Journal des débats de la Commission des institutions
Version préliminaire
43e législature, 2e session
(début : 30 septembre 2025)
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Le
mardi 9 décembre 2025
-
Vol. 48 N° 4
Consultation générale et auditions publiques sur le projet de loi n° 1, Loi constitutionnelle de 2025 sur le Québec
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9 h 30 (version non révisée)
(Dix heures)
Le Président (M.
Bachand) :À l'ordre, s'il vous plaît.
Bonjour, tout le monde. Merci d'être ici en cette belle journée très froide à
Québec, je dois vous le dire, et très chaude dans cette salle. Ayant constaté
le quorum, je déclare la séance de la Commission des institutions ouverte. La
Commission est réunie afin de poursuivre la consultation générale et les
auditions publiques sur le projet de loi n°1, Loi constitutionnelle de 2025 sur
le Québec. Avant de débuter, Mme la Secrétaire, y a-t-il des remplacements?
La Secrétaire : Oui, M. le
Président. Mme Boivin Roy (Anjou—Louis-Riel), pardon, est remplacée par Mme Abou-Khalil
(Fabre); M. Lemieux (Saint-Jean), par M. Sainte-Croix (Gaspé); Mme Schmaltz
(Vimont), par Mme Blouin (Bonaventure); Mme Garceau (Robert-Baldwin),
par Mme Nichols (Vaudreuil); et Mme Massé
(Sainte-Marie—Saint-Jacques), par M. Bouazzi (Maurice-Richard).
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. Donc, ça fait
plaisir de débuter cette belle journée avec les représentants de la Fondation
Lionel-Groulx. Merci beaucoup d'être avec nous ce matin, c'est très apprécié. Alors,
vous connaissez les règles, votre présentation, après ça, une période d'échange
avec les membres de la commission. Donc, bienvenue, et je vous inviterais d'abord
à vous présenter, s'il vous plaît. Merci.
Mme D'Arcy (Myriam) : Alors
bonjour. Myriam d'Arcy, directrice générale de la Fondation.
Mme Ferretti (Lucia) : Lucia
Ferretti, vice-présidente de la Fondation Lionel-Groulx, historienne.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Vous pouvez débuter, s'il
vous plaît.
Mme D'Arcy (Myriam) : Oui. Alors,
je... on... je vais débuter par présenter notre organisme, la Fondation
Lionel-Groulx. Sa mission est d'œuvrer au développement et à la... au développement
de la nation québécoise par la promotion de son histoire, de sa langue et de sa
culture au cours des 15 dernières années. La Fondation a créé divers contenus
multiplateformes sur l'histoire du Québec, des contenus autant pour le grand
public, des contenus pour les jeunes, des contenus pour les nouveaux arrivants,
autant des livres savants que des contenus audio/vidéo, notamment la série Nos
Géants, qui cumule jusqu'à 2 millions de visionnements en ligne, qui se décline
en expositions, en livres jeunesse et en capsules télé et web. Récemment aussi,
on a produit la série 12 lois qui ont marqué le Québec, donc une série qui s'intéresse
aux lois qui ont structuré la société québécoise depuis 1867. Une série
présentée devant un public qui se décline en émission télé que vous pouvez
visionner les samedis soir si vous avez le temps, sur Cube Télé, Cube radio qui
sera aussi diffusée à partir de février sur Savoir Média et qui est disponible
sur nos plateformes et qui fera l'objet d'un livre à l'automne prochain. Alors,
je m'arrête là pour laisser tout le temps à ma collègue de vous présenter notre
mémoire et nos recommandations.
Mme Ferretti (Lucia) : Alors
bonjour. Je pense que ce n'est pas dans cette salle que je vais avoir besoin de
rappeler que le Québec, son État, sa nation, tous et chacun des Québécois, nous
vivons sous une constitution actuelle, la loi constitutionnelle de 1982, qu'aucun
gouvernement d'aucun parti politique qui ont gouverné le Québec n'a jamais
accepté de signer. J'aimerais aussi, j'ai vu ce matin une belle phrase de
Robert Charlebois : Demain, on a une grande journée, on repeint le ciel en
bleu. Puis j'ai trouvé que ça s'adressait vraiment bien au travail de cette
commission, nous repeignant le ciel en bleu, bleu Québec. Alors, à la Fondation
Lionel-Groulx, on est d'accord avec le projet de loi. On fait quelques
recommandations pour le rendre perfectible, hein, c'est le rôle des commissions
parlementaires. Fondamentalement, on est d'accord. Premièrement, on le trouve
légal, légitime, on le trouve pertinent, on le trouve nécessaire. On le trouve
légal et légitime au regard des lois constitutionnelles de 1867 et de 1982...
10 h (version non révisée)
Mme Ferretti (Lucia) : ...deux
justement. C'est sûr qu'il y a des voix qui ont déploré l'absence d'une large
consultation populaire en amont. Mais d'une part, le projet est loin d'avoir
été élaboré en vase clos et d'autre part, on est, en ce moment, en
consultation. Le projet de loi est pertinent. Nous considérons que le Canada
est un pays plurinational, mais loin de se reconnaître comme tel, il se voit de
plus en plus comme «one country, one nation», c'était une expression du XIXᵉ
siècle qui est encore actuelle.
Ça a des conséquences importantes pour notre État,
pour notre nation. Le gouvernement fédéral, notamment par l'aspiration
disproportionnée de la capacité fiscale des contribuables par son pouvoir de
dépenser et par sa détermination à traiter directement avec les municipalités
en passant par-dessus la tête des provinces et la Cour suprême, par son
interprétation qui est tendanciellement large des pouvoirs de l'État fédéral et
restrictive de ceux des États provinciaux ont tous deux favorisé en pratique,
sur le long terme, une reconfiguration telle des pouvoirs que les provinces
tendent à devenir un palier gouvernemental inutile dans un Canada unitaire dont
une partie de la gestion serait décentralisée vers les municipalités.
Toute Constitution du Québec, qui prend la
peine de réaffirmer nommément chacun et tous les pouvoirs de l'État provincial,
nous semble bienvenue. Par ailleurs, le gouvernement fédéral et les tribunaux
fédéraux ont une tendance très affirmée à discréditer, voire à nier non seulement
le droit de la nation québécoise à son identité propre, mais jusqu'à l'existence
de celle-ci. Tout ce qui peut contribuer à faire exister la nation québécoise
et à réaffirmer ses droits est le bienvenu, selon la Fondation Lionel-Groulx. Y
compris, bien sûr, la rédaction d'une Constitution du Québec.
Enfin, le projet de loi numéro 1 nous
apparaît nécessaire. Un groupe de juristes le contestent au point même d'avoir
saisi l'ONU, je crois, hein, que vous êtes au courant de tout ça. On a reproché,
pas seulement à ces juristes-là, mais dans l'ensemble, on a reproché de ne pas...
au projet, de ne pas consentir d'avance aux Premières Nations et aux Inuits des
droits qui n'ont pas encore été négociés. On lui a reproché de ne pas promettre
davantage de droits et de privilèges à la communauté d'expression anglaise. On
lui a reproché de privilégier l'intégration des nouveaux arrivants à la nation
québécoise plutôt que le multiculturalisme, je pense à un article de M.
Fournier, entre autres, qui était très clair là-dessus. On lui a reproché de
réaffirmer quelques valeurs sociales québécoises fondamentales : l'égalité
sans compromis des hommes et des femmes, l'existence de nos droits collectifs,
la laïcité de l'État.
Ainsi, quand on fait le tour de la revue
de presse et qu'on entend les groupes, certains groupes évidemment, on a pu
voir que certains tiennent à tout prix à ce que rien ne change pour la province
de Québec, même si la preuve est faite depuis longtemps que le statu quo n'existe
pas. La tendance de l'histoire montre au contraire que la nation québécoise, ses
attributs, ses droits, ses valeurs sociales distinctes sont de moins en moins
en sécurité dans le cadre constitutionnel actuel. Alors, sans le changer, il
est quand même possible, dans le cadre provincial de tenter de faire quelque
chose pour mettre fin à cette érosion. Et c'est en ce sens que la Fondation
Lionel-Groulx se prononce en faveur du projet de loi. Comme je l'ai dit, il est
perfectible et nous avons quand même quelques recommandations.
Pour ce qui concerne la Constitution du
Québec, nos recommandations principales sont de compléter le texte du projet de
loi et donc la Constitution par l'adoption d'une motion de l'Assemblée
nationale qui reconnaîtrait chacune des Premières Nations et des Inuites
nommées chacune dans sa langue, que les Premières Nations et les Inuits forment
en effet des nations. Il y a une résolution de l'Assemblée nationale qui date
de 1985 en ce sens, ce ne serait peut-être pas mauvais pour, dans le fond, le
réaffirmer, d'y revenir. Nous recommandons...
Mme Ferretti (Lucia) : ...aussi
d'affirmer explicitement que toutes les ressources naturelles, et donc pas
seulement l'eau, font partie du patrimoine commun de la nation québécoise et sa
culture. Nous recommandons d'ajouter au libellé actuel de l'article 22 qui se
lit tout simplement «l'État est laïque». Nous recommandons d'ajouter la
précision suivante : «L'État a la responsabilité de se garder lui-même et
de protéger les organisations publiques et parapubliques contre l'intrusion de
toute normativité religieuse. Seules celles qui ont acquis, avec le temps, une
connotation avant tout culturelle plutôt que religieuse pourraient être
conservées. Par exemple, certains congés fériés ».
Le Président (M. Bachand) :Merci beaucoup, Mme Ferretti, donc, on est déjà rendus à la
période d'échange, alors vous aurez sûrement l'occasion, dans les réponses à
donner, pour compléter votre présentation, merci beaucoup. M. le ministre, vous
avez la parole.
M. Jolin-Barrette : Merci, M.
le Président. Mme Ferretti, Mme d'Arcy, bonjour, merci beaucoup de votre
présence aujourd'hui et pour votre mémoire, pour la Fondation Lionel-Grould, je
pense que c'est important de souligner l'excellent travail de vulgarisation par
rapport à notre histoire que vous... vous réalisez. Je pense que c'est
accessible, puis ça permet à tous les Québécois de mieux comprendre notre
histoire puis d'être informés, alors félicitations au travail que vous faites à
la Fondation Lionel-Groulx. Donc, je ne me trompe pas en disant que la
Fondation appuie le projet de loi, puis vous nous dites, vous nous avez dit
tantôt, Mme Ferretti, il y en a certains qui veulent que rien ne change, qui
veulent maintenir l'État québécois dans sa position actuelle et que là, on ne
touche à rien. Moi, ce que j'ai souhaité, avec le projet de loi, c'est de
donner davantage d'outils et d'autonomie au Québec au sein de la fédération
canadienne. Est-ce que vous trouvez, avec ce qu'il y a dans le cadre du projet
de loi, notamment la Constitution, la Loi sur l'autonomie constitutionnelle, la
création du Conseil constitutionnel, parce que ça aussi, là, ça a été vivement
critiqué, là. Alors que... on crée un conseil indépendant, puis je vous donne
un exemple, c'est une nomination aux deux tiers de l'Assemblée nationale. Je
lisais dans La Presse, en fin de semaine, un éditorial qui disait que c'était
le choix du premier ministre, alors que dans le cadre du projet de loi, on
parle d'une nomination aux deux tiers des membres de l'Assemblée. Alors,
comment expliquez-vous toutes ces attaques et considérez-vous que ça accroît
l'autonomie, les capacités et que ça donne davantage d'outils au Québec pour
défendre ses spécificités?
• (10 h 10) •
Mme Ferretti (Lucia) : Nous
concernant... bien, nous, on considère, là, que, comme on l'a dit, tout ce qui
peut faire en sorte de raffermir et d'affirmer l'existence du Québec comme
nation et de réaffirmer les pouvoirs de l'État provincial, pour nous, ce n'est
jamais inutile et le projet nous semble aller dans ce sens. Pour ce qui est,
plus précisément, de la création du Conseil constitutionnel, bon, nous, nous ne
sommes pas des juristes, mais nous trouvons difficilement concevable qu'on
puisse s'opposer à ce qu'il y ait une instance qui soit un complément du
Parlement, au fond, qui puisse conseiller le gouvernement et les organismes
publics et parapublics sur la dimension constitutionnelle des lois, des
règlements qui sont adoptés. On a cru comprendre, comme je dis, on n'est pas
des juristes, mais on a cru comprendre que le Barreau du Québec, par exemple,
considérait que c'est exclusivement le rôle du tribunal, des tribunaux de se...
de se prononcer sur la validité constitutionnelle. La validité
constitutionnelle, c'est une chose, de conseiller le gouvernement, c'est déjà
autre chose, de conseiller le gouvernement pour qu'en effet tout soit
absolument valide... constitutionnellement. Pourquoi pas? Maintenant, du point
de vue de la Fondation Lionel-Groulx, puis sans remettre en question d'aucune manière
l'État de droit, il nous apparaît quand même bon de rappeler que la Cour
suprême, qui a, entre autres, le rôle de Cour constitutionnelle, est quand même
nommée exclusivement par une des parties qui est... qui peut évaluer la... la
constitutionnalité des pouvoirs et des lois du Québec, que même la Cour
supérieure, avant d'en arriver à la Cour suprême, est aussi un tribunal nommé
exclusivement par le gouvernement fédéral. Donc, c'est le Canada, c'est la
Constitution du Canada, nous y sommes soumis, même si nous ne l'avons pas
signée. Personne, pour l'instant, ne remet ça en question. Mais une instance
parlementaire comme le Conseil constitutionnel nous apparaît une bonne idée.
M. Jolin-Barrette : La... la
question des juges, elle est intéressante parce que dans... le Barreau, dans
son mémoire du Barreau, dit que le fait de se doter d'outils, comme dans le
cadre de la loi sur l'autonomie constitutionnelle, on prévoit que le...
M. Jolin-Barrette : ...Québec
participera au processus de sélection des juges de la Cour suprême, même chose
de la Cour supérieure et de la Cour d'appel, comme la résolution
constitutionnelle qu'on a adoptée à l'unanimité ici à l'Assemblée nationale, en
négociation avec le fédéral, le Barreau dit : Ça manque de transparence.
Sauf que présentement, les juges à la Cour supérieure, à la Cour d'appel et à
la Cour suprême sont sélectionnés uniquement par le fédéral et avec un
processus somme toute opaque. Alors, comment expliquez vous ça que le Barreau
vienne critiquer ici un projet qui veut faire participer un État fédéré au
processus de sélection des membres de la magistrature qui auront à trancher des
litiges de nature constitutionnelle, mais que la même critique ne se fait pas
du côté fédéral où il y a un processus extrêmement opaque pour les juges de ces
trois niveaux de tribunaux là?
Mme Ferretti (Lucia) : Là,
vous m'en poser une bonne, M. le ministre. Moi, je ne sais pas pourquoi le
Barreau a décidé ça. Ce que j'ai vu, par contre, dans le projet de loi, c'est
que, pour la nomination des juges, si j'ai bien compris là, ce serait le
premier ministre du Québec lui-même qui recommanderait, dans le fond, la
nomination aussi bien des sénateurs que des juges. On sait que la procédure
actuelle prévoit, quand elle le prévoit vraiment, une sorte de consultation,
mais, en fin de compte, les sénateurs ne représentent personne d'autre
qu'eux-mêmes, ce sont des individus résidant au Québec que le gouvernement
fédéral choisit pour être sénateur, c'est ça.
Et puis, pour les juges, là je crois que
récemment, il y a peut-être une sorte de processus de consultation, mais, en
fin de compte, la décision ultime revient au gouvernement fédéral, sans
nécessairement que le Québec ait officiellement, dans le processus, un mot à
dire. Le fait que ce soit le premier ministre qui ferait ces recommandations ne
change rien, objectivement, au fait que la Constitution prévoit que c'est une
responsabilité exclusive, des nominations exclusivement fédérales, mais ça
donne quand même un certain rôle représentatif si ces nominations-là étaient
finalement retenues, si les candidatures proposées par le Québec étaient
retenues, c'est vrai que de... que ce soit le premier ministre du Québec en
personne, un élu qui ait recommandé ces candidatures-là accroîtrait, je crois,
la représentativité.
M. Jolin-Barrette : Sur la
question de l'article 5 de la Loi sur l'autonomie constitutionnelle, qui
fait en sorte qu'un organisme public ne pourrait contester une loi avec des
fonds publics, vous indiquez dans votre mémoire que ça ne devrait pas toucher
les organismes communautaires. Je suis d'accord avec vous et on ne les vise pas
dans le cadre de la loi, les organismes communautaires, les syndicats ne sont
pas visés par cela. Mais vous êtes d'accord avec le principe de l'article cinq,
pourquoi...
Puis, exemple, dans la loi
constitutionnelle 2025, on a indiqué que la loi sur la laïcité faisait
partie des caractéristiques fondamentales. La Charte de la langue française
fait partie des caractéristiques fondamentales du Québec. La loi sur
l'intégration nationale fait partie des caractéristiques fondamentales.
Pourquoi... Bien, est-ce que vous croyez
que c'est important de protéger ces lois-là et de faire en sorte que les
organismes publics ne puissent pas, avec des fonds publics, contester ces
lois-là? Et aussi, est-ce que vous trouvez pertinent qu'on les intègre dans la
loi de 1877? La laïcité, le caractère civiliste et l'intégration nationale.
Mme Ferretti (Lucia) : Sur la
question des organismes communautaires, c'est vrai, la loi dit... enfin... la
loi... la loi ne dit pas que les organismes n'ont pas de droit, mais la loi
n'inscrit pas les organismes communautaires à l'annexe un. En fait, ils sont...
ils sont...
M. Jolin-Barrette : Ils ne
sont pas visés.
Mme Ferretti (Lucia) : Bon,
je pense que ça pourrait valoir la peine parfois d'être redondant et puis de
l'inscrire carrément dans l'article cinq. Les organismes communautaires, pour
toutes sortes de raisons, se sentent inquiets. Vous avez dit et répété qu'ils
ne sont pas dans la loi, mais en fait, quand même, si on le met explicitement,
c'est à mon sens, c'est une sécurité de plus.
Bon, sur le fait que les organismes
publics ne peuvent pas, avec les fonds publics, ça m'apparaît assez... en fait,
ça m'apparaît assez normal, pour tout dire, soyons clairs. Par contre, je n'ai
pas vu qu'ils ne peuvent pas contester une loi, ils ne peuvent pas la contester
avec les fonds publics, mais ils peuvent lever des cotisations spéciales,
utiliser leur fonds philanthropique, utiliser les fonds de leur propre
fondation s'ils en ont. Enfin, ils peuvent trouver tous les fonds qu'ils
veulent, sauf les fonds publics pour contester la loi. Donc ce n'est pas qu'on
leur interdit, à ma compréhension, mais moi...
Mme Ferretti (Lucia) : ...comme
je vous dis, je ne suis pas juriste, mais quand même, j'ai lu des textes.
M. Jolin-Barrette : Vous avez
une excellente compréhension.
Mme Ferretti (Lucia) : Bien...
disons, rendu à l'université, on est supposé savoir lire, on va dire ça comme
ça. Moi, ce que j'ai lu, c'est que c'était possible de contester la loi, mais
pas avec les fonds publics. En plus, ce ne sont pas toutes les lois, ce que
j'ai compris, qui ne sont pas contestables avec des fonds publics. C'est seulement
les lois que vous avez évoquées qui sont considérées par le gouvernement qui
propose le projet de loi comme des lois qui touchent vraiment le fondement même
des valeurs spécifiques et de l'identité québécoise. Moi, je ne verrais pas
d'objection à ce que ce soit comme ça.
M. Jolin-Barrette : Merci
beaucoup pour votre passage en commission.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Merci. M. le député de l'Acadie,
s'il vous plaît.
M. Morin : Bonjour, M. le
Président. Merci. Bonjour, Mme Ferretti, Mme D'Arcy, merci d'être avec nous.
Merci pour votre mémoire. J'ai une première question qui touche au processus
comme tel du document. Est-ce que vous pensez qu'il n'aurait pas été préférable
d'avoir, avant de déposer un projet de loi, une consultation transpartisane
composée des partis à l'Assemblée nationale, composée de citoyens qui seraient
allés à l'écoute des régions du Québec, du peuple québécois, puis après, à la
lumière de ce qui a été entendu, colliger un projet qui serait représentatif?
• (10 h 20) •
Mme Ferretti (Lucia) : Bien,
ce n'est jamais mauvais de consulter. D'accord? Je pense qu'on est en train
d'être consultés. Ce n'est jamais mauvais d'être consultés. Cela dit, je...
Bien, là, vraiment, c'est la fondation qui parle, puis, tu sais, je ne
trancherai pas au couteau si c'est complètement la fondation ou, des fois, un
peu Lucia Ferretti qui parle. Ça va?
Mais, ceci dit, on a compris que le projet
qui est sur la table n'est pas un projet, on va dire, révolutionnaire, n'est
pas un projet qui a l'ambition d'autre chose que de ramasser, dans le fond, ce
qui existe déjà, de rendre explicite beaucoup de choses qui existent déjà et de
les mettre ensemble dans un document qui permet de se repérer plus facilement.
Ça ne veut peut-être pas dire que sur certaines questions, il ne va pas un peu
au-delà de ce qui existe déjà, mais sur le fond, dans le fond, c'est ce qui
existe actuellement au Québec, c'est la... c'est la loi. En arrivant ici, on
voit que vous prêtez déjà serment, les députés, sur la Constitution du Québec.
La Constitution du Québec, quelque part, elle existe déjà, mais là on la met
ensemble.
En ce sens, on aurait pu, oui, en effet,
avoir une plus large consultation, mais les citoyens auraient peut-être eu des
attentes plus élevées que ce que le projet de loi peut, dans le cadre qui est
le nôtre, le cadre provincial, que la Constitution elle ne peut pas aller
beaucoup au-delà de ce qui est proposé, là. Donc, éventuellement, je trouve
que... il y a eu... il y a eu, j'imagine que ça n'a pas été rédigé, là, par une
seule personne sur un coin de table, je ne sais pas comment elle a été rédigée,
mais il y a dû avoir déjà des consultations à l'interne, il y a maintenant des
consultations. Ça reste une constitution provinciale. Ça reste une constitution
qui rassemble déjà ce qui est pas mal en usage au Québec.
M. Morin : J'aimerais
maintenant qu'on parle des Premières Nations parce que ce qu'on apprend par la
voie des journaux... puis vous avez fait justement référence à une
consultation, est-ce que ça a été rédigé sur le coin d'un bureau ou pas?
Finalement, on ne le sait pas. Mais, ceci étant, ce qu'on lit, c'est que les
Premières Nations n'auraient pas fait partie d'un processus consultatif élaboré
avant même le dépôt du projet de loi. Qu'est-ce que vous pensez de ça? Vous ne
pensez pas qu'il aurait été préférable de s'asseoir avec les nations d'abord,
les nations, les Premières Nations, et voir comment... comment elles voyaient
ça? Compte tenu du fait que l'Assemblée nationale reconnaît par une motion la
Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones et que
dans cette déclaration-là, on va beaucoup plus loin qu'un considérant dans le
projet de loi qui reconnaît aux Premières Nations leur langue et leur culture.
Mme Ferretti (Lucia) : La
déclaration... la déclaration sur les Premières Nations, là, il n'y a rien à
redire. Ça va? Il n'y a rien à redire sur cette déclaration-là. Le Canada s'y
est opposé pendant des années et des...
Mme Ferretti (Lucia) : ...années
et des années... que la déclaration a été adoptée. Ça a pris d'autres années,
années, années avant que le gouvernement fédéral l'intègre dans son droit
propre et pas au complet. Bon, la Déclaration des droits... la Déclaration de
l'ONU sur les droits des peuples autochtones, elle... elle ne prévoit pas,
c'est vrai, l'autonomie gouvernementale autochtone. La Constitution du Canada
non plus. La Cour suprême non plus. Elle ne prévoit pas le consentement
autochtone. Il y a une consultation, mais il n'y a pas le consentement. Ce
qu'on a entendu de la part... c'est... on peut le regretter, hein? Je veux
dire, je ne suis pas en train de dire, là, qu'il ne faudrait pas tout ça. Je ne
suis pas en train de dire qu'il ne faut pas considérer les Premières Nations
vraiment d'égal à égal. Puis le jour où, éventuellement, le Québec serait
souverain, en arriver à une nouvelle entente vraiment constitutionnelle avec
eux sur la base de l'égalité des nations.
M. Morin : Si vous me
permettez...
Mme Ferretti (Lucia) : Mais ce
n'est pas le cadre constitutionnel canadien actuel, ce n'est pas ce cadre-là.
M. Morin : Sauf que si vous
me permettez...
Le Président (M.
Bachand) : M. le député d'Acadie, il reste 1 min,
questions/réponses.
M. Morin : Oui,
effectivement, donc, j'attire votre attention à l'article 32 de la Déclaration
des Nations Unies, qui dit : «Les États consultent les peuples autochtones
concernés et coopèrent avec eux de bonne foi par l'intermédiaire de leurs
propres institutions représentatives, en vue d'obtenir leur consentement donné
librement et en connaissance de cause avant l'approbation de tout projet ayant
des incidences sur leurs terres, territoires et autres ressources», etc. Vous
ne pensez pas qu'il aurait été de mise pour le gouvernement actuel de s'asseoir
d'abord avec les Premières Nations et de négocier de bonne foi avant de nous
présenter un projet de loi?
Le Président (M.
Bachand) : ... Mme Ferretti, s'il vous plaît.
Mme Ferretti (Lucia) : Moi,
je pense que le projet de loi, quelque part, dit que... on reconnaît exactement
tout ce qui existe actuellement. Je ne sais plus la formulation exacte, là,
parce que je n'ai pas le projet de Constitution devant moi, mais enfin, c'est
une des premières choses, on reconnaît exactement tout ce qui existe
actuellement, et...
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup, je dois céder
la parole au député de Maurice-Richard pour 2 min 12 sec, M. le député, s'il
vous plaît.
M. Bouazzi : Merci, M. le
Président, je vais aller dans le même sens, vous dites... on a reproché au
projet de loi de ne pas consentir d'avance aux Premières Nations et aux Inuits
des droits qu'on n'a pas encore... qui n'ont pas encore été négociés. Est-ce
qu'il ne faudrait pas négocier avant d'écrire une constitution, plutôt
qu'après?
Mme Ferretti (Lucia) : Bien,
ça dépend dans quel cadre on le situe. Comme je vous dis, nous, à la Fondation
Lionel-Groulx, on a... on a peut-être fait une erreur de jugement, mais on a
estimé que la... le projet qui est devant nous formalise ce qui existe avant
toute chose, et donc...
M. Bouazzi : Bien, en tout
respect, on est dans un cadre...
Une voix : ...
Mme Ferretti (Lucia) : Pardon?
M. Bouazzi : En tout respect,
on est dans un cadre constitutionnel, donc la question, c'est : est-ce
que, dans un cadre constitutionnel, on ne négocie pas d'abord avec les
Premières Nations? Vous dites vous-même dans votre mémoire que le Canada est
multinational. J'imagine que vous considérez...
Mme Ferretti (Lucia) : Oui,
les Premières Nations sont là-dedans, évidemment.
M. Bouazzi : ...que le Québec
aussi est multinational?
Mme Ferretti (Lucia) : Le...le...
bien, pour l'instant, ce qui existe...
M. Bouazzi : Est-ce que le
Québec est multinational?
Le Président (M.
Bachand) :S'il vous plaît, s'il vous
plaît, s'il vous plaît, laissez répondre la témoin, s'il vous plaît. Mme
Ferretti, s'il vous plaît, allez-y.
Mme Ferretti (Lucia) : Le
Québec contient, en effet, plusieurs nations, dans la mesure où les autochtones
eux-mêmes acceptent eux aussi d'être... Nous... nous on pense, là, que les
autochtones, ce n'est pas des Canadiens, puis ce n'est pas des Québécois, c'est
des autochtones. OK, les Inuits, pareil, c'est ça qu'on... fondamentalement,
c'est ça qu'on pense.
Le Président (M.
Bachand) :M. le député de
Maurice-Richard, 40 sec. Mme Ferretti, excusez-moi, parce que le temps va
rapidement, M. le député de Maurice-Richard, rapidement.
M. Bouazzi : Donc... donc
vous êtes en désaccord avec la partie de la Constitution qui est présentée
devant nous, qui dit que toutes les personnes qui sont sur le territoire du
Québec...
Mme Ferretti (Lucia) : Non...
M. Bouazzi : ... sont Québécois?
Mme Ferretti (Lucia) : Non,
nous sommes d'accord avec ça, parce que, de la même façon que dans le cadre
canadien, dans la Constitution canadienne, les Premières Nations se considèrent
aussi comme des Canadiens et le gouvernement les considère comme des Canadiens.
C'est juste ça, c'est exactement la même chose. Actuellement, les autochtones
sont, du point de vue du droit, de la gestion, ce sont des Canadiens pour
l'ordre fédéral, ce sont des Québécois pour l'ordre provincial, en ce moment,
c'est ça.
M. Bouazzi : Donc, le Québec
est multinational, c'est ce que vous dites dans... dans votre mémoire, si je ne
me trompe pas, il y a plusieurs nations, dont celle...
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup, alors je cède
maintenant la parole au député de Jean-Talon pour 1 min 41 sec, s'il vous
plaît.
M. Paradis : Bonjour. Dans
votre mémoire et dans votre présentation, vous parlez du fait que certains ne
tiennent pas assez à ce que l'ordre constitutionnel change. Pour vous, ce
projet de loi...
M. Paradis : ...contient une
forme de bouclier, comme le ministre le prétend, mais dans la page précédente,
vous parlez des dysfonctionnements du fédéralisme canadien, l'aspiration
disproportionnée de la capacité fiscale par le fédéral, le pouvoir de dépenser,
la capacité de traiter directement avec les municipalités pour le gouvernement
fédéral, la Cour suprême qui penche toujours du même côté dans ses
interprétations, vous en nommé d'autres. J'aimerais savoir ce que vous voyez
dans ce projet de loi qui permet vraiment de changer ces caractéristiques
fondamentales du fédéralisme canadien?
Mme Ferretti (Lucia) : Je
pense que ça doit jusqu'à un certain point, changer un peu quelque chose,
puisqu'il y a tant de gens qui s'y opposent. Puisque les forces qui vont du
Barreau jusqu'à, mon Dieu, ont saisi l'ONU, ont saisi l'ONU, hein? C'est
quelque chose. Le Barreau... Il y a beaucoup d'organismes qui s'opposent à ça.
Pourquoi? Probablement parce qu'on rapaille ce qui est dispersé, ce qui existe
déjà, mais on le rapaille et, ce faisant, on pose déjà un geste d'autonomie. On
peut penser que ce geste-là n'est pas suffisant, que ce n'est pas l'autonomie
qui pourrait assurer à long terme le développement d'un État et d'une nation
québécoise. Mais enfin, ce projet de loi là ne va pas à l'encontre d'un
objectif qui pourrait être plus, on va dire, émancipateur.
• (10 h 30) •
Le Président (M.
Bachand) : Merci...
Mme Ferretti (Lucia) : Mais
déjà dans sa forme, il crée du remous.
Le Président (M.
Bachand) :En terminant... Mme D'Arcy, Mme
Ferretti, ça a été très agréable de vous recevoir aujourd'hui. Alors je
suspends les travaux quelques instants pour accueillir notre prochain groupe.
Merci beaucoup, à bientôt. Merci.
(Suspension de la séance à 10 h 31)
(Reprise à 10 h 32)
Le Président (M.
Bachand) : À l'ordre, s'il vous plaît, la Comission reprend ses
travaux. Il nous fait plaisir... d'accueillir les représentantes de Vision...
Vision Gaspé-Percé Now. Désolé pour la mauvaise prononciation. Merci beaucoup
d'être avec nous aujourd'hui, c'est très apprécié. Donc je vous invite d'abord
à vous présenter et à débuter votre présentation, s'il vous plaît. Merci
beaucoup.
Mme Synnott (Jessica) : Merci.
Bonjour et merci de m'offrir l'occasion de comparaître devant la commission. Je
m'appelle Jessica Synnott, je suis directrice de Vision Gaspé-Percé Now, l'une
des trois organisations qui dessert près de 10 000 Québécois d'expression
anglaise en Gaspésie, les Îles de la Madeleine. Notre mandat est d'assurer
l'accès aux services, de soutenir la vitalité communautaire et de collaborer
avec des secteurs de santé, de l'éducation et de l'emploi et du développement
communautaire, bien compris avec nos partenaires Mi'gmaq. Je suis accompagnée
aujourd'hui de Mme Jennifer Johnson, directrice du CHSSN, puis Mme Emily
Roberts, conseillère élue de la Nation Mi'gmaq de Gaspeg. Ensemble, nous
pourrez répondre à vos questions après la présentation.
Aujourd'hui, je présente notre mémoire sur
le projet de loi et ses implications pour les communautés rurales isolées en
situation minoritaire linguistique, ainsi que pour les communautés autochtones
de l'est du Québec. Notre objectif est simple : d'assurer que le projet de
loi n'avance pas sous une forme qui affaiblira, même involontairement, la
reconnaissance ou l'accès aux services des communautés minoritaires. Les
Québécois d'expression anglaise...
10 h 30 (version non révisée)
Mme Synnott (Jessica) : ...apparaissent
qu'une seule fois dans le projet de loi, dans un seul considérant. Cela ne
reflète pas les garanties législatifs déjà en place concernant l'accès aux
services de santé et sociaux en anglais ni les dispositions pertinentes de la
Charte de la langue française. Le préambule mentionne les nations autochtones,
mais cette reconnaissance ne se retrouve dans aucun article. Il n'y a aucune
reconnaissance constitutionnelle des droits d'autochtones, ni aucun mécanisme
de collaboration ou d'adaptation culturelles. En régions rurales, cette
reconnaissance n'est pas symbolique, elle détermine l'accès réel aux services.
Selon notre profil, en 2021, le Comité d'expression anglaise de la Gaspésie
présente un taux de chômage et de travail de temps partiel plus élevé, un
niveau de scolarité plus faible, un taux de faibles revenus supérieur, un
vieillissement accéléré de la population. À cela ajoute l'isolement géographique,
plusieurs résidents doivent parcourir 100 à 300 kilomètres pour des services
essentiels, à 400 à 700 kilomètres pour des services spécialisés, et il n'y a
pratiquement pas de transport en commun. Les taxis sont limités et très
coûteux. L'hiver coupe régulièrement les déplacements. Ces réalités s'additionnent
aux vulnérabilités économiques. Le taux de pauvreté des anglophones est presque
deux fois plus élevé que celui des francophones au Québec. Lorsque les services
deviennent fragiles, ce sont les régions comme la nôtre qui ressent les impacts
en premier. Dans une telle réalité, l'absence d'inscriptions... explicites d'un...
équivaut souvent à une diminution réelle de l'accès, d'abord dans les régions
rurales avant que cela... cela ne soit visible ailleurs.
Nous le constatons déjà dans plusieurs
secteurs : services jeunesse, santé mentale, services spécialisés, où des
postes bilingues demeurent vacants pendant des très longues périodes, créant
des délais d'attente qui dépassent souvent un an. Les jeunes anglophones qui
ont besoin d'orthophonie, d'orientation ou d'interventions psychosociales se
retrouvent fréquemment sans services ou doivent recourir à des solutions
virtuelles. La Gaspésie repose sur une histoire de coexistence entre
anglophones, francophones et mi'gmaw. Notre communauté anglophone, l'une des
plus anciennes du Québec, a contribué à façonner les pêcheries, les villages
côtières, la culture locale et une identité régionale profondément bilingue. La
nation est mi'gmaw est présente ici depuis bien plus longtemps encore. Nos
histoires sont distinctes, mais nous avons en commun que nos cultures reposent
sur la visibilité, la reconnaissance et l'inclusion. Une constitution qui ne
nomme pas une communauté peut, sans intention malveillante, le rendre invisible
avec le temps. En régions rurales, cela se traduit par moins de financement,
moins de services et une réduction... réduction de l'espace culturel. La
première plan stratégique du Secrétariat aux relations avec les Québécois
d'expression anglaise s'intitulait Bâtir des ponts. Or, le projet de loi tel
qu'écrit donne plutôt l'impression d'une carte où les communautés évoluent en
parallèle, sans réel mécanisme de collaboration. Une cadre constitutionnel
devrait célébrer la diversité culturelle qui existe déjà au Québec, non le
restreindre. L'article 14 conférera au gouvernement provincial le contrôle
exclusif des ententes fédérales et des fonds correspondants. Cela peut
simplifier certaines démarches, mais pour les petites régions, les conséquences
sont importantes. Lorsque tout transite par une modèle provincial unique, les
réalités rurales et minoritaires deviennent invisibles dans les priorités
nationales. L'accès aux services en anglais risque de diminuer, les partenaires
régionaux et autochtones peuvent être affaiblis, l'autonomie locale se retrouve
réduit. Nos organisations ne peuvent pas rivaliser avec des grandes
institutions urbaines dans des processus centralisés. Cela risque d'augmenter
les écarts de services et de nous empêcher d'offrir des solutions vraiment
adaptées à nos communautés...
Mme Synnott (Jessica) : ...nous...
nos recommandations sont constructives et s'appuient dans les cadres
législatifs déjà existants. Nous proposons quatre mesures plus globales :
reconnaissance... explicite de la communauté anglophone dans le préambule et
dans les articles opérationnels du projet de loi; une reconnaissance formelle
des nations autochtones incluses dans le texte et des mécanismes de
collaboration adaptés et une reconnaissance claire de leur statut; mécanisme de
consultation obligatoire, surtout dans l'administration des programmes fédéraux
touchant des régions isolées... isolées, les communautés minoritaires et les
peuples autochtones; une analyse d'impact pour les régions rurales avant de
toute centralisation ou modification des modèles du financement. Ces
recommandations sont ne pas radicales, elles renforcent la cohésion, l'équité
et la gouvernement... gouvernance collaborative du Québec. La communauté
d'expression anglaise et nos voisins Mi'gmaq ne demandent aucun traitement
spécial. Nous demandons une reconnaissance réelle et opérationnelle dans le
cadre constitutionnel proposé.
Dans sa forme actuelle, le projet de loi
n° 1 laisse nos communautés en marge. Ce n'est pas une omission que nous
pouvons nous permettre, surtout dans les régions rurales où l'accès, la culture
et l'identité reposent déjà sur des bases fragiles. Nous sommes ici avec des
solutions concrètes et constructifs. Nous encourageons la Commission à veiller
à ce que le cadre constitutionnel adopté renforce l'appartenance, l'équité et
l'accès aux services pour tous les Québécois. Je vous remercie et on sera
heureuse de répondre à vos questions.
• (10 h 40) •
Le Président (M.
Bachand) :Merci infiniment pour votre
présentation. M. le ministre, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Merci, M.
le Président. Mme Synnott, Mme Johnson, Mme Roberts, merci beaucoup d'être
présentes ici à l'Assemblée nationale, pour votre organisation, de venir de la
Gaspésie ce matin. Donc, c'est vraiment apprécié de pouvoir échanger avec vous.
J'ai lu votre mémoire, je vous ai écouté,
je tiens à vous rassurer sur ce que le projet de constitution de loi
constitutionnelle de 2025 fait et ce qu'il... ce qu'il ne fait pas. Il ne
change absolument rien par rapport au corpus, par rapport aux services qui sont
donnés en région, par rapport aux communautés anglophones, par rapport aux
communautés autochtones, mais une fois que j'ai dit ça, vous, vous nous
dites : ça nous inquiète quand même, notamment, supposons, sur l'article
17, dans la Loi sur l'autonomie constitutionnelle, qui dit que le gouvernement
du Québec pourrait donner des directives aux ministères et aux organismes. Cette
pratique-là, elle existe déjà dans le fond, au gouvernement du Québec, pour
s'assurer que, dans le fond, les fonds soient structurés et soient envoyés
équitablement aussi partout sur le territoire du Québec, notamment pour les
communautés en région, pour les communautés en statut minoritaire aussi.
Ça fait que je voulais vous dire ça, puis
je voulais savoir comment vous recevez ça par rapport à ce que vous nous avez
dit tout à l'heure, parce qu'on ne change pas l'état du droit, notamment sur
les services accessibles en anglais aussi sur le territoire, donc les lois
continuent de s'appliquer, notamment la Loi sur la santé et services sociaux.
Donc je voulais vous entendre là-dessus.
Mme Synnott (Jessica) : Je ne
suis pas un avocat, ça, c'est sûr, ça fait que je ne peux pas dire si c'est
100 % qu'on va être mis à part avec certains articles, mais de ce qu'on
vit présentement, quand on fait des demandes provinciales, sauf au secrétariat
québécois d'expressions anglaises, on... on a plusieurs obstacles à obtenir
plusieurs fonds à cause de la fait qu'on... nos organismes sont
multisectoriels, puis il n'y a pas un mandat explicite, comme les jeunes, les
aînés, ça fait que ça, ça cause déjà des problématiques. Puis... ça fait que,
de la façon que moi je lis le... les articles, c'est comme ça va augmenter les
obstacles que nos organismes vont avoir pour obtenir du financement ou pour
offrir des services.
M. Jolin-Barrette : OK. Mais,
là-dessus, je tiens à vous rassurer, le projet de constitution, ce n'est
absolument pas ça qu'il fait et non plus ce qu'il recherche, mais par
rapport...
M. Jolin-Barrette : ...ça, ça
m'intéresse, là, quand vous dites : on a de la difficulté par rapport aux
demandes, supposons, de financement. L'enjeu, c'est que vous devez cogner à
différentes portes pour avoir des services, supposons des subventions pour
offrir des services aux jeunes, pour offrir des services aux aînés. C'est...
c'est-tu ça, la problématique, que vous devez vous adresser à plusieurs
endroits au gouvernement du Québec pour obtenir les fonds?
Mme Synnott (Jessica) : Juste
pour donner une idée, présentement, à notre organisme, on a près de 30 ... de
fonds pour cette année, des petits montants, des plus larges montants, ça fait
que oui, c'est... c'est problématique. On est multisectoriel, puis je pense
que, peut-être, Mme Johnson peut ajouter à ça.
Mme Johnson (Jennifer) : Ce
que j'ajouterais, c'est que c'est la même expérience dans toutes les régions.
Les organismes communautaires qui représentent la communauté d'expression
anglaise ont souvent le mandat très... très large et de... les petites
populations. Comme ça, ils arrivent avec une soumission ou... au... à l'appui,
ou ... ou d'autres enveloppes, soit ils sont éliminés parce qu'il desservit
plus qu'un population comme les jeunes, ou ils sont éliminés parce que la
population est pas assez grande pour le montant qu'ils demandent. Et ça, c'est
à cause de... il y a... il y a toujours un minimum au niveau de la structure
nécessaire pour livrer les services pour les personnes... pour les personnes
âgées. Il faut savoir, même si c'est un population qui est juste 10 % de
la population comme la Gaspésie, les personnes âgées, ils ont besoin des
services en... spécialement dans la... dans leur langue et la culture et...
Mais le coût de livrer les services est assez... le même hauteur... communauté
d'expression française, mais la population est beaucoup plus petit. Comme ça,
on a beaucoup de barrières au niveau de l'accès aux... aux subventions pour... pour
les communautés.
M. Jolin-Barrette : OK, bien,
écoutez, je vous remercie et je retiens ça, puis je vais en parler avec mes
collègues responsables, notamment la ministre responsable du soutien à l'action
communautaire. Alors, vous faites bien de nous en parler, puis... puis je
m'engage à lui en... à en discuter avec elle. Peut-être un autre point, avant
de céder la parole à mon collègue, sur la question des nations autochtones. Le
projet de loi vient reconnaître les Nations, vient reconnaître l'état du droit
sur la négociation de traités, les droits reconnus, les droits existants, les
droits négociés par traités, la culture, la langue, dans le projet de
Constitution, n'affecte aucunement les droits des nations autochtones par
rapport à tout traité futur, à toute revendication. C'est vraiment une
situation, comme le disait Mme Ferretti, où c'est le statu quo, donc, il n'y a
rien qui affecte les droits. Alors, j'ai cette préoccupation-là aussi dans le
cadre du projet loi, mais je voulais vous entendre là-dessus.
Mme Roberts (Emily) : En
fait, je ne parlerai pas pour toutes les Premières Nations au Québec. Je crois
que vous avez un rendez-vous avec l'APNQL dans le futur pour parler de ça, ça
fait que je suis vraiment ici pour supporter la communauté anglophone. Ce qu'on
voit un peu partout, on est un petit boîte, puis on fait un checkmark,
oui, on mentionne les Premières Nations, on mentionne tout ce qu'on doit
mentionner, mais en réalité, dans les pratiques, on... il manque, on n'a pas
beaucoup d'attention qu'on a besoin ici. Je ne sais pas si... si c'est clair
pour vous. C'est juste que souvent, on est un checkmark, on est... on
est mentionnés, mais quand c'est le temps de vraiment faire quelque chose, d'avancer
et de travailler ensemble, c'est extrêmement difficile. Ça fait qu'on ne reçoit
pas le support, le soutien qu'on aimerait avoir peut-être, ou avoir une
relation positif avec... avec le provincial, avec le fédéral, un peu partout.
Ça fait que ne suis pas ici, vraiment, pour parler de ça en... particulier, ça
va être avec l'APNQL, mais je suis ici plus pour les anglophones.
M. Jolin-Barrette : OK, alors
écoutez, je vous remercie pour votre présence. Je tiens juste à réitérer que
notre souhait pour l'ensemble du gouvernement du Québec et pour, j'en suis
convaincu, le gouvernement du Canada aussi, c'est de bâtir des relations
durables, construire ensemble. Alors, je vais céder la parole à mon collègue de
Gaspé.
Le Président (M. Bachand) :
Merci, M. le député de Gaspé. Il reste 3 min justes.
M. Sainte-Croix : Merci, M.
le Président. Bonjour, mesdames, à mon tour de vous souhaiter la bienvenue,
ici, au Parlement, on vous remercie, aussi, de votre contribution à
l'avancement aux travaux, très apprécié. Vous avez fait état de... d'enjeux
concernant la recherche de financements applicables à vos missions, à vos
réalités en région. Est-ce que vous voyez dans le projet de constitution
actuel, des irritants ou des éléments...
M. Sainte-Croix : ...susceptibles
de venir rajouter à la problématique déjà complexe qui touche la recherche de
financement de vos organismes du point de vue communautaire. Est-ce que vous
voyez des éléments, là, susceptibles d'être reconsidérés par notre
gouvernement?
Mme Synnott (Jessica) : Oui,
justement, l'article 14, comme mentionné dans la partie 2, qui parle
du... des fonds fédéraux. Quand on regarde les... les critères ou des choses à
passer pour des fonds fédéraux, on n'est pas présentes. C'est... c'est vraiment
plus focusé sur la langue française, sur la... la culture commune de Québec,
qui n'est pas nécessairement la même culture que toutes les anglophones ou les
autochtones du Québec. Ça fait que... quand je regarde ça, si j'ai... j'ai... j'aurais...
j'étais... quelqu'un, un ... qui regarde des demandes financement, puis
celle-là, ça parle plus des services en anglais, des services pour des
mi'gmaw... Bien, si je regarde les critères qui sont là, ça ne tombe pas
nécessairement dedans. Ça fait que... moi, j'ai une peur de côté-là, qu'on ne
va pas... on va encore être mis sur le bottom of the list.
M. Sainte-Croix : En termes
de cohérence entre l'objectif qu'on vise et les besoins qui sont... qui sont
les vôtres, je comprends. Vous semblez craindre...
• (10 h 50) •
Le Président (M.
Bachand) :30 sec, M. le député de Gaspé.
M. Sainte-Croix : Vous
semblez craindre beaucoup la... le contrôle de Québec des... de l'ensemble des
fonds venant du gouvernement fédéral. Vous ne croyez pas, peut-être, que le
fait d'avoir des ententes spécifiques sans condition serait un facteur
facilitant pour l'obtention des fonds?
Mme Synnott (Jessica) : C'est
vraiment difficile de dire, tu sais, je ne peux pas dire si ça va mieux
fonctionner. C'est une crainte parce qu'on ne sait pas, c'est ça. Présentement,
nos fonds fédérals... fédéraux, c'est... c'est quand même, des fois, difficile
d'avoir des projets, mais... ça fonctionne bien.
