Journal des débats de la Commission de l'économie et du travail
Version préliminaire
43e législature, 2e session
(début : 30 septembre 2025)
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Le
mercredi 4 février 2026
-
Vol. 48 N° 12
Consultations particulières et auditions publiques sur le projet de loi n° 11, Loi modifiant diverses dispositions principalement aux fins d’allègement du fardeau réglementaire et administratif
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11 h 30 (version non révisée)
(Onze heures quarante-cinq minutes)
Le Président (M. Allaire) : Alors,
à l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, je déclare à la séance de
la Commission de l'économie et du travail ouverte. Je vous souhaite donc la
bienvenue. Prenez quelques secondes pour éteindre l'ensemble de vos appareils
électroniques, s'il vous plaît.
La commission est réunie afin de
poursuivre les consultations particulières et auditions publiques sur le projet
de loi n° 11, Loi modifiant diverses dispositions
principalement aux fins d'allègement du fardeau réglementaire et administratif.
Mme la secrétaire, est-ce qu'il y a des
remplacements?
La Secrétaire : Oui, M. le
Président. Mme McGraw (Notre-Dame-de-Grâce) est remplacée par M. Kelley
(Jacques-Cartier) et M. Fontecilla (Laurier-Dorion) par Mme Zaga
Mendez (Verdun)
Le Président (M. Allaire) : Merci.
Donc, deux groupes ce matin : le Conseil du patronat du Québec et on
enchaîne ensuite avec l'Association minière du Québec.
On accueille donc notre premier groupe.
Bienvenue parmi nous. Donc, je vais déjà vous céder la parole. Prenez le temps
de vous présenter avec votre titre, puis vous pouvez débuter votre allocution
de 10 minutes. La parole est à vous.
Mme
Llambías
Meunier
(
Michelle)
:Merci beaucoup, M. le Président. Michèle Llambías Meunier,
présidente et cheffe de la direction du Conseil du patronat du Québec. Je suis
accompagnée de ma collègue Norma.
Mme Kozhaya (Norma) :Bonjour. Norma Kozhaya, vice-présidente à la recherche et
économiste en chef au CPQ.
Mme
Llambías
Meunier
(
Michelle)
:Alors, M. le Président, M. le ministre, Mmes et MM. les
membres de la commission, on vous remercie de nous accueillir aujourd'hui et de
donner au Conseil du patronat, qui porte la voix de près de 70 000 employeurs
au Québec, l'occasion de partager sa lecture du projet de loi n° 11.
D'entrée de jeu, permettez-moi de le dire
clairement, le CPQ salue l'intention du gouvernement et le message politique
qui est envoyé avec cette loi... avec ce projet de loi, pardon. Reconnaître que
le fardeau réglementaire est devenu un enjeu structurel majeur pour la
compétitivité du Québec et s'engager à y répondre de façon récurrente est non
seulement pertinent, mais c'est hautement nécessaire. Depuis plusieurs années,
on parcourt le Québec et les entreprises nous disent la même chose : Ce n'est
pas une seule réglementation en particulier, le problème, c'est l'accumulation,
les dédoublements, les délais et le manque de prévisibilité. C'est ce cumul-là
qui finit par freiner l'investissement, par ralentir les projets, par détourner
l'énergie des entreprises, des entrepreneurs vers une gestion administrative
plutôt que vers de la croissance, de l'innovation et de la productivité, celle
qu'on recherche tant.
À cet égard, le projet de loi n° 11 constitue une avancée très intéressante. Il envoie
surtout un signal clair, celui que l'allègement du fardeau réglementaire n'est
plus un exercice ponctuel, mais un chantier qui doit être mené en continu. Pour
le Conseil du patronat du Québec, cette approche est la bonne approche, mais
pour qu'elle porte pleinement ses fruits, on doit se reposer sur...
Mme
Llambías
Meunier
(
Michelle)
:
...des principes qui sont forts, une mise en œuvre qui est rigoureuse et une
ambition qui est soutenue dans le temps.
Alors, on propose, dans le mémoire,
plusieurs exemples et des recommandations d'allègements concrets qu'on va
pouvoir aborder pendant la période de questions, mais je souhaite surtout, dans
mon message aujourd'hui, me concentrer sur cinq principes.
Le premier principe qu'on souhaite
souligner, c'est que l'allègement doit être enchâssé dans la gouvernance de
l'État. Le fait de confier explicitement au ministre responsable de l'Économie
un rôle clair en matière d'allègements réglementaires est un pas important, un
pas dans la bonne direction. Ça renforce l'imputabilité puis ça envoie un
message qui est transversal à l'ensemble de l'appareil gouvernemental. À cet
égard, le projet de loi n° 11 répond à nos attentes.
Dans le même esprit, on accueille aussi
favorablement le rehaussement des exigences, entre autres l'élargissement du
principe de un pour un et l'introduction pour certains ministères et organismes
d'une logique de deux pour un. C'est des outils qui sont connus, éprouvés et
efficaces lorsqu'ils sont appliqués avec discipline. Cela dit, notre expérience
nous amène à insister sur un point clé, les règles ne valent que par leur
application réelle. Dans le passé, le principe du un pour un a parfois été
appliqué de manière inégale, voire contournée. Si on veut que les nouvelles
exigences aient un impact durable, on va devoir s'assurer un suivi qui est
rigoureux, qui est transparent et qui est mesurable dans la mise en œuvre. Sans
ça, le risque est réel que l'ambition qu'on affiche aujourd'hui s'érode avec le
temps.
Le deuxième principe fondamental est que
l'allègement ne doit pas se limiter à la paperasse, réduire ou abolir des
formulaires, des rapports ou des obligations administratives, c'est utile, mais
ce n'est pas suffisant. Le véritable levier se situe davantage en amont, dans
la conception même des règles, leur articulation entre les ministères puis leur
application sur le terrain. Dans ce contexte-là, on insiste, au CPQ, sur
l'importance d'une réglementation qui est intelligente, c'est-à-dire une
réglementation qui atteint ces objectifs, tout en minimisant les coûts, les
délais et surtout l'incertitude pour les entreprises. C'est trop souvent les
dédoublements entre les ministères, les organismes ou les ordres de
gouvernement qui créent les irritants les plus lourds. Le projet de loi n° 11 ouvre la porte à corriger certaines de ces
situations-là, mais il va falloir aller plus loin.
• (11 h 50) •
Troisième principe qu'on souhaitait aborder
aujourd'hui : La prévisibilité et les délais comptent autant que les
règles. Pour une entreprise, attendre un permis, une autorisation ou une
décision pendant des mois, on a même entendu des fois pendant plus d'un an,
représente un coût réel, même si la réglementation elle-même est justifiée. Le
chantier sur les permis qui réfère au prolongement de la durée de validité de
certains permis et la reconnaissance du caractère problématique des délais va
dans la bonne direction. Le CPQ y voit un levier majeur pour réduire les
embûches, accélérer la réalisation de projets.
Quatrième principe : Celui que
l'allègement doit se faire sans compromettre la transparence et la reddition de
comptes. Le CPQ appuie l'abolition de rapports internes du gouvernement qui
sont à faible valeur ajoutée. C'est important, la nuance ici. On croit
toutefois qu'il est essentiel de préserver l'accès à l'information pertinente,
notamment celle qui permet d'évaluer la performance des politiques publiques ou
l'utilisation de contributions financées par les entreprises. Alléger ne doit
pas signifier appauvrir notre capacité collective de suivre, de comprendre et
d'améliorer l'action publique.
Enfin, le cinquième principe, et non le
moindre : L'allègement réglementaire doit être envisagé comme un levier de
prospérité collective. Une réglementation qui est plus efficace et mieux
coordonnée n'est pas juste un cadeau aux entreprises, c'est un investissement
dans notre productivité, dans la capacité du Québec à attirer et à réaliser des
projets, surtout dans un contexte de concurrence accrue entre les différentes
juridictions. Le ministre a parlé récemment d'un cran d'arrêt sur le fardeau
réglementaire. Le CPQ souscrit pleinement à cette ambition et le projet de loi n° 11 en est une première traduction concrète. Notre
message aujourd'hui est simple : On doit continuer, institutionnaliser et
rehausser cette démarche pour qu'elle produise davantage de résultats tangibles
et durables.
Finalement, on salue donc le projet de loi
et l'approche qu'il incarne, on formule des suggestions dans le mémoire, non
pas pour diminuer la portée, mais pour maximiser l'impact. L'allègement
réglementaire n'est pas une fin en soi, c'est un moyen qui est essentiel pour
bâtir un Québec plus agile, plus productif. Merci de votre attention, on va
être heureuse de pouvoir répondre à vos questions.
Le Président (M. Allaire) : Merci
à vous. On débute la période d'échange...
Le Président (M. Allaire) :
...d'échange avec la partie gouvernementale. M. le ministre, vous avez
11 min 30 s, la parole est à vous.
M. Poulin : Merci beaucoup,
M. le Président. Bien, bonjour, vraiment, j'adorais vous entendre. Je trouve ça
formidable, même quand vous émettez des... peut-être pas des craintes, mais, du
moins, des points de vigilance, je vais le dire comme cela, je les partage à
100 %. Une économie performante, augmenter notre productivité, s'enlever
du chemin des entrepreneurs, d'ailleurs, ça a été une de mes premières
déclarations lorsque j'ai été nommé ministre, bien, j'y crois sincèrement. Et
moi, je ne voulais pas déposer un projet de loi qui n'avait pas de colonne
vertébrale. C'était clairement dans ma tête, là, et nos équipes avec qui... nos
formidables équipes avec qui je travaille le savaient, il fallait donner du
cran puis il fallait arriver avec quelque chose de durable. Puis je partage
beaucoup votre point de vue, c'est pour ça que le deux pour un, ça a été prouvé
dans le passé, mais, en même temps, j'ai voulu l'enchâsser dans la loi, j'ai
voulu l'enchâsser dans la loi du ministère et j'ai voulu réellement que le
ministre ou les ministres de l'Économie se donnent de réels pouvoirs, que ce
soit au niveau du deux pour un, mais également au niveau de la prolongation des
permis. Alors, ça, pour moi, c'était vraiment, vraiment important, et je vous
remercie de le saluer, de le souligner.
Vous dites : «Ces dispositions
innovantes et ambitieuses sont certes saluées. Il est crucial de s'assurer d'un
suivi serré de leur application et de la mise en œuvre de la nouvelle
politique. On se rappellera que le respect et le suivi de la règle du "un
pour un" figurant dans la politique actuelle n'étaient pas faciles au
début et que ce principe n'a pas toujours été appliqué de matière... de manière
systématique et rigoureuse par l'ensemble des ministères et organismes.»
On a quand même des mécanismes qui nous
permettent, sur une base régulière, de vérifier combien de formalités ont été
enlevées. D'ailleurs on est passé d'à peu près 850 à 743, donc on a réussi à le
réduire. Mais le deux pour un, c'est d'inverser la tendance assez rapidement à
chaque fois qu'il y a des formalités qui sont faites.
J'aurai dans la politique à cibler des
ministères qui sont... qui sont importants, qui seront assujettis au deux pour
un. Est-ce qu'on peut parler avec vous de ces ministères-là, que vous voyez au
Conseil du patronat, qui demeurent des essentiels?
Mme
Llambías
Meunier
(
Michelle)
:Oui, tout à fait, puis il y a... il y a peut-être
rapidement deux choses, puis je vais laisser ma collègue Norma bonifier pour ce
qui est des ministères. Il faut élargir le périmètre pour le... pour la règle
du un pour un, d'une part. Il faut aussi s'assurer que les exemptions aussi
sont moins fréquentes, et donc clarifier le libellé dans lequel ces
exemptions-là se font, et finalement, puis Norma, je te laisse compléter,
s'assurer que ce signal-là qui est envoyé d'un point de vue de l'allègement
réglementaire puis qui est enchâssé, là, dans votre rôle maintenant, que ce
signal-là vienne même... peut-être même du bureau du premier ministre auprès de
tous les ministères pour dire : Ça doit percoler, tout le monde doit faire
un effort. On voit que des fois, dans certains ministères, il y a une volonté
de réduire la réglementation. On se renseigne auprès d'un autre ministère à
savoir si c'est possible de le faire, on nous répond que le système
informatique n'est pas adapté à ça et donc qu'on va garder, là, les mêmes
règles pour le moment. Ça ne peut pas fonctionner, ce n'est pas viable à long
terme. Norma, si tu veux.
Mme Kozhaya
(Norma) :Merci. C'est clair que, si on
parle de ministère... bon, c'est clair que... Par exemple, le ministère de
l'Environnement, on sait qu'il y a quand même des lourdeurs, des exigences. Il
y a eu des changements au cours des dernières années qui étaient supposés
simplifier, mais on s'aperçoit que ça n'a pas simplifié, qu'il y a même des
projets qui, par exemple, étaient sujets à une certification, un certificat de
conformité, qui passent pour avoir besoin d'une autorisation. Encore une fois,
l'objectif, c'est de regarder comment on atteint l'objectif. L'objectif, il est
toujours louable, et on adhère aux objectifs, la protection de l'environnement
et responsabilité des entreprises, mais est-ce que c'est toujours la... en
ajoutant qu'il y a... qu'on arrive à ces objectifs-là? Le ministère du Travail
également.
On a parlé... On a vu récemment beaucoup
aussi dans le secteur du commerce de détail de l'alourdissement, l'Office de
protection du consommateur, encore une fois. Et, j'ajouterai, donc, au-delà
d'identifier les ministères où il y a peut-être plus d'alourdissement, comment
les ministères peuvent travailler ensemble? Parce que, parfois, la même
entreprise doit faire... avoir des autorisations de différents ministères,
avoir des consultations avec différents ministères. Donc, comment il y a aussi
une meilleure coordination entre les ministères? Mais, si on parle de
ministères, probablement que c'est les deux, mais c'est un effort aussi qui
englobe tous les ministères.
M. Poulin : Mais là j'ai
retenu l'Environnement, j'ai retenu l'Office de protection du consommateur,
évidemment...
Mme Kozhaya
(Norma) : Du Travail.
M. Poulin : ...le ministère
de l'Économie, tout ça. Puis, sur les exigences et les exceptions, je suis à la
même place que vous parce qu'actuellement on parle de cinq ou
sept exigences de retrait, si on veut, de non-assujettissement du un pour
un, mais... tu sais, moi, à part la santé publique, là, puis quelques enjeux
peut-être de situation mondiale, à un moment donné, la réglementation, il faut
se poser des questions quand on décide d'en ajouter. Puis on avait la
discussion hier avec l'Union des municipalités, avec la FQM. Même eux, quand
ils imposent des règlements aux citoyens...
M. Poulin : ...ils doivent se
demander jusqu'où on arrête à un moment donné dans cette réglementation-là,
surtout dans le contexte économique. Oui, allez-y, madame.
Mme
Llambías
Meunier
(
Michelle)
:
...on a un exemple, là, vous l'avez en annexe du mémoire, un exemple d'un
projet minier, OK. Là, c'est avec le MRNF, puis le MLCCFP. pour le même projet
minier, dans des étapes d'exploration hivernale avec très peu d'impact, là,
puis on le détaille, il faut remplir quatre formulaires distincts, faire trois
consultations séparées, obtenir quatre documents d'autorisation officielle,
puis on... on le détaille, là, vous l'avez annexe, avec deux ministères
différents dans ce cas-ci. C'est... c'est l'exemple parfait, là, d'un manque de
cohérence puis de dédoublement.
M. Poulin : Sans compter que
parfois, pour une mine au Québec, ça prend 2 à 3 ans compte tenu de toutes
ces autorisations-là, qu'à une certaine époque ont peut-être été mises par...
pour des bonnes raisons, mais qui aujourd'hui, justement, on est dans les
doublons et ça n'a plus... ça n'a plus de sens, tu sais.
Au niveau des permis, comment... on fait
un peu allusion aux mines, là. Mais comment... parce que vous voyez les trucs,
parce que moi, je vais me donner des pouvoirs pour en prolonger. On n'écarte
pas d'en fusionner présentement avec nos équipes. Mon travail, c'est une
quarantaine de permis que nous pourrions prolonger, assouplir parfois, qui sont
déjà octroyés ou dans le processus. Dans le projet de loi, on vient s'adresser
aux taxis notamment, on vient s'adresser à l'acériculture. Alors, vous, est-ce
qu'il y a des permis qui vous viennent en tête, là, que vous pourriez m'aider?
Puis vous dites ça... vous donner l'exemple des mines. Alors, et on y touche dans
le projet de loi avec six mesures. Mais si vous en avez d'autres qui vous
viennent en tête, est-ce que... est-ce que vous pouvez me les partager?
Mme Kozhaya
(Norma) : Non, pas pour le moment. On a un exemple dans notre
mémoire dans le secteur minier, toujours, par d'exemple lors du renouvellement
pour certains travaux. Donc, il y a eu prolongement initial. Mais pour le
renouvellement, mettons, ça peut passer de 2 à 3 ans. Donc, c'est le
principal. Mais encore là, ça prend cette coordination-là pour que les permis
arrivent plus rapidement, donc accélérer aussi l'obtention du permis et aussi
par la suite donc son renouvellement.
• (12 heures) •
M. Poulin : OK, vous avez fait
un point sur l'abolition des rapports gouvernementaux parce qu'on parle évidemment
du deux pour un, la prolongation de permis qui sont la colonne vertébrale de ce
projet de loi là. Mais je trouve ça intéressant que le Conseil du patronat
émette un avis là-dessus. Vous dites : «Le projet de loi prévoit donc
l'abolition de 55 rapports gouvernementaux. Étant évidemment en faveur de
l'allègement réglementaire et celui des processus, le CPQ appuie la suppression
de rapports internes à faible valeur. Il estime toutefois qu'il faut évaluer la
valeur de l'information contenue dans ces rapports et s'assurer que toute
l'information pertinente et à valeur ajoutée demeure disponible, peut-être sous
autre forme, plus légère.»
Vous dire que, quand même, on a des
intentions, parce que tout ça se fait parallèle aussi au travail que ma
collègue la présidente du Conseil du trésor fait, en termes d'allègement
gouvernemental, il est extrêmement costaud. La reddition de comptes, l'étude
des crédits demeure, la possibilité de faire des demandes d'accès à
l'information demeure, le Vérificateur général, tout... Le commissaire aux
lobbyistes, tout ça demeure. Alors, ça, je pense que c'est important de le
mentionner, tout en ayant la volonté de toujours transmettre des informations.
Mais pour vous, le Conseil du patronat,
quelles sont les informations les plus sensibles? Vous dites à titre d'exemple
le rapport quinquennal que le ministre doit remettre dans le cadre de la loi
favorisant le développement et la reconnaissance des compétences de la
main-d'œuvre. Ce rapport sert à rendre des comptes et à définir le plan
d'action quinquennal, parce qu'il y a quand même la commission du partenaire du
marché du travail qui demeure en place, en lien avec vous, mais jusqu'où, à un
moment donné, on s'arrête? Parce que souvent, ce que je dis à mes équipes,
c'est la journée qu'on va enlever un rapport, ça va être le plus lu au Québec
tout d'un coup, tu sais. Alors, comment on fait pour trouver cet équilibre-là
dans l'exemple que vous avez?
Mme
Llambías
Meunier
(
Michelle)
:
Bien, dans le cadre de cet exemple-ci en particulier, Puis Norma, tu pourras
compléter si tu le souhaites, il y a une contribution aussi des employeurs. Il
y a un 1 %, là, pour de la formation, puis c'est... on considère que c'est
important aux cinq ans, une fois aux cinq ans, ce n'est quand même pas à chaque
année, de... de nous assurer que ces fonds-là sont correctement utilisés, que
la pertinence est encore là, que c'est un rapport qui est à... ou une stratégie
qui est à haute valeur ajoutée.
Donc, ce qu'on dit aujourd'hui, ce n'est
pas d'abolir systématiquement mur à mur de manière paramétrique tous les
rapports possibles, c'est de dire : Optimisons là où on n'a pas... moins
besoin de ces rapports-là. Il y a peut-être des rapports qui peuvent être
simplifiés aussi. Puis, si c'est à haute valeur ajoutée d'un point de vue
stratégique, puis d'un point de vue des fonds que ça représente aussi comme
contribution dans ce cas-ci, bien, pensons-y deux fois. Assurons-nous qu'on le
fait pour les bonnes raisons, puis que ça a moins de valeur. Dans le cas de ce
rapport-là, ça n'a pas d'impact non plus direct sur l'entreprise. Après, oui,
d'un point de vue de l'efficacité de l'État, on peut comprendre que pour
l'appareil, ça va réduire la charge, mais pour l'entreprise, pour l'employeur,
ça ne change pas grand-chose.
M. Poulin : Je comprends.
Mme Kozhaya
(Norma) : ...ajouter. Encore une fois, en lien avec ce rapport,
c'est qu'entre autres ce rapport permet de se questionner sur la pertinence de
modifier la loi du 1 % par exemple...
12 h (version non révisée)
Mme Kozhaya (Norma) :...et on croit que, d'ailleurs, tous les règlements devraient
avoir un peu une évaluation à la fin d'une certaine période de cinq ans ou
autre. Est-ce que cela est pertinent, est-ce que ça a donné les objectifs
poursuivis, et donc en particulier, et ça détermine le plan d'action de la
commission pour les années à venir? Donc, en ce sens là, on trouvait qu'il
avait une pertinence particulière.
M. Poulin : D'accord. Je
pense, j'ai une collègue qui a une question.
Le Président (M. Allaire) :
Mme la députée de Saint-François, une minute, à peu près.
Mme Hébert : Oui. Merci, M.
le Président. Je vais être courte. Vous avez nommé plusieurs mesures qui ne
sont pas dans le projet de la loi n° 11. Donc, je
voulais savoir... il y en a-tu deux que vous pourriez identifier, là, qu'il
faudrait prioritairement toucher ou, en tout cas, regarder?
Mme Kozhaya (Norma) :C'est sûr que, bon, par exemple, en lien avec le secteur
minier, on pense que c'est relativement facile parce qu'il y a déjà... donc la
pente n'est pas haute, n'est pas trop abrupte. Pour les autres, par exemple,
dans le secteur de la construction, on voit qu'il y a des attestations, qu'on
peut réduire de la fréquence lorsque l'entrepreneur a démontré une conduite
exemplaire, par exemple, au cours de la dernière année. Donc, on croit qu'il y
a un chantier qui regarde ces questions-là, ça fait quand même des années qu'on
en parle. Donc, peut-être que ça peut être dans ce projet de loi ou dans un
prochain projet de loi. Toujours dans le secteur de la construction, avoir une
sorte de guichet unique pour les autorisations qui, en ce moment, c'est quatre
ou cinq, la CCQ, la CNESST, la RBQ... Donc, du moins regarder... je ne sais pas
pour ce projet de loi, mais vraiment accélérer parce que c'est des choses quand
même que ça fait des années qu'on regarde.
Mme Hébert : Merci beaucoup.
Le Président (M. Allaire) : Merci.
Merci. Ça met fin à ce bloc d'échange avec la partie gouvernementale. On
enchaîne avec l'opposition officielle. Mme la députée de Jeanne-Mance—Viger,
vous avez 7 min 15 s.
Mme Rotiroti : Merci, M. le
Président. Bonjour, mesdames. Merci beaucoup pour votre mémoire. C'est toujours
extrêmement un plaisir de vous entendre en commission parlementaire, vous êtes
extrêmement pertinents dans les propositions que vous faites.
Écoutez, vous disiez, dans vos... vous
dites plusieurs choses dans votre mémoire, mais... puis je ne remets pas en
cause les bonnes intentions du ministre, mais vous dites, vous allez... quand
vous parlez de l'allègement, vous dites : Ce n'est pas juste la paperasse,
ça prend... c'est l'application sur le terrain, c'est tout qu'est-ce qui est
reddition de comptes pour être capable de mesurer et valider qu'est-ce qu'on
fait, si ça fonctionne, ne fonctionne pas. Évidemment... Avez-vous des
suggestions, comment qu'on pourrait faire cette reddition de comptes là,
justement pour être en mesure de dire : Bien, ça, ça fonctionne, ça, c'est
une bonne mesure, ça, c'est une moins bonne mesure, il faut vous l'améliorer?
Avez-vous des suggestions pour la reddition de comptes en particulier?
Mme
Llambías
Meunier
(
Michelle)
:Bien, c'est même dans le fonctionnement. Il y a une volonté
d'alléger le fardeau réglementaire, et puis ce qu'on constate, c'est que, d'un
côté, on réduit les règles ou on met en place des bonnes idées, comme celle du
un pour un, puis on se rend compte après ça que, dans l'application...
Mme
Rotiroti
: C'est
compliqué.
Mme
Llambías
Meunier
(
Michelle)
:
...c'est compliqué, puis que, là, d'un côté on réduit, mais, de l'autre côté,
on augmente parce que : Ah! bien, ça, c'était une obligation qui n'était
pas exigée par un ministère ou un organisme, donc c'est une obligation qui s'ajoute.
Donc, il y a un problème dans la structure, dans la façon de faire. Alors, oui,
on peut, on peut donner des exemples peut-être, là, spécifiques, puis on en a
en nomme quelques-uns, mais c'est de repenser même en amont, avant même... là, il
y a des nouvelles technologies, il y a des nouvelles questions qu'on se pose,
en amont : OK, c'est quoi qui peut fonctionner, c'est quoi qui ne fonctionne
pas, puis qu'on ne soit pas en train d'en ajouter systématiquement. Mais il
faut se doter... Puis le gouvernement, dans ce sens-là, est un peu comme une
entreprise qui doit bien fonctionner, qui doit avoir des indicateurs de
performance, des façons de mesurer l'impact.
Donc, ce n'est pas de dire : On enlève
tout, c'est de dire : On simplifie ce qui alourdit, ce qui n'est pas
nécessaire, on ajoute de l'impact là où on a des mécanismes ou des véhicules
qui nous permettent de renforcer justement certaines mesures. Voilà, donc, c'est
structurel comme enjeu de ce point de vue là, c'est dans le fonctionnement.
Mme Rotiroti : Absolument, absolument.
Alors... puis c'est l'enjeu qu'on a parce qu'on est quand même dans un
cinquième projet de loi qui parle de l'allègement réglementaire. Pourtant,
quand on va sur le terrain, toutes les PME, il y a un consensus que cet effet-là,
de l'allègement, on ne le voit pas, au contraire, on vient d'augmenter le
fardeau à peu près de 20 millions de dollars pour nos PME, entre
autres. Mais il y a... Le guichet unique, vous parlez... vous en faites mention
dans votre mémoire, et force est de constater qu'il y a... ce n'est pas tous
les ministères qui adhèrent à ce guichet unique là. Est-ce que, pour vous, ça
serait un véhicule qui permettrait, d'entrée de jeu, de faire un certain
nettoyage, je vais le dire comme ça, de qu'est-ce qui est disponible comme
formulaires, permis, etc.? Est-ce que vous voyez ça comme un véhicule qui
pourrait être mieux utilisé, on va dire ça comme ça?
Mme
Llambías
Meunier
(
Michelle)
:Dans certains...
Mme
Llambías
Meunier
(
Michelle)
:...secteurs, oui, comme celui de la construction. Puis,
Norma, je te laisse... je vais te laisser y aller puis... mais, juste avant, il
faut presque se mettre dans une posture de : l'entreprise, c'est un...
c'est un client. Comment on aide notre client, là, quand on est une entreprise,
à bien naviguer? Est-ce que c'est facile pour lui de comprendre le chemin pour
s'y rendre, les étapes? Combien de temps ça va lui prendre? Est-ce que ces
étapes-là vont être respectées? Est-ce que les délais vont être considérés?
Mme Kozhaya
(Norma) :Oui, tout à fait. C'est sûr que
c'est un bon outil, mais, effectivement, ça prend aussi, dans certains cas, de
l'accompagnement pour faciliter.
Et, si je peux revenir à votre question
précédente, pour ajouter concrètement ce qu'on peut faire, c'est sûr qu'en ce
moment il y a des analyses d'impact réglementaire qui accompagnent un projet de
loi ou de règlement. Ce qu'on demande, entre autres, un, c'est de s'assurer
qu'il y ait des analyses d'impact et de les rendre disponibles rapidement et
que ces analyses d'impact, un, tiennent compte des commentaires du terrain et,
deux, lorsqu'il y a des amendements importants qui sont amenés au projet de
loi, qu'il y ait peut-être une autre analyse d'impact, parce que, des fois, le
résultat peut changer de façon drastique. Et une autre chose, dans
l'application, de s'assurer un certain suivi, parce que le règlement, il peut
toujours... ou la loi peut émaner toujours d'une bonne intention, et on pense
que c'est facile à appliquer sur le terrain, mais ça s'avère tellement
compliqué. Donc, qu'il y ait une sorte d'analyse, de suivi pour voir comment
c'est appliqué sur le terrain, est-ce que ça répond et est-ce que, sinon, il y
a des ajustements à faire.
