Journal des débats de la Commission des institutions
Version préliminaire
43e législature, 2e session
(début : 30 septembre 2025)
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Le
jeudi 12 février 2026
-
Vol. 48 N° 13
Consultation générale et auditions publiques sur le projet de loi n° 1, Loi constitutionnelle de 2025 sur le Québec
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11 h 30 (version non révisée)
(Onze heures trente-quatre minutes)
Le Président (M.
Bachand) :À l'ordre, s'il vous plaît!
Bonjour, tout le monde. Content de vous voir. Ayant constaté le quorum, je
déclare la séance de la Commission des institutions ouverte.
La commission est réunie afin de
poursuivre la consultation générale et les auditions publiques sur le projet de
loi numéro un, Loi constitutionnelle de 2025 sur le Québec.
Avant de débuter, Mme la secrétaire, y
a-t-il des remplacements?
La Secrétaire : Oui, M. le
Président. Mme Boivin Roy (Anjou—Louis-Riel) est remplacée par Mme Bourassa (Charlevoix—Côte-de-Beaupré);
Mme Lecours (Lotbinière-Frontenac) par M. Lévesque (Chapleau); et Mme Massé
(Sainte-Marie—Saint-Jacques) par M. Bouazzi (Maurice-Richard).
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. Donc, ce matin,
la commission commence ses auditions avec un maître Rousseau, M. Saliba, et M.
Nicolas Proulx. Alors, vous connaissez les règles. La parole est à vous. Après
ça, on aura une période d'échange avec les membres de la commission.
M. Saliba (Milad) : Bonjour,
tout le monde! Nous reprenons ici le rapport Proulx-Rousseau, un rapport dont
vous avez sûrement eu vent, pour expliciter les cinq raisons d'adopter une
constitution. Les voici : d'abord, pour réaffirmer la non-subordination du
Québec à l'État fédéral et sa liberté constitutionnelle, deuxièmement, pour
affirmer l'existence constitutionnelle de la nation québécoise, troisièmement,
pour insuffler de la cohérence dans les normes, lois et pratiques formant la
constitution matérielle du Québec et officialiser les principes qui gouvernent
la société québécoise, quatrièmement, pour protéger les caractéristiques
fondamentales de la nation québécoise, et finalement, pour le caractère
solennel de la démarche, l'œuvre d'éducation civique qu'elle sous-entend... qu'elle
sous-tend et d'adhésion aux éléments constitutifs qu'elle peut susciter.
Nous sommes d'avis que le projet de loi...
un, reflète bien les cinq raisons ici citées. Il reste... une petite faiblesse
au point trois. Et nous conseillons de rajouter les pouvoirs réglementaires
dans la Constitution pour rendre ça plus explicite.
L'élément le plus important, cependant,
qui nous importe ici, et nous pensons qu'il faudrait rajouter la nationalité
québécoise. Donc, il serait d'abord utile, avant de commencer, de savoir si l'État
du Québec a la possibilité, comme État faisant partie d'une fédération, d'octroyer
la nationalité à ses ressortissants. La réponse à cette question semble être
positive. Le Dr Baraton, qui a fait beaucoup de recherches là-dessus, nous
montre que le droit civil est fondateur de nationalité. L'état civil par
excellence, soit la France... définit sa nationalité dans son Code civil.
Mais quels sont les avantages d'une
nationalité? Une... nationalité fonderait la conscience de la population d'appartenir
au même ensemble politique. C'est un acte d'autoaffirmation d'un peuple. À la
longue, ce lien d'appartenance politique renforcerait l'existence culturelle du
peuple québécois. Quoiqu'il soit évident que le peuple québécois existe, et ce,
même avant la Fédération canadienne, une nationalité québécoise aurait l'immense
qualité d'intégrer... légalement les immigrants à l'entité québécoise. Pour l'instant,
un étranger peut se voir naturalisé canadien. Cette naturalisation n'est pas qu'administrative.
Elle intègre le nouveau venu à l'ensemble canadien. Il est alors naturel que
les immigrants et leurs descendants forgent une loyauté canadienne et non
québécoise. Dans une période où les flux internationaux sont immenses, il ne
serait pas prudent de ne pas renforcer la capacité intégrative de l'État
québécois. Nous sommes persuadés qu'il y va même de la continuité de la nation
sur le long terme. En ce sens, il est le devoir de l'État québécois de créer
cette nationalité.
M. Rousseau (Guillaume) : Bonjour!
Même si le projet de loi va dans le sens du rapport que j'ai cosigné et que
globalement il propose, le projet de loi, un bon équilibre entre protection du
caractère national de l'État et protection des droits fondamentaux, donc ça va
vraiment dans le bon sens, mais il y a quand même des amendements qui nous
semblent nécessaires.
J'attire votre attention particulièrement
sur l'article 16 de la Constitution où on définit le régime de protection
des droits et libertés en référant à l'article 1 à 38 de la Charte
québécoise et 2 à 6.2 de la Charte de la langue française. C'est bien de
référer à ces... ces lois-là, qui sont bien reconnues, bien légitimes, ça
renforce la légitimité du projet de constitution, par contre, je pense que la
référence à 2 à 6.2 de la Charte de la langue française, c'est insuffisant,
parce que la Charte de la langue française, les droits fondamentaux sont liés,
pas seulement à ces articles-là, c'est plus large que ça. Et d'ailleurs on voit
à l'alinéa deux de cet article 16 dans la Constitution qu'on réfère à
88.16 de la Charte de la langue française, qui donne un caractère
supralégislatif à beaucoup plus d'articles que simplement 2 à 6.2. Donc, je
pense que le régime de protection des droits fondamentaux, c'est ces
articles-là, des droits linguistiques fondamentaux, mais c'est d'autres règles
dans la loi 101. Donc, il faut... il faut élargir ici la référence.
Même chose. Je pense que l'article 16
et le régime de protection des droits doit aussi référer à la Loi sur la
laïcité, particulièrement à son article quatre, alinéa deux, qui protège le
droit des services publics laïques. Donc, c'est... c'est tout ça, le régime de
protection des droits.
Ensuite, je veux vous parler rapidement de
l'article cinq de la Loi sur l'autonomie constitutionnelle, qui fait... qui
fait débat...
M. Rousseau (Guillaume) : ...Je
tiens à rappeler que ça fait en sorte, si on lit l'ensemble du projet de loi,
de seulement empêcher l'usage de fonds publics pour la contestation de
seulement quatre lois; sur toutes les milliers de lois au Québec, seulement
quatre lois sont visées. Et pourquoi c'est important? Parce que moi, j'ai
beaucoup étudié le droit linguistique, et ce qu'on remarque, c'est que la
loi 101 a permis des progrès pour le français fin des années 70,
début 80, puis, ensuite, dès qu'il y a eu des jugements qui ont invalidé
la loi 101, ça a été une fragilisation pour la langue française. Donc, il
faut vraiment adopter l'article 5. D'autant plus qu'on voit des abus, on
voit des commissions scolaires qui investissent des centaines de milliers de
dollars dans des contestations de la loi 101, de la Loi sur la laïcité,
plutôt que d'investir dans les services aux élèves. Donc, je pense que
l'article 5 est vraiment bienvenu.
Enfin, tout ce qui concerne le Conseil
constitutionnel, on pense que c'est une excellente idée, ça va contribuer à l'autonomisation
du droit québécois et au pluralisme dans le système constitutionnel. Mais sans
plus tarder, je passe la parole au Pr Proulx.
M. Proulx (Nicolas) : Merci
beaucoup, Pr Rousseau. Je m'appelle Nicolas Proulx, je suis professeur à
l'UQAM. Je suis spécialisé en droit constitutionnel et en droit fiscal.
Rapidement, parce que le temps... Il reste en même temps, M. le Président?
• (11 h 40) •
Le Président (M.
Bachand) :2 min 57 s.
M. Proulx (Nicolas) : Parfait.
Donc, rapidement, en rafale, deux points. D'abord, je vais profiter de
l'occasion pour souligner le projet de loi n° 1 que je considère être
un exercice utile. Je pense qu'il est utile parce qu'au minimum il permet de
ramener au cœur du débat public québécois la question nationale québécoise puis
ce qui l'entoure, mais, plus encore, j'y vois une tentative intéressante du
législateur d'outiller le Québec avec des instruments politiques, à mon sens,
nouveaux, à ma connaissance, comme la possibilité d'émettre une directive de
protection de l'autonomie constitutionnelle ou encore, on vient d'en parler, la
possibilité qu'on voit naître un conseil constitutionnel québécois. Ces deux
mesures-là ensemble, voyez-vous, je pense, pourrait aider Québec à faire face à
de futures centralisations politiques fédérales, ce qui n'est quand même pas
peu dire.
Très rapidement, sur l'article 17.
Donc, il permettrait d'émettre une directive. À qui? Aux organismes reliés à
l'État, également aux ministères pour refuser de collaborer sur des plans
financiers, administratifs, politiques et ainsi de suite. Quand? Lorsqu'Ottawa
instrumentalise à mauvais escient le pouvoir de dépenser pour s'immiscer dans
les champs de compétence du Québec, ainsi menacer l'autonomie constitutionnelle
du Québec, de surcroît la pérennité de la nation québécoise à long terme. Donc,
voyez-vous, je pense que l'article 17 va permettre ou, en tout cas, va
aider à organiser une action beaucoup plus cohérente, qui a fait défaut par le
passé.
Très rapidement, parce que là, le temps
m'échappe, mais j'ai une petite proposition de nature légistique. En ce moment,
dans le libellé de l'article 17, on lit quelque chose... on lit
l'expression «à la suite d'une initiative fédérale ayant pour effet de», ça laisse
supposer qu'il faudrait attendre qu'Ottawa envahisse les champs de compétence
du Québec pour que le Québec s'active. Je ne pense pas que c'est l'intention du
législateur ici. Donc, je soumettrais très modestement donc une... une petite
correction. Peut-être qu'on pourrait trouver quelque chose du genre «advenant
une appréhension raisonnable d'initiatives fédérales ayant pour effet de». Le
but étant de prévenir et non pas de guérir avec l'article 17, donc sous
réserve de cette petite modification là, j'en recommanderais l'adoption.
M. Rousseau (Guillaume) : S'il
reste quelques secondes.
Le Président (M.
Bachand) : Oui, allez-y. Oui.
M. Rousseau (Guillaume) :
Rapidement, juste revenir sur la question de la nationalité. C'est très
important de créer une nationalité québécoise, parce qu'ici on consacre des
droits collectifs pour la nation, mais qui pourra les invoquer? Certains vous
disent «seulement l'État contre les individus», non, il faut que les individus
puissent invoquer devant les tribunaux, avoir l'intérêt pour agir, pour
défendre les droits collectifs de la nation, mais, pour ça, il faut qu'il y ait
des individus définis comme étant québécois juridiquement, ça s'appelle une
nationalité.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. Donc, période
d'échange, M. le ministre, pour 7 min 10 s.
M. Jolin-Barrette : Merci, M.
le Président. Alors, M. Saliba, M. le professeur Proulx, M. le professeur
Rousseau, merci de participer aux travaux de la commission. Peut-être, d'entrée
de jeu, M. le professeur Rousseau, quelle était la première recommandation du
rapport sur les enjeux constitutionnels que vous avez présidée avec Sébastien
Proulx?
M. Rousseau (Guillaume) : C'était
effectivement l'adoption d'une constitution québécoise codifiée.
M. Jolin-Barrette : OK.
Pourquoi? Donc, c'est quoi, la nécessité? C'est les cinq raisons que
M. Saliba...
M. Rousseau (Guillaume) : Les
cinq raisons qui ont été rappelées par mon collègue.
M. Jolin-Barrette : OK. Dans
votre mémoire, là, vous dites que, dans le cadre d'une fédération où le pouvoir
le plus puissant est celui de l'État fédéral, les États fédérés et leurs
législatures sont des contre-pouvoirs. Que répondez-vous à ceux qui nous
accusent, notamment le Barreau du Québec, d'affaiblir les contre-pouvoirs en
donnant davantage de pouvoirs à l'Assemblée nationale du Québec?
M. Rousseau (Guillaume) : Oui.
Bien, c'est ça, je pense que ce point de vue là oublie complètement que le
Québec fait partie d'une fédération. Donc, en théorie, si le Québec est un État
unitaire souverain, là on pourrait dire : Bien, les autres organismes sont
des contre-pouvoirs, et tout. Là, le fait est qu'on est dans une fédération et,
dans une fédération, le pouvoir avec un grand P, c'est l'État fédéral,
l'exécutif législatif judiciaire. Donc, les États fédérés sont des
contre-pouvoirs, de la même manière qu'à l'échelle québécoise...
M. Rousseau (Guillaume) : ...on
peut dire, les municipalités sont des contrepouvoirs face au Québec, mais le
Québec lui-même, avec le pouvoir législatif, exécutif, est un contrepouvoir
face au fédéral. Donc, lorsqu'on renforce le pouvoir législatif québécois,
c'est un contrepouvoir que l'on renforce à l'échelle de la fédération. Et c'est
important de ne pas perdre ça de vue. Et je pense que le Barreau a perdu ça de
vue, là.
M. Jolin-Barrette : Et est-ce
que, de votre point de vue, le projet de loi n° 1 renforce les outils
constitutionnels et les outils à la portée du peuple québécois et renforce la
souveraineté parlementaire pour répondre aux aspirations de la collectivité
québécoise?
M. Rousseau (Guillaume) : Oui,
particulièrement la Loi sur l'autonomie constitutionnelle. Je pense qu'il y a
des choses là-dedans, le Pr Proulx en parlait plus tôt, qui sont de nature à
permettre de résister aux ingérences fédérales.
M. Jolin-Barrette : OK. À
l'article 9de la Loi sur l'autonomie constitutionnelle, on est venu codifier
l'état de la jurisprudence par rapport à la clause de souveraineté
parlementaire. Plusieurs acteurs qui sont venus en commission ont décrié ça, ce
qui est, en fait, l'état de la jurisprudence en vertu de l'arrêt Ford. Le
Barreau est venu critiquer, dans le projet de loi n° 9, sur la laïcité,
l'utilisation de la disposition de souveraineté parlementaire et souhaite
l'encadrer et limiter le pouvoir de l'État québécois, de l'Assemblée nationale,
alors que c'est dans la Constitution de 1982 puis que ça fait partie de
l'accord qu'il y a eu entre les provinces anglophones sans le Québec. Mais le
Barreau souhaite encore plus restreindre le pouvoir de l'Assemblée nationale,
le pouvoir du peuple québécois.
Alors, je voudrais vous entendre sur les
données qui ont été données par le Barreau. Ils disent : Il y a eu une
augmentation d'utilisation de la disposition de souveraineté parlementaire. Je
pense que vous avez étudié beaucoup la question. Est-ce que c'est le cas ou
non?
M. Rousseau (Guillaume) : Bien,
en fait, si on regarde les chiffres précis, donc, il y a eu beaucoup d'usage de
la disposition de souveraineté parlementaire, 33 de la Charte canadienne, entre
1982 et 1985, des centaines, et des centaines, et des centaines de cas. Donc,
beaucoup, beaucoup, beaucoup plus que depuis 2018. Donc, ça, c'est absolument
indéniable, c'était dans toutes les lois à l'époque.
Ensuite, entre 1985 et 2017, il y a eu
régulièrement des usages de cette disposition-là, et il n'y a pas... il n'y a
pas de différence significative depuis 2018. Il y en a... il peut y en avoir un
peu plus un, mais c'est vraiment... c'est vraiment marginal. Et, dans le
mémoire du Barreau, il y a vraiment des erreurs dont je m'explique
difficilement l'origine. Donc, il y a des cas d'usage de l'article 33 de la
Charte canadienne qui ne sont pas mentionnés, donc, il y a des oublis, donc
c'est vraiment une recherche incomplète, là, dont on retrouve les résultats
dans le mémoire du Barreau.
M. Jolin-Barrette : OK.
Peut-être une question pour le Pr Proulx, là. Vous êtes spécialisé en
fiscalité, notamment, là. C'est quoi, les conséquences fiscales concrètes des
empiétements du fédéral dans les champs de compétence québécois, puis est-ce
que la Loi sur l'autonomie constitutionnelle va nous aider à contrer ça?
M. Proulx (Nicolas) : Bien
oui. J'ai parlé de l'article 17, là, qui devait être, par ailleurs, préventif.
Je pense... Regardez, dans l'histoire canadienne, là, dans les... depuis au
moins la fin de la Première Guerre mondiale, peut-être même durant la Première
Guerre mondiale, il y a eu des grandes centralisations politiques fédérales.
Ottawa, d'ailleurs, dans la guerre, crée la Loi de l'impôt, qui a permis à
Ottawa... en fait, c'était supposé être une loi temporaire, finalement, c'est
devenu une loi permanente. Ça a permis à Ottawa ou ça donne, encore à ce jour,
à Ottawa, une capacité impressionnante de prélever des deniers beaucoup... de
manière beaucoup plus importante que le sont ses besoins réels, en l'occurrence,
là, eu égard à ses responsabilités constitutionnelles, ce qu'on appelle le
déséquilibre fiscal. Puis, là-dessus, ce n'est pas... ce n'est pas juste mes
travaux à moi, là, le rapport Séguin en parle longuement, mais donc, depuis au
moins la fin de la Première Guerre mondiale, Ottawa utilise son pouvoir de
dépenser, qui provient du déséquilibre fiscal. Eugénie Brouillet l'avait aussi
mentionné à l'époque, et mes travaux aussi concordent avec cette idée, donc,
pour créer par exemple, de nombreux programmes, des programmes qui entrent dans
les champs du Québec.
Voyez-vous, M. le ministre, les
compétences qui sont réservées aux provinces, OK, elles ne sont pas réservées
aux provinces par hasard. Nos ancêtres, les pères de la fédération, Québécois,
par ailleurs, se sont battus pour que les compétences qui touchent et qui se
rattachent de près ou de loin à l'identité, à tout ce qui a de la valeur sur le
plan social, sur le plan humain, sur le plan culturel ou identitaire, ce soit
de compétence provinciale. Pourquoi? Bon, c'était la peur d'être minorisés.
Avant 1867, on était sous l'acte d'union. Un certain Lord Durham a décidé que
la nation allait être, disons, minorisée, le but était une assimilation à
moyen, long terme. Et, bref, tout ça pour dire que le fédéralisme, c'est le
contraire de ça, c'est de permettre au Québec d'être majoritaire chez lui.
Le Président (M.
Bachand) :...ministre, question-réponse.
M. Jolin-Barrette : Oui. On a
entendu beaucoup de gens qui ont critiqué le projet de loi n° 1, notamment
la Constitution, la loi sur l'autonomie, en disant : Ça ne sert à rien.
Notamment, certaines formations politiques qui sont souverainistes
disent : Ça ne sert à rien. Est-ce que...
M. Jolin-Barrette : ...est-ce
que la Constitution du Québec, le projet de loi n° 1, va donner davantage de pouvoir au Québec, même sans le fait
que l'État québécois ne sera pas souverain avec le projet de constitution?
M. Proulx (Nicolas) : C'est
un pas dans la bonne direction, assurément.
M. Rousseau (Guillaume) :
Bien, en fait, ensuite, il va falloir plaider ça, il va falloir le plaider de
la bonne façon, il va falloir le plaider agressivement puis on va voir ce que
les tribunaux en feront. Beaucoup des tribunaux sont de nomination fédérale, donc
il y aura des progrès. Jusqu'à quel point? C'est difficile à dire, mais c'est
d'où l'importance du conseil constitutionnel. Et, à mon avis, il faut que le
conseil constitutionnel soit créé au moment où la Constitution entre en vigueur
pour qu'on soit sûr d'avoir une interprétation qui respecte la spécificité du
droit québécois, d'où l'importance du conseil constitutionnel, également pour
faire face aux ingérences fédérales.
M. Jolin-Barrette : Je vous
remercie pour votre réponse.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. M. le député d'Acadie, pour
4 min 31 s, s'il vous plaît.
• (11 h 50) •
M. Morin : ...Pr Proulx,
M. Saliba, bonjour. Merci d'être avec nous. Je salue également vos
étudiants qui sont en commission parlementaire. Moi, j'ai quatre
4 min 9 s, alors on va essayer de faire ça rapidement. Dans le
rapport que vous avez rédigé, Pr Rousseau, avec M. Proulx, et que
j'ai lu avec beaucoup d'attention, je crois que vous avez indiqué qu'il était
important qu'il y ait une consultation la plus large possible, transpartisane,
si je me souviens. Ce n'est pas ce qu'on a. Oui, le gouvernement reçoit
beaucoup, beaucoup de groupes, là, mais vous et moi, là, on a... là, il nous
reste trois minutes pour nous parler, là. Est-ce que... Comment ça se fait que
votre recommandation était claire puis pourquoi le ministre ne l'a pas suivi?
M. Rousseau (Guillaume) : Donc,
je vais vous référer à l'extrait... je pense que c'est l'extrait le plus
pertinent du rapport Rousseau, où on dit, au sujet du projet de constitution
éventuelle à ce moment-là : Plus les innovations introduites seront
importantes plus il sera important d'élargir le nombre de personnes ou
d'organisations mises à contribution. Donc, autrement dit, l'idée, c'est de dire :
Si on fait juste codifier le droit qui existe déjà, ça va... peut-être pas
besoin de faire des consultations très, très longues. Puis au contraire, si on
fait une révolution constitutionnelle, ah, bien là, il faut vraiment consulter
du monde, voire un référendum.
Là, avec le projet de loi, on est quelque
part entre les deux. C'est essentiellement de la codification, on réfère à la
charte des droits, à la Charte de langue française, on prend des éléments de la
loi 99. Il y a quelques innovations, dont la primauté de l'égalité
femmes-hommes sur la liberté de religion, mais on est... autrement dit, on est
au milieu du spectre. Donc, ce qui fait en sorte qu'on n'a pas besoin d'aller
vers un référendum ou des consultations extrêmement larges, mais des générales,
c'était la chose à faire. Idéalement, est-ce qu'il y aurait pu en avoir plus en
amont? Je pense que ça aurait été idéal. Est-ce qu'il n'y en a tellement pas eu
qu'il faut jeter le bébé avec l'eau du bain? Je ne pense pas. Je partage
l'opinion de Johanne Poirier là-dessus, je pense qu'on peut travailler à partir
du projet de loi.
Et, vous savez, les consultations, je les
suis. Il y a des experts qui viennent, il y a des beaux débats. Moi, j'étais à
l'Université de Montréal, hier, pour un débat, pour en débattre, de ce projet
de loi là. La société civile se saisit de ce débat-là. Donc, je pense que, même
si, au départ, ça n'a peut-être pas été parfait, il y a des critiques
légitimes. Là, je pense qu'au stade où on en est, ça vaut la peine de continuer
le débat. Puis, pour avoir suivi vos travaux, je pense que ça a été fait de
manière exemplaire avec beaucoup de critiques constructives.
M. Morin : Vous vous référez
au débat qui s'est déroulé à l'Université de Montréal. Dans une commission
transpartisane qui serait allée à l'encontre... à la rencontre de plusieurs
groupes et personnes dans la société québécoise, bien, on aurait peut-être pu
en bénéficier davantage. C'est ça, mon point. Puis, oui, il y a une
consultation de certains éléments, mais il y a aussi des nouveautés. Tout à
l'heure, vous avez référé au conseil constitutionnel. Bien, ce n'est pas
quelque chose qui existe présentement. Autre élément, parce que ça
aussi, ça a été difficile. Malheureusement, quand on a reçu des membres des
Premières Nations, ça ne s'est pas bien déroulé. Le gouvernement leur fait une
place, trois considérants, là, puis c'est mal parti. Ça serait quoi, vos
recommandations à vous, comme experts, au ministre pour faire en sorte qu'on
puisse s'enligner sur une voie qui nous amènerait vers un plus large consensus
avec les Premières Nations?
M. Rousseau (Guillaume) : Bien,
je pense que je ne suis pas expert en matière de droit autochtone. Par contre,
il y a une chose que je sais, c'est que c'est toujours mieux que ce soient les
porte-parole autochtones qui parlent pour eux-mêmes plutôt que moi qui
m'improviserais pour parler à leur place. Ce que je dirais par contre, c'est
que si effectivement ils font des propositions d'amendements, à mon avis, le
gouvernement doit les étudier de manière très attentive, avec une très grande
ouverture. Ça, ce serait ma recommandation.
M. Morin : D'accord. Je vous
remercie. Puis revenons rapidement au conseil constitutionnel. Il nous reste
30 secondes. Ça va s'articuler comment? Avec la compétence des tribunaux?
Je comprends qu'il y a certains pays, notamment en Europe continentale, qui ont
des conseils constitutionnels, mais qui rendent véritablement des décisions. Ce
n'est pas le cas ici. Ça va faire quoi? Est-ce que ça va multiplier les
procédures, engendrer...
M. Morin : ...engendrer plus
de débats ou moins?
M. Rousseau (Guillaume) : Bien,
en fait, ce que ça va faire, c'est qu'il va y avoir des avis qui vont être
rendus par le Conseil constitutionnel puis ensuite le gouvernement pourra les
suivre ou pas. Il pourrait émerger une convention constitutionnelle qui fait
qu'ils deviennent obligatoires. Ce n'est pas exclu. Mais sinon, ensuite, ces
avis-là seront probablement plaidés devant les tribunaux judiciaires, et là il
y aura un... je pense, un dialogue fécond entre le Conseil constitutionnel
d'une part, la Cour suprême d'autre part. Comme en Europe, en France, Conseil
d'État, Conseil constitutionnel, Cour de justice de l'Union européenne, on a
plusieurs tribunaux suprêmes qui dialoguent entre eux, alors qu'au Canada tout
est concentré à la Cour suprême, ce qui n'est pas l'idéal. Donc, je pense que
ça va ajouter du pluralisme, du dialogue dans le système constitutionnel et ça
serait vraiment sain.
M. Morin : Merci.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. M. le député de
Maurice-Richard, pour une minute 30 s, s'il vous plaît.
M. Bouazzi : Merci beaucoup.
Merci, messieurs, d'être parmi nous. On a eu vraiment beaucoup de juristes qui
sont venus nous alerter sur la possibilité de l'arbitraire, sur les
contre-pouvoirs, que ce soit au niveau du judiciaire ou au niveau de la société
civile, qui seraient affaiblis, le fait que la Charte des droits et libertés, y
compris québécoise, serait affaiblie, que la mission de la Commission des
droits de la personne serait affaiblie, que les possibilités de porter plainte
contre des lois qui seraient jugées... protègent la nation québécoise, par une
simple majorité, ne seraient difficilement contestable, etc. Il y a
145 articles dans ce projet. Est-ce qu'il y en a un qui, d'après vous,
affaiblirait un contre-pouvoir?
M. Rousseau (Guillaume) : Bien,
c'est ça, c'est-à-dire, donc, pour reprendre l'article 5 qui est votre
exemple, d'un côté, on peut penser que ça affaiblit, mais très, très peu les
contre-pouvoirs. Mais c'est sûr que, sur quatre lois, on leur... on les a
interdits d'user des fonds publics pour contester quatre lois sur des milliers.
Donc, ça les affaiblit un tout petit peu, mais ça renforce beaucoup le
contrepoids qu'est l'État québécois.
