Journal des débats de la Commission des finances publiques
Version préliminaire
43e législature, 3e session
(5 mai 2026 au 27 août 2026)
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Le
lundi 8 juin 2026
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Vol. 49 N° 11
Étude détaillée du projet de loi n° 5, Loi visant à accélérer l’octroi des autorisations requises pour la réalisation des projets prioritaires et d’envergure nationale
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14 h (version non révisée)
(Quatorze heures une minute)
Le Président (M. Laframboise) :
À l'ordre, s'il vous plaît. Ayant constaté le quorum, je déclare la séance
de la Commission des finances publiques ouverte. Je demande à toutes les
personnes dans la salle de bien vouloir éteindre la sonnerie de leurs appareils
électroniques. La Comission est réunie afin de poursuivre l'étude détaillée du
projet de loi numéro no 5, Loi visant à accélérer l'octroi des
autorisations requises pour la réalisation des projets prioritaires et
d'envergure nationale. M. le secrétaire, y a-t-il des remplacements?
Le Secrétaire : Oui, M. le
Président. Mme Mallette (Huntingdon) est remplacée par Mme Tremblay
(Hull); M. St-Louis (Joliette), par M. Asselin
(Vanier-Les Rivières); Mme Zaga Mendez (Verdun), par M. Grandmont
(Taschereau).
Le Président (M. Laframboise) :
Merci, M. le secrétaire. Lors de l'ajournement de nos travaux vendredi
dernier, nous en étions à l'étude de l'article 27. Y a-t-il d'autres
interventions sur cet article? M. le député de Taschereau.
M. Grandmont : Oui.
Merci beaucoup, M. le Président. Combien il me reste de temps sur l'article 27?
Le Président (M. Laframboise) :
9 min 40 s.
M. Grandmont : Parfait.
Merci beaucoup.
Monsieur... M. le ministre, vous savez que...
Ça va, tout le monde? C'est bon? Ça va? Parfait, excellent. Moi aussi, j'ai...
Une voix : ...
M. Grandmont : Oui. C'est
d'en connaître la source ou le mécanisme.
Une voix : ...
M. Grandmont : Pas de
problème. Oui, vous avez... il me semble que vous avez déjà parlé du projet de...
de mine à Strange Lake dans... dans le cadre du projet de loi. Est-ce que je me
trompe?
M. Girard (Groulx) : Le…
Quelle mine?
M. Grandmont :
Strange Lake.
M. Girard (Groulx) : Strange
Lake. Ça, c'est... Torngat. Oui.
M. Grandmont : Oui,
Torngat, exactement.
M. Girard (Groulx) : Oui,
j'en ai déjà parlé, oui.
M. Grandmont : Oui. Ça c'est
un projet de loi... Puis ça, pour l'instant, si c'est un projet qui se
développe, éventuellement, il pourrait être assujetti à PL no 5?
M. Girard (Groulx) : Oui,
c'est... c'est définitivement un projet stratégique d'envergure nationale de
plusieurs milliards de dollars. C'est... c'est, il faut dire que c'est un
projet dont le minerai serait extrait et pourrait transiter par bateau plutôt
que par train, et donc passer par le territoire de Terre-Neuve-et-Labrador,
parce qu'on est vraiment à la frontière du Québec, Terre-Neuve-et-Labrador. Et
donc il est possible que c'est un projet qui pourrait être étudié en vertu de C-5
plutôt que du projet de loi no 5.
Mais, oui, c'est un projet d'envergure
stratégique et nationale qui correspond à ce qu'on définit, là, comme projet
très important. Pratico-pratique, il n'y a... il n'y a pas de demande de
désignation, puis on n'est pas à ce processus-là, mais c'est un projet de
plusieurs milliards de dollars qui est stratégique.
M. Grandmont : Oui,
évidemment. Est-ce que... est-ce que vous savez que ce secteur-là, là, de
Strange Lake, en fait, c'est un secteur quand même assez particulier pour le
caribou forestier, c'est une zone de mise bas. C'est-à-dire que c'est là que
les... les femelles caribous forestiers vont aller donner naissance à leurs
petits.
M. Girard (Groulx) : Pas
particulièrement, mais... mais pour être clair, c'est un... c'est un projet,
là, qui a... qui a plusieurs aspects qui sont... qui méritent d'être étudiés de
manière approfondie. Et puis cet aspect-là, c'est certainement pertinent, j'en...
j'en connais d'autres. J'ai eu l'occasion de parler de ce projet-là avec les
Innus, les Innus de la Côte-Nord, avec les Inuits aussi.
C'est un... c'est un projet... c'est un...
Les terres rares, c'est... c'est des projets qui nécessitent énormément de
capitaux et dont la quantité extraite par la quantité... le résidu, la quantité
de terres rares versus le résidu qui n'est pas des terres rares, c'est... c'est
petit. Ce n'est pas un projet facile. Alors c'est... ce n'est pas, ce n'est pas
parce qu'on en parle qu'il va se faire demain matin. Mais... Mais, oui, c'est
un candidat à une telle procédure.
M. Grandmont : Oui, je
vous demandais si vous saviez que... que le caribou forestier, ce secteur-là, le
Strange Lake, c'est une zone de mise bas. Parce que c'est une... le caribou
forestier est une espèce qui est sur la liste des espèces vulnérables ou
menacées au Québec. Puis on n'a pas, non plus, depuis 10 ans, ce qui avait
pourtant été annoncé, là, depuis longtemps, d'avoir un plan caribou, là, un
plan de protection, là, du... de sauvegarde, en fait, du caribou au Québec...
M. Grandmont : ...donc, c'est ça,
on va déposer là, quelques amendements, là. On les a envoyés à l'avance, là,
pour la plupart, évidemment, vous comprendrez que… on a fait le maximum qu'on a
pu, là, avec le temps qu'on avait puis l'équipe puis les moyens qu'on a. Il y
en aura peut-être d'autres qui vont s'ajouter au travers ça, mais on vous en a
envoyé sept ou huit, je pense, là, d'avance là, quand même, là.
Une voix : ...
M. Grandmont : Neuf? Bon, bien, coudon, on a été
très efficaces, j'apprécie, mon équipe travaille bien. Mais donc ça va être un
peu dans ces eaux-là, là, qu'on va tourner. Je voulais vous poser cette
question-là d'abord parce que je veux montrer en fait qu'il y a un antagonisme
très fort, à mon point de vue, sur les espèces menacées, des secteurs plus
fragiles qu'il faut protéger et, évidemment, là, les pouvoirs extraordinaires
qui sont donnés par le PL 5. Donc, si vous permettez, M. le Président, on
irait avec un amendement, le 27-3, là, qui…
Le Président (M. Laframboise) : Allez-y.
Donc, pouvez-vous afficher l'amendement?
C'est le premier que vous avez déposé.
M. Grandmont : Exact.
Le Président (M. Laframboise) :
Donc, allez-y, M. le député.
M. Grandmont : Oui. Parfait,
excellent. Donc, l'amendement va comme suit, là : Ajouter, après le
paragraphe 4° du deuxième alinéa de l'article 27 du projet de loi, le
paragraphe suivant :
«5° dans les réserves de territoires aux
fins d'aire protégée, notamment les aires marines protégées de la réserve
aquatique projetée de Manicouagan, du parc marin du Saguenay–Saint-Laurent,
l'aire marine protégée du Banc-des-Américains et la grande aire protégée des
Caribous-Forestiers-de-Manouane-Manicouagan.»
L'article 27 du projet de loi tel
qu'amendé se lirait ainsi :
«27. Les travaux préparatoires permis en
vertu de l'article 12 ne peuvent à eux seuls être assujettis à la procédure
d'évaluation et d'examen des impacts sur l'environnement en vertu de l'article
31.1 de la Loi sur la qualité de l'environnement (chapitre Q-2).
«Ces travaux préparatoires ne peuvent être
réalisés aux endroits suivants :
«1° dans un milieu présentant un intérêt
particulier pour la conservation identifié dans un plan régional des milieux
humides et hydriques élaboré conformément à la sous-section 3 de la section IV
de la Loi affirmant le caractère collectif des ressources en eau et favorisant
une meilleure gouvernance de l'eau et des milieux associés (chapitre C-6.2);
«2° dans un territoire inscrit au registre
des aires protégées au Québec en vertu de l'article 5 de la Loi sur la
conservation du patrimoine naturel (chapitre C-61.01); 12
«3° dans un refuge faunique ou dans un
territoire mis en réserve en vue d'y établir un refuge faunique au sens de la
Loi sur la conservation et la mise en valeur de la faune (chapitre C-61.1);
«4° dans l'habitat d'une espèce faunique
ou floristique menacée ou vulnérable au sens de la Loi sur les espèces menacées
ou vulnérables (chapitre E-12.01);
«5° dans les réserves de territoires aux
fins d'aire protégée, notamment les aires marines protégées de la réserve
aquatique projetée de Manicouagan, du parc marin du Saguenay–Saint-Laurent,
l'aire marine protégée du Banc-des-Américains et la grande aire protégée des
Caribous-Forestiers-de-Manouane-Manicouagan.»
Et, si vous me permettez, M. le Président,
je vais expliquer les fondements de mon amendement.
Le Président (M. Laframboise) :
Allez-y
M. Grandmont : Donc, l'article 27
du PL 5 dresse une liste des territoires qui sont sensibles et qui sont…
Le Président (M. Laframboise) : Bien,
on va lui laisser, au début, faire son...
M. Girard (Groulx) : ...au
début, ça dure 20 minutes, là. Ça fait que je pourrais commenter tout de
suite?
Le Président (M. Laframboise) : Bien,
si vous permettez
M. Grandmont : Oui, oui...
Le Président (M. Laframboise) : Allez-y,
M. le ministre
M. Girard (Groulx) : Bien,
c'est couvert par l'article 2... paragraphe 2°, le 2°. Mais vous
pouvez nous expliquer le…
M. Grandmont : Parfait. Bien,
oui, puis...
M. Girard (Groulx) : C'est
déjà... Ce que vous voulez, c'est déjà couvert à 2°.
M. Grandmont : Parfait. Je
vais y aller de mes explications, puis on pourra débattre de cela par la suite,
là.
Donc, l'article 27 du PL 5
dresse la liste des territoires sensibles exclus des mécanismes d'exemption
réglementaire du ministère des Finances. Actuellement, le texte protège les
aires protégées qui ont déjà un statut final. Donc, en y ajoutant les réserves
de territoire aux fins d'aires protégées puis en nommant explicitement les
joyaux hautement vulnérables que sont notamment Manicouagan, le Saguenay
Lac-Saint-Jean, le Banc-des-Américains puis le territoire des caribous
forestiers, mon amendement vient apporter un rempart légal autour de la
biodiversité, qui est parmi la plus… la plus menacée, en fait, au Québec.
• (14 h 10) •
D'abord, quelques arguments, là, pour
expliquer, là cet… ce raisonnement-là. En fait, là, d'abord, il faut bien
protéger… je pense que le Québec, en fait, a vraiment une mission importante,
celui de protéger l'habitat critique des espèces qui sont en péril, puis
notamment, dans ce cas-ci, là, les caribous forestiers. D'abord, bien, j'en ai
parlé un peu tantôt, je parlais du caribou migrateur, mais le caribou
forestier, c'est aussi une espèce, là, qui est en danger, au Québec, là, puis
le déclin du caribou forestier au Québec est considéré par plusieurs, et j'en
suis là, comme une crise écologique majeure. La grande aire protégée des
caribous forestiers de Manouane-Manicouagan a été pensée spécifiquement…
M. Grandmont : ...pour offrir
un territoire continu, non fragmenté par l'industrie, qui est essentiel à leur
survie. Je... je redis ce que j'ai déjà dit dans le passé, mais quand on vient
fragmenter le territoire, la... cette fragmentation-là présente un double
risque. D'abord, le risque de séparation du territoire, donc de la facilité de
pouvoir migrer des caribous. Puis cette migration-là, évidemment, est... est
essentielle, notamment pour sa survie, d'abord au point de vue de l'alimentation,
mais aussi au... au regard de la reproduction.
Mais aussi quand on... quand on ouvre le
territoire, quand on le fragmente, notamment avec des routes, ça facilite le
travail des... des prédateurs, en fait, du caribou qui ont des chemins d'accès
plus faciles, qui ont des chemins plus rapides pour prédater, dans le fond, le
caribou.
Donc, M. le Président, là, si on permet,
ce mécanisme-là, là, du PL no 5, de s'appliquer dans la grande aire
des caribous forestiers de Manouane-Manicouagan, on risque fort de signer
l'arrêt de mort de cette espèce-là particulièrement. Puis ce n'est pas moi qui
le dis, c'est la science qui est catégorique, la fragmentation de leur habitat
par des routes ou des projets d'envergure... importante, là, ouvre la voie aux
prédateurs, puis détruit leur écosystème. Donc, mon amendement vise à s'assurer
que le projet de loi no 5 ne vienne pas donner le coup de grâce à
une espèce qui est déjà sur le bord de l'extinction au Québec.
Deuxièmement, mon amendement vise à
garantir la sécurité juridique de nos sanctuaires marins, qui sont uniques au
monde. On a de la chance, on a des espaces marins qui sont exceptionnels, d'une
grande valeur écologique. On a des volumes d'eau, des volumes de biodiversité
qui sont quand même importants, mais de plus en plus menacés. Et les milieux
marins et estuariens, comme le parc marin du Saguenay-Saint-Laurent ou le Banc
des Américains abritent des écosystèmes, comme je disais, qui est d'une très,
très grande richesse, mais aussi des espèces menacées comme le béluga et la
baleine bleue.
Le parc marin du Saguenay-Saint-Laurent,
puis l'aire marine du Banc des Américains, ce sont des aires de... de
réalimentation, des... et aussi des pouponnières. Donc, c'est des... des
endroits où les mammifères marins vont se nourrir, mais aussi vont mettre bas.
Donc, on va... c'est là qu'on va donner que les... que ces espèces-là vont
donner naissance à leurs petits et les accompagner sur les premiers mois de
leur vie.
Donc ces mammifères marins là ont ces
endroits-là comme lieu de prédilection. Et évidemment ce sont des... des
endroits qu'il faut s'assurer de bien préserver pour garantir la survie de
l'espèce, alors qu'y autoriser des dérogations environnementales rapides ou y
installer des infrastructures lourde, via le projet de loi du ministre des
Finances, le projet de loi no 5 est d'une... d'un grand risque
écologique pour nos espèces marines.
Ces zones marines là sont... sont déjà
soumises à un stress très intense, M. le Président, notamment par le bruit
maritime, par la pollution. On... Les scientifiques mesurent déjà l'effet de ce
stress-là sur les populations, qui souvent est mesuré à la baisse et je pense
qu'elles doivent obtenir une immunité absolue face au pouvoir d'exception que
présente cette loi-là.
Je pense aussi qu'encore une fois, j'en ai
souvent parlé, mais je pense que c'est important de le rappeler, il est... il
est important de s'assurer d'une cohérence de l'État. Actuellement, il y a un
travail de désignation qui est en cours et il ne faudrait pas que le ministre
des Finances, avec les pouvoirs, les supers pouvoirs qu'il se donne vienne
défaire de sa main ce que d'autres mains essaient de bâtir, puis de protéger,
ici, au Québec.
On a une responsabilité de préservation
des espèces qui est absolument importante, M. le Président. Donc, les réserves,
les réserves de territoires aux fins d'aires protégées, comme la réserve
aquatique qui est projetée de Manicouagan, là, a été officiellement délimitée
par le gouvernement du Québec. C'est le gouvernement lui-même qui a fixé les
frontières de cette réserve aquatique projetée de Manicouagan et il a déjà gelé
les activités minières ou forestières régulières, le temps de finaliser les
décrets.
Donc, d'un côté, on a un gouvernement qui
est fortement engagé sur la... la reconnaissance pleine et entière... le don
d'un statut important pour protéger ces terres marines là au Québec, parce
qu'on y reconnaît une valeur écologique importante. De l'autre côté, parce
qu'elle n'est pas protégée... de manière finale, si vous voulez...
M. Grandmont : …ou complète,
bien à cause du projet de loi 5, elle risque de se retrouver finalement dans
les jambes, dans les pattes d'un promoteur qui voudrait développer un projet et
qui, s'il est autorisé par le ministère, le ministre des Finances, à travers
les super pouvoirs qu'il se donne dans le projet de loi cinq, bien pourrait
finalement venir menacer cet équilibre qu'on essaie de trouver à l'intérieur de
cette aire marine là, à venir, qui a pour unique fonction que de protéger des
espèces qui sont fragiles, qui sont potentiellement vulnérables. Donc, M. le
ministre, le gouvernement a déjà reconnu la valeur écologique de la rivière
Manicouagan en la plaçant sous statut protégé. Donc, il serait tout à fait
incohérent de venir défaire, avec le projet de loi cinq, ce secteur-là. Donc,
il serait incohérent que la main gauche de l'État, il bloque pendant que la
main droite, le ministère des Finances utilise le PL 5 pour autoriser, par
exemple, de l'industrielle lourd par décret d'exception. Donc, si un territoire
est administrativement mis en réserve pour la conservation, à mon avis à moi,
il doit être automatiquement aussi soustrait et protégé de l'action, de
l'activité industrielle, même si aux yeux du ministre des Finances, cette
activité économique là serait jugée prioritaire et d'envergure nationale. Je
pense qu'aussi mon amendement qui, qui est assez raisonnable aussi, là,
permettrait de garantir, d'honorer en fait, je dirais, ce serait plus, juste
d'honorer la parole de l'État envers ce grand projet de… de conservation de la
Côte-Nord. La désignation de ces grandes aires protégées sur la Côte-Nord et
dans l'est du Québec, c'est le fruit de décennies de travail, de revendication
citoyenne, scientifique, de collaboration avec les communautés locales et
autochtones, notamment, la nation Innu, et la création de la réserve de
Manicouagan ou de l'aire protégée, par exemple, du caribou forestier. C'est un
projet de société qui est attendu par les populations locales puis par les
Premières Nations, M. le Président. Donc, en refusant de nommer ou de protéger
formellement ces réserves territoriales à l'article 27, bien, le gouvernement,
selon moi, envoie le message que ces promesses de conservation là et le
processus aussi qui a été mis en place pendant des décennies, ne sont que des
variables d'ajustement économique. Donc, mon amendement non seulement vise à
protéger des… dans un territoire donné pour que des espèces vulnérables
puissent y vivre paisiblement, puissent s'y reproduire et puissent continuer de
prospérer, évidemment, sans oublier que, je le rappelle, mais ces secteurs-là
aussi ont une valeur économique, d'ailleurs, hein, c'est… ce n'est pas… ce
n'est pas que d'enlever la possibilité de faire des projets économiques sur un
territoire, puis pour protéger certaines espèces, puis il se passe plus rien
par après, hein? Je le disais, c'est de l'activité économique aussi que de
développer, par exemple, une forme d'écotourisme autour de ces… de ces
secteurs-là, autour de ces aires protégées là, qui peuvent bénéficier, par
ailleurs, beaucoup à la communauté. C'est aussi donner de la… comment je dirais
ça, une valeur aussi importante à des territoires qu'on veut protéger, une
valeur à des paysages qu'on veut préserver. Mais donc, c'est ça, je reviens sur
le travail qui a été fait pendant des décennies, celui du… de la mobilisation
citoyenne, municipale, avec les Premières Nations et les Inuits aussi sur
différents secteurs.
• (14 h 20) •
Mon amendement, je pense aussi, permet de
protéger la paix sociale. On le sait, si on voit débarquer des projets malgré
les efforts citoyens, des efforts, des concertations locales qui se sont
échelonnées sur beaucoup de temps, ça risque de troubler la paix sociale et
finalement, à la fin, de nuire aux projets eux-mêmes, comme je l'ai souvent
mentionné. Mais je pense que c'est important de le répéter, les projets
risquent d'être ralentis par une paix sociale qui ne serait plus en vigueur.
Puis finalement, aussi bien, c'est une façon d'honorer la parole que le
gouvernement a donnée en travaillant lui-même sur ces projets-là, en procédant
à des désignations préliminaires en voie, éventuellement de protéger des
secteurs qui sont importants pour le Québec. Donc, il y a déjà ça aussi qui est
important, puis je voulais le souligner. Ensuite, de cela, si vous me
permettez, il y a toute la question de la crédibilité internationale du Québec
à l'étranger. Je pense que c'est quand même quelque chose d'important. On s'est
toujours reconnu comme une nation qui était avant-gardiste sur les enjeux
environnementaux, sur les enjeux climatiques, sur les enjeux énergétiques. On
peut...
M. Grandmont : ...féliciter et
remercier les gouvernements précédents. Puis je parle... je pense évidemment à
toute l'époque de la nationalisation de l'hydroélectricité au Québec a été un
fameux, un fameux coup qui a été fait dans le passé, notamment pour être
capable de nous donner puis de garantir des sources d'énergie propres que nous
utilisons aujourd'hui. Ça a permis évidemment de devenir un levier économique
important. Ça a été aussi un levier important pour développer l'économie du
savoir autour de l'ingénierie, parce qu'on développait des projets incroyables
au Québec, des projets d'infrastructures qu'il n'y avait pas de commune mesure,
des lignes de transport à 735 kilovolts, ça n'existait pas. Puis on a dit
Bien, nous, on va le faire, puis on a avancé, puis on a réussi à former des
ingénieurs dans nos écoles publiques qui ont été capables de développer ça puis
d'exporter ce savoir-là.
Donc, on a eu, à travers le temps, une...
On s'est bâti une réputation fort enviable au niveau environnemental, mais tout
ça, ça tient juste à la volonté de continuer de l'avoir, cette volonté... cette
aura, cette renommée à l'international. Tout ça peut s'écrouler assez
rapidement. C'est un château de cartes qui ne tient qu'à la capacité qu'on a à
bien assembler les morceaux. Et si, à un moment donné, on commence à être dans
un mode où finalement on plie, par exemple, devant l'entreprise privée, sur des
projets où finalement l'impact environnemental va être supérieur aux bénéfices
environnementaux, bien, on n'est pas gagnant à la fin, M. le Président, je
pense que ça vaut la peine de le préserver.
Et je reviens donc à cette crédibilité
internationale. On a signé nous-mêmes, ici, au Québec, des engagements
importants pour la protection du territoire du Québec, 30 % de territoires
protégés d'ici 2030. C'est ambitieux. Il reste seulement trois ans et demi, M.
le Président. On est encore loin du compte malheureusement et, déjà, juste,
sans le projet de loi 5, c'est un défi, c'est un enjeu que d'essayer
d'atteindre ce 30 %. Ce n'est pas rien, là. Mais donc, si on a un projet
de loi maintenant qui vient défaire ce que potentiellement on est en train
d'essayer de mettre en place, on va reculer, pas juste pas atteindre, on
pourrait reculer, M. le Président, parce qu'il y a des territoires qui sont en
voie de devenir protégés de manière officielle, et le projet de loi 5
donnerait les moyens au ministre de donner des exemptions à des entreprises
qui, elles, pourraient nous faire reculer de façon importante et durable. Donc,
pour atteindre notre cible, de protéger 30 % de notre territoire d'ici
2030, là je parle du cadre mondial de Kunming-Montréal, bien, le Québec dépend
entièrement de l'officialisation de ces grandes réserves territoriales qui sont
déjà cartographiées, mais qui n'ont pas encore le statut officiel.
Donc, comment le Québec pourrait-il
prétendre à être un leader mondial de la protection de la biodiversité si, dans
ses propres lois, il refuse de protéger ses propres aires protégées les plus
emblématiques contre l'appétit de projets industriels rapides? Donc, si le
PL 5 vient gruger ou amputer la réserve de Manicouagan ou le
Banc-des-Américains, bien, le Québec va nécessairement être en mode recul sur
ses engagements internationaux. Donc, en inscrivant ces territoires-là, noir
sur blanc, on vient sécuriser nos gains écologiques futurs. Ce n'est quand même
pas rien, M. le Président, si on ne les inscrit pas, on vient de faire peser
une menace immense sur ces territoires-là. Il y a toute la question aussi de la
judiciarisation à la fois du projet de loi ou de certains projets qui risque
d'être désastreuse pour l'efficacité des projets. Je le rappelle, là, le
ministre veut un régime d'exception qui vise à accélérer des projets. Bien, si
des projets étaient autorisés dans ces sanctuaires, a priori, le parc marin du
Saguenay ou le territoire des caribous forestiers, ça pourrait très
certainement provoquer une levée de boucliers et juridique et médiatique
immédiate de la part d'organisations, notamment certaines dont on a entendu
parler aujourd'hui le CQDE, le Centre québécois pour le droit de
l'environnement ou encore Nature Québec.
Vous savez, M. le Président, le projet de
loi 5 est largement inspiré des projets de loi, des lois qui ont été
adoptés, en fait, au fédéral et en Ontario. Je réécoutais une entrevue, en fin
de semaine, que M. le ministre avait donnée à Gérald Fillion au dépôt de son
projet de loi...
M. Grandmont : ...puis il
disait, bon, on essaie... on essaie d'apprendre des erreurs, je ne veux pas
dire erreurs, mais en tout cas, on essaie de tirer le meilleur des différents
projets de loi, puis de faire de notre véhicule législatif quelque chose
d'encore plus performant. Ça m'a permis de revoir aussi qu'il parlait aussi de
différents projets, là, qui... qu'il avait dans le... dans le viseur, si je
peux m'exprimer ainsi. Il parlait de projets qui seraient... qui relèveraient
du minier, il parlait d'Hydro-Québec, il parlait également de projets
manufacturiers majeurs, puis il parlait de défense aussi, ça m'avait... ça
m'était sorti de la tête, j'avais oublié ça, mais il avait parlé de défense
quand il avait parlé, quand il avait déposé son projet de loi.
Donc, évidemment, encore une fois, un
risque important, parce que, bon, l'industrie de... de l'armement, ça reste
quand même quelque chose d'important, là, puis qui est largement débattu. Mais
toujours est-il que, c'est ça, il voulait... il voulait prendre ces projets de
loi là comme exemple. Mais je ne vois pas, de la façon dont c'est écrit, où et
comment ces... son projet de loi est meilleur à ce point qu'il ne serait pas
poursuivi... pas poursuivi, mais contesté devant les tribunaux parce que pour
l'instant, on a là-dedans matière à recul, en fait, sur l'État de droit.
On s'arroge énormément de pouvoirs, il y a
une très, très grande opacité, on veut accélérer, contourner certaines lois. Il
y a énormément de discrétionnaires dans le choix des projets, dans les critères
qui sont utilisés et il y a beaucoup de... de secteurs, donc, dont celui visé
par mon... mon amendement, à ma proposition d'amendement, qui pourraient donc
être sujets à des contestations citoyennes. Donc, à la fois sur le projet de
loi lui-même que sur des projets, bien, je pense que le projet a toutes les
chances de se retrouver devant les tribunaux.
Donc, encore une fois, on n'atteint pas
l'objectif, qui est celui d'accélérer certains projets. Le... le ministre veut
aller vite pour l'économie, je sais que c'est un homme pressé, mais si un
promoteur utilise un décret du PL no 5 pour s'installer, par
exemple, dans le parc marin du Saguenay ou sur le territoire désigné des
caribous, son projet va instantanément se frapper un mur d'injonctions, de
poursuites judiciaires qui vont ralentir le projet, le chantier, pendant des
années.
Donc, je lui suggère bien humblement,
d'exclure explicitement les sanctuaires qui... dont il est question dans mon...
dans ma proposition d'amendement parce que ces sanctuaires-là sont d'une
importance nationale et mondiale, puis la seule décision rationnelle pour
donner de la prévisibilité aux investisseurs et éviter des conflits sociaux
indésirables, c'est d'inclure, je pense, mon amendement qui traite
spécifiquement de ces zones-là.
Évidemment, M. le ministre pourrait me...
me répondre que les parcs et les aires marines ont déjà leurs propres lois de
protection, comme la Loi sur les parcs ou les ententes fédérales-provinciales,
qui est inutile de surcharger l'article 27 avec une liste d'exemples
spécifiques, là. Mais moi, je lui répondrais que le PL no 5 est
justement... vise en fait à s'accorder le droit de déroger aux autres lois
sectorielles, notamment à travers l'article 23, puis c'est précisément
parce que le projet de loi possède un pouvoir de bulldozer juridique qu'il est
indispensable de dresser une liste de protections étanches une fois rendu à
l'article 27.
Si ces territoires-là sont protégés et que
le ministre n'a pas l'intention d'y toucher, bien, il devrait accepter mon
amendement d'emblée, très rapidement. Parce que refuser de les nommer, à
travers mon amendement, c'est admettre qu'on souhaite garder la porte ouverte à
des dérogations industrielles dans le parc marin du Saguenay ou dans l'habitat
des caribous.
Le Président (M. Laframboise) : Merci,
M. le député de Taschereau, c'est tout le temps que vous aviez sur votre
amendement. Est-ce que l'amendement à l'article 27 est adopté?
