. Sur le terrain, diverses institutions permettent
la mise en oeuvre de la colonisation,
telles que les églises, les compagnies commerciales, les municipalités, les
cours de justice, les systèmes éducatifs,
les systèmes de santé et de services sociaux, etc. Les relations entre les
autochtones et les colons et leurs descendants, parfois cordiales,
parfois conflictuelles, sont notre objet d'étude.
Notre
délégation est composée, donc, de Mathieu Arsenault, professeur au Département
d'histoire de l'Université de
Montréal. Il est spécialiste d'histoire autochtone et des relations entre la
métropole britannique et les colonies canadiennes
au XIXe siècle. Ses recherches actuelles portent sur la politique
autochtone et les relations avec la population québécoise au
XIXe siècle ainsi que sur le colonialisme municipal et le colonialisme
médical au Québec.
Éléna
Choquette est professeure au Département des sciences sociales de l'Université du Québec en Outaouais. Elle
est spécialiste des idées politiques au Québec et au Canada, et ses recherches
portent sur les conséquences territoriales et linguistiques de la
colonisation au Québec et au Canada.
François Dansereau
est directeur des Archives des jésuites au Canada et chargé de cours en
archivistique au Département des sciences de
l'information de l'Université McGill. Ses recherches portent sur les pratiques de
description et de redescription des contenus autochtones dans les centres
d'archives allochtones et sur les modes d'accès aux archives selon une
perspective anticoloniale.
Et finalement
moi-même, Ollivier Hubert, je suis professeur titulaire à l'Université de
Montréal et directeur du Département d'histoire de cette même université. Je
suis spécialiste d'histoire de l'éducation ainsi que d'histoire religieuse, et
mes recherches actuelles portent sur le rôle des communautés religieuses dans
la mise en place du système d'acculturation des populations autochtones.
Nous
sommes tous les quatre membres du Groupe d'étude sur le colonialisme québécois,
qui regroupe une vingtaine de chercheurs et chercheuses.
Nous voulons
transmettre au comité un avis... un avis, d'une part, et trois recommandations.
Notre avis est que
nous sommes enthousiastes à l'égard du projet de Musée national de l'histoire
du Québec. Nous considérons que c'est une très bonne nouvelle pour le milieu de
l'histoire, pour celui des musées, pour celui des
archives. C'est aussi une excellente nouvelle pour la société québécoise et le
monde de l'éducation. Nous avons la conviction que ce musée peut
favoriser la diffusion d'un savoir scientifique mis à jour. Il présente le
passé québécois dans son originalité et sa complexité. Nous croyons qu'il est
essentiel pour un peuple d'avoir une représentation juste de son histoire, avec ses côtés positifs, mais
aussi sa part d'ombre, qui est le lot du parcours historique de toute nation.
Connaître le passé dans sa complexité permet de mieux comprendre le présent.
Une meilleure connaissance des faits historiques est susceptible
d'éclairer le jugement des citoyennes et des citoyens du Québec quant aux
origines des défis d'aujourd'hui et, par conséquent, de favoriser des débats
sociaux rationnels, qui sont un pilier de la démocratie.
Outre ces
considérations démocratiques, quel doit être l'objectif des pouvoirs publics en
créant un musée national de l'histoire du Québec? Selon nous, il faut viser à
ce que ce musée se distingue dans le paysage muséal québécois comme un grand
musée qui va s'inscrire dans le temps et avec succès. Pour ce faire, le musée
devra respecter les plus hauts standards
actuels de qualité dans le domaine des musées d'histoire. Mais il peut et, à
notre avis, il doit viser plus haut
et aspirer à devenir une référence à l'échelle internationale, une référence
pour d'autres institutions du même
type dans le monde, devenant une source de fierté et de rayonnement pour le
Québec. Nos recommandations visent à l'atteinte de cet objectif.
Notre première
recommandation est qu'un des mandats spécifiques du musée soit de représenter
dans sa complexité et sa profondeur
historique les principaux faits de la colonisation de peuplement depuis ses
débuts au XVIe siècle jusqu'à nos
jours. Le musée doit permettre de comprendre l'impact du colonialisme de
peuplement sur le développement de la nation québécoise et son rapport
au territoire avec objectivité et rigueur.
Notre
deuxième recommandation est que cette mise en récit de la colonisation prenne
en considération le point de vue
autochtone. Pour être complète, cette histoire doit rendre compte de la perspective
des colons et de leurs descendants, mais aussi de celle, moins connue du
grand public, des populations autochtones, historiquement marginalisées par la
colonisation. L'histoire de l'implantation de la nation québécoise en Amérique
est aussi une histoire marquée par la dépossession territoriale, les manoeuvres
de déplacement et d'exclusion ainsi que par diverses formes de violence
physique, symbolique et culturelle. Par expérience, nous savons qu'il y a dans
la population en général, et peut-être particulièrement chez les jeunes, une
grande soif de savoir à l'égard de cette question du processus de colonisation.
