Journal des débats de la Commission de l'économie et du travail
Version préliminaire
43e législature, 2e session
(début : 30 septembre 2025)
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Le
jeudi 19 février 2026
-
Vol. 48 N° 18
Étude détaillée du projet de loi n° 3, Loi visant à améliorer la transparence, la gouvernance et le processus démocratique de diverses associations en milieu de travail
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13 h 30 (version non révisée)
(Quatorze heures deux minutes)
Le Président (M. Allaire) : Alors,
à l'ordre s'il vous plaît. Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la
Commission de l'économie et du travail ouverte. La Commission est réunie afin
de poursuivre l'étude détaillée du projet de loi n° 3,
Loi visant à améliorer la transparence, la gouvernance et le processus
démocratique de diverses associations en milieu de travail. Mme la secrétaire,
est-ce qu'il y a des remplacements?
La Secrétaire : Oui, M. le
Président. MmeRotiroti (Jeanne-Mance—Viger) est remplacée par Mme Prass (D'Arcy-McGee) et
M. Fontecilla (Laurier-Dorion) par M. Leduc (Hochelaga-Maisonneuve).
Le Président (M. Allaire) : Excellent,
merci. Donc, quand nous avons ajourné, hier, les travaux, nous étions à l'article 7,
qui introduit 47.0.1, nous étions sur un amendement de façon plus précise. Je
sais qu'à ce stade-ci, le député d'Hochelaga-Maisonneuve nous a déjà envoyé un
sous-amendement, il est déjà disponible sur Greffier, on va l'afficher à l'écran.
Est-ce qu'on commence avec ça, M. le député d'Hochelaga-Maisonneuve.
M. Leduc : Oui.
Le Président (M. Allaire) :
Donc, je vous cède la parole pour lecture et commentaire.
M. Leduc : Merci, M. le
Président. Alors, ça va comme suit : Sous-amendement : dans l'amendement
proposé à l'article 7 du projet de loi :
1° Insérer, au paragraphe 1 du premier alinéa
de l'article 47.0.1 de cette loi et après «d'un salarié en lien avec» les
mots «ses conditions de travail».
2° Insérer, au paragraphe 2 du premier alinéa
de l'article 47.0.1 de cette loi, et après «un sujet non lié», les mots...
14 h (version non révisée)
M. Leduc : ...conféré par une
loi. Je m'explique. Le ministre a présenté l'amendement comme une
simplification. Moi, j'ai vu essentiellement un travail de réécriture, ce qui n'était
pas en soi mauvais, là, on a épuré un peu, mais, essentiellement, les grands
concepts sont les mêmes, mais il y a des trucs qui étaient dans la version
originale puis qui ont disparu, puis ça m'apparaît, à mon avis, un recul. Vous
connaissez ma thèse : l'ensemble du projet de loi n° 3 est un recul,
à mon avis, en particulier ce chapitre. Néanmoins, j'essaie d'amoindrir les
effets négatifs de ce projet de loi.
Et là je vois qu'il a fait sauter deux
petits points, qui, je pense, en les retirant, envoie un message contraire à
celui qui semble être celui du ministre, d'apaiser un peu la situation par
rapport à la version originale de son projet de loi. Et donc les deux points
sont donc les suivants, là... On disait, dans le premier alinéa, que ça faisait...
représentation d'un... en lien avec ses conditions de travail, l'application de
sa convention collective ou ce qui en tient lieu, etc., etc. Le fait d'avoir
ôté «conditions de travail», je trouve, n'aide pas la clarté. Je trouve que ça
complexifie. C'est quoi, l'intention d'avoir retiré «conditions de travail»?
Parce que la convention collective, c'est une bonne partie des conditions de
travail, mais les conditions de travail sont déterminées aussi par d'autres
choses, pas juste la convention collective, sont déterminées par des normes,
par des lois, par des standards. Alors, c'est comme si, là, on ne retirait que
«conditions de travail, mais on gardait «convention collective», on laisse sous-entendre
que toutes les conditions de travail sont dans la convention collective, alors que
ce n'est pas toujours le cas ou pas entièrement le cas.
Et l'autre chose, dans la deuxième
section, deuxième paragraphe, quand on disait «un sujet non lié à la convention
collective, bien, on a retiré «un sujet non lié au droit conféré par une loi», alors
ça veut dire qu'astheure on ne pourrait plus faire de pub parce que... en lien
avec un droit conféré par une loi. Ça me semblait pourtant assez naturel qu'une
organisation syndicale puisse, en effet, faire, à partir de ses cotisations
dites principales, une campagne de pub ou une adhésion à un mouvement social en
basant sur des droits qui sont conférés par une loi. Je trouve ça assez normal.
C'était dans la version originale. C'est retiré de la deuxième version, ça fait
que ça m'apparaît comme un recul, que je n'ai pas saisi, on n'a pas eu l'occasion
d'aborder précisément cet élément-là. Ce sera le cas de le faire dans le cadre
de ce sous-amendement.
Avant de passer la parole, peut-être, au
ministre, M. le Président, je veux faire deux corrections. Dans nos différentes
discussions d'hier, le ministre avait affirmé, quand on a eu un échange sur la
surprise, là, que, finalement, la FAE, sa poursuite sur la loi n° 21
serait correcte, serait dans les cotisations principales, j'avais soumis le fait
qu'il avait, dans son vidéo de dépôt de projet de loi, fait référence
explicitement à la poursuite du... loi n° 21 de la FAE. Le ministre, il
dit : Non, non, non, ce n'est pas ça que j'ai fait. Je suis allé vérifier
le vidéo qu'il a mis en ligne avant sa poursuite, et c'est explicitement une
référence à la loi n° 21 de la FAE. D'ailleurs, il y a une information
inexacte que je viens corriger, du ministre, ici.
L'autre information inexacte dans la
conversation que je... qu'on avait sur la proportion que son propre ministère
avait calculée dans le budget public de la CSN, qui serait, selon leurs propres
calculs, consacrée à une cotisation dite facultative, je faisais le chiffre, de
mémoire, de 1 à 3 %. Le ministre me corrigeait : Non, c'est plus 5 %,
5 à 10 %. Je suis allé vérifier, et c'est bel et bien de 1,5 à
3,5 %, qui est le chiffre du ministère dans le document que j'avais
partagé en septembre. Donc, les propres calculs du ministère étaient plutôt de
1,3 %. Donc, j'avais raison à ce point-là, le ministre n'avait pas le bon
chiffre.
Alors, je voulais juste le corriger pour l'attention
des gens qui nous suivaient, mais donc, je reviens sur... le sous-amendement, pardon.
J'aimerais comprendre pourquoi c'était dans la version originale et ça disparaît.
Ça me semble un recul par rapport... alors que l'inverse... des amendements du
ministre, jusqu'à ce moment-ci, en tout cas, semblaient vouloir basculer ou, du
moins, rattraper un peu la partie syndicale pour essayer d'amoindrir les...
arrondir les coins. Là, c'est dans la retraite, ces deux éléments-là, je vois
plutôt l'inverse. C'est comme si on empirait la situation par rapport à la
version originale du projet de loi. Merci.
Le Président (M. Allaire) : Merci,
M. le député. M. le ministre. Est-ce que vous souhaitez qu'on suspende?
M. Boulet : Non, non, mais je
vais faire des commentaires, puis, après ça, on va arrêter. D'abord, dans l'analyse
d'impact, oui, il y a eu des pourcentages qui ont été identifiés, là, tenant
compte des budgets de la CSN. Entre 1,5 et 3,5 %... On m'a partagé 3 et
4 % ou 3 et 5 %, là, mais je ne suis pas en désaccord avec ce que
vous mentionnez. Je pense que c'est une approximation, en plus, vous l'avez vu
dans l'analyse d'impact, mais, pour le pourcentage précis, on n'est pas en
mesure de l'avoir précisément.
Puis ça aussi, c'est une indication parce
que c'est la CSN, ce n'est pas forcément...
M. Boulet : ...les autres
syndicats.
Deuxièmement, la FAE, la communication qui
a été faite, on n'a pas dit : Dans la loi, on va venir interdire ou on va
venir rendre ça une cotisation facultative. L'important, c'est la transparence,
l'important, c'est d'informer. Oui, dans le projet initial, la notion de
«facultative» pouvait laisser entendre que la constitutionnalité d'une loi
faisait partie des activités facultatives devant être assumées par les
cotisations facultatives, mais on a fait des amendements suite aux
consultations particulières, tenu compte de la réalité des contestations, et
c'est la raison pour laquelle on a fait référence à la représentation ou à la
défense de droits pour les travailleurs, mais dans la transparence, dans le
rapport sur l'utilisation des ressources financières, ça va apparaître, ce qui
a été fait par la Fédération autonome de l'enseignement, parce qu'il y a des
honoraires professionnels pour... combien? Je ne veux pas... Mais il me semble
que c'était au-delà de 1 million, là, qui était déjà assumé. Donc ça, ça
va apparaître, et la tenue du vote aussi, parce que la FAE, ce n'était pas que
la contestation de la constitutionnalité, il y a aussi les votes qui étaient
tenus à des heures inaccessibles qui avaient été rapportés par les médias, puis
qui avaient été confirmés, même, par la Fédération autonome de l'enseignement, un
vote qui est tenu, mettons, à 2 h du matin. Donc là, ici, avec la période
minimale de 12 heures, c'est capté, donc, le projet de loi répond
substantiellement, dans sa substance, à ce qui avait été allégué puis rapporté,
ça fait que... Mais je ne veux pas embarquer dans ce qui est le plus exact
entre ce que vous dites et ce que je dis, ce qui est important, dans un projet
de loi comme le nôtre, c'est d'assurer une transparence dans l'utilisation des
cotisations. On fait ce projet de loi là pour les travailleurs, pour qu'ils
puissent savoir. Dans le cas de cette contestation-là, puis je ne voulais pas,
encore une fois, identifier cette fédération-là, beaucoup de travailleurs ne le
savaient pas et auraient aimé savoir pour pouvoir s'exprimer. Alors, c'est tout
ce que je voulais rapporter, ça fait que ce n'est pas... C'est une adaptation
qui tient compte de la réalité des consultations particulières et qui confirme,
comme je vous ai dit hier, le caractère évolutif d'un projet de loi. Parce
qu'il y a quelqu'un, à matin, qui m'a dit : Ah, il me semble, vous avez
fait la loi pour... Non, on n'a pas fait la loi pour aucun cas spécifique, on a
fait une loi pour de la transparence de la gouvernance et de la démocratie.
Donc, c'est tout.
• (14 h 10) •
Le Président (M. Allaire) : M.
le ministre, j'ai compris que vous souhaitez suspendre?
M. Boulet : Oui, puis on va...
Oui, parce qu'on va étudier ces deux...
Le Président (M. Allaire) :
Oui, pas de problème. On va suspendre les travaux quelques instants. Merci.
M. Boulet : Merci.
(Suspension de la séance à 14 h 11)
(Reprise à 14 h 17)
Le Président (M. Allaire) : Alors,
nous allons reprendre les travaux, M. le ministre, la parole est à vous.
M. Boulet : Donc, on a mis
pas mal d'eau dans notre vin, on n'a pas l'intention de mettre de l'eau
additionnelle. Je pense que c'est assez clair. Notre première version, c'est
«constitutionnalité». Dans la première version, on référait aux conditions de
travail, mais pour tout ce qui n'est... qui était contestation, mais pas de
nature constitutionnelle. Donc, de rajouter «conditions de travail» au premier,
c'est beaucoup trop large. D'ailleurs, ça a été interprété, même par la Cour
suprême : la notion de conditions de travail est assez floue, puis il doit
être considéré à la lumière... à des... de façon très, très contextuelle, puis
ça peut faire référence à des rapports individuels, des droits individuels, des
rapports collectifs. Alors qu'ici on est en contexte de rapports collectifs puis
beaucoup de décisions, là, que j'ai, là, interprétées de manière libérale.
