Journal des débats de la Commission des institutions
Version préliminaire
43e législature, 1re session
(29 novembre 2022 au 10 septembre 2025)
Cette version du Journal des débats est une version préliminaire : elle peut donc contenir des erreurs. La version définitive du Journal, en texte continu avec table des matières, est publiée dans un délai moyen de 2 ans suivant la date de la séance.
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Le
mercredi 2 octobre 2024
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Vol. 47 N° 84
Consultations particulières et auditions publiques sur le projet de loi n° 72, Loi protégeant les consommateurs contre les pratiques commerciales abusives et offrant une meilleure transparence en matière de prix et de crédit
Aller directement au contenu du Journal des débats
Intervenants par tranches d'heure
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Bachand, André
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Jolin-Barrette, Simon
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Morin, André Albert
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Bachand, André
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Nichols, Marie-Claude
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Paradis, Pascal
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Jolin-Barrette, Simon
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Schmaltz, Valérie
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Lemieux, Louis
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Morin, André Albert
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Morin, André Albert
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Bachand, André
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Cliche-Rivard, Guillaume
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Nichols, Marie-Claude
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Paradis, Pascal
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Jolin-Barrette, Simon
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Jolin-Barrette, Simon
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Bachand, André
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Schmaltz, Valérie
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Lemieux, Louis
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Morin, André Albert
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Cliche-Rivard, Guillaume
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Paradis, Pascal
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Bachand, André
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Jolin-Barrette, Simon
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Jolin-Barrette, Simon
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Bachand, André
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Boivin Roy, Karine
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Lemieux, Louis
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Morin, André Albert
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Cliche-Rivard, Guillaume
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Nichols, Marie-Claude
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Paradis, Pascal
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Paradis, Pascal
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Bachand, André
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Jolin-Barrette, Simon
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Boivin Roy, Karine
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Lemieux, Louis
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Lemieux, Louis
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Bachand, André
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Morin, André Albert
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Nichols, Marie-Claude
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Paradis, Pascal
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Bachand, André
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Jolin-Barrette, Simon
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Schmaltz, Valérie
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Lemieux, Louis
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Morin, André Albert
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Cliche-Rivard, Guillaume
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Cliche-Rivard, Guillaume
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Bachand, André
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Nichols, Marie-Claude
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Jolin-Barrette, Simon
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Paradis, Pascal
11 h (version révisée)
(Onze heures vingt-trois minutes)
Le Président (M. Bachand) :À l'ordre, s'il vous plaît! Bonjour, tout le monde! Ayant
constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission des institutions ouverte.
Je vous souhaite la bienvenue et demande à toutes les personnes dans la salle
de bien vouloir éteindre la sonnerie de leurs appareils électroniques. Eh oui,
il faut faire des petits rappels de temps en temps parce qu'il y en a qui
oublient, dont la présidence.
La commission est réunie afin d'entreprendre
les consultations particulières et auditions publiques sur le projet de loi n° 72, Loi protégeant les consommateurs contre les
pratiques commerciales abusives et offrant une meilleure transparence en
matière de prix et de crédit.
Avant de débuter, Mme la secrétaire, y
a-t-il des remplacements?
La Secrétaire : Oui, M. le
Président. Alors, M. Zanetti (Jean-Lesage) est remplacé par M. Cliche-Rivard
(Saint-Henri—Sainte-Anne).
Remarques préliminaires
Le Président (M. Bachand) :Merci beaucoup. Donc, ce matin, nous allons entendre les
représentants et représentantes d'Option consommateurs et de la Corporation des
concessionnaires automobiles du Québec, mais, préalablement, nous allons
débuter avec les remarques préliminaires. Donc, M. le ministre, pour une
période de six minutes, s'il vous plaît.
M. Simon Jolin-Barrette
M. Jolin-Barrette : Oui.
M. le Président, chers collègues, membres de la commission, aujourd'hui, nous
entamons ensemble l'étape importante des consultations particulières du projet
de loi n° 72, Loi protégeant les consommateurs contre
les pratiques commerciales abusives et offrant une meilleure transparence en
matière de prix et de crédit. Nous aurons l'occasion d'entendre, au cours des
prochaines heures, des experts provenant de différents milieux, notamment celui
du commerce, du milieu universitaire, du secteur automobile et du secteur
alimentaire. Nous tenons d'ailleurs à remercier non seulement les intervenants
qui seront présents aujourd'hui, mais aussi tous les groupes et toutes les
personnes qui ont soumis un mémoire depuis la présentation du projet de loi,
nous apportant un éclairage précieux qui contribue à bonifier nos réflexions
quant à la suite de nos travaux.
La situation actuelle économique commande
de nombreux efforts aux familles québécoises, qui subissent les contrecoups de l'inflation.
Avec le projet de loi n° 72, nous voulons simplifier
la vie des Québécois en nous attaquant à plusieurs irritants du quotidien. Que
ce soit à l'épicerie, au restaurant, chez le concessionnaire ou encore à la
banque, les changements que nous proposons permettront aux familles de faire
les choix qui seront les plus avantageux en fonction de leurs besoins et de
leur budget. Dans un contexte où le coût de la vie n'a cessé d'augmenter ces
dernières années, nous savons à quel point chaque dollar compte.
Notre objectif est de protéger le
portefeuille et le pouvoir d'achat des Québécois, et cela passe notamment par
un affichage plus clair des prix à l'épicerie. Ce n'est pas normal de devoir
traîner sa loupe et sa calculatrice pour être en mesure de déchiffrer les
étiquettes de prix à l'épicerie ou encore d'avoir une petite surprise une fois
rendu à la caisse parce que le prix affiché en gros et en couleur ne s'appliquait
pas ou ne s'appliquait qu'aux membres d'un programme de fidélisation. L'affichage
des prix des aliments doit être plus clair, et le consommateur doit être en
mesure d'obtenir facilement tous les renseignements nécessaires pour comparer
les prix des produits de même nature, et ainsi faire les meilleurs choix pour
sa famille. Désormais, il devra être indiqué si l'aliment est taxable ou non.
Par ailleurs, le prix à l'unité, le prix par unité de mesure, le prix courant
ainsi que le prix non membre devront être visibles et clairs en tout temps.
Nous venons aussi mettre à jour la Politique
d'exactitude des prix, qui n'avait pas été revue depuis près de 25 ans, en
<haussant...
M. Jolin-Barrette :
...à
jour la politique d'exactitude des prix, qui n'avait pas été revue depuis près
de 25 ans, en >haussant le rabais qui est prévu à 15 $.
Protéger le portefeuille des Québécois,
c'est également prévoir de nouvelles règles pour encadrer les suggestions de
pourboire. Nous l'avons tous ressenti ou, du moins, nous en avons été témoins,
il y a un malaise grandissant par rapport au pourboire. Les gens ne devraient
pas se sentir sous pression au moment de payer. Avec le projet de loi, les
suggestions de pourboire devront être calculées sur le montant de la facture
avant les taxes et être tout aussi visibles les unes que les autres sur le
terminal de paiement.
Si nous voulons protéger le pouvoir
d'achat des familles, il nous faut aussi prévenir le surendettement. C'est
pourquoi le projet de loi n° 72 prévoit aussi un resserrement des règles
en matière de crédit pour éviter les abus. Nous avons vu des cas déplorables où
les consommateurs croyaient s'engager à un taux sous les 10 % d'intérêt,
mais se retrouvaient, en fait, à payer des taux d'intérêt s'élevant à 300 %,
voire même 400 %, une fois qu'on y ajoutait tous les frais afférents. Les
commerçants de crédit variable devront maintenant inclure les frais d'adhésion
et de renouvellement dans le taux de crédit qu'ils offrent et être titulaires
d'un permis de l'Office de la protection du consommateur, au même titre que les
prêteurs d'argent.
Nous interdirons également aux commerçants
itinérants la vente de certains produits et services pour lesquels des
pratiques trompeuses et déloyales ont trop souvent été constatées, comme les
appareils de chauffage et de climatisation et les services d'isolation et de
décontamination. À eux seuls, ces deux secteurs de vente représentent plus du
quart des condamnations en vertu de la Loi sur la protection du consommateur depuis
2019.
Nous prévoyons aussi de nouvelles balises
pour mieux encadrer l'équité négative sur les véhicules. Nous savons que les
ballounes ou les prêts ballons peuvent s'avérer utiles dans certains cas, c'est
pourquoi nous ne... nous n'interdirons... nous ne les interdisons pas, mais
certaines conditions devront être respectées pour éviter des situations
excessives.
Et, parmi les autres changements proposés,
nous souhaitons offrir aux titulaires d'une carte de débit la même protection
qu'aux titulaires d'une carte de crédit. Ainsi, la responsabilité du
consommateur en cas de fraude de son compte de dépôt sera limitée à un maximum
de 50 $.
Voilà un tour d'horizon rapide des sept
mesures phares du projet de loi n° 72, sur lesquelles vous serez appelés à
vous prononcer au cours des prochaines heures. Mes collègues et moi serons à
l'écoute de vos commentaires. Si nous sommes réunis ici, c'est d'abord et avant
tout pour simplifier la vie des familles du Québec, protéger leur portefeuille
et leur pouvoir d'achat. Ce sont les impératifs qui doivent guider nos
échanges. Nous avons une belle occasion de faire progresser le droit de la
consommation avec le projet de loi n° 72.
En conclusion, le projet de loi n° 72 place
le consommateur au premier plan dans des domaines où les dépenses sont aussi
courantes qu'essentielles. Il vient aussi resserrer les règles pour mettre fin
à des situations abusives qui nuisent à la santé financière des familles du Québec,
particulièrement dans un contexte où chaque dépense doit être réfléchie, où
chaque dollar compte. Je vous remercie à l'avance pour les observations dont
vous nous ferez part.
M. le Président, je suis enthousiaste à
l'idée de débuter les consultations particulières et je tiens à remercier mes
collègues qui sont présents avec nous aujourd'hui, le député de Saint-Jean, la
députée de Vimont ainsi que la députée d'Anjou—Louis-Riel, et de remercier les
membres du personnel de l'Office de la protection du consommateur qui sont avec
nous, avec M. le président, ainsi qu'Alexis L'Écuyer, mon fidèle compagnon en
matière de consommation... de protection de la consommation. Merci.
• (11 h 30) •
Le Président (M.
Bachand) :Content de vous voir
enthousiaste, M. le ministre. M. le député d'Acadie, pour
3 min 36 s, s'il vous plaît.
M. André Albert Morin
M. Morin (Acadie) : Alors,
merci. Bonjour, M. le Président, M. le ministre, collègues de la banquette
gouvernementale, toute l'équipe des... du ministère qui accompagne M. le
ministre et collègues des oppositions. Je suis heureux de vous adresser
quelques mots dans le cadre des remarques préliminaires relativement au projet
de loi protégeant les consommateurs contre des pratiques commerciales abusives
et offrant une meilleure transparence en matière de prix et de crédit. C'est un
projet de loi qui est, en fait, effectivement intéressant, comme le soulignait
M. le ministre, et qui place le consommateur au centre, évidemment, des
différentes modifications qui seront apportées éventuellement.
C'est un projet de loi, en lisant,
évidemment, ce qui a été écrit dans les journaux, qui, je vous dirais, a eu une
réception qui est positive, dans l'ensemble, mais, évidemment, il y a toujours
moyen d'améliorer un projet de loi déposé par le gouvernement, et, évidemment,
ça fait partie de mon travail, comme porte-parole de l'opposition officielle,
évidemment, éventuellement, de faire des suggestions à M. le ministre.
Des éléments qui sont intéressants. La
question des pourboires, ça a fait couler... couler pas mal d'encre, mais aussi
toutes les nouvelles règles en matière de crédit, et ça, je tiens à le
souligner d'emblée dans mes remarques préliminaires, c'est un volet qui est
intéressant parce que, rappelez-vous, rappelez-vous le projet de loi qui avait
été déposé par ma collègue la députée de Saint-Laurent à ce sujet. Donc, je
suis... je suis heureux de voir que M. le ministre s'inspire du bon travail de
l'opposition officielle pour faire avancer, évidemment, la protection pour les
consommateurs au Québec.
Différentes questions touchant les ventes
itinérantes, protection pour les cartes de débit contre la <fraude...
>
11 h 30 (version révisée)
<19253
M.
Morin (Acadie) :
...évidemment, la protection pour les consommateurs
au Québec, différentes questions touchant les ventes itinérantes, protection
pour les cartes de débit contre la >fraude, un élément intéressant que
nous étudierons, évidemment, avec beaucoup, beaucoup d'attention.
On va débuter bientôt toute l'étape,
évidemment, des consultations particulières, et je vous dirai, M. le Président,
que c'est une étape, dans la vie d'un projet de loi, que j'affectionne
particulièrement parce qu'on a la chance, à ce moment-là, d'écouter des
groupes, des experts qui vont venir nous expliquer quel est l'impact, pour eux,
d'un projet de loi qui est déposé à l'Assemblée nationale par le gouvernement.
Alors, sans plus tarder, j'ai très hâte de
les entendre, je remercie à l'avance les groupes qui sont ici ou qui vont
déposer des mémoires pour nous aider, nous, les parlementaires, dans notre
étude de ce projet de loi. Je vous remercie.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup, M. le député. Mme
la députée de Vaudreuil, pour 1 min 12 s, s'il vous plaît.
Mme Marie-Claude Nichols
Mme Nichols : Merci beaucoup,
M. le Président. Alors, avec le même enthousiasme que le ministre, prête à
étudier le projet de loi n° 72. D'abord, permettez-moi quelques
salutations, évidemment, aux collègues qui siègent sur le projet de loi n° 72,
à l'équipe du ministre, et à l'équipe de l'ensemble du personnel, et à vous, M.
le Président, qui faites toujours un travail exceptionnel.
Merci aux groupes, aussi, qui ont accepté
l'invitation, aux groupes qui ont déposé des mémoires. Évidemment, le court
laps de temps est toujours un enjeu, hein, vous savez, les députés à l'Assemblée
nationale, on étudie très rapidement plusieurs projets de loi. Donc, merci à
ceux qui ont accepté l'invitation. Mais le court délai, c'est toujours soulevé
puis c'est toujours un enjeu. On n'a pas la possibilité d'avoir tous les
mémoires, d'avoir l'opinion de tout le monde sur le terrain, donc ça... Mais on
le soulève à chaque fois.
M. le Président, ce projet de loi là, c'est
surtout le volet de l'atténuation des pourboires qui a retenu, entre autres, l'attention — je
pense que le prochain groupe va en parler — quand le projet de loi a
été déposé. Mais, en fait, c'est beaucoup plus large que ça, le projet de loi
n° 72. Moi, je suis prête à étudier le projet de loi n° 72 en gardant
en tête que le droit de la consommation change, le droit de la consommation
évolue, et c'est dans ce cadre-là et c'est avec cette ouverture-là qu'il faut
regarder le présent projet de loi. Merci, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. M. le député de
Jean-Talon, pour une minute, s'il vous plaît.
M. Pascal Paradis
M. Paradis : Améliorer la
protection des consommateurs, c'est travailler pour toutes les Québécoises et
tous les Québécois. Alors, nous aimerions, nous aussi, saluer les avancées que
le gouvernement et le ministre proposent dans ce projet de loi pour faire face
à des pratiques auxquelles les Québécois sont confrontés de manière quasi
quotidienne, par exemple, en matière de sollicitation de pourboires, d'affichage
des prix des aliments, de crédit, de taux d'intérêt et de protection contre la
fraude.
Alors, nous avons, nous aussi, très hâte d'entendre
les différents témoignages qui vont commencer ce matin. Merci à tous ceux qui
vont venir participer à ces consultations particulières. Merci aussi aux gens
qui déposent des mémoires. C'est important, pour nous, de voir s'il y a des
améliorations qu'on peut considérer, s'il y a des endroits où on peut aller
plus loin, s'il y a des angles morts que nous n'avons pas couverts. Mais,
encore une fois, je pense que nous sommes sur des thèmes qui vont intéresser à
peu près toutes les Québécoises et les Québécois. Alors, au travail. Merci.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup, M. le député.
Auditions
Alors, nous allons débuter les auditions.
Notre premier groupe qu'on accueille c'est Option consommateurs. Alors,
bienvenue à cette commission parlementaire. C'est un grand privilège de vous
avoir avec nous. Comme vous savez, vous avez 10 minutes de présentation, après
ça on aura une période d'échange avec les membres de la commission. Je vous
invite d'abord à vous présenter et à débuter votre exposé aussi. Merci.
Option consommateurs (OC)
M. Corbeil (Christian) : Merci,
M. le Président. Bonjour. Christian Corbeil, directeur général d'Option consommateurs,
accompagné de Catherine Bélanger-Khoury, avocate et conseillère juridique, de
Luis Pineda, analyste en consommation, et d'Alexandre Plourde, avocat et
analyste. M. le Président, M. le ministre, Mmes, MM. les députés, je vous
remercie de nous donner l'occasion de vous présenter nos observations aujourd'hui.
Créée en 1983, Options consommateurs est
une association à but non lucratif qui a pour mission d'aider les consommateurs
et de défendre leurs droits. Dans le cadre de nos activités, nous sommes
régulièrement en contact avec des consommateurs qui éprouvent des difficultés
sur des questions qui sont abordées dans le projet de loi n° 72, notamment
en matière de fraude, de vente itinérante, d'affichage des prix en épicerie et
de crédit. Option consommateurs est donc particulièrement bien positionné pour
commenter le projet de loi n° 72. C'est sur la base de cette expertise
acquise sur le terrain et dans nos travaux de recherche que nous vous
présentons nos commentaires aujourd'hui.
D'emblée, Option consommateurs accueille
très favorablement le projet de loi n° 72. Ce projet de loi comporte,
selon nous, de nombreuses avancées pour les consommateurs du Québec. Il s'attaque
à des irritants importants qui sont apparus depuis la pandémie en matière d'affichage
des prix en épicerie et de la sollicitation de pourboire. Il colmate des
brèches dans le filet de la protection des consommateurs, notamment en matière
de vente itinérante et de crédit. Selon nous, ce <projet de loi...
M. Corbeil (Christian) :
...notamment
en matière de vente itinérante et de crédit. Selon nous, ce >projet de
loi pourra faire une différence dans le portefeuille des Québécois et démontre
un engagement clair en faveur de la protection des consommateurs. Toutefois,
nous estimons que certaines de ses dispositions doivent être révisées pour
véritablement atteindre leurs objectifs.
Je vais laisser mon collègue Alexandre
Plourde vous exposer l'essentiel de nos commentaires. Merci.
M. Plourde (Alexandre) : Alors,
comme l'a mentionné mon collègue Christian, nous considérons que le projet de
loi n° 72 propose des mesures qui sont très
favorables pour les consommateurs. Bien que nous soutenons l'essentiel de ce
projet de loi, nous proposons quelques améliorations pour faire en sorte qu'il atteigne
mieux ses objectifs.
Nos recommandations portent principalement
sur trois points : premièrement, la protection des consommateurs contre la
fraude bancaire, deuxièmement, le renforcement de la transparence des prix en
épicerie et, troisièmement, le respect du libre choix des consommateurs en
matière de pourboire. Nous terminerons en présentant également quelques
remarques sur le phénomène des réservations non respectées par les
consommateurs. Et je rappelle aussi que nous avons produit un mémoire écrit qui
détaille davantage nos positions sur ce projet de loi.
Donc, nos premières recommandations
portent sur la nouvelle section de la LPC limitant la responsabilité du
consommateur en cas de fraude dans son compte de dépôt. Cette section s'attaque
à un enjeu crucial pour les consommateurs. Dans la dernière année, nous avons
reçu un nombre record d'appels concernant la fraude bancaire. Parmi les
arnaques les plus courantes qui nous sont rapportées, citons notamment la
fraude du faux représentant, où le criminel parvient à obtenir les
renseignements bancaires du consommateur en se faisant passer pour un employé
de son institution financière, ou encore la fraude grands-parents, où le
fraudeur se fait passer pour un proche en détresse pour obtenir le versement
d'une somme d'argent. Ces fraudes, qui visent généralement des personnes aînées
plus vulnérables, peuvent entraîner des impacts psychologiques importants pour
leurs victimes, sans compter les pertes financières qui en découlent, bien
entendu.
Nous voyons aussi régulièrement des
consommateurs se faire attribuer la responsabilité de virements en ligne
frauduleux survenus après que leur code de sécurité ait été employé par un
tiers, même si l'institution financière n'est pas en mesure d'expliquer comment
ce code a pu être obtenu par les criminels. Les victimes de ces différents
types de fraudes nous rapportent souvent que leur institution financière a
considéré qu'elles avaient fourni volontairement leurs identifiants bancaires
aux fraudeurs et qu'il s'agit donc d'une transaction autorisée pour laquelle
elles n'ont droit à aucun remboursement. Cet argument est bien entendu
hautement discutable, considérant que la supposée autorisation donnée par le
consommateur résulte d'une arnaque ou d'une supercherie qui a vicié son
consentement.
Or, nous craignons que les nouvelles
protections prévues au projet de loi n° 72
n'apportent pas un secours suffisant à ces victimes de fraude. Le problème
vient du fait que les nouveaux articles proposés dans le projet de loi laissent
toujours l'occasion aux institutions financières de refuser de rembourser une
victime de fraude simplement en affirmant que cette victime a autorisé la
transaction. Pour tenter de se faire rembourser, ces consommateurs auront alors
le très lourd fardeau de démontrer des manquements de la part de l'institution
financière pour prévenir la fraude, une tâche à peu près impossible pour la
plupart d'entre eux.
En ce sens, nous invitons fortement le
gouvernement à modifier le projet de loi pour éviter que les institutions
financières cherchent à faire porter indûment la responsabilité des fraudes sur
les consommateurs. Pour ce faire, nous recommandons de préciser dans la loi
qu'une transaction dans un compte de dépôt qui résulte d'une supercherie ou
d'une arnaque est une transaction non autorisée, et ce, même si le consommateur
a divulgué à un tiers ses renseignements de sécurité dans le cadre de la
fraude.
• (11 h 40) •
Nos deuxièmes recommandations portent sur
la transparence des prix. Nous soutenons les nouvelles mesures du projet de loi
n° 72 qui visent à mieux informer les consommateurs
en épicerie. Toutefois, nous constatons quelques mesures manquantes dans le
projet de loi. D'abord, nous proposons un meilleur encadrement de l'affichage
des prix relatifs aux programmes de fidélisation. Les prix membre, qu'on a vu
se multiplier depuis quelques années en épicerie, sont une source de confusion
pour les consommateurs car ils sont généralement affichés en caractères plus
grands sur les étiquettes que le prix régulier. Nous suggérons donc de faire en
sorte que le prix régulier soit affiché de manière plus évidente que le prix
membre dans les épiceries. Ensuite, nous proposons que le projet de loi
s'attaque directement à la réduflation. Cette stratégie commerciale hautement
irritante pour les consommateurs devrait faire l'objet d'un encadrement
spécifique prévoyant que le consommateur ait l'obligation d'aviser clairement
les consommateurs qu'un produit a subi une diminution de sa quantité.
Ce qui m'amène à nos troisièmes
recommandations qui portent sur la question très médiatisée du pourboire.
D'abord, nous considérons qu'il n'est aucunement souhaitable d'interdire à un
employé, peu importe le type d'entreprise ou le travail, de recevoir du
pourboire. Un consommateur doit avoir la liberté de choisir, à sa discrétion,
de laisser du pourboire ou non, en toutes circonstances, à qui que ce soit.
Cependant, nous estimons que la façon dont le pourboire est demandé doit être <transparente
et respecter...
M. Plourde (Alexandre) :
...
nous estimons que la façon dont le pourboire est demandé doit être >transparente
et respecter le libre choix du consommateur. Le pourboire doit rester
entièrement un geste discrétionnaire du consommateur qui doit pouvoir en donner
volontairement, où il le souhaite, sans subir de pression pour en donner.
Dans le but de respecter le libre choix
des consommateurs et la convention sociale établie au Québec, nous proposons de
bonifier les mesures prévues au projet de loi. Pour ce faire, nous suggérons de
permettre la sollicitation de pourboire par des options prédéterminées
uniquement chez les commerçants où les travailleurs reçoivent habituellement
des pourboires et où cette pratique fait partie de la convention sociale. Dans
ces cas, l'option prédéterminée mitoyenne ne devrait pas excéder un pourcentage
de 15 % du prix, et aucun message, émoji ou adjectif ne devrait
accompagner les options affichées.
Dans tous les autres commerces, il devrait
être interdit d'exiger du consommateur de choisir s'il veut laisser ou non du
pourboire. Néanmoins, le commerçant pourrait offrir une option facultative dans
son interface de paiement pour permettre au consommateur de laisser un
pourboire s'il le souhaite. À notre avis, ce type d'encadrement est nécessaire
pour éviter que, grâce à leur contrôle sur les interfaces de paiement, les
commerçants cherchent unilatéralement à transformer des usages bien établis au
Québec en matière de pourboire.
Et finalement, en guise de conclusion,
nous profitons de l'occasion soulevée par ce projet de loi pour signaler notre
opposition aux demandes de l'industrie de la restauration de modifier la LPC
afin de permettre aux commerçants d'imposer des pénalités aux consommateurs qui
n'honorent pas leur réservation. D'emblée, nous sommes tout à fait
compréhensifs quant à la situation déplorée par les restaurateurs du Québec. Il
est vrai que les consommateurs qui annulent tardivement une réservation et qui
ne se présentent pas au moment convenu peuvent causer un préjudice aux commerçants.
Nous encourageons les consommateurs à faire preuve de civilité et de respect
envers les commerçants en les avisant en temps opportun d'une annulation.
Cependant, nous estimons que plusieurs autres options pourraient être explorées
dans le cadre légal actuel pour mitiger le phénomène de la non-présentation, ou
«no-show», sans avoir à recourir à l'imposition de frais aux consommateurs et
ainsi créer une brèche dans le filet de protection que prévoit la loi. Il est
donc regrettable que l'industrie présente cette mesure comme la seule et unique
solution envisageable alors que les consommateurs peuvent avoir des raisons
tout à fait légitimes d'annuler une réservation.
Alors, merci. Il nous fera plaisir de
répondre à vos questions.
Le Président (M. Bachand) :Merci infiniment. Donc, je me tourne vers le gouvernement
pour un bloc de 15 min 45 s. M. le ministre, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Merci, M.
le Président. M. Corbeil, Me Plourde, M. Pineda, Me Bélanger-Khoury,
bonjour, merci d'être à l'Assemblée nationale et d'avoir déposé un mémoire.
D'entrée de jeu, je voudrais qu'on parle
de la question de la fraude des comptes bancaires. Et c'est tout nouveau, ce
qu'on vient insérer dans le projet de loi. Dans le fond, pour les cartes de crédit,
il y avait une limitation de responsabilité à 50 $. Là, pour les comptes à
dépôt, cartes de débit, dans le fond, que les gens... lorsqu'ils paient par
Interac, c'est 50 $ maximum, le niveau de responsabilité. Vous, vous dites :
On ne va pas assez loin pour ça, malgré le fait qu'on met une responsabilité
sur les institutions financières en leur disant que, bien, s'il y a des indices
probants qui démontrent que, manifestement, le comportement n'est pas, je vous
dirais, d'une façon conventionnelle ou régulière, là, à ce moment-là, ça assure
une protection supplémentaire. Moi, je vous dirais, vous me dites ça
aujourd'hui, que ça ne va pas assez loin, mais, si je demande aux banquiers,
ils vont trouver que ça va beaucoup trop loin, beaucoup trop loin. Alors,
comment est-ce qu'on réconcilie ça, là?
M. Plourde (Alexandre) : Bien,
c'est sûr que le banquier ou l'institution financière de manière générale,
c'est un acteur qui a beaucoup plus de poids économique que le consommateur.
Évidemment, le but des législations de protection du consommateur, c'est de
créer un équilibre en faveur du consommateur et non pas, évidemment, en faveur
de la banque.
Juste pour qu'on s'entende bien, là, on
est très heureux de voir des dispositions législatives qui portent sur la
fraude en matière de cartes de débit puis même, plus largement, que la carte de
débit, là, ça pourrait couvrir tout ce qui se passe dans le compte d'un
consommateur. On est très heureux de voir ça dans le projet de loi. Notre
appréhension, c'est vraiment qu'elles ne vont pas assez loin, ces
dispositions-là, pour couvrir, nous, les cas de fraude qu'on a vus sur le
terrain, chez Option consommateurs, les cas de fraude qui ont cours
actuellement.
La fraude, ça a changé un peu de visage,
ces dernières années, puis je peux donner deux exemples de cas typiques, là,
qu'on a vus, qu'on voit fréquemment depuis un an, surtout depuis un an. Le
premier cas typique, fraude du faux représentant. Fraude du représentant, c'est
quelqu'un qui appelle un consommateur, souvent un aîné vulnérable, lui fait
croire qu'il est un représentant de sa banque, un employé de sa banque, qu'il
est victime de fraude, qu'il faut qu'il lui donne son NIP, sa carte de débit.
Et, quand ça survient, ce type de fraude là, même si le fraudeur, il a été très
habile, il a employé une manipulation très sophistiquée, l'institution <financière,
ce qu'elle va...
M. Plourde (Alexandre) :
...
très habile, il a employé une manipulation très sophistiquée, l'institution
>financière, ce qu'elle va dire, c'est : Bien, vous avez partagé
votre NIP à quelqu'un d'autre, un tiers, vous avez donné votre carte à un
tiers, vous avez donc autorisé cette transaction-là. C'est ça qui est écrit
dans votre contrat bancaire : quand vous donnez votre NIP, quand vous
donnez votre carte à quelqu'un, vous l'avez autorisé et, à ce titre-là, vous n'avez
pas droit au remboursement. Premier cas de figure qu'on voit.
Deuxième cas de figure qu'on voit, c'est
tout ce qui est virements en ligne frauduleux. On se réveille un matin, un
samedi matin, puis on constate qu'il y a plein de transactions qui sont passées
pendant la nuit dans notre compte. Le consommateur, il n'a jamais, évidemment,
autorisé cette transaction-là, c'est un tiers qui l'a fait. Il contacte sa
banque, sa banque fait enquête, ils disent : Bien, écoutez, il y a un
tiers qui a utilisé le code de sécurité qu'on a envoyé sur votre téléphone, là,
ou en tout cas le code de sécurité a été utilisé dans cette transaction- là,
donc nous, on vous tient responsable de ça.
Cette personne-là ne sait même pas qu'est-ce
qui est survenu, pourquoi qu'elle s'est fait frauder, pourquoi qu'un tiers a
accédé à son compte. Elle pourrait avoir été victime de piratage, elle pourrait
avoir été victime d'hameçonnage, il pourrait peut-être y avoir un bris de
sécurité dans la banque. Et, encore là, ces gens-là se font dire : Vous n'avez
pas droit au remboursement, nous, dans notre contrat, on stipule que, quand le
code de sécurité a été utilisé pour la transaction, c'est une transaction
autorisée, donc vous n'avez pas droit à un remboursement.
Donc, il y a toute une difficulté entre la
notion d'autorisation, non-autorisation, dans la rédaction de ces articles-là,
qui fait en sorte que ça ne risque... de ne pas solutionner le problème,
actuellement, qu'on voit avec les fraudes les plus courantes qu'on voit. C'est
une brèche à colmater, à notre avis, puis on vous invite à renforcer cet
article-là.
M. Jolin-Barrette : Avec les
articles qu'on a, par contre, on peut s'attaquer à la fraude des grands-parents
pour faire en sorte... Grand-papa, grand-maman, j'ai 5 000 $... j'ai
besoin de 5 000 $, il y a quelqu'un qui va venir à la maison, va à la
banque faire un retrait. Quand ce n'est pas les habitudes, en fonction des
habitudes probantes, ça, on vient couvrir ça avec ce qu'on introduit dans le
projet de loi. Mais je comprends que vous souhaiteriez une bonification encore
plus grande de ça.
Peut-être sur un autre sujet, avant de
céder la parole à mes collègues, la question du pourboire. Ça a fait beaucoup
jaser, comme on dit. Là, nous, on dit : Écoutez, le prix sur le terminal
doit être calculé avant les taxes, s'il est préprogrammé, toutes les options
doivent être là avec la même grosseur et avec l'option de pas de pourboire.
Vous, vous souhaiteriez qu'on aille même plus loin que ça puis qu'on vise les
commerces.
Moi, je vous dirais, puis c'est une
question : Comment est-ce qu'on fait pour, supposons qu'on allait dans
votre approche, discriminer ou... le service qui est donné... On empêche les
gens de donner un pourboire, supposons, ou de s'offrir... d'offrir la
possibilité de donner un pourboire. Il y a tellement de situations maintenant :
la boulangerie, le comptoir de sushis, le nettoyeur, il y a des gens qui m'ont
raconté que... à la poissonnerie aussi. Alors, c'est très très varié. Mais je
vois difficilement comment le gouvernement va venir régir chaque endroit,
chaque personne qui est en affaire, par rapport au pourboire. Ce qu'on veut, c'est
de la transparence puis de l'honnêteté. Ça fait que je vous lance la question
comme ça.
M. Plourde (Alexandre) : Je
vais faire ricochet à mon collègue.
• (11 h 50) •
M. Pineda (Luis) : Eh oui, et
nous sommes tout à fait d'accord avec le côté transparence, mais nous
considérons que ça ne va pas assez loin, parce que le mécontentement des
consommateurs comporte plusieurs aspects : le fait que les demandes de
pourboires sont très élevées, le fait qu'il y a trop de commerces qui demandent
les pourboires et les interfaces truquées ou les méthodes trompeuses qui
poussent les consommateurs à laisser un pourboire plus élevé.
Maintenant, et pour répondre concrètement
à votre question, il y a la convention sociale. Et comment est-ce que nous
pouvons identifier cette convention sociale? À travers les sondages, à travers
les statistiques, alors... Et on a proposé, dans le mémoire, une liste
exhaustive de ces types de commerces, les types de commerces où, avec tout le
monde, les travailleurs reçoivent des pourboires et où la pratique fait partie à
la convention sociale. Et, pour l'autre type de commerces, il y a toujours la
possibilité de laisser un pourboire, que ce soit en argent comptant, que ce
soit... et demander au commerçant d'ouvrir ou d'afficher une option pour
laisser le pourboire, au même le terminal de paiement, de manière discrète,
pour laisser la possibilité de laisser le pourboire. Ce qui est important pour
nous, dans ce deuxième groupe de commerces, est que le consommateur ne soit pas
poussé à franchir des étapes supplémentaires pour pouvoir finaliser la
transaction.
Alors, à notre avis, ce n'est pas très
difficile de différencier entre les deux types de commerces, à travers les
sondages et les statistiques, tel que nous proposons dans le mémoire.
M. Jolin-Barrette : OK. Je
vous remercie. Je vais céder la parole, madame... M. le Président, à mes <collègues.
Le Président (M.
Bachand) :
Mme...
M. Jolin-Barrette :
OK. Je vous remercie. Je vais céder la parole, Mme... M. le Président, à mes
>collègues.
