Journal des débats de la Commission des institutions
Version préliminaire
43e législature, 2e session
(début : 30 septembre 2025)
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Le
mardi 17 février 2026
-
Vol. 48 N° 14
Consultation générale et auditions publiques sur le projet de loi n° 1, Loi constitutionnelle de 2025 sur le Québec
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10 h (version non révisée)
(Dix heures deux minutes)
Le Président (M. Bernard) : Bonjour,
chers collègues. Bienvenue en ce charmant mardi matin. Ayant constaté le
quorum, je déclare la séance de la Commission des institutions ouvertes. La commission
est réunie afin de poursuivre la consultation générale et les auditions
publiques sur le projet de loi n° 1, Loi constitutionnelle de 2025 sur le
Québec. Mme la secrétaire, y a-t-il des remplacements aujourd'hui?
La Secrétaire : Oui, M. le
Président. M. Bachand (Richmond) est remplacé par M. Bernard
(Rouyn-Noranda—Témiscamingue); Mme Haytayan (Laval-des-Rapides), par M. Thouin
(Rousseau); Mme Lecours (Lotbinière-Frontenac), par M. Sainte-Croix
(Gaspé); Mme Schmaltz (Vimont), par M. Lévesque (Chapleau); Mme Massé
(Sainte-Marie—Saint-Jacques), par M. Bouazzi (Maurice-Richard).
Le Président (M. Bernard) : Merci,
Mme la secrétaire. Notre horaire est chargé. Alors, nous entendrons ce matin M.
Daniel Turp, suivi du Bureau de la coopération interuniversitaire, Entente
Québec, M. Simon Guillemette et M. Roméo Bouchard et M. Christian Lapointe. M.
Turp, bonjour, bienvenue à cette présentation. Donc, vous disposez de huit
minutes pour faire votre présentation auprès des collègues. Merci, et à vous la
parole.
M. Turp (Daniel) : Alors,
merci, M. le Président, chers membres de la commission, M. le ministre de la
Justice, mesdames et messieurs. Je tiens à remercier d'abord la Commission des
institutions pour son invitation à comparaître dans le cadre de ces auditions
publiques sur le projet de loi constitutionnelle sur le Québec de 2025, le
projet de loi n° 1.
Je vous ai fait parvenir, le 24 novembre
dernier, un mémoire ainsi qu'un document complémentaire dans lequel j'ai
procédé à une intégration des 10 recommandations de modifications que j'ai
formulées relativement à la partie 1 du projet de loi n° 1, qui propose d'édicter
la Constitution du Québec.
Le Québec ne détient pas, en matière
constitutionnelle, une identité distincte. Les dispositions de sa Constitution
provinciale contenues dans la Loi constitutionnelle de 1867, y compris celles
qui ont été récemment adoptées unilatéralement par l'Assemblée nationale, ainsi
que les lois fondamentales qu'elle a adoptées, ne révèlent pas d'identité
constitutionnelle propre au Québec. Et aux fins de promouvoir l'émergence d'une
telle identité, j'ai toujours été d'avis, comme l'a été l'ancien vice-premier
ministre du Québec et mon mentor, mon collègue, mon ami le regretté Jacques-Yvan
Morin, qui aimerait certainement être des nôtres aujourd'hui, que le Québec
devait avoir sa propre Constitution. Et j'ai notamment présenté, ici même, à l'Assemblée
nationale, et certains s'en souviendront, en ma qualité de député de Mercier, un
projet de Constitution québécoise, le projet de loi n° 196.
Et, dans le temps qui m'est accordé par la
commission, je compte formuler une remarque générale sur le processus d'élaboration
et d'adoption d'un projet de Constitution du Québec, de mettre l'accent sur
cinq des 10 recommandations que j'ai formulées et de faire connaître mes vues
sur le projet de loi sur l'autonomie constitutionnelle du Québec.
Remarques générales sur le processus d'élaboration
et d'adoption du projet de Constitution du Québec. J'estime qu'il aurait été
éminemment souhaitable qu'un plus important processus de consultation ait lieu
en amont de la présentation du projet de loi n° 1. J'ai le sentiment que
le ministre aurait sans doute voulu...
M. Turp (Daniel) : ...initier
un tel processus au début de la présente législature plutôt qu'à quelques mois
de la fin de celle-ci. Il n'en demeure pas moins que l'adoption d'une
Constitution et la création d'un Conseil constitutionnel feront avancer, selon
moi, le Québec. L'adoption de lois fondamentales ont fait avancer le Québec. Le
Parti libéral du Québec a fait avancer le Québec par l'adoption de la Charte
des droits et libertés de la personne. Le Parti québécois a fait avancer le
Québec par la Charte de la langue française, et la Coalition avenir Québec a
fait avancer le Québec en adoptant la Loi sur la laïcité de l'État, et, à mon
avis, on ferait avancer à nouveau le Québec si une loi fondamentale globale,
une Constitution du Québec, était adoptée par un vote transpartisan des membres
de cette Assemblée nationale.
Recommandations un, deux, cinq, huit et
10. Je ferai de brefs commentaires sur cinq des 10 recommandations. Je
tiens à mettre donc l'accent sur ces recommandations. La première,
l'Institution d'une nationalité québécoise. Le projet de constitution du Québec
omet d'inclure les dispositions sur une nationalité québécoise. Le Québec forme
une nation, et l'institution d'une nationalité québécoise contribuerait, selon
moi, à conférer à toutes les personnes qui habitent le Québec un sentiment
d'appartenance à cette nation, y compris les personnes qui choisissent le
Québec comme terre d'adoption et souhaitent s'y intégrer.
L'ajout de chapitres sur les nations
autochtones et la communauté anglophone. L'une des graves lacunes de ce projet
de constitution du Québec est l'absence de reconnaissance des droits collectifs
des nations autochtones et de la communauté anglophone. Les références faites
aux nations autochtones et à la communauté anglophone dans le préambule sont
nettement insuffisantes. Je suis d'avis que des droits collectifs de ces
nations et communautés doivent être enchâssés dans la future constitution du
Québec, et je pourrai préciser d'ailleurs, durant la période d'échange, comme
je le fais dans le mémoire, lesquels droits collectifs devraient ainsi être
enchâssés.
L'ajout d'un chapitre sur le Conseil
constitutionnel dans la Constitution du Québec. J'exprime mon accord avec
l'idée de créer un Conseil constitutionnel du Québec, mais il est surprenant
que l'institution de cette nouvelle instance n'occupe pas une place de choix
dans le texte même du projet de Constitution du Québec. Et je propose dès lors
d'insérer un nouveau chapitre relatif au Conseil constitutionnel dans ce projet
de Constitution.
L'inclusion de formules spéciales de
modification. Il est essentiel, selon moi, que la Constitution du Québec
dispose de formules spéciales de modification que requiert sa nature en tant
que loi suprême. Sans formule spéciale de modification, la Constitution du
Québec ne sera qu'une loi quasi constitutionnelle et pourrait être abrogée par
un simple vote majoritaire de l'Assemblée nationale. Et je propose donc deux
formules spéciales de modification, l'une par résolution au 3/5 des députés.
Cela pourrait aussi être aux deux tiers ou par résolution adoptée à majorité
des membres du Parlement, ratifiée par référendum.
Dernière recommandation que je veux
souligner, la recommandation 10, dans mon mémoire, l'ajout d'une
disposition de souveraineté parlementaire. Devant la possibilité que les
tribunaux et, en dernier ressort, la Cour suprême du Canada cherchent à
assujettir la Constitution du Québec à la Charte canadienne des droits et
libertés, j'estime qu'il convient de soustraire les dispositions de la future
constitution du Québec à tout contrôle et à toute invalidation, au nom de la
Charte canadienne des droits et libertés, en y ajoutant une disposition de
souveraineté parlementaire.
Sur le projet de loi sur l'autonomie
constitutionnelle du Québec, dans mon mémoire, je me disais réserver la
possibilité de formuler, lors des auditions publiques, donc, aujourd'hui, des
recommandations sur cette partie deux, laquelle propose d'édicter une loi sur
l'autonomie constitutionnelle. Après mûre réflexion, je recommande à la
commission de retirer la partie deux du projet de loi numéro un, car elle
contient une disposition qui sème avec raison la controverse, s'agissant de
l'article cinq sur l'interdiction de contestation constitutionnelle, ou si un
article fait double emploi avec la législation existante, c'était l'article
neuf sur la clause de souveraineté parlementaire, de dispositions qui sont des
aveux d'impuissance, comme les articles 23 et 24 sur la représentation du
Québec au sein du Sénat et de la Cour suprême du Canada ou qui ne sont pas
nécessaires, à mon avis, pour préserver et accroître l'autonomie
constitutionnelle du Québec. Un tel retrait pourrait d'ailleurs contribuer à
faire émerger un consensus plus large autour du projet de constitution du
Québec et de lois sur le Conseil constitutionnel.
En conclusion, pour les personnes de
convictions indépendantistes comme moi-même, je le suis, je le répète, le
projet de constitution du Québec, que l'Assemblée nationale est aujourd'hui
invitée à adopter est d'ailleurs susceptible d'être transformé en constitution
transitoire d'un Québec souverain et ouvrir la voie à un processus
d'élaboration par une véritable Assemblée constituante d'une constitution...
M. Turp (Daniel) : ...permanente
pour le Québec. D'ici là, il s'avérerait opportun de doter enfin le Québec de
sa propre identité constitutionnelle et d'une constitution du Québec qui
commencerait à esquisser ce qui en serait, pour reprendre une autre belle
formule de Jacques Yvan Morin, «à la fois le miroir et le portrait idéal».
Merci, M. le Président.
• (10 h 10) •
Le Président (M. Bernard) : Merci
beaucoup, M. Turp, pour la clarté de votre exposé. Nous allons maintenant
débuter la période d'échange. M. le ministre, à vous la parole pour une période
de 9 min 30 s.
M. Jolin-Barrette : Merci, M.
le Président. Professeur Turp, merci beaucoup de participer aux travaux de la
Commission des institutions sur le projet de loi n° 1,
loi constitutionnelle de 2025 sur le Québec. D'entrée de jeu, je voudrais vous
demander : Est-ce que le projet de constitution que nous avons devant
nous, là, malgré les critiques qui sont soulevées, est-ce que s'il est adopté,
il va faire avancer le Québec?
M. Turp (Daniel) : Oui.
M. Jolin-Barrette : OK. Et
vous avez dit, à la fin de votre intervention, en faisant référence aux gens
de... qui ont des allégeances souverainistes, que ce projet-là n'est pas en
opposition avec le projet de souveraineté du Québec.
M. Turp (Daniel) : J'ai
toujours été de cet avis que le Québec devrait avoir sa propre constitution et
que, quel que soit son statut politique, il devait avoir une constitution pour
avoir une identité et, d'ailleurs, l'opposer à l'identité constitutionnelle
qu'on lui a imposée, surtout avec la loi constitutionnelle de 1982. Et donc,
pour moi, un souverainiste, au lendemain de... d'une élection d'un gouvernement
d'un parti souverainiste qui formerait le gouvernement, il y existerait une
constitution qui pourrait être transformée, dans une certaine mesure, pour
devenir la constitution provisoire dans l'attente de cet... de ce... d'un
processus qui amènerait, effectivement, la constitution d'une assemblée
constituante citoyenne ou une assemblée constituante, parce que je crois que
c'est la formule optimale pour adopter une constitution d'un Québec souverain,
par opposition à une constitution à droit constant, bien qu'on peut penser que
cette constitution, le projet qui est là, n'est pas tout à fait à droit
constant.
M. Jolin-Barrette : OK, donc,
je comprends, selon votre analyse, que si le Québec décide de demeurer dans la
fédération canadienne, le projet de constitution que nous avons, c'est une
avancée. Si...
M. Turp (Daniel) : C'est une
avancée, mais à condition que des modifications importantes lui soient apportées,
parce que je considère... il y a 10 autres... il y a 10 modifications que je
vous propose, il y en a cinq, il y en a d'autres, et je crois que, tu sais,
même mon adhésion, là, va dépendre un peu du sort que vous allez réserver à mes
propositions de modifications, et à celles, là, d'autres personnes, d'autres
collègues, d'autres groupes qui se sont présentés devant vous.
M. Jolin-Barrette : Et donc,
je comprends aussi que si le Québec décide d'élire un gouvernement
souverainiste et de choisir la souveraineté, ça sera un début aussi pour une...
pour une constitution transitoire dont le peuple québécois souhaitera se doter
éventuellement. Donc, il y a beaucoup d'éléments qui se retrouvent dans la
constitution. Il y a des innovations, je vous dirais, il y a beaucoup
d'éléments qui se retrouvent, comme vous avez dit tout à l'heure, déjà dans les
lois existantes, qui sont des lois fondamentales et importantes pour l'État
québécois.
M. Turp (Daniel) : Oui, puis
des lois fondamentales, je le répète, qui ont été... adoptées par les trois
partis qui siègent ici, à l'Assemblée nationale. Là, ce que vous proposez,
c'est une loi fondamentale globale, tu sais, votre loi des lois ou la loi
suprême, c'est ce qui n'existe pas. Et je crois qu'on est rendus là, au Québec,
on a fait progressivement des lois fondamentales qui nous mènent à l'idée
d'adopter la loi fondamentale plus globale que serait une constitution du
Québec.
M. Jolin-Barrette : Qu'est-ce
que vous pensez du fait qu'on vient, dans la constitution, établir clairement
des droits collectifs pour la nation québécoise? Droit à la laïcité, langue
française, égalité entre les femmes et les hommes, puis on dit : Bien, ils
concourent à la protection des libertés individuelles. Je vous donne un exemple,
sur la laïcité, c'est à la fois un droit collectif, mais c'est aussi un droit
individuel, le droit d'avoir accès à la laïcité de l'État dans différents
paramètres. Même chose pour l'égalité entre les femmes et les hommes, le fait
de dire : Bien, écoutez, s'il y a un conflit avec la liberté de religion,
au Québec, on fait le choix collectif que l'égalité entre les femmes et les
hommes prime sur la liberté de religion. Qu'est-ce que vous pensez de... de
cette architecture-là qu'on vient inscrire?
M. Turp (Daniel) : J'étais
surpris, probablement heureusement, de retrouver un chapitre sur les droits
collectifs. Pourquoi? Parce que dans l'état actuel de la législation, il n'y a
pas de droits collectifs, sinon que par des références dans les préambules de
deux lois qui ont été adoptées pendant la présente législature, si je me
rappelle bien. Alors, donc, là, on a un catalogue de droits collectifs, et je
crois que c'est...
M. Turp (Daniel) :
...souhaitable qu'au Québec on décide qu'il y ait des droits collectifs qu'on
va aménager, dont on va aménager l'exercice avec les droits individuels. Sur la
laïcité, cependant, je vous ferai remarquer qu'il y a un autre projet de loi
qui laisse entendre qu'on va abolir le droit individuel à des institutions laïques,
l'actuel projet de loi numéro n° 9. Alors, moi...
M. Jolin-Barrette : C'est en
train d'être...
M. Turp (Daniel) : Bien, tant
mieux, parce que je crois, vous le savez, qu'éventuellement un individu ne
pourrait pas nécessairement invoquer l'article sur le droit collectif... aux
institutions laïques, parce que ce n'est pas un droit individuel, mais... Alors
donc, là, j'espère que vous allez maintenir ce droit à la fois au plan
individuel et au plan collectif.
M. Jolin-Barrette : OK. Peut-être
deux dernières questions parce que je souhaite passer la parole à mes
collègues, je vais les poser en rafale mes deux questions ensemble. Donc, je
veux avoir votre avis sur la pertinence du Conseil constitutionnel et pourquoi
c'est important de se doter du constitutionnel. Et deuxième question, les
droits collectifs de la nation québécoise, c'est une innovation, mais ça
existe, les droits collectifs. Pouvez-vous nous confirmer ça, exemple, par
rapport aux nations autochtones qui, au Canada, on reconnaît des droits
collectifs? Donc, ce n'est pas une hérésie de venir consacrer des droits
collectifs pour la nation québécoise.
M. Turp (Daniel) : Ce n'est
pas une hérésie, mais, tu sais, dans les textes, il n'y a pas de droits
collectifs de la nation québécoise, ils ne sont pas enchâssés comme tels, tu
sais. Je vous le rappelle, il y a deux seules références aux droits collectifs
dans la législation, c'est dans des préambules de deux lois. Alors donc, c'est,
à mon avis, heureux et utile de les enchâsser et de les... de faire un
catalogue de droits collectifs, et ça, je suis très... je suis très favorable à
ça. Pour le Conseil constitutionnel, moi, je trouve aussi que c'est une idée
heureuse, parce qu'on va pouvoir, l'Assemblée nationale, nommer nos propres
conseillers, choisir les meilleures personnes qui seraient peut-être des
personnes qu'on ne nommerait jamais à la Cour suprême du Canada, puis...
M. Jolin-Barrette : ...ça?
M. Turp (Daniel) : Oui, oui,
oui. Il y avait déjà M. Morin qui s'était fait dire... il y avait une clause
Morin, je pense, dans l'accord de Charlottetown, l'accord du lac Meech, puis on
disait : Bien, on ne fera pas ça, parce qu'il y aurait un risque que M.
Morin soit nommé à la Cour suprême du Canada. Mais donc, sur ce conseil
constitutionnel, je vous l'avais dit, il y a une chose que ça comblerait aussi
comme lacune, c'est que... vous savez qu'il y a une association des cours
constitutionnelles francophones dans... tu sais, ça existe, il y a
51 membres de cette association... Puis là on n'est pas là, le Québec
n'est pas là, puis la Cour suprême du Canada est là, par exemple, hein, puis
elle a présidé cette association. Alors donc, ce serait, parmi tant d'autres
bonnes raisons, une raison d'instituer un tel conseil constitutionnel.
M. Jolin-Barrette : Je vous
remercie.
Le Président (M. Bernard) :
Merci, M. le ministre. Nous allons maintenant...
M. Lemieux : ...
Le Président (M. Bernard) :
OK! OK. Excusez-moi, M. le député, à vous la parole. Oui, allez-y. Vous
disposez de 1 min 50 s.
M. Lemieux : Vous êtes tout
pardonné, M. le Président. Merci beaucoup. Professeur émérite Turp, content de
vous retrouver. On s'est croisé quelques fois, parce que vous êtes un habitué
des consultations, mais on avait passé une longue journée ensemble à l'occasion
du 250e anniversaire de l'Acte de Québec, où l'organisme, auquel vous
participez plus que moins, était en train de faire une espèce de bilan de la
Constitution au Québec. C'était bien avisé, il y a un an et demi de ça, puis on
est en plein dedans. Là où je veux aller avec ça, c'est qu'à ce moment-là il y
en avait... il y en avait pour tous les goûts. Ce n'était pas un gâteau qu'on
faisait, mais la recette était différente selon qui était qui, qui faisait quoi
dans la vie, qui était prof, qui ne l'était pas. Tous les modèles étaient sur
la table. Le gouvernement dépose celui-ci. On parlait d'hérésie tout à l'heure,
je comprends, là, qu'il pourrait y avoir un conseil... pas un conseil, mais il
pourrait y avoir, comme par exemple, constituons de l'Institut du Nouveau Monde
avait fait. Il y a plein de façons de faire. Il n'y en a pas de mauvaise, dans
le fond, en autant qu'on aboutit avec une constitution.
M. Turp (Daniel) : Ça dépend
du contenu de la Constitution, mais, quand même, tu sais, le processus, ça
compte, mais, à la fin, ce qui compte, c'est son contenu. Puis il faut que ce
soit une Constitution qui, si on choisit de le faire à droit constant, comme ça
semble être principalement l'objectif du gouvernement, bien, on a repris, dans
le projet de constitution, ce qui est à droit constant, en ajoutant les droits
collectifs puis un conseil constitutionnel. Alors, j'ai le sentiment que ce
serait un départ heureux lorsqu'il s'agit de se donner une première
constitution.
M. Lemieux : Un bon début.
Merci beaucoup pour...
M. Turp (Daniel) : Ça dépend
du contenu final...
M. Lemieux : ...merci beaucoup
pour...
M. Turp (Daniel) : ...je vous
le dis, là, moi, là, regarde, je vais réserver...
M. Turp (Daniel) : ...ma
position en fonction du contenu final qui va être présenté à l'Assemblée pour
vote, là.
• (10 h 20) •
Le Président (M. Bernard) :
Merci, M. Turp. Nous allons maintenant du côté de l'opposition officielle. M.
le député de l'Acadie, vous disposez de sept minutes, sept secondes.
M. Morin : Merci, M. le
Président. Alors, bonjour. Rebonjour, professeur Turp. Merci d'être avec nous.
Merci pour votre... votre mémoire et vos explications additionnelles. Dans
votre mémoire, vous faites référence au texte et aux réflexions du professeur
Jacques Yvan Morin, que j'ai eu l'immense privilège de côtoyer, d'échanger, de
constitution, mais aussi de Morin d'Amérique, parce qu'on était de la même
grande famille des Morin d'Amérique. Et ce que je retenais de ses écrits...
d'ailleurs, vous le soulignez dans votre... Dans votre texte, je ne crois pas
trahir sa pensée en disant que dans un projet de constitution dont il faisait
la promotion, il accordait une place aux droits fondamentaux des Autochtones,
Premières Nations, Inuits.
Dans le projet que nous propose le
gouvernement, on retrouve des références aux Premières Nations. C'est dans le
préambule. Comme vous le savez comme moi, le préambule fait partie de la loi,
mais il est là pour expliquer, donner enfin des grands thèmes. Rien, rien dans
le texte de loi. Et vous avez peut-être regardé les audiences de la commission
jusqu'à maintenant, mais, quand on a reçu des membres des Premières Nations,
ça, c'est mon évaluation à moi, mais ça ne s'est pas très bien passé, à mon
avis.
Alors, qu'est-ce qu'on pourrait faire?
Qu'est-ce que vous suggérez? Parce que je pense qu'une constitution doit unir
les gens, ne doit pas les diviser. Qu'est-ce que vous suggérez qui devrait être
fait pour faire en sorte qu'on puisse reconnaître ces nations qui sont sur le
territoire du Québec?
M. Turp (Daniel) : Alors,
j'ai... j'ai proposé, j'ai formulé ma... deux articles sur ce qui devrait être
reconnu comme droit collectif aux nations autochtones, aux Premières Nations et
à la nation inuite. Et ce que je propose que l'on fasse, c'est qu'un peu à
droit constant... qu'on reprenne les droits qui ont été énoncés dans la motion
de 1984 et avec l'ajout de 1985 pour ajouter les Malécites, qu'on avait oubliés
en 1984. Et d'ailleurs il y a une série de droits collectifs à l'autonomie
gouvernementale, et je trouve que cela, ça devrait être enchâssé dans le texte
de la Constitution. Je propose aussi, vous l'avez peut-être noté, d'indiquer
clairement, d'intégrer dans la Constitution les normes de la Déclaration des
Nations unies sur les droits des peuples autochtones. Je crois que ça, ce
serait un geste très apprécié par les nations autochtones qui se sont battues
puis qui ont réussi à faire adopter cette déclaration aux Nations Unies. Et je
crois que ce sont des choses qui combleraient la lacune, la grave lacune de ce
projet.
M. Morin : Oui. D'ailleurs,
sur la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones,
qui a fait l'objet d'un très large consensus après des années et des années de
travail, personnellement, j'y vois là un canevas, une base pour construire
quelque chose avec les Premières Nations, qui, quant à moi, devraient être
incluses dans un texte législatif qui parle à une Constitution québécoise. On
ne parle pas uniquement... parce que, quand on regarde le préambule, là, on
parle de leur... on parle de leur culture. Mais, dans la Déclaration des
Nations-Unies, c'est beaucoup plus large que ça. On parle de la gestion de leur
territoire, de l'essor économique des Premières Nations. Puis je pense que, si
on veut construire un Québec de demain, il faut absolument dialoguer avec eux
là-dessus. C'est quoi... Quelles sont vos réflexions là-dessus?
M. Turp (Daniel) : Je crois
que le Québec doit être exemplaire. Le Canada ne s'est pas... et fait aidé et
apprécié quand il a voté contre cette déclaration, il a voté contre cette
déclaration et il leur a pris de nombreuses années avant qu'il n'y souscrive.
En souscrivant, il disait : Ah, c'est juste une déclaration. Ça n'a pas de
valeur obligatoire. Il y a finalement une législation fédérale. Il y en a aussi
une... une en Colombie-Britannique, et là le Québec serait exemplaire si non
seulement il souscrivait, il énonçait qu'il est en accord avec cette
déclaration, mais qu'il incorporait ces dispositions dans une Constitution
québécoise. Et je crois que cette exemplarité ferait du Québec, tu sais, une
nation qui, très concrètement, accepte de dialoguer d'égal à égal avec les
nations autochtones...
M. Morin : ...je vous
remercie. L'autre élément sur lequel insistait le Pr Jacques-Yvan Morin, c'est
la place, évidemment, et les droits fondamentaux à l'usage de la langue
anglaise et de la communauté anglophone. Là encore, dans le document, on... il
y a une référence à la communauté, aux institutions de la communauté
anglophone. C'est un préambule. Les anglophones ont contribué à l'essor de la
société québécoise et y contribuent encore, ils vont le faire aussi. Est-ce
qu'on ne devrait pas leur accorder une place au sein de... dans le texte plutôt
que dans un considérant?
M. Turp (Daniel) : Oui, et
j'ai rédigé un article qui va dans ce sens-là et qui enchâsserait les droits
collectifs de la minorité nationale, donc anglophone du Québec, à la gestion
des institutions scolaires, ce qui existe, qui serait de droit constant, plus
une reconnaissance de certains droits individuels appartenant aux personnes
qui... à la communauté anglophone. Je crois que ce serait aussi important. Ça
comblerait une lacune.
Je vous... J'ajouterais, par exemple, vous
allez peut-être l'avoir vu dans mon mémoire, en parlant et en pensant à
Jacques-Yvan Morin, que, dans l'avant-projet de loi qu'il avait rédigé à la demande
de René Lévesque... si vous ne l'avez pas lu, je vous recommande quand même la
lecture des 100 articles du projet... d'avant-projet de Constitution du Québec
que M. Morin avait remis à René Lévesque le 21 mai 1985. Il proposait aussi
d'enchâsser les droits économiques et sociaux. M. Morin était un grand, grand
partisan de la reconnaissance constitutionnelle des droits économiques et
sociaux. Et moi, je propose, tu sais, de modifier un des articles du projet de
Constitution pour constitutionnaliser les droits économiques et sociaux, qui ne
sont même pas quasi constitutionnalisés dans notre actuelle Charte des droits
et libertés de la personne. Il avait essayé, M. Morin, en 1975, devant son
vis-à-vis, Jérôme Choquette, le ministre libéral de la Justice, mais on n'avait
pas accepté cette proposition de quasi constitutionnaliser les droits
économiques et sociaux. Là, on a l'occasion, non seulement de les quasi
constitutionnaliser mais de les constitutionnaliser.
M. Morin : Très bien. Je vous
remercie, M. le Président.
Le Président (M. Bernard) :
Merci, M. le député. Je cède maintenant la parole au deuxième groupe
d'opposition. M. le député de Maurice-Richard, vous disposez de
2 min 23 s.
M. Bouazzi : Merci beaucoup,
M. le Président. Merci, M. Turp, très intéressant, votre mémoire, un certain
nombre aussi de rappels historiques importants. Et puis aussi on a reçu toutes
sortes de groupes, que ce soient les Premières Nations, qui étaient très, très
en colère, mais aussi les groupes de minorité anglophone. Et je pense que vos
propositions sont vraiment constructives.
Peut-être revenir sur la clause de
souveraineté parlementaire. Est-ce que vous êtes d'accord pour l'utiliser
contre la Charte québécoise des droits et libertés?
M. Turp (Daniel) : Bien, ce
n'est pas nécessaire, parce que, tu sais, la charte québécoise va subsister. La
charte québécoise contient sa propre clause de souveraineté parlementaire.
Alors donc, il va y avoir... en tout cas, un futur conseil constitutionnel va
devoir aménager les rapports entre la Constitution et les droits qui y sont
enchâssés et la charte elle-même. Alors donc, je crois que ce n'est pas
nécessaire de faire quoi que ce soit à ce sujet-là, mais pour la charte
canadienne, c'est important.
M. Bouazzi : Oui, ça, je vous
entends, mais, actuellement, pour la loi qui est citée dans la Constitution, la
loi n° 21, donc, sur la laïcité, l'intégration, le français, toutes ces
lois-là utilisent la dérogation à la Charte québécoise des droits et libertés.
Vous, vous dites : Arrêtons de déroger.
M. Turp (Daniel) : Bien,
écoutez, puisque je propose qu'il y ait une clause de souveraineté
parlementaire dans la Constitution elle-même pour qu'elle échappe à la charte
canadienne, il va devoir... notre conseil constitutionnel va devoir toujours se
poser la question de la constitutionnalité des lois, mais avec la Charte des
droits et libertés de la personne qui est... qui serait maintenant
constitutionnalisée.
M. Bouazzi : Qu'elle soit
constitutionnalisée, c'est une chose, mais qu'on y déroge est une autre. Donc,
vous, vous dites : Est-ce qu'on... J'ai du mal à vous suivre. Je comprends
pour la fédérale, pas de problème, votre point est clair. Sur la québécoise,
particulièrement, aujourd'hui, là, nous, on pense que la laïcité et les droits
fondamentaux des Québécoises et Québécois peuvent très bien cohabiter.
Aujourd'hui, il y a une clause qui déroge à la Charte québécoise des droits et
libertés pour pouvoir appliquer la version de laïcité du gouvernement, ou de sa
compréhension de la défense de la langue française, ou de sa compréhension de
ce que c'est que l'intégration au Québec. Est-ce que, oui ou non, on devrait
continuer à déroger à la charte québécoise et donc utiliser cette clause-là par
rapport à la charte québécoise? Oui ou non? C'est tout simple...
• (10 h 30) •
M. Turp (Daniel) : ...oui,
parce que, pour moi, sur cette question, les limites...
10 h 30 (version non révisée)
M. Turp (Daniel) : ...on
apporte à certains droits fondamentaux, par exemple...
Le Président (M. Bernard) :
...
M. Turp (Daniel) : ...à la
liberté de manifester sa religion. Ce sont des limites qui peuvent être
décidées...
Le Président (M. Bernard) :
...
M. Turp (Daniel) : ...par l'Assemblée
nationale.
Le Président (M. Bernard) : Désolé,
M. Turp, de vous interrompre, mais la période de temps qui vous est allouée est
terminée. Alors, merci beaucoup de votre présence ici.
Je suspends les travaux quelques instants
pour qu'on puisse accueillir le prochain groupe. Merci.
(Suspension de la séance à 10 h 31)
(Reprise à 10 h 33)
Le Président (M. Bernard) : Bonjour.
Merci. Nous allons maintenant entendre le Bureau de coopération
interuniversitaire. Vous disposez donc de huit minutes pour votre exposé, puis,
par la suite, nous procéderons aux échanges avec les groupes parlementaires.
Alors, Mme D'Amours, M. Blanchette, à vous la parole.
M. Blanchette (Christian) : Merci
beaucoup, M. le Président. M. le ministre, Mmes, MM. les députés et personnes
qui vous accompagnent, bonjour. Donc, Christian Blanchette, recteur de l'Université
du Québec à Trois-Rivières et président du Bureau de coopération interuniversitaire,
le BCI, et Mme D'Amours, rectrice de l'Université Laval.
Le BCI représente 20 établissements
universitaires du Québec. Sa mission est de favoriser la concertation entre les
administrations universitaires, de promouvoir leurs intérêts communs et de
faciliter le partage de services et de bonnes pratiques au sein du réseau
universitaire québécois. Quelques-uns des rectrices et des recteurs membres ont
déjà soumis un mémoire dans le cadre de cette consultation et ont eu la chance
de s'exprimer. Et nous souhaitons d'abord souligner que nous partageons toutes
et tous, au sein du BCI, une même lecture de l'enjeu... des enjeux du projet de
loi n° 1.
D'entrée de jeu, nous tenons à souligner
que nous ne... que nous sommes tous témoins que ce projet de loi suscite,
depuis le début des audiences, de nombreuses critiques, des recommandations de
modifications majeures et même des appels à son retrait. Malgré ce contexte,
les membres du BCI ont quand même tenu à contribuer à cet exercice de réflexion
en présentant les principaux éléments de réflexion et recommandations sur
lesquels ils et elles sont tous d'accord, en fait, son impact sur les
universités.
Si vous ne deviez retenir qu'une seule
idée aujourd'hui, c'est que les membres du BCI déplorent que le projet de loi
n° 1, tel qu'il est présenté, n'inclue pas les deux principes fondamentaux qui
rendent possible l'accomplissement de la mission universitaire, soit la liberté
académique et l'autonomie universitaire.
Avant d'aller plus loin, je pense que ces
principes méritent d'être précisés. La liberté académique est le droit des
membres de la communauté universitaire d'exercer librement et sans contrainte
doctrinale une activité contribuant à la mission universitaire. Elle comprend
notamment la liberté d'enseigner, de recherche, de création et d'expression
dans le respect des normes de rigueur scientifique. Ce principe a été reconnu
par le gouvernement dans la Loi sur la liberté académique dans le milieu
universitaire, adoptée en 2022, et la motion adoptée à l'unanimité en 2020 par
l'Assemblée nationale. Elle donnait son appui indéfectible à la liberté
académique en soulignant qu'il est essentiel que les...
M. Blanchette (Christian) : ...établissements
d'enseignement soient des lieux d'échanges, d'analyses sur les phénomènes
sociaux qui ont forgé l'époque contemporaine, même s'ils sont inconfortables.
Si la liberté universitaire est une condition nécessaire à l'accomplissement de
la mission de l'université, elle n'est pas suffisante en soi. L'autonomie
universitaire est tout aussi capitale. L'autonomie universitaire, c'est la
capacité des établissements à définir et à mettre en œuvre leurs orientations
académiques, leur structure et leurs règles internes, en cohérence avec leur
mission et leurs réalités propres. Cette autonomie est essentielle pour
garantir l'interdépendance des choix pédagogiques et scientifiques sur lesquels
reposent la production de savoirs crédibles et la formation d'un esprit
critique. Considérant l'importance cruciale de ces deux principes pour les
universités, les membres du BCI ont été surpris de constater que ces derniers
ne se trouvent... ne trouvent pas leur place dans la future constitution. C'est
pourquoi nous nous présentons aujourd'hui dans cette commission et que nous
demandons, un, d'inscrire la liberté académique et l'autonomie universitaire
comme principe inattaquable dans la constitution du Québec, et deux, d'exclure
les établissements universitaires de l'application des articles qui les
empêcheraient de défendre leur mission et leurs droits devant les tribunaux.
Inscrire la liberté académique et
l'autonomie universitaire dans ce texte de loi, c'est permettre aux universités
québécoises de remplir leur mission, de former, de produire des connaissances
par la recherche et de servir la collectivité. Ce sont les deux conditions
fondamentales qui permettent aux universités de le faire. Malheureusement, dans
l'état actuel, le texte de projet de loi n° 1 ne
permet pas d'assurer cette protection, plus encore, certaines de ces
dispositions fragilisent concrètement la capacité des universités à remplir
leur mission. Le projet de loi intègre pourtant plusieurs libertés et droits
fondamentaux qui visent à affirmer l'identité nationale et à assurer l'autonomie
du Québec, mais la liberté académique et... l'autonomie universitaire sont
manquantes, alors qu'elles devraient plutôt bénéficier du même statut
fondamental que les autres principes que le gouvernement a choisi d'inscrire
dans le projet actuel.
En n'intégrant pas ces principes au projet
de loi constitutionnelle, le gouvernement envoie le message que la liberté
académique et l'autonomie universitaire ne méritent pas la même protection. Il
fragilise l'université québécoise. Pourquoi ces deux principes sont-ils
importants? Les universités ne sont pas des institutions publiques comme les
autres. Elles sont des lieux de production de savoirs, de savoirs nouveaux,
d'analyses basées sur des données probantes issues de la recherche
scientifique, de débats non partisans, libres et ouverts et d'innovations à la
fine pointe de la connaissance. Elles peuvent, bien sûr, indisposer, mais elles
forment ainsi des citoyennes et des citoyens avisés et critiques, éclairent la
prise de décision publique et forment des leaders instruits dans tous les
domaines d'activité et accompagnent, par des expertises de pointe, différents
milieux de vie et de travail, et contribuent activement au rayonnement du
Québec à l'international. Elles travaillent, par leurs équipes de recherche et
de formation, sur des solutions aux défis d'aujourd'hui et de demain, tout en
étant des moteurs sociaux et économiques essentiels. Elles le font grâce à une
autonomie qui leur permet d'être rigoureuses, proactives et innovantes. Elles
participent à la vitalité démocratique et au progrès économique et social au
bénéfice de l'ensemble de la société.
Pour continuer sur cette voie, il faut
préserver les conditions qui rendent cela possible. Ces conditions reposent sur
les deux principes que nous avons mentionnés plus tôt. Ensemble, ces principes
créent un environnement propice à une pensée libre, à l'innovation et à la
critique sociale. Inclure les principes de liberté académique et d'autonomie
universitaire, c'est reconnaître pleinement le rôle essentiel que jouent ces
établissements dans la définition et l'affirmation de la nation québécoise. Ce
rôle est fondamental et largement reconnu. Les universités ont été les témoins
et les parties prenantes des grands bouleversements qui ont façonné le Québec.
Elles ont contribué et démocratisé l'accès à l'éducation supérieure et
participé à la scolarisation de la population québécoise. Elles sont le lieu
principal où la place du français, comme langue de savoir et de recherche,
s'est consolidée. Elles incarnent des espaces où s'étudie, se développe et se
transmet la culture québécoise tout en favorisant le dialogue interculturel.
Elles... elles ont produit les connaissances qui ont façonné la plupart des
politiques publiques, elles ont contribué à positionner le Québec comme un
acteur majeur dans la francophonie internationale, et elles sont toujours des
ambassadrices de l'identité québécoise à l'étranger.
Finalement, il est important de rappeler
que nos demandes sont aussi portées par d'autres...
M. Blanchette (Christian) : …organisation
du milieu de l'enseignement supérieur. En fait, nombreux sont ceux qui ont fait
le choix, un peu partout sur la planète, d'inclure le principe de liberté
académique et d'autonomie universitaire dans leur constitution. En intégrant
ces principes. Le Québec se joindra à un mouvement mondial qui valorise la
pensée critique et la protection de la recherche libre et ouverte produite dans
des institutions universitaires. C'est un véritable mouvement international
auquel le Québec devrait se joindre. Merci.
• (10 h 40) •
Le Président (M. Bernard) : Merci
beaucoup, M. Blanchette. Nous allons maintenant procéder aux échanges avec les
parlementaires. M. le ministre, vous disposez donc d'une période de
9 min 30 s.
M. Jolin-Barrette : Merci, M.
le Président. Mme la rectrice, Mme D'Amours de l'Université Laval, M. le
recteur, M. Blanchette, de l'Université du Québec à Trois-Rivières. Bien, je
note bien votre... votre souhait d'inclure la liberté académique à l'intérieur
de la Constitution. D'ailleurs, M. Cloutier également nous a fait les mêmes
représentations, puis j'ai une ouverture à ce niveau-là.
Par contre, M. Blanchette, dans votre
allocution, vous disiez : «Le projet de constitution fragilise les
universités.» J'aimerais mieux comprendre ça parce qu'en quoi le projet de loi
n° 1, s'il était adopté, viendrait compromettre le principe de liberté
académique et de liberté pédagogique concrètement?
M. Blanchette (Christian) : Écoutez,
je pense, prenons l'article 17, dans l'annexe.
M. Jolin-Barrette : 7?
M. Blanchette (Christian) : 17.
M. Jolin-Barrette : 17.
M. Blanchette (Christian) : 17,
qui fait en sorte que le Parlement pourrait inviter les… les organisations
publiques à ne pas participer à des travaux parlementaires fédéraux, à
l'élaboration de règlements fédéraux et toute conduite qu'il juge appropriée et
fait en sorte que les recteurs et les rectrices soient les personnes qui
doivent empêcher ce dialogue. Nos professeurs contribuent aux… aux débats
publics, aux débats publics à l'échelle canadienne autant qu'à l'échelle
québécoise et internationale, et ce règlement nous empêcherait de pouvoir
justement jouer notre rôle pleinement.
M. Jolin-Barrette : Mais les
professeurs pourraient toujours aller en commission parlementaire. Ils sont
souverains, les professeurs. L'idée, derrière l'article 17 et 18,
relativement aux institutions québécoises, parce que je pense que vous êtes
d'accord avec moi, autant dans le réseau des UQ que des universités à charte
comme l'Université… Laval et les autres universités. Vous êtes des institutions
proprement québécoises qui disposez d'importants fonds de l'État québécois. On
parle, je pense, le ministère de l'Enseignement supérieur, c'est plus de
10 milliards par année. Donc, c'est l'argent des contribuables québécois.
Alors, je pense que ça prend une cohérence de l'État québécois, malgré l'indépendance
des universités, l'indépendance du savoir, l'indépendance de la recherche, et
j'en suis. Cependant, ça prend quand même une cohérence aussi dans la
distribution des fonds fédéraux qui sont une compétence québécoise. Vous êtes
d'accord avec moi que l'éducation, c'est une compétence qui relève de l'État
québécois?
M. Blanchette (Christian) : Oui,
mais la recherche est une… est une compétence qui est partagée, et on agit en
recherche et on soutient la recherche de nos professeurs d'une manière quotidienne.
Il y a des exemples, d'autres exemples.
M. Jolin-Barrette : Peut-être
juste une précision?
M. Blanchette (Christian) :
Oui?.
M. Jolin-Barrette : Est-ce
que la posture du BCI ,c'est de dire : Bien, écoutez, nous on est
constitués en vertu de la compétence québécoise, mais accessoirement ça
justifie de passer outre, dans le fond, notre compétence principale, puis parce
que le fédéral a des fonds de recherche, donc on devrait complètement ne pas
être assujettis, supposons, à la cohérence québécoise pour… pour faire en sorte
que l'argent supposons qui est à Ottawa, bien, soit en fonction des besoins des
universités. Parce que, exemple, en matière de recherche, là, je pense qu'on
l'a vu dans plusieurs universités, là, le gouvernement fédéral impose ses…
son... le multiculturalisme canadien, oriente les choix de recherche, vous
force même à engager des professeurs en fonction de l'ethnicité. Est-ce que,
ça, vous êtes à l'aise que le gouvernement fédéral impose sa doctrine
multiculturelle, impose la bien-pensance canadienne à l'intérieur de nos
universités, qui transforme par le fait même et oriente la recherche?