C'est une expression qui englobe, bien, à peu près tout ce qui concerne la
relation d'emploi, que ce soit sur le plan individuel ou collectif. Vous
ajoutez à la difficulté d'interprétation...
M. Boulet : ...et vous rendez
l'application beaucoup plus complexe, alors que nous, c'est l'application de la
convention collective, puis là la convention collective, elle l'est, dans le
Code du travail. Puis la convention collective, elle est définie aussi dans le
Code du travail, puis elle comporte des conditions de travail. Vous savez
qu'elle est définie comme ça, la convention collective, vous avez déjà lu la
définition dans le Code du travail, ce qui est le document qui inclut les
conditions de travail. Le régime de retraite est une condition de travail.
Tout, tout, finalement, serait une condition de travail effectif.
Ça fait que je pense qu'on a ouvert la
porte suffisamment. Puis même que vous disiez, la contestation de la FAE, oui,
mais on le capte différemment avec le rapport sur l'utilisation des ressources
financières. Puis la période minimale de 12 heures de vote, ça fait que,
des fois, on fait des avancées, mais il y a des avancées qui doivent être
raisonnables. Quant au deuxième, où vous référez aux droits conférés par une
loi, c'est extrêmement large. En fait, toutes les lois du Québec confèrent des
droits. Et donc tout ce qui est un document législatif qui confère un droit
serait concerné ici. Donc, c'est beaucoup trop large. Vous diluez tellement la
définition qu'on avait précisé qu'elle n'a plus de valeur, il n'y aura plus
rien, dans ce que nous considérons comme étant facultatif. Déjà qu'il n'y a pas
beaucoup d'activités qui relèvent de la cotisation facultative, vous êtes en
train d'enlever les dents qui demeurent à cette notion-là.
• (14 h 20) •
Le Président (M. Allaire) : M.
le député.
M. Leduc : Bien, je suis très
surpris de vous entendre, M. le ministre, parce que j'ai repris mot pour mot
votre libellé original.
M. Boulet : ...le libellé
original.
M. Leduc : ...vous m'accusez
d'élargir, d'élargir, mais je reprends juste votre vote loi originale... pas
d'élargir, c'est votre...
M. Boulet : Oui, mais dans le
libellé original, là, la contestation constitutionnelle, on ne faisait pas
exception des conditions de travail, on faisait exception pour les conditions
de travail, pour les autres contestations, mais pas de la nature d'une
contestation de la constitutionnalité d'une loi.
M. Leduc : OK.
M. Boulet : Et c'est là que
vous venez élargir considérablement avec les conditions de travail, puis le
deuxième, bien, les droits conférés par une loi, puis la condition de travail,
j'ai perdu ma page, là, mais c'est une notion qui est floue, qui enlève de la
clarté, qui rajoute un élément interprétatif à la loi, et ce n'est certainement
pas ce qui est souhaité ni souhaitable par les travailleurs.
M. Leduc : Encore une fois,
les droits conférés par une loi, c'est textuellement votre définition que vous
avez mis dans votre projet de loi. Là, c'était... c'était le quatrième
paragraphe, «toute participation à un mouvement social, y compris celle de
nature politique qui concerne une affaire visée au paragraphe 1° ou 2°, ou
sur un sujet autre que la promotion de la défense des droits conférés par une
loi... à une convention collective». J'ai repris la même chose que vous avez
faite, vous avez juste remodelé ce paragraphe-là, mais il n'y a pas de fusion à
proprement parler, puis juste rajouter ce que vous aviez mis à l'origine, que
je ne comprenais pas pourquoi vous avez enlevé.
M. Leduc : Je vais le
revérifier parce que je n'ai pas ma version initiale, là. Mais avez-vous
compris pour le premier...
M. Leduc : Oui.
M. Leduc : ...les conditions
de travail, je pense qu'on s'entend sur celui-là. Je vais revérifier les droits
conférés par une loi, voir si c'est juste ce que vous me dites, et je crois que
c'est juste...
Le Président (M. Allaire) :
Nous allons suspendre quelques instants. Merci.
(Suspension de la séance à 14 h 22)
14 h 30 (version non révisée)
(Reprise à 14 h 48)
Le Président (M. Allaire) : Alors,
nous allons reprendre les travaux. J'ai d'abord besoin de votre consentement
pour retirer le sous-amendement déposé par le député d'Hochelaga-Maisonneuve.
Est-ce que j'ai votre consentement?
Des voix : Consentement.
Le Président (M. Allaire) :
Excellent. M. le député d'Hochelaga-Maisonneuve souhaite déposer un nouvel... un
nouveau sous-amendement. Donc, M. le...
Le Président (M. Allaire) : ...député
d'Hochelaga-Maisonneuve, je vous cède la parole. Lecture et commentaires.
M. Leduc : Merci, M. le
Président. Donc, dans l'attente... dans l'amendement proposé à l'article sept
du projet de loi, insérer au paragraphe deux du premier alinéa de l'article 47.0.1
de cette loi et après «un sujet non lié», les mots «aux conditions de travail».
Bon. Alors, c'est quand même pas mal
différent de mon premier sous-amendement. La raison pourquoi je l'ai retiré et
je le dépose, celui-ci, c'est évidemment qu'il y a eu des discussions entre le
ministre et moi alentour de l'espace de règlement qu'on appelle la zone de
règlement. M. le ministre est un négociateur comme moi, il sait très bien de
quoi je parle. Je voulais... J'ai compris, donc, qu'en effet on avait élargi
dans le premier paragraphe, hein? Dans la version deux, avec son amendement, le
ministre élargit la question des contestations judiciaires, mais resserrait,
donc reculait en quelque sorte, dans son deuxième paragraphe, pour les
publicités. Il était... Il était plus sévère, il était plus sévère sur le
deuxième paragraphe. D'où mon intérêt à revenir à sa définition originale qui
faisait référence au droit conféré par une loi. Le ministre était moins à
l'aise avec ça.
Je lui ai aussi soumis un autre libellé
qui faisait directement référence à l'article 1 du Code du travail. Ça
fait que je me disais : Tiens, tant qu'à être dans la cohérence et la
référence à d'autres concepts qui existent déjà dans le droit, bien, on peut
aller... on peut aller fouiner un peu. L'article 1a, associations de
salariés, définition, donc, ça dit : «Un groupement de salariés constitué
en syndicat professionnel, union, fraternité ou autrement en ayant pour but
l'étude, la sauvegarde et le développement des intérêts économiques, sociaux et
éducatifs de ses membres, en particulier la négociation et l'application de
conventions collectives.» Donc, dans sa définition même, au Code du travail, un
syndicat, c'est plus large que la cotisation... que la convention collective.
Donc, j'aurais aimé ça que ça se reflète de manière cohérente dans l'article
deux.
• (14 h 50) •
Je n'ai pas été capable de convaincre le
ministre au complet. Il a été en mesure de me dire : Bien, écoute, on peut
rajouter «aux conditions de travail», qui est en effet plus large, comme je
venais juste de le plaider, que la stricte convention collective. Donc, à tout
perdre, je me suis dit : Allons chercher au moins cette avancée-là. Donc,
pour les campagnes de publicité, on pourra en effet en faire pour des conditions
de travail qui débordent de la convention collective ou qui ne sont pas
explicitement référées à la convention collective.
Peut-être que le ministre pourrait me
confirmer que c'est bel et bien la lecture commune que nous faisons de cet
amendement.
Le Président (M. Allaire) : Ça
va. M. le ministre.
M. Boulet : Oui. Ça va.
Le Président (M. Allaire) : Parfait.
Donc, est-ce qu'il y a d'autres interventions sur cet amendement...
sous-amendement, pardon? S'il n'y a pas d'autre intervention, nous allons
procéder à la mise aux voix. Est-ce que ce sous-amendement est adopté?
Des voix : Adopté.
Le Président (M. Allaire) : Adopté.
Parfait. Donc, on revient donc à l'amendement, à l'article
introduit 47.0.1. Est-ce qu'il y a des commentaires? Oui. M. le député de
Jean-Talon.
M. Paradis : J'aimerais...
Donc, j'aimerais revenir au premier paragraphe du premier alinéa sur les
contestations. Je comprends que dans un échange précédent, M. le ministre, vous
avez évoqué certains cas où ce serait dans la... dans la cotisation
facultative, et certains cas où ce serait dans la cotisation principale. Est-ce
que cette liste-là, elle nous a été communiquée? Est-ce qu'on l'a quelque part?
Est-ce que c'est public? Est-ce que vous l'avez avec vous? Est-ce que c'est
quelque chose dont on pourrait bénéficier dans le cadre de nos débats? De quels
cas on parle?
Bien, en fait, j'aimerais... j'aimerais
avoir la réponse à cette... à cette question-là parce que je sais que vous avez
évoqué ça. Non, vous n'avez pas ça?
M. Boulet : C'est juste de la
préparation. On n'a pas fait de liste.
M. Paradis : Parce que
j'aimerais voir un certain nombre de dossiers, là, puis voir avec vous si vous
considérez, dans cette... dans ce droit nouveau que vous... Non, mais c'est
important, parce que ça, c'est pour nous... c'est pour nous éclairer puis c'est
pour l'intention du législateur. Je veux bien comprendre comment vous voyez
l'application de ce paragraphe qui, vous en conviendrez, vous-même vous l'avez
dit... c'est du droit nouveau. C'est du droit nouveau, toute cette histoire de
la cotisation facultative. Et je l'ai déjà dit, donc je le répète, c'est un
bouleversement très important du droit du travail. Il y a des... Là,
actuellement, si on comprend bien l'économie du paragraphe un, puis vous avez
eu des discussions là-dessus, c'est que, si c'est centré sur la représentation
des droits d'un salarié en... dans sa convention collective, vous dites :
Ça, ça va dans la principale, c'est la cotisation principale qui peut couvrir
les frais liés à une telle contestation, pas la cotisation facultative. De
manière intéressante, vous avez souligné dans des échanges précédents que, par
exemple, en ce qui concerne la contestation actuelle de la loi 21 sur la
laïcité, bien, vous considérez que, puisque c'est une représentation des droits
des travailleurs en vertu de leur convention collective, si j'ai bien compris,
vous avez déjà mentionné que ça, ce serait couvert par la cotisation
principale. C'est bien ça?
Bon. Si on prend, par exemple, un recours
qui a été entrepris par...
M. Paradis : ...la CSQ,
la CSN, la FTQ, la CSD et l'APTS visant la loi n° 14.
Vous vous en souvenez de celle-là, la loi n° 14, M.
le ministre? Donc, c'est la loi que vous avez fait adopter, l'année passée, la Loi
visant à considérer davantage les besoins de la population en cas de grève ou
de lock-out. Donc, les syndicats s'attaquent à la validité constitutionnelle de
cette loi. Est-ce que, si le présent projet de loi s'est appliqué à l'époque,
est-ce que ce recours devrait être intenté et financé à même la cotisation
principale ou à même la cotisation facultative?
M. Boulet : C'est une
bonne question. On va donner des précisions dans les dispositions transitoires,
si vous me permettez un 2 minutes. Je vais essayer de devancer puis donner
une réponse claire pour un cas réel. En fait, la contestation qui était
amorcée, là, de la loi n° 14. Ça fait qu'avec votre
permission...