Une voix : ...
Le Président (M. Laframboise) : Par
appel nominal, s'il vous plaît.
Le Secrétaire : Pour, contre,
abstention. M. Grandmont (Taschereau)?
M. Grandmont : Pour.
Le Secrétaire
: M. Girard
(Groulx)?
M. Girard (Groulx) : Contre.
Le Secrétaire
: Mme Hébert
(Saint-François)?
Mme
Hébert
:
Contre.
Le Secrétaire
: M. Asselin
(Vanier-Les Rivières)?
M. Asselin : Contre.
Le Secrétaire
: Mme Tremblay
(Hull)?
Mme Tremblay : Contre.
Le Secrétaire
: M. Beauchemin
(Marguerite-Bourgeoys)?
M. Beauchemin : Contre.
Le Secrétaire
: M. Laframboise
(Blainville)?
Le Président (M. Laframboise) :
Abstention. Donc, l'amendement est rejeté. Nous poursuivrons donc les
discussions sur l'article 27. Est-ce que j'ai d'autres questions,
commentaires sur l'article 27? M. le député de Taschereau.
M. Grandmont : Oui, merci.
Bien, écoutez, M. le Président, j'ai un deuxième amendement que j'aimerais
déposer.
Le Président (M. Laframboise) : Nous
l'avons déjà reçu.
M. Grandmont : Oui, il est
noté numéro 4.
• (14 h 30) •
Le Président (M. Laframboise) : Oui,
c'est bon. C'est celui qu'on... qui apparaît à l'écran?
M. Grandmont : Laissez-moi
vérifier.
14 h 30 (version non révisée)
M. Grandmont : Oui, c'est bien
ça, M. le Président.
Le Président (M. Laframboise) :
Allez-y, vous pouvez le lire.
M. Grandmont : C'est bien le
4, hein, c'est ça? OK. Oui. Donc, je vais le lire.
À l'article 27 du projet de loi :
1° Supprimer, dans le premier alinéa, les
mots «à eux seuls être assujettis à la procédure d'évaluation et d'examen des
impacts sur l'environnement en vertu de l'article 31.1 de la Loi sur la
qualité de l'environnement (chapitre Q-2);
2° Supprimer, dans le deuxième alinéa, les
mots «Ces travaux préparatoires ne peuvent».
L'article 27 du projet de loi, tel qu'amendé,
se lirait ainsi :
«27. Les travaux préparatoires permis en
vertu de l'article 12 ne peuvent être réalisés qu'aux endroits suivants...
ne peuvent être réalisés aux endroits suivants — pardon, j'ai mal
formulé.
«1° dans un milieu présentant un intérêt
particulier pour la conservation identifié dans un plan régional des milieux
humides et hydriques élaboré conformément à la sous-section 3 de la
section IV de la Loi affirmant le caractère collectif des ressources en
eau et favorisant une meilleure gouvernance de l'eau et des milieux associés
(chapitre C-6.2);
«2° dans un territoire inscrit au registre
des aires protégées au Québec en vertu de l'article 5 de la Loi sur la
conservation du patrimoine naturel (chapitre C-61.01);
«3° dans un refuge faunique ou dans un
territoire mis en réserve en vue d'y établir un refuge faunique au sens de la
Loi sur la conservation et la mise en valeur de la faune (chapitre C-61.1);
«4° dans l'habitat d'une espèce faunique
ou floristique menacée ou vulnérable au sens de la Loi sur les espèces menacées
ou vulnérables (chapitre E-12.01);
«Lorsque le ministre permet la réalisation
de travaux préparatoires dans des milieux humides et hydriques au sens de
l'article 46.0.2 de la Loi sur la qualité de l'environnement, il doit
tenir compte des objectifs énoncés à l'article 46.0.1 de cette loi.»
Donc, voilà, si vous permettez, je
présenterais mon amendement, M. le Président.
Une voix : ...
M. Grandmont : Donc...
Le Président (M. Laframboise) :
...permettre à chaque fois au ministre de réagir par rapport à l'amendement
déposé, puis ce sera fait, puis après ça...
M. Grandmont : Oh oui, avec plaisir.
Le Président (M. Laframboise) :
M. le ministre.
M. Girard (Groulx) : Bien, je
suis très surpris, parce que les travaux préparatoires, c'est bon, c'est bon
pour l'Hôpital Maisonneuve-Rosemont, c'est bon pour le tramway de Québec, mais,
quand c'est pour des projets économiques d'intérêt national, bien, ce n'est pas
bon, selon notre collègue d'opposition.
Alors, on va écouter l'amendement puis on
votera contre celui-ci, une fois qu'on aura eu toutes les explications, mais on
va prendre la peine d'écouter avant de se prononcer.
Le Président (M. Laframboise) : Merci.
M. le député de Taschereau.
M. Grandmont : Oui, merci
beaucoup, M. le Président. Bien, écoutez, d'abord, ce que je trouve intéressant
dans l'exemple, notamment du tramway, là, parce que c'est un exemple que je
connais bien, évidemment, les travaux préparatoires sont bons, mais ils
viennent où dans le processus, M. le Président? Ils viennent après le BAPE, ils
viennent après l'évaluation environnementale, ils viennent après une... une
grande, grande, grande série d'évaluations d'impacts sur le bruit, les
vibrations, les émissions de gaz à effet de serre. Le travail a été fait avec
rigueur, M. le Président. Et donc, les travaux préparatoires, évidemment, il y
en a dans un projet. Dans tous les projets, il y a des travaux préparatoires.
Mais le régime d'exception proposé par le PL 5 fait en sorte que ces
travaux préparatoires là ont lieu avant l'évaluation environnementale. Il faut
quand même le faire, M. le Président.
Donc, de comparer les deux projets, pour
moi, c'est... c'est inexact. Donc, je vais... je vais me permettre de...
expliquer cet amendement-là. Et puis, évidemment, mon amendement, en fait, dans
ce cas-ci touche au cœur même de la stratégie de contournement, là, environnementale
du PL 5, parce que l'article 27 actuel introduit une distinction qui
est très, très grande en droit environnemental. Je dirais même qu'elle est
dangereuse en droit environnemental, M. le Président.
Elle permet à un promoteur de réaliser des
travaux préparatoires lourds, notamment du déboisement, de l'excavation ou des
raccordements routiers. Ça peut être des... l'installation de lignes de
transport électriques dans des milieux qui sont sensibles ou qui sont protégés,
comme des habitats d'espèces menacées ou des zones de recharge d'acquifer.
Pourvu que ces travaux préparatoires, pris isolément, ne déclenchent pas
automatiquement une évaluation d'impact complète... donc, le BAPE... en vertu
de l'article 31.1 de la Loi sur la qualité de l'environnement.
Donc, en supprimant ces petits bouts, ce
saucissonnage-là de travaux préparatoires, l'amendement élimine le stratagème
de saucissonnage, là, en supprimant les phrases, en fait, de... pardon, en
supprimant les phrases de l'article, on élimine, en fait, ce stratagème de
saucissonnage des travaux préparatoires...
M. Grandmont : ...donc, on
interdit formellement tout travail préparatoire d'exception dans les milieux
sensibles listés à l'article 27, peu importe leur envergure technique
apparente. Donc, je reviens donc sur l'argument du saucissonnage, qui est,
selon moi, une ruse juridique classique. Le texte actuellement permet de
découper un projet industriel majeur en petits morceaux. Le promoteur peut
dire : Bien, mon déboisement de 50 hectares, dans ce milieu sensible
là, n'est qu'un travail préparatoire. Et donc il ne déclenche pas de BAPE à lui
seul, donc j'ai le droit de le faire immédiatement en vertu du PL 5. Puis,
évidemment, il y a validation par... par le processus que s'octroie, que se
donne le ministre des Finances.
Donc, M. le Président, la technique du
saucissonnage, c'est une vieille recette qui existe depuis longtemps, que les
tribunaux ont dénoncée, ont condamnée à répétition, parce qu'un projet doit être
évalué dans sa globalité. Alors, permettre que des travaux préparatoires soient
jugés à eux seuls pour contourner l'évaluation environnementale dans les
milieux hautement sensibles, c'est une... c'est un recul juridique majeur. Mon
amendement exige qu'on regarde le projet dans son ensemble. Si le projet global
est lourd, on ne touche pas aux milieux sensibles avant d'avoir obtenu toutes
les autorisations finales. Ce n'est pas la première fois qu'on voit... Il y a
ça dans d'autres domaines aussi, là. Dans certains appels d'offres, des fois,
on va séparer les appels d'offres pour que ça ne déclenche pas certains
processus d'appel d'offres plus importants qui sont visibles aux yeux du
public. Par exemple, à la veille d'une élection, on a déjà vu ça et on en a
discuté abondamment, notamment au salon rouge, M. le Président. Donc, c'est une
vieille technique qui est appliquée ici dans le domaine environnemental, mais
on l'a déjà vue aussi dans des processus d'appel d'offres, notamment dans le
dossier SAAQclic.
Ce que je veux éviter aussi à travers mon
amendement, puis, je veux dire, c'est un des éléments qui est revenu souvent
aussi dans les groupes qu'on a entendus en commission parlementaire, c'est
l'effet du fait accompli, hein, les dommages irréversibles, mais surtout l'idée
que des gens se retrouvent devant une situation où, finalement, bon, les
travaux ont déjà commencé. Vous voyez, donc, le projet est en marche. À quoi
cela sert-il, finalement, d'essayer de se faire entendre, que ce soit par des
manifestations, par des contestations ou, encore une fois...
Est-ce à moi, ça? Merci beaucoup. Je
m'excuse, M. le Président. On m'a livré à l'insu de mon plein gré mais avec
beaucoup de bonheur, mon thé. Donc, je vais le préparer en même temps, pendant
que mon eau est chaude.
Donc, l'effet du fait accompli. Bien, si
un promoteur détruit un milieu humide ou déboise l'habitat d'une espèce en
péril au nom de la notion de travaux préparatoires, bien, le mal est déjà fait.
M. le Président, le mal est fait. Même si le projet final est refusé plus tard
par le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement, la nature est
détruite. Puis, bon, je dis le BAPE, puis on le sait, en même temps, que le
BAPE n'a pas un pouvoir décisionnel, c'est seulement une recommandation. Mais,
même si, plus tard, finalement, le ministre lui-même décide de ne pas autoriser
le projet pour toutes sortes de raisons que ce soit, bien, le mal est quand
même déjà fait. L'habitat dans lequel était abrité, où vivait une espèce
menacée, a été détruit, et on vient de... on vient de menacer encore plus cette
espèce-là. Donc il faut qu'on pense aux conséquences concrètes sur le terrain.
Si un entrepreneur commence des travaux
d'excavation dits préparatoires dans une zone sensible, qui détruit la flore,
qui fait fuir la faune, puis que, six mois plus tard, l'analyse finale démontre
que le projet global est trop dangereux, ou n'est pas recevable, ou n'est pas
assez solide, il doit être refusé, bien, comment on va réparer le milieu, M. le
Président? Le mal est déjà fait. Le milieu a été atteint, a été détruit. Donc,
on ne peut pas redéboiser, on ne peut pas... on ne peut pas reboiser en pensant
que tout va se remettre en l'état rapidement. Ce n'est pas comme ça que ça
fonctionne. Une forêt centenaire, bien, ça prend 100 ans à repousser, M.
le Président. Une tourbière, c'est un milieu complexe et ça ne se remet pas en
place en criant ciseau, en claquant des doigts.
• (14 h 40) •
Alors, mon amendement protège le
territoire contre la politique du fait accompli. Les travaux préparatoires ont
un impact certain et, si ce projet-là ne se fait pas, bien, on a été perdants
sur toute la ligne, à la fois sur le projet qui n'a pas été réalisé, mais aussi
sur les pertes, sur le milieu naturel dans lequel étaient abritées une faune et
une flore, une biodiversité qui était déjà fragile potentiellement...
M. Grandmont : …troisième
élément que je trouve important de souligner à travers mon amendement, c'est
toute la notion, là, de principe de précaution. Je vous le rappelle, il y a une
série de notions, là, qui sous-tendent le grand principe de développement
durable qui a fait l'objet de l'adoption d'une loi en 2006. On fête la 20ᵉ
anniversaire de l'adoption de la Loi sur le développement durable, M. le
Président, et c'est quand même assez ironique de penser que, 20 ans après
l'adoption de cette loi-là, le gouvernement veut adopter un projet de loi qui
menace un large pan de cette Loi sur le développement durable là. Plusieurs des
principes qui sous-tendent la Loi sur le développement durable sont mis à mal
potentiellement par le projet de loi 5, notamment, bien je veux m'attarder
sur celui-là, c'est le principe de précaution. Le principe de précaution, donc,
qui est inscrit dans la Loi sur le développement durable du Québec, stipule que
l'absence de certitude scientifique absolue ne doit pas servir de prétexte pour
remettre à plus tard l'adoption de mesures effectives qui visent à prévenir une
dégradation de l'environnement. Le texte, tel qu'il est écrit actuellement là,
de l'article 27, va à l'encontre du principe de précaution, M. le
Président. En permettant d'entamer des chantiers dans des zones vulnérables
avant que l'évaluation environnementale globale ait été… ait été complété, le
gouvernement menace directement notre biodiversité. Si l'article 27 liste
des milieux comme sensibles, c'est qu'ils méritent une prudence qui est
absolue. Supprimer ces exemptions balisées redonne au principe de précaution
toute sa force de loi. Donc, je veux bien être clair, cette loi-là, elle est
imparfaite, mais elle est importante au Québec, la Loi sur le développement
durable. Et là, le principe de précaution, qui fait partie de la Loi sur le
développement durable, est menacé par ce projet de loi là qu'on est en train
d'étudier là, donc, c'est pour cette raison que mon amendement, j'espère que M.
le ministre va bien l'entendre, permet de s'en rapprocher et d'être concordant
avec des lois qui sont fort importantes au Québec.
Mon amendement vise aussi à redonner ses
lettres de noblesse et son utilité réelle au Bureau d'audiences publiques en
environnement. Encore une fois, je m'appuie sur l'immense travail et toute la
pertinence des groupes qu'on a entendus en audience particulière, notamment le
Centre québécois pour le droit de l'environnement et tous les groupes
environnementaux qu'on a entendus aussi, qui ont dénoncé le fait que le projet
de loi 5 transforme le BAPE en une simple chambre d'enregistrement de
décisions déjà prises sur le terrain. Donc, je reviens sur ce qu'on disait
tantôt, on parlait du tramway… le tramway, le BAPE a été fait bien longtemps
avant les travaux préparatoires. Les choses se sont faites dans l'ordre, M. le
Président. Il y a un processus au Québec qui existe, qui a été mis dans cet
ordre-là, pas pour rien. Puis oui, effectivement, les travaux ont été longs, le
démarrage du projet de tramway a été long, moi aussi, j'aurais aimé que ce
projet majeur là a été… a débuté plus rondement. On aurait dû avoir ce
tramway-là dans nos rues cette année en 2026. Le problème n'a pas tenu aux lois
environnementales. Il a davantage tenu à toute la politique qui se faisait sur
le projet de tramway. Donc, on ne peut pas non plus comparer, donc, à la fois
le processus où des travaux préparatoires sont arrivés dans le cas du tramway,
dans le bon ordre, c'est-à-dire après le Bureau… les évaluations faites par le
BAPE. Mais en plus, le projet a été long à démarrer au niveau du… du tramway.
Pourquoi? Parce qu'il y a eu beaucoup d'actions politiques. En fait, la
meilleure chose que le gouvernement pouvait faire pour faire enfin avancer le
projet de tramway, c'est le soustraire à sa propre influence. Il fallait quand
même le faire, le donner en gestion à la CDPQ Infra, puis qu'on dépolitise ce
projet-là pour qu'enfin il avance. Donc c'est quand même un apprentissage que
je trouve intéressant, M. le Président, si on veut faire des comparaisons entre
ce qui se passe… ce qui est proposé dans le projet de loi 5 puis
l'expérience du tramway, toute la question de la… la politisation d'un dossier
qui a ralenti le projet de tramway.
Mais, bon, je… je m'égare un peu, mais je
reviens donc à mon amendement. Donc, je disais que le CQDE…
Est-ce que… est-ce que vous voulez
intervenir? Je pensais vous avoir entendu. Ah, d'accord. D'accord.
Donc, les groupes environnementaux, dont
le Centre québécois pour le droit de l'environnement fait partie, évidemment,
un groupe très pertinent, je le rappelle, disent, en fait : Il ne faudrait…
il ne faudrait pas diminuer la… la, pas la préséance, mais la pertinence du
BAPE, en fait, puis que ça devienne un simple... on utilise l'expression, en
anglais, souvent, «rubber-stamper», donc un simple…
M. Grandmont : ...comment je
dirais ça, lieu d'approbation administrative à des décisions qui sont déjà
prises sur... sur le terrain. Donc, à quoi bon tenir des audiences publiques du
BAPE ou des consultations des citoyens et des citoyennes, des Premières
Nations, des... des municipalités, si le promoteur a déjà envoyé ses bulldozers
sur le terrain pour commencer ses travaux préparatoires? C'est une... ce n'est
pas le bon... ce n'est pas dans le bon sens que ça fonctionne, en fait, ça...
On doit avoir ces consultations-là avant d'envoyer des bulldozers sur... sur le
terrain. La participation du public, puis la science environnementale doit
prévaloir avant même d'avoir un dommage à l'environnement... un dommage sur les
milieux qui sont sensibles.
Donc, c'est pour ça que le processus,
bien, en fait, pour que le processus d'évaluation des impacts ait une
quelconque crédibilité, M. le Président, je le dirais comme ça, le terrain doit
rester intact tant que la décision finale n'est pas rendue. Alors, mon
amendement vise, et je l'espère que... j'espère que M. le ministre... y verra
le même avantage. Mon amendement redonne du sens aux institutions de protection
de l'environnement au Québec.
J'y vois aussi, M. le Président, une façon
de prévenir le gaspillage de fonds publics et de capitaux privés. Parce que,
bon, les projets, on a bien compris, là, qu'ils pourraient être à la fois
financés par des investissements privés, ça, c'est d'emblée accepté, M. le
ministre l'a répété assez souvent. Mais il y a aussi potentiellement, là,
des... des gains, pas des gains, mais des... des fonds publics qui soient
investis dans... dans les projets, là. Surtout que, bon, on voit, depuis
quelques années, c'est un peu le mode de fonctionnement, en fait, là, des
différents gouvernements.
On essaie de... on se perçoit sur un échiquier
mondial où la compétition est féroce et pour attirer les entreprises à venir
développer des projets chez soi, bien, ça doit venir avec aussi un soutien
financier de l'État ou un soutien fiscal ou un soutien, bon, en tout cas. Bref,
un soutien, de manière générale, pour se démarquer des autres juridictions.
Donc, il y a des fonds publics potentiellement qui sont investis là-dedans.
Donc, permettre à une entreprise
d'investir des millions de dollars dans des travaux préparatoires pour un
projet qui, ultimement, pourrait être bloqué ou modifié pour des raisons
environnementales, pour moi, c'est une aberration assez importante, là, c'est
une aberration économique. M. le Président... vous qui... En fait, M. le
ministre, il veille à une saine gestion économique des finances de l'État
québécois.
Puis l'article, actuellement, c'est un...
c'est un... ça peut présenter... ça peut représenter un piège, en fait, pour
les investisseurs. Si une entreprise, par exemple, engloutie des sommes
importantes pour préparer un site sensible, puis que le projet, à la fin, finit
par avorter, par la suite de... de non-conformité majeure révélée par exemple
tardivement, ou encore parce qu'il est refusé pour des raisons
environnementales, par exemple. Bien, c'est une perte sèche, là, de capital.
L'État est souvent, comme je l'ai dit
tantôt, partenaire de ces projets-là via Investissement Québec, alors mon...
mon amendement protège l'argent et public et privé en imposant un ordre
logique. On évalue d'abord, puis on creuse seulement ensuite. Puis c'est comme
ça que ça se passe actuellement au Québec. Et je n'ai pas compris encore, de la
bouche du ministre, l'argument selon lequel autoriser des travaux préparatoires
viendrait accélérer des projets. Je pense que le faire mieux... faire mieux que
ce qu'on a actuellement, ça peut être un souhait qui est tout à fait légitime.
Mais, si on a des règles environnementales au Québec qui peuvent par... par
ailleurs, être dépoussiérées, ça ne veut pas dire qu'il faut les contourner
en... en autorisant les travaux préparatoires à l'avance au Québec.
Finalement, évidemment, il y a tout
l'enjeu de l'acceptabilité sociale, l'enjeu de la paix juridique locale, qui
est un argument qui est vraiment important. Je pense que... Puis on le voit de
plus en plus, là, les... le nombre de... pas long, pas besoin de faire une
longue revue de presse pour voir, M. le Président, que de la mobilisation
citoyenne, de la mobilisation de certaines municipalités, mobilisation de
certaines communautés autochtones notamment, je pense à Lac-Simon, par exemple.
Il n'y a rien qui... qui ne braque plus
une communauté locale ou des groupes de citoyens que de voir des arbres tomber,
que de voir de la machinerie lourde s'activer dans un milieu pour lequel ils
ont... ils ont beaucoup d'amour, qu'ils chérissent, alors que les études
d'impact ne sont pas terminées.
• (14 h 50) •
Je veux dire, c'est déjà un enjeu,
maintenant, avec les lois qu'on a actuellement, même en ayant un Bureau
d'audiences publiques en environnement qui fait une évaluation en amont des
projets, bien, des autorisations. Imaginez le jour où ce... ce processus
s'inverse et on a des pépines sur le terrain, des... de la machinerie qui coupe
des arbres avant même qu'on ait fait...
M. Grandmont : ...un tour
de roue sur l'évaluation environnementale, puis qu'on ait consulté la
population puis les communautés. Je veux dire, le braquage, je parle des gens
qui se braquent, là, va être potentiellement immense. J'ose... je n'ose même
pas... j'ose... je n'ose pas voir, en fait, ce genre de phénomène-là, mais je
pense qu'il est à appréhender si la légitimité des travaux préparatoires est
remise en cause parce qu'on n'a pas su le baliser comme il faut, où est-ce
qu'on... on a inversé le processus normal des choses.
Le déficit de légitimité de... de ce
projet de loi là, il est immense, selon moi, M. le Président, là. Si la
population voit des travaux débutés dans les milieux sensibles en vertu de...
de cette échappatoire que sont les travaux préparatoires, bien je pense que la
colère risque d'exploser dans les régions.
On va faire face à des contestations citoyennes
féroces, d'une très grande ampleur, à des occupations de sites, à des
injonctions devant les tribunaux pour faire arrêter la machinerie de faire son
travail sur le terrain.
Donc, si le gouvernement veut éviter que
ses projets prioritaires s'enlisent dans des crises sociales et judiciaires
importantes, il doit fermer la porte, qui est grande ouverte avec le projet de
loi, à l'arbitraire. Moi, je pense qu'on doit maintenir un principe de base,
pas de machinerie dans les zones sensibles avant une autorisation globale du
projet.
À ça peut-être que... peut-être que le
ministre me répondra que si on doit atteindre la fin de complet de toutes les
étapes de l'évaluation globale pour simplement couper quelques arbres ou faire
un chemin d'accès, on part... on perd des mois précieux, puis on nuit à la
compétitivité du Québec. Bien, si le... ce à quoi je répondrais, là, si le
projet est si pressant que le gouvernement accélère l'analyse des études
d'impact global en donnant plus de ressources à ses... à ses fonctionnaires, à
ses scientifiques, mais qu'il ne détruise pas les milieux sensibles par la...
par anticipation. Moi, ce que je pense, c'est que les précieux mois à gagner,
en fait, c'est sauter des mois... des étapes de sécurité environnementale.
Donc, si le site visé est à ce point
sensible qu'il figure aux critères de l'article 27, la moindre des
prudences, c'est d'attendre le feu vert final. Ce n'est pas de la bureaucratie,
c'est une saine gestion territoriale, monsieur... Et ça, je pense que c'est
important de le rappeler parce que, pour toutes les raisons que j'ai nommées,
évidemment, là, on doit maintenir cet ordre-là pour la confiance des gens au Québec.
Donc, je reviens, là, à quelques
arguments. Mon argument, je pense, en fait, mon amendement, pardon...
Le Président
(M. Laframboise) : C'est tout le temps que vous avez, M. le
député de Taschereau, sur votre amendement. Est-ce que l'amendement à
l'article 27 est adopté? Rejeté?
M. Grandmont : Appel
nominal, s'il vous plaît.
Le Président
(M. Laframboise) : Appel nominal.
Le Secrétaire : Pour, contre,
abstention. M. Grandmont (Taschereau)?
M. Grandmont : Pour.
Le Secrétaire
: M. Girard
(Groulx)?
M. Girard (Groulx) :
Contre.
Le Secrétaire
: Mme Hébert
(Saint-François)?
Mme
Hébert
:
Contre.
Le Secrétaire
: M. Lemay
(Masson)?
M. Lemay : Contre.
Le Secrétaire
: M. Asselin
(Vanier-Les Rivières)?
M. Asselin : Contre.
Le Secrétaire
:
Monsieur... Mme Tremblay (Hull)?
Mme Tremblay : Contre.
Le Secrétaire
: M. Beauchemin
(Marguerite-Bourgeoys)?
M. Beauchemin : Contre.
Le Secrétaire
:
M. Laframboise (Blainville)?
Le Président
(M. Laframboise) : Abstention. Donc, l'amendement est rejeté.
Nous revenons donc au... à l'article 27. Est-ce que j'ai des questions,
commentaires sur l'article 27?
M. Grandmont : M. le
Président, écoutez, je vous demanderais de suspendre quelques instants. J'ai un
autre amendement qui s'en vient, mais j'ai un truc à vérifier avec mon équipe,
si vous le permettez. On part quelques... quelques minutes.
Le Président
(M. Laframboise) : Deux minutes que je vous accorde.
M. Grandmont : Merci
beaucoup.
Le Président
(M. Laframboise) : Merci.
(Suspension de la séance à 14 h 54)
(Reprise à 14 h 56)
M. Girard (Groulx) : Est-ce
qu'on est prêt?
Le Président (M. Laframboise) :
Oui, nous reprenons.
M. Girard (Groulx) :
Excellent.
Le Président
(M. Laframboise) : Sur... Toujours l'article 27, M. le
député de Taschereau, la parole était à vous.
M. Grandmont : Oui.
Donc, c'est ça, j'avais un amendement, le 27. J'ai oublié le numéro, je
m'excuse.
Le Président
(M. Laframboise) : C'est l'amendement qu'on avait déjà reçu?
M. Grandmont : Oui.
Le Président
(M. Laframboise) : On va vous l'afficher.
M. Grandmont : Oups.
Le Président
(M. Laframboise) : Allez-y.
M. Grandmont : J'essaie
de le retrouver dans mes affaires. Juste être sûr. Ah, je ne l'ai peut-être pas
ici. Bien, je vais le lire au... au tableau, là. Donc : Ajouter, après
le paragraphe 4o du deuxième alinéa de l'article 27 du
projet de loi, le paragraphe suivant :
«5o dans les réserves et
régions de biosphère reconnues par le Programme sur l'Homme et la biosphère de
l'UNESCO.»
L'article 27 du projet de loi, tel
qu'amendé, se lirait ainsi :
«Les travaux préparatoires permis en vertu
de l'article 12 ne peuvent à eux seuls être assujettis à la procédure
d'évaluation et d'examen des impacts sur l'environnement en vertu de
l'article 31.1 de la Loi sur la qualité de l'environnement (chapitre Q-2).
«Ces travaux préparatoires ne peuvent être
réalisés aux endroits suivants :
«1° dans un milieu présentant un intérêt
particulier pour la conservation identifié dans un plan régional des milieux
humides et hydriques élaboré conformément à la sous-section 3 de la
section IV de la Loi affirmant le caractère collectif des ressources en
eau et favorisant une meilleure gouvernance de l'eau et des milieux associés
(chapitre C-6.2);
«2° dans un territoire inscrit au registre
des aires protégées au Québec en vertu de l'article 5 de la Loi sur la
conservation du patrimoine naturel (chapitre C-61.01);
«3° dans un refuge faunique ou dans un
territoire mis en réserve en... en vue d'y établir un refuge faunique au sens
de la Loi sur la conservation et la mise en valeur de la faune
(chapitre C-61.1);
«4° dans un habitat d'une espèce faunique
ou floristique menacée ou vulnérable au sens de la Loi sur les espèces menacées
ou vulnérables (chapitre E-12.01);
«5o dans les réserves et
régions de biosphère reconnues par le Programme sur l'Homme et la biosphère de
l'UNESCO.
«Lorsque le ministre permet la réalisation
de travaux préparatoires dans des milieux humides et hydriques au sens de
l'article 46.0.2 de la Loi sur la qualité de l'environnement, il doit
tenir compte des objectifs énoncés à l'article 46.0.1 de cette loi.»