Mme Rotiroti : Vous disiez
aussi dans votre... dans votre mémoire que le principe du deux pour un doit
être enchâssé dans la loi... c'est-à-dire, que le principe d'allègement doit
être enchâssé dans la loi. Présentement, dans le projet de loi, c'est par
règlement, qui permet au ministre de changer ça à sa guise, on va dire ça comme
ça. Pourquoi, pour vous, ça serait important de l'enchâsser dans la loi?
Mme
Llambías
Meunier
(
Michelle)
:On pense que c'est important d'institutionnaliser une
démarche comme celle-ci. Puis, je le... je le disais tantôt d'entrée de jeu,
déjà que, là, ce soit un mandat qui a été donné à un ministre en particulier,
c'est déjà un pas dans la très bonne direction. Mais force est d'admettre que
tous les ministères ne reçoivent pas nécessairement ce signal-là en ce moment.
Alors, est-ce qu'il y a moyen de renforcer
ce signal et de nous assurer que les équipes qui travaillent dans les
ministères comprennent que, bien, il faut aller dans cette direction-là? Après,
peut-être que ces équipes-là ne sont pas présentement suffisamment outillées
pour mettre en œuvre les changements ou les allègements qu'on demande. Alors,
est-ce qu'on peut les accompagner? Est-ce qu'on a besoin de leur offrir de la
formation? Mais le signal politique doit être extrêmement clair. Puis l'impact
de ne pas aller dans cette... dans cette direction-là, c'est un impact
économique qui est réel. On le voit pour les municipalités, le... ça... c'est
un coût qui se transfère directement aux citoyens. Si on prend juste l'exemple
des municipalités, là, puis de la charge réglementaire pour les municipalités,
c'est directement chez le citoyen, qui paie plus de taxes pour tous ses
services. Il y a vraiment une cause à effet, là, qu'on ne doit pas négliger.
Mme
Rotiroti
:
Merci.
• (12 h 10) •
Le Président (M. Allaire) : 45
secondes. M. le député de Jacques-Cartier, allez-y.
M. Kelley : ...sur les
rapports, parce qu'après on a eu un échange hier soir avec les syndicats un
petit drapeau a levé dans ma tête parce que, quand j'ai regardé les listes des
différents rapports qu'on va peut-être abolir, j'ai vu, un était Hydro-Québec.
Et ce n'est pas pour vous à répondre, mais le rapport qu'on va abolir,
c'est : «Le ministre doit, au plus tard que tous les deux ans, faire un
rapport au gouvernement sur l'application de la présente loi. Ce rapport doit
notamment contenir les recommandations concernant l'actualisation de la mission
de la société.» Je trouve que ça, c'est un exemple, ce n'est pas nécessairement
inutile, l'application de la loi d'Hydro-Québec sur l'instance, pour voir
est-ce que ça va bien. Alors, je pense que votre suggestion, ou plus... plus de
prudence, n'est pas nécessairement une mauvaise chose. Et nous, on va
s'assurer, quand on fait la liste...
Le Président (M. Allaire) :
Merci.
M. Kelley
: ...on va
être vigilants.
Le Président (M. Allaire) :
Merci.
M. Kelley
: Merci,
merci, merci.
Le Président (M. Allaire) :
Merci, M. le député de Jacques-Cartier. Ça met fin à ce bloc d'échange. On
enchaîne avec le député de Jean-Talon, deux minutes 25 secondes. La parole est
à vous.
M. Paradis : Bonjour. Il y a
un plan d'allègement 2020- 2025. Il y avait un plan PME. Il y a un projet de
loi qui a été adopté au printemps dernier. Donc, ça fait longtemps qu'on parle
d'allègement réglementaire et administratif. Vous, vos membres, est-ce qu'ils
vous ont dit qu'ils ont vu une nette amélioration dans les dernières années ou
que ça ne s'est pas amélioré?
Mme
Llambías
Meunier
(
Michelle)
:Ils n'ont pas... On n'a pas un signal qu'il y a une nette
amélioration. On a des informations où on nous dit : On voit les efforts
qui sont réalisés, on voit que, dans certains cas, il y a des règles qui sont
abolies, mais, d'un autre côté, il y en a qui sont créées. Et donc, là je...
j'ai juste l'expression en anglais, «zero sum game», c'est comme si c'est...
Mme
Llambías
Meunier
(
Michelle)
:...amélioration a été annulée par le fait qu'on en rajoute
une de l'autre côté. Donc, il y a une volonté, mais... puis c'est pour ça qu'on
insiste autant sur la mise en application et le suivi, c'est que la volonté est
clairement présente, on voit qu'il y a des initiatives qui sont réalisées, mais
il y a encore de la distorsion dans la façon dont c'est appliqué.
Mme Kozhaya
(Norma) : Et, si je peux ajouter, c'est aussi... notre demande,
c'est que, selon ce qui est en ce moment défini dans le plan d'action,
effectivement, bon, les objectifs sont en général atteints, deux des trois, du
moins, mais c'est le périmètre, nous, qu'on demande... regarder les exigences
réglementaires. Et c'est ça qui s'est alourdi au cours des dernières années et
qu'il faut... auquel il faut s'attaquer et qu'il faut regarder, donc, élargir
la définition. Parce qu'effectivement, sur le terrain, les entreprises n'ont
pas l'impression, au contraire, elles... ce n'est pas qu'elles ont
l'impression, elles sentent que le fardeau s'est alourdi.
M. Paradis : Donc, il y avait
une volonté annoncée, mais la marchandise n'a pas été livrée.
Mme Kozhaya
(Norma) :En fait, c'est que la définition
qui... selon la définition, la marchandise a été livrée, mais je crois qu'on
remet en question la définition, qui, pour nous, doit être élargie.
M. Paradis : Très bien.
Le Président (M. Allaire) :
25 secondes.
M. Paradis : Bon. Je voulais
souligner que vous êtes en accord avec le Syndicat de la fonction publique sur
le fait que les rapports du gouvernement... il faut faire attention de ne pas
diminuer la reddition de comptes. Je note, et avec intérêt, que le monde des
affaires, en tout cas, vos membres, vous-mêmes, et les syndicats, vous êtes
d'accord là-dessus, que réduire... donc, alléger, ça ne veut pas dire réduire
les obligations de reddition de comptes du gouvernement.
Le Président (M. Allaire) : Merci.
Merci, M. le député de Jean-Talon. On enchaîne avec le député de Saint-Jérôme,
1 min 50 s. La parole est à vous.
M. Chassin :Je vais prendre le micro, ça va aller mieux. Merci beaucoup
pour votre présentation. Dans tout ce qui a été dit, il y a quelque chose qui
moi, attire mon attention, en particulier. Quand on parle... puis je pense que
c'est la députée de Jeanne-Mance—Viger, ça se peut-tu, qui soulignait :
Comment on fait pour... des suggestions, dans le fond, pour la reddition de
comptes, pour l'évaluation. Parce qu'au-delà même des formalités
administratives, que ce soit un règlement, que ce soit une loi, le gouvernement
évalue peu a posteriori. Souvent, même quand on a des analyses d'impact
réglementaire, c'est de qualité variable, selon les ministères. Le Bureau de la
gouvernance et de la coopération réglementaire connaît tout ça, mais il y en a
qui ne veulent pas être accompagnés dans leurs évaluations.
Est-ce qu'on peut se dire, par exemple,
que si on a des objectifs associés à un règlement, bien, on s'entend sur des
indicateurs pour l'évaluer cinq ans après sa mise en application ou deux ans
après sa mise en application, pour que ce soit systématique, les règlements?
Mme
Llambías
Meunier
(
Michelle)
:Moi, j'aurais envie de dire oui. On peut s'entendre sur le
fait qu'il faut évaluer l'impact, c'est un peu ça qu'on dit depuis tout à
l'heure. Puis ça me permet de répondre aussi à M. Paradis, par rapport à son commentaire,
c'est que ce n'est pas de tout abolir d'un coup. Ce n'est pas d'arrêter
d'évaluer, ce n'est pas là qu'on va gagner de la valeur, de la pertinence, de
l'impact. C'est de nous assurer que ce n'est pas une mesure qui est
paramétrique.
Donc, oui, à une évaluation d'impact pour
certains règlements, puis qu'il y a de la prévisibilité, puis qu'on sache qu'à
chaque cinq ans, dans ce cas-ci, voici l'évaluation qu'on va faire pour
regarder si on atteint tel objectif, tel objectif ou tel objectif, mais ça n'a
pas besoin d'être trop complexe, ça n'a pas besoin d'être à chaque année.
Le Président (M. Allaire) : Merci.
Merci, ça met fin à l'ensemble de l'échange. Merci, le député de Saint-Jérôme.
On a même eu la réponse pour le député de Jean-Talon, tout le monde est
content, c'est bien.
Donc, nous allons suspendre les travaux.
Je vous remercie pour votre belle contribution. On suspend les travaux quelques
instants, une courte, courte de suspension. Merci.
(Suspension de la séance à 12 h 16)
(Reprise à 12 h 18)
Le Président (M. Allaire) :
Alors, nous allons reprendre les travaux. On accueille notre prochain groupe,
l'Association minière du Québec. Bienvenue à cette commission. Donc, je vais
vous laisser le soin de vous présenter avec votre titre. Puis vous pouvez
débuter votre allocution de 10 minutes. La parole est à vous.
Mme Toussaint (Emmanuelle) :
Merci. Alors, je suis Emmanuelle Toussaint, présidente-directrice générale de
l'Association minière du Québec, et je suis accompagnée de Francis Bérubé, qui
est notre directeur, Affaires publiques et environnement; et également, avec
Dominique Amyot-Bilodeau, qui est de McCarthy Tétrault.
Alors, M. le Président, M. le ministre,
Mmes et MM. les députés, merci de nous accueillir aujourd'hui dans le cadre des
consultations particulières et auditions publiques sur le projet de loi n° 11. L'Association minière, notre mission, c'est de
promouvoir, soutenir et développer activement une industrie minérale qui est
québécoise, qui est responsable, engagée et innovante. On a été fondé en 1936
et on représente l'ensemble de l'écosystème minier au Québec. Alors nos membres
assurent donc la très grande majorité de la production québécoise de métaux et
de minéraux. On a une importance majeure pour l'économie du Québec. Juste à
titre de rappel, on fait une étude sur les retombées économiques aux deux ans
et, selon le dernier rapport qu'on a sorti, qui est basé sur les données de
2022, on a contribué à 12 milliards de dollars au PIB du Québec, et
c'est une augmentation de 56 % entre 2014 et 2022. Et, finalement, on a
15 000 emplois directs et 51 000 emplois directs, indirects
et induits, en plus de compter sur un réseau de 3 800 fournisseurs
qui sont présents dans toutes les régions du Québec.
• (12 h 20) •
Alors, en ce qui concerne le sujet
d'aujourd'hui, l'Association minière du Québec accueille favorablement le
projet de loi n° 11. C'est une initiative qui
s'inscrit dans une démarche de modernisation et de simplification du cadre
réglementaire et administratif, dont la lourdeur a été souvent décriée, et,
depuis longtemps également, par l'industrie minière du Québec. Ces changements
s'inscrivent aussi dans une démarche plus globale de révision du cadre
réglementaire et administratif afin d'améliorer l'environnement d'affaires
québécois, dont il y a le projet du... le dépôt du projet de loi n° 5
et également la modernisation des évaluations environnementales par voie
réglementaire. Ce sont des exemples qui démontrent que c'est essentiel pour la
vitalité et la compétitivité du secteur minier.
On a un potentiel économique et
stratégique qui est considérable. Le secteur minier, c'est quelque chose qu'on
ne peut éviter, mais son attractivité, auprès des investisseurs, dépend
fortement de la compétitivité et de la prévisibilité de son cadre administratif
et réglementaire. Je pense que c'est important de rappeler notamment le rapport
de l'Institut Fraser, qui est sorti au mois de juillet 2025 et qui mesure
l'attractivité des juridictions dans le monde, dans le secteur minier, et le
Québec est passé de la cinquième place à la 22e position.
Je m'attarde un instant pour mentionner
quelques éléments qui expliquent cette chute-là, et on retrouve un manque de
prévisibilité dans la réglementation environnementale. Le Québec était au
19e rang en 2019 et a rétrogradé au 41e rang en 2024. Il y a
également un dédoublement et un manque d'harmonisation entre les lois
provinciales et fédérales, et je vais revenir sur ce point. On est maintenant
au 41e rang. Il y a également une perte d'efficacité du système juridique.
Je vais également revenir sur ce point-là un peu plus tard. Mais ça, ça couvre
les processus qui sont équitables, transparents et dans les temps annoncés et
également efficaces d'un point de vue administratif. Donc, le Québec est tombé
à la 21e position, et il y a également le régime fiscal qui est considéré
moins compétitif.
Nous, quand on regarde ce constat-là, on
ne peut que se dire qu'il faut s'inspirer des meilleures pratiques pour qu'on
soit une des juridictions les plus attractives...
Mme Toussaint (Emmanuelle) :
...comme on l'était depuis plusieurs années, mais on est tous conscients
également que dans le contexte actuel qui est marqué par des incertitudes
économiques et géopolitiques, c'est essentiel de soutenir notre économie. Et
l'un des moyens les plus efficaces et... les plus efficaces et le moins
coûteux, ça demeure l'allègement administratif et réglementaire, c'est un
facteur majeur pour la compétitivité.
S'il y a plusieurs efforts qui sont faits,
qui sont déployés en matière d'allègement réglementaire, il y a également des
facteurs qui sont moins tangibles mais qui sont tout aussi déterminants, comme
l'efficacité administrative et le respect des délais. Alors oui, les
règlements, les lois, c'est bien, il faut voir comment on peut l'alléger. Mais
il y a beaucoup d'intangible aussi qui sont davantage au niveau des processus.
Alors, on s'appuie aussi pour... en termes d'efficacité, là, c'est l'aptitude
du gouvernement à offrir, dans les délais appropriés et avec une grande
transparence, toutes les informations et autorisations nécessaires à la
conduite des entreprises... des activités entrepreneuriales. Donc, la
compréhension des réalités de terrain et les impacts des délais et de la
lenteur des processus, ça doit être compris par tous ceux qui analysent et
traitent les dossiers. Et c'est le point tout à l'heure que je mentionnais dans
le rapport sur l'Institut Fraser, ce qui est appelé l'efficacité du système
juridique, alors, prévisible, transparent et dans les délais.
Et ceci, c'est particulièrement important
pour le secteur minier. La fluidité et la rapidité du traitement administratif,
ça joue un rôle déterminant dans la capacité de nos entreprises à planifier, à
maintenir et à développer les projets, que ce soit des mines en opération ou
encore des projets miniers. Ce n'est pas seulement le volume de la
réglementation, mais bien l'incertitude persistante et les délais qui entourent
les démarches d'autorisation et d'obtention des permis qui sont l'un des plus
grands défis. On parle souvent de plusieurs mois et même à plusieurs années
pour obtenir les différentes autorisations et l'impact de ces délais-là, c'est
retarder la réalisation de projets, c'est également de nuire à la viabilité des
projets et décourager les investisseurs. Donc, il y a beaucoup aussi d'efforts
qui sont faits pour attirer des investissements au Québec, et c'est important,
ça doit continuer, toutefois, il faut aussi s'assurer qu'une fois que les
investissements sont présents et qu'ils ont été faits au Québec, que les
investisseurs ont les bons signaux par rapport à notre environnement
d'affaires.
Il y a également une question qu'on... je
me permets d'aborder sur la façon dont les délais sont comptés. Donc, on parle
souvent de computation des délais, mais il faut savoir aussi que le calcul des
délais va être habituellement suspendu dès qu'il y a des questions qui sont
retournées au promoteur ou à la société, même si les informations ont déjà été
fournies précédemment. Alors toujours garder en tête que les délais, ce n'est
pas juste de dire on s'est amélioré, mais comment les délais sont calculés?
C'est également important.
J'ajouterais aussi que ce n'est pas rare
qu'un projet minier prenne de 10 ans, même 15 ans à 20 ans avant
de voir le jour. Ça prend des reins solides pour se rendre jusqu'à l'opération
d'une mine. C'est difficile pour les entreprises d'obtenir des investissements
additionnels des investisseurs lorsqu'il y a de l'incertitude concernant les
prochaines étapes, l'obtention des permis et les conditions qui sont
afférentes. Donc, rappeler également, dans le secteur minier, on parle de
plusieurs centaines de permis et d'autorisations qui sont nécessaires pour
l'opération d'une mine, alors vous comprendrez qu'on accueille favorablement ce
projet de loi. C'est un pas dans la bonne direction.
Plus spécifiquement, on recommande
l'adoption des articles 1 à 5 du projet de loi pour clarifier la mission
et les responsabilités du ministre du côté de l'économie quant à l'allègement
réglementaire et administratif. Et, également, on souligne l'ajout, dans cette
même loi, dans ce même projet, de l'obligation pour le ministre d'élaborer et
proposer au gouvernement de grandes orientations en matière d'allègement. On
appuie également le renforcement de la règle du un pour un et qui se transpose,
là, progressivement vers une règle du deux pour un tout en la rendant plus
formelle. L'objectif de formaliser et d'étendre cette règle à un plus grand
nombre de ministères et de tendre vers la règle du deux pour un est quelque
chose qui va permettre de mieux encadrer la règle, mais c'est également aussi
nécessaire d'avoir des balises qui sont claires et ça doit... si on veut
atteindre, là, des résultats qui sont mesurables et concrets.
On appuie également l'adoption des
articles de certaines dispositions de la Loi sur les mines et du règlement sur
les mines afin d'alléger ou de clarifier des exigences, des bonifications sont
toutefois possibles. L'article 55 du projet de loi indique que la
planification annuelle des travaux d'exploration devra être transmise par le
titulaire des droits exclusifs d'exploration au ministre... au ministère des
Ressources naturelles et des forêts, en plus des municipalités et, selon le
cas, de toute communauté autochtone concernée. Mais bien que cette...
Mme Toussaint (Emmanuelle) : …ceci
implique un certain alourdissement des formalités. L'AMQ n'est pas opposée à
cette exigence qui vise à assurer une plus grande transparence, mais nous
croyons toutefois à la possibilité de simplifier ou de centraliser la
transmission de la planification ou encore de prévoir des mécanismes pour
alléger la démarche. Par exemple, il pourrait s'agir d'une transmission unique
au MRNF qui se chargerait de faire suivre l'information à toutes les parties
concernées.
L'article 55… 56 du projet de loi,
qui propose de modifier l'article 69.2 de la Loi sur les mines pour
prolonger la durée de validité de l'autorisation relative aux travaux à impact,
ou l'ATI, qui passerait de 2 à 3 ans, est également un progrès pour
l'industrie minière en offrant une période plus longue pour organiser et mener
à terme les projets. Le logement… l'allongement de la durée de vie de l'ATI
permettrait d'accroître la stabilité et la prévisibilité dans la planification
et la gestion des activités minières, un aspect qui est essentiel pour assurer
le succès des opérations. Dans un souci d'optimisation des processus, il serait
opportun que le gouvernement envisage une harmonisation plus étendue en…
notamment en alignant systématiquement la durée de validité de l'autorisation
des travaux impacts, l'ATI, sur toute période de prolongation du droit exclusif
d'exploration. Il serait également opportun de revoir de façon plus générale le
régime des ATI.
Par ailleurs, l'article 57 du projet
de loi, qui vise à supprimer l'exigence pour le titulaire d'un droit exclusif
d'exploration, de transmettre à chaque année un compte rendu des travaux est
bienvenu également. C'est un fardeau administratif qui n'est pas nécessaire
puisque les entreprises détentrices d'un droit d'exclusif… d'un droit exclusif
d'exploration doivent déjà satisfaire à de nombreuses obligations déclaratives,
telles que la production de rapports techniques auprès du ministère, la
divulgation d'informations aux marchés financiers pour les sociétés publiques
et la conformité à différentes exigences.
En ce qui concerne l'article 61,
toujours dans une optique d'harmonisation et de réduction des formalités
administratives, on accueille favorablement la conciliation de la durée de
validité d'un droit exclusif d'exploration avec l'autorisation visant à ériger
ou maintenir une construction ou une installation temporaire. Il faudrait
toutefois clarifier que l'autorisation ne sera valide… sera valide, c'est-à-dire
pour la durée de validité du droit exclusif d'exploration, en incluant toute
période de renouvellement de celui-ci.
• (12 h 30) •
En ce qui concerne l'article 58 qui
vient modifier l'obligation d'informer le ministère lors de la suspension des activités
d'une mine uniquement si l'interruption excède un an, contrairement à la
période actuelle de six mois, c'est également un élément qui et qui est celui
de notre côté, l'obligation de le faire pour six mois et plus, c'est coûteux et
c'est exigeant, notamment dans le Nord-du-Québec, où les activités ou la
production peut être interrompue pendant plus de six mois pendant l'hiver.
Donc, c'est une proposition qu'on considère qui est une adaptation pertinente
aux réalités terrain et opérationnelles.
Je mentionnerai également d'autres
améliorations possibles qui, par exemple, dans le secteur minier on demande
plus d'agilité. Donc, il y a des modifications qui devraient être somme toute
anodines, mais que, finalement, elles ne sont pas simples du tout à mettre en
place. En effet, même s'il y a des ajustements qui sont apportés… qui ont été
apportés récemment au Règlement sur l'encadrement d'activités en fonction de
leur impact sur l'environnement, le secteur minier, pour sa part, est encore
confronté à des secteurs… à des démarches administratives qui sont complexes,
notamment pour modifier une autorisation ministérielle ou un décret
gouvernemental. Par exemple, l'ajout d'équipements tel qu'un dépoussiéreur, un
séparateur eau-huile ou encore une hotte de laboratoire ne figurent pas dans
les activités admissibles à la déclaration de conformité, sauf que… sauf
quelques exceptions. Donc, lorsque les impacts sont limités, on aurait tout
avantage à pouvoir l'appliquer.
Le renouvellement également des décrets, et
je vais terminer rapidement. Souvent, il y a des demandes additionnelles qui
vont être demandées pour des études supplémentaires. Il y a un coût qui est
associé à ça, et l'analyse d'une nouvelle demande peut parfois s'étendre sur
plusieurs mois, nécessiter de remplir l'ensemble des formulaires à nouveau ou
encore de réaliser des études complémentaires. Et parfois le niveau de détail
qui est demandé, ce n'est pas justifié.
Alors, on recommande également d'élargir
les catégories d'activités admissibles à la déclaration de conformité. Il y a
également un élément important sur le dédoublement entre le fédéral et le
provincial. Les projets miniers sont soumis à des processus autant au niveau
provincial que fédéral. Alors, c'est quelque chose qui allonge inutilement les
délais, augmente les coûts, et on souhaite qu'il y ait une meilleure
harmonisation qui est de faire preuve de souplesse dans les discussions, à
l'instar de d'autres provinces comme notamment...
12 h 30 (version non révisée)
Mme Toussaint (Emmanuelle) : ...Colombie-Britannique,
qui compte sur un processus qui est harmonisé avec le fédéral. Alors, sur ces
mots, je vous remercie de votre attention et nous sommes heureux de poursuivre
les échanges.
Le Président (M. Allaire) : Merci
à vous pour votre présentation. Merci au ministre qui a accepté, là, de prendre
sur le temps de la partie gouvernementale, le soin de vous laisser terminer
votre allocution. Donc, on débute la période d'échange, M. le ministre, la
parole est à vous pour sept minutes 30 secondes.
M. Poulin : Merci beaucoup, M.
le Président. Bonjour, merci d'être là et merci pour ces réflexions aussi sur
une industrie très importante au Québec. Je regardais les investissements qu'il
y a eu dans les dernières années, on peut dire que vous êtes partie intégrante
de notre développement économique, notamment dans les régions du Québec. Alors
ça, il faut aussi le mentionner, ça fait travailler les gens, ça amène des
retombées économiques importantes. On s'était déjà rencontré lors de votre
journée mine, je pense que vous l'appelez comme cela ici, à l'Assemblée
nationale, on avait pris le temps d'échanger sur les allègements réglementaires
que vous accueillez, qui sont effectivement de bonnes nouvelles pour l'industrie.
J'ai ma collègue, la députée de Labelle, qui a quelques questions, alors je
vais lui céder la parole dans les prochaines secondes, mais je voulais savoir,
on parle de centaines de permis dans votre industrie. Vous avez vu, j'ai fait
inscrire dans le projet de loi la possibilité pour moi de prolonger la durée de
permis, mais aussi de revoir tout l'enjeu des permis au Québec. Si vous en
aviez à en abolir, à en fusionner, à en prolonger, est-ce que c'est possible de
nous dire lesquelles?
Mme Toussaint (Emmanuelle) : Oui,
je vais laisser mes collègues pouvoir aller plus en détail. C'est sûr qu'il y a
différents permis, c'est vraiment une harmonisation, là, qui est... qui est
nécessaire. Au niveau des exemples concrets, je ne sais pas si Francis, tu veux
en ajouter.
M. Bérubé (Francis) : Oui,
bien en fait, là, dans plusieurs de nos recommandations, là, souvent, quand on
parle d'harmonisation, c'est par exemple, si vient le renouvellement, bien, la
plupart des permis qui ont été nécessaires... tu sais, est-ce qu'il y a lieu d'harmoniser,
justement, ces renouvellements-là? Donc, ça, c'est un des éléments, si vous
regardez l'ensemble de nos recommandations, là, souvent on y revient. Par
exemple, si on parle d'un droit exclusif d'exploration, quand on renouvelle le
droit exclusif d'exploration, là, aujourd'hui, on a... ce que vous proposez, c'est
une harmonisation dans le temps, évidemment, dans plusieurs cas, avec le temps,
là, au niveau du droit exclusif d'exploration. Maintenant, quand vient son
renouvellement, est-ce que les permis qui y sont associés, est-ce qu'on peut,
généralement, réfléchir pour que ça soit renouvelé, dans certains cas,
automatiquement, par exemple? C'est présent dans plusieurs de nos recommandations
actuellement dans le mémoire, là. Peut-être que Dominique, tu pourrais ajouter?
M. Amyot-Bilodeau (Dominique) : Pour
répondre, M. le ministre, à une question encore plus spécifiquement, lorsqu'on
parle des nouveaux projets de mines au Québec, un des éléments qui ralentit beaucoup
le processus, c'est le fait qu'il faut compléter l'ensemble du processus d'évaluation
environnementale avant de pouvoir appliquer pour certain permis sectoriel, ce
qui peut retarder de plusieurs années l'avancement des projets. Dans bien des
cas, il y a... il y a un consensus social sur le fait que c'est des projets qui
sont favorables au développement économique, au développement social et qui
sont bien accueillis par les communautés autochtones et dans ces cas-là, d'attendre
aussi longtemps le processus pour pouvoir même faire des travaux préparatoires
sur le terrain, ça ne fait que retarder les investissements au Québec, retarder
l'avancement de ces projets-là. Et dans certains cas, ça tue les projets quand
les cycles économiques évoluent.
Et donc, un des messages importants qu'on
a de façon plus générale, et c'est un peu dans la même lignée que le projet de
loi 5, évidemment, par le gouvernement, est de dire, dans certains cas,
lorsqu'il y a une acceptation du principe d'un projet, permettons la
réalisation de travaux préparatoires, pendant que de détails techniques sur
certains éléments plus tard dans le projet, continue d'être négocié ou discuté
ou préparé par les équipes d'ingénierie. Mais cette capacité-là de faire les
travaux préparatoires en amont aurait un impact drastique sur l'accélération
des projets. Et ça, présentement, donc dans un projet de loi 5, c'est visé
pour certains projets internationaux, on invite le gouvernement à faire une
réflexion à voir si ça ne peut pas être élargi à d'autres projets, notamment le
secteur minier.
M. Poulin : Merci beaucoup.
Le Président (M. Allaire) : Ministre...
Mme la députée de Labelle, la parole est à vous.
Mme Jeannotte : Ah! Bien,
merci, M. le Président. Bonjour, merci pour vos représentations, je trouve ça
vraiment intéressant. On a appris beaucoup sur... du côté du ministère de l'Environnement
et du MRNF, à quel point ces deux ministères-là pourraient faire des efforts.
Vous avez raison, c'est un secteur d'activité fondamental pour faire avancer le
Québec sur le plan économique. Donc, on... il faut tous s'y mettre, mais c'est
compliqué, hein? Moi, je l'ai vu dans mon comté parce qu'on veut la... on veut
l'acceptabilité sociale, puis, parfois... Mais là, c'est intéressant, ce que
vous dites, c'est que, parfois, même en ayant l'acceptabilité sociale, on est
retardé par un processus. Vous savez aussi... bien, au niveau environnemental,
on a... c'est des belles pistes de solutions que vous nous amenez, là. Il faut
continuer à faire des représentations auprès de ces ministères-là, cela dit,
des fois, c'est dans une machine, ce n'est pas les politiciens qui ne veulent
pas, c'est il y a une culture organisationnelle, aussi, qu'il faut continuer de
pousser.
