Journal des débats de la Commission des institutions
Version préliminaire
43e législature, 1re session
(29 novembre 2022 au 10 septembre 2025)
Cette version du Journal des débats est une version préliminaire : elle peut donc contenir des erreurs. La version définitive du Journal, en texte continu avec table des matières, est publiée dans un délai moyen de 2 ans suivant la date de la séance.
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Le
mardi 19 novembre 2024
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Vol. 47 N° 94
Étude détaillée du projet de loi n° 73, Loi visant à contrer le partage sans consentement d’images intimes et à améliorer la protection et le soutien en matière civile des personnes victimes de violence
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Intervenants par tranches d'heure
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Bachand, André
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Jolin-Barrette, Simon
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Morin, André Albert
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Nichols, Marie-Claude
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Lemieux, Louis
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Jolin-Barrette, Simon
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Bachand, André
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Morin, André Albert
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Nichols, Marie-Claude
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Jolin-Barrette, Simon
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Morin, André Albert
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Bachand, André
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Nichols, Marie-Claude
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Bachand, André
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Jolin-Barrette, Simon
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Morin, André Albert
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Nichols, Marie-Claude
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Jolin-Barrette, Simon
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Morin, André Albert
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Bachand, André
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Zanetti, Sol
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Bachand, André
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Jolin-Barrette, Simon
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Morin, André Albert
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Nichols, Marie-Claude
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Morin, André Albert
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Jolin-Barrette, Simon
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Bachand, André
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Jolin-Barrette, Simon
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Morin, André Albert
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Bachand, André
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Nichols, Marie-Claude
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Jolin-Barrette, Simon
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Morin, André Albert
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Bachand, André
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Bachand, André
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Morin, André Albert
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Jolin-Barrette, Simon
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Zanetti, Sol
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Bachand, André
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Zanetti, Sol
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Jolin-Barrette, Simon
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Morin, André Albert
11 h (version révisée)
(Onze heures cinq minutes)
Le Président (M.
Bachand) :Bonjour, tout le monde. Ayant
constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission des institutions
ouverte. Très content de vous retrouver.
La commission est réunie afin d'entreprendre
l'étude détaillée du projet de loi n° 73, Loi visant à contrer le partage
sans consentement d'images intimes et à améliorer la protection et le soutien
en matière civile des personnes victimes de violence.
Avant de débuter, M. le secrétaire, y
a-t-il des remplacements?
Le Secrétaire : Oui, M. le
Président, un seul remplacement. Mme Bourassa
(Charlevoix—Côte-de-Beaupré) est remplacée par Mme Picard
(Soulanges).
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. Donc, on en est
aux remarques préliminaires. M. le ministre, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Merci, M.
le Président. C'est un plaisir de vous retrouver, de retrouver les membres de
la commission, sur le projet de loi n° 73, Loi visant à contrer le partage
sans consentement d'images intimes et à améliorer la protection et le soutien
en matière civile des personnes victimes de violence. Alors, on a tenu les
consultations, on a entendu les groupes et on aura des amendements à déposer
suite aux consultations, donc, amendements que j'ai fait parvenir aux membres
de la commission hier soir afin de faciliter les travaux de la commission.
C'est un projet de loi, M. le Président,
qui est concret, qui touche un fléau, particulièrement chez les jeunes. Donc,
un adolescent sur cinq a déjà reçu une image intime de quelqu'un qui n'y
consentait pas. À l'ère des réseaux sociaux, des textos, des messages, d'Internet,
de l'hypertrucage, je pense que c'est important d'agir dans notre sphère de
compétence pour faire en sorte justement qu'on mette fin à ce fléau-là,
considérant le fait que ça peut avoir des conséquences dramatiques. Ça peut
briser des vies, le fait qu'une image nue ou d'une activité sexuelle soit
diffusée. Alors, je pense que c'est important pour la réputation.
La population réagit positivement au dépôt
du projet de loi. Et les autres mesures qu'on a dans le projet de loi, c'est
notamment pour adapter la justice civile à la réalité des personnes victimes de
violence sexuelle, violence conjugale, tout ce qu'on a fait dans le tribunal
spécialisé pour faciliter le témoignage des personnes victimes, mais on veut
incorporer ça également en matière de justice civile, et particulièrement en
matière familiale, donc, les paravents, l'obligation pour le juge d'accorder le
télétémoignage à distance, sauf exception, le fait également de pouvoir être
accompagné d'une personne qui soutient la personne victime, un chien d'assistance
également.
On touche à l'ordonnance civile de
protection aussi pour que ce soit beaucoup plus facile d'aller la chercher, on
diminue le critère pour l'obtenir, donc, basé sur la crainte, relativement à l'obtention
de l'ordonnance civile de protection, également un formulaire beaucoup plus
simple, plutôt que d'avoir une requête. Alors, différentes mesures du projet de
loi, justement, afin d'assurer davantage de sécurité, davantage, également, un
système de justice plus humain, en fonction des besoins des personnes victimes,
pour qu'elles puissent livrer leur témoignage.
Donc, sans plus tarder, M. le Président,
on va être prêts à débuter l'étude détaillée.
Le Président (M.
Bachand) :...M. le ministre. M. le député
de l'Acadie, s'il vous plaît.
M. Morin : Oui, bien sûr.
Bonjour, M. le Président. Très heureux de vous retrouver. Bonjour, M. le
ministre. Toutes les personnes qui vous accompagnent, les collègues de la
banquette gouvernementale, je vous salue. Mes salutations également à ma
collègue députée de Vaudreuil.
C'est toujours une étape, je vous dirais,
importante dans la vie d'un projet de loi, M. le Président, que de travailler à
l'étude article par article parce que c'est souvent à cette étape-là qu'on est
capables, en tout cas, nous, de l'opposition, de faire des amendements pour
bonifier le projet de loi. Dans ce cas-ci, le ministre nous a un peu devancés
puisque, hier soir, on recevait certaines modifications <suite aux consultations
particulières...
M. Morin :
...le
ministre nous a un peu devancés puisque, hier soir, on recevait certaines
modifications >suite aux consultations particulières, et je l'ai dit, et
je vais le redire, comment, pour moi, l'étape des consultations particulières
est importante.
D'abord, je remercie toujours les groupes
qui viennent témoigner devant la commission parce que ces gens-là, évidemment,
c'est des bénévoles. Ils font ça souvent à la fin d'une journée, ils
travaillent fort, mais ils y vont toujours avec leur expertise, leur savoir, et
ils le font toujours évidemment avec bon cœur, permettez-moi de m'exprimer ainsi.
Donc, c'est très important puis, souvent, souvent, ça porte... ça porte fruit
parce que ça nous permet de bonifier des projets de loi qui, en bout de piste,
seront là pour servir l'ensemble des Québécois et des Québécoises.
C'est un projet de loi qui... qui est
important, je l'ai dit, qui a été bien reçu, qui a même été diffusé d'une façon
originale, je l'ai souligné. Certains professeurs l'ont accueilli très
favorablement, mais, souvent, souvent, tous les enjeux sont dans des... du détail
ou dans la mise... dans la mise en application, dans la mise en œuvre, et c'est
évidemment, bien sûr, à ça que je vais... que je vais veiller comme... comme
porte-parole de l'opposition officielle, bien sûr, en justice.
• (11 h 10) •
Cependant, je ne remets pas du tout en
cause la pertinence du projet... du projet de loi parce que, récemment, et je
prends... je prends quelques instants pour vous partager une expérience
personnelle que j'ai vécue, Éducaloi nous invitait à aller dans des écoles,
rencontrer des étudiants, écoles secondaires, puis leur parler de cas pratiques,
et je suis allé dans une école secondaire publique dans ma circonscription, où,
d'ailleurs, j'ai fait mon secondaire, et j'avais évidemment identifié un cas où
il y avait un partage d'images intimes sans consentement, et je dois vous dire
que ça a suscité beaucoup de... beaucoup de débats. Ce n'est pas comme si les
jeunes avaient dit : Ah oui, ça arrive? Non, non, ça, ils étaient... ils
étaient vraiment au courant que ça arrivait, mais ça, ça m'a rassuré,
cependant, ils ont tous dit que c'est quelque chose qu'il ne fallait pas faire.
Donc, ça, c'est quand même un pas dans la
bonne... dans la bonne direction, là, mais ça ne veut pas dire qu'un
encadrement législatif ne sera pas nécessaire, par ailleurs. Mais tout ça pour
vous dire qu'il y a des dispositions, là, dans ce projet de loi, qui touchent
véritablement la vie, la vie des gens, puis évidemment vous comprendrez que,
moi, mon travail, c'est de m'assurer que ces dispositions-là auront leur plein
effet, leur plein potentiel, pour éviter que... que des victimes vivent ces
situations-là. Alors, ça, c'est un élément... c'est un élément important, puis
on va... on va pouvoir en rediscuter avec M. le ministre quand on va... quand
on va regarder les différentes... les différentes dispositions, mais le projet
de loi ne vise pas que ça.
Il y a également d'autres dispositions en
ce qui a trait, notamment, bien sûr, à l'obtention d'une ordonnance pour
empêcher le transfert ou l'échange d'images sans le consentement, mais il y a
aussi d'autres mesures de protection, mesures de protection civile, qui
seraient incluses dans le Code de procédure civile. On aura évidemment
l'opportunité d'en reparler, de voir comment ça va se matérialiser. Et il y a
aussi des aides aux témoignages ainsi que certains éléments du Code civil qui
seront modifiés pour empêcher puis déclarer non pertinentes certaines affaires
qui pourraient comporter des allégations de violence sexuelle ou violence
conjugale, puis s'assurer qu'il y a certains éléments qui sont, donc, non
pertinents, puis que le tribunal devra... devra tenir compte, parce
qu'effectivement ça ne fait souvent que perpétuer des mythes, ce qui n'est pas
quelque chose que l'on veut, bien sûr, dans notre système de justice. Alors,
ça, je pense que c'est un... c'est un élément important à souligner.
Cependant, autre élément aussi à
souligner, et je vous disais que c'est souvent dans les détails qu'on voit
véritablement la mise en œuvre d'un projet de loi, et son véritable impact,
c'est toute la question de la formation. S'il n'y a pas des programmes de
formation qui suivent, je crains que le <projet de loi n'aura pas le
plein...
M. Morin :
...s'il
n'y a pas des programmes de formation qui suivent, je crains que le >projet
de loi n'aura pas le plein effet, le plein impact que M. le ministre souhaite
qu'il puisse avoir, et ça, je tiens... je tiens à le souligner, c'est un
élément important. On aura... on aura l'occasion d'en reparler, mais, vous savez,
souvent, au niveau... au niveau, bien sûr, des plaintes, au niveau des éléments
de preuve, quand on parle, entre autres, de l'ordonnance civile de protection,
des éléments à faire valoir, c'est important de former tous... tous les acteurs
du système de justice pénale pour s'assurer que les gens vont bien comprendre
ce qui se passe et vont avoir une écoute attentive. Après ça, bien, évidemment,
éventuellement, le magistrat décidera. Ça, c'est... ça fait partie du travail
de la magistrature, il n'y a pas de souci, mais, autant au niveau des
intervenants, qu'il y ait suffisamment de formation qui soit donnée...
Et l'autre élément que je tiens à
souligner, parce que, ça, on en a parlé aussi, c'est toute la question des
budgets qui vont venir avec la mise en œuvre du projet de loi. Eh oui, c'est
ça, l'argent, l'argent, c'est le nerf de la guerre. On en revient toujours à
ça, et je dois vous dire que, présentement, moi, comme député de l'opposition,
ce qui m'inquiète un peu, c'est que le gouvernement actuel ne semble pas nager
dans les surplus. C'est un euphémisme. Donc, alors, comment ça va s'appliquer?
Puis je vous le dis parce que, quand on a
entendu Juripop... puis on aura l'occasion d'en reparler, mais, quand on a
entendu Juripop qui nous ont dit : Écoutez, pour notre financement, pas de
nouvelles, le 31 mars 2025, ça s'en vient... Juripop a été identifié, et
ce sont... ils ont une expertise dans ce domaine-là, puis je me permets d'en
parler parce que, bien, j'espère qu'à un moment donné ils vont avoir des bonnes
nouvelles, parce que, quand vous regardez le projet de loi, puis même au niveau...
même au niveau de l'ordonnance qui peut être obtenue en urgence pour cesser ou
prévenir le partage d'une image intime, il y a sûrement des gens qui vont être
capables, dans notre société, de faire en sorte qu'ils pourront s'adresser
directement à la cour, mais il y en a aussi sûrement plusieurs qui ne seront
pas capables pour toutes sortes de raisons.
Donc, ils vont avoir besoin
d'accompagnement, puis, si les organismes actuels n'ont pas le financement pour
les aider, bien là ça va devenir excessivement difficile. C'est la même chose,
c'est la même chose avec l'ordonnance de protection, parce que le projet de loi
dit : Bien oui, c'est une ordonnance civile de protection. Évidemment, il
y en a déjà une qui existe dans le Code criminel, mais, donc, il va falloir que
la personne en fasse la demande, puis, là, bien, est-ce qu'elle va le faire
seule, est-ce qu'elle va être accompagnée d'un avocat, est-ce qu'elle va être
accompagnée d'une intervenante, etc., etc., donc, mais, là aussi, il va falloir
des sous pour que ça fonctionne d'une façon efficace. Alors, ce n'est pas des
détails. Ce n'est pas directement dans le projet de loi, mais, si les
enveloppes financières n'arrivent pas avec, bien, moi, je crains que,
malheureusement, ce soit très difficile de le mettre en œuvre puis que le
résultat, l'objectif qui est recherché par le législateur, ne sera pas là.
Donc, autant de choses dont on aura...
dont on aura évidemment le bénéfice d'en discuter avec monsieur... avec M. le
ministre pendant... pendant l'étude article par article. Moi, ce sont les
éléments que je voulais faire ressortir d'emblée, M. le Président, pour mettre
la table, pour qu'on puisse travailler, mais toujours en gardant à l'esprit ces
éléments-là qui... qui m'habitent pour, évidemment, s'assurer que les personnes
qui en auront de besoin puissent avoir, bien sûr, les ressources et l'appui
nécessaires pour que ça fonctionne rondement. Alors, je vous remercie, M. le
Président.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup, M. le député de
l'Acadie. Mme la députée de Vaudreuil, s'il vous plaît.
Mme Nichols : Oui, merci, M.
le Président. Alors, bien, je me permets d'abord de saluer l'ensemble des
collègues et l'ensemble de l'équipe du ministre qui l'accompagne, mon collègue
de l'Acadie et les autres oppositions.
M. le Président, le projet de loi
n° 73, bien, c'est un projet de loi... On va se le dire, il y a... C'est
un sujet qui est délicat, mais c'est un sujet qui mérite évidemment d'être
traité. Je pense que l'ensemble des organismes ou des groupes qui sont venus en
commission parlementaire <nous l'ont dit, c'est un fléau...
Mme Nichols :
...des
organismes ou des groupes qui sont venus en commission parlementaire >nous
l'ont dit, c'est un fléau. On le voit, il y a une problématique, entre autres,
avec le partage sans consentement d'images intimes. Donc, je trouve que c'est
une excellente idée de l'aborder ici, à l'Assemblée nationale, et nous, en tant
que législateurs, législatrices, en tant qu'élus, bien sûr, on peut rapporter
des cas qu'on entend dans nos comtés, dans nos différents milieux.
C'était aussi très intéressant d'entendre...
d'entendre les groupes et de lire les différents mémoires, parce qu'on a
entendu des groupes en commission parlementaire, mais il y a eu beaucoup de
mémoires de déposés sur notre site, sur le site du Greffier, avec des
commentaires, là, plus pertinents les uns que les autres, qu'il faut évidemment
tenir compte dans la... dans la présente... dans le début de cette étude
détaillée.
Tout de même, je partage un peu l'opinion
du député de l'Acadie quant à la... quant à la mise en application du projet de
loi. Comme je le dis, c'est un projet de loi important. La pertinence du projet
de loi n'est aucunement, aucunement en doute. Au contraire, là même, on sent l'effervescence,
là, des gens qui sont venus en commission parlementaire à traiter... à traiter
du sujet. Cependant, ce n'est pas toujours aussi facile que ça de le mettre...
de le mettre... de le mettre en application.
• (11 h 20) •
J'aimerais peut-être soulever les
quelques... en fait, selon moi, là, les points pertinents ou, du moins, ceux
qui sont revenus, les inquiétudes. Le député de l'Acadie en a parlé entre
autres, le formulaire... le formulaire à venir, la complexité du... la
complexité du formulaire, le formulaire qui sera peut-être en ligne... ou, même,
il y avait une comparaison avec la lourdeur, avant, quand on voulait dénoncer.
Donc, ça, évidemment, il faut en tenir compte.
La demande d'accompagnement, plus d'accompagnement,
d'inclure aussi.... d'inclure aussi les hypertrucages, il y avait... oui, on
les a vus parce que le ministre a eu la gentillesse de nous déposer hier, là,
les... certains amendements dans le projet de... dans le projet de loi, les hypertrucages.
Ah oui! On l'avait... on l'avait couvert... on l'avait couvert au fur et à
mesure, mais, du moins, je remercie quand même de nous avoir transmis d'avance...
d'avance les amendements. Ça, ça nous permet justement de... tu sais, ça
facilite beaucoup notre travail... notre travail en tant que... en tant qu'opposition.
Tout de moins, l'applicabilité, la mise en
application, ça semble difficile, la rapidité. La réaction des tribunaux aussi,
ça a été soulevé par différents groupes, par... même, il y avait certaines
inquiétudes qui ont été soulevées par le Barreau. La réponse... la réponse en
cas de non-respect des ordonnances, c'était aussi une préoccupation importante
de différents groupes qui sont venus ici puis qui nous ont partagé... qui nous
ont partagé tout ça. Puis, évidemment, bien, il faut porter une attention
particulière au sentiment... en fait, au faux sentiment de sécurité que
pourrait amener... quand on traite ce genre de sujet là.
Alors, M. le Président, l'étude détaillée
sera vraiment importante. Les oppositions... En fait, de mon côté, on fera
notre travail afin de bonifier le plus possible le projet de loi et en portant
à l'attention du ministre les différents arguments qu'on a entendus ou qu'on a
soulevés dans les... dans les mémoires. Merci.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup, Mme la députée
de Vaudreuil. M. le député de Saint-Jean, s'il vous plaît.
M. Lemieux : Merci beaucoup,
M. le Président. Content de vous retrouver ainsi que tous mes collègues au
retour d'une de ces semaines en circonscription qui a été particulièrement
fertile, en tout cas, dans mon cas. Ne vous inquiétez pas, je ne serai pas très
long parce que je suis moi aussi très pressé d'étudier ce très beau et
nécessaire projet de loi. La collègue disait : C'est délicat, et j'ajoute :
Mais nécessaire, un peu à l'exemple du collègue de l'Acadie, qui disait que c'était
pertinent. Non seulement je suis... je partage avec lui cette opinion-là, mais
l'ensemble de l'oeuvre, de sa vision, de la nécessité du projet de loi, et même
des exemples qu'il rapportait de sa visite en circonscription.
C'est effectivement un projet de loi qui
est fondamental aujourd'hui. Il l'aurait peut-être été hier, mais pas il y a cinq
ou 10 ans. C'est important de voir que le législateur s'intéresse aux
choses qui sont contemporaines, et, dans ce cas-ci, on ne peut pas dire que ce
ministre ne fait pas œuvre utile. D'ailleurs, le projet de loi n° 73 qu'on
va étudier, tout est dans le titre, Loi visant à contrer le partage sans
consentement d'images intimes et à améliorer la protection et le soutien en
matière civile des personnes victimes de violence, parce qu'on l'a bien compris
pendant les consultations et en discutant de ce projet de loi, il y a déjà des
dispositions criminelles, mais là, pour faciliter les choses pour la <plupart
des citoyens...
M. Lemieux :
...il y
a déjà des dispositions criminelles, mais là, pour faciliter les choses pour la
>plupart des citoyens, on va passer à des mesures civiles.
Le ministre avait commencé, je ne sais pas
si vous vous souvenez, les remarques préliminaires, lors des consultations
particulières, en parlant... il m'a volé les mots de la bouche, en fait, en
parlant d'enthousiasme et de fierté. En tout cas, il est conséquent parce qu'en
déposant ses amendements en liasse hier il nous montre qu'il sait où il veut
aller et où il est prêt... jusqu'où il est prêt à aller, dans la mesure où les
citoyens nous ont, en consultations particulières, bien exposé plein de choses.
Entre autres, et moi, je retiens ça, M. le
Président, le contrôle coercitif, avec les groupes de femmes, les maisons de
femmes qui sont venus nous voir et qui nous ont expliqué l'importance
grandissante... En fait, c'est omniprésent, maintenant, le contrôle coercitif
qui est... qui est exercé par cette... Ce n'est pas une habitude, mais cette
façon de contrôler les gens avec des photos comme ça, on fait du chantage, en
réalité. Donc, pour moi, c'est très important.
Ce qui est important aussi, c'est de rendre
à César ce qui est à Jules, comme j'aime dire, et de rendre au ministre de la
Justice l'initiative louable de toujours penser aux victimes. Ça fait six ans
que je suis en Commission des institutions, M. le Président, avec vous et ça
fait six ans que je vois passer des projets de loi où les victimes sont
toujours la priorité et qui sont toujours dans la mire du ministre pour
améliorer leur sort, pour faciliter leurs démarches, et, sans flagornerie, j'en
suis très fier. Merci, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup, M. le député de
Saint-Jean. Donc, ça met fin aux remarques préliminaires. Y a-t-il des motions
préliminaires?
M. Morin : Il n'y a pas de
motion préliminaire de ma part, M. le Président, mais j'invoquerais l'article 245
du règlement pour qu'on puisse procéder à une étude article par article, s'il
vous plaît.
Le Président (M.
Bachand) :Merci, avec plaisir. Donc, nous
sommes donc rendus à l'étape de l'étude article par article du projet de loi.
Comme l'article 1 du projet de loi édicte la Loi visant à contrer le
partage sans consentement d'images intimes, nous allons procéder comme le veut
notre jurisprudence. C'est-à-dire que, par conséquent, les dispositions de la
loi édictée seront étudiées de la même manière et dans le même ordre que le
seraient les dispositions prévues dans un projet de loi. Nous allons donc
étudier et mettre aux voix chaque article de la loi édictée.
Je prends maintenant en considération
l'article 1 du projet de loi. M. le ministre, veuillez d'abord faire la
lecture du premier alinéa...
M. Jolin-Barrette : Oui, M.
le Président.
Le Président (M.
Bachand) :...de l'article 1 du
projet de loi ainsi que l'article 1 du projet de loi édicté, s'il vous
plaît.
M. Jolin-Barrette : Oui.
Alors, la Loi visant à contrer le partage sans consentement d'images intimes,
dont le texte figure au présent chapitre, est édictée.
Et l'article 1 : «La présente
loi a pour objet de permettre à une personne de prévenir ou de faire cesser, de
façon urgente et simple, une atteinte à ses droits fondamentaux, notamment le
droit à la sauvegarde de sa dignité, de son honneur et de sa réputation et le
droit au respect de sa vie privée, protégés par la Charte des droits et
libertés de la personne et par le Code civil, résultant du partage sans
consentement d'une image intime, considérant qu'un tel partage est susceptible
de lui causer un préjudice irréparable, notamment en raison du risque de
propagation de cette image par des moyens technologiques.»
Commentaire : Ce premier article de
la loi en précise l'objet.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. Donc,
interventions? M. le député de l'Acadie.
M. Morin : Oui, merci, M. le
Président. Alors, M. le ministre, pour 1.1, quand il y a des groupes qui sont
venus nous voir, notamment le CAVAC, ils soulignaient l'importance d'une
campagne nationale pour informer les gens de la situation, de ce... en fait, de
cette possibilité-là qui va être offerte désormais aux victimes. Ça leur... ça
leur semblait être essentiel. Est-ce que vous avez des éléments que vous voulez
partager avec nous là-dessus?
M. Jolin-Barrette : Bien,
dans toutes les réformes que nous faisons, il y a plusieurs éléments qui sont, je
vous dirais, en action. Le premier, quand on dépose le projet de loi, il a un effet,
un, d'objectif législatif, mais également un objectif pédagogique aussi, de
sensibiliser la population à ce que l'on fait. Vous avez vu, quand on a déposé
le projet de loi, la technique médiatique que nous avons utilisée visait
notamment à faire parler du projet de loi et à sensibiliser la population.
Donc, très certainement, suite à
l'adoption du projet de loi et à l'entrée en vigueur du projet de loi, on aura
des communications avec la population, notamment pour les renseigner sur le
nouvel outil à leur disposition. On a des partenaires également comme...
juridiques, également le site Web, qui vise à donner de l'information juridique,
par le biais des sites Web du ministère de la Justice aussi. Donc, comme on le
fait fréquemment lorsqu'on fait des réformes, il y aura des campagnes
d'information pour informer la population eu égard à ces outils-là, maintenant,
qui vont être disponibles, parce que l'idée, c'est que ce soit simple, qu'ils
puissent agir rapidement puis qu'ils puissent trouver l'information rapidement
pour agir.
M. Morin : Et j'imagine que,
dans ces campagnes-là, il y aura une possibilité de s'adresser ou d'obtenir <tous
ces renseignements-là...
M. Morin :
...et
j'imagine que, dans ces campagnes-là, il y aura une possibilité de s'adresser
ou d'obtenir >tous ces renseignements-là en ligne.
M. Jolin-Barrette : Bien oui,
tout à fait, parce que l'objectif, là, c'est que le formulaire, on va le voir
plus loin, sur l'ordonnance visant à faire cesser le partage d'images intimes
ou la destruction, il va être disponible au greffe du palais de justice en
papier, là. Si une personne se présente physiquement, ça va être... ça va être
disponible pour le remplir physiquement sur place, mais également en ligne, sur
le site Web du ministère de la Justice, d'avoir... de pouvoir remplir le
formulaire en ligne, avec l'endroit où on va pouvoir l'envoyer au juge pour
qu'il soit saisi de la demande et qu'il puisse la traiter de façon urgente.
M. Morin : Donc, je comprends
que le formulaire va être envoyé directement dans une boîte, après ça, qu'il va
être réparti...
M. Jolin-Barrette : Dans le
fond, au greffe...
M. Morin : Ça va être le juge
de garde ou ça va être... Le greffe va l'envoyer au juge de garde? Comment ça
va fonctionner?
M. Jolin-Barrette : Exactement,
au greffe, ça va être envoyé au greffe, puis le greffe va l'envoyer au juge qui
est de garde, puis, dans le fond, la Cour du Québec va organiser ses rôles puis
les dossiers en fonction du juge qui est disponible parce qu'à la Cour du
Québec vous avez des juges, à tous les jours, qui siègent, notamment, également,
la fin de semaine, et vous vous souviendrez que, dans le projet de loi
n° 54 aussi, on a prévu désormais que les JPM vont avoir la juridiction en
matière de comparutions et d'enquêtes sur remise en liberté notamment les fins
de semaine.
Donc, supposons que la demande rentre la
fin de semaine aussi, ils vont pouvoir traiter la demande parce que, si la cour
décide d'utiliser des juges de paix magistrats la fin de semaine, dans le
projet de loi qu'on a devant nous, le projet de loi n° 73, on vient
modifier l'annexe V de la Loi sur les tribunaux judiciaires justement pour
donner cette attribution-là également aux juges de paix magistrats. Donc, c'est
soit des juges de la Cour du Québec soit des JPM qui vont avoir la juridiction
pour le faire. Donc, l'administration de qui traite la demande, ça, c'est le
juge en chef, par son pouvoir d'assignation, qui le fait, mais nous, on est en
amont : formulaire envoyé au greffe, greffe au juge qui est de... qui est
de garde.
• (11 h 30) •
M. Morin : Parfait. Je vous
remercie.
Le Président (M.
Bachand) :Autres interventions? Mme la
députée de Vaudreuil.
Mme Nichols : Oui, merci, M.
le Président. Dans la mémoire du Protecteur national de l'élève, ils reviennent
beaucoup sur la notion de la conservation d'images intimes puis ils suggèrent
même, là, dans le titre, de rajouter le mot «conservation». Est-ce que ça
pourrait être une suggestion...
M. Jolin-Barrette : Bien, ce
que l'on veut, c'est contrer la diffusion puis le partage d'images intimes.
Mme Nichols : Eux, ce qu'ils
suggèrent, c'est «Loi visant à contrer la... à contrer la création, la
conservation et le partage». Dans le fond, c'est pour éviter qu'on... que
quelqu'un conserve... conserve l'image.
M. Jolin-Barrette : Oui, mais,
à partir du moment où la personne menace de la diffuser, l'ordonnance est
valide aussi. Donc, ce qui... ce qu'on vise, c'est vraiment le partage, mais pas
la conservation, dans le cadre du projet de loi, le partage, la diffusion.
Mme Nichols : Oui, mais ce
n'était pas dans le sens de conserver l'image, là, mais c'était au cas où
quelqu'un conserverait l'image, là. C'est plutôt le contraire, là, pour ne pas
que la personne conserve l'image, mais eux, ils mentionnaient de le... ils
suggéraient, du moins, de le... tu sais, qu'on l'aborde ou qu'on inclut en quelque
part que la conservation n'est pas non plus... Ils suggéraient même de
l'inclure dans le titre. Je me souviens, c'était une des recommandations, entre
autres, du Protecteur national de l'élève, oui, c'est ça, les notions de
création et de conservation d'images intimes.
M. Jolin-Barrette : Bien, en
fait, la création... Dans le fond, quand il y a consentement, c'est une création,
là. On ne vient pas interdire la création puis la conservation d'images intimes.
Ce qu'on vient empêcher...
Mme Nichols : C'est le
partage sans consentement...
M. Jolin-Barrette : ...c'est
le partage, la diffusion puis la menace de diffusion aussi.
Mme Nichols : OK, mais je
trouvais quand même intéressantes les notions... puis c'est sûr qu'il y en...
ils l'élaborent un peu plus, là, dans leur... dans leur mémoire, là.
M. Jolin-Barrette : À 6,
paragraphe 3°, l'ordonnance du juge aussi peut ordonner de détruire l'image
aussi en fonction de la demande. Donc, si, supposons, que c'est une menace ou
que quelqu'un possède l'image, bien, une personne peut s'adresser à la cour
pour demander la destruction d'une image intime qui est en possession de
quelqu'un.
Mme Nichols : Très bien.
Merci.
Le Président (M.
Bachand) :Autres interventions à
l'article 1? S'il n'y a pas d'autre intervention, est-ce que l'article 1 est
adopté?
Des voix
: Adopté.
Le Président (M.
Bachand) :Adopté. Merci. M. le ministre,
s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Article 2,
M. le Président : «Constitue une image intime toute image, modifiée ou
non, représentant ou semblant représenter une personne soit nue ou
partiellement nue...
11 h 30 (version révisée)
M. Jolin-Barrette : ...Constitue
une image intime toute image, modifiée ou non, représentant ou semblant
représenter une personne soit nue ou partiellement nue, exposant ses seins, ses
organes génitaux, sa région anale ou ses fesses, soit se livrant à une activité
sexuelle explicite lorsqu'elle pouvait s'attendre de façon raisonnable à ce que
sa vie privée soit protégée, que ce soit dans les circonstances de la création,
de la captation ou de l'enregistrement de cette image ou, le cas échéant,
celles où elle est partagée.
«Est assimilé à une image aux fins de la
présente loi tout enregistrement visuel ou sonore ou toute diffusion en direct.»
Commentaires : Cette disposition
propose une définition d'«image intime»... une définition d'«image intime»,
laquelle couvre toute représentation réelle ou truquée d'une personne dont
certaines parties intimes sont exposées.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. M. le député de
l'Acadie.
M.
Morin :...M. le Président. Est-ce que la définition... Bien, en
fait, la définition que vous avez ressemble un peu à celle de l'article 162.1
du Code criminel. Ce n'est pas agencé exactement de la même façon, mais les
éléments sont à peu près tous là. Est-ce que vous croyez qu'avec cette
définition-là, M. le ministre, vous allez faire en sorte que, si quelqu'un crée
des images, ou modifie en partie avec de l'intelligence artificielle, ou place
le corps nu de quelqu'un, mais avec l'image ou la figure d'une autre
personne... est-ce que vous pensez que votre définition est assez large et que
ça va couvrir tout ça? Je vous pose la question parce qu'il y a certains
groupes qui en ont parlé, puis quand on... quand vous écrivez «notamment ses
seins, organes génitaux, sa région anale ou ses fesses», bien, évidemment, si c'est
une image qui est truquée, ce n'est peut-être pas ses seins, mais c'est des
seins avec sa figure.
Donc, je voudrais juste m'assurer que la
définition va être assez large pour être capable, au fond, d'identifier toutes
ces images, là, fausses, ou en partie fausses, qui peuvent être créées
maintenant avec la technologie.
M. Jolin-Barrette : Oui.
Merci, M. le Président. Je remercie le député de l'Acadie pour sa question
parce que c'est important de le spécifier dans le cadre de l'étude détaillée,
puis il amène un bon point.
Alors, effectivement, oui, les images
truquées, hypertruquées, donc où on prend... ou générées par l'intelligence
artificielle sont couvertes par le libellé du projet de loi. Donc, lorsque, dans
les termes du paragraphe 1... de l'alinéa 1, on indique «modifiée ou
non, représentant ou semblant représenter», ces termes permettent d'inclure les
images modifiées, les fausses images, incluant les hypertrucages et les images
générées par l'intelligence artificielle. Donc c'est la même formulation qu'en
Colombie-Britannique, qui couvre également le cas des hypertrucages, donc, en
anglais, on dit les «deepfakes». Donc, oui, notre libellé vise à couvrir ces
différentes situations là.
Donc, exemple, la juxtaposition d'un
visage avec des parties du corps réel d'une autre personne ou générées par l'intelligence
artificielle constitue une image modifiée qui semble représenter la personne
nue. Alors, avec notre libellé à la fois les hypertrucages, les images générées
par l'intelligence artificielle sont couvertes, donc ça constituerait une image
intime qui est visée par la loi.
Et d'ailleurs, lorsqu'on a tenu les
consultations, M. Trudel, Pierre Trudel, qui est professeur émérite au
Centre de recherche droit public de l'Université de Montréal, qui enseigne
justement le droit de l'information puis du cyberspace, a souligné que l'article 2
définit l'image intime comme toute image, modifiée ou non. Donc, ça inclut une
image qui pourrait avoir été modifiée soit par l'intelligence artificielle ou
par d'autres procédés techniques. Ça englobe aussi le procédé par lequel on
utilise le visage d'une personne pour l'intégrer dans une image qui n'a rien à
voir avec la vraie personne et qui serait, par exemple, dans une activité à
caractère sexuel ou pornographique. Donc, lui-même, aussi, sa lecture, puis c'est
un expert dans le domaine, avec notre libellé, couvre la situation d'hypertrucage
ou d'image générée par l'intelligence artificielle.
Ça fait que je pense que c'était important
de le mentionner dans le cadre de l'étude détaillée de la loi pour dire que
quelqu'un ne pourrait invoquer que ce n'est pas une image intime. On vient
couvrir, dans un spectre très large, toutes formes d'images, véridiques ou non,
qui visent à identifier une personne.
M.
Morin :Oui, effectivement. Parce que, bien sûr, dans le cadre
de nos travaux, ça pourrait servir, éventuellement, à interpréter la loi. Je
voulais juste m'assurer que toutes ces circonstances-là allaient être
couvertes, alors, ce que vous venez de préciser, et je vous en remercie.
Le Président (M.
Bachand) :...interventions sur l'article 2?
S'il n'y a pas d'autre intervention, est-ce que l'article 2 est adopté?
Des voix
: Adopté.
Le Président (M.
Bachand) : Adopté. M. le ministre, <l'article...
Le Président (M.
Bachand) :
...est-ce que
l'article 2 est adopté?
Des voix :
Adopté.
Le Président (M.
Bachand) :
Adopté. M. le ministre, >l'article...
M. Jolin-Barrette : Oui, M.
le Président. Alors, l'article 3 : «Constitue le partage d'une image
intime, notamment, le fait de publier, de diffuser, de distribuer, de
transmettre, de vendre, de communiquer ou de rendre accessible une telle image
ou d'en faire la publicité.»
Commentaire : Cette disposition
expose en quoi consiste le partage d'une image intime aux fins de l'application
de la loi.
Le Président (M.
Bachand) :Et je crois qu'on avait un
amendement.
M. Jolin-Barrette : Ah oui!
Excusez-moi.
Le Président (M.
Bachand) :Un amendement, oui.
M. Jolin-Barrette : J'ai un
amendement aussi, M. le Président. Donc : Ajouter, à la fin de l'article 3
de la Loi visant à contrer le partage sans consentement d'images intimes,
proposé par l'article 1 du projet de loi, l'alinéa suivant :
«Toutefois, le partage nécessaire aux fins
de l'administration de la justice n'est pas visé par la présente loi.»
Commentaire : Cet amendement propose
l'ajout d'un alinéa créant une exception permettant la communication de la
preuve entre, notamment, les enquêteurs, les procureurs des poursuites
criminelles et pénales et les greffiers pour fins... pour les fins d'une
affaire judiciaire portant sur l'image intime concernée.
Donc, on vient ajouter un paragraphe à la
fin qui est présent dans d'autres lois également, justement parce qu'on
génère... avec l'article 3, on vient dire quel est l'objet, notamment, du
projet de loi, en quoi ça consiste, la diffusion ou le partage d'images
intimes, mais, si on veut que les forces de l'ordre puissent faire leur
travail, bien, il faut qu'ils puissent, eux, dans le cadre d'un dossier
judiciaire, d'administration de la justice, d'enquête... qu'ils puissent être
en mesure de partager, justement, l'image entre les intervenants du système de
justice pour constituer un dossier.