M. Sainte-Croix : OK.
Mme Synnott (Jessica) : Donc si
ça change, on a toujours des craintes.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. M. le député
d'Acadie, s'il vous plaît.
M. Morin : Merci, M. le
Président, bonjour, mesdames, merci d'être là avec nous en commission
aujourd'hui. Merci pour votre document. Dans votre document, vous parlez de la
reconnaissance constitutionnelle qui doit refléter toute la diversité du
Québec, et vous... vous vous soulignez également qu'il n'y a pas de garantie
explicite dans le projet de loi concernant, par exemple, les aînés anglophones
qui pourraient avoir des difficultés à accéder à des soins bilingues, les
jeunes des communautés qui ont des obstacles en santé mentale, en éducation. Ça
serait quoi, votre souhait? Compte tenu du constat que vous faites, de voir,
dans un document comme celui-là, des éléments qui pourraient venir, finalement,
vous... vous rassurer.
Mme Synnott (Jessica) : Bien,
justement, j'avais aussi fait une fiche synthèse avec des... des
recommandations concrètes qui étaient envoyées peut-être juste ce matin, ça
fait que je comprends si vous n'avez pas eu le temps de le lire, mais c'est
vraiment juste pour donner des... des recommandations spécifiques sur certains
articles, puis comment de... de... renommer pour que la communauté anglophone
puis autochtone aurait plus de visibilité. Parce que des fois, quand c'est
juste mentionné une fois dans le préambule, puis ce n'est pas retrouvé nulle
part d'autre dans les articles, ça peut nous laisser à le côté un petit peu.
M. Morin : Le gouvernement
actuel met souvent l'accent sur les droits collectifs ou l'importance des
droits collectifs par rapport aux droits individuels. Est-ce que c'est un
élément que vous craignez, qui pourrait affecter votre communauté?
Mme Synnott (Jessica) : Est
ce que vous pouvez répéter, excuse- moi, j'ai manqué un petit bout.
M. Morin : Oui. Alors,
souvent, le gouvernement va mettre l'accent sur les droits collectifs plutôt
que des droits individuels. Et est-ce que c'est un élément qui vous... en fait,
fait en sorte que vous pensez peut-être que votre communauté pourrait être
affectée plus que d'autres communautés?
Mme Johnson (Jennifer) : Absolument.
C'est sûr que quand vous parlez d'une... d'un collectif global, les...
Mme Johnson (Jennifer) : ...l'individualisme
de la population se perdre et la population anglaise est assez importante...
13 % de la population. Et c'est sûr que je... ça m'inquiète au niveau de
le... la visibilité de la communauté dans l'avenir, au niveau de la structure
de financement, le... l'accès aux... aux fonds fédéraux, etc.
M. Morin : Et c'est ce que
vous avez en tête quand on regarde votre fiche synthèse et que vous parlez de
la partie 1 de l'article 7, quand vous référez aux droits collectifs, c'est...
en fait, c'est ce que vous dites?
Mme Johnson (Jennifer) : Oui,
oui, c'est ça.
M. Morin : Parfait, je vous
remercie. Vous parlez aussi, dans votre mémoire, de renforcer l'inclusion et la
collaboration avec les Premières Nations. Il y a la Déclaration des Nations
Unies sur les droits des peuples autochtones. Avez-vous l'impression que, en
amont, les Premières Nations ou la Nation mi'gmaw ont été consultées pour
participer pleinement au processus avant que le projet de loi soit déposé?
Mme Roberts (Emily) : Je vais
vous demander de répéter ça plus lentement.
M. Morin : Oui, oui,
absolument. Dans le mémoire, vous parlez de renforcer l'inclusion et la
collaboration avec les Premières Nations. Est-ce que vous avez l'impression que
la Nation mi'gmaw a été consultée avant? Est-ce que le gouvernement s'est assis
avec vous avant de déposer son projet de loi et de le rédiger?
Mme Roberts (Emily) : Non.
M. Morin : Aucunement?
Mme Roberts (Emily) : Non.
M. Morin : Donc, au fond, si
vous avez des préoccupations ou si votre nation a des préoccupations, c'est
aujourd'hui que vous pouvez en parler, finalement?
Mme Roberts (Emily) : Moi, je
ne suis pas ici pour parler pour la Nation mi'gmaw de Gaspé directement. Je
veux que ça, ce soit très clair.
M. Morin : OK.
Mme Roberts (Emily) : Vous
comprenez ça?
M. Morin : Oui.
Mme Roberts (Emily) : Parfait.
M. Morin : Bien, je vous
remercie. Vous parlez aussi de consultation obligatoire, donc je comprends que
vous souhaiteriez qu'il y ait un processus de consultation qui soit fait.
Est-ce que vous avez l'impression que le projet de loi va dans ce sens-là?
Mme Johnson (Jennifer) : Bon,
présentement, le... je trouve que le consultation de la population, la création
de le loi n'était pas avec l'opinion de la population. C'était une loi qui a
été construit par le gouvernement et déposée, et puis... consultations après.
Puis, à mon opinion, moi, je ne suis pas juriste, je ne suis pas avocat etc.
C'est un peu à contraire de comment un... un... une loi... qu'une loi comme ça
doit être posée.
M. Morin : Oui, je vous
comprends parce qu'en fait, une constitution, c'est un document qui appartient
au peuple par le peuple. Donc, il est important, je pense, de consulter le
peuple, juriste ou pas. Êtes-vous d'accord avec mon affirmation?
Mme Johnson (Jennifer) : Oui.
M. Morin : Bien. Vous parlez
aussi d'analyse d'impact. Évaluer l'effet des politiques et modèles de
financement sur les populations rurales éloignées minoritaires...vous faites
référence également aux populations autochtones. Avez-vous l'impression qu'il y
en a eu, des analyses d'impact qui ont été faites avant le dépôt du projet de
loi? Et craignez-vous que le projet de loi puisse avoir, justement, un impact
sur votre communauté?
Mme Synnott (Jessica) : Je...
pas l'impression que c'était... on a été consulté avant. Puis j'ai des craintes
que notre région va être impactée par cette projet de loi.
M. Morin : Très bien. Je vous
remercie, M. le Président.Merci beaucoup, mesdames.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup, M. le député de Maurice-Richard,
s'il vous plaît.
M. Bouazzi : Merci. Merci
beaucoup, merci beaucoup, M. le Président. Merci, mesdames, de votre témoignage
qui est important. Il y a le fameux article 100 qui parle de la question de la
contestation, du droit de contester, pour les organismes, des lois. Si on
reçoit de l'argent public, on a... on va entendre, plus tard, le Barreau qui,
dans son mémoire, utilise des mots très forts et puis explique pourquoi est-ce
que, en fait, le droit de se défendre et le droit de respecter la Charte
québécoise des droits de la personne, c'est une... une protection de notre État
de droit et des minorités contre l'arbitraire choix d'une majorité. Qu'est-ce
que... comment vous voyez ça?
Mme Johnson (Jennifer) : Je
prendrais la question...
Mme Johnson (Jennifer) : ...je
vous donne l'exemple des communautés francophones hors Québec. Ils ont utilisé
cette approche plusieurs fois avec du succès et ça fait une partie importante
de leur capacité de négocier les points importants pour eux comme...
communautés langue minoritaire à le reste du Canada. Et c'est la même chose
pour les communautés d'expression anglaise. On aimerait avoir la capacité de
faire ça. Ce n'est pas facile d'avoir les fonds, de faire ce type de gestes et
souvent on est... on est obligé d'utiliser les fonds fédéraux pour cet... pour
cet exemple. Ça n'arrive pas souvent à date, là, mais c'est sûr que les
francophones hors de Québec ont... beaucoup.
M. Bouazzi : Ça limite vos
capacités à faire valoir vos droits fondamentaux dans cette société.
Mme Johnson (Jennifer) : Oui.
M. Bouazzi : Et on s'entend
qu'une multinationale étrangère qui reçoit des prêts sans intérêt des mégawatts
du gouvernement, elle va pouvoir faire appel aux tribunaux, mais pas vous.
• (11 heures) •
Mme Johnson (Jennifer) : Mais
pas nous.
M. Bouazzi : Concernant les
droits des Premières Nations et de la...
Le Président (M.
Bachand) :M. le député de... rapidement,
le temps est écoulé. M. le député de Jean-Talon, s'il vous plaît. Désolé.
M. Paradis : Merci d'être là
aujourd'hui. Vous faites dans votre témoignage, de même que dans votre mémoire,
un appel à l'inclusion, à la collaboration, à la reconnaissance de qui vous
êtes, de vos droits. J'en déduis que ce n'est pas ce que vous voyez actuellement
dans le projet de loi 1. Donc, je vous pose la question : Vous, quand vous
avez lu ce document-là, est-ce que vous vous êtes sentie interpellée, est-ce
que vous vous êtes sentie incluse, est-ce que les micmacs, les aînés, les
anglophones, les gens de la Gaspésie disent : Ah, j'ai vraiment... j'ai
collaboré à ça, j'ai été interpellé, ça me représente, c'est moi, ce
document-là?
Mme Synnott (Jessica) : Non,
puis je pense que c'est pour ça qu'on est ici aujourd'hui, qu'on ne se trouve
pas vraiment, sauf dans la préambule de le document. Notre culture, notre
patrimoine, notre langue, on ne se trouve pas dans ce document-là.
M. Paradis : C'est dans le
texte, mais c'est aussi dans le processus. C'est ce que vous nous dites?
Mme Synnott (Jessica) : Oui.
M. Paradis : Qu'est-ce qu'il
aurait fallu pour que vous vous voyiez reflétée dans ce document-là?
Mme Synnott (Jessica) : Je
pense, de débuter avec des consultations avant, c'est sûr, mais je pense que de
nous mentionner dans plusieurs articles, puis pas juste dans la préambule.
M. Paradis : Mais le ministre
et les gens de la banquette gouvernementale ne cessent de dire : Oui, mais
nous sommes en consultations actuellement. Vous ne trouvez pas que ce sont des
consultations, ça?
Mme Synnott (Jessica) : Sont
des consultations, mais je pense que le document est pas mal final, puis on a
des craintes que... est-ce que nos commentaires, nos suggestions va être
vraiment ajoutés au document?
Le Président (M. Bachand) :Merci beaucoup. Merci beaucoup, Mesdames d'avoir été avec
nous ce matin, c'est très, très, très apprécié. Sur ce, je suspends les travaux
quelques instants pour accueillir le prochain groupe. Merci.
(Suspension de la séance à 11 h 02)
(Reprise à 11 h 04)
Le Président (M.
Bachand) : À l'ordre, s'il vous plaît. La Commission reprend
ses travaux. Alors, il me fait plaisir d'accueillir des représentants de
l'Union des municipalités du Québec, qu'on appelle l'UMQ, hein, sur une base
plus quotidienne. Alors, merci beaucoup d'être ici, d'abord vous présenter et
débuter votre présentation, s'il vous plaît. Merci.
M. Tremblay (Guillaume) :
Bien, merci beaucoup, M. le Président. M. le ministre, Mesdames et Messieurs,
les membres de la Commission, je vous remercie...
11 h (version non révisée)
M. Tremblay (Guillaume) : ...de
donner l'opportunité à l'Union des municipalités du Québec de vous présenter
ses recommandations sur le projet de loi 1. Je suis Guillaume Tremblay,
président de l'Union des municipalités du Québec et maire de Mascouche. Je suis
accompagné aujourd'hui par M. Jean-Philippe Boucher, le directeur général de l'UMQ,
et M. Philippe Biuzzi, le conseiller aux politiques à l'UMQ.
D'abord, j'aimerais rappeler que depuis
maintenant plus de 100 ans, l'UMQ rassemble les gouvernements de proximité
de toutes les régions du Québec. Les municipalités membres de l'UMP
représentent plus de 85 % de la population et du territoire du Québec et gèrent
95 % des budgets municipaux.
Depuis des décennies, le rôle des
municipalités a évolué et s'est étoffé. Elles ne sont plus des simples
gestionnaires des services locaux, elles sont des gouvernements à part entière,
élus démocratiquement, responsables devant leur population respective, tout
comme vous tous ici aujourd'hui présents. Elle assume aussi des responsabilités
et des services stratégiques dans le domaine... dans des domaines multiples,
que ce soit au niveau de l'aménagement du territoire, les services de sécurité
publique, l'environnement, mobilité, développement économique, pour ne nommer
que ceux-ci. Elles sont les premières à répondre aux besoins de la population
et à incarner la démocratie au plus proche des gens. Elles sont devenues des
actrices incontournables de la vitalité économique et sociale du Québec.
Pourtant, malgré les avancées
législatives, la pleine reconnaissance de leur statut demeure inachevée. La loi
sur les compétences municipales en 2005 et la loi visant à reconnaître les
municipalités comme gouvernement de proximité en 2017 ont marqué des progrès
importants. Ces lois, aussi significatives soient-elles, n'ont pas la force d'une
reconnaissance constitutionnelle. Ce que l'UMQ demande aujourd'hui, c'est de
franchir un pas historique : inscrire les institutions municipales dans le
futur... dans la future Constitution du Québec. Nous proposons donc d'ajouter
un chapitre consacré aux institutions municipales dans le titre portant sur l'État
national du Québec. Ce chapitre repose sur trois principes phares : la
décentralisation, la subsidiarité et l'autonomie municipale.
La décentralisation, parce que l'organisation
territoriale du Québec repose sur des institutions municipales fortes et
autonomes. La subsidiarité, parce que les décisions qui touchent directement la
population doivent être prises par l'autorité la plus proche d'elle. Ce
principe, déjà reconnu en droit canadien, doit être inscrit dans notre
Constitution pour guider la relation entre les Québécois... entre l'État
québécois et très certainement les municipalités. Et l'autonomie municipale parce
que les municipalités sont des instances politiques essentielles à la vie
démocratique de la nation québécoise et qu'elles tiennent leur légitimité
respective de la volonté de la population qui habite sur leur territoire. Cette
reconnaissance constitutionnelle ne serait d'ailleurs pas une exception
québécoise, elle existe ailleurs. Nous vous avons fourni divers exemples
internationaux à l'annexe I de notre mémoire. D'autres États ont fait le choix
politique de se doter d'un cadre constitutionnel qui permet des institutions
locales et régionales fortes, le Québec doit s'inscrire dans cette lignée.
Reconnaître les municipalités dans la
Constitution serait une avancée majeure dans un projet qui se veut porteur d'avenir,
l'UMQ offre donc sa pleine collaboration à l'ensemble des parlementaires pour y
arriver. Évidemment, cette reconnaissance constitutionnelle doit se traduire
par un traitement différencié dans la Loi sur l'autonomie constitutionnelle du
Québec. C'est pourquoi l'UMQ demande que les municipalités ne soient pas
assujetties à cette loi. D'entrée de jeu, en matière de relations canadiennes,
l'autonomie municipale est déjà encadrée par la loi sur le ministère du Conseil
exécutif. L'UMQ ne remet pas en question cet encadrement. Sur la question du
financement, par exemple, elle privilégie d'ailleurs une approche globale et
structurée en trois points : les montants transférés doivent être...
doivent refléter la part de la population du Canada résidant au Québec; une
enveloppe dédiée au Québec, proportionnellement à son poids démographique au
sein du Canada, doit être prévue pour tout nouveau programme destiné aux
municipalités; le gouvernement du Québec doit se rendre... doit rendre ces
sommes accessibles aux municipalités rapidement, en les versant dans des
programmes simples, flexibles et surtout prévisibles.
La Loi sur l'autonomie constitutionnelle
du Québec assimile les municipalités à n'importe quel organisme public, ce qui
est incompatible avec leur statut de gouvernement distinct du gouvernement du
Québec. Toute restriction de leur capacité d'agir pour représenter leur
population n'est pas acceptable. L'article numéro 5 de la loi prévoit qu'une
municipalité ne pourrait plus contester le caractère opérant, l'applicabilité
constitutionnelle ou la validité d'une disposition faisant l'objet d'une
déclaration de protection de la nation québécoise, de l'autonomie
constitutionnelle et des caractéristiques fondamentales du Québec par le
Parlement du Québec...
M. Tremblay (Guillaume) : ...l'UMQ
considère que la possibilité pour un ordre de gouvernement de contester une loi
d'un autre ordre de gouvernement ne devrait en aucun cas être restreinte. Si
l'article 16 de la... de la loi pose des inquiétudes majeures sur les
échanges entre les personnes élues, l'article 17 les confirme. Le pouvoir
octroyé au gouvernement du Québec est large et brimera davantage l'autonomie
politique et administrative des municipalités au regard des institutions
fédérales. Le ministre pourra émettre des directives relatives aux usages et
aux pratiques des municipalités dans la conduite des relations
intergouvernementales canadiennes. Ce pouvoir est inquiétant, notamment en ce
qui a trait à l'autonomie des élus municipaux à pouvoir échanger avec leurs vis-à-vis
fédéraux.
• (11 h 10) •
L'émission de directives de préservation
de l'autonomie constitutionnelle du Québec en vertu de l'article 17 sont
également inquiétantes. Le gouvernement du Québec pourrait ordonner à une
municipalité de suspendre ou de résilier une entente, de ne pas participer à
l'élaboration d'une politique ou d'un règlement fédéral, ou de ne pas
participer aux travaux parlementaires fédéraux. L'article 17 prévoit
également que le gouvernement du Québec peut ordonner toute autre conduite dite
appropriée en lien avec une initiative fédérale particulière. Toutes ces
dispositions témoignent d'une logique centralisatrice qui soulève un risque
d'ingérence indue dans les affaires municipales en limitant la capacité d'agir
des municipalités en fonction de leurs réalités. Je rappelle que les
municipalités travaillent dans l'intérêt de la population du Québec.
Finalement, la poursuite d'une plus grande
autonomie constitutionnelle pour l'État québécois ne doit pas se faire au
détriment de l'autonomie des municipalités. Ces dernières sont des instances
démocratiques de proximité, élues par la population, comme vous tous, encore
une fois je le répète. Elles jouent un rôle fondamental dans la vie publique,
leurs interventions amplifient et font rayonner les intérêts de l'ensemble des
régions du Québec dans la fédération canadienne. Les empêcher d'agir pour les
Québécoises et les Québécois, c'est d'affaiblir le Québec. La légitimité
démocratique des municipalités québécoises doit être reconnue dans la
Constitution du Québec et leur statut de gouvernement distinct du gouvernement
du Québec justifie que la Loi sur l'autonomie constitutionnelle du Québec ne
s'applique pas à elle. Nous sommes maintenant prêts à répondre à vos questions,
M. le Président. Merci de votre écoute.
Le Président (M.
Bachand) : Merci infiniment pour votre présentation. M. le
ministre, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Merci, M.
le Président. M. le Président de l'UMQ et M. le Maire de Mascouche, le plus
important, M. Boucher, M. Biuzzi, bonjour, merci d'être présents aujourd'hui
pour présenter la position de l'UMQ. Je constate que l'UMQ s'est concentrée sur
quelques sujets dans le cadre de son mémoire, mais plus largement, je voudrais
savoir est-ce que l'UMQ est en faveur du fait que le Québec se donne d'outils
supplémentaires pour assurer davantage d'autonomie pour l'État québécois, pour
faire en sorte que nos institutions communes collectives puissent faire des
gains à l'intérieur de la fédération, pour faire en sorte, justement, qu'on
dispose davantage d'outils constitutionnels et juridiques pour assurer les
spécificités de la nation québécoise?
M. Tremblay (Guillaume) : Bien,
merci beaucoup de la question. Tout d'abord, comme vous avez vu dans notre
mémoire, pour nous, ce qui est clair, c'est qu'une Constitution, au-delà de
prendre position sur oui ou non une Constitution doit avoir lieu ou doit être
revue au Québec, pour nous, c'est clair, si vous voulez revoir la Constitution,
bien, il faut faire partie intégrante de cette constitution-là. Pour nous,
c'est comme un enjeu clair et c'est la voie de passage si vous voulez du moins
avoir l'appui de l'Union des municipalités du Québec, c'est de dire que les
villes dans la Constitution vont être vues, vont être traitées. Pour nous, vous
le savez, puis ce n'est pas nouveau, depuis 2012 on a fait un livre blanc avec
les maires, il y a eu des grandes consultations, puis depuis 2012, c'est une
demande forte du monde municipal. On est un palier de gouvernement. Maintenant,
moi, je pense qu'on est rendus à l'étape aujourd'hui de l'inclure à l'intérieur
de la Constitution québécoise.
M. Jolin-Barrette : OK, mais
plus globalement, vous êtes en faveur d'une constitution? Si les municipalités
sont dedans, vous êtes d'accord?
M. Tremblay (Guillaume) : On
serait prêt à discuter.
M. Jolin-Barrette : Ah, vous
seriez prêt à discuter.
M. Tremblay (Guillaume) : On
est... si on est inclus à l'intérieur, on serait prêt à, clairement, à discuter
à vos côtés. Il faut s'assurer qu'à la fin... parce que là, présentement, dans
le dossier, là, dans le document que vous nous avez fourni, on n'est pas
inclus, vous allez comprendre avant de vous dire oui ou non, on est accord, on
voudrait voir ce document-là, mais on ne le voit pas d'un mauvais... d'un
mauvais œil si vous vous incluez, à l'intérieur de la Constitution, le monde
municipal.
M. Jolin-Barrette : OK.
Est-ce que l'Union des municipalités est en faveur de la loi sur la laïcité, de
la Charte de la langue française et de la Loi sur l'intégration à la nation
québécoise?
M. Tremblay (Guillaume) : Vous
allez comprendre que le monde municipal, bien, du moins à l'Union des
municipalités du Québec, c'est un conseil d'administration. Mon conseil d'administration
est prévu mercredi...
M. Tremblay (Guillaume) : ...jeudi...
vendredi, donc ça va être des discussions qu'on va avoir, très certainement.
C'est des sujets qui sont déjà à l'ordre du jour, donc, aujourd'hui, on est
vraiment... on est là pour vous parler de constitution.
M. Jolin-Barrette : Bien,
c'est justement ce dont je vous parle, parce que dans la Constitution, on vient
notamment prévoir dans la loi constitutionnelle de 1867 qu'on intègre la
laïcité dans la loi constitutionnelle de 1867, qu'on... la langue française,
elle est déjà là, on vient protéger la Charte de la langue française d'une
façon supplémentaire dans la constitution, puis ça, ça touche beaucoup les
municipalités parce que l'annexe qui est prévue à la Charte de la langue
française est la même qui se retrouve dans la loi sur l'autonomie
constitutionnelle. Donc, les villes sont visées par la Charte de la langue
française. Et même chose pour l'intégration nationale aussi, c'est le modèle de
vivre ensemble collectif en français au Québec, on veut accueillir les
personnes immigrantes, puis les villes sont d'excellents partenaires en termes
d'accueil des personnes migrantes parce que, comme vous l'avez dit, vous êtes
un gouvernement de proximité, puis vous offrez des services publics de première
ligne notamment, donc vous êtes des partenaires dans l'accueil des personnes
immigrantes, mais pour les villes, vous souhaitez qu'elles s'intègrent au tissu
social, supposons, de Mascouche, que les communautés participent, enrichissent...
enrichissent la communauté. Alors c'est directement dans la constitution, ça
fait que d'où ma question, est-ce que l'Union des municipalités du Québec est
en faveur de ces trois lois-là?
M. Tremblay (Guillaume) : Bien,
écoutez, clairement, on le voit qu'ils sont inclus dans la projet de
constitution que vous avez devant vous. Pour nous, ce qui est important, puis
pour moi c'est important de le répéter, tu sais... je comprends que vous, ce
que vous voulez que je vous dise, c'est que... qu'on est en accord avec la loi
sur la Constitution, que, pour nous, clairement, la journée qu'on va prendre
position sur oui ou non on va être en accord avec votre projet de constitution,
c'est quand on va voir... puis on va revoir les écrits aussi, comment que vous
voulez nous intégrer. Puis, je vous le dis, M. le ministre, là, on est prêt à
vous donner notre pleine collaboration, vous avez vu un peu ce qu'on écrit,
notre mémoire est clair.
Moi, je pense qu'au Québec, en 2025, on
est rendu d'inclure les municipalités à l'intérieur de cette constitution-là.
On est un gouvernement de proximité. Puis, moi, je trouve ça important de le
répéter parce que, dans votre annexe, tu sais, vous nous avez sortis, un peu
comme une régie... de notre côté, comme... comme municipalité, bien, on est élu
démocratiquement, un peu comme vous tous ici, on a des objectifs fiscaux parce
qu'on taxe nos citoyens, puis l'autre chose, ici, bien, on fait appliquer la
sécurité sur l'ensemble de notre territoire. Donc, moi, j'ai un service de police
chez nous, c'est moi qui s'assure que mes citoyens sont en sécurité. Donc,
selon nous, aujourd'hui, on est... on vient ici à visage découvert, puis on
vient vous dire bien ouvertement : on est super à l'aise de collaborer à
vos côtés, puis de travailler à vos côtés pour faire le... la faire cheminer,
cette constitution-là. Mais clairement, si vous voulez avoir... si vous voulez
qu'on soit à côté de vous pour qu'elle... qu'elle chemine jusqu'à la fin, bien,
si le monde municipal n'est pas là, ça va être difficile de vous appuyer
dans... très, très, très difficile de vous appuyer dans ce cheminement-là.
M. Jolin-Barrette : Mais, en
fait, juste vous dire, je ne recherche pas nécessairement de réponse de votre
part quand je pose des questions, je veux atteindre votre point de vue, mais je
vous amène sur ce terrain-là parce que vous... dans le fond, vous faites des
commentaires dans le cadre du mémoire sur l'article 5 de la Loi sur
l'autonomie, justement, par rapport au pouvoir des organismes publics,
notamment les municipalités, vous avez bien raison de le dire qu'ils sont visés
comme organismes publics, parce que les municipalités, c'est un organisme
public, de ne pas pouvoir contester certaines lois visées qui représentent les
caractéristiques fondamentales, donc c'est pour ça que je parlais de la loi sur
la laïcité, c'est pour ça, puis ça touche vos services publics, là. Tu sais,
exemple, quand je vais à l'hôtel de ville de Mascouche, là, bien... ou à la
cour municipale, bien, les personnes sont visées par ça. Le procureur est visé,
vos policiers à Mascouche sont visés, le juge est visé également. Même chose
pour la question de la Charte de la langue française. L'exemplarité de l'État,
État avec un grand E, ça comprend aussi les municipalités, même chose sur
l'intégration nationale.
Alors ça, c'est les lois où est-ce qu'on a
mis une disposition qui dit : Bien, on ne peut pas utiliser les fonds
publics quand on est un organisme public pour contester ces lois-là. Puis les
municipalités, la majorité, vous me direz, de leurs revenus, viennent justement
des taxes des citoyens, des taxes foncières, puis je pense que c'est une
demande aussi des municipalités d'avoir d'autres pouvoirs de taxation, puis de
revenus. Ça, c'est un autre sujet, c'est avec le ministre des Finances, mais
c'est quand même fondamental, à savoir est-ce que vous trouvez que c'est
problématique, justement, ce pouvoir-là de dire : Bien, écoutez, le droit
d'ester en justice, il demeure intégralement. Mais lorsqu'on vient attaquer, supposons,
la Charte de la langue française, puis qu'on ait une municipalité pour offrir
des services à la population en français pour que...
M. Jolin-Barrette : ...notre
tissu social au Québec, ça se passe en français. L'Union des municipalités du
Québec est contre ce fait-là, qu'on utilise l'argent public ou les fonds de
transfert du fonds consolidé pour financer une loi comme... langue française.
M. Tremblay (Guillaume) : Deux
choses dans votre question. Tout d'abord, clairement, dans les demandes qu'on
fait aux autres paliers de gouvernement, vous êtes aussi ministre responsable
des Relations intergouvernementales, donc on pourrait avoir la chance de s'en
parler parce qu'on va avoir besoin de vous, parce qu'il y a des sommes
présentement qui dorment dans les coffres... mais ça, c'est un autre sujet.
Sur... Pour répondre à votre question, il y a des lois, par exemple la Loi sur
la... Je vais vous donner un exemple super concret qui est arrivé il n'y a pas
longtemps sur la Loi sur la carte électorale. Donc, l'Assemblée nationale
aurait pu décider du jour au lendemain, c'est une... c'est par là qu'on s'en
va, c'est cette décision-là qu'on prend. Si vous regardez aujourd'hui, il y a
une population qui se sont mobilisée, puis bien, l'État, bien, a perdu contre
le... les... MRC qui se sont mobilisées. Donc, ça vous démontre à quel point
des fois que ça peut être pertinent qu'une population se mobilise. Maintenant,
dans les débats que vous parlez, que vous suscitez, moi je tiens toujours à
dire qu'on est des gouvernements de proximité, puis on est élus à tous les
quatre ans, un peu comme vous tous ici. Donc, si moi je m'en va dans ma... dans
ma communauté, je prends une position qui est... qui va un peu à l'inverse de
ce que mes gens pensent. Tout d'abord, ils ont la chance de venir me le dire en
conseil de ville, très clairement, que mes orientations ne sont vraiment pas
bonnes. Ou la deuxième chose, bien, quatre ans après, bien, ils peuvent aussi
m'éjecter très clairement à l'extérieur, donc le pouvoir est fort au niveau de
la population, puis moi je pense il faut permettre... il faut permettre aux
gouvernements de proximité de contester...
• (11 h 20) •
Le Président (M.
Bachand) : Merci, M. le président. Il reste... il reste une
minute au ministre. M. le ministre, rapidement.
M. Jolin-Barrette : Bien,
juste sur votre exemple, là, parce que je saisis la balle au bond, là,
premièrement, la loi électorale n'est pas visée, là, par cette disposition-là.
Alors, les municipalités peuvent s'adresser comme elles ont fait, les MRC de la
Rive-Nord l'on fait en cours supérieur, on a donné raison au gouvernement, mais
pas juste au gouvernement, à l'ensemble des élus de l'Assemblée nationale qui
avait adopté une loi. Puis je suis convaincu que dans votre Union, je ne pense
pas que vos élus en Gaspésie, les préfets, les MRC, sont très contents du
résultat de la carte électorale. Il y a 125 députés à l'Assemblée nationale où
est ce qu'on a voulu protéger la Gaspésie, s'assurer que la représentativité
aussi compte également, c'est complexe, la carte électorale. Toutes les
formations politiques étaient d'accord. Puis je dénote que la Cour d'appel a
cassé la décision de la Cour supérieure. Alors, c'est sûr que vous êtes dans
une grande organisation, mais je pense que vos membres en Gaspésie ne doivent
pas avoir la même lecture, notamment que les préfets de la Rive-Nord aussi.
Le Président (M.
Bachand) : Merci.
M. Jolin-Barrette : Cela
étant dit...
M. Tremblay (Guillaume) : Moi,
je tiens juste à dire, M. le ministre...
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Désolé, je dois céder la parole à la députée
de Vaudreuil, s'il vous plaît.
Mme Nichols : Oui, merci, M.
le Président. Peut-être si vous voulez compléter votre réponse.
M. Tremblay (Guillaume) :
Bien, je vais répondre parce que j'ai trouvé un peu la question un peu... très,
très rapide à la fin, là. Juste vous dire que l'Union des municipalités du
Québec vous donnait un exemple, M. le ministre. On ne disait pas qu'on était pour
ou contre, loin de là, mais ça démontre à quel point, des fois, si l'Assemblée
nationale décide que l'enjeu de la carte électorale est un enjeu majeur, vous
pourriez le décider collectivement, les députés, puis les élus municipaux
n'auraient absolument rien à dire. C'est de là que je pense que ça mérite
réflexion. Merci beaucoup, Mme la députée, de m'avoir donné la parole.
Mme Nichols : Oui, merci...
D'abord, bien, merci pour votre mémoire, là. Le mémoire est très complet, avec
des exemples aussi à... je pourrai y venir, je voulais, peut-être dans un fil
conducteur, on parlait entre autres de comment contester, ce que vous dites,
c'est que les municipalités ne pourront plus contester parce que c'est clair,
entre autres, là, je pense c'est à l'article 5 où on dit qu'aucun organisme ne
peut, au moyen des sommes provenant des fonds consolidés d'impôts, de taxes, de
droits, de sanctions, ils ne pourront pas, parce qu'ils reçoivent, et c'est des
fonds publics. La fiscalité municipale, je pense que tout le monde ici autour
de la table, là, connaît ça, là. C'est... quoi, c'est 80 % des revenus
d'une municipalité qui vient de la taxation, peut-être plus ou moins? Ou un peu
plus même, au niveau de la taxation?
M. Boucher (Jean-Philippe) : Bien,
autour de 80 %. De 70 à 80 %.
Mme Nichols : C'est quand
même majeur. Donc... Puis les autres, les autres argents viennent d'où? Bien,
c'est ces montants-là que vous auriez le droit de prendre pour pouvoir
contester, donc je comprends qu'il y a un enjeu... qu'il y a un enjeu à cet
effet-là?
M. Tremblay (Guillaume) : Clairement.
Pour nous, c'est normal qu'un palier de gouvernement conteste un autre palier
de gouvernement, un peu comme des fois aussi l'Assemblée nationale, vous
contestez aussi des décisions qui sont prises par un Parlement canadien. Bien,
nous autres, on pense qu'un gouvernement de proximité a le pouvoir de contester
une décision qui est prise par un... Puis c'est juste normal, là.
Mme Nichols : Oui, bien, je
suis quand même assez d'accord avec vous. En lien avec le... tu sais, les
opinions, le mémoire que vous nous donnez, ce que je comprends, là, c'est que
vous n'avez pas été consulté au préalable sur le...
Mme Nichols : ...le dépôt de
cette constitution-là. Mais vous auriez aimé ça, mais je comprends que vous
n'avez pas été consulté, ni par la ministre des Affaires municipales ni par...
ni par la ministre de la Justice.
M. Tremblay (Guillaume) : Vous
savez qu'on n'a... on n'a pas le goût le monde municipal de jouer dans un débat
de dire est-ce qu'on a été consulté ou pas consulté, nous, on est ici
aujourd'hui, puis ce qu'on dit c'est qu'on n'est pas en désaccord de parler, de
renouveler une constitution. Cependant, clairement, si on renouvelle une
Constitution, il faut obligatoirement que le monde municipal en fasse partie.
On s'attendait aujourd'hui... là, moi, c'est un peu comme je dis à mes enfants
on va aller manger un cornet, mais on a juste le gobelet, on n'a pas la crème
glacée dessus, moi je m'attendais à avoir un cornet complet, puis d'avoir des
excellentes nouvelles pour les membres de l'Union des municipalités du Québec
de dire que dans la... dans le projet de Constitution, les villes en font
partie intégrante.
Mme Nichols : Je vais y aller
par... à l'inverse. Là, je comprends que si vous aviez été consulté, on aurait
déjà su que vous auriez voulu mettre, entre autres, la reconnaissance... la
reconnaissance des... du municipal, du statut des municipalités, en fait, dans
la... dans la constitution qui est devant nous. Vos préoccupations sont quand
même... sont quand même assez majeures. Quand vous dites que c'est un... vous
parlez même d'un recul, vous dites que sans l'absence des institutions
municipales dans la Constitution, ça représenterait un recul majeur. Vous
parlez d'un recul au niveau des... à quel niveau? Au... autres que les
contestations.
M. Tremblay (Guillaume) : Bien
le recul... un recul super important, je vous donne un exemple, là, dans les...
vous connaissez sûrement les formules TECQ, les... des fois de l'argent arrive
difficilement de... d'Ottawa à Québec, vous savez que le monde municipal, bien,
on parle à nos députés, on parle à nos... là, ça veut dire dans ce projet de
loi là, ici, bien, peut-être qu'on pourrait nous empêcher de discuter
directement avec un ministre, de discuter avec des députés. Vous comprenez que,
pour nous, c'est un recul majeur. Puis, je... ce que je trouve un peu curieux
là-dedans, c'est que souvent, quelque... quelque gouvernement qu'il soit, bien
on est des partenaires, puis on vous aide à aller plus vite pour recevoir les
sommes qui appartient à l'ensemble des Québécois et des Québécoises.
Mme Nichols : Oui, en effet,
l'UMQ ou, en fait, les municipalités sont souvent des partenaires qui sont
souvent mandatés, hein, entre autres, on parle de cartographie, là, pour la
cartographie, ou... sont souvent des partenaires, puis ce que je comprends,
c'est que vous sentez qu'il y a... vous êtes un peu abandonné dans cette
constitution-là, vous n'êtes pas... vous n'êtes pas reconnu, puis vous ne
pouvez pas faire valoir vos droits alors que vous êtes le premier palier de
proximité au niveau... au niveau des citoyens. Vous avez parlé de l'autonomie,
là, l'autonomie municipale, ce que vous travailliez à faire reconnaître depuis
de nombreuses années, puis le... même le présent gouvernement là, y arrive
petit peu par petit peu. Le gouvernement de proximité... Vous parlez du
principe de subsidiarité, entre autres là des décisions qui affectent
directement la population qui devraient être prises par l'autorité la plus
proche d'elle. J'aimerais vous entendre sur ce point-là.
M. Tremblay (Guillaume) : Je
vais laisser mon collègue ici.
M. Biuzzi (Philippe) : Oui,
bien, en fait, essentiellement, ce qu'on... ce qu'on souligne, c'est qu'il y a
quand même une opportunité de souscrire au principe de subsidiarité, mais à la
subsidiarité qui vise la décentralisation, là, c'est souvent utilisé aux deux
sauces, c'est-à-dire soit qui centralise, soit qui décentralise, par exemple
pour l'imposition de critères nationaux au niveau fédéral. Nous, ce qu'on vient
vous dire, c'est que c'est une belle opportunité de s'assurer qu'on prenne en
compte les besoins locaux le plus possible.
Mme Nichols : Parfait. Puis
dans les libellés que vous nous donnez, parce qu'il y a des suggestions, là, ça
va aussi dans le...
M. Biuzzi (Philippe) : Exactement,
ça se retrouve...
Mme Nichols : Dans ce sens-là.
M. Biuzzi (Philippe) : ...si
je ne me trompe pas, à l'article 65 qu'on vous propose, à la
recommandation 1.
Le Président (M.
Bachand) :... secondes, Mme la députée de
Vaudreuil.
Mme Nichols : Parfait. Bien,
juste la recommandation numéro 2 en lien avec retirer les institutions
municipales de l'annexe I de la Loi sur l'autonomie constitutionnelle, qui
identifie les organismes visés par cette loi. Aviez-vous quelque chose à
ajouter sur ce point-là? Ça...
M. Tremblay (Guillaume) :
Bien, comme... comme je l'ai mentionné tantôt, clairement, on est des élus
démocratiques, on a... on a la chance d'envoyer des comptes de taxes, c'est la
réalité, donc on a un pouvoir fiscaux, puis on a un pouvoir aussi d'appliquer
la loi sur le territoire, qu'est-ce qui est complètement différent des
autres... par exemple des régies ou des... Pour nous, clairement, c'est pour ça
qu'on ne devrait pas faire partie de cette... de cette annexe.
Mme Nichols : Parfait, merci
beaucoup.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. M. le député de
Maurice-Richard.
M. Bouazzi : Merci, M. le
Président. Merci beaucoup. Donc, l'Union des municipalités, hein, ce n'est pas
rien, hein, c'est... vous-même, dans votre mémoire, 85 % de la population
du territoire du Québec. Vous avez toute une section sur la reconnaissance des
municipalités qu'il faudrait rajouter dans la Constitution, est-ce que vous
avez eu la chance, avant cette rencontre et avant que le projet de loi soit
déposé, de faire cette demande-là au gouvernement?
M. Tremblay (Guillaume) : Au
gouvernement, directement? Non. Cependant, depuis 2012, avec le Livre blanc que
l'Union des municipalités avait fait, il y avait un large consensus dans le
monde municipal, donc... C'est même avant mon arrivée, je suis arrivé...
M. Tremblay (Guillaume) : ...comme
maire en 2013, donc je peux vous dire que ça fait longtemps qu'on en parle.
M. Bouazzi : C'est bon. Ça
fait que ce qui n'a pas été entendu en 13 ans, on espère qu'il va être entendu
en quelques minutes. Vous parlez de votre capacité de porter, de contester des
décisions du gouvernement. Donc, dans l'article 5, le gouvernement parle
souvent de laïcité, de... mais notre compréhension et celle des juristes qui se
sont déjà exprimés, explique qu'en fait, sur la base de l'autonomie du
Parlement, on peut rajouter, en fait, n'importe quel autre critère qui fera en
sorte que vous ne pourriez pas contester en cour. C'est bien ça?
M. Tremblay (Guillaume) : Exactement,
donc, n'importe quel projet majeur que le gouvernement, de la manière qu'on le
lit, là, n'importe quel projet majeur qu'il voudrait ajouter à l'intérieur
pourrait éviter, bien sûr, d'avoir une contestation. Pour nous, on trouve que
c'est... on veut avoir le pouvoir, comme municipalité, de contester.
M. Bouazzi : Sur la base du
fait que vous recevez de l'argent public et des taxes, vous allez être limités
dans votre capacité à contester les règles. Une multinationale étrangère qui
reçoit de l'argent d'Investissement Québec ou des mégawatts d'Hydro-Québec,
elle ne sera absolument pas limitée. Est-ce que vous pensez que ça améliore
notre démocratie?
• (11 h 30) •
M. Tremblay (Guillaume) : Clairement,
dans le mémoire, on le dit. On veut pouvoir, justement, contester des lois ou
des façons de faire à l'intérieur de tout ça. Donc... on veut, on veut pouvoir
contester.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. Merci beaucoup,
M. le député de Maurice-Richard. M. le député de Jean-Talon, s'il vous plaît.
M. Paradis : Bonjour. Vous
nous donnez 11 pages d'exemples d'autres pays où on donne de l'espace aux
entités municipales. Et vous, vous dites : bien le projet de loi 1, si je
résume bien, ce n'est pas une avancée, c'est peut-être même des reculs, parce
que ça pourrait vous empêcher de faire bien des choses, de discuter, de venir
en commission parlementaire. Et vous dites : ça pourrait limiter votre
capacité d'aller en cour. Moi, j'aimerais donner un exemple. Il y a quelques
mois, le gouvernement, par bâillon, a imposé un projet de loi dans l'affaire
Stablex, donc, qui a permis à une compagnie américaine de venir enfouir des
déchets dangereux ici. C'est le monde municipal qui s'est levé en disant :
heille, vous ne pouvez pas nous museler comme vous le faites dans ce projet de
loi là. Donc, là, ce projet de loi pourrait vous empêcher de faire ça dans
l'avenir. Donc, est-ce que je résume bien, en disant que le milieu municipal ne
se sent pas tellement inclus, ou ne trouve pas que ce projet de loi là, c'est
une avancée pour le monde municipal? Est-ce que c'est ce que vous aimeriez que
ce soit?
M. Tremblay (Guillaume) : Ce
qu'on dit, M. le député, c'est clair, c'est que si on n'est pas à l'intérieur,
dans la Constitution, que le monde municipal n'en fait pas partie intégrante,
clairement, on va s'opposer à ce projet, à ce projet de constitution là, nous,
ça fait partie de la pierre angulaire, c'est le travail depuis longtemps, on
est reconnus comme des gouvernements de proximité. Maintenant, il faut arrêter
de le dire, il faut agir. Et nous, on pense que ça peut être un agissement fort
d'inclure, à l'intérieur du projet de loi de constitution, le monde municipal,
à l'intérieur.
M. Paradis : Est ce que, dans
l'État, parce que je comprends que vous n'avez pas nécessairement une large
collaboration pour rédiger ce projet de loi là, est-ce que dans l'État, vous
trouvez que c'est une avancée pour le monde municipal du Québec, pour les
membres de votre organisation?
M. Tremblay (Guillaume) : Présentement,
non. Cependant, on voit le verre à moitié plein puis on ose espérer que les
modifications vont être faites à l'intérieur du projet de loi. C'est pour ça
qu'on est ici aujourd'hui, en pleine collaboration avec l'entièreté des
parlementaires.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup, M. député.
Merci beaucoup d'avoir été avec nous ce matin, c'est très, très, très apprécié.
Sur ce, je suspends les travaux quelques instants pour accueillir le
prochain... les prochains individus. Merci.
(Suspension de la séance à 11 h 32)
(Reprise à 11 h 34)
Le Président (M. Bachand) :À l'ordre, s'il vous plaît! La commission reprend ses
travaux...
11 h 30 (version non révisée)
Le Président (M.
Bachand) :...j'aurais besoin d'un
consentement pour aller au-delà de l'heure prévue de cinq minutes. Est-ce qu'il
y a consentement?
Des voix : Consentement.
Le Président (M.
Bachand) :Consentement. Merci beaucoup. Donc,
il me fait plaisir d'accueillir par visioconférence Mme Cynthia Bernardelli,
avocate, et Mme Hannah...
Mme Brockow (Hannah) : ...
Le Président (M.
Bachand) : ...Désolé, et Monsieur, ici en présence, M. Kooyman.
Alors, merci beaucoup d'être ici. Alors, vous savez, il y a huit minutes au
total de présentation pour les deux groupes. Alors, je vous laisse la parole...
qui... Madame... À vous la parole, pour commencer, oui?
Mme Brockow (Hannah) : Oui.
Et je vais... je vais être très brève pour permettre à mon concitoyen...
juriste. Je viens aujourd'hui tout simplement en simple langagière et citoyenne
dévouée. En 2003, je suis arrivée à Montréal, une citoyenne française et
américaine. Je suis traductrice multilingue et tout de suite j'étais accueillie
par les valeurs de respect, de tolérance, d'inclusion et d'égalité que j'admire
tant au Québec. J'avais le sentiment d'apporter mon bagage culturel et d'en
faire un fil qui se tisse dans la tapisserie de toutes les cultures et de
toutes les traditions anciennes et nouvelles qui définissent le Québec. Je suis
devenue citoyenne en 2012 par l'amour de ma nouvelle patrie. Et c'est en tant
que fière Québécoise que je m'adresse à vous.
Ma carrière en traduction juridique et
administrative m'a donné la chance de collaborer avec des juristes et des
communicateurs au sein de notre gouvernement et au sein de notre système de
justice, unique au monde, apolitique et impartial. Des experts m'ont rappelé le
poids de chaque mot et conséquences d'un mot mal choisi. Ils m'ont appris
surtout qu'il faut ralentir, prendre du recul et soigneusement analyser le
langage qui définit et affirme nos droits et nos obligations. Selon le pionnier
québécois de la jurilinguistique, Jean-Claude Gémar, le droit et le langage
sont inséparables. Je déplore notamment la politisation de la justice aux
États-Unis, où le langage devient un moyen d'exclusion, de réduction de droits
et même de statut de citoyens. Lorsque notre Barreau, représentant 31 000 de
nos experts de la justice, donne l'alarme, c'est exceptionnellement grave.
(Interruption)
Le Président (M.
Bachand) :On a une petite coupure. Alors
le temps qu'on rétablisse peut-être faire votre propre présentation, s'il vous
plaît. Merci beaucoup, puis on va revenir avec Mme Brockow tantôt. Allez-y...
M. Kooyman (Dirk R.) : Merci,
M. le Président. Monsieur... Bonjour, M. le ministre, Madame, Messieurs les
députés. Merci de cette invitation. Je m'appelle Dirk Kooyman, je détiens une
maîtrise en droit constitutionnel de l'Université d'Amsterdam. En tant que
juriste, j'ai pratiqué aux Pays-Bas, notamment en gouvernance universitaire. Au
Québec, où j'habite depuis 36 ans maintenant, j'ai travaillé comme cadre à deux
universités. Je ne représente aucune organisation, aucun groupe d'intérêt
social ou politique. J'informe la Commission que je n'ai jamais rencontré, Mme Brockow,
dont j'apprécie son intervention. Par contre, l'évolution constitutionnelle du
Québec m'intéresse, m'interpelle et dans le cas présent, me préoccupe.
M. le Président, je vous ai soumis un
mémoire et je sors un argument principal, c'est que la Constitution que nous
propose le ministre est déficient... Les écarts, les problèmes sont si majeurs
que je pourrais dire que ce n'est pas une constitution. J'invoque trois raisons
pour ça. Premièrement, la préparation du texte. Une constitution devrait être
basée sur une large consensus social et politique et on parle ici d'une loi
fondamentale, comme dit le ministre dans son projet la loi des lois. Ce n'est
pas rien et ça nécessite des fondements solides dans la société. Alors, on
constate que le projet a été préparé en vase clos. C'est dommage, mais le
ministre aurait dû commencer à couler du ciment dans... dans la... dans la
société d'abord, avant de présenter un tel projet. Un deuxième défaut, c'est
que la Constitution serait adoptée par une loi ordinaire, comme on dit dans le
jargon. Il n'y a pas un processus large pour son adoption. Il n'y a pas...