Vous avez parlé d'un exemple au niveau de
l'harmonisation entre le fédéral et le provincial, que la Colombie-Britannique serait
plus avancée. J'ai moi-même travaillé longtemps pour un organisme fédéral, c'était
très simple on demandait des avis sectoriels à Industrie Canada, puis industrie
canadienne nous revenait, si c'était favorable à ce moment-là on enclenchait.
Est-ce que vous pouvez nous parler un petit peu plus du processus d'harmonisation
qui existe en Colombie-Britannique pour que peut-être on puisse s'en inspirer?
Mme Toussaint (Emmanuelle) : Oui.
Alors, la Colombie-Britannique a été la première province a...
Mme Toussaint (Emmanuelle) : ...avoir
cette entente-là avec le fédéral pour éliminer le dédoublement. Et ça fait en
sorte que lorsqu'un projet est approuvé, par exemple, ou qu'il y a permis qui
est accordé, une autorisation par la province, à ce moment-là, le fédéral va
presque automatiquement l'approuver également de son côté, parce qu'il y a eu
une harmonisation.
Alors, du côté... On sait aussi que
l'Ontario et la Saskatchewan sont également très avancés dans leurs
discussions. Du côté de la Colombie-Britannique, c'est déjà en place depuis
environ... au moins un an, là, que c'est effectif, mais ils ont eu leur premier
projet... qu'ils ont pu passer à travers ce processus-là de : un projet,
une évaluation. Alors, il y a différentes considérations à prendre. Le point,
c'est vraiment dans l'harmonisation, là, donc, de voir... de voir qu'est-ce qui
peut être fait pour permettre que les projets soient réalisés plus rapidement,
donc, vraiment, au lieu d'aller du côté, là... d'y aller en duplication.
Si je peux mentionner, là, entre autres,
les projets qui sont soumis à la fois aux processus provinciaux... au Québec,
on parle avec... la Loi sur la qualité de l'environnement et également le RAFI,
le règlement dont j'ai mentionné tout à l'heure. Et, du côté de la
réglementation fédérale, c'est la Loi sur l'évaluation d'impact et la Loi sur
les pêches, notamment. Alors, c'est vraiment une harmonisation qui est
souhaitée. Et on sait qu'il y a des discussions qui sont en cours, notamment
avec la province, au Québec, mais on souhaite vraiment qu'il y ait une
accélération et de démontrer une certaine souplesse pour s'assurer que ce soit
mis en place le plus rapidement possible, au bénéfice de l'industrie.
Mme Jeannotte : Bien, merci
beaucoup. Il me reste-tu du temps, M. le Président?
Le Président (M. Allaire) : 1 min 20 s.
Mme Jeannotte : 1 min 20 s,
bon. L'attractivité, on est... au niveau international, on est en compétition, ça
fait que c'est important que le Québec tire son épingle du jeu. Comment vous
évaluez l'importance de la simplification administrative puis surtout du ménage
dans la réglementation? Comment vous évaluez l'importance de ça pour,
justement, que le Québec puisse reprendre sa place?
Mme Toussaint (Emmanuelle) : Bien,
c'est un facteur qui est vraiment très important. Il faut savoir que
l'ouverture d'une mine demande des capitaux qui sont considérables. Ouvrir une
mine peut facilement être 1 milliard, 2 milliards de dollars, se
rendre jusqu'au bout du processus. Tout à l'heure, je le mentionnais, qu'on
parle aussi de délais de 10 ans, de 15 ans et même jusqu'à 20 ans. Alors, il
faut pouvoir attirer des investissements tout au long des processus.
Ce n'est pas un seul investissement au
départ, il y a vraiment des étapes et ça, c'est important de le comprendre. Par
exemple, si un décret n'est pas accordé, bien, ça fait en sorte que d'aller
chercher un investissement additionnel va être vraiment plus compliqué parce
qu'il y a une incertitude qui réside autour de ça. Alors, le côté de
l'attractivité ou encore la compétitivité du secteur minier, c'est vraiment un
élément qu'il faut mettre en priorité, parce que, sans les investissements, les
mines ne pourront pas voir le jour...
Le Président (M. Allaire) :
Merci. Merci.
Mme Toussaint (Emmanuelle) :
...alors, même s'il y a un investissement de départ.
• (12 h 40) •
Le Président (M. Allaire) : Merci.
Je suis désolé, je dois vous couper, je suis le gardien du temps. M. le député
de Jacques-Cartier, la parole est à vous. 6 min 54 s.
M. Kelley : Merci beaucoup. Merci
beaucoup pour votre présentation, c'était très, très intéressant. Je veux reviens
un petit peu sur cette étude par le Fraser Institute et juste en général, le
portrait un peu global. Le fait que le gouvernement va sur la scène
internationale pour vendre nos minéraux stratégiques, mais, en même temps,
vient juste d'adopter un projet de loi qui a jeté le fardeau sur le dos de
l'industrie, c'est un peu contradictoire, j'imagine. Et est-ce que ça, c'est un
peu, des fois, les échos? Après qu'on sonne l'alarme partout sur la
planète : Viens chez nous, les gens regardent et dit : Bien, notre
gouvernement ne suit pas vraiment qu'est-ce qui est vendu dans des messages qui
sont mis sur l'espace international?
Mme Toussaint (Emmanuelle) : Bien,
c'est un point intéressant que vous faites, et c'est l'élément... lorsqu'on
disait : C'est bien, d'attirer les investissements, mais il faut aussi
s'assurer qu'on offre un environnement qui est compétitif et attractif pour
conserver les investisseurs une fois qu'ils ont... qu'ils ont investi dans les
projets.
Donc, ce n'est pas nécessairement une contradiction,
si je peux me permettre de faire un peu une nuance, mais les deux éléments
doivent... c'est vraiment main dans la main. Alors, il faut s'assurer qu'on
les... qu'on a les investissements. Évidemment qu'il y a eu des changements
à... c'est... Lorsque le sondage de l'Institut Fraser a été réalisé il y a un
an et demi, c'était en plein pendant les changements pour la Loi sur les mines,
alors c'est sûr que c'est un élément qui a également ajouté encore de
l'incertitude aux autres éléments, mais je crois que c'est surtout une prise de
conscience, il faut... pas nécessairement une prise de conscience, mais plutôt,
je dirais, de toujours s'assurer de bien considérer les deux. Alors, les
efforts pour attirer les investissements et aller sur les marchés
internationaux sont importants et doivent continuer, et il faut saluer lorsque
les choses sont bien faites, mais il ne faut pas sous-estimer l'effet que
peuvent avoir des modifications réglementaires ou encore un manque d'agilité
dans les processus administratifs...
M. Kelley : ...merci
beaucoup. Et selon vous, parce que vous avez beaucoup de bonnes suggestions
dans votre mémoire, est-ce que c'est nécessaire de réviser encore la loi sur
les mines ou est-ce que c'est mieux de, peut-être, prendre le temps... Je pose
la question parce que je sais que tous les groupes étaient pas mal contre le
projet de loi qui a été adopté par le gouvernement. Je sais qu'entrer ici, puis
la fin de mandat du gouvernement, je ne pense pas que notre projet de loi est
dans les cartes, on ne sait jamais, c'est à vous autres qui savent cette
information, mais c'est quand même peut-être une meilleure idée de réviser
complètement la loi ou d'ajuster des choses avec les règlements et décrets?
Mme Toussaint (Emmanuelle) : Je
vous dirais que dans la loi, les modifications qui ont été apportées à la Loi
sur la... les mines, il y avait plusieurs des considérations, ou plusieurs des
éléments, que l'industrie minière avait apportés qui ont été écoutées. Alors,
ça, on le salue. Une des incertitudes qui reste, c'est qu'il y a beaucoup de...
de dispositions qui doivent être clarifiées par voie réglementaire. Alors ça,
c'est quelque chose qu'on souhaiterait que ce soit accéléré, c'est-à-dire que
les différents projets de règlements, là, puissent être élaborés le plus
rapidement possible, et on le sait que c'est déjà en cours, mais il y a
plusieurs éléments qui vont être très importants de voir comment ça va être
encadré par processus réglementaire. Je ne sais pas si mes collègues auraient
des éléments à ajouter.
M. Amyot-Bilodeau (Dominique) : Bien,
on mentionne beaucoup l'importance de la prévisibilité réglementaire et c'est
critique, là, ce n'est pas juste un «buzzword», c'est essentiel pour réussir à
convaincre des investisseurs de venir au Québec, d'investir des milliards sur
des projets qui vont durer sur 10, 15, 20, 30 ans. Et ce, trop souvent, on
sous-estime, là, que lorsqu'on rentre dans un projet de loi, notamment lors de
la réforme de la Loi sur les mines, où il y a plusieurs dispositions qui
donnent des pouvoirs discrétionnaires au ministre, à la ministre, de prendre
des décisions qui viennent juste ajouter cette incertitude-là dans la
prévisibilité réglementaire. Donc, on n'est pas ici, aujourd'hui, en train de demander
une réforme de la Loi sur les mines, mais le contexte de ce projet de loi ci,
qui est de voir à une réforme d'allègement réglementaire, est tout à fait
essentiel pour réussir à attirer... en attirer davantage, les projets
d'investissements majeurs qui sont importants non seulement pour les régions,
comme on le mentionnait plus tôt, mais également pour nos centres-villes
également, où il y a beaucoup de firmes d'ingénierie qui travaillent de façon
active et qui sont des leaders mondiaux dans le secteur, il y a... il y a des
emplois dans l'ensemble du Québec qui découlent de l'industrie minière.
M. Kelley : Merci beaucoup
pour la précision. Une autre question en lien avec les minéraux stratégiques...
vous autres représentent des différentes entreprises, mais est-ce que... c'est
un mot très large. Est-ce que c'est mieux, pour le gouvernement, d'avoir une
focus sur certains minéraux stratégiques dans la course, présentement,
mondiale, pour maximiser des bénéfices pour les entreprises existantes ou il y
a déjà une connaissance... qui connaît aussi un petit peu le climat d'affaires,
ici, au Québec, et quand même a déjà eu des relations avec le gouvernement.
Est-ce que c'est mieux, peut-être, de mettre une stratégie de l'avant qui est
vraiment plus ciblée et stratégique ou, pour l'instant, laisser ça ouverte à
les entreprises de décider s'il veut investir ici ou non?
Mme Toussaint (Emmanuelle) : Je
pense que la liste des minéraux critiques et stratégiques a été élaborée avec
beaucoup de soin et il faut aussi regarder dans d'autres juridictions et même
au niveau canadien, parce que le Canada a sa propre liste qui se recoupe quand
même en grande partie avec ceux au Québec. Mais on peut regarder, également,
dans d'autres pays comme... que ce soit en Europe ou que ce soit aux
États-Unis. Alors, il y a... Tous ces minéraux ont été identifiés là en raison
de... pour différentes raisons, qu'elles soient soit stratégiques ou soit
critiques, mais ce n'est pas nécessairement d'en favoriser une plus que
l'autre, et même j'irais une étape de plus en disant qu'il ne faut pas oublier,
également, les métaux et les minéraux de base et aurifères qui représentent un
secteur économique qui est très important et qui génère beaucoup d'emplois,
mais c'est une expertise, aussi, qui est en lien avec ça. Alors, je pense que
c'est important de vraiment pouvoir bénéficier, là, de tout ce que notre
sous-sol nous offre, tous les minéraux critiques qui sont disponibles dans
notre sol, on devrait pouvoir vraiment les mettre en valeur.
M. Kelley : Parfait, j'ai...
Le Président (M. Allaire) :
Une minute.
M. Kelley
: Et juste
rapidement, aussi, on a entendu un petit peu les difficultés pour les
fonctionnaires, que des fois, eux autres ne sont pas capables de prendre des
décisions. Peut-être vous avez des idées là-dessus que des fois, les
fonctionnaires, quand même, eux autres ne sont pas capables d'avancer pour
aider des dossiers de vos clients.
M. Amyot-Bilodeau (Dominique) : Je...
je... Les fonctionnaires des différents ministères concernés, notamment le
ministère des Ressources naturelles, le ministère de l'Environnement, sont très
compétents et connaissent très bien le secteur de l'industrie... des groupes
qui sont dédiés à ça. Un enjeu qu'on voit, par contre, et ça, c'est important,
c'est le roulement de personnel dans plusieurs ministères, notamment au niveau
du ministère de l'Environnement, qui fait qu'il y a des projets où une demande
d'analyse est réétudiée une deuxième fois, des fois même une troisième fois, en
raison d'un roulement de personnel. Et ça, ça nuit énormément à la capacité
d'avancer de façon efficace dans ces projets-là. Donc, un des messages qu'on
lance, c'est que cette structure organisationnelle là est critique pour les
projets.
Le Président (M. Allaire) : Merci...
Mme Toussaint (Emmanuelle) :
J'ajouterais que c'est d'autant plus important de s'assurer que les... il y a
une compréhension de la réalité terrain...
Le Président (M. Allaire) : Merci,
je suis désolé, je suis désolé, je dois couper...
Le Président (M. Allaire) : ...M.
le député de Jean-Talon, 2 min 18 s, la parole est à vous.
M. Paradis : Vous nous
parlez des coûts des dédoublements fédérals, provincials, et c'est quand même
la troisième fois en deux jours que des associations viennent nous parler de
ça. Vous nous dites que ça entraîne des dédoublements, des démarches, des
consultations répétées et parfois des exigences contradictoires, ce qui
rallonge les délais, augmente les coûts et sollicite excessivement les parties
prenantes. Je dois quand même, donc, ici, mentionner que c'est ça, les coûts du
fédéralisme. C'est ça, les coûts du régime fédéral tentaculaire qui vient jouer
dans tous nos domaines de compétence. Vous proposez ici des ententes de
substitution et de collaboration. C'est bien, mais le ver est dans la pomme,
parce que, je le redis, c'est la nature du régime fédéral de s'étendre. Nous,
on propose la plus grande opération d'allègement administratif et réglementaire
de l'histoire du Québec, c'est de se débarrasser de ce gouvernement qui nuit à
nos affaires ici, qui nuit à nos entreprises. Je ne vous demande pas de vous
prononcer là-dessus, mais je tiens à le mentionner, que la véritable solution dans
tous les domaines à ces dédoublements, qui coûte extrêmement cher, c'est
l'indépendance du Québec.
Cela étant dit, vous suggérez, vous êtes
d'accord avec le fait qu'on élimine le rapportage sur les travaux d'exploration
qui ont été effectués par les détenteurs de titre. Je comprends que vous dites
que c'est parce qu'on rapporte déjà ailleurs, mais vous savez aussi que
l'importance de rapporter, c'est que, des fois, les gens sont assis sur des...
pendant très longtemps puis il ne se passe rien puis les propriétaires autour
se demandent ce qu'il se passe. Est-ce que vous ne voudriez pas qu'on applique
la solution que vous suggérez ailleurs, c'est-à-dire qu'il y ait un rapportage
unique qui soit ensuite envoyé ailleurs pour que tout le monde ait accès à l'information?
M. Amyot-Bilodeau
(Dominique) : L'enjeu de surconsultation est un enjeu réel où il y a
une multiplication de processus qui sont en place en parallèle. La modification
technique qui est proposée dans le règlement n'a rien à voir avec les consultations
auprès des parties prenantes comme telles. C'est vraiment un rapport technique
auprès du ministère qui dispose de d'autres informations. L'important, et c'est
le message, je pense, que vous lancez, il faut avoir un processus de
consultation efficace avec l'ensemble des parties prenantes, et ça, ça fait
partie de nos demandes. Ayons un vrai chantier de travail pour tenter de venir
fusionner ces mécanismes-là, d'avoir une vraie approche qui permet aux gens
d'avoir l'information pertinente et non pas une surabondance d'informations
comme ce qu'on vit présentement dans... avec le régime actuel.
Le Président (M. Allaire) : Merci.
Merci, ça met fin à l'ensemble des blocs d'échange. Je vous remercie pour votre
belle contribution à cette commission. La commission suspend donc ses travaux
jusqu'à 15 heures.
Bon dîner, tout le monde!
(Suspension de la séance à 12 h 50)
14 h 30 (version non révisée)
(Reprise à 15 h 02)
Le Président (M. Allaire) : Alors,
à l'ordre, s'il vous plaît! La Commission de l'économie et du travail reprend
ses travaux. Prenez quelques secondes, encore une fois, avec nos bonnes
habitudes habituelles, d'éteindre l'ensemble de vos sonneries d'appareils
électroniques, s'il vous plaît.
Nous poursuivons les auditions de
consultations particulières et auditions publiques sur le projet de loi n° 11, Loi modifiant diverses dispositions principalement
aux fins d'allègement du fardeau réglementaire et administratif.
Donc, cet après-midi, notre ordre du jour,
L'Union des producteurs agricoles, ensuite, les Producteurs et productrices acéricoles
du Québec, ensuite, le Chantier de l'économie sociale, et on termine avec la
Coalition Québec meilleure mine. Donc...
15 h (version non révisée)
Le Président (M. Allaire) : ...on
débute avec l'audition. Donc, merci pour votre présence. Je vous laisse le soin
de vous présenter, et on va commencer l'allocution, là, de 10 minutes
après. Allez-y.
Mme Levasseur (Stéphanie) : Parfait.
Merci beaucoup, M. le Président. Mmes, MM. les députés, M. le ministre, on est,
effectivement, de L'Union des producteurs agricoles, malgré qu'on est trois
femmes, ça peut surprendre. Alors, je suis Stéphanie Levasseur, je suis vice-présidente
de L'Union des producteurs agricoles. Et je suis accompagnée de Mme Amina Baba-Khelil,
qui est coordonnatrice à la mise en marché et à l'aide aux groupes, et d'Aurélie
Paquet, qui est agente de projet, là, toutes les deux des professionnelles à l'emploi
de l'union. Je suis productrice de pommes à Frelighsburg, sur la frontière
américaine, dans Brome-Missisquoi. Donc, ça fait 25 ans que je suis sur la
ferme familiale. Donc, je vous remercie, là, de nous permettre d'exposer le
point de vue des producteurs et productrices, là, concernant les propositions d'allègement
réglementaire et administratif du projet de loi n° 11,
particulièrement en ce qui a trait aux boissons alcooliques et à la révision de
certaines redditions de comptes prévues par la Loi sur les contrats des organismes
publics.
En janvier 2026, le Québec comptait
344 titulaires de permis de production artisanale. Ces agricultrices et
agriculteurs diversifient notre agriculture en produisant vin, cidre, hydromel,
alcool d'érable et autres boissons, qui dynamisent les régions grâce, entre
autres, à l'agrotourisme. Malgré l'intérêt croissant pour les produits locaux,
leur développement est freiné par une réglementation lourde, héritée d'un temps
révolu de la Prohibition, qui ne reflète plus la réalité actuelle du marché. On
parlait de lois qui datent de 1921, donc les contextes ont changé. Plutôt qu'une
réforme globale, on a assisté à une série d'allègements partiels depuis
quelques années maintenant, qui sont accompagnés de nouvelles conditions, et ce
qui est autorisé pour un permis ne l'est pas pour un autre, sans nécessairement
avoir une justification sensée. Les producteurs artisans naviguent dans un
véritable labyrinthe administratif.
Plusieurs projets de loi ont tenté d'alléger
le cadre, mais les demandes prioritaires du secteur demandent... demeurent,
pardon, sans réponse, notamment l'autorisation de la livraison par un tiers
professionnel, ainsi que l'abolition du timbrage et du marquage des contenants.
Le projet de loi n° 11 poursuit cette logique. Il
accorde de nouvelles flexibilités aux fermiers industriels, mais laisse encore
de côté les producteurs artisans, alors que plusieurs mesures auraient tout
aussi bien pu s'appliquer aux uns qu'aux autres. Par conséquent, nous proposons
d'aller plus loin pour réellement simplifier leur quotidien et soutenir leur
compétitivité. D'abord, le système de timbrage et de marquage doit être aboli,
comme il aurait dû l'être, depuis 2020, avec l'adoption du PL n° 170
en 2018. Ce système est coûteux, lourd, peu fiable et n'offre aucune valeur
ajoutée. Le projet de loi n° 85 avait ouvert la loi en retirant l'obligation
de timbrage pour la bière, mais pas pour les boissons alcooliques artisanales.
Compte tenu des faibles volumes produits et de la simplicité du réseau de
distribution des artisans, rien ne justifie de maintenir cette obligation pour
eux, d'autant plus qu'elle ne s'applique déjà pas aux ventes destinées aux
titulaires de permis d'épicerie et que l'abolition du timbrage pour les bières,
en vigueur depuis six mois déjà, n'a entraîné aucune conséquence notable. D'ici
son abolition complète, nous saluons le retrait de l'obligation d'inscrire dans
un registre les numéros des autocollants apposés sur chaque contenant.
Ensuite, les réalités opérationnelles des
producteurs artisans exigent aujourd'hui une plus grande flexibilité en matière
de sous-traitance des activités de fabrication, sans compromettre la
traçabilité ni l'intégrité du produit. C'est pourquoi nous demandons que les titulaires
de double permis, industriel et artisan, puissent offrir des services aux
autres artisans utilisant la même matière première. Nous demandons aussi que la
fabrication complète, y compris la distillation, puisse être confiée à un autre
titulaire de permis de producteur artisan, une mesure qui serait
particulièrement avantageuse pour les entreprises en démarrage ou le lancement
d'une nouvelle gamme de produits.
Concernant la sous-traitance, des
activités telles que l'emballage, l'empaquetage, le transport et l'entreposage
des boissons alcooliques pourraient être confiées à des entreprises
spécialisées pour les titulaires... pourront, pardon, être confiées à des
entreprises spécialisées pour les titulaires de permis industriels. Quant à
eux, les artisans sont encore exclus d'un tel allègement. Pourtant, cette
mesure simplifierait considérablement leur gestion logistique, notamment
lorsque la livraison est effectuée par un producteur homologue. Rappelons que
le projet de loi n° 85 avait ouvert la porte à la sous-traitance de la
livraison entre artisans, mais la complexité de son application a limité son
utilisation...
Mme Levasseur (Stéphanie) : ...et
tous ne sont pas à proximité d'un autre producteur artisan qui pourrait faire
le travail pour eux. Cette différence de traitement crée une iniquité pour des
entrepreneurs qui assument déjà toutes les étapes, de la production agricole
jusqu'à la livraison aux clients, alors que des spécialistes disposent de
l'expertise et des équipements nécessaires pour le faire.
Malgré nos demandes répétées, le PL 11 ne
permet toujours pas aux producteurs artisans de confier la livraison à un tiers
professionnel, alors que l'essor des ventes directes, la popularité des
produits locaux et le développement du commerce interprovincial rendent cette
mesure indispensable. L'exemple récent du lancement de la livraison à domicile
par Uber Eats pour le compte de la SAQ démontre clairement qu'il existe des
modèles encadrés par des procédures de contrôle. Nous demandons donc que les
titulaires de permis artisanaux puissent, à l'instar des permis industriels ou
de la SAQ, sous-traiter à un tiers professionnel l'ensemble des activités de
transport et de livraison, incluant l'emballage, l'empaquetage et
l'entreposage.
Le projet de loi n° 11 permettra aux
brasseurs, distillateurs et fabricants de cidre de vendre dans chacun de leurs
établissements les produits fabriqués sur un ou l'autre de leurs sites. Nous ne
comprenons toujours pas pourquoi les producteurs artisanaux sont exclus de
cette mesure. Dans un contexte où l'accès aux terres agricoles est limité et où
les conditions varient d'une région à l'autre, plusieurs producteurs artisanaux
pourraient devoir eux aussi exploiter plus d'un site. Il serait donc logique
qu'un titulaire de permis de production artisanale puisse vendre l'ensemble de
ses produits dans chacun de ses établissements, et ce, même s'ils ont été
produits sur un autre site qu'il exploite ou sous une autre catégorie de permis
artisanal. Le gouvernement accorde cette flexibilité aux permis industriels
pour soutenir la production. Nous demandons simplement que les titulaires de
permis de producteurs artisans bénéficient du même traitement.
• (15 h 10) •
Dans un autre ordre d'idées, parlons un
peu de la Loi sur les contrats des organismes publics, que je nommerai LCOP
pour la suite. Le projet de loi propose l'abrogation de deux dispositions de la
LCOP, 22.2 et 22.3, qui exigent la publication de deux types de rapports par le
Conseil du trésor. La première concerne le recours à la procédure d'appel
d'offres régionalisé et sur l'acquisition de biens, services et travaux
québécois privilégiés par les organismes publics, ainsi que les raisons pour
lesquelles ces acquisitions n'ont pas été privilégiées. Le second... La seconde,
pardon, vise les statistiques sur l'inclusion de conditions responsables ayant
trait aux indicateurs environnementaux, économiques ou sociaux. Ces
informations sont nécessaires puisqu'elles permettent de vérifier si les
objectifs d'achats touchant les dimensions citées plus haut sont réellement
atteints. Cette abrogation risque, entre autres, d'affaiblir la transparence et
d'inciter les organismes à accorder moins de priorité à ces pratiques, étant
donné qu'il y a moins de surveillance. Rappelons que cela est en contradiction
avec la volonté du gouvernement, qui met l'achat québécois et les acquisitions
responsables au cœur de ses préoccupations afin d'aider les entreprises du
Québec à croître et à prospérer. Pour cela, l'UPA est contre cette proposition d'abrogation
et demande le maintien des deux dispositions à la loi.
Ce PL propose également une modification à
l'article 22.4 de la LCOP en faisant passer d'un an à deux ans la fréquence de
publication du rapport qui permet de connaître les types d'acquisitions qui ont
été faits en lien avec les achats responsables. Tous les deux ans, la lecture
fine des tendances risque de se perdre, et la capacité d'identifier les
problèmes et d'apporter les solutions sera retardée. De plus, ceci va à
l'encontre même de la volonté émise dans le cadre de le... de la LCOP en 2022.
Pour ces raisons, l'UPA demande que la fréquence annuelle du rapport prévue à
l'article 22.4 de la LCOP soit maintenue.
Nous profitons également de ce PL 11 afin
de plaider en faveur de l'entrée en vigueur des alinéas trois de l'article 14.7
et deux de l'article 14.9 de la LCOP. Cette entrée en vigueur ne constitue pas
une nouvelle orientation puisqu'il s'agit d'une décision déjà entérinée par
l'Assemblée nationale qui va compléter l'intention véhiculée sur le
développement durable au sein de la LCOP. Merci beaucoup.
Le Président (M. Allaire) : Merci
à vous. On débute la période d'échange. M. le ministre, vous avez 16 minutes 30
secondes.
M. Poulin : Merci beaucoup.
C'est un temps que je vais partager avec mes collègues, notamment mon adjointe
parlementaire, la députée de Saint-François. Alors, bonjour à vous. Bien
content de vous voir.
Et vous venez d'exposer, madame, la
complexité du secteur de l'alcool au Québec. Vraiment, c'est incroyable. Et il
faut vraiment avoir les deux mains dedans pour constater la complexité des
permis, la complexité des délais, du grain à la bouteille, du cidre, des
producteurs de vignobles. Vraiment, c'est épouvantable. Et j'ai déjà annoncé
mon intention qu'on ait une plus grande réflexion au Québec pour simplifier
tout ça, parce qu'un projet de loi seul ne peut pas tout faire. Puis vous avez
raison, on le prend brique par brique, hein? Vous avez parlé du transport par
un tiers, on l'assouplit à l'intérieur du...
M. Poulin : ...projet loi, mais
pas pour la livraison. Moi, j'ai un enjeu avec la RACJ, l'alcool des courses et
des jeux. J'ai le ministère de la Sécurité publique. J'ai la Sûreté du Québec.
J'ai la SAQ. C'est extrêmement complexe comme secteur, et j'ai vraiment la
volonté, puis je tiens à vous dire aujourd'hui, de le simplifier dans l'intérêt
de qui, des producteurs, des gens que vous représentez, qui ont des bonnes
idées, qui ont des bons projets. Ne serait-ce qu'au niveau des vignobles, on a
planté tellement de vignes dans les dernières années au Québec, et on va les
récolter notamment en Estrie, que ce soit dans les gins ou on a eu une avancée
incroyable au Québec, qu'on n'a rien à envier aux autres provinces canadiennes.
Alors, on le fait, là, dans le projet loi,
ce n'est pas juste des slogans, on réussit à l'alléger, mais il faut aller
beaucoup, beaucoup plus loin. On a enlevé le timbre, notamment chez les
microbrasseurs artisans. Ça, c'était une bonne nouvelle, quand même.
Mme Levasseur (Stéphanie) :
Oui, mais c'est pourquoi on se demande comment ça se fait que ça n'a pas été
appliqué aussi sur les permis artisans d'alcool, puisque, si ça fonctionne pour
un, pourquoi ça ne fonctionnerait pas pour l'autre? Puis c'est vraiment d'une
lourdeur et ça n'apporte... ça n'apporte aucune valeur ajoutée, en fait, ça ne
sert pas à grand-chose.