• (11 h 40) •
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Donc...
M. Jolin-Barrette : Donc...
Le Président (M.
Bachand) :M. le ministre, oui.
M. Jolin-Barrette : Exemple,
dans le Code de procédure pénale, là, c'est l'article 194.1 : «Nul ne
peut publier ou diffuser une information permettant d'identifier une personne
âgée de moins de 18 ans contre laquelle une poursuite est intentée ou une
telle personne lorsqu'elle agit comme témoin, sauf dans la mesure où la
communication de l'information est nécessaire à l'administration de la justice
ou à l'application d'une loi au Québec pourvu que... dans ce dernier cas,
qu'elle ne soit pas divulguée au Québec.» Donc, exemple, on a un article
similaire dans le Code de procédure pénale.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Donc, interventions sur
l'amendement?
M. Morin : En fait, compte
tenu de votre amendement, M. le ministre, puis je comprends l'objectif que vous
recherchez. Quand vous dites : «Toutefois, le partage nécessaire aux fins
de l'administration de la justice n'est pas visé par la présente loi», donc
c'est assez large, selon vous, pour couvrir toutes les situations où, pour des
fins, par exemple, d'application de la loi, qui n'est pas nécessairement
l'administration de la justice, donc, on pourra partager des images intimes?
M. Jolin-Barrette : ...administration
de la justice, c'est assez large. Dans le fond, ça provient d'une demande du
DPCP justement pour que les procureurs puissent faire leur travail dans le
cadre des dossiers.
M.
Morin :Oui. Puis je suis... Écoutez, quand vous dites
l'administration de la justice, si un corps de police partage l'information...
M. Jolin-Barrette : Ça fait
partie.
M. Morin : ...clairement, ils
font partie de l'administration de la justice. Si vous avez un corps d'enquête
ou deux corps de police qui le partagent entre eux, est-ce que ce n'est pas
plus l'application de la loi que l'administration de la justice?
M. Jolin-Barrette : Non,
c'est l'administration de la justice parce que le corps de police qui,
supposons, fait enquête, c'est dans le cadre du processus du système de
justice, donc ça va venir les couvrir également. Si c'est aux fins d'enquête,
ils ne se partagent pas des images juste pour se partager des images, il y a un
objectif derrière cela au niveau de l'application de la loi puis de
l'administration de la justice.
M. Morin : OK. Donc, pour
vous, c'est assez large?
M. Jolin-Barrette : Oui.
M. Morin : Parfait. Je vous
remercie.
Le Président (M.
Bachand) :...sur l'amendement? S'il n'y a
pas d'autre intervention, est-ce que l'amendement à l'article 3 est
adopté?
Des voix : Adopté.
Le Président (M.
Bachand) :Adopté. Donc, interventions à
l'article tel qu'amendé? S'il n'y a pas d'autre intervention, est-ce que
l'article 3, tel qu'amendé, est adopté?
Des voix : Adopté.
Le Président (M.
Bachand) :Adopté. Merci. M. le ministre,
s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Oui. 4,
M. le Président : «Le consentement à la création, à la captation, à
l'enregistrement ou au partage d'une image intime ne constitue pas une
renonciation aux droits fondamentaux auxquels la personne qui a consenti est en
droit de s'attendre dans d'autres circonstances.»
Commentaire : Cet article vise à ce
que le consentement à la captation, à l'enregistrement ou au partage d'une
image intime soit limité aux circonstances pour lesquelles il a été donné et ne
puisse être interprété comme un consentement plus large ou général. Autrement
dit, il permet à la personne qui consent à la distribution d'une image intime à
un individu de néanmoins préserver son droit à la vie privée vis-à-vis toute
autre personne à qui elle n'a pas consenti à distribuer l'image.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. Donc,
interventions? M. le député d'Acadie.
M. Morin : Merci, M. le
Président. Pour cette disposition-là, cet article-là, le Barreau du Québec
avait un commentaire et le Barreau invitait le législateur à clarifier la
rédaction de l'article pour en faciliter la lecture, la compréhension. En fait,
il souhaitait que ce soit rédigé d'une manière affirmative. On disait entre
autres que ce serait peut-être plus <évident...
M.
Morin :
...d'une manière affirmative. On disait entre
autres que ce serait peut-être plus >évident qu'une personne ne consent
que pour des fins spécifiques pour lesquelles le consentement est émis et pas
pour une utilisation future non prévue. Donc, je me demandais si vous avez tenu
compte de ça. Est-ce que vous croyez que la rédaction présentement est assez
claire ou s'il n'y aurait pas lieu de la clarifier davantage?
M. Jolin-Barrette : Bien,
écoutez, on a pris acte du commentaire du Barreau, je le respecte. Cependant,
pour moi, le libellé est assez clair, là, à l'article 4. La façon que les
juristes l'ont rédigé, ça me convient tout à fait.
M.
Morin :OK. En fait, le Barreau soulignait que... c'est à la
page 4 de leur mémoire : «En rédigeant la disposition de manière
affirmative, il serait plus évident qu'une personne ne consente que pour les
fins spécifiques pour lesquelles le consentement est émis, pas pour une
utilisation future non prévue : le partage, alors que l'image intime
aurait dû demeurer privée.» On dit : «En outre, la disposition pourrait
également prévoir une composante visant les droits et obligations de la
personne qui fait le partage non consensuel d'une image intime, en précisant
notamment que celle-ci ne peut invoquer sa liberté d'expression pour maintenir
le partage et la communication de ces images.»
M. Jolin-Barrette : Bien,
vous savez, moi, je le trouve très, très clair, notre amendement, et je trouve
que le Barreau complexifie les choses.
M.
Morin :D'accord. Et donc avec cet article-là... Très bien, donc
la... C'est bon. Parfait. Je vous remercie.
Le Président (M.
Bachand) :Mme la députée de Vaudreuil.
Mme Nichols : Merci, M. le
Président. Je reviens toujours avec le protecteur de l'élève puis la notion de
conservation d'images intimes. Est-ce que ça serait... J'ai compris, là... j'ai
compris, dans les premiers articles, là, le ministre expliquait, en fait, que
c'était inclus. Ici, est-ce que ce n'est pas un endroit, justement, où on
pourrait le spécifier, soit en disant que «le consentement à la création, à la
captation, à l'enregistrement, à la conservation ou au partage d'une image
intime ne constitue pas une renonciation...»? Est-ce qu'on ne devrait pas ici
ajouter le mot «conservation», conservation d'images intimes?
M. Jolin-Barrette : Mais ce
que l'on vise surtout, c'est le partage dans le cadre de la loi, ce n'est pas
la conservation. D'une façon détournée, la personne peut demander la
destruction de l'image, parce qu'elle est en possession d'un individu, mais
l'objet du projet de loi, c'est vraiment le partage. On ne rentre pas dans le
stockage.
Mme Nichols : Oui, je le
sais, mais vu qu'ici on parle entre autres de création, de captation,
d'enregistrement, le mot «conservation» a peut-être une bonne place dans... Je
comprends, là, puis je l'ai compris dans le... C'est juste que je trouvais que,
dans la première partie, ça pouvait s'appliquer. Ici, je me disais que ça
pourrait peut-être être un détail important à rajouter. Tu sais, on va dire...
les gens vont dire : Bien oui, je l'ai détruit, l'image. Mais ça n'empêche
pas qu'il va peut-être détruire l'image que tu viens de voir, mais il va peut-être,
tu sais, en conserver une copie ou... Tu sais, je trouve que ça vient apporter
quand même un point, une précision.
M. Jolin-Barrette : Bien,
dans le fond, il serait en situation d'outrage par rapport à l'ordonnance. Il
se retrouverait dans une situation où... supposons que le juge ordonne de
détruire l'image, il se retrouverait en porte-à-faux avec... à ne pas respecter
l'ordonnance. S'il y a une demande de destruction...
Mme Nichols : Oui, je
comprends. Tu sais, je comprends le lien puis je comprends qu'il y a une
tranche parce que, tu sais, il est supposé de l'avoir détruite, l'image, puis
il contrevient... il contrevient à ce que le juge aura ordonné. À tout le
moins, est-ce que ça ne vient pas justement préciser que : Regarde, tu n'as
pas le droit de la conserver?
M. Jolin-Barrette : Puis
l'autre élément, c'est qu'exemple, une image d'un mineur, c'est de la
pornographie juvénile, ça fait que c'est une infraction criminelle aussi. Ça
fait que, tu sais, sous le protecteur de l'élève, les élèves sont mineurs.
Le Président (M.
Bachand) :M. le député d'Acadie.
M.
Morin :Oui. Je voulais simplement attirer l'attention de M. le
ministre à l'article 5 qui... et avoir ses commentaires. La Fédération des
maisons d'hébergement pour femmes, quand elles ont déposé leur mémoire...
M. Jolin-Barrette : Est-ce
que... Parce que vous avez dit l'article 5, vous êtes rendu à 5?
Une voix : ...
M.
Morin :On est encore à 4? OK, parfait. Bien, on va attendre,
mais 5, ça s'en vient. Mais ceci étant... Merci. Oui, protecteur de l'élève,
donc, pour reprendre ce que ma <collègue...
M. Morin :
...ceci
étant... Merci. Oui, protecteur de l'élève, donc, pour reprendre ce que ma >collègue
la députée de Vaudreuil disait, donc c'est sûr que si la personne ne demande
pas au juge de détruire l'image, la personne va pouvoir quand même la
conserver. Tu sais, elle ne pourra pas la partager, mais elle pourrait quand
même la garder, donc...
M. Jolin-Barrette : Mais
l'article 4, il est là pour faire en sorte qu'exemple, je consens à
enregistrer une image et à la diffuser à vous, mais, par contre, 4 fait en
sorte que je ne consens pas à ce que le député de l'Acadie la diffuse à la
députée de Vaudreuil. Donc, le fait de consentir à un élément... parce que
c'est permis, là, de diffuser des images intimes avec le consentement, là.
M. Morin : Exact.
M. Jolin-Barrette : Donc, si
je consens, vous y consentez à recevoir mon image intime, ça va, on est dans
une relation consensuelle, on est deux majeurs, vous n'êtes pas en situation de
contrainte sur moi, ça me fait plaisir de vous en envoyer une, mais je ne
consens pas à ce que la députée de Vaudreuil ait mon image, on n'est pas rendus
là dans notre relation.
M. Morin : Et «en droit de
s'attendre dans d'autres circonstances», ça peut viser quoi? Ça me semble être
très large.
• (11 h 50) •
M. Jolin-Barrette : Bien, ça
permet à la personne qui consent à la distribution d'images intimes à un
individu de néanmoins préserver son droit à la vie privée vis-à-vis de toute
autre personne à qui elle n'a pas consenti. Donc, c'est le partage à d'autres.
Donc, exemple, vous imprimeriez la photo,
vous la diffusez à la députée de Vaudreuil par texto, sur un site Web
également. Donc, moi, mon consentement, il est à l'endroit de vous. Je consens
à ce que le partage de mon image intime soit envoyé au député de l'Acadie, mais
je préserve et je réserve mes droits à la diffusion de cette image-là sur
d'autres plateformes. Donc, je ne consens pas à ça.
Donc, l'article 4, il vient nous dire
ça : «Le consentement à la création, à la captation, à l'enregistrement ou
au partage d'une image intime ne constitue pas une renonciation aux droits
fondamentaux auxquels la personne qui a consenti est en droit de s'attendre
dans d'autres circonstances.» Ça veut dire, le fait que vous ayez une image
intime de moi-même, je vous la diffuse à vous, j'y consens, mais ça ne veut pas
dire qu'un coup que je vous la donne, automatiquement, vous dites : Ah, le
député de Borduas me l'a envoyé, ça fait que je peux la diffuser sur Internet.
Je ne lève pas mes garanties sur mes droits fondamentaux qu'une image intime de
moi diffusée sur un site Internet ça pourrait porter atteinte à mon intégrité
physique.
M. Morin : Oui, je comprends,
mais le fait de dire, par exemple, que l'image intime ne constitue pas une
renonciation aux droits fondamentaux que la personne qui a consenti est en
droit de s'attendre, point, ça ne règle pas la question.
M. Jolin-Barrette : Mais dans
d'autres circonstances... Les circonstances autres, c'est que, moi, je vous
l'ai peut-être diffusé par message texte, mais, par contre, vous, vous la
diffusez sur une autre plateforme, exemple sur Internet. Là, à ce moment-là,
c'est une autre circonstance, ce n'est pas un... supposons, par texto que vous
l'envoyez à la députée de Vaudreuil, vous faites, vous créez un lien Web puis
vous dites à la députée de Vaudreuil : Allez voir ça, j'ai des images
intéressantes à vous montrer. Alors, dans ce cas-là, c'est non, ça prend mon
consentement, et je ne renonce pas à mes droits fondamentaux à l'égard de cette
seconde diffusion-là, parce que mon consentement n'est valide qu'à votre
endroit.
M.
Morin :Parfait. Je vous remercie.
Le Président (M.
Bachand) :Mme la députée de Vaudreuil.
Mme Nichols : Je me permets
juste d'ajouter que, je trouve, c'est encore plus pertinent après les
explications, d'ajouter la conservation pour ne pas que l'intermédiaire,
justement, tu sais, conserve les images.
M. Jolin-Barrette : Mais non,
mais dans ce cas-là, je consens à ce qu'il ait mon image. Quand je lui diffuse,
je consens à ce qu'il l'ait. C'est comme implicite.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Autres interventions à
l'article 4? S'il n'y a pas d'autre intervention à l'article 4,
est-ce que l'article 4 est adopté?
Des voix : Adopté.
Le Président (M.
Bachand) :Adopté. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : 5. Et on
aura un amendement, M. le Président. «Une personne peut révoquer son
consentement au partage d'une image intime.
«Toute personne à qui la révocation est
communiquée doit s'abstenir de partager l'image intime et faire tout effort
raisonnable pour rendre cette image inaccessible. À défaut, elle est
responsable du préjudice résultant de l'accessibilité à cette image ou de son
partage.
«Toutefois, la révocation n'est pas
possible lorsque le consentement a été donné dans le cadre d'un contrat conclu
à des fins commerciales ou artistiques, à moins que cette possibilité n'y ait
été prévue.»
<Commentaires...
M. Jolin-Barrette :
...«Toutefois,
la révocation n'est pas possible lorsque le consentement a été donné dans le
cadre d'un contrat conclu à des fins commerciales ou artistiques, à moins que
cette possibilité n'y ait été prévue.»
>Commentaires : Cet article
prévoit les conditions de révocation du consentement au partage d'images
intimes et les conséquences de cette révocation.
Et l'amendement : Insérer, à la fin
du troisième alinéa de l'article 5 de la Loi visant à contrer le partage
sans consentement d'images intimes, proposé par l'article 1 du projet de
loi, «ou qu'il s'agisse d'un contrat d'adhésion»
Commentaires : Cet amendement exclut
les contrats d'adhésion, par exemple les conditions d'utilisation des réseaux
sociaux, de l'exception au droit à la révocation du consentement.
Donc, ça, ça fait suite aux commentaires
que nous avons eus en consultations, justement pour faire en sorte que la
situation du contrat d'adhésion, où est-ce... qu'on ne puisse pas se le faire
opposer dans les conditions. Tu sais, exemple, «toutefois, la révocation n'est
pas possible lorsque le consentement a été donné que... dans le cadre d'un
contrat conclu à des fins commerciales ou artistiques, à moins que cette
possibilité n'y ait été prévue ou qu'il s'agisse d'un contrat d'adhésion».
Donc, la révocation va être possible dans le cadre d'un contrat d'adhésion.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. M. le député de
l'Acadie.
M.
Morin :Oui. Je veux être juste bien certain de bien comprendre.
En fait, ce que ça dit, c'est que ça permet, bon, de révoquer le consentement.
Donc, une personne pourrait changer d'idée puis dire, à un moment donné :
Oui, j'ai envoyé cette image intime, mais là je ne le veux plus. Donc, on vous
envoie ça, puis là, bien, partagez-la pas. Maintenant... mais, bon, alors,
évidemment, doit s'abstenir de la partager, bon.
Puis «faire tout effort raisonnable pour
rendre cette image inaccessible», ça veut dire quoi? La barrer dans son
ordinateur avec un mot de passe? Je veux dire... Parce que s'abstenir de la
partager, oui, ça, c'est clair, il ne peut pas l'envoyer, mais là, s'il la
laisse dans son ordinateur ou dans son téléphone, c'est-tu un effort
raisonnable pour rendre l'image inaccessible, d'une part?
Puis, d'autre part, la révocation, ça dit,
n'est pas possible lorsque le consentement a été donné dans le cadre d'un
contrat. Donc, j'imagine que quelqu'un qui, je ne sais pas, là, vous me
corrigerez si je fais erreur, mais qui, dans le cadre d'un film, par exemple,
doit tourner des scènes où on va voir des images intimes, bien, ça, à ce
moment-là, ça peut être prévu au contrat. C'est ce que vise le dernier alinéa.
Donc, ça, c'est des fins commerciales ou artistiques, donc ça doit être prévu,
mais «ou qu'il s'agisse d'un contrat d'adhésion»... donc, un contrat d'adhésion
pourrait couvrir ce scénario-là?
M. Jolin-Barrette : Dans le
fond, premier et deuxième alinéas visent à dire : En tout temps, vous avez
partagé une image intime, vous pouvez retirer votre consentement puis aller
chercher une ordonnance pour faire en sorte que la personne cesse le partage et
qu'elle la rende inaccessible, donc qu'elle la détruise, qu'elle la diffuse.
M.
Morin :Oui. Ça, c'est clair.
M. Jolin-Barrette : Ça fait
que ça, c'est le principe de base. Je vous envoie ma photo, député de l'Acadie,
de consentement. Finalement, une semaine après, je réalise que...
M.
Morin :Vous changez d'idée.
M. Jolin-Barrette : Je change
d'idée.
M.
Morin :Vous dites non.
M. Jolin-Barrette : Là, je
vous dis : Voulez-vous... pouvez-vous la détruire? Vous me dites : Je
la garde. Je m'en vais voir le juge, il vous envoie une ordonnance :
destruction.
Le troisième alinéa vise la situation où
la révocation n'est pas possible si vous avez donné votre consentement en
raison du fait que c'est un contrat conclu à des fins commerciales ou
artistiques, exemple, un film pornographique pour lequel vous êtes rémunéré.
Donc, il y a un contrat, je suis un acteur d'un film pornographique, donc,
théoriquement, je devrais avoir une partie de mon corps qui est nu,
théoriquement, en fonction du scénario élaboré. Et là, à ce moment-là, bien,
puisque j'ai consenti, c'est un contrat de nature commerciale ou artistique,
c'est une œuvre. Bien là, à ce moment-là, je ne peux pas dire : Bien, je
révoque mon consentement, parce que j'y ai consenti volontairement, dans un
objectif commercial ou artistique, à moins que cette possibilité n'y ait été
prévue.
Alors, il pourrait y avoir dans le contrat
une situation... dire, bien, je pourrais révoquer mon consentement à la
diffusion. Alors, je tourne un film à des fins commerciales, mais il y a quand
même une clause dans le contrat qui dit : Bien, l'acteur, le député de
Borduas, en question pourrait décider de retirer son consentement à la
diffusion de cette scène-là, de cette image-là. À ce moment-là, ça rentre dans
les paramètres contractuels, alors ça va être possible de retirer l'image
intime. Il fait que la <clause...
M. Jolin-Barrette :
...dans
les paramètres contractuels, alors ça va être possible de retirer l'image
intime. Il fait que la >clause soit là.
Mais là on rajoute une exception...
M. Morin : Et tout ça à date,
là, je le saisis très bien, mais c'est le contrat d'adhésion que je trouve
étonnant.
M. Jolin-Barrette : Alors, le
contrat d'adhésion, «à moins que cette possibilité n'y ait pas été prévue ou
qu'il... n'y ait été prévu, ou qu'il s'agit d'un contrat d'adhésion». Alors,
supposons que c'est un contrat d'adhésion à des fins commerciales ou
artistiques, OK, puis que le contrat, il n'est pas négocié. C'est juste un
contrat qui est imposé, ça constitue un contrat d'adhésion. Tu sais, voici,
signez en bas puis toutes les clauses sont là, puis on se retrouve dans une
situation où il n'y a pas de discrétion de la personne. Bien, à ce moment-là,
ce consentement-là, il n'est pas valide au sens... Il est valide, mais au sens
où vous avez droit tout de même à la révocation parce que vous n'avez pas de
négocier les paramètres et les termes du contrat. Donc, c'est Option
consommateurs qui nous... qui nous a souligné ça en commission.
Exemple, sur des réseaux sociaux,
supposons, quand vous décidez de vous inscrire sur un réseau... un réseau
social, souvent c'est un contrat d'adhésion. Vous utilisez la plateforme, puis
voici. Et là, ça dirait, supposons : Bien, si vous déposez une image
intime dessus, bien, vous ne pouvez pas révoquer votre consentement. Alors,
dans ce cadre-là, puisque c'est un contrat d'adhésion, vous n'avez rien à dire
pour l'utilisation de la plateforme, on prévoit précisément que vous allez
pouvoir demander. Parce que, quand vous avez... vous n'avez pas négocié les
termes du contrat... Donc, votre image intime pourra être retirée parce qu'il
s'agit d'un contrat d'adhésion, parce que vous êtes... Dans un contrat
d'adhésion, vous n'avez pas le choix d'accepter les conditions qui sont
énoncées puis c'est comme si vous renonceriez sans véritablement un
consentement complet à ce que votre image intime soit diffusée.
Donc là, le législateur vient mettre un
mécanisme pour dire : Bien, si c'est un contrat d'adhésion, puis vous ne
l'avez pas négocié, vous n'aviez pas la possibilité de dire : On va se
prévoir une clause pour dire : Bien, malgré le fait que je mets une
image... une image où je suis nue, une image intime, bien là, à ce moment-là,
le législateur dit : Bien oui, vous allez toujours avoir recours, vous
allez pouvoir utiliser le recours de la loi visant à contrer le partage
d'images intimes, parce que la nature du contrat vous empêchait de le négocier.
• (12 heures) •
M. Morin : Parfait.
M. Jolin-Barrette : Ça fait
que c'est ça que ça...
M. Morin : Donc, ça clarifie
et, quant à moi, c'était effectivement important que ce soit clarifié dans le
sens que vous venez de l'indiquer, parce que la nature même d'un contrat
d'adhésion, et vous l'avez souligné, c'est que vous ne négociez pas, c'est
adhésion, vous adhérez à toutes les clauses, on est dans un cas comme ça. Et
donc... Et là, j'essayais de voir quels pouvaient être les scénarios, parce que
j'imagine que dans le cas d'un film ou d'une émission de télé, habituellement,
le contrat est toujours négocié. Donc, vous avez fait référence à des
plateformes numériques où, là, il n'y a pas de négociation, la personne adhère
avec le contenu ou pas et les conditions sont là, là, on ne peut pas les
négocier.
M. Jolin-Barrette : Exactement.
Prenons un exemple concret, supposons la plateforme... où il y a diffusion de
contenu parfois explicite. Là, à ce moment-là, l'utilisation de la plateforme,
c'est un contrat d'adhésion. Puis là, théoriquement, si on n'avait pas cette
exception-là, la personne qui dirait : Bien, je ne veux plus que mon image
intime soit utilisée, je vous demande de détruire l'image, bien, si c'est un
contrat commercial ou à des fins artistiques, à ce moment-là, elle n'aurait pas
le recours, parce que le contrat d'adhésion est comme... vous utilisez la
plateforme, toutes les photos nous appartiennent maintenant. Donc là on vient le
couvrir avec cette situation-là.
M. Morin : Puis ces
plateformes-là, il peut y avoir un lien de rattachement, parce qu'elles sont en
service ou elles sont accessibles au Québec?
M. Jolin-Barrette : Oui.
Bien, en fait, l'ordonnance... vont pouvoir être signifiées aux entreprises qui
oeuvrent au Québec. Puis il y a des ententes aussi de réciprocité, puis tout
ça. Donc...
M. Morin : Je vous pose la
question parce qu'effectivement, si c'est un contrat d'adhésion, mais que la
plateforme, je ne sais pas, moi, est dans un pays ailleurs, autre, je ne sais
pas, en Asie, quelque part, là, vous demandez ça au juge de paix, il peut
peut-être se poser la question s'il peut émettre l'ordonnance ou pas. Puis,
s'il l'émet, bien là, vous allez signifier ça ou... woups! quelque part.
M. Jolin-Barrette : Bien,
tout dépendant la juridiction dans laquelle c'est basé, mais généralement, les
gens qui font affaire au Québec ont une place d'affaires au Québec. Mais, avec
le Web, vous savez certaines difficultés que nous avons, ça fait qu'avec
certains États on a des ententes de réciprocité, avec d'autres, on n'en a pas.
Alors, oui, ça amène une certaine difficulté, mais dans la mesure dont... qu'on
est capable de faire par rapport au Web, bien on va le plus loin possible.
M.
Morin :
OK. Parfait, je vous remercie
Le Président (M.
Bachand) : Autres interventions...
12 h (version révisée)
M. Jolin-Barrette : ...au Web,
bien, on va le plus loin possible.
M. Morin : OK, parfait. Je
vous remercie.
Le Président (M.
Bachand) :Autres interventions sur l'amendement?
S'il n'y a pas d'autre intervention, est-ce que l'amendement est adopté?
Des voix : Adopté.
Le Président (M.
Bachand) :Adopté. Donc, autres
interventions sur l'article 5, tel qu'amendé? M. le député d'Acadie.
M. Morin : ...il y avait,
dans le mémoire du Protecteur de l'élève, à la page 9... 8, en fait, donc,
c'est bien l'article 5, on parlait de disparité entre les notions
utilisées dans les différentes mesures du projet de loi n° 73, qui
pourraient occasionner des protections différentes selon la nature de l'usage
illicite d'images intimes. Et on donne comme exemple : «L'article 5
prévoit uniquement la possibilité de retirer le consentement en regard du
partage d'une image intime, mais pas en ce qui a trait à sa création, sa
captation, son enregistrement, sa conservation.» On dit : «Or, une
personne devrait pouvoir également retirer son consentement à la création d'une
image intime le représentant.»
Et il y avait également, dans le mémoire
de Gowling, toujours au même article 5, on soulignait, à la page 3 :
«Or, alors même que seule la personne ayant initialement reçu le consentement
au partage d'une image intime aura suffisamment de contexte pour évaluer la
portée et la validité de toute révocation, il semble que toute "personne",
qu'elle soit physique ou morale, pourrait avoir des obligations et une
responsabilité quant au préjudice.» Et on dit, en conclusion : «Nous
croyons que le régime de révocation du consentement devrait s'appuyer sur une
relation bilatérale entre la personne qui a initialement donné le consentement
et celle qui l'a initialement reçu.» Donc, est ce que c'est des choses que vous
avez considérées dans le cadre de la rédaction de l'article 5?
M. Jolin-Barrette : Mais
nous, on est vraiment au niveau du partage des images intimes, pas au niveau de
la création puis de la captation, parce qu'on ne peut pas gérer la création
puis la captation d'une personne qui est là et qui accepte de capter et d'enregistrer.
Alors, on est vraiment au niveau de la diffusion, du partage. Donc, c'est pour
ça qu'on est avec ce libellé-là. Puis on va pouvoir obtenir une ordonnance pour
détruire, et également, sur la menace de diffusion aussi. Ça fait que, tu sais,
à partir du moment où la personne est dans une situation où il y a une menace
de diffusion, elle peut s'adresser à la cour pour faire détruire une image.
M. Morin : OK. Et dans le
mémoire de la Fédération des maisons d'hébergement pour femmes, il y avait une
réflexion en lien avec l'article 5, et, en fait, ils proposaient une
présomption de faute lorsqu'il y a partage d'images intimes sans consentement
et ils proposaient de limiter la révocation aux clauses contractuelles et
artistiques, mais là, évidemment, il y a le contrat d'adhésion. Puis on
soulignait... eux autres, ils disaient : «Une personne est réputée ne pas
avoir donné son consentement au partage d'une image intime qui la concerne.»
M. Jolin-Barrette : Bien là,
il y a déjà la présomption de faute à l'article 21 de la loi. Alors, la
présomption de faute est utile dans le cadre d'un recours en responsabilité
civile, mais pas nécessairement pour une ordonnance urgente en cessation de la
prévention. Donc, ça va être au défendeur, maintenant, à prouver que la
personne y consentait, dans le recours en dommages et intérêts. Là, ce qu'on
veut faire, c'est faire cesser la diffusion. Donc, on va voir plus loin le
recours en responsabilité civile.
M.
Morin :Parfait. Merci.
Le Président (M.
Bachand) :Autres interventions à l'article 5,
tel qu'amendé? S'il n'y a pas d'autre intervention, est-ce que l'article 5,
tel qu'amendé, est adopté?
Des voix : Adopté.
Le Président (M.
Bachand) :Adopté. M. le ministre, s'il
vous plaît.
M. Jolin-Barrette : 6, M. le
Président : «Un juge de la Cour du Québec ou un juge de paix magistrat
peut ordonner, en cas de partage sans consentement d'une image intime ou de
menace d'un tel partage, à toute personne qui détient ou qui a sous son
contrôle une image intime, et ce, dès la notification de l'ordonnance :
«1° de s'abstenir de partager cette
image;
«2° de cesser tout partage de cette
image;
«3° de détruire cette image.
«De même, ce juge peut ordonner à toute
personne de désindexer tout hyperlien permettant d'accéder à cette image.
«Il peut en outre ordonner à toute
personne de lui fournir toute information nécessaire ou utile en vue de faire
cesser le partage d'une telle image ou de prévenir ce partage, notamment toute
information pouvant servir à identifier une personne ayant partagé une telle
image ou menaçant de le faire, ainsi que prononcer toute autre ordonnance
accessoire appropriée dans les circonstances.»
Commentaires. Cet article prévoit l'ordonnance
qui assurerait qu'on s'abstienne de partager une image intime ou qu'on cesse ce
partage. Cette ordonnance serait rendue par un juge de la Cour du Québec ou un
juge de paix magistrat.
Donc, on a à la fois la diffusion, on a à
la fois la menace de diffusion, on a à la fois ce qui est possédé, <supposons...
M. Jolin-Barrette :
...la
diffusion, on a à la fois la menace de diffusion, on a à la fois ce qui est
possédé, >supposons, dans le téléphone, messagerie, tout ça, mais on a
également les hyperliens, donc sur Internet également.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Interventions? M. le
député d'Acadie.
M. Morin : Merci, M. le
Président. Donc, si on revient à l'exemple que vous avez souligné, par exemple,
à... quand on parlait de l'article 5 et qu'on parlait de sites où les gens
peuvent partager des images intimes, donc, une personne qui, dans un cas comme
ça, retirerait son consentement, ne voudrait plus qu'elle soit partagée et qui voudrait
que l'image soit détruite, donc je comprends qu'à ce moment-là quand vous dites «toute
personne de désindexer», toute personne, ça inclut une société également?
M. Jolin-Barrette : ...ça
inclut également une personne morale. «Toute personne» couvre à la fois une
personne physique ou une personne morale.
M. Morin : Donc, ça, ça va
être couvert.
M. Jolin-Barrette : Oui.
• (12 h 10) •
M. Morin : OK, parfait.
Maintenant, ça, c'est pour l'ordonnance. Je comprends que, quand la personne
demande l'ordonnance, est-ce que le juge... Puis j'imagine qu'il peut... Parce
qu'après ça, vous dites : «Il peut en outre ordonner de lui fournir toute
information nécessaire ou utile.» Donc, est-ce que le... la personne qui
demande l'ordonnance, est-ce que le juge peut communiquer avec elle? Il peut-tu
demander des renseignements supplémentaires? C'est... donc, ça, c'est... ça,
c'est prévu?
M. Jolin-Barrette : Oui.
Alors, le juge, à partir du moment où il reçoit l'ordonnance, il peut requérir
des explications supplémentaires de la part de la personne victime, dont c'est
l'image intime qui se retrouve en diffusion. Alors, il a un pouvoir assez large
pour pouvoir émettre l'ordonnance d'une façon appropriée, de requérir des
renseignements supplémentaires. Cependant, si ce n'est pas nécessaire, le juge
peut... En fait, c'est prévu qu'il rend son ordonnance dans son bureau, et le
juge... «Dans son bureau», ça veut dire, pour les gens qui nous écoutent, ce
n'est pas nécessaire, nécessairement, d'être en salle de cour. De toute façon,
c'est à huis clos.
Et ce qui est important de dire aussi,
c'est que c'est... sans la présence du défendeur, de la personne qui est visée,
ou s'il peut le faire hors la présence du défendeur, c'est une demande qui est
visée directement. C'est ça. Ça fait qu'il peut... il peut, dès la réception de
la demande, contacter la personne victime puis lui demander des renseignements
supplémentaires, ou même, convoquer une audience aussi, il pourrait décider de
convoquer une audience aussi. On laisse beaucoup de discrétion au juge parce
que, considérant la nature urgente, bien, il faut que le juge ait de la
flexibilité. Par contre, ce n'est pas nécessaire que le défendeur ait été
notifié de la demande au moment que le juge rend son ordonnance.
M. Morin : Sauf qu'évidemment,
il va falloir que l'ordonnance soit signifiée le plus rapidement possible si on
veut qu'elle ait son plein effet là.
M. Jolin-Barrette : Par la
suite, mais au... avant le prononcé, ce n'est pas nécessaire. On peut le faire
ex parte, sans la présence de la personne qui va être visée par l'ordonnance.
M.
Morin :C'est... oui, c'est ce que je comprends.
M. Jolin-Barrette : Mais le
juge pourrait exiger que la personne vienne aussi. Il pourrait dire :
Bien, écoutez, je veux que votre demande d'ordonnance soit notifiée à la
personne qui est visée par l'ordonnance... par la demande d'ordonnance.
M.
Morin :Oui, exact. Maintenant, s'il y a des échanges comme ça,
et que ça se fait d'une façon numérique, le juge a un greffe numérique où il va
pouvoir déposer tous ces documents-là?
M. Jolin-Barrette : Bien, en
fait, le juge va... Dans le fond, pour la personne victime, ça va pouvoir être
possible de l'envoyer électroniquement, mais, par la suite, le juge a les renseignements
de la personne, du demandeur, donc il va pouvoir le contacter par téléphone ou
par courriel, en fonction des moyens technologiques applicables.
M. Morin : Oui, sauf que si,
par exemple, le juge veut avoir des renseignements supplémentaires, donc, il
communique avec le demandeur, donc toutes ces informations-là, c'est... que ce
soit par courriel, ou autrement, c'est pertinent pour le dossier. Donc, ça, le
juge, il va garder ça dans un dossier numérique, il va tout imprimer ça, il va
laisser ça au greffe? Comment... comment ça va fonctionner?
M. Jolin-Barrette : Bien, ça
va être... ça va être un dossier judiciaire qui va être créé, comme n'importe
quel... n'importe quel autre dossier judiciaire. Donc, actuellement, on est
encore papier, à part certains modules, avec Lexius, qu'on avance, mais
éventuellement, tout va être numérique.
M. Morin : Donc, dans un cas
comme ça, évidemment, il faudrait imprimer les documents, éventuellement, puis
déposer ça dans un dossier au greffe.
M. Jolin-Barrette : C'est ça.
Exactement.
M. Morin : OK. Et, une fois
que l'ordonnance a été émise, est-ce que le... est-ce que le dossier est
accessible au public en <général?...
M.
Morin :
...est-ce que le dossier est accessible au public
en >général?
M. Jolin-Barrette : Non.
M.
Morin :OK. Mais ça, on va voir plus loin une disposition à cet
effet-là?
M. Jolin-Barrette : On va le
voir plus loin.
M.
Morin :OK, parfait. Il y a-tu d'autres choses?
Le Président (M.
Bachand) :Mme la députée de Vaudreuil...
M.
Morin :Bon. Toujours...
Le Président (M.
Bachand) :Excusez-moi, M. le député, je
vous reviens, je vous reviens.
M.
Morin :Ah! oui. Non, non, allez-y, il n'y a pas de souci.
Mme Nichols : ...peut-être
juste, tu sais, pour ceux... ceux qui... ceux qui essaient de suivre, là, dans
le fond, il va... il va y avoir un formulaire qui va être complété, qui va être
envoyé au juge pour une ordonnance d'urgence, bien, soit un juge de la Cour du
Québec ou un juge de paix magistrat, qui va... qui va recevoir la demande, qui
va la traiter de façon urgente, puis il n'a pas besoin de donner tout de
suite... il n'a pas besoin de donner suite au demandeur... en fait, il n'a pas
besoin... il peut aller chercher l'information qu'il veut là, auprès du demandeur
s'il a besoin d'informations supplémentaires pour rendre son ordonnance.
Mais ici, on dit que c'est la personne qui
détient, donc que c'est la personne qui va avoir l'image... qui va avoir
l'image. Moi, c'est la partie notification, là, de l'ordonnance, là. Comment ça
va être notifié à cette personne-là qui détient l'image? Ça va être selon
l'information que le demandeur va avoir mise dans le formulaire ou selon
l'information que le juge va être allé récupérer auprès du demandeur quand il
va l'avoir...
M. Jolin-Barrette : Oui, ils
vont le viser, ils vont dire, supposons : C'est le député de l'Acadie qui
a... qui a l'image. Donc, ça va être notifié au député de l'Acadie,
l'ordonnance de la cour, par le greffier du tribunal. Ça va être l'article 14
du projet de loi.
Mme Nichols : Puis cette... Oui,
on va y arriver, on va y arriver, c'est certain, mais... bien... Puis je
comprends, là, les points 1°, 2°, 3°, là, s'abstenir de partager, cesser tout
partage, détruire cette image, ça me convient, mais c'est la notification. La
notification peut se faire en tout moment, la fin de semaine...