• (15 h 40) •
Notre troisième et
dernière recommandation est que le musée se dote, en plus d'un comité
scientifique général, d'un comité scientifique
particulier qui aura pour vocation de conseiller le musée sur la manière dont
devrait être présentée la question de
la colonisation. Il nous semble que cette dimension de notre histoire nécessite
un comité particulier parce qu'elle est à la fois fondamentale pour
comprendre l'histoire du Québec, mais aussi sensible politiquement et
déterminante pour l'avenir des relations entre le peuple québécois et les
peuples autochtones. Ce comité scientifique particulier devrait être constitué
d'experts et d'expertes de l'histoire du colonialisme et de la colonisation du
Québec. Il devrait regrouper des expertes et
des experts, aussi bien autochtones qu'allochtones, provenant de diverses
disciplines académiques et jouissant de la reconnaissance de leurs
pairs. Il devrait nourrir des perspectives diversifiées sur la question et participer au développement de la
recherche qui s'inspire des meilleures pratiques dans le domaine. Dans la
mesure où le colonialisme de peuplement est
un phénomène global auquel participe le Québec, des expertes et des experts
internationaux spécialistes du colonialisme de peuplement devraient également
être invités à siéger à ce comité.
Nous terminons notre
exposé en remerciant votre comité pour son attention. Et, bien sûr, nous nous
tenons à votre disposition pour répondre à vos éventuelles questions. Merci.
La Présidente (Mme Poulet) : Merci
beaucoup. Alors, nous allons débuter la période d'échange avec le ministre
pour une période de 16 min 30 s.
M. Lacombe : Merci
beaucoup, Mme la Présidente. Merci à vous quatre d'être là aujourd'hui. Merci
d'avoir pris le temps de vous préparer,
d'être... j'allais dire ici, virtuellement, du moins, donc, dans le confort de
vos bureaux. C'est encore mieux. On est efficaces.
J'aurais besoin, je
vous avoue, de comprendre concrètement l'impact de vos propositions,
c'est-à-dire... Le comité, bon, c'est la
recommandation n° 3. Ça, c'est assez clair pour moi. Je la... Je
comprends bien. Quand... Votre première recommandation, par exemple,
vous dites, bon : «Représenter dans sa complexité et sa profondeur
historique les principaux faits de la colonisation de peuplement depuis ses
débuts au XVIe siècle jusqu'à nos jours», «comprendre l'impact du colonialisme de peuplement sur le développement de la nation
québécoise». Je n'arrive pas tellement à saisir concrètement, là. Il y a des gens qui nous écoutent peut-être,
peut-être, qui ne connaissent rien à la muséologie, à peu près rien aux récits, au pluriel, historiques. Comment
vous expliqueriez ça en le vulgarisant ou comment l'expliqueriez-vous à
un étudiant du secondaire, à un élève du secondaire, par exemple?
M. Hubert
(Ollivier) : Je vais commencer la réponse, et puis, peut-être,
certains de mes collègues pourront, bien
sûr, compléter. Ce qui... ce qui est frappant, c'est que la manière dont les
historiens ont très longtemps raconté l'histoire du Québec, c'était
avant tout comme colonie de peuplement tellement ce fait était central et
évident, c'est-à-dire que ce processus de colonisation par des personnes
d'origine européenne d'un territoire nouveau était central, était même
considéré comme structurel dans l'histoire du Québec. C'est quelque chose qui a
peut-être eu tendance à s'éclipser un peu
dans le récit peut-être à partir des années 60 et 70 et qui revient de
manière plus présente de nos jours. Et... Bien, peut-être, je vais laisser mes collègues continuer, mais la réponse à
votre question, c'est qu'on ne peut pas comprendre le Québec autrement
qu'à travers ce processus de colonisation, parce qu'un des aspects structurels
de l'histoire de ce pays, c'est d'être une
colonie de peuplement, c'est-à-dire d'être issu de ce processus de colonisation
et d'avoir poursuivi ce processus de colonisation jusqu'à nos jours,
comme...
M. Lacombe : Est-ce
que... est-ce que vous faites... Peut-être pour orienter la poursuite des
explications par vos collègues, est-ce que
ce que vous sous-entendez, c'est l'impact de l'arrivée des colons ici sur le
territoire, leur impact sur les
nations autochtones, par exemple? J'essaie de comprendre, là, concrètement ce
que... comment cette recommandation s'appliquerait dans une exposition
comme le grand parcours historique, là, qui est projeté.
M. Hubert
(Ollivier) : Bien sûr. Mathieu, peut-être.
M. Arsenault
(Mathieu) : Oui. Merci. Bonjour à tous et à toutes. En fait, c'est
intéressant, parce que le processus du colonialisme de peuplement fait
référence à la naissance même de la nation québécoise. À travers l'arrivée de
Français en Nouvelle-France, comment est-ce qu'on en vient à ce que ces
Français deviennent des Québécois, qu'il y ait une nation québécoise qui
naisse? Alors, quand on dit des faits de colonisation, ces faits de
colonisation sont parmi les facteurs déterminants qui ont généré cette transformation
d'une population étrangère qui naît sur un territoire nouveau comme une nation
québécoise.