M. Kooyman (Dirk R.) : ...pas
de... nécessairement de consensus politique, ce qui crée une faiblesse
essentielle à la Constitution. Un troisième argument, consonance à la
modification. Cette loi qui créerait cette constitution pourrait être modifiée
par une autre loi ordinaire. On pourrait avoir un autre gouvernement dans un
an, une autre majorité à l'Assemblée nationale et puis qui... pourrait
commencer à modifier la Constitution comme bon leur semble. Il y a un risque de
virement autoritaire qui serait, contrairement à nos voisins du Sud, qui serait
intégré dans la Constitution. Et ça, c'est une... une... un défaut majeur, en
ce qui me concerne. Je ne sais pas où j'en suis avec le temps, M. le Président,
mais OK, bon, j'arrête ici. J'ai d'autres arguments à présenter, notamment concernant
les conséquences de cette constitution, mais j'y reviendrai dans un deuxième
temps.
Le Président (M.
Bachand) :On aura le temps, bien sûr,
avec la période d'échange avec les membres de la commission, alors Mme Brockow,
on vous... est-ce que vous m'entendez? Oui? Alors peut-être en... peut-être une
petite minute pour conclure, s'il vous plaît. Merci. On ne vous entend pas,
désolé. Alors on va en parler au ministre responsable de la... Cybersécurité et
du numérique.
• (11 h 40) •
Une voix : ...
Le Président (M.
Bachand) : OK. Alors on va débuter...
Mme Brockow (Hannah) : Vous
m'entendez?
Le Président (M.
Bachand) : OK, allez-y, on vous entend, merci.
Mme Brockow (Hannah) : Alors,
je n'avais qu'une minute encore à vous dire que l'avertissement du... du
Barreau est sans précédent, non seulement au Québec, mais aussi en Amérique du
Nord et en Europe. Je voulais simplement répéter les mots choisis avec soin,
clairs et sans ombres, qui a été fait par nos gardiens de la justice : la
menace de l'effritement de l'État de droit.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. Alors, période
d'échange, M. le ministre, s'il vous plaît?
M. Jolin-Barrette : Oui,
alors, Mme Brockow, Mme... Maître Bernardelli, M. Kooyman, bonjour. Merci de
participer aux travaux de la commission. M. Kooyman, dans le cadre de... de
votre mémoire, au paragraphe 16, là, vous dites : cela fait penser aux
régimes totalitaires européens de la Deuxième Guerre mondiale et après,
notamment, en Europe de l'Est. Donc, la proposition constitutionnelle qu'on a
déposée, vous trouvez que c'est comparable à ce qui était vécu en Europe à
l'époque, la loi conditionnelle de 2025?
M. Kooyman (Dirk R.) : M. le
Président, vous avez calculé que je suis né juste après la Deuxième Guerre
mondiale, en Europe, et les atrocités de la Deuxième Guerre mondiale,
notamment, mais la première aussi, ont mené la communauté juridique
internationale à mettre plus d'accent aux droits individuels qui existaient
déjà dans plusieurs constitutions. Je réfère à la Constitution française, la
Constitution américaine et, si vous voulez, la Constitution des Pays-Bas. Cet
accent... m'est inculqué. C'est très important pour moi, la protection des
citoyens, la protection des individus et les valeurs qui sont associées à ça.
Ça a mal été, durant la Deuxième Guerre mondiale, ça a mal été durant la guerre
froide en Europe de l'Est. J'ai été à quelques occasions en Europe de l'Est
durant la guerre froide et le climat social était terrible et c'était clair que
les droits individuels étaient au deuxième plan dans ces pays-là. C'est pour ça
que j'ai une sensibilité particulière à cet égard.
M. Jolin-Barrette : OK, mais
le processus qu'on a aujourd'hui, là, ici, à cette assemblée, avec un dépôt de
projet de loi au mois d'octobre en comité consultatif, le fait qu'on débatte,
qu'on entende tout le monde qui a soumis un mémoire en commission
parlementaire, trouvez-vous qu'on est dans une situation comparable?
M. Kooyman (Dirk R.) : Je
pense que, dans cette référence, je ne m'attaque pas au processus, aujourd'hui,
je pense que l'Assemblée nationale est autonome. Je n'ai pas de problème avec
ça. Par contre, ce qui me fait douter de... de la situation avec...
M. Kooyman (Dirk R.) : ...cette...
constitution, une fois adoptée, c'est les enfreintes aux droits individuels et
les enfreintes au droit... à l'État de droit. Alors, je me limite à ça, M. le
Président.
M. Jolin-Barrette : Mais sur
ce sujet-là, supposons, dans les droits collectifs, on vient dire, dans la loi
constitutionnelle de 2025, que l'égalité entre les femmes et les hommes va
primer sur la liberté de religion, au Québec. Ça, c'est l'illustration qu'un
droit collectif, on dit : dans la balance, là, si les deux droits sont en conflit,
là, l'égalité entre les femmes et les hommes, puis le fait, supposons, de
dire : bien, moi, pour une raison religieuse, je ne veux pas être servie
par une femme dans un organisme public. On dit : bien non, au Québec, là,
ça va être l'égalité entre les femmes et les hommes. Est-ce que vous trouvez ça
préoccupant?
M. Kooyman (Dirk R.) : Il y a
trois... deux volets à l'intervention du ministre, M. le Président. Le premier
concernant... concerne les droits collectifs. En termes de droits constitutionnels,
les droits collectifs n'existent pas, M., c'est une invention, c'est une... de
la fiction constitutionnelle, si vous voulez. Les droits collectifs s'expriment
par le droit de vote afin de créer une majorité à l'Assemblée nationale et
fonder un gouvernement là-dessus. C'est là où finissent les droits collectifs.
Pour ce qu'il y a de la tension entre les supposés droits collectifs, ou
simplement l'impression... l'expression du législateur, et les droits
individuels, je pense que je me suis exprimé clairement. Les droits
individuels, tels qu'exprimés dans la Déclaration universelle des droits de
l'homme, tels qu'exprimés dans la Charte canadienne, tels qu'exprimés dans la
Charte québécoise, sont absolus et ils ne sont pas sujets à une diminution par
le législateur.
M. Jolin-Barrette : Vous me
permettrez d'être respectueusement en désaccord avec vous qu'en droit
constitutionnel, ça n'existe pas, les droits collectifs. Parce que si ça
n'existait pas, les nations autochtones n'auraient pas de droits?
Spécifiquement les nations autochtones en droit constitutionnel québécois et
canadien, ce sont des droits collectifs. Donc ça existe. Et si les nations
autochtones ont des droits collectifs, je pense que la nation québécoise aussi
est titulaires de droits collectifs, notamment la protection du français, le
droit à la laïcité, l'égalité entre les femmes et les hommes, la primauté du
droit. Alors ces différents éléments-là existent, alors je pense qu'il ne faut
pas le nier, puis le projet de Constitution nous... nous amène vers là. Juste
avant de céder la parole à ma collègue de Bonaventure, peut-être, Mme Brockow,
je voulais vous demander, vous avez fait beaucoup référence au Barreau, je
voudrais vous entendre, parce que le Barreau nous a dit : Bien, écoutez,
l'article 5, supposons, empêche les gens de contester les lois, alors que ce
n'est pas vrai, ce n'est pas ça que dit l'article 5. Ça dit qu'avec les fonds
publics, dans le cadre de certaines circonstances, il ne sera pas possible pour
un organisme public. Pensez-vous que le Barreau devrait donner toute
l'information à la population quand il invoque des éléments comme ça sur la
place publique?
Mme Brockow (Hannah) : ...en
tant que, encore une fois, simple, langagière, je préfère laisser la parole aux
experts dans ce domaine. Ceci étant dit, ce qui me préoccupe en tant que
langagière, c'est la rapidité à laquelle non seulement le projet de loi 1 dont
on parle aujourd'hui, mais aussi le projet de loi 2, le projet de loi 3, et
tout simplement... bagage alsacien. Le nom Brockow était français à une époque,
et allemand, donc je viens avec ce bagage en moi tout comme M. Kooyman, on
a... on a... mémoire très récent dans nos racines. Et puis moi, en plus, j'ai
une vision, bien entendu, aux États-Unis, des choses qui se sont passées étape
par étape par étape. Donc, ce que je constate d'abord et avant tout, c'est que
le Barreau, ça ne se fait pas, ça ne se fait juste pas, je n'ai vu de ma vie...
j'ai demandé à ma grand-mère, j'ai demandé... heureusement, ma grand-mère est
encore, heureusement, en vie en Alsace, j'ai demandé à mon oncle aussi... qui
est avocat : Est ce qu'une société de loi, une association, Barreau
quelconque a levé le drapeau? Et la réponse est non. Donc, je vais laisser
le... la réponse à cette question au...
Mme Brockow (Hannah) : ...que
vous encourage vivement à consulter.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. Mme la députée
de Bonaventure, 2 min 40 sec.
Mme Blouin : Merci. Merci
beaucoup, M. le Président, alors, à mon tour de saluer nos invités, autant en
présentiel qu'en virtuel. Merci d'être avec nous aujourd'hui dans le cadre de
ces travaux. Première question pour Mme Brockow, est ce que vous pourriez nous
partager quelles sont les modifications concrètes au projet de loi que vous
proposez dans votre recommandation sur les droits individuels et des minorités?
Mme Brockow (Hannah) : Alors,
les droits de minorités... J'aurais aimé voir une place plus présente aux
peuples autochtones. J'ai passé un semestre de formation continue à voir
comment, au Canada... été accordé aux peuples, aux Québécois originaires de
notre patrie, était surtout symbolique et j'aurais aimé voir plus de... en
gros, j'aurais aimé plus de consultation citoyenne avant la rédaction de la loi,
mais j'aurais aimé, notamment, plus de dialogue avec les autochtones. Et je
vois aussi des croisements potentiels. Je... pense comme vous... pense à Alexis
de Tocqueville qui, en 1831, il avertissait que sans des garde-fous, les
démocraties risquent une tyrannie de la majorité. Par contre, mon souci avec le
projet de loi 1 du Québec, j'ai l'impression de voir une Constitution qui...
qui veut, en toute bonne foi, protéger les droits. Mais le fait que l'État de
droits soit en danger, je ne suis pas sûre que c'est ça qui se passe.
• (11 h 50) •
Mme Blouin : Merci,
j'aimerais aussi... oh, c'est terminé?
Le Président (M.
Bachand) :Oui, 50 sec, allez-y, peut-être
un commentaire.
Mme Blouin : En fait, je
voulais vous entendre sur les changements au processus de nomination du membre
des conseils, en fait, pour... pour dépolitiser, pardon, le processus de
nomination, considérant que c'est déjà choisi aux deux tiers de l'Assemblée
nationale. Quels sont les changements que vous proposez?
Mme Brockow (Hannah) : Bien,
je... bien, si je peux vous donner l'exemple de la Cour suprême aux États-Unis,
les juges sont nommés... de façon politique et donc, c'est encore une fois où
je pense que la consultation des juristes est nécessaire parce que, encore une
fois, nous avons un système de justice qui est unique au monde, qui est
apolitique et... eux, ils pourraient nous guider à trouver un autre moyen que
le législatif n'ait pas pour tout le poids.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup, je dois céder
la parole, je vais céder la parole, avec plaisir, d'ailleurs, à la députée de
Vaudreuil.
Mme Nichols : Merci beaucoup,
M. le Président. C'est une obligation, hein, je dois. Merci beaucoup, merci à
vous trois de... de participer aux présents travaux. C'est important d'entendre
tout le monde. Je m'excuse tout de suite, là, pour la prononciation de vos
noms, là, qui pourrait être déficiente. M. Kooyman, merci beaucoup, bon, très
bien, merci d'être parmi nous. Ce n'est quand même pas rien, j'ai vu que vous
avez réussi, entre autres, un examen doctoral en droit constitutionnel, donc on
vous sent très interpellé par... par le projet de loi pour... pour la
Constitution. Vous... vous nous avez dit aussi être très préoccupé, puis vous
nous avez amené sur certaines déficiences, là, qui, selon vous, ont aucun sens,
entre autres, là, au niveau de la préparation. Qu'est-ce que vous voulez dire,
au niveau de la préparation qui aurait dû peut-être être... vous nous avez dit
que la préparation était déficiente de... de ce projet de loi?
M. Kooyman (Dirk R.) : M. le
Président, j'apprécie la question de la députée, dans le sens que je pense
qu'une loi fondamentale doit avoir un support large dans la société. Et dans...
il y a 1000 façons d'établir une fondation solide, mais ça prend du ciment,
n'est-ce pas? Et... il y a... il y a, d'une part, la possibilité... de
consulter les organismes, consulter les... les groupes minoritaires et les
minorités et tout. Par contre, il faut consulter, en ce qui me concerne, même
des états généraux, ça... ça aurait été une possibilité. Mais tout ça se fait
avant de commencer à écrire. Qu'est-ce que veulent les gens? De quoi ils ont
peur? On vient d'entendre l'UMC qui a apporté des arguments solides pour dire
que ça aurait dû se faire autrement. Alors c'est une illustration... parfaite
de ce que je propose.
Mme Nichols : Dans le fond,
ce que je comprends, c'est...
Mme Nichols : ...il aurait dû
y avoir des consultations avant d'arriver ici, ou même des négociations plutôt
avant qu'après, c'est ce que je comprends.
M. Kooyman (Dirk R.) : Tout à
fait parfait.
Mme Nichols : Parfait. Vous
avez parlé aussi que la... de la façon dont était pour être adopté la
constitution était problématique, était... était certainement... bien, vous
avez parlé de déficience, donc, parce que... ce qu'on comprend, c'est qu'il y a
un aspect politique à tout ça et qui est selon vous, une faiblesse. Est-ce que
vous... vous pouvez nous expliquer votre point de vue?
M. Kooyman (Dirk R.) : M. le
Président, loin de moi de proposer que tout ce qui se passe aux Pays-Bas est
mieux, je n'ai jamais fait ça, mais je vous donne l'exemple, aux Pays-Bas,
la... une modification de la Constitution nécessite premièrement une adoption
avec deux tiers des votes dans le Sénat et dans la chambre et deuxièmement, des
élections subséquentes avant qu'un deuxième vote ait lieu pour que la
population a été consultée. C'est une façon de freiner toute ardeur
constitutionnelle... à la sauvage, je dirais. Une autre option, c'est de
regarder comment la proposition française de 1954 dans la cinquième République
a été adoptée, ça a été écrit par une seule personne, je le sais, par contre,
ça a été adopté par un référendum où la participation a été au-delà de
80 % et le taux d'approbation a été au-delà de 80 % aussi. Ça, c'est
un peu mieux que 50 % plus 1, il me semble.
Mme Nichols : Merci. Merci
pour ces exemples, je trouve que c'est pertinent, on en prend bonne note. Quand
vous... vous avez présenté tantôt votre... vos commentaires, vous nous aviez
dit qu'il y avait d'autres arguments quant aux conséquences de cette
constitution. Bon, à part peut-être, là, la préparation de la Constitution qui
est adoptée par une loi ordinaire et aussi qui pourrait être modifiée par une
autre loi ordinaire, quelles sont les autres conséquences de ce projet de
loi 1, selon vous?
M. Kooyman (Dirk R.) : M. le
Président, il y a un risque avec cette Constitution proposée, notamment avec la
loi sur l'autonomie, je réfère à l'article 9 et non pas
l'article 13 que mentionne mon mémoire. L'article 9 prépare...
crée le droit à l'Assemblée nationale d'empêcher l'accès à la justice. Ça,
c'est un aspect essentiel de l'État de droit que les gens peuvent s'adresser à
la justice afin de contester une loi, une partie d'une loi, et que la Cour ait
le droit d'invalider la loi, s'il y a lieu. Or, l'article 9 ouvre la
possibilité que cet accès soit limité ou interdit. Alors ça, il y a un risque
concret pour l'économie du Québec. Là, je... ça semble lourd, mais ça risque
d'être lourd. Les investisseurs internationaux qui prêtent de l'argent au
gouvernement du Québec, qui investissent dans les compagnies québécoises ou qui
investissent carrément au Québec, ils doivent être rassurés que leur propriété
soit protégée. C'est l'essence du Code civil, évidemment et le moment que
l'Assemblée nationale interdit l'accès à la Cour, à la justice, les
investisseurs pourraient très bien devenir hésitants.
Mme Nichols : Merci. Quelques
secondes?
Le Président (M.
Bachand) : 20 secondes.
Mme Nichols : En
20 secondes. Peut-être, vite, vite, vite, là, sur le titre que vous dites
qui induit en erreur le lecteur, qu'on peut habiller son cheval d'un pyjama
rayé, mais cela ne n'en fait pas un zèbre. Qu'est-ce que vous voulez dire? Sur
le titre.
Le Président (M.
Bachand) :Rapidement.
M. Kooyman (Dirk R.) : Je
reviens au début de mon discours, M. le Président, cette constitution n'est pas
une constitution.
Mme Nichols : Merci, merci
beaucoup.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. M. le député de Maurice-Richard,
s'il vous plaît.
M. Bouazzi : Merci, M. le
Président. Merci beaucoup de votre présentation, en ligne et ici. Mes questions
seront pour M. Kooyman. Vous avez dit que les droits collectifs ne devraient
pas se retrouver ou n'existent pas, en fait, par opposition aux droits
fondamentaux. Ici, l'article 9, vous en avez fait référence...
M. Bouazzi : ...donne la
possibilité au Parlement, par une simple majorité, de bloquer des
contestations. L'article 5 donne aussi des possibilités au gouvernement de
rajouter à peu près ce qu'il veut comme étant des valeurs fondamentales. Est-ce
que vous pensez qu'une constitution devrait protéger les droits fondamentaux
des citoyens et est-ce que celle-ci les protège ou les affaiblit?
M. Kooyman (Dirk R.) : Je
n'irai... M. le Président, je n'irai pas aussi loin que dire que cette
constitution qui s'attaque aux droits individuels, mais elle ouvre la porte et
c'est ça ma crainte.
M. Bouazzi : Donc, si on
prend l'exemple de nos voisins du Sud, on a un président de la République qui a
décidé que les politiques pour l'accès à l'égalité... les politiques de lutte
contre la crise climatique, la recherche, tout ça pour lui, c'est des valeurs
fondamentales. Est-ce que si on transpose, si on imagine que demain matin on a
un Trump au Québec avec cette constitution-là, est-ce qu'il serait facilité à
faire ce qu'il fait? Ou alors est-ce qu'on aurait des freins justement qui
puissent nous empêcher de sortir de l'État de droit?
• (12 heures) •
M. Kooyman (Dirk R.) : L'essentiel
de la situation, c'est qu'aux États-Unis, la Constitution protège les citoyens
contre un virage autoritaire, tandis que cette constitution ouvre la porte à un
virage autoritaire.
M. Bouazzi : Quand on voit
tout ce que le président est déjà capable de faire, évidemment, ça ne nous
rassure pas sur ce que les portes qui sont ouvertes justement à travers ce
projet de Constitution. Merci, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup, M. le député.
M. le député de Jean-Talon, s'il vous plaît.
M. Paradis : Bonjour.
J'aimerais revenir sur votre déclaration à l'effet que les droits collectifs n'existaient
pas et que les droits individuels sont absolus à la lumière du Pacte
international relatif aux droits civils et politiques concernant les droits des
personnes appartenant à des minorités ethniques, religieuses et linguistiques
de l'ONU, la Déclaration internationale des personnes appartenant à des
minorités nationales, ethniques, religieuses ou linguistiques, toujours de
l'ONU, la Convention-cadre pour la protection des minorités nationales du
Conseil de l'Europe, que vous devez connaître, et de la Déclaration américaine
sur les droits des peuples autochtones, par exemple, qui sont des déclarations
ou des traités qui reposent sur le fait qu'il y a des droits collectifs. Et
compte tenu du fait que la nation québécoise est une minorité à l'intérieur du
Canada, est-ce que vous voulez réviser votre affirmation?
M. Kooyman (Dirk R.) : M. le
Président... je pense que je suis parmi les personnes ici et je suis une... je
suis membre d'une minorité, hein? Et alors, je suis particulièrement sensible
aux propos du député. Les droits collectifs, dont je comprends qu'ils visent la
constitution proposée, ne sont pas nécessairement les droits des autochtones,
je ne les ai pas trouvés dans le... dans le projet de Constitution. Ça ne vise
pas nécessairement les droits des minorités, qu'ils soient ethniques, religieux
ou autres. Les droits collectifs qui sont cités dans la Constitution, dans la
mesure que je le comprends, visent la nation québécoise. Et on...
M. Paradis : Est-ce que...
Est-ce que vous admettez qu'en droit international, la notion de droits
collectifs est reflétée notamment par les traités que je viens de vous
mentionner?
M. Kooyman (Dirk R.) : M. le
Président, je m'abstiens de m'expliquer.
M. Paradis : Très bien.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. Alors, à vous
toutes et à vous tous, merci beaucoup d'avoir participé à nos travaux et compte
tenu de l'heure, la Commission suspend ses travaux jusqu'après les avis
touchant les travaux des commissions. Merci, à tantôt.
(Suspension de la séance à 12 h 03)
15 h (version non révisée)
(Reprise à 15 h 19)
Le Président (M.
Bachand) : À l'ordre, s'il vous plaît. Bon après-midi à tout le
monde. Alors, nous entendons cet après-midi les organismes suivants : l'Union
étudiante du Québec, l'Association des obstétriciens gynécologues du Québec, M. Guy
Robert junior, le Conseil du statut de la femme, mais on débute avec Les Aînés
Action Québec. Alors, merci beaucoup d'être avec nous. Vous connaissez la
procédure, donc je vous laisse la parole, après ça on aura une période
d'échange avec les membres de la commission...
Le Président (M.
Bachand) :...merci beaucoup d'être ici
avec nous aujourd'hui. Merci.
Mme Beck (Mona) : Bonjour,
tout le monde. Merci de nous revoir. Je m'appelle Mona Beck et je suis la
présidente de Les Aînés Action Québec, en anglais Seniors Action Québec.
Aujourd'hui, je suis accompagné de membre du conseil d'administration,
Mme Linda Marion et M. David Johnston et notre directrice générale,
Mme Paulina Abarca-Cantin. Nous sommes un organisme à but non lucratif
fondé en 2012, subventionné surtout par les gouvernements du Québec et du
Canada. Notre mandat est d'identifier, de défendre et de promouvoir les droits
des aînés québécois d'expression anglaise à travers la province. Nous veillons
à ce que toute modification législative, comme celle proposée dans le projet de
loi 1, préserver nos droits et notre dignité. Je cède maintenant la parole
à M. Johnston qui abordera nos préoccupations principales concernant ce
projet de loi.
• (15 h 20) •
M. Johnston (David O.) : Bonjour.
Notre mémoire est bref, cinq pages que vous avez certainement déjà consultées.
Nous allons nous concentrer très brièvement cet après-midi sur deux aspects.
Premièrement, nos principales préoccupations générales avec le projet de
loi 1 et deuxièmement, des préoccupations plus spécifiques qui touchent
nos membres, les aînés d'expression anglaise.
Pour ce qui est la première partie, nous
aimerions dire que nous partageons les mêmes préoccupations générales
concernant le projet de loi qui ont été soulevées aussi par d'autres
organisations représentant la communauté québécoise d'expression anglaise. Il y
en a quatre. Il y en a quatre. Premièrement, la priorité accordée aux droits de
la majorité ou la nation sur ceux des minorités et aux droits collectifs sur
les droits individuels. Cette approche, à notre avis, contredit l'objectif
fondamental d'une Constitution : protéger les droits individuels et
minoritaires contre les abus potentiels du pouvoir majoritaire. Deuxièmement,
l'interdiction d'utiliser des fonds publics pour contester des éléments du
projet de loi 1. Cette mesure accroît considérablement le pouvoir
gouvernemental au détriment du contrôle judiciaire, un pilier essentiel de toute
démocratie moderne. Thidly, any absence of any clear
articulation of the rights of the English speaking community. Et
finalement, le fait que le projet de loi a été rédigé sans consultation
préalable avec les principaux interventant... interventant... intervenants de
la société civile, y compris les organisations représentant des minorités.
Cette absence de consultation contredit, à notre avis, l'article 17 du
projet de loi lui-même, qui stipule entre guillemets : l'État tire sa
légitimité de la volonté du peuple qui habite son territoire. Comment invoquer
la volonté du peuple sans le consulter préalablement?
Notre recommandation est claire nous
demandons au gouvernement de retirer le projet de loi et de tenir une véritable
consultation publique sur toute proposition future de loi constitutionnelle
pour le Québec. Une Constitution n'appartient pas à un gouvernement, elle
appartient au peuple. Elle exige donc le consensus le plus large possible des
principaux intervenants de la société civile. Je cède maintenant la parole à
Mme Marion, notre vice-présidente originaire de Rouyn-Noranda, pour
résumer le deuxième point principal de notre mémoire.
Mme Marion (Linda) : Bonjour.
Notre deuxième point principal concerne les préoccupations plus spécifiques aux
aînés québécois d'expression anglaise. Premièrement, l'accès en anglais aux
services gouvernementaux pour les aînés...
Mme Marion (Linda) : ...Deuxièmement,
la clarté juridique et l'importance de l'égalité entre les versions françaises
et anglaises des lois et des documents légaux tels que les testaments. Si nous
écrivons un testament en anglais et nous devons le traduire en français pour
des raisons d'égal, nous voulons vous assurer que nos propres mots aient la
même valeur juridique que leur traduction française. Troisièmement,
l'incertitude quant à la vitalité future de notre... communauté, community.
Ces questions sont détaillées dans notre mémoire... essentiel que je souhaite
souligner ici. L'essentiel que je souhaite souligner ici, c'est que le fil
conducteur de ces trois préoccupations demeure l'insécurité et la crainte. La
crainte que si le français devait être promu de manière plus rigide en vertu
d'une Constitution québécoise, les services en anglais soient progressivement
érodés au fil du temps. Or, nous ne trouvons aucune garantie claire dans le
projet de loi 1 protégeant nos droits et notre communauté. Il est vrai que
le... la Loi sur le gouvernement du système de santé et des services sociaux
nous accorde un droit aux services en anglais. Dans les faits,
cependant, le système présente des lacunes. This is why we believe existing
legal guarantees must be reflected, in any new constitution for Québec. One
that would be conceived in an inclusive, collaborative fashion. D'ailleurs,
le Réseau communautaire de santé et de services sociaux, or the Community
Health and Social Services Network, va dans le même sens que son... va dans le
même sens dans son mémoire. Malheureusement, le projet de loi 1 ne prévoit
rien de tel. Je cède maintenant la parole à notre directrice générale, Mme
Abarca-Quentin, pour nos remarques finales.
Mme Abarca-Cantin (Paulina) : Bonjour,
mesdames et messieurs les députés, d'ici 2031, les aînés représenteront plus du
quart de la population québécoise. Ce n'est pas une projection lointaine, c'est
dans six ans. Ce tournant démographique, cette tsunami touchera chaque
génération, chaque famille et chaque secteur de notre économie. Face à cette
réalité, et comme la pandémie nous l'a montré, la communication sera
essentielle pour trouver des solutions en collectivité, surtout en santé. Nos
aînés ont bâti ce Québec et notre patrimoine commun, nos institutions, nos
entreprises, nos quartiers, par leur travail, leurs impôts et leur audace.
Pourtant, aujourd'hui, en 2025, beaucoup travaillent encore pour faire face à
la hausse du coût de la vie. D'autres se retrouvent même en situation
d'itinérance. L'enjeu critique demeure. Près de la moitié des aînés québécois
d'expression anglaise ne parlent pas français et certains, en raison de
maladies neurodégénératives, ne parlent plus que leur langue maternelle. Ce
phénomène touche les aînés de toutes origines culturelles face au déclin
cognitif. Et pour cette population vulnérable, chaque service devient un
obstacle, chaque urgence médicale, une source d'angoisse. Leur employabilité
constitue également un défi majeur. Le projet de loi 1 ne garantit aucune
droit linguistique pour cette communauté et interdit l'utilisation des fonds
publics pour défendre ses droits devant les tribunaux. Une société forte
protège sa langue et sa culture tout en respectant la dignité de tous ses
citoyens. C'est ça, la légitimité démocratique.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup, on est déjà
rendu à la période d'échange.
Mme Abarca-Cantin (Paulina) : Merci
de votre écoute.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup, merci
infiniment. M. le ministre, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Oui,
merci, M. le Président. Mme Arbaca-Cantin, Mme Beck, Mme Marion, M. Johnston, bonjour.
Merci beaucoup de participer aux travaux de la commission parlementaire. Merci
également de venir parler du point de vue des aînés, notamment de...
d'expression anglaise, et je pense que c'est apprécié que vous veniez, puis je
suis heureux de vous entendre. Par rapport à votre intervention et à votre
mémoire, j'avais quelques questions à vous poser, notamment sur la question de
l'interprétation des textes, parce que dans votre mémoire, vous dites :
bien, écoutez, le projet de loi vient limiter l'expression des textes,
supposons, en langue anglaise. J'aimerais ça que vous me disiez où, dans le
projet de loi, ça fait ça, parce que...
M. Jolin-Barrette : ...je
n'ai pas prévu ça dans le projet loi. Ça fait que je dirais juste comprendre
l'argumentaire derrière ça parce que dans le projet de loi n° 1, on ne
traite pas de l'interprétation des textes, des versions anglaises ou des
versions françaises.
M. Johnston (David O.) : Si
je peux répondre à la question, ma connaissance de... c'est que s'il y a une
différence entre le sens d'un texte anglais et un texte français, la version
français prédome sur le version anglais, c'est-à-dire qu'il n'y a plus une
égalité légale entre les traductions.
M. Jolin-Barrette : Mais,
en fait, ça, ce n'est pas dans le cadre du projet de loi n° 1 qu'on a
devant nous, là. Lorsqu'on a adopté la loi 101, puis la loi 96, il y
a des dispositions qui font en sorte que le texte interprète les uns par
rapport aux autres, donc la version anglaise et la version française. Et que si
jamais le juge, lorsqu'il se retrouve face aux deux versions, il y a une
incompatibilité de versions, d'interprétation entre les deux, par la suite, il
peut se référer à la version française pour connaître la véritable intention.
Mais ce n'est pas de ça dont on parle dans le cadre du projet de loi n° 1.
Donc d'où mon questionnement à savoir s'il y avait des éléments dans le projet
de loi n° 1 sur le plan linguistique qui vous préoccupait.
M. Johnston (David O.) : Selon
ma connaissance du projet de loi, c'est un enjeu. Cette idée qu'il n'y aurait
plus une égalité entre les versions anglais et les versions français des textes
légaux.
• (15 h 30) •
M. Jolin-Barrette : Je
comprends votre préoccupation, mais votre préoccupation est davantage sur la
loi 101, sur la Charte de langue française que sur le projet de loi qu'on
étudie présentement, parce que ça n'en fait pas partie, là, dans le projet de
loi qu'on a, si ça peut vous rassurez. Dans le fond, les parlementaires ne
débattront pas de cet aspect-là devant nous, mais j'entends vos préoccupations
par rapport à la Charte.
M. Johnston (David O.) : Merci.
Il y aura des experts constitutionnels qui viendront témoigner et qui
pourraient clarifier ça pour nous parce que je continue à croire que, avec le
projet de loi, ça représente un véritable conflit de langue, mais...
M. Jolin-Barrette : Bien,
je... écoutez, je ne peux pas être plus clair que ça, là, le projet de loi,
malgré peut-être certaines informations que certains laissent croire, mais on
ne vient... on ne vient pas toucher à ça dans le projet de loi n° 1.
M. Johnston (David O.) :
Merci.
M. Jolin-Barrette : Ça
fait que je vous le dis d'une façon très transparente. Un autre élément aussi,
vous m'avez parlé notamment des soins de santé pour les aînés. Pouvez-vous
aborder encore cette question-là pour les aînés? Parce que le régime juridique
qui s'applique demeure pour les personnes d'expression anglaise, d'avoir des
soins de santé en anglais. Puis, même aussi dans nos hôpitaux, lorsqu'on a des
personnes qui ne parlent ni anglais ni français. Le système de santé essaie de
répondre à leurs besoins, puis vous avez raison de dire que bien souvent, en
vieillissant, c'est notre langue maternelle qui remonte à la surface. Donc,
même quelqu'un qui aurait vécu toute sa vie en français, qui est d'origine,
supposons, portugaise, bien, la langue utilisée, souvent, à la fin de la vie,
c'est la langue qu'on a apprise à la naissance, même chose, supposons, que la personne
s'était exprimée en anglais une partie de sa vie, bien, ce serait le portugais
qui reviendrait, mais dans nos hôpitaux, bien souvent, il y a des traducteurs,
le personnel médical également tente de pouvoir communiquer avec le patient
lorsque c'est possible dans sa langue maternelle. Donc je voudrais vous
entendre sur vos préoccupations parce que le projet de loi n° 1 ne change
absolument rien à l'état du droit sur les garanties pour la communauté,
notamment d'expression anglaise, d'avoir accès à des soins de santé en anglais.
Donc quelles sont vos préoccupations?
Mme Beck (Mona) : Est-ce
que je peux répondre? OK, pour moi, il y a une étude, une recherche de CHSSN de
2023 qui s'appelle l'Accès en anglais aux services de santé et aux services
sociaux du Québec. Et il dit clairement dans ce... projet de recherche, il y a
36 % des aînés québécois d'expression anglaise qui ont déclaré qu'il n'y a
pas être servi par... en anglais dans un CLSC...
15 h 30 (version non révisée)
Mme Beck (Mona) : ...par
exemple. Et 30 % qui ont déclaré ne pas être service en anglais par la
ligne Info-Santé. Pour moi, c'est une inquiétude parce que quand la loi
québécoise qu'il dit clairement... de santé... la loi santé et services sociaux,
il dit clairement : Il est très important que tout le monde a le même
niveau d'information sur sa santé et c'est très important qu'il y a un
consentement éclairé et si une personne parle un petit peu français, mais pas
beaucoup, et si tout est expliqué en français et il y a quelqu'un qui parle en
anglais... peut-être c'est une impact sur sa vie, sa santé et bien-être aussi.
Et c'est mes inquiétudes pour des personnes âgées.
M. Jolin-Barrette : OK. Donc,
pour bien comprendre, dans le fond, ce que vous nous dites c'est, la
préoccupation, c'est les services de santé en anglais dans le réseau de santé
et services sociaux. Puis ça, l'État québécois respecte la Loi sur la santé... services
sociaux, l'article 15, puis je pense que c'est l'article 246, 200... En tout
cas, ça fait un petit bout, là, que j'y ai touché, là, mais donc, lorsqu'il y a
des plans d'accès, donc, je suis d'accord avec vous. Mais tout ça, le régime
juridique, législatif entourant ça, le projet de loi 1 ne l'aborde pas du tout,
donc ça reste le statu quo. Mais ce que vous nous dites, c'est qu'il faut
bonifier aussi sur le plan des services, donc je vais en parler à mon collègue
à la Santé aussi, parce que vous souhaitez que les aînés puissent être servis
en langue anglaise lorsqu'ils requièrent des informations sur leur santé. Donc,
écoutez, je vous remercie beaucoup pour votre passage. Je vais céder la parole
à ma collègue. Merci beaucoup pour la présentation de votre mémoire...
Mme Beck (Mona) : Merci à
vous, Monsieur.
M. Jolin-Barrette : ...puis d'être
déplacée à l'Assemblée.
Le Président (M.
Bachand) :Mme la collègue de Bonaventure,
s'il vous plaît, rapidement.
Mme Blouin : Oui, merci
beaucoup, M. le Président. Alors, bonjour à vous, merci d'être avec nous
aujourd'hui. Comme je n'ai pas beaucoup de temps, je vais y aller tout de suite
avec ma question. En fait, j'aimerais comprendre ce qui vous fait croire que le
projet de loi accorde une priorité aux droits collectifs sur les droits
individuels. J'aimerais vous entendre là-dessus, si c'est possible?
Une voix : ...
Mme Blouin : En fait, qu'est-ce
qui vous fait croire que le projet de loi va accorder la priorité aux droits
collectifs sur les droits individuels? Parce que le projet prévoit que les
droits et libertés fondamentaux font partie intégrante de la Constitution. Mais
j'ai cru comprendre que ça vous... que vous aviez une inquiétude à ce niveau-là,
alors est-ce que vous voulez l'expliquer?
M. Johnston (David O.) : Nous
avons surtout des préoccupations au fait qu'on ne voit dans le projet de loi une
déclaration concernant les droits individuels ou les droits minoritaires. C'est
vrai que dans le préambule, il y a une... une phrase qui reconnaît qu'il y aura
une respect pour les institutions de la communauté québécoise de langue
anglaise, mais nous ne voyons pas, dans le corps du projet de loi, une section
qui exprime quels sont nos droits comme minorité. Et souvent les droits des
minorités sont des... des droits individuels...
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup, M. Johnston...
M. Johnston (David O.) : ...Au
Nouveau-Brunswick, il y a des...
Le Président (M.
Bachand) : ...Je dois céder la parole au député de l'Acadie,
désolé. M. le député de l'Acadie, merci.
M. Morin : Merci, M. le
Président. Alors, Mesdames, Monsieur, bonjour. Bon après-midi, merci d'être là,
merci pour votre mémoire. Vous parlez du processus de consultations qui est
déficient avec le projet de loi actuel. Pour vous, quelle aurait été la
meilleure façon d'aborder d'abord un tel sujet dans le cas d'une consultation
de la population québécoise? J'aimerais vous entendre là-dessus.
M. Johnston (David O.) : Je dirais
que, moi, je me souviens, comme une personne âgée, il y a 50 ans, le
gouvernement Lévesque a déposé un projet de loi pour la Charte de la langue
française, qui a été précédé par le dépôt d'une livre blanc où le gouvernement
a exprimé leurs intentions à amener sur la table certaines questions pour
discussion, ce qui a donné aux intervenants dans la...
M. Johnston (David O.) : ...civile
le temps de se préparer, de donner un avis préalablement au gouvernement avant
le dépôt d'un projet de loi. Mais qu'est-ce que... qu'est-ce que nous avons
ici? Nous avons une espèce de fait accompli. Le dépôt d'un projet de loi écrit
par un groupe de personnes en huis clos, déposé par un gouvernement qui a 81
sièges sur 125, qui pourrait faire passer très facilement une Constitution sans
un vrai consensus de... ou volonté du peuple. C'est ça, notre objection
principale. Et ce n'est pas une objection uniquement tenue par les Québécois de
l'expression anglaise, ni les musulmans ni d'autres minorités. On voit, dans la
communauté francophone, un grand désaccord entre le droite et le gauche
là-dessus. Si vous lisez, si vous avez lu les éditoriaux hier dans La Presse ou
Le Devoir, Le Devoir, le manchette... disait du projet de loi : Une dérive
autoritaire qui doit être corrigée. La Presse, la manchette, c'était :
Attention, danger pour la démocratie au Québec. Moi, comme... personne de
l'expression anglaise, je vois que... il y a une... des tensions croissantes,
au Québec, entre la droite et le gauche. Et nous avons un projet de loi plutôt
droitiste pour une société qui, depuis longtemps, a été plutôt plutôt
progressiste.
M. Morin : Et cette façon de
procéder, du gouvernement, est-ce que ça vous fait peur?
• (15 h 40) •
Mme Abarca-Cantin (Paulina) : ...oui,
ça fait beaucoup peur. Premièrement, merci de nous recevoir aujourd'hui. C'est
clair que vous nous écoutez, cette conversation est très, très appréciée, et
pour plusieurs aînés, pour plusieurs familles, ça se passe très vite, ce qu'on
appelle la loi de tous les lois, ça va vite, ça va très vite. On est 9
millions, il faut se parler.
M. Morin : Bien, je vous
remercie, c'est très, très éclairant. Pensez-vous que le gouvernement va
reculer? Puis qu'il va dire : on s'est trompé, on va recommencer ça?
M. Johnston (David O.) : Si
la pression devient trop forte, oui.
M. Morin : Donc, on va
continuer d'en parler.
Mme Marion (Linda) : J'espère
que oui.
M. Morin : Très bien, je vous
remercie. Dans votre mémoire, à la page 4, vous parlez de l'incertitude quant à
la vitalité future de la communauté des aînés québécois d'expression anglaise,
et vous dites : Des assurances de protection pour la communauté
d'expression anglaise sont données d'une part, mais d'autre part, les
protections ont été érodées par des règlements, des directives, des politiques
et une interprétation bureaucratique. Avez-vous des exemples précis que vous
pouvez partager avec nous de ces gestes qui vont éroder, finalement, la
protection de la communauté d'expression anglaise?
M. Johnston (David O.) : Je
pense que le Commissaire fédéral aux langues officielles a fait référence à ça
dans un rapport qu'il a fait sortir il y a un mois, dans laquelle il parlait de
comment le renforcement de la Charte, depuis le passage de la loi 86, a eu une
certaine confusion. Il y a maintenant une confusion quant à l'application du
droit d'être servi en anglais dans les secteurs de soins de santé, des
affaires, du secteur privé, aussi, et de la communauté. Par exemple, certains
travailleurs de santé peinent, selon le Commissaire, c'est... ce sont ses mots,
certains travailleurs de la santé peinent encore à déterminer exactement dans
quelles circonstances ils peuvent offrir des services en public en anglais. Par
conséquent, ces travailleurs choisissent de... par excès de prudence en ce qui
a trait leurs obligations linguistiques, de peur d'être pénalisés. C'est vrai
que nous avons, dans la... une loi ordinaire, un droit à être servi en anglais
dans le secteur de santé. Mais notre position, c'est que cette garantie serait
plus fort si on le met dans une Constitution au lieu d'une loi ordinaire...
M. Johnston (David O.) : ...et
en fait, c'est ce que d'autres groupes dans la communauté réclament aussi, de
renforcer ce droit en santé en le... de l'enchâsser dans une constitution
québécoise, que ce soit... qui est né de ce projet de loi ou qui vient dans le
futur déposé par ce gouvernement ou un autre gouvernement.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. M. le député de
Maurice-Richard, s'il vous plaît.
M. Bouazzi : Merci, M.
le Président. Merci beaucoup, thank you for being here. On
a entendu la partie gouvernementale. Je dois avouer, j'ai été étonné qu'il
disait qu'on a enchâssé les droits fondamentaux dans la Constitution, ce qu'on
permet à l'Assemblée, c'est... à une majorité simple quel serait un droit
collectif, n'importe lequel, il n'y a, en fait, pas de limite à ce que
l'Assemblée pourrait décider et sur ces bases-là, en fin de compte, on
hiérarchise et les droits fondamentaux, qui seraient ceux de minorités,
n'importe lesquelles, hein, les minorités anglophones en font partie, ne
peuvent plus être invoquées. C'est un genre de clause nonobstant continue sur
ces questions-là. Est-ce que c'est votre compréhension du projet de loi?
M. Johnston (David O.) :
J'hésite à me lancer un peu trop en détail là-dessus parce que je ne suis pas
expert constitutionnel. Vous soulevez des bonnes questions et ce serait
sûrement des bonnes questions pour une consultation préalable sur un autre
projet de loi. Nous venons aujourd'hui simplement pour... avec une
sous-recommandation de retirer... retirer ce projet de loi, refaire le
processus et de tenir une consultation avec des intervenants et beaucoup... des
intervenants plus larges de la société civile.
M. Bouazzi : Il y a...
pour avoir lu le mémoire du barreau qu'on va recevoir très tard,
malheureusement, d'après... pour des décisions qui m'échappent. La réponse est
dedans et puis j'ai hâte de leur poser la... les questions plus spécifiques.
Est-ce que vous avez été consulté avant le dépôt de cette constitution?
Le Président (M.
Bachand) :Très rapidement, s'il vous
plaît, merci.
M. Johnston (David O.) : Non.
Oh, OK.
M. Bouazzi : Très rapidement.
Le Président (M.
Bachand) :Allez-y, M. Johnston,
allez-y.
M. Bouazzi : Go ahead.
M. Johnston
(David O.) :
Oh!
No, no. Et je... j'ai lu que le ministre a fait référence aux
consultations qui... que le gouvernement a fait avec Parti québécois, Québec
solidaire, telle personne, tel groupe, mais à ce que je sache, il n'y avait pas
une consultation avec individus ou un organisme...
M. Bouazzi : Avec vous.
Et si vous me posez la question, je vais vous dire que nous non plus, on n'a
pas été consulté, juste pour être clair pour tout le monde.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. M. le député de
Maurice-Richard. M. le député de Jean-Talon, s'il vous
plaît.
M. Paradis : Donc une
des choses que vous mentionnez dans votre mémoire et que vous venez aussi de
mentionner ici, c'est que l'absence de consultation, le fait qu'il n'y a pas eu
de dialogue avec vous, a comme résultat que vous ne sentez pas que vos
préoccupations ou que vos intérêts ont été considérés dans la rédaction de ce
projet de loi. Est-ce que c'est bien ça?
M. Johnston (David O.) : Oui,
en effet.
M. Paradis : Bien. Parmi
les préoccupations dont vous faites état, c'est l'accès aux services en anglais
pour vous, pour les membres de votre communauté, mais vous dites que vous
reconnaissez que le projet de loi n'approche pas des droits linguistiques
existants, mais vous dites qu'ils pourraient mener vers une promotion plus
rigide du français qui pourrait restreindre les programmes pour aînés. De quoi
parlez-vous? Qu'est-ce que ce serait une promotion plus rigide du français?
M. Johnston (David O.) : La
promotion plus rigide que nous voyons depuis le passage de la loi 86, dont
le commissaire fédéral aux langues officielles a fait référence dans son
rapport il y a un mois.
M. Paradis : Donc là
vous faites référence au projet de loi n° 96 qui a déjà été adopté, mais
ce projet de loi n° 1, comment le voyez-vous transformer cette capacité
pour les personnes...
M. Johnston (David O.) : En
mettant la garantis d'un service en anglais dans le secteur santé, dans une
constitution, de renforcer... un droit qui existe sur le plan constitutionnel
est plus fort qu'une garantie écrite dans une loi ordinaire.
M. Paradis : Et donc
pour...
M. Johnston (David O.) : Et,
plus largement, on ne voit nulle part dans le projet de loi quels sont nos
droits, quels sont les droits de la langue anglaise ou quels sont les droits de
la communauté de l'expression anglaise? Il y a un silence et j'ai...
M. Johnston (David O.) : ...j'aurais
aimé qu'il y avait une effort pour définir...
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Merci beaucoup, M.
Johnston...
M. Johnston (David O.) :
...des droits.
Le Président (M.
Bachand) : ...le temps... le temps... tellement rapidement. Je
tiens à vous remercier d'avoir été aujourd'hui avec nous. C'est très, très
apprécié. Sur ce, je suspends les travaux quelques instants pour accueillir le
prochain groupe. Merci beaucoup encore. Merci infiniment.
(Suspension de la séance à 15 h 50)
(Reprise à 15 h 51)
Le Président (M.
Bachand) : À l'ordre, s'il vous plaît. La Commission reprend
ses travaux... fait plaisir d'accueillir les représentantes de l'Union
étudiante du Québec. Merci beaucoup d'être avec nous. Vous connaissez les
règles. Je vous invite d'abord à vous présenter et débuter votre présentation.
Et encore une fois, merci beaucoup d'être avec nous cet après-midi. La parole
est à vous, merci.
Mme Dommanget (Flora) : Bonjour
à vous. Je m'appelle Flora Dommanget et je suis présidente de l'Union étudiante
du Québec. Je suis accompagnée de Sabrina Demers, coordonnatrice à
l'enseignement supérieur. L'Union étudiante du Québec regroupe 15 associations
étudiantes universitaires représentant environ 117 000 personnes étudiantes à
travers le Québec. Elle a pour mission de défendre les droits et intérêts de la
communauté étudiante en protégeant et améliorant ces conditions.
