Journal des débats de la Commission des institutions
Version préliminaire
43e législature, 2e session
(début : 30 septembre 2025)
Cette version du Journal des débats est une version préliminaire : elle peut donc contenir des erreurs. La version définitive du Journal, en texte continu avec table des matières, est publiée dans un délai moyen de 2 ans suivant la date de la séance.
Pour en savoir plus sur le Journal des débats et ses différentes versions
Le
mercredi 4 février 2026
-
Vol. 48 N° 9
Consultation générale et auditions publiques sur le projet de loi n° 1, Loi constitutionnelle de 2025 sur le Québec
Aller directement au contenu du Journal des débats
11 h 30 (version non révisée)
(Onze heures quarante et une minutes)
Le Président (M.
Bachand) :À l'ordre, s'il vous plaît. Bon
matin, tout le monde. Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la
Commission des institutions ouverte. La Commission est réunie afin de
poursuivre les consultations générales et les auditions publiques sur le projet
de loi n° 1, loi constitutionnelle de 2005 sur le Québec. Avant de débuter,
Mme la secrétaire, y a -t-il des remplacements?
La Secrétaire : Oui, M. le
Président, Mme Boivin Roy (Anjou—Louis-Riel) est remplacée par Mme Bourassa (Charlevoix—Côte-de-Beaupré),
Mme Lecours (Lotbinière-Frontenac), par Mme Blouin (Bonaventure), Mme Schmaltz
(Vimont) par M. Lévesque (Chapleau), Mme Massé
(Sainte-Marie—Saint-Jacques), par M. Bouazzi (Maurice-Richard).
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Alors, on débute ce
matin les audiences avec le Mouvement national des Québécoises et des Québécois.
Merci beaucoup d'être ici. On a un bon retard, donc votre période de
présentation va demeurer la même, mais la période d'échange, malheureusement,
va devoir être modulée. Alors je vous cède la parole pour votre présentation.
Merci.
M. Lapointe (Frédéric) : Peut-être
serons-nous un peu plus courts et ça permettra des échanges plus long. Donc, M.
le ministre, MM., Mmes les députés, c'est avec plaisir que nous nous présentons
devant vous au sujet d'un projet de loi d'exception. Le Mouvement national des
Québécois n'est pas, n'est pas abonné à toutes les commissions parlementaires,
mais en voici une que nous ne pouvions pas manquer. J'ai à ma droite M.
Jean-Philippe Meloche, vice-président finance du Mouvement, et, à ma gauche,
Jean Desautels, vice-président Affaires internes. Moi-même, Frédéric Lapointe,
président du Mouvement national depuis 2022.
Le Mouvement national des Québécois, l'ancienne
Fédération des Sociétés Saint-Jean-Baptiste, c'est ainsi qu'elle s'appelait en
1947, lorsqu'elle a été fondée, regroupant la plupart des sociétés
Saint-Jean-Baptiste au Québec, dans la foulée du débat sur...
M. Lapointe (Frédéric) : ...la
détermination du drapeau québécois. Nous sommes intimement liés à, oui, cette
campagne pour doter le Québec de symboles nationaux, encore que, je le
rappelle, à l'époque, nous disions du fleurdelysé qu'il s'agissait enfin d'un
drapeau canadien, hein, parce qu'à ce moment-là, on était davantage, comment dire...
Les nationalistes québécois étaient davantage dans la quête de l'indépendance
du Canada, hein, face à l'Empire britannique. On le rappelle, parce que je
pense que cette époque en était une où, indépendamment des couleurs partisanes,
l'ensemble, peut-être pas de la population mais de l'élite, de la classe
politique certainement, était capable de se donner des buts, de les atteindre
et d'augmenter un tant soit peu des qualités fondamentales de... pour notre
intérêt national, à savoir notre... notre liberté, notre affirmation légitime,
et également des symboles autour desquels nous pouvons nous... nous rassembler
et faire preuve de loyauté. Ce sont des valeurs que nous portons au MNQ.
Nos... Notre fédération regroupe
19 sociétés nationales partout au Québec qui ont toutes des couleurs
différentes, hein? La Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal n'a pas tout à
fait la même... la même couleur que, je ne sais pas, la Société nationale des
Québécois de Richelieu Saint-Laurent, pour en prendre une que M. Lemieux
connaît... connaît très bien. Mais toutes ont à cœur d'organiser des festivités
nationales rassembleuses, on a cœur également... à peu près toutes travaillent
sur l'intégration, la francisation des immigrants. Un certain nombre, vous en
avez reçu une, d'ailleurs, se préoccupe de nos droits collectifs et ont été
très actives dans la promotion du projet que nous avons devant nous. Nous avons
d'autres sociétés nationales qui ont été plus... plus critiques du projet,
reflétant en quelque sorte la diversité des opinions au Québec.
Nous avons déposé un mémoire parce qu'il
nous apparaissait important de dire, de vous dire, comme nous le disons sur
d'autres tribunes, que toute forme de rappel de l'existence de la nation, de sa
légitimité, en particulier en 2026, est pertinente. En 1962, ça sonnait
peut-être un peu fort de café ou un lieu commun inutile, mais nous sommes à une
époque où, après avoir passé quelques générations à plus ou moins enseigner
l'histoire, à être, et on en bénéficie et on l'apprécie, dans une société
très... très foncièrement libérale, de plus en plus multiculturelle. Alors,
peut-être qu'en 2026, il est d'intérêt national que de rappeler un certain
nombre de choses et de donner un certain muscle à... au contenu d'un texte que
nous appelons ici Constitution, mais qui pourrait... qui pourrait être un autre
texte.
Nous sommes conscients des difficultés
importantes de ce genre de débat. Tout projet de loi peut être soumis à
l'espèce de corrida partisane habituelle. Et quand... et quand je dis ça, là,
je ne le dis pas sur le ton de quelqu'un qui... qui se plaindrait de notre
climat politique. Le pluripartisme est une bonne chose, je le dis ainsi, le
fait que vous soyez la plupart du temps divisés, hein, entre vous, partis
politiques, nous donne, à nous, citoyens, la liberté de choisir, hein, c'est
une condition de la démocratie. Alors, je... je ne condamne pas la
partisanerie. Il reste que, dans certains cas, et nous pensons que nous sommes
devant un tel cas, il est dans notre intérêt national de dépasser la
partisanerie, de faire les efforts nécessaires pour arriver à des compromis,
déposer des amendements, suggérer des flexibilités et des ouvertures. Je crois
que nous y sommes, non seulement parce que le projet est important en lui-même,
perfectible, mais important en lui-même, mais parce que l'issue du débat est
elle-même structurante.
Je suis un peu déçu de ne pas avoir nos...
nos collègues qu'on fréquente à l'occasion, hein, le Mouvement national des
Québécois, on est habitués de fréquenter nos amis du Parti québécois, mais dans
leur direction en particulier, je dirais que... mais ça vaut pour tous les
partis, le travail de... d'établir une Constitution est perfectible, va se
perpétuer dans le temps. La politique, c'est une...
M. Lapointe (Frédéric) : ...mais
c'est une course à relais. On ne perd rien à ce ce que le premier qui tienne le
relais court sa course et fasse progresser l'équipe.
Mais je reviens sur la tonalité du débat.
Au fond, ce projet de loi va connaître une histoire heureuse ou va connaître
une histoire malheureuse. Ce que nous en retiendrons, ce que l'histoire en
retiendra, ce n'est pas qu'un tel a réussi ou qu'un tel parti a échoué. Non, ce
qu'on va en retenir, c'est est-ce qu'on est capable d'avoir ces conversations
et de progresser ensemble? Le message en sera un de puissance, d'harmonie, ou
en sera un de chicane et d'impuissance. Je ne vois pas comment notre intérêt
national serait servi par un message d'impuissance et de chicane sur un sujet
comme celui-là. Nous pourrons plus tard tenir toutes les commissions
itinérantes, toutes les assemblées constituantes, tous les projets de
constitution et tous les partis ici en ont, hein, des projets de cette
nature-là. Je pense qu'il est important que l'Assemblée nationale, cette
commission, les parlementaires, arrivent à un consensus à la fin de cette
commission sur ce projet de loi et que nous puissions bâtir sur ce succès.
Cela dit, nous avons aussi des
commentaires pour améliorer le projet de loi, pour en féliciter certaines
qualités, mais certainement pour l'améliorer.
Je passe la parole à M. Meloche.
M. Meloche (Jean-Philippe) :
Oui...
Le Président (M.
Bachand) :Malheureusement, le temps... il
reste 15 secondes, alors la présentation a duré 8 minutes. Alors, on
va procéder d'échange immédiatement.
M. le ministre, pour une période de
5 min 30 s, s'il vous plaît.
• (11 h 50) •
M. Jolin-Barrette : Oui,
M. le Président.
Alors, bonjour, M. Lapointe,
M. Desautels, M. Meloche, merci d'être présents pour le Mouvement
national des Québécoises et des Québécois. Je comprends que, globalement, vous
dites, bon, sur le processus, qu'on aurait préféré autre chose, mais là, on est
là, ça fait que travaillons sérieusement puis commentons le projet de loi. Donc,
grosso modo, vous saluez le contenu du projet de constitution. Vous êtes
d'accord avec l'article 17 de la loi sur l'autonomie constitutionnelle
pour le fait que l'État parle d'une seule voix dans sa gestion
intergouvernementale aussi. Donc, vous dites c'est positif. Parlez-nous un peu
du conseil constitutionnel, parce qu'on a eu beaucoup de critiques sur le
conseil constitutionnel, ça n'a pas été beaucoup abordé, donc, êtes-vous
d'accord avec son utilité, le fait qu'il puisse donner son avis à la demande de
l'Assemblée nationale ou à la demande du gouvernement, le fait que ce soit des
membres indépendants qui soient désignés par l'ensemble des parlementaires...
On a critiqué également l'absence de dissidence, mais dans beaucoup de pays
européens, c'est comme ça que ça fonctionne. Alors, j'aimerais vous entendre.
M. Lapointe (Frédéric) : Tout
d'abord, le conseil constitutionnel est intéressant, parce qu'il décentre la
discussion de l'arène partisane, je le disais tout à l'heure. Nous pensons
qu'il doit être renforcé de deux façons. La première, en lui donnant de
l'initiative. La plupart des, si ce n'est toutes, les personnes de l'Assemblée
nationale sont dotées d'initiative. Elles n'attendent pas la demande d'un
ministre, là, pour formuler un avis sur une question, dans ce cas-ci, ce serait
sur une question constitutionnelle. La deuxième façon de renforcer le conseil
constitutionnel, c'est d'exiger qu'elles soient consultées lorsqu'il y a une
modification de nature constitutionnelle. La formule d'amendement, dans une
certaine... ça été dit, est un peu faible au sens où c'est la même formule
d'amendement que n'importe quelle loi. Donc, en s'obligeant à consulter le
conseil constitutionnel, on ajouterait un élément de plus à la fois pour
dignifier la constitution, si j'ose dire, mais également donner un peu plus de
pouvoir au conseil constitutionnel. On n'a pas de souci avec le fait que ce ne
soient pas tous des avocats. Il y en aura certainement un bon nombre, mais ce
n'est pas, à notre avis, ce n'est pas très grave que ce ne soit pas tous des
membres du Barreau du Québec.
M. Jolin-Barrette : Puis
le fait qu'il y ait certains critères pour siéger, avoir à cœur les droits
collectifs de l'État, des Québécois, des Québécoises, vouloir protéger,
promouvoir la langue française, la laïcité, tout ça, est-ce que vous trouvez
que c'est des critères qui font en sorte qu'ils sont préjudiciables au conseil?
M. Lapointe (Frédéric) : Non,
non. C'est en droite ligne avec la constitution et l'obligation qui est inscrite
dans la constitution de protéger les caractéristiques fondamentales de la
nation québécoise.
M. Jolin-Barrette : Êtes-vous
d'accord avec le fait qu'une commission scolaire puisse dépenser des millions
de dollars pour contester la loi 101 à même les fonds publics?
M. Lapointe (Frédéric) : Nous
n'avons pas de position sur l'existence même des commissions scolaires. Je sais
que le gouvernement de la CAQ a aboli la plupart des commissions scolaires, en
fait, le volet francophone. Nous sommes soucieux à ce sujet, de deux choses. La
première, que l'article 5, là, que...
M. Lapointe (Frédéric) : ...article
qui focalise à peu près la majorité des oppositions au projet de Constitution
est un irritant, un irritant important. Et je crois que nous ne sommes plus
dans la phase du maintien des irritants. Je crois qu'on est dans la phase du
sauvetage du projet de loi. Je le disais tout à l'heure, cette histoire va bien
finir ou va mal finir. Il est d'intérêt national que l'histoire finisse bien.
Maintenant, est-ce qu'il est d'intérêt
national qu'une commission scolaire puisse utiliser ses fonds pour défendre ses
droits? Peut-être. Du point de vue de la communauté anglophone, ça l'est
certainement. Et lorsqu'on se penche sur la constitution, de l'accoucher d'une
manière qui peut être interprétée de manière hostile par une partie de la
population, c'est peut-être un irritant dont on pourrait se passer à ce
stade-ci.
M. Jolin-Barrette : OK. Je
vous remercie pour votre présence en commission parlementaire. Je vais céder la
parole à mes collègues.
Le Président (M.
Bachand) :M. le député de Saint-Jean. Il
reste une minute 15 secondes.
M. Lemieux : ...vite. Merci
beaucoup, M. le Président.
Messieurs, je vous écoutais, j'ai regardé
ce qu'il y avait dans le mémoire puis je me disais : Voilà... Voilà une
posture nationaliste de gros bon sens. On voudrait l'avoir, si ce n'est pas
comme ça, en autant qu'on ait quelque chose, quand vous parlez de partisanerie,
de l'importance du PL 1, de la démarche, même si ce n'était pas ce que d'autres
voulaient ou ce que vous vouliez. Mais ça vient du rapport Proux-Rousseau qui
nous donnait des outils pour aller chercher le... beaucoup du Québec... du
Québec à Ottawa. Pensez-vous qu'on réussit, pour les intérêts supérieurs du
Québec, à améliorer notre sort à tout le moins?
Le Président (M.
Bachand) :...s'il vous plaît. Il reste
quelques secondes.
M. Lapointe (Frédéric) : Bien,
on est surtout préoccupés par la réception du document dans la population.
M. Lemieux : Là, vous allez
me dire que c'est fini, là? Mais... Parce que c'est intéressant, on l'est tous.
Mais, au final, on fait ça pour aller chercher le maximum à Ottawa qu'on est
capables d'aller chercher dans Stratégie. Est-ce que vous, de votre point de
vue, ça peut... ça peut faire ça?
M. Lapointe (Frédéric) : Ça,
le temps le dira. C'est certainement un objectif que nous partageons.
Maintenant, même s'il échouait à réaliser cela, nous considérons suffisamment
important que nos élus s'entendent sur une forme de... opérationnelle, si j'ose
dire, de définition de ce qu'est le rapport entre l'État et la nation, et que
ceci puisse être communiquer efficacement...
Le Président (M.
Bachand) :Merci.
M. Lapointe (Frédéric) : ...utilisable
dans nos écoles. Ça, en soi, pour nous, ça a de la valeur.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. M. le député
d'Acadie, s'il vous plaît.
M. Morin : Oui, merci, M. le
Président. Alors, messieurs Lapointe, Desautels, Meloche, merci d'être là.
J'accélère un peu parce que le temps est restreint, n'est-ce pas?
Consultation. Le gouvernement nous
dit : C'est la loi des lois. Vous parliez vous-même de l'importance d'une
bonne réception dans la population. Le gouvernement a mandaté deux experts, MM.
Rousseau et Proulx, pour l'éclairer sur ce que devait être un document. La
première recommandation qu'ils font, c'est la création d'un comité
transpartisan qui va aller à l'encontre de la population du Québec, qui va faire
en sorte que... Et moi, c'est ce que je demandais pour l'opposition officielle.
Parce qu'on n'est pas contre l'idée. Parce qu'évidemment, vous l'avez souligné,
plus on va en parler, plus on va avoir des chances d'avoir un consensus, et
donc la réception sera bonne. Là, ce matin, vous avez huit minutes pour
présenter votre document. Pensez-vous que c'est un mode optimal? Est-ce que ce
ne serait pas mieux pour le gouvernement, là, qui vous écoute, là, de tout
arrêter, là, et d'en créer une, commission transpartisane, puis qu'après ça
pourrait avoir l'avis d'experts, et là, par la suite, déposer un projet de loi
qui déjà dans la population aurait été connu? Et on pourrait essayer d'avoir
des consensus, mais d'une façon qui serait beaucoup plus facile.
M. Lapointe (Frédéric) : Mais
la commission n'est pas le seul canal de communication en politique, et
particulièrement sur un sujet comme... comme celui-là. Je suis tenté de vous
dire : Le prochain gouvernement fera mieux, mais voici ce que nous avons.
Et je pense qu'il est important qu'à partir de ce qui est sur la table on
obtienne un maximum d'accord, quitte, encore une fois, à ce que chacun, oui,
exprime ses conditions, ce que je n'ai pas toujours entendu, je serais d'accord
si, je ne l'ai pas encore entendu, et que de l'autre côté, il y ait davantage
d'ouverture manifestée. Peut-être que le flottement actuel dans la direction de
l'État, on pourrait appeler ça comme ça, la course à la chefferie, est un
moment où... opportun pour manifester des ouvertures. Mais c'est... c'est une
valse. On n'a pas trois mois, là, à jouer qui ouvre la porte, qui met le pied
dedans. C'est maintenant, là, si on veut...
M. Lapointe (Frédéric) : ...avoir
un projet de loi qui connaît un succès, c'est maintenant, là, qu'il faut jouer
le jeu des amendements. Et, encore une fois, le prochain gouvernement pourra
faire mieux, hein? Ce n'est pas obligé d'être parfait du premier coup, dans un
tel document. La perfection, c'est la recette de l'immobilisme en cette
matière-là. Moi, je consens à ce que ce document soit révisé, revisité par un
nouveau processus. Dépendamment de qui formera le prochain gouvernement.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. M. le député de
l'Acadie s'il vous plaît.
M. Morin : (panne de son) je
ne crois pasque vous en parlé dans votre mémoire, mais quelle est
l'approche qu'on devrait avoir avec les Premières Nations?
M. Lapointe (Frédéric) : Oui,
c'est un bon point. Je constate qu'il y a eu beaucoup de critiques à ce
sujet-là, injuste à sa face même, vis-à-vis le projet de loi, nous pensons que
nous ne sommes pas, nous, les représentants des Premières Nations. Nous pensons
que, sous réserve qu'il ait de l'intérêt pour ce texte et qu'il exprime des
souhaits par rapport à ce texte que, d'égal à égal, l'État québécois
représentant la nation québécoise et les représentants de ses nations pourront
arriver à des modes d'inclusion mutuellement acceptable. Mais je ne voudrais
pas... ou en tout cas, nous, on s'exclut de cette tendance-là, de vouloir les
prendre comme un sceptre et de parler en leur nom, puis de chercher de la
valorisation à travers ça, ce n'est pas la voie que nous choisissons.
M. Morin : D'où l'importance
de (panne de son) préalablement.
M. Lapointe (Frédéric) : D'où
l'importance qu'il y a des propositions à soumettre à un gouvernement dans le
cadre d'une discussion de nation à nation.
• (12 heures) •
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. M. le député de
Maurice-Richard pour 1 min. 23 secondes.
M. Bouazzi : Merci. Je vais
peut-être prendre la conversation là où elle était. Les Premières Nations
elles-mêmes ont pris la parole, est-ce que vous considérez que c'est les
prendre comme un sceptre de se dire, quand ils sortent et qu'ils disent :
nous n'avons pas été consultés, nous sommes contre?
M. Lapointe (Frédéric) : Si
les Premières Nations ont des propositions à formuler, elles seront étudiées
par le gouvernement. Pour ma part, à moins que la proposition de l'une ou
l'autre de ces nations soit contraire à l'intérêt national, nous n'avons pas
d'opinion à formuler à ce sujet.
M. Bouazzi : OK. Mais on est
d'accord qu'on devrait au moins les écouter quand ils ont quelque chose à nous
dire et ils nous disent qu'ils ne sont pas contents.
M. Lapointe (Frédéric) : Je
pense que les nations sont très écoutées.
M. Bouazzi : Juste... J'ai
très peu de temps, j'ai une question précise pour vous. Le territoire, on le
partage avec les Premières Nations, on est d'accord.
M. Lapointe (Frédéric) : C'est
ce qui se passe en ce moment, oui.
M. Bouazzi : Vous proposez un
préambule qui dit que le peuple québécois majoritaire de langue française forme
une nation enracinée dans son territoire, est-ce que ce territoire-là, on ne
devrait pas, au minimum, dans le préambule que vous proposez, le partager avec
les Premières Nations? Pourquoi les avoir enlevés du préambule que vous
proposez?
M. Lapointe (Frédéric) : Nous
ne les avons pas enlevés, c'est le préambule qui est proposé par le
gouvernement, il pourrait faire l'objet d'amélioration, mais encore une fois,
ce n'est pas notre rôle de nous faire leur porte-parole.
M. Bouazzi :
Donc ils
ne font pas partie du processus, ils n'apparaissent pas et vous, vous
dites : Nous ne sommes pas leur porte-parole, donc c'est correct s'ils
sont effacés du préambule?
M. Lapointe (Frédéric) : Non,
non, ils sont dans le préambule, ils sont dans le projet de loi. Maintenant,
les reconnaissances mutuelles entre la nation québécoise et ces diverses
nations sont l'objet de négociations continues entre le gouvernement... et ils
pourront l'expliquer eux-mêmes, continues entre le gouvernement et ces nations.
La Constitution n'est pas la Convention du Grand Nord québécois ou la Convention...
si on veut les constitutionnaliser, c'est un autre processus et ça pourra
arriver, mais pas... encore une fois, nous n'avons pas d'opinion sur ce sujet.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup d'avoir été avec
nous. Désolé, on est très serré dans le temps. Alors, merci encore une fois,
très apprécié.
Je vais suspendre les travaux quelques
instants pour accueillir le prochain groupe. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 12 h 02)
12 h (version non révisée)
(Reprise à 12 h 04)
Le Président (M.
Bachand) : À l'ordre, s'il vous plaît! La commission reprend
ses travaux.
Il nous fait plaisir d'accueillir les gens
de Climat Québec. Merci beaucoup. Alors, le temps file rapidement, quatre minutes
de présentation. Après ça, on aura une période d'échange avec les membres de la
commission. Donc, la parole est à vous. Merci beaucoup d'être ici.
Mme Ouellet (Martine) : Merci
beaucoup. On va y aller rondement. Donc, permettez-moi de saluer la commission.
Je vous présente Marie-Claude Archambault et Jean Cloutier du comité de
coordination.
On va commencer par un petit point d'ordre
parce qu'on veut apporter à votre attention... Nous dénonçons la discrimination
envers Climat Québec de la part des élus de la commission. Pourquoi avons-nous
seulement 15 minutes alors que plusieurs groupes et même des individus ont
droit à un 30 minutes? Et ce n'est pas la première fois. Climat Québec a
été bloqué des consultations du PL 69 sur la privatisation de l'électricité,
du PL 93 sur Stablex, alors que nous avons une expertise qui est reconnue.
Est-ce que ce sont parce que les élus des partis à l'Ass nat utilisent leur
pouvoir pour freiner les partis émergents? La question se pose.
Maintenant, revenons au fond du projet de
loi n° 1 avec notre quatre minutes. Il y a un gros, gros problème
avec une constitution provinciale. Pour être légale, une constitution de
province doit être compatible, compatible avec la Constitution canadienne qui
demeure la loi des lois tant que le Québec acceptera d'être soumis au Canada,
contrairement à ce que dit le projet de loi. Donc, l'adoption d'une
Constitution provinciale revient à reconnaître implicitement mais
nécessairement la Constitution canadienne. Il est important de rappeler qu'aucun
gouvernement du Québec, tous partis confondus, n'a accepté jusqu'ici les
conditions imposées par le Canada. Reconnaître de facto la Constitution
canadienne serait une entourloupe dangereuse pour l'avenir de la libération du Québec.
Un enjeu extrêmement important est
totalement absent. En 2026, une Constitution ne peut ignorer la crise
climatique. Il est essentiel d'inscrire la responsabilité d'agir de l'État avec
un grand É face au dérèglement climatique dans la plus haute des lois.
Climat Québec propose plutôt une démarche
en trois étapes. Premièrement, suite à une élection d'une majorité de députés
indépendantistes, adopter une constitution initiale et transitoire de la
République du Québec par un vote à l'Assemblée nationale. Nous avons d'ailleurs
déposé un projet de Constitution de la République du Québec initial et
transitoire, basé sur la constitution initiale de la République du Québec, que
j'avais rendu public en 2016 avec André Binette, constitutionnaliste, et Louis Bernard,
ancien secrétaire général. D'ailleurs, nous retrouvons certains des éléments
qui sont quasi copie collée dans le projet de loi n° 1.
Deuxièmement... Et d'ailleurs cette
constitution initiale et transitoire marquerait la naissance juridique de la République
du Québec, et assurerait la continuité de l'État, et ouvrirait immédiatement un
véritable processus constituant. Donc, deuxièmement, la mise sur pied d'une
Assemblée constituante indépendante avec une tournée des régions pour élaborer
la constitution définitive et permanente de la République du Québec et
finalement l'adoption de la Constitution définitive suite à un référendum
gagnant, car elle doit être soumise au peuple. Pour Climat Québec, il n'y a
plus de référendum préindépendance qui est une idée qui provient du fédéral,
directement du bras droit de Pierre Elliott Trudeau. Il faut s'en rappeler. Il
ne faut pas répéter les mêmes erreurs. Et d'ailleurs, nous proposons de
fonctionner comme plusieurs des pays dans le monde ont réalisé leur indépendance.
Le Président (M.
Bachand) :Merci Beaucoup. Période d'échanges,
M. le ministre, pour trois minutes, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Oui. Mme Ouellet,
Mme Archambault, monsieur, j'oublie votre nom...
Une voix : ...
M. Jolin-Barrette : M. Cloutier,
bonjour. Merci de participer aux travaux. Je sais que mes collègues ont des
questions à vous poser, mais juste une... une précision. Dans le fond, la Constitution
du Québec, elle existe déjà présentement. Donc, elle est dispersée, elle n'est
pas regroupée dans un seul endroit. Puis, ce qu'on fait avec la Constitution
que nous avons, le projet de loi n° 1, c'est on regroupe les différents
éléments dans un seul et même texte. Alors, la Constitution de l'État sera
celle-ci. Si jamais le Québec accédait à l'indépendance, bien, l'État québécois
souverain pourrait utiliser cette Constitution-là, l'amender...
M. Jolin-Barrette : ...ou
faire un autre processus. Mais moi, je pense important de donner davantage d'outils
au Québec pour assurer son autonomie au sein de la fédération canadienne, parce
que c'est la réalité actuelle qui existe. Mais il faut s'assurer de donner des
outils constitutionnels, des outils juridiques pour que les compétences du
Québec s'appliquent. Puis une petite précision aussi, dans les... dans le cadre
constitutionnel canadien, dans les champs de compétence québécois, nous sommes
entièrement souverains. Mais je vais céder la parole à mes collègues pour...
pour les questions.
Mme Ouellet (Martine) : Bien,
en fait, en commentaire sur votre commentaire, ce n'est pas tout à fait exact,
parce qu'il y a un pouvoir d'ingérence du gouvernement fédéral, donc on est en
désaccord avec les affirmations du projet de loi. Et de formaliser avec une
constitution... c'est vrai que la Constitution existe en plusieurs morceaux,
mais de formaliser cette Constitution-là, ça revient, implicitement, à
reconnaître la Constitution canadienne, parce qu'elle doit être compatible avec
la Constitution canadienne et ce serait vraiment une décision qu'on considère
dangereuse pour l'avenir de la libération du Québec parce qu'aucun gouvernement
jusqu'à date... et ce serait de la reconnaître par la porte d'en arrière, sans
l'assumer pleinement. Donc, c'est un petit peu... c'est un petit peu pas net,
c'est un petit peu pas clair.
Et tous ces pouvoirs-là que vous
souhaitez... que vous mettez dans la Constitution, vous pouvez les exercer avec
les différents éléments déjà existants. Vous n'avez pas besoin de formaliser
une constitution de la province du Québec, parce que ce que vous faites, c'est
une... une constitution qui est provincialiste, et ça, malheureusement, Climat
Québec s'oppose 100 % à ça.
Le Président (M.
Bachand) :Mme la députée de Charlevoix—Côte-de-Beaupré,
il reste 45 secondes.
Mme Bourassa : Je vais
essayer d'être rapide. Si on attend l'indépendance pour agir, entre-temps, ça
ne vient pas un peu nous empêcher d'affirmer nos priorités comme nation?
Mme Ouellet (Martine) : Pas du
tout. On a... M. Jolin-Barrette l'a dit, on a déjà les différents éléments qui,
informellement, forment une constitution. Nous pouvons nous baser sur ça pour
utiliser la... essayer d'exercer au maximum, et, on le voit, on est toujours
bloqués par le fédéral, que ce soit avec l'immigration, que ce soit avec le
GNL, que ce soit avec les pipelines, qui veulent nous imposer leurs décisions,
que ce soit avec les négociations internationales. Et donc, nous, Climat
Québec, on trouve que c'est urgent de devenir indépendants, et que de rester
dans le Canada, ce n'est pas le statu quo, c'est... c'est un recul, décision
après décision. Donc, l'indépendance du Québec, c'est un outil pour
l'avancement du Québec, c'est de devenir comme n'importe quel autre pays, et ce
serait juste normal.
• (12 h 10) •
Le Président (M.
Bachand) :Merci. M. le député d'Acadie,
s'il vous plaît.
M. Morin : ...Mme Ouellet,
Mme Archambault, M. Cloutier, bonjour. Pour la question du temps, je peux vous
assurer que, pour ma part, je demandais une commission transpartisane, qui
allait aller à la rencontre de tous les citoyens du Québec, puis prendre le
temps d'écouter le monde. Donc là, j'ai deux minutes, ça fait qu'on va... on va
se dépêcher là. Dans le texte soumis par le gouvernement, il y a... la seule
référence, puis ce n'est même pas au climat, mais c'était une ressource, et
c'est l'eau, et on dit : «L'eau est une ressource collective faisant
partie de ce patrimoine commun.» Ce que je comprends de votre intervention,
c'est que vous voulez aller beaucoup plus loin que ça, et... et donc, qu'est-ce
que vous nous suggérez?