Le Président (M. Allaire) : Pas
de problème. On va suspendre les travaux quelques instants. Merci.
(Suspension de la séance à 14 h 55)
(Reprise à 14 h 56)
Le Président (M. Allaire) : Alors,
on va reprendre les travaux. M. le ministre, allez-y.
M. Boulet : Donc, la loi
n° 14, là, pour le bénéfice de tout le monde, c'est
un loi qui... une loi qui vise à considérer davantage les besoins de la
population en cas de grève ou de lock-out. Et cette loi-là est entrée en
vigueur le 30 novembre 2025. Elle a été, suite à son entrée en vigueur,
contestée par, je pense, tous les syndicats au Québec quant à sa
constitutionnalité. Et, avec les dispositions transitoires, évidemment, comme
le PL n° 3 n'est pas adopté, ça demeure une
cotisation qui fait partie du concept, c'est une cotisation principale. Les
dispositions transitoires vont permettre, d'ailleurs, que ça se poursuive sous
le chapeau de la cotisation principale jusqu'à la fin de la première instance.
À la fin de la première instance, ça deviendrait du facultatif, puis, encore
une fois, du facultatif, le collègue de Jean-Talon connaît ma thèse. Ils vont
devoir informer les travailleurs et leur permettre de s'exprimer.
Pourquoi ça devient du facultatif? Parce
que c'est simple d'application. Ce n'est pas lié à l'application de la
convention collective de travail, comme c'est prévu à 47.0.1, 1°. C'est tout.
Est-ce que ça va, collègue?
M. Paradis : Donc, vous nous
dites que, pour tout ce qui est de la première instance, dans le recours
actuellement entrepris par tous les syndicats que j'ai nommés tout à l'heure
sur la loi n° 15, c'est dans leur cotisation
principale, si jamais ce recours se poursuit au-delà de la première instance,
donc, va en appel, là ça tomberait sous la cotisation facultative.
M. Boulet : Oui. Ce qui
implique qu'on la présente et on permet aux travailleurs de s'exprimer.
M. Paradis : Bien.
C'est-à-dire que si, ou autrement dit, si le projet de loi n° 3
était adopté demain, disons, il est en vigueur demain, OK, et que les syndicats
entreprenaient leur recours contre la loi n° 15,
l'autre loi, après-demain, tout le recours tomberait sous le régime de la
cotisation facultative. C'est bien, ça?
M. Boulet : ...des
dispositions transitoires, mais théoriquement, parce que ce n'est pas lié avec
l'application de la convention collective, c'est de la nature d'une cotisation
facultative.
M. Paradis : Très bien.
Pour clarifier encore notre discussion, là, je veux sortir de la question du
transitoire pour me concentrer sur la nature du recours. Donc...
M. Boulet : Alors,
est-ce que ma réponse est claire?
M. Paradis : ...hormis,
hormis...
M. Paradis : ...hormis les
dispositions transitoires, vous dites : Ce genre de recours, ce serait
justement un recours qui serait visé par la partie facultative de la
cotisation.
M. Boulet : Oui.
M. Paradis : Bien. Est-ce que
vous convenez avec moi, M. le ministre, que la loi n° 15 touche les droits
ou les... le droit du travail de manière...
M. Boulet : C'est la loi n° 14,
excusez, pas 15.
M. Paradis : J'ai dit 15?
Excusez-moi, la loi n° 14. La loi n° 14. Est-ce que vous convenez
avec moi qu'en réalité ça touche le droit du travail en ce qui concerne tous
les travailleurs, tous les salariés du Québec?
M. Boulet : Bon. Je veux
juste revenir à la version initiale. La version initiale du projet de loi n° 3,
c'était «toute contestation constitutionnelle». Il n'y avait pas le «sauf». Ce
n'était pas, encore une fois, une interdiction, on ne faisait que demander au
syndicat de le présenter et de permettre aux salariés de s'exprimer par un
vote, puis là c'est au niveau local, vous avez... je pense que vous avez
entendu les nuances qu'on faisait avec les centrales qui n'ont pas à faire de
vote. Donc c'est les centrales qui ont contesté. Ça fait que, même si c'est du
facultatif, il n'y a pas de vote à faire, sauf au local s'il y a une partie de
la cotisation qui est utilisée par la centrale à des fins facultatives.
• (15 heures) •
Donc, on est venu dire : Sauf quand
c'est en lien avec l'application de la convention collective de travail. Donc,
la loi n° 14, dans l'hypothèse où la loi est entrée en vigueur, ce serait
de la nature d'une cotisation facultative. Et votre question, votre... l'aspect
complémentaire que vous souleviez, c'était quoi, collègue?
M. Paradis : Bien, je ne veux
pas faire de cachette. Où est-ce que je m'en vais avec vous, c'est parce que
vous... Je comprends que vous soulignez aujourd'hui, pour le bénéfice de tout
le monde, que vous avez desserré un peu la vis dans votre projet de loi...
M. Boulet : Un peu, pas mal.
M. Paradis : ...en permettant
des exceptions à ce qui est... ce qui tombera sous la coupe de la cotisation
facultative. J'en conviens. Vous avez enlevé un tour. Moi, je veux savoir si on
est rendus au bon endroit. Et je pense que non, alors je veux voir avec vous et
je veux que, pour le bénéfice des gens qui nous regardent et pour les travaux
parlementaires, sur l'intention du législateur, je veux bien cerner ce que vous
voyez, ce qui est votre intention. Et donc ma question, c'était : Est-ce
que vous convenez que les droits, les intérêts, la sauvegarde et le
développement des intérêts économiques, sociaux et éducatifs des membres de
chaque syndicat qui a entrepris la contestation judiciaire de la loi n° 15
sont concernés, donc que l'intérêt de cette poursuite, qui ne vise pas
nécessairement, donc, un droit particulier d'un salarié dans l'unité visée,
bien, que ça touche, en fait, les droits, les intérêts de tous les salariés du
Québec, cette poursuite-là? Est-ce que vous en convenez?
M. Boulet : Non. Je pense que
ce qui est important, c'est que, quand un syndicat est accrédité, on est dans
un contexte où ce syndicat-là détient le droit de représenter la collectivité
des travailleurs. Et ce droit-là s'exerce par la négociation d'une convention
collective de travail. La convention collective de travail, elle est définie au
Code du travail comme comprenant des conditions de travail. Et donc c'est ça,
l'essence de la mission d'un syndicat, de représenter et de défendre en
application d'une convention collective de travail.
Ce que le collègue
d'Hochelaga-Maisonneuve, par un sous-amendement, a demandé de rajouter,
c'étaient les conditions de travail. Et donc on a convenu... on a convenu, en
fait, de ne pas le mettre parce que «conditions de travail», la Cour suprême,
la Cour d'appel ont souvent interprété ce terme-là comme étant un terme flou,
vague, flexible, qui réfère à beaucoup de choses de nature individuelle,
notamment, ça peut être un régime de retraite, dans la mesure où il n'est pas
conventionné. Donc, c'est comme si vous me disiez : Dès qu'il y a un droit
individuel, là, ça ne tomberait pas dans le champ du facultatif. Ce que j'ai
répété, c'est qu'on a fait une avancée. Ce n'est pas un recul, dans mon esprit,
on a fait une avancée pour mieux préciser ce qu'était...
15 h (version non révisée)
M. Boulet : ...la cotisation
facultative. Maintenant, de rajouter des amendements ou de rajouter des
précisions, ça va vider de son sens la notion de cotisation facultative et ça
va dénaturer cet article-là, qui est l'article clé du bloc de démocratie. Donc,
en gros, c'est ma réponse.
Le Président (M. Allaire) :
...de Jean-Talon.
M. Boulet : Mais on peut
diverger d'opinion, puis je respecte l'opinion. Est-ce qu'on a été... Est-ce
que c'est un ou deux tours de vis? Je pense qu'on a trouvé un bon équilibre,
puis c'est la raison pour laquelle on vient de voter, en accord avec le sous-amendement
présenté par le collègue d'Hochelaga-Maisonneuve.
M. Paradis : Là, vous parlez du
sous-amendement pour le deuxième paragraphe du premier alinéa.
M. Boulet : Le...Il y avait le
premier puis le deux, parce qu'il y avait un... Il avait rajouté de quoi au
premier, et il l'a retiré.
M. Paradis : Oui, je sais qu'il
l'a retiré...
M. Boulet : Bon.
M. Paradis : ...mais je
reviens parce que je veux des éclaircissements, parce que, là, vous dites : L'exemple
de la loi...t de la contestation de la loi 14 est un bon exemple. Pourquoi je l'utilise?
Parce que, selon moi, c'est un exemple vraiment très éclairant du fait qu'ici
il ne s'agit peut-être pas d'un... d'une... d'un... d'une association
accréditée pour une unité qui dit : Voici, dans le cas de cette convention
collective, j'ai le droit d'un de mes membres qui est mis en cause. Donc, je
conteste. Il s'agit de l'ensemble, ou en tout cas d'une grande partie des
syndicats du Québec qui contestent une loi en disant : Les droits et les
conditions de travail de l'ensemble des salariés du Québec sont en jeu. Donc, c'est
au cœur de notre mission, pas dans le facultatif. C'est au cœur de notre
mission de veiller à la protection de ces droits-là. Et, dans ce cas-ci, l'outil,
c'est la contestation. Et, avec égard, ce que vous me dites, M. le ministre, je
le dis avec beaucoup d'égards, mais ce que vous me dites ne correspond pas à l'état
du droit actuellement, parce que, si vous regardez les définitions dans le Code
du travail, ça ne fait pas la distinction que vous êtes en train de faire. Et à
moins que vous décidiez de changer la définition de ce que c'est, une association
de salariés, ça va toujours rester la même chose. C'est un groupement de
salariés qui est constitué en syndicat professionnel, en union, en fraternité
ou autrement et ayant pour but l'étude, la sauvegarde et le développement des
intérêts économiques, sociaux et éducatifs de ses membres, pause, et
particulièrement la négociation et l'application de conventions collectives.
Vous, vous êtes en train de faire une
distinction avec le projet de loi qui n'existe pas dans la loi actuellement.
Vous êtes en train de dire que c'est... ah! C'est la dernière partie, et
particulièrement. Si vous n'êtes pas dans la négociation ou la défense des
droits en application de conventions collectives, vous êtes dans le facultatif.
Vous créez une distinction qui n'existe pas dans le droit actuel.
Et c'est pour ça que je vous dis que cet
article-là, 47.0.1, paragraphe un, devrait coller à ce qui est l'état du droit
actuellement, et donc un syndicat, lorsqu'il va au tribunal pour dire :
Cette loi, bien qu'elle ne vise pas... Bien que ce ne soit pas issu d'un
dossier, là, d'un salarié dans une unité, les droits de nos membres sont en
jeu, donc nous sommes dans notre mission principale. Nous sommes dans le cœur
de notre mission. Donc, ici, vous faites une distinction qui n'existe pas, puis
c'est évident que je vais vous proposer un amendement pour essayer de nous
rapprocher au... du droit existant.
Le Président (M. Allaire) : M.
le ministre.
M. Boulet : C'est du droit
nouveau, on crée, on n'invente pas une distinction. J'essaie de vous expliquer
la logique de notre raisonnement. Ce n'est pas de créer des distinctions là où
ça n'existe pas. On parle ici d'applicabilité pratique. Une contestation, quand
c'est en lien avec l'application d'une convention, comme vous savez, ça peut
être un grief, et dans le contexte de l'arbitrage, la constitutionnalité d'une
loi est soulevée. Ça peut être l'équité salariale, ça peut être la laïcité, ça
peut être... Mais c'est dans le contexte de l'application, quand il y a un lien
avec l'application de la convention collective de travail.