On
peut donner quelques exemples. La transformation du paysage, par exemple, la
création du régime seigneurial, la
privatisation du territoire, la déforestation, ce sont des éléments qui ont
contribué à ce que des Français qui, à travers certaines générations,
naissent, s'imprègnent du territoire se l'approprient, hein, la colonisation de
peuplement, c'est s'approprier un territoire qui appartenait à quelqu'un
d'autre, ici, les Premières Nations. Ça fait que comment est-ce que ça contribue à la naissance d'un
particularisme qu'on appelle la nation québécoise? La mise en place de lois,
d'un régime légal français qu'on adapte, qui devient un régime légal
québécois, fait partie de ces faits de colonisation.
M. Lacombe : Donc,
est-ce que... Je vous pose peut-être deux ou trois questions rapides pour bien
saisir ou peut-être... Est-ce que vous vouliez intervenir aussi pour faire des
nuances?
Mme Choquette (Éléna) : Un peu de nuances,
simplement pour dire... Parce que vous cherchiez des exemples concrets. Je me dis : On pourrait arriver au
musée, puis il y a une carte de ce qu'est le Québec tel qu'on se le représente
territorialement dans ses revendications de souveraineté. On a tout bien en
tête, là, les frontières que l'on connaît. On pense qu'il faut mettre en
contexte cette carte-là en disant : Bien, ces frontières, ces
revendications québécoises de souveraineté, elles ont une histoire,
c'est-à-dire que la colonisation débute autour du fleuve, du Saint-Laurent,
autour de la Vallée-du-Saint-Laurent, on s'étend. Il y a, donc, des entreprises
de colonisation en dehors de ça, puis ça monte jusqu'au nord aujourd'hui, donc,
territoire inuit.
Donc, il faut... Je
pense qu'on pourrait, si on présentait une telle carte, dire : Bien, il y
a des... il y a plusieurs histoires, même dans la cartographie du Québec tel
qu'on se le représente, parce que ce n'est pas tout le monde sur le territoire
qui va dire : Ici, il y a souveraineté québécoise vraiment mur à mur,
parce qu'il y a des paroles autochtones qui
vont dire : Bien, ici, on est plutôt en territoire innu, ici, on est
plutôt en territoire inuit. Donc, il faut... C'est peut-être une façon dont on pourrait, dans un musée
d'histoire nationale, dire... mettre en... mettre en récit la parole autochtone
sur un sujet tel que la territorialité ou la souveraineté, par exemple.
M.
Lacombe : Je comprends bien. Je comprends bien. Donc, est-ce
que vous... Parce que l'idée, bon, c'est de se doter d'un musée national de l'histoire du Québec où l'histoire de la
nation québécoise va être au coeur, là, de ce qui sera
présenté, notamment avec ce grand parcours historique. Est-ce que, dans votre
esprit, le fait de parler, bon, de ces rencontres, donc, qui sont à la
naissance, là, qui sont... qui sont à la base de la naissance de la nation
québécoise, rencontres avec les peuples
autochtones, les nations autochtones, et de mettre, évidemment, tout ça en
contexte, là, vous avez
donné des exemples, et que ce soit un peu le point de départ, et
qu'ensuite on relate l'histoire de la construction de la nation québécoise puis, comme on l'a dit, des gens
qui l'ont influencée, qui l'ont influencée dans son développement... est-ce
que ça, ça répond à ce que vous nous présentez, aux demandes que vous nous
présentez aujourd'hui?
M.
Arsenault (Mathieu) : Si je peux intervenir, puis, François, après, je
te laisserai la parole, je pense que la distinction
entre une nation québécoise d'un côté puis l'histoire des nations autochtones
de l'autre côté est un faux point de
départ pour bien comprendre l'histoire de la nation québécoise. On a souvent
placé dans le temps des origines, hein, la rencontre avec les Premières
Nations, puis après la nation québécoise évoluerait en vase clos ou de manière indépendante. Je crois que ça nous permet mal de
comprendre la complexité des interactions entre Québécois et autochtones, et
qu'il y a un dialogue qu'il reste à établir pour proposer une histoire
nationale commune qui fait place à la question de la dimension coloniale. Parce
que, si on ne le fait pas, comment est-ce qu'on peut comprendre des choses
comme, par exemple, dans la Déclaration
d'indépendance du Bas-Canada de 1838, lorsque les Canadiens français, les
patriotes disent : «Les autochtones jouiront des mêmes droits que
les autres citoyens dans la république», ou comment on peut comprendre que le
Conseil de bande de Kahnawake, en 1850, cogne à la porte de l'Assemblée
législative pour que l'Assemblée législative passe une loi sur le statut
indien?
• (15 h 50) •
Et on pourrait
multiplier les exemples, mais un des plus frappants pour moi, c'est la question
des députés. Ludger Bastien, en 1924, est élu comme député à Québec, c'est un Huron-Wendat,
Alexis Wawanoloath, en 2007, en Abitibi-Est.
Aujourd'hui, on a Kateri Champagne
Jourdain dans Duplessis ou le maire innu Henri Wapistan à Natashquan
en 2021. Alors, si on dit : Ce sont
deux nations qui n'ont pas d'histoire commune, comment est-ce qu'ils peuvent
être représentés à l'Assemblée nationale ou comme maires d'une
communauté québécoise?