Le Président
(M. Laframboise) : Avez-vous des commentaires, M. le ministre?
M. Girard (Groulx) : Non,
on va écouter l'explication.
Le Président
(M. Laframboise) : Parfait. M. le député de Taschereau.
M. Grandmont : Merci
beaucoup. Donc, M. le Président, bien, c'est ça, il y a une valeur certaine,
là, à tenter de protéger les... les zones protégées, en fait, là, par le
Programme sur l'Homme et la biosphère de l'UNESCO. Ça a une grande... ça a une
grande portée, en fait, internationale. Les gens suivent ça avec attention,
notamment, bien, on pense au patrimoine mondial de l'UNESCO, là, je fais...
c'est un peu à côté, là, mais quand même, c'est des nominations importantes là,
sont une reconnaissance importante du travail de préservation, de... du
caractère unique de certaines zones.
Bon, il y en a qui sont, selon différents
critères, la ville de Québec qui a été désignée région de biosphère par
l'UNESCO. C'était quelque chose que le maire de Québec s'était engagé à essayer
d'aller chercher. La candidature, finalement, a été bien reçue, et donc Québec
et Wendake sont devenus officiellement une région biosphère de l'UNESCO. Donc,
ça vient s'ajouter, en fait, au patrimoine mondial de l'UNESCO, puis aussi à
la... à la dénomination de ville créative, de littérature.
Alors, la Capitale est devenue la première
ville des Amériques à obtenir trois désignations, ce qui n'est quand même pas
rien, M. le Président. Et ça a toute sa pertinence aujourd'hui de voir des
villes, des territoires chercher à obtenir ce genre de certification là, pour
des raisons que je vais expliciter dans mon argumentaire.
Ça, donc, la biosphère, cet...
l'amendement que je propose à l'article 27, là, vise à s'attaquer à un
angle mort international, puis écologique majeur de l'article 27 du projet
de loi no 5 parce que l'article 27 dresse la liste des
territoires d'exception ou hautement sensibles qui doivent être protégés contre
les dérogations législatives automatiques puis les mécanismes d'accélération de
permis menés par le ministre des Finances.
• (15 heures) •
Actuellement, le projet de loi protège les
aires protégées créées en vertu du droit strictement québécois...
15 h (version non révisée)
M. Grandmont : ...comme
nos parcs nationaux, par exemple, mais il ignore complètement les statuts de
protection internationaux. Et c'est quand même, comme je le disais, des
endroits qui sont importants, qu'on doit s'assurer de protéger.
Donc, en y insérant le point cinq, «dans
les réserves et régions de biosphère reconnues par le Programme sur l'Homme et
la biosphère de l'UNESCO», on viendrait protéger des joyaux du patrimoine
québécois qui sont reconnus mondialement, M. le Président, comme, bien, la biosphère
de Charlevoix, du lac Saint-Pierre, le mont Saint-Hilaire ou encore le site de
Manicouagan-Uapishka.
Donc, quelques arguments, là, en faveur de
mon... de mon amendement. D'abord, l'argument de la réputation internationale,
puis le respect de nos propres engagements de l'UNESCO. Vous savez, M. le
Président, obtenir le statut de réserve de biosphère de l'UNESCO, c'est un
privilège qui est accordé après une évaluation sérieuse, une évaluation
internationale très sérieuse, rigoureuse, de la valeur écologique et humaine d'une
région. Ce statut-là, là, il ne vient pas avec une reconnaissance, puis c'en
est fini, il n'y a plus rien à faire par la suite. Non, non, il est assorti d'une
obligation de maintenir un développement durable strict, c'est-à-dire que ça
vient avec des obligations sur les activités, sur le maintien du caractère
exceptionnel de ce site-là dans la durée.
Donc, M. le Président, le Québec,
évidemment, ne vit pas en vase clos, vous le savez très bien. Alors, lorsque l'UNESCO
désigne un territoire québécois comme réserve de... de biosphère, bien, notre
État, le Québec s'engage moralement devant la communauté internationale à en
préserver l'intégrité. Ça fait partie du «deal» qu'on a avec l'UNESCO. Alors,
permettre au projet de loi no 5 d'utiliser les décrets d'exception
pour contourner des lois environnementales à l'intérieur de ces zones-là qui
sont reconnues par l'ONU, bien ça envoie un drôle de signal à l'international, M.
le Président. C'est un signal, en fait, même que je dirais, que je...
qualifierais de catastrophique, potentiellement.
C'est dire au monde que la signature du
Québec sur... avec l'ONU, l'entente qu'on a avec eux autres, ne vaut rien dès
qu'un projet industriel d'envergure frappe à la porte du ministère... du
ministre des Finances. Alors, mon amendement vient protéger notre crédibilité
internationale, la crédibilité internationale de notre nation sur les
engagements qu'il prend lui-même.
D'abord, il faut protéger, je pense, l'essence
même du concept de biosphère qui tient, là, à ce que je vais expliquer. En
fait, là, les réserves de biosphère de l'UNESCO ce... ce ne sont pas... ce ne
sont pas des cloches de verre posées sur un territoire sans... sans activité
humaine à l'intérieur. Ce sont des territoires modèles où l'activité
économique, ça peut être l'agriculture, la foresterie, le tourisme, doit
coexister harmonieusement avec la conservation de la biodiversité.
Donc, quand on reprend les termes du
développement durable, on est exactement aligné sur cette... cette notion-là,
ce principe de développement durable. Et je le rappelle, il y a 20 ans
très exactement, on a adopté une loi ici, au Québec, en 2006, une Loi sur le
développement durable qui vise à trouver des équilibres, de réels équilibres. Pas
des équilibres comme ceux qu'essaie de nous vendre le ministre, mais de réels
équilibres entre le social, l'environnemental et l'économique.
Et donc, dans le concept de région
biosphère de l'UNESCO, on a justement cette espèce de recherche perpétuelle d'équilibre
là pour s'assurer que s'il y a activité économique, ça ne se fasse pas au
détriment de la santé des populations, ça ne se fasse pas au détriment de la
santé des écosystèmes et de la biodiversité. Ce que ne compte pas faire par
ailleurs le PL no 5. Donc une région biosphère de l'UNESCO, c'est
par définition, là, un... une sorte de laboratoire mondial de ce que devrait
être la transition écologique.
Y introduire donc des grands projets
industriels lourds par le... par le biais d'un mécanisme d'exception qui tord
nos lois ordinaires et qui va à l'encontre du contrat d'équilibre nécessaire
entre les activités humaines et la protection de la nature, validée par l'UNESCO.
Donc, si un projet est prioritaire et d'envergure nationale, il doit à tout
prix, M. le Président, démontrer sa durabilité à travers les processus normaux
et respectueux de la biosphère, sans recours au passe-droit...
M. Grandmont : ...par le
projet de loi 5, ça me semble assez évident. On a vraiment une
opportunité. On a quelques autres au Québec qui sont certifiés... qui sont
reconnus, comme étant zone de biosphère, reconnus par l'UNESCO. Et, encore une
fois, il faut le voir vraiment comme des laboratoires. On a là-dedans une
recherche des différents équilibres qui devrait être le modèle à suivre pour
s'assurer d'un réel développement durable au Québec. Mon amendement aussi vise
au respect du modèle de gouvernance concertée et des communautés locales. Donc,
la gestion d'une réserve de biosphère comme Manicouagan-Uapishka ou Charlevoix,
repose sur une gouvernance locale qui est... qui est exemplaire, M. le
Président. Ça unit les municipalités, les Premières Nations présentes sur le
territoire, les scientifiques et aussi les citoyennes et les citoyens. Parce
que, derrière chaque désignation de l'UNESCO, il y a des années d'efforts. Il y
a des années de concertation menée par les élus municipaux, par des MRC, par
des groupes citoyens, par des nations autochtones pour développer une vision commune
du territoire. Puis autoriser le Conseil des ministres à parachuter un projet
prioritaire par... par décret, sans égard à ce statut mondial, bien, revient en
quelque sorte à écraser les voix des régions et des populations locales qui ont
choisi la voie, elles, de l'excellence environnementale.
Alors, mon amendement vise à protéger la
démocratie régionale puis la fierté de nos territoires. Comme je le disais
tantôt, c'est important. Il faut vraiment voir les zones de biosphère de
l'UNESCO comme des projets exemplaires qui ont... qui sont le fait d'une
concertation immense sur plusieurs années. Tout le monde travaille
d'arrache-pied, appuyé par des scientifiques, pour trouver les meilleurs
équilibres possible puis trouver un modèle qui devrait être celui que poursuit
le Québec sur l'ensemble de son territoire. Alors, le PL 5, si on n'exclut
pas ces zones-là importantes de l'influence néfaste du projet de loi 5, on
risque de détruire le modèle que, par ailleurs, on essaie de construire pour l'avenir
du Québec.
Vous imaginez si un projet de mine, par
exemple, est autorisé dans la zone de biosphère de l'UNESCO, de Charlevoix, par
exemple, on fait ce projet-là dans cette zone-là, on vient complètement briser
le modèle, ce qui devrait nous orienter, pour les prochaines années, en termes
de développement puis d'occupation du territoire pour les prochaines années.
C'est un non-sens, M. le Président. Donc, c'est pour ça que je vous propose
d'inclure, avec mon amendement, les zones de biosphère UNESCO dans les secteurs
qui sont protégés du PL 5. Protéger l'économie verte locale et l'industrie
touristique durable est aussi un des buts que je poursuis avec mon amendement.
M. le Président. Vous savez, le statut de l'UNESCO, c'est un levier économique
majeur pour les régions du Québec. Il attire l'écotourisme international, il
valorise les produits du terroir et il stimule l'économie des services... de
services durables. Le fait que, je reviens sur un autre parallèle, mais le fait
qu'on reçoive 4,5 millions de visiteurs par année à Québec n'est
certainement pas étranger au fait que la ville de Québec est reconnue comme
secteur patrimonial, reconnue patrimoine mondial, reconnue à l'UNESCO.
4,5 millions de touristes qui viennent à Québec, en partie, du moins, certainement,
en bonne partie, grâce à cette dénomination-là.
• (15 h 10) •
Les gens cherchent à voir ce qui fait
l'unicité des différentes cultures à travers le monde, et je pense qu'on peut
appliquer le même... le même... On peut appliquer un parallèle très, très clair
avec ce qui se passe ailleurs au Québec, dans les zones de biosphère. Et c'est
ce tourisme, cet écotourisme-là est évidemment un vecteur d'enrichissement
collectif qui est immense aussi, M. le Président. Il ne faut jamais le
négliger, il est quand même très important. M. le Président, le ministre des
Finances parle d'efficacité économique. Mais, comme je le disais, le label
UNESCO, là, ça génère des retombées économiques directes et durables pour plein
de secteurs du Québec. Donc, Charlevoix, le Lac Saint-Pierre, la Côte-Nord,
grâce au tourisme écologique, le tourisme vert, évidemment, puis à l'image de
marque de nos régions. Ces secteurs-là, reconnus à l'UNESCO, attirent sur place
déjà, mais aussi envoient une image positive du Québec...
M. Grandmont : ...à
l'international. Ce n'est quand même pas rien, on a... on envoie une image de
durabilité, d'écotourisme très important, de protection de nos habitats,
d'immensité, aussi, de nos territoires, qui est fortement attractive pour les
touristes qui viennent d'un peu partout dans le monde. Et ça, bien évidemment,
c'est de l'argent neuf qui rentre ici, au Québec, M. le Président. Donc, si on
permet au PL no 5 de dégrader ne serait-ce qu'un seul de
ces...de ces écosystèmes-là par des décrets d'exemption, on va saboter
malheureusement la marque UNESCO au Québec. On risque de nuire à l'économie
touristique régionale et on risque aussi de sacrifier des emplois durables au
profit de projets industriels temporaires qui auront un potentiel de
destruction qui est très important aussi.
Et je pense que c'est une mauvaise
décision financière et économique. Et ça, c'est le genre d'information aussi,
par ailleurs, qu'on a lors d'une évaluation de BAPE, parce qu'on va aller de
façon large, évaluer l'ensemble d'un projet. Donc d'autoriser des travaux
préparatoires avant même de savoir si ça pourrait nuire à cette reconnaissance
de l'UNESCO, c'est fonctionner à l'envers, M. le Président. Et je rappellerais
aussi que ces dénominations-là ne sont pas éternelles. Quand on... quand on
reçoit une dénomination de l'UNESCO, ça vient avec des exigences qui sont très
grandes et qui durent dans le temps. Une révision fréquente aussi que les
objectifs, puis les critères sont toujours respectés dans le temps.
Il y a des villes dans le monde qui ont
perdu leur statut de ville reconnue au patrimoine mondial de l'UNESCO, parce
qu'elles n'ont pas su protéger des éléments qui faisaient partie des critères
qui leur avait donné accès à cette... à cette dénomination-là, à cette reconnaissance-là.
Donc, c'est important de ne pas perdre, non plus, cette reconnaissance-là à
l'UNESCO, à l'ONU, par des mauvais projets décidés par le ministre des
Finances, de manière très, très opaque et très, très arbitraire. Donc, il y a
un risque réel, si on ne protège pas comme il faut, à l'article 27, ces...
ces zones importantes du Québec, de perdre cette attractivité-là, de perdre
cette reconnaissance-là également aussi.
Il y a d'autres choses également aussi.
Mon amendement vise à offrir une barrière scientifique nécessaire pour contrer
les... les impacts cumulatifs. Je m'explique, là, les... les régions de
biosphère abritent des écosystèmes d'une... d'une très grande fragilité, on
doit le dire, M. le Président, qui sont souvent soumis à des fortes pressions
anthropiques, notamment, bien, les changements climatiques, là, en est un.
Évidemment, on voit les... les différents biomes être affectés par des
changements de température, par des crues plus fréquentes, etc., etc., mais
aussi par l'étalement urbain, puis par la mise en place de nouvelles routes
d'accès, par la mise en place de nouveaux projets, donc un étalement urbain
résidentiel, mais un étalement urbain aussi, commercial et résidentiel,
évidemment, ça va de soi.
Puis les avis scientifiques de nos propres
ministères, puis des universités rappellent que les réserves de biosphère
contiennent des zones tampons, puis des noyaux de conservation essentiels pour
la résilience de notre biodiversité. Encore une fois, je le dis, c'est
essentiel, ces zones-là visent l'équilibre. Et donc, même à l'intérieur de ces
zones-là, actuellement, avant même d'avoir le projet de loi n° 5, il y a
une vigilance constante qui doit être opérée pour s'assurer que les équilibres
s'y retrouvent toujours et qu'on n'affecte pas des milieux naturels qui
risqueraient de nous faire perdre cette... cette dénomination-là.
Donc, c'est déjà difficile, M. le
Président, de maintenir la... cette reconnaissance-là, le maintien de cette
reconnaissance-là. Le PL n° 5 risque d'accélérer la détérioration
potentielle des milieux naturels et donc risque de nous faire perdre tous les
avantages qui viennent avec ces dénominations-là. Donc, permettre au PL n° 5
d'accélérer des projets industriels lourds sans... sans évaluation
environnementale rigoureuse et transparente, ça ignore la science des impacts
cumulatifs.
Alors, mon... mon amendement, en tout cas,
c'est ma prétention, ça permet de dresser un... un garde-fou scientifique
indispensable pour protéger les écosystèmes que la communauté scientifique
mondiale juge exceptionnels. Encore une fois, je le rappelle, les yeux du monde
sont tournés vers nous quand vient le temps de vérifier, d'abord l'obtention
d'une dénomination de zone de biosphère de l'UNESCO, ou le maintien de cette
dénomination-là, évidemment aussi, parce qu'on est... on est sujet à
potentiellement le perdre si jamais on ne... on ne fait pas le travail
convenablement.
Je... je terminerai avec un dernier
argument, là, qui est... qui est important pour moi, c'est toute la question,
là, du...
M. Grandmont : ...maintien de
l'acceptabilité sociale, du risque de judiciarisation des projets, alors que le
ministre cherche à accélérer des projets. On risque, si des projets étaient
autorisés dans des zones de biosphère de l'UNESCO, on risque d'avoir exactement
l'effet contraire qui est recherché par M. le ministre. Toucher à une réserve
de l'UNESCO, ça provoque systématiquement une couverture médiatique
internationale, puis ça mobilise aussi des larges coalitions juridiques et
citoyennes, M. le Président. Si on veut garantir l'efficacité puis la vitesse
de réalisation des projets, il faut absolument éviter de provoquer des crises
d'acceptabilité sociale majeure.
Alors, tenter d'imposer un mégaprojet par
décret d'exception dans une région de biosphère de l'UNESCO, ça va non
seulement mobiliser les citoyens locaux, mais aussi les ONG environnementales,
les organisations non gouvernementales internationales puis les avocats de
l'environnement aussi. Euh. Ce qui risque de se produire, c'est que le projet
va s'embourber dans une série d'injonctions, des litiges devant les tribunaux
pendant des années. Et donc mon amendement, ce qu'il propose, c'est d'exclure
d'emblée ces zones-là de l'article 27. Et je pense que ce serait la seule
décision sage pour garantir la paix sociale et aussi la prévisibilité pour les
promoteurs. Je pense aussi à eux autres là-dedans. Je ne pense pas que
s'implanter là-dedans, avec des risques de dérapage, d'acceptabilité sociale,
les dérapages juridiques qui pourraient en découler également aussi, est un
aspect positif recherché par les promoteurs qui veulent développer des projets
industriels au Québec. On veut de la prévisibilité. Je l'ai bien entendu dans
les consultations sur la révision des cibles de GES du Québec. C'était le
message qui était répété, répété, répété par les acteurs industriels qu'on a
entendus.
Donc, vous savez, les... Peut-être que le
ministre me dira que les réserves de biosphère couvrent parfois des grands
territoires comme la biosphère de Manicouagan-Uapishka, alors que, si on exclut
tout ça, on bloque le développement de régions entières du Québec, bien, je lui
répondrais, dans ce cas-là, que mon amendement n'interdit pas le développement
économique dans les régions de la biosphère, là, il faut être très clair
là-dessus, là. Il interdit l'utilisation de régimes d'exception offerts par le
PL 5. C'est juste ça que ça fait. Si un projet industriel ou énergétique
est pertinent pour la Côte-Nord ou Charlevoix, bien, qu'il passe par le
processus régulier d'autorisation des projets, qu'il passe par le chemin
régulier des évaluations environnementales, de la consultation publique, du
respect des lois ordinaires. Alors, si le projet de loi... si le projet, en
fait, est incapable de respecter nos lois environnementales de base dans un
territoire reconnu à l'international par l'UNESCO, bien, c'est que le projet
n'a tout simplement pas sa place dans cet endroit-là. Je dis : Respectons
les standards internationaux que nous signons nous-mêmes, M. le Président, il
me semble que c'est la base. On a des zones d'intérêt exceptionnel, on a des
zones qu'on veut protéger, on a des zones qui sont des endroits où on tente de
fixer un modèle de développement pour les prochaines années au Québec...
Le Président (M. Laframboise) :
M. le député de Taschereau, c'est tout le temps que vous aviez sur votre
amendement.
M. Grandmont : Merci.
Le Président (M. Laframboise) :
Est-ce ce que l'amendement à l'article 27...
Une voix : ...
Le Président (M. Laframboise) :
Vous avez le droit, oui, oui.
M. Girard (Groulx) : Oui.
Bien, d'abord, tout ce qui a été proposé est couvert par le deuxième.
Deuxièmement, le député a prêté des
intentions à plusieurs reprises, là. Alors, je vous demanderais de le rappeler
à l'ordre. Le respect est nécessaire. Le député est contre le projet de loi,
parfait. Mais je m'attends à ce que le niveau reste professionnel. Et je suis
contre l'amendement proposé.
Le Président (M. Laframboise) :
Parfait. Donc, est-ce que... D'autres questions, commentaires par rapport à
l'amendement à l'article 27? Donc, est-ce que l'amendement est adopté?
M. Grandmont : ...votre
nominal, s'il vous plaît.
Le Président (M. Laframboise) :
Vote par appel nominal.
Le Secrétaire
: Pour,
contre, abstention. M. Grandmont (Taschereau)?
M. Grandmont : Pour.
Le Secrétaire
: M. Girard
(Groulx)?
M. Girard (Groulx) : Contre.
Le Secrétaire
: Mme Hébert
(Saint-François)?
Mme
Hébert
:
Contre.
Le Secrétaire
: M. Lemay
(Masson)?
M. Lemay : Contre.
Le Secrétaire
: M. Asselin
(Vanier-Les Rivières)?
M. Asselin : Contre.
Le Secrétaire
: Mme Tremblay
(Hull)?
Mme Tremblay : Contre.
Le Secrétaire
: M. Beauchemin
(Marguerite-Bourgeoys)?
M. Beauchemin : Contre.
Le Secrétaire
: M. Laframboise
(Blainville)?
Le Président (M. Laframboise) :
Abstention. Donc, l'amendement est rejeté. Nous revenons à l'article 27.
Des questions, commentaires? M. le député de Taschereau.
• (15 h 20) •
M. Grandmont : Oui. Bien,
d'abord, deux choses. Évidemment, je sais que je ne peux pas prêter
d'intentions, là. Si, évidemment... Je vous invite, M. le Président, si
jamais je le fais, à me le dire, là. Moi, ce n'est pas mon intention, là, de
faire cela. Maintenant, si le ministre s'est senti lésé par rapport à cet
élément-là, bien, évidemment, je l'invite à le soulever ou à faire votre
travail, évidemment, là, je le dis avec... avec beaucoup de respect. Ce n'est
pas mon intention.
L'autre chose, M. le ministre dit, mon
amendement était déjà couvert...
M. Grandmont : ...par
d'autres éléments contenus dans le... l'article 27. Est-ce qu'il peut
me... me renseigner là-dessus pour me dire en quoi, par exemple, là, les zones
de biosphère de l'UNESCO sont couvertes par l'article 27 tel qu'écrit
actuellement?
M. Girard (Groulx) : Vous
pouvez répondre, mais soyez succincte, là, parce qu'on n'est pas ici pour
écouler du temps, là.
Le Président
(M. Laframboise) : Me Desbiens, juste vous présenter et votre
titre, s'il vous plaît.
Mme Desbiens (Geneviève) : Oui,
merci, M. le Président. Alors, Geneviève Desbiens. Je suis avocate au ministère
de la Justice.
Dans la Loi sur la conservation du... Oui,
excusez. Dans la Loi sur la conservation du patrimoine naturel, on a une
définition d'aire protégée qui est une zone protégée au sens de la Convention
des Nations-Unies sur la diversité biologique, et telle que cette expression
est interprétée par l'Union internationale pour la conservation de la nature.
Je vous fais grâce du reste, et les aires protégées sont visées dans le
paragraphe deux de l'article 27.
M. Grandmont : Parfait.
Merci.
Le Président
(M. Laframboise) : D'autres questions, commentaires? D'autres
questions, commentaires?
M. Grandmont : Non.
C'est bon, merci.
Le Président
(M. Laframboise) : Ça va? Est-ce que l'article 27 est
adopté? Adopté?
Une voix : ...
Le Président (M. Laframboise) :
Sur vote par appel nominal.
Le Secrétaire
: Pour,
contre, abstention. M. Girard (Groulx)?
M. Girard (Groulx) :
Pour.
Le Secrétaire
: Mme Hébert
(Saint-François)?
Mme
Hébert
:
Pour.
Le Secrétaire
: M. Lemay
(Masson)?
M. Lemay : Pour.
Le Secrétaire
: M. Asselin
(Vanier-Les Rivières)?
M. Asselin : Pour.
Le Secrétaire
: Mme Tremblay
(Hull)?
Mme Tremblay : Pour.
Le Secrétaire
: M. Beauchemin
(Marguerite-Bourgeoys)?
M. Beauchemin : Pour.
Le Secrétaire
: M. Grandmont
(Taschereau)?
M. Grandmont : Contre.
Le Président
(M. Laframboise) : Donc...
Le Secrétaire
: M. Laframboise
(Blainville)?
Le Président
(M. Laframboise) : Abstention. Donc, l'article 27 est
adopté. M. le ministre. Article 28.
M. Girard (Groulx) : Oui.
Alors, on est toujours dans les procédures d'évaluation et d'examen des impacts
sur l'environnement, section II. Article 28 : «Lorsque la
réalisation d'un projet désigné est assujettie à l'une des procédures
d'évaluation et d'examen des impacts sur l'environnement prévues par la Loi sur
la qualité de l'environnement, cette procédure doit avoir été suivie avant que
le gouvernement n'octroie au promoteur une autorisation permettant la
réalisation du projet désigné ou des activités nécessaires à sa réalisation en
vertu de la présente loi.»
Commentaire. Cet article prévoit que si un
projet est assujetti à une procédure d'évaluation et d'examen des impacts sur
l'environnement, cette procédure doit être complétée avant l'octroi d'une
autorisation par le gouvernement.
Je vais lire la note additionnelle. Cette
disposition a pour effet de rendre entièrement applicables les procédures
d'évaluation environnementale applicables en territoire nordique et prévues au
titre deux de la Loi sur la qualité de l'environnement, incluant la délivrance
des autorisations requises. C'est seulement ensuite que le gouvernement
pourra octroyer une autorisation pour un projet désigné dans de tels
territoires.
Pour la procédure d'évaluation et d'examen
des impacts sur l'environnement, elle devra être suivie, sous réserve des
aménagements prévus à la présente section du projet de loi. L'autorisation ne
sera alors pas délivrée par le gouvernement en vertu de l'article 31.5 de
la Loi sur la qualité de l'environnement, mais plutôt en vertu des... des
pouvoirs prévus par le projet de loi.
Le Président
(M. Laframboise) : Merci. Questions, commentaires sur
l'article 28?
Le Président
(M. Laframboise) : Bon. Non. M. le député de Taschereau?
M. Grandmont : Oui.
Merci, M. le Président. On commence le... l'article 28 en disant «lorsque
la réalisation d'un projet désigné est assujettie». Est-ce qu'il y a des cas de
figure où il n'y aurait pas de... il y aurait... où des projets ne seraient pas
assujettis?
M. Girard (Groulx) :
C'est quoi, la question?
M. Grandmont :
«Lorsque», c'est... c'est juste un marqueur d'étape ou si c'est pour dire que
des fois, il y a... ça peut être assujetti, d'autres fois, non. J'imagine que
la réponse est assez simple, là, mais...
M. Girard (Groulx) : C'est
ça, la réponse? OK. En vertu de la loi, il y a des projets qui sont assujettis
puis il y en a qui ne le sont pas.
M. Grandmont : En vertu
de la loi, il y a des projets qui sont assujettis et d'autres qui ne le sont
pas.
M. Girard (Groulx) : Alors,
lorsqu'ils sont assujettis, il y aura une évaluation.
M. Grandmont : Donc,
d'accord. Et donc, dans... On a... on reprend le processus, là. On est... on
est dans un... on a un projet qui vous a été soumis à travers un formulaire, il
y a une évaluation qui est faite, vous avez...
M. Grandmont : ...vous demandez
aux différentes parties prenantes des avis,
vous allez voir les ministères sectoriels,
vous allez vers les municipalités,
vous demandez de l'information,
vous pouvez autoriser un projet, et vous allez pouvoir autoriser, à cette
étape-là, des travaux préparatoires. «Lorsque la réalisation d'un projet
désigné est assujettie à l'une des procédures d'évaluation» environnementale,
donc, ça, c'est l'étape qui va venir par la suite, qui va ultimement pouvoir
permettre de désigner un projet puis le faire avancer, autoriser le projet.
Donc, est-ce que, si un projet n'est pas assujetti à l'une des procédures
d'évaluation et d'examen des impacts sur l'environnement... est-ce que c'est
parce que le projet ne se fait pas ou s'il y a des cas de figure où un projet
pourrait être autorisé sans avoir à passer par une évaluation environnementale?
M. Girard (Groulx) : ...la
version légale...
Le Président (M. Laframboise) :
Me Desbiens
M. Girard (Groulx) : ...puisque
c'est une réponse légale. Il y a des projets qui sont assujettis puis il y en a
qui ne le sont pas, en vertu de la loi. On peut donner le critère de la loi.
Le Président (M. Laframboise) :
Me Desbiens.
Mme Desbiens (Geneviève) : Merci,
M. le Président. C'est le règlement relatif à l'évaluation et à l'examen des
impacts sur l'environnement de certains projets qui identifie quels sont les
projets qui sont assujettis à la procédure d'évaluation et d'examen d'impact
sur l'environnement — mon Dieu, j'ai de la misère, excusez-moi. Ça
fait que, si le projet qu'on entend désigner entre dans la liste qui est prévue...
M. Girard (Groulx) : …il est
déjà désigné...