Mme Ouellet (Martine) : Bien,
effectivement, et je suis contente que vous souligniez l'eau, parce que
c'était, justement... Moi, j'ai été à Eau Secours, j'ai travaillé beaucoup le
dossier de l'eau, et c'était dans ma constitution, c'est, quasiment, mot pour
mot, le projet de constitution initiale de la République du Québec, que j'avais
déposé en 2016. Donc, vous pouvez voir, à l'article... je pense que c'est 26,
de mémoire... une formulation qu'on vous propose pour les changements
climatiques, et je vais juste aller la rechercher, si vous me donnez... je sais
que le temps est serré, mais... non, c'est un petit peu plus loin, donc,
l'article 29 : «Le gouvernement et l'Assemblée nationale doivent favoriser
la réduction de la crise climatique, la pérennité du vivant et le maintien de
la biodiversité lors de leurs prises de décision.» C'est important que ce soit
inscrit dans la Constitution.
La crise climatique, ce n'est pas un événement
ponctuel. On ne peut plus éviter la crise, mais on peut éviter le pire. Et ça
prend des décisions d'État, pas seulement des décisions individuelles, ce ne
sera jamais suffisant. Donc, ça prend des décisions d'État. Et on l'a vu
particulièrement dans les dernières années, avec la CAQ, je pense que ça a été
pire que pire, des décisions qui... qui amplifient la crise climatique. Et donc
ça prend un outil pour les citoyens pour être capables de rappeler à l'ordre
ces élus qui prennent des décisions contraires au bien commun et à l'avenir
de... de l'humanité.
M. Morin : Merci beaucoup.
Rapidement, parce qu'il doit me rester quelques secondes, il y a une référence,
dans votre document, page 10, aux peuples autochtones. Vous suggérez que dans
un...
M. Morin : ...document
constitutionnel, ils n'occupent pas la place de considérants, mais qu'on fasse
véritablement une référence, entre autres, à la Déclaration des Nations Unies
pour permettre leur développement intégral. Je vous comprends bien?
Mme Ouellet (Martine) : Exact,
mais ça, c'est la constitution initiale et transitoire, c'est clair que pour la
constitution permanente, nous, on propose une Constituante. Il y aura une vraie
réflexion à faire, on ne peut... et là, on est pris actuellement, c'est pour ça
que dans une constitution provinciale, c'est extrêmement difficile parce qu'on
est pris avec la loi extrêmement raciste, la loi sur les Indiens canadiens.
Le Président (M.
Bachand) : Merci...
Mme Ouellet (Martine) : Donc,
cette loi-là est au-dessus. Et donc c'est clair que, pour Climat Québec, dans
une approche pour l'avenir, il faut qu'on se développe une approche qui n'est
pas raciste. Donc, il faut tout revoir, nos bases de relations avec le respect
du territoire, très certainement.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. M. le député de Maurice-Richard.
M. Bouazzi : Merci et puis
laissez-moi déplorer avec vous le manque de temps que nous avons dans cette
commission, avec vous et avec bien d'autres groupes.
Sur la question de la Déclaration des
Nations Unies, nous, on partage avec vous cette volonté, effectivement, de la
mettre de l'avant, elle met de l'avant justement l'idée de prendre des
décisions éclairées, d'avoir le consentement éclairé des Premières Nations et
même la souveraineté des Premières Nations. Donc, je comprends que Climat
Québec est ouvert aussi à la souveraineté des Premières Nations et pas
seulement à la nation québécoise.
Mme Ouellet (Martine) : ...qu'est-ce
que veut dire la déclaration des peuples autochtones, c'est de
l'autodétermination. Donc ce n'est pas de l'indépendance, il faut faire
attention pour ne pas mélanger les concepts. Donc très certainement, on doit...
Mais il faut se donner une nouvelle approche. On aura le temps peut-être d'en
discuter, là, avec les quelques secondes qui nous restent, mais très
clairement, il faut que l'ensemble des citoyens du Québec, incluant les nations
autochtones, puissent avoir un mot à dire sur leur utilisation du territoire.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. Désolé pour le
temps, on est pris un petit peu. Alors sur ce, je suspends quelques instants
pour accueillir les prochaines personnes. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 12 h 15)
(Reprise à 12 h 16)
Le Président (M.
Bachand) : À l'ordre, s'il vous plaît, la commission reprend
ses travaux. Il nous fait plaisir d'accueillir M. Patrice Fortin et M. Yves
Legault. Alors, merci beaucoup de participer à la commission, comme vous savez,
vous avez quatre minutes de présentation, après ça on aura une courte période
d'échange avec les membres de la commission. Donc, M. Fortin, la parole est à
vous.
M. Fortin (Patrice) : Oui,
est-ce que vous m'entendez bien?
Le Président (M.
Bachand) :Oui, très bien.
M. Fortin (Patrice) : Bon,
j'ai fait un survol de mon mémoire. Je me présente, mon nom est Patrice
Fortin... de mon mémoire que j'ai envoyé à la commission parlementaire. Le
premier point important dans ce mémoire est à l'effet que ce que je propose est
que la première commission... que la présente commission parlementaire, se
transforme en Assemblée constituante citoyenne itinérante, puisque dans le
passé, en 2011, cela avait été réalisé, la commission parlementaire était
devenue une commission parlementaire itinérante sur le sujet de l'itinérance.
De là où il m'est venu l'idée de vous transmettre une page blanche pour
exprimer mon désir que l'Assemblée nationale aille sur le terrain à la
rencontre de la population et de rencontrer les populations québécoises et les
différentes cultures et les Premières Nations. Mon inspiration vient du fait
que j'avais... fait une demande similaire en 1999 et à... et de mon mémoire que
j'ai déposé sur la loi 99 demandant aussi de... En conclusion, une Assemblée
constituante citoyenne en m'inspirant du livre de Roméo Bouchard Constituer
le Québec.
J'ai aussi quelques nouvelles suggestions
à y faire. Je pense que ça aiderait beaucoup à bonifier la démocratie, car je
me souviens qu'il n'y a pas eu de suite au lendemain du dépôt de mon mémoire
sur la loi 99, qui réclamait la création d'un assemblé constituante
citoyenne. Justement parce qu'il n'y a pas eu de suite et que mon mémoire a dû
se retrouver sous les tablettes de la bibliothèque de l'Assemblé nationale, je
propose que mon présent mémoire de captage soit exposé dans le présentoir du
corridor de l'Assemblée nationale afin de se souvenir de ma ténacité d'avoir un
jour une véritable assemblé constituante citoyenne.
Une autre proposition audacieuse que j'avais
apporté pour bonifier la démocratie est à l'effet que je pense que notre
Assemblée nationale se dote d'une radio où les...
M. Fortin (Patrice) : ...viendrait,
sur une base hebdomadaire, échanger avec la population sur divers projets de
loi ou sujets d'actualité, et, en ayant une ligne ouverte, je propose que cette
radio s'appelle La voix du citoyen est capitale.
Bon, de plus, j'aimerais aussi que l'on se
souvienne que l'on célèbre, chaque année, notre fête nationale, la
Saint-Jean-Baptiste, pour se souvenir du projet de constitution... 92
résolutions que nos Patriotes ont réussi à obtenir plus tard, avec le
bicaméralisme et un conseil législatif, que les Patriotes souhaitaient que
cette deuxième Chambre soit dirigée par des membres dûment élus. Par ailleurs,
plus tard dans note histoire, cette deuxième Chambre fut abolie en 1968 par le
premier ministre du Québec de l'Union nationale, dirigée par feu Jean-Jacques
Bertrand, par l'introduction du bill 90, en rapport avec la question des
pensions des conseillers législatifs. Ce qui est surprenant dans tout cela est
à l'effet qu'en Australie on pouvait abolir cet organe législatif sans passer
au préalable par un référendum. Il y avait un jugement, à cet effet,
intitulé... contre... qui stipulait qu'on ne pouvait pas abolir le Conseil
législatif sans passer par un référendum. Mais ici, au Québec, cela n'a pas été
le cas. Pourquoi...
Avant de conclure sur... de mon mémoire,
j'aimerais apporter quelques souvenirs de politicien qu'à l'époque, que je
pense... réfléchir. Prenez, par exemple, René Lévesque qui disait que
l'abolition du Conseil législatif est un bon débarras, alors que c'est
justement pour cela que nos Patriotes, en 1837, s'étaient battus. M. Lévesque
était pourtant d'accord avec l'idée d'une assemblée constituante. Jean Lesage,
quant à lui, souhaitait un vote des deux tiers de la charte... de la majorité
simple de la Chambre d'un référendum. Quand on regarde de la façon qu'on a
gouverné, les sommes d'argent qu'on a perdues ces dernières années, on serait
en droit de se demander s'il ne serait pas préférable d'adopter une loi
antidéficit, comme l'Ontario l'a adoptée en l'an 2000, ou encore de
permettre aux citoyens d'être consultés sur des grands projets, comme pour un
tramway ou un troisième lien, par des... lorsqu'il est question de grosses
dépenses, et la population... se verra refiler la facture. Je pense que l'on
est en droit de se demander plus de transparence par ceux qui nous dirigent.
En conclusion, je pense avoir fait pas mal
le tour du sujet. Je pense aussi que les Québécois ne voteront pas pour un
parti qui brandira un référendum sans préalable, être mis dans le coup par l'élaboration
de... projets de constitution par le biais d'une véritable assemblée de
constitution par le peule et pour le peuple. Je terminerais en disant que, dans
mon mémoire, j'ai fini à la fin, que j'ai transmis, que j'avais ramassé, en
2021, j'ai été tout l'été devant l'Assemblée nationale, une pétition
800 signatures, qu'on ait une tribune, qu'on puisse venir s'exprimer sous
le même modèle que... qu'on est 300 ans en retard sur... de Boston...
• (12 h 20) •
Le Président (M.
Bachand) : Merci, merci beaucoup, M. Fortin. Je cède la parole
à M. Legault, s'il vous plaît. M. Legault.
M. Fortin (Patrice) : …je n'ai
pas trouvé de député.
Le Président (M.
Bachand) : Merci.
M. Legault (Yves) : Bon. Eh
bien, je suis Yves Legault, né et habitant au Québec depuis plus de
68 ans. Je me suis intéressé à la question constitutionnelle depuis
presque 35 ans. Cela m'a donné l'occasion de croiser des dizaines
d'individus. La lecture de constitution de différents pays a nourri ma
réflexion et un prototype de statut constitutionnel en a résulté. On se doit de
célébrer cette volonté de changer les règles du pouvoir, encore faut-il que ce
soit le bon acteur qui y travaille de la bonne manière. Nul peuple n'a le désir
qu'un testament politique devienne sa constitution.
Le gouvernement affirme veiller au
bien-être du peuple alors qu'il dissimule que sa représentation est, en fait,
celle d'un tuteur qui décide au nom d'un peuple qu'il a condamné au silence et
à l'impuissance de la tutelle, serait-ce que le court temps qui m'est imparti
est l'expression de la précarité, voire de l'absence de tout support légitime
pour le projet de loi n° 1, dans l'esprit même de ses
auteurs et partisans. Le Québec et le Canada, en fidèles héritiers de l'Empire
britannique, appliquent, depuis 158 ans, les principes qui en ont fait le
succès et la gloire, l'invasion, le vol des ressources, l'assimilation, la
déportation et le génocide, le tout au profit d'intérêts privés. La
déréglementation de la finance, depuis plus de 50 ans, a permis à des
monopoles de croître démesurément.
Tous les pouvoirs sociaux tombent
inexorablement sous leur contrôle. Je dois le nommer, le Parti Démocratie
directe propose une constitution provisoire inspirée de mon travail et en a
fait un mandat impératif électoral. La dernière de ces quatre sections, la
pérennité, est la plus importante, car elle contient les six articles qui en
sont la fondation : article 1, la permanence, la force, la portée et
l'esprit de la présente convention ne peuvent être limités ou diminués en aucun
cas; article 2, le pouvoir d'affecter la présente constitution appartient
exclusivement au peuple sans possibilité de délégation et s'exprime via un
plébiscite conformément à la loi organique concernant ce dernier;
article 3, tout processus décisionnel s'appuie sur le principe de la
subsidiarité; article 4, tout exercice d'un pouvoir se fait sous
l'autorité d'un mandat impératif, selon la loi organique le concernant;
article 5, les obligations, devoirs, droits et libertés de tout individu
et/ou personne, dont la présence et/ou l'activité est autorisée à l'intérieur
des frontières du territoire, sont établis par...
M. Legault (Yves) :
...perspectives. Article 6 : «Toute loi, entente, traité, accord ou
convention en force au moment de l'entrée en vigueur de la présente entre
quiconque et autrui continuera à s'appliquer tel quel jusqu'à ce que
l'abrogation ou la modification, s'il y a lieu, en soit décidée par l'autorité
compétente.»
Sont donc accolées à la Constitution
provisoire au moins cinq lois organiques qui donnent au peuple du Québec les
premiers outils qui lui permettront de décider par et pour lui-même de son
avenir : la loi organique sur l'Assemblée constituante citoyenne. Elle
rédigera la première convention démocratique du Québec sur la base de la
Constitution provisoire, en toute indépendance et transparence; la loi organique
sur la consultation. Elle définit la méthodologie qui établit la volonté du
peuple souverain en subsidiarité; la loi organique sur l'instruction civile
civile... civique. Elle assure que l'instruction civique de qualité fait partie
de tous les curriculums du système d'instruction national; loi organique sur
l'information. Elle garantit la libre diffusion de l'information complète,
impartiale et accessible rapidement à tous ceux... à tous les citoyens pour
leur permettre de prendre des décisions éclairées; la loi organique sur
l'imputabilité. Elle dépolitise les postes clés de toute instance publique et
parapublique de l'État.
Finalement, et l'histoire de l'humanité en
est le témoin, lorsque l'on accole un adjectif au mot «démocratie», on la perd
aussitôt. Soit il y a démocratie, soit il y a autre chose.
En terminant, il ne doit pas être laissé à
ceux qui ont le pouvoir d'en définir les règles, car cela est la création d'une
prison pour tous les autres.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup, M. Legault, M. Fortin. M. le député
de Chapleau.
M. Lévesque (Chapleau) : Oui.
Merci beaucoup, M. le Président. MM. Fortin et Legault, merci beaucoup de votre
présentation en commission. D'abord, vous dire, M. Fortin, vous avez un très
beau portrait de Papineau derrière vous. Petite... petite question, là, pour
vous, d'abord, M. Fortin, Dans votre mémoire, là, vous déplorez, en fait,
l'abolition du Sénat ou de la Chambre haute du Parlement du Québec, qu'on
appelle ici le Conseil législatif, en 1968. Êtes-vous toujours d'avis que
l'Assemblée nationale du Québec devrait encore comprendre ces deux chambres,
puis, si oui, pourquoi?
M. Fortin (Patrice) : ...mon
tableau, il est vendre, je suis en train de tout vendre mes affaires que j'ai
faites des Patriotes...
M. Lévesque (Chapleau) : On
pourra se parler après la commission. Allez-y sur le Conseil législatif.
M. Fortin (Patrice) : Bien,
le Conseil législatif, moi, je pense que c'était quelque chose qui était utile,
tu sais. Nos Patriotes s'étaient battus pour ça puis l'avaient finalement
obtenu, tu sais, mais sauf que ça a été aboli, comme je disais, en 1968, avec
Jean-Jacques Bertrand, Jean Lesage, à l'époque aussi. Moi, je trouve que
c'était quelque chose pour bonifier, corriger les lois, les revoir.
Parce que ce que je déplore beaucoup
aujourd'hui, c'est que, voyez-vous, on adopte des lois à toute vapeur, les
projets de loi... OK, on prend... Par exemple, je voyais le Journal de
Québec, en fin de semaine, l'article de M. Desjardins... il réclame,
mettons, une loi pour la forêt, là foresterie, OK? Moi, j'ai déjà déposé un
mémoire, en 2017, à la Faculté de foresterie pour aller chercher du bois dans
le fond de l'eau avec des robots. Ça se fait ailleurs, en Colombie-Britannique,
mais on a tout oublié ça, tu sais. On a la période post COVID, puis pré COVID,
on oublie les travaux qu'on a faits avant, tu sais, comme... comme ça, par
exemple.
M. Lévesque (Chapleau) : Donc,
vous, vous estimez qu'il y aurait matière à contrepouvoirs avec la Chambre
haute, le Sénat québécois? M. Legault...
M. Fortin (Patrice) : Bien,
par rien que ça, j'aimerais juste ajouter un dernier point...
M. Lévesque (Chapleau) : Oui.
Allez-y.
M. Fortin (Patrice) : ...parce
que c'est juste les autochtones, on en a parlé tantôt, OK, quand on arrive avec
des projets de même pour aller chercher du bois dans le fond de l'eau... Ça a
été débattu, à l'époque, il va falloir refaire d'autres assemblées générales,
ou n'importe quoi, mais qu'on tienne compte de ce qu'on a déposé, comme les
mémoires que j'ai déposés. Puis je veux juste rappeler que le Québec n'a
pas de Constitution. J'ai fait venir les documents du secrétaire de l'Assemblée
nationale, puis même le Canada... le Canada, c'est l'Acte d'Amérique du Nord
britannique puis ça a commencé... pas en 1867, il y a eu plusieurs actes qui
ont commencé en 1825, mais c'est la loi sur le Canada...
M. Lévesque (Chapleau) : M.
Legault... J'aurais une question pour M. Legault, il ne me reste pas beaucoup
de temps. Rapidement, M. Legault, vous proposez d'enchâsser, là, dans la
Constitution, la possibilité pour les citoyens de voter blanc lors des
élections. Ce n'est pas le cas, actuellement? Est-ce que les citoyens ne
peuvent pas voter blanc s'ils le désirent lorsqu'ils sont dans l'isoloir? En
quoi ça ajouterait, cette possibilité-là, dans la Constitution.
M. Legault (Yves) : Ce
choix-là n'existe pas. On vote pour un des candidats ou on ne vote pas. Les
candidats sont choisis par des entreprises privées, les partis politiques, sont
imposés dans les comtés, et c'est le seul choix qu'on a. Soit on vote pour l'un
d'eux, soit on ne vote pas. Alors, notre vote est accepté ou il est refusé.
Et ça, c'est incompatible avec la
démocratie. On devrait être capables, dans un vote, de présenter notre
opposition aux choix qui nous sont proposés. Donc, aucun des choix ci-dessous
ne serait une persécution...
Le Président (M.
Bachand) : Merci.
M. Lévesque (Chapleau) : Meri.
Merci, messieurs.
Le Président (M.
Bachand) :Merci, M. Legault, on est très
serrés. M. le député d'Acadie, s'il vous plaît.
M. Morin : Oui. Merci, M. le
Président...
M. Morin : …alors, bonjour,
M. Fortin et M. Legault, merci d'être avec nous en commission. Juste
une précision, M. Fortin, je veux être certain de bien vous avoir compris.
En fait, vous... vous suggérez que ce serait préférable, pour un projet de
constitution, qu'on ait, en fait, une constituante ou un comité transpartisan
qui... tiendrait des consultations beaucoup plus larges que... en fait, le
dialogue qu'on a avec vous ce matin pendant quelques minutes. Est-ce que je
vous ai bien compris?
M. Fortin (Patrice) :
Oui, c'est ça, c'est ça, bien, vous avez même Étienne Chouard qui est venu nous
expliquer, à la population, toute la... la démarche de l'Assemblée constituante
qui fait un bon travail, aussi, tu sais. Il faut écouter tous ces gens-là qui
parlent, puis qui vous amènent ça d'années après année. Puis, ça... ça revient,
c'est récurrent, tu sais. Puis, je veux dire, on n'en viendra pas à bout tant
qu'on ne mettra pas les citoyens dans le coin, un peu comme les pères
fondateurs avaient fait à Philadelphie en 1776, quand ils s'étaient réunis avec
Thomas Jefferson, le... du Maryland, qui disait qu'il... avait... oublié les
conseils de... 30 ans auparavant. Alors, ils s'étaient réunis dans une
brasserie avec un bon... de bière. Alors, on allait, tu sais, rencontrer des
gens sur le terrain, tu sais, c'est ça qu'il faut faire. Puis on l'a fait pour
la commission sur l'itinérance. Alors pourquoi pas? Je ne dis pas que ce n'est
pas un sujet qui... ce n'est pas un bon sujet, là, l'itinérance, on a... on le
voit avec ça aussi où c'est que ça a mené, qu'est-ce que ça a amené? Un projet
sur l'itinérance, ils ont fait une commission itinérante, puis il y a toujours
autant d'itinérants dans les rues, dehors. Alors, ils ne sont pas sortis de la
rue...
Le Président (M.
Bachand) : ...M. le député de l'Acadie, il reste
45 secondes.
M. Morin : Je vous remercie.
Merci, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Donc, l'idée de la bière dans les brasseries
est retenue. M. le député de Maurice-Richard, s'il vous plaît.
• (12 h 30) •
M. Bouazzi : Merci
beaucoup, M. le Président. Mais, peut-être, ma question est pour
M. Legault. Vous avez énoncé un certain nombre d'articles constitutionnels
possibles et j'ai peut-être mal... mal vu, mais je n'ai pas vu, dans votre
mémoire, les détails de ce que vous nous avez lu. Est-ce que... est-ce que...
est-ce qu'il y a quelque chose que j'ai raté?
M. Legault (Yves) : Non,
absolument pas. Vous n'avez rien raté. C'est que ma présentation d'aujourd'hui
complète le mémoire...
M. Bouazzi : Ah, OK,
parfait.
M. Legault (Yves) : ...en
présentant, en partie, mon prototype d'ossature constitutionnelle qui est le
fruit de 35 ans de travail et de consultation, mais aussi et surtout la
constitution provisoire d'un parti politique qui s'appelle Démocratie directe,
qui est le seul qui veut donner sa souveraineté au peuple du Québec.
M. Bouazzi : Est-ce
que... est-ce que.... est-ce que...et j'ai 12 secondes ou, peut-être, même
pas. Est-ce que vous pourriez juste nous envoyer les documents auxquels vous
faites référence ou à la commission, ou directement à mon... à mon courriel
public? Je serais très heureux de les avoir, s'il vous plaît.
M. Legault (Yves) : Pas
de problème, ça peut se faire.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. Donc,
M. Fortin, merci beaucoup. M. Legault, faire parvenir votre document
au secrétariat de la Commission serait très apprécié, pour qu'on puisse le
partager entre les membres. Sur ce, je... compte tenu de l'heure, la commission
suspend ses travaux jusqu'à 15 h. Merci beaucoup, à tantôt.
(Suspension de la séance à 12 h 31)
15 h (version non révisée)
(Reprise à 15 h 04)
Le Président (M.
Bachand) :À l'ordre s'il vous plaît! Bon
après-midi à tout le monde. La commission reprend ses travaux.
Alors, on débute avec un groupe de gens,
que je ne nommerai pas, vous allez vous nommer au fur et à mesure. Mais je vous
rappelle que, pour cette présentation, nous avons l'interprétation simultanée
pour ceux qui veulent, donc anglais, français, il n'y a pas de problème. Alors,
merci beaucoup.
Alors, je vais débuter avec M. Guy Boivin
pour une période de deux minutes 40 secondes. Et, comme je suis allé vous
voir tantôt, donc, ça va être divisé, le huit minutes est divisé en trois, et
par après nous aurons une période d'échange avec les membres de la commission.
Donc, M. Boivin, vous avez la parole pour deux minutes 40 secondes. Merci
beaucoup d'être ici.
M. Boivin (Guy) : Merci.
Donc, merci de me recevoir. Par contre, je déplore le peu de temps qui m'est
alloué pour un sujet aussi dense. Comme vous avez pu le constater, mon mémoire
est en deux parties. Dans la première, vous avez les corrections que je
considère essentielles pour que votre projet de loi soit correctement
applicable. Par exemple, à l'article 17, quand vous parlez des gens qui
habitent le Québec, vous ne prenez pas en considération qu'un touriste habite
aussi le Québec un certain temps sans y acquérir des droits supplémentaires.
Dans la deuxième partie de mon mémoire,
vous avez la correction des modes de scrutin et de gouvernance qui maintiennent
actuellement la tradition britannique, alors que votre projet de Constitution
québécoise veut justement effacer l'apanage britannique. Aussi, tous les partis
promettent de modifier le mode de scrutin sans jamais procéder.
À mon avis, une constitution est le cadre
légal et politique régissant une nation bien définie et sa gouvernance. Dans ce
sens, elle circonscrit la nation qu'elle représente, son territoire, son mode d'administration,
son organisation et son fonctionnement les plus élémentaires. Je crois qu'il
est donc nécessaire d'inclure les modes de scrutin et de gouvernance dans la
Constitution car ils sont à la base même de la démocratie de la nation.
Dans mon livre à sortir incessamment, dont
vous avez ici le manuscrit corrigé, Équipe autonomiste vous offre un mode de
scrutin pour une Assemblée nationale entièrement paritaire et une gouvernance
garantissant l'entière impartialité et indépendance des institutions,
nonobstant le parti au pouvoir. Ces modes proposés sont le fruit de 13 années
de consultations et de réflexions intenses pour aboutir à la structure
recherchée par un Québec moderne et tout à fait démocratique, incluant tout ce
que tous appellent une troisième voie qui est celle de l'autonomie par la
confédération du Québec à la fédération canadienne, fidèle à ce qui était négocié
pour la conférence de Québec de 1864 avant que ça ne dérape en fédération en
1867. Je vous réfère donc à mon livre qui sera publié sous peu. Merci.
Le Président (M.
Bachand) :...parole maintenant à M. Colin
Standish. Merci beaucoup d'être avec nous. Alors, vous avez la parole pour 2
min 40 s, ou la partager avec d'autres. Donc, la parole est à vous. Merci
beaucoup d'être ici.
M. Standish
(Colin) :
Thank
you, Mr. Chairperson. This is Colin Standish testifying today on Bill 1...
M. Standish (Colin) : …is not a conventional provincial constitution, but a comprehensive
unilateral restructuring of Québec's relationship with the rest of Canada. It
is an attempt to establish a new legal and political foundation for Québec by
repudiating core tenets of the Canadian Constitution. It attempts to seize
federal powers. This law aims to create a de facto sovereign state through
provincial legislation. This legislation's overarching goal is to
systematically dismantle Québec's constitutional ties with the rest of Canada
in its quasi-constitutional declaration of nationhood.
Bill 1 foresees almost no
rights for Québec's English-speaking community and creates a Québec that is
only nominally part of Canada. This act attempts to alter the fundamental
structures of Canadian federalism through unilateral provincial action,
directly contravening the amending formulas in the Constitution Act of 1982.
The English language has constitutional protection as an official language of
Canada and, yes, of Québec. The status of English is enshrined in Québec laws,
regulations, the legislature and the courts as guaranteed under section 133 of
the Constitution Act of 1867. Québec's powers and jurisdictions are derived
entirely from the Canadian Constitution.
Collective rights…
excuse… Bill 1 interprets rights, freedoms, and government actions through the
lens of collective rights of the Québec nation, a concept arbitrarily defined
by the Québec legislature. Collective rights, as articulated, do not exist in
Canadian law. It is a fabricated concept designed to grant the legislature
unlimited power to override individual rights in the name of an arbitrarily
defined Québec nation. Replacing lieutenant-governor with an officer of Québec
and the Executive Council, with a Conseil des ministres severs the formal link
to the Crown. Bill 1 asserts provincial autonomy over federal appointments for
Supreme Court justices, senators, and international relations directly
infringing on exclusive… excuse me, federal jurisdiction. This document is not
a provincial constitution. It is a declaration of a new constitutional and
federal structure. It is a controlled demolition of the existing federal system
and an unconstitutional blueprint for provincial autonomy. Which begs the
question today: How can you adopt a constitution that is itself
unconstitutional? Thank you.
• (15 h 10) •
Le Président (M.
Bachand) : ...M. Standish. Je ne sais pas si ce serait
monsieur... Me Sommer ou... Oui, allez-y, Me Sommer, pardon. Allez-y.
M. Sommer (Jonathan) : Merci,
monsieur. Good afternoon. I'm Jonathan Sommer. This is Audrey
Baillargé, as well as Joseph Cianflone and Charles Roburn. We're here on behalf
of the Canadian Party of Québec. Democracy has evolved for over 2 000
years. But after World War II, attention shifted to fundamental human rights. A
principle that emerged is that rights must be entrenched in law, so an elected
majority cannot override them unless it can justify that override in court.
In Québec, this safeguard
appears in the Canadian and Québec charters. This is the guardrail against the
tyranny of the majority. Bill 1 removes that guardrail. It unlawfully asserts
supremacy is the law of laws. Then it deems language laws constitutional, even
if they infringe fundamental rights. And finally, it allows the legislature to
enact rights violating laws without needing to justify them. And it bars court
challenges. So, here's the problem, if a bare legislative majority can violate
any fundamental right without accountability, what prevents abuses like those
that enabled fascist era atrocities? And is that the constitutional foundation
Québec should embrace? Thank you.
Mme Baillargé
(Audrey) : Je parle aujourd'hui comme Québécoise. Fille d'une mère
Québécoise anglophone, d'un père québécois francophone héritière de générations
enracinées ici. Mon identité, comme celle du Québec, est plurielle. À
l'article 19, on tente de figer les caractéristiques fondamentales du
Québec. Mais fondamentales pour qui et selon quelle réalité? À l'article cinq,
on affirme que la seule langue commune est le français. Le français est non
négociable, mais une langue commune n'est pas une langue exclusive. L'anglais
est une langue commune pour des centaines de milliers de Québécois et c'est
l'une de mes langues maternelles.
Ce projet de loi étouffe une partie de mon
identité et lorsqu'on nie l'identité de Québécois bien réelle, c'est l'identité
du Québec qu'on rétrécit, sa mémoire qu'on réécrit, je me souviens, mais que
choisit-on de se rappeler et surtout que choisit-on d'oublier? Rappelons-le,
bien avant nos débats linguistiques, ce territoire portait déjà des milliers
d'années d'histoire autochtone. Une Constitution n'est pas un outil de tri
identitaire. Elle doit refléter le peuple tel qu'il est.
Je vous pose la question : Est-ce que
je corresponds à votre définition d'une Québécoise? Est-ce que ma mère en fait
partie? Si votre réponse est non, ce n'est pas mon identité qui est le
problème, c'est votre définition. On ne bâtit pas l'avenir du Québec en
effaçant celles et ceux qui le composent. Merci.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Nous allons débuter la période
d'échange. M. le ministre...