Le Président (M.
Bachand) :Mme la députée de Vimont, s'il
vous plaît.
Mme Schmaltz : Merci, M. le
Président. Merci de vous être déplacés, c'est toujours apprécié de vous
recevoir en présentiel. Vous avez abordé le phénomène de la réduflation. Selon
vous, qui a le devoir d'informer le consommateur, là, du changement de format?
Est-ce que c'est le détaillant? Est-ce que c'est le fabricant?
M. Plourde (Alexandre) : Bien,
c'est une bonne question. On pourrait... On pourrait à la fois légiférer pour
le fabricant et pour le commerçant. Nous, c'est sûr que le modèle qu'on a
proposé de suivre, c'est le modèle français, et, en France, ça repose plus sur
le détaillant, donc c'est le détaillant qui doit afficher une étiquette. Donc,
c'est le modèle qu'on pourrait suivre. Et la responsabilité du détaillant, dans
ces circonstances-là, c'est d'indiquer que le produit a une réduction de prix
puis aussi de donner de l'information sur le changement en matière d'unités de
mesure, là, du prix par unités de mesure, donc, pour que le consommateur puisse
bien comprendre quelle est la nature de la réduction. Et, en France, l'obligation,
aussi, de laisser ça affiché pendant deux mois.
Ce qui est très intéressant dans le projet
de loi actuel, le projet de loi n° 72, c'est qu'on renforce toutes les
obligations liées à l'affichage du prix par unités de mesure, qui est une bonne
mesure d'autodéfense du consommateur contre la réduflation, parce que je peux
comparer le prix des produits, puis ça me permet de savoir quel prix que je
paie, pour quelle quantité exactement dans chaque produit. Mais nous, on pense
qu'on devrait faire un pas encore plus loin pour s'attaquer à la réduflation
puis pour décourager les fabricants de recourir à cette pratique-là, en
informant clairement les consommateurs : le produit a subi de la
réduflation, voici combien ça vous coûte de plus, un peu à l'image de ce qui a
été fait en France.
Mme Schmaltz : C'est
intéressant, ce que vous dites, parce que, tantôt, vous avez mentionné aussi
que le format doit changer... pas le format, pardon, l'affichage doit former, c'est-à-dire
le grossir ou je ne sais pas exactement, là, ce que vous avez en tête, mais, de
ce que je comprends, ce qui est logique, c'est qu'il faudrait que ce soit plus
visible. J'imagine que, dans un cas comme ça, est-ce qu'on a un minimum pour ne
pas que ce soit écrit en petits caractères, puis finalement les gens... c'est
affiché, mais on ne le voit pas?
M. Plourde (Alexandre) : Ah!
bien, c'est sûr que, si on veut informer convenablement les consommateurs de la
réduflation, il va falloir que ce soit fait avec une affiche qui est quand même
évidente pour le consommateur...
Mme Schmaltz : Sur le produit
directement?
M. Plourde (Alexandre) : Ça
pourrait être sur la tablette, là. En autant que ce soit à proximité du
produit, là, je pense que...
Mme Schmaltz : Pendant deux
mois?
M. Plourde (Alexandre) : Oui,
bien, c'est la norme qui a été établie en France, donc, nous, c'est ce qu'on
propose de suivre, là, qui laisse l'occasion aux consommateurs, quand ils
reviennent de faire leur épicerie, de pouvoir constater qu'il y a eu de la
réduflation. Puis on pense que ce genre de pratiques là, bien, ça calmerait
peut-être les ardeurs des entreprises, justement, à faire de la réduflation ou
ils changeraient peut-être de stratégie, peut-être, hausseraient tout
simplement les prix. Mais, au moins, ce serait transparent pour le
consommateur, il verrait vraiment c'est quoi, la différence de prix, là.
Mme Schmaltz : J'ai-tu le
temps? Oui? OK, bien, je reste là-dessus parce que c'est intéressant. Qu'est-ce
que vous avez constaté ailleurs dans le monde, justement? Est-ce que les
gens... C'est quoi, la... Une fois que la personne se rend compte que, oh! le
format est rendu plus petit, puis là on sait vraiment où on s'en va... Qu'est-ce
qu'il y a comme mouvement dans la population? Est-ce que les gens sont...
M. Plourde (Alexandre) : Bien,
la réduflation, de manière générale, je pense que c'est...
Mme Schmaltz : Ça ne doit pas
être très bien accueilli.
M. Plourde (Alexandre) : ...c'est
quelque chose qui... c'est un irritant des consommateurs, c'est une cause de
frustration. Mais ça sème aussi, pour les consommateurs... ça cause des
préjudices aux consommateurs parce que ça leur cache la hausse des prix. Donc,
on n'en a plus autant pour notre argent quand on achète en magasin, quand on va
à l'épicerie, puis on ne le sait pas, c'est fait à notre insu. C'est ça, l'enjeu
de la réduflation, c'est caché pour le consommateur. Et, nous, ce qu'on veut, c'est
que ce soit rendu public, que ce soit évident pour le consommateur que le
produit, il a été réduit.
Maintenant, pour la réception des normes
françaises, comment ça s'est passé, bien, ça vient d'entrer en vigueur, donc je
ne pourrais pas vous dire c'est quoi, le bilan, comment ça s'est passé, et tout
ça. C'est vraiment tout nouveau, là.
Mme Schmaltz : C'est nouveau.
OK. Si jamais j'ai d'autres collègues... sinon, j'ai une autre question. Mais
je peux laisser la place...
Le Président (M.
Bachand) :M. le député de Saint-Jean, il
reste 4 min 20 s.
M. Lemieux : Merci. Bien, si
ma collègue a une dernière question, je peux la laisser aller, parce que...
Mme Schmaltz : Non, tu peux y
aller aussi, pas de problème.
M. Lemieux : Bon, d'accord.
Merci, M. le Président. Quatre minutes. Aïe! c'est rendu compliqué, là, vous
avez même rajouté, je ne me suis pas trompé, j'ai entendu ça, des émojis avec
les prix, puis la couleur, la grosseur. Est-ce que le secret... Puis vous l'avez
dit comme ça tantôt. Moi, ce que je veux savoir, c'est combien ça me coûte par
quantité, tant de cennes ou tant de dollars le litre, le millilitre, le gramme,
là. Bon, parce que moi, comme consommateur, je veux être capable de voir si l'autre
marque est moins chère ou plus chère aussi, là. La réduflation, j'en suis, mais,
en même temps, à partir du moment où j'ai une référence indéniable qu'ils l'aient
réduit, augmenté... Parce que c'est moins cher en gros format, on pense. Ce n'est
pas toujours le cas. Donc, moi, j'ai besoin de savoir : Est-ce que... Est-ce
que ce qu'on devrait faire, c'est d'imposer cette norme logique, que je
verbalise comme ça, simplement en disant combien ça me coûte par quantité,
le plus gros et le plus neutre possible? Est-ce que... Est-ce que c'est la voie
à prendre?
M. Plourde (Alexandre) : Bien,
<c'est déjà...
M. Lemieux :
que... Est-ce
que c'est la voie à prendre?
M. Plourde (Alexandre) :
Bien,
>c'est déjà une avancée qui figure dans le projet de loi. C'est-à-dire
qu'il existe au Québec, dans le domaine alimentaire, l'affichage du prix par
unités de mesure. Donc, sur l'étiquette tablette, là, quand je vais à
l'épicerie, et c'est écrit 0,70 $ par 100 grammes ou 0,70 $ par
millilitre...
M. Lemieux : Avec une loupe?
M. Plourde (Alexandre) : Avec
une loupe. Maintenant, ce qui est intéressant dans le projet de loi, c'est,
justement, on grossit les caractères un peu plus. Ça va donner une chance aux
consommateurs de... pour ceux qui n'ont pas de loupe puis qui ont besoin de
lunettes, là, comme moi, d'aller faire leur épicerie puis de mieux comparer les
prix. Très belle avancée. Puis aussi il va y avoir une meilleure harmonisation
aussi, donc faciliter les comparatifs pour les consommateurs. Ce sont des très
bons points de ce projet de loi là.
Une question qu'on aurait pu se poser, par
contre, puis on ne l'a pas mis dans le mémoire, mais ça pourrait être une
recommandation intéressante puis qu'on fait depuis plusieurs années, c'est
peut-être d'élargir l'affichage des prix par unités de mesure à d'autres
produits. Puis les enquêtes sur la réduflation l'ont montré, par exemple, tout
ce qui est entretien ménager, là, les produits de pharmacie, et tout ça, ça
aussi, ça a subi de la réduflation, puis ça, il n'y a pas nécessairement
d'obligation liée à ça. Donc, peut-être élargir aussi à d'autres types de
produits, ça pourrait être une mesure intéressante qui rentrerait peut-être
dans les recommandations que vous faites, là.
M. Lemieux : J'ai
découvert, il n'y a pas longtemps, que certaines des références, c'étaient par
brassées de lavage plutôt que par quantité de liquide. Encore faut-il que le
produit en question soit efficace. S'il faut en mettre quatre fois plus ou...
Alors, ça... Je ne le disais pas en blague, là, je veux dire, c'est vrai que
c'est rendu compliqué.
M. Plourde (Alexandre) : Oh!
oui, oui.
M. Lemieux : Bon, nous,
on a essayé de simplifier ça. En tout cas, le projet de loi qu'on a sur la
table nous propose des méthodes. Est-ce que c'est vraiment dans l'affichage que
ça se passe? Parce que, là, ils vont trouver d'autres moyens pour me... m'attirer,
là. Je veux dire, est-ce qu'il faut dire : Il ne faut rien mettre sur les
tablettes à part les prix et la référence de prix pour ne pas commencer à
m'amener dans une zone où : Oh! ça, c'est nouveau ou ils l'ont amélioré. Ah!
celui-là... tu sais.
M. Plourde (Alexandre) : Bien,
le projet de loi fait... Il y a d'autres bons coups dans le projet de loi, là,
par rapport à ce que vous dites. Donc, tout ce qui est l'affichage du prix
courant lorsqu'un produit est en solde, tout ce qui est prix pour les rabais à
l'achat de plusieurs produits, là, qui sont des pratiques commerciales qui
suscitent, encore là, la frustration des consommateurs. Afficher si un produit
alimentaire est taxable ou non, encore un bon coup du projet de loi.
Peut-être, je dirais, que la nouvelle
mesure, si vous parlez des trucs, là, qui apparaissent sur les tablettes, tout
ça, qui sèment la confusion en épicerie, ce qui a été vraiment le plus
problématique ces dernières années, c'est les fameux prix membre, là. Ça, on en
a vu un peu partout, puis ça, ça amène de la confusion pour les consommateurs
parce qu'il est souvent affiché plus gros que le prix régulier. Quand on
consulte la circulaire, des fois, le prix régulier, il est dans des couleurs
moins évidentes, donc on ne sait pas exactement quel est le prix. Ça, c'est...
Ça a été une source de confusion pour les consommateurs.
Nous, ce qu'on proposerait à cet égard-là,
c'est d'aller un peu plus loin que ce qui est proposé dans le projet de loi
actuel. Parce que le projet de loi actuel, il dit : Le prix membre va
encore pouvoir être un petit peu plus gros, pas beaucoup, mais un petit peu
plus gros. Nous, on dirait... Nous, ce qu'on dit : C'est le prix régulier
qui est applicable pour tout le monde, ça devrait être le prix le plus
important qui est affiché de manière proéminente. Et le prix membre, bien, il
devrait être affiché de manière plus subtile.
M. Lemieux : Merci
beaucoup.
Le Président
(M. Bachand) :M. le député de
l'Acadie, pour 8 min 11 s, s'il vous plaît.
• (12 heures) •
M. Morin (Acadie) : Oui. Alors, merci.
Merci, M. le Président. Donc, bonjour. Merci, merci d'être présent avec nous à
l'Assemblée nationale. Et merci également pour le dépôt de votre mémoire, c'est
effectivement très apprécié. J'aurais quelques questions puis quelques points
d'éclaircissement avec vous.
Si je suis votre mémoire, et
particulièrement à la page 5, dans les cas de fraude, et notamment qui
sont dues à l'utilisation d'une carte de débit et non pas de crédit, vous
soulignez que vous voulez qu'on précise qu'une transaction dans un compte de
dépôt qui résulte d'une supercherie ou d'une arnaque est une transaction non
autorisée, et ce, même si le consommateur a divulgué à un tiers ses
renseignements de sécurité dans le cadre d'une fraude.
Alors, pouvez-vous m'indiquer davantage ce
que... ce que vous avez... ce que vous avez en tête? Est-ce que c'est le tiers
qui aurait pu obtenir des informations par fraude? Vous avez mentionné tout à
l'heure des débits qui sont faits dans un... tu sais, dans le compte de
quelqu'un, alors que quelqu'un aurait pu pirater l'ordinateur. Est-ce que le
projet de loi répond à ces questions-là?
Puis mon autre question, après, sur le
même sujet : Quand on regarde le libellé qui est proposé, on utilise... on
utilise les mots «sans prendre les précautions nécessaires [...] malgré la
présence d'indices probants permettant de la soupçonner». Est-ce qu'il y aurait
moyen de simplifier le tout? Mais j'aimerais que... j'aimerais vous entendre
là-dessus, s'il vous plaît.
M. Plourde (Alexandre) : Oui.
Bien, en fait, c'est ça qui n'est pas clair, là, c'est la distinction entre qu'est-ce
qui est <autorisé...
>
12 h (version révisée)
<19253
M.
Morin (Acadie) :
...plaît.
M. Plourde (Alexandre) :
Oui.
Bien, en fait, c'est ça qui n'est pas clair, là, c'est la distinction entre qu'est-ce
qui est >autorisé puis qu'est-ce qui est non autorisé. Nous, on
considère qu'une fraude non autorisée, c'est n'importe quelle situation où un
consommateur, il a été victime de fraude puis il n'a pas approuvé la
transaction. Donc, si un tiers fait des transactions dans mon compte bancaire,
même si j'ai été victime d'une supercherie, d'une arnaque par laquelle il a
réussi à obtenir ma carte, qu'il a réussi à obtenir mon NIP, il a réussi à
obtenir mes identifiants, j'ai été victime d'une arnaque. Il a été... Il a été chercher
mon argent dans mon compte, mais j'ai été arnaqué. Même s'il a utilisé mon NIP,
même s'il a utilisé mon code secret, j'ai... j'ai été fraudé. Je devrais avoir
droit à un remboursement parce que ce n'est pas une transaction que j'ai
autorisée. Elle a été faite par un tiers.
Le problème, c'est que cet article-là, il
laisse l'opportunité aux banques de décider quand est-ce qu'une transaction est
autorisée puis quand est-ce qu'elle n'est pas autorisée. Ça, ça va être dans
leurs contrats qu'ils vont déterminer ça. Et il va y avoir toutes sortes de
clauses dans leurs contrats qui vont dire : Bien, dès que vous avez
partagé votre NIP ou dès que votre code de sécurité a été utilisé, nous, on
considère qu'elle est autorisée, la transaction.
Et là ce que dit l'article, c'est que,
quand elle est autorisée, la transaction, là, moi, comme consommateur, je n'ai
plus beaucoup de recours, là, parce que, là, il faut que j'établisse que la
banque a manqué à ses obligations en matière de sécurité et de prévention de la
fraude, puis qu'il y avait des indices probants, et tout ça.
Écoutez, nous, les gens qui se font
frauder, c'est des gens qui se sont fait usurper leurs renseignements
personnels, c'est des aînés vulnérables, et tout ça. Les gens, bien souvent, n'ont
aucune idée de qu'est-ce qui est survenu lors de la fraude. La banque fait preuve
souvent de bien peu de transparence, ne leur dit pas comment ça s'est fait,
comment c'est arrivé, que des tiers ont pu réussir à débiter leur compte pour
être victimes de piratage, d'hameçonnage, peu importe. Ils ne le savent pas,
les gens. Donc, établir que la banque... établir que la banque a manqué à ses
obligations de sécurité, c'est à peu près un fardeau impossible pour un
consommateur ordinaire. Donc, cet aspect-là de la disposition contre la fraude
est peu utile pour les consommateurs qu'on voit sur le terrain. Donc, il faut
absolument qu'on considère que quelqu'un qui a fait l'objet de débit dans son
compte par un tiers de manière frauduleuse, peu importe comment que la fraude s'est
faite, bien, que ce soit considéré comme une transaction qui est non autorisée.
Puis il y a toujours la disposition 65.2 qui dit que, s'il a commis une
faute lourde, bien, à ce moment-là, on pourrait lui imputer la responsabilité
de la fraude. Mais, encore là, il faut qu'il ait été très négligent, le
consommateur. Donc, il y a déjà un filtre, de toute façon, pour éviter les
situations où un consommateur a été vraiment très, très négligent, là.
M. Morin (Acadie) : Je vous
remercie. Peut-être que ça se voit un peu moins maintenant, mais... mais, il n'y
a pas si longtemps, on voyait des consommateurs qui... Chez certains
commerçants, il y avait le commerçant ou, des fois, même, c'était un employé du
commerçant, installait une machine pour copier la carte de débit. Et là, bien,
évidemment, le consommateur, lui, ne le sait pas. Il utilise sa carte, puis le
commerçant en obtient un double, puis après ça ils vont vider le compte ou ils
font plusieurs transactions. Je comprends que, dans un cas comme celui-là, qui
est... qui est quand même assez fréquent... Et là le consommateur ne le sait
pas. 65.1 ne viendrait pas totalement empêcher... bien, en fait, empêcher les
fraudes, ça, on ne sera jamais capables, mais obtenir... obtenir pour le
consommateur une protection qui serait adéquate.
M. Plourde (Alexandre) : Bien,
ça, ce type de fraude là, ça pourrait... pourrait faire l'objet d'un
remboursement de la banque, là. C'est quelqu'un a mis un faux terminal, et tout
ça. Mais, le clonage de carte, là, ce n'est plus ça, les fraudes, actuellement,
là.
Ce qu'on voit actuellement sur le terrain,
ça se passe dans le numérique, là. Donc, c'est souvent l'application bancaire
mobile, là, qu'il y a eu des transactions qui ont eu lieu là-dessus. Le clonage
de carte, moi, ça... je ne dis pas que ça n'existe plus, là, mais ça fait des
années que je n'ai pas vu ça, de cas de ce type-là. C'est vraiment tout ce qui
se passe dans le numérique, où, lorsque par exemple j'envoie le code de
vérification, là, de l'authentification à deux facteurs sur le cellulaire de la
personne, à ce moment-là, on présume... la banque présume que tout a été
autorisé, puis on lui fait porter la responsabilité. C'est ça, le type de
fraude qu'on voit actuellement.
Puis c'est aussi des types de fraude où on
manipule les gens pour les amener à faire des transactions. Donc, il y a plus
de psychologie dans les fraudes. Puis souvent on vise des personnes
vulnérables. C'est ça, le type de fraude qu'on voit actuellement. Puis, pour
ces types de fraude là... ces nouveaux types de fraude là, qu'on voit sur le terrain,
il faut donner un petit peu plus de dents à cette disposition-là pour s'assurer
que ces personnes-là ont une protection.
M. Morin (Acadie) : Parfait.
Je vous remercie. Puis je comprends que... Parce que ça aussi... Bon, là, il y
a... il y a le cas de figure. On voit ça parfois, malheureusement, chez des
personnes âgées. Il y a des tiers qui peuvent faire des pressions pour obtenir
leur code de sécurité, puis là, après ça, bien, ils prennent la carte pour
faire des transactions puis ils retirent plus d'argent. Donc, à ce moment-là,
il faudrait aussi s'assurer que dans un cas comme ça, par exemple, ça ne
pourrait pas être <considéré...
M. Morin (Acadie) :
...par
exemple, ça ne pourrait pas être >considéré comme une faute lourde.
Parce que, là, la personne, elle l'a donné, mais c'est suite à des fausses
représentations, donc elle a été fraudée. Puis il ne faudrait pas permettre à
la banque, finalement, de ne pas rembourser.
M. Plourde (Alexandre) : Ce
n'est pas fautif pour un consommateur d'être victime de fraude puis encore
moins un consommateur vulnérable d'être victime de fraude. C'est sûr. Et ça ne
devrait pas être retenu contre lui. Ça ne devrait pas. Il devrait avoir,
première chose, droit à un remboursement. Puis, deuxième chose, ça ne devrait
certainement pas être considéré comme une faute lourde, une négligence de la
part d'une personne, de se faire avoir d'un fraudeur habile. Souvent, avec ces
fraudeurs-là aussi, ils vont avoir de l'information sur la victime, hein, pour
la mettre en sécurité. On a vu des cas où ils pouvaient avoir de l'information
sur la personne, sa famille, même son compte bancaire, et tout ça, pour la
mettre en confiance. Ils utilisent aussi le masquage de numéros de téléphone,
donc quand ils les téléphonent, souvent, ça va être écrit le nom de la banque
sur leur afficheur aussi. Donc, ils ont toutes sortes de méthodes pour les
mettre en confiance. Donc, reprocher à un consommateur, particulièrement un
consommateur vulnérable, mais même n'importe qui, de se faire avoir dans ce
genre de situation là, les empêcher d'être remboursés, c'est vraiment
problématique puis ça ne tient pas compte de la réalité des consommateurs.
M. Morin (Acadie) : Parfait.
Je vous... Je vous remercie. À la page 6...
Le Président (M.
Bachand) :10 secondes, M. le député d'Acadie.
M. Morin (Acadie) : À la page 6
de votre mémoire, encadrement d'affichage des prix, qu'est-ce que vous suggérez
pour que ce soit plus efficace? Il vous reste huit secondes.
Le Président (M.
Bachand) :Très, très rapidement, s'il
vous plaît.
M. Plourde (Alexandre) : En
matière d'affichage des prix, bien, écoutez, on est très... on est... on trouve
que c'est très positif, les normes en matière d'affichage des prix. On voudrait
peut-être du renforcement pour tout ce qui est programme de fidélisation puis
la réduflation.
M. Morin (Acadie) : Parfait.
Merci!
Le Président (M. Bachand) :Merci beaucoup. M. le député de Saint-Henri—Sainte-Anne
pour 2 min 44 s, s'il vous plaît.
M. Cliche-Rivard : Merci.
Puis je vais nous permettre qu'on fasse un petit peu de suivi là-dessus, là. Parce
qu'il y a d'autres groupes qui nous disent : Tant qu'à être dans
l'étiquette puis tant qu'à réviser des affaires, révisons-les au complet. Puis
là je vous vois sourire, ça fait que je vois le sous-texte, mais avez-vous,
vous, d'autres choses à proposer, tant qu'à être dans l'étiquette?
M. Plourde (Alexandre) : Bien,
écoutez, là, on a mis nos recommandations qui sont vraiment relatives au projet
de loi 72, là, c'est-à-dire ce qu'on pense qui doit être amélioré dans le
cadre de ce projet de loi là. C'est sûr qu'on pourrait peut-être avoir une
réflexion qui va plus loin sur tout... tout ce qui est les programmes de
fidélisation qu'on a vus apparaître, là, après la pandémie. Est-ce qu'on
devrait même autoriser l'affichage de prix membre? Est-ce qu'un programme de
fidélisation, ça devrait juste servir à accumuler des points que je peux
échanger, bon, contre des biens ou des services par la suite, mais est-ce qu'on
devrait afficher deux prix en épicerie pour les gens qui sont dans le club puis
ceux qui ne sont pas dans le club? On peut se poser cette question-là.
Évidemment, il pourrait y avoir des difficultés opérationnelles, là, à
appliquer ça.
Sinon, bien, aussi, les programmes de
fidélisation, la question qu'on peut se poser, c'est : Est-ce que tout le
monde y a accès? Souvent, ça peut prendre une application mobile, donc, si
quelqu'un veut participer aux deals du programme de fidélisation...
M. Cliche-Rivard : Une fracture
numérique, là.
M. Plourde (Alexandre) : ...c'est-à-dire,
je donne mes renseignements personnels en échange de rabais, OK. Mais, s'il y a
des gens qui n'ont pas de téléphone cellulaire, qui n'ont pas les technologies
nécessaires pour y adhérer, bien, eux, ils se privent de rabais puis ils
voudraient peut-être en profiter. Donc, il y a peut-être ce genre de réflexion
là qu'on pourrait avoir.
M. Cliche-Rivard : Vous avez
fait des recommandations sur la réduflation. Là, on voit apparaître le
«stretchflation», là, l'augmentation des prix versus une proportionnelle, l'augmentation
de la taille, qui n'est vraiment pas similaire. Avez-vous des recommandations
aussi?
M. Plourde (Alexandre) : Bien,
il faudrait sans doute faire... s'assurer que, si on réglemente cette
question-là, être capables de bien encadrer tout ça. Donc, par exemple, quand
il y a une modification du prix par unité de mesure, il devrait peut-être
toujours y avoir l'affichette qui est mise. Puis il y a aussi l'enjeu, il y a
peut-être d'autres spécialistes qui vont en parler plus tard, là, de la... là,
je ne veux pas donner de mauvais mot, là, déqualiflation. Donc, c'est le
changement des ingrédients pour des ingrédients de moins bonne qualité. Donc,
on pourrait aussi élargir la réflexion à savoir est-ce qu'on pourrait encadrer
cette pratique-là aussi, quand ils changent les ingrédients d'un produit, que
le consommateur soit... soit informé aussi.
• (12 h 10) •
M. Cliche-Rivard : Petite
dernière question. Sur l'interdiction du commerce en vente itinérante,
avez-vous d'autres produits ou d'autres idées? Je pensais aux chauffe-eau, je
pensais à d'autres choses. Est-ce que vous étiez...
M. Plourde (Alexandre) : Ah!
ça a été... c'est un très bon coup de ce projet de loi là, tout ce qui est
encadrement de la vente itinérante. On en voit encore, hein? À l'ère numérique,
là, il y a encore plein de commerçants itinérants qui font des ravages auprès
des consommateurs. Ce qu'on a vu de d'autres produits, je dirais que ça attrape
les thermopompes, les services d'isolation. Ils sont comme pas mal les pires.
On a vu d'autres choses. Il y a les aspirateurs qui reviennent, il y a les
travaux d'asphaltage. Mais ce qui n'est pas... ce qui est intéressant, c'est
qu'il y a une possibilité réglementaire d'agir par la suite, donc c'est
positif.
M. Cliche-Rivard : Exact.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. Mme la députée
de Vaudreuil. 2 min 44 s.
Mme Nichols : Oui, merci, M.
le Président. Je vais juste continuer sur la partie vente itinérante. Vous
parlez des représentations de la part de colporteurs, donc vous faites vraiment
référence au porte-à-porte?
M. Plourde (Alexandre) : Oui,
c'est du porte-à-porte, comme ça existe depuis bien des années. Et ça cause... C'est
un secteur qui cause toutes sortes de problèmes pour les consommateurs qui sont
victimes de fausses représentations, qui subissent de la pression du vendeur
itinérant. Donc, c'est tout à-propos que le gouvernement agisse sur ces
questions-là.
Mme Nichols : Au point
d'interdire le porte-à-porte?
M. Plourde (Alexandre) : Ah!
absolument. Puis ça s'est fait à l'étranger. En Ontario, ils ont même encadré
ça. Donc, on est... on ne fait même pas cavalier seul en interdisant ça. Les
problèmes sont tellement grands : <des...
M. Plourde (Alexandre) :
...problèmes
sont tellement grands : >des cas de thermopompes, des gens qui se
sont endettés pour acheter des produits qui coûtent très cher, qui ont toutes
sortes de problèmes de qualité, que le vendeur, leur entreprise derrière le
vendeur, disparaît après quelques années, il fait faillite, le consommateur n'a
plus vraiment de recours, cherche qui poursuivre. Il y a tellement de problèmes
dans cette industrie-là, c'est tout à fait justifié. Puis, si les gens veulent
acheter des thermopompes, bien ils magasineront puis ils iront en magasin, là.
Mme Nichols : Des
histoires d'horreur, à ce qu'on comprend.
M. Plourde (Alexandre) : Oui.
Beaucoup.
Mme Nichols : Très bien.
Juste rapidement, M. le Président, je sais que je n'ai pas grand temps. Quand
vous parlez de la protection de la fraude, vous parlez, entre autres, là, d'introduire
la notion de faute grossière, un peu comme aux... un peu comme au Royaume-Uni.
Il y aurait un fardeau qui serait plutôt sur l'institution financière. C'est...
M. Plourde (Alexandre) : Oui.
Bien, le Royaume-Uni a créé des nouvelles normes sur la fraude qui s'appliquent
seulement à un de leurs systèmes de paiement, là...
Mme Nichols : C'est
intéressant, ça.
M. Plourde (Alexandre) : ...donc
certains types de paiements, pas à l'ensemble des transactions qui ont lieu.
Mais, en gros, ce que ça dit, c'est que, dans les fraudes où le consommateur
est convaincu de faire un paiement à une autre partie, donc ce n'est même pas
seulement une situation où il s'est fait usurper ses identifiants, puis le
tiers a fait la transaction, c'est qu'il y a quelqu'un qui l'a convaincu de
donner de l'argent à un autre, par exemple, en disant : Écoutez... fraude
grands-parents, par exemple, pourrait être le meilleur exemple, bien, cette
personne-là n'est pas responsable de la fraude, l'institution financière doit
le rembourser, à moins d'avoir commis une négligence grossière. Et, même à ça,
si cette personne-là, la personne victime, est considérée comme une personne
vulnérable, même si elle pourrait être considérée comme très négligente, elle
va pouvoir être remboursée. Donc, ils sont allés très loin, beaucoup plus loin
que nous, ce qu'on propose actuellement ici.
Mme Nichols : Mais le
fardeau va reposer sur l'institution financière, de démontrer cette négligence
de fraude grossière?
M. Plourde (Alexandre) :
Bien sûr, bien sûr.
Mme Nichols : Très bien.
Merci.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. M. le député de Jean-Lesage
pour 2 min 6 s, s'il vous plaît.
M. Paradis : Jean-Talon,
M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) : Jean... Jean-Talon. Excusez-moi.
M. Paradis : Je pense qu'on a
tous quelqu'un dans notre entourage, si ce n'est pas l'un ou l'une d'entre nous
ici, qui a été victime de fraude, puis qui appelle son institution financière,
et qui se fait dire : Désolé, on ne peut rien faire pour vous. Ce sont
souvent des personnes qui sont dans une situation de vulnérabilité qui font
face à des institutions qui engrangent littéralement des milliards à chaque
trimestre. Et vous, ce que vous nous dites, c'est que vous saluez les avancées
du projet de loi, qui dit : Là, on va commencer à ouvrir la porte à un
transfert de responsabilité. Mais vous dites : Il faut aller plus loin, il
faut aller plus loin.
Et ce que je trouve particulièrement
intéressant, c'est que vous dites : Si on va plus loin, ça va augmenter la
prévention et les actions pour contrer la fraude. Parce que, là, les
institutions financières, on va dire : Bien là, il faut qu'on s'en occupe,
parce que la responsabilité, c'est la nôtre. Est-ce que vous pourriez élaborer
là-dessus? Parce que c'est ce que... c'est ce que vous concluez dans votre
section sur la fraude. Puis je pense que c'est un principe très important dans
ce que vous mentionnez.
M. Plourde (Alexandre) :
Accroître la responsabilité des institutions financières, selon nous, c'est le
meilleur moyen de prévenir les fraudes qu'on voit actuellement sur le marché au
Québec. Les institutions financières, elles contrôlent les systèmes de
paiement, elles contrôlent les applications bancaires. Ce sont elles qui créent
les risques, ce sont elles qui nous invitent à les utiliser, les applications
mobiles, à utiliser leurs services en ligne. Et la logique économique veut
faire... veut qu'on fasse reposer le risque sur la partie qui peut les assumer
le plus facilement, les risques, puis aussi faire quelque chose pour les
prévenir.
Puis, souvent, ce qu'on a constaté sur le
terrain, c'est que les institutions financières auraient pu faire des choses
pour prévenir plus efficacement ces fraudes-là. Par exemple, il y a des gens
victimes de fraude du faux représentant qui appellent, cinq minutes après la
fraude, leur... leur institution financière, l'institution financière dit :
On ne peut pas rien faire, l'argent est parti, on ne peut pas le récupérer.
Donc, est-ce qu'il y aurait moyen de leur
donner un incitatif de bloquer les transactions frauduleuses, les transactions
douteuses ou de mettre un délai de transaction dans certains cas? Puis, en leur
faisant poser la responsabilité, bien, c'est la meilleure façon.
M. Paradis : ...
Le Président (M. Bachand) :
Merci. Merci. C'est tout le temps qu'on a. Ça va très rapidement. Alors, merci
beaucoup d'avoir été avec nous. C'est très, très apprécié.
Et je suspends les travaux quelques
instants afin d'accueillir le prochain groupe. Merci beaucoup!
(Suspension de la séance à 12 h 15)
(Reprise à 12 h 19)
Le Président (M.
Bachand) :À l'ordre, s'il vous plaît! La
commission reprend ses travaux. Il nous fait plaisir d'accueillir les
représentants de la Corporation des concessionnaires automobiles du Québec.
Merci beaucoup d'être avec nous ce matin. Alors, vous connaissez les règles,
10 minutes de présentation, et après ça on aura une période d'échange avec
les membres de la commission. Alors, la parole est à vous. Je vous invite
d'abord, bien sûr, à vous présenter. Merci.
Corporation des concessionnaires automobiles du
Québec (CCAQ)
M. Sam Yue Chi (Ian P.) :
Alors, bonjour, M. le Président de la commission. Merci de nous recevoir. Mmes,
MM. les élus et membres de la commission, merci aussi. Salutations à nos
collaborateurs de l'Office de la protection du consommateur. Merci d'être là.
Je vous présente très rapidement... Bien,
je me présente en premier lieu, Ian Sam Yue Chi, président-directeur général de
la Corporation des concessionnaires automobiles du Québec. Vous avez à ma
gauche Me Frédéric Morin, vice-président, Affaires juridiques et
conformité chez nous, et, à ma droite, M. Charles Robert, directeur des affaires
gouvernementales chez nous également.
Tout de go, bien, vous le savez, puisqu'on
a plusieurs projets de loi qui nous ont touchés dans les derniers temps, on
représente un regroupement de concessionnaires, tous les commerçants de
véhicules neufs, dans le fond, que sont les concessionnaires automobiles au
Québec. Il y en a 897 sur tout le territoire de la province. Et on a une force
de travail de 62 000 salariés. On tourne 20 milliards par année
dans l'économie du Québec, c'est beaucoup d'argent, et on fait, bon an mal an,
à peu près 600 000 transactions de vente automobile, 400 000 de
véhicules neufs et 200 000 de véhicules d'occasion. La corporation a le
privilège de représenter virtuellement quasiment tous les concessionnaires de
neuf du Québec.