Mme Desbiens (Geneviève) : Oui,
il est désigné, excusez. Hein, je vous l'ai dit. Ce ne sera pas long, je vais…
je vais finir par…
Donc, si on entend autoriser un projet qui
n'est pas visé à la liste ou qui ne rentre pas dans les critères du règlement,
donc, il n'aura pas à suivre la procédure d'évaluation et d'examen des impacts
sur l'environnement.
M. Grandmont : D'accord.
D'accord. Parfait. Bien, merci pour la réponse. Donc, j'irais pour un
amendement, si vous permettez.
Le Président (M. Laframboise) :
Parfait. Allez-y.
M. Grandmont : C'est le 28-1,
je pense.
Le Président (M. Laframboise) : Il
faut juste l'afficher. C'est celui-là. Allez-y, M. le ministre... M. le....
M. Grandmont : Pas encore
Le Président (M. Laframboise) :
M. le député
M. Grandmont : Merci, M. le
Président. Donc, à l'article 28 du projet de loi, insérer, à la fin, l'alinéa
suivant :
«Aucun des travaux préparatoires visés à
l'article 12 ne peut être autorisé ni débuter avant que la procédure
d'évaluation et d'examen des impacts sur l'environnement ne soit complétée.»
L'article 28 du projet de loi, tel
qu'amendé, se lirait ainsi :
«28. Lorsque la réalisation d'un projet
désigné est assujettie à l'une des procédures d'évaluation et d'examen des
impacts sur l'environnement prévues par la Loi sur la qualité de
l'environnement (chapitre Q-2), cette procédure doit avoir été suivie avant que
le gouvernement n'octroie au promoteur une autorisation permettant la
réalisation du projet désigné ou des activités nécessaires à sa réalisation en
vertu de la présente loi.
«Aucun des travaux préparatoires visés à
l'article 12 ne peut débuter ni être autorisé avant que la procédure
d'évaluation et d'examen des impacts sur l'environnement ne soit complétée.»
M. Girard (Groulx) : ...on adéjà eu un amendement à 27 qui visait exactement ça, puis on l'a débattu,
et on l'a rejeté. Totalement redondant.
Le Président (M. Laframboise) : Il
y a une décision qui a été rendue, 197/19, qui dit : Un député... à
l'époque, là, «un député de l'opposition officielle soutient que l'amendement
est irrecevable, puisqu'il est identique à un amendement qui avait été rejeté
par la commission lors de l'étude de l'article précédent, la première motion
d'amendement se lisait»… Bon, c'est la même chose. La décision : «La
motion d'amendement est recevable, puisque, quoique rédigée dans des termes
similaires ou semblables, elle vise à modifier un article dont le fond est
différent du précédent.» En effet. Donc, à ce moment-là, c'est recevable.
M. Girard (Groulx) : ...tout
ce que j'ai fait, c'est informer le député que c'est redondant. C'est déjà
utile.
Le Président (M. Laframboise) :
Oui. C'est ça. C'est bon, M. le député de Tacschereau
• (15 h 30) •
M. Grandmont : Merci
beaucoup, M. le Président. Bien, évidemment, on veut chercher à améliorer ce
projet de loi là, pour lequel on a beaucoup de critiques, beaucoup de craintes,
évidemment, donc on va saisir toutes les opportunités pour essayer de
l'améliorer, même si ça peut avoir un effet de redondance, je l'entends. Mais,
effectivement, la décision que vous avez nommée est très, très claire. Et, en
plus de ça. Bien, c'est ça, comme je le disais, on saisit les opportunités pour
être capables de l'améliorer, parce qu'en l'état, pour l'instant, ce projet de
loi là, on n'est pas capables de l'accepter là, évidemment.
Donc, cet amendement-là, en fait,
s'attaque à un des mécanismes les plus pernicieux du projet de loi, là, M. le
Président, là…
15 h 30 (version non révisée)
M. Grandmont : ...c'est l'autorisation
anticipée des travaux préparatoires à l'article 12, évidemment, avant même
que l'évaluation environnementale globale soit terminée. En l'état, le projet
de loi 5 permet à un promoteur de commencer à déboiser, excaver,
construire des routes d'accès dans le cadre de travaux préparatoires, alors que
les scientifiques de l'État et le public n'ont pas encore fini d'analyser la
viabilité à long terme du projet. Donc, en insérant cet alinéa à l'article 28,
mon amendement vise à instaurer un principe de séquençage logique et
sécuritaire pour... pour le territoire, pour les populations, évidemment. Donc,
on évalue d'abord l'impact global d'un projet. On obtient une autorisation
unique et ensuite on commence à creuser. On commence à faire des routes d'accès,
on commence à installer des lignes de transport d'énergie, par exemple. Mon
objectif, c'est de fermer définitivement... pardon, c'est de fermer
définitivement la porte à la politique du fait accompli.
Donc, quelques arguments qui sous-tendent
ma proposition d'amendement. D'abord, sur la question de l'irréversibilité, on
ne peut pas facilement déboiser une forêt détruite. Donc, les travaux, là, dits
préparatoires, donc, la déforestation massive, du drainage, du dynamitage, des
raccordements, création de routes, asséchage de milieux humides, drainage des
milieux humides, je devrais dire, ça cause souvent des dommages écologiques
majeurs et très concrets sur les écosystèmes. Alors, M. le Président, le terme «travaux
préparatoires», pour moi, c'est... c'est un terme, en fait, qui... qui qui est
lourd de sens, en fait, qui va plus loin que la... comment je dirais ça, pas le
côté simple, mais le côté légitime et réversible qu'on tente de lui donner sur
le terrain. Ça signifie des bulldozers qui rasent des boisés, qui rasent des
milieux écosystémiques importants.
Si le gouvernement, si le ministre permet
ces travaux-là et que, six mois plus tard, l'évaluation environnementale conclut
que le projet, sur son ensemble, sur l'ensemble de son cycle de vie, de sa
construction... en fait, des travaux préparatoires jusqu'à la fin du cycle de
vie, la fin du projet, est trop dangereux, par exemple, pour la nappe
phréatique et qu'il doit être refusé, bien, le mal est déjà fait. On ne peut
pas réinjecter de l'eau dans la nappe phréatique, on ne peut pas recoller les
arbres. Ça va prendre énormément de temps avant de retrouver un milieu qui nous
donnera la même valeur écosystémique et même économique qu'elle avait au
préalable. Donc, mon amendement protège le territoire contre l'irréparable, M.
le Président.
Mon amendement, aussi, propose, là... en
fait, vise à mettre fin au principe du fait accompli face à la population, face
aux décideurs. Donc, lorsqu'un promoteur a déjà investi des dizaines de
millions de dollars pour préparer un site, il exerce une pression politique et
psychologique immense sur les analystes du ministère puis sur le Conseil des
ministres aussi, pour obtenir l'autorisation finale...
Le Président (M. Laframboise) :
...prêter des intentions, là, parce que...
M. Grandmont : Ah! d'accord.
Je vous avais demandé de le faire, c'est parfait. Si vous l'interprétez comme
ça... C'est tout à fait dans votre droit, M. le Président. Mais, chose
certaine, le fait accompli, il est très clair auprès de la population et des
communautés, en fait. Il est clair que, quand on voit apparaître des
bulldozers, quand on voit apparaître des des scies à chaîne, quand on commence
à couper des arbres, à drainer des... des milieux humides, on se retrouve avec
une population qui a le sentiment que le projet est déjà... déjà autorisé. Et
donc on est devant un principe du fait accompli, dans tous les cas. Le signal
envoyé, c'est que les projets sont en marche et que la décision est déjà prise,
que le gouvernement a fait son lit sur un projet...
Le Président (M. Laframboise) :
...intentions.
M. Grandmont : Bien, je le
présente de la... de la perception de la population, M. le Président. Là,
là-dessus, je pense que je suis dans mon droit de...
Le Président (M. Laframboise) :
Si vous dites que la population peut prétendre ça, mais...
M. Grandmont : C'est
exactement ce que je dis, M. le Président.
Le Président (M. Laframboise) :
Mais soyez clair quand vous le dites.
M. Grandmont : Je comprends,
on est sur une ligne. Je comprends, je comprends très bien votre... votre
vigilance acérée là-dessus, évidemment, et je vous en remercie. Mais, du point
de vue de la population... puis là on le sait, combien ça peut être sensible, pour
la population, de voir des projets... je veux dire, tous les...
M. Grandmont : …projets majeurs,
même les projets… certains projets, même, que j'appuie, une partie de la
population qui met en doute et qui voit des risques pour eux, et je le
comprends. Je comprends très bien ce réflexe-là de vouloir tenter de préserver
ce qu'on considère être un équilibre qui nous convient à l'heure actuelle. Et
donc, si on a des travaux qui sont autorisés avant même d'avoir fait des
évaluations environnementales, je comprends très bien la population d'être dans
un… dans une réaction qui peut être épidermique et qui peut inciter à penser
que la voie est déjà pavée pour la réalisation de ce projet-là. Donc, c'est un…
c'est un classique, là, de… c'est ça, c'est le principe du fait accompli. Et
pour garantir l'intégrité puis l'indépendance de l'évaluation environnementale,
bien, je pense que les travaux… le terrain, en fait, doit demeurer intact
jusqu'à la signature de… la signature finale de l'autorisation.
Pour moi, mon amendement vient aussi
renforcer un principe que je trouve fondamental, c'est un des principes qui est
derrière le… le grand principe plus général de développement durable, c'est le
principe de précaution. Ce principe-là, je l'ai déjà dit, il y en a plusieurs,
là, des principes qui sont derrière cette loi du développement durable. Le
principe de précaution en est un important qui, malheureusement n'est pas assez
valorisé, je dirais, dans notre société. En cas de doute, à défaut d'avoir des
certitudes scientifiques, vaut mieux des fois ne pas réaliser des projets, même
si on n'a pas la certitude que ce projet-là n'est pas fondamentalement mauvais
pour l'environnement, pour les populations. Et je vais de façon plus détaillée,
là, c'est donc d'agir avec prudence lorsque des doutes subsistent quant aux
impacts environnementaux d'une action. Le texte, là, actuellement de la loi…
dans le projet de loi… l'article 28 du projet de loi 5 ne va pas dans le sens
du principe de précaution. Comme je vous le disais, on ne l'utilise… on ne
l'invoque pas assez souvent au Québec pour… pour… comme élément de réflexion ou
comme élément de discussion dans l'espace public sur différents projets ou des
programmes, ou certaines lois. Et je pense que le projet de loi va complètement
à l'inverse du… du principe de précaution. Comment on pourrait autoriser le
début d'un chantier physique alors que l'analyse des risques environnementaux n'est
pas complétée, M. le Président? Si l'évaluation est en cours, c'est qu'on n'a
pas encore toutes les réponses scientifiques. Alors, commencer les travaux
environnementaux dans l'incertitude, pour moi, c'est un manque de
responsabilité managériale et écologique que mon amendement vise à rétablir.
Un autre élément que je juge important,
là, que je vise, en fait, à travers mon amendement sur l'article 28 du projet
de loi 5, c'est… c'est toute la question du… de sauvegarder la crédibilité,
puis la dignité de la participation publique à travers… le processus
d'audiences publiques en environnement, là, du BAPE. Le Centre québécois pour
le droit de l'environnement, lors de ses audiences, puis dans son mémoire
aussi, on doit le dire, là, dénonçait le fait que le projet de loi 5
transforme, selon lui, les consultations publiques, puis le BAPE en une simple
opération d'autorisation administrative. En fait, c'est que ça fait que le
projet de loi 5, selon le CQDE, fait perdre de la crédibilité aux processus
d'audiences publiques en environnement mené par le BAPE, parce que les citoyens
sont invités à s'exprimer sur un projet dont le chantier a déjà commencé. Même
si ce sont des travaux préparatoires, là, même si la procédure qui place les
travaux préparatoires en amont, là, tu sais, dans l'esprit du législateur, même
si ça l'a un caractère logique, j'ose croire, en tout cas, bien pour les
citoyens, pour les communautés, pour les Premières Nations, pour les
municipalités, on vient déroger à la façon normale de faire les choses.
• (15 h 40) •
Et on a déjà des opérations de
transformation des écosystèmes, puis du terrain avant même que les audiences
publiques en environnement aient eu lieu. Alors, dans l'esprit des gens, c'est
déjà dire : Bien, les travaux annoncent que le projet va être réalisé.
Parce qu'on a… on a intégré à travers le temps que l'ordre des choses, c'est
qu'une fois les travaux commencés, le projet se fera. Et donc, comment… comment
accorder… comment garantir que la…
M. Grandmont : ...voix
des citoyens et des citoyennes et des Premières Nations et des municipalités
sera bel et bien intégrée, puis acceptée dans le processus.
Bien, ce serait d'inviter la population à
participer de bonne foi à des audiences publiques avant que les bulldozers ne
se retrouvent sur le terrain, avant qu'on fasse du dynamitage, avant qu'on
fasse des routes, qu'on assèche des milieux humides, qu'on... qu'on affecte le
territoire. Ça serait la bonne façon de le faire. Donc, faire l'inverse, c'est
envoyer un message que dans l'esprit des gens, en fait, la consultation ne sert
pas à grand-chose finalement, puisque les travaux ont déjà lieu. Donc, mon...
mon amendement, en fait, ce qu'il vise, c'est redonner ses lettres de noblesse
à la participation publique en s'assurant que la population est entendue avant
le premier coup de pelle sur le terrain.
Une mesure... Mon amendement, je le
propose aussi comme une mesure, là, de... de saine gestion financière. Ce que
je veux éviter, là, c'est du gaspillage de... de capitaux. Vous savez, faire un
projet comme celui-là, évidemment, c'est... c'est énormément de temps,
énormément d'argent, c'est... c'est des risques aussi, là. Les promoteurs qui
sont derrière ces projets-là, évidemment, prennent un risque, ils veulent faire
un projet d'envergure, un projet ambitieux. Évidemment, les sommes
potentiellement sont... peuvent être colossales. Et donc, investir des sommes
massives dans la préparation d'un site pour un projet qui potentiellement
pourrait être soit refusé, soit... relocalisé, soit profondément modifié, bien,
à mon sens, c'est un non-sens économique, M. le Président.
Je pense que... qu'il faut être sensible à
l'efficacité... économique. Puis il faut être sensible aussi à l'importance de
la gestion de risques dans des projets comme ceux-là. Et donc permettre à un
promoteur de réaliser un projet, un projet qui va être soutenu par des... des
fonds publics ou par des subventions, en fait, là, des prêts d'Investissement
Québec. Donc, permettre à un promoteur d'engloutir des millions de dollars dans
des travaux préparatoires, avant même de savoir si le projet va passer la rampe
officiellement, en termes d'acceptabilité sociale, notamment, bien, c'est
une... à mon sens, une mauvaise décision d'affaires.
Si le projet peut être modifié pour...
doit être modifié, en fait, je devrais dire, pour protéger un cours d'eau ou
s'il est carrément rejeté, bien, cet argent-là, il est complètement perdu, M.
le Président. Mon amendement protège donc les capitaux en imposant un ordre
logique. On valide la faisabilité du projet d'abord, puis après on dépense pour
la mise en œuvre du chantier, une fois qu'on a validé toutes les étapes. En
fait, c'est le processus normal qui a cours au Québec, M. le Président.
Puis, je le redis, pour moi, placer les
travaux préparatoires en amont des évaluations environnementales, notamment,
est un non-sens. Si on... pour toutes sortes de raisons, si on inverse l'ordre
logique dans lequel on fait des projets, ça envoie, je pense, un très mauvais
signal à la population, aux communautés autochtones qui pourraient être
touchées, à la société civile, aux municipalités.
Alors, si on veut accélérer les projets,
j'en suis, mais faisons-le en maintenant cet ordre logique là qui prévaut
depuis des années. S'il y a de l'accélération à faire parce que certaines lois
sont à dépoussiérer, sont désuètes, imposent des allers-retours trop fréquents
entre les ministères, le promoteur, les ministères, le promoteur. Évidemment,
peut-être qu'on a un travail à faire pour l'améliorer, pour améliorer le
processus. Mais simplement envoyer le signal que les travaux ont l'air de
commencer avant même d'avoir pu avoir une jase publique, ensemble, avec les
différentes parties concernées, les citoyens, les entreprises locales, les
Premières Nations, les municipalités, je pense qu'on risque fort d'obtenir le
résultat inverse de celui espéré, c'est-à-dire accélérer les projets. Donc, on
risque en fait de les ralentir, c'est ma perception.
Et c'est un peu là-dessus que je vais
aussi, là. L'amendement que je propose vise, encore une fois, à tenter de
désamorcer à l'avance la crise d'acceptabilité sociale et le risque de
paralysie judiciaire. Je vois dans le... dans le processus présenté par le
ministre, à travers son projet de loi n° 5, un terrain miné, beaucoup plus
difficile à réaliser qu'un... que le processus actuel, M. le Président. Rien ne
braque plus une communauté locale que de voir des travaux commencés sur un
terrain, alors que les autorisations officielles ne sont même pas...
M. Grandmont : ...ne sont pas
signés, ne sont même pas validés suite à une évaluation, en bonne et due forme,
suite à un réel processus d'audiences publiques en environnement mené par le
BAPE. Et je pense très sincèrement que ça risque de mener directement à des
blocages et à des contestations judiciaires. Si on veut que nos projets
prioritaires se réalisent plus rondement, je ne pense pas qu'il faut... qu'il
faille mettre en place des mécanismes qui risquent de braquer la population
d'accueil de ces... de ces projets-là. Voir un promoteur détruire un boisé avec
l'autorisation du ministre, par les dérogations qu'il obtient lors du moment...
lors de l'autorisation, grâce à l'échappatoire de l'article 12, avant même
que le rapport d'évaluation ne soit rendu public... Bien, en fait, comment on a
fait le travail, en bonne et due forme, de parler, d'avoir cette discussion
publique avec les différentes parties prenantes autour d'un projet, c'est la
recette parfaite, à mon avis, pour pousser les citoyens, les organisations, les
regroupements citoyens, les communautés autochtones, les municipalités dans une
impression de dernier retranchement. Et la réaction ne risque d'être qu'encore
plus grande que si on avait procédé dans le bon ordre. Donc, on risque fort de
faire face à des manifestations, à un mur d'injonctions devant les tribunaux,
menées par des groupes juridiques.
Donc, mon amendement, je le propose, bien
humblement, comme un outil de paix sociale puis de prévisibilité, en jouant
cartes sur table, en s'assurant d'un processus qui est serein, qui est
prévisible et surtout, M. le Président, qui est logique, qui respecte une
logique développée depuis plusieurs décennies ici, au Québec. C'est un
processus qui n'est pas parfait, évidemment, là. C'est un processus qui peut
être amélioré, je le redis, il y a de la place à l'amélioration dans nos
différents processus au Québec. J'ai participé à plusieurs processus de ce type
là. J'ai été impliqué de l'autre... de l'autre côté, si vous voulez, dans la
société civile sur... sur plusieurs projets au Québec. Et je vois bien qu'il y
a des choses qui peuvent être améliorées.
Mais modifier l'ordonnancement des
différentes étapes, je ne pense pas que c'est... de un, je ne pense pas que
c'est une solution pour accélérer les projets parce que je ne vois pas la
plus-value de procéder comme ça. Il y a des risques pour l'entrepreneur qui
risque de perdre des centaines de millions de dollars. Il y a des risques,
évidemment, de voir des milieux détruits parce qu'on aura autorisé les travaux
sur un territoire, alors que le projet, finalement, pourrait ne pas être
autorisé. Mais je vois aussi un risque très important, à la fois de de
ralentissement des projets par réaction très forte des parties concernées sur le
terrain, dans les communautés locales, et je vois aussi une... potentiellement,
un très grand cynisme de la part de la population apparaître, parce qu'on aura
l'impression, chez la population, que la voie est tracée et que le projet est
déjà décidé d'avance. Alors que je comprends le processus du ministre,
l'autorisation vient plus tard, mais, dans la tête des gens, ça aura lieu d'un
processus, d'un passe-droit total pour l'entièreté du projet.
Alors, c'est ça. Donc, à la fois, je ne
pense pas que c'est une bonne façon d'accélérer le processus sur la façon
nouvelle de présenter du nouveau processus en lui-même, mais je vois aussi des
risques de ralentissement parce que la population pourrait se braquer de façon
importante. Donc, évidemment, M. le ministre me répondra peut-être que les
fenêtres...
Le Président (M. Laframboise) :
...d'intentions au ministre.
M. Grandmont : Ah! d'accord,
d'accord, d'accord. Alors, on pourra me répondre chez les partisans de cette...
de ce projet de loi là, que les fenêtres, où on peut faire des travaux pour des
coulées de béton, du déboisement hivernal, sont assez courtes au Québec, puis
que, si on attend la fin de l'évaluation pour simplement couper des arbres, ont
fait perdre un an assez rapidement à un projet et on peut perdre, effectivement,
nos investisseurs face à la concurrence américaine. Bien, moi, je répondrai...
Le Président (M. Laframboise) :
C'est tout le temps que vous avez sur votre amendement, M. le député de
Taschereau. Donc, questions commentaires? Allez-y...
M. Beauchemin : Merci, M. le
Président.
Le Président (M. Laframboise) :
...M. le député de Marguerite-Bourgeoys.
• (15 h 50) •
M. Beauchemin : Merci. Sur l'amendement,
j'entendais le collègue de Taschereau nous dire que, pour l'accélération des
projets de loi, d'accélération des travaux majeurs, pour... vous étiez d'accord
avec le concept, là, je pense que l'expression que vous avez utilisée, c'est
«j'en suis». Juste peut-être revenir, là, parce que ça fait quand même presque
deux heures, là, qu'on est ici, il y a eu deux articles... deux amendements qui
ont été déjà déposés, qui ont été déjà répondus par des articles qui avaient
été préalablement...
M. Beauchemin : ...étudiés.
Il y avait des... des amendements que vous avez proposés qui étaient répétitifs
sur ce qui avait été déjà préalablement déposé. Vous parlez de cartes sur table
pour avoir plus, là, de transparence. Je pense que vous étiez d'accord avec
l'amendement que le Parti libéral du Québec avait amené, à savoir qu'on voulait
avoir plus de transparence. Le gouvernement a voté pour, vous sembliez être
d'accord. On avait aussi demandé pour la reddition de comptes, on a été dans la
bonne direction pour faire avancer le projet.
Je pense que ce qui est important de se
rappeler ici, c'est qu'on a devant nous une opportunité pour faire avancer
l'ensemble du Québec, qui ferait en sorte que ça va pouvoir générer des revenus
pour l'ensemble des Québécois, l'ensemble des Québécois qui vont avoir besoin
de services publics, l'ensemble des Québécois qui veulent du développement
économique, l'ensemble des Québécois qui vont vouloir avoir des retombées
dans... dans leur coin, évidemment, c'est sûr et certain.
Puis je pense que le développement
économique plus responsable d'aujourd'hui, c'est un développement économique
qui s'assure justement à ce que les zones affectées en reçoivent toujours un
peu plus. Ça fait que je ne vois pas en quoi, est-ce que, actuellement, là, on
est en train de... d'empêcher. Je ne vois pas l'avantage d'empêcher
l'avancement du projet de loi actuellement.
Puis je pense que, tu sais, si on veut
justement payer toutes les aspirations qui viennent souvent, là, lorsqu'on
parle avec le deuxième groupe d'opposition, à savoir tous les enjeux de société
qu'on... qu'on veut régler, puis ça, c'est... L'objectif est correct, il est
noble, mais en bout de piste, ça prend du développement économique si on veut
avoir les leviers économiques pour le faire, parce qu'on ne peut pas plus endetter
les Québécois, puis on ne peut pas plus taxer les Québécois pour le réaliser.
Je suis vraiment, je ne sais pas comment
dire autrement, là, je suis déçu de la procédure qui est utilisée actuellement
pour faire en sorte qu'on... qu'on prend beaucoup de temps. On a énormément
d'articles encore à faire, il nous reste peu de temps avant de pouvoir en
arriver à voter sur l'ensemble de... du projet de loi. Puis je m'inquiète
beaucoup pour la suite des choses. Voilà. C'est juste ça que je voulais dire,
M. le Président.
Le Président
(M. Laframboise) : D'autres questions, commentaires? Donc, est-ce
que l'amendement à l'article 28 est adopté? Rejeté?
Une voix : ...
Le Président (M. Laframboise) :
Donc, on vote par appel nominal.
Le Secrétaire : Pour, contre,
abstention. M. Grandmont (Taschereau)?
M. Grandmont : Pour.
Le Secrétaire
:
M. Girard (Groulx) ?
M. Girard (Groulx) :
Contre.
Le Secrétaire
:
Mme Hébert (Saint-François)?
Mme
Hébert
:
Contre.
Le Secrétaire
:
M. Lemay (Masson)?
M. Lemay : Contre.
Le Secrétaire
:
M. Asselin (Vanier-Les Rivières)?
M. Asselin : Contre.
Le Secrétaire
:
Mme Tremblay (Hull)?
Mme Tremblay : Contre.
Le Secrétaire
:
M. Beauchemin (Marguerite-Bourgeoys)?
M. Beauchemin : Contre.
Le Secrétaire
:
M. Laframboise (Blainville)?
Le Président
(M. Laframboise) : Abstention. Donc, l'amendement est rejeté.
Nous revenons sur l'article 28. Questions, commentaires? M. le député de Taschereau.
M. Grandmont : Oui.
Bien, écoutez, j'aimerais répondre à mon collègue, là, de Marguerite-Bourgeoys,
là. Je comprends son point, je comprends qu'il est plus en accord que moi, là,
avec l'ensemble du projet de loi. Il a peut-être des... Je le questionnerais peut-être,
là, sur son... son intention de s'assurer que les Premières Nations, notamment,
là, sont bien... sont bien gagnantes, en fait, là, par le projet de loi.
Une voix : ...
M. Grandmont : Non, non,
je pose la question, je pose la question. Parce que... parce que je me pose
réellement des questions, là, sur... par rapport à la place que les Premières
Nations peuvent occuper au Québec, là, dans la... une certaine forme de
réconciliation économique, législative.
Donc, je lui pose la question. Est-ce
qu'il trouve que, dans le fond, il y a un équilibre qui est atteint, là, dans
le PL 5, à travers la manière dont il est écrit actuellement, là?
Le Président
(M. Laframboise) : M. le député de Marguerite-Bourgeoys.
M. Beauchemin : Je pense
que l'amendement qu'on a apporté au projet de loi à l'article 26 amenait
beaucoup plus de place, justement, au dialogue puis à la transparence.
M. Grandmont : Bien,
c'est ça.
Le Président
(M. Laframboise) : M. le député de Taschereau.
M. Grandmont : Merci
beaucoup, M. le Président. Bien, c'est ça, nous, on va peut-être un petit peu
plus loin, je... je tiens à le dire, à cette étape-ci, parce que c'est quand
même une question fondamentale qu'il posait, là, évidemment, là, puis il y a
peut-être une distinction aussi dans la façon dont on reçoit ce projet de loi
là, selon notre formation politique.
On a déposé un projet de loi, tout
récemment, ma collègue de Sainte-Marie—Saint-Jacques, là, qui proposait d'aller
chercher davantage de co-construction, puis de s'accrocher à la Déclaration des
Nations unies sur les... les droits des peuples autochtones, notamment en
allant chercher le consentement préalable libre et éclairé.
Des propositions qu'on a faites d'entrée
de jeu, là, donc il n'y a pas de surprise, là, on est assez cohérents, je
pense, là. J'avais fait ces propositions-là dès le départ sur le projet de loi
n° 5, dans les premiers articles. On avait eu plusieurs discussions, puis
on a vu qu'on... on n'était pas à la même place.
Mais je pense que c'est... c'est correct
et sain aussi qu'on n'ait pas nécessairement les mêmes... donc les mêmes... la
même lecture du projet de loi, donc les mêmes approches et donc la même façon
de travailler sur le projet de loi. Puis je trouve ça tout à fait légitime
qu'on... qu'on ait chacun nos... nos façons de l'appréhender.
J'aimerais entendre le député de Marguerite-Bourgeoys
aussi, j'aurais une autre question à lui poser, si c'est possible, à lui de me
répondre ou pas. Mais comment il voit ça que les projets de loi...
M. Grandmont : …et le projet
de loi similaire, là, en Ontario, sont devant les tribunaux parce que contestés
par les groupes environnementaux, dans le cas du projet de loi… de la loi
fédérale, et par les Premières Nations, là, du côté ontarien.
Le Président (M. Laframboise) : Bien,
je voudrais juste d'abord, pour ma part, qu'on revienne à l'article 28 qui est
devant nous, là, juste, s'il vous plaît.
M. Grandmont : Bien, c'est
juste que, c'est… vous comprenez, il m'avait interpelé directement, là, sur la
façon dont on percevait le projet de loi, donc je me suis permis de le lui
répondre.
Le Président (M. Laframboise) : M.
le député de Marguerite-Bourgeoys.