Le Président (M.
Bachand) :...pour 10 min 30 s, s'il vous
plaît.
M. Jolin-Barrette : Oui.
Merci, M. le Président, alors M. Boivin, les gens du Parti canadien, M. Roburn,
M. Cianflone, Me Baillargé, Me Sommer, Me Standish, aussi. Les gens qui vous
accompagnent, aussi, à l'arrière, merci beaucoup de participer aux travaux de
la commission. Peut-être avec M. Standish pour commencer, là, pour être sûr
d'avoir bien compris, là, vous dites : L'État québécois n'est pas apte à
adopter une constitution québécoise. C'est ça?
M. Standish
(Colin) :
I
believe that Québec can adopt a constitution. Provincial constitutions can be
legitimate; however, this proposed constitution is itself unconstitutional in a
variety of ways.
M.
Jolin-Barrette :
OK, mais vous êtes d'accord que l'article 45 de
la loi constitutionnelle de 1982 prévoit déjà qu'on peut modifier notre propre
constitution interne? Et la constitution québécoise, elle existe déjà, puis
vous constatez que dans le projet de loi 1, il y a énormément d'éléments qui
font déjà partie des lois québécoises qui ont été adoptées par le Parti libéral
du Québec, notamment.
M. Standish
(Colin) :
A
provincial constitution is very different from the way you've interpreted it,
with all due respect, Me Simon Jolin-Barrette, that a provincial constitution
is really everything that's within… encapsulated within the jurisdictions and
structures in section 91 and 92 of the
Constitution Act of 1867. Those
jurisdictions did not change with the 1982 constitution, which is, by the way,
legitimate despite… despite Québec's lack of signature, which, of course,
doesn't actually exist. So the Québec constitution's section 45 amendments,
which has been done with the…, with Bill 96, and now proposed in this
particular legislation, are…, is my argument, that selection of… justices,
board of selection of senators, any change to the English and French language,
for example: Saying English is… or, sorry, French is the only official language
of Québec, are all…, that that is not something that can be inserted in the
Canadian constitution. It is something one can do through a provincial law in
certain regards, but it's encapsulated by section 133 and the rest of the
Canadian constitution.
M.
Jolin-Barrette : OK. Juste pour être sûr, là, vous êtes contre le fait
qu'on vienne inscrire, dans la Constitution québécoise, dans la partie de la
Constitution québécoise qui se retrouve dans la Constitution canadienne de
1867, que le français est la seule langue officielle et commune du Québec. Donc
vous êtes contre ça, le fait que ce soit dans la Constitution de 1867, comme on
a fait ça dans la loi 96.
M. Standish (Colin) :
That is only… My apologies, that is only in Bill 96, so yes, that is
an illegitimate and unconstitutional constitutional amendment. I believe that
there are lawyers present today that are challenging that in a court of law,
that Bill 96 has challenges too, despite the presumption of legitimacy,
constitutional legitimacy for legislation. So, English and French are official
languages of Québec and Canada, I'm very proud to express myself in English
today. Je peux parler français aussi, je suis plus à l'aise en anglais, but all
laws, regulations, the courts and the legislator itself function equally in
English and French, or at least should, to meet their constitutional… to meet
the constitutional equality of English and French. For example, I believe, in
Bill 1, it says that if there's interpretive framework, and there's a
difference in English and French, the French interpretation will used to give…
to highlight the legislator's intent. That itself ruptures the equality of
English and French and is unconstitutional, and that's been adjugated by
numerous Supreme court judgments, as you would know, Mr. Jolin-Barrette, going
back to … 1 and … 2 in the 1990's.
M.
Jolin-Barrette :
OK. Just to be clear, so, you're saying to me, though… So, you're
against Bill 22 that was adopted by Robert Bourassa in his second mandate as
Premier of Québec by Québec Liberal party, that was saying that French is the
only official language of Québec. So, you're against that fact, that the Québec
Liberal party government adopted that in 1974, are you against that? Are you
against that reality that it's that for over 50 years?
M. Standish
(Colin) : I believe that was amended by the
original Bill 101 in 1977, I'm not a provincial liberal as you might know, Mr.
Simon Jolin-Barrette, but yes, that it did not rupture or change section 133,
that there was a comical moment in the early 1980's, when every member of the
National assembly had to re-pass the unofficial … English translation to make
the laws legitimate, that … 1 and … 2 said: You can't simply change section
133, that French is not the only official language of Québec is a… is a common
understanding. I understand that yourself and many others want to change that,
and so, Mr. Simon Jolin-Barrette, do you want do delegitimize section 133 or do
you plan to amend it in the near future?
M.
Jolin-Barrette : That was not the purpose of
my question…
M.
Jolin-Barrette :
...it was about the fact that... do you recognize that National Assembly in 1974 passed a bill to
say : The only official language in Québec... We understand that in Canada there's both official languages, two, French and English, but here,
in Québec, it's only French. Do
you recognize that or do you say it's illegitimate? And I don't talk about
section 133 of l'Acte de l'Amérique du Nord britannique, and we recognize that, but on that specific question, do you recognize that French
language is the official language of the State of Québec?
M. Standish
(Colin) : I recognize that Bill 2 was passed
in 1974, yes, I am aware of the legislative history. Did that change English as official... that is an
official language of Québec
provincially? No, I do not
believe it is. I understand that it has been propagated that French is the only
official language, that has not been true since 1763.
M. Jolin-Barrette : OK. Donc,
j'ai bien compris qu'il s'agit selon vous de la propagande, que ça va à
l'encontre de l'article 133. Alors, moi, quand je lis l'article 133, je n'ai vraiment
pas la même lecture que vous, ça donne certaines garanties judiciaires au
justiciable de faire en sorte de se présenter devant la cour et de pouvoir
avoir un procès en anglais. Ou en français, même chose... que les règlements et
les lois, au Québec, sont adoptés en anglais et en français, mais ça ne va pas
plus loin que ça. Alors, je comprends qu'on n'a pas la même définition de ce
qui est écrit et que vous êtes en contravention avec une loi qui a été adoptée
par l'Assemblée nationale depuis 1974, qui fait du rapport la langue officielle
du Québec. Alors, je note votre désaccord avec ça.
Peut-être pour les gens, M. Boivin, vous
trouvez que, dans le projet de loi, on devrait faire certaines modifications,
dans le cadre du projet loi. Est-ce que vous êtes favorable à la reconnaissance
des droits collectifs dans le projet de loi?
• (15 h 20) •
M. Boivin (Guy) : Je ne vois
pas d'inconvénient, mais je voudrais vous donner juste une information pour
vous éclairer. Pourquoi je me suis permis cette forme de correction là? C'est
que j'ai travaillé comme technicien en droit dans les palais de justice presque
toute ma carrière. Donc, j'ai utilisé mon expérience pour pouvoir m'asseoir
avec la loi et, d'une façon neutre, essayer de réfléchir à la loi en y trouvant
qu'est-ce qui ne fonctionnait pas. Donc, je vous l'ai souligné en rouge, qu'il
y a des choses, effectivement, qui ne sont pas cohérentes. Je vous donnais
juste un exemple concret tantôt, qui était le fait de dire «habiter le Québec».
Donc, ce n'est pas le fait d'habiter le Québec qui nous donne des droits, c'est
le fait d'être domicilié au Québec et d'avoir en plus une citoyenneté. Sinon,
comme touriste, j'habite au Québec pendant deux mois et je retourne chez moi.
Donc, voyez-vous, c'est des petits accrocs, comme ça, que j'ai vus dans votre
texte juridique. Et je l'ai fait sans aucune opinion, sans aucun jugement.
Ensuite de ça, je suis arrivé avec la
deuxième partie, où le parti Équipe autonomiste, pour lequel j'avais fait les
statuts... On avait fait une réflexion sur qu'est-ce que les Québécois auraient
aimé, comme gouvernement. Donc c'est pour ça que vous avez, exemple, une proposition
de parité en ayant des circonscriptions fusionnées et en faisant en sorte que
vous ayez deux députés pour chacune des circonscriptions. Pareil comme les
conseils de quartier à Québec, vous avez quatre femmes, quatre hommes et vous
n'avez pas le choix, quand un des députés quitte, exemple, un homme, à ce
moment-là, le poste n'est ouvert qu'à des hommes, pour que la circonscription
ait toujours deux députés, un homme et une femme. Donc, à ce moment-là, vous
avez la parité totale garantie dans votre Parlement. C'est un exemple que je
vous donne.
Le Président (M.
Bachand) :M. le ministre, le temps file.
1 min 25 s, questions, réponses.
M. Jolin-Barrette : Oui,
bien, pour les gens du Parti canadien, peut-être une question dans votre mémoire,
à la page 9, là. Vous êtes en désaccord avec le fait que le Québec se soit doté
de la Loi sur l'intégration nationale. Je comprends que, pour vous, le
multiculturalisme canadien devrait s'appliquer au Québec, notamment, pour
l'accueil des personnes immigrantes, on ne devrait pas accueillir en français
les personnes immigrantes... et participer à la société québécoise?
Le Président (M.
Bachand) : Donc, Me Sommer.
M. Sommer
(Jonathan) : Sorry. I'm just trying to find
the... that you are referring to...
M.
Jolin-Barrette : At the end, at the bottom of
the page 9.
M. Sommer
(Jonathan) : In... perhaps you can rephrase
your question...
M. Sommer
(Jonathan) :
...corresponds
to what's written here at the bottom of page 9.
M. Jolin-Barrette : Mais
en fait, lorsque vous dites, écoutez, en rejetant le multiculturalisme
canadien, vous porter atteinte à l'histoire du Québec. L'État québécois, depuis
plusieurs années, a parlé d'interculturalisme, récemment on a adopté une loi
sur l'intégration nationale pour justement définir notre modèle au Québec qui
n'est pas le modèle canadien, où, au Canada, on met en place des ghettos pour
dire aux gens mais restez dans vos communautés puis vous... ne vous intégrez
pas. Alors, est-ce que vous êtes d'accord avec le modèle d'intégration
nationale qu'on intègre dans la société?
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Je dois passer... céder
la parole au député d'Acadie...
M. Morin : Merci, M. le
Président. Alors, bonjour, bon après-midi. Alors, je... je vous nomme en... en
rafale, M. Boivin, M. Roburn. M. Cianflone, Me Baillargé, Me
Sommer et M. Standish, bon après-midi, merci d'être avec nous à la
commission.
D'abord, j'aurais une question pour
M. Boivin. Dans votre mémoire, vous suggérez un ajout. Je ne pense pas que
votre mémoire soit numéroté, mais en fait c'est vous suggérer un ajout à
l'article 30.1. «L'État veille à la protection de l'intérêt des animaux et
de l'environnement dans le respect des droits qui leur sont reconnus.» C'est...
c'est une suggestion intéressante. Dans le projet de loi présentement, le
gouvernement souligne, bon, en fait, qu'il faut protéger, entre autres, l'eau
et qui est une ressource collective. Mais je comprends que vous, voulez aller
plus loin. Est-ce que je vous comprends bien?
M. Boivin (Guy) : Je
trouve effectivement essentiel que, vu que vous parlez des droits des gens,
qu'on ait aussi une considération pour les animaux sauvages, etc., et pour
aussi la protection de l'environnement, dont l'eau. Donc, j'élargis votre
projet de constitution pour inclure effectivement... Même, j'ai ajouté aussi
les Premières Nations. Pourquoi, dans votre projet de loi, vous ne parlez pas
non plus des Premières Nations alors qu'ils sont là? Ensuite, de ça, j'ai... j'ai
essayé de vous donner des pistes de réflexion pour vous dire comme quoi votre
constitution peut être serait améliorée en y ajoutant des pouvoirs.
M. Morin : Merci. Juste
pour les fins de la commission, M. le Président, pour que ce soit très clair,
ce n'est pas mon projet de loi. Moi, je suis dans l'opposition officielle
libérale. C'est le projet de loi du gouvernement de M. le ministre. Alors,
juste pour que ce soit bien, bien clair, là, ça... ça mérite d'être dit.
Ceci étant, vous parlez également de
l'intérêt des animaux. Donc, est-ce que vous faites référence à la sentience
animale, aux animaux domestiques, à tous les animaux? Comment... comment ça
fonctionnerait?
M. Boivin (Guy) : Moi,
ce que j'y voyais, c'est de généraliser pour les animaux, entre autres. Et je
vous donne juste un exemple. Je sais qu'actuellement il y a des abattages
halal, et ce n'est pas quelque chose d'acceptable au Québec d'égorger les
animaux de cette façon-là. Donc, effectivement, je me dis qu'avec la Constitution
québécoise on pourrait effectivement protéger et faire en sorte qu'au Québec ce
n'est pas une façon d'agir en... en maltraitant les animaux, que ce soit des
animaux sauvages ou que ce soit des animaux domestiques. Exemple, quand on met
en cage des poules pour réussir à avoir des oeufs, bien, je sais qu'on peut
effectivement avec la constitution dire que les poules normalement devraient
être en liberté en partie. Vous n'êtes pas obligés de les laisser dans la
nature, mais vous pouvez quand même encadrer ce droit-là. Moi, je vous propose
dans votre constitution de faire un article général pour ensuite avec des
règlements plus spécifier ce que vous voulez comme protection.
M. Morin : Très bien. Je
vous remercie. Maintenant pour... pour le parti canadien ou le Parti canadien
du Québec. Maintenant, dans le... le projet de constitution du gouvernement de
la CAQ, il y a une seule référence à la communauté anglophone, et c'est dans
les considérants, c'est un des considérants où on fait référence au respect des
institutions de la communauté québécoise d'expression anglaise. Quand vous
l'avez lu, comment vous... comment vous avez ressenti ça?
M. Sommer
(Jonathan) :
Well,
my first reaction is that it's in the preamble, and we all know as lawyers how
little preambles often matter when it comes to the actual interpretation, but
it does… it creates a flavor, it creates a sort of prejudice, I think, you
know, we get named and then there's no other reference to us really in anything
else. And what I see following that is sections like section…
M. Sommer
(Jonathan) :
...section
9 of part two, which then allow the legislature, with a bare majority, to enact
laws that they can shield with a sovereignty provision. And I... And I know
that's not a defined term. Often people are assuming that the sovereignty
provision to which they refer is a section 33 sovereignty provision. It isn't
necessarily that. It allows them to override any right or freedom of anybody in
the province, as long as they include a few words in a statute, and that is...
that... the law that they then create is shielded from judicial scrutiny, and
they don't have to in any way explain or justify the reasons for that. This, to
me, frankly, is terrifying, when you have a combination of... sort of ignoring
of many minority groups. And I'm not just going to say anglophones, it's
Indigenous people, it's people of... people who are religious, because
obviously, in this sort of secular idea of what the Québec nation Constitutes,
there is a lack of recognition of, frankly, anybody that doesn't fit into that
two-prong test of being Francophone and non-religious. And I say this as an
atheist, you know. I'm... It concerns me deeply because I'm concerned about the
rights of all people in Québec. And so that combination makes me feel very
uneasy, to say the least.
M. Morin : Je vous... je vous
remercie. Pouvez-vous partager avec nous, nous en dire davantage sur le
mécanisme qu'a choisi le gouvernement pour consulter la population, qui
m'apparaît être très minimaliste? Comment vous ressentez ça?
• (15 h 30) •
M. Sommer
(Jonathan) :
Well,
first of all, if we're talking about constitution making, this is obviously not
regular legislation, this is a superstructure or a... The format and the set of
rules that will govern the making of laws in Québec, it will govern the way in
which laws are interpreted, it will... it governs the way in which they're
enforced or not enforced.
And I think, more
importantly, and this is the point I was making in my initial... in my initial
comments, ever since World War II especially, it was brought home to all of us
that unless you... entrenched fundamental human rights in a constitutional
order and you provide a guardrail against abuses by the tyranny of the
majority, you're going down a very dangerous road. This is a lesson that it
took us a long time to learn. Democracy has been in the works for thousands of
years, and it's evolved from something that was just a... votes for the elite
few to... through the French Revolution. If you read, for example, the
Declaration of the Rights of Man of the... of the National Assembly of France
in 1789, you find an explanation of the need for these human rights. And then,
it took us a long time to get these put into constitutional orders, and they
really came into being after World War II, when we saw just how wrong things
could go.
So, the structure that we
have in this bill, it... First of all, the Government can introduce, you know,
any law that it has a majority to introduce. Then, if anyone wants to seek a
stay before a court, there is a... there is a section that deals with stays,
which severely limits the ability to get a stay and does not follow the typical
rules of obtaining... injunctive relief. It cuts off the court from looking at
certain types of evidence. It constrains the ability of the court to, for
example, consider harm that may be done by the law and so constrained, and,
with its... you know, with its...
Le Président (M. Bachand) :
Merci.
M. Sommer
(Jonathan) :
...with
its strength cut off, it can no longer...
Le Président (M. Bachand) :
Merci, merci. Je dois céder la parole au député de Maurice-Richard
pour 2 min 38 s, s'il vous plaît.
M. Bouazzi : Merci beaucoup.
Je vais commencer par dire quand même qu'il est triste d'avoir trois groupes au
complet et juste 2 min 30 s, pour vous, pour expliquer ce que vous pensez de la
Constitution du Québec et, pour nous, 2 min 30 s pour poser la question à trois
groupes. Ça fait que, malheureusement, je vais poser mes questions juste au
Parti canadien du Québec.
M. le ministre Jolin-Barrette a parlé du
multiculturalisme canadien. Et puis je tiens à dire que nous, à Québec
solidaire, on n'est pas fan du multiculturalisme canadien par rapport au fait
qu'on ne pense pas qu'on a besoin de valoriser la différence. Par contre, on a
besoin de la respecter et respecter le droit à l'égalité de tous les citoyens
dans leurs différences. Il a fait référence à la création de ghettos au
Canada...
15 h 30 (version non révisée)
M. Bouazzi : ...à un ghetto, historiquement,
c'est des politiques antisémites où on a mis plein de Juifs ensemble dans un
quartier, où on les a exclus du reste de la société. Plus largement, c'est des
politiques publiques de ségrégation où on prend, dans la parole, des
communautés... une communauté religieuse, culturelle, ethnique, qu'on exclut du
reste pour les mettre dans... dans un quartier. Est-ce que vous comprenez à
quel ghetto, au Canada, il fait référence exactement?
M. Cianflone (Joseph) : ...
M. Bouazzi : Oui, c'est allumé.
M. Cianflone (Joseph) : Merci
bien et merci pour la question. Regarde, je pense que c'est très important de
souligner ce qu'il vous a souligné, parce qu'on n'est pas ici pour représenter
les anglophones, on est ici pour représenter les Québécois, qui sont des... de
la démocratie et des droits humains. Même en France, il n'y a pas une
conception des droits collectifs. Les droits collectifs sont faits, comme on l'a
fait ici, par des droits individuels et positifs. Accepter même une langue, une
seule seule langue au Québec, le français, ce n'est pas accepter la création d'une
religion contre toute autre langue. Ce n'est pas accepter qu'on devra chasser
toute la culture de nos frontières. C'est n'est pas un projet d'intégration ni
du multiculturalisme. Tout ça, c'est des concepts bien confus qui ne sont pas
du tout d'accord avec leur sens et les jurisprudences dont on parle. Ce qu'on
voit dans cette constitution est le manque absolu de respect pour la démocratie
et pour la voix de nos citoyens. Une nation mal définie, mal conçue avec tout
le pouvoir et... et l'impact des coûts pour avoir assurer la représentation de
notre peuple.
Alors, soyons... clairs, absolument clairs,
on a, comme tu l'as souligné, beaucoup des mêmes priorités. Il n'y a pas des immigrants,
ni à Québec, ni aux autres... du Canada, qui veut changer les valeurs du Canada
ni du Québec. Il vient ici pour ça. Le problème, c'est qu'on utilise ça pour un
bouclier, pour appuyer un cadre autoritaire. Ceci n'est pas démocratie...
Le Président (M.
Bachand) : Merci, merci beaucoup, c'est tout le temps qu'on a
malheureusement. Je suis désolé, M. le député de Maurice-Richard.
Sur ce, merci beaucoup d'avoir participé à la commission. Ça va très vite.
Et puis je vais suspendre les travaux quelques
instants pour accueillir notre prochain invité. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 15 h 35)
(Reprise à 15 h 39)
Le Président (M.
Bachand) :À l'ordre, s'il vous plaît! La
commission continue ses travaux... reprend ses travaux, pardon. Alors, il me
fait plaisir d'accueillir Mme Johanne Poirier de l'Université McGill. Merci
beaucoup d'être avec nous cet après-midi. Vous connaissez les règles de
présentation... une période d'échange avec les membres de la commission. La
parole est à vous. Merci beaucoup encore d'être ici avec nous aujourd'hui.
Mme Poirier (Johanne) : Merci
beaucoup. Alors, M. le Président, M. le ministre, chers membres de la
Commission des institutions, je m'adresse à vous à titre de
constitutionnaliste. Je suis prof à l'Université McGill, mais surtout à titre
de citoyenne, une citoyenne profondément attachée au Québec et inquiète des
conséquences du projet de loi 1. Et je vais parler du projet de loi un très
souvent, comme l'ensemble de l'oeuvre, sur la démocratie et certaines valeurs
fondamentales qui ont façonné la société québécoise depuis la Révolution
tranquille.
• (15 h 40) •
Je crois que la... le Québec devrait avoir
une Constitution codifiée. C'est un projet qui me tient à cœur depuis longtemps
et j'ai participé à différentes initiatives pour favoriser l'imaginaire
constitutionnel et imaginer la rédaction d'une Constitution. De plus, je ne
pense pas que chaque ligne du projet de loi 1 soit problématique et que le
bébé doive être jeté avec l'eau du bain. Mais certains éléments de ce projet
sont sérieusement inquiétants, ce qui a conduit à un tollé et à une levée de
boucliers. C'est tout l'inverse de ce que devrait être un processus
constituant. En effet, l'étymologie latine de Constitution nous le rappelle,
Constitution vient de «con statuere». Fixer les règles ensemble, ensemble étant
le mot clé ici.
Dans les quelques minutes qui me sont
imparties, j'aimerais aborder, mais vraiment, évidemment, très brièvement,
quatre questions : le processus, la lisibilité, l'affaiblissement des
contre-pouvoirs et je dirai un mot sur le Conseil constitutionnel. Alors, en
premier lieu, sur le processus d'élaboration et le processus envisagé pour
l'adoption de cette Constitution et des lois qui... qui l'accompagnent, le
processus est légal, mais il est vicié et il est illégitime. Plusieurs ont
souligné le manque de consultation en amont. Les présentes consultations en
aval répondent en partie à cette lacune, mais pas suffisamment. En fait, le
terme «consultation» que j'ai moi-même utilisé, notamment dans mon mémoire,
n'est peut-être pas adéquat, n'est peut-être pas suffisant. Je crois que ce
qu'il nous faut, ce sont des conversations, des échanges, des espaces où on
s'écoute, où on se parle, où on apprend, où on nuance, où on développe des
consensus, pas uniquement des conversations entre professeurs, parfois dans des
silos, pas uniquement des conversations un peu bilatérales comme celle-ci.
C'est important, évidemment. Et merci de nous recevoir, mais ce n'est pas un
échange très approfondi.
Et là, dans le contexte, M. le ministre,
j'aimerais peut-être vous remercier. C'était peut-être par inadvertance, mais
vous avez réveillé les troupes constitutionnelles au Québec. Soudainement, on
en était là et on commence à en parler. On a créé une dynamique d'échange sur
les enjeux constitutionnels et merci. On assiste à des débats musclés, parfois
sereins, parfois moins, et je dois vous avouer qu'en... en octobre, bon nombre d'entre
nous avons été pris par surprise et depuis ce temps-là, ça va très vite. En
fait, ça va trop vite, ce processus va trop vite. Il faut reprendre le travail
sans tout jeter dans un processus qui est plus inclusif et délibératif.
Évidemment, ça peut prendre différentes
formes, commissions itinérantes à la Bouchard-Taylor, commissions
transpartisanes, assemblées citoyennes. Et je sais que demain vous allez
rencontrer Christian Lapointe qui vous a... qui vous parlera de son projet
constituant, une Assemblée constituante. En fait, on peut...
Mme Poirier (Johanne) : ...nos
processus. On a de l'audace, on a de l'imagination. Mais ce qui ne va pas,
c'est d'utiliser un processus législatif parlementaire régulier. Il n'y a rien
de régulier dans ce qu'on est en train de faire. Une constitution, ce n'est pas
un objet politique partisan. Ce qui se passe en ce moment, ce n'est pas
légitime, ce n'est pas digne du Québec. On peut faire mieux et on doit faire
mieux.
Ce qui m'amène à mon deuxième point, peut-être
celui sur lequel j'aimerais insister davantage : celui de la forme. Une
constitution démocratique doit être lisible. Une constitution qui est illisible
est inaccessible. Elle est difficile à comprendre, à enseigner, à appliquer.
Elle prive les citoyens d'un accès au contrat social qui les lie à l'État et
qui encadre les pouvoirs de l'État. L'exemple canadien, je l'utilise souvent
dans mes cours. La Constitution canadienne est à peu près illisible. Elle
est... Elle est composée, comme vous le savez, de deux grands textes, plus une
trentaine d'autres textes, des conventions et des principes, etc. À peu près la
seule partie qui est lisible pour le commun des mortels, et ça, évidemment, ça
ne veut pas dire qu'elle est toujours très transparente, c'est la charte
canadienne. Mais, pour le reste, c'est un texte très inaccessible. En 2026, au
Québec, on peut faire mieux, on doit faire mieux. Le projet de loi n° 1
aurait pu être une occasion de consolider et de clarifier l'ensemble des textes
fondamentaux pour le Québec, de... de codifier les conventions
constitutionnelles, certaines le sont, certaines ne le sont pas. En fait, le
projet de loi n° 1 fait plutôt l'inverse que d'apporter de la clarté. Il
comporte trois lois, modifie une panoplie d'autres, enchâsse certains droits,
mais pas d'autres, certaines... on codifie certaines conventions, mais pas
d'autres, le tout sans cohérence d'ensemble. En fait, les constitutionnalistes,
et dès lors les citoyens, en perdent leur latin. On valse d'un texte à l'autre
en tentant de comprendre la logique, en trouvant l'intersection entre les
règles. Parfois, on découvre des éléments cruciaux à la dixième lecture du
texte. Ça crée une incertitude profonde, une insécurité juridique qui est
incompatible avec l'État de droit, un principe qui est affirmé dans la
Constitution. En d'autres mots, le Parlement a entre les mains une sorte de loi
constitutionnelle omnibus, pleine de surprises que seuls les auteurs
comprennent vraiment. C'est tout le contraire d'un texte mobilisateur, accessible,
démocratique, pour les Québécois et les Québécoises. On doit faire mieux.
Mon troisième point, je l'aborderai très
rapidement parce qu'il me reste très peu de temps, c'est la remise en cause des
contre-pouvoirs. Plusieurs en ont parlé. Le législateur, évidemment, a le
premier mot, dans certaines circonstances bien encadrées, bien justifiées, il
peut avoir le dernier mot, mais il ne peut pas avoir le seul mot. C'est
l'ouverture à l'arbitraire, et plusieurs en ont parlé. L'effet combiné de la...
des dispositions de dérogation boostées aux hormones ici et de l'article 5 de
la Loi sur l'autonomie font en sorte qu'on pourrait se retrouver avec des
risques de priver les citoyens de leurs droits sans contextualisation et sans
justification. On a soulevé à quel point c'est dangereux. Je veux bien croire
que ce n'est pas l'intention des rédacteurs du texte, mais une constitution,
c'est un texte pérenne, il a vocation à durer. Regardons ailleurs dans le
monde. Les partis liberticides et d'extrême droite pullulent, des régimes
démocratiques basculent vers l'autoritarisme. On n'est pas à l'abri. Une
majorité parlementaire pourrait limiter la liberté d'expression, la liberté
d'association sans justification, sans contrôle des juges.
Je passerai rapidement à mon quatrième
point, sur le Conseil constitutionnel, en faisant simplement un petit pitch.
C'est une idée intéressante, ça existe ailleurs, mais, encore une fois, le
projet n'est pas mûr. Ça existe sous différentes formes, apparemment, en
France, en Espagne, en Italie, en Belgique, que je connais mieux, mais
l'interaction entre les cours constitutionnelles...
(Interruption)
Mme Poirier (Johanne) :
Excusez-moi, il me reste 30 secondes. Je... Les cours constitutionnelles et les
conseils consultatifs méritent d'être approfondis, et mon pitch est le
suivant : lundi prochain, à McGill, on organise une conférence en ligne
avec le président du... l'équivalent du Conseil constitutionnel catalan,
l'ancien président et toujours membre de ce conseil, qui pourra nous éclairer.
Alors, en conclusion, les Québécois et les
Québécoises méritent d'avoir une constitution codifiée et lisible, une
constitution qui émerge d'un processus constructif, rassembleur, inclusif, y
compris avec les peuples autochtones. Le projet qui est soumis n'est simplement
pas mûr. Il ne faut pas l'adopter par un coup de force parlementaire, guidé par
un calendrier électoral. Il ne faut pas non plus rejeter le bébé avec l'eau du
bain. Profitant des débats que le projet de loi suscite. Les conversations ont
commencé, elles doivent se poursuivre. Et, en somme, si je puis me permettre,
j'ai un peu envie de vous dire à la prochaine fois...
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup.
Mme Poirier (Johanne) : ...en
souhaitant...
Le Président (M.
Bachand) :Merci, merci. Alors, M. le
ministre, pour une période de neuf minutes...
Le Président (M.
Bachand) :...secondes, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Oui,
merci, M. le Président. Mme Poirier, bonjour. Merci de participer aux travaux
de la commission. Écoutez, d'entrée de jeu, je voudrais qu'on aborde, là...
J'ai compris toute la question de la forme avec laquelle vous êtes en
désaccord, alors vos commentaires ont été versés dans mon... dans mon cerveau,
alors je vous ai entendue et j'en prends acte. Si on va sur le fond des choses,
vous dites, là, dans votre mémoire... vous avez un enjeu avec l'article 5.
Puis peut-être pour les gens qui nous écoutent, là, le projet de Constitution,
c'est la première partie, donc, c'est Constitution du Québec. Et, à l'intérieur
du projet de loi n° 1, il y a d'autres lois, donc, une deuxième loi, la
Loi sur l'autonomie constitutionnelle, qui est l'équivalent de la Saskatchewan
First Act ou la Loi sur l'Alberta souveraine dans un Canada uni... je
paraphrase, là. Alors, c'est des outils constitutionnels pour défendre
l'autonomie du Québec à l'intérieur du Canada.