D'emblée, je vous salue, les élus. Vous
avez évidemment un arbitrage à faire. On a entendu des choses intéressantes d'Option
consommateurs à l'instant, mais la recherche de l'équilibre est un défi, et
vous avez tout un travail à accomplir. Vous allez entendre différentes choses,
je crois, dans cette commission-ci. Certains voudront aller plus loin, certains
freineront et diront qu'on va trop loin. Vous êtes en recherche d'équilibre. Et
moi, je perçois... la corporation perçoit le projet de loi 72 comme étant
un projet de loi de progrès. Peu importe comment on le qualifiera, ce projet de
loi là, on progresse vers cet équilibre difficile à obtenir entre le commerce
et les consommateurs, les droits des consommateurs, puis on salue l'initiative.
Puis d'emblée, sur le principe même, <la...
M. Sam Yue Chi (Ian P.) :
...d'emblée,
sur le principe même, >la corporation est complètement en phase avec l'initiative
gouvernementale. On parle ici de transparence de prix. La transparence de prix
est un défi pour les concessionnaires du Québec et pour la Corporation des
concessionnaires automobiles du Québec. On cherche à faire mieux pour les
consommateurs québécois parce qu'on souffre, nous, les concessionnaires, d'un
certain écart de confiance avec le grand public, avec les consommateurs
québécois, qu'on cherche à, comment je dirais ça... à combler. Donc, l'équilibre,
pour nous, passe par un cadre de confiance... un cadre juridique de confiance
avec les consommateurs. Et je pense que le projet de loi 72 est une bonne
initiative en ce sens-là.
D'ailleurs, je tiens à souligner que la
corporation s'est engagée tout récemment à lancer une certification qui est en...
On est en processus actuellement avec nos membres concessionnaires pour faire
mieux pour le grand public québécois pour qu'un jour on puisse dire :
Bien, faire affaire avec un concessionnaire, bien, c'est l'assurance d'une
transaction honnête, intègre, bienveillante, et finalement générer de la
confiance avec le grand public. Donc, transparence du prix, un enjeu qu'on
cherche à régler.
Il y a plusieurs dispositions dans la loi 72.
On va se contenter évidemment de commenter ce qui touche directement notre
secteur. Ce qu'on cherche à faire pour... pour vous, pour nous, c'est de rendre
la loi la plus applicable possible dans le sens qu'il y a certaines... certains
commentaires que vous verrez dans notre mémoire qui visent essentiellement à
modifier un peu certaines dispositions, à les améliorer pour que la loi soit
facile d'application.
Un des éléments clés de notre mémoire, puis
j'insisterai beaucoup là-dessus, mes collègues aussi, c'est d'avoir un délai d'application
pour certaines dispositions. Notamment, lorsqu'on vient appliquer un régime qui
est celui du financement à la location à long terme, ça va requérir
différents... différents éléments de changement chez nous. Je vous l'ai dit en
prémisse, on a 62 000 salariés. Dites-vous qu'il y a à peu près 25 000 personnes
de ces salariés-là qui touchent à la transaction de la vente, donc il va... il
faudra les former, ces gens-là, à intégrer cette loi-là. Mais, au-delà de ça,
avant toute chose, on devra faire changer nos contrats, les faire évoluer. La
corporation, en passant, s'occupe de fournir les contrats à ses membres, donc
on devra les modifier, mais on devra intégrer tout ça dans les systèmes. Nous,
on appelle ça les systèmes DMS. Là, l'acronyme est en anglais, je vous épargne
les détails. Mais les concessionnaires ont des systèmes de gestion interne qui
génèrent les contrats. Il faudra faire des modifications à même ces systèmes
technologiques là. Donc, les transactions, aujourd'hui, sont numérisées en
bonne partie, donc on a besoin simplement de temps pour faire ça, pour y
arriver.
Alors, une des recommandations, c'est que,
pour les dispositions qui touchent la location à long terme, de se donner un
délai minimal de 12 à 18 mois pour pouvoir intégrer tout ça dans nos
opérations. Parce que ce qu'on veut, c'est que dès le jour 1, dès que c'est
applicable à être, comment je dirais ça, à 100 % conforme, que ce soit
appliqué à 100 % chez nos membres par 100 % de notre force de
travail. On a besoin de temps pour ça, essentiellement.
Il y a d'autres éléments dans notre
mémoire. Un des éléments touche la faculté de dédit. Nous, ce qu'on vous
recommanderait, c'est d'importer, oui, le régime qui touche les contrats de
financement à la location à long terme, ça va. On a certains commentaires quand
même en lien avec ça. Mais un élément important, c'est que, si on importe le
régime, il faut importer 100 % du régime. C'est-à-dire que, lorsqu'un
consommateur, actuellement, a financé son automobile et qu'il prend livraison
de son véhicule, il ne peut plus exercer sa faculté de dédit, sa faculté d'annulation,
pour une raison fort simple qu'a reconnue le législateur auparavant, c'est que...
Une voix : ...
M. Sam Yue Chi (Ian P.) : Dans
le véhicule neuf. Pardon. Merci, Me Morin. Là, je parle de véhicules neufs
seulement. Dans le véhicule d'occasion, c'est une autre... une autre histoire.
Mais, dans le véhicule neuf, parce qu'il y a une forte dépréciation du véhicule
dès que le client en prend possession, et ça donnait finalement... ça amenait
un déséquilibre, exactement. On parle d'équilibre, mais entre la relation du
consommateur et du concessionnaire. Donc, on voudrait importer ce régime-là au
complet.
Autre élément, de venir nuancer. On parle
beaucoup de consommateurs et de commerçants dans la Loi sur la protection du
consommateur. Mais vous savez que, dans bien des cas, il y a une relation tripartite
qui existe. On parle de concessionnaires, de commerçants, mais il y a aussi un
tiers cessionnaire du contrat qui peut être le locateur, qui n'est pas le
concessionnaire, qui sera directement impacté par le régime, mais qui devient
responsable aussi des différentes dispositions. Donc, on ne voudrait pas que
nos commerçants que sont les concessionnaires soient pris entre l'arbre et l'écorce.
Donc, une question de langage ici aussi qu'on pourrait approfondir avec les
questions, si vous en <avez...
M. Sam Yue Chi (Ian P.) :
...avec
les questions, si vous en >avez, bien sûr.
Troisième élément, défi d'implantation,
j'en ai parlé. Ça, j'en ai parlé. Ça, j'en ai parlé aussi. Donc, je réitère
finalement qu'on est tout à fait en phase avec les objectifs du projet de loi.
Je vous remercie une seconde fois de nous
recevoir. Puis on est totalement disposés à recevoir vos questions.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. On va débuter avec un
bloc de 17 minutes du côté du gouvernement. M. le ministre, s'il vous
plaît.
M. Jolin-Barrette : Merci, M.
le Président. Me Sam Yue Chi, Me Morin, M. Robert, bonjour.
Merci de venir en commission parlementaire pour présenter le mémoire de la
corporation.
Bien, écoutez, d'entrée de jeu, j'aimerais
ça qu'on discute de la question de l'équité négative sur les véhicules, les fameuses
ballounes ou prêts ballons... comme on dit. Dans le fond, dans le projet de
loi, ce qu'on est... ce qu'on est venus faire, c'est qu'on est venus prévoir
une habilitation réglementaire pour venir encadrer justement les prêts ballons.
Notre souhait n'est pas de l'interdire nécessairement, mais de venir le baliser.
Parce qu'on a vu au cours des années des situations où les gens se retrouvaient
à financer parfois leur troisième véhicule avec le même prêt ballon, puis ça
met une pression financière importante sur plein de familles. Il y a un
allongement des termes aussi de paiement sur l'achat ou même la location d'un
véhicule. Pouvez-vous nous dresser un petit peu un portrait de c'est quoi,
l'état de la situation, là, dans les concessionnaires automobiles quand les
gens viennent acheter un véhicule? On sait que les prix des véhicules ont
augmenté aussi. Donc, c'est quoi, la situation que vos membres vivent?
M. Sam Yue Chi (Ian P.) : Bon,
d'abord, sur l'objectif du projet de loi, on est complètement en phase, donc on
parle de transparence. Donc, ce que le régime vient ajouter, c'est une totale
transparence, divulgation et même, je dirais, une discussion entre le
commerçant et le consommateur.
Quand vient le temps d'acheter un
véhicule, on le sait, c'est une grosse transaction. Pour bien des Québécois,
c'est la deuxième transaction la plus importante qu'ils vont faire dans leur
vie. On est conscients de ça. On reconnaît ça. Alors, lorsque vient le temps de
refinancer une équité négative... Vous savez, on parle d'un véhicule qu'on
remet en échange au concessionnaire pour acheter un nouveau véhicule, et
parfois il peut y avoir une dette non payée qu'on va réappliquer sur le nouveau
contrat. Donc, on veut, tout comme vous, que cette discussion-là puisse se faire
entre le commerçant et le concessionnaire... et plutôt le consommateur pour que
le consommateur puisse prendre une décision pleinement éclairée.
Et, pour répondre à votre question,
lorsqu'on parle de refinancement d'équité négative, c'est un phénomène qui
existe, qui existe depuis longtemps. Nous, on apprécie le fait qu'on vienne
l'encadrer, mais il y a une multitude de raisons pourquoi on va le faire. Dans
certains cas, c'est pour des raisons plus de... que je qualifierais de loisirs.
Alors, on veut remplacer rapidement un véhicule parce qu'on est un passionné de
véhicules, on veut le nouveau modèle, donc on remplace plus rapidement notre
véhicule, on prend une décision financière. Cette décision-là doit être
éclairée, on en convient. Dans certains cas, ça va être un besoin qui est
changeant.
Vous savez, on distribue, je l'ai dit
tantôt, beaucoup de véhicules de plusieurs marques, mais différents segments
aussi et différents modèles. Il peut arriver un changement dans une vie. On
peut avoir un besoin d'un véhicule lorsqu'on est à l'université pour se
déplacer, évidemment, pour aller étudier, alors que ce besoin-là peut
rapidement changer lorsqu'on donne naissance à un enfant, c'est un bon exemple,
puis on a besoin... on a un besoin différent au niveau... au niveau
déplacement.
Donc, nous, on ne voudrait pas limiter la
possibilité d'un refinancement d'équité négative. On est certes en phase avec
le côté discussion et transparence que prévoit le projet de loi là... ce projet
de loi là, mais de là de la limiter, on pense que ce ne serait pas une... une
bonne idée, parce qu'on parle d'un cadre légal qui est plaqué mur à mur, mais,
au final, chaque transaction est différente. Alors, voilà.
• (12 h 30) •
M. Jolin-Barrette : Bien, sur
cette question-là, c'est vrai que chaque transaction est différente. Cependant,
lorsqu'on se retrouve à financer des véhicules d'une façon... On ne parle pas
d'un petit prêt ballon, là, parfois, là, de, supposons, 2 000 $,
3 000 $ qui est mis sur le véhicule. Bien, parfois, c'est un gros,
gros pourcentage du premier véhicule qui n'avait pas été payé, puis là ce que
ça fait, c'est que les gens se retrouvent égorgés financièrement. Comme je vais
dire, dans le temps, on voyait les publicités, c'était du 48 mois,
supposons, le financement. Là, la tendance, c'est du 96 mois... 84,
96 mois. Ça peut aller jusqu'à ça. Donc, il y a un enjeu là-dedans. Donc,
on ne veut pas l'interdire, mais je pense qu'il y a une réflexion à y avoir
là-dessus.
M. Sam Yue Chi (Ian P.) : Il
y a une réflexion, très certainement, à y avoir. Et, dans notre sphère de
préoccupations, il y a un élément qui est... qui est important, c'est celui de
l'effet cobra. Donc, à supposer que l'encadrement soit très restrictif, le
consommateur qui a besoin d'un véhicule ou qui a besoin de remplacer son
véhicule va, je pense, chercher à trouver son chemin et pourrait être porté à
aller vers des facilités de crédit secondaires moins <intéressantes...
>
12 h 30 (version révisée)
<
M. Sam Yue Chi (Ian P.) :
...des
facilités de crédit secondaires moins >intéressantes d'un point de vue
coûts, parce que, vous savez, comme concessionnaires, on a accès à, je dirais,
à peu près une quarantaine de captives des fabricants et banques qui financent
nos produits et qui les louent dans certains cas, souvent à des conditions qui
sont nettement plus avantageuses que toutes les autres facilités de crédit que
vous allez trouver sur le marché.
Donc, en réponse à votre questionnement,
je pense que le concessionnaire, via ses accès au crédit, a probablement le
meilleur produit de financement pour le client aujourd'hui. Maintenant, il faut
que le client puisse prendre sa décision basée sur des faits réels qui le
touchent directement, et le projet de loi, dans sa forme actuelle, répond à ça.
M. Jolin-Barrette : Sur un
autre sujet, là, sur la question du délai d'entrée en vigueur, là, tout à l'heure,
vous l'avez abordé, vous dites : Nous, on a des systèmes informatiques,
tout ça, vous dites : Un délai cible, on souhaiterait avoir 12 à 18 mois.
C'est ce que je comprends?
M. Sam Yue Chi (Ian P.) : Oui.
M. Jolin-Barrette : OK. Dans
votre mémoire, également, vous proposez des amendements, notamment sur la
question, là, du véhicule de location, dans le fond, la faculté de dédit de
deux jours. Ça, pouvez-vous nous expliquer concrètement en quoi ça consiste, ce
que vous proposez?
M. Morin (Frédéric) : En
fait, c'est très simple. Cette mesure-là existe déjà en matière de contrats de
vente à tempérament ou de contrats de financement. Donc, lorsqu'on finance un
véhicule par l'intermédiaire d'une institution financière, le client a une
faculté de dédit de deux jours, qu'on appelle, pour revenir sur sa décision d'endettement
et, à ce moment-là, il a le droit de canceller la transaction au complet.
Il existe actuellement une exception au
niveau du règlement d'application de la Loi sur la protection du consommateur
lors de la prise de livraison d'un véhicule neuf par le consommateur. Donc, à ce
moment-là, ça... le... la faculté de dédit n'existe plus parce qu'effectivement
le véhicule, lui, lorsqu'on en prend livraison, il déprécie rapidement. Donc,
nous, tout ce qu'on vous demande de faire, c'est d'intégrer cette exception-là
au niveau du règlement d'application de la Loi sur la protection du
consommateur pour avoir le même parallèle avec le contrat de vente à
tempérament.
Tantôt, quand on parlait de délais aussi, M.
le ministre, c'est que les institutions financières... On en a beaucoup parlé
tout à l'heure, mais elles ne sont pas ici présentes. Donc, il y a... peut-être
que vous allez recevoir des commentaires de l'Association canadienne des
paiements puis des lois, mais eux aussi, ça leur prend un certain temps d'adaptation.
Nous, on a des concessionnaires, on a des nouveaux contrats. Ceux qui vont
faire du financement, il y en a très peu. Ceux qui vont faire de la location
maison, on va faire les contrats à la date qu'il faut les... que ça soit fait,
évidemment, pour que ça soit à jour. Mais il y a toutes les institutions
financières, bancaires qui doivent suivre le train également. Donc, le... pour
avoir discuté avec un avocat qui les représente, le minimum, c'est un délai de
12 mois. C'est pour ça qu'on parle de 12 à 18 mois.
M. Jolin-Barrette : OK. Je
vous remercie d'être venus en commission parlementaire. Je vais céder la parole
à mes collègues qui souhaitent vous poser des questions. Merci.
Le Président (M.
Bachand) :Mme la députée de Vimont.
Mme Schmaltz : Oui. Merci.
Merci, messieurs, d'être présents. J'aimerais peut-être revenir au mois de
septembre où vous avez tenu une rencontre au sommet avec plusieurs
concessionnaires automobiles. Il y a des thèmes qui sont sortis, des thèmes
dont vous avez mentionné tantôt : transparence, équité, je pense, et puis
protection, bref, puis de cette rencontre-là est sortie l'adoption d'un
certificat de reconnaissance où, encore, on retrouve ces thèmes, ce besoin...
bien, pas le besoin, pas le besoin, mais vous insistez beaucoup sur
«transparence». Qu'est-ce qui fait que vous avez besoin de le mettre beaucoup à
l'avant-plan, ce... ce thème-là? Est-ce qu'il y a... Qu'est-ce qui explique que
vous êtes... que vous êtes rendus là, disons?
M. Sam Yue Chi (Ian P.) : Vous
savez, je... en prémisse, j'ai mentionné : On représente 897 concessionnaires
d'à peu près une quarantaine de marques différentes, et tous... tous ces
commerces-là sont en compétition entre eux. Alors, ça fait en sorte qu'ils ont
besoin de lignes directrices, ils ont besoin de cadres pour pouvoir opérer dans
un... je dirais un climat de commerce sain, puis c'est exactement ce qu'on vise
comme corporation.
Puis la bonne nouvelle... Vous l'avez
mentionné, on a eu notre sommet. Nous, on est une association, on cherche le
plus possible à obtenir le pouls de nos membres. Lors de cet événement-là, on
avait près de 500 concessionnaires sur nos 897 qui étaient présents dans
la salle et qui ont voté à 96 % en faveur d'un cadre, comme on l'a
mentionné. Puis on cherche même, dans certains cas, à aller au-delà de la loi,
parce que notre objectif est, oui, un objectif de conformité, cela va de soi.
Je veux dire, on n'a pas besoin de prendre une décision pour dire : On va
respecter la loi, cela va de soi. Mais, dans certains cas, il y a certaines
pratiques qui, sans être illégales, peuvent nous faire souffrir en termes de
confiance du <consommateur...
M. Sam Yue Chi (Ian P.) :
...qui,
sans être illégales, peuvent nous faire souffrir en termes de confiance du >consommateur.
Je vais vous donner un exemple.
Le prix de détail suggéré par le
fabricant, c'est un prix de détail suggéré par le fabricant. Dans certains cas,
à certains moments donnés, parce qu'on avait une rareté de produits, certains
concessionnaires ont vendu à un prix bien au-delà de ce PDSF là, le prix de
détail suggéré. Bien, un des éléments qu'on a décidés collectivement,
c'est-à-dire dans la certification qu'on lance, on va limiter le prix au PDSF
pour être certains que les clients qui rentrent chez nous sachent qu'il n'y
aura jamais de vente au prix au-delà du PDSF. Il y a d'autres dispositions
qu'on prendra aussi.
Mme Schmaltz : Quand
vous parlez qu'on limite au prix, c'était... Avant ça, tu sais, on pouvait
aller à... C'était quoi, le pourcentage, là? Jusqu'à quel pourcentage on
pouvait afficher le prix?
M. Sam Yue Chi (Ian P.) : Ah!
bonne question. Encore une fois, marché hautement compétitif, certains
fabricants limitent à leur réseau de concessionnaires le fait de vendre plus
haut que le PDSF, d'autres pas. Donc, ça crée une espèce de distorsion ou
certaines inégalités dans le marché. Nous, on dit : Bien, voici. Il faut
jouer sur un terrain plat, puis voici les normes dont on va se doter. Donc, la
certification, essentiellement, c'est ça.
Et le regroupement des concessionnaires ne
sont pas en train de dire : Bien, on va respecter la loi, cela va de soi,
mais ils vont même au-delà de ça. Mais la raison pour laquelle, parfois, on va
voir certaines pratiques se dessiner, je le répète, dans le commerce de détail,
il n'y a pas de marché plus compétitif que celui de la vente de véhicules au
Québec. Je le répète : 897 commerces différents, 40 marques.
Regardez tous les biens de consommation
que vous connaissez. Le plus... le plus fréquent, le téléphone. On a le choix
de combien de marques, là, quand vient le temps d'acquérir un téléphone
portable? Il y a Apple, il y a peut-être Samsung, il y a peut-être deux ou
trois autres qui sont distribués par deux grandes chaînes au Québec et par
deux, trois petits fournisseurs indépendants. La réalité automobile est fort
différente et beaucoup plus compétitive que n'importe quel segment du marché du
commerce au détail. Ça a du bon, d'un point de vue consommateur, mais il y a
aussi la possibilité, pour certains commerçants, de dépasser la ligne.
Mme Schmaltz : Je cède
la parole.
Le Président
(M. Bachand) :Merci, M. le député de
Saint-Jean, pour cinq minutes.
M. Lemieux : Merci
beaucoup, M. le Président. Messieurs, je respecte, et je pousse un peu dans vos
retranchements, mais je respecte que vous nous disiez d'entrée de jeu que vous
allez vous limiter à ce qui, dans le projet de loi, a à voir avec votre...
votre expertise, les automobiles puis les ballounes du ministre, là. Mais vous
achetez des trucs à l'épicerie, vous allez au restaurant, vous êtes comme tout
le monde. Ce n'est pas un omnibus, mais c'est un petit peu un omnibus pour les
consommateurs. Et la volonté du projet de loi, quand on le regarde rapidement,
même si tout le monde va juste parler des... bien, pas juste parler, mais va
surtout parler des pourboires, il y a quand même plein de choses là-dedans, y
compris des mesures qui vous affectent, vous.
Quand vous avez parlé de transparence,
quand vous avez parlé, avec vos membres, de tout ça, c'est dans cet esprit-là,
là, c'est d'aller vers l'avant, puis vous l'avez nommément exprimé qu'il y
avait une nouvelle vision et qu'il fallait y aller. En tout cas, il fallait
faire un bout de chemin. Donc, s'il n'y avait pas d'autos là-dedans, vous ne
seriez pas venu nous voir, mais, parce qu'il y a des concessionnaires
automobiles dans le projet de loi, vous êtes là.
Parlez-moi du reste une minute, là. Vous
n'avez pas besoin de me donner une opinion d'expert, mais, comme moi, quand
vous allez à l'épicerie, vous devez vous demander : Coudon, j'achète-tu la
bonne affaire? Il y a-tu de la réduflation là-dedans? C'est comment?
• (12 h 40) •
M. Sam Yue Chi (Ian P.) : On
est tous consommateurs. Alors, moi, je dirais, globalement, encore une fois, je
le répète, là, on est dans le progrès ici, on avance vers le mieux. On a tous
payé, parfois trop cher, un certain pourboire parce qu'on était peut-être
malaisés devant le terminal et devant le commerçant lui-même. C'est mon opinion
bien personnelle. Ça n'engage ni la corporation, ni qui que ce soit, mais on
est tous consommateurs à un moment ou à un autre. Alors, on reconnaît ça puis
on reconnaît l'avancée prévue par le projet de loi.
M. Lemieux : C'est le
gros bon sens. Et j'apprécie bien vous l'entendre dire, parce que c'est une
chose de dire que ce n'est pas votre propos pour commencer, mais c'est
important, ça cadre un peu le reste de vos réponses.
À moins que mes collègues aient d'autres
questions, moi, j'en ai une qui est de la curiosité, curiosité sale, là, OK?
Dans le concessionnaire automobile neuf, le moins bon client pour vous, là, ce
n'est pas celui qui veut payer comptant, ce n'est pas celui qui veut financer
ou... Je dis «ce n'est pas». Est-ce que c'est? Est-ce que c'est? Vous allez me
dire que c'est trois bons clients et vous les voulez chez vous, là, mais dans
le fond, celui qui arrive pour payer comptant, là, puis qui ne veut pas
financer, puis qui ne veut pas louer, là, il est moins intéressant pour vous?
M. Sam Yue Chi (Ian P.) : J'irais...
j'irais à la positive, le meilleur client, c'est celui qui va revenir <acheter...
M. Lemieux :
...qui
ne veut pas financer puis qui ne veut pas louer, là, il est moins intéressant
pour vous?
M. Sam Yue Chi (Ian P.) :
J'irais...
j'irais à la positive, le meilleur client, c'est celui qui va revenir >acheter
un véhicule une seconde fois, puis une troisième fois, puis une quatrième fois.
Dans un marché qui demeure hautement compétitif, on a vu certaines pratiques se
dessiner dans un contexte, je vous dirais, tout à fait inédit, avec une rareté
de produit. C'était inédit, c'était temporaire.
On est encore aujourd'hui dans un marché
hautement compétitif. Il y a du produit, là, j'invite les parlementaires à
regarder. Il y a beaucoup, beaucoup de véhicules dans les cours des
concessionnaires, des véhicules électriques aussi. Ça fait en sorte qu'on se
doit de bien traiter les clients pour pouvoir être pérennes.
M. Lemieux : OK.
M. Sam Yue Chi (Ian P.) : Et
puis, encore une fois, le projet de loi amène un climat sain, amène de la
confiance envers ce qu'on fait, nous, les concessionnaires, donc on salue ça.
C'est une avancée significative, puis on est complètement en phase avec ça puis,
même, on se veut de le communiquer. Pour nous, c'est important de pouvoir dire
à nos clients : Quand tu transiges avec un concessionnaire, bien, tu as
une sécurité qui passe par un régulateur qui est là, qui est présent, qui
s'assure de la validité de l'application de la loi puis qui passe par une loi
qui encadre bien nos différentes pratiques.
M. Lemieux : Parce que là où
je m'en allais avec ça, c'est qu'au final, puis je ne suis pas tout le temps
certain de comprendre l'affaire de la balloune, là, je comprends le principe,
mais comment ça fonctionne rendu au moment où on signe, je ne suis pas sûr, là.
Mais je comprends, puis ce que vous venez de me dire, ça ne nie pas ça non
plus, c'est que le financement, la partie finance...
M. Sam Yue Chi (Ian P.) : Oui.
M. Lemieux : ...du
concessionnaire automobile, quel qu'il soit, peut-être même plus dans l'usagé,
dans la voiture d'occasion, c'est un gros morceau. Et là on a celui-là, là :
nouvelle balise pour l'équité négative. Il y a-tu... Je ne vous demande pas de
nous dire où on peut serrer davantage, mais sûrement que vous vous préparez,
avec ça, à dire : OK, mais ça, il faut qu'on travaille le reste aussi, là.
Le Président (M.
Bachand) :Il reste 30 secondes...
Oui.
M. Morin (Frédéric) : En
fait, la question que vous poser est déjà abordée dans le projet de loi, il y a
déjà une interdiction, tu sais, je ne peux pas vous pousser à faire du
financement, je ne peux pas vous pousser... si vous voulez payer comptant, là,
c'est prévu déjà, donc il y a une interdiction complète.
M. Lemieux : ...
M. Morin (Frédéric) : Non,
mais dans le projet de loi actuel, il y a une interdiction complète. Nous,
comme Ian l'a mentionné, c'est une question d'offre et de demande, à ce
moment-là, bien particulière, mais maintenant ce n'est plus ça, les valeurs. En
fait, la rareté des véhicules d'occasion, il n'y en a plus, la rareté des
véhicules neufs, il n'y en a plus, on en a plein la cour, donc...
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Merci beaucoup. Je dois
céder la parole au député d'Acadie pour 11 min 3 s, s'il vous
plaît.
M. Morin (Acadie) : Merci, M. le
Président. Alors, M. Sam Yue Chi, Me Morin, M. Robert, merci, merci d'être
là, merci pour votre mémoire. J'aimerais avoir... en fait, j'ai quelques
questions pour vous, peut-être quelques précisions. Il y en a... ça a été, en
partie... En fait, il y en a, des collègues de la banquette gouvernementale qui
ont posé quelques questions là-dessus, mais je voudrais aller un peu plus dans
les détails. Puis je réfère à la page 4 de votre mémoire, quand vous
souhaitez un délai pour la mise en œuvre de certaines dispositions concernées.
Vous avez évoqué la période, peut-être, de 18 mois, et je comprends, vous
l'avez souligné, qu'il y aurait peut-être des contrats à refaire. Quand on
regarde les dispositions finales du projet de loi, bon, évidemment, ça va
entrer en vigueur, bon, il va y avoir la date de la sanction, je n'ai pas
beaucoup d'inquiétudes, le projet de loi va être adopté, il y a certaines
dispositions qui vont entrer en vigueur en janvier 2025, mais d'autres, on
parle de trois mois qui suivent la sanction. Il y en a qui pourraient être en
vigueur en octobre 2026. Donc, si jamais... Vous visez certaines dispositions,
l'ensemble des dispositions du projet de loi, et, si jamais vous n'aviez pas ce
délai-là, quel serait l'impact pour vous?
M. Robert (Charles) : En
fait, les impacts négatifs seraient sur le... seraient essentiellement basés
sur la relation client et vendeur. Tu sais, nous, une des choses qui est
importante pour nous, c'était de nous donner l'espace nécessaire pour,
notamment, adapter les contrats, former le personnel, mettre à jour les
différents services, par exemple, l'informatique, les différents logiciels,
notamment, ne serait-ce que pour générer les différents contrats. Tu sais, par
exemple, ici, on parlait de contrats de vente, on parle de contrats de
location, de conformité avec les nouvelles exigences légales, la formation du
personnel. Juste pour vous donner une idée, tu sais, par exemple, on sait qu'on
a 897 membres concessionnaires, mais il y a 25 000 employés qui
ont à leur charge la relation client/vendeur. Alors, juste pour vous donner une
idée en termes d'espace-temps, vous savez que le gouvernement <fédéral...
M. Robert (Charles) :
...juste
pour vous donner une idée en termes d'espace-temps, vous savez que le
gouvernement >fédéral avait adopté la taxe de luxe en 2022. On n'a pas
terminé encore de former l'ensemble du personnel. Alors, l'idée, c'est de
permettre une application organique, harmonieuse de la loi pour être sûrs qu'on
ne tombe pas dans une espèce de «warp zone» où le consommateur subirait un
préjudice lors de lors de l'achat de son véhicule.
M. Morin (Acadie) : Est-ce que
vous avez fait une évaluation des coûts de ce que ça va représenter pour vous,
la mise en œuvre de ces modifications-là suite à l'adoption de la loi?
M. Robert (Charles) : La
réponse la plus honnête à votre question, c'est non.
M. Morin (Acadie) : OK. Parfait.
M. Sam Yue Chi (Ian P.) : Mais,
à votre question, si je peux renchérir, 40 marques, je l'ai dit tantôt,
ils ont tous leur captive, c'est-à-dire leur entreprise de location affiliée,
donc 40 organisations qui doivent faire ce changement-là. Ajoutez à ça
toutes les banques traditionnelles qui devront intégrer différents changements
et ajouter... il y a à peu près une dizaine de fournisseurs, le fameux logiciel
de gestion dont je vous ai parlé, là, une dizaine de fournisseurs qui font
affaire ici, au Québec, qui sont plus souvent qu'autrement américains, sinon
canadiens. Alors, c'est tout un écosystème qui devra changer.
M. Morin (Frédéric) : Si je
peux additionner...
M. Morin (Acadie) : Oui, bien sûr.
M. Morin (Frédéric) : ...on a
également, depuis quelques années, des dispositions au niveau de la taxe de
luxe, donc c'est déjà en vigueur depuis plus de deux ans, et on a encore de la
difficulté, justement, à les faire intégrer au niveau des différents
partenaires, qui, la plupart, sont en Ontario, les institutions financières.
Donc, on parle de deux ans. Donc, le 18 mois est quand même une donnée,
là, qui est réelle dans les faits, mais c'est un minimum de 12 mois. Mais
18 mois, évidemment, on serait plus confortables.
M. Morin (Acadie) : Parfait. Autre
élément. Dans votre mémoire, vous parlez de la possibilité pour permettre la
signature électronique des contrats, mais vous soulignez également que ce n'est
pas, par exemple, pour signer des contrats à distance, il faut que le
consommateur soit sur place. Donc, pouvez-vous nous expliquer en quoi ça
aiderait? Ça répond-tu à une véritable demande? Qu'est-ce que ça signifie?
Est-ce que vous allez avoir besoin d'un délai d'adaptation pour ça?
J'apprécierais avoir vos commentaires là-dessus, s'il vous plaît.
M. Sam Yue Chi (Ian P.) : Bien,
en fait, la signature électronique sur... Vous savez, les transactions, je vous
l'ai dit tantôt, sont digitalisées maintenant. Pouvoir faire une signature
électronique sur iPad, à titre d'exemple, en concession, pourrait être une
belle avancée et ça faciliterait certains de nos processus. Nous, on le
demande. Les compagnies de finance le demandent aussi.
Là où on vient nuancer, c'est que nous, on
parle vraiment du processus de vente. On n'est pas dans la dynamique de vente à
distance, qui est un tout autre sujet, qui pourrait donner lieu à un tout autre
débat. Mais, d'emblée, je vous dirais ceci : Il n'y a pas une grande
barrière à l'entrée pour commercer les véhicules au Québec. Les petites
barrières qui sont existantes, c'est-à-dire permis de commerçant, avoir pignon
sur rue ici, à Québec, sont plus qu'importantes. Pourquoi? Parce que le
consommateur veut pouvoir s'adresser à une personne physique lorsqu'il a un
problème avec son véhicule, que ce soit en lien avec la transaction ou un
problème de garantie mécanique, à titre d'exemple. Donc, le fait de permettre
strictement aux commerçants détenant un permis de l'Office de la protection du
consommateur ayant pignon sur rue au Québec de commercer les véhicules est,
pour nous, un élément de première importance.
Alors, vente à distance, autre débat. Pour
nous, il y a des freins existants, et peut-être volontaires, et nécessaires à
cette vente à distance là. Par contre, signature électronique, bien, ainsi, ça
fait du sens pour nous. On aimerait aller aller de l'avant avec ça.
• (12 h 50) •
M. Morin (Acadie) : Parfait. Je
vous remercie. Toujours à la page 6, vous avez une proposition
d'amendement : modifier l'article 150.5.1 pour inclure une exception
pour les contrats de location de véhicules routiers neufs dont le consommateur
a pris livraison. Vous suggérez un texte. Vous parlez des inconvénients à
risque de non-concordance. Est-ce que vous pouvez élaborer davantage là-dessus?
M. Morin (Frédéric) : Bien,
en fait, comme on l'a mentionné tout à l'heure, il existe déjà, dans le régime
de la vente à tempérament ou du financement, une exception à la faculté de
dédit, donc le fait de revenir sur votre décision. Vous avez deux jours quand
il y a du financement. L'exception, c'est la prise de livraison d'un véhicule
neuf. Donc, à ce moment-là, nous, on veut avoir le même régime, mais on ne
pourrait pas avoir deux régimes différents, un en location à long terme et un
en financement. Donc, on veut avoir le même régime. Il s'agit tout simplement
de modifier l'article 70 du règlement d'application de la Loi sur la
protection du consommateur plus un <autre...
M. Morin (Frédéric) :
...tout
simplement de modifier l'article 70 du règlement d'application de la
Loi
sur la protection du consommateur plus un >autre article, qui est
l'article 39, de mémoire. Donc, c'est pour avoir un régime uniforme.
M. Morin (Acadie) : D'accord.
Donc, à ce moment-là, la modification s'opérerait plus au niveau du règlement
que de la loi comme telle.
M. Morin (Frédéric) : Ça
pourrait... On pourrait décider de l'intégrer immédiatement...
M. Morin (Acadie) : Dans la loi.
M. Morin (Frédéric) : ...dans
le projet de loi actuel, mais étant donné que l'article existe déjà pour le
financement et dans le règlement d'application, bien, à ce moment-là, ça irait
dans le règlement d'application, mais, encore une fois, c'est pour rendre la
situation uniforme.