M. Beauchemin : Oui. Merci,
M. le Président. Bien rapidement, le projet de loi 5 qu'on a devant nous n'est
pas le projet de loi que vous faites référence, puis le projet de loi auquel on
fait face actuellement est un projet de loi qui est différent et amélioré par
rapport à la version canadienne.
Le Président (M. Laframboise) : M.
le député de Taschereau.
M. Grandmont : Merci. Je suis
content d'entendre que… cette réponse-là. On ne partage pas ce point de vue là,
je pense qu'il y a encore des risques très importants, d'ailleurs, le projet de
loi a très peu changé, là, depuis le début. Quelques amendements qui ont été
améliorés… qui ont été apportés puis adoptés, là, donc, un de notre côté, puis
quelques-uns, là, du côté, là, du Parti libéral. Mais je pense qu'on est encore
loin, en fait, là, du… si vous souvenez bien, là, quand on a entendu, lors des
audiences particulières, le Centre québécois pour le droit de l'environnement,
qui nous disait que ça avait toutes les chances d'être contesté. Je pense que le
projet de loi à mon point de vue n'a pas été amélioré suffisamment pour être
capable d'éviter des contestations judiciaires, et c'est pour ça qu'on essaie
de l'améliorer encore aujourd'hui. Donc, voilà, ça met un terme peut-être à
cette… ce petit échange-là, M. le Président.
Le Président (M. Laframboise) :
M. le ministre.
M. Girard (Groulx) : Je pense
que, là, de dire qu'on essaie d'améliorer le projet de loi... non, non, ce
n'est pas ça qui se passe, là, M. le Président. On essaie d'empêcher l'adoption
du projet de loi, puis c'est correct, on va continuer. Allez-y, faites votre
travail.
Le Président (M. Laframboise) : C'est
votre interprétation… peut pas prêter…
M. Girard (Groulx) : C'est
mon… définitivement mon interprétation, M. le Président. Je l'assume.
M. Grandmont : C'est ça, il
ne vous prête pas d'intentions, il… c'est son interprétation. Mais… vous ne
pouvez pas prêter d'intentions.
M. Girard (Groulx) : Voilà.
M. Grandmont : Exactement. Il
ne peut pas prêter d'intentions, même si c'est son interprétation, il me prête
des intentions. D'accord. Merci. Donc ça fait le tour, là, pour ce petit
échange-là, en ce qui me concerne. Je pense qu'on aurait un autre… un autre
amendement à vous présenter, M. le Président.
Le Président (M. Laframboise) : Oui.
Donc, on va l'afficher à l'écran. Parfait. Juste regardez si c'est bien le bon.
M. Grandmont : Oui, c'est
bien celui-là.
Le Président (M. Laframboise) : Parfait.
Allez-y, M. le député de Taschereau.
M. Grandmont : Merci
beaucoup. Donc... Excusez-moi, juste de me repérer, là. Oui. Donc, je vais le
lire.
Donc, à l'article 28 du projet de
loi, insérer, à la fin de… à la fin, l'alinéa suivant :
«L'autorisation octroyée par le
gouvernement doit obligatoirement intégrer, sans possibilité de modification ou
de dérogation en vertu de l'article 23, les conditions, restrictions et
recommandations formulées au terme de la procédure d'évaluation.»
L'article 28 du projet de loi tel
qu'amendé, se lirai ainsi :
«28. Lorsque la réalisation d'un projet
désigné est assujettie à l'une des procédures d'évaluation et d'examen des
impacts sur l'environnement prévues par la Loi sur la qualité de
l'environnement (chapitre Q-2), cette procédure doit avoir été suivie avant que
le gouvernement n'octroie au promoteur une autorisation permettant la
réalisation du projet désigné ou des activités nécessaires à sa réalisation en
vertu de la présente loi.
«L'autorisation octroyée par le gouvernement
doit obligatoirement intégrer, sans possibilité de modification ou de
dérogation en vertu de l'article 23, les conditions, restrictions et
recommandations formulées au terme de la procédure d'évaluation.»
Le Président (M. Laframboise) : Un
commentaire, M. le ministre?
M. Girard (Groulx) : Non.
Le Président (M. Laframboise) :
Non? Ça va? M. le député de Taschereau.
• (16 heures) •
M. Grandmont : Oui, merci. Je
vais juste me retrouver dans mes notes. Oui, c'est ça. Donc, oui, M. le
Président, cet amendement-là vise à prévenir… à s'attaquer, en fait, à la
disposition la plus, pardon, la plus… la plus extraordinaire à mon… à mon avis,
et aussi la plus contestée, là, des groupes qu'on a entendus et des mémoires qu'on
a pu lire, c'est le pouvoir du Conseil des ministres de réécrire les règles du
jeu à huis clos. L'article 28 du projet de loi 5 prévoit l'octroi
d'une autorisation unique par le gouvernement pour les projets prioritaires.
Cela dit, en l'état actuel du projet de loi, le gouvernement conserve le
pouvoir, via l'article 23, de se déroger à lui-même ou de modifier par
décret les conditions environnementales et techniques pourtant établies par les
analystes et les scientifiques. Donc, en ajoutant mon amendement, donc cet
alinéa-là, on vient dresser une barrière d'étanchéité écologique…
16 h (version non révisée)
M. Grandmont : ...et
juridique qui, à mon sens, est plus forte. On vient donc dire que, si un projet
passe à travers le tordeur de l'évaluation, les conditions environnementales
qui en découlent lient constitutionnellement et légalement le Conseil des
ministres. Et donc le politique ne peut plus empêcher de voir ce que la science...
empêcher, en fait, de voir la science par décret. Donc, quelques arguments,
là. D'abord, sans cet amendement-là, le Conseil des ministres peut décider qu'une
condition technique essentielle, par exemple, installer un système de
filtration d'air très important sur une usine, parce que ça, ça peut monter
assez rapidement, des systèmes comme ça, ça peut coûter des dizaines de
millions de dollars, M. le Président, ou, par exemple, respecter une zone d'exclusion
pour une nappe phréatique. On le sait combien c'est important, on a plusieurs
articles, d'ailleurs, qui font mention que l'eau se fait de plus en plus rare
au Québec, notamment parce qu'elle est surpompée et que les nappes ne sont pas
rechargées suffisamment, notamment à cause de... l'imperméabilisation des sols.
Donc, lorsque... sans cet amendement-là,
je reviens, je donnais des exemples. Mais le Conseil des ministres peut décider
qu'une condition technique essentielle est trop lourde pour le promoteur, puis il
pourrait l'effacer d'un trait de plume via l'article 23. Donc, M. le
Président, les conditions émises, au terme d'une évaluation d'impact, ne sont
pas des suggestions politiques ou des... des irritants bureaucratiques. Ce sont
des exigences scientifiques rigoureuses pour protéger la santé, la santé des
populations... la biodiversité, donc, de nos écosystèmes. Ce sont donc des
exigences rigoureuses et nécessaires.
Donc, permettre au Conseil des ministres d'utiliser
l'article 23 pour passer outre ces conditions-là à huis clos, c'est un
travail à contresens du travail des biologistes, des ingénieurs, des experts de
l'État. Et, vous le savez, je l'ai mentionné à maintes reprises, je crois
fondamentalement à l'expertise des employés de l'État. Donc, mon amendement
vise à redonner à la science sa juste primauté sur le pouvoir politique,
essentiellement. Ce que j'espère aussi, à travers cet amendement-là, c'est
mettre fin au court-circuitage permanent des lois. Donc, le mémoire du Centre
québécois pour le droit de l'environnement était assez clair, en fait, puis il
soulignait le danger systémique de l'article 23. Ça a été...ça a été
souligné souvent, combien cet article-là, dans le projet de loi 5, était
fondamental, parce que, notamment, il permet au gouvernement de suspendre, de
modifier l'application de pan entier de droit québécois par simple décret, en
fait.
Donc, l'article 23, c'est un outil de
centralisation et... qui est très, très grand. Si le gouvernement peut modifier
les résultats de l'examen... si le gouvernement peut utiliser cet article-là
pour modifier l'autorisation unique de l'article 28, après coup, alors, tout le
processus d'évaluation environnementale perd de sa force, perd de sa... de sa
validité. Donc, pourquoi évaluer si le politique peut modifier les résultats de
l'examen à sa guise? Donc, cet amendement-là retire l'autorisation unique des
griffes, en fait, de l'article 23, pour garantir le respect de l'État de
droit. Ce que je cherche aussi, évidemment, c'est garantir la prévisibilité
réelle puis l'équité concurrentielle pour les marchés. C'est quand même quelque
chose qui est important, là. Les investisseurs sérieux ont besoin de stabilité
réglementaire dans le temps. On ne peut pas changer les règles du jeu en cours
de route. Bon, on le voit sur d'autres dossiers, évidemment, changer les règles
du jeu, je pense notamment au PEQ, là. Mais changer les règles du jeu. On ne
peut pas faire ça en cours de route, c'est contreproductif. Ça enlève cet
environnement réglementaire prévisible et stable que recherchent les
investisseurs, évidemment aussi.
Donc, un cadre où les conditions d'un
permis peuvent changer au gré du lobby qui peut être effectué sur le
gouvernement, évidemment, puis des pressions politiques, bien, ça crée de l'instabilité
politique, ça crée de l'instabilité économique surtout, donc. Puis ça a été
quand même mentionné à quelques reprises dans les audiences, dans les mémoires
qu'on a reçus, notamment le Conseil du patronat, la Fédération des chambres de
commerce du Québec, demandent de la prévisibilité. Encore une fois, quand j'ai
fait le projet... pas la...
M. Grandmont : ...bien
oui, c'était une commission en fait, là, sur la révision des sites de GES.
Encore une fois, on était, un peu comme ici, à la jonction de l'environnement
et du domaine économique. Puis c'est intéressant de voir que les arguments qui
étaient utilisés, donc par le Conseil du patronat<i>
puis la Fédération des chambres de commerce, c'étaient les mêmes que ceux qui
étaient donnés par l'industrie du béton, de la sidérurgie, manufacturiers et
exportateurs du Québec, pendant la Commission sur la révision des... des sites de
GES.
Ce que ces investisseurs, les promoteurs,
les industriels désirent, c'est un cadre qui est, bien, d'une part, ambitieux.
Je pense que tout le monde veut pouvoir faire son business dans un
environnement qui est sain, puis un Québec qui... qui tient compte de la santé
de la population, la plupart, en tout cas, il y en a que c'est un peu moins
leur... leur préoccupation, mais bon.
Mais surtout, ce qu'ils veulent, c'est un
environnement qui va être stable et prévisible. Donc, on ne peut pas changer les
règles du jeu en cours de route, évidemment. Donc, laisser la porte ouverte à
des dérogations politiques post-évaluation, ça peut potentiellement créer un
système à deux vitesses, voire plus. Donc ça favorise les promoteurs qui ont...
qui ont, qui arrivent à faire un lobby efficace, qui peuvent obtenir l'oreille
d'un ministre, par exemple, avec des arguments, au détriment des... des
entreprises qui, elles, vont vouloir jouer selon les règles en vigueur, les
règles de l'art.
Donc, en rendant les conditions
d'autorisation obligatoires et non modifiables par décret politique, bien, on
assainit les règles du marché pour tout le monde, puis on offre une sécurité...
juridique plus grande pour les investisseurs aussi.
Il y a un autre élément, là, que je trouve
important, là, de souligner à travers mon amendement, là, c'est le respect de
la parole donnée aux Premières Nations et aux Inuits. Les processus
d'évaluation intègrent, ou en fait, devraient intégrer les accommodements, puis
les exigences négociées avec les communautés autochtones pour respecter leurs
droits ancestraux, ça, c'est le principe de base.
Lorsque les nations autochtones
participent de bonne foi à une démarche d'évaluation et qu'elles, finalement,
s'entendent sur des restrictions strictes pour protéger leur territoire
ancestral qui sert à la trappe, à la chasse, des lieux sacrés, des sites
sacrés, par exemple, bien, ces conditions-là, à mon sens, devraient être
gravées dans le marbre, ne plus changer.
Si le gouvernement s'accorde pour, par
exemple, accorde le droit, non s'accorde le droit, je dirais via... via
l'article 23, de balayer ces restrictions-là par décret trois mois plus
tard, pour... pour favoriser un promoteur, bien, il va à l'encontre de
l'obligation constitutionnelle de constitution... de consultation, pardon, et
détruit le lien de confiance qu'il tente de bâtir de nation à nation avec les
Premières Nations et les Inuits. Donc, mon... mon amendement vient sécuriser,
en fait, les gains de la négociation avec les Premières Nations.
Évidemment, mon amendement propose aussi,
là, je pense, en tout cas, peut aller dans le sens, là, de la... de restaurer
l'acceptabilité sociale. C'est un enjeu qui est important, évidemment, là, pour
les grands projets industriels au Québec, puis évidemment, gagner puis
maintenir la confiance du public envers l'État. On sait combien c'est fragile,
on sait combien les gens, malheureusement, doutent des fois, là, de nos
institutions qui sont... qui sont fort importantes. Et je pense qu'on a un
devoir, en tant que législateurs, de s'assurer que cette confiance-là ne va pas
en descendant, mais plutôt en augmentant à travers le temps.
Et donc, pour moi, le projet de loi
n° 5 va à l'encontre de ce maintien ou de cette augmentation de la
confiance que la population a envers l'Assemblée nationale, les législateurs.
Parce que la dérogation aux lois ordinaires, ça engendre une méfiance
citoyenne. Et donc, pour accepter un projet d'envergure, le... je pense que le
public doit savoir que les promesses d'encadrement vont être retenues. Les
citoyens, vous savez, acceptent les grands projets industriels à la condition
expresse que les garde-fous environnementaux sont respectés. On le voit, là,
dans différents projets au Québec, les enjeux de santé environnementale, de
santé publique, reviennent constamment dans le discours public.
• (16 h 10) •
Quand on a des industriels, par exemple,
qui demandent des exceptions, des régimes d'excession... d'exception sur, par
exemple, le pouvoir, le droit de polluer, les autorisations ministérielles.
Bon, je fais, entre autres, référence au... au cas, là, de la Fonderie Horne,
qui appartient à Glencore à Rouyn-Noranda. Mais quand on regarde la liste
complète des autorisations ministérielles qui sont données par le gouvernement,
il y a beaucoup de projets et donc, il y a à chaque fois aussi des
mobilisations citoyennes...
M. Grandmont : ...qui
apparaissent, et c'est ce lien de confiance là qui est... qui est délité à la
grandeur du Québec. Toutes ne font pas l'objet d'un suivi médiatique aussi
grand que la Fonderie Horne à Rouyn-Noranda, mais sachons que, tu sais, à
chacun de ces endroits-là, il y a des citoyens qui craignent pour leur santé,
qui craignent pour leur environnement. Donc, on doit, on doit s'assurer que
l'acceptabilité sociale demeure toujours grande pour garantir la confiance du
public... envers l'État. Donc, les citoyens, les citoyennes qui acceptent ces
projets-là industriels, là, ils espèrent avoir des garde-fous, le maintien des
normes environnementales, en échange de quoi? Bien, peut-être que les projets
risquent d'être acceptés davantage. Si la population comprend que
l'article 26 ou 28 permet au ministre des Finances de modifier les
restrictions sanitaires ou environnementales en cours de route, bien, la rupture
de confiance risque d'être d'autant plus grande, M. le Président.
Pour rebâtir une acceptabilité sociale
minimale autour de ce projet de loi là, bien, c'est ce que je propose de faire,
là, c'est d'accepter de se lier face aux conclusions des évaluations
environnementales. Il doit y avoir là-dedans un respect de ce processus-là qui
est fondamental aux yeux du public. C'est un... c'est un processus qui est
normal et qui souhaité et qui est souhaitable pour le Québec, pour les... par
les citoyens et les citoyennes, mais pour aussi garantir l'acceptabilité
sociale de ces projets-là. Évidemment, aussi, ma proposition d'amendement vise
à à éviter un mur de recours judiciaires face à des projets qui pourraient être
donc choisis, priorisés par le ministre des Finances, et donc d'éviter aussi la
paralysie de ces projets prioritaires.
L'utilisation, je pense, là, de décret
d'exception pour... pour avoir des passe-droit environnementals, c'est un
enjeu, en fait, qui est suivi avec beaucoup d'attention par les organisations
qui travaillent sur le droit de l'environnement au Québec, et je les en
remercie d'ailleurs, parce que je pense qu'à la fin c'est du travail
extrêmement essentiel qui est fait au bénéfice du maintien de la qualité de nos
écosystèmes, du maintien de l'environnement, un environnement qui est propice à
la santé humaine, ça, je pense que ça, c'est non négociable. Donc... j'en
profite pour remercier ces organisations, notamment le Centre québécois pour le
droit de l'environnement, qui ont le bien commun à l'esprit, quand ils font ce
travail-là, de faire respecter le droit de l'environnement au Québec. C'est
essentiel.
Donc, si le projet de loi 5 cherche
l'efficacité pour les projets industriels majeurs priorisés par le gouvernement
du Québec, bien, je répondrais que cet amendement-là que je propose
aujourd'hui, c'est un allié, c'est un formidable allié, parce que chaque fois
qu'on... que le gouvernement utiliserait l'article 23 pour déroger aux
restrictions d'une autorisation environnementale, bien, les groupes juridiques
écologistes pourraient aller devant les tribunaux pour exiger un contrôle
judiciaire et faire... faire renverser ce décret pour déni de justice
environnementale. Donc, je le dis en toute humilité, en espérant que mon
amendement soit accepté par la partie gouvernementale, mais on risque, si rien
n'est modifié dans le texte tel qu'il est écrit, on risque la paralysie de
projets prioritaires dans des... dans des batailles juridiques potentiellement
interminables. Donc, en éliminant, en éliminant cette possibilité de
passe-droit postautorisation...
Le Président (M. Laframboise) :
...passe-droit, là vous prêtez intentions. Je veux juste que vous fassiez
attention, là. L'intention, ce n'est pas de donner des passe-droits, là. En tout
cas, je n'ai pas... je n'ai pas écouté le même projet de loi que vous, là.
M. Grandmont : D'accord. Je
ferai attention au choix de termes, M. le Président.
Le Président (M. Laframboise) :
S'il vous plaît.
M. Grandmont : Donc, en
éliminant cette possibilité-là, on vient sécuriser le projet... les projets qui
seraient éventuellement sélectionnés, choisis contre les risques de cassation
par les tribunaux. Donc, je le dis, là, je pense qu'on a là une possibilité
d'améliorer, finalement, sensiblement le projet de loi avec mon amendement,
parce qu'on se garantirait non seulement de meilleure acceptabilité sociale
aussi, mais d'avoir un projet de loi qui éviterait les recours judiciaires à
son encontre. Évidemment, on pourrait me répondre qu'en cours de chantier il
arrive des imprévus techniques majeurs qui nécessitent d'ajuster...
M. Grandmont : ...ou
d'assouplir une condition administrative, puis que, si on bloque toute
modification, on paralyse l'ingénierie du projet, bien, je pense qu'il ne faut
pas confondre l'ajustement technique normal d'un permis géré par des
professionnels des ministères sectoriels puis le pouvoir extraordinaire donné
par l'article 23, parce que, si une condition d'ingénierie qui doit
évoluer, ce qui peut arriver en cours de chantier, évidemment, on rencontre
toutes sortes de conditions qui proviennent du terrain et même qui peuvent
provenir aussi, là, de... d'événements météorologiques, par exemple, bon, bien,
donc, si une condition technique peut évoluer... d'ingénierie doit évoluer,
bien, les mécanismes réguliers de la Loi sur la qualité de l'environnement le
permettent déjà via des demandes de modification d'autorisation, dûment
analysées par les scientifiques.
Donc, ce que mon amendement refuse, ce
n'est pas que la science soit appliquée sur le terrain, c'est que le Conseil
des ministres ne puisse pas s'octroyer le droit de renverser ou de modifier des
recommandations d'experts de ses propres ministères par pur… par décret, en
fait, ministériel, un processus qui se passe davantage à huis clos, sans
transparence pour le public et sans analyse… sans analyse environnementale.
Donc, moi, ce que je propose à travers mon
amendement, c'est de la transparence. Ce que je demande, c'est de la rigueur.
Ce que je propose, c'est le maintien du… de l'accès aux gens à un processus qui
est clair, qui ne peut pas être modifié sans avoir à repasser devant le public,
et donc accepter aussi les conclusions des processus formels d'évaluation
environnementale.
Donc, je le redis là, pour être bien clair,
je pense que la science doit primer, c'est-à-dire qu'à partir du moment où on a
des experts qui sont entendus au Bureau d'audiences dans une évaluation
d'impact environnemental menée par… dans le cadre d'une audience publique
d'environnement menée par le BAPE, on doit avoir une primauté de la science sur
la… pour obtenir les meilleurs projets possible. À la fin, c'est ce que
j'espère, que les projets puissent se faire, mais qu'ils se fassent sur des
bases scientifiques, rigoureuses, prévisibles, claires, intelligibles pour la
population. Et donc l'article 23 permet, au contraire, de venir renverser
des décisions qui ont déjà été prises précédemment.
Ce que je souhaite également, aussi, c'est
qu'on crée un écosystème, un environnement dans lequel les promoteurs, les
investisseurs qui sont sérieux, bien, auront un environnement qui sera stable
et prévisible. Ça aussi, c'est quelque chose qui m'apparaît absolument
essentiel.
Je veux aussi m'assurer, je le redis parce
que c'est important, que la parole donnée aux Premières Nations, dans tout le
processus, soit respectée, à la fin, et qu'on reste avec des engagements qui
soient coulés dans le marbre, pour s'assurer qu'on a un respect de notre
parole. On traite quand même de nation à nation, quand on traite de projets
avec les Premières Nations et des Inuits, donc on doit s'assurer, ne serait-ce
que par respect ou par volonté de réconciliation, travailler avec eux et, la
parole donnée, on respecte.
Puis, comme toujours, là, évidemment,
accélérer les projets, oui, mais ne pas faire le contraire en nourrissant un
déficit d'acceptabilité sociale ou encore en favorisant potentiellement des
recours judiciaires qui pourraient mettre à mal, en fait, ces différents
projets là. Merci, M. le Président.
Le Président
(M. Laframboise) : Parfait. Donc, questions, commentaires? Est-ce
que l'amendement à l'article 28 est adopté? Rejeté?
Une voix : ...
Le Président (M. Laframboise) :
Vote sur appel nominal.
Le Secrétaire
: Pour,
contre, abstention. M. Grandmont (Taschereau)?
M. Grandmont : Pour.
Le Secrétaire
:
M. Gérard (Groulx)?
M. Girard (Groulx) :
Contre.
Le Secrétaire
:
Mme Hébert (Saint-François)?
Mme
Hébert
:
Contre.
Le Secrétaire
:
M. Lemay (Masson)?
M. Lemay : Contre.
Le Secrétaire
:
M. Asselin (Vanier-Les Rivières)?
M. Asselin : Contre.
Le Secrétaire
: Mme Tremblay
(Hull)?
Mme Tremblay : Contre.
Le Secrétaire
:
M. Beauchemin (Marguerite Bourgeoys)?
M. Beauchemin : Abstention.
Le Secrétaire
: M Laframboise
(Blainville)?
Le Président (M. Laframboise) : Abstention.
Donc, l'amendement est rejeté. On revient aux discussions sur
l'article 28. Des questions,
commentaires? M.
le député de Taschereau.
M. Grandmont : Oui. Oui,
M. le Président. Merci beaucoup. Bien, écoutez, j'ai un autre argument, là...
pas un autre argument, voyons, je mélange toujours argument puis amendement,
depuis... depuis hier ou avant-hier. Donc, c'est ça, oui, un autre amendement
que j'aimerais proposer, s'il vous plaît. On peut le faire apparaître là.
M. Girard (Groulx) : …plus
d'amendements que d'arguments.
Le Président
(M. Laframboise) : Vous n'avez pas le droit de prêter d'intentions,
M. le ministre, arrêtez.
M. Grandmont : C'est des
propos blessants, surtout, M. le Président.
Le Président
(M. Laframboise) : En plus, c'est blessant, vous raison.
M. Grandmont : Oui,c'est
plus blessant que des intentions. J'essaie de faire un travail rigoureux.
• (16 h 20) •
M. Girard (Groulx) :
Accueillons l'amendement.
M. Grandmont : Merci
beaucoup. J'essaie de faire un travail rigoureux...
Le Président (M. Laframboise) :
M. le ministre.
M. Grandmont : ...mes
intentions ont toujours été claires, essayer d'améliorer…
M. Grandmont : ...projet
de loi.
M. Girard (Groulx) : ...avant
d'autoriser les projets, là?
Le Président
(M. Laframboise) : Allez-y avec votre amendement.
M. Grandmont : Bien, ce
n'est quand même pas rien, il me semble, en tout cas.
Je vais lire mon amendement. Excusez-moi,
je vais aller le chercher. C'est le 28-4. Oui, c'est bien celui-là.
Donc, à l'article 28 du projet de
loi, insérer, à la fin de l'alinéa suivant :
«Si l'autorisation octroyée par le
gouvernement s'écarte, en tout ou en partie, des recommandations ou des
conditions formulées au terme de la procédure d'évaluation, le ministre doit
rendre public un argumentaire détaillé justifiant les motifs d'intérêt public
pour lesquels ces recommandations n'ont pas été intégrées à l'autorisation.»
Donc, l'article 28 du projet de loi,
tel qu'amendé, se lirait ainsi :
«28. Lorsque la réalisation d'un projet désigné
est assujettie à l'une des procédures d'évaluation et d'examen des impacts sur
l'environnement prévues à la Loi sur la qualité de l'environnement (chapitre
Q-2), cette procédure doit avoir été suivie avant que le gouvernement n'octroie
au promoteur une autorisation permettant la réalisation du projet désigné ou
des activités nécessaires à sa réalisation en vertu de la présente loi.
«Si l'autorisation octroyée par le
gouvernement s'écarte, en tout ou en partie, des recommandations ou des
conditions formulées au terme de la procédure d'évaluation, le ministre doit
rendre public un argumentaire détaillé justifiant les motifs d'intérêt public
pour lesquels ces recommandations n'ont pas été intégrées à l'autorisation.»
Voilà, M. le Président, si j'y vais, de
quelques...
Le Président
(M. Laframboise) : ...commentaires, M. le ministre?
M. Girard (Groulx) : ...est
couvert par l'article 26, déjà adopté, amendé avec des propositions du
Parti libéral, adopté. Et l'article 28 vise à s'assurer que, lorsque la
loi le demande, il y ait un BAPE avant d'autoriser les projets. Voilà, c'était
mon commentaire.
Le Président
(M. Laframboise) : Parfait. Et je voulais juste revenir à tantôt,
à l'avis que j'ai donné par rapport à la recevabilité. C'est parce que je
vous... je vous ai lu une décision qui avait déjà été rendue, vous ne pouvez en
aucun temps... demander la recevabilité de l'amendement, évidemment, quand on
fait ça, il y a un débat sur la recevabilité, et par la suite on demande à la
table de nous faire un rapport juridique, donc c'est... avec le délai qui va
avec, là. Mais vous avez toujours le droit, n'importe quand, de demander de
mettre en... d'examiner la recevabilité d'un amendement.
M. Girard (Groulx) : Oui,
mais mon point n'est pas juridique.
Le Président
(M. Laframboise) : OK. Parfait.
M. Girard (Groulx) :
C'est un point intellectuel. Cette question-là a été faite à l'article 26.
Le Président
(M. Laframboise) : Parfait. Merci beaucoup. M. le député de Taschereau.
M. Grandmont : Bien, je
vais me permettre quand même de l'expliquer. Puis moi, je pense qu'il y a des
différences quand même. Après ça, bien, on pourra en débattre, là, mais...
Le Président
(M. Laframboise) : Mais on n'en débattra pas, parce qu'il n'y a
pas de demande de recevabilité. Donc, allez-y.
M. Grandmont : Non, non,
non, je sais, je sais, mais on débattra, en fait, de mon argumentaire, effectivement,
après c'est ça, c'était plus là-dessus.
Donc moi, bien en fait, mon amendement ce
fois... cette fois-ci, là, vise à appliquer un principe fondamental de... qui
est quand même assez fréquent maintenant, en gouvernance moderne, M. le
Président, c'est se conformer ou s'expliquer. Donc on se conforme ou on s'explique.
Donc, j'essaie, encore une fois, là,
d'améliorer le projet de loi. J'ai essayé de proposer des amendements qui
allaient un petit peu plus loin. J'essaie de voir, peut-être en donnant un peu
plus de flexibilité au ministre, peut-être va-t-il accepter d'améliorer son
projet de loi. Donc, dans ce cas-ci, je ne veux pas retirer au Conseil des
ministres son pouvoir décisionnel ultime. Mais je veux, je veux assortir ce
pouvoir-là d'une obligation d'imputabilité, puis de transparence, on va le dire
comme ça.