C'est sûr que, quand on crée, il y a du
droit nouveau, et c'est ça qu'on fait. Puis je reviens toujours à mon élément
de base, c'est simplement pour les travailleurs qu'on fait ça, c'est simplement
pour informer les travailleurs. Ce n'est pas contre les syndicats. Je veux juste,
encore une fois, là, repartager, parce que, pour moi, c'est important. Faites
tout ce que vous voulez, la loi 14, vous la contestez, puis, si on est dans
deux ans, puis la loi trois est effective telle qu'elle est là, on informe,
puis c'est les centrales qui contestent la loi 14, il n'y a même pas de vote
pour les centrales. Donc, c'est...
M. Boulet : ...informé et donc
ce n'est pas un devoir... puis ça se fait déjà probablement. Je vais revenir à
l'autre élément que je soulève souvent, c'est une loi sur des pratiques... des
saines pratiques de gouvernance minimum. Comme la loi sur les normes, ce n'est
pas parce qu'il y a un salaire minimum que tu ne peux pas payer plus. Ils font
déjà ça et au-delà, les unions, fédérations, confédération. Ça fait que je ne
veux pas qu'on fasse un débat de sémantique à l'infini. Je suis conscient que
c'est nouveau. Je suis conscient que c'est nouveau, mais c'est d'abord et avant
tout pour favoriser la participation maximale des travailleurs et permettre aux
travailleurs de savoir ce qu'on fait avec une cotisation qu'ils et elles sont
obligés de payer en vertu du Code du travail. Ça fait que je ne vais pas faire
qui est le meilleur dans la sémantique, ça ne me préoccupe pas.
M. Paradis : Avec égard, M.
le ministre, là, quand vous parlez de débat sémantique, là, je ne vous suis pas
du tout, puis je pense que vous êtes à côté de la discussion qu'on a, parce que
parler des mécanismes les plus importants de l'exercice de la protection des
droits des travailleurs, là, ce n'est pas de la sémantique. Vous avez dit
vous-même que vous créez du droit nouveau, donc là, on n'est pas en train de
faire de la sémantique, on est en train de s'assurer qu'on fait la meilleure
chose.
• (15 h 10) •
Et je vais vous concéder que vous n'êtes
pas en train d'essayer d'interdire puis d'empêcher parce qu'on a entendu des
mots forts, là, sur dérive autoritaire, etc. OK. Et ça, ça va beaucoup trop
loin, je vous le concède. Mais j'aimerais ça que vous concédiez l'autre côté.
Parce que, quand je vous entends dire que non, non, non, ce n'est pas grand
chose ce qu'on est en train de faire... l'ensemble du mouvement syndical
québécois est venu nous dire que vous êtes en train de... pratiquement de
l'empêcher. C'est ce qu'ils disent parce que ça va être tellement compliqué.
Souvenez-vous, M. le ministre, du témoignage qu'on a eu d'un syndicat qui vient
nous dire : On a juste essayé de changer le montant de la cotisation, ça
faisait des mois que la décision était communiquée aux autorités
gouvernementales en charge de changer la cotisation, puis ils ne sont même pas
encore capables de faire quelque chose qui n'est pas contentieux, qui est
convenu avec tout le monde. Vous, vous êtes en train de mettre en place un régime
de cotisation facultative qui n'a jamais existé au Québec, et j'aimerais ça que
vous... j'aimerais ça... j'essaie de le dire dans les mots les plus... les plus
parlementaires possibles, mais je ne pense pas que vous pouvez dire que :
Bien non, ce n'est pas grand-chose, finalement, puis il s'agit juste
d'informer. Si vous créez une cotisation facultative puis une cotisation
principale, c'est parce que vous allez rendre l'exercice de certaines actions
beaucoup plus difficile par votre... par votre cotisation facultative. Et ici,
je le redis, vous, vous dites : Ah! On fait du droit nouveau, mais, aux
dernières nouvelles, votre projet de loi ne change pas l'article un du Code du
travail. Donc, le droit sur lequel s'appuie votre projet de loi dit encore que
le cœur de la mission d'une association de salariés, c'est de défendre les
droits de ses membres. Pas juste dans le cadre de la convention collective,
puis des droits d'un membre avec son employeur, c'est de manière générale.
C'est là que vous venez dire quelque chose qui est contraire à l'état du droit
dans votre projet de loi. Puis moi, j'aimerais qu'on limite au minimum ce que
vous êtes en train de faire au 47.01.1, en toute justice, avec l'état actuel du
droit. Parce que, non, ce n'est pas facultatif, la protection des droits des
travailleurs. J'ai un tableau ici, là, rempli de dossiers importants dans
l'histoire du droit du travail au Québec. Puis je pourrais vous les nommer, là,
mais des contestations qui n'originaient pas nécessairement d'un dossier du membre
à l'unité par rapport à son employeur, mais qui ont été essentielles pour les
régimes de retraite, pour les droits des femmes enceintes, pour les congés
payés, etc., etc. Et si votre loi avait existé à ce moment-là, vous auriez
compliqué la vie ou peut-être que ces contestations-là n'auraient jamais pu
émerger parce que ça aurait été trop compliqué, parce que ça va être trop long,
ça va coûter trop cher. Donc des fois, lorsqu'il s'agit de la défense des
droits des travailleurs, il faut admettre que... puis c'est ça, l'amendement
que je vais vous proposer, et c'est là que je vais, c'est que, lorsqu'il s'agit
de protéger les droits des salariés, vous n'êtes pas dans le facultatif. C'est
ça, la mission d'un syndicat. Ce n'est pas juste par rapport à son unité dans
son accréditation, c'est de protéger les droits des travailleurs. Puis, si on
conteste une loi dans cet objectif-là, je...
M. Paradis : ...conçois que
pour ce qui est d'autres choses, c'est plus étendu, c'est plus éloigné. C'est
ce que vous êtes en train de faire. J'aurais préféré que vous n'alliez pas là.
Mais, si vous allez là, on va dire : On va vous concéder que vous voulez,
dans ces cas-là, dire que : OK, là, il faut... ça vaut la peine d'en
reparler, mais, lorsqu'il s'agit de protéger les droits des travailleurs, je ne
vois pas pourquoi vous mettez ça dans le facultatif. Parce que c'est ce que le
droit du travail dit au Québec : c'est la mission principale des
syndicats.
Le Président (M. Allaire) : M.
le ministre.
M. Boulet : Oui. Peut-être
juste quelques petits commentaires. Puis on va accueillir votre amendement, on
va l'analyser, puis on va y répondre. Mais je comprends la réaction syndicale.
En même temps, je sais qu'il y a beaucoup de syndicats qui ont des cotisations
spéciales, là. Ce n'est pas de créer de quoi qui est tellement distinct des
façons habituelles de faire, d'une part.
Puis deuxièmement il ne faut pas exagérer
l'importance de ce qui rentre dans le facultatif. Puis le collègue
d'Hochelaga-Maisonneuve avait raison quand il a corrigé un peu mon tir, c'est
1,5 % à 3.5 % du budget de la CSN, en tenant compte de la définition
originale. Donc, ce n'est pas des montants substantiels, contrairement à ce que
vous pouvez laisser croire dans votre propos.
Troisièmement, les droits des travailleurs
s'exercent, moi, je l'ai vu en pratique, par la voie principalement du canal
qui est un grief qui est entendu devant un arbitre. Et vous connaissez les
décisions de la Cour suprême qui reconnaissent une juridiction extrêmement
importante à l'arbitre qui peut s'intéresser à l'applicabilité
constitutionnelle d'une loi en application de la convention collective de
travail. Puis les régimes de retraite, généralement, là où il y en a, ils sont
conventionnés. Ça fait qu'on est ici toujours en lien avec l'application de la
convention collective. Les droits des travailleurs, c'est comme ça qu'ils
s'exercent, en application des conventions collectives de travail. Et on ne
l'avait pas dans notre version initiale. C'est pour ça que je vous dis :
On a entendu, lors des consultations particulières... Bon. Le collègue
d'Hochelaga-Maisonneuve aurait voulu qu'on rajoute à ce paragraphe-là
«conditions de travail», mais la convention collective, elle est définie comme
comprenant des conditions de travail.
Puis je ne veux pas aller à l'encontre de
concepts qui sont dans le Code du travail, vous me les citez, je les comprends,
mais ce qu'on crée ici, c'est la façon de présenter et la façon de permettre
aux travailleurs de savoir et, dans le cas des associations locales, de pouvoir
s'exprimer par un vote. Pour les centrales, c'est une façon de partager
l'information. C'est quoi, le mal de laisser savoir? Puis ça a été fait. Ils
ont même utilisé les médias pour laisser savoir que la loi 14... Je pense
qu'on a reçu les recours à mon ministère le lendemain ou le lendemain puis les
jours qui ont suivi l'entrée en vigueur de la loi 14, je les voyais, tous
les recours. C'est connu, c'est su, c'est public. Les recours, on va à un
greffe ou on va... si ça existe encore, les bureaux de protonotaires, on a
toute l'information. On va sur les... C'est simplement de dire : Informez
les travailleurs. Je veux juste décomplexifier. C'est ce qu'on a fait avec les
amendements qu'on vous a partagés. On a précisé la définition. Je pense que
c'est convenu. On a fusionné les quatre catégories en deux puis on a précisé
que... quant à l'application, ça allait être fait dans sa plus simple
expression une fois par année. Mais je... On va écouter votre amendement, là.
Puis je ne veux pas qu'on débatte. Vous avez raison en partie, moi, j'ai
probablement raison en partie. Mais, à un moment donné, il faut qu'on avance.
M. Paradis : Oui, il faut
qu'on avance, mais il faut qu'on fasse la bonne chose. Puis nous, c'est notre
rôle de législateur de faire ça.
M. Boulet : Totalement.
M. Paradis : Parce que, là,
vous dites maintenant : Ah! il s'agit simplement d'informer. Je m'excuse,
M. le ministre, ce n'est pas ce que votre projet de loi prévoit, là. Parce que,
si c'était juste d'informer, là, il y a un article qui disait : «Lorsqu'il
s'agit de telles contestations, le syndicat informe.» Vous prévoyez toute une
mécanique où il faut établir, donc, l'établissement d'une cotisation
facultative, un montant des votes, etc. Est-ce que vous admettez, M. le
ministre, que votre projet de loi prévoit une mécanique qui rend plus complexe
l'exercice d'une contestation ou la... la mise en place d'une campagne de
publicité dans le cadre de la cotisation facultative que dans la cotisation
principale?
M. Boulet : ...faire une
transaction moins complexe que ce que vous pensez puis un peu plus complexe que
ce que je pense. Ça fait que... Et il n'y a pas de vote au niveau des
130 fédérations, confédérations. C'est les associations, c'est...
M. Boulet : ...qui payent les
cotisations au niveau des associations locales qui ont à se soumettre à un
vote, mais c'est... c'est moins compliqué que ce que vous pensez, puis
peut-être un peu plus compliqué que ce que je pense, mais on l'a...
Une voix : ...
M. Boulet : C'est parce qu'on
l'a bien expliqué à plusieurs reprises, mais on va écouter votre amendement,
collègue.
M. Paradis : Oui, mais...
mais M. le ministre, il faut s'entendre, là, parce que... on en a beaucoup
discuté, mais là je vous entends dire qu'il n'y en aura pas, de vote.