M. Morin (Acadie) : Parfait. Je
vous remercie. À la page 7 et 8 de votre... de votre mémoire, vous faites
une analyse de l'article, entre autres, 150.3.1 et vous avez des propositions,
encore là, toujours dans le contrat de location, mais qui est cédé à un
locateur, pour évaluer la capacité de remboursement. Donc, vous dites :
Clarifier les responsabilités respectives et vous voulez que ce soit conforme
avec les pratiques courantes. Pouvez-vous m'expliquer davantage votre
proposition? Qu'est-ce que vous y voyez comme avantage, comme clarification?
M. Sam Yue Chi (Ian P.) : Bien,
il y a... il y a deux éléments. Vous l'avez mentionné, qui est responsable de
quoi? Évaluer la capacité de rembourser, c'est la responsabilité du financier,
celui qui va financer ou louer, du locateur, le véhicule, donc pas du
commerçant comme tel, pas du concessionnaire. Donc, il faudrait peut-être
trouver un moyen de nuancer.
Le deuxième niveau à notre proposition,
c'est de dire : La perte totale et complète des frais de crédit,
c'est-à-dire un remboursement, on trouvait que c'était une conséquence
disproportionnée à un problème qui pourrait être clérical. Je m'explique.
Supposez qu'on ait omis dans le quotidien,
là, de bien exécuter la loi, il y a quand même des mécanismes, dans la loi, qui
permettraient de sanctionner un comportement délinquant, à supposer que ce soit
à répétition. L'office a quand même la possibilité, avec des mesures
administratives pécuniaires, désormais de sanctionner sévèrement. Mais,
lorsqu'on parle d'une transaction qui pourrait être un oubli et que, si on
l'avait fait, le consommateur aurait eu accès au crédit tout de même, bien,
rembourser complètement les frais de crédit, on trouve que c'est une
conséquence qui est... qui est trop importante. Puis, encore une fois, ça ne
devrait pas être, dans tous les cas, le concessionnaire qui en soit
responsable, mais bien le locateur ou le financier, bien sûr.
Donc, c'est à deux niveaux, notre
commentaire en lien avec ça.
M. Morin (Acadie) : Parfait. Donc
évidemment, vous... ça serait plus à la... à l'institution financière,
finalement, qui va... qui va financer.
M. Sam Yue Chi (Ian P.) : Tout
à fait.
M. Morin (Frédéric) : Votre
question... votre question est très pertinente, parce que, souvent, le
législateur confond la notion de commerçant. Donc, je vous donne le plus bel
exemple, c'est l'article 20 dans le projet de loi actuel. Vous avez un
contrat de financement, vous prenez trois types de produits : d'assurance-vie,
garantie supplémentaire, d'assurance invalidité, et, dans le temps, bien, vous
réalisez que vos paiements vont être trop élevés. Donc, à ce moment-là, vous
communiquez avec nous, mais nous, on a fait l'application de crédit. Celui qui
évalue la solvabilité du consommateur, c'est la banque ou l'institution
financière. Et, dans ce... dans cet article de loi là, on vient préciser que le
consommateur a le droit, à ce moment-là, de refaire son contrat de vente à
tempérament. Et nous, le contrat, on l'a déjà cédé, immédiatement à la prise de
livraison, à l'institution financière. Donc, on parle ici du commerçant, mais,
dans les faits, ce qu'on devrait faire, on devrait mettre une règle pour parler
du cessionnaire du contrat qui, lui, a cette obligation-là plutôt que nous.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup, maître.
M. Morin (Frédéric) : Puis on
a un autre article similaire, à l'article...
Le Président (M.
Bachand) :Je dois céder la parole au
député de Saint-Henri—Sainte-Anne pour 3 min 41 s Désolé. M. le
député.
M. Cliche-Rivard : Merci, M.
le Président. Écoutez, d'emblée, quand même, ce que vous avez lancé au début,
là, m'intéressait, puis je veux souligner votre désir de transparence puis
d'amélioration de pratiques, parce que, bon, les témoignages sont nombreux, là,
on va se le dire, de nos citoyens puis de l'expérience vécue et personnelle de
beaucoup de gens, là. C'est un moment stressant d'aller se rendre chez les
concessionnaires, puis on dirait que les gens, ils ne savent pas tout le temps
s'ils s'en sont sortis vainqueurs ou, finalement, si c'est plutôt de votre côté
que c'était vainqueur. Ça fait que c'est un sentiment qui nous est partagé. Ça
fait qu'évidemment que... plus qu'il y aura de transparence, plus qu'il y aura
amélioration de vos pratiques, de tous et toutes, mieux le consommateur en
ressortira de son expérience. Ça fait que ça, je vous encourage à continuer
dans cette voie positive.
Puis là j'entendais ce qu'on fait pour le
commerce au détail puis je vais vous poser la question. Vous voyez l'affichage
des taxes dans le prix, un standard de prix mensuel, là, où on comprend tout ce
que ça inclut, tu sais, pour pouvoir comparer les pommes avec les pommes, les
oranges avec les oranges. Vous avez nommé qu'il y a quand même 40 marques
que, finalement, on ne peut pas vraiment juste tout le temps comparer l'un avec
l'autre, mais qu'est-ce que ça vous dit, ça, dans les mesures où... qu'on est
en train de regarder pour le commerce au <détail...
M. Cliche-Rivard :
...comparer
l'un avec l'autre, mais qu'est-ce que ça vous dit, ça, dans les mesures où...
qu'on est en train de regarder pour le commerce au >détail, de ce qui
pourrait être fait? Ou, si on regarde vers l'avenir, là, dans l'amélioration de
vos pratiques, où est-ce que vous voyez une zone d'innovation ou de
transparence continue? Est-ce que vous avez commencé à étudier ça ou à regarder
ça?
M. Sam Yue Chi (Ian P.) :
Bien, c'est un bon pas vers l'avant, là, ce que ce que contient le PL n° 72. C'est sûr, comme association qui représente le
groupe d'intérêt que sont les concessionnaires, la décision qu'on a prise
collectivement, c'est de faire des avancées à différents niveaux. Je vous ai
parlé du PDSF, tantôt. Je pourrais vous parler d'une soumission qui donnerait
le droit au consommateur d'avoir un 48 heures avant de concrétiser son
achat pour être certain qu'il prend... qu'il prenne la bonne décision. C'est un
engagement qu'a pris le groupe face à la certification il y a de cela deux
semaines. Ça, ça a l'air bête, mais ça n'existe pas dans notre marché. Puis, tu
sais, on garantit le prix pendant ces 48 heures-là.
Bien sûr, il y a des exceptions, là. On a
une réalité, comme concessionnaires, où on distribue un produit d'un fabricant
qui va promotionner, aussi, le produit qu'on distribue, va créer des
publicités, vous le savez, mais des promotions, des rabais, etc. Ils peuvent
changer dans le temps, ces rabais-là. Donc, il y a des petites exceptions qu'on
a intégrées, mais le principe est clair : on veut permettre au consommateur
de prendre la bonne décision pour lui, sans pression, pour qu'au final il
acquière le bon véhicule, évidemment, au bon prix, chez le bon concessionnaire
et que l'élément compétitif se situe sur l'expérience que le client a vécue et
la capacité du consommateur à générer, finalement, la confiance auprès du
consommateur. C'est véritablement ça. Oui, c'est un «game changer», en bon
français, mais c'est la nouvelle mission que s'est dotée la Corporation des
concessionnaires, il y a quelques... à quelque part en 2022, au mois de
septembre 2022.
Parce que le pari qu'on fait, c'est que, si
on sert bien les Québécois en termes de transport individuel, bien, le modèle
d'affaires de distribution des véhicules par le biais de concessionnaires va
être préservé. Parce que, vous le savez, on est en compétition, oui, entre
nous, mais on est en compétition avec d'autres modèles d'affaires aussi où des
géants viennent vendre des véhicules sur notre marché, au Québec, de manière
différente, en vente directe au consommateur. Ce modèle-là n'est pas le nôtre.
Nous, on pense qu'avoir une proximité avec les gens, c'est d'intérêt supérieur
pour le consommateur. On pense qu'ils sont mieux servis ainsi, mais on sait,
aussi, que certaines pratiques passées nous ont occasionné beaucoup, beaucoup,
beaucoup de tort en termes de confiance, donc on veut regagner cette
confiance-là.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. M. le député de
Jean-Talon, pour 2 min 16 s, s'il vous plaît.
M. Paradis : Je voudrais
commencer par saluer d'abord votre ouverture à plusieurs des changements qui
vont avoir des impacts pour la pratique de vos membres. Inclure dans le contrat
de vente à tempérament le solde d'une dette antérieure uniquement à certaines
conditions, vous êtes d'accord. Les modifications à un contrat de louage à long
terme doivent être formalisées, vous êtes d'accord. Interdiction pour un
commerçant d'assujettir la conclusion d'un contrat d'achat de véhicule à
l'obligation de conclure un contrat de crédit, vous êtes d'accord. Moi, je veux
saluer ça, parce que, des fois, on rencontre beaucoup de résistance du secteur,
qui dit : Bien, ça va nous pousser à changer beaucoup de choses. Je veux
vraiment le saluer.
Je voudrais vous entendre peut-être un peu
plus longuement sur une des propositions que vous nous faites. Vous nous dites :
Bien, on aimerait ça, faciliter la signature électronique des contrats, mais
quand les gens sont chez nous. Et là vous dites que vous voudriez que ce soit
fait par signature électronique, alors qu'il y a d'autres dispositions du
projet de loi, actuellement, qui nous disent : Oui, mais, attention, là,
quand on est dans l'électronique, on veut encore que les gens aient du papier,
puis qu'on puisse formaliser, puis que les gens repartent avec ça, parce que
des fois, quand c'est électronique, on ne le lit pas trop puis on ne le sait
pas trop, ce qui se passe avec ça. Pourriez-vous nous parler de ça?
• (13 heures) •
Une voix : Avec plaisir.
Frédéric.
M. Morin (Frédéric) : Bien,
en fait, on aimerait bien ça, être... être à la fois client et concessionnaire.
Parce que, moi, en tant que client, si j'achète un véhicule, j'aimerais ça
qu'on me donne des contrats, qu'on me donne un iPad puis que je fasse les choix
avec mon représentant des ventes, que je fasse les choix de produits avec le ou
la directrice commerciale. Mais, en même temps, il faut protéger les
consommateurs, hein, on l'a vu, tantôt, avec les gens qui sont passés avant
nous. Il y a plusieurs fraudes. Nous, dans l'automobile, il y en a également.
Donc, il y a une sécurité à faire une
transaction directement à l'établissement, comme Ian l'a mentionné, également
le suivi de la clientèle, donc, mais on aimerait ça pousser à un niveau un peu
plus élaboré. Et, dans certains cas, bien, ça évite les interventions humaines
dites, peut-être, mensongères ou peu importe, là. Si j'avais un iPad entre les
mains, très structuré, on peut aller très bien dans notre relation, ça
améliorerait, selon nous, l'expérience client, puis on serait en mesure de
bâtir des <logiciels...
>
13 h (version révisée)
< M. Morin (Frédéric) :
...iPad
entre les mains, très structuré, on peut aller très bien dans notre relation.
Ça améliorerait, selon nous, l'expérience client, puis on serait en mesure de
bâtir des >logiciels appropriés. Ça, c'est également au... du niveau de
tout ce qui est produit et géré par... ou... par l'Autorité des marchés
financiers. Donc, il y a des produits... Nous, on est assujettis à la Loi sur
la protection du consommateur, mais on est assujettis également, au niveau de
la vente de produits d'assurance, à l'Autorité des marchés financiers.
Le Président (M.
Bachand) : Merci.
M. Morin (Frédéric) : Ça fait
que ce serait quelque chose...
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup...
M. Sam Yue Chi (Ian P.) : Si
je peux me permettre... pour aller dans le très concret. Vous savez, lorsqu'on
finance un véhicule, aujourd'hui, là, on utilise un fax pour transiger avec nos
institutions financières. Retenez juste ça. Vous allez comprendre pourquoi on
veut...
Le Président (M.
Bachand) :Merci...
M. Sam Yue Chi (Ian P.) : ...électronique.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Merci beaucoup d'avoir été avec
nous.
Sur ce, la commission suspend ses travaux
jusqu'à 15 h 50. Merci beaucoup, à tantôt.
(Suspension de la séance à 13 h 02)
15 h 30 (version révisée)
(Reprise à 15 h 49)
Le Président (M.
Bachand) :Bonjour, tout le monde. La Commission
des institutions reprend ses travaux. On poursuit dans l'enthousiasme
ministériel de ce matin les consultations particulières et auditions publiques
sur le projet de loi n° 72, Loi protégeant les
consommateurs contre les pratiques commerciales abusives et offrant une
meilleure transparence en matière de prix et de crédit.
Il nous fera plaisir, cet après-midi, de
recevoir les personnes et organismes suivants : le Pr Sylvain
Charlebois, le Pr Marc Lacoursière. Mais d'abord, on a le plaisir d'accueillir
les représentants de l'Association des détaillants en alimentation du Québec.
• (15 h 50) •
Merci beaucoup d'être avec nous autres.
Donc, vous savez les règles, 10 minutes de présentation, et après ça on
partage une période d'échange avec les membres de la commission. Donc, la
parole est à vous. Merci beaucoup.
Association des détaillants en alimentation du
Québec (ADAQ)
M. Blouin (Pierre-Alexandre) : Merci,
M. le Président. M. le ministre, Mmes, MM. les députés, merci de nous
accueillir à distance. On s'excuse de ne pas pouvoir être à Québec avec vous.
Je m'appelle Pierre-Alexandre Blouin, président-directeur général de l'ADA. Je
suis accompagné de mon collègue Samuel Bouchard Villeneuve, qui est responsable
des affaires publiques.
D'emblée, notre association partage l'intention
du gouvernement présentée dans le projet de loi n° 72.
Avant de présenter nos observations et recommandations spécifiques aux
différentes propositions, il est important de rappeler que les détaillants en
alimentation veillent à offrir un service irréprochable à leurs consommateurs,
notamment en mettant à leur disposition toute l'information pertinente en
contexte d'achat.
À titre d'association représentant 1 000 détaillants
en alimentation, composée d'épiceries, de petites et de grandes surfaces alimentaires,
de dépanneurs, de boucheries, de boulangeries, de fromageries et de dépanneurs,
nous rappelons... nous leur rappelons ponctuellement qu'ils sont... qu'ils sont
à même de respecter ces obligations au niveau de la LPC. En effet, les
détaillants sont assujettis à des dizaines de règlements et d'obligations,
notamment en matière de vente de tabac, d'alcool, de modernisation de la
consigne, d'hygiène et de salubrité, de protection du consommateur. Bien que
ces obligations inhérentes à la gestion d'un magasin soient connues et
respectées par la très grande majorité des détaillants en alimentation, notre
organisation s'assure d'accompagner les détaillants afin qu'ils s'y conforment
en tout <temps...
M. Blouin (Pierre-Alexandre) :
...organisation
s'assure d'accompagner les détaillants afin qu'ils s'y conforment en tout >temps.
D'ailleurs, dans ce contexte, nous nous
engageons à poursuivre nos efforts et réitérons notre disponibilité pour toute
collaboration avec l'Office de la protection du consommateur afin de nous
assurer que l'ensemble des détaillants se conforme aux mesures prévues par la
Loi de la protection du consommateur. L'éducation et l'actualisation des outils
de formation, en collaboration avec différents partenaires de l'industrie, nous
semblent le meilleur vecteur pour assurer une meilleure conformité. S'il existe
quelques exceptions, nos consultations et l'expérience terrain des détaillants
que nous représentons illustrent que les détaillants appliquent les différentes
mesures de la LPC. Les quelques cas de non-conformité sont liés à des erreurs
de bonne foi, à des erreurs humaines. Naturellement, avec 8 000 détaillants
alimentaires au Québec, encore plus en couvrant les autres secteurs d'activités,
la communication et l'accompagnement demeurent essentiels afin de favoriser la
mise en oeuvre uniforme. Offrir un service à la clientèle qui dépasse les
attentes des consommateurs est garant d'une relation d'affaires durable. Il s'agit
de la principale motivation d'un détaillant de respecter ces dispositions
essentielles.
Cependant, il est primordial de considérer
l'environnement d'affaires dans lequel s'inscrivent les changements proposés
par le projet de loi n° 72. Un détaillant en alimentation moyen possède
plus de 20 000 produits en inventaire. Cela signifie que chaque
changement en matière d'étiquettes, qui peut sembler anecdotique à première
vue, demande un grand nombre d'interventions de la part de nos employés.
Bien que plusieurs aient le support et une
uniformité de pratique via la bannière à laquelle ils sont affiliés, certains
détaillants sont indépendants. Cela signifie que les impacts des changements
prévus par le règlement de la loi devront être assumés par la petite équipe d'employés
de la PME. Également, dans le contexte de pénurie de main-d'oeuvre, nous
considérons qu'il faut limiter la portée des changements afin que ceux-ci
soient bien compris par les consommateurs et éviter les enjeux... des enjeux
opérationnels pour des entreprises dans un environnement d'affaires complexe.
En effet, selon le dernier diagnostic 2020-2024 de la main-d'oeuvre
réalisé par le Comité sectoriel de la main-d'oeuvre du commerce de l'alimentation,
20 000 employés étaient à former ou à pourvoir à des postes de
caissiers, commis de service, commis de clientèle ou bouchers. Nous considérons
également que la volonté d'allègement réglementaire du gouvernement doit se
conjuguer à celle de la modernisation de la LPC. Bref, malgré que l'intention
du gouvernement soit louable, il est impensable d'ajouter un fardeau
administratif à ces entreprises qui composent avec une multitude d'obligations
déjà, sans oublier que la modernisation de la consigne, qui sera un enjeu
opérationnel de taille au début de l'année 2025...
En outre, l'ADA considère que chaque
changement d'étiquetage doit être considéré dans son ensemble. Actuellement,
une dizaine d'informations sont présentes sur une étiquette de petit format, en
moyenne. Chaque changement a une incidence sur la compréhension de l'ensemble
de l'information par le consommateur. En ce sens, nous suggérons à l'Office de
la protection du consommateur de consulter les détaillants en alimentation
indépendants, les bannières et toutes les entreprises concernées non seulement
sur le principe que nous étudions aujourd'hui, mais principalement sur l'application
concrète des changements proposés.
Je cède la parole à mon collègue pour
adresser plus spécifiquement nos demandes sur les différents articles.
M. Bouchard Villeneuve (Samuel) :
Bonjour à tous. Concrètement, le projet de loi se divise en cinq mesures
qui concernent les détaillants en alimentation. D'une part, on a le volet sur l'affichage
des prix des aliments. D'autre part, on a le volet sur la Politique d'exactitude
des prix. L'objectif aujourd'hui, ce n'est pas de rentrer dans le détail de nos
demandes. Je vais faire un bref portrait des mesures qui nous touchent, avec
nos recommandations qui y sont assujetties.
Commençons par l'affichage du prix des
aliments, les quatre mesures qui nous concernent à ce niveau-là. La mesure
n° 1 : l'ajout d'information à proximité du prix afin de préciser si
les taxes s'ajoutent ou non. La mesure n° 2 : limiter la grosseur des
caractères du prix offert aux membres par rapport à celle utilisée pour
indiquer le prix pour les non-membres d'un programme de fidélisation. La
troisième : inscrire la même unité de mesure pour les aliments de même
nature et rendre plus lisible le prix au poids ou au volume. La dernière, qui s'apparente
à la mesure n° 2 : limiter la grosseur des caractères du prix des
produits avec achat multiple par rapport à celle utilisée pour indiquer le prix
à l'unité lorsque les articles peuvent être achetés séparément.
Donc, avant d'aller plus dans le détail
avec nos recommandations, nos commentaires généraux sur ce premier volet sont à
savoir qu'il faut veiller à offrir la latitude nécessaire au détaillant pour
mettre en oeuvre ces dispositions. Il faut voir l'étiquette dans son ensemble.
Dans ce cas-ci, on voit chacun des éléments de façon spécifique, alors qu'une
étiquette comporte une dizaine d'informations tout aussi pertinentes pour le
consommateur. Parfois, certaines bannières, certains détails indépendants
viennent ajouter des informations qui sont, encore une fois, pertinentes en
contexte d'achat. Le fait de grossir la police d'un des éléments peut créer un
risque de confusion qui n'est pas souhaitable non plus en contexte d'achat.
On est favorables au principe du projet de
loi, comme M. Blouin vous l'a mentionné. Par contre, l'opérationnalisation
est beaucoup plus complexe. Nos détaillants, en fait, qui sont au nombre de
8 000 au Québec, ont certains types d'étiquetage. Certains ont écrit des
étiquettes à la <main...
M. Bouchard Villeneuve (Samuel) :
...ont certains types d'étiquetage. Certains ont écrit des
étiquettes à la >main, certains ont des solutions électroniques, certains
ont des étiquettes imprimées avec un système qui est relié. Que feront les
détaillants qui ont investi plusieurs milliers de dollars dans les étiquettes
électroniques pour répondre aux besoins des consommateurs, pour éviter les
erreurs de prix? Parfois, les systèmes qui sont présentement en place ne seront
pas en mesure de prendre tous les changements qui sont répertoriés dans le
projet de loi en ce qui concerne les détaillants en alimentation. C'est ce qui
nous... c'est ce qui nous concerne principalement aujourd'hui.
Si on va plus dans le concret, nos
recommandations qu'on présente dans notre mémoire, la mesure n° 1, nous
suggérons que cette disposition s'applique seulement aux produits taxables. Le
consommateur serait alors tout autant informé, sachant que les taxes
s'appliquent seulement aux produits indiqués.
On doit savoir qu'un détaillant en
alimentation moyen a une vingtaine de milliers de produits en inventaire,
parfois même 30 000. Chaque changement qui devra être effectué dans le
cadre du présent projet de loi nécessite une planification en amont, un soutien
par rapport aux fournisseurs, par rapport à la bannière à laquelle ils sont
affiliés, et des changements... manuels, pardonnez-moi, pour l'ensemble des
employés qui devront mettre en place les différents changements.
Donc, on considère qu'il faut donner une
marge de manoeuvre, une latitude aux détaillants et que le fait d'ajouter
seulement les taxes aux produits qui sont taxables, qui sont une minorité des
produits dans notre secteur d'activité, serait tout aussi suffisant,
l'information s'y trouverait. Donc, un consommateur voit une étiquette, voit un
prix «5,99 $ plus taxes», est conscient qu'à l'arrivée à la caisse, il va
avoir des taxes qui vont s'ajouter. Si la mention «non taxable» n'est pas
indiquée, le... en fait, le client va juste comprendre qu'il n'a pas besoin, en
fait, de débourser des taxes à la caisse. Donc, ça, on pense que ça répond aux
mêmes objectifs du gouvernement.
Les mesures 2 et 4. Nous considérons
que permettre aux consommateurs... aux commerçants, plutôt, d'indiquer le prix
de vente pour les membres d'un programme de fidélisation ou pour les achats multiples
avec une taille de caractère qui ne doit pas excéder 50 %, plutôt que
75 %, comme mentionné dans le projet de loi, serait suffisante pour
indiquer les prix proposés aux autres consommateurs.
Il faut comprendre, encore une fois, que,
si on modifie un élément qui peut sembler anecdotique, on vient avoir une
répercussion sur l'ensemble des éléments qui sont indiqués sur les étiquettes
de prix. Encore une fois ici, il faut faire attention parce que le consommateur
est très attentif naturellement aux prix, mais peut être attentif à d'autres
informations qui sont pertinentes. Puis, si vous avez des questions à la fin de
notre présentation, ça va nous faire plaisir de vous illustrer certains
exemples des informations qui s'y retrouvent.
Si on passe au deuxième volet...
Le Président (M.
Bachand) : Merci... Il vous reste une petite minute avant
la période d'échange. Allez-y.
M. Bouchard Villeneuve (Samuel) :
C'est parfait. Merci, M. le Président. Deuxième volet : la Politique
d'exactitude des prix. Le souhait du projet de loi, c'est de hausser de
10 $ à 15 $ le rabais prévu par la Politique d'exactitude des prix.
On comprend l'objectif du gouvernement à
ce niveau-ci. On a consulté plusieurs dizaines de nos membres, qui sont sans
équivoque. Le fait de hausser de 10 $ à 15 $, avec des faibles... des
faibles marges bénéficiaires, va avoir des impacts considérables sur la
rentabilité. Puis surtout il faut considérer les impacts aussi pour la mise en oeuvre.
Présentement, le consommateur, les détaillants, les employés sur le terrain
sont conscients du 10 $, le fait de changer à 15 $ va créer une
confusion. Puis, dans un secteur d'activité avec des très faibles marges
bénéficiaires nettes, il faut considérer que l'impact va être très grand,
tandis que d'autres secteurs d'activité assujettis ont des prix moyens plus
élevés.
Je conclurais en mentionnant, comme vous
pouvez le voir dans notre mémoire, que l'entrée en vigueur des dispositions qui
sont prévues... avec un trois mois de délais après la sanction du projet
de loi, sont considérées comme étant trop... trop rapides pour les détaillants
en alimentation.
Nous considérons... Nous suggérons, en
fait, au législateur de modifier cette disposition pour avoir un délai de six mois
pour l'entrée en vigueur, ce qui serait jugé suffisant pour l'ensemble des
actions qui seront... qui devront être...
• (16 heures) •
Le Président (M.
Bachand) :Merci... Merci infiniment pour
votre exposé. Donc, je me tourne vers le gouvernement pour une période de 17 minutes.
M. le ministre, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Merci, M.
le Président. M. Blouin, M. Bouchard Villeneuve, bonjour, merci de
participer aux travaux de la commission parlementaire sur un projet de loi qui
est important pour les consommateurs québécois. Parce que, vous le savez, à
chaque semaine, bien, ils vont faire des achats dans les commerces que vous
représentez, donc les dépanneurs, des détaillants en alimentation, boucheries,
fromageries, supermarchés, donc des entreprises que vous représentez.
Vous avez dit, M. Bouchard Villeneuve,
tout à l'heure que ça pourrait porter à confusion, le fait que le prix pour les
achats groupés soit à 75 %, comme on a prévu dans le projet de loi, du
prix affiché, supposons. En quoi est-ce que le consommateur va être confu de
savoir, supposons, le prix unitaire, ou le prix membre ou le prix non-membre,
qu'il soit à <75 %...
>
16 h (version révisée)
<15359
M. Jolin-Barrette :
...le prix membre ou le prix non membre, qu'il soit à >75 %?
Pourquoi, puis si c'est plus gros, il serait davantage confus, le consommateur?
Parce que, moi, quand je me promène à l'épicerie, parfois, dans certains
marchés, quand je lis sur les étiquettes, soit que, des fois, il n'y a pas le
prix, à part le prix... le prix de vente affiché, mais le prix régulier, ou le
prix à l'unité, ou le prix sans groupement, où, parfois c'est tellement petit
que... je ne suis pas encore myope, mais j'ai de la misère à le voir, ni
presbyte. Alors, expliquez-moi ça, pourquoi ça va amener le consommateur à être
confus si on grossit le prix.
M. Bouchard Villeneuve (Samuel) :
Oui, merci, M. le ministre, pour la question. En fait, c'est par rapport à l'ensemble
des informations qui sont déjà disponibles sur l'étiquette. On est conscients
qu'il peut y avoir du travail de fait. C'est pour ça qu'on est... qu'on ne s'oppose
pas au principe général de votre projet de loi. Ce qu'on mentionne plutôt, c'est
que, si on vient grossir un élément versus un autre, ça peut venir, si on veut,
empiéter sur le reste des éléments. Si on pense à une étiquette standard ou une
étiquette, dans ce cas-ci, à prix promotionnel pour les membres d'un programme
de fidélisation, si l'information se confond sur l'étiquette, on ne pense pas
nécessairement que ça va venir aider le consommateur. Est-ce que le fait de
grossir à 50 % va le faire? Oui, on considère que ça donne la marge de
manœuvre nécessaire aux différents détaillants, qui sont tous différents, qui
ont tous des systèmes différents, de mettre en œuvre le souhait que vous avez
exprimé dans votre projet de loi.
M. Jolin-Barrette : Mais
moi, là, je vous parle par expérience terrain et pratique, là. Quand je fais
mon épicerie, tout dépendant des bannières, il y a certaines bannières, pour le
prix membre, qu'il est de la même grosseur que le prix régulier. Là, c'est du
100 %. Là, moi, dans mon projet de loi... Puis, honnêtement, je ne suis
pas tant confus, là, quand il est à 100 %, les deux. Là, on dit 75 %
pour ceux qui ne le font pas à 100 %, supposons. C'est déjà une pratique
de certains épiciers de mettre le prix membre et le prix régulier ou le prix
non membre à 100 % la même grosseur du caractère. Là, qu'est-ce que vous
dites par rapport à ça?
M. Blouin (Pierre-Alexandre) :
Vous avez raison. Vous avez raison, M. le ministre, il y a différentes
stratégies promotionnelles, mais la difficulté, c'est que chaque détaillant va
devoir s'ajuster par rapport à ce qui est édicté, puis, maintenant, c'est
vraiment édicté de façon précise sur ce qui est attendu versus, par le passé, c'étaient
des pratiques qui étaient ouvertes et libres pour chacun des opérateurs. Ce qu'on
demande, dans le fond... on ne dit pas qu'il ne faut pas qu'il y ait une
différence entre les... entre les deux différents prix. Ce qu'on dit, c'est :
Donnez-nous un tout petit peu plus de latitude pour qu'il y ait possibilité d'avoir
d'autres informations.
Puis je vous donne juste un exemple. Ça ne
vise pas la loi, mais il y a... il y a certains détaillants, actuellement, qui
identifient des aliments du Québec, par exemple, sur... à même l'étiquette de
prix. Ce qu'on est inquiet, c'est qu'en ajoutant beaucoup de prescriptifs au
niveau de l'étiquette, à un moment donné, il n'y aura plus de place pour
certaines autres informations qui sont complémentaires, on s'entend, elles ne
sont pas visées par la loi, mais qui sont très pertinentes et souhaitées par le
consommateur également. Donc, ce qu'on veut s'assurer, c'est qu'il reste
suffisamment d'espace sur l'étiquette pour qu'on puisse apposer l'ensemble des
informations qu'on souhaite donner au consommateur.
M. Jolin-Barrette : Écoutez,
bien, on va s'entendre sur une chose, là. Vous êtes d'accord avec moi, là, que,
quand un citoyen rentre dans un de vos commerces, dépanneur, épicerie,
boulangerie, fromagerie, la personne, là, qui arrive devant l'affichette, elle
devrait clairement être capable de savoir c'est quoi, le prix régulier, c'est
quoi le prix en vente, c'est quoi le prix si elle en prend deux, c'est quoi le
prix si elle en prend un. C'est de la transparence, là, on s'entend là-dessus.
Tu sais, parce que, là, vous me dites : Il faut avoir une place pour «Aliments
du Québec». J'en suis, je suis d'accord. Parfois, c'est une affiche qui est
rajoutée à côté du produit. Parfois, ils le mettent dessus aussi.
Mais l'important, c'est que la personne,
quand elle arrive à la caisse, elle ne soit pas mélangée. Si elle a vu 2,49 $,
il faut que, quand elle arrive à la caisse... si elle pense... qu'elle prend le
produit puis elle le met dans son panier, bien, quand elle se présente à la
caisse, il faut que ce soit 2,49 $. Puis, actuellement, vous conviendrez
avec moi que, des fois, ce n'est pas ça. Vous arrivez à la caisse : Non,
non, mais, coudonc, ce n'est pas 2,49 $, finalement, c'est 3,29 $.
Mais, c'est vrai, il y avait peut-être deux pour quelques, mais je pensais que,
si j'en prenais un, c'était le même prix avec le rabais. On est d'accord
là-dessus, vos membres sont d'accord avec le gouvernement aussi qu'il faut que
ce soit clair et transparent.
M. Blouin (Pierre-Alexandre) :
On est en accord pour apporter des modifications, M. le ministre, on vous le
confirme. Ce qu'on vous dit, c'est qu'il faut garder une certaine latitude pour
pouvoir l'opérationnaliser sur nos... sur nos affichages puis être capables...
Encore une fois, ça reste important, là. On a entendu un groupe ce matin
mentionner que peut-être même que le rabais, dans certains cas, devrait être
plus petit que le prix régulier. Je pense qu'il ne faut pas aller là, là. Il ne
faut pas oublier que l'objectif d'un rabais, c'est d'attirer l'oeil du
consommateur. Je peux même vous confirmer qu'à l'heure actuelle, depuis...
depuis la pandémie la vaste majorité des produits vendus sont vendus en
spécial. Donc, le <consommateur...
M. Blouin (Pierre-Alexandre) :
...la
vaste majorité des produits vendus sont vendus en spécial. Donc, le >consommateur
recherche les spéciaux, veut les voir de façon évidente. Donc, il ne faut pas
non plus en venir à cacher le prix... le prix en spécial par un prix régulier.
Ce n'est pas... ce n'est pas votre objectif dans le projet de règlement, mais
je tiens à mentionner que c'est quand même l'objectif. Ce qu'on veut, c'est que
le client qui voit un spécial le ramène, on applique le bon prix. Il est
satisfait, il revient chez nous la prochaine fois.
M. Jolin-Barrette : La
stratégie commerciale, quand il y a un spécial, que ce soit un vrai spécial...
Parce qu'on voit ça, là, dans certains détaillants, là, c'est écrit «rabais en
vedette» ou «spécial», c'est le même prix que le prix régulier. Ça, c'est une
pratique commerciale qui existe, là. Il faut que ça cesse, ce genre de pratique
commerciale, là, parce qu'on est en train de truquer la population. La
personne, là... ou même, le spécial qui est, genre de 0,10 $, la personne
pense, là, faire une économie, puis va chez le détaillant, est attirée par le
rabais, sur la tablette, prend le produit, puis c'est un rabais de 0,10 $,
puis il n'est pas affiché parce que l'étiquette bloque l'autre étiquette, puis
ce n'est pas sur l'étiquette de rabais. Ça aussi, vous êtes d'accord avec moi
qu'il faut que ce soit clair puis que le citoyen puisse savoir combien il
économise quand on fait une stratégie commerciale de vente à rabais d'un
produit alimentaire.
M. Blouin (Pierre-Alexandre) : En
fait, ça m'amène à un autre des points qui est à l'étude, c'est l'indication
par unité de mesure. Je pense que c'est vraiment l'élément central. Quand on
regarde la performance de notre réseau à nous, alimentaire, par rapport à
d'autres secteurs d'activité, je pense qu'il y en a qui ont des devoirs à faire.
Puis on est... on est tout à fait favorables à ce qu'il y ait une meilleure
identification, parce que c'est la meilleure unité de référence pour un
consommateur pour savoir s'il y en a plus pour son argent avec le produit A
versus le produit B. Donc, c'est une unité de mesure qui est très importante.