M. Bouazzi : Je comprends ça.
Donc, vous n'en voyez pas un autre? On s'entend qu'il y a quatre lois, mais que
le gouvernement pourrait, par une simple majorité, rajouter n'importe quelle
autre loi. Vous avez défendu la question de la souveraineté parlementaire, qui
est aussi définie par une simple majorité. Vous avez dit vous-même qu'il
fallait penser à une... avoir plus de démographie face à... face au déclin de
la... de la... du nombre de Québécois, surtout si on met une limite sur le
nombre des migrants qui arrivent. Est-ce que vous pensez qu'une simple majorité
devrait avoir le droit de dire, par exemple : Le droit d'avoir plus
d'enfants au Québec serait une question de souveraineté nationale?
M. Rousseau (Guillaume) : Je
ne suis pas sûr de comprendre le sens de votre question.
M. Bouazzi : Bien, est-ce
qu'une simple majorité... En fait, moi, j'affirme qu'une simple majorité
pourrait dire que des politiques pour avoir plus d'enfants au Québec, c'est un
droit de la nation québécoise. C'est un... c'est un fait, d'après moi. Est-ce
que vous...
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. Le temps passe
rapidement. Je vais céder la parole au député de Jean-Talon pour une minute 9
s.
M. Paradis : Le gouvernement
de la CAQ s'est présenté en 2018 avec un plan constitutionnel, avec des
revendications, et, quand on regarde le tableau de ces revendications, il y en
zéro, zéro sur l'ensemble, sur les 21 qui ont été réalisés. Ma question,
c'est : Est-ce que vous n'êtes pas en train d'entretenir cette illusion de
la troisième voie caquiste en affirmant que cette Constitution permet d'affirmer
la non-subordination au régime fédéral? Parce que j'ai posé la question à
d'autres experts qui sont venus ici, et même le ministre l'a dit, que
l'article 2 qui dit que la Constitution a préséance sur toute règle de
droit ne fera jamais de cette... de cette Constitution un document qui a
préséance sur la Constitution canadienne interprétée par les tribunaux
canadiens. Donc, le carcan fédéral va rester.
M. Rousseau (Guillaume) : Oui,
en fait, ce qu'il faut comprendre, c'est que cette loi-là s'inscrit dans ce
qu'on appelle l'unilatéralisme constitutionnel, alors que, traditionnellement,
l'approche, c'était : le Québec formule des demandes, le Canada dit non.
Maintenant, c'est : le Québec agit, disposition de souveraineté
parlementaire, modification de la Constitution de 1867. Donc, c'est ce qui est
en oeuvre depuis 2018, et, pour l'instant, ça fonctionne. Il y a une partie de
la loi 96 qui a été suspendue, mais sinon la loi 21, ça a fonctionné.
Ford tient, on s'en va en Cour suprême, je vais plaider à la fin du mois de
mars. Pour l'instant, on... ça marche plutôt, l'unilatéralisme constitutionnel.
Les revendications conditionnelles, ça ne marche pas pour l'instant. Il y a eu
une résolution à l'unanimité de l'Assemblée nationale sur la question de la
nomination des juges. Pour l'instant, ça ne fonctionne pas. Par contre,
l'unilatéralisme conconstitutionnel avec des résultats limités, hein, ce n'est
pas la souveraineté au sens du droit international, mais, pour l'instant, ça
fonctionne, on s'en va en Cour suprême, et je suis confiant qu'on va gagner.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. Merci beaucoup
d'avoir été avec nous. Le temps passe très rapidement.
Sur ce, je suspends les travaux... pour
accueillir notre prochain invité. Merci.
(Suspension de la séance à 11 h 58)
(Reprise à 12 heures)
Le Président (M.
Bachand) :À l'ordre, s'il vous plaît! La
commission reprend ses travaux. Il me fait plaisir d'accueillir les
représentantes de l'Association pour la santé publique du Québec. Merci
beaucoup d'être avec nous encore une fois. Donc, je vous cède immédiatement la
parole.
Allez-y.
Mme Voyer (Corinne) : Oui.
Merci beaucoup de nous recevoir aujourd'hui. Donc, je suis Corinne Voyer,
directrice générale adjointe de l'Association pour la santé publique du Québec,
et je suis accompagnée de ma collègue Me Marianne Dessureault, qui est
directrice des affaires juridiques chez nous. Donc, la mission de notre
association, c'est de faire en sorte que la santé durable soit une priorité. Et
ça, ça veut dire s'assurer que la population puisse vivre plus longtemps en
santé grâce à la prévention, à la réduction des inégalités et à la protection
des milieux de vie. Donc, si le Québec se dote d'une constitution, la santé
durable doit être inscrite comme un principe fondateur. Il faut également
protéger les droits qui contribuent à cette santé durable, notamment ceux
garantis par la charte québécoise.
Donc, je cède maintenant la parole à ma
collègue.
Mme Dessureault (Marianne) : Merci
beaucoup. Plusieurs intervenants avant nous vous ont déjà soulevé les enjeux,
par exemple d'acceptabilité sociale du présent projet de loi, les risques
d'affaiblissement de certains droits découlant notamment de la charte. Nous
tenons à souligner que nous partageons certaines de ces préoccupations. Mais
aujourd'hui, nous souhaitons plus particulièrement insister sur un point
structurant, à notre avis : la charte québécoise et ses acquis, y compris
et en particulier les droits économiques et sociaux qui, pour nous, sont les
piliers de la santé durable, ne doivent pas être réduits et placés en situation
de subordination par rapport à la constitution qui est proposée. Mais, bien, la
charte doit faire, doit être une composante intégrante et renforcée afin
d'élever la santé durable et les droits qui la caractérise comme principe
fondateur.
Comme l'avait dit M. le ministre à
d'autres intervenants avant, je pense, que, pour bien comprendre notre
argumentaire, on va vous faire un petit retour ou un rappel de la structure
constitutionnelle actuelle. La charte québécoise contient deux ensembles de
droits, principalement. On parle des articles 1 à 38 qui protègent droits
civils et politiques, libertés... libertés fondamentales, on parle de dignité,
égalité. Et ces droits, donc, de 1 à 38, bénéficient déjà d'une primauté qu'on
appelle quasi constitutionnelle, via l'article 52. Ensuite, il y a les articles 39
à 54, qui sont ce qu'on appelle souvent, un peu plus, des droits économiques et
sociaux, des protections judiciaires et même des droits environnementaux. On
peut penser à des mesures économiques minimales, des conditions de travail
justes, environnement sain et des droits sociaux.
Ces droits, donc, à partir des
articles 39 et suivants, sont qualifiés de programmatiques. Ça, ça veut
dire qu'ils n'ont pas une valeur normative aussi égale. Donc, ils sont plus
faibles ou plus vulnérables. Ils n'ont pas la même protection accordée par
l'article 52. Donc, étant plus vulnérables, ce qu'on constate avec l'effet
de l'article 16 du projet de loi qui est proposé, c'est une aggravation un
petit peu de cette subordination des droits au détriment de la santé durable.
En effet, l'article 16 du projet de loi prévoit que seuls les
articles 1 à 38 acquièrent la force constitutionnelle et sa protection,
alors que les articles 39 à 54 sont, j'ose le dire, encore exclus. Et
donc, il y en découle une double hiérarchisation. La première, qui est déjà
existante dans la charte et la seconde, créée par le projet de loi, qui vient
renforcer cette subordination. Et on pourrait le mettre en parallèle peut-être
avec même l'article 24, qui n'intègre pas complètement la charte à la constitution,
mais vient établir, comme, un ordre d'interprétation. Et ce, pour nous... Donc,
c'est les droits, ces fameux droits économiques et sociaux sont encore plus
vulnérables que jamais.
Or, la santé durable mérite qu'on
reconnaisse l'ensemble des droits. La santé, comme l'a dit ma collègue, ne
dépend pas uniquement des soins, mais bien... la santé durable est un concept
global qui repose sur la prévention, la promotion de la santé, des déterminants
sociaux et environnementaux. Donc, on peut penser au revenu, au logement, à
l'éducation et à l'environnement, et même l'accès à la justice. Donc... et
c'est ces dimensions qui sont principalement protégées par 39 à 54 de la
charte. Donc, si on maintient ces droits constitutionnellement inférieurs, il
devient difficile de reconnaître la santé durable comme principe fondateur, et
c'est pour nous une grave lacune. La constitution devrait, en ce moment,
reconnaître la transversalité de la...
12 h (version non révisée)
Mme Dessureault (Marianne) : ...protéger
les droits qui en constituent les leviers et assurer une cohérence. On ne peut
pas proclamer la santé durable comme valeur centrale si on vient affaiblir ces
droits. Et je tiens à souligner : fragiliser ces droits revient à
fragiliser les bases mêmes d'une société équitable et ce que nous semblons que
la société souhaite acquérir et vers laquelle elle souhaite aller.
Donc, dans ce... dans ce contexte, on
recommande d'inscrire explicitement la santé durable comme valeur
constitutionnelle fondamentale, et évidemment prévoir les modalités et rôles et
responsabilités de... de l'État en conséquence, et conférer une protection
constitutionnelle aux articles 39 à 54, donc intégrer pleinement la Charte
au sein de la Constitution. Pourquoi? Parce qu'une constitution se doit d'être
rassembleuse, de ne pas affaiblir les acquis déjà existants.
La Charte, vous le savez, a été fruit de
consultations publiques vastes. Ça a été un contrat social et les bases de
notre État de droit actuel. Elle présente donc un acquis historique à
maintenir. Et créer une nouvelle constitution peut présenter un intérêt et
présente un intérêt certain, mais surtout une opportunité pour renforcer ces
droits et ce contrat social de la Charte. Donc, la Constitution devrait s'inscrire
dans cette continuité, préserver les acquis et éviter toute réduction, même
involontaire, de la portée des droits existants, droits existants tant écrits
que ceux découlant de la jurisprudence. Donc, on recommande d'assurer la
préservation intégrale de ces garanties.
Enfin, un bref mot sur l'accès à la
justice. On en a parlé ou d'autres intervenants en ont parlé. Il ne suffit pas
de reconnaître des droits. Il faut pouvoir les faire valoir. Les articles 49
à 54 prévoient certains de ces mécanismes et recours. Donc, c'est important de
leur accorder la protection constitutionnelle. Et il ne faut pas fragiliser l'accès
à la justice et la capacité des citoyens et société civile à faire valoir des
droits, surtout que c'est un élément de la santé durable également. Donc, ça
joue un rôle. Pourquoi? Pour prévenir des atteintes environnementales, protéger
des groupes plus vulnérables et pour assurer des redditions de comptes de l'État.
Une constitution moderne doit préserver cet espace démocratique. Et c'est
pourquoi on recommande notamment d'intégrer des mécanismes peut-être permanents
de participation citoyenne, qui serait une innovation, et protéger la capacité
d'opposition citoyenne à l'accès à la justice. On peut peut-être se questionner
ou voir comment on peut peut-être améliorer, par rapport à l'article cinq, pour
vraiment que la volonté du législateur soit en ce sens et de protéger la
société civile. On ne serait pas les premiers au Québec. Il y a plusieurs exemples
internationaux qui ont intégré soit la santé dans leur Constitution ou même l'environnement.
On peut penser Norvège, Finlande, Costa Rica. Je ne vais pas m'étaler, mais il
existe des modèles ailleurs dans le monde.
En conclusion, je tiens à revenir à l'essentiel.
La charte québécoise doit être partie intégrante de la Constitution et non
subordonnée. Les droits économiques et sociaux et environnementaux doivent être
pleinement protégés et l'accès à la justice préservé pour faire de la santé
durable, là, vraiment un pilier. C'est à ces conditions qu'on pourra réellement
consacrer la santé durable comme principe. Et le projet de loi un, en ce sens,
présente une occasion historique. Donc, on aurait le choix, en ce moment, de
créer une architecture hiérarchisée, fragmentée, qui peut être divisante, ou on
peut consolider l'héritage de 1975 et devenir une constitution moderne,
cohérente, rassembleuse, pour garder que le Québec, pionnier en 75, ne devrait
pas prendre du retard non plus en 2026.
Donc, je vous remercie beaucoup. Nous vous
remercions. On va êtes prêtes à répondre à vos questions.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup pour la
présentation. M. le ministre, pour six min 45 s, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Oui,
merci, M. le Président. Alors, Mme Voyer, Maître Dessureault, merci d'être
présents à la commission parlementaire pour l'Association pour la santé
publique du Québec.
Je vous ai bien entendues, là. Sur le
régime, le droit de la Charte des droits et libertés de la personne, là, on
vient... on vient reproduire à l'article 16, dans le fond, l'état de
situation qui existe dans la Charte des droits et libertés de la personne.
Donc, on vient intégrer les articles 1 à 38 concrètement ainsi que ceux de
la Charte de langue française. Donc, on intègre également les règles d'interprétation
pour avoir des règles d'interprétation qui sont fidèles aux valeurs de la
société québécoise. Mais je comprends votre point puis je l'accueille avec...
avec ouverture aussi.
Alors, je vous remercie également pour
votre contribution. Je vais céder la parole à mes collègues, qui souhaitent
vous poser des questions. Mais je vous remercie pour le dépôt de votre mémoire
puis votre présence en commission parlementaire.
Mme Dessureault (Marianne) : Merci,
M. le ministre.
Le Président (M.
Bachand) :...de
Charlevoix-Côte-de-Beaupré pour cinq min 40 s, s'il vous plaît.
Mme Bourassa : Parfait. Merci
beaucoup pour votre participation.
En fait, si tous les droits sociaux
deviennent constitutionnellement prépondérants, en fait, j'ai de la misère.
Puis je disais ça tout à l'heure, ma grand-mère disait : Quand tout est
important, rien ne l'est. Comment est-ce qu'on fait pour trancher si tout est...
Mme Bourassa : ...égal, ça va
être les juges, ça va être les élus? C'est quoi, votre vision?
Mme Dessureault (Marianne) :
Bien, c'est certain que, déjà, en ce moment, il y a beaucoup de droits qui ont
fait l'objet, là, de plusieurs jurisprudences. Donc, un peu cette hiérarchie,
que ce soit des articles 1 à 38... on est dans ce même état. Donc, c'est-à-dire
que... quel droit doit primer sur un autre? On est déjà dans l'étude de cas par
cas, donc jurisprudentiels. Donc, ce serait un petit peu le même principe.
Et je ne crois pas que les articles 39 et
suivants soient complètement différents, des fois, de ceux qu'on a de 1 à 38.
Je m'explique. On parle, par exemple, 1 à 38, de dignité, par exemple, de la
personne, de sécurité, d'accès à la vie. Et c'est que les articles 39 et
suivants viennent souvent renforcer ou mettre des éléments plus précis, par
exemple, en parlant de logement, que ce soit en parlant d'éducation ou de
revenus. Donc, ils ne sont pas... les tribunaux, ou même que ce soit le
législateur, pourraient déjà faire des avis ou comme, là, le Conseil
constitutionnel que vous avez en tête, pourraient déjà... que ce soit orienté,
cette interprétation, et les tribunaux l'ont déjà fait. On vient s'assurer que
certains éléments, je pense, là, en ce moment, particulièrement au logement,
qui sont d'intérêt... qui sont de plus en plus des sujets marquants de notre
société, venir leur assurer une protection pour protéger les groupes plus
vulnérables. Donc, ce n'est pas... La charte en soi, fait un choix dans les
droits. Donc, il y a énormément de droits, on a un corpus législatif très
large. Je pense que la charte vient déjà chercher des priorités, et il faudrait
qu'elle soit maintenue dans son intégralité.
• (12 h 10) •
Mme Bourassa : Dans votre
mémoire, vous parlez, là, pardon, de droit à un environnement sain. En gros,
vous disiez qu'on a un peu de retard là-dedans. Le droit à un environnement
sain est déjà reconnu, au Québec, ça fait que qu'est-ce que la Constitution va
changer pour vrai si on l'intègre pour... tu sais, dans le «day-to-day», là,
pour les Québécois?
Mme Dessureault (Marianne) : Bien,
une Constitution, vous le dites, tu sais, ça a un peu une valeur un peu
supérieure quand... si c'est une loi. On est très contents, là, qu'il existe
des lois pour protéger l'environnement, on parle de la Loi sur la qualité de
l'air, le développement durable, etc., mais l'article 46.1 de la charte vient
vraiment parler d'un environnement sain comme valeur, comme droit à être
reconnu, a un sens plus large. C'est vraiment ce qu'on souhaite avoir quand on
parle d'une charte. C'est un document constitutionnel en soi. Donc, le fait de
venir lui accorder vraiment cette valeur... Et, comme législateurs, vous avez
l'opportunité de vraiment venir dire : Bien, nous, on a des lois pour la
mettre en œuvre, mais c'est plus que de simples lois, c'est une Constitution,
c'est une valeur supérieure.
Je profite de l'occasion de votre question
pour venir rappeler, en ce moment, la charte est une loi ordinaire, ce qui
serait aussi votre Constitution. Ça pourrait peut-être être une très belle
occasion de peut-être ajouter des mécanismes, peut-être, pour renforcer et
assurer sa valeur supérieure, que ce soit pour... avec.. pour ne pas qu'on
puisse la changer par une simple loi.
Mme Bourassa : Puis, tu sais,
vous dites que le projet affaiblit en quelque sorte certains droits. Est-ce que
vous pouvez nous nommer certains qui, selon vous, vont vraiment être
désavantagés ou mis de côté si le projet de loi est adapté... adopté, pardon?
Mme Dessureault (Marianne) : Bien,
si je pense à... outre article... comme je dis, là, les valeurs plus de...
sociales, donc les droits économiques et sociaux, donc droit au logement,
revenu décent, donc, on vient les rendre vraiment encore plus inférieurs. Je
sais qu'il y a d'autres intervenants qui vous ont mentionné leurs inquiétudes,
par exemple, au niveau droit à l'avortement. Je sais que vous n'êtes pas
étrangère à tout ça. Donc, vraiment, notre objectif, c'est vraiment de
s'assurer qu'en faisant l'exercice législatif on ne vienne pas perdre certains
des acquis de droits et libertés qui ont été soit déterminés par les tribunaux
et... qui sont, en ce moment, protégés, donc très bien définis. Donc, c'est
vraiment important que cet exercice ne vienne pas... En voulant, là... puis,
par bonne volonté, en voulant trop préciser, des fois, juridiquement, on vient
ouvrir la porte soit à des contestations, ou on vient enlever certains autres
pans. Donc, oui, égalité des sexes, donc porter une attention, mais
principalement droits économiques et sociaux. Donc, pourquoi reléguer? Rendu
là, on va juste l'enlever de notre charte, puis je ne pense pas que ce soit ce
qu'on veuille, d'enlever les articles 39 et suivants.
Le Président (M.
Bachand) :Il reste une minute,
questions-réponses, une minute.
Mme Bourassa : Oui. Bien,
est-ce qu'on ne risque pas de déplacer le débat politique vers les tribunaux?
Si un gouvernement, par exemple, prend une mauvaise décision? Habituellement,
là, bon, c'est les citoyens, lors du vote, qui se prononcent. Là, c'est ça,
est-ce qu'on ne vient pas en mettre davantage dans la cour des tribunaux?
Mme Dessureault (Marianne) :
Bien, je pense qu'ils sont là pour, pour... pour, justement, décider de
déterminer cette volonté du législateur. On n'en est pas au premier cas que,
des fois, ça ne reflète pas, donc... l'issue judiciaire ne donne pas
explicitement ce que le législateur voulait, et ensuite, bien, les
législateurs, vous reprenez un projet de loi et vous reprenez... vous allez
ajouter ce qui manquait, mais, des fois, l'inverse s'est aussi vu. Donc, des
fois, ça...
Mme Dessureault (Marianne) : ...très
bien reflété, et on a eu une interprétation beaucoup plus large, qui laisse,
justement, au législateur toute l'étendue et la volonté pour que la société
puisse évoluer. Il ne faut pas non plus s'encarcaner, des fois, trop, en
voulant être trop précis dans la loi.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. M. le député de
l'Acadie, pour 5 min 4 s, s'il vous plaît.
M. Morin : Merci, M. le
Président. Mme Voyer, Me Dessureault, bonjour, merci d'être là avec nous, merci
pour votre mémoire. Deux... deux éléments que j'aimerais aborder avec vous. Le
premier, vous parlez d'un droit à l'environnement, si j'ai bien compris, dans
votre mémoire. Le projet de loi du gouvernement de la CAQ ne parle pas
d'environnement, on parle plus de patrimoine commun de la nation québécoise, on
souligne que l'eau est une ressource collective, ça fait partie de ce
patrimoine commun. Quel serait l'avantage d'élargir cet élément-là... ça, c'est
à l'article 20 du projet de loi n° 1... d'y inclure
le droit à l'environnement? Puis qu'est-ce que ça impliquerait, par la suite,
pour l'État?
Mme Dessureault (Marianne) : Bien,
c'est certain que ça accorde une... une responsabilité à l'État, je pense que
vous le dites très bien, donc de s'assurer, autant dans ses projets de loi,
mais aussi dans ses projets de société... de s'assurer que les environnements
soient... soient adéquats, que ce soit en protection... donc, toujours en faire
un peu plus. Ça se pourrait... Tu sais, là, on parle d'un texte, là, qui,
souvent, est très général, donc on cherche toujours l'exemple précis, qu'est-ce
que ça va changer exactement. C'est vraiment... c'est un concept, donc c'est
vraiment de...
Je n'ai pas nécessairement un exemple
précis à vous donner sur... qu'on pourrait avoir, que ce soit là... Dans des
évaluations environnementales, si j'ose... j'ose le nommer, bien, de s'assurer
que ces impacts au niveau de la santé de la population, directement, on le
tienne comme étant une valeur supérieure, une valeur de charte et un droit.
Donc, dès qu'il y a un potentiel d'enlever cet environnement... ou de nuire à
cet environnement, on vient faire les évaluations qui s'imposent et les
impacts, autant à la santé, mais l'impact... impact environnemental également.
M. Morin : Donc, je comprends
de vos propos que, si, par exemple, le gouvernement voulait développer de
grands projets, et qu'on insérait un droit à un environnement sain, bien le
gouvernement devrait nécessairement en tenir compte et agir en conséquence,
peut-être plus que ce qu'il fait maintenant. Êtes-vous d'accord avec moi?
Mme Dessureault (Marianne) : Certainement,
ou... oui, en faire plus, mais ça n'empêcherait pas nécessairement les projets.
Ça, c'est important, je crois, à le mentionner. Théoriquement, ce droit à un
environnement sain existe déjà dans la charte. C'est un choix qui semble être
fait d'un peu le reléguer à un second plan, et c'est ce qu'on manque, de
peut-être le prendre comme étant une valeur plus fondamentale.
M. Morin : Très bien, je vous
remercie. Autre élément, vous parlez aussi... au droit à la santé, vous parlez
de la prévention. C'est... c'est une position qui est, je pense, importante,
là, et je la salue, parce que, souvent, on a une attitude un peu curative. Si
on avait, parfois, une attitude plus préventive, avec de saines habitudes de
vie, ça permettrait, évidemment, aux gens de vivre en meilleure santé, puis,
finalement, ça pourrait peut-être coûter, même, moins cher à l'État. Qu'est-ce
que vous avez en tête, plus précisément, quand vous parlez de prévention?
Mme Dessureault (Marianne) : Je
ne sais pas si... ma collègue va vouloir peut-être renchérir. Mais vous le
dites, là, c'est des coûts. Donc, on parle de prévention, donc la création
d'environnements favorables aux saines habitudes de vie, que ce soit dans...
dans... pour que ce soit vraiment en prévention, donc, que ce soient les services
de première ligne, que ce soit pour les organismes communautaires. Donc,
vraiment, toute action... Et même... je vais aller dans le très précis, même
évaluer un peu l'impact, des fois, de marketing, donc commercial, de certains
de nos agissements, ont tous des effets sur certaines habitudes de
consommation, des fois, de produits qui peuvent être délétères ou avoir plus
d'effets sur notre santé. Et donc c'est de prendre tout ça en considération,
parce que, vous le dites, en bout de ligne, c'est de l'économie aussi pour
l'État. Et une population qui vit bien, à long terme, est une population beaucoup
plus équitable et une population heureuse.
M. Morin : Et, brièvement,
dans le projet de loi n° 1, à l'article 29, l'État
veut protéger la liberté des femmes d'avoir recours à une interruption
volontaire de grossesse, et, dans ce... dans le cadre de... des groupes qu'on a
entendus, la très, très grande majorité, en fait, il y a un consensus large à
l'effet que le ministre fait fausse route avec sa disposition. Plusieurs nous
ont dit : Écoutez, c'est un soin de santé, laissez-nous faire notre
travail. Si c'était à enlever, et qu'on parlait plutôt de : l'État
garantit l'accès aux soins de santé à la...
M. Morin : ...population
dans la constitution. Est-ce que vous pensez que ça pourrait rassurer ces
groupes qui sont véritablement très, très inquiets?
Le Président (M.
Bachand) :Très rapidement, s'il vous
plaît. Merci.
Mme Dessureault (Marianne) :
Je vais laisser après ma collègue, mais sur cette question, on ne s'est pas
penchés précisément là-dessus. Je pense que les groupes l'ont fait davantage
que nous. C'est certain que nous, notre passion est de vraiment garantir cet
accès aux soins, puis ne pas... et dans la prévention vient aussi de l'accès
aux services. Donc, c'est certain qu'il faut y penser.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. M. le député de Maurice-Richard,
s'il vous plaît, pour 1 min 41 s.
M. Bouazzi : Merci
beaucoup. Je vais reprendre rapidement ce que vous avez dit et puis, ensuite,
on va aller sur un autre sujet. Vous, ce que vous dit, c'est : Oui, il y a
des droits, par exemple, un environnement sain, mais ils sont à l'extérieur des
articles de 1 à 38 qu'on monte au niveau de la constitution. Donc, en fin
de compte, on les affaiblit parce qu'il y a toutes sortes d'autres choses qui
se retrouvent à ce niveau-là. C'est bien ça?
• (12 h 20) •
Mme Dessureault (Marianne) :
C'est bien ça.
M. Bouazzi : Et vous
dites, bien, évidemment, bien, que ce soit l'environnement sain, que ce soit la
prévention, etc., bien, dotons-nous nous-mêmes d'objectifs de respect du droit
des citoyens à l'intérieur de la constitution. Et vous donnez quelques
exemples, d'autres constitutions, d'ailleurs, vous avez parlé de quelques pays
scandinaves et du Nicaragua, si mes souvenirs sont bons. C'est un bon moment,
c'est bien ça?
Mme Dessureault (Marianne) :
Oui, bien, ce serait... c'est une opportunité en or de faire valoir, de
peut-être même rectifier certaines erreurs.
M. Bouazzi : Et donc,
là, j'irais sur le dernier point de votre mémoire dont vous n'avez pas parlé,
c'est l'accès à la justice. Est-ce que vous pouvez nous en parler en quelques
secondes, malheureusement, seulement?
Mme Dessureault (Marianne) :
Quelques secondes. Bien, en fait, certains articles qu'on pourrait se poser
la question, il n'y a pas cette participation citoyenne. Donc, autant dans les
articles 39 et suivants qui mettent en place certains recours, donc, on
vient les affaiblir d'autant plus en ne leur accordant pas la protection
constitutionnelle. On peut penser à l'article 5 de la loi sur l'autonomie
constitutionnelle, qui vient limiter certains recours, particulièrement en
matière environnementale. Donc, ça, c'est important de le garder, ça va de soi,
pour la santé durable, notamment.
M. Bouazzi : Est-ce que
vous pensez aussi que c'est un bon moment pour qu'on se dise, bien, il faudrait
que nos politiques publiques, dont économiques, puissent garantir un territoire
viable pour les prochaines générations? Est-ce que c'est le genre de
philosophie qu'on aimerait voir dans cette constitution?