M. Poulin : Non, non. Moi,
j'ai travaillé en hôtellerie puis j'ai gelé dans le frigidaire à timbrer,
détimbrer, puis à remplir le... pas le formulaire, mais le registre. Au moins,
au vient, cette fois-ci, au niveau...
Mme Levasseur (Stéphanie) : Bien
là, il n'y a plus de registre, ça fait qu'on met des collants, mais il n'y a
pas de registre.
M. Poulin : Bien, c'est ça.
Bien, on avance, voyez-vous, on avance dans la bonne direction. Parce qu'il y a
des gens qui y croient, au timbre, hein, on ne se le cachera pas. J'ai passé
beaucoup de temps à la SAQ, il n'y a pas tellement longtemps, pas le magasin,
mais le siège social, et j'ai échangé avec eux, et ils y croient sincèrement,
hein, la Société des alcools au timbre, en ce qui a trait au crime organisé.
Ils disent : Oui, ceux qui l'ont enlevé, ça ne se passe pas toujours bien,
si on ne met pas de timbre, comment on va faire pour le savoir, que le
restaurateur a réellement acheté son produit à cet endroit-là? Alors,
oui, vous, vous pensez que ce serait seulement un formulaire...
Mme Levasseur (Stéphanie) :
Une facture.
M. Poulin : ...la facture.
Bien, moi, je me dis : Il y a la facture, il y a les MEV aussi, de vente,
maintenant, alors il y a différents outils, mais sachez que je ne suis pas
fermé. J'ai réussi à faire quelque chose là, mais on parle, quand même...
j'allais dire, d'une vache sacrée, au Québec, le timbre, là, sur lequel on
s'est beaucoup référé. Puis c'est vrai qu'il y a encore du crime organisé, par
exemple, au Québec, notamment dans l'industrie de la restauration. On ne peut
pas fermer ça, ça arrive encore, où nos forces policières doivent faire des
interventions. Maintenant, est-ce que c'est toujours lié au timbre et à
l'alcool? Ça, on pourrait en reparler.
Je veux vous entendre, quand même, parce
que vous nous dites différents éléments que je souhaite éclaircir avec vous.
Vos producteurs, en matière d'allègement réglementaire, la lourdeur la plus
grande est-elle dans la mise en marché ou dans la production... que le
gouvernement intervient le plus, selon vous? Parce qu'on peut bien parler des
canals de vente, puis des majorations, et tout ça, mais, en amont, quand on
parle de production, de permis à aller chercher, est-ce que c'est surtout là
que vous trouvez ça un peu difficile?
Mme Levasseur (Stéphanie) : Bien,
c'est un peu des deux, je vous dirais, mais c'est certainement dans le contexte
de production, le fait qu'on ne soit pas capables de faire autant de
sous-traitance, ça peut apporter un peu plus de difficultés des entreprises qui
sont en démarrage ou qui sont... qui n'ont pas beaucoup d'âges, qui ne génèrent
encore pas beaucoup de revenus, bien, c'est très lourd que d'avoir à s'équiper
avec tous les équipements nécessaires. Donc, ça, c'est une chose. Qu'on ne
puisse pas valoriser la production d'un produit transformé sur un site alors
qu'on a... on est propriétaire d'un deuxième site, peut-être sur une route qui
serait plus passante, mais les bâtiments où on a installé les... sont à
l'endroit où on avait des bâtiments. En tout cas, tu sais, il y a toutes sortes
de complexités qui font en sorte que c'est toujours limitatif, donc c'est...
Puis on a parlé de la livraison, là, effectivement, là, partir de... partir de
Rimouski ou du Témiscamingue pour livrer deux caisses de vin, c'est... ce n'est
pas payant, là, personne n'y gagne, donc la vente serait faite, mais on n'est
pas capable de livrer le produit, ça ne fait pas de bon sens de partir en
voiture pour livrer 12 ou 24 bouteilles de vin. Puis on a le droit de le
faire avec un producteur, un titulaire de permis, artisan voisin, mais Claire,
au Témiscamingue, là, elle n'en a pas d'autre voisin qui fait du vin comme
elle, là, il y a juste celle qui est assez folle pour faire du vin au
Témiscamingue, ça fait qu'elle ne peut pas se servir de cette mesure-là. Donc
c'est ce genre de contraintes-là qui font en sorte que... Puis c'est toujours
pour les plus petites entreprises. Les fabricants, c'est des plus grand...
Mme Levasseur (Stéphanie) : ...c'est
des plus grandes entreprises. Ils ont de l'équité, ils ont de l'argent, ils ont
les moyens, ils ont... tu sais, ils ont du personnel. Les petites entreprises
qui transforment, là, c'est des «mom-and-pop shops», là, c'est...
M. Poulin : ...
Mme Levasseur (Stéphanie) : ...tu
sais, un couple, les enfants, un employé peut-être, deux, trois le temps de la
récolte. Puis on fait tout, là, on se lève à 5 h puis on se couche à
minuit quand on a fini de remplir nos mautadits registres, là, puis on
recommence, tu sais. Ça fait qu'à un moment donné on n'est pas capable de tout
faire, ça fait que c'est... Pourquoi des allègements à... Pourquoi on ne
permettrait pas ce genre d'allègement là à des petites entreprises qui n'ont
pas de liquidités, qui n'ont pas le temps, qui n'ont pas les ressources
humaines, qui... Ce serait bien plus facilitant pour eux autres d'avoir des
petits changements comme ça, ça changerait leur vie, alors que ça ne change pas
grand-chose dans le quotidien d'une grande entreprise qui a beaucoup de
ressources.
M. Poulin : Non, c'est ça,
puis, même pour la grande entreprise, ça devient difficile par moment. Tu sais,
on fait le retrait de l'obligation d'assermenter la déclaration de volume
annuel de vente en hectolitres pour les brasseurs... les distributeurs de
bière. Ça, je les avais rencontrés, c'était un enjeu. La réduction de la
fréquence de transmission des informations pour la récolte de matières
premières d'un permis de production artisanale. Mais tu sais, il y en reste,
là, l'autorisation, bon, deux permis de vendre leurs produits à l'un ou de
l'autre de leur établissement, ça venait parler quand les chais ne sont pas au
même endroit, puis qu'on doit aller... Alors il y a quand même des
assouplissements qui sont intéressants. Vous, vous faites du cidre, hein, vous
parliez tout à l'heure que vous êtes dans les...
Mme Levasseur (Stéphanie) : Bien,
on a déjà fait du cidre, oui. À cinq kilomètres de distance, les deux vergers,
un de l'autre. On produisait à Dunham, puis on ne pouvait pas vendre à
Frelighsburg.
M. Poulin : Parce que vous
n'étiez pas sur le territoire d'où vous le produisez.
Mme Levasseur (Stéphanie) : Parce
que j'étais... parce que je faisais ma production... mon chai était à Dunham,
puis je suis propriétaire des deux sites, mais je n'avais pas le droit de
vendre le produit que je fabriquais avec mes pommes à Dunham sur mon autre
verger où je produisais des pommes puis je passais la nuit, là.
M. Poulin : Bien non, c'est
ça. Au moins, là, on a retiré l'obligation d'un titulaire de permis fabricant
de cidre de détenir un permis de vendeur de cidre pour pouvoir vendre à son
établissement les produits qu'ils fabriquent. Donc, tu sais, on réussit à
avancer à ce niveau-là.
Dites-moi, est-ce que dans les... vos
membres puis les gens que vous rencontrez, la mise en marché, parce que ça
aussi ça m'intéresse beaucoup, on a parlé de la production, la mise en marché,
jusqu'où l'obstacle, il est? La SAQ a ajouté des produits québécois sont à nos
tablettes, on a des importateurs de vin qui font affaire avec la SAQ qui nous
permet d'aller chercher les plus petits vignobles, là. Je ne veux pas en
renommer pour faire de la publicité cet après-midi, mais je suis de plus en
plus étonné de voir de petits vignobles québécois être dans le réseau de la
SAQ. On en retrouve aussi à l'épicerie, on en retrouve dans les dépanneurs.
Alors, malgré tout, la mise en marché de vos membres, comment vous... comment
vous voyez ça? Ou est-ce que vous auriez une proposition à nous faire à
l'intérieur des canaux actuels?
• (15 h 20) •
Mme Levasseur (Stéphanie) : Bien
à l'intérieur des canaux actuels, nous, on ne souhaite pas nécessairement
modifier la façon dont la mise en marché se fait, là, mais on a parlé un petit
peu, là, des deux sites où... ou de, bon, quelqu'un qui a un permis pour faire
de l'hydromel à sa ferme où il y a ses ruches puis il a une production
acéricole dans le village voisin, bien, là, ils ne pourraient même pas
fabriquer des produits de l'érable alcoolisé dans ses installations où il fait
son hydromel parce que ce n'est pas sur le même site. Alors, tu sais, ça, c'est
du dédoublement, c'est du gaspillage. En plus, il va aller vous demander de
l'argent dans vos programmes de subventions pour acheter deux fois les mêmes
équipements, puis deux fois les mêmes bâtisses, puis deux... Donc, en bout de
ligne, là, ça ne sert à personne, là, que de maintenir un carcan aussi...
M. Poulin : Oui, c'est
plus... c'est plus là, vous, la mise en marché, oui.
Mme Levasseur (Stéphanie) : Par
contre, la mise en marché du côté des producteurs de spiritueux, qui sont
encore limités, on peut... on peut goûter leurs produits qu'ils font chez eux,
puis on peut les regarder, puis on peut les sentir, mais on ne peut pas les
acheter.
M. Poulin : Ou si on les
achète, c'est au prix de la SAQ parce qu'ils sont à la SAQ.
Mme Levasseur (Stéphanie) : Ça
fait que quand on sort de là, il faut aller à la SAQ.
M. Poulin : C'est ça.
Mme Levasseur (Stéphanie) : Ça
fait que c'est... Donc, c'est... ça, c'est un peu... un peu ridicule aussi de
ne pas permettre, là, à ces producteurs-là de pouvoir vendre leurs produits sur
leur... sur leur site de production.
M. Poulin : Bien, je vous
remercie beaucoup, c'est très gentil.
Mme Levasseur (Stéphanie) : Ça
fait plaisir.
Le Président (M. Allaire) :
...intervention. Mme la députée de Saint-François, allez-y.
Mme Hébert : Merci, M. le
Président. Vous savez, c'est un sujet qui nous passionne beaucoup, moi et le
ministre, on en discute énormément. On en a même discuté lorsqu'on était à
Yellowknife pour l'accord de libre-échange entre les provinces et il y a une
initiative qui a été lancée afin de permettre la vente aux consommateurs des
boissons alcooliques par les fabricants des provinces canadiennes, dont s'est
joint le Québec, donc l'an dernier. Alors, j'aimerais savoir qu'est-ce que vous
pensez de cette initiative-là, que ça représente pour... est-ce que c'est un
nouveau levier de...
Mme Hébert : ...développement
économique pour les nouveaux producteurs artisanaux. Qu'est-ce que vous pensez
de cet accès-là, ce nouveau marché là?
Mme Levasseur (Stéphanie) : Bien,
moi, je pense que ça peut juste être salutaire pour les entreprises que de
pouvoir développer le marché canadien. Encore faut-il être capable d'expédier
le produit parce qu'il n'y a personne qui va se déplacer pour aller livrer au
Manitoba ou en Alberta ou à Yellowknife. Donc, il va falloir s'assurer qu'on
met les conditions en place qui vont permettre à ces produits-là de circuler.
Je comprends aussi qu'il faut s'assurer de maintenir les conditions qui nous
permettent de faire des prélevés sur les ventes d'alcool. On ne veut pas en
échapper. Je comprends ça. Je suis tout à fait d'accord à financer nos
programmes sociaux au Québec puis de continuer à avoir cette emprise-là, mais
il faut trouver une façon de faire qui va permettre à tout le monde de tirer
avantage d'une ouverture de marché comme celle-là puis de ne pas favoriser un
type d'entreprise plutôt qu'une autre.
Mme Hébert : Merci. Puis
pensez-vous que ça peut passer par...
Mme Baba-Khelil (Amina) : ...
Mme
Hébert
:
Oui, allez-y, madame.
Mme Baba-Khelil (Amina) : Oui,
peut-être juste ajouter un petit élément dans le sens où, justement, cette
ouverture-là pour les autres... les autres provinces qui vont... je vais
employer le terme importer, mais ce n'est pas de l'importation, en fait, le
fait d'approvisionner au Québec, ce n'est pas eux qui vont se déplacer, donc
ils vont pouvoir le faire à travers une vente directe par Purolator, par
exemple, que nos producteurs ici, aujourd'hui, ne peuvent pas faire. Alors, ce
serait une demande... parce que, là, c'est là, c.est là... il va de la
compétitivité des entreprises, des producteurs artisans d'ici. S'ils ne peuvent
pas faire cette livraison par un tiers, comme le fait la SAQ actuellement par
Purolator ou Uber Eats dernièrement, eh bien, c'est sûr que ça ne marchera pas.
Donc, ça, c'est un élément aussi qu'il va falloir prendre en considération.
Mme Hébert : Une exigence de
réciprocité, là.
Mme Baba-Khelil (Amina) : Tout
à fait.
Mme Hébert : Parfait. C'est
bien.
Le Président (M. Allaire) : Ça
va?
Mme
Hébert
:
J'avais-tu encore un peu de temps?
Le Président (M. Allaire) : Oui,
3 min 36 s.
Mme Hébert : Oui, parfait.
Alors...
Mme Paquet (Aurélie) : ...
Mme Hébert : Oui, allez-y.
Mme Paquet (Aurélie) : Bien,
si je peux ajouter un élément aussi, c'est, sachant que, dans les autres
provinces, certaines autorisent la livraison par un tiers, donc par un
intermédiaire. Leur système est déjà en place. Au Québec, on est un peu en
retard. Donc, si on ouvre le commerce, ça pourrait être stratégique déjà d'y
penser d'avance pour que les entreprises puissent mettre en place leur système.
Donc...
Mme Hébert : Avez-vous des
exemples de provinces?
Mme Paquet (Aurélie) : L'Ontario,
c'est possible d'avoir recours, également la Colombie-Britannique. La structure
de permis est différente, mais ils ont quand même un monopole d'État. Donc il y
a des façons de faire, on peut s'en inspirer, mais je pense qu'au Québec, on
gagne à être stratégique puis à y penser... le plus tôt, le mieux.
Mme Hébert : Oui. Puis il y
avait vraiment beaucoup de discussions entre les ministres de chacune des
provinces à essayer de trouver une façon de pouvoir élargir et de rendre accessibles
ces boissons alcoolisées là à toute la population. Donc, il y a vraiment un
travail qui se faisait là. Puis on nous parlait aussi justement de la
Colombie-Britannique, qui ont comme un canal parallèle, je crois, à un certain
monopole. C'est ce que vous disiez?
Mme Paquet (Aurélie) : Exact.
Oui, il existe des structures de monopole puis des canaux différents. Donc, ça
montre que c'est possible, par exemple, de maintenir ce modèle-là, tout en
ayant d'autres canaux mis en marché.
Mme Hébert : Parfait. C'est
terminé pour moi.
Le Président (M. Allaire) : Ça
va? Pas d'autres interventions? Ça va mettre fin à la période d'échange avec la
partie gouvernementale. Mme la députée de Jeanne-Mance—Viger, la parole est à
vous, 9 min 54 s.
Mme Rotiroti : Merci, M. le
Président. Alors, bon après-midi, chères madames. Merci d'être là. Écoutez,
j'ai le sentiment de déjà vu. J'étais sur... j'ai participé à la commission où
est-ce qu'on a débattu pour le PL n° 85, vous avez
fait... vous l'avez mentionné, et on avait eu toutes ces discussions-là par
rapport à le timbrage, le registre, etc. Puis je vois ma collègue qui penche de
la tête parce que je pense qu'on était les deux à cette commission-là. Et nous,
on poussait le ministre à l'époque : Bien, on est dans la loi, pourquoi
qu'on ne va pas plus loin? Pourquoi que, tu sais, on ne fait pas ce pas de
plus, d'autant plus que c'est demandé par l'UPA, l'industrie? Et on se fait...
on s'est fait dire : Bien, ça sera dans le prochain. On verra, on n'est
pas rendus là. Il y a beaucoup de négociations à faire, toute la question du
timbrage, la question de registre. On a fait un petit pas, on fait des petits
pas, hein, sur l'allègement.
Ma première question, ça serait de vous
demander : Le PL n° 85, été est-ce que ça a
changé quelque chose dans votre vie? Est-ce que ça a simplifié quelque chose du
fait que, là... ça vous a-tu aidé?...
Mme Rotiroti : ...d'être plus
productif et plus efficace.
Mme Baba-Khelil (Amina) : La
raison pour laquelle nous sommes là aujourd'hui, c'est parce que le PL 85 ne
répondait... n'a pas répondu à toutes les demandes. On en parlait tout à
l'heure et puis, M. le ministre, il avait fait mention : C'est quoi les...
les irritants? Et sincèrement, si la question du timbrage et de la... de la
livraison par un tiers est réglée dans le cadre de ce PL 11, c'est déjà un pas,
un grand pas en avant qu'on pourrait avoir. Donc, il y a eu, oui, des petites
choses qui ont été adoptées dans le cadre du PL 85, mais encore là, sur le
terrain, bien, ça n'a pas vraiment fonctionné. Alors, c'est vraiment... les
deux priorités qu'aujourd'hui, on discuterait, c'est vraiment cette question du
timbrage et de la livraison.
Mme Rotiroti : Ça fait que
pour vous, si vous avez une recommandation à faire et qu'on doit prendre en
considération pour s'assurer qu'on le traite, cette fois-ci, c'est le... au
niveau du timbre?
Mme Baba-Khelil (Amina) : Tout
à fait.
Mme Rotiroti : Vous faites
référence à la demande par rapport à... d'entendre... d'étendre l'autorisation
des titulaires afin de leur permettre de vendre dans chacun de leurs
établissements l'ensemble du produit qui a été fabriqué, même si... sont été
des produits sur un autre site. Mettons que vous... vous êtes, vous avez deux
vergers de pommes, vous ne pouvez pas prendre sur un de votre site pour
produire sur l'autre. Ça aussi, ça a été discuté. Ça aussi, c'était une demande
que vous faisiez à l'époque. De toute évidence, ça revient. Je ne remets
aucunement en doute la bonne volonté du ministre, mais pour vous, c'est
important, parce que si vous n'êtes pas capable de.... vous... Juste pour que
ceux qui nous écoutent, là, c'est votre propre produit que vous n'avez pas le
droit de vendre sur votre... sur votre autre site. Alors, est-ce que ça, pour
vous, c'est un autre élément que vous voulez absolument retrouver sur ce projet
de loi là?
• (15 h 30) •
Mme Levasseur (Stéphanie) : C'est
certain que c'est dans les éléments qu'on... qui ressortent le plus. Mais comme
Amina le mentionnait, le timbrage puis la livraison sont... sont... Oui, parce
que ça touche tout le monde. Tandis que les gens qui ont deux sites ou trois
sites ou... ce n'est pas l'ensemble des producteurs. Alors que le fait de
timbrer puis de vouloir être capable de livrer notre produit jusqu'au
consommateur, ça touche à tous les producteurs.
Mme Rotiroti : Pouvez-vous
juste rappeler, pour ceux qui nous écoutent, là, ça s'implique... Le timbrage,
là, c'est combien d'heures que vous consacrez à ça? Le registre?
Mme Levasseur (Stéphanie) : Avez-vous
des...
Mme Paquet (Aurélie) : À peu
près, oui. En fait, on a mené un sondage en collaboration avec les associations
qui représentent les produits... les titulaires de permis de production
artisanale, puis les estimations allaient autour de... excusez, j'ai un blanc,
je vais chercher mes chiffres. On avait estimé un total de 203 heures par année
pour... liées aux timbres. Donc, c'est sûr que c'est des estimations, mais
n'empêche que ça représente un coût, à l'échelle du secteur, d'environ
1.9 million de dollars par année, qu'on a estimé, donc...
Mme Levasseur (Stéphanie) :
200 heures, c'est 10 % d'une job normale de 40 heures semaine.
Une voix : C'est beaucoup.
Mme Paquet (Aurélie) : Puis,
il n'y a pas de valeur ajoutée non plus.
Une voix : Il n'y a pas de
valeur ajoutée, effectivement.
Mme Paquet (Aurélie) : Non,
il n'y a pas de valeur ajoutée, malheureusement.
Une voix : Puis pendant ce
temps là, vous ne faites pas...
Mme Levasseur (Stéphanie) : Puis
là, vous enlevez le registre?
Mme
Rotiroti
:
Pardon?
Mme Levasseur (Stéphanie) :
Vous enlevez le registre, ça fait que là, on met un timbre sur la bouteille,
mais on ne met pas le numéro dans un registre. On ne vous dit pas de regarder
le registre, là, mais on vous dit d'aller jusqu'au bout puis de timbrer la
bouteille. Mais c'est ça, donc, pour nous, ce n'est pas cohérent, comme...
c'est une mesure qui est simple, puis je comprends la préoccupation, là... Oui,
mais la traçabilité, ça peut se faire par les outils technologiques qu'on a
aujourd'hui. Notre facturation se fait dans des systèmes informatisés, on est
capables d'avoir un numéro de lot sur la bouteille, les quantités, les volumes,
tout ce qui a été vendu à qui, le numéro de permis de celui qui l'a acheté.
Donc, on est quand même capables d'avoir suffisamment d'informations qui soient
traitées par la facturation que d'avoir un timbre sur la bouteille, là, qui...
qui n'apparaît nulle part d'autre, là, puis qui sert seulement au policier qui
vient le voir sur la bouteille, là, il peut demander de voir la facturation.
Mme Rotiroti : Puis encore
là, c'était discuté qu'il y a l'enjeu de...
Mme Levasseur (Stéphanie) : ...
de la bouteille. Moi, j'ai déjà travaillé dans des bars puis j'en ai déjà vu
des bouteilles remplies, là, ça fait qu'elle était timbrée, mais ce n'était pas
ce qu'il y avait dedans au début qui était dedans.
Mme Rotiroti : C'est un bon
point aussi. Parlez-moi un petit peu des permis que vous... vous êtes obligés
d'aller chercher. Est-ce que c'est compliqué? Est-ce qu'il y a une... quelque
chose qu'on peut faire pour simplifier cette process-là, que vous ne voyez pas
dans...
15 h 30 (version non révisée)
Mme Rotiroti : ...projet de
loi.
Mme Levasseur (Stéphanie) :
Bien, en fait, c'est le fait d'être obligé d'avoir un double permis. Souvent,
quand on veut être capable d'avoir accès à la souplesse puis aux avantages de
chacun, là. Donc, c'est de tout faire en double, après, là. Une fois que tu as
deux permis, bien tu as deux redditions de compte, tu as deux tenu de registres,
tu as deux de tout, donc le fait qu'on soit obligé de tout faire en double
parce qu'il y a un permis qui permet certaines choses puis pas l'autre, bien,
ça nous oblige à tout faire en double.
Mme Baba-Khelil (Amina) : On a
entendu des producteurs nous dire que s'ils avaient le choix, ce serait de
prendre un des permis, le plus intéressant, à savoir le permis artisan. Donc,
eux, s'ils avaient tous les allègements de leur côté, ils n'ont pas à courir
derrière un autre permis supplémentaire, comme Stéphanie vient de le dire, avec
toutes les contraintes dédoubler, etc. Donc, voilà.
Mme Rotiroti : Ça fait que c'est
du 2 pour1, on peut faire un pour un, on peut enlever un permis puis donner
simplement un permis qui va... qui va englober les deux, dans le fond.
Mme Levasseur (Stéphanie) : Je
pense que ça, ça irait à une refonte plus approfondie que de se faire
maintenant. Mais, ultimement, il faudra réfléchir à comment on est capable de
simplifier l'ensemble de l'oeuvre parce que c'est certain que quand on fait
juste patcher, là, un moment donné, ça prend une nouvelle version, là,
parce que les patchs ne réussissent plus à combler les manques.
Mme Rotiroti : Non, à
colmater le problème. Parfait. Merci beaucoup, madame.
Le Président (M. Allaire) : M.
le député de Jacques-Cartier, deux minutes.
M. Kelley : Merci beaucoup
pour la présentation. Oui, je suis un député de l'ouest de Montréal, mais à
Senneville, on a toujours une ferme familiale puis aussi... MacDonald College,
c'est chez nous, alors, votre monde est super important pour nous puis je parle
souvent avec des étudiants, chaque année je suis présent pour un colloque et c'est
toujours fascinant de voir les développements dans le secteur agriculture et agroalimentaire.
Mais je vais rapidement reviens sur le point d'Uber. C'est vrai que maintenant un
Uber peut livrer de la bière avec une commande de St-Hubert ou quelque chose
comme ça. Mais pour vous, c'est quoi la demande exacte? C'est juste, je
comprends qu'il y a la partie dans votre mémoire qui parle de le fait qu'il y a
toujours cet emballage, les questions d'emballage, les règlements envers vous
autres, mais pour les gros joueurs, ce n'est pas le cas. C'est... juste de bien
comprendre la situation.
Mme Levasseur (Stéphanie) : Bien,
c'est parce que... en fait Uber peut faire ce que vous dites, mais Uber peut
aussi aller à la SAQ chercher deux bouteilles de vin puis les livrer chez vous
sans que vous ayez acheté de nourriture, là. Donc, ce qu'on demande, on ne demande
pas de travailler avec Uber, mais plutôt de permettre aux producteurs artisans
de pouvoir utiliser un service de livraison comme Puro par exemple pour un
client qui est à Montréal, qui commande une demi-caisse de vin d'un vignoble
qui est à Kamouraska. Bien que le producteur de ces vins-là puisse les envoyer
chez le client à Montréal par Puro, ce qu'il ne peut pas faire maintenant. Il
faut qu'il le livre lui-même ou qu'un autre détenteur du même permis que lui,
du même type de permis que lui, vienne chercher la commande pour l'apporter à
Montréal. Mais il n'y a pas toujours des voisins de même type de permis tout
prêts qui peuvent faire ça. Donc ça, c'est une chose. Puis je voulais rajouter quelque
chose, mais...
M. Kelley : Non, c'est parfait,
ça, ça clarifie la situation pour moi, parce qu'il y a aussi le fait que la SAQ
livre maintenant directement à la maison.
Mme Levasseur (Stéphanie) :
Bien, c'est ça.
M. Kelley
: Et ça,
c'est un autre élément... je sais que ça ne vient pas directement d'un
producteur, mais, en tout cas, c'est aussi un autre élément à réfléchir et je
suis d'accord, c'est le même concept avec le fait pour les années, et c'est
toujours illégal, de transporter du vin d'une province à l'autre...
Le Président (M. Allaire) :
Merci...
M. Kelley
: Mais merci
beaucoup, merci beaucoup pour...
Le Président (M. Allaire) : Merci,
M. le député de Jacques-Cartier, on enchaîne avec la députée de Verdun. Trois
minutes 18 secondes.
Mme Zaga Mendez : Merci
beaucoup. Merci pour votre présentation. Je vais aller directement à l'enjeu
qui m'intéresse, c'est la question de l'achat local. Vous nous... Vous avez
quelques recommandations assez importantes concernant la loi sur les contrats
des organismes publics et les choses qui vont changer avec ce projet de loi là.
J'aimerais ça qu'on puisse aller plus en détail. Donc, vous parlez quand même
de reddition de comptes qui sont importantes pour faire un suivi dans l'achat
local de nos organismes publics. Est-ce que vous... Voulez-vous nous en dire
plus?
Mme Baba-Khelil (Amina) : Oui.
Et bien, dans cette... la loi, la L-COP, depuis 2022, elle a mis en place des
dispositions qui permettent l'achat responsable et les appels d'offres
régionalisées. Donc, ça ouvre la porte pour l'achat local, bon. Par contre,
dans la loi, il y a deux dispositions qui permettent d'avoir des rapports
statistiques pour faire un suivi concernant ses...
Mme Baba-Khelil (Amina) : ...ces
achats-là, c'est tous les appels d'offres qui ont été faits dans ce sens, etc.
Et là, ce que le PL 11 propose, c'est d'abolir ces deux seules dispositions qui
sont à... qui existent dans la loi pour permettre faire... de faire ces
suivis-là. Alors, et on dit que s'il n'y a pas de consignation, il n'y a pas de
suivi, il n'y a pas de mesures, c'est comme si on donne un signal qu'il n'y a
pas de priorité. Vous voyez? Donc, c'est... c'est ça que nous, on déplore.
Mme Zaga Mendez : Donc, si je
comprends bien, on a une stratégie basée déjà sur le volontariat des
organismes, donc en plus, si on retire ça, on ne va pas avoir l'heure juste si
ceci est fait?
Mme Baba-Khelil (Amina) : Exactement.
Mme Zaga Mendez : Et, sur le
délai, vous dites que c'est important d'avoir des données d'un an plutôt que
deux ans. Je vous donne un exemple. Cette année, là, qu'on a parlé beaucoup,
beaucoup d'achat local, pour vous, c'était important d'avoir des données
récurrentes justement dans un contexte mondial comme celui qu'on vit
aujourd'hui?