Malheureusement, hors du secteur alimentaire, vous le retrouvez beaucoup moins.
Je ne veux pas faire le procès d'intention d'autres groupes, mais il y a
certains secteurs qui, disons, se souciaient peu de la réglementation en
vigueur, puis on espère que ce sera... ce sera corrigé dans le futur.
M. Jolin-Barrette : OK. Bien
là, moi, j'y vais par étapes. Là, on est sur l'alimentation. Par la suite, je
comprends que vous me donnez un mandat d'aller sur d'autres secteurs, ça fait que
je retiens votre suggestion.
Peut-être une dernière question avant de
passer la parole à mes collègues : Votre position, là, sur l'indexation de
la Politique d'exactitude des prix? Vous, votre position sur l'indexation?
M. Blouin (Pierre-Alexandre) : On
est opposés à l'augmentation du montant pour la simple et bonne raison que,
nous, pour pouvoir compenser un produit qui est donné, il faut vendre davantage
de produits. À 1 % à 1,5 % de marge de profit net, bien, on va devoir
vendre encore plus puis on n'a pas ces ventes-là. Donc, ça va être une perte
sèche pour le détaillant.
Je vous dirais, satisfaire le client, dans
bien des cas, c'est aussi devoir lui expliquer la Politique d'exactitude des
prix. Je vous dirais, dans nos magasins, on fait énormément de sensibilisation
des consommateurs. Il y a des perceptions, parfois, d'erreurs de prix, mais il
y a aussi... dans certains cas, on a des erreurs, puis on applique la politique
et, dans beaucoup de cas, on a beaucoup de frustration parce que les gens ne
saisissent pas la politique. Puis là ce qu'on vient faire, c'est qu'on vient
d'amener l'entièreté de nos produits qui sont vendus pratiquement en dessous du
15 $... on avait une petite... une petite proportion qui était... qui
était supérieure à ça, c'est une diminution, c'est... on prend le travail de
tous nos employés qui ont manipulé ce produit-là, qui l'ont entreposé, qui
l'ont amené à la caisse, qui l'ont manutentionné, puis on donne l'item au
client. C'est la loi, on l'applique, on va continuer à l'appliquer, mais on
croit que c'est démesuré, le montant qui est... qui est ajouté.
• (16 h 10) •
M. Jolin-Barrette : Mais, en
2001, le prix était à 10 $, puis là, à 15 $, ce n'est même pas
l'inflation depuis 2001. Vous êtes conscients de ça, là. Parce que l'inflation
donnerait 16 $ et quelques, puis il est à 15 $. Le consommateur, là,
quand il va chez vous, dans des commerces, là, puis que lui, il arrive à la
caisse... Parce que ce n'est pas tout le monde qui l'invoque, la Politique d'exactitude
des prix. Ça fait que, là, le consommateur, là, qui achète des produits, là, à
répétition, puis il pense qu'il y a un rabais, mais qu'à la caisse il n'est pas
enregistré au bon prix, ça, pour le consommateur, lui qui pensait acheter à un prix
donné, puis qui se fait flouer parce qu'il le paie, puis il ne s'en rend pas
compte ou il s'en rend compte rendu à la maison puis il ne revient pas se faire
rembourser, ça, est-ce que vous prenez ça en considération dans votre analyse?
M. Blouin (Pierre-Alexandre) : On
prend ça en considération. Il y a des erreurs de prix dans les deux sens. Il y
a des erreurs de prix, parfois, où nous, on fait des rabais aux consommateurs,
mais qui ne sont plus en vigueur. Puis, je vous dirais, on fait des... il y a
certains de nos membres qui font des autovalidations, ils embauchent des firmes
spécialisées, puis ce qu'on voit dans les rapports c'est que ça s'équilibre pas
mal. Parfois, on peut avoir des erreurs de prix à notre avantage, mais il va y
avoir aussi, parfois, des erreurs de prix à l'avantage du consommateur. Évidemment,
un consommateur ne va pas se plaindre quand il arrive chez lui, il réalise
qu'un <produit...
M. Blouin (Pierre-Alexandre) :
...Évidemment,
un consommateur ne va pas se plaindre quand il arrive chez lui. Il réalise
qu'un >produit qu'il aurait dû payer, je ne sais pas, 5 $ est à
4 $, il ne va pas revenir chez nous pour nous offrir la différence. On
applique la politique de prix, mais ce n'est pas le montant de la pénalité qui
fait... qui fait changer l'application de la politique de prix. Tout ce que ça
fait, ça vient augmenter le fardeau... le fardeau des exploitants.
M. Jolin-Barrette : Et vous
me verrez en désaccord avec vous. Moi, je pense que les Québécois sont honnêtes
puis je pense que, s'ils constatent qu'ils ne paient pas le juste prix, ils
vont probablement le dire à la caissière. Mais, bref, je vais céder la parole à
mes... à mes collègues. Je vous remercie pour votre présence en commission
parlementaire.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup, M. le ministre.
Mme la députée d'Anjou—Louis-Riel, s'il vous plaît.
Mme Boivin Roy : Merci, M. le
Président. Bon, écoutez, merci, messieurs, pour la présentation. Je vais continuer
dans la même lignée que le ministre sur la Politique d'exactitude des prix, qui
est haussée à 15 $. Donc, justement, vous nous avez fait part des impacts
qu'il y aurait sur les bénéfices nets des entreprises, même des effets,
possiblement, à long terme sur leur rentabilité et leur viabilité. Là, vous
venez nous dire : Le fardeau d'application... Mais, justement, sur ce
fardeau-là, est-ce que vous avez des statistiques sur l'application du décret
de la politique avec un de vos membres sur, par exemple, peut-être une période
d'une année?
M. Blouin (Pierre-Alexandre) : Bien,
on a sondé nos membres sur l'impact que ça peut avoir. Ce qui est... ce qui est
très difficile dans la politique, puis c'est la même chose quand on va chercher
des données auprès de l'Office de la protection, c'est qu'il y a certaines...
certains cas qui vont se rendre jusqu'à la plainte, il y a certains cas qui
vont se rendre jusqu'à l'application de la mesure, mais, dans beaucoup de cas,
on fait, comme je vous disais, une partie d'éducation du consommateur. Le
consommateur arrive à la courtoisie et demande l'application de la politique,
puis, très souvent, bien, il y a une exception parce que c'est un produit avec
un prix normé. Ça peut être aussi des aliments en vrac, qui ne sont pas visés.
Il y a différentes politiques d'application.
Puis, par-dessus tout ça... Je vous donne
un autre exemple. On a... Par exemple, si une promotion a une durée de temps
délimitée, puis c'est bien inscrit sur l'étiquette de prix, la politique de
prix... d'exactitude de prix ne doit pas s'appliquer. Par contre, il est dans
la politique de certains opérateurs de... quand ils ont bien une étiquette de
rabais, de quand même faire le rabais au consommateur. Donc, nous, ça vient...
ça vient débalancer un petit peu les résultats qu'on pourrait vous sortir. Mais
il y a certains détaillants qui nous disent que ça peut atteindre quelques
milliers de dollars par mois. C'est des montants qui sont quand même importants
quand on pense à la marge de profitabilité qu'on a dans nos magasins. On est
conscients que la politique a des avantages, mais elle a aussi des
inconvénients d'application.
Puis ce qui est... ce qui est très
important de comprendre, c'est... Quand je vous dis : On veut satisfaire
notre client. On veut que le client soit satisfait du service qu'on lui donne.
S'il y a une erreur de prix, on veut appliquer la politique, mais, parfois, il
est en tort, le consommateur, puis on doit aussi lui expliquer. Ça crée de la
frustration, ça fait des gens qui sont... qui sont mécontents, puis, parfois,
peut-être même qu'ils peuvent décider de bouder notre commerce. Mais on est
dans l'obligation d'appliquer la réglementation, parce qu'on ne peut évidemment
pas donner des items gratuits à chacun des clients, ça ne fonctionnerait pas.
Mme Boivin Roy : Alors, selon
vous, quel est le principal facteur de perte pour un épicier? Est-ce que vous
diriez le gaspillage alimentaire, le vol ou encore la Politique d'exactitude
des prix?
M. Blouin (Pierre-Alexandre) : Non,
ce n'est pas au niveau du vol. Mais l'enjeu, c'est que ça va s'appliquer un
petit peu de la même façon. Il y a des erreurs qui sont... qui sont causées par
les changements de prix. Parfois, on peut avoir aussi des îlots complémentaires
du même produit. Donc, on peut avoir un produit qui est en spécial, puis on va
décider de faire un marchandisage croisé dans une section au-dessus d'un îlot,
puis on va retrouver le même produit. Bien, ça se peut que, quand le changement
de prix va être fait par l'employé commis dans la section d'épicerie, il va
avoir oublié d'aller dans les fruits et légumes pour aller faire changer le
prix. Donc, la politique a cet avantage que, lorsqu'on constate une erreur de
prix, on l'utilise quand même pour aller faire les modifications. Donc, c'est
très important d'avoir du personnel disponible sur le plancher pour aller
modifier le prix en conséquence, pour ne pas flouer le consommateur.
Mais d'augmenter de façon trop importante
la pénalité, ça va juste grever les détaillants et rendre... rendre... mettre
encore plus de tension sur les employés pour faire l'application, parce qu'ils
sont conscients de la problématique, là. On ne peut pas... on ne peut pas
donner un item, encore une fois, à chacun des clients.
Mme Boivin Roy : Merci.
Le Président (M.
Bachand) :M. le député de Saint-Jean,
pour 1 min 40 s.
M. Lemieux : 1 min 46 s.
Le Président (M.
Bachand) :1 min 40 s.
M. Lemieux : J'avais plus que
ça en télévision pour un reportage.
Le Président (M.
Bachand) :Moi, là, je me fie à mon
secrétariat, mon cher.
M. Lemieux : Bonjour,
messieurs. Une question rapide et une réponse rapide, s'il vous plaît. C'est au
sujet de l'entrée en vigueur. Si je comprends bien, vous dites : Trois
mois, là, on ne sera jamais capables d'y arriver, puis c'est trop lourd, puis
vous suggérez six mois. Je comprends que c'est le double, ça semble raisonnable
quand on part de trois puis on monte à six. Mais, essentiellement, est-ce que
c'est vrai pour les petits, les moyens puis les gros? Il y aurait-tu moyen, par
exemple, de dire : Bien, les gros détaillants, ils sont tellement bien
organisés, c'est tout informatisé, l'impression, tout ça, alors que le petit
dépanneur, pour lui, c'est une autre... c'est une autre <aventure?...
M. Lemieux :
...tout
ça, alors que le petit dépanneur, pour lui, c'est une autre... c'est une autre >aventure?
M. Blouin (Pierre-Alexandre) : Bien,
j'ai envie de vous dire, d'emblée, il y a une problématique annuelle, ça s'appelle
la période des fêtes, puis, quand on calcule, on arrive pas mal directement
dedans. C'est une période de grand achalandage. Ce n'est pas le moment, au mois
de décembre, de faire des modifications au niveau de nos prix. Ceci dit, je ne
pense pas qu'il y a une grande différence, parce qu'il y a autant des joueurs
intégrés dans les petits commerces qu'il y en a dans les grands. Donc, je pense
que c'est... ce serait une application qui permettrait à tout le monde d'être
prêts à temps pour l'entrée en vigueur.
M. Lemieux : ...je vous
redonne 20 secondes, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) :Ah! vous êtes généreux, comme d'habitude.
Merci, M. le député de Saint-Jean. M. le député d'Acadie, pour
8 min 50 s, s'il vous plaît.
M.
Morin
(Acadie) :Oui, merci, M. le Président.
Alors, M. Blouin, M. Villeneuve, merci, merci d'être avec nous, merci pour le
mémoire que vous avez produit. J'aimerais continuer, après avoir lu votre
mémoire, sur un des éléments du projet de loi qui ferait en sorte que le rabais
maximum de 10 $ passerait à 15 $. Est-ce que vous avez chiffré l'impact?
Et, parce que, dans votre mémoire, vous dites que 90 % des articles d'une
épicerie sont de 10 $ et moins, donc je comprends qu'il y en a seulement
10 % qui seraient en haut. Est-ce que ça pose un problème majeur? Parce
que ça semble être peu d'aliments, finalement. Donc... Parce que vous sembliez
avoir peur d'une perte pour les gens que vous représentez. Mais vous dites que
c'est 90 % de tous les articles qui sont déjà à 10 $ et moins.
M. Bouchard Villeneuve (Samuel) :
Bien, si je peux me permettre, e19253 n
fait, l'enjeu, ici aussi, qu'on n'a pas abordé depuis le début de cet
élément-ci, c'est qu'il y a des risques de fraude. Naturellement, on ne veut
pas nécessairement que les personnes qui nous écoutent savent... sachent
comment frauder à ce niveau-là, mais plus qu'on augmente cette exonération-ci,
plus qu'il y a un risque de fraude. Parce qu'un 10 $, c'est intéressant,
15 $, ça l'est encore plus. Donc, les personnes qui... que ce soient des
employés, que ce soient des clients, qui utilisent des stratagèmes pourraient
être plus intéressées, entre guillemets, à... comment... par ce type de fraude
ci.
Je suis... je vous dirais, M. le député,
que tout... toute perte supplémentaire qu'un détaillant en alimentation doit
assumer, c'est une perte de trop dans le contexte dans lequel ils oeuvrent. Ce
n'est pas le même principe partout au Québec. Mais, vous savez, le Québec, c'est
grand, on a 17 régions administratives, on a des détaillants qui sont
dans... bien, qui sont situés dans des coins qui sont des... à risque de désert
alimentaire. Ça peut s'ajouter. Je ne dis pas que c'est ce qui va faire en
sorte que le magasin va fermer, mais, si le magasin est déjà en difficulté
financière, ce type de perte là... ce type d'obligation là supplémentaire qu'on
peut leur infliger, si vous me permettez l'expression, peut engendrer, à terme,
des fermetures de magasins, littéralement. Donc, c'est ce qu'on... c'est ce qu'on
souhaiterait éviter. Puis on souhaiterait réitérer aussi notre... nos
dispositions à collaborer avec l'OPC, à collaborer à nouveau, comme on le fait
à chaque année, avec nos membres pour leur mentionner quelles sont les
politiques auxquelles ils sont assujettis.
M.
Morin
(Acadie) :Et est-ce que vous avez des
statistiques sur le nombre de fraudes, ou le type de fraudes, le pourcentage
des fraudes dont souffrent les gens que vous représentez?
• (16 h 20) •
M. Blouin (Pierre-Alexandre) : Bien,
en fait, dans le cadre... dans le cadre des consultations qu'on a faites,
44 % des détaillants nous expliquaient avoir été victimes de fraude, et,
dans les descriptions, c'étaient les mêmes stratagèmes qui revenaient. Si ça
intéresse la commission, ça nous ferait plaisir d'en discuter hors micro. Mais
évidemment vous comprenez qu'on ne peut pas se mettre à expliquer des
stratagèmes qui pourraient être facilement copiés. Mais je peux vous dire que
les gens ont beaucoup d'imagination sur comment... comment venir faire... faire
des profits... des profits sur notre dos.
M.
Morin
(Acadie) :D'accord. Je vous remercie.
Au début de votre mémoire, et puis on en a parlé, vous parlez des étiquettes,
et, évidemment, ce qui serait proposé aurait un impact, et vous suggérez, au
fond, que ce serait applicable seulement aux produits taxables. Est-ce que j'ai
bien compris?
M. Blouin (Pierre-Alexandre) : Exactement.
M.
Morin
(Acadie) :Et les produits taxables, ça
représente combien de pourcentage en termes de produits qui sont en vente dans
les épiceries que vous représentez?
M. Blouin (Pierre-Alexandre) :
C'est la vaste majorité des produits vendus en épicerie, compte tenu que la plupart
des produits frais ou pour préparer des recettes ne sont pas taxés. Donc,
comprenez que tous... tous les aliments frais, toutes les viandes, tous les...
tout ce qui n'est pas aliment préparé, alcool ou quelques exceptions liées aux
différentes lois, là, de... qu'elles soient fédérales ou <provinciales...
M. Blouin (Pierre-Alexandre) :
...alcool,
ou quelques exceptions liées aux différentes lois, là, de... qu'elles soient
fédérales ou >provinciales, je veux dire, la très vaste majorité des
produits que nous vendons sont non taxables. Donc, identifier les produits
taxables, je pense que ça répondrait aux besoins. Ça nous éviterait d'avoir à
mettre plus d'informations sur l'ensemble des étiquettes. C'est un peu ça,
l'idée.
M.
Morin
(Acadie) :Sauf que si l'objectif du
projet de loi est de permettre aux consommateurs d'en savoir plus puis qu'on
suit votre recommandation, c'est simplement une petite partie des aliments qui
vont être visés par la disposition. On s'entend là-dessus?
M. Blouin (Pierre-Alexandre) : Oui,
mais, comme ils ne sont pas taxables, je ne vois pas où est... où le
consommateur se retrouve lésé.
M.
Morin
(Acadie) :OK, parfait. Vous suggérez
également un délai avant l'entrée en vigueur des mesures pour... en matière
d'affichage. Il y a d'autres groupes qui ont parlé d'un délai de 18 mois.
Vous, vous parlez d'un délai de six mois. Si jamais vous n'avez pas ce
délai-là, quel va être l'impact pour vous ou pour les gens que vous
représentez?
M. Blouin (Pierre-Alexandre) : Bien,
comme je l'expliquais, en toute franchise, je ne sais pas comment on pourrait
arriver dans le délai de... délai prévu par le règlement actuellement. On
arrive exactement dans la période des fêtes. C'est une période où il ne se
passe pratiquement rien dans notre secteur, à part servir le client, à part
travailler tout le temps des fêtes entre les... entre les quelques journées où
il y a des heures de fermeture. C'est une période extrêmement faste. À partir
de la fin novembre, on est dans l'opération, les commandes pour préparer les
magasins. En décembre, on ne réfléchit plus, on fait juste exécuter. Ça fait que...
écoutez, je ne sais pas. Si la loi passe telle quelle, bien, on va faire ce
qu'on peut. Il risque d'y avoir peut-être plus de non-conformité.
M.
Morin
(Acadie) :Oui. Non, je comprends, mais
c'est important, ce que vous dites, parce qu'évidemment, comme législateur,
quand on travaille à l'adoption des lois, on veut que la loi ait un impact
positif et on veut qu'elle ait un impact immédiat. Donc, si vous dites que vous
avez des enjeux très importants pour vous conformer à la loi, bien, en tout
cas, personnellement, moi, c'est quelque chose dont je veux tenir compte dans
mon travail de parlementaire. Alors, si vous me dites que, pour vous, c'est à
peu près impossible, je peux... je peux comprendre.
Maintenant, vous avez parlé aussi, dans
votre mémoire, qu'il y a beaucoup d'étiquetage avec des solutions électroniques
où vous ne pouvez pas ajouter d'information sur l'étiquette. Pouvez-vous nous
en dire davantage? Puis comment vous allez faire pour vous adapter avec la
nouvelle loi si c'est ce mode d'étiquetage là qui est utilisé?
M. Blouin (Pierre-Alexandre) : Je
ne sais pas, Samuel, si tu voulais compléter.
M. Bouchard Villeneuve (Samuel) :
Oui, bien, en fait, à ce niveau-ci, c'est... le... notre commentaire
général sur les mesures concernant l'affichage sur les étiquettes... sont à
l'effet que les détaillants devraient avoir une latitude, puis la latitude
qu'on cherche, ça permettrait, en fait, à l'ensemble des détaillants de
s'ajuster. C'est certain qu'il y en a qui vont devoir faire des
investissements, ça, c'est indéniable. Mais, comme chaque... il y a plusieurs
dizaines de types d'étiquettes, il y a plusieurs dizaines de types de
solutions, il y a différents magasins qui incluent certaines informations,
d'autres, non, on ne peut pas... on ne souhaitait pas nécessairement aller dans
chaque cas de figure. On souhaitait plutôt avoir des recommandations au
législateur qui permettront aux détaillants de s'y conformer. Puis, je réitère,
en fait, on est... on est d'accord sur le principe du projet de loi puis on
souhaite que ça puisse être mis en œuvre dans les conditions gagnantes, selon
la réalité de nos détaillants.
M.
Morin
(Acadie) :Il y a un élément que vous
n'abordez pas dans votre... dans votre projet de loi, mais, puisque vous
représentez les détaillants en alimentation, j'aimerais avoir votre opinion.
C'est dans le domaine de la réduflation. Et, d'après vous, l'information qui
devrait être donnée aux consommateurs, est-ce qu'elle devrait l'être par le
détaillant ou par, finalement, celui qui produit le produit en question?
Le Président (M.
Bachand) :Rapidement, en 30 secondes,
s'il vous plaît.
M. Blouin (Pierre-Alexandre) : Bien,
j'imagine que vous faites référence au modèle français. Je vous dirais, on a le
meilleur outil actuellement au Québec, c'est le prix unitaire en fonction d'une
unité de mesure. C'est le meilleur outil de comparaison. Ce qu'on voit en
France, c'est une guerre de tranchées entre les producteurs et les détaillants,
à savoir c'est de la faute de qui si le produit est maintenant plus cher. Je
pense qu'on a un très bon outil qui est déjà présent sur l'étiquette. Je ne
pense pas qu'on a besoin de ce genre de querelle là au Québec, qui n'est
vraiment pas nécessaire.
M.
Morin (Acadie) :Parfait. Je vous remercie.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. M. le député de
Saint-Henri—Sainte-Anne, pour 2 min 57, s'il vous plaît.
M. Cliche-Rivard : Merci
beaucoup, merci pour votre participation en commission. Écoutez, il y a des
groupes qui nous ont parlé de phénomènes, là, qu'ils voient de plus en plus
fréquents dans l'alimentation. Notamment, on a parlé de réduflation, on a parlé
de «stretchflation». On a parlé de déqualiflation, même, on a appris ce
terme-là tout à l'heure, en tout cas, moi, je ne le connaissais pas, quand il y
a une modification de la qualité des ingrédients, là, dans certains produits. Je
me demandais qu'est-ce que vous mettez en place puis qu'est-ce que vos membres
mettent en <place...
M. Cliche-Rivard :
...Je
me demandais qu'est-ce que vous mettez en place puis qu'est-ce que vos membres
mettent en >place pour lutter, entre guillemets, là, contre ces
pratiques-là puis pour une meilleure transparence pour le consommateur, pour
qu'il en soit au courant, là, quand ces choses-là arrivent dans les produits
que vous vendez.
M. Blouin (Pierre-Alexandre) :
La question est très large. Je vous dirais que c'est sûr que les acheteurs
des différentes chaînes travaillent très fort pour s'assurer de maintenir des
prix... des prix acceptables pour les consommateurs. Ça, il y a... il y a une
certaine... une certaine négociation qui a cours. Après ça, au niveau des
détaillants, bien, dans beaucoup de cas, on est au même niveau que le
consommateur, je vous dirais, parce qu'on ne peut pas aller... aller analyser
l'ensemble des ingrédients d'un item qui est mis sur la tablette versus celui
qui était là la fois d'avant, parce que, des fois, on n'a même plus l'item
d'avant.
Donc, il y a un enjeu avec ces
pratiques-là. Et puis c'est là que je vous disais tout à l'heure, le meilleur
outil reste la... le prix unitaire par unité de mesure. C'est le meilleur outil
pour comparer. Puis, ensuite de ça, bien, comme consommateur, c'est sûr qu'il
faut apprendre à lire les étiquettes. Si on constate qu'il y a beaucoup plus de
gras saturés que dans l'autre version qu'on connaissait, là c'est un petit peu
plus compliqué puis ce n'est pas l'étiquette de prix qui peut porter tout ça. Mais
comprendre le monde de l'alimentation, ça nécessite beaucoup de littératie, il
faut... il faut être capable de lire des étiquettes...
Le Président
(M. Bachand) :...parce que le temps
file. M. le député, s'il vous plaît.
M. Cliche-Rivard : Vous
avez une belle piste, là, vous me disiez : Il faut qu'ils apprennent à
lire les étiquettes. C'est vrai, puis que vous avez une base unitaire. Si cette
modification-là, à l'unité puis au prix, là, elle change, est-ce que vous, vous
êtes ouvert à ce que ce soit indiqué de quelconque façon, à savoir, là,
soudainement, si ça vient de passer à 0,08 $ par 100 millilitres au
lieu de 0,15 $ que c'était ou... est-ce que vous êtes ouvert à faire ces
déterminations-là puis ces modifications-là, tant qu'à être dans la
modification de l'étiquette?
M. Blouin (Pierre-Alexandre) :
En toute franchise, je ne vois pas où on peut la mettre sur l'étiquette. Il
n'y a plus de place sur l'étiquette.
M. Cliche-Rivard : Merci,
M. le Président.
Le Président
(M. Bachand) :Merci beaucoup. Mme la
députée de Vaudreuil, pour 2 min 57 s, s'il vous plaît.
Mme Nichols : Merci, M.
le Président. Vous disiez qu'il n'y a plus de place sur l'étiquette. Justement,
s'il y avait... L'étiquette, qu'est-ce que vous voulez prioriser sur
l'étiquette? Ce serait quoi, votre commentaire ou votre recommandation s'il y a
quelque chose à prioriser pour l'étiquette, en fonction, évidemment, que vous
représentez les détaillants en alimentation du Québec... oui, du Québec?
M. Blouin (Pierre-Alexandre) :
Écoutez, on vous nommait que c'est environ 10 éléments, mais il y a
des éléments aussi qui sont essentiels pour nous pour pouvoir faire le suivi
des produits, pour pouvoir scanner le produit, pour pouvoir faire des
contre-vérifications des inventaires, etc. Tout ça, pour le consommateur, ce
n'est pas important. Pour nous, c'est très important en termes d'opération. Je
dirais que les 10 éléments qui sont sur l'étiquette sont essentiels.
Ensuite de ça, si on veut rajouter de
l'information, il existe d'autres technologies. Il y a le code QR, il y a aussi
des nouveaux codes UPC qui vont faire leur entrée, puis on peut aller chercher
beaucoup d'informations pour le consommateur. On ne peut pas tout faire porter
ça à une petite étiquette de tablette.
Mme Nichols : Je m'excuse de
vous interrompre, je n'ai pas grand temps, mais, honnêtement, le code QR, là,
ma mère, qui fait son épicerie, ne sait pas comment ça fonctionne, là, ça fait
que ce n'est certainement pas une bonne idée de s'en aller là. Puis, tu sais,
on essaie... on le dit, là, ce qu'on fait, là, c'est : on se met à la
place du consommateur puis on essaie de protéger le consommateur. Puis je
reviens avec ma question. S'il y a un élément à mettre de l'avant, vous, lequel
vous mettriez en premier de l'avant?
M. Blouin (Pierre-Alexandre) :
Bien, le prix, le prix doit être là, évidemment, puis le poids par
100 grammes. Ce sont probablement les deux éléments les plus importants
pour le client.
Mme Nichols : Et le
poids par 100 grammes. Parfait. Dernière petite question...
M. Blouin (Pierre-Alexandre) :
Le prix par 100 grammes.
• (16 h 30) •
Mme Nichols : Oui,
merci. Dernière petite question. Je veux juste... On n'en a pas parlé, là, mais
je me demandais : Les mesures... les mesures visant les pourboires, est-ce
qu'il y a des détaillants qui ont des comptoirs, entre autres, qui demandent
des pourboires? Est-ce qu'il y a certains de vos détaillants qui sont visés par
cette mesure-là ou ça ne s'applique pas? Puis je pense, entre autres... parce
qu'il y a des comptoirs le midi où il y a du prêt-à-manger, où il y a des
comptoirs de sushi. Est-ce que ça pourrait s'appliquer ou vous n'êtes pas
touchés par la mesure sur les pourboires?
M. Blouin (Pierre-Alexandre) :
Je vous dirais, on ne nous l'a pas rapporté. Il y a peut-être des
pourboires volontaires, mais ce n'est pas appliqué, à ma connaissance,
directement sur la transaction.
Mme Nichols : Parfait.
Très bien, merci.
Le Président
(M. Bachand) :Merci. M. le député de
Jean-Talon, pour 2 min 32 s, s'il vous plaît.
M. Paradis : Il y a un
paragraphe, là, qui revient à quelques reprises dans votre mémoire, où vous
dites que... qu'il faut comprendre que chaque détaillant a plusieurs types
d'étiquettes de différentes grosseurs, qu'il y a plus d'une dizaine
d'informations différentes sur une étiquette, que les étalages sont saturés,
etc. Mais je suis un petit peu perplexe par rapport aux conclusions auxquelles
ça vous mène, vous. Moi, ma compréhension, c'est que le projet de loi cherche
justement à simplifier la vie des consommateurs face à toutes ces
informations-là et à cette variété d'étiquettes, et vous, vous avez l'air de
tirer la conclusion que, bien non, ça devrait faire en sorte qu'on ne devrait
pas aller aussi loin dans le projet de loi. Est-ce que vous pourriez répondre à
cette inquiétude-là que j'ai? C'est-à-dire que vos constats, par rapport à vos
conclusions et celles du projet de loi... est-ce que... est-ce que vos constats
ne devraient pas nous mener, nous, comme législateur, à dire, bien, que, justement,
il faut <simplifier ça...
>
16 h 30 (version révisée)
<19999
M. Paradis :
...est-ce que... est-ce que vos constats ne devraient pas nous
mener, nous, comme législateurs, à dire, bien, que, justement, il faut >simplifier
ça un peu pour les consommateurs?
M. Blouin
(Pierre-Alexandre) : Bien, en fait, simplifier, c'est une chose, mais
là on vient dicter la taille, le type de grosseur de telle information versus
telle information. Dans certains cas, ça va correspondre à ce qui est déjà la
pratique d'un détaillant, mais, dans d'autres cas, ça fait complètement changer
la façon dont il fonctionne. Donc, c'est difficile, pour nous, de répondre dans
l'absolu parce qu'on a différents cas de détaillants qui ont des pratiques
différentes, et évidemment venir ramener ça sur une base similaire, ça a des
avantages, mais, comme on vous disait, il y a certains détaillants, on ne sait
pas comment ils vont faire pour rentrer toute l'information sur cette fameuse
petite étiquette. On ne parle pas nécessairement d'une commère additionnelle,
là, on parle bien de l'étiquette prix.
M. Paradis : D'accord,
mais, du point de vue du consommateur, est-ce que vous n'êtes pas d'accord que
le projet de loi propose une simplification d'un état de fait que... Vous-même,
vous nous dites, dans votre mémoire, qu'il y a beaucoup d'information, puis il
y a beaucoup de variété, puis c'est ça, l'objectif du projet de loi, de
simplifier la vie du consommateur.
M. Blouin (Pierre-Alexandre) :
Je reviens sur l'exemple que j'amenais tout à l'heure. Est-ce que... Si on
n'a plus de place pour mettre le logo «Aliments du Québec» sur l'étiquette de
prix, est-ce qu'on l'enlève?
Le Président (M.
Bachand) : ...avez du temps.
M. Paradis : Bien là,
vous me posez la question à moi?
M. Blouin (Pierre-Alexandre) :
Bien, c'est parce qu'à un moment donné, si on a pris tout l'espace pour
mettre les mesures obligatoires, le consommateur nous demande une foule d'autres
choses. Il ne nous demande pas juste d'appliquer la LPC, là.
M. Paradis : Mais donc
vous, vous...
M. Blouin (Pierre-Alexandre) :
Le consommateur a d'autres attentes envers nous. Il veut savoir quels sont
les allergènes. Il veut savoir quelle est la nature, quelle est l'origine du
produit, puis tout ça, on essaie d'appliquer tout ça sur la même petite étiquette.
M. Paradis : Mais vous,
vous comprenez le projet de loi comme imposant plus d'information plutôt qu'une
simplification de l'information pour les consommateurs. C'est bien ça?
M. Blouin (Pierre-Alexandre) :
On considère qu'en venant fixer comment l'information doit être affichée, en
disant telle police de... pour telle obligation, tel item à tel pourcentage de
l'autre item, bien, ça nous oblige à potentiellement enlever des éléments qui
vont être sur l'étiquette.
M. Paradis : OK, mais
placez-vous du point de vue du consommateur actuellement au Québec, puis qui
regarde ce que vous écrivez, qu'il y a plusieurs informations, qu'il y a
plusieurs types d'étiquettes, qu'il y a plusieurs logiciels, des dizaines d'informations,
puis là il y a un projet de loi qui vise à simplifier ça pour uniformiser un
peu au Québec, pour que le consommateur puisse se retrouver, est-ce que vous
êtes d'accord que le projet de loi constitue, en ce sens, un pas en avant pour
le consommateur?
Le Président (M.
Bachand) :Rapidement, s'il vous plaît.
M. Blouin (Pierre-Alexandre) :
On est d'accord que c'est un objectif qui est noble. Maintenant, il faut l'appliquer
sur le terrain, puis c'est là que ça devient compliqué.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup, M. Blouin,
M. Villeneuve. Merci beaucoup d'avoir été avec nous aujourd'hui.
Je suspends les travaux quelques instants
pour accueillir notre prochain témoin. Merci. À tantôt.
(Suspension de la séance à 16 h 34)
(Reprise à 16 h 39
)
Le Président (M.
Bachand) :À l'ordre, s'il vous plaît! La
commission reprend ses travaux. Il me fait plaisir d'accueillir Me Marc
Lacoursière, professeur titulaire à la Faculté de droit de l'Université Laval.
Merci beaucoup, maître, d'être avec nous. Alors, vous connaissez les règles,
10 minutes de présentation, après ça on aura un bel échange avec les
membres de la commission. La parole est à vous. Merci beaucoup d'être ici
aujourd'hui.
M. Marc Lacoursière
M. Lacoursière (Marc) : Merci
beaucoup. Merci, M. le Président. M. le ministre, Mmes et MM. les députés,
Me Allard, merci beaucoup pour l'invitation.
• (16 h 40) •
Alors, de manière générale, je considère
que le projet de loi améliore certainement d'une bonne manière, très positive,
la protection des consommateurs et des consommatrices québécois. Il réussit, à
certains égards, à atteindre un niveau d'équité tant recherché dans les
rapports entre les consommateurs et les commerçants, et ça, l'équité, ce n'est
pas toujours facile d'atteindre ce niveau-là, et je tiens surtout à féliciter l'Office
de la protection du consommateur pour le projet de loi. Je désire proposer
quelques suggestions pour tenter de bonifier un peu le projet de loi et, par
conséquent, incidemment, la portée de la Loi sur la protection du consommateur,
la LPC. Je m'en tiendrai à l'essentiel en présentant quelques éléments
spécifiques dans le projet de loi.
Avant de débuter, je souligne que l'harmonisation
des règles visant le louage à long terme d'un bien immobilier avec les règles
encadrant le crédit est certes bienvenue. Il en va de même pour l'amélioration
des règles sur le crédit en général, évidemment, le crédit variable, notamment,
le commerçant itinérant, le... Tout ça, ce sont des règles qui sont vraiment bien...
de mon point de vue, bien accueillies.