M. Lacombe : Bien,
ce n'est pas ce que nous disons. En fait, la conclusion, je trouve, est un bon
point de départ pour la poursuite des
échanges, c'est-à-dire, nous ne disons pas que les deux nations n'ont pas
d'histoire commune, au contraire, parce que la nation québécoise... Et
moi, je ne suis pas un historien, là, mais la nation québécoise, c'est une évidence de dire qu'elle est née de la
rencontre avec les peuples autochtones, avec les nations autochtones. Donc,
évidemment qu'on a une histoire qui est commune, parce que notre histoire est
née à la rencontre de ces nations autochtones, mais c'est aussi juste de
dire... et là c'est là que je suis peut-être moins sûr de votre interprétation,
mais que nous sommes des nations qui sont différentes, qui ont des histoires,
même si elles sont liées, qui sont différentes.
Et, des musées sur les
nations autochtones, il en existe. Un musée sur la nation québécoise, il n'en
existe pas. Donc, on veut doter le Québec
d'un tel musée. Mais, en même temps, c'est certain que, dans ce musée-là, on ne
peut pas faire abstraction de l'apport des Premières Nations à la
naissance de la nation québécoise puis, par la suite, à l'influence qu'elles
ont eue sur nous.
Les exemples que
vous... que vous nommez là, par exemple, quand vous parlez, bon, d'une nation
qui vient cogner à la porte de l'Assemblée nationale parce qu'elle souhaite
qu'on passe une loi, bon, évidemment, ce sont des faits historiques que vous
relatez qui sont propres à l'histoire de ces nations autochtones, qui sont
arrivés... qui sont peut-être moins...
est-ce que vous diriez moins marquants, peut-être, pour la nation québécoise
que pour cette nation-là, qui avait besoin de ce développement-là, pour
qui ça a eu un impact important? Est-ce que vous voyez la nuance que j'essaie
de faire? J'aimerais ça, peut-être, vous entendre là-dessus.
M. Hubert
(Ollivier) : François, si tu... Je pourrais dire un mot là-dessus, si
vous voulez. En tout cas, je pense que la
manière de... Tout à coup, un mot m'est venu en vous écoutant, c'est le mot
«entremêlé». En fait, il s'agit d'histoires
qui sont entremêlées, et on ne peut pas... On ne peut que les comprendre dans
cette interrelation constante, pas seulement au moment des origines,
mais toute l'histoire du Québec ne peut se comprendre que dans cette relation avec celle des peuples autochtones. Elles sont entremêlées,
ces histoires. Et donc en faire une place juste à l'origine, ce serait
vraiment ne pas permettre aux gens qui visiteraient le musée de bien comprendre
ce qu'est le Québec. Le développement de son
territoire, le développement, même, de sa culture, de la culture québécoise
et... ne peut être compris que dans
une relation constante d'emprunt, des fois de rejet, de relations très
complexes avec les populations autochtones qui sont sur ce territoire.
Donc,
à mon avis, je... que le... Disons... Je ne sais pas si mes collègues sont
d'accord avec moi, mais, peut-être, le point principal de notre
intervention, c'est de... c'est de dire qu'il ne s'agit pas de faire une place,
par exemple, aux autochtones, une place à
part à l'intérieur d'un musée, mais plutôt de faire en sorte que cette
dimension du colonialisme soit une dimension essentielle de la trame
narrative qui va être celle de ce musée, parce que c'est un fait, c'est-à-dire
qu'à peu près dans toutes les dimensions, rapports économiques, politiques, culturels,
le Québec ne serait pas ce qu'il est s'il
n'avait pas cette histoire entremêlée avec les populations autochtones avec
lesquelles il est rentré en contact, donc, dès... depuis les origines.
M. Lacombe : C'est
clair, oui.
M. Hubert (Ollivier) :
Mais ce contact se poursuit...
M. Lacombe : Encore aujourd'hui,
oui.
M. Hubert
(Ollivier) : ...avec une histoire tout aussi intéressante au XVIIIe
siècle, et ça continue de manière tout aussi intéressante au XIXe, etc.
M. Lacombe : Tout à fait. Puis on a
des... on a des pans plus sombres, et il y a des pans plus lumineux aussi, je
dirais, de belles... de belles collaborations.
Mais est-ce
que... Puis je veux préciser, parce que l'idée, ce n'est pas du tout de
cantonner les Premières Nations
dans le garde-robe à l'entrée en disant : Bon, voici, c'est fait, on passe
maintenant aux choses sérieuses, ce n'est pas du
tout ça, ce serait odieux de faire ça, mais c'est... c'est de remettre les
choses en perspective, c'est-à-dire : Voici la trame historique de... sur laquelle la nation québécoise
s'est... est née puis a évolué, puis, à la naissance, bien, effectivement, s'il
n'y avait pas eu de collaboration avec certaines des Premières Nations, on ne
serait pas là aujourd'hui, puis voici comment
ça s'est passé de façon objective, comité scientifique, et tout ça. Et ensuite,
bien, on se dirige de plus en plus vers le Québec contemporain, les
luttes.