M. Jolin-Barrette : Oui.
Bien, dans le fond...
Mme Nichols : ...le juge va
pouvoir...
M. Jolin-Barrette : On va le
voir à l'alinéa 2° : «Elle peut l'être par tout mode approprié qui permet
de constituer une preuve de sa remise, soit notamment par l'huissier de
justice, par l'entremise de la poste recommandée, par la remise en mains
propres par un service de messagerie ou par un moyen technologique.
«Quel que soit le mode de notification
utilisé, la personne qui accuse réception du document ou reconnaît l'avoir reçu
est réputée avoir été valablement notifiée.»
Ça fait qu'on met une présomption aussi.
Des voix : ...
M. Jolin-Barrette : Oui, puis
la notification est sans délai, donc c'est immédiatement.
Le Président (M.
Bachand) :M. le député d'Acadie.
M.
Morin :Oui. Dans le document qui a été présenté par Gowling, à
6, alinéa 1°, quand on parle de l'ordonnance «à toute personne qui détient ou
qui a sous son contrôle une image intime», de s'abstenir de la partager, de
cesser tout partage ou de la détruire, ici, on souligne que, dans l'ensemble de
la loi sur les images intimes, ça s'adresse donc à une personne sans condition.
«Il semble que le type d'ordonnance soit conditionnel à la "détention"
ou au "contrôle" de l'image. Sans parler de l'utilisation peu
fréquente de ces expressions dans la législation québécoise et des différentes
interprétations possibles (surtout en présence d'une chaîne d'intermédiaires),
nous nous questionnons sur l'utilité même d'une telle condition, puisque le
juge responsable de prononcer l'ordonnance identifiera forcément la personne
qui devra s'y soumettre, sans égard au rôle par rapport à l'image concernée.»
Et puis, après ça, on dit, à 2 : «Une
telle ordonnance de désindexation... désindexation pourrait être prononcée en
même temps ou concurremment à une demande de désindexation effectuée en vertu
d'une autre loi, comme à l'article 28.1 de la Loi sur la protection des
renseignements personnels dans le secteur privé.» Est-ce que c'est quelque chose
que vous avez considéré?
M. Jolin-Barrette : Oui.
Bien, en fait, vous savez, le recours en vertu de la loi sur les renseignements
privés, il est disponible, mais c'est un recours qui est beaucoup plus long que
ce qu'on voulait faire. Alors, c'est pour ça qu'on a... En fait, on crée la
nouvelle loi, la loi pour contrer le partage d'images intimes, justement pour
avoir davantage de flexibilité, et que ça se fasse vraiment rapidement,
contrairement à la loi sur le renseignement dans le secteur privé, avec la Commission
d'accès à l'information. Ça peut prendre plusieurs mois avant d'arriver, au
bout, avec une ordonnance. Nous, on voulait avoir quelque chose de rapide, de
flexible, qui était réactif, pour que, dès qu'une personne... supposons, vous
êtes à l'école secondaire... dès qu'une image intime commence à circuler, bien,
qu'on puisse saisir le juge vraiment rapidement puis qu'il y ait une ordonnance
qui soit émise d'une façon urgente également. Donc, c'est pour ça.
Il existe un recours actuellement, mais il
n'est pas adapté à la réalité de la situation, puis c'est pour ça, également,
qu'on a décidé de passer par une ordonnance judiciaire également, de la part
d'un juge, avec des sanctions qui sont importantes. Alors, oui, théoriquement,
ça pourrait être une façon concurrente, mais nous, ce qu'on fait, c'est qu'on
crée une ordonnance voie express, voie rapide justement, considérant
l'environnement numérique dans lequel on évolue. Tu sais, chaque journée est
importante.
M.
Morin :Et je comprends que, pour ça, vous avez préféré <identifier...
M. Jolin-Barrette :
...évolue.
Tu sais, chaque journée est importante.
M.
Morin :
Et je comprends que, pour ça, vous avez préféré >identifier
un juge de la Cour du Québec ou un juge de paix magistrat qu'un commissaire,
par exemple, à la Commission d'accès à l'information, qui pourrait
éventuellement, rendre une ordonnance qu'il aurait pu faire rapidement aussi.
M. Jolin-Barrette : Exactement.
On voulait une... Bien, écoutez, en fonction des paramètres qu'on avait, moi,
je considère que c'était plus opportun que ce soit une ordonnance judiciaire
qui relève d'un tribunal du ministère de la Justice, puis que ça puisse rouler
rondement.
M.
Morin :OK. En fait, donc, au fond...
M. Jolin-Barrette : Puis
l'autre élément aussi, là, on a des juges de garde à tous les jours aussi.
Donc, tu sais, ça, c'est important aussi. Déjà, ils entendent des demandes en
matière de soins, en matière de comparution, pour la détention, d'enquêtes sur
mise en liberté, alors ça s'inscrit également dans les... je vous dirais, dans
la flexibilité de la Cour du Québec, puis de la disponibilité des juges, puis
au niveau du bassin, également, de juges qu'on a. Tu sais, on a 333 juges
à la Cour du Québec plus, désormais, 40 juges de paix magistrat, donc un
bassin de près de 375 personnes qui sont en mesure de l'entendre.
M.
Morin :OK, parfait. Bien. Il y avait aussi, dans le mémoire du Réseau
des CAVAC, à l'article 6... on est toujours au même article... ils étaient
préoccupés par la capacité du système judiciaire de répondre, et du temps de
réponse, et ils étaient aussi préoccupés... puis ça, ça revient aux remarques
préliminaires que je disais un peu plus tôt... ils s'interrogent sur les
mécanismes administratifs mis en place pour assurer le traitement des demandes
en dehors des heures ouvrables. Ils disent : «Qu'en est-il pour une
personne victime qui n'aurait pas accès au formulaire en ligne, notamment?
Comment ces mécanismes seront-ils publicisés pour en assurer une bonne
connaissance du public?» Donc, c'était... c'était une préoccupation pour les
CAVAC, et on sait comment les CAVAC, évidemment, jouent un rôle important pour
aider... aider ces victimes-là. Vous en avez parlé un peu, mais pouvez-vous
nous en dire plus sur ce que vous allez mettre en place pour rassurer les
CAVAC?
• (12 h 20) •
M. Jolin-Barrette : ...bien,
en fait, justement, le formulaire va être en ligne. Pour les gens qui
n'auraient pas accès à Internet également, le formulaire va être disponible au
greffe du palais de justice, également, physiquement. Puis, bien entendu, on va
collaborer avec les CAVAC aussi, qui reçoivent ce genre de personnes là et qui
sont des partenaires importants dans le système de justice. Donc, fort
probablement qu'une personne qui est victime d'une infraction criminelle comme
celle-ci, bien, ils vont se retrouver au CAVAC.
Donc, l'autre point qui est important,
c'est qu'on... dans... là, ça rentre en vigueur six mois après la sanction de
la loi. Ça fait que, pour le développement du formulaire, pour que ce soit en
langage clair, on va consulter les groupes de soutien aux personnes victimes
pour que ce soit... pour que l'utilisateur, ce soit simple pour lui, ce soit
clair. Donc, on va consulter nos partenaires de soutien aux personnes victimes
pour que le formulaire soit... qu'on s'entende sur un formulaire qui est clair
pour les victimes.
M.
Morin :OK, parfait. Et dans le mémoire sur l'Association nationale
Femmes et Droit, ils s'interrogeaient sur la possibilité d'un troisième
scénario, où une victime pourrait demander une ordonnance en cas de risque
avéré de partage. Est-ce que c'est quelque chose que vous avez considéré?
M. Jolin-Barrette : Bien, le
risque avéré de partage, c'est comme une menace de partage, donc on vient
couvrir cette situation-là également.
Le Président (M.
Bachand) :Mme la députée de Vaudreuil,
s'il vous plaît.
Mme Nichols : Oui, bien,
puisqu'on était dans les... dans les disponibilités du formulaire, est-ce qu'on
a pensé aussi à peut-être les rendre disponibles dans les écoles, bien que
souvent, les étudiants vont en ligne, là, mais rendre les formulaires
disponibles dans différentes écoles?
M. Jolin-Barrette : Bien,
écoutez, moi, je suis ouvert à ça. C'est sûr qu'on va travailler avec la
collaboration des personnes qui sont plus susceptibles, supposons, d'être
victimes du partage d'images intimes. Ça fait que, c'est sûr, dans nos
campagnes d'information, on a des partenaires aussi. Alors, c'est... Puis
l'effet du projet de loi aussi, puis en réponse à la question du député de
l'Acadie, tout à l'heure, de pourquoi ne pas utiliser la loi uniquement sur les
renseignements dans le domaine privé aussi, il y a un effet pédagogique aussi.
Le fait d'avoir une loi en soi, c'est également de sensibiliser la population,
sensibiliser les jeunes aussi à cette possibilité et à ce recours-là. Alors,
oui, avec l'ensemble des partenaires, notamment, du réseau <éducatif...
M. Jolin-Barrette :
...possibilité
et à ce recours-là. Alors, oui, avec l'ensemble des partenaires, notamment, du
réseau >éducatif, on veut que ce soit diffusé, puis que tout le monde
soit au courant que ça existe. Puis, tu sais, ils sont habitués aussi, dans les
écoles, que, si ça arrive... puis, tu sais, il y a déjà des cas en matière
criminelle, ils font une plainte à la police rapidement. Mais, en même temps,
d'une façon corollaire, bien, on va pouvoir aller chercher l'ordonnance, aussi,
en matière civile rapidement pour faire cesser.
Mme Nichols : Parfait, merci.
Puis...
M. Jolin-Barrette : Puis, si
vous me permettez, l'aspect des dommages aussi est important, là, on va le voir
à l'article 21 tantôt. Tu sais, on crée une facilitation, aussi, sur le
fardeau de preuve à ce niveau-là. Ça fait que, tu sais, le fait que tu puisses
être tenu responsable financièrement aussi, ça amène une réflexion plus grande,
ça.
Mme Nichols : Le titre du
chapitre, c'est l'ordonnance urgente de cessation ou de prévention du partage
d'une image... d'une image intime. Prévention, donc le... Quelqu'un pourrait
remplir le formulaire parce qu'il sait qu'il y a une image de lui à quelque
part là, puis il a peur que l'image circule. Donc, à titre préventif, il
pourrait remplir le formulaire, puis l'envoyer de façon urgente au juge, puis
le juge pourrait intervenir d'avance, sans que l'image... sans que l'image ait
été diffusée, sans que l'image... tu sais, sans... bien, à titre préventif, là,
c'est le mot «prévention», là.
M. Jolin-Barrette : Oui,
préventif, mais, dans le fond, quand on est dans le cadre de la menace de
diffusion, on se retrouve en termes de prévention, parce que l'image n'a pas
été diffusée.
Mme Nichols : C'est ça, mais
s'il n'y a pas de menace qui a été diffusée, mais que, tu sais, la personne le
sait qu'il y a une image?
M. Jolin-Barrette : Bien,
oui, elle sait qu'il y a une image parce qu'il l'a partagée, mais s'il a une
crainte que l'image soit diffusée c'est nécessairement parce qu'il y a une
menace qu'elle risque d'être diffusée.
Mme Nichols : Oui, ou, des
fois, on peut juste avoir : Maudine, je n'aurais pas dû partager cette
image-là, ou, tu sais... ou...
M. Jolin-Barrette : Mais... on
l'a vu à l'article précédent, où vous pouvez retirer votre consentement au
partage. Ça fait que...
Mme Nichols : Mais c'est
le... s'il y a une demande aussi, puis je pense que le Barreau en avait parlé
aussi, là, les demandes d'annulation d'une telle ordonnance, c'est aussi les
juges de la Cour du Québec puis les juges de paix magistrat qui vont les
traiter?
M. Jolin-Barrette : Les juges
de la Cour du Québec. Pas les JPM. Les juges de la Cour du Québec. Parce qu'on
veut donner...
Mme Nichols : Oui, c'est
compétence exclusive des juges...
M. Jolin-Barrette : Bien,
dans le fond, pour l'émission, on permet JPM et Cour du Québec, mais si jamais...
Pour l'annulation, là, c'est uniquement les juges de la Cour du Québec.
Mme Nichols : Parfait.
Le Président (M.
Bachand) :...
M.
Morin :...et donc la personne qui voudrait révoquer son
consentement, à ce moment-là, va adresser sa demande directement à la personne
qui détient l'image intime.
M. Jolin-Barrette : Oui.
M.
Morin :Et c'est uniquement si la personne qui la détient refuse
ou ne veut pas la détruire qu'il pourrait y avoir à ce moment-là, une menace de
partage?
M. Jolin-Barrette : Bien, on
se retrouve dans cette... Bien, dans ce continuum-là, oui, il y a une menace.
Je dis : Détruis ma photo, ou je ne veux pas que la photo soit diffusée,
la personne dit : Non, non, non, bien là, à ce moment-là, implicitement,
il y a une menace.
M.
Morin :Ou que ça pourrait être aussi, à 6, 3°, de détruire
l'image?
Mme Nichols : Exactement.
M.
Morin :OK, parfait. Et j'imagine qu'à ce moment-là, dans un cas
comme ça il va falloir aussi que la personne envoie avec sa demande les
courriels ou les demandes qu'elle a faites précédemment pour que le dossier...
pour que le juge soit capable de statuer, là.
M. Jolin-Barrette : Effectivement.
Puis, on l'a vu, le juge a le pouvoir de demander des renseignements
supplémentaires, et même, de tenir une audience pour faire la lumière là-dessus,
puis pour pouvoir avoir les renseignements nécessaires pour pouvoir prononcer
son ordonnance.
M.
Morin :Parfait.
M. Jolin-Barrette : Puis,
dans le fond, il y a toujours une discrétion judiciaire, là.
M.
Morin :
Oui, oui, clairement.
M. Jolin-Barrette : Tu sais,
le juge... le juge analyse le dossier...
M.
Morin :Oui, oui, exact. Bien, comme dans n'importe quel
dossier, là. Il n'y a pas... il n'y a pas d'obligation de rendre l'ordonnance,
là.
M. Jolin-Barrette : C'est ça.
M.
Morin :Non, ça, c'est clair. Maintenant, évidemment, dans les
cas où... Puis on sait à quelle vitesse va l'Internet ces jours-ci, là. C'est
sûr que si le juge décide de tenir une audience, ça va prendre quand même un
peu de temps, il ne tiendra pas ça la journée même, là.
M. Jolin-Barrette : Bien, le
juge est maître de son horaire. Par contre, ça va aller beaucoup plus vite
qu'en matière criminelle actuellement ou avec la loi sur les renseignements
dans le domaine privé, où ça peut prendre plusieurs mois.
M.
Morin :OK, merci.
Le Président (M. Bachand) :Est-ce qu'il y a d'autres interventions à l'article 6?
S'il n'y a pas d'autre intervention, est-ce que l'article 6 est adopté?
Des voix : Adopté.
Le Président (M.
Bachand) :Adopté. M. le ministre, s'il
vous plaît.
M. Jolin-Barrette : L'article 7,
M. le Président : «Une telle ordonnance peut être demandée par la personne
représentée sur l'image ou, lorsque cette dernière y consent ou que le tribunal
l'autorise, par une autre personne ou par un organisme.
«En cas de décès de la personne
représentée sur l'image, l'ordonnance peut aussi être demandée par son conjoint
ou par un proche parent ou par un allié.»
Commentaires. La demande d'ordonnance pour
qu'on s'abstienne de partager une <image...
M. Jolin-Barrette :
...ou par un allié.»
Commentaires. La demande d'ordonnance
pour qu'on s'abstienne de partager une >image intime ou qu'on cesse ce
partage pourra être présentée par la personne directement concernée par l'image,
par un tiers autorisé par elle ou par le tribunal pour le faire.
Le Président (M.
Bachand) :...le temps file rapidement.
Interventions? M. le député d'Acadie.
M.
Morin :Quand on dit «un allié», ça peut être à peu près
n'importe qui. Comment vous... comment vous l'identifiez, l'allié?
M. Jolin-Barrette : ...prévu
au Code civil, alors... Oui, 125 du Code civil prévoit que la déclaration de
décès peut être faite soit par le conjoint du défunt, soit par un proche parent
ou un allié, soit par... à défaut, ou par toute autre personne. «Allié» se dit
d'une personne unie à une autre par alliance. Donc, c'est dans la famille, un
rapporté, comme on dit.
Le Président (M.
Bachand) :Merci.
Alors, compte tenu de l'heure, la
commission suspend ses travaux jusqu'après les affaires courantes. Merci.
(Suspension de la séance à 12 h 29)
15 h 30 (version révisée)
(Reprise à 15 h 41)
Le Président (M.
Bachand) :À l'ordre, s'il vous plaît! Bon
après-midi, tout le monde. La Commission des institutions reprend ses travaux.
On poursuit donc l'étude détaillée du projet
de loi n° 73, Loi visant à contrer le partage sans consentement d'images
intimes et à améliorer la protection et le soutien en matière civile des
personnes victimes de violence.
Lors de la suspension de nos travaux cet
avant-midi, nous en étions à l'étude de l'article 7 de la loi édictée proposée
par l'article 1 du projet de loi. Est-ce qu'il y a d'autres interventions
sur l'article 7? S'il n'y a pas d'autre intervention, est-ce que l'article 7
est adopté?
Des voix : Adopté.
Le Président (M.
Bachand) :Adopté. Merci. M. le ministre, s'il
vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Oui.
L'article 8, M. le Président : «Un mineur de 14 ans ou plus peut
introduire seul la demande d'ordonnance ou consentir seul à ce qu'une personne
ou un organisme l'introduise en son nom.»
Commentaire. Un adolescent pourrait
présenter seul sa demande d'ordonnance et consentir seul à ce qu'un tiers la
présente.
Le Président (M.
Bachand) :...Interventions sur 8? M. le
député de l'Acadie.
M. Morin : Oui. Si vous
avez retenu l'âge de 14 ans, M. le ministre, est-ce que c'est parce que,
si mon souvenir est bon, dans le Code civil, à 14 ans, un mineur peut
consentir à un traitement médical? Est-ce que je suis dans l'erreur, ou si vous
faites un lien avec ça, ou...
M. Jolin-Barrette : ...c'est
cohérent avec l'ensemble du corpus civil qu'on a, notamment dans le Code civil
du Québec. Donc, un mineur de 14 ans et plus peut notamment consentir seul
à des soins médicaux, effectuer un changement de nom et la mention de sexe
auprès du Directeur de l'état civil. Il est réputé majeur pour tous les actes
relatifs à son emploi ou à l'exercice de son art ou de sa profession. Il peut s'opposer
à la désignation d'un tuteur supplétif ou à son adoption et mettre fin aux
relations personnelles avec ses grands-parents. Un mineur de 14 ans peut
faire une demande seule à l'IVAC aussi, en tant que personne victime d'une
infraction criminelle. Dans le fond, le partage d'images intimes, c'est une
infraction criminelle aussi chez un mineur, parce que c'est de la pornographie
juvénile aussi. Donc, par souci de... de cohérence, ça, on a choisi l'âge de 14 ans.
M. Morin : OK. Parfait.
Maintenant, si c'est une personne mineure de moins de 14 ans, à ce moment-là,
c'est ses parents qui vont pouvoir présenter la demande? Il n'y a pas... il n'y
a pas de mention comme telle, je pense, qui est faite dans le projet de loi,
mais comment ça va fonctionner à ce moment-là?
M. Jolin-Barrette : La
demande va être faite par le titulaire de l'autorité parentale ou par un
organisme qui pourrait être autorisé par le tribunal.
M. Morin : Et, à ce
moment-là, est-ce que... Parce qu'il n'y a pas de... il n'y a pas de mention
comme telle. Donc, c'est le cadre général du... du droit qui... qui s'applique
à ce moment-là, et, <bon...
M. Morin :
...il
n'y a pas de mention comme telle. Donc, c'est le cadre général du... du droit
qui... qui s'applique à ce moment-là, et, >bon, quelqu'un... une
personne qui a l'autorité parentale pourrait à ce moment-là présenter la
demande?
M. Jolin-Barrette : Exactement.
C'est, dans le fond, le régime général qui s'applique dans le Code de procédure
civile.
M. Morin : À
condition...
M. Jolin-Barrette :
L'article 87 du Code de procédure civile.
M. Morin : Oui...
M. Jolin-Barrette : Donc,
les droits d'une... d'un enfant sont exercés par le titulaire de l'autorité
parentale.
M. Morin : Sauf que,
dans ce cas-là, ce que ça voudrait dire, c'est que si par exemple le mineur a
13 ans puis qu'il a partagé une image intime, il va devoir en parler aux
détenteurs de l'autorité parentale.
M. Jolin-Barrette : Effectivement.
M. Morin : Oui, puis
peut-être que, dans certains cas, ça va être difficile, mais c'est comme ça que
notre droit fonctionne. C'est ce que je comprends?
M. Jolin-Barrette : Bien,
il y a une ligne qui est à 14 ans, puis je pense que c'est important aussi
que les parents, même en haut de 14 ans, soient informés pour appuyer
leurs... leurs jeunes.
M. Morin : Oui, sauf
qu'à 14 ans les parents pourraient ne pas être au courant.
M. Jolin-Barrette : Effectivement,
à 14 ans, les parents pourraient ne pas être au courant. Mais, dans tous
les cas, il s'agit d'une infraction criminelle aussi, ça fait que...
M. Morin : Oui,
clairement. Mais ça, on est d'accord, là.
M. Jolin-Barrette : Mais...
mais l'exercice de la... La demande d'ordonnance peut être formulée seule,
effectivement, à partir de l'âge de 14 ans, ou quelqu'un de 14 ans
peut mandater quelqu'un d'autre pour le faire en son nom.
M. Morin : ...
Le Président (M. Bachand) :...
M. Morin : Oui.
Mme Nichols : ...du
pouce sur le même sujet, là, quand on dit qu'il peut introduire seul la demande
d'ordonnance, on s'entend que la demande d'ordonnance, c'est le formulaire,
c'est-à-dire qu'il peut compléter seul le formulaire puis envoyer lui-même de
façon autonome, là, ledit formulaire, soit en ligne, soit papier, mais il
s'occupe de l'acheminer pour avoir l'ordonnance?
M. Jolin-Barrette : Exactement.
Mme Nichols : Parfait.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. M. le député d'Acadie.
M. Morin : ...Je voulais
simplement attirer votre attention, M. le ministre... Dans le mémoire présenté
par l'Association québécoise Plaidoyer-Victimes, à la page 3, il y a
plusieurs préoccupations qui ont été soulevées, dont évidemment les
conséquences pour les personnes victimes, adultes et... et mineures. Mais on
souligne que la victime, lorsqu'elle est mineure, pourrait ressentir de la
pression de la part de son entourage pour n'entamer que la démarche civile,
pour éviter des conséquences pénales.
Donc, l'AQPV dit qu'«il n'est pas
souhaitable de présenter cette ordonnance comme une alternative à une procédure
criminelle, et il est essentiel d'assurer que la personne victime soit adéquatement
accompagnée dans ses procédures et qu'il importe qu'elle soit informée des
diverses options existantes afin de prendre des décisions éclairées.»
Donc, en fait, ça revient un peu à
l'élément que je mentionnais ce matin quant à la... l'importance de la... de la
formation et... et de l'accompagnement. Qu'est-ce que... qu'est-ce que vous
voyez comme mécanisme optimal pour s'assurer que ces gens-là seront bien
accompagnés et qu'ils seront en mesure de bien comprendre les différentes
options qu'ils ou qu'elles peuvent exercer?
M. Jolin-Barrette : Bien,
on est dans une situation où, fort probablement... Bien, premièrement, il va y
avoir de l'information sur nos pages Web, tout ça. On travaille avec les
intervenants dans les écoles, le Directeur des poursuites criminelles et
pénales, tout ça. Donc, quand arrive un tel événement, il y a souvent... que ça
soit en matière criminelle ou en matière civile, il y a un environnement autour
des... des jeunes, notamment, qui sont victimes de ça. Donc, soit qu'ils vont
en parler à un intervenant à l'école, soit qu'ils vont en parler dans une
ressource communautaire, tout ça, donc on va s'assurer que ce soit clair.
Mais, bien entendu, puis j'ai eu
l'occasion de leur dire, à l'Association Plaidoyer-Victimes, lorsqu'ils sont
venus en commission parlementaire, qu'effectivement l'un n'exclut pas l'autre,
là. C'est un outil supplémentaire qu'on a pour agir à court terme, et le
fardeau de preuve n'est pas le même non plus. Alors, moi, je les encourage à
utiliser les deux recours, notamment. Et on parle, en bas de 18 ans, de
pornographie juvénile, là, ça fait que, ça, c'est fort important. Mais le...
Nous, on agit vraiment sur la rapidité d'exécution du retrait de l'image, donc,
ça, c'est un recours précisément pour ça. Mais effectivement, les deux recours
peuvent être utilisés.
Puis l'autre point aussi, c'est
qu'actuellement on a une centaine de dossiers par année, en matière criminelle,
qui sont poursuivis, mais ça signifie qu'on... il y a... il y a peut-être des
jeunes, actuellement, qui n'utilisent pas le recours en matière criminelle puis
que le recours civil, qui est simple, qui est à leur portée, va être utilisé
aussi pour faire désindexer l'image, que ça soit pour les... pour les adultes
aussi.
M. Morin : C'est une
hypothèse, effectivement, c'est... c'est peut-être le cas. Maintenant, quand
quelqu'un, évidemment, dépose une dénonciation au niveau criminel, bien, c'est
un agent de la paix ou de la police qui va faire l'enquête, qui va prendre, en
fait, <le...
M. Morin :
...bien,
c'est un agent de la paix ou de la police qui va faire l'enquête, qui va
prendre, en fait, >le dossier puis qui, éventuellement, va aller le
déposer ici au Directeur des poursuites criminelles et pénales. Donc, la victime
est accompagnée, mais c'est le système, au fond, qui... parce qu'on est en
pénal. Au niveau civil, bien, ça va être à la victime de poser des gestes,
d'entamer le processus. Je comprends que c'est une procédure qui est quand même
relativement...
M. Jolin-Barrette : Simple.
M. Morin : ...simple. On
est... on est d'accord, mais, tu sais, il n'en demeure pas moins que si, le
jeune, la personne victime a 14 ans, envoie sa dénonciation, elle pourrait
le faire toute seule, à un juge de paix. Le juge de paix y répond, parce qu'il
a besoin d'informations supplémentaires ou d'éléments de preuve supplémentaires,
ce qui peut arriver, là, là, la victime, si elle est toute seule, ça va
peut-être être plus compliqué.
M. Jolin-Barrette : Bien,
comme dans tout recours dans le Code civil du Québec, où on prévoit des droits
civils pour des personnes de 14 ans et plus. Dans le fond, oui, il y a un
environnement, il y a l'école, il y a tout ça, mais, dans un scénario idéal,
lorsque ça arrive à un enfant de 14 ans, bien, il en parle aux titulaires
de l'autorité parentale. On le souhaite.
M. Morin : Oui.
M. Jolin-Barrette : On
le souhaite.
M. Morin : Exact.
M. Jolin-Barrette : Mais
on prévoit... C'est le cas d'exception. On prévoit que la demande peut être
présentée seul, s'il y a des circonstances qui font en sorte que le mineur
souhaite la présenter seul, même chose que des soins médicaux, ou autres.
M. Morin : Merci.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. Autres
interventions? Mme la députée de Vaudreuil.
• (15 h 50) •
Mme Nichols : Oui.
Merci, M. le Président. Bon, la loi... Bien là, ce qu'on est en train de faire,
on prévoit les recours pour les 14 ans et plus. Est-ce qu'il y a... En bas
de 14 ans, c'est possible, mais il doit être accompagné d'un... par avocat
ou par un adulte?
M. Jolin-Barrette : C'est
le titulaire de l'autorité parentale qui prend la demande en son nom,
l'ordonnance en son nom. Dans le fond, les mineurs de 14 ans et moins,
leurs droits civils sont exercés par le titulaire de l'autorité parentale.
Mme Nichols : Ça fait
que c'est le titulaire de l'autorité parentale qui va compléter ledit
formulaire puis qui va faire la demande pour l'ordonnance.
Le Président (M.
Bachand) :...interventions à
l'article 8? S'il n'y a pas d'autre intervention, est-ce que
l'article 8 est adopté?
Des voix : Adopté.
Le Président (M.
Bachand) :M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : «9.
La personne qui demande une telle ordonnance doit, pour l'obtenir, déclarer :
«1° qu'elle est la personne représentée
sur une image intime au sens de la présente loi ou qu'elle est autorisée à
présenter la demande, notamment parce qu'elle a le consentement de cette
personne;
«2° que cette image intime est partagée
sans le consentement de la personne représentée sur l'image intime ou qu'une
personne menace de partager une telle image sans son consentement;
«3° qu'elle demande que... qu'elle demande
l'ordonnance prévue par la présente loi.
«Cette déclaration est réputée faite sous
serment.
«Cette personne fournit également, si elle
en a connaissance, toute information pouvant aider à prévenir ou à cesser le
partage de l'image intime.»
Commentaire. Cet article prévoit les seuls
éléments déclarés qui sont requis aux fins d'obtenir une ordonnance pour qu'on
s'abstienne de partager une image intime ou qu'on cesse ce partage.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Interventions? M. le
député de l'Acadie.
M. Morin : En ce qui a
trait à cet article, évidemment, la personne va devoir faire, comme c'est écrit
ici, une déclaration, partager... en tout cas, décrire à tout le moins l'image
pour qu'elle puisse être identifiée, j'imagine, puis qu'elle demande
l'ordonnance. Encore là, on revient toujours au questionnement que j'avais.
J'espère que les gens vont pouvoir, en tout cas, s'ils le désirent, être
accompagnés, parce que ça ne sera peut-être pas évident pour tout le monde.
Mais, en ce qui a trait à cette... à cette
demande-là, j'aimerais attirer votre... votre attention sur un document qui a
été présenté, M. le Président, à la commission, mais par la Commission de la
santé et des services sociaux des Premières Nations du Québec et du Labrador,
qui... qui décrivent la réalité que vivent plusieurs membres des Premières
Nations, et donc soulèvent également les enjeux auxquels ils doivent faire
face. Je pourrai en parler à nouveau à l'article 10, mais... mais on peut
l'aborder d'emblée à l'article 9 du projet de loi.
Parmi les constats et les recommandations,
et je suis à la page 5 du... du rapport qui a été déposé, en fait, on l'a
obtenu le 30 octobre 2024, ce qu'ils demandent, en fait, c'est que
l'accompagnateur choisi par la victime puisse l'accompagner tout au long du processus
judiciaire, que ce soit lors de la rencontre ou des suivis. Et on souligne, et
je ferai également le même commentaire à l'article 10, bien, que la
demande d'ordonnance urgente ou de cessation ou de prévention du partage peut
être demandée au moyen d'un exposé présentant sommairement les faits <allégués...
M. Morin :
...peut
être demandée au moyen d'un exposé présentant sommairement les faits >allégués
ou au moyen du formulaire établi, c'est ce que vous allez développer.
Maintenant, pour les membres des Premières
Nations, est-ce que ces formulaires-là vont être disponibles en anglais et en
langues autochtones?
M. Jolin-Barrette : ...la
réponse. Généralement, les formulaires... Je vous reviens avec la réponse.
M. Morin : Parfait,
parfait. Je vous remercie.
Le Président
(M. Bachand) :Autres interventions à
l'article 9? S'il n'y a pas d'autre intervention, est-ce que
l'article 9 est adopté?
Des voix : Adopté.
Le Président
(M. Bachand) :Merci. M. le ministre,
s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Oui.
Article 10, M. le Président :
«La demande d'ordonnance peut être faite
au moyen d'un exposé présentant sommairement les faits allégués ou au moyen du
formulaire établi par le ministre de la Justice.
«Toute pièce justificative, le cas
échéant, est produite au greffe de manière à assurer la confidentialité... en...
en à... à en assurer la confidentialité.»
Commentaire. Cet article prescrit le moyen
de demander une ordonnance pour qu'on s'abstienne de partager une image intime
ou qu'on cesse ce partage.
Le Président
(M. Bachand) :Merci beaucoup. Donc,
interventions à l'article 10? M. le député de l'Acadie, s'il vous plaît.
M. Morin : Alors, bien,
écoutez, je vais... je vais répéter l'intervention que j'ai faite il y a
quelques minutes concernant la réalité des Premières Nations et des... et des
Inuits, parce qu'évidemment on parle comme telle de... de la demande
d'ordonnance.
Je rappelle également que dans le document
qui nous a été envoyé, et c'est... et c'est malheureux, mais effectivement il y
a de la violence conjugale, il y a des violences à caractère sexuel dans
plusieurs villages ou dans les communautés autochtones. Donc, la Commission de
la santé et des services sociaux des Premières Nations du Québec et du Labrador
recommande dans son document qu'il y ait de la formation qui soit faite à
l'effet qu'on tienne compte évidemment de la réalité des Premières Nations,
mais qu'on puisse aussi établir une trajectoire de services entre le réseau de
la santé et des services sociaux québécois, les services offerts par les Premières
Nations pour assurer un filet de sécurité, offrir des services appropriés pour
la victime et sa famille et garantir une continuité des services.
Je... je pose la question, et j'aimerais
que M. le ministre nous... nous explique ce qu'il entend faire, parce que, je...
je comprends, le projet de loi vise à permettre à une victime une intervention
rapide, une demande rapide. Et c'est sûr que, dans... dans les grands centres
ou dans le sud du Québec, règle générale, là, les services fonctionnent assez
bien, il y a de l'Internet, mais, dans le Grand Nord ou dans les communautés
reculées, il n'y en a pas. Donc, est-ce que vous avez pensé à des mécanismes
particuliers pour accélérer le processus ou de la... de la formation
particulière qui tient compte des réalités des Premières Nations puis des
Inuits au Québec? Puis, est-ce qu'il y aura une capacité d'adaptation pour
qu'ils soient capables de recevoir les mêmes services?
M. Jolin-Barrette : Oui.
Bien, le réseau Internet est quand même disponible pas mal partout, notamment
par satellite. Donc, dans plusieurs communautés aussi, le gouvernement du
Québec a beaucoup investi d'argent. Puis on soutient annuellement avec
plusieurs millions de dollars les différents organismes autochtones qui offrent
des services à la population locale dans les différentes communautés, dans les
différents villages aussi.
Donc, ça va s'ajouter au panier de
services qui est offert par ces organismes-là, à partir du moment où ça va être
disponible quand on finance les centres d'amitié autochtones, quand on finance
des groupes, des organismes de soutien aux personnes autochtones, notamment
dans les différentes communautés. Notamment avec Makivvik, il y a des ententes
de dizaines de millions de dollars pour... pour le Nord-du-Québec.
Alors, ce n'est pas différent des autres
outils dans le système de justice québécois. Donc, l'ensemble des ressources
sont à la disponibilité de tous les Québécois. Alors, ça va être comme ça
également pour l'ordonnance de retrait d'images intimes, de cessation de
partage d'images intimes.
M. Morin : Bien.
M. Morin : Mme la
députée de Vaudreuil.
Mme Nichols : Oui.
Merci, M. le Président. Bien, je reviens sur une préoccupation de plusieurs
organismes qu'ils ont manifestée, là, pendant... pendant les auditions en lien
avec le fameux formulaire. La... Tu sais, ils veulent être... ils veulent
participer à l'élaboration du formulaire. Puis le ministre semblait leur dire
qu'il les consulterait. Ça fait que je veux juste m'assurer que le...
M. Jolin-Barrette : Vous
voulez dire, les... exemple, les CAVAC, les organismes de soutien?
Mme Nichols : Oui, oui,
ils sont venus ici puis ils vous ont...
M. Jolin-Barrette : Oui,
oui. Ils vont être consultés.
Mme Nichols : Ils ont
levé le drapeau en disant : On veut être consultés. On veut que ça soit
un... un formulaire simple, pas trop complexe, facile à remplir. Ça fait que je
<me...
Mme Nichols :
...veut
que ça soit un... un formulaire simple, pas trop complexe, facile à remplir. Ça
fait que je >me fais un peu le porte-parole des différents groupes qui
sont venus ici pour rappeler au ministre que leur porte était grande ouverte
pour une collaboration en lien avec le... le futur formulaire.
M. Jolin-Barrette : Ça
tombe bien, la mienne aussi. Les équipes du ministère ont déjà pris acte. On va
les contacter quand on va développer le formulaire pour prendre leur point de
vue, leurs idées. Puis c'est comme ça qu'on travaille avec eux, notamment avec
le tribunal spécialisé, on est en constante relation.
Mme Nichols : Très bien.
Merci, M. le ministre.
Le Président (M.
Bachand) :M. le député de l'Acadie.
M. Morin : ...dans ce
cas-là, M. le ministre, vous allez également, ainsi que votre ministère,
consulter la Commission de la santé et des services sociaux des Premières
Nations du Québec et du Labrador pour développer les formulaires afin de
s'assurer que ça reflète leur réalité?
M. Jolin-Barrette : Moi,
je suis très ouvert. On va les appeler.
M. Morin : Les appeler,
ou les consulter, ou travailler en collaboration, ou juste les appeler?
M. Jolin-Barrette : Bien,
ça inclut tout ça.
M. Morin : Très bien.
M. Jolin-Barrette : Lorsque
vous faites un appel, vous consultez, vous travaillez en collaboration.
M. Morin : Excellent.
Merci.
M. Jolin-Barrette : On
ne fera pas juste laisser un message.
M. Morin : D'accord.
Le Président (M.
Bachand) :Merci.
M. Morin : C'est noté.
Le Président (M.
Bachand) :Autres interventions à
l'article 10? S'il n'y a pas d'autre intervention, est-ce que
l'article 10 est adopté?
Des voix : Adopté.
Le Président (M.
Bachand) :Adopté. M. le ministre.