Mme Dessureault (Marianne) :
Oui, protection de biodiversité, par exemple, pourrait également en faire
partie, là, c'était justement l'exemple de Costa Rica.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup.
M. Bouazzi : Merci
beaucoup pour votre participation...
Le Président (M.
Bachand) :Mme Voyer, Mme Me
Dessureault, merci beaucoup d'avoir été avec nous aujourd'hui. Je suspends les
travaux quelques instants.
Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 12 h 21)
(Reprise à 12 h 22)
Le Président (M.
Bachand) : À l'ordre, s'il vous plaît! La commission reprend
ses travaux. Il nous fait plaisir d'accueillir M. Marc J. Ryan, fondateur
de Bonjour Merci Québec. Merci beaucoup d'être avec nous. Alors, je vous cède
immédiatement la parole, et ce sera suivi d'une période d'échange avec les
membres de la commission.
Merci.
M. Ryan (Marc J.) : Bonjour,
M. le Président, M. le ministre, MM. et Mmes les députés. Je suis Marc Ryan,
juriste et fondateur de Bonjour Merci Québec. Merci pour votre invitation. Je
suis originaire des deux côtés de l'Outaouais, de parents de souche
canadienne-française et irlandaise. J'ai étudié et travaillé en anglais et en
français, et reçu des reconnaissances d'organismes anglophones et francophones.
I know that you... Anglo
groups have appeared before you, claiming the stand up for all non-francophone
Quebeckers. They do not. Some of them say the project is an example of fascism,
ethnonationalism or makes Québec an international embarrassment. Here's a
reality check. Many anglophones do not feel well represented by them. Thousands
of anglophone parents born in Québec or elsewhere in Canada voluntarily send
their children to French schools to acquire real fluency.
Le Québec fait
face à un déclin du français. Pas un seul des groupes anglophones n'en a parlé.
Plutôt, ils se plaignent de l'ambiguïté du considérant dans le projet sur les
institutions de la communauté québécoise d'expression anglaise dont la plus
importante est le système...
M. Ryan (Marc J.) : ...anglais.
Et j'invoque les supposés droits historiques fondamentaux et reconnus à
l'internationale. Regardons ces droits. La liberté de choix linguistique
n'existait pas au Québec avant la loi 63 de 1969. Cette liberté absolue a
été rapidement limitée par le PLQ et le PQ. L'article 23 de la
Constitution a été adopté en 1982. Selon la Cour suprême, l'article 23 est
une anomalie, pas la reconnaissance de loi fondamentale, et je cite :
«L'article 23 de la Charte n'est pas,
comme d'autres dispositions du même document constitutionnel de ceux que l'on
rencontre communément dans les chartes et déclarations de droits fondamentaux
du même genre. Il n'est pas la codification des droits essentiels préexistants
et plus ou moins universels. L'article 23 de la Charte constitue, dans sa
spécificité, un ensemble unique de dispositions constitutionnelles tout à fait
particulier au Canada.»
La langue est un bien public dont la
valeur dépend du nombre de personnes qui l'utilisent. Plus une langue elle
compte de locuteurs, plus elle est utile. C'est ce que Pierre Fortin appelle
l'effet réseau. Le quart des parents anglophones éligibles choisissent
d'envoyer leurs enfants dans le système français. Le fédéral considère cela
malheureux. Pourquoi? Parce que ce serait un mythe que la fréquentation des
écoles anglophones représente une menace pour la majorité québécoise. Le
fédéral, en décourageant la fréquentation des écoles francophones, diminue la
valeur du français.
Et le français est en déclin. Les indices
de l'Office de la langue française sont tous au négatif. Le Comité permanent
sur les langues officielles de la Chambre des communes a recommandé de
reconnaître formellement ce déclin. Un tiers des non-francophones au Québec ne
peuvent entretenir une courte conversation en français. Et, pour les autres,
nombreux ne peuvent entretenir une longue conversation, lire et écrire ou
penser en français. Et les Québécois le savent.
Selon Daoust et Gareau-Paquette, la
proportion qui reconnaît ce déclin a passé en 20 ans de 51 à 74 %.
Que fait le système scolaire anglais de ce déclin? À peu près rien, selon
Popica et Gagné. Et je cite :
«Un. Environ deux tiers de nos étudiants
et étudiantes ne sont pas autonomes en français, à l'oral et à l'écrit, après
12 ans d'apprentissage obligatoire de cette langue. Deux. Le système
scolaire anglophone ne motive pas ces étudiants à apprendre le français. Et
trois. L'imposition de l'apprentissage du français est souvent perçue comme une
injustice par les étudiants et étudiantes de langue anglaise.»
Comme certains groupes anglophones, je
constate aussi l'ambiguïté du considérant. Voici mes exemples de conséquences fâcheuses
possibles. Est-ce que le considérant est une promesse de protéger pour mille
ans le système scolaire anglophone tel qu'il fonctionne aujourd'hui, ou
d'encourager la réouverture du débat sur ce que serait un anglophone pouvant
fréquenter le système scolaire anglais ou recevoir des services en anglais dans
les hôpitaux, ou d'empêcher le gouvernement de s'impliquer dans la gestion de
ces institutions? Les finissants du système anglais n'acquièrent pas une réelle
maîtrise du français. Dans ma soumission écrite, je propose des nouvelles
mesures correctives. Le considérant sera-t-il invoqué par les groupes
anglophones pour s'opposer à de telles nouvelles mesures?...
M. Ryan (Marc J.) : ...En
plus de ces risques, considérez ceci. Rien ne vous oblige d'inclure le
considérant. Les groupes anglophones le déclarent, de toute façon, insuffisant.
Un système scolaire public double n'existe pas dans les constitutions de nos
voisins du Sud, ni de nos deux pays fondateurs, ni à peu près nulle part
ailleurs au monde.
Un comité de l'ONU a déclaré que ce sont
les francophones et non les anglophones qui sont la minorité nationale qui a
droit à une protection constitutionnelle au Québec. Malgré cette décision de
l'ONU, la Constitution canadienne protège le système scolaire anglophone et non
francophone au Québec. Éliminez ce considérant.
Je tourne maintenant à l'article neuf du
projet qui affirme que la nation a le droit de vivre et de se développer en
français. Je propose quatre changements. Un, l'article neuf affirme le droit de
vivre en français en s'inspirant de l'article 3.1 de la charte des droits, mais
au lieu de la personne, c'est la nation qui est le titulaire du droit. Adoptez
une formulation conforme à la Charte. Deux, le droit de vivre en français est tout
à fait théorique si on n'acquiert pas à l'école une compétence réelle en
français permettant d'exercer le droit de vivre en français...
• (12 h 30) •
Le Président (M.
Bachand) :...on doit débuter la période
d'échange. Je m'excuse, mais sûrement que vous allez pouvoir revenir sur les
points qui vous manquent. Alors, M. le ministre, pour six minutes 45 s, s'il
vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Oui.
Merci, M. le Président. Bonjour, M. Ryan. Merci d'être présent avec nous et
merci pour votre mémoire. Dans votre constat, vous disiez notamment : Un
tiers des jeunes anglophones au Québec ne sont pas en mesure de soutenir une
conversation en anglais ou de réfléchir en anglais. Quand on a fait la loi 96,
à la suggestion du Parti libéral du Québec, on avait ajouté trois cours de
français au cégep, et ça a été fortement critiqué. En fait, on avait trois
cours en français, qui avaient été déposés par Mme David et M. Birnbaum, et
finalement, on a écouté la communauté, on a dit : Bien, trois cours de français,
parce que semblerait-il que le niveau de connaissance du français à l'arrivée,
à l'âge de 17 ans n'était pas suffisamment. Ça fait qu'on s'est dit :
Bien, écoutez, on va mettre, le niveau zéro, c'est niveau zéro, trois cours de
français, et c'est encore fortement contesté. Et d'ailleurs le Parti libéral
avait... avait changé de position à ce... à ce sujet-là. Est-ce que vous croyez
qu'il est nécessaire de rajouter plus de Français dans le système scolaire
anglophone, est-ce qu'on devrait étendre la loi 101 au cégep?
M. Ryan (Marc J.) : Le
problème au cégep du français, c'est trop tard. Alors... Le problème, c'est...
pendant 12 ans, les étudiants dans le système anglophones reçoivent un
apprentissage du français qui est tout à fait insuffisant. Alors, quand la
personne... l'étudiant arrive à 17 ans ou 18 ans au cégep, les... c'est...
c'est trop tard.
M. Jolin-Barrette : OK. Sur
l'article 23 de la Constitution canadienne de 1982, là, c'est une disposition
qui est linguistique et qui a été mise en place dans la loi constitutionnelle
de 1982, auquel le Québec n'a jamais adhéré, spécifiquement, puis il y a des
travaux scientifiques qui ont été faits là-dessus, spécifiquement pour
contrecarrer la loi 101 qui avait été adoptée en 1977. Dans le fond, M. Trudeau
père a fait en sorte, en adoptant cette charte-là, de venir vouloir empêcher
l'application des dispositions de la loi 101 au cégep puis ça a fait en sorte
que la loi 101 a été charcutée à cause de ces dispositions-là notamment. Là,
vous, vous nous dites... l'article 23, sur lequel se base beaucoup les
tribunaux pour venir limiter la possibilité pour l'Assemblée nationale, l'État
québécois de protéger la langue française au Québec, vous dites : Ça ne
devrait pas s'appliquer au Québec, l'article 23.
M. Ryan (Marc J.) : Bien, ce
que je dis, c'est qu'on ne peut pas juste se fier à l'imposition d'un système
linguistique double en invoquant des droits historiques, des droits
fondamentaux, des droits basés sur le droit international des traités de l'ONU.
Alors, il n'y a... Par ailleurs, je n'ai rien trouvé, nulle part, qui...
12 h 30 (version non révisée)
M. Ryan (Marc J.) : ...ces...
ces affirmations-là sont faites gratuitement, constamment par des groupes
anglophones, mais ça ne va jamais plus loin que de l'affirmer. Quand on regarde
le droit comme tel, il n'y a rien qui l'appuie. Alors, est-ce que l'article 23
aurait dû être adopté à l'origine? Je pense que c'est malheureux, ma réponse
est non, on aurait... en pratique, ça veut dire que la clause Québec serait
toujours en vigueur aujourd'hui et ça aurait été une bonne chose pour le
Québec. Et je suis convaincu, puis ça, c'est une opinion personnelle, même sans
système scolaire anglophone, aujourd'hui, si on avait adopté en 1977 un système
scolaire unique, je suis convaincu qu'aujourd'hui il y aurait autant d'anglophones
au Québec que maintenant et peut-être plus. Parce que les anglophones seraient
plus à l'aise en français et seraient plus motivés de rester au Québec. Alors,
à mon avis, le système actuel a un effet contraire aux intérêts même des
anglophones.
M. Jolin-Barrette : OK. Bien,
écoutez, je vais céder la parole à mes collègues. Merci beaucoup, M. Ryan, pour
votre présence en commission parlementaire. Puis je pense que, vous ne l'avez
pas souligné au début de la commission, là, mais vous avez une licence en droit
de l'Université de Montréal, une maîtrise en droit des affaires puis vous avez
travaillé à titre d'avocat et comme chef du service juridique pour les grandes
entreprises de télécommunications. Je vous remercie, M. Ryan.
M. Ryan (Marc J.) : Merci.
Le Président (M. Bachand) :Merci. M. le député de Chapleau, pour deux minutes, s'il
vous plaît.
M. Lévesque (Chapleau) : Donc,
rapidement, merci beaucoup, M. Ryan. Moi aussi, je suis un gars de l'Outaouais,
de Gatineau. On a étudié également à McGill tous les deux et on a travaillé en
valeurs mobilières. Donc, quand même... quand même un parcours assez
intéressant.
J'aimerais revenir sur l'affirmation que
vous avez dite : Au cégep, il est trop tard pour... pour apprendre le
français ou du moins bien le maîtriser. Puis également vous avez parlé du
système d'instruction et d'éducation double. Quel serait, en fait, le modèle à
privilégier en termes de système d'éducation pour justement favoriser l'apprentissage
du français?
M. Ryan (Marc J.) : Bien,
écoutez, il y a deux... il y a deux modèles, là. Si on retient le système... le
système scolaire double, on devrait... Et j'ai proposé dans ma soumission
écrite une clause qui oblige une réelle maîtrise du français dans le système
scolaire anglais. Une réelle maîtrise, pour moi, c'est... Regarder ce que la
Loi sur l'instruction publique exige au Québec. Ça exige jusqu'à 16 ans d'étudier
à l'école et de passer certaines matières obligatoires. Dans le système
anglophone, on devrait être obligé, pour un finissant, d'écrire exactement les
mêmes examens en français. Et si on exigeait ça, l'avantage d'aller dans le
système anglais s'effrite et, même si on choisit ce système-là, on sort du
système avec une réelle maîtrise du français.
Puis l'autre alternative, bien, c'est, écoutez...
c'est un système unique, mais l'article 23 l'empêche. J'ai, dans ma
soumission écrite... j'ai proposé une façon de procéder pour amender
indirectement l'article 23. Mais là on parle du long terme.
M. Lévesque (Chapleau) : ...la
Constitution actuelle peut aider à protéger le français?
M. Ryan (Marc J.) : La
Constitution...
M. Lévesque (Chapleau) : ...que
nous présenter...
M. Ryan (Marc J.) : Non parce
qu'il n'y a pas assez sur la langue. J'ai... Peut-être, je peux finir. C'est...
Vous m'avez donné un petit peu de temps.
Le Président (M.
Bachand) :Malheureusement... céder la
parole au député de l'Acadie pour cinq minutes quatre secondes, s'il vous
plaît. M. le député.
M. Morin : Merci, M. le
Président. Alors, bonjour, M. Ryan. Merci pour votre présence à la commission
et votre... votre mémoire. Oui, là, bien, vous savez, on est... on est pris
avec des règles de temps, donc vous n'avez pas eu le temps de terminer. Moi, je
vais vous permettre de terminer suite à la question que le collègue de Chapleau
a posée.
M. Ryan (Marc J.) : Bon.
Bien, merci beaucoup, M. Morin.
M. Morin : Parce que c'est
intéressant, là. Alors, allez-y.
M. Ryan (Marc J.) : Alors, le
deuxième changement à l'article neuf que je suggère, c'est que le droit de
vivre en français est théorique si on n'acquiert pas à l'école d'une compétence
réelle en français permettant d'exercer le droit de vivre en français. Alors,
reconnaissons à tous le droit d'être éduqués en français. Trois, reconnaissons
ce même droit à l'article 3.1 de la Charte, alors pas juste dans la
Constitution, mais dans la charte. Et quatre, le système public anglophone
continue en 2026 à produire des finissants sans maîtrise réelle du français. Il
est recommandé d'obliger ce système à faire le nécessaire pour permettre à tous
ses finissants d'acquérir une réelle maîtrise du français. Vous trouverez dans
ma soumission écrite un amendement à l'article le neuf à cet effet.
Le Président (M.
Bachand) :...député, s'il vous plaît...
M. Morin : ...merci. L'autre
élément que vous soulignez dans votre mémoire, et c'est ce qui est écrit dans
le projet de loi à l'article 9, le gouvernement indique que la nation a le
droit de vivre et de se développer en français. Juste avant, à 8, on dit :
La nation a le droit de protéger, de promouvoir son existence ainsi que sa
culture, sa langue et ses valeurs sociales. Donc, 9 semble être une redite ou
apporter un certain éclairage sur 8, mais on accorde ce droit-là à la nation,
pas aux personnes. Est-ce que, pour vous, ça représente un enjeu?
M. Ryan (Marc J.) : Bien,
comme juriste, ça m'inquiète toujours de voir le législateur dire ce qui
devrait être essentiellement la même chose deux fois à deux lois différentes,
mais de façon différente. Là, les tribunaux vont chercher : Pourquoi?
C'est quoi, le message? Comment est-ce qu'on doit interpréter ça? Alors, je
n'aime pas l'idée que, dans la charte, c'est la personne qui est le titulaire
du droit, puis, dans la Constitution, c'est la nation qui est titulaire. Pour
moi, c'est un... c'est deux concepts qui se contredisent. Je recommande de les
uniformiser. Et humblement, moi, je suggère que ce soit la personne qui ait le
droit de vivre en français plutôt que la nation. Et j'aime aussi l'idée que
ça.... j'aime que ça donne un droit à l'individu, qu'il peut aller devant les
tribunaux et demander que son droit soit respecté. Alors, c'est plus facile si
l'individu est nommé lui-même comme titulaire du droit.
• (12 h 40) •
M. Morin : Et évidemment,
quand vous parlez de la charte, on parle ici de la Charte québécoise des droits
et libertés de la personne. Puis là, le ministre nous disait, dans son projet
de constitution, qu'au fond il voulait inclure certains documents législatifs
existants, dont la charte. Donc, si on inclut la charte québécoise, on aurait
un droit qui est garanti à une personne, mais, dans le même document, on aurait
un droit garanti à une nation. Et là je comprends que, pour vous, ça pourrait
poser un problème d'interprétation, et donc éventuellement, ça pourrait
multiplier des recours plutôt que d'aider les gens. Est-ce que je vous comprends
mal?
M. Ryan (Marc J.) : Bien, c'est-à-dire,
ça va... en premier lieu, ça va causer un problème pour les tribunaux, qui vont
avoir de la misère à comprendre qu'est-ce que c'est, le message qu'on envoie.
Alors... et puis c'est... bien là, il y a des gens qui vont essayer de profiter
de ça, qui vont s'adresser aux tribunaux pour essayer de solutionner le
problème, la différence de rédaction.
M. Morin : Et évidemment, si
on accorde des droits à une personne puis que ce droit-là n'est pas respecté, bien,
évidemment, la personne peut invoquer devant le tribunal que son droit n'a pas
été respecté, et donc présenter des demandes en ce sens-là pour qu'il y ait une
correction. Si c'est la nation, comment on procéderait?
M. Ryan (Marc J.) : Je ne sais
pas. Je vais laisser le gouvernement... et je suis sûr qu'ils ont réfléchi à ça
quand ils ont rédigé la Constitution. Ils ont sans doute une réponse. Moi, je
pars plutôt du point de vue que j'aime que ce soit l'individu qui soit
titulaire. Dans mon... dans ma tête, c'est plus clair, c'est plus exécutoire.
M. Morin : Très bien. Merci
beaucoup, M. Ryan. Merci, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) :M. le député d'Acadie, merci. M.
le député de Maurice-Richard, pour 1 min 41 s, s'il vous plaît.
M. Bouazzi : Merci beaucoup. Peut-être
avant de poser la première question, vous avez dit, dans votre plaidoyer au
début, qu'il y avait des associations qui étaient venues et qui avaient dit
qu'elles parlaient au nom de toutes les communautés anglophones.
M. Ryan (Marc J.) : Oui,
plusieurs.
M. Bouazzi : Est-ce que vous
pouvez en nommer?
M. Ryan (Marc J.) : Non. Non,
je ne peux pas, là, mais j'en ai... j'ai lu... Je pense qu'il y a eu sept ou
huit mémoires, et, de ces sept ou huit mémoires là, j'ai fait un petit
condensé.
M. Bouazzi : J'ai très peu de
temps. J'ai très peu de temps, je m'excuse. Donc, je comprends que vous ne
pouvez pas en nommer, même si vous avez dit qu'ils parlent. Parce que moi,
honnêtement, j'ai vu plein de groupes anglophones. Je n'ai pas vu quelqu'un qui
disait qu'il parlait au nom de tous les anglophones, mais je me trompe
peut-être. Peut-être d'abord, est-ce qu'il existe une minorité anglophone en
tant que telle au Québec?
M. Ryan (Marc J.) : La
meilleure question, c'est... Premièrement, il n'y a pas une minorité nationale.
Au sens de l'ONU, les anglophones au Québec ne sont pas une minorité. Et, au
sens constitutionnel, moi, je suis de descendance irlandaise, pour moi, c'est
un scandale d'entendre des gens dire que les Irlandais étaient... qu'on
cherchait à protéger les Irlandais en 1867 avec la clause à l'article 93.
C'est absolument faux. On cherchait à protéger les protestants blancs de
l'Angleterre et on ne cherchait pas à protéger les Irlandais. Et alors...
M. Ryan (Marc J.) : ...voilà.
M. Bouazzi : Est-ce que,
concernant les... les premières, les premiers peuples par exemple, vous avez
des idées? Est-ce qu'on devrait protéger leurs droits à l'éducation, par
exemple, s'ils ont été colonisés en anglais, à avoir un droit d'études en
anglais?
M. Ryan (Marc J.) : Ça, c'est
au-delà de mes compétences, vraiment. Je pense qu'il n'y a rien que je pourrais
vous éclairer là-dessus. J'ai...
M. Bouazzi : Et sur la
protection de leur langue, vous avez une idée?
M. Ryan (Marc J.) : Écoutez,
tout ce que je sais, en faisant des recherches pour mon site Internet, c'est
que les langues autochtones au Québec... la proportion d'autochtones au Québec
qui ont conservé leur langue est le plus élevée au Canada de toutes les
provinces.
M. Bouazzi : Et est-ce que
les langues sont en déclin?
M. Ryan (Marc J.) : Je ne
sais pas. C'est au-delà de mes compétences.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. M. Ryan, merci
beaucoup d'avoir été avec nous. C'était un grand privilège.
Sur ci... sur ce, la commission suspend
ses travaux jusqu'à 14 heures. Merci.
(Suspension de la séance à 12 h 45)
13 h 30 (version non révisée)
(Reprise à 13 h 59)
Le Président (M.
Bachand) :À l'ordre, s'il vous plaît!
Bonjour, tout le monde. La commission reprend ses travaux. Il me fait grand
plaisir d'accueillir notre premier groupe aujourd'hui, les représentantes et
représentants du Grand Conseil des Cris le gouvernement de la nation crie, avec,
entre autres, son grand chef, M. Murdoch. Merci beaucoup d'être avec nous. C'est
un grand privilège. Vous connaissez les règles... présentation, après ça, on
aura une période d'échange avec les membres de la commission. Donc, la parole
est à vous. Merci.
M. Murdoch (Paul John) :
Merci... (S'exprime dans une langue autochtone)
Je vais vous demander un peu de patience,
aujourd'hui, comme le français, c'est ma troisième langue. L'autre chose, peut-être,
qui va être nécessaire, c'est que je m'excuse d'avance parce que,
professionnellement et personnellement, aujourd'hui, cet événement, cet
édifice, c'est particulièrement lourd et personnel pour moi. C'est personnel
parce qu'il y a 55 ans, mon grand-père, avec mon oncle, Lee Diamon, ils ont
venus ici, dans cet édifice, pour rencontrer Robert Bourassa, suite de l'annonce
du projet du siècle... je dis «mon grand-père», mais c'est notre grand-père... j'ai
la cheffe... qui est ma cousine, alors c'est notre grand-père, et je pense que
l'histoire est aussi connue que cette réunion n'a pas bien été. Mon grand-père
était un chef respecté par les autres chefs de la nation crie, et comme il a
été insulté par le premier ministre, mon grand-père a tourné à mon oncle et a
dit : Bien, le gouvernement, ils ne vont pas nous écouter alors... C'est
pour ça que vous étiez à l'école, pour apprendre leurs lois, leurs règles, pour
les utiliser contre eux, parce qu'on n'a plus d'options. Et ça, ça a déclenché
un genre de guerre de 1961 jusqu'à 1975.
• (14 heures) •
Comme avocat, aujourd'hui, en 2026, comme
grand chef, comme petit-enfant de Malcom Diamond, je ne blâme pas
personnellement Robert Bourassa pour son réaction à cette époque-là. Il y avait
des raisons. Il y avait des choses, il y avait une réalité, une réalité qui
expliquait pourquoi il était brusque, ou il ne faisait pas attention à ses
propres paroles, ou il n'était pas conscient des personnes qui étaient devant
lui. Québec n'avait aucune expérience avec les autochtones dans le Nord à cette
époque-là. Québec n'avait aucune présence dans le nord de Québec à cette
époque-là.
C'est pour ça que, quand on regarde le
document aujourd'hui, et il y a des choses écrits là-dedans, comme «le Québec
en entier», le «foyer historique de la nation québécois, bien, ce n'est pas la
réalité pour ceux qui vivaient et qui vivent dans le nord de Québec. Mais c'est
pour ça qu'on trouve aujourd'hui particulièrement difficile, parce qu'il y
avait tellement de chemin de fait, il y avait tellement de relations bâties, il
y avait tellement de batailles difficiles, des solutions difficiles à trouver,
et...
14 h (version non révisée)
M. Murdoch (Paul John) : ...c'est
difficile de ne pas voir la loi 1 comme un recul et un recul grave et
important de tout ce qu'on a bâti dans les dernières 55 ans. Robert
Bourassa avait le manque d'expérience comme... comme raison. J'ai... Je ne vois
pas qu'est-ce qui pourrait être notre raison pour les choses qu'on voit dans...
dans la loi 1 aujourd'hui.
Moi, j'ai grandi en... en écoutant mon
grand-père, mon oncle Billy Diamond, puis il y avait des histoires que j'étais...
qui m'ont touché surtout comme... comme avocat aujourd'hui, qui font partie de
ma formation. Moi, je me souviens de l'histoire qu'il nous a contée de la
Constitution canadienne en 1982, la bataille des autochtones au travers le pays
pour avoir les droits des autochtones reconnus dans la Constitution de 82. Il y
a un monsieur, que si ce n'était pas pour ce monsieur-là, section 35 ne
serait pas dans la Constitution canadienne, et ça, c'était premier ministre
René Lévesque. Parce qu'à cette époque-là tous les chefs au travers Canada
avaient de la misère à trouver une place aux tables des ministres, où on
discutait de la Constitution. Il y avait une amitié, un respect, une fraternité
qui existait entre Billy Diamond et René Lévesque. Et Billy Diamond a demandé à
René Lévesque : Même si... si toi tu le sens que les peuples québécois ne sont
pas traités d'une... d'une manière juste, est-ce que vous pouvez utiliser votre
influence pour assurer que les autochtones ont une place à cette table-là? Même
s'il vous ne voulait pas y aller, il y a été pour être capable d'inviter les
autochtones à cette table-là. Ça, c'est un gros départ, d'où est-ce qu'on est
aujourd'hui. Mais ça, c'est grâce à... à René Lévesque. Tout de suite, en 83, il
adopte des... des principes, des résolutions pour reconnaître l'importance de
travailler ensemble, l'importance de reconnaître les droits, le... le droit à langue,
le droit à la culture des communautés autochtones, le droit à leur territoire.
C'est sûr qu'on a eu une longue histoire difficile quand même après ça. La
prochaine fois qu'il y a une relation importante la nation crie et le
gouvernement de Québec, c'est en 2002, avec la paix des braves, premier
ministre Bernard Landry. À cette époque-là, moi, j'étais... j'avais commencé
comme stagiaire et j'ai devenu avocat dans le... dans le processus de l'adoption
de... de cette entente-là.
Il y a des choses extrêmement importantes
qu'il faut que le peuple québécois et le gouvernement québécois et tous les
partis comprennent de qu'est-ce qui s'est passé dans le territoire crie à cette
époque-là. Moi, comme jeune avocat, moi, je n'étais pas très sûr dans quoi on
embarquait. Sacrifier une autre rivière, la rivière devant ma communauté, c'était
un choix extrêmement difficile, déchirant. Est-ce que c'était sage? Est-ce que
c'est une bonne chose à faire? Moi, j'étais jeune, je manquais de la confiance.