Nous sommes ici aujourd'hui pour vous
présenter notre mémoire sur le projet de loi 1. Les demandes de l'Union
étudiante du Québec sont claires. Nous demandons... Nous nous opposons au
projet de loi 1 et demandons son retrait. Advenant son adoption, nous demandons
aux partis de l'opposition de s'engager à le retirer. Nous croyons qu'il ne
rencontre pas les standards de consultations du Québec, qu'il octroie d'énormes
pouvoirs au Conseil des ministres et qu'il menace l'équilibre des pouvoirs.
Tout projet de Constitution québécoise doit faire l'objet d'une consultation
populaire à grande échelle, comme par exemple, des assemblées populaires ou un
référendum. Avec ce projet de loi, le gouvernement substitue le consensus
établi autour de la Charte des droits et libertés de la personne au Québec, qui
célèbre d'ailleurs ses 50 ans cette année. C'est un recul des droits
fondamentaux censés être interrogeables.
En toute sincérité, l'Union étudiante du
Québec n'était pas certaine de venir intervenir aujourd'hui de peur de déplaire
au gouvernement et de générer des représailles législatives qui retiraient des
droits aux associations étudiantes et les empêcheraient de représenter
correctement les personnes étudiantes. Le climat dans lequel nous vivons au
Québec nous fait peur. Nous voyons les différents groupes de la société civile
se faire restreindre leur droit de parole. Quand les syndicats ont contesté le
projet de loi sur la laïcité, le gouvernement est arrivé avec le projet de loi
3 pour les démanteler. Quand les médecins n'étaient pas d'accord avec le
gouvernement, celui-ci est arrivé avec le projet de loi 2 qui les empêche de
contester. Notons que les associations étudiantes en médecine n'osent pas se
mobiliser par peur de représailles. D'ailleurs, rappelons que le projet de loi
1 empêchera les organismes recevant des droits prélevés en... en application
des lois du Québec de contester judiciairement le gouvernement... les
associations étudiantes rencontrent cette condition. Mais nous avons quand même
décidé de prendre notre courage à deux mains et de venir défendre les intérêts
de nos membres, puisque c'est de notre responsabilité.
Donc, revenons sur le manque de
consultations. Il s'agit selon nous, de l'un des problèmes fondamentaux de ce
projet de loi. Le projet de loi 1, déposé à la surprise générale, contrevient
même au processus de consultations minimales auquel nous ont habitués le
gouvernement de la CAQ ou le premier ministre...
Mme Dommanget (Flora) : ...par
exemple, même quand la CAQ a fait une consultation nationale sur le territoire
et les activités agricoles, elle a pris plus de temps que la... la Constitution
du Québec. À cette occasion, elle avait mobilisé 500 intervenants sur 11 mois.
Quand la ministre de la Justice, Sonia Lebel, a rédigé un projet de loi pour le
changement du mode de scrutin, elle a effectué de larges consultations.
D'ailleurs, l'Union étudiante du Québec avait rencontré la ministre et son
cabinet avant le dépôt du projet de loi. On la remercie, d'ailleurs. François
Legault, lorsqu'il était ministre de l'Éducation en 2000, avait établi des
standards élevés pour consulter la jeunesse. Le Sommet du Québec pour la
jeunesse et l'éducation en est la preuve. Un an de consultation, 200 personnes
expertes rencontrées, 18 ateliers régionaux, 6500 personnes participantes.
Pourquoi le gouvernement de la CAQ considère que pour élaborer la loi des lois,
il faut s'en tenir au strict minimum? Pourquoi le document fondateur d'une
nation n'est pas pris autant au sérieux? Si le gouvernement de la CAQ croyait
que nous avions besoin d'un référendum pour changer le mode de scrutin en 2020,
pourquoi en 2025, son standard est aussi bas qu'une commission parlementaire
pour l'élaboration d'une constitution?
Mme Demers (Sabrina) : En ce
qui concerne, maintenant, la restriction du droit de contestation de la société
civile, le Barreau du Québec lui a même... lui-même a tiré la sonnette
d'alarme, dénonçant une érosion de l'État de droit. Ce projet de loi incarne
une dérive autoritaire du gouvernement et, selon nous, c'est extrêmement
dangereux. L'article 5 affaiblit les contre-pouvoirs au Québec. Il empêche
certains groupes de s'opposer, de critiquer, de s'associer et même de défendre
nos droits fondamentaux. On pense, par exemple, aux commissions scolaires ou
même aux ordres professionnels dont fait partie le Barreau du Québec.
D'ailleurs, on écoutait la commission la semaine dernière, puis le ministre
tenait à rectifier que les syndicats, les organismes communautaires et les
associations étudiantes ne figurent pas dans la liste d'organismes ciblés par
cet article. Mais il omet de mentionner que dans cette liste noire, le Conseil
des ministres pourra, unilatéralement, ajouter qui il veut. Ce projet de loi
menace donc, en catimini, certains piliers des luttes sociales au Québec. Notre
Charte des droits et libertés est censée être une protection inaliénable pour
la population québécoise. Or, le gouvernement crée un climat de censure
institutionnelle en cherchant à empêcher notre capacité même de contestation
légitime. Dans la même logique, le projet de loi permet au gouvernement
d'ajouter à n'importe quelle loi une clause interdisant tout recours au
contrôle judiciaire, aux organismes présents dans cette liste noire contrôlée
par le Conseil des ministres, sous prétexte de protéger la nation québécoise ou
encore l'autonomie constitutionnelle. Il institutionnalise la suspension des
droits de la Charte québécoise des droits et libertés. Ce projet de loi empêche
les tribunaux d'effectuer leur rôle essentiel et primordial de protection des
droits fondamentaux. Le principe d'un pouvoir judiciaire, c'est sa capacité
réelle à freiner les abus de pouvoir du gouvernement de façon indépendante.
Quant au recul des droits fondamentaux, ce projet de loi se place au dessus
de... de notre Charte québécoise des droits et libertés de la personne. Cette
proposition est mise de l'avant sans aucune consultation populaire, à la
hauteur de tout projet de loi constitutionnelle. Faut-il le rappeler, la Charte
québécoise a été adoptée à l'unanimité après des années de débat transpartisan.
En 2019, pour modifier notre charte, le gouvernement a fait adopter la loi 21
sur la laïcité de l'État en suspendant la liberté d'expression par
l'utilisation du bâillon et en utilisant la clause dérogatoire à la Charte québécoise
des droits et libertés. En 2022, la loi 96 modifie encore notre charte et
est... est adoptée avec une forte opposition, et encore une fois, on déroge à
la Charte québécoise des droits et libertés. C'est un modus operandi qu'il
utilisera par la suite à de nombreuses reprises. On est face à une
normalisation de l'utilisation du bâillon et de la suspension de la Charte
québécoise. Le bâillon, à titre d'exemple, a été utilisé huit fois par la CAQ
en sept ans. Le gouvernement s'attribue une légitimité de restreindre les
droits et libertés en empêchant le débat et en évitant le contrôle du pouvoir
judiciaire. Il s'affirme ainsi comme le seul arbitre. Il veut maintenant
protéger ses lois qui vont à l'encontre de notre charte québécoise en les
plaçant à l'intérieur du projet de loi constitutionnelle. Encore pire, on est
face à un projet de Constitution qui prétend être plus légitime que le pacte
social et... consensuel, qu'est notre Charte québécoise des droits et libertés.
Mme Dommanget (Flora) : L'Union
étudiante du Québec demande le retrait du projet de loi 1 et, advenant son
adoption, demande aux partis de l'opposition de l'abroger. Elle fait ces
demandes parce qu'il a été rédigé sans rencontrer les standards de consultation
québécois pour un tel projet. Il ne rencontre même pas les standards de
consultation auxquels la Coalition avenir Québec nous a habitués. Il limite le
droit de contestation, affaiblit les contre-pouvoirs et les assujettit à
l'arbitraire du Conseil des ministres. Il menace les droits et les libertés
inscrits dans notre Charte québécoise. Une Constitution doit être un outil de
rassemblement, pas un instrument pour suspendre la Charte québécoise. Elle doit
être écrite par et pour le peuple dans un processus transparent et inclusif
pour protéger les personnes québécoises et non pour protéger le gouvernement...
Mme Dommanget (Flora) : ...de
sa société civile. Merci. Et nous serions maintenant prêtes à prendre vos
questions.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. M. le ministre,
s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Oui.
Merci, Mme Dommanget, Mme Demers, bonjour pour la fédération étudiante du
Québec, merci de venir en commission parlementaire pour nous exposer le point
de vue de l'Union étudiante du Québec. D'entrée de jeu, vous me permettrez de
vous dire qu'il y a plusieurs éléments que vous avez énoncés avec lesquels je
suis en désaccord, surtout parce qu'il y a plusieurs éléments qui ne sont pas
tout à fait exacts, mais on va avoir l'opportunité, dans le cadre de cette
période de temps là, d'échanger, puis je sais que ma collègue aussi veut
échanger.
Je voudrais vous demander, dans un premier
temps, vous êtes d'accord qu'on insère comme principe l'égalité entre les
femmes et les hommes à l'article 9.1 de la Charte des droits et libertés de la
personne? Tu sais, parce que. 9.1, là, je vous le lis, là : Les droits et
libertés de la personne s'exercent dans le respect des valeurs démocratiques,
de la laïcité de l'État, de l'importance accordée à la protection du français,
du modèle d'intégration nation québécoise, de l'ordre public et du bien être
général des citoyens du Québec. Et là on ajoute également : et de
l'égalité entre les femmes et les hommes. Est-ce que vous êtes d'accord avec ça
ou non?
• (16 heures) •
Mme Dommanget (Flora) : En
fait, ici, on n'est pas pour discuter de ce qui doit être ou non dans la
constitution, dans ce genre de réflexion. Ce qu'on apporte ici, c'est que le
processus de consultation ne s'est pas bien fait et on n'a pas été consulté au
préalable, on arrive avec un projet qui est quasiment fini. Nous, ce qu'on
voit, c'est que la Charte des droits et libertés québécoises est vraiment
suspendue à travers l'ensemble de ce projet de loi, puis c'est ce qui nous pose
problème ici.
M. Jolin-Barrette : Avec
égard, je voudrais juste vous dire que la Charte québécoise des droits et
libertés de la personne, elle n'est pas suspendue, elle est intégrée
intégralement dans la Constitution. Donc, les articles 1 à 38, qui sont les
droits et libertés exécutoires sont intégralement intégrés. Ça veut dire que
dans la loi des lois, la charte, elle est là, elle est intégrée. Et on vient
bonifier ça notamment, on vient modifier aussi la charte de droits et liberté
de la personne pour dire : Bien, l'égalité entre les hommes et les femmes
va faire partie également. On vient coucher noir sur blanc que ça fait partie
d'un droit collectif.
Même chose aussi, je voudrais vous
demander à 9.2 on dit en cas de conflit entre l'exercice du droit à l'égalité
entre les femmes et les hommes et l'exercice de la liberté de religion, le
premier l'emporte. Êtes-vous en désaccord avec ça? Le fait qu'on vienne dire,
exemple, qu'un homme qui refuse d'être servi par une femme pour un service
public, pour des motifs religieux, bien on n'acceptera pas ça au Québec.
Êtes-vous en désaccord avec ça?
Mme Demers (Sabrina) : Nous,
ce qu'on dit ici, c'est que, à l'intérieur du projet de loi, il y a des lois
qui ont été adoptées sous bâillon. Donc, le gouvernement a décidé de suspendre le...
le droit au débat démocratique avec la Loi sur la laïcité du Québec, la loi 21.
En plus de ça, dans cette loi-là, il vient faire des modifications sans
consensus, qui était pourtant quelque chose qui était normalisé au Québec,
quelque chose qui était... c'est nos standards, au Québec, d'aller par
consensus quand on décide de changer notre Charte québécoise. Puis ce qu'on
décrit ici, c'est que, dans le projet de loi, on vient intégrer des lois qui
ont été adoptées sous bâillon avec la clause dérogatoire, donc, la loi, la
Charte est suspendue, à ce moment-là, dans le projet de loi 1.
M. Jolin-Barrette : OK. Donc,
est-ce que je dois comprendre que toutes les lois adoptées à l'Assemblée
nationale par la procédure législative d'exception, qui fait partie des outils
de notre règlement à l'Assemble nationale, sont illégales et illégitimes? Parce
que... parce que je... vous savez, ça fait partie du corpus. Même le Parti
libéral du Québec, qui a voté contre la loi 21, son chef, M. Rodriguez, a dit :
Bien, écoutez, finalement, la loi 21, ça a servi à apaiser le climat social au
Québec. Honnêtement, j'ai été surpris, mais je respecte l'évolution de la
position. Même chose, je vous donne un exemple, la Charte de la langue
française, qui a été adoptée en 1977, le Parti libéral du Québec a voté contre,
ont décrié ça, et aujourd'hui, il s'en revendique aussi. Moi, je crois que ça
fait partie des valeurs de la société québécoise, notamment la laïcité,
l'égalité entre les femmes et les hommes, le fait de ne pas discriminer les
femmes pour des considérations religieuses. Mais je voudrais avoir votre point
de vue là-dessus. Vous êtes contre le fait qu'on vient d'inscrire la laïcité
dans la loi constitutionnelle de 1977, comme principe, comme le modèle
d'intégration nationale qu'on ne fait pas comme au Canada, qu'on est... on n'a
pas une approche de multiculturalisme, de repli, de fermeture, de
ghettoïsation, mais qu'on dit aux gens : bien, on s'intègre en français au
Québec...
16 h (version non révisée)
M. Jolin-Barrette : ...québécoise.
Ça, l'Union étudiante est contre ça?
Mme Demers (Sabrina) : Ce
qu'on dit, ici, c'est qu'en utilisant une loi qui suspend les... la Charte des
droits et libertés, ce n'est pas une question de courage politique. Ici, on
suspend des droits et libertés des personnes vulnérables. La Charte existe pour
protéger ces personnes vulnérables-là, le gouvernement, lui, c'est le
représentant de la majorité. Il ne peut pas être le seul représentant qui va
choisir si on suspend ou non le droit, les droits et libertés. C'est ça qu'on
dit, ici, puis la principale critique qu'on va faire de la loi sur la laïcité,
c'est qu'elle a été adoptée sous bâillon. Ça fait que, en suspendant les droits
et libertés, le gouvernement a choisi de suspendre le débat politique en même
temps.
M. Jolin-Barrette : Est ce
que vous avez déjà considéré le fait... puis, premier élément, sur la question
de... le gouvernement gouverne au nom de la majorité. Je suis en désaccord avec
ça, parce que moi, comme élu, je représente l'ensemble des citoyens de ma
circonscription. Puis quand je prends une décision, je pense à l'ensemble de la
collectivité, à chaque personne. Puis parfois, je prends des décisions sur des groupes
de population qui sont minoritaires, mais toujours dans un souci d'équilibre
avec l'ensemble aussi. Exemple : la laïcité. Exemple : la protection
de langue française. L'avez vous déjà considéré comme étant générateur de
droits, générateur de droits collectifs mais individuels aussi? Le droit qui
est consacré à chacun des citoyens d'avoir droit à un État laïc, le fait que
les gens puissent avoir des services publics laïcs, le fait de pouvoir vivre
dans un environnement laïc, ça, c'est un droit collectif, mais c'est un droit
individuel, aussi, qui est consacré à chacun des citoyens individuellement. Le
fait que l'État puis la religion soient séparés, ça, là, ça joue sur les deux
tableaux à la fois, les droits individuels et les droits collectifs. Alors ça,
je pense que c'est important de vous le souligner, puis pour ce qui est de la
question de la procédure législative d'exception, là, quand on fait des
comparaisons, là, M. Bourassa a utilisé 53 fois la disposition, M. Charest, 25
fois, M. Landry, 12 fois, M. Bouchard, 53 fois, M. Couillard, huit fois
également. Alors, c'est une procédure qui est à la disposition de l'Assemblée
nationale, puis je ne vous parle pas des autres législatures qui sont au Canada,
tous les pays démocratiques ont des outils dans leur cadre du règlement de leurs
assemblées. Alors, je reviens à ma question : pour vous, c'est... est-ce
que c'est illégal et illégitime?
Mme Demers (Sabrina) : Ce
qu'on dit aussi, là, c'est que, en fait, on suspend les droits et les libertés,
notre Charte, on l'a votée à l'unanimité au Québec. Actuellement, on fait
passer au même niveau de cette Charte-là, une loi qui a été adoptée sous
bâillon. C'est ça qu'on dit.
M. Jolin-Barrette : OK. Je
voudrais juste vous dire aussi, également, on déroge à la Charte canadienne puis
à la Charte québécoise et... aux cinq ans, bien, en fait, la Charte québécoise,
pas besoin parce qu'on n'a pas besoin de la renouveler, mais la Charte
canadienne, on le fait aux cinq ans, à l'Assemble nationale, notamment, d'une
façon préventive, dans une loi pour protéger les fonds de pension des femmes.
Les femmes qui ont été enseignantes à l'époque, qui n'avaient pas le même
nombre d'années accumulées. OK? Et ça, c'est une dérogation qui... qu'on a
choisi de faire à l'Assemblée par toutes les formations politiques. Le PQ l'a
fait, les libéraux, puis nous aussi, on l'a fait parce que ça favorisait les...
les pensions. Dans le fond, les régimes de retraite des femmes qui avaient eu
moins de périodes de temps d'enseigner puis qui avaient été défavorisées
historiquement. Alors, on a suspendu l'application de la Charte québécoise,
puis on a suspendu l'application de la Charte canadienne. Pourquoi? Parce que c'était
générateur de droit. Mais il y avait une problématique relativement à l'absolutisme
des chartes. Puis l'autre élément, également, qu'on vient faire dans le projet
de loi, c'est qu'on vient guider, aussi, les tribunaux pour dégager l'interprétation
de la Charte canadienne et de la Charte québécoise. Parce que vous l'avez bien
dit, la Charte québécoise, on l'a adoptée ici, puis notre régime juridique de
protection des droits et libertés, il est beaucoup plus large que le régime
canadien, parce que ça couvre les relations de personnes aussi, puis il est
beaucoup plus étendu aussi. Mais c'est... c'est notre guide de comment est-ce
qu'on vit au Québec, puis de la balance entre les droits des uns, les droits
des autres, la collectivité, ça fait qu'il faut prendre ça en considération?
Mais bref, je vais céder la parole à ma collègue. Merci beaucoup pour votre
présence en commission parlementaire.
Le Président (M.
Bachand) :Il reste 50 secondes. Alors, je
ne sais pas... collègue... députée de Bonaventure... Il reste 50 secondes, alors
donc...
Des voix : ...
Le Président (M.
Bachand) :...M. le député Maurice
Richard. Alors, M. le député d'Acadie, s'il vous plaît.
M. Morin : Merci, M. le
Président. Alors, merci beaucoup à vous d'être en commission et d'avoir produit
votre... votre mémoire. D'après vous, quel aurait été le mécanisme de
consultation optimal que le gouvernement aurait pu utiliser pour avoir une
véritable Constitution québécoise?
Mme Dommanget (Flora) : Nous,
dans notre projet, dans notre mémoire, pardon, sur le projet de loi, on nomme
quelques exemples, par exemple un référendum des assemblées populaires pour
vraiment pouvoir consulter l'ensemble de la population.
M. Morin : Je vous remercie.
Dans le texte du projet de loi, dans la première partie, titre quatrième, l'État
national du Québec à l'article 17, c'est écrit : «L'État tient sa légitimité de
la volonté du peuple qui habite son territoire», mais le peuple n'est pas
vraiment consulté pour la rédaction de la Constitution, donc vous ne trouvez
pas que c'est un peu contradictoire?
• (16 h 10) •
Mme Dommanget (Flora) : Oui,
c'est complètement contradictoire, en ce moment, ce qui se passe et on le voit
d'ailleurs, pour avoir tenu ce genre de consultation, il a fallu le poids de
l'opposition pour forcer le gouvernement à le faire. Ça fait que nous, on
considère que c'est vraiment problématique.
M. Morin : Je vous remercie.
Toujours dans votre... dans votre mémoire, à la page 6, vous parlez, justement,
de l'article 5 du projet de loi, là, c'est la Loi sur l'autonomie
constitutionnelle du Québec et la volonté du gouvernement d'interdire à tout
organisme d'utiliser des fonds publics pour contester la validité ou
l'applicabilité d'une loi. Si le Parlement décide que cette loi-là, de la
nation québécoise, ainsi que l'autonomie constitutionnelle et des
caractéristiques fondamentales du Québec. C'est quoi, pour vous, des
caractéristiques fondamentales du Québec? Parce que ça ne semble pas être
défini dans le document.
Mme Demers (Sabrina) : En
fait, qu'est-ce qu'on fait ressortir dans le mémoire, ici, c'est que nous, on
craint, les associations étudiantes, d'être incluses dans cet article-là, parce
que la façon que l'article est écrit actuellement, il y a un flou sur
l'interprétation, puis ça nous fait... ça nous fait peur, puis d'être... juste
d'être ici aujourd'hui, bien, on craint qu'il y ait des représailles
législatives qui soient prises envers les associations étudiantes. Donc, c'est
ça qu'on... qu'on voulait soulever dans le mémoire en parlant de l'article 5, puis
on ne trouve pas ça normal de... de brimer le débat, puis de brimer la parole
des groupes, des organismes qui voudraient contester une loi.
M. Morin : Je vous remercie.
Je... je salue votre courage. Je vous remercie de le partager avec nous. Sachez
que si jamais il y a des représailles, veuillez en aviser l'opposition
officielle, on va y veiller pour que ça n'arrive pas, ce qui serait totalement
inacceptable dans une société libre et démocratique. Ceci étant, trouvez vous
ça inquiétant que dans la liste des organismes publics, on retrouve, par
exemple, la Commission des droits de la personne, qui est, par ailleurs, un
organisme indépendant du gouvernement?
Mme Demers (Sabrina) : Ce
qu'on trouve inquiétant avec cette liste-là, c'est que par l'article 4, juste
en haut, ils peuvent... le Conseil des ministres peut ajouter les organismes
qu'ils veulent à la liste. Puis c'est ça qu'on trouve inquiétant aujourd'hui.
Mme Dommanget (Flora) : Si je
peux rajouter, aussi, il n'y a eu aucune consultation sur ce genre
d'organismes, pourquoi ils devraient être inclus ou non. Ça fait que c'est ça
qui nous fait peur, après, que le gouvernement prenne juste la décision,
arbitrairement, de rajouter peu importe qui il veut dans la liste.
M. Morin : Bien, je vous...
je vous remercie. Autre élément... Le... à la page 10 de votre mémoire, vous
parlez beaucoup des droits collectifs, le projet de loi en fait état.
Qu'arrive-t-il de nos libertés individuelles?
Mme Demers (Sabrina) : C'est
un peu ça que je disais un peu plus tôt par rapport à la Charte. La Charte,
selon nous, protège les droits individuels, les droits des plus vulnérables,
puis le gouvernement, c'est le représentant de la majorité et donc, en
dérogeant à sa propre Charte, on voit un enjeu majeur puis on est inquiets à ce
niveau-là.
M. Morin : Vous parlez
également du Conseil constitutionnel qui est prévu dans le projet de loi. Ça
donnerait des avis. D'après vous, quelle est la portée de ces avis? Est-ce que
ces avis-là pourraient être contestés devant les tribunaux?
Mme Dommanget (Flora) : Bien,
pas vraiment, tu sais, ça reste un comité de recommandation, tu sais, le
gouvernement peut ne pas en prendre considération, il en existe des dizaines et
des dizaines, même des centaines, des comités où ils font état d'une situation,
où ils apportent des recommandations au gouvernement, puis le gouvernement
décide de ne pas les prendre en considération. Ça fait que pour nous, ce
conseil là ne ferait pas grand-chose au final. Que du papier.
M. Morin : D'accord. Je vous
remercie...
M. Morin : ...M. le Président.
M.
Bachand
:
Merci, M. le député de Maurice Richard, s'il vous plaît.
M. Bouazzi : Merci. M. le
Président, merci beaucoup, hein, pour la justesse de vos propos. Je salue votre
courage d'utiliser les bons mots. On parle, aujourd'hui, de démocratie dans un
processus tel que décrit dans plein de choses, y compris dans ce qui est... on
peut retrouver dans la littérature à l'ONU, pour écrire une constitution, on
consulte les gens. Est-ce que vous avez été consultés?
Mme Dommanget (Flora) : Non.
M. Bouazzi : Il y a eu des
processus de consultation, vous en avez fait état. Il y a la question de la
Charte des droits de la personne québécoise, on est très fiers de l'avoir
adoptée avant celle de Trudeau, quatre ans avant, et ça a pris des années, ça a
été adopté à l'unanimité. Vous pensez que, de ce que je comprends, le fait qu'on
institutionnalise toute la Charte, y compris les parties qui ont été adoptées
non pas à l'unanimité ou la quasi-unanimité, comme ça a été fait avant que la
CAQ arrive au pouvoir, mais sous bâillon dans la Constitution, est un risque
pour notre démocratie?
Mme Dommanget (Flora) : Oui,
c'est complètement un risque pour notre démocratie. En ce moment, ce qu'on
voit, c'est qu'on a eu comme un 6 semaines pour déposer un mémoire, et on
s'entend que ces 6 semaines là, c'est comme l'équivalent de l'année dernière,
le ministre de la Justice faisait une consultation sur le changement d'heure.
C'est la même chose pour la Constitution et nous, on ne trouve pas ça normal.
M. Bouazzi : Vous faites
aussi état dans votre... que ça s'inscrit dans quelque chose de plus large par
rapport aux médecins, par exemple, qui ont peur de prendre la parole parmi les
médecins qui sont étudiants aujourd'hui ou les syndicats qui se retrouvent avec
le projet de loi 3, étant donné qu'ils ont osé porter en appel... porter devant
la Cour l'utilisation de la clause dérogatoire. Ce qu'il faudrait rappeler, là,
c'est ce qui permet le droit de se constituer en groupe, le droit
d'association, de se réunir, et donc, si on peut utiliser, pour les droits
fondamentaux, des minorités, on peut très bien se retrouver à utiliser ces
clauses là contre les syndicats aussi, donc on peut comprendre qu'ils se
défendent. Vous, vous dites : on laisse tomber le projet de loi 1, si on
veut faire une constitution, démarrons une vraie consultation pour co-écrire ce
magnifique projet démocratique que ça devrait être.
Mme Dommanget (Flora) : Exactement.
Il n'y a pas d'urgence, en ce moment, à ce qu'on ait une constitution demain.
Je pense qu'il faut vraiment que ce soit des consultations larges qui reflètent
réellement ce que la population québécoise veut.
M. Bouazzi : Nous avons bien
écouté la jeunesse, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup, puis merci
beaucoup, mesdames, d'avoir été avec nous. C'est très... très intéressant.
Allez-y, oui.
M. Bouazzi : Ah, je... parce
qu'il n'y a plus... excusez-moi.
Le Président (M.
Bachand) :Non, vous avez encore du temps,
M. le député.
M. Bouazzi : Ah! Bien, je le
garde.
Le Président (M. Bachand) :Vous m'avez ouvert la porte tantôt, alors...
M. Bouazzi : Oui, je n'avais
pas compris que j'avais plus de temps que ce matin. Justement, dans la... vous
dites : Prenons le temps de le faire. Comment vous entrevoyez, étant donné
que vous allez vivre avec cette constitution plus longtemps que moi ou M. le
ministre, comment vous entrevoyez des consultations qui ont de l'allure?
Mme Dommanget (Flora) : Bien,
ce serait vraiment des groupes qui permettraient de refléter adéquatement l'ensemble
de ce que la population québécoise le veut. Tu sais, on l'a vu dans les
différentes consultations que le gouvernement a déjà fait. Pour consulter la
jeunesse, ça a pris des forums régionaux, ça a pris des interventions un peu à
droite, à gauche, pour pouvoir récolter, vraiment, ce qui se cachait de la...
ce qui se dégageait de la société civile.
M. Bouazzi : Comme dit... le
ministre a dit que ça ne touchait pas les associations étudiantes, le fait que
vous ne puissiez pas faire appel des projets de loi. Ce qu'on comprend, c'est
que dans ce projet de loi, le Conseil de ministres, donc même pas le... les
députés ont le droit de rajouter à la liste des gens qui ne peuvent pas
vraiment faire appel des lois du gouvernement, c'est vrai aussi pour les
syndicats qui pourraient être ajoutés en représailles. Malheureusement, on n'y
pourrait pas grand-chose étant donné que c'est par décret. Est-ce que c'est,
donc, votre compréhension de la situation?
Mme Demers (Sabrina) : Oui,
bien en fait, on... en lisant le projet de loi, on trouve que la façon qu'il
est écrit, actuellement, ça laisse un flou... de notre compréhension à nous,
puis on n'est pas avocates aujourd'hui, ici, mais de notre compréhension, ça
laisse un flou, puis ça laisse la possibilité, dans l'article 4, d'ajouter des
organismes. Puis quand on lit l'article 5, selon la description qui est faite,
les associations étudiantes pourraient être inclus, d'ailleurs, le bâtonnier du
Québec est sorti à ce niveau-là dans les journaux, là, dernièrement, et il
mentionnait, justement, que des organismes qui prélèvent des cotisations
pourraient être inclus. Donc, c'est ça qu'on craint aujourd'hui.
M. Bouazzi : C'est clair,
effectivement, on va rencontrer le Barreau tout à l'heure et dans son mémoire,
il explique bien tout ça, et tout le droit de discrétionnaire qui se retrouve à
l'extérieur non seulement de la loi des lois, mais des lois tout court, étant
donné que c'est par décret que ça va fonctionner. Combien il me reste, M. le
Président?
Le Président (M.
Bachand) :55 sec.
M. Bouazzi : Ah, bien...
Bien, peut-être pour... pour conclure, vous avez parlé du comité qui donne
juste des conseils, mais est-ce que vous avez un avis sur comment il est
choisi, tout simplement? Les membres du comité?
Mme Demers (Sabrina) : C'est
un des aspects qu'on soulève également. Ce conseil-là est assujetti aux...
Mme Demers (Sabrina) : ...ministres
et donc on voit des enjeux. Ce n'est pas un conseil qui a des pouvoirs
judiciaires, qui pourrait, comme un tribunal, protéger les droits des... de
la... qui sont présents, là, dans la Charte des droits et libertés du Québec.
Le Président (M.
Bachand) :Merci... Merci beaucoup, M. le
député. Mme Dommanget, Mme Demers, merci infiniment d'avoir participé
aux travaux de la commission, c'est fort apprécié. Sur ce, je suspends les
travaux quelques instants pour accueillir nos prochains invités. Merci
beaucoup.
(Suspension de la séance à 16 h 20)
(Reprise à 16 h 21)
Le Président (M.
Bachand) : À l'ordre, s'il vous plaît. Il nous fait plaisir
d'accueillir les représentants, représentantes de l'Association des
obstétriciens gynécologues du Québec. Donc Dr Tremblay, Dre Brassard, merci
beaucoup d'être avec nous, c'est fort apprécié. Vous connaissez les règles,
petite présentation, après ça période d'échange avec les membres de la
commission. Encore merci d'être ici, la parole est à vous.
M. Tremblay (Dominique) : M.
le Président, M. le ministre, Mmes, MM. les députés, je m'appelle Dominique
Tremblay et je suis le président de l'Association des obstétriciens et
gynécologues du Québec. Je vous remercie de nous recevoir aujourd'hui pour les
travaux de cette commission parlementaire qui, pour nous, est fort importante.
Je vous présente Dre Liliane Brassard, qui m'accompagne et qui est la
vice-présidente de l'Association des obstétriciens gynécologues du Québec, je
la remercie de sa présence. Ensemble, nous représentons plus de
500 médecins spécialistes engagés pour la santé de la femme pour chaque
étape de leur vie.
Nous souhaitons d'abord adresser la
question du droit à l'avortement. Le projet de loi n° 1 propose d'inscrire
ce droit dans la Constitution du Québec. L'intention est fort louable, mais le
cadre juridique actuel protège pleinement déjà ce droit et l'expérience
internationale, notamment aux États-Unis, montre que la constitutionnalisation
d'un droit n'en garantit pas la pérennité. Depuis l'arrêt Morgentaler en 1988,
l'avortement est décriminalisé. Au Canada, il est reconnu comme un soin de
santé ordinaire, il est régi par des principes d'universalité et
d'accessibilité et à ce titre, ce droit qu'ont les femmes est déjà pleinement
protégé. Bien que cela puisse sembler contre-intuitif, inscrire ce droit dans
la Constitution du Québec telle que proposée comporte des risques. Des risques
de raviver des tensions idéologiques, des risques de stigmatisation, des
risques de restrictions législatives ultérieures et des risques de
contestations judiciaires et de recours constitutionnels. Bref, le droit à
l'avortement, qui est actuellement reconnu et protégé, devient une nouvelle
cible à abattre et ici je cite Aumont, le président de l'association
anti-choix... Campagne Québec-Vie, dans une entrevue récemment accordée au
Devoir. Traiter l'avortement comme un soin spécial risque malheureusement de le
marginaliser. La meilleure façon de le protéger est qu'il conserve son statut
de soin médical comme tout autre, c'est-à-dire un soin qui concerne uniquement
la patiente et son médecin.
Ce qu'il manque au Québec, ce n'est pas
une disposition constitutionnelle, ce sont des mesures concrètes pour améliorer
l'accès à ces services partout sur notre territoire. Actuellement, des
obstacles à l'avortement demeurent, c'est vrai. Ils sont à la fois organisationnels
et géographiques. L'accès est inégal selon les régions et certaines femmes
doivent parcourir de longues distances...
M. Tremblay (Dominique) : ...pour
bénéficier de ces services. D'autres attendent plusieurs semaines pour obtenir
un rendez-vous. Le manque de ressources humaines et la faible relève médicale
fragilisent la capacité des établissements d'en assurer l'accessibilité. Le
gouvernement a déjà adopté un plan d'action 2024-2027 pour améliorer
l'accès à l'avortement. Ceci passe par la création de nouveaux points de
service en région, par le... le développement de la téléconsultation pour
prescrire la pilule abortive et par le financement des... des organismes
pro-choix et des campagnes de lutte contre la désinformation. Nous voulons protéger
ce droit à l'avortement. Ce sont des mesures qui doivent être renforcées et
financées de façon ambitieuse.
De façon complémentaire, nous souhaitons
porter à l'attention des parlementaires que la difficulté de l'accès à
l'avortement sont des reflets de l'accessibilité générale des soins de santé
pour la femme au Québec. Dans la perspective où le projet de loi 1 propose
d'inscrire le principe d'égalité au sein de la Constitution, il nous apparaît
essentiel que cet engagement soit effectif dans toutes les sphères de notre vie
quotidienne, que nous soyons un homme ou une femme. Lorsque le gouvernement
inscrit dans le projet de loi 1 que l'État protège l'égalité entre
l'homme et les femmes, il ne fait pas qu'énoncer un principe, il a en... il affirme
un engagement fort et cela s'accompagne, selon notre compréhension, d'une
obligation positive pour l'État. Comme l'a déjà... évoqué la Cour suprême du
Canada, une obligation positive de protéger un droit se distingue de celle de
simplement s'abstenir de l'entraver.
Il conviendrait de préciser que ce que
signifie concrètement l'égalité qui sera inscrite au sein de la Constitution.
Inclut-elle l'égalité d'accès aux soins afin de garantir des délais et des
services comparables? L'égalité dans la recherche faite sur la santé de la
femme? L'égalité dans la valorisation accordée aux soins destinés aux femmes?
Actuellement, au Québec, des iniquités persistent dans la valorisation des
actes médicaux destinés aux femmes. Les écarts significatifs entre des actes
médicaux posés pour les femmes et ceux poser pour les hommes sont documentés
dans une étude indépendante menée par la firme Raymond Chabot Grant Thornton.
Des écarts majeurs peuvent être constatés dans un contexte où il n'existe aucun
argumentaire médical qui le justifie.
Cela illustre une tendance à sous-évaluer
les soins destinés aux femmes, malgré leur complexité et leur importance
clinique équivalente ou parfois supérieure. Ces inégalités ont pour conséquence
de fragiliser la pérennité de la profession d'obstétricien-gynécologue, ce qui,
à moyen terme, compromet l'accès aux soins. Ultimement, ces inégalités
pourraient donc affecter la santé des femmes. L'AOGQ soutient fortement
l'inscription du principe d'égalité dans le... présent projet de constitution.
Or, nous insistons sur le fait que de protéger un droit implique d'agir
concrètement pour que chacun puisse en jouir et en assurer le respect une fois
acquis. Il conviendrait donc que le gouvernement s'engage, au-delà du processus
législatif actuel, à mettre en œuvre les mesures nécessaires à l'application de
ce droit, notamment dans le secteur de la santé.
En conclusion, et considérant l'ensemble
des éléments énoncés, l'Association des obstétriciens-gynécologues du Québec
recommande aux ministres et aux membres de cette commission, premièrement, de
retirer l'article 29 relatif à l'avortement du projet de Constitution afin
de réellement protéger ce droit et de concentrer les efforts gouvernementaux
sur la mise en place de politiques publiques ambitieuses pour renverser
l'accessibilité à ce soin. Deuxièmement, de préciser la portée du principe
d'égalité inscrit à l'article 28 du projet de Constitution et l'obligation
positive conférée à l'État qui en découle. Ces recommandations visent à
garantir un système de santé juste, durable et respectueux des droits
fondamentaux des femmes. Pour l'AOGQ, ces mesures s'inscrivent en toute
cohérence avec les valeurs que le Québec souhaite inscrire au cœur de sa loi
fondamentale. Je vous remercie.
Le Président (M. Bachand) :Merci beaucoup, Dr Tremblay. Juste avant de passer la
parole au ministre, ce matin, on avait fait un changement pour l'opposition
officielle avec la députée de Vaudreuil, ça me prendrait un consentement pour
accueillir avec plein droit le député de Robert-Baldwin. Alors, consentement?
Des voix
: ...
Le Président (M.
Bachand) : Est-ce que... OK, donc personne ne demande de vote?
C'est beau. Alors, M. le ministre, s'il vous plaît, la parole...
M. Jolin-Barrette : ...merci,
M. le Président. M. Tremblay, Mme Brassard, bonjour, merci d'être présents
aujourd'hui pour présenter le point de vue de l'Association des obstétriciens
du Québec, c'est apprécié, merci d'être là en personne. Sur le premier volet de
l'échange que je souhaite avoir avec vous, sur la question de l'accès à
l'avortement, la pilule, tout ça. Le gouvernement est d'accord avec le fait
qu'on travaille pour davantage d'accès, puis on reçoit vos commentaires
positivement. Puis c'est sûr qu'on souhaite que toutes les femmes qui
souhaitent avoir accès à l'avortement, que ce soit par instrument ou par le
biais de la pilule. On est d'accord avec ça, puis ma collègue travaille
là-dessus. L'ancienne ministre a déposé un plan d'accès aussi, donc on
travaille dans la même direction puis on souhaite ça. Ça fait que ce volet-là,
on est en accord.
Sur l'article 28 sur l'égalité entre les
femmes et les hommes, vous dites : ça prend une obligation positive, une
obligation positive d'agir pour l'État. Je suis d'accord avec vous. Le... un
des objectifs, en protégeant l'égalité entre les femmes et les hommes, c'est
justement de l'enchâsser dans la loi des lois, puis de dire : bien,
écoutez, l'État québécois est le gardien de ça, c'est une valeur importante de
la cité québécoise, donc on veut agir là dessus. Donc, je retiens que vous,
vous croyez qu'on devrait le détailler davantage dans le cadre du projet loi,
puis on va y réfléchir.
• (16 h 30) •
Partant de là, je vous amène sur l'article
29, justement sur... l'État protège la liberté des femmes d'avoir recours à
l'interruption volontaire de grossesse. Ce qu'on souhaite faire, notamment,
c'est une obligation d'agir pour l'État. En insérant ça, parce que ce n'est pas
tellement un article sur l'avortement ou un article qui vient encadre.
L'article 29, c'est une responsabilité sur les épaules de l'État québécois. Ce
n'est pas dirigé vers les femmes ou vers ce soin de santé là. C'est vraiment un
article qui fait en sorte que l'État québécois, le gouvernement actuel et les
gouvernements futurs va avoir une obligation d'agir si ce droit, cette liberté
là de choix, il est attaqué. Puis j'ai rencontré beaucoup de groupes cet été
puis on l'a réfléchi de cette façon-là. Et l'objectif que nous avons, c'est de
nous assurer que si jamais, à Ottawa, ils décident de recriminaliser
l'avortement, ou ils décident d'amener des restrictions, bien, que les
gouvernements québécois vont agir et font état du consensus québécois, parce
que, actuellement, vous avez raison de dire : bien, on a des décisions
jurisprudentielles qui viennent sortir ça du cadre criminel, puis c'est la
relation entre le patient et la femme. On est 100 % d'accord avec ça, puis
il faut que ça reste comme ça. Cependant, on est dans une situation où,
parfois, le droit change. On l'a vu aux États-Unis, les droits sont attaqués,
tout ça, alors... un coup que je vous ai exposé ça, je voudrais avoir votre
point de vue, parce que je pense qu'on recherche le même objectif.
M. Tremblay (Dominique) : M.
le Président, on est... effectivement, on recherche effectivement le même
objectif, qui est la protection de l'accès au droit à l'avortement. On a
cependant probablement une vision différente sur le résultat. Actuellement,
tous les acteurs qui sont les plus fervents défenseurs de l'accès à l'avortement
ont une position qui est conforme à celle de l'Association des obstétriciens et
gynécologues du Québec. Ce qu'on vous dit, c'est que pour ceux qui sont contre
l'avortement actuellement, leur moyen de contrer ça et de limiter serait de
passer par le législateur. Tandis qu'à partir du moment où on va le passer en
loi, on va... on va transférer cette possibilité devant les tribunaux, ce qui
n'est pas... ce qui n'est pas là actuellement. On va judiciariser le processus.
Le deuxième problème, c'est qu'on pourrait très bien, de façon législative,
modifier l'article... l'article 29 et en faire des modifications. Donc, pour
nous, la meilleure protection, c'est la situation actuelle où le droit n'est
pas criminalisé, il est considéré comme un soin. Et je... on pense que la
meilleure façon, c'est d'agir beaucoup plus en donnant les ressources et les
structures que de l'amener d'un côté législatif.
M. Jolin-Barrette : OK. Mais
sur ce volet-là, sur les ressources, on est d'accord. Je veux prendre votre
deuxième cas d'exemple, quand vous dites : ça serait plus facile pour le
législateur d'intervenir. Que ce soit au fédéral ou que ce soit ici, le
processus législatif, c'est la même chose. Demain matin, à Ottawa, là, ils
peuvent modifier le Code criminel, puis recriminaliser le Code criminel. Le
processus législatif, qu'il soit écrit...
16 h 30 (version non révisée)
M. Jolin-Barrette : ...qu'il
ne soit pas écrit, c'est en termes de droit parlementaire, là, c'est exactement
la même chose. Et peut-être me direz-vous : Bien, écoutez, vous devriez
peut-être venir verrouiller l'article 29, par contre. Parce que, ça, il y
a des groupes qui m'ont dit ça, vous devriez avoir une formule d'amendement
complexe pour 29, pour dire : Bien, si vous l'inscrivez, à ce moment-là, ce
n'est pas majorité simple, c'est deux tiers, trois quarts, 90 % des
députés, je ne me prononce pas, mais sur votre deuxième argument, on est dans
une situation où ce n'est pas parce que c'est écrit dans la loi actuellement
que les législateurs vont avoir plus de... facilités ou plus de difficultés à
faire ça.
Sur votre premier argument, sur la
question de la judiciarisation. J'essaie de le comprendre parce que, est-ce dire
que vous avez une crainte... en fait, vous n'avez pas confiance que les
tribunaux vont respecter l'intention du législateur. Tu sais, je donne un
exemple, supposons là que le projet loi est adopté comme ça, je ne dis pas que
c'est ça, moi, dans le cadre des consultations, je cherche à trouver la
meilleure option, puis j'ai dit que j'allais écouter, rester ouvert, puis que j'allais
réfléchir à ça, mais juste qu'on aille au bout du processus : l'État
protège la liberté des femmes d'avoir recours à l'interruption volontaire de
grossesse, si les groupes pro-choix attaquent ça devant les tribunaux, le procureur
général va défendre la disposition. Vous, votre crainte, c'est que les
tribunaux québécois ne respectent pas la volonté des élus, puis la volonté des
citoyens québécois de venir protéger ça, enchâsser ça, puis de laisser le libre
choix des femmes? De venir dire : Ah, non à l'État québécois vous n'avez
pas le choix de vous impliquer pour défendre ce droit-là, puis d'être du côté
des femmes pour garantir cet accès-là?
Mme Brassard (Liliane) : Je
peux répondre. Si vous pouvez me permettre, tu sais, on peut apprendre de ce
qui se passe ailleurs dans le monde, on le voit très bien avec ce qui se passe
actuellement aux États-Unis qu'il y a des grandes répercussions. Donc on n'est
jamais à l'abri de gouvernements mal intentionnés ou qui auraient un nombre de
votes suffisant pour faire renverser ou modifier. On est loin d'être avocat ou
juriste ici, mais ce qu'on sait, c'est qu'on est le quatrième pays dans le
monde où il n'y a pas de législation en termes d'accès de droit à l'avortement,
puis le droit à l'avortement, bien il est... c'est un soin de santé qui est
protégé par la loi canadienne, la loi canadienne sur la santé.
Puis actuellement, nous, ce qu'on dit, c'est
qu'il y a tellement de pistes de solutions pour améliorer l'accès aux soins de
santé, puis l'énergie, elle devrait être là. Entre autres, numéro un, on n'en parle
pas souvent, mais une des façons d'améliorer l'accès à l'avortement, c'est
faire de la prévention. De donner la gratuité aux femmes en contraception, ça
serait déjà un premier pas extrêmement significatif. On le voit en
Colombie-Britannique, ça fait deux ans que le programme est là, puis on en voit
déjà des retombées. On a parlé d'améliorer les ressources en région, de la
téléconsultation en pilule abortive, de lutter contre la désinformation. L'énergie
devrait être là plutôt que de la déposer dans une loi. Parce que clairement, on
le voit, on l'apprend des États-Unis, ça l'a affaibli la position, puis il y a
actuellement des femmes aux États-Unis qui n'ont plus accès au droit à l'avortement
comme elles en avaient accès auparavant.
M. Jolin-Barrette : Mais,
M. le Président, puisque vous citez les États-Unis, la protection
constitutionnelle n'était pas dans une loi, elle était jurisprudentielle, la
même chose qui est au Canada. Puis là il y a des législateurs aux États-Unis, à
cause que la Cour suprême a retiré des droits aux femmes, il y a des
législateurs qui disent dans chacun des États : Ce n'est pas vrai que dans
notre État, on va limiter l'accès à l'avortement aux femmes. Il y a des... dans
certains autres États, il y a des législateurs qui font en sorte de venir le
limiter, mais ultimement, ce que la Cour suprême des États-Unis, elle a fait, c'est
qu'elle a renvoyé ça à la population. Tu sais, c'est ça qu'elle a fait.
Nous, ici, au Canada, ce qu'on dit là,
parce que moi, je vous le dis clairement, ça m'inquiète, OK? Ça m'inquiète. On
les voit, les mouvements conservateurs, les mouvements traditionalistes, tout
ça, les attaques qu'il y a, OK? Moi, ce que je cherche à faire, c'est justement
à positionner l'État québécois pour maintenant et le futur, à dire si jamais ça
arrive, si jamais il y a des cours qui renversent leurs décisions, l'État
québécois va avoir une obligation d'agir concrètement. Puis c'est pour ça que
je souhaite bien saisir la portée parce que je l'entends, j'entends vos
préoccupations, je suis d'accord avec vous sur l'accès de ça, mais comment est-ce
que collectivement on dit ça devient une valeur importante de la société
québécoise et on ne reculera pas comme nation, comme peuple par rapport à ça,
de se donner une...