• (16 heures) •
M. Jolin-Barrette : Article 11 :
«La demande d'ordonnance n'a pas à être notifiée au défendeur, à moins que le
tribunal n'en ordonne autrement.»
Commentaire. Cet article dispense de
l'obligation de notifier la demande de l'ordonnance pour qu'on s'abstienne de
partager une image intime ou qu'on cesse ce partage afin que celle-ci puisse
être traitée de manière urgente.
Donc, le principe de base, c'est que, lorsque
je présente ma demande, je n'ai pas besoin de la notifier au défendeur contre
qui est recherchée la demande d'ordonnance. Donc, elle est... elle est traitée
ex parte par le juge, à moins que le juge dit : Vous devez la notifier.
Le Président (M.
Bachand) :...
M. Morin : J'attire
votre attention, M. le ministre, à la page 13 du mémoire du Barreau du
Québec, qui dit : «Toutefois, la loi proposée confère au tribunal le
pouvoir d'ordonner la notification au défendeur. Or, rien ne prévoit ce qui
doit se produire ensuite. Est-ce que la partie demanderesse doit alors notifier
sa demande au défendeur? Est-ce qu'une audition est tenue? La loi proposée
laisse entendre que la plupart des demandes d'ordonnance seront instruites et
jugées d'urgence hors de la présence des parties.»
Et là on suggère : «Afin de clarifier
comment le processus se déroulera dans un contexte exceptionnel où le défendeur
doit être notifié, la loi proposée devrait prévoir que cette notification soit
effectuée par le greffier afin d'éviter que le demandeur ait à interagir avec
le défendeur. De plus, la loi proposée devrait aussi exiger qu'une telle
décision du tribunal prévoie les modalités requises pour la suite du dossier,
exemple la tenue d'une audience, la production d'observations écrites
uniquement, etc.»
Est-ce que c'est des éléments que vous
avez considérés? Est-ce que c'est des ajouts qu'on pourrait apporter à la loi
pour clarifier le processus?
M. Jolin-Barrette : Bien,
on va le voir, là, notamment à l'article 14, là. À partir du moment où le
tribunal émet une ordonnance, contrairement aux autres États fédérés au Canada,
comme, supposons, la Colombie-Britannique, le fardeau n'est pas sur les épaules
de la victime.
Donc, exemple, si vous êtes en Colombie-Britannique,
ils ont une loi similaire à celle-ci, eux, c'est à partir du moment où elle
obtient l'ordonnance, la personne, elle doit la signifier au défendeur. Donc,
c'est elle qui paie l'huissier, ou le courrier, ou tout ça, puis c'est elle
qu'il faut qui le signifie puis qui démontre par la suite que la personne l'a
bien reçu. Si jamais elle ne le respecte pas, elle s'en va en outrage.
Là, nous, ce qu'on fait, c'est qu'on
simplifie la vie de la victime, qui a obtenu l'ordonnance, et donc ça sera le
greffier du tribunal qui va le notifier. Donc, à partir du moment où la
personne victime, elle obtient son ordonnance, bien c'est le tribunal qui s'en
occupe, bien, le greffe du tribunal qui s'en occupe puis là qui la... qui la
notifie au défendeur ou la personne qui est visée par la demande d'ordonnance.
Puis, dans le fond, ce qu'on a prévu pour obtenir l'ordonnance, c'est vraiment
un régime d'urgence. Donc, la demande, le formulaire est... est envoyé au juge,
et là, le juge, lui, analyse ça. S'il a besoin de tenir une audience, il peut
le faire, mais il n'est pas obligé. Donc, il peut rendre jugement sur le vu du
dossier, dans le fond, dans son bureau, mais il pourrait, comme on l'a vu
préalablement, requérir des informations supplémentaires de la part du
demandeur. Il pourrait également requérir une audience, puis il pourrait
requérir également de notifier la demande au défendeur également.
Mais, à prime abord, ce qu'on voulait,
c'est un régime flexible, simple et ne pas imposer ces différentes obligations
trop procédurales pour faire en sorte que, vu que c'est une question de... de
temps, l'émission de l'ordonnance... c'est que le formulaire est rempli, ça
tombe dans la boîte du juge, le juge analyse ça, il peut émettre son ordonnance
tout de suite, à moins qu'il dise : Non je veux que ça soit notifié, à
moins qu'il dise : Bien, je veux une audition formelle au palais,
supposons, dans une salle de cours.
Et là, par la suite, on va le voir,
l'ordonnance est émise, puis il y a un délai pour le défendeur qui est visé par
l'ordonnance de venir contester l'ordonnance...
16 h (version révisée)
M. Jolin-Barrette : ...il y a
un délai pour le défendeur qui est visé par l'ordonnance de venir contester l'ordonnance.
M. Morin : OK. Merci.
Le Président (M.
Bachand) :Autres interventions à l'article 11?
S'il n'y a pas d'autre intervention, est-ce que l'article 11 est adopté?
Des voix : Adopté.
Le Président (M.
Bachand) :Adopté. Merci. M. le ministre, s'il
vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Oui, l'article 12 :
«La demande d'ordonnance est instruite et jugée d'urgence.
«Elle peut être instruite hors la présence
des parties.»
Commentaire. L'instruction à la suite d'une
demande d'ordonnance pour qu'on s'abstienne de partager une image intime ou qu'on
cesse ce partage procéderait de manière urgente et le jugement serait rendu de
la même manière.
Ça fait que c'est ce que j'expliquais,
dans le fond, ça peut être ex parte, ça se fait hors de la présence du
défendeur...
Le Président (M.
Bachand) : Merci.
M. Morin : Et...
M. Jolin-Barrette : ...et
même hors la présence du demandeur, parce qu'on dit : «Elle peut être
instruite hors la présence des parties.»
M. Morin : Oui, exact. Donc,
en fait, le demandeur pourrait envoyer sa demande, mettons, par courriel. Le
juge regarde ça, s'il est satisfait, il émet l'ordonnance, puis c'est tout.
M. Jolin-Barrette : Exactement.
M. Morin : OK. Maintenant,
pour la question de l'urgence, ça, j'imagine que c'est le juge en chef puis le
greffe qui vont gérer ces demandes-là. Donc, ça va arriver dans une boîte, ou
une case spéciale, ou un courriel spécial pour que ça soit envoyé rapidement au
juge.
M. Jolin-Barrette : Effectivement.
Donc, par «urgent», on entend le plus rapidement possible. Donc, les assignations
relèvent de la magistrature, mais c'est comme l'équivalent d'un recours en
injonction. Donc, ça doit être traité d'une façon qui est urgente. Donc,
généralement, c'est... à tous les jours, on traite de ce genre de dossier là,
comme les gardes, les soins, comme les comparutions, comme les enquêtes sur
mise en liberté.
M. Morin : Oui, sauf que,
souvent, pour les injonctions, évidemment, il y a, tu sais, il y a une requête
qui est envoyée, c'est envoyé au greffe, etc. Ça, des fois, cette demande d'ordonnance
là, ça me fait un peu penser plus peut-être à des demandes de mandat où le
policier peut se présenter devant le juge de paix, puis quand le juge de paix
est de garde, puis ça va fonctionner rondement, là. Donc, j'imagine que, pour
la gestion de ça, parce que vous avez souligné qu'il y avait des juges de paix
magistrats qui sont effectivement en devoir 24 heures sur 24, sept jours par
semaine, donc il faut avoir un mécanisme pour que ces demandes-là soient
évidemment portées à leur attention le plus rapidement possible.
M. Jolin-Barrette : Oui,
bien, dans le fond, on va travailler avec la Cour du Québec à ce niveau-là. L'important,
c'est que la demande soit traitée d'une façon qui est urgente. Donc, ce ne sera
peut-être pas à 2 heures du matin dans la nuit, en fonction de ce que la
cour va déterminer, en fonction de son organisation, mais ça va être d'une
façon urgence, soit le plus rapidement possible. La volonté du législateur, c'est
le plus rapidement possible.
M. Morin : OK. Je vous
remercie.
Le Président (M.
Bachand) :D'autres interventions à l'article 12?
S'il n'y a pas d'autre intervention, est-ce que l'article 12 est adopté?
Des voix : Adopté.
Le Président (M.
Bachand) :Adopté. Merci. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : «13. L'ordonnance
peut être prononcée à l'égard de toute personne même si son identité est
inconnue du tribunal.»
Commentaire. L'ordonnance pour qu'on s'abstienne
de partager une image intime ou qu'on cesse de partager pourrait enjoindre une
personne même inconnue du tribunal.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. Donc, interventions
à 13? M. le député de l'Acadie.
19253 M. Morin : ...à
votre attention, dans le mémoire du Barreau, aux pages 13 et 14, où on
disait : «Nous comprenons à notre lecture du premier alinéa de l'article 13
in fine que cette situation vise les cas pour lesquels l'identité de la
personne est inconnue, mais que des éléments permettent tout de même de procéder
à la notification parce que le demandeur avait en sa possession une adresse
courriel ou un numéro de téléphone cellulaire. Il y a une référence à un arrêt
de la Cour suprême, Morasse contre Nadeau-Dubois, qui conclut que, dans le
cadre d'un recours en outrage au tribunal, qu'une personne ne peut avoir l'intention
de faire obstacle à une ordonnance s'il n'en a pas connaissance. Cette
conclusion s'applique aussi, a fortiori, à une instance pénale en violation de
l'ordonnance. Considérant ce facteur, nous nous interrogeons sur l'applicabilité
d'une ordonnance à l'égard d'une personne dont l'identité est inconnue. La loi
proposée semble d'ailleurs reconnaître cette problématique en ne permettant
pas, contrairement au Code de procédure civile, la notification par avis
public.»
Est-ce qu'il y a des éléments là-dedans
qui pourraient faire en sorte qu'on pourrait bonifier le projet de loi en ce
sens là ou...
M. Jolin-Barrette : Bien, en
fait, le Barreau, là-dedans, ignore ce que l'on vise notamment. Parfois, c'est
possible de fournir des renseignements sans connaître l'identité de la
personne, mais, sur l'adresse URL ou le propriétaire de l'adresse IP, supposons,
donc, on met un libellé de... On a un libellé large à l'article 13,
justement pour viser ce genre de situation là. Donc, URL d'un site Web, autre
identifiant unique, compte utilisateur, adresse IP, adresse courriel. Donc, à l'aide
de ces informations-là, l'ordonnance du juge, en plus de demander à l'intermédiaire
Internet, donc, exemple, le fournisseur Internet ou l'intermédiaire Internet,
comme un site de... un site de consultation, supposons, pornographique, de
retirer l'image aussi à travers ça. Donc, c'est possible sans connaître
l'identité précise de l'individu. <C'est monsieur...
M. Jolin-Barrette :
...supposons,
pornographique, de retirer l'image aussi à travers ça. Donc, c'est possible
sans connaître l'identité précise de l'individu. >C'est monsieur....
M. Morin : X.
M. Jolin-Barrette : Oui,
c'est le cas de le dire, donc, monsieur X, à ce moment-là, on peut faire
en sorte de le notifier sans connaître son nom véritable, supposons.
Une voix : ...
M. Jolin-Barrette : Oui,
ça peut être un pseudonyme aussi. Donc, l'article, il est là pour ça.
M. Morin : Oui. OK.
Maintenant, si quelqu'un utilise un ordinateur, que ça soit un portable,
téléphone ou autre, à l'insu du propriétaire, qui a son mot de passe puis qui
envoie par un ami, qui en partage, une image intime, là, à ce moment-là,
comment vous allez faire pour... Vous allez émettre une ordonnance contre...
Bien, si vous allez avec l'adresse IP, ça va être contre celui qui a
l'ordinateur, mais ce n'est pas nécessairement lui qui va avoir partagé l'image
intime, là. Donc, comment vous allez faire... comment le tribunal va faire pour
ordonner à la bonne personne?
M. Jolin-Barrette : Bien,
c'est ça. ce qu'on vise... Bien, premièrement, la personne, supposons qu'elle
est visée par ça, puis elle n'a pas de contrôle sur l'image, elle va pouvoir
faire annuler l'ordonnance, tu sais, supposons que c'est le propriétaire de
l'image. L'objectif, c'est d'avoir un libellé qui est large pour faire en sorte
de viser, sans que ça soit nominatif, là, sur le nom de la personne, la
personne effectivement qui a le contrôle effectif de l'image puis qui l'a
diffusée. Donc, ça se peut que l'image, là, elle a été diffusée, supposons, par
vous, puis ensuite par la députée de Vaudreuil, mais on ne connaît pas
nécessairement le nom de la députée de Vaudreuil, mais on sait qu'elle a été
diffusée par Mme 123X, supposons aussi. Ça fait qu'il faut être en mesure
que l'ordonnance soit assez large pour qu'elle puisse viser aussi Mme 123X
puis que, supposons, on a l'adresse courriel, ça puisse lui être notifié.
• (16 h 10) •
M. Morin : Oui, je
comprends. Sauf que la personne à qui est rattachée une adresse IP ou une
adresse courriel, il peut arriver que ce n'est pas nécessairement la personne
qui utilise le courriel. Ça fait que là la personne, donc, va devoir contester
l'ordonnance, mais, entre-temps, c'est parce que l'ordonnance n'aura pas
vraiment d'effet.
M. Jolin-Barrette : Oui,
mais ce que l'on souhaite dans un premier temps, règle générale, là, on est sur
le principe général, la personne qui va diffuser l'image, généralement, avec
l'ordinateur, ça va être son ordinateur à l'adresse IP. Le cas que vous me
soulevez, il est véridique, effectivement, à ce moment-là, il faut être en
mesure... Bien, dans un premier temps, idéalement, on sait c'est qui. Mais
quand on ne sait pas c'est qui, le texte amène une flexibilité pour le tribunal
de ne pas identifier nommément et précisément qui est la personne, mais d'avoir
cette ordonnance-là par rapport à cette image-là. Donc, si l'image, supposons,
par la suite, se retrouve sur un site Internet qui est anonymisé, bien, la...
la notification à ce site Internet là, quand ils vont recevoir l'ordonnance,
elle va s'appliquer à eux, même si le nom du propriétaire du site Web, il n'est
pas identifié dans l'ordonnance.
M. Morin : Oui. Dans le
cas du site Web, oui, effectivement, parce que le tribunal va pouvoir notifier,
ou bien le responsable, ou le propriétaire, ou enfin, bref, le site Web. Alors,
si... Alors ça, ça va.
M. Jolin-Barrette : Mais
je vous donne un exemple. Supposons, le fournisseur Internet va pouvoir être
capté aussi comme ça, par le biais de l'ordonnance. Tu sais, exemple, supposons
que l'image, elle roule...
M. Morin : Oui.
M. Jolin-Barrette : ...bien,
l'ordonnance pourra être assez large pour couvrir le fournisseur Internet aussi
pour dire : Bien, voici, cette image-là, il y a une ordonnance dessus, bloquez-la.
M. Morin : OK. Là, à ce
moment-là, il faudrait que la victime le souligne dans sa demande d'ordonnance,
parce que le tribunal, lui, ne le saura pas, là.
M. Jolin-Barrette : Bien
là, on est à... C'est à l'article 6?
Une voix : ...
M. Jolin-Barrette : Oui,
c'est ça. À l'article 6, là, qu'on a adopté, il dit : «Il peut en
outre ordonner à toute personne de lui fournir toute information nécessaire ou
utile en vue de faire cesser le partage d'une telle image ou de prévenir ce
partage, notamment toute information pouvant servir à identifier une personne
ayant partagé une telle image ou menaçant de le faire.»
Ça fait que, dans le fond, le juge
pourrait dire avant d'émettre son ordonnance : Toi, Vidéotron; toi, Bell;
toi, Telus, dis-moi qui est derrière cette adresse IP là ou qui est
derrière ce compte Vidéotron là, supposons? Parce que Vidéotron, ça peut être Gmail,
ça peut être Yahoo.
M. Morin : ...oui, ça
peut être autre chose, mais donc, donc, le juge pourrait de son propre chef...
M. Jolin-Barrette : Peut
requérir, exactement.
M. Morin : ...le
demander.
M. Jolin-Barrette : Oui.
Mais là on pense beaucoup en termes de sites Web, mais le partage des images
intimes aussi, c'est par message texte, messagerie.
M. Morin : Oui, mais j'ai
aussi en tête le scénario du message texte, ou du courriel, ou peu importe, là.
Tu sais, quelqu'un <prend un téléphone...
M. Jolin-Barrette :
...des
images intimes aussi, c'est par message texte, messagerie.
M. Morin :
Oui, mais
j'ai aussi en tête le scénario du message texte, ou du courriel, ou peu
importe, là. Tu sais, quelqu'un >prend un téléphone, ce n'est pas le
sien, il trouve des images intimes, puis lui, il décide : Ah! c'est drôle,
je vais les partager. Bien là, quand le propriétaire va ramasser son téléphone,
il va dire : Oh! Oh! Oh! ce n'était pas pour être partagé ça, là, mais là,
ça se promène. Là, la victime, elle n'est pas du tout, du tout d'accord. Ce que
j'essaie de voir, c'est dans ces cas-là, parce que, malheureusement, ça arrive
aussi. C'est un enjeu, là. Souvent l'enjeu, que ce soit en matière... puis ça
arrive aussi en matière criminelle et pénale, là. Tu sais, c'est beau, on a des
courriels, mais qui c'est qui était derrière le clavier, c'est plus compliqué.
Donc, je voudrais juste voir comment ça
peut être efficace puis comment le tribunal va être capable de s'assurer qu'à
un moment donné l'image intime, elle va arrêter de se promener.
M. Jolin-Barrette : À partir
du moment où il y a une ordonnance émise par la cour, puis que là il y en a un
qui est signifié, bien, l'ordonnance pourra être signifiée aussi aux autres
porteurs de l'image aussi, tu sais, parce qu'on n'a pas besoin d'avoir une
identification nominative sur l'ordonnance.
M. Morin : OK. C'est bon. Je
vous remercie.
Le Président (M.
Bachand) :...autres interventions à 13?
S'il n'y a pas d'autre intervention, est-ce que l'article 13 est adopté?
Des voix : Adopté.
Le Président (M.
Bachand) :Adopté. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : 14, M. le
Président :«L'ordonnance est notifiée sans délai par le greffier du
tribunal au défendeur ou à toute autre personne qui est visée dont l'identité
ou un autre renseignement permettant la notification est connu au moment où
l'ordonnance est prononcée.
«Elle peut l'être par tout mode approprié
qui permet de constituer une preuve de sa remise, soit notamment par l'huissier
de justice, par l'entremise de la poste recommandée, par la remise en mains
propres par un service de messagerie ou par un moyen technologique.
«Quel que soit le mode de notification
utilisé, la personne qui accuse réception du document ou reconnaît l'avoir reçu
est réputée avoir été valablement notifiée.»
Commentaire. Cet article prévoit la notification
du jugement qui ordonne qu'on s'abstienne de partager une image intime ou qu'on
cesse ce partage.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. M. le député de
l'Acadie.
M. Morin : Alors, je
comprends que l'ordonnance du tribunal pourrait aussi être signifiée par un
moyen technologique.
M. Jolin-Barrette : Oui.
M. Morin : Donc, le greffier
pourrait... Si, par exemple, la victime qui fait la demande indique qu'elle
sait... par exemple, qu'elle connaît le nom de la personne ou son adresse,
l'ordonnance pourrait être envoyée directement par, évidemment, un moyen
technologique à l'adresse de la personne qui a diffusé l'image sans le
consentement.
M. Jolin-Barrette : Oui.
M. Morin : OK. Avec une
preuve de signification.
M. Jolin-Barrette : Oui.
M. Morin : OK.
Le Président (M.
Bachand) :Autres interventions sur
l'article 14? S'il n'y a pas d'autre intervention, est-ce que
l'article 14 est adopté?
Des voix : Adopté.
Le Président (M.
Bachand) :Adopté. Merci. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : 15, M. le
Président : «Dans les 30 jours de la notification de l'ordonnance, le
défendeur ou toute autre personne qui y est visée peut en demander l'annulation
en raison de l'insuffisance ou de la fausseté des allégations de la déclaration
de la personne qui l'a demandée, notamment pour l'un des motifs suivants :
«1° que la personne représentée sur
l'image n'avait pas d'attente raisonnable en matière de vie privée dans les circonstances
où elle a été créée, captée, enregistrée ou partagée, notamment parce qu'il
avait le consentement libre et éclairé de celle-ci dans ces circonstances;
«2° que l'image a été partagée à une fin
d'information légitime du public sans excéder ce qui est raisonnable.
«La demande est présentée, par écrit, dans
le district du tribunal qui a prononcé l'ordonnance, comme s'il s'agissait
d'une demande en cours d'instance. Elle est instruite et jugée sans délai.
«La décision en annulation de l'ordonnance
ne peut faire l'objet d'un appel que sur permission d'un juge de la Cour
d'appel.»
Commentaire. Cet article prévoit le
recours possible du défendeur visé par un jugement qui lui ordonne de
s'abstenir de partager une image intime ou de saisir ce partage.
Le Président (M.
Bachand) :M. le ministre, oui.
M. Jolin-Barrette : Oui.
Alors... Bien, c'est ça, la décision est appelable uniquement sur permission.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Donc, interventions? M.
le député de l'Acadie.
M. Morin : Oui. Merci, M. le
Président. Dans le libellé de 15, vous soulignez à 2°, «Elle est instruite et
jugée sans délai» plutôt que «jugée d'urgence». C'est ce que vous avez utilisé
à l'article 12. Donc, «sans délai», c'est comme immédiatement, c'est plus
urgent que juger d'urgence. Pourquoi vous n'utilisez pas le même libellé?
M. Jolin-Barrette : Non,
«urgent» est plus urgent que «sans délai»; «sans délai», c'est dans les
meilleurs délais.
M. Morin : OK. Alors,
pourquoi...
M. Jolin-Barrette : Parce que
là ce n'est plus nécessaire que ça soit urgent, parce que l'ordonnance est déjà
émise, là, ...puis le temps que ça soit débattu, bien, elle continue de
s'appliquer.
M. Morin : Oui, sauf que si
le défendeur qui est visé, lui, il estime que c'est faux, que ça ne devrait pas
l'être, <il va vivre...
M. Jolin-Barrette :
...puis
le temps que ça soit débattu, bien, elle continue de s'appliquer.
M. Morin :
Oui,
sauf que si le défendeur qui est visé, lui, il estime que c'est faux, que ça ne
devrait pas l'être, >il va vivre avec l'ordonnance pendant un bout de
temps, là, si ce n'est pas urgent.
M. Jolin-Barrette : Oui, mais
c'est parce que c'est une image d'une personne nue, supposons, dans un acte
sexuel, c'est pas mal plus important de ne pas la diffuser. Il n'y a pas... je
ne pense pas qu'il y a urgence à continuer de diffuser une image. Tu sais, le
fardeau de la preuve... bien, la balance d'inconvénients est beaucoup plus en
faveur de la personne qui est toute nue sur la photo, qu'elle ne soit pas
diffusée, que de la personne qui prétend avoir le droit de la diffuser puis de
la partager.
Puis, tu sais, dans le fond, sur la
question de l'urgence, là, c'est que ça nous permet d'appliquer l'article 82
du Code de procédure civile qui fait en sorte qu'une demande peut être entendue,
même le samedi ou un jour férié, par le juge désigné par le juge en chef pour
assurer la garde. Donc, on n'a pas besoin de la même rapidité qu'en matière
urgente.
M.
Morin :
OK.
Le Président (M.
Bachand) :M. le député de Jean Lesage,
s'il vous plaît.
M. Zanetti : Oui. Merci, M.
le Président. Bonjour, tout le monde.
M. Jolin-Barrette : Bonjour.
M. Zanetti : J'ai une question
par rapport à l'article 15, au premier alinéa, là, à 1°, la fin de la
phrase, «notamment parce qu'il avait le consentement libre et éclairé de
celle-ci dans ces circonstances». La question que je me pose, c'est :
Est-ce que ça, ça signifie, par exemple, que le consentement libre et éclairé
n'est pas révocable?
M. Jolin-Barrette : Non, mais
on l'a vu préalablement dans les articles précédents, où une personne qui a
consenti à l'image, dans le fond, peut révoquer son consentement...
M. Zanetti : Et cet
article-là, donc, ne vient pas contredire ça.
M. Jolin-Barrette : ...non, à
moins que ça soit prévu par voie contractuelle.
M. Zanetti : Je comprends.
• (16 h 20) •
M. Jolin-Barrette : Puis on
l'a vu, là, s'il y une exception avec le contrat d'adhésion, que même si c'est
par voie contractuelle, vous pouvez aller... vous pouvez révoquer, dans le
fond, le contrat d'adhésion, parce que ce n'est pas vous avez négocié les clauses.
Ça fait que, dans le fond, on est venu couvrir l'ensemble. Les seuls motifs
pour lesquels vous ne pouvez pas, c'est dans le cadre... que vous ne pouvez pas
révoquer, c'est dans le cadre d'un contrat de nature commerciale ou artistique
où vous y avez consenti.
M. Zanetti : Donc, à quoi
sert cette phrase-là, dans le fond, ce motif-là... À quoi sert, oui, tout le
paragraphe : «Dans les 30 jours de la notification de l'ordonnance,
le défenseur ou toute autre personne qui y est visée peut en demander
l'annulation en raison de l'insuffisance ou de la fausseté des allégations de
la déclaration de la personne qui l'a demandée, notamment pour l'un des motifs
suivants...», donc, à quoi sert ce motif-là?
M. Jolin-Barrette : Mais
parce que l'atteinte raisonnable, en matière de vie privée, est plus large
qu'uniquement la question du consentement. Il pourrait y avoir une preuve à
l'effet que le consentement n'a pas été révoqué. Tu sais, supposons, il dit :
Bien non, le consentement n'a pas été révoqué jamais.
M. Zanetti : Mais là la
personne pourrait dire : Là, je le révoque.
M. Jolin-Barrette : Effectivement.
M. Zanetti : OK.
M. Jolin-Barrette : À partir
de ce moment-là, son moyen de défense tomberait un peu.
M. Zanetti : Le défendeur,
oui, serait comme un peu mal pris.
M. Jolin-Barrette : C'est ça.
M. Zanetti : OK. Puis à
quoi... Dans le fond, mais ma question demeure, c'est-à-dire que... À quoi sert
cet article, dans le fond, ce paragraphe-là?
M. Jolin-Barrette : Excusez-moi,
M. le député de Jean-Lesage, pouvez-vous répéter votre question?
M. Zanetti : Oui, dans le
fond, à quoi sert ce motif-là? Dans le fond, on met un motif selon lequel il
peut annuler la demande de l'ordonnance. Alors, pourquoi venir mettre ce motif
de demande? Ah! mais, dans le fond, qu'est-ce que vous dites, c'est qu'il peut
dire : Ah! mais là, ça n'a pas été révoqué. Sauf que j'imagine que, si
quelqu'un envoie une ordonnance pour arrêter ça, c'est parce qu'à quelque part
il y a une révocation du consentement.
M. Jolin-Barrette : Oui, mais
dans le cas... Supposons que vous êtes en matière de voie contractuelle, avec
l'exception en matière, supposons, de contrat commercial ou de contrat
artistique, là, à ce moment-là, il pourrait soulever ça, notamment, dans le
fond, dans les exceptions.
M. Zanetti : OK. Mais ça
n'empêcherait pas quelqu'un de, à tout moment, comme c'est prévu précédemment
dans le projet de loi, de révoquer son consentement, sauf dans les limites que
vous avez déjà dit, par rapport au contrat commercial.
M. Jolin-Barrette : Oui,
exactement.
M. Zanetti : OK. Parfait. Je
comprends. Merci.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. M. le député de
l'Acadie.
M. Morin : Oui, brièvement.
Quand, à 15, on parle du district du tribunal, tribunal, bien, c'est la Cour du
Québec. Alors, cette contestation-là va être en chambre civile ou en chambre
pénale devant le juge de paix magistrat?
M. Jolin-Barrette : Dans le
fond, c'est une juridiction qui est donnée à l'ensemble des juges de la Cour du
Québec, donc, les 333 juges et aux juges de paix magistrats. Donc, ça
pourrait être, en matière civile comme en matière criminelle. Bien, en fait,
normalement, ça va être en matière civile, sauf que votre juge de paix
magistrat n'agit pas en matière... en chambre civile, il agit de garde, tout
ça. Ça fait que la chambre n'est pas importante dans le cadre de ce litige-là.
Exemple, supposons que le juge de disponible que vous avez, c'est un
criminaliste, puis lui, il est nommé à la chambre <criminelle et pénale...
M. Jolin-Barrette :
...de
ce litige-là. Exemple, supposons que le juge de disponible que vous avez, c'est
un criminaliste, puis lui, il est nommé à la chambre >criminelle et
pénale, bien, il a quand même la juridiction sur un dossier de nature civile,
introduit par cette loi-là. Il n'a pas besoin de siéger en chambre criminelle
et pénale pour le faire, parce qu'il le fait en son... en son bureau, il peut
le faire ex parte sans audience. Bien, pas à 30, là...
M. Morin : Oui.
M. Jolin-Barrette : ...pas à
30. Là, il va être dans une salle de cour.
M. Morin : C'est... Bon,
écoutez, là on est à 15, l'article 15.
M. Jolin-Barrette : Oui, excusez-moi,
à 15. Je voyais le 30 jours.
M. Morin : Oui, c'est ça, c'est
parce que je voyais le 30 jours aussi, puis là je me disais : On est
juste à 15. Mais, donc... Mais ça, là, la contestation, elle va se faire dans
une salle de cour, elle ne sera pas dans son bureau.
(Consultation)
M. Jolin-Barrette : Bon, ce
qu'on me dit, c'est que... en chambre civile.
M. Morin : OK.
M. Jolin-Barrette : Puis là
il ne faut pas oublier que l'annulation, même si c'est un juge de paix
magistrat qui l'a prononcée, ce n'est pas lui qui a juridiction sur
l'annulation. Ça fait que le JPM peut le prononcer, mais s'il y a une demande
d'annulation, ça va se retrouver uniquement devant un juge de la Cour du
Québec.
M. Morin : OK.
M. Jolin-Barrette : Et donc
supposons que c'est un juge de la Cour du Québec, un criminaliste qui l'a
émise, bien, lui, pour... supposons qu'il décide d'entendre l'ordonnance
d'annulation, il va quand même siéger en chambre civile. C'est ça? C'est ça.
M. Morin : OK, puis c'est la
procédure civile qui va s'appliquer.
M. Jolin-Barrette : Oui.
M. Morin : OK. L'article ne le
dit pas. On en parle depuis tantôt, mais c'est clair que ça va être en chambre
civile, ou est-ce qu'on devrait l'indiquer, ou que...
M. Jolin-Barrette : En fait, les
chambres, là, quand vous êtes nommé à la Cour du Québec, là, vous êtes... votre
décret de nomination, vous n'êtes pas nommé à une chambre. Dans le fond, sur
l'affichage de poste, on dit : On ouvre un poste, supposons, à Montréal en
chambre civile, OK? Ça fait que là la personne soumet sa candidature, est
évaluée. Mais, moi, quand je le recommande au Conseil des ministres, là, il
n'est pas recommandé comme juge la Cour du Québec en chambre civile parce qu'il
y a un profil civiliste, il devient juge de la Cour du Québec avec juridiction
sur l'ensemble du territoire québécois. Puis là, administrativement, la cour
ont organisé la cour en fonction de différentes chambres, puis, généralement,
les juges sont affectés à une chambre. Mais ça arrive qu'ils... exemple, là, au
Saguenay, c'est comme ça, en Abitibi aussi, ils sont multichambres, même à
Rimouski, ils font les trois chambres...
M. Morin : Exact, ils font
les trois chambres.
M. Jolin-Barrette : ...ils font
les trois chambres. Ça fait que le juge, il est fluide, je dirais ça comme ça.
Ça fait que, même si vous avez un criminaliste qui est en chambre criminelle et
pénale, puis c'est lui qui émet l'ordonnance, puis que, je ne sais pas, il fait
le suivi de l'ordonnance, bien, il va se retrouver quand même à siéger en
chambre civile, s'il le voulait, il applique le droit applicable.
C'est un peu comme... Tu sais, nous, on...
lorsqu'on fait les affichages de poste, on cible davantage les chambres, mais
on ne serait pas obligés de le faire. Un peu comme à la Cour supérieure, quand
vous êtes nommé à la Cour supérieure, même si vous avez des... des
spécialisations professionnelles, supposons, bien, vous pouvez entendre un
dossier de familial puis, après, un dossier d'arbres à ne pas couper, puis, ensuite,
un dossier de municipalité.
M. Morin : Bon, puis,
effectivement, dans certains districts, ils peuvent siéger au criminel, en
divorce, bon, bref...
M. Jolin-Barrette : Bien,
c'est ça, oui. Mais ça arrive que, dans les districts à plus fort volume, bien,
ceux qui ont une expérience de criminaliste vont être... vont entendre les
dossiers en criminel, à la chambre familiale. Supposons, à Montréal, bien,
c'est plus des familialistes qui... Mais il y a une rotation.
M. Morin : OK, je comprends bien.
Et, à 2°, parmi les motifs que le défendeur peut faire valoir, c'est «que l'image
a été partagée à une fin d'information légitime du public sans excéder ce qui
est raisonnable». Qu'est-ce que vous avez en tête avec cette exception-là.
M. Jolin-Barrette : Donc...
Bon. C'est un moyen de défense, à l'article 36, alinéa 1°, paragraphe 5°
du Code civil du Québec : «Dans certaines circonstances, le droit à
l'image ne peut être invoqué au détriment de la liberté de presse. Lorsqu'il
existe un intérêt du public ou un souci d'information légitime du public à la
diffusion de l'image, il ne serait pas nécessaire d'obtenir l'autorisation de
la personne : manifestations, événements publics, personnalités publiques.
Il en serait de même lorsque l'utilisation de l'image d'une personne est
incidente. L'évaluation de l'intérêt public est nécessaire lorsqu'il s'agit de
déterminer si l'image d'une personne peut être captée ou publiée sans son
consentement.
M. Morin : Là, on parle d'images
intimes qui sont partagées sans le consentement. Ça fait que j'ai... Je
comprends...
M. Jolin-Barrette : Mais
l'expectative <de vie privée...
M. Jolin-Barrette :
...sans
son consentement.
M. Morin :
Là, on
parle d'images intimes qui sont partagées sans le consentement. Ça fait que
j'ai... Je comprends...
M. Jolin-Barrette :
Mais
l'expectative >de vie privée d'une image intime d'une personne,
supposons, nue dans un espace public dans le but de... Bien, prenons le cas, supposons,
ici, l'ancienne députée de Marguerite-Bourgeoys, lors d'une conférence de
presse ici, était au lutrin, à la salle Bernard-Lalonde, et une dame est venue
se dévêtir à côté d'elle, donc, c'était une Femen. Et là, bien, manifestement,
il y a des photos qui ont été prises en lien avec la manifestation qui s'est
déroulée à l'Assemblée nationale, avec des inscriptions sur le corps de la dame
en question. Alors, cette image-là a quand même été diffusée, parce que les
journalistes ont fait leur travail, ont pris une photo de l'information. Est-ce
que cette information-là, qui a été... qui s'est retrouvée dans les médias, est
une image intime, mais, alors que la personne volontairement s'est dénudée dans
le but de passer un message public? L'expectative associée à la vie privée,
elle est davantage limitée, puis l'information du public aussi milite en faveur
de savoir qu'est-ce qui s'est passé.
M. Morin : Oui. Sauf que
j'écoute attentivement votre exemple, mais quand je me ramène à 2 de
l'article 1 du projet de loi, si j'ai bien lu, ça dit : «Constitue
une image intime toute image modifiée ou non, représentant ou semblant
représenter une personne soit nue ou partiellement nue, exposant ses seins, ses
organes génitaux, sa région anale ou ses fesses, soit se livrant à une activité
sexuelle explicite lorsqu'elle pouvait s'attendre de façon raisonnable à ce que
sa vie privée soit protégée.»
Donc, dans votre exemple, la dame, elle ne
pouvait pas s'attendre à ce que sa vie privée soit protégée, elle est dans une
salle de presse, puis il y a toutes des caméras partout. Donc, son but, c'est
de passer un message politique. Ça fait que ça ne s'appliquerait pas?
• (16 h 30) •
M. Jolin-Barrette : Bien,
c'est relatif, il pourrait y avoir un débat. Elle, elle pourrait dire :
Bien, moi, je ne consentais pas à ce que les journalistes de la Tribune de la
presse prennent des photos de moi. Moi, je fais ça dans le cadre de ma vie
citoyenne. Puis, tu sais, il pourrait y avoir ce type de débat là, là.
M. Morin : Oui. Sauf que,
quand on dit... Ah! mais, à ce moment-là, qu'est-ce qu'on entend par «pouvait
s'attendre de façon raisonnable à ce que sa vie privée soit protégée»?
M. Jolin-Barrette : Écoutez,
je ne suis pas derrière les motivations de la personne qui vient se dénuder à
l'Assemblée nationale, mais c'est sûr, si vous êtes, dans un endroit public,
nu, votre expectative de vie privée, elle diminue.
M. Morin : Elle diminue
dangereusement, bien, il me semble.
M. Jolin-Barrette : Bien,
elle diminue.
M. Morin : C'est ça. Donc...
M. Jolin-Barrette : Mais au
même titre que, supposons que... Je vais garder mon exemple.
M. Morin : D'accord. C'est
parce que j'essaie de voir, à moins... Je ne sais pas, j'essaie de voir à quoi
ça va s'appliquer, «que l'image a été partagée à une fin d'information légitime
du public sans excéder ce qui est raisonnable». Ça fait que qu'est-ce que le
législateur a en tête?
M. Jolin-Barrette : Bien, on
pourrait se retrouver... Bien, on va suspendre juste un instant.