Mme D'Amours (Sophie) : Bien,
ce qui est… ce qui est discuté actuellement par mon collègue, c'est le fait que
vous...
Mme D'Amours (Sophie) : ...vous
nous avez présenté dans votre réponse, là, une interprétation par rapport à ce
que... ce qu'il faut comprendre par rapport au texte présenté, c'est-à-dire que
les chercheurs ne sont pas l'institution, ils sont autonomes, eux peuvent
présenter leur point de vue. Alors, qui est l'institution? Les recteurs, Les
vice-recteurs sont tous des professeurs, sont tous des personnes qui ont mené
de la recherche, portent des travaux constamment et qui sont sollicités partout
dans le monde pour leurs opinions. Et, au gouvernement fédéral comme ailleurs,
nos invitations portent très largement sur des enjeux de recherche, très
largement sur des enjeux de recherche qui sont souvent en adéquation à des
défis. C'est vrai ici, au Québec. Quand le Québec a des défis ou des
opportunités, les universitaires sont invités indistinctement, le recteur ou la
rectrice, le vice-recteur. Donc, il y a... il y a... il y a une question là, à
savoir : Qui est l'institution dans ce contexte-là?
Et la mission de l'université, c'est
d'éclairer, c'est d'apporter l'éclairage que nous possédons. Il n'est pas
unique. Il y a... il y a plein de monde dans la société qui ont des
contributions à présenter, mais nous, on passe notre vie, là, matin, soir, fin
de semaine, constamment à chercher, à faire avancer la connaissance, à
répertorier la connaissance et à la partager. C'est ça, notre travail. Donc,
c'est sûr qu'on peut sortir ou identifier des éléments qui sont plus
problématiques, mais l'enjeu même de la liberté et de l'autonomie, c'est de
faire en sorte que les universités puissent mettre sur la table l'état des
connaissances sur tous les sujets, même des sujets qui nous embêtent. Puis vous
avez soulevé des sujets qui embêtent, pour lesquels la société canadienne et québécoise
se posent des questions constamment. Est-ce que c'est une bonne idée, pas une
bonne idée? Jusqu'où l'équité doit aller? Comment on doit faire? Quels sont les
meilleurs processus? Et ça fait partie de notre travail que de... que
d'éclairer la société. Donc, je pense que c'est ça, l'enjeu.
L'autre enjeu par rapport aux exclusions,
pour nous, c'est l'article 5 qui ne permet pas aux universités, aux
institutions de poursuivre ou d'aller en cour sur des sujets ou en lien avec la
mission universitaire, elles sont attaquées. Et, quand on regarde l'histoire
récente aux États-Unis, c'est le seul rempart qui reste aux universités
américaines, sinon elles sont complètement sous contrôle de l'État. Et, quand
je dis ça, ce n'est pas le contrôle de l'État par les ressources. Les États
définissent les ressources, définissent les usages. Les universités doivent
faire avec ces ressources. C'est clair, ça. Mais, de façon libre, elles sont
capables de mener des recherches, de défendre des... leurs missions à l'échelle
nationale et, aux États-Unis, elles sont obligées de le faire actuellement.
Donc, la Constitution, puis je ne suis pas constitutionnaliste, donc là je
parle vraiment avec le coeur d'une citoyenne, doit protéger contre des
situations futures qui pourraient être malveillantes.
M. Jolin-Barrette : Juste
pour vous rassurer, je ne crois pas... Bien, allons-y par étapes, là.
L'article 5 auquel vous faites référence n'est pas dans la Constitution,
il est dans la Loi sur l'autonomie constitutionnelle. Ça, c'est le premier
élément qui est important de souligner. L'article 5 n'empêche pas les
universités de contester. Par contre, ce qui est prévu, c'est que les
universités ne pourraient pas utiliser, exemple, les transferts pour contester
certaines lois, notamment la Charte de la langue française. Est-ce que les
universités ont un enjeu avec la Charte de la langue française? La loi sur
l'intégration nationale. Est-ce que les universités ont un enjeu avec le fait
qu'on accueille les personnes immigrantes? On souhaite qu'ils s'intègrent dans
la société québécoise en français... québécoise. La Loi sur la laïcité. Est-ce
que les universités ont un enjeu avec la Loi sur la laïcité, le fait qu'on...
les personnes en situation d'autorité ne portent pas un signe religieux, que
toutes les religions sont sur un pied d'égalité, que c'est notre vivre-ensemble
québécois, la Constitution du Québec, le... Si jamais, en plus, on met la
liberté académique dans la Constitution, je vois mal comment les universités...
Alors, c'est les lois qu'on vient dire : Bien, écoutez, vous pouvez les
contester, mais vous n'utiliserez pas l'argent des Québécois pour les...
M. Jolin-Barrette : ...alors,
quand on dit : On enlève la capacité d'ester en justice, il faut... il
faut venir préciser les choses, il ne faut pas faire dire à l'article 5 ce
qu'il ne dit pas. Et, vous savez, dans le cadre de cette commission-ci, on a
beaucoup parlé des États-Unis, notamment sur la question du droit à
l'avortement, et on m'a sans cesse plaidé à l'effet qu'on est tellement mieux
protégés au Canada...
Le Président (M. Bernard) :
Merci, M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : ...qu'aux
États-Unis à cause de notre système juridique.
• (10 h 50) •
Le Président (M. Bernard) : Merci,
M. le ministre. Le temps est malheureusement écoulé. Je cède maintenant la
parole au porte-parole... le deuxième groupe d'opposition. Vous disposez d'une
période de 9 minutes 30.
M. Morin : L'opposition
officielle?
Le Président (M. Bernard) : Oui,
pardon, excusez-moi, l'opposition officielle. Je me suis trompé de ligne.
M. Morin : Ça va. Merci. Merci,
M. le Président.
Le Président (M. Bernard) : À
vous, à vous, M. le député d'Acadie.
M. Morin : Merci beaucoup.
Mme D'Amours, M. Blanchette, merci, merci d'être avec nous. Bien, continuons
justement à parler de l'article 5. Et c'est exact que l'article 5, dans le
projet de loi n° 1, ne se retrouve pas dans le document qui s'appelle Loi
constitutionnelle. Ça se retrouve dans la Loi sur l'autonomie constitutionnelle
du Québec. Dans les faits, est-ce que ça change grand-chose? Je ne sais pas ce
que vous en pensez, mais, moi, c'est... en tout cas, ça m'apparaît... ce n'est
pas dans la Constitution, mais, quand même, il y a une intention claire du
gouvernement. Et ce que dit M. le ministre, c'est... c'est exact, l'article 5
n'empêche pas d'ester en justice, sauf que ça limite drôlement la provenance de
fonds pour aller ester en justice, par exemple, et ça, il faut le dire.
L'autre élément, parce que les universités
sont visées par l'annexe un, c'est écrit : «Le Parlement du Québec peut,
dans une loi, déclarer que celle-ci ou l'une de ses dispositions protège la
nation québécoise ainsi que l'autonomie constitutionnelle et les caractéristiques
fondamentales du Québec», qui, par ailleurs, ne sont pas définies. Donc,
éventuellement... Parce qu'évidemment, quand on adopte des lois, on les adopte
autant que possible pour longtemps, hein? Donc, moi, j'aimerais vous entendre
là-dessus, parce que, si on empêche les organismes, au moyen de sommes
provenant du fonds consolidé du revenu, d'autres sommes provenant d'impôts, de
taxes, de droits, de sanctions prélevés en application de lois du Québec pour
contester le caractère opérant ou l'applicabilité constitutionnelle, si jamais
le Parlement du Québec adoptait une loi qui, selon vous, contreviendrait à la
mission même des universités, les fonds, vous allez les trouver où si vous
voulez ester en justice? Et quels pourrait être l'impact sur la mission même de
l'université et, évidemment, ce qui est aussi fondamental, toute la question de
l'autonomie des établissements universitaires puis de la liberté académique?
M. Blanchette (Christian) : Vous
soulevez beaucoup de bonnes questions, et la définition de ce que sont les
fonds et la provenance des fonds des universités est un élément clé. M.
Cloutier avait signalé... avait posé la question : Est-ce que les droits
de scolarité des étudiants québécois sont des fonds venant du Québec? Les
universités reçoivent principalement leur financement de l'État public, un
financement venant de la recherche qui est du financement qui est dirigé vers
des projets de recherche. Il reste la philanthropie, il reste les droits de
scolarité des étudiants internationaux. Pour nous, c'est assez peu bien...
c'est assez peu défini.
Un des éléments importants dans notre
message sur l'autonomie universitaire, entre autres, c'est que, dans bien des
cas, l'intention du parlementaire, il est noble, mais quelques fois... en fait,
dans bien des cas, ces lois-là sont interprétées et, dans leur interprétation,
elles peuvent amener des défis. Écoutez, la souveraineté numérique pourra être
déclarée d'intérêt national, ce qui nous amène à pouvoir réfléchir à ce qui est
en train de se passer, où on a une loi sur la gestion de la gouvernance des
ressources informationnelles des organismes publics, les universités en font
partie. Et, dans cette loi-là, la grande question, c'est : Quelles sont
les données? Est-ce que les données sont des données gouvernementales? On pose
la question : Est-ce que les données de recherche sont des données
gouvernementales? Si elles le sont, elles peuvent être accessibles par la Loi
d'accès à l'information, et ce qui fait que tous nos protocoles de recherche en
santé, en santé mentale, là où il y a des sujets humains, où on s'engage à
limiter l'accès aux données recueillies et autorisées par le participant, bien,
soudainement, cette loi-là est mise à mal. Si la logique est maintenue...
M. Blanchette (Christian) : ...de
l'interprétation de la loi jusqu'à son adoption, bien, les universités, c'est
d'intérêt national, ne pourraient pas, selon ce qui est dans le projet de loi,
contester le fait que les données de recherche ne devraient pas être des
données publiques. C'est un débat qu'on a depuis quatre ans, présentement, et
on espère résoudre ça bientôt, parce que la loi va entrer en vigueur dans
quelques années et ça pourrait mettre à mal la recherche québécoise avec... en
santé, en santé mentale, en gestion, là où il y a des participants humains.
Mme D'Amours (Sophie) : ...petit
bout sur le financement des universités puis les ressources qui pourraient être
utilisées pour contester une loi. C'est clair que les universités québécoises
n'ont pas tous le même... ne profitent pas tous d'une diversité égale de
revenus, hein? Donc, on a des universités plus grandes, qui ont des revenus
plus diversifiés, avec des capacités, plus autonomes que d'autres. Donc, déjà
là, on créé une différence entre des universités qui pourraient se défendre...
que d'autres qui ne pourraient pas le faire, là, dans les... dans le contexte
actuel, donc.
Mais toute la question, dans le fond,
qu'on soulève ici, c'est cette question du rôle des universités, puis j'y
reviens parce que je pense que c'est ça qui est le fondamental dans la
conversation actuelle. Les universités au Québec ont contribué de façon
importante, significative au Québec d'aujourd'hui, par... M. Blanchette le
disait tout à l'heure, contribuent au développement des institutions québécoises.
Le système éducatif qui est le nôtre, il fait l'envie de plusieurs dans le
monde. On a eu la commission Parent. C'est au cœur de notre identité, c'est au
cœur du développement de notre culture, de notre capacité de développement. La
preuve a été faite de l'innovation, etc. C'est un pilier de la démocratie
québécoise. On forme les citoyens, les citoyennes, ils passent, en grande
partie, dans nos universités, ils sont exposés au monde puis au rôle qu'ils
doivent jouer dans la société.
Donc, pour nous, de ne pas retrouver dans
la Constitution cette liberté puis cette autonomie nous inquiète. Je vais vous
lire ce qui est écrit dans la Constitution suisse : «La liberté de
l'enseignement et de la recherche scientifique est garantie.» Ce n'est pas très
long. Ça dit beaucoup. C'est important parce que c'est un pilier démocratique.
Puis, dans le fond, les commentaires que
l'on fait par rapport aux articles auxquels on pense qu'on ne devrait pas, les
universités, être assujetties, ils sont en lien avec l'effet qu'ils pourraient
avoir à deux égards. D'abord, quand on dit : Les universités ne devraient
pas utiliser les fonds publics pour aller critiquer de façon juridique, là,
aller en cours contre l'État sur des projets de société, notamment ceux qui les
concernent, bien, qu'on ait l'argent ou pas, on contribue à affecter la
réputation des universités, parce que ce discours-là, il vient mettre dans la
tête des gens que les universités ne travaillent pas pour eux, utilisent des
ressources contre eux, etc. Donc, je pense qu'il faut être clair par rapport à
cet élément-là, parce que ce n'est pas ça, l'intention, je pense, autant du
législateur que des universités, dans ce débat-là, mais il faut mettre des
conditions où les universitaires peuvent jouer leur rôle et contribuer à
l'avancement du Québec. Et ça peut passer, puis on le voit ailleurs, par le
fait de devoir se défendre et défendre la mission universitaire et les contours
de cette mission universitaire, parce qu'elle peut être interprétée à
différents moments de l'histoire, de façon différente. Alors, quelques pays,
mais... bon, on nomme souvent la Suisse comme étant un État démocratique, le
libellé dans leur Constitution est le suivant, c'est l'article 20 : «La
liberté de l'enseignement et de la recherche... de la recherche scientifique
est garantie.»
M. Morin : Je vous remercie.
Merci, M. le Président.
Le Président (M. Bernard) :
Merci beaucoup, M. le député. Merci beaucoup, Mme D'Amours et M. Blanchette.
Le temps étant maintenant... voyons,
épuisé, alors nous allons suspendre les travaux pour passer au prochain groupe,
pour leur présentation. Merci beaucoup...
11 h (version non révisée)
Le Président (M. Bernard) :
...votre présence et votre contribution.
(Suspension de la séance à 11 heures)
(Reprise à 11 h 03)
Le Président (M. Bernard) : Bonjour!
La commission va poursuivre ses travaux. Nous avons maintenant le plaisir d'entendre
le groupe Entendre Québec. Bienvenue, Mesdames et M., ici à l'Assemblée
nationale, ce matin. Nous disposons... Vous disposez de 8 minutes pour votre
présentation, et, par la suite, nous allons procéder aux échanges avec les
groupes parlementaires.
Pour les collègues, il y a la
traduction simultanée, donc, si nécessaire, vous pouvez l'utiliser. Puis, pour
faciliter aussi la traduction, je vous invite à parler un peu plus lentement.
So, is
Bonnycastle, welcome, and it's up to you, and present all your people that are joining
us.
Mme Bonnycastle
(Dale) : Merci beaucoup. Je suis... à la retraite et présidente de
conseil de l'administration Entendre Québec. Nous sommes ici pour vous
présenter un résumé de notre mémoire et souligner certains éléments que nous
estimons essentiels à vos délibérations. Pour des raisons d'accessibilité, tant
que pour les membres de notre délégation, que pour la communauté que nous
représentons, nous poursuivrons notre présentation en anglais. Merci beaucoup.
I am joined today by
Andrea Lepore, board member, teacher of the deaf. Glenn Washer board member,
and our executive director, Heidy Wager.
Our organization Hear
Québec has been operating for forty-five years by and for people living with
hearing loss, we are a registered charity and are governed and led by the
community that we serve. Now advocacy is not our usual mandate, we are not
lawyers, we are not constitutional experts, our core work is based on support,
accessibility and community connections. We appear before you because we
represent a population that will be directly affected by this legislation. And
since hearing loss is very prevalent and yet largely invisible, the risks for
this population are often underestimated.
In this province alone, there are
approximately one million people slightly more than ten presented the
population that live with a permanent hearing loss, that can lead to...
Mme Bonnycastle
(Dale) : ...disability. This makes it one of
the most prevalent and widespread physical impairments in the province. And the
numbers are rising because, as the population ages… the degree of hearing loss
increases. 32% of the people over the age of 65 live with hearing loss. By the
age of 75, that number will double. Hearing loss is invisible, and it is
misunderstood because it is not just a loss of volume, it is a loss of clarity.
With hearing loss, speech sounds can be distorted, the message is incomplete,
and words and sounds are easily confused.
Hearing technology helps
a great deal to amplify sound, but it does not restore speech discrimination,
especially in a complex environment. So, with hearing loss, listening becomes
work. It's your job. Communication will slow down, and mental fatigue can be
very significant. In hospitals and public services, where there is noise,
distance, stress, understanding can easily break down. Hearing loss is not just
a medical condition, it is a barrier to communication, to access and to safety.
When communication is not accessible, exclusion is not accidental. It is built
into the system. Over time, that exclusion erodes dignity. It will impair
informed consent and decision making, especially in those critical high stress
moments. And sadly, it restricts full participation in our society. Thank you
very much.
Le Président (M. Bernard) :
Merci beaucoup pour votre échange. Cher collègue, on va procéder aux échanges.
Je vous invite à parler un peu plus lentement parce que les gens, avec leurs
difficultés auditives, ne peuvent... ne peuvent pas porter des casques de
traduction. M. le ministre, à vous la parole, pour une période de
9 min 30 s.
Des voix : ...
Mme Wager (Heidy) : ...
Le Président (M.
Bernard) : ...sorry about that.
Mme Wager
(Heidy) : …yes. No, we'll all be speaking for
approximately two minutes.
Le Président (M. Bernard) :
No. Go ahead.
Mme Wager
(Heidy) : Okay. Perfect.
Le Président (M.
Bernard) : I'm really sorry about that.
Mme Wager
(Heidy) : Go ahead.
Mme
Lepore (Andrea) : M. le Président, Mesdames et messieurs les membres
de la commission, merci de nous recevoir aujourd'hui. I appear
before you today on behalf of my lived experience with hearing loss, the
children and families I serve in Montreal, as a teacher of the deaf, and adults
with hearing loss across Québec, particularly within the Anglophone community.
Research in Canada shows a clear and consistent pattern, when communication
access is reduced to hearing loss… due to hearing loss and or language
barriers, health and social outcomes worsen. While Québec specific rates for
communication barriers are not published separately, provincial data shows that
nearly half of people with hearing loss report unmet needs for technical
communication supports such as hearing aids and hearing assistive technologies.
It is also reported that communication barriers occur most often in person with
health professionals or over the telephone, still the primary access point for
health and social services.
The consequences can be
immediate and serious and are documented in research circles. My own hearing
loss and cochlear implant journey has revealed just how fragile communication
access can be, even within the context of hearing health services. Critical
information has been delivered to me through phone calls I could not reliably
hear or recorded messages with no alternative format. Appointments have been
rushed, accommodations have been inconsistent. Repeatedly, the responsibility
to adapt has fallen on me, and over time, these barriers have compounded
increasing my stress and diminishing my trust in the systems designed to
provide care.
Lived experience is not
anecdotal. It is expertise and policy that does not meaningfully reflect lived
experience risks doing harm. This is why genuine public consultation with
those… with those directly affected are essential when shaping new law. In my
18 years as a teacher of the deaf with Résonance Montréal, I have seen what
happens when communication barriers are removed, when children with hearing
loss and their families are supported in their strongest language, outcomes are
overwhelmingly positive. Families engage, decisions are informed, children meet
milestones, and trust builds between home, school and clinical teams. But I
have also seen the opposite. When children and families must navigate health
and social services in a language that is not their own, misunderstandings
increase, information is lost, and services are delayed…
Mme Lepore
(Andrea) :
...at
times, concerns are misinterpreted or misdiagnosed. The result is not just
frustration; it is developmental delay and long-term impact. Simply put, people
do better when they understand and feel understood. Protecting language and
communication access for people with hearing loss is not preferential
treatment. It is sound, evidence-based practice that supports better outcomes
and reduces strain on the system. Bill 1 has the opportunity to move forward
without excluding the needs of minorities. Let's remember that when we all
equally access information and public services, make self informed decisions
and fully belong, we all create, contribute to a safer, stronger and greater
Québec.
Thank you.
• (11 h 10) •
M. Washer (Glenn) : M. le
Président et membres du comité, merci pour l'opportunité de vous en parler
aujourd'hui. I'm not here only as a member of the English
community, but as a person who is hearing impaired and as the child and
grandchild of people whose hearing loss profoundly shaped their lives and their
access to care, dignity and belonging in Québec. My mother and my grandparents
were unilingual English speakers who lost their hearing as they aged. What they
lost alongside it was not only sound, but confidence, independence and safety.
Medical appointments became sources of anxiety rather than reassurance.
Instructions were misunderstood; questions went unasked because communication
itself felt like an obstacle. The isolation that followed was not evitable, it
was systemic.
For people with hearing loss,
language access is not abstract. It is functional, it is clinical, it is a
difference between understanding and confusion, between compliance and risk.
When health services are not available in a language a patient fully
understands, the consequences are immediate. A person with hearing loss works
even harder to follow conversations, to read lips, to piece together meaning.
Remove linguistic accessibility and the risk multiplies. Diagnoses can be
misinterpreted, treatment plans may not be followed correctly, consent may be
given without full comprehension. These are the daily realities of many seniors
and persons with disabilities. My elderly... for elderly individuals, this loss
of clarity directly erodes autonomy. My grandparents increasingly dependent on
others not because they were incapable, but because the system was
inaccessible. When a patient cannot confidently communicate with their care
provider, independence slips away, confusion replaces choice. That is not a...
Le Président (M. Bernard) : Really, really sorry, Mr. Washer, but the allocated time...
M. Jolin-Barrette : ...
Le Président (M. Bernard) :
...OK. You can proceed. Merci, M. le ministre.
M. Washer
(Glenn) : ...There is also a cost to the
system itself. When communication fails, care is delayed or repeated,
conditions worsen before they are properly addressed, emergency rooms see
patients who might otherwise have been managed earlier and more safely.
Accessibility is not an added expense; it is preventative care. Equally
concerning is the risk of inconsistency if constitutional protections for
English language health services are weakened or left ambiguous, institutions
will interpret their obligations unevenly. Access will depend on geography,
discretion or institutional culture, then on rights. That creates inequity,
particularly for vulnerable populations. As a recognized disability community,
denying or diluting accessible communication, whether through language,
interpretation or accommodation, runs counter to Québec's own commitments, as
well as federal and international standards that affirm the right to equitable
access to health care. This is not about privileging one community over
another. It is about ensuring that Québec's constitutional framework protects
the safety, dignity and autonomy of all its residents, including those who have
disabilities already placing them at risk. For people like my mother and my
grandparents, and for people like myself, these protections are essential.
Merci.
Mme Wager (Heidy) : ...
Le Président (M. Bernard) :
Yes. Go ahead, thank you.
Mme Wager
(Heidy) :
Perfect.
Thank you. Just to summarize, you've heard today that hearing loss is one of
the most common physical disabilities in Québec. Nearly 1 in 10 Quebeckers live
with it. It affects comprehension, safety and the ability to understand complex
medical information, especially in high sensitive situation. Hearing aids
amplify sound, they do not ensure comprehension. Comprehension depends on
accessible communication practices and services. When hearing loss intersects
with language barriers, risks escalate. Misdiagnosis, medication errors, delay
in treatment, these are predictable consequences when communication safeguards
are reduced. When access is left ambiguous, care begins to deepen, and
geography, interpretation, and institutional discretion conditions worsen. Emergency
rooms start to absorb preventable crises...
Mme Wager
(Heidy) :
...this
is not cost saving, it's cost shifting. We do not stand alone, the English
speaking community organizations across Québec have called for Bill 1 to be
refined. For English speaking minorities living with disability, vulnerability
is layered, which is why our submission included precise legislative language
to help clarify protections and prevent unintended harm. To strengthen... the
strength of any law is measured by how well it anticipates and protects those
who are most vulnerable to unintended consequences. We have seen what happens
when systems fail to anticipate foreseeable risk. During the early months of
COVID, seniors paid the price of delayed actions. The human cost was
devastating and the reputation impact for Québec was significant. There is
already a measurable gap between legal guarantees and the lived reality. The
Community Health Social Service Network recently reported on health care access
for English speaking seniors confirms persistent barriers, and we hear the same
concerns from our members every day. If Bill 1 doesn't reinforce language
principles without clear protecting English access in health and social
service, this gap will widen and the consequence will not be theoretical, it
will be felt in delayed care, avoidable errors and diminished patient safety.
We're not asking for new rights, we are asking for existing protections to be
explicitly informed so that safety, equity and dignity are not left up to
interpretation. Laws are meant to protect the most vulnerable, not expose them
to greater risk. Merci beaucoup.
Le Président (M.
Bernard) :
Thank
you very much for the presentation. And once again, I really want to apologize
to interrupting you. Merci, M. le ministre, pour avoir cédé du temps,
donc, nous allons procéder aux échanges, vous avez 5 min 30 s, M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Merci, M.
le Président, alors, Mme Wager, Mme Bonnycastle, Mme Lepore et M. Washer,
bonjour, pour le groupe Entendre Québec, merci beaucoup pour contribution aux
travaux de la commission. Maybe, I want to reassure you about
the fact that Bill 1 do not change anything about the right of the English
community, about health services. And I think we have been already clear about
that with all the legislation that we have been table since 2018. Even
when I did Bill 96, I write it down in the Bill 96, at section 22.5, «les
dispositions de la présente section n'ont pas pour effet d'empêcher
l'utilisation d'une autre langue que le français dans les cas suivants :
Pour l'application de l'article 18 de la loi sur la gouvernance du système de
santé et services sociaux ou de l'article 15 de la loi sur les services de
santé et des services sociaux pour les Inuits ou les Naskapis».
So when we did that
before, it was to be clear that nothing changed about the health services for
the English speaking community. Alors, lorsque
Le ministre Dubé a adopté la loi sur la
gouvernance du système de santé et de services sociaux, il est venu réinscrire
ça, également, à l'article 18 : «Toute personne d'expression anglaise a le
droit de recevoir en langue anglaise des services de santé et des services
sociaux compte tenu de l'organisation des ressources humaines, matérielles et
financières des établissements qui fournissent ces services et dans la mesure
où le prévoit le programme d'accès visé à l'article 415 ». Donc, le droit
n'a pas changé, il ne changera pas non plus avec le projet de loi 1. So I really want to be clear : There is nothing in the Bill 1,
even in the Constitution, that we are... tabling, that nothing affects the
rights to be served as the law... show it right now. Donc, je veux
vraiment être très, très clair, puis j'espère vous rassurer à cet effet-là, que
toutes les dispositions du projet de loi 1 n'entrent pas en conflit, et
d'ailleurs, les dispositions de la Charte de la langue française, notamment
l'article 22.5, prévoient que c'est déjà une loi qui est prépondérante, donc,
en termes de sécurité juridique, toutes les balises sont là pour réaffirmer que
les membres de la communauté anglophones qui souhaitent être servis en anglais
dans les paramètres fixés par la loi peuvent avoir accès à ces services-là.
Donc, j'accueille vos préoccupations, vos craintes également, mais je tiens à
vous rassurer qu'il n'y a absolument rien qui change avec le projet de loi 1.
Donc, j'espère vous rassurer, puis je vous remercie beaucoup d'être venus en
commission parlementaire pour réaffirmer aux parlementaires surtout, et j'ai
une très grande sensibilité relativement...
M. Jolin-Barrette : ...à ça.
Lorsque l'on vieillit et qu'on a des pertes auditives, effectivement, c'est
encore plus complexe parce que, un, on est inquiet pour notre santé, nos
proches sont inquiets, et on veut comprendre c'est quoi, le diagnostic et les
pathologies, la maladie, notre médication aussi. Puis on le sait qu'avec les
personnes âgées, c'est d'autant plus important, un, de prendre le temps, mais
que la compréhension relativement à notre état de santé, c'est fondamental.
Alors, on est extrêmement sensibles à ça.
Donc, je vous le réitère, dans la... dans
le projet de loi n° 1, il n'y a absolument rien qui change relativement à
ça. Les droits des gens de la communauté anglophone de recevoir des services de
santé en anglais sont maintenus, comme le prévoit déjà actuellement la loi.
Alors, merci beaucoup pour votre présence en commission.
• (11 h 20) •
M. Washer (Glenn) : ...
M. Jolin-Barrette : Oui.
M. Washer (Glenn) : ...le
ministre pour vos commentaires. Ils sont bien appréciés.
We do believe however,
according to our understanding, we are not… we are not lawyers and therefore
perhaps not as expert as yourselves and others, but I think the foundational… a
foundational law, as I understand the Constitution should be, ideally should be
standalone and so anticipate foreseeable risks and thereby try to protect the
most… vulnerable, and not leave them exposed to interpretation. It's… It's
appreciated, as you said, the laws that you mentioned do incorporate the
language of protection, but since our understanding is that all laws, future
and present, will refer to a foundational document such as the… a Constitution,
changes to future… changes to laws that exist could occur without guiding
language that is as specific as we are suggesting. And that is the foundation
of our concern.
M.
Jolin-Barrette : OK. Bien, écoutez,
j'accueille votre suggestion avec... avec ouverture. Mais pour la question de
l'interprétation, disons-le-nous maintenant, c'est très, très clair,
l'interprétation qu'on donne à la Constitution. Il n'y a rien qui affecte les
droits de la communauté anglophone d'avoir accès aux services de santé en
anglais dans la mesure prévue par la loi. Merci beaucoup pour votre
présentation.
Le Président (M. Bernard) : Merci,
M. le ministre. Nous procédons maintenant avec le porte-parole du deuxième...
de l'opposition officielle. Je vais l'avoir. Excusez-moi. M. le député de
l'Acadie, à vous la parole.
M. Morin : Merci, merci, M.
le Président. Ms. Bonnycastle, Ms. Wager, Ms. Lepore and Mr.
Washer, thank you for being with us in the Commission today. Thank you for your
brief that was filed and for your testimony this morning.
I was listening carefully
to what the Minister said. However, when I read your document, correct me if
I'm wrong, but my understanding was that, I mean, there is a right, but even if
there is a right on your day-to-day life, you don't have access to those
services. Am I… Am I hearing you correctly? OK. And so, can you, for the
commission, for the benefit of the commission and those who are listening to
us, can you expand a bit more on that? What are your challenges on your
day-to-day life? And, after that, how can we correct that or secure your right
more specifically, knowing what you have to cope with every week?
Mme Wager
(Heidy) :
…basis
in the office, we receive calls from our members and they are struggling with
receiving services in their first language and understanding the services that
they are receiving. Sometimes they do receive it in English and they still face
the communication barriers, like Andrea explained, even within the hearing
health field. And so, when a crisis is happening and they don't have direct
support in their first language, there's often delays, misunderstandings,
misdiagnosis, misunderstandings around medication and treatment plans. And
that's what we're hoping… They're living that right now. And it's… We see it a
lot. We've seen it through our partners in the English community that have
studied this for seniors' access, and we face it on a day-to-day basis with
members calling us and asking us for support to help them navigate the system.
So, I think it's something that we clearly see in our day-to-day lives and what
has been documented by other community organizations, especially in the
vulnerable communities where seniors with disabilities have double-layered
accessibility issues.
M. Morin :
That could increase the stress that
these people have to cope with?
Mme Wager
(Heidy) :
Yeah.
M. Morin : Can you please…
M.
Morin : …tell us more about that.
Une voix : Yes, go ahead.
Mme Lepore
(Andrea) : I just wanted to comment on the
compounding factors that there is, the issue of language, but also
understanding, especially when you have a disability, like a hearing loss, to
understand in another language, it makes it that much more difficult, even if
you might quite understand the second language that you have, just when you
don't have the visual supports, for example. So, when I went through my
cochlear implantation process, it was… my experience was wonderful with the
hospitals, the doctors. But when you have the primary access points, like with
the telephone and the recorded messages and all of that, it's a very stressful
situation for whether you're French or English, not being able to have access
that improves the comprehension like a visual access or another support that… I
mean, there are many that we could talk about, but it's not being able to
access a language through an auditory means or having that difficulty.
And so, one compounds the
other and it is just easier obviously in a first language to understand the
services and the people that you communicate with in these situations. So, I
think like the main point is that it's overall, it's an accessibility issue as
well with people with disabilities and people with hearing loss and and not so
much always language, but they compound each other. And so, just being able to
have the proper supports as we go and access these services.
M. Morin : I listened carefully…
Mme Lepore
(Andrea) : …please let me know if I didn't
answer the question…
M. Morin : No, no, no, you did, but I listened carefully to what the Minister
said about the fact that this bill tabled by the Government will not have any
impact on your rights, and you have the rights to have your services in your
own language. However, when I read your document and I'm referring to the
beginning of your document, there's no page. But it says here, and I will read
it in French, it's written in French: «De plus, les audiogrammes et rapports
d'évaluation auditive sont uniquement fournis en francais.»
And this seems
inconsistent with what the Minister just said about the access to service in
your own maternal tongue. So, that's your reality.
Mme Wager
(Heidy) : Yes. In the office we often see
members that come in and they sit with myself and Dale, who will help them
interpret their audiogram in English for them, because they will only… they are
only allowed to receive it in French. And so, most of our members are seniors,
they don't have access to digital translation services and things of this. So.,
they come into the office, they sit one-on-one. Dale does literally the whole
pretty much explanation of the audiogram to them. This is really important for
them to understand what their actual disability is and how to then treat, and
how they can then gain accessibility. It's so uniquely different for each
person. And so that is something that we do on practice almost every week in
the office is interpret that.
M. Washer
(Glenn) : I recently had another audiogram
done for myself and it is a very thorough document. It is in French
only, mais, en plus, c'est un document très technique. Alors, il faut avoir des
experts qui peuvent expliquer. Alors, une fois, c'est plus technique, c'est, en
français et, en plus, on manque l'habilité d'entendre proprement.
M. Morin : And in the bill the rights, if I call it that way, of the English
community, it's only in a «whereas» right at the beginning of the preamble,
it's not even a section of the act. I understand from your document that you
would like to have a section in the Constitution that will guarantee that you
can have access to medical services in English. Am I correct, this is one of
your recommendations?
Mme Wager
(Heidy) : Yes, this is our members' biggest
concern. And so, their biggest fear is not being able… to be able to make
informed consent and understand what they're being treated for in health and
social services. It's their basic fundamental concern. And so, if this is already
the point of the law, then reinforcing the language only reinforces their
ability to receive that service.
M. Morin : Thank you. Thank you very much.
Le Président (M.
Bernard) : Thank you. Merci. Thank you very
much for your presentation, and all the explanations.
Je suspends maintenant
les travaux pour quelques minutes, le temps...
11 h 30 (version non révisée)
Le Président (M. Bernard) : …que
le prochain groupe puisse s'installer. Merci.
(Suspension de la séance à 11 h 30)
(Reprise à 11 h 33)
Le Président (M. Bernard) : Bonjour.
Nous allons maintenant entendre… pardon, M. Simon Guillemette.
Bonjour M. Guillemette. Vous disposez d'une
période de 8 minutes pour présenter votre exposé puis, par la suite, nous
allons procéder aux échanges avec les parlementaires. À vous, M. Guillemette.
M. Guillemette (Simon) : Je
pense donc je nuis. Quand Le Couac avait reformulé cette pensée de Descartes,
il avait bien compris que le «je suis» était bien souvent défini par les forces
externes de l'oligarchie. La pensée est donc l'ultime acte de dissidence pour
nuire à cette force homogénéisante.
Le ministre s'est permis de penser pour
nous, de définir qui nous devrions être. Il me répondra certainement, comme il
l'a fait à plusieurs lors de ses soi-disant consultations, que cela est son
rôle comme représentant de la volonté des Québécois.
Dans un court texte intitulé Le
gouvernement du peuple, John Oswald, alors acteur de la Révolution
française, exprime bien tout le problème, et je cite : «J'avoue que je n'ai
jamais pu réfléchir sur ce système de représentation sans m'étonner de la
crédulité, je dirais presque la stupidité avec laquelle l'esprit humain avale
les absurdités les plus palpables. Si un homme proposait sérieusement que la
nation pissât par procuration, on le traitait de fou, et cependant, penser par
procuration est une proposition que l'on entend non seulement sans s'étonner,
mais qu'on reçoit avec enthousiasme.» Fin de la citation. Heureusement,
plusieurs ont continué de penser, de refuser cet état de fait et de faire
dissidence.
Ce n'est pas pour plaire au ministre
souverain de son projet de loi, comme on a pu le constater lors de la
consultation. Le souverain accepte bien mal qu'on remette son travail en
question, que ce soit froissé par les oppositions, il n'hésite pas à attaquer
la légitimité de ses présentateurs, à faire ses règlements de comptes avec le
Barreau du Québec ou les commissions scolaires anglophones, de rire alors que
quelqu'un répond à sa question ou de porter son attention ailleurs alors… lorsqu'un
intervenant discute des autres membres de la commission et tout cela, s'il
prend pas le temps de faire du «mansplaining» aux femmes avec sa constitution concernant
l'avortement.
Le Président (M. Bernard) :
M. Guillemette… désolé de vous interrompre, mais je vous prie, s'il vous plaît,
d'être respectueux de vos propos, envers les parlementaires et M. le ministre.
M. Guillemette (Simon) : Oui.
En somme…
Le Président (M. Bernard) : Choisissez
vos mots, s'il vous plaît.
M. Guillemette (Simon) : Pas
de problème. En somme, nous sommes bien loin d'une écoute ou même un intérêt de
la part du ministre. Je dois même dire qu'à son égard, il pourrait être gêné de
l'attitude de notre gouvernement.
Mon écoute des consultations m'a permis de
mieux comprendre l'opposition entre les citoyens et le ministre. On ne parle
pas la même langue. Pour nous «constitution» veut dire acte fondateur, un
contrat social entre les citoyens et le gouvernement. Pour le ministre, c'est
plutôt une loi omnibus pour le renforcement du statu quo et les lois les plus
critiquées des derniers mandats, une cerise sur le sundae des avancées
caquistes. Pour nous, démocratie, c'est le pouvoir citoyen…
M. Guillemette (Simon) : ...la
capacité de prendre notre place, d'agir collectivement pour notre société. Pour
le PL1, c'est plutôt la souveraineté parlementaire, renforcer le pouvoir des
élus en limitant la contestation et le contre-pouvoir. Pour nous, le peuple
québécois est pluraliste, forme une multitude, sa force est dans sa diversité.
Pour le PL1, la nation est homogène, défendue par l'État du Québec, les
minorités reléguées à des simples considérants. Pour nous, la charte québécoise
est une protection contre l'arbitraire du pouvoir, un joyau, une fierté pour le
gouvernement. C'est plutôt un bâton dans les roues, un luxe qu'il peut
arbitrairement mettre de côté.
Le but du ministre est de consolider le
pouvoir de l'oligarchie provinciale pour faire la guerre à l'oligarchie
fédérale, une chicane de clocher entre élites. Le but des oppositions civiles
est de faire valoir qu'on veut du pouvoir, on veut prendre notre place, on veut
participer collectivement à faire avancer le Québec. On regarde avec espoir
vers l'avant; le ministre regarde avec envie en arrière. Le ministre se refuse
de voir une nation pluraliste, bienveillante, solidaire, démocratique et bien
plus forte qu'une assemblée non représentative qui nourrit le cynisme et le
désengagement.
Je mets donc l'emphase sur une seule de
mes recommandations : Qu'une assemblée constituante non partisane soit
mise en place pour le mandat de présenter une nouvelle constitution pour le
Québec. Ne pas le faire est d'autant plus bizarre qu'elle contrevient à deux
articles du PL 1, soit l'article 17, «L'État tient la... sa
légitimité — pardon — de la volonté du peuple qui habite son territoire.», et
l'article 14, «Le peuple québécois a le droit inaliénable de choisir
librement le régime politique et le statut juridique du Québec.»
Le... vous a demandé le respect de son
droit inaliénable de choisir librement son régime politique. Les présentations
qui ont été faites ici démontrent bien la volonté du... de revoir l'ensemble du
PL un et l'absence de légitimité morale du gouvernement dans ce dossier.
Jusqu'à hier soir, là, devait s'arrêter ma présentation faute de temps que je
devais partager avec un autre intervenant. Surprise! Il s'est désisté. Me voilà
avec le double du temps pour m'exprimer devant vous. Ce qui me permet d'ajouter
que, contrairement à vous, je ne suis pas rémunéré pour réfléchir et suivre ce
dossier et tout autre aspect de la vie politique, comme les autres se sont
souvent présentés devant vous. Quand la société civile s'exprime devant vous,
vous devez reconnaître le coût d'une telle action. Ce n'est pas simple de
présenter un mémoire, de pouvoir se présenter devant vous pour en faire une
présentation succincte, de rester calme face à des cassettes déjà
préenregistrées ou d'éviter vos questions qui pourraient détourner nos propos.
C'est pourquoi il devrait être de votre devoir d'écouter et d'agir en respect à
ce temps investi dans nos réponses. Si les citoyens prennent du temps sur leur
famille, leur sommeil, leur week-end et leur travail, c'est qu'ils croient
vraiment à leurs propos et à une chance de jouer un rôle.
Les états généraux ont... ont été...
bien... pardon. On m'a demandé pourquoi je me présentais en commission
parlementaire. On m'a déjà trahi deux fois, le gouvernement, en présentant une
demande... mon opinion citoyenne. On m'a offert de prendre ma place pour
réformer les institutions démocratiques du Québec, on a titillé mon intérêt
pour le pouvoir citoyen et l'organisation politique, mais, que ce soient les
États généraux sur la réforme des institutions démocratiques ou la commission
parlementaire spéciale sur la Loi électorale, les rapports sont sur les
tablettes et n'ont pas été écoutés, ils prennent la poussière. Pourtant, ça
fait deux consultations populaires et pédagogiques bien plus grandes que
celles-ci. Dans ces deux cas, le problème était le même, l'oligarchie y voyait
une perte de pouvoir. La multitude avait profité de ces occasions pour dire
qu'elle en avait assez. Vous connaissez le dicton populaire, je n'irai pas plus
loin.