Mme Baba-Khelil (Amina) : Exactement.
Et puis, dans ce cadre-là, cette disposition, alors non seulement il y a des
statistiques, mais il y a aussi des recommandations du secrétaire, du Conseil
du trésor. Alors, si il y a une recommandation et qui va dater de deux ans, la
solution pourra être mise en place, va être dans la durée beaucoup plus. Et, à
ce moment-là, tout va être retardé. Encore une fois, c'est... c'est une
question...
Mme Zaga Mendez : Comment...
Donc, vous suggérez de garder les dispositions. Puis, ce que je comprends, ça
implique les organismes publics. Ce n'est pas des dispositions envers des
entreprises. Donc, on arriverait quand même à les garder puis avoir le même
objectif, là, d'allègement.
Mme Baba-Khelil (Amina) : Oui.
Oui. Puis nous, pour nous, là, la question, ce n'est pas de les abolir, mais
plutôt d'affiner les données et les informations qui sont là-dedans pour qu'on
puisse les exploiter davantage et d'aller encore plus loin, compte tenu qu'il y
a en plus une consultation sur la stratégie des marchés publics qui va qui...
qui est en vigueur en ce moment avec Mme Duranceau, alors donnons-nous
l'ancrage législatif qui existe déjà pour pouvoir...
Le Président (M. Allaire) : Merci.
Merci. Ça met fin à ce bloc d'échange avec la députée de Verdun. M. le député
de Jean-Talon, trois minutes 18 secondes.
• (15 h 40) •
M. Paradis : Et donc
peut-être dans la foulée de ma collègue de Verdun pour conclure, vous... comme
deux autres organismes jusqu'à maintenant, le Conseil du patronat plus tôt
aujourd'hui et le Syndicat québécois de la fonction publique, vous invitez le
ministre à faire attention à la reddition de comptes. Allègement, oui, mais
reddition de comptes. Attention, parce que c'est utile pour brasser des
affaires et c'est utile dans ce cas-ci pour l'achat local. Donc, vous invitez
le ministre à la prudence dans les diminutions de la reddition de comptes?
Mme Levasseur (Stéphanie) : Oui,
parce qu'il faut... on se donne des cibles, mais on abolit les indicateurs.
M. Paradis : Très bien.
Mme Levasseur (Stéphanie) : Mais
comment on fait pour savoir si on atteint les cibles?
M. Paradis : Bien noté. Donc,
vous n'êtes pas les seuls à noter ceci.
Vous... J'ai rencontré beaucoup de
distilleurs, de brasseurs, notamment dans la région de la Capitale-Nationale,
mais aussi ailleurs, qui me disent tous la même chose : C'est un parcours
du combattant que de vendre ses produits et de gagner des parts du marché pour
des entreprises d'ici, donc pour favoriser la production locale et l'achat
local, et que ce sont des contraintes administratives souvent qui bloquent. Et
vous nous rappelez qu'en fait il y a des mesures qui ont été proposées depuis
2018, mais que ce n'est pas arrivé. Et aujourd'hui vous concluez votre mémoire
en disant : Bien, on attend toujours une réponse à nos principales
revendications. Donc, en train... vous êtes en train de nous dire que le
gouvernement, bien qu'il ait des intentions intéressantes, n'est pas sur les
bons points, ceux qui vont vraiment permettre aux producteurs locaux d'ici de
prendre les parts de marché, de prendre la croissance qu'ils pourraient avoir.
Mme Levasseur (Stéphanie) : Bien,
en fait, le marché évolue un peu en dents de scie, là. On parlait de l'achat
local. Avec la COVID, l'achat local, ça a touché au plafond, là, ça a atteint
des sommets. Après ça, ça a retombé. Là, l'arrivée de Trump, ça remonte. Mais,
en même temps, on... c'est des... c'est des vagues qui viennent, mais on ne
permet pas, avec les conditions qui nous... qui nous compliquent la vie... on
ne nous permet pas de profiter de tous... de ces occasions-là pour maximiser
notre mise en marché. On a encore du mal à atteindre certains marchés. La
visibilité, la publicité... Donc, c'est des... c'est souvent des... c'est
tout... c'est un peu des blocs Lego, là, mais il y a des trous, là. Ça fait
qu'il faut réussir à relier le train, là, pour être capables d'aller d'un point
à l'autre. Puis, le gros... le gros point, là, aujourd'hui on en parle, c'est
la livraison puis le timbrage qui coûte cher pour rien, là.
M. Paradis : Le timbrage.
Mme Paquet (Aurélie) : ...qui
pourrait être consacré à des activités de développement de marché, des
activités à valeur... ajoutée, l'innovation...
Mme Paquet (Aurélie) : ...on
perd du temps à faire des activités ou se déplacer, faire des milliers de
kilomètres seulement pour aller faire... porter deux caisses. Donc, il y a un
manque d'efficacité un peu de ce côté-là puis c'est pour ça qu'on demande, en
fait, des changements à ce niveau-là, ça serait vraiment de... de réels
allègements si on abolit ces deux choses-là.
M. Paradis : Et vous
mentionnez, dans votre mémoire, que le débat, il a déjà été fait, notamment à
l'occasion d'autres commissions parlementaires où on discutait de ces
questions-là, de la sécurité, de la salubrité, etc. De l'impact fiscal, et vous
avez dit : On les a, les réponses, on l'a fait, le débat, on demande de
livrer la marchandise, maintenant, au gouvernement.
Le Président (M. Allaire) : Cinq
secondes.
Mme Levasseur (Stéphanie) : Chez
nous, on était parmi les 10 premiers permis artisans dans les années 1990, on a
commencé à vendre du cidre en 1991, on avait les mêmes discussions...
Le Président (M. Allaire) : Merci.
Malheureusement, ça met fin à l'ensemble des échanges. Merci pour votre belle
contribution à cette commission, donc, on suspend les travaux quelques
instants. Le prochain groupe va être en vidéoconférence.
(Suspension de la séance à 15 h 44)
(Reprise à 15 h 48)
Le Président (M. Allaire) :
Alors, nous allons reprendre les travaux. On accueille le prochain groupe par
vidéoconférence, les producteurs...
Le Président (M. Allaire) : ...productrices
acéricoles du Québec. Donc, je vous laisse déjà la parole, vous pourrez vous
présenter à tour de rôle avec votre titre et ensuite débuter votre allocution
de 10 minutes, va s'ensuivre la période d'échange avec les parlementaires.
La parole est à vous.
M. Plourde (Justin) : Bien,
bonjour tout le monde, mon nom est Justin Plourde, je suis le vice... premier
vice-président des producteurs et productrices acéricoles du Québec.
M. Doré-Ouellet (Simon) :
Bonjour à tous. Mon nom est Simon Doré-Ouellet, je suis conseiller stratégique
auprès de la direction des producteurs et productrices acéricoles du Québec.
M. Plourde (Justin) :
Parfait, merci, on va débuter. Bonjour, M. le Président de la commission, M. le
ministre délégué à l'économie aux petites et aux moyennes entreprises, mesdames
et messieurs les parlementaires. Bonjour, je me présente, bien, je me suis
présenté, je suis Justin Plourde. Avant de vous présenter nos recommandations
sur le projet de loi 11, j'aimerais faire un court résumé de notre
organisation et de la filière acéricole québécoise. Comme vous le savez sans
doute, le Québec assure en moyenne 72 % de la production mondiale et
92 % de la production canadienne de sirop d'érable. Nous sommes
particulièrement fiers de notre produit, qui est un produit d'exportation.
Effectivement, 85 % de notre production prend le chemin des supermarchés
dans plus de 70 pays. La filière acéricole est en forte croissance depuis
plusieurs années, ce qui a entraîné et continuera d'engendrer la mise en
production de milliers de nouvelles entailles. Depuis 2021, ce sont près de
14 millions d'entailles qui ont été ajoutées à la production de sirop
d'érable, ce qui porte le total d'entailles en exploitation à plus de
55 millions.
En juin 2025, les PPAQ ont annoncé
l'émission de 50 millions d'entailles additionnelles pour répondre à la
hausse de la demande du sirop d'érable. Chaque nouvelle entaille installée
représente des investissements privés pouvant atteindre 150 $. Ainsi, en
moins de 10 ans, les producteurs et productrices acéricoles du Québec
auront injecté, dans l'économie de nos régions, plus de 3 milliards de
dollars. C'est une fierté 100 % québécoise qui continuera à prendre de
l'ampleur alors que les récentes... récentes statistiques d'exportation des
produits d'érable indiquent que l'année 2025 aura été une année record.
Sur un an, le nombre de livres de sirop d'érable expédiés vers les marchés
d'exportation est passé de 154 millions à 177 millions, une
augmentation de 15 % pour une valeur totale de plus de
800 millions de dollars. Ces... ces dollars, c'est de l'argent neuf qui
entre dans l'économie du Québec et qui contribue à notre balance commerciale.
Le sirop d'érable est un vecteur de croissance économique. Il est aussi un net
contributeur à la biodiversité et à la protection de l'environnement. Je vous
réfère à la deuxième page de notre lettre de commentaires pour en connaître les
détails.
• (15 h 50) •
Après cette courte mise en contexte,
permettez moi de tomber dans le vif du sujet : l'allègement du fardeau
réglementaire et administratif. C'est une question essentielle pour les
8400 entreprises acéricoles que nous représentons et nous saluons
l'intention du législateur de répondre aux demandes maintes fois répétées par
les différents secteurs économiques en faveur d'une simplification de la
réglementation et des processus.
D'abord, nous recommandons à la commission
de reprendre certaines propositions du précédent projet de loi n° 97, Loi
visant principalement à moderniser le régime forestier. En particulier, les
changements prévus pour simplifier la conduite des activités des détenteurs de
permis acéricoles. En ce sens, nous demandons aux parlementaires de modifier
l'article 40 de la Loi sur l'aménagement durable du territoire forestier
pour permettre aux acériculteurs et acéricultrices de bénéficier du même régime
dérogatoire que les autres utilisateurs de la forêt publique. Il est essentiel
que le ministère des Ressources naturelles et des Forêts ait la marge de
manœuvre nécessaire dans l'application raisonnée de la réglementation destinée
aux érablières en production acéricoles situées sur les terres du domaine de
l'État.
Au cours des dernières années, des
situations exceptionnelles relatives à l'installation d'extracteurs de sève
sans moteur à proximité de cours d'eau ou l'installation de traverses de cours
d'eau, moins dommageables pour les milieux naturels, n'ont pu être considérées
en l'absence de possibilité de dérogation. D'ailleurs, nous soumettons que,
dans le cadre du projet de loi 11, le gouvernement devrait également
réviser le RADF de façon à avoir un réel impact sur l'allègement du fardeau
réglementaire et opérationnel pour les acériculteurs. Depuis plusieurs années,
les PPAQ demandent au gouvernement du Québec...
M. Plourde (Justin) : ...de
revoir son interprétation ou de modifier son article 113 pour permettre
l'implantation d'ouvrages rudimentaires ou légers pour des traverses de cours
d'eau lorsqu'ils sont réalisés dans un sentier strictement utilisé pour des
activités acéricoles. Les parlementaires trouveront les détails sur les
changements que nous proposons aux pages trois et quatre de notre lettre de
commentaire.
L'ancien projet de loi n° 97
prévoyait de confier aux municipalités régionales de comté la responsabilité de
définir la réglementation encadrant l'aménagement forestier sur leur
territoire. Cela aurait fait en sorte que la réglementation d'une MRC aurait
préséance sur toute autre réglementation d'une municipalité. Ce changement
aurait été fondamental pour les producteurs et productrices acéricoles qui
l'avaient par ailleurs salué à l'époque. Maintenant que le projet de loi
n° 97 n'a pas été rappelé après la prorogation de l'Assemblée nationale,
nous demandons aux parlementaires de profiter du projet de loi n° 11 pour
reprendre ce changement législatif.
En terminant, les PPAQ accueillent
favorablement les modifications proposées aux articles 81 et 87 de la
LADTF. Nous saluons l'intention de réduire les exigences et la paperasse pour
les acériculteurs et acéricultrices, dans la mesure où ces changements doivent
allonger d'un an la durée du permis d'intervention, de permettre la compilation
des rapports de sève aux deux ans plutôt qu'annuellement, et d'effectuer des
changements aux infrastructures lors de la période de validité d'un permis.
Nous espérons que ces propositions trouveront une oreille attentive chez les
parlementaires et qu'elles seront... et qu'elles seront retenues dans le cadre
de l'étude du projet de loi n° 11. Les entreprises acéricoles doivent
pouvoir bénéficier d'un environnement... d'un environnement réglementaire qui
prend en compte leur réalité. Nous vous remercions de l'attention que vous
porterez et nous sommes prêts à répondre à... vos questions.
Le Président (M. Allaire) : Parfait.
Merci, M. Plourde. On débute la période d'échange, M. le ministre, vous avez
16 minutes, 30 secondes, la parole est à vous.
M. Poulin : Bonjour, M.
Plourde. Bonjour, M. Doré-Ouellet. Merci beaucoup pour votre participation puis
votre mémoire est extrêmement constructif, je dois le saluer, pour l'industrie
acéricole. Pas besoin de vous dire, comme député de Beauce-Sud, que je suis
extrêmement sensible à la réalité des producteurs acéricoles. On a fait la
Journée nationale de l'érable ensemble, qui avait obtenu un très, très bon
succès l'automne dernier, on a travaillé ensemble sur les émissions d'entailles
en terres publiques qui, je sais, est un dossier continu qui vous préoccupe
toujours, mais qui est également important pour moi, notamment en Beauce. Et
encore content aussi que vous saluiez quand même que dans le projet de
loi 11, nous venons vous aider concernant la prolongation de la validité
du permis pour la culture de l'exploitation d'une érablière à des fins
acéricoles, on fait passer de 5 à 6 ans. Et en même temps, je trouve que
votre mémoire et tout ce que vous venez de nous expliquer démontrent parfois la
complexité également d'évoluer, que ce soit en agriculture ou en acériculture
également.
Vous dire aussi, parce que vous avez vu
dans le projet de loi, on instaure le deux pour un, qui est une première au
Canada. Donc, avant de rajouter un règlement aux PME, on doit en enlever deux.
J'ai bien l'intention que le MAPAQ, le ministère de l'Agriculture, des
Pêcheries et de l'Alimentation en fassent partie et fort probablement aussi le
MRNF parce que vous travaillez également avec eux.
Je veux bien comprendre quelque chose,
parce que vous dites le nouvel article se lirait comme suit, je suis à la page
trois de votre mémoire : «l'aménagement d'ouvrage rudimentaire ou léger
pour traverser un cours d'eau, tel des passerelles ou de petits ouvrages
fabriqués des billots n'est permis que dans un sentier non destiné aux
véhicules tout terrain motorisés, notamment dans un sentier de ski de fond, un
sentier de vélo, un sentier nécessaire aux activités acéricoles nous... nous
soulignements — c'est ce que vous voudriez ajouter — et un
sentier de randonnée pédestre. L'ouvrage doit permettre le libre passage de
l'eau et doit s'appuyer à l'extérieur des berges. Le PPAQ demande depuis
plusieurs années cet allègement réglementaire. Les intervenants forestiers
acéricoles qui ont effectué des visites en érablière et constaté l'incongruité
de l'application actuelle du règlement conviennent de la nécessité de ce
changement, notamment pour les milieux naturels, et réduire les coûts liés à la
paperasse pour les acériculteurs et les acéricultrices. Finalement,
l'utilisation de véhicules motorisés en érablière n'est pas... n'est pas plus
grande que celle nécessaire pour l'aménagement et l'entretien de ski de fond
qui bénéficie de l'application de l'article 113.»
Donc, vous nous dites : pour la
tubulure, ou peu importe, nous aimerions prendre le tout terrain sans avoir
passé par cette réglementation-là. Est-ce que je résume un peu votre... le fond
de votre pensée?
M. Plourde (Justin) : Oui,
bien, c'est... l'enjeu, c'est qu'à l'intérieur des érablières, là, quand on
parle des érablières, c'est vraiment le peuplement d'érables, bien, les
producteurs acéricoles doivent circuler dans leur forêt pour aller réparer la
tubulure, l'installer, l'entretenir et tout ça. Et ça arrive souvent qu'à
l'intérieur d'un peuplement d'érable ou à l'intérieur de l'érablière, il y a un
cours d'eau qui va passer. C'est des petits cours d'eau, souvent ce n'est pas
des gros cours d'eau. L'enjeu qu'on a, c'est lorsqu'on...
M. Plourde (Justin) : ...on
veut utiliser des sentiers qui ne sont pas construits avec des pelles
mécaniques ou des choses comme ça, bien là, c'est le RADF qui est force de loi.
Donc, il faut construire un ouvrage, installer un ponceau. Puis, pour être
capables de faire ça bien, bien, il faut abattre des arbres, faire un chemin
pour que la machinerie peuve se rendre là. Ça fait que nous, on considère que
c'est... c'est... déraisonnable, un peu, puis ça vient créer un préjudice
beaucoup plus grand à l'environnement, à la nature, d'être obligés de
construire ces... ces chemins d'accès là à l'intérieur des peuplements
d'érable. Et c'est des sentiers qui sont utilisés uniquement en motoneige
l'hiver ou en VTT l'été. Il n'y a pas de véhicules, de pickups, là, comme on
pourrait dire, de camionnettes, là, qui utilisent ces... ces chemins-là. Puis
ces sentiers-là, on les retrouve, dans l'exemple qu'on vous donne aussi, qui
sont utilisés, puis des sentiers pédestres, c'est permis ou des sentiers de
motoneige... de motoneige ou, voyons, de ski de fond, c'est permis. Mais, les
sentiers de ski de fond, bien, il doit y avoir une motoneige qui circule pour
faire l'entretien de ces sentiers-là. Ça fait que c'est pour ça qu'on voudrait
faire ajouter le mot «notamment» pour permettre les activités acéricoles...
puissent utiliser ces pontages-là plutôt de construire des ouvrages importants
qui demandent beaucoup de sous puis qui viennent... couper des arbres, là, tu
sais. Il faut... Il ne faut pas se le cacher, là, il faut couper des érables
pour être capables de construire ces chemins-là, donc c'est des pertes de
revenus pour les acériculteurs.
M. Poulin : Simplement à
titre de précisions, est-ce que ça, c'est le même règlement pour terres
publiques ou terres privées ou c'est seulement en terres publiques?
M. Plourde (Justin) : C'est
seulement en terres publiques.
M. Poulin : Oui, parce que,
quand tu es sur le privé, tu fais ce que tu veux chez vous. Bien, tu ne fais
pas ce que tu veux, je veux dire, c'est balisé de façon différente.
M. Plourde (Justin) : Bien,
c'est ça, exactement. C'est la bonne expression.
• (16 heures) •
M. Poulin : Bon. Excellent.
J'aimerais vous entendre également sur... parce que vous faites plusieurs
propositions qui sont hyperintéressantes, notamment en terres publiques. Mais,
tu sais, le Québec s'est doté d'un super système de la réserve mondiale de
sirop d'érable, de cette mise en marché là, du fait qu'on retourne l'argent
dans les mains de nos producteurs acéricoles dans le cadre d'un processus bien
établi. Puis c'est pour cette raison-là que le PPAQ, notamment, veut s'assurer
d'un certain nombre d'entailles en terres publiques pour que la réserve
mondiale puisse continuer. Puis tant mieux si le sirop d'érable se porte bien
puis que l'industrie se porte bien.
Est-ce qu'il y a quand même des
allègements que vous... que vous voyez? Puis évidemment je fais allusion à ce
qui se passe aux États-Unis. On a une entente de libre-échange qui se doit
d'être renégociée, qui est important pour la gestion de l'offre dans le secteur
agricole, mais qui est aussi important pour le sirop d'érable parce qu'on est
le plus grand exportateur au monde de sirop d'érable à partir du Québec. Est-ce
que dans la mise en marché, il y a des allègements, des enjeux où... Je sais
qu'on est assez gagnants avec la mise en marché du sirop d'érable, puis je sais
que vous en êtes des grands défenseurs, j'en suis, moi, également, mais est-ce
qu'au niveau de la mise en marché pour vous ça va?
M. Plourde (Justin) : Bien,
moi, je ne vois pas d'enjeu présentement. La mise en marché va quand même bien.
C'est sûr qu'il y a toujours des choses à amélioration, là. On travaille avec
le MAPAQ là-dedans, la Régie des marchés agricoles.
Je ne sais pas si, Simon, il te vient un
point en tête, là, plus précis, là, mais moi, je n'en ai pas pour l'instant.
M. Doré-Ouellet (Simon) : Bien,
on n'est peut-être pas dans le domaine de l'allègement du fardeau
réglementaire, par contre, au niveau administratif puis du fardeau financier
qui est... qui est porté par les producteurs, c'est certain que pour bâtir la
réserve stratégique, donc émettre le surplus des années où on produit plus
qu'on vend en banque, bien, tout ça, c'est... c'est supporté financièrement par
les producteurs. Donc, c'est certain, ça fait quelques fois, là, déjà qu'on
tente des communications auprès du gouvernement pour avoir du soutien pour le
financement... l'appui du financement de la réserve. C'est quelque chose, bien
entendu, qui, dans le futur, pourrait être un allègement majeur, là, pour le
fardeau financier des producteurs.
M. Poulin : C'est la période
d'attente, hein? C'est ça? On parle de la même chose?
M. Doré-Ouellet (Simon) : Exactement.
Donc, c'est les producteurs qui doivent supporter la valeur des stocks qui
sont... qui sont en inventaire, là, entre le moment où ils sont mis en
inventaire et le moment où ils sont vendus sur les différents marchés.
M. Plourde (Justin) : Juste
pour reprendre la balle au bond, si vous permettez, présentement, on a
environ... bien, on va arrondir les chiffres, mais, tu sais, on a une trentaine
de millions de livres de sirop dans notre banque en inventaire qui est prêt à
être vendu. Mais, par contre une trentaine de millions de livres de sirop à un
prix moyen d'un peu plus de 3 $ la livre, là, ça fait
100 millions de dollars d'argent. Ça, c'est l'argent des producteurs
qui est en attente que ce sirop-là soit vendu pour être payés. Donc, c'est un
peu ça que Simon amenait, là, ça serait d'être capable de nous aider dans... ce
n'est pas un allègement réglementaire, mais d'être capable d'aider les
producteurs à supporter cette réserve-là, qui est un outil de mise en marché
commun, mise en marché collective incroyable.
M. Poulin : Non, tout à fait.
Puis c'est pour ça qu'avec le Conseil de la transformation alimentaire et
d'autres, on a souhaité qu'on parle du sirop d'érable à l'année, là, qu'on
puisse en vendre pas juste pendant une période, pour qu'on en vende à longueur
d'année pour que l'argent revienne aussi plus vite dans notre industrie que
simplement quelques mois par année.
Une voix : Effectivement.
M. Poulin : Donc, on dit... on
dit de ne pas désaisonnaliser... en tout cas d'enlever... de faire en sorte que
ce ne soit pas chaque saison, je ne me sens pas apte à dire le mot encore, mais
on parle... on parle de la même chose.
Je pense que ma collègue avait des
questions. Oui. Merci.
Le Président (M. Allaire) : ...
16 h (version non révisée)
Mme Hébert : M. le Président.
Merci, M. le ministre. Comme M. le ministre l'a mentionné, vous avez fait des
demandes qui sont additionnelles dans votre mémoire puis vous insistez sur
plusieurs traits qui sont spécifiques et techniques. Lesquelles, si on avait à
prioriser un ou deux dans... dans vos demandes additionnelles?
M. Plourde (Justin) : Bien, je...
je vous dirais les deux, là, qu'on a amenées puis qui sont vraiment importants,
là, c'est l'ajustement de traverses de cours d'eau, parce que ça vient impacter
beaucoup les producteurs, ça, c'est sûr et certain. L'autre qu'on n'a pas... on
n'a pas eu de question, là, mais c'est... il y a certains secteurs, vous savez,
il y a des bandes riveraines qui doivent être respectées. On n'est pas contre ça.
Mais nous, dans l'installation des équipements d'érablière, bien, il faut
toujours que les équipements de récolte d'eau soient installés le plus bas
possible pour être capable de récupérer l'eau d'érable parce que ça à la
gravité. Mais lorsqu'on est obligés de respecter une bande de 30 mètres, bien,
c'est des superficies productives qui, à ce moment-là, ils sont perdus, parce
qu'étant donné que ça devient une pente inverse on n'est pas capables de
récolter l'eau de ces arbres-là. Donc, c'est pour ça que ces... ces deux
allègements réglementaires là sont très, très importants pour nous. Puis, je
veux dire, on est capables... on comprend que l'environnement, c'est très
important. Les bandes riveraines, c'est des milieux très sensibles, mais il y a
moyen d'installer des équipements là, comme il est mentionné dans notre demande,
là. Ce n'est pas avec des moteurs, ou des choses mécaniques, ou des risques de
contamination par rapport à l'huile, là, c'est vraiment juste de l'air qui est...
vacuum qui est... avec un relâcheur qui récupère l'eau d'érable, là. Donc, il
n'y a pas de pièces mécaniques là, ou d'huile, ou des choses comme ça, des
petits bâtiments sur pilotis. Ça fait que ça, ce serait important d'être
capable de faire ça.
Parce que vous savez, la forêt publique,
elle est extrêmement convoitée par plein d'organismes ou l'industrie forestière,
donc chaque fois qu'il y a des superficies de peuplements d'érables qu'on ne
peut exploiter, bien, c'est des superficies qui sont perdues, puis on va devoir
aller en chercher ailleurs. Donc, ça devient, des fois, conflictuel avec les
autres usagers de... du domaine de l'État. Donc, c'est pour ça que chaque
superficie qu'on peut exploiter ou qu'on est capables de... de rentabiliser, bien,
c'est important pour nous, vraiment, là.
Mme Hébert : Parfait. Puis,
si on regarde dans les formalités qui sont les plus lourdes pour le secteur
acéricole, ce serait lesquelles que vous pourriez identifier?
M. Plourde (Justin) : Bien, je
ne sais pas si, Simon, là, tu as des priorités que tu pourrais élaborer...
M. Doré-Ouellet (Simon) :
...ce que vous entendez, Mme la ministre, par formalité?
Mme Hébert : Mme la députée, c'est
M. le ministre.
M. Doré-Ouellet (Simon) :
...excusez-moi, Mme la députée.
Mme
Hébert
: Alors...
Pardon?
Une voix : ...
Mme
Hébert
:
Oui, oui, quand on parle de permis, de formulaires, de règlements. Donc, dans...
C'est quoi que pour vous, c'est le plus lourd à l'heure actuelle pour l'industrie
acéricole?
M. Plourde (Justin) : Bien, c'est
sûr que, tu sais, comme nous, l'émission des permis, de le rallonger d'une
année, ça, c'est bien, ça... ça vient diminuer la paperasse, là, c'est une
bonne chose, je pense. Puis, l'autre argument aussi, l'autre modification qui
nous a été suggérée, celle d'être capable... Parce qu'avant l'intérieur d'une...
le permis avant, c'était cinq ans. Puis, à l'intérieur de ça, normalement
on ne pouvait pas faire de modifications réglementaires, là, ou pas de modifications
réglementaires, on ne peut pas faire de modifications à nos infrastructures. Donc,
ça, c'est sûr que ça... ça venait un peu... ça venait un peu mettre des
embûches, si on veut. Ça fait que là, les propositions qui sont sur la table, pour
nous, ça nous satisfait. Moi, je ne vois pas d'embûches, là, à moins que Simon
en voie de son côté, mais je ne vois pas, tu sais, d'enjeu majeur, là,
présentement dans la réglementation, autre que ce qu'on vous a amené, là.
Mme Hébert : Parfait. Ça fait
que vous avez bien fait vos devoirs.
M. Plourde (Justin) : Oui. C'est
sûr que l'acériculture, là, j'écoutais vos intervenants précédents, là, ce n'est
pas... tu sais, ce n'est pas aussi complexe, si on veut, que... que peut-être d'autres
domaines, mais, tu sais, lorsqu'il y a des... des règlements un peu qui sont
contraignants, bien, c'est sûr que ça a des impacts majeurs, comme, un peu, là,
les... les enjeux qu'on vous a amenés, là.
Mme Hébert : Bien, merci.
Merci de... de tenir cette industrie avec fierté. Justement, on l'a dit, c'était...
c'est une fierté qui est 100 % québécoise. Alors, merci pour votre
excellent travail.
Le Président (M. Allaire) : Merci.
M. Plourde (Justin) :
Parfait.