Donc, si... si par exemple, il y a une
décision du Conseil des ministres qui décide finalement de passer outre les
avertissements des scientifiques, bien, je pense qu'il faut qu'il ait le
devoir, certains diraient le courage, de l'expliquer devant les membres de l'Assemblée
nationale et devant les citoyens. C'est une question de transparence, encore
une fois, c'est une question de s'assumer quand on prend des décisions et
donner l'impression, finalement, les décisions se prennent de façon, donc,
assumée, mais aussi transparente pour la population.
Et ça permettrait aussi aux parlementaires
des oppositions de faire son travail de surveillance de l'action
gouvernementale. C'est un des trois rôles principals qu'on a, évidemment, quand
on est député à l'Assemblée nationale. Donc, d'abord sur... sur l'imputabilité
démocratique, bien, bon, on le sait, là, le projet de loi n° 5, ça permet
au gouvernement de modifier ou de rejeter des conditions environnementales à
huis clos. Donc, au Conseil des ministres, lors des... les délibérations du Conseil
des ministres, qui ne sont évidemment pas accessibles au public, aux médias ou
aux députés de l'opposition.
Alors, moi, je crois que, pour des projets
industriels majeurs, on est vraiment dans des...
M. Grandmont : …cas, disons,
là, de projets qui sortent de l'ordinaire, là, on est vraiment dans des projets
qui sont hors norme, des projets qui ont un impact potentiel. En tout cas,
c'est présenté de cette façon-là, mais qui aurait un potentiel énorme sur
l'économie du Québec, mais qui potentiellement aussi pourrait avoir des impacts
potentiels très grands aussi sur la santé de la population, sur le respect de
la qualité de l'environnement. Donc, ce genre de projet là, et donc les
pouvoirs qui viennent aussi avec le projet de loi 5, ce pouvoir-là implique des
responsabilités qui sont d'autant plus grandes.
Une voix : …
M. Grandmont : C'est bon?
Le Président (M. Laframboise) :
…qu'il y a eu, là… mais qui n'était pas voulu. Allez-y.
Une voix : …
M. Grandmont : On a une fan?
D'accord, d'accord.
Le Président (M. Laframboise) :
Allez-y.
M. Grandmont : Ah, bien,
c'est bien. Mais j'aime bien. Je suis en train de découvrir aussi avec… on
découvre ça en famille chez nous aussi, là, Taylor Swift. Ce n'est pas... ce
n'est pas ma talle au départ, mais je finis par comprendre qu'il y a du bon
là-dedans en crime, aussi. Voilà. On reprend notre sérieux. Merci.
Donc, voilà. Grand pouvoir, grandes
responsabilités. Un très grand sage qui a déjà dit ça, un jour. Donc si… si le
gouvernement estime qu'il y a un projet industriel est tellement crucial qu'il
peut bénéficier de dérogations, alors que normalement on… sur certaines… sur
certaines lois notamment, et que par ailleurs, le Conseil de ministres peut
décider de ne pas respecter l'avis des scientifiques, des experts du ministère
de l'Environnement, bien, c'est son choix. Mais s'il fait ce choix-là, moi, ce
que je propose à travers mon amendement, c'est qu'il se fasse à visage
découvert, c'est-à-dire que la population ait accès à cette information-là. Les
Québécois, les Québécoises ont le droit de savoir quels sont les motifs
politiques… de nature politique ou de nature économique qui ont pesé dans la
balance pour prendre une orientation qui pourrait potentiellement avoir un
impact sur la qualité de l'environnement ou sur la santé de la population.
Donc, selon moi, quand on touche ces enjeux-là, qui sont parmi les priorités
les plus grandes des Québécoises et des Québécois, la santé est un enjeu qui
revient toujours comme étant majeur dans la préoccupation des gens,
l'environnement en est un aussi qui fait débat et qui est généralement assez
haut placé dans les… dans l'intérêt des Québécois, bien, on doit s'assurer de
travailler avec transparence. Alors, moi, je pense que la partie où les
décisions se prennent, le mécanisme qui est mis en place par le ministre, par
son projet de loi, en fait, c'est une chose, moi, ce que je lui offre
maintenant, sur l'article 28, c'est de dire : D'accord, mais, si vous
prenez ce processus-là, assurez-vous de rendre publiques les raisons qui ont
pesé dans la balance, qui ont sous-tendu le choix de déroger à certaines lois
importantes au Québec.
Je pense que c'est une façon aussi de mettre
en valeur le travail, puis l'expertise des employés de l'État. On a une
expertise scientifique qui est très grande au sein de l'appareil québécois. On
a des gens d'une très, très grande valeur, des ingénieurs, des biologistes, des
ingénieurs forestiers, il y a des gens qui comprennent bien les écosystèmes,
qui savent proposer des avis qui sont d'une très, très grande rigueur, et je
pense que ça mérite d'être mis de l'avant… d'être mis en valeur à travers ce
processus-là. Donc, les analystes des ministères puis les commissaires du BAPE
passent des mois sur un projet à analyser puis à étudier les risques
techniques, à analyser les risques sur l'environnement, les risques sur la
santé humaine, et passer sous silence leurs avis sans justificatif, ça peut donner
l'impression que…
Une voix : ...
M. Grandmont : Bien, je vais
poursuivre mon argumentaire.
Le Président (M. Laframboise) :
Allez-y.
• (16 h 30) •
M. Grandmont : Merci. Ça peut
donner l'impression que, dans le fond, c'est une simple variable d'ajustement,
dans le fond, des projets. Pour moi, cet amendement-là que je propose, c'est
une marque de… c'est une marque forte en faveur de la fonction publique
québécoise, puis de la communauté scientifique également. Lorsque des experts
ont à évaluer un projet, puis qu'ils formulent des conditions strictes pour
éviter des catastrophes écologiques, des risques pour la santé, par exemple,
bien, leurs conclusions méritent d'être connues du public, et c'est pour ça que
je pense que des…
16 h 30 (version non révisée)
M. Grandmont : ...une
décision renversée par le Conseil des ministres doit être assortie d'un
mécanisme de transfert de cet... de cet avis-là vers la population. Évidemment,
tout ça, je pense, participe à l'acceptabilité sociale. C'est la question de la
transparence qui est au cœur, souvent, des débats sur les grands projets
industriels, les débats sur... qui touchent la qualité de l'environnement. Il y
a...il y a une certaine méfiance de la population envers les grands projets
industriels, qui vient notamment du sentiment que les industriels sont
favorisés. Puis je vous dirais que le régime actuel donne déjà cette impression-là.
J'ai parlé précédemment des autorisations ministérielles qui donnent le droit
de polluer à une entreprise. Normalement, pour atteindre l'objectif fixé par le
gouvernement, une norme, par exemple, d'émission d'arsenic dans l'air, une
norme de nickel à atteindre maximum dans l'air, en nanogramme par mètre cube d'air.
Mais souvent, bon, déjà, il y a le
principe que le gouvernement va ajuster les normes en fonction des demandes de
l'industrie, alors que la Santé publique va dire : Bien, plutôt, elle
devrait être à cinq nanogrammes, puis, des fois, on les fait monter... ou à
trois nanogrammes, dans le cas de l'arsenic, puis on le fait monter à 15 comme
cible. Donc, déjà, ça envoie un signal à la population que, d'accord, pour qui
travaille le gouvernement, est-ce que c'est pour l'industrie puis lui donner le
droit de polluer ou encore... et d'engranger des profits, évidemment, parce qu'on
comprend que faire les ajustements dans les processus pour atteindre une norme
de trois, plutôt que de 15, ça n'a pas la même valeur, ça n'a pas le même coût.
Donc, on favorise l'entreprise et ses
profits et ses actionnaires où on dit : Bien, la Santé publique nous dit
que le meilleur... la meilleure norme, c'est trois, parce que c'est ce qui
permet de garantir que les gens vont rester en santé. Des fois, la population
est méfiante déjà, au départ, sur les normes, mais, après ça, si on donne des
autorisations de polluer, qui est le temps qu'on le donne à cette entreprise-là
pour atteindre ladite norme, mais, encore une fois, sur 10 ans, un enfant
a le temps de grandir, a le temps de naître, puis d'atteindre 10 ans. Et c'est
tout son développement qui peut être affecté potentiellement par certains
polluants.
Donc, il y a déjà une méfiance dans le
cadre réglementaire actuel., mais là, après ça, on a... on a le PL 5 qui
dit : Bien, nous, on pourrait trouver encore d'autres aménagements pour
des projets majeurs, donc, avec un potentiel de de pollution ou un potentiel de
risque pour la santé humaine ou pour l'environnement, qui pourrait
potentiellement être grand quand on parle de grands projets. Donc, c'est ça, est-ce
que ça alimente une certaine méfiance déjà existante chez les Québécoises et
les Québécois, ou on vient régler un problème? Bien, je pense qu'on est en
train de l'empirer potentiellement. Donc, encore une fois, l'opacité, en
général, ça alimente la méfiance, puis potentiellement la méfiance, ça peut
alimenter aussi une certaine paralysie des chantiers.
Donc, en acceptant mon amendement, je
pense que vous donnez une... on pourrait donner une bouffée d'oxygène à l'acceptabilité
sociale des projets qui sont prioritaires, qui sont choisis par le
gouvernement. Si le gouvernement s'explique clairement, si le gouvernement s'explique
de manière détaillée, transparente sur ses choix d'intérêt public, bien, la
population, même si elle n'est pas d'accord, elle pourra au moins comprendre la
logique de l'État, la logique qui a mené à ce choix-là. Donc, c'est le meilleur
moyen, je pense, de dissiper l'impression de... l'impression qui est déjà
existante, comme je l'ai dit tantôt, dans la population, qu'on favorise l'industrie
au détriment de la santé de la population ou de l'environnement, c'est un
sentiment qui existe déjà dans la population, là.
Évidemment, là, l'objectif, là, c'est d'offrir
une saine discipline de gestion au Conseil des ministres. Savoir qu'on doit
rendre des comptes publics peut-être aussi force à une plus grande rigueur de
la part du Conseil des ministres. Je n'ai pas eu la chance encore d'assister à
un Conseil des ministres. C'est un fait, c'est un processus. C'est une instance
du gouvernement qui... qui est à huis clos, évidemment, et peut-être... Donc, je
serais curieux de voir comment ça se passe, mais j'ai l'impression que, plus on
augmente la reddition de comptes d'une instance suite à ses décisions, plus on
augmente les chances aussi... on augmente les chances d'avoir... ou on garantit,
en tout cas, au moins, aux yeux du public, on augmente le sentiment que la
rigueur était au cœur des décisions parce qu'il y aura des comptes à rendre
après. Donc, sans prétendre que le Conseil des ministres n'est pas rigoureux,
sachant que des décisions sont rendues...
M. Grandmont : ...publiques
après, bien, disons que ça ajoute une couche, surtout dans la perception que le
public a par rapport à ça. Donc l'ajout de mon alinéa pourrait avoir un effet
préventif et même vertueux sur les... les délibérations gouvernementales. Quand
un ministre ou un... Quand un ministre ou un promoteur, par exemple,
insisteraient pour que le Conseil des ministres retire une clause
environnementale qui, par exemple, pourrait coûter trop cher.
Tu sais, je parlais, par exemple tantôt
d'un filtre, là, à quelques dizaines de millions de dollars. Ça monte assez
vite dans ce genre de domaine là. Bien, le Secrétariat du Conseil du trésor
pourrait lui répondre : Bien, si on fait... si on fait ça, il va quand
même falloir rendre cette décision, là, publique. Donc, pour justifier cette
décision-là.
Si par exemple, on ignore dans un projet
la protection de la nappe phréatique ou par exemple la protection d'un... d'une
espèce comme le... la rainette faux-grillon, bien il va falloir se présenter,
puis défendre cette décision-là devant les médias, devant les oppositions. Donc
l'objectif ici, c'est de forcer le gouvernement à utiliser cette dérogation-là,
qu'en cas de force majeure, dans les cas où l'intérêt public est indéniable et
donc, ça élimine les... l'aspect arbitraire dans la perception du public des
décisions qui seraient prises.
Mon amendement aussi vise à réduire le
risque de contestation judiciaire, puis à donner de la prévisibilité. Les
tribunaux... les tribunaux, généralement, n'aiment pas les décisions
administratives qui ne sont... qui ont... qui semblent arbitraires ou
dépourvues de motivation solide. Donc, si... si on a... on ne motive pas
publiquement les dérogations, en fait, les groupes juridiques comme le Centre
québécois pour le droit de l'environnement...
Le Président
(M. Laframboise) : ... je vous arrête, parce que, vous dites que
ça ne sera pas motivé publiquement. Tantôt, M. le ministre a dit qu'il y avait une...
Tu sais, je veux... je ne veux pas vous prêter des intentions, mais, là, il y
a... il y a quelque chose d'incompatible en... Si vous permettez, peut-être, si
M. le ministre veut... veut poursuivre tantôt sur... sur ce qu'il a dit, là,
pour que les... les citoyens qui nous écoutent comprennent, là. Parce que je ne
veux pas... je ne veux pas vous prêter des intentions, mais il y a une
divergence, là, fondamentale par rapport à ce qui est rendu public ou pas, là.
M. le ministre.
M. Girard (Groulx) : Bien,
je ne comprends pas qu'on recule, là. L'objectif, c'est d'avancer dans le
projet de loi, mais la... c'est, le chapitre V sur les renseignements publics,
article 26 donne la liste, le... Puis je peux vous lire, «le ministre rend
accessible de manière qu'il détermine les renseignements suivants», on a toute
la liste des renseignements. Et c'est certain que, pour accélérer des projets,
il va falloir être plus transparent, ce à quoi on s'est engagé. Mais puisque la
confiance ne règne pas, on ne s'est pas juste engagé verbalement, c'est dans le
projet de loi à l'article 26. Je n'ai pas grand autre chose à ajouter.
Le Président
(M. Laframboise) : C'est... c'est juste... Comprenez-moi, là, M.
le député, là, donc, je ne veux pas vous prêter des intentions, mais il y a
quand même une avancée par rapport aux... aux énoncés. Mais vous avez le droit
de dire que ce n'est pas assez, là, ça... ça je respecte... je respecte ça.
Mais il ne faut pas que vous disiez qu'il n'y en a pas, là, c'est juste ça.
M. Grandmont : Non, vous
avez raison, c'est vrai, raison. Puis effectivement, j'ai... j'ai tendance,
peut-être, à être plus prudent que nécessaire, peut-être, on me dira. J'ai...
je suis beaucoup de l'approche ceinture et bretelles. Je veux vraiment
m'assurer que les informations restent le plus transparentes possible, le
plus... le plus accessibles possible pour la population. Parce que je...
évidemment, je ne nie pas les modifications qui ont été faites au 26, là, mais
je veux juste être sûr qu'on donne un maximum d'informations à la population.
Le Président
(M. Laframboise) : Allez-y, continuez.
M. Grandmont : Je...
c'est un des enjeux qui est assez, assez fondamentals, sur ce projet de loi-là,
c'est la question de la transparence. Et le plus on en mettra, le mieux je
pense que... le public sera bien servi, mais les projets aussi seront davantage
servis positivement par ça.
Mais grosso modo, j'avais terminé, grosso
modo, mon... mon point, M. le Président, là. Moi, ce que je souhaite, là, c'est
qu'on ajoute des éléments de transparence le plus possible dans ce projet de
loi là, parce que le PL no5 offre beaucoup de mécanismes qui
échappent à la population et à l'œil des médias aussi, évidemment, puis au
travail que les parlementaires doivent faire de façon importante et assidue,
là, surveiller l'action gouvernementale.
Donc, c'est ça, je pense que j'ai fait le
tour de mon argument pour celui...
• (16 h 40) •
Le Président
(M. Laframboise) : Parfait. Questions, commentaires sur le 28,
sur l'amendement, c'est-à-dire? Sinon...
Le Président (M. Laframboise) : …l'amendement
est adopté? Rejeté?
Une voix : ...
Le Président (M. Laframboise) :
Vote par appel nominal.
Le Secrétaire : Pour, contre,abstention, M. Grandmont (Taschereau)?
M. Grandmont : Pour.
Le Secrétaire : M. Girard
(Groulx)?
M. Girard (Groulx) :
Contre.
Le Secrétaire
:
Mme Hébert (Saint-François)?
Mme
Hébert
:
Contre.
Le Secrétaire
:
M. Lemay (Masson)?
M. Lemay : Contre.
Le Secrétaire
:
M. Asselin (Vanier-des-Rivières)?
M. Asselin : Contre.
Le Secrétaire
: Mme Tremblay
(Hull)?
Mme Tremblay : Contre.
Le Secrétaire : M. Beauchemin
(Marguerite-Bourgeoys)?
M. Beauchemin :
Abstention.
Le Secrétaire
:
M. Laframboise (Blainville)?
Le Président
(M. Laframboise) : Abstention. Donc, l'amendement est rejeté.
Nous revenons à l'étude de l'article 28. Des questions, Commentaires sur
l'article 28?
D'autres questions, commentaires?
Ça va? Donc, est-ce que
l'article 28 est adopté?
Des voix : Adopté.
Le Président
(M. Laframboise) : Donc, maintenant, l'article 29, M. le
ministre.
M. Girard (Groulx) : Oui,
M. le Président. Article 29 : «La procédure d'évaluation et d'examen
des impacts sur l'environnement doit se dérouler dans l'objectif de déterminer
les conditions, les restrictions et les interdictions applicables à la
réalisation du projet désigné afin d'assurer une protection adéquate de l'environnement,
de la santé, de la sécurité, du bien-être ou du confort de l'être humain pour
protéger les autres espèces vivantes ou pour éviter de porter atteinte aux
biens.»
Commentaires. Cet article vise à réitérer
que, même si la procédure est différente de ce qui est normalement applicable
au projet non désigné, elle permettra d'offrir les mêmes garanties sur le plan
de la sécurité de l'environnement.
Le Président (M. Laframboise) :
Aviez-vous d'autres notes?
M. Girard (Groulx) : Non, je n'en
ai pas.
Le Président
(M. Laframboise) : Parfait. Des questions, commentaires? M. le député de Taschereau.
M. Grandmont : Oui.
Juste pour… pour être clair, en fait, là, quand on parle, la protection de
l'environnement, de la santé… De la santé, on parle de la santé humaine
principalement?
M. Girard (Groulx) : …
Le Président (M. Laframboise) :
Oui? Parfait. Merci.
M. Grandmont : Excellent.
Moi, j'ai un amendement, je pense qu'il était déjà déposé, là.
Le Président
(M. Laframboise) : Oui
M. Grandmont : Donc, je
procéderais comme ça.
Le Président
(M. Laframboise) : Donc, on va juste l'afficher. Vous pouvez y
aller, M. le député de Taschereau.
M. Grandmont : Merci
beaucoup. Donc, à l'article 29 du projet de loi, ajouter «d'évaluer la
pertinence et l'opportunité du projet désigné, d'étudier les solutions de
rechange, ainsi que».
Donc, l'article 29 du projet de loi
tel qu'amendé se lirait ainsi :
«29. La procédure d'évaluation et d'examen
des impacts sur l'environnement doit se dérouler dans l'objectif d'évaluer la
pertinence et l'opportunité du projet désigné, d'étudier les solutions de
rechange, ainsi que de déterminer les conditions, les restrictions et les
interdictions applicables à la réalisation du projet désigné afin d'assurer une
protection adéquate de l'environnement, de la santé, de la sécurité, du
bien-être ou du confort de l'être humain, pour protéger les autres espèces
vivantes ou pour éviter de porter atteinte aux biens.»
Le Président
(M. Laframboise) : Allez-y, pas de problème, continuez.
M. Grandmont : Merci
beaucoup M. le Président. Bon, en fait, mon amendement-là, vise à toucher à
l'essence même, là, de ce que doit être une véritable évaluation environnementale
et stratégique, là. L'article 29 définit le mandat et le cadre d'analyse...
Le Président
(M. Laframboise) : J'aurais peut-être une modification de forme à
proposer, parce qu'il aurait fallu préalablement qu'il soit dit : Ajouter
après «dans l'objectif ».
M. Grandmont : Ah, vous
avez tout à fait raison, c'est…
Le Président
(M. Laframboise) : Juste ça, là. Je fais... Donc, je la fais, la
modification de forme, pour que ce soit conforme.
M. Grandmont : Parfait.
Je vous en remercie.
Le Président
(M. Laframboise) : Allez-y, M. le député de Taschereau
M. Grandmont : Bien vu,
M. le Président. Donc… Oui, c'est ça. Donc, le cadre de… l'article 29, en
fait, définit le mandat, puis il met le cadre d'analyse lors de l'évaluation
d'un projet prioritaire. Puis, en l'état, actuellement, le texte actuel
restreint ce rôle-là à une dimension purement technique. Donc, on évalue
comment réaliser le projet en limitant les dégâts. Alors que le gouvernement
prend pour acquis que le projet choisi par le ministère des Finances, bien, c'est
le bon, c'est le seul, c'est le meilleur. Alors, on sait bien que quand un
projet, bon, je peux prendre, par exemple, l'exemple du troisième lien, là, on
en a souvent parlé, là, j'ai souvent demandé qu'on ait accès à des études de
besoins, des études d'opportunité, des études pour démontrer le bien-fondé de
l'argument de la sécurité économique. Ces études-là n'ont jamais été présentées
par le gouvernement depuis huit ans. Donc, qu'on soit d'accord ou qu'on ne soit
pas d'accord avec le projet de troisième lien, quand on a un projet majeur, on
doit s'attendre à une certaine forme de rigueur sur ce projet-là et que les
études de besoins, d'opportunité et de besoins, c'est le besoin. L'opportunité
c'est, quel est le meilleur projet pour répondre à ce besoin-là. Puis, après
ça, une série d'autres études en fonction des arguments qui sont…
M. Grandmont : ...par, dans le
cas... dans le cas présent, là, étude sur la sécurité économique. Bref, tout ça
pour dire qu'il ne faut pas prendre pour acquis que la population va entendre
que le projet ne doit pas faire l'objet d'une... d'une étude rigoureuse sur le
besoin et sur l'opportunité.
Donc, en ajoutant... Donc, ce que je propose
ajouter, là, mon amendement «d'évaluer la pertinence et l'opportunité du projet
désigné, d'étudier les solutions de rechange, ainsi que», je cherche à redonner
au processus sa fonction la plus... la plus rigoureuse.
On...En fait, ce que je cherche à faire,
c'est que l'État se pose deux questions fondamentales avant de commencer à
creuser sur le terrain, là. C'est : Est-ce que ce projet-là, déjà, est
nécessaire? Et est-ce qu'il n'y a pas un autre moyen d'atteindre l'objectif
poursuivi avec un autre projet qui aurait moins d'impact sur l'environnement,
la santé de la population, etc., etc. Ou qui pourrait générer davantage de
retombées économiques, peut-être, aussi.
Donc, voilà, je... Quelques... quelques
arguments, là. D'abord, une analyse d'impact moderne, c'est ce que je cherche à
amener en fait, à travers mon amendement, là. Pas de... ce que je dirais, en
fait, c'est, pas... pas de vraie évaluation sans solution de rechange étudiée.
En droit de l'environnement moderne, puis selon les standards internationaux de
l'évaluation d'impact, donc l'étude des variantes, qui est, dans le fond, les
solutions de rechange, là, l'étude d'opportunité, dans le fond, c'est une étape
de base qui, pour moi, est incontournable, là, qui fait malheureusement défaut
sur certains projets.
Donc, une évaluation environnementale pour
moi qui ne peut pas analyser les solutions de rechange, c'est une évaluation
qui est incomplète. C'est un... une coquille vide. On ne peut pas juste
accepter qu'un promoteur vienne nous dire : Heille, j'ai un beau projet à
faire, puis accepter cette solution-là, sans ni même évaluer s'il n'y aurait
pas des... des alternatives qui pourraient exister et qui pourraient, peut-être
être meilleures, ou peut-être être moins impactantes sur l'environnement, sur
la santé humaine.
Donc si par exemple une entreprise veut
construire une infrastructure lourde à un endroit X ou Y, qui... qui met à mal
un milieu sensible, bien, la première question scientifique à se poser, je
pense, c'est : Est-ce qu'on peut choisir un autre endroit ou est-ce qu'on
peut utiliser une autre... une autre technologie? Ou, est-ce qu'on pourrait
arriver à développer le projet autrement, puis arriver à des retombées
positives plus grandes?
Donc, en ne mettant pas l'étude des
solutions de rechange à l'article 29, bien, le projet de loi n° 5,
dans le fond, ne se... ne modernise pas, dans le fond, là, les approbations
dans les standards de gestion environnementale du Québec. Donc, mon objectif,
c'est de moderniser, puis de normaliser le texte aussi, évidemment.
Ce que je cherche aussi à faire à travers
mon amendement, c'est garantir la saine gestion des fonds publics. Donc,
d'abord, on le sait, les projets qui seront choisis éventuellement, impliquent
des sommes colossales, là, d'investissement du privé et viendront aussi avec
des investissements probablement gouvernementaux également à travers des prêts,
des subventions, une présence, évidemment, d'Investissement Québec. Mais donc
précipiter ou choisir précipitamment...
(Interruption)
M. Grandmont : Wo! Ça, ce
n'est pas du Taylor Swift... Il me semble que c'est meilleur que ça. Ça
ressemblait à du «death metal», là.
Le Président (M. Laframboise) :
Allez-y, M. le député.
M. Grandmont : Merci.
M. Girard (Groulx) : ...de
vous avoir interrompu.
M. Grandmont : Pas de
problème, pas de problème. Donc, on sait qu'il y a des investissements
importants qui vont être faits par le privé, ça, c'est d'emblée acquis. Mais il
pourrait y avoir aussi des... évidemment, des sommes assez importantes qui
proviendraient du gouvernement, soit à travers le gouvernement lui-même, soit à
travers Investissement Québec, là. Et donc, mettre en place des projets de
grande envergure sans évaluer l'opportunité économique, ça, c'est-à-dire, là,
évaluer, est-ce que la solution technologique, le projet en lui-même est la
meilleure façon de répondre aux besoins identifiés, je pense que ça peut mener
à des... à des investissements qui sont potentiellement nuisibles pour le
Québec.
• (16 h 50) •
Donc, par exemple, des projets qui
pourraient être surdimensionnés, des technologies qui seraient obsolètes assez
rapidement. Ça pourrait être le choix de technologies qui auraient un impact,
donc des... des dommages collatéraux qui coûteraient potentiellement très cher,
plus importants que...
M. Grandmont : ...avait évalué
une autre technologie, par exemple, ou un autre endroit pour réaliser un
projet. Donc, c'est ça, évidemment, le ministre des Finances, là, et c'est le
gardien du... des finances de l'État québécois, donc. Puis, on le sait,
l'histoire même assez récente, là, est remplie de grands... de grands projets
industriels ou d'infrastructure qui, sans passer à travers le filtre du projet
de loi 5, étaient quand même présentés comme des projets prioritaires pour
le Québec et qui se sont révélés être des erreurs économiques majeures parce
qu'on avait refusé d'en évaluer la pertinence globale en amont.
Donc, je pense, par exemple, au projet
Northvolt, est-ce qu'on avait le bon porteur de projet, là, tu sais, l'idée de
base n'était quand même pas folle. Tu sais, l'industrie de la batterie, c'est
quelque chose qui est dans l'air du temps, on peut le comprendre, mais est ce
qu'on a pris le temps de bien mesurer? Est-ce que le porteur du projet pour
mener à bien ce genre de projet là est le bon? Est-ce qu'on a d'autres joueurs
qui pourraient répondre mieux aux besoins identifiés, qui est de développer une
filière batterie ici, au Québec? C'est une question qu'on peut se poser. Cimenterie
McInnis, c'est ça, c'est McInnis, Gaspésie, bon, est-ce que c'est le meilleur
projet pour faire du développement économique, par exemple, dans la région...
dans la région où il a été implanté? La question peut se poser réellement alors
qu'on se rend compte qu'aujourd'hui les coûts environnementaux de ce
projet-là... bien, ce n'est plus un projet, en fait, mais c'est de cette
usine-là, sont incroyablement élevés. C'est l'usine la plus polluante au
Québec, la plus fortement émettrice de gaz à effet de serre au Québec.
Donc, on peut se poser la question :
Est-ce que c'était le bon vecteur pour créer de l'activité économique dans
l'est du Québec? Peut-être on a besoin de faire.... tu sais, mais la question
se pose quand même. Puis je ne suis pas sûr qu'elle s'est posée. Il faudrait
demander la question aux gens qui le faisaient à l'époque, mais bon. Donc,
analyser l'opportunité d'un projet permet de valider si les besoins de la
société justifient réellement la dépense de deniers publics ou encore les prêts
ou les subventions qui sont accordées. Puis c'est une mesure, je pense, de
saine gestion, en fait, des risques, des risques financiers, des risques
environnementaux et sociaux, en fait, des différents projets.