M. Morin : Oui, s'il vous
plaît. Je vous remercie.
Le Président (M.
Bachand) :On va suspendre quelques
instants. Merci.
(Suspension de la séance à 16 h 33)
16 h 30 (version révisée)
(Reprise à 16 h 40)
Le Président (M. Bachand) :À l'ordre, s'il vous plaît! La commission reprend ses
travaux. M. le ministre. On a hâte de vous entendre.
M. Jolin-Barrette : Oui.
Alors, M. le Président, là, à l'article 15, on est en défense, OK. Donc, c'est
la personne contre qui est visée l'ordonnance qui pourrait faire valoir ce
moyen de défense là pour dire : Écoutez, l'image a été partagée pour une
fin d'information légitime du public sans excéder ce qui est raisonnable. Donc,
la personne dit : Moi, je veux faire casser l'ordonnance parce qu'il y a
une fin d'information légitime du public. Donc, c'est comme un équilibre qu'on
a entre la protection du droit à l'image au niveau de la personne, de la vie
privée, avec une balance de l'information du public.
Il pourrait y arriver certaines
circonstances où c'est légitime que le public ait accès à certaines
informations, à certaines photos, pour le bien de l'information du public. Et
là on est dans des cas très, très isolés. Il y a déjà ce moyen de défense là
qui est dans le Code criminel sur le partage des images intimes.
On pourrait se retrouver dans une
situation... Supposons que, je ne sais pas, il y a un reportage d'une équipe d'enquête
d'un média sur, supposons, une secte avec un gourou. Puis là il se retrouve
lui-même à prôner, supposons, des valeurs d'endoctrinement puis de, je ne sais
pas, là... de chasteté, puis tout le kit. Et là il se retrouve lui-même à
partager des images de lui-même, à envoyer des images de lui-même qui seraient
diffusées. Alors, dans le cadre du reportage, il pourrait être légitime d'exposer
les actes et les agissements de cette personne-là.
Donc, c'est un... c'est comme une balance
rattachée à ça. Le principe général, c'est que tout... où est-ce qu'il y a une
expectative de vie privée, il n'y a pas de partage d'images intimes, cependant,
lorsque l'image pourrait être partagée à une fin d'information légitime du
public, sans excéder ce qui est raisonnable, donc, exemple, une image qui
serait flouée... floutée... flouée...
Une voix : ...
M. Jolin-Barrette : ...floutée
et qui serait diffusée, supposons, dans les médias pour démontrer que ce qui a
été prôné ou ce qui est dit, supposons, publiquement, bien, l'agissement est
contraire à ce qui est véhiculé, parce que le public a un droit à l'information.
Donc, c'est comme ça aussi en Colombie-Britannique.
M. Morin : Parfait.
M. Jolin-Barrette : ...
M. Morin : Au Manitoba
également?
M. Jolin-Barrette : ...
M. Morin : Parfait.
Merci.
Le Président (M. Bachand) :Merci. Autres... Autres interventions, pardon, sur l'article 15?
S'il n'y a pas d'autre intervention, est-ce que l'article 15 est adopté?
Des voix : Adopté.
Le Président (M. Bachand) :Adopté. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : «L'ordonnance
reste en vigueur malgré une demande d'annulation ou un appel, à moins que le
tribunal n'en ordonne autrement.»
Commentaire. Cet article maintient l'effet
de l'ordonnance qu'on s'abstienne de partager une image intime ou qu'on cesse
ce partage malgré le recours en contestation que présenterait une personne
visée par l'ordonnance. Donc, durant tout le long où la demande en annulation,
l'ordonnance continue de s'appliquer.
Le Président
(M. Bachand) :Merci. Interventions sur
l'article 16? S'il n'y a <pas...
Le Président (M.
Bachand) :
...sur l'article 16?
S'il n'y a >pas d'intervention, est-ce que l'article 16 est adopté?
Des voix : Adopté.
Le Président (M.
Bachand) :Adopté. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : «17. Malgré
l'article 23 de la Charte des droits et libertés de la personne,
l'audience se tient à huis clos et l'accès au dossier du tribunal est
restreint.
«Cependant, lorsque toutes les parties sont
majeures, le tribunal peut, dans l'intérêt de la justice, ordonner que
l'audience soit publique et que certaines personnes ayant un intérêt légitime
puissent accéder au dossier.
«Aucune personne ayant eu accès au dossier
ne peut divulguer ni diffuser un renseignement qui... permettant d'identifier
une partie à une instance, à moins que le tribunal ne l'autorise.»
Commentaire. Cet article prévoit que
l'audition relative à une demande d'ordonnance pour qu'on s'abstienne de
partager une image intime ou qu'on cesse ce partage soit tenue à huis clos et
que le dossier soit confidentiel, sauf si le tribunal en décide autrement.
Donc, c'est un peu un accroc au principe de justice que la justice est rendue
publiquement. Donc, considérant la nature du dossier et des images, considérant
le caractère intime des photographies, des vidéos, et tout support, on dit :
Bien, c'est huis clos, mais on donne une marge de manoeuvre au tribunal, si,
dans l'intérêt de la justice, il y a certaines parties qui peuvent être diffusées.
Le Président (M.
Bachand) :...interventions? M. le député
de l'Acadie.
M. Morin : Oui, merci, M. le
Président. Donc, il faudrait... Si, par exemple, une... pour toutes sortes de
raisons, une victime voudrait que ce soit public, elle pourrait faire la
demande à la cour. Le tribunal pourrait l'accorder.
M. Jolin-Barrette : Exactement.
Ou, s'il y avait un tiers qui disait, supposons... des journalistes qui
disaient : Bien, on veut pouvoir accéder à une partie du dossier, ou quoi
que ce soit, bien, ça prendrait une autorisation judiciaire pour le faire.
M. Morin : OK. Alors donc,
quand vous dites : L'accès au dossier du tribunal est restreint, bon, ça
veut dire, évidemment, il y a certaines personnes qui ne peuvent pas y avoir
accès. Mais est-ce que c'est... Il y a des personnes qui peuvent y avoir accès.
Comment vous... Comment vous évaluez ça? Qui pourrait avoir accès, pas accès?
Donc, ça dépend? Le tribunal va rendre une ordonnance à chaque fois ou...
Comment ça va fonctionner?
M. Jolin-Barrette : Bien, en
fait, seuls les parties, les avocats et les notaires peuvent avoir accès.
M. Morin : OK. Mais ce n'est
pas écrit dans le texte de loi comme tel.
M. Jolin-Barrette : Donc,
c'est l'article 16 du Code de procédure civile :
«Lorsque l'accès aux dossiers ou à des
documents est restreint, seuls peuvent les consulter ou en prendre copie les
parties, leurs représentants, les avocats et les notaires, les personnes
désignées par la loi et les personnes, dont les journalistes, ayant justifié un
intérêt légitime, sont autorisées par le tribunal selon les conditions et
modalités d'accès que celui-ci fixe.»
Donc, c'est le tribunal qui va venir déterminer
qui a accès et les modalités. Donc, c'est pour éviter encore une fois d'imposer
un fardeau sur la victime de dire : Bien, moi, j'aimerais ça que ce soit
une audience à huis clos. C'est le principe : d'office, c'est huis clos ou
restreindre, sauf si le tribunal autorise autre chose.
M. Morin : Puis est-ce que,
par exemple, un enquêteur pourrait avoir accès au dossier du tribunal? Est-ce
qu'il est inclus là-dedans ou s'il va devoir faire une demande au tribunal pour
obtenir une ordonnance?
M. Jolin-Barrette : Il va
devoir... Oui, c'est un tiers, il va devoir faire une demande. Il va devoir
faire une demande.
Le Président (M.
Bachand) :Interventions sur 17, M. le
député d'Acadie?
M. Morin : Et, si jamais
quelqu'un ne respectait pas l'ordonnance, à ce moment-là, il pourrait être
passible d'un outrage ou si on s'en remet à la disposition du Code criminel qui
dit que, si une ordonnance du tribunal n'est pas respectée, ça peut être une
infraction pénale?
M. Jolin-Barrette : ...c'est
prévu par la loi, si vous violez la disposition de la loi.
Une voix : ...
M. Jolin-Barrette : On va
vérifier. On vous revient.
M. Morin : OK. Merci.
Le Président (M. Bachand) :
Autres interventions à 17? Mme la députée de Vaudreuil.
M. Jolin-Barrette : Parce
que...
Le Président (M.
Bachand) :Oui.
M. Jolin-Barrette : Parce que
la question, c'est... c'est peut-être en deux volets, là. C'est, un, s'il y a une
ordonnance du tribunal, tu sais, j'autorise juste celui-là.
Une voix : ...
M. Jolin-Barrette : Oui. Ceux
qui n'ont pas d'ordonnance. C'est ça. On vous revient.
M. Morin : ...
Le Président (M. Bachand) :
Mme la députée de Vaudreuil.
Mme Nichols : Oui, merci, M.
le Président. À l'article 17, Juripop avait émis, entre autres... avait
émis un commentaire et il recommandait que le dépôt d'une attestation confirmait
que la personne s'était présentée à un service d'aide aux personnes
victimes : «Une <personne...
Mme Nichols :
...d'aide
aux personnes victimes : «Une >personne, nonobstant son recours,
peut élire domicile au cabinet de l'avocat qui la représente ou, à défaut, au
greffe du tribunal pour le huis clos, l'accès restreint à son dossier et la
non-divulgation et la non-publication.» Donc, tout ça, évidemment, est respecté
dans la confidentialité de l'ensemble des données?
M. Jolin-Barrette : Oui,
c'est ça. Mais ça, c'est dans le cadre de l'ordonnance civile de protection,
pas dans... dans cette ordonnance-là. Et, je pense, leur commentaire, là,
était... était...
Mme Nichols : Oui, leur
commentaire, moi, je l'avais associé avec l'article 17. Bien, peut-être,
je me suis... peut-être, je me suis trompée, mais je l'avais...
M. Jolin-Barrette : Oui, mais
l'autre, c'est sur la Loi sur la justice administrative.
Mme Nichols : Mais il y avait
quand même un lien avec la... avec la confidentialité des données.
M. Jolin-Barrette : Mais, en
fait, ils ont... Les données sont confidentielles. On ne peut pas accéder aux
données parce que c'est du huis clos, puis le dossier est restreint. Ça fait
qu'il y a juste la partie, l'avocat puis le notaire qui peut accéder au
dossier. Les autres, qui vont vouloir accéder au dossier, ils vont devoir être
autorisés par le tribunal.
Mme Nichols : OK. OK. Mais
peut-être ça s'applique plus au...
M. Jolin-Barrette : À
l'ordonnance civile de protection, qu'on va voir tantôt.
Mme Nichols : À l'ordonnance
civile de protection, qu'on va voir plus loin.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Autres interventions sur
17? M. le député de l'Acadie.
• (16 h 50) •
M. Morin : ...brièvement.
Dans le mémoire du Protecteur national de l'élève... J'imagine que, si jamais
le protecteur voulait avoir accès, il serait obligé lui aussi faire une demande
au tribunal?
M. Jolin-Barrette : Oui.
M. Morin : Dans le cadre
d'une enquête que lui pourrait devoir faire, là, en vertu de sa loi. Donc, il
n'aura pas un accès. Il n'y a pas d'exception pour lui non plus. Donc, il va
devoir faire une demande au tribunal.
M. Jolin-Barrette : Pas au
dossier judiciaire.
M. Morin : OK.
M. Jolin-Barrette : À moins
que la personne victime s'adresse directement à lui et lui transmette elle-même
l'information.
M. Morin : Effectivement.
Mais c'est parce qu'à ce moment-là il aura l'information, donc il va être...
M. Jolin-Barrette : C'est ça.
M. Morin : ...il va être
capable de travailler. Mais...
M. Jolin-Barrette : Non,
mais... Non, mais il pourrait y avoir des informations que lui n'a pas puis qui
se retrouveraient au dossier de la cour pour x, y raisons. Là, à ce moment-là,
il faudrait qu'il fasse la demande.
M. Morin : Aussi. D'accord.
Le Président (M.
Bachand) :Autres interventions à 17? S'il
n'y a pas d'autre intervention, est-ce que l'article 17 est adopté?
Des voix : Adopté.
Le Président (M.
Bachand) :Adopté. Merci. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : «18.
Outre la sanction pour outrage au tribunal, quiconque néglige ou refuse de se
conformer à une ordonnance de protection en vertu de la présente loi est
passible d'une amende de 500 $ à 5 000 $ par jour dans le cas
d'une personne physique ou, malgré l'article 231 du Code de procédure
pénale, d'une peine d'emprisonnement maximale de 18 mois, ou des deux à la
fois, et de 5 000 $ à 50 000 $ par jour dans les autres
cas.
«En cas de récidive, ces montants sont
portés au double.
«Il peut... Il ne peut y avoir cumul d'une
poursuite pour outrage au tribunal et d'une poursuite visant la sanction pénale
d'une infraction à une ordonnance visée par la présente loi survenue le même
jour et fondée sur les mêmes faits.»
Commentaire. Cet article prévoit les
conséquences du non-respect d'une ordonnance de s'abstenir de partager une
image intime ou de cesser ce partage.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. M. le député de
l'Acadie.
M. Morin : Oui. Je vous
remercie. Dans le... Bien, en fait, il y a... il y a deux éléments. Dans le cas
d'une amende de 500 $ à 5 000 $ par jour pour une personne
physique, bien, ça se peut qu'évidemment la personne, ça lui prenne du temps.
Ça... Il y a des jours qui peuvent se dérouler. Est-ce que le... dans un cas
comme ça, le tribunal va évaluer la capacité de payer du défendeur?
M. Jolin-Barrette : Bien,
c'est à la discrétion du tribunal, c'est lui qui regarde. Dans le fond, il y a
une amende minimale, puis, dans le fond, là, ça devient une poursuite pénale.
Ça fait qu'à ce moment-là c'est ce qui est réclamé par le poursuivant.
M. Morin : OK. Bien. Dans le
mémoire des CAVAC... Donc, les moyens ou les mécanismes mis en place en cas de
non-respect, ça va être une infraction, ou une ordonnance, ou une poursuite qui
va être faite par le DPCP? Comment ça va fonctionner dans les faits?
M. Jolin-Barrette : Donc,
dans un premier temps, c'est enquête des agents de la paix, donc policiers,
rédaction d'un rapport d'infraction général par l'agent de la paix, envoi du
rapport d'infraction général au DPCP pour analyse du dossier, et ensuite,
transmission du dossier au DPCP pour la signification du constat. Puis il va y
avoir un plaidoyer de culpabilité ou de non-culpabilité dans les 30 jours puis,
par la suite, supposons, plaidoyer de non-culpabilité et procès.
M. Morin : Mais je comprends
également que le tribunal pourrait décider d'utiliser son pouvoir d'outrage au
tribunal <pour...
M. Morin :
...décider
d'utiliser son pouvoir d'outrage au tribunal >pour punir?
M. Jolin-Barrette : Aussi.
M. Morin : Mais c'est
cumulatif ou c'est un ou l'autre?
M. Jolin-Barrette : Bien,
quotidiennement, ça ne peut pas être les deux : «Il ne peut y avoir cumul
d'une poursuite pour outrage au tribunal et d'une poursuite visant la sanction
pénale d'une infraction à une ordonnance visée par la présente loi survenue le
même jour et fondée sur les mêmes faits.»
M. Morin : Donc, si le tribunal
décide d'agir par outrage au tribunal?
M. Jolin-Barrette : Oui, il
n'aura pas une amende pour la même journée.
M. Morin : Exact. Puis, à ce
moment-là...
M. Jolin-Barrette : Mais son
ordonnance s'applique quotidiennement. Ça fait que jour 2... Supposons, il
y a outrage, jour 1, bien, le lendemain, il pourrait être... il pourrait
recevoir un constat d'infraction, parce que ce n'est pas la même infraction, le
lendemain.
M. Morin : Non, je comprends,
mais ça pourrait être aussi un outrage le lendemain.
M. Jolin-Barrette : Ça
pourrait être un outrage le lendemain.
M. Morin : Et, à ce
moment-là, la peine pour outrage, c'est celle que vous prévoyez là ou c'est
laissé à la discrétion du tribunal?
M. Jolin-Barrette : Bien,
l'outrage, c'est prévu dans le Code de procédure civile, mais c'est des
dispositions pénales qui s'appliquent. Donc, un outrage, c'est 500 $ à
5 000 $ dans les... oui, 500 $ à 5 000 $, puis
personne morale, c'est 5 000 $ à 50 000 $.
M. Morin : Pour l'outrage?
M. Jolin-Barrette : Oui.
M. Morin : Donc, c'est la
même chose, c'est les mêmes...
M. Jolin-Barrette : Ah non!
Ça, c'est pour les sanctions. Excusez.
M. Morin : Oui, c'est ça.
Mais...
M. Jolin-Barrette : L'outrage,
dans le CPC, c'est combien?
Une voix : ...
M. Jolin-Barrette : Il n'y a
pas de bracket?
M. Morin : Non.
Habituellement, c'est à la discrétion du tribunal. Donc, c'est...
M. Jolin-Barrette : Bon.
M. Morin : ...c'est autre
chose, là. Puis, dans un cas comme ça, c'est le tribunal.
M. Jolin-Barrette : Qui va
déterminer.
M. Morin : Va déterminer.
Mais...
M. Jolin-Barrette : Puis, en
matière d'outrage, il peut même l'envoyer en prison, là, pour un outrage.
M. Morin : OK. Puis, à ce
moment-là, c'est le greffe qui va signifier la procédure pour outrage?
M. Jolin-Barrette : C'est qui
qui va signifier?
M. Morin : Oui. Est-ce que
c'est... C'est parce que, là, c'est... ce n'est pas le juge, c'est le greffe
qui va signifier l'ordonnance pour outrage puis qui va convoquer le défendeur
devant le juge?
(Consultation)
M. Jolin-Barrette : Ce ne
sera pas long. Je peux répondre à une autre de vos questions en attendant.
M. Morin : Pas de souci. Il
n'y a pas de souci.
Le Président (M.
Bachand) :Est-ce qu'il y a d'autres
interventions en attendant la réponse du ministre? On va attendre la réponse du
ministre.
M. Jolin-Barrette : ...
Le Président (M.
Bachand) :On va suspendre quelques
instants. Merci.
(Suspension de la séance à 16 h 56)
(Reprise à 16 h 59)
Le Président (M.
Bachand) :À l'ordre, s'il vous plaît! La
commission reprend ses travaux. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Oui. Alors,
M. le Président, alors, deux recours possibles. Le recours en outrage au
tribunal par rapport à une ordonnance va être présenté par la personne victime
si elle le souhaite. Sinon, si l'ordonnance n'est pas respectée, elle peut
décider aussi de porter plainte à la police, et là, ça va se traduire par une
infraction de nature pénale, donc un constat d'infraction. Et là ça peut
être... L'infraction, elle est quotidienne, comme l'outrage aussi peut être
quotidien, à tous les jours. Cependant, le recours ne pourra pas être l'outrage
et le constat d'infraction, l'infraction pénale, la même journée. Donc,
exemple, on est... on est mardi, il y a une ordonnance qui est émise
aujourd'hui, elle n'est pas respectée, la victime pourrait faire un recours en
outrage au tribunal aujourd'hui. Demain, l'ordonnance n'est pas respectée, il
va y avoir une plainte à la police, constat d'infraction émis pour mercredi.
Mais ça ne pourrait pas être les deux la même journée.
M. Morin : ...très bien parce
que votre disposition est claire. Ça dit : «Il ne peut y avoir cumul d'une
poursuite pour outrage au tribunal et d'une poursuite visant la sanction
pénale.»
M. Jolin-Barrette : C'est ça.
C'est ça.
M. Morin : Ça, c'est très
clair. Cependant, moi, mon questionnement... Oui.
M. Jolin-Barrette : Oui. En
outrage, c'est 10 000 $ max pour une personne physique,
100 000 $ pour une personne morale.
• (17 heures) •
M. Morin : D'accord. Mais, si
la victime décide de s'adresser au tribunal en disant à la cour : Écoutez,
votre ordonnance n'est pas respectée, là, moi, j'ai... j'ai la preuve que
l'image a continué d'être diffusée, là, malgré votre ordonnance, alors, à ce
moment-là, c'est la victime qui fait la preuve?
M. Jolin-Barrette : C'est la
personne victime.
M. Morin : C'est la victime
qui assigne le défendeur ou c'est le tribunal? Comment... Comment ça
fonctionne?
M. Jolin-Barrette : Bien,
les... c'est les règles associées à l'outrage au tribunal, donc c'est la
victime qui les assigne. Donc, c'est sûr que l'outrage au tribunal est plus
lourd pour la personne victime que, supposons, de faire une plainte en vertu de
l'infraction pénale du non-respect de l'ordonnance. Donc...
M. Morin : Oui, clairement.
Surtout si la victime a 14 ans ou 15 ans, là, ça devient compliqué.
M. Jolin-Barrette : Oui. Puis
là, quand on est en matière d'outrage au tribunal, le fardeau de preuve est
celui qui est l'équivalent d'en matière pénale. Donc, même si c'est un recours
dans le Code civil...
M. Morin : C'est hors de tout
doute raisonnable?
M. Jolin-Barrette : C'est ça.
M. Morin : OK. Mais ce serait
à la victime, à ce moment-là, d'agir.
M. Jolin-Barrette : Exactement.
Exactement. Mais, puisque c'est une ordonnance civile, on voulait quand même
donner l'option à la personne victime que ce soit plus simple pour elle puis
que ce ne soit pas elle qui ait à prendre en charge cela, d'où le recours à la
plainte à l'infraction pénale, plainte à l'agent de la paix, ensuite, processus
avec le DPCP, pour ne pas lui imposer ce fardeau-là, si jamais on ne veut pas
que ce soit respecté. Donc, on...
M. Morin : Puis...
M. Jolin-Barrette : Je vous fais
un comparatif avec l'ordonnance civile de protection, tantôt.
M. Morin : Oui, oui.
M. Jolin-Barrette : L'ordonnance
civile de protection, on l'a criminalisée en faisant en sorte d'enlever le
recours en outrage au tribunal puis en passant par...
Une voix : ...
M. Jolin-Barrette : 127?
M. Morin : 127 du Code
criminel.
M. Jolin-Barrette : 127. Ça
fait que, là, ça fait en sorte qu'automatiquement on vient criminaliser
l'ordonnance. Donc là, dans ce cas-ci, on lui offre deux choix, donc ça devient
une infraction pénale ou elle a son recours civil qui vit.
M. Morin : Sauf que ce que...
ce que j'ai de la difficulté à saisir, c'est pourquoi, dans un cas... Parce
qu'on parle dans les deux cas d'une ordonnance d'un tribunal de toute façon.
Alors, pourquoi, à 18, vous gardez «l'outrage au tribunal ou une infraction
pénale», mais à l'autre disposition qu'on va voir plus loin en ce qui a trait à
l'ordonnance civile de protection, vous avez exclu «l'outrage au tribunal»?
M. Jolin-Barrette : On l'a
exclue parce que ça devient criminalisé. On la criminalise, l'infraction.
Tandis que dans... dans ce cas-ci, il y a déjà une infraction criminelle
associée au partage d'images intimes. Dans le fond, le partage d'images
intimes, c'est déjà prévu au Code criminel. C'est déjà une infraction. Là,
nous, ici, on est dans notre régime civil, mais on ne voulait pas juste faire
en sorte que ça repose tout sur les épaules de la victime, avec... si
l'ordonnance n'est pas respectée d'un recours en outrage, que ce soit la
victime qui fasse le processus. Ça fait qu'on vient générer une infraction
pénale associée à la loi, et donc ça va être la police puis le DPCP qui va s'en
occuper.
La différence avec l'ordonnance civile de
protection, c'est que, si on avait maintenu l'outrage, on ne pouvait pas passer
par 127 du Code criminel et on ne pouvait pas le criminaliser.
M. Morin : Exact. Mais...
Mais, au fond, vous optez pour deux...
17 h (version révisée)
M. Morin : ...mais, au fond,
vous optez pour deux régimes différents. Je comprends que, dans ce cas-ci,
il y a déjà... il y a déjà une infraction au Code criminel, mais l'infraction à
127 n'est pas la même que le partage d'images intimes. Donc, ça pourrait être
une option aussi. Ce n'est pas moindre et inclus.
Des voix : ...
M. Morin : Puis là vous avez
décidé de l'outrage à la place.
M. Jolin-Barrette : Oui,
mais, dans ce cas-ci, ça se prêtait mieux au quotidien, parce qu'on veut que la
situation cesse. Tu sais, on veut arrêter. Donc, le fait d'avoir une amende
pour dire, bien, exemple : Je partage l'image intime, bien, tu reçois des
amendes, tu risques d'obtempérer beaucoup plus rapidement. Tandis que l'ordonnance
civile de protection, c'est un comportement délictuel qui est... qui menace la
vie de la personne, là. Ça fait qu'on veut... où les conséquences sont
importantes.
M. Morin : Oui, oui, mais...
C'est clair, mais les conséquences sont aussi importantes pour le partage d'une
image intime sans le consentement.
M. Jolin-Barrette : Oui, puis
le partage d'images intimes vise plus de monde aussi. Donc, les personnes
morales, les personnes physiques aussi, la volumétrie est plus importante, ça
fait qu'on va atteindre notre objectif avec le pénal.
M. Morin : Et l'outrage au
tribunal.
M. Jolin-Barrette : Et l'outrage
au tribunal, si c'est ce qui est choisi.
M. Morin : OK. Je vous
remercie.
Le Président (M.
Bachand) :Est-ce qu'il y a d'autres
interventions à l'article 18? S'il n'y a pas d'autre intervention, est-ce
que l'article 18 est adopté?
Des voix : Adopté.
Le Président (M.
Bachand) :Adopté. Merci. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : 19, M. le
Président : «Si une personne morale contrevient à une ordonnance prononcée
en vertu de la présente loi, l'administrateur, le dirigeant ou le représentant
de cette personne morale qui a ordonné ou autorisé l'accomplissement de l'acte
ou l'omission qui constitue l'infraction ou qui y a consenti est partie à
l'infraction et est passible de la même peine que cette personne morale.»
Commentaire. Cet article rend imputables
les administrateurs, dirigeants ou représentants d'une personne morale qui
contreviennent à une ordonnance de s'abstenir de partager une image intime ou
de cesser ce partage.
Le Président (M.
Bachand) :...interventions? M. le député
de l'Acadie.
M. Morin : Un peu plus tôt,
dans un autre article qu'on a vu, je vous ai posé la question, M. le ministre,
à savoir si le mot «personne» incluait personne morale, vous avez dit oui, mais
là, ici, vous utilisez «une personne morale», ça fait qu'il y a une distinction
entre les deux articles. Pourquoi, dans un cas, vous... c'est une seule
personne qui inclut les deux, mais ici, vous prenez la peine de spécifier «personne
morale»? Parce que vous voulez... vous voulez...
M. Jolin-Barrette : Bien,
parce que ce qu'on... dans...
M. Morin : ...viser l'administrateur.
M. Jolin-Barrette : Oui, pour
pouvoir aller chercher l'administrateur. Vous n'avez pas un administrateur d'une
personne physique, ça fait que, pour aller chercher l'administrateur, le
dirigeant de l'entreprise, dans le fond, ça va s'appliquer uniquement dans le
cas de la personne morale. Donc, on dit : Si la personne morale ne
respecte pas, on va être capable aussi d'aller chercher la personne physique
qui est derrière la personne morale, la personne physique qui est en situation
d'autorité. Parce que, tu sais, dans le fond, si c'est 123Québec inc. qui
diffuse l'image, bien, ce n'est pas possible de donner un constat d'infraction
avec le... avec le régime général, sur le président, si ce n'est pas nommément
inclus... nommément indiqué, parce que ce n'est pas lui à titre personnel qui a
diffusé l'image, c'est la compagnie qui l'a diffusée, la corporation qui l'a
diffusée. Ça fait que, tu sais, on va aller chercher la personne à travers le
voile corporatif de la personne, il fallait le mentionner.
M. Morin : Sauf que vous
allez quand même devoir faire la preuve que l'administrateur était au courant
puis qu'il l'a ordonné, là, ce n'est pas...
M. Jolin-Barrette : Oui.
M. Morin : C'est ça.
M. Jolin-Barrette : Oui, oui.
M. Morin : Et donc...
M. Jolin-Barrette : Bien, «de
cette personne morale qui a ordonné ou autorisé l'accomplissement de l'acte ou
l'omission qui constitue une infraction ou qui y a consenti est partie à l'infraction
et est passible...»
M. Morin : C'est ça. Donc...
donc, vous allez être obligé... la poursuite va être obligée de démontrer le
consentement ou des actions qui ont été posées par l'administrateur pour
consentir à la diffusion, finalement, de l'image intime.
M. Jolin-Barrette : Exactement.
M. Morin : Dans le cas de l'outrage
au tribunal, c'est la victime qui va faire tout ça?
M. Jolin-Barrette : Pour l'outrage?
M. Morin : Oui, vous ne
trouvez pas que c'est beaucoup?
M. Jolin-Barrette : Bien, c'est
un recours de nature civile. C'est pour ça qu'on a le pénal. C'est pour ça qu'on
est venu indiquer que le recours au pénal était ouvert, et là ça va être pris
en charge par l'État, par le DPCP. Dans le fond, c'est multioptions.
M. Morin : Et donc... Et la
peine à ce moment-là... Parce qu'à 18 vous parlez de 500 $ à 5 000 $
par jour dans le cas d'une personne physique ou d'une peine d'emprisonnement
maximale — évidemment vous ne pouvez pas mettre une compagnie en <prison...
M. Morin :
...maximal — évidemment
vous ne pouvez pas mettre une compagnie en >prison — ou de 5 000 $
à 50 000 $ par jour dans les autres cas. Donc, la personne morale, ce
serait dans les autres cas.
M. Jolin-Barrette : La
personne morale, ça va être 5 000 $ à 50 000 $, puis le
dirigeant de la personne morale va être passible de la même peine aussi.
M. Morin : Oui, c'est ça.
Donc, même si c'est une personne physique.
M. Jolin-Barrette : Personne
physique, il y a la peine de la personne morale.
M. Morin : OK. Et donc la
personne morale, vous la visez à 18 par «dans les autres cas». Ce n'est pas
indiqué : Dans le cas d'une personne morale, 5 000 $ à 50 000 $,
là.
M. Jolin-Barrette : Non,
parce que, notamment, une... dans les autres cas, ça pourrait être une société
en nom collectif, ça pourrait être une société en commandite, ça pourrait être
une... Mais je pense qu'on a fait un amendement là-dessus dans le Code de
procédure pénale, sur le fait que c'est assimilé, en tout cas... puis dans une
autre...
M. Morin : Vous allez me
revenir? Non?
M. Jolin-Barrette : Non, mais
il y a... je pense, c'est Mme Vallée qui avait fait ça à l'époque, une
association, supposons, où est-ce que ces types... ces types de structures
juridiques, là, désormais, sont assimilés à des personnes morales, tu sais,
société en nom collectif, société en commandite, association. Mais tout ça pour
dire que, dans tous ces cas-là, c'est une peine de personne morale qui
s'applique, les autres cas.
• (17 h 10) •
M. Morin :
OK. Bien. Et donc je peux
comprendre, à 19, quand quelqu'un autorise ou ordonne, mais vous visez aussi
l'omission. Donc là, la personne va devoir... bien, en fait, là, la poursuite
va devoir démontrer que l'administrateur aurait dû agir, mais qu'il ne l'a pas
fait.
M. Jolin-Barrette : C'est ça.
Exemple, il devait désindexer le lien puis il ne l'a pas fait. On continue.
M. Morin : OK. Parce qu'il
avait reçu, admettons, l'ordonnance du tribunal puis il n'a rien fait avec.
M. Jolin-Barrette : C'est ça.
M. Morin : Donc, c'est comme
un... c'est comme de la négligence où il devait agir puis il n'a pas agi.
M. Jolin-Barrette : Bien, «il
n'a pas agi», c'est une omission d'agir. Dans le fond, il n'a pas fait le geste
qu'il devait poser.
Le Président (M.
Bachand) :Donc, est-ce qu'il y a d'autres
interventions à 19? Alors, s'il n'y a pas d'autre intervention, est-ce que
l'article 19 est adopté?
Des voix : Adopté.
Le Président (M.
Bachand) :Adopté. Merci. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Oui. «20.
Toute somme perçue à titre d'amende visée par la présente loi est portée au
crédit du fonds affecté à l'aide aux personnes victimes d'infractions
criminelles institué en vertu de la Loi visant à aider les personnes victimes
d'infractions criminelles et à favoriser leur rétablissement.»
Commentaire. En vertu de cette
disposition, le montant d'une amende sanctionnant le non-respect d'une
ordonnance de s'abstenir de partager une image intime ou de cesser ce partage
serait versé au fonds affecté à l'aide aux personnes victimes d'infractions
criminelles. Donc, ça s'en va au FAVAC.
Le Président (M.
Bachand) :S'il n'y a pas d'autre
intervention, est-ce que l'article 20 est adopté?
Des voix : Adopté.
Le Président (M.
Bachand) :Adopté. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : 21, M. le
Président : «Une personne qui a partagé une image intime sans consentement
ou qui a menacé de le faire est tenue de réparer le préjudice causé, à moins
qu'elle prouve n'avoir commis aucune faute.»
Commentaire. Cette disposition crée une
présomption de faute à l'égard de toute personne qui a partagé une image intime
sans consentement et qui a menacé de le faire.
Donc là, on est dans le cadre de la
responsabilité civile, donc on met une présomption de faute.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. Interventions?
M. Morin : ...le CAVAC, à la
page 8... OK. Parfait. Non, ils trouvaient que c'était utile. Et donc, à
l'article 21, avec «une personne», est-ce que vous visez aussi une
personne morale?
M. Jolin-Barrette : Oui.
Donc, c'est une personne physique ou une personne morale, ça couvre les deux.
M. Morin : ...Sauf que, là,
dans le cadre de la personne morale, voulez-vous <aller...
M. Morin :
...Sauf
que, là, dans le cadre de la personne morale, voulez-vous >aller
rechercher la responsabilité des administrateurs au niveau civil?
M. Jolin-Barrette : Dans ce
cas-là, la présomption incombe la personne morale, elle n'implique pas
responsabilité des administrateurs.
M. Morin : OK. Donc, au
niveau pénal, vous voulez rechercher la responsabilité des administrateurs,
mais pas au niveau civil.
M. Jolin-Barrette : Bien,
c'est parce qu'en matière pénale on veut que l'image cesse d'être diffusée,
tandis qu'en matière civile c'est la réparation qu'on recherche, c'est une
réparation financière. Donc, c'est les règles usuelles...
M. Morin : Oui. Oui,
clairement.
M. Jolin-Barrette : ...c'est
les règles usuelles qui s'appliquent en termes de responsabilité.
M. Morin : OK. Donc, au
niveau civil, finalement, la société pourrait être reconnue responsable et donc
verser... mais pas des administrateurs personnellement.
Des voix : ...
M. Jolin-Barrette : Oui, le
recours... le recours en responsabilité pourrait viser l'administrateur aussi à
titre de personne physique. Tu sais, je pourrais poursuivre à la fois
l'administrateur en sa qualité de personne physique puis à la fois la personne
morale, si c'est elle qui a commis le geste.
Le Président (M. Bachand) :Merci. Autres interventions à l'article 21? S'il n'y a
pas d'autre intervention, est-ce que l'article 21 est adopté?
Des voix : Adopté.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. M. le ministre, s'il
vous plaît.
M. Jolin-Barrette : «22. Malgré
l'article 23 de la Charte des droits et libertés de la personne,
l'audience se tient à huis clos et l'accès au dossier du tribunal est
restreint.
«Cependant, lorsque toutes les parties
sont majeures, le tribunal peut, dans l'intérêt de la justice, ordonner que
l'audience soit publique et que certaines personnes ayant un intérêt légitime
puissent accéder au dossier.
«Aucune personne ayant eu accès au dossier
ne peut divulguer ni diffuser un renseignement permettant d'identifier une
partie à une instance, à moins que le tribunal ne l'autorise.»
Commentaire. Cet article permet que
l'audition d'une demande relative à la réparation d'un préjudice découlant du
partage sans consentement d'une image intime ou de la menace d'un tel partage
soit tenue à huis clos et que le dossier soit confidentiel.
Donc, c'est un peu la même chose lorsqu'on
fait la demande d'ordonnance et de contestation de la demande d'ordonnance. Le
principe, c'est que c'est à huis clos, parce que théoriquement c'est les mêmes
faits en litige qui se retrouvent là, mais sur autorisation du tribunal, ça
peut être ouvert.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. M. le député de
l'Acadie.
M. Morin : OK. Bien, en fait,
dans le mémoire qui a été produit par Guilmain, on souligne à la page 2 que
le régime pourrait susciter une incompréhension de la part des intermédiaires
qui auraient pris, par exemple, toutes les mesures raisonnables pour donner
effet au projet de loi n° 73. On dit, en fait :
«En effet, cette loi établit à plusieurs
reprises, notamment à son article 22, qu'un intermédiaire technique ne
peut être tenu responsable des activités accomplies au moyen de ses services
sauf s'il a de fait connaissance de la réalisation d'une activité à caractère
illicite et qu'il n'agit pas promptement pour faire cesser une telle
situation.» On fait une référence à la loi de la Colombie-Britannique.
Donc, est-ce qu'il y a des éléments que
vous voulez rajouter suite à ce commentaire-là qui a été fait? On dit, en fait :
«Des intermédiaires techniques dans la continuité de nos lois actuelles et pour
éviter qu'on leur impose des obligations actives de surveillance, qui ne sont
pas réalistes dans les circonstances.» Non?
M. Jolin-Barrette : Je suis
correct avec mon texte.
M. Morin : OK. Je n'ai pas
d'autre question.