Donc, à l'intérieur de cette loi-là, il y
a l'article 5, qui fait en sorte qu'on dit : Bien, pour les
organismes publics qui veulent contester certaines lois, ils ne pourront pas le
faire avec des fonds publics, des organismes publics. Premier élément. Il y a
beaucoup de gens qui ont critiqué cet aspect-là. Deuxième élément,
également, de votre mémoire, vous abordez la question de l'article 9,
relativement à la disposition de souveraineté parlementaire. Juste pour qu'on
s'entende, là, l'article 9 qu'on a inscrit, là, est-ce que, selon vous,
c'est l'état de droit actuel en vertu de Ford, qu'on vient incorporer?
Mme Poirier (Johanne) : J'ai
envie de vous dire : La Cour suprême n'a pas toujours raison. Peut-être
que vous partagerez mon avis. C'est possible, c'est possible. Mais dans la
mesure où elle vient dire sans contextualisation et sans justification, si
c'est ça que la Cour suprême a dit, peut-être que la Cour suprême se ravisera,
je n'en sais rien. Mais en tout cas, à titre de citoyenne, je ne me sens pas
protégée par ça.
• (15 h 50) •
M. Jolin-Barrette : OK,
d'accord. Mais l'État du droit, vous êtes professeure de droit, actuellement,
l'État du droit, au Québec, c'est ça? Par rapport à 33 ou à 52, par rapport
à...
Mme Poirier (Johanne) : Écoutez,
les... au jour d'aujourd'hui, maintenant, je vais... je vais vous avouer que ça
fait longtemps que j'ai relu Ford et à ce qu'on disait, sans contextualisation,
je ne sais pas. Sans justification préalable, peut-être. Est-ce que c'est
désirable? Je ne sais pas. Maintenant, est-ce que c'est l'État du droit tel
qu'il sera dans quelques mois? Je ne sais pas. Parce que la question est posée.
M. Jolin-Barrette : Oui, mais
ma question, c'est l'État du droit actuel, parce qu'on invoque souvent le fait,
dans le cadre de cette commission-là, que, écoutez, les tribunaux, tout ça, là,
c'est collé sur la décision de Ford en fonction de ce que la Cour suprême a
décidé. Et c'est ce qui se retrouve... Et c'est ça, l'État du droit,
présentement. Je comprends que certains souhaitent que la Cour suprême se
prononce, notamment, dans la loi sur la laïcité, pour restreindre la capacité
des entités contribuant à la fédération canadienne, donc, de limiter le pouvoir
de la souveraineté parlementaire des assemblées législatives. Et ça, si la Cour
suprême fait ça, il va y avoir d'autres enjeux constitutionnels sur l'unité
canadienne aussi. D'ailleurs, il y a cinq autres provinces qui appuient la
position du Québec à ce niveau-là.
Mme Poirier (Johanne) : Est
ce que... pardon.
M. Jolin-Barrette : Allez-y.
Mme Poirier (Johanne) : Si je
peux me permettre juste un petit mot, c'est peut-être un peu ironique et
paradoxal, évidemment, qu'on parle tellement de souveraineté parlementaire.
Moi, personnellement, la clause de souveraineté parlementaire, je... je
continue de l'appeler la clause de dérogation. Je pense qu'il ne faut pas avoir
peur des mots. On suspend des droits et quand on suspend des droits, il faut
avoir le courage de dire pourquoi on le fait et de le justifier. Les citoyens
méritent ça. Notre État de droit nécessite ça. Maintenant, que ce soit possible
que ça ait été envisagé en 1988, dans un autre contexte et... peut-être, là,
mais... mais personnellement, en tout cas, ce n'est pas pour... ce n'est pas ce
que je souhaite dans un Québec moderne, contemporain, démocratique aujourd'hui.
Dans des circonstances très, très différentes et, non plus, la suspension de la
Charte québécoise, qui fait quand même partie, à mon avis, de notre identité
constitutionnelle, c'est quelque chose dont on doit être fiers, et donc
suspendre la Charte canadienne, c'est peut-être une chose, mais suspendre la Charte
québécoise de cette façon-là, sans justification par une majorité
parlementaire, ça me terrorise.
M. Jolin-Barrette : C'est
surtout une question d'interprétation du droit aussi, de la façon dont il est
interprété, ce droit-là. Parce qu'à partir du moment où vous avez... supposons,
dans le cadre d'un parlement démocratiquement élu, la société souhaite que
certaines lois soient adoptées, c'est une façon de vivre ensemble aussi. Il y a
des limites parfois et le législateur est obligé d'utiliser cette disposition
de souveraineté parlementaire là, pour, notamment, respecter à la fois le cadre
constitutionnel, mais à la fois respecter aussi le liant de la démocratie
aussi. Ça aussi, il faut réfléchir.
Mme Poirier (Johanne) : Oui,
mais pourquoi sans justification? C'est ça? Si on a une raison de le faire,
expliquez-le. Ayez le respect des citoyens pour l'expliquer...
M. Jolin-Barrette : ...je
pense que, comme parlementaires, je pense qu'on respecte beaucoup les citoyens
avec le travail qu'on fait, de part et d'autre, de toutes les formations
politiques à ce niveau-là.
Sur un autre sujet, au niveau, là, de la
préparation, vous savez qu'il y a un comité, sur les enjeux constitutionnels,
qui a été constitué et que leur première recommandation est à l'effet de doter
le Québec d'une constitution. Donc, je suis un peu surpris, lorsque, tout à
l'heure, je vous ai entendu dire : Bien, écoutez, seulement, depuis le
mois d'octobre, les constitutionnalistes ont été surpris. Or, le rapport a
été déposé en novembre 2024. Le premier ministre a fait un remaniement en
janvier 2025, où il a annoncé clairement qu'il nous confiait le mandat de
travailler sur une constitution. Mais je prends, par contre, vos remerciements
sur le fait que, depuis les dernières années, on a émoustillé le milieu
constitutionnel, notamment avec la loi n° 96, avec la
loi n° 21. On a réactivé la discussion
constitutionnelle qui était figée, je vous dirais, depuis 1995, où est-ce que
le Québec était dans... les deux pieds dans des blocs de béton et n'avançait
pas. Et l'engagement du gouvernement du Québec est justement de défendre les
compétences, les aspirations, la volonté de la nation québécoise.
Moi, je me sens... je me sentirais très
mal à l'aise, comme ministre de la Justice, de rester sur les lignes de côté et
pas d'aller positivement avec des projets qui vont permettre de donner des
outils au Québec, à l'État québécois puis à la nation québécoise pour prendre
sa place, pour faire en sorte de défendre ses intérêts, ses compétences à
l'intérieur de l'ensemble canadien, nonobstant la question constitutionnelle
qui est portée par certaines formations politiques. Mais on a le droit, comme
Québécois, o; me semble, d'affirmer qui nous sommes, de définir comment on est,
de se doter d'un outil juridique pour influencer le droit lorsqu'il y a des
litiges, notamment devant la Cour suprême, vous ne trouvez pas?
Mme Poirier (Johanne) : Oui,
je suis d'accord avec vous, on a le droit et on devrait le faire. La question,
c'est : Comment on le fait? Comment on le fait? Et ça dépend des questions
évidemment. Lorsqu'il s'agit de relations intergouvernementales ou de rapports
avec l'État fédéral, c'est une chose, lorsqu'il s'agit de rédiger une
constitution, c'en est une autre. Et là vous entendez plein de gens qui
viennent avec des propositions d'enchâsser le droit des animaux. Moi, mes
étudiants, cette semaine, sont arrivés avec des constitutions d'entités
fédérées, qui enchâssaient le droit de jouer, parce que c'est calqué sur la
Convention des droits de l'enfant. Enfin, on peut... on peut imaginer que les
citoyens viendraient avec des suggestions.
Donc, on a plusieurs problèmes ici. Moi je
suis et je suis d'accord avec vous qu'on peut s'affirmer, qu'on peut se donner
des outils, qu'on peut détailler comment le Parlement doit fonctionner, et
l'Exécutif se comporter, et l'administration aussi, je n'ai pas de souci. Mais
là on mélange ceci avec une constitutionnalisation qui est opaque jusqu'à un
certain point, parce qu'il y a des trucs qui sont constitutionnalisés, il y en
a qui ne le sont pas. Un petit exemple, le Conseil constitutionnel, si j'ai
bien compris, a deux fonctions, il y en a une qui se retrouve dans la
Constitution et l'autre pas. Et là tu dis : OK, c'est bon, alors comment
ça fonctionne? Vous, vous le savez sans doute, parce que vous avez le travail
en amont, mais nous, franchement, on tombe des nues, on se dit : Mais
comment ça va fonctionner? Pourquoi est-ce qu'on se constitutionnalise juste un
aspect de ces missions-là? Et donc je pense qu'il faut faire un peu le ménage,
mais ça ne veut pas dire, comme je l'ai répété, qu'on doit rejeter le bébé avec
l'eau du bain, je ne pense pas. Je crois que ce qu'on fait est important, je
crois que ce qu'on fait est important et qu'on doit être plus inclusif en le
faisant.
Je ne veux pas... Personnellement, je suis
au bord de la retraite, là, je ne veux pas remettre ça aux calendes grecques,
je pense qu'on est mûrs pour ça, qu'il y a une sorte d'appétit pour ça. Les jeunes
y ont droit. Ça fait 30 ans, 40 ans qu'on dit aux jeunes :
N'essayez même pas d'avoir un processus constituant, que ce soit au Canada ou
au Québec. C'est divisif, c'est difficile, ça ne sert à rien. C'est totalement
antidémocratique. Il faut que les gens puissent s'approprier les règles de leur
vivre-ensemble, c'est tout à fait légitime, mais il faut le faire ensemble. Et
je suis désolée, en ce moment, on n'a pas l'impression que c'est ce qui se
passe et qu'il y a... Quand on voit un tel... une telle résistance, quand on
entend la Fédération des femmes du Québec venir dire : Ce qu'on veut
faire, c'est sauver les meubles, sauver nos acquis, on a peur, c'est drôlement
préoccupant, M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Par
rapport à l'article 29.
Mme Poirier (Johanne) : Peut
être, mais...
M. Jolin-Barrette : Bien, par
rapport... Non, mais nommons... nommons les choses.
Mme Poirier (Johanne) : Oui, par
rapport à l'article 29. Maintenant, est-ce qu'ils ont des préoccupations
par rapport... par rapport à l'État de droit qui s'effrite et aux recours aux
tribunaux? Peut-être aussi.
M. Jolin-Barrette : Non, mais
on les a entendus très clairement. L'article 5, je pense que c'est
important de donner la bonne information aussi, les organismes ne sont pas
visés par l'article 5. Et, lorsque j'entends certains constitutionnalistes
nous dire : Vous limitez le droit d'ester en justice pour des organismes
comme des organismes communautaires, alors que ce n'est pas ça qui est écrit...
Le Président (M.
Bachand) : Merci...
M. Jolin-Barrette : ...
M.
Bachand
:
...merci, M. le ministre. M. le député d'Acadie, pour 7 min 19 s,
s'il vous plaît.
M. Morin : Merci, M. le
Président. Bonjour, professeur...
M. Morin : ...Poirier, merci
d'être avec nous cet après-midi.
Bien, justement, on en parlait tout à
l'heure, du comité consultatif qui a été mis en place par M. le ministre pour
évidemment le conseiller. Une des premières recommandations du comité, c'était justement
qu'il y ait une commission transpartisane avec... incluant plusieurs citoyens
et qui serait allée recueillir les témoignages. Visiblement, ça n'a pas été
retenu par le gouvernement, donc on est pris dans un cadre parlementaire rigide
et précis. Qu'est-ce que vous pensez de cette idée d'un comité transpartisan
qui serait allé recueillir, il aurait pris son temps, qui aurait consulté la
population puis qui aurait pu revenir après? Est-ce qu'on n'aurait pas eu plus
de chance d'avoir un consensus plutôt que... bien là, on est en train d'avoir
un consensus contre le projet du ministre.
Mme Poirier (Johanne) : Oui.
C'est très divisif, malheureusement, et c'est dommage. On est en train de
passer à côté d'une belle occasion. Écoutez, c'est un processus qui a
fonctionné par le passé pour des enjeux très importants et donc c'est... c'est
une option, tout à fait, d'avoir une commission transpartisane rogatoire qui
passe à travers les différentes régions du Québec. Il faut... Il faut pouvoir
le faire d'une façon qui est très inclusive. Il faut pouvoir le faire d'une
façon qui est très inclusive avec les peuples autochtones, parce que, là, on
est en processus constituant avec des peuples qu'on nomme «nations» dans le
projet, mais... et donc est-ce que la commission aurait besoin d'adapter sa
façon de faire pour avoir ces conversations-là avec les nations autochtones?
Peut-être. Il faut... Il faut vraiment réfléchir à la question, mais c'est sûr
que ce serait une approche qui serait plus fructueuse, je pense, que ce qui se
passe en ce moment, où tout le monde... où les gens sont très divisés. Je ne
dis pas que tout le monde se braque, de toute évidence, il y a des groupes et
des individus qui appuient ce projet, mais il y a suffisamment de résistance
pour que ce ne soit pas du tout un projet porteur.
• (16 heures) •
M. Morin : Ce qui... En fait,
je vous dirai, et j'aimerais vous écouter là-dessus, ce qui est le... ce qui
est le plus triste, c'est que la plupart des gens s'entendent pour qu'on ait
une constitution.
Mme Poirier (Johanne) : Bien
sûr.
M. Morin : Mais il y a la
manière. Et c'est là que ça ne fonctionne pas. Vous partagez mon opinion
là-dessus?
Mme Poirier (Johanne) : Oui,
oui, je pense. Évidemment, on s'en... il n'y aura pas toujours un accord entier
sur tout ce qu'on mettra dans une Constitution, là, forcément. Mais il faut...
Il y a... Très sincèrement, je pense qu'il y a des éléments dans la
Constitution et dans les projets connexes et dans toutes les lois qu'on
modifie, etc., il y a des éléments probablement qui feraient pas mal consensus.
Le problème, c'est quand on s'est braqués parce qu'il y a des éléments qui sont
tellement inacceptables ou qui font tellement peur ou qui sont... mécompris.
C'est possible aussi, hein? Parce qu'on se fait dire constamment : Vous
n'avez pas compris, vous n'avez pas compris. Bien, si on n'a pas compris, bien
c'est qu'il n'y a pas eu assez de préparation et une discussion. Si les gens
ont peur de la constitution qu'on va adopter, c'est... c'est vraiment assez
problématique. C'est... C'est l'envers de ce qu'on devrait obtenir, même si je
crois, et je pense qu'il y a un consensus, qu'une constitution lisible, écrite,
accessible, un petit livre bleu que chaque famille aurait, ce serait positif.
M. Morin : Bien. Je vous
remercie. Maintenant, il y a une partie du document qui qui traite... c'est, en
fait, la Loi sur le Conseil constitutionnel. Vous y avez fait référence. Il y a
des États, notamment en Europe, en France, pour ne pas nommer la France, qui
ont un Conseil constitutionnel. Je crois cependant que le fonctionnement et la
compétence et l'autorité du Conseil en France est assez différent de ce qu'on a
dans le projet de loi. Est-ce que je me trompe?
Mme Poirier (Johanne) : Je
pense que vous avez raison, mais je ne suis pas du tout une spécialiste du
Conseil constitutionnel français. Donc, je pense qu'on a besoin d'expertise ici
pour... Le Conseil constitutionnel a une fonction consultative a priori, hein,
pour les projets de loi, donner un avis préalable à la demande de
parlementaires et de gouvernements. Elle a aussi une fonction a posteriori de
contrôle de constitutionnalité. Donc évidemment, on est dans un organe plus
complexe que ce qu'on prévoit ici. Parce qu'ici on a des organes distincts qui
font... qui font ça, les tribunaux judiciaires qui contrôlent la
constitutionnalité, et là, on aurait un organe qui donnerait des avis
préalables sur la constitutionnalité des lois, la conformité avec la
Constitution du Québec. Donc, on a... Je pense qu'il faut vraiment faire une
analyse beaucoup plus approfondie. Ça a été mentionné dans le projet... le
rapport...
M. Morin : Rousseau-Proulx.
Mme Poirier (Johanne) : ...voilà,
Proulx-Rousseau, mais, bon, de façon très lapidaire. Et les autres exemples
auxquels moi je peux penser, et très sincèrement, il y en a sans doute
d'autres, n'ont pas été invoqués. Comme je vous dis, la Catalogne, la... la
Belgique, l'Italie ont des conseils consultatifs. Comment ça s'articule dans la
constellation des institutions? Je ne le sais pas. J'aimerais bien vous le
dire.
Quant à la composition, c'est vrai que
certains de ces organes-là sont composés de non-juristes quand elles ont... ils
ont des fonctions consultatives. Ça peut arriver. Encore une fois, informons-nous.
Informez-nous. Mais, pour l'instant, nous, on n'a pas eu le temps. On a... Vous
avez un projet de loi devant les yeux, puis on n'a pas beaucoup
d'informations...
16 h (version non révisée)
M. Morin : ...et la... et la prochaine
question que j'aurais pour vous là-dessus, c'est : Comment ça va
fonctionner avec nos tribunaux? Parce que ma compréhension, en tout cas, à ce
stade-ci, là, c'est que ça ne semble pas interdire le recours aux tribunaux.
Donc, on pourrait avoir un avis du Conseil constitutionnel qui dit : A. Et le
tribunal, lui, pourrait arriver à la conclusion que c'est B. Et donc là, pour
le justiciable ou pour l'État en général, ça devient un peu compliqué, là. Est-ce
qu'on veut opposer ça aux tribunaux, essayer de diminuer la légitimité des
tribunaux? En fait, je ne sais pas. Je vous pose la question.
Mme Poirier (Johanne) : Évidemment,
on ne veut pas délégitimer les tribunaux et vous avez entendu les représentants
du Barreau. Cela dit, encore une fois, des institutions consultatives de ce
type-là existent ailleurs. Je vous donne un exemple que je connais un peu. En
Belgique, le Conseil d'État a une fonction d'avis préalable sur les projets de
loi, que ce soit fédéraux ou des projets de loi, des entités constituantes de
la Belgique. C'est préalable, mais ça n'empêche pas par la suite de contester
la constitutionnalité d'une loi une fois qu'elle est adoptée devant la Cour
constitutionnelle. Et il peut arriver que les deux ne s'entendent pas. Il peut
arriver. Mais donc, c'est la Cour constitutionnelle qui a le dernier mot. Le
Conseil... le Conseil d'État qui donne son avis préalable, donne un avis que le...
dont le législateur peut tenir compte pour modifier son projet de loi ou pas.
Parfois, ils vont de l'avant de toute façon en se disant : Bien, s'il y a
une contestation... et l'avis devient un peu une pièce du puzzle, un peu une
sorte de doctrine dont la cour peut se saisir.
Donc, encore une fois, je peux comprendre
la crainte de l'opposition entre les institutions, qui est... qui est
manifestée ou qui est reprise par certains intervenants, mais allons voir
comment ça se passe ailleurs. Peut-être qu'on trouvera que c'est une très
mauvaise idée. Peut-être qu'on trouvera que ce n'est pas une mauvaise idée, mais
à ce stade-ci, très sincèrement, moi, je suis un petit peu dans le brouillard.
M. Morin : Et finalement,
rapidement, le temps... le temps file. Le gouvernement met beaucoup l'accent
sur les droits collectifs et on semble opposer les droits collectifs aux droits
individuels. Est-ce que c'est quelque chose qui vous fait peur ou qui vous
dérange?
Le Président (M.
Bachand) : Très rapidement, Pre Poirier, s'il vous plaît.
Mme Poirier (Johanne) : Écoutez,
j'aimerais m'en remettre aux spécialistes des droits. Moi, je suis plutôt une
spécialiste de fédéralisme et d'institutions. Je pense qu'on tient compte de
certains droits collectifs lorsqu'on demande des justifications de toute façon
à droit constant en ce moment, qu'on reconnaisse des droits collectifs à des
groupes dans la mesure où ils sont bien définis et qu'ils ne remettent pas foncièrement
en cause les...
Le Président (M.
Bachand) : Merci...
Mme Poirier (Johanne) : ...la
protection individuelle.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. M. le député de
Maurice-Richard, s'il vous plaît.
M. Bouazzi : Merci, M. le
Président. Merci beaucoup pour votre contribution. Vous avez dit que vous étiez
inquiète pour les droits fondamentaux, la démocratie dans ce projet de loi. Le
ministre avait l'air très à l'aise à nous dire que, la souveraineté
parlementaire, il n'avait pas à justifier face à un genre de clause dérogatoire
continue, si vous voulez. Rappelons quand même que, dans les droits
fondamentaux, dans la charte, il y a le droit à la vie, le droit à l'égalité, ce
n'est pas des petits droits, hein, dont on déroge. Il y a aussi la présomption
d'intérêt public pour les lois. Bref. Bon, nous à l'Assemblée, on présume la
bonne foi de tout le monde, ça fait que je vais prendre un exemple dans le
passé. Bon, je vais prendre l'exemple de Duplessis qui a mis en place la loi
cadenas contre les communistes, les syndicalistes, etc., de gauche, qui a mis
en place des politiques antisémites, des politiques contre les Témoins de
Jéhovah. Est-ce que vous pensez qu'avec ce genre de constitution ça
faciliterait un Duplessis 2.0 qui nous arriverait dans l'avenir à mettre
en place des politiques comme celles-là?
Mme Poirier (Johanne) : Malheureusement,
je pense que oui. Je pense que oui. On peut affirmer l'égalité entre les hommes
et les femmes et le constitutionnaliser. On peut suspendre ce droit. Et très
sincèrement, comme dans la... l'histoire du Québec, on a déjà vu les droits des
femmes bafoués. Je sais que ce n'est pas l'intention ici, je le sais, mais
comme je l'ai dit, une constitution, c'est un... c'est un texte qui a vocation
à être pérenne, qui va guider les acteurs à long terme. Et là on a des outils
dans la boîte à outils qui peuvent faciliter l'arbitraire.
Évidemment, le système est tout à fait
différent aux États-Unis, là, mais imaginez des outils comme ça entre les mains
de la présidence américaine en ce moment, où on peut non pas empêcher le
recours aux tribunaux, mais le rendre très difficile dans certains cas, et où
on peut simplement, par une... par une affirmation majoritaire... bon, évidemment,
on est dans un système présidentiel, c'est un peu différent, mais suspendre des
droits fondamentaux, les droits... les droits des citoyens. Je le sais que c'est
difficile à... à envisager aujourd'hui. Là, on se fait confiance. Ce n'est pas
l'intention, mais je pense que c'est possible...
Mme Poirier (Johanne) : ...parce
qu'une fois qu'ils sont dans la boîte à outils, ils seront dans la boîte à
outils, ces outils-là.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. Merci beaucoup,
Pre Poirier, d'avoir été avec nous après-midi. C'est très, très, très apprécié.
Sur ce, je suspends les travaux quelques
instants pour accueillir le prochain groupe. Merci.
(Suspension de la séance à 16 h 08)
(Reprise à 16 h 10)
Le Président (M.
Bachand) :À l'ordre, s'il vous plaît! La
commission reprend ses travaux. Il me fait plaisir d'accueillir les
représentants et représentantes de l'Association des comités de parents
anglophones. Et je vous rappelle que nous avons l'interprétation simultanée.
Donc, merci beaucoup d'être avec nous cet
après-midi. Je vous laisse la parole, comme vous savez, 8 minutes de
présentation, et après ça période d'échange avec les membres de la commission.
La parole est à vous. Merci.
Mme Korakakis (Katherine) :
Bonjour, M. le Président, M. le ministre et membre de la commission. Merci pour l'invitation de présenter aujourd'hui.
My name is Catherine Korakakis
and I'm a parent volunteer. I am the chair of the English Montréal School Board
Parents committee, a governing board member of Westmount High School and the
president of the English Parents' Committee Association of Québec.
M. Bentley
(Doug) :
I'm
Doug Bentley, I'm a parent volunteer and vice-president of EPCA. I'm the chair
of the Lester B Pearson School Board's Parents' Committee, I'm the chair of the
governing board at St. Patrick Elementary, and I sit on the governing board at
Macdonald High School.
Mme
Grebenuk (Alexandra) : Hello. My name is Alexandra
Grebenuk. I'm a parent volunteer on the EPCA's Board of directors and the
secretary of the Sir Wilfrid Laurier English School Board Parents' Committee as
well as at the governing board of Pinewood Elementary School.
EPCA is a coalition of
parent committees from English language school boards across Québec, and we
represent nearly a 100 000 students in the English language youth
sector. We are a nonprofit association funded by the ministère
de l'Éducation. EPCA advocates for English public
education in Québec and works to address issues of concern of our parents'
committee members. Whenever there's an educational issue, we are the voice of
the parents.
L'EPCA apprécie
l'occasion de s'exprimer sur le projet de loi un. Nos préoccupations découlent
de notre engagement dans le domaine de l'éducation et de notre conviction que
nos enfants méritent de vivre dans une société où leurs droits et libertés sont
respectés.
Mme Korakakis
(Katherine) :
Today
we will set out EPCA's key concerns with the bill, first, the process of
drafting Bill one, second, the centralization of state power, third, the
imposition of a singular national identity, and finally, the limits on
accountability. Many of our concerns overlap that with what other groups have
said. This matters. Opposition to Bill one is not just coming from the
English-speaking community. Our concerns are shared by municipalities,
professional orders, unions, professors, civil society organizations, and
everyday Quebeckers from across
the political spectrum. Quebeckers are saying loudly and clearly that this
Constitution does not represent them.
Let's start with the
process of drafting Bill one. Collaboration is a key principle of EPCA. As a
coalition of parents' committees, we understand the importance of thinking,
input and coalition building. In contrast, Bill one was drafted in closed
circles. English-Speaking communities and Minority Communities were excluded
from those circles. There was no attempt to include us until after a fully
drafted bill was tabled. Section 18 of the proposed Constitution Act says that
one of Québec's founding principles is the principle of democracy.
Respectfully, but one represents a very narrow vision of democracy. Democracy
is not about providing ballots every five years. It is a continuous
process of engaging and reengaging citizens of listening before acting...
Mme Korakakis
(Katherine) :
…a democratic constitution needs to reflect this. It should not be
drafted by a small select group and then presented as a «fait accompli».
English speaking parents
already have to push to preserve democratic participation in schools and school
boards. Now we ask the government to go back to the drawing board and make
democratic participation the heart of any constitutional process.
M. Bentley
(Doug) :
Second,
Bill 1 creates new government powers that will have consequences for
education. Most of them are found in the Act representing the constitutional
autonomy of Québec. This law applies to a variety of public bodies, including
English school boards, universities and colleges. For example, section 17
allows the government to issue binding directives to these bodies in response
to any federal initiative that the government disagrees with. English language
school boards often participate in federal provincial programs. Our children
benefit from federal transfers for critical services, from tutoring services to
school lunch programs under Bill one, with the stroke of a pen, the government
can now force school boards to suspend any arrangements with the federal
government. But children's education should not be taken hostage by a jury.
This jurisdictional battle between two governments. Education is far from the
only area affected by Bill 1's power grab, but it reflects the real-world
consequences of the bill for parents like me who are trying to give our kids
the education they deserve.
Mme Grebenuk
(Alexandra) :
Third,
Bill 1 attempts to impose a singular national and linguistic identity.
Let's be clear we're proud that our children receive a quality bilingual
education. English schools and school boards are training bilingual students
who are ready to speak in French, to work in French, and to contribute to a
vibrant, diverse Québec society. But the attributes of the Québec nation and
the collective rights set out in Bill 1 make no mention of
English-speaking Quebecers or other minorities who are part of the fabric of Québec
society. Bill 1 erases the distinct identities of Québec's First Nation
communities, who were here long before us. The collective rights proposed in
Bill 1 are simply a restatement of the CAQ's political platform. The
government is sending the message that unless you fit within a specific
linguistic and cultural mold, you do not belong, you're not a «vrai Québécois». The Government should not be imposing a narrow vision of Québec; it is the people
of Québec who get to shape their own individual and collective identities.
Mme Korakakis
(Katherine) :
This
leads me to the final point on accountability. Section V and XXVII of the Act
Respecting the Constitutional Autonomy of Québec prohibits over 100 public bodies
from using public funds to challenge key Québec laws, including school board.
The… boards. The act uses the threat of audits and personal liabilities,
discouraging school board commissioners from challenging the Government. In the
English sector. Commissioners are often everyday parents finding time between
work and children's activities to help uphold and defend constitutional rights.
Bill 1's goal is to make us afraid to challenge the government. But the
real question is why is the government so afraid of its people? A government
that respects its people should welcome accountability, though one does the
opposite. Bit by bit, it weakens the guardrails that Quebecers, including the
English-speaking community, have rely on to protect their rights. So where does
that leave us today?
Mme Grebenuk
(Alexandra) :
An…
usually comes to committees. We bring proposed amendments and concrete
solutions but amending a few sections does not resolve the fundamental problem
with Bill 1.
«Une constitution
n'est pas un outil politique. C'est un pacte entre un peuple et un État, un
texte qui doit rassembler pas trier, protéger pas intimider. Nous sommes ici
comme parents bénévoles, nous ne demandons pas de privilège.»
M. Bentley
(Doug) :
We're
asking for something simple and fundamental, that our children and all children
in Québec grow up in a society where democracy is lived every day, where
diversity is celebrated rather than merely tolerated, and where rights do not
depend on the language a person speaks.
Mme
Korakakis (Katherine) : «Nous vous demandons de prendre ce recul avec
courage, lucidité et unicité pour que ce projet constitutionnel reflète réellement
l'ensemble des Québécoises et Québécois», … calls for the withdrawal of
Bill 1. Thank you for your time.
Le Président (M. Bachand) : Merci
infiniment pour votre présentation. M. le ministre, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Oui, merci,
M. le Président. Alors, Mme Korakakis, M. Douglas, Mme Grebenuk…
M. Jolin-Barrette : ...Me
Stack, bonjour. Merci de participer aux travaux de la Commission pour
l'Association des comités de parents anglophones. Merci pour votre mémoire
également. Je voudrais demander qu'est-ce que vous pensez des droits collectifs
de la nation québécoise qu'on a inclus dans le projet de loi n° 1?