M. Boulet : Bien, pour les
centrales... Non, ils n'ont pas...
M. Paradis : Il va y avoir un
vote.
M. Boulet : Bien, pour les
associations, oui.
M. Paradis : Oui, mais...
M. Boulet : C'est ce que je
dis et je le répète.
M. Paradis : Il va y avoir un
vote.
M. Boulet : Oui, bien, oui,
bien, oui.
M. Paradis : Il va y avoir un
vote.
M. Boulet : Pour... c'est
parce que vous vous référiez aux centrales, mais c'est les associations de
salariés accréditées à l'égard desquelles il y a une obligation de faire un
vote.
M. Paradis : Il ne s'agit pas
simplement d'informer. Il y aura toute une procédure pour qu'il y ait un vote,
il va falloir établir le montant, il va falloir démontrer... c'est ce que...
c'est ce que votre projet de loi dit.
M. Boulet : C'est un budget, mais
c'est parce qu'on a tout expliqué qu'il y a deux catégories, il y a les
contestations, puis il y a ce qu'on appelle publicité, mouvements sociaux,
incluant les activités politiques, et tu mets ce que tu as budgété dans un et
ce que tu as budgété dans l'autre, et tu permets aux salariés, aux travailleurs
de s'exprimer là-dessus. Et tu n'as pas à revenir durant l'année, et c'est une
gestion par projet, comme on a parlé hier, tu gères par projet, tu soumets un
budget, puis les travailleurs sont appelés à s'exprimer là-dessus. C'est fait
aussi simplement que ça, puis s'il y a un excès, ce n'est que si on excède, si,
par exemple, on a dit : C'est 100 $, 50 %... 50 $ ici,
50 $ là, si on n'excède pas, s'il y a 25 $ qui n'a pas été dépensé,
il est utilisé l'année suivante.
• (15 h 20) •
Une voix : ...
M. Boulet : OK.
Le Président (M. Allaire) : Merci.
Je comprends... Monsieur... oui, allez-y, M. le député de Jean-Talon.
M. Paradis : Mais il faut
qu'on s'entende sur les termes, parce que là, vous continuez à dire :
Aussi simplement que ça, en référant à l'information, les gens vont pouvoir
s'exprimer, mais il va y avoir une procédure de vote, il va y avoir une
procédure d'établissement du montant pour... ensuite, après qu'il y ait eu une
démonstration. Ensuite, il va falloir faire changer la façon dont est prélevée
la cotisation, donc là, ça va vouloir dire des exigences pour l'employeur...
Donc, j'aimerais qu'on... qu'on ne... qu'il n'y ait pas d'euphémisme lorsqu'on
parle de la différence que vous êtes en train de créer sur le terrain entre ce
que les syndicats vont pouvoir faire avec la cotisation de ce qui sera
considéré comme étant l'objet de la cotisation facultative par rapport à ce qui
est de la cotisation principale, d'où l'importance de bien respecter ce que
notre droit prévoit sur ce qu'est la mission centrale de toute association de
salariés, c'est-à-dire de protéger les droits de ses salariés, pas uniquement
dans le cadre de la convention collective en question pour l'association de
salariés. Donc, je vais vous proposer quelque chose, donc, si on peut
prendre...
Le Président (M. Allaire) :
Oui, on va suspendre les travaux quelques instants. Merci.
(Suspension de la séance à 15 h 22)
(Reprise à 15 h 31)
Le Président (M. Allaire) : Alors,
nous allons reprendre les travaux. M. le député de Jean-Talon souhaite déposer
un sous-amendement, je vous cède la parole pour lecture et commentaires. Il est
d'ailleurs à l'écran.
M. Paradis : Merci. Donc,
sous-amendement à l'article sept, qui modifie l'article... ou qui crée
l'article 47.0.1 du Code du travail. Donc, dans l'amendement proposé à
l'article sept du projet de loi : insérer, au paragraphe premier du premier
alinéa de l'article 47.0.1 de cette loi et après «sauf lorsque cette
contestation est faite», les mots «pour la protection des droits des salariés
ou». Donc l'article 47.01, inséré par l'article sept du projet de loi se
lirait comme suit : «Lorsqu'elles sont financées par des cotisations, les
activités d'une association accréditée, d'une union, d'une fédération ou d'une
confédération à laquelle est affiliée ou appartient une association accréditée
comprise dans les catégories suivantes doivent être financées exclusivement par
les cotisations facultatives. Toute contestation dans une affaire civile,
administrative, pénale ou criminelle du caractère opérant, de l'applicabilité
constitutionnelle ou de la validité d'une disposition, d'une loi, d'un règlement,
d'un décret du gouvernement ou d'un arrêté ministériel, ou toute contribution à
une telle contestation, incluant celles préalables à une telle contestation,
sauf lorsque cette contestation est faite pour la protection des droits des
salariés ou dans le cadre de la représentation d'un salarié en lien avec
l'application de sa convention collective ou de ce qui en tient lieu, ou
lorsque cette contestation est invoquée en défense» et...
Donc, on a eu la conversation, M. le
ministre, puis ça suit d'autres conversations qu'il y a eu, donc je
maintiens... je maintiens qu'il est important de s'en tenir à des principes
fondamentaux de notre droit québécois du travail, et depuis très longtemps, il
est convenu que, dans le cœur de la mission de toute association de salariés,
pas de manière facultative, pas de manière accessoire, pas de manière moins
importante ou moins fondamentale ou avec moins d'impact sur les droits des
membres de chaque association de salariés. Il y a la protection des droits des
salariés en général. C'est d'ailleurs pour ça qu'on définit comme suit à
l'article 1.a du Code du travail qui n'est pas modifié par ce projet de
loi...
15 h 30 (version non révisée)
M. Paradis : ...la définition
suivante, qu'une association de salariés, c'est «un groupement de salariés
constitués en syndicat professionnel, union, fraternité ou autrement et ayant
pour but l'étude, la sauvegarde et le développement des intérêts économiques,
sociaux et éducatifs de ses membres. C'est ça, la mission d'un syndicat, puis c'est
une association de salariés, et voyez la différence, l'article ajoute «et
particulièrement la négociation et l'application de conventions collectives».
Ça ne dit pas que ça, c'est facultatif, c'est : et particulièrement ça.
Donc, en conséquence, je vous propose l'amendement
suivant, qui nous ramènerait dans une voie qui est plus conforme à l'état du
droit actuel. Je comprends que vous voulez faire du droit nouveau, mais le
droit nouveau ne devrait pas être en contradiction avec ce qui reste, comme
fondements, comme piliers de notre droit du travail.
Le Président (M. Allaire) : Merci,
M. le député. M. le ministre.
M. Boulet : On va ajourner
deux minutes, je vais aller parler aux collègues.
Le Président (M. Allaire) : Pas
de problème. On va suspendre les travaux quelques instants, c'est mieux qu'ajourner.
(Suspension de la séance à 15 h 35)
(Reprise à 15 h 49)
Le Président (M. Allaire) : Alors,
nous allons reprendre les travaux. M. le ministre, je vous cède la parole pour
plus de précision.
La parole est à vous.
M. Boulet : Bien, en
fait, plus de précision, je veux surtout saluer le collègue qui soumet un
amendement avec une intention que je partage, une intention que nous avons
tous, que la loi, on ne la fait pas pour nous, on la fait pour qu'elle soit
simple d'application. Et puis là, on peut diverger d'opinion, puis on en
parlait avec Simon, que je peux nommer, là, mais est-ce que rajouter ça rend
plus confus ou ça éclaircit? Et ce que je suggérerais au collègue, c'est qu'on
mette pour la protection des droits des salariés dans le cadre de leur
représentation en lien avec l'application de la convention. Mais finalement, je
pense que c'est préférable de ne rien ajouter.
Donc, on voterait contre l'amendement,
mais avec tout le respect que nous devons au collègue de Jean-Talon.
• (15 h 50) •
Le Président (M. Allaire) : ...juste
pour préciser. Donc, on poursuit, M. le député de Jean-Talon.
M. Paradis : Évidemment,
je vais rester circonspect sur la nature des discussions qu'on avait hors
micro, mais c'était très intéressant, parce qu'on cherchait tous les deux à
éclaircir quels recours vont passer dans la cotisation principale et quels
recours passeraient dans la facultative. Et moi, j'aimerais peut-être que le
ministre clarifie. Parce que, moi, l'objectif ici, c'est de revenir au cœur de
ce qui est la mission d'une association de salariés, c'est-à-dire protéger les
droits de ses salariés, que, si elle fait ça, elle est toujours dans la
cotisation principale puisqu'elle fait ce qui est sa mission.
Donc, je voulais voir avec le ministre,
bien, si on ajoute cet amendement-là, c'est quoi, sa crainte pour lui? Quels
types de recours passeraient désormais dans l'exception? C'est-à-dire, ça
resterait dans le principal, puis quels types de recours demeureraient dans la
principale? Donc, qu'est-ce qu'il veut éviter, en réalité? Par exemple, est-ce
qu'il y a des des exemples qui lui viennent à l'esprit, qui vous viennent à
l'esprit, M. le ministre, de dire : Bien non, pour nous, ça, quand c'est
ce type de recours là, c'est clair que ça doit être dans la facultative puis
c'est pour ça, M. le député de Jean-Talon, que je ne voterai pas pour votre...
votre amendement.
Donc, avec, dans l'état actuel de
l'amendement et du sous-amendement que je propose, est-ce que vous pouvez
clarifier un peu, M. le ministre, là, ce que vous voulez qui demeure dans,
nécessairement, dans le facultatif?
Le Président (M. Allaire) : ...ministre.
M. Boulet : En rajoutant
le concept de protection des droits des salariés, c'est extrêmement large. Et
les tribunaux diraient : C'est un peu flou. Mais, en dehors du champ d'application
de la convention collective, puis on sait que les arbitres ont compétence
exclusive en matière d'application de la convention collective, ça devient,
comme, illimité. C'est pour ça qu'on a utilisé un texte qui est spécifique et
qui permet, dans le contexte d'un grief où subsidiairement, on attend qu'une
loi, que ce soit la loi sur l'équité salariale ou une autre, on peut le faire.
L'arbitre a compétence exclusive. Mais c'est comme ça que je vous expliquerais
mon refus.
M. Paradis : Bon, en
fait, j'avais pris cette façon de le dire pour, justement, tenter de
simplifier. Mais là, je vais faire état aussi de conversations qu'on a eues
aussi hors micro, mais une intention que j'avais, ça aurait été de reprendre
les mots exacts de l'article 1 a) du Code du travail, puis c'est des
discussions qu'on a eues aussi avec le collègue d'Hochelaga-Maisonneuve, parce
que, si on disait, par exemple, que, si la contestation est faite pour l'étude,
la sauvegarde et le développement des intérêts économiques, sociaux et
éducatifs de ses membres, ce sont les mots du Code du travail, de ce que doit
faire, de ce qui est la mission principale d'un syndicat... si on prenait ces
mots-là, que j'ai essayé de simplifier en moins de mots ici, est-ce que vous
seriez d'accord? Parce que là, on répéterait exactement les mots de
l'article 1 a) du Code du travail qui dit : Voici ce que doit faire
un syndicat. Pas facultatif. Voici ce que doit faire un syndicat. Donc, moi, si
un syndicat fait une contestation...