Moi, je n'étais pas très sûr. Et la première communauté auquel on a fait une
consultation, c'était Eastmain, et, à ce moment-là, il y avait un vieux monsieur
qui s'appelait Abraham Weapenicappo, et le vieux monsieur il s'est levé après
que j'ai fait la présentation qu'on proposait la dérivation de la rivière
Rupert en échange pour renforcer les provisions du convention de la Baie-James,
et le vieux monsieur m'avait dit devant tout le monde, il a dit : Je
n'aime pas qu'est-ce que j'entends. Qu'est-ce que j'entends, ça fait mal à
mes... à mes oreilles. Je n'aime pas du tout tes mots et qu'est-ce que tu viens
proposer ici. Il a dit : Tu me demandes de déchirer mon cœur. Il a
dit : Les enfants qui vont être nés aujourd'hui, ils vont reconnaître le
territoire dans sa nouvelle forme. Alors, qu'est-ce que tu demandes, c'est de
blesser nous autres, pas la nouvelle génération. Mais tu me demandes de
déchirer mon corps... cœur sur la promesse pour un avenir avec des options :
éducation, santé, eau potable, des rues, des maisons. Il a dit : Pour ça,
je suis prêt à déchirer mon cœur. Ça, c'était Abraham Weapenicappo en 2002...
Le Président (M.
Bachand) :grand chef, je m'excuse de
vous...
Une voix : ...
Le Président (M.
Bachand) :Mais c'est ça que j'allais
demander, voir si...
M. Jolin-Barrette : ...vous
pouvez continuer, M. le Grand Chef, pour terminer votre... votre intervention
sur mon temps.
Le Président (M.
Bachand) :Parfait.C'est ça. Allez-y,
grand chef.
M. Murdoch
(Paul John) :
OK.
Deux ans plus tard, avec chefShanoush, son petit... son
petit-fils, Brian Weapenicappo, il se lève...
M. Murdoch (Paul John) : ...pour
dire à la communauté d'Eastmain qu'il est prêt à défendre tous les promesses de
la convention de Baie James, qu'on va protéger l'environnement, on va protéger
la faune et que c'est correct d'appuyer une mine, une mine qui va faire un grosse
trou dans le territoire de son grand-père. Il y a... Ça, c'est le prix que la
nation crie paie quotidiennement. Ça, c'est le prix que la cheffe de Chisasibi
paie régulièrement pour avoir embarqué dans le partenariat avec le gouvernement
de Québec. Et on regarde cette loi maintenant, aujourd'hui, nos droits sont
dans le préambule. Moi, j'ai rédigé des ententes, des traités, des lois, mettre
quelque chose dans le préambule, ça... bon, ça ne veut presque rien dire. Même
les mots qu'on a ajoutés à qu'est-ce qui est dans le préambule, c'est un recul
de qu'est-ce qu'on a vu dans les lois du passé.
Le gouvernement de Québec présume de
prendre un pouvoir de précédence sur toutes les lois, quand c'est contraire à
qu'est-ce qui est dit dans la Convention de Baie-James. Si une communauté crie
passe un loi pour permettre les prières dans les espaces publics, le gouverneur
de Québec n'a pas le pouvoir de déplacer ça, contraire à qu'est-ce que la
Constitution présume.
• (14 h 10) •
Moi, je vais même... même pas aborder la
question du modèle d'intégration. En étant la fils d'une mère qui avait des
cicatrices à l'intérieur, à l'extérieur, qu'est-ce que je lis, c'est... ça
ressemble beaucoup trop à qu'est-ce qui a endommagé mon peuple dans le passé.
Interférence. On a signé un entente qui
nous oblige, gouvernement de Québec, gouvernement de Canada et les Cris, de
travailler ensemble. Et là, de prétendre, dans cette loi-là, que le Québec
unilatéralement va causer de l'interférence avec le gouvernement fédéral, je ne
comprends pas. La nation crie provoque l'investissement des ressources
fédérales dans notre territoire.
Et l'autre chose, c'est comme avocat, si
on essaie d'expliquer pourquoi la différence entre les communautés autochtones
puis le reste du Canada aujourd'hui, pourquoi les communautés autochtones sont
tellement en arrière au niveau de développement social et économique, bien,
c'est parce que depuis 1763 jusqu'à 1951, ce n'était pas légal pour un
autochtone d'engager un avocat. Puis là, avec cette loi, on va enlever accès au
judiciaire, pas juste pour les autochtones, mais pour toute la... toute la
nation de Québec.
Aujourd'hui, on a un loi qui cause la
division, polarisation, angoisse. Est-ce que c'est vraiment ça qu'on a besoin
d'aujourd'hui? On vit dans un monde tellement instable, dans un monde où nos
jeunes, vos jeunes ont de la misère à acheter une maison. Et ça, c'est quelque
chose qu'on aurait pu travailler ensemble. Normalement, moi, j'ai appris par le
grand chef Ted Moses, Abel Bosum, Matthew Coon Come, quand on vient à Québec,
on a toujours, toujours tenté d'arriver avec une option, une solution. On n'en
a pas pour cette loi. La seule chose qu'on peut dire, c'est que la journée que
vous voulez recommencer, la journée que vous êtes prêts à recevoir nos
commentaires au début pour que la fondation du document rassemble le monde à la
place de causer division, on va être là.
La nation crie, même si c'est un coût
extrêmement élevé, tous les chefs avec moi aujourd'hui paient cette coût à
chaque jour quand il vend la valeur du partenariat avec Québec à leur
population face à Foresterie, Mines, Énergie. On fait ça tous les jours dans
nos assemblées générales. On respecte notre parole. On demande le gouvernement
de faire la même chose.
Le Président (M.
Bachand) :...pour six minutes 30 s, s'il
vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Oui. M.
Murdoch, grand chef, grands chefs qui accompagnent également, vous m'excuserez
de ne pas tous vous nommer, les membres des communautés également qui vous
accompagnent avec nous dans la salle, merci de venir en commission
parlementaire pour discuter du projet de loi n° 1. J'apprécie le fait que
vous ayez déposé un mémoire, et qu'on puisse échanger à ce niveau-là.
Et je tiens à vous... à vous rassurer sur
les différents éléments qu'il y a dans le projet de loi, notamment sur la
relation de nation à nation et sur le fait aussi... Parce que vous dites :
Ça remet en péril les traités, ça remet en péril ce sur quoi on a bâti de
nation à nation et les ententes qu'on a. Dans le projet de loi n° 1, il
n'y a rien qui met en péril. Ça, on ne remet pas en cause l'État du droit et
les traités qui ont été signés, les droits existants et les revendications non
plus, qui sont faits. Essentiellement, c'est une codification de l'État du
droit. Et les termes employés, ce sont les termes également qui sont prévus
dans la législation québécoise actuellement. Donc, ça provient...
M. Jolin-Barrette : ...des
lois qui sont actuellement en vigueur pour, pratiquement, l'essentiel du
contenu de la partie I du projet de loi. Alors, je souhaite être clair
là-dessus et je suis ouvert à entendre vos commentaires à l'effet... Puis j'ai
cru percevoir que vous souhaiteriez que ça ne se retrouve pas dans le
préambule, et plutôt dans le corps du texte, entre autres.
M. Murdoch (Paul John) : Il y
a un... il y a un... quand... quand on lit une constitution, on anticipe de
trouver deux choses. Un, les choses qui vont réunir tout le monde, les valeurs
communes de tout le monde, comment créer la solidarité sur les territoires, qui
est extrêmement difficile, à cause de l'histoire entre nos peuples. Mais mes
chefs, moi inclus, sont engagés. Ça, c'est un. Deux, normalement, une
constitution contient des éléments pour rassurer la population du protection
qu'ils vont avoir du gouvernement. On ne trouve pas ça... ce n'est pas dans
l'esprit de ce... de ce document. L'autre chose, c'est, à chaque fois que je le
lis, je trouve quelque chose d'encore plus inquiétant que la dernière fois que
je l'ai lu. Et la clause que vous vous référez dans le préambule, oui, pour
moi, préambule, ça... on met quelque chose dans le préambule parce qu'on n'a
pas la conviction de le mettre dans... dans le corps du texte. C'est ça qu'on
fait la plupart du temps.
Mais même ce que j'ai lu dans le
préambule, ça... on reconnaît que les autochtones ont droit à la culture et
leur langue, mais on ajoute le mot «d'origine». Si on regarde les textes du
gouvernement de... premier ministre Landry, on parle d'évolution, on parle de
développement, on ne dit pas «origine». Et si on met «origine» et, en plus, on
enlève le pouvoir du judiciaire d'interpréter, alors c'est le gouvernement tout
seul qui va interpréter ça. Alors, est-ce que ça veut dire que c'est vous qui
vont décider c'est quoi, «origine», pour une culture crie? Là, on va me
dire : Mais les bananes ne poussent pas à la Baie James, si tu manges des
bananes, tu n'es plus Cri, exactement comme ils ont essayé de faire en 1973.
Les Cris mangent du poulet puis du pizza, alors ce n'est pas nécessaire de
reconnaître leurs droits.
M. Jolin-Barrette : Non.
M. Murdoch (Paul John) : On
restreint dans le préambule et on réserve le droit que personne d'autre que
vous autres ne vont avoir le droit de l'interpréter.
M. Jolin-Barrette : Respectueusement,
ce n'est pas ça que le texte qui est devant nous dit. Je comprends qu'on est en
désaccord sur ce que le texte dit. Je prends avec ouverture vos commentaires,
vos suggestions puis je vais être intéressé aussi, tout au long de l'étude
détaillée, à recevoir et à échanger avec vous sur comment est-ce que le texte
pourra être bonifié à votre satisfaction, notamment. Mais les termes utilisés
actuellement dans le préambule, ce sont des textes qui sont déjà dans les lois
de l'Assemblée nationale, qui ont été adoptés, notamment, par le gouvernement
péquiste auquel M. Landry a appartenu. Mais je saisis bien, à ce moment-ci, que
vous me dites que les termes qui sont employés ne sont pas à votre
satisfaction, et vous souhaiteriez qu'on les change, et ça, j'accueille ça
avec... avec une grande ouverture également.
Sur la question de l'interprétation, les
tribunaux vont toujours avoir leur rôle dans la Constitution. En fait, dans la
loi constitutionnelle, on prévoit, justement, les instances judiciaires, on
prévoit leur rôle aussi. Si vous faites référence à l'article 5, relativement à
la Loi sur l'autonomie constitutionnelle, c'est une disposition qui dit que,
pour des organismes publics, les fonds publics ne pourront pas servir à
contester quatre lois. Alors, je ne sais pas si c'est à ça que vous faites
référence, mais les tribunaux ont leurs entiers pouvoirs. On reconnaît
l'indépendance judiciaire, on reconnaît la séparation des pouvoirs, on
reconnaît la primauté du droit, ce sont des principes qui sont inscrits, et qui
me paraissent importants dans une démocratie aussi. Alors, je voulais vous
signifier ça relativement au texte qui... qui est indiqué. Mais je retiens
votre... votre suggestion, également, d'inscrire ça dans le corps du texte.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup, M. le député d'Acadie, pour
6 min 37 s, s'il vous plaît.
M. Morin : Merci, M. le
Président. Grand Chef Murdoch et toutes les personnes, les autres chefs qui
vous accompagnent, merci, merci d'être là. Moi, je vais commencer par la
conclusion de... du mémoire que vous avez déposé à la commission, et je vous en
remercie. Et vous dites : Tant le...
M. Morin : ...que le contenu
de la Constitution présente de graves lacunes. Il faudrait le retirer et
reconsidérer l'ensemble de cette initiative. Admettons que le ministre se range
à votre demande et qu'on mette ça sur pause. D'ailleurs, il y a très... très
grand nombre d'organismes qui nous ont dit de mettre ça sur pause. Quelles
seraient les voies que l'on pourrait explorer avec vous pour repartir, mais
d'une façon constructive, pour éventuellement avoir un texte qui serait
inclusif et où l'ensemble des personnes qui sont sur le territoire du Québec
puissent se reconnaître?
M. Murdoch (Paul John) : Pour
que... pour que ça marche, pour que les communautés autochtones se sentent à
l'aise à participer, il... Parce que, quand moi, je le lis, la loi, ce n'est
pas écrit par un peuple fier et confiant. C'est écrit par un peuple inquiet,
insécure, isolé, complètement l'inverse. Et c'est impossible de demander à
quelqu'un d'être imaginatif, créatif dans ce contexte-là. Alors il faudrait que
tout le monde soit invité et qu'ils savent que ce n'est... que c'est un
exercice qui n'est pas là pour descendre l'autre. C'est ça qu'on ne comprend
pas.
• (14 h 20) •
On regarde, prenez Lévesque, Bernard
Landry, Lucien Bouchard, j'ai... on a eu l'opportunité de travailler avec, et
ça n'a jamais été dans leur tête nécessaire de baisser un peu pour monter
l'autre. Le moment qu'on aide notre voisin, on aide nous-mêmes. Et, si le
processus ne démarre pas dans cet esprit-là, bien, ça... ça marche... ça ne
marcherait pas. C'est... c'est... le ton de l'invitation, c'est extrêmement
important, surtout pour les communautés autochtones, la nation crie, peut-être
un peu moins, on se sent... On se sentait, avant qu'on a vu loi 1, un peu
plus confiant dans la... l'inviabilité, le... l'importance de nos droits. On
serait prêts, on serait prêts à l'appel. Aujourd'hui, il y a tellement autres
choses sur lesquelles on peut travailler, l'économie... Même quand j'ai eu la
réunion avec la ministre concernant la loi... la loi, j'ai... j'ai soulevé d'autres
questions qu'on pourrait aborder, comme l'efficacité du système judiciaire.
Mais... mais, si Québec nous demande d'être prêts pour embarquer dans ce genre
de discussion, on serait prêts.
M. Morin : Je vous... je vous
remercie. Vous l'avez souligné, au départ, les références aux Premières
Nations, on les trouve dans... dans le préambule, dans le considérant. Ça fait
partie de la loi, ça l'interprète, mais ce n'est pas un article de la loi comme
tel. On s'entend, on s'entend très bien là-dessus. Quand le gouvernement de la
CAQ dit de la nation québécoise, article trois : «Le peuple du Québec est
composé de toutes les Québécoises et de tous les Québécois. Le peuple québécois
forme une nation.» Est-ce que vous vous reconnaissez là-dedans?
M. Murdoch (Paul John) : Il y
a tellement de confusion dans le texte. Comme avocat, je suis extrêmement fier
d'être membre du Barreau du Québec. Puis, quand j'ai vu leur mémoire, je suis
entièrement d'accord avec eux. Il y a tellement de confusion au niveau de ces
termes-là, puis comment on les utilise, interchangeablement, que ça provoque
des contradictions. Ça... ça ne marche pas. Je... c'est... oui.
M. Morin : Et je comprends
aussi que vous avez des inquiétudes. J'ai écouté M. le ministre, là, mais, à
l'article 1 ça dit : «La Constitution du Québec est la loi des lois.»
Alors, quand on essaie d'interpréter ça à la lumière de la convention de la
Baie James, ça crée plus d'inquiétudes ou moins, ou ça va créer plus de
litiges, ou est-ce que ce texte-là va prévaloir sur tout?
M. Murdoch (Paul John) :
Quand... quand le ministre dit qu'on respecte les divisions des pouvoirs, il
parle des divisions des pouvoirs entre la province et le Canada, mais Québec et
Canada, ils ont fait un traité avec les Cris, et il y a une nuance des
divisions de pouvoirs entre Québec, les Cris et Canada. Et les Cris ont des
pouvoirs de passer des lois dans leurs communautés à l'intérieur de Québec. Et
c'est garanti que ces lois-là ont préséance au-dessus de les lois de le Québec.
Alors, ça contredit exactement qu'est-ce qui est écrit là, dans cette... dans
cette phrase-là.
M. Morin : Donc, je
comprends, de ce que vous nous dites, c'est au départ, il y a un enjeu, dès
l'article 1, finalement, et donc ça va créer des conflits de lois bien
plus que d'autre chose.
M. Murdoch (Paul John) : Il y
a des moments dans ma vie où j'étais extrêmement fier quand on a réussi à
travailler ensemble et bâtir quelque chose ensemble...
M. Murdoch (Paul John) :
...Cris et Québécois. Je lis ça, mes chefs ont lu ça, on a passé plusieurs
jours ensemble. Il n'y a rien là-dedans qui nous permet de se voir là-dedans.
M. Morin : Très bien. Merci
beaucoup, grand chef. Merci, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) : Merci, M. le député d'Acadie. M. le député de
Maurice-Richard pour 2 min 12 s, s'il vous plaît.
M. Bouazzi : Merci beaucoup.
Merci beaucoup pour votre... Merci beaucoup pour votre présence. Merci aussi
pour l'introduction dans votre langue. Sachant que les langues autochtones sont
des langues à risque, hein, on n'en parle pas assez. Et puis un jour, j'espère
pouvoir avoir des traductions simultanées dans cette noble institution, dans un
esprit de réconciliation et puis aussi simplement pour comprendre. Ça nous
aiderait à mieux faire notre travail.
Est-ce que vous avez été consultés avant
l'écriture de ce mémoire, de ce projet de loi?
M. Murdoch (Paul John) : Oui,
j'ai eu une réunion avec le ministre, que j'ai aimée, j'ai aimé notre première
réunion ensemble. J'ai apprécié. J'aurais aimé avoir d'autres, si c'était...
juste pour parler avec quelqu'un qui était évidemment intelligent.
M. Bouazzi : Est-ce que
vous... Excusez-moi, j'ai très peu de temps, mais est-ce que vous considérez
que le résultat de cette conversation... je sais que vous n'avez pas appelé ça
consultation, mais conversation se retrouve... l'esprit de cette conversation
se retrouve dans ce projet de loi?
M. Murdoch (Paul John) : Bien,
comme j'avais dit à cette réunion-là, je ne peux pas donner des commentaires
sur un texte que je n'ai pas vu encore. Le seul engagement que je peux faire,
c'est que la nation crie va toujours être fidèle à ses obligations, à la
relation qu'on a créée. Puis j'ai juste demandé... même chose que j'ai demandé
le ministre Girard, de ne rien mettre dans la loi qui met mon travail plus
difficile. J'étais très content que le ministre Girard, dans la loi... dans la
loi Q5... Oui, j'ai apprécié les efforts là.
M. Bouazzi : Dans notre
histoire, il y a des moments coloniaux difficiles et des moments de
réconciliation importants. Vous avez parlé de la paix des... Quand il y a une
paix, c'est qu'avant ce n'était pas vraiment la paix. Vous avez parlé du rôle
de René Lévesque pour avoir l'article 35 dans la Constitution. Est-ce que
vous considérez que l'esprit de l'article 35 est respecté dans cette
Constitution?
M. Murdoch (Paul John) :Non,
non. Mais dès le départ, on a signé des ententes. Vous avez des lois, vous avez
des obligations. Moi, j'ai des obligations à travailler ensemble. Et, dès le
départ, on n'a pas travaillé ensemble. Alors, c'est pour ça que, même le
départ, c'est mal parti.
M. Bouazzi : C'est triste.
Moi, je pense qu'il y a des moments où on peut s'unir. Vous, en tant que peuple
autochtone, je remarque d'ailleurs qu'on utilise le mot nation et pas peuple,
alors que les droits des peuples autochtones sont rattachés au mot «peuple» et
je... malheureusement, on ne pense pas que c'est par hasard, et on a une
occasion vraiment importante, à travers un texte fondateur pour le Québec, pour
notre fonctionnement, d'en faire un moment décolonial, un moment de
réconciliation plutôt que, malheureusement, un alignement sur des moments plus
durs de notre histoire au Québec, dans nos relations avec vous. Merci encore
une fois d'avoir été parmi nous, et puis merci pour votre sagesse. J'espère
qu'on va tous et toutes écouter ici, autour de cette table. Merci beaucoup.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup, M. le député. M.
le député de Jean-Talon, pour 1 min 45 s, s'il vous plaît.
M. Paradis : Donc, pour être
très clair, sur le texte du projet de loi n° 1 que
nous avons devant nous, est-ce que vous avez été consulté? Est-ce qu'on vous a
dit : Voici la proposition, qu'est-ce que vous en pensez, avant de venir
ici en consultation générale?
M. Murdoch (Paul John) : Non.
M. Paradis : Très bien. Je
vous remercie pour votre mémoire très intéressant et votre témoignage très
touchant. Je vous remercie de nous rappeler quelles sont les racines de cette
plante qu'on essaie de faire pousser ensemble, du rôle des aînés de la nation
crie, mais aussi celui de René Lévesque, de Bernard Landry et de Lucien
Bouchard que vous avez mentionné. Est-ce que vous trouvez, quand vous regardez
le projet de loi n° 1 qu'on a
devant nous, qu'on a tiré des leçons de cette histoire commune, notamment des
dernières décennies?
M. Murdoch (Paul John) : On
vit dans un monde tellement précaire, on n'a pas le temps de répéter les
erreurs du passé. Et j'ai peur que c'est exactement sur ce chemin-là que cette
loi nous amène.
M. Paradis : Et donc, si je
vous comprends bien, si on avait tiré des leçons de l'histoire, on aurait
procédé autrement pour coconstruire cette aventure qu'on veut continuer
ensemble, avec une constitution qui inclurait votre point de vue sur notre
contrat fondamental.
M. Murdoch (Paul John) : Oui,
coconstruite avec les autres nations, les femmes, les immigrants, d'autres
minorités. Une constitution est supposée de servir à protéger la population...
M. Paradis : ...En l'absence
de cette coconstruction, pensez-vous qu'on peut faire quelque chose avec le
projet de loi qu'on a devant nous?
M. Murdoch (Paul John) : Malheureusement,
non. C'est... Parce que c'est un principe fondateur du document. Si une voix
manque, bien, ça... ça manque en permanence.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. Grand chef,
merci beaucoup d'avoir été ici, ici, de même que tous les chefs et grands chefs
adjoints qui se sont joints à nous.
Sur ce, je suspendre les travaux quelques
instants pour accueillir le prochain groupe. Merci beaucoup encore. Merci.
(Suspension de la séance à 14 h 30)
(Reprise à 14 h 33)
Le Président (M.
Bachand) :...les travaux. Alors, il nous
fait faire plaisir d'accueillir la représentante d'Amnistie Internationale
Canada francophone. Merci beaucoup d'être avec nous cet après-midi. C'est un
grand privilège. Alors, vous connaissez les règles, présentation, là, après ça,
on a une période d'échange avec les membres de la commission. La parole est à
vous. Merci beaucoup.
Mme Langlois (France-Isabelle) : Bonjour.
M. le Président, M. le ministre, messieurs les membres de la commission, c'est
à regret que je comparais devant vous aujourd'hui. Ce projet de loi n'aurait
jamais dû voir le jour. Amnistie Internationale considère que les constitutions
nationales sont des piliers de l'État de droit afin de garantir les droits
humains. Or, ce projet de loi attente aux droits humains. Il constitue un
projet régressif que nous déplorons. Les constitutions nationales doivent se
conformer aux normes internationales. Leurs textes doivent protéger tous les
droits, limiter les pouvoirs exécutifs...
14 h 30 (version non révisée)
Mme Langlois (France-Isabelle) : ...et
ne pas affaiblir la justice ou la participation citoyenne. Le degré de
tolérance d'un gouvernement à l'égard des opinions défavorables et des
critiques est souvent un bon indicateur du traitement qu'il réserve aux droits
humains de façon générale. Le projet de loi contrevient aux normes minimales du
droit international. Rien n'empêche une nation de s'élever au-delà de celles-ci.
Selon le droit international, les Constitutions
doivent : assurer la supériorité des droits humains. Les Constitutions
doivent intégrer et garantir tous les droits humains équitablement, sans
hiérarchisation, qu'ils soient individuels ou collectifs. Aucune législation
nationale ne doit restreindre ces droits. Cela inclut la liberté de pensée, de
conscience et de religion. La liberté de religion peut se manifester
individuellement ou collectivement, en privé ou en public; assurer l'indépendance
de la justice. Les Constitutions ne doivent en aucun cas compromettre l'indépendance
et les prérogatives de la justice, ou permettre à l'exécutif de l'affaiblir, ou
empêcher qu'elle joue son rôle; assurer les libertés fondamentales. Les Constitutions
doivent protéger la liberté d'expression et d'association, y compris
syndicales, y compris le droit d'ester en justice afin de contester toute loi; assurer
un processus démocratique. Les Constitutions ne peuvent ni être rédigées ni
être modifiées sans faire l'objet de consultations publiques préalables et
transparentes pour garantir leur légitimité. Amnistie s'oppose fermement aux Constitutions
dites à la carte, qui risquent d'aggraver les crises de droits humains en
concentrant les pouvoirs dans les mains de l'exécutif.
Vous avez lu le mémoire présenté par Amnistie
internationale. Vous avez sans doute pris connaissance de la lettre que j'ai
publiée dans Le Devoir l'automne dernier. Peut-être avez-vous pris connaissance
également du communiqué de presse que nous avons publié cette semaine, plus tôt
cette semaine, où la secrétaire générale du mouvement international d'Amnistie internationale,
Mme Agnès Callamard, s'alarme et déclare : «Avec ce projet de loi, le
gouvernement du Québec manque à sa responsabilité fondamentale de garantir à
toute personne sur son territoire l'ensemble des droits de la personne et met
ainsi en péril l'État de droit au Québec. Tous les Québécois et toutes les
Québécoises devraient s'en inquiéter. Le projet de loi n° 1 est en
contradiction avec la Déclaration universelle des droits de l'homme. Le Québec
a des engagements internationaux en matière de droits humains dont il ne peut
se délier comme bon lui semble. Il s'agit d'un contrat moral tant envers la
communauté internationale qu'envers ses propres citoyens.»
Aujourd'hui, je souhaite m'adresser aux
Québécois et aux Québécoises, seuls souverains de la nation québécoise, alors
que je suis ici entre les murs du Parlement, qui est sa maison. Aujourd'hui, j'exhorte
les Québécois et les Québécoises, quelle que soit leurs allégeances, à demander
la révocation du projet de loi n° 1 au nom des valeurs de droits humains,
en vertu du droit international auquel a souscrit le Québec.
L'adoption de la Charte québécoise des
droits et libertés de la personne en 1975, s'est inscrite dans un mouvement
progressiste porté par la société civile à l'époque des grandes libérations
nationales et des mouvements de décolonisation. Elle a représenté une avancée
incroyable dont on peut tous et toutes encore être fiers. Elle allait bien
au-delà de toutes les autres lois constitutionnelles, provinciales ou fédérales,
qui existaient alors au pays, qui se limitaient à reconnaître des libertés.
Elle a devancé l'adoption de la Charte canadienne de 1982. Elle a parlé de
droits de la personne plutôt que de droits de l'homme. Contrairement à bien des
Constitutions et des lois constitutionnelles à travers le monde, elle intègre,
dès sa rédaction, la reconnaissance des droits économiques et sociaux.
Toutefois, leur statut juridique demeure
limité. Alors que le Québec est confronté à de multiples crises qui frappent de
plein fouet les droits économiques et sociaux : logement, itinérance, coût
de la vie, accès à une éducation et à des soins de santé universels de qualité,
urgence climatique, et j'en passe, ce projet de loi aurait pu être l'occasion...