Le Président (M. Allaire) :
Merci. Ça va? Donc, on poursuit. M. le député de Jacques-Cartier, vous avez
9 min 54 s
M. Kelley : Merci beaucoup, M.
le Président. Merci beaucoup, messieurs, pour votre présentation. Je peux vous
garantir que vos produits sont super populaires chez nous avec nos deux petits
enfants. On aime beaucoup le sirop d'érable qui vient de la Beauce-Nord par
contre, parce qu'on reçoit chaque année... chaque année, on reçoit un bon
cadeau de le député le Beauce-Nord, de le sirop d'érable. J'attends toujours
pour le sirop d'érable de Beauce-Sud.
Une voix : ...
M. Kelley
: Parfait!
Mais merci beaucoup pour votre travail. Mes collègues ont posé des questions
très spécifiques sur certaines interventions dans votre mémoire...
M. Kelley : ...moi, je vais
essayer de poser des questions peut-être un petit peu plus en large. Peut-être
des suggestions pour nous sur les autres types de règlements. Ici, c'est très
précis, mais, dans votre domaine, votre coin, des autres enjeux qui sont
soulevés souvent dans votre communauté sur comment on peut alléger le fardeau
pour les agriculteurs, pour s'assurer que vos entreprises ont plus de succès.
Ici, on parle de juste un domaine, mais, j'imagine, vous avez aussi des autres
opérations sur votre terrain ou non. Mais c'est plus : généralement, c'est
quoi, les gros empêchements en termes des règlements, selon vous, dans votre
coin présentement, liés avec votre industrie ou quand même dans le secteur en
général? On vient juste d'avoir les gens de l'UPA qui étaient ici avant nous.
Alors, c'est juste d'avoir plus un portrait global et votre vision là-dessus.
M. Plourde (Justin) : Bien,
c'est sûr que, nous, là, souvent, là, ce qui permettrait d'avoir beaucoup,
là... de faciliter la vie des acériculteurs, là... comme par exemple, lorsqu'il
y a des émissions d'entailles, bien, tu sais, les producteurs, ils peuvent
choisir une nouvelle superficie en érables qui est identifiée sur la carte, un
nouveau peuplement d'érables, pour pouvoir agrandir leurs entreprises ou
s'installer là. Par contre, c'est sûr que, des fois, il y a des enjeux qui...
les délais sont... sont très longs, il y a beaucoup de va-et-vient, si on veut,
entre les représentants du ministère puis les producteurs acéricoles, parce
qu'il y a... il y a souvent des inventaires qui sont demandés. Des fois, aussi,
on... il faut parler avec les... mettons, les deux volets du ministère, si on
veut. Des fois, il faut parler avec les gens du Territoire. Des fois, il faut
parler les gens de la Forêt. Ça fait que, là... Comme lorsqu'on veut enfouir,
mettons, des lignes électriques ou des fibres optiques, des choses comme ça, on
ne parle pas aux mêmes fonctionnaires, si on veut. Ça fait que, là, des fois,
bien, on n'a pas un point de chute unique pour être capable d'acheminer nos
demandes. Ça fait que, là, c'est sûr que ça vient rallonger la période de
délai, là, pour être capable d'avoir les permis nécessaires à l'implantation de
ces infrastructures. Ça fait que ça, c'est sûr que ça en est un, un irritant,
là, des fois, qui est... qui n'est pas... mettons, ce n'est pas majeur, mais ça
rallonge les délais, quand même, des traitements des demandes des producteurs,
là.
• (16 h 10) •
M. Kelley : Et, de votre
côté... C'est intéressant parce qu'on a eu beaucoup des discussions autour des
permis et comment ça... les délais sont trop longs. Combien de permis dans
votre domaine... Comme, est-ce que c'est quelque chose qui arrive souvent?
Avant, quand on a eu l'association minière qui était ici, certaines
entreprises, on parle de centaines de permis, mais, on comprend, ça, c'est sur
la vie d'un projet minier de 15 à 20 ans. Mais, quand même, est-ce que c'est
quelque chose qui est... qui est normal dans votre vie? Ça arrive souvent que
vous avez besoin de chercher un autre permis ou faire l'extension d'un permis, peut-être?
M. Plourde (Justin) : C'est
sûr que l'augmentation des permis vient beaucoup des augmentations lorsqu'on
émet des nouvelles entailles, comme on a fait cette année, comme on va faire
cet été, parce que, là, c'est sûr qu'il y a beaucoup de producteurs, beaucoup
de promoteurs qui sollicitent les fonctionnaires au ministère pour avoir des
permis d'agrandissement, d'installation de nouveaux bâtiments ou, comme je disais,
d'enfouissement d'installations de lignes électriques puis de tuyaux. Donc,
c'est sûr que... Mais je vous dirais que c'est récurrent, là, c'est à toutes
les années qu'il faut faire des demandes de permis, parce qu'il y a des
producteurs acéricoles partout au Québec, en forêt publique, puis, même s'il
n'y a pas d'émission d'entailles, bien, c'est sûr que ces gens-là, ils veulent
toujours améliorer leurs infrastructures. Donc, à chaque fois qu'on veut
améliorer nos infrastructures, renouveler nos tubulures ou agrandir nos
bâtiments, bien, il faut faire des demandes de permis. Ça fait que, pour un
producteur, là, ça peut être... la récurrence peut être assez grande, là, pour
faire ces demandes de permis là. Il y en a que c'est sûr que c'est moins
compliqué, là, il y en a que ce n'est pas... ce n'est pas... ce n'est pas... la
demande n'est pas tellement exhaustive à remplir. Mais c'est sûr, quand on
parle d'aménagement forestier à l'intérieur des peuplements d'érables ou
d'installer des nouvelles infrastructures de tuyaux, bien là, c'est sûr que les
demandes de permis peuvent être plus longues puis plus complexes, là.
M. Kelley : Merci beaucoup
pour la précision. Et, encore, avec des groupes qui a passé avant vous autres,
on en a parlé souvent aussi que, des fois, les fonctionnaires ne sont pas
capables de prendre une décision en temps réel ou quand même rapidement, il
doit aller voir quelqu'un d'autre. Et ce processus, c'est comme : vous
êtes obligés de parler avec plusieurs fonctionnaires concernant le même permis
ou concernant le même dossier. Est-ce que c'est quelque chose qui arrive
souvent dans votre cas aussi?
M. Plourde (Justin) : Bien,
comme je vous mentionnais tout à l'heure, là, c'est... dans le cadre...
mettons, lorsqu'on veut installer une nouvelle infrastructure, bien, il faut
parler aux fonctionnaires qui s'occupent Forêt. Puis là, souvent, quand que
c'est, mettons, de l'enfouissement de tubulures ou de lignes électriques, bien
là, il faut parler aux gens qui s'occupent Territoire. Ça fait que, là, tu
sais, c'est là que ça crée des enjeux un peu. Mais ça serait le fun d'avoir un
canal...
M. Plourde (Justin) : ...unique,
puis d'avoir un point de chute unique, puis que le travail soit fait avec une
réponse au final, après ça. Parce que, là, quand on se met à parler à, des
fois, deux, trois personnes, puis nonobstant la bonne volonté de ces gens-là,
mais c'est sûr que ça... tu sais, des fois, on attend après la réponse d'un
intervenant, l'autre aussi, le dossier est bloqué, ça fait que des fois ça
rallonge un peu les délais, je vous dirais.
M. Kelley : Merci beaucoup.
Puis je sais que sur votre site web, le développement durable, c'est au cœur de
vos opérations. Est-ce que ce n'est jamais un enjeu pour vous autres de faire
une bonne équilibre entre le développement économique puis le développement
durable et quand même la protection de l'environnement? Est-ce que ça marche
bien pour vous autres ou des fois si vous trouves que c'est plus lourd sur le
côté de protection de le territoire, protection de l'environnement versus le
développement économique ou dans votre domaine, il y a une bonne équilibre?
M. Plourde (Justin) : Bien,
je pense que le domaine acéricole, on est capable d'avoir un très bon
équilibre. Puis on a mis des gens sur... là, justement pour être capables de
toujours favoriser un développement... la protection de l'environnement et le
développement économique. Je voudrais, là, on travaille dans ce sens-là
énormément.
M. Kelley : Parfait.
M. Doré-Ouellet (Simon) : Si
je peux peut-être rajouter...
M. Kelley
: Oui,
allez-y. Oui, vas-y.
M. Doré-Ouellet (Simon) : Un
point à cet effet-là, pour les acériculteurs, les acéricultrices, c'est très,
très important de maintenir une forêt qui est en santé pour pouvoir l'exploiter
pendant des générations et des générations. Donc, c'est certain que
l'environnement, ça devient l'une de leurs principales préoccupations. Puis
aussi dans cette optique-là qu'on a travaillé dans les deux dernières années à
faire reconnaître l'acériculture comme une activité qui devrait être possible
dans les aires... les nouvelles aires protégées d'utilisation durable, parce
qu'on pense qu'il y a un très, très grand potentiel de conciliation des usages
sur le territoire, autant en forêt publique qu'en forêt privée.
M. Kelley : Merci beaucoup
pour la précision, parce que c'est vrai, ici, on parle souvent de le deux pour
un en termes de réglementation, de faire la déréglementation, etc., mais en
même temps certains règlements importants et quand même pertinents pour
certaines industries. Alors, c'est juste un rappel pour nous de toujours
trouver un bon équilibre, alors merci pour ça.
Dernière question, parce qu'on a eu l'UPA
qui était ici avant et c'étaient toutes des questions autour des boissons
alcooliques artisanales. Et, j'imagine, certains de vos membres sont aussi des
producteurs des produits d'alcohol basé de le sirop d'érable. Est-ce que
c'est un enjeu qui revient souvent, les timbres et des enjeux comme ça, ce qui
est trop des... trop des contraintes autour de la vente des boissons
artisanales alcooliques.
M. Plourde (Justin) : Les
producteurs acéricoles vivent les mêmes enjeux que l'UPA a évoqués tout à
l'heure, là, avec les boissons alcoolisées qui produisent avec leur sirop
d'érable.
M. Kelley : Parfait, merci
beaucoup Bien, on va prendre ça en considération et c'est toutes mes questions
pour aujourd'hui, messieurs, merci beaucoup.
M. Plourde (Justin) : Merci.
Le Président (M. Allaire) :
Merci, M le député de Jacques-Cartier. On enchaîne avec la députée de Verdun,
quatre minutes 8 secondes.
Mme Zaga Mendez : Merci.
Merci beaucoup, messieurs, pour votre présentation puis les échanges jusqu'à
maintenant. Beaucoup de thèmes ont été ouverts, je vais peut-être vous faire
répéter certaines choses, mais je veux juste qu'on essaie de voir, là, il y a
un passage dans votre mémoire, vous parlez donc du PL-97, la réforme forestière
promise et qui n'a jamais arrivé et vous parlez des passages en termes
d'aménagements forestiers. J'aimerais ça vous... peut-être nous préciser un peu
plus de comment dans ce projet de loi là on pourrait venir récupérer un peu le
travail qu'on avait fait auprès des producteurs puis de répondre à vos demandes
dans le PL-97.
M. Plourde (Justin) : Bien,
je vais... en tout cas, je vais en faire un petit bout, Simon, puis si j'en
oublie, tu prendras la relève, mais dans le PL-97, il y avait... il y avait un
bout sur la réglementation au niveau des municipalités, des MRC. Ce qu'on vit
présentement, c'est que certaines municipalités au Québec mettent des
règlements sur les contrôles... l'abattage des arbres, contrôle d'abattage
d'arbres. Tu sais, c'est bien, c'est correct, mais on se retrouve à avoir
parfois plusieurs réglementations et ça devient difficile d'appliquer pour les
producteurs acéricoles. Certains producteurs acéricoles sont présents dans plus
qu'une municipalité. Donc, à ce moment-là, ils doivent adapter leurs pratiques
en fonction de chacune des réglementations de ces municipalités-là. Donc, c'est
pour ça que l'idée qui avait été amenée dans le PL-97 de dire : Bien, on
va... on va transférer la responsabilité, on va, si on veut, réorganiser tous
ces règlements-là séparés dans un seul règlement. C'est déjà comme ça dans
certaines MRC, là, il y avait déjà des règlements de contrôle intérimaire qui
viennent encadrer l'abattage d'arbres ou les travaux forestiers. Mais nous, on
voyait que c'était... c'est une bonne... une bonne base, un bon départ, puis ça
permettait aussi des allègements réglementaires, si on veut, de regrouper ça
tout dans un...
Mme Zaga Mendez : ...Merci.
Donc, juste pour bien comprendre, donc, au niveau des MRC, là, peut-être...
Parce que tout à l'heure j'avais compris que ce soit un niveau québécois, mais
vous laisserez quand même au niveau des MRC que la réglementation soit
homogénéisée, puis, par la suite...
M. Plourde (Justin) :
Oui.
Mme Zaga Mendez :
...exact, pour qu'il n'y ait pas de changement envers chacune des
municipalités.
Merci. Peut-être...
M. Plourde (Justin) :
Exactement...
Mme Zaga Mendez :
Allez-y. Je ne sais pas si vous voulez...
M. Plourde (Justin) : Bien,
il en avait un autre point, que Simon voulait ramener, je pense, au niveau du
PL n° 97, là.
Mme Zaga Mendez : C'était
le...
M. Doré-Ouellet (Simon) :
Bien, en fait, peut-être souligner que les éléments qu'on a ramenés du PL n° 97, c'est des éléments qui visaient principalement
l'allègement du fardeau administratif réglementaire des producteurs. On ne
revenait pas sur des éléments plus larges de la refonte. Je pense qu'en tant
qu'organisation, on peut estimer qu'une refonte est nécessaire, mais peut-être
pas la refonte qui a été proposée à l'époque. Mais de notre côté, là, on
priorisait les allègements administratifs et réglementaires qui étaient prévus
dans le cadre de ce changement-là.
Mme Zaga Mendez : Et par
rapport à cela, pour le projet pilote, là, je vais me pencher un peu plus
là-dessus, mais certains le voient comme une ouverture à l'utilisation
intensive dans certaines forêts. Je comprends que, pour vous, c'est une
ouverture envers l'utilisation de l'acériculture en milieu... en forêt publique,
là. Je ne sais pas si vous avez un commentaire là-dessus?
M. Doré-Ouellet (Simon) : Bien,
peut-être au niveau des projets pilotes, nous, on le voyait d'un bon œil
puisque, justement, ça pouvait permettre de mettre en place des projets d'aires
protégées d'utilisation durable sous forme de projets pilotes, pour essayer de
mesurer, bien, comment est-ce qu'on peut maximiser les retombées économiques,
sociales et environnementales de certains secteurs de forêt en faisant de la...
mais une meilleure conciliation, là, de différents usages. Donc, c'est dans
cette mesure-là qu'on le voyait positivement.
Mme Zaga Mendez : Bon,
bien, merci, ça répond à ma question, parce qu'on comprend bien que
l'acériculture, vous êtes loin de la sylviculture intensive, mais plutôt
vraiment dans une approche de captation de carbone puis des maintiens.
Donc, merci.
M. Plourde (Justin) : Effectivement.
Merci.
Le Président (M. Allaire) : Merci,
Mme la députée de Verdun. Ça met fin à l'ensemble des échanges. Merci à vous
deux pour votre belle contribution à cette commission.
Je suspends donc les travaux quelques
instants. Merci.
(Suspension de la séance à 16 h 20)
(Reprise à 16 h 22)
Le Président (M. Allaire) : Alors,
nous allons reprendre les travaux. On accueille notre prochain groupe, le
Chantier de l'économie sociale. Alors, bienvenue. Je vous laisse le soin de
vous présenter avec votre titre, puis vous pouvez déjà commencer votre
allocution de 10 minutes. Il va s'ensuivre la période d'échange.
La parole est à vous.
M. Homel (Jacob) : Super!
Merci beaucoup. Bonjour, Jacob Homel, directeur affaires publiques avec le
Chantier de l'économie sociale. M. le Président, M. le ministre, Mmes, MM. les
députés, c'est un plaisir. J'apprécie aussi que, dans un effort d'allègement
réglementaire, on ait aussi allégé le temps puis qu'on ait pris 20 minutes
d'avance. Alors, ça, c'est une belle nouvelle...
Une voix : ...
M. Homel (Jacob) : C'est ça.
Des voix : ...
M. Homel (Jacob) : Bien, merci
de nous recevoir, évidemment, peut-être pour ceux qui ne connaissent pas, le
Chantier de l'économie sociale est reconnu depuis 2013 comme un des deux
interlocuteurs privilégiés du gouvernement en matière d'économie sociale par la
loi sur l'économie sociale, mais existe depuis plus longtemps que ça, bien sûr,
depuis plus de 20 ans. On est le porte-voix des intérêts des entreprises
collectives au Québec, donc 11 300 entreprises collectives, c'est 250 000
emplois à travers tout le Québec qui sont organisés sous forme d'organismes à
but non lucratif, sous forme de coopératives, et donc qui desservent, oui, un
intérêt commercial, mais également de générer des biens pour les collectivités,
des biens communs pour les collectivités.
Notre intervention, aujourd'hui, va
porter, vraiment, sur un élément précis, c'est-à-dire l'article 185 qui
propose l'abrogation du deuxième alinéa de l'article 9 de la Loi sur
l'économie sociale, pour garder ça simple, pour conserver cet esprit de simplicité
réglementaire. Je veux, tout d'abord, souligner qu'on reconnaît l'objectif du
gouvernement de réduire le fardeau administratif, éliminer les dédoublements,
c'est une excellente chose, c'est une excellente nouvelle. Les entreprises
collectives, les entreprises d'économie sociale, comme toutes autres PME au
Québec, sont évidemment confrontées quotidiennement des exigences
administratives qui rendent leur vie plus difficile et qui rendent le travail
des entreprises plus... plus compliqué. Donc, l'intention du gouvernement de
réduire ce fardeau est louable, puis je dirais, aussi, que ça ne se passe pas
seulement à travers ce projet de loi, mais également à travers des
interventions comme celle de votre prédécesseur, M. Poulin, qui s'est engagé,
lors du sommet de l'économie sociale, en mai 2025, à la simplification
réglementaire pour les projets en économie sociale, qui sont très souvent des
projets interministériels. Si on pense à une requalification immobilière dans
un couvent, bien, souvent, on va avoir le ministère de la Santé et Services
sociaux, Habitations, le ..., tous combinés, qui peuvent tous avoir des
objectifs de reddition de compte différents, ça complexifie énormément des
projets, des projets qui ont pour but d'améliorer la vie des citoyennes et des
citoyens.
Cependant, malgré cet effort louable de
simplification réglementaire, on croit qu'il est possible d'atteindre ces
objectifs d'efficacité tout en préservant certains mécanismes de transparence
essentiels au développement de l'économie sociale au Québec. Alors,
l'abrogation du deuxième alinéa de l'article 9, là, qui se passe au sein
de cet article 185, qui abroge un certain nombre de redditions de comptes,
ça prévoit, en ce moment, que le ministre responsable publie, au plus tard six
mois après l'échéance du plan d'action gouvernemental en économie sociale,
PAGES pour les intimes, un rapport sur la mise en œuvre de ce plan et qu'il le
dépose à l'Assemblée nationale. La logique, là, d'abrogation est claire :
On a déjà, à travers le secrétariat du Conseil du trésor, de la reddition de
comptes, ça fait deux redditions de comptes dans le même espace de 18 mois à la
fin du PAGES, ça accapare un temps énorme pour les équipes de la direction de
notre... collectif, donc, on comprend absolument le désir de l'abroger.
Cependant, l'abrogation pure et simple de
cet alinéa entraîne la perte de deux éléments qui nous semblent importants.
Premièrement, la visibilité parlementaire de l'économie sociale. Le dépôt à
l'Assemblée nationale, ce n'est pas juste une formalité, ça assure aussi que
les élus de toutes les formations politiques réunies ici aujourd'hui peuvent
suivre l'évolution du secteur stratégique qu'est l'économie sociale et de ses
emplois et de ses... ce bien collectif pour les communautés à travers le
Québec. Cette tribune permet d'interpeller le gouvernement, de poser des
questions et de proposer des ajustements.
Deuxièmement, l'expression d'une vision
gouvernementale. Donc, l'exercice de reddition de comptes permet au
gouvernement de faire état non seulement de la mise en œuvre du PAGES, mais
aussi de ses orientations pour le développement du futur de l'économie sociale.
C'est un moment privilégié pour avoir une vision d'ensemble, pour dire :
Voici ce qu'on croit à propos de ce secteur de l'économie québécoise. Je vous
dirais aussi que le changement qui est proposé se situe dans un contexte
particulier au sein du dernier plan d'action gouvernemental en économie
sociale, le financement du portrait statistique de l'économie sociale, par l'Institut
de la statistique du Québec, n'a pas été renouvelé. Donc là, on se retrouve
dans une situation où on perdrait une reddition de comptes. Les statistiques
sur l'économie sociale, ça commence à peser lourd sur la capacité à se
reconnaître au sein de cette... au sein de l'économie sociale et,
essentiellement, à assurer la bonne gouverne de secteur. Alors, on propose une
alternative qu'on croit constructive puis compatible avec l'esprit du projet de
loi. Vous trouverez le texte, là, en entier au sein du mémoire qui a été
déposé, mais plutôt que d'abroger le deuxième alinéa de l'article 9, on
suggère de le modifier pour atteindre trois objectifs : Un, éliminer le
dédoublement. Deux, maintenir le dépôt à l'Assemblée nationale dans un délai de
60 jours suivant la publication des...
M. Homel (Jacob) : ...ça, ça
va... assurerait la transparence démocratique sans créer de travail
supplémentaire puisque l'évaluation existe déjà.
Et le troisième objectif, c'est
accompagner ce dépôt d'un bref énoncé ministériel sur les orientations
gouvernementales pour la poursuite du développement de l'économie sociale.
C'est une occasion pour le gouvernement d'affirmer sa vision.
Donc, ce mémoire contient... le mémoire
contient un libellé, comme je l'ai mentionné. Puis on est tout à fait disposé
évidemment à travailler avec les légistes du ministère, peaufiner la...
formulation. On propose quelque chose, mais on est ouverts évidemment à
d'autres formes.
Alors, en conclusion, le chantier invite
respectueusement le gouvernement et les membres de cette commission à
considérer notre proposition d'amendement. Je pense que ça démontre qu'il est
possible de concilier allègement réglementaire, que vous recherchez, avec le
maintien d'une reddition de comptes significative pour le secteur de l'économie
sociale. Je vous le rappelle, on représente une force significative économique
et sociale au Québec, et puis l'investissement de 142 millions de
dollars dans le plan d'action gouvernemental en économie sociale, je pense, témoigne
de ça.
Alors, je suis prêt à prendre vos
questions, s'il y en a.
Le Président (M. Allaire) : Excellent.
On débute la période d'échange. M. le ministre, la parole est à vous,
16 minutes 30 s.
M. Poulin : Merci beaucoup,
M. le Président. Je vais partager mon temps avec la députée de Labelle, qui est
adjointe parlementaire au ministère de l'Économie, qui fait un travail
formidable pour l'économie sociale au Québec auprès des entreprises. Alors, je
sais qu'elle a long à vous dire ou du moins a des questions extrêmement
pertinentes, alors j'ai très hâte de l'entendre.
Bien, on ne fera pas de bataille, hein,
M.. Nous, on est là en mode écoute, puis il n'y a pas d'enjeu là-dessus. Vous
savez, on tente toujours d'alléger la paperasse au sein du gouvernement du
Québec. Puis, vous le voyez peut-être, mais, tu sais, on est dans des rapports
annuels de protecteurs de l'élève régionaux, parce qu'il y en a déjà un
national en haut, donc pourquoi en faire des régionaux, on est dans le rapport
sur l'application d'une loi, alors qu'on connaît déjà cette loi-là, des
rapports annuels de réglementation sur les valeurs mobilières, alors qu'on
connaît déjà les enjeux. Donc, tu sais, si vous, vous nous dites : On
pense que c'est important de conserver ça... Maintenant, j'essaie juste de voir
exactement où. OK. C'est ici. C'est dans le rapport de reddition de comptes.
Non, vous n'êtes pas en pauvreté ni la stratégie nationale. PAGES... PAGES. Je
veux juste voir de quelle façon le libellé dans le mémoire exactement... Dans
tous les cas, vous votre proposition, je veux juste bien la comprendre. Parce
que vous dites : «Lorsqu'une évaluation du plan d'action est réalisée
conformément à la politique gouvernementale d'évaluation des programmes, le
ministre en assure la diffusion publique et la dépose à l'Assemblée nationale
dans les 60 jours suivant sa publication. Ce dépôt est accompagné d'un
énoncé du ministre faisant état des orientations gouvernementales pour la
poursuite du développement en économie sociale au Québec.» Ça fait que, dans le
fond, vous dites : Gardez-le.
• (16 h 30) •
M. Homel (Jacob) : Bien, en
ce moment, il y a deux... deux évaluations du programme. Il y a celui qui est
au sein de l'article neuf de la Loi sur l'économie sociale et il y a celui qui
est à travers le secrétariat du Conseil du trésor. Alors, gardons-en un. On n'a
pas besoin de deux redditions de comptes du même plan d'action gouvernemental.
On est d'accord. Mais, un des éléments précisés dans la Loi sur l'économie
sociale, c'est l'énoncé ministériel. Le dépôt d'une évaluation administrative
est une évaluation, bien, ça le dit dans le titre, c'est une évaluation
administrative et ça ne donne pas l'occasion au ministre délégué à l'Économie
sociale ou à l'adjointe parlementaire responsable du dossier d'émettre une
opinion, une évaluation plutôt politique, une vision gouvernementale. Ça, ça
enlèverait cette occasion-là. Donc, ce n'est pas de dire : On devrait
avoir deux redditions de comptes. Gardons-en une seule, mais assurons-nous
d'avoir un énoncé ministériel au sujet.
M. Poulin : OK. C'est là où
quand vous dites que le bilan ministériel et l'évaluation de programmes de SCT
seraient peut-être trop, donc essayons de l'améliorer.
M. Homel (Jacob) : On est
tout à fait d'accord avec l'objectif de simplification. Gardons simplement
l'énoncé ministériel, que ce soit à travers l'évaluation du PAGES ou
l'évaluation du Secrétariat du Conseil du trésor.
M. Poulin :
OK. C'est gentil. Merci
beaucoup.
M. Homel (Jacob) : Merci à vous.
Le Président (M. Allaire) : ...Mme
la députée de Labelle.
Mme Jeannotte : Merci, M. le
Président. Et, d'entrée de jeu, bien, bonjour, M. Homel. Merci d'être ici.
Puis c'est important ce que vous dites.
Puis je suis très, très heureuse d'entendre mon collègue ministre qui, d'entrée
de jeu, est tout à fait ouvert. Parce que vous avez dit des choses importantes.
Si j'ai bien compris, puis vous me corrigerez, mais... l'énoncé ministériel,
quand elle est déposée à l'Assemblée nationale, permet à tous les élus aussi de
poser des questions. Et, pour vous, vous nous expliquez que c'est l'essence
même de la démocratie pour que justement... C'est ça un peu?
M. Homel (Jacob) : Oui.
Exactement.
Mme Jeannotte : Mais vous
avez amené aussi un autre élément, les orientations. Puis, si je comprends
bien, dans les deux autres documents, ces orientations gouvernementales là ne
seraient pas là. Donc, il n'y en a pas de doublon, si on garde l'énoncé
ministériel.
M. Homel (Jacob) : Exactement.
Donc essentiellement c'est de nous assurer que, bon, si on parle d'économie
sociale et qu'on se pose des questions sur l'importance du logement non
lucratif ou de l'économie circulaire au sein de ces entreprises-là, mais qu'on
ait une vision de ce que le gouvernement voit comme le rôle de...
16 h 30 (version non révisée)
M. Homel (Jacob) : ...sociale
au sein de l'économie du Québec. Ça, ça requiert une intervention, un énoncé
ministériel.
Mme Jeannotte : Mais j'adore
ça parce qu'on l'oublie, mais ce qu'il se passe au Parlement est repris par nos
médias, est repris par la société civile. Donc, c'est important, ce que vous
dites aujourd'hui puis j'abonde tout à fait dans le même sens. Je vais m'assurer
que mon collègue... mais c'est ce qu'il vient de dire. Donc, on est chanceux,
on a un ministre tout à fait à l'écoute.
Le chantier d'économie sociale, c'est
majeur. C'est incroyable, en retombées, 53 milliards de revenus.
Malheureusement, l'économie sociale n'est pas encore assez connue, malgré ses
11 360 entreprises. Est-ce que vous trouvez que les MRC, les municipalités,
pourraient aller plus loin dans la... dans, justement, cette promotion d'économie
sociale? Parce qu'on le sait, nos jeunes sont de plus en plus là. J'aimerais que...
j'aimerais vous entendre sur peut-être un... Qu'est-ce qu'on pourrait faire de
plus avec l'économie sociale et nos municipalités?