Le Président (M.
Bachand) :S'il n'y a pas d'autre
intervention, est-ce que l'article 22 est adopté?
M. Jolin-Barrette : Adopté.
Le Président (M.
Bachand) :Adopté. L'article 23. M. le
ministre.
M. Jolin-Barrette : Oui. «Le
ministre de la Justice est responsable de l'application de la présente loi.»
Commentaire. Cet article confie au
ministre de la Justice la responsabilité de la nouvelle loi.
Le Président (M. Bachand) :Merci. Interventions?
M. Morin : Non, je n'ai pas
d'autre... Bien, en fait, la seule question que j'ai : Est-ce que M. le
ministre a des réponses aux questions en suspend?
M. Jolin-Barrette : Voulez-vous
qu'on suspende une seconde? On va me les donner.
Le Président (M.
Bachand) :Oui. On va suspendre quelques
instants. Merci.
(Suspension de la séance à 17 h 18)
(Reprise à 17 h 21)
Le Président (M.
Bachand) :À l'ordre, s'il vous plaît! La
commission reprend ses travaux. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Alors,
pour la première question, sur l'avocat, si jamais l'avocat contrevient au
dossier restreint, dans le fond, diffuse l'information, c'est les règles
déontologiques qui s'appliquent, puis il est passible, en vertu de son code de
déontologie. Pour les autres personnes, là, à ce moment-là, c'est un outrage au
tribunal.
Une voix : ...
M. Jolin-Barrette : Oui,
l'avocat aussi pourrait avoir l'outrage.
M. Morin : ...un outrage pour
l'avocat également ou le notaire, là, ça...
M. Jolin-Barrette : Aussi. Exactement,
exactement. Mais en plus, les obligations déontologiques s'appliquent aussi, ça
fait qu'il peut avoir des problèmes avec le syndic de son ordre.
Votre deuxième question, à savoir si les
formulaires sont disponibles, supposons, en anglais ou en langues autochtones,
on rend disponibles certains formulaires. Souvent, avec les communautés
autochtones, ce qu'on me dit, c'est qu'au ministère de la Justice, quand il y a
des besoins qui sont exprimés, généralement en anglais, ça convient, mais,
lorsqu'il y a des besoins exprimés par les communautés autochtones, pour
certains types de formulaires traduits, bien, c'est rendu... ça peut être
traduit, mais généralement l'anglais convient.
M. Morin : OK. Parfait. Donc,
il va y avoir cette possibilité-là pour... sur l'offre de service qui va être
faite par le ministère.
M. Jolin-Barrette : Oui.
Notre objectif, c'est que ça puisse être utilisé puis que ça puisse être
compris par les différentes communautés.
M. Morin : C'était aussi le
sens de ma question. Évidemment, plus vous avez une offre de service qui est
large, plus vous risquez que des gens l'utilisent, ce qui est l'objectif de
votre projet de loi finalement.
M. Jolin-Barrette : Oui, mais
le principe de base, c'est l'exemplarité de l'État, en français, sous réserve
de certaines exceptions.
M. Morin : Oui, ça, on est...
on est d'accord là-dessus, là. Le français est dans notre langue commune, ça,
ça ne fait pas d'exception. Mais, dans certains cas, évidemment, il faut aussi
s'assurer, surtout en matière de justice, que les gens qui parlent en anglais
aient accès aux services de justice également dans leur langue.
M. Jolin-Barrette : Mais je
suis content que vous ayez dit «langue commune».
M. Morin : Bien, ça fait
longtemps que je le dis, M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Mais
vous, vous le dites depuis longtemps, mais ce n'est pas tout le monde chez vous
qui le dit.
M. Morin : Écoutez...
M. Jolin-Barrette : Normalement,
vous dites «langue officielle». Mais là je suis content.
M. Morin : Bien, c'est-à-dire
que je peux dire aussi «langue officielle», mais...
M. Jolin-Barrette : Oui. Non,
mais ça, c'est bon, parce que...
M. Morin : ...mais moi,
j'aime bien «langue commune» également.
M. Jolin-Barrette : Vous
savez, le titre de mon projet de loi, c'était : Le français, langue
officielle et commune du Québec.
M. Morin : À l'époque, dans
une autre législature, que vous l'aviez fait adopter.
M. Jolin-Barrette : Oui.
M. Morin : Non, c'est ça.
M. Jolin-Barrette : Mais c'est
ça. Mais vous, vous auriez voté pour, hein?
M. Morin : Ah! là, par
exemple, là-dessus, <M. le Président...
M. Morin :
...Ah!
là, par exemple, là-dessus, >M. le Président...
Le Président (M.
Bachand) :...le titre, c'est une chose,
là, mais...
M. Morin : Non, mais j'avoue,
j'avoue que j'admire la façon dont M. le ministre amène ces choses. Mais je
vais me garder une réserve. Très habile, mais je vais me garder une réserve
là-dessus.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Donc, si je comprends... il n'y pas
d'autre...
M. Jolin-Barrette : OK. On
jase, là, on jase.
Le Président (M.
Bachand) :S'il n'y a pas d'autre
intervention sur 23, est-ce que 23 est adopté?
Des voix : Adopté.
Le Président (M.
Bachand) :Adopté. Merci. Est-ce que les
intitulés des chapitres de la loi édictée sont adoptés?
Des voix : Adopté.
Le Président (M.
Bachand) :Est-ce que le titre de la loi
édictée est adopté?
Des voix : Adopté.
Le Président (M. Bachand) :
Donc, finalement, est-ce que l'article 1, tel qu'amendé, est adopté?
Des voix : Adopté.
Le Président (M.
Bachand) :Adopté. M. le ministre, s'il
vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Oui.
Alors, l'article 2, M. le Président : L'annexe V de la Loi sur
les tribunaux judiciaires (chapitre T-16) est modifiée par l'ajout, à la
fin du paragraphe 1, de ce qui suit :
« — prononcer les ordonnances
prévues par la Loi visant à contrer le partage sans consentement d'images
intimes (indiquer ici l'année et le numéro de chapitre de la présente loi ainsi
que le numéro de l'article de cette loi qui édicte la Loi visant à contrer le partage
sans consentement d'images intimes).».
Commentaire. Par concordance avec la
disposition qui habilite un juge de paix magistrat à rendre l'ordonnance qui
vise à assurer qu'on s'abstienne de partager une image intime ou qu'on cesse ce
partage, la Loi sur les tribunaux judiciaires, qui confère l'ensemble des
attributions des juges de paix magistrats, est ajustée pour refléter cette
nouvelle habilitation.
Donc, concrètement, on ouvre la Loi sur
les tribunaux judiciaires pour modifier l'annexe V en concordance avec ce
qu'on vient de faire dans la nouvelle loi sur le partage d'images intimes sans
consentement.
M. Morin : ...permettre,
entre autres, aux juges de paix magistrats de pouvoir rendre ce type
d'ordonnance là.
M. Jolin-Barrette : Exactement.
M. Morin : Et ça vise... ça
vise uniquement les juges de paix magistrats?
M. Jolin-Barrette : Bien, en
fait, c'est parce que, quand on vient conférer au juge de la Cour du Québec,
dans la loi, ce pouvoir-là, c'est un pouvoir à la Cour du Québec, mais les
juges de paix magistrats, contrairement aux juges de la Cour du Québec, leur
compétence est listée à l'annexe V de la Loi sur les tribunaux
judiciaires.
M. Morin : Exact. Donc, c'est
pour ça que, pour un juge de la Cour du Québec...
M. Jolin-Barrette : On n'a
pas besoin.
M. Morin : ...vous n'avez pas
besoin, parce que la loi va le prévoir, le juge de paix magistrat ayant des
pouvoirs un peu plus restreints, visés par l'annexe. Bien, vous devez le
spécifier, et c'est ce que 2 vise à faire. Merci.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Est-ce qu'il y a
d'autres interventions? S'il n'y a pas d'autre intervention, est-ce que
l'article 2 est adopté?
Des voix : Adopté.
Le Président (M.
Bachand) :Adopté. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : 3. L'article 58
du Code de procédure civile est modifié par la suppression, dans le deuxième
alinéa... «et d'ordonnance de protection».
Commentaire. L'article 58 prévoit que
la contravention à une injonction ou à une ordonnance constitue un outrage au
tribunal.
La modification vise à retirer la
référence à une ordonnance de protection puisqu'une autre disposition du
présent projet de loi... de ce type d'ordonnance ne puisse plus faire l'objet
d'un outrage au tribunal. Ainsi, en l'absence de sanction particulière,
l'article 127 du Code criminel s'appliquera.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup.
M. Jolin-Barrette : Donc,
c'est ce que j'expliquais tout à l'heure, dans le fond, là, le régime pour
l'ordonnance civile de protection ne sera plus un régime qui va être gouverné,
en cas de non-respect par l'ordonnance, par une requête en outrage au tribunal,
mais plutôt, par le biais de 127 du Code criminel, on va criminaliser le
non-respect de l'ordonnance civile de protection, donc on doit le supprimer à
l'article 58.
M. Morin : ...la façon
d'empêcher, effectivement, qu'il y ait un recours en outrage au tribunal.
M. Jolin-Barrette : C'est ça.
M. Morin : Donc, c'est cette
façon-là que vous avez utilisée. D'accord. Merci.
Le Président (M.
Bachand) :S'il n'y a pas d'autre
intervention, est-ce que l'article 3 est adopté?
Des voix : Adopté.
Le Président (M.
Bachand) :Adopté. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : 4. L'article 69
de ce code est modifié par l'insertion, dans le deuxième alinéa et après
«d'injonction provisoire,», de «d'ordonnance de protection,».
Commentaire. L'article 69 du Code de
procédure civile permet aux juges de prendre certaines décisions qui requièrent
une intervention immédiate ou qui ne nécessitent pas d'enquête autrement qu'en
audience, par exemple en leur cabinet.
La modification vise à ajuster
l'ordonnance de protection aux exemples de décisions qui requièrent une
intervention immédiate ou qui ne nécessitent pas d'enquête.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. Interventions?
Interventions à l'article 4? S'il n'y a pas d'intervention, est-ce que
l'article 4 est adopté?
Des voix : Adopté.
Le Président (M.
Bachand) :Adopté. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Article 5 :
L'article 509 de ce code est modifié par la suppression des deuxième et
troisième alinéas.
Commentaire. L'article 509 du code de
procédure prévoit le recours en injonction qui inclut l'injonction qui
constitue une ordonnance de protection.
La modification vise à retirer les alinéas
de cet article qui traitent de l'ordonnance de protection puisque le présent
projet de loi propose une nouvelle section consacrée à cette ordonnance.
Donc, on vient déplacer l'ordonnance
civile de protection de l'injonction puis on vient en créer un recours
d'ordonnance en soi.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. Donc,
interventions sur 5? S'il n'y a pas d'intervention, est-ce que l'article 5
est adopté?
Des voix : Adopté.
Le Président (M.
Bachand) :Adopté. Merci. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Oui. 6. Ce
code est modifié par l'insertion, après l'article 515, du chapitre
suivant :
«Chapitre I.1. L'ordonnance de
protection.
«515.1. L'ordonnance de protection est une
ordonnance enjoignant à une personne physique de ne pas faire ou de cesser de
faire quelque chose ou d'accomplir un acte déterminé en vue de protéger une autre
personne physique qui craint que sa vie, sa santé ou sa sécurité ne soit
menacée, notamment en raison d'un contexte de violence basée sur une conception
de <l'honneur...
M. Jolin-Barrette :
...notamment
en raison d'un contexte de violence basée sur une conception de >l'honneur,
de violence familiale, conjugale ou sexuelle, d'intimidation ou de harcèlement.
«L'ordonnance de protection peut être
demandée au moyen d'un exposé présentant sommairement les faits allégués ou au
moyen du formulaire établi par le ministre de la Justice.
«Elle peut également être demandée, si la
personne craignant la menace y consent ou si le tribunal l'autorise, par une
autre personne ou par un organisme.
«La demande d'ordonnance de protection est
réputée faite sous serment.»
«515.2...» Voulez-vous que je les lise un
après l'autre, M. le Président?
Le Président (M.
Bachand) :...lire au complet, puis après
ça on va y aller bloc par bloc, si ça vous... Parfait. Merci.
M. Jolin-Barrette : OK. «La
demande d'ordonnance de protection est notifiée à une autre partie avec un avis
de sa présentation.
«Toutefois, le tribunal peut prononcer une
ordonnance de protection d'une durée maximale de 10 jours sans que la
demande ait été notifiée à l'autre partie.
«Une fois la demande notifiée, cette
ordonnance peut, avant l'instruction au fond, être prolongée ou prononcée pour
une période excédant 10 jours
«515.3. La demande d'ordonnance de
protection est instruite et jugée d'urgence.
«Elle est prononcée pour une durée
maximale de trois ans et aux conditions déterminées par le tribunal. Elle
peut être renouvelée, prolongée ou prononcée de nouveau.
«515.4. Le jugement prononçant une
ordonnance de protection est notifié sans délai par le greffier du tribunal aux
parties, à toute autre personne qui y est identifiée et au corps de police du
lieu où est domicilié le demandeur. Malgré le deuxième alinéa de l'article 133,
il peut l'être par un moyen technologique.
«Les dispositions concernant l'outrage au
tribunal ne s'appliquent pas à l'égard d'une personne qui contrevient à une
ordonnance de protection.
«L'ordonnance de protection est exécutoire
malgré contestation ou appel, à moins que le tribunal n'en ordonne autrement.»
Commentaire. Cet article crée un nouveau
chapitre du Code de procédure civile consacré à l'ordonnance de protection.
Donc, essentiellement, ce que nous avons
fait, c'est qu'on est venus supprimer l'ordonnance civile de protection de la
section sur l'injonction... donc, c'était alinéa 2, de l'injonction à 509,
et on est venu, tout de suite après, créer un nouveau chapitre spécifiquement
sur l'ordonnance civile de protection, pour la distinguer de l'injonction,
considérant le fait qu'on est venu assouplir le critère pour obtenir une
ordonnance civile de protection.
Auparavant, c'était obtenu dans...
notamment, dans un contexte de violence, par exemple, violence basée sur
l'honneur, tout ça. Le critère était plus élevé que, désormais, dans la
nouvelle, où c'est le critère de crainte. Donc, on n'a plus à faire la
démonstration de la violence. Là, on est avec un critère de démonstration, qui
est au niveau de la crainte de violence.
Donc, on vient abaisser le critère pour
les personnes victimes. C'était une des critiques qu'on avait par rapport à la
sous-utilisation de l'ordonnance civile de protection, parce que les victimes,
dans le fond... le fardeau qu'elle devait démontrer, il... c'était comme... la
violence était avérée. Là, on diminue au niveau de la crainte.
Donc, on reprend l'article 509, on
l'amène à 515.1, puis on vient préciser certaines modalités, notamment qu'elle
peut être instruite et jugée d'urgence dans le bureau, qu'elle peut faire...
être ex parte pour 10 jours puis qu'elle peut être prolongée également,
par le juge, au-delà de 10 jours lorsqu'elle a été notifiée.
• (17 h 30) •
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. Je sais que
vous avez un amendement pour 515.3.
M. Jolin-Barrette : Ah! bien
oui.
Le Président (M.
Bachand) :Voulez-vous qu'on le règle
immédiatement?
M. Jolin-Barrette : Oui.
515.3 : Remplacer, dans le deuxième alinéa de l'article 5153 du Code
de procédure civile, proposé par l'article 6 du projet de loi, «trois» par
«cinq».
Commentaire. Cet amendement porte à cinq ans
la limite à la durée d'une ordonnance civile de protection que peut déterminer
le juge.
Donc, le CAVAC nous avait dit : On
souhaiterait avoir cinq ans, donc on va avec le CAVAC, on augmente de
trois à cinq ans la limite de validité de l'ordonnance civile de
protection.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Interventions sur
l'amendement? M. le député de l'Acadie.
M. Morin : Sur l'amendement,
non.
Le Président (M.
Bachand) :Non. Donc, s'il n'y a pas
d'intervention sur l'amendement, est-ce que l'amendement à l'article 6 est
adopté?
Des voix : Adopté.
Le Président (M.
Bachand) :Adopté. Donc, on revient à
l'article 6, précisément le bloc 515.1. Interventions?
M. Morin : Oui. Alors, merci,
M. le Président. Donc, la façon dont vous avez libellé l'ordonnance, est-ce que
ça pourrait couvrir, selon vous, toute la question du contrôle coercitif?
M. Jolin-Barrette : Bien, on
est dans une situation où c'est une crainte «à une personne physique de ne pas
faire ou de faire cesser quelque chose ou d'accomplir un acte déterminant en
vue de protéger une personne physique qui craint que sa vie, sa santé ou sa
sécurité ne soit menacée, notamment en raison d'un contexte de violence basée
sur une conception de l'honneur, de violence familiale, conjugale ou sexuelle,
d'intimidation ou de harcèlement».
Donc, l'ordonnance civile de protection
peut dire : Si la personne craint pour sa vie, sa sécurité, elle peut être
prononcée. Ça va être au tribunal à évaluer les modalités. C'est un critère...
La crainte, là, va être évaluée en fonction d'un critère objectif et subjectif
en fonction de la personne. Donc, la question uniquement de dire : Est-ce
qu'il y a le contrôle coercitif? Ça dépend si... Dans le fond, le contrôle
coercitif est une des manifestations de la violence conjugale, supposons. Ça
fait qu'on peut obtenir une ordonnance civile de protection basée sur la
crainte associée à la violence conjugale.
M.
Morin :
Ou l'intimidation.
M. Jolin-Barrette : Ou
l'intimidation ou du harcèlement...
17 h 30 (version révisée)
M. Jolin-Barrette : ...associée
à la violence conjugale.
M. Morin : Ou l'intimidation...
M. Jolin-Barrette : Ou l'intimidation
ou du harcèlement.
M. Morin : ...ou le
harcèlement. Donc, parce que ce n'est pas ma compréhension, et corrigez-moi si
je fais erreur, mais ce n'est pas cumulatif, c'est un ou l'autre.
M. Jolin-Barrette : C'est un
ou l'autre. Ça peut être cumulatif...
M. Morin : Donc, ça peut,
exact.
M. Jolin-Barrette : ...ça dit
«notamment», mais le critère, là, c'est qu'il craint que sa vie, sa santé ou sa
sécurité ne soit menacée. Il pourrait avoir un point, puis là, on donne des
exemples, «notamment en raison d'un contexte de violence basé sur une
conception de l'honneur», donc les infractions haineuses qu'on a vues il y a
une couple d'années...
M. Morin : Exact.
M. Jolin-Barrette : ...bien,
pas haineuses, basées sur l'honneur, donc sur la... sur des motifs religieux,
supposons, ou culturels.
M. Morin : C'est ce qu'on a
vu, il y a quelques années, ou culturels, effectivement.
M. Jolin-Barrette : C'est ça.
Exemple, les Shafia.
M. Morin : Exact.Oui, bien,
c'est... En fait, ce cas-là est effectivement très grave, parce que, là, il y a
eu des décès, là.
M. Jolin-Barrette : «...de
violence familiale, conjugale ou sexuelle, d'intimidation ou de harcèlement.»
M. Morin : Donc, vous n'utilisez
pas le mot «contrôle coercitif» comme tel, mais ma compréhension, c'est que si
une victime craignait — parce qu'on parle de crainte — donc
craignait pour sa sécurité, parce que le conjoint exerce un contrôle, et qui
fait en sorte qu'elle pourrait se sentir victime d'intimidation, ou que des
demandes, par exemple, répétées de contrôle contribueraient à du harcèlement,
elle pourrait obtenir une ordonnance de protection.
M. Jolin-Barrette : Oui,
bien, dans le fond, tu sais, le contexte de violence, ça peut inclure des gestes
qui sont de nature criminelle ou non criminelle. Donc, exemple, quand on est en
matière de harcèlement, la notion de harcèlement, ici, n'est pas nécessairement
celle du harcèlement criminel.
M. Morin : Exact. Donc, ça
peut être... en fait, ça peut être un standard qui est peut-être moins élevé
que le harcèlement criminel, avec un fardeau de preuve qui est moins élevé
également.
M. Jolin-Barrette : C'est ça.
M. Morin : Donc... Parce qu'il
y a... Bien, vous le savez sans aucun doute, vous savez, je pense... vous avez
écrit à votre homologue, le ministre fédéral de la Justice, il y a une étude...
ou il y a des études qui sont faites pour peut-être, éventuellement, modifier
le Code criminel pour qu'il y ait une infraction de contrôle coercitif au Code
criminel. Je comprends qu'ici, en matière civile, vous n'utilisez pas l'expression
comme telle, mais que, selon vous, donc, l'intention du législateur, ça
pourrait être de couvrir ces situations-là également.
M. Jolin-Barrette : Oui.
M. Morin : OK. Parfait. Je
vous remercie. Et, dans... Il y a plusieurs groupes qui... en fait, qui ont
écrit beaucoup sur cet article-là, je pense, entre autres, à la Fédération des
maisons d'hébergement pour femmes. Eux, ils suggéraient d'élargir la définition
de violence pour y inclure toutes les formes de violences sexospécifiques, non
seulement les violences conjugales, sexuelles ou envers les enfants. Dans ce...
Avec votre définition, là, si, par exemple, un conjoint craignait, mais pour la
santé ou la sécurité de ses enfants... Admettons, là, qu'on a un cas
hypothétique, les gens sont séparés, ne vivent pas ensemble, mais il y a un des
conjoints, finalement, qui utilise ses enfants pour faire de la pression sur l'autre
de différentes façons, mettons, je ne sais pas, moi, les enfants, la semaine qu'il
en a la garde, il est supposé faire telle chose, les amener chez le médecin, il
ne fait pas, il sait que ça va créer une pression sur l'autre conjoint.
Est-ce que, dans un cas comme ça, on ne
fait pas une référence directement aux enfants? Est-ce que l'autre conjoint
victime pourrait demander une ordonnance pour que ce comportement-là cesse?
M. Jolin-Barrette : Mais le
critère associé à l'ordonnance civile de protection, c'est en vue de protéger
une autre personne physique qui craint que sa vie, sa santé ou sa sécurité ne
soit menacée. Puis, là, la série d'exemples qu'on a, notamment en matière
familiale, est présente. Donc, à votre question, il faut remplir le fardeau de
preuve qu'il y a une crainte au niveau de la vie, de la santé et de la sécurité
qui soit menacée. C'est ça, le critère. Les litiges de nature : Il n'amène
pas les enfants chez le médecin, si ça ne rentre pas dans «craint... sa vie, sa
santé, sa sécurité», c'est une autre ordonnance, de la part du tribunal en
matière familiale, qui s'applique, qui doit être recherchée. On ne peut pas
utiliser l'ordonnance civile de protection pour une fin pour laquelle elle n'est
pas déterminée. L'ordonnance civile de protection, ça le dit, l'ordonnance de
protection associée à une crainte relativement à la vie, la santé et la
sécurité.
M. Morin : OK. Juripop a
écrit beaucoup sur 515, entre autres. Et puis, il y a d'autres... il y a
d'autres groupes, aussi, qui l'ont dit. En <fait...
M. Morin :
...Juripop
a écrit beaucoup sur 515, entre autres. Et puis, il y a d'autres... il y a
d'autres groupes, aussi, qui l'ont dit. En >fait, ils craignaient que
tout dépendant du nombre d'ordonnances, on... Compte tenu que vous changez les
critères, on peut penser qu'il y aura plus de demandes qui vont être faites.
Est-ce que les tribunaux vont avoir la capacité d'entendre et d'agir
rapidement? C'est un élément soulevé par Juripop. Et Juripop recommandait,
aussi, puis je suis à la page 7 de leur mémoire, que l'article 515.1
précise qu'une ordonnance de protection peut être émise pour protéger une
personne qui craint pour sa vie, sa santé ou sa sécurité, sans égard au délai
écoulé depuis la première manifestation des faits à l'origine de cette crainte.
Alors, est-ce que la façon dont c'est libellé, présentement, vous pensez que ça
peut évidemment couvrir cette situation-là?
M. Jolin-Barrette : Bien,
il n'y a pas de délai pour entreprendre... pour entreprendre le recours.
M. Morin : OK.
Des voix :...
M. Jolin-Barrette : ...mais
il faut que la crainte... crainte qui est analysée, objective et
subjectivement, là.
M. Morin : Donc, il faut
que...
M. Jolin-Barrette : C'est
ça, mais dans le fond, il faut que la menace soit actuelle. C'est sûr que s'il
est arrivé quelque chose il y a 10 ans, il n'y a pas de crainte sur...
M. Morin : Non, 10 ans,
c'est peut-être un peu loin, là, mais donc, il faut qu'objectivement, donc, la
personne, le décideur soit capable de se rattacher à des critères qui font
qu'une personne raisonnable, dans les circonstances, en arriverait à penser
qu'il y a une crainte, puis qu'en plus, il est convaincu que la personne qui
vit la situation craint personnellement pour sa vie. Donc, il y a les deux
éléments que le décideur va devoir évaluer pour émettre l'ordonnance.
• (17 h 40) •
M. Jolin-Barrette : C'est
une analyse en deux critères, vous avez raison. Donc, c'est une analyse
subjective, du point de vue de la personne qui la demande, et objective, aussi.
La crainte, elle est évaluée avec les deux critères. Dans le fond, c'est une
crainte dans son contexte de la personne, mais aussi dans le portrait global.
Donc, les deux. Ce n'est pas uniquement objectif. Le juge, quand il évalue ça,
il doit prendre en compte de comment la personne, en fonction de son histoire,
de son vécu, elle perçoit cet état de fait là, qui l'amène à craindre. Tu sais,
parce que si c'était uniquement un critère objectif, peut-être qu'il dirait :
Bien... bien non, là, manifestement, en fonction des faits qui sont devant moi,
ce n'est pas une crainte objective, là. Il ne vous arrivera rien, mais en
fonction de l'histoire, supposons, de madame, en fonction de, elle, sa
perception, ça peut être tout à fait légitime que, oui, elle craint. Donc,
c'est une balance de l'analyse avec critères subjectifs et objectifs. Donc, le
juge doit prendre tout ça en considération.
M. Morin : Et,
évidemment, parce qu'on est en matière...
M. Jolin-Barrette : Puis,
peut-être que je pourrais rajouter...
M. Morin : Oui, oui,
bien sûr.
M. Jolin-Barrette : ...une
des raisons pourquoi on modifie l'ordonnance civile de protection, on change
les critères, c'est justement pour que ça soit plus facile à obtenir pour la
personne victime, puis, notamment, dans les recommandations que Juripop nous
avait faites, le recours était peu utilisé parce que le fardeau était élevé.
C'était comme : La menace, elle est là. Donc, un coup que je suis vraiment
menacé, bien là, je vais obtenir mon ordonnance civile de protection. Puis là,
on est un pas en avant, pour dire : Bien, il y a des signes, il y a des
manifestations que je peux craindre pour ma sécurité d'une façon subjective,
mais aussi objective. Donc, on est en amont de ça. Ça fait qu'on diminue le
critère comme fardeau de preuve.
M. Morin : Oui, je
comprends. Parce qu'en fait, vous parlez... En fait, c'est libellé ou vous...
L'article dit : «craint pour sa vie», non pas «est menacé».
M. Jolin-Barrette : C'est
ça.
M. Morin : La crainte
que la personne peut vivre, elle peut l'exprimer. Par contre... Et je comprends
que vous voulez dégager ça du chapitre, en fait, qui traite des injonctions,
parce que vous voulez que la procédure fonctionne, finalement, plus rondement,
que ça soit plus facile à obtenir, puis qu'on sorte de la procédure pour
demander une injonction?
M. Jolin-Barrette : Bien,
ça demeure assimilable à une injonction, sauf que c'est un recours en soi,
l'ordonnance civile de protection. Donc, en diminuant les critères, en
l'amenant séparément dans un régime qui est distinct, avec des règles qui
s'appliquent spécifiquement à l'ordonnance civile de protection, notamment sur
la question de l'obtention du renouvellement et de la prolongation, aussi. Ça
fait qu'on crée un régime en soi sur l'ordonnance civile.
M. Morin : Donc, c'est
comme un 810 criminel, mais au civil.
M. Jolin-Barrette : Ça
ressemble à ça.
M. Morin : Ça <ressemble...
M. Morin :
...criminel,
mais au civil.
M.
Jolin-Barrette :
Ça ressemble à ça.
M. Morin :
Ça >ressemble
à ça, oui.
M. Jolin-Barrette : ...c'est
valable seulement une année.
M. Morin : Oui. Alors là,
ici, bien, avec l'amendement qu'on vient... qu'on vient d'adopter...
M. Jolin-Barrette : Ça va
être cinq ans.
M. Morin : ...ça va être cinq
ans, là, mais les critères... les critères ressemblent, finalement, à un 810.
M. Jolin-Barrette : ...de
nature civile sur la crainte.
M. Morin : OK.
Le Président (M.
Bachand) :Mme la députée de Vaudreuil.
Mme Nichols : ...parce qu'on
en parlait, on parlait, entre autres, là, du fardeau de preuve quand on parle
des... on fait référence à «qui craint que sa vie, sa santé ou sa sécurité». Le
Barreau canadien avait... l'Association du Barreau canadien avait suggéré
d'ajouter «raisonnablement» après «craint», ça fait que ce serait «qui craint
raisonnablement que sa vie, sa santé ou sa sécurité»?
M. Jolin-Barrette : Oui, mais
eux, ils étaient dans une perspective où c'était une crainte objective.
Mme Nichols : Ah oui, c'est
vrai.
M. Jolin-Barrette : Alors,
nous, on est sur une crainte, dans le fond, qui doit être analysée également de
l'approche subjective. Donc, le Barreau canadien, ce qu'il nous recommandait,
c'était moins favorable aux personnes victimes, parce qu'en mettant «crainte
raisonnable», c'est comme si c'était une crainte objective. Donc, là, ils
venaient enlever complètement le critère de crainte en droit civil, de la façon
qu'il était analysé, où est-ce qu'il y a une crainte basée sur la subjectivité
de la personne qui fait la demande. Ça fait que c'est moins favorable à la
victime.
Mme Nichols : OK, oui. Merci,
je comprends, oui. Merci.
Le Président (M.
Bachand) :M. le député d'Acadie.
M. Morin : Oui, merci, M. le
Président. Avec votre votre mesure... je comprends que vous la sortez de
l'injonction, une injonction, on présente ça à la Cour supérieure. Donc, est-ce
que c'est clair, avec le libellé actuel, que cette demande-là pourrait être
présentée à la Cour du Québec?
M. Jolin-Barrette : C'est à
la Cour supérieure que c'est présentable. Il faudrait l'indiquer si c'était à
la Cour du Québec. C'est un recours de nature...
Une voix :...
M. Jolin-Barrette : Oui,
c'est retour de nature injonctive, donc c'est à la Cour supérieure.
M. Morin : OK, donc, en la
sortant de l'injonction, vous ne voulez pas que ce soit... Parce que c'est...
Oui, ça peut être de la nature d'une injonction, mais ce que je comprends, d'où
mon parallèle avec le 810 criminel, c'est un peu différent, je comprends,
mais 810, vous pouvez présenter ça devant un juge de la Cour du Québec. Donc,
est-ce qu'il n'y aurait pas avantage, dans un cas comme ça, à le présenter
devant un juge de la Cour du Québec ou à laisser le choix aux parties?
M. Jolin-Barrette : Bien,
dans ce cas-ci, il a été déterminé que c'est similaire... qu'un recours de
nature injonctive, c'est similaire à une injonction. Donc, dans ce cas-là, il a
été jugé préférable de continuer de confier cette responsabilité-là à la Cour
supérieure. N'est-ce pas, Me Labrecque?
M. Morin : Donc, je comprends
que dans votre évaluation des risques... dans votre évaluation des risques,
vous en arrivez à la conclusion que, même si vous le sortez de l'injonction, il
y a quand même des parallèles à faire, et, donc, ce serait plus sûr de laisser
ça devant la Cour supérieure pour ne pas qu'il y ait des contestations qui
feraient en sorte que le législateur va se ramasser dans un débat
constitutionnel, à savoir quelle cour, puis ça va faire en sorte que
l'ordonnance ne pourrait pas être utilisée rapidement?
M. Jolin-Barrette : Vous avez
un bon raisonnement.
M. Morin : D'accord.
Maintenant, devant la Cour supérieure, quel va être l'accompagnement qui va
être donné aux victimes qui vont vouloir demander puis obtenir l'ordonnance?
Parce qu'évidemment, la procédure est plus... est plus formelle, là, puis vous
voulez que ça se fasse rapidement, donc...
M. Jolin-Barrette : Bien, en
fait, justement, on est détaché de l'injonction formelle, parce que là,
voyez-vous, dans 515, ce qu'on fait, c'est qu'on vient faire en sorte que les
allégations peuvent être... peuvent être faites sommairement, et on vient créer
un formulaire, également, un peu comme l'ordonnance pour faire cesser le
partage d'images intimes. Là, on va avoir un formulaire simplifié qui va être
beaucoup plus simple, pour faire en sorte que le juge puisse émettre
l'ordonnance en fonction du formulaire, puis les victimes vont pouvoir
uniquement remplir le formulaire, plutôt que faire une requête, avec la
complexité associée à ça. Donc, l'émission du formulaire qui va être déposé, le
juge va pouvoir se prononcer en fonction du formulaire. Puis, justement, vous
vous souviendrez, les groupes sont venus aussi, puis on va travailler le
formulaire avec eux également, notamment les maisons d'hébergement, qui se
retrouvent parfois dans la situation à accueillir des femmes qui craignent pour
leur sécurité. Donc, pour que ça puisse être... Ça n'a pas besoin d'être 15 pages
recto verso avec les règles, tout ça, là. Ça fait qu'on va standardiser un
modèle simple pour obtenir l'ordonnance civile de protection.
M. Morin : OK. Et ça, vous
allez le faire, éventuellement, par règlement?
M. Jolin-Barrette : C'est-tu
par règlement? Non, mais c'est déjà dans la loi, là. On le dit, là. Le deuxième
<alinéa...
M. Morin :
...par règlement?
M.
Jolin-Barrette :
C'est-tu par règlement? Non, mais c'est déjà
dans la loi, là. On le dit, là. Le deuxième >alinéa de 515.1 :
«L'ordonnance de protection peut être demandée au moyen d'un exposé présentant
sommairement les faits allégués ou au moyen du formulaire établi par le
ministre de la Justice.»
M. Morin : Donc, vous n'aurez
pas besoin d'un règlement pour déterminer les modalités du formulaire. À partir
de cette disposition-là, vous allez être capable de le faire.
M. Jolin-Barrette : Exactement.
M. Morin : Et je vais vous
poser la même question que tantôt, donc, pour les Premières Nations et puis les
gens, évidemment, qui utilisent l'anglais, le formulaire va être aussi
disponible en anglais et dans les langues des Premières Nations, si c'est
nécessaire?
M. Jolin-Barrette : Même réponse.
M. Morin : Parfait.
Excellent. Je vous remercie. Donc, effectivement, ça pourrait être fait au
niveau d'un exposé sommaire des faits ou au moyen du formulaire. Donc, c'est...
c'est un des deux. Mais j'imagine que votre formulaire va aussi permettre un
exposé des faits, parce que le juge, il va falloir qu'il se penche sur quelque
chose, là.
M. Jolin-Barrette : Bien
entendu, mais il va y avoir certaines sections pour dire, bien, identification
des parties, description des événements, description des faits, qu'est-ce qui
est recherché.
M. Morin : OK. En fait,
Juripop, d'ailleurs, c'est très intéressant, compte tenu de la question que je
viens de vous poser, Juripop recommandait, à la page huit, que «le formulaire
établi par le ministre de la Justice fasse l'objet d'une coconstruction entre
des organismes œuvrant directement auprès des personnes victimes, des juristes
possédant l'expérience de première ligne auprès des tribunaux et des membres du
ministère.» Est-ce que vous avez l'intention de travailler en coconstruction
avec ces groupes-là?
• (17 h 50) •
M. Jolin-Barrette : Bien, on
va très certainement les consulter. Coconstruction... On va les consulter.
C'est le ministère qui rédige, là, mais on va les consulter comme on fait dans
nos différentes approches avec les différents groupes.
M. Morin : OK. Et l'ordonnance
de protection... parce que ça aussi, c'était une recommandation de Juripop, à
la page neuf. Est-ce que ça va être couvert par la loi sur l'aide juridique et
la prestation des services juridiques?
M. Jolin-Barrette : Si vous
êtes admissible financièrement, c'est déjà un service qui est ouvert...
couvert.
M. Morin : Oui, sauf que
Juriopop suggérait : «....sans égard aux revenus de la personne
demanderesse et sans qu'il ne s'agisse d'une affaire en matière familiale.»
Est-ce que vous allez vous rendre jusque-là?
M. Jolin-Barrette : Bien,
actuellement, c'est ceux qui sont admissibles qui sont couverts par l'aide
juridique.
M. Morin : Oui, oui, ça,
clairement. Avez-vous l'intention d'étendre le programme à d'autres personnes?
M. Jolin-Barrette : Bien, le
budget, généralement, est au mois de mars.
M. Morin : D'accord.
Excellent. Mais on n'a pas de mise à jour cette semaine, sur le budget?
M. Jolin-Barrette : Bien,
c'est jeudi, la mise à jour.
M. Morin : Oui, bien, c'est
ça. Vous pourriez en parler à votre collègue, on ne sait jamais.
M. Jolin-Barrette : Je suis
en constante communication avec mon collègue.
M. Morin : Excellent.
M. Jolin-Barrette : C'est
quelqu'un à connaître quand vous êtes au gouvernement.
M. Morin : Je n'en doute pas
un seul instant.
M. Jolin-Barrette : Tout le
monde connaissait le député de Robert-Baldwin, avant.
Le Président (M.