M. Jolin-Barrette : ...un
outil supplémentaire pour dire : heille, la gang, n'oubliez pas que si
vous essayez d'attaquer le droit à l'avortement au Québec, l'État québécois, le
gouvernement du Québec va être du côté des femmes pour, justement, défendre
devant les tribunaux. Puis, vous le savez, on a inséré, M. Barrette, à l'époque
où il était ministre de la Santé, il a inséré un périmètre de sécurité, on l'a
fait à l'unanimité à l'Assemblée nationale en 2016 ou en 2017. Puis moi, comme
procureur général, ça a été un dossier qu'on a gagné cet été et on est allé
devant la cour, on l'a défendu puis on a gagné. Mais dans le jugement, on
reconnaît quand même que harceler, crier après des femmes, après du personnel
médical qui va en clinique d'avortement, c'est couvert par la liberté
d'expression en vertu de la Charte canadienne.
Le Président (M.
Bachand) : En terminant, M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Moi, moi,
j'ai de la difficulté à me rallier à ça, que c'est de la liberté d'expression,
ça fait que je pense que les élus ont un rôle à jouer pour dire : le
gouvernement du Québec va agir maintenant et dans le futur.
Le Président (M.
Bachand) : Merci, M. le ministre, désolé, le temps a déjà
dépassé. M. le député de l'Acadie, s'il vous plaît.
• (16 h 40) •
M. Morin : Merci, merci, M.
le Président. Alors, bonjour, Dr Tremblay et Dre Brassard, merci d'être là et
de représenter votre association. Dans votre mémoire, à la page 9, est ce que
je vous comprends bien si vous dites qu'au fond, la protection accordée à l'IVG
au Canada, ce n'est pas uniquement une protection accordée par la
jurisprudence, mais c'est aussi accordé par la loi fédérale qui traite des
soins de santé, est-ce que je vous comprends bien?
M. Tremblay (Dominique) : En
réalité... l'avortement au Canada n'est pas criminalisé, donc elle... elle est
considérée comme un soin, donc elle est protégée par le fait qu'on doit,
effectivement, comme tous les autres soins de la santé, il y a une protection pour...
pour les citoyens, pour l'accès aux soins et à la santé, donc elle n'a pas de
statut particulier, comme on ne fait pas de statut particulier pour la
vasectomie. Donc on ne commence pas à mettre des cadres pour lesquels si on
sortait en dehors du cadre, on pourrait criminaliser. Et là... et c'est
là-dessus qu'on vous dit que l'avortement est protégé parce que c'est un soin
de santé comme les autres.
M. Morin : Voulez-vous
ajouter quelque chose?
Mme Brassard (Liliane) : Non,
c'est parfait.
M. Morin : Non, ça va?
D'accord. Donc, au fond, vous dites : elle est protégée par la Loi
canadienne sur la santé, c'est un soin de santé. S'il en était autrement, c'est
un peu comme si on créait une espèce de hiérarchisation des soins de santé, là.
Pourquoi identifier ce soin de santé là plutôt que les autres? C'est un peu ce
que vous dites.
M. Tremblay (Dominique) : Exactement.
Mme Brassard (Liliane) : C'est
un peu... c'est toujours un peu dangereux de stigmatiser les soins, hein.
Rendre à part, ça, c'est différent, ça, c'est autre chose. Ça, ça met place à
beaucoup de dangerosité. Puis souvent, ce que ça fait, c'est que ça en réduit
l'accès, ça fait que clairement qu'on a une préoccupation par rapport à ça.
M. Morin : D'ailleurs, si
vous pouvez nous éclairer davantage parce que, dans votre mémoire, à la page
10, vous parlez des risques de stigmatisation.
M. Tremblay (Dominique) : Bien,
c'est un peu ce qu'on dit, c'est que malheureusement, lorsqu'on en sort un soin
et on en fait un soin particulier avec des règles particulières, on en attire
l'attention et ça devient quelque chose d'anormal, non conforme ou irrégulier.
Donc, comme je vous dis, quelqu'un qui se présente parce qu'il veut une
vasectomie, bien, c'est un soin qu'on s'attend à ce qu'il soit discuté entre le
patient et son médecin, puis personne ne conteste la décision. Et à partir du
moment où on va commencer à donner une étiquette à un soin de santé comme
l'avortement, bien on va le stigmatiser, on va en faire une chose particulière
et c'est là où ça devient un problème. Donc, je pense qu'il faut qu'on garde
l'avortement comme un soin de santé qui est offert aux femmes et qui se règle
dans un bureau en consultation pour lequel les professionnels de la santé
discutent avec la personne qui est impliquée, qui est la femme qui va
consulter.
M. Morin : Et quant à
l'accessibilité, vous en avez parlé, mais puisque c'est un soin de santé qui
est prévu dans la loi, donc, normalement, le gouvernement devrait collaborer et
contribuer à faire en sorte que ce soin de santé là soit accessible. Je
comprends que ce n'est pas toujours le cas.
Mme Brassard (Liliane) : Comme
beaucoup, je pourrais me permettre de rebondir là-dessus, comme beaucoup,
malheureusement, de soins de santé en santé de la femme, là, on voit qu'on a
des grands problèmes d'accès, ça en fait, ça, partie, surtout en région.
L'accès de la... tu sais, si je peux me permettre, l'accès de la pilule
abortive, au début, on a essayé d'énormément l'encadrer, il a fallu travailler
pour rendre ça moins rigide, plus accessible. Ça fait que comme plusieurs
autres soins de santé de la femme, là, ce n'est pas exclusif à l'interruption
de grossesse, malheureusement.
M. Morin : Parfait! Je vous
remercie...
Le Président (M.
Bachand) :...député de Robert-Baldwin,
s'il vous plaît.
Mme Garceau :1garOui, merci, M. le Président. Merci beaucoup
d'être ici. Votre... à la page 10 de votre mémoire, vous parlez qu'il n'y
a pas de vide juridique à ce sujet. Je suis complètement d'accord avec vous et
je pense que c'est important de se dire les vraies choses ici en termes de
qu'est ce qui manque? C'est... la protection à l'avortement est là, c'est
l'accès où il y a des restrictions, surtout en termes dans les régions.
J'aimerais beaucoup vous entendre là-dessus parce que je sais que le plan de la
ministre responsable de la condition féminine, on a misé beaucoup sur la pilule
abortive et aussi toute la question de désinformation, mais il n'y a pas eu de
nouvelles cliniques, il n'y a pas eu de nouveau, si je peux dire, de point de
service et tout ça, là, dans certaines régions. J'aimerais vous entendre
là-dessus.
Mme Brassard (Liliane) : Bien
actuellement, c'est sûr que, tu sais, la pilule abortive, un des grands axes de
cette façon d'interrompre la grossesse, c'est qu'on n'a pas nécessairement
d'être en personne. La téléconsultation peut améliorer énormément l'accès. On a
travaillé énormément dans le passé à réduire le cadre législatif, médical, là,
je dirais. Au début, c'était quand même d'une grande complexité prescrire ça,
on est en train d'abolir des balises, ça fait que ça, clairement, c'est un
accès qu'il faut améliorer.
En région, le plus grand problème, c'est
l'accès. Les femmes doivent souvent se déplacer de longues distances, puis là,
des fois le deux ou trois semaines d'attente fait en sorte qu'elle n'a plus le
choix de sa technique, ça fait que ça aussi, la rapidité d'accès doit être
améliorée. Mais ça, il faut avoir les ressources régionalement, mais ça prend
un investissement, ça prend des ressources infirmières, médecins, parce que les
médecins sont là sur le terrain, puis ils sont prêts, les
obstétriciens-gynécologues sont là pour offrir le service avec une grande
équipe de première ligne.
Mme Garceau : Exactement.
Donc, je pense qu'il y a un message à transmettre au gouvernement qu'on devrait
miser là-dessus en ce moment afin de pouvoir vraiment donner l'accès aux soins
de l'avortement aux femmes. Ça serait vraiment d'avoir, surtout en région,
d'avoir cet accès-là. Merci beaucoup.
Mme Brassard (Liliane) : Je
me permets de relancer la gratuité en contraception. Désolé, je me dois de
le...
Mme Garceau : En
contraception, oui, oui, oui. Je vous entends là-dessus.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. M. le député de Maurice-Richard,
s'il vous plaît.
M. Bouazzi : Merci, M. le
Président. Ça fait que, juste pour être clair pour tout le monde, vous, ce que
vous dites, c'est l'intervention d'interruption de grossesse, l'IVG, c'est un
acte médical comme un autre, ne légiférons pas, c'est bien ça? Vous dites que
si on légifère, ça va ouvrir la porte à des modifications et donc des
restrictions et donc ne légiférons pas, s'il vous plaît, c'est bien ça? Vous
dites aussi que pour améliorer le droit à l'égalité entre les hommes et les
femmes, il faut être actif, restons sur la question de l'IVG, vous dites :
Bien, on manque de services, on peut faire bien mieux parce qu'actuellement, en
fait, il y a des problèmes systémiques qui font que l'égalité n'est pas
assurée. C'est bien ça?
M. Tremblay (Dominique) : Tout
à fait.
M. Bouazzi : Vous dites
que, par exemple, avoir la contraception gratuite, ça participerait à ce droit
à l'égalité entre les hommes et les femmes, c'est bien ça?
M. Tremblay (Dominique) :
Tout à fait.
M. Bouazzi : Moi je ne
comprends pas, en tout respect, comment vous pouvez expliquer, vous, que vous
n'êtes pas les seuls, tous les groupes féministes, aujourd'hui vous êtes des
professionnels de la santé, on va avoir le barreau tout à l'heure, ils nous
disent tous : s'il vous plaît, pour garantir justement le droit à
l'interruption de grossesse pour les femmes, le droit aux femmes de faire ce
qu'elles veulent de leur corps, ne légiférons pas. Comment vous expliquez qu'on
veut quand même légiférer? Je...
M. Tremblay (Dominique) : Écoutez,
je ne peux pas être... ce n'est pas nous qui allons... nous, on est là pour
donner la position et on va... on ne peut pas donner... prêter d'intention à
personne. Je pense que l'important, et le message qui est le plus important à
souligner, c'est que je pense qu'on avons... nous avons tous le même message ou
le même but, c'est de protéger le droit à l'accès à l'avortement, puis ça, je
pense qu'il faut quand même le souligner. Je pense qu'on n'est pas d'accord sur
le moyen, je pense que c'est le moment d'en discuter, je pense qu'il faut quand
même écouter les principaux acteurs qui sont sur le terrain et on a des
inquiétudes qui sont très fortes et qui sont tout à fait justifiées.
M. Bouazzi : Bien, étant
donné qu'on a eu le débat en plus en 2023 et que le gouvernement avait proposé
et reculé, basé sur les mêmes... les mêmes arguments, moi, j'ai une théorie, je
pense qu'il est là pour être retirée plus tard, pour pouvoir accepter les
autres affaires. Parce que c'est quand même trop gros, là, au nom de l'égalité,
d'affaiblir le droit à l'égalité entre les hommes et les femmes. J'espère que
j'ai raison parce que ce sera au moins une chose de moins dans cette
constitution. Merci.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. M. le député de
Jean-Talon, s'il vous plaît.
M. Paradis : Vous parlez
dans votre mémoire et vous l'avez dit aussi dans votre présentation qu'il y a
un large consensus sur la protection juridique du droit à l'avortement ici. Et
vous craignez les risques de stigmatisation, les risques de contestations
judiciaires, bref, que ça ouvre une boîte de Pandore si on continue avec la
démarche proposée dans le projet de loi numéro 1. Pourriez-vous nous
parler de ces risques-là que vous voyez? Vous êtes dans le milieu...
M. Paradis : ...vous êtes sur
le terrain. Pouvez-vous nous parler des risques que vous voyez sur comment
pourrait se dérouler le débat?
Mme Brassard (Liliane) : Mais
tout à fait, tu sais... moi je le dis souvent, comme je le dis à mes patientes,
une interruption volontaire de grossesse, on n'a pas besoin d'identifier de
motif, hein? C'est une décision qui est personnelle, qui appartient à la femme.
Le fait d'entrer ça dans un cadre législatif, ça vient ouvrir la porte à
peut-être créer des balises ou créer de : Peut-être pas après tant de
semaines, peut-être pas pour tel motif. Ça, c'est un terrain hyper glissant
parce qu'une interruption volontaire de grossesse, ça le dit, c'est sur une
base volontaire, puis on n'a pas besoin d'avoir d'explications de la patiente
ni du patient. Ça reste vraiment quelque chose de confidentiel entre le patient
et le médecin. Donc, c'est ça notre inquiétude, de baliser puis de limiter le
droit à l'accès à l'avortement, ce qui serait une catastrophe pour les femmes
en 2025, 2026.
M. Paradis : Et ça, c'est sur
le plan juridique...
Mme Brassard (Liliane) : Oui.
M. Paradis : ...sur le plan
social. Quels risques voyez-vous à l'ouverture de nouveau de ce débat-là?
• (16 h 50) •
Mme Brassard (Liliane) : Bien,
énorme. Énorme. Tu sais, il s'agit de reculer en arrière puis de voir un peu
l'histoire de l'avortement partout dans le monde, c'est une catastrophe, là, tu
sais. Ce qui se passe ailleurs dans des pays où l'avortement est criminalisé,
c'est des catastrophes, là. C'est des chirurgies faits par des cliniques non
sécurisées. Tu sais, actuellement, les femmes ont le droit d'avoir accès à ce
service-là dans les soins d'un professionnel qui sait ce qu'il fait de façon
sécuritaire. Je ne sais pas si tu veux renchérir?
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. C'est tout le
temps... Dre Brassard, Dr Tremblay, merci beaucoup de votre contribution aux
travaux de la Commission. Sur ce, je suspends les travaux quelques instants
pour accueillir notre prochain invité. Merci.
(Suspension de la séance à 16 h 51)
(Reprise à 16 h 52)
Le Président (M.
Bachand) : À l'ordre, s'il vous plaît, la Commission reprend
ses travaux. Il nous fait plaisir d'accueillir M. Guy Robert junior à la
Commission, merci beaucoup d'être avec nous cet après-midi. Alors, vous
connaissez les règles : prise de la parole, après ça une période d'échanges
avec les membres de la Commission. Alors, la parole est à vous, merci beaucoup.
M. Robert junior (Guy) : Bonjour.
Guy Robert junior, je travaille en tourisme depuis 1995. Je travaille avec des
gens de plusieurs pays. Donc, je sais, M. le ministre, M. le Président de la
Commission, membres de l'Assemblée nationale, journalistes, représentants des
médias, je sais que vous avez lu mon mémoire, alors je ne vous le lirai pas. Je
vais plutôt nous projeter dans un futur politique plus ou moins rapproché. Soyez
assurés que ma courte présentation va se terminer avec un lien envers la
Constitution du Québec. Je nous projette donc dans un niveau politique
supranational, hypothétique appartenant... apportant une réflexion sur la
politique de notre continent.
Depuis un an, certaines personnes à
Washington pensent qu'une union économique entre le Canada et les États-Unis
devrait passer par une union constitutionnelle des deux pays. Si cette union
devait arriver, même si c'est très peu probable, il faudra alors tenir compte
des constitutions de nos deux pays. Et si la nouvelle union serait composée de
63 États, soit 50 États états-uniens, 10 provinces canadiennes et 3 territoires
arctiques, lors de la première élection, la répartition des sièges au Sénat
ressemblerait probablement à ceci : 66 démocrates, 58 républicains et 2
sénateurs indépendants. Le calcul que je vous présente se base sur les
projections probables des votes au Canada selon Politico, car 4 provinces et
territoires devraient voter républicains, 8 devraient voter démocrate et une
province deviendrait un «swinging state». Cet avantage au Sénat américain ou au
Sénat du nouveau pays envers le Parti démocrate devrait survenir durant une
vingtaine d'années avant que la droite ne reprenne le dessus. La nouvelle union
nord-américaine devrait tenir compte des constitutions de 1776, 1867 et 1982...
M. Robert junior (Guy) : ...nous
aurions ainsi trois langues officielles, soit l'anglais, le français et
l'espagnol. Les États-Unis n'ayant pas de langue officielle, soyez assurés que
les six États du Sud exigeront un bilinguisme anglais et espagnol dans cette
nouvelle union. Nos lois seraient écrites en anglais, en français et en
inuktitut. En effet, le Nunavut serait en droit de demander que la langue
utilisée au niveau légal tel que ceci existe depuis 1999 lors de la création de
ce territoire. Le Canada étant constitutionnellement laïque, il ne serait plus
possible d'évoquer Dieu pour aucun politicien. Ainsi, le nouveau président ne
pourrait plus dire Que Dieu blesse l'Amérique. Les chartes des droits et
libertés de la personne devraient s'appliquer partout dans les 63 États
pour respecter leur autonomie et leur souveraineté. Les valeurs sociales telles
l'égalité homme-femme, la laïcité, l'accueil des réfugiés, l'entraide sociale
et les modèles d'intégration devront être respectées, de la Floride jusqu'au
Yukon. Il faudra aussi décider du devenir de la monarchie de la couronne du
Canada. Un nouveau roi voudra-t-il porter une telle couronne?
Alors à quoi servira la Constitution de
2025 du Québec dans une nouvelle Union nord-américaine? Les négociateurs et
plénipotentiaires en tiendront-ils vraiment compte? Car les droits individuels
vont être défendus par le Canada, les droits collectifs vont être défendus par
les États des Unis. Le droit de mourir dans la dignité et l'aide médicale à
mourir devrait être accepté partout dans la nouvelle union de notre continent.
Le territoire de chacun des États et provinces sera encore mieux protégé.
L'économie de chaque région serait renforcée tout en permettant une libre
circulation des biens de la Californie jusqu'au Labrador. Le libre choix des
femmes serait réévalué par une confrontation légale de jurisprudence entre
l'arrêt Morgentaler de 1988 et l'arrêt Rode v. Wade de 1973, car aucune Cour
suprême n'a pourtant pas établi, a contrario, que l'avortement est un droit
constitutionnel.
Qu'est-ce qu'il nous resterait? Il nous
resterait donc à discuter de l'autonomie de la souveraineté parlementaire du
Québec, de la création d'une nouvelle Constitution ou les lois
constitutionnelles de 1776, 1867 et 1982 devraient être respectées. Il faudrait
aussi parler de l'intégration de la doctrine Gérin-Lajoie dans une nouvelle
Union afin que le Québec puisse conserver ses 32 délégations générales et
bureaux dans le monde et de l'intégration possible de nouveaux États tels Porto
Rico, Bahamas ou même les Estados-Unidos de Mexicanos.
Donc, en terminant, ma question que
j'apporte, qui résume mon mémoire, c'est la création d'une Constitution du
Québec permettra-t-elle de défendre notre société distincte et de faire
reconnaître le critère de contrôler un territoire défini selon la convention de
Montevideo? Poser la question nous permet-il vraiment d'y répondre? Je vous
remercie de votre attention et je suis disponible, puis, M. le Président, vous
voyez, j'ai fait ça en 4 minutes, 30 secondes, top chrono.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup, M. Robert,
très apprécié. M. le ministre, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Oui,
merci, M. le Président. Bonjour, M. Robert, merci d'être présent en
commission parlementaire, ici, donc... de nous avoir déposé votre mémoire, puis
de nous avoir exposé différents scénarios. C'est sûr que les parlementaires
travaillent dans le contexte constitutionnel canadien qui nous occupe. Donc, je
ne peux pas prédire ce qui va arriver dans le monde, dans le futur. Il y a une
chose que je sais, c'est que lorsqu'on dépose le projet de loi, c'est pour
assurer davantage d'autonomie pour le Québec. Donc, la loi constitutionnelle de
2025 sur le Québec contient notamment cinq parties.
Une première, la constitution du Québec
qui, en fait, est la consolidation de la constitution avec un petit C qui
existe déjà. Il y a plusieurs intervenants qui sont venus nous le dire aussi,
notamment lorsqu'on prête serment actuellement, on prête déjà serment sur la
constitution du Québec. Donc, il y a une partie de la constitution qui est
écrite, notamment dans la loi constitutionnelle de 1877, notamment dans les
lois fondamentales du Québec, comme la Charte langue française, la Charte des
droits et libertés de la personne, la loi 99, la Loi sur l'exécutif, la
Loi sur l'Assemblée nationale, qui sont reconnus comme étant... faisant partie
de la constitution québécoise. Il y a des normes non écrites, également, qui
font partie de la constitution québécoise, notamment la question, supposons, du
gouvernement responsable. Lorsqu'un gouvernement, s'il est défait en Chambre
sur une question de confiance, doit démissionner. On a eu un exemple récemment
avec le budget fédéral, avec le gouvernement de M. Carney, où il y avait
des discussions, des tractations, justement, pour ne pas qu'il perde le vote
parce que sinon, il y aurait dû, automatiquement, allez en élection selon la
convention constitutionnelle. Même chose sur le fait que le premier ministre...
bien, en fait, le chef du parti ayant...
M. Jolin-Barrette : ...a plus
de députés lors d'une élection générale, normalement, devient premier ministre
également, donc ça fait partie de la Constitution québécoise, il sagit de
conventions constitutionnelles. Alors, ce qu'on fait dans la première partie,
c'est de regrouper l'ensemble des dispositions qui sont importantes et
également de bonifier, également, à certains égards, notamment pour l'égalité
entre les hommes et les femmes, notamment sur l'intérêt de l'enfant à l'article
27 qui se retrouve dans la Loi sur la protection de la jeunesse, dans le Code
civil aussi, mais on tire les éléments qui sont importants de nos lois, de nos
valeurs, et on énonce les principes de la Constitution.
Le deuxième volet concerne l'établissement
d'une loi sur l'autonomie constitutionnelle, justement pour donner des outils
concrets au Québec, à l'intérieur de la Fédération canadienne, pour défendre
ses spécificités, pour défendre les ingérences du gouvernement fédéral, pour
s'assurer que les compétences du Québec soient respectées. Donc, c'est
vraiment, je vous dirais, la Loi sur l'autonomie, la mécanique derrière la
politique et la doctrine québécoise d'assurer l'autonomie, d'assurer sur le
plan national, sur le plan canadien, sur le plan international, notamment avec
la codification de la doctrine Gérin-Lajoie et plus encore, aussi, je vous
dirais. L'autre fois, j'ai dit : la doctrine Gérin-Lajoie sur les
stéroïdes, pour faire en sorte que l'État québécois puisse ne pas se considérer
lié s'il n'a pas suffisamment participé aux négociations pour revendiquer, puis
ça, c'est très d'actualité, puis je rejoins votre exemple avec les États-Unis,
actuellement, il y a des négociations qui doivent avoir lieu avec les
États-Unis sur les tarifs, bien, on veut que le Québec soit à la table parce
que l'industrie économique québécoise, ce n'est pas la même chose que
l'Ontario, ce n'est pas la même chose que l'Alberta et la Saskatchewan, il peut
y avoir... parfois y avoir des points communs, mais nous, ici, c'est l'acier,
l'aluminium, le bois. On a peu d'industries automobiles, il y a des
particularismes régionals, également, au Québec. On veut protéger nos emplois,
donc on veut avoir un siège à la table, donc ça va nous aider d'avoir ces
outils-là. Même chose par rapport à la participation du Québec aux institutions
de la Fédération, notamment le Sénat, notamment la Cour suprême, notamment les
nominations à la magistrature, à la Cour supérieure, à la Cour d'appel, que le
Québec prenne sa place.
• (17 heures) •
Troisième volet du projet de loi, c'est le
Conseil constitutionnel pour donner des avis indépendants. C'est un organisme
parlementaire qui va relever de l'Assemblée nationale, nomination aux deux
tiers, j'ai entendu ça tantôt, là, que c'était le premier ministre qui
choisissait, ce n'est pas le premier ministre du tout qui choisit, c'est un
vote aux deux tiers des membres de l'Assemblée nationale pour s'assurer de
développer une doctrine québécoise par rapport à l'interprétation de la
Constitution puis par rapport aux ingérences du gouvernement fédéral. Par la
suite, on a également, dans le projet de Constitution, des lois modificatives
pour, justement, décoller notre charte canadienne de la Charte québécoise, ce
n'est pas la même chose, des modifications à la loi constitutionnelle de 1977,
des modifications à la loi d'interprétation au Code civil, également. Alors, à
la lumière de ça, là, pensez-vous que la Constitution québécoise va nous aider
à défendre l'autonomie du Québec au sein du Canada?
M. Robert junior (Guy) : Je
vous apporte ma réponse en deux volets. La première, le Québec était là
lorsqu'on a fondé le pays en 1867. Lorsqu'on a rapatrié la Constitution en
1982, on n'a pas signé. Le Canada... le Québec est où, en ce moment, dans le
Canada? Est-ce qu'on est rattachés? C'est ce que j'écris dans mon mémoire,
selon moi, on est rattachés à la Constitution de 1867. Donc, on va venir rentrer
une Constitution du Québec 2025 dans un espace où est ce qu'on n'est pas dans
la maison de 1982. Ça fait que quand on va venir pour négocier, on va
dire : bien, nous autres, le Québec, on voudrait changer les meubles puis
la décoration, puis en même temps, bien, si le Nunavut puis l'Alberta ont aussi
le goût de changer la couleur... ou de la tapisserie dans leur Chambre de leur
province, qu'ils le fassent. Je trouve qu'au niveau constitutionnel, il
faudrait d'abord rentrer dans la Constitution de 1982, puis le lendemain, après
que les Ontariens puis les Canadiens anglais aillent fait le party toute la fin
de semaine en disant : enfin, le Québec vient de se joindre, bien le lundi
matin, quand ils relèveront de brosse, nous autres on dira : bien, regardez,
excusez, on arrive avec notre Constitution puis on veut tout de suite ressortir
de ce pays-là.
Mon deuxième point de ma réponse, si vous
me permettez, M. le ministre, c'est ce que vous venez de dire, puis ça, je
pense que c'est beaucoup plus important, le lien avec les États-Unis. Le Québec
est la province, parmi les 10 provinces et des 3 territoires du Canada, qui
avons le plus de délégations. On a, selon le calcul, 32 ou 35 délégations
générales, délégations, bureaux et antennes. On est déjà présents dans 10
villes américaines. Donc, au moment où est-ce qu'ils vont venir pour renégocier
l'ACEUM, l'acte de... entre le Canada, les États-Unis et le Mexique, bien, on
est déjà là. On a déjà des agents économiques puis on a déjà des agents
culturels dans ces 10 villes-là aux États-Unis, on est déjà mieux positionnés
que toutes les autres provinces pour négocier. Votre question?
M. Jolin-Barrette : Bien, en
fait, c'était une précision, parce qu'on n'a pas besoin de négocier avec qui...
17 h (version non révisée)
M. Jolin-Barrette : ...qui que
ce soit pour se doter de notre propre constitution. Puis déjà, la Loi constitutionnelle
de 1867 prévoit ça aussi, que les États composant la fédération canadienne
peuvent le faire. Donc, c'est un peu la doctrine du gouvernement du Québec.
Durant trop longtemps, on a attendu d'avoir l'assentiment par rapport à 82, par
rapport à Meech, par rapport à Charlottetown, de se faire dire oui. Alors, les
dernières années, depuis 2018, on avance, on fait des gains et on n'attend pas
après personne pour définir qui en est, comment on vit et comment est-ce qu'on
veut être. C'est pour ça qu'on est venu inscrire que les Québécois et
Québécoises forment une nation dans la Loi constitutionnelle de 18 67. Vous
savez, c'est fondamental, parce que ça nous reconnaît comme nation, ça nous donne
des arguments juridiques, des arguments constitutionnels dans la Constitution
canadienne, dans notre parti, mais dans la Constitution canadienne. Donc, dans
le cadre de litiges, la Cour suprême ne pourra pas passer à côté de ça. Même
chose pour la seule langue officielle et commune au Québec, c'est le français.
On a constitutionnalisé son statut. Ça fait que je voulais juste vous apporter
ces éléments d'information-là, mais je vais céder la parole à ma collègue qui
souhaite vous poser des questions. Merci beaucoup pour votre présence.
M. Robert junior (Guy) : Merci,
M. le ministre.
(Interruption)
Mme Abou-Khalil : Parfait, merci.
Bonsoir. Merci d'être avec nous ce soir et merci pour votre mémoire. Vous
prétendez que les États américains et mexicains n'ont pas le pouvoir d'adopter
des constitutions, tout comme les provinces canadiennes, si on comprend bien
votre argumentaire dans ce que vous avez déposé. Alors, comment expliquez-vous
que tous les États américains soient dotés de leur Constitution, tout comme la
Colombie-Britannique, et que leur validité n'a jamais été remise en question?
M. Robert junior (Guy) : Les
États américains peuvent décider de certains aspects de leur constitutionnalité,
mais toujours à l'intérieur de leur «We the People», de leur Constitution
américaine. Un État américain ne pourrait jamais dire : Nous, on va venir
se constituer puis se détacher du pays. Ils sont créés comme une fédération,
ils sont tous unis ensemble. Le Mexique, c'est vrai que mon mémoire est moins
développé là-dessus, mais même au Mexique, les 32 États ne pourraient pas se
séparer. Ça fait qu'au Canada, qu'est-ce qu'on a? Quels sont les endroits où
est-ce qu'une province a une Constitution? Le Québec, on en discute une, puis
vous me dites la Colombie-Britannique depuis... je ne me... Excusez-moi, j'ai
oublié depuis quelle année.
Une voix : 96.
M. Robert junior (Guy) : 96. Ça
fait qu'on a un pays où est-ce qu'actuellement on a 9 provinces, 3 territoires,
puis on a une province à part, où est-ce qu'on est toujours en train de
défendre notre langue française puis notre laïcité, mais on n'est toujours pas
constitutionnellement présents. Ça fait que je trouve que c'est comme mettre les
choses pas dans le bon ordre de venir dire : On va créer une Constitution,
alors qu'on n'est pas vraiment dans le pays par rapport à la Constitution de
1982...
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup...
M. Robert junior (Guy) : ...Je
respecte le temps?
Le Président (M.
Bachand) : ...Merci beaucoup. Vous êtes parfait...
M. Robert junior (Guy) : Fait
plaisir, M. Bachand.
Le Président (M.
Bachand) : ...Le député de l'Acadie, s'il vous plaît.
M. Morin : Oui, merci, M. le
Président. M. Robert, bonne fin de journée, bonjour, merci d'être là. Dans
votre document, je ne me souviens pas d'avoir lu ou entendu, écrire, lire votre
position sur la place des Premières Nations, dans votre document.
M. Robert junior (Guy) : Non,
dans le document, je n'en ai pas parlé, je l'ai fait juste fait dans ma
présentation avec le Nunavut, le Nunavut qui a été créé en 1999. Et légalement,
ce pays-là, les lois sont écrits en inuktitut, donc c'est le seul état dans
tout le Canada où est-ce qu'ils peuvent se voter leurs propres lois. C'est la
seule place. 45 000 Inuits. Tous les autres peuples autochtones, ils doivent
dire : Oui, on est Canadiens, oui, on est Albertains, oui, on est
Québécois. Mais il n'y a aucun gouvernement qui permet aux peuples autochtones
de pouvoir se voter des lois, de pouvoir s'autogérer. Il y a seulement que le
Nunavut.
M. Morin : Puis quelle est la
place qu'on devrait leur accorder dans l'exercice qu'on est en train de faire
au Québec?
M. Robert junior (Guy) : On
discute du redécoupage de la carte, on est là à se demander est-ce qu'on
devrait avoir 125 députés. Pourquoi qu'on ne pourrait pas avoir 125 députés et 11
représentants, 11 députés des 11 nations autochtones, qui viendraient s'asseoir
à l'Assemblée nationale? Je sais que la majorité d'entre eux n'accepterait pas
cette idée-là, mais ça serait une belle approche de venir leur dire :
Regardez, on va créer 11 sièges de députés pour les 11 nations autochtones.
Puis ils pourraient être assis au gouvernement avec nous, puis on pourrait
faire la même chose au fédéral.
M. Morin : Puis, d'après
vous, parce que là, le gouvernement nous propose un texte. Est-ce que c'est
quelque chose qu'on devrait écrire dans le projet de loi? Parce que,
présentement, la référence qu'on a pour les Premières Nations, c'est dans les «considérant».
Considérant qu'ils ont le droit de maintenir, développer leur langue, leur
culture...
M. Morin : ...et, également,
qu'on reconnaît leurs droits existants ancestraux issus de traités. Donc vous,
ce que vous proposez, finalement, c'est qu'on aille beaucoup plus loin.
M. Robert junior (Guy) : Ce
que je propose est un petit peu différent. Si vous venez lire mes
recommandations en page 10 du document, je dis de surseoir à la présentation du
projet de loi, parce qu'on parle d'un projet de loi et non vraiment d'une
Constitution, et ce que je demande, c'est : est-ce qu'on pourrait aller
voir la Cour supérieure du Québec ou une cour qui pourrait venir dire : on
va venir valider les aspects de droit constitutionnel en regardant, justement,
les critères de la convention de Montevideo, à dire : est ce que la
Constitution, de la façon dont elle a été écrite... il y a combien de juristes
au ministère de la Justice? Une centaine, j'imagine, M. le ministre? Donc,
est-ce qu'on pourrait prendre la peine... au moins une centaine? Est-ce qu'on
pourrait prendre la peine de venir valider les aspects constitutionnels par
rapport à la convention de Montevideo, par rapport à l'acte de l'Amérique du
Nord britannique, vu qu'on n'est toujours pas dans la Constitution de 1982,
pour venir dire : la Constitution qu'on va venir présenter, on est venu la
valider d'abord auprès des juges pour dire que oui, elle est... elle respecte
certains droits. Actuellement, moi, ce que j'entends, depuis que ce projet de
loi a été présenté, on ne parle pas de Constitution, on parle d'avortement.
• (17 h 10) •
M. Morin : Et donc, au fond,
ce que vous suggérez, c'est qu'il y ait... que le gouvernement fasse un renvoi,
finalement, que ce soit à la Cour supérieure pour leur exposer le projet puis
dire : écoutez, est-ce que c'est conforme à différentes constitutions,
dont la déclaration de Montevideo, dont vous venez de faire référence, puis
après ça, bien, ça pourrait permettre au gouvernement d'aller de l'avant ou pas
avec son projet de loi. Est-ce que je vous... je vous saisis bien?
M. Robert junior (Guy) : De
venir... venir valider la Constitution, non pas par les juristes ou non pas par
les gens à l'Assemblée nationale, mais d'aller la Cour supérieure du Québec
pour dire : pouvez vous d'abord, entre juges, on va vous donner le temps
qu'il faut, venir valider, dire si ce qu'on a écrit peut être
constitutionnellement négocié avec le Canada?
M. Morin : OK, et je
comprends que vous souhaitez également que s'il y a des amendements ou des
modifications, au fond, ce soit toute la population du Québec, à la fin, qui
vote là-dessus, et pas uniquement l'Assemblée nationale, est-ce que je vous
comprends bien?
M. Robert junior (Guy) : Et
là, je pense qu'il y a une bonne distinction à y avoir, là, ce qu'on parle,
c'est d'un projet de loi, projet de loi numéro 1, un projet de loi, c'est
normal que vous, les députés de l'Assemblée nationale, votez les lois, on vous
a élu pour ça. Par contre, une Constitution, une Constitution d'un pays, c'est
différent. Ça doit être approuvé par le peuple au complet. On doit voter une
Constitution avant de pouvoir dire : oui, on a accepté à 50+1 que ceci va
être la Constitution de notre future nation, de notre futur pays.
M. Morin : Puis d'après vous,
est-ce qu'on devrait aussi consulter l'ensemble du peuple sur ce qu'il devrait
y avoir dedans?
M. Robert junior (Guy) : Oui.
Pourquoi vous pensez... on n'est pour beaucoup, mais pourquoi que vous pensez
qu'il y a des simples citoyens comme moi qui venons s'asseoir? On n'est pas là
à venir défendre, là, tout plein de petits aspects, je les vois, tout le monde,
je la suis, la commission, depuis jeudi dernier, tout le monde vient défendre
son petit silo. Il faudrait peut-être ouvrir la porte plus grand puis
dire : il faudrait qu'il y ait plus de citoyens comme moi qui viennent
juste dire : il y a des raisons pour lesquelles je ne vote pas, parce que
je ne me reconnais plus dans cette nation-là. Inquiétez-vous pas, je continue à
voter, personnellement.
M. Morin : C'est bien. Je
vous remercie, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) :M. le député de Jean-Talon,
s'il vous plaît.
M. Paradis : Merci d'être
avec nous aujourd'hui. Je vois qu'à la fin, vous recommandez, vous venez de le
mentionner, vous recommandez de surseoir à ce projet de loi là, puis d'aller le
faire valider, en fait, par des tribunaux, de consulter, puis de revenir
ensuite. Donc, vous, je comprends que vous considérez qu'on ne devrait pas
procéder avec le projet de loi tel qu'il est devant nous, actuellement?
M. Robert junior (Guy) : En
plein ça, on dit... n'arrête pas de discuter de l'aspect de l'avortement. Est-ce
qu'on est venu mettre, dans la Constitution, le fait que, depuis à peu près 100
ans, les jeunes sont obligés d'aller à l'école jusqu'à seize ans? Si on avait
mis ça dans la Constitution, c'est de quoi qu'on reconnaît depuis plus d'un
siècle, qu'il faut attendre d'être à seize ans pour pouvoir dire : je ne
vais plus à l'école, pourquoi que l'avortement... puis, soyez sûrs que je
tiens, là, comme discours, ce n'est aucunement masculiniste. Je défends
l'avortement et je suis content de voir qu'il y a enfin des hommes qui décident
de prendre en charge eux-mêmes, de dire : je vais moi aussi travailler à
la contraception au sein d'un couple. On commence à voir ça. Ce que je trouve
plate dans cet aspect-là, c'est qu'actuellement, c'est juste un acte médical.
Pourquoi doit-on mettre un acte médical à l'intérieur d'une constitution? Je ne
comprends pas.
Le Président (M.
Bachand) : ...20 sec.
M. Paradis : Ça va, merci.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup, M. Robert,
merci beaucoup d'avoir participé, puis c'est important ce que vous avez dit,
aussi, que les citoyens, lors de consultations générales, sont les bienvenus.
C'est très apprécié. Sur ce, je suspends les travaux quelques instants pour
accueillir le prochain groupe...
Le Président (M.
Bachand) :...merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 17 h 14)
(Reprise à 17 h 17)
Le Président (M.
Bachand) : À l'ordre s'il vous plaît, la Commission reprend ses
travaux. Il nous fait plaisir d'accueillir les représentantes du Conseil du
statut de la femme, Maître Cordeau et Mme Julien. Merci beaucoup d'être
avec nous. Alors vous connaissez les règles, la parole est à vous, après ça on
aura une période d'échange avec les membres de la commission. Merci.
Mme Cordeau (Louise) :
Alors, merci beaucoup aux membres... M. le ministre, membres de la commission,
merci de nous accueillir. Vous savez, vous n'en serez pas surpris, le Conseil
du statut de la femme, à titre de conseiller du gouvernement du Québec en
matière d'égalité entre les femmes et les hommes, est très interpellé par le
projet de loi numéro 1, Loi constitutionnelle de 2025 sur le Québec,
considérant que celui-ci comporte des dispositions qui interpellent directement
la condition féminine.
D'entrée de jeu je vous indique qu'il
n'est pas de la compétence ni de la mission du Conseil du statut de la femme de
se prononcer sur la pertinence d'adopter ou non une Constitution québécoise. Il
est toutefois de sa mission d'alerter les membres de la présente commission des
risques que comporte l'ajout, dans une Constitution québécoise, d'une
disposition sur l'interruption volontaire de grossesse. C'est donc sur cet
élément et sur ce seul élément que le Conseil du statut de la femme a centré
son analyse du projet de loi numéro 1.
Je me dois ici de saluer l'intention du
gouvernement de vouloir préserver l'accès à l'avortement au Québec. Sur
l'objectif, nous sommes évidemment en accord. Toutes les femmes du Québec
doivent... doivent pouvoir, si elles le souhaitent, interrompre une grossesse.
Depuis sa création, il y a plus de 50 ans, le Conseil du statut de la
femme défend l'autonomie reproductive des femmes et le respect de leur
intégrité physique et recommande d'améliorer les services d'avortement. C'est
sur le moyen de préserver l'accès à l'avortement que nos avis divergent. Pour
le Conseil du statut de la femme, comme d'ailleurs pour tous les groupes et
spécialistes qui œuvrent à la défense des droits des femmes, le moyen proposé
avec le projet de loi numéro 1, soit de mentionner à l'article 29 de
l'éventuelle constitution québécoise que l'État protège la liberté des femmes
d'avoir recours à une interruption...
Mme Cordeau
(Louise) :...volontaire de grossesse
risque d'entraîner l'effet contraire à celui qui est recherché. Rappelons que
l'avortement a été décriminalisé au Canada en 1988, à la suite du jugement
Morgentaler prononcé par la Cour suprême du Canada. Il est depuis considéré
comme un soin de santé en vertu de la Loi canadienne sur la santé et il est
couvert au Québec par la Loi sur l'assurance maladie. Ainsi, comme pour tous
autres soins de santé, chaque femme est libre des choix qui concernent son
corps et détermine ce qui est le mieux pour elle avec le personnel de la santé.
Cette situation paraît enviable par rapport à celle qui prévaut dans les pays
qui se sont dotés d'une loi sur l'avortement. En France, par exemple, où le
droit à l'avortement a d'ailleurs été inscrit l'an dernier dans la Constitution
française, l'interruption de grossesse n'est pas possible après
16 semaines de grossesse, à moins que la condition de santé de la mère ou
du fœtus soit en cause. Les lois adoptées dans différents pays européens
situent généralement la limite entre 10 et 14 semaines. Quand on pense au
temps nécessaire pour réaliser qu'on est enceinte, pour prendre une décision,
pour trouver un lieu de soins et pour obtenir un rendez-vous, une femme peut
vite dépasser les délais impartis par les législations. Vous en conviendrez, de
telles limites ne sont pas souhaitables pour les Québécoises.
• (17 h 20) •
Or, le projet de loi numéro 1 ouvre
la voie à cette possibilité. La disposition prévue à l'article 29 du
projet de constitution prête flanc à débattre politiquement de la légitimité de
l'avortement et pourrait mener à un encadrement législatif qui en limiterait le
recours. Toute disposition législative sur l'avortement ouvre une brèche pour
que les groupes antiavortement la contestent devant les tribunaux en vue de
restreindre l'accès à l'avortement. Dans ce contexte, que peut faire le
gouvernement pour réellement protéger le droit à l'avortement? La réponse est
connue, il doit assurer la prestation des services d'avortement sur l'ensemble
du territoire.
En effet, trop de difficultés d'accès à
l'avortement subsistent dans certains milieux. On constate notamment que
certaines régions sont moins bien desservies que d'autres, ce qui contraint les
femmes à parcourir de grandes distances pour obtenir leur intervention; que les
délais pour obtenir un avortement peuvent parfois être de quelques semaines,
alors qu'il est important de pouvoir fournir les soins rapidement pour la femme
qui ne désire pas poursuivre sa grossesse et qui se voit forcée de vivre avec
les conséquences de celle-ci; que le nombre de rendez-vous exigé varie d'un
point de service à l'autre, ce qui peut compliquer l'accès pour certaines
femmes. Ainsi, l'expérience des femmes qui recourent à un avortement peut
grandement varier.
Les femmes en parlent rarement. Elles sont
conscientes des tabous et des préjugés qui entourent encore l'avortement au
Québec en 2025. Le Conseil du statut de la femme a d'ailleurs entrepris une
étude sur le sujet pour mieux saisir les difficultés que certaines femmes
rencontrent. Force est d'admettre que c'est en agissant sur ces difficultés que
le gouvernement québécois peut le mieux exercer sa responsabilité de préserver
l'accès à l'avortement au Québec. Des actions sont déjà en cours dans le plan
d'action gouvernemental sur l'accès à l'avortement, le Conseil du statut de la
femme encourage vivement le gouvernement à poursuivre ses efforts en ce sens et
à renoncer à toute mention sur le sujet dans son projet de Constitution du
Québec. Il en va du bien être de toutes ces femmes qui un jour souhaitent interrompre
une grossesse. Et ces femmes, elles sont nombreuses. Un peu plus de 20 000
femmes se font avorter chaque année au Québec, c'est environ 14 femmes sur
1000 âgés de 15 à 44 ans, la majorité étant dans la vingtaine, qui
mettent fin à chaque année à une grossesse non désirée. Et on estime qu'une
femme sur trois aura recours à un avortement au cours de sa vie.
En conclusion, et comme vous l'aurez
compris, le Conseil du statut de la femme demande à la Commission des
institutions de renoncer à inscrire quelque mention que ce soit sur
l'avortement dans le projet de loi numéro 1. Je vous remercie de votre
attention. M. le Président, si je peux, je veux vous présenter Mélanie Julien,
la directrice de la recherche et de l'analyse, qui est à mes côtés, que j'ai
omis de présenter il y a quelques instants.
Le Président (M.
Bachand) :Pas de problème, merci et
bienvenue. M. le ministre, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Oui,
merci, M. le Président. Maître Cordeau, Mme...
M. Jolin-Barrette : ...Mme
Julien, merci beaucoup d'être présent en commission parlementaire pour le
Conseil du statut de la femme. Peut-être m'avez-vous entendu avec un des...
avec l'Association des obstétriciens sur le volet accès pour les femmes, pour
l'avortement, on est 100 % d'accord. Puis c'est pour ça que notre
collègue, l'ancienne ministre de la Condition féminine, la députée de Chutes-de-la-Chaudière
avait déposé un plan d'accès, donc, de travailler sur les différentes régions,
l'accès pour les femmes, puis vous amenez un point intéressant dans la
discussion que c'est... depuis le début des auditions, c'est le premier... la
première fois qu'on l'entend, la question du tabou. C'est la première fois, des
préjugés relativement à l'avortement. Puis ça, je pense que c'est important
d'en parler. Puis, à la lumière de l'exercice qu'on fait avec la Loi
constitutionnelle de 2025 puis l'article 29, je pense qu'on en parle, puis on
sensibilise la population en termes d'accès, puis que cette liberté de choix-là,
ce droit-là, il faut toujours être vigilant. Je vous remercie de soulever ça.
Parmi les préjugés, les tabous, à quoi vous faites référence?
Mme Cordeau
(Louise) :D'abord au fait de se faire
avorter. On peut penser aussi à la... au manque de connaissances sur les
services, par exemple. Parce qu'on n'a pas... ce n'est pas... ce n'est pas un
service qu'on... qu'on requiert régulièrement. On peut penser aussi au fait que
d'en parler à la famille, à l'employeur, aux amis, aux collègues, c'est souvent
très secret. Alors, je pense que ça fait partie, entre autres, des tabous. Je
ne sais pas si Mme Julien a d'autres exemples?
M. Jolin-Barrette : Oui, puis
peut-être aussi, je pense que dans les données statistiques, c'est une femme
sur trois au Québec...
Mme Cordeau
(Louise) : Oui.
M. Jolin-Barrette : ...qui va
avoir recours...
Mme Cordeau
(Louise) : Exact.
M. Jolin-Barrette : ...à ces
soins de santé-là.
Mme Cordeau
(Louise) : Exact.
M. Jolin-Barrette : Oui. Je
voulais vous amener dans votre mémoire à la note 5 de bas de page, ça nous
indique, là, puis vous me permettrez, là, de la... de la citer, là :
«Depuis... — c'est à la page 3, la note de bas de page 5 —
Depuis 1988, une cinquantaine de projets de loi ou de motions a été déposée au
Parlement fédéral pour établir, encadrer ou limiter le droit à l'avortement,
sans succès.»
Mme Cordeau
(Louise) : Exact.
M. Jolin-Barrette : Donc, ce
n'est jamais passé depuis Morgentaler. Vous me corrigerez, là, mais moi, je
suis un observateur quand même de la scène politique municipale québécoise,
puis fédérale aussi, puis depuis que je suis ça, pas mal à chaque campagne
fédérale, le sujet du droit à l'avortement il revient. D'une quelconque façon,
tu sais, c'est récurrent. Puis je suis d'accord avec vous, c'est un soin de
santé. C'est le seul soin de santé qu'on entend parler, à l'exception, je vous
dirais peut-être de mourir dans la dignité qui a fait débat, tout ça, puis
qu'au fédéral ils ne sont pas aussi avancé que nous, là. Mais à chaque campagne
électorale, on en entend parler, mais on n'entend pas parler des autres soins
de santé. Puis dans la sphère publique, moi, j'ai... j'ai entendu des
comparaisons pour dire : Bien, on ne légifère pas sur l'opération au genou
ou sur l'opération à hanche. Mais ce n'est pas sujet à débat. Mais le soin de
santé de l'avortement on... il y a certaines personnes au Québec puis au Canada
qui visent à l'attaquer. Donc, la démarche qu'on a entrepris en l'insérant dans
l'article 29, c'est de mettre une obligation pour l'État québécois, non pas de
diminuer le nombre de semaines, non pas... parce que ce n'est pas sur
l'avortement. C'est vraiment sur dire : Bien, l'État québécois, le
gouvernement, va devoir agir si ce soin-là, il est attaqué. Puis manifestement,
on voit qu'il y a des courants, notamment au fédéral, qui vise à le retirer.