M. Homel (Jacob) : Bien, c'est
une très belle question. Merci. Le Réseau accès PME, évidemment, qui est
responsable du développement économique à travers le financement des agents de
développement économique dans les MRC, je pense qu'en tant que porte d'entrée,
ce qu'on aimerait voir, c'est les MRC à travers le Québec qui sont capables de
former leurs agents de développement économique en économie sociale dans chaque
MRC. Si je me retrouve dans une MRC où la priorité, c'est le développement
forestier, dans la MRC d'à côté, c'est le tourisme et que je suis une
entreprise d'économie sociale, soit une coopérative forestière dans un cas où
soit en... un OBNL en tourisme dans une autre, je n'aurais pas accès au même
genre de service et pas accès au même genre d'opportunité pour le développement
économique sur le territoire.
Donc, avoir une certaine égalité dans la
formation des agents développement économique dans chaque MRC ferait une très
grosse différence afin de... toutes les portes d'entrée soient équitables, soient
similaires. Alors, je pense qu'une formation des agents de développement
économique ferait une très, très grosse différence. Et ça, c'est quelque chose,
là, qu'on peut travailler ensemble, mais que, surtout, Réseau accès PME devrait
s'assurer d'une formation en économie sociale pour les agents de développement
économique.
Mme Jeannotte : Bien, merci
pour ça. Puis j'aimerais revenir quand même sur le sens du projet de loi du ministre.
Auriez-vous des exemples concrets d'allègement administratif qu'on pourrait
faire?
M. Homel (Jacob) : Oui. En
fait, le.... Au sein du... au sein de la table des partenaires en économie
sociale, on a la chance, évidemment, d'avoir le responsable d'économie sociale
qui... pour le gouvernement, qui siège à l'UMQ, le FQM, le chantier, le CQCM. Et,
à cette table, on discute notamment des allègements réglementaires pour
favoriser des projets comme PAX Habitat, disons, là, qui est une maison pour
aînés dans le coin de Joliette, qui doit travailler avec le ministère des
Affaires municipales, le ministère de la Santé, le ministère de l'Habitation
pour des projets de logements intergénérationnels qui... aussi des CPE, qui
sont aussi en requalification immobilière.
Puis quand il y a des demandes qui sont
faites pour du financement, des prêts, des allègements réglementaires, bien, il
faut passer à travers quatre ministères, s'assurer que tout le monde est d'accord.
Puis comment est-ce qu'on fait ça? Bien, on prend beaucoup, beaucoup, beaucoup
de temps. Puis on sait qu'on a des enjeux sur le logement pour les aînés au
Québec, et si ça nous prend trois ans pour être capable de développer un
nouveau projet parce qu'on passe trois ans à faire le tour de différents
ministères, et là ça change, et là le personnel change, les attentes changent,
bien, c'est du temps perdu.
Alors, je pense qu'une chose qui serait
extrêmement importante, c'est d'assurer cette coordination interministérielle
dans les projets qui sont, par nature, interministériels en économie sociale.
Mme Jeannotte : Admettons qu'on
prend un exemple. Si je prends la Société d'habitation du Québec, qui aurait le
lead en habitation, elle pourrait demander des avis sectoriels à ses
partenaires dans d'autres ministères pour coordonner cette espèce de nécessité
interministérielle pour accélérer les choses. Et là ce que vous nous dites, c'est
que ça ne se fait pas, ça, à ce moment-ci.
M. Homel (Jacob) : Ça se fait
à pas de tortue. Et donc pour le développement de projets qui vont avoir une
composante habitation et une composante aînée, bien, on se tourne vers qui? C'est
très difficile de le faire, et puis ça requiert, donc, des exemptions, des
exceptions et beaucoup de temps.
Mme Jeannotte : Bien, c'est
intéressant parce qu'on parle d'allègements administratifs, mais là, ici, ce
serait un ajout, mais pertinent pour améliorer l'efficacité. Ça fait que ce n'est
pas toujours de l'allègement, mais c'est d'être innovants aussi, dans le fond.
Il faut continuer là-dedans aussi, ce n'est pas juste de bêtement enlever des
choses, mais, au contraire, regarder comment s'y prendre. Puis est-ce que vous
avez déjà déposé des idées dans ce sens-là dans...
M. Homel (Jacob) : Donc, le
travail se fait actuellement à travers le ministère de l'Économie, et il y a un
travail qui est fait par les équipes au sein de la direction d'entrepreneur collectif.
On a eu la chance, comme, d'avoir M. Skeete, qui s'est engagé... le
prédécesseur s'est engagé à cet effet, puis on voit que ça commence à bouger en
ce sens-là. Donc, pour l'instant, on s'en va...
M. Homel (Jacob) : ...dans la
bonne direction. On comprend qu'il y a des processus qui prennent du temps.
Mais oui, je pense que, quand on parle de simplification réglementaire, c'est
aussi de l'innovation réglementaire. Puis ça, ça n'a pas toujours l'air de
couper. Des fois, c'est de changer. Puis surtout, plutôt qu'avoir trois
formulaires, un par ministère, en avoir un. Est-ce que ça, ça peut... ça peut
nécessiter ajouter et retirer, mais la... je pense que la règle du deux pour un
aussi nous donne l'occasion de... d'approcher ça de façon constructive.
Mme Jeannotte : Bien, merci
beaucoup puis c'est intéressant que... Je vous remercie d'apprécier qu'est-ce
qu'on fait puis de saluer aussi qu'est-ce qu'on fait puis ça nous encourage de
continuer dans cette direction-là. Donc, merci infiniment.
M. Homel (Jacob) : Merci à
vous.
Le Président (M. Allaire) :
Merci, Mme la députée de Labelle. On poursuit avec le député de
Jacques-Cartier. Sept minutes.
M. Kelley
: Oui...
Le Président (M. Allaire) :
Ah! excuse-moi, 12 minutes 23.
M. Kelley
: Bien, merci
beaucoup pour votre présentation. Je vois qu'au début il y a un petit peu à
propos, mais j'avoue que je vais... je ne connaissais pas du tout le chantier
de l'économie sociale. Peut-être juste, est-ce que vous êtes capable de mieux
expliquer qu'est-ce que vous faites précisément à votre organisation? Je laisse
vous la parole.
M. Homel (Jacob) : Absolument.
Il y a des organismes à but non lucratif et des coopératives à travers le
Québec qui sont des entreprises collectives, c'est-à-dire des communautés qui
s'organisent pour régler des problèmes auxquels ils font face. La nature de
l'entrepreneuriat collectif, c'est de répondre à des besoins qui émergent des
communautés mais à travers un volet marchand. On génère des transformations
sociales à travers l'activité économique.
En ce sens-là, on se... fait face, les
entreprises individuelles, à toutes sortes de barrières, toutes sortes
d'enjeux. Et le chantier d'économie sociale est le porte-voix de ces enjeux et
ces défis, mais aussi célèbre les réussites des entreprises d'économie sociale
sur le territoire. Donc, si on pense à la crise du logement, on ne sortira pas
de la crise du logement uniquement en bâtissant des unités neuves, entièrement
privées. On le sait. Évidemment, le privé ne peut que bâtir au prix du marché.
À travers le logement non lucratif, on est capables de soit bâtir du logement
qui est... qu'on considère social ou abordable, ou encore bâtir du logement qui
va être abordable à travers le temps.
• (16 h 40) •
Pour donner un exemple de ça, à Interloge,
une entreprise d'économie sociale à Montréal, on a des loyers en moyenne
43 % en dessous du prix du marché. Puis ils n'ont pas fait ça à travers
des programmes de subvention à n'en plus finir, mais simplement en augmentant
les loyers à la vitesse des coûts et non pas à la vitesse de la spéculation du
marché. Donc, un objectif que le mouvement d'économie sociale s'est doté lors
du sommet de l'économie sociale, en 2025, là, en mai 2025, c'est de se rendre à
20 % du logement non lucratif au Québec d'ici 2050. Alors, si on veut résoudre
la crise du logement, c'est à travers ce genre d'innovation là.
Puis c'est vrai en logement, c'est vrai en
alimentation. Si on pense à l'alimentation scolaire au Québec, je salue les
récents investissements dans l'alimentation scolaire de la part du
gouvernement, les 65 millions qui ont été mis. Évidemment, ce qu'on voit,
c'est lorsqu'on investit en économie sociale, en alimentation scolaire, on a
des retombées beaucoup plus structurantes pour les économies locales,
contrairement à des investissements qui se feraient dans les écoles directement
ou à travers le secteur caritatif. Quand on investit en économie sociale, on
génère des chaînes de valeur, agricoles, locales, on génère des entreprises qui
emploient des gens, qui emploient des gens d'ici et qui sont capables donc de
faire des repas qui sont adaptés aux réalités d'ici. Je vous donne deux
exemples comme ça, mais essentiellement on parle de collectivités qui
s'organisent pour répondre à leurs besoins.
M. Kelley
: Merci
beaucoup. Ça, c'est... c'est plus clair dans ma tête, alors c'est... c'est bien
apprécié. Je veux revenir sur le logement comme un exemple. Est-ce que la façon
ou une des façons pour régler un peu la crise du logement, c'est moins de
réglementation, plus de réglementation, meilleure réglementation? Je... vous
avez bien expliqué l'exemple que vous avez utilisé, que le loyer augmente avec
les prix, pas avec la spéculation. Je ne sais pas si c'est quelque chose qu'on
peut faire par la loi, qui doit être fait, mais je laisse vous la parole dans
votre expérience. Souvent, j'imagine, vous travaillez avec la Société
d'habitation du Québec, etc. Guidez-nous un petit peu.
M. Homel (Jacob) : Dépendant
du type de logement qu'on essaie de bâtir, il va parfois y avoir des enjeux
réglementaires, parfois des enjeux d'accès au capital, parfois des enjeux de
professionnalisation du secteur. Alors, ça dépend vraiment de quoi on parle. Si
on parle de requalification immobilière par exemple, qui sont des projets de
très grande échelle, de requalifier un couvent ou... autre habitation
religieuse, bien là, ça requiert une compréhension au ministère de la Culture,
mais également du financement de d'autres ministères pour être capables
d'utiliser des édifices patrimoniaux. Ça, c'est quelque chose, on sait, changer
un toit d'église ou changer... ou reprendre un immeuble qui a 100 ans puis
le mettre aux normes. L'allègement réglementaire, ça, c'est très aidant. Si cet
immeuble-là, il est là depuis 150 ans ou 120 ans, puis là on le convertit,
soudainement, il faut répondre à toutes les normes existantes, mais on ne
réussira pas. Puis on va attendre que le couvent tombe en ruine, ou qu'il
brûle, ou...
M. Homel (Jacob) : ...quoi que
ce soit, puis on bâtira du neuf. Ça fait que ça, c'est un exemple où un
allègement réglementaire pour faciliter la requalification peut être aidant.
Dans certains cas, on va parler plutôt de
comment est-ce qu'on fait pour prendre les entreprises d'économie sociale
existantes sur le territoire qui essaient de faire du travail et comment est-ce
qu'on les met à l'échelle, comment est-ce qu'on appuie le développement de ces
entreprises-là afin de répondre aux besoins? Puis ça, ça peut être sur des
programmes qui vont avoir... des programmes d'appui financier à la professionnalisation
du secteur. Dans d'autres cas, on peut parler d'assurer que les dollars
du gouvernement qui sont dépensés pour bâtir du logement ou les prêts à bas
taux d'intérêt qui sont offerts pour bâtir du logement sont uniquement dirigés
vers le logement non lucratif. Si on utilise des deniers publics, utilisons-les
à bon escient. Si on offre des prêts à bas taux d'intérêt, mais qu'on les offre
au privé, on augmente les prix des 2X4 pour tout le monde, incluant les
logements non lucratifs, mais on bâtit du logement privé qui va être dans une
logique spéculative et donc qui ne va pas régler le problème de l'accès au
logement.
Donc, ça va dépendre du type
d'intervention qui peut être fait, mais je pense qu'à terme c'est de se doter
d'une réflexion lorsqu'on intervient en tant que... en tant que gouvernement
sur la question du logement, de dire : Bien, si j'interviens dans le
marché privé, c'est que je reconnais qu'il y a un problème. Puis quelle est la
solution à ce problème-là? C'est le logement non lucratif. On ne sortira pas de
la crise spéculative à travers plus de spéculation, on en sortira à travers le
logement non lucratif, mais c'est aussi juste une réflexion plus large sur
comment on peut s'en sortir.
M. Kelley : Parfait. Bien,
merci beaucoup.
Le Président (M. Allaire) :
Merci, M. le député de Jacques-Cartier. On enchaîne avec la députée de Verdun,
4 min 8 s.
Mme Zaga Mendez : Merci.
Merci beaucoup, M. Homel, pour votre présentation. Puis je pense qu'on
s'entend, autour de la table, vers le... de vous appuyer dans vos... dans les
changements que vous demandez. J
Je profite pour vous poser une question en
lien aussi avec le projet de loi puis de voir votre point de vue, si vous avez
vu la... Il y a un langage autour de l'allègement administratif, auquel que...
vous avez dit à quel point ça peut être même bénéfique pour nos OBNL et les
entreprises en économie sociale, mais il existe aussi l'allègement
réglementaire qui est vu aussi comme enlever des contraintes qui sont là pour protéger
le public puis là pour protéger l'intérêt public au niveau de
l'environnement... J'aimerais ça, vous entendre un peu là-dessus, parce qu'il y
a une différence... puis peut-être comment est-ce que ça s'applique dans la
réalité des entreprises en économie sociale.
M. Homel (Jacob) : C'est...
Le chantier de l'économie sociale représente des entreprises dans toutes sortes
de secteurs d'activités différentes. Donc, c'est dur de se prononcer
globalement sur de quoi pourrait avoir l'air un allègement réglementaire
spécifique. Je pense qu'il faudrait y aller au cas par cas.
Les règlements, si on parle de règlements
environnementaux, sur la protection de la main-d'oeuvre, etc., bien, il
faudrait voir de quels règlements on parle, afin de pouvoir déterminer si un
allègement réglementaire est dans l'intérêt d'une activité économique, mais
également dans l'intérêt des populations concernées, qui pourraient être
touchées. Donc, sans un exemple spécifique, ce serait assez difficile pour moi
de pouvoir me prononcer.
Je pense qu'à terme, si on regarde la
façon dont les entreprises collectives fonctionnent sur le territoire, puisque
leurs conseils d'administration sont composés non seulement des entrepreneurs,
mais également de membres de la communauté, dans certains cas, d'élus
municipaux, des travailleuses et travailleurs, dans le cas de coopératives et
d'OBNL, dépendant de leur structure, les conseils d'administration ont
typiquement une tendance à prendre des décisions qui sont dans l'intérêt des
communautés.
Alors, pour donner un exemple de ça, si je
regarde le groupe Coderre, au Lac-Saint-Jean, qui, à travers les profits de
leur travail en gestion des matières résiduelles, ont bâti 260 unités en
logement non lucratif... Donc, on prend l'argent qu'on fait en gérant les
poubelles, puis on bâtit du logement non lucratif dont du logement qui va
servir à loger les employés eux-mêmes qui ont de la misère à se loger. Alors,
ce genre de décision là est pris par des conseils d'administration qui
représentent les intérêts des communautés. Je pense que, pour l'économie
sociale, lorsqu'on on regarde les activités des entreprises, on est toujours
dans une perspective de : Est-ce que c'est en train de... si ça apporte un
bienfait à la communauté? Non.
Donc je ne peux pas me prononcer
nécessairement sur un allègement réglementaire...
Mme Zaga Mendez : Je
comprends.
M. Homel (Jacob) : ...sans
qu'il soit spécifique, mais plus sur les activités qu'on fait.
Mme Zaga Mendez : Merci. Puis,
peut-être, pour aller plus largement, on a été quelques heures ici... au grand
Sommet sur l'économie sociale, vous en avait parlé tout à l'heure, des
retombées, donc, une, c'est justement cette promesse d'allègement quand vous...
Parce que vous travaillez des enjeux sociaux qui touchent plusieurs ministères en
même temps. Vous avez donné des exemples en santé, services sociaux et en
habitation, et on a plusieurs exemples comme celui-là. J'aimerais ça vous
entendre...
Mme Zaga Mendez : ...sur la
suite, c'est pour quand que vous attendez ces changements-là ou est-ce qu'il y
a d'autres choses qu'on pourrait mettre déjà en place?
M. Homel (Jacob) : Oui. La
vision 2050, c'est doter le... les participants et participantes du sommet...
Ce n'est pas pour rien que c'est 2050, on ne fait pas un sommet à chaque année,
heureusement, parce que c'est beaucoup de travail, mais plutôt une fois aux
20 ans, parce qu'on est occupés à gérer les entreprises et développer des
communautés. Puis, il me semble qu'à un moment où on voit une série de crises
connectées et des difficultés au... dans le coût de la vie des citoyennes et
des citoyens, que le gouvernement mise sur l'économie sociale pour régler les
problèmes, c'est une excellente chose. Je... En ce sens, je dirais les
prochaines étapes, c'est de désagréguer l'économie sociale purement du PAGES et
de travailler de façon interministérielle afin de s'assurer que dans chaque
ministère, le ministre responsable de l'économie sociale soit un ambassadeur
pour rappeler, dans tous les ministères, l'importance de l'économie sociale.
Le Président (M. Allaire) : Merci,
merci. Ça met fin à l'ensemble des échanges avec les groupes gouvernementaux.
Donc, merci pour votre belle collaboration à cette commission, on va suspendre
les travaux quelques instants. Le prochain groupe est en vidéoconférence, donc
ça va être très court, merci.
(Suspension de la séance à 16 h 49)
(Reprise à 16 h 58)
Le Président (M. Allaire) :
Alors, nous allons reprendre les travaux. On accueille notre prochain
groupe, la Coalition Québec meilleure mine. Donc, bienvenue à vous deux. Je
vais vous laisser le soin de vous présenter avec votre titre complet et vous
pourrez débuter, là, tout de suite après votre allocution de 10 minutes.
Va s'ensuivre la période d'échange.
La parole est à vous.
M. Turgeon (Rodrigue) : Bonjour,
M. le Président. Merci pour votre accueil. Merci également au ministre délégué
à l'Économie et aux PME, le député de Beauce-Sud, membres de la Commission de
l'économie et du travail et élus de tous les partis représentés à l'Assemblée
nationale et membres de vos équipes. Merci de nous recevoir. Je m'appelle
Rodrigue Turgeon, je suis co-porte-parole de la Coalition Québec meilleure
mine, également coresponsable du programme national chez MiningWatch Canada.
M. Cloutier-Brassard
(Émile) : Bonjour à tout le monde. Je suis Émile Cloutier-Brassard. Je
suis membre du comité de coordination de la Coalition Québec meilleure mine,
ainsi que responsable des dossiers miniers pour Eau Secours!, qui est un membre
actif de la coalition.
M. Turgeon (Rodrigue) : Fondée
en 2008, la Coalition Québec meilleure mine regroupe aujourd'hui une
quarantaine d'organisations qui représentent collectivement plus de
250 000 individus de toutes les régions du Québec. Notre mission est
de rendre le Québec sobre en métaux et minéraux, et d'en faire une province qui
priorise la protection de l'environnement, le respect des populations locales
dans toute la chaîne de production et de consommation des matériaux miniers. La
coalition regroupe des organismes citoyens, des organismes environnementaux,
des syndicats, des universitaires, des associations de médecins... Depuis 2014,
nous sommes membres du Comité consultatif du ministre des Mines du Québec.
• (17 heures) •
Donc, nous avons réalisé une analyse
article par article des dispositions du projet de loi n° 11
concernant le secteur minier. Nous vous présenterons dans un moment les grandes
lignes de notre analyse. Mais, d'abord, nous voulions vous partager notre
lecture du contexte dans lequel celui-ci s'inscrit. Chaque année, les
lobbyistes de l'industrie minière multiplient les mandats, sorties publiques,
rencontres avec des élus et titulaires de charges publiques dans le but
d'augmenter leurs bénéfices en réduisant les exigences qui leur incombent.
Cette approche est même encouragée par le gouvernement du Québec, qui invite
les représentants d'entreprises à lui proposer des allègements réglementaires.
Vouloir apporter des changements au régime minier n'a rien de problématique,
soulignons-le, tellement celui-ci repose sur des bases archaïques et
profondément inégalitaires. Tout dépend, cependant, de l'intention du
législateur et des effets qu'entraînent ces modifications.
Hélas, nous croyons que le gouvernement
du Québec fait fausse route avec le présent projet de loi n° 11,
et, plus largement, avec d'autres projets de loi qui effritent la démocratie et
les fondements de nos lois environnementales. On peut penser au projet de loi n° 11, qui vise à accélérer l'octroi des autorisations pour
la réalisation des projets prioritaires. Mais, dans l'ensemble, concernant le
projet de loi n° 11, nous retenons que le
gouvernement réemploi la vieille méthode qui consiste à retirer des exigences
réglementaires ou administratives, mais sans limiter les pratiques
problématiques de l'industrie minière, qui génèrent des impacts inacceptables
ou alimentent des conflits sur le territoire, et surtout, sans prévoir l'ajout de
renforts au sein de la fonction publique.
La principale erreur qui saute aux yeux en
lisant le contenu du projet de loi n° 11, c'est le
fait qu'il ne répond pas aux plus grands enjeux qui pèsent actuellement sur le
secteur minier dans la province, soit le contrôle sur l'accès aux ressources
minérales par les entreprises ou États qui menacent la souveraineté du Québec.
C'est pourtant le ministère du Conseil exécutif du gouvernement du Québec qui
soutenait lui-même en novembre dernier que se complaire dans la dépendance
envers les États-Unis n'est pas souhaitable et qu'il nous faut obtenir un
meilleur contrôle de nos ressources naturelles. Ce même regard-là était porté,
il y a de cela quelques années, sur d'autres puissances dans le monde. À nos
yeux, cet enjeu de souveraineté territoriale est non négociable et chaque
projet de loi déposé devant l'Assemblée nationale devrait nous rapprocher de ce
contrôle sur les ressources minérales, ce qui n'est pas le cas à la face même
du projet de loi n° 11. Les mesures qui sont
proposées dans le PL n° 11 concernant le secteur
minier ne s'adressent pas, à notre avis, à des PME, comme l'indique son
préambule, mais plutôt à des grandes compagnies, dont plusieurs, sont cotées en
bourse ou constituent des filiales de multinationales, la plupart étant basées
à l'extérieur du Québec.
Nous croyons important, pertinent de vous
rappeler l'importance que votre travail serve réellement les intérêts du public
et non strictement...
17 h (version non révisée)
M. Turgeon (Rodrigue) : ...les
multinationales minières qui opèrent et convoitent les ressources minérales du
Québec. Notre proposition de solution, la voici : Nous vous invitons, la
Commission, à poursuivre le travail de réforme du régime minier entamé en 2024.
On vous invite à accentuer vos efforts qui visent à filtrer le bassin des
promoteurs et des projets miniers en ajoutant des mesures réglementaires qui
permettront d'écarter les projets nuisibles, les fiascos voués à l'échec, les
déficits tant pour l'État, les promoteurs, que toutes les parties prenantes.
Plus le filtre sera efficace et précis en inscrivant comme condition de base le
droit au consentement préalable, libre et éclairé des peuples autochtones, plus
les promoteurs sérieux vont voir leur développement de leurs projets accéléré.
Hélas, on observe que le gouvernement du Québec se précipite dans une course
vers le bas avec le fédéral, d'autres provinces canadiennes comme l'Ontario, la
Colombie-Britannique, qui veulent accélérer des projets miniers en sabrant dans
les mesures environnementales et démocratiques.
M. Cloutier-Brassard (Émile) : Par
ailleurs, comme l'évoquait en introduction Rodrigue, on observe un niveau
d'activité lobbyiste extrêmement fort en ce moment et il semble à certains
égards que cette dynamique génère une certaine confusion autour des enjeux
prioritaires à adresser. C'est donc vraisemblablement en écho à tout cela
qu'émerge l'idée qu'il faille impérativement réduire les 160 permis ou
formalités pour ouvrir une mine. Or, dans le contexte actuel, le chiffre n'a
pas tellement d'importance, ce qui ressort de telles affirmations, c'est qu'on
appuie d'importantes décisions de réformes législatives ou réglementaires,
principalement sur le discours des lobbyistes dont le mandat n'est pas de
servir l'intérêt public. Ainsi, il importe de contre-vérifier ces informations,
qui sont présentées comme vraies, et de contre-vérifier la pertinence de ces
permis, quel qu'en soit le nombre, pour encadrer des impacts carrément
irréversibles attribuables aux activités de grande ampleur du secteur minier.
En effet, il nous apparaît important de rappeler qu'il est, dans bien des cas,
question de multinationales qui n'ont rien de PME, qui jonglent avec des
explosifs et qui génèrent des milliards de tonnes de déchets toxiques, pour
n'en nommer que quelques-uns de ces… des enjeux. La moindre des choses dans un
tel contexte, c'est donc qu'on maintienne un cadre juridique prévisible et
strict à l'égard d'activités aussi impactantes.
Rappelons également qu'en dépit du
contexte géopolitique actuel la menace la plus inéluctable qui nous guette
collectivement est la détérioration dangereusement rapide de l'environnement.
En effet, le groupe de recherche Ouranos nous apprenait notamment, il y a deux
semaines à peine, que la température hivernale du Québec est en voie de
franchir la barre des 6,6 degrés d'augmentation d'ici la fin du siècle. On ne peut
tout simplement plus se permettre de faire l'impasse sur ces questions, il en
va de notre survie. Dans un tel contexte, aucun recul environnemental n'est
acceptable, et nous tenons à vous rappeler ici qu'il s'agit bien de la position
de la majorité de la société civile, puisque 59 % de la population
québécoise estime, d'après un récent sondage Léger, que l'industrie minière et
les gouvernements n'en font actuellement pas assez pour protéger
l'environnement.
Enfin, il importe de rappeler que la
précipitation souhaitée des projets miniers est annonciatrice de catastrophes
sociales et environnementales. Or, la réparation de chacune de ces catastrophes
potentielles nous coûtera vraisemblablement bien plus cher en temps, en argent
et en bien-être collectif que leur simple prévention, sans chercher à toujours
précipiter les projets miniers.
M. Turgeon (Rodrigue) : Pour
revenir à l'analyse du projet de loi n° 11, il ne contient qu'une dizaine
d'articles relatifs à l'encadrement du secteur minier, comme vous le savez. Parmi
ces dispositions, nous attirons votre attention sur cinq mesures problématiques
qui ont retenu la nôtre.
D'abord, au sujet du renouvellement du
bail minier, on... trouvons tout à fait inacceptable que le ministre des
Ressources naturelles n'ait plus à motiver par écrit une telle décision. Ce
changement est d'autant plus choquant, considérant que tous les autres types de
décisions prises en vertu du même article dans la Loi sur les mines doivent
être écrits et motivés et doivent continuer de l'être. Or, tous ces autres cas
de figure qui doivent être motivés par écrit portent sur des décisions qui sont
largement défavorables aux intérêts des grandes compagnies minières, pour la
plupart des multinationales, au stade de l'exploitation, ce sont celles qui
possèdent des baux miniers. Nous aimerions bien comprendre comment le ministre
des Ressources naturelles entendra établir les conditions et obligations de
renouvellement du bail minier si elles ne sont pas motivées par écrit.
En ce qui a trait aux dispositions
concernant le renouvellement des autorisations de travaux d'exploration minière
à impact. Nous invitons la commission a adopter des amendements pour mettre en
place un système qui prévoirait la possibilité de renouveler ces ATI au terme
de leur période de validité en leur imposant des conditions. Une telle approche
nous paraît plus simple à administrer pour l'État et plus claire pour les
communautés autochtones et locales visées. Ça éviterait aussi d'avoir plusieurs
numéros d'ATI différents sur les mêmes claims miniers durant toute la durée des
travaux d'exploration. Et puis, enfin, concernant l'article 56 du projet
de loi, on vous invite à adopter des amendements pour harmoniser la période de
validité des ATI avec celle des claims miniers, des droits exclusifs
d'exploration, plutôt que de prolonger trois ans la période de tous les ATI.
Ceci dit, on vous enjoint de...
M. Turgeon (Rodrigue) : ...sans
prolonger à trois ans la durée de tous les clans miniers, puisque ceux-ci,
d'une durée de deux ans à partir de leur renouvellement, c'est important de
garder ça comme tel.
M. Cloutier-Brassard (Émile) : De
plus, l'article 57 du projet de loi n° 11 prévoit une
abrogation complète de l'article 71.1 de la Loi sur les mines. C'est une modification
qui retire l'obligation de fournir un compte rendu des travaux d'exploration
minière réalisés annuellement, ainsi que la date butoir imposée à ses
redditions de comptes. Pourtant, les travaux d'exploration ne font l'objet
d'aucune consultation, d'aucune évaluation environnementale et à peu près
d'aucun suivi. Il nous semble donc qu'on se prive, ici, d'informations
importantes et relativement simples à acquérir sur la tenue réelle des travaux
d'exploration minière, au sujet desquelles on n'a pourtant déjà pratiquement
pas d'information. De plus, en ce qui concerne le retrait d'une date butoir, il
nous semble que cette modification ajoutera une charge supplémentaire sur les
épaules du ministère des Ressources naturelles, qui risque de devoir entamer
des démarches additionnelles de suivi ou accepter de recevoir des rapports à
n'importe quel moment de l'année. Ça ne pourrait, à notre avis, qu'embourber,
finalement, davantage les opérations du ministère. On propose donc,
plutôt, de maintenir l'article 71.1 de la Loi sur les mines. Par ailleurs, on
tient à rappeler que le secteur minier est responsable de la destruction de
plus de 30 % de la superficie des milieux humides et hydriques perdus au
cours des neuf dernières années. Or, l'article 183 du PL 11 propose de modifier
de façon inquiétante l'article 17.2 de la Loi sur l'eau, qui prévoit la
réalisation d'un bilan décennal de cette destruction et de sa compensation.