Mme Langlois
(France-Isabelle) : ...l'occasion par excellence de positionner le
Québec en champion, en faisant avancer ce corpus de droit. C'est la voie
contraire qui a été choisie. En 1975, la charte québécoise invisibilisait
l'existence et les droits des peuples autochtones. Le projet de loi n° 1 aurait dû être ce moment historique où le Québec
s'élève et intègre à sa législation la Déclaration des Nations unies sur les
droits des peuples autochtones, qui fixe des normes minimales pour garantir la
survie, la dignité, le bien-être et les droits des peuples autochtones. Le
projet de loi n° 1 s'inscrit dans une tendance lourde
des dernières décennies, où les partis au pouvoir ont cherché à modifier la
charte québécoise, non pas pour l'améliorer, mais pour en limiter sa portée. On
instrumentalise la charte afin d'y inclure des articles qui sont contraires à
sa raison d'être, afin de faire avancer des programmes politiques contraires au
bien commun. Or, il ne s'agit pas de savoir si on est pour ou contre le port du
voile, si ça nous incommode ou non. Il s'agit de savoir si on est pour ou
contre la restriction des droits, car restreindre des droits, on sait quand ça
commence, on ne sait jamais quand ça finit.
• (14 h 40) •
Dans l'histoire, quand les États ont procédé
à la restriction de droits, cela s'est généralement déroulé dans un contexte
autoritaire et c'est allé très loin, trop loin. Le plus souvent, ce sont des
groupes minoritaires et marginalisés que l'on a visés. Finalement, c'est
l'humanité qui en a pâti. Le monde est entré dans une ère d'autoritarisme. Et
c'est dans ce contexte que ce projet de loi nous est proposé. Amnistie
internationale estime que le projet de loi n° 1...
aux droits des minorités linguistiques, culturelles et religieuses, constitue
un affront aux droits des peuples autochtones du Québec et souffre d'un manque
total de légitimité en raison de l'absence complète de consultations publiques
en amont. Amnistie internationale compte sur les États de droit, dont le
Québec, pour inverser la tendance et contrer la montée des autoritarismes. Nous
demandons aux Québécoises et aux Québécois d'exiger de leur gouvernement,
aujourd'hui comme demain, de les représenter dans toute leur grandeur, de
refuser ce projet de loi comme tout autre projet de loi contraire aux valeurs
universelles de droits humains.
Merci.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. M. le ministre,
pour 9 min 45 s, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Oui.
Merci. Alors, Mme Langlois, Mme Robitaille, Mme Lelièvre, pour
Amnistie internationale Canada francophone, merci de participer aux travaux de
la commission, d'être présentes et d'avoir déposé un mémoire. Est-ce que le
droit de vivre en français au Québec est contraire au bien commun?
Mme Langlois (France-Isabelle) :
Absolument pas.
M. Jolin-Barrette : OK.
Vous comprenez qu'on a modifié la Charte des droits et libertés pour inclure
ça, puis que dans la constitution, on prévoit ça aussi?
Mme Langlois
(France-Isabelle) : Ce que dit le droit international, M. le ministre,
c'est que tous les États ont le droit de décider de leur langue officielle, de
leur langue administrative. Cela étant dit, ça ne peut pas se faire au
détriment ou de façon discriminatoire vis-à-vis des minorités, y compris les
langues minoritaires, et que tous les États ont quand même le devoir de
protéger les langues minoritaires.
M. Jolin-Barrette : Ah!
mais je suis d'accord avec vous, mais est-ce que le fait d'affirmer dans la
constitution québécoise qu'on a le droit de vivre en français au Québec, ça
porte atteinte aux gens qui parlent une autre langue que le français, que ce
soit l'anglais ou les langues autochtones?
Mme Langlois
(France-Isabelle) : Si le fait d'affirmer que la langue officielle
c'est le français, ça porte atteinte, non. Si on prend des mesures pour
contraindre les autres personnes à ne pas parler leur langue, oui.
M. Jolin-Barrette : Et
comment on fait ça? Est-ce que dans la constitution, on voit qu'on contraint
les gens à ne pas parler leur langue?
Mme Langlois
(France-Isabelle) : On doit protéger les langues minoritaires, donc,
on doit s'assurer que les langues, les personnes qui parlent les langues
minoritaires puissent obtenir des services dans leur langue.
M. Jolin-Barrette : Donc,
vous, vous êtes en train de me dire que je devrais, dans la constitution,
protéger la langue anglaise au Québec. C'est ça que vous me dites?
Mme Langlois
(France-Isabelle) : Les langues des minorités, bien sûr.
M. Jolin-Barrette : OK.
Mme Langlois
(France-Isabelle) : Y compris les langues autochtones, d'ailleurs.
Vous pourriez vous pencher sur un projet de loi pour protéger, valoriser les
langues autochtones du Québec.
M. Jolin-Barrette : Je
suis très ouvert. Et mon collègue des Affaires autochtones est en train de
regarder ça aussi. Mais je reviens à la constitution. Lorsqu'on dit, on fait
une affirmation positive : les Québécois et Québécoises ont le droit de
vivre en français ou même le droit à la laïcité...
M. Jolin-Barrette : ...êtes-vous
en faveur de la loi 21?
Mme Langlois (France-Isabelle) : Vous
me demandez si je suis en faveur de la loi 21?
M. Jolin-Barrette : Est-ce
qu'Amnistie internationale est en faveur?
Mme Langlois (France-Isabelle) : Amnistie
internationale conteste la loi 21.
M. Jolin-Barrette : Ah! vous
contestez la loi 21?
Mme Langlois (France-Isabelle) : Devant
les tribunaux.
M. Jolin-Barrette : Parce que
c'est une loi?
Mme Langlois (France-Isabelle) : Alors,
en droit international, d'abord, la laïcité, ce n'est pas un droit, c'est une
organisation de la société. Donc, Amnestie internationale n'a pas à intervenir,
à dire : On est pour ou contre l'organisation d'une société. Ce qu'on
fait, par contre, c'est qu'on regarde si cette façon d'organiser la société, si
les mesures qui sont prises pour favoriser la laïcité le font de façon à nuire
ou à ne pas nuire aux droits humains.
M. Jolin-Barrette : Mais,
pour le législateur québécois, là, qui est venu consacrer le droit à la laïcité
un droit individuel et droit collectif... Donc, Amnestie internationale
considère que le droit à la laïcité, le droit collectif à la laïcité et
l'expression du droit individuel du droit à la laïcité, ça, ce n'est pas un...
ce n'est pas un droit pour les Québécois? On ne peut pas offrir ça aux
Québécois?
Mme Langlois (France-Isabelle) : Le
Québec peut tout à fait être une société laïque, ce qu'il est, ce qu'il est
d'ailleurs déjà, une société et un État laïque. Il a tout à fait la légitimité
de le faire. Est-ce qu'en droit international la laïcité est un droit? Non. Ce
qui est un droit, c'est la liberté de conscience et de religion. Et... Et
l'État laïque doit permettre l'expression de toutes les religions,
publiquement, en privé, de façon individuelle ou collectivement. Et le port de
signes vestimentaires, des... d'attributs vestimentaires religieux font partie
du droit de religion.
M. Jolin-Barrette : Donc,
exemple, des pays européens, là, eux, ils violent les conventions internationales,
là?
Mme Langlois (France-Isabelle) : Totalement.
M. Jolin-Barrette : OK. Ça
fait que la France, la Belgique?
Mme Langlois (France-Isabelle) : Totalement.
M. Jolin-Barrette : La
Suisse, l'Allemagne?
Mme Langlois (France-Isabelle) : Amnestie
internationale est très cohérente partout. On a la même position partout.
M. Jolin-Barrette : Ah! bien,
écoutez... Est-ce que la France, la Belgique, la Suisse, l'Allemagne, ce sont
des états autoritaires?
Mme Langlois (France-Isabelle) : Non.
Je ne vois pas le lien, par contre, avec votre question.
M. Jolin-Barrette : Non, non,
mais je veux juste savoir parce que vous nous taxez d'autoritarisme avec la
Constitution. Et ces pays...
Mme Langlois (France-Isabelle) : Alors,
ce que j'ai dit, M....
M. Jolin-Barrette : ...ces
pays européens là sont beaucoup plus avancés en termes de laïcité que nous au
Québec. Vous avez dit : La loi 1, elle s'inscrit dans un mouvement
d'autoritarisme, et on enlève des droits aux gens, alors que la conception
européenne de la laïcité, du droit à la laïcité... Parce que, vous savez, quand
vous allez en France, là, puis même le premier ministre, il est venu ici, à
l'Assemblée, mes collègues s'en souviennent aussi, il a invoqué ce droit à la
laïcité là. Puis nous, ce qu'on fait dans la Constitution, c'est qu'on fait en
sorte de dire : Au Québec, une des valeurs les plus fondamentales, c'est
l'égalité entre les femmes et les hommes. Puis on vient dire : En cas de
conflit, s'il y a conflit, on va donner primauté à l'égalité entre les femmes
et les hommes par rapport à la liberté de religion. Ça, c'est une question
d'organisation de la société. Selon Amnistie internationale Canada francophone,
est-ce qu'on peut faire ça ou on est autoritaristes de faire ça, d'organiser
notre modèle de vivre-ensemble, de société de cette façon-là? De dire : Au
Québec, là, pour nous, la valeur fondamentale, c'est l'égalité entre les femmes
et les hommes? Puis on dit aux tribunaux : Quand vous allez avoir à
interpréter deux droits...
Mme Langlois (France-Isabelle) : Alors,
de privilégier un droit qu'un autre, c'est contraire au droit international.
M. Jolin-Barrette : Je veux
juste terminer. Je vais juste...
Le Président (M. Bachand) :...en terminant, M. le ministre, rapidement. Oui.
M. Jolin-Barrette : Ça fait
que je comprends que vous êtes contre ça parce que vous dites : En droit
national, on ne peut pas faire ça parce que le droit international dit ça, puis
les droits sont en péril au Québec à cause qu'on privilégie l'égalité entre les
femmes et les hommes sur le droit à la liberté religion. Si c'est le cas,
j'assume pleinement ma position puis la position du gouvernement du Québec.
Puis je vais bien dormir la nuit de prioriser l'égalité entre les femmes et les
hommes en toutes circonstances.
Le Président (M.
Bachand) :Allez-y, Mme. Oui.
Mme Langlois (France-Isabelle) : Bon.
D'abord, vous me mettez des mots dans la bouche que je n'ai... que je n'ai pas
dits. Vous faites preuve... de beaucoup... de... pardon, de démagogie.
Une voix : ...
Le Président (M.
Bachand) :...on va continuer. Allez-y.
Mme Langlois (France-Isabelle) : M.
le ministre m'a prêté des intentions.
Le Président (M.
Bachand) :OK. Allez-y, Mme, le temps
passe.
Mme Langlois (France-Isabelle) : Alors,
je n'ai jamais dit que le... je n'ai jamais dit que le Québec était
autoritaire. J'ai dit que nous sommes et on devrait tous et toutes ici être
alertés. Chacun, chacune d'entre vous, vous devriez être alertés. Ce n'est pas
des blagues. Le monde dans lequel on est, les dérives autoritaires, elles sont
de plus en plus grandes. Donc, je...
Mme Langlois (France-Isabelle) : ...je
parle aux Québécois et aux Québécoises et je les alerte. Ce projet de loi là,
qui attente aux droits, qui retire des droits à certaines personnes, à certains
groupes de la population intentionnellement, s'inscrit dans cette époque-là.
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre.
Mme Langlois (France-Isabelle) :
C'est ce que j'ai dit.
M. Jolin-Barrette : ...est-ce
que la jurisprudence internationale, notamment, là, ce qui est basé sur la
Convention européenne des droits de l'homme, là, qui reconnaît une marge
d'appréciation nationale, Amnistie internationale reconnaît ça?
Mme Langlois (France-Isabelle) : Vous
parlez de... du droit européen ou du droit international?
M. Jolin-Barrette : Du droit
européen, entre autres, qui est reconnu internationalement.
Mme Langlois (France-Isabelle) : Alors,
Amnistie internationale, notre mission, c'est de...
M. Jolin-Barrette : Non, mais
juste... juste pour...
Le Président (M.
Bachand) :...à la fois, sinon j'arrête.
Une voix : ...
Le Président (M.
Bachand) : OK.
M. Jolin-Barrette : Bien, je
n'ai même pas fini ma question, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) :Allez-y, M. le ministre,
rapidement, rapidement.
• (14 h 50) •
M. Jolin-Barrette : Alors, on
est dans une situation où il y a des marges d'appréciation nationales par
rapport à des rapports à la société, par rapport à la religion. C'est des
instruments qui sont utilisés par plusieurs pays. C'est-tu correct, ça, ou ce
n'est pas correct?
Mme Langlois (France-Isabelle) : Alors,
Amnistie internationale, notre mandat, c'est veiller à ce que les États
respectent les normes minimales du droit international. Je ne suis pas ici pour
interpréter le droit européen. Est-ce que le... ce que le droit européen fait
est conforme ou non au droit international? C'est la question que nous allons
nous poser.
On est ici, ce qui vous intéresse, c'est
la laïcité, la loi 21 et toutes les autres lois. Ce que je vous dis, c'est que
ça, c'est contraire au droit international, ça contrevient à la liberté de
conscience. Et je vais vous... ajouter que c'est doublement discriminatoire
parce que ça vise particulièrement les femmes musulmanes et qu'on suppose
qu'elles ne sont pas capables elles-mêmes de décider ce qui est bon ou bien
pour elles.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. M. le député de
l'Acadie pour six minutes neuf secondes, s'il vous plaît.
M. Morin : Merci, M. le
Président. Alors, Mme Langlois, Mme Robitaille, Mme Lelièvre, bonjour. Merci d'être
là avec nous. Merci pour votre mémoire. On a à peine six minutes, alors on va
essayer de faire ça rapidement.
J'ai lu votre mémoire avec attention.
D'après vous, avec le projet de loi n° 1, est-ce que le Québec respecte ses
obligations en vertu du droit international?
Mme Langlois (France-Isabelle) : Non.
M. Morin : Très bien. Merci.
Cette position-là du Québec, si le Québec va de l'avant, si le gouvernement va
de l'avant avec sa loi, est-ce que ça pourrait avoir un impact sur le respect par
le Canada de ses obligations à l'international?
Mme Langlois (France-Isabelle) : Bien
sûr, parce que c'est le Canada... au bout du compte, c'est l'État fédéral qui
doit rendre des comptes au niveau international, et donc le mauvais score d'une
province a des impacts sur le score du Canada.
M. Morin : Je vous remercie.
Autre chose. D'après vous... Là, le gouvernement de la CAQ, avec son projet de
loi, a inséré une référence aux peuples autochtones dans quelques considérants.
Bien, on vient de le voir, là, avec la nation crie, c'est... ce n'est pas bon,
ce n'est pas bon, il faut qu'on recommence. Alors, on invite le ministre à nous
écouter, on espère qu'il va en prendre bonne note. Mais, ceci étant, comment
devrait-on aborder les droits des peuples autochtones dans une constitution?
Mme Langlois (France-Isabelle) : Bien,
on devrait d'abord adopter, dans la législation québécoise, la Déclaration des
Nations unies sur les droits des peuples autochtones. C'est le commencement,
c'est la base, ce qui, par ailleurs, impose non seulement de travailler en
consultation avec les peuples autochtones, mais ça impose aussi d'obtenir leur
consentement préalable libre et éclairé sur toute loi les concernant.
M. Morin : Donc, idéalement,
si le Québec veut développer un projet de constitution, je comprends de votre
réponse qu'il devrait y avoir, finalement, des rondes de travail, différents
travaux, ateliers avec les nations autochtones d'abord, pour ensuite élaborer
un texte de loi où tout le monde se reconnaîtrait. Est-ce que j'ai... c'est une
manière qui semble correcte ou pas?
Mme Langlois (France-Isabelle) : Ici,
M. le ministre, on pourra vous le remettre, on a deux copies. Il y a un guide
qui existe, au niveau des Nations unies, quand un État veut élaborer des
constitutions, de bonnes...
Mme Langlois (France-Isabelle) : ...de
bonnes pratiques. Et, effectivement, ça prend des consultations et il faut
consulter l'ensemble de la population, les divers groupes de la population.
Alors, bien sûr que ça inclut les peuples autochtones au premier chef, mais ça
comprend tout le monde, tous les groupes de la société qui doivent être...
Le Président (M.
Bachand) :...pardon. Allez-y, pardon, je
vous ai coupé.
M. Morin : Et... Oui?
Mme Langlois (France-Isabelle) : Et
ça doit se faire avant la rédaction et plusieurs... il est recommandé que
plusieurs personnes tiennent le stylo.
M. Morin : Exact. Donc, si,
par exemple, le Parlement de l'Assemblée nationale avait décidé de mettre en
place un comité transpartisan des différents partis politiques, des membres de
la société, des membres des communautés des Premières Nations et aller à la
rencontre du peuple québécois, je n'ai pas devant moi le guide des Nations
unies, mais j'imagine qu'on se rapprocherait probablement de l'esprit de ce
guide.
Mme Langlois (France-Isabelle) : Tout
à fait.
M. Morin : Bien. Et avec...
Mme Langlois (France-Isabelle) : Il
n'y a pas une façon de faire une constitution...
M. Morin : Non, non, je...
Non, non, je comprends.
Mme Langlois (France-Isabelle) : ...une
constitution, mais, oui, tout à fait.
M. Morin : Mais on... Mettons
qu'on serait plus dans l'esprit du document que ce qu'on a là.
Mme Langlois (France-Isabelle) : Totalement,
Totalement.
M. Morin : Très bien. Et puis
donc le document, le projet de loi un, ne correspond pas beaucoup à ce qui est
recommandé par les Nations Unies quand on veut rédigiez une constitution.
Est-ce que j'ai raison?
Mme Langlois (France-Isabelle) : Ah
non, mais, à la base, il n'y a rien... il n'y a rien qui répond au droit
international dans... ni dans la façon, ni dans la forme, ni dans le fond.
M. Morin : Rien?
Mme Langlois (France-Isabelle) : Rien.
M. Morin : D'accord. C'est...
en tout cas, ça a le mérite d'être clair. Je vous remercie, je vous remercie
beaucoup. Plusieurs sont venus nous dire que ce projet de loi là affaiblissait
les contre-pouvoirs et mettait en péril l'État de droit. Est-ce que vous êtes
d'accord avec ces affirmations-là?
Mme Langlois (France-Isabelle) : Bien
sûr.
M. Morin : Et qu'est-ce qu'on
pourrait faire pour essayer de bonifier ce document?
Mme Langlois (France-Isabelle) : On
ne peut pas bonifier le document. L'exercice doit être recommencé à zéro.
M. Morin : Complètement?
Mme Langlois (France-Isabelle) : Complètement.
M. Morin : Très bien. Alors,
écoutez, est-ce que... M.... M. le Président, est-ce qu'on peut déposer le
document que mesdames ont apporté à la commission?
Le Président (M.
Bachand) :Lorsqu'il y aura demande, le...
Le document a été transmis à la commission puis c'est sur Greffier, alors
c'est...
M. Morin : C'est sur
Greffier?
Le Président (M. Bachand) :C'est accessible pour tout le monde.
M. Morin : Parfait. On a déjà
le guide?
Le Président (M.
Bachand) :Tout est accepté.
M. Morin : Parfait. Merci
beaucoup. Le document...
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup.
M. Morin : Merci bien.
Le Président (M.
Bachand) :M. le Maurice-Richard, pour 2
min 3 s. Merci.
M. Bouazzi : Merci beaucoup,
M. le Président. Le... Je pense que l'histoire est importante. Parfois, il faut
se rappeler c'est... pourquoi on en est là pour ne pas avoir à répéter les
erreurs de l'histoire. M. le ministre a cité la Belgique, la Suisse, la France.
Je rappelle quand même qu'une des raisons pourquoi on a la Déclaration des
Nations unies sur les droits de l'homme, c'est parce que la France, la
Belgique, la Suisse, l'Allemagne, le Canada, le Québec ont mis en place des
politiques antisémites. Le Canada a refusé un bateau de réfugiés pour les
renvoyer mourir dans les camps de concentration. Les Français ont déporté les
Français juifs en Allemagne pour qu'ils meurent dans les camps de
concentration. L'humanité s'est dit : Plus jamais. Et, quand je dis
«l'humanité», c'est spécialement l'Occident. Plus jamais. Ils ont... Il y a eu
6 millions de morts. La Déclaration des Nations unies en a découlé
directement.
Dans l'article 18, que je vous
lis : Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience, de
religion, ce qui implique la liberté de changer de religion, de conviction
ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction, seule ou en
commun, tant en public qu'en privé, par l'enregistrement... par l'enseignement,
les pratiques, le culte, l'accomplissement des rites. Ça, c'est parce qu'on a
tué 6 millions de Juifs et qu'on y a tous contribué d'une manière ou d'une
autre. Honte à l'humanité! On s'est donné des règles. Et c'est aujourd'hui de
cela qu'il s'agit. Et je veux que le ministre l'entende quand vous parlez de
droit international. Parce que ce n'est pas des règles souples, c'est des
règles importantes pour éviter qu'on retombe petit à petit dans la catastrophe
qu'a été ce qui s'est passé la Deuxième Guerre mondiale.
Alors, parlons de laïcité. Le projet de
laïcité nous dit, le projet 21, qu'il respecte la liberté de conscience,
le droit à l'égalité. Est-ce que, d'après vous, le projet de laïcité qu'il veut
mettre sa manière à lui de voir la laïcité dans la Constitution respecte le
droit à l'égalité, le droit à la liberté de conscience?
Le Président (M.
Bachand) :Malheureusement, le temps est
écoulé.
Mme Langlois (France-Isabelle) : Non.
Le Président (M.
Bachand) : M. le député de Jean-Talon, pour une minute 34 s,
s'il vous plaît.
M. Paradis : Ou pages 15
à 18 de votre mémoire, vous parlez des normes internationales sur l'adoption de
constitutions. Moi, j'aimerais vous parler de pratiques parce qu'en soi...
M. Paradis : ...ans
d'existence d'Amnistie internationale dans des pays démocratiques, vous en avez
vu, des adoptions de Constitution, comment vous qualifieriez le processus qui a
mené à la présentation de ce projet de constitution, par rapport à d'autres
expériences que vous avez vues ailleurs?
Mme Langlois (France-Isabelle) : Bien,
il y a plusieurs expériences ailleurs, on peut penser aux... à tous les pays du
bloc de l'Est qui ont refait leur législation. Personnellement, j'ai... Ça ne
vous intéresse pas, M. le ministre?
Le Président (M.
Bachand) : ...allez-y, s'il vous plaît.
M. Paradis : On n'a pas
beaucoup de temps, là.
Le Président (M.
Bachand) :Allez-y, allez-y.
Mme Langlois (France-Isabelle) : Sur
le projet de constitution, sur la constitution bolivienne, qui a été une
expérience absolument extraordinaire, où l'ensemble des parties et des
composantes de la société y ont participé. Ça a été un moment de rassemblement,
ça a été un moment d'unification du pays. Ça a été un très grand moment,
notamment pour les peuples autochtones. Donc, comme je le disais tout à
l'heure, il n'y a pas plusieurs façons de faire, mais il y a... il y a des
bonnes pratiques, il y a des mauvaises pratiques. Et la plus mauvaise, c'est
qu'une personne rédige une constitution.
• (15 heures) •
M. Paradis : ...il reste
combien de temps? Zéro, c'est fini.
Le Président (M.
Bachand) :Le temps va rapidement. Merci
beaucoup. Alors, je suspends les travaux quelques instants pour accueillir
notre prochain invité. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 15 h 00)
(Reprise à 15 h 04)
Le Président (M.
Bachand) : À l'ordre, s'il vous plaît, la commission reprend
ses travaux. Alors, il me fait plaisir d'accueillir deux invités, M. Morisset
et M. Le Nabec. Donc, ils auront chacun quatre minutes de présentation. Après
ça, il y aura une période d'échange avec l'ensemble des membres de la
commission. Donc, M. Morisset, la parole est à vous, s'il vous plaît...
15 h (version non révisée)
Le Président (M. Bachand) :...merci.
M. Morisset (Farnell) : Merci.
Le projet de loi intitulé la Loi constitutionnelle de 2025 sur le Québec, le
projet de loi, propose une nouvelle loi nommée la Constitution du Québec et une
loi qui l'accompagne, nommée la Loi sur l'autonomie constitutionnelle du
Québec. Ensemble, ces lois changent fondamentalement les relations de pouvoir
entre les Québécois et le gouvernement à l'avantage du gouvernement et au
désavantage des Québécois.
Le gouvernement du Québec a probablement
le pouvoir légal d'adopter un tel projet de loi, mais la façon que le
gouvernement a développé et fait cheminer le projet de loi ne donne pas au
gouvernement la légitimité morale pour le faire. Codifier et modifier la
Constitution de l'État québécois, c'est un objectif qui est parfaitement
légitime, un objectif politique légitime, mais, dans une société libre et
démocratique comme le Québec, un document constitutionnel, correctement appelé
une loi des lois, est un mandat donné par un peuple à son gouvernement pour
encadrer et limiter le pouvoir donné au gouvernement par le peuple. Et, pour
être légitime, il faut que ça vienne du peuple parce que le pouvoir donné au
gouvernement vient du peuple.
Un gouvernement démocratique ne peut pas
déterminer par lui-même l'étendue des pouvoirs qu'il se donne sur son peuple.
Un gouvernement qui fait ça agirait de façon autoritaire, pas démocratique. Et
le document constitutionnel qui en résulte, même s'il était parfait autrement,
serait quand même juste un exercice de pouvoir du gouvernement et pas de
démocratie d'un peuple libre.
Le gouvernement du Québec actuel n'a pas
le mandat du peuple pour adopter un document constitutionnel aussi important
que celui proposé par le projet de loi. Il n'y a aucune mention de ça dans le
programme électoral du parti qui forme le gouvernement actuel. Il n'y a pas eu
de consultation générale et il n'y aura pas de consultation référendaire. Il n'y
a pas d'urgence ou de crise sociale qui exige son adoption rapide ou précipitée
non plus.
Le gouvernement du Québec actuel a peut-être
le pouvoir légal de le faire, oui, mais sans mandat populaire, son adoption
serait un exercice de pouvoir du gouvernement aux dépens du pouvoir de son
peuple. Ça rendrait le peuple québécois moins libre par rapport à son
gouvernement.
En 1982, le gouvernement fédéral a imposé
au peuple québécois un document constitutionnel en exerçant un pouvoir légal,
mais sans mandat moral clair et sans le consentement du peuple. 43 ans plus
tard, ce moment demeure une blessure vive pour le peuple québécois et une tache
sur le legs politique de ceux qui ont participé à son adoption. Le projet de loi
actuel, s'il est adopté, répéterait la même erreur, renforcerait le même
précédent et risquerait les mêmes conséquences.
Le but de mon intervention, c'est de
demander que le gouvernement du Québec retire le projet de loi et, s'il veut
proposer et adopter une loi constitutionnelle pour le Québec, que le
gouvernement procède par des moyens assurant un mandat du peuple québécois et
une expression claire de sa volonté commune. Et le but de ma présence ici
aujourd'hui, c'est d'espérer que les Québécois voient ce que ce gouvernement
est en train de faire, pour lui demander de reculer, et que, si le gouvernement
ne recule pas, que les Québécois s'en souviennent aux prochaines élections.
Le Président (M. Bachand) :
...M. Morisset. M. Le Nabec, s'il vous plaît.
M. Le Nabec (Benoît) : Oui, bonjour,
mesdames et messieurs. Alors, je suis ici aujourd'hui pour proposer que la
Constitution du Québec intègre des mécanismes de démocratie semi-directs afin d'offrir
aux citoyens ou citoyennes un réel pouvoir d'action démocratique.