Le gouvernement s'apprête à trahir une
troisième fois l'ensemble des citoyens qui y ont réfléchi et investi du temps
dans ces diverses consultations en n'incluant aucune de leurs propositions
précédentes de réformes démocratiques. Le travail de milliers de citoyens est
encore laissé de côté. Il y a quand même trois belles conclusions dans les
consultations de la part de l'ensemble des participants. La première, il y a
encore des citoyens qui sont prêts à se tenir debout et se faire entendre. La
sagesse populaire, la participation et la lutte continuent. La deuxième, la
multitude souhaite encore que notre système politique corresponde à la
démocratie. La solution n'est pas simple, mais nous devons... pour le
vivre-ensemble, de prendre le temps de la rechercher ensemble.
Finalement, nous gardons une volonté
populaire pour maintenir les grands idéaux de la Révolution tranquille, la
dignité humaine, un système de santé universel, une éducation gratuite et de
qualité et une répartition des pouvoirs avec les municipalités et les régions.
Trois conclusions encourageantes pour le futur. Autant d'absents du PL1,
celui-ci devrait être retiré.
Le Président (M. Bernard) : Merci,
M. Guillemette. J'aurais pu vous interrompre à quelques occasions, mais, dans
les prochains échanges, je vous invite à ne pas imputer de motifs indignes aux
parlementaires et d'être respectueux. M. le ministre.
• (11 h 40) •
M. Jolin-Barrette : Oui.
Alors, bonjour, M. Guillemette. Merci de participer aux travaux de la
commission parlementaire sur le projet de loi un, et je salue l'ensemble des
citoyens qui prennent du temps comme vous, justement pour partager...
M. Jolin-Barrette : ...j'ai
votre opinion. Je pense que les membres de la commission parlementaire
apprécient le fait que vous ayez déposé un mémoire puis que vous preniez du
temps pour venir nous donner votre opinion aujourd'hui.
Je vous dirais aussi que je suis assez
d'accord avec vous sur les rapports qui dorment sur les tablettes. Puis,
justement, on en a reçu un, rapport, le rapport sur les enjeux
constitutionnels, qui a été présidé par Sébastien Proulx, l'ancien ministre libéral,
Guillaume Rousseau, également, professeur de droit à l'Universite Sherbrooke,
avec des... deux professeures d'université, à l'Université du Québec en
Outaouais, Amélie Binette et Catherine Mathieu, professeure de droit à l'UQAM,
on avait également...
Une voix : Luc Godbout.
M. Jolin-Barrette : ...Luc
Godbout, professeur de fiscalité à l'Université de Sherbrooke, et Martine
Tremblay, qui a été cheffe de cabinet de René Lévesque et de Pierre-Marc
Johnson, qui a été sous-ministre également, qui nous ont remis un rapport de 42
recommandations sur les enjeux constitutionnels québécois et des appels à
l'action à l'intérieur de ce rapport-là, notamment le fait de doter le Québec
d'une constitution. Alors, c'est la démarche que le gouvernement du Québec a
prise, et c'est la Constitution que nous avons au jeu présentement, qui fait
l'objet des consultations les plus larges que nous avons eues au cours des
dernières années. Donc, l'objectif, c'est d'entendre les citoyens, de prendre
également acte de vos recommandations. Alors, je peux vous assurer qu'on est
très ouverts à l'écoute, très ouverts aux suggestions, très ouverts aux
propositions, puis, très certainement, on va prendre en considération votre
mémoire et les propositions que vous nous faites.
Donc, je ne sais pas si vous vouliez
ajouter quelque chose avant que je cède la parole à mes collègues.
M. Guillemette (Simon) : Moi,
ce que je veux juste dire, c'est qu'effectivement c'est un débat
constitutionnel qui se fait, mais, à l'écoute des présentations, à peu près
50 % des gens qui sont venus vous présenter, c'était contre l'article 29,
pour ne pas le nommer, qui, en fait, en soi, légitimement, ne devrait pas être
partie d'une constitution. Et le reste, ça a été sur l'ensemble du... la Loi de
protection... de droit... la deuxième partie, particulièrement l'article 5. Je
pense qu'on est tous conscients qu'on n'a pas ou très peu parlé du pouvoir, de
la réorganisation de l'État. Ça n'a jamais été partie du... Ça ne fait pas
partie... On n'a pas vraiment parlé de constitution, on a parlé d'une loi
omnibus, des droits civils qui sont... qui devraient être ajustés avec une
constitution. Donc, on n'a pas... le débat n'a pas été fait dans ce sens-là non
plus. C'est malheureux, mais je pense qu'il y a des éléments qui auraient dû...
qu'on aurait dû discuter.
M. Jolin-Barrette : Bien,
écoutez, je cède la parole, mais, en réponse à votre intervention, je pense que
vous avez fait une bonne analyse des travaux de la commission à l'effet
qu'effectivement c'est l'article 29 de la première partie du projet de loi, qui
est dans la Constitution, l'article 5, également, de la Loi sur l'autonomie
constitutionnelle qui a suscité le plus de réactions. Cela étant, les
consultations étaient ouvertes à l'ensemble de la population québécoise, et
ceux qui se sont inscrits ont fait valoir ces deux points-là. Alors, on est à
l'écoute relativement à ces points-là, aux autres points également. Mais vous,
aujourd'hui, vous soulevez d'autres points en lien avec le projet de loi n° 1,
puis on va les prendre en considération également, vos commentaires et vos
suggestions. Alors, merci beaucoup pour votre participation.
Le Président (M. Bernard) : Merci.
Je cède maintenant la parole au député de Saint-Jean.
M. Lemieux : Et il reste
combien de temps, M. le...
Le Président (M. Bernard) :
Cinq minutes 24, monsieur.
M. Lemieux : Merci beaucoup,
M. le Président. M. Guillemette, bonjour. Je ne suis tellement pas d'accord
avec vous, mais, en bon journaliste, je vais me battre à vos côtés pour que
vous ayez le droit de le dire. C'est ça, le journalisme, et c'est ça, la
démocratie. Alors, vos commentaires sont non seulement les bienvenus, mais ils
sont importants parce qu'ils savent... ils servent de contrepoids à l'opinion
d'un peu tout le monde, parce que vous provoquez, puis, en provoquant, ça fait
réagir, et c'est une très bonne chose. N'empêche que, dans votre mémoire, il y
a des recommandations à laquelle je voudrais... à une ou deux auxquelles je
voudrais m'attarder. Et j'ai mon collègue aussi qui vous poserait des
questions, mais commençons par le commencement.
Quand vous parlez de retirer le principe
de souveraineté parlementaire et puis vous proposez de le remplacer par je ne
sais pas quoi, il y a... au fond de ça, il y a la question des droits, et vous
y avez fait référence dans votre réponse au ministre, les droits collectifs
puis les droits individuels, c'est... c'est deux choses, les droits
fondamentaux puis les droits collectifs. Dans la... le projet de constitution,
le ministre introduit beaucoup, ou en tout cas un certain nombre, de droits
collectifs. Pour vous, est-ce que ça sonne une cloche? Est-ce qu'il y a quelque
chose qui permettrait justement de mieux gérer le Québec si les Québécois et la
nation qu'ils forment ont des droits collectifs? Ça ne donnerait pas une
meilleure vision des choses, une meilleure approche...
M. Guillemette (Simon) : ...bien,
écoutez, je ne suis pas un expert en droit, je ne suis pas un expert juridique.
Il y a quelque chose qui me titille là-dedans, c'est que, d'une part, il faut
que quelqu'un prenne position par rapport à ces droits-là, puis, de ce que j'en
comprends, les droits collectifs sont bien souvent une extension des individus,
des droits individuels, et je pense que... C'est pour ça que c'est des droits
fondamentaux. Et c'est toute l'ambiguïté de notre belle langue française, que
droits veut aussi dire droits fondamentaux veut aussi dire l'ensemble de la
loi. Et je pense que c'est bien de vouloir protéger le français, par exemple,
on va prendre cet exemple-là, ou la laïcité, que vous présentez comme un droit
mais qui est plus une organisation civile, c'est bien, mais, en réalité il y a
d'autres... les droits fondamentaux sont prioritaires.
M. Lemieux : Mais vous avez
raison sur une chose, dans tous les droits collectifs, il y a un droit
fondamental au fond de l'affaire. C'est une nouvelle... pas une nouvelle façon
de voir, mais c'est une nouvelle façon de l'expliquer dans la Constitution. En
tout cas, moi ça m'a... pas passionné, mais ça m'a intéressé de voir comment, à
l'avenir, on pourrait considérer la nation, mais c'est un débat qui est ouvert,
et vous en faites partie. Alorsm bienvenue dans le... dans le jeu.
Dites donc, mon collègue a une question,
mais je veux juste savoir, avant de partir, quand il s'agit de réforme du droit
de scrutin, vous, vous mettriez ça dans la Constitution avec tout le reste,
c'est ça, réforme du droit du scrutin, régime parlementaire, système
parlementaire, tout ça, vous voulez faire un grand tout, c'est ça?
M. Guillemette (Simon) : Bien,
je pense que le rapport des états généraux était assez clair là-dessus, et les
gens se sont reconnus dans ça, qu'effectivement le système parlementaire est
problématique. Il n'y a pas de vraie séparation de pouvoirs entre l'exécutif et
le législatif. On a un souverain élu, essentiellement, qui peut décider, par sa
force de sa... majorité, qui est problématique, où le parti gouvernemental a
été élu avec une trentaine de pour cent de... au pouvoir puis il contrôle
70 % de l'Assemblée nationale, puis il peut faire ce qu'il veut. Vous
contrôlez 100 % du débat politique puis 100 % de ce qu'il y a de
disponible. Merci.
Le Président (M. Bernard) : Merci.
M. le député de Chapleau, il vous reste 1 min 30 s.
M. Lévesque (Chapleau) : Oui,
merci beaucoup, M. le Président. Rapidement, merci beaucoup, M. Guillemette, de
votre présence en commission. Vous avez présenté quelques concepts, puis ça va
être rapide, là, j'aimerais peut-être avoir votre définition de ces concepts
puis voir là où vous vous situez. Donc, j'en comprends, là, puis de l'échange
que vous avez eu avec mon collègue de Saint-Jean, au niveau de notre système
démocratique, notre système électoral, vous le remettez en question puis vous
ne considérez pas légitime le fait qu'on ait ce système représentatif. Du
moins, vous sembliez, dans votre présentation, là, remettre en question même
l'élément représentatif en démocratie. Est-ce que c'est le cas?
M. Guillemette (Simon) : Bien,
écoutez, pour... C'est d'appeler ça une démocratie, qui est problématique... ce
n'est pas une démocratie que d'avoir le droit de voter aux quatre ans, puis,
après ça, bien, on subit ce qui se passe puis qu'on a de la misère à se faire
entendre. Je comprends, mais le processus pour une commission parlementaire,
j'ai choisi celui-là, plutôt que de prendre la rue et de manifester, parce que
c'était à mon niveau, c'était plus simple. Puis, loin de Québec, c'est
difficile pour moi de me présenter là puis de me faire entendre. J'ai profité
du moment pour pouvoir le faire, en ayant les capacités, mais on doit avoir un
rôle à jouer, les citoyens l'ont déjà demandé, ce n'est pas juste mon point de
vue.
Puis je n'ai pas un système parfait, mais,
justement, à plusieurs reprises, on a demandé un système électoral qui
représentait mieux les diversités politiques... des droits d'initiative
populaire, des accès à des référendums, une constituante pour créer une
Constitution. Ça a été fait avec les États généraux, ça a été fait ailleurs, ça
a été...
Le Président (M. Bernard) :
...désolé, M. Guillemette, désolé, M. le député, le temps est maintenant
écoulé. Nous allons continuer avec... du côté de l'opposition officielle, vous
disposez d'une période de 6 min 45 s.
• (11 h 50) •
M. Morin : Merci, M. le
Président. Alors, bonjour, M. Guillemette, merci d'être avec nous en commission
et merci pour le document que vous avez déposé. Au début de votre échange avec
M. le ministre, j'écoutais M. le ministre qui disait : Bien, justement, on
a des rapports, on ne les laisse pas sur les tablettes, on agit, en faisant
référence au rapport Proulx et Rousseau, mais, justement, dans le rapport
Proulx et Rousseau, une des recommandations, c'était à l'effet de créer un
comité transpartisan qui allait rencontrer l'ensemble des Québécois et des
Québécoises pour éventuellement revenir avec des... évidemment, des
propositions qui auraient fait probablement un plus large consensus. J'aimerais
avoir votre opinion là-dessus. Est-ce que vous pensez que ce serait une façon
plus efficace et qui diviserait moins la population, mais...
M. Morin : ...plus les gens.
M. Guillemette (Simon) : C'est
sûr que si vous demandez aux gens ce qu'ils désirent avoir au sein de leur
constitution, de leur contrat social face au gouvernement, ça va amener plus de
légitimité. Je pense que ça ne devrait pas être transpartisan. Malheureusement,
les partis politiques, vous avez vos petites chicanes internes entre vous
autres, puis c'est correct, ça fait partie de la game. Mais ça a été mentionné
à quelques fois dans cette commission, que c'est de permettre au
gouvernement... c'est de mettre une limite au gouvernement et au pouvoir. Ça
fait que ça ne devrait pas être ceux qui font le pouvoir qui devraient être
juges et parties dans ce domaine-là.
Je pense qu'une constituante choisie au
hasard parmi les citoyens du Québec, un peu comme l'institution... l'Institut
du Nouveau Monde est venu vous présenter même... ici même, en commission parlementaire,
ils l'ont déjà fait, d'impliquer ces gens-là. Moi, je serais bien plus
intéressé non pas de garder votre droit de réserve, mais j'aimerais ça savoir
ce que le Parti libéral, ce que le Parti québécois, Québec solidaire voudraient
présenter comme constitution. Là, présentement, vous jouez le jeu avec la
Constitution qu'on a présentement, mais j'aimerais bien savoir ce qu'il devrait
être inclus dans vos parties, et peut-être que la vision serait différente.
M. Morin : Bien, en fait, la
vision est clairement différente, et, pour ce faire, je vous inviterai à aller
lire la motion que nos militants ont approuvée concernant une constitution du
Québec. Le Parti libéral n'est pas contre l'idée, mais, évidemment, il y a la
manière.
Pour revenir à votre mémoire, la
recommandation numéro 9, et ça, moi, je ne me souviens pas de l'avoir vu
avant aujourd'hui. Dans les exemples de droits pour promouvoir l'inclusion,
vous suggérez le droit à l'accès Internet. Alors, comment ça s'articulerait?
M. Guillemette (Simon) : Bien,
écoutez, je pense qu'on finance déjà beaucoup les compagnies de télécom à
travers la province pour qu'ils fassent du déploiement dans des régions un peu
plus éloignées. Certains députés doivent en faire une présentation, quasiment,
à leurs membres pour leur dire que : Moi, je n'ai pas d'accès Internet
haute vitesse. Et je trouve ça quand même spécial que... En 1960, on a fait la
nationalisation de l'hydroélectricité parce que c'était nécessaire à notre
développement économique puis à l'unification de la province, d'une certaine
façon. Bien, on est à l'ère du numérique, l'économie du savoir et des
communications, pourquoi s'empêtrer? Justement, ça pourrait être un très bon
droit que de dire : On se donne le droit d'avoir un accès Internet
valable, fonctionnel partout au Québec puis qu'on peut prendre en charge ce
pouvoir-là aussi, à la limite. Mais...
M. Morin : Et donc, si je
vous comprends bien, est-ce que c'est le gouvernement qui donnerait le service
à l'ensemble des citoyens ou qui faciliterait l'accès dans certaines régions?
J'essaie juste de voir comment, pratico-pratique, ça s'articulerait.
M. Guillemette (Simon) : Écoutez,
pratico-pratique, pour moi, j'irais vraiment avec Télécom Québec au même titre
qu'on a Hydro-Québec. C'est sûr que ça va peut-être faire rechigner quelques
personnes, mais il faut encourager cette prise-là, il faut qu'on aille à un
accès. On paie, au Canada, des services Internet puis de télécommunications les
plus chers au monde. Mes parents, ils faisaient des voyages l'hiver au Mexique,
ça leur coûtait 5 $, l'équivalent de 5 $, puis ils avaient accès à
leur cellulaire partout aux États-Unis puis au Canada. Moi, ça m'en coûte
80 $, là, puis... comme, ça n'a pas de sens. Ça fait qu'on devrait pouvoir
promouvoir la communication, là.
M. Morin : Je vous remercie.
Autre élément dans votre mémoire, vous parlez... vous faites aussi une
référence à l'article 29 de la Constitution qui protège la liberté des
femmes d'avoir recours à une interruption volontaire de grossesse. Je comprends
que vous souhaitez que ce soit enlevé. D'ailleurs, il y a un très grand nombre
de groupes, si ce n'est pas la très grande majorité, qui l'ont demandé. Vous
suggérez le droit à la santé. Si, à la place de vouloir protéger la liberté des
femmes d'avoir recours à une interruption de grossesse, l'État garantissait
l'accès à des soins de santé, parce qu'il y a plusieurs médecins qui nous ont
décrit que l'accès à l'interruption volontaire de grossesse, au fond, c'est un
soin de santé, est-ce que vous pensez que ce serait une avancée?
M. Guillemette (Simon) : Je
pense que oui, puis de... la santé, c'est beaucoup plus large que cette
question-là. Les gens qui sont venus vous parler pour les droits de services en
fin de vie, ça l'inclut aussi, c'est aussi un service de santé. Et puis je
pense que ça doit être... c'est encore au cœur de notre identité, oui.
M. Morin : Parfait. Merci
beaucoup, M. Guillemette. Merci, M. le Président.
Le Président (M. Bernard) :
Merci, M. le député. Je cède maintenant la parole au deuxième groupe
d'opposition, et vous disposez d'une période de 2 min 15 s.
M. Bouazzi : Merci beaucoup.
Merci beaucoup, M. Guillemette. Vous êtes...
M. Bouazzi : ...la preuve
qu'ouvrir les commissions à la sagesse des citoyens vient aussi nous ouvrir des
horizons et je vous en remercie. J'ai déjà été de votre côté à vous, du côté de
la société civile, et je sais ce que ça coûte comme... comme temps, comme
énergie et j'espère vraiment que ça ne sera pas vain. Vous avez fait référence
au fait que, dans notre système, l'équilibre de pouvoir est déjà assez... assez
faible, étant donné que l'exécutif et le législatif, une fois qu'on a une
majorité, est en fait la même chose. Et donc il ne reste plus que le législatif
pour tenir tête à des abus de pouvoir. Est-ce que vous pouvez me parler de,
justement, comment est-ce que vous voyez l'effervescence démocratique entre
deux élections d'un point de vue de la société civile?
M. Guillemette (Simon) :
Écoutez, comme... je vais... je vais répéter, je n'ai pas de solution miracle
et je ne voudrais pas parler pour l'ensemble des Québécois, mais c'est sûr que,
pour moi, des conseils citoyens qui pourraient donner non pas un mandat de
représentation, comme vous avez actuellement, mais... d'avoir un rôle à jouer
avec leurs députés pour qu'ils aillent exprimer. Je n'aime pas beaucoup
l'exemple, mais vous allez la comprendre, mais Gabriel Nadeau-Dubois, lors
des... des grèves étudiantes, il n'avait pas un mandat d'aller faire ce qu'il
voulait, il était... avec les assemblées étudiantes qui décidaient c'est quoi,
ses paroles. Ça pourrait être un rôle qu'on donne à notre député d'aller nous
représenter.
Ça pourrait être des initiatives
populaires, un droit de rappel, il y en a en Alberta. L'Alberta semble être
chère à notre gouvernement comme étant une source d'exemples. Bien, l'Alberta a
un droit de rappel, puis on peut décider de... de retirer notre député
lorsqu'il ne fait pas l'affaire. Ça pourrait arriver. Je pense que, dans
certaines régions, quand le député déménage pour ne plus les représenter, bien,
ça fait... Ça pourrait se faire aussi. Donc, il y a... Il y a plusieurs choses,
les budgets participatifs, il y a plein d'options, les initiatives populaires
qui pourraient être faites. Puis on a encore un pouvoir d'association, c'est...
c'est plate, c'est judiciaire et c'est attaqué dans le projet de loi actuel,
puis ça me tentait de le souligner aussi. C'est là qu'on a le problème, la
contestation est là, on se plaint du pouvoir des juges, mais ils sont... ils
sont présents pour une raison.
M. Bouazzi : Merci beaucoup de
rappeler aussi, c'est le peuple qui est souverain et non pas les ministres.
Merci beaucoup pour votre participation.
Le Président (M. Bernard) :
C'est terminé? Merci... merci beaucoup, M. Guillemette, pour votre contribution
aux travaux, puis je vous félicite pour votre assiduité à la commission puis
également pour votre participation citoyenne.
Alors, maintenant, je suspends les travaux
quelques instants afin que l'on puisse accueillir le prochain groupe.
(Suspension de la séance à 11 h 58)
(Reprise à 12 heures)
Le Président (M. Bernard) :
Merci. Nous allons maintenant poursuivre les travaux. Nous allons accueillir,
en premier temps, M. Roméo Bouchard, fondateur de la Coalition pour une
Constituante et de la Coalition pour un Québec des régions. Suivi par la suite
de M. Christian Lapointe, directeur artistique de Carte blanche. M. Bouchard,
donc, vous disposez d'une période de quatre minutes, puis pour la suite...
12 h (version non révisée)
Le Président (M. Bernard) : ...
M. Lapointe pourra continuer pour un autre quatre minutes. Merci beaucoup.
M. Bouchard (Roméo) : Bonjour,
M. le ministre, mesdames et messieurs les députés. Ce mémoire, qui est signé
par une vingtaine de citoyens des régions éloignées, particulièrement, est le
fruit de 25 ans de réflexion et d'action sur la réforme de nos institutions
démocratiques et la nécessité d'un exercice constituant, réflexion qui va des
États généraux de 2001 jusqu'à la Coalition pour la constituante, l'expérience Constituons
dont parlera Christian Lapointe et avec moi, j'ai Philippe Garon, de la
Gaspésie, qui a... qui s'est aussi intéressé même à la... à l'adoption d'une constitution
pour la Gaspésie. D'emblée, puisqu'il faut faire très bref tout encore reconnaissant
la légitimité et l'utilité d'une constitution du Québec comme province
canadienne, nous estimons que le projet de loi n° 1
ne constitue d'aucune façon un exercice constituant démocratique ni un projet
de constitution, et, conséquemment, doit être retiré.
Le rôle d'une constitution, c'est de
définir comment une collectivité veut se gouverner, désigner ses dirigeants,
partager le pouvoir de décision, rendre la justice, préserver son territoire,
sa culture, son identité et assurer sa cohésion. Or, la loi n° 1
un ne contient à peu près rien concernant nos institutions démocratiques. Elle
s'en tient essentiellement aux enjeux identitaires et constitutionnels du
Québec dans le Canada, rien sur le processus électoral, le statut des partis,
la régionalisation des pouvoirs, la participation citoyenne, la protection de l'environnement,
le statut des Premières Nations, etc. L'amender, comme le réclament certains, n'y
changerait rien, car le problème de fond est ailleurs. En démocratie, l'écriture
et l'adoption d'une constitution sont l'exercice le plus important de la
souveraineté du peuple. Une constitution doit exprimer la volonté du peuple,
idéalement par un exercice citoyen constituant, représentatif et non partisan,
et il doit être ratifié par le peuple, idéalement par un référendum populaire.
C'est au peuple à constituer le Québec. On ne peut laisser les politiciens qui
détiennent le pouvoir définir eux-mêmes les règles du pouvoir. Le conflit d'intérêts
est évident.
Le projet de loi n° 1
n'est pas un projet de constitution, mais un simple projet de loi identitaire
soumis au vote de l'Assemblée nationale par le parti au pouvoir et susceptible
d'être modifié, remplacé ou aboli par n'importe quel gouvernement sans recours
au peuple. Il dénature totalement ce que doit être un exercice constituant
démocratique et ignore la souveraineté du peuple qui doit en être le fondement.
Si le gouvernement veut doter le Québec de sa constitution, il n'a qu'une chose
à faire : Convoquer une vraie Assemblée constituante citoyenne non
partisane. D'ailleurs, André Larocque, ici même, a même suggéré le projet de
loi de convocation. Nous croyons cependant qu'il est urgent qu'une institution
de négociation permanente de nation à nation avec les Premières Nations soit
instituée le plus tôt possible, tel que suggéré à la page huit de notre
mémoire. Le peuple québécois ne peut ignorer qu'il doit cohabiter et partager l'usage
du territoire québécois avec les peuples autochtones.
Le Président (M. Bernard) : Désolé,
M. Bouchard, je cède maintenant la parole à M. Lapointe pour un autre quatre
minutes.
M. Lapointe (Christian) : M.
le Président, chers membres de la commission, M. le ministre, mon nom est
Christian Lapointe, je suis directeur artistique de Carte blanche, chroniqueur
au Devoir et, incidemment, l'instigateur de la démarche Constituons. Kwé et
merci de m'accueillir dans ce Parlement situé en territoire non cédé. En 2019,
l'Institut du Nouveau Monde et moi-même avons déposé officiellement à l'Assemblée
nationale une constitution citoyenne pour le Québec de 80 articles. Celle-ci
fut rédigée par des citoyennes et des citoyens sélectionnés au hasard et
représentatifs de la démographie de la nation québécoise, et ce, à la suite d'un
processus constituant ouvert mené par l'INM. Cette démarche...
M. Lapointe (Christian) : ...incluait
une importante phase de consultation populaire et ce sont 2 500 contributions
de la société civile qui ont aiguillé les constituants avant la rédaction du
texte. Ce processus d'écriture non partisan fut préservé de tout lobby
politique et corporatif. Le 29 avril dernier, votre gouvernement annonçait
la nomination de Patrick Taillon à titre de conseiller spécial pour la
rédaction d'une constitution du Québec. Cette manœuvre de communication
annonçait en fait qu'aucun citoyen n'allait rédiger la loi des lois. Soyons
clairs : votre projet de loi n° 1 constitue un
abus du pouvoir constituant. Vous utilisez l'autorité de l'État pour vous
attribuer un pouvoir qui, dans toute démocratie digne de ce nom, doit précéder
et dépasser le gouvernement. Vous confondez volontairement le pouvoir de
gouverner et le pouvoir de fonder. Ce glissement n'est pas théorique et il est
lourd de conséquences. Un gouvernement ne peut pas, sans mandat populaire
explicite, sans assemblée constituante indépendante, sans référendum
d'adoption, s'autoproclamer constituant sans se honnir en fermant le débat
constituant au lieu de l'ouvrir. Vous transformez la constitution en outil de
contrôle narratif plutôt qu'en espace démocratique. Or, une constitution n'est
pas faite pour rassurer le pouvoir.
M. le ministre, vous parlez au nom du
peuple québécois, mais vous ne lui reconnaissez jamais son droit fondamental,
celui de se constituer lui-même. Vous refusez le risque démocratique et la
possibilité que le peuple ne dise pas ce que vous auriez voulu entendre. Comme
artiste, je reconnais une mise en scène quand j'en vois une. Vous convoquez le
décorum de la fondation, les grands mots, l'histoire, l'identité, mais vous
gardez le contrôle du scénario, des dialogues et du dénouement. La société est
un immense casse-tête dont on a égaré ici l'image intégrale. Le projet de
société doit être reconstitué par le génie créateur du peuple. La démocratie ne
peut se bien porter que si la politique ouvre toutes grandes ses portes. Mais
il faut des législateurs assez courageux pour aller frapper aux portes des
maisons, pour voir le portrait d'un peuple qui se reconnaît et qui, à bras
ouverts, accueille sa liberté. Alors seulement nous sentirons que la démocratie
existe.
Si ce projet de loi est adopté, il ne
constituera pas le Québec. Il constituera une fragilité démocratique que les
générations futures devront corriger. Elles se souviendront que ce jour-là, on
a préféré l'autorité à la légitimité. Ne vous faites pas d'illusion, aucune rue
ne sera nommée à votre nom suivant cette manœuvre. Je suis avec les miens. Je
vous rencontre que je suis encore en vie et je remets la parole à chaque
citoyen. Chacun de nous est une histoire d'amour. Y croire, c'est pouvoir
trouver ensemble un troisième souffle à temps. Chacun de nous est un Québec
vivant. Il faut se faire confiance pour dépasser nos différences. Il faut se
faire confiance pour partager nos ressemblances. J'en appelle aux députés de
cette coalition. Votre parti a suffisamment divisé et fracturé notre société à
des fins électoralistes. Il est encore temps de ne pas vous honnir, quitter ce
caucus, siéger comme indépendant et bloquer ce projet antidémocratique mené par
un seul homme. C'est tout ce qu'il vous reste à faire pour garder votre dignité
et sauver celle de notre peuple.
Je vous remercie pour votre attention.
Le Président (M. Bernard) : Merci,
M. Bouchard et M. Lapointe. Nous allons maintenant procéder aux
échanges avec les parlementaires. M. le ministre, vous disposez d'une période
de 10 minutes.
M. Jolin-Barrette :
Merci, M. le Président. M. Bouchard, M. Lapointe, bonjour. Merci de
participer aux travaux de la commission. M. Garon, aussi. Bonjour,
M. Garon, merci de participer aux travaux de la commission.
M. Lapointe, merci pour votre
intervention. Je dois dire que je pense que c'est elle qui a capté le plus
l'attention des parlementaires depuis les 13 jours dont on siège. Alors,
je pense que c'est livré avec vigueur, avec ressenti, et puis avec vos
convictions. Je tiens à vous rassurer, je ne fais pas tout ce travail-là pour
avoir une rue à mon nom. Premier élément.
• (12 h 10) •
Autre... autre élément, vous avez souligné
que le professeur Patrick Taillon a accepté de contribuer aux travaux pour la
rédaction du projet de loi numéro n° 1. J'en suis
extrêmement heureux, extrêmement fier de pouvoir compter sur quelqu'un d'une
qualité, d'une expertise, un des meilleurs professeurs de droit constitutionnel
que le Québec ait connu. Alors, je suis très heureux de pouvoir bénéficier de
son expertise et de son travail. Même chose également pour l'ensemble des juristes
de l'État qui ont travaillé, à la fois du ministère de la Justice du Québec et
du secrétariat québécois aux relations canadiennes. Des gens passionnés qui ont
le Québec à cœur, qui sont dotés d'une grande expertise et qui ont travaillé
sans relâche pour rédiger ce projet de loi là. Il faut dire que, lorsqu'un
ministre présente un projet de loi, il est appuyé par des membres de la
fonction publique, en l'occurrence des juristes, dans ce cas-là, et je suis
extrêmement fier du travail qu'ils ont réalisé. Et parfois ça ne paraît
peut-être pas...
M. Jolin-Barrette : ...mais à
quel point les équipes sont dévouées.
Autre point, vous avez mentionné, M.
Lapointe, que je n'ai pas voulu entendre. Je pense que, depuis le mois de
décembre, même depuis le dépôt de la Constitution, on a beaucoup entendu des
choses qui sont en contradiction avec la volonté du gouvernement. Puis c'est un
peu ça, l'espace démocratique que nous avons, c'est justement d'être confrontés
à des discours, à des opinions qui ne vont pas dans le même sens que le projet
proposé, puis notre travail, c'est de les entendre.
Alors, je pense que, depuis qu'on a eu les
travaux des commissions, ça n'a pas été une marche dans le parc très
tranquille, comme on a dit. Alors, nous, on accueille ça, on réfléchit à tout
ça pour amener des propositions constructives au texte du projet de loi. Mais
je comprends que la démarche citoyenne que vous voulez, à la fois M. Bouchard
et M. Lapointe, c'est une approche qui est davantage constituée des citoyens
qui se mettraient ensemble pour proposer un texte constitutionnel.
Le Président (M. Bernard) : M.
Bouchard.
M. Bouchard (Roméo) : ...il
sait que... M. Barrette sait qu'il faut faire la distinction entre une
consultation et un exercice constituant. Consulter... Vous avez écrit la loi,
vous allez la voter. On ne sait même pas si vous allez l'amender. Vous êtes
souverain, vous l'avez dit. C'est... C'est... C'est que c'est une chose. Un
exercice constituant, c'est autre chose. C'est le peuple qui, lui-même,
constitue la nation, le gouvernement, c'est... et il le fait sans les
politiciens, justement, qui le détiennent déjà, le pouvoir, donc qui ont... qui
ont tout lieu de se protéger et de protéger leur pouvoir. Le pouvoir aux
régions, par exemple, on ne l'aura jamais avec... avec des représentants
parlementaires, on ne l'aura jamais. Les gens le veulent, mais on ne l'aura
jamais parce que les politiciens ne veulent pas partager leur pouvoir, et on va
leur laisser écrire la Constitution et l'adopter, sous bâillon probablement,
même, en plus?
M. Jolin-Barrette : Mais
peut-être... peut-être un petit bémol là-dessus, M. le Président. Vous savez,
les députés représentent leurs concitoyens et notamment dans toutes les régions
du Québec. Donc, vos députés, notamment en Gaspésie...
M. Bouchard (Roméo) : ...sont
représentants d'abord de leurs partis dans le système actuel. Ils ne
représentent pas d'abord les citoyens, ils représentent d'abord leurs partis.
C'est le parti qui les a choisis.
M. Jolin-Barrette : Permettez-moi
d'être en désaccord avec vous. Tous les députés que je connais représentent
leurs concitoyens, puis c'est mon opinion.
M. Bouchard (Roméo) : De
toute façon, pour écrire la Constitution... Ce n'est pas aux députés puis... à
écrire la Constitution, ni à eux à l'adopter, c'est au peuple à l'écrire et
c'est au peuple à l'adopter.
M. Jolin-Barrette : C'est
bien noté. Je vous remercie. Est-ce que...
M. Bouchard (Roméo) : Ça,
c'est... Le problème est : Ça n'ira nulle part, ce projet-là, qu'il soit
adopté ou non, de toute façon, ce n'est pas une constitution. Sauf que le débat
sur une vraie constitution est empoisonné pour 10 ans à venir.
Le Président (M. Bernard) : M.
le ministre.
M. Jolin-Barrette : Je vous
remercie, M. Bouchard. M. Lapointe, est-ce que vous vouliez ajouter?
M. Lapointe (Christian) : Oui.
Je crois qu'il ne se pose aucune question ici. J'ai écouté les travaux de votre
commission. Malheureusement, vos organisations politiques ne font qu'y
reconduire leurs idéologies et renforcer l'emprise qu'ils ont déjà ou qu'ils
tentent d'avoir. Il n'y a pas de discussion ici, à mon sens, il n'y a pas de
consultation. Et j'ai du mal à comprendre, M. le ministre, comment vous faites
pour dormir la nuit. Peut-être, je confère, dirais-je, ce rôle de poète qui...
et j'invoque de vous marquer de la marque des insomniaques. Et je dirais qu'en
fait vous voulez faire une maison en notre absence et en celle de ceux qui
étaient là avant que nous arrivions et que vous espérez le salut de notre
silence. Et pardonnez-moi de n'avoir pour réponse que le chant rauque de mes
ancêtres, pour vous dire toute l'éternité de la grève à venir et que je sais
que je ne suis pas seul. Parlons de choses et d'autres, hein, au Québec, nous
sommes nés pour comprendre vos voix autoritaires.
M. Jolin-Barrette : D'accord.
Bien, écoutez, je vous remercie pour... pour vos commentaires.
Vous ne croyez pas que le renforcement des
institutions, notamment le Parlement, les tribunaux, l'Assemblée nationale, ça
bénéficie au peuple...
M. Jolin-Barrette : ...à la
nation? Puis ça va être ma dernière question. Ensuite, je vais laisser la
parole à mes collègues.
M. Lapointe (Christian) :
Vous croyez que ce que vous faites est en train de renforcer? Attendez, là, la
charte, vous avez dit : De tel numéro à tel numéro, ça fait partie, alors
le reste n'en fait plus partie. Votre article 29, dans le monde du
théâtre, hein, dans votre article 29, dans le monde du théâtre, on appelle
ça, quand on fait une mise en scène dans un théâtre institutionnel, parce qu'il
y a une mise en scène ici, hein, on appelle ça le piège à cons. C'est-à-dire:
On va créer un problème, et là la direction artistique vient, puis : Non,
ça, il faut l'enlever, ça, il faut l'enlever, ça, il faut l'enlever, et donc ça
veut dire que tout le reste de la mise en scène est bonne? Non. Ce que vous
êtes en train de faire ne renforce pas l'État. M. Jolin Barrette... M. le
ministre, pardonnez-moi, non.
M. Bouchard (Roméo) : Je ne
dirais pas qu'il n'y a rien de... qui peut être utile dans le projet qu'il y a
là, mais il manque énormément de choses. Il manque l'essentiel, tu sais, et il
manque... et le processus n'est pas légitime. C'est surtout le processus. Tu
sais, mon compagnon ici, qui fait des expériences artistiques participatives,
et tout ça, il me disait justement ce matin : On réalise que c'est le
processus qui est le plus important, même que le contenu. Et c'est le processus
qui n'est pas un exercice constituant. C'est, là le problème de ce projet-là,
essentiellement. Il y a plein de choses valables. Il y en a quelques-unes qui
ont été... comme sur l'avortement ou sur d'autres... les poursuites, et tout
ça, qui ont été, à juste droit, dénoncées comme devant être modifiées, mais
l'essentiel n'est pas là. La volonté du peuple n'est pas là. Ce n'est pas le
peuple qui dessine le... qui constitue le Québec dans cette chose-là.
Il manque... J'ai énuméré... on a énuméré,
dans le rapport, une quinzaine de choses que le monde... si on faisait
véritablement un travail constituant, les citoyens amèneraient sûrement...
Pourquoi pas avoir l'initiative populaire, tu sais, accessible à tout le monde?
Ça réglerait une grosse partie de la participation citoyenne aux décisions en permanence
en dehors des élections. Il y a plein de sujets comme ça sur les régions. Il
n'y a rien sur l'environnement. Ça nous pend sur la tête, ça va tout nous
tomber dessus parce que, là, on n'en parle même plus, là. Il n'y a rien. Tu
sais, ce n'est pas... le contenu n'est pas là et le processus n'est pas là.
Le Président (M. Bernard) : Député
de Chapleau, 30 secondes.
M. Lévesque (Chapleau) : Merci,
M. le Président. Merci, M. Bouchard, M. Lapointe. En fait, vous avez
dit quelque chose qui m'a un peu surpris, là, M. Bouchard, quant au fameux
débat constitutionnel. En fait, juste pour vous rassurer, là, le débat
constitutionnel se porte bien. Ça fait des décennies qu'on en parle au Québec,
justement, de se doter d'une constitution. Et là, évidemment, le gouvernement
décide d'agir. Donc, je ne m'inquiète pas pour le débat constitutionnel, au
contraire, on agit puis on va de l'avant, justement, avec une constitution.
Donc, merci, M. le Président.
Le Président (M. Bernard) : Merci,
M. le député. Je cède maintenant la parole à l'opposition officielle pour une
période de 7 min 30 s.
M. Morin : Merci, M. le
Président. Alors, M. Bouchard, M. Garon, M. Lapointe, bonjour.
Merci d'être là avec nous. Merci pour vos mémoires respectifs. Et je dois dire,
M. Lapointe, la façon dont vous l'avez livré, c'était vraiment palpitant.
M. Bouchard, dans votre document, à
la page 6, vous parlez d'éléments qui ne sont pas dans le texte de loi,
entre autres une politique agricole qui privilégie l'agriculture écologique de
proximité, un engagement ferme vers la transition écologique et la gestion
durable de nos ressources. D'après vous? Il faudrait l'inclure, évidemment,
mais comment on pourrait l'articuler pour que ça prenne vie et qu'évidemment on
ait véritablement une agriculture écologique et de proximité? Ça m'apparaît
important, parce que, je vous dirai, il y a quelques mois, j'ai rencontré
plusieurs agriculteurs en Estrie qui étaient inquiets. Ce sont de petits
producteurs, et ils veulent avoir... évidemment prendre un tournant plus
écologique avec des semences ou même au niveau de l'élevage de leurs animaux,
mais, des fois, il n'y a pas de choix qui leur sont donnés par les compagnies,
ou encore ils n'ont pas accès aux abattoirs pour ceux qui font de l'élevage.
Donc, qu'est-ce que vous avez en tête puis comment ça s'articulerait pour qu'on
puisse vivre... fasse vivre, justement, cette agriculture-là de proximité?
• (12 h 20) •
M. Bouchard (Roméo) : Bien,
c'est sûr qu'une constitution ne va pas dans les détails, hein, elle donne...
M. Bouchard (Roméo) : ...les
grandes lignes.
Je vais... Je vais commencer par une
chose. La Suisse, en 1996, qui dispose de l'initiative populaire, il y a eu une
initiative populaire à propos de l'agriculture : est-ce qu'on veut une
agriculture orientée vers la proximité, vers nourrir notre population ou on
veut une agriculture d'exportation. Et les gens ont dit : On veut une
agriculture locale, une agriculture de proximité puis une agriculture
écologique. Alors, ils ont introduit dans la Constitution un nouveau paragraphe
pour dire que les objectifs de l'agriculture en Suisse, c'est telle chose,
telle chose, telle chose. Et, depuis ce temps-là, il y a... il y a plein de
choses qui se font. La Bolivie a fait la même chose pour... avec un processus
constituant au niveau de la... de toutes... de toutes les ressources de la
terre en Bolivie. C'est des choses qui se font dans une constitution si on
permet aux gens de le faire.
Parce que les gens sont... sont... sont
inquiets de ces choses-là. Notre agriculture, on en est dépossédés
complètement, actuellement. C'est une agriculture visant... qui vise
l'exportation. Et les petits producteurs de proximité... si j'en ai parlé dans
les années précédentes, se meurt... se meurt. Après deux, trois ans, ils sont
obligés d'arrêter parce qu'ils étouffent. Ils n'ont pas droit aux terres, ils
n'ont pas le droit à leur maison, ils n'ont pas droit aux subventions, ils
n'ont pas droit à rien, tu sais. Alors, c'est... c'est des gros problèmes. Mais
les principes devraient être posés dans une constitution, sur les autres
ressources naturelles aussi, tu sais, la forêt, sur les... sur les mines,
qu'est-ce qu'on fait avec notre territoire. Les gens... Les gens, ils sont
attachés à leur territoire. Moi, je vis dans un petit village où on a... on a
tout remonté le village à partir de la revalorisation de notre territoire
local. Les régions, c'est ça, c'est le territoire du Québec. On n'en parle pas
dans les projets de constitution.