Mon objectif aussi, à travers cet amendement-là,
c'est de redonner de la crédibilité puis de la substance aux audiences
publiques, notamment à celles menées par le BAPE, parce que les mémoires du
Centre québécois pour le droit de l'environnement puis de la société civile,
qui ont participé aux audiences particulières du projet de loi 5,
disaient, en fin de compte, qu'on est en train... Il y a un glissement, je vais
le dire comme ça, il y a comme un glissement au niveau des consultations
publiques, des événements de participation publique, qui deviennent de plus en
plus... en tout cas, c'est l'impression qui est partagée par plusieurs, que ça
devient un exercice de relations publiques où les citoyens peuvent... peuvent
donner leur avis, mais uniquement sur des éléments plus accessoires, en fait,
du projet. C'est comme si, sur le fond, le projet est assez décidé puis, dans
les faits, leur influence réelle sur l'amélioration d'un projet qui tiendrait
compte par exemple de leur... de leur expertise, l'expertise terrain,
l'expertise de vécu, ils habitent à proximité d'un lieu qui qui est appelé à
changer potentiellement beaucoup. Donc, ça a une valeur, je pense qu'elle a...
elle a une grande valeur, et là elle doit pouvoir chercher à aider à améliorer
les projets.
Donc, si on veut que la population puis les
Premières Nations puis les Inuits participent de bonne foi aux consultations,
bien, il faut leur permettre de discuter vraiment du fondement du cœur du
projet. Il faut donc qu'ils aient la possibilité de discuter de la pertinence
aussi du projet, de remettre en question un projet qui est présenté par le
gouvernement et son... et le promoteur. Je pense qu'il y a peu de choses qui
frustrent plus les citoyens qui sont engagés dans leur communauté et les
experts locaux, que d'avoir l'impression, une fois rendus en commission ou en
audiences publiques, que le projet est déjà décidé, qu'on ne peut pas proposer
des alternatives, que, dans le fond, la consultation ne cherche qu'à amoindrir
les effets négatifs des projets et donc à... mitiger les effets négatifs des
projets, plutôt que d'essayer de trouver des solutions pour peut-être atteindre
le même objectif avec des solutions alternatives. Ça, c'est quelque chose qui,
je pense, permettrait... Si on avait cette opportunité-là, pour les citoyens et
pour les experts locaux, de pouvoir intervenir sur le cœur du projet...
M. Grandmont : ...on aurait
quelque chose, là, je pense qu'il est pas mal plus solide et qui bénéficierait
probablement aussi à l'ensemble de la société. Parce que si l'objectif c'est d'accélérer
des projets pour faire du développement économique, de la croissance et donc
des retombées d'argent pour financer des projets publics, bien, peut-être que
le projet, en étant questionnable sur son fond, permettrait de dégager des
solutions qui auraient encore plus d'impact positif, mais encore faut-il avoir
la place dans le processus pour aller chercher cette information-là. Et on aura
cette... cette participation-là que si on a l'impression, chez les citoyens et
citoyennes, que le processus n'est pas déjà canné d'avance. Il faut vraiment
qu'il y ait cette opportunité-là de ne pas être que sur l'accessoire, mais
aussi sur l'intérieur, sur le fondamental d'un projet. Donc, c'est une
question, en fait, de démocratie, de participation publique, puis évidemment
qui permettrait d'éviter, là, un certain cynisme ambiant, là qu'on remarque un
peu partout, tous et toutes.
Évidemment aussi, là, ce que je souhaite,
à travers cet amendement-là, c'est d'essayer de trouver l'option qui a le
meilleur ratio bénéfice-impact. Parfois, un objectif gouvernemental, par
exemple, produire plus d'énergie ou améliorer la mobilité interrives, par
exemple, peut être atteint de plusieurs manières, certaines étant infiniment
moins impactantes sur la qualité de la préservation, de la qualité de
l'environnement ou sur la préservation de la santé de la population. Donc, je
pense que l'intelligence d'un État, sa modernité, ça réside dans sa capacité à
choisir l'option qui sera la plus efficace au moindre coût écologique. On est rendu
là aujourd'hui. On est rendu à essayer d'avoir des projets qui combinent le
plus possible une protection de l'environnement avec... avec des projets qui
vont continuer à se développer, mais en ayant ce principal filtre là de
l'avant.
Ce qui me fait penser, M. le Président,
que j'avais déposé... Le premier projet de loi que j'ai déposé à l'Assemblée
nationale, c'était un projet qui faisait un test climat. Donc, tout projet
d'infrastructure majeur du gouvernement, évidemment, on n'était pas dans le
privé, mais devait quantifier les émissions de gaz à effet de serre produites
autant dans sa construction, que dans son exploitation, et il devait viser une
réduction, sur le long terme, des émissions de gaz à effet de serre du Québec,
donc, des projets qui participent à l'effort climatique. On pourrait avoir le
même genre de filtre, éventuellement, là, dans les projets qui seraient poussés
par PL 5, là.
Donc, trouver la meilleure solution, la
plus efficace, au moindre coût écologique, moi, je pense que, si le
gouvernement veut régler un problème, par exemple, de transport ou
d'approvisionnement énergétique, la science doit pouvoir comparer les options.
Est-ce que c'est une approche de sobriété qui est le meilleur outil pour y
parvenir? Est-ce que c'est une mise à niveau d'infrastructure existante ou
est-ce que c'est un nouveau tracé? Est-ce que c'est une nouvelle technologie?
Est-ce que c'est un nouveau projet complètement différent qui serait le plus
avantageux? Donc, mettre à plat les différentes opportunités qui permettent de
répondre à un besoin exprimé. Donc, forcer l'évaluation des solutions de
rechange permet, je pense, de choisir la meilleure option pour le Québec,
plutôt que de choisir une première option proposée par une entreprise et ses
lobbyistes, dans le fond.
• (17 heures) •
Je pense que mon amendement aussi vise,
là, en fait aussi à désamorcer des crises d'acceptabilité sociale le plus en
amont possible. Un projet qui est promu, qui est choisi sans démonstration de
sa pertinence, à la fois sur les besoins que sur son opportunité, parce qu'on
aurait pu répondre aux besoins autrement avec un autre projet. Puis ça, sans
écoute des alternatives locales, risque fort de faire face à une forte
opposition des communautés d'accueil de ce projet-là. Et donc ne pas évaluer la
pertinence des solutions de rechange, dans le cadre de l'application éventuelle
du projet de loi, ne fera pas en sorte que les questions de rechange... les
questions ne disparaîtront pas pour autant. Elles vont simplement se déplacer,
donc, vers... vers la rue puis vers les tribunaux potentiellement. Donc, c'est
un démontrant de la part du gouvernement puis du promoteur rigoureusement
qu'aucun projet... en fait qu'un projet est opportun et qu'aucune autre
solution de rechange n'existe...
17 h (version non révisée)
M. Grandmont : …est-ce que le
gouvernement va bâtir cette acceptabilité sociale solide? Et moi, je pense que
c'est fondamental dans l'acceptation des grands projets que le PL 5 pourrait…
pourrait soutenir. Donc, mon amendement, en fait, c'est un outil
essentiellement pragmatique pour éviter que des projets prioritaires choisis
par le gouvernement ne finissent par s'enliser par toutes sortes de mécanismes
de contestation, soit judiciaire, soit sociale. Donc, c'est cela.
Si jamais… ah non, ce n'est pas ça, c'est
oui… puis en fait, je ne pense pas qu'il faut le voir non plus comme… comme redébattre
en fait de l'opportunité politique de réaliser un projet que de regarder :
Est-ce que ce projet-là aurait pu être remplacé par un autre? C'est une opportunité
incroyable qu'on peut se donner en fait, là, pour améliorer le projet. Étudier
des solutions de rechange, ça peut se faire de manière ciblée, ça peut se faire
de manière diligente par les experts si on leur en donne le mandat effectif.
Ce que je pense qui fait perdre du temps
au Québec, c'est d'imposer des projets potentiellement non… non opportuns ou
non… bien évidemment ils sont prioritaires, là, mais ils ne seraient pas
nécessairement les meilleures options, les meilleures opportunités pour répondre
à un besoin exprimé, là. Donc, on risque de gagner davantage en prenant juste
un petit pas de recul. Comment ça s'appelle, déjà, le livre? How Big Things
Get Done? Heille, je l'ai bien prononcé. C'est ça? Exact. C'est ça. Donc
prendre le temps de réfléchir comme il faut en amont pour après ça, accélérer
la réalisation du projet. C'est un peu ce que je propose avec ces amendements-là,
M. le Président. S'assurer que, d'une part, ça peut favoriser… ça peut aider à
favoriser l'acceptabilité sociale aussi, là. Mais s'assurer que, dans les
mécanismes qui seront mis en place, on prenne le temps de bien évaluer les
projets avant de lancer le projet lui-même. Je pense que ça, c'est essentiel.
On avait vu plusieurs… plusieurs ministres défiler dans les… dans les corridors
de l'Assemblée nationale, avec cette fameuse Bible sous le bras. Je pense qu'il
y a là-dedans des enseignements qui sont opportuns pour le projet de loi 5,
aussi.
Ce n'est pas tant la phase de préparation
du projet qui doit être raccourcie, hein, ce n'est pas cette phase-là qui… qui
doit être rétrécie, raccourcie. Celle qui doit être… ça en est une même
cruciale, c'est-à-dire s'assurer que le projet d'abord répond à un besoin, c'est
la première des choses, et que ce projet-là est le meilleur pour être capable
de répondre aux besoins. Donc est-ce qu'on a fait l'évaluation de toutes les
alternatives qui pourraient arriver. Moi, je pense que… à la foi dans l'expertise
qu'on a à l'Assemblée... pas à l'Assemblée nationale, mais dans la fonction publique
et l'expertise qu'on a à l'échelle locale, chez les citoyens et les citoyennes,
les élus municipaux, les MRC, les Premières Nations, évidemment, également
aussi, les experts scientifiques locaux aussi, qui connaissent bien leur
terrain, qui connaissent bien leur environnement, qui connaissent les nappes
phréatiques, qui connaissent les bassins versants, qui connaissent déjà l'état
de situation de l'environnement. Merci.
Le Président (M. Laframboise) : C'est
tout le temps que vous aviez sur cet amendement. Donc, est-ce que l'amendement
à l'article 29 est adopté? Rejeté?
Une voix : ...
Le Président (M. Laframboise) :
Vote par appel nominal.
Le Secrétaire : Pour, contre,
abstention. M. Grandmont (Taschereau)?
M. Grandmont : Pour.
Le Secrétaire : M. Girard
(Groulx)?
M. Girard (Groulx) : Contre.
Le Secrétaire : Mme Hébert
(Saint-François)?
Mme
Hébert
: Contre.
Le Secrétaire
: M. Lemay
(Masson)?
M. Lemay : Contre.
Le Secrétaire
: M. Asselin
(Vanier-Les Rivières)?
M. Asselin : Contre.
Le Secrétaire
: Mme Tremblay
(Hull)?
Mme Tremblay : Contre.
Le Secrétaire
: M. Beauchemin
(Marguerite-Bourgeoys)?
M. Beauchemin : Abstention.
Le Secrétaire
: M. Laframboise
(Blainville)?
Le Président (M. Laframboise) :
Abstention. Donc, l'amendement est rejeté.
Nous reviendrons après une petite pause
santé de cinq minutes, donc, à l'article 29. Merci.
(Suspension de la séance à 17 h 05)
(Reprise à 17 h 10)
Le Président (M. Laframboise) : On
y va ? Cinq minutes, puis
je suis arrivé pile. Donc, nous étions... avant la suspension, nous étions
revenus à l'étude de l'article 29. Est-ce que j'ai des questions,
commentaires concernant l'article 29 ?
M. le député de Taschereau.
M. Grandmont : Oui. Merci
beaucoup, M. le Président. M. le Président… le ministre avait dit qu'il avait
rencontré les Premières Nations puis qu'il avait répondu à leurs questions,
puis que… il avait trouvé dans… dans… je ne peux pas lui mettre des mots dans
la bouche....
M. Grandmont : ...de
paraphraser ce qu'il avait dit, mais, tu sais, il y avait...les Premières
Nations avaient trouvé, dans le fond, dans ses réponses, une certaine forme de
de considération ou, en tout cas, avaient trouvé réponse à leurs
interrogations, je vais le dire comme ça, là. On est retombé... on est retombé
sur un mémoire, en fait, là, qui a été produit par la nation Uashat mak
Mani-Utenam, qui avait... dans le fond, dans laquelle il avait dit... il a été
dit que certaines demandes qu'ils avaient faites ne trouvaient pas... n'avaient
pas trouvé écho chez le ministre. Et donc on aimerait ça pouvoir proposer un
amendement qui viendrait rétablir, en fait, des...
On revient sur quelque chose qu'on a déjà
discuté dans les premiers articles, mais je pense qu'à défaut d'ouvrir... de
revenir avec consentement, évidemment, là, sur les premiers articles qui
touchaient, là, la relation avec les communautés autochtones, on aimerait ça
proposer un amendement sur... qui permettrait peut-être de corriger cet
aspect-là. Donc, si vous nous donnez deux minutes, vous enverrez une
proposition d'amendement qu'on n'avait pas déjà déposée sur le Greffier.
Le Président (M. Laframboise) :
Article 29.
M. Grandmont : Oui, à l'article 29.
Le Président (M. Laframboise) :
Je vous donne un maximum de deux minutes, compte tenu que...
M. Girard (Groulx) : Parce que,
là on est dans les procédures d'évaluation environnementale.
M. Grandmont : Exact.
M. Girard (Groulx) : Donc, il
faut que ça concerne l'évaluation environnementale.
Le Président (M. Laframboise) :
On va voir l'amendement, mais qu'on le lise, là.
M. Girard (Groulx) : Bien, ce
n'est pas très prometteur, là. OK.
Le Président (M. Laframboise) :
Je ne peux pas présumer. Donc, deux minutes maximum. Mais, écoutez, là, les
amendements, on vous avait demandé de les préparer d'avance. Là, c'est correct,
bon, je vous donne deux minutes.
M. Grandmont : On fait au
mieux avec la grosseur des équipes qu'on a.
Le Président (M. Laframboise) :
Consentement. Deux minutes.
(Suspension de la séance à 17 h 13)
(Reprise à 17 h 15)
Le Président (M. Laframboise) :
Nous allons reprendre les discussions sur l'article 29. Il y avait un
amendement que le député de Taschereau devait nous faire parvenir. Vous pouvez
continuer. Il apparaît maintenant. Allez, M. le député.
M. Grandmont : Oui. Merci
beaucoup, M. le Président. Donc, l'article va comme suit, là : Ajouter, à
la fin de l'article 29 du projet de loi, l'alinéa suivant :
«La procédure doit également permettre
d'évaluer l'acceptabilité sociale du projet auprès des communautés locales et
de s'assurer du respect des droits et, le cas échéant, de l'obtention du
consentement préalable, libre et éclairé des communautés autochtones
concernées.»
L'article 29 du projet de loi, tel
qu'amendé, se lirait ainsi :
«29. La procédure d'évaluation et d'examen
des impacts sur l'environnement doit se dérouler dans l'objectif de déterminer
les conditions, les restrictions...
M. Grandmont : …et les
interdictions applicables à la réalisation du projet désigné afin d'assurer une
protection adéquate de l'environnement, de la santé et de la sécurité, du
bien-être ou du confort de l'être humain, pour protéger les autres espèces
vivantes ou pour éviter de porter atteinte aux biens. La procédure doit
également permettre d'évaluer l'acceptabilité sociale du projet auprès des communautés
locales et de s'assurer du respect des droits et, le cas échéant, de
l'obtention du consentement préalable libre et éclairé des communautés
autochtones concernées.
Ouais, c'est ça, c'est en refouillant dans
les différents mémoires, M. le Président que… on est retombé là, sur… le
mémoire de la nation innue de Uashat mak Mani-utenam, dans laquelle on nous
avait, ça nous avait échappé, mais on était content de retomber dessus… là, où
il était mentionné que, par ailleurs, plusieurs questions soulevées par les
représentants des communautés autochtones sont demeurées sans réponse, là,
notamment en ce qui concerne les modalités concrètes de consultation dans le
cadre du régime accéléré. Et c'est peut-être ce qui est le plus important
aussi, la manière dont le projet de loi a respecté l'obligation de consentement
préalable libre éclairé. Donc, évidemment, c'est un élément qui a déjà été
discuté là, précédemment. On tient à le ramener ici parce qu'en fait, on parle…
on parle de consultations, on parle des évaluations environnementales, et quand
il s'agit évidemment, là, des évaluations notamment faites par le Bureau
d'audiences publiques en environnement, ce ne sont pas que des évaluations
environnementales, c'est aussi toute la question de l'acceptabilité sociale des
projets qui est débattue à l'intérieur de cela. Donc, je pense que ça aborde en
fait deux piliers incontournables de la réussite de tout un projet au XXIᵉ siècle.
Parce que, heureusement, évidemment, le monde a changé pour le mieux sur la reconnaissance
des droits ancestraux des Premières Nations, mais également aussi sur la le
désir de réconciliation qui est de plus en plus présent, en tout cas de plus en
plus de nommé. Et on veut s'assurer, là, que les actions suivent, évidemment,
les orientations qui sont prises. Donc, ces deux piliers-là, ce sont la paix
sociale locale et la justice historique envers les Premières Nations.
Donc, l'article 29 du projet de loi
cinq vient définir le mandat de la procédure d'évaluation d'impact pour les
projets prioritaires. Puis, actuellement, mais ce mandat-là est… strictement
technique, biophysique. Et donc, en y intégrant formellement l'acceptabilité
sociale… puis le consentement préalable libre et éclairé des communautés
autochtones, on vient élever les standards, en fait, du projet de loi, pour les
aligner sur le droit international, puis sur la réalité des chantiers
d'aujourd'hui. Donc, d'abord, il y a là… un enjeu d'obligation
constitutionnelle et internationale… le Canada puis le Québec ont adhéré à la Déclaration
des Nations unies sur les droits des peuples autochtones, qui consacre les
principes du consentement préalable libre et éclairé. En plus de ça,
l'obligation de consultation et d'accommodement est protégée par
l'article 35, évidemment, de la Loi constitutionnelle de 1982. … Vous
savez, le consentement des peuples autochtones, ce n'est pas… en fait, je pense
que, moralement, ça devient de plus en plus une obligation politique. C'est
tout sauf, évidemment, une formule de politesse administrative. Ça doit être
une obligation juridique… qui est évidemment internationale, mais qui doit
s'appliquer dans nos lois. Et donc pour réaliser des projets industriels
majeurs sur des territoires traditionnels non cédés en priorisant et donc en
accélérant… des permis. Je pense qu'on ne peut pas, on ne peut pas mettre de
côté… le consentement préalable libre et éclairé. Donc, mon amendement met le
PL 5, en quelque part, en conformité avec la Déclaration des Nations unies
sur les droits des peuples autochtones puis vient s'assurer que le Québec agit
en véritable partenaire de nation à nation avec les premiers peuples, les
Inuits… Il vient rétablir un fait là, donc, on avait… Il y a eu des réunions
entre… avec les Premières Nations, et puis ils sont sortis avec des interrogations,
peu de réponses sur cette question-là, des.... du consentement préalable, libre
et éclairé, alors que la question avait véritablement été soulevée par leurs
représentants.…
• (17 h 20) •
Évidemment, les projets qui pourraient
être déployés sur les territoires autochtones sans acceptabilité locale
pourraient potentiellement, évidemment, finir devant les tribunaux, là. On le
voit là, il y a plusieurs projets, évidemment, qui font l'objet de telles…
avenues devant les tribunaux. Et ça, ça a un potentiel, évidemment, de retarder
des projets et de coûter des millions de dollars à…
M. Grandmont : ...en frais
juridiques, en plus, évidemment, de mettre à mal potentiellement le projet en
lui-même, et ça pourrait avoir des coûts importants pour le promoteur. Et même,
sur le projet doit lui-même, c'est l'objet de... on le sait, là, c'est aussi un
des motifs qui... qui peut aussi être source de contestation du projet de loi
en lui-même. Donc, si on veut, je reviens sur les projets, mais, si on veut de
l'efficacité puis de la vitesse pour des projets, pour favoriser l'économie,
bien, il faut éviter une paralysie qui pourrait être occasionnée par une
absence de consentement et d'acceptabilité sociale. Si, au contraire, si mon
amendement est adopté, bien, je pense que les communautés autochtones puis les
groupes citoyens pourraient, dans le fond, y voir matière à être rassurés,
parce qu'on aurait eu... on aurait eu, dans le fond, une discussion bien en
amont et bien préalable au projet, une acceptation d'emblée ou pas, mais du
projet.
Alors, moi, je pense que le projet de
loi 5 va potentiellement créer l'inverse de son objectif, c'est qu'il
risque d'embourber des projets prioritaires dans des... dans des actions
juridiques qui vont être interminables. Donc, évaluer l'acceptabilité puis
obtenir le consentement préalable libre et éclairé, bien en amont, c'est une
excellente façon de garantir la sécurité juridique des investissements, à la
fois des promoteurs et du gouvernement aussi. Je pense que ce... cet
amendement-là aussi pourrait permettre de participer à redonner du sens puis
une certaine forme de dignité aussi, je dirais, à la participation publique.
Les groupes environnementaux puis la société civile, on a entendu, dénonçaient
le fait que le PL 5 réduit la participation citoyenne à une forme
d'estampillage, de validation administrative où peu de questions peuvent être
répondues. En fait, on prend les commentaires, mais on a peu d'impact, en fait,
sur le projet en lui-même.
Et donc, si la procédure d'évaluation de
l'article 29 ne sert qu'à mesurer, par exemple, les paramètres chimiques
ou physiques, sans évaluer si la population d'accueil veut réellement du
projet... tel que présenté, bien, évidemment, dans ce contexte-là, les
évaluations publiques... les audiences publiques en fait, sont perçues comme...
comme un peu un exercice de façade. Donc, les citoyens puis les élus locaux ont
le droit d'être entendus sur l'impact d'un mégaprojet sur leur qualité de vie,
parce qu'évidemment leur tissu social puis leur... leur tissu social, leur
environnement, leur santé, potentiellement, aussi risque d'être... d'être
visés, en fait, par le projet ou ses impacts. En fait, les conséquences des
projets risquent de les atteindre.
Donc, intégrer, dès le départ,
l'acceptabilité sociale, ça redonne ses lettres de noblesse à la démocratie
participative puis le respect des communautés d'accueil aussi. Le projet doit
se faire avec les communautés et non pas en tentant de leur faire accepter le
projet ou les arguments qui sous-tendent le projet. Je pense qu'on gagne tous
et toutes à bâtir le projet le plus possible ensemble, évidemment aussi.
L'acceptabilité sociale, c'est un... je pense que ça doit être, en fait, au
XXIe siècle, le véritable permis de construire des projets, je dirais, je
le dirais comme ça. Un permis environnemental, un décret ministériel, je ne
pense pas que ça suffise aujourd'hui dans un Québec qui est de plus en plus
informé, de plus en plus conscient des impacts sur l'environnement des différents
projets, qui est conscient de la... des liens qui existent entre la santé
humaine et la qualité de notre environnement. Et donc, je pense que c'est une
question de légitimité sociale qu'on doit aller chercher pour les différents
projets.
Et donc ces projets-là qu'on veut
prioriser, qui sont certainement importants, qui ont un potentiel, évidemment,
au Québec, en étant réalisés, mais doivent s'assurer d'aller chercher cette...
cette acceptabilité qui est très importante, cette légitimité sociale, donc, je
dirais. Le Conseil du patronat puis les grands donneurs d'ordre le disaient
eux-mêmes dans leur mémoire, que l'acceptabilité sociale, c'est le véritable
permis de construire, c'était leur expression, le permis de construire
d'aujourd'hui. On ne peut pas... on ne peut plus aujourd'hui gouverner ni
développer le territoire, comme on le faisait dans les années...
M. Grandmont : …avec des
décrets qui partent d'en haut, qui descendent en bas, et on s'attend à ce que
la population accepte de facto le projet. Donc, en inscrivant l'acceptabilité
sociale dans le mandat de l'article 29, la loi envoie un signal qui est
très clair et envoie un signal de maturité politique, de modernité politique.
Un projet n'est pas prioritaire parce qu'il va vite. Il est prioritaire parce
qu'il rassemble et parce qu'il est juste et bénéfique pour la communauté qui va
accueillir ce projet-là aussi, et pas juste un job… souvent c'est présenté
comme ça, des bons emplois payés, des bons emplois manufacturiers bien payés
même, je dirais qu'avec les projets qui sont déjà en place, quand on vient le
temps de revoir, de s'assurer que l'entreprise, par exemple, suive les normes
environnementales. Mais souvent c'est ce qui est mis en opposition, hein ? Bien, l'environnement et la
protection de la santé publique ou, d'autre côté, de bons jobs payants. C'est
comme ça que ça doit se faire, le développement de grands projets industriels
au Québec aujourd'hui, en 2026, on doit changer de paradigme. On est… on a une
population qui est de plus en plus instruite, de plus en plus connaissante, de
plus en plus informée sur les liens qu'il y a entre cette transversalité-là,
cette recherche de synergies réelle entre l'économique, mais aussi une
protection de l'environnement et de la santé de la population. Parce que, on ne
peut pas être toujours à construire des nouvelles entreprises qui vont être
autrement hautement polluantes, par exemple. Puis, de l'autre côté, bien payer
tout le temps, plus en frais de santé, au budget de la santé, parce que notre
population est tout le temps, de plus en plus malade. Il y a quelque chose qui
est contraire au bon sens, M. le Président. Je pense qu'il faut être capable
de, surtout dans le cadre de projets qui seront priorisés comme celui-là, qui
auront des impacts majeurs parce qu'ils sont eux-mêmes d'emblée de nature
majeure, de grande envergure, il faut s'assurer d'envoyer un bon signal puis
créer de nouvelles habitudes.
Puis, de la même façon aussi, on
parlait-là, ça a souvent été présenté, le PL 5 comme une espèce de banc
d'essai, un projet pilote sur la nouvelle façon de développer des projets au
Québec, parce que, bon, il y a eu plusieurs intervenants qui ont demandé à ce
que cette nouvelle procédure puisse être appliquée éventuellement à d'autres
projets au Québec, bien, qu'on fasse tout de suite les choses de la bonne
façon, en s'assurant d'avoir un consensus toujours plus large dès la conception
du projet, dès la… la discussion avec la population.
Évidemment, tout ça nous amène, nous
ramène, je dirais même, à la question de la fracture sociale, les conflits dans
les régions, parce que l'imposition unilatérale de projets industriels lourds…
par le gouvernement, peut créer des divisions profondes au sein des
municipalités et des régions. Encore une fois, je reprends l'exemple de la
fonderie Horne. On l'a vu, Comment ça s'est passé ?
J'y reviendrai après là, mais l'État a un devoir de maintenir la paix sociale.
Je pense que ça fait partie des conditions notamment, ça fait partie des
conditions pourquoi les gens veulent vivre au Québec et veulent aussi peut être
développé des projets aussi au Québec, parce que la paix sociale amène une
stabilité. Ça, c'est une chose qui est assez essentielle, je pense, dans le
développement d'une économie qui est résiliente, qui est dynamique, qui dure.
L'État du Québec a cette capacité. Évidemment, on a d'autres avantages, on a
d'autres atouts. On a l'électricité faite de façon verte, on a une énergie
aussi qui est en grande quantité, en tout cas tant que nos réservoirs sont pleins,
un coût relativement bas également aussi. Donc ça, c'est tous les arguments. Mais
la notion de «paix sociale», évidemment, est toujours super importante. On a
tendance à l'oublier qu'on a de la chance d'être dans une… dans un
environnement où la paix sociale est adéquate et bonne et durable, mais c'est
fragile ça, M. le Président, c'est vraiment fragile.
• (17 h 30) •
Quand le… quand le gouvernement utilise un
cadre d'exception pour ne pas assujettir des projets à des lois existantes au
Québec, à des règles ordinaires, sans s'assurer de mesurer l'adhésion des
milieux locaux, des populations locales qui seront qui seront… qui font partie
de la communauté d'accueil, bien, on sème des petites graines de discorde dans
cette communauté-là, et on pourrait éventuellement voir naître des crises qui
pourraient prendre de l'ampleur à travers le temps, des crises sociales. Et on
voit aussi des populations divisées sur des enjeux. On l'a vu notamment sur le
projet de loi qui venait réviser le régime forestier au Québec, il y a eu des
blocages de routes forestières au Québec parce que le projet de loi était…
n'avait pas été fait avec une recherche de consensus auprès de l'ensemble des
acteurs, à la fois les forestiers…
17 h 30 (version non révisée)
M. Grandmont : ...les
compagnies, les coopératives forestières qui... qui travaillent en
agroforesterie puis, de l'autre côté, bien, les Premières Nations qui, elles,
voyaient là un risque pour leurs territoires, territoires de chasse, territoires
sacrés, territoires... de pêche, territoires ancestraux, bref. Et on a été...
on a été à un point où il y avait des face-à-face, pour le moins,
impressionnants entre les différents acteurs concernés. Et donc on pourrait se
retrouver avec ce genre de situation là si, encore une fois, on n'a pas été
chercher une forme de consensus dès cette étape-ci, à l'article 29, pour
garantir une adhésion autour des projets.