Suivant la modification proposée, cet outil se contenterait de nous communiquer
un banal calcul comptable de comparaison des superficies des milieux humides et
hydriques détruites par rapport aux superficies compensées. Pourtant, on sait
que l'État québécois ne déploie pas d'efforts adéquats pour assurer une
protection suffisante de ses milieux naturels. En effet, on observe notamment
qu'à peine plus de 1% des fonds versés à titre de compensation des milieux
humides et hydriques détruits depuis 2017 ont été réinvestis dans la
restauration ou la création de nouveaux milieux. Il nous apparaît donc qu'on se
prive ici, encore, d'information et d'outils essentiels pour encadrer les
impacts du développement minier, notamment, et on estime préférable, en
l'occurrence, de maintenir ou de renforcer la pertinence des bilans exigés aux
10 ans en vertu de la loi sur l'eau, au contraire de ce qui est proposé dans le
projet de loi.
En terminant, on aimerait rappeler qu'il y
a un portrait à l'avenir et afin de viser une amélioration réelle du secteur
minier et de son encadrement, de prioriser davantage une écoute réelle de
l'État envers la société civile et ses revendications, des efforts orientés
vers la réduction de la surconsommation minérale de la province, une protection
accrue de l'environnement et de la santé de la population et la diversification
des économies régionales au sein desquelles le secteur minier a une place,
encore aujourd'hui, assez importante.
M. Turgeon (Rodrigue) : Donc,
voilà. Merci à tous et toutes pour votre écoute. Merci, M. le Président, pour
la considération que vous apportez à notre réflexion, pour votre invitation et
pour la lecture de notre mémoire et de nos recommandations d'amendement.
• (17 h 10) •
Le Président (M. Allaire) :
Parfait. Merci à vous deux. On débute la période d'échange. M. le ministre,
vous avez 40... 14 min 30 s.
M. Poulin : Oui, effectivement.
Alors, bonjour, MM. Turgeon et M. Cloutier-Brassard. Content de vous voir.
Effectivement, je vous ai laissé de mes précieuses minutes pour que vous
puissiez compléter votre exposé, parce que c'est toujours agréable de voir des
gens qui s'impliquent dans des causes. Au Québec, on est souvent à l'ère de
l'individualisme et du «je». Alors, vous, vous parlez au «nous», donc, je
trouve ça fort intéressant, des gens qui s'impliquent, qui ont à cœur, oui, notre
environnement, mais aussi de la façon dont le développement se fait et se
comporte. Alors, merci pour le ton et votre contribution importante aux travaux
de notre commission.
J'aimerais en savoir un petit peu plus sur
le positionnement, d'abord, de l'organisation face à l'industrie minière. Si je
comprends bien, vous n'êtes pas contre l'exploration, l'exploitation minière au
Québec, mais vous nous dites : On doit le faire selon certains barèmes,
certains enjeux, certaines clarifications, et vous trouvez que le projet loi n° 11, bien, ça enlève ça. Est-ce que j'ai bien saisi
votre... votre exposé?
M. Turgeon (Rodrigue) :
Depuis, effectivement, 2008, la Coalition Québec meilleure mine a été fondée
dans l'objectif d'améliorer les pratiques minières au Québec, l'encadrement
minier par les lois, les règlements. Donc, notre présence, en commission
parlementaire, aujourd'hui, s'inscrit dans cette idée-là d'améliorer
l'encadrement des mines. Vous ne nous avez jamais entendu dire, sous aucune
tribune que nous sommes contre les mines, contre l'industrie minière. Ce que
nous visons, c'est une amélioration de notre relation à l'égard des minéraux.
Et le point le plus important sur lequel on insiste à toutes les fois, c'est de
dire : Notre société, c'est un rappel. Nous consommons trop de minéraux,
nous en exploitons davantage comparativement à ce que la planète est en mesure
de nous fournir de manière responsable et même viable.
Donc, dans les travaux qui vous occupent
aujourd'hui, et dans l'idée d'alléger le fardeau réglementaire qui pèse sur les
épaules de l'État, c'est pourquoi nous vous amenons dans une avenue où...
M. Turgeon (Rodrigue) : …si
on veut vraiment accélérer le développement des projets qui sont moindrement
pertinents et intéressants, pourquoi on ne mettrait pas les conditions en place
pour écarter ceux qui, à leur face même, ne font qu'embourber la machine et y
causer des problèmes? C'est une avenue qui avait été initiée en fait à notre
grande, je ne dirais pas surprise, mais appréciation dans le cadre des travaux
qui faisaient suite en 2024 à une consultation nationale sur l'encadrement
minier. La population veut aller dans cette direction-là de réduire notre
exploitation, consommation minérale. Et l'idée, ce n'est pas de dire on en fait
moins ici et on en fait plus ailleurs dans le monde, c'est de dire on doit
réduire la pression que la société québécoise a sur l'environnement, sur les
ressources naturelles.
M. Poulin : Oui, tout à fait
puis dans certains cas, on peut partager plusieurs, plusieurs préoccupations.
Vous avez dit, lors de votre exposé, que le gouvernement était à la solde des
lobbies miniers. Je vous annonce que moi, il n'y a pas un lobby sur la planète
qui est capable de me toucher, là. Mon équipe pourrait vous le dire, Greg
Kelley aussi puis Alexandra… Alejandra aussi, là. On est pas mal tous des gens…
Oups! excusez-moi.
Le Président (M. Allaire) : M.
le ministre.
M. Poulin : Mes collègues
députés des oppositions, je suis convaincu qu'ils sont à la solde d'aucun
lobby. Je les connais personnellement, ces que je faisais appel à leurs prénoms
en termes d'individus.
Alors ça, je tiens à vous rassurer
là-dessus, parce qu'évidemment on est dans le cadre du développement économique
au Québec. Vous connaissez les chantiers qui sont en cours sur les minéraux
critiques, les minéraux stratégiques, sur la compétition mondiale dans laquelle
on fait face également à ce niveau-là, à des retombées économiques importantes
et des investissements importants qui peuvent se faire au Québec.
Somme toute dans le projet loi puis… puis
je… on pourrait… on pourrait certainement en débattre, mais le temps va nous manquer.
Mais le retrait des limitations… Non, excusez-moi, là, j'étais dans l'alcool.
OK, parfait. Alors, ce n'est pas le même. Désolé, je vais l'avoir. Alors, la
prolongation de la durée d'une autorisation de travaux un de deux à trois ans,
la prolongation d'un délai de transmission de l'avis de suspension des travaux
dans une mine de six mois un an. La simplification du processus de
subordination du bail d'exploitation des substances minérales de surface aux
conditions d'exercice. Il y aurait 252 autorisations en ce sens-là. Le retrait
de la période de validité d'un an pour l'autorisation d'ériger ou de maintenir
une installation temporaire sur un droit exclusif d'exploration. Le retrait
l'obligation de transmettre un compte rendu annuel des travaux d'exploration
compte tenu qu'ils doivent déjà le faire. Alors je pense quand même qu'on est…
on n'est pas dans… dans une ouverture qui est si grande, non?
M. Turgeon (Rodrigue) : mais
écoutez, je comprends où vous voulez amener la discussion puis nous, dans notre
projet, dans notre... dans notre mémoire, on comprenait que finalement vous,
vous avez ciblé les actions concernant le secteur minier à une dizaine de
dispositions. Donc, on vous a fourni nos commentaires à l'égard des cinq qui
attirent principalement notre attention. Vous pouvez donc comprendre que pour
nous, l'idée de passer de six mois à un an pour les… l'émission de permis
concernant l'érection de tente de prospecteur, pour nous, ça ne fait pas une
grande différence. Si pour vous ça en fait une, on peut vous laisser le champ
libre sur que la question, c'est ce n'est pas ça qui change la donne au final
sur le territoire.
Donc nous, on vous a purement… on a
vraiment souhaité contribuer positivement à votre effort de se dire, bien, on
va réduire, on va limiter l'embourgeoisement de la machine administrative en
disant : Bien, écoutez, au lieu de dire qu'on va empêcher les
renouvellements d'ATI, pourquoi on ne permettrait pas de les renouveler, mais
toutes à une durée égale de trois ans, les harmoniser avec les claims miniers?
On a juste simplement voulu se prêter au jeu, vous offrir des idées pour rendre
les choses encore plus simples.
Mais sur votre question plus large que
vous évoquez, dire : Pourquoi on fait ça? C'est la… la course aux minéraux
critiques, ça ne devrait pas justifier tous les efforts qu'on déploie pour
servir les intérêts de l'industrie, selon nous. Je comprends ce que vous disiez
tout à l'heure : «Oui, il n'y a personne qui va m'acheter, je ne suis pas
à la solde des lobbies.» Mais ultimement, on le sait, les lobbies, année après
année, vous fournissent des suggestions d'allègement réglementaire, et c'est
pour ça que vous avez déposé le projet de loi. C'est ça qu'on a dit. Et nous,
on veut simplement souligner le fait que ce n'est pas à l'industrie minière de
fixer à quoi servent les minéraux du Québec, c'est aux… c'est à l'État, c'est à
la société civile de décider qu'est-ce qu'on en fait. Et nous, ce qu'on vous
dit, de notre analyse indépendante, on ne travaille pas pour les lobbies, on ne
travaille pas pour l'État, on est aux… Vous l'avez dit, on est mus par un
sentiment collectif, ce qu'on trouve qu'on entend de la part de la société
civile, c'est de dire nous consommons trop, alors pourquoi tant qu'à faire…
M. Turgeon (Rodrigue) : ...un
projet d'allègement réglementaire, on n'irait pas dans l'idée de dire : On
va limiter nos excès en consommation de minéraux, en exploitation, en
importation, puis on va viser une société qui est plus sobre, parce que, de
cette manière, on peut totalement arriver à l'atteinte de nos objectifs
économiques pour les régions, en faisant de la transformation des ressources
minérales qu'on exploite, qui sont nécessaires, puis on a souligné souvent des
avenues intéressantes à ce sujet-là, mais là on a l'impression, plutôt, que
l'idée, c'est de dire : On compétitionne avec les autres provinces pour
avoir le plus de mines partout en même temps, sans trop se poser la
question : Pourquoi on le fait? Puis c'est ça qu'on trouve un peu
déplorable. Puis, voilà, c'est notre... c'est notre lecture de la situation.
M. Poulin : Je tiens à vous
remercier. Je ne sais pas si des collègues avaient soulevé... de mon côté. Non,
ça va? Merci beaucoup.
Le Président (M. Allaire) :
...interventions?
Une voix : ...
Le Président (M. Allaire) :
Ah! oui, allez-y. Mme la députée de Labelle.
Mme Jeannotte : ...merci, M.
le Président.Au sujet de l'acceptabilité sociale, est-ce que la
préséance des mines vous... j'aimerais vous entendre là-dessus, sur les
municipalités. Est-ce que c'est encore à propos?
M. Turgeon (Rodrigue) : Bien,
je vous remercie. Je peux peut-être laisser Émile. Si tu veux...
M. Cloutier-Brassard (Émile) : Bien,
volontiers. C'est sûr que c'est encore un grand... un grand sujet pour nous,
que cette histoire de préséance de l'activité minière, étant donné qu'on...
qu'on la voit comme génératrice de conflits presque inévitables dans les usages
du territoire, dans la mesure où l'acquisition d'un claim se fait sans grand encadrement.
C'est encore possible d'acquérir un claim avec une simple carte de crédit et un
accès Internet depuis partout à travers la planète en 30 minutes à peine. Et ce
titre minier confère une préséance aux activités qui sont déployées sur le
territoire, effectivement, des municipalités, des communautés autochtones, des
individus. Bon, depuis la réforme de 2024, il y a heureusement certaines
limites à l'exploration minière sur des terres privées, ce qui est une... un...
une avancée notable, intéressante.
Ceci étant dit, cette préséance
cristallise un rapport de force qui est inévitablement générateur de
frustrations au sein des individus qui peuvent avoir des rêves différents de
ceux de l'industrie minière pour les usages du territoire et ses occupations et
ne favorise tout simplement pas un débat ouvert sur la suite d'un projet
proposé, dans la mesure où on sait qu'il a de toute façon préséance et qu'il,
selon toute vraisemblance, va recevoir les autorisations nécessaires pour...
pour continuer à se développer ou pour... entretenir les activités nécessaires
à son développement.
Donc, évidemment, pour nous, c'est encore
un... le nerf de la guerre que d'adresser toute cette dynamique
extraordinairement problématique que génère la préséance conférée à l'activité
minière, qui lui est, par ailleurs, conférée depuis les fondements mêmes de la
Loi sur les mines, qui remonte à aussi longtemps que le XIXe siècle, là. Donc,
évidemment, ça vaudrait le coup d'ouvrir le débat sur cette grande question.
Mme Jeannotte : Merci.
• (17 h 20) •
Le Président (M. Allaire) : Merci.
On enchaîne avec le député de Jacques-Cartier. La parole est à vous. Douze
minutes 23 secondes.
M. Kelley : Oui.Merci
beaucoup, messieurs. Merci beaucoup pour votre présentation. J'ai... J'ai une
couple de questions un petit peu plus philosophiques, et c'est peut-être de
jumeler... excusez-moi, de mieux comprendre un petit peu votre vision de
l'industrie minière. Et c'est vraiment juste d'avoir votre pensée, ce n'est
pas... ce n'est pas des critiques envers vous autres, c'est juste... Je veux
commencer avec le fait que, dans votre mémoire, sur la page 26, vous parle de
le fait que nous sommes un État moyen, et le Québec doit trouver les façons
contre les trois... les trois puissances impériales des États-Unis, la Russie
et la Chine de mieux contrôler nos propres ressources. Je comprends ça, mais,
en même temps, dans votre mémoire, vous êtes contre l'agenda gouvernemental de
la militarisation de l'économie.
Je suis un historien par formation. Je
comprends très, très, très bien toute l'histoire autour de la Première Guerre
mondiale. Je suis d'accord avec vous, l'armement, c'est un pas vers la guerre,
c'est dangereux, je suis là, mais je suis aussi un réaliste. Nos voisins autour
de nous, les Américains, et les Russes dans le Nord, puis les Chinois dans
l'Ouest, ne sont pas nécessairement toujours nos amis.
Alors, pour vous autres, comment le Québec
et le Canada peut naviguer des eaux... excusez-moi, des eaux... je ne sais
pas... troublants...
Une voix : ...
M. Kelley
: ...oui,
oui...
Une voix : ...
M. Kelley
: ...oui,
dans le contexte actuel? C'est juste... Je pose les questions parce que je
suis...
M. Kelley : ...de penser...
qu'est-ce que vous pensez de cette question-là?
M. Turgeon (Rodrigue) : Merci.
Merci beaucoup, M. Kelley, pour votre question. En fait, nous, on s'est
retrouvés, d'une année à l'autre, à devoir se saisir de cette question-là. Sans
cachette, là, on n'a pas fait d'études poussées en histoire comme vous, et, en
fait, en congrès... on a tenu un congrès en novembre dernier, ça a retenu
l'essentiel de nos discussions. Puis je vais être très transparent avec vous,
je pense que, pour l'ensemble des Québécois et Québécoises, également, c'est
une situation nouvelle dans laquelle on doit se prononcer.
Mais pour répondre à votre question, ce
qu'on observe, cependant, sans prendre position clairement sur : doit-on
miser toutes nos ressources naturelles sur la question de la défense... avant
de se prononcer sur la question, nous devons reconnaître, puis c'est l'argument
qu'on met dans notre mémoire, que, dans l'état actuel des choses, l'État du
Québec n'a pas de contrôle sur qui va venir exploiter ici puis qu'est-ce qu'on
va en faire, de nos ressources.
Puis c'est ça qu'on vous invite à faire,
dans ce projet de loi là et dans les autres à venir. Parce qu'à partir du
moment où l'État, le ministère du Conseil exécutif, pas mal le plus haut ministère,
bon, reconnaît qu'il faut revoir notre état de dépendance aux États-Unis,
comment pouvons-nous accepter que des projets soient financés par...
directement par le Département de la guerre des États-Unis en Outaouais et que
des proches, très proches, là, à un bras de distance, là, du président des
États-Unis, soient à la tête de compagnies minières qui visent à exploiter des
terres rares sur le territoire du Québec? Comment c'est possible de laisser les
choses aller de cette manière et même de mettre en place des lois pour
accélérer leur développement? Puis c'est carrément le cas, là. Je parle du
projet Strange Lake. Le ministre des Finances a souligné qu'il voulait voir ce
projet-là inscrit sur une liste de projets désignés comme prioritaires pour l'État
du Québec, alors qu'on voit très bien des intérêts qui nous semblent hostiles
et qui sont autoritaires, qui parlent d'annexion et qui veulent... qui
convoitent nos ressources naturelles sont derrière ces intérêts-là.
C'est pour ça que nous, on espérerait,
comme société civile, je ne parlerai pas au nom de tous les Québécois, mais
pour notre groupe, nous espérions que les parlementaires se saisissent de ces
questions-là, fassent venir des gens qui sont experts sur les questions. Puis
nous observons, cependant, alors que les yeux sont tournés vers la
militarisation... mais je pourrais aussi dire vers l'intelligence artificielle,
vers les centres de données, on observe que c'est une complète diversion de la
justification que nous donnait l'industrie minière pour ses opérations depuis
des années sur la question de la transition énergétique. Alors, tant qu'on
parle de la guerre, puis des centres de données, puis de l'intelligence
artificielle, quelle place on laisse pour les minéraux, pour la transition énergétique?
C'est... Est-ce qu'on ne devra pas encore exploiter davantage que ce qui nous
était proposé?
C'est là où on se dit : Jusqu'où ça
va aller? Puis je vais... C'est dur de résumer une pensée aussi complexe, là,
mais merci pour votre question, elle est très pertinente.
M. Kelley : Oui, bien, je
pense que vous avez bien fait ça, je comprends mieux. Et, quand même, un point
où je suis d'accord avec vous autres, c'est sur les choix. On a eu des
discussions avec la ministre de l'époque pendant les interpellations, ma
collègue de Verdun, je crois, était présente, mais cet élément-là, que... oui,
sortir des minéraux de nos terres, c'est bien correct, mais le manque de
transformation ici est un peu problématique.
Et, si on regarde l'exemple chinoise, avec
les batteries, a à z est fait pas mal tout sur leur territoire, et les chaînes
de valeurs, c'est comme incorporé dans les mêmes entreprises. Je ne dis
pas : Il faut répéter cet exemple-là, mais le lithium, souvent, qui est
trouvé en Chine va aller directement dans leurs batteries et, au minimum, cette
structure qui est créée.
Alors, moi, je dis : On sort tous ces
minéraux-là, mais ils sont transformés ailleurs, et ça, c'est un peu une perte
pour l'économie du Québec. Parce que je suis d'accord avec vous, pour les
panneaux solaires, moi, je crois dans l'énergie solaire, les panneaux solaires,
c'est une partie de la solution de produire plus d'énergie rapidement, mais ça,
ça va prendre un certain niveau stratégique. Et pourquoi ne pas fabriquer tout ça
ici, en place... de, comme vous avez mentionné dans votre mémoire, dans des
places où il n'y a pas de dignité humain? Puis on va se dire, ils utilisent des
esclaves pour sortir le cobalt en Congo, là, il y a des exemples comme ça.
Alors, il faut aussi... Je me dis : C'est mieux aussi de sortir des
minéraux ici que dans les autres jurisdictions, parce qu'au minimum, oui, on
peut faire plus pour protéger notre territoire, mais, au minimum, on... faire
quelque chose aussi.
Alors, je trouve aussi... et vous autres a
clairement dit que vous n'êtes pas contre le développement de l'industrie, mais
c'est cet équilibre dans une industrie...
M. Kelley
: ...ce qui
est hautement lié à des marchés internationaux. Et c'est certain que c'est
complexe et je pense qu'il vous soulève des bons arguments sur ce côté-là. Mais
je suis là, avec vous autres, sur la transformation... plus transformation
aussi quand c'est possible. Et aussi cette idée de recycler certains minéraux
si c'est possible, ou quand même de prendre avantage des mines existant, sortir
certains minérales ou minéraux qui sont dans le seuil qui était déjà fouillé.
Alors, je lance... ça, c'est plus un commentaire, mais je ne sais pas si vous
avez des autres commentaires, qu'est-ce que moi, je viens de dire, mais c'est
intéressant les idées que vous avez mis de l'avant.
M. Turgeon (Rodrigue) : Un
petit mot, puis, Émile, je te laisse le temps après. Mais sur la question de la
solidarité internationale, on comprend vos propos. Mais je ne peux pas m'empêcher
de souligner, parce que ça fait deux fois en quelques années qu'on est convoqué
ici puis on entend le même élément pour justifier davantage l'exploitation
minière ici, parce que ce serait mieux de le faire ici qu'ailleurs, je veux
simplement mentionner, par souci de respect puis de compassion pour les gens
que vous nous avez nommés, qui sont soumis à des conditions humaines
abjectes... inhumaines, je devrais dire, dans d'autres pays, pour exploiter des
minéraux, entendons-nous, ces gens-là sont exploités pour que nous puissions
utiliser ces minéraux. C'est l'Occident, c'est les sociétés de consommation qui
mettent cette pression-là partout sur la planète... L'État canadien a imposé
son code minier dans plein de juridictions à travers le monde et c'est la
manière d'exploiter des mines industrielles.
Alors, je veux simplement dire, par
respect pour ces gens-là qui subissent... qui voient leur vie comme
complètement... abrutis par notre surconsommation, les mines du Québec, ce
n'est pas juste les mines à l'intérieur de nos frontières, ce sont les mines
partout dans le monde, où nous nous approvisionnons en minéraux. Et là... Et,
si le Québec arrive à un point où on dit : Bien, on veut moins de mines
sur notre territoire par souci d'harmoniser nos relations avec les gens sur
place, ayons le même respect pour les gens qui sont ailleurs dans le monde. Et
c'est pourquoi ça nous mène à devoir réduire notre empreinte minière partout,
pas juste sur nos... à l'intérieur de nos frontières.
M. Kelley
: ...est un
bon exemple, c'est... qui a pas mal... tout le logiciel «large language model»
sur le travail qui était fait par les gens en Afrique, puis en Amérique du Sud,
ils n'ont été pas bien payés puis ils étaient coupés trop rapidement, puis tous
les profits de l'argent, c'est ça qu'on valide. Il n'y a pas eu des retombées
pour eux autres, mais tout... on peut poser des questions à ChatGPT sur...
Pourquoi je suis triste aujourd'hui, quelque chose comme ça. Je ne sais pas,
mais c'est vraiment triste la. Comment on a pris avantage des personnes dans
les pays émergents pour ces technologies et les bénéfices, pour eux autres,
n'étaient vraiment pas là. En tout cas, merci beaucoup pour votre commentaire.
• (17 h 30) •
Le Président (M. Allaire) :
Merci, merci. On poursuit avec la députée de Verdun, 4 min 8 s.
Mme Zaga Mendez : Merci,
monsieur le Président. Merci beaucoup pour votre présentation. J'aimerais ça
vous amener sur un élément du projet de loi que vous n'avez pas commenté, mais
je pense que votre expertise peut nous être utile. Alors, dans le projet de
loi, il y a une proposition d'allègement du fardeau... bien, des exigences
envers les entreprises, un ratio de deux pour un, c'est-à-dire que, pour chaque
exigence qui est introduite, il faut réduire ou enlever deux. Je vous avais
dit, vous avez travaillé beaucoup sur l'encadrement de l'exploration minière,
puis j'ai le goût, quand même, de prendre le temps de nous rappeler
collectivement que c'était quelque chose dans lequel il n'y avait pas de cadre,
et puis que, peu à peu, nous avons introduit des choses pour limiter, entre
autres, dans le Sud du Québec. Vous avez parlé de la propriété privée, puis
j'interpelle aussi ma collègue ici, de Labelle, qu'elle connaît des cas, et
j'ai eu la chance de visiter sa circonscription, entre autres, quand vous voyez
cette expression «des claims miniers», bien sûr, la réforme n'était pas
parfaite.
Ceci étant dit, il y a eu des exigences
qui ont été introduites dans l'exploration minière. Si on appliquerait
aujourd'hui les deux pour un dans l'étude, dans la façon comment nous avons...
Comme il y a eu un travail à l'Assemblée nationale afin d'encadrer ces
pratiques là, comment on verrait l'application d'un deux pour un pour ces
compagnies-là et dans ces contextes où il n'y avait pas de réglementation
auparavant?
M. Turgeon (Rodrigue) : Émile,
est-ce que tu veux te lancer ou... comment tu vois ça?
M. Cloutier-Brassard (Émile) :
Bien, c'est sûr que, de nous deux, c'est toi le juriste. Mais dans mon oeil...
mon oeil de jeune homme qui me confronte à la chose et qui voit qu'on a
historiquement arraché quelques acquis aux différents gouvernements, au fil de
luttes citoyennes et environnementales exténuantes, parfois même violentes,
qu'on a relativement peu d'acquis comparativement à ce qui a été octroyé dans
l'histoire de...
17 h 30 (version non révisée)
M. Cloutier-Brassard
(Émile) : ...l'industrie minière du Québec et que cette règle du deux
pour un par souci d'allègement réglementaire est relativement dangereuse dans
la mesure où la seule chair dans laquelle on pourrait couper pour alléger le
fardeau réglementaire en est une qui est strictement minimale pour assurer une
protection, mais, de base aux citoyens et à l'environnement. Donc,
effectivement, ça m'apparaît... ça m'apparaît plutôt problématique comme
dispositions à introduire ou à respecter ultimement. Mais Rodrigue a peut-être
quelque chose d'un peu plus...
M. Turgeon (Rodrigue) : Alejandra,
est-ce que... Pardon.
Mme Zaga Mendez : C'est
correct...
M. Turgeon (Rodrigue) :
Est-ce que vous aviez autre chose à...
Mme Zaga Mendez : ...on
est rendus là... Non, mais, si vous voulez ajouter, parce qu'avec votre
présentation, je me plongeais dans cette commission-là, où ce que justement, il
y avait une absence de réglementation, et que, là, on est en train, oui, d'ajouter
des exigences, et vous l'avez dit, là, c'était : Où est-ce qu'on va aller
enlever? Est-ce qu'on enlèverait ailleurs? J'aimerais ça vous entendre aussi
sur des... Vous avez parlé de la protection d'aires protégées. C'est tout un
travail pour lequel vous avez fait dans... Et donc, si on... si on introduit
une exigence de protection, où est-ce qu'on va aller chercher les deux autres?
M. Turgeon (Rodrigue) : Oui,
bien, puis c'est là où on est un peu... Bien, on attend finalement de voir la
liste quand les différents ministres... qui se prononcent. Puis je ne veux pas
juste attirer l'attention sur le ministre en charge de ce projet de loi là. C'est
à travers les années passées, on a observé qu'on lançait le nombre de permis
nécessaires, là, à obtenir pour opérer une mine. C'est que, finalement, on n'a
jamais vu cette liste-là. Puis là, vous l'avez vu dans notre mémoire, on a
tenté de les comptabiliser, puis on comprend que oui, il faut peut-être avoir
des dizaines de... miniers, puis si on les compte chacun, ça peut en faire
plusieurs. Mais ça reste que ce sont des autorisations très faciles à obtenir
pour certaines. Il y en a d'autres peut-être qui peuvent avoir un niveau de
complexité. Puis ça, on va laisser l'État gérer ça, là, puis on le voit, c'est
l'objectif aujourd'hui, puis on peut se prêter de bonne guerre à ce travail-là,
en vous suggérant : OK, bien, telle chose, vous pourriez... Mais, nous,
vraiment, où on voit que l'État peut gagner en efficacité, ce n'est, au
contraire, pas en enlevant des mesures réglementaires, mais en ajoutant un
filtre davantage.
Le Président (M. Allaire) : Merci.
Merci, messieurs. Désolé, je vais malheureusement mettre fin à la période d'échange.
M. Turgeon (Rodrigue) :
C'est correct, merci.
Le Président (M. Allaire) :
Merci à vous deux pour votre belle collaboration à cette commission. Alors, la
commission ajourne ses travaux au jeudi 5 février 2026.
Bonne soirée, tout le monde, à demain.
(Fin de la séance à 17 h 35)