M. Paradis : ...dans ces
objectifs-là, il est en train de ne pas faire... Il n'est pas en train de faire
du facultatif, il est en train de faire vraiment ce pour quoi il existe et ce
pour quoi, M. le ministre, on a créé la formule Rand, qui fait en sorte qu'il y
a une cotisation qui est prélevée automatiquement sur la paie des salariés en
question. Puis vous revenez souvent là-dessus, vous dites : Moi, ce que je
me propose de faire, c'est pour... c'est en lien, justement, avec le fait qu'il
existe une formule Rand. Ça fait que moi, je vous dis : Bien, prenons...
prenons les mots. Ou alors simplifiez comme ça, ou, si on prenait ces
mots-là... on prend les mêmes mots, est-ce que vous seriez d'accord?
M. Boulet : ...pas d'accord.
Puis on a eu le débat sur la notion de «conditions de travail». C'était ce qui
était proposé par le collègue. Revenons à la définition d'un grief. Tu sais,
quand on parle de contestation, ce qui est inhérent à une contestation, c'est
une mésentente, et c'est ça, un grief, c'est une mésentente quant à
l'interprétation ou l'application d'une convention. C'est défini comme ça dans
le Code du travail, et on veut être pratiques. Et, si on élargit à l'ensemble
des intérêts sociaux, économiques et autres, ça, ça veut dire : on fait
sans dire, on fait sans permettre l'expression. C'est mon raisonnement. Je n'ai
pas d'autre commentaire.
Le Président (M. Allaire) : M.
le député de Jean-Talon.
M. Paradis : Bon. Donc, vous
dites de reprendre les mots mêmes de ce qu'est la mission du syndicat, ça
n'irait pas non plus pour vous. Donc, un syndicat... pour vous, un syndicat qui
va en cour pour faire ça est en train de faire du facultatif.
M. Boulet : On parle d'application
pratique. Un syndicat, c'est défini comme ça, en fait, l'association de
salariés, pas le syndicat, et, dans son action, l'association représente des
salariés ou défend des salariés en application de la convention, puis c'est ça
qui a et... qui génère des mésententes. Et le véhicule qui est utilisé, c'est
généralement le grief. Ça fait que je peux l'expliquer de bien des manières,
là, mais c'est un projet de loi qui est d'application pratique.
Puis je le répète, ce n'est pas
d'interdire, puis je le sais que vous le comprenez, mais c'est simplement
d'informer. Puis je pense que les travailleurs ont le droit de savoir. Quand
même que vous me diriez : Bien, c'est pour promotionner des intérêts
socioéconomiques, j'en conviens, faites-le, il n'y a aucun problème.
Partagez-le, faites-le savoir, puis qu'il y ait un vote sur ce budget-là, ce
n'est pas problématique.
Ça fait que c'est notre raisonnement. Puis
je ne vous demande pas d'être d'accord, mais je vous demande de comprendre que,
si vous étiez dans les bottines d'un travailleur... Il y a beaucoup de
travailleurs qui se sont exprimés à cet effet-là parce qu'ils sont obligés de
payer 1 000 $... 1 200 $, 1 500 $, et autres. La
moyenne, selon notre analyse, c'est 1 150 $. Il me semble qu'ils ont
le droit de savoir puis, il me semble, c'est moi... ce que j'appelle la
réciprocité qui est nécessaire.
M. Paradis : Mais est-ce que
vous êtes en train de prétendre que, peu importe les recours, que les syndicats
vont en cour à l'insu de leurs membres? Parce que, là, vous dites : Ah! au
moins, qu'ils soient minimalement informés. Moi, je...
M. Boulet : Non, non, moi, je
n'ai pas dit... Informer, c'est que les syndicats informent de comment ils
utilisent une partie de leurs cotisations qui n'est pas utilisée, en lien avec
l'application de leur convention collective. C'est simplement ça.
M. Paradis : Bon. On a eu
cette discussion-là. Puis, pour moi, ce n'est pas juste l'information, et je
m'excuse de nouveau, mais votre...
M. Boulet : Et le vote. Et le
vote. Et le vote.
M. Paradis : C'est ça. C'est
le vote, puis la reddition de comptes, puis l'instauration d'un autre régime de
cotisation qui modifie comment on va prélever l'argent sur les chèques de paie.
C'est compliqué, là, ce n'est pas simple, bon.
M. Boulet : On l'a tout
analysé dans le bloc 2, dans le bloc...
M. Paradis : Donc, est-ce que
je comprends que, pour vous, en fait, le seuil, c'est : il faut qu'il y
ait un... un grief? S'il n'y a pas de grief, puis que tu fais une contestation
après, tu es dans le... tu es dans le facultatif. S'il y a eu un grief, là, un
recours devant le tribunal, c'est dans la cotisation principale. Est-ce que
c'est ça, votre barème?
M. Boulet : Je ne suis pas
sûr que je comprends, là.
M. Paradis : Bien, vous
insistez beaucoup sur la notion de grief, que l'élément déclencheur du fait que
tu peux aller faire un recours devant un tribunal, qui est couvert par la
cotisation principale, c'est : est-ce que ça... est-ce qu'au départ il y
avait un grief quelque part? Est-ce que c'est... est-ce que je vous comprends
bien, là?
M. Boulet : Oui. Toute
mésentente relative à l'interprétation ou l'application d'une convention, le
véhicule qui...
M. Boulet : ...est prévu dans
le Code du travail, c'est le grief. Maism après ça, il peut avoir des recours
en révision judiciaire, il peut avoir des recours d'autres natures. Mais,
essentiellement, quand on réfère au lien avec l'application de la convention
collective de travail, c'est ça. On n'avait rien. Je vous rappellerai que la
version initiale du PL n° 3... Puis, si on va en
arrière, la version que le collègue d'Hochelaga-Maisonneuve avait imaginée ou
partagée avec quelqu'un, c'était pire que ça. Dans la cotisation facultative,
il y avait beaucoup d'autres choses. Alors, on en est rendu... Là, ce que vous
me demandez, collègue, là, c'est de diluer tellement la notion de cotisation
facultative qu'on ne sera plus à de 1,5 à 3 % du budget, on va être à
0,2 %. C'est... Je sais que c'est peut-être ce que vous souhaitez, mais on
ne peut pas dénaturer cette notion-là au point de la vider de son sens. C'est
mon opinion puis, encore une fois, je ne veux pas vous convaincre.
M. Paradis : Bon, j'ai bien
noté que vous avez utilisé l'adjectif «pire», je le dis avec humour, mais oui,
c'est vrai que votre... la solution que vous proposez était très, très, très
sévère. Vous m'avez entendu à plusieurs reprises me prononcer là-dessus. Là,
vous desserrez un peu, mais je...
• (16 heures) •
M. Boulet : ...presque
acceptable.
M. Paradis : ...mais... Et là
je note que, pour vous, c'est la notion de grief, parce que, donc, s'il n'y a
pas eu la représentation d'un salarié, donc, par le biais de l'exercice d'un
grief, on est dans le facultatif. S'il y a eu un grief, donc, une mésentente,
là on est dans le principal, je trouve que c'est un... je trouve que c'est une
norme très sévère, puis c'est vous... c'est vous qui qualifiez ce qui n'est pas
grief de facultatif...
M. Boulet : Non, non, non.
M. Paradis : ...et je vous
soumets que ce n'est pas... ce n'est pas inscrit, ce n'est pas inscrit dans le
Code du travail, que l'objectif d'une association de salariés, c'est de déposer
des griefs puis d'être juste dans le règlement de mésentente. C'est de
représenter les intérêts de ses membres, comme c'est prévu depuis longtemps
dans le droit du travail.
M. Boulet : Vous allez bien me
comprendre, là, c'est que le grief et le canal qui nous permet de contester la
constitutionnalité d'une loi. J'ai parlé de l'équité salariale, mais il ne faut
pas restreindre ça à la notion de grief, parce que, par le grief, ça te
permet... et l'arbitre a juridiction pour se prononcer sur l'applicabilité
constitutionnelle d'articles de loi. Ce n'est pas que le grief,
l'interprétation ou l'application de la convention collective nous permet de
remettre en question la constitutionnalité d'articles de loi. C'est tout.
Le Président (M. Allaire) : Ça
va? Pas d'autres interventions? Député de Jean-Talon... Ah! M. le député
d'Hochelaga-Maisonneuve, allez-y.
M. Leduc : Je voulais juste
saluer mon collègue de Jean-Talon, qui essaie également de pousser dans le bon
sens pour aller chercher le plus possible d'aménagements dans ce, à mon avis,
bien mauvais projet de loi. Salutations faites.
Le Président (M. Allaire) : M.
le député de Jean-Talon, vous souhaitez poursuivre? Ça va?
M. Paradis : Bien là, je
pense qu'on a eu la conversation, puis je pense que je comprends où est-ce
qu'on s'en va, mais je... M. le ministre, vous disiez tout à l'heure «dénaturer
le projet de loi», moi, j'appellerais ça essayer de se rapprocher le plus
possible d'un cadre législatif existant puis que vous ne modifiez pas. Par
ailleurs, je pense que vous venez, en fait, en quelque sorte, contredire
d'autres éléments importants de notre droit du travail avec ce que vous
prévoyez ici. Puis je pense que ça serait uniquement représenter ce qui est le
vrai travail des associations de salariés, c'est-à-dire de veiller à la
protection des droits de leurs salariés, et je... Dans notre discussion, je
vous nommais toute une série de recours qui ont transformé positivement le
droit du travail, qui ont... qui nous ont permis des avancées sociales qui
font, aujourd'hui, consensus. Ce n'était pas issu d'un grief ou d'une
mésentente dans le cadre de l'application d'une convention collective.
C'étaient des associations de salariés qui voient des problèmes structurants...
ou structurels dans notre société en droit du travail.
J'ai parlé, par exemple, des cas de
comment on versait les paies lorsque... en cas de grossesse, qu'il y avait des
problèmes structurels, les congés de maternité, des régimes de retraite, bien,
souvent, c'est qu'on voit qu'il y a une problématique, puis on s'attaque à une
loi qui crée ces problèmes-là pour la changer au mieux et que peut-être, avec
ces articles-là, on est en train de se priver de ces possibilités d'avancement
social qui sont au bénéfice de l'ensemble de la société, des travailleurs, mais
des employeurs aussi puis du... en fait, du bien-être des travailleurs, mais
aussi du bien-être économique et social du Québec. J'y vois des risques, vous
le dites, c'est du droit nouveau...
16 h (version non révisée)
M. Paradis : ...mais d'y aller
avec le plus de nuances possibles puis de placer le curseur à la bonne place,
ça a du mérite. Et c'est ce que je propose avec cet amendement.
Le Président (M. Allaire) : Ça
va? D'autres interventions? Avant de voter, simplement vous dire, M. le député
de Jean-Talon, s'il y a des visages tristes et allongés, ce n'est pas à cause
de votre intervention. C'est que nos vaillantes Canadiennes ont perdu,
malheureusement. On les remercie pour les beaux moments, entre autres, cet
après-midi, qui nous a permis de vivre quelque chose quand même d'exceptionnel
en commission.
Alors, maintenant, on est prêts à voter
sur...
Une voix : ...
Le Président (M. Allaire) : ...sur
ce sous-amendement par appel nominal. Donc, je comprends, Mme la secrétaire,
par appel nominal pour le sous-amendement, s'il vous plaît.
La Secrétaire : Pour, contre,
abstention. M. Paradis (Jean-Talon)?
M. Paradis : Pour.
La Secrétaire
: M. Boulet
(Trois-Rivières)?
M. Boulet : Contre.
La Secrétaire
: Mme Mallette
(Huntingdon)?
Mme Mallette : Contre.
La Secrétaire
: ...Dorismond
(Marie-Victorin)?
Mme Dorismond : Contre.
La Secrétaire
: Mme Hébert
(Saint-François)?