M. Morin : Pouvez-vous nous
en dire plus sur l'expérience de la Bolivie, auquel vous avez fait référence?
M. Bouchard (Roméo) : Je...
Je connais mieux... celui de la Suisse au niveau de l'agriculture. Et ça a
donné des choses énormes comme... Et tous les agriculteurs qui sont dans les...
dans les... entre la montagne et la plaine, c'est dans des territoires moins...
propices à la grande agriculture, il y a des programmes tout à fait spéciaux.
On s'assure que toutes les... toutes les zones du territoire puissent être
traitées selon leurs capacités et... et puissent apporter leur contribution.
En Bolivie, de façon générale, il y a eu
une reprise en main des ressources naturelles grâce au processus constituant.
Et c'est... Vous allez me dire : Le système... la constituante qui a été
fait en Bolivie, en Équateur et au Venezuela, aujourd'hui, ah!, ils sont
malmenés, tous ces... Evo Morales a de la misère, en... en Venezuela, on n'en
parle pas, mais on oublie de dire que la principale raison pour laquelle ça a été
si dur d'appliquer la Constitution que le peuple a écrit, c'est parce que tous
les... toutes les grandes multinationales qui profitaient de ces ressources-là
ont tout fait pour faire échouer les gouvernements en... en question. Donc...
Mais la seule force qu'on a, c'est nous-mêmes. Puis je pense qu'on peut
refaire, réorienter notre agriculture de façon... comme les gens aimeraient
l'avoir actuellement.
Le Président (M. Bernard) : M.
Lapointe.
M. Lapointe (Christian) : ...
M. Bouchard (Roméo) : Les
gens ne sont pas intéressés actuellement. Et, s'ils le savaient, ils ne
seraient pas intéressés, mais ils ne le savent même pas, hein, qu'on produit...
on produit 6 millions de porcs pour envoyer à l'extérieur et que tous les
champs de maïs que vous voyez, l'automne, là, l'été, sur la 20, là, bien, c'est
tout pour nourrir les cochons qu'on envoie en Chine. Ce n'est pas pour nous
nourrir, en dépit des belles annonces qu'on nous met à la télévision.
Le Président (M. Bernard) : Une
minute, M. Lapointe.
M. Lapointe (Christian) : Oui.
Bien, en fait, ce que je veux, c'est signaler aux gens qui nous regardent et
qui nous écoutent, aux citoyennes, aux citoyens, que le ministre de la Justice
a quitté la salle et que, pour moi, bien, quand même, c'est un signe important,
alors qu'on est là tous deux...
M. Lapointe (Christian) : ...à
venir dire qu'il faut entendre avant de rédiger. Et là vous faites la mise en
scène, le spectacle de la consultation, et son absence, son départ, pour moi...
Le Président (M. Bernard) : M.
Lapointe, désolé, on ne peut pas soulever la période... Le ministre a dû
s'absenter pour des raisons... Donc, le temps... le temps, maintenant, vous
est, malheureusement, terminé, le temps qui vous est alloué. Nous continuons
avec le deuxième groupe d'opposition, pour une période de
2 min 30 s.
M. Bouazzi : Merci, M. le
Président. Merci, M. Lapointe, d'apporter un peu de poésie, hein, dans ce monde
qui, malheureusement, est plein de décorum, mais peu de poésie, et de nous rappeler
aussi qu'au-delà de l'importance du décorum il y a l'importance de
l'institution, des pouvoirs, et que donner la parole au peuple, c'est,
justement, respecter les institutions avant d'avoir respecté le décorum.
J'ai très peu de temps, ça fait que mes
questions vont... vont aller pour pour M. Bouchard. Merci beaucoup pour votre
contribution. Et puis je comprends ce que vous dites, et que vous dites qu'il
faut recommencer le processus, etc. Mais imaginons, là, qu'on est dans une
consultation citoyenne et qu'on parle de la décentralisation des pouvoirs, qui
est un sujet qui m'intéresse vraiment beaucoup. Est-ce que vous pourriez nous
expliquer un peu comment est-ce que vous pouvez imaginer de donner plus de
pouvoirs aux régions, par exemple, dans un système démocratique?
M. Bouchard (Roméo) : Je vais
dire un mot et je laisserai parler M. Garon, qui est de Gaspésie, justement.
Mais je pense... je pense que c'est... la décentralisation, c'est la démocratie
territoriale, c'est le mot... le mot qu'on devrait employer, la démocratie
territoriale. Je pense que ce qui est indispensable actuellement, c'est qu'on
donne un statut politique aux régions, mais elles n'ont que des statuts
administratifs actuellement. Ce sont des... ce sont de la... dès que... on fait
de la déconcentration, mais on ne fait pas de la décentralisation des pouvoirs.
Alors, il faudrait trouver une façon... il y en a... il y en a bien, des
façons... ce serait à voir comment les gens, dans chaque région, pensent qu'ils
peuvent fonctionner aussi. Ce n'est pas obligé d'être tous pareils.
Mais prenez simplement... S'il y avait un
président de région élu dans les 17 régions du Québec, tout à coup, le paysage
québécois serait complètement changé. Il y aurait trois... il y aurait 17, 17
présidents élus, au suffrage universel, de région, et ça, c'est juste... c'est
presque juste à ça... la symbolique, là. Alors, si... c'est évident qu'il faut
donner des pouvoirs, et il faut donner des ressources. Ça ne veut pas dire que
le gouvernement central n'a plus de rôle à jouer, mais, comme l'avait bien
écrit, dans un livre blanc qui n'a jamais été publié... René Lévesque lui-même
l'avait écrit, n'est-ce pas?... le rôle du gouvernement, c'est de coordonner,
c'est de rassembler, de... Ce n'est pas de tout contrôler et de tout faire à la
place des gens. Le principe de subsidiarité, c'est... c'est élémentaire. Or, ça
ne... ça ne se fait pas actuellement, ça ne se fait pas. Les régions voient
partir les ressources, leurs ressources, qui devraient leur servir à survivre.
Ils s'en vont ailleurs, ils s'en vont à... par des grandes compagnies. Alors,
il y a quelque chose d'énorme à faire, là. Il devrait y avoir au moins un mot,
dans une constitution, pour dire...
Le Président (M. Bernard) : Merci,
merci, M. Bouchard. Merci beaucoup de votre présence, MM. Bouchard, Lapointe et
Garon, le temps alloué est maintenant épuisé.
Compte tenu de l'heure, la commission
suspend ses travaux jusqu'après les avis touchant les travaux des commissions.
Merci, bon dîner à tous.
(Suspension de la séance à 12 h 30)
15 h (version non révisée)
(Reprise à 15 h 17)
Le Président (M. Bernard) : Bonjour,
chers collègues. À l'ordre, s'il vous plaît! Donc, la commission va reprendre
ses travaux pour l'après-midi. Nous entendrons les organismes et les personnes
suivantes : la Fédération québécoise des associations de foyers-écoles, l'Association
des Townshippers, M. Olivier Nadeau, la Fédération étudiante de droit du
Québec, le Collectif pour le libre choix, la Table de concertation des
organismes musulmans du Québec, TALQ Québec, c'est Talking Advocating in Québec,
et finalement Me Karine Millaire.
Donc, nous allons débuter nos travaux. Un
instant, s'il vous plaît! Donc, mesdames, merci. Je vous rappelle que vous
disposez de huit minutes pour votre présentation, laquelle sera suivie des
échanges avec les parlementaires. Donc, je vous invite à vous présenter, vous
et les personnes qui vous accompagnent. Merci.
Mme
Sauvé-Frankel (Ginette) :
D'accord. Alors, nous sommes là pour
représenter la Fédération québécoise des associations de foyers-écoles...
Natasha Drysdale, qui est sur... membre du conseil
d'administration, ainsi que Nick Giannakoulis, M. Michael Canuel, qui devait
être là, a eu une urgence, alors, ne sera pas présent.
La Fédération québécoise des associations
de foyers-écoles a été fondée en 1944 et a obtenu sa charte officielle en 1959.
Organisme bénévole indépendant non partisan a démontré un engagement continu
depuis plus de 81 ans. Nous vous remercions de nous de recevoir aujourd'hui.
La Fédération québécoise des associations de foyers-écoles intervient non pas
comme un groupe idéologique, mais comme une organisation citoyenne enracinée
depuis... plus de huit décennies dans le système éducatif québécois. Notre
crédibilité repose sur la constance de nos valeurs : participation
parentale, respect des institutions démocratiques et protection du bien-être
des enfants. Nous représentons 87 communautés scolaires à travers le
Québec, environ 2 000 familles membres, plus de 20 000 élèves
concernés qui démontrent une diversité culturelle du réseau scolaire anglophone
minoritaire.
Derrière ce mémoire, il y a des milliers
de familles et d'élèves, des parents engagés, des grands-parents, des
éducateurs, des citoyens ordinaires qui souhaitent simplement que les décisions
législatives respectent leurs droits et la stabilité de leurs institutions
scolaires. Nous représentons une réalité bien concrète, présente dans toutes
les régions du Québec. Natasha.
• (15 h 20) •
Mme Drysdale (Natasha) : Pourquoi
le projet de loi n° 1 nous préoccupe, c'est... il n'y avait aucune vaste
consultation publique. Il y a une absence de... consensus multipartite.
Adoption et modification possible à majorité simple qui ne répond pas aux
majorités des gens au Québec puis il n'y a aucun référendum envisagé. Une
constitution ou un texte qui s'en réclament devrait être le fruit d'un large
dialogue social. Or, le projet.
Mme Drysdale (Nathasha) :
...de loi un a été élaboré comme une loi ordinaire, sans les mécanismes de légitimation
attendus pour un document de cette portée. Cela soulève une question
fondamentale : À qui ce texte est-il destiné à servir, la population ou
l'État? Les communautés anglophones et allophones ont contribué d'une
manière... de manière déterminante au développement du Québec. Pourtant, le
projet de loi un ne leur accorde aucune protection réelle. Une constitution
inclusive devrait reconnaître cette... pluralité comme une richesse, non comme
une exception tolérée. À vous, Ginette.
Mme Sauvé-Frankel (Ginette) :
Oui. Alors, concentration, on... on note une concentration inquiétante du... du
pouvoir. Un serment d'allégeance à la nation plutôt qu'aux citoyens. Clause de
souveraineté parlementaire sans justification requise. Affaiblissement du rôle
des tribunaux. Le projet de loi déplace l'équilibre des pouvoirs, en limitant
le contrôle du judiciaire et en renforçant l'immunité législative, il affaiblit
les mécanismes de protection des droits. Une démocratie libérale repose sur des
contrepoids, pas sur leur neutralisation. Nathasha.
Mme Drysdale (Nathasha) : Les
risques directs pour l'éducation, ce que nos représentants, nos parents et nos
écoles puis nos enfants... Plus de 100 organisations visées par le projet
de loi. Possibilité de bloquer des financements fédéraux. Nous, on reçoit des
fonds fédéraux. Menace potentielle pour l'autonomie scolaire. Précédent
dangereux pour les commissions scolaires que nous, nous avons toujours.
Mme Sauvé-Frankel (Ginette) :
Alors, est-ce qu'on parle des droits... des droits collectifs versus des droits
individuels? Une Constitution devrait d'abord protéger les citoyens contre les
abus du pouvoir. Or, ici, les droits... individuels deviennent secondaires,
voire optionnels. Cette hiérarchisation fragilise l'ensemble des Québécois, pas
seulement les minorités...
Mme Drysdale (Nathasha) : En
conclusion, la... Notre organisation demande le retrait complet du projet de
loi 1, un lancement d'un véritable processus consultatif. Participation
inclusive incluant les minorités et un respect intégral des chartes existantes.
Notre organisation ne s'oppose pas au dialogue constitutionnel, elle s'oppose à
un texte qui concentre le pouvoir, limite les recours et affaiblit les
citoyens. Nous demandons le retrait du projet de loi un et la mise en place
d'un processus inclusif, démocratique et respectueux des droits...
fondamentaux. Le commissionnaire aux droits de l'homme, au... du Conseil de
l'Europe rappelle que les politiques linguistiques ne doivent pas produire de
traitement discriminatoire et doivent évaluer les impacts disproportionnés.
Mme Sauvé-Frankel (Ginette) :
Alors, ce qu'on note ici, c'est les risques. Il n'y a aucune preuve robuste que
l'affaiblissement... ni de recherche que l'affaiblissement des recours protège une
langue. Les tendances linguistiques sont largement liées à des facteurs
économiques, démographiques. Donc, des solutions structurelles, pas seulement
juridiques. Quand on rend les lois incontestables, on augmente le risque d'abus
et on diminue la protection de tous les citoyens.
Nous vous remercions de nous avoir reçus
aujourd'hui. Je parle au nom de mes collègues,Nick Giannakoulis et Natasha
Drysdale, et toute l'association, la Fédération québécoise des associations
foyers-écoles.
Le Président (M. Bernard) :
Merci beaucoup, Mme Sauvé-Frankel... Mme Drysdale, pour votre présentation.
Nous allons débuter les échanges avec les groupes parlementaires. M. le
ministre, vous disposez d'une période de 10 minutes.
M. Jolin-Barrette : Merci, M.
le Président. Alors, Mme Sauvé-Frankel, Mme Drysdale, M. Giannakoulis, bonjour.
Merci d'être là pour la Fédération québécoise des associations de
foyers-écoles...
M. Jolin-Barrette : ...foyers-écoles.
Euh. Peut-être d'entrée de jeu, parce qu'on dit qu'on limitait l'accès à la
justice, dans le fond, le projet de constitution ne prévoit rien à cet effet
là. La loi constitutionnelle, la loi favorisant l'autonomie constitutionnelle
du Québec, à l'article 5, prévoit que certains organismes qui sont dans le
paramètre.... dans les paramètres publics du gouvernement vont... ne pourront
pas utiliser les sommes publiques, l'argent public pour contester certaines
lois, notamment la Loi sur la laïcité, la Charte de la langue française, la Loi
sur l'intégration nationale et la constitution, en l'espèce. Alors, ce sont des
lois qui sont importantes, ce n'est pas impossible de contester la loi, c'est
toujours possible de le faire, mais on ne pourra pas prendre l'argent public
pour contester cette loi-là. Alors, on maintient l'accès à la justice à ce
niveau-là. Les organismes communautaires, les organismes à but non lucratif,
les organismes sans but lucratif, donc, l'ancien nom, ne sont pas visés par la
Loi sur l'autonomie constitutionnelle, alors, je tenais à vous dire ça pour
vous rassurer, notamment. Je ne vous ai pas entendu, parce que votre
association, elle est beaucoup pour le bien être des enfants, notamment à
l'école, avec les fédérations de parents, les grands-parents qui s'impliquent,
tout ça dans l'intérêt des enfants dans les écoles. On a inséré, dans la
constitution, l'article 27 : L'État veille à la protection de
l'intérêt de l'enfant et au respect des droits qui lui sont reconnus. Est-ce
que vous trouvez ça positif qu'on intègre un article qui vise à promouvoir
l'intérêt de l'enfant?
Mme Sauvé-Frankel (Ginette) : Alors
moi, j'aimerais mieux qu'on... qu'on intègre le respect de la Convention des
Nations unies sur les droits de l'enfant que le Québec a signé, je dois vous
rappeler, en 1991, et qu'on... dont on ne parle jamais, mais qui est quand même
là et qui devrait être respecté dans son intégralité, incluant le droit à la
religion.
M. Jolin-Barrette : Qu'est ce
que vous voulez dire par...
Mme Sauvé-Frankel (Ginette) :
Natasha...
M. Jolin-Barrette : Qu'est-ce
que voulez dire par le droit à la religion?
Mme Sauvé-Frankel (Ginette) : Bien,
écoutez, c'est difficile pour des élèves de... de s'avouer avoir une certaine
religion quand le port de certains signes d'appartenance à une religion ne sont
pas tolérés, sont interdits. Alors, ça devient difficile pour ces enfants de se
reconnaître.
M. Jolin-Barrette : Mais si
on est un petit peu plus concrets, là, quel port de signes religieux est
interdit pour les élèves?
Mme Sauvé-Frankel (Ginette) : Pour
les... pour les professeurs, le port des signes religieux sont interdits,
alors, ils n'ont plus l'appartenance ou la reconnaissance que leur religion est
vraiment accueillie partout. Parce qu'elle ne l'est plus.
M. Jolin-Barrette : Bien,
l'enseignant se retrouve dans une situation où il est neutre.
Mme Sauvé-Frankel (Ginette) : C'est
intéressant parce qu'en fin de compte, on a des... on a signé des documents,
entre autres, la charte... pas la charte mais la Convention relative aux droits
de l'enfant, qui... qui ne met pas aucune contrainte sur la religion et qui, en
fait, dit que la religion fait partie du droit de l'enfant. Alors comment
l'enfant se retrouve-t-il ou se reconnaît-il si une partie de la population ne peut
pas connecter avec lui?
M. Jolin-Barrette : Bien,
écoutez, on a fait le choix, en 2019, de prévoir que les enseignants ne
portaient pas de signe religieux dans le cadre de leurs fonctions. Je pense que
la laïcité permet la liberté de toutes les religions et de la liberté des
religions de tous les élèves, mais ça, je pense qu'on... on a déjà fait le
débat, mais écoutez, je vais céder la parole à mes collègues qui souhaitent
vous poser des questions, je vous remercie pour votre présence en commission
parlementaire.
Mme Sauvé-Frankel (Ginette) : D'accord.
Le Président (M. Bernard) : M.
le député de Gaspé, la parole est à vous.
M. Sainte-Croix : Merci, M.
le Président. Bonjour, mesdames, bonjour, messieurs. Merci pour votre présence
aujourd'hui avec nous et votre contribution aux travaux de la commission.
Êtes-vous d'accord que dans une société libre et démocratique comme la nôtre,
ici, au Québec, il appartient aux élus qui représentent la population de
déterminer les règles de fonctionnement de notre société, et non aux juges qui
sont nommés unilatéralement par le gouvernement fédéral? Que pensez-vous de ça?
• (15 h 30) •
Mme Sauvé-Frankel (Ginette) : Natasha,
do you want to take that one?
Mme Drysdale (Nathasha) : ...
Mme Sauvé-Frankel (Ginette) :
Alors, écoutez, on vous a élu, la population vous a élu, vous êtes censés être
là pour nous...
15 h 30 (version non révisée)
Mme Sauvé-Frankel (Ginette) : ...mais
ça ne vous donne pas le droit de faire des décisions de façon assez
unilatérale, comme ce projet de loi qui n'a eu aucune consultation publique et
qui ne... et qui ne représente pas la société et les groupes qui représentent
le Québec.
Le Président (M. Bernard) : ...
M. Sainte-Croix : Merci, M.
le Président. Vous dites que le Conseil constitutionnel sera partial. Que
voulez-vous dire par là, Mme? Compte...
Mme Sauvé-Frankel (Ginette) : On
a dit qu'il n'était pas... Puis on a dit qu'il n'était pas multipartite. On n'a
pas dit qu'il était partial. Mais d'un autre côté, quand on a qu'un point de
vue, on devient partial.
M. Sainte-Croix : Merci.
Est-ce que vous pensez que les millions dépensés par le English Montréal School
Board pour contester la loi 21 constituent la meilleure utilisation de ces
fonds publics là? Est-ce qu'on ne devrait pas plutôt les investir dans la
réussite des élèves?
Mme Sauvé-Frankel (Ginette) : On
investit. On a toujours investi dans la réussite des élèves. C'est pour... C'est
pour ça que les commissions scolaires anglophones existent. Nous, nous
dépensons, outre ce que le gouvernement nous donne, parce que nous mettons
beaucoup plus de fonds dans le soutien des élèves qui ont des besoins
particuliers et qui ne sont... Du temps où j'étais là, à chaque année, on
avait... on avait besoin de mettre des fonds additionnels pour supporter les
élèves qui avaient des problèmes... d'apprentissage. Alors, vous me dites qu'on
n'a pas le droit de faire ce qui est le mieux pour les élèves avec les fonds
qui nous sont remis. Je... Je voudrais simplement dire que défendre nos droits,
défendre les droits des enfants anglophones, les enfants qui sont dans des
commissions scolaires anglophones... vont pour protéger leurs droits.
M. Sainte-Croix : Merci.
Est-ce qu'il me reste du temps?
Mme
Sauvé-Frankel (Ginette) :
Do you have anything to add, Natasha?
M. Giannakoulis
(Nick) :
No.
Le Président (M. Bernard) : Vous
avez encore deux minutes, M. le député.
M. Sainte-Croix : J'ai... Il
me reste encore du temps. Merci, M. le Président. Merci, madame. N'êtes-vous
pas d'accord qu'il revient d'abord au Québec de déterminer lui-même ses
priorités dans ses champs de compétence, et que ce n'est pas à l'État fédéral d'imposer
sa vision dans les domaines qui relèvent du Québec? Quelle est votre opinion
sur ce point de vue?
Mme Sauvé-Frankel (Ginette) : Le
Québec a les compétences en éducation et en... et en soins de santé.
Malheureusement, on... Il y a, je dirais, une différence entre le système
scolaire anglophone et le système scolaire francophone. On se bat pour faire
avec ce qu'on a. Et on fait assez bien parce qu'en général on a de bons
résultats. Mais je ne vois pas pourquoi vous... vous recevez des fonds du fédéral,
des transferts pour l'éducation, or on ne sait jamais où s'en vont ces
transferts. On est obligés de demander des fonds au fédéral pour... pour nous
aider à continuer certaines activités. Je ne vois pas pourquoi vous êtes contre
les fonds du fédéraux... du fédéral.
M. Sainte-Croix : Merci, Mme.
Merci, M. le Président. Ça complète.
Le Président (M. Bernard) : Merci,
M. le député. Je cède maintenant la parole au porte-parole de l'opposition
officielle. Mme la députée de Robert-Baldwin, vous disposez de sept minutes 30
secondes.
Mme Garceau : Merci beaucoup,
M. le Président. Bonjour, Mme Ginette Sauvé-Frankel, ça fait un certain temps
qu'on ne s'est pas vu, Mme Drysdale, bonjour, et M. Giannakoulis, pour la
Fédération québécoise des associations de foyers-écoles. Merci beaucoup d'être
ici, même si c'est en virtuel.
J'ai trouvé l'échange quand même assez
intéressant. Et je voulais rafraîchir un peu sur le point concernant l'article 27.
Et vous avez mentionné que ce n'est pas une disposition suffisante en ce qui a
trait à la protection des droits de nos enfants ici, au Québec. Vous avez
mentionné, et je suis d'accord avec vous, en ce...
Mme Garceau : ...qui a trait à
la convention internationale, la Convention relative aux droits de l'enfant,
que le Québec a adhéré depuis 1991, mais on ne l'a pas intégrée dans notre
corpus législatif québécois. Mais il y a aussi la question de la Charte des
droits de l'enfant qui découle du rapport de la commission Laurent, qui était
une recommandation phare de cette commission. Et le gouvernement, à date, n'a
pas intégré ou n'a pas créé une charte, et même a écarté en termes de la
mise... mise en vigueur d'une charte des droits à la phase III de... de la
commission Laurent, qui serait encore dans quelques années. C'est quoi votre
opinion à ce sujet? Qu'on retarde cet aspect-là, que ce soit une convention
relative, l'intégration dans le corpus législatif québécois ou la Charte des
droits de l'enfant.
Mme Sauvé-Frankel (Ginette) : Alors,
je vais être assez... assez abrupte là-dessus. Je vais vous dire que, pour un
Québec qui se targue d'aimer ses enfants, il y a des choses qui sont en retard
depuis... depuis 91. Je m'excuse, mais si on est... si on... on adore nos
enfants, comme on dit qu'on les aime, pourquoi ne les protégeons pas... nous
pas en... en implantant ce que le... ce que ce que les conventions qu'on a
signées demande de faire? On n'a... on n'a rien fait. On n'a même pas dans le
curriculum l'étude de la Convention relative aux droits de l'enfant. Pour moi,
c'est essentiel. La seule place où j'ai trouvé où on enseignait la Convention
relative aux droits de l'enfant, c'était en nursing, à... à l'Université
McGill. Ça n'apparaît nulle part dans aucun curriculum. Ça n'apparaît même pas
au primaire ni au secondaire. Je trouve ça aberrant qu'on ait signé des
ententes qui disent forcément que l'État, le premier devoir de l'État, c'est de
faire connaître la convention. Or, elle n'est pas connue, elle n'est pas
célébrée à chaque année. C'est... c'est vraiment incroyable pour moi.
Mme Garceau : ...avait... le
ministre de la Justice avait quand même l'opportunité charnière de l'intégrer
dans le cadre de cette Constitution, puisqu'on a établi d'autres lois dans ce
contexte, donc on aurait pu l'intégrer, la convention internationale, n'est-ce
pas?
Mme Sauvé-Frankel (Ginette) : Oui,
on aurait pu l'intégrer. On aurait pu aussi accepter ou, en fait, soutenir
les... les accords qui avaient été déjà signés, que ce soit la Charte des
droits de la personne, ou... ou la convention, ou tout autre... ou tout autre
document. Ce qui nous apparaît, et peut-être que je me trompe, mais ce qui nous
apparaît, c'est que ce document va... va être au-dessus de tous les autres
documents, il va les enfouir. Alors, on... on n'accepte pas que... qu'un
document de cette envergure ait été écrit par un groupe restreint de personnes,
sans consultation publique et sans... sans apport de... de beaucoup de
citoyens. C'est pour ça qu'on s'est présenté aujourd'hui.
Mme Garceau : Mais vous...
vous partagez... je peux vous le dire, plusieurs groupes qui sont venus en
commission parlementaire nous ont partagé le même point de vue en ce qui a
trait à une demande de retrait complet du projet de loi, puisqu'il n'y a pas eu
de consultation populaire large préalablement à la rédaction et au dépôt. Et je
voulais vous entendre un peu davantage sur ce... sur ce point-là.
Mme Sauvé-Frankel (Ginette) : Écoutez,
moi, je vous le dis, qu'un document de cette envergure qui... qui, en fait, va
éliminer beaucoup d'autres ententes, ne devrait pas être simplement écrit par
un groupe restreint de personnes. Si vous voulez une raison pour un référendum,
je vous dis que ça, c'est une raison pour un référendum. On ne va pas signer nos
droits, abolir nos droits sans être consultés. C'est beaucoup plus important
qu'un simple projet de loi.
• (15 h 40) •
Mme Garceau : Mme Sauvé-Frankel,
je voulais poser une question, à la page 6 de votre mémoire, précisément
sur le projet de loi n° 40 qui est devant la Cour suprême, et vous avez
fait une référence aux articles...
Mme Garceau : ...4 et 5 de la
Loi sur l'autonomie constitutionnelle, cette contrainte vis-à-vis l'accès à la
justice concernant des organismes qui font partie de l'annexe 1 et...
Mme Sauvé-Frankel (Ginette) :
Écoutez, je vais demander à Natasha, qui a travaillé sur ce document, de
répondre à cette question, parce qu'elle est beaucoup plus au courant des
articles que moi, je le suis.
Mme Garceau : Oui, parce que
ma question, c'est... Mme Drysdale, serait... Je crois qu'il y a une
préoccupation de votre part que, s'il y a une décision favorable aux
commissions scolaires anglophones, de la Cour suprême... et là, ultérieurement,
le gouvernement pourrait venir dire : Bien là, les commissions scolaires
anglophones, on va les intégrer dans l'annexe 1.
Mme Drysdale (Nathasha) :
...si vite que ça en français. Oui, parce que les commissions scolaires, les
centres de services sont déjà dans la liste. Présentement, les commissions
scolaires anglophones ne sont pas là. C'est ça, la question?
Mme Garceau : Oui,
exactement. Donc, on pourrait les ajouter en vertu de l'article 4.
Mme Drysdale (Nathasha) : Oui.
Absolument, oui.
Mme Garceau : Parce que ce
serait au gouvernement de déterminer plus tard si on ajoute un organisme, une
institution, ça va être selon leur volonté. Donc, on pourrait inclure
ultérieurement les commissions scolaires anglophones.
Mme Drysdale (Nathasha) : Oui.
C'est ça que j'ai compris du projet de loi, oui. C'est ça notre crainte,
bien...
Mme Sauvé-Frankel (Ginette) : Mais,
à ce moment-là, est-ce que ça nous enlève nos droits? Moi, c'est ça que
j'aimerais savoir...
Mme Garceau : Exactement.
C'est une préoccupation majeure.
Mme Sauvé-Frankel (Ginette) :
...ça va abolir les droits.
Le Président (M. Bernard) : ...je
suis désolé, je dois vous interrompre. Je dois céder la période, maintenant...
la parole au deuxième groupe d'opposition. M. le député de Maurice-Richard,
vous disposez de 2 min 30 s.
M. Bouazzi : Merci beaucoup.
Merci beaucoup, mesdames et M., de votre participation qui est précieuse. Je
tiens quand même à rebondir sur ce que disait le ministre tout à l'heure. On a
l'impression... Quand il parle de laïcité, il dit : Le débat est fini.
C'est sa version, à lui, de la laïcité qui est passée sous bâillon, en
utilisant la dérogation. Ça fait beaucoup pour parler au nom de la nation au
complet. Moi, je me suis battu pour la laïcité pendant une décennie, et ce
n'est vraiment pas quelque chose qui me représente.
Vous parlez des droits des enfants. On a
l'impression qu'on entend le ministre, que si un enfant regarde une kippa
pendant 8 heures par jour, il va se convertir au judaïsme. Est-ce que vous
avez des études qui vont dans le sens où un signe religieux vient embêter le
droit de libre... de libre religion des enfants?
Mme Sauvé-Frankel (Ginette) : Vous
me posez la question sur les études. Est-ce que ce n'est pas le gouvernement
qui aurait dû faire cette recherche-là avant de passer cette loi? Ce n'est pas
à nous de faire la démonstration. Nos élèves... nous, ce qui nous importe c'est
le bien-être des enfants, leurs résultats quand ils sont à l'école et leur
bien-être, leurs droits aussi. Alors, je ne vois pas pourquoi ce serait à nous
de vous le démontrer. C'est plutôt à vous de démontrer le contraire, vu que
vous avez passé la loi.
M. Bouazzi : Est-ce que...
est-ce que vous pensez, justement... Il y a une clause où le gouvernement se
donne le droit de déroger aux chartes des droits et libertés sans avoir ni à
donner d'explication ni à... donner un contexte, contextualiser. Est-ce que
vous trouvez que c'est normal?
Mme Sauvé-Frankel (Ginette) : Alors,
bien, ce qu'on a dit dans... peut-être que ce n'était pas évident, mais je sais
que ça a été écrit dans le... dans le texte qui soutenait la présentation
aujourd'hui, c'est qu'il n'y a aucun droit qui a déjà été alloué qui devrait
être abrogé. On ne doit pas défaire... En fait, quand on fait une Constitution,
on doit élargir... aux droits de tout le monde et non pas donner des pouvoirs
excessifs à un groupe qui... ici, c'est le gouvernement. Alors, le gouvernement
est élu par les... par les citoyens, mais ils vont aller travailler contre les
droits des citoyens. C'est un non-sens pour moi.
M. Bouazzi : C'est très
clair. Je voulais juste être sûr que le ministre entende, parce qu'avec ces
questions, je n'étais pas sûr qu'il avait lu votre mémoire. Merci beaucoup pour
votre participation.
Le Président (M. Bernard) : Merci
beaucoup, Mme Sauvé-Frankel, Mme Drysdale et M. Giannakoulis, pour votre
participation à la commission.
Je suspends les travaux quelques instants
afin que l'on puisse accueillir le prochain groupe. Merci encore.
(Suspension de la séance à 15 h 46)
(Reprise à 15 h 48)
Le Président (M. Bernard) : Merci.
Nous voilà de retour. Donc maintenant, nous allons accueillir Mme Thompson et
M. Lessard de l'Association des Townshippers. Bonjour. Merci d'être présents de
la commission. Vous disposez de 8 minutes pour nous présenter votre
exposé, puis, par la suite, nous allons procéder avec des échanges avec les
parlementaires. Alors, je vous cède la parole. Merci d'être là encore une fois.
Mme Thompson (Melanie) : Merci,
M. le Président. Bonjour, M. le ministre. Bonjour, chers élus. Merci de nous
offrir cette occasion de communiquer avec vous notre avis sur le projet de loi
numéro un.
Nous prenons la parole aujourd'hui à titre
de représentants des l'Association des Townshippers, un organisme communautaire
ancré dans les Cantons-de-l'Est. Notre démarche est constructive et orientée
vers des solutions. Trois messages guident notre intervention aujourd'hui.
D'abord les Townshippers appuient l'objectif gouvernemental d'affirmation
nationale et de protection du français. Cela étant dit, nous pensons qu'une
Constitution doit être inclusive, rassembleuse et légitime, tant dans son
processus d'élaboration que dans son contenu. Puis dans les Cantons-de-l'Est, nous
incarnons un exemple d'intégration et de cohésion sociale qui devrait inspirer
le projet de constitution pour tout le Québec. Mon collègue Denis me présentera
maintenant notre alignement avec les objectifs du gouvernement dans
l'élaboration de ce projet de constitution.
M. Lessard (Denis) : Merci,
Melanie. Nous souhaitons commencer par notre premier message qui porte sur la
protection du français. Les Townshippers comprennent la raison d'être d'un
projet de constitution écrite. Nous appuyons l'objectif de protection du
français porté par ce projet. Cet appui est cohérent avec les actions concrètes
entreprises depuis longtemps par les Townshippers et les. Les relations
historiquement harmonieuses entre les deux communautés linguistiques dans notre
région. Les Townshippers sont des partenaires actifs dans la promotion du
français, notamment auprès de ses membres. Nos investissements en intégration
linguistique et en promotion et en protection du français ont été doublés au
cours des dernières années. Du point de vue économique, nous croyons que
l'intégration linguistique est un levier essentiel qui favorise l'employabilité
et qui permet une meilleure adéquation entre les besoins des entreprises et la
main-d'œuvre locale. Une meilleure intégration linguistique et professionnelle
est bénéfique autant pour les entreprises que pour l'économie régionale et pour
les partenaires institutionnels et la cohésion sociale.
• (15 h 50) •
Je cède maintenant la parole à Melanie
pour nous… pour aborder notre second message qui porte sur le processus
d'élaboration et le contenu du projet de constitution...
Mme Thompson (Melanie) : Merci,
Denis. Tout d'abord, il faut souligner qu'une Constitution est un pacte
fondateur destiné à rassembler la population autour de valeurs communes. Elle
ne peut remplir ce rôle que si elle est très largement acceptée. Tel que
présenté, le projet de loi n° 1 ne rencontre pas ce
critère, ce qui induit un risque de division sociale. Cela peut s'expliquer par
trois raisons. Premièrement, le processus d'élaboration a été peu participatif.
Ensuite, des ambiguïtés concernant les droits et l'inclusion sont perceptibles
dans le projet de loi. Puis le projet de loi soulève de sérieuses
préoccupations quant à l'accès à la justice. Ajoutons que les régions, les
communautés linguistiques, les nations autochtones et la société civile ont été
insuffisamment impliquées. Il faut... Enfin, il faut mentionner que la primauté
du droit et les droits individuels sont essentiels à la confiance des citoyens,
particulièrement pour les groupes de communautés minoritaires.
J'aimerais maintenant vous parler de notre
troisième message, en vous expliquant comment notre organisation pourrait
servir d'exemple en matière de relations entre citoyens partout au Québec. Les
anglophones sont une composante à part entière des Cantons-de-l'Est et du
Québec. Pourtant, sur le terrain, il existe encore des inégalités d'accès aux
services, à l'emploi et à la formation. L'objectif des Townshippers est de
réduire cet écart afin de permettre une contribution à la vie régionale de la
part de tous les citoyens. En fait, les services des Townshippers ne sont pas
uniquement pour les anglophones, ils sont pour tous les citoyens, et ce, au
bénéfice collectif de tout le Québec. Le modèle estrien repose sur la
collaboration étroite entre francophones et anglophones. Cette approche reflète
une philosophie d'inclusion concrète fondée sur des actions mesurables et
alignées avec les priorités régionales. Concrètement, le projet de Constitution
peut influencer le marché du travail et l'économie du Québec. D'ailleurs, Denis
va maintenant nous exposer comment cela se traduit sur le terrain en Estrie.
M. Lessard (Denis) : Merci,
Melanie. En Estrie, plusieurs entreprises font face à une pénurie de main-d'œuvre
qualifiée. Parmi ces qualifications, la maîtrise du français et de l'anglais
est souvent essentielle pour les entreprises qui interagissent partout en
Amérique du Nord. En parallèle, les Québécois anglophones qui résident en
Estrie ont de la difficulté à intégrer le marché du travail local. Le paradoxe
engendré par la pénurie de main-d'œuvre et par la difficulté des Québécois
anglophones d'intégrer le marché du travail entraîne un gaspillage de talents
locaux qui poussent certaines entreprises à recruter à l'extérieur de la région
ou du Québec pour combler les besoins permettant leurs ambitions de croissance.
Or, offrir davantage des opportunités de s'intégrer aux anglophones est une
bonne façon à la fois de promouvoir le français au Québec et de répondre aux
pénuries de main-d'œuvre. C'est le genre de solution pragmatique que les
Townshippers proposent. Alors que les fonds qui soutiennent ces initiatives ne
proviennent pas nécessairement du gouvernement du Québec, nous sommes inquiets
quant à la possibilité que celle-ci ne puisse plus se poursuivre dans le
contexte des limitations du financement introduites par le projet de
Constitution. Ainsi, ce projet peut influencer concrètement le marché du
travail et l'économie du Québec. Je cède maintenant la parole à Mélanie pour la
conclusion.
Mme Thompson (Melanie) : En
conclusion, nous aimerions souligner que les Townshippers partagent les
objectifs fondamentaux du gouvernement. Par contre, nous souhaitons une
constitution qui unit, qui inclut et qui renforce la cohésion sociale. Une
Constitution légitime est une constitution qui reflète la réalité de tout
Québécois, Québécoise, mobilisant toutes ses composantes, tant dans ses régions
que dans ses communautés. Finally, since 1979, Townshippers
Association has worked with our community respecting values and mandates of
individuals and organizations. Because of this, we have built confidence with
our partners which grew into trust and now foundation of our success. Rooted in
honest dialogues, these guide our relationships to strengthen and value the
recognition of our collective work. This is the spirit we hope to see reflect
it in the Québec Constitution. Merci beaucoup, M. le Président, MM.,
Mmes les ministres, les élus. Nous sommes maintenant disponibles pour répondre
à vos...
Mme Thompson (Melanie) :
...questions.
Le Président (M. Bernard) : Merci
beaucoup, Mme Thompson et M. Lessard pour votre présentation. Nous
allons maintenant débuter les échanges avec M. le ministre.
M. le ministre, vous disposez d'une
période de 10 minutes.
M. Jolin-Barrette :
Merci, M. le Président. Mme Thompson, M. Lessard, pour l'Association
des Townshippers. Merci beaucoup de participer aux travaux de la commission
parlementaire sur le projet de loi n° 1. Tout à
l'heure, vous avez dit : Écoutez, le projet de constitution doit refléter
les valeurs de la société québécoise. Qu'est-ce qui se retrouve dans le projet
de loi qui ne reflète pas les valeurs de la société québécoise?
Mme Thompson (Melanie) : En
fait, c'est plutôt au niveau de l'élaboration, de pouvoir vraiment inclure
toute la communauté, qu'elle se sente interpelée par les valeurs. On a... je me
représente très bien en tant que Québécoise francophone et comme Québécoise
anglophone. Et ce tout, fait de moi une Québécoise pur sang, et on voudrait que
ce soit reflété dans la constitution, pas seulement au niveau du contenu, mais
vraiment dans l'élaboration de ce projet de loi. On voudrait avoir une plus
grande participation de la communauté pour bien refléter tous les membres de la
communauté québécoise.
M. Jolin-Barrette : OK,
ça, je comprends sur le processus. Supposons, on a mandaté des experts,
notamment, qui ont reçu des... qui ont reçu des mémoires, qui ont fait des
consultations. Ils ont émis 42 recommandations. On a annoncé dès le mois
de janvier qu'on allait faire une constitution. Ça fait que je comprends vos
propositions par rapport au processus de consultation, mais là, on est dans le
cadre de ce processus-là, les plus longues consultations que nous avons eues à
l'Assemblée nationale depuis fort longtemps pour un projet de loi. Sur le fond
du dossier, là, ça, je dirais, c'est la forme, sur le fond du dossier, là,
qu'est-ce qui est en contradiction dans le projet de loi avec les valeurs,
supposons, avec vos valeurs? Sur le fond du projet de loi, là, qu'est-ce qui
est dans la constitution... est contraire aux valeurs de la société québécoise?
M. Lessard (Denis) : Bien,
en particulier, quant à moi, les droits individuels sont sous-estimés dans le
projet tel que présenté. On fait une adéquation ou il y a une adéquation qui
est recherchée avec des droits collectifs et ça semble être au détriment direct
des droits individuels qui sont, qui bénéficient... dont bénéficie tous les
Québécois. Ça, c'est clairement, c'est clairement une atteinte aux valeurs,
certainement d'une grande proportion de la population, sinon, sinon de la
majorité, j'en conviens, mais d'une grande proportion de la population quand
même. Puis c'est fondamental.
M. Jolin-Barrette : Mais
sur là-dessus, M. Lessard, j'aimerais mieux comprendre, parce qu'on est
venus justement élever les droits individuels dans la constitution, la loi des
lois.
Donc, l'article 16, là, de la
constitution dit : «Le régime de protection des droits et libertés de la
personne prévu aux articles 1 à 38 de la Charte des droits et libertés de
la personne et les droits linguistiques fondamentaux visés aux articles 2
à 6.2 de la Charte de la langue française font partie de la Constitution du Québec.»
Donc, on prend les droits de la Charte des
droits et libertés de la personne, la charte qui a été adoptée en 1975, et on
les verse à l'intérieur de la constitution. Ça fait que c'est pour ça que
j'aimerais comprendre votre propos, parce que, les droits et libertés, on les a
mis directement dans la constitution.