Bachand) :Donc, est-ce qu'il y a
d'autres... On pourra revenir, hein, ce n'est pas... ce n'est pas formel.
Alors, est-ce qu'il y aurait d'autres interventions à 515.1, pour l'instant?
Donc, 515.2.
M. Morin : À 515.2, donc, je
comprends que le tribunal peut prononcer l'ordonnance de protection, mais pas
plus que 10 jours sans que la demande ait été notifiée à l'autre partie.
M. Jolin-Barrette : Oui.
M. Morin : Exact? Donc...
M. Jolin-Barrette : Donc, si
c'est ex parte, sans que ce soit notifié, c'est 10 jours, mais par la
suite, une fois que la demande est notifiée, donc «cette ordonnance peut, avant
l'instruction au fond, être prolongée ou prononcée pour une période excédant
10 jours.» Ça veut dire que je fais ma demande d'ordonnance civile de
protection. Le juge, dans son bureau, rend l'ordonnance civile de protection
pour 10 jours. Jour zéro, l'ordonnance, elle est signifiée, dans le fond,
l'ordonnance <émise...
M. Jolin-Barrette :
...pour
10 jours. Jour zéro, l'ordonnance, elle est signifiée, dans le fond,
l'ordonnance >émise par le tribunal est signifiée, puis là, après ça,
bien, on pourrait se retrouver dans une situation où le tribunal...
(Interruption)
M. Jolin-Barrette : J'en suis
jaloux, M. le député de l'Acadie.
Le tribunal pourrait aller au-delà de
10 jours après le moment où ça a été signifié... ça a été notifié, pardon.
M. Morin : OK. Ça a été
notifié.
M. Jolin-Barrette : Merci, le
Parti libéral.
M. Morin : En fait, c'est
l'opposition officielle au Parlement.
M. Jolin-Barrette : L'opposition
officielle au Parlement.
M. Morin : Qui est aussi le
Parti libéral. Ceci étant, donc, vous faites une différence entre «notifier» et
«signifier».
M. Jolin-Barrette : Elle est
notifiée. «Une fois la demande notifiée, cette ordonnance peut, avant
l'instruction au fond, être prolongée ou prononcée pour une période excédant 10 jours.»
Donc, exemple, supposons que le juge l'a émis une première fois, elle est
notifiée, supposons, à monsieur : Monsieur, approchez-vous pas à
100 mètres de madame. OK? Puis là, il conteste l'ordonnance, mais là, le
temps que ce soit fixé au fond, en fonction des faits, le juge pourrait dire :
Bien, écoutez, vous allez avoir votre audition au fond, mais en attendant, vous
avez été notifié, vous le savez, je décide, en fonction des faits au dossier,
qu'il n'y aura pas d'audience interlocutoire, puis que j'amène l'audience...
j'amène la validité de l'ordonnance jusqu'au fond du dossier. Quand qu'il va y
avoir un procès, je ne fais pas d'interlocutoire. On donne le pouvoir au juge
de faire ça.
M. Morin : Donc, le juge
pourrait faire un interlocutoire?
M. Jolin-Barrette : En fait,
lui, il peut décider de... un coup qu'il a émis son ordonnance civile de...
M. Morin : Son ordonnance,
oui.
M. Jolin-Barrette : ...ordonnance
civile de protection, cette ordonnance-là, elle est notifiée au défendeur, donc
à la personne qui est visée par l'ordonnance civile de protection. Un coût
qu'il... qu'elle a été notifiée, plutôt que de revenir comme une injonction
devant la cour, formellement, puis de tenir une audition, le juge pourrait
décider de prolonger l'ordonnance civile de protection pour, supposons,
40 jours, le temps d'avoir l'audition au fond, supposons.
M. Morin : OK. Dans le cadre,
justement, de cette procédure-là, le regroupement des maisons d'hébergement
suggérait, c'est à la page sept de leur mémoire, que les victimes, évidemment,
soient aidées et que le service Rebâtir puisse les accompagner, notamment dans
la préparation de l'exposé des faits qui pourrait être présenté dans le
formulaire. Est-ce que c'est quelque chose que vous avez l'intention de faire?
M. Jolin-Barrette : Bien, en
fait, le service Rebâtir est là pour conseiller juridiquement quatre heures en
ligne téléphonique. Ça fait qu'ils peuvent donner des conseils sur une matière,
comme, civile, lorsqu'il y a présence de violence conjugale ou sexuelle, pour
dire : Bien, vous avez... Voici comment ça fonctionne, une ordonnance
civile de protection, avec le nouveau régime que l'Assemblée nationale est en
train de mettre en place. Les personnes victimes peuvent appeler.
M. Morin : OK, mais c'est
pour quatre heures, là.
M. Jolin-Barrette : C'est
pour quatre heures.
M. Morin : Donc, si la
personne victime a besoin de plus de temps, à ce moment-là, elle retombe dans
le régime général, c'est-à-dire, si elle est admissible à l'aide juridique,
comme vous avez dit tout à l'heure, elle peut aller voir l'aide juridique,
sinon il faut qu'elle aille voir un avocat.
M. Jolin-Barrette : Oui, sous
réserve qu'il ne vous ferme pas la ligne à quatre heures précises, là. Tu sais,
dans le fond, là, à Rebâtir, quand vous avez des questions, ils répondent à vos
questions puis ils ne regardent pas à 3 h 59 min 30 s,
ils disent... ils ne vous disent pas : Il reste 30 secondes. Ça fait
que c'est... c'est une moyenne de quatre heures.
M. Morin : Je comprends. OK.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Donc, on serait à 515.3.
M. Morin : ...votre
amendement, on est rendus à cinq ans.
M. Jolin-Barrette : Oui.
M. Morin : Mais elle pourrait
être renouvelée après le cinq ans.
M. Jolin-Barrette : Oui.
M. Morin : OK. Puis, à ce
moment-là, bien là, j'imagine qu'il faut... il faut présenter une nouvelle...
nouvelle demande d'ordonnance, parce qu'il faut toujours que la personne
craigne pour sa vie. On revient au critère que vous avez à 515.1, là, qui
devrait être démontré à nouveau. C'est comme ça que la procédure va
fonctionner?
M. Jolin-Barrette :...
M. Morin : OK.
M. Jolin-Barrette : Bien,
supposons, sur la base des mêmes faits pour laquelle elle avait été prononcée.
M. Morin : Oui, sauf que vu
que vous avez dit qu'il y avait un <critère...
M. Jolin-Barrette :
...sur
la base des mêmes faits pour laquelle elle avait été prononcée.
M. Morin :
Oui,
sauf que vu que vous avez dit qu'il y avait un >critère objectif et
subjectif. Il faut encore... Il faut que ces critères-là soient toujours
présents.
M. Jolin-Barrette : Exactement.
M. Morin : Sinon, ça va
tomber, là.
M. Jolin-Barrette : Exactement.
M. Morin : OK. Je vous
remercie.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. 515.4.
M. Morin : À 515.4, vous
dites, à la fin : «L'ordonnance de protection est exécutoire malgré
contestation ou appel, à moins que le tribunal n'en ordonne autrement.» Donc,
avec votre régime, la personne va s'adresser à la Cour supérieure, donc l'appel
va être à la Cour d'appel?
M. Jolin-Barrette : Oui.
M. Morin : Est-ce que vous
prévoyez un régime d'urgence, un seul juge, une formation de la cour au
complet?
M. Jolin-Barrette : Bien,
dans le fond, l'ordonnance, elle est émise.
M. Morin : Oui.
M. Jolin-Barrette : Ça fait
que dans le fond, même si... Supposons que monsieur est visé par l'ordonnance
civile de protection, monsieur n'est pas content, bien, l'ordonnance continue
de s'appliquer jusqu'à tant que son audition à la Cour d'appel s'applique, à
moins que la cour décide de... que ça ne soit pas applicable... dans le fond,
qu'elle ne soit pas exécutoire.
M. Morin : Attendez. Donc, en
fait...
M. Jolin-Barrette : C'est
un... c'est un exécutoire nonobstant appel.
• (18 heures) •
M. Morin : Oui, c'est ça,
donc... donc, il faudrait...
M. Jolin-Barrette : Que la Cour
d'appel...
M. Morin : ...qu'il demande à
la Cour d'appel, dans le cadre de sa requête, de faire en sorte que
l'ordonnance ne soit pas exécutoire pendant l'appel, puis là, la Cour d'appel
pourrait le décider. Mais sinon...
M. Jolin-Barrette : Exactement.
M. Morin : ...ça va
s'appliquer, là.
M. Jolin-Barrette : C'est ça.
M. Morin : OK. OK. Et ça peut
être signifié ou envoyé par un moyen technologique.
M. Jolin-Barrette : Oui.
M. Morin : Vous revenez et
vous... vous répétez à nouveau que les dispositions concernant l'outrage au
tribunal ne s'appliquent pas, malgré le fait qu'on ait adopté 3, 4 et 5, qui
disaient que ça... ça... ce n'était pas applicable? Parce que tout à l'heure,
quand on a regardé 3, 4 ou 5, vous nous avez dit qu'effectivement, vous le
rédigiez de cette façon-là parce que vous ne vouliez pas que l'outrage au
tribunal s'applique.
M. Jolin-Barrette : Oui,
exactement.
M. Morin : Donc, là, vous le
dites à nouveau, ici.
Une voix :...
M. Jolin-Barrette : Ah oui!
c'est ça, parce qu'on était à 58 avant.
M. Morin : Oui, exact.
M. Jolin-Barrette : Là, on
l'enlève de 58...
M. Morin : OK.
M. Jolin-Barrette : ...parce
qu'on crée une entité... en fait, un régime en soi avec le chapitre. Donc,
l'ordonnance civile de protection, il n'y a pas d'outrage pour ça...
M. Morin : C'est ça.
M. Jolin-Barrette : ...c'est
par le biais de 127.
M. Morin : Exact, du Code
criminel.
M. Jolin-Barrette : C'est ça,
ça devient une infraction criminelle.
M. Morin : OK. Parfait. Et
vous laissez au tribunal la discrétion d'émettre les conditions que le tribunal
juge opportunes. Donc, vous n'avez pas un article, par exemple, qui indique ce
que le tribunal pourrait inclure dans l'ordonnance pour protéger la victime?
M. Jolin-Barrette : Non.
C'est à la discrétion du tribunal, en fonction des particularités propres de la
réalité. Qu'est-ce qui... qu'est-ce qui cause sa crainte à sa santé, à sa vie,
à sa sécurité? Bien, le tribunal va pouvoir prononcer des ordonnances en soi.
M. Morin : OK. Parfait. Parce
qu'il y a des groupes qui avaient suggéré des dispositions particulières, mais
vous pouvez...
M. Jolin-Barrette : Ah oui,
c'est vrai. L'ordonnance civile de protection ne s'applique pas juste en
matière de violence conjugale, l'ordonnance civile de protection peut
s'appliquer en fonction de troubles de voisinage, là.
C'est un... L'ordonnance civile de
protection...
M. Morin : Oui, mais là...
M. Jolin-Barrette : ...elle
est souvent perçue comme étant une ordonnance à l'encontre de la... pour
protéger une personne victime de violence sexuelle ou de violence conjugale.
Mais ça... Le libellé, il est large, là, donc il couvre toutes sortes de
situations où une personne craint pour sa vie, sa santé et sa...
M. Morin : Oui. Bien, exact.
À 515.1, ça peut dépasser...
M. Jolin-Barrette : Oui, une
situation de harcèlement.
M. Morin : ...la violence
conjugale.
M. Jolin-Barrette : C'est ça,
d'intimidation, de harcèlement, donc «qui craint que sa vie, sa santé ou sa
sécurité ne soit menacée».
M. Morin : C'est ça. Donc, ça
peut être un ensemble de circonstances.
M. Jolin-Barrette : Oui,
c'est ça. Ça fait que l'ordonnance peut être variée. Donc, c'est... c'est comme
l'équivalent d'un pouvoir injonctif. Donc, au niveau de l'ordonnance, en
fonction des modalités qui sont présentées devant le tribunal, le tribunal va émettre
son ordonnance civile de protection. Exemple, supposons que vous êtes mon
voisin, puis je ne sais pas, là, je n'ai pas exprès de couper vos haies, là,
puis que là, vous me harcelez...
18 h (version révisée)
M. Jolin-Barrette : ...des
modalités qui sont présentées devant le tribunal, le tribunal va émettre son
ordonnance civile de protection.
Exemple, supposons que vous êtes mon
voisin, je ne sais pas, là, je n'ai pas fait exprès de couper vos haies, là,
puis que là vous me harcelez à tous les matins, puis vous venez sur mon terrain.
Une voix : ...
M. Jolin-Barrette : Oui, vous
faites du bruit, votre chien, il jappe puis il vient sur mon perron.
Puis je pourrais aller chercher une
ordonnance civile de protection, parce que vous me harcelez, pour que vous
restiez chez vous.
M. Morin : Oui, effectivement,
sauf que... Et donc vous ne voulez pas, par exemple, qu'il y ait des critères
comme ne pas s'approcher de la victime, ou, etc., parce que là, en fait...
M. Jolin-Barrette : Le
tribunal va pouvoir le faire, il va pouvoir émettre en fonction des
circonstances qui sont présentes dans le... dans les faits de la cause.
M. Morin : Oui, sauf que si
vous avez des victimes qui se représentent seules, ça va peut-être... Tu sais,
en fait, ils pourront... ils ne pourront pas nécessairement le demander, ça
fait que ça va être au tribunal à agir.
Tu sais, souvent, dans une requête, on
demande... on a des demandes spécifiques, puis le tribunal les entérine après,
là, tu sais, on le demande dans la requête, puis il rend l'ordonnance. Mais
évidemment, quand on est des spécialistes en droit, ça va bien, là, mais pour
les gens qui se représentent seuls, c'est plus compliqué.
M. Jolin-Barrette : Oui, mais
dans le... dans le formulaire qu'on va travailler avec les organismes on va
déjà prévoir certains éléments qui vont pouvoir guider la personne qui présente
la demande d'ordonnance civile.
M. Morin : OK. Parfait. Je
vous remercie.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Est-ce qu'il y aurait d'autres
interventions sur l'article 6 tel qu'amendé? S'il n'y a pas d'autre
intervention, est-ce que l'article 6 tel qu'amendé est adopté?
Des voix : ...
Le Président (M.
Bachand) :Adopté. M. le ministre, s'il
vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Oui. 7.
L'article 95 du Code de procédure civile est modifié par l'ajout, à la
fin, de l'alinéa suivant :
«Peut élire domicile au cabinet de
l'avocat qui le représente ou, à défaut, au greffe du tribunal la partie qui
dépose au greffe une attestation confirmant qu'elle s'est présentée à un
service d'aide aux personnes victimes reconnu par le ministre de la Justice en
invoquant être victime de violence familiale, conjugale ou sexuelle de la part
d'une partie ou d'un témoin à l'instance. L'adresse du domicile de cette partie
et l'attestation sont confidentielles; cette adresse ne peut être communiquée
que sur autorisation du tribunal et uniquement si des motifs sérieux le
commandent. Toutefois, l'adresse du domicile de cette partie accompagne le
jugement lorsque la loi prévoit que celui-ci doit être notifié par le greffier
à un officier public, à un ministère ou à un organisme public ou figure sur les
déclarations requises en vertu de l'article 444.»
Commentaires : L'article 95 de
ce code prévoit les règles relatives à la mention du domicile d'une personne
dans une procédure civile.
Le nouvel alinéa permet de garder
confidentielle l'adresse d'une personne victime en lui donnant la possibilité d'élire
à domicile à l'adresse de son cabinet de son avocat ou à l'adresse du tribunal.
Donc, un des enjeux que nous avions, c'est
que pour faciliter le témoignage des personnes victimes, on doit s'identifier à
la cour puis on doit indiquer où on réside.
Alors, ce qu'on veut faire en matière
civile c'est justement que, lorsqu'on est en matière de violence sexuelle,
violence conjugale, la personne victime n'ait pas nécessairement à divulguer
son adresse, donc qu'elle puisse élire domicile au greffe du tribunal ou chez
son avocat...
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup.
M. Jolin-Barrette : ...pour
éviter que son adresse puisse se retrouver divulguée, notamment dans les
documents qui vont à l'endroit souvent de son ex-conjoint.
Le Président (M.
Bachand) :Merci.
M. Jolin-Barrette : Donc, c'était
une demande des groupes.
Le Président (M.
Bachand) :Interventions?
M. Morin : ...Juripop
recommandait effectivement le dépôt d'une attestation confirmant que la
personne s'est présentée à un service d'aide, elle peut élire domicile au
cabinet de son avocat.
Ils demandaient aussi... le CAVAC
demandait d'élargir l'élection de domicile à un endroit autre que ceux prévus à
cette disposition, mais évidemment sécuritaire pour des personnes qui résident
à l'extérieur des grands centres.
Donc, de la façon dont vous l'avez
libellé, j'imagine que les gens, à ce moment-là, pourraient déposer au greffe
leur adresse et ça assurerait leur sécurité, finalement.
M. Jolin-Barrette : Effectivement,
ils vont pouvoir le faire au greffe.
M. Morin : OK. Parfait. Je
vous remercie.
Le Président (M.
Bachand) :Est-ce qu'il y a d'autres
interventions? S'il n'y a pas d'autre intervention, est-ce que l'article 7
est adopté?
Des voix : ...
Le Président (M. Bachand) :Adopté. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : 8, M. le
Président : L'article 110 de ce code est modifié par l'ajout, à la
fin du premier alinéa, de la phrase suivante : «Toutefois, la notification
à une partie ayant déposé au greffe l'attestation visée à l'article 95 est
faite par un moyen technologique».
Commentaires : L'article 110 du Code
de procédure civile prévoit les règles de notification des actes de procédure.
La modification vise à ce que toute
notification à une personne ayant attesté être victime de violence se fasse par
un moyen technologique.
Le Président (M.
Bachand) : Interventions? S'il n'y a pas d'intervention, est-ce
que l'article 8 est <adopté...
Le Président (M.
Bachand) :
...Interventions? S'il
n'y a pas d'intervention, est-ce que l'article 8 est >adopté?
Des voix : Adopté.
Le Président (M.
Bachand) :Adopté. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : 9. L'article 279
de ce code est modifié :
1° par l'insertion, après le troisième
alinéa, du suivant :
«Le témoin, avec l'autorisation du
tribunal, ou la partie qui a déposé au greffe une attestation confirmant
qu'elle s'est présentée à un service d'aide aux personnes victimes reconnu par
le ministre de la Justice en invoquant être victime de violence familiale,
conjugale ou sexuelle de la part d'une partie ou d'un autre témoin à l'instance
peut témoigner à distance et être accompagné d'une personne qu'il considère
apte à l'aider ou à le rassurer. De même, il peut être accompagné d'un chien
spécialement formé pour l'assistance judiciaire et d'une personne responsable
de celui-ci, le cas échéant.»;
2° par l'ajout, à la fin du quatrième alinéa,
de la phrase suivante : «Le tribunal peut également ordonner le témoignage en
personne lorsqu'il estime que le témoignage à distance ne lui permet pas
d'apprécier la crédibilité du témoin».
Commentaires : L'article 279 du Code
de procédure civile prévoit l'interrogatoire des témoins d'une instance.
La modification vise à permettre le
témoignage à distance d'une personne, partie ou témoin, ayant attesté être
victime de violence.
De même, cette modification permet à la
personne victime d'être accompagnée d'une personne qui lui est rassurante ou
d'un chien formé pour l'assistance judiciaire.
• (18 h 10) •
Et on a un amendement qui est...
Des voix : ...
M. Jolin-Barrette : Amendement,
article 9 : Remplacer, dans le quatrième alinéa de l'article 279
du Code de procédure civile, proposé par le paragraphe 1° de l'article 9
du projet de loi, «témoigner à distance et être accompagné d'une personne qu'il
considère apte à l'aider ou à le rassurer. De même, il peut être accompagné»
par«, à son choix, témoigner à distance ou au moyen d'un dispositif permettant
de ne pas voir cette partie ou témoin. Il peut aussi être accompagné d'une
personne qu'il considère apte à l'aider ou à le rassurer. De plus, il peut être
accompagné».
Commentaires : Cet amendement amène
deux précisions, soit qu'il demeure possible de témoigner en personne avec un
dispositif permettant à la personne victime de ne pas voir la personne qu'elle
craint, tel qu'un paravent, et que la personne victime puisse, à son choix, bénéficier
d'une ou des... plusieurs de ces mesures d'aide au témoignage.
Donc, on est juste venus préciser
l'article parce que c'était clair dans notre esprit, là, de... que la victime
pouvait avoir le choix de témoigner derrière un paravent. Puis on a eu un
commentaire d'un groupe.
Donc, on voulait venir le spécifier, parce
que j'ai eu beaucoup de commentaires, pour les victimes de violence conjugale, où
ce qu'on met en place pour le tribunal spécialisé ça fonctionne bien, au niveau
des paravents, le témoignage à distance, l'adaptation, mais qu'en matière
civile puis qu'en matière familiale les mesures n'étaient pas toujours
acceptées par le tribunal.
Donc là, le législateur intervient très
clairement pour dire aux tribunaux : Bien, voici, la personne qui a une
attestation, qui est victime de violence sexuelle ou violence conjugale, elle a
le droit de témoigner derrière un paravent, elle a le droit de ne pas voir le
demandeur ou le défendeur, et elle peut témoigner à distance, le tout sous
réserve de la... que le tribunal, s'il n'est pas en mesure d'apprécier la
crédibilité, bien, il puisse faire témoigner la personne, mais il y a des
façons de s'assurer que la victime soit à l'aise pour témoigner.
Donc, on veut rendre ça beaucoup plus
orienté vers le fait que la victime soit à l'aise, qu'elle ne craigne pas de
venir à la cour justement pour confronter son potentiel agresseur.
Donc, l'idée, là, c'est vraiment d'adapter
nos tribunaux civils, familiaux à la réalité des personnes victimes pour ne pas
qu'elles refusent de venir à la cour ou qu'elles se disent : Je ne
prendrai pas mon recours parce que le système de justice n'est pas adapté.
Donc, on adapte comme le tribunal en
matière de violence sexuelle et conjugale en matière civile. Puis ça faisait
suite à la recommandation 145 du rapport Rebâtir la confiance,
d'adapter justement l'aide au témoignage pour les personnes victimes.
Des voix : ...
M. Morin : Oui. Bien, vous
êtes plus criminel, là, mais...
M. Jolin-Barrette : Oui,
mais, sur l'aspect familial et civil, il en parlait aussi, parce que, souvent,
on se retrouve avec des situations où il y a des enfants puis on se retrouve de
toute façon en famille pour la garde, la pension, mais avant on est passé au
criminel, supposons, ou vice versa, là.
M. Morin : C'est ça, parce
que les deux peuvent malheureusement survenir en même temps, ou un peut donner
naissance à l'autre, l'autre litige au recours. Maintenant, l'article, le 9...
Oui?
Le Président (M.
Bachand) :Sur l'amendement, est-ce qu'il
y a des interventions plus spécifiques sur l'amendement?
M. Jolin-Barrette : ...pour
le paravent, notamment.
M. Morin : En fait, c'est le
témoignage à distance, votre amendement. Il y a le paravent, la personne qui
l'accompagne et le chien.
M. Jolin-Barrette : Oui.
Bien, en fait, il était déjà là, le chien, c'est parce que c'est une
reformulation. Ce qui manquait, c'était le paravent.
M. Morin : OK. Donc, dispositif
permettant de ne pas voir cette partie ou <témoin...
M. Morin :
...OK. Donc,
dispositif permettant de ne pas voir cette partie ou >témoin.
M. Jolin-Barrette : C'est ça.
Puis on vient le clarifier que c'est au choix de la personne aussi.
M. Morin : Oui, donc vous
commencez avec «à son choix», mais la personne pourrait, par exemple, témoigner
à l'aide d'un dispositif permettant de ne pas voir la partie et, en plus, être
accompagnée d'un chien. Ce n'est pas exclusif.
M. Jolin-Barrette : Exactement.
M. Morin : C'est cumulatif.
M. Jolin-Barrette : C'est
cumulatif.
M. Morin : OK. Non, je n'ai
pas d'autre question.
Le Président (M.
Bachand) :S'il n'y a pas d'autre
intervention, est-ce que l'amendement à l'article 9 est adopté?
Des voix : ...
Le Président (M.
Bachand) :Donc, on revient à l'article 9
tel qu'amendé.
Des voix : ...
Le Président (M.
Bachand) :M. le député de l'Acadie, vous
avez la parole, oui.
M. Morin : Oui, mais est-ce
que le ministre voulait ajouter quelque chose?
M. Jolin-Barrette : ...
M. Morin : OK. C'est bon.
Alors, on y va. Merci, M. le Président. On continue.
Donc, je comprends qu'à l'article 9,
avec l'insertion qui est prévue ici, si la partie a déposé au greffe une
attestation qui confirme qu'elle s'est présentée au service d'aide aux
personnes victimes reconnues par le ministère, elle va pouvoir témoigner avec
un moyen que je qualifierais donc d'adapté, c'est-à-dire témoigner à distance
ou à l'aide d'un dispositif qui permet de ne pas voir la partie. Et donc je
comprends que, dans ce cas-là, le tribunal n'a pas de discrétion.
M. Jolin-Barrette : Mais le
tribunal a une discrétion pour le témoignage en personne s'il croit que cela
l'empêchera d'apprécier la crédibilité de la personne.
M. Morin : C'est parce que
vous dites «le témoin avec l'autorisation du tribunal», ça fait que moi, la
façon dont je le disais, c'est que ce premier cas de figure là, donc oui, le
témoin est là, donc il demande l'autorisation du tribunal de pouvoir utiliser
un autre moyen pour témoigner, puis le tribunal lui donne la permission ou
refuse parce que le tribunal veut apprécier la crédibilité du témoin, mais,
après ça, il y a le «ou», donc, et ce n'était pas clair quand je l'ai lu, «la
partie qui a déposé au greffe une attestation», est-ce que le tribunal pourrait
lui dire : Oui, vous avez une attestation, mais je veux quand même vous
entendre en personne, parce que je vais en avoir de besoin pour évaluer votre
crédibilité?
M. Jolin-Barrette : La
réponse à cette question-là, c'est oui. Donc, c'est la fin de l'article :
«Le tribunal peut également ordonner le témoignage en personne puisque...
lorsqu'il estime que le témoignage à distance ne lui permet pas d'apprécier la
crédibilité du témoin.»
Une voix : ...
M. Jolin-Barrette : Oui, il
pourrait avoir le paravent dans ce cas-là et ne pas voir l'auteur de la
violence.
Dans le fond, ce qu'on voulait insérer,
là, c'est qu'actuellement c'était une demande à la cour, actuellement, pour
témoigner à distance. Puis ce qu'on me raconte, c'est que c'était peu accordé.
Or, c'est un élément important, pour les personnes victimes de violence, de
pouvoir témoigner à distance ou ne pas témoigner dans la même salle.
Donc, on vient inverser un peu l'article,
on dit : Une personne qui a une attestation d'un organisme, qui est
victime de violence sexuelle ou violence conjugale, elle va pouvoir le faire.
Donc, le principe général, c'est, lorsque j'ai mon attestation, je peux
témoigner à distance ou dans une autre salle. C'est le principe de base.
À la fin de l'article, on dit... on
préserve, je vous dirais, une modalité que le tribunal a à sa discrétion pour
dire : Bien, si c'est pour analyser la crédibilité, s'il n'est pas en
mesure, lorsque la personne témoigne à distance, d'apprécier sa crédibilité, il
peut refuser la demande. Mais là, à ce moment-là, il pourrait y avoir le
paravent.
Mais ce que je veux dire, c'est
qu'actuellement aussi il pouvait renoncer... Le tribunal pouvait ne pas
accorder le fait que la personne soit accompagnée d'un chien d'assistance, ça,
on en a eu des cas, et il pouvait refuser également que la personne victime
témoigne derrière un paravent. Or, là, ce ne sera plus possible. Il va devoir
le faire.
Le seul élément où le tribunal a sa
discrétion, c'est de dire : Bien, il faut que la personne témoigne dans la
salle pour apprécier sa crédibilité. Mais si la personne victime veut témoigner
derrière un paravent, elle va avoir le droit de témoigner derrière un paravent.
Le tribunal ne pourra pas l'interdire de témoigner derrière le paravent. Il ne
pourra pas l'empêcher d'être accompagnée d'une personne de confiance puis il ne
pourra pas l'empêcher de venir avec un chien, comme on a au tribunal
spécialisé, pour l'aider dans... au niveau de son anxiété, son angoisse, pour
livrer son témoignage.
M. Morin : OK. Donc...
M. Jolin-Barrette : Donc, on
part du principe de base qu'on donne tous les outils à la personne <victime...
M. Morin :
...OK. Donc...
M. Jolin-Barrette :
Donc,
on part du principe de base qu'on donne tous les outils à la personne >victime
pour témoigner à distance : paravent, chien assistance, personne de
soutien ou... pas personne de soutien, personne accompagnatrice, chien de
soutien. Donc, tout ça est offert à la personne victime.
Donc, le tribunal est obligé de lui
offrir, mais le seul moment où il peut dire «vous n'allez pas témoigner à
distance», c'est que si je ne suis pas en mesure d'évaluer votre crédibilité,
vous allez devoir témoigner dans la salle de cour, mais tout le reste des
mesures s'applique.
M. Morin : OK. Parfait.
Excellent. Puis, si le juge dit qu'il faut que la personne soit en présence,
bien, évidemment, sa justification, c'était qu'il en a besoin pour apprécier la
crédibilité du témoin, il n'a pas à le justifier davantage.
M. Jolin-Barrette : Exactement.
Mais c'est déjà un pouvoir qui est inhérent à la cour, actuellement, là, pour
apprécier la crédibilité pour faire son travail, mais on vient baliser.
Là, maintenant, ce n'est pas : Non,
non, je ne veux que vous soyez dans la salle de cour puis ça va bien aller, là.
Non, à partir du moment où... je vais féminiser, là, à partir du moment où madame
a une attestation, supposons, du CAVAC, bien, elle est en droit de demander au
tribunal d'avoir toutes ces mesures de soutien au témoignage et ces mesures-là
doivent lui être accordées par la cour.
Et si elle demande de témoigner à distance
puis que le tribunal dit : Bien non, pour votre... pour analyser votre
crédibilité relativement à votre témoignage, je veux que vous témoigniez devant
moi, bien là, elle va quand même pouvoir avoir le paravent, le chien, la
personne de confiance avec elle, ce qui n'était pas le cas, actuellement.
• (18 h 20) •
M. Morin : Je comprends.
M. Jolin-Barrette : Donc, on
a eu certaines difficultés dans certains districts.
Une voix : ...
M. Morin : D'accord. Bien là,
c'est devant la Cour supérieure, ça, ça fait que j'imagine que si c'est devant
la Cour supérieure... En fait, la déduction logique est à l'effet que ça
devrait être devant la Cour supérieure, j'imagine, en tout cas.
Mais là je reviens à ma question que je
vous posais puis le commentaire que j'ai fait au début. Les CAVAC vont avoir
plus de personnel puis plus de budgets pour être capables de rendre tous ces
services-là, parce que ça, il y a plusieurs groupes qui nous l'ont dit, sur
papier, là, c'est... effectivement, c'est très bien, on est tous d'accord, mais
s'ils ont les ressources actuelles, bien, ils ne seront pas capables, ils ne
vont pas arriver.
Puis avez-vous un programme pour que ces
organismes-là puissent acquérir des chiens qui sont formés? Parce que ça non
plus, ça n'arrive pas, il n'y aura pas une génération spontanée, à ce
niveau-là, là
M. Jolin-Barrette : Bien,
moi, je peux vous... Bien, en fait, premièrement, les services, les organismes
comme ça ont l'habitude de fournir des attestations, donc, exemple, le CAVAC, ils
sont habitués, notamment en matière de bail de logement, également en matière
de...
Vous vous souvenez, quand on a fait
famille, là, sur le cas des psychologues, pour qu'on puisse... que, supposons,
une mère puisse amener son enfant pour des services psychologiques. Donc, ça,
on l'a couvert. Donc, ils sont déjà habitués, donc...
M. Morin : Oui, ils sont
habitués, mais c'est parce que vous en rajoutez tout le temps.
M. Jolin-Barrette : Mais
c'est souvent les mêmes clientèles qui sont déjà en matière criminelle.
Donc là, on incorpore les outils qu'on a
en matière criminelle à la cour civile, parce que ce n'était pas normal que,
quand vous alliez en matière criminelle sexuelle, supposons, pour une agression
sexuelle ou une violence conjugale, vous ayez ces outils-là pour vous aider à
témoigner, puis là, après ça, vous alliez chercher une pension alimentaire, ou
une séparation, ou un divorce à la Cour supérieure, puis là vous vous ramassiez
à trois pieds de la personne, directement à témoigner pour dire pourquoi vous
voulez la garde de l'enfant, alors que monsieur est juste à côté de vous.
M. Morin : Comprenez-moi
bien, là, moi, j'en suis, là, mais ce que je dis, c'est que les ressources,
évidemment, sont limitées.
Moi, quand j'ai rencontré des gens qui
font ce travail-là ou que je suis allé visiter des CAVAC, bien, ils sont tous
d'accord, on n'est pas contre ça, sauf qu'ils disent : À un moment donné,
on n'a pas... des ressources, là, on n'en a pas, là, ou il n'y en a pas assez.
Donc là, on en rajoute.
Alors, c'était le commentaire que je
faisais au départ. En théorie, c'est parfait, mais j'espère juste qu'en
pratique ça va suivre.
M. Jolin-Barrette : Je peux
vous garantir qu'on essaie de donner le maximum de ressources aux CAVAC.
M. Morin : D'accord.
M. Jolin-Barrette : Puis je
pense qu'au cours des dernières années on a démontré que c'était important pour
l'ensemble des Québécois.
M. Morin : Dans cette
disposition-là, il y a une adaptation que... bon, évidemment, qui peut être
physique, là, la présence d'un paravent, tout ça. Est-ce que... Si, par
exemple, la personne, la victime se représente seule, mais que l'autre <partie...
M. Morin :
...Est-ce
que... Si, par exemple, la personne, la victime se représente seule, mais que
l'autre >partie se représente seule, est-ce que l'autre partie va...
même s'il y a un paravent, va pouvoir interroger la victime ou si, dans des cas
comme ça, il faut que ce soit quelqu'un d'autre? Parce qu'il y a une
disposition semblable en matière criminelle, là, au niveau du
contre-interrogatoire de la victime. Est-ce qu'il y a des dispositions
semblables qui sont prévues?
M. Jolin-Barrette : Oui,
on l'a déjà fait dans le projet de loi n° 2, je crois, premier projet loi
en matière familiale, l'avocat-écran. Donc, c'est déjà une mesure qu'on a
incorporée.
Et là tout le monde est admissible. Donc,
il n'y a pas besoin d'admissibilité financière, c'est offert par l'aide
juridique. C'est bien ça? C'est ça.
M. Morin : OK. Donc, à
ce moment-là...
M. Jolin-Barrette : Donc,
on est cohérents dans le temps.
M. Morin : Oui. Très
bien. Non, c'est parfait. C'est parfait. Excellent.
Et évidemment le... il y a plusieurs... La
commission... Bon. Je vais vous faire le même un commentaire qui a été fait par
la commission de la santé et des services sociaux puis des Premières Nations,
en espérant que l'accès à un service de traduction et d'interprétariat va être
disponible partout au Québec.
La fédération des maisons d'hébergement parlait
aussi de la fragilisation et la vulnérabilisation des femmes non francophones
ou celles qui vivent en milieu rural ou en situation de précarité. On parle ici
d'angle mort.
Donc, dans votre plan, est-ce qu'il va y
avoir des mesures qui vont faire en sorte que ces personnes-là vont pouvoir
avoir accès à tous ces services-là?
M. Jolin-Barrette : Bien,
l'objectif, c'est de l'offrir à tous les citoyens en tout temps.
Là, ce qu'on fait c'est qu'on met un cadre
législatif pour dire aux tribunaux : Quand vous êtes en matière civile,
incluant en matière familiale, bien, on veut que ce soit beaucoup plus facile
pour les victimes de violence sexuelle et de violence conjugale, ça va de la
confiance dans le système de justice de la part des victimes.
Donc, ce qu'on a fait en matière
criminelle on l'amène également en matière civile. Donc, c'est sûr que nous, on
veut que ce soit utilisé. Mais, tu sais, on finance des organismes par le biais
du FAVAC, par le biais du FAJ. Donc, c'est sûr qu'on est toujours intéressés à
ce que les gens soient bien accompagnés.
Puis là vous parliez des personnes
autochtones. Le ministère de la Justice finance beaucoup d'organismes
autochtones à coût de plusieurs millions de dollars par année sur différents
projets.
Donc, on est toujours preneurs dans la
capacité financière que le ministère de la Justice a.
Mais c'est quand même un changement de
paradigme complet, là, dans le système de justice, là, ce qu'on fait depuis le
tribunal spécialisé avec ça. Puis, vous avez vu, ce sont notamment les
recommandations proposées par Juripop sur le mandat qu'on leur avait donné en
lien avec l'expertise qu'elles ont.
M. Morin : Exact. Au
niveau... Parce que dans l'article 9 vous parlez d'«une attestation
confirmant qu'elle s'est présentée à un service d'aide aux personnes victimes
reconnu par le ministère de la Justice». Donc, vous devez déjà avoir une liste,
j'imagine, parce que... qui est faite ou si vous allez refaire une liste avec
des organismes qui vont être reconnus? Puis comment vous allez les déterminer?
Puis est-ce que ça va être par règlement?
M. Jolin-Barrette : C'est
par arrêté ministériel. Puis on va probablement prendre la même liste que
normalement, là.