Puis évidemment qu'à travers... Et là, encore
une fois, je ne suis pas historien, puis c'est toujours un peu hasardeux pour
un ministre de s'aventurer là parce qu'en même temps les contenus vont être
élaborés par des experts qui sont indépendants, mais est-ce que ce n'est pas
juste de le... de le construire de cette façon-là et, bien sûr, même à une époque plus contemporaine, de continuer de
parler des relations que le Québec entretient avec les Premières Nations, que ce soit dans le développement de l'hydroélectricité, par
exemple, que ce soit la «Paix des Braves», que ce soit... Et là vous connaissez 100 fois plus
d'exemples que moi. Donc, évidemment, ce n'est pas d'en faire abstraction, mais
c'est de se concentrer d'abord sur la
nation québécoise et de parler de ce qui a eu de l'influence sur elle, pas
essayer de faire l'histoire de la nation québécoise et des nations
autochtones, parce que, là, on perdrait... on perdrait le sens.
Donc, je pense, je le résumerais comme ça :
Est-ce que vous êtes d'accord avec cette idée de faire un musée sur la nation
québécoise et de parler de ce qui a eu de l'influence sur elle, donc
nécessairement des autres nations, les nations autochtones?
M. Hubert (Ollivier) : Bien, en tout
cas, je peux... Ça me convient tout à fait. Je pense qu'on converge tout à fait à ce niveau-là. C'est-à-dire, aussi, on
intervient parce qu'on a été convoqués notamment parce qu'on anime ce groupe
d'étude sur la question de la colonisation.
En fait, je veux aussi préciser que ça nous apparaît comme une trame
essentielle, cette idée de la
colonisation de peuplement, mais ce n'est pas la seule trame qui permet
d'expliquer l'histoire du Québec. Il y a... il y a des considérations
démographiques, il y a des événements internationaux, il y a des... il y a
l'industrialisation. Enfin, il y a
toutes sortes de contextes qui permettent de rendre compte de cette... Mais,
dans le projet de loi, il y avait cette question qui la distingue et son
originalité, et, bien, une chose qui la distingue, bien qu'il y ait d'autres
colonies de peuplement, beaucoup d'autres dans le monde, bien, c'est
quand même d'être... de s'être... d'être née à l'intérieur de ce contexte
colonial.
M.
Lacombe : Bien sûr. Bien, je pense que... En tout cas, c'est
un sujet qui est éminemment délicat et très politique aussi à la fois.
Donc, à chaque fois qu'on en parle, on ne veut pas glisser, on veut que le
débat reste serein, parce que je pense que
tout le monde est bien intentionné puis que parfois on est dans les nuances qui
sont très minces, qui sont... qui dépendent vraiment d'un petit
éclairage. Donc, je pense qu'on est... on est beaucoup là-dedans en ce moment. Mais je... ça me rassure de voir qu'on est assis
sur quelque chose, je pense, qui est non seulement légitime, mais qui est
bien enligné. Et après ce sera important de s'assurer que, dans les nuances, on
fasse les bonnes choses, mais je pense qu'on
a de bonnes suggestions pour partir les... pour partir les travaux. Je dirais
ça comme... je dirais ça comme ça. Est-ce qu'il y a autre chose que vous
souhaitiez ajouter, peut-être?
M.
Arsenault (Mathieu) : Moi, peut-être deux mots, mais, François, Éléna,
est-ce que vous voulez parler avant que je reprenne la parole?
La Présidente (Mme Poulet) : Il
reste 10 secondes.
M. Lacombe : Oh! il nous reste
10 secondes. Bien, les... mes deux collègues des oppositions ont du temps
avec vous, donc vous pourrez peut-être élaborer. Merci.
La
Présidente (Mme Poulet) : ...effectivement, on poursuit les discussions avec
la députée de Robert-Baldwin
pour une période de 12 min 23 s.
Mme
Garceau : Merci beaucoup, Mme la Présidente. Bonjour,
messieurs et madame. Vraiment très intéressant comme présentation. Et
j'aimerais... Je ne sais pas si vous vouliez ajouter un point avant que je
commence de mon côté. Est-ce que vous vouliez ajouter quelque chose?
M. Arsenault (Mathieu) : Bien, la
seule chose que je voulais dire, peut-être, c'est que je voulais répondre à la question de M. le ministre en disant :
Oui, je crois que faire l'histoire de la nation québécoise est tout à fait
important et légitime sans faire...
intégrer des histoires des nations. Bien, c'est justement ce que l'histoire du
colonialisme de peuplement nous
permet de faire, en fait, c'est de réintégrer tout ça dans des histoires entremêlées.
Et donc il n'y a pas de contradiction interne, je crois, entre ces
deux... ces deux visions. Voilà.
• (16 heures) •
Mme Garceau : Donc,
merci pour cette précision. J'aimerais revenir sur vos recommandations, et la
première étant celle concernant ses débuts en termes de la trame narrative, si
je peux dire, de l'histoire du Québec. Et,
pour vous, le début serait au XVIe siècle jusqu'à, évidemment, nos jours,
mais je voulais comprendre le pourquoi du XVIe siècle en
particulier.