M. Stack (Logan) : Merci,
monsieur le ministre... l'organisation , je vais répondre en anglais.The… the concerns that we have with Bill 1 are not about the
specific rights. It's a broader question about what are the rights that exist
that are being diluted, but also what are the rights that Quebeckers need? What are the needs of Quebeckers that are not being listened to?
And one of those key needs that EPCA has been talking about is the right to an
access to a democratization of education that's been important since the Quiet
Revolution. And I want to bring Doug in.
M. Jolin-Barrette : Vous
dites des droits qui vont être supprimés. Quels droits sont-ils supprimés dans
le projet de loi n° 1, selon vous?
Mme Korakakis (Katherine) : So,
les droits qui sont supprimés. The… the laws that we find are
that we weren't consulted. It's not about the laws, it's that we were not
consulted from the beginning of… of the process. When you're putting a
constitution together, you have to involve people before you start. The
Constitution is for the people, by the people. It is should not be created by
politicians or elite people around a table. It has to be… it has to be created
with the people it's supposed to serve. So, for us, that is the problem with
the Constitution.
• (16 h 20) •
M. Jolin-Barrette : OK. Donc,
si je vous entends bien, c'est une critique relativement au processus, mais non
pas au contenu de la loi, parce que c'est Me Stack qui nous disait... je crois
avoir capté qu'il y avait des droits qui étaient supprimés, mais ce n'est pas
le cas. Vous, vous nous dites : L'enjeu avec ça, ce n'est pas qu'il y a eu de
consultation préalable, selon vous, malgré le fait qu'on a énormément consulté,
on a un rapport sur les enjeux constitutionnels. Mais là, à partir du moment,
là, où on est en commission parlementaire, on a des consultations, tout ça, sur
le fond du projet de loi, là, est-ce qu'il y a un enjeu avec les droits
collectifs de la nation québécoise, selon vous?
Mme Korakakis (Katherine) : Oui,
selon...
M. Stack (Logan) : Sure. I think… I think in response to the initial question, the dilution
of rights. And you heard Professor Poirier talk about it. There's a… there's a
symmetry between rights and remedies, right? If you're not actually able to
defend your rights in court or as much harder, then those are rights that exist
on paper but can't be defended. And I think we've talked about a number of
sections, including section 5 and 27 that Katherine talked about,
including section 9, which is broader than the notwithstanding clause and
Constitution Act, 1982. All of these are directed at making it harder for
everyday Quebeckers who are
already struggling to defend and protect their rights in court. And so, I think
that's what we're talking about.
But more generally, what
EPCA is here to talk about is… is the missed opportunity to be actually
protecting and defending the rights that Quebeckers care about, right? If… if the government had been listening and
consulting from the get-go, we would have had a very different bill. We might
have had a bill that protected the right to housing, or the right to affordable
health care, and to lower wait times. We might have had an expansion of the
right to access quality education. The actual priorities in terms of rights and
privilege that Quebeckers have
been caring about and demanding for months and even years, there's nothing of
that in Bill 1.
M. Jolin-Barrette : Bien, je
suis heureux que vous me le mentionnez, parce que, justement, la consultation
que l'on mène ici à l'Assemblée nationale, ça sert justement à entendre les
groupes et à faire en sorte de prendre les propositions. Alors, je retiens
notamment que vous auriez aimé voir dans la constitution le droit au logement,
le droit à la qualité d'accès... à une éducation de qualité également. Alors,
j'apprécie les propositions que vous faites.
Mme Korakakis (Katherine) : So,
for us, it's really… I just want to go back to what you said
about not being able to use funds. Our community has… has seen time after time
how you come after our community, right? Whether it's Bill 40,
Bill 21, Bill 97...
Mme Korakakis
(Katherine) :
...and
I'll take Bill 9... Bill 40, both laws, we... at the Québec Superior Court and
the Court of Appeal, the... you were defeated because you were told that it was
unconstitutional. You wasted time and you wasted money. If you had been listen
to us from the beginning, we wouldn't have had to have all of these drawn-out
legal battles. So, it seems to us that you're not listening again.
M. Jolin-Barrette : Je vais
m'inscrire profondément en faux avec ce que vous venez de dire. Le gouvernement
du Québec n'attaque personne. L'État québécois fait des lois pour faire en
sorte, dans le cas de la loi 21, pour défendre le vivre ensemble
québécois, pour faire en sorte que l'État québécois soit laïque, que les
personnes en situation d'autorité ne portent pas de signes religieux, notamment
les policiers, les gardiens de prison, les juges aussi. On considère qu'au
Québec, c'est important que les personnes en situation d'autorité n'aient pas
de signes religieux. Même chose également que les services soient donnés et
reçus à visage découvert, ça nous apparaît un minimum dans notre société. Et
même l'Assemble nationale aujourd'hui a adopté une motion à l'unanimité pour
dire qu'on n'acceptait pas au Québec que pour des raisons religieuses,
quelqu'un ne puisse pas être servi par une femme, d'empêcher une employée de
sexe féminin, supposons à la Société de l'assurance automobile du Québec, de se
faire discriminer uniquement parce qu'elle est une femme.
Et c'est ce qu'on vient mettre également
dans la Constitution. On vient mettre le fait qu'on se donne le droit collectif
de l'égalité entre les hommes et les femmes et surtout que si jamais il y a un
conflit entre le droit à la liberté de religion et l'égalité entre les femmes
et les hommes, bien, au Québec, on fait le choix très clair que l'égalité entre
les femmes et les hommes va primer. Alors, je suis en désaccord avec vous
lorsque vous dites qu'avec la loi 21, on attaque les gens. Même chose sur
la loi 96. On a fait une loi qui n'est pas contre aucune autre langue,
mais plutôt pour faire la promotion et la protection de la langue française au
Québec. Est-ce que vous jugez qu'au Canada, il y a d'autres langues, une autre
langue que le français, qui est menacé entre le français et l'anglais?
Mme Korakakis
(Katherine) :
I'm
just going to turn it around because you said something, that 96 was there to
protect French. And let's get something clear, we completely agree that Québec
needs to be protected, OK? However, Bill 96 has hurt people. We hear every day
from parents who have been hurt by Bill 96, whether it is health care professionals
that are afraid to service or provide... to give services or information in
French, or whether it's social services that we can't access, OK, or whether it
is children that have special needs that have been barred from accessing
cégeps, OK? So don't tell us that it doesn't hurt people. It does hurt people.
M. Jolin-Barrette : Bien,
écoutez, j'ai rédigé la loi, et d'ailleurs avec mes collègues du Parti libéral,
suite à un amendement de la prédécesseure au nom de Marguerite-Bourgeoys, pour
faire en sorte qu'on inscrive dans la loi 96 que la possibilité de ce
qu'il y avait présentement dans la Loi sur la santé et services sociaux que les
personnes avaient le droit et maintenaient leur droit de se faire servir en
anglais pour des services médicaux. J'ai joué beaucoup dans ce film-là et on
est venu garantir par voie législative le droit d'avoir accès à des soins de
santé en anglais, c'est écrit noir sur blanc. Alors...
Le Président (M.
Bachand) : En terminant.
M. Jolin-Barrette : Bien,
écoutez, M. le Président, je comprends vos craintes, mais le texte de la loi ne
dit pas ça et c'est très, très clair et le gouvernement du Québec a été très,
très clair à l'effet qu'il fallait une loi pour protéger le français, mais ce
n'est pas à l'encontre de l'anglais. Ça, je pense que je l'ai exprimé à de
multiples reprises.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. M. le député d'Acadie pour 7 min 7 s, s'il
vous plaît.
M. Morin : Oui, merci, M. le
Président. Alors, Mme Korakakis, M. Douglas Mme Grebenuk et Maître
Stack, bonjour, merci d'être... d'être avec nous. Vous représentez
l'Association des comités de parents anglophones, donc dans votre service
scolaire. Il y a un considérant dans le projet de loi qui réfère à la
communauté québécoise d'expression anglaise et ça dit : «L'État du Québec
entend poursuivre cet objectif dans le respect des institutions de la
communauté québécoise d'expression anglaise». Comment avez-vous reçu ça? Quelle
est... quelle est votre réaction là-dessus ou vos commentaires sur cette
rédaction législative?...
M. Stack
(Logan) :
...I
think that this... this is similar to the reference about First Nations, which
is that it's in a preamble. It doesn't have any legal effect. And, in terms of
the particular words that are used, there aren't any references to historic and
existing rights of the English-speaking community. So… So, I think, I'll leave
it to Katherine to speak more generally about… about the message that's been
received through this law and others.
Mme Korakakis
(Katherine) :
So,
what happens is that we're told at all the time and we are made to feel, in the
last couple of years… I want to say specifically the last eight, they have been
very difficult for the English-speaking community of Québec. Bill after bill,
we've been told that we don't belong, that our children have no place in this
province, be it law 14, like I mentioned before, be it public servants or
health care professionals who refuse or are afraid to provide essential
services in English. And I know what the… what the Minister said before, but I
have to say that that's not what we're hearing from parents to call us every
day. And I want to say that Bill 1 is the latest in the line of bills that
dilute our autonomy for our schools and other organizations and don't provide
any benefits to anyone.
M. Morin : Merci... Maître
Stack, vous avez référé, si je vous ai bien compris, aux «historical rights of
the English community». Pouvez-vous nous en dire davantage? Qu'est-ce que vous
entendez par ça?
M. Stack (Logan) : Bien, je
pense que ça a été très bien... bien dit au cours de beaucoup de paragraphes
dans le jugement de la Cour d'appel, dans... dans la contestation de la loi 40,
qu'il y a toute une histoire de droits linguistiques qui ont été défendus par
les communautés anglophones puis qui ont été... concrétisés dans des pratiques
dans le domaine de l'éducation qui sont bien ancrées. On trouve dans la charte
canadienne, la section... l'article 23. C'est très important pour la communauté
anglophone et ça fait état, un peu, du... des droits qui ont été acquis au
cours des décennies ou même des années auparavant. Puis, depuis 1982, ces
droits ont été très importants pour préserver l'autonomie, surtout dans le
domaine scolaire, de la communauté anglophone et leur... et la vitalité de leur
langue et de leur culture dans un Québec qui est... qui est francophone. Et je
pense que... juste pour ajouter, qu'il n'y a pas vraiment de conflit entre...
entre la reconnaissance des droits de la communauté anglophone et la protection
et la promotion du français. Et je pense que toute la communauté anglophone est
partante dans ce projet rassembleur de protéger ou de promouvoir le projet,
c'est juste qu'ils veulent se sentir comme collaborateurs, comme partenaires
dans ce projet et non comme des ennemis.
• (16 h 30) •
M. Morin : Et, quand vous
parlez de collaboration, si le gouvernement avait décidé de consulter davantage
la population avec un comité transpartisan, c'était d'ailleurs une
recommandation du rapport d'experts Proulx-Rousseau, est-ce que c'est quelque
chose qui a été... qui aurait été reçu d'une façon positive par votre
communauté? Puis est-ce que vous y auriez contribué?
Mme Korakakis (Katherine) : Absolutely.
We're… We're always present and willing to be consulted and to
consult our members. So, absolutely, because Québec belongs to all of us,
right? It doesn't just belong to the French-speaking community, it belongs to
all the communities that make up this beautiful province. We have never left
this province. We are still here. We obviously believe in protecting French. We
want to have our part also to say and to be able to see ourselves in the
Constitution.
M. Morin : Très bien. Je vous
remercie. Maintenant, quelques... quelques questions en lien avec, finalement,
la partie deux de la Loi sur l'autonomie constitutionnelle du Québec. À
l'article 17, on dit que le gouvernement peut émettre, à l'attention des
ministères et des organismes, des directives pour préserver l'autonomie
constitutionnelle du Québec à la suite d'une initiative fédérale, bon, refuser
qu'une somme soit transférée, refuser de participer aux travaux parlementaires
fédéraux, à l'élaboration de règlements fédéraux ou toute autre conduite qu'il
juge appropriée. Comment vous réagissez face à cet article-là et au pouvoir que
veut se donner le gouvernement?
M. Stack
(Logan) :
It's…
It's… It's disappointing, ultimately, just as EPCA is here, EPCA and other
organizations, and particularly school boards, universities, colleges,
municipalities that are… that this law and these provisions would apply to. It's
really important that Québec…
16 h 30 (version non révisée)
M. Stack (Logan) : …organizations are able to speak not only at the committees of the
National Assembly, but in federal institutions. It matters that the voices of Quebeckers, including the English-speaking community,
are heard in federal processes. And so ultimately, not only does it hurt these
organizations, but it's also counterproductive because it means that Québec
voices aren't at the table when decisions are being made.
M. Morin : Très bien.
Maintenant, dans votre mémoire, vous parlez de l'expansion et de la
centralisation du pouvoir de l'État. Vous référez entre autres aux articles 14
et 18 de la loi. Est-ce qu'il y a d'autres éléments que vous souhaitez partager
avec nous, avec la commission, d'autres aspects que vous craignez dans le projet
de loi?
M. Bentley
(Doug) :
Thank
you. As Quebeckers, a value we're historically proud of, which was gained
through the Révolution tranquille, is access to education and parental
governance in education. Bill one does not include education as a value. There's
no mention of education in the values of Bill one, but it's a value that most Quebeckers
feel deeply about.
Parents are concerned
with this value. The cohort of kids right now that are finishing elementary
school, they started school during COVID. My daughter's in grade five. She
spent kindergarten at home. This group of kids missed out on core learning for
a year and then a year in masks. There's a lot of social learning, core
learning in education that was missed. This group is at a deficit, some more
than others and some in different ways. So, we don't see education as a
priority with this Government.
Le Président (M. Bachand) :
Merci. I'm sorry… in closing, please. In closing.
M. Bentley (Doug) : And it's ultimately up to us.
Le Président (M.
Bachand) : In closing, please. In closing.
M. Bentley (Doug) : It is to our institutions to prioritize our children and to work
with them in identifying areas that need help in scholastic and in social areas
to help move them towards graduation as functioning, intelligent contributors
to Québec… society.
Le Président (M. Bachand) :
Merci... Merci beaucoup.
M. Bentley (Doug) : We don't see… education of our children anywhere in this document…
Le Président (M. Bachand) :
Je cède la parole au député de... Désolé. Je cède la parole au député de Maurice-Richard, s'il vous plaît. M. le député.
M. Bouazzi : Pour combien de
temps? Excusez-moi.
Le Président (M. Bachand) :
2 min 23 s.
M. Bouazzi : Merci beaucoup, M.
le Président. Merci pour votre contribution, hein? Effectivement, beaucoup de gens
sont passés avant vous, y compris des gens qui ne faisaient pas partie des
communautés anglophones, et qui ont rappelé à quel point il y avait un
rendez-vous manqué pour rappeler le fait qu'évidemment les communautés
anglophones font partie de l'identité québécoise et de ce territoire, de son
histoire et de son avenir.
Je reviendrais peut-être avec Mme
Korakakis sur l'échange que vous avez eu avec le ministre. J'ai été vraiment
étonné. Vous savez, dans notre système juridique, on a un principe fort sur la
question de la discrimination. Il y a la question de la discrimination
indirecte. Donc, si par exemple demain, une compagnie privée ou l'État décide
qu'il est obligatoire de venir travailler le samedi, sinon on perd sa job,
bien, il n'y a pas écrit «Cette loi est antisémite», dans les faits, elle
impacte beaucoup plus les juifs que les autres à cause du shabbat. Et donc elle
est... a une atteinte au droit à l'égalité de manière indirecte. Et, même si le
gouvernement est de bonne foi, ça ne change rien au fait que le droit à l'égalité
est atteint.
Est-ce que vous pouvez nous parler de
comment est-ce que justement, sans mettre en cause la bonne foi du ministre
dans toutes les lois où il a dit qu'il ne voulait absolument pas atteindre aux
droits des minorités musulmanes avec sa conception de la laïcité ni aux droits
des minorités anglophones avec comment il a abordé la protection du français,
dont vous avez dit que vous étiez d'accord? Est-ce que vous pouvez nous en
parler un peu?
Mme Korakakis (Katherine) :
So, I'm going to start with Bill 14, with
the Law 14. Law 14 was a was… was a sweeping bill to help to… to reinforce Bill
101, OK? What it has done though, regardless of which political party put the
amendment forth, is that it has hurts… it has hurt the English-speaking
community, especially vulnerable communities.
For example… special
needs children that are graduating high school in English are having a hard
time accessing higher education because the… the CEGEP system is close to them.
We have told the Government this, we have written letters. Letter after letter,
we are being ignored.
The other thing that it
has done, it is… and it's a good term…
Mme Korakakis
(Katherine) : …in French, «l'effet pervers».
People are scared to service people in English. If you get out of the region of
Montréal, in «les environs», it's very hard to find services in English for…
for… for families, for children that require a speech therapist, an
occupational therapist, a psychological evaluation. We all know that all of
these tools are fundamental to impacting educational success.
Le Président (M. Bachand) :
Merci…
Mme Korakakis
(Katherine) : So, what has happened is…
Le Président (M. Bachand) :
Désolé, le temps va tellement rapidement. Je suis vraiment désolé, mais je vous
tiens à vous remercier beaucoup de votre participation en commission. Ça a été
très, très, très apprécié.
Sur ce, je suspends les travaux quelques
instants pour accueillir nos prochains invités. Merci beaucoup!
(Suspension de la séance à 16 h 39)
(Reprise à 16 h 41)
Le Président (M.
Bachand) :À l'ordre, s'il vous plaît! La
commission reprend ses travaux. Il nous fait plaisir d'accueillir les
représentants du Comité spécial sur la politique publique linguistique. Alors,
comme vous savez, présentation de votre part, après ça une période d'échange
avec les membres de la commission. Donc, je vous cède la parole en vous
demandant bien sûr de vous identifier, s'il vous plaît. Merci.
M. Caddell (Andrew) : Merci,
M. le Président. Mon nom est Andrew Caddell. Je suis le président du comité
spécial, à côté, ici, c'est M. Geoffrey Chambers et Me Michael Bergman, qui est
notre avocat.
Alors, je vais passer à notre... notre
présentation. Notre mémoire est plus détaillée, mais je ne veux pas rentrer
dans les lacunes du mémoire... en fait, parce qu'on a seulement huit minutes,
alors, le ministre... M. le ministre, Members of the National Assembly, my fellow
citizens, le comité spécial sur la politique linguistique est organisation non
partisane et citoyenne qui oeuvre pour les droits linguistiques de tous... tous
les Québécois, mais plus particulièrement ceux de la communauté non
francophone.
On the 24th of November,
we submitted our brief to the committee. In it, we outlined how this
legislation represents a threat to minority communities, but especially 1.5
million English-speaking Quebeckers. It also insults our community, with only a
fleeting mention of Anglophone institutions, Bill one fails to recognize the
enormous historical contributions of English Quebeckers. I am here to deliver
the message: We are far more than our institutions. Rather, we are flesh and
blood people, personified in names like John Molson, John Redpath, Guy
Drummond, D'Arcy McGee, Alexander Galt, Sir Arthur Currie, Wilder Penfield,
Frank Scott, Mavis Gallant, Hugh MacLennan, the McGarrigle sisters, Irving
Layton, Charles Taylor, Gretta Chambers and Leonard Cohen.
On n'entend pas
suffisamment parler des anglophones qui ont contribué à bâtir notre province.
On n'entend parler que l'exploitation, de domination, des boss anglais. On
n'entend pas parler des grands hommes d'État, des scientifiques, des médecins,
des entrepreneurs qui ont montré la voie. Le premier ministre nous a qualifiés
de minorité le mieux traité au monde. C'est faux. Moi, j'ai habité dans la
Suisse, la Suisse romande, les Okinawa japonais et les Wallons de Belgique ont
plus de droits que nous autres. In our brief title, we do not
exist, nous n'existons pas…
M. Caddell
(Andrew) :
...we underline the fatal flaws in this legislation. Let me begin by
citing the Supreme Court of Canada reference on... in 1998:
«Une constitution
peut offrir une protection supplémentaire aux droits humains fondamental...
fondamentaux et aux libertés individuelles. Une constitution peut chercher à
garantir que les groupes minoritaires vulnérables disposent des institutions et
des droits nécessaires pour promouvoir leur identité face aux pressions de la
majorité.»
These principles are not
abstract ideals, but binding constitutional guidance. Bill 1 defines these
principles, it promises to define the Québec nation,
but rather than describing a dynamic multilingual society with a majority
francophone... majority francophone province, all rights are to be interpreted
through the lens of the collective rights of the Québec nation. It should be
underlined, the United Nations Declaration of Human Rights, written by a great
Quebecker, John Peters Humphrey, does not recognize collective rights. It
begins: "All human beings are born free and equal in dignity and
rights."
Le projet de loi n° 1 affirme que le peuple québécois a, en fait et en
droit, le droit à l'auté... l'autodétermination. Les Nations unies et la Cour
suprême ont déclaré que l'autodétermination s'applique aux États sous
domination coloniale ou soumis à l'oppression. Le ministre suggère-t-il que le
Canada de La Fontaine, Cartier, Taché, Chapais, Laurier, Langevin, et Lapointe,
Vanier, St-Laurent, Laurendeau, Marchand, Lalonde, Pelletier, Sauvé, Trudeau et
Chrétien est une puissance coloniale, que ces grands leaders québécois
opprimaient leurs concitoyens?
Now, to our specific
objections. Court challenges. The bill prohibits publicly funded bodies from
using Government money to
challenge laws. This would starve opposition groups like the EMSB or ourselves of financial resources. Failure
to recognize the English-speaking community. English and French Quebeckers have fallen in love, worked
together, collaborated in politics and fought together in war, yet we are not
mentioned. Three, Bill 1 is a radical and unconstitutional plan for provincial
autonomy.
Passons maintenant
aux articles inconstitutionnels ou... Le projet de loi n° 1
affirme que la Constitution québécoise a préséance sur la Constitution
canadienne. Cette affirmation est fausse. Le projet de loi décrit le Canada
comme une association d'États autonomes fondée sur le partage des fonctions et
des compétences étatiques entre deux ordres de gouvernement égaux. Non. La
primauté fédérale est ancrée à la fois en droit et en jurisprudence. Il retient
du pouvoir résiduel et dans la clause relative à la paix, à l'ordre et à bon
gouvernement.
Bill 1 says: Québec has always refused to adhere to the Constitution. This is untrue. Québec has adhered to it in the use of
Section 133 and the 1998 creation of secular schoolboards.
So, here are our
recommended changes. Any and all sections beyond the reach of the National
Assembly should be withdrawn. Two, Bill 1 must recognize the contribution of
the non-francophone community for the last three centuries. If not, this
legislation creates an ethnocentric, 19th-century nation state, and not a
dynamic open society of the 21st century. The last line of the Universal
Declaration of Human Rights says: «Nothing in this declaration may be
interpreted as implying, for any state, group or person, any right to destroy
any of the rights and freedoms set forth therein." This legislation fails
that test abysmally.
In closing, let me say to
my English-speaking brothers and sisters: This is a difficult time for all of
us, but organizations like ours are proud to be standing out for you. We stand
with all English-speaking Quebeckers, because, as Clifford Lincoln said, in
this building, rights are rights are rights.
Je m'adresse
maintenant à vous, les membres de l'Assemblée nationale. Nous reconnaissons et
encourageons l'épanouissement du français comme langue majoritaire du Québec.
Cependant, nous soutenons que, parmi les Québécois qui...
M. Caddell (Andrew) : ...ne
parlent pas français, beaucoup sont les personnes âgées, des membres des
minorités visibles, des pauvres en ruraux, des autochtones et des personnes
ayant des défis physiques et mentals. Ce sont les personnes qui ont le plus
grand besoin des services gouvernementaux et ont les difficultés de les
recevoir. This is unfair, immoral, and unconstitutional. It is
not the Québec we see evolving in the future. Québec will be an embarassment in
the Western world if it adopts such a fundamental law. And we will all join
with good, with all Quebeckers of good faith in
opposing it until it is withdrawn. Merci. Thank you.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup pour votre
présentation.
M. le ministre, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette :
Merci, M. le Président. M. Caddwell, M. Chambers...
M. Caddell
(Andrew) :
Caddell.
Caddell.
M. Jolin-Barrette :
Caddell, pardon.
M. Caddell (Andrew) : Pas de
«w».
M. Jolin-Barrette : Caddell.
Désolé. M. Chambers, monsieur... Me Bergman, bonjour. Merci de participer
aux travaux de la commission pour le comité spécial sur la politique
linguistique.
J'ai cru comprendre que vous étiez contre
le projet de loi.
M. Caddell (Andrew) : Oui,
fortement. Sauf qu'il y a certaines choses qu'on encourage. On nous coche
l'acceptation des minorités francophones au Québec. On encourage au moins le...
pas le visibilité, mais au point «l'acceptance» qu'il existe les institutions
anglophones et qu'existent les indigènes. Mais à part de ça, bon... Ce n'est
pas si fort.
M. Jolin-Barrette : OK,
mais, moi, je suis quelqu'un de positif. On a un début, on a un début.
Au début de votre intervention, je pense
que vous faisiez référence à l'article 13, là, de la constitution,
là : «Le peuple québécois peut, en fait et en droit, disposer de lui-même.
Il est titulaire des droits universellement reconnus en vertu du principe de
l'égalité de droits des peuples et de leur droit à disposer d'eux-mêmes.»
Donc, vous êtes en désaccord avec ça, sur
le droit à l'autodétermination de la nation québécoise du peuple québécois?
• (16 h 50) •
M. Caddell (Andrew) : Bien,
selon les Nations unies, dont moi je travaillais pour la section des Nations unies
en affaires étrangères pendant plusieurs années, et j'ai travaillé même pour Nations
unies... j'ai fait ma maîtrise sur les Nations unies, alors je connais pas mal
les détails... Bon, je sais que pour les Nations unies, il faut être un pays
colonial où que votre population soit opprimée, où que vous avez les frontières
qui sont fixes. Bon, alors je dirais qu'au moins deux sur les trois ne sont pas
en accord avec ce qui est les critères des Nations unies. On peut dire, bien,
que le Québec a... et que la Cour suprême a reconnu ça, mais
qu'autodétermination, c'est une possibilité. Mais selon la Cour suprême... puis
il faut avoir une négociation pour procéder à ça. Puis ce n'est pas un droit
exact et pas seulement les critères des Nations unies. Mais, moi, je ne rentre
pas dans les questions légales, parce qu'on a un très, très bon avocat à ma
droite.
M. Jolin-Barrette : OK,
mais, c'est parce que, juste pour être sûr, est-ce qu'on doit prendre le droit
national qui s'applique au Canada ou se fonder sur les Nations unies? Parce
qu'exemple, là, cet article-là, là, a été contesté en cour dans l'affaire
Andersen puis la Cour d'appel du Québec a validé cet article-là. Alors, est-ce
que, selon vous, la Cour d'appel du Québec est en erreur de valider ça du fait
que la nation québécoise a le droit à l'autodétermination?
M. Bergman (Michael) : À
mon avis, avec respect, la Cour suprême du Canada a décidé dans... de Québec
qu'il faut négocier de bons... Pour mieux réussir, il faut avoir une question
claire. Pour l'instant, il n'y a aucun référendum. Ce que je comprends, votre
formation CAQ ne veut pas un référendum. Donc, il n'est pas question de ça. Et,
aussi, n'oubliez pas que nous sommes le seul peuple, oui, ou le seul État de
nos traditions civilistes au Québec. Les traditions civilistes impliquent les
valeurs et principes qui engagent chaque citoyen et citoyenne. Donc, une
constitution est un engagement parmi les citoyens, citoyennes, pas parmi l'État
et les gens. Donc, nous sommes tous et toutes participants dans cet enjeu
d'avoir une constitution selon nos traditions civilistes qui reflètent les
principes et les valeurs québécoises parmi ces...
M. Bergman (Michael) :
...évidement une majorité francophone. On a une minorité des Anglais et on a
aussi les autochtones. Donc, il y a trois groupes. Il faut avoir un pacte
juridique constitué... un de ces trois groupes, avec respect pour la
majorité... Mais, néanmoins, votre projet de loi... conforme avec nos
traditions souverainistes. Et je ne veux pas que nous partager avec les autres
traditions, soit de common law, soit d'autres pays, d'autres idées. Les
traditions civilistes, le grand... le chapeau de Québec et nous avons un
système souverainiste québécois qui doit être respecté.
M. Jolin-Barrette : Et je
suis d'accord avec vous sur ça, c'est justement le fait, on vient l'insérer
dans la Loi constitutionnelle de 1867, la tradition civiliste québécoise, parce
qu'au Québec c'est différent du reste du Canada, on a cette tradition-là dont
on est issu. Vous avez cité Clifford Lincoln tout à l'heure, en disant :
«A right is a right is a right.» Est-ce que dans les sociétés occidentales,
parce que vous avez dit : Le projet de loi n° 1 serait -inacceptable
dans le monde occidental, est-ce que l'ensemble des droits sont absolus? Est-ce
qu'il y a une limite aux droits de comment la société est organisée? Dans
n'importe quelle société occidentale, là, est-ce qu'il y a des paramètres?
M. Chambers (Geoffrey) : Mais
les droits individus sont absolus, à mesure qu'ils ne... qu'ils ne sont pas en
conflit avec les lois des autres individus. Et il faut avoir des règles et des
processus pour régler ces situations qui arrivent. Mais, en principe, pas avoir
le droit de blesser un autre citoyen ou de toutes sortes de choses qu'on peut
énumérer sont absolues, ce n'est pas possible que l'État intervienne pour avoir
une autre... une autre énumération de pratiques pour une certaine communauté ou
une certaine catégorie de gens.
M. Jolin-Barrette : Donc,
tout droit, en soi, est paramétré et limité. Je donne l'exemple, dans la Charte
québécoise des droits de la personne, on a le droit à la liberté d'expression,
hein? Puis dans la charte canadienne, on a également la même chose. C'est un
droit absolu, c'est un droit individuel, mais on est d'accord qu'il est
restreint au Québec puis au Canada, on ne peut pas dire n'importe quoi. On ne
peut pas tenir un discours haineux, c'est prévu dans le Code criminel. On ne
peut pas... Le meilleur exemple, c'est cet été, j'ai eu un dossier à la Cour où
l'Assemblée nationale a adopté une loi sous l'ancien ministre de la Santé,
Gaétan Barrette, où on est venu protéger les cliniques d'avortement pour
dire :Ce n'est pas vrai qu'au Québec, on va insulter, on va crier après
les femmes, on va empêcher les femmes à moins de 50 mètres, d'aller
recevoir des services médicaux. Et vous savez quoi? Le juge a dit : Bien,
écoutez, c'est une forme de liberté d'expression. Moi, je suis en désaccord
avec ça, je ne pense pas qu'on devrait crier après du personnel médical,
insulter une femme qui va recevoir des services médicaux, notamment une
interruption volontaire de grossesse. Mais la Cour supérieure a quand même
dit : C'est protégé par la liberté d'expression. Mais le droit, il est
limité au Québec, puis l'Assemblée nationale avait raison de le limiter, de
mettre un périmètre. Ça fait que ça, c'est un exemple où est-ce que le droit
individuel, fondamental est limité.