Mme
Hébert
: Contre.
La Secrétaire
: Mme Jeannotte
(Labelle)?
Mme Jeannotte : Contre.
La Secrétaire
: Mme Prass
(D'Arcy-McGee)?
Mme Prass : Pour.
La Secrétaire
: M. Leduc
(Hochelaga-Maisonneuve)?
M. Leduc : Pour.
La Secrétaire
: Et M. Allaire
(Maskinongé)?
Le Président (M. Allaire) : Abstention.
Le sous-amendement est donc rejeté. On revient donc à l'amendement. Est-ce qu'il
y a des interventions? Oui. M. le député d'Hochelaga-Maisonneuve.
M. Leduc : Merci. J'ai des
petites questions de compréhension, de définition. J'amène le ministre au
premier paragraphe. On n'a pas eu le temps d'aborder ces enjeux-là, mais je
pense que c'est important de le faire. Quand on dit, là : «Le taux de
contestation dans une affaire civile», etc., «ou toute contribution à une telle
contestation», qu'est-ce qu'on veut dire ici? C'est quoi, la différence entre
une contestation puis une contribution à une contestation?
Le Président (M. Allaire) : M.
le ministre.
M. Boulet : Bien, c'est du
financement d'une contestation, là, on contribue à une telle contestation. Il
me semble que le terme est...
M. Leduc : ...
M. Boulet : Oui.
M. Leduc : En chèque? En...
En contribution pécuniaire? J'envoie un chèque à un syndicat ou à un autre
organisation de la société civile qui... qui contribue au fonds de défense d'un
dossier?
M. Boulet : Je vais vous
donner un...
Une voix : ...
Le Président (M. Allaire) : On
va suspendre quelques instants. Merci.
(Suspension de la séance à 16 h 06)
(Reprise à 16 h 07)
Le Président (M. Allaire) : Alors,
nous allons reprendre les travaux. M. le ministre.
M. Boulet : Donc, ce n'est
pas que monétaire. C'est défini de la façon suivante : ça réfère aux
autres contributions que peut faire une association, par exemple, apporter un
apport, un support professionnel, un support juridique ou monétaire à une autre
association qui conteste la constitutionnalité d'une loi. Donc, c'est la
définition.
M. Leduc : Un «support
professionnel», on entend là...
M. Boulet : Bien, du conseil
juridique, du conseil... Du conseil.
M. Leduc : Donc, un avocat en
résidence qui va aller passer des heures à...
M. Boulet : Exact. Oui.
M. Leduc : Ça, ce serait?
M. Boulet : Une contribution.
M. Leduc : Une contribution à
la contestation?
M. Boulet : Oui.
M. Leduc : Mais, si je suis
inscrit comme cocontestataire dans la poursuite, comme notamment la PL 21?
M. Boulet : On n'aurait pas
besoin d'utiliser le terme «contribution» parce que ça réfère aux contributions
que peut faire une association. Je dis, par exemple, «un support professionnel,
juridique ou monétaire à une autre association.»
M. Leduc : Et que je fasse
moi-même la poursuite, que je sois dans une espèce de consortium de poursuite
ou que j'aide cette poursuite-là monétairement avec une contribution, c'est
toute la même chose?
M. Boulet : ...n'y contribues
pas, là. Tu es un cocontestataire, là. Tu... C'est toi qui contestes.
M. Leduc : C'est ça. Mais je
reformule ma question : Si je... Si je conteste moi-même, si nous sommes
plusieurs dans une même contestation, ou si je suis un externe qui aide une de
ces parties-là de contester, tout ça, c'est la même chose dans le paragraphe
un?
M. Boulet : Oui, oui, exact.
Pour que ce soit équitable. Oui.
M. Leduc : Pour que ce soit
équitable?
M. Boulet : Bien, pour que ce
soit juste, là, tu sais, pour viser toutes ces situations-là. Peut-être pas
«équitable», là, mais...
M. Leduc : OK. Qu'est-ce qu'on
entend par «incluant...» Juste après, vous dites : «toute contribution à
une telle contestation, incluant celle préalable à une telle contestation».
M. Boulet : C'est l'utilisation
des cotisations pour contribuer à un dossier avant qu'une contestation soit
faite. Par exemple, recherches sur le dossier... hors cour, les avis juridiques
pour connaître les recours possibles, une évaluation des chances de succès.
Dans le fond, tout ce qui contribue préalablement à la contestation, la
préparation de la contestation.
M. Leduc : Oui. Mais là, s'il
décide de ne pas y aller finalement, contester?
M. Boulet : Bien là, il n'y a
pas de contestation...
M. Boulet : ...c'est une
contribution préalable à une contestation.
M. Leduc : Donc là, mettons,
il y a... il y a un projet de loi que je n'aime pas, je veux le... je réfléchis
à le contester, je demande un avis juridique interne à mon... à mon service du
contentieux de ma centrale, puis là, finalement, je décide de ne pas y aller pour
X, Y raison, vous, vous dites que ce service interne là du contentieux, ça
devient facultatif.
M. Boulet : Bien, c'est une
contribution préalable à une contestation.
M. Leduc : Je vous rappelle
la discussion qu'on a eue hier, là, dans les contentieux internes du syndicat,
là, il n'y a pas... il n'y a pas de calcul d'heure, là, ce n'est pas comme un
cabinet, là.
M. Boulet : Mais ils vont
avoir à le faire en vertu de la loi, c'est, je veux dire...
M. Leduc : Mais non, c'est
écrit... ce n'est écrit nulle part, là, que vous devez tout à coup adopter un
système de gestion des heures à la minute, là, votre loi ne dit pas ça.
M. Boulet : Non, mais dans le
rapport sur l'utilisation des ressources financières, vous allez... les
syndicats vont devoir le préciser, on l'a adoptée dans le premier bloc
transparence.
M. Leduc : Oui, mais dans les
ressources financières, M. le ministre, là, il va y avoir les employés, puis il
va y avoir le département juridique, ça va être le salaire de... juridique, il
n'y aura pas comme 50 items...
M. Boulet : Oui, mais il y a
les détails sur la cotisation facultative aussi, là. On va devoir expliquer...
• (16 h 10) •
M. Leduc : On va devoir
expliquer quoi?
M. Boulet : Bien, non, il va
falloir que les outils administratifs soient adaptés pour se conformer à la
loi, là.
M. Leduc : Bien, je... Non,
je ne pense pas.
M. Boulet : Bien, on l'a...
les dépenses concernant les cotisations facultatives, on l'a dans le rapport
sur l'utilisation des ressources financières.
M. Leduc : OK. C'est où ça
qu'on a discuté de ça?
M. Boulet : Dans le premier
bloc, là, on a fait les états financiers...
M. Leduc : Oui, rappelez-moi
l'article.
M. Boulet : Bien, là, je n'ai
pas l'article en tête, là.
M. Leduc : Bien, prenons le
temps de décortiquer ça, c'est important, ce que vous... ce qu'on discute, là.
M. Boulet : ...Alexandre,
pour rendre compte... Excusez, collègue, pour rendre compte, il va falloir
qu'il dise c'est quoi les dépenses.
M. Leduc : Bien non, il n'y a
personne qui calcule ça. Moi, je suis... moi, je possède...
M. Boulet : Là, là, on
revient à la même discussion, là. La loi, elle n'a pas à s'adapter à ce que
vous faites, c'est les façons de faire qui doivent s'adapter à la loi. Voyons.
M. Leduc : Oui, mais votre
loi ne dit pas ça. Pointez-moi la définition de l'article qu'on a adopté qui
dit qu'il va falloir que les ventilations de dépenses des centrales
définissent, en dehors du nombre des employés, les projets précis sur lesquels
ils ont travaillé. Si je... Moi, je n'ai pas vu ça passer. Parce que là, vous
êtes dans la microgestion, pas à peu près.
M. Boulet : C'est 47.1.2,
paragraphe cinq, puis ce n'est pas plus que ça. Puis, encore une fois, il faut
adapter les leviers...
M. Leduc : 45?
M. Boulet : 47.1.2.5.
M. Leduc : De quel article,
ça?
M. Boulet : 47.1.2, paragraphe
cinq où on réfère au résumé des activités financées avec les cotisations
facultatives et une ventilation des dépenses qui y sont associées. On l'a
adopté.
M. Leduc : Aucunement ça ne
précise qu'il faut que j'aille préciser exactement qui qui a travaillé sur
combien d'heures à tout le monde.
M. Boulet : Je n'ai pas
dit... je ne suis pas allé plus loin que ça, mais, moi, je pense que les
leviers administratifs doivent s'adapter à ça. Et si les travailleurs....
c'est, on met ça dans les mains des travailleurs, collègues. On ne met pas des
outils dans les mains des syndicats pour... Tu sais, on l'a... Je pense que les
syndicats vont s'adapter à ça, là. Mais, vous me demandez l'article, là, puis
il y a 47.0.1 in fine aussi, que vous pouvez regarder.
M. Leduc : Comment vous
dites, 47.1.1?
M. Boulet : .0.1 in fine.
Puis...
M. Leduc : Excusez, qu'est-ce
que ça veut dire, in fine?
M. Boulet : C'est le dernier.
Le dernier paragraphe.
M. Leduc : Celui qu'on étudie
en ce moment, là?
M. Boulet : Oui, puis je vous
rappellerai, collègues, que la définition de cotisation facultative indique
«toutes les dépenses liées à la réalisation d'une activité visée au paragraphe
un ou deuxième du premier alinéa, dont notamment les salaires, les honoraires
de services professionnels, les frais d'hébergement, de déplacement ou de repas
ou toute autre dépense connexe doivent être financées par les cotisations
facultatives».
M. Leduc : Vous, vous êtes en
train de penser, là, que les élus des 8 400 accréditations syndicales
du Québec, l'ensemble des salariés de toutes les centrales syndicales,
fédérations, conseils régionaux, etc. vont commencer demain matin à calculer
heure par heure ce qu'ils ont fait comme job du jour pour vous monter un beau
tableau Excel pour savoir exactement qu'est-ce qui était, à la minute près, à
l'heure près, leur investissement de temps à l'intérieur d'une cause
facultative ou principale, qu'ils vont faire un beau gros tableau puis qu'ils
vont faire voter ça une fois par année par tous les membres de
8400 accréditations?
M. Boulet : Non, on en a
parlé abondamment. Un, il faut qu'ils engagent des activités de nature
facultatives, deuxièmement, on a simplifié l'application pour que ce soit dans
deux catégories, donc présenter simplement 5 000 dans la catégorie un,
5 000 dans la catégorie deux et quand ils vont présenter leur rapport sur
l'utilisation des ressources financières, ils vont expliquer ce qu'ils ont
fait, c'est tout. Je veux dire, ce n'est pas... Puis...
M. Boulet : ...les centrales,
je le répète, vous le savez que les centrales n'ont pas... parce qu'ils n'ont
pas les... ils ne font pas voter, là. Il y a le rapport...
M. Leduc : Mais oui, ils les
font voter... vous les faites voter en plus par accréditation sur le budget de
la centrale. Arrêtez de dire qu'ils ne vont pas voter, vous les faites voter
chacune des accréditations de la centrale.
M. Boulet : Oui, mais ça,
c'est une obligation de vote pour les associations de salariés, les locaux.
M. Leduc : Qui sont affiliés
à la centrale.
M. Boulet : Exact.
M. Leduc : Mais donc, la
centrale fait voter.
Une voix : ...
M. Boulet : Bien, c'est
l'association qui fait...
M. Leduc : Écoutez, c'est
correct, là, moi, je vous dis, là, votre loi, elle est inopérante, personne ne
va faire ça.