Ça fait que je voulais comprendre vos
craintes, là, sur cet encadrement-là parce qu'ultimement, si c'est attaqué,
parce que ça peut être attaqué demain matin, même sans de projet de loi, là,
c'est ce qui est arrivé dans Daigle c. Tremblay. Expliquez-moi comment est-ce
que le fait de positionner l'État québécois, résolument de dire... de prendre
un engagement pour dire si c'est attaqué, l'État québécois prend fait et cause
pour les femmes, pour le libre choix, en quoi ça va nuire?
Mme Cordeau
(Louise) :J'aurais presque envie de
retourner une question en disant d'abord pour moi, il serait... pour nous, il
serait difficile d'attaquer la légitimité d'un soin de santé. Vous venez de le
mentionner, on ne parle pas de l'opération à la hanche, donc attaquer un soin
de santé, je pense que ce serait extrêmement difficile, comme c'est protégé par
la Charte, c'est reconnu, c'est couvert par l'assurance maladie au Québec,
d'une part. D'autre part, je pense que de nommer, c'est peut-être...
Mme Cordeau
(Louise) :...être fragilisé. Pourquoi?
Parce que nommé dans... comme vous... comme vous le proposez à
l'article 29, pourrait ouvrir, effectivement, des débats sur la... sur les
motifs, à partir des préjugés, à partir du nombre de semaines de grossesse où
c'est permis, donc, l'encadrement. Et je vous dirais que, puis je pense qu'il
faut se le rappeler, en 1976, le gouvernement du Québec... le procureur
général, avait demandé qu'on ne poursuive pas les personnes qui pratiquaient
des avortements avant même la décriminalisation de Morgentaler en 1988. Alors,
quand je disais que j'aurais envie de vous retourner, la question, c'est
qu'est-ce qui empêcherait aussi le procureur général de prendre fait et cause
ou d'intervenir si le droit à l'avortement était attaqué au Québec?
• (17 h 30) •
M. Jolin-Barrette : C'est
une possibilité. Mais ce que ça fait aussi l'article de loi qu'on insère,
c'est, justement, que sur... le prochain ministre de la Justice, ça va lui
mettre une obligation morale, entre autres, et même une obligation légale
d'agir pour défendre. Parce que la discrétion du procureur général,
actuellement, elle demeure. Moi, je l'ai fait, j'ai donné une orientation au
directeur des poursuites criminelles et pénales pour les directives anticipées
de la loi que la ministre des Services sociaux et des Aînés a fait adopter ici
à l'Assemble nationale. Mais ce qu'on vient faire, c'est qu'on vient
positionner et verrouiller le tout pour dire : l'État, le gouvernement va
devoir agir si jamais il est attaqué ou s'il était recriminalisé. Puis je
poursuis dans cette veine-là aussi parce que, tu sais, on dit, puis
l'Association des gynécologues avant vous l'a dit aussi, la Loi canadienne sur
les soins de santé, puis la RAMQ prévoit que c'est couvert. Ce n'est pas
nommément inscrit dans la loi canadienne, c'est uniquement services médicaux,
même chose pour la RAMQ aussi. Puis c'est un service médical, mais je vois
difficilement comment l'encadrement législatif fait en sorte que... en fait, la
véritable question, là, c'est est-ce qu'on craint que les tribunaux, à cause
qu'on vient inscrire l'article 29, ne respectent pas l'intention du
législateur, l'intention de l'Assemblée nationale, l'intention du consensus
social au Québec de dire on va protéger le droit à l'avortement, puis on va se
doter comme état d'une politique qui va faire en sorte d'aller défendre ce
libre choix-là? C'est-tu parce qu'on craint les tribunaux?
Mme Cordeau
(Louise) :Je vous dirais que la loi
pourrait être amendée.
M. Jolin-Barrette : Mais,
ça, c'est...
Mme Cordeau
(Louise) :Ça, c'est clair que la loi peut
être amendée, d'une part...
M. Jolin-Barrette : Mais
juste un point là-dessus, ça, ça, c'est le cas aujourd'hui, demain matin, comme
hier. Au fédéral, demain matin, ils peuvent faire un amendement au Code
criminel, là.
Mme Cordeau
(Louise) :Tout à fait, mais la loi peut
être amendée. Est-ce qu'on craint les tribunaux? On a déjà, je pense, quand
vous parlez de consensus social, on a quand même des groupes qui déjà ont
manifesté depuis... depuis que vous avez déposé la loi 1 leur intention de
contester parce qu'ils ont déjà vu une brèche. Alors je pense que déjà on peut
s'attendre à ce que des manifestations puissent... ou des contestations
puissent arriver devant les tribunaux.
M. Jolin-Barrette : Mais...
oui, mais ma question suivante, c'est : vous craignez que les tribunaux
limitent le droit à l'avortement? Parce que j'essaie de comprendre, là, tous
les groupes, là, me disent ce que vous me dites là.
Mme Cordeau
(Louise) : Oui.
M. Jolin-Barrette :
Alors... on pense que la jurisprudence va changer? Puis là, vous allez voir mon
prochain point, si vous craignez, à cause de ça, que la jurisprudence va
changer, est-ce qu'on est à l'abri que même si on n'adopte pas une loi, il y a
une situation particulière qui arrive, comme dans Daigle contre Tremblay qui
n'avait pas de loi qui était attaquée, où les tribunaux vont changer d'idée, ou
ils vont apporter des nuances, parce que ça aussi c'est une possibilité dans
l'univers. Mais moi j'ai confiance dans les tribunaux, là, qui vont respecter
le consensus, là, puis qui vont respecter la volonté du législateur. Ça fait
que l'argument qui m'est fait, j'essaie juste de le rationaliser pour bien
comprendre.
Mme Julien (Mélanie) : Le
risque, en fait, c'est de... que le... que le sujet revienne à l'ordre du jour
et qu'on puisse débattre, dans notre société, à savoir si c'est légitime ou pas
de se faire avorter au Québec. Alors nous, ce qu'on dit, c'est de laissons la
situation telle qu'elle est, reconnaissons l'avortement comme étant un droit...
un soin de santé et n'ouvrons pas cette boîte de Pandore.
M. Jolin-Barrette :
Merci.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. M. le député de
l'Acadie, s'il vous plaît.
M. Morin : Merci, M. le
Président. Maître Cordeau, Mme Julien, merci d'être là, bonjour. Merci
pour votre mémoire. Est-ce que je résume trop votre pensée si je dis : au
fond, ce que vous nous...
17 h 30 (version non révisée)
M. Morin : ...vous
dites : Écoutez, ça va bien, là, ça fonctionne. Voulez-vous, s'il vous
plaît, M. le ministre, ne pas aller jouer là-dedans parce que justement, ça va
bien.
Mme Cordeau
(Louise) :Bien, je pense que la notion de
protection, la notion de soin de santé, la notion de soin de santé qui laisse d'abord
la latitude à la femme et aux équipes médicales de prendre les meilleures
décisions pour sa santé, c'est quand même important, cette notion-là. On est,
dans le monde, un des seuls endroits où on n'a pas de balises relatives soit
aux motifs, soit aux délais de grossesse. Il y a quand même plusieurs
considérants qui font en sorte que la situation, au Québec, est quand même,
comme je l'ai dit, est quand même enviable. C'est une situation qui, puis là,
je reviens là-dessus, sur la légitimité, attaquer la légitimité d'un soin de
santé. Je comprends qu'il n'y a rien d'immuable au niveau... au niveau du droit
ou des législations. Mais attaquer la légitimité d'un soin de santé me semble
quand même assez complexe.
Mme Julien (Mélanie) : Et la
vérité, c'est que même s'il n'y a pas d'inscription dans la loi, l'État
québécois serait tout à fait en mesure de défendre ce... ce droit-là s'il
devait un jour être menacé.
M. Morin : Tout à fait. Et
quand M. le ministre vous demande si vous craignez les... des tribunaux, la
situation dans laquelle on se retrouve maintenant, c'est suite à des décisions
des tribunaux, parce que la disposition du Code criminel était déclarée
inopérante. Par après, le Parlement fédéral l'a abrogé, là, mais c'est... en
fait, c'est la jurisprudence qui a créé l'État dans lequel on vit.
Mme Cordeau
(Louise) :Comme juriste, c'est difficile
pour moi de vous dire que je crains les tribunaux, je respecte les tribunaux profondément.
M. Morin : Parce que c'était
la question de M. le ministre.
Mme Cordeau
(Louise) :Je respecte profondément les
tribunaux. Nous savons, puis on l'a mentionné, puis M. le ministre en a fait
mention, que les attaques sont fréquentes, les attaques sont récurrentes et
pour ces motifs, considérant la situation au Québec, pour les Québécoises,
quant aux soins de santé, nous recommandons de retirer l'article 29.
M. Morin : Je vous remercie.
J'ai... j'ai une dernière question, rapidement, pour vous... ma collègue aura
aussi des... des questions, mais c'est sur un autre élément. Dans le projet de
loi, la partie 2, la Loi sur l'autonomie constitutionnelle du Québec, l'article
5 va venir... et 4, vont venir restreindre la possibilité pour des organismes
gouvernementaux de contester des lois québécoises. Quand le Parlement va avoir
décidé qu'il y a des caractéristiques fondamentales du Québec, le Conseil du
statut de la femme est inscrit dans l'annexe. Si jamais un gouvernement adoptait
une loi qui était discriminatoire à l'égard, notamment, des femmes, ça vous
empêcherait de faire quoi que ce soit. Avez-vous un inconfort avec cette
disposition-là?
Mme Cordeau
(Louise) :Avec tout respect, M. le député,
le Conseil ne s'est pas prononcé sur cet élément-là. Nous nous sommes vraiment
concentrés sur les éléments qui étaient relatifs aux droits des femmes sur...
surtout par rapport à leur santé.
M. Morin : Je vous remercie.
Merci, M. le Président.
Le Président (M. Bachand) :Mme la députée de Robert-Baldwin, il reste 3 min.
Mme Garceau : Merci, M. le
Président. On a déjà vécu un peu les mêmes, le même débat, si je peux dire, il
y a deux ans, avec la ministre de la Condition... responsable de la Condition
féminine, on pensait que c'était terminé, ce débat. Pour vous, le message au
ministre, aujourd'hui, vous êtes défenseurs des droits des femmes. C'est un
recul, n'est ce pas, de tenter d'insérer cette obligation là, ou ce droit, dans
ce projet de loi de Constitution?
Mme Cordeau
(Louise) :Je vous dirais que c'est le
choix du législateur actuellement. Et je... je ne veux pas le qualifier, mais
je veux réitérer notre vigilance puis notre... notre volonté de faire en sorte
que la disposition ne soit pas adoptée lors de l'adoption du projet de loi.
Mme Garceau : Ne soit pas
adopté, parce qu'actuellement, il n'y a pas de restrictions.
Mme Cordeau
(Louise) : Non.
Mme Garceau : Et là,
potentiellement, il pourrait y en avoir, des restrictions?
Mme Cordeau
(Louise) :Ça pourrait ouvrir une brèche à
des contestations qui pourraient... qui pourraient mener à des... à l'obligation
d'avoir des motifs ou à des restrictions quant aux délais pour intervenir lors
d'une grossesse.
Mme Garceau : OK, merci.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. M. le député de
Maurice-Richard, s'il vous plaît.
M. Bouazzi : Merci beaucoup.
Merci...
M. Bouazzi : ...mesdames,
je vais reprendre quelque chose que j'ai trouvé intéressant. Vous, ce que vous
dites, c'est que si, par exemple, le fédéral légifère, en fait, le droit à
l'avortement pourrait protéger par les chartes et le droit aux femmes, au droit
à l'égalité et donc à avoir accès à ce... à ce soin de santé qui est
l'avortement? C'est bien ça?
Mme Cordeau
(Louise) :Bien les soins de santé sont
protégés par les chartes... par la charte canadienne, donc... et ça inclut
l'interruption volontaire de grossesse.
M. Bouazzi : Et donc,
est-ce que vous trouveriez normal que si le fédéral, par exemple, légifère et
utilise la clause dérogatoire pour ne pas avoir à appliquer les chartes sans
avoir à donner aucune raison, est-ce que vous pensez que c'est un risque pour
le droit des femmes?
Mme Cordeau
(Louise) :Je ne veux pas répondre à cette
question parce que je ne l'ai pas... je ne l'ai pas analysé, je ne l'ai pas
étudié. Et vous savez, le Conseil du statut de la femme, oui, il y a sa
présidente, mais il y a 10 membres aussi qui sont issus de cinq milieux
différents du Québec et nous considérons l'ensemble des opinions de nos membres
avant de porter des recommandations.
• (17 h 40) •
M. Bouazzi : J'entends.
J'entends, ceci étant dit, que si la charte protège bien, si on ne l'applique
plus, bien elle ne protège pas. Il y a peut-être d'autres choses qui protègent.
L'article 9 donne le droit au Parlement, s'il le juge opportun, d'inclure
des dispositions de souveraineté parlementaire qui d'office, font en sorte
qu'on ne peut plus faire appel aux tribunaux pour défendre un droit. Imaginons
que demain on a un gouvernement qui décide que c'est un droit parlementaire,
besoin de la nation de faire des enfants parce qu'on n'a pas assez de monde,
parce qu'il y a beaucoup de personnes âgées et que, donc, le droit à
l'avortement, il faudrait probablement le restreindre, ou l'accès à des
contraceptifs, ou même les taxer, bon, bref, toutes sortes de choses qui ferait
en sorte qu'on pousse les gens à avoir plus d'enfants dans notre société et
qu'on fasse appel aux droits de la nation supérieure à avoir des enfants.
Est-ce que vous pensez que cette clause-là garantirait le droit à l'égalité,
par exemple, pour les femmes, à contester?
Le Président (M.
Bachand) :...rapidement, maître Cordeau,
s'il vous plaît.
Mme Cordeau
(Louise) : Écoutez, encore là, le Conseil du statut de la femme
n'a pas fait de recommandation en ce sens.
M. Bouazzi : C'est des
bonnes questions à poser, par exemple.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. M. le député de
Jean-Talon.
M. Paradis : Le Conseil
du statut de la femme, c'est quand même l'institution phare au Québec sur le
statut de la femme, comme son nom l'indique. Quel est votre niveau de
préoccupation, d'inquiétude par rapport à ce que le gouvernement veut faire sur
l'interruption volontaire de grossesse avec le projet de loi 1?
Mme Cordeau
(Louise) :Je vous dirais que nous sommes
très préoccupés, considérant que la situation actuelle est une situation qui
nous semble optimale, comme l'interruption volontaire de grossesse fait partie
d'un soin de santé qui est bien protégé et que nous pensons être optimal dans
les circonstances.
M. Paradis : Le ministre
qui, je pense, est bien intentionné, ça tout le monde le vu, et il l'a répété,
continue à dire que c'est la bonne façon de procéder. Plusieurs groupes, comme
vous, viennent de dire non, ce n'est pas la bonne façon. Ici, on dit que c'est
le moment où il y a des consultations, vous venez d'avoir le dialogue, vous venez
d'entendre le ministre dans ses échanges avec vous. Qu'est-ce que vous concluez
de vos échanges et qu'est-ce que vous voulez lui dire en terminant cette
consultation?
Mme Cordeau
(Louise) :Bien, je suis confiante que les
commissions parlementaires servent, justement, à poser des questions, à faire
des réflexions et à faire avancer le législateur sur certains de ses choix.
M. Paradis : Mais
qu'est-ce que vous lui demandez de faire après votre échange?
Mme Cordeau
(Louise) :Bien de retirer l'article 29.
Le Président (M.
Bachand) :Merci, M. le député. Merci
infiniment Mme, maître... Mme Julien, maître Cordeau, merci beaucoup
d'avoir participé aux travaux de la commission et, compte tenu de l'heure, la
commission suspend ses travaux jusqu'à 19 h 30. Merci, à tantôt.
(Suspension de la séance à 17 h 43)
19 h (version non révisée)
(Reprise à 19 h 30)
Le Président (M. Sainte-Croix) :
À l'ordre, s'il vous plaît, la commission reprend ses travaux. Nous entendrons
ce soir les personnes et organismes suivants : M. Daniel Payette, le
Barreau du Québec, le Conseil interprofessionnel du Québec et finalement M. Martin
Papillon. Je souhaite maintenant la bienvenue au représentant de M. Daniel
Payette. Je vous rappelle que vous disposez de 8 minutes pour votre
exposé. Après quoi, nous procéderons à la période d'échange avec les membres de
la commission. Je vous cède la parole pour votre exposé, M. Paillette. La
parole est à vous.
M. Payette (Daniel) : Oui,
donc d'abord, je suis avocat à la retraite et directeur d'une maison d'édition.
Je me suis intéressé... et je n'exprime que mon opinion toute personnelle ce
soir. Je me suis intéressé à la question de la constitution du Québec parce que
j'ai eu le bonheur d'agir comme directeur du cabinet du ministre de la Justice
de l'époque, qui est l'honorable Bertrand St-Arnaud maintenant et au sortir de
cet exercice, je me suis dit qu'il fallait faire quelque chose pour faire
avancer l'idée d'une constitution au Québec et j'ai donc écrit en 2021 un
ouvrage qui est publié aux éditions Québec Amérique et il y a des copies à la
disposition des membres de la Commission, offertes gracieusement par mon
éditeur, à l'arrière.
Pourquoi une constitution au Québec? D'abord,
il faut enlever deux mythes. Le premier, c'est que certains pensent que doter
le Québec d'une constitution, c'est lié à l'accession à la pleine souveraineté.
Or, tel n'est pas le cas. Un Québec, qu'il soit souverain ou qu'il soit dans le
cadre fédéral canadien, a tout intérêt à se doter de sa propre constitution. D'ailleurs,
je souligne que les quatre partis politiques sont d'accord sur ce point-là.
Quand j'ai écrit mon livre, il n'y en avait que trois, la CAQ a été la dernière
à adhérer à ce principe et, ma foi, semble être maintenant la plus pressée. J'ai
l'impression un peu, M. le Président, d'être l'artiste qui fait la première
partie pour chauffer la salle avant l'artiste principal, puisque le barreau me
suivra immédiatement et je ne veux pas reprendre tout ce que le Barreau va
dire. Évidemment, avec la batterie d'experts qu'ils ont, ils ont fait une
analyse approfondie du projet de loi avec laquelle je suis tout à fait d'accord.
Je vais juste souligner certains points.
Le but principal d'une constitution, à mon
avis, c'est d'une part... c'est, il faut mettre par écrit des choses qui
existent. Le Québec a une constitution, le projet de loi ne fait pas adopter
une constitution. On prétend par une loi ordinaire, modifier la constitution du
Québec, ce qui est inconstitutionnel, la loi a un problème fondamental au
départ. Notre constitution est constituée d'éléments de lois, charte des
droits, charte de la langue française, loi électorale qui sont éparses dans un
certain nombre de lois que les tribunaux ont jugé être de nature quasi
constitutionnelle.
Et, d'autre part, notre constitution est constituée
par des usages, des usages d'origine britannique qui sont fondamentaux. Par
exemple, que le premier ministre soit le chef du parti qui remporte les
élections, ce n'est écrit nulle part, c'est un usage, c'est un usage
constitutionnel. Si, par exemple, un certain nombre de députés de la CAQ
décidaient de changer de bord à la veille des élections et que M. Legault
se retrouvait à être premier ministre en minorité des faits en Chambre, devrait-il
démissionner en vertu de l'usage britannique ou dirait-il je peux rester jusqu'à
la prochaine élection? Ce sont des usages. Le problème qu'on a avec les usages,
c'est qu'il s'érode. Par exemple, la responsabilité ministérielle. À l'époque,
le lord britannique, avec son honneur, démissionnait dès qu'un simple fonctionnaire
faisait une erreur dans son ministère. Son honneur britannique voulait qu'il
démissionne. Au fur et à mesure de l'évolution, c'est... c'est devenu il
fallait qu'on lui reproche quelque chose à lui, il fallait que ce soit une
erreur grave, il fallait qu'il soit accusé de quelque chose et maintenant,
presque, il faudrait qu'il soit condamné avant qu'il démissionne comme ministre
au nom de la présomption d'innocence. Alors, voyez comment un usage aussi...
19 h 30 (version non révisée)
M. Payette (Daniel) : ...fondamental
que la responsabilité ministérielle s'effrite avec les années. Donc, pour
déterminer quelles sont nos lois qui font partie de la Constitution et pour
régler les questions relatives aux usages constitutionnels, dans notre
tradition civiliste, on est habitué à ce que ce soit écrit. C'est difficile d'expliquer
à quelqu'un qu'on a une Constitution, mais qu'elle n'est écrite nulle part, qu'il
faut fouiller dans les jugements des tribunaux britanniques, canadiens,
québécois pour trouver les usages constitutionnels, qu'il faut regarder quelles
lois, bon, par exemple, je n'aurais pas pensé, moi, que l'équité de la... des
différentes circonscriptions en termes de proportion soit un usage
constitutionnel. Pourtant, la Cour d'appel a décidé la semaine dernière dans la
..., que ça faisait partie de la composante droit de vote. Alors, est-ce que
toutes ces questions-là sont absolument vitales pour l'avenir du Québec? Et on
ne peut pas les laisser non écrites parce que le citoyen est habitué à lire
quelque chose. Et pour qu'il connaisse l'existence du droit, il faut qu'il soit
écrit. Alors le projet qui nous est proposé ne règle absolument rien de tout
ça. C'est un projet de loi qui est, manifestement, incomplet. Je ne répéterai
pas tout ce que les gens sont venus dire ici, puis ils diront ici, sur tout ce
qui manque de... Mais c'est sûr qu'il n'y a rien, vraiment, sur les Premières
Nations et sur les traités qui ont été conclus avec les Premières Nations. Est-ce
qu'on leur donne un caractère constitutionnel, à ces ententes-là? Les droits
des minorités ne sont absolument pas protégés. La protection de l'environnement,
un élément fondamental, on fait juste donner un caractère marchand à l'eau. Le
système électoral, on va juste chercher quelques articles, mais il faut être
conscient que chaque fois que vous mettez quelque chose dans la Constitution puis
que vous oubliez quelque chose, ça veut dire que le... ce que vous avez oublié
ne fait plus partie de la Constitution.
J'ai entendu, M. le ministre de la Justice
dire qu'on avait constitutionnalisé les articles 1 à 39 de la Charte. Mais
quand on a adopté les articles 1 à 39 de la Charte, on les a rendus
impératifs, les articles 40 et suivants, on ne les a pas mis dedans parce
qu'on a jugé que le Québec n'était pas prêt à les mettre dedans. Mais 50 ans
plus tard, est-ce que le Parlement du Québec est prêt à donner des droits aux
enfants? Est-ce qu'il est prêt à donner des droits aux personnes âgées? Est-ce
qu'il est droit de reconnaître tous les droits dits économiques et sociaux de 40
suivants? C'est une belle question constitutionnelle. Mais je pense que quand
on a dit que fait partie de la constitution seulement 1 à 39, on vient d'attaquer
tous les autres droits économiques et sociaux parce qu'ils ne sont plus du tout
dans la même hiérarchie, et alors même qu'on est dans une situation où on
réussissait à convaincre les tribunaux de l'importance prépondérante des
articles 40 et suivants et les amener sur cette voie de reconnaître une
valeur constitutionnelle au droit de toutes sortes de catégories de personnes
qui en ont besoin. Eh bien non! On nous arrête, on dit : non, c'est
seulement 1 à 39.
Je voulais également souligner que le
projet de loi n° 1 est paternaliste à l'égard des femmes. Le principal
défaut qu'on a généralement, comme hommes, quand on veut intervenir sur la
condition féminine, c'est le paternalisme. C'est-à-dire qu'on dit aux femmes
quoi faire. J'ai entendu le ministre de la Justice tout à l'heure discuter avec
les représentantes étudiantes et, avec respect, c'était une attitude
paternaliste.
Une voix : ...
M. Payette (Daniel) : Oui, et
donc, par exemple, sur l'avortement, c'est évident qu'on n'a pas constitutionnalisé
mon droit à la vasectomie. C'est aussi ridicule de constitutionnaliser un droit
à l'avortement que le droit à la vasectomie. Parce que c'est une attitude
paternaliste.
Le Président (M. Sainte-Croix) :
...je vous remercie pour votre exposé, Maître Payette...
M. Payette (Daniel) : Je
termine donc, M. le Président, en disant que ma mère, illustre féministe,
disait toujours : Ce que les femmes veulent, ce n'est pas de la
protection, c'est l'égalité.
Le Président (M. Sainte-Croix) :
Merci. Nous allons maintenant débuter la période d'échange. M. le ministre, la
parole est à vous pour une durée de 10 min 30 sec.
M. Jolin-Barrette : Merci, M.
le Président. Bonjour, Maître Payette. Merci de participer aux travaux de la
commission. Bien, écoutez, comment je pourrais dire ça? Moi, je ne pense pas
que j'ai agi de façon paternaliste. Puis je pense qu'au cours de ma carrière, j'ai
démontré que j'étais plutôt un allié, notamment pour la protection du droit des
femmes. Mais vous avez votre opinion. Je ne sais pas, quand j'ai fait la
réforme du droit de la famille ou la grossesse pour autrui, il me semble que j'ai
agi législativement à des endroits où...
M. Jolin-Barrette : ...certains
ministres ne l'ont pas fait, je dirais ça comme ça, ou certains gouvernements
successifs ne l'ont pas fait. Mais écoutez, vous avez le droit de... vous avez
le droit de décrire cette attitude-là que je ne crois pas avoir. Cela étant,
c'est quand la dernière fois que le droit à la vasectomie, à ce soin de santé
là, a été remis en question par quiconque au Québec, au Canada?
M. Payette (Daniel) : Pas
plus qu'on a le droit à remettre en question la question relative à la santé
qu'est l'avortement. C'est le droit de l'individu sur son propre corps, sur sa
propre santé, qui est déjà reconnue par notre Charte des droits et libertés. Et
il suffit simplement de donner la pleine valeur à ça. Sur la question des
femmes...
M. Jolin-Barrette : Non,
mais je...
M. Payette (Daniel) : Si
vous me permettez, sur la question des femmes pour répondre à votre question...
M. Jolin-Barrette : Non,
mais je... on va juste compléter sur la vasectomie.Je suis d'accord
avec vous, là, sur le fait que...
M. Payette (Daniel) : Est-ce
que je vais vous donner un exemple?
M. Jolin-Barrette :
Allez-y.
• (19 h 40) •
M. Payette (Daniel) :
Quand, par exemple, vous avez rentré le droit des femmes à quatre endroits
différents dans la loi sur la constitution et la Charte. Or, le constituant ne
parle pas pour ne rien dire. On va chercher pourquoi vous avez besoin de redire
quatre fois la même chose et on va donner des interprétations différentes aux
droits des femmes. Par exemple, quand vous écrivez maintenant que l'égalité des
genres prévaut sur la liberté de religion pour combattre une certaine
conception du droit d'exprimer sa religion, est-ce que ça veut dire que le
droit des femmes est maintenant inférieur aux autres libertés? Par exemple,
comme la liberté d'expression? Si je suis masculiniste, je veux dire, a
contrario, le droit... l'égalité des femmes est inférieure à ma liberté
d'expression puisque le législateur a écrit que c'était seulement supérieur à
la liberté de religion.
Ce type de mentions-là qui ont l'air de
bien faire les choses, puis le barreau va certainement vous le rappeler, ça
fait juste affaiblir votre intention. Vous nuisez à l'égalité des hommes et des
femmes quand vous la mettez à différents endroits qu'on a l'air de se dire,
bien là, ça veut dire que si ce n'est pas écrit, les femmes n'ont pas le droit
à l'égalité et c'est ça qui est dangereux.
Et c'est un projet de loi qui a été fait à
la va-vite et donc c'est truffé de petites choses comme ça qui ne vont pas
renforcer les droits que vous voulez renforcer, mais, à mon avis, les diminuer.
M. Jolin-Barrette : Bien,
écoutez, Maître Payette, d'accord, c'est votre opinion. Moi, quand je lis le
texte, ce n'est pas du tout la même interprétation, puis ce n'est pas
l'interprétation du ministère de la Justice. Puis je pense que c'est des gens
quand même compétents, si vous avez été directeur de cabinet du ministre de la
Justice St-Arnaud, je pense que vous pouvez apprécier la qualité des juristes
de l'État. Puis moi, j'ai l'occasion, puis le bonheur de travailler avec eux
depuis bientôt six ans, puis je respecte leur opinion professionnelle. Puis
moi, je vous dis, je parle de ma voix, mais ce n'est pas ça que le texte dit.
Lorsqu'on est à 9.1, puis qu'on vient dire que les droits et libertés sont
balancés notamment par le droit collectif de l'égalité entre les femmes et les
hommes, moi je pense que c'est important. Quand le juge est assis là, puis il
regarde la Charte des droits et libertés de la personne, la Charte québécoise,
là, puis il pondère les droits, là. Vous savez, c'est un peu notre
article 1 de la Charte canadienne, je n'ai pas besoin de vous faire ce
cours de droit là, puis que le législateur vient insérer qu'il doit le faire en
fonction d'une des valeurs importantes de la société québécoise qu'on s'est
donnée, comme le bien être général, comme la laïcité, comme le français.
M. Payette (Daniel) : Mais
on n'a jamais fait de hiérarchie dans les droits individuels protégés.
M. Jolin-Barrette :
Effectivement, et c'est...
M. Payette (Daniel) : Parce
que, précisément, on n'a jamais dit la liberté d'expression est plus importante
que le droit de vote, on n'a jamais mis des choses comme ça. L'ensemble des
droits sont égaux, importants et doivent être protégés par les tribunaux. Et
lorsqu'il faut les balancer, c'est parce qu'il y a des situations
exceptionnelles où il faut balancer certains droits, mais on ne fait pas ce
genre de choses là.
M. Jolin-Barrette : Je
peux y aller, M. le Président?
Le Président
(M. Sainte-Croix) : Allez-y, M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Alors,
je suis d'accord avec vous, maître Payette, que c'est une innovation juridique,
parce que, de façon classique, ça n'a jamais été fait, puis c'est un choix
conscient que nous faisons de le faire, de dire dans notre société, au Québec,
on veut que l'égalité entre les femmes et les hommes prime sur la liberté de
religion parce qu'on ne souhaite pas faire en sorte que, pour des
considérations religieuses, exemple, une personne refuse d'être servie par une
femme. Donc oui, c'est un choix conscient. Alors, vous avez raison de dire que
ça n'a pas été fait, mais là on le fait. Tout comme on n'avait jamais modifié
la loi constitutionnelle de 1877 pour dire que les Québécois et Québécoises
forment une nation. Bien, pourquoi on a fait ça? Pour que notre existence
nationale soit reconnue. On est venu inscrire que le français est la seule
langue officielle et commune du Québec dans la constitution canadienne.
Pourquoi on a fait ça? Pour nous donner des outils pour défendre notre langue.
Je pense que votre formation...
M. Jolin-Barrette : ...politique
antérieure aurait souhaité. Mais je reviens à la question de base parce que je
n'ai pas pu terminer sur la question de la vasectomie. Vous avez dit :
Écoutez, c'est un soin de santé, l'avortement. 100 % d'accord avec vous.
Mais moi, là, c'est au cours des 15 dernières années, je n'ai pas entendu
quelqu'un contester, à l'exception de mourir dans la dignité, un soin de santé qui
était attaqué. À chaque campagne électorale fédérale, on parle de l'avortement.
Il y a des projets de loi qui ont été déposés, une cinquantaine à Ottawa, pour
recriminaliser l'avortement. Est-ce que l'avortement, l'interruption volontaire
de grossesse, vous considérez qu'on n'en parle pas dans l'espace public? Puis
je suis d'accord avec tous les groupes qui sont venus nous dire qu'il faut
travailler sur l'accès, mais de là à dire qu'il n'arrive pas des situations où
ça revient constamment dans l'actualité, où on attaque ce droit des femmes-là,
cette liberté de choix. Partout en Occident ou même au Québec, même en Ontario,
il y a des mouvements comme ça, notamment des mouvements masculinistes,
notamment des mouvements qui veulent contrôler le corps de la femme. C'est
quand même bien une réalité qui existe, ou je suis complètement sur une autre
planète...
M. Payette (Daniel) : Non,
bien...
M. Jolin-Barrette : ...parce
qu'on a comparé une...
M. Payette (Daniel) : ...la
réponse...
M. Jolin-Barrette :
...opération à la hanche ou une opération au genou, on a dit : C'est comme ça.
M. Payette (Daniel) : la...
Bien, la réponse... la réponse législative...
M. Jolin-Barrette : Bien,
c'est quand la dernière fois qu'on a attaqué ça?
M. Payette (Daniel) : ...la
réponse législative n'est pas de mettre dans une constitution quelque chose qui
regarde la santé des personnes avec leur médecin. C'est... La Constitution
n'est pas la place et la Constitution garantit l'égalité hommes-femmes,
garantit aux femmes l'ensemble des droits sur leur corps comme individu, comme
un homme, et ce droit-là suffit à combattre les gens qui veulent abolir le
droit à l'avortement. Et la défense de cette position-là est plus forte que le
fait de mettre dans une loi ordinaire qui se prétend une constitution, une
protection du droit à l'avortement.
M. Jolin-Barrette : Alors, je
comprends votre point de vue puis je le respecte. Puis c'est pour ça qu'on
tient des auditions, notamment pour entendre les différents points de vue.
Donc, je pense qu'on a le même objectif de dire que l'interruption volontaire
de grossesse continue, soit protégée. Le chemin est peut-être différent, puis
on entend tous les intervenants puis on réfléchit à tout ça. Cependant, moi, ce
que je souhaite faire, notamment, c'est de positionner l'État québécois pour
dire : Écoutez, là, si le droit est attaqué, si on recule, si les
tribunaux changent d'idée, bien, l'État québécois va se mobiliser puis il va
avoir une obligation d'agir. C'est ce que prévoit l'article. Mais je comprends
qu'on prend un chemin différent pour arriver à ça, mais que vous souhaiteriez
que ce ne soit pas dans la Constitution.
Peut-être sur un... sur un autre sujet,
là. Je suis d'accord avec vous qu'il y a des dispositions de la Constitution
québécoise qui sont non écrites. Vous avez fait référence à des exemples que
j'ai déjà donnés. Le rapport Proulx-Rousseau, qui était coprésidé par Sébastien
Proulx et Guillaume Rousseau, avec Mme Martine Tremblay, je pense que vous
connaissez. Catherine Mathieu avec Amélie Binette puis Luc Godbout nous ont
dit : Écoutez, première recommandation après avoir reçu des dizaines de
mémoires, il faut que le Québec se dote d'une Constitution écrite, il faut
justement prendre les éléments des lois fondamentales du Québec, donc les
grands principes. Alors, selon vous, là, vous nous avez donné quelques
exemples, là, comme l'environnement. Qu'est-ce qu'il manque d'autre, supposons
que vous rajouteriez?
M. Payette (Daniel) : Par
exemple, sur les droits électoraux, la marche du Parlement et la loi
électorale. Vous n'avez retenu que quelques éléments en déclarant que ne font
partie de la Constitution que quelques éléments. A contrario, les autres n'en
font plus partie.
M. Jolin-Barrette : Mais
comme lesquels?
M. Payette (Daniel) : Bien...
M. Jolin-Barrette : Comme 22
de la Charte des droits et libertés de la personne fait partie de la
Constitution.
M. Payette (Daniel) : ...tous
nos principes... la responsabilité ministérielle, la désignation du premier
ministre, le fonctionnement du Parlement, l'élection des députés...
M. Jolin-Barrette : Donc,
vous nous invitez à codifier davantage, à l'intérieur de la Constitution.
M. Payette (Daniel) : ...Il
faut... Il faut. Une Constitution doit être complète. Et tout ce qu'on... Et
c'est pour ça que la dernière fois que je suis venu ici, c'était pour
l'adoption du Code de procédure civile. C'était six années de travail, 900
articles. Et la Commission des institutions a passé ça article par article, les
900 et quelques articles, pour les étudier un à un, et ça a fini par un vote
unanime de l'Assemblée nationale. Alors, s'il y a des questions aussi
importantes que le Code civil, le Code de procédure civile...
M. Payette (Daniel) : ...ont
pris 10 ans et six ans pour... de discussions pour les élaborer de manière
à arriver à un consensus unanime de l'Assemblée nationale...
Le Président (M.
Bachand) : En terminant rapidement.
M. Payette (Daniel) : La
Constitution va au... vaut au moins de passer...
Le Président (M.
Bachand) :Merci... Merci beaucoup. Alors,
M. le député de l'Acadie, s'il vous plaît.
M. Morin : Merci, M. le
Président. Bonsoir, Maître Payette, merci d'être avec nous. Bien, commençons,
justement, par le processus de consultation. Qu'est-ce que vous pensez du
processus actuel? Est-ce qu'on n'aurait pas été mieux d'avoir un consensus
beaucoup plus large avec différentes commissions incluant la population du
Québec?
• (19 h 50) •
M. Payette (Daniel) : C'est
évident que quand on adopte des lois aussi importantes qu'un Code civil, que le
Code de procédure civile et qu'une constitution, qui est à mon avis encore plus
importante, ça doit être évidemment un processus élaboré de consultation. Nous
sommes dans une situation où il faut doter le Québec d'une constitution écrite
et formelle. Ça ne peut pas être une loi ordinaire adoptée à la va-vite et
passer à la majorité à l'Assemblée nationale. Cette loi-là ne tiendra pas un
mois. Je parie qu'elle ne tiendrait pas un mois si elle était adoptée, parce
qu'un paquet d'organismes vont l'attaquer et ils vont demander une suspension
constitutionnelle qui est rarement accordée. Mais là, il y a tellement
d'infractions au droit constitutionnel, que, à mon avis, elle va l'être. Ça
fait qu'elle aura une longévité d'un mois. Est-ce que ça vaut la peine de
travailler tout ce temps-là sur un projet qui est clairement contradictoire à
la Constitution, qui ne peut pas être protégé par une clause dérogatoire? Vous
avez remarqué, il n'y en a pas, on ne peut pas protéger ça par une clause
dérogatoire. Alors, c'est une loi sans avenir. Et si j'étais le chef de cabinet
du ministre de la Justice encore, je suggérerais au député de Borduas
d'utiliser le mécanisme du renvoi constitutionnel. S'il est convaincu que c'est
constitutionnel, qu'il fasse un renvoi, qu'il demande à la Cour d'appel de se
prononcer : est-ce que cette loi-là est constitutionnelle ou non? Et si
elle ne l'est pas, pourquoi? Au moins on sera avancé pour la prochaine fois.
M. Morin : Bien. Je vous
remercie d'ailleurs, si mon souvenir est bon, le rapport qui avait été demandé
par le ministre de la Justice Rousseau-Proulx, parlait de l'importance d'une
consultation transpartisane. Donc il y avait quand même des bonnes raisons pour
ça.
M. Payette (Daniel) : Oui,
dans la mesure où quatre... vous avez quatre partis politiques qui sont tous
d'accord pour doter le Québec d'une constitution, puis qu'un certain nombre de
principes sont communs, de mon point de vue, le principe, c'est on commence par
consulter des experts, les faire travailler. Puis là, les experts n'ont
manifestement pas travaillé assez longtemps parce que vous allez entendre les
arguments du barreau, ça ne tient pas. Deuxième étape une... une constituante,
un certain nombre de gens à qui on se soumet ce projet de constitution qui
donne leur opinion, puis on ramène tout ça à la fin devant un Parlement, en
espérant que ça soit suffisamment consensuel pour que ce soit adopté à l'unanimité.
Ça, c'est une Constitution qui serait légitime, qui aurait de la valeur et qui
permettrait d'aller devant les tribunaux en disant : Nous avons le vœu de
la population du Québec, c'est notre constitution.
M. Morin : Et je
comprends que ça contribuerait à unir les Québécois et les Québécoises plutôt
que de les diviser.
M. Payette (Daniel) : Tout
à fait d'accord. Parce que c'est le but d'une constitution, c'est le fondement
de notre vivre ensemble, ça doit faire l'objet d'un vaste consensus, ça doit se
préoccuper de protéger les minorités. Tout le monde doit pouvoir vivre
là-dedans en disant mes droits sont garantis.
M. Morin : Qu'est ce que
vous pensez du mécanisme... bien, enfin, je ne suis pas sûr qu'on peut appeler
ça un mécanisme de consultation, mais enfin bref, les échanges qu'ils ont eus
avec les Premières Nations et le fait qu'on les mentionne dans deux
considérants, nulle part ailleurs?
M. Payette (Daniel) : Oui.
Si vous regardez mon petit projet de constitution, j'ai mis un exemple de
paragraphe sur le fait de constitutionnaliser les ententes qui ont été passés
de nation à nation pour dire clairement ces ententes-là ne peuvent pas être
modifiées par le Parlement sans un accord avec les Premières Nations avec qui
on les a signés.
M. Morin : Je vous
remercie. Dans... dans votre document... d'ailleurs, merci, parce qu'à la fin
de votre document vous avez vous-même inclus un projet de constitution, donc
c'est fort apprécié. Vous écrivez, dans votre document... vous parlez de
l'intégration nationale et vous dites : semble fondée sur un nationalisme
étroit et réducteur, ainsi que sur la négation des droits actuellement protégés
des minorités. Pouvez-vous élaborer davantage sur ce que vous entendez par ça?
M. Payette (Daniel) : Bien,
c'est clair que toute la ligne directrice, la ligne politique d'élaboration de
ça, c'est de faire passer un certain nombre de droits présentés comme les
droits collectifs de la nation contre les droits des minorités, toutes minorités
confondues, minorités de langue, minorité de religion, minorités, etc. Donc,
c'est une trame qui est celle du nationalisme étroit, qui est celle de on se
retrouve entre...
M. Payette (Daniel) : ...nous,
on définit la nation comme les gens blancs, francophones, catholiques, etc. Et
on omet le caractère très diversifié de la société québécoise contemporaine.
M. Morin : D'ailleurs, dans
le projet de loi, on parle beaucoup de l'importance des droits collectifs, et
moins des droits individuels. Est-ce que c'est un enjeu pour vous?
M. Payette (Daniel) : Oui,
c'est certainement un des principaux enjeux et je n'en ai pas parlé parce que
mes distingués collègues experts constitutionnalistes du Barreau vont en parler
longuement, je suis certain.
M. Morin : Très bien. Je vous
remercie, merci...
Le Président (M.
Bachand) : M. le député de Maurice Richard, s'il vous plaît.
M. Bouazzi : Merci beaucoup.
Merci beaucoup pour votre exposé. Un État de droit, ça permet de protéger
contre l'arbitraire. Qu'est-ce que vous pensez de cette constitution concernant
les possibles dérives face à la protection de l'État de droit?
M. Payette (Daniel) : Bien,
c'est clair qu'on vient limiter toutes les possibilités de contestation de la
Constitution. C'est clair pour moi qu'une Constitution où on peut déroger par
une clause dérogatoire, ils vont empêcher les gens de la combattre... de
combattre une loi qui dérogerait à la constitution, ce n'est pas une
constitution. Par définition, c'est la loi des lois parce que c'est au-dessus,
que c'est fait pour garantir aux minorités que la majorité ne sera jamais
oppressive. Et l'état de droit, c'est ça, c'est la garantie de la protection
juridique pour l'ensemble des citoyens. Et ce projet-là n'accorde pas ça. Le
projet de loi interdit à certains organismes d'aller défendre leurs droits
devant les tribunaux dès lors qu'ils reçoivent un petit peu d'argent de l'État.
Et en plus, on se donne la possibilité d'étendre ça. De mon point de vue, c'est
proprement scandaleux. C'est... empêcher les gens... je fais une
Constitution, mais je vous empêche de combattre les lois qui seraient
contraires. C'est invraisemblable.
M. Bouazzi : Donc, je
comprends que normalement, une constitution, ça permet de codifier de ce que
vous disiez, entre autres, le fait qu'on protège, qu'on a des pouvoirs, des
contre-pouvoirs et comment ça fonctionne. Ici, non seulement on ne codifie pas
tout, mais en fin de compte, on affaiblit, de ce que je comprends ce que vous
dites, l'État de droit.
M. Payette (Daniel) : Oui,
puis une chose qui m'inquiète, moi, plus particulièrement, pour avoir œuvré au
ministère de la Justice, c'est que le ministre de la Justice change son rôle.
Normalement, le ministre de la Justice, c'est le jurisconsulte du gouvernement.
C'est lui qui est chargé de défendre la constitutionnalité des lois face au
gouvernement. C'est une job difficile. Vous êtes toujours en train de dire aux
confrères : Non, vous ne pourrez pas adopter ça, c'est contraire à la
Constitution. Non, ça, ce n'est pas possible. Et c'est sa job de jurisconsulte.
Or, dans la loi, dorénavant, sa job, ce n'est pas être le jurisconsulte du
gouvernement puis d'être le garant de la Constitution, c'est d'être le
défenseur des décisions du gouvernement en prétendant qu'elles sont
constitutionnelles. Alors, il y a un renversement complet du rôle du procureur
général au niveau des usages constitutionnels, et ce simple fait-là, à mon
avis, n'importe quel tribunal invaliderait.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. M. le député de Jean-Talon, s'il
vous plaît.
M. Paradis : Donc, vous
dites, vous, que de parler d'un modèle d'intégration nationale qui s'oppose au
multiculturalisme canadien, ça semble fondé sur un nationalisme étroit et
réducteur? Et là, je vous ai bien entendu dire que ça, c'est comme s'il
représentait un Nous, les blancs. Où est-ce que vous... où est-ce que vous
voyez ça, dans le projet de constitution? Puis en quoi, en quoi le modèle
d'intégration nationale...
M. Payette (Daniel) : Dans
tout ce qui..
M. Paradis : Je voudrais, je
voudrais que vous m'expliquiez en quoi le modèle d'intégration nationale, c'est
étroit et réducteur, là, de parler de l'accueil et de la pleine participation
en français de nos valeurs sociales, du patrimoine culturel. Je voudrais... je
voudrais vous entendre là-dessus.
M. Payette (Daniel) : Il y a
4 articles sur la langue dans le projet, quatre dispositions différentes. Le
problème, c'est quand vous multipliez les soi-disant protections de la langue
dans un texte constitutionnel et que vous adoptez des formulations différentes.
C'est que le statut du français, dans ce projet de loi, il n'est pas clair.
M. Paradis : Puis, où est-ce
que vous voyez que c'est le Nous, c'est les blancs?
M. Payette (Daniel) : Bien
parce... c'est tout ce qui est exclu. On n'a pas... toutes les catégories de
personnes qui ne voient pas leurs droits protégés dans la Constitution,
dire : si vous êtes de religion musulmane, si vous êtes originaire du
Bangladesh, ces gens-là sont des citoyens québécois. C'est des gens qui font
partie de minorités qui ont des droits. Et ces droits-là, on n'en traite pas,
on n'en parle pas, on les évacue. Et si vous ne mettez pas quelque chose dans
la Constitution, comme je l'ai dit, vous déconstitutionnalisez. Et j'attire
particulièrement votre attention, comme représentant du parti que...
Le Président (M.
Bachand) : En terminant, s'il vous plaît, Maître Payette.
M. Payette (Daniel) : Je ne
sais pas si vous avez remarqué, mais contrairement à...
M. Payette (Daniel) : ...toutes
les décisions de l'Assemblée nationale jusqu'à présent qui n'ont jamais reconnu
que la... que le Québec avait adhéré à la Loi constitutionnelle de 1867 et à la
Loi constitutionnelle de 1982, vous regarderez l'article 3, puis vous verrez
qu'on voit, là, qu'on dit que le Québec participe librement à l'union
fédérative. Vous aimez ça?