M. Chambers (Geoffrey) : C'est
un bon exemple et ça arrive très souvent qu'il y a des droits qu'on
reconnaisse, mais qui ne sont pas absolus en matière de leur application contre
d'autres droits, mais c'est pour les cours de regarder les faits dans les cas
très souvent compliqués et régler ces conflits, ce n'est pas pour le...
Le Président (M.
Bachand) : 15 secondes, M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Est-ce
que vous êtes d'accord avec les droits collectifs de la nation québécoise?
M. Bergman (Michael) : M. le
ministre...
M. Jolin-Barrette : Est-ce
que vous êtes d'accord avec les droits collectifs de la nation québécoise?
M. Bergman (Michael) : M. le
ministre, nous, les... à cause ça, nous... à deux vitesses, une vitesse pour la
majorité et une autre pour les minorités. Il y a une seule vitesse.
Le Président (M.
Bachand) :Je vous remercie beaucoup, je
dois céder la parole au député d'Acadie pour 6 min 45 secondes. M le
député, s'il vous plaît.
M. Morin : Merci, M. le
Président. Alors, M....
M. Morin : ...Caddel, M.
Chambers, Me Bergman, bonjour, merci d'être avec nous cet après-midi.
Idéalement, pour vous, là, quel aurait été le meilleur moyen pour consulter,
puis avoir votre opinion, là, dans le cadre d'un tel... d'un tel projet de loi,
par exemple?
M. Caddell (Andrew) : Premièrement,
je pense qu'on a mis la charrue avant le boeuf, tu sais, parce que normalement,
un projet de loi... En fait, un papier jaune, un papier blanc, tu sais, comme,
pour faire... Et comme moi... moi, j'étais journaliste ici, à l'Assemblée
nationale, j'ai vécu les périodes des commissions parlementaires, les
commissions... des consultations. Puis dans ce cas là, il n'y en avait pas, de
consultations, il y en avait juste une loi comme les... les parents ont dit que
c'était comme, présenté, déposé... Et même ça, ça, pour la première lecture,
sans l'accord des autres partis. Alors, ça, ça fait reflète beaucoup de choses
pour moi, parce que je n'ai jamais vu ça dans des années que j'étais adjoint
parlementaire ou que j'étais agent... agent ministre, ou que j'étais
journaliste, bien, à quatre parlements, quatre législatures, à Terre-Neuve,
Ontario, Alberta et Ottawa. Puis alors, comme ça, quand je pense que ça marque
le fait que les... cette loi, parce que ce n'est pas une constitution comme
telle, n'est pas acceptée par les politiciens et ni le grand public, parce
qu'il y a beaucoup de... des organisations, pas... pas seulement les...
anglophones, les organisations de société qui n'acceptent pas cette... cette
législation.
• (17 heures) •
M. Morin : Je vous remercie.
Dans votre... dans votre mémoire, à la page 11, vous dites que, bon, le
Comité spécial représente 1,25 million de Québécois d'expression
anglaise...
M. Caddell (Andrew) : 1.5,
parce qu'il y a 250 000 personnes qui ont deux langues maternelles.
M. Morin : D'accord, Merci.
Vous suggérez qu'il y a un chapitre ou une section de la loi qui devrait
reconnaître l'apport de la communauté québécoise d'expression anglaise. Comment
ça pourrait se traduire dans un projet de loi? Qu'est-ce que vous avez en tête
quand vous écrivez ça?
M. Caddell (Andrew) : Bon, je
pensais que... Bon, dans les... dans les lois et surtout dans un loi... un
Constitution, il y a des chapitres qui reflètent ce qu'est la société, puis
alors... nous, on fait partie de cette société depuis 300 ans, et encore
plus, parce qu'il y a plusieurs comme moi qui ont les racines, qui va au
premier habitant, qui... en 1640. Puis, alors, comme ça que bon, et, M.
Chambers, ils sont avec les Beaubien et cette famille. Alors, il y a beaucoup
de monde qui ont des racines très, très fort, très profondes ici. Alors comme
ça, il faut reconnaître ça dans ce chapitre au lieu de quelques mots qui
reconnaît quelques bâtiments, les institutions anglophones même pas nommées.
Est-ce que c'est l'hôpital général, le CHUM, la...? Est-ce que c'est McGill,
c'est Bishop's, c'est Concordia? Qu'est-ce qui est? Comme, on est les
personnes, comme, avec... vivants et qui ont les ancêtres qui ont contribués.
M. Morin : Très bien. D'après
vous, quelle devrait être la place qu'on devrait accorder aux Premières Nations
dans le cadre de l'exercice et de ce projet de loi là?
M. Caddell (Andrew) : C'est
certain qu'ils méritent une... la reconnaissance aussi, mais il faut savoir que
parmi les 11 Premières Nations au Québec, neuf emploient anglais comme
leur langue commune. Alors, comme ça, qu'ils font partie aussi de notre
communauté.
M. Morin : Très bien. Je
vous... je vous remercie. Je comprends qu'il y a des dispositions du projet de
loi, notamment ce qui touche la la contestation de certaines lois ou le... en
fait, le financement, ça vous pose un problème. Pouvez-vous nous en parler
davantage?
M. Caddell (Andrew) : Nous,
on en est chanceux dans le sens que c'est... les contributions vient de la
population. Alors comme ça, on a gagné... depuis cinq ans, on a gagné
350 000 $. Et puis alors, c'est tout le public. Mais que... de notre
communauté. Mais, il y a des organisations est comme peut-être nous autres, qui
auraient besoin d'autre argent pour faire une contestation d'un loi. Si on fait
ça et c'est défendu, qu'est ce qu'on va faire? Est-ce qu'on va procéder ou non?
Est-ce qu'on va être... est-ce qu'il y a des punitions là-dessus? Est-ce que,
si on gagne de l'argent du fédéral, par exemple, est-ce que... est-ce qu'il y a
des amendes pour ça? Est-ce qu'on va être mis en prison? Ce n'est pas indiqué
là-dedans, comme ça, comme... bien, en tout cas, si on est... on fait quelque
chose qui est défendu... les retombées, non?
M. Morin : Bien, en fait,
à...
17 h (version non révisée)
M. Morin : ...au niveau de
l'action parlementaire, ce que le projet de loi prévoit, s'il y a des sommes
qui sont utilisées, c'est que les membres ou administrateurs de l'organisme qui
auraient approuvé cette affectation-là de sommes seraient tenus solidairement
responsables de la restitution de la somme de fonds. Donc, en fait, la... l'impact
prévu, c'est qu'il faudrait que les administrateurs remettent ou paient de leur
poche l'argent qui a été utilisé et qui pourrait provenir de fonds publics. Donc,
pour répondre à votre question, c'est le gouvernement a prévu une conséquence
dans le projet de loi.
M. Caddell (Andrew) : Voilà.
M. Morin : Très bien. Donc, mais
je comprends que vous, vous ne recevez pas de fonds qui viennent du fonds consolidé
du revenu, donc c'est des fonds... des fonds privés. OK. Parfait.
Le projet de loi prévoit aussi que le...
le gouvernement peut émettre des directives pour... pour empêcher des
organismes, entre autres, à participer à des travaux parlementaires fédéraux ou
à toute autre conduite qu'il juge appropriée. Qu'est-ce que vous pensez de ça?
M. Webber (Dale) : Pouvez-vous
répéter la question?
M. Morin : Oui, je fais
référence particulièrement à l'article 17qui dit que le gouvernement peut
émettre à l'attention des ministères, des organismes ou de l'un deux directives
qui empêchent, finalement, de participer à des travaux parlementaires fédéraux
ou à l'élaboration de règlements fédéraux. Comment vous recevez ça rapidement?
Le Président (M.
Bachand) :très rapidement, il reste
quelques secondes, s'il vous plaît?
M. Webber (Dale) : C'est contre
les principes de base que les citoyens doivent avoir le droit de communiquer
avec n'importe qui, avec n'importe quel moyen. Ce serait un élément de base de
notre société québécoise.
M. Morin : Parfait. Je vous
remercie.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. M. le député de
Maurice-Richard, s'il vous plaît.
M. Bouazzi : Merci, Monsieur
le Président. Merci beaucoup pour votre présence. Évidemment, vous nous avez
expliqué tout ce qui ne va pas. Moi, j'aurais envie de vous emmener ailleurs.
Imaginons, là, qu'on soit dans une... À l'inverse, la constitution n'est pas
écrite et puis qu'on ait un vrai processus où on travaille tous ensemble. Nous,
ici, à l'Assemblée nationale, tous les partis veulent une constitution, alors
clairement on ne veut pas la... la même toutes et tous, mais, quand même, on
voudrait, nous, aller à la rencontre du peuple. Et donc si on vous voit en
amont avant même qu'elle soit écrite, ce serait quoi les principes que vous
aimeriez voir dans cette constitution?
M. Caddell (Andrew) : Bon,
premièrement, je dirais que... Me Bergman parler. Mais comme premièrement,
je dirais que ça doit être entre les paramètres de pouvoir du Québec, comme ça
peut... ne pas aller plus loin ou sur les... les responsabilités des autres
paliers du gouvernement. C'est la première... première chose. Je dirais, deuxième,
ça doit être la reconnaissance de... que... que des droits de la personne au
lieu que l'État a le droit de faire ce qui... ce que l'État veut ou qu'en
principe que les personnes auraient, comme on dit, comme monsieur...
Me Bergman a dit, les différents paliers des droits. Alors, comme ça, que
la... la constitution, c'est évident qu'il y a des droits correctifs, il y a
des lois. Certaines... Bon. Actuellement, avec le projet de loi n° 96, il
y a 500 000 Québécois qui sont privés de droit d'avoir les
services... de gouvernement Québec... québécois, parce qu'ils n'étaient pas
éduqués dans la majorité de leur vie en anglais, au Canada, au Québec. Bien,
c'est ridicule. Mon père qui a fait... qui est né ici, qui a passé sept ans en
Écosse dans son enfance, revenait, était gradué d'une école secondaire à
Montréal, Lachine High School, puis lui, il n'aurait pas droit s'il était
toujours en vie. Mon fils aîné est né à Montréal, passé huit ans aux États, revenait
aller Dawson, McGill, était Casque bleu, et puis lui n'aurait pas les... les droits
non plus, s'il était en vie. Alors, il y a 500 000 personnes qui sont
privées et doivent écouter le... le message que si vous n'avez pas été éduqué
en... If you were educated in English in Québec or Canada, you
have… to not have the right to be served by the Québec government. Ça,
c'est la folie. Et ça, c'est... bien, en tout cas, ça, c'est entré dans la
constitution.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. Merci beaucoup
encore une fois d'avoir été avec nous cet après-midi. C'est très, très
apprécié.
Je suspends les travaux quelques instants
pour accueillir les invités. Merci.
(Suspension de la séance à 17 h 08)
(Reprise à 17 h 10)
Le Président (M.
Bachand) :À l'ordre, s'il vous plaît, la
commission reprend ses travaux. Alors, il nous fait plaisir d'accueillir la
représentante et le représentant du English Language Arts Network. Merci
beaucoup d'être avec nous cet après-midi, c'est très apprécié. Donc, on est
prêt à vous écouter, après ça on aura une période d'échange avec les membres de
la commission. La parole est à vous. Merci.
Mme Castravelli (Miranda) : OK.
Bonjour, bonjour. Merci à la commission de nous accueillir aujourd'hui. Je vais
juste me présenter, moi, c'est Miranda Castravelli, je suis la directrice
générale d'ELAN et j'ai avec moi mon collègue Nick Maturo, qui est le directeur
à la programmation. Nous représentons les artistes et les travailleurs
culturels à travers la province de Québec qui sont d'expression anglaise.
Alors, ce n'est pas nécessairement juste le peuple anglophone, mais tous ceux
qui arrivent et qui sont nouveaux arrivés, qui sont d'expression anglaise et je
vais... on va commencer aujourd'hui par M. Maturo qui va passer certains de nos
points que nous avons déjà élaborés dans le mémoire et puis je reprendrai la
parole par la suite.
M. Maturo (Nick) : Bonjour,
membres de la Commission, au cours des 21 années de son existence, ELAN a
pu jouir de la collaboration du gouvernement du Québec participant à des
initiatives visant à soutenir et à promouvoir la culture québécoise. Nous avons
constaté que cette relation était mutuellement avantageuse, et ce, sur une
longue période. Toutefois, dans ce cas, ELAN estime nécessaire de prendre la
parole concernant ce projet de loi. Bien que les institutions culturelles ne
soient pas spécifiquement mentionnées, ce projet de loi soulève de graves
préoccupations quant à sa légitimité juridique, l'exclusion linguistique et les
droits fondamentaux de la personne, ce qui nous oblige à prendre position.
Lorsque ces droits sont affectés, la culture ne peut s'épanouir et des dommages
irréparables peuvent en résulter. La prudence est donc essentielle et nous
devons aller de l'avant avec un plan qui inclut tous les Québécois et
Québécoises de façon plus substantive.
Nous sommes bien constients... conscients
de l'importance de la langue française au Québec, ainsi que l'importance de la
protéger et de la mettre en valeur. Cependant, le projet de loi tel qu'il a été
rédigé va trop loin en définissant la nationalité par la langue, ce qui est
inexact, et ce, sans que le projet de loi ne prévoie de mesures de protection
bien définies et concrètes pour les communautés d'expression anglaise et
autochtone. Cela risque d'étouffer leur... contribution à la culture
québécoise. Dans cette optique, nous saluons les propos de votre collègue, le
ministre Éric Girard, qui a récemment exprimé le souhait d'un nationalisme plus
inclusif et rassembleur. Le fait que le projet de loi donne des assurances
plutôt vagues à certains endroits, surtout... surtout en partie I, en les
limitant strictement à d'autres, ne témoigne pas de respect. Toute assurance
doit être suffisamment définie et consacrée, sinon elle ne constitue pas une
assurance...
M. Maturo (Nick) : ...une
constitution formelle, avant la proposition d'un projet de loi si important,
constituerait donc une forme d'engagement plus significative, productive et en
effet rassembleur à cette fin.
De plus, plusieurs aspects du projet de
loi contredisent les principes de la Loi fédérale sur les langues officielles
qui soutient les... les droits d'expression des communautés de langues
officielles en situation minoritaire comme principe fondamental et qui sert
d'un outil important pour la protection du français à travers le Canada et bien
sûr de promotion... promotion de la vitalité de la communauté l'expression
anglaise au Québec.
Deux articles spécifiques contredisent
l'esprit des lois fédérales en vigueur et seraient particulièrement
préjudiciables à la communauté d'expression anglaise du Québec. Il s'agit des
articles 16 et 17 qui pourraient imposer des restrictions à l'accès des
organismes aux fonds fédéraux. De nombreux organismes communautaires
d'expression anglaise au Québec dépendent du financement fédéral pour
poursuivre leur travail essentiel au maintien des services pour préserver la
vitalité de leur communauté. Ce projet de loi permettrait en réalité au
gouvernement du Québec de rejeter toute initiative qu'elle jugerait contraire à
l'intérêt national. Même si les institutions culturelles ne sont pas
explicitement mentionnées maintenant, elles pourraient y être ajoutées à tout
moment. On ne peut limiter notre accès à cette substance vitale essentielle
conçue dès le départ pour nous protéger.
Je passe la parole de nouveau à Mme Castravelli.
Mme Castravelli (Miranda) : Bon.
Je crois qu'à ce moment-là, vous avez déjà lu notre brief. Je ne vais pas
repasser tout ça parce qu'on a juste quelques minutes. Mais j'aimerais vous
porter dans une autre direction. Je vais... Je veux commencer avec... en vous
racontant une histoire d'amour. Et, cette histoire, ça commence avec mon
grand-père qui était... de descendance française et qui, pour des raisons
économiques, ne pouvait pas vivre en France. Mais il cherchait et il avait
toujours l'amour pour la langue française dans son cœur. Et il est venu ici au
Québec parce qu'il voulait... se retrouver et retrouver ses racines. En venant
ici et en grandissant à ses côtés, j'ai naturellement été influencée par les
fables de La Fontaine, mais aussi par... Passe-Partout, aussi bien par les
histoires de Jules Verne, mais de Gabrielle Roy.
Alors, pourquoi je commence là? C'est
parce que je veux communiquer avec la commission puis tout le monde ici qui
écoute aujourd'hui que je n'ai pas besoin d'être convaincue de la beauté de
l'unique caractère de la culture française et de la culture québécoise. J'en
suis convaincue, je la vis tous les jours et je la porte avec moi. Je comprends
l'intention de préserver la culture et de vouloir se sentir spécial, entendu,
écouté, avoir une vraie place, c'est quelque chose qui est vraiment important
pour tout le monde. Je vous comprends et je crois qu'on se comprend. Mais, en
travaillant ELAN, malgré que nous représentons la... communauté anglophone,
nous travaillons aussi très prochement avec nos collègues francophones. Et, ce
qui est très évident, c'est qu'on a beaucoup de différences, même sur le
territoire. La personne en Gaspésie ne vit pas la même affaire qu'une personne
de Deux-Montagnes. L'avis de quelqu'un sur la frontière américaine à Lacolle
n'est pas la même que certains... que quelqu'un qui est dans le Grand-Nord.
Même à l'intérieur du territoire aujourd'hui, avec les personnes qu'on... on
appellerait traditionnellement de «pure laine», l'uniformité n'existe pas.
C'est une fiction.
Alors, de quoi on parle quand on parle de
la nation québécoise, et qui en parle? Qui a le droit d'en parler? C'est
qu'avec le désir de préserver cette belle culture, il faut comprendre qu'il
faut prendre un processus réaliste. Alors, je vous pose la question :
Est-ce que je suis Québécoise? Moi, je crois que oui. Les personnes autochtones
sont-elles québécoises? Les personnes récemment arrivées? Est-ce que c'est une
question de temps? Est-ce que c'est une question d'adhérence culturelle? Est-ce
que c'est une question d'apparence physique? Qu'est-ce qui définit un Québécois
ou une Québécoise et qui a le droit de dire c'est quoi cette définition?
Et je propose, avec tout respect et avec
tout respect avec l'intention de préserver cette culture, que ce n'est pas à un
gouvernement particulier en lui seul de faire cette détermination et de... de
cette définition, tout le reste découle. Si on parle de droits pour protéger
les personnes, il faut savoir elles sont qui, ces personnes, et quelles sont
les affaires qui les atteignent. On ne peut pas faire des concessions sur les
articles individuels sans revenir en arrière et reconsulter et voir c'est quoi
et c'est qui que ça affecte. Alors, avec respect et avec tout le support...
Mme Castravelli (Miranda) : ...de
travailler d'une façon collaborative, on vous demanderait, s'il vous plaît, de
retourner à la table, et de renégocier, et de recommencer en incluant les
personnes dès le début, d'une façon constructive, pour avoir une vraie définition
qui nous représente tous. Merci.
Le Président (M.
Bachand) :Merci infiniment. M. le
ministre, pour huit minutes 50 s, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Oui,
merci, M. le Président. Mme... Castravelli, M. Maturo, bonjour. Merci de
participer aux travaux de la commission.
Vous disiez : Le projet de loi, dans
le fond, à qui qu'il s'adresse? Bien, il s'adresse à toutes les Québécois, à
toutes les Québécoises, donc ceux qui ont une appartenance et qui se sentent
Québécois. Puis je pense que c'est très clair, là, on le dit, là : «Le
peuple du Québec est composé de toutes les Québécoises et de tous les
Québécois. Le peuple québécois forme une nation.» Ça m'apparaît très inclusif.
Si vous êtes au Québec, vous vous sentez comme Québécois, vous faites partie de
la nation québécoise, du peuple québécois. Moi, je ne peux pas voir de plus
grande définition que ça, que ceux qui aiment le Québec, qui veulent appartenir
à la nation, qui s'identifient comme faisant partie de la nation, une nation
qui est plurielle, qui est multiple. Et je trouve que c'est à bras ouverts.
Mme Castravelli (Miranda) : Écoutez,
si c'est ça que vous vouliez dire, c'est parfait.
M. Jolin-Barrette : Bon!
Mme Castravelli (Miranda) : Alors,
on n'a rien à dire. Mais il faudrait le dire explicitement.
M. Jolin-Barrette : Bien,
c'est ça... Bien, c'est ça qui est décrit.
Mme Castravelli (Miranda) : Mais
ce n'est pas vraiment ce qui est écrit. Ce qui a est écrit est : «Tous ceux
qui participent», mais ça... ça n'inclut pas tous les gens qui sont déjà exclus
et qui sont déjà des... comme l'ont dit notre collègue, qui sont affectés par
la loi M-30, par exemple, comme ceux qui n'ont pas été consultés. Et leur
définition serait-elle la même? Y aurait-il peut-être des... des affaires à
ajouter par la suite? Il me semblerait que si vous disiez par la... au lieu de
dire «tous ceux qui se sentent comme ça, ais le gouvernement agit dans... pour
le bien de cette nation», c'est... ce serait plus définir les paramètres de
c'est quoi, les biens de cette nation et comment tous les peuples
spécifiquement. Alors, cela inclurait les peuples autochtones, cela inclurait
tous les peuples. Si vous le disiez explicitement, que cela inclut tout le monde
et tout leur... toutes les choses qui leur sont importantes, ce serait beaucoup
plus défini que, je trouve, la définition comme elle est, un peu vague.
• (17 h 20) •
M. Jolin-Barrette : Parce que
vous savez, souvent, le défi qu'on a quand qu'on dépose un projet de loi, c'est
que ce qui est écrit parfois, bien, on ne s'y réfère pas. Alors, moi, je pense
que le plus simple pour être sûr qu'on parle des bonnes affaires, c'est de
revenir toujours à ce qui au texte écrit. Puis l'article trois dit : «Le
peuple du Québec est composé de toutes les Québécoises, de tous les Québécois.
Le peuple québécois forme une nation.» C'est très, très inclusif. Mais je
prends vos suggestions que, dans les modalités, vous dites : Bien,
écoutez, il faudrait prévoir aussi des actions gouvernementales en ce sens-là
aussi. Alors, je le note aussi.
Je voulais peut-être revenir sur la
question de la culture, là, parce que c'est... c'est le sens même de votre
organisme aussi. Est-ce... Est-ce que vous considérez que la culture, c'est un
facteur d'intégration, supposons, à la société québécoise?
Mme Castravelli (Miranda) : Le
problème, c'est que ce n'est pas uniforme. Ça commence par un... un «layer»
au-dessus et, à travers le temps, ça devient une évolution. Alors, ça dépend à
quel moment dans le temps : est-ce qu'on est tout à fait intégré, ou
est-ce qu'on est comme à peine arrivé, ou est-ce qu'on est comme à moitié, ou
est-ce qu'on choisit des choses, mais on en rejette d'autres? Ce n'est pas une
affaire si simple que ça. L'intégration en tant que telle, «wholesale», ça ne
fonctionne pas. C'est parce que ce n'est pas comme ça de toute façon. Comme
on... Comme l'exemple que je vous contais tout à l'heure, de l'histoire de
quelqu'un de Deux-Montagnes, là, qui est... à côté de la frontière de
l'Ontario, il y a d'autres ambitions que la... la personne de Gaspésie. Est-ce
que c'est la même intégration, ça? Est-ce que c'est la même culture? Oui et
non. Il y a des différences. Alors, c'est l'idée d'avoir une tolérance pour les
différences. Alors, quand on parle d'intégration, cela aussi aurait besoin de
plus de définition, qu'est-ce que ça voudrait dire, l'«intégration», est-ce que
ça veut dire effacer tout ce qui est différent ou est-ce que ça veut dire une
tolérance de la différence et comment ça s'appliquerait.
M. Jolin-Barrette : Bien,
écoutez, le gouvernement du Québec a adopté l'an passé la Loi sur l'intégration
nationale, puis il n'est aucunement question d'invisibilité, d'effacer, mais
plutôt de contribution des différences de la société québécoise vers un tronc
commun, la participation notamment à la société québécoise. Donc, je pense que
mon collègue de Saint-Jean va vouloir aborder cette question-là.
Peut-être juste une précision avant de...
M. Jolin-Barrette : ...avant
de lui céder la parole, sur la question de l'article cinq, j'ai senti beaucoup
de craintes, notamment par rapport à l'article quatre où on dit : Écoutez,
le gouvernement peut rajouter des organismes. Il est question d'ajouter des
organismes gouvernementaux, pas des organismes à but non lucratif. Alors, je
tiens à rassurer tout le monde sur ce point-là, mais je vais céder la parole à
mon collègue.
Mme Castravelli (Miranda) :
Si... si...
Le Président (M.
Bachand) : Merci... Oui, allez-y, madame.
Mme Castravelli (Miranda) :
Si je peux juste ajouter une petite affaire, là, ce n'est vraiment pas
nécessairement votre intention particulière en ce moment, mais une constitution
aussi, ça dure des centaines d'années, hein? C'est une répercussion de pas
juste ce gouvernement ici, mais qu'est-ce qui pourrait se passer par la suite
et comment ça pourrait être appliqué par la suite dans le futur.
M. Jolin-Barrette : Une mini
précision sur ce point-là. L'article cinq, c'est dans la loi sur l'autonomie
constitutionnelle, c'est une loi ordinaire, ce n'est pas dans la Constitution,
à titre de précision.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. M. le député de Saint-Jean, pour
3 min 15 s.
M. Lemieux : Merci beaucoup,
M. le Président. Le ministre le disait, j'avais beaucoup hâte de vous parler,
parce que cette loi que nous avons adoptée l'année dernière sur l'intégration à
la nation québécoise, c'est... moi, j'aime dire que c'est le contraire du
multiculturalisme, c'est d'aller trop loin que de dire ça, mais je suis très
enthousiaste de nature, mais essentiellement, ce qu'on dit, c'est que... depuis
30 ans, parce que ça fait 30 quelques années que nous vivons à l'ère
canadienne du multiculturel avec Trudeau père, ce qu'on dit, c'est que les
Canadiens ont adopté ça à bras le corps, alors qu'au Québec, on a toujours été
un peu sur notre quant-à-soi par rapport au... au multiculturel et au
multiculturalisme et ce que ça implique et comment ça procède. Puisque cette
nouvelle loi qu'on a adoptée fait du Québec non seulement un État avec une
langue officielle et commune qu'est le français, mais ça fait aussi maintenant,
avec la loi sur l'intégration, une nation qui a une culture commune, qui est un
tronc commun. Je ne vous parle pas de la ceinture fléchée puis du chapeau de
paille, je vous parle du tronc commun que nous sommes tous, ceux que nous
sommes, les 9 millions aujourd'hui au Québec. Mais il y a une culture
là-dedans. Et puis, je ne parle pas de danse carrée non plus, je parle de l'ensemble
de l'oeuvre.
Donc, est-ce que vous avez compris, saisi,
ou est-ce que vous appréciez la différence entre le multiculturalisme qui n'est
plus à la mode au Québec parce qu'on passe à l'intégration nationale?
Mme Castravelli (Miranda) :
Je comprends que c'est l'intention de vouloir avoir une voix commune. Je
comprends que c'est ça l'intention. Et je ne dis même pas que ce n'est pas
nécessairement la bonne chose à travers le temps. Mais ce qui se produit sur le
champ, c'est qu'on a des différences. La culture anglophone, les travailleurs
culturels anglophones par exemple ont un problème particulier parce qu'on est
souvent associés aux anglophones du reste du Canada et on a une culture
particulière ici qui n'est pas la même chose du tout, du tout. Ils n'ont pas
les mêmes influences, ça ne sort pas de la même façon. Alors, on est comme une
sous-section de la... la culture québécoise et on voudrait être reconnus comme
étant une partie valable de cette culture.
Et le problème, c'est qu'en effet... en
intention, il n'y a pas de problème. Mais en effet, ce que ça cause, c'est une
imbalance dans les droits et les... et les ressources que ces groupes-là
peuvent atteindre. On a des statistiques qu'on vous a soumises avec notre
«brief» qui démontre que la communauté anglophone est à 25 % moins
d'emplois à travers toutes les... tous les niveaux, à comparer à la communauté
francophone. Ici, il y a une même imbalance prouvée, prouvée et prouvable.
Alors, même si on voulait intégrer, il faut quand même avoir quelque chose qui
balance les... «the scales», qui balance les...
Le Président (M.
Bachand) : ...des commentaires, 25 secondes, M. le député
de Saint-Jean.
M. Lemieux : Oui, c'est parce
que comme vous avez dit, définir la nationalité par la langue, je ne comprenais
pas, je ne comprends toujours pas, et de tout ce que vous avez dit, je... je ne
suis pas capable de suivre. La langue française, le français, est notre langue
officielle et commune au Québec. N'empêche que… I can speak to
you in English all the rest of the day if you want and I'll be happy, and when
you talk about English artists in Québec that are having problems, I
understand. I was 20 years in Canada, and they have the same problem to the
States, same thing.
Le Président (M.
Bachand) : Merci, M. le député de Saint-Jean, M. le député de
l'Acadie pour six minutes 37, s'il vous plaît.
M. Morin : Oui. Merci, M. le
Président. Alors, Mme Castravelli, M. Maturo, bonjour. Merci d'être avec nous.
Merci pour votre... votre mémoire. Quand vous avez référé un peu plus tôt à une
consultation plus large ou d'un comité transpartisan, écoutez, vous parlez à un
convaincu, là. C'est ce que je demande au gouvernement depuis le début, mais je
suis dans l'opposition. Ça fait que jusqu'à maintenant, pas eu beaucoup de
succès. Peut-être qu'un jour ça va arriver. Si vous continuez d'en parler,
peut-être que le ministre va changer de technique. On verra plus tard.
Maintenant.
M. Morin : ...vous avez
fait référence aussi à une déclaration du ministre des Finances de la CAQ, en
fait, je dis le ministre des Finances, parce qu'on ne peut pas nommer son nom,
mais on sait de qui on parle, et il aurait dit : Les Québécois ne se
reconnaissent pas dans ce qu'on a proposé.