M. Lessard (Denis) : Mais
on vient subordonner ça à un équilibre avec des droits collectifs.
M. Jolin-Barrette : Ce
qu'on dit, c'est, à 7, alinéa 2 : «Ils concourent... en parlant des
droits collectifs... donc, la nation québécoise est titulaire de droits
collectifs intrinsèques et inaliénables. Ces droits s'interprètent de manière
extensive. Ils concourent à la protection des droits et libertés de la
personne.»
Donc, ils participent aux droits et
libertés de la personne. À titre d'exemple, le droit collectif à la laïcité,
c'est également, aussi, un droit personnel, la laïcité. Bien entendu, ça fait
partie du vivre-ensemble, mais c'est aussi un droit individuel. J'ai le droit à
la laïcité aussi, comme le droit à la liberté de religion. Ça en fait partie.
• (16 heures) •
M. Lessard (Denis) : Mais
vous convenez qu'on est tout de même, qu'il y a un ordre entre les deux,
c'est-à-dire qu'il y en a un qui, à un moment donné, va... va être subordonné à
l'autre. Ce qu'on entend, ce qu'on comprend au net, du projet tel que présenté,
c'est justement que les... que les droits collectifs qui sont une... une
description de quelque chose de très... de très hypothétique théoriquement,
mais qui exprime clairement...
16 h (version non révisée)
M. Lessard (Denis) : ...plus
ce qui est porté par un gouvernement, par exemple, que les droits individuels. S'il
y a un choix qui est à faire entre les deux, ce n'est pas clair dans ce qu'on
voit, dans ce qu'on perçoit du projet tel que présenté, comment les droits
individuels, qui importent énormément aux gens qu'on représente, comment ces
droits-là seraient reconnus en juxtaposition avec votre énoncé sur sur les
droits collectifs. Ça ne nous est pas clair.
M. Jolin-Barrette : Bien, je
vais essayer de vous rassurer parce que, ce qui est fondamental, et j'en suis,
les droits individuels, les droits et libertés de la personne sont extrêmement
importants dans notre ordre hiérarchique. C'est pour ça qu'on les met dans la
Constitution directement. Il existe aussi des droits collectifs, puis, ce qu'on
dit, c'est que les droits collectifs doivent être interprétés à la lumière des
droits individuels. Le seul endroit, le seul endroit dans la Constitution où on
vient dire... dans le projet de loi n° 1, où on vient
dire : C'est vrai, un droit collectif va primer sur un droit individuel, je
l'avoue, je le dis, là, je l'avoue, un seul endroit, c'est lorsqu'on parle d'égalité
entre les femmes et les hommes sur la liberté de religion. Si jamais il y a un
conflit entre les deux droits, on dit: Lequel doit passer au-dessus de l'autre,
lequel doit primer? C'est celui entre l'égalité, les femmes et les hommes sur
la liberté de religion. Exemple, si jamais quelqu'un, pour des raisons
religieuses, refuse de se faire servir pour une femme au comptoir de la SAQ,
supposons, bien, on dit : Non, au Québec, là, ce n'est pas vrai qu'on va
discriminer les femmes pour des raisons religieuses. Mais ça, êtes-vous d'accord
avec ça?
M. Lessard (Denis) : C'est
clair. Tu sais, je peux le dire, sur cet aspect-là, il n'y a pas, il n'y a pas
d'ambiguïté là-dessus quant au support qu'on a, c'est sûr.
M. Jolin-Barrette : Le seul
endroit où un droit individuel, en cas de conflit, ne primera pas sur un droit
collectif.
Mme Thompson (Melanie) : En
fait, pour nous, c'est que ce n'est pas clair ou dit de façon claire lequel
prime sur lequel et dans quelle circonstance. Donc, vous nous dites que bon,
ça, ça devient une exception, est-ce qu'il pourrait y avoir d'autres exceptions
qui vont venir avec le temps ou les droits communs, les droits collectifs vont
primer sur un droit individuel. C'est la hiérarchie entre les deux qui, pour
nous, ne semble pas très claire dans la façon qu'il est présenté en ce moment.
M. Jolin-Barrette : Je vais
céder la parole à mes collègues, mais je veux juste faire un commentaire en
terminant. Vous savez, quand la charte a été adoptée en 1975, il y avait déjà
une clause de justification, parce que je pense que vous allez être d'accord
avec moi que les droits et libertés individuelles, ils ont certaines limites,
hein? Ce n'est pas vrai qu'on a le droit de faire n'importe quoi dans une
société, il y a des paramètres, puis le bien-être général des citoyens est là
depuis ce temps-là. Ça fait que depuis 1975, donc à la création de la charte,
il y avait une limitation aux droits et libertés individuelles, parce qu'on a
choisi, comme collectivité, de dire : Bien, écoutez, oui, il y a les
droits et libertés, mais il y a le bien commun aussi qui s'applique. Donc,
quand qu'on interprète un droit, c'est à la lumière aussi de la collectivité
puis de la société. Donc, il n'y a rien de nouveau là.
Donc, comme je vous le dis, pour vous
rassurer, il n'y a aucune hiérarchisation, à l'exception quand c'est l'égalité
entre les femmes et les hommes puis la liberté de religion. Mais je vais céder
la parole à mes collègues. Merci beaucoup.
Le Président (M. Bernard) : Parfait.
Merci. M. le député de Saint-Jean, il vous reste 1 min 15 s.
M. Lemieux : Bon, monsieur,
madame, bonjour. On va juste jaser là, parce que c'est beaucoup, excusez l'expression,
mais d'avocasseries, tout ça, là, la Constitution, c'est une affaire d'avocats,
mais il y a de la politique aussi là-dedans, parce que c'est une perspective qu'on
comprend mieux, la politique, parce que les projets de loi, c'est des articles
de loi, puis les lois, c'est des affaires d'avocats jugés par des juges. Ça devient
vite compliquer. J'ai cru comprendre, de votre mémoire, que vous êtes d'accord...
en tout cas, vous partagez l'objectif du gouvernement de renforcer l'affirmation
nationale du Québec. C'est facile à comprendre, c'est plus politique qu'autre
chose, parce que l'affirmation nationale à l'égard d'Ottawa, ça, ça tient
toujours, là, si j'ai bien compris. On va faire ça comment? Parce que c'est ça
qu'il y a dans la Constitution.
Mme Thompson (Melanie) : En
fait, c'est que la Constitution, telle que proposée, a été créée avec très peu
de consultations. On n'a pas l'impression que ça représente l'entièreté de la
communauté...
Mme Thompson (Melanie) :
…incluant la minorité quand on parle, par exemple, de minorités linguistiques.
M. Lemieux : Mais êtes-vous
toujours d'accord avec ce que vous avez mis dans le mémoire, que vous étiez
d'accord avec l'objectif d'affirmation nationale?
Mme Thompson (Melanie) : Ah!
tout à fait.
M. Lemieux : Merci beaucoup.
Mme Thompson (Melanie) : Ça
ne change rien.
M. Lemieux : C'est beau. Le
reste, c'est le processus. C'est correct. C'est sur le fond que je voulais être
certain. Merci. Merci, M. le Président.
Le Président (M. Bernard) : Je
cède maintenant la parole à l'opposition officielle. Mme la députée de Robert-Baldwin,
vous disposez de 7 min 30 s.
Mme Garceau : Merci, M. le
Président. Bonjour, M. Lessard, Mme Thompson, de l'Association des
Townshippers. C'est un plaisir de vous voir en commission parlementaire en ce
qui a trait à la loi constitutionnelle, au projet de loi.
J'aimerais vous entendre parce qu'on n'en
a pas vraiment parlé à date avec vous, parce que vous êtes l'Association des
Townshippers et porte-voix, et évidemment de la communauté d'expression
anglaise des Cantons-de-l'Est. Et vous avez pris connaissance du projet de loi,
on le voit seulement dans un considérant, mention de la communauté anglophone
ou de la communauté québécoise d'expression anglaise. Dans un considérant,
c'est juste mentionné, là, dans le préambule. Je voulais avoir votre opinion en
termes de votre réaction, la réaction de vos membres, les anglophones qui ont
bâti le Québec, la société québécoise d'aujourd'hui, comment vous avez réagi à
ça?
Mme Thompson (Melanie) : En
fait, comme on a dit, on ne se sentait pas très interpellés, très impliqués non
plus dans le processus. On arrive devant un fait accompli et là on consulte.
Par contre, de s'asseoir ensemble, d'échanger sur des bonnes pratiques, de voir
la population puis les gens des Cantons-de-l'Est, qui représentent-ils, tu
sais, c'est qui ces gens-là en Estrie, puis est-ce qu'ils se voient dans cette
constitution-là où on n'a pas eu beaucoup de consultations avant d'élaborer ce
projet de constitution? C'est vraiment à ce niveau-là où est-ce qu'on sent
qu'il y a très peu de valorisation, très peu de reconnaissance dans… dans tout
le processus.
Mme Garceau : Et donc, en
termes de processus, parce qu'il y a plusieurs groupes qui sont venus nous
parler du processus qui fait en sorte qu'il n'y a pas eu de consultation
préalable avant le dépôt, mais consultation large avec les acteurs de la
société civile et évidemment, avec différentes communautés qui font partie de…
de la nation québécoise. Et donc qu'est-ce que vous auriez aimé, qu'est-ce que
vous auriez souhaité en termes de processus, si on devait, là… parce qu'il y en
a plusieurs qui ont dit : On met ça de côté, on va retirer le projet de
loi puis on devrait recommencer parce que c'est complètement illégitime, le
processus, donc d'après vous?
Mme Thompson (Melanie) : Mais
je pense qu'il faut que tous les gens, les communautés minoritaires aussi,
soient à la table pour échanger sur les enjeux. Mais qu'est-ce qui… qu'est-ce
qui nous fait que ça nous représente, nous, être Québécois? Donc, un anglophone
se sent québécois, un autochtone, un… comment est-ce qu'on peut s'asseoir tous
ensemble pour aller de l'avant et inspirer un projet de constitution que chaque
individu, chaque groupe, chaque communauté se sente interpellé et impliqué?
Mme Garceau : Donc, il y a un
sentiment, si je peux dire, d'exclusion.
M. Lessard (Denis) : Je peux y
aller?
Mme Garceau : Oui.
M. Lessard (Denis) : Il y a un
tel sentiment qui existe dans notre société.
Mme Garceau : Dans la communauté
anglophone, dans le processus puis dans le contenu?
• (16 h 10) •
M. Lessard (Denis) : C'est
clair. C'est clair qu'il y a… qu'il y a… qu'il y a un sentiment d'exclusion
quand… comme… comme vous le soulignez, avec… avec un seul un… une
reconnaissance très, très faible au niveau du préambule d'un groupe qui a
contribué très largement. Dans les Cantons-de-l'Est c'est manifeste, c'était le
groupe qui s'y trouvait, pas… pas en premier, mais certainement qui a contribué
fortement à la… à créer cette société-là qui… qui chez nous fonctionne très
bien avec… avec ces deux groupes-là. Je pense que c'est au bénéfice…
D'ailleurs, comme je le disais plus tôt, c'est au bénéfice du Québec en général
que cette… que cette contribution-là soit… soit mise… soit mise à partie, puis
je ne pense pas que… En tout cas, encore une fois, dans les Cantons-de-l'Est on
ne le sent pas comme ça, ce n'est pas à l'exclusion de rien, c'est… Puis au
contraire, dans ce qu'on fait, dans ce qu'on fait auprès de nos membres.
M. Lessard (Denis) : ...c'est
de valoriser justement leur français, d'améliorer le français de... de ceux
qui... qui sont nos membres pour leur permettre de... de mieux agir dans...
dans la communauté, ça fait que de... de... de voir cette reconnaissance
minime, c'est un peu... c'est...
Mme Garceau : C'est
offusquant.
M. Lessard (Denis) : Ça
exclus, ça... ça exclut. En tout cas, il y a un sentiment d'exclusion, mais
c'est... ce n'est pas central quand même. Je pense qu'il faut se rallier à... à
ce qu'on peut faire ensemble. On ne veut pas... on ne veut pas rester sur
cette... sur un sentiment d'amertume. Ce n'est pas... ce n'est pas notre... ce
n'est pas notre lecture complète de... du projet présenté.
Mme Garceau : Et vous
mentionnez dans votre mémoire que le projet de loi ne reflète pas la... la
pluralité québécoise, puis je voulais vous entendre, si vous pourriez préciser
sur... sur ce point.
Mme Thompson (Melanie) : Mais
en fait être Québécois, comme je disais tantôt, ça implique beaucoup de choses
et beaucoup de gens qui viennent de différents milieux. Donc, ces gens-là
doivent être impliqués pour pouvoir bien contribuer et se sentir interpelés. Ce
n'est pas juste une organisation qui doit être assise à table et créer une
constitution pour toutes les autres. L'idée d'une Constitution, c'est de la
faire ensemble pour qu'elle nous représente bien, pas nécessairement juste de
nous la présenter puis dire «on est en accord ou en désaccord», c'est de la
bâtir ensemble en tant que Québécois, pour vraiment rassembler toutes les
communautés qui se sentent interpelées.
M. Lessard (Denis) : Tu sais,
on pense que le projet de loi n° 1 échoue à créer l'unité puis l'égalité
entre... entre les différentes composantes de la société québécoise, notamment
dans... dans le processus fermé, comme on l'a dit, mais puis c'est ça, on ne
sent pas l'inclusion spontanée de... de tout groupe puis on pense que ça
devrait venir dans un projet semblable qui... Puis, je pense que... je pense
qu'à refaire les efforts dans... d'un tel projet, je pense que ça pourrait se
faire. Tu sais, je pense que ce ne serait même pas au détriment des... des
opinions qui sont émises par... par le groupe qui a soumis le projet.
Mme Garceau : Ça prend une
volonté politique pour le faire d'un gouvernement. C'est ça que je vais dire
là-dessus.
Juste brièvement... Ah, il ne me reste
pas... Je vous remercie. Malheureusement, je n'ai plus de temps. Mais merci
beaucoup.
Le Président (M. Bernard) : Mais
merci beaucoup. Nous allons poursuivre les échanges avec le porte-parole du
deuxième groupe d'opposition. M. le député de Maurice-Richard,
vous disposez de 2 min 30 s.
M. Bouazzi : Merci beaucoup.
Merci beaucoup pour votre participation. Vous faites partie d'une grande
nébuleuse d'associations des minorités anglophones qui sont venues nous parler.
Pour l'extrême majorité, je crois, même pour toutes, toutes... toutes les
associations sont venues nous parler en français, reconnaissent l'importance de
la langue française comme langue commune et sont venues nous dire à quel point
c'était douloureux pour elles et eux de ne pas se retrouver dans...
Constitution. Et je dois dire que ça me fait mal au cœur, parce que, vraiment,
la maturité que vous apportez à cet... à ce débat est importante.
Le ministre vous disait tout à
l'heure : Ne vous inquiétez pas, on vient mettre la... la charte à
l'intérieur de la Constitution. Aujourd'hui, la charte est au-dessus de tout
le... tout le reste et le reste doit se conformer à la charte, hein, le Code
civil, les lois, bon, à part celles où on utilise les clauses dérogatoires.
Aujourd'hui, on met le Code civil, les lois sur la laïcité, le français,
l'intégration, tout ça, là, à l'intérieur de la Constitution. Est-ce que vous
comprenez vraiment que les droits fondamentaux restent au-dessus du reste? J'ai
du mal lire le projet de loi ou, tu sais, lui, il l'a mal lu, je ne sais pas.
Mme Thompson (Melanie) : C'est
un peu ce qu'on dit, c'est qu'on s'y perd un peu là-dedans, à savoir quoi prime
sur quoi, tu sais puis d'avoir confiance dans ce projet de constitution là.
Présentement, tel qu'il est présenté, la confiance n'est pas là. C'est trop
ambigu pour nous, là.
M. Lessard (Denis) : ...encore
une fois à reprendre, à reprendre les efforts, l'énoncé qui est fait par M. le
ministre peut... peut mieux... pourrait être mieux exprimé dans... dans un
contexte législatif ou de projet de loi pour faire en sorte qu'on comprenne
réellement...
M. Lessard (Denis) : ...ce
qu'il énonce, ce qu'il énonce pourrait faire du sens, mais on ne le perçoit pas
comme ça.
M. Bouazzi : Bien,
c'est-à-dire qu'il a oublié de vous dire qu'il y a une clause d'autonomie
constitutionnelle pour la laïcité, l'intégration et le français, il a oublié de
vous dire que le Code civil... la Charte doit être lue en fonction du Code
civil aussi, ce qui est nouveau, et il a oublié de vous dire que toutes les
sociétés qui reçoivent de l'argent public ne peuvent plus contester les lois
qui sont considérées et... dans la laïcité, l'intégration et le français, ça
fait que ça fait beaucoup d'oublis qui font en sorte qu'évidemment, les droits
fondamentaux des Québécoises et Québécois sont à risque, ce n'est pas mes mots,
c'est ceux du Barreau, des spécialistes...
Le Président (M. Bernard) : Merci,
merci beaucoup, M. le député. Merci beaucoup, Mme Thompson et M. Lessard, pour
votre contribution à la commission. Je suspends maintenant les travaux quelques
instants afin que l'on puisse accueillir le prochain groupe. Merci encore de
votre présence. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 16 h 17)
16 h 30 (version non révisée)
(Reprise à 16 h 33)
Le Président (M. Bernard) : Merci
beaucoup à tout le monde. Donc, la commission va reprendre ses travaux. Nous
accueillons maintenant la Fédération étudiante de droit du Québec. Bonjour, MM.
Fortier, Meskaouni et M. Scott. Merci d'être présents ici aujourd'hui, vous
disposez d'une période de huit minutes pour faire votre présentation, et par la
suite, nous procéderons avec les échanges avec les parlementaires. Alors, allez-y,
puis je vous prie de présenter les collègues qui vous accompagnent.
M. Fortier (Justin) : Donc, bonjour,
merci de nous recevoir aujourd'hui, M. le ministre, M. le Président, chers
membres de la commission, je suis accompagné aujourd'hui de mon collègue M.
Scott et de mon collègue M. Meskaouni, qui sont nos deux représentants aux
affaires politiques, et je suis le président de la Fédération étudiante de
droit du Québec. C'est vraiment un plaisir et un honneur d'être avec vous
aujourd'hui.
Donc, comme je disais, la Fédération
étudiante de droit du Québec, la FEDQ, représente les 5 500 étudiants en
droit qui sont inscrits dans un programme du baccalauréat. Donc, nous sommes
donc ici, très humblement, non pas en tant qu'experts du droit, mais plutôt en
tant que représentants des futurs juristes qui seront amenés à travailler avec
ce projet de constitution tout au long de leur carrière. Nous représentons ces
futurs juristes qui s'inquiètent de ce qu'ils voient dans ce projet de loi.
Mais, au-delà de ce qu'ils voient dans ce projet de loi, et mes deux collègues
auront l'occasion de revenir sur les points principaux de notre mémoire plus
tard, nous nous inquiétons de ce qui... du processus à travers lequel ce projet
de loi a été adopté.
M. le ministre, une constitution sans
consultation, c'est une tour sans fondations, une tour dans laquelle le
gouvernement s'enferme loin du peuple. Une tour qui ne demande qu'à s'effondrer
lors d'un prochain changement de gouvernement. Une consultation préalable lors
d'assemblée constituante ou l'entérinement de ce projet de loi lors d'un
référendum aurait permis à cette loi d'être illégitime. Cette légitimité lui
aurait permis d'y insérer des formules de modification et de créer un document
central et pérenne dans le temps. Un document auquel les Québécois pouvaient se
retrouver, se sentir représentés. Sans compter le manque de consultation auprès
la population en général, nous soulignons le manque de consultation auprès des
Premières Nations.
Votre gouvernement a décidé d'insérer l'article 17
dans la première partie de ce projet de loi, qui mentionne que l'État tient sa
légitimité du peuple qui habite son territoire. Nous sommes évidemment d'accord
avec ce propos, et c'est dans cet ordre d'idée que vous nous... nous vous
rappelons que le...
M. Fortier (Justin) : ...n'a
jamais voulu d'une constitution auquel il n'a pas pu participer. Face à ce
constat dressé par notre organisation mais aussi par la majorité des
organisations qui sont venues en commission, la suite nous paraît claire, les
consultations doivent être faites en amont et non en aval et notre court
passage ici ne constitue pas une consultation proportionnelle au rendez-vous
historique qui s'ouvre pour la nation québécoise.
M. le ministre, aujourd'hui, nous,
représentants des futurs juristes, vous demandons de retirer ce projet de loi
et de retourner, d'écouter le peuple, les experts et la jeunesse. Tout le reste
de notre exposé n'est que subsidiaire. Merci.
M. Scott (James) : ...la
protection des droits constitutionnels est une importance capitale pour la
FEDQ. Le droit à l'avortement est une protection fondamentale, essentielle à la
garantie des soins de santé des Québécoises et des Québécois. L'addition de
l'article 29 au projet de constitution proposée risque de fragiliser ce
droit plutôt que de le consolider. La jurisprudence canadienne est claire, le
droit à l'avortement ne fait pas l'objet d'un débat public au Québec. L'affaire
Morgentaler a rendu le droit à l'avortement à l'abri de toute contestation
devant les tribunaux.
Toutefois, cette protection... cette
protection ne l'a pas empêché d'être remise en question par des projets de loi
d'initiative parlementaire déposés à travers le pays. Depuis 1998, plus de
40 projets de loi de ce type ont été présentés au Canada afin de contester
le droit de choisir. C'est crucial, qu'on ne donne pas la chance ici, au
Québec, de passer des législations de ce type. Bien que la législation proposée
vise à protéger le droit à l'avortement, elle est réintroduite dans l'espace du
débat public ainsi que dans le champ de compétence provinciale. Cela crée un
précédent dangereux, susceptible de permettre à de futurs législateurs de
restreindre ses protections par voie de modification législative.
Enfin, le droit à l'avortement ne se
distingue pas du droit aux soins de santé, il en est une composante
indissociable. Ces droits doivent être considérés comme un ensemble. Bien que
cette démarche soit animée par des meilleures intentions, le fait de les
dissocier de cette manière contribue ultimement à affaiblir le droit à
l'avortement en minant sa légitimité en tant qu'exercice du droit aux soins de
santé.
Pour ces raisons, indépendamment de la
réalisation du projet dans son entier, l'article 29 devrait à tout le
moins être retiré non pas parce qu'on oppose l'affirmation de droit à
l'avortement, mais pour garantir que les protections qui sont déjà en place
restent fortes et durables. Merci.
M. Meskaouni (Ayman) : En
tant qu'organisme représentant la relève juridique, la FEDQ accorde une
importance particulière aux valeurs fondatrices du droit constitutionnel
québécois, comme la primauté du droit et la séparation des pouvoirs. Par
conséquent, nous accueillons avec circonspection toute initiative qui pourrait
limiter l'accès aux tribunaux pour les justiciables.
Or, l'article cinq du projet de loi
constitue une entrave majeure à l'accès à la justice pour des centaines
d'organismes publics, dont les ordres professionnels, les universités et,
potentiellement, les associations étudiantes. La possibilité de tenir
personnellement et solidairement responsables les membres ou administrateurs de
nos associations étudiantes des sommes affectées à certaines procédures
juridiques... judiciaires nous préoccupe beaucoup. Nous craignons que l'action
de ces organismes soit entravée parce que nous percevons comme étant de
l'intimidation judiciaire potentielle.
Or, dans un État de droit, l'accès aux
tribunaux est une condition essentielle de la démocratie. Les tribunaux ne
servent pas à bloquer l'action du législateur, mais à examiner la conformité
des lois à la constitution. Ils contribuent donc de manière importante à la
valeur symbolique d'une constitution. En pratique, ces dispositions empêchent
des organismes spécialisés, souvent les seuls à posséder l'expertise et les
ressources nécessaires d'agir devant les tribunaux, ce sont donc les citoyens
qui se retrouvent sans recours réels.
Il y a un paradoxe frappant ici. L'État
crée et finance des institutions pour protéger certains droits puis leur
interdit de signaler devant les tribunaux les atteintes potentielles à ces
droits. L'Assemblée nationale n'a rien à craindre de cette saine tension entre
la population et le gouvernement. Empêcher ces recours, c'est appauvrir le
débat démocratique, affaiblir le tissu social et empêcher l'accès à la justice
pour les Québécois.
L'objectif du projet... de votre projet
est de rassembler les Québécois autour de valeurs fondatrices communes. Une
constitution répond effectivement à cette ambition. Toutefois, le projet, tel
que proposé, ne dispose pas de la légitimité démocratique nécessaire à un texte
de cette portée. La société québécoise a déjà vécu, dans sa chair, la douleur
de se faire imposer une constitution à laquelle elle n'a pas consenti.
L'absence du Québec, de la Loi constitutionnelle de 1982 demeure une blessure
profonde dans l'architecture constitutionnelle canadienne. Nous vous invitons
donc, M. le ministre, à ne pas reproduire cette erreur en imposant une
constitution.
Sur une note plus personnelle, je me sens
privilégié que vous acceptiez de nous entendre aujourd'hui. L'essentiel de
notre argument est de permettre au plus grand nombre de Québécois possible de
partager e même privilège. Une consultation plus large ajouterait une
légitimité plus forte au projet de constitution que vous... que vous proposez.
Un texte aussi fondateur exige un assentiment populaire...
M. Meskaouni (Ayman) :
...à défaut d'un tel assentiment, la seule voie responsable est de retourner à
la table à dessin. Merci beaucoup. Nous sommes prêts à prendre vos questions.
• (16 h 40) •
Le Président (M. Bernard) :
Merci beaucoup, messieurs, pour... en fait, on pourrait pratiquement parler
d'un plaidoyer, étant donné... Alors, on va débuter les échanges avec les
parlementaires. M. le ministre, vous disposez d'une période de
8 min 30 s.
M. Jolin-Barrette :
Merci, M. le Président. M. Fortier, M. Meskaouni, M. Scott,
merci de participer aux travaux de la commission parlementaire pour la
Fédération de droit du Québec. Je voudrais avoir votre avis sur l'utilisation
de la disposition de souveraineté parlementaire. Êtes-vous d'accord avec la
Cour suprême dans l'arrêt Ford, par rapport à l'utilisation, donc, qu'il n'y a
pas de... que le législateur peut l'utiliser puis que ça revient au Parlement de
déterminer quand l'utiliser?
M. Fortier (Justin) :
Bien, premièrement, merci pour la question. Cela dit, cela n'a pas été soulevé
comme enjeu parmi nos membres, donc, et ce n'est évidemment pas une question
qu'on a abordée dans notre mémoire ni dans notre exposé, comme vous avez pu le
voir. Donc, j'aimerais qu'on se concentre peut-être sur les points qui ont été
abordés par nos membres en consultation préalable. Je pense que ce n'est pas un
enjeu qui a été soulevé, donc, on préférerait ne pas se positionner sur le
sujet.
M. Jolin-Barrette : Je
comprends, vous n'avez pas de mandat là-dessus.
M. Fortier (Justin) :
Exact.
M. Jolin-Barrette :
Excellent. Sur la question de l'article 5, vous avez dit :
Nous-mêmes, comme association, la Fédération étudiante du droit du Québec, on
pourrait être visés par ça, là. L'article 5 vise les organismes publics,
c'est vrai qu'à l'article 4, l'État québécois peut rajouter des
organismes. L'intention du législateur n'est pas de viser les organismes à but non
lucratif, les fédérations étudiantes, les syndicats, les organismes à but non
lucratif, c'est de viser ce qui est dans le périmètre de l'État québécois.
Donc, je voulais juste porter ça à votre attention, parce que, tantôt, vous,
vous émettiez une inquiétude relativement à cet élément-là, de vous-mêmes, être
visé par cela.
M. Meskaouni (Ayman) :
Bien, à l'article 4, il est indiqué : «La présente loi s'applique au
gouvernement... à ses ministères, aux organismes visés à l'article 1 ainsi
qu'aux organismes ou aux catégories d'organismes que le gouvernement
détermine.»
Donc, je comprends que ce n'est pas votre
intention d'assujettir les associations étudiantes, les syndicats à ça, à cette
disposition-là, mais une constitution a valeur à perdurer dans le temps, à
demeurer le plus stable possible dans le temps. Donc, il n'y a rien qui nous
dit qu'un futur gouvernement, qu'un autre gouvernement, plus tard, ne pourrait
pas nous assujettir à ce genre de, à ce... à ces dispositions-là, puis c'est ça
qui nous inquiète. Mais je salue, je suis content que ce ne soit pas votre
intention à vous, mais on n'a pas de garantie pour l'avenir.
M. Jolin-Barrette : Je
comprends. Vous ne faites pas confiance aux autres formations politiques.
M. Meskaouni (Ayman) : Bien...
dans votre formation politique, il y a des idées aussi, il y a des débats
d'idées actuellement. Donc, on ne le sait pas non plus, on ne prend pas
position là-dessus, oui.
M. Jolin-Barrette : D'accord.
Juste vous dire une précision là-dessus, dans le fond, ce n'est pas dans la
constitution, c'est dans la loi sur l'autonomie constitutionnelle. Donc,
l'article 4, qui s'y retrouve, à ce niveau-là. Je voudrais vous entendre
sur l'égalité entre les femmes et les hommes. Vous avez sûrement noté que, dans
le cadre du projet de loi, bien entendu, on est venu consacrer les droits
collectifs de la nation québécoise, les droits individuels sont déposés par
renvoi dans la constitution. On a prévu, à un seul endroit que, si jamais il y
avait un conflit entre l'égalité entre les femmes et les hommes et la liberté
de religion, on indique au Québec, puis on fait ce choix-là sciemment, de
dire : Bien, l'égalité entre les femmes et les hommes va primer sur la
liberté de religion.
Qu'est-ce que vous pensez de ça?
M. Fortier (Justin) : Bien,
en fait, on l'a dit dans notre mémoire, on est contre une hiérarchisation des
droits. Tu sais, depuis la Déclaration de Vienne, tous les droits sont égaux,
interchangeables, intimement liés, et on est contre des règles mur-à-mur qui
viendraient peut-être créer des absurdités dans le futur. Évidemment, l'égalité
entre les hommes et les femmes est une valeur essentielle, très centrale auprès
de la FEDQ. Par contre, on fait confiance dans les tribunaux qui peuvent, grâce
à l'article 9.1 de la charte, juger et mettre en balance lorsque
différents droits sont en opposition. C'est ça qu'on veut, on veut qu'on évalue
chaque situation, cas par cas, et ne pas faire des règles mur-à-mur.
M. Jolin-Barrette : Mais
plus fondamentalement, là, comme société, là, vous ne trouvez pas qu'il y a un
bien-fondé à dire : On ne fera pas de compromis sur l'égalité entre les
femmes et les hommes. Je donne un exemple. La Commission des droits de la
personne, qui est un organisme indépendant, dit : Bien, écoutez, oui,
c'est correct de dire qu'une employée de sexe féminin ne servira pas...
M. Jolin-Barrette : ...un
homme qui refuse d'être servi par une employée de sexe féminin pour des raisons
religieuses. Êtes-vous... Est-ce que la fédération est à l'aise avec ça, qu'au
Québec on... on cautionne ça?
M. Fortier (Justin) : En
fait, je pense que le point central de notre propos, c'est qu'en faisant une
règle mur à mur on se met... il pourrait y avoir des absurdités qu'on... comme
des... qui pourraient venir qui sont peut-être plus graves que si... cette
situation est un cas isolé. Évidemment, si cette situation viendrait à être
chose courante, je pense qu'on ne parle plus d'un accommodement raisonnable,
mais d'un acte qui serait tout simplement discriminatoire. Parce que, je crois
que ça va de soi, un accommodement raisonnable ne peut être discriminatoire.
M. Jolin-Barrette : Mais vous
voyez toute la complexité de la chose. Parce que moi, je fonctionne avec le droit
actuel. Puis moi, j'ai des juristes à la Commission des droits de la personne,
là, puis ils sont venus, la semaine dernière, on n'était pas assis dans cette
salle-là, on était dans une autre salle, puis ils m'ont dit : C'est du cas
par cas aussi. Mais ça s'adonne bien que le cas par cas... Supposons, depuis
15 ans, la Commission des droits de la personne, elle n'a pas changé sa
position. La Commission des droits de la personne, elle cautionne la politique
qu'il y avait à la Société d'assurance automobile du Québec pour dire :
Bien, écoutez, il n'y a pas d'enjeu, ça ne porte pas atteinte à l'égalité entre
les femmes et les hommes, donc cet accommodement-là, il est raisonnable.
C'est... C'est ça, l'État du droit où est-ce qu'on est confrontés. Puis on a des
situations avec les tribunaux aussi où, dans la balance ou dans la
justification, ils vont empiéter sur le droit à l'égalité entre les femmes et
les hommes.
Donc, je repose ma question. Peut-être,
vous allez me donner la même réponse. Mais moi, je suis très mal à l'aise, puis
je cherche des cas d'exemples où on pourrait dire : Il faudrait limiter
l'égalité entre les femmes et les hommes au Québec pour faire primer la liberté
de religion. Avez-vous des cas d'exemples qui nous diraient : Bien, ce
principe-là, général, devrait toujours... ne devrait pas toujours s'appliquer?
Parce que vous avez... vous avez des cas, là, on en a vu dans certaines écoles,
ou tout ça. Il y a des enjeux, au Québec, de plus en plus. Puis moi, je suis
très mal à l'aise d'être dans une société où on dirait : Bien, on tasse
l'égalité entre les femmes et les hommes pour d'autres types de droits.
M. Fortier (Justin) : En
fait, un autre point aussi important, c'est : si on ouvre la porte à cette
hiérarchisation des droits, on l'arrête où? Est-ce qu'un autre gouvernement ne
pourrait pas faire la même chose? Il pourrait décider par exemple que... sentir
la liberté d'expression menacée, décider que la liberté d'expression devrait
primer sur le droit à l'égalité. Et, en fait, on reviendrait à revenir en
arrière sur des principes jurisprudentiels qu'on a au Québec et au Canada. Le
droit à l'égalité dans la... dans la jurisprudence est somme toute bien protégé
au Québec et au Canada. C'est comme ça qu'on a jugé que le droit à l'expression
de groupes antichoix qui manifestaient devant des cliniques d'avortement
n'était pas protégé, que le droit à l'égalité primait sur cette... sur la
liberté d'expression.
Aussi, tout en étant étudiant et non pas
expert, là, la Commission des droits à la personne, c'est... ce n'est pas un
tribunal, donc il n'y a pas encore de jurisprudence, comme le cas de la SAAQ
que vous parlez.
M. Jolin-Barrette : Je vais
céder la parole à mes collègues. Un seul commentaire dans ce que vous avez
soulevé. Pour moi, de crier, d'injurier envers une femme qui va se faire
avorter dans une clinique d'avortement, ou des médecins, ou des infirmières, ce
n'est pas vraiment de la liberté d'expression, contrairement à ce que le
jugement dit. Je ne dis pas que c'est vos propos. Je dis ce que le jugement
dit.
M. Fortier (Justin) : Oui, ce
n'est pas... ce n'est pas nos propos, évidemment.
M. Jolin-Barrette : Oui, oui.
Non, je le sais. Je le dépose ici. Mais, quand on regarde ça, je trouve qu'on a
un enjeu, si on qualifie ça de liberté d'expression. Ce n'est pas vous. C'est
dans le jugement. Merci.
Le Président (M. Bernard) : Merci.
Malheureusement, le temps de votre côté gouvernemental est épuisé. Je cède
maintenant la parole à l'opposition officielle. Monsieur...
M. Morin : Le député de
l'Acadie.
Le Président (M. Bernard) : Oui.
C'est... Je vous demandais qui commençait.
M. Morin : Oui, oui, ça va
être moi, là.
Le Président (M. Bernard) : M.
le député d'Acadie, à vous la parole pour six minutes 22 s.
• (16 h 50) •
M. Morin : Merci beaucoup, M.
le Président. Alors, M. Fortier, M. Meskaouni et M. Scott, bonjour. Merci
d'être là. Merci pour votre mémoire.
Première recommandation, vous suggérez,
recommandez qu'il y ait une consultation populaire avec la participation de la
société civile et puis même soumis à l'adoption par référendum. Donc, je
comprends que la procédure utilisée ou choisie par le gouvernement est
déficiente. On pourrait faire mieux. Est-ce que vous êtes d'accord avec moi?
M. Fortier (Justin) : Je
pense qu'on pourrait facilement faire mieux. En fait, même lors des dernières
élections...
M. Fortier (Justin) : ...on
n'entendait pas parler de ce projet de constitution. Donc, même si on dit que
le gouvernement est le symbole de la majorité du peuple, bien, le peuple n'a
jamais voté sur une... dans une élection, sur un projet de constitution, il n'a
jamais été consulté là-dessus. Je ne suis pas sûr que le peuple québécois
souhaite un effritement du droit à l'avortement ou encore un effritement des
contre-pouvoirs. Je crois que le peuple québécois a besoin d'être représenté
dans cette Constitution.
M. Morin : Oui, je vous
remercie. Autre élément, vous en parlez également, c'est toute la question de
la consultation avec les membres des Premières Nations. Jusqu'à maintenant, ça
n'a pas été un succès en commission, on peut dire ça. Qu'est-ce que vous vous
suggérez comme approche qui pourrait être bénéfique pour les relations avec les
Premières Nations? Est-ce qu'on devrait inclure dans le texte certains éléments
que l'on retrouve dans la Déclaration des Nations unies sur les droits des
peuples autochtones? Est-ce qu'on devrait travailler en co-construction avec
les Premières Nations? Pouvez-vous éclairer la commission là-dessus, s'il vous
plaît?
M. Meskaouni (Ayman) : En
fait, on n'est pas porte-parole de groupes autochtones. Donc, je ne voudrais
pas... je ne voudrais pas prendre la parole sur un enjeu comme ça qui... sans
mandat de qui que ce soit, en fait. Donc, je n'ai pas... je n'ai pas d'idée,
mais je prends conscience... j'invite la commission à prendre... à prendre
connaissance du sentiment des groupes autochtones sur le manque de consultation
puis à y répondre d'une manière qu'il jugera appropriée.
M. Morin : Cependant, dans
votre recommandation cinq, vous avez quand même une suggestion. Vous souhaitez
qu'on ajoute, j'imagine pas dans le préambule, mais dans un article, que rien
dans la loi ne devrait être interprété comme approchant ou dérogeant à tout
droit ancestral des traités existants des peuples autochtones du Canada, qui
est reconnu et affirmé par l'article 35 de la Loi constitutionnelle de
1982. Quand on regarde le préambule de la Constitution, là, comme tel, il y a
un allégué qui dit «Considérant que l'État du Québec reconnaît dans l'exercice
de ses compétences constitutionnelles les droits existants, ancestraux ou issus
de traités des nations autochtones du Québec». Alors, je comprends que ça, pour
vous, ce n'est pas suffisant, vous souhaitez qu'éventuellement il y ait un
article qui soit inclus pour reconnaître expressément les, évidemment, droits
ancestraux et les traités. Est-ce que je vous comprends bien?
M. Fortier (Justin) : Oui,
exactement. On trouve c'est quand même invisibilisant pour les Premières
Nations d'être seulement dans le préambule, donc un ou plusieurs articles qui
traitent de leurs réalités qui leur sont propres.
M. Morin : Très bien, je vous
remercie. Il y a également un considérant, toujours dans le préambule, qui
traite du respect des institutions de la communauté québécoise d'expression
anglaise. Est-ce que vous pensez que c'est suffisant ou si on ne devrait pas
inclure dans le texte des éléments qui respectent les institutions de la
communauté québécoise d'expression anglaise, notamment leur garantir des
services dans leur langue?
M. Meskaouni (Ayman) : Bien,
le fruit d'une consultation plus large, ce serait d'ajouter ce type d'article
là, si cette communauté sent le besoin que ce soit inclus davantage. Mais en
fait, les points que vous identifiez... ce sont tous des exemples précis qui
montrent le manque de consultation de manière plus large dans la conception de
ce projet-là.
M. Morin : Exact. Et je
comprends également que pour l'article 29 de la Constitution, on devrait
l'enlever complètement.
M. Fortier (Justin) : Absolument.
Oui, oui. Ça, je pense que ça ne fait aucun doute auprès des experts aussi qui
sont venus ici en commission, là.
M. Morin : Parfait.
M. Meskaouni (Ayman) : ...je
me souviens dans une entrevue de fin d'année, il y avait une ouverture de la
part du premier ministre à discuter de cette question-là, puis à échanger,
donc... j'invite le gouvernement à suivre la... à poursuivre la réflexion du
premier ministre dans ce sens-là.
M. Morin : Oui, évidemment.
Oui, bien, on verra jusqu'où va la souveraineté du ministre dans ce projet de
loi, puis on verra par la suite. Très bien. Je vous comprends très bien. Parce
que, là-dessus, il y a un consensus. En fait, je ne me souviens pas qu'il y ait
un groupe qui nous ait dit que c'était une bonne idée. Bon, mais on continue
les consultations et le dialogue. Bien, écoutez, je vous remercie et je vous
remercie beaucoup pour votre passage en commission. C'est très éclairant.
Merci.
Le Président (M. Bernard) :
Parfait. Nous allons maintenant poursuivre avec le porte-parole du deuxième
groupe d'opposition, M. le député de Maurice-Richard, vous
disposez de deux minutes sept secondes.
M. Bouazzi : Merci beaucoup
pour votre participation. J'ai lu votre mémoire avec attention, et puis
j'invite les gens qui nous écoutent à le lire, mais je ne peux pas me retenir
de revenir sur ce que le ministre vous a dit en référence à ce que la
commission a dit. Vous êtes étudiant, moi, je vous inviterais à lire la
décision, je souligne que...