Si, exemple, pour être exonéré, là, de...
du... de la médiation... de la séance, là, sur la parentalité après la rupture
d'une personne, là, vous êtes obligé, là, d'aller chercher... c'est le papier
rose, là, vous êtes obligé d'aller chercher ça avant de pouvoir... que votre
dossier chemine, mais lorsqu'il y a violence conjugale, vous... vous pouvez
être exonéré de l'attestation pour ne pas être dans le même... dans la même
séance de formation que... que monsieur.
M. Morin : Donc, ça, ça
va être fait aussi?
M. Jolin-Barrette : Oui.
M. Morin : OK. Parfait.
C'était une demande du Barreau du Québec qui recommandait au ministère de
déterminer par règlement une liste d'organismes responsables pour offrir...
Bon.
Puis évidemment est-ce qu'il va y avoir de
la formation spécialisée qui va être offerte également? Parce que ça aussi,
c'est une recommandation du Barreau. Et comment vous allez déterminer...
Est-ce qu'il va y avoir une formation
spécialisée ou une habilitation pour les chiens d'assistance?
M. Jolin-Barrette : Bien
là, on travaille avec Mira pour le tribunal spécialisé, notamment pour les
chiens. Donc, la Sûreté du Québec également a des chiens. Donc, il y a peu... il
y a peu d'organismes qui fournissent des chiens d'assistance, notamment pour le
<tribunal...
M. Jolin-Barrette :
...fournissent
des chiens d'assistance, notamment pour le >tribunal, mais on a un bon
partenaire avec Mira. Là, on a deux chiens supplémentaires qui vont être
livrés.
Ça fait qu'éventuellement on souhaiterait
avoir des chiens dans tous les districts judiciaires.
M. Morin : Oui, bien,
idéalement, si vous voulez que ce projet de loi là ait sa pleine mesure, c'est
ce qui normalement devrait arriver, là. Avez-vous un échéancier ou un plan
pour...
M. Jolin-Barrette : Bien,
c'est parce que les chiens, ce n'est pas des machines.
M. Morin : Exact.
M. Jolin-Barrette : Tu sais,
on en avait un à Québec, puis il a dû être déclassé qu'on dit, oui, déclassé, parce
que, bon, le chien, au début, il était correct, mais c'est... émotivement, pour
le chien, c'est beaucoup aussi, donc le comportement, tout ça.
Donc, on travaille avec Mira. Il y en a
qui vont être livrés cet automne ou au printemps.
Une voix : ...
M. Jolin-Barrette : Oui, il y
a cinq nouveaux sous peu qui vont commencer leur formation. Donc, on y va
graduellement, mais on a un excellent partenariat avec la Fondation Mira.
M. Morin : Puis ça, à ce
moment-là, est-ce que vous avez des critères bien déterminés? Vous le faites
par règlement, par décret, ou vous faites confiance à Mira puis... Comment ça
fonctionne?
M. Jolin-Barrette : Vous
voulez dire pour les chiens d'assistance?
M. Morin : Pour les chiens,
oui, c'est ça. Pour savoir... Parce que, tu sais, s'ils sont déclassés ou
qualifiés, comment vous procédez?
• (18 h 30) •
M. Jolin-Barrette : Non, mais
c'est Mira, les spécialistes là-dedans, ils sont habitués pour les chiens pour
les personnes qui sont non voyantes, pour les chiens notamment d'accompagnement
pour les personnes en situation d'autisme, supposons, les chiens d'assistance
pour les personnes en situation de handicap aussi. Donc, ils sont vraiment
habitués de travailler depuis des dizaines d'années avec les chiens.
Donc, quand on a regardé ça pour le
tribunal spécialisé, bien, Mira s'est imposée parce que c'est les spécialistes,
mais on est ouverts à travailler avec d'autres organismes aussi, mais
actuellement, au Québec, c'est pas mal eux les... je vous dirais, les leaders
qui sont reconnus, puis sont les plus organisés, puis qui ont une capacité
aussi de... de production, si je peux dire.
M. Morin : Oui, exact, parce
qu'ils ont leur élevage également.
M. Jolin-Barrette : C'est ça.
M. Morin : OK. Parfait. Ça
va. Je vous remercie.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Donc, s'il n'y a pas
d'autre intervention à l'article 9, tel qu'amendé, est-ce que
l'article 9, tel qu'amendé, est adopté?
Des voix : Adopté.
Le Président (M.
Bachand) :Adopté. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Article 10 :
«L'article 444 de ce code est modifié par l'ajout, à la fin, de l'alinéa
suivant :
«Les renseignements contenus dans ces
déclarations sont confidentiels; ils sont recueillis uniquement pour l'application
de la Loi facilitant le paiement des pensions alimentaires par l'Agence du
revenu du Québec.» Commentaires : L'article 444 du Code de
procédure civile prévoit que les parties à une demande d'obligation alimentaire
doivent fournir des informations, notamment par une déclaration déposée au
greffe.
Par cohérence avec l'article 7 du
projet de loi, la modification rend les informations contenues dans la
déclaration confidentielle et limite leur utilisation aux seules fins de
l'application de la Loi facilitant le paiement des pensions alimentaires.
Le Président (M.
Bachand) :Donc, interventions à
l'article 10? M. le député d'Acadie.
M. Morin : En fait, donc
quand vous parlez des renseignements contenus dans ces déclarations, vous
faites référence aux déclarations et aux ordonnances ou vous parlez d'autres
déclarations ici?
M. Jolin-Barrette : Non, les
déclarations pour la demande d'obligation alimentaire. Dans le fond, on doit
indiquer les informations puis là on dit que c'est... c'est confidentiel, par
concordance avec l'article 7, notamment, sur la question l'information où
on élit domicile.
M. Morin : Oui. D'accord.
M. Jolin-Barrette : Pour que
ce ne soit pas accessible.
M. Morin : Qu'on a vu à 7?
M. Jolin-Barrette : C'est de
la concordance.
M. Morin : Parfait. Je vous
remercie.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Est-ce qu'il y a
d'autres interventions? S'il n'y a pas d'autre intervention, est-ce que
l'article 10 est adopté?
Des voix : Adopté.
Le Président (M.
Bachand) :Adopté. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : 11. L'article 445
de ce code est modifié par l'insertion, après «prescrits», de «, sauf les
déclarations requises en vertu de l'article 444».
Commentaires : L'article 445 du Code
de procédure civile prévoit la notification, du parent... du parent demandeur à
l'autre parent, des documents accompagnant la demande de pension alimentaire.
Par concordance avec la modification
proposée à l'article 444 du code, article 10 du projet de loi, la
présente modification vise à exclure des documents notifiés à l'autre parent, les
déclarations accompagnant la demande d'obligation alimentaire produites en
vertu de cet article 444.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Interventions? S'il n'y
a pas d'intervention, est-ce que l'article 11 est adopté?
Des voix : Adopté.
Le Président (M.
Bachand) :Adopté. M. le ministère.
M. Jolin-Barrette : Oui.
L'article 12 : «L'article 1974.1 du Code civil du Québec est
modifié par l'insertion, dans le troisième alinéa et après «qui, sur le vu», de
«d'un jugement constatant une situation de violence ou».
Commentaires : L'article 1974.1
permet la résiliation d'un bail de logement si la sécurité du locataire ou de
son enfant est menacée en raison de violence.
La résiliation survient après l'envoi d'un
avis accompagné d'une attestation d'existence de violence. Cette attestation
confirme que la résiliation du bail est la mesure appropriée pour assurer la
sécurité du locataire ou de son enfant. Cette attestation est délivrée par le
fonctionnaire désigné après qu'il a pris connaissance, notamment, de la
déclaration du locataire.
La modification vise à permettre au
fonctionnaire de délivrer l'attestation après avoir pris connaissance d'un
jugement constatant la violence.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. Interventions?
M. Jolin-Barrette : Donc, ça
répond à l'article... à la recommandation 135 du rapport Rebâtir la
confiance.
Le Président (M.
Bachand) : Merci, M. le député d'Acadie.
M. Morin : Merci, M. le
Président. Ici, vous faites référence ou vous parlez d'une situation...
18 h 30 (version révisée)
Le Président (M. Bachand) :...merci. M. le député d'Acadie.
M. Morin : Merci, M. le
Président. Ici, vous faites référence ou vous parlez d'une situation de
violence. Par contre, quand on a regardé un peu plus tôt l'article 515.1,
là on parle de violence basée sur la conception de l'honneur, violence
familiale, conjugale, sexuelle, intimidation, harcèlement. Donc, est-ce que
vous êtes prêt à considérer, peut-être, l'ouverture ou d'élargir le critère?
C'était une recommandation qui a été faite
par la Fédération des maisons d'hébergement pour femmes, à l'article... à la
page 15, finalement, de leur mémoire, qui suggérait de reprendre un peu,
finalement, la définition qu'on a vue un peu plus tôt à 515, en disant :
«Un locataire peut résilier le bail en cours si, en raison d'un contexte de
violence basée sur une conception de l'honneur, violence familiale, conjugale
ou sexuelle, intimidation ou de harcèlement, sa sécurité ou celle d'un enfant
est menacée.»
Et, en fait, c'est un argument... une
modification qu'ils proposaient, où ils disaient aussi plus tard : «L'avis
doit être accompagné d'une attestation d'un fonctionnaire ou d'un officier
public désigné par le ministre de la Justice, qui, sur le vu d'un jugement constatant
une situation de violence ou de la déclaration sous serment d'un locataire...»
Donc, est-ce que c'est quelque chose que
vous seriez prêt à considérer, donc d'ouvrir? Parce que, là, on parle d'une
situation de violence, mais ça pourrait peut-être aider le décideur à bien
cerner les paramètres pour résilier le bail.
M. Jolin-Barrette : Vous
avez, là, au premier alinéa, 1974.1, là : «Un locataire peut résilier
le bail en cours si, en raison de violence sexuelle, de violence conjugale ou
de violence envers un enfant qui habite le logement visé par le bail, sa
sécurité ou celle de l'enfant est menacée.
«La résiliation prend effet...»
Là, on se retrouve, là :
«L'avis doit être accompagné d'une
attestation d'un fonctionnaire ou d'un officier désigné par le ministre de la
Justice, qui, sur le vu d'un jugement constatant une situation de violence ou
de la déclaration sous serment...»
Ça fait que vous l'avez, le rattachement
avec la violence familiale, sexuelle ou...
M. Morin : Parfait. Merci.
Le Président (M. Bachand) :
Merci.
M. Morin : Et, une fois,
évidemment, que le bail est résilié... il y a plusieurs organismes qui nous ont
parlé aussi du financement des maisons d'hébergement, parce que c'est beau de
résilier le bail, mais là il faut que les gens, ils vivent ailleurs après.
Donc, est-ce qu'il y a des programmes qui vont être prévus pour ça également?
M. Jolin-Barrette : Mais là
les maisons d'hébergement relèvent de ma collègue à la Condition féminine. On a
mis énormément d'argent dans les maisons d'hébergement au cours des dernières
années, plusieurs centaines de millions de dollars, vous vous souviendrez.
Alors, les discussions ont cours entre ma collègue et les maisons d'hébergement.
M. Morin : D'accord. Merci.
Le Président (M.
Bachand) :Est-ce qu'il y a d'autres
interventions? S'il n'y a pas d'autre intervention, est-ce que l'article 12
est adopté?
Des voix : Adopté.
Le Président (M.
Bachand) :Adopté. M. le ministre.
M. Morin : ...
Le Président (M. Bachand) :
Oui?
M. Morin : En fait, j'aimerais
voir avec M. le ministre, parce que, là, on a ouvert le Code civil du Québec et
qu'on parle, évidemment, de situations de violence ou de violence familiale.
Est-ce que M. le ministre serait ouvert à rajouter un article dans le Code
civil, à 898.2... on a déjà eu, évidemment, le... la discussion dans un autre
projet de loi, mais en ce qui a trait, en cas de séparation de corps ou de
dissolution ou de nullité du mariage, ou de dissolution de l'union civile, le
partage ou l'attribution d'un... à un des conjoints ou au survivant à l'usage d'un
animal.
M. Jolin-Barrette : Bien,
écoutez, on a eu la discussion au mois de juin dernier là-dessus.
M. Morin : Oui, exact.
M. Jolin-Barrette : Le
ministère de la Justice...
M. Morin : Oui, je me
souviens. D'ailleurs, le professeur Roy était là.
M. Jolin-Barrette : Oui. Le
ministère de la Justice a rencontré certains organismes de protection des
animaux, mon cabinet aussi, mais on n'est pas encore prêts à revenir avec le
fruit de nos réflexions là-dessus.
M. Morin : D'accord. Vous
aviez montré une ouverture, alors... C'était mon souvenir.
M. Jolin-Barrette : Bien,
j'ai... Oui.
M. Morin : Donc, je voulais
profiter de... Parce que, vous savez, ce n'est pas tous les jours qu'on ouvre
le Code civil, donc... Bien, on peut l'ouvrir pour le lire, mais l'ouvrir pour
l'amender, c'est autre chose.
M. Jolin-Barrette : Bien,
vous et moi, on le fait assez fréquemment, moi, je trouve, une couple de fois
par année. Puis on devrait faire... Il reste deux ans, là. Bien, j'espère, j'espère.
On va toucher du bois. Bien, alors, je ne suis pas prêt encore...
Bien, vous pouvez me proposer l'amendement, vous pouvez le <déposer...
M. Jolin-Barrette :
...encore...
Bien, vous pouvez me proposer l'amendement, vous pouvez le >déposer si
vous voulez, mais il va falloir encore travailler avec les équipes, là, parce
qu'il y a des modalités associées à tout ça, là.
M. Morin : Des modalités?
M. Jolin-Barrette : Bien,
supposons, sur le partage d'un animal.
M. Morin : Oui. En fait, c'est
ça, oui, sur le... la propriété ou l'usage de l'animal, compte tenu,
évidemment, que ce n'est pas juste un bien, au sein du Code civil, puis qu'il y
a des impératifs biologiques à cet effet-là.
Le Président (M.
Bachand) :M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Oui. Bien,
c'est ça. Comme je vous disais, c'est encore en analyse, parce qu'il y a des
enjeux rattachés au démembrement du droit de propriété, notamment.
M. Morin : De l'animal.
M. Jolin-Barrette : De l'animal.
Notamment le fait que, désormais, un animal, ce n'est plus un bien, c'est...
M. Morin : Exact. C'est ce
que je disais.
M. Jolin-Barrette : ...c'est
doué de sentiments.
M. Morin : Tout à fait.
M. Jolin-Barrette : Mais, par
contre, la... c'est... c'est le chapitre sur le droit des biens qui s'applique
quand même, même s'il est doté d'émotions ou de...
M. Morin : Oui. De
sensibilité, d'émotions, oui.
M. Jolin-Barrette : De sensibilité,
c'est ça. Alors, moi, j'ai de l'ouverture, mais je ne suis pas encore prêt. Ça
demande... Ça peut paraître simple, mais c'est... c'est plus compliqué
juridiquement.
M. Morin : D'accord. Est-ce
que je peux vous demander une suspension, s'il vous plaît, M. le Président?
Le Président (M.
Bachand) :Oui. On va suspendre quelques
instants. Merci.
(Suspension de la séance à 18 h 40)
(Reprise à 18 h 45)
Le Président (M.
Bachand) :À l'ordre, s'il vous plaît! La
commission reprend ses travaux. M. le député de l'Acadie, s'il vous plaît.
M. Morin : ...avant... avant
la suspension, on était en train de discuter avec M. le ministre de la
possibilité de déposer un amendement. Je rappelle simplement que, pour les fins
du Code civil, les animaux ne sont pas des biens, ils sont quand même dans le
livre des biens, mais ce ne sont pas des biens, et qu'ils sont doués de
sensibilité, et ils ont des impératifs biologiques, ce qui est... ce qui est
évident.
C'est un... C'est un dossier que je trouve
quand même important. Je comprends que M. le ministre nous dit qu'il est... qu'il
n'a pas encore statué, qu'il n'est pas encore prêt là-dessus. Maintenant,
j'aimerais savoir, dans vos... dans vos réflexions, est-ce que vous êtes en
consultation avec différents groupes. Avez-vous, par exemple, parlé à la SPCA
récemment, d'autres groupes? Vous êtes... Vous êtes rendu à quel... à quel
niveau? Puis quelle est la progression, finalement, de vos travaux là-dessus?
M. Jolin-Barrette : À votre
question, oui, la SPCA a été rencontrée par le ministère de la Justice. On est
en réflexion parce que ça amène des discussions. Quand quelqu'un est
propriétaire, supposons, de l'animal, supposons qu'il serait accordé à l'autre
personne, bien, c'est son droit de propriété qui serait transféré par le
tribunal aussi. Donc, les enjeux sont quand même complexes pour un animal
aussi, puis dans un contexte, supposons, de violence, puis c'était le chien de
qui, c'était... c'était une copropriété. Alors, il y a beaucoup d'analyses à
faire pour être sûrs de bien faire les choses puis ça ne soit pas l'objet d'un
litige supplémentaire non plus à la cour. Donc, on veut arriver avec une
réflexion complète, puis on n'est pas rendus là.
M. Morin : Très bien. Alors,
je vous remercie. Donc, à ce stade-ci, je ne vais pas déposer d'amendement, M.
le Président, mais c'est un... c'est un dossier que je trouve important, on a
déjà eu des discussions, alors je voulais revenir à la charge et voir où on en
était rendus. Alors, on aura sûrement l'occasion d'en reparler éventuellement.
Je vous remercie.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. Donc, M. le
ministre, pour la suite des choses.
M. Jolin-Barrette : Oui,
l'article... On était-tu à 13? Oui, hein? 13.
Le Code civil du Québec est modifié par
l'insertion, après l'article 2858, du suivant :
«2858.1. Lorsqu'une affaire comporte des
allégations de violence sexuelle ou de violence conjugale, sont présumés non
pertinents :
«1° tout fait relatif à la réputation de
la personne prétendue victime de la violence;
«2° tout fait relié au comportement sexuel
de cette personne, autre qu'un fait de l'instance, et qui est invoqué pour
attaquer sa crédibilité;
«3° le fait que cette personne n'ait pas
demandé que le comportement cesse;
«4° le fait que cette personne n'ait pas
porté plainte ni exercé un recours relativement à cette violence;
«5° tout fait en lien avec le délai à
dénoncer la violence alléguée;
«6° le fait que cette personne soit
demeurée en relation avec l'auteur allégué de cette violence.
«Tout débat relatif à la recevabilité en
preuve d'un tel fait constitue une question de droit et se tient à huis clos,
malgré l'article 23 de la Charte des droits et libertés de la personne.»
Commentaire : Le nouvel article crée,
à l'égard d'une affaire civile dans laquelle est alléguée de la violence, une
présomption de non-pertinence de certains faits en lien avec la réputation ou
le comportement de la personne victime de cette violence.
Donc, l'idée, c'est : les mythes et
stéréotypes, qui ne sont pas admissibles en preuve en matière criminelle, on
voulait les incorporer également en matière civile pour faire en sorte qu'on ne
puisse pas les utiliser également en matière civile à l'encontre d'une personne
qui allègue être victime de violence sexuelle, violence conjugale.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. Donc, M. le
député d'Acadie.
M. Morin : Merci, M. le
Président. Alors, est-ce que cette liste-là, elle est... elle est exhaustive ou
pas?
M. Jolin-Barrette : Bien, en
fait, c'est les... c'est les principales règles de common law qui se retrouvent
en matière criminelle. Puis ça répond à la recommandation 146 du rapport Rebâtir
la confiance, là : «modifier la règle de la pertinence de la preuve de
manière à exclure l'introduction des mythes et préjugés dans l'évaluation de la
crédibilité de la victime d'agression sexuelle ou violence conjugale», donc
notamment la question du passé sexuel de la plaignante, 276 du Code criminel, <l'abolition...
M. Jolin-Barrette :
...violence
conjugale», donc notamment la question du passé sexuel de la plaignante, 276 du
Code criminel, >l'abolition de la plainte spontanée, 275 du Code criminel.
Bon, on ne doit pas juger la crédibilité d'une personne victime en fonction du
moment du dévoilement de son comportement postérieur à l'agression, donc une
décision de la Cour suprême, R. contre D.D., en 2000... Oui.
Ça fait que, dans le fond, on est venus
colliger puis codifier, dans le Code civil, qu'on ne peut pas... on ne peut pas
en tirer une inférence négative, là, du sens que sont présumés non pertinents
ces faits-là : comportements sexuels antérieurs, comportements de la
réputation, le fait qu'elle n'a pas porté plainte, le fait que la personne,
elle soit demeurée avec l'auteur de la violence pour dire : Bien, dans
votre recours en responsabilité civile, vous n'êtes pas crédible, s'il vous
agressait, pourquoi vous êtes restée avec?, pour attaquer la crédibilité de la
personne.
M. Morin : Bien. Je vous
remercie. Est-ce qu'à 1°, tel que le souligne Juripop, ce ne serait pas plus
précis de parler de victime alléguée plutôt que de prétendue victime? Parce que
ce qu'ils soulignaient, c'est que l'utilisation de «prétendue victime» peut
amener une victimisation secondaire.
M. Jolin-Barrette : En fait,
à ça, c'est parce qu'on vise les témoins également. Donc, ça se peut que le
témoin...
Une voix : ...
M. Jolin-Barrette : Oui,
c'est ça. Ça fait que, si c'est le témoin... En fait, c'est ça, si c'est un
témoin qui est là, ça va s'appliquer au témoin également, tandis que, si on
avait dit «victime alléguée», dans le fond, on se retrouvait dans les
allégations du dossier.
Des voix : ...
Le Président (M. Bachand) :
...
M. Morin : Bien, c'est-à-dire
que je veux attendre.
M. Jolin-Barrette : C'est ça.
Dans le fond, là, la prétendue victime, là, ça comprend autant la personne qui
a... qui est demandeur dans le dossier que le témoin qui vient témoigner aussi.
On voulait être plus large qu'uniquement la personne qui fait la demande.
M. Morin : Puis, selon vous,
si on utilise...
• (18 h 50) •
M. Jolin-Barrette : Parce que
ça ne va pas nécessairement... ça ne va pas nécessairement être allégué dans la
procédure que le témoin a été victime. Tu sais, exemple, là...
Une voix : ...
M. Jolin-Barrette : ...oui,
la personne qui fait la... qui fait la requête, OK, elle... supposons que c'est
la victime, elle est une victime, bien, le... ce qu'on met en place comme
moyens de faits non pertinents s'applique aussi à la personne qui vient
témoigner qui n'est pas le demandeur, demandeur victime. Exemple, vous avez un
témoin qui est victime, on veut que les règles de preuve associées à la
personne qui vient témoigner, qui a été victime de violence sexuelle ou violence
conjugale, s'appliquent aussi. Donc, ce n'est pas uniquement l'auteur de la
demande, de la requête devant le tribunal, de l'action, dans le fond.
Je vous donne un exemple. Supposons que
vous aviez madame qui fait la demande, OK, puis il y a un témoin qui vient
témoigner, puis supposons que c'est un témoin qui a été agressé sexuellement
mais qu'il n'y a pas de chef de réclamation pour lui dans la requête, il n'est
pas partie au litige, supposons, c'est l'enfant qui a été agressé sexuellement,
bien, on veut que ces antécédents-là ne... ne lui soit pas opposable cette
ligne de questions là. Dans le fond, on vient couvrir plus large. Le choix des
mots, pourquoi on utilise «prétendue victime» et non pas «victime alléguée»,
c'est pour venir également couvrir le témoin qui viendrait témoigner dans cette
cause-là.
M. Morin : OK.
Le Président (M.
Bachand) :J'aurais le député de Jean-Lesage,
s'il vous plaît.
M. Zanetti : Oui. Merci, M.
le Président. Au début de l'article, là, quand on dit : «Lorsqu'une
affaire comporte des allégations de violence sexuelle ou de violence
conjugale», pourquoi est-ce que vous n'avez pas décidé de mettre la formule de «violence
familiale, y compris conjugale», comme on le voit parfois ailleurs? Est-ce que
c'est juste un oubli, ou une... un choix conscient, ou...
M. Jolin-Barrette : Bien, dans...
dans ces cas-là, c'est par rapport au témoignage de la personne qui vient. Dans
le fond, les faits, on ne veut pas qu'elle puisse être questionnée en lien avec
les cas de violence conjugale et de violence sexuelle. Exemple, sur le passé
sexuel, ça touche <véritablement...
M. Jolin-Barrette :
...de
violence conjugale et de violence sexuelle. Exemple, sur le passé sexuel, ça
touche >véritablement la violence sexuelle, donc ce n'est pas en lien
avec la violence familiale. C'est vraiment mythes et stéréotypes rattachés à
une situation de violence conjugale ou à une situation de violence sexuelle.
Exemple, une action en réparation... une
action en dommages et intérêts basée sur le fait que madame dit : Bien,
vous m'avez causé des dommages physiques et psychologiques, je vous réclame,
supposons, 100 000 $, à monsieur, bien là, on ne veut pas que ça lui
soit opposé, que ça... avec 5°, le délai que ça a pris à dénoncer la violence
alléguée en matière de violence conjugale. Tu sais, supposons qu'elle est
restée pendant 10 ans avec lui même s'il la battait, bien, ce n'est pas un
motif, en matière civile, pour dire : Bien, elle n'a pas de crédibilité
parce que, si je la battais, elle l'aurait dit plus rapidement, ça fait que,
voyez-vous, elle ment, tu sais, pour attaquer la crédibilité de la personne.
M. Zanetti : Je comprends.
Donc, c'est juste qu'au fond, ici, il ne peut pas y avoir rien par rapport à la
violence familiale qui soit pertinent, là, dans le contexte, là. Ça ne pourrait
pas arriver dans un contexte de violence familiale.
M. Jolin-Barrette : Bien,
dans la jurisprudence, supposons, il n'y a pas de mythe ou stéréotype reconnu
par les tribunaux qui toucherait la violence envers les enfants, à l'exception,
supposons, de la violence sexuelle. Tu sais, quand on parle de violence
familiale, on vise la violence notamment envers les enfants.
M. Zanetti : Violence
physique.
M. Jolin-Barrette : Oui.
M. Zanetti : Ou sexuelle.
M. Jolin-Barrette : Oui.
Mais...
M. Zanetti : Mais là c'est
couvert.
M. Jolin-Barrette : Oui, mais
parce que, normalement... tu sais, les mythes et stéréotypes envers l'enfant,
on ne dira pas que l'enfant est resté là, c'est son parent, là.
M. Zanetti : Oui, je
comprends.
M. Jolin-Barrette : Tu sais,
«le fait que cette personne soit demeurée en relation avec l'auteur alléguée de
cette violence», c'est son parent. Ça fait que c'est différent un peu.
M. Zanetti : Oui, c'est ça.
Ça ne s'applique pas vraiment aux enfants.
M. Jolin-Barrette : C'est ça.
C'est ça.
M. Zanetti : Je comprends ce
que vous voulez dire.
M. le Président, j'aimerais ça suspendre
pour proposer un amendement.
Le Président (M.
Bachand) :Parfait. On va suspendre
quelques instants. Merci.
(Suspension de la séance à 18 h 56)
19 h (version révisée)
(Reprise à 19 h 06)
Le Président (M.
Bachand) :À l'ordre, s'il vous plaît! La
commission reprend ses travaux. M. le député de Jean-Lesage, s'il vous plaît.
M. Zanetti : ...M. le
Président. Alors, l'amendement se lit comme suit. Donc, il s'agit :
D'ajouter, à l'article 2858.1...
2858.1 du Code civil du Québec, introduit par l'article 13 du projet de
loi, au 2e alinéa, après «sa crédibilité» : «ou pour en déduire que
cette personne est plus susceptible d'avoir consenti à l'activité à l'origine
de l'allégation de la violence».
Donc, c'est... Est-ce que vous voulez que
je lise l'article, tel qu'amendé? Je pense que ça va, hein? Alors, c'est... l'idée,
c'est de... d'aller plus loin encore dans, disons, le fait d'écarter certains
mythes qui peuvent être retenus contre quelqu'un. Et je pense que... bien, c'est
une recommandation qui vient d'un mémoire qui a été vu en commission, puis je
pense que ça vient... disons, ça va dans le sens, j'ai l'impression, de l'intention
du ministre, mais plus loin encore, plus sûr. Je pense que ça pourrait être une
bonne idée.
M. Jolin-Barrette : ...pouvez-vous,
M. le Président, demander... bien, M. le député de Jean-Lesage, me l'expliquer
davantage, «tout fait relié au comportement sexuel de cette personne, autre qu'un
fait de l'instance, et qui est invoqué pour attaquer sa crédibilité ou pour en
déduire que cette personne est plus susceptible d'avoir consenti à l'activité à
l'origine de l'allégation de violence»? Je ne suis pas sûr de saisir.
M. Zanetti : Oui. Bien, c'est
la question... tu sais, lorsque la question du consentement est remise en
question, pour ne pas que des faits reliés aux comportements sexuels puissent
être utilisés pour dire, par exemple : Cette personne-là, elle a eu tel comportement,
donc c'est sûr qu'elle a consenti à ça. Ou : Voyons donc, elle n'a pas
consenti. Ou... Vous voyez, c'est comme...
M. Jolin-Barrette : Mais c'est
déjà couvert par 2, dans le fond, «tout fait relié au comportement sexuel de
cette personne».
M. Zanetti : Bien là, c'est
pour... Ça ne peut pas être évoqué pour attaquer sa crédibilité, mais on
rajoute une précision pour dire que ça ne peut pas non plus... Disons, elle
fait jeter le doute sur le consentement ou l'absence de consentement qui est
affirmé.
M. Jolin-Barrette : Mais là
vous vous retrouvez en situation où, supposons... Là, on est en matière civile,
là, mais si je fais le parallèle en matière criminelle, vous diriez : On
ne peut pas... Dans le fond, s'il y a un doute sur la question du consentement,
vous ne voudriez pas que ce soit un moyen de défense admissible?
M. Zanetti : Les
comportements sexuels de la personne, comportements antérieurs, ne peuvent pas
être utilisés comme un argument pour invalider ce qui est affirmé par rapport
au consentement <dans le cas précis...
M. Zanetti :
...ce
qui est affirmé par rapport au consentement >dans le cas précis. Ça va
vraiment dans le même sens, sauf que ça vient... ça vient ici cibler quelque
chose de plus large, que ça ne peut pas être utilisé pour attaquer sa
crédibilité ni pour dire : Dans le fond, elle a dû consentir à ça, malgré
ce qu'elle dit aujourd'hui, la personne.
M. Jolin-Barrette : Oui, mais
«tout fait relié au comportement sexuel de cette personne, autre qu'un fait de
l'instance, et qui est invoqué pour attaquer sa crédibilité», exemple quand je
mettais mon pyjama rouge, c'est que je voulais avoir une relation sexuelle, OK,
à toutes les fois, c'était ça. Et là vous me dites... Dans le fond, 2, là, ça
couvre déjà ça, son comportement, dans le fond, antérieur, ça ne peut pas
attaquer ma crédibilité. Là, vous, vous dites : Pour en déduire que cette
personne est plus susceptible d'avoir consenti, vous dites : C'est plus fort.
Si je mets mon pyjama rouge, ça voulait dire que je consentais à un rapport
sexuel.
M. Zanetti : Bien, je pense
que... en tout cas, je... l'exemple du pyjama rouge ne me parle pas vraiment,
mais, je veux dire, on pourrait dire... Bon, c'est parce que j'hésite à prendre
des exemples précis, là, je ne suis pas non plus avocat dans ces matières-là
puis je n'ai pas vu une centaine de cas par rapport à ça, OK? Ce que ce que je
vois ici, là, c'est que quelqu'un pourrait décider, pour dire : Cette personne-là
dit qu'elle n'a pas consenti, mais, dans le fond, elle a sûrement consenti
parce que, et insérer ici «invoquer un comportement sexuel passé pour dire...
pour alimenter sur la base de préjugés et de mythes, le fait que cette
personne-là, dans le fond, sa défense n'est pas crédible». Peut-être que je
suis trop dans l'abstrait. Il faudrait que je trouve un exemple, mais je... ça
m'apparaît... c'est...
• (19 h 10) •
M. Jolin-Barrette : OK. Bien,
écoutez...
M. Zanetti : Ce que je vous
propose, là, j'ai... Bien, c'est qu'en fait c'est que j'ai l'impression que,
pour attaquer sa crédibilité... j'ai l'impression que ça ne couvre pas
nécessairement ce qui est ajouté, que qu'est-ce qui est ajouté vient préciser
pour être sûr, sûr, sûr.
M. Jolin-Barrette : Bien,
c'est parce que ce que vous avez à 1, le paragraphe 1 : «Tout fait
relatif à la réputation de la personne prétendue victime de la violence», là,
bien, son passé, sa réputation, c'est couvert, là. Mais écoutez, je... comment
je pourrais dire, j'apprécie l'effort, mais moi, je suis à l'aise avec le
libellé que j'ai.
M. Zanetti : OK.
Le Président (M.
Bachand) : ...
M. Morin : Si je comprends
bien l'amendement qui est déposé par mon collègue, en fait, ça s'inspire de
l'article 276.1 du Code criminel. Et, dans les poursuites qui sont
énumérées à 276.1, où on parle évidemment du consentement de la victime, ce que
le code dit, c'est que le fait que le plaignant ait pu avoir une activité
sexuelle avec l'accusé ou un tiers est inadmissible pour permettre de déduire
du caractère sexuel de cette activité, qu'il est plus susceptible d'avoir
consenti à l'activité à l'origine de l'accusation ou soit moins digne de foi.
C'est ce que... en fait, c'est ce que l'Association nationale Femme et droit
souligne dans leur mémoire. Mais j'ai posé des questions qui tournent autour de
cet élément-là, M. le ministre, en ce qui a trait à 1 et 2 pour savoir si
c'était inclus, et le ministre a répondu, là, mais je pense que c'est inspiré
de... bien, comme il le souligne, de 276.1 du Code criminel, qui est un
contexte qui est peut-être un peu différent. Mais je laisse le soin à M. le
ministre de décider, évidemment, là.
Le Président (M.
Bachand) :Autres interventions? M. le
député de Jean-Lesage.
M. Zanetti : Bien, au fond,
je pense que c'est... dans l'interprétation du ministre, au fond, ce qui est
ajouté là est comme quelque chose de déjà sous-entendu par l'état actuel de
l'article tel que vous l'avez présenté. Ça me va. Mais je vais quand même
demander le vote, là, puis je vais voter pour.
Le Président (M.
Bachand) :...d'autre intervention, est-ce
que l'amendement du député Jean-Lesage est adopté?
Des voix : Rejeté.
M. Zanetti : Bien, sur
division.
Le Président (M.
Bachand) :Sur division.
M. Zanetti : Bien, adopté.
Le Président (M.
Bachand) :Adopté. Alors donc, merci
beaucoup. Alors, M. le ministre, pour la suite des choses.
M. Jolin-Barrette : Mais
l'amendement est rejeté...
Le Président (M.
Bachand) :L'amendement est rejeté, oui,
oui, est rejeté, oui, oui, excusez...
Des voix : ...
Le Président (M.
Bachand) :Il est 19 heures, presque
14, c'est pour ça, là. Alors donc, on y va.
M. Jolin-Barrette : ...voter
13?
Le Président (M.
Bachand) :Donc, autres interventions sur
13? S'il n'y a pas d'autre intervention, est-ce que l'article 13 est
adopté?
M. Jolin-Barrette : Adopté.
Le Président (M.
Bachand) :Adopté. Alors donc, M. le
ministre.
M. Jolin-Barrette : Oui. 14 :
Ce code est modifié par l'insertion, après l'article 2874, du chapitre
suivant:
«Chapitre quatrième
«De la preuve de certains faits
«2874.1. Dans le cadre d'une action en
réparation du préjudice résultant d'un acte constituant <une infraction
criminelle...
M. Jolin-Barrette :
...résultant
d'un acte constituant >une infraction criminelle, le dépôt d'une copie
du jugement de culpabilité de l'auteur de cette infraction, passé en force de
chose jugée, suffit à faire preuve de la faute.»
Commentaires : Le nouvel article
proposé vise à ce que le dépôt d'un jugement déclarant coupable l'auteur d'une
infraction criminelle suffise à démontrer que ce dernier a commis la faute à
l'origine d'une action en réparation du préjudice en lien avec cette
infraction.
Le Président (M.
Bachand) :Oui.
M. Zanetti : Je pensais qu'on
votait, là, pour mon amendement. Mon amendement a été rejeté, mais, après ça,
vous avez tout de suite demandé le vote sur l'article.
Le Président (M.
Bachand) :J'ai demandé s'il y avait
d'autres interventions sur l'article 13.
M. Zanetti : Ah! je ne vous
ai pas bien compris, peut-être à cause de l'heure. J'avais un autre amendement
à présenter.
Le Président (M. Bachand) :C'est parce que, là, l'article 13 est fermé, est
adopté. Donc, ça prend un consentement pour le réouvrir.
M. Zanetti : Bien, on
pourrait peut-être, par consentement... c'est-à-dire qu'on commence avec mon
amendement sur l'article 13 demain.
Le Président (M.
Bachand) :Mais parce que l'article 13
a été adopté.
M. Zanetti : Oui, je sais,
mais peut-être que, là... de consentement, tout est possible.
Le Président (M.
Bachand) :Mais s'il y a consentement, on
est...
M. Zanetti : S'il y avait
possibilité... Je n'ai pas beaucoup... Je ne suis pas beaucoup intervenu, je
n'ai pas présenté d'amendements, hein? Peut-être que ça serait un facteur
facilitant.
Le Président (M.
Bachand) :Mais, de toute façon, compte
tenu de l'heure, la commission ajourne ses travaux sine die. Ça fait qu'on se
voit demain. Merci beaucoup. Belle soirée.
(Fin de la séance à 19 h 15)