Pensez-vous que les Québécois... vous vous
reconnaissez dans le projet de loi n° 1?
M. Maturo (Nick) : Non,
pas nécessairement, et je pense que ce n'est pas le cas pour d'autres groupes
qui ne sont pas les anglophones aussi. D'après ce que j'ai vu, il y a beaucoup de
groupes, de communautés à travers le Québec qui ne se reconnaissent pas dans ce
projet de loi. Et je pense que c'est aussi une question de... de ne pas se
sentir consultés, d'être présentés... ça comme plus ou moins à fait accompli.
Comme, on est ici pour participer, mais c'est plutôt pour commenter maintenant,
à recevoir des rassurances ou des dénis, mais pas nécessairement pour être
consultés. Donc, c'est sur qu'on se retrouve plus dans quelque chose où on a eu
l'occasion de contribuer dès le début.
Mme Castravelli (Miranda) : Et
si je peux juste ajouter...
M. Morin : Oui, bien
sûr. Absolument.
Mme Castravelli (Miranda) :
...pour mettre un peu le point sur ce que M. le ministre ici disait tout à
l'heure. C'est que... pourquoi on se sent exclus? Bien, parce qu'on a qu'à
regarder les nouvelles, qu'on a des gens qui traitent de traître quelqu'un qui
va saluer un nouveau ministre de la Culture fédérale. Alors, il y a des actions
qui ont été prises publiquement, politiquement, qui font que le français est
regardé comme ce qui est plus haut et tout le reste est comme mis de côté.
Alors, ça prend plus qu'une intention, ça prend des affaires légitimes et très
bien expliquées, une inclusion explicite pour qu'on se sente inclus. Ce n'est
pas assez de nous dire : Mais non, mais ce n'est pas ça qu'on voulait
dire.
M. Morin : Et si je vous
ai bien compris, là, corrigez-moi si je fais erreur, mais vous disiez tout à
l'heure : Bon, nous on vit au Québec, on aime le Québec, on est des
anglophones, entre autres... Vous parlez très bien français, mais vous n'êtes
pas comme des anglophones de Toronto. C'est ce que je comprends aussi, donc, tu
sais, vous dites : Si moi je déménage à Toronto, bien, ce n'est pas
vraiment chez nous, vous comprenez, donc... Alors, pour vous, ça vous place
dans une situation qui est un peu délicate et unique, si vous me permettez.
• (17 h 30) •
Mme Castravelli (Miranda) : Oui,
effectivement. Tout à fait.
M. Morin : OK. Les arts
c'est hyper important. Vous représentez un réseau d'art. Qu'est-ce qu'on
pourrait faire pour que vous soyez mieux reconnus, inclus, par exemple, dans ce
projet de loi?
M. Maturo (Nick) : En
fait, offrir aux artistes d'expression anglaise l'opportunité de contribuer
plus à une culture québécoise plus vaste, plus rassembleuse, je dirais.
M. Morin : Et puis,
comment on pourrait faire ça concrètement?
M. Maturo (Nick) : S'il
y aurait des... un processus de consultation, peut-être avoir des tables rondes
spécifiquement conçues pour la culture et les arts.
M. Morin : Oui, c'est
sûr que ça nous donnerait plus de temps que cinq, six minutes cet après-midi,
on est d'accord.
Aujourd'hui, on a entendu plusieurs
groupes puis jusqu'à maintenant, bien, il y en a, là, mais il n'y en a pas
beaucoup qui nous ont dit que le projet de loi, c'est une très bonne affaire.
Si jamais le ministre décidait d'arrêter ça et de se lancer dans une
consultation pour... constitution, qu'est-ce que... Ce serait quoi votre
recommandation ou votre souhait pour le ministre?
Mme Castravelli (Miranda) : Le
souhait, ce serait vraiment de voir... comme un peuple qui est vraiment
représentatif. Et j'aimerais vraiment voir les Premières Nations qui seraient
là à la table avec nous comme égaux, j'aimerais qu'on ait des représentants de
la communauté anglophone qui s'assoient dès le début. C'est bon, avec les
ministres qui sont naturellement à l'Assemblée, parce que vous êtes des... vous
êtes des élus. Alors, naturellement, il faut que vous êtes là aussi pour
entendre, pour pouvoir vraiment travailler côte à côte, pour avoir quelque
chose de collaboratif. Si on se dit : OK, on veut faire quelque chose pour
le peuple québécois, est-ce qu'on a des enjeux? Est-ce qu'on a des personnes à
demander? Est-ce qu'on a peut-être du public à consulter? Même le public a le
droit d'être consulté sur quelque chose qui est primordial, parce que la
constitution, c'est la première entente entre le gouvernement et son peuple.
Donc, il faudrait quelque chose de
beaucoup plus élargi que ce qui s'est produit en ce moment. Alors, on aimerait
voir exactement ça, une construction d'une table consultative. On recommence du
début, on consulte les experts, et puis, par la suite, s'il y a lieu, on
consulte le public, et on revient avec les recommandations. Et là, on se bâtit
quelque chose qui a de l'allure.
M. Morin : Là-dessus à
ce sujet-là...
17 h 30 (version non révisée)
M. Morin : ...bien, le
gouvernement avait nommé un comité d'experts. Donc, ils ont consulté certains
experts, ce qui est... Ce qui est particulier, est un peu étonnant, c'est que
les experts ont suggéré d'avoir une consultation très large, et c'est
exactement ce que le gouvernement n'a pas fait. Alors ça, c'est un peu
particulier. Mais ceci étant dit... puis ce n'est pas la première fois que je
le dis, puis je vais le répéter probablement aussi avant la fin, mais ça c'est
autre chose, ce serait quoi pour vous la place qu'on aurait dû réserver aux
Premières Nations? Parce que, là, présentement, on les a dans trois
considérants.
Mme Castravelli (Miranda) :
Oui, ils sont comme mentionné un peu. Mais est-ce qu'on a... on a des gens,
vraiment, de ces nations-là qui sont assises à la table, qui sont là pour
discuter quand on dit : Cet article... cet article, cette définition,
ce... Est-ce qu'ils sont vraiment là dans la salle? Je ne sais pas.
M. Morin : Très bien. Donc,
vous... est-ce que vous avez en tête, par exemple, une codirection ou corédaction
de certaines dispositions par exemple?
Mme Castravelli (Miranda) : Oui.
Oui. Oui, peut-être tout, peut-être tout du début.
M. Morin : Très bien.
Le Président (M.
Bachand) :merci beaucoup.
M. Morin : Et merci beaucoup.
Le Président (M.
Bachand) : M. le député de Maurice-Richard,
2 min 13 s, s'il vous plaît.
M. Bouazzi : Merci, M. le
Président. Je vous écoute et puis plusieurs groupes sont passés avant vous et
je vous avoue que... que ça me rend triste en fait, parce qu'on sent une
véritable volonté de contribuer positivement à la... à la société dont vous
faites pleinement partie. La plupart des anglophones qui sont venus nous parler
dans cette commission nous ont parlé en français. Je rappelle d'ailleurs...
parce que des fois, on parle beaucoup, là, des questions de langue, qu'on n'a
jamais eu autant de personnes bilingues au Québec. C'est parce que les
personnes anglophones parlent de plus en plus français et... et évidemment, le
fait français, je pense, n'est pas une question de négociation. La question, c'est
de dire : Bien, on fait partie, avec notre histoire, avec notre présence.
Ça fait que je trouve ça vraiment triste, parce que c'est comme une occasion
ratée et on a entendu d'autres personnes, dont par exemple professeur de
philosophie, monsieur... M. Seymour, dire comme première question, c'était la
question des anglophones et des... et des autochtones qui était un raté total.
Donc, même parmi les francophones, vous avez une tonne d'alliés. Bon, ça fait
que la conversation aurait pu être juste magnifique à construire un... Si... Et
vraiment, ça me fait vraiment mal au cœur. Parce que... parce que pourquoi? Tu
sais, genre, pourquoi? Ce serait tellement juste simple de se dire : OK,
on s'assoit tous ensemble... citoyens, puis on va la construire cette... cette
constitution ensemble, et puis on va la co-écrire avec les Premières Nations.
Et puis bien sûr que les minorités anglophones font partie de notre histoire et
notre avenir, et ils ont toute leur place. Et, oui, j'ai très peu de temps. Je
vous donnerais peut-être le mot de la fin pour aujourd'hui, sans même vous
poser de question. J'aurais envie de vous dire : C'est quoi, l'idéal pour
vous dans une constitution? On a tellement peu de temps.
M. Maturo (Nick) : Bien, je
sais que le nom de Leonard Cohen a été mentionné avant. Je voulais juste
souligner que les artistes et les travailleurs culturels anglophones d'expression
anglaise sont un atout pour promouvoir la culture québécoise et surtout à l'échelle
internationale. Donc, on est là pour collaborer.
M. Bouazzi : God bless Leonard
Cohen. Merci.
Le Président (M.
Bachand) :Merci infiniment. Alors, merci
beaucoup d'avoir été encore une fois avec nous cet après-midi. Je vais suspendre
les travaux quelques instants pour accueillir les... nos prochains invités.
Merci.
(Suspension de la séance à 17 h 38)
(Reprise à 17 h 40)
Le Président (M.
Bachand) :À l'ordre, s'il vous plaît! La
commission reprend ses travaux. Il nous fait plaisir d'accueillir des
représentants et représentantes de l'Association chrétienne pour la
Francophonie, de même que le Réseau évangélique du Québec. Merci beaucoup de ta
présence cette après-midi, c'est très apprécié. Alors je vous cède
immédiatement la parole avant la période d'échange avec les membres de la
commission. Merci.
Mme Collette (Nancy) : Alors,
M. le Président, M. le ministre, Mmes et MM. les députés, je me présente, Me
Nancy Colette, je suis la représentante de l'Association chrétienne pour la
Francophonie et je suis accompagnée de M. Corentin Messina, directeur des
relations publiques du Réseau évangélique du Québec, le REQ. Donc, l'ACF et le
REQ regroupent plus de 500 églises et organismes présents dans l'ensemble
des régions du Québec. Nos membres œuvrent quotidiennement auprès de familles,
de personnes vulnérables, de jeunes, de nouveaux arrivants et de collectivités
locales. Nous faisons partie intégrante du tissu social québécois. Nous vous
remercions de nous recevoir dans le cadre de l'étude du projet de loi
numéro 1.
L'adoption d'une Constitution québécoise
constitue un... geste majeur. Il ne s'agit pas d'une loi ordinaire, mais d'un
texte fondateur appelé à structurer notre démocratie pour les générations à
venir. D'entrée de jeu, nous souhaitons être très clairs, nous n'avons aucun
problème avec la laïcité de l'État. La neutralité de l'État à l'égard des
religions est un principe que nous reconnaissons et respectons pleinement, elle
est nécessaire dans une société pluraliste. Notre préoccupation n'est donc pas
la laïcité en soi, mais la manière dont certains mécanismes juridiques pris
ensemble pourraient affaiblir ou vider de sa substance la liberté de religion
et plus largement la liberté de conscience. Il est essentiel de rappeler que la
liberté de religion ne se limite pas à une croyance intime exercée en privé,
elle comprend aussi la liberté de conscience, la liberté d'association, la
liberté de rassemblement et la liberté de vivre et de transmettre ses
convictions dans l'espace collectif. Ces libertés sont indissociables dans une
société libre et démocratique. Dans une démocratie, la majorité gouverne. Mais
la démocratie ne se limite pas à la volonté de la majorité, elle repose aussi
sur des mécanismes juridiques qui assurent la stabilité des droits dans le
temps et la protection des minorités puisque les majorités changent alors que
les droits fondamentaux, eux, doivent demeurer durables et protégés. C'est à la
lumière de ce principe que nous avons analysé le projet de loi numéro un.
Notre préoccupation ne porte ni sur la
reconnaissance des droits ni sur leur encadrement qui existe déjà en droit
québécois. Elle porte sur le point de référence interprétatif que crée la nouvelle
architecture constitutionnelle. Ce qui était auparavant une exception,
notamment la possibilité de déroger aux chartes, devient désormais un élément
structurel du cadre constitutionnel, intégré au cœur même de la Constitution.
Autrement dit, la limite au droit ne constitue plus seulement une mesure
exceptionnelle à justifier, mais une possibilité constitutionnellement
normalisée à partir de laquelle s'opère l'analyse. Dans ce contexte, l'absence
de balises constitutionnelles précises fragilise la protection des droits
fondamentaux en faisant en sorte que les mécanismes permettant de les
restreindre tendent à devenir plus structurants que ceux qui en garantissent la
protection réelle et opérante. Le projet de loi numéro un reconfigure en
profondeur le cadre de protection des droits. Certaines dispositions clés y
dérogent directement, notamment l'article 16 constitutionnalise la
possibilité de déroger à la Charte, l'article...
Mme Collette (Nancy) : ...l'article18
affirme la souveraineté parlementaire sans balises explicites,
l'article 22 consacre la laïcité sans cadre normatif précis et l'article
neuf de la Loi sur l'autonomie constitutionnelle limite le contrôle judiciaire.
C'est à l'égard de cet ensemble de mécanismes pris dans leur interaction que portent
nos principales préoccupations et nos suggestions au gouvernement.
M. Messina (Corentin) : Nous
avons donc trois enjeux prioritaires qui en découlent.
Premièrement, la laïcité. ll importe
d'assurer qu'elle demeure un principe de neutralité de l'État et non un outil
de neutralisation des convictions individuelles. Dans une société pluraliste,
la laïcité protège à la fois l'impartialité des institutions publiques et la
liberté de conscience des personnes qui y œuvrent. Sans balises claires, ce principe
risque d'être invoqué comme justification autonome pour restreindre des droits,
soit en contraignant les individus à agir à l'encontre de leurs convictions
dans l'exercice de leurs fonctions, soit en légitimant des restrictions
administratives injustifiées envers des communautés.
En deuxième lieu, l'équilibre entre les
droits collectifs et les libertés fondamentales, un autre de nos enjeux. Nous
comprenons la volonté du législateur d'exprimer l'importance des droits
collectifs de la nation québécoise. Toutefois, leur intégration à
l'article 9.1 de la Charte soulève un enjeu de principe puisque ces
dispositions encadrent l'exercice et la limitation des droits et libertés
fondamentaux. En intégrant explicitement les droits collectifs de la nation
québécoise à l'article 9.1 de la Charte, le législateur fait des droits
collectifs un paramètre préalable à l'exercice des droits et libertés
fondamentaux. Ce faisant, les droits collectifs se trouvent appelés à primer
sur les droits fondamentaux individuels, modifiant ainsi la hiérarchie
traditionnelle des droits, ce que le droit international cherche précisément à
éviter depuis 1945. Au surplus, l'absence des garde-fous explicites fait
craindre que l'interprétation dite en harmonie ne conduise concrètement à un
affaiblissement disproportionné des libertés individuelles, notamment la
liberté de conscience et de religion.
Troisièmement, l'encadrement du contrôle
judiciaire et de la souveraineté parlementaire. Le contrôle judiciaire
constitue l'un des principaux garde-fous protégeant les minorités dans une
démocratie libérale. Lorsqu'il est limité de manière structurelle, sans
exigence de justification, cela entraîne un changement majeur dans la
protection effective des droits fondamentaux.
Nous croyons profondément à un Québec
démocratique pluraliste. Les organismes religieux que nous représentons
contribuent de manière concrète à la vie sociale, à l'intégration des personnes
et au bien-être des communautés locales. Historiquement, les protestants
francophones particulièrement étaient en faveur d'une neutralité de l'État et
de la laïcité de l'État, ce qui est toujours le cas.
Nous souhaitons souligner également que ce
débat ne concerne pas seulement les personnes religieuses, même si c'est celles
qu'on représente ici devant vous. Lorsque la liberté de conscience peut être
restreinte plus facilement, c'est l'ensemble de la population québécoise qui
est concernée : aujourd'hui, certaines convictions religieuses, demain,
d'autres convictions, philosophiques, culturelles ou sociales.
Enfin, cette évolution soulève un enjeu de
cohérence avec les engagements internationaux du Québec et du Canada qui
reconnaissent la liberté de religion et de conscience dans ses démissions...
dans ses dimensions individuelles et collectives.
En conclusion, notre message est clair, la
laïcité de l'État, l'affirmation des droits collectifs et la souveraineté
parlementaire doivent coexister avec une protection réelle, durable et
effective des libertés fondamentales. Les ajustements que nous proposons ne
visent pas à remettre en cause ces principes, mais à en préciser la portée afin
qu'ils continuent de servir le bien commun dans un Québec où la liberté de
conscience et la liberté de croire demeurent pleinement protégées. Nous sommes pour
une laïcité harmonisée, garante à la fois de la neutralité de l'État, des
libertés fondamentales et de la nation.
Mme Collette (Nancy) : ...et
sommes prêts à prendre vos questions.
Le Président (M.
Bachand) :Merci infiniment. M. le
ministre, pour une période de huit minutes, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Oui...
merci, M. le Président. Bonjour, Mme Collette, M. Messina. Merci de participer
aux travaux de la commission, donc, pour l'Association chrétienne pour la
francophonie et pour le Réseau évangélique du Québec.
Écoutez... quelques questions. Le premier
élément que vous avez abordé, Mme Collette, la question de la disposition de
souveraineté parlementaire qu'on vient inscrire noir sur blanc dans la
Constitution québécoise, vous dites : Bien, écoutez, on vient de le
constitutionnaliser. D'accord, c'est l'état du droit actuellement qui s'y...
qui s'y retrouve, là, c'est la codification de l'arrêt Ford. Vous trouvez ça
problématique de le mettre dans la Constitution, mais le fédéral, eux, ils
l'ont à l'article 33 dans la Constitution canadienne.
Mme Collette (Nancy) : En
fait, où la problématique se situe pour nous, c'est que la position de
souveraineté parlementaire, elle permet de déroger aux droits et libertés sans
nécessité de justification et de contextualisation puis sans possibilité de
contrôle judiciaire. Et c'est là qu'on a un problème. Alors qu'auparavant il y
avait quand même des... Même la dérogation qui est permise en vertu de la
Charte, elle était exceptionnelle, temporaire et elle se devrait... elle se
devait d'être justifiée. Et je vous dirais...
Mme Collette (Nancy) : ...que
ce principe-là de justification, de... lorsqu'il y a une atteinte qui est
portée à un droit, à une liberté, de devoir justifier, contextualiser, c'est
reconnu par le droit international. D'ailleurs, la jurisprudence est constante
de la part du Comité des droits de l'homme de l'ONU, à savoir que, lorsqu'il y
a une liberté qui est atteinte, cette atteinte doit être strictement
nécessaire, proportionnée et justifiée. Alors, quand je vois la disposition de
souveraineté parlementaire qui dit : On peut porter atteinte aux droits et
libertés sans... nécessité de justifier, de contextualiser et qu'il y a... un
contrôle judiciaire possible, mais, nous, évidemment, pour la liberté de
religion, mais, je vous dirais, pour tous les droits fondamentaux, on est
préoccupés.
M. Jolin-Barrette : OK, mais
vous convenez que l'État du droit actuellement, c'est ça, la Cour suprême, elle
a statué que c'était ça.
Mme Collette (Nancy) : Mais il
y a une nécessité quand même...
M. Jolin-Barrette : ...tu
n'as pas de justification, non, il n'y a pas de nécessité de justification en
vertu de l'arrêt Ford, en vertu de l'utilisation, c'est de la forme, ça doit
être inscrit dans la loi puis c'est de la forme. Lorsque le Parti libéral du
Québec, supposons, dans le mandat, entre 14 puis 18, a renouvelé la disposition
de dérogation pour faire en sorte que les femmes qui étaient professeurs, qui
étaient avantagées, et ça amenait, dans le fond, une atteinte au droit à
l'égalité par rapport aux professeurs hommes, parce qu'ils avaient... ils
avaient travaillé moins longtemps à cause que c'était des religieuses. Mais il
n'y avait pas de justification, ils adoptent la disponibilité comme ils l'ont
fait.
Mme Collette (Nancy) : Mais je
vous dirais que cette disposition-là, pris dans l'ensemble des autres
mécanismes constitutionnels qui sont présents au projet de loi, sont quand même
inquiétants, notamment la notion de droits collectifs dont... dont mon collègue
mentionné en introduction, qui fait précéder les droits collectifs sur... sur
les libertés fondamentales, là aussi, c'est quelque chose que le droit international,
comment dire, farouchement, s'oppose alors qu'il... Traditionnellement, les
libertés fondamentales doivent primer sur les droits collectifs, et ça, depuis
1945, qui est la date de création de l'ONU. L'après-Seconde Guerre mondiale,
alors qu'on a vu les effets qu'avait eu, dans certaines sociétés, le fait de
faire prévaloir les droits collectifs sur des libertés... des libertés
fondamentales. Donc là, est notre préoccupation...
M. Jolin-Barrette : Mais,
juste là-dessus, est-ce que vous comparez le projet de constitution, en nous
disant: Écoutez, si vous faites primer l'égalité entre les femmes et les hommes
par rapport à la liberté de religion, vous nous comparez ça à ce qui s'est
passé en 1939-1945 ou... juste pour être sûr.
Mme Collette (Nancy) : Là,
moi, je vous parlais de droits collectifs qui priment sur les libertés
fondamentales. Là, quand vous me parlez d'égalité hommes-femmes...
M. Jolin-Barrette : Bien,
moi, je considère ça, c'est un droit collectif. Au Québec, là, on fait le
choix, là, que l'égalité entre les femmes et les hommes, le droit de s'en
réclamer à la fois individuel et collectif, on dit, dans la Constitution, très
clairement, en modifiant la charte à 9.2 : Bien, écoutez, effectivement,
s'il y a une situation de conflit entre la liberté de religion de quelqu'un
puis l'égalité entre les hommes et les femmes, mais ce n'est pas vrai que
l'égalité... le droit à la liberté de religion va primer. L'Assemblée nationale
s'est prononcée aujourd'hui à l'unanimité là-dessus.
• (17 h 50) •
Mme Collette (Nancy) : Mais je
suis même d'accord avec vous. Mais là on est... là on est sur une autre mesure,
alors qu'on est pleinement d'accord avec le principe de l'égalité
hommes-femmes. Et je suis d'accord, nous sommes d'accord avec vous qu'un homme
ne devrait pas avoir le droit de refuser des services de la part d'une femme
sous prétexte de la liberté de religion. Pour nous, le débat ne se situe pas
là, en tout cas, notre préoccupation ne se situe pas à cet égard. Je vous
dirais, où on pourrait être préoccupé, c'est de faire primer un droit
fondamental sur un autre, alors que, si on avait l'exercice de
contextualisation, justification lorsqu'on a la proportionnalité, je pense que
le même exercice pourrait être fait avec cette... avec cette possibilité-là.
M. Jolin-Barrette : Mais ce
n'est pas ça qu'on fait dans la Constitution, on dit : Les droits
collectifs concourent à la protection des droits individuels aussi. Ils sont
sur le même pied, mais, par contre, les tribunaux devront en prendre acte.
Est-ce que c'est un problème, les droits collectifs de la nation québécoise?
Mme Collette (Nancy) : Bien,
ils sont un problème dans la mesure où ils supplantent les libertés
fondamentales, parce que l'article 9.1 nous dit que «les droits et
libertés s'exercent dans le respect des droits collectifs», selon l'amendement
que vous avez fait.
M. Jolin-Barrette :
Effectivement.
Mme Collette (Nancy) : Donc,
les droits collectifs se viennent à supplanter les libertés fondamentales...
M. Jolin-Barrette : Bien non,
bien non...
Mme Collette (Nancy) : ...sur
les droits...
M. Jolin-Barrette : ...bien
non. Ça doit... Oui, il doit y avoir le respect des droits collectifs. Je vous
donne un exemple, là. En matière de protection du français, parce que c'est à
9.1, en matière de laïcité, ce sont des droits collectifs. Est-ce que, dans
dans la société québécoise, on devrait dire : Moi, j'invoque un droit
individuel et je devrais faire fi du droit à la laïcité de la collectivité et
du droit individuel à la laïcité ou de vivre dans un...
M. Jolin-Barrette : ...un
environnement de langue française. Est-ce qu'on devrait faire fi de ça?
Est-ce... Est-ce que les principes mêmes de l'État québécois, un état de langue
française où il y a la primauté de l'intérêt général, où il y a la laïcité, on
devrait dire : Bien, écoutez, non, c'est toujours le droit individuel qui
prime sur ces éléments-là qui définissent la nation québécoise puis le vivre
ensemble?
Mme Collette (Nancy) : En
fait, on vous a dit qu'on était d'accord avec le principe de la laïcité, la
laïcité de l'État, bien sûr, pas tendre à appliquer cette laïcité à la société
en général, puis l'utiliser comme outil pour neutraliser la liberté de
religion. Mais, ceci étant dit, la liberté... comment dire? L'égalité
hommes-femmes, le principe de la laïcité, ce sont... vous me dites c'est des
droits collectifs et des droits individuels. En fait, c'est des droits
collectifs et à travers cette collectivité-là, bien sûr, il y a des individus
qui bénéficient de ce droit, mais on ne peut tout de même pas penser que ça,
c'est une liberté individuelle, au même titre qu'une liberté fondamentale
prévue à la Charte, un droit propre à l'individu comme la liberté de
conscience, la liberté d'opinion, d'expression, etc.
M. Jolin-Barrette : OK, mais
faisons ça clair et simple là, êtes-vous d'accord que, mettons, supposons que
pour recevoir des services publics, on devrait avoir le visage découvert? Ça,
c'est un exemple concret.
Mme Collette (Nancy) : Absolument,
absolument.
M. Jolin-Barrette : Liberté
de religion versus... comme cadre dans société, c'est dans le cadre du projet
de loi 9 actuellement pour recevoir des services, il faut avoir le visage. Ça,
vous êtes à l'aise?
M. Messina (Corentin) : Oui.
Mme Collette (Nancy) : Oui, on
est d'accord.
M. Jolin-Barrette : Bon.
Mme Collette (Nancy) : En
fait, tout ce qui est... tout ce qui est question de sécurité, je sais que vous
avez déjà mentionné, dans d'autres... dans la commission parlementaire, mais
avec d'autres personnes, la préoccupation par rapport à la violence, la haine,
je veux dire, on est d'accord avec tout ça, ce sont des principes... je veux
dire, on ne devrait jamais tolérer la haine, la violence, mettre en péril la
sécurité de certains individus au Québec. Ça, on est d'accord avec tout ça.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Merci beaucoup. M. le
député d'Acadie, pour six minutes, s'il vous plaît.
M. Morin : Merci, M. le Président.
Alors, Mme Colette, M. Messina, bonjour. Merci d'être là avec nous, merci pour
votre mémoire. Au tout départ, juste pour... à la page trois, là, vous parlez
du Réseau évangélique du Québec, vous dites : «treize associations
d'églises et centaines de communautés locales». C'est beaucoup de monde.
Êtes-vous dans toutes les régions du Québec? Vous avez...
Mme Collette (Nancy) : Je
vous dirais que c'est entre 100 000 et 200 000 personnes au total, puis,
nous, on a des églises qui sont... qui sont en ligne, je vous dirais, aussi.
Donc, je sais que le fait religieux est peut-être méconnu pour plusieurs, et
c'est ce qu'on déplore, entre autres, parce que lorsqu'on connaît un peu le
phénomène... le fait religieux, on peut avoir une réticence, parfois peut-être
même une méfiance, alors que pourtant, plus les gens nous connaissent, plus ils
voient qui nous sommes, ce que nous faisons et l'apport significatif et positif
que nous avons à la société. L'attitude va complètement changer et c'est ça
qu'on désire transmettre aujourd'hui qu'on est vraiment un acteur bénéfique
pour la société québécoise et que de tenter de vouloir peut-être restreindre,
puis je ne dis pas que c'est ce que... ce qui est tenté de faire, mais alors
qu'il y a plus de définitions, la laïcité n'est pas encadrée, c'est un effet
qui pourrait... qui pourrait prendre place. Donc, c'est là, mais je vous disais
que... qu'on est en ligne, entre autres, juste vous dire que... juste pour
l'ACF, je veux dire, il y a 400 000 abonnés YouTube qui sont... qui sont
là.
M. Morin : OK et ça, c'est
l'Association chrétienne pour la francophonie.
Mme Collette (Nancy) : Oui,
exact.
M. Morin : On n'a... on n'a
pas beaucoup de temps, mais... parce qu'on est aussi en ligne présentement,
pouvez-vous nous parler un peu des effets bénéfiques?
M. Messina (Corentin) : Bien
oui, on peut en parler volontiers. Tout à l'heure, là, un des collègues, ici,
un député qui parlait d'intégration nationale, on a en partir beaucoup
l'intégration des immigrants aussi au Québec, mais également étant établis dans
tout le territoire québécois, on comprend aussi la réalité de quelqu'un qui est
en Gaspésie, quelqu'un qui est à Montréal. Nos communautés contribuent
énormément au bien socioéconomique, on a... Ça offre un soutien spirituel,
moral, c'est des collectivités... Vous pouvez vois dans notre rapport, on a
même des chiffres qu'on a d'impact social, même monétaire, qu'on peut voir de
contribution. Donc, nous, on est vraiment ici à titre collaboratif puis de venir
et donner un peu notre perception du projet de loi, mais on est bien ancré dans
le territoire et on peut être un bel allié justement à construire cette nation
québécoise.
M. Morin : Très bien, je
vous... je vous remercie. D'ailleurs, votre mémoire est très, très détaillée.
Vous avez même fait des propositions détaillées, des recommandations
d'amendements. Donc c'est très apprécié, merci. Il y a... il y a un élément sur
lequel j'aimerais revenir avec vous parce que vous référez à l'article 22 de la
loi constitutionnelle qui dit «l'État est laïque» et à la page 21 de votre
mémoire, bon, vous donnez l'article du projet de loi, mais après ça, vous avez
une proposition et vous dites :«l'État est laïque, cette laïcité
garantit...
M. Morin : ...simultanément la
neutralité de l'État et la liberté de conscience et de religion dans toutes les
personnes, sans discrimination. Elles ne sauraient être interprétées comme
permettant à l'État de restreindre l'expression religieuse et associative,
individuelle», etc. Pour vous, quand on parle de l'État qui est laïque, et on
est pour, est-ce que ça réfère à la neutralité de l'État face aux religions?