Donc, mon amendement vise essentiellement
à agir comme une soupape de sécurité démocratique, M. le Président. Il force le
gouvernement, les promoteurs à s'asseoir avec les communautés locales pour
coconstruire le projet plutôt que de l'imposer à la population. Moi, je pense
que c'est une clé importante dans le maintien d'une bonne paix sociale. Et je
le vois comme un... Il y a un potentiel d'influence très grand sur le maintien
d'une paix sociale qui, plus largement, au Québec, bénéficie à, bien, toute la
population du Québec, évidemment, d'une part, mais aussi à la création d'un
environnement d'affaires qui est positif et qui est apaisé. Ensuite de ça, bien,
évidemment, pour moi, là, les municipalités sont... sont les premières lignes
face à l'insatisfaction citoyenne puis aux impacts réels des projets :
bruit, camionnage, infrastructures locales. Souvent, les municipalités sont interpellées
au premier, hein, parce que c'est le gouvernement de proximité. Je fais un
petit pas de côté pour parler de l'itinérance. C'est une responsabilité
beaucoup du gouvernement du Québec, mais ce sont les municipalités qui sont les
premières interpellées dans les conseils de quartier, au conseil municipal.
Tout ça pour dire qu'elles sont, les municipalités, en contact direct avec la
population. Elles les connaissent bien, elles connaissent leur territoire. Et
donc, en incluant l'évaluation de l'acceptabilité sociale sous l'article 29,
à travers mon amendement, on pourrait offrir un espace formel aux gouvernements
de proximité, que sont les municipalités, pour valider si le projet s'arrime
réellement et adéquatement avec leurs plans... leurs plans de développement
locaux, parce qu'elles ont des obligations, évidemment, ces municipalités-là.
Elles doivent avoir... elles doivent avoir, bon, un schéma d'aménagement, doivent
avoir un plan de développement, vont avoir, dépendamment de la grosseur, il y a
différentes... différents aspects réglementaires qui s'appliquent ou pas, là.
Mais elles ont... elles ont des ambitions aussi pour.... Elles ont vendu... Les
élus ont partagé, ont vendu une vision à des citoyens qui ont choisi de les
élire. Il faut s'assurer que le développement qui arrive, bien, d'en haut, et c'est
un peu ce que je veux éviter, s'arrime bien avec la volonté citoyenne et la
volonté des gouvernements locaux qui ont été élus.
Donc, je pense que c'est une forme de
respect, en fait, là aussi, de l'autonomie municipale puis du monde régional
qui doivent être intégrés, plutôt que d'assister comme simples spectateurs à un
processus qui leur échappe complètement. Donc, c'est pour ça, en fait, que je
pense que cette notion d'acceptabilité sociale est importante. Certains me
diront que la notion d'acceptabilité sociale est trop floue, que c'est
difficile à mesurer scientifiquement, puis que le consentement obligatoire
donne un droit de veto absolu qui pourrait paralyser le développement
économique du Québec, auquel je répondrais que l'acceptabilité sociale, ce n'est
pas un concept qui est flou. Ça se mesure très, très bien à travers des indicatifs
de participation, de consultation rigoureuse puis un niveau de consensus local.
Quant au consentement préalable libre et éclairé des Premières Nations, ce n'est
pas un droit de veto arbitraire qui est donné. C'est l'exigence d'un
partenariat d'égal à égal. Ce qui paralyse réellement l'économie du Québec, c'est...
c'est le fait de ne pas reconnaître, pour l'instant, du moins, là, cette
recherche de consentement préalable, libre et éclairé.
Alors, on devrait chercher à... On est un
territoire... On aurait un projet, par exemple, sur lequel des communautés
autochtones seraient touchées potentiellement. En allant chercher ce
consentement préalable libre et éclairé, je pense que ça ne ferait que
rehausser à la fois la qualité des projets, le partenariat à développer avec
les communautés locales, ça ne fait qu'augmenter nos exigences envers nous-mêmes,
envers les projets que le gouvernement veut proposer à la communauté locale.
Donc, moi, je n'y vois que du positif à essayer de négocier...
M. Grandmont : …le meilleur
projet de nation à nation en allant chercher le consentement préalable libre et
éclairé, là, des communautés autochtones. Donc voilà, c'est les explications
qui sont derrière mon amendement, M. le Président. J'espère évidemment que
j'aurai une réponse positive, là, de la part du ministre.
Le Président (M. Laframboise) : Questions
ou commentaires sur l'amendement? Est-ce que l'amendement est adopté?
Une voix : ...
Le Président (M. Laframboise) :
Votre par appel nominal.
Le Secrétaire : Pour, contre,
abstention. M. Grandmont (Taschereau) ?
M. Grandmont : Pour.
Le Secrétaire
: M. Girard
(Groulx) ?
M. Girard (Groulx) : Contre.
Le Secrétaire
: Mme Hébert
(Saint-François) ?
Mme
Hébert
:
Contre.
Le Secrétaire
: M. Lemay
(Masson) ?
M. Lemay : Contre
Le Secrétaire
: M. Asselin
(Vanier-Les Rivières) ?
M. Asselin : Contre.
Le Secrétaire
: Mme Tremblay
(Hull) ?
Mme Tremblay : Contre.
Le Secrétaire
: M. Beauchemin
(Marguerite-Bourgeoys) ?
M. Beauchemin : Abstention.
Le Secrétaire
: M. Laframboise
(Blainville) ?
Le Président (M. Laframboise) : Abstention.
Donc, l'amendement est rejeté. Donc, nous revenons aux discussions sur
l'article 29. Est-ce que j'ai des questions? Commentaires? Sur l'article 29? M.
le député de Taschereau.
M. Grandmont : Oui, je pense
qu'on vous a envoyé… oui, je pense qu'on vous en a envoyé un autre.
Le Président (M. Laframboise) : Évidemment,
je ne suspendrai pas. Vous pouvez continuer… vous pouvez continuer à…
M. Grandmont : Non, je sais
bien. Mais ils vous ont été envoyés.
Le Président (M. Laframboise) : …vous
pouvez continuer à discuter sur l'article. Il vous reste 16 minutes 15
secondes, donc vous pouvez continuer à discuter.
M. Grandmont : Oui, bien,
c'est ça…
Le Président (M. Laframboise) : Quand
il sera affiché… quand il sera affiché, vous pourrez revenir à l'amendement, ça
fait que…
M. Grandmont : Parfait.
Le Président (M. Laframboise) :
Donc, le débat est ouvert sur l'article 29. Allez-y.
M. Grandmont : Oui. Donc,
c'est ça, on vous a envoyé un amendement. J'imagine qu'il va apparaître sous
peu. Je vais parler, essayer de faire du temps en parlant, là, mais…
Le Président (M. Laframboise) : C'est
un nouvel amendement? Votre amendement est… c'est-à-dire que, évidemment, là,
étant donné que je ne vous donne pas de suspension, vous pouvez continuer de
parler, si vous ne continuez pas de parler, je vais mettre l'article 29
aux voix. C'est tout simplement ça. Donc, vous avez un amendement qui est
déposé? Allez-y, M. le député de Taschereau.
M. Grandmont : Oui. OK. Bon,
je vais le lire. Donc : Ajouter, à l'article 29 du projet de loi,
après les mots «du projet désigné» les mots suivants : «en tenant compte
de l'ensemble des composantes du projet et en analysant les impacts cumulatifs
découlant notamment des travaux préparatoires autorisés en vertu de l'article 12,».
Donc, l'article 29 du projet de loi
se lirait… tel qu'amendé, se lirait ainsi : «29. La procédure
d'évaluation et d'examen des impacts sur l'environnement doit se dérouler dans
l'objectif de déterminer les conditions, les restrictions et les interdictions
applicables à la réalisation du projet désigné, en tenant compte de l'ensemble
des composantes du projet et en analysant les impacts cumulatifs découlant
notamment des travaux préparatoires autorisés en vertu de l'article 12,
afin d'assurer une protection adéquate de l'environnement, de la santé, de la
sécurité, du bien-être et du confort de l'être humain, pour protéger les autres
espèces vivantes ou pour éviter de porter atteinte aux biens.»
Le Président (M. Laframboise) : Vous
pouvez expliquer votre amendement?
• (17 h 40) •
M. Grandmont : Oui. Voici.
Donc voici, M. le Président, cet amendement-là, en fait, vise à essayer de
pallier un des angles morts, là, les plus critiques, les plus récurrentes des
évaluations environnementales, c'est l'analyse en silo, puis le manque de
perspective sur les impacts cumulatifs. On sait que c'est quelque chose
d'important en sciences environnementales, notamment, puis en santé publique,
là. Donc, l'article 29 du projet de loi 5 définit le mandat d'analyse
pour l'évaluation des projets prioritaires. Mais, en l'état actuel, le texte se
limite à évaluer le projet de manière isolée, comme s'il était parachuté dans
un environnement qui est exempt de toute autre activités humaine. Donc, en
insérant l'obligation d'évaluer l'ensemble des composantes du projet puis les
impacts cumulatifs découlant notamment des autres projets, aux travaux en cours
de réalisation ou projetés, bien, on vient se forcer, en fait, à adopter une
vision scientifique un peu plus globale. On empêche qu'un écosystème soit comme
détruit à petit feu par la somme de plusieurs projets en apparence mineurs. On
empêche que la santé publique soit affectée de la même façon, à petit feu.
Juste pour faire une image, M. le Président, là, je vous parlerai du secteur du
vieux Limoilou dans Jean-Lesage, donc juste au bord de la rivière, ici, à la
rivière Saint-Charles, ici à Québec. Quand on parle des différents contaminants
qui impactent la population, souvent, on va analyser le cas d'une entreprise
qui a un impact, une entreprise au port, par exemple, ou l'effet de la
circulation automobile sur les autoroutes qui ceinturent la municipalité, ou le
rôle que l'incinérateur a sur la qualité de l'air dans le quartier Limoilou… du
Vieux Limoilou. Mais on les analyse trop souvent, les uns pris isolément des
autres. Mais à la fin, même si tout le monde, ou à peu près, respectent les
normes environnementales, soit les normes telles qu'édictées dans les lois,
soit…
M. Grandmont : ...les
normes après autorisation ministérielle, bien, on se rend compte que les totaux
de chacune des composantes qui ont un impact sur la santé humaine
s'additionnent et vont donc avoir un effet cumulatif sur la santé humaine.
Donc, c'est vraiment un enjeu qui, malheureusement, n'est pas pris en compte.
J'imagine que, dans le secteur de Vanier, ça peut avoir un impact aussi. Donc,
mon collègue de Vanier-Les Rivières a déjà entendu parler de ces concepts-là,
évidemment, là.
Donc, c'est un peu ça. Donc, ce que je
veux, à travers mon amendement, en fait, c'est proposer, là, de tenir compte,
en fait, de la réalité physique d'abord du territoire. Dans la nature... dans
la nature, les impacts ne s'additionnent pas de manière linéaire, ils se
multiplient. Par exemple, une usine de plus dans une zone industrielle qui est
déjà saturée peut faire basculer la qualité de l'air, au-delà... ou de l'eau,
au-delà du seuil de... de toxicité, parce qu'il y a déjà présence d'autres
industries qui ont un impact préalable.
Donc, les écosystèmes, bon, évidemment, et
la pollution ne connaissent pas les frontières administratives, puis ne
connaissent pas les permis, là. C'est quelque chose de beaucoup plus organique
qui... qui, il y a... il y a une porosité entre les différents écosystèmes. Et
donc, si une rivière, par exemple, reçoit déjà les rejets de trois usines, puis
qu'une MRC planifie de nouveaux travaux d'infrastructure, bien on ne peut pas à
évaluer un nouveau projet prioritaire comme s'il était tout seul au monde. Il
faut tenir compte de l'ensemble, puis, bien, la science environnementale
moderne exige d'analyser la capacité de support réel du milieu en tenant compte
de ce qui existe déjà.
Donc, je pense qu'il faut absolument
mesurer les impacts cumulatifs, à l'article 29, pour s'assurer de tenir
compte de la réalité physique du... du territoire. Je reviens sur le... le
saucissonnage des mégas projets, j'en ai parlé préalablement, mais le Centre
québécois pour le droit de l'environnement, puis les groupes environnementaux
reviennent souvent là-dessus dans... dans l'actualité, dans leurs mémoires,
dans leurs prises de parole, prises de position publiques. Ils vont... ils vont
dénoncer qu'il y a une tendance, en fait, de certains promoteurs à découper les
différents projets en sous-composantes.
Par exemple, l'usine, d'un côté, qui est
traitée d'une façon, puis après ça la ligne électrique, de l'autre, la route
qui est traitée sous un autre... sous un autre... dans une autre procédure, par
exemple. Tout ça pour... éviter, pour passer sous le radar, en fait, là, des
évaluations qui sont... qui sont strictes et qui devraient normalement englober
l'ensemble du projet. C'est une... Il y a plusieurs composantes, mais c'est un
même projet qui génère des impacts qui, par ailleurs, peuvent se compléter,
s'additionner.
Donc, en exigeant de tenir compte de
l'ensemble des composantes d'un projet, bien, l'amendement que je propose vient
un peu fermer la porte à cette... cette technique du saucissonnage, de la
compartimentation... compartimentation, c'est ça, d'un projet.
Un projet industriel prioritaire vient
avec des besoins en transport, des besoins en énergie, en gestion des déchets.
Les impacts peuvent être très, très grands, évidemment, là, mais tout ça fait
partie d'un même tout. Le gouvernement ne peut pas accélérer l'approbation
d'une usine sans évaluer en même temps l'impact de la ligne de transport
d'Hydro-Québec, par exemple, ou du va-et-vient des camions qui vont servir à
alimenter ou à... ou à faire sortir les extrants, là, d'une... d'une usine.
Donc, il faut absolument s'assurer d'évaluer l'ensemble de l'oeuvre, pas juste
un morceau à la fois.
Mon objectif, à travers ça, c'est de
protéger la santé publique puis la qualité de vie, là, des zones habitées.
Parce que l'enjeu, il est important, les impacts cumulatifs touchent
directement les citoyens qui sont concernés, qui vont dans les communautés
d'accueil. Par exemple, il peut y avoir bruits combinés de plusieurs chantiers
en même temps. Il peut y avoir du smog industriel, il peut y avoir de la
congestion routière lourde, évidemment. Et ça, tout au long du cycle de vie
de... du projet, là, qui est à déployer dans une communauté d'accueil.
Donc, ce que je propose, en fait, à
travers mon amendement, c'est de protéger, bien, les familles, les citoyens et
les citoyennes, les... c'est ça, qui vivent à proximité de ces grands chantiers
prioritaires là. Parce que, si un citoyen subit déjà le bruit, par exemple,
d'une autoroute à proximité de chez lui, puis il y a les émanations d'une
cimenterie, par exemple, bien l'ajout d'un mégaprojet industriel à proximité
pourrait rendre son quartier tout à fait, en tout cas, difficilement habitable.
Puis je pense que le gouvernement, à travers le PL no 5, ne
peut pas faire de l'efficacité...
M. Grandmont : ...sans porter
un regard sur la dégradation cumulative de la santé... de la santé des
Québécoises et des Québécois, là. Puis là, je parle vraiment de... Les impacts
sont très larges, là, ça peut être pollution sonore où qu'on sait qu'il y a des
liens de plus en plus grands entre des enjeux de santé mentale et la qualité de
l'environnement sonore et les activités industrielles, les activités de
camionnage, le transport routier, ferroviaire peuvent avoir un impact majeur
là-dessus.
On parle souvent, là, de pollution
atmosphérique, de l'impact que ça peut avoir sur les maladies...
cardiovasculaires. Mais souvent, on parle d'enjeux qui touchent notamment les
particules fines qui peuvent avoir des grands impacts sur la santé
cardiovasculaire de la population et qui peuvent avoir aussi un lien, M. le
Président. C'est fou, mais les particules très fines, plus petites que PM2,5,
.1 nanomètres, en fait, là, peuvent avoir un impact sur l'Alzheimer. Je suis en
train d'étudier ça, imaginez-vous, M. le Président, des particules qui peuvent
remonter jusque dans le cerveau et être des nœuds générateurs d'Alzheimer,
maintenant. Donc, il y a vraiment un enjeu très important dont il faut tenir
compte.
Et c'est cette accumulation de différentes
composantes : bruit, pollution atmosphérique, émanations cancérigènes,
comme on a par exemple à la fonderie Horne, qui peuvent, à terme, si elles
s'accumulent, particulièrement, avoir une espérance... avoir un impact sur
l'espérance de vie. Entre la Basse-Ville de Québec puis la Haute-Ville de
Québec, il y a une différence d'espérance de vie de huit ans. Ça s'explique par
toutes sortes de composantes, en fait, là. Il y a des... évidemment, des
composantes sociodémographiques, mais il y a aussi la qualité de
l'environnement qui joue pour beaucoup là-dedans.
Évidemment, mon amendement aussi, là, vise
à assurer une forme de cohérence avec les cibles climatiques puis le bilan
carbone du Québec. Ça aussi, c'est un enjeu qui est important, puis ma
formation politique a toujours été fortement engagée là-dessus. Je vous
rappellerai que le Québec s'est engagé à atteindre la carboneutralité d'ici
2050. Donc, évidemment, chaque projet prioritaire émet des gaz à effet de serre
qui va s'ajouter au bilan global, ne serait-ce que pendant la construction de
ce projet-là. À terme, on espère évidemment que les projets visent à réduire
les émissions de gaz à effet de serre.
Le projet de tramway est un bon exemple de
ça. Il y a des émissions pendant la construction, mais par la suite, en
retirant des voitures de la circulation, ça a un effet bénéfique sur notre
bilan carbone. Mais il faut s'assurer comment... En fait, la question qu'il
faut se poser, c'est comment qu'on peut piloter notre transition verte si on ne
mesure pas correctement les impacts cumulatifs des gaz à effet de serre émis à
l'article 29, parce que, pris isolément, chaque projet prioritaire peut
sembler acceptable sur ses émissions de carbone. Mais quand on les met bout à
bout, quand on les combine ensemble avec les autres chantiers en cours ou les
projets qui sont projetés sur le territoire concerné, bien, ils peuvent...
complètement nous faire échapper la trajectoire visée sur la réduction de nos
émissions de gaz à effet de serre.
Donc, c'est clair que ça présente un enjeu
formidable. Il faut... il faut en tenir compte absolument. Donc, mon amendement
offre au gouvernement une sorte de boussole, en fait, qu'il a besoin pour gérer
son empreinte carbone réelle. Ça permet de démêler, puis surtout, de mesurer
si, sur un territoire donné, plusieurs projets mis ensemble vont avoir un
impact positif ou négatif puis peut-être aussi revenir aussi sur l'opportunité,
c'est-à-dire que si on se rend compte qu'un projet, finalement, a des effets
qui viennent s'ajouter aux projets déjà existants, donc des effets cumulatifs
trop importants, on peut se requestionner sur l'opportunité. Avons-nous le
meilleur projet pour être capables de répondre aux besoins exprimés au départ?
Moi, je pense que c'est un processus qui
est sain, normal et qui vise encore une fois à être toujours à la fine pointe,
mais toujours être... viser l'excellence, en fait, sur les enjeux
environnementaux. Ça fait quand même pas mal... Ça a fait pendant plusieurs
années notre renommée à l'international. Je pense que ce n'est pas le temps de baisser
les bras, puis de... quelque part, de plier devant les projets qui sont
proposés, mais plutôt rester vigilants par rapport à ces projets.
• (17 h 50) •
Prévisibilité économique, je pense qu'il y
a... mon amendement touche à ça, aussi. C'est quand même important. Ce que je
cherche à faire, c'est éviter les conflits d'usage puis les pannes de
ressources, chose qui peut arriver, évidemment, là. Donc, il y a plusieurs
grands projets prioritaires qui pourraient se retrouver en compétition sur un
même territoire, qui pourraient saturer des infrastructures locales. Puis, par
infrastructure, on entend, là, les réseaux électriques...
M. Grandmont : …la
main-d'œuvre, le réseau routier, tout ce qui vient soutenir, en fait, là, la
viabilité d'un projet, finalement, là, on veut le faire fonctionner. Comment…
c'est l'ensemble de ces infrastructures-là qui fait qu'une fois le projet, le…
le ruban coupé, on a effectivement un projet qui peut effectivement être opéré
puis fonctionner.
Puis aussi bien, quand on parle de
main-d'œuvre pendant toute la période de construction… parce que souvent les
grands projets vont avoir des… des besoins en ressources humaines qui sont
immenses, souvent plus grands, en fait, que pendant l'opération. Donc, il peut
y avoir, si on n'a pas un regard donc transversal sur un territoire donné, on
peut avoir des conflits au niveau de la capacité à avoir la main-d'œuvre
nécessaire pour être capable de faire ces projets-là, bon. Donc, mon amendement
sert, en fait, vise à assurer que les investisseurs puissent opérer dans un
environnement, encore une fois, qui est prévisible, que les intérêts des
investisseurs, puis la saine… donc puis assurer une saine gestion économique.
Donc, si le gouvernement autorise par exemple trois projets industriels majeurs
dans la même région, sans évaluer les impacts cumulatifs sur le réseau
d'Hydro-Québec, par exemple, ou sur la capacité d'approvisionnement en eau
potable de la municipalité, bien, on risque de courir tout droit vers une
certaine catastrophe opérationnelle, là. Les… les promoteurs vont se retrouver
à être en féroce compétition pour s'accaparer des ressources qui seront… qui
auront été mal analysées, par exemple. Donc, analyser ce qui est en cours ou
projeter, ça permet de garantir une planification industrielle qui est
intelligente, qui est viable sur le long terme, et je pense que, pour les
promoteurs, c'est encore une fois, garantir que l'environnement dans lequel ils
vont travailler, à la fois à la construction puis à l'opération d'un projet, ça
vient leur donner l'assurance que l'environnement est viable sur le long terme,
à court et long terme. Au revoir, ou bonjour, je ne sais pas.
Argument en supplémentaire, mon amendement
vise à éviter la destruction, évidemment, des derniers habitats de faune qui
sont menacés. C'est… c'est précisément l'effet cumulatif du développement, là,
qui cause l'effondrement des populations de caribous forestiers actuellement au
Québec et de d'autres, évidemment, espèces en péril, mais je choisis, là, de
manière très consciente, là, les caribous forestiers, parce que, bon, c'est
une… c'est une espèce de… qui est menacée, mais aussi pour laquelle on est au
courant depuis des années qu'il y a beaucoup de travail à faire. Puis,
malheureusement, depuis 10 ans, on promet, au gouvernement, un plan de
sauvetage du caribou, et malheureusement, il n'y a toujours rien. On a fêté le
10ᵉ anniversaire récemment. Et donc, dans le cas des... des caribous, là, c'est
la coupe forestière, des routes, des projets miniers, puis je vous dirai, M. le
Président, que la disparition de notre… de notre biodiversité se fait lentement
mais sûrement au Québec. C'est rarement un seul projet, là, qui… qui porte
atteinte à la survie d'une espèce menacée au Québec. Souvent, c'est… c'est
l'accumulation de plusieurs projets qu'on ajoute au fil du temps, puis qui ont
un effet délétère sur la qualité du biome, de l'écosystème dans lequel survit
ou tente de survivre, là, une espèce fragile.
Le chevalier cuivré est un bon exemple. Un
des derniers habitats qui existe, là, au Québec était l'endroit où est projeté
de se réaliser ou, en fait, est en cours de réalisation, là, le port de
Contrecoeur. C'est une espèce emblématique du Québec, il y en a nulle part
ailleurs sur la planète. Et malheureusement, cette espèce-là, si rien n'est
fait, risque de disparaître parce qu'on a privilégié des projets qui se sont
accumulés, puis qui ont enlevé au fil du temps l'ensemble des aires de
reproduction notamment et de vie de cette espèce emblématique du Québec. Puis les
caribous, c'est la même chose, c'est… on n'y pense pas, on dit : Oh, on va
se faire un projet, là, puis on ajoute des routes, on ajoute une mine, on
ajoute ci, on ajoute ça, puis, à terme, on se regarde, puis on constate avec
bien de la tristesse que finalement, cette espèce-là, au fil du temps, a perdu
tous les… tous les écosystèmes dont elle a besoin pour être capables de
survivre. Donc, vous savez… donc, ce n'est pas un seul projet, là, je disais
tantôt qui… qui porte atteinte à la survie d'une espèce. Mais souvent c'est la
multiplication des impacts…
M. Grandmont : …pour son
habitat qui le fait. Donc, ce projet de loi 5… permet… en tout cas, pour
l'instant, on le perçoit vraiment comme ça, là, c'est que ça permet d'analyser
chaque projet un peu en silo, si vous voulez.
Bien, le promoteur pourra toujours
promettre que sa petite portion de route ou son petit… sa petite installation
ou… ne va pas déranger le caribou ou ne va pas… déranger la rainette, la
faux-grillon. Mais, si on ajoute continuellement cette route, cette
installation, ce bâtiment à toutes les autres infrastructures qui sont venues
avoir un impact sur l'écosystème de ces espèces vulnérables, bien, à un moment
donné, on se rend compte que, finalement, ce… cet habitat-là est complètement
fragmenté, dénaturé et que l'espèce a de graves chances, en fait, de
complètement disparaître.
Donc, mon… mon amendement, en fait, vient
dresser une sorte de rempart, là, pour éviter que notre patrimoine naturel ne
vienne à disparaître. Évidemment, les impacts cumulatifs des projets, tu sais,
qui… qui ne sont que projetés, là, parce que c'est… il est nommé dans mon
amendement, là, qu'on parle des… des projets qui seront projetés, mais ce n'est
pas de la divination. Ce n'est pas… ça… et ça ne va pas alourdir inutilement
les… les études d'impact, puis retarder des projets industriels majeurs de
plusieurs années, là. Les impacts des… les analyses d'impacts cumulatifs et
régionaux se font actuellement partout dans le monde. Puis nos universités, nos
professionnels du ministère de l'Environnement, notamment, ils ont déjà toute
l'expertise pour les mener rigoureusement. Projeter, ça ne veut pas dire
hypothétique, là. Ça vise des projets qui ont déjà été déposés, par exemple, au
registre public, qui font l'objet de demandes de raccordement ou encore qui
figurent au plan de développement des MRC. Donc, il y a déjà de l'information
sur des projets qui est annoncée, qui pourrait s'en venir. Et on doit tenir
compte de cette information-là pour éviter une surutilisation ou une
compétition pour des… des ressources et aussi mesurer l'effet cumulatif à venir
des différents projets qui… qui pourraient venir s'additionner.
Donc, ce que je pense qui… qui retarde
réellement les projets au Québec, c'est plutôt de… de ne pas voir venir la
crise, d'épuiser la capacité de support d'une région et de devoir tout arrêter
en cours de route, parce que l'environnement ou les infrastructures locales
saturent. Donc, ce que je propose à travers mon amendement, c'est choisir la
vue d'ensemble...
Le Président (M. Laframboise) : …M.
le député de Taschereau, c'est tout le temps que vous aviez pour votre
amendement. Est-ce que l'amendement à l'article 29 est adopté?
Une voix : ...
Le Président (M. Laframboise) :
Vote par appel nominal.
Le Secrétaire : Pour, contre,
abstention? M. Grandmont
(Taschereau)?
M. Grandmont : Pour.
Le Secrétaire
: M. Girard
(Groulx)?
M. Girard (Groulx) : Contre.
Le Secrétaire
: Mme Hébert
(Saint-François)?
Mme
Hébert
:
Contre.
Le Secrétaire
: M. Lemay
(Masson)?
M. Lemay : Contre.
Le Secrétaire
: M. Asselin
(Vanier-Les Rivières)?
M. Asselin : Contre.
Le Secrétaire
: Mme Tremblay
(Hull)?
Mme Tremblay : Contre.
Le Secrétaire
: M. Beauchemin
(Marguerite-Bourgeoys)?
M. Beauchemin : Abstention.
Le Secrétaire
: M. Laframboise
(Blainville)?
• (18 heures) •
Le Président (M. Laframboise) :
Abstention. Donc, l'amendement est rejeté.
Et puis, avant que j'ajourne, juste vous
dire, déposez vos amendements pour demain, 10 heures, donc, s'il vous
plaît. Ça va être de plus en plus sévère. Je vous remercie pour votre
collaboration.
Compte tenu de l'heure, la commission
ajourne ses travaux au mardi 9 juin, à 10 heures.