M. Bouazzi : ...c'est
une décision qui date de 2009 et que le seul exemple que le ministre est
capable de donner, c'est un exemple qui date de... de 17 ans maintenant, et
dans la section Politique appliquée, on peut dire : L'accommodement
proposé est de tenter de satisfaire la demande, etc., etc., et il est considéré
portant atteinte aux règles de sécurité et au droit à l'égalité. Donc, il est
considéré ne pas être pris en compte s'il porte atteinte à l'égalité entre les
hommes et les femmes, ce n'est pas raisonnable pour un accommodement. Et il
conclut : Cet accommodement, tel qu'appliqué, semble assurer le droit à
l'égalité sans discrimination fondée sur la religion des demandeurs, tout en ne
portant pas atteinte au droit à l'égalité fondé sur le sexe des employés de la
SAAQ. Donc, est-ce que c'est moi ou si... imaginons, là, qu'on décide qu'il y a
une hiérarchie et que le droit à l'égalité ne doit pas être prépondérant par
rapport à droit à l'égalité, tel que décrit ici, où on dit que non seulement on
assure l'un, mais aussi le droit à l'égalité des sexes. Est-ce que c'est moi
ou... ou le ministre n'a juste pas compris la seule décision qu'il est capable
de nous citer depuis 17 ans?
M. Fortier (Justin) : Bon,
je n'irai pas jusqu'à dire que le ministre n'a pas compris, ce que je dirais,
c'est que... oui, pardon, un accommodement raisonnable ne peut être
discriminatoire, donc, dans... à notre sens à nous, non, cet article-là ne
viendrait rien changer de cet exemple.
M. Bouazzi : Et l'autre
exemple dont on a parlé, c'est le... les personnes qui manifestent proche des
cliniques d'avortement où, justement, encore une fois, la jurisprudence, en fin
de compte, à chaque fois ou presque, en fait, à chaque fois, moi, j'aimerais
bien entendre un exemple du ministre qui va dans le sens inverse, à privilégier
l'égalité ou le droit à l'égalité des femmes par rapport à la liberté
religieuse.
M. Fortier (Justin) : Oui,
exact, puis je crois que l'article 9.1, en ce moment, dans son état
actuel, permet de bien le faire.
Le Président (M. Bernard) : Merci
beaucoup, désolé, la période est terminée. Merci beaucoup, M. Fortier,
Meskaouni et Scott pour votre contribution aux travaux de la commission. Je
suspends les travaux quelques instants afin que l'on puisse accueillir le
prochain groupe
(Suspension de la séance à 16 h 56)
(Reprise à 17 heures)
Le Président (M. Bernard) :
Merci beaucoup, la commission va reprendre ses travaux. Nous allons maintenant
accueillir le Collectif pour le libre choix. Bonjour, Mme Cyr et
Mme Théroux, merci d'être présentes en vidéoconférence. Je vous rappelle
que vous allez disposer d'une période de huit minutes pour faire votre
présentation et, par la suite, nous allons procéder aux échanges avec les
parlementaires. Alors, merci. Je vous cède la parole. Merci beaucoup. Votre
volume... le son...
17 h (version non révisée)
Le Président (M. Bernard) : ...non.
On va suspendre un moment.
(Suspension de la séance à 17 h 01)
(Reprise à 17 h 14)
Le Président (M. Bernard) : Rebienvenue
et désolé du délai. Donc, vous pouvez reprendre votre présentation pour une
période de huit minutes. Merci.
Mme Cyr (Claudelle) : OK, je
reprends. Mesdames et messieurs les membres de la commission, merci de prendre
le temps de nous entendre et d'échanger avec nous. Je m'appelle Claudelle Cyr,
je suis administratrice du Collectif pour un libre choix, un organisme
féministe de défense collective des droits fondé à Sherbrooke en 1989, issu des
mobilisations visant à protéger l'accès aux services d'avortement et
l'autonomie reproductive en région.
Le Collectif est un groupe d'éducation
populaire autonome féministe. Depuis près de 40 ans, nous militons pour le
droit inaliénable de disposer de son corps et pour le libre choix des femmes,
des hommes trans, des personnes non-binaires, bispirituelles et intersexes
quant à la poursuite ou à l'interruption d'une grossesse. Nous travaillons sur
le terrain par l'éducation populaire, la prévention des grossesses imprévues,
la démystification de l'avortement et l'accompagnement des personnes concernées.
Nous avons aussi été témoins, au fil des
décennies, des pressions politiques, institutionnelles et sociales visant à
restreindre l'accès aux services ou à remettre en question ce droit. C'est à
partir de cette expérience concrète, ancrée dans l'histoire des luttes
féministes, que nous intervenons aujourd'hui.
Mme Théroux (Émilie) : Donc,
bonsoir, mesdames, messieurs de la commission, et merci de nous recevoir. Moi,
je suis Émilie Théroux, co-coordonnatrice du Collectif pour le libre choix.
Le gouvernement l'a répété, ces intentions
sont louables. Nous l'entendons. Ce n'est pas ce que nous remettons en cause
aujourd'hui. Ce que nous remettons en cause, en fait, c'est l'outil choisi.
Notre position est claire : le droit à l'avortement ne doit être inscrit
dans aucune loi ni...
Mme Théroux (Émilie) : ...ni
ordinaire. Les risques juridiques, politiques et sociaux ont été largement
documentés par nos collègues dans les dernières semaines. Nous souhaitons
plutôt attirer votre attention sur ce que le projet de loi ignore complètement,
les réalités du terrain. L'accès à l'avortement est inégal au Québec. Les
témoignages recueillis dans nos ateliers ainsi que ceux de nos partenaires sont
unanimes, les obstacles sont nombreux et bien concrets. On parle de régions
sans réels services ou avec un seul point d'accès, absence de transports en
commun trop important pour... pour les personnes sans RAMQ ou à statut
précaire. Manque de formation pour le personnel en santé. Délai d'attente
significatif.
Les personnes les plus marginalisées
subissent les plus grands obstacles. La difficulté s'amplifie pour les
personnes racisées, autochtones, migrantes ou sans statut, des personnes trans,
non-binaires, bispirituelles ou intersexes, les personnes vivant en situation
de handicap, les personnes vivant en régions éloignées. Aucune de ces réalités
n'apparaît dans le projet de loi. Aucune mesure n'est proposée pour corriger
les inégalités. Aucune réflexion n'est menée sur les barrières structurelles.
Constitutionnaliser un droit sans garantir les conditions... matérielles pour
l'exercer revient à créer un droit... (Panne de son) ...et non un droit réel.
Une telle approche passe complètement à côté de la protection que le ministre
affirme vouloir assurer.
Le Québec a déjà un modèle qui fonctionne,
ne le fragilisons pas. Notre modèle est reconnu mondialement. Partout sur la
planète, on nous cite en exemple. C'est une... C'est une fierté, mais surtout
une responsabilité. Le gouvernement dit vouloir protéger le droit. D'autres
voies existent. Nous... (Panne de son) ...le gouvernement souhaite utiliser les
outils à disposition. Des solutions existent déjà. Elles... (Panne de son)
...et elles sont demandées par les groupes... longtemps. Ce sont les mesures
faites qui forment le véritable rempart permettant d'exercer nos droits.
La meilleure protection du droit à
l'avortement passe par un système public de santé capable d'offrir des services
universels, accessibles, gratuits et équitables. Aucun texte constitutionnel...
ne remplacera jamais cela. Ça implique des politiques de redistribution de la
richesse pour lutter contre les inégalités, un financement adéquat des services
d'avortement dans toutes les régions du Québec, la prise en charge des coûts
pour les personnes sans RAMQ ou à statut précaire. Ces mesures, et non une
disposition constitutionnelle, protègent réellement les droits. Le gouvernement
doit soutenir les organismes communautaires autonomes. Nous sommes celles et
ceux qui voyons les failles, qui accompagnons les personnes, qui proposons des
solutions concrètes. Nous sommes les actrices du terrain. Nous faisons partie
du rempart.
Mme Cyr (Claudelle) : Donc le
gouvernement affirme vouloir protéger le libre choix et l'égalité. On l'a... on
l'a répété à... plusieurs fois, on comprend vraiment bien l'intention. Mais une
intention, même si elle est louable... pour nous, ne suffit pas à justifier
l'outil qui est choisi. Au Canada, l'avortement est décriminalisé depuis 1988.
Il ne s'agit pas d'un droit positif inscrit dans une loi, mais d'un soin dont
l'exercice repose entièrement sur l'organisation des services... (Panne de son)
...publics et la volonté politique. Le Québec... (Panne de son) ...en
matière... inscrire l'avortement dans une loi constitutionnelle provinciale
n'ajoute aucun nouveau pouvoir en matière de santé. Cela n'a... non plus qui
vient d'être décrit... c'est-à-dire les inégalités régionales... les coûts,
l'absence de services, les barrières vécues par les personnes les plus
marginalisées. Pendant que... pendant que l'on débat d'un symbole
constitutionnel, ces réalités-là persistent. Le Québec a déjà fait le choix,
après 1988, de ne pas légiférer sur l'avortement. Ce choix n'était pas une
omission. C'était un choix réfléchi, assumé et féministe qui a permis de
protéger le soin en dehors des débats polarisants et de miser sur
l'organisation des services. Remettre ce modèle en question aujourd'hui sans
démontrer en quoi il échoue, bien, pour nous, ça...
(Panne de son)
Mme Théroux (Émilie) : ...de constater
que depuis le début des travaux, les arguments des groupes ont été écartés trop
rapidement. Nous espérons sincèrement que nos échanges avec vous aujourd'hui
seront entendus. Nous vous demandons de reculer sur l'article 29 ainsi que
sur l'ensemble du projet de loi constitutionnelle. Le Collectif pour le libre
choix refuse l'instrumentalisation politique du corps des femmes et des
personnes enceintes. Nos corps ne sont ni des symboles ni des outils
constitutionnels.
Pour conclure, si je peux imager le droit
à l'avortement comme étant le coffre-fort de la justice reproductive, j'espère
que le gouvernement ne voudra pas passer à l'histoire comme étant celui qui y a
ajouté une poignée et remis les clés aux groupes antichoix par une disposition
législative. Merci.
• (17 h 20) •
Le Président (M. Bernard) :
Merci beaucoup, Mmes Théroux et Cyr pour votre présentation...
Le Président (M. Bernard) : ...nous
allons maintenant procéder aux échanges avec les parlementaires. M. le
ministre, vous disposez de huit minutes.
M. Jolin-Barrette : Merci, M.
le Président. Mme Théroux, Mme Cyr, bonjour. Merci de participer aux travaux de
la commission pour le projet de loi n° 1, en lien avec notamment l'article 29
du projet de loi, principalement, votre mémoire porte là-dessus.
Je ferais une analogie quand vous
dites : On ne veut pas qu'on donne les clés du coffre au mouvement
anti-avortement. Au contraire, moi, je voudrais créer une voûte avec... puis
mettre le coffre dans la voûte, puis barrer ça bien comme il faut, puis
rajouter des chaînes, rajouter des cadenas, mettre un système de caméras, des
lasers, tout le kit, pour être sûr que ça soit bien protégé. Je fais de
l'humour un peu mais pour vous illustrer l'intention de pourquoi est-ce qu'on l'a
mis dans la Constitution. Parce que je ne l'aurais pas mis dans une loi
ordinaire, considérant les risques qui sont évoqués, mais, dans la
Constitution, ça a une portée qui est plus grande, l'objectif étant le même que
vous véhiculez, justement, de garantir ce droit-là. Puis je suis d'accord avec
vous sur les mesures d'accès, il reste du travail à faire, de protection, tout
ça, mais j'accueille avec ouverture vos propos lorsque vous me dites :
Bien, écoutez, nous, on ne veut pas que vous légifériez sur ce sujet-là, on ne
veut pas que ça soit dans aucune loi. Donc, ça... c'est cohérent avec... avec
ce que les autres groupes comme le vôtre nous ont dit. Donc, je prends note de
ça.
Un élément, par contre... Vous ne craignez
pas un renversement jurisprudentiel? Parce que là, actuellement, là, la
liberté, ce droit-là est protégé, oui, par des précédents jurisprudentiels,
mais vous ne craignez pas ce qui est arrivé aux États-Unis? Vous ne craignez
pas que ça soit attaqué aussi sur certaines situations puis que les tribunaux,
un jour, changent d'idée?
Mme Théroux (Émilie) : Non,
pas vraiment. En fait, ce qu'on craint, c'est le manque d'accès éventuel, tu
sais. Ce que... Le gouvernement, où est-ce qu'il peut aller jouer pour
s'assurer que c'est... que ça, ça n'arrive pas, ces renversements-là, c'est
d'en... en fait, de le laisser pour ce qu'il est, c'est-à-dire un soin de
santé. Il faut laisser ça dans... entre les médecins puis les patientes, il
faut laisser ça en dehors du cadre juridique, justement.
Mme Cyr (Claudelle) : Tout
comme on n'a pas... on ne parle pas dans la... dans le projet de loi n° 1,
de... du droit de mourir dans la dignité, c'est aussi sensible. Donc, pourquoi
on va venir parler du droit à l'avortement dans le projet de loi n° 1? Donc,
pour nous, ce n'est pas nécessaire... (panne de son) ...législative qui est
plus attaquable que lorsqu'elle n'a pas de disposition.
M. Jolin-Barrette : Bien,
peut-être juste une petite précision. On en parle, du droit de mourir dans la
dignité dans la Constitution, puis on a une loi également pour ça.
Est-ce que... Je reviens, là, sur l'accès.
Je suis d'accord avec vous, là, que l'État québécois doit continuer d'agir
là-dessus. D'ailleurs, ma collègue... la ministre de l'Enseignement supérieur,
l'Enseignement supérieur a déposé un plan d'accès à l'époque où elle a été
ministre de la Condition féminine. Donc, il y a des efforts qui sont faits à ce
niveau-là, et il faut continuer les efforts. Mais, sur la situation, supposons,
de l'actualité sur ce sujet précisément, là, tu sais, on... cette question-là,
elle est souvent ramenée, à chaque élection fédérale, mais aussi c'est souvent
ramené dans l'actualité, là. À chaque fois qu'il y a la possibilité pour les
groupes anti-avortement de prendre la parole, d'attaquer, d'agir, ils sont là,
ils sont présents pour le faire. Ce qu'on souhaite faire, c'est positionner
l'État québécois, là, formellement, un peu comme lorsque la ministre de
l'Habitation a décidé de ne pas offrir la location du Centre des congrès de Québec,
qui va se retrouver devant les tribunaux prochainement, à des groupes
anti-choix. Donc, un des objectifs, c'est justement de positionner l'État comme
ça. Moi... Moi, j'ai une crainte sur le... sur le moyen et sur le long terme,
puis je pense que vous partagez cette même crainte là, là, c'est juste... Bien,
je veux vous entendre là-dessus.
Mme Théroux (Émilie) : Bien,
en fait, c'est que je laisserais cette lutte-là dans les mains des... du milieu
féministe. C'est ce qu'on fait depuis une cinquantaine d'années, essayer de
protéger le droit à l'avortement, mais on n'a pas les moyens qu'il faut pour
être capables d'être... Tu sais, je parlais... on parlait, dans notre prise de
parole au début, qu'on est une partie du rempart. Le gouvernement en est un en
finançant le système de santé puis s'assurer que ce soit accessible dans
l'ensemble des régions, mais le milieu communautaire autonome peut être aussi
une partie de ce rempart-là...
Mme Théroux (Émilie) : ...puis
de financer adéquatement les organismes pro-choix comme le nôtre, ou comme les
SOS. En Estrie, on a SOS Grossesse Estrie, entre autres, la fédération du
Québec pour le planning d'une naissance. Bien, ça en... ça en est une,
solution, pour être capables de répondre à ces discours-là anti-choix, qui
prennent de plus en plus de place, puis qui sont de plus en plus ordonnés, puis
qui prennent... qui essaient de... d'entrer, en fait, dans l'ensemble du milieu
communautaire. Il faut nous laisser la chance, justement, de pouvoir faire ce
travail-là puis de laisser ça dans le milieu... dans les mains des mouvements
féministes.
M. Jolin-Barrette : OK. Mme
Théroux, Mme Cyr, je vous remercie grandement pour votre contribution, votre
passage en commission parlementaire, puis je vais céder la parole à mes
collègues. Un immense merci.
Le Président (M. Bernard) : Merci.
M. le député de Gaspé, à vous la parole, pour deux minutes.
M. Sainte-Croix : Merci, M.
le Président. Bonjour, mesdames, merci de votre présence ici aujourd'hui et
pour votre apport, là, aux travaux de la commission, c'est très apprécié. Merci
beaucoup. Vous nous l'avez dit, j'ai pris la peine de lire votre... votre
mémoire, votre... votre organisme s'oppose, là, concrètement, à l'inscription
du droit dans le projet de loi n° 1, mais dans tout
acte législatif, suivant ma compréhension. Si je comprends bien, vous jugez que
la jurisprudence actuelle est le garant de l'accès à l'avortement. C'est ce que
je comprends bien dans votre... dans votre mémoire?
Mme Théroux (Émilie) : Oui,
exactement. On a la situation idéale, on est un modèle de file au monde, on a
une des juridictions les plus protégées au monde, puis il faut laisser ça comme
ça.
M. Sainte-Croix : Ceci dit,
quand vous voyez ce qui se passe... prenons le cas de nos... de nos voisins du
Sud... quand vous voyez ce qui se passe ailleurs dans le monde, vous n'êtes pas
inquiètes sur la limite de la jurisprudence pour garantir le droit à
l'avortement?
Mme Théroux (Émilie) : Je
pense que la réponse à ça, en fait, se retrouve dans l'éducation populaire, et
essayer de répondre à toute cette désinformation-là et à toute cette...
cette... menée par les groupes anti-choix. Il faut nous laisser l'occasion et
la chance de faire ce qu'on fait de mieux, c'est-à-dire... (panne de son)
...aller voir les personnes concernées, leur donner les vraies... les vraies
réponses, l'info juste, puis regarder, avec ces personnes-là, c'est quoi les
enjeux, puis, après, trouver les failles, puis là essayer d'améliorer l'accès,
en fait. Je ne sais pas si ça répond à votre question?
M. Sainte-Croix : Oui, je
comprends. Je comprends...
Mme Cyr (Claudelle) : Bien,
j'ajouterais aussi... excusez, mais le...
M. Sainte-Croix : Oui,
allez-y, allez-y, excusez-moi.
Mme Cyr (Claudelle) : ...la
question de notre autonomie... de l'autonomie corporelle est quand même... (panne
de son) ...des droits et libertés. Là, on est dans un... dans un débat qui est
très, très difficile socialement, qui est très sensible, on le comprend que
c'est sensible. Mais de venir légiférer pour un débat aussi sensible, ça ouvre
beaucoup plus la porte à des contestations juridiques que de laisser ça comme
ça, et qu'effectivement il y a des jurisprudences, et là il faut venir
renverser... Pour nous, on trouve ça beaucoup plus délicat de venir enchâsser
ça dans une loi.
M. Sainte-Croix : Je
comprends. Merci, mesdames.
Le Président (M. Bernard) :
Merci beaucoup,M. le député. Nous allons poursuivre avec la
porte-parole du... de l'opposition officielle. Mme la députée de Robert-Baldwin,
vous disposez de six minutes.
Mme Garceau : Merci, M. le
Président. Bonjour, Mme Théroux, Mme Cyr, merci beaucoup d'être ici avec nous.
Je veux juste... en termes de réponse, oui, la jurisprudence, mais c'est aussi
un droit fondamental qui est protégé par les chartes, là. Donc, comme... en
réponse... en réponse à M. le ministre, je pense qu'en termes de droit à
l'avortement, on l'a déjà, la voûte, la voûte est clairement barrée, il y a des
chaînes partout, on n'a pas besoin de légiférer. Le droit est pleinement
protégé, il n'y a pas de vide juridique. Tous les experts ont dit la même
chose. Tous les experts sont venus, les groupes, en commission parlementaire, comme
vous... vous avez mentionné qu'il faut absolument le retirer, l'article 29,
parce qu'il y a un risque qu'on est en train de... on va fragiliser le droit
des femmes à l'avortement et aussi, on va... la brèche, comme on dit, en ce qui
a trait aux groupes anti... anti-avortement, qui attendent une disposition
législative afin de venir contester la législation pour venir restreindre le
droit.
Mais j'aimerais vous entendre, parce que
vous êtes le premier groupe qui a parlé qu'en termes de l'article 29 l'effet de
l'article 29 est de transformer le droit à l'avortement en symbole, puis je
voulais vous entendre là-dessus, parce que c'est quand même assez puissant.
• (17 h 30) •
Mme Théroux (Émilie) : Oui,
bien, ça nous a quand même frappées, là...
17 h 30 (version non révisée)
Mme Théroux (Émilie) : ...à
quel point que... en tout cas, on s'est questionné beaucoup sur pourquoi ça se
retrouvait dans le projet de loi, cet article-là, puis on a vraiment eu l'impression
que le gouvernement a voulu utiliser ce simple... symbole-là d'utiliser nos
corps pour se proclamer quelque chose qu'il n'est pas finalement.
Mme Garceau : Et moi, je
voulais vous entendre sur... le débat est clos, sur toute cette question de
légiférer sur l'avortement, tel que le ministre l'avait mentionné. L'ancienne
ministre responsable de la Condition féminine avait eu une intention, en 2023,
de légiférer, et, suite à toutes les consultations avec des groupes et les
experts, on s'est dit : Non, on ne va pas légiférer. Ça, on met ça de
côté, on va mettre l'accent sur l'accès aux services. Vous l'avez mentionné,
vous êtes en région. Est-ce que ce n'est pas une source de grande frustration,
que le gouvernement, le ministre, on remet ce débat sur la place publique, le
débat, le droit à l'avortement, au lieu de... En ce moment, on devrait mettre
nos énergies, nos efforts pour vous aider sur le terrain, pour s'assurer que
chaque femme au Québec qui veut un avortement va pouvoir l'avoir dans un délai
aussi raisonnable, parce qu'il y a toute cet aspect-là aussi en termes de... il
y a un manque de points... un manque de cliniques en région, puis je voulais
vous entendre là-dessus.
Mme Théroux (Émilie) : Oui.
Eh bien, exactement, là. Tu sais, on n'aurait pas pu mieux dire, là, tu sais,
on... Depuis le 9 octobre dernier, on aurait pu faire... Nos énergies ne s'enlignaient
pas pour passer l'automne à parler de ça. Depuis... Ça va... ça va faire 10 ans,
là, que je travaille au Collectif pour le libre choix. On n'a jamais autant
parlé du droit à l'avortement et on ne l'a jamais autant remis en question dans
les médias que dans les... que dans les derniers mois. Donc, juste le fait de l'avoir
inscrit dans le projet de loi a donné cet... cette prise-là puis cet effet de
précédent là de l'inscrire dans une loi. On aurait aimé mieux mettre nos
énergies ailleurs, où les... où les enjeux sont réellement... comme on vous
disait, toutes les inégalités territoriales, l'accès à l'avortement. C'est ça,
l'enjeu.
En 2023, quand la ministre Biron était
sortie à l'époque, justement, voulant légiférer, elle a écouté les groupes
féministes, elle est venue s'asseoir avec les groupes féministes puis elle a
écouté c'est quoi... c'était quoi, les enjeux sur le terrain, puis on est
arrivés un an plus tard avec un plan d'action. On a salué ce plan d'action là à
l'époque. Il n'est pas parfait, on peut le bonifier. Puis c'est un peu... La
conclusion de notre mémoire, c'est ça. Il y a déjà cet outil-là qui est là. On
peut le bonifier en allant écouter. Parce que les enjeux sont différents d'une
région à l'autre aussi, là. Ce n'est pas la même réalité partout au Québec.
Allons... Faisons une tournée des régions. Allons voir c'est quoi, les
problèmes en Estrie, c'est quoi, les problèmes sur la Côte-Nord, puis c'est
quoi, les problèmes à Montréal, puis écoutons les femmes, puis bonifions ce
plan d'action là, qui est... qui est sur... qui est exactement ce sur quoi on
veut travailler, l'accès à l'avortement. Puis ça, ça va être la meilleure
protection sociale possible. Si on veut protéger le droit à l'avortement, ça va
être comme ça, de cette façon-là, en rendant l'accès à tout le monde, à toutes
les femmes, y compris les personnes sans RAMQ.
Mme Garceau : OK. Donc, on a
l'ancienne ministre qui voulait légiférer sur le droit à l'avortement qui a
décidé : Non, j'ai écouté les experts, j'ai reculé. On met l'accent sur l'accès
à l'avortement. Quel est le message que vous voulez transmettre aujourd'hui au
ministre de la Justice qui continue, on continue d'entendre les groupes? Il
pourrait retirer l'article, il pourrait venir pour nous dire : Savez-vous,
tous les groupes qui sont venus en commission nous ont dit : Retirez l'article 29.
C'est une menace aux droits des femmes. On est en train de faire un recul. Qu'est-ce...
Quel est votre message au ministre de la Justice aujourd'hui?
Mme Théroux (Émilie) : Bien,
ce serait exactement ça. On n'a pas envie de reculer de 35 ou de 50 ans,
de retourner vers les avortements clandestins parce qu'il y aura des... qui
auront été faites. Et j'espère que le gouvernement n'aura pas envie d'être du
mauvais côté de l'histoire.
Mme Garceau : Merci, Mme.
Le Président (M. Bernard) : Merci.
Nous allons maintenant poursuivre avec le porte-parole du deuxième groupe d'opposition.
M. le député de Maurice-Richard, vous disposez de deux minutes.
M. Bouazzi : Merci beaucoup.
D'abord, je suis... je tiens à dire que je suis quand même désolé qu'on ait si
peu de temps dans cette commission pour vous écouter. Et vous nous dites à peu
près tout ce que les gens disent. J'espère vraiment que le ministre va juste
nous permettre de passer à autre chose, parce qu'à un moment il faudrait qu'on
passe à autre chose.
Vous nous dites, un, qu'on peut faire
quelque chose, entre autres donner la RAMQ aux femmes qui en ont besoin pour
pouvoir avoir accès aux soins et puis ne surtout pas mettre cette clause-là...
M. Bouazzi : ...c'est entendu.
C'est ce que tous les groupes avant vous nous ont dit, mais je tiens à revenir
sur ce qui a été dit avant, sur l'idée que les droits sont cadenassés.
Aujourd'hui, si le soin de santé qu'est l'avortement est légal, au Québec et au
Canada, c'est parce que la Cour suprême a fait appel à des droits fondamentaux,
tant le droit à la vie, le droit à la liberté, à la sécurité de la personne,
ainsi que le droit à l'égalité. Est-ce que vous pensez que si un gouvernement
décide de déroger à ces droits-là, il devrait, au minimum, nous donner des
bonnes raisons?
Mme Théroux (Émilie) : Oui,
bien, en fait, ma collègue l'a dit, là, d'entrée de jeu, il n'a pas été prouvé
que le modèle qu'on a actuellement, il ne fonctionne pas. On a la meilleure
législation au monde. Conservons... tu sais, restons premiers.
M. Bouazzi : ...attirer votre
attention sur un risque, c'est-à-dire qu'il y a l'idée de l'autonomie
parlementaire, qu'en fait l'utilisation d'une clause dérogatoire, qui permet au
gouvernement, sans avoir à donner ni de justificatif ni de contexte, de déroger
à tous, mais littéralement tous les droits fondamentaux, y compris le droit à
la vie, à la liberté, à la sécurité de la personne et le droit à l'égalité. Et
donc on pourrait se retrouver, et je vous... je vous donne très peu de temps,
mais je vous demande d'y réfléchir. On peut se retrouver avec un gouvernement
qui décide d'interdire ou de limiter le droit à l'avortement en faisant appel à
la dérogation ou à ce que ce gouvernement appelle l'autonomie parlementaire.
Et, à ce moment-là, tout tombe à l'eau. Et ce n'est pas parce qu'il a mis une
ligne avec l'article 29 qu'on s'en sort. Ça fait qu'on est quand même à risque,
et le plus gros risque, je vous dis, c'est l'utilisation de cette clause-là par
ce gouvernement, sans avoir à donner le moindre... la moindre explication,
étant donné qu'ils dérogent à tout ce qui fait en sorte que ce droit-là est
légal aujourd'hui.
Le Président (M. Bernard) : Merci,
mesdames. Malheureusement, le temps est écoulé. Merci, encore une fois, malgré
les délais puis les inconvénients que nous avons eus, donc, merci pour votre
contribution aux travaux de la commission.
Puis je suspends les travaux quelques
instants afin de procéder avec le prochain groupe. Merci beaucoup, mesdames.
(Suspension de la séance à 17 h 38)
(Reprise à 17 h 40)
Le Président (M. Bernard) :
Bonjour. Donc, la commission va reprendre ses travaux. Nous allons maintenant
entendre la Table de concertation des organismes musulmans du Québec. Bonjour,
Mme Henchiri, et bonjour, M. Ouali. Vous disposez donc d'une période de huit
minutes pour faire votre présentation et, par la suite, nous allons procéder
avec les échanges avec les parlementaires de la commission. Alors, merci et
bonne présentation.
Mme Henchiri (Amel) : Merci
beaucoup, M. le Président. Mesdames, messieurs les membres de la commission,
Mmes, MM. les députés, la Table de concertation des organismes musulmans du
Québec vous remercie sincèrement de cette invitation et de l'occasion qui lui
est donnée de participer à un exercice démocratique d'une importance...
Mme Henchiri (Amel) : ...historique
pour le Québec. Nous saluons le travail de l'Assemblée nationale et des
parlementaires dans ce processus de réflexion collective qui vise à doter le
Québec de sa première constitution. Un tel moment dépasse les clivages
partisans et les cycles électoraux, il engage l'avenir institutionnel,
démocratique et social de notre société pour les décennies à venir. La Table de
concertation des organismes musulmans du Québec, fondée en 2012, regroupe
aujourd'hui plusieurs organismes communautaires implantés dans différentes
régions de la province. Elle rassemble des organisations issues, notamment, de
Québec, Lévis, la Beauce, le Bas-Saint-Laurent et d'autres territoires. Elle
agit comme un espace structuré de dialogue, de concertation et de coordination
entre ces organismes. Depuis sa création, la TCOM oeuvre à promouvoir le
dialogue interculturel et interreligieux, renforcer la cohésion sociale et le
vivre-ensemble, favoriser la participation citoyenne, créer des ponts durables
entre les communautés et les institutions publiques. La TCOM agit donc comme un
acteur organisé de la société civile, engagé dans la vie démocratique
québécoise et inscrite dans une logique de partenariat avec les institutions.
Notre présence ici, aujourd'hui, s'inscrit
dans cette continuité, celle d'une participation responsable, constructive et
institutionnelle à la vie démocratique du Québec. Une constitution n'est pas
seulement un cadre juridique, c'est un pacte collectif, un texte dans lequel
les citoyennes et les citoyens doivent pouvoir se reconnaître, un cadre qui
doit inspirer confiance, stabilité et inclusion pour être durable, donc, une
constitution doit être juridiquement solide, démocratiquement légitime,
socialement inclusive et institutionnellement équilibrée. Et dans cet esprit
que la TCOM souhaite contribuer au débat.
Donc, notre mémoire s'articule autour de
quatre grandes préoccupations : La participation démocratique et
l'inclusivité du... du processus, l'articulation entre la laïcité et la
cohésion sociale, la hiérarchie entre droits fondamentaux et principes
collectifs et le rôle essentiel des contre-pouvoirs et de la société civile
dans une démocratie. Donc, la TCOM reconnaît pleinement la laïcité comme un
principe structurant de l'État québécois. Nous comprenons son importance dans
la neutralité des institutions, l'égalité des citoyennes et citoyens et
l'impartialité de l'action publique. Notre préoccupation ne porte pas sur la
laïcité comme principe, mais sur la manière dont elle est formulée et appliquée
dans un texte constitutionnel et sur son articulation avec la cohésion sociale
et la protection des droits fondamentaux. Une laïcité institutionnelle forte
est un facteur de stabilité, mais une laïcité perçue comme un marqueur
identitaire ou comme un principe pouvant entrer en tension avec certaines
libertés fondamentales, peut fragiliser le vivre ensemble et nourrir des
sentiments d'exclusion.
Une constitution joue aussi un rôle
symbolique. Elle envoie un message sur la manière dont une société se définit,
se protège et se rassemble. C'est pourquoi nous estimons essentiel que le
principe de laïcité soit exprimé dans un cadre constitutionnel formé... formulé
de manière à être explicite quant à la neutralité de l'État, rassurant pour
l'ensemble des citoyennes et des citoyens, et véritablement inclusif dans sa
reconnaissance et... de la diversité religieuse et culturelle que représente le
Québec. Une constitution peut affirmer de manière explicite la laïcité de
l'État, tout en veillant à préserver l'équilibre social, en s'assurant
notamment de ne pas affaiblir le sentiment d'appartenance des minorités, de ne
pas engendrer un sentiment d'exclusion parmi les citoyennes directement
concernées et de maintenir la cohésion sociale essentielle de notre vivre ensemble
québécois.
La force d'une constitution réside autant
dans son contenu que dans le processus par lequel elle est élaborée. La
participation active des citoyennes et des citoyens, des organismes de la
société civile ainsi que des diverses communautés constitue une source
fondamentale et légitime démocratique. Cette participation revêt une importance
particulière lorsqu'il s'agit de l'adoption d'une première constitution. Donc,
la TCOM, puisqu'elle regroupe des organismes solidairement implantés dans plusieurs
régions de Québec, elle œuvre... activement sur le terrain pour promouvoir le
dialogue, la participation citoyenne et la cohésion sociale. Notre présence
devant cette commission témoigne d'une volonté claire : Celle de
participer pleinement à la vie démocratique du Québec et de contribuer aux
côtés d'autres acteurs de la construction collective et des institutions
fondamentales. La...
Mme Henchiri (Amel) :
...participation des minorités au processus ne révèle pas d'un intérêt
particulier, elle touche directement à la légitimité démocratique dans son
ensemble. Donc, une constitution véritablement solide est celle qui est
discutée, soutenue et appropriée par l'ensemble de la société. Une démocratie
saine repose sur l'équilibre, équilibre entre les pouvoirs, équilibre entre
l'efficacité de l'État et la capacité du dialogue, équilibre entre gouvernance,
contrôle et participation. La société civile joue un rôle essentiel dans cet
équilibre, donc comme un espace de dialogue, comme relais de citoyen, comme acteur
de cohésion sociale, comme partenaire des institutions et comme véritable
garde-fou démocratique quand les enjeux fondamentaux sont en jeu. Renforcer la
démocratie, ce n'est pas affaiblir l'État, c'est au contraire renforcer sa
légitimité, sa crédibilité et sa stabilité dans le temps.
Le mécanisme de participation, de
consultation, de contestation et de dialogue ne sont pas obstacles à l'action
publique et lançant des garanties de qualité, de prévisibilité et de confiance
publique. Une autre démarche repose sur trois principes simples :
Contribuer à une constitution qui rassemble l'ensemble des Québécoises et des
Québécois, renforcer la confiance entre les citoyennes et citoyens et leurs
institutions, consolider un modèle démocratique fondé sur l'inclusion,
l'équilibre des principes et des stabilités de droit.
Nous voulons être clairs, lors du dépôt de
ce projet, le premier ministre la qualifie d'initiative visant à protéger,
renforcer et rassembler le Québec. Or, force est de constater, comme l'ont
illustré de nombreuses interventions entendues dans cette même commission et
les consultations avec divers acteurs sociaux, que ce projet gagnerait à être
approfondi en concertation avec les différents acteurs de la société civile et
de tous les niveaux. Plus encore, il devrait être soumis à l'ensemble des
Québécoises et Québécois, notamment par le biais d'outils démocratiques, tels
qu'un référendum avant toute adoption définitive.
M. le Président, Mmes, MM. les députés, le
projet de la loi n° 1 représente une occasion
historique pour le Québec. Une constitution réussie n'est pas seulement un
texte juridiquement cohérent, c'est un texte qui unit, rassemble, protège,
stabilise et inspire confiance. La TCOM souhaite que ce projet de constitution
soit un cadre commun dans lequel toutes les Québécoises et tous les Québécois
se reconnaissent, quelles que soient leurs origines, leurs convictions et leurs
croyances, dans le respect des valeurs démocratiques de l'État de droit et des
droits de la personne.
Nous réaffirmons notre volonté de
participer de façon constructive, respectueuse et responsable à ce processus.
Nous le faisons avec le souci de l'intérêt général, de la cohésion sociale et
de la protection des droits fondamentaux. Nous vous remercions pour votre
écoute, pour votre ouverture au dialogue et pour l'espace démocratique que vous
offrez à la société civile dans cette étape fondatrice de notre histoire
collective. Merci.
Le Président (M. Bernard) :
Merci beaucoup, Mme Henchiri. Nous allons maintenant procéder avec les
échanges avec les groupes parlementaires. M. le ministre, vous disposez d'une
période de huit minutes.
M. Jolin-Barrette : Merci, M.
le Président. M. Ouali, Mme Henchiri, bonjour. Merci de participer
aux travaux de la commission parlementaire sur le projet de loi n° 1.
J'aimerais vous entendre sur... Vous
savez, dans le projet de loi n° 1, il y a plusieurs
volets. Il y a le volet Constitution, qui est la première partie du projet de
loi. Ensuite, il y a la Loi sur l'autonomie constitutionnelle, qui donne des
outils d'autonomie à l'État québécois. Vous avez également ensuite, les
modifications à la Loi constitutionnelle de... Et vous avez une autre loi, la
Loi sur le Conseil constitutionnel et diverses modifications à d'autres lois
qui se retrouvent dans le cadre du projet de loi. Globalement, j'ai entendu vos
propositions, les suggestions également que vous venez de formuler. Est-ce que
vous trouvez qu'il y a des éléments qui sont positifs dans le cadre du projet
de loi n° 1?
Mme Henchiri (Amel) : Oui,
bien sûr. Juste le fait que le Québec aura sa propre constitution, c'est
quelque chose de grandiose, de... qui va permettre au Québec d'être un Québec
indépendant, et donc qui va prospérer. Voilà. Donc, juste le fait que la
Constitution, c'est elle-même, c'est le... c'est quelque chose de vraiment
énorme. Donc, pour moi, c'est le gros point positif.
• (17 h 50) •
M. Jolin-Barrette : OK. Puis,
sur le contenu de la position que vous avez dit : Le Québec va être
indépendant, donc, notamment avec la Loi sur l'autonomie...
M. Jolin-Barrette : ...on
cherche justement à faire en sorte que le Québec prenne sa place à l'intérieur
du Canada pour faire en sorte qu'il ait les outils constitutionnels et
juridiques pour défendre ses pouvoirs, ses spécificités. Ça, vous êtes à l'aise
avec le contenu de la Constitution et de la Loi sur l'autonomie
constitutionnelle pour arriver à cette fin-là?
Mme Henchiri (Amel) : Je
laisse mon confrère Ouali répondre, là. Ton micro, Ouali.
M. Ouali (Ahmed-Amine) : Bonjour.
Je suis... Excusez-moi. Sur le... en fait, sur l'autonomie constitutionnelle
pour le Québec, nous n'avons aucun problème par rapport à ça. Mais, en fait, ce
qui pose un problème un peu avec ce... dans ce projet, c'est comment il a été
formulé. Vous savez, vous parlez beaucoup dans votre projet de la nation
québécoise. Est-ce que la nation... québécoise, elle représente juste une ou
deux personnes? Est-ce que c'est juste le gouvernement actuel qui représente la
nation québécoise? C'est ça, le vrai... l'enjeu derrière, en fait, la
Constitution.
C'est pourquoi ça, nous, nous avons déposé
notre mémoire pour dire : Oui, nous aimerions aussi faire participer, nous
aimerions que toutes les groupes de cette société québécoise participent à la
Constitution québécoise. Ça ne doit pas venir juste d'un gouvernement. Ça doit
venir d'un gouvernement, bien sûr, qui va... légiférer, mais, bien sûr, avec
autour des débats, avec les citoyens pour construire quelque chose de solide.
Si nous ne pouvons pas construire une base solide pour toutes les Québécoises
et les Québécois, comment nous allons dire que c'est... c'est une constitution
pour un Québec fort et indépendant?
M. Jolin-Barrette : Donc, je
comprends que vous, sur le processus, vous dites, vous critiquez le processus.
Mais là, présentement, on est en commission parlementaire. On entend tout le
monde, on prend les différents points de vue pour justement prendre les
suggestions, bonifier le tout. Alors, sur le contenu lui-même, là, si vous
mettez de côté, là, le processus de consultation préalable où est-ce qu'on a eu
un groupe d'experts qui a reçu des mémoires et qui a produit un rapport avec la
première recommandation de doter le Québec d'une constitution, sur le contenu
du projet de loi, là?
M. Ouali (Ahmed-Amine) : Bien,
sur le contenu du projet de loi, notre... notre mémoire, qu'on peut dire un
mémoire modeste, parce que nous ne sommes pas quand même des juristes ni des
avocats. Nous avons construit, en fait, un mémoire à partir d'une base de
données que nous avons, en fait, fait avec plusieurs associations, et tout.
Dans notre mémoire, nous disons que : Voilà, nous avons constaté que
peut-être il faut bonifier la constitution de certains points. Et nous avons
donné nos recommandations dans ce mémoire.
M. Jolin-Barrette : OK. Sur
la portée des différents articles, là, sur le fait, là, qu'on vient clairement
dire qu'est-ce que l'État québécois, la branche judiciaire, le pouvoir
législatif, le pouvoir exécutif, le fait de venir déterminer les fondements de
la société québécois, de venir garantir les droits individuels, de venir dire
que la société québécoise est titulaire de droits collectifs, ça, vous êtes à
l'aise avec ça?
M. Ouali (Ahmed-Amine) : Bien
là, déjà, en fait, nous avons parlé qu'il y a un enjeu dans la hiérarchisation
dans les droits collectifs et les droits individuels. Et nous l'avons, en fait,
écrit dans... bien dans notre mémoire, que : attention, ça veut dire à
partir de quel moment nous allons dire que les droits collectifs vont prendre
le dessus sur les droits individuels? À partir... À partir de quel moment?
En plus, dans votre... dans la... dans
votre projet de constitution, vous avez parlé d'un Conseil constitutionnel.
Comment nous allons définir ce Conseil... ce Conseil constitutionnel? Qui va le
présider? Est-ce que l'opposition va avoir une place dans ce truc, dans ce
conseil? Il y a plusieurs, en fait, plusieurs mots malheureusement qui ont été
écrits dans le... dans la loi de ce projet, mais ils n'ont pas été bien
définis. Il y a toujours une espèce de... des mots on va dire vagues. Il y a de
l'ambiguïté derrière comment un juriste, demain, il va interpréter les lois,
que ce n'est pas des lois anticonstitutionnelles pour un citoyen là-dedans.