Je vais... je vais traiter deux points en
particulier. La responsabilité en cas de fraude ou lors d'une utilisation non
autorisée d'un compte, ou on pourrait peut-être même parler d'une carte, donc,
pour aller plus large, je vais revenir là-dessus. Également, les modifications
des termes de paiement, à l'article 107, je vais revenir sur ce point-là
tout à l'heure.
L'article 61.1... pardon, 65.1 ainsi
que 65.2 qui sont proposés par le projet de loi sont destinés à répondre à un
fléau qui vise la population en général et surtout les aînés. Des reportages
qui sont médiatiques en témoignent à plusieurs effets, évidemment, et Me
Plourde, ce matin, a bien exposé... J'ai bien aimé ce qu'il a expliqué comme
exemples. C'était très concret et c'était très réel, bien entendu.
65.1 est rédigé d'une manière assez générale
afin de couvrir, disons, les cas de fraude informatique commis par des pirates
ou des hackers qui s'introduisent illégalement dans l'ordinateur d'un
consommateur pour accéder aux comptes <bancaires ou ça peut être commis...
M. Lacoursière (Marc) :
...l'ordinateur
d'un consommateur pour accéder aux comptes >bancaires ou ça peut être
commis par la perte ou le vol d'un instrument de paiement. Il y a même des cas
où le consommateur a été amené à divulguer des informations bancaires à un
tiers qui est mal intentionné. C'est un autre cas qui peut être visé également
par 65.1.
Alors, il y a quelques petits problèmes. De
mon point de vue, ce n'est pas des problèmes majeurs, mais des ajustements
qu'on pourrait faire pour être sûrs de bien couvrir, et, derrière tout ça, ce
qui est important, c'est que ce soit clair, que les articles soient clairs et
que ce que l'on veut couvrir, ce sera vraiment clair, ce que l'on veut faire. Donc,
fondamentalement, c'est le problème de l'adéquation de l'encadrement.
Donc, 65.1 ne traite pas de la fraude
commise par un vol d'un instrument de paiement ou une carte de débit. En fait,
on parle de l'instrument dans l'article 65.2... 65.1, deuxième alinéa, on parle
d'un instrument. Je comprends que c'est au sens large. Évidemment, ça comprend
un instrument de paiement, et surtout une carte de débit. J'y serais peut-être
allé pour un instrument de paiement qui peut englober tout ça. Je vais revenir
là-dessus dans quelques instants. Donc, le deuxième alinéa de 65 prévoit la
responsabilité du titulaire pour la perte ou le vol d'un instrument, donc, qui
est limitée à 50 $. C'est la même idée que la carte de crédit, ça va dans
le même sens. Donc, concrètement, on fait un peu l'analogie de cette manière.
Et, troisièmement, l'article 65.2
détermine que le consommateur qui a commis une faute lourde dans la protection
de son NIP, le NIP, le numéro d'identification personnelle, est responsable de
sa perte monétaire. Donc, à partir de là, de mon point de vue, ça soulève
quelques questions, la première étant : Est-ce qu'il existe une défense,
pour le consommateur, qu'il peut se prévaloir s'il a divulgué son NIP? Donc, je
comprends que, dans le projet de loi, on parle d'un indice probant, mais je
vais probablement revenir là-dessus. J'ai bien aimé l'indice probant.
Si je vais directement à 65.2, de mon
point de vue, oui, on parle d'un indice probant, mais, comme j'ai dit tout à
l'heure, j'aimerais que ce soit peut-être un peu plus clair, et peut-être qu'on
pourrait aller dans le sens... Est-ce qu'on peut faire valoir une défense qui
est fondée sur la supercherie, sur la crainte ou sur la force, peu importe? Et
là je m'inspire du code canadien... du Code de pratique canadien des services
de cartes de débit de 92, qui est à jour en 2004. Je vous concède que 2004, ça
fait quand même 20 ans, mais ce sont des choses intéressantes, et, dans ce
code-là, on prévoit... on nomme les éléments, les circonstances où un
consommateur pourrait faire valoir une défense, et notamment le cas de la
supercherie.
Donc, et au-delà de ça, on s'en tient à la
faute lourde lorsqu'on divulgue le NIP, mais que se passe-t-il lorsqu'il y a
une carte sans contact, que se passe-t-il lorsqu'il y a une identification
biométrique? Si je veux accéder à mon téléphone, je peux composer le code, mais
je peux seulement le regarder. Par la reconnaissance faciale, il va s'ouvrir. Même
chose pour l'ordinateur, empreinte digitale, il va s'ouvrir, donc, et ça,
normalement, c'est seulement mes... disons, ma reconnaissance faciale de
moi-même qui est dedans, mais je pourrais, techniquement, laisser quelqu'un
d'autre, disons, mon fils ou ma conjointe, indiquer... tu sais, prendre...
également avoir accès de cette manière-là dans mon téléphone portable ou par
l'ordinateur, ce qui ne devrait pas être permis.
Donc, ça, c'est quelque chose qui n'est
pas... qui n'est pas abordé, et pourquoi je vous en parle, c'est parce que, si
on parle du NIP, c'est comme... oui, le NIP, c'est intéressant, mais le NIP,
là, ça fait longtemps qu'il est là, là, ça fait comme... On parle de dizaines
d'années, puis ce serait bien de voir... être assez neutre au niveau, disons,
technologique puis de voir qu'il y a d'autres méthodes qui peuvent s'en venir,
et l'aspect biométrique, ce n'est quand même pas d'hier. J'étais jeune
professeur à l'époque, il y a plusieurs années, puis déjà on parlait... c'étaient
des choses... il y avait des choses écrites là-dessus, et j'en avais même
traité à l'époque dans mon mémoire de maîtrise, et ça, on parle de 30 ans, là,
alors, donc, ou presque. Donc, ce sont des choses qu'on pourrait peut-être
considérer, l'idée étant d'être assez ouverts aux nouvelles technologies et pas
seulement traiter du NIP ou du numéro d'identification personnelle.
Donc, autrement dit, pour conclure sur cet
aspect-là, mon idée était qu'on devrait... On a fait un bout de chemin en
traitant d'un instrument qui est un instrument de paiement ou, disons, une
carte de débit, mais on devrait aller plus loin un peu, faire un encadrement
plus global de la carte de débit, et surtout des instruments de paiement, et,
évidemment, «instrument de paiement», c'est très large, là. On peut comprendre...
Ça peut être même une carte de crédit qui, elle, même si elle porte le nom de «crédit»,
est un instrument de paiement dans certaines circonstances où est-ce qu'on va
payer avec. Ça peut être une carte prépayée. Ça peut être autre chose
également, un virement de fonds, tout simplement. C'est très large. Ça, c'est à
vous de voir, évidemment, jusqu'où vous voulez aller dans cette direction-là si
vous voulez faire un bout de chemin de ce côté-là, mais je pense que ce serait
intéressant. C'est déjà avant-gardiste de vouloir encadrer ce type de fraude là
au Canada, mais je pense qu'on pourrait faire un pas supplémentaire pour
encadrer de manière globale l'écosystème des <instruments de paiement...
M. Lacoursière (Marc) :
...supplémentaire
pour encadrer de manière globale l'écosystème des >instruments de
paiement au Canada.
Et, si je vais vers le deuxième point... Je
pense que j'ai encore quelques minutes. Je vais à mon deuxième point,
concernant la modification des termes de paiement, l'article 107 de la
LPC. Dans le projet de loi, l'article 17, il permet aux consommateurs de
demander la suspension du remboursement du solde ou une portion du solde, selon
le cas, en cas de litige qui implique un contrat de crédit. L'article 17 vient
modifier l'article 107 pour rajouter la possibilité pour un consommateur
de demander la résiliation du contrat de service. Ce sont des nouveaux pouvoirs
qui sont attribués aux tribunaux, qui sont, certes, les bienvenus, mais ils
éludent le problème plus fondamental, la possibilité pour le consommateur
d'entreprendre lui-même des démarches pour demander... pardon, pour faire
demander une modification des termes de paiement avant que le litige s'installe
entre les parties.
Ça, c'était prévu par le projet de loi n° 24 en 2011, il y a 13 ans. Pour des raisons qui
vous sont propres, évidemment, on a choisi de... il a été choisi de ne pas
suivre cette voie-là, mais, je pense, c'est quelque chose d'intéressant qui
pourrait aider à lutter contre le surendettement, parce que, lorsqu'on veut
encadrer le crédit, on veut... une des choses que l'on veut faire, et c'était
très, très éloquent dans le projet de loi n° 134 en
2017, c'est de lutter contre le surendettement, et ça, c'est une méthode qui
peut aider de ce point de vue là. Donc, oui, on pourrait permettre ça, mais,
évidemment, comme le disait lui-même le projet de loi à l'époque, c'était
l'article 103.3 dans le temps, les méthodes... les mesures devraient être,
disons, strictement balisées pour permettre une telle possibilité aux
consommateurs. Merci.
Le Président (M.
Bachand) : Me Lacoursière, merci beaucoup. M. le ministre, s'il
vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Oui, merci,
M. le Président. Pr Lacoursière, merci de participer aux travaux du projet de
loi n° 72 relativement à la protection des
consommateurs. Donc, je comprends, pour les cas de fraude en carte de débit,
vous souhaiteriez qu'on aille plus loin. Vous avez une crainte, notamment, puis
là je l'ai bien saisie, relativement à la biométrie, la reconnaissance faciale,
tout ça, mais, dans ces cas-là, ça serait des transactions non autorisées
également, donc, qui seraient couvertes par la disposition législative qu'on a,
mais vous, vous émettez un doute par rapport à ça.
M. Lacoursière (Marc) : Bien,
en fait, ce que je voudrais, c'est que ce soit, disons, clarifié, c'est ça qui
est le plus important, et, quand je lis le projet de loi, c'est relativement
clair, et, quand j'arrive... et quand je suis arrivé à 65.1, 65.2, je me suis dis :
OK, je comprends, mais je pense qu'on pourrait... et je dis ça avec déférence,
là, avec respect, mais je pense qu'on pourrait peut-être le présenter autrement
puis considérer ces éléments-là. Oui, c'est quelque chose que je peux... je
pourrais... disons, si moi, je donne mon téléphone à mon fils, lui, il peut
indiquer... Donc, c'est ma faute à moi, je ne peux pas le faire, mais, si
quelqu'un prend mon téléphone, il est déjà ouvert, ou me le vole, il peut
lui-même entrer, et ça va contre ma volonté.
M. Jolin-Barrette : Mais,
dans ce cas-là, c'est une transaction non autorisée.
M. Lacoursière (Marc) : Non
autorisée. En fait...
M. Jolin-Barrette : Donc,
c'est couvert par la disposition. Donc, votre responsabilité est limitée à
50 $. Ça couvre la fraude.
• (16 h 50) •
M. Lacoursière (Marc) : Oui,
mais est-ce que j'ai commis une faute lourde en laissant mon téléphone ou non...
Ce n'est pas comme un NIP, là. Le NIP, l'idée... puis les juges, sur le NIP,
là, au niveau de la jurisprudence, ils sont vraiment sévères, ils sont très,
très sévères, là. Pour la protection du NIP, le numéro que l'on choisit, où on
garde le NIP, à proximité, etc., tout ça, c'est très, très... la barre est
haute, là, pour avoir gain de cause là-dessus. Donc, si j'ai fait un pas de
travers, le juge va me tomber dessus, entre guillemets, même chose pour ça. Donc,
où je suis responsable, pas responsable? Donc, ce n'est pas un NIP que j'ai
donné. Parce que je l'ai laissé traîner, c'est de ma faute. Est-ce qu'il y
avait un code de sécurité dessus? Peut-être qu'il n'y a même pas de code de
sécurité dessus. Dans certains cas, il y a un peu tout ça.
Donc, c'est juste l'idée de m'assurer que
ce soit suffisamment clair pour qu'on puisse encadrer... parce que, dans le
projet, on parle d'un numéro d'identification personnel, mais ça pourrait être,
par exemple... ou autre méthode d'identification, quelque chose dans le genre,
qui est assez large, qui pourrait laisser entendre... Et lorsqu'il y a eu le
projet de loi, en 2011, l'article, qui était encore 65.1, d'ailleurs, là,
lorsqu'il y a la définition d'un instrument, bien, une carte de débit, on
l'appelait comme ça à l'époque... mais c'était très large. On laissait ça
suffisamment large pour, à l'époque, prévoir des nouveaux types de paiements
qui s'en viennent.
Alors, même chose aujourd'hui, là, on
connaît les principaux, mais il y a peut-être autre chose qui peut arriver dans
20 ans et qu'on ne connaît pas ni vous ni moi, là, quelque chose qui
serait inventé, puis, tu sais, peut-être qu'on va changer la loi à l'époque,
mais, au moins, si on peut être le plus prévoyant possible, ça pourrait être
intéressant. Donc, c'est plus dans ce sens-là, mon commentaire sur l'aspect
biométrique, là, mais il faut...
M. Jolin-Barrette : Bien là,
pour le futur, ça va prendre des parlementaires, quand même, qui vont suivre ça
dans le futur, parce qu'on ne sera pas toujours là pour moderniser la loi.
Alors, c'est un message que je lance dans l'absolu. Mais vous êtes professeur
de droit. Sur la question de qu'est-ce qu'une faute lourde, quelle est votre
définition? Supposons que vous le diriez à vos étudiants, comment vous
viendriez définir ce que constitue la faute lourde ou ce que la <jurisprudence
détermine comme faute lourde...
M. Jolin-Barrette :
...comment
vous viendriez définir ce que constitue la faute lourde ou ce que la >jurisprudence
détermine comme faute lourde?
M. Lacoursière (Marc) : Bien,
souvent, la faute lourde est associée à la négligence grossière en droit. C'est
comme ça qu'on va l'associer. Donc, on est... Il y a toujours un peu, disons,
entre guillemets, de subjectivité. Sur ce point-là, j'y reviens dans quelques
instants, mais on peut... Bon, tu sais, la négligence normale, on peut
s'exonérer. On dit toujours qu'on ne peut pas s'exonérer de la faute lourde ou
de la négligence grossière. Donc là, est-ce qu'on a vraiment commis une erreur?
Et la divulgation du NIP, ce n'est pas... pour l'instant, évidemment, ce n'est
pas indiqué dans la loi, c'est prévu dans le code de conduite, mais le code de
conduite qui était volontaire, qui n'était pas contraignant, mais qui a été
repris en grande partie par les contrats bancaires, et, dans les contrats
bancaires, c'est clairement dit qu'on ne peut pas divulguer le NIP à personne,
ni ses parents, ses enfants, ses conjoints, conjointes, et tout, là, c'est
clairement encadré. Donc, si je le divulgue, ça, c'est la faute lourde. Si
c'est une négligence par accident, ça peut être comme... on peut... on peut...
on peut revenir là-dessus, on peut dire : Oui, ça peut être une faute
lourde, ce n'est peut-être pas lourde, ça dépend.
Mais un des éléments qu'on peut également
considérer : qui est le consommateur? Parce que je comprends très bien
qu'on parle... Et là je ne veux pas embarquer dans la question du consommateur
moyen, c'est un grand débat qui a été en partie réglé par la Cour suprême il y
a plusieurs années, mais le consommateur qui est visé par la loi, souvent, en
général, c'est un consommateur qui est moyen, et, au-delà de ça, il peut y
avoir un consommateur qui est un peu plus vulnérable parce qu'il est peut-être
plus jeune. Disons, on le voit même dans les jugements, un consommateur qui...
disons, 18, 19 ans, qui n'a pas l'expérience de quelqu'un qui en a une dizaine,
ou 15 années de plus, ou, à l'autre bout du spectre, quelqu'un qui est
plus âgé.
Puis ce n'est pas une question d'âge
nécessairement plus que d'un problème cognitif dans certains cas. Donc,
peut-être qu'une personne qui a 70 ans ou, disons, même plus, allons-y
80 ans, qui peut être très en forme, bien, une autre personne du même âge
peut avoir des problèmes un peu cognitifs, qui n'est pas déclarée inapte par un
tribunal, mais qui a certains problèmes, et c'est... Donc, cette personne-là,
est-ce qu'elle a commis une faute lourde en divulguant le NIP par rapport à,
disons, ses enfants qui ont 50, 60 ans? Alors, ça peut varier un peu, et
ça, il y a beaucoup, beaucoup de doctrines ou de... sur la question, là, mais c'est
un peu mon idée de... pour répondre à votre question.
M. Jolin-Barrette : ...la
faute lourde, c'est quand même un niveau élevé. Vous parlez de négligence
grossière, ce n'est pas la petite erreur, là. C'est un aspect vraiment
contributif du geste quand on parle de faute lourde en droit, là. Donc, ce
n'est pas...
M. Lacoursière (Marc) : Non.
Je suis d'accord avec vous.
M. Jolin-Barrette : Dans le
fond, mon point, c'est que ce n'est pas négligeable, là, c'est quand même
important, mais je retiens quand même de votre propos qu'il y aurait peut-être
lieu de clarifier certains éléments relativement aux modalités que vous avez...
que vous avez évoquées.
Je veux laisser du temps à mes collègues.
Je vous remercie vraiment d'être venu en commission parlementaire et d'avoir
produit un mémoire. C'est grandement apprécié. Merci.
Le Président (M.
Bachand) :...M. le ministre. Mme la
députée d'Anjou—Louis-Riel, s'il vous plaît.
Mme Boivin Roy : Merci
beaucoup, M. le Président. Alors, bonjour, Pr Lacoursière.
M. Lacoursière (Marc) : Bonjour.
Mme Boivin Roy : J'étais en
train de calculer dans ma tête. Ça fait 31 ans que je ne vous ai pas revu.
Alors, c'est un plaisir de vous revoir aujourd'hui et de vous avoir eu comme
professeur à l'époque.
Une question pour vous : Quelles sont
les approches des autres juridictions, notamment en Grande-Bretagne, en matière
de protection de fraude?
M. Lacoursière (Marc) : En
fait, en protection de fraude, on l'a indiqué ce matin, au niveau de
l'Angleterre, Me Plourde en a parlé ce matin, donc, on vise vraiment les
consommateurs vulnérables. La barre est quand même assez haute, mais, tu sais,
on laisse quand même... Là, on veut bien encadrer le consommateur, mais, s'il
est vulnérable, sans être trop, trop haut, là, je pense que ça peut quand même
être accepté, mais je pense qu'en général, même en Angleterre... Et je vous
parlerais plus... même en Europe, il y a quand même un... la barre est quand
même assez... c'est quand même sérieux, là, pour... pour pouvoir plaider la
fraude devant l'institution financière, c'est assez sérieux.
Alors là, il y a deux éléments, c'est que
le premier élément... Donc, la réponse à votre question. Donc, oui, la barre
est haute ici. La barre est haute ailleurs, aux États-Unis, oui. En Europe,
avec les directives européennes, on ne laisse pas passer n'importe quoi. On
veut quand même, là, s'assurer que, si on a divulgué un NIP... Prenons cet
exemple-là parce que c'est l'exemple dont on parle depuis tout à l'heure. Si on
a divulgué le NIP, c'est clair qu'en Angleterre comme en France c'est quelque
chose qu'on ne peut pas faire, comme ailleurs également. Donc, ça, c'est un
problème, mais ça, c'est la question, donc, au niveau de ce point-là.
Ceci étant dit, il y a des approches
différentes de la part des législateurs au niveau de l'encadrement. Comme je
l'ai mentionné tout à l'heure, au Canada, ce n'est pas encadré, sauf par les
contrats bancaires ou par la jurisprudence, mais ce n'est pas... Au niveau
législatif, ce n'est pas réglementé, la question de la fraude dont on parle
aujourd'hui, là, au niveau de la carte de débit, mais, vous savez, en Europe,
depuis longtemps, là, ce n'est pas depuis quelques années, on remonte à minimum
20 ans, il y a eu plusieurs changements dans les directives européennes, mais
ça fait quand même longtemps que ces fraudes-là... que ces... pardon, que les
instruments de paiement sont encadrés, mais, en encadrant les instruments de
paiement, bien, on encadre la <fraude en même temps...
M. Lacoursière (Marc) :
...en
encadrant les instruments de paiement, bien, on encadre la >fraude en
même temps.
Donc, on tient compte de ces problèmes-là
et on tient compte encore une fois de la vulnérabilité du consommateur. Dans
plusieurs pays, dans plusieurs juridictions, on va être encore plus... Le
Brésil, notamment, c'est un cas où on va considérer que les consommateurs plus
âgés sont vulnérables, mais comme très vulnérables, peut-être une coche de
plus, là. Alors, on va peut-être être plus jugés en équité... Tu sais, on va
faire un bout de chemin pour les aider un peu plus. Mais, encore une fois, ce
que l'on vise, c'est les consommateurs en général, mais il faut avoir à
l'esprit que, parfois... Et le problème du NIP avec les personnes âgées, c'est qu'un
NIP, il faut le retenir par cœur, et, pour des personnes âgées, parfois, les problèmes
cognitifs, ça peut être plus difficile un peu. Merci.
Mme Boivin Roy : Merci
beaucoup.
Le Président (M.
Bachand) :M. le député de Saint-Jean, pour...
il reste 7 min 45 s.
M. Lemieux : Merci beaucoup,
M. le Président. Me Lacoursière, Pr Lacoursière, vous êtes spécialiste en droit.
Elle est avocate. Il est avocat. Moi, j'ai longtemps pensé que j'étais un
avocat manqué parce que je ne me suis pas rendu... Je vous écoute, puis
j'écoute les témoins depuis ce matin, puis je me dis : Attends un petit
peu, est-ce que ces extorsions-là dont sont victimes les personnes âgées, dont
on nous parlait ce matin... Moi, j'appelle ça de l'extorsion. Ça finit par une
fraude bancaire ou... mais c'est de l'extorsion par rapport à la personne qui
est... qui est attaquée puis qui est victime. Est-ce que, là, on a fait tout ce
qu'il fallait qu'on fasse? Est-ce qu'on... tout ce qu'il faut qu'on ait fait? Puis
je comprends que c'est plus dans la carte de débit, cette fois-là, que la carte
de crédit, qui était déjà couverte, mais est-ce que... est-ce qu'on a les
ceintures puis les bretelles ou on a encore des pauvres personnes qui vont
tomber dans des panneaux? Puis là je comprends, là... parce que «faute grave»,
je comprends qu'il y a des nuances, mais est-ce qu'on a un niveau de tolérance
suffisant dans nos tribunaux puis dans notre système pour que ces personnes-là
ne soient pas encore plus victimes, de savoir qu'elles sont tombées dans un
panneau puis qu'en plus elles paient pour?
M. Lacoursière (Marc) : Il y
a clairement une limite à ce que le législateur peut faire, ça, c'est clair, là,
et on peut faire un bout de chemin en étant plus clairs dans la législation,
prévoir des exceptions, faciliter le recours, mais, fondamentalement, ces genres
de cas là, ils sont des questions de fait, premièrement, comment ça s'est
passé, et tout ça.
Et il y a une question qu'on n'a pas
encore parlé, je n'en ai pas parlé en exposé, mais ça me permet de le souligner,
et qui est très importante, c'est l'éducation financière, l'éducation
financière, la littératie financière, que les gens doivent savoir que le NIP, là,
on ne le donne pas à personne, on le garde pour nous, que, dans d'autres
circonstances... que ça ne se peut pas que la banque vienne nous voir à la
maison, là, tu sais, ça ne se peut juste pas. Ce sont des choses de base qui
peuvent sembler évidentes, mais qui ne le sont pas tant que ça, et ça, ça tient,
là, de l'éducation financière ou de la littératie financière, encore une fois.
Donc, selon moi, c'est un ensemble de
plusieurs éléments, oui, une législation qui est claire, qui est bien... qui va
bien, disons, cerner le problème, mais, en même temps, on va avoir des juges
qui vont... qui vont juger là-dessus. Les juges vont... ils vont s'en tenir à
la jurisprudence, et la barre est assez haute pour pouvoir déclarer qu'il y a
une fraude, mais, des fois, lorsqu'on laisse... Là, on est comme... on veut
régler le problème, mais, si on va un peu plus en amont... puis l'éducation
financière permet de dire aux gens ou peut-être plus aux personnes âgées :
Faites attention, ça ne se peut pas, là, que quelqu'un de la banque vienne... comme
je viens de le dire tout à l'heure, ce genre de circonstance là. Donc, ça,
c'est quelque chose qui pourrait être fait.
Dans une directive européenne sur le
crédit à la consommation de 2023, il y a plusieurs éléments au niveau des
instruments de crédit, qu'est-ce qui peut être encadré, tout ça, et, un peu
plus loin dans la directive, on parle de l'éducation financière que... et ce
qui tient de l'éducation financière, c'est d'abord la clarté de la loi, de la
réglementation, si on veut, ainsi que toute la question d'aider les personnes
qui ont besoin au niveau... qui sont défavorisées, mais, au-delà de ça, c'est
l'information qui doit être transmise au consommateur, et ça, c'est prévu dans
la loi que ça doit être fait. Je le sais que beaucoup de gens travaillent sur
l'éducation financière. L'AMF travaille dessus. Au niveau fédéral également, il
y a des organismes qui travaillent... et il y a plusieurs organismes... l'Office
de la protection du consommateur, bien entendu, comme d'autres associations de
consommateurs, Me Plourde, évidemment, travaille là-dessus, mais c'est un
élément qui peut aider un peu.
Donc, en deux mots... en un mot, il n'y a
pas une solution unique, mais c'est un ensemble de solutions qui peut permettre
d'aider pour diminuer les problèmes.
• (17 heures) •
M. Lemieux : Je note qu'au
début de votre présentation... parce qu'on a parlé beaucoup de votre
spécialité, là, mais, au travers vos explications puis vos réponses, vous nous
parliez de la loi d'il y a 20 ans, une précédente. Pendant que le ministre
dépose ce projet de loi là, il fait plus que du ménage, là, il va en avant, il
entend, à mon sens, et il est très à l'écoute des besoins des consommateurs,
des <nouvelles...
>
17 h (version révisée)
<17879
M.
Lemieux :
...en avant, il entend, à mon sens, et il est très à
l'écoute des besoins des consommateurs, des >nouvelles... et puis j'ai
oublié les deux ou trois derniers mots, là. «Réduflation», j'avais compris ça,
puis là il y a plein de «flations», puis il y a plein de «rédu» je ne sais pas
quoi. Mais, au final, il fait du ménage puis il essaie de rester à la fine
pointe de ce que le consommateur vit. Auriez-vous rajouté d'autres choses
là-dedans, vous?
M. Lacoursière (Marc) : Bien,
en fait, il y a la question de la fraude... bien, l'indication financière,
comme je viens de le mentionner. Il y a d'autres aspects au niveau du crédit, on
pourrait... on pourrait aller plus loin pour encadrer un peu mieux au niveau
des cartes de crédit, et tout, tu sais, je peux faire un bout de chemin
là-dessus. Mais, fondamentalement, ce qui est là pour le moment est bien. Comme
je l'ai dit d'entrée de jeu, c'est un bon projet pour partir.
Mais l'idée, c'est aller peut-être un
petit peu plus loin. Il y a cette question-là du crédit. Il y a peut-être la
question au niveau des automobiles, peut-être qu'on peut être un peu plus...
Alors, on demande, par exemple, au niveau de l'équité négative, on donne... on
a dit que... certaines conditions qui doivent être respectées en termes d'information,
je trouve ça intéressant, mais la vérité, je pense qu'on pourrait aller un peu
plus loin.
Je pense qu'on pourrait être vraiment plus
clair là-dessus, parce que, pour les gens qui vont acheter une nouvelle voiture
puis qui vont transférer une dette sur la nouvelle voiture, là, ce n'est pas
rien, là. Ça peut être beaucoup d'argent, et puis c'est des cas... Et la
personne qui représentait le concessionnaire, tantôt, a expliqué ce midi, je
pense, a expliqué que ça peut être des cas de... soit par nécessité, mais
surtout, la première chose qu'il a dite, c'est par loisir. Par loisir, oui, je
veux bien, mais est-ce qu'on a les moyens? Il y a un bout de l'éducation financière
là-dedans, mais il y a également un bout d'il faut bien expliquer dans quoi les
gens s'embarquent. Alors, juste indiqué comme ça, peut-être que le
concessionnaire va mettre une clause quelque part, puis on ne l'aura pas lu, le
contrat, parce qu'en général beaucoup de gens ne lisent pas les contrats. Donc,
si on le met de façon plus évidente, c'est quelque chose qui peut être plus
intéressant. Donc, ce genre de trucs là, d'être clair, que les gens
comprennent.
C'est certain qu'il y a beaucoup d'informations
qui sont transmises au consommateur, puis il ne faut pas le noyer. Trop d'informations,
c'est... on peut tuer de l'information, comme on dit. Mais il faut quand même
bien cibler les éléments fondamentaux et que ce soit clair pour le
consommateur, qu'il sache, surtout, là, ce cas-là, on achète une nouvelle
voiture, on n'a pas fini de payer l'ancienne, on a encore beaucoup d'argent à
mettre dessus, dans quoi on s'embarque, là.
Il y a des gens, peut-être, qui ne
réalisent pas toujours parce que la... juste pour terminer là-dessus, les gens,
dans certains cas, vont magasiner un versement par mois, ils ne vont pas
regarder le montant total. Ils veulent le versement. 500 $ par mois, ça me
va, ce n'est pas grave, on la met sur 96 mois. Heille! ce n'est pas rien,
huit ans. On la met sur 96 mois, ça fait de l'intérêt, ça. Ce n'est pas
grave, moi, je veux payer 500 $ par mois, je veux payer 600 $ par
mois, peu importe. Alors, souvent les gens... et ce n'est pas la bonne façon,
évidemment, de réfléchir ou d'analyser un problème, mais c'est quelque chose
qui doit... qui doit être abordé.
M. Lemieux : ...raison, Me
Lacoursière, et c'est aussi ça, la protection du consommateur, je pense. Merci
beaucoup.
M. Lacoursière (Marc) : Merci.
M. Lemieux : Merci, M. le
Président.
Le Président (M.
Bachand) :Merci, M. le député de Saint-Jean.
M. le député d'Acadie, pour 11 min 2 s.
M. Morin (Acadie) : Merci, M.
le Président. Bonjour, Pr Lacoursière. Merci, merci d'être là avec nous.
Merci pour le mémoire que vous avez produit.
J'aimerais continuer la discussion avec
vous relativement à l'article 10 du projet de loi, donc les articles 65.1,
65.2. On en a parlé dans le cas de la responsabilité limitée en cas de fraude
ou d'utilisation non autorisée d'un compte. En fait, j'ai différentes questions
pour vous. Vous avez soulevé quelques questions dans votre mémoire, je vous en
remercie, mais je trouvais qu'à 65.1 la rédaction, probablement très juste,
mais ça semblait être un peu lourd, et je dois avouer que, quand on réfère au
consommateur qui détient un compte de dépôts à vue, en fait j'avais une idée de
ce que c'était, mais quand on en parle à des gens sur la rue, woups! c'est
moins évident qu'ils savent ce que c'est. En fait, c'est un compte de banque,
si on peut... on peut dire ça là...
M. Lacoursière (Marc) : ...immédiatement
l'argent.
M. Morin (Acadie) : ...où on
a accès...
M. Lacoursière (Marc) : C'est
ça.
M. Morin (Acadie) : ...où on
a l'argent, là. Ça peut inclure un compte de chèques et un compte d'épargne.
Ça, il n'y a pas de différence entre les deux.
M. Lacoursière (Marc) : Bien,
en fait, ça va être... La manière qu'il faut le voir, c'est un compte de dépôts,
on peut accéder, ce n'est pas un dépôt à terme, donc c'est un dépôt à lequel on
peut avoir accès immédiatement à l'argent. C'est comme ça qu'il faut le
comprendre.
M. Morin (Acadie) : OK.
Parfait. Donc, excellent, puis ça peut être autant dans une caisse populaire
que dans une banque.
M. Lacoursière (Marc) : Oui,
oui, absolument. Ce n'est pas... c'est qu'il n'y a plus de différence, il y en
a déjà eu à une certaine époque, là, par le législateur, mais maintenant c'est
traité... une banque ou une caisse pop, c'est la même chose.
M. Morin (Acadie) : C'est la
même chose.
M. Lacoursière (Marc) : Ce n'est
pas un problème de ce côté-là.
M. Morin (Acadie) :
OK, parfait. Donc ce que j'aimerais
continuer d'explorer avec vous, à part cet élément-là, dans cette
disposition-là, et particulièrement, entre autres, dans 65.2, vous y faites
référence en partie dans votre mémoire, mais, quand <vous...
M. Morin (Acadie) :
...65.2,
vous y faites référence en partie dans votre mémoire, mais quand >vous...
«Le consommateur est tenu des pertes subies par le commerçant lorsque ce
dernier établit que le consommateur a commis une faute lourde dans la
protection de son numéro d'identification personnel.»
La question que j'avais pour vous, parce
que ce n'est pas clair quand j'ai lu le projet de loi, c'est : Qui va
déterminer la faute lourde? Le commerçant, un tiers, un enquêteur? Puis, si c'est
un tiers, là... Parce qu'à un moment donné, après ça, il y a une période de
temps pour que ce soit remboursé, mais ça peut prendre du temps. Donc,
comment... en pratique, comment ça fonctionnerait?
M. Lacoursière (Marc) : Bien,
en fait, d'abord, l'article 65.2, c'est une sorte, si je peux dire, de
codification de la jurisprudence actuelle. Donc, pour que... si le consommateur
divulgue son numéro d'identification personnel, évidemment, ça peut être un
problème. Donc, de quelle manière on détermine la faute lourde? Bien, souvent,
lorsqu'il y a un problème comme ça, il peut y avoir une enquête dans l'institution
financière. Alors, c'est... le problème commence, parce que... est-ce que c'est...
Qui va décider? Est-ce que c'est l'institution financière qui décide que la
faute lourde a été commise, puis que nous, on n'a pas le droit d'avoir l'argent?
Est-ce qu'il faut aller devant le tribunal ou devant, disons, un organisme, un ombudsman...
pas nécessairement un... ça peut être un ombudsman d'une institution
financière, mais on peut aller un cran plus haut, soit pour... le Mouvement
Desjardins, ce serait l'AMF, ou pour les banques fédérales, ce serait l'ombudsman
des services bancaires d'investissement. Et là on pourrait faire valoir son
point à ce niveau-là, est-ce qu'on a commis une faute lourde ou non. Oui, je l'ai
divulgué, mais je devais absolument le divulguer pour telle ou telle raison, j'ai
peut-être une défense, etc., j'ai des problèmes cognitifs, mon fils, ma fille s'occupe
de moi, bon, peu importe. Ça pourrait être ça.