M. Messina (Corentin) : Eh
bien, il faut... Au Québec, on a souvent la perception qu'on doit protéger l'État
des religions. C'est relié à notre histoire, ici, du vécu québécois, et c'est
une expérience que d'autres pays ont vécue. Dans d'autres pays, c'est
l'inverse, on doit protéger les religions de l'État, parce que l'État les a
instrumentalisées. Donc, la discussion qu'on amène, c'est de se dire :
Est-ce qu'on pourrait prendre les expériences justement, de ces deux mondes là
et de les mettre ensemble? Parce que la réalité, c'est que ce... une société
évolue, et... il y a des tensions. Donc, notre définition amène que l'État se
doit d'être neutre dans... dans sa fonction, mais la sphère publique, non, par
exemple.
M. Morin : Et pouvez-vous
préciser ce que vous entendez par la sphère publique?
M. Messina (Corentin) : Bien,
par exemple, je sais que ça va être dans le projet de loi n° 9,
mais tout ce qui est par rapport aux manifestations religieuses, c'est un...
c'est un bon exemple de ça. On pourrait dire que le projet de loi n° 9, qui est discuté, en ce moment, aussi, en commission,
aurait tendance à vouloir invisibiliser certaines manifestations religieuses,
en demandant que ce soit le conseil municipal qui... qui doit voter pour les
permettre.
M. Morin : Et avec les
dispositions du projet de loi présentement, et compte tenu de ce que vous suggérez,
est-ce que vous avez l'impression que l'État est neutre face aux religions ou
l'État veut effacer des religions?
Mme Collette (Nancy) : En
fait, c'est notre crainte, je vous dirais, alors qu'on voit l'évolution... Vous
savez, il n'y a pas de précision dans la loi, et c'est, justement... c'était,
justement, ça, notre commentaire, alors qu'on ne connaît rien quant à... quant
au contenu, quant à la portée juridique. Et, comme mon collègue a mentionné en
introduction, c'est le risque que ça devienne un outil pour neutraliser le
religieux.
M. Messina (Corentin) : Puis
on a... on a l'histoire de notre côté. Je veux dire, les franco-protestants au
Québec se sont fait angliciser parce qu'ils n'avaient pas le droit à
l'éducation en français, donc ils... parce qu'avant c'était les catholiques
protestants. Dans notre histoire, on a établi, là, depuis le
XIXe siècle... les protestants francophones, on l'a connu, c'est quoi que
ça peut faire. Donc, c'est aussi avec l'histoire derrière nous, une histoire québécoise,
une histoire québécoise, qu'on est devant vous avec ces questions-là en fait,
par rapport au projet de loi.
M. Morin : Très bien. Et vous
avez aussi, en fait, un enjeu, là, qui est prioritaire, vous voulez encadrer
adéquatement le Conseil constitutionnel et l'exercice de la souveraineté
parlementaire. Donc, pour l'encadrement du Conseil constitutionnel, qu'est-ce
que vous avez en tête? Il reste 15 secondes.
Mme Collette (Nancy) : Qu'ils
aient une expertise en termes de libertés fondamentales, mais aussi du fait
religieux, exactement ce que je vous ai exprimé tout à l'heure. Parce que si on
a quelqu'un ou des gens qui ne connaissent pas du tout en quoi consistent les
églises, quelle est notre réalité aujourd'hui, alors qu'on a toujours l'idée de
l'Église traditionnelle classique d'il y a peut-être 50 ans... Je pense que
l'Église a beaucoup évolué, et est beaucoup plus présente sur le territoire
québécois, et il y aurait intérêt à ce que les membres du conseil soient au
fait de... de notre réalité.
M. Morin : Merci beaucoup.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. M. le député de
Maurice-Richard, pour deux minutes, s'il vous plaît.
• (18 heures) •
M. Bouazzi : Merci beaucoup
pour votre contribution. Moi, j'ai passé plus d'une décennie à défendre une
laïcité qui n'est pas falsifiée, une laïcité qui est, effectivement, neutre,
qui n'exclut pas les gens qui respectent la liberté de conscience. C'est une
grosse partie de votre mémoire. Est-ce que vous... parce que, plus largement,
elle n'est pas définie, évidemment, ici, elle a été, là, définie dans toutes
sortes d'autres projets de loi en ce moment... est-ce que vous trouvez que,
telle qu'elle est comprise par le gouvernement, elle permet une véritable
neutralité et une véritable liberté de conscience?
M. Messina (Corentin) : C'est
une très, très bonne question. Je pense qu'il faut regarder aussi où elle est
faite ailleurs. Je peux prendre un exemple, la laïcité pour Genève, dans le
canton de Genève. Ce qui est intéressant dans leur déclaration, quand ils ont
déclaré leur Constitution, parce qu'eux aussi ils ont un projet de
Constitution, ils parlaient, dedans... les reconnaissances, quand même, du rôle
des communautés religieuses dans le passé.
Puis, dernièrement, j'étais à l'Université
de Sherbrooke, et même Pauline Marois le reconnaissait qu'on devait reconnaître
dans son discours aux étudiants, l'apport des communautés religieuses au
Québec, pour la matière de la langue française, de la culture. Donc, si ça a été
utile dans l'histoire, dans le passé, il ne faudrait pas l'oublier que ça peut
toujours être utile dans l'avenir, tout en évitant ce qu'on a connu, des excès.
Et c'est ça qu'on voit quand on parle d'une laïcité harmonieuse, une laïcité de
coopération. C'est une laïcité qui se dit : La... oui, l'État doit être
neutre, mais l'État ne doit pas être aveugle et refuser d'entendre parler du
fait religieux. Il doit se doter d'une expertise, car, sinon, on va avoir des
gens qui ne comprennent rien sur le fait religieux et qui vont se baser sur des
histoires qu'ils ont entendues avant ou leurs perceptions, mais sans
connaissances.
M. Bouazzi : La neutralité,
c'est, avant tout, ne pas privilégier ou ne pas défavoriser les gens...
18 h (version non révisée)
M. Bouazzi : ...fonction de
leurs croyances. Est-ce que vous pensez que des projets de loi qui de facto
défavorisent une partie des croyants est neutre?
M. Messina (Corentin) : Eh
bien, je vais avoir le plaisir d'en parler demain en commission parlementaire
pour le projet de loi n° 9.
M. Bouazzi : Donnez-nous un
scoop. Un scoop! Un scoop!
Le Président (M.
Bachand) :Sur ce, merci beaucoup. Merci
de votre membership aux commissions parlementaires. C'est très important. Je
fais une blague, mais ça a été très intéressant, votre présentation.
Alors, sur ce, je vais... suspendre les
travaux quelques instants. Merci beaucoup!
(Suspension de la séance à 18 h 04)
(Reprise à 18 h 06)
Le Président (M.
Bachand) :À l'ordre, s'il vous plaît! Il
me fait plaisir d'accueillir Maître Louise Langevin et Maître Christine...
Christiane Pelchat. Merci beaucoup d'être ici. Alors, vous connaissez les
règles, alors la parole est à vous immédiatement, avant la période d'échange.
Merci beaucoup.
Mme Langevin (Louise) : Merci.
M. le ministre de la Justice, messieurs, mesdames les députés, nous vous
remercions de l'occasion que vous nous donnez aujourd'hui de prendre la parole.
Donc, je parle en premier et ensuite Maître Pelchat prendra la parole.
Notre présentation portera seulement sur l'article 29
du projet de loi qui impose au gouvernement de protéger le droit à l'avortement.
Nous croyons fermement que l'article 29 constitue une menace à l'autonomie
procréative des femmes. Nous demandons qu'il soit retiré.
En matière d'avortement au Québec et au
Canada... pardon, le Québec et le Canada sont des modèles parmi les pays
occidentaux. En effet, aucune femme et aucun fournisseur de soins ne peuvent
être criminalisés pour avoir obtenu ce soin de santé ou l'avoir fourni. Toute
femme au Québec et au Canada peut obtenir un avortement à tout moment de la
grossesse, sans justification.
La situation juridique canadienne dans ce
domaine, c'est-à-dire quatre décisions du plus haut tribunal du pays qui
reconnaissent ce droit fondé sur l'article sept de la Charte... entre autres l'article
sept de la Charte canadienne, explique certainement la raison pour laquelle les
groupes anti-choix n'ont pas réussi à criminaliser l'avortement au Canada. Il n'y
a pas de loi à attaquer. Toute loi reconnaissant le droit à l'avortement, peu
importe la nature de la loi ou son contenu, constitue une menace au droit à l'avortement.
Voici pourquoi.
À notre avis, d'abord, l'adoption d'une
loi pour reconnaître le droit à ce soin de santé au Québec servirait de
porte-voix aux groupes antiavortement qui militent déjà pour recriminaliser l'avortement.
On imagine les débats entre les groupes antichoix et prochoix, les dérapages et
la circulation de fausses informations au sujet de l'avortement. Ensuite, la
validité constitutionnelle de cette loi serait immédiatement attaquée par les
groupes...
Mme Langevin (Louise) : ...religieux
et la bataille judiciaire pourrait durer des années. Enfin et surtout, pourquoi
devrait-on adopter une loi afin de protéger l'accès à l'avortement, qui
constitue un soin de santé, alors qu'il n'y a pas de lois particulières pour
reconnaître l'accès à un autre soin de santé? Le fait de reconnaître l'accès à
ce soin dans une loi maintient un caractère exceptionnel, ce que ce soin n'a
pas. Et cette loi nourrit les tabous au sujet de l'avortement.
En sous-pesant les bénéfices et les
inconvénients d'un tel projet, nous estimons que la balance penche du côté du
statu quo. Il n'y a pas de vide juridique à combler. Le droit à l'avortement
est déjà protégé par des décisions de la Cour suprême du Canada et par les
chartes des droits. Le réflexe d'adopter la voie législative pour protéger le
droit à l'avortement constitue un vestige des années 70, alors qu'à cette
époque de nombreux pays occidentaux ont permis une certaine décriminalisation
par l'approche législative, basée sur le développement fœtal. Bref, ce dont les
Québécoises ont besoin, ce sont des soins de santé accessibles.
Je passe la parole à Me Pelchat.
Mme Pelchat (Christiane) : Merci,
Mme Langevin. Merci, M. le ministre et Mmes, MM. les députés, de nous donner
l'occasion de vous entretenir de notre point de vue sur l'article 29 de la...
du projet de constitution présenté à l'Assemblée nationale pour adoption.
J'aimerais ça revenir rapidement sur
l'arrêt Morgentaler, qui, en 1989, a décriminalisé les soins d'avortement de
manière assez éloquente par la bouche de Bertha Wilson. Et cet arrêt-là... Il
faut rappeler qu'il y avait une loi qui décidait que, si une femme se faisait
avorter sans les bons soins d'un bon médecin puis d'un groupe de monsieurs pour
lui dire comment faire, c'était criminel. Et ça, ce n'est pas juste des
vestiges des années 70, mais c'est un vestige de notre système patriarcal, et
c'est un vestige d'un système qui ne veut pas que les femmes décident pour
elles-mêmes. La juge Wilson a été très, très loquace dans sa façon de dire que
c'est les femmes qui décidaient pour elles-mêmes et elle s'est basée sur des
instruments législatifs qui existent toujours, c'est-à-dire l'article 2 et
l'article 7 de la charte canadienne. Ce droit-là existe encore et il est très
bien documenté, il très bien utilisé.
Au passage, les féministes... les juristes
féministes, on utilise beaucoup l'article 7, plus que 15, souvent, parce que
c'est plus facile de faire valoir le droit à la dignité et le droit de choisir
toutes sortes de situations que l'article 15.
• (18 h 10) •
Plus tard, il y a eu... comme Louise, ma
collègue, l'a dit, il y a eu d'autres décisions de la Cour suprême.
Daigle/Tremblay en est une autre. Là, il ne faut pas oublier que,
Daigle/Tremblay, il y avait le Code civil aussi. Et ce que... ce que la Cour
suprême nous a dit, indépendamment de toutes les lois : Le foetus et la
femme ne font qu'un, et on est revenus au droit de... des femmes de choisir. Un
peu plus tard, la Cour suprême, dans Winnipeg, a dit encore la même chose. Et,
dans Dobson, la Cour suprême a dit la même chose, plus... parce que, dans
Dobson, la Cour suprême a dit... la juge McLachlin, pour... pour la nommer,
parce que c'est une des juges qui respectent le droit des femmes à l'égalité, a
dit que donner une responsabilité plus grande, une peine plus grande pour une
femme enceinte serait une atteinte au droit à l'égalité.
Le droit des femmes à l'égalité protège le
droit à l'avortement. C'est inclus dans l'article 15 et 28 de la... et c'est ce
que... la Cour suprême ne s'est pas prononcée sur 28, c'est ce que la Cour
suprême nous a dit. Le droit existe, il y a des articles de loi qui existent
pour protéger l'avortement. Bien plus, le Québec est signataire de la CEDEF, la
convention contre toute l'élimination de toutes les formes de discrimination
faites aux femmes, qui protège le droit à des... à la santé reproductive,
aux...
Mme Langevin (Louise) : …articles 1…
12 et 16. Encore là, ce sont des articles et c'est une convention qui oblige le
gouvernement du Québec à rendre des comptes. C'est une convention, c'est des
textes législatifs. Alors, quand j'entends que, bien, c'est juste protégé par
la jurisprudence, c'est faux. C'est dans le droit, c'est écrit dans le droit et
l'équivalent de la charte québécoise aussi, c'est écrit dans le droit de la
Charte québécoise.
Alors, moi, je pense, M. le ministre, avec
toutes les bonnes choses que vous avez faites, comme dans votre mandat de
ministre, que je signale particulièrement, la loi n° 21, qui est, à mon
avis, une des meilleures lois du gouvernement actuel. Moi, je serais même allée
plus loin. On l'avait dit d'ailleurs dans un avis du CSF. L'article 29 de
la Constitution va effacer pour moi votre legs de bonnes choses que vous avez
faites. Et je vous le dis, cet article-là, c'est une des attaques les plus
virulentes au droit des femmes à l'égalité du Québec moderne.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. On va procéder maintenant à la période
d'échange, M. le ministre, pour 7 min 30 s.
M. Jolin-Barrette : Merci, M.
le Président. Me Langevin, Me Pelchat, bonjour. Sur votre dernier commentaire,
vous me permettrez d'être respectueusement en désaccord. Mais d'entrée de jeu,
vous trouvez…
Mme Langevin (Louise) : Sur
la loi n° 21?
M. Jolin-Barrette : Non, pas
sur la loi n° 21, sur le fait que c'est une attaque aux droits des femmes,
au contraire. Mais je sais qu'on a le même objectif, mais on ne partage pas le
même chemin. Mais je comprends que vous trouvez que notre gouvernement consulte
beaucoup, là, ces temps-ci.
Mme Langevin (Louise) : Oui,
absolument. D'ailleurs, c'est pour ça que je suis ici deux jours de suite,
alors je vous remercie. Ça veut dire que le gouvernement, oui, M. le ministre,
et je le dis, consulte beaucoup pour ceux et celles qui se demandent comment ça
se fait que je suis encore là. Mais j'étais là hier, alors oui, il y a des
consultations, et c'est ce qu'on appelle une démocratie participative.
M. Jolin-Barrette : Donc je
redoute l'entendre parce qu'on entend plus de 200 groupes dans le cadre du
projet de loi sur la Constitution. Et les auditions que nous tenons, notamment
les commentaires que vous venez nous faire nous portent à réflexion et on les
accueille avec ouverture et on va réfléchir à tout ça à la suite des
consultations.
Cela étant, je qu'on revienne un peu sur
l'argumentaire, puis on a tous le même objectif de faire en sorte que ce
droit-là, cette liberté de choix-là, soit verrouillé au Québec. Le chemin pour
y arriver, de vos propos, vous me dites: Écoutez, touchez pas à ça, la Cour
suprême s'est prononcée et le constituant de 82, bien d'une façon sous-jacente,
a voulu le mettre dans l'article sept, supposons, 2, 7, 15.
À l'époque, là, en 82, si le constituant
avait dit : On protège le droit à l'avortement, il y aurait eu dans la
Constitution de 82, là. Les femmes ont la liberté de choix. Il aurait été écrit
noir sur blanc puis ça n'aurait pas été interprété par les juges, notamment de
la Cour suprême.
Mme Langevin (Louise) : Je ne
comprends pas.
M. Jolin-Barrette : Mais ce
que je veux dire, c'est que la source même, là, de ce droit-là qui est
important, qui est fondamental, il découle notamment de l'article 7, et
les tribunaux…
Mme Langevin (Louise) : Et de
15.
M. Jolin-Barrette : Et de 15.
Donc, les tribunaux vont rechercher à l'intérieur de ce que le constituant a
écrit qui… qui… qui est le Parlement, qui a été avalisé par le Parlement
canadien lorsqu'on a adopté la Charte canadienne. Ça émane d'un texte écrit,
les élus notamment, ils sont venus nommer la chose. Ils n'ont pas écrit «interruption
volontaire de grossesse ou avortement», mais ils ont prévu des dispositions,
notamment à l'article 7, pour donner des droits, des garanties. C'est le
législateur qui a fait ça.
Mme Langevin (Louise) : Oui,
mais le problème…
M. Jolin-Barrette : Les… non,
mais je veux juste terminer. Le législateur a été à la source, le constituant a
été à la source de cela, de cette création-là, puis moi, ce qui m'inquiète
là-dedans, c'est que si, comme Assemblée nationale, on n'est pas capable de
venir dire et d'écrire et de nommer les choses sous prétexte que ça serait
susceptible d'être contesté, parce que même sans texte, ça peut être contesté,
c'est le cas de Daigle contre Temblay, ils n'ont pas attaqué le texte de la
loi. Mais je me dis : Comment est-ce qu'on va se retrouver dans notre
société si le Parlement n'a pas sa voix là-dedans? Et surtout, les juges
peuvent changer d'idée, même s'il y a de la jurisprudence. On l'a vu aux
États-Unis aussi. Alors, pourquoi ne pas l'affirmer tout de…
M. Jolin-Barrette : ...très
clairement.
Mme Langevin (Louise) : Est-ce
que je peux?
M. Jolin-Barrette : Allez-y.
Allez-y.
Mme Langevin (Louise) : Je
voudrais revenir sur votre argument que vous avez souvent soulevé, l'affaire
Daigle contre Tremblay, comme un exemple pour dire : Bien, il n'y en avait
pas d'article qui reconnaissait le droit à l'avortement, et puis on a quand
même attaqué, oui, attaqué la question de la liberté de choix de Mme Daigle. Je
ne crois pas que c'est un bon argument parce que c'était... on a attaqué ou en
tout cas on a essayé d'interpréter, dans Daigle contre Tremblay, en première
instance et en cour d'appel, la définition d'«être humain», «personne», dans le
Code civil et dans la Charte du Québec. Bien, depuis 1989, la question est
réglée. C'est-à-dire que le fœtus n'a pas de personnalité juridique. Et c'est
une décision majeure. Donc, quand vous sortez cet argument-là : Ah! Daigle
contre Tremblay, il n'y en avait pas d'article de loi, mais on... bien oui, il
y avait le Code civil. Et puis, bien, c'est en quelque sorte... il y a pas mal
de lois qui pourraient être attaquées par des groupes anti-choix pour essayer
de gruger ici et là ce droit à l'avortement. Ils l'ont fait en Ontario, où ils
ont attaqué le code de déontologie des médecins et l'objection de conscience.
Donc, ce que je veux dire, ils pourraient le faire au Québec, mais ils n'ont
pas beaucoup de chances de réussir. Il y a pas mal d'autres possibilités pour
les groupes anti-choix, puis je vais leur laisser la liberté de trouver ça tout
seul, pour attaquer. Donc, on n'est jamais 100 % certain de qu'est-ce que
les tribunaux vont décider, puis je ne suis pas dans leur tête, mais avec ce
qu'on a déjà, avec les décisions de la Cour suprême, la façon dont la Loi canadienne
sur la santé est interprétée et appliquée dans chacune des provinces et
territoires, le juge qui va aller à... le tribunal, pardon, qui va aller à
l'encontre de ça, il va falloir qu'il se lève de bonne heure pour dire pourquoi
les enseignements de la Cour suprême, tout d'un coup, ne sont plus pertinents.
• (18 h 20) •
Mme Pelchat (Christiane) : M.
le ministre, j'ajouterais que je vous l'ai déjà dit, je suis obligée de le
répéter, par exemple, c'est pas mal paternaliste de la part du législateur.
Puis je regarde, des fois, le législateur, il est aidé par des experts, puis
les experts, ils aident la plume, mais même ces experts-là, des fois, sont
paternalistes d'écrire «l'État protège les madames.» Moi, là, comme féministe
militante, je suis pas mal choquée de la façon que vous... que c'est écrit.
«L'État protège», hein? Il est-tu fin, cet État-là. Le problème, c'est que si
l'État décide demain matin qu'il ne protège plus, qu'est-ce qui arrive avec
cette protection qui n'existe plus? Mettons que ce n'est plus vous qui êtes au
pouvoir, là, puis que c'est d'autres personnes qui décident que les bonnes
femmes, elles n'ont pas le droit à l'avortement, puis qu'ils décident : On
enlève «l'État protège», ça n'existe plus, l'État ne protège pas les femmes à...
le droit des femmes à l'avortement, qu'est-ce qui arrive? C'est... Ça devient
aléatoire. Surtout que, là, votre loi n'a pas... elle peut être amendée
comme... comme n'importe quelle autre loi.
Donc, il y a quelque chose de
paternaliste, puis il n'y a aucune garantie.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Merci...
Mme Pelchat (Christiane) : Vous
ouvrez un débat, vous ouvrez une boîte de Pandore qui n'a pas lieu d'être
ouverte.
Le Président (M.
Bachand) :Merci, Me Pelchat. Je vais
céder la parole à la députée de Robert-Baldwin, s'il vous plaît, pour cinq
minutes 37 secondes.
Mme Garceau : Bon après-midi,
mesdames, Me Langevin, Maître Pelchat. Nous avons devant nous deux avocates
chevronnées. J'espère que vous avez écouté, M. le ministre, surtout à
l'intervention concernant que c'est une attaque des plus virulente aux droits
des femmes. Parce que tous les groupes que nous avons entendus à date nous...
demandent au ministre de retirer l'article 29 de la Constitution. Cependant,
le ministre le maintient pour le moment, on ne sait pas pourquoi.
Mais j'aimerais vous entendre sur... Parce
que j'ai beaucoup aimé le... sur la première page de votre résumé, que
l'article 29 constitue une menace à l'autonomie procréative des femmes et
qu'il y a évidemment des risques, des risques importants, si le législateur va
aller légiférer sur le droit à l'avortement qui est pleinement protégé et qui
n'a pas besoin d'être, hein, légiféré tel que le ministre le souhaite. Donc,
j'aimerais vous entendre...
Mme Garceau : ...en termes des
risques de l'encadrement législatif.
Mme Langevin (Louise) : Les
risques... Merci pour la question. Les risques, c'est qu'on donne de la matière
aux anti-choix qui n'attendent que ça d'avoir une loi à attaquer. Ici, au... La
situation canadienne est assez particulière et ce n'est pas tout le monde qui
la comprend, parce qu'on est le seul pays en Occident qui n'a pas de lois qui
limitent d'une façon quelconque l'accès à l'avortement, mais je ne dis pas que
c'est parfait, là, je dis... mais ça fonctionne quand même. Donc, c'est parce
qu'il n'y a pas de loi à attaquer. Mais avec l'article 29, c'est certain
que ça va être attaqué. Et ce que je vois, c'est encore la question de
l'avortement qui va être à l'avant-scène, encore des débats tout à fait
inutiles, possiblement des propos déplacés et des débats devant les tribunaux
qui sont, quant à moi, inutiles, qui vont prendre des années et qui
maintiennent les tabous à l'égard de l'avortement. C'est un soin de santé. On
n'a pas besoin de débat sur la place publique à savoir si c'est bien et si ce
n'est pas bien et comment on devrait le limiter et comment on ne devrait pas le
limiter. Donc, c'est de remettre cette question-là sur la place publique alors
que les femmes n'ont pas besoin de ça, elles ont besoin de soins de santé.
Mme Garceau : Et, à votre
connaissance, est-ce qu'il y a des femmes, des groupes de femmes, des
associations qui ont dit : Non, c'est nécessaire, il faut que ce soit dans
une Constitution?
Mme Pelchat (Christiane) : Non,
pas du tout.
Mme Langevin (Louise) : Je
n'en connais pas.
Mme Pelchat (Christiane) : On
connaît une prof qui a dit que c'était une bonne idée, c'est une collègue assez
proche de notre amie, notre collègue aussi, professeur Taillon, mais c'est
tout. Sinon, on ne connaît pas personne. Mais, moi, j'ajouterais vous savez, le
ministre a posé la question avez-vous peur des juges? Moi, en général, j'ai
peur des hommes. Alors qu'ils soient juges ou députés ou ministres, c'est
toujours... j'ai toujours un petit comme un petit doute, hein? Ça, c'est... Si
c'est devant un tribunal, mettons que, je veux dire, je ne nommerai pas le nom
du juge qui nous a... le ministre sait de qui... à qui je fais référence. Mais
mettons que j'ai... on a le même juge qu'on a eu, déjà, à la Cour supérieure
puis qui décide que lui, heille, ce n'est pas une mauvaise idée de réouvrir ça,
c'est vrai. Dans le fond, pourquoi l'égalité entre les sexes ou la possibilité
de choisir passerait avant la liberté de religion, mettons? Pourquoi? Et
pourquoi une femme pourrait se faire avorter durant tout son premier trimestre,
deuxième trimestre? Pourquoi? Pourquoi on ne devrait pas limiter ça à quatre
semaines, dix semaines? Mettons huit, entre les deux. C'est ça qui va arriver
et c'est ça le danger de remettre, dans une constitution en plus, tout cet
élément-là. Alors c'est une fâcheuse idée avec des bonnes intentions, on le
sait, connaissant le ministre de la Justice actuel, mais c'est vraiment une
très, très, très mauvaise idée. Et pour moi, bien, c'est parce que je vais
recommencer à être obligé de me battre devant les tribunaux pro bono comme je
le fais pour la loi 21 avec beaucoup de plaisir, mais je veux dire, j'ai
d'autres choses à faire aussi.
Le Président (M.
Bachand) :Moins d'une minute,
question-réponse, Mme la députée de Robert-Baldwin.
Mme Garceau : C'était...
c'est un recul en ce qui a trait aux droits des femmes.
Mme Pelchat (Christiane) : Absolument.
Pour moi, c'est une atteinte aux droits des femmes.
Mme Garceau : Merci beaucoup,
mesdames.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. M. le député de
Maurice Richard, pour une minute 53, s'il vous plaît.
M. Bouazzi : Merci, M. le
Président. Merci beaucoup, j'ai parcouru votre mémoire avec beaucoup
d'attention et beaucoup d'intérêt. Vous revenez sur un peu l'historique
juridique, hein, qui fait en sorte qu'aujourd'hui nous sommes un des pays,
sinon le pays, où ce droit, le droit à l'avortement, l'interruption volontaire
de grossesse est le mieux protégé. Vous nous rappeler les droits sur lesquels
se sont basés les cours à travers les différentes décisions de justice, donc le
droit à l'égalité, le droit à la liberté, le droit à la dignité, le droit à la
liberté de conscience au fur et à mesure des... Est-ce que vous pensez que si
on peut déroger à ces droits-là sans avoir à donner de raison, est-ce que ça
mettrait à risque le droit à l'avortement?
Mme Langevin (Louise) : Déroger,
vous voulez dire...
M. Bouazzi : Déroger aux
chartes. Si demain quelqu'un...
Mme Langevin (Louise) : 33?
M. Bouazzi : Si demain... Si
demain un gouvernement décide de dire : Bien, moi, pour les droits à
l'égalité, la liberté, la dignité, la liberté de conscience, je déroge à ces
droits-là sans avoir à donner d'explications. Est-ce que vous pensez que ça met
à risque le droit à l'avortement?
Mme Pelchat (Christiane) : M.
le député, je dois vous répondre, moi, comme ancienne parlementaire, je suis en
faveur de la clause de souveraineté parlementaire. J'ai moi-même voté en 1988
sur la clause de souveraineté parlementaire, alors, je ne pense pas qu'on peut
mesurer...
M. Bouazzi : J'ai très peu de
temps, ce n'est pas ma question. La question, c'est... Ce n'est pas est-ce
qu'on a le droit de l'utiliser...
Mme Pelchat (Christiane) : Je
ne pense pas qu'on puisse faire un débat là-dessus.
M. Bouazzi : Je veux juste
être clair, la question ce n'est pas est-ce que que j'ai le droit de
l'utiliser...
M. Bouazzi : ...la question,
c'est : Est-ce que j'ai le droit de l'utiliser sans avoir à fournir aucune
explication?
Mme Pelchat (Christiane) : Ah
oui, bien, c'est comme cela que la clause, elle est...
M. Bouazzi : Donc, n'importe
quel gouvernement pourrait mettre des freins au droit à l'avortement sans avoir
à donner d'explication en utilisant la clause, alors?
Mme Pelchat (Christiane) : Pas
nécessairement. Pas nécessairement.
M. Bouazzi : Bien, tous les
droits dont vous parlez sont justement des droits auxquels on a le droit de
déroger, si on suit votre raisonnement, sans avoir à donner d'explication.
Mme Pelchat (Christiane) : Écoutez,
c'est... Là, je comprends que c'est une question purement politique que vous
posez, là, puis je...
M. Bouazzi : Non, non, non!
Elle est très importante!
Le Président (M.
Bachand) :...rapidement.
Mme Langevin (Louise) : Je
peux rajouter un point?
Le Président (M.
Bachand) :Il reste 20 secondes,
Mme... Me Langevin.
Mme Langevin (Louise) : Si on
limite je droit à l'avortement, il va y avoir des femmes qui vont mourir au
bout de leur sang.
M. Bouazzi : Et donc ce n'est
pas la justice qui protège.
Mme Pelchat (Christiane) : ...la
justice, c'est le troisième pouvoir, alors il faut aussi respecter le pouvoir.
Mais vous faites une question... Vous en faites une question politique. Puis
j'ai déjà été dans vos souliers. J'étais moins, peu-être, en...
M. Bouazzi : Bien, je vous...
je vous laisserais...
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Merci beaucoup.
Mme Pelchat (Christiane) : ...
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Merci. Je vous invite à
discuter après la commission parlementaire.
Cela dit, la commission ajoute ses travaux jeudi 5 février,
après les avis touchant les travaux des commissions, où elle poursuit son
mandat. Merci!
(Fin de la séance à 18 h 29)