M. Boulet : Je ne suis pas
d'accord.
M. Leduc : Je vous le dis, là,
on va s'en reparler dans cinq ans, personne ne va faire ça.
M. Boulet : Puis, c'est comme
si vous me disiez qu'une cotisation spéciale, ça n'existe pas.
M. Leduc : De quoi vous
parlez quand vous parlez de cotisation spéciale?
Le Président (M. Allaire) : ...un
point de règlement ou vous souhaitez intervenir?
Mme Jeannotte : ... ça fait
deux fois que j'entends le député d'Hochelaga-Maisonneuve dire que c'est...
cette loi-là, elle est mauvaise, elle est inopérante, il faudrait faire
attention, puis aussi, c'est très long parce que le ministre est très, très
patient, on a entendu énormément d'arguments, M. le Président, à un moment
donné, il faut être ouvert d'esprit, puis... regardez, on fait une nouvelle
loi, on le dit, c'est du nouveau droit, il y a des gens, nous, qui nous
appellent pour la voir, la vouloir, cette... cette loi là, à un moment donné,
il faut faire aussi preuve, des deux côtés, là, de collaboration. C'était mon
point.
Le Président (M. Allaire) : Je
vous ai entendue, Mme Labelle, par... Mme la députée de Labelle, c'est une
opinion qui est exprimée ici, ce n'est peut-être pas le fun à entendre, mais
toutes les opinions sont bonnes a être entendues et on ne prête pas des
intentions, on ne prêtait pas des intentions, c'est vraiment une opinion, donc,
je vous invite à poursuivre. Il vous reste un peu moins de cinq minutes.
M. Leduc : Je pensais que je
m'étais contrôlé dans mes commentaires, mais je... je vais y aller encore plus
un effort pour me contrôler dans mes commentaires, M. le Président. Passons,
là, sur le préalable, j'ai compris l'intention du ministre, encore une fois, je
pense... personne ne va appliquer ça, c'est juste inapplicable. Ça fait
qu'après ça, il va y avoir une belle loi, ça va être bien le fun pour les
élections, mais personne ne va pouvoir appliquer ça. D'autres questions, par
contre, là, au-delà de l'éditorial que je viens de vous livrer, je veux
comprendre ce qu'il veut dire dans... Je bascule de paragraphe, là, je retourne
au deuxième : Toute campagne de publicité excluant celles destinées
exclusivement aux membres ou toute participation à un mouvement social, ça, on
en a discuté amplement hier, lorsque... de publicité ou ce mouvement social
concerne en tout ou en partie un sujet à caractère politique. Qu'est-ce qu'un
sujet à caractère politique?
Le Président (M. Allaire) : M.
le ministre.
M. Boulet : ...on avait...
Bien... de la loi fédérale sur l'emploi dans la fonction publique, mais
généralement, c'est une activité qui est exercée au sein d'un parti politique
ou une activité pour soutenir un parti politique ou pour s'y opposer. Puis ça
peut être une activité exercée pour soutenir un candidat avant ou pendant une
période électorale ou pour s'y opposer. Je pense que ça résume simplement, c'est
juste ça.
M. Leduc : Le sens politique
au sens électoral, au sens partisan.
M. Boulet : Oui.
M. Leduc : Parfait, ça, ça
clarifie une chose. Mais n'est-ce pas déjà tout couvert par la loi sur les
élections, ça?
M. Boulet : Ça, ce n'est
pas... Oui, ce qui est couvert par la loi sur les... la loi électorale, on
n'est pas... Nous, ce qu'on dit, c'est qu'on informe. Par exemple, si on fait
une campagne pour soutenir un parti politique...
M. Leduc : C'est illégal.
M. Boulet : ...ou pour
s'opposer. C'est tout à fait légal.
M. Leduc : Bien, ça ne peut
pas être une dépense facultative, si c'était légal.
M. Boulet : Non. Ça revient
tout le temps au fondement de notre loi, on n'interdit pas, on fait simplement
demander d'informer et de voter. Je vais revenir avec le vote, là, donc, c'est
possible de le faire, on peut tout faire.
Une voix : ...
M. Boulet : Et tout ça est
dans le respect de la loi électorale.
M. Leduc : Je veux juste...
je réitère, faire une intervention syndicale en soutenance d'une candidature
électorale, c'est illégal au sens de la loi électorale. Ça fait que ça ne peut
pas être une dépense facultative, je ne peux pas faire voter ça comme dépense
facultative, c'est illégal, c'est une contribution électorale illégale. Ça fait
que pourquoi on met ça là-dedans? Ça ne peut même pas être autorisé par la loi,
ça ne peut pas être une dépense facultative.
M. Boulet : C'est une dépense
qui peut se faire pour soutenir une personne...
M. Leduc : Hein?
M. Boulet : ...pour
soutenir... Non, non, mais je ne dis pas qu'il peut légalement, mais qui peut
se faire et qui se... et qui s'est déjà effectué, ça s'est déjà fait et on le
prévoit de cette manière-là.
M. Leduc : Qu'est-ce qui
s'est déjà fait? C'est illégal M. le ministre.
M. Boulet : Bien, qu'est ce
que vous dites? Qu'est-ce qui est légal et qu'est-ce qui n'est pas légal?
M. Leduc : On ne peut pas
faire une contribution syndicale en soutenance d'un parti politique.
M. Boulet : Non, non, je ne
parle pas de contribution. On parle d'une activité... une activité... ne sont
pas... Bon, on parle d'activité politique, c'était la notion que vous m'aviez
demandé de définir.
M. Leduc : Non, ici, on est
dans campagne de publicité ou participation au mouvement social, je suis dans
le deuxième paragraphe.
M. Boulet : Oui, oui, mais
quand...
M. Leduc : Je ne peux pas
faire une campagne...
M. Boulet : ...ça concerne
sujet à caractère politique, donc c'est illégal, vous ne pouvez pas, mais ça
peut...
M. Boulet : ...fait d'une
autre manière financièrement.
M. Leduc : Mais qu'est-ce qui
prime? C'est-tu la loi des élections qui prime, où est-ce que tu dis que toute
contribution politique est illégale, ou c'est la loi trois qui prime que je
pourrais la faire si c'est une... caractère facultatif?
M. Boulet : Non, mais
remarquez bien, là, si c'est une contribution qui est illégale en vertu de la
Loi électorale, ce n'est pas ce qu'on concerne ici, ce n'est pas ce qui nous
intéresse, c'est une activité, un sujet à caractère politique. On fait une
campagne ou on participe à un mouvement social qui concerne en tout ou en
partie un sujet à caractère politique. Vous m'avez demandé de définir ce
qu'était une activité politique et je l'ai définie.
M. Leduc : Puis vous l'avez
défini dans le sens partisan. C'est très clair.
M. Boulet : Bien oui.
M. Leduc : Donc, que c'est que
ça fait là? C'est déjà illégal d'un bout à l'autre dans le cadre de la Loi sur
les élections. On ne peut pas en faire une.
M. Boulet : De ne pas faire de
contribution. Mais ici, ce qui est précisé, c'est qu'on ne rend pas illégal
rien. On n'interdit rien, on fait simplement informer.
M. Leduc : Oui, mais vous
rendez quelque chose légal qu'il l'est, légal. On ne peut pas faire une dépense
facultative de quelque chose qui est illégal. C'est absurde. Peut-être qu'on
peut suspendre, M. le Président?
• (16 h 20) •
M. Boulet : Non, non, non,
mais ça peut être aussi... Tu sais, si on sait se... si ce n'est pas purement
électoral, ça peut être une campagne de publicité, par exemple, contre le
budget du Québec. C'est certainement un sujet à caractère politique, ça
concerne en tout ou en partie un sujet à caractère politique.
M. Leduc : Là, vous venez de
donner... une définition complètement différente de celle que vous m'avez
donnée il y a trois minutes.
M. Boulet : Bien, j'ai donné
la définition à connotation électorale, mais ce n'est pas limité à ça.
M. Leduc : M. le... M. le
ministre, on fait une nouvelle loi, on fait du droit nouveau. Puis j'ai
l'impression désagréable que vous improvisez des réponses à mes questions. Puis
ça a une influence directe sur les gens qui vont devoir appliquer la loi.
M. Boulet : ...je vais... je
vais vous le...
Le Président (M. Allaire) :
...
M. Boulet : Non, mais je
vais... je vais relire...
Le Président (M. Allaire) :
...juste... juste, M. le ministre, M. le ministre, juste un petit instant. Vous
êtes allé un petit peu loin.
M. Leduc : Bien, en tout
respect, M. le Président, on me donne deux définitions complètement différentes
dans le même échange de trois minutes. Ce n'est pas facile de travailler dans
ces contextes-là.
Le Président (M. Allaire) : Je
comprends, mais il y a une façon de le communiquer qui est peut-être mieux que
celle que vous venez de faire.
M. Leduc : D'accord.
Le Président (M. Allaire) : M.
le ministre, veuillez poursuivre.
M. Boulet : Ça... ça nous
arrive tous, là, d'avoir à recorriger ou à repréciser. Je vais relire la même
définition. «Une activité exercée au sein d'un parti ou exercée... exercée pour
soutenir un tel parti ou pour s'y opposer.» Ce n'est pas nécessairement une
campagne électorale dans ce contexte-là. C'est exactement ce que je vous ai lu.
Le deuxième, c'est «une activité pour exercer, pour soutenir un candidat avant
ou pendant une période électorale». Là, j'ai mentionné électoral, ou pour s'y
opposer. Donc là, c'est dans le contexte d'une campagne électorale. Et
l'exemple que vous me donniez, c'était dans un contexte de campagne électorale,
mais il... je ne voudrais pas restreindre le sujet à caractère politique à
uniquement une campagne électorale.
M. Leduc : Bien, j'aimais
mieux quand c'était de même. Parce que là, par exemple, je vous donne un
exemple qu'on a vécu nous deux ensemble. Moi, j'ai déposé un projet de loi il y
a quelques années pour que les syndicats de la construction puissent avoir de
la rétroactivité salariale. C'était une absurdité. Dans le cas de R-20, ils
n'avaient pas le droit de la rétroactivité salariale. J'ai déposé un projet de
loi.
Le jour du dépôt, il y a eu un communiqué
de presse envoyé par des syndicats de la construction. Ils ont même fait un
rassemblement pour dire : Heille! Bravo, ou merci de nous soutenir dans notre
quête pour obtenir le même droit que l'ensemble des autres travailleurs du
Québec, à savoir la rétroactivité salariale. Ils ont soutenu mon projet de loi.
Est-ce que ça veut dire que ça, c'était une dépense à caractère politique?
Est-ce que le communiqué de presse, le fait de le mettre sur le site Internet,
le fait d'aller faire, j'imagine, un peu de mobilisation autour de ça... Est-ce
que, là, tout à coup, parce que c'est un parti politique, un député d'un parti
politique qui a déposé un projet de loi, ça devient un soutien à un parti
politique?
Le Président (M. Allaire) : On
va suspendre les travaux quelques instants.
(Suspension de la séance à 16 h 23)
(Reprise à 16 h 29)
Le Président (M. Allaire) : Alors,
nous allons reprendre les travaux. Mais je regarde l'heure, presque 16 h 30.
Donc, je pense qu'on a travaillé fort aujourd'hui. Merci pour votre belle
collaboration.
Compte tenu de l'heure, la commission
ajourne ses travaux au mardi 24 février à 9 h 45. Bon retour en
circonscription, tout le monde. Merci.
(Fin de la séance à 16
h 30
)