Donc, c'est difficile, je suis d'accord
avec vous, de savoir qui doit le décider. Et, au départ, bien, c'est la banque
qui a pris la première décision, puis, si le consommateur arrête là, bien, il
ne va pas plus loin, bien, il vit avec cette décision-là, là. Donc, ça, ça peut
être, évidemment, un problème, là, ça va de soi, donc. Mais là il y a des cas en
jurisprudence, pas nécessairement avec les NIP manquants, mais dans d'autres
circonstances de fraude, où la banque ou l'institution financière a fait une
enquête, et, par la suite, on est allés en cour, puis le juge a mentionné que,
non, l'enquête n'était pas correcte, il y avait une erreur, et puis la personne
n'était finalement pas responsable pour telle ou telle raison. Donc, c'est pour
ça que ça peut être inquiétant, savoir qui va décider qui a commis une faute,
là.
Mais, pour le moment, ma réponse
là-dessus, c'est, comme je l'ai mentionné tout à l'heure, on codifie, dans un
sens, la jurisprudence en disant... Bien, la jurisprudence, elle dit :
Divulguer le NIP, c'est une faute lourde, il n'y a pas d'excuse, supercherie,
quoi que ce soit, là, c'est le cas... le cas normal, donc. Divulguer parce que
je l'ai donné verbalement à quelqu'un ou parce que je l'ai gardé dans mon
porte-monnaie, peu importe, là, alors, dans ce cas-là, c'est tant pis, puis le
consommateur, c'est une faute lourde, et il est responsable de sa perte.
M. Morin (Acadie) : D'accord.
Parce qu'à 65.1 on dit que le remboursement doit être effectué dans les cinq
jours ouvrables suivant une demande du consommateur à cet effet. Donc,
évidemment, si l'institution, comme telle, ou le commerçant invoque la faute
lourde, bien, ça va prendre beaucoup plus que cinq jours ouvrables, on s'entend,
on s'entend là-dessus, avant qu'il y ait une détermination.
• (17 h 10) •
M. Lacoursière (Marc) : Oui,
bien, en fait, tout ça, c'était prévu, à l'époque, par le projet de loi
n° 24 de 2011. Il y avait quelques articles qui traitaient de cette
question-là, 65.1 et suivants. On définissait, dans le premier cas, quel était
un instrument de paiement, et ça, c'est important de les définir. C'est quoi un
instrument... un instrument ou... instrument de paiement dans la loi? Il
faudrait le définir. «Dépôt à vue», il faudrait le définir, si on garde l'expression
«à vue», là, c'est à vous de voir. Si on... vous allez dans ce sens-là, il
faudrait peut-être le définir. Donc, c'est important, ces définitions-là.
Toujours est-il que, dans le vieux projet
de loi, on allait plutôt... on expliquait... le consommateur, il est présumé ne
pas avoir commis de faute, à moins d'une enquête, blablabla, donc il avait le
droit d'avoir l'argent après un certain nombre de jours. Et ça, ça avait été
non seulement... ça avait commencé à passer, cette section-là, à l'étude à l'Assemblée
nationale par les députés, puis là, par la suite, il y a eu... le Parlement...
pardon, l'Assemblée nationale a... s'est interrompue, et on a... tu sais, le
projet est devenu caduc. Mais on avait commencé à étudier, puis les députés
étaient d'accord là-dessus, ce bout du projet de loi était quand même... avait
été accepté à l'époque. Donc, je pense que ça peut être intéressant de
regarder...
Et ça revient à ce que je disais tout à l'heure.
Pourquoi ne pas faire un encadrement un peu plus global, que ce soit plus clair
et qu'on sache, là... une définition, dans un article, qui qui est responsable,
par exemple, allons y... disons, énoncer les cas où le consommateur n'est pas
responsable, dans quels cas une institution financière est responsable, dans
quels cas il y a une faute lourde, ou etc.? Dans tous ces cas-là, bien préciser
ça dans les articles qui seraient dans le projet de loi. Donc, c'est pour ça
que je vous disais : On devrait s'inspirer de ce qui avait été fait
auparavant.
M. Morin (Acadie) : Je vous
remercie. Toujours dans le domaine, tu sais, de qui a commis la faute ou la
faute lourde, le législateur a choisi «lourde» plutôt que «grave», bon, je
comprends, c'est un <choix...
M. Morin (Acadie) :
...le
législateur a choisi «lourde» plutôt que «grave», bon, je comprends, c'est un
>choix.
Maintenant, malheureusement, on le sait,
tu sais, il y a des personnes, il y a des aînés, il y a des personnes qui sont
plus vulnérables, qui ont besoin d'aide puis, évidemment, des fois, ils vont donner
leur NIP. Évidemment, quand quelqu'un a une carte de crédit, bien, c'est déjà
très réglé, la loi s'en occupe, là, quant à la responsabilité. Mais là, ici,
avec toute la notion de faute lourde, un cas comme ça, premier cas de figure,
est-ce que ça pourrait être considéré comme une faute lourde? Donc, la
personne, sachant qu'elle n'a pas le choix, elle a besoin d'aide... comment... comment
on pourrait peut-être prévoir ça?
Puis l'autre chose, on nous disait ce
matin, et je pense, si mon souvenir est bon, que c'était Option consommateurs,
il y a maintenant des fraudes où des gens, par exemple, peuvent entrer dans
votre ordinateur, intercepter des... finalement, carrément des transactions que
vous faites. Vous n'en avez pas nécessairement connaissance. Vous vous
réveillez le matin, vous allez voir votre compte bancaire en ligne, puis il y a
eu trois, quatre, en fait, retraits qui ont été effectués. Ça, est-ce qu'il
faudrait le prévoir? Est-ce que c'est une faute lourde? Tu sais, le
consommateur, lui, il ne le sait pas, là. Il l'apprend malheureusement le
lendemain. Est-ce que cet article-là viendrait régler des situations comme ça
ou si vous avez des suggestions pour nous à ce sujet-là?
M. Lacoursière (Marc) : Si
on regarde 65.2, on mentionne bien : «Le consommateur est tenu des pertes
subies par le commerçant — qui est, en fait, l'institution financière,
là — lorsque ce dernier établit que le consommateur a commis une
faute lourde dans la protection [du] NIP.» Donc, en lisant ça, pour moi, s'il
s'est fait, entre guillemets, hacké ou piraté son ordinateur, bien, il n'a pas la
faute lourde, là. C'est... Il y a une question de preuve qui doit être faite,
et tout ça, c'est clair, mais, non, ce n'est pas la faute de l'ordinateur... du
consommateur.
Mais évidemment c'est facile à dire comme
ça, on en discute, mais, dans les faits quand ça arrive, disons que la première
fois, c'est peut-être plus facile — et encore — mais, quand
ça fait une ou deux fois, ça peut être plus compliqué. Et parfois, selon les
circonstances, peut-être que la banque, elle va dire oui ou, des fois, elle va
poser plus de questions. Alors, ça peut être un peu compliqué.
Est-ce qu'en même temps, si on se fait
pirater l'ordinateur, bien qu'en est-il de la sécurité du mot de passe de
l'ordinateur? Est-ce que je l'avais donné à mes enfants? Est-ce que je l'avais
donné à ma conjointe? Est-ce que c'est quelqu'un d'autre qui l'avait? Est-ce
que quelqu'un d'autre a un moyen d'embarquer dans l'ordinateur? Donc... Et la
fraude peut venir d'un tiers qu'on ne connaît pas, qui est quelque part dans...
peu importe le pays. Puis ça peut être quelqu'un de la... qui connaît le code
aussi.
M. Morin (Acadie) : Oui. Puis,
si on rajoute toute la question de l'intelligence artificielle là-dedans, ça
peut décupler des ennuis ou des problèmes pour le consommateur.
M. Lacoursière (Marc) : Certainement.
M. Morin (Acadie) : OK.
Parfait. Je vous remercie. Autre... Autre question pour vous, et c'est à
l'article 20 du projet de loi, à l'alinéa deux, on parle... «Dans [un]
contrat de prêt d'argent ou d'un contrat assorti d'un crédit, le commerçant
doit modifier le versement ou le terme au choix du consommateur. À défaut
d'avis — bon — sur ce choix, le commerçant doit modifier le
versement.» Ce qu'on a disait ce matin, c'est que, dans certains cas de prêt
d'argent, ce n'est pas nécessairement le commerçant qui fait le contrat comme
tel.
Puis l'exemple qu'on nous donnait, c'était
la Corporation des concessionnaires automobiles du Québec. Il y a le vendeur,
il y a le concessionnaire qui vend le véhicule, mais ce n'est pas lui qui
finance le véhicule. Donc, le prêt d'argent, c'est une institution financière
autre. Est-ce qu'il n'y aurait pas lieu de préciser davantage ici, par exemple,
qui doit modifier les versements ou si vous pensez que c'est assez précis, la
façon dont c'est écrit?
Le Président
(M. Bachand) :...M. Lacoursière,
il reste très peu de temps. Allez-y, Me Lacoursière.
M. Lacoursière (Marc) : Oui,
ça pourrait être possible de préciser. Et de préciser... Souvent, on parle du
commerçant. Peut-être qu'on pourrait introduire le terme «prêteur» lorsqu'il y
a un prêt, donc, pour que ce soit plus clair encore, parce que le commerçant peut
être prêteur, il peut être vendeur, et tout. Donc, peut-être qu'on peut aller
dans ce sens-là. Ça pourrait être quelque chose qui aiderait à clarifier...
Le Président
(M. Bachand) :Merci beaucoup. Mme la
députée de Vaudreuil, pour 3 min 41 s, s'il vous plaît. Merci.
Mme Nichols : ...Me
Lacourcière d'être ici. Ce que je comprends, là, dans le fond, c'est qu'il y
avait certaines définitions qui nécessiteraient d'être ajustées, entre autres
au niveau des moyens technologiques.
M. Lacoursière (Marc) : Soit
ajustées ou doivent être complètement faites parce qu'elles sont inexistantes.
Mais, dans tous les cas, il faudrait définir plusieurs termes, et, clairement,
le... ça pourrait aider.
Mme Nichols : Entre
autres en lien avec les instruments de paiement.
M. Lacoursière (Marc) : Oui.
Mme Nichols : Parfait.
Ce matin, il y avait Option consommateurs qui... puis même c'est inscrit dans
leur mémoire, là, qu'ils parlent, entre autres, là, au Royaume-Uni, ils ont
élargi la protection contre la fraude. Puis, entre autres, là, quand il y a une
arnaque où la victime se fait convaincre par le fraudeur d'effectuer un
paiement, ça devrait être remboursé, à moins de négligence grossière de la part...
de sa part, donc c'est une mesure qui va au-delà de ce que propose le présent projet
de loi et ça ne lie pas le <droit...
Mme Nichols :
...donc
c'est une mesure qui va au-delà de ce que propose le présent
projet de
loi et ça ne lie pas le >droit au remboursement à la question... à
l'autorisation donnée par le consommateur en prévoyant le fardeau pour
l'institution financière. Puis, bien sûr, il y a des exceptions, là. Il y
avait, entre autres, l'exception à l'égard, là, des personnes vulnérables.
Votre point de vue sur...
M. Lacoursière (Marc) : Bien,
je suis en accord avec ça. D'autant plus qu'un peu comme l'a mentionné Me Plourde,
c'est... dans la vraie vie, là, concrètement, c'est difficile pour le
consommateur de faire valoir son droit. Imaginez, vous êtes le consommateur,
consommatrice face à une banque. Ce n'est pas rien, une banque, là, ou une
caisse populaire, c'est... pour beaucoup de monde, c'est quand même intimidant,
donc... puis on n'a pas les ressources, on n'a pas les connaissances, et tout
ça. On peut se faire aider un peu. Si on va voir un avocat, des fois, ce n'est
pas des gros montants, ça ne vaut pas la peine.
Alors, si quelque chose aide, il y a une
présomption qui est en faveur du consommateur, il y en avait déjà dans le
projet de loi 24, à l'époque, ça pourrait être... ça pourrait être une chose
qui est, de mon point de vue, très bien accueillie.
Mme Nichols : Parfait. Donc,
présomption en faveur du consommateur. Puis il y avait aussi, là, l'exception à
l'égard des personnes vulnérables, là, comme vous dites, là, les personnes
vulnérables sont... c'est souvent eux autres qui ont plus de difficulté, là, à
faire...
M. Lacoursière (Marc) : Malheureusement,
oui.
Mme Nichols : ...malheureusement,
oui, à faire... à faire valoir leur point.
J'avais une autre question. En tout cas,
j'ai un blanc de mémoire. Ah oui! Quand vous avez parlé, entre autres, là, que...
du projet de loi 24 en 2011, c'était intéressant. Vous dites qu'il y avait
quelque chose pour lutter contre le surendettement.
M. Lacoursière (Marc) : Oui,
c'était... Bien, 24 et surtout... 134, pardon, également, de 2017. Ces projets
de loi, là, dans tous les cas, on vise à amener des mesures pour lutter contre
le surendettement, pour mieux informer le consommateur, qu'il soit moins...
plus conscient de ce qu'il dépense, notamment par le projet de 2017, un
versement minimum sur la carte de crédit, bon, il y avait plein de trucs dans
le projet de loi, là. Alors, ce sont des choses qui sont intéressantes, puis,
dans ce cas-ci, un projet de loi, bien, il y a certaines choses qui sont
amenées. Ce n'est pas le cas de la fraude, ça, c'est autre chose, là, mais,
dans le cas... comme je donnais l'exemple à votre collègue, dans le cas de
lorsqu'on veut transférer une dette ou le reste... le solde d'une dette sur un
nouvel achat d'un véhicule, bien là c'est... on n'est pas très loin du
surendettement, dans certains cas, là. Alors, on est presque dans
l'antichambre, là.
Alors donc, ça ne serait pas une mauvaise
chose d'encadrer et d'être plus exigeant au niveau des informations. Donc, dans
ce sens-là, c'est quelque chose qui vient aider à lutter contre le surendettement,
de mon point de vue.
Mme Nichols : Très bien. Merci
beaucoup.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. M. le député de
Jean-Talon, pour 2 min 16 s.
M. Paradis : Pardon?
Le Président (M. Bachand) :
2 min 16 s.
M. Paradis : 2 min 16 s?
Très bien, merci. Option consommateurs, ce matin, est venu nous dire que le
projet de loi devrait instaurer un régime prévoyant la responsabilité des
institutions financières à l'égard de l'ensemble des transactions qui résultent
de la fraude. Donc, ils nous demandent d'aller plus loin. Ils nous disent que
ça, ça va être une meilleure méthode pour la prévention puis une action
beaucoup plus efficace contre la fraude.
J'allais leur poser la question suivante,
je vous la pose à vous : La solution intermédiaire que propose le ministre
pourrait-elle entraîner, comme Option consommateurs nous le disent, un recours
indu à la notion d'opération autorisée qui ferait en sorte que les institutions
financières, finalement, ne voudraient pas avoir de la jurisprudence contre
elles, donc elles vont plaider souvent devant les tribunaux pour restreindre le
plus possible leur responsabilité? Et ça, on l'a vu dans beaucoup d'autres
domaines où, bien, les entreprises ne veulent pas laisser passer des cas, ne
veulent pas créer une jurisprudence. Donc, ça crée une surjudiciarisation où,
là, ce sont des grosses institutions avec des gros moyens financiers qui font
face à des consommateurs avec des moyens très limités. Qu'est-ce que vous en
pensez?
• (17 h 20) •
M. Lacoursière (Marc) : En
fait, il peut... oui et non. Oui, ça peut avoir un certain impact de ce
côté-là, mais ça peut avoir un impact de... un peu de discipliner le marché, et,
se sachant plus responsable, dans certains cas, une institution financière va
faire un peu plus attention, soit par une démarche législative soit par une
démarche jurisprudentielle, c'est-à-dire par un jugement, sachant que, si on
fait telle... si on agit de telle manière, on est sûr d'être responsable ou on
a des bonnes chances, donc... ou ça va être : on va se faire poursuivre.
Donc, peut-être que, dans ces cas-là, les institutions financières vont être un
peu plus prudentes, là.
Mais d'aller jusqu'à les tenir
responsables pour tout, je pense qu'il faut quand même trouver peut-être un
entre-deux. Comme je disais tout à l'heure, d'entrée de jeu, il faut trouver
l'équité, de l'équité entre le consommateur et, dans ce cas-ci, l'institution
financière. Donc, mettons la photo de côté, je pense que l'aspect de la
présomption peut être intéressant.
M. Paradis : Mais qui ne sont
pas sur le même pied, par contre, là. Vous dites «équité», une équité entre
l'institution financière puis le consommateur.
M. Lacoursière (Marc) : Oui,
mais j'étais en train de dire en ayant une présomption en faveur du
consommateur.
M. Paradis : C'est ça.
M. Lacoursière (Marc) : Pour
retrouver l'équité.
M. Paradis : Très bien.
Merci.
M. Lacoursière (Marc) :
Merci.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup, Me Lacoursière,
d'avoir été avec nous, c'est très apprécié.
Et je vais suspendre les travaux quelques
instants pour accueillir notre prochain invité. <Merci...
Le Président (M.
Bachand) :
...pour accueillir notre
prochain invité. >Merci.
(Suspension de la séance à 17 h 22)
(Reprise à 17 h 25)
Le Président (M.
Bachand) :À l'ordre, s'il vous plaît! La
commission reprend ses travaux. Il me fait plaisir d'accueillir, pour une
première, hein, on discutait hors micro, là, pour une première fois à
l'Assemblée nationale, le docteur et professeur Sylvain Charlebois, professeur
titulaire et directeur principal du Laboratoire de sciences analytiques et
agroalimentaire à l'Université, une belle université, je dois le dire,
Dalhousie, en Nouvelle-Écosse. Alors, merci beaucoup d'être avec nous. Donc, 10 minutes
de présentation, après ça on aura un bel échange avec les membres de la
commission. La parole est à vous. Merci beaucoup.
M. Sylvain Charlebois
M. Charlebois (Sylvain) : Merci
bien, M. le Président. M. le ministre, membres du comité, merci pour
l'invitation. C'est effectivement la première fois que je viens à Québec
témoigner. J'ai témoigné 25 fois à Ottawa, deux fois en
Colombie-Britannique, trois fois en Ontario, en Nouvelle-Écosse, bien sûr, mais
jamais dans ma province natale. Alors, merci beaucoup, j'apprécie énormément.
Et j'étais... Quand on m'a invité, j'étais à Québec aujourd'hui, je donnais une
conférence juste à côté. Alors, j'ai traversé la rue pour venir vous voir, oui,
aujourd'hui. Je crois que je suis dernier aujourd'hui. J'aime ça, être dernier
pour pouvoir peut-être vous offrir mes réflexions sur ce qui s'est dit
aujourd'hui, là, parce que j'imagine que vous avez eu... obtenu beaucoup,
beaucoup d'informations aujourd'hui avec les autres témoins, qui ont pu vous
offrir certainement de l'information très pertinente.
J'ai voulu préparer un mémoire étoffé pour
la séance d'aujourd'hui, mais malheureusement j'ai manqué de temps. Alors, ce
que vous avez obtenu de moi sont des commentaires sur différents articles dans
le projet de loi. Ce n'est pas tout à fait <détaillé...
M. Charlebois (Sylvain) :
...des
commentaires sur différents articles dans le
projet de loi. Ce n'est pas
tout à fait >détaillé, mais ça va me faire plaisir de vous offrir plus
d'informations si vous avez des questions après mon allocution de départ.
Alors, en tant que chercheur dans le
domaine de la distribution et politique agroalimentaire, je vais m'en tenir
qu'à ces articles-là du projet de loi, là. Il n'y en a pas énormément.
Contrairement à mon collègue, M. Lacoursière, il y en avait beaucoup pour
lui, mais, moi, il n'y avait pas vraiment énormément d'articles qui m'interpelaient.
Mais je vais commencer par le détail.
Moi, je trouve que ce que le gouvernement
québécois est en train d'accomplir avec le projet de loi est louable simplement
parce que moi, je travaille dans d'autres provinces, je discute avec d'autres
provinces, et puis ce qu'on nous offre avec le projet de loi n° 72,
c'est quelque chose de nouveau, surtout pour ce qui est de la transparence,
pour ce qui est des consommateurs. Vous savez, il y a 20 000 produits
dans un magasin alimentaire. C'est très confus, c'est très difficile, pour le
consommateur, de bien comprendre ce qu'il se passe avec les prix, les codes,
etc., et la taxation. Moi, je pense que c'est un problème qui doit être réglé
pour ce qui est de la transparence. Les consommateurs ne savent pas qu'il y a
4 600 produits qui sont taxables dans une épicerie ordinaire, et le
projet de loi, justement, inciterait les détaillants à bien afficher qu'est-ce
qui est taxable ou non dans les allées, ce qui est, à mon avis, très important,
surtout en raison de la réduflation.
La réduflation, évidemment, c'est la stratégie
de réduire les quantités pour... et maintenir les mêmes prix. Et le problème
avec la réduflation, ce qui, à mon avis, est le plus gros problème, c'est qu'on
voit la liste du nombre de produits taxables allonger à chaque année. Selon les
lois fiscales, il y a beaucoup de produits qui sont considérés comme
alimentaires qui deviennent collations et les collations sont taxables. Il y a
beaucoup de gens qui ne le savent pas. Bon, six granolas, pas taxables, cinq
granolas, taxables. Les fameux conteneurs de crème glacée, 500 ml, pas
taxables, en bas de 500 ml, c'est taxable. Il y a beaucoup de gens qui ne
le savent pas. Et, au Québec, on ajoute un autre 15 et quelques pour cent,
ça fait une grosse différence. Donc, c'est vraiment important, à mon avis, de
supporter l'article 223 du projet de loi.
En ce qui est du décret concernant la
politique d'exactitude des prix pour les commerçants utilisant la technologie
du lecteur optique, le 10 $ à 15 $, pour moi, c'était nécessaire. Ça
fait longtemps que ça aurait dû être fait. Si on a à bonifier, si on a à suivre
l'inflation alimentaire, on parlerait plutôt de 17 $, environ, là, depuis
que ça a été instauré. Moi, j'ai l'impression que le 15 $ est peut-être un
compromis, moi, je dirais. Combien de gens... combien de personnes, au Québec,
suivent cette règle-là ou demandent au commerçant de se faire rembourser s'il y
a une erreur de prix? Je l'ignore. Je ne sais pas si l'Association des
détaillants en alimentation a été claire là-dessus ce matin, mais on ne le sait
pas.
• (17 h 30) •
Moi, ce qui m'inquiète le plus, c'est
qu'il y a beaucoup de gens qui ne connaissent même pas la règle d'exactitude de
prix en partant. Alors, je pense qu'il y a beaucoup de gens... En changeant la
somme de 10 $ à 15 $, je pense que c'est une opportunité pour le
gouvernement de rééduquer les Québécois et les Québécoises pour ce qui est de
leurs droits en tant que consommateur dans une épicerie. À mon avis, c'est une
opportunité. Et ailleurs au Canada, on ne se pose même pas la question. Alors,
il est temps.
Pour ce qui est du règlement d'application
de la Loi sur la protection du consommateur, là, je parle de l'article 91.01,
91.02, 91.03, je n'ai rien vu de problématique. Personnellement, je pense que
tout est là, tout est simple. Les unités de mesure sont une source de
frustration pour beaucoup de personnes. J'imagine que tout le monde autour de
la table magasine dans une épicerie, puis ce n'est souvent pas facile de
comparer des pommes avec des pommes. Donc, pour ce qui est de l'uniformisation
des unités de mesure partout pour toutes catégories, à mon avis, c'est quelque
chose qui est souhaitable pour ce qui est de la consommation en alimentation.
Et puis, finalement, je voulais faire...
je voulais vous offrir quelques commentaires sur l'article 91.8.1 sur les
pourboires. Nous, au laboratoire, on fait du travail au niveau du détail, mais
on fait <aussi...
>
17 h 30 (version révisée)
< M. Charlebois (Sylvain) :
...sur
les pourboires. Nous, au laboratoire, on fait du travail au niveau du détail,
mais on fait >aussi du travail au niveau du pourboire ou des pratiques
dans le domaine du service alimentaire. Je vous ai envoyé un document, un
article, un projet qu'on vient de terminer, un projet de recherche, qui n'est
pas publié encore, mais je pensais que c'était pertinent pour vos travaux de
savoir un peu ce qui se passe dans la tête des Canadiens. C'est un... C'est
un... une recherche pancanadienne. On parle beaucoup de fatigue du pourboire ou
du pourboire sournois au sein de l'industrie.
Moi, je pense que le gouvernement
québécois va de l'avant avec un projet comme ça simplement parce qu'il y avait
un manque de leadership au niveau de l'industrie. Nous, on a discuté beaucoup
avec Restaurants Canada, même avec l'Association des restaurateurs du Québec,
puis ils n'ont jamais voulu vraiment s'impliquer dans le débat des pourboires,
et j'ai l'impression que c'est un peu pour ça que le gouvernement s'est senti
obligé de faire quelque chose. Alors, je supporte essentiellement ce qu'on
tente de faire ici avec les pourboires.
Je vais vous donner quelques résultats de
notre recherche pour vous donner une idée de... du taux d'insatisfaction des consommateurs
canadiens. 89,6 % des consommateurs ont remarqué une augmentation des
pourcentages de pourboire suggérés sur les plateformes numériques, les
terminaux. 80,3 % des répondants estiment que les suggestions de pourboire
numériques devraient être ajustées en fonction de la qualité du service.
81,5 % sont incertains quant à la destination de leur pourboire lorsqu'ils
paient numériquement. Les pourboires sont devenus une boîte noire, finalement. Les
gens vont vouloir récompenser la qualité d'un service sans savoir trop ce qui
se passe avec l'argent. Mais ce qui est plus préoccupant encore, c'est 78,2 %
des consommateurs déclarent qu'ils vérifient rarement ou jamais si leur
pourboire est appliqué sur taxes de vente lors du paiement. Et ça, vraiment,
là, à travers le Canada, c'est un gros problème.
Je vous donne un exemple. Si vous payez
une facture de 100 $ et vous appuyez un pourboire de 18 %, vous venez
de payer un pourboire, vraiment, de 21 %, pas 18 %. Donc, le
2,35 $ va où? Est-ce que le 2,35 $ va au serveur ou à la serveuse ou
va à la gestion? On ne le sait pas, la boîte noire. Donc, éclaircir les règles,
c'est important.
Soit dit en passant, je suis sorti sur la
Grande Allée hier soir avec... pour... avec des amis, puis je n'ai pas payé le
pourboire sur la taxe, en passant. Donc, c'est rassurant, mais ailleurs, à
Toronto, à Halifax, ce n'est peut-être pas la même chose.
Mais, en gros, je pense que le projet de
loi n° 72 fait... offre une clarté qui est nécessaire, une transparence
qui est nécessaire pour les consommateurs québécois et je salue l'initiative du
gouvernement. Merci.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. M. le ministre,
s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Merci, M.
le Président. Pr Charlebois, merci de participer aux travaux de la commission.
C'est grandement apprécié.
Vous êtes un spécialiste du domaine
agroalimentaire. Tout à l'heure, on a entendu les représentants de l'association
des détaillants en alimentation, et là ils nous disaient : Écoutez, là, ce
que vous êtes en train de faire relativement aux étiquettes de prix, là, faites
attention, parce que ça pourrait amener de la confusion chez le consommateur,
puis il n'y a pas de place, là, sur l'étiquette, le fait de mettre la grosseur...
le... la grosseur du prix, supposons, régulier à 75 %... ou, supposons, le
prix membre à 75 % de la grosseur du prix non membre... du prix non membre
versus le prix membre, même chose pour le prix régulier, même chose pour le
nombre... le... les prix pour les achats groupés. Qu'est-ce que vous pensez de
ça, le fait de dire que ça va être trop complexe pour les détaillants, pour les
épiciers, d'arranger les étiquettes pour faire en sorte que le consommateur
puisse voir les différents prix?
M. Charlebois (Sylvain) : D'abord,
moi, je suis vraiment heureux du fait que vous avez invité l'ADA ici et non pas
juste le Conseil canadien du commerce de détail, parce qu'eux... les deux
vivent une différente réalité. Moi, j'ai toujours sympathisé avec les indépendants
au Québec parce que... D'ailleurs, j'ai déjà travaillé pour l'ADA avant d'être
chercheur, je comprends bien le système québécois. Leur réalité financière n'est
pas pareille, là. Je peux comprendre leur inquiétude.
Puis le rôle des indépendants au Québec,
je pense, n'est pas apprécié, pas assez apprécié par les Québécois et les
Québécoises, à mon avis. Leur rôle est très important pour ce qui est de l'achat
local, la promotion des produits québécois, etc.
Alors, c'est sûr que, lorsqu'on arrive avec
une nouvelle réglementation, je peux comprendre qu'ils ont des inquiétudes par
rapport à leurs... ils n'ont pas les <capacités...
M. Charlebois (Sylvain) :
...je
peux comprendre qu'ils ont des inquiétudes par rapport à leurs... ils n'ont pas
les >capacités au niveau de la main-d'oeuvre, les magasins ne sont pas
aussi uniformes, les produits ne sont pas les mêmes, tandis que les bannières,
les... le corpo vont avoir tout en main de la maison mère, là. Loblaws, Sobeys
ou Metro, là, c'est plus facile pour eux. Donc, c'est plus... ce que vous
demandez aux membres de l'ADA, c'est... est plus de travail. Je vais être
honnête avec vous, là, c'est plus de travail. Est-ce que c'est impossible puis
est-ce que c'est nécessaire? À mon avis, oui. J'en ai discuté avec l'ADA, je
pense que c'est nécessaire éventuellement, parce que la dernière chose que les
détaillants veulent faire, c'est de frustrer les consommateurs. Donc, je pense
que l'esprit du projet de loi est... est important.
M. Jolin-Barrette : Sur
la question de la taxation, là, en épicerie, on a eu une suggestion de dire :
Bien, écoutez, taxez... bien, en fait, indiquez le prix taxable uniquement sur
les aliments taxables, mais pas besoin d'écrire «pas taxable» sur les aliments
qui ne sont pas taxables. Ça, c'est une option que... qui est évaluée. Mais,
sur la pertinence des taxes à l'épicerie, vous le disiez, là, quand c'est un
format collation, à ce moment-là ça devient taxable en raison des règles, le
consommateur peut rapidement être perdu.
M. Charlebois (Sylvain) :
...il y a plusieurs choses que vous soulevez, là. D'abord, je pense que la
moralité de taxer de la nourriture doit être débattue, à mon avis, à ce
stade-ci, parce que la réduflation est un facteur qui contribue à la hausse du
nombre de produits taxables. Les ménages vont être réduits, les gens vont
acheter en moins grande quantité, donc... et, à chaque année, on le voit, de
plus en plus il va y avoir des produits qui vont être taxables. Est-ce qu'on
doit taxer la crème glacée? Est-ce qu'on doit taxer des salades? Est-ce qu'on
doit taxer des barres granolas? Tu sais, je pense qu'il faut se poser la
question. Je ne dis pas qu'on ne devrait pas taxer, mais je pense qu'on est
rendus à un point qu'il va falloir en débattre, de la moralité de taxer de la
nourriture, surtout après les années qu'on vient de vivre, là. Des taux
d'inflation alimentaire de 10 %, ça a été extrêmement difficile pour les
familles québécoises.
Donc, moi, je voulais vraiment mentionner
ça parce que vous êtes la seule province au Canada qui se pose la question. Il
n'y a pas grand monde qui en parle au sein du public parce qu'ils ne savent pas
vraiment qu'il y a beaucoup de produits qui sont taxés, ils ne regardent pas
leurs reçus. Et ça, c'est peut-être une chose... je pense, c'est un point mort
du projet de loi, peut-être regarder comment que le reçu est structuré pour
bien identifier ce qui est taxé lors de la sortie d'un magasin, parce que, là,
actuellement, c'est des codes, là, des P puis des D, là, ce n'est pas clair. Il
faut aller au service à la clientèle pour confirmer qu'est-ce qui a été taxé
parfois. Il y a des bannières qui... dont leur pratique est très claire, mais
il y a des bannières, ce n'est pas clair, là, on ne sait pas trop sur quels
produits on a... on a payé une taxe. Donc, il y a ça, à mon avis, qui devrait
peut-être être adressé par le projet de loi.
Pour ce qui est de la visite en allée,
est-ce qu'on devrait identifier les produits qui ne sont pas taxables? Moi, je
ne pense pas. Je pense que c'est... Ce qui est important, c'est : Quelles
vont être les surprises à la caisse? Est-ce que... Si le prix... Dans le fond,
il faut afficher le prix exact. S'il va y avoir un ajout à la caisse, il faut
l'afficher en allée, au point de service, à mon avis.
• (17 h 40) •
M. Jolin-Barrette :
Peut-être une dernière question que je vais vous poser avant de céder la parole
à mes collègues. On a beaucoup parlé de la réduflation, notamment, ou la
déqualification...
M. Charlebois (Sylvain) :
Déqualiflation.
M. Jolin-Barrette : Bon,
exactement. Quand j'ai conçu le projet de loi, on y a pensé, on a réfléchi,
puis la difficulté, supposons, comme en France, est à...
M. Charlebois (Sylvain) :
Vous avez réfléchi dans quel sens? Excusez-moi, M. le ministre...
M. Jolin-Barrette : Bien,
notamment sur la réduflation, comme...
M. Charlebois (Sylvain) :
Pour l'interdire?
M. Jolin-Barrette : Bien,
comment l'encadrer ou comment... Mais ça, c'est quelque chose qui est
difficile, parce que, si la recette du produit change, ce n'est plus le même
produit, notamment. Donc, ça soulève certains enjeux. Ce qu'on a voulu faire,
c'est vraiment mettre de la transparence dans les prix, puis notamment le prix
par unité, pour que le consommateur puisse faire son choix adéquatement, où
est-ce qu'il en a le plus pour son argent, puis il va faire son choix. Même
s'il y a un article en rabais à côté, ça se peut que ça soit le gros format qui
soit le plus avantageux.
Mais, dans votre perspective de chercheur,
là, les stratégies commerciales des entreprises en agroalimentaire, justement
qui fonctionnent comme ça, là, en réduisant la quantité, en essayant de... je
ne vous dirais pas de tromper le consommateur, mais de lui dire : Bien,
c'est le même sac de chips ou c'est le même sac du produit et de laisser
présager que c'est la même quantité pour le même prix, où est-ce qu'on s'en va
avec ça? L'industrie, où est-ce qu'elle s'en va? Parce que, vous savez, chaque
dollar est <important...
M. Jolin-Barrette :
...va
avec ça? L'industrie, où est-ce qu'elle s'en va? Parce que, vous savez, chaque
dollar est >important pour les familles québécoises. Le panier
d'épicerie a monté, puis les gens ont l'impression d'en avoir moins pour leur
argent, avec raison. Donc, nous, on tente de les outiller davantage, que ça
soit clair, justement, en agissant sur les étiquettes, mais c'est quoi, votre
vision par rapport à ça?