M. Hubert
(Ollivier) : Parce que Jacques Cartier visite le Saint-Laurent
au XVIe siècle, établit une première... C'est très, très modeste, hein,
les premières installations qu'il met en place. Mais en fait les historiens,
récemment, ont montré que, dès Jacques Cartier, il y avait un projet de
colonisation très modeste, mais il y avait un projet d'établir de manière permanente une communauté française sur
les rives du Saint-Laurent. Et donc la colonisation commence, si on
voulait, historiquement, à proprement parler, là. On pourrait même remonter un
peu en avant, puisque les Bretons et les
Basques fréquentaient aussi le Saint-Laurent, mais c'était de manière, disons,
non permanente. Mais, chez Jacques
Cartier, il y avait déjà un projet d'une implantation permanente, qui n'a pas
été un succès, c'est le moins qu'on puisse
dire, mais ça fait partie de l'histoire quand même, même les échecs. Ce qui
compte ici, c'est l'intention, en fait, hein? Bon, c'est donc vraiment
le moment où les pays européens, finalement, commencent réellement leurs
projets d'expansion coloniale, et le voyage de Jacques Cartier rentre à
l'intérieur de ces projets.
Mme Garceau : OK. Donc, c'est
vraiment lié à la colonisation, mais, je comprends, d'après vos propos et
aussi, évidemment, à la lecture de votre mémoire, il y a quand même une place
très, très importante en termes de l'histoire des peuples autochtones, et il me
semble qu'il faudrait commencer avant le XVIe siècle pour avoir cette... Dans la trame narrative, si je peux dire, de
l'histoire du Québec, est-ce que vous êtes d'accord avec moi que, pour être
fidèle, si je peux dire, au début des... au début de l'histoire du Québec...
que ça pourrait commencer avant?
M. Hubert
(Ollivier) : Je comprends mieux votre question. On intervient
ici à titre de spécialistes de l'histoire de la colonisation. Donc, on
n'est pas dans la trame générale. Et donc j'imagine que vous avez vu toutes
sortes de personnes et de... qui vont se présenter devant votre comité, et vous
allez en voir d'autres, et il y aura encore d'autres experts, sans doute, qui vont aider à construire ce musée. Et donc c'est
pour ça que le XVIe siècle est là, parce que, nous, c'était cette idée que
la question de la colonisation nous apparaît être une trame déterminante. Donc,
c'était à l'intérieur de ce champ-là qu'on le posait, mais il est bien
évident qu'il faut remonter beaucoup plus loin si on veut vraiment bien
comprendre le territoire de Québec... du Québec et son histoire.
Mme Garceau : Bien, c'est ça. Et
nous allons avoir, mardi matin, en auditions, le Conseil en éducation des
Premières Nations. Donc, on va en avoir...
M. Hubert (Ollivier) : Absolument.
Mme Garceau : ...exactement, un
petit peu plus à ce sujet.
Mais je voulais continuer nos discussions en
termes de... les points importants pour vous à souligner dans cette trame historique en termes de la
colonisation. Est-ce qu'il y a des moments importants que vous teniez qui
soient soulignés?
M. Hubert (Ollivier) : Est-ce
que quelqu'un veut prendre la parole? J'ai déjà assez parlé.
M. Arsenault (Mathieu) : Éléna.
Mme Choquette (Éléna) : Bien,
rien que pour dire peut-être que nous, on ne s'est pas prononcés sur les
contenus. Donc, on ne s'est pas concertés, comme délégation, pour faire des
propositions qui vont dans ce sens-là. On
étudie le projet de loi tel qu'il nous a été présenté, puis on a plutôt fait
des orientations générales, puis on conseille, donc, la constitution
d'un comité scientifique particulier sur la question de la colonisation dont la
responsabilité sera de se pencher sur cette question-là pour faire une
recommandation plus... plus précise.
Mme Garceau : Et donc, sur ce comité
particulier, parce que je crois que vous voulez avoir une place... Le comité
scientifique en général, et là un comité particulier. Qui serait membre de ce
comité particulier?
M. Arsenault
(Mathieu) : Bien, je crois que des... Des personnes qui
travaillent sur l'histoire du colonialisme, que ce soit à
l'international, hein, on pense à d'autres sociétés de colonisation de
peuplement comme... L'Australie, l'Afrique
du Sud, les États-Unis peuvent avoir des perspectives intéressantes sur le
contenu que les experts déterminent. Mais
aussi, bon, si on regarde, il y a une vingtaine de chercheurs dans le groupe
d'histoire du colonialisme québécois. Je pense qu'il y a plusieurs
personnes là-dedans qui pourraient servir d'experts sur un comité tel que
celui-là.
Si je veux donner deux... peut-être deux
exemples, parce que, comme ma collègue Éléna Choquette l'a dit, on n'était pas
vraiment concernés sur les contenus détaillés, bien, moi, je pense à des travaux
que je fais sur, par exemple, le colonialisme municipal, la création des
municipalités au Québec, au Bas-Canada, à partir de 1840, 1845. C'est une...
c'est une structure du colonialisme de peuplement qui est marquante, parce que,
là, on vient donner à la population des hommes, hein, propriétaires qui peuvent
voter dans les conseils municipals, un pouvoir politique pour s'organiser au
sein d'une municipalité et décider de l'administration puis de la gestion du
territoire, ce qui fait qu'on voit des gens à Châteauguay,
par exemple, mais aussi à L'Isle-Verte qui s'organisent et puis qui commencent
à dire : Nos voisins les autochtones,
que ce soient les Malécites Wolastoqiyik à Viger ou les Mohawks à Kahnawake, ce
sont des mauvais voisins. Et là on va
commencer à mettre de l'avant des résolutions pour essayer de les exproprier de
leurs terrains.