M. Jolin-Barrette : Bien, en
fait, en réponse à votre question, le Conseil constitutionnel est prévu, là, à
la page 28 du projet de loi. C'est une loi qui est autoportante en soi. Et
les cinq membres du Conseil constitutionnel sont désignés aux deux tiers à
l'Assemblée nationale, le vote des deux tiers des députés. Donc, l'ensemble de
la députation de toutes les formations politiques vont approuver les
nominations des cinq membres. Et puis... il y a une alternance au niveau des
renouvellements pour faire en sorte de garder l'expertise au niveau des membres
du Conseil constitutionnel.
Pour votre question sur la hiérarchisation
des droits, le seul droit collectif qui va...
M. Jolin-Barrette : ...mais
sur un seul droit, sur la liberté de religion, c'est l'égalité entre les femmes
et les hommes, parce que c'est une valeur importante dans la société
québécoise, puis on ne fait pas de compromis là-dessus. Donc, on indique, si
jamais il y a un conflit entre l'égalité entre les femmes et les hommes et la
liberté de religion, il y a un conflit entre les deux droits, mais on donne
primauté à l'égalité entre les femmes et les hommes. Cela étant, tous les
autres droits et libertés sont prévus. Puis, les droits collectifs concourent à
la protection des droits individuels aussi. Alors, on incorpore les droits
individuels, les droits et libertés à l'intérieur même de la Constitution, on
leur donne un statut constitutionnel. Donc, là-dessus, vous ne devriez pas
avoir d'inquiétude.
M. Ouali (Ahmed-Amine) : Bien,
en fait, l'inquiétude, c'est qu'il y a... il va y avoir une modification de
l'article 9.2 qui instaure une hiérarchie stricte entre l'égalité des
sexes et la liberté de religion, ce qui vient contredire les principes
d'interprétation constitutionnelle équilibrée. Est-ce que cette disposition...
Parce que cette disposition, elle va présumer une opposition systémique entre
ces droits alors qu'ils peuvent exister, ils sont complices, ça veut dire...
c'est comme si on est en train de dire : Si on veut être religieux, on est
automatiquement contre l'égalité femme et homme.
M. Jolin-Barrette : Non, ce
n'est pas ce que ça dit, ça dit c'est en cas de conflit. Donc, s'il y a un
conflit, les droits peuvent coexister. Mais vous savez, à un moment donné, il
peut... les droits peuvent s'entrechoquer et au moment où ils s'entrechoquent,
lorsque l'interprète des droits, qui est le juge, lorsqu'il va devoir évaluer,
donner une interprétation à ça, il va avoir un guide pour lui dire : Bien,
en cas de conflit entre les deux, vous faites primer le droit à la liberté de
religion...
Le Président (M. Bernard) : Merci,
M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : ...entre
les hommes et les femmes.
Le Président (M. Bernard) : Lapsus.Merci beaucoup. On va poursuivre avec le porte-parole de l'opposition
officielle. M. le député d'Acadie, vous disposez de six minutes.
M. Morin : Merci, M. le
Président. Alors, M. Ouali, Mme Henchiri, bonjour. Merci. Merci
d'être là. Dans... dans votre mémoire, et... et on n'a pas eu beaucoup de
mémoires qui ont abordé les questions comme ça, alors j'aimerais en parler avec
vous, vous soulignez à la page 14 qu'il y a un enjeu sur la polarisation
et la fragilisation de la cohésion sociale avec le projet de loi du ministre.
Et vous dites, entre autres, que ça soulève des questions importantes quant à
l'équilibre entre la laïcité et la protection des droits fondamentaux. Si je
comprends bien, vous reconnaissez l'importance des principes de la laïcité et
sa légitimité, mais que, dans le projet de loi, ça risque d'entraîner des
effets disproportionnés sur les libertés individuelles, particulièrement celle
des minorités religieuses. Est-ce que je vous comprends bien? Est-ce que j'ai
bien saisi?
M. Ouali (Ahmed-Amine) : C'est
exactement ça, M. le député. Malheureusement, la laïcité, elle est mal
interprétée de nos jours. On dit que la laïcité c'est... la laïcité, c'est la
séparation de l'État et de la religion. Ça, ce n'est pas mais un principe de la
laïcité. Mais il y a aussi la neutralité de l'État. L'État, il ne doit pas
défavoriser une religion et avantager une autre religion. Et surtout, et le
plus important, ce que l'État, il doit nous garantir, la liberté d'expression,
la liberté de conscience et la liberté de culte. Or, on vient avec des... des
lois, malheureusement, pour interdire à des gens, par exemple, de s'habiller
conformément à leur religion, et on vous dit : Non, ça, c'est l'espace
public. Or, l'espace public, il n'appartient pas à l'État. L'espace public, il
appartient aux sujets de l'État. Et l'État, il est ici pour être garant qu'il
n'y a pas des gens ou il n'y a pas des personnes qui vont abuser de leur
pouvoir et de leurs... qui vont imposer des choses que... pour d'autres
personnes. Nous sommes dans une société laïque et nous respectons ce principe
de la laïcité, et on aimerait bien qu'on continue à vraiment à promouvoir une
laïcité ouverte et pas une laïcité à deux mesures, à deux vitesses.
• (18 heures) •
M. Morin : Et est-ce que
je... je vous comprends bien si... si, au fond, vous... vous soulevez qu'avec
le projet de loi la neutralité de l'État, finalement, est à géométrie variable,
tout dépendant quelle religion, absence de religion, etc., et qu'au fond, comme
vous nous souligniez, il y a certains éléments, et là je réfère à la
page 15 de votre mémoire, quand vous dites que la laïcité de l'État, en
insérant l'article 104.1, protège la nation québécoise ainsi que
l'autonomie constitutionnelle...
18 h (version non révisée)
M. Morin : ...et des
caractéristiques fondamentales du Québec, pour vous, c'est un concept qui est
flou et que ça pourrait entraîner des désavantages sur certaines communautés
religieuses. Est-ce que je vous comprends bien?
M. Ouali (Ahmed-Amine) : C'est
exactement ça. Malheureusement, aujourd'hui, on le voit bien. Par exemple, les
femmes musulmanes qui ont décidé de porter le voile, bien, malheureusement, on
le voit bien, elles n'ont plus accès à la fonction publique. De plus en plus.
Et quand on entend aussi que des fois on veut élargir ce principe sur... dans
plusieurs... plusieurs, en fait, endroits, on aimerait bien savoir si on va
chasser la femme musulmane de la société québécoise, elle va se retrouver où,
malheureusement. Donc, on est en train de la marginaliser et on dit que c'est
quand même un principe contradictoire. Elle est vraiment doublement... comment
dire, doublement... Je n'ai plus le mot, là, mais elle est doublement pénible,
si je veux dire, c'est qu'elle est chassée des lieux de travail, mais on dit qu'elle
est marginale de la société. C'est vraiment contradictoire.
M. Morin : Et est-ce que vous,
vous croyez que l'accent qui pourrait être mis sur certains droits collectifs
aurait pour effet notamment de marginaliser la femme musulmane et, au fond,
engendrer une forme de discrimination à son endroit?
M. Ouali (Ahmed-Amine) : Oui.
Oui, monsieur, ça peut engendrer, et je vous le dis, on le voit bien sur le
terrain. Nous, on est proche des femmes qui portent le voile, on voit bien le
regard des gens, on voit bien que, malheureusement, certaines lois qui ont été
adoptées récemment ne donnent plus le droit à des femmes de changer, par
exemple, d'école ou de changer de lieu d'institution, d'enseignement. Et c'est
vraiment... c'est vraiment, en fait, injuste et c'est discriminatoire envers
les femmes.
M. Morin : Donc, au fond, si
je vous comprends bien, l'égalité entre les hommes et les femmes, quand on l'applique
par exemple à votre communauté ou à votre religion, crée une distorsion. Parce
qu'au fond, si je vous suis bien, c'est que ça va faire en sorte qu'il y a des
femmes musulmanes qui vont rester chez elles, finalement.
M. Ouali (Ahmed-Amine) : Oui,
malgré qu'elles sont... malgré qu'on a une très haute... très haut niveau de
femmes qui sont instruites, qui ont des niveaux universitaires, qui ont des
doctorats, malheureusement, elles vont se retrouver, en fait, sans travail à
cause d'une loi discriminante.
Mme Henchiri (Amel) : Bien, je
peux ajouter que la loi qui veut protéger le principe de l'égalité,
malheureusement, et la neutralité, elle va se retrouver à... finalement, à
limité un droit fondamental comme la liberté de la religion et de l'emploi. En
tant que femme voilée donc, je peux parler au nom de mes sœurs et de ma
communauté, on voit beaucoup de détresse chez les femmes voilées parce qu'elles
ont... elles sont obligées de renoncer à des rêves et à des projets de vie
parce qu'elles sont discriminées par la loi...
Le Président (M. Bernard) : Merci...
Merci. Désolée, le temps est écoulé. Je vais passer la parole maintenant au
représentant du deuxième groupe d'opposition, M. le député de Maurice-Richard,
vous disposez de deux minutes.
M. Bouazzi : Mais, Mme
Henchiri, je vais... je vais continuer sur le même questionnement. Je comprends
que vous êtes pour une... ce qu'on appellerait une réelle laïcité, c'est-à-dire
une laïcité qui est neutre et qui ne privilégie pas ou ne défavorise pas les
personnes en fonction de leurs croyances et puis le gouvernement est garant d'une
certaine morale publique et en passant sa loi sur la laïcité, ça a eu un impact
aussi sur comment est-ce qu'on perçoit les droits des musulmanes
particulièrement. Ça fait que, Mme Henchiri, est-ce que vous pouvez nous
parler, là, depuis déjà 2019 maintenant, il y a la... différente loi, il y a la
loi 21, entre autres, mais il y en a d'autres après, c'est quoi... comment
vous ressentez, vous, le terrain autour de vous et dans les associations qui
font partie de votre coalition?
Mme Henchiri (Amel) : Bon, en
tant que Québécoise de confession musulmane et en tant que présidente de l'association
de la mosquée, donc, j'entends et je rencontre beaucoup de femmes qui vivent
vraiment une détresse émotionnelle, beaucoup... une charge mentale
insupportable parce qu'elles ont renoncé à quelque chose pour lequel elles ont
travaillé fort...
Mme Henchiri (Amel) : ...je
connais des personnes qu'elles ont fini leur... leur enseignement
universitaire, puis elles n'ont pas le droit de travailler. Donc, elles ont dû
recommencer tout le processus dès le début pour chercher une alternative. Ce
qui fait qu'on limite malheureusement le droit de ces femmes-là. On les
discrimine et elles sont maintenant, et je veux vous parler honnêtement, elles
sont beaucoup de femmes, objets de haine, de commentaires haineux sur les
réseaux sociaux, sur... dans la rue, à l'épicerie et tout ça. Parce qu'après la
loi 21, plusieurs personnes, certains groupes haineux ont pris la femme
pour cible parce qu'il y a quelque chose... une loi qui justifie cette haine.
Le Président (M. Bernard) :...merci
beaucoup. Merci beaucoup, Mme Henchiri, M. Ouali, pour votre présentation
aujourd'hui et votre contribution à la commission. Nous allons suspendre les
travaux quelques instants afin d'accueillir le prochain groupe. Merci encore de
votre participation.
(Suspension de la séance à 18 h 07)
(Reprise à 18 h 08)
Le Président (M. Bernard) :
Bonjour. Merci. La commission va poursuivre ses travaux. Nous allons maintenant
accueillir l'association… Talking Advocating Living in Québec. Mme
Martin-Laforge, Mme Sandilands, bonjour. Merci d'être ici sur place. Vous
disposez d'une période de huit minutes pour faire votre présentation, et par la
suite, nous procéderons avec les échanges avec les membres de la commission.
Alors, je vous cède la parole. Bonne présentation.
Mme Martin-Laforge (Sylvia) :
M. le Président, M. le ministre, Mmes, MM. les députés, je m'appelle Sylvia
Martin-Laforge, je suis la directrice générale de TALK et je suis accompagnée
de Maître Marion Sandilands. Il nous fait plaisir de pouvoir être devant vous
aujourd'hui pour vous présenter quelques remarques complémentarités à notre
mémoire.
Ce projet aurait pu constituer une
occasion historique de rassembler et de recevoir... de renforcir le Québec. Or,
à notre avis, cette occasion a été ratée. Si ce projet de loi est adopté tel
quel, le Québec en sortira affaibli. Rappelons certaines déclarations qui ont
marqué l'histoire du Québec et je cite : «Québécois, pour moi, signifie
d'abord que nous acceptons d'emblée et sommes prêts à défendre l'égalité devant
la loi et les institutions de tous les citoyens du Québec.» Ou cette
citation : «La communauté anglophone est une richesse pour le Québec, une
richesse à laquelle nous tenons.» Et en fait, cette dernière citation :
«Le Québec est bien placé pour apprécier la diversité culturelle. Son identité
est un heureux mélange de latinité, de francité et d'américanité, enrichi par
des personnes de tous les pays qui font partie de notre patrimoine collectif.»
• (18 h 10) •
These unambiguous
statements were made respectively by René Lévesque, Pauline Marois and Lucien
Bouchard. What they shared, apart from a fierce pride in Québec and a desire
for its self-determination, was a recognition of the importance of diversity
and the tolerance of others. We find this spirit remarkably absent in Bill 1.
this proposed law chokes on the notion of openness, generosity and tolerance.
It seeks to engineer society as a monolith where diversity is a detriment and a
threat to one culture and one language.
Nous sommes
attristés. Ce projet de loi constitue l'aboutissement de l'agenda législatif
profondément divisif du gouvernement actuel. On le retrouve notamment dans les
projets de loi 21, 96, 40 et 84. Les piliers législatifs...
Mme Martin-Laforge (Sylvia) :
...législatifs sur lesquels repose la constitution proposée. No constitution should erode responsible government, curtail
judicial review, nor consolidate executive power to avoid accountability. A
constitution should serve the people, not the governments. Mais avec le projet
de loi n° 1, nous sommes en présence d'une
constitution qui nie les liens entre le Québec et le reste du Canada, ainsi que
la place légitime de ces minorités au sein de la population. Ils tournent le
dos à l'importance de soumettre la législation à l'examen judiciaire, de même qu'à
la valeur des droits fondamentaux individuels face aux droits collectifs de la
majorité.
Concerning minorities,
let me speak of our own. Bill 1 makes no mention of Québec's English-speaking
communities' citizens, only brief tangential reference to its institutions in
the preamble, before going on to undermine some of the very institutions it
promises to protect or value. Where does the bill target the English-speaking
community, you might ask? The answer lies in these details. The Autonomy Act
would forbid school boards, universities, municipalities, professional orders,
hospitals and more than 120 organizations from challenging government laws in
court, using public funds as they now are able to do. Les institutions
les plus importantes associées à la communauté d'expression anglaise du Québec
sont ces commissions scolaires, ces hôpitaux et ainsi que ces universités et
cégeps.
En ce qui concerne les commissions
scolaires, cette mesure serait contraire à l'article 23 de la Charte
canadienne des droits et libertés. Il s'agit là d'une démarche dissuasive,
visant à décourager des organismes publics, dont certains constituent des
institutions clés de la communauté d'expression anglaise du Québec, de défendre
des droits des Québécoises et des Québécois devant les tribunaux.
This bill would also
permit the government to issue wide ranging directives against the independent
bodies in response to any federal initiative the provincial government decides
would cause prejudice to Québec. Important institutions linked to the
English-speaking community of Québec would be caught in this net too. This bill
also contains what amounts to a made in Québec notwithstanding clause that
declares a government can designate any legislation as crucial to the Québec
nation, making it exempt from judicial oversight. One can only imagine just how
many laws would be so designated to avoid judicial review.
Nous sommes
encouragés de constater l'ampleur de l'opposition au projet de loi n° 1, qu'elle provienne du Barreau du Québec, de représentants
autochtones, d'organisations de défense des droits de la personne ou de
nombreux autres acteurs issus des milieux divers. Ce n'est pas juste les
Anglais qui revendiquent cette loi. A proper constitution must
be by the people, for the people. Bill 1 is by the government, for the
government. Il serait souhaitable de se rappeler les objectifs et aspirations
élevés que les grands leaders québécois évoqués plus haut ont défendus :
la tolérance, la diversité et la générosité.
If it chooses to pursue a
constitutional project, the government should launch a much broader process,
including an independent legal review. Il faut respecter les principes
fondamentaux d'une démocratie participative moderne. Les citoyennes, les
citoyens et les organisations sont libres de contester l'action gouvernementale
sans crainte de sanctions ou de représailles. If the
government aspires to craft a constitution enjoying the support of the people,
it has to begin with the people.
Thank you.
Le Président (M. Bernard) : Parfait.
Merci beaucoup, Mme Martin-Laforge pour votre présentation. Nous allons
maintenant procéder aux échanges avec les groupes parlementaires.
M. le ministre, vous disposez d'une
période de 8 minutes.
M. Jolin-Barrette :
Merci, M. le Président. Mme...
M. Jolin-Barrette : ...Laforge,
Me Sandilands, pour le TALQ. Merci beaucoup. Dans le fond, le TALQ, c'est la
nouvelle appellation du QCGN, je ne me trompe pas?
Mme Martin-Laforge (Sylvia) : ...TALQ.
Tic toc. TALQ.
M. Jolin-Barrette : Tic TALQ.
Mme Martin-Laforge
(Sylvia) : Not tic, just TALQ.
M. Jolin-Barrette : Vous avez
dit : Ce n'est pas juste les Anglais qui sont contre la loi. Quand vous
dites : Ce n'est pas juste les Anglais, vous ne faites pas référence aux
Anglais d'Angleterre?
Mme Martin-Laforge (Sylvia) : Non.
M. Jolin-Barrette : OK, mais,
pour moi, si vous faites référence aux Québécois d'expression anglaise, moi, je
dis : C'est des Québécois. Je pense que c'est important d'affirmer ça.
Mme Martin-Laforge (Sylvia) : Je
pense que oui, nous sommes Québécois, c'est certain. Nous ne... Nous ne nous
voyons pas toujours dans la législation dans les dernières années. Alors, bien
qu'on nous dit qu'on est Québécois, qu'on contribue, je vous dirais qu'il y a
une frustration auprès de la communauté d'expression anglaise, les individus,
qui fait en sorte qu'on... qu'on est inquiets de notre place, notre place au
Québec.
M. Jolin-Barrette : À titre
d'exemple, vous faites référence à la législation des dernières années, à quoi
vous faites référence?
Mme Martin-Laforge (Sylvia) : Eh
bien, on en a parlé dans notre... dans mon allocution, 40, 21, 96, et le... la
dernière, c'est 84, du printemps dernier, où, dans cette législation, on...
encore une fois, on s'est vus dans le préambule de la... de 84, pas dans
l'ensemble de la loi. Alors, on se voit à la même place ici, dans cette... dans
ce projet de constitution.
M. Jolin-Barrette : 96,
l'enjeu, pour vous, c'étaient les cours de français au cégep?
Mme Martin-Laforge (Sylvia) : Écoutez,
c'est nos institutions. Alors, les... des mesures coercitives dans nos... dans
nos institutions, ça nous inquiète. Je vous dirais que, souvent, les lois,
c'est... c'est problématique, oui, mais ensuite c'est les règlements, les
guides qui font en sorte qu'il y un impact néfaste qui se développe. The spirit of the law is not always seen in the implementation of
the law.
M. Jolin-Barrette : Je
comprends, mais, pour avoir fait la loi 96, l'ensemble des institutions a été
respecté, l'ensemble des individus aussi. Je sais qu'il y a eu des enjeux avec
le Parti libéral du Québec lorsqu'ils ont proposé que les gens qui ont étudié
en anglais suivent trois cours en français. Alors, j'ai fait un amendement
suite à l'écoute pour mettre trois cours de français. Alors, je voulais
juste...
Mme Martin-Laforge (Sylvia) : …for
that. It was a problem. But… But you…
M. Jolin-Barrette : Je
suis... Je suis heureux de corriger les erreurs du Parti libéral du Québec.
Mme
Martin-Laforge (Sylvia) :
But implementation is still a problem, Minister, in that. I think
you've heard from EPCA and other parents groups that the trajectory from
elementary, secondary or secondary school to the colleges is… is problematic
for vulnerable students, for students who will never really be able to… comment
je dirais, maîtriser la langue française au même… à la même… de la même façon
que d'autres.
• (18 h 20) •
M. Jolin-Barrette : Mais
c'est pour ça que les cours au cégep sont adaptés avec des cours de français
avec niveau débutant aussi.
Peut-être une question sur l'article 15 de
la loi sur l'autonomie constitutionnelle, là. On est venus
indiquer : «Le gouvernement applique le principe de l'asymétrie dans
le cadre de son action au sein de l'union fédérale canadienne afin d'aménager
les rapports fédératifs en tenant compte des éléments énumérés à l'article 14.»
14, c'est notamment les caractéristiques fondamentales de l'État
québécois : langue française, tradition civiliste, laïcité de l'État,
modèle d'intégration, les droits collectifs, le patrimoine commun, dont la
culture québécoise, l'intégrité du territoire, l'autonomie, les revendications
historiques du Québec, le français au sein de l'union fédérale.
Comment... Comment vous analysez cet
article-là? Êtes-vous en faveur de l'asymétrie qu'on souhaite développer au
Québec? Parce que, tout à l'heure, vous avez dit, je crois, sans mal vous
citer : On ne retrouve pas vraiment notre place au Canada, alors que le
projet, justement, c'est... Non. Oui, au Québec pour la communauté, mais vous
avez dit : Le projet de loi, il est en rupture avec le Canada, si je
paraphrase. Mais, au contraire, on investit nos compétences au sein du Canada,
on participe à l'union fédérale en défendant les compétences du Québec et
notamment avec le pouvoir d'asymétrie, pour faire en...
M. Jolin-Barrette : ...faire
en sorte justement que les compétences du Québec soient... soient datées en
fonction de la réalité canadienne. Ça, qu'est-ce que vous en pensez?
Mme Martin-Laforge (Sylvia) :
If you permit me, I'm going to answer this question in English. Minister, you've been very generous in offering to... for us to
answer in English. The... An understanding of the priorities, the needs and the
challenges of English-speaking Quebeckers is not quite apparent in recent
years. We have... we have... we have relied on the federal government to ensure
that some of the programs, services that are needed not in terms of
jurisdiction, but in terms of our own promotion, the promotion and the vitality
of the English-speaking community. And we need the federal government to do
that under the Official Languages Act. Now, I understand and we understand that
in Québec, and we... We approve, we understand that and we acknowledge it, that
the official language in Québec is French. But, as a minority community in
Québec, we need the support of a government that recognizes our legitimacy as a
linguistic minority.
And, quite frankly,
Minister, in recent years, we have not felt that the Government has recognized
our legitimacy as a linguistic minority. So, if you... if a government can't
recognize our legitimacy as a... as a minority, they will not invest in the
priorities of the English-speaking community. And so, we have relied over the
years on the Official Languages Act that is now more than 50 years old.
The francophones in the rest of Canada have relied on this for many years.
And... and so we rely on that, the investment of the Government of Canada in
our minority. And we would hope that we could remain connected to the federal
government and not have the funds diverted to the provincial government.
M. Jolin-Barrette : Bien, écoutez,
moi, je pense que l'État québécois reconnaît l'ensemble de ses citoyens et
particulièrement la minorité anglophone au Québec, qui a participé, contribué
et développé le Québec aussi. Alors, l'État québécois, le gouvernement du
Québec reconnaît l'apport inestimable de la communauté anglophone. Il y a une
chose qui est sûre, par contre, quand vous me dites : Bien, on se repose
sur le gouvernement. Le gouvernement fédéral a beaucoup tendance à envahir les
champs de compétence l'État québécois. Alors, moi, je vous soumettrais que je
suis attristé de savoir que vous remettez en doute que l'État québécois ne
reconnaît pas la légitimité, comme vous avez dit, de la communauté québécoise
d'expression anglaise. Au contraire, l'ensemble des Québécois ont leur place
sur le territoire québécois. Peu importe de quelles langues maternelles ils
sont issus, ils contribuent au Québec. Alors, j'espère que mon message est
très, très clair. Cela étant, de mon expérience, à toutes les fois qu'on
défend, qu'on propose, qu'on vise à protéger le vivre-ensemble québécois...
Le Président (M. Bernard) :
Merci beaucoup, M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : ...mais
on se retrouve... situation où on souhaite s'assurer une protection de la
langue française.
Le Président (M. Bernard) :
Merci, M. le ministre. Désolé, désolé. Nous allons poursuivre avec le
porte-parole de l'opposition officielle. M. le député d'Acadie, vous disposez
de six minutes.
M. Morin : Merci, M. le
Président. Mme Laforge, Me Sandilands, bonjour. Merci d'être avec nous cet
après-midi. Vous avez dit vers la fin de votre présentation quelque chose qui
m'a... qui m'a frappé, que... et corrigez-moi si je vous cite mal, mais que...
vous avez souligné que... vous trouviez ça dommage que le gouvernement ne
reconnaisse pas votre légitimité. Est-ce que je vous ai bien compris?
Mme Martin-Laforge (Sylvia) :
Bien, légitimité de notre... notre... our... What's the word
I'm looking for? Our... our minority status, that we are a minority, not the
best protected, the richest, all living somewhere in Westmount, that we are a
credible, reasonable minority, that is... that is vulnerable and contributes at
the same time.
M. Morin : Merci. Oui, tout à
fait. Dans le projet de loi qui est présenté par le ministre, on retrouve une
référence aux institutions de la communauté québécoise d'expression anglaise
dans le préambule...
M. Morin : ...uniquement.
Est-ce... Comment vous avez reçu ça?
Mme Martin-Laforge (Sylvia) : «Well,
we have the same problem with the preamble as we did with 84, that» reconnaître
la communauté d'expression anglaise dans un préambule n'a pas la même force que
nous voir dans le texte de la loi avec... avec des sections spécifiques par
rapport à notre communauté, faire valoir la vitalité de notre communauté et la
contribution de notre communauté avec des sections spécifiques, uniques,
uniques à la communauté d'expression anglaise.
M. Morin : D'ailleurs, un peu
plus tôt aujourd'hui, on a entendu un groupe qui s'appelle Entendre Québec,
Hear Québec, que vous connaissez probablement. Et...
Mme Martin-Laforge (Sylvia) : ...membre
de TALQ.
M. Morin : De TALQ. OK. Et
qui soulignaient justement tous les enjeux qu'ils ont pour avoir des services
en français, notamment dans le système de santé. Donc, quand on parle... quand
le gouvernement parle du respect des institutions de la communauté québécoise
d'expression anglaise, je comprends que ça inclut les établissements de santé
de votre communauté. Alors, c'est un enjeu notable pour eux. Et ils nous
rappelaient que souvent, les audiogrammes, rapports d'évaluation auditive sont
uniquement fournis en français, ce qui pose un enjeu vraiment important pour
eux. Puis ça génère un stress évidemment chez des gens qui ont des troubles...
des troubles auditifs.
L'accès aux services qui est difficile,
est-ce que vous avez d'autres exemples, qu'est-ce qu'on pourrait faire pour...
pour améliorer? Parce que le gouvernement dit une chose, mais quand on entend
les gens dans la réalité, on... c'est une autre réalité. Alors, qu'est-ce qu'on
pourrait faire pour vous aider davantage?
Mme Martin-Laforge (Sylvia) : On
a... On a apprécié que le gouvernement a fait des changements aux directives
l'été dernier en santé. Il y a eu un changement. On l'apprécie. Mais c'est...
ce n'est pas seulement la législation. C'est la mise en œuvre. C'est les...
C'est comment ça se passe dans les ressources humaines, comment ça se passe
dans l'administration. Alors, souvent, on est invisibles dans la mise en œuvre
et l'impact qu'un projet de... de loi peut avoir. Alors, quand on est dans une
loi, quand on discute de la communauté d'expression anglaise dans une loi,
c'est plus facile pour les administrateurs de faire en sorte qu'ils prodiguent
les services qui sont nécessaires aux individus. Alors, c'est
systémique, hein? C'est systémique.
«Once again, I'll just
say the spirit of the law sometimes doesn't always translate into directives
and regulations. So, to have the English-speaking community only in the
preamble and not elsewhere in the laws renders us invisible to a certain degree
in terms of implementation. And then unfortunately it is employees that have to
figure out how do we deal», comment est-ce qu'on gère le fait qu'il y a des
anglophones qui viennent demander des services, «you know, and they... and
people... and there are snitch mechanisms, whistle blowers, and so that is
problematic for the English-speaking community. And we feel frustrated
and devalued, devalued.»
• (18 h 30) •
M. Morin : Je comprends que
votre organisme reçoit également des sommes du gouvernement fédéral pour rendre
certains services à la population anglophone. Est-ce que vous craignez que ce
projet de loi là rende les choses encore plus difficiles? Et je sais, bien sûr,
qu'il y a la loi M-30 au Québec. Ce que le gouvernement, quand... reçoit
des fonds du fédéral, prend une certaine ponction avec des frais
administratifs? Ou si tout vous a été envoyé chez vous?
Mme Martin-Laforge (Sylvia) :
I respect the notion... We respect the notion of jurisdiction.
We absolutely respect the notion of jurisdiction. If we could be reassured that
all of the money that...
18 h 30 (version non révisée)
Mme Martin-Laforge
(Sylvia) : ...comes in from the feds, would be
distributed to the English-speaking community, maybe, that would be a point of negotiation.
But we have seen, not only in the English-speaking community… I think, in
Hochelaga… de Maisonneuve last year, the money was there, for the feds… the feds…
was wanting to give money for food…
Le Président (M. Bernard) : Merci,
désolé. Nous allons passer la parole maintenant au deuxième groupe de l'opposition.
M. le député de Maurice-Richard, vous disposez de deux
minutes.
M. Bouazzi : Merci, M. le
Président. So, let me say it in English, because I have been
saying the same thing in French over and over. I'm very sad, I have to say, and
I see anglophone groups coming again and again and talking to us in French,
explaining to us, in French, how they actually love French, you know, language,
but they actually feel that they're not part of this project, and I feel sad,
and laissez-moi vous… vous remercier d'être... d'être ici et de participer
quand même.
J'ai un point
commun avec le ministre. C'est rare, mais ça arrive. On a eu toutes sortes de
juristes qui nous ont dit : Les droits collectifs, ça n'existe pas. Et
moi, je suis d'accord avec lui, les droits collectifs, ça existe. Par contre,
moi, ce que je pense, c'est que ça vient être renforcé, les droits
fondamentaux, donc, par exemple, le droit à un air respirable, et puis il y a
aussi le droit de groupes vulnérables comme collectifs. Donc, il y a les
Premières Nations, qui ont des droits associés, qui sont des droits collectifs
qui se retrouvent dans les chartes. Est-ce que vous pouvez nous dire... est-ce
que vous, vous retrouvez des droits collectifs de la minorité anglophone, qui a
un statut particulier au Québec? Et est-ce que ça vous rassure que c'est juste
la majorité parlementaire qui va pouvoir définir c'est quoi les droits
collectifs du Québec?
Mme Martin-Laforge (Sylvia) : So,
les droits collectifs, bien sûr qu'on y adhère. À l'intérieur des droits
collectifs, il faut penser aux droits individuels. It's… it's
fundamental that the majority recognizes their power and their influence over
minority groups. We don't want the tyranny of the majority, here, on the
minorities. So, collective rights are very important, but not without balance,
not without balance for understanding and respecting the minority. I think that's
what we're asking this Government to recognize, in law, where… where there's
smaller collective, the groups that are more vulnerable, or the groups that
need more help, or whatever the group is. We're not just talking about
linguistic groups here. In fact, we've come to this commission talking about
common cause with other groups.
Le Président (M. Bernard) : Désolé
beaucoup, Mme Martin-Laforge, mais le temps est maintenant écoulé. Je vous
remercie beaucoup, Mme Martin-Laforge et Me Sandilands, pour votre contribution
à la commission.
Nous allons suspendre les travaux quelques
instants afin de permettre au prochain groupe de prendre place. Merci.
(Suspension de la séance à 18 h 34)
(Reprise à 18 h 36)
Le Président (M. Bernard) : Merci.
La commission va poursuivre ses travaux maintenant, en entendant
M. Olivier Nadeau. M. Nadeau, je vous remercie, je sais que la
situation n'a pas été simple aujourd'hui, un peu de chambardement, alors, je
vous remercie beaucoup d'avoir écouté puis de vous être entendu un peu avec
qu'est-ce qui vous a été proposé. Donc, j'ai besoin, toutefois, du consentement
des membres de la commission afin de tenir, pour M. Nadeau, une audition
de 15 minutes, soit quatre minutes de présentation et 11 minutes
d'échange. Est-ce qu'il y a consentement?
Des voix : Consentement.
Le Président (M. Bernard) :
Parfait. Merci, M. Nadeau, à vous la parole.
M. Nadeau (Olivier) : Merci.
Je vais essayer de faire ça rapidement. J'avais huit minutes ce matin, donc je
vais raccourcir à quatre. Bonsoir, merci de m'accueillir aujourd'hui, je me
nomme Olivier Nadeau, je viens parler en mon nom personnel. Depuis bientôt
15 ans, dans le cadre de mon travail comme infirmier en soins palliatifs,
j'ai eu le privilège d'accompagner des centaines de personnes vers la mort.
Laissez moi vous dire que ce qui compte, à la fin, pour ces gens-là, ce n'est
pas la politique, ce n'est pas l'argent, pour tout le monde, incluant nous
tous, ici présents, ce qui compte réellement, c'est la liberté, la dignité et
l'amour. Et c'est ce qui manque le plus dans ce projet de loi.
Le premier article d'une constitution présente,
en quelque sorte, les priorités du peuple pour lequel la constitution est
écrite. Je peux nommer la France, l'Allemagne en exemple, qui parle de la
dignité humaine et de l'importance de respecter toutes les croyances et toutes
les personnes. D'abord, je veux parler des nations autochtones. Reconnaître
leur existence et leur droit de maintenir leur langue et leur culture est la
moindre des choses. Les mots «autochtones» et «Premières Nations» apparaissent
une fois chacun dans le projet de loi de 40 pages, dans les considérations
en préambule. On ne les inclut jamais dans la définition de la nation
québécoise, on les exclut, même, en disant que la nation québécoise parle
français et partage une culture commune qui n'est pas celle des peuples
autochtones. On les garde encore et toujours à un bras de distance. Il est
temps de reconnaître leur valeur, de reconnaître que ce sont des humains comme
nous tous, d'arrêter de feindre de les reconnaître, de les entendre et de
commencer à réellement écouter les peuples autochtones. On doit d'abord
reconnaître qu'ils font partie intégrante de la nation québécoise, on doit leur
donner davantage d'autonomie, on doit adopter, à l'échelle québécoise, la
Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones et le
principe de Joyce.
Je sais que le gouvernement grince des
dents à l'idée de reconnaître le racisme systémique, mais je ne peux pas
concevoir qu'on puisse totalement comprendre le concept et nier son existence.
Je suppose que vous avez tous lu mon mémoire, je vous invite à le faire. Je
donne un exemple, entre autres, de racisme systémique là-dedans, qui peut
peut-être vous éclairer. On a eu tout récemment un bel exemple de racisme
systémique. D'un côté, on encourage les peuples autochtones à maintenir leur
culture et de l'autre, on leur interdit l'entrée à l'Assemblée nationale avec
un objet qui leur est sacré. Un joueur de hockey blanc aurait été le bienvenu
avec son bâton. On doit reconnaître l'existence du racisme systémique
maintenant.
Ce qui m'amène à mon deuxième sujet :
La subordination de la liberté de religion à l'égalité des genres. On justifie
ceci en prétextant que l'État protège l'égalité entre les hommes et les femmes
et j'ai envie de demander : Pourquoi l'État ne protège que l'égalité entre
les hommes et les femmes? L'État ne protège pas l'égalité entre les personnes
de couleur différente, d'orientations sexuelles différentes. L'État devrait
protéger l'égalité entre les personnes, peu importe leurs caractéristiques. En
plus, n'est-il pas déjà illégal de discriminer sur la base du sexe, peu importe
la raison? Je ne vois pas le jour où on invoquera sérieusement devant un juge
le droit de posséder une femme comme un objet, parce qu'Ève est une pécheresse.
De plus, cet article de loi ne concerne que la religion, il n'empêche en rien
un homme comme Jeffrey Epstein d'abuser de jeunes filles, ou un homme comme
Andrew Tate de vomir sa haine à tout vent. L'État permet-il la discrimination
sur la base du genre tant que la religion n'est pas concernée? L'ennemi, c'est
la haine, pas la différence. Epstein et Tate ne sont pas des monstres à cause
de leur religion, ce sont des monstres à cause... parce qu'ils haïssent les
femmes. Les musulmans en général ne sont pas des monstres, le problème, c'est
la haine, pas l'islam. Cet article de loi n'atteint donc pas son objectif de
protection des femmes, puisqu'il est déjà illégal de discriminer sur la base du
sexe. En plus, il légitimise la discrimination sur la base de la religion. Je
refuse qu'on légitimise l'islamophobie sous prétexte de protéger les droits des
femmes. Je m'insurge qu'on instrumentalise les femmes à des fins politiques et
je refuse qu'on ouvre cette boîte de Pandore qu'est la hiérarchisation des
droits. Les êtres humains sont tous égaux, point final.
• (18 h 40) •
Finalement, parlant de discrimination sur
la base du genre, j'aimerais aborder la question du sexisme et de la misogynie.
Je ne crois pas avoir besoin de vous convaincre que le sexisme est un problème,
on a une ministre de la Condition féminine, on fait des études sur... sur
l'équité salariale dans les entreprises. D'un autre côté, il faut se
questionner, comme individu, à savoir si on possède nous-mêmes des biais
inconscients. Par exemple, dans ce projet de loi, est-ce qu'on souhaite
réellement protéger l'égalité des genres ou si on souhaite restreindre la
liberté de religion? Est-ce qu'on utilise les femmes comme moyen de parvenir à
nos fins? Lorsqu'on invite des groupes de défense des droits des femmes à
s'exprimer sur l'avortement, est-ce qu'on veut réellement savoir ce qu'elles
pensent ou si on les invite pour la forme? J'espère de tout cœur que ce sont
les femmes qui auront le dernier mot et pas le ministre. Homme, femme, queer ou
pas, blanc ou noir, ou entre les deux, qu'on implore Dieu, Allah ou le monstre
spaghetti, notre sang a la même couleur, nos vies ont la même valeur. À la fin,
ce qui compte, c'est la liberté, la dignité et l'amour, on doit protéger les
plus vulnérables de la société pour s'assurer que tous puissent en jouir, et on
doit...
M. Nadeau (Olivier) : ...le
proclamer haut et fort dans notre Constitution.
Le Président (M. Bernard) : Merci
beaucoup, M. Nadeau. Nous allons maintenant procéder aux échanges. M. le
ministre, vous disposez de cinq minutes.
M. Jolin-Barrette : Merci, M.
le Président. M. Nadeau, bonjour. Merci de participer aux travaux de la
commission. Vous êtes infirmier de profession puis vous travaillez, je crois,
dans votre mémoire, j'ai lu, dans un... un endroit de soins palliatifs. On a
indiqué, dans le projet de loi n° 1, qu'on prévoyait justement d'indiquer
dans le texte les soins de fin de vie en lien avec les soins de fin de vie
qu'on a adoptés, avec les deux lois qui ont été adoptées à l'époque, qui
avaient été portées par Mme Hivon, M. Barrette, Mme la ministre
actuelle de la Santé également. Je voulais savoir, parce que j'imagine que vous
le vivez dans votre quotidien, dans le cadre de votre... de votre profession,
est-ce que, pour vous, c'est important que ça soit inscrit dans le projet de
loi n° 1, cet aspect-là?
M. Nadeau (Olivier) : L'aspect
de?
M. Jolin-Barrette : Les...
les soins de fin de vie. Le... le fait... le droit de mourir dans la dignité.
Le fait que ce soit inscrit dans un texte important pour la société québécoise.
M. Nadeau (Olivier) : Je
pense que c'est important de s'assurer de l'accès à des soins de santé de
qualité. De la spécifier que... bien, tu sais, je veux dire...
M. Jolin-Barrette : ...dit
«protège les soins» pour faire en sorte que ça demeure accessible pour la
population.
M. Nadeau (Olivier) : Oui,
c'est... Je ne me souviens pas de l'article en question, là, bien franchement.
Je pense que c'est important que tout le monde ait accès à des soins de... Oui.
Je ne pense pas que de l'inscrire dans la Constitution, ça va changer vraiment
quelque chose.
M. Jolin-Barrette : On
dit : «Toute personne dont l'état le requiert a le droit de recevoir des
soins de fin de vie, sous réserve des exigences particulières prévues par la
Loi concernant les soins de fin de vie». On vient de l'inscrire dans la Charte
des droits et libertés de la personne. Puis, justement...
M. Nadeau (Olivier) : Mais
c'était déjà inscrit aussi dans la Loi concernant les soins de fin de vie.
M. Jolin-Barrette : Effectivement,
mais ce n'est pas dans la charte. Donc, on vient lui donner un statut plus
important, justement, parce que c'est une... Je crois que les Québécois
adhèrent beaucoup... On est un des États dans le monde qui est le plus avancé
sur ce sujet-là et qui a été réclamé aussi.
M. Nadeau (Olivier) : Oui, je
veux dire, oui, c'est... Définitivement. Je pense que, justement, considérant
que c'est déjà spécifié dans la Loi concernant les soins de fin de vie, ce
n'est pas une priorité à mon sens, mais de l'inscrire, oui, sur une loi qui...
qui serait la loi des lois, disons, là, ce serait, oui, une bonne chose. Oui.