Avant d'exposer ma proposition, permettez-moi
de clarifier trois concepts souvent confondus : démocratie participative,
initiative citoyenne et référendum. La démocratie participative désigne des
moyens par lesquels la population est invitée à s'exprimer ou à contribuer en
amont de décisions politiques, via des consultations publiques, des forums
citoyens et des assemblées thématiques. Ce sont des espaces de discussion, de
contribution collective. Une initiative citoyenne est un mécanisme qui permet
aux citoyens et aux citoyens de proposer directement une norme, une loi,
lorsque des conditions, comme des seuils de signatures, sont remplies, et de
soumettre cette proposition à l'adoption par les électeurs. Le référendum est
un outil de ratification ou de rejet. Il permet à la population de se prononcer
directement sur une proposition déjà formulée par une autorité politique. Par
exemple, en Suisse, les citoyens peuvent déclencher un référendum sur une loi
adoptée par le Parlement. Au Québec, il existe des référendums provinciaux ou
municipaux dans des contextes très encadrés, comme sur des questions d'urbanisme
ou, dans l'histoire référendaire, sur la souveraineté, mais ce sont des outils
qui sont mobilisés par les autorités et non des mécanismes citoyens autonomes. Aujourd'hui,
les citoyens et citoyennes peuvent signer des pétitions, rencontrer leurs
députés, publier des mémoires, participer à des...
M. Le Nabec (Benoît) : ...consultation.
Ces moyens comptent, mais ils demeurent consultatifs. Ils n'imposent aucune
obligation d'action à l'Assemblée nationale ou au gouvernement. Il manque donc
une passerelle institutionnelle entre l'expression citoyenne et l'action
politique concrète. La participation actuelle, au Québec, est un ensemble
hétérogène de pratiques souvent consultatives, dépendantes de secteurs, du moment
politique ou de décisions gouvernementales. En pratique, ces dispositifs
permettent aux citoyens de bloquer, de freiner une décision, d'essayer
d'influencer ou d'orienter un projet, mais souvent sans être entendus, malgré
de bonnes intentions. Ils ne donnent pas citoyens au pouvoir de proposer des
règles, un projet de loi ou une politique, c'est-à-dire de passer à l'action et
de le faire adopter directement par la population et nos représentants. La
démocratie semi-directe vient précisément combler cette lacune, c'est-à-dire de
donner de l'air afin que notre démocratie puisse s'épanouir. Un mécanisme
semi-direct permet à la population de transformer une idée, une... une
préoccupation ou une proposition en une initiative conquête, de la soumettre à
un seuil de signatures, d'en débattre publiquement et de déterminer
collectivement si elle doit être adoptée. Ce dispositif ne remplace pas la
démocratie représentative, qui demeure capitale, mais la complète en donnant
aux citoyens et citoyennes une voie d'expression structurée et responsable.
Pour toutes ces raisons, je vous invite respectueusement à inscrire dans la
constitution du Québec un mécanisme clair d'initiative citoyenne encadré,
inclusif et compatible avec notre tradition démocratique, un outil institutionnel
responsable permettant aux citoyens d'agir. Inscrire ces principes dans une
constitution, c'est reconnaître que le peuple n'est pas seulement consulté,
mais qu'il est un acteur, donner un cadre institutionnel structurant, permanent
et protégé à la participation citoyenne et renforcer durablement la légitimité
et la... résilience démocratique du Québec. Je vous remercie.
• (15 h 10) •
Le Président (M.
Bachand) :Merci infiniment. Je me tourne
vers la ministre pour 9 min 45 s, M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Merci, M.
le Président. M. Morisset, M. Le Nabec, merci, tous les deux, de participer aux
travaux de la commission parlementaire. Peut-être, mes premières questions pour
M. Morisset, mais tout d'abord, je sais que vous faites des chroniques,
notamment sur Internet, sur la politique, puis je trouve ça bien que vous...
vous décortiquez ça, vous... vous rapprochez la politique du public, aussi, je
trouve que c'est très instructif pour... pour les citoyens, puis ça permet de
présenter la politique d'une autre façon aussi puis de rapprocher la politique
des gens, alors, je pense que c'est un travail important que... que vous
faites. Bon, sur la question de la... de la Constitution elle-même,
relativement au processus de consultation. Vous savez, on a mandaté six
personnes pour siéger sur le comité qui était présidé par Sébastien Proulx,
Guillaume Rousseau également. Donc, il y avait des professeurs de droit à
l'Université, notamment Catherine Mathieu, Amélie Binette, Luc Godbout, l'ancienne
chef de cabinet de René Lévesque également, et de Pierre-Marc Johnson, Martine
Tremblay. Eux ont produit un rapport, mais ils avaient consulté, aussi, les
gens, il y avait un appel de mémoires des gens pour les entendre aussi. Est ce
que... est ce que vous avez soumis un mémoire à cette... à cette commission là,
ici, comme aujourd'hui?
M. Morisset (Farnell) : À
cette commission-là, non. J'ai remis mon mémoire à la... l'instance qui est en
position de prendre des décisions.
M. Jolin-Barrette : Oui,
effectivement, comme vous l'avez dit, à l'Assemblée nationale, on va travailler
ensemble sur le... sur le projet de loi. La première des recommandations du
rapport Proulx-Rousseau, c'est à l'effet de doter le Québec d'une constitution.
Il y a plusieurs éléments dans la constitution... bien, en fait, le projet de
loi 1 a, comme, quatre lois, si on veut, à l'intérieur du projet de loi,
notamment la première, qui est la constitution, la Loi sur l'autonomie
constitutionnelle, la majorité des éléments dans la constitution sont à droit
constant, donc ils existent déjà dans nos lois. Est-ce que vous trouvez ça
approprié qu'on vient s'assurer de prendre les différents éléments de la
constitution québécoise qui existe déjà, mais non consolidés, puis de l'amener
dans un seul et même document, comme le propose le rapport Proulx-Rousseau?
M. Morisset (Farnell) : Je
n'arrive pas à la même conclusion que vous, qu'on parle, dans les premières
lois, de droit constant. Il y a quand même des situations qui changent la
dynamique dans les pouvoirs du gouvernement vis-à-vis les autres pouvoirs de la
société civile et du peuple, et je crois que, malgré les consultations qui ont
déjà eu lieu, pour quelque chose qui change fondamentalement le contrat de
l'entente de pouvoir entre un peuple et son gouvernement, une consultation du
genre n'est pas suffisante. Dans les autres questions, à travers le temps,
quand on a posé des questions de nature constitutionnelle aux Québécois, on les
a posées à tous les Québécois, et tous les Québécois ont été invités à se
prononcer de façon directe par un référendum, par exemple.
M. Jolin-Barrette : Donc,
vous, vous militeriez en faveur de...
M. Jolin-Barrette : ...la
tenue d'un référendum, supposons, sur le projet du texte constitutionnel.
M. Morisset (Farnell) : Ce
n'est pas obligé d'être un référendum nécessairement, mais il faudrait qu'il
soit une expression claire de la volonté de l'ensemble du peuple québécois. Ça
pourrait être un mandat électoral, par exemple. Ça pourrait être un mandat qui
vient d'une autre forme d'émanation très claire de la volonté du peuple, s'il y
avait des manifestations massives, quelque chose du genre, quelque chose
impossible politiquement à ignorer. Ça pourrait être un mandat de crise.
Présentement, il n'y a aucune forme... en tout cas, moi, que je vois de mandat
pour ce genre de processus là.
M. Jolin-Barrette : Puis,
pour bien comprendre, quand vous parlez de mandat, donc ce n'est pas
nécessairement sur le contenu du texte, nécessairement sur le détail, mais
c'est plutôt sur l'idée même, supposons, de doter le Québec d'une constitution.
M. Morisset (Farnell) : Oui,
comme je dis... Bien, d'abord le Québec a déjà une constitution, mais je pense
qu'on s'entend, on parle d'une forme de codification dans un document central
où on peut pointer et dire : Voici la Constitution. Dans mon mémoire, je
mentionne que, même s'il s'agissait d'un projet de loi qui était, dans mon
avis, parfait, et il ne l'est pas, mais même si c'était le cas, je crois que,
dans une société démocratique, ça doit venir du peuple et non du gouvernement.
M. Jolin-Barrette : OK, je
vous remercie. Je vais poser quelques questions à M. Le Nabec. M. Le
Nabec, sur la question des mesures participatives et de démocratie directe, là,
que vous proposez, là, vous faites, supposons, à ce qu'on voit de plus en plus
dans les municipalités où il y a certaines sections, supposons, du budget qui
est participatif, où la population est consultée? C'est-tu en ce sens-là que
vous abordez cette question-là?
M. Le Nabec (Benoît) :
J'irais... Oui, j'irais encore plus loin que ça, parce que, dans le cadre des
budgets où on a une consultation, c'est encore là, on va écouter les gens puis
souvent on va mettre le rapport de côté puis on va faire d'autres choses.
Alors, démocratie participative, c'est plus structuré, il y a des délibérations
collectives puis il y a une coconstruction avec le politique pour arriver avec
des amendements ou des propositions pour qu'après ça il y ait une réelle
demande aux citoyens de dire : Bon, bien, est-ce qu'on y va? Est-ce qu'on
le fait? Est-ce qu'on l'approuve?
M. Jolin-Barrette : OK. Je
vais céder la parole à mes collègues. Merci beaucoup pour votre présence en
commission parlementaire.
Le Président (M.
Bachand) : Merci, M. le ministre. M. le député de Saint-Jean,
pour 4 min 20 s, s'il vous plaît.
M. Lemieux : Merci beaucoup,
M. le Président. J'ai des questions pour M. Morisset, mais on est avec M.
Le Nebec. Je vais continuer avec lui. D'ailleurs, je vais lui poser la question
que j'avais pour M. Morisset parce que le ministre l'a déjà abordé avec
M. Morisset. M. Le Nabec, le ministre disait tout à l'heure, droit
constant. Ça, c'est son image d'avocat, là, c'est bien correct. Moi, je suis
plus terre à terre, puis je parlerais d'un gros ménage, c'est-à-dire qu'on a un
paquet de lois. Il y en a certaines qu'on considère plus fondamentales que
d'autres, je pense à la loi n° 21, à la loi n° 96 qui ont été adoptées, mais il y en a qui datent
d'avant le gouvernement actuel puis d'avant ça, comme la Charte de la langue
française, qui a été remise à jour, mais qui fait partie, finalement, de ces
quelques lois qui font partie de cet exercice de codification. Parce que c'est
ce que c'est, dans le fond, on prend des lois existantes puis on les codifie.
Puis on élargit un peu plus, là, je ne dirais pas que c'est juste ça, mais il y
a, par exemple, la doctrine Gérin-Lajoie par rapport à l'international, ou si
c'est de compétence québécoise dans la fédération, bien, ça l'est à
l'international aussi. Donc, c'est un exercice.
Là où je veux en venir, M. Le Nabec,
c'est... je comprends ce que vous voulez, là, c'est même plus grand que le
grand soir, là, parce que le grand soir, c'est un truc électoral qui mène à un
référendum, qui mène à un grand soir ou pas. Vous, vous avez une idée qui est
belle d'une grande aventure d'un peuple, d'une nation vers sa constitution. En
attendant, on a fait un grand ménage, puis on a mis ça dans le PL n° 1. Est-ce que vous considérez que c'est... je ne veux
pas dire une bonne idée, mais que c'est... en soit, c'est déjà une avancée,
c'est un pas? Parce que ça fait 200 ans qu'on en parle. On en parlait dans
le temps des Patriotes, on en parlait à la Révolution tranquille, on en parle
depuis une trentaine d'années. Je veux bien croire que ce n'était pas sur le
dessus de la pile des intérêts dans les sondages puis dans les tests d'opinion,
mais c'est un pas de plus vers une... pas une réorganisation, mais une
organisation québécoise dans la fédération qui s'affirme davantage. Vous êtes
d'accord ou pas avec ça?
M. Le Nabec (Benoît) : Je
crois que oui, c'est un pas, c'est quelque chose qu'on doit faire, qu'on doit
mettre en place, mettre en place la Constitution du Québec. Sauf que, comme mon
interlocuteur précédent disait...
M. Le Nabec (Benoît) : ...au
niveau de la population, on n'a pas brassé les idées, on n'est pas... on n'est
pas partis de qu'est-ce que l'avis d'une population, ou d'une initiative
populaire, d'une démocratie participative, puis on n'a pas dit : Bon,
bien, voici ce qu'on a pris des éléments que la population a identifiés puis
qu'on a mis dans un document de constitution, puis, après ça, qu'on a demandé à
cette population-là... de dire : Bon, bien, est-ce que vous entérinez
cette... cette Constitution-là? Alors, c'est comme un peu à l'envers, on
part... on part de la fin, puis, après ça, on dit : Bien, voici ce qu'on a
préparé pour vous. Je ne pense pas que c'est comme ça... Puis je... c'est pour
ça que je... j'essayais d'amener trois... trois éléments, hein, me dire, bien,
normalement, on débute par une démocratie participative, on fait des... on peut
avoir des éléments d'initiative populaire, pour dire... bon, une initiative
populaire qui veut voter telle loi, tel élément, puis des référendums, etc.
• (15 h 20) •
M. Lemieux : Bien, il y a eu
plein de projets... Il faut être fait forts, au Québec, pour parler de
Constitution, hein, tu te refais virer de bord assez vite. Il y a eu des... il
y a eu vraiment des efforts pour faire comprendre ce que c'était. Il y a
Constituons!, qui était un projet d'un an pour essayer d'en faire une en
parallèle, et ça n'a pas été évident. Moi, j'ai passé une journée au complet à
parler de constitution il y a deux ans, avant même que la commission... pas la
commission, mais que le comité soit mis sur pied, puis on n'était... on n'était
pas nombreux, dans une très grande salle, mettons, et puis ça avait été invité
par... longtemps d'avance, par beaucoup de monde, à l'occasion de l'Acte de
Québec.
M. Morisset...
Le Président (M.
Bachand) : Non, malheureusement, le temps... il reste quatre
secondes, le temps de faire l'introduction au député d'Acadie.
M. Lemieux : Ah! bien, coudon.
C'est tout le temps dont nous disposions, M. Morisset.
Le Président (M.
Bachand) : Alors, M. le député d'Acadie, pour
7 min 19 s, s'il vous plaît. Merci.
M. Morin : Merci, M. le
Président. Alors, M. Morisset, M. Le Nabec, merci d'être là avec nous.
Non, mais c'est quand même intéressant ce qui vient de se passer, ça vous donne
une idée de l'étendue des consultations, hein? Mais voilà, on va continuer
quand même, on n'arrêtera pas. Dites-moi, M. Morisset, je vous ai écouté
attentivement, vous avez dit que le projet de loi actuel serait aux dépens du
peuple québécois puis que le peuple serait moins libre. Pourriez-vous m'en dire
davantage ou donner des exemples concrets sur ce que le projet de loi viendrait
faire?
M. Morisset (Farnell) : Je
veux commencer en disant que je ne voudrais pas que mes interventions ici
soient perçues comme étant une façon de dire : Ah! bien, il a dit telle
chose, on a fait le changement, donc, on a consulté, donc, on est correct. Il
faut que ce soit une consultation qui soit de tous les Québécois, peu importe
ce que moi, j'en dis. Mais, concrètement, par exemple, le projet de loi
permettrait, dans certaines situations, à une simple majorité à l'Assemblée
nationale, de déclarer qu'une loi ne peut plus être contestée en utilisant de
l'argent public. Présentement, c'est dans un cercle relativement restreint,
mais, à l'intérieur de la loi, il y a la possibilité, par règlement, d'étendre
ce cercle-là de façon très large, ce qui voudrait dire qu'à toutes fins
pratiques le peuple québécois ne pourrait pas utiliser son argent pour
contester des lois qui ont été adoptées par, potentiellement, 63 élus à
l'Assemblée nationale, dans une situation où on sait, par exemple, qu'une
majorité à l'Assemblée nationale peut être obtenue avec beaucoup moins qu'une
majorité des appuis électoraux du peuple québécois. Ça, c'est un exemple parmi
plusieurs autres.
M. Morin : Bien, écoutez,
merci, merci beaucoup. C'est très éclairant. J'ai lu votre document avec
attention. Et il y a... il y a un paragraphe qui m'a fait un peu sursauter, ça
fait que je voudrais juste vérifier avec vous si j'ai bien compris. Vous
dites... et vous faites référence en 1982, avec le gouvernement fédéral, qui a
imposé un document conditionnel au peuple québécois. Et vous dites, 43 ans
plus tard, ce document demeure une blessure vive pour le peuple, on ne l'a pas
accepté pantoute, puis vous avez raison. Et il y a une tache sur le legs
politique de ceux qui ont participé. Le projet de loi actuel, s'il est adopté,
répéterait la même erreur, renforcerait le même précédent et risquerait les
mêmes conséquences. C'est fort. Je veux juste bien vous comprendre. Est-ce que
ce que vous suggérez que le ministre de la Justice actuel s'inspire des méthodes
de Pierre Elliott Trudeau?
M. Morisset (Farnell) : Je
n'ai pas nommé personne dans mon mémoire, et c'était intentionnel...
M. Morin : Non, mais...
M. Morisset (Farnell) :
...parce qu'il faut faire attention aussi à ne pas réduire tout ça à des noms,
c'est des institutions, c'est des gens, c'est un ensemble de personnes. Ce
n'est pas le ministre tout seul qui va voter cette loi-là, c'est l'ensemble de
l'Assemblée nationale, et je crois que tous les députés ont leur part de
responsabilité.
M. Morin : OK, merci. Merci
beaucoup pour votre précision. Ça, clarifie ma lecture du texte. Merci.
Maintenant, M. Le Nabec, autre chose. Dans votre document, à la
page 8/9, «les obligations organisationnelles créent un office de la
participation citoyenne, créer une commission permanente de la...
M. Morin : ...de la
démocratie participative. Fort intéressant. Comment ça s'articulerait dans des
faits? Puis, quand vous parlez d'une commission permanente, est-ce que vous
référez à une commission permanente du Parlement ou une autre instance?
J'apprécierais que vous puissiez m'éclairer là-dessus.
M. Le Nabec (Benoît) : Or...
Bien, aujourd'hui, on a le Directeur général des élections du Québec qui est...
si je ne me trompe pas, là, qui est responsable des procédures pour la loi
référendaire. Alors, on pourrait utiliser le même... le même organisme pour
implanter la démocratie semi-directe, alors, ça veut dire, pour pouvoir
structurer les... les initiatives ainsi que... c'est ça.
M. Morin : Parfait. Merci
beaucoup. Merci, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) :M. le député de
Maurice-Richard, s'il vous plaît.
M. Bouazzi : Merci beaucoup,
M. le Président. Merci à nos deux invités. Peut-être commencer par M.... je ne
veux pas... Le Nabec, pardon, M. Le Nabec. Vous, vous proposez d'avoir des
mécanismes qui peuvent redonner la voix au peuple et pas juste à chaque
élection. On pense que c'est des propositions très, très importantes. Est-ce
que vous avez des exemples de constitutions ou de mécanismes à l'international
dont on pourrait nous inspirer?
M. Le Nabec (Benoît) : Bien,
il y en a... il y a... il y a un pays qui... qui en fait quand même beaucoup,
c'est la Suisse. Alors, au niveau de la Constitution suisse, que vous pourriez
regarder, ils ont codifié dans la Constitution la possibilité aux Suisses de
faire des initiatives ou des référendums. C'est... c'est tout codifié au niveau
de la... de la Constitution. Bien, ils en ont fait dans le passé au niveau... Exemple,
il y a des citoyens qui ont demandé qu'il n'y ait plus de publicités pour les
enfants associés au tabagisme il y a quelques dizaines d'années de ça, et ça a
passé, et c'est une initiative citoyenne, et c'est devenu une loi. Alors, c'est
des exemples. Au Québec, on pourrait avoir différentes initiatives citoyennes.
Bien entendu, une fois qu'une initiative citoyenne a... tu sais, c'est... il y
a un camp du Oui, un camp du Non, etc. Et une fois que les citoyens ont voté
oui aux initiatives, bien, c'est le... au niveau du représentatif, au niveau de
l'Assemblée nationale que...
M. Bouazzi : OK, du... du
législateur de prendre la balle, effectivement.
M. Le Nabec (Benoît) : De
prendre la balle pour faire une loi, puis etc., oui.
M. Bouazzi : Bon,
malheureusement, j'ai très peu de temps dans cette consultation. Ça fait que je
voudrais, à mon tour, vous remercier, M. Morissette, pour toutes les capsules
de vulgarisation que vous faites, et puis j'espère que... le ministre semble
abonné, j'espère qu'il les écoute avec beaucoup d'attention, parce que ça nous
permettrait, je pense, de mieux faire avancer le débat démocratique. Merci
beaucoup.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. M. Morisset, M.
Le Nabec, merci beaucoup d'avoir été avec nous.
Je suspends les travaux quelques instants.
Merci.
(Suspension de la séance à 15 h 27)
(Reprise à 15 h30 )
Le Président (M.
Bachand) :À l'ordre, s'il vous plaît. La
commission reprend ses travaux et il me fait plaisir d'accueillir, Mme Lise
Brun et Me Marie-Hélène Lyonnais. Merci beaucoup d'être avec nous, c'est très,
très apprécié. Donc, je vous cède immédiatement la parole et après ça, on aura
notre période d'échange. Alors, la parole est à vous, merci.
Mme Lyonnais (Marie-Hélène) : Merci
beaucoup, M. le Président. M. le ministre, chers membres de la commission,
d'abord, on vous remercie sincèrement de prendre le temps d'échanger avec nous
aujourd'hui dans le cadre de ces consultations relatives au PL 1. Je
m'appelle Marie-Hélène Lyonnais, je suis avocate et doctorante en droit
constitutionnel et je suis accompagnée, aujourd'hui, de Lise Brun,
postdoctorante en droit constitutionnel.
Notre position relative au PL 1 se
résume en quatre points. Le premier point, c'est que le projet constitutionnel
québécois a été introduit par le biais d'un mécanisme qui contrevient aux
standards internationaux établis et qui mine la qualité du débat démocratique
que nous devrions tenir. Le deuxième point, c'est que la méthode préconisée
pour l'adoption du PL 1 minera la légitimité démocratique, la durabilité
et l'efficacité de la Constitution qui en résulterait. Troisièmement, le
contenu du PL 1 est rétrograde du point de vue des contre-pouvoirs et du
constitutionnalisme, et quatrièmement, le PL 1 menace sérieusement la
protection des droits de la personne, notamment en raison de la hiérarchisation
qu'il introduit dans notre régime de droits fondamentaux.
À notre avis, ces failles sont graves.
Elles touchent tant la méthode que le contenu du PL 1, et c'est pourquoi
on vous recommande bien respectueusement l'abandon complet du projet de loi.
Puisque notre temps est très limité aujourd'hui, on va se concentrer sur trois
points précis, et, pour le reste, on pourrait faire un aide-mémoire qui
détaille l'ensemble de notre position.
Le premier point sur lequel je veux
insister aujourd'hui, c'est que même s'il prétend placer l'égalité entre les
femmes et les hommes au cœur du projet constitutionnel québécois, le PL 1,
il est incohérent et il est réducteur en ce qui concerne le droit des femmes.
Réducteur, d'abord, parce que le PL 1 impose une vision tronquée du droit
des femmes. Les Québécoises ne sont pas que des femmes, elles sont des femmes
noires, lesbiennes, musulmanes, mariées, francophones, trans et j'en passe. On
ne peut réellement protéger le droit des femmes si on ne protège pas de manière
égale les autres droits qui composent leur identité et qui en sont
indissociables. Donc, hiérarchiser les droits, comme le PL 1 propose de le
faire, ce n'est pas seulement dommageable pour les droits qui sont relégués au
second rang, c'est aussi dommageable pour le droit des femmes. Mais le
PL 1, il nous apparaît aussi, sur ce plan-là, incohérent. D'une
part, vous inscrivez l'égalité entre les femmes et les hommes comme un principe
phare de la Constitution, comme une valeur sociale distincte de notre province.
Mais d'autre part, vous vous réservez l'option de déroger à ce même droit dans
toute loi, et ce, sans qu'il soit requis de contextualiser ou de justifier
cette dérogation par le biais de l'article 9, alinéa 1, de la Loi sur
l'autonomie constitutionnelle. Autrement dit, le PL 1 continue
d'assujettir le droit des Québécoises au bon vouloir de la majorité de la
législature. Donc, on y voit non seulement une incohérence, mais une
instrumentalisation du droit à l'égalité, un droit qui, selon le PL 1,
serait assez important pour en supplanter d'autres, mais pas assez pour que le
gouvernement s'engage lui-même à le respecter en tout temps. De la même manière,
l'article 5, alinéa 1 de la Loi sur l'autonomie constitutionnelle est
foncièrement incompatible avec l'ambition égalitaire du PL 1. Les
organismes qui y sont listés et dont vous tentez de minimiser les moyens de
contestation judiciaire ont joué un rôle clé dans la protection et dans
l'évolution du droit à l'égalité au Québec. C'est grâce à eux si le droit des
femmes est là où il est aujourd'hui. En somme, la prétention du PL 1
d'inscrire ce droit comme une valeur sociale distincte du Québec n'est qu'une
façade. Sur ce, je vais maintenant passer la parole à ma collègue, Mme Brun,
pour la suite de notre exposé.
Mme Brun (Lise) : Merci
beaucoup. Nous souhaitons porter à l'attention de la commission deux autres
éléments nouveaux et importants. Le premier renforce notre critique du
processus en cours, le second porte sur nos inquiétudes croissantes quant au
contenu des changements constitutionnels qui pourraient intervenir sous peu.
Tout d'abord, en privilégiant un processus
législatif ordinaire et précipité, le ministre de la Justice a malheureusement
mis de côté toutes les réflexions développées depuis les années 1970 par
tous les professeurs de droit et tous les politiques québécois, peu importe
leur obédience, s'agissant de la manière dont le Québec devrait...
15 h 30 (version non révisée)
Mme Brun (Lise) : ...utiliser
l'article 45 de la Loi constitutionnelle de 1982, s'il opérait un jour une
refonte de nos lois fondamentales et adopter une constitution. Je pense ici en
particulier, mais pas seulement, aux travaux de Jacques-Yvan Morin, Paul
Gérin-Lajoie, Pauline Marois et Daniel Turp, et de ces réflexions qui ne
viennent ni de Londres ni d'Ottawa... se dégagent à un consensus québécois. En
vue d'une telle réforme, l'organisation d'un processus législatif
extraordinaire n'est pas optionnelle pour le Québec. Les procédures envisagées
comportaient une assemblée constituante, une commission parlementaire spéciale
opérant des consultations préalables de deux ans dans toutes les régions du
Québec et/ou un référendum.
Bref, toutes les personnes qui ont
réfléchi par le passé à la question de l'adoption d'une constitution québécoise
ont reconnu que l'article 45 impose de passer par l'Assemblée nationale et
de respecter le principe de souveraineté parlementaire. Dans le même temps,
même si ce n'est pas requis par la Loi constitutionnelle de 1982, ces mêmes
personnes ont toutes estimé qu'il convenait aussi de respecter d'autres
principes constitutionnels chers aux Québécois, à savoir les principes de la
démocratie, de la primauté du droit, du constitutionnalisme et de la protection
des minorités. Dans le processus en cours, tous ces principes sont mis à mal.