Donc,
on voit le peuple qui s'organise à travers des structures politiques mises en
place, comme les municipalités, pour
mettre en marche une politique de déplacement des populations autochtones.
Donc, ça, pour moi, c'est un élément marquant.
Mme Garceau :
Intéressant. Donc, c'est sûr que, lorsqu'on regarde, évidemment, la grande
pertinence à la naissance du Québec, les
peuples autochtones, leur pertinence continue à travers différents... à travers
différents événements durant notre
histoire, n'est-ce pas? Donc, leur implication en termes de... du contenu va
être très important pour... si un nouveau musée est créé.
M. Hubert (Ollivier) : Il
s'agit d'un processus et... c'est-à-dire que c'est un processus qui balbutie au
XVIe siècle, mais qui commence franchement au XVIIe siècle et
qui se continue jusqu'à nos jours. Et donc c'est pour ça qu'on peut parler d'une trame essentielle et c'est aussi pour
ça qu'on fait les recommandations qu'on fait, c'est-à-dire qu'il s'agit d'un élément constitutif, et qui distingue
l'histoire du Québec, et qui, donc, concerne l'ensemble de l'histoire du Québec
depuis ses origines jusqu'à nos jours.
J'en profite pour lancer
une perche vers François Dansereau, parce qu'on a parlé d'experts sur ce
comité. Les archives, c'est très important, et j'imagine que vous avez eu déjà
des gens qui vous en ont parlé. Les archives...
Mme Garceau :
Pas vraiment, pas vraiment. Allez-y.
M. Hubert
(Ollivier) : Ah! bon, bien, alors, ça va être l'occasion. Je vais
lui... la parole, mais l'archive... pas d'histoire.
L'histoire, ce n'est pas juste un récit qu'on se raconte et qu'on invente. Il
faut que... le créer, en fait, ce récit, et, pour ça, il faut les
archives. Donc, je laisse la parole à François.
M. Dansereau (François) : Oui.
Si je peux me permettre, Mme la députée, les archives témoignent de certains niveaux
de relations qui s'inscrivent dans le temps. Et comment on utilise ces
archives-là, comment on les met à la...
Mme Garceau :
En évidence, oui.
M. Dansereau
(François) : ...à la
disposition... à la disposition des chercheurs dans des... dans des
expositions, que ce soit, même, dans des bases de données en ligne, a un
impact sur la manière dont les gens rencontrent l'information. Et puis, à ce titre-là, moi, je ne suis pas un historien.
Même si j'ai une formation d'historien, je suis plutôt archiviste.
Donc,
un élément important, c'est comment on contextualise les archives qui sont
produites il y a des décennies ou il
y a des siècles, même, avec des terminologies qui sont tout simplement erronées
ou des terminologies qui témoignent d'une
certaine... de certaines conceptions de mémoire qui ne tiennent pas compte, par
exemple, comment les communautés autochtones se nomment elles-mêmes.
Donc, comment, dans un musée comme celui-ci, qui témoigne de rencontres et de
divers échanges entre... entre colons et par la suite entre le développement de
la nation québécoise avec les Québécois,
comment on peut mettre ça en contexte pour faire évoluer, justement, les
conversations entre différentes nations, par exemple, comme on a parlé
plus tôt?
Et ça, c'est... je
pense, c'est un élément important qu'il faut mettre en contexte. Donc, quand on
parle... on parle des terminologies
utilisées pendant des décennies et des siècles, bien, le terme «Indien», qui
est tout simplement erroné... Mais
ces termes-là existent dans les archives. Donc, comment, dans des expositions
où... que ce soit en ligne ou physique, comment on contextualise ça?
Et
ça, c'est... L'utilisation de terminologies, justement, erronées fait partie...
témoigne d'un certain colonialisme de peuplement puisqu'on impose une
certaine vision du monde. Il y a certaines terminologies qui contribuent à
l'effacement de l'agentivité autochtone, par exemple, qui contribuent à la
dépossession culturelle autochtone, que ce soit
par l'utilisation des terminologies qui ne correspondent pas à leurs valeurs, à
leurs visions, qui souvent ne correspondent pas... même pas comment ces communautés-là se nomment. Donc, ça, c'est
un élément important, je crois, à considérer quand on met en contexte le
colonialisme de peuplement.
• (16 h 10) •
Mme Garceau :
OK. Merci beaucoup. Je voulais juste... Je crois, c'est... M. Hubert,
vous aviez parlé des jeunes, et j'ai pris
note «une grande soif sur le processus de la colonisation». Je voulais
savoir : Comment est-ce que vous allez satisfaire à cette soif de
nos jeunes? Qu'est-ce que vous proposez?
La Présidente
(Mme Poulet) : En 10 secondes.
M. Hubert
(Ollivier) : En 10 secondes. Bien... Parce qu'en fait, je pense
que tous mes collègues peuvent en témoigner, ce sont des questions que, chez
les jeunes...