M. Jolin-Barrette : OK. Dans
votre mémoire, vous dites, bon, vous êtes contre le fait de la hiérarchisation
des droits sur l'aspect, parce qu'on a entendu beaucoup de choses en commission
à l'effet que tous les droits collectifs supplantaient les droits individuels,
ce qui n'est pas le cas. Le seul élément qu'on vient viser, c'est l'égalité
entre les femmes et les hommes. En cas de conflit avec la liberté de religion,
on dit «ça doit avoir primauté». Seulement en cas de conflit. Je comprends de
votre intervention puis votre mémoire que vous, vous dites : On ne devrait
pas faire ça, puis tous les droits et libertés, incluant les droits collectifs,
devraient être sur le même pied, puis on ne devrait pas donner primauté à l'un
ou à l'autre.
M. Nadeau (Olivier) : En
effet, je pense que si on vient dire que la liberté de religion est moins
importante en quelque sorte que la liberté... que l'égalité entre les sexes,
c'est qu'on n'a pas la liberté de religion, je pense. Si la liberté de
religion, entre guillemets, enfreint le principe d'égalité entre les hommes et
les femmes, je pense que ce n'est pas une question de religion. Je pense que là
où il y a de l'homme, il y a de l'hommerie, là. Et puis je pense que...
M. Jolin-Barrette : Qu'est-ce
que vous voulez dire par là?
M. Nadeau (Olivier) : Bien,
de toute façon, c'est... les personnes qui maintiennent la... qui tiennent la
religion, ça ne tient pas dans les airs, la religion, là, je pense qu'il y a
des mauvais... il y a des mauvaises personnes dans toutes les religions qui
vont essayer de peser sur la tête des femmes, supposons, pour... pour avoir le
dessus, mais, de toute façon, c'est déjà illégal de discriminer sur la base du
sexe, là. Comme je dis, je ne vois pas le jour où on va arriver devant un juge
puis on va te dire : Je revendique le droit de posséder une femme comme si
c'était un objet parce que ma religion me dit que c'est correct.
M. Jolin-Barrette : La
situation peut se présenter sur différents scénarios puis c'est justement ça,
l'objectif, c'est de donner un guide interprétatif au juge pour dire :
Bien, écoutez, oui, il y a la liberté de religion, il y a l'égalité entre les
hommes et les femmes, mais c'est quand on se retrouve devant un cas pratique où
le législateur dit : Bien, écoutez, lorsque vous allez avoir à interpréter
les deux droits, bien, sachez qu'au final la société québécoise, en cas de
conflit entre les...
M. Jolin-Barrette : ...les
deux, à ce moment-là, vous devraient donner priorité. C'est un guide
interprétatif pour... notamment pour le juge. Et les droits sont garantis, mais
déjà, dans la charte, il y a le bien-être général des citoyens qui est présent.
Donc, l'ensemble des droits et libertés sont déjà interprétés à la lumière de
certaines dispositions, aussi de la collectivité. Là, on vient affirmer que,
pour la société québécoise, c'est un élément qui est fondamental.
Le Président (M. Bernard) : Merci,
M. le ministre. Nous allons maintenant poursuivre du côté de l'opposition
officielle. M. le député d'Acadie, vous disposez de 3 min 45 s.
M. Morin : Parfait. Merci, M.
le Président. Alors, bonjour, M. Nadeau. Merci beaucoup d'être là avec
nous. Merci de vous être déplacé puis d'avoir produit votre mémoire. Je suis
vraiment désolé que vous n'ayez pas plus que trois ou quatre minutes avec nous
pour l'échange, là, mais, bon, on va y aller comme ça.
J'ai... Vous êtes infirmier de formation,
comme professionnel, et j'ai compris, dans votre témoignage, que vous
accompagnez des gens en fin de vie. C'est exact?
M. Nadeau (Olivier) : Oui.
M. Morin : Est-ce que vous
travaillez dans un secteur où il y a des soins palliatifs?
M. Nadeau (Olivier) : Dans
une maison de soins palliatifs, en fait.
M. Morin : Vous êtes dans une
maison de soins palliatifs, d'accord. Est-ce que j'ai bien compris... si vous
avez souligné que, dans la Constitution, à l'article 29, où le
gouvernement veut protéger la liberté des femmes d'avoir recours à une
interruption volontaire de grossesse, ce n'est pas une bonne idée puis qu'on
devrait retirer ça de là?
M. Nadeau (Olivier) : Je
pense que oui. Pour avoir écouté... pour avoir lu et écouté beaucoup de
témoignages de femmes, notamment de juristes, je pense que la meilleure chose à
faire, c'est de ne pas toucher à quoi que ce soit. Puis encore là, je veux
dire, moi, j'en parle en ce moment, je pense que c'est aux groupes de défense
des droits des femmes de prendre la décision finale sur le sujet parce que moi,
je n'aurai jamais à subir un avortement. Je pense que c'est aux groupes de
défense des droits des femmes d'avoir le dernier mot sur le sujet.
M. Morin : OK, je vous
remercie. C'est très clair. Donc, dans la Constitution, le ministre veut
inclure la liberté des femmes d'avoir recours à une interruption volontaire de
grossesse, il veut en faire un droit constitutionnel. Par contre, quand il vous
parlait du droit de recevoir des soins de fin de vie, ma compréhension du
texte, c'est que ce serait un ajout à la Charte des droits et libertés de la
personne.
M. Nadeau (Olivier) : Là, OK,
je viens de comprendre un petit détail. Quand on parle de l'ajout des soins de
fin de vie, est-ce qu'on parle de l'aide médicale à mourir ou si on parle des
soins de fin de vie?
M. Morin : Bien, le
gouvernement dit : «A le droit de recevoir des soins de fin de vie, sous
réserve des exigences particulières prévues par la Loi concernant les soins de
fin de vie».
M. Nadeau (Olivier) : La Loi
concernant les soins de fin de vie, c'est une loi qui a trois volets quand
même, qui concerne les directives médicales anticipées, qui concerne, oui,
l'aide médicale à mourir, mais qui concerne aussi la sédation palliative puis
qui assure que l'entièreté de la population québécoise a accès à des soins de
fin de vie, qui sont des soins palliatifs, qui comprennent la sédation
palliative, qui comprennent la gestion des symptômes puis des autres... de la
douleur puis des autres symptômes qui se présentent en fin de vie, et, oui, qui
comprend l'aide médicale à mourir. Mais de parler d'aide médicale à mourir en
disant tout haut «soins de fin de vie», c'est comme de parler de contraception
en sous-entendant avortement. Vous comprenez?
M. Morin : Oui, je comprends.
Donc...
M. Nadeau (Olivier) : La
distinction est là.
M. Morin : Non, mais votre
précision est importante, là, compte tenu de ce qui est prévu. Sauf que le
législateur... en fait, le gouvernement ne l'a pas inclus directement dans la
constitution. Donc, la charte va être incluse, puis ça, ça va être dans la
charte. Ça ne serait pas plus simple si on parlait que l'État garantit des
soins de santé à la population?
M. Nadeau (Olivier) : Définitivement.
Définitivement. Je pense que d'y aller... Je veux dire, «broadly», entre
guillemets, comme ça, oui. C'est quand on se met à «pick and chose» quels soins
on veut inclure, je pense que ça devient dangereux. Tu sais, j'entendais
quelqu'un, je ne me souviens pas si c'était un médecin ou une juriste ou
quelque chose, mais qui disait : C'est comme si on allait dire dans...
inclure dans une loi que la vasectomie est légale pour tout le monde. Bien, on
le sait, c'est correct.
• (18 h 50) •
Le Président (M. Bernard) :
Parfait, merci. Merci. Nous allons maintenant poursuivre avec le porte-parole
de la seconde position, M. le député de Maurice-Richard, vous disposez de
1 min 15 s.
M. Bouazzi : Merci, M. le
Président. Moi, je tiens à m'excuser. On n'a pas l'habitude d'avoir des groupes
ensemble, et puis vous aviez un temps à partager avec un autre groupe. Donc...
M. Bouazzi : ...quinze
minutes, c'est beaucoup trop court, et 30 minutes, c'est beaucoup trop
court pour une constitution. Ça fait que moi, en tant que parlementaire,
franchement, je m'excuse, ceci n'est pas une consultation.
Maintenant, choisissons un sujet, hein?
Bon, vous dites : Pourquoi est-ce qu'on choisit l'égalité entre les hommes
et les femmes par rapport à la liberté de religion? Comment vous expliquez, par
exemple... est-ce que vous comprenez que le ministre accepterait qu'on
discrimine un homosexuel sur la base de la religion? Pourquoi... pourquoi juste...
M. Nadeau (Olivier) : Bien,
c'est mon questionnement en fait. Parce que, oui, je veux dire, quand on parle
de religion, en effet, je veux dire, on... en tant qu'homme gai, j'entends
toujours lévitique 18 22 qui dit que je mérite de me faire lancer des roches
puis de mourir, tu sais. De le... de dire... Puis encore là, égalité entre les
hommes et les femmes, je veux dire, étant une personne très, très pro queer
aussi, l'égalité entre les hommes et les femmes, bien, l'égalité des genres,
s'il vous plaît, on... s'il vous plaît. Il y a des personnes intersexes, il y a
des personnes trans, c'est 1 % chacun de la population qui ne sont pas
concernées. Si on parle de la religion mormone, il y a des textes qui disent
clairement que les personnes noires sont noires parce qu'elles ont péché dans
leur vie antérieure, puis c'est une punition. Est-ce que ça, c'est correct de
discriminer sur... Parce que mon texte sacré dit ça. Je trouve que ça sort de
nulle part. Je trouve que c'est d'ouvrir une boîte de Pandore qui ouvre la
porte à tout... toute possibilité de hiérarchiser.
Le Président (M. Bernard) :
...Merci beaucoup, M. Nadeau, pour votre contribution aux travaux de la
commission. Je suspends les travaux quelques instants afin de permettre aux
prochains intervenants de prendre place. Merci.
(Suspension de la séance à 18 h 53)
(Reprise à 18 h 54)
Le Président (M. Bernard) :
Merci. La commission va poursuivre ses travaux en recevant maître Karine
Miller, professeure adjointe à la Faculté de droit de l'Université de Montréal.
Bonjour. Merci d'être ici, Maître Miller. En débutant, je voudrais, là,
clarifier aux gens qui nous écoutent que le temps de parole en commission
relève de la présidence. Et également, je dois rappeler que le choix de
30 minutes qui a été fait, c'est la commission qui l'a fait. Puis ça
permettait, à ce moment-ci, à ce moment-là, de permettre à plus de groupes à
venir être ici présents à la commission. Alors, voilà. Ceci étant dit, est-ce
qu'il y a consentement, étant donné l'heure, pour permettre au... à la... à
Maître Miller d'avoir une audition de 30 minutes? Consentement. Merci
beaucoup. Alors, merci, chers collègues. Maître Miller, merci de votre
présence. Vous disposez de huit minutes pour votre présentation. Par la suite,
on va procéder aux échanges avec les groupes parlementaires. Merci à vous la
parole.
Mme Millaire (Karine) : (S'exprime
en langue wendat) Merci de m'accueillir, de me permettre de me prononcer sur le
projet de constitution et de conserver le temps imparti de 30 minutes. Je
suis fière de faire partie de la nation Wendat, mais je suis ici en tant qu'avocate,
en tant qu'experte, professeure d'université. Pourquoi je le précise? Parce
qu'il semble y avoir une confusion, depuis le début de l'étude et du dépôt de
ce projet de loi, sur ce que constitue une consultation et même une
coconstruction avec des peuples autochtones.
Alors, il n'y a aucun individu, hein,
qu'il soit autochtone ou non, expert ou non, qu'on peut consulter
individuellement et que ça peut se valoir pour une consultation de peuples et
de gouvernements autochtones. Il n'y a eu aucune consultation qui n'a été faite
auprès d'aucun peuple, d'aucune nation autochtone relativement à ce projet de
constitution. On le sait, parce que les chefs sont venus le dénoncer...
Mme Millaire (Karine) : ...chef
de l'Assemblée, et non l'Association des Premières Nations Québec-Labrador, le
grand chef de la nation crie, notre grand chef. Il aurait pu y avoir également
le chef Sipi Flamand, de Manawan, si on ne l'avait pas refusé de manière
arbitraire, parce qu'il avait un bâton sacré, qui est un objet diplomatique
utilisé depuis bien avant que l'Assemblée nationale occupe ce territoire
actuellement non cédé. Donc, à la lumière de mon expertise, je souhaite
exposer pourquoi le projet de loi n° 1 est inconstitutionnel du point de
vue des droits des peuples autochtones, ce tant du point de vue de la forme que
du fond. Du point de vue de la forme, non seulement il n'y a pas eu de
coconstruction, il n'y a pas eu de consultation. Les peuples autochtones n'ont
même pas été invités à venir discuter d'un projet de Constitution déjà élaboré,
ils ont été considérés comme de simples groupes d'intérêts. Je considère que ça
constitue une violation du principe constitutionnel de l'honneur de la
couronne, dans le présent contexte, qui existe depuis bien avant les questions
existentielles sur l'identité du Québec, donc, il vient de la Proclamation
royale de 1763, toujours applicable, et qui nous dit que la couronne, et ça
inclut le Québec, doit agir de manière honorable à chaque fois que les intérêts
des peuples autochtones sont en jeu. Et surtout il doit le faire... Ça
s'applique de manière particulière, ici, on n'est pas dans un processus
législatif ordinaire, le gouvernement le dit lui-même, on est dans un processus
constituant, ce qui justifie d'autant plus que, d'un point de vue légal, le
principe d'honneur de la couronne s'applique d'autant plus récemment qu'on met
en œuvre la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples
autochtones, qui prévoit des normes en matière de coconstruction, et on le met
en œuvre, donc, en vertu d'une loi canadienne, on met en œuvre au Canada, et ça
s'applique au Québec, en ce moment, légalement.
Benoît Pelletier, de qui j'ai appris à
enseigner le droit constitutionnel, même lui le disait, hein, à une époque où
le gouvernement du Québec jugeait bon de réunir les affaires autochtones avec
les Affaires intergouvernementales et non pas la Sécurité publique. Même Benoît
Pelletier le disait, qu'on devrait reconnaître la possibilité d'autonomie
gouvernementale et la souveraineté préexistante des peuples autochtones. Et on
s'explique difficilement pourquoi, en ce moment, on est face à un projet de
Constitution qui constitue, en fait, un recul, un recul sans précédent.
Il existe donc ce mythe à l'effet que le
Québec pourrait imposer des droits, ou le Canada également, et que les droits
des peuples autochtones se seraient éteints avec la colonisation. Le Procureur
général du Québec, vous l'avez plaidé devant les tribunaux dans les dernières années,
et la Cour d'appel du Québec vous a donné tort en démontrant en plusieurs pages
en quoi la souveraineté préexistante des peuples autochtones et les droits
constitutionnels qui en découlent ne sont pas éteints. Il ne s'agit pas
d'ajouter un troisième ordre de gouvernement, il s'agit tout simplement de ne
pas violer des droits qui sont existants. Je sais, justement, que vous n'avez
peut-être pas une haute estime de ce que pensent les tribunaux à cet égard,
étant donné les différentes dispositions qui visent... Il y a un problème?
Des voix : ...
• (19 heures) •
Mme Millaire (Karine) : Ah!
donc... Et voilà. Ah! non, pas de problème? D'accord. Donc, je comprends
qu'effectivement, donc, il y a plusieurs dispositions du projet de loi qui
visent, hein, effectivement, à pouvoir faire en sorte de pouvoir déroger au
droit, mais les droits des peuples autochtones ne... sont indérrogeables.
Sur la question, donc, du fond,
rapidement, le projet de loi n° 1 écarte, nie, voire pourrait amener à
violer de manière substantive des droits constitutionnels des peuples
autochtones. Premièrement, il ne reconnaît pas que les Premières nations et
Inuits sont des peuples, ce qui a une portée juridique très importante d'un
point de vue international et constitutionnel. On exclut la reconnaissance de
droits préexistants pour dire que les peuples autochtones existeraient
uniquement au sein du Québec. On insiste à plusieurs reprises, et je cite, sur
«le caractère indivisible du territoire québécois, l'intégrité territoriale, la
souveraineté du Québec», tout en ignorant celle des Premières Nations et
Inuits, ce qui, en soi, est un texte qui ignore et qui amène même à violer les
droits territoriaux des peuples autochtones.
Un élément additionnel à mon mémoire, qui
est assez technique, également, par le jeu, dans le...
19 h (version non révisée)
Mme Millaire (Karine) : ...2
des articles 18, 19 et 20 du projet de loi. Le projet de loi n° 1 permettrait même au gouvernement du Québec d'avoir un
droit de veto complet relativement à l'agrandissement des terres de réserve, même
dans le cas où il s'agirait de terres privées qui pourraient être cédées au
fédéral, et là, on sait qu'on crée des terres de réserve, notamment par des
processus de réconciliation qui ont lieu en ce moment. C'est donc faux de dire,
encore une fois, hein, qu'il n'y a absolument aucun impact sur les droits
autochtones qui découlent de ce projet de loi là.
Enfin, l'imposition de droits collectifs
de la nation québécoise sur les droits des peuples autochtones est également
affirmée par des dispositions d'interprétation spécifiques. Alors que les
droits des Premières Nations et Inuit sont réduits à la lumière de l'ensemble
de l'économie du projet de loi, le projet de loi n° 1
précise que ceux de la nation québécoise s'interprètent de manière extensive,
et je cite : «Le projet de loi propose la création d'un Conseil
constitutionnel ayant pour mandat d'interpréter la Constitution du Québec. Les
facteurs précis qu'il doit tenir compte ne concernent que le Québec, ses
caractéristiques fondamentales, son patrimoine commun, son intégrité territoriale,
ses revendications économiques et historiques.»
Il n'y a pas une seule mention de l'existence
des peuples autochtones. On pourrait dire : Bien, c'est juste un oubli, on
a fait ça avec tous les autres groupes. Ce n'est pas le cas. Ce n'est pas le
cas. On a des dispositions spécifiques, article 50, qui nous dit que le
Québec va soutenir activement l'essor des communautés francophones et acadiennes.
Donc, celles-là, on les soutient, mais pas les Premières Nations et Inuit.
Donc, en conclusion, je suis d'avis que le
projet de loi n° 1 doit être retiré ou rejeté. Il n'y
a évidemment aucun amendement qui est possible, compte tenu du processus qui
est vicié. S'il était adopté, en fait, de deux choses l'une : il y a des
dispositions qui n'auront aucune portée juridique réelle, ce qui amène à la
confusion, ou il y en a d'autres qui vont générer des contestations coûteuses,
longues et complexes. Et ce qui est vraiment le pire...
Le Président (M. Bernard) : Merci.
Le temps est alloué.
Mme Millaire (Karine) : Merci.
M. Jolin-Barrette : ...
Le Président (M. Bernard) : OK.
Bon...
Mme Millaire (Karine) :
Je vais juste terminer ma phrase. C'est encore plus sévère que la Cour suprême
ici. Alors... Et le pire, donc, j'allais mentionner, c'est que, vraiment, plutôt
que d'aller vers la réconciliation, on aggrave, hein, des relations entre l'État
québécois et les peuples autochtones au Québec. Et ça, ça aurait pu vraiment
être évité.
Le Président (M. Bernard) : Merci.
C'est toujours... pour le président, interrompre des gens, mais je suis le
maître du temps. Et, si on accepte des dépassements, bien, on serait encore ici
jusqu'à 10 heures ce soir. Puis je me permets aussi d'ajouter qu'il est
possible d'être critique dans les propos, mais ceux-ci doivent demeurer
respectueux. J'aurais pu vous interrompre. Alors, pour la poursuite des
échanges, je vous inviterais... d'imputer des motifs indignes aux
parlementaires, et particulièrement le ministre.
Alors, M. le ministre, maintenant, la
parole est à vous. Pour les échanges, vous disposez de 10 min 6 s.
M. Jolin-Barrette : Merci,
M. le Président. Me Millaire, bonjour. Merci de participer aux travaux de la
commission. C'est un plaisir de vous recevoir. Je vous dirais, si on met les
bases de la discussion, j'ai cru comprendre manifestement, que vous étiez peu
en faveur du projet de loi de constitution tel qu'il est écrit présentement.
Puis il y a beaucoup d'arguments que vous avez soulevés aussi, que je vais être
en désaccord, ça fait que je pense que la discussion peut être franche comme
ça, où on sait tout le monde où on loge sur ce point-là.
Peut-être un point sur le conseil
constitutionnel. Vous nous disiez, dans le fond, que dans le cadre de l'interprétation,
qu'est-ce qui doit être pris en considération. Ça, c'est dans le cadre d'uniquement
d'un avis concernant une initiative fédérale. Dans le fond, ce n'est pas sur...
lorsque le Parlement, supposons, au gouvernement, demande un avis sur une loi
ou sur un texte. C'est plutôt à l'initiative. Donc, on l'a séparé en deux. Ça
fait que je voulais juste apporter cette précision-là. Donc, de votre propos,
je comprends qu'on devrait retourner à la table à dessin relativement au projet
de constitution. Si jamais on conservait le projet de constitution, dans le
fond, le projet de loi n° 1. Vous nous invitez à
apporter quelle modification dans le cadre du projet de loi?
Mme Millaire (Karine) : Merci
pour votre question, M. le ministre. Vous ne serez probablement pas surpris que
je ne ferai pas de proposition de modifications au projet de loi parce que ce
serait de contredire l'idée même qu'il doit être coconstruit avec les peuples
autochtones, avec les Premières Nations et Inuit d'abord.
M. Jolin-Barrette : OK.
Sur la question du conseil constitutionnel. Allons-y là-dessus, parce que ça...
M. Jolin-Barrette : ...ça ne
touche pas le volet, le volet de la Constitution. Est-ce que vous pensez que ça
pourrait être utile pour l'État québécois de disposer d'un conseil
constitutionnel?
Mme Millaire (Karine) : Je
trouve assez malheureux qu'on discute de l'idée d'un conseil constitutionnel
alors qu'il y a... on est dans un projet de loi où il y a une multitude, en
fait, de dispositions qui visent à restreindre les contrepouvoirs. Donc, c'est
difficile de discuter de l'idée du Conseil constitutionnel de manière isolée,
parce qu'on est face à un projet de loi qui veut faire de la dérogation au
droit à la norme plutôt que l'exception, sans avoir même à le contextualiser ou
à le justifier. On est face à un projet de loi qui veut empêcher un nombre très
important d'organismes, mais, en fait, on ne le sait pas, hein, la liste, on ne
le sait pas, c'est jusqu'où elle peut aller. Mais tout organisme, hein, qui
reçoit des fonds publics, qui prélèvent des fonds publics via des lois
québécoises, pourrait être empêché de pouvoir contester la constitutionnalité
de certaines lois.
Donc, on a tout un ensemble de mesures qui
sont très, très liberticides, qui visent à empêcher le contrôle
constitutionnel, manifestement. Et je comprends de vos multiples déclarations,
c'est ce que je mentionnais tout à l'heure, là, je vous citais que, selon vous,
là, le but du projet de loi, là, et un peu, là, de venir limiter le pouvoir des
tribunaux par rapport au choix du Québec, hein? Ce n'est pas du tout des propos
qui ne sont pas parlementaires. Et donc, dans ce contexte-là, bien, c'est
difficile de ne pas voir l'idée d'un conseil constitutionnel comme étant, dans
cette architecture-là, du projet de loi, je ne me prononce pas sur les autres
États dans le monde qui ont un conseil constitutionnel, mais ici, dans
l'architecture de ce projet de loi là, c'est difficile de ne pas y voir le fait
qu'on est allé chercher tout ce qui était possible pour pouvoir limiter les
contrepouvoirs et un peu délégitimer l'exercice du pouvoir judiciaire.
M. Jolin-Barrette : Alors...
Mme Millaire (Karine) : C'est
malheureux, hein, c'est malheureux parce qu'effectivement on aurait plus à
avoir une discussion dans un autre contexte sur le Conseil constitutionnel,
mais c'est c'est toute une constitution détaillée, là, que vous déposez.
M. Jolin-Barrette : Mais,
effectivement, c'est très détaillé, mais là il y a une différence de
perspective par rapport à ce que le texte dit. Alors, je respecte votre point
de vue sur... votre lecture, votre interprétation puis votre opinion
relativement au projet de loi. Bien entendu, le projet de loi ne vise pas à
limiter le pouvoir des tribunaux. On reconnaît d'ailleurs le pouvoir des
tribunaux. Cela étant, exemple avec l'article 5, auquel vous avez fait
référence tout à l'heure, on n'empêche pas les gens de présenter des demandes
aux tribunaux, ce qu'on dit, c'est l'utilisation des fonds publics. Donc,
peut-être, me direz-vous, le corollaire de ça va nous amener à ça, moi, je suis
d'avis contraire, mais on vient limiter ça sur l'utilisation des fonds publics
à quatre lois que, si le Parlement édicte une disposition en disant : Ça
représente les caractéristiques fondamentales, ça ne le couvre pas. Même chose
sur la disposition de souveraineté parlementaire qui est inclus à
l'article 9, Bien, c'est l'État du droit actuel de l'arrêt Ford, qu'on est
venu écrire, on est venu la codifier à l'intérieur de la Loi sur l'autonomie
constitutionnelle aussi. Donc, le législateur, entre autres, parfois, prend ce
qui est issu de la jurisprudence, vient le codifier, parfois aussi, prend
des... en fait, décide d'édicter le droit sur certains éléments. Alors, moi, je
vois plutôt ça comme un dialogue à l'intérieur de la fédération, où chaque
pouvoir a son rôle à jouer aussi. Puis c'est un dialogue interinstitutionnel
aussi entre le Parlement, entre le pouvoir exécutif, entre le pouvoir
judiciaire, mais tout le monde a son rôle à jouer aussi.
Mais un des objectifs, entre autres, avec
la Constitution, c'est, oui, d'affirmer les valeurs communes, oui de donner des
outils juridiques et conventionnels à l'État québécois pour assurer son
autonomie au sein du Canada. Entre autres, c'est ça, un des objectifs de la
Constitution, mais je ne suis pas sûr que je vais réussir à vous convaincre ce
soir.
• (19 h 10) •
Mme Millaire (Karine) : Non,
surtout que c'est très, très clair que jamais l'arrêt Ford ou aucune décision
judiciaire au Québec ou au Canada n'a dit qu'on devait faire de la dérogation
aux droits humains la norme plutôt que l'exception. Ça franchement, c'est du...
c'est du jamais-vu, là.
M. Jolin-Barrette : Il n'y a
personne qui a dit ça. Alors, encore une fois, comme je vous disais en début
d'intervention, je pense qu'on s'entend pour ne pas être d'accord sur
l'interprétation du texte, mais c'est correct, je trouve que ça fait des
discussions franchement intéressantes, puis c'est la confrontation des idées,
puis le choc des points de vue aussi qui nous permet de réfléchir, d'entendre
le point de vue de l'autre, de faire des propositions aussi. Alors, moi...
M. Jolin-Barrette : ...comme
ça, avec votre mémoire puis votre présence aujourd'hui.
Peut-être une autre question...
Le Président (M. Bernard) :
Oui, trois minutes.
M. Jolin-Barrette : Oui. Sur
la question du conseil constitutionnel, j'y reviens, parce que vous m'avez
dit : Bon, ça contribue à l'architecture. Vous avez dit : Vous
attaquez les tribunaux avec ça. Aucunement, aucunement. Moi, je pense, par
contre, dans les outils parlementaires à la disposition des parlementaires, je
pense que ça peut être approprié d'avoir un avis externe aussi, qui est... qui
est fait par des gens qui viennent de différents profils, qui vont être choisis
à l'Assemblée nationale, aux deux tiers des votes, pour avoir un outil
supplémentaire sur comment est-ce qu'on devrait se gouverner envers la
Constitution du Québec.
Puis il faut le dire, c'est comme un
élément de doctrine qui va être créé aussi, comme peuvent l'être des
professeurs d'université qui écrivent des livres, des articles aussi. Moi, je
pense qu'on ne doit pas se priver de cet outil-là. Notamment en Europe, il y a
plusieurs pays qui ont un conseil constitutionnel de cette façon-là. C'est une
inspiration européenne, dans le fond.
Mme Millaire (Karine) : Oui,
mais dans différents cas, par exemple, il y a des dissidences, hein, comme
c'est le cas en Espagne. Donc, dans la... dans la mouture, la manière dont
c'est présenté, je pense que ce qu'on... ce qu'on voit assez clairement, c'est
que c'est un élément parmi d'autres, hein, pour venir limiter le pouvoir
judiciaire, et je vous dirais que dans ce... dans ce contexte-là, je vois
difficilement en quoi ça pourra être un apport.
Et ce n'est pas parce que je suis
professeure d'université que je pense qu'il faudrait institutionnaliser un
conseil constitutionnel de professeurs d'université qui pourrait émettre des
avis qui pourraient être contraires à ceux des tribunaux. Je ne suis pas
convaincue que de tout simplement importer un élément comme ça d'un autre État,
l'amener ici dans le contexte québécois, que ça soit vraiment approprié pour
notre vivre-ensemble. J'ai de la difficulté à le voir, surtout dans le contexte
où, et c'est la raison première de mon intervention, on a de la difficulté
présentement, ne serait-ce qu'avoir des consultations entre le gouvernement du
Québec et les peuples autochtones. On a de la difficulté à ce que les
différents peuples qui sont sur le même territoire se parlent. Donc, je ne
pense pas qu'on a besoin d'un autre organe qui est un peu plus élitiste, qui
produirait de la doctrine, qui pourrait aller à l'encontre des décisions des
tribunaux. Je ne pense pas que ça nous aiderait à améliorer le… le
vivre-ensemble, non.
M. Jolin-Barrette : Mais
voyez-vous, moi, je ne trouve pas… je ne vois pas ça élitiste en aucun temps,
puis ça ne veut pas dire que ce serait des professeurs d'université qui
seraient là-dessus. La France, la Belgique, eux, rendent des décisions où il
n'y a pas de dissidence aussi. Moi, je pense que l'État québécois doit avoir à
sa portée davantage d'outils pour assurer l'autonomie du Québec.
Alors, vous abordez la question des droits
des peuples autochtones, mais cette question-là, le projet de constitution,
entre autres, vous le critiquez relativement à cet aspect-là, mais il n'y a pas
que ça non plus dans le projet de loi aussi. L'idée aussi de la Loi sur
l'autonomie constitutionnelle, le deuxième volet du projet de loi n° 1,
c'est d'assurer davantage d'autonomie au sein de la fédération canadienne,
comme l'ont fait certaines autres provinces aussi, notamment l'Alberta et la Saskatchewan.
Le Président (M. Bernard) : Merci.
Merci…
M. Jolin-Barrette : Je vous
remercie…
Le Président (M. Bernard) :
…merci, M. le ministre. Nous allons poursuivre les échanges avec le
porte-parole de l'opposition officielle. M. le député d'Acadie, vous disposez
de 7 min 52 s.
M. Morin : Merci. Merci, M.
le Président. Pre Miller, bonsoir. Merci, merci d'être là, merci pour votre…
votre mémoire.
Dans la première page de votre document,
vous faites référence au principe de l'honneur de la Couronne et vous dites que
le projet de loi n° 1 s'inscrit en faux avec le principe. Vous nous avez
souligné également que ce principe est toujours applicable au Québec. Quelle
est votre évaluation du respect par le gouvernement du Québec de ce principe
qui est l'honneur de la Couronne quand on a à transiger avec les membres des
Premières Nations?
Mme Millaire (Karine) : Vous
savez, ça s'inscrit dans une continuité de mesures récentes qui ont été prises
où on affirme une certaine forme de nationalisme québécois, parce que je ne
dirais pas que ce sont les Québécois qui souhaitent l'affirmer de cette
manière-là, mais le gouvernement du Québec affirme une certaine forme de
nationalisme québécois…
Mme Millaire (Karine) : ...à
l'encontre des droits des Premières Nations et des Inuit. Il le fait ici avec
ce projet de loi là. Il le fait... en étant le premier, et, contrairement à
d'autres provinces, à s'opposer à la reconnaissance de l'autonomie
gouvernementale en matière de famille en disant que, bien, les autochtones ici
ne pouvaient pas s'occuper de leurs propres enfants et adopter des lois sur la
question jusqu'à ce que la Cour d'appel du Québec, de façon anonyme, lui
rappelle que ce sont des droits qui n'ont jamais été éteints. Ensuite, renforcement
de la Charte de la langue française, on a parlé beaucoup du droit de la
minorité anglophone. On ne parle pas beaucoup de la question des langues
autochtones. J'ai beaucoup de difficultés à comprendre pourquoi, même lorsque
ça a été demandé spécifiquement, il n'y a aucune exception relativement aux
langues autochtones. Il y a des recours judiciaires en ce moment, parce que
c'est la seule voie possible, avec ce gouvernement-là, d'accumuler les recours
judiciaires pour se faire respecter des droits constitutionnels.
Le Président (M. Bernard) : …à
vos propos.
Mme Millaire (Karine) : Je
nomme l'existence d'un recours judiciaire, ce n'est pas un propos non
parlementaire, avec respect...
M. Morin : M. le Président,
avec respect...
Mme Millaire (Karine) :
...avec respect.
M. Morin : ...ce que madame
vient de dire, c'est qu'elle nous démontre qu'il y a présentement...
Mme Millaire (Karine) : C'est
vigoureusement...
M. Morin : ...des litiges
contre le gouvernement du Québec. C'est tout.
Le Président (M. Bernard) :
Oui, c'est parfait, mais la manière...
Mme Millaire (Karine) :
...pourquoi, ça fait deux... à deux reprises, je dis des propos qui sont
parfaitement parlementaires, et on intervient pour me dire que je ne peux pas
parler de l'existence de litiges devant les tribunaux. Je me l'explique mal,
avec respect.
Le Président (M. Bernard) :
Vous pouvez le faire. Aucun problème. C'était...
Mme Millaire (Karine) :
Merci. Merci. Je connais très bien quels sont les propos parlementaires. Donc,
il y a des litiges en ce moment, c'est un fait, relativement à la violation de
ces droits constitutionnels. Et on peut penser encore aussi récemment, quand on
avait voulu encore un autre gâchis, refaire le régime forestier au Québec puis
retourner à l'époque du début de la colonisation. Puis il a fallu, encore une
fois, hein, que les peuples autochtones se battent, mais, dans ce cas-ci, pour
que ça soit... pour que ça soit retiré sans aller vers une contestation judiciaire.
Donc, c'est certain que c'est dans le prolongement. Puis je vais vous dire, on
s'explique mal, parce que, quand le ministre, le gouvernement nous dit :
En fait, on veut, on veut assurer que le Québec assume son... affirme son
autonomie, qu'il ait plus d'autonomie, en quoi le fait de nier les droits des
peuples autochtones, ça va améliorer l'autonomie du Québec? En quoi le fait de
les écarter, de les nier, ça, c'est une façon d'arriver à faire en sorte que le
Québec gagne en respect et en crédibilité, non seulement au Canada, mais sur la
scène internationale, parce que c'est plutôt l'inverse que ça a comme effet en
réalité?
M. Morin : Je vous remercie.
Dans votre mémoire, vous parlez aussi d'une approche de co-construction. On a
on a écouté plusieurs représentants, chefs, grands chefs de nations
autochtones. Bon, malheureusement, il y a eu beaucoup de tensions, ça n'a pas
été optimal, loin de là. Mais quand on regarde la Déclaration des Nations unies
sur les droits des peuples autochtones, êtes-vous d'accord avec moi qu'on
reconnaît à ces peuples-là... Et la déclaration, je pense, est le fruit de
nombreuses consultations avec les peuples autochtones, mais on n'a pas fait ça
en trois semaines. Les peuples autochtones ont le droit de participer à la prise
de décision sur des questions qui peuvent concerner leurs droits par
l'intermédiaire de représentants. Est-ce que vous pensez que le gouvernement
actuel a respecté cet article-là?
• (19 h 20) •
Mme Millaire (Karine) : Non,
absolument pas, absolument pas. Et je le mentionne, je reviens sur la question
judiciaire, là, c'est un... pour dire un fait, hein, qu'en ce moment, la
Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones, elle se
met en œuvre par les politiques législatives au Canada, mais elle se met en
œuvre aussi présentement via les tribunaux. L'interprétation de la
jurisprudence actuelle est très certainement, très certainement... On voit
présentement des développements qui nous amènent à voir que l'obligation de
consulter est renforcée. On va vers la norme, effectivement, de la
co-construction, du consentement, et ce n'est pas une simple politique,
vraiment, présentement, ça devient exécutoire dans le droit applicable au
Québec.
M. Morin : Et, quand on
regarde, toujours la déclaration, l'article 19 dit : «Les États se
concertent et coopèrent de bonne foi avec les peuples autochtones intéressés
par l'intermédiaire...
M. Morin : ...leurs propres
institutions représentatives avant d'adopter et d'appliquer des mesures
législatives susceptibles de concerner les peuples autochtones.» Êtes-vous
d'avis que le gouvernement du Québec a respecté l'article 19 avec son
projet de constitution?
Mme Millaire (Karine) : Non,
absolument pas. Puis je vais revenir à l'approche... à l'approche
contradictoire. Ce qu'on veut ici, c'est d'amener une constitution, ce que je
comprends, qui positionne la nation québécoise comme étant une grande nation
qui aurait plus d'autonomie, affirmée notamment sur la scène internationale. Et
on dit même : Bien, les engagements internationaux qui nous viennent du
Canada, ça ne s'applique pas à nous. Donc, on veut plus d'autonomie, mais pour
dire : Bien, vous savez, les droits humains, là, la dérogation, ça va être
la norme plutôt que l'exception, la Déclaration des Nations Unies... Nations
Unies sur les droits des peuples autochtones, on ne l'appliquera pas. Donc, on
veut plus d'autonomie pour dire que tous ces droits-là, humains et
fondamentaux, on ne les respectera pas. Et on veut se présenter comme ça sur la
scène internationale en revendiquant une autonomie et une crédibilité, donc,
disons notamment d'un point de vue juridique. C'est une approche qui, en fait,
est très, très contradictoire.
M. Morin : ...ça va mal.
C'est... Ce n'est pas très bon comme... comme système. On est... On est
d'accord. C'est...
Mme Millaire (Karine) : Oui.
M. Morin : Écoutez, qu'est-ce
qui pourrait être fait pour essayer de réenligner ça comme il faut? Parce que,
là, je sens que de la part du gouvernement, ça dérape royalement. Est-ce qu'il
faudrait tout arrêter, mettre ça sur pause, entrer dans une véritable étape de
co-construction avec les peuples autochtones pour arriver avec quelque chose
qui, à la toute fin, va faire en sorte que l'ensemble des Québécois et des
Québécoises vont se reconnaître dans le document?
Mme Millaire (Karine) : Oui,
absolument. Je tiens à souligner que l'idée d'avoir une constitution, bien, le
Québec a déjà une constitution, là, mais l'idée d'en avoir une dans un document
écrit, plus exhaustive, ce n'est vraiment pas nouveau. Et ça peut être fait en
respectant les droits de tous. C'est sûr que, là, c'est probablement le pire
chemin sur lequel on pouvait le faire. Parce que j'ai parlé de la
coconstruction absente des peuples autochtones, mais il n'y en a pas eu avec
personne, là, avec... Ce n'est pas...
Le Président (M. Bernard) : ...
Mme Millaire (Karine) : Ce
n'est pas la Constitution du peuple québécois non plus, là. Donc...
Le Président (M. Bernard) : Merci.
Nous allons poursuivre maintenant les échanges avec le deuxième... porte-parole
du deuxième groupe d'opposition. M. le député de Maurice-Richard, vous disposez
de deux minutes 38 s.
M. Bouazzi : Merci de vos
éclairages, Me Millaire. Vous avez repris un certain nombre d'arguments qu'on a
déjà entendus, mais avec plus de connaissances juridiques, hein?
Peut-être nous donner des exemples
d'autres provinces qui ont décidé de prendre la question de la Déclaration des
Nations Unies pour les peuples autochtones et qui ont décidé de l'instaurer
dans leur corpus juridique.
Mme Millaire (Karine) : Oui,
notamment la Colombie-Britannique, qui également aussi, au même moment où le
gouvernement du Québec contestait le droit des Premières Nations de s'occuper
de leurs enfants et d'adopter des lois en conséquence, eux ont adopté une loi
provinciale pour soutenir aussi les Premières Nations. Donc, le même résultat
auquel on arrive au Québec, mais après une longue bataille, coûteuse
financièrement, coûteuse politiquement. Et là on est au... Le gouvernement du
Québec doit se conformer à la décision de la Cour suprême. Mais, pendant tout
ce temps-là, la Colombie-Britannique, elle, construisait un rapport de... de
confiance et d'appui avec une loi en appui aux Premières Nations. Même chose
pour la mise en œuvre de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des
peuples autochtones. Il y a également des ententes qui se prennent pour la
cogestion du territoire. Et ça n'a absolument pas nui d'aucune manière à l'économie
de la Colombie-Britannique. Ça n'a pas nui non plus au niveau de l'identité,
hein, des personnes qui sont en Colombie-Britannique. Au contraire, ils ont
fait le constat que pour construire le vivre-ensemble, on était beaucoup mieux
d'investir nos ressources dans le fait de s'entendre, comme on partage un même
territoire, plutôt que d'être... d'être dans l'affrontement. Alors, ça nous
montre que c'est tout à fait possible.
M. Bouazzi : Tu sais, c'est
quand même drôle parce que le gouvernement dit qu'il ne veut pas que des
associations utilisent l'argent public pour contester ses propres lois, hein?
On sait que la Commission des droits de la personne, par exemple, est contre le
profilage, y compris des personnes autochtones, et le gouvernement ramène ça
jusqu'en Cour suprême. On sait aussi, par exemple, pour les... pour les
minières, où les Premières Nations ont gagné des jugements, et qu'encore une
fois le gouvernement fait appel.
Nous, on pense franchement que le
gouvernement devrait arrêter de dilapider l'argent public pour enlever des
droits aux Premières Nations et coconstruire avec eux un avenir commun sur ce
territoire qu'on partage. Merci beaucoup. Ça conclut bien notre journée.
Le Président (M. Bernard) : Merci
beaucoup, Me Millaire, pour votre contribution aux travaux de la...
Le Président (M. Bernard) : ...commission
aujourd'hui. Ceci étant, compte tenu de l'heure, la commission ajourne ses
travaux jusqu'à mercredi le 18 février, après les avis touchant les travaux des
commissions, où elle poursuivra son mandat.
(Fin de la séance à 19 h 26)