Ensuite, nous souhaitons vous faire part
du fait que nos inquiétudes quant au fond du projet ont considérablement grandi
depuis le début des consultations. Selon nos chiffres, plus de 100 groupes
sur 167 passeront en commission pour exprimer les mêmes critiques s'agissant
des dangers du contenu actuel du PL n° 1. Pourtant,
le ministre de la Justice continue de réfuter de manière inflexible tous les
arguments qui lui sont opposés, y compris s'agissant des dispositions les plus
controversées de son projet. Plusieurs d'entre elles ont d'ailleurs une
légalité douteuse. Certains groupes minoritaires invitent même le ministre à
aller plus loin, notamment en un, rendant toute modification de son projet à l'avenir
plus difficile pour les futures majorités parlementaires, une demande toujours
refusée jusqu'à présent par la Coalition avenir Québec s'agissant de la charte
québécoise, deux, en faisant déroger mur-à-mur à la charte canadienne plusieurs
portions du PL n° 1. Nous demandons formellement aux
députés de veiller à ce que ces propositions ne soient pas intégrées durant l'étude
détaillée.
Finalement, nous réitérons notre
opposition catégorique à la mise en place du conseil constitutionnel proposé
dans le PL n° 1. Présentement, il manque cinq sièges
à la Coalition avenir Québec pour procéder aux nominations à ce conseil avant
les élections d'octobre. Avec quelques soutiens, le parti actuellement au
pouvoir pourrait donc imposer un texte constitutionnel contre la société civile
et la communauté juridique québécoise, et sans la population, mais aussi
influencer, pour les six prochaines années, l'interprétation non judiciaire qui
serait effectuée par ce conseil, dépourvue en l'état de toute crédibilité. Au
vu de ces éléments, nous vous réitérons donc notre recommandation générale :
le PL n° 1 doit être abandonné afin qu'un nouveau
processus constituant soit correctement entrepris. Si le projet était malgré
tout adopté, nous recommandons aux prochains parlementaires d'abroger dès le
jour un de leur mandat tous les changements constitutionnels introduits.
Et nous sommes désormais prêtes à répondre
à vos questions.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. M. le ministre,
10 min 30 s, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Merci,
M. le Président. Mme Brun, Me Lyonnais, bonjour. Merci de participer aux
travaux de la commission et d'avoir déposé un mémoire.
Sur la question du processus de nomination
des juges dans la loi sur l'autonomie constitutionnelle du Québec, on a prévu
des assises juridiques, notamment pour la Cour suprême, notamment, également,
pour les juges des cours supérieures, donc, Cour supérieure, Cour d'appel. Qu'est-ce
que vous pensez de ça? Est-ce que vous pensez que c'est une mesure qui peut
permettre au Québec de faire des gains?
Mme Brun (Lise) : Oui,
merci beaucoup pour la question. Je suis très heureuse que ce soit la première
question, parce que j'ai remarqué durant les consultations, malheureusement, c'est
une question qui n'a pas du tout, à ma connaissance, sauf peut-être par le Barreau
du Québec, qui a été abordée depuis le début des discussions, ce qui est très
dommage puisqu'il s'agit de... d'influencer sur le processus des juges qui
siègent au plus haut tribunal du pays. On a fait effectivement plusieurs
commentaires à ce sujet, puis je parlerai peut-être en mon nom personnel parce
qu'en relisant le mémoire, j'ai un peu changé ma position aussi sur ce qu'on
envisageait.
Donc, je sais que c'était une proposition
qui a été faite par le comité Proulx-Rousseau, puis, au début, on se disait :
Ah! ce serait peut-être une bonne idée qu'il y ait une proposition, une
initiative, là, du ministre de la Justice, du premier ministre de suggérer un
nom pour les juges qui... et ça, je voudrais aussi le mentionner comme
corrections à faire dans le texte, les trois juges québécois à la Cour suprême
du Canada ne représentent pas le Québec. Ils sont... ils proviennent du Québec,
mais, à mon sens, ils ne représentent pas le Québec. Ce serait une modification
à apporter au texte. Au début, je trouvais que c'était une bonne idée. On était
surtout contre le fait qu'il y ait, comme, un débat à l'Assemblée nationale qu'il
soit instauré. À l'heure actuelle... je... c'est ça, je retirerais en fait
toute cette portion-là du PL n° 1, principalement
parce que ça m'apparaît, comme, être très dangereux, en particulier au regard d'initiative
qui a eu...
Mme Brun (Lise) : ...récemment
en Alberta. Je... je serais beaucoup plus favorable, par exemple, à ce qu'on
continue les initiatives bilatérales sur le sujet plutôt que d'essayer d'influencer
les nominations du fédéral par ce biais-là. C'est ça.
M. Jolin-Barrette : Mais
en... en fait la... la proposition, c'est une assise juridique, parce que, vous
savez, l'Assemblée nationale a adopté une résolution constitutionnelle à l'unanimité
au mois d'avril dernier pour faire en sorte que le Québec, comme État fédéré,
participe au processus de sélection des juges de la Cour supérieure et de la
Cour d'appel. Donc, ici, on vient, dans le projet de loi n° 1, y mettre
une assise juridique à cela. Et, parallèlement à ça, on a des négociations avec
le ministre fédéral de la Justice relativement à ça, puis c'était la première
fois que le gouvernement fédéral reconnaît une obligation de négocier à la
suite de l'adoption d'une résolution constitutionnelle par une... une entité de
la fédération canadienne. Donc, la Cour suprême, dans le renvoi sur la
sécession du Québec, disait : Bien, écoutez, s'il y a un référendum, il y
a une obligation de bonne foi. Quand on a adopté la résolution constitutionnelle
à l'Assemblée le gouvernement fédéral a dit : Non, non, non, ça ne
m'intéresse pas de négocier. Et finalement le gouvernement fédéral est revenu
sur sa position suite à l'initiative de l'Assemblée nationale, qui a parlé
d'une seule voix. Et désormais, le gouvernement fédéral reconnaît cette
obligation de négocier.
• (15 h 40) •
Mme Brun (Lise) : Oui. Bien,
ça, c'est une très bonne nouvelle. On pourra tous s'entendre là-dessus.
M. Jolin-Barrette : C'est une
très bonne nouvelle, mais ça contribue des initiatives constitutionnelles que
le Québec met de l'avant pour donner davantage de pouvoir au Québec. Et,
notamment avec le projet de loi n° 1, il y a beaucoup d'éléments qui sont
là, justement, pour que le Québec puisse évoluer à l'intérieur de la fédération
canadienne et faire vivre, si je peux dire, l'arbre vivant puis que les
branches continuent de pousser, les feuilles aussi, puis qu'il n'y ait pas
l'agrile du frêne dans l'arbre. Vous comprenez ce que je veux dire?
Mme Brun (Lise) : Oui, tout à
fait. C'est imagé, mais oui.
M. Jolin-Barrette : Bon. Là,
on ne prévoit pas de... de débat à l'Assemblée nationale sur la question des
juges. Donc, vous disiez : J'aurais peut-être tiré ça du projet de loi...
Mme Brun (Lise) : Mais s'il y
a des notes... Excusez-moi, je vous coupe. Désolée.
M. Jolin-Barrette : Allez-y,
allez-y.
Mme Brun (Lise) : J'ai juste
une question de précision, là, parce que, moi, je n'avais pas vu passer
l'information dans les médias, est-ce que les... le fédéral s'est montré ouvert
avant le dépôt ou après le dépôt du projet de loi n° 1? Puis, s'il y a des
négociations qui sont en cours, du coup, pourquoi on n'en... Pourquoi on ne
retirerait pas ça pour l'instant? On... Je sais que ça prend du temps, les négociations
bilatérales.
Puis, même si là, on pense à une
négociation bilatérale sur la question avec le... avec le fédéral, moi, je
comprends que ça prenne du temps de manière juste pragmatique, pas pour... Je
comprends tout à fait la revendication du Québec de vouloir avoir plus de
participation. Après, je pense qu'on peut avoir beaucoup de désaccord sur ce
serait quoi cette plus grande participation? Moi, je suis assez satisfaite du
processus actuel de nomination des juges. On pourrait, dans le processus
actuel, je pense, faire plus de participation directe. Il y a beaucoup de.. En
réalité, sur le processus de nomination des juges, certes c'est nommé par le
premier ministre fédéral, mais il y a quand même un comité consultatif
indépendant qui fait un... Ces comités-là font un travail remarquable. Puis,
sur... pour les juges de la Cour suprême, il y a huit membres dans ce comité-là
et... Excusez-moi.
M. Jolin-Barrette : Restons
sur Cour supérieure, Cour d'appel. Vous dites que le processus fédéral, il est
remarquable.
Mme Brun (Lise) : Là, je
parlais juste de la Cour suprême.
M. Jolin-Barrette : Ah, on ne
parle pas de la même chose. Moi, je parlais Cour supérieure.
Mme Brun (Lise) : OK. Mais
Cour supérieure, Cour d'appel, non, je... je... Pareil, je continuerai à... à
faire des négociations plutôt que... Je... J'ai de la misère avec la doctrine
qui est proposée, d'instaurer des rapports de force avec le fédéral. Et si vous
nous annoncer qu'il y a des négociations, je continuerais avec les négociations
puis je... Ce n'est pas pour donner de... Comment dire? Je ne prends pas parti
dans ce débat-là, mais on pense à une modification bilatérale. Mais si le
Québec fait une modification bilatérale en la matière, sachant qu'il y a des
revendications par d'autres provinces en la matière aussi, je peux comprendre
qu'il y a une certaine... Il y a une certaine lenteur qui vient avec tout ça,
de bien faire les choses dans les formes du cadre constitutionnel canadien. Ça
fait que moi, je dirais plutôt, sachant que là, ça a débloqué, si vous me dites
ça, s'il y a... il y a un dialogue qui s'instaure avec le fédéral sur cette...
la question d'une... de la... processus de nomination des juges, je trouverais
ça comme dommage de pouvoir nuire aux négociations en faisant des... en
proposant des initiatives unilatérales, alors que visiblement on arrive à
discuter en ce moment. Ça fait que je trouve que là, sur... Je ne le savais
pas, mais là je...
M. Jolin-Barrette : Mais
on... je vous rassure, on ne nuit pas aux initiatives puis aux discussions avec
le gouvernement fédéral.
Mme Brun (Lise) : Bien, moi,
j'ai un petit doute justement sur le...
Mme Brun (Lise) : ...le fait
que ça pourrait nuire à des négociations, le fait d'y aller trop par l'unilatéralisme,
trop par le rapport de force. Ça fait que, si, là, il y a des discussions en
cours, je privilégierais cette voie-là parce que c'est la voie... Moi, je suis
juriste puis je prendrais les voies qui sont toujours conformes et prévues par
la Loi constitutionnelle de 1982 au niveau des procédures de modification. Si,
là, il y a des discussions puis que c'est entamé, c'est quand même assez rare,
il me semble, je privilégie cette voie-là toujours.
M. Jolin-Barrette : Alors, je
vous confirme que les négociations vont bien et qu'avec le projet de loi n° 1
ça nous aide dans le cadre de nos négociations. Peut-être...
Mme Brun (Lise) : Bien, je
suis un peu sceptique là-dessus, mais OK.
M. Jolin-Barrette : Bien,
écoutez, sans... sans divulguer de l'information privilégiée, c'est moi qui
négocie, ça fait que...
Mme Brun (Lise) : Oui, oui,
mais je...
M. Jolin-Barrette : Je fais
juste vous dire que je suis un peu au courant. OK.
Peut-être sur la question... Peut-être une
question pour... pour Me Lyonnais, là, sur la question de l'égalité entre...
entre les hommes et les femmes, la hiérarchisation, notamment, dans le cas d'un
conflit entre la liberté de religion. Vous avez eu quand même des mots très
forts, tout à l'heure, relativement à cet élément-là. L'Assemblée nationale, à
l'unanimité, est d'accord avec cette disposition-là, sur les termes exactement
précis. Est-ce que vous croyez que c'est... l'ensemble des membres de
l'Assemblée sont incohérents, réducteurs ou régressifs?
Mme Lyonnais (Marie-Hélène) : Je
pense que la vision du droit des femmes que cet article-là met de l'avant, oui,
c'est réducteur. On a quand même une jurisprudence qui date de plus de 40 ans
et qui refuse de hiérarchiser les droits fondamentaux entre eux. Je comprends
que ce soit une solution facile, là, d'avoir une règle absolue, mais des règles
absolues, ça peut mener à des résultats absurdes. Puis il faut avoir
l'humilité, je crois, de reconnaître qu'on ne peut pas prévoir tous les cas
possibles qui pourraient être soulevés en pratique et de laisser aux juges
faire leur travail, qu'ils mettent en balance les droits et, finalement, on le
voit en pratique, que l'égalité va prévaloir dans la forte majorité, sinon la
quasi-totalité des cas. Donc, pourquoi est-ce qu'on tient à mettre une
disposition dont l'effet unique, finalement, ça va être de marginaliser encore
plus les minorités religieuses, mais aussi de créer un précédent qui est
dangereux?
Parce que je comprends que vous avez
peut-être, là, l'Assemblée nationale, ou vous, personnellement, actuellement,
cette vision claire là, mais on se rappelle que le PL 1... en fait, la
Constitution du Québec va pouvoir être amendée, vraisemblablement, par loi
ordinaire. Donc, ça, ça signifie que le gouvernement qui va vous remplacer,
peut-être, à l'automne ainsi qu'un gouvernement qui va rentrer dans quatre ans,
dans 10 ans pourrait dire : Ah! bien, pour nous, c'est la liberté
d'expression qui l'emporte sur le droit à l'égalité ou, pour nous, c'est la dignité
qui l'emporte sur le droit à la vie privée. Les combinaisons, elles sont
multiples, mais elles souffrent toutes du même défaut, c'est de fragiliser
notre système de protection des droits individuels au Québec.
Puis d'ailleurs je veux juste faire une
petite parenthèse pour rappeler que l'article 3 de la charte québécoise et
l'article 2 de la charte canadienne, la liberté de religion, ça protège aussi
la liberté de ne pas croire, ça protège la neutralité de l'État depuis très
longtemps, et c'est comme ça que ça a été interprété de manière unanime dans la
jurisprudence. Donc, quand on assujettit la liberté de religion, c'est aussi ce
droit-là qu'on assujettit, qui a un ancrage constitutionnel clair.
Le Président (M.
Bachand) : Merci.
M. Jolin-Barrette : Peut-être...
Peut-être juste souligner, en terminant...
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. M. le député
d'Acadie, pour sept minutes 52 secondes.
M. Jolin-Barrette : Merci
beaucoup pour votre présence.
M. Morin : ...M. le
Président. Alors, Mme Brun, bonjour. Me Lyonnais, bonjour. Merci pour votre
mémoire excessivement fouillé. Vous avez... Vous avez définitivement travaillé
très fort. Alors, c'est... c'est excellent. Puis je remarquais aussi dans vos
notes introductives... Alors, Mme Brun, vous êtes en postdoc à la faculté de
droit de l'Université Laval. Avez-vous la chance de débattre avec le professeur
Taillon de temps à autre? Parce que, sur le sujet, là, ça doit être fascinant.
Mme Brun (Lise) : Oui, c'est
mon superviseur de postdoc.
M. Morin : Bon, bien,
écoutez, fascinant, effectivement. Et vous, Me Lyonnais, je comprends que vous
avez une maîtrise en droit constitutionnel de l'Université Oxford et que vous
êtes présentement au University College de Londres...
Mme Lyonnais (Marie-Hélène) : Exactement.
M. Morin : ...et que vous
travaillez toute la question des droits humains dans un contexte, évidemment,
de droit constitutionnel. Alors, on est très, très chanceux de vous avoir avec
nous.
J'ai une question pour vous, parce que,
dans la partie deux du document, la Loi sur l'autonomie constitutionnelle du
Québec, il y a l'article 5, l'action parlementaire, puis peut-être que je le
lis mal ou que je ne sais pas lire, je ne sais pas, là, mais je voudrais juste
voir avec vous si ma lecture correspond à quelque chose qui a de l'allure. Ça
dit : «Le Parlement du Québec peut, dans une loi, déclarer que celle-ci ou
l'une de...
M. Morin : ...ces
dispositions protègent la nation québécoise ainsi que l'autonomie
constitutionnelle. Donc, ça, c'est le Parlement qui peut décréter ça et ses
caractéristiques fondamentales. Après, aucun organisme ne peut, au moyen de
centres provenant du fonds consolidé du revenu, d'autres sommes provenant
d'impôts, de taxes, de droits, de sanctions prévues en application d'une loi du
Québec, contester le caractère opérant ou l'applicabilité constitutionnelle de
cette loi-là, une fois que le Parlement aura déclaré que c'est un élément qui
protège la nation québécoise. Si ma compréhension est bonne, la présente loi va
s'appliquer au gouvernement, ministères et aux organismes visés à
l'annexe 1. Et là, à l'annexe 1, vous avez une série, série
d'organismes gouvernementaux, mais dont plusieurs sont indépendants du
gouvernement. Et là après, on nous dit : Ils pourront quand même
contester, si la contestation est invoquée en défense, une affaire civile,
administrative ou pénale. Mais admettons qu'on n'est pas en train de contester
parce qu'on n'est pas en train de défendre d'une affaire civile, administrative
ou pénale et que vous regardez des organismes, il y en a un nombre important,
dont le Directeur général des élections du Québec. Admettons, c'est
hypothétique, mais, admettons, le Parlement adopte une loi, le Directeur
général des élections dit : Non, non, non, ça ne marche pas, votre
affaire, ce n'est pas l'esprit de la loi. Vous êtes en train de modifier ça, ça
ne marche pas. Moi, je veux contester ça. Là, je ne suis pas en train de
défendre quelqu'un. Est-ce que je comprends qu'il ne pourrait pas? Est-ce que
ma lecture est bonne ou si je lis mal?
• (15 h 50) •
Mme Brun (Lise) : Oui... Non.
Je comprends que vous comprenez tout à fait bien. Je sais bien si je peux me
permettre d'ajouter des choses qu'on a remarquées... bien, que j'ai remarquées,
mais de manière très concise sur l'article 5, puis que je voudrais
mentionner.
M. Morin : Oui.
Mme Brun (Lise) : Bien, il y a
eu beaucoup de confusion dans les consultations sur le premier alinéa de l'article 5.
Et puis, dans le mémoire, on a mentionné, parce qu'on ne comprenait pas très
bien la disposition, est-ce que c'était finalement un seul motif ou trois
motifs autonomes qui pouvaient servir de qualification à la loi? Puis les
consultations en cours ont confirmé que la structure du... du document n'avait
pas fait attention. C'est... Puis le ministre de la Justice, parfois, a dit que
ça pouvait servir à qualifier une loi qui ne protégerait que les
caractéristiques fondamentales qui sont listées, qui sont au nombre de quatre,
je ne vais pas les reciter, à plusieurs reprises. Sauf qu'en réalité, la Loi
sur l'autonomie constitutionnelle du Québec, qui, à mon sens, ne protège pas
que les caractéristiques fondamentales du Québec, qui proposent l'autonomie constitutionnelle
du Québec, qui est définie, mais que c'est extrêmement large, c'est... que le
Québec exerce tous ses pouvoirs.
Donc, c'est deux motifs autonomes, donc,
le premier aussi, sur l'intérêt de la nation, puis ça, ce n'est pas défini
nulle part, puis c'est encore plus large que l'autonomie constitutionnelle du
Québec. Ça fait que, moi, ça m'apparaît être un pouvoir vraiment très
exorbitant. Puis je voudrais rementionner, après, je vais passer la parole à
Marie-Hélène, que c'est un pouvoir extrêmement exorbitant. Vous avez déjà un
pouvoir exorbitant, à savoir le pouvoir dérogatoire, puis ça, c'est un pouvoir
de nouveau extrêmement exorbitant qui pourrait être accordé par une majorité
simple et qui n'existe nulle part ailleurs dans le monde, à ma connaissance.
Puis ce serait dommage que ça se propage ailleurs.
Mme Lyonnais (Marie-Hélène) :
Je rajouterais simplement qu'en ce moment, la liste contient
138 organismes. Vous avez mentionné le DGEQ, il y a les municipalités, il
y a les universités, il y a les commissions scolaires. Puis, quand on regarde
l'article 4 de la Loi sur l'autonomie constitutionnelle, on voit que cette
liste-là pourra être étendue. Donc, moi, ça me fait vraiment franchement peur,
en tant que citoyenne, pour la primauté du droit, en tant que juriste
également, qu'on puisse limiter comme ça l'accès aux tribunaux. C'est un
principe fondamental d'une démocratie libérale, qu'on puisse contester les lois
du gouvernement quand il viole les droits fondamentaux. Donc... puis ça, c'est
sans parler du fait que, oui, on nomme certaines caractéristiques fondamentales
du Québec. Mais est-ce que, pour le prochain gouvernement, ça va être des
nouvelles caractéristiques fondamentales? Comment on fait, nous, en tant que
citoyens, en tant qu'avocats de litige, pour savoir, mais c'est quoi,
finalement, les limites que le gouvernement impose à l'article 5,
alinéa 1°? Moi, je fais ça à temps plein, du droit constitutionnel, et je
ne comprends pas. Donc, ça m'inquiète, franchement.
M. Morin : Bien, ça me
rassure. Donc, si je lis mal, on est deux, et on verra plus tard quand on en
parlera avec le gouvernement. Dans la liste, il y a aussi le Conseil du statut
de la femme. Donc, si jamais le conseil...
M. Morin : ...poser des
gestes pour défendre, ce serait très compliqué. Puis on a aussi la Commission
des droits de la personne, qui est aussi un organisme indépendant et qui serait
visé.
Mme Lyonnais (Marie-Hélène) :
Définitivement. Puis on l'a mentionné dans le mémoire, mais... mais l'ironie,
elle est... elle est patente. On a un projet de loi qui se veut résolument
féministe, qu'il mentionne dans le préambule que c'est le cœur du projet
constitutionnel québécois. Et on empêche le Conseil du statut de la femme de
contester les lois discriminatoires. C'est... j'ai vraiment de la difficulté à
me l'expliquer, vraiment.
M. Morin : Vous n'êtes pas
toute seule. Merci.
Mme Lyonnais (Marie-Hélène) :
Merci à vous.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. M. député de Maurice-Richard, s'il
vous plaît.
M. Bouazzi : Merci beaucoup.
Merci beaucoup, mesdames, pour vos éclairages qui se rajoutent à d'autres.
Mais, honnêtement, il y a des... Il y a du... Il y a des nouveautés aussi qui
ne nous rassurent pas plus malheureusement. Peut-être, Me Lyonnais, vous avez
des diplômes quand même assez impressionnants, est-ce que vous avez des
exemples de constitutions démocratiques qui ont été écrites en moins de six
mois dans des démocraties?
Mme Lyonnais (Marie-Hélène) :
Non, je n'en ai pas. Puis, en fait, quand on regarde la littérature, on voit
que ce sont des processus qui prennent des années, pas des mois, des années. Et
c'est normal, à moins qu'on ait une raison flagrante, là, qu'on soit dans un
état de guerre civile, dans une transition démocratique. Il n'y a aucune raison
de bâcler le processus, aucune.
M. Bouazzi : Par contre, moi,
malheureusement, j'ai beaucoup, beaucoup d'exemples de dictatures qui ont mis
en place des constitutions en quelques semaines, mais c'est un autre sujet.
Vous... je veux dire, le Québec a été précurseur quand même à se donner ses
propres règlements. Je veux dire, la charte québécoise des droits et libertés,
Personne ne nous a imposé de l'étranger, là, on s'est dit : Nous, en tant que
parlementaires, on va se donner des règles pour limiter les excès de pouvoir
qu'on pourrait faire nous-mêmes, là. C'est... je veux dire, c'est un exercice
noble d'une démocratie. Une Constitution, normalement, ça va un peu dans ce
sens-là.
Le projet de loi qui est devant nous
permettrait techniquement de déroger aux chartes à peu près comme on veut. Je
rappelle quand même que, dans une charte, il y a le droit à la vie, il y a le
droit à ne pas se faire torturer, il y a... je veux dire, il y a des droits qui
sont quand même importants. Est-ce que vous pensez qu'un projet de Constitution
devrait faire en sorte que le législateur que nous sommes devrait se donner des
limites pour se dire : Bien, il y a des règles du jeu, et puis, oui, il y a
des droits fondamentaux que, non, on ne dérogera jamais.
Mme Lyonnais (Marie-Hélène) :
Définitivement. Je pense que la manière dont l'article neuf, alinéa un
reproduit la clause dérogatoire, il y a eu beaucoup de débats, je pense, et
d'échanges en commission des institutions sur la question de l'applicabilité ou
de la légitimité de la loi de 1982, la loi constitutionnelle de 1982, mais,
comme vous l'avez dit, la charte québécoise, elle protège aussi ces droits-là.
Donc, ça fait partie de notre identité juridique et constitutionnelle
québécoise de protéger les droits fondamentaux. Donc, on n'a pas de raison
d'imposer comme ça, à répétition, des limites, de donner tous les pouvoirs
politiques, de limiter les contre-pouvoirs, puis c'est les citoyens qui en
paient le prix.
M. Bouazzi : Merci beaucoup,
mesdames pour vos éclairages. Nous allons, je l'espère, les représenter avec
beaucoup de fidélité quand viendra le temps.
Mme Lyonnais (Marie-Hélène) :
Merci à vous.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Merci beaucoup d'avoir participé à la
commission. C'est fort apprécié.
Je vais suspendre les travaux quelques
instants. Merci.
(Suspension de la séance à 15 h 57)
(Reprise à 16 heures)
Le Président (M.
Bachand) :À l'ordre, s'il vous plaît! La commission
reprend ses travaux. Il me fait plaisir d'accueillir les représentantes de la
Table de concertation des groupes de femmes de la Montérégie, Mme Gabrielle
Pitre et Mme Marie-Soleil Chrétien. Merci beaucoup d'être avec nous. Vous
connaissez les règles, vous faites une présentation, après ça, on a une belle
période d'échange avec les membres de la commission. Merci beaucoup. La parole
est à vous.
Mme Pitre (Gabrielle) : Parfait.
Merci beaucoup de nous recevoir aujourd'hui. Je me présente, Gabrielle Pitre,
directrice générale de la Table de concertation des groupes de femmes de la
Montérégie. Je suis accompagnée, effectivement, de Marie-Soleil Chrétien, qui
est agente de développement, responsable du dossier de lutte à l'antiféministe
et aux violences, ainsi que du dossier de l'itinérance chez nous.
La TCGFM est un regroupement féministe
régional intersectoriel qui œuvre depuis plus de 40 ans à la défense collective
des droits des femmes, à l'amélioration de leurs conditions de vie et à la
promotion d'une égalité réelle entre les hommes et les femmes, ainsi qu'entre
les femmes elles-mêmes. Ensemble, nos 36 organismes membres représentent plus
de 10 000 femmes dans la région. Nous sommes ici aujourd'hui pour porter
leur voix, mais aussi pour porter celles des personnes que vous n'entendrez
pas, parce qu'être ici relève d'un privilège, que nous reconnaissons. Nous
parlons aujourd'hui au nom de la Montérégie, mais également comme femmes du
Québec profondément préoccupées par l'avenir démocratique, social et politique
de notre société. Nous souhaitons également rappeler que nous prenons la parole
aujourd'hui sur des territoires autochtones non cédés et que toute réflexion
sur l'avenir constitutionnel, démocratique et social du Québec ne peut se faire
sans reconnaître cette réalité fondamentale.
Aujourd'hui... est clair, nous demandons
le retrait complet du projet de loi n° 1. Nous demandons également que
toute démarche future se fasse en respect des fondements de notre démocratie,
soit en travaillant, dès le départ, avec la société civile dans toute sa
pluralité, parce qu'une démocratie n'en est pas une si son peuple n'est pas
consulté ni réellement entendu. Notre position est claire et sans équivoque.