La Présidente
(Mme Poulet) : ...c'est tout le temps qu'il nous reste.
M. Hubert
(Ollivier) : Parfait.
Mme Garceau :
Désolée.
La
Présidente (Mme Poulet) :
Je vais transférer le... les échanges. On va poursuivre les échanges avec le
député de Jean-Lesage pour une période de 4 min 8 s.
M. Zanetti : Oui. Bonjour.
Merci beaucoup pour votre contribution. C'est vraiment apprécié. Je partage
tout à fait votre avis sur l'importance de
parler, justement, du phénomène colonial, et, en même temps, ça pose un défi
dans un musée d'histoire qui se donne la mission aussi de susciter
l'unité nationale puis la fierté nationale.
Comment... Puis je vous pose la question. Je
veux dire, j'ai des réponses dans ma tête, là, mais j'aimerais ça vous entendre
là-dessus : Comment est-ce qu'on peut... comment le musée pourra faire ça,
à la fois parler de façon objective et honnête de la colonisation puis, en même
temps, générer une... une envie, finalement, d'appartenir à cette communauté, à cette nation-là, pour... toute
l'importance aussi qu'on... qu'on connaît colle à... le sentiment de fierté
nationale pour réaliser des projets collectifs ensemble? Grosse question.
M. Hubert (Ollivier) : Il y
a... Bien, il y a un élément de défi, c'est... c'est évident. Et c'est pour ça
qu'on fait les recommandations qu'on fait, c'est-à-dire que ce soit un objet
qui mérite une réflexion particulière. C'est pour ça qu'on a proposé ce comité
particulier, parce qu'il y a une dimension de défi.
Et on a aussi mis, dans notre... dans notre
exposé, cette ambition, qui devrait être, à notre avis, celle du musée, d'être
une référence à l'échelle internationale, et notamment pour les autres sociétés
qui sont issues... et qui sont confrontées
aux mêmes défis. Si vous connaissez, bon, ce qui se passe en Nouvelle-Zélande, en Australie, toutes les anciennes
colonies de peuplement et qui sont encore des sociétés issues du processus de
colonisation sont confrontées à des questions comme celles que vous
devez poser, c'est-à-dire réconcilier le... la fierté légitime qu'on peut avoir
pour la société qu'on a construite et en même temps reconnaître sur quoi... à
travers quels processus historiques, avec ses côtés pas forcément toujours très
reluisants, ça s'est fait à travers ce processus. Et, bon, ce sera ce comité
qui devra réussir ça.
Et, à mon avis, si on réussit bien ça, on sera
cette référence internationale, et d'autres musées du même type dans le monde
se diront : Au Québec, ils ont réussi à faire quelque chose de formidable,
c'est-à-dire qu'ils ont réussi à faire un musée d'histoire nationale captivant
sans balayer sous le tapis certains aspects qui, a priori, paraissent moins
reluisants. Mais, pour ça, il faut faire confiance, tout simplement, aux gens.
Si on... les choses sont bien expliquées, sont
bien contextualisées, sont... si on met de l'avant des faits, si on est
capables de rendre des notions complexes de manière simple, je pense que les
gens qui auront visité le musée auront compris qu'on peut à la fois... comment
dire, on peut à la fois comprendre l'histoire du Québec et comment cette
société en est arrivée à la société qui... qu'elle est aujourd'hui, qui, à mon
point de vue personnel, est admirable de bien des façons, mais que ça s'est
fait à travers des difficultés, que ça s'est fait à travers des défis, que ça
s'est fait à travers des gens qui ont contesté lorsqu'il y avait des décisions
injustes qui étaient prises, et qu'aujourd'hui encore il nous reste du chemin à
faire.
M. Arsenault (Mathieu) : Si je
peux donner une perspective qui est tirée de mon expertise du XIXe siècle,
je dirais que l'histoire du colonialisme
peut nous permettre de mieux comprendre comment la majorité s'est affranchie
de certaines dominations. Si on regarde les
Canadiens français, ils sont sortis du XVIIIe siècle conquis par une
métropole étrangère, hein, les Britanniques, et c'est à travers le
colonialisme de peuplement qu'ils ont réussi à s'en émanciper. Longtemps, le cri de ralliement de la nation
québécoise a été : «Emparons-nous du sol!» Ça, c'est un acte de
colonialisme. On peut penser, hein, à une réappropriation économique,
mais aussi défricher le territoire, créer les régions. Et créer des régions,
c'est créer de la culture, créer la culture québécoise. Bien, ça, ça s'est fait
en dépossédant des peuples autochtones de leurs territoires.
Donc, à la fois le colonialisme peut être
bénéfique pour la majorité canadienne-française, donc, être porteuse d'un
certain pouvoir positif pour la création d'une culture régionale, mais en même
temps faire du tort à une minorité ou d'autres cultures, nations sur son
territoire.
La Présidente (Mme Poulet) : Je
vous remercie de votre contribution à vous quatre.
Alors, compte tenu de l'heure, la commission
ajourne ses travaux au mardi 24 septembre, à 9 h 45.
(Fin de la séance à 16 h 16)