M. Charlebois (Sylvain) : Moi,
je pense, avec la réduflation, on s'attaque au mauvais problème. Tu sais, les
gens sont frustrés... C'est correct d'être frustré en arrivant à la maison puis
en en obtenant moins, mais les vrais problèmes, là, à mon avis, par rapport à
la réduflation, que le gouvernement devrait surveiller de très près, il y en a
trois, OK? Une de ceux-là est justement dans le projet de loi n° 72 :
la taxation, est-ce que le produit est devenu taxable ou non. Donc, vous venez
de régler ce problème-là.
L'autre problème, c'est l'emballage. Quand
on achète un produit qui a été réduit, on achète une illusion en raison d'un
emballage qui est peut-être... qui ne devrait pas être là. On garde le même
emballage, mais il y en a moins dedans. Pourquoi... Pourquoi que... Dans le
fond, on a... on a un suremballage, on vend un mirage aux consommateurs, ce qui
amène de la frustration. Moi, je m'attaquerais à l'emballage.
Puis le troisième élément, c'est plus au
niveau fédéral, par contre, c'est... c'est comment que la réduflation affecte
le taux d'inflation alimentaire. Nous, on pense, au laboratoire, que le... en
raison de la réduflation, l'inflation alimentaire est sous-estimée au Canada. Ça
fait que, quand on regarde la liste des produits tenue par Statistique Canada,
là... On nous dit, chez Statistique Canada... parce qu'on a eu des rencontres
avec eux, on nous dit qu'on surveille l'impact de la réduflation, mais nous, on
ne le voit pas dans nos chiffres, on ne le voit pas du tout. Puis ça, ça
m'inquiète parce que quand on pense aux programmes sociaux au Québec, souvent
l'IPC est un facteur important de compensation. Si le taux d'inflation est
sous-estimé pour l'alimentation, bien, on pénalise tout le monde, là, ceux...
les prestataires, les gens qui ont besoin d'aide du gouvernement. Ça, c'est un
mégaproblème, autre que d'arriver à la maison puis se rendre compte qu'il y a
moins de pâtes alimentaires dans notre... dans notre paquet, là. Ça, c'est un
facteur fatigant, là, je comprends, mais les vrais problèmes avec... liés à la
réduflation, il y en a trois, puis vous venez d'en régler un.
M. Jolin-Barrette : ...votre
présence.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. Mme la députée
de Vimont, s'il vous plaît.
Mme Schmaltz : Oui. Merci, M.
le Président. Merci beaucoup. Merci d'avoir traversé la rue pour venir nous
voir. Je vous taquine.
En fait, le ministre a déjà un peu posé la
question que je voulais vous poser, mais je vais quand même peut-être la
reposer différemment. Tantôt, vous avez dit 4 600 produits taxables dans
une épicerie...
M. Charlebois (Sylvain) : En
moyenne.
Mme Schmaltz : ...en moyenne,
à peu près. Déjà ça, c'est incroyable. Je ne pensais pas qu'on était dans des
chiffres...
M. Charlebois (Sylvain) : Bien,
si vous permettez, je peux vous donner un autre chiffre, c'est que... notre
estimation, c'est qu'il y a environ 1 milliard de dollars de taxes perçues
au détail alimentaire au Canada. C'est 1 milliard, là.
Mme Schmaltz : 1 milliard?
M. Charlebois (Sylvain) : Oui.
Mme Schmaltz : OK. D'accord.
Bon, c'est un ajout de plus sur...
M. Charlebois (Sylvain) : C'est
de l'argent des poches des contribuables, là, oui.
Mme Schmaltz : Oui. OK. Et
tantôt on parlait de réduflation, justement, que vous voyez pertinemment que la
liste est en train de s'allonger. Là, il y a une question d'emballage mirage,
un peu, où l'emballage est resté pareil puis il y a presque de l'air, là. Si on
prend les sacs de chips, là, souvent, on prend le sac, on a l'impression qu'il
est rempli, on l'ouvre, puis il se dégonfle, puis, finalement, c'est un petit...
un petit fond qu'on a.
Je comprends qu'il y a beaucoup d'éléments
qu'il faut... qu'il faut regarder, mais, selon vous — j'avais posé la
question ce matin à un autre groupe — est-ce que c'est le détaillant,
le fabricant qui a ce devoir d'informer le consommateur de ces changements
de... changements, là, dans tous les sens du terme, là?
M. Charlebois (Sylvain) : Oui.
Bien, il y a... il y a une responsabilité partagée, à mon avis. D'ailleurs, tu
sais, il y a beaucoup de gens qui pensent que la réduflation, c'est de la
fraude, mais ce n'est pas de la fraude parce que toute l'information est là, le
paquet est... c'est sur le paquet. Le problème, c'est qu'il n'y a pas
d'uniformisation au niveau des quantités et des prix. C'est ce que le projet de
loi n° 72 tente de faire, c'est d'uniformiser
l'information pour comparer. Donc, on vient de régler ce problème-là.
Mais, pour ce qui est de la divulgation ou
d'être clair que ce produit-là a été réduit, moi, j'ai toujours perçu la
réduflation comme étant une stratégie, purement et simplement, là, parce que,
s'il n'y a pas de réduflation, bien, l'autre option, c'est d'augmenter des
prix, là. Parce qu'on le voit quand on regarde, au Canada, le coût au gros
versus... les prix au gros versus les prix au détail, là, c'est toujours... On
parle beaucoup des marges des bannières, là, mais, souvent, les marges des
bannières ou les prix des bannières <s'ajustent...
M. Charlebois (Sylvain) :
...des
bannières, là, mais, souvent, les marges des bannières ou les prix des
bannières >s'ajustent par rapport aux prix au gros, ça fait qu'un va
avec l'autre souvent, là. Alors, c'est pour ça que la réduflation, si on... Si,
par exemple, on décide d'interdire la réduflation... OK, parfait, mais les prix
vont augmenter beaucoup plus. Puis on force peut-être des ménages à acheter
trop de nourriture, qui n'en ont pas besoin.
Mme Schmaltz : ...qu'on est
la seule province à se pencher actuellement sur la question. Pensez-vous que ça
va faire boule de neige, ce qu'on est en train de faire? Est-ce que ça va faire
en sorte qu'on va se questionner puis peut-être même changer une certaine
mentalité à force... Je veux dire, si on est les premiers à mettre... à mettre ça
de l'avant, probablement que les autres vont suivre, ils vont se poser les
mêmes questions aussi.
M. Charlebois (Sylvain) : Bien,
moi, j'écris des articles d'opinion dans LaPresse à chaque
semaine, mais j'en écris une aussi à Toronto à chaque semaine. Et puis, je
pense, quand le projet de loi est sorti, j'en ai écrit... j'ai écrit un article
d'opinion dans... à Toronto, en anglais, et puis la réaction, c'était un peu
ça, là : Ah! il y a quelque chose d'intéressant qui se passe au Québec, on
devrait peut-être faire la même chose. Tu sais, surtout, au niveau du
15 $, la taxation sur la nourriture, le pourboire aussi, vraiment, ce sont
des points litigieux dans le Canada anglais. Ça fait qu'on surveille le Québec
de très près par rapport au projet de loi n° 72, ça, c'est clair.
Mme Schmaltz : Mais c'est une
question, d'ailleurs, que tout le monde se pose, là. Je veux dire, c'est
partout pareil, là, d'une certaine façon.
M. Charlebois (Sylvain) : Bien,
je n'ai jamais compris le manque de leadership du secteur. Que ce soit en
restauration ou au détail, là, il y a des problèmes à régler pour le
consommateur, mais il n'y a personne qui veut faire quoi que ce soit. Alors,
moi, je ne suis pas surpris de voir le projet de loi n° 72, là.
Mme Schmaltz : Puis
d'ailleurs j'ai...
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup.
Mme Schmaltz : Ah! OK.
Le Président (M. Bachand) :J'ai le député de Saint-Jean, pour trois minutes.
M. Lemieux : Merci beaucoup,
M. le Président. M. Charlebois, je dirais que c'est plus une mode, la
réduflation, une mode dans le sens que c'est le truc qu'ils ont pris en
passant. Mais rassurez-moi que le prix unitaire répond à toutes les questions.
Mon problème à moi, c'est la grosseur du prix unitaire puis son... sa mise en
évidence à la bonne place. Je veux bien, là, les coupons, les bonbons, le
membre, le pas membre, les deux pour un, les deux... mais moi, j'ai besoin...
malheureusement, c'est grâce à Costco, mais j'ai besoin de voir quelque part
combien ça me coûte pour chaque feuille de mouchoir, combien ça me coûte pour
chaque litre... Bon, est-ce que ça, ça répond à toutes les questions, ou ils
vont nous arriver avec d'autre chose qui va contourner ça, ou, pour un avenir
prévisible, on est en business avec ça, là, le prix unitaire?
M. Charlebois (Sylvain) :
Bien, je pense que vous êtes sur le bon chemin.
La réduflation va par cycle, vous avez
raison, là. Ce n'est pas nouveau, là, ça fait 40 ans que ça existe, là. Les
premiers cas datent d'à peu près 40 ans. Il y a eu un gros cycle en 2008‑2009. Vous
vous souvenez, le baril de pétrole à 147 $ US, vous vous souvenez, le blé
était à 9 $. Il y avait de la réduflation beaucoup, mais, à l'époque,
l'inflation n'était pas un si gros problème, ça fait que les gens ne se sont
pas rendu compte de ça.
Là, cette fois-ci, les gens,
financièrement, ont été pris à la gorge. Alors, c'est sûr qu'on a remarqué
davantage. Puis là, bien, aujourd'hui, on a ça, on prend des photos, hein, on a
une mémoire collective, on partage sur les réseaux sociaux. Ça fait que les
gens partagent leurs frustrations, leurs découvertes à la maison. Ça fait que
c'est pour ça que l'industrie... l'industrie a été prise à court un peu, a été
surprise un peu par cette mouvance contre la pratique. Mais est-ce qu'il va y
en avoir d'autres?
Bien, la déqualiflation... je ne me
souviens plus c'est qui qui a mentionné la déqualiflation, c'est M. le ministre,
ça, c'est un autre phénomène, c'est... La déqualiflation, c'est de réduire la
qualité des ingrédients utilisés. Donc, par exemple, le... moi, je peux vous
dire, le chocolat, là, pour Noël, là, qui s'en vient, là, il va avoir moins de
cacao, là, il va avoir des saveurs artificielles, parce que le cacao est à 7 000 $
le kilo.
• (17 h 50) •
M. Lemieux : ...dans les
factures. Sauf erreur, vous écrivez pour le Globe ou le Toronto Star?
M. Charlebois (Sylvain) : Bien,
c'est...
M. Lemieux : Parce qu'on a
fait la une du Globe avec le PL, je pense. Je ne sais pas si c'était
vous.
M. Charlebois (Sylvain) : Ah!
je ne sais pas, je n'ai pas remarqué.
M. Lemieux : Oui, oui,
semble-t-il que oui.
M. Charlebois (Sylvain) : Bien,
ça a fait les manchettes dans le Canada anglais.
M. Lemieux : Oui, c'est ça. Juste
pour... on n'a plus beaucoup de temps, mais, juste pour... parce que vous avez
pris la liberté d'aller jusqu'au pourboire. Il y a plusieurs... plusieurs
éléments, mais il y a des restaurateurs qui auraient aimé qu'on aille plus loin,
puis je ne pense pas qu'on aille là, en tout cas, pour l'instant, ça n'a pas
été discuté tant que ça, mais, pour aller jusqu'où ils ont besoin d'aller pour
faire le ménage à l'intérieur de leurs restaurants, pour partager, moi, il y en
a un qui m'a dit chez nous : Louis, je peux-tu avoir sur mon terminal :
Combien vous donnez de pourboire? Êtes-vous d'accord pour partager avec la
cuisine?, tu sais, parce qu'il est là, le problème, sur le terrain. Nous, notre
problème, c'est qu'on paie par-dessus les taxes, puis tout ça, mais, eux, leur
problème, c'est de diviser ça.
Le Président (M. Bachand) :
Merci...
M. Lemieux : Si votre
laboratoire a écrit là-dessus, envoyez-moi <quelque chose...
M. Lemieux :
...eux,
leur problème, c'est de diviser ça.
Le Président (M.
Bachand) : Merci...
M. Lemieux : Si votre
laboratoire a écrit là-dessus, envoyez-moi >quelque chose, s'il vous
plaît.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Malheureusement, le
temps est écoulé.
M. Lemieux : Merci. Je n'aurai
pas de réponse. Merci.
Le Président (M.
Bachand) :Je cède la parole au député d'Acadie,
s'il vous plaît, pour 8 min 50 s, s'il vous plaît.
M. Morin (Acadie) : Oui.
Merci, M. le Président. Alors, bonjour, Dr Charlebois. Très heureux que vous
soyez avec nous. Toujours heureux de vous lire, mais je n'avais pas eu l'occasion
de vous rencontrer. Alors, j'ai presque envie de dire que votre présence n'a
pas de prix, compte tenu de ce qu'on parle. Merci d'avoir traversé la rue
également. Ceci...
Une voix : ...
M. Morin (Acadie) : Toujours,
oui, oui, pour ne... pour ne pas induire personne en erreur.
Le Président (M.
Bachand) :
...c'est ça.
M. Morin (Acadie) : Mais ce n'est
pas taxable. Ceci étant, vous avez abordé un peu la question, mais j'aimerais
vous entendre davantage, parce que, quand on a écouté l'Association des
détaillants en alimentation du Québec, on... ils sont pour le projet de loi,
mais... mais moi, en tout cas, quand je les écoutais, je sentais quand même qu'il
y avait de la réticence, parce qu'ils semblaient dire : Écoutez, nous, ça
nous crée des enjeux, ça nous crée des problèmes, on est en région, bon, qu'est-ce
qu'on fait avec l'achat Québec, achat local, etc.?
Vous avez effleuré un peu la question,
mais j'aimerais ça vous entendre davantage parce que j'aimerais ça mieux
comprendre l'impact que ça peut avoir pour eux. Évidemment, au Québec, comme
ailleurs au Canada, on a des grandes bannières, mais il y a aussi des
commerçants locaux, coopératives, etc. Donc, qu'est-ce qui est différent dans
le marché au détail de l'alimentation? Puis est-ce que leur marge de manœuvre
en termes de profits, et tout ça, c'est moindre? Et est-ce qu'ils en arrachent,
finalement, ou si ça ne fait pas de différence quand on les compare à Loblaws
et à d'autres géants de l'alimentation?
M. Charlebois (Sylvain) : Oui.
Moi, j'encouragerais le comité et le gouvernement d'être sensibles à la cause
des indépendants, je pense, parce que c'est vraiment une question de
ressources, là, c'est... Et puis moi, je trouve... moi, je pense que le mandat
que les détaillants indépendants se donnent est différent des bannières. Les
bannières, c'est vraiment le contrôle, l'intégration verticale de par les
marques privées, tu sais, c'est ça qu'ils font, là, puis ils le font très bien.
Mais les indépendants, ce n'est pas ça, là, c'est d'être unique, c'est d'offrir
quelque chose de différent, et la... cette différence-là fait en sorte que les
coûts sont plus élevés pour l'adaptation d'un projet de loi... envers un projet
de loi comme ça, là. C'est pour ça que... Puis ils n'ont pas vraiment les
employés qu'il faut pour vraiment instaurer les changements. Je pense que l'ADA
demandait un six mois, un délai de six mois, là, pour... Moi, je trouve que six
mois, ce n'est peut-être pas assez.
M. Morin (Acadie) : ...de six
mois.
M. Charlebois (Sylvain) : Je
pense qu'on devrait offrir plus de temps...
M. Morin (Acadie) : Plus de
temps?
M. Charlebois (Sylvain) : ...au
secteur indépendant particulièrement, bien, pour s'adapter. Pour ce qui est des
grandes bannières, moi, je ne suis pas inquiet. Je ne vois pas comment ça va
augmenter leurs coûts, là. Ils vont être capables d'absorber tout ça, là.
M. Morin (Acadie) : Parce qu'évidemment
les plus petits... les plus petits détaillants... C'est parce que ça, c'est l'autre
crainte, évidemment, c'est sûr qu'on veut de la transparence, on veut que le
consommateur le sache, mais, si, à un moment donné, ça a un coût important, c'est
le consommateur qui va finir par payer en quelque part. Je ne pense pas... Je
ne pense pas que c'est les grandes bannières qui vont dire : On va prendre
ça sur nous, là. Ça ne risque pas d'arriver, ça.
M. Charlebois (Sylvain) : Non,
c'est ça. Tu sais, il y a des choses dans... dans leur mémoire, je ne suis pas
d'accord. Comme le 15 $, ils sont un peu inquiets, moi, je n'embarque pas
là-dedans, là. Je pense que c'est tout à fait juste de... Même, encore, je
trouve que le 15 $, c'est un... c'est un compromis raisonnable pour tout
le monde, là.
Mais, pour ce qui est de la gestion de l'étiquetage,
tu sais, c'est du travail, tu sais. On parle de beaucoup... de milliers de
produits. Puis ce qui est différent... Les bannières, c'est l'uniformisation de
l'offre, hein? Il y a... C'est beaucoup... pas mal les mêmes produits. Pour ce
qui est du merchandising, les entreprises comme Pepsi le font à leur place. Les
indépendants, ils ont moins ce luxe-là, ils ont moins de ce support-là pour,
justement, rouler l'inventaire, changer l'étiquette, etc., là. Donc, c'est pour
ça que moi, je sympathise beaucoup avec les indépendants puis c'est pour ça que,
je pense, c'est important d'au moins les écouter, là, oui.
M. Morin (Acadie) : Parfait.
Je vous... Je vous remercie. Le projet de loi ne touche pas à ce qu'on a appelé
la déqualiflation. En tout cas, pour moi, je trouve que c'est un enjeu parce qu'évidemment
on parle de qualité d'aliments, puis ce n'est pas de la qualité qui augmente, c'est
qu'il diminue. Vous avez donné l'exemple du cacao, mais il y a... il y a d'autres
produits. Ça serait quoi, vos recommandations? Est-ce qu'on devrait aborder
cette question-là? Puis, si oui, comment?
M. Charlebois (Sylvain) : Ouf!
Je vais être honnête avec vous, j'ai... je reconnais qu'il y a un problème,
puis c'est sûr qu'au niveau de la santé publique j'ai toujours eu des craintes
par rapport aux allergènes, par exemple, tu sais, de remplacer un ingrédient
pour un autre puis ce... cet ingrédient-là peut être un allergène pour des
consommateurs, mais c'est toujours bien mentionné. Ce qui m'inquiète, c'est que,
si quelqu'un ne vérifie pas l'étiquette, achète le même produit, et, tout d'un
coup, on réalise qu'on achète un produit avec un nouvel <ingrédient...
M. Charlebois (Sylvain) :
...achète le même produit et, tout d'un coup, on réalise
qu'on achète un produit avec un nouvel >ingrédient auquel on est
allergique, ça, c'est un... pour moi, ça, ça m'inquiète énormément, là. Mais la
déqualiflation existe depuis longtemps, c'est... Est-ce qu'on devrait
réglementer? Je ne sais pas. Encore une fois, ça va être la même chose que la
réduflation. Si on décide de réglementer et de l'interdire, on risque de forcer
des manufacturiers à augmenter les prix, tout simplement, tu sais.
M. Morin (Acadie) : Parfait.
Vous nous avez dit aussi qu'il est important d'uniformiser les unités de
mesure. Est-ce que ça devrait être pour l'ensemble de tous les produits? Tu
sais, vous avez parlé, à un moment donné, des pommes, fruits et légumes, mais,
pour l'ensemble des produits, ça serait préférable?
M. Charlebois (Sylvain) : Produits
alimentaires, oui. Oui, absolument. Oui, je pense que c'est important, oui.
M. Morin (Acadie) :
OK. Parfait.
M.
Charlebois (Sylvain) : C'est... Uniformiser est une... est une bonne
chose à l'épicerie, où on retrouve tellement de choix, tellement de produits.
Les gens ont 20 minutes, 22 minutes pour acheter 50 items, ils
n'ont pas le temps, là, de vérifier puis de voir, là. C'est sûr que les gens utilisent
leurs téléphones de plus en plus, mais les gens n'ont pas le temps, là. Ça fait
que, si on peut, justement, faire le travail pour eux avant qu'ils arrivent à
l'épicerie, je pense que les consommateurs apprécieraient.
M. Morin (Acadie) : Je vous
remercie. Vous nous avez parlé aussi de... des produits alimentaires qui sont
taxés. Est-ce qu'on taxe plus au Québec ces produits-là que dans les autres
provinces?
M. Charlebois (Sylvain) : Non.
Non, c'est les mêmes règles, c'est... à travers le Canada...
M. Morin (Acadie) : À travers
le Canada.
M. Charlebois (Sylvain) : ...c'est
juste que le taux va changer, là. Comme, en Alberta, il n'y a pas... il n'y a
pas de taxe provinciale, donc c'est 5 %. Donc, au Québec, c'est 5 %
plus votre taxe provinciale. En Nouvelle-Écosse, c'est 5 % plus la taxe
provinciale. Donc, ça varie d'une province à l'autre à cause de ça, mais c'est
les mêmes... le... Revenu Canada a les mêmes règles pour tout le monde.
M. Morin (Acadie) :
OK. Parfait. Je vous remercie. Ça va, je n'ai pas d'autre
question, M. le Président. Merci.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Merci beaucoup, M. le
député d'Acadie. M. le député de Saint-Henri—Sainte-Anne, s'il vous plaît.
M. Cliche-Rivard : Merci
beaucoup. Tout à l'heure, vous avez parlé des trois problèmes, là, vous les
avez quantifiés, vous avez parlé de l'emballage, puis je me demandais qu'est-ce
que vous aviez comme recommandation sur l'emballage. Qu'est-ce qu'on pourrait
faire mieux sur l'emballage?
M. Charlebois (Sylvain) : Bien,
c'est... Dans le fond, c'est demander aux manufacturiers, parce que ce sont eux
qui emballent, là, on s'entend que ce n'est pas les distributeurs ou les
détaillants, de minimiser le besoin d'emballage. Parce que, tu sais, on soulève
la question de l'air dans les croustilles, tu sais, les... Bien, Mondelez...
Mondelez a été la première compagnie à avouer qu'il y avait de la réduflation
qui se passait, puis c'est arrivé voilà deux ans, tu sais. Ça fait qu'il y a un
déni, là, dans le secteur. C'est un... En...
La réduflation, c'est un tabou dans le
secteur, là, on ne veut pas en parler, là, tu sais. C'est... C'est ça. Donc...
Mais là on est rendus... En raison du projet de loi n° 72,
on en parle. La taxe... Pour moi, la taxe, là, c'est vraiment... on va aller
chercher le consommateur puis on va dire : Comment ça qu'on taxe ces
produits-là maintenant puis, avant, on ne les taxait pas? Bien, c'est à cause
de la réduflation. Ah! mais c'est quoi, ça? Ça fait qu'en interpellant le
consommateur, le contribuable, bien, c'est là qu'on va pouvoir commencer à
avancer par rapport à la réduflation et les véritables problèmes, dont
l'emballage, donc qu'est-ce... comment on pourrait, justement, mieux encadrer
ça. Moi, je pense que la réduflation amène les compagnies à utiliser trop
d'emballage.
• (18 heures) •
M. Cliche-Rivard : Sur un
autre point, on a vu des rabais annoncés, mais, finalement, ce n'est pas
vraiment des rabais ou, en tout cas, c'est 0,10 $, 0,15 $, des fois
c'est 0,05 $ puis c'est écrit «prix en spécial». Pensez-vous qu'on
devrait aussi réglementer quand est-ce que vous avez vraiment la capacité
d'écrire que c'est un rabais? C'est-tu à partir de 5 %, c'est-tu à partir
de 10 %, ou vous pensez que, juste en l'identifiant comme ça puis on
permet d'écrire «rabais» pour 0,02 $, ça informe le consommateur?
M. Charlebois (Sylvain) : Sur
les circulaires, vous voulez dire?
M. Cliche-Rivard : Sur les
circulaires ou en magasin, là. On voit que c'est écrit en gros «prix en spécial»,
puis là c'est écrit 9,99 $, prix régulier, bien, c'est écrit 10,01 $,
puis finalement tu as sauvé 0,02 $, finalement, puis là tu es attiré par
le gros truc rouge «prix en spécial». Pensez-vous que, finalement, tu sais, on
devrait se dire : À partir de, mettons, 5 % ou 10 %, là c'est
bon, l'étiquette «rabais», «en spécial», on accepte, mais que, là, on niaise un
peu le monde à coup de 0,02 $, 0,03 $, 0,10 $ pour un rabais?
M. Charlebois (Sylvain) : Moi,
je pense, c'est important pour le... ça, c'est mon opinion, c'est important
pour le gouvernement d'établir des conditions pour offrir aux consommateurs une
plus grande transparence, mais il ne faut pas aller trop loin, à mon avis. Je
pense que les consommateurs sont assez intelligents... à mon avis, je pense que
les consommateurs québécois sont assez intelligents pour commencer à
additionner et à soustraire, là, puis de comprendre ce qu'est un rabais. Comme
je pense que tout le monde sait qu'en bout d'allée on n'achète... on n'achète
pas, parce qu'en bout d'allée c'est là qu'on va retrouver les faux rabais. Moi,
je n'achète jamais en bout d'allée, là, parce que ce n'est pas un rabais, c'est
une promotion.
M. Cliche-Rivard : Bien,
c'est ce qu'on se disait, nous <autres...
>
18 h (version révisée)
< M. Charlebois (Sylvain) :
...parce
que ce n'est pas un rabais, c'est une promotion.
M. Cliche-Rivard :
Bien,
c'est ce qu'on se disait. Nous >autres, on ne savait pas ça, ça fait
que... Je veux dire, ce n'est pas... non, mais ce n'est pas si limpide que ça.
M. Charlebois (Sylvain) : OK.
Venez à mon cours.
M. Cliche-Rivard : Bien, on
va lire ça dans une prochaine chronique alors.
M. Charlebois (Sylvain) : Oui,
c'est ça.
M. Cliche-Rivard : Parfait.
Merci beaucoup d'être venu aujourd'hui.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. Mme la députée
de Vaudreuil, s'il vous plaît.
Mme Nichols : Oui. Merci.
Merci de votre présence. On apprend beaucoup. On est vraiment des mauvais
consommateurs. Est-ce qu'il y a un endroit où, justement, on peut trouver... à
part aller à votre cours, là, mais est-ce qu'il y a un endroit où toute cette
information-là serait, entre autres, centralisée?
M. Charlebois (Sylvain) : Faites
votre épicerie le mardi puis le mercredi.
Mme Nichols : Oui? Ah! mais on
ne peut pas, on siège à l'Assemblée nationale.
M. Charlebois (Sylvain) : Je
sais, ça fait que...
Mme Nichols : Bien, on
demandera congé. On va arranger nos horaires, peut-être voter à distance. En
tout cas, il y a des... il y aura des mesures...
M. Charlebois (Sylvain) : Pour
la sécurité alimentaire des députés.
M. Jolin-Barrette : ...à
distance, on est corrects.
Mme Nichols : Oui, mais...
Une voix : ...
Mme Nichols : Il y a une
ouverture, c'est bon, c'est bon, ce projet de loi là.
J'avais juste une petite question
relativement à la politique d'exactitude de prix. C'est embêtant parce que,
vous l'avez dit, les gens ne savent pas que cette politique-là existe.
Avez-vous une suggestion? Est-ce qu'on ne devrait pas exiger... ou est-ce que
ça existe déjà qu'on demande aux commerçants de l'afficher? C'est-à-dire que,
quand on rentre dans le commerce, il y a déjà une politique d'exactitude de
prix ou est-ce que...
M. Charlebois (Sylvain) : Bien,
vous, au Québec, vous êtes mieux équipé que les autres provinces, vous avez...
vous avez un bureau de la protection du consommateur. Donc, je pense qu'il
devrait être mandaté à faire la promotion. Le code d'exactitude de prix est
national. C'est à travers le pays. Bien là, justement, en faisant du bruit et
en éduquant les consommateurs québécois, les autres provinces vont se rendre
compte : Ah mon Dieu! La nourriture coûte plus cher au Québec ou quoi? Tu sais,
je pense que c'est là où on devrait aller pour faire la promotion et
l'éducation de cette réglementation-là. Parce que, moi, à chaque fois que j'en
parle, les gens sont surpris. Ils ne savent même pas que ça existe, tu sais.
Bien, ça existe, mais je pense que... ça a été inventé, ça a été instauré, je
pense, il y a 25 ans, ça doit faire au moins 20 ans, là. Oui, oui, ça fait...
Je travaillais à l'ADA quand c'est arrivé, puis c'est plus de 20 ans, là.
Ça fait que je pense que le projet de loi 72 offre
une opportunité au gouvernement de rééduquer, de revisiter cette politique-là
puis de dire aux Québécois ce qu'ils ont le droit d'obtenir comme compensation
s'il y a erreur pour ce qui est des prix.
Mme Nichols : Vous avez parlé
un peu plus tôt, là, des... de trois problèmes : la taxation, l'emballage,
le taux... le taux inflation alimentaire. Est-ce que vous pensez que le projet
de loi 72 va avoir un impact sur l'inflation dans le domaine alimentaire?
M. Charlebois (Sylvain) : Non.
Mme Nichols : Non?
M. Charlebois (Sylvain) : Non.
C'est la première question que je me suis posée. J'ai regardé. Je l'ai lu deux
fois. Je ne vois pas comment... bien, je ne pense pas que le gouvernement
serait intéressé à adopter un projet de loi si on augmente le fardeau financier
des contribuables, là. Bien, je ne vois pas comment le projet de loi 72
peut compromettre l'abordabilité alimentaire au Québec.
Mme Nichols : Très bien.
Merci.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. M. le député de
Jean-Talon, s'il vous plaît.
M. Paradis : Je vais
continuer sur le même sujet parce que ça a été abordé aussi dans les
témoignages précédents. Donc, s'il y a des coûts additionnels, bien, qui va
payer pour ça? Je suis très content de vous entendre, là, nous dire, bien, vous
ne voyez pas comment ça pourrait avoir un impact pour les consommateurs, mais,
néanmoins, selon le Bureau de la concurrence du Canada, les trois grandes
bannières au Canada ont eu des profits de 3,6 milliards en 2022. Un
économiste réputé dans le domaine, que vous connaissez peut-être, Jim Stanford,
a dit qu'en 2023 c'était 6 milliards. Puis les marges des trois grandes
bannières varient de 19,9 %, de 2019 à 2023, pour Metro, Super C, à
31,8 % pour Loblaws-Provigo et Maxi, en passant par 25,8 % pour
Empire, Sobeys et IGA. C'est de ça dont on parle ici.
Quels sont les risques que les coûts
additionnels qu'on pourrait faire encourir pour s'adapter aux nouvelles mesures
ou d'autres mesures qu'on voudrait imposer, si on veut aller plus loin, soient
refilés aux clients, aux consommateurs, puis qu'est-ce qu'on pourrait faire
pour que ça n'arrive pas?
M. Charlebois (Sylvain) : Il
faut comprendre... il faut comprendre que les bannières... C'est pour ça que
les indépendants sont pénalisés davantage ou sont dans une autre catégorie,
parce que les grandes bannières, ce sont des entreprises diversifiées. Tu sais,
comme Loblaws, la banque de Loblaws, c'est Shoppers. Regardez les états
financiers, là... M. Stanford dit : Ah! ils font de l'argent, mais l'argent
est dans la pharmacie, c'est dans le non alimentaire, le Joe Fresh cosmétiques,
le Shoppers fait <énormément d'argent pour Loblaws......
M. Charlebois (Sylvain) :
...le
Joe Fresh cosmétiques. Le Shoppers fait >énormément d'argent pour
Loblaws... L'alimentaire représente à peu près 50 % des revenus de
Loblaws. Loblaws est une pharmacie, est une banque, est une compagnie
immobilière. C'est très diversifié, là, ils font de l'argent à faire d'autres
choses que vendre de la nourriture. Ça fait que, quand il y a un projet de loi
comme ça qui arrive, eux sont en mesure d'absorber les coûts parce qu'ils
vendent d'autres choses avec des marges beaucoup plus élevées. Les indépendants
n'ont pas ce luxe-là.
M. Paradis : Très bien, merci.
J'ai encore du temps?
Le Président (M.
Bachand) :Oui, effectivement. Répartition
du temps...
M. Charlebois (Sylvain) : En
passant, je peux commenter sur les chiffres de M. Stanford si vous voulez.
Il faut faire attention avec comment on... parce que les chiffres qui ont été
étudiés dans le rapport de M. Stanford étaient... incluaient les... tous
les magasins et pas juste les grandes bannières, là. Ça fait que c'est pour ça
que j'avais une petite réserve par rapport à ce qui avait été publié.
M. Paradis : Mais, si j'ai
bien compris, donc, vous avez l'air assez confiant que... on peut garder ça là
où ça devrait être, c'est-à-dire dans ceux qui peuvent absorber les coûts
éventuels de l'adoption des mesures du projet de loi 72. Parce que ce qu'on
ne veut pas, c'est que ce soient justement des indépendants, qui, eux, n'ont
pas les mêmes marges de profit ou les consommateurs qui en ont déjà beaucoup avec
l'inflation sur les prix, la réduflation puis la... celui sur la diminution de
la qualité des produits, là. Donc, vous êtes assez confiant que ça peut rester
là.
M. Charlebois (Sylvain) : Il
y a le «big five» et le reste. Et puis le «big five», je ne m'inquiéterais pas
pour eux, ils vont être en mesure de vivre, là, leur viabilité financière ne
sera pas compromise.
M. Paradis : Mais vous ne
pensez pas qu'ils vont trouver encore des moyens de refiler la facture...
M. Charlebois (Sylvain) : Bien,
c'est sûr que c'est toujours difficile à démontrer, hein, c'est sûr. Mais,
quand on... quand on vérifie les prix, on le voit, l'idée première, c'est de
demeurer compétitifs, tu sais. L'autre chose qu'il ne faut pas oublier, c'est
qu'on est à peu près à... on est à moins d'un an de l'instauration du code de
conduite en épicerie, puis ça, c'est une bonne chose. Puis, d'abord... D'ailleurs,
M. Lamontagne a été... on doit beaucoup à M. Lamontagne, parce que c'est
lui, vraiment, qui a mené la charge, avec le ministre de l'Agriculture au
fédéral, pour amener le code de conduite. Le code de conduite va démocratiser
pas mal ce qui se passe dans le domaine agroalimentaire. Il y avait de l'abus
par les bannières. Cet abus-là va diminuer...
M. Paradis : Il y avait de l'abus.
Il y a eu la question du...
Le Président (M. Bachand) :Merci, merci, c'est tout le temps qu'on a. Pr Charlebois,
ça a été un grand plaisir, puis on se dit, bien, à bientôt. Vous êtes toujours
le bienvenu en commission parlementaire.
Et, cela dit, la commission ajourne ses
travaux au mardi 8 octobre 2024, après les avis touchant les
travaux des commissions. Merci, belle soirée, tout le monde. Merci.
(Fin de la séance à 18 h 09)