Elle rejoint plusieurs autres groupes sociaux qui ont témoigné avant nous. Le
projet de loi n° 1 s'inscrit en complète opposition
avec les valeurs clés sur lesquelles... la société québécoise s'est construite,
c'est-à-dire des valeurs d'égalité, d'inclusion, de démocratie et de pluralité,
des valeurs qui, rappelons-le, sont pourtant inscrites dans la Charte des
droits et libertés.
Nous tenons également à souligner que le
projet de loi n° 1 s'inscrit complètement en
opposition à différentes politiques et plans d'action gouvernementaux pourtant
élaboré par ce même gouvernement, notamment celui de la stratégie
gouvernementale, pour l'égalité entre les femmes et les hommes de 2022 à 2027,
dans laquelle l'utilisation d'une approche d'analyse différenciée selon les
sexes est bonifiée pour y intégrer une perspective intersectionnelle afin de
mieux prendre en compte les réalités et les besoins des femmes rencontrant des
obstacles supplémentaires, comme les femmes immigrantes, autochtones vivant
avec un handicap, etc. Puisque comme ce même plan d'action l'évoque, les
catégories hommes et femmes ne sont pas des blocs homogènes et que la position
sociale d'une personne est façonnée par une multitude de facteurs identitaires
et sociaux, en plus du sexe et du genre, dont l'âge, l'orientation... culturelle
ou ethnique, l'identité autochtone, la situation de handicap, socioéconomique,
etc.
Mme Chrétien (Marie Soleil) :
Les contradictions entre le projet de loi n° 1 et les
travaux réalisés par ce même gouvernement ne sont pas les seules préoccupations
que nous avons face au projet de loi n° 1. Nous
sommes ici pour exprimer nos profondes inquiétudes face à ce projet de loi
antiféministe et antidémocratique. Le mot «antiféministe» peut sembler fort,
mais il a été soigneusement choisi afin de s'assurer que nous ayons les mêmes
bases. Je me permets de présenter notre vision d'antiféminisme. Dès qu'il
existe différentes formes d'antiféminismes, nous entendons pour l'antiféminisme
comme des discours et des actions qui visent à freiner, faire reculer les
droits des femmes et les personnes de la diversité, mais aussi à utiliser
n'importe quel moyen pour maintenir une hiérarchie des rapports de pouvoir et
des inégalités. Concrètement, cela se passe par le contrôle des corps et des
identités, la remise en question de l'autodétermination, la décrédibilisation
des luttes pour la justice sociale et la réelle égalité, la hiérarchisation des
personnes dans leur entièreté et dans leurs droits.
Et c'est exactement ce que le projet de
loi n° 1 fait sur différents fronts, notamment en
affaiblissant les contrepouvoirs qui... des personnes marginalisées, en
imposant un récit national qui exclut et hiérarchise les corps, les voix et les
identités, et qui forge notre société. Sans oublier que le PL n° 1
met clairement en danger les personnes les plus marginalisées, ainsi que les
différents gains sociaux et politiques acquis durement par les féministes dans
les dernières décennies. Devons-nous rappeler que, sans mouvement féministe...
16 h (version non révisée)
Mme Chrétien (Marie Soleil) : ...comme
contre-pouvoirs au Québec, le Québec n'aurait pas le droit à l'avortement, la
contraception, les congés parentaux, le libre choix d'avoir un enfant ou non,
la reconnaissance des multiples formes de violences conjugale, sexuelle et
familiale, le retrait dans le... dans le code pénal du devoir conjugal, à
entendre ici le viol conjugal, la création des différentes maisons d'hébergement,
des centres de femmes qui interviennent en première ligne auprès des victimes,
des acquis qui sont d'autant plus importants dans un contexte où le système de
santé et de services sociaux peine à répondre d'aux demandes. Sans mouvement
féministe comme contre-pouvoir, nous n'aurions pas les politiques d'équité
salariale, des CPE, les lois contre le harcèlement. Sans ces féministes qui ont
lutté contre le système en place, les femmes ne pourraient pas voter, ne
pourraient pas ouvrir un compte bancaire, ne pourraient même pas acheter une
maison seule. Sans ces féministes, je ne pourrais même pas être ici en train de
vous parler aujourd'hui et les élues, au féminin, ne pourraient même pas être
à... siéger à l'Assemblée nationale aujourd'hui.
Alors, quand je parle d'antiféministe, qu'est-ce
que ce que je disais, je disais notamment que l'antiféministe visait à faire
reculer, freiner les mouvements féministes et ses acquis. Donc, oui, le projet
de loi n° 1 s'inscrit dans une visée antiféministe de... pour limiter
notre portée et freiner l'atteinte d'une réelle égalité entre les genres, mais
aussi entre les femmes elles-mêmes, en limitant notamment les mécanismes de
contestation à... PL n° 1, également dire à demi-mot que le féministe n'est
plus... que l'égalité est déjà atteinte, que nos luttes ne sont plus
nécessaires.
Par contre, nous sommes aujourd'hui aussi,
en tant que regroupement en défense de droits collectifs... pour rappeler
que... Notre devoir, c'est aussi de vous rappeler que, derrière chaque
politique, il y a des vies concrètes qui sont impactées. Rappelons...
Rappelons-nous qu'en date d'aujourd'hui six femmes ont été assassinées par leur
conjoint ou leur ex-conjoint, six femmes en 43 jours. Rappelons-nous qu'encore
aujourd'hui une femme sur trois vivra des violences à caractère sexuel au cours
de sa vie.
Mme Pitre (Gabrielle) : Quand
on dit que le projet de loi est foncièrement féministe, il l'est dans son
ensemble, dans ses fondements, dans la manière dont il a été présenté, mais
aussi concrètement dans différents articles qui attaquent directement les
femmes et les personnes de la diversité. Le projet de loi un prétend vouloir
protéger les droits et les valeurs québécoises et, pourtant, il ne fait qu'encadrer,
judiciariser et fragiliser les populations les plus marginalisées.
Parlons de l'article 29. Depuis des
décennies, différents groupes de la société, les féministes, mais aussi le
milieu médical, juridique le répètent à tour de rôle, le droit à l'avortement
ne doit jamais être encadré juridiquement. Il y a à peine deux ans, de nombreux
groupes ont réitéré ce refus de judiciariser lors des consultations publiques
de votre gouvernement dans le cadre du Plan d'action gouvernemental sur l'accès
à l'avortement 2024-2027. Pourtant, le projet de loi balaie du revers de
la main ce travail acharné sous le couvert d'une volonté de protéger les
femmes.
Nous répondons... Nous répétons donc
aujourd'hui que, si vous souhaitez réellement, concrètement protéger le droit à
l'avortement des femmes, arrêtez de vouloir le légiférer. En fait, autrement,
vous offrez sur un plateau doré les outils nécessaires à un contrôle et à une
récupération politique de nos corps. Historiquement, chaque fois qu'un
gouvernement a voulu protéger les femmes en encadrant légalement les corps, les
identités et l'autonomie, les femmes et les personnes de la diversité ont été
les premières à en payer le prix.
Le projet de loi un démontre une fois de
plus non seulement avec l'article neuf, mais également avec... le démontre avec
sa conception de la laïcité, cette laïcité à deux vitesses qui punit, restreint
et surtout instrumentalise certaines populations pour justifier leur exclusion.
Sous couvert de la laïcité et de l'égalité, le PL n° 1 impose une
hiérarchie des droits qui sacrifient l'autonomie des femmes les plus
marginalisées. En ignorant que les oppressions ne s'additionnent pas mais s'entrecroisent,
ce projet de loi crée un angle mort dangereux. Il prétend libérer les femmes
tout en... du marché du travail, celles dont l'identité... genre, identité et
origine culturelle.
Dans le même ordre d'idées, la continuité
coloniale dans laquelle s'inscrit le projet de loi n° 1 est préoccupante
et loin derrière... La rédaction d'un tel projet sans le consentement ni même
la participation des communautés autochtones ne fait que reproduire des
dynamiques coloniales encore trop présentes dans nos institutions, d'autant
plus que, comme le mentionne notamment l'ONU, une loi constitutionnelle doit
servir d'outil de réparation, d'unité et de reconnaissance et non devenir un
outil supplémentaire à l'effacement des communautés les plus marginalisées de
la société. Devons-nous rappeler que Joyce Echaquan? Devons-nous rappeler la
représentativité disproportionnée des femmes autochtones quand on parle de
féminicide? Devons-nous rappeler que, pas plus tard que la semaine dernière,
des représentants de différentes communautés se sont vus refuser l'entrée...
Le Président (M.
Bachand) :Merci.
Mme Pitre (Gabrielle) : ...parce
qu'ils souhaitaient garder leur bâton sacré?
Le Président (M.
Bachand) :En terminant, s'il vous plaît,
parce qu'on doit passer à la période d'échange, mesdames, désolée. Et il y a
des petits problèmes aussi de qualité sonore, je dois vous dire. Donc, on va
essayer de faire de notre... de notre mieux. M. le ministre, s'il vous plaît,
pour 10 min 30 s.
M. Jolin-Barrette : Oui. Mme
Pitre, Mme Chrétien, bonjour, merci de participer aux travaux de la commission
pour la Table de concertation des groupes de femmes de la Montérégie.
Manifestement, je crois comprendre que vous êtes contre le projet de loi n° 1...
M. Jolin-Barrette : ...je
pense que c'est assez clair et explicite. Cependant, j'aimerais quand même vous
poser quelques questions, notamment sur, supposons, la loi 21 sur la laïcité.
J'ai cru comprendre que vous êtes contre. La Cour d'appel a, cependant, validé
la loi. Alors, oui, le législateur s'est prononcé ici, a légiféré sur la notion
de laïcité, mais la Cour d'appel, avec un banc unanime de trois juges, a quand
même validé la loi aussi. Donc, je voudrais avoir votre avis là-dessus.
Mme Chrétien (Marie Soleil) : En
fait, on n'a pas... malheureusement pas pu terminer tout notre argumentaire,
mais une des choses qu'on veut nommer notamment, c'est que la laïcité, pour
nous, ce n'est pas en opposition avec le féminisme, la laïcité, c'est important
dans la mesure où cette laïcité-là n'est pas exclusive, n'est pas... ne vise
pas à exclure certaines catégories de personnes. Et c'est là toute la
différence entre la laïcité inclusive que nous, on prône versus la laïcité
qu'on retrouve notamment dans le PL 1, qui exclut certaines catégories.
• (16 h 10) •
M. Jolin-Barrette : Mais
permettez-moi d'être en désaccord. La laïcité québécoise, c'est une laïcité qui
est inclusive, qui est porteur de droits pour tous les Québécois, pour toutes
les Québécoises, et ça amène une égalité de tous devant la religion, et surtout
ça garantit également la liberté de religion. Peut-être une autre
question avant de céder la parole à mes collègues. Sur la question de l'égalité
entre les femmes et les hommes qu'on vient insérer dans la Constitution et où
on vient dire qu'en cas de conflit entre le droit à la liberté de religion et
le droit à l'égalité entre les hommes et les femmes, le droit à l'égalité entre
les femmes et les hommes prime, je comprends que vous avez un enjeu, là, avec
ça.
Mme Chrétien (Marie Soleil) : Absolument,
dans la mesure où la... le droit à la religion, comme entendu dans le PL 1,
vise à instrumentaliser, en fait, le corps des femmes mais aussi et surtout à
exclure quelques... une... des catégories de femmes. Nous, on veut qu'autant le
féminisme que la laïcité n'excluent aucune catégorie de femmes.
M. Jolin-Barrette : OK. Mais,
juste pour vous rassurer, dans la Constitution, on n'instrumentalise pas le
corps des femmes en aucun temps. Puis, juste une précision, l'article 29, on ne
vient pas encadrer l'interruption volontaire de grossesse ou l'avortement, on
dit : «L'État protège la liberté des femmes d'avoir recours à une
interruption volontaire de grossesse.» C'est une obligation qui repose sur les
épaules de l'État pour justement faire en sorte que, si le droit était attaqué,
l'État québécois serait du côté de défendre ce droit et cette liberté-là. Mais
je vous remercie pour votre présence en commission parlementaire puis je vais
céder la parole à mes collègues. Merci beaucoup.
Le Président (M.
Bachand) : ...
Mme Bourassa : Bonjour. Merci
beaucoup pour votre présence. Je vais commencer par faire une petite
parenthèse, parce que vous parlez d'une loi antiféministe. Écoutez, on m'a
demandé en entrevue qui était la personne la plus féministe à la Coalition
avenir Québec, et j'avais répondu mon collègue Simon Jolin-Barrette. Alors, je
trouve ça quand même spécial, le terme que vous imputez à... au projet de loi.
Mais j'aimerais savoir quelle est, selon vous, la limite entre le...
l'indépendance institutionnelle puis la responsabilité démocratique et la
responsabilité des élus.
Des voix : ...
Mme Pitre (Gabrielle) : ...est-ce
que vous pouvez répéter votre question, s'il vous plaît?
Mme Bourassa : Ah! oui. Dans
le fond, selon vous, c'est quoi, la limite entre l'indépendance
institutionnelle et la responsabilité démocratique, la responsabilité des élus?
Mme Pitre (Gabrielle) : Bien,
en fait, a priori, je pense qu'il y a toute cette question de responsabilité.
Veux-tu y aller?
Mme Chrétien (Marie Soleil) : En
fait, oui, dans le fond, la... En fait, je vais... je vais y aller avec une
citation très forte, là, dans les... dans le mouvement féministe, on dit
souvent que la... le privé est politique, effectivement. Par contre, la
politique ne devrait pas devenir... ne devrait pas s'insurger dans le
politique... dans le privé, pardon, dans le sens que, comme, oui, les institutions
doivent avoir... ont un rôle à jouer, mais il reste que la liberté individuelle
doit primer aussi quand il s'agit de notre autonomie, notre identité, notre
corps.
Mme Bourassa : Mais je suis
désolée, il y a un petit... il y a un petit délai, c'est pour ça que... mais,
si vous m'entendez bien, on va continuer. Donc, j'aimerais savoir, dans le
fond, est-ce que, selon vous, le droit collectif est incompatible avec le droit
individuel... ou les droits individuels.
Mme Pitre (Gabrielle) : Bien,
en fait, moi, je pense que j'ai envie de partager que, d'entrée de jeu, tu
sais, on ne se positionne vraiment pas comme des expertes du droit ou des
juristes, mais l'idée, en fait, c'est de venir mettre en lumière que la... le
projet de loi actuellement, dans ce qu'il propose, notamment au niveau de
l'article 29, mais pas que...
Mme Pitre (Gabrielle) : ...entraîne
une... nourrit, en fait, une vision de nous et de l'autre tout simplement. Ça
fait que même s'il n'a jamais été question dire : Est-ce que c'est une...
conscient, volontaire, mais toujours est-il qu'avec la façon dont il est... il
est... il est écrit, de la façon dont il est présenté à l'heure actuelle, il
vient donner, je pense, dans le... dans le... dans la collectivité, cette
perception de, je vais utiliser les mots forts, là, mais de bons et de moins
bons Québécois.
Je ne sais pas si tu voulais ajouter
quelque chose.
Mme Chrétien (Marie Soleil) : Oui.
C'est ça. En fait, notre problème en ce moment, c'est que la vision de
l'identité collective est très étroite. C'est une vision qui est très fermée
dans un carcan. Puis, pour nous, cette vision-là exclut les personnes qui font
partie pourtant de cette... du Québec, de notre société.
Mme Bourassa : Puis
j'aimerais savoir aussi comment est-ce qu'une protection constitutionnelle, ce
qu'on essaie de faire, explicite pourrait... affaiblirait une protection qui
est... avec la jurisprudence qui est... qui existe déjà? Tu sais, comment
est-ce que la jurisprudence pourrait être plus forte que quelque chose qui est
tangible dans la Constitution?
Mme Chrétien (Marie Soleil) : Pour
clarifier, vous parlez de la question de l'avortement, pour ce cas-là
précisément?
Mme Bourassa : Oui. Oui.
Mme Chrétien (Marie Soleil) : Oui.
En fait, je pense que, comme il y a plusieurs personnes avant nous qui sont
venues le nommer notamment, mais c'est le fait de... De l'inclure dans une loi,
ça permet de rouvrir les débats qui sont clos. Ça permet d'ouvrir la porte
aussi à des demandes pour restreindre, hein? OK, oui, il y a une loi qui le
protège, mais seulement pour jusqu'à 10 semaines, cinq semaines ou
seulement... (panne de son) ...c'est pour ça que ça fait des décennies, depuis
1989 et plus, que les groupes féministes, mais les corps médicaux, le milieu
juridique le dit : le fait d'écrire une loi, qui peut être de bonne foi,
là, je ne pense pas qu'il y avait une mauvaise foi là-dedans, mais par contre,
d'écrire une loi permet d'ouvrir la possibilité à restreindre ensuite le... les
accès.
Mme Bourassa : Parfait.
Merci... Merci beaucoup.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. Mme la députée
de Robert-Baldwin, pour 7 minutes 52 s, s'il vous plaît.
Mme Garceau : Merci, M. le
Président. Merci beaucoup, Mme Pitre et Mme Chrétien, pour votre mémoire et
votre présentation aujourd'hui.
J'ai lu attentivement votre mémoire et
évidemment votre vive contestation écrite et maintenant orale concernant le
projet de loi un et évidemment le plein retrait du projet de loi, puisque vous
évoquez, là, trois motifs... trois motifs. Mais j'aimerais premièrement
commencer avec la dernière... la page trois, votre dernière, si je peux dire,
conclusion. Puis j'aimerais vous... vous entendre davantage sur votre
conclusion : «C'est pourquoi nous demandons également au gouvernement de
s'engager à ne pas instrumentaliser les groupes féministes dans leurs manœuvres
politiques.» J'aimerais vous entendre à ce sujet.
Mme Chrétien (Marie Soleil) : En
fait, c'est très simple, là. C'est quelque chose qui s'est fait, qui se fait
encore, et tout. Le féminisme... En fait, c'est... les féministes, hein? Il y a
une diversité de féministes. Puis ce n'est pas parce qu'on va dire : Oui,
tel groupe féministe est en accord qu'on a le sceau d'approbation de tous les
mouvements féministes ou de toutes les féministes du Québec. Tout comme dans
n'importe quel domaine, on ne peut pas... on ne peut pas généraliser une
position dans un mouvement social aussi diversifié que le féminisme. Et c'est
ce qu'on demande, en fait. Ce n'est pas parce que certains groupes ont validé
cette loi constitutionnelle là, ce projet de loi constitutionnelle là, que tous
les groupes féministes sont d'accord. Et donc, en disant ça, en le nommant, ça
a été nommé à quelques reprises, là, dans les consultations, mais aussi pour
appuyer ce projet de loi là, bien, c'est ça, l'instrumentalisation, en fait.
Mme Garceau : OK. Et, en ce
qui a trait à l'article 29, le droit à l'avortement, tel que vous le
mentionnez, et pleinement protégé. On n'a pas besoin de légiférer à ce sujet.
Puis j'aimerais... Parce que, dans votre
mémoire, vous parlez évidemment en ce qui a trait... il y avait eu un processus
de consultation, si je peux dire, avec... l'ancienne ministre responsable de la
Condition féminine, parce qu'elle avait l'intention de légiférer à ce sujet
en...
Mme Garceau : ...2023‑2024,
elle a rencontré des groupes. Je ne sais pas si elle vous a rencontré lors de
ces consultations, à ce moment-là, mais il y avait eu aussi le Barreau du
Québecl qui avait eu 400 médecins... lettre ouverte, qui disait : Ne
légiférez pas, parce que vous êtes en train de... c'est un recul en ce qui a
trait aux droits des femmes, mais aussi il y a des risques qu'on va venir
restreindre ce droit-là, en raison des groupes antichoix qui veulent... ils
attendent cette disposition législative afin de venir contester devant les
tribunaux et afin de restreindre le droit à l'avortement des femmes. Et,
évidemment, il y avait aussi le groupe FQPN, qui sont venus également, je ne
sais pas si vous avez écouté leur intervention. Il y a eu également une étude
récente à ce sujet, une étude étoffée, financée également par le Secrétariat de
la condition féminine, et évidemment étude étoffée, à la fin, on dit, première...
la recommandation phare, première recommandation : Ne pas légiférer en ce
qui a trait au droit à l'avortement. Et donc est-ce que vous êtes en faveur de
cette position, et pourquoi?
• (16 h 20) •
Mme Pitre (Gabrielle) : De la
position de ne pas légiférer?
Mme Garceau : Oui.
Mme Pitre (Gabrielle) : Oui.
Tout à fait. Bien oui, entièrement en faveur de cette position. Je pense qu'on
a tenté de le nommer à plusieurs reprises, la raison pour laquelle on est
autant d'organisations à monter aux barricades par rapport à cet article-là et
ce droit-là c'est justement parce qu'on sait, concrètement, on les voit sur le
terrain, les organisations antichoix, qui sont parallèlement des organisations
antiféministes dont les ressources, le temps, l'énergie, leur mobilisation va à
trouver toutes les stratégies possibles et inimaginables pour freiner le
travail qu'on fait sur le terrain. Les groupes féministes, les organisations en
intervention, les personnes qui accompagnent les femmes, on a des... Je ne sais
pas à quel point on peut parler de preuve, ici, mais on a des témoignages
concrets où le nombre de tentatives qui a été faite à travers les années
n'arrête pas. La légifération, la voie d'un projet de loi n'est pas la façon de
favoriser... de protéger le droit à l'avortement.
Par contre, parlons d'accessibilité. La
Montérégie est une région qui est énorme. De notre côté, l'avortement, les
femmes qui souhaitent s'en prémunir, même si la loi leur permet, bien, elles
ont des enjeux d'accessibilité, elles ont des enjeux de déplacements, elles ont
des enjeux de ressources, ce qui fait en sorte que, même si, oui... C'est là,
quand parle d'une différence entre une égalité de droit puis une égalité de
fait... c'est un droit qui est censé être acquis. Après, quand on va réellement
sur le terrain voir... réaliser le constat des choses, bien, ce qu'on se rend
compte, c'est que non, les femmes, n'y ont pas pleinement accès puis que c'est
au niveau de l'accessibilité qu'il faut travailler, plutôt que d'essayer de l'encadrer
légalement alors qu'on sait très bien... on voit trop bien venir ce qui va...
ce qui va s'ensuivre.
Mme Garceau : Et c'est pour
ça que la ministre, l'ancienne ministre de la Condition féminine, avait reculé
sur l'intention de légiférer en ce qui a trait au droit à l'avortement. Et il y
a eu, et vous le mentionnez dans votre mémoire, le plan pour protéger le droit
des femmes de choisir, et tout, qui a été publié en 2024. Et on a mis beaucoup
de...on a misé sur l'accès aux services au droit à l'avortement. C'est ça qui
est nécessaire. On a entendu d'autres groupes qui ont parlé, surtout en région,
qu'il manque des points de service. C'est ça qui est important. Et donc vous
êtes en train de réitérer un peu leur position, qui est très, très importante,
mais on avait... on avait décidé de ne pas légiférer, le gouvernement avait
décidé, en 2024, de ne pas légiférer, et là on rejoue dans la même... on rejoue
dans le même film. Quel est votre message au ministre de la Justice, qui veut
remettre... on est en train de remettre ce débat sur la table quand il était
clos en 2024?
Mme Chrétien (Marie Soleil) :
En fait, le message, c'est que la démocratie ne peut pas se décréter, elle doit
se construire collectivement puis notamment en prenant en compte la parole des
personnes directement concernées. Quand on dit que nous, on ne veut pas de
législation sur l'avortement parce que ça nous met en danger puis ce n'est pas
comme ça que ça va protéger notre droit puis notre accès à l'avortement, on
veut être entendues, en fait, on veut que ce soit entendu puis que ce soit
respecté.
Vous voulez protéger les femmes? Parlons
de financer les maisons d'hébergement, les centres de femme, parlons
d'augmenter les services en... justement, en justice reproductive, avortement,
etc. Parlons de ça...
Mme Chrétien (Marie Soleil) : ...c'est
ça puis c'est comme ça que vous allez protéger les femmes, pas en légiférant
sur l'avortement.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Merci beaucoup, Mme la
députée. M. le député de Maurice-Richard, s'il
vous plaît.
M. Bouazzi : Merci, M. le
Président. Mme Chrétien, vous avez dit qu'il y avait une diversité de
féministes et qu'elles n'étaient pas toutes d'accord. C'est vrai. Ceci étant
dit, toutes celles qu'on a reçues, et, franchement, on en a reçu vraiment
beaucoup, nous ont expliqué qu'il fallait absolument se débarrasser de
l'article 29. En imaginant que le ministre est effectivement le plus grand
féministe des 125 députés, qu'est-ce que... une logique féministe de la part
du ministre devrait... devrait-il juste accélérer le pas et nous annoncer tout
de suite qu'il écoute les féministes du Québec dans leur diversité?
Mme Pitre (Gabrielle) : J'ai
envie de dire oui.
M. Bouazzi : Mais on peut
rester sur le oui, je pense que c'est clair. Le... le ministre semble dire que
sa version de la laïcité est celle du Québec au complet. Je rappelle quand même
que la loi a été adoptée sous bâillon, ça veut dire sans respecter la
souveraineté parlementaire, parce que, quand même, on n'a pas mené le processus
jusqu'au bout. Et, avec une dérogation de la charte qui a, elle, été adoptée à
l'unanimité au Québec, ça fait quand même beaucoup pour une laïcité qui est
censée représenter tout le monde. Dans cette laïcité, est-ce que vous seriez
d'accord avec moi pour dire que c'est les femmes avant tout, et les femmes
musulmanes, bien sûr, qui ont fait les frais de cette vision-là de la laïcité?
Mme Chrétien (Marie Soleil) : Effectivement,
malheureusement, huit minutes, ce n'est pas beaucoup, hein, pour étaler
tous nos argumentaires sur pourquoi l'entièreté de ce projet de loi là devrait
être retirée, en fait, en tout... dans l'entièreté, et non seulement à
l'article 29, mais effectivement ce projet de loi là, en fait, c'est une
attaque directe de droits fondamentaux des femmes dans toute leur diversité.
C'est un outil d'exclusion, c'est une hiérarchisation, comme on disait tantôt.
Puis, c'est vraiment... En fait, nous, notre analyse, c'est que le PL 1,
c'est un outil clé en main pour justifier les discours haineux, des actions
haineuses aussi, de la misogynie à la transphobie, de la... à l'homophobie, du
colonialisme au racisme, j'en passe aussi. Le PL 1, ça offre, en fait,
un... vraiment, un discours basé sur un récit national d'intolérance, qui
nourrit l'intolérance, en fait, puis qui légitimise les violences. C'est aussi
un récit national qui divise plutôt qu'unir. Pourtant, une nation devait être
unie . La vision nationale qui est promue par le PL 1, c'est vraiment une
vision qui fait un schisme entre le nous et le eux. Et donc ça donne aussi des
armes idéologiques à l'intolérance puis ça pose des bases à... des bases
légales à l'acceptabilité sociale aussi de ces violences-là. Puis, pour nous,
c'est... C'est pour ça que, juste pour revenir aussi à votre question tantôt,
c'est pour ça que, pour nous, ce n'est pas seulement l'article 29 qui
devrait être enlevé mais l'entièreté de ce projet de loi là.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Mme Pitre,
Mme Chrétien, c'est tout le temps qu'on a. Merci beaucoup d'avoir
participé à la commission.
Sur ce, la commission ajourne ses travaux
au mardi 17 février, à 10 heures, où elle va poursuivre son
mandat. Merci beaucoup.
(Fin de la séance à 16 h 28)