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup... Désolé, le
temps file rapidement. Merci beaucoup d'avoir été avec nous, c'est très
apprécié. Sur ce, je suspends les travaux quelques instants pour accueillir le
prochain groupe, le Barreau du Québec. Merci.
(Suspension de la séance à 20 heures)
(Reprise à 20 h 02)
Le Président (M.
Bachand) : À l'ordre, s'il vous plaît. La Commission reprend
ses travaux. Alors, il nous fait plaisir d'accueillir le Barreau... des
représentants du Barreau du Québec avec, entre autres, Maître Nadeau,
bâtonnier. Merci beaucoup d'être ici. Alors, vous connaissez les règles,
présentation... échanges avec les membres, mais... peut-être d'abord à nous
présenter qui vous accompagne ce soir. Merci.
M. Nadeau (Marcel-Olivier) : ...dans
mon allocution, M. le Président, donc je me lance...
Le Président (M.
Bachand) : La parole est à vous.
M. Nadeau (Marcel-Olivier) :
...M. le Président, M. le ministre, Mesdames et Messieurs les députés, je suis
Marcel-Olivier Nadeau, bâtonnier du Québec. Je suis accompagné aujourd'hui de
Maître Ana Victoria Aguerre, avocate au Barreau du Québec, ainsi que de Maître
Martine Valois et de Maître Louis-Philippe Lampron, membre de notre groupe
d'experts en droit constitutionnel. Je tiens à remercier la Commission des
institutions de nous avoir conviés à ces consultations particulières sur le
projet de loi nº1.
À titre de porte-parole du Barreau du
Québec, je souhaite débuter notre intervention en affirmant ceci : toute
initiative visant à mettre en valeur les caractéristiques propres du droit
québécois... du droit québécois est non seulement souhaitable, mais
essentielle. Ces efforts contribuent à affirmer notre identité et à enrichir
notre système juridique. En ce sens, le Barreau du Québec prend acte de la
volonté gouvernementale de doter le Québec d'une Constitution dont l'objet
consiste à affirmer plus amplement les attributs de la nation québécoise. Cela
dit, le projet de loi 1 va beaucoup trop loin. Dans sa forme actuelle, le texte
proposé a pour effet de fragiliser les fondements de l'État de droit québécois.
Dans les circonstances, le Barreau du
Québec se doit d'intervenir pour remplir sa mission première : protéger et
informer le public. C'est dans cet esprit que nous sommes présents aujourd'hui
pour permettre à la population québécoise de comprendre en quoi les objectifs
affichés, autonomie constitutionnelle, protection des droits des femmes,
renforcement de la démocratie, risquent de ne pas être atteints, voire d'être
compromis, en raison d'enjeux juridiques majeurs posés par plusieurs
dispositions du projet de loi.
Le premier de ces enjeux porte sur
l'affaiblissement des mécanismes de contre-pouvoirs. La Loi sur l'autonomie
constitutionnelle du Québec interdit à des centaines d'organismes œuvrant au
service de la société civile de contester la constitutionnalité de certaines
lois. Cet égard expose les administrateurs et les dirigeants à d'importantes
sanctions financières. Ce type d'interdiction n'est pas acceptable et s'écarte
de manière importante des valeurs et des traditions de la société québécoise au
profit d'un renforcement du pouvoir de l'État. Les organismes physiques font
contrepoids à la majorité parlementaire et contribuent au respect des droits
des citoyens. La démocratie ne se résume pas à voter une fois à tous les quatre
ans. Elle exige qu'entre ces...
20 h (version non révisée)
M. Nadeau (Marcel-Olivier) : ...vous.
Les citoyens disposent de possibilités réelles et non seulement théoriques, de
faire valoir leurs droits.
Notre second point porte sur l'atteinte à
la séparation des pouvoirs et à l'indépendance judiciaire. Le projet prévoit la
création d'un Conseil constitutionnel de nature politique, appelé à émettre des
avis à la demande du Gouvernement sur l'interprétation à donner à la source
première du droit du Québec. Ce mécanisme confère de facto à cet organe une
fonction juridictionnelle empiétant ainsi sur le pouvoir judiciaire et portant
atteinte à la séparation des pouvoirs. Au surplus, puisque le Conseil et les
tribunaux agiront concurremment, la crédibilité des uns et des autres sera
inévitablement mise à mal en cas d'opinions opposées, ce qui risque de saper à
brève échéance la confiance des citoyens. Par ailleurs, il sera interdit au
Conseil constitutionnel de publier les motifs de ses membres dissidents. La
pluralité des opinions et la transparence sont pourtant des éléments essentiels
à une saine démocratie.
Notre troisième point porte sur l'affaiblissement
du régime québécois de protection des droits et libertés. Le Barreau n'identifie
pas moins d'une douzaine de dispositions qui fragilisent la protection des droits
fondamentaux. La prédominance d'affichée des droits collectifs sur les droits
individuels, la hiérarchisation des droits fondamentaux, la multiplication des
motifs justifiant une atteinte à ces droits : plusieurs nouvelles règles d'interprétation
restrictive et l'affaiblissement du rôle de la Commission des droits de la
personne et des droits de la jeunesse sont autant de thèmes du projet de loi
qui s'inscrivent en faux avec les principes de protection des droits
individuels mis de l'avant depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, tant au
Québec que par l'ONU, que par la Communauté européenne.
À ce stade, le Barreau du Québec sent le
besoin de rappeler ceci : une démocratie constitutionnelle doit d'abord et
avant tout protéger les citoyens contre le pouvoir de l'État, elle ne doit pas
viser à mettre le pouvoir en place à l'abri des critiques et des
revendications.
Notre quatrième point porte sur l'imprévisibilité
juridique et les contentieux constitutionnels. Les bouleversements dont nous
venons de parler entraîneront des débats judiciaires coûteux et polarisants, encombrant
les tribunaux et surtout semant la confusion dans la population. Une telle
imprévisibilité juridique est contraire à ce que l'on peut s'attendre dans un
État de droit aussi évolué que le Québec, soit d'avoir des règles
constitutionnelles cohérentes, compréhensibles, stables et prévisibles. Le
projet de loi jette à cet égard un gigantesque pavé dans la mare duquel les
ondes de choc juridiques se feront ressentir pour des décennies.
Notre cinquième point porte sur le manque
de transparence dans la nomination des juges à la Cour suprême du Canada. L'article 24
de la Loi sur l'autonomie constitutionnelle autorise le gouvernement à
soumettre des candidatures pour combler des postes de juge à la Cour suprême du
Canada, sans aucun processus de sélection et sans aucune obligation de rendre
publics les noms proposés. Cela ouvre toute grande la porte à des apparences de
favoritisme et ne respecte pas la plus élémentaire transparence démocratique.
Notre dernier point porte sur la
réouverture des débats sur le droit à l'avortement. Toute initiative visant à
réaffirmer explicitement ce droit comporte un risque majeur, celui d'ouvrir la
porte à des restrictions futures. Un leader anti-choix a d'ailleurs indiqué la
semaine dernière que la disposition proposée, je le cite, ajoute quelque chose
de concret, un genre de cible à abattre. Ceci est malheureusement indicateur
des débats à venir. Le Barreau du Québec rappelle que l'état actuel du droit
protège... adéquatement le droit à l'avortement et qu'il n'existe aucun vide
juridique en la matière. La décriminalisation de l'avortement est la meilleure
des protections. Elle ne pose ni balises ni limites et n'est susceptible d'aucune
interprétation. Elle fait de l'avortement ce qu'il est vraiment, un soin de
santé. La vaste majorité des juristes spécialisés en la matière, des groupes de
femmes et d'autres organisations, dont le Collège des médecins du Québec, font
écho à notre recommandation de retirer cette disposition. Nous invitons donc le
gouvernement s'en remettre aux experts, à la science juridique et aux gens
spécialisés dans le domaine plutôt qu'à l'impression trompeuse de sécurité qu'amène
l'ajout législatif proposé.
Conclusion, tous ces changements ne sont
pas mineurs. Ils fragilisent nos institutions et la confiance du public. Nous
devons éviter toute réforme précipitée qui affaiblirait notre régime
démocratique. À l'heure de l'affaiblissement de plusieurs régimes démocratiques
dans le monde, toute réforme constitutionnelle doit affirmer sans équivoque qu'au
Québec, l'État de droit n'est pas une idée théorique, mais plutôt une réalité
bien ancrée dans nos valeurs. Je vous remercie et nous sommes prêts à recevoir
vos questions.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup, M. le bâtonnier.M. le ministre, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Oui,
merci, M. le Président. Maître Nadeau, M. le bâtonnier, maître Aguerre, maître Valois,
maître Lampron, merci beaucoup pour votre présence en commission parlementaire.
J'apprécie que le Barreau se soit déplacé pour présenter son mémoire. Bien,
écoutez, peut-être vous dire ça m'interpelle ce que vous dites, M. le
bâtonnier...
M. Jolin-Barrette : ...parce
que tout comme vous, tout comme le barreau, je suis fortement intéressé par
l'État de droit. Mais je pense que c'est la mission, notamment, du ministère de
la Justice, c'est la mission que nous exerçons ici comme législateurs, comme
parlementaires élus par la population. Et d'ailleurs, c'est pour ça que dans le
cadre de la loi constitutionnelle de 2025, aux articles 18 et 52, on est venu
réitérer des principes avec lesquels je pense que vous allez être d'accord avec
moi, notamment 18 : L'État est fondé sur les principes de la démocratie.
Pas mal important, ça. La souveraineté parlementaire, donc, vous serez d'accord
avec moi aussi, la primauté du droit et de la séparation des pouvoirs.
52 : Les tribunaux doivent être indépendants et impartiaux. Même chose,
également, pour les droits individuels. Donc les articles 1 à 38 de la Charte
québécoise des droits et libertés, on est venus les insérer dans la loi des
lois, dans la partie de la Constitution, justement pour s'assurer qu'ils
disposent du statut le plus important qui soit, qu'on vienne protéger les
droits des Québécois puis des Québécoises. Et même, on est venus ajouter les
droits fondamentaux, parce que ceux-là, on a tendance à les oublier, les droits
fondamentaux qui sont prévus à la Charte des droits et libertés, pardon, à la
Charte de la langue française, qui sont prévus, donc 2 à 6.2, donc, le droit de
vivre en français, notamment. Ça, je pense que c'est important, aussi, pour les
Québécois. Puis, au-delà de tout ça, on a ajouté des contre-pouvoirs au fil des
années. Notamment, pensez au Commissaire à la langue française qui est chargé,
justement, de vérifier ce que l'État fait en termes d'exemplarité de l'État. Et
là, on ajoute un Conseil constitutionnel. Puis, je faisais le laïus pour
arriver ici parce que ça me surprend un peu, ce que vous dites sur le Conseil
constitutionnel, notamment sur le processus de nomination. C'est un processus
de nomination aux deux tiers de l'Assemblée nationale. Quelle est votre
critique par rapport au processus de nomination?
• (20 h 10) •
M. Nadeau (Marcel-Olivier) : C'est
politique, M. le ministre, il n'y a aucune... ce conseil-là, d'abord, n'aura
aucune autorité juridictionnelle formelle, aucune exigence de formation de ses
membres, aucune condition par rapport à sa saisine. Donc, ça peut être fait
pendant le processus de confection d'une loi, mais ça peut être fait au
lendemain d'un jugement de la Cour suprême ou de la Cour d'appel du Québec. Il
n'y a pas de dissidence, je l'ai mentionné tout à l'heure, c'est important, la
pluralité des voix. Et il y a, on a noté, un silence également, on demande que
les gens qui siégeront sur le Conseil constitutionnel soient sensibles à une
liste de choses. Et mystérieusement, les droits et libertés ont été oubliés
dans la liste qui fait une dizaine d'items. Donc il y a... il y a ça, là, à
corriger.
M. Jolin-Barrette : Donc,
c'est une suggestion que vous nous faites d'ajouter, mais le fait que
l'Assemblée nationale se dote d'un outil parlementaire supplémentaire pour
informer la population, pour faire en sorte... c'est une nomination aux deux
tiers, là, comme la Commission des droits de la personne, comme le Protecteur
du citoyen, comme le Commissaire aux enfants. Quand vous dites : c'est
politique. Expliquez-moi... est-ce que c'est parce que les députés vont
déterminer, aux deux tiers, qui siège sur le Conseil constitutionnel, c'est
mauvais? Parce que vous savez, il y a d'autres juridictions dans le monde, là,
qui ont des conseils constitutionnels...
M. Nadeau (Marcel-Olivier) : Avec
des juridictions. Avec des...
M. Jolin-Barrette : ...mais
les systèmes sont différents. Mais notamment en France, là, on est dans le
cadre d'un Conseil constitutionnel aviseur qui va créer de la doctrine sur
l'interprétation de la Constitution, mais aussi sur les ingérences fédérales.
Alors, ce n'est pas un tribunal, puis on ne prétend pas que c'est un tribunal.
Puis vous semblez beaucoup, au Barreau, vouloir absolument qu'il n'y ait pas
d'autres points de vue que ceux des cours. C'est un peu ça, comment on voit
votre mémoire, là. Alors, je ne vois pas pourquoi vous critiquez le Conseil
constitutionnel, qui est un organisme qui va relever de l'Assemblée.
M. Nadeau (Marcel-Olivier) : Bien,
d'abord pour les motifs que j'ai nommés tout à l'heure, mais également pour
l'effet que ça aura sur la crédibilité des tribunaux. Je l'ai dit tout à
l'heure, il n'y a aucune règle par rapport à la saisine, donc les tribunaux
peuvent se prononcer...
M. Jolin-Barrette : ...
M. Nadeau (Marcel-Olivier) : ...le
Conseil constitutionnel, laissez-moi terminer s'il vous plaît, le Conseil
constitutionnel peut se prononcer également sur une même question de droit. Ça
aura, à brève échéance, effet de saper la crédibilité des uns et des autres. Et
quand on se compare à d'autres pays, vous parlez de la France, il y a une
autorité juridictionnelle importante au niveau du Conseil constitutionnel
français, M. le ministre. Ici, il n'y aura pas d'autorité juridictionnelle.
M. Jolin-Barrette : Est ce
que vous croyez au dialogue interinstitutionnel?
M. Nadeau (Marcel-Olivier) : Absolument.
M. Jolin-Barrette : Tu sais,
parce que dans notre... dans notre démocratie, qui tire sa source britannique,
c'est comme normal que...
M. Jolin-Barrette : ...l'exécutif,
le parlement, le législatif, le judiciaire. Vous savez, le judiciaire peut se
tromper aussi, puis... la mécanique canadienne et la mécanique britannique font
en sorte qu'il revient aux parlementaires de déterminer ultimement comment ça
se passe. Mais là, vous souhaitez nous verrouiller en disant : Bien,
écoutez, il ne faut surtout pas se doter d'outils constitutionnels
supplémentaires avec un conseil constitutionnel pour donner un point de vue
différent. Moi, je n'ai pas cette crainte-là, j'ai confiance aux tribunaux,
mais j'ai confiance aussi au Parlement.
M. Nadeau (Marcel-Olivier) :
Je... nous ne souhaitons verrouiller personne, M. le ministre, mais pour
tous les motifs que j'ai nommés : l'absence d'autorité juridictionnelle,
l'absence de formation de ses membres, donc des non-juristes pourrait siéger
sur ça, l'absence de règle par rapport aux saisines sans dissidence, sans
exigence de sensibilité au niveau des droits fondamentaux, le fait que les uns
et les autres, donc les cours et le Conseil constitutionnel se prononceront en
même temps. C'est la forme du Conseil constitutionnel que nous contestons, non
pas son existence même. Tout ce qui est prévu fait en sorte que ça aura pour
conséquence de saper l'autorité des tribunaux et la séparation des pouvoirs.
M. Jolin-Barrette : Bien
je suis en désaccord avec vous, M. le bâtonnier, puis honnêtement, moi, je ne
pense pas qu'il y a juste des juristes qui détiennent la vérité, puis une
pluralité d'opinions, une pluralité de formations, ça peut être une bonne chose
dans les organismes, notamment délibératifs, mais des organismes aussi qui vont
conseiller, qui vont interpréter aussi. En France, là, je pense que c'est quand
même une grande démocratie, bien ce n'est pas vrai que tous ceux qui siègent au
Conseil constitutionnel français sont des juristes. Alors se limité, puis
honnêtement, je... je fais un mea culpa de notre profession, il n'y a pas juste
les juristes dans la vie, il y a d'autres professions aussi que les gens sont
bien formés et qui peuvent amener des idées différentes ou une conception de la
vie différente, ou une conception de l'interprétation du droit aussi. Les
sociologues sont très bien outillés, je pense, puis on a eu quelques exemples
dans la société québécoise, alors...
M. Nadeau (Marcel-Olivier) :
Sauf erreur de ma part, je ne suis pas spécialiste en droit français, M. le
ministre, mais le Conseil constitutionnel contient plus que cinq membres en
France et les non-avocats sont des gens, notamment, les anciens présidents de
la République, quand même bien formés. Là, actuellement, là, il y a... il y a
absence, absence de qualification pour les gens qui siégeront sur... sur le
Conseil...
M. Jolin-Barrette : Mais
vous voudriez que ce soit juste des juristes.
M. Nadeau (Marcel-Olivier) :
Ce n'est pas ce que j'ai dit.
M. Jolin-Barrette : OK.
Sur la question de l'article 5, là, parce que beaucoup d'éléments de vos
prises de parole publiques au Barreau, ou beaucoup de ce qui se retrouve dans
votre mémoire tournent autour de l'article 5, donc de la Loi sur
l'autonomie... constitutionnelle. Vous êtes d'accord avec moi qu'on n'empêche
personne d'ester en justice?
M. Nadeau (Marcel-Olivier) :
C'est très théorique, M. le ministre, parce qu'avec quel argent vont-ils
ester en justice, les citoyens normaux?
M. Jolin-Barrette : Non,
non, mais est-ce qu'on empêche quelqu'un d'ester en justice?
M. Nadeau (Marcel-Olivier) :
Théoriquement, non. Concrètement, oui.
M. Jolin-Barrette : Bien,
en fait, ce que l'article dit, c'est que pour certaines situations, ils ne
pourront pas utiliser des fonds publics lorsque l'Assemble nationale va avoir
déterminé que la loi contient des caractéristiques fondamentales. S'ils
choisissent d'utiliser d'autres moyens... mais c'est aussi le critère, vous
savez, parfois les tribunaux, il y a l'intérêt pour agir aussi. Donc, ce n'est
pas n'importe qui qui peut intervenir à n'importe quel moment. Vous êtes
d'accord avec moi?
M. Nadeau (Marcel-Olivier) :
Oui, mais je ne vois pas le lien avec l'article 5.
M. Jolin-Barrette : Bien,
il y en a un aussi parce que ce n'est pas systématiquement un accès aux
tribunaux. Alors, l'article 5, ce qu'il prévoit, c'est que tout le monde
peut accéder aux tribunaux, tout le monde peut ester en justice, mais dans une
certaine mesure, lorsque dans certaines lois limitées, comme la Charte langue
française, la loi sur la laïcité également la loi sur l'intégration nationale,
on ne pourra pas utiliser des fonds publics. Donc ça, vous êtes en désaccord
avec ça.
M. Nadeau (Marcel-Olivier) :
Oui, parce que ça donne un accès à la justice théorique et non pas
concrète, M. le ministre. Avec quel argent le citoyen normal va-t-il s'adresser
aux tribunaux dans une contestation constitutionnelle qui passera par la Cour
supérieure, la Cour d'appel, la Cour suprême? On parle de centaines de milliers
de dollars de frais juridiques et vous vous dites : ils ne sont pas
empêchés de le faire, la loi n'empêche pas de le faire. Elle l'empêche
concrètement de le faire parce qu'ils n'auront pas les moyens pour le faire, M.
le ministre.
M. Jolin-Barrette : Oui,
mais vous savez, ce n'est pas les citoyens normals dont on parle. On parle des
organismes publics. Je voulais juste rappeler quelques éléments parce que ça
m'a un peu surpris la position du Barreau, considérant qu'il y a énormément de
membres du Barreau. Puis je me questionne, on dirait à chaque fois qu'on veut
amener des changements importants dans la société québécoise, le Barreau est
souvent contre. Puis, tu sais, je regardais ça, notamment le Barreau a pris
position contre la loi sur la justice administrative, contre le no-fault à
l'époque, contre la création de la Cour des petites créances, contre la
création de la...
M. Jolin-Barrette : ...Commission
des lésions professionnelles, contre la Loi sur le financement des partis
politiques, contre la Loi sur les consultations populaires, contre le projet de
loi 14, contre la Charte des valeurs, contre la protection du territoire
agricole, contre le projet de loi n° 60, contre la Loi sur la laïcité...
Le Président (M.
Bachand) : Merci.
M. Jolin-Barrette :
...beaucoup de dispositions contre 96.
Le Président (M.
Bachand) :Merci, M. le ministre. M. le
député de l'Acadie, s'il vous plaît.
M. Morin : Merci, M. le
Président. M. le bâtonnier, bonsoir.
M. Nadeau (Marcel-Olivier) :
Bonsoir.
• (20 h 20) •
M. Morin : Maître Aguerre,
Professeur Lampron, Professeure Valois, merci d'être là. Merci pour votre mémoire.
J'aimerais continuer avec justement l'article 5 qui, on en parlait, qui fait en
sorte qu'il y a des... une série d'organismes qui ne pourront pas utiliser des
fonds publics pour contester des lois. Des lois qui ont des caractéristiques
fondamentales du Québec, qui ne sont pas par ailleurs définies dans la loi,
donc le Parlement peut décider, aura une très grande marge de manœuvre. Mais
quand on regarde la liste des organismes, on trouve, entre autres, que la
Commission des droits de la personne qui normalement devrait être un organisme
très indépendant, faire la promotion des droits de l'ensemble de la société.
Est-ce que ça ne vous inquiète pas qu'on essaie de museler la Commission des
droits de la personne?
M. Nadeau (Marcel-Olivier) : Oui,
et on y trouve également le Conseil de la magistrature. On y trouve également
les autres professionnels, dont le Barreau du Québec. On y trouve également
l'ensemble des municipalités du Québec, les centres de services scolaires.
Donc, oui, ça m'inquiète que les organismes au service de la société civile ne
puissent plus ester en justice. Et lorsqu'on dit que c'est les lois qui
protègent les valeurs québécoises, en fait, quand on s'intéresse à l'article 5,
je pense que ce qui est important de dire, c'est que n'empêcher les gens
d'aller devant les tribunaux, ça ne fait pas partie et ça ne doit pas faire
partie des valeurs québécoises.
M. Morin : Des valeurs ou des
caractéristiques fondamentales du Québec, parce que les citoyens peuvent
s'adresser...
M. Nadeau (Marcel-Olivier) :
Aux tribunaux.
M. Morin : ...aux tribunaux
pour faire valoir leurs droits.
M. Nadeau (Marcel-Olivier) : Oui.
M. Morin : Merci, je vous
remercie. Autre question dans... il y a un autre article dans la partie 2 de la
Loi sur l'autonomie constitutionnelle du Québec, particulièrement l'article 17,
où le gouvernement peut émettre à l'attention des ministères, des organismes,
puis on parle encore d'une série d'organismes, donc ça pourrait théoriquement
être des ordres professionnels, et on dit que le gouvernement peut ordonner,
par exemple, de ne pas participer aux travaux parlementaires fédéraux, de ne
pas participer à l'élaboration de règlements fédéraux. Est-ce qu'il peut
arriver que des ordres professionnels soient consultés pour l'élaboration de
certains règlements fédéraux, par exemple? Et donc, avec cette disposition-là,
le gouvernement pourrait les empêcher d'agir et donc de remplir leur mandat?
M. Nadeau (Marcel-Olivier) : Absolument.
On est consultés comme on le... on le fait aujourd'hui. On fait exactement le
même exercice avec les commissions parlementaires fédérales. Et, oui, notre
lecture de la Loi sur l'autonomie constitutionnelle du Québec, faire en sorte
que le gouvernement du Québec pourrait nous empêcher d'aller en commission
parlementaire à Ottawa, ce qui est au cœur de la mission du Barreau du Québec,
soit la défense de la primauté du droit et le fait d'agir comme conseillers
juridiques des deux ordres de gouvernement.
M. Morin : Et est-ce que
c'est quelque chose qui vous inquiète?
M. Nadeau (Marcel-Olivier) : Bien
sûr que ça nous inquiète. Je le dis, c'est au... c'est au cœur de notre
mission. Dans les dernières semaines, je l'ai fait à quatre reprises en
commission parlementaire sur des projets de loi en matière criminelle. Je crois
l'apport du Barreau important dans les juridictions fédérales.
M. Morin : Je vous remercie.
Il y a un autre élément sur lequel j'aimerais avoir votre expertise, et c'est
l'article 26, mais de la première partie, donc de la primauté de la
Constitution, le gouvernement écrit : «Le Québec est un État de tradition
civiliste». Et clairement, en droit civil, c'est le cas, mais ça dit «est un
État»... Est-ce qu'on a que la tradition civiliste au Québec?
M. Nadeau (Marcel-Olivier) : Moi,
c'est... ma compréhension, c'est que le droit, c'est le droit privé québécois,
donc le droit privé, le droit de propriété, de tradition civiliste, et j'en
suis très fier. J'ai une maîtrise en la matière. Je suis un... Je pratique en
droit privé. Cela dit, je n'ai pas cette compréhension-là par rapport au droit
public, au droit criminel notamment. Je crois que le Québec est un état de
bijuridisme. C'est un... C'est une caractéristique fondamentale du Québec,
depuis maintenant 250 ans, nous vivons avec ce régime de droit civil en matière
privée et un régime de «common law» en matière publique. Ça nous singularise au
Québec et je trouve dommage qu'en un...
M. Nadeau (Marcel-Olivier) : ...trait
de crayon, on veuille effacer ce 250 ans de construction juridique qui fait de
nous ce que nous sommes, au Québec.
M. Morin : Parce qu'on
s'entend. M. le bâtonnier, que notre droit public, évidemment, pas le droit
criminel... et même le droit pénal provincial, c'est du droit public, ce n'est
pas nécessairement de tradition civiliste. Donc, si on inscrit ça dans une
constitution, c'est comme si on voulait faire abstraction d'une partie de notre
droit, finalement.
M. Nadeau (Marcel-Olivier) : Et
de l'histoire juridique québécoise.
M. Morin : D'accord, je vous
remercie. J'aimerais qu'on parle un peu des... il reste moins de temps, du
Conseil constitutionnel des tribunaux, vous en avez parlé, là. C'est comme s'il
y avait une compétence concurrente, mais le conseil pourra toujours voir ses
avis contestés devant les tribunaux. C'est ma compréhension, mais ce n'est pas
le rôle du procureur général d'être le jurisconsulte du gouvernement? Et donc,
est-ce que le Conseil constitutionnel ne va pas usurper ou modifier le rôle du
procureur général?
M. Nadeau (Marcel-Olivier) : Le
barreau ne s'est pas penché sur cette question. Et quand je dis qu'ils sont en
concurrence, je parle d'une concurrence de facto, hein, parce que le Conseil
constitutionnel n'aura aucune juridiction. C'est vraiment une concurrence de
fait, c'est-à-dire que le Conseil constitutionnel pourrait être appelé à rendre
des avis sur exactement les mêmes questions qui sont soumises aux tribunaux, et
donc la population, les citoyens auront ces deux avis, parfois contradictoires,
et donc confusant pour eux. Et ce qui vient... ce qui vient atteindre à la
séparation franche des pouvoirs souhaitables dans un État de droit.
M. Morin : Et ce qui peut
générer, finalement, plusieurs litiges devant les tribunaux plutôt que d'en
régler.
M. Nadeau (Marcel-Olivier) :
C'est une partie de notre mémoire, c'est-à-dire tous les éléments substantifs
qu'on... qu'on souligne font en sorte qu'il y aura, effectivement, un
gigantesque contentieux constitutionnel par rapport à différentes questions,
l'article 5 dont on a parlé tout à l'heure en est un, mais il y a différentes
questions au niveau du régime de protection des droits individuels, au niveau
de la séparation des pouvoirs. Le contentieux sera majeur.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. Merci.
M. Morin : Merci, M. le
Président.
Le Président (M.
Bachand) : M. le député de Maurice-Richard, s'il vous plaît.
M. Bouazzi : Merci, M. le
Président, merci beaucoup pour votre mémoire que j'ai lu avec assiduité durant
une bonne partie de la nuit. Très important, j'invite tous les gens qui nous
écoutent à le lire, il est limpide et, franchement, assez effrayant par rapport
au projet qu'on a devant nous. On a entendu plusieurs personnes qui défendent
le projet de Constitution nous dire : mais attention, on codifie juste des
choses qui existent déjà. La tradition civiliste, la loi 21, la loi 96, le...
notre...notre... la loi sur l'intégration. Est-ce que, en fait, ça ne change
pas grand-chose? C'est quoi, votre vision sur la phrase : on codifie juste
ce qui existe déjà?
M. Montigny : Nous ne pouvons
pas être d'accord avec le fait que la Constitution serait un droit constant. Il
n'y a qu'à mentionner l'interdiction d'ester devant les tribunaux, la création
du Conseil constitutionnel, tous les changements, les ajouts au régime de
protection des droits individuels. Donc, ce n'est pas notre lecture, que cette
Constitution-là est à droit constant.
M. Bouazzi : On a entendu
aussi le ministre, plus tôt, nous dire : mais, en fait, on a intégré la
Charte dans la Constitution et donc, on lui donne un statut constitutionnel.
Est ce que ce projet de Constitution renforce la... la Charte des droits et
libertés québécoise?
M. Montigny : Il ne la...
c'est vrai, ce que M. le ministre a dit, qu'elle est intégrée au niveau de la
Constitution, mais il y a également intégration, et je l'ai dit, d'une douzaine
de dispositions qui viennent affaiblir le régime de protection québécois, hein,
c'est un régime québécois et ça a fait une grande fierté pour le Québec en
1975, au niveau de son adoption, puis c'est... c'est une fierté constante parce
que les modifications se font normalement de manière très consensuelle à l'Assemblée
nationale. Donc, il y a une douzaine de dispositions qui viennent amoindrir le
régime, donc c'est comme un pas par en avant, puis 12 pas par en arrière.
M. Bouazzi : Pour terminer,
si tout se passe comme le prévoit le gouvernement, au mois de juin ou juillet,
nous allons avoir une nouvelle Constitution. Est-ce qu'elle va améliorer la
situation du droit au Québec?
M. Nadeau (Marcel-Olivier) : Pas
si elle n'est pas corrigée suivant les... suivant les commentaires que... que
nous avons formulé dans notre mémoire.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. M. le député de
Jean-Talon, s'il vous plaît.
M. Paradis : Merci. Vous...
vous ne concluez pas votre mémoire et vous n'avez pas de recommandations comme
telles, mais au début de votre mémoire, vous dites que lorsque des initiatives
législatives compromettent les fondements, ce que vous qualifiez d'être les
fondements de notre système juridique, il est impératif de les dénoncer. Vous
avez des mots assez durs pour le projet de loi : préoccupations majeures
quant à la préservation des principes fondamentaux de l'État de droit, porte
atteinte aux garanties essentielles...
M. Paradis : ...du droit
dans une société démocratique, compromet la prévisibilité juridique, la
légalité, la protection des droits fondamentaux, etc., je ne veux pas prendre
trop de temps. Compte tenu de ces conclusions, et compte tenu de comment vous
qualifiez le projet de loi 1, quelle est votre conclusion et quelle est
votre recommandation aux députés de l'Assemblée nationale?
M. Nadeau (Marcel-Olivier) :
Il ne peut pas être adopté tel qu'il est actuellement. Les modifications...
ce n'est pas au Barreau, vous savez, lorsque les modifications sont nombreuses
et importantes, ce n'est pas au Barreau de les écrire pour les parlementaires,
mais vous les avez nommés, M. le député, au niveau de l'accès aux tribunaux, au
niveau de la séparation des pouvoirs, au niveau du régime de protection, au
niveau de la stabilité du droit. Si le texte doit être adopté ainsi, je crois
effectivement qu'il y aura un affaiblissement important du concept d'État de
droit au Québec.
M. Paradis : Compte tenu
de l'importance des préoccupations que vous soulevez, est-ce que vous
considérez que les consultations qui ont cours actuellement sont le type de
consultations qui sont nécessaires, qui sont requises pour l'adoption d'un tel
projet de loi?
• (20 h 30) •
M. Nadeau (Marcel-Olivier) :
Je crois que le ministre de la Justice avait toute légitimité pour lancer
ce processus et nous ne nous sommes pas penchés en détail sur ce qu'il aurait
dû faire... être dû être fait en amont de la commission parlementaire. Cela
dit, nous nous sommes penchés, par contre, sur le statut supralégislatif qu'on
donne à une loi. C'est le cas avec la Charte des droits et libertés
actuellement. Il ne découle pas uniquement de la disposition qui dit que si on
veut... violer une disposition, on doit le dire. Ça découle également du
consensualisme dans son adoption, du consensualisme dans ses modifications, du
contenu. Est-ce que le contenu est consensuel? C'est le cas avec la charte
actuellement. Mais force est de constater que sans les changements que nous
proposons et que plusieurs autres proposent, ce consensualisme-là ne sera pas présent
et donc le statut supralégislatif de la constitution ne sera pas...
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup, M. le
bâtonnier, et aux gens qui vous accompagne, merci beaucoup d'avoir participé à
la commission, c'est très important pour nous et cela dit, la Commission
suspend ses travaux quelques instants pour accueillir le prochain groupe. Merci
beaucoup et à bientôt.
(Suspension de la séance à 20 h 32)
(Reprise à 20 h 34)
Le Président (M.
Bachand) :À l'ordre, s'il vous plaît, la
commission reprend ses travaux. Alors, il nous fait plaisir d'accueillir les
représentants et représentantes du Conseil interprofessionnel du Québec. Merci
beaucoup de temps avec nous ce soir, c'est fort apprécié. Donc, vous connaissez
les règles... M. le ministre, s'il vous plaît. Vous connaissez les règles,
alors donc, la parole est à vous. Merci beaucoup, encore une fois.
Mme Boué (Danielle) : Alors,
merci beaucoup, M. le ministre Jolin-Barrette, M. le Président, bien sûr,
membres de la commission, bonsoir. D'entrée de jeu, merci. Merci de nous
accueillir ce soir et de nous laisser l'occasion de présenter les commentaires
du Conseil...
20 h 30 (version non révisée)
Mme Boué (Danielle) : ...interprofessionnel
du Québec sur le projet de loi n° 1, Loi constitutionnelle de 2025 sur le
Québec. Alors, je me présente, je suis Danielle Boué, présidente du Conseil
interprofessionnel du Québec depuis bientôt quatre ans. Avant d'occuper cette
fonction, j'ai été à la présidence de l'Ordre des technologues en imagerie
médicale, radio-oncologie et électrophysiologie médicale du Québec de 2009 à
2019. Je suis bien accompagné ce soir de mes collègues, alors à ma droite,
notre directeur général, M. Laurent Émery et à ma gauche, notre directrice
des affaires juridiques, maître Julie de Gongre.
Alors, comme vous le savez, le CIQ
représente les 46 ordres professionnels au Québec qui encadrent plus de
438 000 personnes qui exercent au quotidien des activités auprès de la
population québécoise. Notre rôle est de porter la voix collective des ordres
sans représenter chacune de leur position particulière. Ce que nous formulons
aujourd'hui traduit les préoccupations communes exprimées par plusieurs ordres
professionnels et c'est seulement à ce titre que nous intervenons devant vous.
Notre système professionnel existe pour une seule raison : protéger le
public lorsque certaines activités peuvent causer des préjudices. Protéger le
public, c'est protéger la sécurité, c'est protéger le bien-être, la santé, mais
aussi l'intégrité physique, psychologique et financière de personnes qui ont
recours à des services, des professionnels. Au fil des années, cette mission s'est
élargie. Les ordres n'agissent plus seulement dans la relation directe entre un
professionnel et une personne, ils jouent aussi un rôle sociétal reconnu. Ils
interviennent publiquement lorsque des enjeux touchent l'intérêt du public, ils
émettent des lignes directrices, ils contribuent aux travaux parlementaires et
ils participent aux débats de société lorsque leur expertise est nécessaire. Ce
rôle sociétal n'est pas accessoire, il fait désormais partie intégrante de la
mission de protection du public des ordres et il repose sur un principe qui est
devenu un pilier au fil du temps : l'indépendance des ordres à l'égard de
toute influence possible.
L'importance de ce principe a été
réaffirmée il y a quelques semaines à peine, le 23 octobre dernier,
lorsque l'Assemblée nationale a adopté une motion rappelant que les ordres
professionnels sont indépendants du pouvoir politique et qu'ils ont le devoir d'agir
lorsque la protection du public pourrait être compromise. Cette motion a
traduit un consensus clair : la protection du public ne doit jamais
devenir un enjeu partisan. C'est précisément ce consensus que nous défendons
devant vous ce soir.
Or, le projet de loi n° 1 prévoit que
la Loi sur l'autonomie constitutionnelle du Québec s'appliquerait aux
organismes visés à l'annexe I, ce qui inclut les ordres professionnels. Nous
comprenons et respectons l'objectif d'affirmer l'autonomie constitutionnelle du
Québec, mais l'inclusion des ordres à l'annexe I soulève, au sein du système,
des préoccupations majeures. Selon la manière dont certains pouvoirs de cette
loi pourraient être utilisés, cela pourrait avoir un impact sur la capacité des
ordres à assumer pleinement leur mission de protection du public. Permettez-moi
de vous offrir deux illustrations concrètes en ce sens.
La première concerne l'article 5 du
projet de loi. Si on résume les faits réels de cette disposition, elle interdirait
aux organismes visés à l'annexe I d'utiliser certaines sommes pour contester
une loi devant les tribunaux. Comme vous le savez tous et toutes, la principale
source de revenus des hommes, ce sont les cotisations obligatoires de leurs
membres, en grande partie. Une autre partie provient aussi des amendes imposées
à la suite de décisions disciplinaires ou de poursuites intentées par les ordres.
Une question fondamentale se pose alors : est-ce que ces sommes pourraient
être interprétées comme de l'argent public perçu en application d'une loi du
Québec et donc visé par cette interdiction? Si tel était le cas, l'article 5
pourrait, par exemple, empêcher un ordre de porter en cause... de porter une
cause, pardon, devant les tribunaux, même si cette démarche est nécessaire pour
protéger le public. Le rôle sociétal d'un ordre, c'est d'avoir la possibilité
de sonner l'alarme et d'agir en justice en toute indépendance lorsque des
décisions peuvent mettre à risque la population québécoise.
La deuxième illustration touche l'article 17.
Cet article permettra au gouvernement d'ordonner à...
Mme Boué (Danielle) : ...un
organisme visé de suspendre, de résilier ou de ne pas conclure une entente avec
une institution fédérale ou de ne pas participer à des travaux en commission
parlementaire. Mais que se passe-t-il lorsque de telles ententes ou de telles
participations servent directement la protection du public? Pensons par exemple
à des ententes avec des institutions chargées de lutter contre la criminalité
financière. Sans ces ententes, les ordres pourraient être privés de
renseignements essentiels pour intervenir auprès des membres qui
commettraient... Oui, pardon... qui commettraient des actes graves tels que la
corruption, la collusion et l'abus de confiance. Pensons aux contributions
aussi des ordres lors des travaux parlementaires fédéraux, plusieurs exemples
existent en ce sens. Se priver de ces participations, c'est se priver d'un
rempart essentiel contre des risques qui peuvent toucher la population
québécoise.
• (20 h 40) •
Pour ces raisons, le CIQ recommande que
les ordres professionnels soient exclus de l'annexe 1 du projet de loi nº1.
Cette recommandation ne contredit pas l'objectif d'autonomie constitutionnelle
du Québec. Au contraire, elle en assure plutôt la cohérence en... en
préservant, pardon, la capacité des ordres d'agir librement et pleinement dans
l'intérêt supérieur de la population du public à l'intérieur du cadre
législatif québécois. Au Québec, la confiance du public envers les
professionnels, c'est une de nos grandes richesses collectives. Elle repose sur
trois aspects : le professionnalisme et la compétence des membres, un
encadrement rigoureux et une gouvernance indépendante du pouvoir politique.
Modifier cet équilibre doit toujours se faire avec grande prudence et en
gardant en tête une simple vérité. Quels que soient les objectifs poursuivis,
la protection du public ne doit jamais être affaiblie.
En conclusion, le CIQ et l'ensemble de ses
membres réitèrent leur pleine collaboration pour contribuer aux ajustements qui
pourraient être nécessaires afin d'assurer la cohérence du projet de loi nº1
avec la mission fondamentale des ordres professionnels et du système
professionnel. Nous vous remercions de l'attention que vous avez portée à nos
propos et bien sûr, nous sommes prêts à accueillir vos commentaires et répondre
à vos questions. Merci.
Le Président (M.
Bachand) :Merci infiniment pour votre
présentation. M. le ministre, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Merci, M.
le Président. Mme Boué, M. Émery, Mme de Gongre, bonjour. Merci de participer
aux travaux de la Commission. Vous avez dit... Vous avez beaucoup insisté sur
le pouvoir politique. Vous êtes d'accord avec moi que les ordres
professionnels, c'est une délégation du pouvoir de l'État, donc qui a été votée
par le pouvoir politique, qui confie une des missions de l'État, la protection
du public aux ordres professionnels. Vous êtes d'accord avec moi que ça vient
du pouvoir politique?
Mme Boué (Danielle) : On est
d'accord. Ceci n'empêche pas, si vous me permettez de compléter, que les rôles
ont un rôle sociétal... que les ordres ont un rôle sociétal important et qu'en
ce sens, il est clair qu'ils ont le mandat dans leur mandat de protection du
public, d'éclairer, que ce soit le législateur, les parlementaires ou la
population sur les éléments qui sont en lien avec leur champ de compétence.
M. Jolin-Barrette : Bien, je
suis... je suis d'accord avec vous, puis dans chacune des professions, les
ordres professionnels sont des experts dans ce domaine-là. Mais la mission
première, c'est de régulariser les membres qui offrent des services à la
population. Donc, la mission première...
Mme Boué (Danielle) : La
mission première...
M. Jolin-Barrette : C'est ça,
c'est la protection du public...
Mme Boué (Danielle) : ...Oui,
qui n'est pas la seule, effectivement. Donc, on a une mission plus élargie, là,
dans le... dans le mandat des ordres.
M. Jolin-Barrette : Oui, dans
le cas des professions, c'est pas mal la protection du public. Et ça me... ça
me pose la question parce que vous insistez sur l'article 5, là, puis 17, mais
parlons de l'article 5, là. Ce qu'on a prévu, c'est qu'on ne peut pas utiliser
l'argent public pour faire en sorte de contester une loi qui représenterait les
caractéristiques fondamentales. Donc, le législateur ici dirait à l'Assemblée
nationale : Bien, écoutez, dans le cadre de cette loi-là... cette loi-là
représente les caractéristiques fondamentales, donc ce n'est pas possible
d'utiliser les fonds publics pour contester la loi. Ça n'empêche pas la
capacité d'ester en justice. Et là, dans le cadre de la Loi constitutionnelle
de 2025, les lois qu'on vise, c'est la Charte de la langue française, la Loi
sur la laïcité, la Loi sur l'intégration nationale. Est-ce que les ordres professionnels
ont un enjeu avec ces trois lois-là?
Mme Boué (Danielle) : Bien,
en fait, vous savez, nous, là, la présentation de ce soir, c'est vraiment de
lever un drapeau sur ce qui pourrait arriver. On n'a pas la prétention ce soir
que les gens voudraient, là, museler qui que ce soit, là...
Mme Boué (Danielle) : ...ça,
c'est clair. L'enjeu, c'est de dire : une fois que la loi est adoptée, si,
pour nous, il y a des aspects qui ne sont pas si clairs que ça, ça se peut
qu'avec le temps, bien, il y ait peut-être des gouvernements, on ne sait pas
comment tout peut basculer au niveau de la démocratie, on voit toutes sortes
d'exemples qui se passent actuellement. Donc est-ce... est-ce qu'il pourrait
arriver qu'une loi qui soit importante pour le système, pour la population
québécoise, mais dont les ordres ont des expertises, que ça soit une loi qui
soit, finalement, incluse à l'intérieur de ça et qu'elle ne puisse être
contestée. Nous, c'est que on... on vient vous dire, ce soir : on a des doutes,
on a des craintes sur cet aspect-là, que les ordres... vous savez, on parlait
du rôle sociétal, tout à l'heure, des ordres, là, effectivement, le code, mais
qui date de 1973, là, je vais en profiter pour dire que cet aspect-là,
peut-être, mériterait d'être revisité. Mais cet élément là, sur le rôle
sociétal, est un rôle qui est reconnu aux ordres dans plusieurs choses depuis
les années 2010-2012. Donc, c'est un rôle que les ordres occupent avec
grande importance, et qui est pour... qui est pour éclairer tant le gouvernement
que la population. Donc, nous, on n'est pas sur la prétention que cette loi là,
dès le lendemain de son adoption, va être en... va être... va venir museler qui
que ce soit. Mais il y a un risque que ça puisse arriver éventuellement, selon
cet élément-là.
M. Jolin-Barrette : OK.
Mme Boué (Danielle) : On est
conscients que tout le monde est de bonne foi, là, dans ce processus-là.
Actuellement, bien, on est tous autour de la table. Qu'est-ce qu'il en sera
dans 20 ans?
M. Jolin-Barrette : Mais
donc... mais ce que le CIQ soulève, alors, c'est hypothétique, dans le sens où
on n'est pas à l'abri de quelconques autres lois qui seraient adoptées par
quelconque autre gouvernement. Ça fait que moi, ce que je comprends, les lois
qui sont visées actuellement, il n'y a aucun des ordres professionnels qui a un
enjeu avec ça, sur la Charte de la langue française. Est ce qu'il y a des
ordres professionnels qui sont contre les dispositions qui sont prévues à la
Charte de ka langue française, à la Loi sur l'intégration nationale ou à la Loi
sur la laïcité de l'État?
Mme Boué (Danielle) : Bien,
si vous permettez, M. le Président, je laisserais peut-être ma collègue
compléter mes propos, puis j'aurais un petit élément, peut-être sur la langue
française, justement.
Mme de Gongre (Julie) : C'est
au niveau du libellé, plus précisément, qu'on précise : le Parlement peut,
dans une loi, sans autre spécification, déclarer : notre occupation est à
l'effet que c'est selon l'utilisation qui en sera faite de ces... de cette
disposition. C'est là où on soulève une inquiétude, et, assurément, on présume
la bonne foi du législateur. Mais c'est pour une utilisation future éventuelle.
On fait juste lever un drapeau, comme le soulignait notre présidente.
M. Jolin-Barrette : OK. Vous
vouliez rajouter, Mme Boué.
Mme Bouchard (Dominique) : Bien,
rapidement, parce que l'idée de la langue française, je pense qu'il y a déjà eu
des commissions où les ordres se sont impliqués dans ce dossier-là au cours des
dernières années. Vous savez que c'est un des mandats des ordres, de... de
s'occuper de la langue française. Donc oui, il pourrait y avoir, selon la
nature de la loi, selon ce qui est changé dans la Charte, puis là, on ne peut
pas être devins. Je n'ai pas de boule de cristal devant moi, je suis désolée,
mais... il pourrait y avoir des implications ou des avantages pour le
gouvernement à entendre ce que certains ordres pourraient dire là-dessus.
M. Jolin-Barrette : Oui, oui,
mais là, on parle de contestation judiciaire avec des fonds publics, ça
n'empêche pas de venir en commission parlementaire, ça n'empêche pas de prendre
un recours. Mais moi, là-dessus, je suis un peu préoccupé parce que j'ai fait
96, puis justement, on voulait renforcer, notamment, pour les ordres
professionnels, l'obligation d'être exemplaires, d'utiliser le français pour
les professionnels. Donc, c'est des mesures qu'on a pris. Mais je donne un
exemple : comment vous trouvez ça, quand un ordre professionnel dépose une
requête pour faire invalider toutes les lois du Québec? Pour dire, là :
comme ordre professionnel, là, moi, je m'adresse à la Cour supérieure, là, puis
je veux faire annuler les lois qui ont été adoptées à l'Assemblée nationale
depuis 1857, pour dire : tout le corpus n'est pas bon. Trouvez-vous que ça
respecte l'État de droit, ça?
Mme Bouchard (Dominique) : Écoutez,
je sens très bien qu'on... qu'on...
M. Jolin-Barrette : Ça, ce
n'est pas une hypothèse, là, c'est arrivé...
Mme Boué (Danielle) : Ce n'est
pas une hypothèse...
M. Jolin-Barrette : ...c'est
arrivé récemment, 2018.
M. Jolin-Barrette : Oui, bien,
c'est un fait que vous connaissez plus que moi, M. le ministre, là, parce que
vous comprenez que je ne suis pas ce que chacun de mes 46 ordres font au
quotidien. Puis, si vous me permettez, je vais rester sur les éléments qui
préoccupent l'ensemble du système et la majorité des ordres, et je me
permettrai de ne pas répondre, avec votre permission, sur... sur un cas
d'espèce.
M. Jolin-Barrette : Mais
parce que c'est quand même important, parce que, vous savez, le Barreau du
Québec, pour ne pas le nommer, c'est ce qu'il a fait en 2018. Puis le Barreau
juste avant vous, vous l'avez entendu, se disent : il faut protéger l'État
de droit, il faut protéger...
M. Jolin-Barrette : ...les
recours devant les tribunaux, mais le même ordre professionnel se sont attaqués
à la primauté du droit de vouloir invalider toutes les lois qui gouvernent la
société québécoise. Tu sais, ça fait que...
Mme Boué (Danielle) : Écoutez,
je vous réitère, là, que dans nos propos, puis dans notre recommandation qui
est celle de nous enlever de l'annexe I du projet de loi, je vous réitère que
nous, c'est un drapeau rouge qu'on vous lève, c'est une crainte qu'on exprime,
ce n'est pas clair ce qui est actuellement mentionné. Notre inclusion à
l'intérieur de l'annexe I, honnêtement, on ne la comprend pas non plus. Les
éléments... comme je l'ai dit tout à l'heure dans ma présentation, les fonds,
donc les budgets des ordres, c'est à même les cotisations des membres, ce ne
sont pas des fonds publics. Donc on a un petit peu de la difficulté à
comprendre pourquoi on se retrouve à l'intérieur de cette annexe-là.
M. Jolin-Barrette : OK.
Mme Boué (Danielle) : Puis
peut-être que vos propos vont m'éclairer, puis tant mieux, là, si ça devient
clair, là, il n'y a pas d'enjeu.
• (20 h 50) •
M. Jolin-Barrette : Je
vais céder la parole à mes collègues. Juste en terminant, je voulais vous dire
la motion qu'on a adoptée à l'Assemblée nationale, c'était, entre autres, pour
supporter Mauril Gaudreault, le président du Collège des médecins, parce qu'il
faut le rappeler, un ordre professionnel, ce n'est pas un club associatif, puis
la mission d'un ordre professionnel, ce n'est pas de plaire à ses membres,
c'est de défendre le public. Ça fait que ça, c'est important de le rappeler
parce que je vous dirais que depuis que j'ai ce dossier-là, puis même dans
l'opposition, on a eu la chance de se côtoyer puis de travailler ensemble, il y
a beaucoup de membres des professionnels qui oublient que leur cotisation ne
sert pas à être un club associatif. Alors, je vais céder la parole.
Le Président (M.
Bachand) :Il reste une minute, donc, M.
le député de Gaspé, une minute. Question, réponse.
M. Sainte-Croix : Merci,
M. le Président, mesdames, monsieur, bonsoir. Merci de participer à notre... à
l'avancement de nos travaux. C'est très apprécié. J'irai avec une seule
question considérant le temps, êtes-vous d'accord avec l'incorporation dans la
constitution du Québec, via l'article 16, de l'article 9 de la Charte
des droits et libertés de la personne relatif au secret professionnel?
Mme Boué (Danielle) : Écoutez,
nous, ce n'est pas... très clairement, là, ce n'est pas un article sur lequel
on s'est... on s'est penché. Ce n'est pas du niveau de notre compétence, cet
article-là, ça fait que malheureusement, je ne serai pas en mesure de vous
répondre.
M. Sainte-Croix : Excellent.
Le Président (M.
Bachand) : M. le député de l'Acadie, s'il vous plaît.
M. Morin : Oui. Merci,
M. le Président. Alors, Mme Boué, M. Émery, maître de Gongre, merci
pour votre mémoire. Décidément, l'article 5 de la partie deux de la Loi
sur l'autonomie constitutionnelle du Québec attire notre attention ce soir, je
vais continuer un peu dans la même veine. Je comprends que les ordres
professionnels sont dans la liste et donc qu'un ordre professionnel ne pourrait
pas contester une loi. Mais, a contrario, il semble que rien n'empêcherait un
ordre professionnel, avec l'argent de ses membres, d'appuyer une loi du
gouvernement, par exemple, en intervenant dans un processus judiciaire. Ça,
c'est correct. Donc... parce qu'en tout cas ça dit «ne peut», mais ça ne dit
pas que vous ne pourriez pas le faire. Donc, si vous contestez, ce n'est pas
bon, mais si vous voulez appuyer le gouvernement, c'est bon. C'est ce que je
comprends.
Mme Boué (Danielle) : Ce
n'est pas prévu, en tout cas, moi, j'ai... on n'a rien lu dans le projet de loi
en ce sens.
M. Morin : Qui
l'empêchait. OK, j'aimerais aussi, dans la même partie, vous parlez de
l'article 17 parce que, et on en parlait tout à l'heure avec le Barreau du
Québec, d'ailleurs vous le soulignez dans votre mémoire, le gouvernement
pourrait émettre une directive à l'attention des ministères ou des organismes,
puis ça viserait des ordres professionnels pour les empêcher, entre autres, de
participer à l'élaboration de règlements fédéraux, à toute conduite qu'ils
jugent appropriée, ce n'est pas défini, on ne sait pas ce que c'est, ou encore
de ne pas participer aux travaux parlementaires fédéraux. Est-ce que ça arrive
que certains de vos ordres sont consultés par le gouvernement fédéral quand
vient le temps, par exemple, d'adopter des lois, des règlements? Bon, vous
parliez de corruption, on peut parler de... blanchiment d'argent, etc. Est-ce
que c'est quelque chose qui arrive pour plusieurs des ordres que vous
représentez?
Mme Boué (Danielle) : Oui,
tout à fait, puis je céderai la parole, si vous me permettez, M. le Président,
à maître de Gongre, je pense je... elle est en mesure de vous l'illustrer
concrètement, là.
Mme de Gongre (Julie) :
Oui, ça arrive pour les ordres des trois secteurs d'activité, en fait.
Pensons au cas de la construction qui est pilotée par la Commission canadienne
des codes du bâtiment et de prévention des incendies. Pensons à un projet...
pardon, un projet de loi en lien avec la loi d'exécution de l'énoncé de
l'automne 2023 ou on... cinq ordres...
Mme de Gongre (Julie) : ...professionnels
sont intervenus en lien avec le counseling thérapeutique et cette
intervention-là a conduit à des exonérations de taxes pour la population
québécoise. Pensons à un autre projet, l'aide... pour ne pas le nommer, l'aide
médicale à mourir, où six ordres professionnels ont réclamé du gouvernement
fédéral qu'il amende le Code criminel pour permettre l'application des dispositions
québécoises sur les demandes anticipées. Donc, il est très fréquent que des
ordres professionnels fassent valoir au niveau des travaux parlementaires
fédéraux, la spécificité de la législation québécoise. C'est très fréquent.
M. Morin : Et j'imagine que
c'est aussi très utile pour les ordres professionnels qui ont pour mandat la
protection du public, n'est-ce pas?
Mme de Gongre (Julie) : Pensons
notamment à l'aide médicale à mourir, exemple assez récent. Puis le Barreau
aussi vous l'a illustré précédemment, là, au niveau de plusieurs interventions
qui sont... qui sont...
M. Émery (Laurent) : Oui,
peut- être en complément, parce que ça a été mentionné à plusieurs reprises, la
protection du public. Il faut comprendre que la protection du public, comme M.
le ministre l'a dit, bien entendu, il y a l'encadrement strict de la
profession, mais depuis plusieurs années, on intègre le rôle sociétal des
ordres. Puis dans un mémoire que le Conseil a donné à Mme LeBel lorsqu'elle
était ministre de l'Application des lois professionnelles, c'était clair qu'on
incluait le rôle sociétal beaucoup plus large des ordres professionnels dans la
notion de protection du public.
M. Morin : Très bien, je vous
remercie. Donc, au fond, cette disposition-là, tout dépendant de la décision du
gouvernement, pourrait vous empêcher finalement, d'une certaine façon, de
remplir votre mission.
Mme Boué (Danielle) : ...pour
empêcher les ordres, effectivement...
M. Morin : Oui.
Mme Boué (Danielle) : ...de
s'assurer que la population québécoise est bien protégée.
M. Morin : Et... ça
dit : «toutes autres conduites qu'ils jugent appropriées.» Ça m'apparaît
être très, très large. Est-ce que c'est quelque chose qui vous inquiète?
Mme de Gongre (Julie) : Notre
préoccupation est en lien, vraiment, avec l'article 17 plus précisément, en
lien avec...
M. Morin : Oui, c'est...
c'est dans 17.
Mme de Gongre (Julie) :
...effectivement la directive, puis plus précisément en lien avec les travaux
parlementaires, là. C'est... C'était l'objet de notre préoccupation.
M. Morin : Parfait, je vous
remercie. Merci, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. M. le député de Maurice-Richard,
s'il vous plaît.
M. Bouazzi : Merci, M. le
Président. J'ai écouté attentivement vos échanges avec le ministre et puis,
lui, il a fait appel à l'idée que vous parlez de cas hypothétiques. Évidemment,
une constitution, peut-être pas celle-là, moi j'espère qu'elle ne verra jamais
le jour, mais une constitution en général, on espère qu'elle dure plusieurs
siècles. Et imaginons, donc, on est dans l'hypothèse, je pense que c'est
justement ça notre rôle quand on écrit une constitution, imaginons que ce
gouvernement n'écoute pas le Conseil du statut de la femme ou les groupes
féministes et légifère sur la question de l'avortement. Imaginons qu'après ce
gouvernement-là, il y en a d'autres, dans 5 ans, dans 10 ans, bien
conservateurs, et... et anti-droits des femmes et qui décident d'amender cette
partie-là pour pouvoir y accorder des restrictions parce qu'il veut une
politique nataliste, etc. Ce qu'on comprend, c'est que vous, l'Ordre des
médecins, l'Ordre des infirmières, l'Ordre des infirmières auxiliaires, parce
qu'ils sont inclus, là, dans... seraient limités dans leur capacité à protéger
le public dans des cas de ce qu'on décrit aujourd'hui, d'interventions
médicales importantes pour les femmes. C'est bien ça?
Mme Boué (Danielle) : Cet
exemple-là en est un. Nous, notre préoccupation, là, puis ça, je vais le
répéter, là, notre seule préoccupation, c'est qu'il n'y ait pas de mesures qui
soient adoptées et qui vont venir avoir pour effet de limiter la capacité des
ordres professionnels à exercer leur mandat.
M. Bouazzi : Et donc, imaginons,
ils vous enlèvent de cet article-là, de l'article 4 pour que vous ne soyez pas
touchés...
Mme Boué (Danielle) : Ils
nous enlèvent de l'annexe 1, vous voulez dire?
M. Bouazzi : ...De l'annexe
1, exactement...
Mme Boué (Danielle) : Oui,
excusez.
M. Bouazzi : ...il reste
l'article 9 où le Parlement du Québec peut, lorsqu'il le juge, porter à inclure
une proposition de souveraineté parlementaire et qui empêche toutes
interventions face aux droits de la personne... de toutes personnes. Est-ce que
ça aussi ça ne vous empêcherait pas? Est-ce que vous l'avez analysé?
Mme Boué (Danielle) : Malheureusement,
comme je ne suis pas juriste, là, puis on n'a pas analysé, nous, l'article 9,
on s'est concentré sur certains articles qui avaient un impact réel puis pour
lesquels on pouvait illustrer, par des exemples concrets...
M. Bouazzi : Que ça vous
empêche...
Mme Boué (Danielle) : ...nos
préoccupations.
M. Bouazzi : ...Ça vous
empêche de protéger le public, et donc de répondre à votre mission.
Mme Boué (Danielle) : En
fait, toutes mesures, encore une fois, toutes mesures qui auraient comme impact
de diminuer la capacité des ordres à réaliser leur mandat, pour nous, c'est un
enjeu...
Le Président (M. Bachand) :
Merci...
Mme Boué (Danielle) : ...et ça
ne permet pas à notre système de faire son travail.
Le Président (M.
Bachand) :...Merci. M. le député de
Jean-Talon, s'il vous plaît.
M. Paradis : Merci. J'ai
trouvé ça intéressant que vous citiez dans votre mémoire la motion unanime
déposée par un membre du gouvernement le 23 octobre dernier, disant que les
ordres professionnels jouent un rôle important et que lorsqu'on s'interroge sur
des gestes pouvant compromettre sa protection du public, on a le devoir d'agir
et de le signaler. Alors, c'est un peu ce que vous...
M. Paradis : ...ici,
aujourd'hui, il y a des dispositions à l'article 5 et à l'article 17
qui pourrait contraindre votre capacité d'action et contraindre votre capacité
de protéger le public, c'est ce que vous nous dites. Est-ce que vous avez...
est-ce qu'il y a d'autres endroits dans les lois du Québec où... actuellement
où on fait ça? Où on dit : On va vous empêcher d'aller devant les
tribunaux, puis on va vous empêcher de faire un certain nombre de gestes comme
ceux que vous avez rapportés tout à l'heure... votre collègue. Est-ce que vous
avez... est-ce que vous êtes.... est-ce qu'il y a d'autres exemples où on fait
ça avec des ordres professionnels?
Mme Boué (Danielle) :
Maître de Gongre.
Mme de Gongre (Julie) :
Je dirais que comme on l'exprimait dans notre mémoire, on parle ici de
pouvoirs qui sont exorbitants, dans le fond, qui sortent du droit commun, donc
c'est quelque chose qui est assez inhabituel, je dirais.
M. Paradis : Je vous
demanderais d'aller une étape plus loin, est-ce que c'est unique? Est-ce que
c'est singulier? Est-ce que vous avez d'autres exemples où le gouvernement est
venu vous contraindre comme ça?
• (21 heures) •
Mme de Gongre (Julie) :
Malheureusement, on n'a pas fait l'étude exhaustive de l'ensemble du corpus
législatif, mais pour celui-ci, c'est ce qu'on peut vous répondre.
M. Paradis : De ce que
vous avez, en tout cas, c'est, ce que vous dites, exorbitant.
Mme de Gongre (Julie) :
Du droit commun.
M. Paradis : Exorbitant,
ça veut dire c'est vraiment inhabituel par rapport au corpus juridique.
Mme de Gongre (Julie) :
Je pense qu'on peut aller là, effectivement.
M. Paradis : Donc, vous
nous dites : Enlevez-nous de l'annexe, on ne veut pas être une des
organisations visées ou, en tout cas, excluez-nous des articles. Je comprends
que ce serait la première... la première partie qui serait la plus... la plus
appropriée pour vous. C'est-à-dire que vous ne soyez pas visés par les
dispositions. Très bien, merci.
Le Président (M.
Bachand) :Merci encore une fois d'avoir
été avec nous aujourd'hui. Alors, sur ce, je suspends les travaux quelques
instants pour accueillir notre prochain invité. Merci beaucoup, à bientôt.
Merci.
(Suspension de la séance à 21 h 01)
(Reprise à 21 h 02)
Le Président (M.
Bachand) :À l'ordre, s'il vous plaît. Il
nous fait plaisir d'accueillir M. Martin Papillon, professeur titulaire,
Département de science politique de l'Université de Montréal, merci beaucoup
d'être avec nous. Alors je vous laisse débuter votre présentation et puis, par
après, nous aurons une période d'échange avec les membres de la commission. La
parole est à vous. Merci.
M. Papillon (Martin) : Merci,
M. le Président, M. le ministre, honorables membres de la Commission, bien je
vous remercie de me recevoir et de prendre le temps de m'écouter ce soir. Je
sais que... en fait, je ne doute pas que ça a été une longue journée pour vous.
Je tiens à m'excuser aussi de ne pas être en personne, je l'aurais été avec
plaisir, mais je suis retenu à Montréal pour des raisons familiales. Donc,
j'entame, là, rapidement.
On observe présentement dans les
démocraties occidentales une certaine crise des pratiques et des institutions
démocratiques. Le Québec, évidemment, n'échappe pas ces tendances, on observe
au quotidien une polarisation grandissante, des sondages récents montrent un
effritement important de la confiance envers les institutions démocratiques. Disons
que le langage de certains politiciens commentateurs se durcit, la rhétorique
du nous contre eux remplace malheureusement parfois les discours plus
rassembleurs. Dans ce contexte, il me semble que le projet d'une Constitution
propre au Québec pourrait constituer un geste fort qui nous permettrait non
seulement d'affirmer notre caractère distinct au sein du Canada, mais aussi, et
surtout, de réaffirmer notre engagement envers la démocratie et de lancer un
message rassembleur dans un contexte de fortes tensions sociales.
Malheureusement, il me semble que tant sur le processus que sur le fond, le
projet de loi 1, appelons-le ainsi, là, risque au contraire d'accélérer
l'effritement de la confiance envers nos institutions et de contribuer à la
polarisation. Je vais m'attarder, là, sur trois choses en particulier,
évidemment, je pourrais dire beaucoup d'autre chose. La question de l'enjeu de
la légitimité démocratique du projet en lien ou en l'absence d'un processus
constituant adéquat, la question du rapport entre les droits collectifs de la
nation et les droits et libertés de la personne et la place réservée aux
groupes minoritaires et plus particulièrement aux peuples autochtones dans un
projet d'édification de la nation québécoise.
Donc rapidement, je saute aux problèmes de
la question de la... la question de la légitimité démocratique. Vous l'avez
déjà entendu, une Constitution, ce n'est pas une loi parmi d'autres en raison
du statut supérieur qui lui est conféré et de ses...
21 h (version non révisée)
M. Papillon (Martin) : ...effets
durables et structurants sur l'ensemble de la vie politique. Normalement, le
processus qui permet l'élaboration et l'adoption d'une Constitution doit sortir
du cadre politique habituel. C'est ce qu'on appelle, vous l'avez déjà entendu,
un processus constituant. C'est un processus par lequel la communauté politique
dans son ensemble est appelée à statuer sur le cadre, les principes, les normes
qui régissent son fonctionnement. Évidemment, il y a plusieurs formes, à ce
processus constituant, qui peuvent être envisagées : des conventions
constitutionnelles, consultations publiques étendues, forums citoyens,
référendums et ainsi de suite. Le point commun de ces mécanismes, et ça, j'insiste
là-dessus, c'est de s'écarter du processus législatif habituel afin de donner
au texte constitutionnel un caractère solennel et des assises démocratiques
fortes, qui est détaché, dans la mesure du possible, des logiques partisanes et
électorales qui, en tout respect, là, motivent, et c'est tout à fait normal, la
politique «ordinaire».
C'est d'ailleurs un avis, en passant, que
partage le Comité consultatif sur les enjeux constitutionnels du Québec. Dans
son rapport, le rapport Proulx-Rousseau, là, déposé il y a tout juste un an, on
recommande un processus transpartisan et élargi à la société civile pour l'adoption
d'une Constitution du Québec. C'est à la page 41 du rapport. La vaste majorité
des experts sur la question vont dans le même sens, que ce soit la... le
secrétaire général de l'ONU, dans un rapport de 2009, ou encore, je me permets
de citer, là, la International Institute for Democracy and Electoral Assistance,
IDEA, qui est vraiment une référence, là, incontournable pour les experts sur
ces questions-là, qui insiste, et je cite, là, sur : l'importance de la
participation citoyenne non seulement dans l'approbation, mais aussi, c'est
important, dans l'élaboration d'une Constitution afin que la population se l'approprie
pleinement. L'IDEA souligne aussi l'importance de l'inclusivité et de la
transparence dans le processus d'élaboration, on pourra y revenir, au besoin,
dans la période de questions. Dans sa forme actuelle, il me semble que le
processus d'élaboration du projet de loi 1 ne répond pas à ces standards. On
parle ici, en fait, d'une loi qui a été élaborée, en quelque sorte, en vase
clos, donc sans participation citoyenne, suivie d'une commission parlementaire
qui, en tout respect et aussi large et généreuse soit-elle dans les audiences,
là, ne permet pas une véritable délibération citoyenne et qui va être suivie d'un
vote à la majorité simple des députés de l'Assemblée nationale.
On s'inquiéterait peut-être moins s'il s'agissait
simplement de codifier les pratiques existantes, mais je pense que ce n'est pas
le cas ici. Sans prendre parti, là, sur la substance des propositions, on note,
là, rapidement que le projet de loi 1 modifie l'équilibre des pouvoirs,
notamment en élargissant le pouvoir de dérogation législative sur les droits
fondamentaux, on en a entendu beaucoup parler, il enchâsse des nouveaux droits,
là, le droit à l'avortement, affirme des... il affirme aussi et donne la
primauté à une toute nouvelle notion, je vais y revenir, à celle des droits
collectifs de la nation, crée un Conseil constitutionnel qui doit servir de gardien
des intérêts de la nation, modifie l'appellation du lieutenant-gouverneur, bon,
et ainsi de suite. Ça me semble assez substantiel, quand même, comme changements.
Il existe plusieurs exemples récents de processus participatifs élargis dans le
contexte de modification constitutionnelle de cette envergure, à la fois dans
des démocraties nouvelles et des démocraties établies. Je nomme en vrac, là, l'Irlande,
l'Écosse, l'Islande, le Chili, l'Afrique du Sud et j'en passe. Il me semble que
le Québec gagnerait donc à s'inspirer de ces expériences, et donc ma
recommandation première, c'est d'inviter le législateur à prendre un pas de
recul, à repenser son approche et à proposer une véritable démarche
participative dans l'élaboration et l'adoption d'une future Constitution du
Québec.
...je vais maintenant sur la question des droits collectifs de la
nation. Une constitution, c'est une manière de faire société. Il n'est donc pas
inhabituel d'y enchâsser certaines valeurs communes. Il faut cependant le
faire, selon moi, dans un souci d'équilibre avec les intérêts et les valeurs...
entre un équilibre, là, entre les valeurs... les intérêts et les valeurs de la
majorité démocratique et les droits fondamentaux des individus et des groupes
qui, tout en participant pleinement à la communauté politique, ne partageraient
pas nécessairement la même vision politique que la majorité. Mais dans une
démocratie libérale, cette espèce d'équilibre entre la majorité et les
minorités, est notamment atteint en affirmant la primauté des droits et
libertés fondamentales face aux pouvoirs régaliens. Les droits servent ainsi à
protéger les individus et les groupes minoritaires, bon, face au pouvoir
étatique, mais aussi face aux pouvoirs de la majorité telle qu'incarnée,
notamment, par l'Assemblée parlementaire. Dans le présent projet de loi, la
notion de droit collectif, la nation, il me semble, inverse cette logique. Ce
serait plutôt les valeurs et les intérêts de la majorité qu'il faudrait
protéger à la lecture de l'ensemble du texte. Mais là, qu'on me comprenne bien,
là, je ne suis pas contre l'idée d'enchâsser certains principes ou certaines
valeurs partagées par les Québécois et Québécoises, là, que ce soit la laïcité
ou la primauté du français comme langue publique commune. Mais moi, à mon sens,
on va beaucoup plus loin, ici. La notion de... les droits de la nation...
M. Papillon (Martin) : ...là
deviennent des droits, et je cite l'article 7 du projet de constitution du
Québec, là, deviennent intrinsèque et inaliénable et doivent s'interpréter de
manière extensive et de manière concurrente à la protection des droits et
libertés de la personne. Dit autrement, c'est mon interprétation, là, on
remplace la primauté des droits et libertés par une forme de mise en
concurrence de ces droits avec les intérêts et les valeurs de la nation. Pire
encore, on donne au législateur, dans d'autres articles, là, le pouvoir assez
large et presque sans contrainte de déroger aux droits fondamentaux au nom de
ces droits collectifs de la nation. J'invite les députés quand même à
réfléchir, là, aux implications de ce renversement de principe qui... principe
qui est pourtant fondamental en démocratie libérale.
Moi, il me semble qu'une affirmation
claire du principe selon lequel les droits de la nation énoncés s'exercent dans
le respect des droits fondamentaux et des droits des minorités permettrait de
rassurer sur le caractère démocratique et inclusif de ce projet.
• (21 h 10) •
Le Président (M.
Bachand) : Merci...
M. Papillon (Martin) : Je
passe rapidement la dernière partie parce que le temps passe là...
Le Président (M.
Bachand) :On est déjà rendus à la période
d'échange, désolé le temps va très rapidement. Mais vous aurez le temps, je
suis convaincu, là...
M. Papillon (Martin) : Je
voulais parler des droits des peuples autochtones, mais je... peut-être que
j'aurai la chance de le faire dans...
Le Président (M.
Bachand) :Je suis convaincu, j'en suis
convaincu. M. le ministre, s'il vous plaît. Oui, merci, M. le Président. M.
Papillon, merci d'être présent pour les travaux de la commission sur le projet
de loi numéro 1, donc Loi constitutionnelle de 2025 sur le Québec. Merci
pour votre mémoire également. Vous semblez dire dans votre mémoire que le
pouvoir de dérogation de l'Assemble nationale va être renforcé par
l'article 9, est-ce que j'ai bien compris?
M. Papillon (Martin) : Bien,
moi, ma lecture de tout ça est que le pouvoir... bon, le pouvoir est réaffirmé
et est étendu. Le pouvoir est étendu en en raison de la... de la capacité de
l'Assemblée nationale de déroger à toute loi qui est... l'article 16, là,
le à toutes lois qui sont... qui sont réputées, là, non... non-compatible avec
la constitution.
M. Jolin-Barrette : Mais
il faut juste ne pas mélanger les choses, là, l'article 9 reprend
intégralement l'état du droit actuel sur l'utilisation de la disposition de
souveraineté parlementaire. L'article 5, c'est un autre article.
L'article 5, la loi sur l'autonomie constitutionnelle, ce qu'elle fait,
c'est que dans certaines situations bien particulières, lorsque le législateur
décide d'indiquer que dans une loi, ça comprend les caractéristiques fondamentales
de l'État québécois, exemple, la Charte langue française, la loi sur la
laïcité, la loi sur l'intégration nationale, les organismes publics, donc qui
sont prévus à la liste, ne peuvent pas utiliser les fonds publics pour
contester la loi. Ça ne les empêche pas de la contester, la loi. Ils peuvent le
faire, mais ils ne pourront pas utiliser l'argent des contribuables pour le
faire. Alors c'est deux choses distinctes, là, c'est deux mécanismes distincts.
Est-ce que... Un coup que je vous ai dit ça, est-ce que... est-ce que ça vous
éclaire?
M. Papillon (Martin) : Oui,
mais moi, je faisais référence à l'article 16 de la loi... de la
Constitution du Québec.
M. Jolin-Barrette : 16
de la Constitution. Oui, donc, les droits individuels. Donc, on vient intégrer
dans la Constitution du Québec les articles 1 à 38 de la Charte droits et
libertés, puis on vient intégrer également 2 à 6.2 de la Charte de la langue
française, donc les droits fondamentaux font désormais partie intégrante de la
constitution de Québec... du Québec, donc la loi des lois. Donc, vous, votre
crainte par rapport à ça, c'est?
M. Papillon (Martin) : Bien,
c'est plutôt le deuxième paragraphe : sont réputés compatibles avec la
Constitution les dispositions d'une loi qui prévoit de manière expresse et
conformément à l'article 52 de la Charte ou à l'égard des droits...
linguistiques fondamentaux à l'article 88.16 de la Charte, si elle
s'applique malgré ces chartes.
M. Jolin-Barrette : Donc
ça, c'est l'article 52 de la Charte des droits et libertés de la personne.
Donc que lorsqu'on est dans une situation où le législateur, l'Assemblée
nationale, a utilisé la disposition de souveraineté parlementaire, il puisse
continuer à le faire. Donc, c'est la reproduction de l'état du droit, là.
M. Papillon (Martin) : Bien,
vous pouvez le voir comme ça, moi, ça me semble une expansion de ce... dans
l'ensemble, oui dans l'ensemble, cet article-là, avec les autres articles que
vous avez mentionnés me semble une expansion ou une augmentation du pouvoir du
législateur de déroger aux droits fondamentaux.
M. Jolin-Barrette : Ce
ne l'est pas. Ça ne l'est pas.
M. Papillon (Martin) : D'accord.
Bon, bien, c'est votre interprétation, là, je la respecte.
M. Jolin-Barrette : OK.
Bien, écoutez, qu'est-ce qu'il y a de bon dans Loi constitutionnelle de 2025
sur le Québec? Qu'est-ce que vous trouvez qui est bon?
M. Papillon (Martin) : Bien,
moi, je... comme je vous ai dit, je ne suis pas contre l'idée d'une constitution,
je pense que c'est une bonne chose, mes...
M. Papillon (Martin) : ...préoccupations
sont liées aux processus, aux mécanismes liés à l'adoption. J'ai souligné des
enjeux qui sont précis, liés à l'équilibre entre les droits collectifs de la
nation et les droits et libertés individuelles. J'ai aussi souligné, là, j'ai
eu moins le temps, mais ma préoccupation par rapport à la question de la place
des peuples autochtones dans ce processus-là. Donc, je n'ai pas... je n'ai pas
rejeté, là, en soit l'ensemble du... du contenu du projet de loi. Il y a des
choses qui sont, à mon sens, importantes. Je pense que d'affirmer, comme je
l'ai dit, certaines valeurs, certains principes qui sont chers aux Québécois et
Québécoises dans une Constitution, c'est tout à fait légitime et c'est une
bonne chose, et je ne m'opposerais certainement pas à ça. Mais il faut que ça
soit fait dans un... dans le cadre d'un processus, un processus constituant qui
est beaucoup plus large que celui qui est proposé présentement.
M. Jolin-Barrette : OK, mais
là, M. Papillon, on est là, là. On reçoit plus que 200 groupes. On discute du
contenu, on bénéficie de votre expertise, donc je pense que c'est un forum
démocratique, là. Je comprends la critique sur en amont, mais on est là quand
on parle des droits collectifs, là, par rapport aux droits individuels, là, on
vient rajouter, là, l'égalité entre les femmes et les hommes. Trouvez-vous que
c'est normal qu'on fasse ça, pour venir dire : Bien, écoutez, quand
qu'on... quand qu'on balance les droits et libertés individuelles, on devrait
regarder l'égalité entre les hommes et les femmes?
M. Papillon (Martin) : Bien
oui, je n'ai pas mentionné qu'il y a quoi que ce soit qui est... Je n'ai pas
mentionné mon opposition à ça. Moi, ma préoccupation est dans l'enchâssement
des droits collectifs de la nation et de leur mise en équilibre ou en équation
avec les droits individuels. Les droits collectifs, les droits des hommes et
des femmes peuvent... ça, mais on parle, là, je me fais référence à l'article
7, là, de la... de la Constitution du Québec et des articles suivants, là, il
me semble que ces articles-là mettent... moi, dans mon interprétation de ces
articles-là, on met en concurrence les droits collectifs de la nation avec les
droits et libertés fondamentales, ce qui me semble contraire aux principes de
la démocratie libérale.
M. Jolin-Barrette : Mais
supposons la laïcité, là, c'est un droit collectif, la laïcité, mais ça
concoure à un droit individuel aussi. Moi, comme individu, là, j'ai le droit à
des institutions publiques laïques. J'ai le droit à la séparation entre l'État
et les religions. J'ai le droit, à ce que toutes les religions soient égales,
qu'il n'y en aille pas une de favorisée. Ça, c'est un droit collectif de la
nation québécoise. Vous ne trouvez pas que ça concourt à une liberté
individuelle du droit à la laïcité aussi?
M. Papillon (Martin) : Bien,
vous pouvez appeler ça un droit, moi j'appellerais plus ça... plutôt ça, un
principe, une norme, un droit habituellement renvoie, bon, vous l'avez dit, là,
aux individus. Est-ce que les individus ont droit à la laïcité? Il me semble
que la laïcité, c'est plutôt un principe d'organisation des rapports sociaux.
Ce n'est pas un droit lié aux individus. Le droit qui est lié à ça, c'est le
droit à la liberté religieuse, le droit à la liberté d'expression. La laïcité
est un principe organisateur de l'État, ce n'est pas la même chose.
M. Jolin-Barrette : Vous ne
trouvez pas que c'est un vecteur de liberté, d'égalité, puis que quand je va
dans un service public, là, que la personne qui me sert ait le visage
découvert, vous ne trouvez pas que ça concoure à la laïcité?
M. Papillon (Martin) : En
tout respect, M. le ministre, vous avez évoqué... vous venez d'évoquer le droit
à la liberté. Ça, c'est un droit. La laïcité, c'est un principe qui permet ou
pas, dépendant de son application, l'expression de ces droits-là, la protection
de ces droits-là. Ce n'est pas la même chose.
M. Jolin-Barrette : Bien,
moi, je suis en désaccord avec vous là-dessus. C'est la même chose pour
l'égalité entre les femmes et les hommes. C'est la même chose également au
droit de vivre en français. Est-ce que vous trouvez que le droit de vivre en
français limite les droits individuels? Ou plutôt, il concourt aux droits
individuels?
M. Papillon (Martin) : Bien,
le droit... le droit de vivre en français est un droit des individus. Et
peut-être... On peut considérer le droit de vivre en français comme un droit
des individus. La Charte de la langue française est un... organise la société,
régule pour permettre l'expression de ce droit-là, vous pouvez voir ça comme
ça, mais ce n'est pas un droit collectif de la nation à mon avis.
M. Jolin-Barrette : Le droit
de vivre en français, ce n'est pas un droit collectif?
M. Papillon (Martin) : Bien,
c'est un droit collectif, c'est un droit... Les groupes peuvent avoir le droit
de s'exprimer en français. On peut décider comme société, comme principe, puis
là, je suis tout à fait d'accord avec ça, que le... que le français est la...
est la langue publique commune, ça, c'est tout à fait correct...
M. Jolin-Barrette : Bien, si
ce n'est pas un principe, là, il est écrit, là, dans la loi 96 puis dans la
Charte de la langue française, puis même on est venu l'inscrire dans...
M. Jolin-Barrette : ...loi
constitutionnelle de 1877. Parce que, tu sais, souvent, il y a beaucoup de gens
qui disent : Heille, les droits collectifs, ça n'existe pas. Mais, par
contre, les nations autochtones, tout le monde reconnaît qu'ils ont des droits
collectifs, puis sûrement que vous en êtes aussi. Alors, moi, je m'explique mal
pourquoi on vient nier les droits collectifs de la nation québécoise en ce qui
concerne l'égalité entre les femmes et les hommes, en ce qui concerne la
laïcité, en ce qui concerne le droit de vivre en français. Pourquoi c'est... on
veut nier ça, les droits collectifs de la nation québécoise?
M. Jolin-Barrette : Je
pense que, on n'est peut-être pas d'accord là-dessus, mais moi, selon moi, dans
une démocratie libérale, les droits, comme je l'ai dit, servent à protéger les
groupes vulnérables face au pouvoir de l'État ou équilibrer, si on veut, les
droits de la majorité, l'intérêt de la majorité avec les valeurs, les intérêts
des minorités. Donc que les peuples autochtones aient des droits collectifs, ce
n'est pas contraire à ce principe-là, que la nation qui incarne, dans le
fond... qui est dans le fond la majorité ait des droits collectifs, il faut le
faire avec une certaine, comment dirais-je, une certaine...
• (21 h 20) •
M. Jolin-Barrette : Mais
considérez-vous le Québec comme une minorité au Canada?
M. Papillon (Martin) : Bien,
oui, mais là, dans le cadre de la Constitution, on ne parle pas des rapports
entre le Canada et le Québec. Dans le cadre de la Constitution du Québec, la
partie qui s'appelle Constitution du Québec, on ne parle pas des rapports du
Québec avec le Canada, on parle du... de l'organisation interne de la société
québécoise. Quand on parle des droits collectifs de la nation, la liste qui est
là, ce n'est pas des droits qui s'appliquent, là, dans les rapports avec le
Canada, c'est...
Le Président (M.
Bachand) : Merci, M. Papillon...
M. Papillon (Martin) :
qui s'appliquent dans des rapports...
Le Président (M.
Bachand) : Je cède la parole au député de l'Acadie. M. le
député de l'Acadie, excusez-moi, professeur. Oui, M. le député de l'Acadie.
M. Morin : Merci, M. le
Président. Alors bonsoir, professeur Papillon, merci, merci d'être là. Première
question pour vous, parce que vous en parlez dans votre document, il y a... il
y a comme un déficit de légitimité avec le projet de loi qu'on a là, vous y
avez fait référence, le ministre a demandé à deux experts, MM. Rousseau et
Proulx, de lui préparer un document qui a... qui a précédé le projet de loi et
dans le document, après avoir consulté des gens, on y indique clairement que
pour une perspective d'adhésion et que pour que les innovations, en fait, qui
sont introduites ici vont être importantes, il est important d'élargir le
nombre de personnes et d'organisations mises à contribution, tout d'abord, la
démarche doit être transpartisane. C'est ce qu'on a demandé au ministre, nous,
l'opposition officielle. Maintenant, ce n'est pas ce qui est arrivé, du tout.
Vous ne trouvez pas ça curieux que le gouvernement demande à des experts de se
pencher pour l'aider à ce qu'il y ait une adhésion de son document, puis le
gouvernement fait l'inverse quand ils déposent le projet de loi.
M. Papillon (Martin) : Bien,
écoutez, le gouvernement peut proposer le projet de loi... il n'est pas lié à
par les recommandations, évidemment, de la commission, même si c'est une
commission qui a été nommée par le ministre, là. Mais, effectivement, la
commission reprend, dans cette recommandation particulière là, ce que la vaste
majorité des experts sur ces questions-là, sur les questions constitutionnelles
dans le monde, disent. C'est-à-dire qu'on a intérêt, pour assurer la légitimité
démocratique, la solidité du texte aussi, sa durabilité dans le temps, que le
processus soit non seulement transpartisan, mais élargi à une participation
citoyenne, autant dans son adhésion, c'est-à-dire le vote, par exemple, sur le
projet de Constitution, mais aussi dans l'élaboration du projet de
Constitution. Et, à mon sens, le projet de loi 1, en ce moment, dans le...
tant dans son élaboration, que dans le processus délibératif qui opère, là,
comme ce soir par exemple, ne répond pas à ces critères-là.
Maintenant, le gouvernement du Québec, et
l'Assemblée nationale d'ailleurs, sont tout à fait libre de ne pas suivre la
voie des experts, hein, dans ces domaines, ne pas suivre les exemples... les
nombreux exemples dont j'ai parlé à travers, hein, à travers le monde, de
processus récent. Mais, à mon avis, ils vont le faire à leur corps défendant et
à leurs propres risques dans un esprit, comme je le disais... dans un souci, je
dirais, de consolider notre démocratie, mais aussi de limiter la polarisation,
les conflits sociaux dans un contexte où il y en a beaucoup et c'est très...
inquiétant, pas juste au Canada, au Québec, mais à travers le monde.
M. Morin : Et donc,
vous... vous enseignez la science politique...
M. Morin : ...habituellement,
quand un État veut rédiger une constitution, souvent, on réfère à l'importance
du peuple et, évidemment, à l'apport des citoyens et des citoyennes à
l'élaboration du projet. Ce n'est visiblement pas ce qu'on a dans le cadre de
ce projet-là, ici à l'Assemblée nationale.
M. Papillon (Martin) : Bien
non, je ne pense pas. À moins, là, que... à moins qu'on considère la présente
commission parlementaire comme un processus citoyen, mais ça ne correspond pas,
il faudrait avoir une définition un peu... un peu particulière et élastique de
tout ça. Un processus constituant qui implique les citoyens, c'est, par exemple
lorsqu'on nomme un jury citoyen pour développer, pour participer ou lorsqu'on
fait des consultations élargies avant le dépôt d'un projet de loi, avant le
dépôt du projet qui va, par la suite, être débattu.
M. Morin : Et je comprends
qu'il y a probablement plusieurs pays qui ont utilisé la procédure que vous
venez de décrire, contrairement à celle qu'on a présentement.
M. Papillon (Martin) : Oui,
oui, tout à fait. Il y a plusieurs exemples. On peut penser à l'Irlande,
l'Écosse, hein, après le référendum en Écosse en... 2014, il y a eu une
réflexion sur l'avenir constitutionnel de l'Écosse et ils ont utilisé un
modèle, là, de... de jurys citoyens, il y a plusieurs autres exemples, là, oui.
M. Morin : Je vous remercie.
Maintenant, j'aimerais... j'aimerais qu'on parle, dans le temps qui nous reste,
à peine deux minutes, de la place qu'on accorde aux Premières Nations ou l'absence
de place qu'on accorde aux Premières Nations dans le projet. Deux considérants,
trouvez-vous cela normal?
M. Papillon (Martin) : Bien...
est-ce que c'est normal? C'est... c'est dommage, à mon avis, c'est dommage
parce que, comme j'ai dit, le projet de la... une Constitution du Québec
pourrait... aurait pu être une occasion de... d'ouverture envers les premiers
peuples, aurait pu être une occasion de marquer le pas pour le Québec,
d'innover par rapport à ce qui est fait au Canada, à ce qui est fait ailleurs
dans le monde, mais aussi de, je dirais, de... de se conformer, si on veut, à
l'évolution du droit, notamment du droit international, sur les questions
autochtones, notamment en matière de reconnaissance du statut et du droit à
l'autodétermination des peuples autochtones. Le projet de... le projet de
Constitution, le projet de loi qui est présentement débattu, mentionne,
affirme, à raison, à mon avis, le droit à l'autodétermination du peuple du
Québec. Mais vous savez, les peuples autochtones sont... les autochtones sont
aussi reconnus comme des peuples au sens du droit international et, en vertu de
la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones, ont
aussi le droit à l'autodétermination. Ce droit à l'autodétermination, dans la
Déclaration, il est encadré, il est régi, mais le... la Constitution du Québec
aurait pu reconnaître, aurait pu mentionner les peuples autochtones lorsqu'il
est question d'autodétermination, et de dire que le droit à l'autodétermination
du Québec, par exemple, s'exerce, là, dans le respect et conformément aux
dispositions du droit international concernant le droit à l'autodétermination
des peuples autochtones. Ça aurait été une manière de marquer le pas d'inclure,
dans ce projet de Constitution, les peuples autochtones. Malheureusement, on ne
l'a pas fait.
M. Morin : Donc c'est un
rendez-vous manqué avec les Premières Nations. Je vous remercie, M. le
Président.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. M. le député de
Maurice-Richard, s'il vous plaît.
M. Bouazzi : Merci, M. le
Président, merci, M. Papillon, de... de nous éclairer par vos réflexions. Donc,
si je résume un peu ce que vous avez dit à date, d'un côté, ça aurait pu être
un extraordinaire exercice démocratique où non seulement on consulte la
population, mais en fait, on coécrit avec la population ce projet de
constitution. C'est un rendez-vous manqué, c'est bien ça?
M. Papillon (Martin) : Oui.
M. Bouazzi : Ça aurait pu être
un exercice de réconciliation avec les Premières Nations, où, justement, on
codifie des choses importantes qui nous permettent d'imaginer notre avenir
commun en tant que peuple multinational, hein, la nation québécoise plus les
nations, les Premières Nations, les Inuits. C'est un rendez-vous manqué aussi,
je comprends?
M. Papillon (Martin) : Oui.
M. Bouazzi : Ça aurait pu
être un moment où on s'assure de mettre des règles du jeu qui empêchent toute
dérive autoritaire possible dans l'avenir, hein, ça sert à ça, une
constitution, dans un moment où on voit des montées de l'autoritarisme, où on
voit les droits des minorités qui commencent à être bafoués, et pas juste les
minorités d'ailleurs, si on voit au sud de nos frontières, sachant que les
femmes sont une majorité, mais avec des concepts qui sont aux mains de
l'Assemblée, qui peut décider qu'est-ce qui est un droit majoritaire et qui
serait au-dessus des droits des personnes qui appartiendraient à des groupes
vulnérables. Mais en fin de compte, on affaiblit les droits fondamentaux des
Québécoises et Québécois. C'est un...
M. Bouazzi : ...rendez-vous
manqué aussi.
M. Papillon (Martin) : Je
partage votre point de vue.
M. Bouazzi : Bon, bien,
écoutez, c'est vraiment triste, je vous avouerai, qu'on rate autant de
rendez-vous aussi importants qui devraient tous se retrouver dans cette
Constitution. Moi, j'ai l'impression que juste un de ces critères-la
manquerait, que soient la réconciliation, les droits fondamentaux, l'exercice
démocratique et la protection de l'État de droit, et déjà, ça serait un
rendez-vous manqué, mais là, on les rate tous. Et... et c'est... c'est bien
triste. Merci beaucoup de votre participation.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup...
M. Papillon (Martin) : Est-ce
que je peux me permettre un commentaire?
Le Président (M.
Bachand) :...Juste... Je dois... je
dois... Rapidement, très rapidement, Professeur Papillon.
M. Papillon (Martin) : Je
vous dirais, Mesdames, Messieurs les députés, qu'il n'est pas trop tard. Rien
n'empêche l'Assemblée nationale d'inviter le gouvernement à refaire ses devoirs
sur ce projet de loi.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. M. le député de
Jean-Talon, s'il vous plaît.
• (21 h 30) •
M. Paradis : Bon, je pense
qu'on a... Le Parti québécois a annoncé très clairement le fait que cette
Constitution demeure soumise au régime fédéral et que pour nous, le droit
collectif le plus important du peuple québécois, c'est celui à
l'autodétermination qu'il devrait exercer et qu'il va exercer. Cela étant dit,
j'ai écouté votre échange avec le ministre sur la question des droits
collectifs puis je suis étonné, parce que c'est la deuxième fois aujourd'hui,
là, que j'entends beaucoup d'inquiétudes sur les droits collectifs et qu'à
chaque fois, on le voit à l'égard de l'application interne de ce projet de
constitution caquiste. Mais il y a plusieurs instruments internationaux comme
le Pacte international relatif aux droits civils et politiques des personnes
appartenant à des minorités, la Déclaration des droits des personnes
appartenant à des minorités ethniques, religieuses, linguistiques, la
Convention-cadre du Conseil de l'Europe sur les minorités nationales, la
Déclaration interaméricaine sur les droits des peuples autochtones, que vous avez
cités. Ce sont des conventions qui reposent sur la notion de droits collectifs.
Et ici, comme le ministre vous l'a mentionné, est-ce que vous n'admettez pas
que la nation québécoise à l'intérieur du régime fédéral, c'est une minorité et
que l'idée d'exprimer des droits collectifs, ce n'est peut-être pas ce que vous
prétendez que c'est, là, dans votre document?
Le Président (M.
Bachand) :...M. Papillon, s'il vous
plaît.
M. Papillon (Martin) : Je
vais me permettre de répéter ce que j'ai dit par rapport à ça. Mon inquiétude
n'est pas liée à l'existence ou pas de droits collectifs. Mon inquiétude
lorsque les valeurs, les principes et encore une fois, c'est en lien aux
relations, à l'organisation, aux principes d'organisation de la société québécoise.
Ce n'est pas tellement dans les relations avec la Fédération canadienne. Dans
les relations avec la Fédération canadienne, il n'y a pas de doute dans mon
esprit que le Québec a le droit à l'autodétermination comme peuple. Ça, je
pense que ça ne pose pas de débat ni problème. C'est plutôt, lorsqu'on
juxtapose l'expression de droits collectifs à la protection des droits et
libertés individuelles, comme le fait le projet de loi actuellement...
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup...
M. Papillon (Martin) : ...Ça,
me semble, pose problème.
Le Président (M.
Bachand) :...Merci beaucoup, Professeur
Papillon d'avoir été avec nous. C'est très apprécié. Cela dit, la Commission
ajourne ses travaux au mercredi 10 décembre, après les avis touchant les
travaux des commissions où elle va poursuivre son mandat. Merci, une belle
soirée.
(Fin de la séance à 21 h 33)